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Signe
VATICAN II, LA SUITE DE VOS TÉMOIGNAGES
« Mon histoire
du concile »
Quel chambardement que ce concile Vatican II, il y a cinquante ans ! Cela fait quatre numéros
que, grâce à ses lecteurs, L’appel raconte comment cet événement a bouleversé les vies. Certains
de nos témoins n’ont pas hésité à nous écrire de longs messages, voire des chapitres entiers, où,
par le menu, ils retracent « leur » concile. Pour terminer cette série, nous leur cédons la plume.
Tout en leur demandant de pardonner les coupes que nous avons dû faire dans leurs textes.
QUE FAISAIS-JE CE JOUR-LÀ ?
« 11 octobre 1962, un jeudi. C’est la
pleine lune. Je l’ai vue à travers la
fenêtre de ma chambre donnant
sur l’orée du bois avant de m’endormir la veille. Dans dix jours ce
sera la crise de la baie des cochons
à Cuba. Je suis élève au collège StRoch Ferrières qui s’appelle encore
petit séminaire, peut-être pourvoyeur de vocations sacerdotales.
Je suis en 4e latin-grec. La première
heure de cours se termine et notre
professeur nous informe que nous
VOTRE CONCILE.
sommes invités à nous rendre à la
Derniers témoignages de la série.
salle de gymnastique. Le directeur,
sur pied de guerre depuis cinq heures du tous les parents à embrasser leurs enfants
matin peut-être, est parvenu à dresser ce soir. (…)
vaille que vaille une TV en noir et blanc. Nos professeurs de religion iront plus
La cérémonie d’ouverture du concile loin en nous parlant de l’œcuménisme,
est retransmise. Nous la suivons un peu de l’ouverture au monde, de la liberté
sceptiques, ce sont deux heures de cours religieuse, de la collégialité des évêques.
qui sautent. Nous voyons des dizaines Le pape Paul VI est élu le 21 juin 1963. Le
d’évêques défilant dans la basilique St- directeur, encore et toujours, a installé la
Pierre pour invoquer l’Esprit-Saint. L’impor- radio au réfectoire pour entendre la protance de l’évènement est bien rendue par clamation « Habemus Papam ». Paul VI
le commentateur. Nous voyons Jean XXIII continuera le concile. Le 8 décembre
sur la sedes gestatoria, en train de boire un 1965, se clôture cette quatrième session.
bol de bouillon. C’est un des seuls aliments Débutant en 1966 des études universiqu’il peut encore déguster. Plus tard, nous taires à Louvain (Leuven), j’en fais l’expésaurons qu’il est atteint d’un cancer. Il n’a rience au niveau de la paroisse universiplus que trois mois à vivre.
taire. Je découvre les délices de la messe
Le soir de ce 11 octobre, Jean XXIII complète en français (consécration
s’adresse au monde pour dénoncer les comprise). L’année 1966-1967, je suis
prophètes de malheur qui annoncent les huit cours de philosophie et de sciences
pires catastrophes et surtout pour inviter religieuses. Dans ces cours, les actes du
concile sont étudiés commentés
et approfondis. (…) Paris-Match
divulgue des images d’eucharisties d’avant-garde aux Pays-Bas
(communion dans la main). En
1967, l’abstinence du vendredi
est supprimée pour être remplacée par une attitude de conversion dans notre vie de chrétien.
Les évêques recommandent
toutefois une solidarité avec les
poissonniers (sic). En 1969, c’est
la communion dans la main. En
1968, c’est Humanae vitae de
Paul VI (décision personnelle de
Paul VI contre l’avis de son entourage). Cette encyclique le fait
rétrograder au rang des conservateurs.
En 1967, toujours, les évêques de Belgique autorisent les messes le samedi soir
s’adaptant de la sorte à la réalité sociologique. (…) Aujourd’hui, je garde intacte
en moi cette espérance en un Dieu trinitaire qui a reçu un grand coup de pouce
le 11 octobre 1962. » (Jean-Luc L.)
© Fotolia
L’appel 355 - Mars 2013
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MON CONCILE
« J’avais dix-sept ans en 1962, le Concile
est arrivé pour moi à point nommé. (…)
Quelle chance, cette ouverture vers les
autres chrétiens. Dans les années 60, j’ai
eu la chance de participer aux premières
rencontres œcuméniques, souvent animées et soutenues par le chanoine Huart
qui allait devenir évêque de Tournai en
1978. Mon souvenir le plus frappant se
Signe
« 18 juillet 1965. 20h. Ce dimanche matin, Mgr Charue nous a ordonnés. Nous sommes vingt-trois.
Le soir, l’évêque de Namur a fait part d’une décision qui m’effraie : il m’envoie à Leuven pour deux
ans d’études. (…) À la rentrée de septembre, je fais connaissance des treize étudiants avec lesquels
je vais suivre les cours. (…) La formation repose sur deux volets : des cours de théologie de haut
niveau et des cours de sciences humaines. (…) Tous les mercredis, la faculté des sciences religieuses
fait salle comble en proposant des cours d’exégèse et de théologie. Un vaste public s’y retrouve.
(…) Besoin d’apprendre avec enthousiasme et de comprendre avec intelligence le bouleversement
des idées tant dans l’Église que dans le monde. Le vent de Vatican II anime les esprits et les cœurs.
En février 1969, je me retire pour quelques jours à l’abbaye de Wavreumont. La messe conventuelle est célébrée au petit matin dans une salle attenante à l’église. (…) Je suis assis parmi les
moines réunis autour d’une grande table ovale recouverte d’une nappe tissée de laine brute.
Simplicité, fraternité, proximité. C’est donc cela, l’eucharistie pour demain ?
Juillet 1971. (…) Mgr Charue me donne, avec l’abbé Forthomme, la mission de repenser la
formation chrétienne des enfants dans les paroisses. (…) Des laïcs, pères et mères de famille,
se lèvent pour prendre en main la catéchèse. Pour la plupart, ils ne sont pas pédagogues de
métier ou théologiens de formation. Comment procéder ? Avec quels instruments ? (…)
Depuis des années, une série de méthodes ont été publiées. Mais ces modèles « anciens » sont
devenus obsolètes. Le monde dans lequel grandissent les enfants change à grands coups. Le
contenu des messages d’hier semble d’un autre temps. (…) La pensée ne se fait plus dans
des bureaux ou dans des lieux savants mais autour des tables de travail, dans les rencontres,
les partages. Les acteurs de terrain y ont une place prépondérante. De la pensée vers l’expérimentation ; des essais vers la pensée affinée. (…) Les intentions du concile ne sont pas loin : il
donne à tous l’impulsion pour la recherche. N’est-ce pas là que se produit le souffle de l’Esprit
créateur ? » (Georges D.)
situe le soir d’une rencontre, tout au début, au
temple de Boussu-Bois St-Joseph, à l’occasion
de la semaine pour l’Unité où j’ai été surprise
de voir et d’entendre nos frères protestants
prendre une part active. Il y avait eu plusieurs
prières d’intercession. Alors, j’ai pris mon courage à deux mains et, pour la première fois de
ma vie, j’ai « inventé », de façon publique, une
intention dans ce sens : joie d’être ensemble,
différents mais fils d’un même Père. J’étais tellement émue de nous voir réunis, catholiques
et protestants, que j’ai pleuré d’émotion et de
joie, en remerciant le Seigneur de ce qu’Il avait
permis grâce au concile.
J’étais alors jeune, je voulais travailler à la moisson du Seigneur. Je me sentais indigne et pourtant, j’ai « osé » me présenter au conseil pastoral diocésain où j’ai été cooptée, la première
fois par le MOC, mais ensuite, j’ai toujours été
élue démocratiquement. Cette grande aventure a duré plus de trente ans. (…)
Le concile a aussi permis que des laïcs soient
observateurs dans les conseils presbytéraux.
C’est ainsi qu’à mon grand étonnement, j’ai
été désignée par le conseil pastoral comme
observatrice au conseil presbytéral du diocèse de Tournai pendant huit ans, jusqu’en
1977-78. La première fois, j’étais seule. Moi,
une jeune femme de vingt-cinq ans, cela était
impensable, inimaginable avant le « renouveau ». Pour le deuxième mandat, il y avait un
homme avec moi. « Leur » affaire (l’annonce
de la Bonne Nouvelle) devenait aussi notre
affaire. Nous nous sentions responsables. (…)
Cela a été des années enrichissantes, de découvertes, d’approfondissement qui ont fait qu’après,
je ne faisais plus de catégories entre progressistes
et conservateurs car chacun était animé par le
désir de faire « résonner » la Bonne Nouvelle.
J’ai découvert aussi qu’un laïc avait le « pouvoir » de discuter avec son curé, de lui expliquer
son point de vue et parfois même (le nôtre était
conservateur) de le faire changer d’avis. (…) Au
début, de 1969 à 1977, j’ai aussi eu la chance
de côtoyer Mgr Himmer, un homme de grande
intelligence, très humble, ouvert, social…
Jusque-là, l’évêque était, pour moi, une personne inaccessible, lointaine… J’ai découvert
un Père, un berger qui a le souci de ses ouailles
et notamment des plus pauvres. (…)
Il a souvent été dit, répété, que beaucoup de laïcs
n’ont pas suivi. Mais, jusqu’au concile, nous étions
considérés comme des enfants. Nous ne pouvions rien dire, rien faire… et puis, tout d’un coup,
nous avons été considérés comme des adultes.
Beaucoup de gens ont eu peur, ils n’étaient pas
préparés et je pense surtout, qu’à beaucoup
d’endroits, on ne leur a pas expliqué, proposé des
cheminements pour comprendre la grande révolution spirituelle voulue par le concile. À nous
aujourd’hui, de nous poser et reposer la question : Qu’avons-nous fait du concile ? Comment le
vivre aujourd’hui, au XXIe siècle ? » (Maria B.)
Témoignages mis en forme
par Frédéric ANTOINE
L’appel 355 - Mars 2013
UNE NOUVELLE CATÉCHÈSE
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