* & LA COOPÉRATION L’UNIVERSITÉ LIBRE DE BRUXELLES

* & LA COOPÉRATION L’UNIVERSITÉ LIBRE DE BRUXELLES
INTERNATIONAL
UNIVERSITÉ LIBRE DE BRUXELLES
*
L’UNIVERSITÉ LIBRE DE BRUXELLES
& LA COOPÉRATION
03 Un enjeu pour l’Université
05 Terrains d’actions
08 Nos étudiants & les défis de la coopération
10 Le rôle des sciences humaines
11 Un doctorant du Sud en Arts du spectacle
12 Annâdya : le bonheur de manger à sa faim
13 Burundi : économie des ménages
14 Au Congo, le CEMUBAC
15 Issa Some. Entre Ouaga et Bruxelles
16 Étudiants d’ailleurs, vies d’ici
19 Les bourses de doctorat de l’ULB
20 Contacts
L’ULB & LES RELATIONS NORD SUD |
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L’ULB &
LA COOPÉRATION
La coopération fait débat. Elle évolue fortement depuis les
années 60. Au-delà de tout le bénéfice que peuvent en
attendre des partenaires « du Sud », elle est un enjeu pour
les institutions universitaires, tant pour leur enseignement
que pour leur recherche.
UN FACTEUR DE DÉVELOPPEMENT...
UN ENJEU POUR L’UNIVERSITÉ
Vice-recteur aux relations internationales, Serge Jaumain porte la
coopération dans son cœur et travaille depuis 2007 à la mettre
en lumière. La coopération au développement à l’ULB ? Un
bouillonnement plein d’avenir, bien loin des clichés. Rencontre.
Esprit libre : La coopération
au développement a fortement évolué ces vingt dernières années ; le milieu
universitaire a participé à
cette évolution générale…
Serge Jaumain : Le contexte
socio-politique a effectivement bougé mais notre coopération universitaire n’a pas
intrinsèquement changé de
nature : elle se faisait et s’effectue toujours avec des partenaires universitaires
académiques, sans lien direct avec les régimes politiques des pays dans
lesquels nous travaillons.
Nos projets sont réalisés de
façon concertée entre universités belges francophones au
niveau de la CUD (Commission universitaire pour le développement – rattachée au
CIUF), qui adapte son travail
à l’évolution générale.
Esprit libre : Quels types de
programmes existent en la
matière ?
Serge Jaumain : Notre action
vise notamment à renforcer
les capacités humaines,
scientifiques et de gestion
des universités partenaires
du Sud au travers de diffé-
rents types de programmes.
Il y a tout d’abord les appuis
institutionnels. Il s’agit d’un
partenariat choisi où les universités de la Communauté
française vont aider une université en particulier, sur plusieurs plans, en fonction des
spécificités de chacun. Il y a
ensuite les projets de recherche et de formation où
l’on travaille de concert sur
une problématique de développement précise.
Esprit libre : Durant longtemps, la coopération universitaire aura été considérée
comme un « service à la
société », bénéfique uniquement au Sud. À présent, on
l’envisage un peu différemment…
Serge Jaumain : La coopération n’est pas seulement une
action généreuse : elle est
nécessaire et utile pour le
Sud mais aussi bénéfique et
essentielle pour notre propre
développement en tant
qu’institution de recherche et
d’enseignement. C’est effectivement un changement
d’état d’esprit important et
relativement récent. J’ai d’ailleurs voulu, en tant que vice-
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L’ULB & LES RELATIONS NORD SUD |
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recteur, que notre coopération extraordinaires des intellecsoit clairement identifiée
tuels du Sud. En matière
comme une des missions
d’enseignement, les
essentielles de notre travail
échanges d’étudiants dans
de relations internationales.
les deux sens sont plus diffiPersonnellement, je n’ai pas
ciles à établir, pour une série
travaillé dans la coopération
de raisons. Mais lorsque des
en tant que chercheur ou enétudiants de chez nous peuseignant, mais je suis fasciné vent aller dans un pays étranpar tous ces porteurs de proger dit « en développement »,
jets qui, au sein de très nom- ils reviennent souvent avec
breuses facultés,
une expérience unique,
s’investissent sur le terrain
incomparable. Je pense à ces
en Asie, en Amérique du Sud
étudiants en médecine en
et en Afrique. C’est donc
stage à l’hôpital de Lubumaussi un domaine extrêmebashi, où ils ont pu prendre
ment porteur à la fois pour
en charge des patients et
l’amélioration de nos
s’investir bien plus qu’ils ne
connaissances
mais également
« C’est donc aussi un
pour nos futurs
diplômés qui
domaine extrêmement porpeuvent exceller
teur à la fois pour l’améliodans un tas de
domaines et viser ration de nos connaissances
des carrières à
mais également pour nos
l’étranger, par
futurs diplômés qui peuvent
exemple. Il est
donc primordial
exceller dans un tas de dode la valoriser.
maines et viser des carrières
Je soulignerais par
à l’étranger, par exemple »
ailleurs que les
sciences
humaines sont
l’auraient fait à Bruxelles. Je
aussi
pense aux fours pour sécher
largement concernées.
les tomates au Mali, où des
étudiants de Sciences appliEsprit libre : La Journée de
quées sont largement implila Coopération de l’ULB est
qués. La question de
devenue un « classique »
l’adaptation des projets aux
incontournable. Quel est
l’objectif de ce rendez-vous
réalités de terrain est essenannuel ?
tielle, tout comme l’expéSerge Jaumain : Il faut à tout
rience humaine, qui est un
prix casser les clichés qui en- autre type de savoir.
tourent la coopération au
sein de l’Université, montrer
Esprit libre : La coopération,
le travail de nos chercheurs – c’est aussi des chercheurs
notamment de nos jeunes
venus chez nous pour effecchercheurs –, leur rendre
tuer leur thèse…
justice en valorisant mieux
Serge Jaumain : Effectiveleur engagement et ouvrir les ment, nous dépensons anperspectives de la coopération nuellement 330.000 euros
à nos étudiants. Et bien sûr
(sur fonds propres et grâce à
prouver que la coopération
de généreux donateurs) pour
est intéressante en termes de financer des bourses de docrecherche et d’enseignement ! torat, essentiellement en codirection pour des chercheurs
Esprit libre : Quels sont-ils,
du Sud. Chez nous ces doctoces avantages, pour notre
rants rayonnent, nourrissent
recherche et notre enseignenos enseignements et réflément ?
chissent avec nos chercheurs.
Serge Jaumain : En matière
De retour dans leur pays, ils
de recherche, la coopération
deviennent de merveilleux
est incontournable pour réambassadeurs pour nos relacolter du matériel à exploiter, tions avec les institutions du
pour expérimenter sur place
Sud. J’ajouterais que chaque
des hypothèses, pour – et
année nous accueillons penc’est loin d’être le moins imdant un mois une personnaportant des aspects – bénéfi- lité du Sud, dans le cadre de
cier des expériences
notre Chaire « coopération ».
Esprit libre : Reste que pour
mener à bien des projets de
coopération de façon efficace, les budgets sont forcément élevés…
Serge Jaumain : De fait. Et là
aussi, nous poursuivons un
travail pour mieux informer la
communauté universitaire et
surtout nos chercheurs sur
les multiples possibilités de
financement en la matière,
car il n’y a pas que la CUD
qui peut débloquer ces ressources ; bien d’autres possibilités existent, qu’elles
soient européennes ou
autres. Notre mission
consiste à mieux les faire
connaître.
Esprit libre : Les domaines
de la coopération vont de la
médecine à la microfinance,
en passant par l’éducation à
la santé, les sciences appliquées, le droit, l’environnement et le développement
durable. Ce dernier domaine
est de plus en plus porteur,
pour le Sud aussi…
Serge Jaumain : Effectivement
les questions d’environnement et de développement
durable sont aussi cruciales
pour nous que pour les pays
du Sud. Je pourrais citer les
recherches sur la maladie de
Chagas et le trypanosome
(maladie du bétail) comme de
nombreux autres travaux, à la
croisée des chemins entre
recherche fondamentale et
recherche appliquée, et qui
peuvent répondre à des problématiques essentielles en
termes de santé publique. Je
pense aussi à nos recherches
sur l’activité des volcans et
les dangers d’éruption ou
même à la création à Madagascar d’une ferme d’holothuries (le fameux concombre
de mer dont raffolent les
Chinois !), un bel exemple de
mise en valeur économique
d’une recherche fondamentale qui se transforme par ailleurs en modèle économique
à forte plus-value sociale.
Esprit libre : Faire de la
coopération implique néanmoins, pour le chercheur, de
devoir faire face à des problèmes inhabituels ; cela
demande un investissement
personnel conséquent. Bref,
cela peut en décourager plus
d’un, non ?
Serge Jaumain : Avant même
les problèmes de terrain, il y
a effectivement des points
qui peuvent émousser l’enthousiasme de certains,
comme l’aspect administratif
lié au montage de projet,
souvent lourd à gérer. Je voudrais souligner que le Service
des Relations internationales
est là pour encadrer et aider
au montage de tels projets.
Les questions du logement et
de l’accueil restent par ailleurs des enjeux essentiels
pour réussir notre coopération. Ce sont deux de mes
grands chantiers. Nous y travaillons depuis plusieurs années, tout comme au
troisième objectif qui est
d’ouvrir davantage la coopération aux facultés qui n’ont
pas encore suffisamment
franchi le pas. Là aussi, il y a
encore du travail mais je suis
très impressionné par l’intérêt manifesté par de nombreux jeunes chercheurs.
SERGE JAUMAIN,
PHOTO : JEAN JOTTARD.
Santé, sciences, justice, pédagogie,
biodiversité, économie, développement
durable… Les terrains d’action en
matière de coopération sont multiples
tant dans les domaines de la recherche
que de l’enseignement. Nous vous en
présentons ici quelques exemples,
parmi de nombreux autres.
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Lutter contre la maladie du bétail
En Afrique, le parasite Trypanosoma, propagé par la mouche
tsétsé, provoque des maladies graves affectant hommes et animaux. La maladie du bétail (nagana), empêche le développement agricole et économique sur plus d’un tiers du continent.
Le Laboratoire de parasitologie moléculaire de l’IBMM a construit
une protéine qui tue tous les trypanosomes africains, qu'ils
soient pathogènes pour l'homme ou pour le bétail. Les perspectives sont très concrètes : le laboratoire propose un protocole
totalement original de traitement thérapeutique de la maladie
du sommeil humaine, qui est à la fois efficace, indolore, non
toxique et non coûteux ; il propose de développer du bétail
transgénique capable de produire la protéine qui tue les trypanosomes. Ce bétail devrait être sain et productif en zones d’endémie, et contribuer au développement de l’économie rurale sur
toute la partie centrale du Continent.
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Concombres : faire éclore
une économie locale
Les holothuries ou concombres de mer
sont une des ressources marines les plus
prisées dans les pays d’Extrême-Orient.
Leur surpêche a amené les laboratoires
de Biologie marine de l’ULB, de l’UMons
et de l’Université de Tuléar (Madagascar)
à chercher à acquérir la maîtrise de cycle
vital des espèces dans un but aquacole.
Depuis 2008, une écloserie et une ferme
de grossissement fonctionnent dans la
région de Tuléar. Une société privée –
Madagascar Holothuries SA [MH.SA] – a
été constituée, qui fonctionne en partenariat avec des ONG et des communautés
villageoises de bord de mer. Les ONG
achètent des holothuries juvéniles à
MH.SA ; elles les confient aux villageois
et les forment à en maîtriser le grossissement. Une fois la taille commerciale
atteinte, MH.SA rachète les holothuries
aux villageois et les commercialise sur les
marchés asiatiques. À terme, les ONG se
retireront du projet et les holothuriculteurs locaux seront directement intégrés à
l’exploitation rationnelle de la ressource.
Responsables de projet :
Michel Jangoux et Philippe Dubois
Responsable de projet : Etienne Pays
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Biotechnologie et
biodiversité à Madagascar
La conservation des ressources phytogénétiques est aujourd’hui
une priorité mondiale pour assurer le maintien de la diversité
biologique, d’où l’urgence de préserver ces ressources naturelles
vitales. La conservation ex situ est largement appliquée pour
des espèces d’intérêts agronomiques, pharmaceutiques et
forestiers. Une collection in vitro de quelques 150 accessions
de plantes médicinales malgaches a été initiée et un travail
permanent assure l’enrichissement continu de cette collection.
Fruit d’une collaboration entre le Laboratoire de biotechnologie
végétale (ULB) et l’Institut malgache de recherches appliquées
(Antananarivo), cette collection est une action pionnière dans
le domaine. L’initiative vise un double impact : préserver les
ressources génétiques elles-mêmes, et préserver le savoir-faire
des pratiques de la médecine traditionnelle. Ce matériel est
destiné à alimenter des programmes de cultures en champs
pouvant couvrir la demande en matière première, mettant ainsi à
l’abri les biotopes naturels afin de contribuer à la réduction des
pressions anthropiques sur la biodiversité.
Responsable de projet : Monder El Jaziri
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Terrains d’actions
diverses et variées
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Sols contaminés au Katanga
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Une première école
de criminologie en RDC
Ce projet, géré par l'UCL, les FUNDP,
l'ULB et l'UNILU a permis l'instauration
d'un programme de licence en criminologie. Résultat à ce jour : 40 licenciés,
23 titulaires d'un DEA et 4 docteurs.
Il a permis aussi, avec le soutien de
l'APEFE, le développement d'un centre
de recherche et de formation (CEFOCRIM), offrant des activités de services
à la société en matière de criminologie
et de droits humains. Cette structure
remplit une lacune académique
(c'est une première pour le Congo).
Par ailleurs, face aux enjeux politiques
et socio-économiques, la structure
créée est devenue un pôle d'attraction
pour les professionnels de la police et
de la justice et pour les membres de la
société civile amenés à participer à la
restauration de l'État de droit, à la
reconstruction du pays en situation
post-conflictuelle et à la prise en charge
et l'émancipation des populations précaires, marginalisées ou criminalisées.
Cette expertise est également précieuse
dans le cadre de nombreuses réformes
en cours (protection de la jeunesse,
police, justice…) ou pour la gestion de
nouveaux problèmes sociaux (conflits
dans les secteurs minier et foncier).
Responsable de projet : Philippe Mary
Au Katanga, un projet interuniversitaire ciblé (mené côté ULB par le
Service d’Écologie végétale et Biogéochimie) vise à prévenir et à remédier
aux impacts environnementaux des activités minières au Katanga.
Un siècle d’industrie métallurgique a contaminé les sols en métaux
lourds toxiques, dans des zones souvent très peuplées. Le code minier
congolais et la banque mondiale imposent aux entreprises minières des
études d’impact avant l’exploitation et une remise en état après exploitation. Pour répondre à ce défi, il convient de former des spécialistes en
environnement minier et en remédiation et de développer des recherches
en écologie environnementale appliquée. La stratégie de coopération
consiste ici en un renforcement de la formation via la création d’un DEA ;
la mise en place d’outils : jardin expérimental et laboratoire d’écologie ;
et le développement d’un concept-clé : la restauration écologique (4
thèses de doctorat), qui permet de rétablir des végétations sur ces sols
très dégradés (phytostabilisation) par la domestication de plantes adaptées. L’originalité du projet est d’utiliser les ressources de la biodiversité
du Katanga, à savoir des plantes naturellement adaptées au cuivre et au
cobalt.
Résultat : un procédé de restauration écologique a été mis au point,
comprenant un apport d’amendements bloquant les métaux dans le sol,
une plante tolérante à plusieurs métaux et un protocole de plantation.
Responsable de projet : Pierre Meerts
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Biologie moléculaire avec Boumerdes
L’Algérie connaît depuis son indépendance une des plus
fortes croissances démographiques au monde, associée à
une croissance exceptionnelle de sa population universitaire.
Suite au tremblement de terre de 2003 qui ravagea l’Est
d’Alger et en particulier la jeune université de Boumerdes
(25.000 étudiants), des chercheurs de l'ULB se sont engagés
avec le soutien de l’UE, de WBI (Wallonie-Bruxelles International) et de la CUD dans un programme de développement de
l’enseignement et de la recherche en biologie moléculaire.
Ces projets ont débuté par le rééquipement des bibliothèques
et des laboratoires de TP et par la formation des enseignants à
donner des TP modernes. Ils se sont étendus actuellement à
la recherche, trois thèses de doctorat étant en cours au travers
d'un projet PIC (en collaboration avec l'ULg). La commission
interministérielle mixte WBI/Algérie a également approuvé en
2010 un programme de trois ans sur une thématique essentielle
pour ce pays : l’étude et la gestion des eaux de surface.
Responsable de projet : Paul Jacobs
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Traitement de l’ostéo-myélite à Ouagadougou
L’ostéomyélite est une infection aiguë ou chronique de l’os. En Afrique, en
raison d’une hygiène défectueuse, de traitements inadaptés, insuffisants
ou tardifs, la forme chronique est la plus fréquemment rencontrée. Le
traitement est lourd, coûteux pour les familles, et souvent n’est pas
poursuivi jusqu’au bout. Ces raisons ont incité des équipes de chercheurs
de l’ULB, de l’Université de Ouagadougou et de l’ULg à à développer un
gel biorésorbable d’antibiotique à longue durée d’action destiné à être
placé in situ dans les cavités osseuses préalablement curetées par les
chirurgiens. Lorsque les chercheurs ont obtenu l’assurance que les gels
fabriqués étaient de qualité et ne montraient pas de toxicité, des essais
cliniques de phase II ont été menés par des chirurgiens à l’hôpital Yalgado
Ouedraogo. L’étude clinique est toujours en cours, 19 patients ont été
traités avec succès et aucune récidive d’infection n’a été observée à ce
jour. Ces travaux ont fait l’objet d’une thèse de doctorat en co-tutelle
UO-ULB.
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Responsables de projet : Jacques Dubois, Viviane Henschel,
Karim Amighi
Au Mali & au Burkina Faso,
des projets impliquant nos étudiants
Depuis 2006, la Cellule de coopération au développement
de la Faculté des Sciences appliquées permet chaque
année, à une quinzaine d’étudiants, de réaliser différents
projets d’ingénierie dans le domaine de la coopération au
développement. L'objectif est triple : répondre à une
demande d’un pays en développement concernant un
problème technique ; permettre aux étudiants de la Faculté
de réaliser un projet avec les contraintes du terrain au Sud
et en collaboration avec des partenaires locaux ; et tisser
un réseau de solidarité entre différents partenaires au Nord
et au Sud. Les projets portent sur des aspects variés,
comme le séchage d’aliments, l’utilisation de l’énergie
solaire (par exemple pour réaliser un frigo solaire), la
production d’eau potable, la valorisation de la biodiversité
ou la télémédecine. Cinq étudiants de première année de
Master ont élaboré un extracteur solaire d’huiles essentielles au Burkina-Faso, en collaboration avec l’Université
de Ouagadougou (UO). Ce prototype est utilisé par cette
dernière en tant qu’outil pédagogique, de recherche et de
service à la communauté, et a été optimisé conjointement
par l’UO et l’ULB.
Responsables de projet : Benoît Haut,
Antoine Nonclercq, Cédric Boey
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Enseignement des sciences au Burundi
Le projet interuniversitaire ciblé, « Pratique des sciences
expérimentales » mené au Burundi, a permis d’installer un
diplôme d’études spécialisées. Il recrute des enseignants du
secondaire dans les disciplines scientifiques et les forme à la
démarche expérimentale en centrant les pratiques sur le
bagage culturel implicite ou explicite des étudiants. Le but est
de produire des leçons de sciences qui font sens pour les
élèves et qui sont réalisables, même dans des classes surpeuplées, avec du matériel rudimentaire. L’action est partie
d’un constat évident et pourtant trop peu souvent explicité :
il n’y a pas de transfert de savoir et donc d’enseignement,
même scientifique, si l’on ne crée pas les conditions culturelles
de ce transfert. Il fallait donc « rompre » cette tendance au
mimétisme qui enseigne des sciences occidentales, en français,
démultipliant ainsi les difficultés des étudiants
burundais lorsqu’ils doivent essayer de matérialiser les
concepts véhiculés dans ces cours.
Responsable de projet : Pasquale Nardone
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Nos étudiants
& les défis
de la coopération
Deux exemples parmi bien d’autres…
+
LA CODEPO
À POLYTECH…
La Cellule de coopération de l’École polytechnique de
Bruxelles (CODEPO) a pour objectif principal de proposer aux
étudiants de Master un premier investissement dans un projet de coopération au développement.
Elle est gérée par des professeurs et chercheurs de l’École.
Ses missions ont trait essentiellement à :
- la pédagogie, en participant à la formation des étudiants de
l’École et en les amenant à réaliser un projet avec les
contraintes du terrain au Sud, tant techniques que culturelles;
- la recherche scientifique et technique, en produisant des
avancées dans les domaines couverts par les projets et en diffusant l'information dans des journaux scientifiques ou lors
de conférences;
- l'éducation au développement, en offrant une ouverture aux
étudiants de l’École sur la coopération au développement et
les principales problématiques qui y sont liées afin d'en faire
des citoyens et ingénieurs du monde.
Chaque année, ce sont ainsi environ 20 étudiants qui, dans le
cadre d’un projet ou de leur mémoire, partent à l’étranger afin
de s’impliquer dans le développement de procédés de
conservation des aliments, de la télémédecine, des énergies
renouvelables et de valorisation de la biodiversité des pays
du Sud.
DES ÉTUDIANTS INGÉNIEURS ET INFORMATICIENS DE L’ULB CONÇOIVENT UN SYSTÈME
DE GESTION DES SOINS DE SANTÉ SUR MESURE POUR UN HÔPITAL DU NORD-KIVU
Burkina Faso
Contrer les AVC à Bobo-Dioulasso
Il s’agit d’un projet interdisciplinaire dans le cadre du rapprochement des acteurs santé de l’ULB
regroupé au sein du « Pôle santé » et de l’accueil de stagiaires (12 étudiants belges à ce jour) à
la faculté de médecine de l’Université de Bobo Dioulasso au travers du Projet interuniversitaire
ciblé (PIC) « Santé-nutrition-survie de l’enfant ».
Interdiscilinaire, ce projet regroupe des enseignements tels que
la médecine, la pharmacie, la santé publique et la science de la
motricité afin d’atteindre un objectif global : réduire la mortalité
et la morbidité des accidents vasculaires cérébraux (AVC) à BoboDioulasso. Pour ce faire, six étudiants du Nord (Pôle Santé de
l’ULB) ont collaborés avec six étudiants du Sud (Pôle Santé de
Bobo-Dioulasso) pour mettre sur pied un guide diagnostique et
thérapeutique des accidents vasculaires cérébraux, élaborer une
stratégie de communication et d’éducation concernant les facteurs de risques et enfin définir un schéma de réadaptation fonctionnelle des personnes porteuses de séquelles post-accidents
vasculaires cérébraux au niveau périphérique des Centres de
santé et de promotion sociale. Trois tâches primordiales que les
étudiants belges et burkinabés ont accomplis main dans la main.
LA MOTIVATION AVANT TOUT
Ce projet signifie beaucoup pour les étudiants : « Partir dans ce
cadre, c’est aussi collaborer avec d’autres étudiants du Pôle
santé et pouvoir partager des points de vue différents, des com-
pétences et des connaissances. Cela crée une émulation que je
trouve importante pour ouvrir des horizons de réflexions et d’approches humaines et thérapeutiques », explique un étudiant.
Cette motivation est nécessaire puisque les maladies cardio-vasculaires (dont les accidents vasculaires cérébraux) constituent
l’un des 4 principaux types de maladies non transmissibles et
sont responsables de la plupart des décès par ces maladies au
Burkina Faso. Des résultats sont attendus de cette collaboration
au travers des objectifs fixés afin de diminuer les retards de prise
en charge des AVC dus à la méconnaissance des symptômes, les
retards à la prise en charge au niveau des formations sanitaires
périphériques (retard de diagnostic, retard de référence) et un retard dans la réadaptation fonctionnelle. Cela a été possible avec
l’appui et l’encadrement de spécialistes et avec la participation
des agents de santé des zones du projet. Il s’agit donc d’une initiative donnant-donnant, l’un apprenant de l’autre pour obtenir
le meilleur résultat...
> Cécile Collart
Nord-Kivu
Un système de gestion des soins de santé sur mesure
Cet été, une étudiante ingénieure biomédicale de l'École polytechnique et un étudiant
informaticien de la Faculté des Sciences de l'ULB se sont rendus à l'Hôpital de Kirotshe, situé
dans la province du Nord-Kivu en République démocratique du Congo (RDC) dans le cadre de leur
cursus. Leur mission, remplie avec succès, avait pour objectif de proposer, de développer et
d'installer un système informatique adapté permettant de gérer les données des patients de
tout l'hôpital.
Auparavant, toutes les données concernant les patients étaient
consignées sous format papier dans des registres, ce qui rendait la remise de rapports et la compilation des données sanitaires fastidieuses et sujettes aux erreurs. Ajoutons à cela les
difficultés souvent rencontrées en Afrique tels que les ressources humaines ou les infrastructures, et la nécessité d’un
système informatisé devient évidente. Ces systèmes de gestion
des hôpitaux existent déjà, bien entendu, mais sont trop souvent hors de prix et peu adaptés aux réalités du terrain. Dans le
cas de l’hôpital Kirotshe, le système a été mis sur pied en partenariat avec le personnel médical et les autorités du Nord-Kivu
afin que le produit final corresponde au mieux à leurs besoins.
Il s’agit donc d’un système conçu sur mesure en adéquation
avec les tâches quotidiennes ainsi que « d’assurer un passage
‘soft’ vers l’informatisation des registres des patients ». Les
avantages de ce système sont nombreux : facilité d’encodage,
plus besoin d’effectuer les calculs nécessaires aux statistiques,
etc. De plus, le fait que le projet s’intègre dans le cursus des étudiants de l’ULB a sensiblement réduit les coûts du système et
permis de fournir cinq ordinateurs aux différents services de
l’hôpital.
Ce projet, né de la collaboration entre la Cellule de coopération
au développement de l’École polytechnique de l’ULB (CODEPO)
et le Centre scientifique et médical de l’ULB pour les activités de
coopération (le CEMUBAC, qui fête ses 75 ans cette année - voir
p.14) est une première qui sera suivi par d'autres collaborations,
sur le long terme, entre l'ULB et l'Hôpital de Kirotshe. La CODEPO
propose chaque année à une vingtaine d’étudiants de Master,
un premier investissement dans la coopération.
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Reconsidérer nos coopérations ?
Le rôle des
sciences humaines
Dans le cadre d’un programme de la CUD, Pierre Petit
(Laboratoire d’anthropologie des mondes contemporains)
a travaillé sur la question des acteurs émergents de la
société civile qui, depuis une vingtaine d’années, sont
omniprésents dans les politiques d’enseignement,
notamment via les projets de coopération internationale.
Objectif sous-jacent : affiner l’approche des
projets à long terme en répondant au mieux aux
réalités socioculturelles du terrain.
Il faut sans doute remonter à la fin des années 80 pour situer le
changement dans les rapports de coopération Nord-Sud. Dans
de nombreux pays africains, des relais de la société civile
(associations de parents, syndicats d’enseignants, ONG…) ont
été de plus en plus systématiquement associés aux gouvernements en matière d’éducation, et cela dans une démarche
réputée « participative », soutenue par un discours ambiant et
consensuel sur « l’apport des acteurs de terrain » tenu par les
grandes institutions internationales (Banque mondiale,
UNESCO…). Manquait néanmoins une analyse critique de cette
évolution. Non pas pour mettre à mal les nouveaux modèles,
mais plutôt pour tenter de les infléchir dans une démarche
constructive. Ce projet d’analyse critique a été entrepris dans le
cadre d’un partenariat entre l’ULB (Pierre Petit) et l’ULg (Marc
Poncelet).
2015 : « L’ÉDUCATION POUR TOUS » ?
« Un des apports principaux des sciences humaines est ce regard
critique, relatif aux mécanismes de décision et d’implémentation qui s’appliquent au Sud et qui ne sont jamais idéologiquement neutres, explique le chercheur, quoi qu’en disent les
discours techniciens qui les portent. C’est le cas en matière
d’enseignement où la rhétorique actuelle est essentiellement
urgentiste ». Sous couvert de l’urgence (la « Déclaration mondiale de Dakar sur l’éducation pour tous » évoque la date-buttoir de 2015), ce discours impose une obligation de résultats à
court terme, quantifiables, avec tous les dérapages que cela
suppose, notamment en termes de qualité de l’enseignement.
Il y a donc derrière les effets d’annonce autour de l’éducation
pour tous, la mise en place d’une série de mécanismes de donnant-donnant (de l’aide en échange de l’application de politiques définies par des organismes supranationaux) qui
peuvent être néfastes à la qualité de l’éducation d’une part, et
à son financement d’autre part. « Cela peut nuire à la construction des politiques sur le long terme », renchérit Pierre Petit.
+
Pierre Petit
À lire
Société civile et éducation.
Le partenariat à l’épreuve
du terrain, sous la direction de
Petit Pierre, Académia Bruylant,
2010, 224 pages.
cette évolution n’a pas rendu aux États leurs prérogatives traditionnelles en matière d’éducation, l’aide étant toujours conditionnée à certains modus operandi ». Dès lors, on constate que
les programmes de lutte contre la pauvreté sont très largement
inspirés, voire « copiés-collés », de modèles fournis par les
grandes agences internationales. Avec tout ce que cela soustend comme conceptions implicites. « En Occident, nous concevons la société civile selon des modèles peu appropriés aux
sociétés africaines, où il y a une collusion forte entre le politique, la famille, l’économique, le religieux… Ce sont en définitive les élites locales qui jouent souvent le rôle de ‘relais
participatifs’ ». L’ouvrage publié synthétise les résultats des recherches et met l’accent sur ce hiatus entre les discours et les
pratiques, dénonçant une vision idéalisée d’un monde où la
société civile est par nature vertueuse, et où la démocratie participative serait forcément représentative de la base, des populations locales concernées et de leurs attentes. « Il faut être
réaliste en matière de coopération et tenir compte des réalités
sociales et politiques des sociétés aidées. Par ailleurs, le regard de l’anthropologue doit être double et se porter également
sur le fonctionnement des instances nationales et internationales qui définissent, coordonnent et gèrent l’aide des pays du
Nord ». Il n’y a pas de raison, sur le plan scientifique et moins
encore sur le plan éthique, de placer hors de l’analyse ces acteurs centraux des processus de « développement ».
« HARO SUR L’ÉTAT »
L’atomisation de l’éducation autour de la société civile s’est
concrétisée alors que le délitement socio-économique de nombreux Etats africains était à son comble. « Mais, explique Pierre
Petit, on s’est vite rendu compte des limites d’une telle approche.
Au début des années 2000, on est revenu à des plans d’éducation définis au niveau national, avec néanmoins toujours une
large contribution des acteurs de la société civile. Cependant,
ENJEUX
Au départ d’enquêtes de terrain menées dans quatre pays
(Bénin, Congo, Sénégal et Argentine), l’ouvrage Société civile
et éducation. Le partenariat à l’épreuve du terrain offre donc
matière à réflexion sur la nature même de nos coopérations, en
posant en filigrane une série de questions prospectives sur les
possibles évolutions de celles-ci.
Ibrahim
Moungande
Parcours d’un doctorant du Sud
en Arts du spectacle
Doctorant en Faculté de Philosophie et Lettres, Ibrahim
Moubgande est soutenu par une bourse des Fonds
ULB. Étudiant/chercheur inscrit en Sciences de
l’information et de la communication, il prépare depuis
2009 une thèse de doctorat en Arts du spectacle vivant
qui, jusqu’ici, s’intitule « De la pratique rituelle au
spectacle vivant : une approche sémio-anthropologique
du « Nguon » et du « Ngondo » au Cameroun ». Parcours.
Je réalise une thèse en cotutelle, entre Belgique et Cameroun.
Le promoteur de ma thèse est le Pr André Helbo (ULB) et la codirection est assurée par le Pr Bole Butake (Université de
Yaoundé I) qui est mon université d’origine. Il va donc sans dire
que je suis membre du ReSIC (unité de recherche des Sciences
de l’information et de la communication de l’ULB) et fruit de la
coopération Nord/Sud ; coopération qui non seulement a
assuré ma formation mais aussi me soutient financièrement au
quotidien dans la réalisation de ma thèse. L’objectif principal
est de contribuer au développement de la collaboration scientifique entre chercheurs Nord/Sud et surtout de favoriser la mobilité internationale de ces derniers.
APPORTS DE MON PASSAGE EN BELGIQUE
Comment ai-je vécu mon séjour en Belgique et qu'ai-je pu y
mener dans le cadre de mon doctorat ? J’aimerais d’abord rappeler que le doctorat est conféré en principe après trois ou quatre années de recherche postérieures à l’obtention d’un Master,
d’un Diplôme d’études approfondies (DEA) ou de tout diplôme
équivalent. Il porte surtout sur la réalisation d’un travail scientifique original. Dans cette logique, l’ULB (Nord) a été d’un
apport capital dans la préparation de ma thèse ; j’en veux pour
preuve des formations d’accompagnement et/ou des enseignements auxquels j’ai eu l’insigne honneur d’être associé ou de
participer (à l’ULB, à l’Académie royale de Belgique...), des
stages, des séminaires (ethnoscénologie à l’Université de Paris
8), des missions ou stages organisés dans le cadre de l’école
doctorale (Journées Jeunes chercheurs Geriico), la liste n’est pas
exhaustive.
Par ailleurs, une thèse ne peut se faire que dans un cadre adéquat, ce dont nous ne disposons pas toujours dans le Sud. Ainsi
ai-je bénéficié d’une bibliothèque fournie et garnie qui m’a permis de dégager l’originalité de mon travail et d’avancer rapidement dans ma recherche. Au bout de quatre années de recherche
– surtout quand on est encadré par des spécialistes –, on est
bien mieux outillé et en mesure de propager ce savoir acquis
dans son université d’origine une fois rentré au pays.
PROJETS, PARTENARIATS
Une fois que j’aurai défendu ma thèse, le projet le plus probant
est celui de mon retour dans mon université d’origine : l’Université de Yaoundé I. Pour deux raisons majeures : d’une part, pour
mon intégration socioprofessionnelle dans mon pays et en milieu universitaire où j’officie déjà comme enseignant vacataire
depuis quelques années. D’autre part, pour faciliter la mise en
valeur des résultats de ma recherche doctorale. Cela passerait
par la mise sur pied d’un laboratoire ou d’une unité de recherche
à large spectre, à l’image de la formation que j’ai acquise à l’ULB
(sémiologie, anthropologie, ethnoscénologie et par-dessus tout
l’afroscénologie que je défends dans ma thèse…). Ainsi les
miens pourraient bénéficier de mes connaissances. A côté de
toutes ces initiatives, j’aimerais mener des recherches post-doctorales avec l’appui de mon promoteur de recherche dans l’une
des universités partenaires de mon université du Nord : l’ULB.
ÉLARGIR LE SPECTRE DES BÉNÉFICIAIRES
Je me battrai autant que faire se peut pour pérenniser et développer ce partenariat. Dans cette optique, il faudra d’abord améliorer la visibilité de cette coopération au sein de l’Université de
Yaoundé I, car rares sont les chercheurs qui sont au courant non
seulement de son existence mais aussi d’une telle possibilité
de mobilité internationale. Je compte bien faire de la sensibilisation sur ces échanges.
J’envisage aussi de mettre sur pied un laboratoire qui, avec le
temps, pourrait se transformer en école doctorale taillée à la mesure des écoles doctorales occidentales. Ainsi, cette école pourrait se rapprocher de l’ULB pour l’amélioration de son image
scientifique. Je pense aux infrastructures à la pointe de la technologie, au financement des recherches au niveau local. Il ne
serait plus question pour l’ULB, avec cette initiative, de débourser autant de moyens pour la formation d’un seul chercheur
obligé de se mouvoir, mais de mettre ce moyen à la disposition
du laboratoire, celui-ci profitant alors à un collectif de chercheurs. L’idée est d’élargir le spectre des bénéficiaires et de créer
une plate-forme de communication et d’échange d’expérience
(post doctorale, échange d’étudiants…). Pourraient donc se
développer des réseaux de publication et la mise en valeur
des résultats de recherche effectuées tant au Nord qu’au Sud.
Une autre manière de poursuivre et de métamorphoser la coopération Nord-Sud !
> Ibrahim Moungande
L’ULB & LES RELATIONS NORD SUD |
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Phum Rach, village de l’ethnie Tampouan,
à la pointe Nord-Est du Cambodge. Il est
11h30 ce 6 février et une équipe du projet
Annâdya rend visite à Mme Sorya Vik, une
productrice engagée dans l’activité
piscicole du projet. Sur le chemin, un
couple de voisins âgés prépare le repas.
Au menu ? Riz gluant et bouillon de fruit
du jacquier, consommé encore vert...
Annâdya : le bonheur de manger
à sa faim au Cambodge et au Laos
« Il n’y a rien à manger aujourd’hui », nous confie cette grandmère, sans émotion. On ne s’étonne pas de son ton résigné ;
c’était déjà le cas pour de nombreuses familles les semaines
précédentes dans les autres villages. Rien d’autre dans les
marmites que du riz, que l’on consomme ici trempé dans la
sauce de soja et du piment et là-bas avec un peu de poisson
fermenté. C’est la saison sèche et les légumes sauvages se
font rares lors des cueillettes. À cause de la déforestation
galopante et des barrages hydro-électriques, la chasse et la
pèche n’apportent plus que de rares prises.
Dans cette zone reculée comme dans plusieurs régions pauvres d’Asie du Sud et du Sud-Est, on ne peut certes pas parler
de famine. Mais la précarité nutritionnelle demeure bien
réelle, tant sur le plan de la diversité que des quantités. Et la
carence flagrante de micronutriments, de lipides et de protides est mesurable sur les courbes de croissance de trop
nombreux enfants. Dès lors, pour lutter contre l’insécurité
alimentaire, l’Union Européenne a mis sur pied le programme
« Technology Transfer for Food Security in Asia ».
Dans ce cadre, l’ULB a remporté l’un des six fonds mis en
compétition pour un projet visant les provinces frontalières
du Ratanakiri (Cambodge) et d’Attapeu (Laos). Avec ses partenaires l’ULg-Gembloux Agro-Bio Tech, l’Université d’Agriculture de Hanoi et l’ONG Cambodgienne CEDAC, l’ULB s’est
attelée depuis février 2012 à aider les petits producteurs
issus de minorités ethniques à augmenter leur production
agricole et par là à améliorer leur santé nutritionnelle. Inspiré
du terme sanskrit qui signifie « le bonheur de manger à sa
faim », ce projet a été intitulé Annâdya. Il est doté d’un
budget de 3 400 000 euros, financé à 90 % par l’UE, et
s’achèvera début 2015.
5000 PERSONNES AMÉLIORENT LEUR ALIMENTATION
Au 13e mois d’activités, l’heure d’un premier bilan a sonné.
Le projet s’est voué en priorité à augmenter les rendements
rizicoles, pilier de la sécurité alimentaire localement. Au
Cambodge, 191 familles ont testé le Système d’Intensification
du Riz (SRI) ; une méthode entièrement écologique qui
repose sur l’amélioration des pratiques existantes et ne
nécessite ni investissement ni intrant. Le SRI a permis une
augmentation moyenne de 35,5 % des rendements. Près de
1000 personnes ont ainsi obtenu un surplus équivalant à 8
semaines d’alimentation additionnelle.
Parce qu’elle est relativement simple à pratiquer et joue un
rôle nutritionnel important, l’horticulture est aussi promue
par Annâdya. 511 jardins potagers ont été mis en place dans
les deux provinces, permettant déjà à 2800 personnes une
ration régulière de légumes en cette période de saison sèche.
La production animale n’est pas en reste avec 135 petits
élevages avicoles débutés au Cambodge ainsi qu’une dizaine
d’élevages caprins, bovins et porcins au Laos et près de 200
familles impliquées dans la pisciculture dans les deux pays.
Si la volaille et les gros animaux sont généralement considérés comme des activités génératrices de revenus, le poisson
joue quant à lui un rôle direct dans l’amélioration nutritionnelle. On peut évaluer les bénéfices actuels de cette dernière
activité à environ 60 rations de protéines pour chacun des
1100 bénéficiaires.
Outre l’extension du nombre de bénéficiaires, la priorité des
prochains mois va à la petite transformation grâce aux séchoirs
solaires développés par le TIPs (ULB) ; l’accès des producteurs
au marché ; l’organisation communautaire de base; l’étude
des pratiques alimentaires et la sensibilisation à l’équilibre
nutritionnel.
ANNÂDYA : UNE ÉQUIPE MULTIDISCIPLINAIRE
Annâdya repose sur la complémentarité d’expertises
anthropologique (Prof. P. Petit, directeur du projet, LAMC-ULB) ;
agronomique (Prof. P. Lebailly et C.Delannoy, ULg-Gx ABT;
Prof. Vu Dinh T., HUA ; CEDAC) ; d’ingénierie (B. Haut, TIPsULB) ; de santé publique (Prof. P. Donnen, Erasme-ULB) ; et
de gestion administrative et financière (J-L. Moortgat, DREULB). Sur le terrain, Annâdya est géré par A. Schubert
(conceptrice du projet, ULB).
Burundi
Économiste et sociologue, titulaire de la Chaire Marie et Alain Philippson en développement humain durable, Philip Verwimp s’intéresse à la santé des enfants et à la sousnutrition en Afrique « parce qu’elle aura inévitablement des répercussions sur
l’économie du pays à moyen terme : un enfant mal nourri avant 5 ans risque de présenter une croissance insuffisante, un développement cérébral inférieur, des problèmes de santé à répétition, une scolarité réduite et donc, à l’âge adulte, une
qualification faible » explique le chercheur.
Des enfants mal nourris avant
cinq ans et l’économie du
pays trinque quelques années
plus tard… Des chercheurs de
la Faculté Solvay Brussels
School of Economics and
Management –ECARES et
CERMI – l’observent en Afrique.
Au lendemain des conflits armés des années 90, Philip Verwimp a lancé une vaste
étude de terrain auprès de quelque 1.400 ménages au Burundi afin de dresser un
bilan de leurs santé, scolarité, niveau de vie… Cinq ans plus tard, il y est retourné
pour mesurer les éventuelles évolutions.
AU SEIN DES MÉNAGES
Cet été, Kasia Cieslik, Jesse d’Anjou et Lionel Ngenzebuke, tous trois doctorants de
la Faculté Solvay Brussels Schoof of Economics and Management ont collecté de
nouvelles données auprès des mêmes ménages, avec le soutien du
FNRS. « Ils sont allés à la rencontre de la population locale et ont
conduit des entretiens pour comprendre comment s’organise la distribution des ressources au sein des ménages, comment les familles
gèrent leur budget. Nous essayons de répondre à une question centrale : si nous voulons que l’argent bénéficie au bien-être de tous les
membres du ménage et en particulier aux enfants, à qui devonsnous le donner et sous quelle forme ? »
Une des originalités de l’étude est qu’elle suit sur tout le pays,
les mêmes ménages depuis près de quinze ans, soit avant la
guerre civile, au lendemain de celle-ci et quelques années plus
tard. « Nous avons notamment observé que les jeunes commencent désormais à profiter du retour à la paix au Burundi : ils
osent ouvrir un commerce ou lancer leur entreprise ; la scolarisation augmente puisque les frais pour l’école primaire ont
disparu… Mais la croissance économique est encore lente, plus lente
que ce qui a déjà été observé dans d’autres pays frappés par un conflit. En cause,
sans doute, l’instabilité politique du pays encore forte » souligne Philip Verwimp.
L’étude prend aussi en compte l’évolution de ces ménages : mariages, naissances,
décès, déménagements, etc. - afin de pointer un éventuel effet “générations” (par
exemple, le bien-être des nouveaux ménages est-il lié au bien-être des parents ?).
HYPOTHÈSES TESTÉES
Les équipes de l’ULB travaillent avec un partenaire local qui implante en 2013 différentes formules d’aide auprès des 1.400 ménages observés : don, crédit, rien. Les
chercheurs vont ensuite mesurer l’impact de chaque mesure sur le bien-être de ces
ménages. Cette approche s’inscrit dans un mouvement international de mesure de
l’impact des actions de développement.
« Grâce à notre étude longitudinale, nous espérons identifier la meilleure manière
d’aider les ménages. Nous devons en effet savoir s’il est plus judicieux de donner de
l’argent au père, souvent accusé de le gaspiller en alcool ou distractions ou plutôt à
la mère et en quelle proportion. Nous devons également tester s’il est préférable d’apporter cette aide sous forme de don ou plutôt de prêt, ce qui, selon certaines théories,
responsabiliserait plus les bénéficiaires… Chaque hypothèse sera testée. Pour éviter
des jalousies ou rivalités entre ménages, nous appliquerons une même mesure dans
tout un village » précise Philip Verwimp.
Les résultats de cette vaste étude de terrain devraient être présentés en 2014-2015, lors
d’un workshop qui réunira les acteurs politiques et associatifs de l’aide au développement afin de transposer sur le terrain les enseignements acquis…
Compétences croisées
Conduite au sein de la Faculté Solvay
Brussels School of Economics and Management, cette vaste étude croise les intérêts et les compétences de plusieurs
groupes de recherche. Aux côtés de Philip
Verwimp, on trouve Bram de Rock
(ECARES, European Centre for Advanced
Research in Economics and Statistics)
qui, grâce à une bourse du Conseil européen de la recherche (ERC), étudie les
comportements de consommation des
ménages. Co-directrice du Centre Européen
de Microfinance (Cermi), Ariane Szafarz
participe également à cette recherche ;
tout comme Marek Hudon, partenaire
d’un Pôle d’attraction interuniversitaire
(PAI) sur les entreprises sociales, actives
en majorité dans les pays du sud.
L’ULB & LES RELATIONS NORD SUD |
Économie des ménages et du pays
sous la loupe
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Au Congo,
le CEMUBAC
& la coopération
médicale
Le CEMUBAC « Centre scientifique et médical de l'Université libre de Bruxelles pour ses
activités de coopération » est comme son nom l’indique une ONG de l’ULB spécialisée
dans des actions de coopération de type médical. Elle travaille depuis 75 ans
principalement dans le domaine de la santé publique et de l’organisation des systèmes de
santé dans les pays d’Afrique centrale. Depuis peu, elle a également développé des
activités en matière d’éducation au développement auprès de la communauté universitaire.
En tant qu’ONG « universitaire », le CEMUBAC agit selon un modèle de coopération scientifique et médicale tenant
compte, d’une part, des priorités identifiées sur le terrain avec ses partenaires
et, d’autre part, des spécificités d’une
organisation de coopération universitaire.
UN MODÈLE DE COOPÉRATION
Ce modèle définit les trois principes qui
guident ses interventions depuis plusieurs années : l’appui au fonctionnement global des systèmes de santé ;
le développement d’un programme de
formation continue et la promotion d’un
programme de recherche appliquée.
DES ACTIONS ET DE LA FORMATION
Depuis quelques années, le CEMUBAC a
concentré ses actions de développement sur la seule République démocratique du Congo (RDC) où il conduit des
actions dont la finalité est le renforcement du système public de santé et le
développement des compétences des
acteurs de ce système. Les projets y
sont mis en œuvre par des équipes
congolaises, en collaboration étroite
avec les autorités et les acteurs du terrain, et avec l’appui ponctuel d’experts
extérieurs. En matière de formation,
chaque projet est associé à un plan de
formation du personnel. C’est ainsi que
sur les 10 dernières années, une quarantaine de bourses ont été attribuées
aux cadres congolais partenaires des
projets.
Outre les projets de développement au
Sud, le CEMUBAC s’implique activement, depuis quelques années, dans
des activités d’éducation au développement à destination de l’ensemble de la
communauté universitaire de l’ULB.
L’objectif de ce volet est de sensibiliser
le public à la question des relations
Nord-Sud, et de promouvoir l’adoption
de comportements et de pratiques en
faveur d’un monde plus juste et solidaire.
PROJETS
De manière concrète, à l’aube 2013,
le CEMUBAC mène actuellement :
• Un programme de 3 ans (2011-2013)
cofinancé par la coopération belge ;
• Un projet d’urgence d’appui à la zone
de santé de Kirotshe, financé par
Oxfam-Novib ;
• Une enquête sur la maternité sans
risque financée par le FNUAP.
PARTENARIATS
Le CEMUBAC est partenaire dans :
• Le projet 10e FED de l’Union
européenne ;
• Un projet de prise en charge des
femmes victimes des violences sexuelles
en collaboration avec Oxfam-Novib
(financement de l’Union européenne) ;
• La réalisation de deux projets de
coopération universitaire.
Et plusieurs projets sont en préparation
(formation en gynécologie – obstétrique
des médecins du Kivu, projet de prise
en charge de la mère et de l’enfant au
Nord-Kivu, etc.).
LES FINANCEMENTS
Deux types de financement permettent
au CEMUBAC de mener des actions sur
le terrain :
• celui obtenu de la DGD – la Direction
générale de la coopération belge – (impliquant un apport de 20 % de la part du
CEMUBAC) qui lui permet de négocier le
contenu de ses actions ;
• ceux obtenus via des bailleurs de
fonds (Banque mondiale, Union européenne…). Dans ce cas le contenu est
imposé par le bailleur, mais le financement est généralement de 100%.
Les fonds mobilisés par le CEMUBAC
pour assurer sa part de cofinancement
dans le budget de certains projets (en
particulier dans le programme cofinancé
par la coopération belge) proviennent
notamment de la dotation annuelle
apportée par l’Université libre de
Bruxelles ; des appuis réguliers apportés
par les « Fonds David et Alice
Van Buuren » et « Fonds Héger-Masson » ;
des recettes générées par les nombreuses
missions effectuées par les cadres du
CEMUBAC.
Entre Ouaga et Bruxelles,
son cœur balance
Formé à l’Institut de Pharmacie de l’ULB, Issa Some est depuis une dizaine d’années
professeur dans son pays d’origine, le Burkina Faso, à Ouagadougou. Il a passé quelques
semaines en Belgique, dans le cadre de la Chaire Coopération du BRIC en 2011. Qu’a-t-il
conservé comme souvenirs et comme liens avec son Alma Mater belge ? Quel est le sens
de ses recherches et des collaborations internationales auxquelles il participe?
Comment en suis-je venu à poursuivre des études de pharmacie à Bruxelles ? Dès mon adolescence j’ai été attiré par le domaine de la santé. Une fois mon Baccalauréat en poche, plutôt
que la médecine, j’ai préféré suivre des études de pharmacie
à Dakar, sur les conseils d’un ami qui depuis est devenu un
collègue à l’Université de Ouagadougou. Nous avons donc
suivi la même formation ensemble. Or vers la fin des années
80, à Dakar, il y avait beaucoup de troubles sociaux et politiques. Le Sénégal a décidé à l’époque de fermer l’Université,
en invalidant l’année en cours. Notre gouvernement a alors
tenté de trouver des solutions pour nous permettre de poursuivre notre cursus. C’est comme cela que nous sommes venus
en Belgique, à l’Université libre de Bruxelles, pour poursuivre
nos licences.
Il faut préciser que les relations entre l’Université de Ouaga et
celle de Bruxelles étaient soutenues, grâce aux professeurs
Léopold Molle et Michel Hanocq, qui fut président de l’Institut
de pharmacie à l’ULB, et ainsi qu’au ministre burkinabé de
l’Enseignement supérieur de l’époque, le professeur Mouhoussine Nacro. De ce fait, l’ULB a accepté de nous admettre
directement dans l’année en cours, sans nous obliger à recommencer les candidatures.
SPÉCIFICITÉS DES ÉTUDES…
À Dakar, les études de pharmacie étaient beaucoup plus axées
sur la biologie, adaptées à nos réalités de terrain, à nos pathologies… À Bruxelles, l’orientation était plus centrée sur la chimie
et la chimie-physique, qui mènent à la fabrication de médicaments. En Belgique, j’ai pu bénéficier d’un encadrement technique et de TP beaucoup plus poussés qu’à Dakar.
En 1991, j’ai enchaîné avec une licence spéciale en Chimie analytique et je suis rentré ensuite au pays pour revenir peu de
temps après à l’ULB, effectuer mon doctorat. Ce choix de la chimie analytique correspond à ma volonté initiale de revenir travailler et vivre au Burkina Faso. C’est précisément l’époque où
l’ULB a aidé notre Université à monter sa section « pharmacie ».
Des professeurs belges sont donc venus chez nous pour assurer
les enseignements et ont dans le même temps formé la relève
burkinabè. Ma thèse, consacrée à la modélisation des cinétiques chimiques, concernait l’affinement du mode de traitement de données des études de stabilité sur les médicaments.
…GUINDAILLES INOUBLIABLES AUSSI !
Concernant mon passage à l’ULB, ce qui m’a beaucoup marqué - d’un point de vue plus social et culturel - et même si je
n’ai pas été baptisé, c’est… le folklore estudiantin ! Ce sont les
guindailles auxquelles j’ai pu participer. J’ai particulièrement
apprécié cet aspect qui marque le début de l’année à l’ULB.
Côté moins drôle, si tout se passait pour le mieux sur le campus
universitaire, je me rappelle avoir subi pas mal de contrôles policiers dès que je m’aventurais vers le centre-ville. Je suis en
tous les cas devenu un peu Belge de cœur grâce à l’Université !
Je suis plus que jamais
persuadé de l’importance
de ce type de coopérations
entre Nord et Sud
tant pour nos pays que
pour les universités du Nord.
Imaginer par exemple
la compréhension
des changements climatiques
sans une coopération entre
nos spécialistes des forêts équatoriales
et les spécialistes du Nord
en climatologie ?
L’ULB & LES RELATIONS NORD SUD |
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Issa Some
L’ULB & LES RELATIONS NORD SUD |
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RETOUR À OUAGA
Depuis la fin des années 90, j’enseigne la chimie
analytique à Ouagadougou où j’ai repris les cours
du professeur Van Damme ainsi que le cours de
bromatologie. J’étais en 2011 à Bruxelles en tant
qu’unique titulaire de la Chaire de coopération internationale du BRIC. Objectif : analyser les potentialités d’un Projet interuniversitaire ciblé
(PIC) de la Commission universitaire pour le développement (CUD) relatif aux métaux lourds sur
sites pollués. Ce problème est aigu chez nous ; il
concerne très concrètement l’accès à l’eau potable. Dans le Nord du pays, environ 2000 forages ont été effectués pour mettre des puits à
disposition des populations. Des problèmes de
dermatose ont été détectés, parce que ces puits
ont été contaminés à l’arsenic. Nous avons donc
entamé l’analyse de cette eau. L’intérêt de mon
séjour en Belgique était de voir comment disposer de méthodes simples, peu chères et efficaces
pour réaliser ce type d’analyses de terrain. Le second aspect consistait à envisager une manière
de disposer de technologies relativement simples pour éliminer l’arsenic contaminant. Ce
sont les deux axes de travail sur lesquels le Prof.
Jean-Michel Kaufmann et moi-même travaillons.
Concernant ce problème des nappes aquifères,
je pense que le travail doit se poursuivre sur
d’autres sites également. Le Burkina est un pays
aurifère et j’ai l’intime conviction que d’autres
contaminations par métaux lourds sont en
cause.
COOPÉRATION INTERNATIONALE
Je participe par ailleurs à une collaboration internationale avec la France, le Mali et le Sénégal
(Unité mixte internationale – équipe pollution/santé/environnement/société). Ce projet
doit permettre de comprendre la dynamique de
la pollution et l’impact sur la santé et sur le vécu
des populations. Des anthropologues, des géographes, des chimistes, des médecins, des
pharmaciens travaillent en synergie pour tenter
d’apporter des réponses à des problématiques
similaires à toute une région d’Afrique.
Je suis plus que jamais persuadé de l’importance de ce type de coopérations entre Nord et
Sud tant pour nos pays que pour les universités
du Nord. Imaginer par exemple la compréhension des changements climatiques sans une
coopération entre nos spécialistes des forêts
équatoriales et les spécialistes du Nord en climatologie ?
Certaines problématiques sont transversales.
Les poussières en provenance du Sahara remontent vers le Nord ; les chercheurs d’or du
Brésil chauffent du mercure pour extraire l’or et
provoquent une pollution atmosphérique qui
s’échappe et se retrouve au gré des courants en
Norvège ou en Suède… Le second aspect est
l’aspect humain : abaisser les barrières entre les
peuples ne peut se faire qu’au travers d’une
compréhension mutuelle et par l’échange. La
recherche, à sa manière, peut aussi y contribuer.
> Issa Some
Professeur de Chimie analytique et de Bromatologie à la
Faculté de Pharmacie de l'Université de Ouagadougou,
Burkina Faso
Étudiants
d’ailleurs...
vies d’ici
Ils sont venus chez nous. Certains sont repartis,
d’autres sont restés, d’autres encore ont migré ailleurs…
Ils sont venus se former dans une université ou une
Haute école supérieure en Belgique. Qui sont-ils ?
Comment ont-ils vécu leur passage dans notre pays ?
Comment ont-ils participé au brassage des savoirs, des
idées et des compétences entre Nord et Sud… ? Une
exposition a retracé les parcours humains de ces exétudiants. En voici des extraits, introduits par quelques
mots d’Andrea Rea (Groupe d'études sur le racisme, les
migrations et l'exclusion - GERME) associé à ce projet
pour le volet scientifique.
La mobilité, pour des étudiants étrangers non européens, relève souvent du
« parcours du combattant »…
Andrea Rea : Chacun sait que la mobilité d’étudiants ou d’académiques,
lorsqu’elle concerne des Européens, est relativement aisée. Un billet d’avion
et un passeport en règle suffisent la plupart du temps. Ce n’est pas du tout le
cas lorsque des collègues du Sud désirent venir chez nous… En dévoilant les
parcours de ces étudiants du Sud qui viennent se former chez nous, nous
avons voulu montrer leur réalité quotidienne. Nous avons cherché à parler
d’un phénomène peu et mal évoqué jusqu’ici, en dépassant les clichés et
fantasmes habituels encore trop souvent colportés. Comme l’idée que beaucoup d’entre eux sont des « faux étudiants » venus pour se fixer chez nous,
etc. Le phénomène existe mais il doit être ramené à sa juste proportion.
Beaucoup de ces personnes proviennent de pays en développement. Nos
études montrent néanmoins un phénomène récent : le nombre de ces étudiants-là diminuent alors que la mobilité intra-européenne, elle, se développe. Cela pose dès lors des questions sur le devenir de notre coopération
au développement en matière d’enseignement.
Esprit libre : Pour ces étudiants, la question financière est particulièrement
épineuse…
Andrea Rea : Venir étudier chez nous coûte très cher. La question du coût de
la vie est un problème aigu pour eux ; en particulier pour ceux qui ne bénéficient pas de bourses et doivent travailler pour payer leur séjour.
Esprit libre : Au-delà de la problématique des études se profile la question de
la mobilité…
Andrea Rea : On compte chez nous beaucoup de Marocains, de Congolais, de
Camerounais mais aussi des étudiants vietnamiens, boliviens, iraniens, etc.
Nombreux sont ceux qui désirent retourner chez eux après leur formation ;
certains veulent rester mais sont confrontés à des législations très strictes qui
les en empêchent ; d’autres se marient, etc. Ce qui veut dire que des trajectoires de vie peuvent changer parce que la vie en a décidé ainsi. Une troisième possibilité après les études est de partir ailleurs : aux USA, en
Allemagne, au Japon... C’est s’inscrire dans l’idée, très dans l’air du temps,
de la mobilité. Ce phénomène est relativement neuf.
Il y a rarement des « plans » prévus de longue date dans le chef de ces étudiants étrangers qui envisageaient dès le départ de s’ancrer chez nous… C’est
un message qu’il est utile de rappeler, ou plus simplement de faire connaître.
Parcours

Wilfried
Wielfried, Ivoirien, Master Complémentaire en Développement, Environnement et Société. Faculté universitaire
des Sciences agronomiques de Gembloux.
« Pour moi, si j’obtiens la distinction et que j’ai la bourse,
je fais le doctorat et je rentre au pays pour faire passer le
savoir. Ça c’est mon objectif, professeur à l’Université,
dans mon pays. Chaque jour j’y pense et ça me donne de
la force pour aller de l’avant. »

Ahmad
Ahmad Aminian, Iranien, a teminé un 3e cycle en Philosophie à l'ULB ; il est médiateur scolaire et formateur en
pédagogie interculturelle auprès de la Ville de Bruxelles.
« J’avais rencontré une femme, elle était en philologie
classique, elle faisait grec. Moi j’étais en philologie orientale donc déjà on était, Orient/Occident. Elle m’a beaucoup aidé, c’était en deuxième candi, elle était mon
dictionnaire. Quand j’avais une question sur un mot de
vocabulaire, elle me disait ça signifie ça, et je le notais,
je ne devais plus aller chercher dans le dictionnaire. Alors
c’est comme ça que je me suis marié avec elle. »

Martine
Martine Cecile, Camerounaise, a poursuivi un 3e cycle en
études du Développement à l’UCL. Elle y mène depuis
2008 sa recherche doctorale sur la thématique du genre
et développement : lancement d'un projet de microfinancement et de formation des femmes Bayam-sellam,
de dix marchés populaires de Yaoundé.
« Nous avons eu une bonne scolarisation. Ma mère se privait pour nous donner des répétiteurs, ce qui est exceptionnel dans ce contexte. Elle a élevé ses 9 enfants
quasiment seule. Le savoir a plusieurs visages, il est spirituel, humain, et ma mère, qui n’est pas allée à l’école,
est l’encyclopédie universelle du savoir. J’ai hérité de ce
système de débrouillardise dans un contexte de dépouillement matériel, je viens d’un univers de femmes
qui se sont toujours débrouillées. »
+
À lire
Migrer pour un diplôme. Les étudiants étrangers,
Franck Caestecker & Andrea Rea, Éditions E. Bruylant, 2011.
L’ULB & LES RELATIONS NORD SUD |
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Walid

Walid Ammar, est ancien étudiant en médecine de l'ULB, libanais, actuellement directeur du ministère de la santé publique dans son pays.
Commissaire à l'OMS, professeur en faculté de médecine au Liban, il a
fondé la section Liban de l'UAE et est membre fondateur de la maison
laïque de Beyrouth.
« Je me suis intéressé au Cercle du libre examen et j’y suis toujours.
C’est un climat de diversité culturelle, de tolérance et d’ouverture. On
ne peut pas passer par l’ULB sans être touché par la philosophie de
l’ULB (…) Je continue avec quelques collègues à transmettre cette philosophie de libre examen et de laïcité ici au Liban, c'est une chose dont
on besoin dans ce pays. »

Housni
Housni, Marocain, est étudiant en Master ingénieur civil en gestion
et technologies à l’école Polytechnique de l’ULB.

Khiti
« Je suis d’une reconnaissance absolue pour mon père et ma mère,
vraiment ils ont fait tout ce qu’il fallait pour nous pousser à étudier, à
être autonome, pour les filles hein, pour les garçons il n’y avait pas de
problèmes on les faisait étudier le plus loin possible, mais les filles
bon, elles devaient juste savoir lire et écrire et puis c’est tout. Mon père
et ma mère disaient : il faut que vous soyez indépendantes, il ne faut
pas que vous tendiez la main à votre mari pour avoir de l’argent, pour
aller au Hammam, au bain. »

Luis
Luis, Bolivien, a terminé son Master in Microfinance à Solvay.
Aujourd'hui, il est expert indépendant en microfinance dans un
projet en Haïti. Ici avec son amie belge, qui l'a suivi en Bolivie.

Ahn
Ces témoignages ont été recueillis et présentés dans le cadre de
l’exposition « Les voyageurs du
savoir. Partir pour un diplôme »
Salle Allende, ULB 2011.
PHOTOS : BERNARD BOCCARA © DROITS RÉSERVÉS ULB.
Ahn vient de terminer un Master en micro finance à Solvay ; elle est
repartie travailler au ministère de l'agriculture au Vietnam, son pays
d’origine.
Les bourses de
doctorat de l’ULB
Lewin – de Castro
Le Fonds Lewin – de Castro est institué grâce à la générosité de Monsieur et Madame Jacques Lewin – Inès Henriques de Castro,
à la mémoire de leur fils Paul, Igor, François, un enfant de huit ans assassiné dans les camps de concentration en 1943.
La volonté des donateurs et de leurs représentants est de perpétuer des valeurs de tolérance et de vigilance. De tolérance
vis-à-vis des choix politiques, philosophiques, religieux de chacun pour autant qu’ils s’expriment dans le respect des
valeurs démocratiques, vigilance et prise de position à l’égard de toute manifestation antidémocratique ou raciste.
Dans cet esprit, les bénéficiaires du Fonds s’engagent à respecter et à défendre dans la parole et dans les actes ces valeurs.
Xénophilia
Le Fonds Xénophilia a été constitué grâce à la générosité de Monsieur et Madame Thierry Lepage. La philosophie du Fonds
s'inspire, d'une part, des principes du libre examen, c'est-à-dire des principes de la liberté de conscience et de la réflexion
critique, d'autre part, ainsi que son nom l'indique, de la notion de xénophilie telle qu'elle est couramment définie par les
dictionnaires et qui implique une attitude empreinte de sympathie, de curiosité à l'égard des étrangers ainsi que des valeurs
qu'ils sont susceptibles de partager avec nous ou de nous apporter. En outre, elle met en jeu ouverture d'esprit et tolérance.
Les étudiants bénéficiaires devront adhérer à la philosophie qui sous-tend le Fonds.
19
L’ULB & LES RELATIONS NORD SUD |
L’ULB dispose, grâce à ses fonds propres, mais également grâce à des
donateurs, de financements pour des bourses de doctorat s’adressant aux
jeunes chercheurs du Sud. Le Fonds Xénophilia, le Fonds Jacques Lewin – Inès
Henriques de Castro et le Fonds des bourses de coopération de l’ULB octroient
des bourses de doctorat ayant pour but de permettre à des étudiants issus de
pays en développement d’effectuer leur thèse de doctorat dans une unité de
recherche de l’ULB, dans l’optique d’un retour dans leur pays.
À l’ULB…
…la coopération universitaire
au développement
Notre action vise notamment à renforcer les capacités humaines, scientifiques et de gestion des universités partenaires du Sud. Elle s’effectue toujours avec des partenaires universitaires académiques, sans lien direct avec
les régimes politiques des pays dans lesquels nous travaillons.
Les activités de coopération participent pleinement à l’internationalisation
de l’ULB. Elles constituent l’une des priorités des autorités académiques.
La longue tradition de l’ULB dans le champ de la coopération au développement est aussi merveilleusement illustrée par le travail de sa principale ONG,
le CEMUBAC, essentiellement active dans le domaine médical, notamment en
Afrique.
Concrètement
Contacts :
En matière de coopération au développement, le Service des Relations
internationales :
• informe la communauté universitaire des financements disponibles
• offre une aide professionnelle aux promoteurs dans le montage de projets
• assure la participation de l’ULB aux activités de la CUD
• propose divers types de financement
• organise annuellement une « Journée de la Coopération »
• veille à l’accueil des étudiants boursiers du Sud
• assure la gestion d’une « Chaire coopération » permettant d’accueillir
pendant un mois une personnalité d’une université du Sud
Gaëlle DUCARME
Département des Relations extérieures -Service des Relations internationales
Avenue Jeanne 52, CP 131/2 - 1050 Bruxelles - Belgique
Tél.: +32 (0)2 650 31 52 • Fax : +32 (0)2 650 49 65
Mail : Gaelle.Ducarme@ulb.ac.be
Infos :
www.ulb.ac.be/international
SUPERVISEUR D’ANNÂDYA (VOIR PAGE 12) COMPARANT DES PLANTS DE RIZ CULTIVÉS SOIT SELON LA MÉTHODE
TRADITIONNELLE (MAIN GAUCHE), SOIT VIA LE SRI (SYSTÈME D’INTENSIFICATION DU RIZ). KATIENG, CAMBODGE.
L’ULB & LA COOPÉRATION
• Cette brochure a été réalisée par le Département des Relations extérieures (Service des Relations internationales & Service Communication). Son contenu est
essentiellement composé d’articles parus dans le magazine de l’Université, Esprit libre, entre 2010 et 2013 (& mis à jour) • Éditeur responsable : Anne Lentiez
• Rédacteurs : Cécile Collart, Alain Dauchot, Nathalie Gobbe, Annick Schubert • Parution : Mars 2013 • Mise en page : Geluck, Suykens & Partners
L'Université libre de Bruxelles, en concertation avec sa coordination environnementale,mène une politique soucieuse des aspects écologiques, notamment en ce qui concerne l'édition de ses publications "papier".
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