juillet 2009

juillet 2009
ESPRIT
LIBRE
BELGIQUE-BELGIE
P.P. - P.B.
1099 BRUXELLES X
BC1587
FAIRE ÉCHEC
À LA SÉLECTION
Promotion « réussite »
à l’ULB
DE L’INFLUENCE
DU SOMMEIL
Cerveau
sous surveillance
Université virtuelle &
nouvelles technologies
RECHERCHE
MÉDICALE &
INDÉPENDANCE
DU CHERCHEUR
Pas toujours simple…
APPRENDRE… AUTREMENT & APPRENDRE… À APPRENDRE
JACQUES E.
DUMONT
La science
entreprenante !
N° 7 - JUILLET 2009
PÉRIODIQUE - PARAÎT 5 FOIS PAR AN
M A G A Z I N E D E L’ U N I V E R S I T É L I B R E D E B R U X E L L E S
10
12
04
édito
14
18
Université &
responsabilité sociétale
24
28
Ce numéro d’Esprit Libre reflète particulièrement bien la responsabilité sociétale de l’université et le pari de la qualité dans ses missions essentielles :
la formation et la recherche.
Mobilisée contre l’échec depuis 40 ans, l’ULB n’a eu de cesse, ces dernières
années, de multiplier les dispositifs pour aider les étudiants – et les enseignants – à vaincre les difficultés des premières années d’université.
N° 7 - JUILLET 2009
02
À VOIR, À FAIRE À L’ULB… OU AILLEURS
04
UNIVERSITÉ VIRTUELLE &
NOUVELLES TECHNOLOGIES
Apprendre à apprendre
Quand la révolution numérique bouscule
les chemins du savoir . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 05
Pour la recherche, je voudrais encore et toujours en souligner l’excellence, en
me réjouissant que la relève est bel et bien assurée. Pour preuve, les portraits
croisés des jeunes et brillants scientifiques, évoqués dans cette édition, et qui
ont décroché – voire collectionné – des récompenses prestigieuses. Ils n’ont
pas 40 ans, deux d’entre eux ont à peine 29 ans ! Ce mouvement général est
des plus prometteurs.
Université virtuelle
Un « remue-méninges »
qui se fait en ligne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 08
Faire échec à la sélection
Promotion « réussite » à l’ULB
Une recherche qui n’est ni désincarnée, ni coupée de la réalité. Prolifération
bactérienne, phénomène du binge drinking, politique salariale, hyperactivité
et troubles du sommeil… quelques thèmes qui témoignent de la diversité et de
l’ancrage social de nos intérêts scientifiques.
J’évoquerai pour l’heure, du bout de la plume, les 175 ans de notre Alma Mater
dont la célébration commencera officiellement en novembre prochain. Sachez
d’emblée que nous voulons en faire un moment privilégié pour promouvoir ce
que l’ULB est et fait… de mieux, de rare, de courageux. Mais aussi pour vous,
pour nous retrouver, « anciens », amis, forces vives d’aujourd’hui, pour préparer ensemble le prochain quart de siècle.
...................
10
Région wallonne. Focus sur des bactéries
hyperprolifératives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
Salaires à l’étude
........................................
L’Antiquité, objet d’étude : pour
comprendre le monde contemporain
16
.........
13
14
ULBcdaire : L’UNIF EN BRÈVES...
Albert Art
Entre sciences et montagne,
une vie d’escalade . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
> Philippe Vincke,
Recteur
Recherche médicale &
indépendance du chercheur
Pas toujours simple… . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
Du trypanosome
au poisson-zèbre
........................................
Jacques E. Dumont
La science entreprenante !
Ce numéro reflète particulièrement
bien la responsabilité sociétale
de l’université et le pari de la qualité
dans ses missions essentielles :
la formation et la recherche.
........................
23
24
De l’influence du sommeil
Cerveau sous surveillance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
Jean Van Wetter. Au-delà et en deça
de la Grande Muraille… . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
Sciences naturelles
Dans le sillage du capitaine Baudin
30
LIVRES
...........
28
UNIVERSITÉ VIRTUELLE & NOUVELLES TECHNOLOGIES |
04
Université
virtuelle &
nouvelles
technologies
APPRENDRE… AUTREMENT &
APPRENDRE… À APPRENDRE
Depuis 1998, l’UV, le site de l’Université virtuelle de l’ULB,
abrite les sites officiels des enseignements de notre Université.
Les étudiants peuvent y trouver documents, forums de discussion, tests en ligne, énoncés de travaux, tutoriels multimédias, etc. Les enseignants quant à eux peuvent aisément
mettre en ligne et gérer ces différents éléments sans avoir à
se soucier du problème des accès, du support technique ou
de la pérennité du site…
L’évolution numérique est en marche sur nos campus. En parallèle, il faut sans doute s’inquiéter du piètre niveau de performance des (futurs) étudiants du supérieur lorsqu’il s’agit
d’utiliser de façon rationnelle et critique les outils de recherche
documentaire modernes – Internet en tête – comme le révélait
une enquête publiée en 2008… PHOTO : J.M. CLAJOT
ESPRIT LIBRE | JUILLET 2009 | N° 7
Apprendre à apprendre
Quand la révolution numérique
bouscule les chemins du savoir
En juin 2008 paraissait le rapport de synthèse d’une vaste enquête relative
« aux compétences documentaires et informationnelles des étudiants
accédant à l’enseignement supérieur en Communauté française ». Une
enquête pour le moins troublante, révélant de façon significative un niveau
de performance moyen assez médiocre. Des lacunes qui s’expliquent
notamment par le manque de préparation à la recherche documentaire et
aux « nouveaux » outils de communication. Internet en tête, outil pourtant
devenu incontournable...
Cette enquête (1) est en réalité l’adaptation pour la Communauté française de Belgique d’une étude menée au Québec
en 2002. 35 institutions d’enseignement supérieur (dont 8
des 9 universités de la CFWB) avaient accepté de participer
à cette recherche. 20 questions, réparties en 5 thèmes
représentant les étapes de la recherche documentaire, ont
été posées à un échantillon aléatoire de 4.388 étudiants du
secondaire allant accéder pour la première fois à l’enseignement supérieur. Les résultats sont sans appel avec un taux
moyen de « réussite » de 7,67/20. 92 % n’obtiennent pas
12/20 ; le taux d’incertitude (ceux qui ont répondu « ne sait
pas » ou n’ont pas répondu) est lui aussi assez éloquent.
FAIBLESSES
De fait, la préparation des étudiants à la recherche documentaire est un terrain laissé en jachère depuis trop longtemps
dans l’enseignement secondaire. Le supérieur fait mieux
sans doute, même si ce type de formation reste encore le
parent pauvre de l’outillage pédagogique proposé aux étudiants, et cela dans bien des domaines. Dans le supérieur à
orientation pédagogique, 15h de cours consacrées à la
recherche documentaire ont été instaurées par Françoise
Dupuis, lorsqu’elle était à l’Enseignement.
À l’ULB, l’initiation à la recherche documentaire est un accompagnement dont bénéficient de plus en plus d’étudiants au
travers, notamment, du projet Sherpa.
EN QUELQUES CLICS !
Une telle enquête n’est sans doute pas « la Bible en soi » et
peut porter elle aussi à critique, ce que d’aucuns n’ont pas
manqué de faire, en soulignant notamment le caractère fermé
de certaines questions. François Frédéric, coordinateur du
Groupe « Formation des utilisateurs des Archives et Bibliothèques » le reconnaît volontiers : « le test proposé s’adressait
PHOTO : CASSANDRE STURBOIS
à des élèves sortant du secondaire mais avec des ‘attentes’
relatives à des compétences qu’on espère atteintes plutôt par
des étudiants finissant leur première année universitaire ».
Elle soulève néanmoins de nombreux points d’interrogation
sur la capacité de nos futurs diplômés à utiliser de façon réfléchie et critique les outils qui s’offrent à eux en matière de
documentation. Et parmi ceux-ci, l’Internet, en point de mire.
Car si la plupart de nos têtes blondes surfent allègrement, via
les réseaux sociaux, utilisent les sites de téléchargement peer
to peer, Twitter, Facebook, MSN, Google et autres Wikipedia,
leur regard sur ces outils et sources reste pour le moins peu
critique et leur méthodologie de recherche d’information se
résume souvent à taper l’un ou l’autre mot-clé dans Google.
ESPRIT LIBRE | JUILLET 2009 | N° 7
UNIVERSITÉ VIRTUELLE & NOUVELLES TECHNOLOGIES |
05
06
UNIVERSITÉ VIRTUELLE & NOUVELLES TECHNOLOGIES |
Plagieur moi ?
Jamais !
Avec Internet, la notion de droit d’auteur
devient floue, la tentation du copier-coller
flagrante… Aujourd’hui, de nombreux logiciels existent (Ephorus, Compilatio.net…)
qui permettent de traquer le plagiat. La
filière Infocom en Philo et Lettres et la
SBS-EM ont d’ailleurs choisi de les utiliser
pour traquer les « délits de plagiat » des
mémoires déposés. Quoi qu’il en soit, le
plagiat est aussi pratiqué par méconnaissance, parfois inconsciemment, du moins
partiellement. Là encore, une formation aux
TIC et à la recherche documentaire peut
permettre de clarifier les nuances relatives
aux usages en matière de respect des
sources, aux citations d’auteurs, etc.
PHOTO : MICHEL VANDEN EECKHOUDT
Le réflexe Google est
évidemment facile,
rapide et souvent
porteur. Mais il est
également trompeur.
Il ne s’agit pas de
diaboliser Google
ou Wikipedia mais
bien d’amener les
étudiants à avoir
l’esprit critique sur
ces sources.
MOTEURS DE RECHERCHE, RUDE CONCURRENCE…
« C’est effectivement un problème, soulève François Frédéric.
Google est un moteur de recherche puissant et même… relativement efficace. Le réflexe Google est évidemment facile,
rapide et souvent porteur. Mais il est également trompeur. Il
ne s’agit donc pas de diaboliser Google ou Wikipedia mais
bien d’amener les étudiants à avoir l’esprit critique sur ces
sources et à leur faire connaître et utiliser les autres chemins
numériques de la connaissance, en les croisant avec ce qui
leur est familier ».
Cette enquête nous révèle encore deux choses : le fait de
posséder une ligne Internet à la maison n’améliore en rien les
capacités des étudiants à s’en sortir avec les honneurs dans
une recherche d’information sur le Web. Autre constat, positif
celui-là : les élèves qui ont fréquenté une bibliothèque liée à
leur établissement scolaire avant d’enter dans le supérieur s’en
sortent mieux que les autres dans leurs recherches documentaires. Et les chiffres sont rassurants puisqu’un tiers d’entre
eux disent avoir fréquenté, assidûment ou pas, une bibliothèque durant l’année écoulée.
ESPRIT LIBRE | JUILLET 2009 | N° 7
ILLUSIONS DE CONNAISSANCE
Reste que la plupart des étudiants interrogés dans le cadre
l’enquête ont du mal à identifier des concepts de recherche, à
établir une stratégie de recherche, à décrypter ou utiliser une
typologie des documents à disposition. « La notion même de
‘base de données’ est pour beaucoup inconnue, ajoute
François Frédéric. Peu connaissent les opérateurs booléens,
ce qu’est un index, un thesaurus, ou comment analyser une
référence bibliographique. La notion de ‘revue scientifique’
est très floue aussi. Quant à Google ou Wikipedia, les jeunes
utilisateurs ignorent même souvent que des offres différentes
existent en fonction des pays. Et quand il s’agit d’évaluer la
validité d’un site Web, la question de la rapidité d’accès vient
généralement en tête des critères de qualité »... Bref, les
moteurs de recherche classiques dont les jeunes surfeurs
sont friands conduisent à une illusion de connaissance et au
sentiment qu’une formation en la matière est… inutile.
Il y a quelques mois, les Archives et Bibliothèques et le
Centre des technologies pour l’enseignement de l’ULB
proposaient de découvrir les livres/liseuses électroniques,
leurs avantages et leurs « défauts ». L’occasion aussi de
réfléchir à l’avenir de cet outil de savoir : le livre électronique, simple effet de mode ou tendance de fond ? Cette
année, le projet de mettre une dizaine de « liseuses » à
disposition d’étudiants de BA2, BA3 et MA1 en chimie,
sera mené avec la Bibliothèque des sciences et techniques. Ces liseuses seront préchargées de ressources documentaires diverses. Perspective envisageable à long
terme : des liseuses avec des contenus spécifiques en
prêt, aux bibliothèques.
SHERPA, TOUJOURS PLUS HAUT
À l’ULB, le projet Sherpa a fait son chemin. « Il s'agit, à la
base, d'une initiative pédagogique des Archives et Bibliothèques soutenue par la cellule CAP (Coordination des actions pédagogiques), poursuivie en collaboration avec une
série de professeurs partenaires. Une première expérience
avait été menée en 2000-2001. Elle a réellement démarré en
2003-2004. « Nous en sommes à présent à environ 3000 étudiants par an qui bénéficient de cet accompagnement »,
souligne François Frédéric.
Dès le départ, l’idée était de permettre aux étudiants d’acquérir les bons réflexes en matière de recherche documentaire
sans pour autant leur imposer un cours de critique historique
général. Sherpa s’est dès lors construit sur le partenariat
entre les Bibliothèques (des assistants chargés d’exercice et
des étudiants-tuteurs des A&B assurant la formation à la recherche documentaire et la maîtrise des technologies de
l’information et de la communication-TIC) et des enseignants
prenant en charge le volet pédagogique.
Ces formations-projets sont donc construites autour des cursus
de l’étudiant (elles sont obligatoires et comptent, pour certains, pour son évaluation) et permettent de « coller au mieux
à la matière », seul moyen de « fidéliser » les étudiants sur ce
type de formation. « Si tous les projets n’ont pas la même ambition quant au niveau à atteindre, c’est également pour nous
le moyen de faire connaître les bibliothèques et leurs richesses au plus grand nombre ; et notamment de mettre en
valeur les possibilités de recherche de l’outil bibliothèque via
Internet », conclut François Frédéric. Car il est clair, depuis
quelques années maintenant, que la révolution numérique a
obligé les bibliothèques à innover et à se ressourcer au-delà
de leur seul catalogue papier.
07
LIBQUAL, DÉPÔT INSTITUTIONNEL, DIGITHÈQUE, ETC.
C’est d’ailleurs un des constats révélés par l’enquête LibQual
(Dispositif d’enquête américain que les grandes universités
belges francophones et la KUL ont choisi d’utiliser à leur tour
pour tester la qualité de leurs services - les résultats pour
l’ULB seront connus dès cette rentrée et nous vous en feront
écho dans ces pages) : l’utilisateur des bibliothèques, qu’il
soit étudiant, chercheur ou professeur, ne conçoit plus que
l’institution « bibliothèque » s’arrête physiquement à ses
quatre murs : le prolongement Web « va de soi »… « À Angers,
par exemple, explique François Frédéric, le catalogue en ligne
des ouvrages proposés est ‘Google-compatible’ ».
C’est donc aussi dans cette direction qu’on travaille à l’ULB.
Les efforts faits en la matière, ces dernières années, sont
considérables, que cela soit au travers de la création d’une digithèque au sein des Bibliothèques (numérisation de collections d’ouvrages), d’une iconothèque (collections d’images),
de l’accès à des livres, revues et articles électroniques ou encore au Dépôt institutionnel (destiné à recueillir la production
scientifique de la communauté scientifique et académique de
l’Université et à la rendre librement accessible) qui sera effectif à la rentrée (et dont nous reparlerons également). C’est
une direction que prennent aussi les Éditions de l’Université
(qui proposent dès à présent et gratuitement, en collaboration
avec les Archives et Bibliothèques, des ouvrages numérisés).
Il y a douze ans, Alain Coulon, sociologue et professeur des
universités en sciences de l'éducation, publiait « Le métier
d'étudiant. L'entrée dans la vie universitaire » (2), fruit d’une
longue recherche relative à l’impact d’une formation documentaire sur les résultats scolaires. Pour lui, l'entrée à l'université est vaine si elle ne s'accompagne pas d'un processus
d'affiliation au monde intellectuel. Apprendre à apprendre
reste donc un chemin porteur et prometteur pour tous ceux
qui désirent poursuivre des études. Et se frotter aux TIC et
autres moyens modernes de l’émergence du savoir,
indispensable.
> Alain Dauchot
(1)
En Communauté française, elle a été menée sous la direction de Paul Thirion
(Directeur général du Réseau des bibliothèques de l'Université de Liège) et de
Bernard Pochet (Bibliothécaire, Université de Gembloux) par le Groupe EduDOC
et la commission « Bibliothèque » du CIUF (Conseil interuniversitaire de la Communauté française).
(2)
Le métier d'étudiant. L’entrée dans la vie universitaire, Alain Coulon, Coll. Éducation, Economica, 2004, 240 pages.
Apprendre à
apprendre reste
un chemin porteur
et prometteur
pour tous ceux
qui désirent
poursuivre des
études
En savoir plus :
www.edudoc.be
ESPRIT LIBRE | JUILLET 2009 | N° 7
UNIVERSITÉ VIRTUELLE & NOUVELLES TECHNOLOGIES |
Le Livrel,
vous connaissez ?
UNIVERSITÉ VIRTUELLE & NOUVELLES TECHNOLOGIES |
08
Université virtuelle
Un « remue-méninges »
qui se fait en ligne
En 1998 démarrait le projet pilote de l’Université virtuelle de l’ULB. Une première
en Communauté française ! Aujourd’hui le campus virtuel de l’Université compte
plus de six cents cours en ligne et presque tous les étudiants y sont au moins
inscrits à l’un d’eux. Françoise D’Hautcourt, coordinatrice du Centre des technologies au service de l’enseignement (CTE) et Eric Uyttebrouck, responsable de
l’Université virtuelle, font le point pour Esprit libre.
Esprit libre : Qu’entend-on
par Université virtuelle ?
Eric Uyttebrouck : C’est le
nom donné au campus virtuel
de l’Université. Les enseignants y placent, de manière
sécurisée, une série de ressources (notes de cours, présentations, etc.) à destination
de leurs étudiants. Ils peuvent
aussi développer tout un
panel de services pédagogiques liés à leurs enseignements : calendrier, annonces,
banques de questions, forums
de discussions… Près d’1/5
des cours de l’ULB, toutes
facultés confondues, s’y
retrouvent aujourd’hui.
Françoise D’Hautcourt : Il
s’agit donc bien d’un accompagnement à un enseignement universitaire qui reste
avant tout présentiel. Il ne
s’agit pas de formation à
distance.
Esprit libre : Certaines facultés sont-elles plus réticentes
à utiliser l’outil ?
Eric Uyttebrouck : On ne
constate ni un effet facultaire
ni un effet lié à l’ancienneté
des enseignants. C’est plutôt
une affaire de personne.
Nous constatons aujourd’hui
un réel effet boule de neige :
nous avons ouvert 150 cours
l’an dernier. La pression étudiante est évidemment un
important facteur d’accroissement !
ESPRIT LIBRE | JUILLET 2009 | N° 7
Françoise D’Hautcourt : Il y a
aussi la pression des pairs…
notre recrutement académique amène à nous plus
d’extérieurs qu’auparavant,
apportant leur propre expérience et ils sont demandeurs
de cours en ligne.
Esprit libre : Vous organisez
des formations pour les
enseignants ?
Eric Uyttebrouck : Oui, des
séminaires consacrés à
l’Université virtuelle figurent
régulièrement dans notre
programme de formation à
l’intention de l’ensemble des
enseignants. Ces formations
à la carte sont également
accessibles aux enseignants
nouvellement engagés, qui
bénéficient depuis l’année
passée d’un programme
volontairement souple… et
« Nous
n’avons plus
à convaincre »
Françoise D’Hautcourt
pour lequel il existe d’ailleurs
un espace spécifique de
l’Université virtuelle.
Françoise D’Hautcourt : C’est
amusant que vous parliez des
enseignants et pas des étudiants ! Nous présupposons
en effet que les jeunes adorent
les nouvelles technologies. Or,
certains d’entre eux ne sont
pas du tout intéressés. On
constate des différences sociales et culturelles : un étudiant de sciences exactes ne
vous demandera jamais à
quoi sert un ordinateur ! C’est
pourquoi j’ai proposé un
cours de « learning by doing »,
CAP-Ordi, dont l’objectif est
d’offrir une maîtrise suffisante
de l’ordinateur. Ce cours est
obligatoire pour tous les étudiants de 3e année en Philo
et Lettres et est donné à distance (même si j’interviens
quatre fois de manière présentielle pour faire des démonstrations). Nous mettons
à la disposition des étudiants
des ressources (notes, exercices en ligne, forum, manuel
et liens Web) qui leur permettent de suivre des consignes.
Le résultat de leur travail est
envoyé à un tuteur.
Esprit libre : Vous comptez
favoriser le développement
de nouveaux outils ?
Françoise D’Hautcourt : Le
rôle du CTE est d’aider les
professeurs à développer
des projets pédagogiques innovants avec des interactions particulières. Nous
assurons donc un travail de
veille afin de pouvoir proposer aux enseignants des
idées novatrices pour répondre à leurs demandes.
Eric Uyttebrouck : Oui. Nous
avons par exemple réalisé
avec Mons une étude sur
l’utilisation des forums qui
montre qu’aujourd’hui les
étudiants utilisent toute une
série de canaux de manière
complémentaire.
Notre expertise en e-learning
est reconnue : dans le projet
FORMADIS, nous accompagnons par an, en collaboration avec l’Université de
Liège, une dizaine d’institutions belges qui souhaitent
mettre des cours en ligne.
Nous sommes aussi très actifs dans la coopération NordSud.
Esprit libre : Et qu’en est-il de
cours filmés ou enregistrés
téléchargeables?
Françoise D’Hautcourt : Pour
moi, l’Université virtuelle doit
accompagner un enseignement présentiel interactif.
Cela n’a donc pas de sens de
le filmer ou de l’enregistrer
car alors la forme devrait en
être modifiée. Dans certains
contextes cependant, cela
peut avoir un avantage
comme dans le cas du cours
« Le Centre des
technologies
au service de
l’enseignement
est aussi
un lieu de
recherche »
Eric Uyttebrouck
L’université virtuelle
et les enseignants
du professeur Azzi en année
préparatoire en science de
l’éducation, à destination
notamment d’instituteurs qui
travaillent…
Esprit libre : Les bibliothèques ont organisé
récemment une journée de
réflexion autour du livre
électronique, le livrel. Cela
vous donne des idées ?
Eric Uyttebrouck : C’est un
bon exemple de veille. Le
livrel est un phénomène
potentiellement important
qui peut rencontrer l’engouement du public. Mais pour
quels usages futurs ? Nul
n’est devin. C’est pourquoi
nous allons mener des expériences pilotes (voir p. 7) tout
comme dans le domaine de la
sonorisation et du podcast.
Françoise D’Hautcourt :
L’époque est formidable :
les idées s’entrechoquent à
l’intérieur de l’Université.
Aujourd’hui, la réflexion sur
nos enseignements intègre,
au lendemain de Bologne,
la multidisciplinarité,
les nouvelles technologies,
la pédagogie par projets.
Un vrai remue-méninges !
> Isabelle Pollet
UNIVERSITÉ VIRTUELLE & NOUVELLES TECHNOLOGIES |
09
*
Une enquête récente menée par Isabelle Faurie, alors post-doctorante à
l’ULB – aujourd’hui Maître de conférences à l’université de Montpellier 3 –,
et Cécile van de Leemput, responsable du Laboratoire de psychologie du
travail et psychologie économique (Lapté) et doyenne de la Faculté des
Sciences psychologiques et de l’Éducation, s’est penchée sur la perception
et l’usage de l’Université virtuelle par les enseignants.
Sur le quart des enseignants contactés ayant répondu au questionnaire envoyé, une très grande majorité a recours à l’Université virtuelle (UV) ; certains ayant également un site Web personnel. Ce résultat est peut-être
biaisé par le fait que les répondants sont sans doute les plus actifs dans le
domaine des nouvelles technologies, mais il est encourageant.
L’âge ou l’ancienneté de l’enseignant n’a pas d’effet sur ses intentions
d’usage de l’Université virtuelle. Les enseignants souhaitent garder leur autonomie par rapport à un outil qui doit être perçu comme utile, facile et non
contraignant. L’UV est très utilisée pour y déposer des slides et des supports de cours. Les enseignants qui ont le plus envie de s’engager dans des
pratiques plus particulières (forums, chat, exercices en ligne…) sont ceux
qui ont été formés dans ce sens. Faciliter l’utilisation au quotidien des ressources (accès internet, vidéo-projecteur, ordinateur portable, etc.) a aussi
un effet important sur l’utilisation immédiate des ressources.
Un soutien institutionnel via un personnel de support faciliterait également
les usages les plus audacieux et les plus sophistiqués de l’UV. Globalement,
les enseignants se disent prêts à investir du temps dans les applications
de l’Université virtuelle pour autant qu’elles présentent une valeur ajoutée
pour leurs enseignements. Pédagogiquement, l’Université virtuelle est perçue qualitativement par les enseignants dans leur relation avec les étudiants et dans leur manière d’enseigner. La réponse est moins franche sur
le fait de savoir si le système valorise l’enseignant lui-même.
Il est intéressant de noter qu’une étude réalisée en 2007 par les mêmes auteures sur les usages d’internet par les étudiants avait relevé des pratiques
très différentes en fonction du sexe et de l’appartenance facultaire et une
plus grande anxiété informatique chez les étudiantes.
ESPRIT LIBRE | JUILLET 2009 | N° 7
ENSEIGNEMENT & ENCADREMENT PÉDAGOGIQUE |
10
Faire échec à la sélection
Pionnière dans la mise en place de moyens de lutte contre l’échec dans les années
70, l’ULB n’a eu de cesse de développer depuis lors des actions pour donner à
chaque étudiant une chance réelle et équitable de réussite. À la rentrée académique
2007, de nouveaux outils de promotion de la réussite étaient déployés. Ils viennent
d’être évalués très positivement.
L’ULB est reconnue partout pour avoir réfléchi et agi très tôt
dans la lutte contre l’échec. Dès 1975, la Faculté des Sciences
publiait un rapport dont le constat essentiel (lien manifeste
entre la méconnaissance de la langue française et l’échec universitaire) a abouti à la création du Centre de perfectionnement
en langue française, devenu actuellement le Centre de méthodologie universitaire. Son objectif consiste à développer les
compétences langagières des étudiants et à favoriser ainsi
leur adaptation aux spécificités des discours universitaires.
« Le rôle de l’Université n’est pas
de sélectionner mais de former »
Philippe Bouillard, vice-recteur pour la politique académique
et la promotion de la réussite
DES DISPOSITIFS NOMBREUX
Si l’on jette un regard dans le rétroviseur, on ne peut qu’être
impressionné par l’ensemble des dispositifs proposés par
l’Université depuis de nombreuses années. Pour pallier la
mauvaise information sur les études, l’Université a mis à la
disposition des élèves du secondaire, un programme d’information très varié et progressif ; pour mieux préparer les futurs
étudiants, des stages de méthodologie universitaire sont
proposés aux élèves de dernière année secondaire et des
cours préparatoires sont organisés juste avant la rentrée. Des
cours dont le succès ne faiblit pas avec 800 inscriptions enregistrées en 2008.
Dès 1987, des guidances ont été mises à la disposition des
étudiants en difficulté dans toutes les facultés, via des
permanences, des séances de questions/réponses, des exercices supplémentaires ; des « personnes ressources » ont été
désignées en Faculté des Sciences, à l’Institut de Pharmacie
et en Faculté des Sciences psychologiques et de l’Éducation,
avec la mission de conseiller et d’orienter les étudiants.
Après chaque rentrée, les Bibliothèques proposent différentes
formations à la méthodologie et à la recherche (recherches sur
le Web, consultation de bases de données et de périodiques
électroniques, etc.). Notamment, le projet Sherpa ( voir p. 7)
qui vise à la formation documentaire des étudiants, dans le
cadre d’un travail requérant une recherche bibliographique,
en partenariat avec des enseignants qui inscrivent la pratique
de la recherche documentaire et la maîtrise de l’information
dans leurs objectifs pédagogiques.
ESPRIT LIBRE | JUILLET 2009 | N° 7
PHOTO : JEAN JOTTARD
UN PLAN
À la rentrée académique 2007, un plan de promotion de la
réussite a été déployé. « On doit ce plan ambitieux à François
Reniers. Visant d’abord à rassembler et à capitaliser les expériences antérieures, il proposait aussi de développer de nouveaux outils de promotion de la réussite vers divers publics »,
souligne son successeur, Philippe Bouillard, vice-recteur pour
la politique académique et la promotion de la réussite. Premier
objectif de ce plan : tenter d’uniformiser le socle de compétences de base des étudiants de 1re année dont les niveaux de
connaissance, à l’entrée à l’université, présentent une grande
diversité. Depuis deux ans, l’Université propose donc aux étudiants de toutes les facultés dont le cursus de 1re année comporte un ou plusieurs cours de mathématiques, physique,
chimie et statistiques de participer à l’« Objectif Réussite ».
11
Nausicaa Noret, 1re assistante
PHOTO : JEAN JOTTARD
Vingt-cinq heures d’accompagnement sont proposées sur base
d’un entretien individuel avec un conseiller pédagogique. À
côté de séances collectives qui permettent d’inscrire l’apprentissage au sein d’un groupe de pairs, des formations à la carte
sont proposées parmi diverses offres. À la fin du parcours, les
enseignants sont invités à se constituer un portfolio d’enseignement gardant trace des formations suivies.
« OBJECTIF RÉUSSITE »… RÉUSSI !
Près de 2500 étudiants de BA1 en facultés de sciences
exactes et de sciences humaines ont pu, chaque année, revoir
eux-mêmes leurs bases du secondaire, vérifier leur niveau de
connaissances grâce à des exercices mis en ligne sur la plateforme de l’université virtuelle. Le cas échéant, les étudiants
ont eu la possibilité d’examiner avec des assistants comment
combler certaines lacunes dans les matières précitées.
La plupart des équipes pédagogiques ont choisi de motiver
leurs étudiants en associant leur participation à l’obtention
d’un « bonus » ce qui a engendré pour la chimie, par exemple,
un taux de participation moyen supérieur à 60 %. En termes
d’efficacité, souligne Pauline Slosse (Centre didactique pour
l’enseignement de la chimie), il est apparu que la participation
à l’Objectif Réussite avait un effet positif indiscutable sur les
performances des étudiants lors de la première évaluation de
l’année. L’expérience sera donc poursuivie et gageons qu’au
vu des résultats, les étudiants seront encore plus nombreux à
participer demain !
INFOCOM & POLYTECH : DES INNOVATIONS
Depuis 2007, un projet d’aide à la réussite a été lancé en 1re
année d’Information et communication. Au départ d’un test
basé sur la compréhension d’un texte, son analyse, sa synthèse, l’orthographe et le style, plusieurs étapes permettent
aux étudiants de s’évaluer, de se remettre à niveau et de se
corriger avec l’appui d’un coach journaliste. Le principal effet
de ce test, déclare Jean-Jacques Jespers, a été d’améliorer la
moyenne et aussi de pousser très tôt des étudiants, qui avaient
une mauvaise perception de leur futur métier, à se réorienter.
ENSEIGNEMENT & ENCADREMENT PÉDAGOGIQUE |
« Ce que j'ai apprécié, ce sont les nombreuses
formations proposées, la très grande
disponibilité de l’équipe pédagogique,
et le fait que l’on puisse s’adresser à une
personne de référence qui nous conseille
lorsque l’on souhaite améliorer notre façon
de donner cours, ou d’interroger »
En Sciences appliquées, une innovation en septembre 2007
également a été le lancement de « Coach Polytech », dispositif
global d’aide à la réussite. Centré principalement sur les BA1,
mais ouvert aux BA2 et BA3, il est organisé autour de trois axes
d’actions : l’aide méthodologique, la coordination et l’assurance
qualité des autres dispositifs d’aide de la faculté et, enfin,
l’information aux étudiants. Le coach est un ingénieur, Chloé
Verreydt, qui travaille en étroite collaboration avec les pédagogues du bureau d’appui pédagogique de Sciences appliquées.
ACCULTURATION AU DISCOURS UNIVERSITAIRE
Deuxième objectif : améliorer les compétences langagières des
étudiants de BA1. Le Centre de méthodologie universitaire a
une expertise pionnière dans ce domaine puisque dès 1987,
les étudiants en histoire bénéficiaient déjà d’une « acculturation
aux discours universitaires », comme le relève Marie-Christine
Pollet, responsable du Centre. « En travaillant sur des supports
authentiques, liés à la compréhension des discours en usage
dans la discipline même, on s’ancre bien dans les besoins des
étudiants. Ces cours ne sont pas du rattrapage et sont légitimes
à l’université ». Déjà rendus obligatoires dans une série de
domaines (en histoire, en histoire de l’art et musicologie, en
sciences sociales, en droit, en information et communication),
ces cours, dont les formules sont diverses et adaptées aux
réalités facultaires, sont aujourd’hui conseillés en sciences et
à Solvay.
DIALOGUER AVEC LE SECONDAIRE
« Enfin, souligne Philippe Bouillard, nous souhaitons poursuivre les évaluations de nos actions et développer plus avant le
dialogue avec les enseignants du secondaire. L’orientation
des études, la compréhension des exigences universitaires, la
remise en question de nos pratiques pédagogiques et l’écoute
de nos difficultés réciproques doivent être au cœur de ce dialogue. »
> Isabelle Pollet
Prix Socrate
ACCOMPAGNER LES ACADÉMIQUES
▼
En 2007-2008, un dispositif d’accompagnement à l’intention
des académiques nouvellement engagés a également été mis
en place par la cellule PRAC-TICE (Pédagogie, Recherche-Action
et TICE) du Centre des technologies au service de l’enseignement (CTE). Grâce au feed-back de cette première « promotion »,
souligne Eric Uyttebrouck, le coordinateur de cette cellule,
« nous avons revu le dispositif avec pour changement structurel
majeur un étalement sur deux ans pour soulager les agendas ».
Philippe Bouillard.
PHOTO : JEAN JOTTARD
*
En créant les prix de pédagogie Socrate en
2005, destinés à valoriser des enseignants,
choisis par les étudiants pour la qualité de
leur enseignement et leurs pratiques pédagogiques, l’ULB vise à stimuler l’excellence
pédagogique (là où généralement le seul
critère d’excellence demandé est l’excellence scientifique). La sélection est faite
par les étudiants, car il a semblé logique
(quoique peu courant dans notre société)
que ce soient les premiers bénéficiaires de
la qualité de l’enseignement qui décident…
Région wallonne
Focus sur des bactéries hyperprolifératives
Les résultats du programme Waleo3 de la Région
wallonne sont connus. L’ULB coordonne trois projets
de recherche et est partenaire d’un autre projet, pour
un montant total de plus de 6 millions d’euros (dont
quelque 3,3 pour l’ULB). Parmi ceux-ci, un projet piloté
par le Laboratoire de génétique et physiologie bactérienne de la Faculté des Sciences, autour de la prolifération bactérienne.
Véritables usines de production, les bactéries sont utilisées dans le monde pharmaceutique pour fabriquer à moyenne et grande échelle des composés de vaccins ou
médicaments divers ainsi que dans le secteur des biotechnologies pour la production
d’outils tels que des vecteurs de clonage. L’Escherichia coli est une de ces bactéries
« usine de production », parmi les plus utilisées. Et elle pourrait l’être encore plus
à l’avenir puisque des chercheurs de l’Institut de biologie et de médecine moléculaires (IBMM) ont identifié des gènes qui influent sur cette productivité.
Waleo sélectionnés
▼
ENDOSENSE
Ce projet vise l’instrumentation de
matériels d’endoscopie flexible, de
manière à redonner au gastro-entérologue une sensation tactile de
l’opération (retour de force) effectuée dans le tube digestif. Promoteur : Service de gastro-entérologie,
Faculté de Médecine, ULB. Partenaires : BEAMS-Laboratoire d’Electronique micro-électronique et
SAAS-Automatique et Analyse des
systèmes, tous deux en Faculté des
Sciences appliquées ULB ; FPMs et
la spin-off de l’ULB Endotools Therapeutics.
▼
Outre le projet HYPRO2COM piloté
par Laurence Van Melderen (lire cicontre), l’ULB coordonne les projets :
NEUROS
Il a pour objectif de développer des
milieux de production pour la thérapie cellulaire, sans sérum capables
de répondre aux exigences des autorités sanitaires. Promoteur : Service de rhumatologie, Faculté de
Médecine ULB. Partenaires : Laboratoire de chimie biologique et de la
nutrition, Faculté de Médecine ULB ;
ULg et la spin-off de l’ULB Bone
Therapeutics.
▼
RECHERCHE & SANTÉ |
12
Et est partenaire du projet
GPCRLIKE coordonné par l’ULG :
GPCRLIKE vise à proposer une solution alternative à la synthèse classique des récepteurs GPCRs pour le
développement d’anticorps monoclonaux agissant comme modulateurs allostériques. Partenaires :
Laboratoire d’allergologie expérimentale, Faculté des Sciences ULB
et Centre d’économie rurale.
UNE DÉCOUVERTE BREVETÉE
« Notre laboratoire étudie depuis plusieurs années l’Escherichia coli. Alors que nous
tentions de comprendre la fonction de trois gènes particuliers de cette bactérie,
nous avons découvert par hasard que, privée de ces trois gènes, la bactérie produisait moins d’acétate (qui est l’étape limitante de la croissance bactérienne) et
surtout était capable de croître à plus haute densité que la souche de type sauvage »,
explique Laurence Van Melderen, responsable du Laboratoire de génétique et physiologie bactérienne de la Faculté des Sciences. La découverte, désormais brevetée
avec la collaboration de l'équipe de ULB-Interface, intéresse bien évidemment en
premier lieu l’industrie pharmaceutique : avec un même volume et un même temps
de culture, elle pourrait doubler le rendement de production de protéines hétérologues, d’ADN et de composés variés. Elle intéresse également les laboratoires de
recherche qui utilisent la bactérie comme outil de biologie moléculaire.
Grâce au programme Waleo de la Région wallonne, les chercheurs vont pouvoir poursuivre sur cette piste et réussir, espèrent-ils, à mettre au point la souche hyper-proliférative et les conditions de culture optimisées aussi bien pour les grandes échelles
de production que pour des productions en laboratoire à plus petite échelle. En accord avec les parrains du projet – GlaxoSmithKline Biologicals et Delphi Genetics,
les chercheurs testeront la production de molécules ou composés variés par les
souches mutantes hyper-prolifératives dans des conditions industrielles. Ce programme renforce d’ailleurs les liens entre le Laboratoire de génétique et physiologie bactérienne et la spin-off voisine Delphi Genetics qui collaborent depuis
plusieurs années, notamment dans le cadre du 6e programme-cadre européen.
DE NOUVELLES PROPRIÉTÉS ?
Le laboratoire de l’IBMM va également grâce à ce programme poursuivre sa compréhension de ces trois gènes du monde bactérien et de leur rôle physiologique et,
qui sait, peut-être leur découvrir de nouvelles propriétés également intéressantes
pour l’industrie. Enfin, c’est le troisième volet du projet, une équipe du pôle BioSys
de la Faculté polytechnique de Mons – Alain Vande Wouwer – développera des modèles mathématiques mesurant l’impact des modifications génétiques sur la distribution des flux métaboliques.
> Nathalie Gobbe
ESPRIT LIBRE | JUILLET 2009 | N° 7
13
ÉCONOMIE DU TRAVAIL |
Salaires à l’étude
À l’occasion du « Belgian Day for Labour Economists » qui s’est tenu le 16 juin à
l’ULB – avec en invité externe, Michèle Belot (Oxford University) –, Esprit libre s’est
intéressé à deux recherches en économie du travail réalisées au sein du Département d’économie appliquée (DULBEA) de la Faculté des Sciences sociales et
politiques-Solvay Brussels School of Economics and Management (SBS-EM).
La dispersion salariale stimule-t-elle la
performance d’une firme ? La question
est essentielle, à un moment où les employeurs de plus en plus nombreux sont
favorables à des systèmes de rémunération à la performance tandis que les
organisations syndicales y sont généralement opposées. Les économistes sont
eux aussi divisés. Selon la théorie des
« tournois », les salaires variables incitent les travailleurs à fournir plus d’effort
et ils favorisent ainsi la performance
des entreprises. En revanche, d’autres
théories suggèrent que la compression
salariale renforce la productivité des
travailleurs (et in fine la performance des
entreprises) en améliorant les relations
de travail et la cohésion parmi les travailleurs. Au niveau empirique, les études
sont peu nombreuses et leurs résultats
varient sensiblement. En outre, elles
font l’objet de nombreuses critiques
méthodologiques.
François Rycx,
chargé de cours (Centre Émile Bernheim,
DULBEA et IZA-Bonn)
▼
DISPERTION SALARIALE
ET PRODUCTIVITÉ
Chargé de cours à l’ULB, François Rycx
(Centre Émile Bernheim, DULBEA et
IZA-Bonn) étudie cette question dans le
cadre d’un projet de recherche européen
et du NBER Personnel Economics Working
Group. Pour cela, il utilise des données
appariées employés-employeurs particulièrement précises relative au secteur
privé belge. « Nous avons mis en évidence une relation concave entre dispersion salariale et productivité :
jusqu’à un certain niveau, l’inégalité
salariale a un effet incitatif ; passé ce
seuil, l’effet s’inverse : l’inégalité salariale conduit à une diminution de la productivité. Il semble que la majorité des
grandes entreprises aujourd’hui n’atteignent pas ce seuil. Nous constatons
toutefois que cet effet positif s’exprime
surtout dans un environnement de travail stable, donc lorsque les salariés
voient un lien direct entre leur effort au
travail et leur gain salarial. Les critères
d’évaluation doivent être objectifs,
transparents, bien compris par les travailleurs », explique François Rycx.
Ces conclusions éveillent aussitôt de
nouvelles interrogations : Qu’en est-il
du secteur public et des petites entreprises ? Y a-t-il là aussi un lien entre inégalités salariales et productivité ? Quid
du taux de profit des entreprises ou de
la satisfaction au travail ? François Rycx
va tenter de répondre à ces questions
dans les prochains mois.
AMPLEUR & ORIGINE DES ÉCARTS
▼
Ilan Tojerow,
(DULBEA et IZA-Bonn),
jeune docteur à la SBS-EM
Par ailleurs, Ilan Tojerow (DULBEA et
IZA-Bonn), jeune docteur à la SBS-EM,
étudie en partenariat avec François Rycx
et la Banque nationale de Belgique
l’ampleur et l’origine des écarts de
salaire entre secteurs d’activités. À titre
d’exemple, en Belgique le salaire horaire
moyen atteint 26 euros dans le secteur de
la production et distribution d’électricité,
de gaz et d’eau et environ 10 euros
dans l’HORECA. Comment peut-on expliquer ces écarts de salaire ? Selon la
théorie des différences compensatrices,
ils résulteraient du fait que la qualité de
la main-d’œuvre et les conditions de
travail varient entre secteurs d’activités.
En revanche, d’autres théories (théorie
du salaire d’efficience, théorie insideroutsider, etc.) suggèrent que la rémunération des travailleurs est également
influencée par les caractéristiques des
employeurs. Les résultats d’Ilan Tojerow
montrent clairement que la théorie des
différences compensatrices est insuffisante pour expliquer l’ensemble des différences de salaires observées entre
secteurs. Alors, comment expliquer ces
différences salariales bien réelles ? Le
chercheur s’est intéressé à une autre
théorie : le partage de la rente, théorie
selon laquelle les employeurs partageraient une partie des profits de l’entreprise avec leurs salariés. Le chercheur a
observé qu’en moyenne un doublement
des profits conduit à une hausse des
salaires de 4% et que ce phénomène
explique une partie significative des
écarts salariaux inter-sectoriels.
En outre, le chercheur montre que les
écarts salariaux entre hommes et femmes
s’expliquent en partie par le fait que les
femmes sont surreprésentées dans les
secteurs à bas salaires et dans les
entreprises moins rentables.
Ilan Tojerow poursuivra ses recherches,
en étudiant plus particulièrement
comment la structure des salaires est
modelée par l’exposition de la Belgique
au commerce international.
> Nathalie Gobbe
En savoir plus :
+
http://homepages.ulb.ac.be/~frycx/
http://homepages.ulb.ac.be/~itojerow/
http:// www.cep.lse.ac.uk/leed
http://www.nber.org
Références :
Du Caju P., Rycx, F. and Tojerow I. (2008),
«Rent-Sharing and the Cyclicality of Wage Differentials»,
IZA Discussion Paper, No. 3844,
November 2008, Bonn.
Lallemand T., Plasman R. and Rycx F. (2009),
«Wage Structure and Firm Productivity in Belgium»,
in E. Lazear and K. Shaw (eds.),
The Structure of Wages: An International Comparison,
NBER and University of Chicago Press, pp. 179-215
(aussi NBER Working Paper No. 12978).
ESPRIT LIBRE | JUILLET 2009 | N° 7
L’Antiquité, objet d’étude :
pour comprendre le
monde contemporain
L’histoire suscite tantôt l’indifférence, tantôt l’intérêt passionné du grand
public, selon l’humeur du temps, selon les périodes du passé aussi.
L’Antiquité jouit depuis quelques années d’un regain d’attention qui se
traduit par la production culturelle et par l’attraction d’un nombre croissant
d’étudiants au niveau universitaire. Rien d’étonnant donc à ce que la Faculté
de Philosophie et Lettres, dans la réflexion qu’elle vient de mener sur ses
enseignements, ses recherches, et sa spécificité dans la construction et la
transmission des savoirs, n’ait pas ignoré les atouts de l’histoire ancienne.
Confrontés à des publics
de nouveaux-étudiants qui n’ont pas
suivi les humanités gréco-latines,
de « matured students », etc.,
les historiens de l’Antiquité
doivent réinventer la légitimité
de leur discipline
▼
Après une restructuration, il y a quelques années, en quatre
grands départements et la réorganisation toute récente de sa
recherche en dix services, la Faculté dispose à présent d’une
organisation appropriée pour renforcer sa cohérence interne
et sa visibilité. Il s’agit pour elle de stimuler l’émergence de
nouvelles thématiques ainsi que l’approche diachronique et
transversale. Miser sur l’excellence reste plus que jamais un
enjeu majeur. L’histoire ancienne s’inscrit bien dans cette
stratégie, avec la désignation de 3 jeunes brillants scientifiques,
« d’ici et d’ailleurs » : Aude Busine, David Engels et François
de Callatay, qui viennent rejoindre une équipe reconnue
internationalement autour de Didier Viviers.
Aude Busine, après une licence en histoire ancienne à l’ULB
et un DEA à l’École pratique des hautes études en sciences
religieuses, entre au FNRS et fait un postdoctorat, comme
boursier Wiener-Anspach, à Oxford. Elle séjourne également à
Padoue et à l’Academia Belgica à Rome. Chercheur qualifié au
FNRS depuis 2007, elle reçoit le Prix Eugène Goblet d’Alviela de
l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts
de Belgique qui récompense le meilleur ouvrage en histoire
des religions (*).
▼
HISTOIRE ANCIENNE ET PARCOURS DE CHERCHEURS
David Engels fait ses études universitaires et doctorales à
Aix-la-Chapelle en Allemagne grâce à une bourse de la très
renommée « Studienstiftung des Deutschen Volkes » et y termine sa thèse consacrée à la divination romaine ; un travail
distingué par les prix « Borchers » et « Friedrich-Wilhelm ». Il
complète sa formation d’historien par des études d’arabe et
d’hébreu et des séjours aux universités de Liège, Köln et Nottingham. En 2008, il abandonne Aix et son poste d’assistant
en histoire ancienne pour la chaire d’histoire romaine à l’ULB,
devenant ainsi, à 29 ans, l’un des plus jeunes chargés de
cours de notre université !
▼
HISTOIRE & RECHERCHE |
14
François de Callataÿ découvre l’univers des monnaies en suivant
le cours de Tony Hackens, à l’Université catholique de Louvain.
La passion de la numismatique ne le quittera plus !
Après un séjour comme boursier à l’École française d’Athènes,
il est engagé au FNRS et rejoint, en 1991, la Bibliothèque royale,
dont il est aujourd’hui responsable de tous les patrimoines
précieux. En 2001, il aura l’occasion de séjourner à l’Institute
for Advanced Study à Princeton. Depuis 1998, il occupe la chaire
d’histoire monétaire et financière du monde grec, à l’École
pratique des hautes études.
L’ULB lui confie un cours d’histoire financière de l’Antiquité
en 2008. Trois prix prestigieux ont récompensé ses travaux :
en 2006, le Jeton de vermeil de la Société française de numismatique et, en 2007, le Prix Francqui, et le Huntington Medal
Award (États-Unis) qui revient à des lauréats ayant apporté
une contribution exceptionnelle à la numismatique.
Busine, Engels et de Callataÿ ont, tous trois, une très belle
production scientifique à leur actif. Quels ont été leurs centres
d’intérêt jusqu’ici ?
(*)
PHOTOS : JEAN JOTTARD
ESPRIT LIBRE | JUILLET 2009 | N° 7
« Paroles d’Apollon. Pratiques et Traditions oraculaires dans l’antiquité tardive »,
Aude Busine, Leiden-Boston, Brill, 2005 (Religions in the Graeco-Roman World, n°156).
PHOTOS : JEAN JOTTARD
▼
▼
▼
Aude Busine
David Engels
François de Callataÿ
AUDE BUSINE
religieuse, philosophie de l’Antiquité,
institutions politiques de l’hellénisme
oriental, histoire des réceptions, philosophie de l’histoire aux XIXe et XXe
siècle, etc. De 2007 à 2008, il a dirigé
un projet de recherche pluridisciplinaire
sur la symbolique politique et religieuse
de l’abeille, de l’Antiquité à nos jours.
menées par les glaciologues sur la pollution atmosphérique par le plomb et le
cuivre dans les calottes groenlandaises,
il a pu mettre en évidence que la production d’argent avait connu un pic
deux siècles avant notre ère et les deux
siècles suivants, niveau auquel on ne
parviendra plus avant le XVIIe siècle.
Le jury Francqui lui reconnaîtra d’avoir
convaincu la communauté scientifique
qu’il était possible de faire des propositions sensées concernant la taille de
l’économie monétaire antique et
d’avoir, par son œuvre, transformé notre
compréhension du monde antique.
Après un mémoire de fin d’étude consacré
à la légende des Sept Sages depuis
l’époque archaïque jusqu’au IIe siècle
de notre ère, publié à Paris en 2002 (De
Boccard) et nominé pour le Prix Augustin
Thierry, A. Busine a consacré sa thèse à
la production et à la réception des oracles
d’Apollon du IIe au VIe siècle de notre
ère, y compris dans le christianisme.
Aujourd’hui, c’est essentiellement l’Antiquité tardive qui l’accapare. Puisque les
études récentes ont montré qu’à l’origine
des cités grecques, les pratiques religieuses participaient de l’identité civique,
A. Busine entreprend d’étudier ce qui se
passa à l’autre extrémité de l’histoire de
ces mêmes cités, lors du fascinant processus de christianisation. Il s’agit par là
de définir ce qu’est une cité chrétienne
et de comprendre la manière dont les
chrétiens ont construit leur identité.
D’autres projets sur le phénomène des
collections de textes (Jena), sur la divination (Erfurt) et sur les cohabitations
entre communautés religieuses (dir. N.
Belayche, EPHE) retiennent également
son attention, ainsi que sa participation
à la réédition de « Die Fragmente der
griechischen Historiker » de F. Jacoby,
coordonnée par I. Worthington (Missouri)
et au Dictionnaire des philosophes
antiques (dir. R. Goulet, CNRS).
DAVID ENGELS
Les domaines d’intérêt de David Engels
sont multiples : divination et propagande
Depuis 2008, il est à la tête d’une équipe
de chercheurs internationaux travaillant
sur les institutions politiques de la Sicile,
de l’Antiquité au Moyen-Âge.
Il est également membre du Aachener
Kompetenzzentrum für Wissenschaftgeschichte et d’une équipe de recherche
sur les élites municipales dans l’Antiquité.
FRANÇOIS DE CALLATAŸ
Les travaux scientifiques de François de
Callataÿ ont pour épine dorsale la quantification et la longue durée. Le cœur de
ses travaux concerne la période hellénistique, autour des figures d’Alexandre
le Grand et Mithridate mais il étend ses
préoccupations à d’autres sociétés,
notamment à la Rome républicaine.
Spécialiste des monnaies, il a élargi son
champ d’investigation à la macro-économie de l’Antiquité et poursuit l’objectif
de (ré)concilier numismatique et histoire économique. Il s’est essayé notamment à quantifier les performances
économiques sur le temps long, cher à
Braudel. Pour les 4 derniers millénaires,
et en se fondant sur les recherches
HISTOIRE & RECHERCHE |
15
Les 15 et 16 octobre prochain, de Callataÿ organise une Conférence Francqui
sur la quantification en histoire ancienne
et sur la longue durée. Une pléiade de
participants étrangers de haut niveau
est annoncée, ainsi que Didier Viviers et
Jean-Pierre Devroey pour l’ULB. Face au
défi de la société de la connaissance,
chaque discipline a un rôle à jouer, une
« niche » dans le processus de construction et de transfert du savoir. La Faculté
de Philosophie et Lettres est bien
consciente de l’apport à la science qui
lui est propre et entend en faire un élément de « conviction building » à l’interne et à l’externe. Ses chercheurs
donnent une profondeur à l’analyse des
faits politiques, économi-ques ou sociologiques. Leurs recherches apportent la
densité « humaine », culturelle et diachronique pour interpréter les événements d’hier et d’aujourd’hui.
COMPRENDRE LE MONDE CONTEMPORAIN
CENTRE D’ÉTUDES MÉDITERRANÉENNES
Busine, Engels et de Callataÿ adhèrent pleinement à cette vision de la spécificité facultaire qui « colle » parfaitement aux
caractéristiques de leur domaine. Confrontés à des publics de
nouveaux-étudiants qui n’ont pas suivi les humanités grécolatines, de « matured students », etc., les historiens de
l’Antiquité doivent réinventer la légitimité de leur discipline.
Montrer que sans la connaissance de la Grèce et de Rome, on
ne peut comprendre le monde contemporain. Souligner la
richesse de ces mille ans d’empire gréco-romain, un modèle
exceptionnel précisément pour avoir assuré son dynamisme
et sa durabilité ! Cette approche demande aussi de tourner le
dos à l’idéalisation de l’Antiquité, largement répandue durant
les décennies passées, en faveur d’une histoire plus matérielle, plus « banale » du monde gréco-romain, mais sans en
rompre le charme.
Demain, avec la création toute récente parmi les instances
transversales de la recherche facultaire du « Centre d’études
méditerranéennes », coordonné par Busine et Engels, le monde
antique – entre autres – va trouver un écho redoublé, au sein
de l’Alma mater et au dehors. En rassemblant des recherches
disséminées aujourd’hui dans sept unités différentes, en faisant appel à l’éventail des techniques et de méthodes présentes
dans la Faculté (philologie, épigraphie, linguistique, histoire
dans toutes ses dimensions, papyrologie, archéologie, etc.), un
tel centre devrait permettre à l’ULB, à la fois, d’accroître l’assise
scientifique de l’histoire ancienne et d’en renforcer la visibilité
mais aussi de mieux faire connaître sa dimension citoyenne,
ses lectures et ses outils d’interprétation du monde présent.
*
> Chantal Zoller
ESPRIT LIBRE | JUILLET 2009 | N° 7
L’UNIF EN BRÈVES… |
16
Fonds Ithier
à Cédric Blanpain
ULBcdaire
*
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L’ULB embarquée
à bord de l’ISS
Réalisée dans le module Columbus de
l’ISS, l’expérience NEUROSPAT, du
Laboratoire de neurophysiologie et de
biomécanique du mouvement, vise à
mesurer l’activité électrique cérébrale
des cosmonautes lors de tâches sensorimotrices et cognitives dans un environnement de réalité virtuelle. Le spationaute
Frank De Winne sera le premier sujet de
cette expérience. A bord de l’ISS se déroulera également l’expérience IVIDIL.
Son objectif est d’étudier l’influence
des vibrations sur les phénomènes de
diffusions des liquides. Cette expérience
est pilotée par le Dr. Valentina Shevtsova,
du Microgravity Research Centre.
Politique & recherche
Lors de sa séance du 18 mai, le Conseil
d’administration de l’ULB a signifié son
soutien à l’action de sensibilisation du
monde politique menée par les Conseils
des Corps scientifiques de l’UCL, de
l’ULB et de l’ULg en vue de nourrir les
débats politiques autour de la recherche
scientifique, appellant les partis politiques démocratiques à s'engager
concrètement et rapidement en faveur
d'une réelle politique scientifique cohérente et ambitieuse.
Le Fonds Gaston Ithier vise à promouvoir
la lutte contre le cancer au sein de l’ULB
par le soutien de travaux de recherche
en oncologie. Le 11 juin dernier, le subside scientifique du fonds Ithier a été
attribué à Cédric Blanpain, chercheur à
l’Institut de recherche interdisciplinaire
en biologie humaine et moléculaire
(IRIBHM) de la Faculté de Médecine.
Cédric Blanpain étudie la relation entre
les cellules souches adultes et le cancer,
à partir du modèle cutané. Il s’est déjà
vu récompensé par plusieurs bourses
prestigieuses telles que le mandat
d’impulsion scientifique du FNRS,
le Career Development Award du Human
Science Frontier Program, etc.
Un grand partenariat
avec le Sud
Treize universités de pays en développement ont signé le 5 mai dernier un
accord de coopération avec les universités francophones de Belgique. Cet événement marquera le démarrage officiel de
la troisième phase d’un programme de
coopération universitaire institutionnelle
qui couvrira au total 24 pays mis en
place en 1996 par la Commission universitaire pour le Développement (CUD).
Haydn inédit
Un nouveau Prix
pour la diffusion
de la connaissance
Le recueil des trois nouvelles gagnantes
du concours ‘50 ans des Presses universitaires de Bruxelles’ est maintenant disponible dans les deux librairies des PUB
(Solbosch et Érasme) au prix de huit euros.
Le produit d’un an de la vente de ce recueil
sera intégralement destiné à alimenter le
"Prix des Presses universitaires de
Bruxelles pour la diffusion de la connaissance" décerné au meilleur article ou
livre de vulgarisation scientifique publié
entre le 1er janvier 2009 et le 1er mai
2010 par un jeune membre de l'ULB
(moins de 40 ans tous corps confondus).
ESPRIT LIBRE | JUILLET 2009 | N° 7
Alors qu'on célèbre cette année le bicentenaire de la mort de Joseph Haydn,
la Bibliothèque royale de Belgique
s'enrichit d'un manuscrit autographe
inconnu du compositeur. Le manuscrit
avait été inséré dans un carnet d'autographes ayant appartenu au violoniste
verviétois Henry Vieuxtemps, carnet qui
est récemment sorti de l'ombre. Cette
découverte exceptionnelle a été réalisée par Marie Cornaz, responsable de
la section « Musique » de la Bibliothèque royale et par ailleurs collaborateur scientifique à l'ULB et membre de
l'Unité de recherche « Musique, cinéma
et arts de la scène » de la Faculté de
Philosophie et Lettres de ULB.
LHC : les physiciens
belges sont prêts
Les physiciens de l’ULB et de la VUB
regroupés avec l’Université d’Anvers au
sein de l’Institut Interuniversitaire pour
les Hautes Energies (IIHE) ont inauguré
le 8 mai leur supercalculateur pour
l’analyse des données de l’expérience
CMS auprès du grand collisionneur de
hadrons du CERN, le LHC. Avec ce supercalculateur installé au Centre de
calcul commun aux deux universités
bruxelloises, les chercheurs belges se
sont dotés d’un outil de pointe pour
tenter de percer les mystères de la physique à la très haute énergie qui sera
accessible au LHC. Le supercalculateur
belge pour la physique des particules est
un partenariat des universités belges
ULB, VUB, UA, UCL, UGent et UMH.
L’Académie royale de Belgique compte
parmi ses nouveaux membres deux professeurs de l'ULB : Axel Cleeremans (Faculté
des Sciences psychologiques et de l'Éducation) et André Helbo (Faculté de Philosophie et Lettres). Tous deux sont admis dans
la Classe des Lettres. Quatre autres professeurs de l'ULB ont également été élus, à
l'Académie royale de médecine de Belgique
cette fois: Georges Casimir (pédiatrie générale), Pierre Vanderhaeghen (chercheur
à l'IRIBHM), Dominique Bron (Institut Bordet) et Yvon Englert (gynécologie).
■
Mahalia de Smedt
Fanny Brotcrone
Deux ULBistes
qui ont la vocation
Cette année, parmi les lauréats de la
Fondation belge de la vocation se trouvent deux étudiantes de l’ULB: Mahalia
de Smedt et Fanny Brotcorne. Mahalia
de Smedt s’occupe depuis trois ans des
femmes et des mineurs de la prison
centrale de Yaoundé au Cameroun.
Grâce à sa bourse, elle va maintenant
réaliser ‘Plumes d’espoir’, un projet
d’écriture et de témoignage avec les
jeunes de la prison. Passionnée de primatologie, et en particulier de l’évolution
des liens entre l’homme et les primates,
Fanny Brotcorne quant à elle partira réaliser une année de rassemblement de
données en Indonésie.
Jack Levy & Bernard Dan
récompensés
Le Fonds Herman Houtman a remis à
Jack Levy, chef du Service de pédiatrie à
l’Hôpital Saint-Pierre et Prof. de pédiatrie à l’ULB, le 8e Prix Houtman pour
‘Grandir avec le VIH’, un modèle de
prise en charge des enfants affectés par
le VIH/SIDA. Un prix exceptionnel - pour
des initiatives développées autour de
l’enfance handicapée - a également été
décerné à Bernard Dan, chef de la Clinique de neurologie à l’HUDERF et
chargé de cours à l’ULB, pour le programme ‘Parents dans l’équipe’.
Michel Meyer (Faculté de Philosophie et
Lettres) vient d'être choisi comme « James
Mc Gill Distinguished Lecturer » pour la
prochaine rentrée académique de la
Mc Gill University de Montréal, du 29 septembre au 4 octobre prochain.
■
Willy J Malaisse, Professeur associé émérite et chercheur au laboratoire d’hormonologie expérimentale de l’ULB vient d’être
nommé Docteur Honoris Causa de l’Universidad Complutense de Madrid (UCM).
■
Le recteur de l'Université, Philippe Vincke,
a été élu au sein du Conseil d’administration
de l'Agence universitaire de la francophonie
(AUF). Il y représentera l'ULB et le CREF
(Conseil des recteurs des universités francophones de Belgique). Le professeur
Jean-Luc Quoistiaux, de la Faculté des
Sciences appliquées (Institut d'urbanisme
et d'aménagement du territoire, IUAT),
également a rejoint l’AUF.
■
■ Le 11 juin dernier, le subside scientifique
du Fonds Ithier a été remis à Cédric Blanpain, chercheur à l'Institut de recherche
interdisciplinaire en biologie humaine et
moléculaire (IRIBHM) de la Faculté de Médecine. Cédric Blanpain étudie la relation
entre les cellules souches adultes et le
cancer, à partir du modèle cutané.
■ Esteban N. Gurzov, chercheur post-doctorant au Laboratoire de médecine expérimentale de la Faculté de Médecine de l’ULB,
a reçu le 5 mai dernier le Sanofi-Aventis
Award in Diabetes 2008. Ce prix lui a été
décerné pour son étude du «Rôle du facteur de transcription JunB sur l'apoptose et
le stress du réticulum endoplasmique dans
la cellule beta pancréatique», présentée
au congrès annuel de l'European Association for the Study of Diabetes.
Pierre Vanderhaeghen de l’Institut de
recherche interdisciplinaire en biologie
humaine et moléculaire (IRIBHM) de l’ULB
a reçu le Solvay Prize, un des prix scientifiques de la Fondation Médicale Reine
Elisabeth.
■
■ Professeur émérite, membre de l’Académie Royale de Belgique et présidente de
l’Institut Belge des finances publiques,
Françoise Thys-Clément vient d’être élue à
la présidence de la fondation Bernheim.
17
L’UNIF EN BRÈVES… |
Autres prix et nominations
Architecture : cap vers
une nouvelle Faculté !
En avril dernier, le Parlement de la
Communauté française votait le décret
permettant l’intégration des instituts
supérieurs d’architecture de la Communauté française aux quatre grandes universités francophones. Dès la rentrée
prochaine, l’ULB accueillera pour les
cours théoriques les 400 étudiants de
première année (BA1) de sa toute nouvelle Faculté d’Architecture, sur le site du
Solbosch. Pour 2016, l’ULB envisage la
construction sur son site bruxellois d’un
nouveau bâtiment destiné à l’ensemble
des étudiants de cette nouvelle faculté.
Votre cerveau est-il
«du soir» ou «du matin» ?
Des chercheurs montrent que la manière dont notre
cerveau travaille pour maintenir notre attention au
cours de la journée évolue d'une manière différente
selon que nous sommes « du soir » ou « du matin »
et que cette différence se marque principalement
en fin de journée quand notre pression de sommeil,
reflétant le temps passé depuis le réveil, devient
élevée (voir p. 22).
Le coup de plume - Cécile Bertrand
Mathias Dewatripont, professeur d’économie à l’ULB et vice-président de la Solvay
Brussels School of Economics and Management a été élu membre honoraire de
l’American Academy of Arts and Sciences.
■
Le recteur de l’ULB, Philippe Vincke, a
reçu le 18 mai dernier un diplôme de Docteur Honoris Causa de l’Université de Paris
Dauphine. Il est l’unique Européen parmi
les personnalités présentes du monde de
la recherche à être distingué. Bernard Roy,
professeur émérite à Paris Dauphine et
pionnier de la recherche opérationnelle
rend hommage à l’homme et au chercheur
lors de la remise des diplômes.
■
ESPRIT LIBRE | JUILLET 2009 | N° 7
Albert Art
Entre sciences et montagne,
une vie d’escalade
Adepte de la varappe, Albert Art n’a pas escaladé que
des montagnes. Son ascension sociale caractérise un
parcours professionnel qui ne s’inscrit ni dans la
linéarité, ni dans les sentiers battus. Un de ses plus
grands motifs de fierté ! De la vulgarisation scientifique,
il s’est notamment fixé le cap…
Après une formation professionnelle aux « Arts et Métiers » pendant la seconde
Guerre mondiale, Albert Art entame des études d’horlogerie pour échapper au travail
obligatoire. Issu d’un milieu ouvrier, il reste dans les mêmes rails et s’engage à
l’usine, dans une entreprise de foreuses tout en poursuivant, pendant trois ans,
des cours du soir de dessinateur industriel. À la faveur d’un changement de lieu de
travail, il est aiguillé par un collègue qui avait des connections avec l’Université vers
un emploi de garçon de laboratoire à l’ULB.
CONSEILS DE PHYSIQUE 1954
Engagé en Faculté polytechnique, chez les professeurs Piccard et Cosyns, il assiste
aux cours d’abord comme garçon de laboratoire, puis comme technicien et finalement, à la reprise de « la chaire » de physique par Goche, comme « préposé » aux
travaux pratiques. C’est à ce titre qu’Art assiste au Congrès, très fermé et réservé
aux seuls invités, des Instituts de physique Solvay en 1954 et qu’il aura le privilège
de rencontrer et de parler à Bragg, Pauli et Frölich... « La salle des travaux pratiques
de physique avait été transformée en cuisine, en restaurant et en lieu de réunion »,
se souvient-il avec malice.
▼
ANCIENS, AUX QUATRE COINS DU MONDE… ET DE BELGIQUE |
18
Albert Art, des sentiers montagneux…
UN MICROSCOPE
Grâce au Plan Marshal l – l’originel – Goche reçoit un crédit pour acheter un microscope électronique et c’est Art qui va en négocier l’achat en Angleterre. C’est lui aussi
qui va apprendre aux chercheurs et étudiants comment l’utiliser. Cette proximité
autour du microscope tisse des liens entre eux.
Bon grimpeur, Albert Art fait partie de la section « alpinisme » de l’ULB qui organise un
camp en Suisse. Font notamment partie de l’expédition Lambert, Thomas, le futur
recteur de la VUB –Bingen –, Bellemans et Philippot. Le soir, à la veillée, les discussions scientifiques et philosophiques vont bon train. Art y prend part spontanément. Et
les participants de lui lancer : « pourquoi ne ferais-tu pas des études universitaires ? ».
« On est ouvrier et on le demeure, m’explique Albert Art, on garde une attitude toujours
un peu en recul, on a tendance à dire amen à tout ! Et on ne pense surtout pas à faire
des hautes études ». Taraudé par la proposition de ses compagnons de cordée, il
fait part de ses hésitations au professeur Gehéniau qui lui donne à « potasser » un
livre de physique de niveau universitaire et propose d’évaluer ses connaissances au
moment où il se sentira prêt. Le test est concluant et Art s’inscrit en première candidature de physique, tout en continuant son travail à l’ULB. Les débuts sont ardus, vu
son manque d’habitude du vocabulaire et de la méthodologie universitaires. Il
réussit pourtant (chaque année) en première session. Diplômé quatre ans plus tard,
il devient assistant de Goche. Un ancien étudiant rencontré autour du microscope et
ESPRIT LIBRE | JUILLET 2009 | N° 7
… à la vulgarisation scientfique.
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Toujours sur la brèche
pour sensibiliser, Art
écrit actuellement
un document
à destination du
grand public et
des enseignants sur
« Physique et Nature »
En 1993, les activités d’Albert Art seront présentées aux autorités lilloises dans le cadre
d’un rapprochement, entre l’ULB et l’Université des Sciences et techniques de Lille.
à l’initiative qui va devenir l’événement majeur de la promotion
de la science vers le grand public et dont Art prend la responsabilité.
▼
Cette sensibilisation qui s’étend à l’ensemble des sciences
s’intègre dans des animations organisées dans les Parcs publics de Bruxelles et de Charleroi. Ces activités sont supportées financièrement par une banque et par une société privée.
Les « manips » d’Art et de ses collègues prennent place dans
un grand chapiteau (3 ans au Bois de la Cambre notamment !)
et sont accueillies, à la fête du roi 40/60 où s’imposera le nom
d’ « Expérimentarium ».
FÊTE DE LA SCIENCE & EXPERIMENTARIUM
En 1993, les activités d’Albert Art seront présentées aux autorités lilloises dans le cadre d’un rapprochement, suscité par le
recteur Thys-Clement, entre l’ULB et l’Université des Sciences
et techniques de Lille. Art est invité à organiser 3 jours de Fête
de la Science dans la métropole du Nord de la France. Chaque
année, depuis lors, il y présente ses expérimentations.
qui fait carrière à Mol l’attire vers un doctorat. Il opte pour ce
nouveau défi et partage sa vie entre l’ULB le matin et Mol le
reste de la journée (et d’une partie de la nuit). Docteur, il
poursuit ses travaux avec le microscope électronique sur l’état
solide et la recherche de défauts dans les cristaux.
Bien du chemin a été parcouru depuis les premiers essais.
Les autorités de l’ULB ont veillé à la structuration et à la pérennisation de l’œuvre accomplie, par la mise à disposition de
locaux pour l’Expérimentarium, sur le campus de la Plaine. Il
sera récompensé par le Prix Teghem et par le Prix de la Presse
scientifique.
MANIPS & SENSIBILISATION
Toujours sur la brèche pour sensibiliser, Art écrit actuellement
un document à destination du grand public et des enseignants
sur « Physique et Nature ». En connivence profonde avec la
nature, il a fait le tour des Anapurnas – 300km de randonnées
– en 1975, et la face Sud de l’Aiguille du Midi à 70 ans. « Aujourd’hui, avoue-t-il avec modestie, je pars toujours à l’assaut
des sommets, plus en tête de cordée mais avec un guide ! »
Devenu professeur de physique en facultés de sciences et de
médecine, il se rappelle ses frustrations d’ouvrier, déjà curieux
intellectuellement, mais barré dans l’accès au savoir parce que
rien n’était fait pour éduquer ceux qui n’empruntaient pas le
cursus tracé des humanités générales. Son premier souci est
de sensibiliser les jeunes et de s’assurer d’être compris de ses
étudiants. Il consacre du temps à répondre aux questions après
l’heure de cours et à présenter des expériences simples pour
rendre compréhensible ce qui n’est pas « passé ».
C’est l’époque où le prof. Libois met en œuvre ses premières
expositions de mathématiques à destination des élèves du
secondaire. Les informaticiens et les physiciens s’associeront
Du libre examen, il ne tient pas spécialement à disserter. Il lui
a été utile dans ses investigations scientifiques pour s’opposer
à l’emprise des dogmes et des pressions de tout type. Mais il
n’aime pas son volet « militant » : « se déclarer libre-exaministe,
c’est déjà cesser de l’être » !
> Chantal Zoller
ESPRIT LIBRE | JUILLET 2009 | N° 7
ANCIENS, AUX QUATRE COINS DU MONDE… ET DE BELGIQUE |
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ÉTHIQUE SCIENTIFIQUE |
20
Recherche médicale &
indépendance du chercheur
Pas toujours simple…
Comment garantir l’indépendance de la recherche ?
Comment éviter les pressions externes, notamment
lorsque des enjeux commerciaux entrent en ligne de compte ?
Vaste sujet… Petit aperçu dans trois domaines liés à la santé,
à partir de trois exemples parmi d’autres…
1.
INDUSTRIE DU TABAC & STRATÉGIES OBLIQUES
« Le tabagisme est néfaste pour la santé » ! Certes, mais ce
discours-là aura mis plusieurs décennies à devenir la norme...
Dans le cadre de ses recherches sur le système cardiovasculaire et les mécanismes de contrôle du système nerveux
orthosympathique, Philippe van de Borne (chef de service Service cardiologie, Erasme) a étudié les effets du tabagisme
passif.
Il évoque pour nous une étude de la revue scientifique Circulation (de l’American Hart Association) qui en 2007 (1) faisait
le point sur toutes les « stratégies obliques » utilisées par
l’industrie du tabac durant de longues années, pour minimiser
les effets de la fumée ; une étude basée sur toute la littérature
(interne ou externe, soit pas moins de 5.000 documents)
produite par ces industries : « Plusieurs de ces littératures
vont même jusqu’à présenter des résultats positifs de la
fumée de cigarette, en isolant des éléments qui ont certains
effets favorables (comme l’oxyde nitrique), et en escamotant
tout ce que cela implique comme conséquences négatives ! »,
explique le Dr van de Borne. La stratégie de ces littératures
« pro-industrie du tabac » étant de fonctionner sur base du
précepte « tant qu’il n’y a pas unanimité sur l’effet néfaste du
tabac, il persiste un doute en faveur de l’industrie ».
Un principe appliqué dans d’autres études pour bien d’autres
domaines (l’industrie pétrolière par exemple par rapport
aux… effets favorables de la production de CO2 sur la photosynthèse (!), ou l’alcool et ses supposés bienfaits, etc.).
Autre point important soulevé par le chercheur et relatif à son
indépendance de travail : les contrats qui lient des chercheurs
à leur sponsors (fabricants de produits pharmaceutiques, de
machines…). Des études permettent aussi, en plus de leur
objet premier, de tester des hypothèses qui a priori n’intéressent pas le fabricant-sponsor. « Dans un certain nombre de
cas, des clauses soumettent toute publication de ce type de
résultats à l’accord du sponsor, explique Philippe van de
Borne. Il nous arrive de perdre du sponsoring parce que le
financeur de l’étude refuse de laisser tomber ce type de
clause ». Or la recherche fondamentale fonctionne souvent
sur les découvertes indirectes, inopinées…
ESPRIT LIBRE | JUILLET 2009 | N° 7
L’industrie pharmaceutique pourrait ne financer que ce qui
l’intéresse d’un point de vue commercial, ce qui, en définitive, pourrait empêcher de nombreuses recherches – celles
liées à des maladies rares, qui ne concernent que des petits
groupes de patients, ou de grands groupes de patients mais
non solvables (les malades du SIDA en Afrique, par exemple)
– alors qu’en parallèle paraissent des résultats de recherche
sur des sujets dont la littérature a débattu et redébattu depuis bien longtemps... D’où l’intérêt, rappelle le chercheur, de
maintenir une recherche financée par des subsides publics et
des fondations, comme c’est le cas à l’ULB notamment dans
les domaines des maladies cardio-vasculaires. « Mais conclut
Ph. van de Borne, il ne faut pas nier l’intérêt de recherches financées par l’industrie privée : elles permettent aussi de faire
avancer la science. Il ne faut pas simplifier le débat.
À chacun de conserver son esprit critique – et de pratiquer le
libre examen – par rapport aux sources d’information, de
prendre le recul nécessaire face aux études qui paraissent ».
“
Il ne faut pas
simplifier le
débat.
À chacun
de conserver
son esprit
critique
”
“
La liberté
académique
est un devoir
académique
”
2.
JEAN NÈVE & LES GÉNÉRIQUES
Résumer en quelques lignes les déboires de Jean Nève, chef
du Service de chimie pharmaceutique à l’ULB et ancien président de l’Institut de Pharmacie, relève de la gageure : durant
8 ans, il a été engagé dans une aventure judiciaire à rebondissements qui aura porté atteinte à la fois à son honneur et
à son moral, pourtant d’acier. Aujourd’hui, au bout d’une procédure interminable, la Justice lui a donné raison.
Rappel des faits : tout commence en 2000 lorsque le professeur Nève est appelé en Commission parlementaire pour
donner un avis d’expert académique sur les propositions des
nouveaux ministres de la Santé et des Affaires sociales
(Aelvoet et Vandenbroucke) dont l’une concernait plus
précisément la promotion des médicaments génériques.
La volonté politique d’alors est clairement de permettre à
l’État de limiter le trou de la sécu en poussant l’utilisation
des copies de médicaments bon marché. « J’ai accepté de
donner un avis scientifique sur la question, au contraire de
pas mal de mes collègues qui, visiblement, avaient senti
que le terrain était particulièrement miné » explique
Jean Nève.
Quoiqu’il en soit, son rapport, vaste synthèse critique de
nombreuses opinions et données scientifiques de l’époque,
ne va pas dans le sens que souhaite le ministre Vandenbroucke (2) : il y indique notamment que les génériques ne
sont pas des répliques exactes des médicaments originaux et
qu’il peut donc y avoir des problèmes à la fois d’ordre pharmaceutique et thérapeutique. Il recommande des exigences
et contrôles plus poussés, une amélioration de la qualité des
dossiers soumis ainsi qu’une meilleure coordination des acteurs de santé concernés (experts, médecins, pharmaciens).
Bref, il exprime un avis nuancé à l’égard des génériques,
sans pour autant les condamner. Mais les enjeux commerciaux sont énormes. L’apparition de ces copies va entraîner
des conséquences en cascade sur l’industrie pharmaceutique
classique ainsi que sur le taux de vente et le prix des
médicaments originaux, etc. Le générique est le nouvel
Eldorado pour certains acteurs du monde pharmaceutique,
à l’affût de gains faciles...
Son avis reçoit un large écho dans les milieux médicaux et au
travers des médias qui l’invitent plusieurs fois à s’exprimer. Il
se retrouve ainsi un dimanche midi face au ministre des
Affaires sociales lors d’un débat à « Controverse » (RTL). Un
moment dont il se souvient encore et où il fut traité de…
menteur. Certes, sa réputation scientifique, sa personnalité
et son aisance font mouche et dérangent, attisant la haine de
certains nouveaux fabricants de génériques qui, dans la
foulée, saisissent la première occasion venue (un billet dans
le « Journal du Médecin ») pour lui coller un procès sur le dos,
diligenté par un très célèbre avocat. S’en suivent alors, pour
lui et l’avocat qui le représente (Me Paul Alain Foriers), des
années de ping-pong judiciaire, de procédés dilatoires et de
tentatives de pression variées dont le seul but est de le résoudre à déclarer publiquement qu’il s’est trompé et a, somme
toute, diffuser de fausses informations, explique-t-il. Ses
adversaires ont finalement été déboutés en première instance
et en appel non seulement sur le fond, mais aussi au nom de
la liberté d’opinion. La Justice les a condamnés en partie pour
procédure « téméraire et vexatoire », ou, en d’autres termes,
pour « abus de Justice ».
« On a clairement mis la pression sur moi au travers de procédures judiciaires scabreuses voire surréalistes, pour me
décourager d’encore m’exprimer sur ce sujet » rapporte Jean
Nève. Et ce n’est qu’en septembre 2008 que le prononcé du
jugement en appel lui rend enfin raison. « Sur le fond, le
Tribunal confirme que mes propos ne sont nullement fautifs.
Victoire donc sur toute la ligne… enfin ! ». La Cour précise
d’ailleurs dans son jugement qu’en matière de liberté académique, celle-ci constitue « …un régime particulier du principe
général de la liberté d’expression ». Que cette liberté « traduit
le principe selon lequel les enseignants et les chercheurs doivent jouir, dans l’intérêt même du développement du savoir
et du pluralisme des opinions, d’une très grande liberté pour
mener des recherches et exprimer des opinions ».
Certes, Jean Nève est de ceux qui ont le cuir solide. Il n’empêche,
on ne vit pas ce type d’attaque sans en subir des conséquences
à tous niveaux. En attendant, un scientifique de grande renommée, appelé comme expert par diverses instances, aura subi
plusieurs années d’intimidations, de vexations, de mises en
cause… qui auront probablement frappé les imaginations de
ses collègues, voire refroidi plus d’un téméraire approché
pour donner son avis dans des domaines ou des intérêts
commerciaux et des choix politiques sont en jeu…
« La liberté académique est un devoir académique, conclut-il,
malgré les risques que cela comporte ».
3.
NOUVELLES PRATIQUES À L’EASD
En 2004, lorsqu’il devient secrétaire scientifique honoraire de
la European Association for the Study of Diabetes (EASD),
Decio Laks Eizirik, (responsable du Laboratoire de médecine
expérimentale de l’ULB), s’interroge sur le fait qu’aucun code
interne ne régit la question des conflits d’intérêts au sein de
l’association (3). Or l’EASD réunit chaque année ses membres,
soit 15.000 spécialistes et chercheurs du monde entier –
c’est sans doute le plus grand rassemblement international
dans le domaine du diabète. Decio Eizirik décide donc de
proposer un code de déontologie.
ESPRIT LIBRE | JUILLET 2009 | N° 7
ÉTHIQUE SCIENTIFIQUE |
21
ÉTHIQUE SCIENTIFIQUE |
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Pour lui-même tout d’abord, en tant que secrétaire scientifique : refus de toute invitation extérieure (on l’invite notamment à des événements qui n’ont que très peu à voir avec la
recherche), de tout « cadeau » quelconque, obligation pour
lui de recevoir en ses bureaux et à ses frais les délégations de
l’industrie pharmaceutique désireuses de le rencontrer, etc.
Pour les membres des comités de l’EASD et des participants
au congrès annuel ensuite, en proposant des règles précises
relatives à toute présentation de recherche lors des meetings.
Ce qui en soi était une petite révolution… Cela signifiait
notamment accroître la transparence sur toute recherche
présentée, en obligeant chaque intervenant à spécifier qui
subsidie sa recherche. Une étude financée entièrement par le
FNRS n’est sans doute pas à envisager de la même façon qu’une
recherche financée par un grand laboratoire pharmaceutique
privé… Et cela va mieux en le spécifiant d’emblée. Car il y a
plus de chance pour qu’une recherche payée par un groupe
privé donne des résultats aux conclusions favorables au dit
groupe qu’une étude sponsorisée par les pouvoirs publics (4).
On peut s’étonner que jusqu’à présent une telle démarche
n’était pas obligatoire. « Beaucoup de collègues estiment être
indépendants à 100 % dans leurs recherches, précise
D. Eizirik. Même quand 50 % de leur recherche et une partie
de leur revenu sont payés par l’industrie pharmaceutique ;
pour eux donc, la question de conflit d’intérêt était dès lors
sans objet… ».
Ce type de rassemblement international et les conférences
qui y sont données ont un impact énorme non seulement sur
la recherche, mais aussi sur les discours médicaux diffusés
ensuite et les thérapies appliquées aux patients. D’un point
de vue épidémiologique, le diabète est une maladie qui affecte de 4 à 6 % de la population mondiale. Elle se développe
en Europe mais aussi en Chine, en Inde... A l’heure actuelle,
bien avant toute prescription pharmacologique, la meilleure
prévention de la maladie (du moins pour ce qui concerne le
diabète de type 2) reste… l’exercice physique et une alimentation équilibrée. Même si le rêve de toute industrie pharmaceutique est de trouver le médicament qui empêchera le
développement de la maladie.
Autre nouveauté appliquée, depuis, aux meetings de l’EASD :
la présence et l’intervention d’un commentateur indépendant
qui durant le Congrès analyse en détail les résultats des
études cliniques relatifs au test des nouveaux médicaments.
“
La transparence
est le mot-clé :
qui a payé
pour telle
étude ?
”
ESPRIT LIBRE | JUILLET 2009 | N° 7
Ce commentateur doit recevoir, quatre semaines avant le
meeting, toutes les données disponibles sur le sujet présenté, de façon à pouvoir à son tour fournir, en parallèle à
l’intervention du demandeur, un point de vue plus critique,
une mise en perspective des résultats et ainsi créer le débat.
Au début de son mandat, D. Eizirik fut d’ailleurs contacté par
un groupe désireux d’annoncer l’arrivée imminente d’un nouveau médicament de type préventif pour le diabète de type 2.
Il acceptera mais devra batailler ferme pour imposer le commentateur indépendant. La direction de l’entreprise jouant de
l’intercession de connaissances communes pour faire « discrètement » pression sur le secrétaire scientifique. « J’ai reçu
des coups de fil, me demandant pourquoi j’étais si radical…
Jamais de mail ou d’écrit » précise D. Eizirik, sourire en coin.
Finalement, la société en question acceptera le commentateur indépendant mais demandera de pouvoir rejeter un nom
parmi les personnalités envisagées pour ce travail, ce qui fut
accepté. La personne choisie fut écartée mais l’intervention
finalement acceptée fut de grande qualité.
D. Eizirik n’a plus connu ce type de pression ensuite. « C’est
entré dans les mœurs à présent ; chacun a compris l’intérêt
d’une telle pratique. Il s’agissait de rétablir une image plus
crédible de ce type de grand barnum scientifique, perçus de
plus en plus comme des méga-shows », souligne le chercheur.
La transparence est le mot-clé : qui a payé pour telle étude ?
A chacun de juger de l’indépendance de résultats sur base de
ces renseignements. « Mais, précise Eizirik, il ne faut pas non
plus noircir le tableau : beaucoup d’études sont payées par le
privé et nombreuses parmi elles sont très valables et ont leur
place dans les meetings ». L’idéal étant bien sûr que toute recherche puisse se construire sur base de fonds publics, y
compris les études cliniques de nouveaux médicaments.
« J’ai un laboratoire de 26 personnes et actuellement aucun
contrat particulier ne nous lie à l’industrie pharmaceutique »
précise D. Eizirik. Il est essentiel d’ailleurs que les pouvoirs
publics continuent de financer la recherche fondamentale.
C’est souvent sur ce type de financement que des avancées
scientifiques qui intéresseront l’industrie sont réalisées… ».
De façon plus générale, la question de l’indépendance va
bien au-delà des seuls aspects liés à la recherche. « L’industrie pharmaceutique possède une influence non négligeable
sur les pratiques médicales et les ‘tentations’ dans ce domaine
sont nombreuses. Dès le début de leur formation, les étudiants
en médecine sont approchés par l’industrie qui distribue ça
et là des petits cadeaux (bloc-notes, bics, dîners…) ; cela crée
des habitudes, une mentalité, que personnellement je ne
trouve pas normale. Je donne d’ailleurs un cours de communication scientifique où ces questions de déontologie et les
aspects éthiques sont abordés… », poursuit le Pr. Eizirik.
> Alain Dauchot
(1)
Étude disponible sur : http://circ.ahajournals.org/cgi/content/abstract/116/16/1845
(2)
Lire à ce sujet le dossier paru dans « Santé conjuguée », octobre 2000 :
http://www.maisonmedicale.org/IMG/pdf/SC_14_complet.pdf
(3)
Lire également l’article ‘Guidelines for medical management of hyperglycaemia in
type 2 diabetes and duality of interest’ paru dans Diabetologia en 2009
http://www.springerlink.com/content/0w6800212g6r027h/fulltext.pdf
(4)
Bekelman JE, Li Y, Gross CP (2003) Scope and impact of financial conflicts of interest
in biomedical research: a systematic review. JAMA 289:454–465.
BIOLOGIE MOLÉCULAIRE & PATHOLOGIES INFLAMMATOIRES |
23
Du trypanosome
au poisson-zèbre
Seul Belge à remporter une bourse post-doctorale au prestigieux « Human Frontier Science
Program », Benoit Vanhollebeke a également
reçu cette année une bourse de l’EMBO. Rencontre du jeune chercheur quelques jours avant
son départ en post-doctorat à l’Université de
Californie, San Francisco.
« Je me suis pris au jeu de la recherche non orientée, entièrement passionnée. Mon moteur, aujourd’hui, c’est réussir à comprendre les mécanismes biologiques », lance enthousiaste Benoit Vanhollebeke.
Bioingénieur de formation, il imaginait partir travailler sous les tropiques…
mais il change d’avis et décide d’entamer une thèse de doctorat : ses
lectures scientifiques, ses visites, ses rencontres le conduisent finalement dans le Laboratoire de parasitologie moléculaire (Institut de biologie et de médecine moléculaires) de la Faculté des Sciences de l’ULB.
VOIE D’ACCÈS AU PARASITE
Pendant ses cinq années de thèse, le jeune chercheur analyse, décrypte,
progresse et publie dans des revues majeures telles que le New England
Journal of Medicine ou Proceedings of the National Academy of Sciences
ou Science. En 2003, le professeur Pays et son équipe avaient identifié
une protéine du sang humain capable de tuer le trypanosome : l’apolipoprotéine L-1 ou apoL-1. Deux ans plus tard, le laboratoire – que Benoit
Vanhollebeke a rejoint entretemps – élucide la fonction de l’apoL-1, en
détaillant son mécanisme d’action pour tuer les trypanosomes. En 2007,
Benoît Vanhollebeke et ses collègues démontrent le rôle incontournable
de cette protéine dans notre immunité face au parasite. Enfin, en mai
2008, ils découvrent une nouvelle voie d’accès au parasite – un récepteur
de la surface du trypanosome, qui explique pourquoi le trypanosome
ingurgite l’apoL-1 qui finit par le tuer. Cette dernière découverte ouvre
d’intéressantes perspectives thérapeutiques.
DIRECTION SAN FRANSISCO
Aujourd’hui, une nouvelle voie se dessine : l’apoL-1 est surexprimée
dans des pathologies inflammatoires et intervient dans la mort cellulaire
programmée. Ou comment une protéine identifiée en étudiant un parasite « exotique » tel que le trypanosome, pourrait nous aider à comprendre
des mécanismes inflammatoires impliqués dans de nombreuses pathologies chroniques et dégénératives. Cette voie, le Laboratoire de parasitologie moléculaire l’explore depuis quelques mois dans le cadre du
programme d’excellence CIBLES.
▼
Sous la direction d’Etienne Pays, il entame une thèse financée par le
FNRS sur le modèle du trypanosome, cet étonnant parasite qui réussit à
déjouer les défenses immunitaires en ne cessant de se travestir et qui
cause d’effroyables dégâts en Afrique, en provoquant la maladie du
sommeil chez l’homme (300.000 morts par an) et le nagana chez le
bétail. « Étudier un parasite tel que le trypanosome africain était pour
moi l’occasion de me plonger dans la biologie moléculaire et cellulaire
tout en gardant un lien avec mon intérêt initial pour les tropiques », se
souvient-il.
La fameuse mouche tsé-tsé, un insecte vecteur du redoutable
trypanosome. Ici sur un de ses terrains de prédilection…
Benoit Vanhollebeke va lui aussi y consacrer encore
quelques mois d’étude , mais sous d’autres latitudes,
puisqu’il rejoint cet été l’Université de Californie à
San Francisco, grâce à une bourse de l’EMBO, European Molecular Biology Organization : il y mènera un
post-doctorat visant à mieux comprendre la famille
de protéines à laquelle appartient l’apoL-1.
HUMAN FRONTIER SCIENCE PROGRAM
Le jeune chercheur est également l’heureux lauréat
d’un Human Frontier Science Program, un prestigieux
concours international dont il est sorti seul Belge et
– c’est assez exceptionnel pour être souligné –,
classé 1er sur 672 candidats ! « Mon projet de recherche « Human Frontier Science Program » me fera
abandonner le trypanosome pour passer à un autre
modèle : le poisson-zèbre. Le laboratoire de Didier
Stainier que je rejoins à San Francisco s’est spécialisé
dans ce modèle animal très prometteur. Dès 2010,
je vais y étudier la biologie vasculaire et en particulier
les propriétés de perméabilité des vaisseaux sanguins. Il y a un lien bien sûr entre ma recherche actuelle sur le trypanosome et ce nouveau thème mais
ce lien me permet simplement de « faire la jonction » ;
puis à moi d’explorer... Je voulais lancer ma propre
aventure de recherche, le programme Human Frontier
me le permet : c’est une superbe opportunité »,
souligne le chercheur âgé d’à peine 29 ans.
> Nathalie Gobbe
ESPRIT LIBRE | JUILLET 2009 | N° 7
PORTRAIT |
24
Jacques E. Dumont
La science entreprenante !
Un océan de papier, des piles de dossiers et d’articles
d’où émergent la crinière en bataille et le regard incisif
de Jacques Dumont... Rencontre avec une personnalité
marquante de l’histoire de l’ULB et de sa Faculté de
Médecine. Ce grand scientifique n’a jamais pratiqué ni
la langue de bois, ni le politiquement correct. Fondateur
de l’Institut de recherche interdisciplinaire en biologie
humaine et moléculaire (IRIBHM), il a compris, dès les
années 60, que l’évolution de la recherche appelait des
approches et comportements nouveaux, tels l’audace
et la capacité d’entreprendre.
de l’Agence internationale de
l’énergie atomique d’abord,
de l’Euratom ensuite. En
1964 nous lançons avec A.M.
Ermans un laboratoire, sur
fonds Euratom, auquel succèdera un soutien du gouvernement belge. En 1976, la
Belgique ne renouvelle pas le
contrat et deux tiers du personnel du laboratoire risque
le chômage. Le tiers qui bénéficie de revenus stables
par son statut accepte de verser 20% de son salaire sur un
fonds destiné à rémunérer les
collègues moins chanceux.
Nous sortons de cette crise,
grâce notamment à l’intervention d’André Jaumotte.
J’ai alors pris conscience que
nos collaborateurs doivent
être protégés statutairement
par un rattachement à la Faculté et pécuniairement, en
assurant « nos arrières » !
Esprit libre : La stratégie est
définie, restait à trouver les
opportunités...
Jacques E. Dumont : En
créant deux ASBL. La première – pour la promotion de
la médecine d’Outre-mer
(APMO) – est fondée sur le
know-how acquis à la faveur
de la construction de l’Hôpital
Erasme. Les revenus des
consultances seront réinjectés dans la recherche. La
seconde – Association de
recherche en biologie et
diagnostique (ARBD), créée
par Gilbert Vassart – couvre
des activités de dosages
radio-immunologiques,
reprises par après par
l’Hôpital Erasme.
Jacques E. Dumont aujourd’hui...
Esprit libre : L’esprit d’entreprendre : de l’inné ou de l’acquis, selon vous… ?
Jacques E. Dumont : Les
deux, assurément. Et la prise
de conscience qui se forge
au fil des contraintes et des
conditions de travail jusqu’à
l’impérieuse nécessité de
« bouger », de stimuler le
changement !
J’ai toujours choisi moi-même
mes parcours successifs, et
ce dès l’âge de 12 ans. Mon
ESPRIT LIBRE | JUILLET 2009 | N° 7
caractère est un facteur qui a
dû jouer. Le fait d’avoir été
capitaine de l’équipe de basket-ball de l’ULB pendant des
années a influé sur la sélection de ma candidature à une
des cinq premières bourses
du NIH pour l’Europe, pour un
postdoc à Harvard. Le séjour
aux États-Unis m’a fait
découvrir un autre univers,
scientifique, politique et culturel. Le retour au pays sera
un contraste radical, dans le
laboratoire d’André Ermans
sans centrifugeuse et à
l’équipement des plus rudimentaires, sauf pour les
comptages de radioactivité.
Esprit libre : Les conditions
de travail et l’insuffisance de
moyens s’avèrent l’aiguillon
décisif ?
Jacques E. Dumont : Nos travaux en médecine nucléaire
nous valent heureusement
des financements extérieurs,
Esprit libre : De la suite de
ces événements, vous tirez
une première leçon sur la relation université-entreprise…
Jacques E. Dumont : La
question des récepteurs de
la TSH (Thyroid Stimulating
Hormone) est au cœur des
travaux de notre groupe dans
les années 80, autour de Gilbert Vassart principalement.
En 1988, nous proposons à
5 de nos chercheurs de travailler ensemble, chacun
avec une approche différente,
au clonage de ces récepteurs
thyroïdiens. Nous ne les trouvons pas mais nous découvrons 4 autres récepteurs
d’un coup, ce qui donne à
… quelques années auparavant, à l'occasion d'un Congrès.
notre équipe 6 mois d’avance
sur le reste du monde.
Aucune des grandes firmes
chimico-pharmaceutiques
belges ou françaises que nous
sollicitons dans l’urgence
n’acceptera d’investir dans
le développement de cette
première scientifique !
Esprit libre : vous êtes déçus,
mais pas fatalistes…
Jacques E. Dumont : Plus tard
nous créons nous-mêmes
avec P. Nokin et l’Université
une entreprise, « Euroscreen »,
très vite soutenue par le
patron de la Floridienne, J-M
Delwart. Avec cette initiative,
certes nous brevetons, mais
une part infime seulement de
ce que nous aurions pu faire…
La morale de l’histoire ? Ne
jamais demander aux industriels quelle recherche poursuivre. Mener ses travaux, et
quand une application potentielle se dessine, trouver
les interlocuteurs pour
convaincre l’industrie ou saisir soi-même l’opportunité.
Esprit libre : Nourri de la
double expérience de la
recherche de pointe et de la
course d’obstacles pour
pérenniser les efforts et les
équipes, vous franchissez un
nouveau cap, plus politique.
Jacques E. Dumont : Invité
par des étudiants liégeois à
une réunion pré-électorale en
2006, j’ai l’occasion de prendre la parole et de comparer
les moyens affectés à la recherche dans nos régions,
ailleurs en Europe, aux ÉtatsUnis et au Japon. 250 chercheurs de la Communauté
française travaillent sur le
cancer, pour 700 dans un
institut à Amsterdam et 500
à Cambridge ! Les ministres
Marcourt et Demotte ne sont
pas indifférents à ce constat
et me demandent des propositions concrètes pour changer la donne. Avec mes
collègues P. Lequeux, G.
Rousseau et L. Hue, de Liège
et Louvain, nous élaborons
un dossier d’où sortira le
projet WILL (*).
Esprit libre : Quels en sont
les enjeux ?
Jacques E. Dumont : Créer
une structure qui financera
des équipes pour 5 ans,
uniquement sur le critère de
qualité scientifique. Fédérer
les plateformes technologiques d’une part et les cellules de valorisation d’autre
part, réparties entre les
universités aujourd’hui.
Cette dispersion est une
absurdité. Ce qu’il faut, c’est
un seul office de brevets avec
un éventail de personnels
spécialisés dans des domaines différents. Idem pour
les séquençages à haut débit
du génome humain : nous ne
pourrons faire face aux applications de demain qu’en réunissant nos forces.
Esprit libre : Avec le recul
comment expliquez-vous la
réussite de l’IRIBHM ?
Au-delà des critères scientifiques, n’y-a-t-il pas la
conviction – la vôtre, mais
vous avez su la faire
partager – que l’excellence
se construit chaque jour, par
la créativité, l’innovation,
la confrontation des idées.
C’est le choix d’un mode de
fonctionnement et de gouvernance, n’est-ce pas ?
Jacques E. Dumont : Oui,
avec détermination ! Premier
principe de l’Institut : tout
doctorant une fois son PhD
terminé devait changer de
sujet d’investigation pour
s’affranchir de la tutelle de
son patron de thèse et semer
à son tour. Cette formule
visait à générer sans cesse
de nouvelles pistes de
recherche.
Autre règle qui relève d’un
libre examen appliqué :
l’IRIBHM fonctionne avec un
directeur élu au vote secret
par un CA composé de représentants de tous les corps,
pour 5 ans renouvelables.
Une structure évolutive donc,
pas une armée prussienne.
Et si, dans ces conditions,
vous êtes réélu, comme je
l’ai été de 1970 à 2001, vous
avez une réelle légitimité.
Esprit libre : Nous avons,
dans cette conversation,
pris pied sur le terrain des
valeurs… Lesquelles ont été
prédominantes ?
Jacques E. Dumont : La qualité, la transparence et l’honnêteté, principes auxquels je
me suis attaché dans ma vie
professionnelle. Le souci
d’une démocratie responsable, de la discussion ouverte
et d’un libre examen actif
m’habite toujours, comme citoyen et comme scientifique.
Le libre examen est une méthode qui permet à chacun
d’avoir ses opinions et de les
exprimer, la divergence ne
faisant de vous ni un adversaire, ni un ennemi. En fait,
c’est le principe de base de
la recherche scientifique.
Tout est ouvert et peut être
discuté pour peu que tous
les acteurs aient le même
but, le bien commun. Dans
beaucoup de groupes scien-
tifiques, c’est encore le chef
qui dit la vérité. Or chacun de
nous sait que l’on se trompe
souvent.
Esprit libre : Vous avez une
devise personnelle en ce qui
concerne la gouvernance ?
Jacques E. Dumont : Toute
personne en situation d’autorité doit être soupçonnée
du pire jusqu’à preuve du
contraire. C’est à elle à
démontrer son innocence et
son intégrité, et non aux autres à prouver l’inverse. C’est
une autre façon de définir
l’« accountability », le devoir
de rendre des comptes au
propre et au figuré !
Esprit libre : Revenons à
vos recherches et à leur
résonance aujourd’hui…
Jacques E. Dumont : Elles
concernaient la glande thyroïde. Je menais deux types
de recherche en parallèle :
l’une fondamentale sur la
transduction de signaux dans
les cellules thyroïdiennes,
l’autre clinique, suite à une
expédition au Congo belge
dans les années 60, sur la
pathogénie du goître endémique et sur le crétinisme.
J’ai mis en évidence pour la
première fois la relation entre
carence simultanée en iode
et en sélénium et crétinisme.
Mes recherches se sont
ensuite tournées vers la régulation de la thyroïde et les
récepteurs de la TSH. Nous
avons défini la grande partie
de ce que l’on sait de la
signalisation et le contrôle de
la cellule thyroïdienne et
donc des mécanismes de
pathologies thyroïdiennes
dont la tumorigenèse.
Au sein de l’IRIBHM qui a
diversifié ses champs d’investigation, « les descendants
directs » de mon groupe de
recherche (Carine Maenhaut,
Pierre Roger et Françoise
Miot) se consacrent toujours
à l’étude de la glande thyroïde, aux aspects « cancer »
et prolifération des cellules.
> Chantal Zoller
(*)
WILL : Walloon Institute for Life
sciences Lead , institut de recherche
d’excellence dans les domaines des
sciences de la vie et des biotechnologies.
ESPRIT LIBRE | JUILLET 2009 | N° 7
25
PORTRAIT |
Le libre examen
est une méthode
qui permet à
chacun d’avoir
ses opinions et
de les exprimer,
la divergence ne
faisant de vous
ni un adversaire,
ni un ennemi…
NEUROPSYCHOLOGIE & SOMMEIL |
26
De l’influence du sommeil
Cerveau sous surveillance
*
Philippe
Peigneux,
chercheur à
l’Unité de
recherches en
neuropsychologie
et neuroimagerie
fonctionnelle.
Le sommeil
nous occupe ou
nous préoccupe
tout au long de
notre vie… L’Unité
de recherches en
neuropsychologie
et neuroimagerie
fonctionnelle le
décrypte pour
mieux comprendre
notre activité
cérébrale.
Les uns s’endorment paisiblement, les autres sont incapables
de fermer l’œil de la nuit ; les uns sont des lève-tôt, les autres
se couchent tard ; les uns revendiquent leurs 10 heures de
sommeil, les autres se réveillent à peine 4 heures après s’être
endormis… Décidément, nous sommes tous différents face
au sommeil… Et ces différences, leurs causes et leurs conséquences intriguent Philippe Peigneux au point d’en faire le fil
rouge de ses recherches au sein de l’Unité de recherches en
neuropsychologie et neuroimagerie fonctionnelle (UR2NF) de
la Faculté des Sciences psychologiques et de l’Éducation.
En avril dernier, Philippe Peigneux publiait dans la prestigieuse revue Science, avec le Centre de recherches du cyclotron de l’Université de Liège. Dans leur étude de
neuroimagerie fonctionnelle, les chercheurs montraient que
la manière dont notre cerveau travaille pour maintenir notre
attention au cours de la journée évolue différemment selon
que nous sommes « du soir » ou « du matin » et que cette différence se marque surtout en fin de journée quand notre
pression de sommeil, reflétant le temps passé depuis le réveil, devient élevée.
MÉMORISATION
Outre le lien entre sommeil et éveil, Philippe Peigneux étudie
également depuis longtemps les relations entre sommeil et
mémoire, en s’intéressant maintenant en particulier à l’enfant.
On sait aujourd’hui que le sommeil influence le processus de
mémorisation chez l’adulte ; mais rien n’est actuellement
démontré de manière claire chez l’enfant. En collaboration
avec le Service de neuropédiatrie de l’Hôpital Erasme, Charline Urbain, doctorante au sein de l’UR2NF, observe à l’aide
de la Magnétoencéphalographie nouvellement installée sur le
campus Erasme comment des enfants intègrent et mémorisent
de nouvelles informations ; elle s’intéresse à des enfants dysphasiques, à la manière dont ils vont assimiler de nouvelles
connaissances langagières, dans quelle mesure le sommeil va
influencer cette acquisition et quelles sont les modifications
de l’activité cérébrale qui y sont associées.
Le Laboratoire de l’ULB étudie également, en collaboration
avec une équipe de l’Université de Montréal, les structures
cérébrales responsables de la création de nouvelles mémoires :
quelles sont-elles ? Comment fonctionnent-elles ? Pourquoi
garde-t-on, développe-t-on ou perd-t-on la mémoire ?
Aspirant FNRS au sein de l’Unité, Rémy Schmitz étudie, lui, la
manière dont nos deux hémisphères cérébraux fonctionnent
et permettent la consolidation de la mémoire. Ce chercheur a
observé que lorsqu’on est privé de sommeil, c’est surtout
l’hémisphère droit qui « paie le prix », avec un impact sur la
mémorisation. Est-ce un phénomène général ou spécifique à
certaines formes d’informations ? Et quels sont les traitements cérébraux qui en sont responsables ? Le chercheur
tente de le comprendre. Avec, à la clef, une vaste question
que Philippe Peigneux voudrait prochainement explorer :
quelle est la contribution des différents stades de sommeil
dans les différents processus nécessaires à la consolidation
de nouvelles informations en mémoire ?
SOMMEIL ET HYPERACTIVITÉ
Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont enregistré
l’activité cérébrale de chronotypes « du matin » et « du soir »
lors d’une tâche d’attention visuelle, 1h30 après leur réveil et
10h30 après ce réveil : aucune différence de performance ou
d’activité cérébrale n’apparaît après 1h30 alors qu’après
10h30 d’éveil – donc lorsque la pression du sommeil est plus
élevée –, la performance des chronotypes « du soir » est meilleure que celle des chronotypes « du matin ». Les chercheurs
ont également constaté que cette amélioration de vigilance
est associée à une augmentation d’activité dans deux régions
cérébrales anatomiquement interconnectées, fortement impliquées dans le signal circadien qui sous-tend l’éveil et régule notre niveau de vigilance à l’éveil. L’étude suggère donc
que les chronotypes « du matin » souffrent plus fortement
que ceux « du soir » de l’impact de la pression de sommeil
accumulée au cours de la journée.
ESPRIT LIBRE | JUILLET 2009 | N° 7
Le laboratoire étudie aussi, grâce à l’Imagerie par résonance
magnétique fonctionnelle, l’activité cérébrale d’enfants atteints
du trouble de l’hyperactivité. En collaboration avec plusieurs
équipes de l’Hôpital Erasme réunies au sein du Laboratoire de
cartographie fonctionnelle cérébrale, les chercheurs tentent
de mieux caractériser chez ces enfants leur comportement et
leurs performances dans différentes tâches ; tout en posant
une question centrale : les troubles de sommeil connus chez
ces enfants sont-ils un facteur aggravant de leur hyperactivité? Autre sujet de recherche mené en collaboration avec
l’Hôpital Erasme – cette fois, l’Unité des soins intensifs –, la
mesure de l’activité cérébrale de patients en état de
conscience altérée (coma, état végétatif…) et la perspective
d’affiner les indicateurs pronostiques de leur évolution.
> Nathalie Gobbe
Jean Van Wetter
Au-delà et en deçà de la Grande Muraille…
L’année 2008 en Chine fut pour moi une aventure humaine et professionnelle qui
m’a fort marqué. Tout d'abord ma fille Natacha a vu le jour à Pékin en avril. Ses
premiers mots, un an après, sont chinois. Pour le pays, l’année fut ponctuée de trois
événements historiques que j’ai vécus de manière directe.
Ces événements sont les émeutes au Tibet en mars, le tremblement de terre du Sichuan en mai et les Jeux Olympiques et
Paralympiques en août-septembre. Ils m’inspirent plusieurs
réflexions, sur le rôle des médias, la mise en perspective des
chiffres ou encore le rôle d’une ONG internationale dans un
pays si immense.
OPINION PUBLIQUE & MÉDIAS
Je suis étonné du caractère principalement négatif de l’opinion
publique belge vis-à-vis de la Chine. En comparant les analyses
faites par différents médias, chinois et occidentaux, sur des
faits que j’ai pu observer personnellement, j'ai réalisé, de
toutes parts, non seulement une évidente subjectivé, mais
aussi un clair manque de nuance, d’analyse et de recul.
Même si je reste convaincu que la plupart des journalistes
respectent une charte éthique et cherchent à montrer la réalité
de manière la plus objective qui soit, la concurrence entre les
médias entraine des dérives sur lesquelles il est bon de réfléchir. Le sentiment général anti-chinois véhiculé par les médias
occidentaux dans la couverture des différents événements de
l’année 2008 en est une bonne illustration.
MISE EN PERSPECTIVE
Si s’ébahir sur le fait que la Chine est désormais la troisième
économie mondiale ou le premier marché automobile mondial
est compréhensible pour le patron d’une multinationale bien
implantée sur le marché chinois, c’est pourtant moins justifié
si on fait l'effort de relativiser ces chiffres. Le PIB actuel de la
Chine est légèrement supérieur à celui de l’Allemagne. Mais
la population chinoise est 16 fois supérieure à celle de l’Alle-
Jean Van Wetter est diplômé de l’Ecole de Commerce Solvay (2000)
et est actuellement directeur de l’ONG Handicap International en
Chine où il vit avec son épouse et ses deux enfants depuis 2 ans et
demi. Jean préside également la section UAE à Pékin (jean.vanwetter@gmail.com). Les propos repris ci-dessus sont personnels et
n’engagent pas Handicap International.
magne et le PIB par habitant est par conséquent 16 fois moindre... Si on parle de près de 100 millions de personnes en
Chine appartenant à la classe moyenne1, selon un récent rapport de la Banque Mondiale il y aurait encore plus de 250 millions de personnes vivant sous le seuil de l’extrême pauvreté2,
soit presque l’équivalent de l’ensemble de la population des
États-Unis ! Si l’indice de développement humain à Shanghai
est similaire à celui de la Grèce, celui du Tibet ou du Yunnan
est plus proche de pays comme le Bangladesh ou le Népal, qui
sont parmi les plus pauvres de la planète. Ayant auparavant
travaillé dans de petits pays (Belgique, Pays-Bas, Cambodge),
mes premiers réflexes ont été d’analyser la Chine de manière
générale, comme un tout. Je me suis vite rendu compte que les
chiffres absolus ne veulent pas dire grand-chose dans ce pays
aux 1,3 milliard d’habitants, 56 groupes ethniques et autant
de langues et cultures différentes.
DÉVELOPPEMENT & RÔLE D’UNE ONG INTERNATIONALE
Bien que le pays se développe très rapidement du point de
vue économique, social et certainement politique sur la scène
internationale, le nombre de pauvres reste très élevé et surtout
l’écart entre riches et pauvres (indice Gini) s’accroit de manière
inquiétante. La Chine compte plus de 150 millions de migrants,
ce qui représente le plus grand mouvement de population
dans l’histoire récente du monde. La plupart d’entre eux ne
bénéficient d’aucune protection sociale et travaillent dans
des conditions très précaires.
Étant donné le grand nombre de personnes faisant face à des
besoins primaires, le gouvernement applique une politique par
« palier », en s’attaquant en priorité aux plus grands nombres
et qui n’atteint pas encore les populations les plus isolées et
les plus vulnérables. C’est là que la société civile, encore
émergente en Chine, peut jouer un rôle et ce rôle est progressivement reconnu par le gouvernement. C’est là aussi qu’une
ONG internationale spécialisée comme Handicap International
peut apporter ses compétences et sa valeur ajoutée, forte de
l’expérience acquise dans une soixantaine de pays.
J’aimerais conclure par une dernière réflexion sur le devoir de
tolérance qui est propre à tout homme et le libre examen qui
est un principe fondateur de notre Université. C’est lorsqu’on
est réellement confronté à un référentiel totalement différent
du nôtre qu’il est d'autant plus indispensable, mais il est vrai
difficile, de continuer à respecter nos principes d’ouverture.
Même avec un intense travail de remise en question de nos
propres valeurs, notre analyse et jugement seront toujours
biaisés. Reconnaître ce biais est essentiel pour respecter un
pays et ses habitants.
1
2
Revenus annuels supérieurs à 60.000 CNY - 6.500 EUR
Définies comme les personnes consommant moins de 1,25$ par jour ajusté en parité de pouvoir d’achat
ESPRIT LIBRE | JUILLET 2009 | N° 7
ANCIENS, AUX QUATRE COINS DU MONDE… |
27
VOYAGES & DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES |
28
1 Casoars de Nouvelle-Hollande (Australie);
dessin de Charles Alexandre Lesueur.
2 Parabéri, Naturel de la Terre de Van Diemen
3 Illustration issue du papier à lettres de la Corvette Le
(Tasmanie); dessin de Nicolas Martin Petit.
Géographe, un des navires qui conduisit Baudin aux
terres australes.
Sciences naturelles
Dans le sillage du capitaine Baudin
En septembre prochain, un colloque autour des voyages
du capitaine Baudin aura lieu au Palais des académies.
Concepteur de ce colloque, fruit d’une collaboration
entre l’ULB et l’Académie royale de Belgique, Michel
Jangoux a voulu remettre en lumière non seulement le
parcours d’un homme, occulté durant plus de deux
siècles, mais aussi tout le contexte socio-politique,
scientifique, culturel, et économique entourant les grands
voyages d’exploration de la fin XVIIIe-début XIXe siècles.
Zoologiste spécialisé en biologie marine, Michel Jangoux
(professeur à la Faculté des Sciences de l’ULB et à celle de
l’UMH) poursuit depuis de longues années des recherches sur
les échinodermes (des invertébrés marins). Il est notamment
l’auteur d’études sur les oursins et les holothuries (les fameux
« concombres de mer ») qui ont abouti à la mise au point de
technologies aujourd’hui très en vogue dans la production en
condition contrôlée d’espèces comestibles.
C’était inscrit dans les étoiles sans doute : la destinée du
capitaine Baudin devait un jour croiser son chemin. Rien à voir
bien sûr avec l’astrologie : il s’agissait de 150 étoiles de mer
consciencieusement dessinées par un certain Lesueur, 200
ans auparavant, à l’occasion d’une expédition australe ; une
collection de dessins que Gérard Breton (directeur à l’époque
du Musée d’Histoire naturelle du Havre) possédait et dont il
voulut connaître les secrets. Michel Jangoux fut sollicité. Ce
sera le début d’une passion dévorante pour les voyages du
trop peu célèbre capitaine, qui pourtant eut une existence
digne de celles d’un Bougainville, d’un Cook ou d’un Lapérouse.
« Passion dévorante » pour ce personnage, car demandez à
Michel Jangoux de vous résumer la vie de Baudin en quelques
mots, le chercheur vous déroulera l’écheveau de sa vie tel un
conteur ou un enquêteur qui n’aurait jamais fini de vouloir en
savoir plus…
ESPRIT LIBRE | JUILLET 2009 | N° 7
BAUDIN, CE MÉCONNU
Baudin est un homme issu d’un milieu de négociants ( le fils
de famille de commerçants de La Rochelle - Île de Ré -, son
oncle était armateur), que rien ne préparait à parcourir les
mers australes et encore moins à faire évoluer les sciences
naturelles. Sa première escapade vers des terres lointaines
aura lieu à Pondichéry, à l’occasion d’un passage furtif dans
l’armée de terre. Lorsqu’il revient en France, il a 24 ans et il rejoint son oncle qui l’introduit dans la marine marchande où il
fera commerce du transport d’immigrés (et d’armes, probablement aussi…) vers les États-Unis. Il fut donc indirectement
impliqué dans la guerre d’indépendance. Lors d’une escale
au Cap de Bonne Espérance, il fait la connaissance du chefjardinier de l’empereur d’Autriche, Joseph II, venu y récolter
des espèces rares d’arbres et de plantes.
Cette première rencontre est décisive : Baudin lui propose de
ramener ses végétaux jusqu’en Europe avec son bateau, La
Pepita. Joseph II est ravi, rétribue généreusement Baudin
pour ce transport exceptionnel, ce qui lui permettra d’acquérir
un nouveau vaisseau, La Jardinière. À partir de là, Baudin
traitera avec la cour autrichienne (Joseph II, Léopold II, et
ensuite François Ier d’Autriche) et recevra même le titre de
capitaine de vaisseau de la Marine autrichienne. Lorsque la
situation se dégrade entre la France et l’Autriche, Baudin se
tourne vers la France. On est en 1796. Mais la Marine de la
BELLE ANGÉLIQUE
La Belle Angélique quitte le Havre pour la Trinité et pour un
périple fait de tempêtes, d’embûches et de rebondissements :
Baudin ne pourra débarquer à La Trinité, occupée par les
Anglais ! Il reviendra finalement… mais de Porto Rico, en 1798,
avec une collection de végétaux vivants d’une richesse incroyable : « Jamais personne n’avait ramené autant d’espèces vivantes – fougères arborescentes, cocotiers, etc. – ; à son retour
d’ailleurs, on a fait défiler les palmiers lors de la fête de la
Liberté organisée par le Directoire et Baudin sera sacré héros
des Sciences naturelles » souligne Michel Jangoux. Fin du
premier acte.
TERRES AUSTRALES
Le citoyen Baudin est donc porté aux nues par le Directoire qui
veut le faire repartir vers d’autres terres lointaines, australes
celles-là, pour ramener de nouvelles essences et espèces issues
de la flore et de la faune. « …pour enrichir les collections nationales du Jardin de Paris mais aussi et surtout – c’est un point
essentiel – pour ramener des plantes et des animaux ‘utiles et
compatibles avec nos climats’ » souligne encore Michel Jangoux.
Se passent deux années-charnières durant lesquelles le climat
politique évolue : du Directoire on passe au Consulat ; le voyage
vers l’Australie change d’orientation quand l’Institut de France
prend le relais du Muséum d’Histoire naturelle et devient le
nouveau commanditaire de la mission : au départ, Baudin devait embarquer avec lui des naturalistes collecteurs ; à présent,
on lui demande de constituer une équipe de savants. C’est un
tournant important : pour la première fois au monde, une expédition scientifique d’envergure embarquera des astronomes,
botanistes, minéralogistes, géographes, des dessinateurs,
des jardiniers. Mais les ennuis vont commencer… En tout 22
personnes qui n’ont pas le pied marin ni d’expérience des
voyages, mais qui ont des compétences scientifiques, vont
faire partie du corps de cette expédition. Ces nouvelles recrues
sont jeunes, tout comme les officiers qui accompagnent et qui
ne supportent pas d’être commandés par un ancien marchand
qui fut au service de l’Autriche. C’est le début d’un calvaire pour
Baudin : changements de cap intempestifs, escales inopinées,
rébellions face à son autorité, abandons de nombreux membres
de l’équipage, problèmes de dysenterie occasionnant la mort
d’une partie des scientifiques embarqués dont… les fidèles de
Baudin. Le voyage tourne à l’Apocalypse.
Baudin & les Antilles : le livre
En parallèle au colloque sortira un ouvrage (« Journal du voyage aux Antilles
de La Belle Angélique, 1796-1798 ») signé Michel Jangoux et coédité par
les Presses universitaires de Paris-Sorbonne et l’Académie royale de Belgique pour qui cette coédition est une « première ». Le livre est un document de 500 pages richement illustré d’aquarelles inédites. Il présente le
journal de bord du capitaine Baudin rédigé à l’occasion de sa première expédition et jamais publié jusqu’ici. Subdivisé en huit chapitres, les descriptions de l’explorateur sont accompagnées d’un décryptage, d’une mise
en perspective et de compléments d’informations. Un second opus est déjà
en préparation…
Journal du voyage aux Antilles de La Belle Angélique (1796-1798),
Nicolas Baudin. Édition établie et commentée par Michel Jangoux,
Presses de l’Université de Paris-Sorbonne (Paris) et Académie royale
de Belgique (Bruxelles), 2009 ; ISBN 978-2-84050-665-2
29
MIS AU BAN
C’est la rumeur qui mettra Baudin au ban de la France : la presse
le rejette, on l’accuse de tous les maux, Bonaparte ne veut
plus en entendre parler ; il est relégué aux oubliettes de l’Histoire pendant 200 ans. Le colloque mettra notamment en évidence les raisons de cet état de fait. Baudin meurt à l’île de
France (île Maurice) des suites de tuberculose en 1803 ; il ne
reverra pas la France et ne pourra jamais se disculper.
TRÉSORS INEXPLOITÉS
Ses découvertes, pourtant, sont d’envergure : il y a bien sûr les
avancées de la cartographie du Sud et de l’Ouest des côtes
australiennes et de la Tasmanie ; il y a aussi et surtout ces
dizaines de milliers de spécimens de plantes inconnues,
d’échantillons minéraux, de notes, d’observations, d’esquisses
et de peintures ramenées par d’autres – dont le zoologiste
François Péron et l’officier Louis Freycinet – qui, dans leurs
écrits, éviteront de citer le nom de Baudin.
Autant de richesses qui tant bien que mal referont leur apparition, comme l’herbier de Baudin dispersé dans plusieurs collections et consciencieusement reconstitué par Michel Jangoux
et son collaborateur.
VOYAGES & DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES |
République se méfie de ce commerçant qui s’était mis au
service de l’Autriche. De guerre lasse, le capitaine offre ses
services – de « naturaliste » et de collecteur et transporteur
d’espèces rares – à Jussieu, alors directeur du Muséum d’Histoire naturelle de Paris. Depuis six ans, il s’était constitué une
collection privée, laissée à Trinidad. Il propose donc d’aller la
chercher et de la concéder au Muséum. Il ne demande pas
d’argent en échange, mais bien un bateau, un équipage et les
moyens d’aller et de revenir des Antilles. C’est une opportunité
à la fois pour Jussieu et pour Baudin qui envisage sans doute
déjà d’autres voyages, en particulier vers la Nouvelle Hollande,
une terre encore fort méconnue.
Reste aussi de cette seconde expédition de formidables dessins de Petit et Lesueur, recrutés non pas comme artistes ‘patentés’ mais engagés comme… canonniers ! Leur travail, d’une
grande beauté graphique, est aussi d’une grande richesse
scientifique. Ce même Lesueur qui dessina les fameuses 150
étoiles de mer, que Michel Jangoux aura l’occasion de découvrir
à son tour bien plus tard et qui lui inoculera le virus « Baudin ».
Un virus qu’il souhaite aujourd’hui partager avec d’autres :
« Peu de spécialistes connaissent vraiment Baudin. Les nombreux intervenants du colloque apporteront chacun un éclairage spécifique, permettront d’illustrer un bout de l’histoire
et certains aspects contextuels des expéditions d’alors.
L’ensemble des interventions devrait permettre d’aboutir à
un puzzle inédit assez complet ».
> Alain Dauchot
*
Colloque :
du 2 au 5 septembre
Ce colloque est ouvert à toutes et tous
(l’inscription pour l’ensemble des sessions
est de 15 euros). Il permettra d’en savoir
plus sur la personnalité et le parcours de
Baudin, qui n’était pas homme de science
mais qui fut un esprit curieux et un formidable récolteur ; ou encore d’appréhender
comment se passaient les voyages expéditionnaires à l’époque, quels furent les protagonistes de son expédition, quelles sont
les contributions de ses voyages aux
sciences naturelles, les sociétés savantes de
l’époque... Les intervenants sont issus de
nombreuses universités françaises, mais
aussi des Canaries, de la Réunion, d’Adélaïde, de Canberra, de Sydney, etc. Notons
encore au programme la visite de l’exposition « Joseph II » d’Hervé Hasquin, secrétaire perpétuel de l’Académie royale, qui
assurera également l’intervention d’accueil
du colloque.…
En savoir plus :
www.ulb.ac.be/sciences/biomar/colloque
LIVRES |
30
Livres
Nous ont
également été
signalés :
L’absence de partis nationaux :
menace ou opportunité ?,
par Jean-Benoît Pilet,
Jean-Michel De Waele et
Serge Jaumain, 2009.
Ethno-anthropologie
du Karaoké,
par Alain Anciaux, 2009.
À la découverte de l’âge d’or
des sciences arabes
Éditions Luc Pire, 2009.
Les déportés européens
et leur rôle,
par Julien Navarro, Éditions de
l’Université de Bruxelles, 2009.
L’Union européenne
et sa monnaie,
par Jean-Victor Louis, Éditions de
l’Université de Bruxelles, 2009.
Le social à l’épreuve
de la politique transversale,
par Mejed Hamzaoui, de la
Revue Les politiques sociale,
2009.
The Ties that Bind,
par Erik Fossum, Johanne Poirier et Paul Magnette, Éditions
P.I.E Peter Lang, 2009.
Gouverner
sans gouverner
Nous sommes entrés dans
l'âge de la transparence.
L'opacité des normes a laissé
la place à la limpidité des
faits. Les actes de gouvernement ne réclament plus de
décision et prétendent s'imposer depuis le réel. Mais la
transparence n’est-elle pas
un dispositif politique aussi
ancien que la modernité ? Et
si, loin de trouver sa source
dans le néo-libéralisme, la
transparence la trouvait
plutôt dans les théories et
pratiques du recensement
qui apparaissent à la fin de
la Renaissance ? Avec le recensement, naissait l'idée
qu'il est possible de gouverner à partir des faits, sans
devoir passer par l'édiction
d'une norme -, ou comment
se passer du droit pour imposer une politique.
Au temps des
catastrophes
Les partis politiques. Essai sur
les tendances oligarchiques
des démocraties,
par Robert Michiels, UBLire,
Éditions de l’Université de
Bruxelles, 2009.
Les groupes thérapeutiques
à média,
par Agnès Deconinck et Julie
Nieuwland, 2009.
La sociologie et l’oubli du
monde. Retours sur les
fondements d’une discipline,
par Annette Disselkamp,
Coll. Philosophie et société,
Éditions de l’Université de
Bruxelles, 2008.
ESPRIT LIBRE | JUILLET 2009 | N° 7
L’Académie impériale et royale de
Bruxelles. Ses académiciens et
leurs réseaux intellectuels au
XVIIIe siècle, par Hervé Hasquin,
Académie Royale de Belgique,
2009, 298 pages.
Gouverner sans gouverner. Une
théologie politique de la statistique, par Thomas Berns,
Coll. Travaux pratiques,
Éditions Presses universitaires de
France, 2009, 163 pages.
Nouvelles identités rom
en Europe centrale et orientale,
par Andréa Rea, La Revue
Transition, 2009.
L’ascenseur social reste en
panne. Les performances des
élèves issus de l’immigration
en Communauté française et en
Communauté flamande,
par Dirk Jacobs, Andréa Réa,
Céline Teney, Louise Callier et
Sandrine Lothaire, 2009.
L’Académie de Bruxelles
constitue une exception au
sein de la monarchie; elle a
séduit un imposant contingent
d'étrangers renommés; elle
est au cœur d'une toile de
relations internationales bien
plus dense qu'imaginé; elle
était plus proche − globalement parlant bien sûr − de
l'Aufklärung allemande et autrichienne que des Lumières
françaises. Au terme d'une
enquête qui a réuni des
confrères de l'Académie, des
collègues universitaires, des
membres du personnel scientifique de l'Académie, ce livre
renouvelle considérablement
notre connaissance de cette
vénérable Compagnie.
L’Académie royale de
Bruxelles
L'organisation par les soins
de la Bibliothèque royale de
Belgique d'une exposition
consacrée à Joseph II et
l'Europe a été le prétexte de
fouiller de façon plus approfondie le passé de l'Académie
impériale et royale des
Sciences et Belles-Lettres de
Bruxelles, institutions en
quelque sorte jumelles.
Nous avons changé
d’époque : l’éventualité d’un
bouleversement global du
climat s’impose désormais.
Guerre économique oblige,
notre mode de croissance actuel, irresponsable, voire criminel, doit être maintenu
coûte que coûte. Ce n’est pas
pour rien que la catastrophe
de la Nouvelle-Orléans a
frappé les esprits : la réponse qui lui a été apportée
– l’abandon des pauvres tandis que les riches se mettaient à l’abri – apparaît
comme un symbole de la barbarie qui vient : celle d’une
Nouvelle-Orléans à l’échelle
planétaire. Dénoncer n’est
pas suffisant. Il s’agit
d’apprendre, et cela à toute
échelle, à briser le sentiment
d’impuissance qui nous
menace, à expérimenter ce
que demande la capacité de
résister aux expropriations
et aux destructions du
capitalisme.
Au temps des catastrophes.
Résister à la barbarie qui vient,
par Isabelle Stengers, Coll. Les
empêcheurs de penser en rond,
Éditions La Découverte, 2009,
210 pages.
Des Belges et l’exil
En août 1914, plus d’un million de Belges fuient devant
les combats et les atrocités
allemandes et trouvent refuge
en France, en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas. Dans
chaque pays d’accueil, leur
arrivée massive suscite des
enjeux économiques et sociaux insoupçonnés. En mettant à l’épreuve la cohésion et
la solidarité des populations
de l’arrière, l’exil des réfugiés
belges souligne à merveille
les tensions qui traversent
les sociétés en temps de
guerre. Au-delà de ces aspects, l’étude de la « Belgique
de l’extérieur » met en lumière
une histoire méconnue − celle
de communautés belges disséminées aux quatre coins
de l’Europe occidentale pendant la Grande guerre. Cette
histoire est aussi celle de la
rencontre entre des peuples
qui se connaissaient somme
toute assez peu.
Des Belges à l’épreuve de l’exil.
Les réfugiés de la Première Guerre
mondiale en France, en Angleterre
et aux Pays-Bas, par Michaela
Amara, Collection Histoire,
Éditions de l’Université de
Bruxelles, 2008, 432 pages.
Le théâtre royal du Parc
En 2007, la doyenne des
salles de spectacle bruxelloises fêtait ses 225 ans.
Empereurs, rois, princes et
grands noms de l’histoire y
ont été spectateurs. Sur ses
planches, celle qui fut longtemps une annexe du Théâtre royal de la Monnaie et la
seule salle de théâtre parlé à
Bruxelles vit se produire les
étoiles du théâtre (Sarah
Bernhardt, etc.) ainsi que des
personnalités fortes de
l’histoire théâtrale bruxelloise
récente (Jacqueline Bir, etc.).
Aujourd’hui, un public
d’abonnés fidèles vient se
délecter de sa salle
« à l’italienne ». Mais le
théâtre de la rue de la Loi est
également intéressant d’un
point de vue plus politique
puisque, propriété de la Ville
de Bruxelles depuis 1816, il
a été un enjeu dans l’histoire
de l’affirmation de l’identité
flamande, puis belge… puis
bruxelloise.
passée en partie au second
plan en raison de la grave
crise financière qui sévit depuis septembre 2008. Pour
autant, cette forte crispation
n’est pas inédite. Depuis l’indépendance, en 1830, la vie
politique belge a été jalonnée
de polarisations régulières
sur les clivages traversant la
société qui ont généré à
intervalles réguliers des blocages politiques complexes à
dépasser. L’ouvrage examine
donc les événements
contemporains dans une
perspective plus large que le
temps court. Ce livre présente
une histoire de la vie politique
de 1830 à nos jours, à l’aune
des mutations qui ont affecté
le système politique belge, le
cadre institutionnel et les
partis politiques.
PÉRIODIQUE D'INTÉRÊT GÉNÉRAL
PÉRIODIQUE - PARAÎT 5 FOIS PAR AN
N° d'agréation P201028
Campus du Solbosch CP 130
50, av. F.D. Roosevelt
1050 Bruxelles
Éditeur responsable :
Chantal Zoller,
Département
des relations extérieures
Rédacteur en chef :
Alain Dauchot
Occupations et logiques
policières
Les Lumières contre
elles-mêmes ?
C’est peu dire que les élections fédérales du 10 juin
2007 et les multiples crises
politiques qui ont suivi ce
scrutin resteront dans les
mémoires. La Belgique a vécu
une période de transition
politique d’une intensité rare,
Les Lumières contre elles-mêmes ?
Avatars de la modernité, par LUCIA
(Yannis Thanassekos, Emmanuelle
Danblon, Claude Javeau, Bernard
Dan et Marc Abramowicz, JeanChristophe de Biseau, Pierre van
der Dungen, Anne-Marie Roviello,
Jean-Philippe Schreiber, Guy
Haarscher), Éditions KIMÉ, 2009,
219 pages.
La vie politique en Belgique de
1830 à nos jours, par Pascal
Delwit, Collection Ublire,
Éditions de l’Université de
Bruxelles, 2009, 368 pages.
Le théâtre royal du Parc. Histoire
d’un lieu de sociabilité bruxellois
(de 1782 à nos jours), par Cécile
Vanderpelen-Diagre, Collection
Histoire, Éditions de l’Université
de Bruxelles, 2008, 240 pages.
La vie politique
en Belgique
tant de luttes courageuses ?
N’y a-t-il pas un danger réel
dans les positions tantôt radicalement critiques, tantôt
mollement ambivalentes, au
sujet de la raison, de l’universalité, des libertés et de la
désormais impolitiquement
correcte laïcité ?
À quelles conditions le projet
d’un monde commun peut-il
avoir du sens dans une société toujours plus complexe ?
Derrière cette interrogation
générale se pose la question
très actuelle de l’héritage des
Lumières. Les auteurs de cet
ouvrage ont en commun un
fort attachement aux principes
et aux acquis de la modernité,
en même temps qu’une
conscience suffisamment lucide pour en percevoir les nécessaires questionnements.
Si la modernité n’a pas tenu
toutes ses promesses, tant
s’en faut, pouvons-nous renoncer à certains de ses
principes fondamentaux dont
l’établissement aura nécessité
En tant que pays occupé pendant les deux conflits mondiaux, la Belgique s'avère être
un laboratoire pour étudier le
phénomène des occupations
pendant le XXe siècle. Pour la
bureaucratie étatique, ces occupations posent la question
de leur positionnement face
à une dissociation entre État
et Nation. L’auteur interroge
trois postulats : la police
comme simple instrument ;
la pratique policière comme
une relation essentiellement
unilatérale entre dominant
(police) et dominé (population) ; une lecture « nationale » de l’occupation qui est
fondamentalement réduite à
deux options : collaboration
ou résistance. Mais la pratique de l’institution sous occupation ne se laisse pas
réduire à ces cadres. La police se définit par son caractère discrétionnaire qu’elle
maintient pendant la guerre.
Occupations et logiques policières.
La police bruxelloise en 1914-1918
et 1940-1945, par Benoît Majerus,
Académie royale de Belgique,
2008, 388 pages.
Rédacteur en chef adjoint :
Isabelle Pollet
Comité de rédaction :
Alain Dauchot,
Nathalie Gobbe,
Isabelle Pollet,
Albert Van Wetter,
Chantal Zoller
Secrétariat :
Christel Lejeune
Contact rédaction :
Service communication,
ULB: 02 650 46 83
alain.dauchot@ulb.ac.be
Mise en page :
Geluck, Suykens & partners
Chiquinquira Garcia
Impression :
Nevada-Nimifi
Routeur :
The Mailing Factory SA
Esprit libre :
5 euros par numéro
Abonnement: 20 euros
(4 numéros par an)
Esprit libre sur le Web :
ulb.ac.be/espritlibre/
UNIVERSITÉ LIBRE DE BRUXELLES - UNIVERSITÉ D’EUROPE
Les publications
du 175e anniversaire de l’ULB
Lancement de la souscription pour les ouvrages « Anniversaire »
Pour garder trace de cet anniversaire, une série de publications verront le jour :
➔
Les 175 ans de l’ULB
Anne-Sophie Devriese-Marchant, Didier Devriese, Isabelle Pollet.
Ce beau livre, abondamment illustré et truffé de commentaires et chiffres significatifs, retrace les étapes marquantes de la vie de notre institution en insistant tout particulièrement sur les grands mouvements qui ont traversé l’ULB durant ces 25 dernières années.
➔
Les DHC de l’Université libre de Bruxelles
Kenneth Bertrams, Didier Devriese, Kim Oosterlinck.
Qu’est ce qu’un Docteur Honoris Causa ? Quel rôle et quelle fonction remplit-il ? Quels sont les DHC de l’ULB ?
Cet ouvrage superbement illustré retrace l’histoire de l’Université libre de Bruxelles et de ses engagements au
travers de ses DHC, éclairé par plus de 80 biographies originales.
En pratique : Le prix pour chacun des ouvrages est de 50 € (frais d’expédition et TVA inclus). L’offre pour les deux livres est de
75 €. Les recettes de la vente des ouvrages seront intégralement versées à la Fondation ULB.
La souscription pour l’ouvrage du 175e et la souscription commune pour les deux ouvrages prendra fin le 31 août 2009.
L’ouvrage du 175e vous sera expédié en novembre 2009.
La souscription pour l’ouvrage DHC sera quant à elle clôturée le 31 mars 2010 avec un envoi en mai 2010.
Le compte bancaire à mentionner est : Fortis: 001-5423222-28 ; Code IBAN: BE37 0015 4232 2228 ; Code BIC : GEBA BE BB.
Avec en communication : YB 035 4 R 00002 – 175e et DHC, ou 175e, ou DHC en fonction de votre commande.
➔
Chemins de la mémoire. Parcours à travers le patrimoine sculpté de l’Université libre de Bruxelles
Ouvrage collectif ; Sébastien Clerbois (Ed.).
Chemins de la mémoire vous emmène pour une balade sur les campus, à la découverte du patrimoine sculpté de
l’Université libre de Bruxelles. A la recherche des trésors cachés et des perles rares : une bonne occasion pour
parcourir en images l’histoire et les valeurs de l’Université.
En pratique : 15 € (TVA et frais de port inclus). Clôture des souscriptions : 28 mars 2010.
Le compte bancaire à mentionner est : Fortis: 001-5423222-28; Code IBAN: BE37 0015 4232 2228; Code BIC: GEBA BE BB.
Avec en communication : YB 035 4 R 00005
➔
Le Pôle Santé de l’ULB : histoire de lieux, de personnages et de découvertes
S. Louryan et P. Kinnaert (Ed.).
Récemment intégrée au Pôle Santé, la Faculté de Médecine fait maintenant partie d’une entité où chaque membre suit sa propre évolution, souvent méconnue par ses partenaires. Les 175 ans de l’Université sont l’occasion
de compiler les histoires des institutions réunies au sein du Pôle Santé, majoritairement situées sur le campus
Erasme. Des chapitres inédits côtoient des articles publiés antérieurement dans la Revue Médicale de Bruxelles,
partenaire privilégié de ce projet.
En pratique : 352 pages (17 x 24), couverture rigide et reliure cousue fil de lin. Prix : 30 € TTC prix public, et 27 € TTC en souscription
et frais de port inclus en Belgique. Clôture des souscriptions : 14 août 2009. Le compte bancaire : 132-5168350-37 - Memogrames
SPRL - 13, rue des Sept Etoiles - 1082 Bruxelles avec la mention "Pôle médecine ULB" et l’adresse de livraison.
➔
La Faculté de Médecine de l’Université libre de Bruxelles sous l’occupation
Chloé Pirson, Lionel Rivière.
Le 24 novembre 1941, après une année de cohabitation forcée avec l’ennemi, le Conseil d’Administration choisit
de fermer l’Université. A travers les fonds d’archives de l’ULB, des documents iconographiques inédits et les récits
d’une vingtaine de témoins, la Faculté de Médecine se dévoile, militante et engagée, forte du courage d’hommes
et de femmes auxquels elle rend hommage aujourd’hui.
En pratique : 19 € frais de port inclus. Date fin souscription : 19 novembre 2009. Date de parution : 1er septembre 2009. Le compte
bancaire : 001-2730 801-36 Fortis banque SA 808 route de Lennik 1070 Bruxelles. Code IBAN : BE 46 0012 7308 0136.
Code BIC : GEBABEBB. Mention « Livre Faculté de Médecine ».
➔
A paraître également
« De l’exposition universelle de 1910 à l’Université… »
« Révolutions sexuelles? », Editions de l’Université de Bruxelles
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* Your assessment is very important for improving the work of artificial intelligence, which forms the content of this project

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