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DIRECTION GÉNÉRALE DE LA RECHERCHE ÉCONOMIQUE
ET DE L’ANALYSE DES POLITIQUES
Collection Documents de travail
Dissociation du rendement de productivité faible
au Canada – Une revue des enjeux
Susanto Basu, Boston College
Document de travail 2010-03
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ISBN 978-0-660-22622-4
N.B. Dans cette publication, la forme masculine désigne tant les femmes que les hommes.
Also available in English under the title Unbundling Canada's Weak Productivity Performance: A Review
of the Issues.
Document de travail 2010-03
Dissociation du rendement de productivité
faible au Canada : Une revue des enjeux
Les idées et les opinions exprimées dans le document de recherche sont celles de l'auteur et ne
représentent aucunement les idées ou opinions du ministère de l'Industrie ou du gouvernement du
Canada.
Susanto Basu,
Boston College
Le 28 février 2010
Remerciements
Je suis reconnaissant à Giuseppe Nicoletti, Someshwar Rao, Stefano Scarpetta,
Fabio Schiantarelli et Jianmin Tang de m'avoir fait part de leurs observations et suggestions.
Toute erreur ou interprétation sont celles de l'auteur.
1|Page
Résumé
Document de travail 2010-03
Le Canada est l'un des rares pays de l'Organisation de coopération et de développement
économiques (OCDE) à se laisser distancer par les États-Unis sur le plan de la productivité
(niveau et croissance) sur une longue période (1980-2005). L'étude présente une méthode pour
décomposer cet écart de productivité en trois éléments : les différences dans l'allocation optimale
des ressources, les effets des économies d'échelle et un résidu. Le résidu est fonction de divers
facteurs, dont les méthodes de gestion, les infrastructures et les activités d'innovation, comme la
recherche-développement (R-D). L'investissement dans l'innovation produit des retombées
directes ainsi que des externalités positives. Pour mesurer la contribution de tous ces facteurs de
croissance de la productivité, il faut des données à l'échelle de l'entreprise et des données
globales. L'étude examine ensuite les travaux visant à déterminer dans quelle mesure les
politiques économiques agissent sur la productivité globale par l'intermédiaire de ces facteurs.
Elle permet d'établir que la réglementation et la politique économique ont clairement un effet
statistiquement significatif sur la productivité, mais l'importance économique de cet effet n'est
pas encore établie. La quantification de l'importance des changements qui pourraient être
apportés à la politique économique est un sujet hautement prioritaire pour la recherche future.
Le Canada et les États-Unis possèdent plusieurs caractéristiques communes, dont les suivantes :
gouvernement démocratique, revenus élevés, géographie nord-américaine et engagement
fondamental tant à l'égard du libre marché que de la justice sociale. Il est donc surprenant que la
productivité relative du travail dans les deux pays ait constamment divergé au fil du temps. La
présente recherche propose des façons possibles de découvrir et d'analyser les causes de cet
écart.
D'importants travaux de Statistique Canada (2007) et de Rao, Tang et Wang (2008) documentent
les faits qui devraient servir de point de départ à l'analyse. Selon Statistique Canada (2007), la
productivité du travail a progressé plus lentement au Canada qu'aux États-Unis au cours des
20 dernières années. Quant à Rao, Tang et Wang (2008), ils montrent que cet écart n'est pas
uniforme d'une industrie à l'autre. L'écart entre les taux de croissance était beaucoup plus
important dans le secteur de la fabrication que dans celui des entreprises dans son ensemble.
Dans les deux secteurs cependant, le creusement de l'écart s'accélère depuis 2000 environ – c'està-dire que depuis 2000, le Canada recule plus vite qu'avant. Fait intéressant, toutefois, dans
plusieurs industries (en particulier celles de la construction, de l'impression et de l'édition, des
produits minéraux non métalliques et des produits métalliques de première transformation), le
Canada était le chef de file de la productivité du travail en 1997 et il a continué d'occuper cette
position enviable jusqu'en 2001. Dans d'autres industries (p. ex. celles des produits alimentaires
et des produits chimiques), le Canada était loin derrière les États-Unis en 1997, mais était
essentiellement au « coude à coude » avec ce pays ou le devançait même quelque peu en 2001.
Bien sûr, dans d'autres industries encore, le Canada s'est fait distancer par les États-Unis de 1997
à 2001, ce qui a mené au recul global de sa productivité relative du travail. Il importe toutefois de
souligner le rendement différent de ces catégories d'industries parce que les explications
avancées devraient permettre de faire la lumière non seulement sur l'écart global, mais aussi sur
les rendements divergents des diverses industries.
2|Page
Document de travail 2010-03
La présente étude postule que pour comprendre l'écart de productivité du travail entre le Canada
et les États-Unis, il est essentiel de comprendre la source des différents taux de croissance de la
productivité totale des facteurs (PTF, ou productivité multifactorielle [PMF]) entre les deux pays.
Trois raisons motivent cette démarche. Tout d'abord, selon les données de Statistique Canada
(2007), entre 1961 et 2006, la différence de la croissance de la PTF entre les deux pays est à
l'origine de plus de 100 % de l'écart de productivité du travail! De toute évidence, l'écart de
performance de la PTF influence grandement l'écart que nous cherchons à expliquer. Ensuite, sur
de longues périodes, l'intensité de capital (deuxième composante de la croissance de la
productivité du travail) est endogène et devrait être tirée par la croissance de la PTF. Ainsi,
d'après des modèles économiques simples, à long terme, la PTF devrait être le seul moteur de la
croissance de la productivité du travail; une PTF élevée, une forte productivité du travail et une
forte intensité de capital devraient aller de pair 1. Enfin, comme nous le rappelle Hulten (2001), la
croissance de la PTF est l'élément « gratuit » de l'amélioration des niveaux de vie. Il se peut
qu'accroître l'intensité de capital ait des avantages à long terme, mais cela comporte aussi des
coûts à court terme : pour investir davantage, les gens doivent diminuer leur consommation à
« court terme » – une période, dans ce contexte, qui peut être mesurée en décennies. Voilà
pourquoi augmenter la croissance de la PTF est particulièrement important pour améliorer les
niveaux de vie et le bien-être économique à court, à moyen et à long terme.
Le reste de l'étude est structuré comme suit. Aux sections I et II, nous établissons un cadre
simple pour analyser les écarts de croissance de la PTF entre le Canada et les États-Unis à
l'échelle de l'industrie. L'application de ce cadre aidera à mettre en lumière les raisons expliquant
pourquoi la performance de la PTF du Canada a constamment été inférieure à celle des ÉtatsUnis et nous permettra de comprendre les causes de l'écart important et grandissant des niveaux
de productivité du travail entre les deux pays. À la section III, nous analysons les raisons
possibles des écarts que nous cherchons à expliquer en nous fondant sur les résultats du cadre
présenté sommairement dans les sections précédentes.
1
Cette prédiction correspond en effet aux conclusions que Rao, Tang et Wang (2008, p. 12) tirent de leur étude,
industrie par industrie, sur les écarts de productivité du travail [traduction] : « Dans les 29 industries, il y a une
corrélation positive significative entre la productivité du travail et les écarts d'intensité de capital. En d'autres termes,
les industries où le Canada jouit d'un avantage sur le plan de la productivité sont aussi généralement celles où il
dispose d'un avantage au chapitre de l'intensité de capital, et vice versa (tableau 4). »
3|Page
Table des matières
Document de travail 2010-03
1. Définitions
2. Productivité et technologie
3. Sources des différences de PTF
4. Politiques de prospérité : aperçu
5. Réaffectation des ressources et croissance : théorie et données
6. Innovation et élaboration de politiques : théorie et données
7. Effets des politiques sur la productivité : preuves directes
8. Conclusion
Bibliographie
4|Page
I. Définitions
Document de travail 2010-03
L'économie compte N produits. Les entreprises, désignées par l'indice i , fabriquent des produits
en embauchant de la main-d'œuvre, Li , et en louant du capital, . Nous supposons que seulement
une entreprise fabrique chaque produit 2. Lorsqu'il n'y a aucune ambiguïté, nous omettons les
indices de temps.
Nous supposons qu'il n'y a qu'un seul type de main-d'œuvre et qu'un seul type de capital. Nous
définissons donc les intrants globaux comme la somme simple des quantités à l'échelle de
l'entreprise :
K ≡ ∑ i =1 K i ,
N
L ≡ ∑ i =1 Li .
N
C'est par souci de simplicité que nous posons l'hypothèse de l'homogénéité du capital et de la
main-d'œuvre. Si ces derniers étaient hétérogènes, nous ferions la somme de chaque intrant
séparément, ce qui ne représente aucun changement fondamental.
En principe, il se peut que des entreprises différentes paient des prix différents, même dans le cas
d'un intrant homogène (p. ex. si les syndicats obtiennent une hausse de salaire dans certaines
entreprises, mais pas dans d'autres). Pour tout intrant J , PJi sera le prix payé pour louer ou
embaucher l'intrant pour une période. Nous définissons les prix (de location) globaux du capital
et de la main-d'œuvre comme le quotient des paiements des facteurs et des quantités globales :
PK
∑
≡
PL
∑
≡
N
i =1
PKi K i
K
N
i =1
PLi Li
L
,
.
Nous désignons par dv la croissance dans la définition de Divisia de la production globale (de
même, celle de la valeur ajoutée globale). Les intrants globaux et la productivité globale sont
définis dans la façon dont nous les utilisons au fil de l'étude. Nous définissons la part de chaque
intrant J dans la valeur ajoutée globale comme étant sVJ = PJ J PV V . La croissance des intrants
globaux, dxV , est alors définie comme la somme pondérée en fonction de la part de la croissance
des intrants primaires du capital et de la main-d'œuvre :
2
Cette hypothèse n'est pas restrictive du fait que nous pouvons désigner les produits par l'indice des entreprises de
production. Les consommateurs peuvent considérer deux produits comme des substituts parfaits, s'il est sousentendu que leur prix est identique. Notre hypothèse implicite voulant que le nombre d'entreprises soit fixe est plus
restrictive.
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Document de travail 2010-03
=
dxV sVK dk + sVL dl .
(1)
Les parts sont le quotient du coût global de chaque intrant et du revenu nominal total. Il est à
noter que contrairement à Solow (1957), nous ne considérons pas la part du capital comme un
résidu. Ainsi, la somme de sVK et sVL équivaut à moins de 1 si les entreprises réalisent des profits
économiques. La croissance de la productivité globale s'entend de la différence entre la
croissance de la production et la croissance des intrants :
dp
= dv − dxV .
(2)
S'il y a des profits économiques, alors notre mesure de la productivité diffère de celle de Solow,
car la somme des parts d'intrants n'équivaut pas à 1. Si les profits économiques sont nuls, alors
les poids (ou parts) et donc la mesure de la productivité correspondent à ceux de Solow. Étant
donné que les profits purs semblent faibles (Basu et Fernald, 1997a; Rotemberg et Woodford,
1995), dans la pratique, notre mesure est très proche de celle de Solow.
II. Productivité et technologie
Nous présentons ici notre méthode pour trouver les déterminants fondamentaux de la croissance
de la PTF au Canada et aux États-Unis. Nous commençons par examiner la croissance de la PTF
à l'échelle de l'entreprise et faisons ensuite la somme des données d'entreprises pour connaître la
croissance de la productivité à l'échelle de l'industrie.
Nous commençons par les fonctions de production à l'échelle de l'entreprise pour la production
brute et calculons ensuite les analogues pour la valeur ajoutée. Nous nous concentrons sur la
valeur ajoutée à l'échelle de l'entreprise parce que nous nous intéressons en définitive aux
agrégats pour l'ensemble de l'économie. La dépense finale globale – consommation publique et
privée, investissement et exportations nettes – mesure ce que la société consomme aujourd'hui et
économise pour demain. L'identité fondamentale de la comptabilité nationale montre que la
dépense finale globale est égale à la somme des valeurs ajoutées des entreprises – l'utilisation des
intrants intermédiaires s'annule. Ainsi, calculer la somme des valeurs ajoutées des entreprises
donne des agrégats réalistes sur le plan économique.
La sous-section A analyse les déterminants de la valeur ajoutée et de la productivité à l'échelle de
l'entreprise. La sous-section B utilise ces fondements microéconomiques pour analyser la
production et la productivité de l'industrie.
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Document de travail 2010-03
A. À l'échelle de l'entreprise
Nous supposons que chaque entreprise a une fonction de production pour la production brute :
Yi = F i ( K i , Li , M i , Ti ) ,
(3)
où Yi est la production brute et K i , Li , et M i sont les intrants de capital, de main-d’œuvre et de
matières achetés par l’entreprise. Ti désigne tous les autres intrants qui ont un effet sur la
production, mais qui ne sont pas directement rémunérés par l’entreprise. Il s’agit notamment de
la technologie exogène ainsi que d’autres facteurs analysés à la sous-section D de la section III.
La fonction de production F i de l’entreprise est homogène (localement) en K i , Li , et M i de
degré arbitraire γ i . Il n’est pas obligatoire que γ i soit égal à 1, donc F i peut avoir des rendements
d’échelle non constants. Chaque entreprise peut fabriquer des biens intermédiaires, des biens
finals ou les deux.
Nous supposons que les entreprises sont des preneurs de prix dans les marchés de facteurs,
mais qu’elles peuvent avoir un pouvoir de marché dans les marchés de production. Pour tout
intrant J, FJi sera le produit marginal. Les conditions du premier ordre de l’entreprise i
impliquent alors que la valeur du produit marginal est proportionnelle au coût fictif de location
de cet intrant, PJi 3 :
i
PF
i J = µi PJi .
(4)
Il se peut que les entreprises ajoutent une marge brute, µi , au coût marginal : µi = Pi CM i , où
CMi est le coût marginal.
Par définition, les rendements d’échelle γ i équivalent à la somme des élasticités de la production
par rapport à tous les intrants. En les combinant aux conditions du premier ordre, il est facile
d’établir la relation entre µi , γ i et le ratio entre le profit économique et le revenu total, sπi :
=
γ i µi (1 − sπi ).
(5)
Nous soulignons ci-dessous les marges brutes plutôt que les rendements d’échelle étant donné
que la marge brute détermine la façon dont les valeurs sociale et privée (c’est-à-dire le produit
marginal et le prix de l’intrant) d’un facteur diffèrent. Toutefois, l’équation susmentionnée
montre la relation étroite entre les rendements d’échelle et la concurrence imparfaite : les
entreprises aux rendements croissants doivent appliquer des marges pour couvrir leurs coûts. Si
3
Pour ce qui est de la distinction entre le prix payé pour un facteur et son coût fictif de location, voir Berndt et Fuss
(1986).
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Document de travail 2010-03
les profits économiques sont faibles, µi et γ i doivent être à peu près les mêmes. Si les
rendements d’échelle diffèrent d’une entreprise à l’autre pour des raisons d’ordre technologique
(comme les différences de coûts fixes), alors les marges brutes seront vraisemblablement
différentes.
Selon les conclusions de Hall (1990), la minimisation des coûts 4 implique que la croissance de la
production, dyi , équivaut à la marge brute multipliée par la croissance des facteurs pondérés de
FTiTi
dti .
Fi
Donc, pour tout intrant J et toute entreprise i, sJi étant la part de l’intrant dans la production
brute nominale et dJ, le taux de croissance de l’intrant,
la proportion du revenu, dxi , plus le progrès technique accroissant la production brute,
µi [ sLi dli + sKi dki + sMi dmi ] +
dy=
i
FTiTi
FTiTi
≡
µ
+
dt
dx
dti .
i
i
i
Fi
Fi
(6)
Il n'est pas nécessaire que la somme des proportions du revenu soit égale à 1 s'il y a des profits
ou des pertes économiques; autrement, nos proportions du revenu correspondent à celles de
Solow. Il est à noter que l'équation (6) s'applique à un moment ponctuel; en principe, les
élasticités, et la marge brute µi, peuvent varier au fil du temps. Ainsi, le cadre économique
n'impose aucune hypothèse voulant des marges brutes constantes, mais aux fins de l'application
économétrique à temps discret, nous estimons plus tard la marge brute stable seulement et
ignorons sa possible variation dans le temps. Cette façon de faire correspond à la linéarisation
logarithmique de premier ordre de la fonction de production, l'équation (3).
Comme notre intérêt premier est la valeur ajoutée, nous établissons maintenant les analogues de
(6) pour la valeur ajoutée. Pour ce qui est de la production, nous utilisons la définition standard
de Divisia de la valeur ajoutée à l'échelle de l'entreprise, dvi :
dti =
FTiTi
dti
F 1 − µi sMi
i
.
(7)
Grâce à quelques opérations algébriques, nous pouvons écrire dvi comme suit :
4
Contrairement à certaines affirmations trouvées dans la littérature, le calcul ne nécessite pas la maximisation des
profits. Ainsi, la relation que nous établissons ci-après résiste à toute forme de comportement en matière de fixation
des prix. Par exemple, elle permet des prix rigides des extrants et des stratégies de fixation des prix dynamiques et
complexes qui dérivent des jeux répétés (p. ex. Rotemberg et Saloner, 1986). En particulier, il est à remarquer que
les marges brutes n’ont pas besoin de dépendre uniquement de l’élasticité de la demande.
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Document de travail 2010-03
 s

dv=
µiV dxiV + ( µiV − 1)  Mi  ( dmi − dyi ) + dti .
i
1 − sMi 
(8)
où :
V
dx=
i
sKi
s
dki + Li dli ≡ sVKi dki + sVLi dli .
1 − sMi
1 − sMi
(9)
µiV = µi
1 − sMi
1 − µi sMi
,
(10)
dti =
FTiTi
dti
F 1 − µi sMi
i
.
(11)
Selon l'équation (8), la croissance réelle de la valeur ajoutée dépend de la croissance des intrants
primaires, de l'évolution du ratio entre les matières et la production ainsi que d'un résidu
comprenant le progrès technique. Le premier terme montre que les intrants primaires sont
multipliés par une « marge brute de valeur ajoutée ». Le deuxième terme témoigne de la mesure
dans laquelle le poids attribué à la croissance des matières-intrants dans l'équation (7) ne mesure
pas adéquatement la contribution des intrants intermédiaires à la production. Intuitivement, la
mesure standard de la valeur ajoutée soustrait la croissance des intrants intermédiaires à l'aide
des proportions du revenu, alors qu'en situation de concurrence imparfaite, la contribution de ces
intrants à la production dépasse la proportion du revenu d'une valeur équivalente à la marge
brute. Le troisième terme est le résidu accroissant la valeur ajoutée.
Le résidu de productivité en valeur ajoutée pondéré par le revenu, dpi , équivaut à
dvi − dxiV . Donc,
 sMi 
dpi = ( µiV − 1) dxiV + ( µiV − 1) 
 ( dmi − dyi ) + dti .
1 − sMi 
(12)
La croissance de la productivité à l'échelle de l'entreprise mesurée en fonction de la valeur
ajoutée dépend en partie des marges brutes, comme l'a souligné Hall. En présence de
concurrence imparfaite, toutefois, la croissance de la productivité dépend aussi positivement des
changements dans l'intensité relative de l'utilisation des intrants intermédiaires.
9|Page
Document de travail 2010-03
B. À l'échelle de l'industrie
Nous regroupons maintenant les données d'entreprises au niveau de l'industrie. Dans ce qui suit,
« global » peut être considéré comme s'appliquant à l'ensemble de l'industrie ou à l'ensemble de
l'économie privée. Les changements au résidu, dont les chocs technologiques, ont clairement un
effet sur la productivité globale mesurée. En outre, la productivité globale dépend des
changements aux intrants primaires globaux, à la répartition des intrants entre les entreprises
(lorsque les intrants ont des produits marginaux différents selon les diverses utilisations) et à
l'intensité de l'utilisation des intrants intermédiaires.
La croissance de la productivité globale est la différence entre les taux de croissance de la
production globale, dv, et des intrants globaux, dxV . En taux de croissance :
dv ≡ ∑i =1 wi dvi ,
N
(13)
où wi est la part de l’entreprise dans la valeur ajoutée nominale, wi = PiV Vi PV V .
Grâce à quelques opérations algébriques, nous pouvons exprimer la croissance des intrants
primaires globaux, dxV , en fonction de la moyenne pondérée de la croissance des intrants à
l’échelle de l’entreprise et des réaffectations du capital et de la main-d’œuvre :
dxV
=
∑
N
i =1
wi dxiV − RK − RL ,
(14)
où :
 P − PK 
N
RK = ∑ i =1 wi sVKi  Ki
 dki ,
 PKi 
 P − PL 
N
RL = ∑ i =1 wi sVLi  Li
 dli .
 PLi 
En combinant les équations (13) et (14) et en constatant que le résidu de productivité en valeur
ajoutée à l’échelle de l’entreprise, dpi , équivaut à dvi − dxiV , nous pouvons écrire la productivité
globale comme suit :
=
dp
∑
N
i =1
wi dpi + RK + RL .
(15)
10 | P a g e
Document de travail 2010-03
Comme nous avons défini les prix des intrants, ils représentent les différences des valeurs
fictives d'une utilisation à l'autre (que peuvent refléter ou non les différences des prix des
facteurs) 5. Ainsi, la productivité globale équivaut à la moyenne pondérée des chocs de
productivité à l'échelle de l'entreprise, plus les réaffectations du capital et de la main-d'œuvre
entre les utilisations à valeurs fictives différentes. Si les ressources sont réaffectées à des
utilisations à valeur plus élevée, alors il se peut que la productivité globale augmente même sans
changement de résidu à l'échelle de l'entreprise.
En substituant à dpi l’expression en (12) et en procédant à quelques opérations algébriques, nous
pouvons exprimer la productivité globale en fonction des intrants globaux, des réaffectations des
ressources et d’un résidu comprenant la technologie :
dp = ( µ V − 1)dxV + Rµ + RM + µ V RK + µ V RL + dt
où :
(16)
V
= ∑ i =1 wi iV ,
mm
N
Rm
=
∑
N
i =1
V
V
wi ( mm
) dxiV ,
i −
 s 
N
RM =
∑ i=1 wi ( miV − 1) 1 −Mis  ( dmi − dyi ) , et
Mi 

dt = ∑ i =1 wi dti .
N
Nous définissons la somme des termes de réaffectation comme R, où
R = Rµ + RM + µ V RK + µ V RL .
(17)
L'équation (16) établit un lien entre la productivité globale et la technologie globale. Si chaque
entreprise est parfaitement concurrentielle et qu'elle paie le même prix pour les facteurs (peutêtre en raison de la pleine mobilité des facteurs), alors tous les termes autres que dt disparaissent
et la croissance de la productivité équivaut au progrès technique. Toutefois, en situation de
concurrence imparfaite ou de frictions sur les marchés de produits ou de facteurs, il se peut que
l'équivalence ne tienne plus 6.
5
Il est à noter que dans la pratique, il se peut que ces termes existent pour une raison importante, à savoir que les
travailleurs possédant des caractéristiques observables identiques (c'est-à-dire le même âge, le même niveau de
scolarité, etc.) ne sont pas identiques en réalité. Ainsi, il se peut que les termes de réaffectation reflètent des erreurs
de mesure des intrants en raison d'une hétérogénéité non observée.
6
Jorgenson, Gollop et Fraumeni (1987) établissent une équation en fonction de l’hypothèse de rendements d’échelle
constants et de concurrence parfaite, de sorte que dpi = dti . Ainsi, ils omettent les termes autres que RK et RL . Ils
permettent aussi l’hétérogénéité du capital et du travail, que nous avons ignorée par souci de simplicité. Si
l’hétérogénéité est prise en compte, il est facile de généraliser nos résultats. Par exemple, si RKk est le terme de
réaffectation facteur-prix pour le capital de type k, alors RK =
∑
k
RKk .
11 | P a g e
Document de travail 2010-03
III. Sources des différences de PTF
Nous analysons maintenant les sources possibles des différences de PTF entre le Canada et les
États-Unis. Pour ce faire, nous utilisons le cadre que nous avons mis au point pour les sections I
et II. Toutefois, nous analysons aussi des questions en dehors du cadre qu'il importe aussi
d'examiner.
A. Données
De toute évidence, il se peut que les taux de croissance de la PTF de deux pays ne soient pas les
mêmes si ces deux pays utilisent des méthodes de calcul assez différentes pour estimer la
croissance de la production réelle. (En principe, les différences dans le calcul des taux de
croissance réels des intrants peuvent avoir le même effet, mais dans la pratique, ces différences
sont trop petites pour expliquer la majeure partie de l'écart observé.) En particulier, le U.S.
Bureau of Labor Statistics s'est parfois fait reprocher de « surcorriger » en fonction des
améliorations à la qualité attribuables au matériel informatique et électronique, ce qui
surévaluerait les mesures de la croissance de la production et de la croissance de la PTF des
États-Unis. Il est probable que dans leur recherche minutieuse, Rao, Tang et Wang (2008) ont
tenu compte de cette source d'erreur dans la comparaison du Canada et des États-Unis, mais
comme c'est une possibilité logique, il convient de le mentionner.
Basu, Fernald, Oulton et Srinivasan (2003) étaient conscients de ce biais potentiel lorsqu'ils ont
comparé les États-Unis et le Royaume-Uni. Pour neutraliser ce biais, ils ont utilisé des indices de
prix implicites des États-Unis pour les industries manufacturières de produits de haute
technologie, qu'ils ont simplement multipliés par le taux de change entre la livre et le dollar avant
de les appliquer aux données du Royaume-Uni. On pourrait faire de même pour le Canada et les
États-Unis pour vérifier la solidité des résultats et pour voir si cette correction aide à éliminer le
creusement de l'écart de la productivité du travail dans les années 2000.
Une autre préoccupation sur le plan des données, commune au Canada et aux États-Unis, est que
la majeure partie de l'accélération de la croissance au cours des 10 dernières années provient du
secteur des services. Trois grandes industries de ce secteur contribuent largement à l'écart de la
productivité du travail entre ces deux pays (Rao, Tang et Wang, 2008) : ce sont les industries du
commerce (de gros et de détail) et l'industrie de la finance, des assurances et des services
immobiliers (FASI). Ces industries, surtout celles des services financiers et des assurances,
posent de très grandes difficultés lorsqu'il s'agit de mesurer correctement leur production réelle.
Ici aussi, il faut comparer les méthodes statistiques employées dans les deux pays pour s'assurer
de leur uniformité, et peut-être améliorer les pratiques exemplaires de façon à ce que les mesures
de la production, de la PTF et de la productivité du travail soient meilleures pour ces industries
clés 7.
7
Voir par exemple l'analyse et les suggestions de Wang, Basu et Fernald (2008) au sujet de la mesure de la
production bancaire, utilisées sur des données des États-Unis par Basu, Inklaar et Wang (2006) pour la production
nominale et par Inklaar et Wang (2007) pour la production réelle.
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B. Rendements d'échelle
Document de travail 2010-03
Le premier terme du membre de droite de l'équation (16) montre que le degré moyen des
rendements d'échelle dans une industrie est un élément important pour expliquer la croissance de
la PTF à l'échelle de l'industrie. L'équation exprime le coefficient en fonction de la marge brute,
mais l'équation (5) montre le lien étroit entre les deux concepts. S'il n'y a aucun profit, comme le
laissent entendre les données présentées à la section I, alors les deux sont identiques, et les
paramètres de la marge brute dans l'équation (16) peuvent tous être interprétés comme étant le
degré des rendements d'échelle.
Si les entreprises des industries canadiennes ont d'importants coûts fixes et qu'elles travaillent
toujours à coûts moyens décroissants, tandis que les entreprises américaines peuvent répartir
leurs coûts fixes dans un beaucoup plus grand nombre d'unités de production, alors les écarts
entre les rendements d'échelle peuvent expliquer une certaine partie de l'écart de productivité du
travail entre le Canada et les États-Unis. Cette hypothèse peut être examinée grâce à l'estimation
des rendements d'échelle à l'aide des données d'industrie ou d'entreprise.
C. Effets de l'allocation optimale des ressources
Ce que l'analyse de la section II a surtout démontré, c'est que la croissance de la PTF (ainsi que
le niveau de la PTF) de l'industrie dépend du degré d'allocation optimale des ressources. Comme
nous avons déjà analysé le terme des rendements d'échelle moyens (marge brute), il est alors
facile de l'utiliser comme tremplin pour analyser le terme R μ , tel qu'il est défini dans
l'équation (16). Ce terme montre que, même si l'effet des rendements d'échelle moyens est
neutralisé, la croissance de la PTF de l'industrie est plus élevée si les entreprises dont les
rendements d'échelle sont supérieurs à la moyenne (marges brutes) affichent une croissance des
intrants plus élevée (dx V ) que les entreprises dont les rendements d'échelle sont inférieurs à la
moyenne. Ainsi, l'allocation optimale des ressources dans une industrie peut se traduire par des
différences importantes dans le taux de croissance de la PTF de l'ensemble de l'industrie.
Intuitivement, nous pensons qu'il en va de même pour les autres termes de l'allocation optimale
des ressources, désignés collectivement R dans l'équation (17). Dans tous les cas, ils sont liés au
fait que les produits marginaux d'un même facteur (capital, main-d'œuvre ou intrants
intermédiaires) ne peuvent être considérés comme égaux dans l'ensemble des entreprises. Si les
produits marginaux ne sont pas égaux, la production et la PTF de l'industrie dépendront de la
destination des intrants supplémentaires, à savoir s'ils vont en moyenne vers des entreprises dont
le produit marginal est élevé ou vers des entreprises dont le produit marginal est faible. Les pays
qui réussissent à obtenir des taux élevés d'allocation optimale des ressources ont des
établissements qui favorisent l'expansion des entreprises dont le produit marginal est élevé et
favorisent la contraction de celles dont le produit marginal est faible.
Ces observations sont importantes pour l'élaboration de politiques, car de nombreuses décisions
stratégiques influent sur le taux de réaffectation des facteurs depuis les entreprises peu efficaces
vers les entreprises plus efficaces. Voici quelques exemples : coûts de l'embauche et du
congédiement qui sont imposés par l'État, facilité d'obtenir les permis nécessaires à l'expansion
13 | P a g e
Document de travail 2010-03
d'une entreprise ou à l'entrée sur un marché, application de politiques antitrust pour réduire les
obstacles à l'entrée, et soutien destiné aux travailleurs mis à pied pour qu'ils se recyclent,
acquièrent de nouvelles compétences et trouvent un emploi dans une entreprise en expansion.
Cette partie de la recherche suggérée est la plus difficile, et est aussi celle qui exige le plus de
données. Premièrement, pour établir un indice d'allocation optimale des ressources d'une
industrie, il faudrait avoir accès aux données sur les entreprises de cette industrie. Pour comparer
le Canada et les États-Unis, il faudrait disposer des données à l'échelle de l'entreprise sur les
mêmes industries des deux pays. Deuxièmement, si les résultats révèlent que les États-Unis
affichent des niveaux plus élevés d'allocation optimale des ressources, il faudrait établir la
corrélation entre l'allocation optimale des ressources et les politiques. Il serait possible de le faire
en comparant les lois et les règlements dans toutes les provinces canadiennes et tous les États des
États-Unis. Il faudrait enfin trouver ou établir des mesures du changement exogène de politique
pour aplanir les problèmes d'endogénéité.
D. « La mesure de notre ignorance »
La plupart des économistes pensent automatiquement que la PTF mesure le progrès technique,
mais l'équation (16) montre qu'elle mesure bien des choses. L'une d'elles est certes le progrès
technique. Mais avant d'associer le terme résiduel dt dans l'équation (16) uniquement au progrès
technique, il importe de réfléchir à ce qu'il pourrait représenter par ailleurs. Par définition, dt est
la partie de la croissance de la productivité qui n'est expliquée ni par l'effet moyen du rapport
entre la marge brute et les rendements d'échelle ni par les divers termes de réaffectation des
facteurs. Il comprend le progrès technique, mais aussi d'autres composantes.
Erreurs de mesure
Les erreurs de mesure de la qualité ou de la quantité des intrants pourraient être une composante
de dt . Par exemple, si le capital humain des travailleurs est plus élevé que ce qui est mesuré, la
poussée supplémentaire de production des travailleurs hautement qualifiés pourrait être attribué
par erreur au progrès technique. Les erreurs de mesure de la qualité des intrants intermédiaires et
de la qualité du capital sont une source particulière de préoccupation au moment de traiter des
données désagrégées. Par exemple, au moment de la poussée de croissance de la productivité aux
États-Unis à la fin des années 1990, bon nombre des entreprises ayant contribué le plus à
l'accélération de la productivité se trouvaient dans les industries des services (finance, commerce
de détail et commerce de gros). Toutes ces industries ont aussi beaucoup investi dans les
technologies de l'information (TI). Les TI sont une forme de capital dont la qualité s'est
fortement améliorée au fil du temps. Si les indices implicites des prix des TI ne reflètent pas
complètement cette amélioration, alors la contribution du capital à la croissance de la production
des services sera surestimée, tout comme la contribution du résidu à la croissance de la PTF.
Ce problème peut être sérieux dans le cas des industries dont les données sont désagrégées (et à
plus forte raison lorsqu'il s'agit d'entreprises). Il se pose moins au moment d'examiner la
productivité à des niveaux de regroupement plus élevés. Prenons l'exemple des TI : la production
du secteur producteur de TI est affectée d'un biais par défaut, tout comme les intrants du secteur
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Document de travail 2010-03
utilisateur de TI. Si les TI sont utilisées par d'autres industries nationales comme intrant
intermédiaire, alors le biais s'annule au niveau global au cours de la période. Toutefois, même si
les TI sont utilisées comme capital, le biais moyen sur de longues périodes sera faible. Bien
entendu, dans une économie ouverte aux échanges commerciaux, le biais introduit par les erreurs
de mesure de la quantité réelle de produits intermédiaires n'est pas nécessairement dilué dans
l'agrégat.
Infrastructure
L'intrant T dans la fonction de production d'une entreprise – équation (3) – est le mieux défini
ainsi : tout facteur ayant un effet sur la production, mais que l'entreprise ne rémunère pas
directement. Les intrants d'infrastructure fournis par le gouvernement sont un exemple concret.
(De nos jours, on peut aussi penser à « l'infrastructure numérique » comme un intrant clé que
pourrait fournir le gouvernement.) Aschauer (1989) a fait valoir que depuis toujours, les
infrastructures matérielles construites par le gouvernement des États-Unis ont grandement
contribué à la productivité et expliquent une large part de la croissance de la PTF globale.
Aschauer a recours à la méthode de régression par les moindres carrés ordinaires pour estimer les
avantages des infrastructures, ce qui suscite des préoccupations quant à la possibilité que
l'estimation soit biaisée par excès. Fernald (1999) utilise une méthode d'estimation novatrice
pour neutraliser l'effet de l'endogénéité des infrastructures et calcule aussi un taux de rendement
moyen élevé pour la construction de routes en particulier. Toutefois, les résultats de Fernald
donnent à penser que le produit marginal de nouvelles dépenses dans la construction de routes
est de loin inférieur au produit moyen élevé des dépenses antérieures qui ont permis
l'établissement du réseau autoroutier national des États-Unis.
Efficacité « X » et pratiques de gestion
L'hypothèse voulant que les entreprises réduisent autant que possible les coûts sous-tend la
formulation tant de l'équation (6), à l'échelle de l'entreprise, que de l'équation (16), pour la
croissance de la productivité globale. Leibenstein (1966) a avancé qu'il se peut que le seuil de
production maximal des entreprises pouvait ne pas être atteint pour un ensemble donné
d'intrants, et il a caractérisé l'écart « X », lettre signifiant « facteur inconnu ». De même, Simon
(1957) a proposé le principe du « seuil de satisfaction » selon lequel les agents essaient
d'atteindre un objectif « suffisant » plutôt qu'optimal. Si la mesure dans laquelle les entreprises
maximisent la production varie au fil du temps, alors le gain d'efficacité résultant se manifestera
dans le résidu, quoiqu'il ne sera pas attribuable au progrès technique. Dans une certaine mesure,
la distinction entre les deux tient de la définition, mais d'un point de vue d'orientation, les
politiques qui favorisent l'accélération du progrès technique (analysé ci-après) diffèrent
grandement de celles qui pourraient mener les entreprises à utiliser plus efficacement leurs
intrants existants.
Des travaux récents ont tenté de définir « X » de diverses manières, la méthode la plus
prometteuse consistant à examiner les pratiques de gestion et la façon dont elles varient d'un pays
à l'autre. Dans une étude importante, Bloom et van Reenen (2007) ont constaté que la qualité et
le professionnalisme des gestionnaires variaient beaucoup d'un pays à l'autre, en corrélation avec
la productivité et la rentabilité des entreprises qu'ils gèrent. Il n'est pas clair, à partir de leur étude
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Document de travail 2010-03
transversale, dans quelle mesure ces différences de gestion peuvent expliquer la variation des
séries chronologiques de la productivité, mais de tels changements contribueraient au terme
dt dans l'équation (16).
Effets externes
En principe, les effets externes, qu'ils soient forts ou faibles, peuvent contribuer à un terme
résiduel dans des équations comme (6) et (16). Les externalités fréquentes sont souvent
invoquées dans la théorie du cycle économique, mais la façon dont ces effets externes se
produisent est rarement décrite de manière convaincante. Sur de longues périodes, toutefois, les
externalités de connaissances – les retombées de la R-D, de la rétro-ingénierie et de l'imitation –
existent sans contredit et peuvent être importantes. Les effets externes importent particulièrement
au chapitre de l'élaboration des politiques, car ils forment en eux-mêmes un argument de poids
pour que la politique officielle gouvernementale favorise le financement de la R-D privée ou
l'exécution de R-D publique.
Il convient toutefois de souligner que si la plupart des chercheurs conviennent que les entreprises
tirent mutuellement parti des retombées de leurs connaissances respectives, l'importance de ces
effets ne fait pas l'objet d'un consensus. Au terme de sa revue d'un certain nombre d'études,
Sveikauskas (2007) conclut que les retombées sociales de la RD des entreprises (par opposition à
la RD publique ou universitaire) sont environ deux à trois fois plus importantes que le rendement
des investissements privés (c'est-à-dire que l'effet externe est jusqu'à deux fois plus important
que l'effet direct des investissements privés). Toutefois, comme l'erreur-type des coefficients clés
des études examinées est élevé, cette estimation est imprécise.
Progrès technique « réel »
Il est bien sûr possible que l'écart de productivité du travail que nous cherchons à expliquer soit
attribuable aux différents taux de progrès technique sous-jacent au Canada et aux États-Unis. Le
progrès technique réel s'entend du « résidu du résidu » – ce qui reste lorsque tout ce qui peut être
mesuré a été enlevé 8.
Si cette hypothèse est juste, alors les conséquences pour l'élaboration de politiques sont assez
désastreuses. En effet, malgré les efforts consacrés par de grands économistes pendant des
dizaines d'années, le terme dt – le terme dont Abramovitz (1956) a dit qu'il était
conceptuellement, quoique pas littéralement, « une mesure de notre ignorance » – n'est pas
vraiment mieux compris maintenant qu'il l'était du temps d'Abramovitz. La façon habituelle
d'expliquer le résidu à l'aide de mesures approfondies de la création de savoir consiste à
examiner les effets des investissements dans la R-D et des demandes de brevet des entreprises et
des industries ainsi que des investissements publics pertinents, sans oublier que la création de
8
Par principe, selon l'analyse ci-dessus, dt devrait être classé comme l'élément « gratuit » du progrès technique –
des idées qui, pour ainsi dire, tombent du ciel comme la manne dans le désert. Le progrès technique qui résulte
d'investissements intentionnels en R-D devrait être classé comme un extrant attribuable à l'accumulation de capital.
Il est toutefois d'usage d'affecter au résidu la croissance de la production découlant des investissements en RD. C'est
ce que nous continuons de faire pour nous conformer à la littérature existante, tout en soulignant l'incohérence.
16 | P a g e
Document de travail 2010-03
savoir a souvent des retombées qui prennent beaucoup de temps à se matérialiser. Toutefois,
Griliches (1994) résume ainsi 40 ans de recherche sur ces sujets [traduction] : « Mais
l'importance des effets estimés [de la R-D sur la productivité] était modeste, pas suffisant pour
expliquer la majeure partie du résidu observé ou de ses fluctuations. »
En conséquence, si l'écart de productivité du travail entre le Canada et les États-Unis témoigne
surtout des différences réelles dans le niveau de technologie des deux pays, alors il est difficile
de trouver des mesures de politique officielle gouvernementale appropriées. Certes,
subventionner la RD ou financer davantage la recherche fondamentale sera vraisemblablement
bénéfique. Mais rares sont les preuves que ces investissements arrivent à réduire même une
partie d'un écart de la PTF à l'échelle de l'industrie.
IV. Politiques de prospérité : aperçu
Dans la section précédente, nous avons établi un cadre d'analyse de la croissance de la
productivité, déterminant ultime de l'évolution du bien-être économique. En résumé, nous avons
vu que les équations (16) et (17) peuvent être combinées en une formule simple qui exprime la
croissance de la productivité en fonction de l'effet moyen du rapport marge brute/rendements
d'échelle, de l'effet de l'allocation optimale des ressources et d'un résidu :
dp= ( µ V − 1)dxV + R + dt ,
(18)
où dt est expliqué en partie par des variables sous-jacentes « plus profondes » :
dt = G(infrastructures, effets externes, progrès technique « gratuit », gestion, propre R-D).
(19)
Un grand nombre d'études microéconomiques ont tenté d'appliquer une formule de
décomposition de la productivité un peu comme dans l'équation (18) et sont arrivées à des
conclusions mitigées au sujet de l'importance relative de l'allocation optimale des ressources
comme moteur de la croissance de la productivité. Toutefois, à de rares exceptions près, cette
littérature se confine à l'examen de la décomposition historique, qui peut nous renseigner sur
l'importance passée de l'allocation optimale des ressources. Mais elle n'essaie pas généralement
de répondre aux questions hypothétiques qui importent pour l'élaboration des politiques : Quelle
croissance supplémentaire de la productivité pourrions-nous obtenir grâce à des politiques visant
l'optimisation de l'allocation des ressources? Quelles politiques atteindraient-elles cet objectif le
plus efficacement?
Plusieurs grands corpus ont essayé de comprendre comment dt est déterminé par une ou
plusieurs des variables figurant dans l'équation (19). Ces tentatives cernent généralement mieux
les questions de politiques, car elles visent à découvrir l'effet structurel du capital consacré à la
RD, des infrastructures, etc., sur le résidu. D'autres travaux de recherche – par exemple ceux
portant sur l'investissement – ont pour objectif d'estimer les effets des politiques, comme celles
17 | P a g e
Document de travail 2010-03
visant les subventions accordées à la RD, sur la quantité réelle de RD. Prises dans leur ensemble,
toutes ces recherches permettent de donner un aperçu de la mesure dans laquelle les politiques
peuvent influencer la croissance de la productivité.
En principe, les politiques peuvent avoir un effet sur la croissance de la productivité globale si
elles changent n'importe lequel des trois termes de l'équation (18), soit directement, soit par
l'entremise d'un des termes de l'équation (19). Quant à l'évaluation des politiques, elle consistera
à examiner comment les politiques en question influent sur un ou plusieurs des termes ou à
essayer d'établir directement comment elles influent sur la variable qui est l'objet premier de
l'étude, à savoir la croissance de la productivité globale.
Les difficultés que posent ces régressions peuvent aussi être analysées de façon schématique.
Supposons que nous avons des données de panel pour un groupe d'entités individuelles, qui
peuvent être des entreprises, des industries ou des pays. Nous voulons voir comment la variable
étudiée, Y , subit l'effet de politiques, X , lorsqu'une autre variable, Z , a aussi un effet sur le
résultat. Pour des raisons de simplicité, supposons une relation linéaire :
Yit = α i + βt + γ X it + δ ( X it Z it ) + ζ Z it + ε it
L’effet total d’un changement de politique sur la variable étudiée est donné par la dérivée
partielle
∂Yit
= γ + δ Z it .
∂X it
(20)
(21)
Il est à noter que la politique doit varier tant d’une unité à l’autre qu’au fil du temps pour
distinguer γ des effets fixes des unités et du temps, α et β. Mais si les observations individuelles
sont à l’échelle de l’entreprise ou de l’industrie, alors bon nombre des politiques les plus
intéressantes – comme la réglementation du marché du travail – sont les mêmes d’une unité à
l’autre. D’autres politiques, comme les politiques d’investissement ou de subventions accordées
à certaines industries pour effectuer de la R­D, peuvent demeurer inchangées au fil du temps. S’il
y a des interactions entre les effets des politiques et les caractéristiques individuelles,
représentées par Z, alors il serait possible de déterminer une partie de l’effet de la politique, le
terme δZ dans l’équation (21). Mais il ne s’agit évidemment pas là de l’effet total de la politique.
Une autre difficulté sérieuse que posent ces régressions est que la politique peut être endogène –
c’est-à-dire que X peut être corrélé avec le terme d’erreur ε. Par exemple, il se peut que la
réglementation soit en partie tributaire de la situation économique. Dans une certaine mesure, ce
problème est atténué lorsque les effets des unités et du temps sont inclus dans la spécification.
Par exemple, si la réglementation est dictée par des chocs globaux ou si une protection tarifaire
est mise en place pour aider une industrie en recul, alors la partie endogène de la politique sera
absorbée par les effets de temps et les effets fixes. Toutefois, ce sont ces mêmes effets qui
nuisent à la détermination de l’effet total d’une politique, comme l’indique l’équation (21). Ici
encore, nous sommes en présence de l’opposition habituelle entre le fait de conserver une grande
partie de la variation dans une variable conséquente pour aider à déterminer cet effet total et le
fait d’exclure la majeure partie de la variation dans le but de réduire le biais.
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Document de travail 2010-03
Dans l'exercice de leur profession, les économistes préfèrent de loin déterminer une partie de
l'effet de la politique sans biais, plutôt que de déterminer son effet total avec moins de précision.
Ainsi, la plupart des études empiriques sur l'élaboration de politiques et la croissance dans les
pays développés recourent à des équations comme l'équation (21) et se contentent d'estimer un
coefficient δ statistiquement significatif. Mais ces études n'essaient habituellement pas de savoir
si les politiques sont à l'origine d'une proportion importante des écarts de croissance de la
productivité entre les entreprises, les industries ou les pays. Elles ne se penchent pas non plus sur
la question de savoir si des changements plausibles de politique pourraient avoir un effet
important sur la croissance de la productivité. Ainsi, la littérature sur les effets des politiques
nous montre de façon convaincante que les politiques ont réellement un effet sur la croissance
économique et elle met en lumière certaines des voies par lesquelles s'exercent ces effets. Mais la
majeure partie de cette littérature n'aide pas à déterminer si les effets des politiques sont
économiquement significatifs plutôt que statistiquement significatifs.
Dans les prochaines sections, nous approfondissons ces questions et résumons quelques études
importantes 9.
V. Réaffectation des ressources et croissance : théorie et
données
Diverses politiques économiques – réglementation des marchés de produits, réglementation du
marché du travail et obstacles au commerce – peuvent avoir un effet sur l'allocation optimale des
ressources d'une économie. Premièrement, elles peuvent changer la répartition des ressources
entre les secteurs produisant des biens différents et, dans chaque secteur, entre les entreprises
affichant des productivités différentes. Deuxièmement, elles peuvent avoir un effet sur le rythme
d'entrée sur le marché et de sortie du marché et, par conséquent, changer la répartition des
ressources de façon dynamique.
Blanchard et Giavazzi (2003) analysent l'effet sur l'emploi et les salaires de la réglementation des
marchés de produits et du marché du travail, dans le contexte d'un modèle d'entreprises
identiques en concurrence imparfaite où ni le marché des produits ni celui du travail ne sont
concurrentiels. Dans ce modèle, une hausse du marché des produits est modélisée soit comme
une augmentation du degré de substituabilité entre les produits ou comme une diminution des
coûts d'entrée sur le marché.
Dans leur modèle, l'effet d'une réforme du marché des produits peut différer selon la période
(court terme et long terme). À court terme, une augmentation du degré de substituabilité entre les
produits se traduit, pour un nombre donné d'entreprises, par des marges brutes inférieures, un
taux d'emploi plus élevé et des salaires réels supérieurs. Toutefois, l'effet est nul à long terme, car
les marges brutes inférieures incitent les entreprises à quitter le marché. Les réformes du marché
des produits qui se traduisent par une baisse des coûts d'entrée sur le marché, en revanche, ont
aussi des effets à long terme. L'entrée sur le marché de nouvelles entreprises sera associée à des
9
Les sections V à VII s'appuient grandement sur le travail de Schiantarelli (2008). Je suis reconnaissant à
M. Fabio Schiantarelli de m'avoir transmis son étude et de m'avoir permis d'en citer de nombreux extraits.
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Document de travail 2010-03
marges brutes inférieures, un taux d'emploi plus élevé et des salaires réels supérieurs. Selon cette
étude, une des principales incidences sur le plan des politiques est que seules les politiques qui
touchent les coûts d'entrée sur le marché ont des effets à long terme et, par conséquent, ce sont
celles auxquelles il faudrait accorder le plus d'attention 10.
Une autre classe de modèles permet l'hétérogénéité entre les entreprises. Les travaux de Bernard,
Eaton, Jenson et Kortum (2003) et de Melitz (2003) sont axés sur les obstacles externes ayant un
effet sur le marché des produits et sont fondés sur l'hypothèse voulant que de la productivité soit
hétérogène. Ils permettent l'entrée des entreprises sur le marché et leur sortie du marché et
montrent que la diminution des obstacles au commerce engendre une réaffectation des ressources
en faveur des entreprises plus productives. La sortie des entreprises à faible productivité et
l'expansion sur les marchés intérieurs et étrangers des entreprises à forte productivité contribuent
à la croissance de la productivité globale découlant du changement de politique 11 .
La recherche de Bergoeing, Loayza et Repetto (2004) permet aussi des différences
d'hétérogénéité idiosyncrasique de la productivité et porte principalement sur la façon dont l'effet
d'un choc négatif de la productivité globale dépend de l'inélasticité de la réaffectation des
ressources dont le gouvernement est à l'origine, modélisée comme une subvention aux
entreprises existantes. Des simulations montrent que l'existence ou l'instauration de telles
subventions prolongent la période où la production globale est inférieure au potentiel et génèrent
des pertes de production cumulées supérieures.
Restuccia et Rogerson (2003) et Hsieh et Klenow (2006) mettent au point des modèles dans
lesquels les distorsions induites par le gouvernement se traduisent par une hétérogénéité des
rendements du capital et du travail au sein des entreprises et par une mauvaise affectation des
ressources. Cette dernière peut mener à des niveaux de PTF globale beaucoup plus faibles,
comme le montrent Hsieh et Klenow (2006) à l'aide de données sur des usines indiennes et
chinoises.
Plusieurs autres analyses microéconométriques portent sur l'effet des réformes réglementaires et
de la privatisation sur l'efficacité de la production ou sur la croissance de la productivité. Dans
l'ensemble, la conclusion est que dans de nombreux cas, des gains de productivité ont été réalisés
grâce à une concurrence accrue 12..
Olley et Pakes (1996) ont publié une étude importante traitant de l'effet des réformes
réglementaires sur la dynamique de la productivité dans l'industrie américaine des
télécommunications. Ils décomposent les niveaux de productivité globale (pondérée) entre la
productivité moyenne non pondérée et un terme transversal qui indique si les entreprises plus
efficientes jouissent de plus grandes parts de marché. Ils utilisent leur estimation des paramètres
de la fonction de production qui servent à neutraliser l'effet de l'endogénéité et de la sélection de
10
L’effet d’une réforme du marché du travail, illustrée par une diminution du pouvoir de négociation des travailleurs
dans le modèle de marchandage coopératif de Nash, mènera à une baisse des salaires réels à court terme, mais à une
hausse de l’emploi et à des salaires réels inchangés à long terme dans le modèle de Blanchard et Giavazzi.
11
Pour des microdonnées récentes sur la concurrence étrangère et la réforme de la politique commerciale, voir
Pavcnik (2002), Harrison et Revenga (1995), Harrison (1994) et Levinsohn (1993). Pour les données internationales
sur la libéralisation des échanges, voir Rodriguez et Rodrick (2001), Vamvakidis (2002) et Yanikkaya (2003).
12
Voir à ce sujet les excellentes études d’Ahn (2002 et 2001) et Faini et coll. (2005).
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l'échantillon pour montrer que la performance accrue de la productivité globale à l'échelle de
l'industrie est attribuable à une redistribution de la production aux usines plus productives et non
à une augmentation de la productivité moyenne non pondérée.
Outre Olley et Pakes qui ont présenté en 1996 cette décomposition statique des niveaux de
productivité, Baily, Hulten et Campbell (1992) ont aussi proposé une méthode pour décomposer
la croissance de la productivité globale en plusieurs éléments. Leur recherche a été affinée par
Griliches et Regev (1995) et par Foster, Haltiwanger et Krizan (2001). L'idée fondamentale est
de décomposer la croissance de la productivité globale en une composante « intra-entreprise »
(liée à l'amélioration de la productivité d'entreprises en exploitation continue), une composante
« inter-entreprises » (liée à la réaffectation des ressources entre les entreprises en exploitation
continue) et les effets d'entrée et de sortie des entreprises 13. Cet affinement de la recherche vise à
résoudre le problème de la surestimation de la contribution des entreprises entrantes et
sortantes – partie intégrante de la méthode de Baily et coll. (1992) – grâce à l'introduction de
valeurs de référence de la productivité dans le calcul de la contribution de ces entreprises. Les
résultats sur l'importance relative de chaque composante de la croissance de la productivité
globale diffèrent selon la méthode de décomposition utilisée, selon que l'accent est mis sur la
productivité multifactorielle ou sur la productivité du travail, selon que sont utilisés des facteurs
de pondération de l'emploi ou des produits, selon que ces résultats portent sur le début de la
période ou qu'ils sont une moyenne entre le début et la fin de la période, et selon l'horizon
prévisionnel choisi pour le calcul.
Bon nombre d'estimations sous-entendent que c'est en général la composante intra-entreprise de
la productivité du travail qui est la plus importante, quoique son poids varie d'une étude à l'autre.
Pour ce qui est de l'équation (22), ces résultats impliquent que la contribution du terme R est
faible. Bartelsman, Haltiwanger et Scarpetta (2004) font cette constatation (faible contribution de
R ) tant dans les pays développés que dans les pays émergents autres que les pays en transition.
Quant à Foster, Haltiwanger et Krizan (2001), ils montrent que la contribution des entrées et
sorties (effet d'entrées nettes) à la productivité globale devient importante (et positive) seulement
dans un horizon prévisionnel de 5 à 10 ans, ce qui reflète la part croissante des effets des
entreprises entrantes et sortantes et des effets d'apprentissage et de sélection. Bartelsman et coll.
(2004) montrent aussi que l'entrée est plus importante (et a un effet positif sur la productivité)
dans la plupart des pays en transition. En revanche, la contribution de l'entrée est plus souvent
négative dans la plupart des pays de l'OCDE et dans les économies émergentes autres que celles
en transition, tandis que l'effet de sortie est toujours positif.
Les données sur l'importance de la redistribution des parts de marché des entreprises en
exploitation continue dont la productivité est faible à celles dont la productivité est élevée vont
également mitigées. Par exemple, Griliches et Regev (1995) et Scarpetta, Hemmings, Tressel et
Woo (2002) concluent que l'importance est faible, alors que Baily, Hulten et Campbell (1992) et
Foster et coll. (2001) affirment qu'elle est élevée. Récemment, Melitz et Polanec (2008) ont
avancé même que les décompositions de Griliches et Regev (1995) et de Foster et coll. (2001)
sous-estiment la contribution des entreprises survivantes et surestiment celle des entreprises
13
Voir à ce sujet les travaux de Haltiwanger (2000) et Ahn (2001). Dans certaines décompositions, une composante
« transversale » s’ajoute aux composantes « intra-entreprise » et « inter-entreprises » et aux effets d’entrée et de
sortie.
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entrantes, et ils ont proposé une nouvelle décomposition fondée sur les travaux d'Olley et Pakes
(1996) qui accroît bel et bien l'importance empirique de l'évolution de la productivité pour la
série d'entreprises en exploitation continue, surtout la composante inter-entreprises.
VI. Innovation et élaboration de politiques : théorie et
données
Dans la présente section, nous commençons à partir d'une analyse de quelques études théoriques
qui nous aident à comprendre les liens complexes qui existent entre les politiques économiques
et les changements que nous identifions par le terme dt dans l'équation (18). Bon nombre de ces
politiques s'appliquent à la réglementation des marchés de produits.
Les changements de politique peuvent avoir un effet direct sur l'efficacité de la production des
entreprises existantes. Une concurrence plus vive peut inciter davantage à réduire les
inefficacités X et à organiser le travail de manière plus efficace. Les travaux théoriques sont
innombrables et bien que les modèles de comportement des gestionnaires fondés sur la théorie de
la délégation puissent expliquer pourquoi une concurrence accrue réduit souvent le sous-emploi,
cette conclusion n'en demeure pas moins ambiguë. Les voies de transmission sont multiples (voir
Nickell, Nicolitas et Dryden, 1997). Premièrement, dans un environnement plus concurrentiel, il
peut être plus facile pour les propriétaires de suivre les gestionnaires du fait que les possibilités
de comparaison sont plus nombreuses, ce qui peut mener à proposer de meilleurs incitatifs.
Deuxièmement, il est plausible qu'une hausse de la concurrence augmente la probabilité de
faillite, et les gestionnaires redoubleront d'efforts pour éviter cette issue. Troisièmement, dans
des marchés plus concurrentiels caractérisés par une plus grande élasticité de la demande, une
diminution des coûts qui permet aux entreprises de baisser les prix mènera à un accroissement
plus rapide de la demande et, potentiellement, à des profits.
La privatisation d'entreprises peut aussi avoir des effets importants sur les facteurs qui inciteront
les gestionnaires et les travailleurs à réduire la sous-utilisation des ressources. La structure du
marché après la privatisation aura une incidence cruciale sur le fait que cette situation se produira
ou non. Il faut prendre garde, de manière générale, à ne pas automatiquement associer la
privatisation ou la dérèglementation à une hausse des pressions concurrentielles, surtout dans les
secteurs où les rendements croissants favorisent l'émergence de monopoles naturels.
Plusieurs modèles de type mandant-mandataire examinent l'efficacité des facteurs incitatifs et
son lien de dépendance avec le nombre d'acteurs. Hart (1983) se penche plus directement sur le
lien entre la concurrence et le rendement. Dans son modèle, une fraction des entreprises sont
dirigées par des gestionnaires qui ne sont que partiellement sensibles aux incitatifs monétaires,
en ce sens qu'ils ne se soucient que du fait que leur revenu atteigne un certain niveau minimum.
Le contrat optimal subséquent consiste à rémunérer les gestionnaires à ce niveau minimum, à
condition que les profits des entreprises dépassent un seuil donné (qui peut être interprété comme
le niveau de faillite) et à n'accorder aucun incitatif autrement. Dans cette situation, tout choc qui
incite les entreprises cherchant à maximiser leurs profits à réduire leurs coûts sera transmis, par
le biais de prix d'équilibre inférieurs, aux entreprises ne cherchant pas à maximiser leurs profits.
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Leurs gestionnaires essaieront aussi de réduire les coûts pour éviter la faillite et de conserver
l'avantage venant avec le fait de diriger l'entreprise. Cela mènera à une hausse de la productivité
de l'économie.
Les réformes du marché des produits peuvent avoir une incidence non seulement sur le niveau de
productivité, mais aussi sur le taux de croissance de la productivité en raison de l'effet de la
concurrence accrue qui incite les entreprises à lancer de nouveaux produits ou à adopter de
nouveaux procédés en remplacement de ceux qui existent. De nombreux travaux récents, comme
les modèles de croissance endogène d'Aghion et Howitt (1992) et de Grossman et Helpman
(1991) ainsi que les études de Caballero et Hamour (1994, 1996 et 1998), sont fondés sur la thèse
de Schumpeter (1942) voulant que la croissance soit un processus de destruction créatrice, où la
création de nouveaux procédés et de nouveaux produits est liée à la disparition de procédés et
produits existants. Les entraves que la réglementation des marchés de produits ou de facteurs
provoque pour la redistribution des facteurs de production depuis les activités à faible rendement
vers les activités à rendement élevé peuvent avoir des effets négatifs sur le rendement global
d'une économie 14. Dans les modèles de croissance endogène, par exemple, la réglementation des
marchés de produits peut être considérée comme une hausse des coûts liés au lancement d'une
innovation.
Des forces opposées entrent toutefois en jeu. Selon la pensée de Schumpeter (1937), la
possibilité de réaliser des profits monopolistiques constitue l'élément crucial qui pousse à
l'innovation. Une baisse des profits monopolistiques par suite d'une réforme réglementaire peut
ainsi ralentir le rythme d'innovation et donc la croissance. En outre, le degré de puissance
commerciale influe aussi sur la capacité d'innovation, car il permet l'accroissement des
ressources financières internes qui peuvent servir à financer l'innovation. Ce financement interne
est crucial dans les cas d'asymétrie de l'information où il peut être difficile ou coûteux d'obtenir
du financement externe pour les activités d'innovation. En effet, dans les modèles de croissance
endogène susmentionnés, dits d'échelle de qualité, d'Aghion et Howitt (1992) et de Grossman et
Helpman (1991) et le modèle d'élargissement de la gamme de produits de Romer (1990), la
baisse des rentes engendrée par les changements réglementaires nuirait à l'incitation à innover et,
par conséquent, ralentirait le rythme de croissance régulier 15. Ainsi, une réforme réglementaire
du marché des produits sous forme de libéralisation des échanges pourrait avoir des effets
ambigus sur la croissance, car l'effet d'échelle positif est contrebalancé par l'effet (négatif) causé
par les rentes inférieures qui reviennent aux innovateurs.
Il est à noter que si dans les modèles d'élargissement de la gamme de produits, le taux de
croissance décentralisé est souvent inférieur à celui choisi par le planificateur social, dans les
modèles d'échelle de qualité (modèles de destruction créatrice) toutefois, cela peut être le cas ou
non, essentiellement parce que les avantages liés au progrès technique plus rapide doivent être
opposés aux pertes de rentes par les monopoleurs déplacés. Les incidences sur le bien-être
économique présentent des ambiguïtés similaires dans les modèles où les relations sont
14
Voir aussi Parente et Prescott (1994), qui avancent que l'écart de productivité entre les pays est attribuable à
une réglementation excessive qui décourage l'adoption de nouvelles technologies et protège les entreprises à
faible rendement, ce qui ralentit la progression vers la frontière technologique mondiale.
15
Dans les modèles de croissance endogène examinés ici, la réforme réglementaire peut être considérée comme
une augmentation de l'élasticité-prix de la demande, une diminution du coût d'entrée (hausse de la probabilité
d'entrée) ou une baisse du coût auquel peuvent produire les concurrents marginaux.
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caractérisées par des spécificités qui se soldent par un problème de sclérose (voir Caballero et
Hammour, 1996 et 1998). Les réglementations qui rendent coûteuse la réaffectation des
ressources peuvent mener à une sclérose technologique où les unités à faible productivité ont la
possibilité de survivre trop longtemps. En même temps, elles peuvent causer un déséquilibre
dans le processus de réaffectation, en ce sens que le taux de disparition des entreprises est trop
élevé, étant donné le faible taux de création d'entreprises, et sont à l'origine d'une trop grande
sous-utilisation du facteur qui confisque une partie de la rente.
Dans les modèles de croissance susmentionnés, dits d'échelle de qualité, les innovations viennent
d'entreprises entrant sur le marché et non des entreprises qui s'y trouvent déjà. Dans des modèles
plus récents (Aghion, Harris et Vickers, 1997; Aghion, Harris, Howitt et Vickers, 2001; Aghion,
Bloom, Blundell, Griffith et Howitt, 2002; Aghion, Burgess, Redding et Zilibotti, 2003; Aghion,
Blundell, Griffith, Howitt et Prantl, 2003; et Aghion et Griffith, 2005), les innovations peuvent
venir des entreprises déjà sur le marché. Dans ces modèles, l'incitation à innover dépend de la
différence entre les rentes pré-innovation et post-innovation. Une plus vive concurrence réduit
les deux, mais réduit davantage la rente post-innovation que la rente pré-innovation, ce qui
stimule l'innovation. Fondamentalement, la concurrence peut stimuler l'innovation parce que
l'entrée et la menace d'entrée sur le marché incitent à innover pour éviter la concurrence. Cet
effet devrait se faire sentir plus fortement dans les industries où la concurrence est livrée entre
des entreprises « au coude à coude », c'est-à-dire des entreprises aux mêmes coûts de production.
En d'autres termes, la concurrence stimulera plus souvent l'innovation et la croissance de la
productivité dans les secteurs ou les pays près de la frontière technologique, tandis que l'inverse
se produira dans les secteurs ou les pays loin de cette frontière 16.
Enfin, il existe aussi un autre canal par lequel la concurrence accrue peut avoir un effet positif
sur l'innovation et la croissance. Lorsque les considérations de type mandant-mandataire comme
celles du modèle de Hart (1983) sont intégrées dans un modèle de croissance endogène, les
pressions concurrentielles plus élevées peuvent inciter les gestionnaires à accélérer l'adoption de
nouvelles technologies pour éviter la faillite et la perte des avantages venant avec le fait de
diriger l'entreprise (voir Aghion, Dewatripont et Rey, 1999).
En résumé, l'effet de la réglementation des marchés de produits sur le rendement économique
global peut se manifester de plusieurs façons. Une réforme réglementaire peut avoir un effet sur
la demande de facteurs et sur l'allocation optimale de la main-d'œuvre et du capital. Elle peut
aussi avoir une incidence sur l'ampleur de la sous-utilisation des ressources de gestion ainsi que
16
Voir aussi Vives (2006) pour une analyse de l'effet de la concurrence sur l'innovation dans divers modèles de
concurrence imparfaite. L'étude fait valoir que les prédictions théoriques dépendent de la mesure des pressions
concurrentielles utilisée (degré de substituabilité entre les produits, facilité d'accès au marché, nombre de
concurrents, taille du marché), de la question de savoir si l'on considère les marchés dont l'accès est restreint
(structure de marché exogène) ou libre (structure de marché endogène) et de la question de savoir si l'on met
l'accent sur l'innovation des produits ou sur l'innovation des procédés. Dans les marchés dont l'accès est libre,
diminuer les coûts d'entrée fait augmenter le nombre d'entreprises (variété), mais fait reculer les activités de RD par entreprise afin de réduire les coûts. Toutefois, les activités totales de RD augmentent généralement.
Élever le degré de substituabilité entre les produits intensifie souvent les activités de RD par entreprise, mais il
se peut qu'ainsi le nombre d'entreprises diminue. Dans les marchés dont l'accès est restreint, une hausse du
nombre d'entreprises réduit souvent les activités de R-D à l'échelle de l'entreprise, alors qu'une augmentation
du degré de substituabilité entre les produits accroît souvent les activités de R-D.
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sur l'inefficacité X dans les entreprises existantes. De plus, elle peut influencer la dynamique des
entreprises, le lancement de nouveaux produits et l'adoption de nouveaux procédés ainsi que, par
conséquent, la croissance de la productivité globale. Toutefois, sur le plan théorique, les
ambiguïtés et les mises en garde à propos du sens (direction) de l'effet d'une réforme
réglementaire sur l'innovation sont assez nombreuses pour justifier d'effectuer impérativement
des recherches empiriques sur le sujet si l'on veut en arriver à une conclusion convaincante sur
l'impact global de la réglementation des marchés de produits.
Bassanini et Ernst (2002) présentent des données directes portant sur 18 industries
manufacturières de 18 pays membres de l'OCDE quant à l'effet de la réglementation des marchés
du travail et des marchés de produits sur l'intensité de la RD (par rapport à la production). La RD
est utilisée comme une mesure de la production fondée sur les intrants des activités d'innovation
d'une entreprise. L'avantage de cette mesure est le fait qu'elle est plus facilement disponible que
d'autres mesures, comme le nombre de brevets. L'inconvénient est que la RD n'est pas le seul
intrant du processus d'innovation et que même si elle l'était, il se peut que l'intensité de la RD ne
témoigne pas des changements sur le plan de son efficacité. Enfin, les activités d'innovation ne
sont pas toutes mesurées par les dépenses officielles de RD. Les variables de la réglementation
sont les mesures fixes dans le temps, à l'échelle des pays de l'OCDE, de la réglementation
économique nationale (contrôle de l'État, obstacles juridiques à l'entrée, contrôle des prix) et de
la réglementation administrative (obstacles administratifs subis par les nouvelles entreprises,
systèmes de délivrance de permis et de licences), en plus d'indicateurs à valeur temporelle des
obstacles tarifaires et non tarifaires. Une mesure de la protection des droits de propriété
intellectuelle est aussi incluse, de même que certaines variables de contrôle, comme les variables
fictives pour les industries et les pays, ainsi que la part des grandes entreprises dans l'emploi et le
taux de pénétration des importations. Ainsi, il n'est pas possible d'estimer l'effet principal des
indices de la réglementation fixes dans le temps : on peut seulement estimer l'effet différentiel de
la réglementation sur certains découpages des données (dans ce cas-ci, industries de pointe par
rapport à celles à faible composante technologique).
Les résultats semblent indiquer que les obstacles non tarifaires ont un effet négatif sur l'intensité
de la RD. On ne constate aucun effet des obstacles tarifaires, quoiqu'on puisse se demander si la
présence de la variable du taux de pénétration des importations en tant que variable indépendante
ou l'absence de variation affichée par cet indicateur d'un pays de l'Union européenne à l'autre
peut être à l'origine de ce résultat. Aucune donnée ne montre d'effet différentiel des obstacles
nationaux ou administratifs au moment de comparer les entreprises à faible composante
technologique et les entreprises de pointe. En revanche, dans les systèmes centralisés des
relations professionnelles, il y a un effet différentiel positif quant à la protection des emplois
dans les industries de pointe par rapport à celles à faible composante technologique. Il est à
remarquer toutefois que l'interaction du système centralisé des relations professionnelles et des
industries de pointe a un coefficient négatif.
Griffith et Harrison (2004) analysent aussi l'effet de la réglementation (à valeur temporelle) des
marchés de produits sur la RD en faisant varier la marge brute entre le prix et le coût marginal
(m) . Même en permettant l'utilisation d'un terme quadratique, pour presque tous les pays, la
marge brute a un effet positif significatif sur la RD. Par ailleurs, dans ce cas-ci, le test des
restrictions de suridentification donne à penser que certains des indicateurs devraient être inclus
directement dans l'équation. Les résultats semblent indiquer qu'une baisse des droits de douane,
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une réduction du nombre d'obstacles au lancement d'une entreprise et un abaissement des
obstacles réglementaires au commerce se traduisent par une diminution de la RD du secteur des
entreprises. Les résultats sont similaires dans le cas du secteur de la fabrication. Cependant, ils
sont très sensibles à l'inclusion de la Finlande dans l'échantillon. Lorsque la Finlande est exclue,
on obtient une forte relation en U inversé entre les dépenses de RD et la marge brute; certains
pays comme la France, l'Italie et les Pays-Bas se situent alors sur la pente descendante de la
courbe, ce qui implique que pour ces pays, une intensification de la concurrence stimulerait
l'innovation, tandis que ce serait l'inverse pour les autres pays. La sensibilité des résultats à
l'échantillonnage des pays mérite un examen plus approfondi 17.
En bref, les études internationales ne confirment pas un effet positif important de l'allègement de
la réglementation sur les mesures directes fondées sur les intrants des activités d'innovation des
entreprises. En réalité, les données semblent indiquer que les marges brutes inférieures associées
à une réforme du marché des produits mènent à une intensité de RD inférieure dans la plupart
des pays. Ces données sont toutefois sensibles, dans le secteur de la fabrication, à l'échantillon de
pays choisis pour l'estimation.
VII. Effets des politiques sur la productivité : preuves
directes
On pourrait penser que si la productivité est la principale variable étudiée et s'il y a de bonnes
mesures des politiques exogènes, on pourrait alors simplement étudier les effets des politiques
économiques sur la productivité sans essayer de déterminer exactement par quelles voies
s'exercent ces effets. En réalité, c'est ce que font justement plusieurs études. Toutefois, ces études
sont particulièrement vulnérables aux questions économétriques analysées dans le contexte de
l'équation (21). Par exemple, lorsqu'ils se servent de l'indice de liberté économique du Fraser
Institute et font la moyenne des données sur des périodes de cinq ans, Card et Freeman (2004)
n'arrivent pas à trouver un effet significatif de la réglementation sur le niveau de production par
habitant (ou par travailleur) ou sur son taux de croissance, après avoir neutralisé les effets de
l'année et du pays 18.
Un certain nombre d'études, dont plusieurs sont le fait de chercheurs de l'OCDE, examinent ces
questions à l'aide de données plus détaillées à l'échelle des pays ou même des entreprises.
Nicoletti et Scarpetta (2003) ont publié une recherche empirique approfondie sur la question, où
ils se penchent particulièrement sur l'effet de la réglementation sur la croissance de la PTF en
utilisant des données internationales sur plusieurs secteurs industriels et en incluant la variable de
la réglementation directement dans l'équation de productivité. Leur démarche s'inspire des
travaux de Griffith, Redding et Van Reenen (2004 et 2003), qui recourent à un modèle de
croissance endogène pour expliquer tant l'effet direct de la RD sur la croissance par l'entremise
17
Une recherche empirique très récente effectuée à l'Institute for Fiscal Studies, toujours préliminaire, confirme que
l'inclusion ou l'exclusion de pays scandinaves a un effet sensible sur la courbe décrivant la relation entre la marge
brute et l'innovation. Je remercie R. Griffith pour ses observations et ses renseignements utiles sur cette question.
18
Le seul effet significatif est sur la croissance de l'emploi.
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de son incidence sur l'innovation que l'effet indirect attribuable à l'assimilation de nouvelles
technologies. L'importance de l'effet indirect est positivement relié à la distance de chacune des
industries par rapport à la frontière technologique mondiale. Au lieu d'utiliser la RD, les auteurs
recourent à une mesure de l'OCDE de la réglementation des marchés de produits, et ils prévoient
aussi un effet direct et un effet indirect.
La mesure de la productivité est calculée pour 17 industries manufacturières et 6 industries de
services de 18 pays membres de l'OCDE. Trois séries de résultats sont présentées. Dans la
première, les auteurs utilisent les mesures de libéralisation à l'échelle des pays, de vaste portée
mais fixes dans le temps, rassemblées par l'OCDE en 1998 (c'est-à-dire vers la fin de leur période
d'échantillonnage). Les variables de la réglementation ne sont pas significatives en elles-mêmes
dans les analyses de régression qui n'incluent pas (ne peuvent pas inclure) un effet de pays. Elles
sont significatives lorsqu'elles interagissent avec le fossé technologique dans une équation qui
n'inclut pas d'effet de pays. Nous aurions pu utiliser ces dernières variables au lieu des
indicateurs fixes dans le temps non significatifs pour nous prononcer plus clairement sur la
signification de l'effet différentiel de la réglementation selon le fossé technologique. Le caractère
fixe dans le temps des indicateurs empêche de faire une évaluation de la signification de l'effet
total qui résiste à l'hétérogénéité non observée entre les pays.
Les mesures de privatisation à valeur temporelle sont introduites en tant que telles et elles ont
souvent un effet positif significatif sur la croissance de la productivité. Lorsqu'on introduit une
mesure de libéralisation à l'échelle de l'économie, à valeur temporelle, qui résume l'information
sur la déréglementation dans sept industries de services, l'indice de privatisation devient non
significatif, tandis que la mesure de réglementation à valeur temporelle est significative et
positive. Dans ce cas-ci, la question est de savoir si les réformes réglementaires du secteur des
services peuvent être utilisées pour l'économie dans son ensemble.
Dans une autre série de résultats, les obstacles à l'entrée et la privatisation sont considérés
séparément pour le secteur manufacturier (dans son ensemble) et le secteur des services (dans
son ensemble). La mesure de libéralisation, à valeur temporelle, des conditions d'entrée dans le
marché manufacturier est fondée seulement sur des données de libéralisation du commerce,
tandis que dans le marché des services, elle est la mesure de libéralisation résumée de sept
industries de services. Dans ce cas, il est essentiellement impossible de détecter un effet direct ou
indirect significatif. C'est uniquement lorsqu'on entend par libéralisation dans le secteur
manufacturier la moyenne de la libéralisation du commerce et de la libéralisation des conditions
d'entrée dans le marché non manufacturier qu'on observe un effet direct positif significatif de la
dérèglementation sur la croissance de la PTF.
Enfin, dans la dernière série de résultats, les mesures de libéralisation de l'OCDE de 1998
propres aux secteurs et fixes dans le temps sont utilisées de pair avec des mesures à valeur
temporelle de la libéralisation des conditions d'entrée pour les industries manufacturières
(moyenne de la libéralisation du commerce et de la libéralisation des conditions d'entrée dans le
marché non manufacturier) et les industries de services. Les équations contiennent des variables
fictives de pays, d'industrie et d'année. Les résultats semblent indiquer que la libéralisation des
conditions d'entrée dans le marché des services a un effet positif sur la croissance de la
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productivité. La seule interaction significative est celle entre la libéralisation des conditions
d'entrée dans le marché manufacturier et le fossé technologique. La privatisation continue d'avoir
un effet direct positif sur la croissance de la productivité.
VIII. Conclusion
Selon la présente étude, la PTF est la mesure appropriée de la productivité qu'il faut cibler aux
fins de l'élaboration de politiques. Depuis la rédaction de la première version de l'étude, Basu,
Pascali, Schiantarelli et Serven (2009) ont montré que la PTF globale (contrairement au progrès
technique étroitement défini) est la bonne mesure du bien-être économique d'un consommateur
type. Compte tenu de ce résultat, il est frappant, mais aussi inquiétant, que plus de 100 % de
l'écart de productivité du travail entre le Canada et les États-Unis s'explique par la différence de
la croissance de la PTF entre les deux pays.
Si l'on veut formuler des politiques pour combler cet écart, il importe d'en connaître l'origine.
L'étude propose de décomposer la croissance de la PTF globale en différents éléments liés aux
distorsions globales, à l'allocation non optimale des ressources et à l'évolution de l'efficacité à
l'échelle de l'entreprise. L'efficacité à l'échelle de l'entreprise est, à son tour, fonction des
infrastructures, de la RD, de l'efficacité des gestionnaires et du progrès technique à coût nul.
Dans le cadre de la recherche, cette décomposition vise trois objectifs. Ce qui est le plus facile à
faire tout d'abord, c'est d'estimer les économies d'échelle moyennes des entreprises pour les
groupes importants d'industries canadiennes et de les comparer à des estimations similaires sur
des entreprises américaines. Il est ensuite un peu plus difficile de calculer l'indice d'allocation
optimale des ressources des deux pays à l'aide des données tirées des estimations des effets des
économies d'échelle des entreprises. Si les résultats révèlent des différences significatives à cet
égard entre le Canada et les États-Unis, cette constatation soulèverait une multitude de questions
devant faire l'objet de recherches subséquentes. Enfin, le plus difficile est d'effectuer une
recherche sur les sources des écarts d'efficacité à l'échelle de l'entreprise, surtout dans ces deux
pays. La recherche devrait tenter d'estimer le degré de signification de l'effet des politiques sur
l'efficacité, tant sur le plan statistique que sur le plan économique.
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