Je me mis à faire les cent pas dans la... pour aller lire quelques-unes des feuilles qui jonchaient le...

Je me mis à faire les cent pas dans la... pour aller lire quelques-unes des feuilles  qui jonchaient le...
Je me mis à faire les cent pas dans la cuisine m’arrêtant de temps en temps
pour aller lire quelques-unes des feuilles qui jonchaient le parquet dans la chambre.
Je n’essayais pas vraiment de réfléchir. Je sentais que les mots «cœur double»
éveillaient en moi une émotion un peu trouble, alors il valait mieux attendre. Parfois
les mots font leur chemin tout seuls: il faut les laisser faire, leur donner le temps.
Quelques images tout à coup arrivèrent à la surface.
– Jacques Poulin, Le Vieux Chagrin
Mai 2006, numéro 45
ESPACE COMMUN
Espace commun
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CŒUR DOUBLE, numéro 45, mai 2006
Cégep du Vieux Montréal
255, rue Ontario Est
Montréal (Québec) H2X 1X6
CŒUR DOUBLE est une publication du CANIF,
le Centre d’animation de français du cégep du
Vieux Montréal.
© Tous droits réservés.
Dépôt légal : mars 1991
Bibliothèque nationale du Québec
Bibliothèque nationale du Canada
Éditique : Communications CVM (28891)
Impression : Reprographie CVM
Ce numéro de CŒUR DOUBLE est accessible sur
Internet : www.cvm.qc.ca
Renseignements :
le CANIF, (514) 982-3437, poste 2164
Illustration : Stéphane Beaudet, Curieuse raison,
1994, collection Cégep du Vieux Montréal
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Les textes qui suivent ont été écrits en classe, par des élèves appartenant à des
programmes divers et à la suite de notre lecture d’Espèces fragiles, poèmes
de Paul-Marie Lapointe, publiés aux éditions de l’Hexagone en 2002.
Comme l’écrit l’un de ces jeunes gens, Maxime Vinet-Béland, qui se représente
en clepsydre, « chaque goutte de désarroi est une mélopée profonde s’écoulant sur soi ». Tel est la sensibilité vive qui circule dans ces textes spontanés,
où l’innocence de vivre se heurte à la conscience des maux qui affligent le
monde.
Merci à Paul-Marie Lapointe de parler aux générations de l’avenir de ceux qui
les ont précédées, sans omettre les enjeux ni les jeux.
Guylaine Massoutre
Professeure dans le cours de Littérature et culture contemporaines
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Mélina Villacrés Décarie
Optimonde
Les abus de pouvoir, la haine entre les peuples, la pauvreté, les inégalités
sociales sont quelques-uns des facteurs qui peuvent atteindre un être humain.
Briser sa vie. La nature est fragile, et aujourd’hui nous sommes en train de nous
rendre compte que nous n’y avons pas fait attention. Si nous continuons à agir
comme nous le faisons, nous finirons par tout détruire ce qui nous entoure. La
culture aussi est fragile ; nous sommes dans une ère de changements, et il
serait très facile d’oublier ce qui a été fait avant nous. Nous sommes vulnérables,
modelables, comme les figurines d’argile qu’il est si facile de briser.
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Maxime Doyon
Actions sociales et médias
Comme plusieurs espèces d’animaux, l’être humain est porté à disparaître.
Ce sera la fin de son règne, comparable à celle des dinosaures. Nous aurons
tous deux régné sur la terre durant longtemps : ils ont eu une fin atroce, et la
nôtre ne semble pas plus réjouissante. Ils dominaient par la force ; nous, par
la raison et par la façon malicieuse, retorse, dont nous nous en servons. C’est
pourquoi la raison nous est fatale. Nous survivons grâce à elle, et c’est par
elle aussi que nous mourrons.
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Coryne Thibault
Sciences humaines
Imaginons une guerre à laquelle les citoyens ne participeraient pas : elle n’aurait
pas lieu. Il se pourrait qu’un jour, les gens éveillés soient si nombreux qu’un
monde nouveau soit possible. Ce ne sera pas chose facile. Nous sommes
les serviteurs de la vie, qui nous demande de l’améliorer. Mais nous pouvons
lui enseigner que nous sommes aussi ses précepteurs. Nous sommes issus
de la vie et nourris par elle, mais nous revenons lui dire ce que nous savons.
Nous sommes la vie. En la protégeant, nous nous défendons nous-mêmes.
L’espoir du monde réside dans notre projet d’aider la vie à croître au-delà de
ses limites.
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Cédric Côté
Techniques d’éducation spécialisée
En fin de semaine, j’étais parti en raquette au milieu d’un lac. Les oiseaux, le
soleil, le vent et la neige si blanche me portaient pratiquement en transe. Dans
le silence, mon ami a dit : « Imaginez les gens qui demeuraient ici il y a deux
ou trois siècles. » Mille images se sont levées dans mon esprit, comme si le
vent en était chargé.
Je n’ai pu m’empêcher de me demander ce qui occupait l’esprit de ces genslà. Comment percevaient-ils le monde, comment concevaient-ils la liberté ?
Quelles étaient les frontières de leur imagination ? Nous qui sommes habitués
à appuyer sur un bouton pour tout avoir… Ils vivaient plus que nous en harmonie avec la nature, l’écoutant pour combler leurs besoins. Pour se nourrir ?
Il fallait savoir quand et où passerait l’animal convoité. Pour se vêtir ? Il fallait
la peau de cette bête. Pour se loger ? Il fallait cohabiter avec les bêtes dont
leur survie dépendait.
Dans l’esprit de ces gens, un élément occupait une place que nous perdons
de vue dans notre ultime confort : l’instinct de survie. Les hommes bravaient
tempêtes et nuits de solitude pour honorer leurs ancêtres et pour nourrir leur
progéniture. Les peuples autochtones connaissaient l’importance d’honorer
les ancêtres, et la terre sur laquelle ils vivaient. Leur culture raffinée et sauvage
reflétait l’importance qu’ils accordaient à la spiritualité. Être en harmonie avec
les éléments alentour n’était pas un simple exercice. Cela résultait d’une union
de l’âme et du pays.
Au fur et à mesure que ces images défilaient, la nature semblait vouloir me
passer un message. Qu’en est-il aujourd’hui de cet échange refoulé par le béton
et le bruit incessant des villes ? En revenant à Montréal, je me suis promis de
garder en tête les images du lac blanc et de ses forêts qui semblaient me dire
qu’il est encore temps de corriger les erreurs de l’ère contemporaine. Je suis
parti troublé par ma conscience que l’homme blanc a perturbé la symbiose
que la nature offrait si habilement. Qu’y faire ?
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Camille Bouillon
Histoire et civilisation
L’américanité est la nouvelle culture. Mais est-ce la bonne ? Est-ce l’amalgame
vivifiant des influences du monde entier ou, au contraire, la destruction graduelle
mais sans pitié des divers univers culturels qui nous entourent ? La culture
au Québec tient-elle une place distincte dans cette américanité, ou n’est-elle
qu’une pâle copie du modèle états-unien ?
La littérature est un bon exemple. Les œuvres des romanciers et des poètes
québécois se démarquent des œuvres littéraires transaméricaines. Elles
illustrent un profond attachement au patrimoine, aux sociétés autochtones et
à la langue, principale distinction face au restant de l’Amérique. Mais un fil
conducteur nous rattache certainement à l’américanité. C’est celui des peuples conquis, des terres exploitées et de la liberté, cette liberté qui exprime
fortement notre identité. Le destin de tous les peuples du continent américain
n’est-il pas identique ? Comme les enfants naissent sur un pied d’égalité, les
peuples ont droit à la même chance, sans avoir la même vie. C’est ce qui se
reflète dans le mot « américanité » et qui nous rend perplexes.
La représentation de la liberté, dans laquelle tout est permis, même l’espoir
d’un avenir meilleur, rencontre la réalité des défaites amères et des peuples
bafoués, au plus profond de leur inconscient.
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Sandra Gonzalez-Lopez
Soins infirmiers
À quoi nous sert-il de connaître et de protéger les civilisations anciennes ?
Pour garder notre histoire en vie, notre identité, notre culture, nos croyances,
il faut connaître et protéger les civilisations anciennes. Nos ancêtres nous ont
donné ce qu’on sait actuellement. Parler, écrire, lire et inventer. C’est par leur
savoir, leur curiosité, leur raison et leur intelligence qu’ils ont créé ce qui nous
appartient encore et que nous transmettons de génération en génération.
Je suis née au Québec, mais mes parents viennent du Guatemala et du
Salvador. J’apprends à connaître chacune de ces cultures latines, qui me
représentent autant que celle du Québec. Grâce aux civilisations anciennes,
nous avons réussi à conserver et à transmettre nos noms, la culture qui nous
identifie, ce qui nous rend fiers d’être ce que nous sommes aujourd’hui. Il est
important de rendre hommage à ceux qui nous ont permis de survivre en tant
que société, que pays, qu’être humain.
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Gabrielle Perras
Optimonde
Désolation. Ma désolation devant l’état actuel du monde n’a d’égal que mon
désir de changement. Pourquoi tant de souffrances, tant de mépris entre nations
et au sein de notre collectivité, tant d’hypocrisie en ce monde ?
Malgré l’absence d’altruisme dans la plupart des sphères de la vie humaine,
malgré le fait que la société avance davantage par calcul d’intérêt à court terme
que par une considération réelle du vivant et de ses possibilités, l’espoir subsiste en moi. Si je ne parviens pas à comprendre cette propension de l’humain
à dominer ce qui l’entoure, je dois continuer à agir selon mes valeurs et garder
confiance en l’avenir. Car en tant que privilégiée du système mondial, en tant
qu’Occidentale éduquée et consciente de la réalité globale, il me faut profiter
de ma chance pour tenter d’en disperser les effets positifs. J’ai le devoir de
contribuer à construire un monde plus équitable.
Sans vouloir légitimer la supériorité de l’espèce humaine, je pense que la
disparition de l’art, de l’humour, de l’amour et de la science, qui découlerait
de l’extinction des hommes, serait regrettable. Trois choix s’offrent à nous : ou
nous continuons notre course folle, sans nous soucier du futur, ou nous nous
éveillons aux enjeux capitaux qui nous entraînent vers l’hécatombe et nous
changeons nos habitudes pour éviter la catastrophe, ou nous nous jetons dans
le gouffre, non sans avoir transmis au préalable nos acquis à nos éventuels
successeurs. Toute forme de vie est éphémère, ne nous leurrons pas. Néanmoins, mieux vaut être porteur d’une existence fugace et enrichissante que
d’une partie d’éternité vile et illusoire.
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Vincent Thomas
Sciences humaines
Lettre d’un suicidé
Souffle court, je m’agite toujours dans la meute sanguinaire. La raison n’a rien
de raisonnable : elle permet de rendre compte des erreurs du passé, celles
qu’on voudrait oublier. J’envisage l’avenir comme un trou sans fond. Profondes
ténèbres aux yeux de miroirs sans âme. Tout n’est qu’illusion. Les couleurs
cachent le désespoir et la tristesse des sans-abri, des lèvres entre lesquelles
se reproduisent les araignées. Coléoptères de guerre, virus de terre de famine
où les arbres ne poussent que sous un arrosage de pitié. Pigments noirs de
la honte, de l’espérance et de l’inquiétude. La reine des fourmis ne s’épuise
jamais de gouverner.
Voici ce que j’entrevois : un arc-en-ciel brisé par l’irrationalité, des gorges sciées
par des paroles dentées, des trous dans une mémoire abîmée, des nuages
gris d’acidité produite par l’humain, des rêves enchaînés, qui finissent au bout
d’une corde, et la liberté, derrière les barreaux de l’injustice.
J’ai regardé du coin de l’œil, car je sentais mon crâne près d’être lacéré. Mon
ventre, retourné ; mes muscles, pétrifiés ; mes cheveux, colorés de rouge
sang. Je n’ai plus de cœur ; l’humanité, devenue animale, meurtrière, l’a fait
disparaître. Je suis seul dans un coin et je regarde au loin ce qui continue de
naître et ce qui n’est plus.
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Mélissa Healy
Soins infirmiers
Un châtiment mérité
Le soleil rayonne de mille et un feux
de l’autre côté de l’océan la lune resplendit
guidant les naufragés vers des terres éloignées
avides de possession
un nouveau monde s’offre à eux
occupé par des civilisations inconnues
ils n’en feront qu’une bouchée
trois cents ans ont passé
dans la guerre d’oppression et parfois la famine
avares ils sont restés unis
maintenant les temps sont meilleurs
mais pour combien encore ?
ne cherchant qu’à satisfaire leurs besoins
ne se préoccupant pas de demain
ils se ruineront eux-mêmes
ainsi seront vengés les premiers ancêtres
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Pascale Brunet-Gauthier
Questions internationales
le voyage en moi incrusté
la soif au bout des lèvres
le voyage dans les creux de mon corps, au coin de
ma bouche
les mots me manquent
ma sueur goûte des mots que je ne connais pas
cette envie me dévore
j’en transpire
j’ai envie de mille autres voyages remplis
de couleurs, de saveurs neuves
je veux me perdre dans des villes inconnues
je veux des sourires d’enfants, des chants
de vieilles dames et des paysages inouïs
découvrir des odeurs
peut-être qu’en rentrant ce sera Montréal l’inconnue
Montréal rempli de bonheur et de gens que j’aime
je plisserai les yeux pour la voir différemment
elle ne sera pas le voyage
et moi terriblement vivante
quand je mords l’intérieur de ma joue
ça goûte le sang
mon sang
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Tristan Héneault-Trudel
Sciences humaines
Cheminement
l’originalité de mon humanité
n’est ni à vendre ni à marchander
je suis à la merci des idées
ce qui nourrit mon originalité
à partir des naïvetés
j’accomplis
à partir de mes forces
je survis
en quête de mon identité
je me démarque
ainsi fait
je me trouve
soudain je suis perdu
le vide transperce les coups reçus
sans point de repère ni stimuli
je suis amaigri amoindri
comment s’y retrouver
maelström d’émotions et de sentiments
nostalgie de temps anciens
la première personne prend le bord
il faut se construire
autant sur soi que sur les autres
l’équilibre des deux est nécessaire
l’un est miroir l’autre armoire noire
ainsi un tout est formé
une base s’est constituée
invincible forteresse reproduite
le rebond est glacé
en quête de survie
je me suis trouvé
ma place est assurée
dans les rayons infinis
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Julie Talbot
Sciences humaines
espèces fragiles, serviles, viles
sans avenir, subir, vieillir
à l’intérieur, la terreur
des conventions, des privations, des religions
à l’unisson de la consommation, la mondialisation
ingéniosité de l’évolution, autodestruction, horreur sans nom
réalité d’une communauté individualisée
masquée, apeurée : espérer ?
un monde absurde de solitude
ainsi que des fourmis, toutes petites fourmis
inattentives, s’active à la recherche de profits
suit dans le devoir sans vouloir le pouvoir
exploité, conformé : travailler
un asservissement de nature démente
produit maux d’animaux et de végétaux
masochisme, conformisme, machinisme
sans croyance, à ses dépens avance
les fragiles espèces, serviles, viles
subissent et vieillissent
complices d’erreurs, victimes de trompeurs
dans la torpeur d’une vie subie en inertie
gourmandise inassouvie, un monde s’emplit
de dociles figurines d’argile
appétits indécis mais aussi pionniers
rêves inavoués, passionnés
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Corine Filion
Administration
Conscience humaine
La libération est ce qui permet l’existence humaine
la libération émerveille la conscience
elle décharge l’esclave
elle le transforme
la libération est pareille au bien-être
elle est symbole de vie
elle éveille l’esprit
fantasme du captif
elle est la jouissance du prisonnier
sans elle l’humain
serait un chien
inconscient
détaché
du monde
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Catherine Bill
Sciences humaines
Mes racines
je me réveille
en absorbant les pleurs et la douleur
de la nuit
le ton de sa voix me fait peur
alors je regarde ailleurs
un Noir apparaît dans le paysage
la couleur rouge sur son dos me fait voir son mirage
l’homme avec lui le frappe avec un fouet
taché de rage et de sévérité
je vais voir de plus près
cet homme noir est mon frère
je le vois essayer de se défaire de ses chaînes
je regarde vers le ciel et lui demande : pourquoi ?
pourquoi un monde aussi cruel a-t-il été créé ?
il dit je n’y peux rien
je suis victime de mon propre dessein
peu importe ce que la vie te réserve
ne regarde pas en arrière
je dois suivre mon propre chemin
qui me sortira de cette misère noire
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Patricia Lemay
Sciences humaines
Tableau de société actuelle
Bosnie, Arménie, holocauste
Plus jamais ça
encore Rwanda
répétition d’un mal de siècle ou continuité de la nature humaine
déshumanisation, haine, société africaine
allumée, attisée par la vanité
la vue du reste de l’humanité
détachement, paupières closes
malgré la médiatisation
de hautes institutions censées défendre de grandes causes
les génocides, la négation
À qui le tour ?
notre voisin de se demander et nous de ronronner toujours
ce Je me souviens
imprimés à même l’autoroute de notre pensée
le passé, l’avenir
malheureusement le moteur des artistes et des étudiants de français
expire en boucane leur excès de CO2
formulant leur désarroi
à propos de cette idolâtrie américaine
et de l’inertie globale
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Marie-France Baker
Sciences humaines
Chaos
dans son vaste royaume l’homme roi
gouverne, dirige, crée ses lois
monarque d’une vie
qui, l’ignore-t-il, le fuit
car il y a plus grand que lui
plus fort même que tous les pays réunis
mère nature veille d’en haut
prête à dissiper leurs grands idéaux
mais l’homme continue son œuvre destructrice
ignorant tous les messages subtils
argent, pollution et surconsommation sont ses tutrices
insouciant, il fabrique le chaos avec ses missiles
puis vient le jour où dans le monde entier
la vie décide qu’elle en a assez
que ses arbres tombent que ses rivières s’assèchent
une force supérieure se lève, céleste
exposant à l’univers toute la fragilité
d’une espèce qui se crut si longtemps protégée
la nature dévoile la sentence des invincibles
pour leur survie une seule issue : l’exil
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Ariane Grisé-Blais
Sciences humaines
petit être est terrorisé
son corps est un cendrier
bien des jours qu’il n’a pas mangé
ose-t-il encore espérer ?
petite nature de l’Enfer
est vide en son corps
les nantis gardent leurs trésors :
que crèvent de faim ceux d’un autre sort !
il aurait pu être né au pays de la liberté
à l’endroit où on l’aurait respecté
peut-être serait-il un de ces hommes aveuglés
avec une voiture et un ordinateur cher payés
ses peurs disparaîtraient sous de doux baisers
de la douleur on l’aurait consolé
peut-être un jour aurait-il voyagé
et travaillé contre les situations usurpées
pourquoi doit-il lutter ?
pourquoi ne pas fermer les yeux et endurer…
parce que le jeu est truqué :
la perversion doit s’arrêter !
petit être fragile comme une fleur en hiver
petit être de sang et de chair
petit être est terrorisé
parce qu’il n’a pas encore mangé
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Marie-Pier Asselin
Techniques d’éducation à l’enfance
Un enfant seul, dans une rue anonyme, les vêtements sales, une goutte de sang
perlant sur son front, est rabroué, battu, exclu par ses pairs. Oublié par ceux
qui l’ont mis au monde, l’enfant cherche à se construire une identité propre. Il
demeure perdu dans un monde hostile.
Durant ce temps, sa jolie sœur, brillante et populaire adolescente, s’isole dans
la salle de bains. Elle s’automutile ; à la main, une lame qu’elle enfonce dans
la chair molle et rosée de son avant-bras. Le sang gicle et coule, formant de
petites flaques sur la céramique. Le liquide rougeâtre lui rappelle qu’elle vit.
La douleur physique efface, durant quelques instants, son mal intérieur.
Au salon, la mère, assise dans un fauteuil moelleux, avale des antidépresseurs.
Elle tient un sixième verre de porto à la main. Elle fixe la fenêtre, preuve irréfutable qu’il existe un autre monde ; elle cherche à oublier sa propre existence,
qui ne semble plus lui appartenir.
À l’autre bout de la ville, le père se dépense pour un travail qu’il n’aime pas.
Tous ensemble, ils forment un tout, mais personne ne peut plus se rejoindre.
Pêle-mêle, ils forment des entités distinctes. Alors, père, mère et les deux
enfants sont réunis silencieusement autour de la table familiale, picorant un
repas tout prêt. Le père dit : « Nous devrions, dimanche prochain, rendre visite
à grand-père. »…
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Marie-Ève Chartrand
Sciences humaines
Mon cher fils,
Te voilà rendu à cette étape de la vie où tu te poses toutes sortes de questions,
à la fois sur toi et sur le monde dans lequel tu vis. Je sais qu’il t’arrive de douter
du fait que, moi aussi, j’ai déjà été adolescent, car, à ton âge, je croyais que mes
parents avaient toujours été vieux et démodés, mais sache que je te comprends
plus que tu ne crois ! Je connais les questions que se pose un adolescent : qui
suis-je ? Pourquoi suis-je dans ce monde ? Pourquoi le monde est-il ainsi fait ?
Les réponses sont difficiles à trouver et à accepter. Cependant, je peux t’aider à
comprendre le monde dans lequel tu habites.
Jeune, je me suis battu pour des droits, pour des idées et des principes. Au
Québec, nous sommes tous un peu comme cela : rebelles, déterminés et
fiers. Je me rappelle avoir manifesté avec des amis quelques jours avant un
certain référendum concernant l’indépendance du Québec. Le Québec était
habité par une population attachée à ses racines ! Les choses ont changé.
Tu te rappelles les mots de ton oncle Roger, quand il s’est acheté une piscine ? « Elle est plus grosse que celle du voisin ! » On achète, on jette, on rachète, on gaspille sans arrêt tout ce qui nous tombe sous la main. Garde l’œil
ouvert ! Les compagnies exploitent nos ressources, peu leur importe, sauf la consommation. Le nouveau cellulaire suscite plus d’intérêt que la coupe à blanc dans
certaines parties de la Province. Le soutien-gorge de l’Américaine Britney Spears
nous cause plus d’émotions que le taux de suicide chez les jeunes Québécois.
Les gens s’adonnent davantage à leur pouvoir de consommation qu’à celui des
élections. Le Québec s’appauvrit, mon fils, et s’autodétruit. Comment changer
les choses ?
La seule solution que j’aie trouvée est l’art. En effet, malgré ses nombreux défauts,
la population de la Province accorde une importance à l’art, sous toutes ses formes.
L’art est vu, entendu, ressenti. Les écrivains réussissent à provoquer des prises
de conscience. Certains choisissent la musique ; d’autres, la peinture. Les arts
éclairent les aspects noirs de la vie. Poursuis ton rêve de devenir écrivain. Ainsi,
tu pourras changer le monde.
Ton père, qui t’aime.
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Guillaume Boisvert
Questions internationales
À Marc Favreau
Discours à la prési-danse
Chers électrons,
Voici comment notre gouvernement veut charger la notion quoibécoise.
Tout d’abord, le ministère de l’Environnement mettra tous ses efforts à formater un nuage dense autour de l’attente internationale de Kyoto. De plus,
le ministère du Travail éliminera le chômage, lors d’une prestation devant la
nation quoibécoise, au début de mois de masse. Ensuite, en matière d’affaires
étranges dans l’air, celles-ci seront dirigées vers les zones de libre-échange.
En éducation, les enseigeurs pourront bénéficier de dizaines d’étudiables de
plus par salle de classification. Finalement, chers Quoibécoises et Quoibécois,
le Gouvvernement agira économiquement en ajustant l’inflammation, selon
de la Loi de l’os et des membres, pour que tous les pauvres se trouvent une
niche. Cela coûtera peut-être chair, mais les exclus seront beaucoup plus
armables par la suite.
Pour conclillusion, nous vous disons merci de votre écouture et nous nous
reverrons dix manches pour les résultats du scrétin.
24
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Thank you for your participation!

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