L E GRAND HÉRON Une espèce sentinelle du fleuve

L E GRAND HÉRON Une espèce sentinelle du fleuve
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EAU
RIVES
RESSOURCES BIOLOGIQUES
USAGES
GRAND HÉRON
Photo : Service canadien de la faune
LE
SÉDIMENTS
Une espèce sentinelle du fleuve
D
e nombreux facteurs peuvent perturber les populations d’oiseaux.
Malgré les efforts de conservation et
de protection, les toxiques transportés
par l’eau et par l’air peuvent s’accumuler
dans les écosystèmes et affecter la
faune. De nombreuses substances chimiques, dont les pesticides organochlorés
(comme le DDT) et les biphényles polychlorés (BPC), se décomposent très
lentement et ont tendance à s’accumuler
en concentrations de plus en plus
élevées à chaque niveau de la chaîne
alimentaire. Pour cette raison, les
oiseaux piscivores sont souvent utilisés
comme bioindicateurs de la contamination de l’environnement.
Le grand héron a été choisi comme
espèce sentinelle, ou bioindicateur, de
l’état du Saint-Laurent, à cause de
sa distribution tant dans les milieux
marins que d’eau douce, de sa position
au sommet de la chaîne alimentaire et
de son aire d’alimentation relativement
limitée. Ainsi, les concentrations de
contaminants dans les tissus du héron
reflètent la contamination de l’écosystème
à l’échelle locale. En fortes concentrations, plusieurs contaminants sont très
toxiques et peuvent entraîner la mort.
Aux faibles concentrations observées
dans l’environnement, ces contaminants
sont moins toxiques mais peuvent avoir
des effets négatifs sur les fonctions
biologiques essentielles comme la
reproduction,
la croissance ou la
capacité de défense
contre les infections.
Certaines substances
chimiques ressemblent beaucoup aux
hormones, au point de pouvoir interférer
dans la transmission des messages
chimiques responsables du bon fonctionnement de l’organisme.
Photo : Patrick Labonté, Service canadien de la faune
Problématique
Grand héron près de son nid
RESSOURCES BIOLOGIQUES
Portrait de la situation
Figure 1.
Cet oiseau migrateur, sensible au
dérangement, niche en général sur des
îles peu accessibles à l’être humain et
aux prédateurs terrestres. On compte
environ 160 colonies ou héronnières
actives au Québec, dont une trentaine
le long du Saint-Laurent, soit du lac
Saint-François, en amont, jusqu’à SeptÎles et les îles de la Madeleine, dans le
golfe (figure 1). La taille des colonies
varie d’année en année mais compte
habituellement quelques dizaines de
couples. La colonie la plus importante,
non seulement au Québec, mais probablement dans le monde, se situe au lac
Saint-Pierre, où l’on compte plus de 1000
nids. Après une période pouvant varier
de sept ans à quelques décennies, selon
la taille de la colonie, les héronnières se
détériorent et sont abandonnées par
les hérons qui doivent trouver un nouveau site à proximité. Le dérangement
humain et la prédation peuvent également nuire au succès de reproduction et
provoquer l’abandon d’une colonie. Ces
facteurs rendent difficiles les estima-
Localisation des colonies de grands hérons
tions des tendances de la population.
Actuellement, la population totale de
grands hérons au Québec atteint environ
25 000 oiseaux, dont le tiers niche le
long du Saint-Laurent. Cette population
semble s’être stabilisée, après avoir
connu une hausse entre le milieu des
années 1960 et le début des années 1980.
Lors de l’inventaire de 2001 des
colonies du Saint-Laurent, le nombre
moyen de jeunes par couvée atteignait
Colonie de grands hérons de l’île Dickerson
Succès de nidification du grand héron (nombre
de jeunes par couvée) dans des colonies du
Saint-Laurent de 1977 à 2001
(nbre de jeunes par nid)
Photo : Patrick Labonté, Service canadien de la faune
Succès de nidification
Figure 2.
2,4, et le succès de reproduction moyen
(pourcentage de jeunes par rapport au
nombre d’œufs) était de 58 p. 100.
Certaines colonies semblent croître, et
d’autres, diminuer, mais globalement,
la population de hérons se maintient,
puisque cette espèce pond en général
cinq œufs et conduit en moyenne 2,5
jeunes jusqu’à l’envol. La figure 2 montre
la constance du succès de nidification
dans le temps des colonies étudiées.
Note: Les chiffres entre parenthèses indiquent le nombre de colonies utilisées pour les calculs.
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Le grand héron ne semble donc pas
avoir été trop affecté par les substances
organochlorées comme le DDT, qu’on
retrouvait en fortes concentrations dans
l’environnement durant cette période
(1960-1980). Pourtant, les analyses
effectuées depuis la fin des années
1970 indiquent que le grand héron est
l’un des oiseaux piscivores les plus
contaminés par les BPC et le DDT.
Effectué dans les œufs seulement dans
les années 1970 et 1980, le suivi des
contaminants chez le héron s’est raffiné
pour inclure des analyses du sang et
des plumes des jeunes de l’année, plus
représentatifs de la pollution locale
que les adultes qui passent l’hiver
dans le sud.
Figure 3.
Les contaminants mesurés dans les
œufs montrent peu de différences
entre les colonies situées le long du
Saint-Laurent et les colonies témoins
situées à l’intérieur des terres (figure 3).
Les concentrations de BPC, de DDE
(principal produit de décomposition
du DDT) et de mercure se situent en
dessous des niveaux pouvant avoir des
effets sur la reproduction ou la survie.
Une légère baisse de ces contaminants
dans le temps a été observée, bien que
des données complémentaires seront
nécessaires pour confirmer cette tendance. Les concentrations de dioxines
et de furannes, deux groupes de substances particulièrement toxiques, ne
semblent pas présenter de risque. Les
œufs reflètent davantage la contamination accumulée par les femelles
dans les aires d’hivernage que la
contamination locale.
Évolution des concentrations de BPC totaux,
de DDE et de mercure (Hg) dans les œufs de
grands hérons
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Les substances analysées dans le
sang des héronneaux révèlent une différence entre les colonies, celles situées
en eau douce ayant généralement des
teneurs plus élevées en BPC et en DDE
(figure 4). Les concentrations de mercure
sont similaires dans les colonies du
Saint-Laurent, mais les colonies situées
à l’intérieur des terres ont des teneurs
plus élevées. Malgré cela, la teneur en
mercure du sang des héronneaux du
fleuve apparaît élevée en comparaison
de celles rapportées dans des études
effectuées ailleurs en Amérique du Nord
et se rapproche des concentrations
auxquelles des effets sur la survie ont
été rapportés chez d’autres espèces.
Aucune différence n’a été observée dans
les concentrations de BPC et de mercure
dans le temps; par contre, les teneurs
en DDE semblent diminuer légèrement.
Là encore, des données complémentaires seront nécessaires pour confirmer
cette tendance.
Figure 4.
En plus du dosage des contaminants,
les œufs et le sang des grands hérons
sont soumis à des analyses biochimiques. Les substances biochimiques
mesurées, ou biomarqueurs, constituent
une réponse de l’organisme aux toxiques
et reflètent l’importance de l’exposition
et de l’impact de ces substances. Ces
analyses permettent également de
déterminer les effets plus subtils des
contaminants sur la santé des oiseaux
et peuvent aider à comprendre les tendances observées dans leurs populations.
Les biomarqueurs mesurés donnent des
résultats fort intéressants. Des différences
ont été observées entre les colonies
dans la teneur en vitamine A des œufs
et du sang des héronneaux. Ces différences sont liées aux concentrations de
contaminants : la teneur en vitamine A
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Évolution des concentrations de BPC totaux,
de DDE et de mercure (Hg) dans le sang de
grands hérons
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Figure 5.
essentielles. Bien qu’il n’existe pas à ce
jour d’information suffisante pour
déterminer l’impact d’une telle baisse sur
la survie des héronneaux, il est probable
qu’elle nuit à leur développement et à
leur capacité de survie.
Photo : Michel Leblond,
© Le Québec en images,CCDMD
du plasma diminue avec une augmentation de la concentration de BPC (figure 5).
La vitamine A est essentielle au développement et à la croissance, et une
carence peut perturber le fonctionnement du système endocrinien et ainsi
affecter certaines fonctions biologiques
Relation entre les concentrations de BPC
totaux et de rétinol dans le plasma de grands
hérons
MESURES-CLÉS
L’analyse des principaux contaminants dans le sang des héronneaux
permet de connaître leur exposition réelle aux toxiques bioaccumulables, tout en fournissant une
indication des effets potentiels
de ces substances. Le nombre
moyen de jeunes par couvée et
le succès de reproduction moyen
Photo : Michel Leblond, © Le Québec en images, CCDMD
(pourcentage de jeunes par rapport
au nombre d’œufs) constituent
des informations essentielles pour
évaluer si la population de grands
hérons se porte bien.
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Pour en savoir plus
Les jeunes des colonies situées en eau douce et en eau
saumâtre sont plus contaminés que ceux des colonies de
l’estuaire et du golfe. En général, la contamination dans le
fleuve Saint-Laurent se situe en deçà des niveaux d’effets
toxiques pour le grand héron. Cependant, malgré ce fait, nos
résultats révèlent des différences entre colonies et entre
secteurs du Saint-Laurent, reflétant ainsi des variations
locales et régionales de contamination. Combinées au stress
engendré par la disponibilité de la nourriture, le dérangement et la perte d’habitats,
de faibles concentrations de
contaminants agissant sur
les sites responsables du
fonctionnement de l’organisme peuvent constituer
un risque pour la faune. Le
suivi à long terme des contaminants, des biomarqueurs
et du succès de reproduction
est essentiel pour pouvoir
évaluer l’état de santé des
héronneaux et de la population de grands hérons.
CHAMPOUX, L., J. RODRIGUE, J.-L. DESGRANGES, S. TRUDEAU,
A. HONTELA, M. BOILY et P.A. SPEAR. 2002. «Assessment
of contamination and biomarker responses in two species
of Herons on the St. Lawrence River ». Environmental
Monitoring and Assessment, vol. 79, no 2, p. 193-215.
CHAMPOUX, L., J.-L. DESGRANGES, J. RODRIGUE, A. HONTELA,
S. TRUDEAU et P.A. SPEAR. 2000. Évaluation d’indicateurs
biochimiques chez le Grand Héron, Ardea herodias, et le Bihoreau
gris, Nycticorax nycticorax, en relation avec la contamination
du Saint-Laurent. Environnement Canada – Région du
Québec, Service canadien de la faune. Série de rapports
techniques no 354.
DESGRANGES, J.-L. 1995. «Le Grand Héron», dans J. Gauthier
et Y. Aubry (sous la direction de), Les Oiseaux nicheurs
du Québec : Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional.
Association québécoise des groupes d’ornithologues,
Société québécoise de protection des oiseaux et Service
canadien de la faune, Environnement Canada – Région
du Québec, Montréal, p. 242-245.
Rédaction : Louise Champoux
Direction de la conservation de l’environnement
Environnement Canada
Programme Suivi d e l’état du Saint-Laurent
Quatre partenaires gouvernementaux
– les ministères de l’Environnement
du Canada et du Québec, la Société
de la faune et des parcs du Québec et
le ministère des Pêches et des Océans
du Canada – mettent en commun leur
expertise et leurs efforts pour rendre
compte à la population de l’état et de
l’évolution à long terme du SaintLaurent. Pour ce faire, des indicateurs
environnementaux ont été élaborés à
partir des données recueillies dans le
cadre des activités de suivi environnemental que chaque organisation
poursuit au fil des ans. Ces activités
touchent les principales composantes
de l’environnement que sont l’eau
(qualité et quantité), les sédiments, les
ressources biologiques (diversité et
condition des espèces), les usages et
éventuellement les rives.
Pour obtenir d’autres exemplaires
ou la collection complète des fiches,
veuillez vous adresser au Bureau
de coordination de Saint-Laurent
Vision 2000 :
1141, route de l’Église
C.P. 10 100
Sainte-Foy (Québec) G1V 4H5
Tél. : (418) 648-3444
Vous pouvez également obtenir les
fiches et de l’information complémentaire sur le Programme en visitant le
site Internet : www.slv2000.qc.ca .
Publié avec l’autorisation du ministre de l’Environnement
© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2002
Publié avec l'autorisation du ministre d'État aux Affaires municipales
et à la Métropole, à l'Environnement et à l'Eau du Québec
© Gouvernement du Québec, 2002
No de catalogue : En4-11/2002F
ISBN 0-662-88132-X
Envirodoq : ENV/2002/0350
Dépôt légal – Bibliothèque nationale du Canada, 2002
Also available in English under the title: Great Blue Heron – A Sentinel Species for the River
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Photo : Michel Leblond, © Le Québec en images, CCDMD
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