IAEA BULLETIN IAIA Changement climatique Faire la diff érence grâce aux techniques nucléaires

IAEA BULLETIN IAIA Changement climatique Faire la diff érence grâce aux techniques nucléaires
IAEA BULLETIN
IA
AGENCE INTERNATIONALE DE LʼÉNERGIE ATOMIQUE
Juin 2015 • www.iaea.org/bulletin
Changement climatique
In Et a
fo us
s A si
IE :
A
Faire la différence grâce aux techniques nucléaires
Bull562-June2015_FR.indd 1
2015-10-22 10:37:37
L’Agence internationale de l’énergie atomique a pour mission de
prévenir la dissémination des armes nucléaires et d’aider tous les
pays – en particulier ceux du monde en développement – à tirer
parti de l’utilisation pacifique, sûre et sécurisée de la science et de
la technologie nucléaires.
LE BULLETIN DE L’AIEA
est produit par le Bureau de l’information et de la
communication (OPIC).
Agence internationale de l’énergie atomique
B.P. 100, 1400 Vienne (Autriche)
Téléphone : (43-1) 2600-21270
Fax : (43-1) 2600-29610
[email protected]
Rédacteur : Miklos Gaspar
Rédactrice en chef : Aabha Dixit
Collaboratrice à la rédaction : Nicole Jawerth
Conception et production : Ritu Kenn
Le Bulletin de l’AIEA est disponible
› en ligne : www.iaea.org/bulletin
› comme application mobile :
www.iaea.org/bulletinapp
Des extraits des articles du Bulletin peuvent être
utilisés librement à condition que la source soit
mentionnée. Lorsqu’il est indiqué que l’auteur
n’est pas fonctionnaire de l’AIEA, l’autorisation
de reproduction, sauf à des fins de recension,
doit être sollicitée auprès de l’auteur ou de
l’organisation d’origine.
Les opinions exprimées dans le Bulletin ne
représentent pas nécessairement celles de
l’Agence internationale de l’énergie atomique, et
l’AIEA décline toute responsabilité à cet égard.
Couverture :
La science nucléaire peut jouer un rôle important
dans l’atténuation des changements climatiques
et l’adaptation à ces changements.
(Maquette : Ritu Kenn)
Découvrez cette édition sur iPad
Bull562-June2015_FR.indd 2
Créée en tant qu’organisme autonome des Nations Unies en
1957, l’AIEA est la seule organisation du système de l’ONU à avoir
les compétences requises dans le domaine des technologies
nucléaires. Ses laboratoires spécialisés uniques aident au transfert
de connaissances et de compétences à ses États Membres dans
des domaines comme la santé humaine, l’alimentation, l’eau et
l’environnement.
L’AIEA sert aussi de plateforme mondiale pour le renforcement
de la sécurité nucléaire. Elle a mis en place la collection Sécurité
nucléaire, qui rassemble des publications d’orientations sur la
sécurité nucléaire faisant l’objet d’un consensus international.
Ses travaux visent en outre à réduire le risque que des matières
nucléaires et d’autres matières radioactives tombent entre les
mains de terroristes ou de criminels, ou que des installations
nucléaires soient la cible d’actes malveillants.
Les normes de sûreté de l’AIEA fournissent un système de principes
fondamentaux de sûreté et sont l’expression d’un consensus
international sur ce qui constitue un degré élevé de sûreté pour la
protection des personnes et de l’environnement contre les effets
néfastes des rayonnements ionisants. Elles ont été élaborées pour
tous les types d’installations et d’activités nucléaires destinées à
des fins pacifiques ainsi que pour les mesures de protection visant
à réduire les risques radiologiques existants.
En outre, l’AIEA vérifie, au moyen de son système d’inspections, que
les États Membres respectent leurs engagements, conformément
au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et à
d’autres accords de non-prolifération, de n’utiliser les matières et
installations nucléaires qu’à des fins pacifiques.
Le travail de l’AIEA est multiple et fait intervenir un large éventail
de partenaires au niveau national, régional et international. Ses
programmes et ses budgets sont établis sur la base des décisions
de ses organes directeurs – le Conseil des gouverneurs, qui compte
35 membres, et la Conférence générale, qui réunit tous les États
Membres.
L’AIEA a son siège au Centre international de Vienne. Elle a des
bureaux locaux et des bureaux de liaison à Genève, New York,
Tokyo et Toronto. Elle exploite des laboratoires scientifiques à
Monaco, Seibersdorf et Vienne. En outre, elle apporte son appui
et contribue financièrement au fonctionnement du Centre
international Abdus Salam de physique théorique à Trieste (Italie).
2015-10-22 10:37:38
Avant-propos
Lutter contre le changement climatique :
les contributions de la science et de la
technologie nucléaires
Par Yukiya Amano, Directeur général de l’AIEA
L
e changement climatique est le plus grand défi
environnemental de notre époque. À l’heure où les
gouvernements du monde entier s’apprêtent à négocier un
accord universel juridiquement contraignant sur le climat à la
Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques,
qui se tiendra à Paris à la fin de l’année, il est important de
reconnaître les contributions que peuvent apporter la science
et la technologie nucléaires à la lutte contre le changement
climatique.
La science nucléaire et notamment l’électronucléaire peuvent
jouer un rôle majeur tant dans l’atténuation du changement
climatique que dans l’adaptation à ses conséquences.
Atténuation
Avec l’éolien et l’hydroélectrique, l’électronucléaire est l’une
des technologies disponibles pour produire de l’électricité
dont les émissions de carbone sont les plus faibles. D’après les
statistiques publiées dans la dernière édition des « Perspectives
énergétiques mondiales », l’électronucléaire a déjà permis
d’éviter le rejet d’environ 56 gigatonnes de dioxyde de
carbone depuis 1971, soit l’équivalent de deux années
d’émissions mondiales aux taux actuels. C’est là un résultat
tout à fait remarquable qui témoigne des possibilités qu’offre
l’électronucléaire pour atténuer le changement climatique.
L’AIEA s’emploie à mieux faire connaître, à l’échelle mondiale,
le rôle de l’électronucléaire face au changement climatique, en
veillant en particulier à ce que le rôle qu’il peut jouer ou qu’il
joue effectivement en aidant les pays à réduire leurs émissions
de gaz à effet de serre soit dûment reconnu.
Conformément à son mandat, l’AIEA continuera d’aider les pays
à utiliser la technologie nucléaire de façon sûre, sécurisée et
respectueuse de l’environnement.
Adaptation
Malgré les mesures d’atténuation mises en œuvre dans un certain
nombre de pays, le réchauffement climatique est déjà une réalité
qui a de graves conséquences
visibles dans de nombreux
endroits du monde.
Comme le montrent les
articles du présent numéro du
Bulletin de l’AIEA, la science
et la technologie nucléaires
peuvent jouer un rôle
primordial en aidant les pays
à s’adapter aux conséquences
du changement climatique.
“La science nucléaire et
notamment l’électronucléaire
Une meilleure maîtrise des
inondations aux Philippines, peuvent jouer un rôle majeur
la mise au point de nouvelles tant dans l’atténuation du
changement climatique que
techniques d’irrigation dans dans l’adaptation à ses
des régions de plus en plus
conséquences.”
arides du Kenya, l’élaboration
Par Yukiya Amano,
de nouvelles technologies
Directeur général de l’AIEA
pour mesurer l’impact du
changement climatique dans
l’Antarctique – ce ne sont là
que quelques-uns des domaines dans lesquels l’appui de l’ AIEA
est réellement décisif.
Le progrès scientifique dépend beaucoup du talent et de
l’engagement de personnes passionnées. Nous sommes fiers
du travail accompli par les chercheurs qui, avec le concours
de l’AIEA, mettent au point de nouvelles variétés de plantes
mieux adaptées aux conditions climatiques changeantes de leurs
pays. Les travaux en Afghanistan, à Maurice et au Pakistan,
des boursiers de l’AIEA, qui sont mis en avant dans le présent
numéro, visent à améliorer les conditions de vie d’agriculteurs
dont les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire seraient
autrement menacés par les effets du changement climatique.
Comme le montrent ces exemples, la science et la technologie
nucléaires apportent une contribution majeure au développement
durable dans le monde. J’ai espoir que les participants aux
négociations de Paris sur le climat en reconnaîtront la valeur.
(Photos : C. Brady/AIEA)
IAEA Bulletin – juin 2015 | 1
Bull562-June2015_FR.indd 1
2015-10-22 10:37:40
Avant-propos
1 Lutter contre le changement climatique :
les contributions de la science et de la technologie nucléaires
Changement climatique
4 L’électronucléaire est un pilier important des
stratégies d’atténuation du changement
climatique de nombreux pays
6 Formés à adapter : des chercheurs
pakistanais, mauriciens et afghans créent des
variétés mutantes pour faire face à un climat
changeant
8 Une agriculture adaptée au climat pour
reverdir les terres arides du Kenya
10 Adaptation au changement climatique :
produire plus de quinoa grâce aux techniques
nucléaires
12 Mesurer pour changer les choses :
appréhender les émissions de GES au Costa Rica
14 Un monde en mutation
Utilisation des techniques nucléaires pour
étudier l’impact du changement climatique
dans les régions polaires et montagneuses
2 | IAEA Bulletin – juin 2015
Bull562-June2015_FR.indd 2
belles ré
2015-10-22 10:37:45
18 Quand à la montée des mers s’ajoutent de
fortes pluies : des techniques nucléaires pour
faire face aux inondations
20 Acidification des océans : l’effet méconnu
des émissions de CO2
Le changement climatique du point de vue mondial
22 L’option nucléaire : plaidoyer en faveur de l’énergie nucléaire pour lutter
contre le changement climatique
Par Robert Stone
Le changement climatique vu de l’intérieur de l’AIEA
24 L’énergie nucléaire aide-t-elle vraiment à lutter contre le changement
climatique?
Par Mikhail Chudakov
Infos AIEA
25 Appel à candidatures pour des activités de recherche coordonnée de
l’AIEA en 2015
26 La Mongolie et l’AIEA : coopération fructueuse, regain d’intérêt pour la
cancérothérapie
27 Action en mer : un exercice sur la sécurité du transport effectué au large
de la Suède
28 Publications AIEA
29 L’atome dans l’industrie
Un rayon d’espoir pour le développement
réussites
Bull562-June2015_FR.indd 3
IAEA Bulletin – juin 2015 | 3
2015-10-22 10:37:46
Changement climatique
L’électronucléaire est un pilier important des
stratégies d’atténuation du changement climatique
de nombreux pays
Par Miklos Gaspar
L
a nécessité d’atténuer le changement climatique est une des
principales raisons pour lesquelles un nombre croissant de
pays envisagent d’inclure l’électronucléaire dans leur bouquet
énergétique national, estiment des experts de l’AIEA et des
sources gouvernementales.
« Les préoccupations que suscite le changement climatique sont
un des facteurs incitant des pays à introduire l’électronucléaire
ou à y recourir davantage », a déclaré David Shropshire, chef
de la Section de la planification et des études économiques
de l’AIEA, ajoutant que parmi les autres facteurs figuraient
notamment la demande croissante d’énergie et la volonté de
gagner en sécurité énergétique et de réduire la dépendance à
l’égard de la volatilité des prix des combustibles fossiles.
D’après la dernière édition des Perspectives énergétiques
mondiales de l’Agence internationale de l’énergie,
l’électronucléaire a permis d’éviter le rejet d’une quantité de
CO2 estimée à 56 gigatonnes depuis 1971, soit près de deux
années d’émissions mondiales aux taux actuels. D’ici 2040, le
recours à l’énergie nucléaire aura permis d’empêcher le rejet de
l’équivalent de quatre années d’émissions de CO2.
L’électronucléaire, un élément clé du plan de la
Chine pour une énergie propre
Accroître la capacité de l’électronucléaire et sa part dans le
bouquet énergétique est une mesure qui aidera la Chine à
honorer son engagement de réduire ses émissions de gaz à effet
de serre à partir de 2030. Le pays, qui compte à lui seul plus
d’un tiers des réacteurs nucléaires de puissance en construction
dans le monde, voit dans l’électronucléaire une source d’énergie
propre, qui lui permettra de lutter contre les problèmes
environnementaux aux niveaux tant mondial que local, tout
en contribuant à la croissance économique nationale, a déclaré
Jingye Cheng, ambassadeur et représentant permanent de la
Chine auprès de l’Organisation des Nations Unies et des autres
organisations internationales sises à Vienne.
« Le changement climatique est un défi auquel tous les pays
doivent faire face, et il est important que la communauté
internationale conjugue ses forces pour le relever », a déclaré
M. Cheng, ambassadeur de la Chine auprès de l’AIEA. « La
Chine fera sa part, et l’énergie nucléaire fait partie de la
solution »
Centrale nucléaire en construction en Chine.
(Photo : C. Brady/AIEA)
La construction de nouvelles centrales nucléaires aidera le
Royaume-Uni à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de
80 % d’ici 2050 et à assurer son approvisionnement énergétique,
peut-on lire dans le document d’orientation du gouvernement
sur sa politique relative aux technologies bas carbone pour
2010-2015. « L’électronucléaire est faible en émissions de
carbone, abordable, fiable, sûr, et il contribue à la diversification
de l’approvisionnement énergétique », indique le document.
La France est, parmi les pays membres de l’Organisation de
coopération et de développement économiques (OCDE), le
quatrième plus faible émetteur de dioxyde de carbone (CO2)
par unité de PIB, « grâce à son parc de centrales nucléaires »,
précise le document d’orientation du gouvernement français sur
la politique énergétique durable.
Améliorer l’efficacité énergétique de l’économie et accroître la
part des sources d’énergie renouvelable sont d’autres éléments
importants des plans de la Chine pour atténuer le changement
climatique, a-t-il ajouté.
« Si nous continuons pour le moment de nous appuyer sur des
sources de combustibles fossiles, nous accordons une attention
accrue au développement de ressources à faible intensité
carbone », a dit M. Cheng. Selon l’objectif fixé par le plan
national d’action stratégique en matière de développement
énergétique, la part des sources d’énergie non fossile devrait
atteindre 15 % à l’horizon 2020, contre un peu moins de 10 % à
la fin de 2013.
La Chine exploite 23 réacteurs nucléaires de puissance ;
27 sont en cours de construction et plusieurs autres vont très
prochainement être mis en chantier. D’autres réacteurs, dont
certains comptent parmi les plus avancés au monde, sont
4 | IAEA Bulletin – juin 2015
Bull562-June2015_FR.indd 4
2015-10-22 10:37:47
Changement climatique
prévus, l’objectif étant de multiplier plus de trois fois la capacité
nucléaire pour la porter à 58 gigawatts d’ici 2020. Les réacteurs
en construction auront une capacité cumulée de 30 gigawatts.
La Chine est confrontée à une situation écologique grave
et prend des mesures pour faire face au changement
climatique, a expliqué M. Cheng. Son plan national sur le
changement climatique prévoit notamment la création d’un
marché d’échange de droits d’émissions de CO2, ainsi qu’un
renforcement de la coopération internationale en matière de
réduction des émissions de gaz à effet de serre, au nom du
principe des « responsabilités communes mais différenciées ».
Pour ce qui est du développement de l’énergie nucléaire, le pays
concentre ses efforts sur la construction de grands réacteurs à
eau sous pression et la mise au point et l’essai, au titre de pilote,
de réacteurs à haute température refroidis par gaz et de réacteurs
à neutrons rapides, a ajouté M. Cheng.
Forte de son bilan en matière d’exploitation sûre et sécurisée
de ses centrales nucléaires et de l’essai au titre de pilote de son
nouveau modèle de réacteur de troisième génération, la Chine
est devenue un acteur mondial dans le domaine de la technologie
nucléaire, a déclaré M. Cheng. « Nous sommes disposés à
partager nos compétences et notre technologie avec des pays
primo-accédants et ceux qui développent leur programme
électronucléaire et à leur apporter un soutien financier. »
Julie Sadler a également participé à la rédaction du présent
article.
Qu’est-ce que le changement climatique ?
Le changement climatique est un sujet dont tout le
monde parle, mais qu’est-ce et pourquoi a-t-il lieu
maintenant ?
Il est tout d’abord important de noter que le climat
de la Terre change constamment ; les températures
moyennes et les conditions météorologiques
mondiales varient d’une année à l’autre, mais sur
de longues périodes, les chercheurs peuvent
mettre au jour et étudier des tendances
climatiques. Dans le passé, les changements du
climat ont été attribués à l’activité solaire, à la
tectonique des plaques et à l’activité volcanique,
voire à des facteurs biotiques. Toutefois, le
changement climatique actuel dont parlent les
médias n’est pas lié à de tels processus naturels.
Ce phénomène, le changement climatique dit «
anthropique » ou causé par l’homme, est en
gestation depuis la révolution industrielle.
Les facteurs entrant en jeu dans le changement
climatique anthropique sont divers, mais le
Groupe d’experts intergouvernemental des
Nations Unies sur l’évolution du climat, la plus
haute autorité en la matière dans le monde, a
déclaré que les gaz à effet de serre, en particulier
le dioxyde de carbone (CO2), en sont la principale
cause. Le CO2 est un composé chimique gazeux
qui est émis lors de l’utilisation de combustibles
fossiles comme le charbon, le pétrole et le gaz
naturel. Les plantes absorbent du CO2 au cours de
la photosynthèse, mais les taux d’émission actuels
sont tels que les végétaux et autres « puits de
carbone » ne parviennent plus à éliminer le CO2
présent dans l’atmosphère.
Depuis 1900, la température mondiale moyenne a
augmenté de 0,7 degré Celsius et les effets du
changement climatique sont déjà visibles. Parmi
les incidences escomptées et observées des
émissions de CO2 et du changement climatique
figurent notamment : modification des régimes
des précipitations, recul des glaciers, perte de
masse de la calotte glaciaire du Groenland et de
l’Antarctique, diminution de la superficie de la
banquise arctique, fonte du pergélisol,
catastrophes naturelles telles que canicules,
sécheresses, inondations, cyclones et incendies, et
acidification des océans.
GIEC, 2014. Climate Change 2014: Synthesis Report,
Summary for Policymakers,
http://www.ipcc.ch/pdf/assessment-report/ar5/syr/AR5_SYR_
FINAL_SPM.pdf.
2
Les puits de carbone sont des réservoirs qui absorbent et
stockent pour une durée indéfinie des composés chimiques
contenant du carbone. Les océans, les forêts et les sols en font
partie.
1
Émissions mondiales de CO2 par secteur
en 2012
En 2012, deux secteurs totalisaient à eux seuls près
des deux tiers des émissions mondiales : la production
de chaleur et d’électricité, et les transports.
Note : l’infographie montre également la répartition de la production de
chaleur et d’électricité par secteur.
Production
de chaleur et
d’électricité
42 %
Industrie 18 %
Résidentiel 11 %
Transports 1 %
Autres* 12 %
Transports
23 %
Industrie
20 %
Autres
9%
Résidentiel
6%
Comprend les services
publics et commerciaux,
l’agriculture et la
foresterie, la pêche, les
industries du secteur de
l’énergie autres que celles
de production de chaleur
et d’électricité, ainsi que
d’autres émissions non
précisées ailleurs.
Source : CO2 Emissions From Fuel Combustion, Highlights (Édition 2014), Agence internationale de l’énergie
IAEA Bulletin – juin 2015 | 5
Bull562-June2015_FR.indd 5
2015-10-22 10:37:48
Changement climatique
Formés à adapter : des chercheurs pakistanais,
mauriciens et afghans créent des variétés mutantes
pour faire face à un climat changeant
Par Nicole Jawerth
D
u coton pakistanais aux tomates mauriciennes et au blé
afghan, de nombreuses cultures dans le monde sont
ravagées à cause de précipitations irrégulières, de sécheresses,
de maladies et de canicules persistantes, autant de phénomènes
qui sont exacerbés par le changement climatique. Alors
qu’on continue dans le monde à rechercher des solutions
aux problèmes climatiques, trois chercheurs mettent à profit
les formations qu’ils ont suivies auprès de la Division mixte
FAO/AIEA des techniques nucléaires dans l’alimentation
et l’agriculture pour créer de nouvelles variétés capables de
supporter ces conditions hostiles et aider ainsi à préserver la
croissance de la production agricole dans leurs pays.
La culture du coton au Pakistan
« Au Pakistan, le changement climatique détériore gravement
les cultures et a des effets néfastes sur la croissance, la
maturation et le rendement des cotonniers, et donc sur la vie
des agriculteurs, » a expliqué Mehboob-ur Rahman, chercheur
principal et chef d’équipe au Laboratoire de génomique
végétale et de phytogénétique moléculaire de l’Institut national
de biotechnologie et de génie génétique, qui dépend de la
Commission pakistanaise de l’énergie atomique. « Je mets à
profit ma formation dans le cadre de différents projets qui visent
à créer de nouvelles variétés de plantes, notamment des lignés
mutantes de coton et de blé capables de tolérer des températures
plus élevées et de mieux résister aux maladies. Mon groupe a
déjà mis au point sept variétés de cotonniers. » Le coton est une
des principales cultures commerciales du Pakistan et une source
majeure de devises pour le pays. Comme plus de 70 % de la
population vit dans les zones rurales, il constitue également un
important moyen de subsistance pour beaucoup de gens.
M. Rahman a suivi des formations en juin 2012 et en
février 2013 au Laboratoire de la sélection des plantes et
de la phytogénétique, un des cinq Laboratoires FAO/AIEA
d’agronomie et de biotechnologie de Seibersdorf (Autriche). Il a
appris à créer de nouvelles variétés au moyen de la sélection par
mutation (voir l’encadré page 11) et a collaboré étroitement avec
des experts de l’AIEA et des scientifiques du monde entier.
« Avant ma formation, je n’avais jamais pu participer à des
travaux de recherche de ce type et j’ai été fasciné par la rapidité
avec laquelle on pouvait créer de nouvelles variétés grâce à cet
outil, qui est souvent plus efficace que les méthodes de sélection
traditionnelles », a-t-il dit.
M. Rahman travaille maintenant au sein d’une équipe de
l’Institut dans le cadre d’un projet de coopération technique
de l’AIEA, et utilise ses compétences pour mettre au point
de nouvelles variétés de cotonniers et de blé capables de
résister aux stress environnementaux et à des maladies telles
que l’enroulement de la feuille du cotonnier, due à un virus
qui provoque le rabougrissement des cotonniers et en réduit
radicalement le rendement.
Mehboob-ur Rahman, chercheur principal à la Commission
pakistanaise de l’énergie atomique (à gauche), et Bradley Till,
Administrateur technique au Laboratoire de la sélection des
plantes et de la phytogénétique de la FAO/AIEA (à droite).
« Chaque année, je crée des lignées mutantes de cotonniers et
de blé », a expliqué M. Rahman. « Après une phase d’essai, les
lignées les plus prometteuses sont sélectionnées et multipliées
puis, une fois validées, elles sont distribuées aux agriculteurs. »
Selon M. Rahman, les nouvelles lignées mutantes devraient
être mises à l’essai à l’horizon 2016-2017 dans plusieurs
exploitations. Elles contribueront à soutenir les rendements et à
améliorer la situation socio-économique des populations rurales.
(Photo : A. Qaiser Khan/Commission pakistanaise de l’énergie atomique)
6 | IAEA Bulletin – juin 2015
Bull562-June2015_FR.indd 6
2015-10-22 10:37:50
Changement climatique
La culture de la tomate à Maurice
« Si les fortes précipitations interrompent
certaines activités socio-économiques,
scolaires et touristiques, elles ont également
des effets sur le secteur agricole car elles
endommagent de nombreuses plantations.
De même, la hausse des températures influe
sur les modes de culture, la floraison et le
rendement de certains fruits et légumes.
Elle a des effets directs sur la phase de
floraison des plants de tomates : les fleurs
tombent, ce qui engendre une réduction du
nombre de fruits, et donc une diminution des
rendements », a expliqué Saraye Banumaty,
chercheuse en chef à l’Institut de recherche
et de développement agroalimentaires de
Maurice. « Le programme de sélection par
mutation des tomates vise à mettre au point
une lignée mieux adaptée à des températures
élevées, afin de faire face au changement
climatique. »
Mme Banumaty met à profit les formations
qu’elle a suivies en 2011 et en 2014-2015 aux
laboratoires FAO/AIEA pour progresser dans
les recherches qu’elle mène à Maurice. « Ces
deux formations m’ont permis de mieux
connaître les techniques nucléaires et autres
utilisées pour l’induction de mutations aux
fins de l’amélioration des cultures. Qui plus
est, j’ai pu découvrir et mettre en pratique
des applications de la biotechnologie pour
la détection de mutants. La formation que
j’ai reçue à l’AIEA m’a permis de renforcer
mes capacités pour l’exécution de travaux de
recherche dans mon pays. »
Les nouvelles variétés mutantes de tomates
en sont encore au stade de l’évaluation
et de la mise au point dans le cadre d’un
projet financé par l’AIEA, mais les résultats
préliminaires montrent que certaines lignées
mutantes sont tolérantes au stress thermique.
Ces variétés devraient être mises sur le
marché d’ici la fin de 2016, et Mme Banumaty
espère qu’elles « contribueront à améliorer la
production locale de tomates et à augmenter
les revenus des petits exploitants ».
Saraye Banumaty, chercheuse
en chef à l’Institut de recherche
et de développement
agroalimentaires de Maurice.
(Photo : D. Ndeye Fatou)
La culture du blé en Afghanistan
« Un agriculteur afghan possède en moyenne
un hectare de terres et une famille afghane
compte en moyenne sept membres. Par
conséquent, les 50 000 hectares de cultures
de la nouvelle variété de blé que j’ai créée
à la suite de la formation que j’ai reçue à
l’AIEA ont permis à 350 000 personnes
de bénéficier de meilleurs rendements et
d’une résistance accrue de la plante aux
maladies », a déclaré Sekander Hussaini,
chef du Centre de recherche en chimie, en
biologie et en agriculture de l’Académie
des sciences d’Afghanistan. « Plus de 70 %
des Afghans vivant de l’agriculture et du
commerce lié à cette activité, la sélection
de lignées mutantes adaptées au climat et
l’exploitation de nouvelles variétés jouent
un rôle très important en Afghanistan, car
elles améliorent les conditions de vie des
agriculteurs. »
M. Hussaini a suivi des formations sur les
techniques nucléaires de sélection de plantes
par mutation aux laboratoires FAO/AIEA
en 1992 et en 2012. « Ces formations m’ont
aidé à maîtriser les techniques de sélection
et à reconnaître les variétés de blé les mieux
adaptées au climat et aux sols afghans »,
a-t-il expliqué. De nombreuses variétés de
semences mises au point par M. Hussaini
ont amélioré les rendements dans plusieurs
provinces afghanes. Ces variétés et les
travaux qu’il mène dans d’autres domaines
de l’amélioration des plantes ont valu à
M. Hussaini le Prix 2014 des réalisations en
amélioration des cultures par mutagenèse
induite, décerné par la FAO et l’AIEA,
ainsi qu’une nomination au Prix mondial de
l’alimentation en 2012-2014.
Il travaille à présent sur de nouvelles
semences de blé qui sont toujours en cours
d’évaluation mais pour lesquelles les
premiers résultats semblent prometteurs.
« Six variétés expérimentales ont été
sélectionnées pour leur qualité, leurs
rendements plus de deux fois supérieurs à
ceux des variétés parentes et leur résistance
accrue aux maladies », a-t-il dit. « Nous
étudions maintenant ces semences et
travaillons à la sélection de la prochaine
génération. »
Sekander Hussaini, chef du
Centre de recherche en chimie,
en biologie et en agriculture de
l’Académie des sciences
d’Afghanistan
(Photo : FAO/AIEA)
IAEA Bulletin – juin 2015 | 7
Bull562-June2015_FR.indd 7
2015-10-22 10:37:51
Changement climatique
Une agriculture adaptée au climat pour reverdir les
terres arides du Kenya
Par Rodolfo Quevenco
Des pratiques agricoles
adaptées au climat peuvent
aider à transformer des terres
marginales en champs
productifs.
(Photo : D. Calma/AIEA)
L
es terres arides et semi-arides couvrent
près de 80 % de la superficie du Kenya,
et le changement climatique menace cet
écosystème fragile.
Dans un pays où les pratiques agricoles
moins qu’optimales se traduisent déjà
par une croissance médiocre des cultures,
une faible couverture végétale, de faibles
rendements et une grave dégradation des
terres, les conditions météorologiques dues
au changement et à la variabilité climatiques
font que la sécheresse et la pénurie d’eau sont
devenues des phénomènes courants.
En se servant de techniques nucléaires,
l’AIEA aide le Kenya à améliorer la fertilité
des sols et les technologies de gestion de
l’eau dans le cadre d’une gestion intégrée de
la fertilité des sols (voir encadré), qui peut
contribuer à maintenir un bilan hydrique,
nutritif et carbone approprié et à adapter au
mieux les systèmes agricoles au changement
climatique.
Trouver un juste équilibre
Dans le cadre d’un projet quinquennal
en cours, l’AIEA s’emploie avec des
laboratoires et des scientifiques locaux à
déterminer l’ampleur de la perte de carbone
par le sol et les effets de la sécheresse sur
les plantes et les ressources en eau dans les
régions arides et semi-arides du Kenya. Elle
aide également à mesurer l’assimilation
des engrais et l’utilisation de l’eau ainsi
que le taux d’évaporation. Les données
fournies par les essais en champ serviront à
alimenter divers modèles en vue de générer
des recommandations au sujet des systèmes
appropriés d’exploitation agricole à introduire
dans les régions touchées.
Plus de 300 exploitants agricoles ont, par
exemple, été formés aux techniques de
construction de terrasses, qui permettent de
conserver les sols et l’eau et d’améliorer
la productivité. La plupart d’entre eux ont
été en mesure d’adopter ces techniques et
ont obtenu depuis de bons rendements, a
déclaré Isaya Sijali, chercheur principal et
coordonnateur de la gestion de l’irrigation,
du drainage et des sols difficiles à
l’Organisation kényane de recherche sur les
cultures et les troupeaux. Beaucoup peuvent
maintenant récolter plus de 10 tonnes de
fourrage à l’hectare sur des terres qui étaient
improductives avant le lancement du projet.
L’AIEA fournit en outre du matériel et des
experts à l’appui du projet. Afin de faciliter le
transfert de connaissances aux contreparties
8 | IAEA Bulletin – juin 2015
Bull562-June2015_FR.indd 8
2015-10-22 10:37:51
Changement climatique
locales, elle a accordé plusieurs bourses et visites scientifiques et
dispensé une formation à l’aide de bourses.
Un objectif essentiel est de lutter contre la dégradation des terres
due au surpâturage et à de mauvaises pratiques de gestion des
sols. Le projet vise également à stimuler la production agricole,
a déclaré M. Sijali.
« Un recours aux techniques nucléaires pour valider les
technologies de gestion de l’eau et des nutriments est essentiel
pour que le Kenya réalise sa vision d’instaurer un secteur de
l’agriculture et de l’élevage qui soit moderne et productif », a-t-il
dit.
« Ces technologies nous aideront à utiliser au mieux les terres
à fort et moyen potentiel et à poursuivre la mise en valeur de
zones arides et semi-arides à la fois pour l’agriculture et pour
l’élevage », a-t-il ajouté. « Les techniques nucléaires nous
aideront aussi à adapter rapidement l’utilisation de ces terres
pour mieux faire face aux effets du changement climatique ».
Collaboration avec d’autres institutions
Près de 80 % de la superficie du Kenya sont constitués de
terres arides et semi-arides.
(Photo : R. Quevenco/AIEA)
L’Institut international d’analyse systémique appliquée
(IIASA) de Vienne (Autriche) collabore aussi au projet. Des
experts de l’IIASA travaillent avec les contreparties kényanes
et l’AIEA à l’évaluation de l’empreinte hydrique des cultures
dans les comtés Central, Eastern et Rift Valley. Ces travaux
devraient permettre de recueillir de précieuses données sur la
quantité d’eau consommée par rapport aux précipitations et aux
disponibilités en eaux superficielles ou souterraines.
Les évaluations des disponibilités en eau – abondance, besoins
et/ou pénurie – permettront à leur tour de se faire une meilleure
idée de l’impact de la sécheresse sur les ressources existantes et
les communautés dans ces zones.
Il est à noter que dans le prolongement de ce projet, on prévoit
de mettre au point une technologie mobile pour la diffusion
d’informations auprès des exploitants. Une fois qu’elle sera
en place, des informations pratiques concernant par exemple
la quantité d’engrais à utiliser ou la fréquence des irrigations
pourront être envoyées directement aux exploitants à partir d’un
téléphone portable.
Agriculture adaptée au climat
Ce modèle agricole adaptatif intégré est dénommé le plus
souvent « agriculture adaptée au climat ».
« Nous ne serons peut-être pas en mesure de stopper
complètement les effets ravageurs de la sécheresse, mais nous
pourrions les réduire au minimum en employant des méthodes
agricoles qui s’adaptent à l’évolution des conditions climatiques
et accroissent la productivité tout en préservant la durabilité des
ressources naturelles », a déclaré M. Sijali.
« En soutenant les exploitants et en leur donnant les moyens de
recourir à des pratiques durables de gestion des terres, nous les
aidons à contribuer à un écosystème favorable et au maintien
d’un bilan hydrique, nutritif et carbone approprié et donc d’une
meilleure qualité de vie pour tous ».
LA SCIENCE
Gestion intégrée de la fertilité des sols
Des essais en champ ont été mis en place
dans différentes régions du Kenya en vue de
déterminer les meilleures pratiques intégrées
associant les principes de la gestion intégrée
de la fertilité des sols (GIFS), de l’agriculture
de conservation et de la gestion de l’eau. Les
résultats ont montré que dans la zone aride et
semi-aride de l’est du Kenya, des ensembles
technologiques comportant un recours au
billonnage cloisonné pour la conservation de
l’eau, à des variétés améliorées, au fumier
et au micro-dosage ont faire passer les
rendements en maïs par hectare de moins de
500 kilogrammes à 1,2 tonne en moyenne.
IAEA Bulletin – juin 2015 | 9
Bull562-June2015_FR.indd 9
2015-10-22 10:37:52
Changement climatique
Adaptation au changement climatique : produire
plus de quinoa grâce aux techniques nucléaires
Par Aabha Dixit
Champ de lignées mutantes de quinoa.
(Photo : L. Gomez-Pando/Université agraire nationale de La Molina, Pérou)
D
ans la bataille pour aider les pays en développement à
vaincre les menaces dʼune réduction de la production
alimentaire à cause du changement climatique, une espèce
de graine comestible a retenu lʼattention de la communauté
internationale en raison de sa valeur nutritionnelle sans égale.
De nouvelles variétés améliorées de quinoa, plante cultivée à
lʼorigine sur les hauts plateaux dʼAmérique du Sud, seront mises
à la disposition des exploitants sous forme de mutants adaptés
aux environnements difficiles de la Bolivie et du Pérou.
« En raison de sa valeur nutritionnelle, agronomique et
économique élevée, le quinoa est appelé à devenir un aliment
de premier plan pour les générations futures et une culture
de substitution importante, eu égard aux défis posés par le
changement climatique », a déclaré Qu Liang, directeur de
la Division mixte FAO/AIEA des techniques nucléaires dans
lʼalimentation et lʼagriculture. Le quinoa est désormais considéré
comme tenant une place essentielle dans les efforts de lutte
contre la faim, la malnutrition et la pauvreté.
Cet accroissement de la diversité génétique résulte du recours
aux techniques nucléaires (voir encadré) en collaboration avec
lʼAIEA et lʼOrganisation des Nations Unies pour lʼalimentation
et lʼagriculture (FAO), a déclaré L. Gomez-Pando, professeur
principal et chef du Programme national de recherche sur les
céréales et les graines indigènes à lʼUniversité agraire nationale
de La Molina au Pérou. « On a sélectionné 64 lignées mutantes
de quinoa sur la base de leur rendement potentiel et de leur
qualité commercialisable », a-t-il dit. « Ces lignées mutantes
seront évaluées plus avant, et les meilleures seront diffusées
comme variétés nouvelles en 2015-2016. »
Protéger et accroître la production de quinoa
grâce aux techniques nucléaires
En utilisant de nouvelles variétés de quinoa à haut rendement,
les exploitants pourront améliorer leur revenu et accroître leur
propre ration protéique, a expliqué M. Gomez-Pando. Ces
nouvelles variétés fourniront des graines à des prix abordables
aux personnes exposées à la malnutrition, en particulier les
enfants de moins de cinq ans.
Le quinoa a une composition nutritionnelle exceptionnelle, avec
une teneur en protéines supérieure à celles du riz brun, de lʼorge
et du millet. Outre quʼil est dépourvu de gluten, le quinoa est une
excellente source de fibres alimentaires et contient beaucoup de
phosphore, de magnésium, de fer et de calcium. En outre, il est
riche en vitamines.
La Division mixte a fait appel à des techniques nucléaires de
pointe pour permettre aux exploitants dʼAmérique latine et
dʼailleurs dʼaccroître encore la production de quinoa. On y est
parvenu en induisant des mutations et en détectant les génotypes
améliorés, ce qui a permis dʼobtenir de nouvelles variétés de
quinoa.
10 | IAEA Bulletin – juin 2015
Bull562-June2015_FR.indd 10
2015-10-22 10:37:52
Changement climatique
Intérêt mondial pour la culture du quinoa
Le quinoa est cultivé dans la région andine, depuis la Colombie
au nord jusquʼen Argentine et au Chili au sud. Il est planté
principalement à des altitudes comprises entre 3 000 et 4 000
mètres, où les conditions climatiques hostiles contrarient la
croissance dʼautres cultures. Les principaux pays producteurs
sont la Bolivie, le Pérou et lʼÉquateur. Aux États-Unis
dʼAmérique, en France, en Angleterre, en Suède, au Danemark,
en Hollande et en Italie, ainsi quʼau Maroc, en Égypte, au Kenya
et dans le nord de lʼInde, des exploitants ont aussi commencé à
cultiver cette plante, et ce avec de plus en plus de succès.
La reconnaissance de la valeur du quinoa a transformé cette
culture négligée en une culture suscitant une forte demande
au niveau international. On a mis au point diverses variétés
de quinoa tolérant la salinité, la sécheresse ou le gel, et ces
caractéristiques ont encore accru lʼintérêt pour sa culture au
niveau mondial. De précieuses ressources génétiques peuvent
être obtenues au moyen de techniques de sélection par mutation
en vue dʼaméliorer la productivité et la qualité du quinoa. « Le
recours aux techniques nucléaires permet de réduire lʼimpact de
caractères négatifs », a déclaré Ljupcho Jankuloski, généticien
à la Division mixte FAO/AIEA. Les chercheurs ont maintenant
mis au point des variétés qui sont plus courtes et donc plus
aisées à récolter, qui ont des cycles végétatifs raccourcis et qui
contiennent moins de saponine, détergent naturel donnant un
goût amer aux graines. Les nouvelles variétés qui devraient être
diffusées dʼici la fin de lʼannée contribueront à lʼaccroissement
de la production de quinoa et à lʼamélioration des moyens de
subsistance des exploitants, a-t-il dit.
Plants de nouveaux mutants de quinoa au Pérou.
(Photo : L. Gomez-Pando/Université agraire nationale de La Molina, Pérou)
En hommage aux pratiques ancestrales des peuples andins
qui sont parvenus à travers les siècles à conserver le quinoa à
lʼétat naturel pour nourrir les générations présentes et futures,
lʼAssemblée générale des Nations Unies a proclamé 2013
« Année internationale du quinoa ».
LA SCIENCE
Sélection des plantes par mutation
La sélection des plantes par mutation est un procédé consistant
à exposer des semences, des boutures ou des feuilles
déchiquetées à des rayonnements, par exemple gamma ou X,
puis à planter les semences ou à cultiver la matière irradiée
dans un milieu dʼenracinement stérile pour obtenir une plantule.
Les plants sont ensuite multipliés et lʼon examine leurs
caractères. La sélection assistée par marqueurs moléculaires,
souvent appelée simplement sélection assistée par marqueurs
(SAM), sert à accélérer la sélection des plants porteurs de gènes
intéressants (caractères souhaités). La SAM fait appel à des
marqueurs moléculaires pour sélectionner les plants porteurs de
certains gènes exprimant les caractères souhaités. On poursuit
la culture de ceux qui présentent ces caractères.
de lʼévolution, processus qui prendrait autrement des millions
dʼannées. En recourant aux rayonnements, les chercheurs
peuvent ramener le délai nécessaire pour observer des
variations bénéfiques à un an. Les techniques de présélection
ciblent certains caractères destinés à répondre aux besoins, tels
que la tolérance à une forte salinité du sol ou la résistance à
certaines maladies ou espèces nuisibles. On peut ainsi valider
une nouvelle variété aux fins de son utilisation en un temps
record.
La sélection des plantes par mutation ne modifie pas les gènes,
mais exploite le propre matériel génétique de la plante et
imite le processus naturel de mutation spontanée, le moteur
IAEA Bulletin – juin 2015 | 11
Bull562-June2015_FR.indd 11
2015-10-22 10:37:54
Changement climatique
Mesurer pour changer les choses :
appréhender les émissions de GES au
Costa Rica
Par Michael Amdi Madsen
L
e Costa Rica se préoccupe réellement du
changement climatique. L’élévation du niveau
de la mer, la variabilité climatique et les épidémies
d’origine climatique sont susceptibles de nuire
aux ressources en eau potable et de menacer les
amphibiens et les organismes marins locaux. Le
pays est résolu à réduire les émissions de gaz à effet
de serre (GES) et prend maintenant des mesures
pour déterminer la quantité de GES émise par les
secteurs laitier et agricole afin d’arrêter les actions
qu’il pourra mener pour atténuer l’impact du
changement climatique.
Solutions atomiques
« Le manque de formation et d’équipements de
même que l’absence de laboratoire national font
que le Costa Rica se sert des coefficients d’émission
internationaux pour estimer les quantités de GES
émises par l’agriculture » a déclaré Ana Gabriela
Pérez, chercheuse à l’Université du Costa Rica,
qui s’occupe de créer un laboratoire national de
référence pour la mesure des GES dans le pays.
La séquestration du carbone joue un rôle clé pour
contrebalancer l’accroissement du dioxyde de
carbone (CO2) dans l’agriculture. Il s’agit d’un
processus consistant à modifier les pratiques
agricoles en vue de réduire les émissions de
carbone au minimum et d’aider à éliminer le CO2
de l’atmosphère en reconstituant les réserves de
dioxyde de carbone qui s’appauvrissent dans
les sols dégradés – en augmentant ainsi leur
productivité et leur résilience à des conditions
climatiques difficiles.
« Le Costa Rica ambitionne de devenir carboneutre
en 2021, mais les coefficients internationaux
d’émission de GES ne sont pas très exacts pour
nous. Le pays a besoin de données plus fiables sur
ses propres émissions et il doit pouvoir rassembler
ces données lui-même » a-t-elle dit. Un des moyens
de rassembler des données sur les émissions de
GES dues aux différentes utilisations des terres
consiste à s’associer à l’AIEA pour développer les
capacités analytiques et matérielles du Costa Rica
dans le domaine des techniques nucléaires.
Les techniques nucléaires offrent des avantages
substantiels par rapport aux techniques classiques
pour mesurer l’impact du changement climatique
(voir encadré). « Les analyseurs d’isotopes stables
nous donnent la possibilité d’assurer un suivi
dynamique des processus agricoles. Ils nous
permettent de quantifier les modes de capture et
d’émission de carbone des pratiques agricoles et,
ainsi, de trouver des moyens d’améliorer celles-ci »
a expliqué Mme Pérez.
La quantification des émissions de CO2 du sol est
irremplaçable pour donner un idée des taux de
décomposition du carbone et du bilan respiratoire
microbien – qui peuvent à leur tour être utilisés
pour induire des modifications des pratiques
agricoles influant sur les processus liés au sol et
le rejet de CO2. Grâce à son exactitude et à sa
robustesse, la technologie des faisceaux laser dans
l’infrarouge proche permet de quantifier avec
précision les processus liés au sol et au carbone
dans les terres cultivées.
Comment les GES provoquent-ils un réchauffement global ?
Les GES sont des gaz qui piègent la chaleur dans
l’atmosphère terrestre. Ils absorbent et émettent
un rayonnement infrarouge en provoquant ce que
l’on appelle « l’effet de serre » – processus par
lequel le rayonnement thermique de la terre est
absorbé et réfléchi vers sa surface, ce qui accroît
sa température d’environ 33 °C par rapport à celle
qu’elle serait en l’absence totale de tels gaz. Ce
processus est nécessaire au maintien d’un climat
tempéré sur la planète, mais l’accumulation
croissante de GES conduit maintenant à un
réchauffement global.
Les principaux GES présents dans notre
atmosphère sont la vapeur d’eau, le CO2, le
méthane, le N2O et l’ozone.
12 | IAEA Bulletin – juin 2015
Bull562-June2015_FR.indd 12
2015-10-22 10:37:54
Changement climatique
Analyse d’échantillons prélevés
en champ à l’aide d’un
chromatographe gazeux avec
autoéchantillonneur d’espace
de tête.
(Photo : Ana Gabriela Pérez, chercheuse,
Université du Costa Rica)
L’oxyde nitreux (N2O) est un GES dont le potentiel de
réchauffement global est 298 fois supérieur à celui du CO2 et est
produit naturellement dans les sols par les processus microbiens
de nitrification, de co-dénitrification et de dénitrification. « Nous
pouvons recourir aux techniques nucléaires pour déterminer si
le N2O est produit à partir de l’azote des engrais ou de l’azote
du sol » a expliqué Pérez. On sait grâce aux mesures effectuées
à l’aide de 15N que 10 à 40 % des émissions totales de N2O
peuvent être attribuées aux engrais et que 60 à 90 % d’entre elles
proviennent du sol, a ajouté Mme Pérez.
Une évolution réelle pour le changement
climatique
Ces données nouvelles, qui sont propres au Costa Rica, aideront
à concevoir un changement d’orientation dans le pays. Les
émissions de GES, et en particulier les effets des engrais, sont
à la base de calculs de coûts-avantages qui peuvent servir à
déterminer les quantités et les types appropriés d’engrais à
appliquer pour progresser vers la carboneutralité dans le secteur
laitier.
l’Université du Costa Rica ainsi qu’à la Commission conjointe
sur l’élevage du Programme de recherche et de transfert de
technologie.
Le projet mené au Costa Rica est un des nombreux projets
de recherche coordonnée exécutés actuellement par l’AIEA
en coopération avec l’Organisation des Nations Unies pour
l’alimentation et l’agriculture (FAO) en vue de dresser un
tableau plus précis et plus complet des émissions de GES dans
le monde, a déclaré Mohammad Zaman, pédologue à la Division
mixte FAO/AIEA des techniques nucléaires dans l’alimentation
et l’agriculture. Mis à part le Costa Rica, le projet contribue
également à rendre des chercheurs de l’Allemagne, du Brésil, du
Chili, de la Chine, de l’Espagne, de l’Estonie, de l’Éthiopie, de
l’Iran et du Pakistan mieux à même de mesurer les émissions de
GES avec plus de précision et de déterminer leur origine exacte
dans les sols en vue d’appliquer des mesures d’atténuation, a dit
M. Zaman.
Le projet aide à changer les choses grâce à une participation du
secteur privé sous la forme d’exposés et d’études de terrain à
LA SCIENCE
Utilisation d’isotopes pour étudier la production de GES
Les isotopes sont des éléments chimiques (comme
le carbone ou l’azote) qui ont le même nombre de
protons mais un nombre différent de neutrons. Ils
réagissent chimiquement de la même manière, mais
ils se distinguent par leurs poids atomiques différents.
L’utilisation d’isotopes comme traceurs permet aux
chercheurs de suivre la circulation d’éléments à travers
des cycles complexes et de voir comment ils participent
à la formation de molécules particulières comme celles
que l’on trouve dans les GES.
Dans le cas du N2O, les chercheurs peuvent analyser
les isotopomères (molécules ayant le même nombre
d’isotopes de chaque élément mais dans des positions
chimiquement distinctes) dans les processus de
nitrification, de dénitrification et de co-denitrification
dans le sol pour étudier comment les molécules à base
d’azote évoluent au cours de ces processus et quels sont
les différents facteurs qui influencent la production de ce
puissant GES.
IAEA Bulletin – juin 2015 | 13
Bull562-June2015_FR.indd 13
2015-10-22 10:37:55
Changement climatique
Un monde en mutation
Utilisation des techniques nucléaires pour étudier
l’impact du changement climatique dans les régions
polaires et montagneuses
Par Sasha Henriques
14 | IAEA Bulletin – juin 2015
Bull562-June2015_FR.indd 14
2015-10-22 10:37:56
Changement climatique
7
6
5
8
9
10
11
12
13
4
3
2
1
D
es techniques nucléaires sont utilisées dans les régions
polaires et montagneuses pour étudier le changement
climatique et son impact sur la qualité des terres, de l’eau et des
écosystèmes afin de mieux conserver et gérer ces ressources.
Des chercheurs du monde entier utiliseront des données
provenant de 13 sites de référence pour tirer des conclusions
quant aux effets du changement climatique rapide sur l’Arctique,
les montagnes et la partie occidentale de l’Antarctique, qui ont
alarmé les communautés, les écologistes, les scientifiques et les
responsables politiques. Entre juillet 2015 et juillet 2016, grâce à
des techniques isotopiques et nucléaires ainsi qu’à des méthodes
d’analyse géochimiques et biologiques relevant d’autres
disciplines scientifiques, ils pourront effectuer un suivi de l’eau
dans les sols ainsi que du mouvement des sols et des sédiments
et évaluer les effets de la fonte du permafrost sur l’atmosphère,
de même que sur les écosystèmes terrestres et aquatiques,
notamment les écosystèmes fragiles, des régions montagneuses
et polaires. Ces activités font suite à de nombreux essais
effectués sur le terrain depuis novembre 2014 pour perfectionner
la technique d’échantillonnage.
Nombreux sont ceux qui craignent qu’à cause du changement
climatique, les sols deviennent instables et que les communautés
vivant dans des zones montagneuses aient moins d’eau à leur
disposition. On s’inquiète aussi du fait que les gaz à effet de
serre piégés dans les sols de ces régions depuis des millénaires
vont à présent être libérés dans l’atmosphère, ce qui modifiera
encore le climat de la Terre.
Sites de référence
1.
2.
3.
4.
5.
6.
7.
8.
9.
10.
11.
12.
13.
Île du Roi Georges, Antarctique
Hohe Tauern, Autriche
Intersalar, Bolivie
Castle Creek, Canada
Torres del Paine, Chili
Mont Hengduan, Chine
Zackenberg, Groenland, Danemark
Inylchek, Kirghizistan
Aldegonda, Svalbard, Norvège
Cordillera Blanca, Pérou
Elbrous, Fédération de Russie
Kilimandjaro, Tanzanie
Vakhsh, Tadjikistan
L’AIEA a entrepris un projet de coopération technique de quatre
ans (2014-2017) auquel participent 23 pays et six organisations
internationales pour déterminer si ces préoccupations concernant
le changement climatique sont justifiées et, dans l’affirmative,
définir ce qui peut être fait.
Bien que le projet soit mené dans des régions polaires et
montagneuses, les résultats, en particulier ceux concernant
le permafrost et le carbone dans l’atmosphère, pourront être
exploités au niveau mondial.
Gerd Dercon, chef du Laboratoire de la gestion des sols et
de l’eau et de la nutrition des plantes de la Division mixte
FAO/AIEA des techniques nucléaires dans l’alimentation et
l’agriculture, a fait remarquer que l’impact du changement
climatique dans les régions montagneuses et polaires n’était pas
toujours bien compris. « C’est une des raisons pour lesquelles
ce projet est si important. Il est aussi très utile pour comprendre
ce qui se passe en cas de modification de la cryosphère,
constituée par la couverture neigeuse, les inlandsis, les glaciers
et le permafrost, et quelles en sont les conséquences en ce qui
concerne les émissions de gaz à effet de serre, la disponibilité
d’eau dans le sol, les sédiments et la répartition sédimentaire, la
stabilité des pentes et l’érosion des côtes ».
Sonder le passé grâce aux isotopes
D’après Heitor Evangelista da Silva, paléo-climatologue à
l’Université d’État de Rio de Janeiro (Brésil), un des aspects clés
du projet réside dans l’utilisation de techniques nucléaires pour
IAEA Bulletin – juin 2015 | 15
Bull562-June2015_FR.indd 15
2015-10-22 10:37:58
Changement climatique
comprendre le climat du passé afin de pouvoir prédire
celui de l’avenir.
Les techniques isotopiques et nucléaires permettent
aux scientifiques de connaître l’histoire de la Terre
préservée dans les archives de la nature. Ces archives
sont les glaciers et les calottes glacières des pôles, le
sol et les sédiments des lacs et des océans ainsi que la
matière organique de la terre et des arbres. Les isotopes
sont diverses formes d’un même élément qui diffèrent
par leur nombre de neutrons.
En mesurant la composition et les rapports isotopiques
de couches de sédiments et de glace, il est possible de
reconstituer l’histoire du climat et de déterminer les
variations des concentrations de gaz à effet de serre
sur des périodes extrêmement longues. Des techniques
identiques peuvent être utilisées pour analyser le
sol afin de recueillir des informations concernant
l’incidence du changement climatique dans les régions
polaires et montagneuses sur le mouvement et la qualité
du sol et la production de gaz à effet de serre.
Une meilleure connaissance des événements climatiques
passés et de leurs conséquences sur l’environnement est
extrêmement utile pour comprendre les changements
climatiques actuels et futurs et concevoir des réponses
appropriées.
La grande question c’est l’adaptation
En juillet 2015, l’AIEA organisera un cours au Svalbard
(Norvège) à l’intention d’une vingtaine de boursiers
venant de différents sites de référence pour leur
apprendre à utiliser les méthodes d’essai nécessaires.
Par la suite, des experts se rendront sur les divers sites
pour donner des instructions complémentaires, selon
que de besoin.
Cette approche assurera l’intercomparabilité de
l’échantillonnage et de l’analyse des résultats, aspect
important de ce projet multinational.
La collecte des échantillons et l’analyse des données
seront effectuées de juillet 2015 à juillet 2016. « Si cette
phase du projet se passe bien, lors d’une phase suivante
Climate Change
Chercheurs allant prélever des
échantillons de sol sur l’Île du Roi
Georges, en Antarctique.
Les scientifiques pénètrent dans une
grotte de glace pour atteindre les meilleurs
emplacements d’échantillonnage.
16 | IAEA Bulletin – juin 2015
Bull562-June2015_FR.indd 16
2015-10-22 10:38:03
Changement climatique
nous examinerons comment nous pouvons
nous adapter au changement climatique. En
effet, évaluer l’impact est une chose, mais la
grande question est de savoir comment nous
pouvons mettre les informations obtenues
à profit pour aider les communautés des
régions montagneuses à s’adapter », a dit
Gerd Dercon.
Collaboration et changement de
politique
« Je pense que le succès de ce projet suscitera
une collaboration entre des pays de tous les
continents et entre différentes disciplines
scientifiques, ce qui nous aidera à mieux
étudier et mieux comprendre le changement
climatique dans les régions montagneuses
et polaires », a dit Bulat Mavlyudov,
coordonnateur du projet interrégional et
glaciologue à l’Institut de géographie de
l’Académie des sciences de Russie. À son avis,
les résultats seront utiles au Groupe d’experts
intergouvernemental sur l’évolution du climat
pour la formulation de recommandations
concernant la politique d’adaptation au
changement climatique.
Membres de l’équipe de
recherche scientifique qui s’est
rendue sur l’Île du Roi Georges,
en Antarctique.
(Photos : G. Dercon/AIEA et B. Mavlyudov/
Académie des sciences de Russie)
Un petit cours d’eau charrie une
grande quantité de sédiments
venant de hautes altitudes.
En analysant l’âge et la qualité de la
matière organique du sol, les scientifiques
apprennent beaucoup sur le changement
climatique dans l’avenir.
IAEA Bulletin – juin 2015 | 17
Bull562-June2015_FR.indd 17
2015-10-22 10:38:09
Changement climatique
Quand à la montée des mers s’ajoutent de fortes
pluies : des techniques nucléaires pour faire face
aux inondations
Par Rodolfo Quevenco
L
es scientifiques estiment que dans de nombreuses régions du
monde, les pluies exceptionnellement abondantes sont une
conséquence du changement climatique. L’air chaud pouvant
contenir davantage d’eau, il est logique que des températures
plus élevées augmentent la probabilité de fortes pluies. Lorsque
celles-ci s’ajoutent à la montée des mers, il est quasiment certain
que cela entraîne des inondations.
Les inondations sont les catastrophes naturelles les plus
fréquentes, et l’Asie du Sud-Est y est particulièrement
vulnérable. On prévoit que le changement et la variabilité
climatiques augmenteront la fréquence des typhons et
entraîneront une élévation du niveau de la mer, ainsi que
des pluies de mousson hors saison, dans cette région et dans
d’autres. Il pourra en résulter des inondations dévastatrices
dans des pays comme le Cambodge, le Laos, le Pakistan, les
Philippines, la Thaïlande et le Viet Nam.
Pour les habitants de ces pays qui ont survécu aux ravages de
grandes inondations, le relèvement peut être long et difficile.
Lorsque les eaux se retirent, ce sont les préoccupations et les
soucis qui les envahissent, puisqu’ils doivent reconstruire
leur maison et leur ville et reprendre leur vie en main.
Les gouvernements aussi doivent faire face à d’énormes
difficultés pour reconstruire les routes, les bâtiments publics,
l’infrastructure et les ressources naturelles détruits ou pollués par
les inondations.
Reconstruire avec des outils scientifiques
Une région touchée par des inondations doit se relever avant
de pouvoir se développer. À cet égard, la Division mixte
FAO/AIEA des techniques nucléaires dans l’alimentation et
l’agriculture a lancé dans la région des projets pluriannuels
de grande envergure pour aider des pays touchés par des
inondations à restaurer les ressources essentielles et à mettre
en place des mesures qui permettront de réduire l’impact des
inondations futures.
Ces projets feront appel à des techniques nucléaires et
isotopiques pour permettre de définir une solution intégrée de
gestion des inondations avant et après de grands épisodes de
crues (voir encadré).
« L’utilisation de techniques nucléaires va nous permettre
de mieux étudier les sources et les voies de transmission des
maladies, les nutriments, les sols et le mouvement des eaux
dans les zones touchées par des inondations », a affirmé
Raymond Sucgang, spécialiste de la recherche scientifique à
l’Institut philippin de recherche nucléaire.
« Les connaissances acquises seront très utiles pour aider le
pays concerné à mettre au point une solution intégrée de gestion
des inondations et de réhabilitation, fondée sur de solides
connaissances scientifiques », a-t-il ajouté.
Des experts venant d’Australie et de Nouvelle-Zélande se sont
récemment rendus dans les zones les plus touchées par le supertyphon Haiyan, qui a dévasté la côte est des Philippines en
novembre 2013. « Dans le cadre d’un projet appuyé par l’AIEA,
ils ont examiné les zones touchées, proposé des techniques
nucléaires pour identifier les sources des sédiments et formé des
contreparties locales à l’utilisation de techniques isotopiques et
autres », a expliqué Raymond Sucgang.
Les responsables locaux souhaitent évaluer les changements
survenus dans la circulation, la dynamique et la qualité des
eaux souterraines à la suite du typhon Haiyan dans la ville
de Tacloban, étudier la dynamique du processus naturel de
restauration de la région et essayer d’accélérer la remédiation de
l’environnement touché.
Nombreux sont ceux qui pensent que les inondations causées
par l’onde de tempête risquent d’avoir contaminé les eaux
souterraines et les systèmes aquifères de la ville avec des
matières organiques en décomposition, des cadavres et de l’eau
de mer. Les champs alentour pourraient aussi être devenus
impropres à l’agriculture en raison de la présence dans le sol de
sel et de contaminants amenés par les eaux d’inondation.
Néanmoins, les autorités locales doivent pouvoir avoir accès
à des données scientifiques fiables et valides sur lesquelles
fonder leurs plans, leurs politiques, leurs mesures et leurs
stratégies d’atténuation. Les techniques nucléaires offrent
des outils puissants qui permettent de recueillir ces données
indispensables.
Une approche régionale de la gestion des
inondations
Les résultats des travaux effectués aux Philippines seront
exploités pour fournir une assistance à d’autres pays de la
région.
« L’objectif global est d’améliorer la capacité des pays d’Asie
à utiliser les techniques nucléaires pour mettre au point des
systèmes agricoles robustes pouvant s’adapter aux inondations »,
a affirmé Lee Kheng Heng, chef de la Section de la gestion
des sols et de l’eau et de la nutrition des plantes de la Division
mixte FAO/AIEA des techniques nucléaires dans l’alimentation
18 | IAEA Bulletin – juin 2015
Bull562-June2015_FR.indd 18
2015-10-22 10:38:09
Changement climatique
et l’agriculture. « L’utilisation efficace des
techniques nucléaires et isotopiques permettra
à ces pays de mettre au point des cultures
résistant aux inondations, d’améliorer les
pratiques de gestion des nutriments des
sols et de l’eau en vue de l’adaptation
aux inondations et de la réhabilitation,
d’optimiser l’utilisation des ressources
locales pour l’alimentation du bétail et le
diagnostic rapide des maladies animales,
de procéder à des évaluations approfondies
des ressources en eau pour prévoir les crues
potentielles et d’élaborer des stratégies pour
exploiter la capacité des plaines d’inondation
à absorber les eaux de crues », a-t-elle
expliqué.
Les activités prévues comprennent : un cours
aux laboratoires de l’AIEA sur la détection
précoce des maladies animales dans un
environnement post-inondation, qui portera
notamment sur les maladies transmises
par l’eau ou par des vecteurs ; un cours en
Chine sur l’utilisation des radionucléides
provenant des retombées et d’isotopes
stables à composés spécifiques et d’autres
techniques pertinentes pour atténuer le risque
d’inondations et entreprendre des activités
de réhabilitation après une inondation en
Asie ; et un cours régional en Thaïlande
sur l’utilisation d’applications isotopiques
et géochimiques pour atténuer le risque
de crues. En outre, le Laboratoire national
d’Argonne, aux États-Unis, finance un
atelier s’adressant aux décideurs pour les
sensibiliser à l’importance de la gestion et de
l’atténuation des inondations.
« L’ensemble de ces activités aideront à
renforcer la capacité des États Membres
à utiliser les techniques nucléaires en
combinaison avec les approches classiques,
ainsi que la collaboration nationale et
régionale dans le cadre de la gestion des
inondations. De plus, grâce à elles, les États
Membres disposeront des connaissances
scientifiques qui leur permettront de prévoir
la prochaine inondation, ainsi que son
ampleur possible », a indiqué Lee Heng.
Pour les habitants des
Philippines qui ont survécu à
de grandes inondations, le
relèvement peut être long et
difficile.
(Photo : Institut international de recherche sur le
riz)
LA SCIENCE
Utilisation d’isotopes stables pour la défense contre les inondations
et la réhabilitation
En utilisant des techniques nucléaires et isotopiques en
combinaison avec des méthodes classiques, les scientifiques
peuvent étudier efficacement les effets des inondations sur les
eaux souterraines et les systèmes aquifères, et déterminer le
temps nécessaire à ces ressources pour qu’elles se régénèrent et
retrouvent leur état antérieur à la crue. Ils ont largement recours
à des techniques isotopiques pour mettre au point ou identifier
des cultures résistant aux inondations, étudier les tendances en
matières d’érosion des sols et les voies de la pollution due aux
eaux d’inondation, et améliorer les pratiques de gestion des sols,
de l’eau et des cultures afin d’atténuer au maximum les pics
d’inondation et de s’adapter aux crues.
Ces techniques font normalement appel à des isotopes stables,
c’est-à-dire qui ne sont pas radioactifs, mais peuvent aussi
utiliser des radio-isotopes très peu radioactifs, comme le tritium.
Parallèlement, l’utilisation de techniques isotopiques pour la
surveillance, à l’échelle d’une zone, des sols et de l’eau stockée
dans le cadre de systèmes d’irrigation contribue à renforcer la
capacité d’un pays à prévoir les futures inondations et les dégâts
potentiels qu’elles pourraient causer.
IAEA Bulletin – juin 2015 | 19
Bull562-June2015_FR.indd 19
2015-10-22 10:38:10
Changement climatique
Acidification des océans :
l’effet méconnu des émissions de CO2
Par Michael Amdi Madsen
(Photo : M. Madsen/AIEA)
C
omme le réchauffement climatique, l’acidification des
océans est une conséquence grave de l’augmentation des
émissions de dioxyde de carbone (CO2) et elle constitue une
menace croissante pour les communautés côtières. Scientifiques
et économistes plaident pour que tout accord international sur le
changement climatique conclu à l’avenir intègre des plans visant
à atténuer l’acidification des océans et à permettre l’adaptation
à ce phénomène, au motif que cela renforcerait l’accord en
question et faciliterait sa mise en œuvre. L’AIEA utilise des
techniques nucléaires pour mesurer l’acidification des océans et
communique des informations objectives aux scientifiques, aux
économistes et aux responsables politiques afin qu’ils prennent
des décisions en connaissance de cause.
du rejet de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, et que le
rythme actuel de l’acidification des océans est plus de dix fois
supérieur à celui correspondant à n’importe quelle autre période
des 55 derniers millions d’années.
« Reconnaître que le bien-être et le développement économique
de milliards de personnes dépendent de la santé des océans est la
première étape », a affirmé Alexandre Magnan, de l’Institut du
développement durable et des relations internationales, à Paris,
lors d’un atelier organisé cette année par l’AIEA. « En prenant
acte, dans le texte juridique d’un accord sur le climat, des
menaces qui pèsent sur les océans, nous pourrions offrir aux
communautés côtières qui subissent les conséquences de
l’acidification des océans la possibilité de bénéficier d’un
financement au titre d’un accord sur le changement climatique »,
a-t-il ajouté. À son avis, cela permettrait à ces communautés de
s’adapter à l’évolution des contextes sociaux et économiques, de
mieux comprendre les changements écologiques et biophysiques
attendus et de faire pression sur les gouvernements pour qu’ils
prennent d’autres mesures concrètes.
Un système en déclin
Les données disponibles montrent que depuis le début de l’ère
industrielle, l’acidité des océans a augmenté de 26 % en raison
D’après des experts, la Conférence annuelle des Parties à la
Convention-cadre des Nations Unies sur les changements
climatiques (COP de la CCNUCC), tenue à Lima (Pérou) en
décembre 2014, a permis de progresser de manière significative
vers la conclusion d’un nouvel accord multilatéral, mais la
situation des océans et des communautés côtières qui dépendent
de services liés aux écosystèmes marins n’a malgré tout
pratiquement pas été abordée.
Ove Hoegh-Guldberg, de l’Institut du changement climatique de
l’Université du Queensland, a fait remarquer que certains effets
de l’acidification des océans et du réchauffement climatique
étaient déjà visibles. Il a expliqué que la taille de la Grande
barrière de corail de l’Australie, qui constitue une barrière
de protection en cas de tempête, attire les touristes et sert de
nourricerie naturelle pour les jeunes poissons, avait été réduite
GROUPE D’EXPERTS INTERGOUVERNEMENTAL SUR
L’ÉVOLUTION DU CLIMAT, « Social, economic and ethical
concepts and methods » et « Drivers, trends and mitigation »,
Climate Change 2014: Mitigation of Climate Change, IPCC,
Cambridge University Press, New York (2014), chap. 3 et 5.
2
HÖNISCH B. et al., The geological record of ocean acidification,
Science 335 (2012) 1058, 1063.
1
20 | IAEA Bulletin – juin 2015
Bull562-June2015_FR.indd 20
2015-10-22 10:38:10
Changement climatique
de moitié au cours des 30 dernières années, et
qu’on ne savait pas encore quelle proportion du
récif pouvait encore disparaître sans que cela
entraîne des conséquences de plus grande ampleur.
De nombreux scientifiques pensent que la
prochaine étape de la recherche sur l’acidification
des océans consiste à en étudier les effets sur les
écosystèmes. « L’examen de certaines espèces
prises isolément ne fournit pas suffisamment
d’informations pour déterminer la quantité de
dioxyde de carbone que les océans peuvent
absorber sans que cela ait un impact important sur
leur flore et leur faune. Il faut étudier des systèmes
entiers, pas seulement quelques espèces », a
indiqué Sam Dupont, chercheur au Département
des sciences biologiques et environnementales de
l’Université de Göteborg.
400
8.25
375
8.20
350
8.15
325
8.10
300
8.05
pH
CO2 (ppm)
Ove Hoegh-Guldberg et ses collègues mettent au
point des modèles destinés à montrer dans quelle
mesure l’acidification des océans et la disparition
du récif auront un impact sur l’ensemble de
l’écosystème et sur les personnes, et ce dans le but
d’aider les responsables politiques dans leur prise
de décisions.
CO2 atmosphérique et pH des océans
275
1960
1970
1980
1990
2000
2010
8.00
Année
Concentration de CO2 dans l’atmosphère (en parties par million) et pH de l’eau de
mer à la surface. Données provenant de Mauna Loa et de la station établissant des
séries chronologiques de données d’Aloha, Hawaï, Pacifique Nord.
Source : D’après Richard Freely (NOAA), Pieter Tans, NOAA/ESRL (www.esrl.noaa.gov/gmd/ccgg/trends) et
Ralph Keeling, Institut d’océanographie Scripps (scrippsco2.ucsd.edu)
Le rôle de la science nucléaire
La science nucléaire peut nous aider à comprendre les effets
du changement climatique et de l’acidification sur les océans.
Le Centre international de coordination sur l’acidification des
océans de l’AIEA, situé à Monaco, a recours à des techniques
nucléaires pour comprendre les processus marins et les
changements subis par l’environnement marin. L’utilisation de
radio-isotopes comme le calcium 45 et le carbone 14 permet
en effet d’obtenir des informations utiles sur la vitesse de
l’acidification des océans et les effets de celle-ci. Le Centre
international de coordination sur l’acidification des océans
met aussi en œuvre des activités internationales et facilite la
communication au niveau mondial pour que la science soit mise
à profit de manière optimale.
« Les techniques nucléaires, utilisées dans de nombreux
centres de recherche à travers le monde, permettent d’obtenir
des données très spécifiques grâce auxquelles la communauté
scientifique comprend mieux les effets de l’acidification des
océans et la gravité de ce phénomène, ce qui est essentiel pour
en prévoir les impacts économiques et sociaux », a affirmé
David Osborn, directeur des Laboratoires de l’environnement de
l’AIEA.
Qu’est-ce que l’acidification des océans ?
Une partie du CO2 rejeté dans l’atmosphère est absorbé par les océans.
Le CO2 réagit avec des molécules d’eau (H2O) pour former de l’acide
carbonique. Celui-ci est un acide faible, mais des variations, mêmes
minimes, de l’acidité des océans peuvent avoir une incidence grave sur
certains organismes et des répercussions sur l’ensemble de la chaîne
alimentaire. Les conséquences peuvent aussi concerner l’homme, le
phénomène pouvant avoir un impact sur les moyens d’existence et la
sécurité alimentaire de milliards de personnes.
CO2
CO2 CO2CO2
CO2
CO2
CO2
IAEA Bulletin – juin 2015 | 21
Bull562-June2015_FR.indd 21
2015-10-22 10:38:11
Le changement climatique du point de vue mondial
L’option nucléaire :
plaidoyer en faveur de l’énergie nucléaire pour
lutter contre le changement climatique
Par Robert Stone
E
Robert Stone est un réalisateur
de films documentaires de
renommée internationale
et nominé aux Oscars. Son
dernier film « La promesse
de Pandore » (Pandora’s
Promise) retrace le parcours de
plusieurs écologistes de renom
qui d’opposants à l’énergie
nucléaire en sont devenus
des partisans dans le contexte
du changement climatique,
et met en avant le caractère
prometteur de la technologie
des réacteurs de prochaine
génération. Il a récemment
cofondé l’organisation à
but non lucratif « Energy for
Humanity », qui est un groupe
de défense de l’environnement
pro-nucléaire basé à Londres.
n décembre 2015, les dirigeants du monde se réuniront à Paris pour négocier
un traité mondial destiné à réduire les émissions de CO2 dans l’atmosphère
causées par l’utilisation de combustibles fossiles. J’encourage vivement chaque
délégué, à son arrivée dans sa chambre d’hôtel, à sortir sur le balcon, respirer
profondément, regarder les lumières de Paris, dont toute l’électricité est d’origine
nucléaire, et s’en inspirer pour imaginer ce à quoi pourrait ressembler l’énergie
propre à l’avenir. Grâce à la décision prise par la France il y a une trentaine d’années
de déployer l’énergie nucléaire à grande échelle, les émissions de carbone du réseau
électrique du pays sont aujourd’hui quasi nulles. Ce fait est d’autant plus remarquable
que la majeure partie de cette transition a été menée à bien en seulement 11 ans
(1969-1980), à l’aide de la technologie de l’époque. En France, la pollution de l’air
due à la production d’électricité a aujourd’hui quasiment disparu et l’électricité est la
moins chère d’Europe de l’Ouest.
Les défenseurs du climat et les délégués vont-ils tenir compte de ce que la France
a accompli et la considérer comme un pionnier de ce qui pourrait être possible
à l’échelle mondiale ? Lors des négociations préliminaires menées fin 2014 à
Lima, l’énergie nucléaire a été retirée de l’ordre du jour des débats sur le climat.
Les principaux groupes de militants écologistes du monde, qui en déterminent
pour l’essentiel l’ordre du jour, partent du principe que l’énergie nucléaire est
une distraction inutile sur la route qui mène vers un avenir axé sur les énergies
renouvelables. Pour justifier leur position, ils avancent qu’il est possible de
réduire la demande mondiale d’énergie tout en fournissant simultanément assez
d’énergie aux trois milliards de personnes qui vivent actuellement avec peu ou pas
d’électricité, et de prendre en charge les trois milliards de personnes supplémentaires
qui naîtront d’ici à 2050. Ils estiment que nous sommes bien partis pour pouvoir
remplacer l’ensemble de l’infrastructure actuelle reposant sur les combustibles
fossiles, renoncer complètement à l’énergie nucléaire et satisfaire aux besoins
mondiaux en énergie grâce aux seules énergies renouvelables. Or, nous avons à
peine commencé à parler de l’énergie supplémentaire qui sera nécessaire pour
électrifier les transports dans le monde entier et répondre à la demande croissante de
dessalement de l’eau, qui est un gros consommateur d’énergie.
N’est-ce pas une vision merveilleusement séduisante que d’imaginer qu’il est à
notre portée de vivre dans un monde où l’humanité toute entière pourrait bénéficier
d’une énergie propre et disponible en quantité illimitée grâce au vent et au soleil ?
Un grand nombre de militants écologistes ont consacré leur vie à la réalisation de ce
rêve. Le problème est qu’il n’y a guère de preuves indiquant qu’il serait réalisable.
Quelques études universitaires souvent citées démontrent comment moyennant une
volonté politique sans borne, des ressources illimitées, et une forte chute escomptée
de la demande mondiale d’énergie, il est possible, du moins en théorie, d’imaginer
que ce rêve pourrait devenir une réalité. L’Allemagne, qui renonce à l’énergie
nucléaire, est souvent citée en exemple par les écologistes comme un pays en
bonne voie pour être alimenté quasi entièrement par des énergies renouvelables. En
réalité, elle tire 5 % de son électricité de l’énergie solaire et environ 8 % de l’énergie
éolienne (plus que n’importe quelle autre grande puissance industrielle), ce qui veut
dire que les 87 % restants de ses besoins en électricité continuent d’être couverts par
d’autres sources, notamment l’hydroélectrique et la biomasse, mais surtout par des
22 | IAEA Bulletin – juin 2015
Bull562-June2015_FR.indd 22
2015-10-22 10:38:11
Le changement climatique du point de vue mondial
combustibles fossiles. L’Allemagne est aussi l’un des seuls pays
européens qui continue de construire de nouvelles centrales à
charbon.
Certes, rien ne dit que nous serons capables d’inverser les
tendances actuelles qui nous mènent à une possible catastrophe
climatique. Mais je pense que nous compromettons de façon
irresponsable nos chances de succès, et nous les réduisons même
très probablement à néant, si nous nous évertuons à résoudre
ce problème sans déployer l’énergie nucléaire à grande échelle.
Dans un monde où vient s’ajouter chaque année l’équivalent
énergétique d’un pays comme le Brésil et où le charbon reste la
source d’énergie non seulement la plus utilisée, mais aussi celle
dont la croissance est la plus rapide, l’énergie nucléaire peut
apporter une contribution notable au type de bouquet d’énergies
propres qui sera nécessaire si nous voulons réduire sérieusement
notre dépendance à l’égard des combustibles fossiles à l’échelle
mondiale. Le nucléaire n’est en aucun cas la panacée. L’éolien,
l’énergie solaire, l’hydroélectrique, le recours accru au gaz
naturel à court terme et d’éventuelles avancées technologiques
dans la capture et le stockage du carbone, sont autant d’éléments
d’une transition générale vers les énergies propres. Mais
en supprimant de l’équation le potentiel unique qu’offre le
nucléaire, comme semblent vouloir le faire les défenseurs du
climat qui doivent se réunir à Paris, on risque la catastrophe.
Les détracteurs de l’énergie nucléaire font valoir que la version
actuelle de grand réacteur à eau ordinaire est imposée, pour des
raisons politiques et économiques comme une solution durable
et viable aux défis énergétiques mondiaux. Or, ce que l’on ignore
souvent c’est que de nombreux modèles avancés de réacteurs
de nouvelle génération, résultant de recherches scientifiques de
nombreuses décennies, sont presque prêts à être commercialisés
(et le seraient aujourd’hui si des groupes antinucléaires n’avaient
pas fait bloc il y a des années pour suspendre le financement des
activités de recherche-développement). Les centrales nucléaires
de la prochaine génération peuvent jouer un rôle transformateur
en fournissant une énergie propre en très grande quantité et
suffisamment pour atteindre les nouveaux objectifs en matière
de climat. L’utilisation des déchets nucléaires actuellement
produits comme combustible, associée à la capacité d’extraire
de l’uranium à partir de l’eau de mer ou de passer à un cycle
du combustible fondé sur l’abondance du thorium, donne
accès à des sources quasi inépuisables de matières fissiles
pour répondre aux besoins en électricité de toute la planète
de manière pratiquement illimitée, tout en éliminant presque
entièrement l’accumulation de déchets radioactifs à longue
durée de vie. Les systèmes avancés à sûreté passive, comme
les réacteurs à sels fondus et les petits réacteurs modulaires,
promettent une amélioration sensible de la rentabilité de
l’énergie nucléaire, en réduisant au minimum la nécessité de
recourir à des systèmes de sûreté coûteux et complexes comme
ceux dont les centrales nucléaires ont besoin aujourd’hui. La
production en masse de composants modulaires sur des chaînes
de montage, plutôt que leur construction sur site, peut permettre
de rationaliser le processus de production et de faire passer la
technologie rapidement à une échelle supérieure et à des coûts
considérablement moindres. Les techniques utilisées aujourd’hui
pour fabriquer un avion à réaction commercial encore plus
complexes, mais remarquablement sûres et fiables, pourraient
bientôt permettre de fabriquer rapidement des centrales
nucléaires modulaires et standardisées. Cela est possible.
J’encourage les délégués lorsqu’ils se réuniront bientôt à Paris
de regarder par la fenêtre et d’admirer la vue. La preuve qu’une
nation toute entière peut passer des énergies fossiles aux énergies
propres leur sautera aux yeux.
IAEA Bulletin – juin 2015 | 23
Bull562-June2015_FR.indd 23
2015-10-22 10:38:11
Le changement climatique vu de l’intérieur de l’AIEA
L’énergie nucléaire aide-t-elle vraiment à lutter
contre le changement climatique ?
Par Mikhail Chudakov
M
’étant occupé de l’exploitation de réacteurs de puissance pendant une bonne partie de
ma carrière, j’appréhende fort bien le potentiel de l’énergie nucléaire. J’ai été témoin
de nombreuses améliorations de la technologie et de la sûreté d’exploitation, ainsi que des
avantages financiers et environnementaux qu’elles ont apportés.
La communauté internationale doit faire face à un double défi : la population mondiale, le
niveau de développement et partant, la demande énergétique ne cessent d’augmenter ;
dans le même temps, nous devons comprendre le changement climatique, conséquence
fâcheuse de l’accroissement de la consommation d’énergie, en atténuer les effets et nous y
adapter.
L’électronucléaire est la seule technologie bas carbone disponible aujourd’hui qui peut être
déployée à grande échelle et dans des installations de grande capacité pour aider à relever
le défi climatique et énergétique mondial. Premièrement, les émissions de gaz à effet de
serre provenant directement des centrales nucléaires sont négligeables. Deuxièmement, si l’on tient compte des émissions au
cours de l’ensemble du cycle de vie, l’hydroélectricité, l’électricité nucléaire et l’électricité éolienne sont les plus faibles
émettrices de CO2. L’énergie nucléaire est donc dans une position idéale pour permettre d’atténuer les effets du changement
climatique de la manière la plus rentable.
De plus en plus d’États Membres de l’AIEA soucieux du changement climatique envisagent aujourd’hui d’inclure le nucléaire
dans leur bouquet énergétique national ou d’y recourir plus largement. L’AIEA dispose de toute une panoplie d’outils pour les
aider à comprendre la problématique climat-énergie ainsi que le défi que représente le lancement d’un programme
électronucléaire. Notre travail vise essentiellement à fournir une évaluation factuelle de l’électronucléaire. Nous aidons les
décideurs à envisager toutes les options technologiques pour la production d’énergie. Nos outils de planification, qui sont
utilisés par 130 pays et 20 organisations régionales et internationales, tiennent compte de toutes les options énergétiques.
Toutefois, lorsqu’un État Membre en fait la demande, nous lui fournissons une assistance pour mettre en œuvre son programme
électronucléaire de manière sûre, sécurisée et durable.
Notre assistance couvre de nombreux domaines allant de la planification énergétique à l’extraction responsable de l’uranium, de
l’examen des infrastructures nationales à la formation, de la performance d’exploitation à la gestion des déchets radioactifs, au
déclassement et à la remédiation environnementale.
Environ 11 % de l’électricité mondiale est d’origine nucléaire. D’après nos projections, l’électronucléaire continuera de jouer un
rôle central dans le bouquet énergétique mondial dans les décennies à venir. L’accident nucléaire de Fukushima Daiichi a ralenti
sa croissance, mais ne l’a pas inversée. La poursuite de cette croissance semble indiquer que les bases justifiant de continuer de
recourir à l’électronucléaire n’ont pas changé. Plus les réacteurs sont sûrs et performants, moins ils émettront de CO2. Pendant la
seule année 2011, on estime que 2,1 gigatonnes d’émissions de CO2 ont été évitées grâce au recours au nucléaire pour la
production d’électricité.
Je suis convaincu que des modèles innovants et avancés de réacteurs et de combustibles joueront un rôle de plus en plus grand
pour faire face à ce défi mondial. Le recours à des réacteurs refroidis par gaz et à des réacteurs à neutrons rapides, par exemple,
permettra d’améliorer l’utilisation du combustible, d’optimiser les cycles du combustible nucléaire, de réduire la quantité d’eau
de refroidissement nécessaire et de restreindre au minimum la production de déchets radioactifs à longue période.
Le Département de l’énergie nucléaire joue un rôle moteur dans les efforts de l’AIEA pour promouvoir l’innovation dans le
domaine de l’électronucléaire. Nous nous employons à établir des liens entre les nombreux aspects liés aux réacteurs avancés,
allant du financement jusqu’à une meilleure utilisation des ressources, en passant par la performance d’exploitation, la gestion
des déchets et la résistance à la prolifération. L’électronucléaire est une source fiable de production d’électricité dans le monde
depuis plus de 50 ans. Par conséquent, ma réponse à la question cruciale de savoir si l’énergie nucléaire aide vraiment à lutter
contre le changement climatique est clairement OUI. Nous continuerons d’aider les États Membres à utiliser l’électronucléaire
de manière sûre et durable.
24 | IAEA Bulletin – juin 2015
Bull562-June2015_FR.indd 24
2015-10-22 10:38:12
Infos AIEA
Appel à candidatures pour des activités de
recherche coordonnée de l’AIEA en 2015
Les établissements et organismes de
recherche qui souhaitent accéder à de
vastes bases de données mondiales
contenant des résultats de recherche
et contribuer à des articles destinés à
des revues à comité de lecture de haut
niveau peuvent désormais soumettre
une proposition de contrat ou d’accord
de recherche en vue de participer cette
année à des activités de recherche
coordonnée de l’AIEA.
Plus de 1 600 établissements
de recherche travaillent déjà en
collaboration dans le cadre de plus
d’une centaine d’activités de recherche
coordonnée en cours portant sur un large
éventail de sujets notamment : améliorer
le diagnostic et le traitement du cancer et
des maladies cardio-vasculaires, mieux
comprendre le changement climatique
et la pollution côtière à l’aide d’outils
isotopiques, mettre au point des systèmes
de sûreté pour les réacteurs et accroître
les rendements agricoles.
Les projets de recherche coordonnée
de l’AIEA ont pour objet de favoriser
l’acquisition et la diffusion des nouvelles
connaissances et technologies résultant
de l’utilisation des technologies
nucléaires et des techniques isotopiques,
ainsi que l’adaptation de ces technologies
dans les États Membres de l’AIEA. Les
résultats obtenus dans le cadre de ces
projets sont diffusés aux États Membres
et à la communauté scientifique
internationale au moyen de publications.
Les conclusions de ces projets trouvent
souvent des applications pratiques
importantes.
L’AIEA propose plus de 50 nouveaux
projets cette année et invite tous les
établissements intéressés à soumettre des
propositions de recherche sur les sujets
présentés à l’adresse :
http://cra.iaea.org/cra/info-letter.html.
« Ces projets de recherche coordonnée
permettent aux établissements de
recherche d’élargir leur champ d’action,
indépendamment de leur taille ou du
lieu où ils se trouvent », a déclaré le
Directeur général adjoint de l’AIEA,
Aldo Malavasi. « Ils sont une excellente
occasion de mettre en commun une
base de connaissances approfondies
et d’y contribuer, et de travailler en
coordination dans le cadre de certaines
des études scientifiques les plus
importantes menées actuellement sur
les applications diverses, pacifiques et
bénéfiques de la technologie nucléaire. »
Des fonds sont disponibles pour financer
l’achat de petit matériel et comme
capitaux d’amorçage, la majeure partie
des dépenses étant couvertes par des
États Membres. La subvention est en
moyenne d’environ 6 500 euros par an.
L’AIEA invite tous les intéressés à
soumettre une proposition afin d’étudier
ensemble les possibilités qu’offrent la
technologie nucléaire et les techniques
isotopiques. Le processus de candidature
est accessible à l’adresse :
http://cra.iaea.org/cra/forms.html.
Par John Brittain et Nicole Jawerth
Plus de 1 600 établissements de
recherche travaillent en collaboration
dans le cadre de plus de 100 activités
de recherche coordonnés par l’AIEA.
(Photos : AIEA)
IAEA Bulletin – juin 2015 | 25
Bull562-June2015_FR.indd 25
2015-10-22 10:38:17
Infos AIEA
La Mongolie et l’AIEA : coopération fructueuse, regain d’intérêt
pour la cancérothérapie
Le remplacement d’unités de
radiothérapie existantes et l’installation
prochaine de deux nouveaux
accélérateurs linéaires donneront un
nouvel élan important au programme
national de la Mongolie sur le
cancer et permettront de réduire le
temps d’attente des patients, selon
des responsables nationaux. On a
assisté ces dernières années à une
augmentation du nombre de cancers et
« en tant que pays en développement,
nous avons besoin de tout l’appui
que l’AIEA peut nous fournir », a dit
Minjmaa Minjgee, radio-oncologue
du Centre national du cancer à OulanBator, capitale de la Mongolie.
Traitement efficace grâce à un
diagnostic rapide
Le concours de l’AIEA a été crucial
en Mongolie pour l’acquisition
d’un système de radioprotection
contre les faisceaux gamma et d’un
système d’étalonnage des appareils
de radiographie, afin d’appuyer
le programme mis en place par le
pays pour diagnostiquer et traiter
le cancer ainsi que pour lutter
contre cette maladie. L’AIEA aide
également le pays à moderniser un
système d’imagerie médicale par
tomodensitométrie et par tomographie
d’émission monophotonique à l’hôpital
général d’Oulan-Bator. En outre, il est
prévu d’installer deux accélérateurs
linéaires dans une nouvelle annexe
de l’hôpital qui sera inaugurée dans
le courant de l’année. On envisage
également d’installer en 2016 des
appareils avancés de curiethérapie 3D.
« Le temps joue un rôle essentiel
lorsqu’il s’agit du cancer ; un
diagnostic rapide et un traitement
efficace en temps voulu peuvent aider
les patients, et nous avons besoin de
ces appareils de radiothérapie pour
atteindre cet objectif que nous nous
sommes fixé », a dit Mme Minjgee. Par
ailleurs, grâce à l’assistance fournie
par l’AIEA en matière de mobilisation
de ressources, la Mongolie a reçu
une aide financière importante du
Japon et de Monaco pour améliorer
les logiciels et matériels du système
de planification de la radiothérapie du
Centre national du cancer.
Progrès obtenus
La Mongolie est un des pays les moins
densément peuplés du monde, ce
qui rend la fourniture universelle de
soins anticancéreux particulièrement
difficile.
« Notre objectif est de permettre à
des personnes vivant en milieu rural
d’avoir accès au diagnostic et au
traitement du cancer afin de sauver
des vies », a déclaré Mme Minjgee.
« Nous apprécions énormément
la coopération et l’appui fournis à
l’échelle internationale, y compris
par l’AIEA, en vue de nous aider à
améliorer la qualité des soins et des
services médicaux pour le traitement
du cancer. »
Depuis 1995, l’AIEA aide la Mongolie
à renforcer son programme national
sur le cancer, grâce à la fourniture de
conseils stratégiques, de matériel et de
formations techniques.
La Mongolie a également bénéficié
d’une assistance dans le cadre du
programme d’action en faveur de la
cancérothérapie de l’AIEA dans les
domaines de l’oncologie pédiatrique,
des soins palliatifs et de la formation
à la médecine radiologique. Grâce
à l’assistance stratégique fournie
en 2010, le pays a mis au point et
adopté le plan d’action général sur la
prévention du cancer et la lutte contre
cette maladie pour 2011-2021.
Minjmaa Minjgee, radio-oncologue,
Centre national du cancer, Oulan-Bator
(Mongolie).
(Photo : S. Henriques/AIEA)
comme le diagnostic et le traitement
des maladies animales.
« Les mesures concrètes prises dans
le cadre de projets de l’AIEA visant
à fournir un appui à la Mongolie
dans différents domaines grâce
aux applications pacifiques des
techniques nucléaires ont aidé notre
pays et ses habitants », a déclaré
Tamir Nyambayar, ancien assistant
national de liaison de l’AIEA.
En mars dernier, la Mongolie a mis
la dernière main à son programmecadre national pour 2016-2021,
qui intègre l’application de la
technologie nucléaire dans les plans de
développement du pays.
Par Aabha Dixit
Projets pour l’avenir
Depuis son adhésion à l’AIEA en 1973,
la Mongolie a reçu une assistance pour
tirer parti des applications nucléaires
afin d’améliorer les conditions de vie
de la population dans divers secteurs,
26 | IAEA Bulletin – juin 2015
Bull562-June2015_FR.indd 26
2015-10-22 10:38:17
Infos AIEA
Action en mer : un exercice sur la sécurité du transport effectué au
large de la Suède
Comme dans un film d’action, des
bateaux, des hélicoptères et des
personnes en uniforme ont planté
le décor au large de la Suède le
6 mai 2015, lorsque les autorités du
pays ont effectué un exercice sur
la sécurité pendant le transport de
combustible nucléaire usé.
L’exercice s’inscrivait dans un projet
conjoint avec l’AIEA visant à tester
et à évaluer un nouveau guide de
celle-ci concernant la planification, la
conduite et l’évaluation d’exercices sur
la sécurité du transport. Il portait sur le
cadre de sécurité du système national
de transport nucléaire de la Suède,
pays qui transporte régulièrement
du combustible usé provenant de
centrales nucléaires le long de la côte,
jusqu’à son installation d’entreposage
provisoire de combustible nucléaire
usé.
« L’exercice de terrain a constitué une
excellente occasion de formation dans
une situation réaliste, non seulement
pour l’organisme de réglementation,
les gardes-côtes et l’unité de police
antiterroriste, mais aussi pour la
compagnie chargée des opérations de
transport », a affirmé Tommy Nielsen,
directeur de l’exercice, de l’Autorité
suédoise de sûreté radiologique. « Il
a aussi permis à la Suède d’améliorer
encore son système national de sécurité
du transport », a-t-il ajouté.
L’AIEA a examiné le système de
sécurité du transport nucléaire de la
Suède en 2011 et a donné des conseils
sur la mise en œuvre des normes
internationales et des orientations
de l’AIEA relatives à la protection
physique des matières nucléaires, des
autres matières radioactives et des
installations associées, concernant
notamment les bonnes pratiques, les
recommandations d’amélioration et les
activités de suivi.
Un hélicoptère aide à reprendre le contrôle du navire lors de l’exercice sur le terrain.
(Photo : police suédoise)
Un scénario en mer
L’exercice sur le terrain, grandeur
réelle, a suivi un scénario complet,
qui attribuait aux autorités nationales
la surveillance du M/S Sigrid, navire
spécialement construit transportant
un chargement de faux combustible
nucléaire usé provenant de la centrale
nucléaire de Forsmark. Comme le
prévoyait le scénario, le navire, qui
avait mis le cap sur le sud, se dirigeant
vers une installation d’entreposage
provisoire, a été intercepté par un
groupe armé non identifié qui en a pris
le contrôle et a forcé l’équipage à obéir
à ses instructions.
Les autorités sont alors entrées en
action. Grâce aux plans préparés,
à une coordination étroite et à une
formation poussée, le personnel
de l’Autorité suédoise de sûreté
radiologique, de la police nationale,
des gardes-côtes et de la Société
suédoise de gestion du combustible et
des déchets nucléaires ont collaboré
pour reprendre le contrôle du navire.
Leurs plans d’action avaient été
minutieusement élaborés sur la base
de la réglementation nationale et de
la formation suivie, ainsi que des
principes directeurs de l’AIEA sur la
sécurité du transport nucléaire et des
exercices préparatoires. La stratégie de
sécurité du transport était aussi fondée
sur les résultats d’un exercice sur
table, organisé en février 2015 dans le
cadre de la préparation de l’exercice,
auquel avaient pris part quelque 100
participants et observateurs.
« Il est essentiel que mon personnel
puisse s’exercer dans des conditions
réalistes », a affirmé Göran Kessell,
chef de la police suédoise. « La
coopération avec les gardes-côtes et
l’appui fourni par les autres parties
prenantes ont été cruciaux pour la
planification de notre action et la
reprise du contrôle du navire en pleine
mer », a-t-il ajouté.
Tout au long de la journée, des
informations en temps réel sur le
déroulement de l’exercice sur le terrain
ont été envoyées à des observateurs
de l’AIEA et de 15 pays qui ont suivi
IAEA Bulletin – juin 2015 | 27
Bull562-June2015_FR.indd 27
2015-10-22 10:38:18
Infos AIEA / Publications AIEA
et analysé l’exercice depuis une
installation à terre située à proximité.
Les participants des différents pays,
qui étaient plus d’une quarantaine, ont
beaucoup appris sur les exercices de
ce type.
Steve Skelton, inspecteur principal du
Bureau de la réglementation nucléaire
du Royaume-Uni, a fait remarquer que
des activités comme celle-ci aidaient à
renforcer les normes de sécurité dans
les différents États et contribuaient
à une approche cohérente, sûre et
sécurisée du transport des matières
nucléaires.
Un guide pratique sur les
exercices qui arrive en temps
opportun
Les résultats de l’exercice pilote,
effectué du 5 au 7 mai 2015, serviront
à améliorer le guide de l’AIEA,
car ils complèteront ceux obtenus
dans le cadre de l’exercice sur table
et les contributions d’experts de
plusieurs États Membres et d’autres
organisations partenaires.
« Le guide concernant l’exercice sur
la sécurité du transport sera un outil
utile à l’AIEA pour aider les États qui
le souhaitent à mettre en œuvre ses
recommandations et ses orientations
en matière de sécurité du transport »,
a affirmé Khammar Mrabit, directeur
de la Division de la sécurité nucléaire
de l’AIEA. « Des exercices sur table
et sur le terrain devraient être effectués
pour tester et valider les plans de
sécurité du transport. Aucun plan ne
peut être meilleur que celui qui aura
été testé lors d’un exercice. L’Agence
est prête à continuer à aider les États
dans ce domaine » a-t-il indiqué.
Par Stig Isaksson et Nicole Jawerth
Nouvelles publications
Le rapport intitulé
The 2014 Climate Change and Nuclear Power
CLIMATE CHANGE
AND
NUCLEAR POWER
2014
présente une analyse approfondie du rôle de l’énergie d’origine nucléaire dans l’atténuation
du changement climatique et la façon dont l’électronucléaire aide à faire face à d’autres
défis en matière de développement et d’environnement. Il examine les avantages que
présente pour l’environnement l’utilisation de l’énergie nucléaire pour aider à réduire
la pollution de l’air au niveau local et régional, ainsi que des mesures d’adaptation au
changement climatique, comme le dessalement de l’eau de mer ou la protection contre les
fluctuations de l’énergie hydroélectrique.
Le rapport examine également des questions plus vastes, comme les coûts, la sûreté, la
gestion des déchets et les faits nouveaux en matière de technologie. De plus, il présente
les projections faites par l’AIEA en 2014 en matière d’électronucléaire et traite de
questions nouvelles qui auront un impact sur le lien entre le changement climatique et
l’électronucléaire au cours des prochaines décennies.
@
L’édition de 2015 sera publiée au cours du dernier trimestre de cette année.
www-pub.iaea.org/books/IAEABooks/10771/Climate-Change-and-Nuclear-Power-2014
La publication intitulée
Use of Radiotracers to Study Surface Water Processes
est un document de référence clé pour toutes les personnes qui sont directement ou
indirectement concernées par les processus liés aux eaux de surface. Elle constitue une
base de connaissances permettant d’effectuer des études à l’aide de radiotraceurs dans
des environnements marins et terrestres. Les traceurs radioactifs, ou radiotraceurs,
sont des composés chimiques dans lesquels un ou plusieurs atomes ont été remplacés
par un radio-isotope. Ils peuvent être extrêmement utiles pour étudier des processus
naturels et anthropiques, comme le changement climatique, qui modifient le flux et la
qualité des eaux et ont un impact direct sur les vies humaines. Cette publication décrit
en détail la technologie des radiotraceurs, ainsi que les méthodologies, les conceptions
d’études, les mesures et les analyses faisant appel aux radiotraceurs. De plus, elle donne
des orientations relatives à la formation à l’utilisation des radiotraceurs et relate des
expériences liées à l’environnement dans cinq États Membres (l’Australie, le Brésil, la
France, la République de Corée et la Suède), lesquelles fournissent des informations sur la
manière d’effectuer des études en utilisant des traceurs radioactifs.
www-pub.iaea.org/books/IAEABooks/10689/Use-of-Radiotracers-to-Study-Surface-Water-Processes
28 | IAEA Bulletin – juin 2015
Bull562-June2015_FR.indd 28
2015-10-22 10:38:19
Réunions AIEA
L’ATOME DANS L’INDUSTRIE
Un rayon d’espoir pour le développement
Quelles sont les applications de la technologie des rayonnements et quels avantages
nous procurent-elles au quotidien ? Mises à part la production d’électricité et le
traitement du cancer, le large éventail d’applications des techniques nucléaires est
méconnu du public.
Cette année, le forum scientifique, qui se tiendra les 15 et 16 septembre 2015, en
marge de la 59e Conférence générale de l’AIEA, montrera que la technologie des
rayonnements trouve des applications dans de nombreuses industries.
Ce forum, intitulé « L’atome dans l’industrie – La technologie des rayonnements au
service du développement », permettra aux participants, à savoir des experts, des
industriels et des chercheurs, d’examiner les meilleures pratiques industrielles dans le
monde et servira de cadre pour l’échange d’idées sur la manière dont cette technologie
peut être appliquée pour stimuler le développement.
À vo
s ag
en
das
Foru
m sc
sur l
i
es a entifique
pplic
indus
atio
tr
tech ielles de ns
no
la
rayo logie de
s
nnem
ents
!
Vien
15 e
ne
t 16
sept
emb
re 2
015
« L’AIEA s’emploie essentiellement à aider les pays à tirer profit de l’utilisation
pacifique de la technologie nucléaire. Nous offrons une assistance dans des domaines
tels que la santé humaine et animale, la sécurité alimentaire, la gestion de l’eau, la
production d’électricité et la protection de l’environnement, pour ne citer que quelques
exemples », a déclaré Yukiya Amano, Directeur général de l’AIEA.
En 2014, plus de 130 pays ont bénéficié d’un appui dans le cadre du programme de
coopération technique de l’AIEA. Les gens associent so uvent la technologie nucléaire
à la production d’électricité, alors que 80 % des États Membres de l’AIEA n’ont pas
de programme électronucléaire.
Que ce soit dans les voitures, les trains ou les avions que nous prenons chaque jour,
dans les câbles qui fournissent l’électricité nécessaire à nos activités quotidiennes ou
dans les instruments servant à mesurer la sûreté de nos habitations, les techniques
nucléaires sont largement utilisées pour répondre aux besoins de la vie moderne.
Les rayonnements offrent un moyen efficace de tuer les microbes et les organismes
nuisibles dans le secteur des soins de santé et dans l’industrie alimentaire. De plus, les
techniques radiologiques permettent de mesurer et d’éliminer de manière écologique
les polluants des cours d’eau, et de tester et modifier les propriétés de matériaux afin
d’améliorer leur structure et leur résilience.
Le forum scientifique sera aussi l’occasion d’examiner les applications innovantes
de la technologie des rayonnements, par exemple pour la conservation du patrimoine
culturel et la transformation de matières écologiques nouvelles, et d’analyser comment
les techniques faisant appel aux rayonnements peuvent contribuer à accroître la
productivité.
« Nous voulons étudier de plus près le rôle que les techniques nucléaires peuvent jouer
dans l’industrie des pays en développement et déterminer, en coopération avec les
États Membres et d’autres partenaires, comment nous pouvons fournir une aide dans
des domaines prioritaires où ces techniques peuvent apporter une valeur ajoutée », a
dit M. Amano.
Pour plus d’informations, consultez le site www-pub.iaea.org/iaeameetings/46532/
Scientific-Forum-Atoms-in-Industry-Radiation-Technology-for-Development
Par Luciana Viegas
Bull562-June2015_FR.indd 3
2015-10-22 10:38:19
International Atomic Energy Agency Scientific Forum
ATOMS IN INDUSTRY
Radiation Technology
for Development
CN–230
ISSN 0251-4044
Bull562-June2015_FR.indd 4
15-10431
15–16 September 2015, Vienna, Austria
Boardroom D, C Building, 4th Floor
15-15292
2015-10-22 10:38:20
Was this manual useful for you? yes no
Thank you for your participation!

* Your assessment is very important for improving the work of artificial intelligence, which forms the content of this project

Download PDF

advertisement