UNIL2007

UNIL2007
No
17
.
Avril 2007
DOSSIER :
TRANSFORMATIONS
URBAINES ET
URBANISME
DURABLE
Sommaire
EN VUE
Les quartiers durables :
entre réussite écologique et (in)justice environnementale ?
2
DOSSIER
Vers un urbanisme
durable
3
BONNES
PRATIQUES
7
PRE-VUES
8
L’émergence de la référence à la durabilité dans le champ de l’urbanisme n’est pas le
fruit du hasard. Les trois dernières décennies ont été marquées par un redéploiement
généralisé des zones urbaines caractérisé par une dispersion progressive de l’habitat
et des infrastructures et la séparation de plus en plus nette des activités (habitation,
travail, commerce, loisirs, etc.). L’étalement urbain a fourni aux groupes sociaux les
plus aisés une multiplicité d’espaces, à urbanité plus ou moins complète, convenant
aux styles d’habiter et à la symbolisation de la réussite sociale. Cependant, il a
aussi amplifié l’écartement de l’espace social, renforcé la croissance du trafic
automobile et contribué à la dégradation des ressources environnementales. Le
nouveau régime d’urbanisation remet en question la définition de la ville, son mode
de fonctionnement, son tissu de relations et ses usages quotidiens, sa relation à
l’environnement proche et lointain. La ville extensive, avec ses divisions et ses
aménagements réticulés, semble avoir rompu l’alliance entre les hommes et les
lieux.
L’urbanisme fonctionnaliste a amplifié ces tendances. L’effacement des échelles
d’aménagement de proximité face à l’emprise des grands équipements
d’agglomération, le zonage programmé, le recours aux extensions urbaines comme
solution de facilité, l’oubli de la dépendance automobile et l’insouciance de la maîtrise
de l’empreinte écologique des villes (gaspillage de matières premières et sources
d’énergie fossiles, dégradation de l’air, de l’eau et du sol, volume de déchets), sont
désormais des dimensions constitutives de la « nouvelle question urbaine ».
L’urbanisme durable exprime une prise de conscience des risques sociaux et
environnementaux qui pèsent sur l’espace urbain. On peut le définir provisoirement
comme une tentative de densification intelligente et d’agencement différencié des
espaces urbains procurant une qualité du cadre de vie à tous les habitants sans
compromettre la reproduction à long terme des systèmes naturel, immobilier et
socioéconomique. L’urbanisme durable constitue aujourd’hui un champ nécessitant
de confronter et de croiser les disciplines. Il est aussi constitutif d’un projet de
société qui cherche à intègrer les préoccupations des professionnels et des différents
acteurs de la ville dans le processus de décision. Sa mise en œuvre nous engage
à concevoir des projets urbains innovateurs, déclinés et articulés aux différentes
échelles, du quartier à l’agglomération. Sa réussite semble exiger une forte volonté
politique, l’activation des outils de la maîtrise foncière et de l’aménagement
de l’espace construit, l’engagement des investisseurs privés et de nouvelles
compétences techniques ainsi qu'une meilleure prise en compte des aspirations des
habitants dans la conception et la réalisation des projets urbains. • AC
Vues sur la ville
1
en vue
Les
quartiers
durables :
entre
réussite écologique et (in)justice
environnementale ?
Les engagements pris à Rio et à
Aalborg exigent que des transformations dans nos manières de faire nos
villes soient enfin entreprises. Face
aux multiples enjeux posés par l’étalement urbain, dans un contexte global
de changement climatique et d’épuisement des ressources, la planification
urbaine ne peut désormais plus faire
l’économie des questions d’utilisation
du sol, de maîtrise énergétique et de
gestion sociale.
Expériences exemplaires : petit tour
d’Europe du nord
A cet effet, des projets de quartiers
durables ont commencé à fleurir un peu
partout en Europe ces dernières années.
Malgré les divergences nationales, ces
expériences se rejoignent sur une volonté
commune de créer un cadre de vie de
qualité, dans une optique de maîtrise des
ressources et de respect de l’environnement, en co-production avec les (futurs)
habitants. Densité, mixité fonctionnelle,
constructions
écologiques,
utilisation
d’énergies renouvelables, toitures végétalisées, récupération des eaux de pluie, tri
sélectif des déchets, réduction de l’espace
voué à la voiture, verdissement des rues,
aménagements paysagers, mixité sociale
et participation sont les caractéristiques
pratiquement communes à tous les projets. Les expériences menées en Suède
(Bo01 à Malmö, Hammarby Sjöstad à
Stockholm), en Finlande (Viiki à Helsinki),
en Allemagne (Vauban et Riesenfeld à
Freiburg, Kronsberg à Hanovre), aux PaysBas (Vesterbro à Copenhague, Leidsche
Rijn à Utrecht), ou encore en GrandeBretagne (BedZED à Beddington)1, constituent autant de projets pilotes visant à
mettre en œuvre le développement durable
dans la (re)construction de la ville.
Si la plupart de ces quartiers émergent de
terrains en friches – anciens sites portuaires, militaires et industriels, terres agricoles, polders –, quelques rares projets visent
le renouvellement urbain du tissu existant.
La métamorphose du quartier de Vesterbro
à Copenhague est à cet égard particulièrement intéressant : ce quartier central de
6000 habitants logés dans des bâtiments
pour la plupart insalubres, caractérisé par
une population très précaire et fortement
touchée par le chômage, en processus
de ghettoisation, est transformé au cours
2
Vues sur la ville
des années 1990 en un quartier de 34’000
habitants, mixte socialement, où les cours
intérieures deviennent espaces verts,
les bâtiments intègrent des technologies
d’économie d’énergie, sont raccordés au
système de chauffage urbain, et permettent la récupération des eaux pluviales.
La population du quartier a été associée
de manière active au projet dès la planification2. Au final, les émissions de CO2 ont
été réduites à 1.1 t/an/hab., soit le tiers
de la production d’un Danois moyen3. Seul
bémol: le coût de la rénovation qui s'est
élevé à 2280 euros/m2, absorbé par des
subventions étatiques et européennes.
Une question de sensibilité nationale
Derrière cette « étiquette » de quartier
durable se cachent cependant des expériences très diverses, influencées par les
approches nationales de développement
durable. Les pays scandinaves et de la
dorsale européenne ont développé des
approches centrées sur les questions
énergétiques ; les uns à cause des enjeux
climatiques (Scandinavie, Royaume-Uni,
Danemark, Pays-Bas) les autres de la
rareté du sol (pays alpins). Les pays méditerranéens accordent eux plus d’attention
au thème de la qualité de vie; l’accent est
donc mis sur les espaces publics, le patrimoine, l’identité des lieux4.
Quid du territoire ordinaire ?
Or, si les expériences méditerranéennes
peinent à intégrer les dimensions écologiques dans la fabrication urbaine, les quartiers dits durables des pays « du nord »
pèchent eux souvent du côté social ; ces
quartiers tendent parfois à constituer des
vitrines écologiques high-tech à destination des classes aisées. L’émergence de
ces quartiers pose donc la question de la
justice environnementale au travers du
territoire. Plus largement, alors que ces
quartiers exemplaires font, et à raison,
beaucoup d’émules en Suisse notamment,
il s’agit de s’interroger sur l’intégration des
principes d’urbanisme durable non seulement dans la création de quartiers pilotes,
utiles en tant que lieux d’apprentissage,
mais aussi et surtout à l’ensemble du territoire « ordinaire ». • Mt
Références:
1 Projets répertoriés
par l’ARENE (cf ci-dessous) et par Outrequin
P., Charlot Valieu, C.
(2004) Analyse de
projets de quartiers
durables en Europe.
2 au Danemark, la loi
impose aux habitants
de participer aux
projets de rénovation
depuis 1986. La moitié
des ménages sont
propriétaires de leur
logement.
3 ARENE Ile-de-France
(Avril 2005) Quartiers
durables. Guide d’expérience européennes.
4 Emelianoff Cyria.
Les villes européennes
face au développement durable : une
floraison d’initiatives
sur fond de désengagement politique.
dossier
VERS UN URBANISME DURABLE
« Notre sens de
l’harmonie nous
vient de la nature.
Si nous sommes
sensibles à ses
oeuvres, c'est que
nous appartenons à
son système"
Le Corbusier (1924)
Le rôle essentiel de l’urbanisme durable
est de garantir la qualité urbaine. Depuis
au moins vingt ans, beaucoup de notions
importantes pour le développement urbain
durable font partie de la formation des urbanistes et gestionnaires de l’aménagement
urbain. La multiplication des éco-quartiers
en Europe témoigne de la nouvelle préoccupation écologique. Mais l’urbanisme durable est avant tout un processus participatif
intégrant les critères environnementaux,
sociaux et économiques à la prise de décision relative à la gestion et à l’édification
de la ville. Récusant le mirage des mots,
nous voulons tenter de définir ici une série
de dix énoncés schématiques (et ideauxtypes) permettant de préciser les différentes dimensions du concept d’urbanisme
durable. Il est indispensable d’inventer de
nouvelles modalités d’aménagement capables de garantir la valeur anthropologique
des espaces urbains, la reproduction des
ressources sur le long terme et d’orienter
l’économie générale des projets urbains aux
différentes échelles d’urbanisme.
1. Une démarche de projet : un mode
d’action global et transversal axé sur la
qualité urbaine
L’urbanisme durable s’inscrit dans les
démarches de projet. Il se définit comme
une approche opérationnelle, de programmation ouverte et participative, applicable
à toutes les étapes clefs des projets d’aménagement et d’urbanisme : identification
des enjeux de développement urbain, réalisation d’études préalables et diagnostic,
choix d’orientations stratégiques, définition
du projet, établissement du programme des
actions et phase opérationnelle. L’urbanisme
durable œuvre pour une démarche de
haute qualité environnementale, qualité
qui se concrétise par : une gestion foncière
active et un travail sur les formes urbaines
(densifications différenciées, restructuration polycentrique des noyaux d’urbanité,
rénovations et requalifications, nouvelles
typologies d’habitat, etc.) ; la maîtrise du
trafic automobile grâce à une politique de
déplacements et de stationnement qui redéfinit la voirie et privilégie les transports en
commun ; la maîtrise des nuisances (pollution de l’eau, nuisances sonores et pollution
atmosphérique) et la gestion des déchets ;
l’offre diversifiée d’énergie ; la valorisation
des paysages urbains et de la gestion écologique du patrimoine végétal urbain. La
haute qualité environnementale ne doit pas
aller à l’encontre des objectifs économiques et sociaux. L’urbanisme durable offre
aux différents acteurs de l’aménagement
et de la ville une base de réflexion solide
pour l’intégration des dimensions du développement durable aux différentes échelles
de l’action collective et dans les différentes
phases du projet urbain.
2. Une approche multiscalaire des
enjeux
d’aménagement
urbain :
articuler les échelles d’urbanité
La transformation du régime urbain, le
changement d’échelle de l’urbanisation
contemporaine, le maillage des réseaux
d’équipements urbains par les grands systèmes de circulation et les artères à grand
trafic de la ville étalée tendent à occulter
la nécessité d’un aménagement de proximité. L’urbanité durable est précisément
le résultat de l’articulation des échelles et
de l’ajustement réciproque des formes des
tissus urbains aux exigences de la reproduction du lien social et de la qualification
des cadres de vie. La maîtrise du cadre
spatial de la ville étalée engage un dispositif d’aménagement articulant trois échelles
complémentaires de conception et de mise
en oeuvre du projet urbain durable :
a.
l’échelle territoriale de « l’urbanisme cinétique » permet de penser l’organisation urbaine en termes de fluidité des
déplacements, d’accessibilité aux grands
réseaux de mobilité, de tracés, de maillage
des grands équipements reliés entre eux
et à la région urbaine et métropolitaine par
des transports publics performants ; c’est
l’échelle du projet d’agglomération et des
schémas directeurs d’urbanisme.
b.
l’échelle intermédiaire se décline
dans des opérations d’urbanisme concerté
qui peuvent être engagées dans l’aménagement d’espaces publics et des réseaux
structurants au niveau d’un secteur, d’une
ou de plusieurs communes.
c.
l’échelle locale, de la trame des
quartiers, de l’îlot et de la rue, intègre
la nécessité d’un « urbanisme de proximité ». Il comprend des dispositifs d’habitat écologiques, porteur d’ambiances
urbaines, d’espaces publics de qualité,
d’un cadre de vie dispensateur de services
de proximité (écoles, garderies, arrêts de
bus, espaces verts, ludiques, etc.) mais
aussi de sens et de sociabilité.
Vues sur la ville
3
dossier
L'Urbanisme
durable est le
développement
qui procure des
services économiques, sociaux et
environnementaux
fondamentaux à
tous les habitants
sans compromettre la viabilité des
systèmes naturels,
immobilier et social
dont dépend la
fourniture de ces
services.
Cette échelle se décline dans les plans
d’affectation, les règlements de construction, les opérations de réamén gement des
quartiers.
3. Densifier, édifier des noyaux
d’urbanité:
le
polycentrisme
en
réseau comme structure générative et
instrument de lisibilité spatiale
L’urbanisation dispersée, fragmentée, a
mis en crise les échelles intermédiaires de
l’aménagement urbain. À l’asservissement
des centres à la circulation automobile
s’ajoutent le mitage périurbain et le saupoudrage des infrastructures suburbaines.
Il est indiscutable que « l’urbain n’est
pas synonyme d’urbanité ». L’urbanisme
durable est à rechercher dans une politique de « reconstruction de la ville sur la
ville », dans l’optimisation des contraintes
de déplacement et dans l’invention de
formes urbaines polycentrées, génératrices d’une densification différenciée et
qualifiée, moins consommatrice d'espace.
La densification dépasse la dimension
quantitative de valorisation économique
et écologique du sol. Il faut travailler les
densités de manière positive : proximité
des transports publics et des services,
maîtrise de la dépendance énergétique et
des émissions polluantes, préservation de
la valeur paysagère des espaces agricoles
et des zones vertes à proximité (green
belts, doigts de gant, etc.). Densifier un
espace, c’est aussi lui conférer une capacité évolutive, générative de polarisations
maîtrisées. Un consensus émerge sur des
formes de densification polycentrées, formes qui réorganisent la grande ville et le
paysage des zones suburbaines et périurbaines par l’affirmation verticale de noyaux
d’urbanité et de centralités périphériques
différenciées. Le modèle polycentrique en
réseau vise un objectif de densification
accessible, dans lequel les fonctions du
centre principal peuvent être dispersées en
plusieurs centres, éventuellement spécialisés et reliés par des transports publics aux
différentes couronnes urbaines. La densification polycentrée est un moyen d’offrir
une alternative à l’extension des villes et à
la compacité à outrance.
4.
Des
noyaux
d’urbanité
aux
mixité(s) :
l’urbanisme
durable
comme hétérogenèse
Bien que tout le monde semble convaincu
qu’il faut abandonner le zonage urbain
monofonctionnel, l’urbanisation continue
à produire des lotissements pavillonnaires,
des centres commerciaux et des parcs
4
Vues sur la ville
de loisirs et d’affaires bien distincts dans le
territoire. Celui-ci impose par effet inducteur
l’amplification des circulations automobiles et
la partition sociale de ces étendues.
L’urbanisme durable est un principe actif de
territorialisation qui insiste sur les processus
à activer pour sortir de la fabrication d’espaces monofonctionnels. Densification et
hétérogenèse constituent un couple étroitement lié. La mixité des fonctions, mais aussi
des microformes urbaines et des groupes
socio-culturels dépend de la densité et de
l’échelle concernée : îlot, quartier, ville, etc.
Cependant, l’objectif visé est toujours identique : rechercher la qualité urbaine et l’émergence du lien social, réduire les demandes de
déplacements et les risques de ségrégation
résidentielle par une hétérogenèse des morphologies, des ambiances et des activités
urbaines permettant de faciliter l’accès de
tous les citadins aux aménités de la ville.
5. L’urbanisme durable comme vecteur
de maîtrise des flux urbains
L’urbanisme durable implique une nouvelle
manière de penser la ville. Il s’agit non seulement de maîtriser l’occupation des sols et
la localisation des activités et des fonctions
urbaines, mais aussi de gérer la dynamique
des flux urbains. La gestion des réseaux
techniques constitue une base essentielle de
la régulation des métabolismes urbains. Il
s’agit de disposer d’eau de qualité en volume
suffisant, d’énergies diversifiées, de collecter
et de traiter les déchets, d’échanger des
informations, de transporter des biens et des
marchandises et de se déplacer.
Les réseaux techniques permettent l’articulation de « l’urbanisme cinétique » à « l’urbanisme de proximité ». A titre d'exemple,
l’urbanisme durable attribue au réseau de
transports un effet structurant sur des affectations très dynamiques. Réciproquement,
il est communément admis que la morphologie urbaine, c’est-à-dire les modalités de
densification des aménagements, influe sur
les modalités de déplacement. L’expérience
montre que les investissements en faveur
des transports publics sont inefficaces tant
qu’ils ne se combinent pas avec des mesures d’aménagement spatial (par exemple:
renforcement du réseau de boulevards périphériques, redéfinition de la voirie, parkings
de dissuasion). L’objectif est de construire
un lien systématique entre la densification,
l’implantation d’un pôle et les pratiques
de mobilité à privilégier. Les enjeux de la
mise en cohérence entre l’urbanisme et les
déplacements sont à la fois sociaux, environnementaux et sanitaires (ADEME, 2006 ;
p. 205).
dossier
6. Quartiers durables, densité et haute
qualité environnementale : réhabiliter
l’urbanisme de proximité
La mise en œuvre d’opérations aux « échelles
mineures » de l’aménagement est un horizon
incontournable de la qualité urbaine. Le quartier est le principal cadre de vie de la population. La notion désigne généralement le lieu
d’habitation, c’est-à-dire le logement et les
espaces qui lui sont immédiatement contigus.
Au-delà des déterminants taxonomiques, la
notion de quartier renvoie à l’idée d’une valorisation de l’espace du voisinage. Cependant,
rien ne permet, a priori, d’indiquer que les
pratiques de sociabilité se fassent « électivement » dans l’espace proche en articulation
avec le reste de l’espace urbain. Pas plus
qu’on ne peut supposer que la multiplication
des mobilités d’agglomération soit un obstacle à l’investissement de voisinages et à la
construction de liens forts dans une échelle
de proximité.
L’urbanisme durable doit intégrer des noyaux
ou des fragments de ville anciens et de
nouveaux quartiers à inventer. Cependant,
ils doivent être référables à une échelle de
proximité soucieuse de la qualité résidentielle, de la qualité des relations de voisinage,
de l’aménagement d’équipements d’espaces
publics accueillants, de l’intégration des constructions dans les sites et de la perméabilité
des espaces internes et externes.
L’essor et la multiplication des éco-quartiers
en Europe, souligne l’effort de la transposition
de la notion de durabilité dans le domaine de
l’urbanisme de proximité et de l’architecture
écologique. On constate en Europe de plus
en plus d’opérations de construction affichant
la volonté d’offrir le maximum de confort aux
usagers tout en préservant les ressources
naturelles.
7. Qualifier l’espace urbain à travers la
valorisation différenciée des espaces
publics
Contrairement aux espaces privatifs, individuels ou collectifs, les espaces publics sont
les espaces du « visible » définis comme
des lieux accessibles à des pratiques de
co-présence. A l’échelle de la ville et de
l’agglomération, l’espace public est en partie
structuré par le réseau hiérarchisé de voiries
et une armature de bâtiments qui abritent
des services collectifs (Bassand et al., 2001 ;
Toussaint et Zimmermann, 2001). A l’échelle
des quartiers, il peut être analysé comme un
ensemble d’espaces intermédiaires assurant
les transitions entre le logements et les spatialités de voisinage.
Dans ce domaine, l’enjeu de l’urbanisme
durable consiste à construire des cadres
d’action opératoires permettant de requalifier les bâtiments et les espaces publics en
améliorant à la fois leur fonctionnement,
leur esthétique et leur valeur d’usage.
La qualité de l’espace public (fonctionnalité, naturalité, propreté, sécurité, intensité
et flexibilité des usages, ludicité, esthétique, etc.) est le premier service public
de la ville. L’espace public de l’urbanisme
durable est continu, accessible, différencié, varié et partagé. En revendiquant la
mixité fonctionnelle et sociale comme un
atout pour favoriser l’urbanité, les relations
sociales et limiter l’impact environnemental du fonctionnement urbain, l’urbanisme
durable s’oppose à la contradiction avec la
volonté d’établir des espaces aux limites
claires et aux usages précis. La conception
et la mise en oeuvre de l’urbanisme durable doit s’accompagner de compensations
qualitatives pouvant contribuer à rendre
acceptable une certaine compacité des formes urbaines et la pluralité des usages de
l’espace public.
8. Les espaces verts en réseau :
élément structurant du paysage
urbain
L’urbanisme durable attribue une fonction
centrale à la nature en milieu urbain. Du
point de vue écosystémique, celle-ci forme
en premier lieu un habitat pour la faune.
Elle a un effet filtrant sur les particules polluantes et agit comme régulateur microclimatique. Les espaces verts jouent aussi
un rôle cristallisateur, d’un point de vue
sociologique, en termes de diversification
et de mixité des usages sur le territoire
urbain. Ils constituent pour les citadins un
support privilégié pour la pratique d’activités de loisir et de délassement. Enfin, et
c’est peut-être leur rôle le plus important,
les infrastructures vertes, en tant qu’éléments de composition paysagère, forment
une respiration visuelle dans un contexte
essentiellement minéral. La végétation est,
de ce triple point de vue, une composante
essentielle de la qualité de vie en ville.
Penser et aménager la nature en milieu
urbain, c’est reconstruire en fin de compte
un lien entre nos implantations humaines
et le contexte bioclimatique dans lequel
elles s’inscrivent.
L’urbanisme durable plaide pour une véritable articulation en réseau de tous les espaces de nature en ville : des parcs prestigieux
aux plantes pionnières des friches urbaines,
des haies bordant les lotissements de villas
aux bosquets résiduels. Cette articulation
Vues sur la ville
5
dossier
Bibliographie
ADEME. 2006.
« Réussir un projet
d'urbansime durable
: méthode en 100
fiches pour une
approche environnementale de l'urbanisme (AEU) »,
Paris : Les Editions
du Moniteur.
Bassand et al.,
2001. « Vivre et
créer l'espace
public», Lausanne :
Presses polytechniques et universitaires romandes.
Gauzin Müller
Dominique. 2001.
« L’architecture
écologique », Paris :
les Editions du
Moniteur.
Haughton Graham.
1994. « Sustainable
cities », Londres :
Regional Studies
Association.
Liébard Alain, De
Herde André. 2005.
« Traité d'architecture et d'urbanisme
bioclimatique »,
Paris: les Editions
du Moniteur.
Outrequin P.,
Charlot-Valieu C.
2004. « Analyse de
projets de quartiers
durables en
Europe », Vol 3.
Valbonne: Les
Editions de la
Calade.
Toussaint Yves,
Zimmermann
Monique. « User,
observer, programmer et fabriquer
l'espace public »,
Lausanne : Presses
polytechniques
et universitaires
romandes.
doit être valorisée et pensée en terme de
continuité : trames, coulées et pénétrantes vertes permettent de relier la ville à sa
campagne, offrant des couloirs biologiques
pour une diversité d’espèces vivantes,
mais aussi des itinéraires de déplacement
et de promenade privilégiés pour les habitants. De tels itinéraires offrent une mise
en scène du paysage urbain et donnent à
voir la diversité qui la caractérise et en fait
sa richesse.
9. La maîtrise énergétique : un
urbanisme soucieux de la gestion des
ressources
Outre les industries, les bâtiments sont
aujourd’hui de grands consommateurs
d’énergie et de déchets, et cela tout au
long de leur cycle de vie : construction,
fonctionnement et démolition. Les expériences montrent que plusieurs modalités
peuvent avoir un impact positif sur cette
consommation
énergétique :
densité,
choix de l’implantation et de l’orientation
des bâtiments, alimentation en énergie
rationnelle, choix des matériaux, renforcement de l’isolation thermique, double
vitrage, appareils de chauffage performant, recyclage, etc. L’urbanisme durable
souhiate prendre en compte ces critères,
notamment par la création d’écoquartiers,
l’introduction de normes de construction,
de nouvelles gestions des chantiers et
de politiques incitatives (en matière de
transport par exemple). Il encourage
l’utilisation d’énergies vertes (bioéthanol,
biomasse, éolienne, énergie solaire, etc.)
afin de réduire les énergies fossiles et leurs
émissions polluantes.
Il en va de même aujourd’hui pour l’alimentation en eau potable des villes : cette
ressource naturelle se fait de plus en plus
rare. Sa consommation est donc soumise
à une réduction sous peine de pénurie.
L’urbanisme durable implique une meilleure maîtrise du cycle de l’eau (récupération
des eaux de pluie, recyclage de l’eau pour
l’arrosage et le nettoyage, traitement écologique des eaux usées). Il propose certaines solutions quant aux risques d’inondations: limitation de l’imperméabilisation
des sols par une meilleure répartition
des espaces minéral et végétal, planification plus judicieuse quant aux espaces
naturels, protection des cours d’eau, des
nappes phréatiques et des zones naturelles
sensibles.
Ces changements ne peuvent se réaliser
que sous couvert d’une volonté forte
de la part des pouvoirs publics d’opérer un changement de référentiels et
6
Vues sur la ville
de mentalités. A ce titre, un partenariat
avec les acteurs privés s’avèrent essentiel.
L’urbanisme durable implique donc une véritable « planification énergétique urbaine durable et transversale ».
10. La gouvernance comme outil
indispensable à la mise en œuvre
d’une action publique équitable et
démocratique
L’urbanisme durable invoque une nouvelle
forme de gestion de la ville qui se veut à
l’écoute de ceux qui « font la ville ». Le
principe de gouvernance urbaine se caractérise par une négociation avec les différents
acteurs et par l’intégration transversale des
politiques et des services de la Ville, au contraire d’une approche - encore aujourd’hui
- trop sectorielle. L’urbanisme durable, dans
sa gestion, doit pouvoir faire appel aux différentes compétences des professionnels, mais
également permettre et encourager la participation active des habitants. Cette « participation » ne doit pas rester une formule
creuse qui, sur papier, légitimerait la mise en
place d’un projet ou offrirait une validation à
l’obtention de subventions ou de crédits. De
même, pouvoirs publics, maîtres d’ouvrage et
professionnels doivent être prudents quant
à la formulation de leurs engagements :
consultation n’équivaut pas à participation.
Enfin, une participation durable est celle qui
ne tombe pas dans l’écueil de n’être l’apanage que d’une minorité mais celle qui, dans
la mesure du possible, vise l’ouverture ainsi
qu’une représentativité équitable.
L’urbanisme durable implique également
que les pouvoirs publiques composent avec
les acteurs privés dans le cadre de projets
urbains. Au delà de l’apport financier, une
collaboration avec les acteurs privés permet
d’associer ceux-ci à la logique durabiliste de
la qualité environnementale. La décision, fruit
d’une négociation entre tous les acteurs, est
donc une construction collective pour une
gestion urbaine intégrée, équitable et durable. • Ac, Sg, Yb
bonnes pratiques
Labellisation énergétique des bâtiments
publics à la ville de Lausanne
Dongtan , Chine : création d’une cité
durable
Lausanne s’est lancée dans la Campagne
européenne Display dont le but est de responsabiliser les citoyens sur ses consommations
énergétiques. Cette action vise à adapter aux
bâtiments publics l’étiquette des appareils
électroménagers, des lampes et des voitures,
permettant ainsi d’évaluer la consommation
d’énergie, l de l’eau et les émissions de CO2.
Depuis décembre 2005, la Ville de Lausanne
a analysé quelques 150 bâtiments et affiché l’étiquette Display dans 19 écoles ainsi
qu’à l’hôtel Guesthouse et au tribunal de
Montbenon. Elle a également mis en place des
programmes de sensibilisation d'élèves en leur
faisant prendre conscience qu’ils peuvent agir
sur la consommation d’eau ou d’énergie d’un
bâtiment. A ce jour, plus de 2500 élèves ont
participé à ce programme. Les concierges des
bâtiments et le personnel travaillant dans les
cuisines scolaires ont également été associés
à la réflexion. Parallèlement, d’autres actions
ont été entreprises pour promouvoir Display,
telles qu’une exposition devant le tribunal cantonal à Montbenon, un tour en vélo pour visiter
l’hôtel Guesthouse, le collège de Boissonnet et
le tribunal de Montbenon, des stands dans
des foires commerciales et des articles de
presse. Enfin, des échanges ont eu lieu avec
des municipalités d’Europe de l’Est autour de
ces actions.
La Chine sera confrontée à un exode rural
massif ces prochaines années ; les prévisions annoncent le besoins de construire
400 villes nouvelles ces quinze prochaines
années. Consciente de la nécessité d’orienter cette croissance de manière écologique,
Shangaï à souhaité créer une cité exemplaire dans l’île de Chongming, qui devrait
compter 50’000 à 80’000 habitants dans un
premier temps, pour atteindre le demi million en 2050. La ville de Dongtan, prévue
pour 2010 dans le cadre de l’Exposition universelle de Shangaï, sera autonome énergétiquement et sa consommation entièrement
basée sur les énergies renouvelables ; 80%
des déchets seront recyclés, les voitures
rouleront à l’hydrogène, les motos seront
interdites au profit des scooters électriques et du vélo. Une surface six fois plus
importante qu’à Copenhague sera dévolue au piéton, les routes dessinées pour
décourager l’utilisation de la voiture. Les
immeubles ne feront pas plus de 8 étages
et leurs toitures seront végétalisées pour
favoriser l’isolation et la récolte des eaux
de pluie. Au total, l’empreinte écologique
devrait être divisée par trois par rapport à
celle des habitants de la plupart des pays
occidentaux aujourd’hui pour atteindre ainsi
2ha/personne. La mixité sociale, des logements abordables et la création d’emplois
et de services sont également prévus.
Des logements durables Lausanne : la
méthode SMEO
Reste à savoir comment les habitants et
usagers de la ville de Dongtan s’approprieront cette ville écologique ; mais ce projet
démontre que la Chine tente de se donner
les moyens de répondre aux problèmes de
croissance urbaine et environnementaux
posés par son décollage économique.
Issu de Quartiers 21, un préavis a été adopté
en novembre 2005 visant la création de 3000
nouveaux logements conçus selon des critères
de construction écologique et mixtes socialement. A cet effet, la Ville a élaboré en partenariat avec l’EPFL une méthode de construction
qui sera appliquée à l’ensemble des nouveaux
logements. Cette méthode repose sur sept
critères : économie du sol, concept constructif, choix des matériaux, gestion du chantier,
utilisation du bâtiment, entretien et formation
et démolition en fin de vie. Ces critères sont
appliqués tout au long du cycle de vie des
bâtiments, soit, dès la phase de concours et
jusqu’à la démolition, en passant par le projet, l’exécution, et l’exploitation. La méthode
SMEO – sol, matériaux, énergies, eaux – vise
ainsi à systématiser les exigences du développement durable dans les projets issus du préavis 3000 logements. Quatre projets appliquant
cette méthode sont actuellement en cours :
64 logements Minergie éco à Victor Ruffy, 8
immeubles Minergie destinés aux aînés à Pra
Roman, 8 villas Minergie P au Communet, ainsi
que 12 logements chauffés à 100% par des
énergies renouv lables à Pra Bernard.
Le courant vert
On appelle courant vert l’électricité produite
par les technologies utilisant des sources
d’énergie renouvelable et ne portant pas
atteinte à l’environnement. En Suisse, de
plus en plus de distributeurs d'électricité
offrent à leurs clients la possibilité d'acheter ce courant. A titre d'exemple, les foyers
et les entreprises de Neuchâtel, Genève et
Lausanne peuvent souscrire des abonnements de courant vert provenant principalement de technologies utilisant le rayonnement solaire ou la force des vents auprès
de leurs distributeurs respectifs. Ces offres
permettent à leur tour de financer des centrales solaires ou des éoliennes. • Mt, Sg
Vues sur la ville
7
pré-vues
Mise à jour de l’Agenda 21 d’Yverdonles-Bains
Initié en 2001, l’Agenda 21 d’Yverdonles-Bains visait à jouer un rôle de guide
de référence pour la mise en place, la
coordination et l’évaluation d’actions publiques communales dans une perspective de
développement durable.
Même si toutes les actions prévues dans
l’Agenda 21 n’ont pas été mises en œuvre,
pour des raisons liées aux contraintes
budgétaires, au manque de personnel ou
à leur complexité, l’essentiel des projets a
été réalisé ou est en cours de réalisation.
La mise en œuvre de l’Agenda 21 d’Yverdon-les-Bains ne s’est toutefois pas faite
sans difficultés, que l’on peut résumer
ainsi: manque d’ancrage politique ; faible
implication de la société civile ; information déficiente (visibilité et monitoring
des actions relevant de l’Agenda 21).
Compte tenu de ce déficit d’information,
la Commission Agenda 21 de la commune
d’Yverdon-les-Bains a souhaité qu’une mise
à jour de l’Agenda 21 soit faite par l’Observatoire de la Ville et du Développement
durable, constituée par une évaluation de
la situation de la commune et une réflexion
quant aux thématiques et actions futures à
privilégier pour favoriser le développement
urbain durable de la commune. La mise à
jour de l’Agenda 21 a été fournie à la commune d’Yverdon-les-Bains fin mars 2007 et
sera communiquée aux élus et à la population dans les mois qui viennent.
Editeur : IRIS-Ecologie
Observatoire universitaire
de la Ville et du Développement durable
Ont collaboré à la rédaction de ce numéro : Antonio Da Cunha
(Ac), Béatrice Bochet (Bb) Yves Bonard (Yb), Jean-Philippe Dind
(Jd), Sandra Guinand (Sg), Christophe Mager (Cm), Marianne
Thomann (Mt)
Impression : Institut de Géographie, Université de Lausanne
8
Vues sur la ville
Etat des lieux de la commune de Sion
La notion d’aménagement du territoire,
quel que soit le niveau géographique dont il
relève, procède de la nécessité d’une vision
de l’organisation de l’espace orientée vers
l’avenir. Cependant pour percevoir le futur, il
faut comprendre le présent et faire un retour
sur le passé. Réviser un plan d’affectation,
comme l’envisage la commune de Sion, ne
peut, en conséquence, se faire efficacement
qu’à la condition que les décideurs disposent au préalable d’un “état des lieux” de
leur commune recensant, selon les données
disponibles, ses forces et ses faiblesses. Une
telle recherche permet de dégager les tendances principales, de signaler les principaux
problèmes et de saisir les enjeux – à gagner
ou à perdre – d’une action d’aménagement.
Elle fournit également quelques réflexions
pouvant nourrir une discussion sur les opportunités et les menaces risquant d’affecter à
terme la politique d’aménagement.
Ces analyses préliminaires n’ont toutefois de
sens qu’à la condition de les inscrire dans un
cadre de référence explicite, permettant de
juger qualitativement des mesures obtenues.
Parce qu’il est un principe d’action visant à
concilier le développement économique, la
cohésion sociale, les impératifs écologiques
et la qualité des cadres de vie à travers un
ensemble d’objectifs de long terme et de
processus de prise de décision concertée,
le développement durable est un référentiel adapté. L’Observatoire de la Ville et du
Développement durable a été mandaté pour
faire cet état des lieux et répondre aux questions suivantes : Qu’en est-il de la durabilité
de la commune de Sion et de son agglomération? Comment l’évaluer? Quels indicateurs
faut-il privilégier? Que dire de son ‘état des
lieux’ comparée à d’autres communes valaisannes? Quels sont les enjeux auxquels elle
est confrontée et dont les autorités politiques
devront tenir compte lors de la révision du
plan d’affectation? Le rapport final est prévu
pour fin mai 2007. • Cm
Toute correspondance est à adresser à
l’Observatoire universitaire de la Ville
et du Développement durable, Institut
de Géographie, Université de Lausanne,
Dorigny-Anthropole, CH-1015 Lausanne
Téléphone : ++41 21/692 30 70
Fax : ++41 21/692 30 75
Courriel : [email protected]
Tirage: 1’300 ex.
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