La violence et adolescentes au Nouveau-Brunswick : Sommaire de deux études

La violence et adolescentes au Nouveau-Brunswick : Sommaire de deux études
La violence dans les fréquentations ...
The Muriel McQueen Fergusson Centre for
Family Violence Research
UNIVERSITÉ DU NOUVEAU-BRUNSWICK
SÉRIE D’ARTICLE DE RECHERCHE
NUMÉRO 2, JANVIER, 2000
La violence dans les fréquentations chez les adolescents
et adolescentes au Nouveau-Brunswick :
Sommaire de deux études
Par
L’Équipe de recherche ‘Violence dans les fréquentations chez la population
adolescente’
La violence dans les fréquentations ...
Équipe de recherche
Auteurs :
E. LISA PRICE, M.A.
E. SANDRA BYERS, PH.D
HEATHER A. SEARS, PH.D
JOHN WHELAN, M.SC
MARCELLE SAINT-PIERRE, M.S.W
Les autres membres de l’équipe de recherche sur la violence dans les fréquentations qui ont contribué à
cette recherche sont : Nicole Belliveau, Robert Bonner, Bruno Caron, Cynthia Davis, Daniel Doiron,
Ian Greenougn, Alice Guérette-Breau, Leslie Ilicks, Aline Landry, Brigitte Lavoie,
Margaret Layden-Oreto, Linda Légère, Suzanne Lemieux, Marie-Berthe Lirette, Gabrielle Maillet,
Carol McMullin et Rebecca Moore
La violence dans les fréquentations ...
Sommaire de deux études1
La violence conjugale constitue un grave problème au Canada. Toutefois, ce n’est que depuis peu que la
violence dans les fréquentations chez les adolescents fait lobjet de recherches. Des études ont néanmoins
révélé que les fréquentations hétérosexuelles de nombreux adolescents sont souvent empreintes de violence
psychologique, physique et sexuelle (Gagné, Lavoie, & Hébert, 1994; Mercer, 1988; Pedersen & Thomas,
1992). Certaines études ont aussi montré que la violence dans les fréquentations peut commencer dès l’âge
de 13 ans (Mercer, 1988; Smith & Williams, 1992) et se poursuivre pendant toute l’adolescence (Roscoe &
Callahan, 1985) de même qu’à l’âge adulte (Marshall & Rose, 1990). Par exemple, dans une étude menée
auprès d’élèves du secondaire au Québec, Gagné et Lavoie (1995) ont constaté que 16 % des filles et 25 %
des garçons avaient subi une certaine forme de violence physique. De même, Jaffe, Sudermann, Reitzel et
Killip (1992) ont constaté que 24 % des filles et 16 % des garçons fréquentant l’école secondaire en Ontario
avaient été victimes de * violence verbale + de la part d’un partenaire. Dans leurs travaux auprès
d’adolescents du Québec ayant de 15 à 19 ans, Poitras et Lavoie (1995) ont découvert que 54 % des filles et
13 % des garçons ont subi des contraintes sexuelles dans leurs fréquentations. Cependant, rares sont les
études qui ont porté sur les trois formes de violence (psychologique, physique et sexuelle) dans les
fréquentations chez le même groupe d’âge, et plus rares encore sont celles qui ont englobé les jeunes de 12
et 13 ans, âge auquel la violence dans les fréquentations peut commencer. Enfin, bien que les attitudes
envers la violence dans les fréquentations puissent contribuer à perpétuer la violence (Bookwala, Frieze,
Smith, & Ryan, 1992), peu d’études ont examiné la mesure dans laquelle les adolescents considèrent
comme acceptable la violence dans les fréquentations.
L’équipe de recherche sur la violence dans les fréquentations, qui a conçu et réalisé cette
recherche, est une équipe multidisciplinaire du Centre Muriel McQueen Fergusson pour la recherche sur la
violence familiale de l’Université du Nouveau-Brunswick, et elle participe depuis six ans à des recherches
actives sur la violence dans les fréquentations. L’équipe se compose d’universitaires, d’employés du
gouvernement, de personnes qui travaillent dans les écoles et dans un centre d’aide aux victimes
d’agression sexuelle, et d’étudiants de troisième cycle. L’objectif de l’équipe est de formuler des
recommandations qui soient régies par un programme ainsi que de mettre en œuvre et d’évaluer des
stratégies de prévention visant à prévenir la violence dans les fréquentations chez les adolescentes et les
adolescents.
Notre étude portait sur tous les types de violence dans les fréquentations : la violence
psychologique, la violence physique et la violence sexuelle. Toutefois, dès le début de l’étude, l’équipe a
jugé que, pour atteindre ces objectifs, il fallait d’abord déterminer la fréquence ainsi que les attitudes
concernant la violence dans les fréquentations chez les adolescents du Nouveau-Brunswick. Deux raisons
principales nous ont motivés à procéder d’abord à cette première étape dans notre programme de recherche
active. Premièrement, nous étions d’avis qu’il nous fallait plus d’information spécifique au NouveauBrunswick et à son contexte rural au sujet de la violence dans les fréquentations si nous voulions être en
mesure de mettre au point des stratégies de prévention vraiment efficaces. Deuxièmement, nous étions
d’avis que cette information serait utile pour persuader le gouvernement et d’autres partenaires potentiels
dans le cadre de programmes de prévention futurs quant à l’omniprésence et à la gravité de la violence
dans les fréquentations au Nouveau-Brunswick.
C’est pourquoi l’équipe a procédé à deux études dans le cadre desquelles elle a examiné la violence
dans les fréquentations hétérosexuelles chez les adolescents. Dans l’étude 1, on a demandé à des élèves de
1
Dans cet article, le masculin est utilisé le façon générique et englobe le féminin.
La violence dans les fréquentations ...
septième, neuvième et onzième année dans les écoles du Nouveau-Brunswick de remplir un questionnaire.
Dans l’étude 2, les élèves ont participé à des groupes de discussion où ils ont échangé sur leur
compréhension de la nature et de l’impact de la violence psychologique et physique dans les
fréquentations. Ces études visaient à déterminer l’expérience et l’attitude des adolescents du NouveauBrunswick par rapport à la violence psychologique, physique et sexuelle dans les fréquentations. Nous
avons aussi examiné la façon dont les adolescents saisissent la nature, les causes et les conséquences de la
violence dans les fréquentations. Le but du présent rapport est de présenter un sommaire des méthodes et
des résultats de ces études.
La violence dans les fréquentations ...
Étude I
Participant-e-s
Près de 1 700 élèves (886 garçons et 812 filles), fréquentant des écoles tant francophones
qu’anglophones, ont participé à l’étude. Leur âge variait de 11 à 20 ans (M’14,6 ans, ET’1,9). Afin de
réduire le nombre de participants tout en incluant des adolescents dont l’expérience des fréquentations était
variée, nous avons choisi un échantillon d’adolescents des 7e, 9e et 11e années. Les participants et
participantes étaient inscrits en nombres à peu près égaux en septième, neuvième et onzième année. Près
de 44 pour 100 des participants ont déclaré être des Canadiens anglophones, 50 pour 100 être des
Canadiens francophones ou des Acadiens, 3 pour 100 être des Canadiens autochtones et 3 pour 100 ont
coché * autre *. La plupart des participants vivaient dans un milieu rural (86 %), et près de
84 pour 100 des participants avaient commencé des fréquentations. Les participants avaient eu en
moyenne quatre relations amoureuses stables.
Procédure
Six districts scolaires représentant des régions urbaines et rurales du Nouveau-Brunswick ont participé
à l’étude. En consultation avec les administrateurs de chacun de ces districts, une école de premier cycle et
une de deuxième cycle et trois classes de chaque niveau représentant les élèves de divers niveaux scolaires
ont été choisies pour participer à l’étude. C’est le professeur titulaire ou le conseiller en orientation qui a
expliqué la nature de l’étude aux participants dans les classes choisies. Les élèves qui se sont portés
volontaires ont reçu une lettre d’information qu’ils ont apportée chez eux à leurs parents concernant
l’étude. À leur arrivée dans la salle choisie pour l’étude, une lettre de consentement a été lue aux élèves
afin de préciser les questions d’anonymat et de confidentialité. Ils étaient informés qu’ils étaient libres de
se retirer de l’étude. Une fois les questionnaires remplis, les participants ont assisté à un exposé sur la
violence dans les fréquentations et ont eu la possibilité de poser des questions concernant l’étude et la
violence dans ce contexte. On leur a également fourni de l’information sur le sujet ainsi qu’une liste de
personnes-ressources dans leur milieu scolaire qu’ils pourraient contacter au sujet de la violence dans les
fréquentations. Les questionnaires ont été remplis en anglais dans les écoles anglophones et en français
dans les écoles francophones.
Mesures
Les participants ont rempli un questionnaire permettant de mesurer certaines caractéristiques
démographiques, les expériences de violence psychologique, physique et sexuelle dans les fréquentations,
le recours à la violence psychologique physique et sexuelle dans les relations amoureuses, les attitudes
face à la violence dans les fréquentations exercée par les garçons sur les filles et par les filles sur les
garçons, les attitudes face aux rôles traditionnels chez les filles et les femmes, le recours à la violence
sexuelle ou physique entre pairs, et l’estime de soi.
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Version révisée du test Conflict Tactics Scale.
Les participants ont rempli deux versions du test Conflict Tactics Scale (Straus, 1979) dans une forme
révisée comportant sept éléments. Une version a servi à mesurer la fréquence des expériences de violence
psychologique et physique des répondants de la part de leurs partenaires de fréquentation. Les élèves qui
avaient déjà commencé des relations amoureuses devaient se reporter aux filles/garçons avec qui ils ou
elles * étaient sortis + dans leurs réponses à chacun des éléments et indiquer si ils ou elles avaient connu
des expériences relativement à chaque élément en utilisant une échelle comportant trois degrés
(* jamais +, * parfois +, * souvent +). Quatre éléments permettaient d’évaluer la violence psychologique
(p. ex., insultes, menaces, cris, comportements de contrôle) et trois éléments d’évaluer la violence
physique (p. ex., gifler, pousser, frapper). Après avoir rempli les sept éléments concernant leurs
expériences de violence dans les fréquentations, les participants devaient réfléchir à leurs pires expériences
de violence physique ou psychologique, et indiquer sur une échelle de 1 * pas troublé du tout + à 7 * très
troublé + à quel point l’expérience avait pu les troubler. Aux fins de l’analyse des données, en se fondant
en partie sur les résultats de l’étude 2, on a combiné les données sur les expériences de violence physique
et psychologique. Les participants ont été classés dans la catégorie de ceux qui ont connu une expérience
de violence psychologique ou physique ou les deux si ils ou elles : 1) avaient signalé une expérience de
violence psychologique ou physique ou les deux; et 2) si ils ou elles ont indiqué que leur expérience avait
été troublante (5, 6 ou 7 sur l’échelle).
Version révisée d’un sondage sur les expériences sexuelles.
Les participants ont rempli deux versions d’un sondage sur les expériences sexuelles (Koss, Gidyez
et Wisniewski, 1987) dans une forme révisée comportant neuf éléments.
Des échelles ont été utilisées pour mesurer la fréquence selon laquelle les répondants avaient
utilisé ou subi un comportement sexuel coercitif dans leurs fréquentations. Les éléments permettaient
d’évaluer trois niveaux de contrainte sexuelle (embrasser et toucher de force, tentative de relations
sexuelles et relations sexuelles) et trois stratégies coercitives (utilisation d’arguments ou de pressions ou
les deux, de drogue ou d’alcool ou les deux, et de menaces ou de force physique ou les deux). Les
répondants ont indiqué le nombre de fois qu’ils avaient eu recours à la contrainte sexuelle selon une
échelle à trois points (non, une fois et plus d’une fois). Après avoir rempli les neuf éléments concernant
leurs expériences de contrainte sexuelle, les participants devaient réfléchir à la pire et indiquer sur une
échelle de 1 (* pas troublé du tout +) à 7 (* très troublé +) à quel point elle avait pu les troubler. Comme
on l’a fait pour la variable mesurant les expériences de violence physique ou psychologique, les
participants ont été classés dans la catégorie de ceux qui ont connu une expérience de contrainte sexuelle :
1) s’ils ont signalé une expérience de contrainte sexuelle; et 2) s’ils ont indiqué que leur expérience avait
été troublante (5, 6 ou 7 sur l’échelle).
La violence dans les fréquentations ...
Échelles relatives aux attitudes face à la violence dans les fréquentations
Afin d’évaluer les attitudes des élèves face à la violence dans les fréquentations, les répondants
devaient se servir des six échelles relatives aux attitudes face à la violence dans les fréquentations (Byers
et l’équipe de recherche sur la violence dans les fréquentations, 1995; Price et Byers, et l’équipe de
recherche sur la violence dans les fréquentations, en presse). Trois de ces échelles évaluent,
respectivement, les attitudes face au recours à la violence psychologique, physique ou sexuelle par les
garçons dans leurs fréquentations avec les filles et sont désignées sous le nom d’échelles relatives aux
attitudes face à la violence psychologique, d’échelles relatives aux attitudes face à la violence physique, et
d’échelles relatives aux attitudes face à la violence sexuelle exercée par les garçons. Les trois autres
échelles évaluent respectivement les attitudes face au recours à la violence psychologique, physique ou
sexuelle par les filles dans leurs relations avec les garçons et sont désignées sous le nom d’échelles
relatives aux attitudes face à la violence psychologique, d’échelles relatives aux attitudes face à la violence
physique, d’échelles relatives aux attitudes face à la violence sexuelle exercée par les
filles. Chaque échelle comportait de 12 à 15 éléments. Les choix de réponses pour les six échelles allaient
de * très en désaccord + (1) à * très d’accord + (5), les résultats les plus élevés indiquant une acceptation
plus grande du comportement violent. Des copies de ces échelles sont fournies à l’annexe.
Échelle de l’attitude envers les femmes chez les adolescents
L’échelle comportant 12 éléments relativement à l’attitude à l’égard des femmes chez les adolescents
(Galambos, Petersen, Richards et Gitelson, 1985) a servi à mesurer les attitudes des adolescents à l’égard
des rôles sexuels traditionnels pour les filles et les femmes. Les choix de réponses se présentent sur une
échelle de 4 points allant de * très d’accord + à * très en désaccord +; les résultats les plus élevés
indiquent les attitudes indiquant un moindre degré d’acceptation des rôles traditionnels.
Résultats et discussion
Tableau 1
Prévalence de la violence dans les
fréquentations
Nous avons examiné la proportion
de garçons et de filles qui ont déclaré
avoir eu des expériences troublantes
de violence psychologique ou
physique, ou les deux, dans leurs
relations amoureuses. Nous avons
également examiné les expériences de
contrainte sexuelle.
Ces données
figurent au tableau 1. Parmi les élèves
Pourcentage des élèves qui ont signalé une expérience de
violence dans leurs fréquentations.
Type d’expérience de
violence
Expérience de violence
psychologique ou
physique ou les deux
Expérience de violence
sexuelle
Expérience de l’une ou
l’autre sorte de violence
dans les fréquentations
*p
.001
Filles
Garçons
(n = 717)
(n = 729)
22%
12%
F(1, 1444) = 24.86*
19%
4%
F(1, 1420) = 87.71*
29%
13%
F(1, 1371) = 6.68*
La violence dans les fréquentations ...
qui ont mentionné avoir commencé des fréquentations, 22 pour 100 des adolescentes et 12 pour 100 des
adolescents ont déclaré avoir eu une expérience troublante de violence psychologique ou physique, ou les
deux. Plus de la moitié de ces expériences comportaient de la violence à la fois psychologique et
physique. Les expériences de contrainte sexuelle ont été signalées par 19 pour 100 des filles et
4 pour 100 des garçons. Dans l’ensemble, 29 pour 100 des filles et 13 pour 100 des garçons ont subi une
forme quelconque de violence dans leurs fréquentations qui les a troublés.
Ces résultats montrent que la violence dans les fréquentations est un problème important chez les
adolescents dès l’âge de 11 ans. Un grand nombre de filles et de garçons ont signalé avoir connu des
expériences de violence troublantes. Les pourcentages associés à chacun des types de violence dans les
fréquentations sont semblables à ceux obtenus dans des recherches antérieures (Bergman, 1992; Mercer,
1988). Toutefois, plus de filles que de garçons ont signalé avoir subi des expériences de violence dans
leurs fréquentations, ce qui indique que l’expérience de la violence psychologique, physique et sexuelle est
davantage un problème pour les filles que pour les garçons. De plus, un pourcentage substantiel de
garçons et un petit pourcentage de filles ont reconnu avoir eu recours à la contrainte sexuelle.
Attitudes face à la violence dans des fréquentations
La moyenne des résultats pour l’ensemble des six échelles relatives aux attitudes face à la violence
dans les fréquentations est fournie au tableau 2. La majorité des filles et des garçons n’accepte pas la
violence psychologique, physique ou sexuelle dans les fréquentations, que les actes soient posés par les
garçons ou par les filles. C’est-à-dire que, de façon générale, les élèves n’étaient pas d’accord avec les
énoncés à l’appui du recours à la violence psychologique, physique ou sexuelle par les garçons ou par les
filles. Toutefois, la comparaison des résultats relatifs aux attitudes pour chacune des échelles en utilisant
l’analyse de la variance (voir tableau 2) indique que, sur les six échelles, les garçons acceptent plus que les
filles la violence psychologique, physique ou sexuelle dans les fréquentations. De plus, comme l’indique
l’éventail des résultats, au moins quelques élèves acceptent chacun des types de violence dans les
fréquentations. Bien qu’il s’agisse d’une minorité d’élèves, ces pourcentages représentent un nombre
substantiel d’élèves qui croient que la violence est acceptable dans les fréquentations. Par exemple, un peu
plus de 10 pour 100 des garçons étaient d’accord avec chaque type de violence lorsque la violence était
utilisée par les garçons. Une étude attentive de chacun des éléments indique que, bien que dans
plus de 10 pour 100 des garçons étaient d’accord avec chaque type de violence lorsque la violence était
utilisée par les garçons. Une étude attentive de chacun des éléments indique que, bien que dans
l’ensemble ils n’acceptent pas la violence dans les fréquentations, un pourcentage encore plus élevé
d’élèves sont d’accord que certains comportements violents spécifiques sont acceptables dans les
fréquentations. Par exemple, 6 % des filles et 15 % des garçons convenaient que les filles qui trompent
leur ami méritent d’être frappées; et 12 % des filles et 17 % des garçons convenaient que parfois une fille
doit menacer son ami pour qu’il l’écoute.
La violence dans les fréquentations ...
Tableau 2
Résultats chez les garçons et les filles sur les six échelles relatives aux attitudes face à la violence
dans les fréquentations
Filles (N ‘ 810)
Garçons (N ‘ 886)
Échelle : Attitudes face à laY
Violence psychologique des
garçons dans les fréquentations
(15 élémentsa)
Violence physique des garçons
dans les fréquentations
(12 élémentsb)
Violence sexuelle des garçons
dans les fréquentations
(12 élémentsb)
Violence psychologique des
filles dans les fréquentations
(13 élémentsc)
Violence physique des filles dans
les fréquentations (12 élémentsb)
M
ÉT
Éventail
M
ÉT
Éventai
l
F(1,1694)
27,3
7,6
15-54
33,2
9,9
15-75
183,39*
21,4
7,9
12-47
25,3
9,3
12-57
89,69*
17,4
6,0
12-40
28,8
9,7
12-58
256,33*
26,0
7,7
13-52
29,1
7,8
13-57
70,49*
25.1
9,1
12-54
30,0
8,9
12-58
123,07*
Violence sexuelle des filles dans
les fréquentations (12 élémentsb) 19,4
6,7
26,6
9,4
12-48
12-60
328,69*
a
b
L’éventail possible des résultats est de 15 à 75.
L’éventail possible des résultats est de 12 à 60.
c
L’éventail possible des résultats est de 13 à 65. * p< 0,001
Étude 2
Participant-e-s
À titre de complément aux données quantitatives sur l’expérience de la violence psychologique ou
physique des adolescents dans les fréquentations, et pour fournir de plus amples renseignements
permettant de comparer le recours à la violence dans les fréquentations chez les garçons et chez les filles,
nous avons procédé à une étude qualitative au moyen de groupes de discussion afin de mieux comprendre
la perception de la violence dans les fréquentations par les adolescents. Ce sont des élèves qui
fréquentent quelques-unes des écoles francophones et anglophones faisant partie de l’échantillon de
l’étude 1 et des élèves de quelques autres écoles qui ont été recrutés pour participer à cette étude.
Seize groupes de discussion (8 de filles et 8 de garçons) ont été créés pour échanger sur l’idée que les
adolescents se font de la violence psychologique dans les fréquentations; dix autres groupes de discussion
(5 de filles et 5 de garçons) ont été créés pour discuter des idées que se font les adolescents de la violence
physique. Étant donné que peu de filles ont signalé avoir eu recours à la contrainte sexuelle dans leurs
fréquentations, nous n’avons pas constitué de groupes de discussion sur la contrainte sexuelle. Les élèves
La violence dans les fréquentations ...
recrutés pour ces groupes de discussion sont des élèves de neuvième et onzième année seulement, car ce
sont les élèves de ces niveaux qui ont mentionné le plus souvent la pratique des fréquentations et le
phénomène de la violence dans les fréquentations. Chaque groupe de discussion était composé de 8 à
12 élèves.
Procédure
Nous avons suivi les suggestions de Feldmand (1995) et Silverman (1993) dans l’établissement de la
procédure pour l’organisation des groupes de discussion, de même que pour l’analyse des données
provenant de ces groupes. Les groupes de discussion ont été organisés dans la langue d’enseignement de
l’école. Pour recruter des volontaires, on a fait appel aux conseillers d’orientation scolaire ou aux
enseignants des écoles participantes. Lorsque les adolescents se présentaient au groupe de discussion, ils
étaient accueillis par des animateurs (un modérateur et un préposé à l’enregistrement). Une feuille
d’introduction a été lue aux élèves, par l’animateur, pour les informer sur la raison d’être du groupe de
discussion. On a demandé aux élèves s’ils avaient des questions au sujet de la procédure à suivre par le
groupe, et les élèves qui auraient pu se sentir mal à l’aise ont eu la possibilité de quitter le groupe. Il est à
noter toutefois que les étudiants qui se sont présentés aux divers groupes de discussion ont tous accepté
d’y participer.
Dans l’animation des groupes de discussion, le modérateur du groupe suivait un guide d’entrevue
préparé par l’équipe de recherche et qui est disponible auprès des auteurs dans sa version française ou
anglaise. Tous les groupes ont été enregistrés sur magnétophone. À la fin de la rencontre, on remerciait
les élèves de leur participation et on leur fournissait une fiche d’information leur expliquant ce qu’est la
violence dans les fréquentations, en plus de contenir une liste de personnes-ressources, avec les numéros
de téléphone, dans leur milieu scolaire et dans leur milieu communautaire qu’ils pourraient contacter pour
discuter davantage de toute question relative à la violence dans les fréquentations. En général, les séances
de groupe de discussion ont duré entre 60 et 90 minutes.
Les enregistrements des divers groupes ont été transcrits, et le texte a été codé en fonction des
questions du guide d’entrevue. Ces déclarations codées ont ensuite été compilées sous des rubriques
générales (p. ex., la définition de la violence psychologique par les adolescents). Les principaux thèmes
des transcriptions qui ressortaient sous ces rubriques ont fait l’objet d’un montage et ont été résumés,
afin de réduire les transcriptions à une taille plus facile à gérer (soit 8 à 10 pages). Les membres de
l’équipe de recherche ont ensuite révisé de façon indépendante les transcriptions abrégées et ont présenté
des commentaires par écrit au sujet des principaux thèmes. Les thèmes de ces transcriptions ont
également été discutés lors d’une réunion enregistrée des divers membres de l’équipe de recherche. Les
commentaires formulés par écrit et verbalement par les divers membres de l’équipe de recherche ont servi
de base pour établir les résultats mentionnés dans la présente étude.
La violence dans les fréquentations ...
Résultats et discussion
Quatre grands thèmes représentant les idées que se font les adolescents de la violence dans les
fréquentations et de son occurrence sont ressortis des divers groupes de discussion. Nous avons inclus des
extraits des transcriptions tirées de l’enregistrement des groupes francophones pour illustrer les divers
thèmes en utilisant les paroles des adolescents eux-mêmes.
Thème no 1
Les adolescents ont énuméré des comportements qu’ils considéraient comme des cas de violence
physique, mais ils avaient de la difficulté à décrire des comportements qu’ils considéraient comme de la
violence psychologique. Il n’était pas évident pour eux quand certains comportements spécifiques
(comme crier, menacer, exercer un contrôle et insulter) étaient acceptables et quand ces comportements
* dépassaient la limite + et étaient violents.
Groupes de garçons
Élève no 1 :
*Non mais c’est de même que je fais pour dire. Je ne peux pas dire si le monde *joke+ ou pas. Aussitôt
que tu vois quelqu’un s’élancer, tu sais que c’est vrai.+
Élève no 2 :
*Moi la violence psychologique, j’étais pas trop sûr qu’est-ce que ça voulait dire, mais pour la violence
verbale, ça je savais, puis la violence physique, ça je le savais.+
Groupes de filles
Élève no 3 :
*Moi, asteure je me fais rire de moi par mon chum, . . .c’est pour ça qu’il faudrait qu’on sache la
différence entre se faire taquiner pi se faire insulter, . . . comme moi des fois, j’en prends et j’en prends
pas ...c’est pour ça qu’il faudrait que le monde sache qu’est-ce qui est de la violence et qu’est-ce qui
n’est pas de la violence.+
De plus, les garçons ont tendance à définir la violence en fonction de l’intention, tandis que les filles
ont plutôt tendance à la définir en fonction de son impact.
Groupes de garçons
Élève no 4 :
*Ça se voit souvent mais surtout pour joker.+
*Des fois ça peut arriver avec des blessures et ça.+
*Des fois tu donnes une tape juste pour joker et l’autre prend ça au sérieux.+
La violence dans les fréquentations ...
Groupes de filles
Élève no 5 :
*Tu peux dire ça en joke mais ça blesse pareil.+
Élève no 6 :
*. . . ce n’est pas vraiment correct de crier, ce n’est pas que ce n’est pas correct mais c’est rabaissant
de se faire crier après, ce n’est pas le fun.+
Thème no 2
Les adolescents voient la violence psychologique et physique dans les fréquentations comme
intégralement reliées. Les élèves n’ont pas établi une distinction claire entre la violence psychologique et
la violence physique dans leurs discussions; ils voyaient plutôt la violence psychologique comme menant
à la violence physique. Ils ont également défini la jalousie et la prise de contrôle comme des facteurs
importants menant à l’utilisation de la violence physique.
Groupes de filles :
Élève no 7 :
*Nous dire quels sont les signes avant, comme la jalousie, quelqu’un qui est beaucoup jaloux bien ça
va venir à mener qu’il va peut-être l’abuser physiquement.+
Élève no 8 :
*Ça commence avec la violence verbale et là ça va à physique et là ça va à tout, tout. Ça c’est un
problème. Tu ne serais pas supposé de subir n’importe quelle sorte de violence.+
Groupes de garçons :
Élève no 9 :
*Mais non, il me semble que c’est la clef pour que ça devienne physique. Ça va jamais devenir physique
avant que ça vienne psychologique. C’est toute là-dedans que ça se passe.
Élève no 10 :
*Mon père, à toutes les fois que ma mère se met à bavasser, il rit de ça. On dirait qu’ils aiment ça. . . .
C’est comme un roulement de vie.C’est mieux qu’il rit qu’il la bat, des fois il la bat.+
Thème no 3
Les adolescents ont déclaré que les garçons et les filles avaient tous deux recours à la violence
physique et à la violence psychologique dans les fréquentations. Toutefois, ils croient également qu’il y a
deux poids deux mesures, selon que c’est un garçon ou une fille, concernant le recours à la violence
physique; c’est-à-dire que, lorsque les filles ont recours à la violence physique, ce comportement est plus
La violence dans les fréquentations ...
acceptable et est perçu différemment par les pairs et la société que lorsque ce sont les garçons qui ont
recours à la violence physique.
Groupes de filles
Élève no 11 :
*Bien je sais qu’il y a beaucoup de filles qui donnent des claques aux gars mais je connais beaucoup
beaucoup de gars qui frapperaient des filles.+
Élève no 12 :
*. . . les gars ne vont pas commencer à pousser les filles en avant de tout le monde. . . . si un gars
pousse une fille, tu ne vas jamais entendre la fin mais si une fille pousse un gars, c’est comme elle est
tough elle, . . . on a tendance à croire que si c’est nous autres qui poussent les gars ou quelque chose de
même, c’est pas si pire que si c’est les gars parce qu’ eux autres sont plus forts. À la fin, les mêmes
sentiments se font sentir, donc c’est la même affaire.+
Les élèves ont également insisté sur le fait que les garçons ne sont pas encouragés à parler de leurs
sentiments ou de leurs problèmes. Selon eux, l’une des causes de la violence physique est qu’il est
inacceptable pour les garçons d’exprimer leurs sentiments. Les garçons ont plutôt tendance à retenir leurs
émotions à l’intérieur jusqu’à ce qu’il y ait un trop plein, et ils finissent par exploser soit physiquement ou
psychologiquement ou les deux.
Groupes de filles
Élève no 13 :
*. . . dans toutes mes relations que j’ai eu, on dirait qu’il y avait jamais assez de communication, c’est
tout le temps moi qui dit, il manque de communication, c’est tout le temps la fille qui va le dire, parce
que le gars ne va pas le dire . . .+
Groupes de garçons
Élève no 14 :
*Trois quarts du temps, lorsque tu sens pour frapper, c’est à cause que tu es bouché, tu ne sais plus
quoi dire, puis tu frappes.+
Les garçons avaient une perception semblable du lien entre les facteurs sociétaux leur interdisant
d’exprimer leurs émotions et leur recours à la violence dans les fréquentations.
Thèmes no 4
Les adolescents ont indiqué que la violence dans les fréquentations est une question qui les préoccupe.
Ils étaient prêts à participer à cette recherche et à contribuer à trouver la solution. Ils ont spécifiquement
La violence dans les fréquentations ...
demandé de l’aide pour apprendre des façons de faire qui leur permettraient d’avoir des fréquentations
saines et de solutionner des conflits relationnels de manière acceptable lorsque surgissent ceux-ci.
Groupes de garçons :
Élève no 15 :
*Moi je trouve que c’est important ce cours-là. (Il s’agit du cours de Développement humain). Tout ça
qu’on apprend dans ce cours-là, ça aide. . . . Si ce serait un cours obligatoire, moi je mettrais ça en
7ième année.+
Groupes de filles
Élève no 16 :
*Nous dire quels sont les signes avant, comme la jalousie, quelqu’un qui est beaucoup jaloux bien ça va
venir à mener qu’il va peut-être l’abuser physiquement.+
Conclusion
Nos études correspondent aux rapports des enseignants et des conseillers en orientation : la violence
dans les fréquentations est un problème grave et répandu chez les populations adolescentes au
Nouveau-Brunswick. Près d’un tiers des adolescentes de septième, neuvième et onzième année ont
déclaré avoir eu une expérience troublante de violence psychologique, physique ou sexuelle dans leurs
fréquentations. Bien que moins de garçons aient mentionné avoir subi une expérience de violence
troublante, notre étude indique que la violence dans les fréquentations constitue également un problème
pour un petit pourcentage de garçons.
Les résultats de l’étude 1 démontrent que la plupart des adolescents ne croient pas que la violence
psychologique, physique ou sexuelle soit un comportement acceptable dans les fréquentations. Toutefois,
une minorité alarmante d’élèves a admis juger certains comportements violents appropriés. De plus, les
garçons étaient beaucoup plus prêts que les filles à accepter toute forme de violence, qu’elle soit exercée
par les filles ou par les garçons. Ces résultats donnent à penser que ni les campagnes de sensibilisation à la
violence familiale dans les médias ni les programmes de prévention de la violence dans les fréquentations
menés dans les écoles n’ont été pleinement efficaces, étant donné qu’une importante proportion d’élèves
continuent de croire que le recours à la violence dans ce contexte est acceptable. Les conclusions sont
encore plus révélatrices lorsqu’on considère que quelques élèves ont sans doute minimisé leur acceptation
de la violence dans les fréquentations, sachant qu’une telle attitude n’est plus acceptée socialement. Étant
donné que les personnes appuyant ces formes de violence sont susceptibles de se montrer violentes (Price
et al., sous presse), il importe que nous cherchions à réduire davantage l’acceptation de la violence dans
les fréquentations chez les adolescents.
Les résultats de l’étude 2 élucident la nature complexe de la compréhension par les adolescents de la
violence psychologique et physique dans les fréquentations. Bien que les filles et les garçons aient pu
énumérer des comportements de violence physique, les garçons considéraient que les comportements
La violence dans les fréquentations ...
n’étaient violents que lorsqu’il y avait intention de blesser. Toutefois, les filles définissaient les
comportements comme étant violents lorsque l’impact pouvait faire mal. La différence de perception
entre les garçons et les filles permet d’expliquer partiellement la violence chez les adolescents.
C’est-à-dire que, si les garçons ne croient pas que la conséquence de leur comportement peut blesser leur
partenaire, ils ont peu de raison de mettre fin à leurs actes. Si les filles croient que le comportement de
leur partenaire est de nature à les blesser mais qu’elles ne communiquent pas ce qu’elles ressentent, le
comportement risque de continuer. Cette attitude souligne la nécessité d’enseigner aux garçons à se
montrer plus compréhensifs envers leur petite amie et de leur faire comprendre que les intentions, aussi
honorables fussent-elles, n’excusent par les comportements violents parce que les conséquences sont
toujours préjudiciables.
Nous devons aussi apprendre aux filles qu’il n’est pas
La violence dans les fréquentations ...
plus acceptable pour elles d’adopter des comportements violents qu’il ne l’est pour les garçons. Enfin, il
nous faut montrer aux adolescents et adolescentes à mieux communiquer avec leur partenaire en ce qui
concerne l’incidence de son comportement. Ceci correspond aux besoins exprimés par les adolescents
eux-mêmes d’en apprendre davantage au sujet des fréquentations saines et d’apprendre des façons de
faire permettant de résoudre les conflits ou les mésententes sans violence.
Les adolescentes et les adolescents qui ont participé aux groupes de discussion nous ont également
fourni des explications utiles concernant le comportement violent dans les fréquentations chez les
adolescents. Premièrement, ils ont décrit une progression de la violence dans les fréquentations, à
commencer par des comportements que les adolescents ne sont peut-être pas prêts à définir comme de la
violence (p. ex., les insultes, les comportements de contrôle et la jalousie), mais qui peuvent mener à des
comportements de violence physique. Toutefois, les élèves n’étaient pas certains si certains
comportements, comme crier, insulter et bousculer physiquement, étaient violents. On peut donc croire
que la violence peut commencer par le manque de connaissance des élèves de ce qui constitue la
violence. Deuxièmement, les élèves percevaient l’existence de deux poids deux mesures s’appliquant
aux garçons et aux filles dans notre société concernant le recours à la violence, car la violence exercée par
les filles est considérée comme plus acceptable que celle qui est exercée par les garçons. Si les
perceptions des élèves sont exactes, ceci indique la nécessité d’un changement fondamental dans les
attitudes de la société à l’égard de la violence au profit de la conviction voulant que la violence soit
inacceptable peu importe le sexe de la personne qui l’exerce. Enfin, les élèves étaient d’accord que les
garçons possèdent moins de moyens appropriés pour exprimer leurs émotions négatives, car la société
leur a appris à retenir leurs émotions à l’intérieur. Cette attitude est perçue comme menant les garçons à
exprimer ces émotions au moyen de la violence physique ou psychologique ou les deux. Nous croyons
que les garçons, comme les filles, devraient être encouragés à discuter de leurs sentiments et à les
exprimer.
La violence dans les fréquentations ...
Apport de la recherche-action
Les conclusions de ces deux études nous ont permis de mieux comprendre la violence dans les
fréquentations chez les adolescents. Leur apport n’aurait toutefois pas été aussi grand n’eût été de
l’expérience et des connaissances de l’équipe de recherche ainsi que des méthodes employées. Tout
d’abord, la recherche a été menée par une équipe multidisciplinaire composée d’universitaires, de
représentants du gouvernement et de membres de la communauté. Ainsi, la conception des études, les
méthodes employées et l’interprétation des résultats ont reposé sur une grande variété de perspectives.
Par exemple, bien que le terme * fréquentations + ait été utilisé dans le présent rapport, nous ne l’avons
pas employé dans l’étude 1. Nous avons alors plutôt demandé aux adolescents de penser aux personnes
avec qui * ils étaient sortis +. Cette terminologie a été adoptée parce que les membres de l’équipe de
recherche travaillant dans les écoles doutaient que les adolescents du Nouveau-Brunswick utilisent le mot
* fréquentations + de la manière que nous l’entendions et s’étaient informés auprès des élèves de leurs
écoles quant au meilleur terme à utiliser. De même, l’idée d’organiser des groupes de discussion comme
suivi de notre étude quantitative (étude 2) a été soulevée au cours d’une réunion pendant laquelle nous
avons discuté de la signification des résultats de l’étude 1. Un des membres qui n’appartenait pas au
milieu universitaire a alors suggéré que nous demandions à des adolescents de nous donner leur
interprétation des résultats. Deuxièmement, des représentants du ministère de l’Éducation du NouveauBrunswick faisaient partie de l’équipe de recherche. Ainsi, le Ministère a non seulement affecté des
ressources aux travaux, mais il a aussi facilité l’accès aux écoles. Nous avons donc pu recueillir des
données sur des classes de septième année et, de ce fait, inclure dans notre échantillon des adolescents
plus jeunes que dans le cas de nombreuses autres études sur la violence dans les fréquentations. En outre,
à titre de partenaire, le ministère de l’Éducation nous a versé une subvention pour faciliter la divulgation
de nos conclusions aux élèves, aux écoles et aux groupes de parents de la province.
En troisième lieu, la recherche a combiné des méthodes qualitatives et quantitatives. Par le passé, on
a reproché aux études quantitatives sur la violence conjugale, en particulier celles qui ont utilisé le test
Conflict Tactics Scale, de ne pas évaluer d’autres aspects de la violence, notamment son contexte et sa
signification (DeKeserdy & Kelly, 1993). En combinant des méthodes qualitatives et quantitatives, nous
avons pu non seulement recueillir des données nous fournissant des estimations de la prévalence de la
violence dans les fréquentations et des attitudes favorisant la violence au Nouveau-Brunswick (données
que seule des enquêtes permettent d’obtenir), mais aussi fournir de l’information sur la façon dont les
adolescents perçoivent la violence dans les fréquentations (données qu’on peut surtout obtenir par des
méthodes qualitatives). Les données qualitatives nous ont notamment donné une idée des similitudes et
des différences entre la violence infligée par les garçons et par les filles. Les résultats qualitatifs nous ont
aussi aidés à identifier les problèmes que pourrait poser l’interprétation des résultats des études
quantitatives sur la violence dans les fréquentations : la confusion des élèves quant à la définition de la
violence dans les fréquentations laisse supposer que certains des éléments des questionnaires conçus pour
évaluer cette forme de violence ne sont peut-être pas valables pour les adolescents. Enfin, nous n’avons
pas traité les études quantitative et qualitative comme des entités distinctes. Nous avons plutôt utilisé les
résultats de l’étude 1 pour cerner les questions que nous souhaitions approfondir dans les groupes de
discussion. Inversement, nous avons utilisé les résultats de l’étude 2 pour orienter nos décisions sur la
façon de présenter certaines des données quantitatives. Par exemple, nous avions conçu l’étude 1 en
La violence dans les fréquentations ...
présumant que la violence psychologique et la violence physique dans les fréquentations étaient deux
phénomènes distincts. Or, les adolescents n’ont pas établi de distinctions claires entre ces deux formes de
violence, et ont répété à plusieurs reprises qu’elles étaient intimement liées. Nous avons donc décidé de
combiner les données sur la violence physique à celles sur la violence psychologique dans le présent
rapport. Parallèlement, la distinction que les adolescents ont établie entre l’impact et l’intention des
comportements violents définis d’une manière opérationnelle nous ont conduits à utiliser une échelle
indiquant à quel point des comportements particuliers avaient troublé les adolescents (c.-à-d. l’impact du
comportement) pour déterminer le pourcentage de jeunes qui ont fait l’expérience de la violence dans les
fréquentations.
La recherche actuelle fait partie d’un programme de recherche active visant à prévenir la violence
dans les fréquentations chez les adolescents. Dans la recherche * traditionnelle +, la remise d’un
manuscrit écrit pour publication et diffusion auprès d’autres chercheurs est souvent le signal de l’étape
finale du projet. Toutefois, en appliquant le principe de la recherche axée sur l’action, nous percevons
l’étape de diffusion comme un effort actif pour transformer les résultats de la recherche en interventions
efficaces. Et comme le but de notre recherche est de prévenir la violence dans les fréquentations chez les
adolescents, nous entreprendrons une série de rencontres avec des groupes d’élèves, de parents,
d’enseignantes et d’enseignants et de responsables scolaires pour discuter des résultats de ce projet. Ces
discussions offriront à ces groupes d’intervenants la possibilité d’engager un dialogue ouvert au sujet des
résultats de la recherche. Les réunions permettront également aux participants de discuter de stratégies et
d’interventions pour composer avec la violence chez les adolescents, et ce, à partir de leurs expériences
quotidiennes dans leur propre milieu. De cette façon, nous espérons offrir une compréhension claire de
ce qu’est la violence dans les fréquentations chez les adolescents. De plus, nous espérons être en mesure
de formuler des recommandations pour des interventions qui soient fondées sur les idées, les valeurs et
les préoccupations des adolescents, des parents et du personnel scolaire.
La violence dans les fréquentations ...
Références
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La violence dans les fréquentations ...
Questions à débattre
Compte tenu de la politique du Centre Muriel McQueen Fergusson pour la recherche sur la violence
familiale au sujet des publications, les questions suivantes ont été formulées pour faciliter la discussion
des résultats de la recherche :
1. Pour les garçons, les comportements n’étaient considérés comme violents que lorsque l’intention était
de blesser, tandis que, pour les filles, ils l’étaient lorsque les conséquences étaient préjudiciables.
a. Quelles sont les répercussions de ces résultats en ce qui concerne la violence dans les
fréquentations en général? Comment ces attitudes nous aident-elles à comprendre l’expérience
qu’ont les adolescents de la violence dans les fréquentations?
b. Comment ces résultats peuvent-ils nous servir à améliorer les programmes de prévention?
2. Tant les adolescents que les adolescentes ont indiqué que les garçons ont généralement peu de
moyens d’exprimer leurs émotions.
Ils ont dit croire que ce fait peut concourir à la violence
psychologique et physique.
a. Êtes-vous d’accord ou en désaccord avec leur perception? Quelles sont les implications de ce
résultat?
b. Étant donné que, dans notre culture, la notion de masculinité comporte l’idée répandue et
enracinée que l’expression des émotions doit être limitée, comment pouvons-nous montrer aux
garçons à exprimer leurs sentiments sans courir le risque d’être rejetés par leurs pairs parce qu’ils
sont * trop sensibles +?
3. De toute évidence, beaucoup plus de filles que de garçons ont vécu toutes les formes de violence.
Toutefois, un certain nombre de garçons ont aussi subi de la violence dans les fréquentations. De
plus, les garçons acceptent plus facilement un grand nombre de comportements violents que les filles.
a. Comment pouvons-nous utiliser ces résultats pour montrer aux garçons, sans les mettre sur la
défensive, que la violence dans les fréquentations est un sérieux problème pour les filles? Quels
types de méthodes proactives inciteront tant les garçons non violents que les garçons violents à
modifier leur comportement?
b. Comment pouvons-nous aider les filles à comprendre que les comportements violents sont
néfastes pour leurs partenaires tout en leur faisant savoir que ce sont plus souvent les filles que les
garçons qui sont victimes de la violence dans les fréquentations?
4. Une importante minorité d’élèves croient que la violence dans les fréquentations est acceptable, ou
acceptable dans certaines circonstances.
a. Comment pouvons-nous changer les attitudes face à la violence dans les fréquentations?
La violence dans les fréquentations ...
b. Comment pouvons-nous changer les normes établies par les pairs quant à l’acceptabilité de la
violence dans les fréquentations?
5. Tant les garçons que les filles ont souligné la nécessité d’apprendre comment avoir des relations
saines.
a. Quels types de compétences les adolescents doivent-ils acquérir?
b. À quel moment devraient-ils commencer à faire l’apprentissage de ces compétences?
c. Comment peut-on intégrer ces compétences dans les programmes d’études? Dans les familles?
Dans les programmes communautaires? Dans les médias?
La violence dans les fréquentations ...
Annexe
Échelles d’attitudes sur la violence dans les fréquentations
Directives
Voici les différentes catégories de réponses parmis lesquelles tu auras à choisir pour répondre aux
questions du questionnaire. Les énoncés décrivent différentes opinions qui existent sur une variété de
comportements dans les relations amoureuses. (Il n’y aucune bonne réponse ou mauvaise réponse,
seulement une opinion.)
Nous te demandons de répondre à chaque énoncé en te servant de l’échelle que voici.
(1) Très en désaccord
(2) Un peu en désaccord
(3) Ni pour, ni contre
(4) Un peu en accord
(5) Très en accord
Note : Les éléments comportant un * sont des éléments formulés de façon négative. La notation doit être
inversée avant d'additionner les résultats.
Échelles d’attitudes sur la violence psychologique des gars dans les fréquentations
1.
2.
3.
4.
5.
6.
7.
8.
9.
10.
11.
12.
13.
14.
15.
Un gars ne devrait pas insulter son amie.*
Un gars ne devrait pas dire à son amie quoi faire.*
Une fille devrait demander la permission à son ami pour sortir avec ses ami-e-s.
Les relations sont toujours meilleures quand les filles font plaisir à leur ami.
Il n'est jamais correct qu'un gars fasse des menaces à son amie.*
Parfois les gars ne peuvent s’arrêter de sacrer, ou de jurer après leur amie.
Une fille devrait toujours changer ses habitudes pour plaire à son ami.
Une fille doit toujours faire ce que son ami lui dit de faire.
Un gars n'a pas besoin de connaître tout ce que fait son amie.*
Il n'y a pas de bonnes raisons pour qu'un gars sacre après son amie.*
Quand un gars est très en colère c'est compréhensible qu'il crie après son amie.
C'est correct pour un gars de parler contre son amie.
Il n'y a aucune raison pour qu'un gars hurle et crie après son amie.*
Une fille ne devrait pas voir ses ami-e-s si son copain ne veut pas.
Il est important qu'une fille s'habille toujours comme son ami le désire.
Échelles d’attitudes sur la violence physique des gars dans les fréquentations
La violence dans les fréquentations ...
1. Une fille devrait rompre avec son ami s'il lui donne une claque.*
2. Il y a des filles qui méritent que leurs amis leur donnent une claque.
3. Ce n'est jamais correct qu'un gars frappe son amie.*
4. . Parfois les gars ne peuvent pas s'empêcher de donner des coups de poing à leur amie.
5. Un gars n'a aucune raison valable de pousser son amie.*
6. Parfois un gars ne peut pas s’empêcher de frapper son amie lorsque celle-ci le met en colère.
7. Un gars n'a aucune raison valable de donner une claque à son amie.*
8. Parfois la jalousie rend un gars tellement fou qu'il doit donner une claque à son amie.
9. Les filles qui trompent leur ami devraient être frappées.
10. Parfois l'amour rend un gars tellement fou qu'il frappe son amie.
11. Habituellement un gars ne frappe pas son amie à moins qu'elle le mérite.
12. Il est correct qu’un gars donne une claque à son amie si elle le mérite vraiment.
Échelles d’attitudes sur la violence sexuelle des gars dans les fréquentations
1. Lorsqu'un gars paye pour une sortie, il est normal qu'il fasse pression sur son amie pour avoir des
relations sexuelles avec elle.
2. Les gars ne possèdent pas le corps de leur amie.*
3. Lorsque les gars sont vraiment excités sexuellement, ils doivent avoir des relations sexuelles.
4. Un gars ne devrait jamais faire boire son amie pour qu'elle accepte d’avoir des relations sexuelles
avec lui.*
5. Un gars ne devrait pas toucher son amie à moins qu'elle le désire.*
6. Il est correct qu'un gars force son amie à l'embrasser.
7. Souvent, les gars doivent être rudes avec leur amie pour les exciter.
8. Comme preuve d'amour, il est important qu'une fille ait des relations sexuelles avec son ami.
9. Si une fille entre dans la chambre d'un gars, c'est qu'elle accepte d'avoir une relation sexuelle avec lui.
10. C’est pas grave de faire pression sur une fille pour avoir des relations sexuelles avec elle.
11. Il est correct de faire pression sur une fille pour qu’elle accepte d’avoir des relations sexuelles, si elle
a eu des relations sexuelles dans le passé.
12. Après qu’un couple sort ensemble pendant quelque temps, le gars ne devrait pas obliger son amie à
avoir des relations sexuelles avec lui.*
Échelles d’attitudes sur la violence psychologique des filles dans les fréquentations
1. Aucune raison ne justifie le fait qu'une fille menace son ami.*
2. Il n'y a pas de bonnes raisons pour qu'une fille sacre après son ami.*
3. Les filles ont le droit de dire à leur ami comment s'habiller.
4. Un gars doit toujours faire ce que son amie lui dit de faire.
5. Si une fille hurle et crie après son ami, cela ne le blesse pas vraiment.
6. Les filles ont le droit de dire à leur ami comment agir.
7. Il est important qu'un gars s'habille toujours comme son amie le désire.
8. Parfois les filles ne peuvent pas s'empêcher de sacrer après leur ami.
9. Un gars devrait toujours commencer par demander à son amie avant de sortir avec ses amis.
La violence dans les fréquentations ...
10.
11.
12.
13.
C'est correct pour une fille de parler contre son ami.
Quand une fille est très en colère c'est compréhensible qu'elle crie après son ami.
Parfois une fille doit menacer son ami pour qu’il l’écoute.
Une fille ne devrait pas contrôler la façon de s'habiller de son ami.*
Échelles d’attitudes sur la violence physique des filles dans les fréquentations
1.
2.
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7.
8.
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10.
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12.
Il est correct qu'une fille donne une claque à son ami s'il le mérite.
Ce n’est pas grave si une fille pousse son ami.
Parfois les filles ne peuvent pas s'empêcher d'envoyer des coups de poing à leur ami.
Il y a des gars qui méritent que leurs amies leur donnent une claque.
Parfois une fille se doit de frapper son ami pour qu’il la respecte.
Habituellement une fille ne frappe pas son ami à moins qu'il le mérite.
Une fille ne devrait pas frapper son ami, peu importe ce qu’il a fait.*
Il n'y a aucune raison pour qu'une fille frappe son ami.*
Un bon moyen pour une fille de se venger de son ami est de lui tirer les cheveux.
Il n'est jamais correct qu'une fille donne des claques à son ami.*
Pour se faire écouter par leur ami, certaines filles doivent leur donner des coups de poing.
Un gars devrait rompre avec son amie si elle lui donne une claque.*
Échelles d’attitudes sur la violence sexuelle des filles dans les fréquentations
1.
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12.
Une fille ne devrait pas toucher son ami à moins qu'il le désire.*
Il n'y a pas de mal qu'un gars revienne sur sa décision d’avoir des relations sexuelles avec une fille.*
Une fille devrait seulement toucher son ami aux endroits où il veut être touché.*
Un gars devrait laisser son amie si elle l'a obligé à avoir des relations sexuelles avec elle.*
Un gars qui entre dans la chambre d'une fille, c'est qu'il accepte d'avoir une relation sexuelle avec elle.
Il est correct qu'une fille force son ami à l'embrasser.
Une fille ne devrait jamais faire boire son ami pour qu'il accepte d’avoir des relations sexuelles avec
elle.*
Si un gars accepte d’avoir des relations sexuelles avec une fille après avoir bu, il a le droit de changer
d'avis.*
Après qu’un couple sort ensemble pendant quelque temps, la fille ne devrait pas obliger son ami à
avoir des relations sexuelles avec elle.*
Une fille ne devrait jamais mentir à son ami pour qu’il accepte d’avoir des relations sexuelles avec
elle.*
Comme preuve d’amour, il est important qu’un gars ait des relations sexuelles avec son amie.
Il est correct qu’une fille fasse semblant d’aimer un gars pour l’amener à avoir des relations sexuelles
avec elle.
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