S ’ Créer des liens entre les Églises et les

S ’  Créer des liens entre les Églises et les
LE CENTRE MURIEL MCQUEEN FERGUSSON POUR LA
RECHERCHE SUR LA VIOLENCE FAMILIALE
UNIVERSITÉ DU NOUVEAU-BRUNSWICK
SÉRIE D’ARTICLES DE RECHERCHE
NUMBER 3, JANUARY, 2004
Créer des liens entre les Églises et les
resources communautaires : un survol de
l’éuipe de recherché sur la religion et la
violence
PAR
Nancy Nason-Clark
Lois P. Mitchell
Lori G. Beaman,
2
Le Centre fait de la recherche axée sur l’intervention et travaille aussi à
sensibiliser le public aux questions axées à la violence familiale et à la violence dirigée
contre les femmes. Il est affilié à l’Université du Nouveau-Brunswick et il oeuvre
activement à la mise sur pied et au maintien de partenariats entre des universitaires,
des décideurs et des travailleur.e.s et organismes communautaires. Il apporte aussi son
soutien à de nombreuses équipes de recherche qui mènent des études collaboratives
portant sur un large éventail de sujets concernant la violence familiale, et ce, dans le
but d’en cerner les causes profondes sous-jacentes à la violence familiale afin de
mettre fin à la violence et de fournir un appui à ses victimes et à ses survivant.e.s. Le
Centre Muriel McQueen Fergusson pour la recherche sur la violence familiale a été
fondé en 1992. Il est l’un des membres fondateurs de L’Alliance des Cinq Centres de
recherche sur la violence, qui fut mise sur pied en 1997.
Préparé par :
Centre Muriel McQueen Fergusson pour
la recherche sur la violence familiale
Université du Nouveau-Brunswick
C.P. 4400, 678, rue Windsor
Frédéricton (N.-B.) E3B 5A3
Coordonnées :
Nancy Nason-Clark
Département de sociologie
Université du Nouveau-Brunswick
C.P. 4400
Frédéricton (N.-B.) E3B 5A3
Téléphone : (506) 453-3595
Télécopieur : (506) 453-4788
Courriel : fvrc@unb.ca
Téléphone : 506-458-7440
Télécopieur : (506) 453-4788
Courriel : nasoncla@unb.ca
Bâtir des liens entre les Églises et les ressources communautaires : un survol
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Bâtir des liens entre les Églises et les ressources communautaires : un
survol du travail de l’Équipe de recherche sur la religion et la violence
Raconter notre histoire
Dans la société nord-américaine, la religion et la violence sont, pour plusieurs personnes
appartenant à un ordre religieux, des concepts antithétiques. L’idée que la violence à l’égard
de l’épouse ou que la violence familiale pourrait être présente chez les membres des groupes
confessionnels semblait difficile à comprendre – une contradiction flagrante avec le message
biblique prêché par les Églises (Kroeger et Beck, 1998; Kroeger et Nason-Clark, 2001).
Néanmoins, la recherche sociale scientifique effectuée depuis les années 1960 démontre
clairement que les femmes appartenant à un ordre religieux ainsi que leur famille ne sont pas
immunisées contre les effets dévastateurs de la violence et des mauvais traitements
(DeKeseredy et MacLeod, 1998; Horton et Williamson, 1988; Statistique Canada, 1993;
Wood et McHugh, 1994). Malgré toute l’estime que l’on porte à la famille dans les
traditions et l’enseignement religieux, les familles chrétiennes ne sont pas toujours saines
(Brown et Bohn, 1989; Fiorenza et Copeland, 1994; Fortune, 1991). Bien que la famille
chrétienne soit toujours présentée comme un sanctuaire sacré, elle n’est pas toujours, en
vérité, un havre de sécurité (Nason-Clark, 1998).
La violence à l’égard des femmes et les autres formes de violence familiale ne
connaissent aucune frontière religieuse, culturelle ou socio-économique (Copeland, 1994;
Timmins, 1995).
Au cours des dernières décennies, des chercheurs de divers secteurs
pédagogiques et idéologiques ont mis à jour et commencé à documenter le côté secret de la
vie familiale (Straus, Gelles et Steinmetz, 1980; Martin, 1981; Thorne-Finch, 1992). Après
avoir dénoncé les suppositions illusoires d’une vie de famille harmonieuse, des témoignages
de violence et les signes évidents des familles dysfonctionnelles ont éveillé l’attention des
chercheurs et du public sur l’étendue du problème qu’incarne la violence familiale dans
notre société (Dobash et Dobash, 1979; Feld et Straus, 1989; Fire in the Rose, 1994).
Les militantes féministes furent particulièrement tenaces dans leurs démarches à amener la
société à reconnaître et à faire face à la violence à l’endroit des femmes (Loseke, 1992;
Walker, 1990).
L’attention s’est peu à peu tournée vers
l’Église et le rôle qu’elle a joué, directement
et indirectement, dans la promotion des
attitudes qui ont pu permettre ou encore
promouvoir les situations de violence à
l’intérieur des foyers (Bussert, 1986; Clarke,
1986; Halsey, 1984; Pagelow et Johnson,
1988; Whipple, 1987).
Cependant, la
On pourrait soutenir que les
congrégations sont bien placées pour
obéir à la voix prophétique du
christianisme
contemporain
en
s’élevant contre toutes les formes de
violence (Kroeger et Nason-Clark,
2001; Fire in the Rose, 1994).
Bâtir des liens entre les Églises et les ressources communautaires : un survol
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structure patriarcale qui sous-entend la majorité des ordres religieux pourrait anéantir toute
tentative d’aborder sérieusement la problématique en question (cf., Brown et Bohn, 1989;
Adams, 1994). Certaines questions évidentes nécessitent une étude consciencieuse :
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Où l’Église se situe-t-elle sur les questions de violence à l’égard des femmes et des
autres formes de violence familiale?
Par ses enseignements, l’Église a-t-elle contribué à aggraver le problème de
violence?
Les victimes de violence cherchent-elles et trouvent-elles dans l’Église et chez ses
fidèles un refuge sûr, à l’abri des ravages qu’entraînent les relations de violence?
L’Église (et son clergé) possède-t-elle toutes les compétences nécessaires pour
répondre aux besoins des personnes qui viennent y chercher de l’aide?
De quelle manière l’Église peut-elle contribuer à éliminer les causes
fondamentales de la violence à l’égard des femmes et de la violence familiale?
L’Église peut-elle collaborer avec les organismes laïques pour aider les victimes
de violence et lutter contre les causes profondes de la violence familiale?
Pour tenter de répondre à certaines de ces questions, Mme Nancy Nason-Clark, PhD, a
mis sur pied en 1992 l’Équipe de recherche sur la religion et la violence. L’équipe faisait
partie de la proposition initiale pour la création du Centre Muriel McQueen Fergusson, un
centre national d’excellence pour la recherche sur la violence familiale situé à l’Université
du Nouveau-Brunswick.
L’équipe, coordonnée par Mme Nason-Clark, est composée d’associés de recherche
(Lori Beaman, Ph.D. et de Lois Mitchell, Ph.D.), de partenaires communautaires (M. Terry
Atkinson pasteur et de Mme Sheila McCrea pasteure), ainsi que de plusieurs étudiant.e.s
assistant.e.s de deuxième cycle.
Les membres de l’équipe
Madame Nancy Nason-Clark, Ph.D. est professeure de sociologie à l’Université du
Nouveau-Brunswick où elle effectue, depuis quinze ans, des recherches sur la problématique
homme-femme et le christianisme contemporain. Elle a occupé la présidence de la
International Association for the Sociology of Religion et est rédactrice en chef du journal
scientifique, Sociology of Religion: A Quarterly Review. Nancy est l’une des dix-huit
membres qui siègent au groupe de travail international sur la violence mis en oeuvre en 1999
par l’Union évangélique universelle.
Lorsque j’ai invité Lois à collaborer avec moi à cette initiative, je n’ai jamais pensé
que nos projets et les résultats qui en découleraient seraient d’une aussi grande portée ou
auraient des répercussions aussi importantes sur ma vie professionnelle et sur mon temps.
En se joignant à notre équipe, Lori nous a apporté une dimension juridique et, durant les
années qui se sont écoulées, son travail qui s’appuyait sur les études de l’équipe a pris de
Bâtir des liens entre les Églises et les ressources communautaires : un survol
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plus en plus d’ampleur. Sheila et Terry nous ont apporté les liens indispensables avec les
congrégations locales et avec les gens
appartenant à ces groupes confessionnels.
Plusieurs étudiantes en rédaction de thèse se sont jointes au groupe- Amanda, Christy,
Lisa, Lenora, Michelle et Lori- toutes ont été embauchées à titre d’assistantes à la
recherche grâce à des fonds d’aide mis à ma disposition. Je désire remercier les
fondations, les ministères gouvernementaux et les organismes professionnels qui ont
financé nos projets de recherche de même que les revues et les éditeurs qui ont publié
notre travail. La violence à l’égard des femmes est un problème qui nous concerne tous —
je veux m’assurer que les groupes confessionnels participent à sa solution.
Lois Mitchell, Ph.D., sociologue, présidait le Comité sur la violence familiale de la
Convention baptiste des provinces de l’Atlantique lors de la formation de l’Équipe de
recherche sur la religion et la violence. Elle est présentement directrice par intérim de
l’action sociale. Lois cumule deux fonctions au sein de l’équipe : elle agit à titre d’assistante
à la recherche et à titre de partenaire communautaire et de liaison entre l’équipe et la
Convention baptiste.
Ma collaboration au sein de l’équipe m’a donné l’occasion de combiner mes aptitudes
aux études et ma formation avec mon désir d’avoir une influence concrète sur la vie des
gens qui ont été victimes – ou sont actuellement victimes – de violence familiale. Cette
expérience m’a permis, en outre, d’examiner plus attentivement les divers facteurs qui
influencent la réponse de l’Église à ce problème et donc de mieux comprendre comment les
changements, mêmes minimes, dans la pensée et l’approche peuvent augmenter l’efficacité
de cette réponse. Le modèle de recherche concertée combiné aux objectifs d’une rechercheaction en fait une initiative unique et passionnante. Créer des liens entre l’Église et les
autres ressources communautaires est, à mon avis, un objectif méritoire. Mon travail au
sein de l’équipe a également joué un rôle prépondérant dans ma préparation pour la
coanimation d’un groupe de soutien pour les femmes de ma communauté victimes de
violence. Cette expérience a eu des répercussions à plusieurs niveaux sur ma vie.
Lori Beaman,Ph.D.,est professeure adjointe en sociologie à l’Université de Lethbridge. Lori
a été très active au sein du mouvement des maisons de transition au Nouveau-Brunswick.
Elle a pratiqué le droit durant cinq ans et a décidé d’unir la théorie à la pratique en obtenant
un doctorat en sociologie. La recherche qu’elle a commencée dans l’Est s’est poursuivie
chez les femmes mormones de l’Ouest.
Participer à cette équipe m’a permis d’examiner de plus près certaines questions qui
avaient fait surface lorsque je pratiquais le droit et représentais nombre de femmes victimes
de violence; qu’est-ce qui fait que certaines Églises reconnaissent les effets dévastateurs de
la violence à l’égard des femmes alors que d’autres ignorent cette urgente question sociale?
J’ai également travaillé en vue de créer des liens entre le mouvement des maisons de
transition et une ressource importante — les Églises et les femmes qui oeuvrent en son sein.
J’accorde une importance capitale à cet aspect pratique de notre recherche. Être à l’écoute
des groupes est primordial pour faciliter leur coopération.
Bâtir des liens entre les Églises et les ressources communautaires : un survol
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Terry Atkinson, pasteur au sein de la Convention baptiste, siégeait au comité sur la violence
familiale lors de la formation de l’équipe. Grâce à son expérience pastorale, Terry a permis
à l’équipe de mieux comprendre les problèmes auxquels sont confrontés les pasteurs
lorsqu’ils sont mis en présence d’une personne victime de violence familiale. Pasteur et
conseiller pastoral respecté au sein de la Convention baptiste, Terry s’est révélé une
ressource importante et a servi de son de cloche pour l’équipe lors des projets de recherche
et de suivi.
Ayant passé 10 années comme travailleur social avant de devenir pasteur, je suis bien
conscient des problèmes de violence familiale. Lorsque je regarde mes fidèles le dimanche
matin, je sais qu’il y a parmi eux des femmes qui vivent dans la peur. Faire partie de cette
équipe a été instructif, stimulant et, par moments, dérangeant. Nous devons accepter,
comme pasteur, que les situations de violence et de mauvais traitements sont présentes chez
les fidèles que nous desservons ainsi que chez les gens qui ne font pas partie de notre Église.
L’équipe n’a pas ménagé ses énergies pour informer les pasteurs et les laïcs sur cet
important problème et, quoique ma contribution ait été minime, c’est un privilège que de
pouvoir travailler avec des coéquipiers et coéquipières aussi compétent.e.s et dévoué.e.s.
Sheila McCrea, pasteure, est présentement doyenne de Discipleship au Bethany Bible
College. Elle assumait auparavant la direction du Wesleyan Women International of the
Atlantic District de la Wesleyan Church. Interprète des Écritures Saintes et conseillère
pastorale, Sheila est régulièrement invitée comme conférencière aux congrès pour femmes et
aux autres fonctions religieuses. Ses contributions au sein de l’équipe ont été multiples,
notamment sa capacité à nous aider à déterminer notre rôle pour amener les Églises et les
femmes qui en font partie à faire preuve d’une plus grande compassion à l’endroit des
victimes de violence.
Participer à cette équipe de recherche a été tout un privilège. Cela a confirmé ma
conviction que beaucoup peut être accompli lorsque les Chrétiens s’unissent pour chercher
ensemble les solutions à un problème. Je suis devenue plus sensible aux situations de
violence que les femmes croyantes peuvent vivre dans leur foyer, un endroit où elles
devraient se sentir en sécurité. Ce projet m’a également donné l’occasion de partager avec
d’autres des manières concrètes de rejoindre ces femmes qui souffrent. J’ai été encouragée
par les réponses apportées par le clergé et les femmes d’Église. Je crois que ma
participation au sein de cette équipe me permettra de répondre plus efficacement aux
besoins des femmes.
Assistantes à la recherche : Depuis 1992, notre équipe jouit du privilège de compter au
sein de ses membres des assistantes à la recherche qualifiées et convaincues dont la
participation est financée par des subventions externes. Toutes ces femmes ont terminé des
thèses qui se rapportaient, d’une manière ou d’une autre, aux objectifs visés par Mme Nancy
Nason-Clark et l’équipe. Bien que plusieurs d’entre elles aient déménagé à l’extérieur du
Nouveau-Brunswick, il faut mentionner qu’aucune n’a réellement coupé ses liens avec les
membres de l’équipe. En reconnaissance du rôle important qu’elles ont joué dans la
collecte, la gestion et l’analyse des données et de leur engagement continu à éliminer la
Bâtir des liens entre les Églises et les ressources communautaires : un survol
5
violence à l’égard des femmes, nous les considérons donc assistantes de recherche
honoraires.
Lori Beaman : Lori a terminé une thèse de doctorat sur la vie des femmes évangéliques et a
analysé, entre autres, leurs perceptions des situations de violence envers les femmes et les
réponses qu’elles y apportent. Sa dissertation a été publiée par Challice Press. Lori est
présentement membre du département de sociologie à l’Université de Lethbridge.
Lisa Hanson : Détentrice d’une maîtrise sur les besoins de femmes baptistes âgées, Lisa
prépare un doctorat en Sociologie. Elle habite actuellement à Ottawa où elle vient de
terminer des cours du niveau supérieur à l’Université Carleton.
Christy (Terris) Hoyt : Christy a terminé sa thèse de maîtrise sur la perception des jeunes
évangéliques et des jeunes pasteurs relativement à la vie familiale et aux conflits familiaux.
Elle a continué, au fil des années, à travailler comme assistante de recherche à temps partiel
à partir de sa résidence à Cody au N.-B.
Michelle Spencer-Arsenault : Michelle a terminé sa thèse de maîtrise sur les femmes
catholiques et leur conception de Marie, la mère de Jésus. Une section de sa recherche porte
sur les attitudes à l’égard des femmes victimes de violence chez les femmes catholiques.
Elle est actuellement inscrite au doctorat à l’Université de Waterloo.
Amanda (Henry) Steeves : Amanda a terminé un mémoire de spécialisation sur les
questions de violence familiale chez les jeunes pratiquants. Ayant obtenu un grade supérieur
de l’Université Dalhousie, Amanda habite présentement à Frederiction où elle travaille
comme phoniatre auprès des enfants au sein du gouvernement provincial.
Lenora (Shepherd) Sleep : Lenora a terminé sa maîtrise sur les familles pentecôtistes où
elle a examiné le travail au sein du foyer, les conflits familiaux et la participation de la
population active chez les hommes et les femmes pentecôtistes. Elle travaille toujours au
sein de l’équipe à temps partiel.
Encadrer la recherche
Outre répondre aux questions sur le rôle de l'Église pour faire face aux situations de
violence familiale, la motivation première et toujours vivante de l'équipe de recherche est la
conviction que des changements sociaux et institutionnels sont possibles lorsqu’une même
vision et détermination sont partagées. La recherche comme telle et la diffusion des résultats
sont mieux comprises lorsqu’on les considère sous l’angle d’un modèle de recherche-action
qui est clairement et intentionnellement conçu pour effectuer un changement.
Une approche de recherche faite en
collaboration, combinant le savoir, les compétences
et les perspectives des chercheurs en milieu
universitaire avec ceux des partenaires de la
Bâtir des liens entre les Églises et les ressources communautaires : un survol
La vision commune de cerner le
problème et de travailler ensemble
pour apporter des changements a
réuni les membres de l’équipe sous
une même mission et un même but.
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communauté, a donné une saveur particulière au travail de l'équipe.
Les premiers partenaires communautaires à participer à l’Équipe de recherche sur la
religion et la violence furent la division atlantique de l’Église Wesleyan et la Convention
baptiste des provinces de l’Atlantique. Ces deux groupes évangéliques ont démontré non
seulement une volonté de participer, mais aussi de collaborer à la formulation et à la mise en
oeuvre d’un programme de recherche qui présente de nombreux aspects. Le niveau de
participation de ces deux groupes est décrit ci-dessous. Au cours des dernières années,
d'autres partenaires communautaires nous ont approchés pour participer à l’équipe de
recherche, notamment le Maritime Conference of the United Church of Canada, le diocèse
de Frederiction de l’Église anglicane et l'Armée du Salut, division des Maritimes. Ces
groupes ont participé à diverses étapes de notre programme de recherche.
Au cours des huit dernières années, l'équipe a effectué une série d'études utilisant une
multitude de méthodologies de recherche comprenant des questionnaires postés, des
entrevues en profondeur, des groupes de consultation, des enquêtes téléphoniques et des
consultations communautaires. Les diverses études, chacune faisant fond sur les résultats
des études précédentes, ont donné naissance à un plan d'action visant à améliorer l'efficacité
des réponses offertes par les Églises pour les personnes aux prises avec des situations de
violence au foyer. Toutes nos études ont été effectuées au Canada atlantique.
•
L’étude I consistait en un projet-pilote cherchant à examiner les tensions, la
collaboration et les contradictions qui existent entre le personnel des maisons de
transition et le clergé dans diverses régions du Canada atlantique. Douze sites ont
été choisis et des entrevues téléphoniques ont été effectuées auprès des pasteurs et
des intervenants de refuges afin de cerner des exemples de coopération et de
désaccord.
•
L’étude II consistait en une étude par questionnaire à laquelle participait tout le
personnel de La convention baptiste des provinces de l’Atlantique, de la division
atlantique du Wesleyan Church, du Maritime Conference of the United Church of
Canada, de l’Armée du Salut, division des Maritimes et du diocèse de Fredericton
de l’Église anglicane (province du Nouveau-Brunswick). Les données recueillies
portaient sur l'expérience du clergé sur le plan de la violence à l’égard des femmes
et des enfants, de leur niveau de connaissances sur les questions de violence
familiale et sur les pratiques d’aiguillage pour les cas de violence et de mauvais
traitements. Plus de cinq cent cinquante membres du clergé ont participé à cette
phase de la recherche (ce qui représente un taux de réponse général de plus de 60
%).
•
L’étude III, qui repose sur les résultats de l'étude sur le clergé, comprenait des
entrevues en profondeur auprès d’un échantillonnage de cent cinquante
ecclésiastiques qui desservaient diverses localités du Nouveau-Brunswick, de la
Nouvelle-Écosse, de l’Île-du-Prince-Édouard et de Terre-Neuve. Ces entrevues
Bâtir des liens entre les Églises et les ressources communautaires : un survol
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examinaient le niveau de connaissances et d'expérience pastorale que possédaient
les membres du clergé sur le plan de la violence. Les entrevues étaient plus
particulièrement axées sur les stratégies de counselling pastoral auprès des femmes
victimes de violence familiale.
•
L’étude IV examinait les besoins uniques et précis des femmes des Églises
évangéliques victimes de violence et les réponses des femmes face à cette tradition
de violence. Des groupes de consultation ont été tenus dans trente localités
auxquels participaient de cinq à vingt femmes appartenant à des communautés
religieuses.
•
L’étude V comprenait des entrevues téléphoniques auprès d’un échantillonnage
composé de membres des congrégations qui fréquentent l’une des vingt-quatre
Églises locales choisies dans la région atlantique. L’étude vise à savoir où les
familles pratiquantes cherchent de l'aide lorsqu’elles sont en situation de détresse
ou de conflit.
Le projet Bâtir des liens comprenait une série de consultations tenues dans chaque
province atlantique auprès des dispensateurs de soins religieux et laïques qui offraient de
l'aide aux femmes victimes de violence et à leurs enfants. Le projet était de nature
pragmatique - bâtir des liens entre le «clocher» et le «refuge».
Plus de mille membres du clergé, femmes victimes de violence, employés de refuges,
membres de groupes de femmes d’Église ainsi que des laïcs ont participé à notre recherche
par le biais de cette série d'études. Ce document porte plus précisément sur les données de
nos partenaires évangéliques, La convention baptiste des provinces de l’Atlantique et la
division atlantique de l'Église Wesleyan1. Nos sources de données comprenaient des
questionnaires reçus de trois cents quarante-trois membres du clergé (taux de réponse de 70
%), cent entrevues en profondeur avec des pasteurs et des entrevues lors des groupes de
consultation auxquels ont participé
deux cent quarante-sept femmes appartenant à des
communautés religieuses. Ensemble, ces études présentent un portrait complet du niveau de
connaissances que possèdent les groupes évangéliques et leurs leaders sur les questions de
violence à l’égard des femmes et sur leurs réactions envers les victimes et leur famille.
Partenaires communautaires : profil de deux de nos groupes participants
La Convention baptiste des provinces de l’Atlantique (CBPA)
L'invitation à devenir un partenaire communautaire au sein de l’Équipe de recherche sur
la religion et la violence est survenue à un moment stratégique pour la CBPA. La
Commission sur l’action sociale venait à peine de mettre en place un Comité sur la violence
familiale sous la direction de Lois Mitchell et du pasteur Doug Hapeman, alors directeur de
la Commission sur l’action sociale. Lorsque Mme Nason-Clark nous a appelés pour savoir
Bâtir des liens entre les Églises et les ressources communautaires : un survol
8
si nous étions intéressé.e.s à mener une recherche collective, le comité entamait justement un
processus de demande de fonds pour effectuer de la recherche sur la violence familiale au
sein de notre communauté religieuse. Nous avons accepté avec enthousiasme, reconnaissant
les bienfaits de partager nos ressources et de travailler ensemble vers un but commun tout en
étant chapeauté par le Centre Muriel McQueen Fergusson.
Depuis 1992, La convention baptiste a été active dans l’ensemble du programme de
l’équipe de recherche et connaissait, de première main, les résultats de la recherche. Cette
recherche a entraîné la mise en oeuvre des interventions suivantes par le biais du Comité sur
la violence familiale :
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une résolution sur la violence familiale a été présentée à l'Assemblée annuelle de
1994 et a été adoptée par les délégués représentant les cinq cent cinquante Églises
de la convention
un guide intitulé Understanding the Dynamics of Family Violence (1995) a été
publié et distribué à tous les pasteurs de notre Convention
une étude biblique intitulée « Harmony in the Home » (qui met l’accent sur la
violence familiale) a également été publiée en 1996 et mise à la disposition des
pasteurs et des Églises
une étude biblique intitulée «What’s Love Got to do With It» (1998) a été préparée
à l’intention des adultes et des adolescents afin de promouvoir une vision
chrétienne du monde
Mme Mitchell a été invitée à maintes reprises à donner des ateliers et des
séminaires sur la violence familiale et sur le travail de l'équipe. Ces sessions
comprenaient des membres du clergé et des laïcs.
Grâce à la participation de Mme Lois Mitchell, présentement directrice par intérim de la
Commission d'action sociale, et de M. Terry Atkinson, pasteur, la CBPA a maintenu une
étroite collaboration avec l’Équipe de recherche sur la religion et la violence.
Le taux de réponses des pasteurs de la CBPA à l’enquête initiale et leur volonté à
vouloir participer aux entrevues de suivi démontrent l’intérêt qui existe pour cet enjeu du
point de vue pastoral. Bien que ce ne soit pas tous les pasteurs et les Églises qui ont donné
suite à l'information présentée dans le cadre du projet de recherche, il ne fait aucun doute
que les résultats de la recherche aient aidé nombre de pasteurs à mieux comprendre leur rôle
et à être plus efficaces au sein de leur ministère auprès des personnes victimes de
violence.
La CBPA a été très sensible à l'excellence pédagogique et à l'intégrité de l’équipe dans
la conduite de cette recherche et dans la diffusion des résultats. Cette expérience de
recherche collective s’est avérée très positive et nous espérons qu’elle continuera à faire une
différence réelle tout en entraînant les changements nécessaires.
Bâtir des liens entre les Églises et les ressources communautaires : un survol
9
La division atlantique de l’Église Wesleyan
Le partenariat entre l'université et les Églises du Canada atlantique a été, pour la
division atlantique de l’Église Wesleyan, un nouveau projet. Depuis ses débuts en 1992, les
pasteurs et les congrégations ont démontré, à chaque étape du processus, un vif intérêt pour
le travail de Mme Nancy Nason-Clark et de l’Équipe de recherche sur la religion et la
violence. La participation de la direction de la division atlantique de l’Église Wesleyan s’est
faite à plusieurs niveaux : en examinant les résultats du travail accompli par l'équipe, en
étudiant le rôle qu'elle pourrait jouer dans la diffusion de ces résultats et en organisant une
session de remue-méninges pour mettre en place des initiatives d'action sociale sur les
manières, pour les Églises, de répondre plus efficacement aux défis soulevés par Mme
Nason-Clark et l'équipe.
La volonté de la division atlantique de l’Église Wesleyan d’aider les familles en situation
de crise et d’offrir de la compassion et du soutien aux victimes de violence – et leur soutien
enthousiaste à l’équipe de recherche – est démontrée par les initiatives suivantes :
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Près de 90 % des pasteurs wesleyans ont participé, d’une manière ou d’une autre,
aux collectes de données de l’Équipe de recherche sur la religion et la violence.
En 1995, Mme Nason-Clark a été invitée à une session plénière lors du congrès
annuel des ministres du culte, une conférence à laquelle doivent participer tous les
ministres ordonnés. Durant les mois qui ont suivi, elle a été invitée à prendre la
parole à la conférence Beulah, un important congrès réunissant des laïcs actifs au
sein de l’Église.
Tous les pasteurs wesleyans ont reçu un exemplaire gratuit de THE BATTERED
WIFE : How Christians Respond to Family Violence, financé par des fonds de la
division atlantique.
Tous les pasteurs wesleyans ont reçu des exemplaires gratuits du matériel de
formation baptiste préparés par Mme Mitchell et son comité. Cette initiative fut
également financée par des fonds de la division atlantique.
Plusieurs Églises wesleyans du Canada atlantique ont invité un membre de
l'Équipe de recherche sur la religion et la violence à faire une présentation ou à
communiquer un message pendant un de leurs services dominicaux. Au cours des
cinq dernières années, plusieurs présentations ont été faites par l’équipe de
recherche lors des conoventions des femmes de l’Église wesleyan tenues dans
l’ensemble des provinces de l’Atlantique.
En 1999, Mme Nason-Clark a été invitée à animer un atelier de formation à
l’intention des ministres ordonnés par l'Église Wesleyan.
Survol des résultats de recherche
Au coeur de notre mandat et de notre programme de recherche se trouvait le désir de
donner la parole aux personnes qui, à la suite de mauvais traitements, ont cherché de l’aide
auprès de l'Église ou à celles qui ont offert le soutien de l’Église aux femmes victimes de
Bâtir des liens entre les Églises et les ressources communautaires : un survol
10
violence et à leur famille. Toutes ne racontent pas la même histoire. Certaines femmes
victimes de violence parlent de conseillers religieux leur ayant offert du soutien et une
multitude d’initiatives pratiques. D'autres, par contre, se sont dites déçues des réponses
reçues de leur groupe confessionnel. Certains membres du personnel des maisons de
transition se méfient de la participation du clergé dans la lutte pour éliminer la violence
familiale alors que d'autres croient déceler un environnement plus ouvert à des projets de
collaboration. Certains membres du clergé réagissent rapidement et offrent des options
thérapeutiques et de l’aide spirituelle aux femmes victimes de violence pour accélérer le
processus de guérison tandis que d’autres sont mal à l’aise face à leur propre manque
d’expérience ou à leur résistance à travailler avec les organismes communautaires dans une
structure de collaboration. En dernier lieu, les femmes appartenant à un ordre religieux2
disent vouloir ouvrir leur coeur aux nombreuses femmes en situation de crise et être à leur
écoute et se trouvent, par conséquent, dépourvues face à la réalité de la douleur des femmes
et au message d’espoir présenté par l’Église.
Nous désirons, dans ce document, partager
Notre programme de recherche a
avec le lecteur les complexités et les ambiguïtés
permis de faire ressortir l’important
qui existent dans la relation entre la violence et
message suivant : le chemin vers la
les réponses de l’Église aux victimes. L'histoire
guérison et la plénitude comprend,
n’est pas si simple et il est absolument faux et
pour nombre de victimes de
inexact de suggérer que les Églises et leurs fidèles
violence (et pour leur famille), tant
se contentent de dire aux femmes de retourner à
la participation du monde laïque
la maison et de prier pour que la violence prenne
que celui du monde religieux.
fin. Il est toutefois aussi inexact et faux de
prétendre que toutes les victimes reçoivent des conseils et du soutien de leurs Églises et de
leurs leaders. Nous avons appris, par l’entremise de notre programme de recherche, que les
Églises cherchent en effet à apporter la guérison, mais qu'elles doivent être encouragées à
offrir aux victimes des ressources plus pratiques et spirituelles. Nombre de victimes de
violence, membres de communautés religieuses, désirent être en contact avec leur
communauté religieuse au moment de la crise.
Les voix
Dans la section ci-dessous, vous pourrez lire des citations ressorties de notre travail
avec des victimes, des membres du clergé, des employés des maisons de transition et des
femmes pratiquantes qui tentent d’offrir du soutien aux victimes de violence. Leurs histoires
racontent les longues souffrances causées par la violence et le chemin, tout aussi long, vers
la guérison. L’intervention dans les situations de violence chez les femmes et leur famille
comprend plusieurs aspects : tout comme les situations de violence diffèrent les unes des
autres, les besoins de celles qui en sont victimes diffèrent eux aussi. Pour que les Églises
remplissent leur mandat de communautés d’entraide, elles doivent prendre au sérieux la
prévalence et la sévérité des cas de violence chez leurs fidèles et dans les communautés
qu’elles desservent.
Bâtir des liens entre les Églises et les ressources communautaires : un survol
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La voix des femmes victimes de violence
«La première fois que j'ai partagé publiquement mon témoignage… c’était une sorte de
guérison… On a honte d’avoir été agressée… Je pense que les femmes doivent guérir
suffisamment afin de pouvoir le partager et ainsi aider d'autres femmes, mais cela prend du
temps. Je veux dire… moi cela m'a pris huit ou neuf ans. » (Femme no 3, groupe de
discussion no 7) 3
«J'ai grandi au sein de l'Église et, vous savez, le divorce n’est pas bien vu. Vous avez
épousé ce type et vous êtes censée tenir le coup pour le meilleur ou pour le pire; c'est
vraiment difficile de décider de finalement partir. C'est une des décisions les plus difficiles
que j'ai jamais prises.» (Femme no 2, groupe de discussion no 1)4
«Il [Dieu]me donne toute la force nécessaire pour m’en sortir.» (femme évangélique)5
«Ce n'est pas un endroit sûr [l'église] où aller parce qu'une fois que vous y êtes…personne
ne sait quoi faire de vous.» (femme évangélique)6
Les voix des femmes aidant leurs pairs
«Vous savez, je pense qu’une femme … victime de violence ira probablement vers une autre
femme de la communauté religieuse avant d’aller voir le pasteur.» (femme no 4, groupe de
discussion 17)7
« Nous, en tant que chrétiennes, croyons au sacrement du mariage [et] à cause de cela, je
crois qu’il faut travailler avec la famille au complet …. réconciliation… counselling… est si
c’est une situation de grande violence, alors oui…le divorce est peut-être la seule option. »
(femme no 13, groupe de discussion no 26)8
«Comment pouvez-vous dire à une non chrétienne, «Venez mon enfant, prions ensemble» ?.
Elle va vous rire au nez . Vous savez, ce n’est pas la chose à faire au début, bien que Dieu
réponde à la prière et que Dieu fait des miracles. Vous devez montrer à cette femme, de
façon concrète, que vous êtes sensible à ce qu’elle vit… aller chercher ses enfants ou lui
donner une paire de chaussures… lui offrir une tasse de café … »(mère de deux enfants)9
« Je pense qu'il y a un rôle précis que nous pouvons jouer en tant que femmes, et pas
seulement dans l’écoute… Il y a des femmes dans la communauté religieuse que les
femmes victimes de violence peuvent aller voir sans éprouver de honte. Je crois que la honte
y joue un rôle important … mais nous pouvons aussi [aider] de plusieurs façons concrètes et
pratiques… les soins des enfants et tous les besoins en matière de nourriture et de refuge; je
crois que les femmes ont un très grand rôle à jouer.» (femme no 10, groupe de discussion no
5)10
Bâtir des liens entre les Églises et les ressources communautaires : un survol
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Les voix des pasteurs
« Je ne dirais jamais à un couple, [ou] à une femme, ou à un homme, « Vous devez
conserver votre couple parce que Dieu dit que vous devez rester ensemble, je pense que
c'est de la foutaise. » (entrevue personnelle no 350 avec un membre du clergé)11
«Après tout, ils [les intervenant.e.s des maisons de transition pour les situations de crise]
offrent un service. Nous l'appelons un ministère; ce n’est peut-être pas le nom qu’ils leur
donnent. Nous pensons qu’il est de notre devoir de soutenir les personnes qui aident les
autres. C’est, à nos yeux, la chose chrétienne à faire.» (entrevue téléphonique no 16 avec un
membre du clergé)12
«Les maisons de transition sont un mouvement laïque … parfois dans un mouvement laïque,
ils veulent notre temps, notre argent, mais ils ne veulent pas que nous parlions de Dieu.»
(entrevue téléphonique no 10 avec un membre du clergé)13
«Je ne propose pas le divorce… dans le counselling, je mets l’accent sur l’amélioration de la
relation. Je mets l’accent sur la nécessité d’établir une relation avec Dieu, avec soi et avec
les autres.» (entrevue personnelle no 552 avec un membre du clergé)14
«En fait… votre travail est d’essayer d'aider une personne
qui traverse une période très difficile en utilisant vos habiletés et les ressources
disponibles… Il y a eu une occasion où la femme est arrivée à la maison… il avait pris une
cuite…j’ai amené la femme et les garçons à notre maison où ils ont passé la nuit… parce
qu’elle avait peur.» (entrevue personnelle no 272 avec un membre du clergé)15
Les voix des employé.e.s des maisons de transition
«[Le clergé] a une fausse conception de la famille - maman, papa et 2,2 enfants … [Et] Ils
ont peut-être une fausse impression de ce que nous faisons : que nous séparons les familles.»
(entrevue no 1,3 avec un.e employé.e)16
«Récemment, il y a eu une plus grande ouverture d’esprit et d’acceptation. Il y a deux ans,
j'aurais dit qu'il [le clergé] nous craignait.» (entrevue no 1,2 avec un.e employé.e)17
J'ai animé l’atelier Bâtir des liens qui a eu lieu à Terre-Neuve et cela a été, pour moi,
une bonne confirmation de la valeur de cette initiative. L’atelier regroupait nombre de
femmes travaillant directement ou indirectement, par le biais de l’église ou d’organismes
laïques, auprès de femmes victimes de violence.18 La dynamique au sein de l'atelier était
très encourageante parce qu’au cours de l'après-midi, je pouvais littéralement voir tomber les
murs de la méfiance. En fait, vers la fin de l'atelier, une des femmes qui occupent un poste
influent au sein d’un organisme gouvernemental a déclaré : « Je ne croyais pas qu’il y avait,
au sein des communautés religieuses, des femmes qui comprennent ces problèmes comme
nous les comprenons!» C'était une expérience vraiment marquante. (Lois Mitchell)
Bâtir des liens entre les Églises et les ressources communautaires : un survol
13
Comprendre les résultats de notre programme de recherche
Notre série d’études, qui comprenaient plusieurs confessions religieuses et
méthodologies, ont révélé des signes de sensibilité de la part de l’Église à l’égard des
victimes de violence de même que des obstacles aux partenariats entre les Églises et les
organismes communautaires.
Les bonnes nouvelles ou les signes de sensibilité
comprennent le réseau de soutien informel qui fonctionne entre les femmes de l’Église, la
nature et l’étendue de l'intervention cléricale auprès des victimes de violence, la
reconnaissance par les ministres et leur confession religieuse des besoins de formation
continue, le contact entre les groupes de femmes croyantes et les maisons de transition
locales et les choix offerts aux femmes comme stratégies d'intervention (Nason-Clark, 1996;
1997; 1998a; 2000c).
Nous furent frappées, lors des groupes de
consultation tenus au Canada atlantique, par la cohérence Le cercle de soutien
et l'ampleur par lesquelles une femme prend soin de offert par les femmes
répondre aux besoins d'une autre femme tant à l’intérieur sous les auspices de leur
qu’à l’extérieur des murs de l'Église. Bien que les congrégation locale, dans
femmes se tournent souvent vers d'autres femmes lors de un environnement de foi,
situations de crise, notre équipe a été également surprise est remarquable.
du niveau et de la nature d'intervention cléricale auprès
des femmes victimes de violence, des hommes agresseurs et de leur famille. Nous avons
entendu, en milieux ruraux qu'urbains, des pasteurs déclarer qu’une partie de leur
counselling pastoral était consacrée aux victimes de violence. Cela va sans dire que le
niveau de counselling pastoral dans ce secteur ne se rapproche nullement du niveau de
besoins des paroissiens, mais il est important de mentionner que l'on fait régulièrement appel
aux ministres pour répondre aux besoins des femmes victimes de violence et de leurs
enfants. Toutefois, la majorité d’entre eux ne pensent pas posséder toutes les compétences
pour le faire et se sentent parfois pris entre les besoins de counselling des paroissiens et leur
propre manque de compétence.
La participation des groupes religieux de femmes en faveur des abris communautaires
nous a premièrement été révélée par le personnel des maisons de transition. Nous avons
appris que des contributions financières et non financières régulières, quoique modestes,
étaient faites par les organisations religieuses dirigées par des femmes à l’endroit des refuges
pour femmes. Nous avons également appris que les femmes actives au sein de mouvements
religieux reconnaissent, d’un point de vue religieux ou autre, la fréquence et la gravité de la
violence; elles maintiennent l’importance et l’inviolabilité de la famille qui est au centre de
leur vision religieuse, mais elles savent très bien, en tant que femmes, que la famille peut
être un endroit dangereux pour certaines femmes (Nason-Clark, 1995; Beaman, 1999;
Beaman-Hall et Nason-Clark, 1997b).
Bien que nos données laissent entrevoir la sensibilité des Églises à l’égard des victimes
Bâtir des liens entre les Églises et les ressources communautaires : un survol
14
de violence et de leur famille, nous avons aussi démontré, au moyen de documents, qu’il
existe plusieurs problèmes relativement à la vision des Églises sur la notion de violence et
l'intervention auprès des victimes. On hésite à désigner par son nom la violence à l’égard
des femmes, favorisant plutôt le concept plus vague de violence familiale, et on refuse de
croire que les familles pratiquantes soient aussi violentes que celles qui ne fréquentent pas
l’église (Beaman-Hall et Nason-Clark, 1997a; Nason-Clark, 1996). On a également
tendance à surestimer la possibilité de réconciliation au sein des familles déchirées par la
violence (Nason-Clark, 1998b). En dernier lieu, il est rare que les ministres condamnent
publiquement, du haut de la chaire, les situations de violence (Nason-Clark, 1999).
Besoins reconnus : Bâtir des liens entre le clocher et le refuge
Les résultats de recherche mentionnés ci-dessus
nous ont mené.e.s à conclure sur la nécessité
d’améliorer
la
communication
entre
les
communautés, que nous définissons d’une façon
générale comme laïques et religieuses. Cependant,
nous étions particulièrement préoccupé.e.s par le peu
de communication qui semblait exister entre les
employé.e.s des refuges et les Églises. Les femmes
membres de confessions religieuses avaient, semble-til, des contacts fréquents avec les refuges d’urgence
de leur communauté. Ces femmes et les employé.e.s
des refuges nous ont fait part de contacts continus.
Leur vision chrétienne du
monde a fourni aux femmes
évangéliques l’encadrement
en
vertu
duquel
leurs
réactions face à la violence à
l’égard des femmes étaient
modifiées. Toutefois, leurs
expériences personnelles ont
modelé leurs réponses au
problème,
parfois
en
contradiction apparente avec
leur idéologie religieuse,
particulièrement
sur
les
questions touchant la famille
(cf. Beaman, 1999).
Les femmes membres de confessions religieuses
ont offert un appui matériel aux refuges en préparant
des «trousses» contenant du shampooing, des brosses
à dents, etc. Elles ont décoré et meublé des pièces
dans des maisons de transition et ont invité des employé.e.s des refuges à parler à leurs
groupes de femmes. Nombre de femmes avaient, en outre, des membres de leur famille ou
des amies qui avaient été maltraités et qui étaient venus chercher auprès d’elles une oreille
attentive ou un soutien pratique, par exemple, la garde des enfants ou un refuge temporaire
(Nason-Clark, 1997). Cet appui matériel signifiait que ces femmes étaient généralement
bien renseignées sur la nature de la violence et ses répercussions sur les femmes. Leur prise
de conscience était liée à l’action. Elles considéraient la violence à l’égard des femmes
comme un problème communautaire profond, un problème où les frontières religieuses
n’existent pas (Nason-Clark, 1995).
En revanche, les contacts entre le clergé et les refuges d’urgence étaient pour le moins
sporadiques. De plus, les membres du clergé ont eux-mêmes reconnu ne pas en connaître
suffisamment sur le travail des refuges d’urgence ou sur les types de relations de violence.
Ils ne pouvaient pas appeler un refuge et demander à parler à un employé en particulier.
Bien qu'ils aient exprimé le désir d'apprendre, il ne semble pas exister de groupe de
Bâtir des liens entre les Églises et les ressources communautaires : un survol
15
discussion au sein duquel ils pourraient approfondir leurs connaissances sur cet enjeu.
La position de plusieurs employé.e.s des maisons de transition souligne, de plus, le
besoin d’accroître la communication entre ces deux groupes. Bien qu'ils disent être
reconnaissants du soutien offert par ces femmes actives au sein des mouvements religieux,
ils se disent inquiets que les femmes qui se tourneraient vers leur communauté religieuse lors
d’une situation de crise n’aient pour toute consigne que de celle de retourner à la maison et
de prier. Ils ont constaté, à bien des égards, que les Églises et leurs leaders contribuaient
au problème plutôt qu’à la solution. Nombre d’employé.e.s des refuges d’urgence estiment
que la communauté religieuse sanctionnerait la famille à tout prix, même si la vie de la
femme était à risque. Cette crainte s’est traduite en un éloignement de la part du personnel
des refuges de plusieurs confessions religieuses de leur communauté (pour une discussion
plus complète des questions théoriques, voir Barnsley, 1995 ; Timmins, 1995).
Quoique ces groupes utilisaient parfois un langage différent, nous avons constaté que
tous étaient résolus à pourvoir aux besoins des femmes victimes de violence. Nous avons
cherché des moyens de réunir des membres de chacun de ces groupes – les femmes oeuvrant
au sein de mouvements religieux, le clergé et les employé.e.s des refuges - pour discuter
comment ils pourraient répondre plus adéquatement aux besoins des femmes victimes de
violence. Avec une certaine trépidation, nous avons commencé la mise en oeuvre de ce qui
est devenu le projet Bâtir des liens. Il faut reconnaître notre crainte initiale, sort celle que
toute mauvaise communication ayant lieu lors de l’atelier que nous planifiions la mise en
oeuvre élargisse davantage le fossé entre les Églises et les maisons de transition, ajoutant
d’autres obstacles sur le sentier entre le clocher et le refuge.
Le projet Bâtir des liens adopte, à bien des égards, la formule de travail de l’Équipe de
recherche sur la religion et la violence, tant dans son organisation que dans la composition
de l'atelier. Nos recherches auprès du clergé, des employés des maisons de transition et des
femmes d’Église nous ont permis de découvrir que malgré leurs différences, ces groupes ont
énormément à offrir aux femmes victimes de violence, particulièrement s'ils collaborent pour
mettre en commun leurs ressources et leurs connaissances. Le désir de chacun de ces
groupes de travailler ensemble pour contrer la violence à l’égard des femmes était également
évident. Chaque membre de notre équipe fut déçu par l’absence de communication apparent
entre ces groupes, mais nous étions tous encouragé.e.s par la manière dont les femmes
d’Église et les employé.e.s des maisons de transition avaient été en mesure, malgré leurs
différences, d’établir un rapprochement et de travailler ensemble pour répondre aux besoins
concrets des femmes victimes de violence. Le défi serait de voir si ce partenariat de
collaboration pourrait être poussé plus loin et englober le clergé, majoritairement composé
d’hommes. Ce projet a pris naissance à la suite de notre recherche et de nos expériences
individuelles sur les enjeux touchant les maisons de transition et les communautés
religieuses. Autrement dit, le projet Bâtir des liens représentait, pour chacune d'entre nous,
une occasion d’atteindre des objectifs réalistes fondés sur les résultats découlant de notre
programme de recherche.
Bâtir des liens entre les Églises et les ressources communautaires : un survol
16
Pour le projet Bâtir des liens19, notre équipe a bénéficié de l'aide financière de
Condition féminine Canada. Des objectifs précis furent élaborés en collaboration, chaque
membre de l'équipe contribuant son expérience et son expertise. Notre premier objectif était
la tenue d’un atelier d’une journée à l’intention des membres du clergé, du personnel des
maisons de transition et des femmes oeuvrant dans les mouvements religieux. Le but était
de chercher les liens existants entre les communautés ecclésiastiques et laïques. De plus,
nous souhaitions que les personnes présentes profitent de l’atelier pour discuter et élaborer
des stratégies pour aider les Églises et les organismes séculiers à surmonter les obstacles qui
empêchent la collaboration dans les services offerts aux femmes victimes de violence. Nous
avons choisi cinq communautés, chacune étant représentée par une femme d’Église, deux
employé.e.s de maisons de transition et un membre du clergé.
Le deuxième objectif de ce projet à plusieurs phases était de formuler un plan d'action
concret pour chacune des cinq régions participantes. Cela comprenait l’élaboration des buts
pour une collaboration immédiate ainsi que des initiatives de coopération à conclure au cours
des six premiers mois du projet. Nous avons également encouragé les participant.e.s à
élaborer des buts échelonnés sur douze mois. L’Équipe de recherche sur la religion et la
violence a facilité ce processus en effectuant des visites de sites pour faciliter l’élaboration
de plans d'action communautaires et pour distribuer les données de l'équipe pour aider dans
la formulation de ce plan.
L’atelier signifiait nombre de choses pour le personnel des maisons de transition. Il
s’agissait premièrement d’une occasion de sensibiliser le clergé et l’Église à la vie
quotidienne du personnel des maisons de transition. Deuxièmement, l’atelier représentait une
occasion d’informer le clergé et les femmes d’Église sur les besoins précis des maisons de
transition. Les refuges ne disposent pas de fonds suffisants et le personnel qui fait face aux
nombreuses situations pleines d’émotions est donc lui-même à risque de souffrir
«d’épuisement professionnel.»
Ces gens (le personnel des
L’atelier offrait, selon le clergé, une occasion de maisons
de
transition)
rencontrer et de connaître le personnel des maisons de travaillent souvent de longues
transition dans un environnement neutre. En retour, ils heures, répondent à nombre de
avaient la possibilité de démontrer leur désir d’apporter une situations de crise au cours de la
réponse plus efficace aux victimes de violence qui journée et doivent pouvoir
cherchent de l’aide auprès de l’Église. L’atelier a permis identifier
rapidement
les
aux membres du clergé d’exprimer leurs frustrations et ressources communautaires.
leurs limitations dans ce secteur de leur ministère.
Les femmes d’Église présentes à l'atelier ont eu la possibilité de comprendre cet enjeu
selon la perspective des deux groupes de professionnels et de discerner comment leur propre
expérience auprès des femmes victimes de violence tenait compte des divers enjeux et
inquiétudes soulevés par le personnel des maisons de transition et le clergé. De fait, ce sont
ces femmes, qui offrent discrètement un soutien émotionnel et matériel à une femme dans le
besoin, qui fournissent une certaine stabilité dans un monde de confusion. Bien que ces
Bâtir des liens entre les Églises et les ressources communautaires : un survol
17
femmes ne partagent peut-être pas certaines des préoccupations idéologiques des
employé.e.s des maisons de transition ou du clergé, leur contribution à prodiguer des soins
aux victimes de violence est essentielle.
Il est important, pour les maisons de transition, d’avoir des partenaires en éducation
communautaire, pour le soutien matériel ou même un allié compatissant. Au bout du
compte, le personnel des maisons de transition ne s’oppose pas aux besoins spirituels des
femmes à qui il vient en aide, mais est plutôt formé pour répondre aux besoins immédiats
des femmes en situation de crise. L’atelier visait, en fonction du point de vue du clergé, des
femmes d’Église et des employé.e.s des maisons de transition, à cerner des possibilités de
collaboration et à commencer à répondre aux défis identifiés dans notre programme de
recherche.
Les résultats de la première phase du projet furent encourageants. Ceux-ci nous ont
incités à lancer, une fois de plus avec l’appui de Condition féminine Canada, une deuxième
phase. Cette phase comprenait des consultations auprès des femmes d’Église20, du personnel
des refuges et des leaders communautaires tenues dans les capitales de chacune des
provinces de l’Atlantique – St. John’s, Halifax, Charlottetown et Fredericton. Lors de ces
réunions, nous avons encouragé les participant.e.s à examiner ensemble les obstacles à la
collaboration et à trouver des solutions pour les surmonter. De plus, nous avons rencontré
les responsables et les directeurs des Églises régionales baptistes et wesleyans pour explorer
les possibilités de mettre en place des projets de collaboration qui répondraient aux objectifs
de l'initiative Bâtir des liens.
Ces discussions ont démontré clairement qu’on
processus
de
pouvait répondre en partie aux divers besoins de ces Le
groupes par une série de brochures. En distribuant ces consultation a mis en
brochures dans les salles de toilette des Églises de la relief le besoin d’avoir à
région, les femmes chrétiennes victimes de violence la portée de la main
pourraient y lire ou prendre l’information à l’écart des l’information sur la
curieux.21 Nous avons distribué des supports en plexiglas violence à l’égard des
et plusieurs exemplaires de brochures aux pasteurs du femmes et sur les
Canada atlantique, notamment des confessions baptistes, ressources disponibles
anglicanes, de l'Armée du Salut, de l’Église wesleyen et de l’Église unie. Nous avons
également mis ces documents à la disposition du personnel des maisons de transition pour
répondre à leurs frustrations dans leur travail avec les femmes chrétiennes victimes de
violence. En plus des brochures,22 certains membres de l’Équipe de recherche sur la religion
et la violence ont répondu aux demandes de divers groupes de parler sur la recherche
effectuée par l'équipe. Une trousse, comprenant une désignation du premier dimanche de
novembre comme Dimanche de sensibilisation sur la violence familiale, une ébauche de
sermon, une étude biblique sur les femmes ainsi qu’un feuillet d’information, a aussi été
envoyée à tous les pasteurs de l’Église baptiste et weslayen de cette région.
Bâtir des liens entre les Églises et les ressources communautaires : un survol
18
Les Défis
Défis des communautés d’entraide laïques
Lorsqu’elles répondent aux besoins des femmes victimes de violence, les communautés
d’entraide laïques doivent être conscientes que ces femmes ont des besoins spirituels et que
certaines d'entre elles font partie d'une communauté religieuse. Les femmes victimes de
violence qui font partie d’un groupe confessionnel ont besoin de savoir que leur foi peut
jouer un rôle dans leur guérison et qu’elles n’ont pas à en avoir honte ou être gênées de leur
croyance. Les communautés d’entraide laïques doivent réaliser que la guérison et la
plénitude peuvent prendre place dans un contexte d'engagement religieux, même quand cet
engagement est envers une religion conservatrice.
Il est vrai que les pasteurs ne sont pas tous bien
informés sur la dynamique de la violence. Les organismes Notre recherche démontre
communautaires laïques peuvent jouer un rôle important en que plus les membres du
rendant les membres du clergé plus connaissants sur les clergé sont informés sur les
de
violence
questions de violence. Ils pourront ainsi répondre plus questions
efficacement aux besoins des femmes qui en sont victimes. familiale, mieux ils pourront
Il est donc important que les services laïques soient prêts à diriger les victimes vers les
participer à la sensibilisation du clergé, mais qu'ils aient ressources laïques.
également comme ressources des dispensateurs de soins
des communautés religieuses, soit des membres du clergé ou des femmes d’église.
Les Églises ont d’importantes ressources humaines et les femmes qui y oeuvrent ont fait
connaître leur désir de donner de leur temps et de leur énergie pour aider les maisons de
transition à répondre aux besoins des femmes victimes de violence.22 Renforcer les liens
déjà en place contribuera à améliorer les services, laïques ou religieux, destinés aux femmes
victimes de violence et à leurs enfants.
Défi des Églises
Offrir un endroit sécuritaire lors d’une situation de crise
En premier lieu, les églises et leurs chefs spirituels doivent s'efforcer d'offrir aux
victimes de violence un endroit sécuritaire où elles peuvent confier les douleurs éprouvées
dans le passé ou qu’elles vivent présentement. Ils doivent pouvoir offrir aux victimes une
aide concrète et spirituelle. Que signifie offrir la sécurité aux victimes? Cela signifie
certainement de s’assurer qu'aucune femme ne retourne dans un environnement familial où
elle est à risque sans lui avoir d'abord offert le recours à des ressources communautaires ou
religieuses. Cela peut vouloir dire offrir d'appeler la maison de transition pour savoir si on
peut l’y accommoder. Cela peut parfois vouloir dire de rappeler à la victime le danger
qu’elle a connu dans le passé et la menace à sa propre santé physique et émotionnelle et à
Bâtir des liens entre les Églises et les ressources communautaires : un survol
19
celle de ses enfants. Cela peut signifier de l’informer de ce qu'elle peut faire si la situation
s’intensifie à un point tel qu’elle quitte la maison, de façon temporaire ou permanente. Cela
veut souvent dire d’aider une femme victime de violence à mettre en place un plan de
sécurité, par exemple, préparer les documents importants et des fonds d’urgence et les
conserver ailleurs qu’au domicile familial, développer un code avec un voisin pour qu’il
sache que vous avez besoin de son aide. Cela signifie toujours que vous devez reconnaître
sa douleur et lui faire comprendre ce qu’elle représente aux yeux de Dieu et de la
communauté chrétienne.
Assurer le soutien vers le chemin de la guérison
Le chemin que parcourt une victime est rempli d’obstacles et il est important que les
Églises, leurs leaders et les laïcs qui désirent aider les survivantes de violence réalisent que
le voyage est long et laborieux. Nombre de dispensateurs de soins seront nécessaires pour
offrir du soutien à la femme et à ses enfants qui luttent pour donner un sens à leur
victimisation et pour commencer une nouvelle vie loin de la violence connue, ou pour
travailler avec des conjoints qui sont prêts à reconnaître leur comportement violent et qui
cherchent de l'aide pour y mettre fin. Les victimes auront tout probablement besoin d'aide
pour répondre aux nécessités de la vie quotidienne (alimentation, refuge, transport), de
counselling par encouragement (écouter leur histoire, valider leur douleur et le long
processus vers le rétablissement), de suggestions d’aiguillage (endroits ou personnes où l’on
trouve des ressources thérapeutiques, juridiques ou médicales particulières) et d’aide pour
répondre à leurs besoins religieux (condamner la violence dans le langage utilisé par le
groupe confessionnel, offrir du counselling spirituel et de l’espoir).
Encourager des contacts familiaux sans violence par la parole et l’exemple
Durant les activités qui composent le quotidien de la vie de l'Église et, en réalité tout au
long de l’année, il existe une multitude d'occasions dont peuvent profiter les congrégations et
leurs leaders pour donner l’exemple et encourager une vie familiale sans violence. Les
programmes en place pour l'école du dimanche ou les écoles d’été, les camps et les retraites
bibliques offerts à divers groupes d’âge, les pique-niques organisés par l’Église et les
festivals de moisson, les activités pour les jeunes et les promenades pour les aîné.e.s - ces
programmes chapeautés par de nombreuses Églises
locales offrent suffisamment
d'occasions de renforcer des relations interpersonnelles saines et condamner le pouvoir, le
contrôle et la violence. L'occasion la plus importante est peut-être le sermon du dimanche
où un pasteur ou un prêtre est devant une assemblée de femmes et d’hommes d’Église pour
célébrer la foi et encourager les fidèles à vivre selon les principes chrétiens. De plus, les
pasteurs ont souvent des occasions informelles où ils rencontrent leurs paroissiens soit chez
eux ou dans des locaux de l'église. Ces rencontres informelles permettent également de
démontrer, par la parole ou par l’exemple, l'importance que représente une vie familiale
saine. Les rencontres de préparation au mariage sont également une bonne occasion pour le
clergé de parler de la valeur et de l'importance des relations sans violence.
Bâtir des liens entre les Églises et les ressources communautaires : un survol
20
Bâtir des liens avec la communauté
Les ponts rejoignent des parcelles de terre distinctes qui autrement resteraient isolées les
unes des autres. Au coeur du paysage religieux contemporain, il existe souvent un gouffre
entre le clocher et le refuge ou entre la communauté et l'Église. Les pasteurs et les
congrégations peuvent choisir de jouer un rôle dans la construction de ponts, comme c’est le
cas pour les professionnels et les bénévoles oeuvrant au sein des organismes
communautaires. Créer des liens alors que régnait, dans le passé, mésentente ou absence de
buts communs peut contribuer à la création d’un environnement où les initiatives de
coopération et de collaboration peuvent servir tant à la mission établie par la communauté
qu’à celle établie par l’Église.
Le ministre qui invite le personnel des maisons de transition à faire une présentation
durant un service religieux participe à la création de liens. Il en est de même pour le pasteur
qui appelle le refuge d’urgence local pour s’informer s'il y a des besoins concrets auxquels
peuvent répondre les gens d’Église. Des activités de financement, des brochures, des séances
d’accueil ne sont que quelques-uns des moyens que le clergé peut adopter pour bâtir des
liens entre la congrégation et la maison de transition. D'autre part, le personnel des refuges
d’urgence et leur conseil d’administration doivent reconnaître que nombre de femmes
victimes de violence doivent composer avec des questions d’ordre religieux sur leur chemin
vers la guérison et la plénitude. Lorsqu’une maison de transition invite une nouvelle femme
pasteure pour visiter leurs installations, qu’elle célèbre avec un groupe de femmes d’Église
la réussite d’une activité de financement ou envoie aux églises des brochures sur le refuge,
elle participe, elle aussi, à la création de liens.
Conclusion
Étant donné les multiples besoins affectifs et pratiques que nécessitent les femmes
victimes de violence et leurs enfants à charge – sans oublier les agresseurs – il serait insensé
pour une organisation ou un organisme communautaire d’en revendiquer le problème ou la
solution. Le peu de documents publiés sur les femmes appartenant à un ordre religieux qui
sont victimes de violence démontre clairement le besoin d’offrir aux victimes des options
thérapeutiques provenant de l'Église et de la communauté (Fortune, 1991; Weaver, 1993;
Wood et McHugh, 1994). En général, sur son chemin vers la guérison, la femme victime de
violence rencontrera des dispensateurs de soins tant religieux que laïques (Horton et
Williamson, 1988; Whipple, 1987; Nason-Clark, 2000a). La violence doit être condamnée
dans le langage culturel et le langage spirituel.
Le clergé et les congrégations sont souvent une ressource oubliée dans la lutte pour
contrer la violence familiale. Quoiqu’elles ne soient pas suffisantes, les Églises peuvent
fournir un soutien pratique et affectif aux victimes et un défi réel aux agresseurs. Ouvrir la
voie entre le clocher et le refuge nécessite l'engagement des deux parties. L’importance dans
Bâtir des liens entre les Églises et les ressources communautaires : un survol
21
ce processus est le besoin de découvrir un terrain d’entente entre les Églises et les autres
organismes d’entraide de la communauté, mais pas pour camoufler la diversité dans les buts,
la vision ou le point de vue. Le défi sera, pour les Églises et leurs leaders, de ne pas
minimiser la composante religieuse dans le soutien qu’ils apportent aux victimes, ni de sousestimer le soutien pratique et affectif dont une femme victime de violence a besoin sur son
chemin vers la guérison.
Le défi sera, pour les organismes laïques, de reconnaître la
puissance de la foi
pour soutenir la femme durant les épreuves qu’elles devra
traverser tout au long de sa vie, même la violence, afin de ne pas mettre en péril son
rétablissement thérapeutique. Nous devons, avant tout, nous assurer que les églises soient
des endroits sûrs où les victimes de violence peuvent confier ce qu’elles vivent et que les
refuges soient des endroits sûrs où l’on n’a pas peur de révéler ses croyances religieuses
(Nason-Clark, 2000b).
Notes
1. Il s’agissait des deux dénominations qui participaient à notre projet Bâtir des liens. Des
contraintes de temps et des réductions budgétaires ont limité l’identification de groupes
intéressés à ce projet.
2. Dans cette publication, nous avons utilisé une variété d'expressions pour parler des
femmes liées à leurs traditions religieuses : femmes religieuses, femmes d'Église,
les femmes appartenant à un ordre religieux, femmes chrétiennes. Ce sont les
termes que les laïcs emploient et que les femmes utilisent pour parler d’ellesmêmes.
3. Cité dans Nason-Clark, 1977:108
4. Cité dans Nason-Clark, 1997:xiv
5. Cité dans Beaman, 1999:129.
6. Cité dans Nason-Clark, 1998:60.
7. Cité dans Nason-Clark, 1997 : xiii.
8. Cité dans Nason-Clark, 1997 : 20.
9. Cité dans Beaman-Hall et Nason-Clark, 1997b : 60.
10. Cité dans Nason-Clark, 1997 : 121
11. Cité dans Nason-Clark, 1997 : xiii
12. Cité dans Beaman-Hall et Nason-Clark, 1997a : 183.
13. Cité dans Beaman-Hall et Nason-Clark, 1997a : 188.
14. Cité dans Nason-Clark, 1999 : 44.
15. Cité dans Nason-Clark, 2000 Shupe.
16. Cité dans Nason-Clark, 1999 : 40.
17. Cité dans Nason-Clark, 1999 : 40.
18. Plusieurs employé.e.s des maisons de transition ont participé à cet atelier.
19. Le titre officiel «Building bridges : Developing an Action Plan for Cooperation
between Churches and Secular Organizations on the Issue of Violence Against
Women»
20. À la différence de notre premier atelier où le clergé n’était représenté que par des
hommes, la deuxième consultation ne comprenait que des femmes des églises
baptistes et wesleyans, sans conteste un petit groupe, mais néanmoins des voix
Bâtir des liens entre les Églises et les ressources communautaires : un survol
22
importantes en ce qui concerne les luttes religieuses des femmes victimes de
violence appartenant à ces groupes confessionnels.
21. L’information ayant trait à notre programme de recherche était comprise dans les
brochures de même que certaines des idées identifiées dans les ateliers Bâtir des
liens.
22. On peut se procurer ces brochures en communiquant avec le Centre Muriel
McQueen Fergusson pour la recherche sur la violence familiale, C.P. 4400,
Fredericton (N.-B.) E3B 5A3, téléphone (506)-453-3595.
Sujets de discussion
1. À quels obstacles les organismes religieux sont-ils confrontés quand ils veulent
collaborer avec des organismes communautaires?
2. À quels obstacles les organismes communautaires sont-ils confrontés quand ils
veulent collaborer avec l’église?
3. Pourquoi est-ce important de créer des liens entre l’église et les organismes
communautaires?
4. En quoi est-ce si difficile pour une femme d’avouer à son groupe confessionnel
l’importance qu’a la religion pour elle?
5. En quoi est-ce si difficile pour une femme d’avouer à son groupe confessionnel
que son mari est violent?
6. Quels moyens l’église peut-elle prendre pour condamner la violence familiale?
7. Quels ponts faut-il construire pour faciliter la collaboration entre les laïques,
les pratiquants et les animateurs pastoraux?
Bâtir des liens entre les Églises et les ressources communautaires : un survol
23
Ouvrages cités
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