Bigorneau Littorina littorea La pêche MPO - Sciences

Bigorneau Littorina littorea La pêche MPO - Sciences
Fisheries
and Oceans
Pêches
et Océans
Région des Maritimes
MPO - Sciences
Rapport sur l’état des stocks C3-46
Bigorneau
(Littorina littorea)
Renseignements de base
Le bigorneau (Littorina littorea) est présent dans l’ensemble de
l’Atlantique Nord. En Amérique du Nord, son aire de distribution
va du Labrador au New Jersey. La hauteur de coquille de ce petit
escargot peut atteindre un maximum de 37 mm, mais elle est
habituellement inférieure à 25 mm. On a trouvé des coquilles de
bigorneau sur d’anciens camps Mi'k Maq de l’ère
précolombienne. Le bigorneau n’était pas abondant avant
l’implantation des Européans, il y a 150 ans et les premiers
spécimens vivants ont été récoltés en 1840. Sa distribution et son
abondance se sont rapidement accrues et l’animal a détrôné
l’espèce indigène Littorina palliata.
Le bigorneau vit dans la zone située entre la laisse de haute mer et
des profondeurs de 40 m, sur divers substrats allant des rochers
au sable. Il peut tolérer les faibles salinités (13 x 10-3) de
l’embouchure des estuaires. On en trouve des concentrations sur
les algues flottantes de la zone subtidale, dans les bassins de
marée et le long des crevasses des rochers. Durant l’hiver, la
population de bigorneaux migre vers le bas de la zone intertidale
ou la laisse moyenne de basse mer.
Le bigorneau se nourrit d’une grande variété de micro et de
macroalgues ainsi que d’invertébrés sessiles aux premiers stades
de leur implantation. Ses activités alimentaires peuvent être un
facteur important de l’organisation des communautés sur le fond
benthique dur.
Les femelles atteignent la maturité quand leur coquille a une
hauteur de 14 mm; elles libèrent leurs oeufs dans le plancton
d’avril à juillet. Les larves de bigorneau demeurent dans le
plancton pendant une période allant jusqu’à quatre semaines. Le
recrutement s’opère dans la baie de Fundy soit en juillet-août, soit
en août-septembre, selon la température. Après leur implantation,
les bigorneaux sont sujets à la prédation par l’homme, le poisson,
les oiseaux aquatiques, le crabe et le homard. Ils connaissent deux
grandes périodes de croissance dans l’année (le début du
printemps et le début de l’automne). Habituellement, le bigorneau
vit jusqu’à trois ans et atteint une hauteur de coquille de 20 mm,
mais il peut vivre un maximum de 4 à 5 ans.
Janvier 1998
La pêche
La récolte manuelle du bigorneau est une
activité libre, qui ne nécessite pas de permis.
Il n’y a pas de stratégie de gestion pour
l’exploitation du bigorneau, mais on exige un
permis pour la récolte mécanique. L’accès à
la ressource dépend largement des marées.
Quoique les bigorneaux soient présents dans
toute la zone intertidale, ils sont davantage
concentrés près de la laisse de basse mer ou
dans les zones où les algues sont peu
nombreuses. La récolte à la main a lieu
habituellement pendant les marées basses de
l’été, mais elle peut se dérouler à longueur
d’année. On recourt à des lumières pour
pratiquer la récolte lors des marées basses
nocturnes extrêmes. Les personnes qui
récoltent les bigorneaux accèdent à ceux-ci
par bateau ou véhicule tous terrains sur la
plupart du littoral, mais elles ne peuvent
généralement se rendre sur les reliefs les plus
élevés. Une récolte manuelle par plongée est
également pratiquée et dernièrement on a
accordé des permis exploratoires pour la
récolte en plongée au moyen de dispositifs
d’aspiration. Il faut toutefois de grosses
Région des Maritimes
Bigorneau (Littorina littorea)
concentrations de bigorneaux pour que la
plongée soit rentable.
golfe du Saint-Laurent, mais ceux-ci n’ont
dépassé une tonne qu’en 1994. La récolte
provenant du sud du Nouveau-Brunswick a
dominé les débarquements de la région des
Maritimes dans les années 1980, représentant
de 85 % à 90 % du total. Les débarquements
totaux de la région des Maritimes ont
beaucoup augmenté vers le milieu des années
1980 et ont dépassé les 200 t en 1987. La
région de Digby-baie Sainte-Marie produit
plus de 90 % des débarquements de la
Nouvelle-Écosse. La récolte a diminué au
Nouveau-Brunswick,
mais
elle
a
constamment augmenté en Nouvelle-Écosse
dans les années 1990. L’effort a quintuplé
dans la région de Digby ces cinq dernières
années. Il est constant dans le secteur de
Grand Manan et du comté de Charlotte.
Le marché du bigorneau vise deux catégories
de tailles : 1) les gros bigorneaux, de plus de
19 mm et 2) les petits bigorneaux, de 13 à
19 mm.
Ces
produits
commandent
actuellement des prix de 1,76 et 1,00 $/ kg
respectivement. Comme la récolte du
bigorneau est avant tout une pêche d’appoint
ou occasionnelle ne nécessitant pas
d’investissement, il est difficile de suivre
l’effort de récolte. Ce dernier dépend très
largement des prix et des changements dans
d’autres récoltes d’appoint, comme celle de
la dulse, de la mye, des vers d’appât et de
l’ascophylle noueuse. Les pêcheurs de
bigorneau viennent aussi de toute une variété
d’autres secteurs professionnels de la zone
côtière. Les acheteurs font état de la
présence de pêcheurs réguliers qui comptent
sur le bigorneau pour obtenir une part
importante de leurs revenus. Les prises par
unité d’effort (PUE) varient grandement en
raison de la mixité des participants à la
récolte. En moyenne, un pêcheur adulte
récolte de 27 à 36 kg de bigorneaux par
marée; les palangriers dépassent les 50 kg.
Des enfants d’âge scolaire peuvent récolter
jusqu’à 20 kg par marée. On dénombre un
minimum de 10 acheteurs, 150 pêcheurs
réguliers et des centaines de pêcheurs
occasionnels de bigorneau dans la région.
Des changements récents dans la structure
des rapports et la perte de certains
coordonnateurs locaux des statistiques se
sont traduits dans certains cas par une baisse
de qualité des rapports. Les débarquements
dont il est question ici sont ceux des adultes
qui commercialisent leur récolte par
l’entremise d’entreprises de transformation
enregistrées. Les débarquements des enfants
d’âge scolaire et des personnes qui vendent
directement leur produit aux consommateurs
ne sont pas habituellement pris en compte
dans les statistiques.
Débarqu. (tm)
État de la ressource
400
350
300
250
200
150
100
50
0
77
Il n’y a pas eu d’évaluation récente générale
ou d’évaluations locales des stocks de
L. littorea, mais différentes études ont fourni
des renseignements détaillés sur la
population dans certains endroits.
Région
Nouveau-Brunswick
Nouvelle-Écosse
79
81
83
85
87
89
91
93
95
97
L’aire de distribution des bigorneaux est
étendue et va de 3 à 4 m au-dessus de la
laisse moyenne de basse mer à la partie
subtidale de la baie de Fundy. En plus d’être
très largement distribués à des densités
moyennes de 20-35/m-2, les bigorneaux
Année
Au cours des 20 dernières années,
16 districts de statistiques ont déclaré des
débarquements. On a régulièrement déclaré
des débarquements provenant du sud du
2
Région des Maritimes
Bigorneau (Littorina littorea)
prêtant à l’exploitation commerciale les
densités étaient supérieures à 30/m-2. La
sélection selon la taille pratiquée par les
pêcheurs limite les prises aux animaux d’au
moins 12,7 mm, représentant de 52 à 56 %
de la population en nombre et 79 % en
poids.
forment souvent aussi des concentrations de
plus de 900/m-2 dans les crevasses, sur les
algues amenées par les tempêtes et dans les
bassins de marée. Ce genre de distribution
accroît la complexité de l’évaluation. Dans
un relevé réalisé sur Grand Manan en
automne et en hiver 1975, on a enregistré
des densités de 14,6/m-2 à 35/m-2 dans une
bande de 9 m au-dessus de la laisse de basse
mer. Si cette bande est présente sur la moitié
de la côte de la baie de Fundy (2 745 km), il
y a une biomasse minimale de 2 594 tonnes
de L. littorina. On peut y ajouter la biomasse
des animaux présents dans la couverture
d’ascophylle noueuse en tablant sur une
distribution égale de 5 bigorneaux/kg-1. On a
évalué la biomasse exploitable totale dans la
couverture d’ascophylle noueuse à 140 000 t
dans le sud du Nouveau-Brunswick. Le
nombre total de bigorneaux dans la
couverture
d’ascophylle
serait
de
700 000 000, ou 2100 t d’animaux de 3 g
chacun. Sous la couverture d’ascophylle, à
proximité du niveau de mi-marée, les
densités des bigorneaux vont de 3 à 9/m-2.
L’extrapolation de ces densités à toute la
surface d’ascophylle dans le sud du
Nouveau-Brunswick (2 350 hectares) se
traduit par 211,5 à 634,5 t de bigorneaux.
Taille et maturité des prises
Le prix fort va aux spécimens dont la
coquille a une hauteur de plus de 19 mm,
bien qu’on achète des animaux dont la
hauteur de coquille est de 12,7 mm, taille
que les bigorneaux atteignent à l’âge de deux
ans. Le rendement par recrue triple à tout le
moins si la récolte est axée sur les animaux
de 19 mm et plus, qui sont dans leur
quatrième année. La production augmente
proportionnellement à la hauteur de la
coquille. Les femelles de la catégorie de taille
de 14 mm libèrent moins de 1 000 embryons,
comparativement à plus de 50 000 pour les
femelles de 19 mm.
La biomasse totale de bigorneaux est répartie
sur toute la région, mais la zone
d’exploitation de l’espèce est petite.
L’industrie est très concentrée dans une
partie de la baie de Fundy, à Digby, à Grand
Manan et dans le comté de Charlotte. Il est
raisonnable de croire que des bigorneaux
sont présents sur la majeure partie de la côte
où le substrat est stable. Toutefois, pour que
l’exploitation commerciale soit viable dans
un secteur, il faut qu’il soit accessible à pied
et qu’il comporte une densité critique
d’animaux. Dans un relevé réalisé sur 11
sites de Grand Manan, deux d’entre eux
présentaient des densités non commerciales
-2
(moins de 15/m ), alors que dans les sites se
Récolte de l’ascophylle noueuse et récolte du
bigorneau
La récolte de l’ascophylle noueuse
(Ascophyllum nodosum) a commencé dans le
sud-ouest de la Nouvelle-Écosse en 1959.
En 1995, un projet-pilote a été lancé dans le
sud du Nouveau-Brunswick pour la récolte
de 10 000 tonnes d’ascophylle. On s’est
inquiété des répercussions de cette récolte
sur l’industrie du bigorneau.
3
Région des Maritimes
Bigorneau (Littorina littorea)
La récolte du bigorneau est concentrée
surtout dans la partie basse de la zone
intertidale; toutefois, la population de
bigorneaux est mobile et le rétablissement du
stock dans cette zone est en partie attribué à
l’immigration en provenance d’autres
secteurs. En automne et en hiver, les
bigorneaux migrent vers la laisse de basse
mer ou descendent au-delà de cette dernière.
bigorneau. Les niveaux d’exploitation
autorisés dans le plan de gestion (17 % de la
population permanente exploitable) n’a pas
entraîné de réduction importante de la
couverture d’algues.
La récolte est dirigée sur l’ascophylle
noueuse et non sur les bigorneaux; par
conséquent, on ne peut en tirer des
comparaisons de mortalité par rapport à la
récolte sélective du bigorneau. On peut
atténuer les effets de la récolte si les animaux
tombés dans le fond des bateaux sont remis
dans la zone intertidale dans les 24 heures.
La récolte enlève une partie de la couverture
d’algues. La couverture d’ascophylle
noueuse abrite jusqu’à 11 espèces de
gastéropodes; le bigorneau représente de
1,1 % à 8,0 % de la densité de ces
gastéropodes. Les densités de bigorneaux
dans des échantillons prélevés dans la
couverture d’algues de Grand Manan
variaient entre 0,06 et 0,46 animal/kg-1 dans
trois sites. Près de St. Andrews, la densité
moyenne était de 3,3 à 8,2 animaux/kg-1.
Littorina littorea est moins apte à adhérer au
thalle des algues que d’autres gastéropodes.
Par conséquent, certains bigorneaux tombent
lors du transfert des algues de l’eau au
bateau. Dans les échantillons de prises
accessoires des exploitants d’algues, on
trouvait en moyenne 0,6 bigorneau/kg-1. Si
on atteint une récolte de 10 000 t d’algues
dans le projet-pilote, les prises accessoires de
bigorneaux seraient de 6 000 000 de
spécimens, de toutes les catégories d’âge. Si
ces prises accessoires sont représentatives de
la totalité de la population, elles
représenteraient un poids de 11.7 t. Ces
prises accessoires sont réparties sur toute la
zone de récolte et les effets de leur capture
sont intégrés à une stratégie de récolte sur
trois ans.
Perspectives
Il n’est pas possible de déterminer d’après la
base de données actuelle s’il existe une
surexploitation locale de l’espèce. Il est clair
que la ressource est seulement exploitée sur
une partie minuscule de son aire de
distribution et dans une petite partie de son
habitat local. Reste donc une vaste réserve
de reproducteurs qui peut contribuer au
recrutement sur une large étendue durant les
quatre semaines de la phase planctonique.
Nous ne disposons pas de statistiques fiables
sur l’effort et les données sur les
débarquements sont quelque peu douteuses.
L’immigration contribue en bonne part au
rétablissement des stocks de la zone
subtidale et du milieu de la zone intertidale.
La taille des gros bigorneaux commercialisés
est bien supérieure à la taille minimale à
maturité. La récolte des animaux dont la
hauteur de coquille est inférieure à 19 mm
n’est pas optimale pour ce qui est de la
reproduction ou du rendement par recrue. La
récolte effectuée par les plongeurs dans la
zone subtidale peut avoir des répercussions
sur le rétablissement des populations
intertidales adjacentes qui font l’objet d’une
récolte à la main. Des études sont nécessaires
pour comprendre la dynamique du
recrutement et de l’immigration dans les
L’habitat optimal du bigorneau est le substrat
se trouvant sous la couverture d’algues ou la
zone subtidale immédiate. La diminution de
la couverture d’algues peut aboutir à une
croissance accrue d’algues éphémères et une
plus grande implantation du naissain de
4
Région des Maritimes
Bigorneau (Littorina littorea)
populations commerciales
l’exploitation.
Pour obtenir de
renseignements,
communiquer
avec :
soumises
plus
à
Hawkins, C. 1997. Environmental quality
requirements/guidelines for
periwinkles.
Rapport
à
la
Planification de l’habitat, Région des
Maritimes du MPO. 25 p.
amples
Lambert, T.C. and J. Farley. 1968. The
effect of parasitism by the trematode,
Crystocotyle lingua (Creplin) on
zonation and winter migration of the
common periwinkle, Littorina littorea.
Journ. can. de zoologie 46: 1139-1147.
Glyn Sharp
Division des invertébrés
Direction des sciences
Min. des Pêches et des
Océans
Région des Maritimes
C.P. 550
Halifax (N.-É.) B3J 2S7
Thonney, J.P. 1994. Monitoring program
for the harvest of rockweed,
Ascophyllum nodosum in southern
New
Brunswick.
Rapport
au
ministère des Pêches et de l’Aquaculture
du Nouveau-Brunswick. 35 p.
Tél. : (902) 426-6042
Fax : (902) 426-1862
Courriel : SharpG@mar.dfompo.gc.ca
Références
Distribué par le :
CSCPCA. 1992. Ascophylle du sud-ouest
du Nouveau Brunswick. Doc. cons.
92/13. 3p.
Bureau du processus consultatif de la Région
des Maritimes
Ministère des Pêches et des Océans
C.P. 1006, Succ. B105
Dartmouth (Nouvelle-Écosse)
Canada B2Y 4A2
Téléphone : 902-426-7070
Courriel : MyraV@mar.dfo-mpo.gc.ca
Cook, R. 1976. Periwinkle Survey: Grand
Manan Island. Rapport au
ministère des Pêches du NouveauBrunswick. 31 p.
Gardner, J.P. and M.L.H. Thomas. 1987.
Growth and production of a Littorina
littorea (L.) population in the Bay of
Fundy. Ophelia 27(3): 181-195.
Adresse Internet : http://www.dfo-mpo.gc.ca/csas
An English version is available on request at
the above address.
Gendron, R. 1977. Habitat selection and
migratory behaviour of the intertidal
gastropod: Littorina littorea. J. Anim.
Ecol. 46: 79-92.
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