Federal Courts Recueil des Reports décisions des Cours

Federal Courts Recueil des Reports décisions des Cours
Federal Courts
Reports
Recueil des
décisions des Cours
fédérales
2015, Vol. 1, Part 1
2015, Vol. 1, 1er fascicule
Cited as [2015] 1 F.C.R., 3–240
Renvoi [2015] 1 R.C.F., 3–240
EDITOR/ARRÊTISTE EN CHEF
François Boivin, B.soc.sc., LL.B./B.sc.soc., LL.B.
ADVISORY COMMITTEE/COMITÉ CONSULTATIF
DougLas H. MatHew, Thorsteinssons LLP
suzanne tHiBauDeau, Q.C./c.r.
Lorne waLDMan, Waldman & Associates
LEGAL EDITORS
ARRÊTISTES
sopHie DeBBané, LL.B.
cHarLes nezan, B.a., LL.L.
sopHie DeBBané, LL.B.
cHarLes nezan, B.a., LL.L.
PRODUCTION STAFF
SERVICES TECHNIQUES
Production and Publication Manager
LinDa Brunet
Gestionnaire, production et publication
LinDa Brunet
Legal Research Editors
Lynne LeMay
natHaLie LaLonDe
Attachées de recherche juridique
Lynne LeMay
natHaLie LaLonDe
The Federal Courts Reports are published and the Editor and
Advisory Committee appointed pursuant to the Federal Courts
Act. The Reports are prepared for publication by the Office
of the Commissioner for Federal Judicial Affairs Canada,
wiLLiaM a. Brooks, Commissioner.
Le Recueil des décisions des Cours fédérales est publié
conformément à la Loi sur les Cours fédérales. L’arrêtiste en
chef et le comité consultatif sont également nommés en
vertu de celle-ci. Le Recueil est préparé pour publication par
le Commissariat à la magistrature fédérale Canada, dont le
commissaire est wiLLiaM a. Brooks.
© Her Majesty the Queen in Right of Canada, 2015.
© Sa Majesté la Reine du Chef du Canada, 2015.
Cat. No. JU1-2-1-PDF
ISSN 1714-373X
No de cat. JU1-2-1-PDF
ISSN 1714-373X
The following added value features in the Federal Courts Reports
are protected by Crown copyright: captions and headnotes, all
tables and lists of statutes and regulations, cases, authors, as
well as the history of the case.
Les éléments rédactionnels suivants du Recueil des décisions
des Cours fédérales sont protégés par le droit d’auteur de la
Couronne : rubriques et sommaires, toutes les listes et tables
de jurisprudence, de doctrine, de lois et règlements, ainsi que
l’historique de la cause.
Requests for permission to reproduce these elements of the
Federal Courts Reports should be directed to: Editor, Federal
Courts Reports, Office of the Commissioner for Federal
Judicial Affairs Canada, 99 Metcalfe Street, Ottawa, Ontario,
Canada, K1A 1E3, telephone 613-947-8491.
Les demandes de permission de reproduire ces éléments du
Recueil doivent être adressées à : L’arrêtiste en chef, Recueil des
décisions des Cours fédérales, Commissariat à la magistrature
fédérale Canada, 99, rue Metcalfe, Ottawa (Ontario), Canada,
K1A 1E3, téléphone 613-947-8491.
Inquiries concerning the contents of the Federal Courts Reports
should be directed to the Editor at the above mentioned address
and telephone number.
Les demandes de renseignements au sujet du contenu du Recueil
des décisions des Cours fédérales doivent être adressées à l’arrêtiste en chef à l’adresse et au numéro de téléphone susmentionnés.
Subscribers who receive the Federal Courts Reports pursuant
to the Canada Federal Court Reports Distribution Order should
address any inquiries and change of address notifications to:
Linda Brunet, Production and Publication Manager, Federal
Courts Reports, 99 Metcalfe Street, Ottawa, Ontario, Canada,
K1A 1E3.
Les abonnés qui reçoivent le Recueil en vertu du Décret sur la
distribution du Recueil des arrêts de la Cour fédérale du Canada
sont priés d’adresser leurs demandes de renseignements et leurs
avis de changements d’adresse à : Linda Brunet, Gestionnaire,
production et publication, Recueil des décisions des Cours
fédérales, 99, rue Metcalfe, Ottawa (Ontario), Canada, K1A 1E3.
All judgments published in the Federal Courts Reports may
be accessed on the Internet at the following Web site: http://
reports.fja-cmf.gc.ca/eng/
Tous les jugements publiés dans le Recueil des décisions des
Cours fédérales peuvent être consultés sur Internet au site Web
suivant : http://reports.cmf-fja.gc.ca/fra/
CONTENTS
SOMMAIRE
Appeals noted . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . I
Appels notés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . I
Judgments . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3–240
Jugements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3–240
Canada (Attorney General) v. Slansky (F.C.A.)
...........................................
Canada (Procureur général) c. Slansky (C.A.F.)
...........................................
81
81
Practice––Privilege––Appeal from Federal Court decision
determining that report by Canadian Judicial Council (CJC)
subject to both legal advice, public interest privilege––
Appellant, lawyer, complaining to CJC about alleged misconduct of Ontario Superior Court of Justice judge––CJC
Chairperson dismissing complaint, relying on report by counsel––CJC not disclosing report as part of tribunal record,
claiming report legal advice, protected by solicitor-client
privilege, subject to public interest privilege––Appellant’s
motion to compel disclosure of report granted by Federal
Court Prothonotary––However, that decision reversed by
Federal Court––Federal Court finding that report subject to
legal advice, public interest privilege; declining to sever parts
of report––Scope of counsel’s mandate set out in retainer letter––That letter stating that role of counsel to, inter alia,
gather information, collect, analyze documentation––CJC indicating counsel’s role of “fact-finder” broader than might be
inferred––Whether report subject to solicitor-client privilege,
factual components severable––Per Evans J.A.: Letter of engagement not expressly including provision of legal advice––
Supreme Court of Canada in Canada (Privacy Commissioner)
v. Blood Tribe Department of Health (Blood Tribe) deciding
that lawyer, client relationship established if lawyer engaged
to provide services in legal context for which lawyer’s skills,
knowledge necessary, even if services not regarded as provision of legal advice in ordinary sense––Terms in retainer
letter not conclusive––Analysis of documents by counsel
herein requiring extensive knowledge of criminal law, trial
process––Inferred from nature of allegations that counsel’s
Pratique—Privilège—Appel à l’encontre d’une décision de
la Cour fédérale qui a déterminé que le rapport du Conseil
canadien de la magistrature (CCM) relevait du conseil juridique et était donc protégé par un privilège d’intérêt public—
Le demandeur, un avocat, s’est plaint auprès du CCM de l’inconduite alléguée d’un juge de la Cour supérieure de l’Ontario
—Le président du CCM a rejeté la plainte, s’appuyant sur
un rapport rédigé par un conseiller juridique—Le CCM a
refusé de divulguer le rapport avec les autres documents du
dossier du tribunal, affirmant que le contenu relevait du conseil
juridique et que le rapport était donc protégé par le secret
professionnel de l’avocat ainsi que par un privilège d’intérêt
public—La requête du demandeur en vue de contraindre le
CCM à inclure le rapport dans son dossier a été accueillie par
la protonotaire de la Cour fédérale—Cependant, cette décision
a été infirmée par la Cour fédérale—La Cour fédérale a conclu
que le rapport était protégé en tant que conseil juridique et par
un privilège d’intérêt public, et a refusé de faire retrancher des
parties du rapport—La portée du mandat du conseiller juridique était établie dans une lettre d’engagement—Cette lettre
indique que le rôle de l’avocat consiste, entre autres, à obtenir
un complément d’information, et à amasser des documents
et procéder à leur analyse—Le CCM a indiqué que le rôle
d’« enquêteur » du conseiller juridique est plus grand que l’on
pourrait le croire—Il s’agissait de savoir si le rapport était
protégé par le secret professionnel de l’avocat et s’il était
possible de prélever les éléments factuels du rapport—Le
juge Evans, J.C.A. : La lettre d’engagement ne parlait pas expressément de la prestation de conseils juridiques—La Cour
Continued on next page
Suite à la page suivante
CONTENTS (Continued)
SOMMAIRE (Suite)
role involving legal, factual analyses––Counsel engaged in
capacity as lawyer––Report therefore subject to legal advice
privilege––Not permissible to sever findings of fact made in
investigative report covered by solicitor-client privilege when
forming basis of, inextricably linked to, legal advice provided––Appeal dismissed––Per Mainville J.A. (concurring):
Report subject to public interest privilege––CJC decision not
to disclose report reasonable––Damage to public interest nonexistent or minimal––Disclosure of report would negate undertakings of confidentiality provided to third parties––Trial
Judge not obligated to justify conduct of trial to appellant or
Federal Court––CJC amply discharging its duty of disclosure
by informing appellant of disposition of complaint––Federal
Court committing no error––Per Stratas J.A. (dissenting): No
solicitor-client, public interest privileges here––Retainer letter
must predominate in assessing claim of privilege––Counsel
not performing legal analysis––Otherwise running counter to
letter’s explicit instructions––Word “analyzed” in letter meaning identifying, gathering, summarizing bits of information
from documents––Lawyer cannot make secret informational
document by unilaterally inserting analyses, recommendations, advice that formed no part of retainer––“Advice” having
to be broadly construed in assessing whether lawyer retained
only to gather information or to gather information as part of
larger exercise of providing legal advice––Here, letter showing that CJC leaving for itself task of analysis––Supreme
Court comment “otherwise acting as a lawyer” in Blood Tribe
may have been allusion to litigation privilege––Not open to
Court to reify words “otherwise acting as a lawyer” to level of
general principle, apply that principle to impose secrecy over
information gathering report when no legal advice sought––
Privilege, if present, waived by CJC when report given to third
party––CJC not permitted to disclose some information supporting its decision, withhold rest––Report should be included
in record––Report not protected by public interest privilege––
CJC failing to demonstrate interest in confidentiality––Report
hidden from reviewing court if public interest claim upheld––
Immunizing part of CJC’s decision offending principle that
holders of public power accountable for exercise of power––
Allowing reviewing court to view report strengthening judicial independence.
suprême du Canada a conclu dans l’arrêt Canada (Commissaire
à la protection de la vie privée) c. Blood Tribe Department of
Health (Blood Tribe) qu’une relation entre un avocat et son
client est établie si l’avocat est chargé de fournir des services
dans un contexte juridique exigeant les compétences et les
connaissances d’un avocat, même si ces services peuvent ne
pas être perçus comme étant des services juridiques au sens
courant du terme—Les modalités du mandat n’étaient pas nécessairement déterminantes—L’analyse des documents et des
enregistrements exigeaient de la part d’un avocat une connaissance approfondie du droit pénal et des procès criminels—Il
était possible de conclure à partir de la nature des allégations
que le rôle du conseiller juridique supposait des analyses juridiques et factuelles—Le conseiller juridique a été embauché
en sa qualité d’avocat—Le rapport était donc protégé par le
secret professionnel de l’avocat—Le prélèvement des constatations de faits contenues dans un rapport d’enquête protégé
par le secret professionnel de l’avocat lorsque celles-ci sont
le fondement des conseils juridiques fournis et y sont inextricablement liées n’est pas permis—Appel rejeté—Le juge
Mainville, J.C.A. (motifs concourants) : Le rapport fait l’objet d’un privilège d’intérêt public—La décision du CCM de
ne pas divulguer le rapport était raisonnable—L’atteinte à
l’intérêt public est minime, voire inexistante—La divulgation du rapport bafouerait la promesse de confidentialité faite
aux tierces parties—Le juge du procès n’a pas à justifier sa
conduite durant le procès devant le demandeur ou devant la
Cour fédérale—Le CCM s’est amplement acquitté de son
devoir de divulgation en informant le demandeur de l’issue
du traitement de la plainte—La Cour fédérale n’a commis
aucune erreur—Le juge Stratas, J.C.A. (dissident) : Il n’y a
aucun privilège du secret professionnel de l’avocat et aucun
privilège d’intérêt public en l’espèce—Lorsqu’il s’agit d’examiner une demande de privilège, une lettre de mandat doit être
le principal élément pris en compte—Le conseiller juridique
n’a pas effectué une analyse de nature juridique—Effectuer
une telle analyse serait contraire à la directive explicite de la
lettre de mandat—Le mot « analyse » dans le mandat ne peut
renvoyer qu’au fait de circonscrire, de réunir et de résumer les
éléments d’information contenus dans les documents—Un
avocat ne peut pas prendre un document purement informatif et en faire instantanément un document entièrement secret
en y ajoutant de façon unilatérale des analyses, des recommandations, et des conseils, alors que cela ne faisait pas partie
de son mandat—Il convient de donner un sens large au mot
« conseil » lorsqu’il s’agit d’évaluer la situation d’un avocat
chargé seulement de recueillir des renseignements et celle
d’un avocat chargé de recueillir des renseignements dans le
cadre d’une tâche plus large consistant à fournir des conseils
juridiques—En l’espèce, la lettre de mandat montre que le
Continued on next page
Suite à la page suivante
CONTENTS (Continued)
SOMMAIRE (Suite)
CCM s’est réservé la tâche d’examiner les faits—Lorsque la
Cour suprême a ajouté le commentaire « ou agit, d’une autre
manière, en qualité d’avocat » dans l’arrêt Blood Tribe, cela
pouvait faire allusion au privilège de la poursuite—Il n’appartient pas à la Cour d’ériger l’expression « agit, d’une autre
manière, en qualité d’avocat » en principe général, puis, d’appliquer ce principe pour imposer la confidentialité d’un rapport
d’enquête lorsqu’aucun conseil juridique n’est demandé—
Le CCM a renoncé à tout privilège, s’il existe, en remettant
volontairement le rapport à une tierce partie—Le CCM ne
devrait pas être autorisé à divulguer certains éléments d’information pour appuyer cette décision, mais à préserver la
confidentialité du reste du rapport—Le rapport devrait être
versé au dossier de la Cour—Le rapport n’est pas protégé par
un privilège d’intérêt public—Le CCM n’a pas démontré
l’existence d’un intérêt à l’égard de la confidentialité—Si la
demande de privilège d’intérêt public est accueillie, la cour de
révision n’aura pas accès au rapport—Mettre à l’abri de tout
contrôle une partie de la décision du CCM enfreint le principe
selon lequel tous les titulaires de pouvoirs publics doivent
rendre compte de la façon dont ils exercent ces pouvoirs—
Permettre à la cour de révision de consulter le rapport vient
renforcer l’indépendance judiciaire.
Judges and Courts––Appellant, lawyer, complaining to
Canadian Judicial Council (CJC) about alleged serious misconduct of Ontario Superior Court of Justice judge during
murder trial––CJC Chairperson dismissing complaint, closing
file––In making decision, Chairperson relying on report from
counsel––Appellant seeking judicial review of Chairperson’s
decision––CJC not disclosing report as part of tribunal record,
claiming report legal advice, protected by solicitor-client
privilege, subject to public interest privilege––Appellant’s
motion to compel disclosure of report granted by Federal
Court Prothonotary––However, that decision reversed by
Federal Court––Federal Court finding that report subject to
legal advice, public interest privilege; declining to sever parts
of report––Appellant alleging, inter alia, that CJC’s investigation of complaint inadequate, interpretation of Judge’s conduct
wrong in law, CJC exceeding jurisdiction by passing “erroneous and flawed judgment” on appellant’s conduct at trial as
excuse for Judge’s misconduct––Whether report subject to
solicitor-client privilege, factual components severable––
Counsel’s role involving legal, factual analyses––Counsel
engaged in capacity as lawyer––Report therefore subject to
legal advice privilege––Not permissible to sever findings of
fact made in investigative report covered by solicitor-client
privilege when forming basis of, inextricably linked to, legal
advice provided––Appeal dismissed, Stratas J.A. dissenting.
Juges et Tribunaux—Le demandeur, un avocat, s’est plaint
auprès du Conseil canadien de la magistrature (CCM) de l’inconduite alléguée d’un juge de la Cour supérieure de l’Ontario
durant un procès pour meurtre au premier degré—Le président
du CCM a rejeté la plainte et a fermé le dossier—Pour rendre
sa décision, le président s’était appuyé sur un rapport rédigé
par un conseiller juridique—Le demandeur sollicite le contrôle
judiciaire de la décision du président—Le CCM a refusé de
divulguer le rapport avec les autres documents du dossier du
tribunal, affirmant que le contenu relevait du conseil juridique
et que le rapport était donc protégé par le secret professionnel
de l’avocat ainsi que par un privilège d’intérêt public—La requête du demandeur en vue de contraindre le CCM à inclure le
rapport dans son dossier a été accueillie par la protonotaire de
la Cour fédérale—Cependant, cette décision a été infirmée par
la Cour fédérale—La Cour fédérale a conclu que le rapport
était protégé en tant que conseil juridique et par un privilège
d’intérêt public, et a refusé de faire retrancher des parties du
rapport—Le demandeur a allégué, entre autres choses, que
l’enquête menée par le CCM au sujet de la plainte était inadéquate et que le CCM avait outrepassé sa compétence en «
jugeant de façon erronée et viciée » que le comportement du
demandeur durant le procès excusait l’inconduite du juge—Il
s’agissait de savoir si le rapport était protégé par le secret
professionnel de l’avocat et s’il était possible de prélever les
Continued on next page
Suite à la page suivante
CONTENTS (Continued)
SOMMAIRE (Suite)
éléments factuels du rapport—Le rôle du conseiller juridique
supposait des analyses juridiques et factuelles—Le conseiller
juridique a été embauché en sa qualité d’avocat—Le rapport
était donc protégé par le secret professionnel de l’avocat—Le
prélèvement des constatations de faits contenues dans un rapport d’enquête protégé par le secret professionnel de l’avocat
lorsque celles-ci sont le fondement des conseils juridiques
fournis et y sont inextricablement liées n’est pas permis—
Appel rejeté, le juge Stratas, J.C.A., dissident.
Canada (Citizenship and Immigration) v. Harvey
(F.C.) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
3
Canada (Citoyenneté et Immigration) c. Harvey
(C.F.) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
3
Citizenship and Immigration––Status in Canada––Convention
Refugees and Persons in Need of Protection––Judicial review
of Immigration and Refugee Board Refugee Protection
Division decision finding that respondent constituting person
in need of protection within meaning of Immigration and
Refugee Protection Act, s. 97––Board also satisfied that respondent facing cruel, unusual punishment in U.S. imposed
thereon in disregard of accepted international standards; that
respondent exhausting all realistic mechanisms for redress;
therefore, that adequate state protection not available thereto
in her own country––Respondent convicted in Florida of unlawful sexual activity with minor; sentenced to 30 years in
prison––Convinced could not obtain justice in U.S., respondent fleeing to Canada where seeking refugee protection––
Whether Board erring in interpretation, application of Act,
s 97(1)(b)(iii) by failing to consider whether sanctions imposed on respondent by Florida courts imposed in disregard
of accepted international standards; whether Board’s state
protection finding reasonable in this case––In accordance
with Act, s. 97(1)(b)(iii), claimant required to satisfy three
elements to constitute person in need of protection––After
Board concluding that sentence imposed on respondent so
excessive as to outrage standards of decency, Board then required to consider whether sentence meted out imposed in
disregard of accepted international standards––However,
Board never addressing this question; thus committing error––
As to interpretation of Act, s. 97(1)(b)(iii), by adding phrase
“unless imposed in disregard of accepted international standards” to s. 97(1)(b)(iii), Parliament intending that it not be
enough that punishment constitute “cruel and unusual punishment” in Canada for individual to constitute person in need of
protection under Act, s. 97; element as to whether punishment
imposed complying with international norms also needing to
be considered––Given Board’s silence on this issue, Board’s
decision thereon unreasonable––Regarding state protection,
after weighing evidence on record, Board reaching conclusion that respondent exhausting all mechanisms for redress
in U.S., adequate state protection not available therein––
Citoyenneté et Immigration—Statut au Canada—Réfugiés
au sens de la Convention et personnes à protéger—Contrôle
judiciaire d’une décision par laquelle la Section de la protection des réfugiés de la Commission de l’immigration et du
statut de réfugié a conclu que la défenderesse constituait une
personne à protéger au sens de l’art. 97 de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés—La Commission s’est
également dite convaincue que la défenderesse était exposée
à la peine cruelle et inusitée qui lui avait été infligée aux ÉtatsUnis au mépris des normes internationales et que la
défenderesse avait épuisé tous les mécanismes réalistes pour
demander réparation, de sorte qu’elle ne pouvait compter sur
une protection adéquate de l’État dans son propre pays—
La défenderesse a été accusée en Floride d’activités sexuelles
illicites avec un mineur; elle a été condamnée à 30 ans d’emprisonnement—Convaincue qu’elle ne pouvait obtenir justice
aux États-Unis, la défenderesse s’est enfuie au Canada où elle
a demandé l’asile—Il s’agissait de savoir si la Commission a
commis une erreur dans son interprétation et son application de l’art. 97(1)b)(iii) de la Loi en ne se demandant pas si
les peines auxquelles la défenderesse avait été condamnée
par les tribunaux de la Floride lui avaient été infligées au
mépris des normes internationales, et si la conclusion tirée par
la Commission au sujet de la protection de l’État était raisonnable en l’espèce—Conformément à l’art. 97)1)b)(iii) de la
Loi, pour se voir reconnaître la qualité de personne à protéger,
l’intéressé doit satisfaire à trois éléments—Une fois que la
Commission a conclu que la peine imposée à la défenderesse
est excessive au point de faire outrage aux normes de la
convenance, la Commission devait ensuite se demander si la
peine infligée à la défenderesse l’avait été au mépris des normes internationales—Cependant, la Commission n’a jamais
abordé cette question, commettant ainsi une erreur—Quant à
l’interprétation de l’art. 97(1)b)(iii), en ajoutant l’expression
« sauf celles infligées au mépris des normes internationales »
à l’art. 97(1)b)(iii), le législateur précisait qu’il ne suffisait pas
qu’une peine constitue au Canada une « peine cruelle et inusitée » pour reconnaître à une personne la qualité de personne à
Continued on next page
Suite à la page suivante
CONTENTS (Continued)
SOMMAIRE (Suite)
Considering Board’s decision as whole in context of underlying record, Board’s conclusion thereon not unreasonable
––Application allowed.
protéger en vertu de l’art. 97 de la Loi; il faut également
tenir compte de l’élément qui consiste à savoir si la peine infligée se conforme aux normes internationales—Compte tenu
du silence de la Commission sur cette question, la décision
de la Commission à cet égard était déraisonnable—En ce qui
a trait à la protection de l’État, après avoir examiné la preuve
dont elle disposait, la Commission a conclu que la défenderesse avait épuisé tous les mécanismes pour demander
réparation aux États-Unis et qu’une protection suffisante de
l’État n’y était pas disponible—Compte tenu de la décision de
la Commission dans son ensemble à la lumière du dossier
sousjacent, la conclusion tirée par la Commission sur ce point
n’était pas déraisonnable—Demande accueillie.
Najafi v. Canada (Public Safety and Emergency
Preparedness) (F.C.) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Najafi c. Canada (Sécurité publique et Protection
civile) (C.F.) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
26
26
Citizenship and Immigration––Exclusion and Removal––
Inadmissible Persons––Judicial review of Immigration and
Refugee Board, Immigration Division decision determining
applicant inadmissible to Canada pursuant to Immigration and
Refugee Protection Act, ss. 34(1)(b),(f); concluding reasonable grounds to believe applicant was or had been member of
Kurdish Democratic Party of Iran (KDPI); that KDPI had engaged in subversion by force of two different governments in
Iran––Division therefore issuing deportation order against
applicant––Applicant, Iranian of Kurdish ethnicity, making
successful refugee claim in Canada––However, applicant not
obtaining permanent resident status given declaration of inadmissibility sought by respondent under Act, s. 34 as result of
involvement with KDPI––Whether Division erring in interpretation of term “subversion by force” in Act, s. 34(1)(b)
because acts of aggression committed by KDPI against
Iranian government authorized by international law as justifiable use of force by repressed people in furtherance of right
to self-determination; whether Division erring in finding that
applicant member of KDPI because evidence establishing that
applicant having only minimal involvement with organization, never actually formal member thereof––Division not
erring in declining to consult international law to interpret Act,
s. 34(1)(b)––Not committing reviewable error in finding that
KDPI constituting organization having engaged in subversion by force of governments in Iran; that KDPI therefore
falling within scope of Act, s. 34(1)(b)––As to applicant’s
membership in KDPI, evidence in present case coupled with
requirement to interpret notion of membership broadly affording Division reasonable basis for concluding that applicant
member of KDPI––Finding within range of possible conclusions open to Division; membership finding therefore
reasonable––Question certified as to whether Canada’s international law obligations requiring Division, in interpreting
Citoyenneté et Immigration—Exclusion et renvoi—Personnes
interdites de territoire—Contrôle judiciaire à l’encontre d’une
décision de la Section de l’immigration de la Commission de
l’immigration et du statut de réfugié selon laquelle le demandeur était interdit de territoire au Canada conformément aux
art. 34(1)b) et f) de la Loi sur l’immigration et la protection
des réfugiés après avoir conclu qu’il existait des motifs raisonnables de croire que le demandeur était membre du Parti
démocratique kurde d’Iran (le KDPI) et que le KDPI avait
été l’auteur d’actes visant au renversement de deux gouvernements iraniens par la force—La Section a donc pris des
mesures de renvoi contre le demandeur—Le demandeur, un
Iranien d’origine kurde, a présenté une demande d’asile au
Canada, qui a été accueillie—Cependant, le demandeur n’a
pas obtenu le statut de résident permanent parce que le défendeur a demandé qu’il soit interdit de territoire en vertu de
l’art. 34 de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (la Loi), du fait de sa participation aux activités du KDPI
—Il s’agissait de savoir si la Section a commis une erreur dans
l’interprétation de l’expression « au renversement […] par la
force » de l’art. 34(1)b) car les actes d’agression commis par
le KDPI contre le gouvernement iranien étaient autorisés par
le droit international, étant donné qu’ils constituaient un recours justifié à la force par un peuple opprimé exerçant son
droit à l’autodétermination; et si la Section a commis une
erreur en concluant que le demandeur était un membre du
KDPI, car la preuve a démontré que le demandeur avait très
peu participé aux activités de cet organisme et qu’il n’en avait
jamais été officiellement membre—La Section n’a pas commis d’erreur en refusant de recourir au droit international pour
interpréter l’art. 34(1)b) de la Loi—Elle n’a pas commis
d’erreur justifiant l’infirmation de sa décision en concluant
que le KDPI est une organisation qui a été l’instigatrice ou
l’auteure d’actes visant au renversement par la force des
Continued on next page
Suite à la page suivante
CONTENTS (Continued)
SOMMAIRE (Suite)
Act, s. 34(1)(b), to exclude certain persons from inadmissibility––Application dismissed.
gouvernements iraniens et qu’elle tombe par conséquent sous
le coup de l’art. 34(1)b) de la Loi—Quant à l’appartenance
du demandeur au KDPI, la preuve en l’espèce, ajoutée à
l’obligation d’interpréter la notion d’appartenance de façon
large, a permis de façon raisonnable à la SPR de conclure que
le demandeur était membre du KDPI—Cette conclusion appartenait aux conclusions possibles qu’il était loisible à la
Section de tirer; la conclusion qu’elle a tirée au sujet de l’appartenance était par conséquent raisonnable—Une question a
été certifiée quant à savoir si les obligations du Canada, en
matière de droit international, obligent la Section, lors de son
interprétation de l’art. 34(1)b) de la Loi, d’exclure de l’interdiction de territoire certaines personnes—Demande rejetée.
Constitutional Law––Charter of Rights––Fundamental
Freedoms––Immigration and Refugee Board, Immigration
Division determining, inter alia, that applicant’s rights to
freedom of association, freedom of expression guaranteed
by Canadian Charter of Rights and Freedoms, ss. 2(d), 2(b)
not infringed––Whether Division erring in basing interpretation of term “membership” in Immigration and Refugee
Protection Act, s. 34(1)(f) in part on applicant’s involvement
with Kurdish Democratic Party of Iran (KDPI) in Canada;
that, in doing so, applicant’s rights to freedom of association, freedom of expression guaranteed by Charter, ss. 2(d),
2(b) infringed since KDPI legal organization in Canada––
Applicant’s claim Division violating freedom of expression
thereof under Charter, s. 2(b) dismissed since applicant not
raising argument before Division––Division not erring in
finding that Charter not precluding exclusion finding based
on applicant’s association with KDPI in Iran, Canada––
Applicant’s Charter guarantee of freedom of association not
violated because KDPI organization previously engaging in
violence; Charter not extending constitutional right to belong to or participate in affairs of organizations engaging
in violence.
Droit constitutionnel—Charte des droits—Libertés fondamentales—La Section de l’immigration de la Commission de
l’immigration et du statut de réfugié a déterminé, entre autres
choses, que le droit à la liberté d’association et le droit à la
liberté d’expression du demandeur garantis par les art. 2d) et
2b) de la Charte canadienne des droits et libertés n’ont pas
été violés—Il s’agissait de savoir si la Section a commis une
erreur en tenant notamment compte dans son interprétation du
terme « membre » à l’art. 34(1)f) de la Loi sur l’immigration
et la protection des réfugiés de sa participation aux activités
du Parti démocratique kurde d’Iran (le KDPI) au Canada; il
s’agissait de savoir également si, ce faisant, le droit à la liberté
d’association et le droit à la liberté d’expression que le demandeur tire des art. 2d) et 2b) de la Charte ont été violés, étant
donné que le KDPI est une organisation légale au Canada—
L’allégation de violation du droit à la liberté d’expression
garanti à l’alinéa 2b) de la Charte du demandeur a été rejetée,
étant donné que le demandeur ne l’a pas invoqué devant la
Section—La Section n’a pas commis d’erreur en concluant
que la Charte n’empêchait pas de prendre une mesure d’exclusion sur le fondement de l’association du demandeur au KDPI
en Iran et au Canada—Le droit à la liberté d’association que le
demandeur tire de la Charte n’a pas été violé, étant donné que
le KDPI est une organisation qui s’est livrée à des actes de
violence et que la Charte ne confère pas un droit constitutionnel d’appartenir à des organisations qui se livrent à des actes
de violence ou de participer à leurs activités.
Tobar Toledo v. Canada (Citizenship and
Immigration) (F.C.A.) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Tobar Toledo c. Canada (Citoyenneté et
Immigration) (C.A.F.) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
215
215
Citizenship and Immigration—Status in Canada—Convention
Refugees and Persons in Need of Protection—Appeal from
Federal Court decision holding border services officer erred
in concluding respondent made earlier claim for refugee protection rejected by Refugee Protection Division (RPD)—
Respondent minor when claim made by father on his behalf in
Citoyenneté et Immigration—Statut au Canada—Réfugiés
au sens de la Convention et personnes à protéger—Appel
interjeté à l’encontre d’une décision de la Cour fédérale qui a
statué que l’agent des services frontaliers a eu tort de conclure
que l’intimé avait fait une demande d’asile antérieure qui
avait été rejetée par la Section de protection des réfugiés
Continued on next page
Suite à la page suivante
CONTENTS (Continued)
SOMMAIRE (Suite)
1995 rejected—Respondent making another claim in 2011,
considered ineligible pursuant to Immigration and Refugee
Protection Act, s. 101(1)(b) because of rejection of previous
claim—Federal Court comparing both official versions of
s. 101(1)(b), determining that with respect to ineligibility of
subsequent claims, children not to be subjected to same treatment as parents—Federal Court holding that border services
officer erring in rejecting respondent’s 2011 claim; 2011 claim
to be referred to RPD if not based on same circumstances as
those in father’s 1995 claim—Whether respondent had prior
claim for refugee protection rejected by RPD—Rejection of
child’s refugee claim rendering ineligible later claim at age
of majority pursuant to s. 101(1)(b) regardless of whether
facts in original, second claim different—Factual basis of respondent’s 1995 claim not to be confused with claim’s legal
character—Federal Court erring in holding that 1995 claim
filed on respondent’s behalf not respondent’s own claim—
Officer’s conclusion that respondent made 1995 claim on his
own behalf not unreasonable—Federal Court erring in distinguishing between parent’s claim for refugee protection, that
of child—Respondent’s 2011 claim ineligible because of
1995 claim, not because of father’s legal status, acts or opinions—Act offering child refugee claimant same protections as
parent, but also imposing same consequences when claim rejected, unless child’s condition different from that of parent—
Act consistent with Convention on the Rights of the Child—
Convention requirements met in processing of claim for
refugee protection, not applying to consequences of rejection
of child’s claim—These consequences arising from rejection
of child’s claim, not sanction imposed on child—Federal
Court erroneously interpreting s. 101(1)(b)—Appeal allowed.
(SPR)—L’intimé était mineur lorsque la demande faite par
son père en son nom a été rejetée en 1995—L’intimé a fait
une autre demande en 2011 qui est jugée irrecevable conformément à l’art. 101(1)b) de la Loi sur l’immigration et la
protection des réfugiés en raison du rejet de la demande
antérieure—La Cour fédérale a comparé les deux versions
officielles de l’art. 101(1)b), déterminant qu’en ce qui a trait
à l’irrecevabilité de toute demande d’asile subséquente, les
enfants ne devaient pas être assujettis au même traitement
que celui accordé à leurs parents—La Cour fédérale a statué
que l’agent des services frontaliers a eu tort de rejeter la demande déposée en 2011 par l’intimé; la demande de 2011
devait être déférée à la SPR si elle ne semblait pas reposer sur
les mêmes faits et circonstances que celle de son père en 1995
—Il s’agissait de savoir si l’intimé est une personne dont la
demande d’asile antérieure a été rejetée par la SPR—Le rejet d’une demande d’asile présentée par un enfant mineur
emporte nécessairement l’irrecevabilité d’une demande ultérieure présentée par l’enfant devenu majeur aux termes de
l’art. 101(1)b), peu importe que les faits sur lesquels repose la
deuxième demande d’asile soient différents de ceux qui étaient
à l’origine de la première demande—Il ne faut pas confondre
le fondement factuel de la demande d’asile de l’intimé avec
son caractère juridique—La Cour fédérale a eu tort de considérer que la demande d’asile déposée au nom de l’intimé en
1995 n’était pas sa propre demande d’asile—La conclusion
de l’agent des services frontaliers que l’intimé avait fait une
demande d’asile en son propre nom en 1995 n’était pas déraisonnable—La Cour fédérale a eu tort de distinguer entre une
demande d’asile d’un parent et celle de son enfant—La demande d’asile faite en 2011 par l’intimé est irrecevable en
raison de la demande de 1995, et non en raison du statut juridique ou des actes ou opinions de son père—La Loi offre à un
enfant demandeur d’asile les mêmes protections qu’elle offre
à ses parents, mais elle lui impose les mêmes conséquences
lorsque la demande d’asile est refusée, sauf dans les cas où la
condition de l’enfant est différente de celle du parent—La
Loi est conforme à la Convention relative aux droits de l’enfant—Les exigences de la Convention sont remplies dans le
traitement de la demande d’asile et n’ont pas d’application
aux conséquences d’un refus d’une demande d’asile d’un enfant—Ces conséquences découlent du refus de la demande de
l’enfant et ne sont pas une sanction imposée à l’enfant—La
Cour fédérale a commis une erreur de droit lorsqu’elle a interprété l’art. 101(1)b)—Appel accueilli.
Toney v. Canada (F.C.A.) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Toney c. Canada (C.A.F.) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
184
184
Maritime Law––Appeal from Federal Court order determining, as question of law in advance of trial, that Federal Court
having in personam jurisdiction over appellant in underlying
Droit maritime—Appel interjeté à l’encontre d’une ordonnance par laquelle la Cour fédérale a conclu, relativement à
une question de droit soulevée avant la tenue du procès,
Continued on next page
Suite à la page suivante
CONTENTS (Concluded)
SOMMAIRE (Fin)
action––Action arising from death of young daughter, sister
to plaintiffs in action, following boating incident in Alberta
––Appellant consistently objecting to Federal Court’s exercise
of in personam jurisdiction thereover in present proceedings––Whether Federal Court having in personam jurisdiction
over appellant in present matter––Per Near J.A. (Webb J.A.
concurring): Claim herein relating to maritime law; therefore,
falling within subject-matter jurisdiction of Federal Court
pursuant to Federal Courts Act (Act), s. 22––Crown presumptively not bound by legislation unless expressly named, bound
by necessary implication, or having waived immunity––Fact
Crown defined in Act, s. 2 as “Her Majesty in right of Canada”
contraindicative of clear intention to bind provinces––View
supported by absence of any indication of Parliamentary
intention to confer on Federal Courts in personam jurisdiction
over provinces in legislative history of Act, s. 22, which deals
with subject-matter jurisdiction––Also, Act, s. 19 not applying herein to grant Federal Court jurisdiction over appellant
since requirements not met––Regarding necessary implication, purpose of Federal Courts Act would not be wholly
frustrated if appellant herein not bound––As for waiver, respondents not establishing that appellant waiving immunity
by past conduct––Appeal allowed––Per Sharlow J.A. (dissenting): Based on Act, ss. 22, 43, read in entirety, context,
Parliament intending to give Federal Court complete, comprehensive jurisdiction in all claims under Marine Liability Act,
including claims of respondents against appellant––Therefore,
provinces bound by Act, ss. 22, 43.
qu’elle a compétence en matière personnelle à l’égard de
l’appelante dans la présente affaire—L’action découle du décès de la jeune fille et sœur des demandeurs, à la suite d’un
accident de bateau en Alberta—Depuis le début de la présente
affaire, l’Alberta soutient que la Cour fédérale n’a pas compétence en matière personnelle à son égard—Il s’agissait de
savoir si la Cour fédérale a compétence en matière personnelle
dans la présente affaire—Le juge Near, J.C.A. (le juge Webb,
J.C.A., souscrivant à ses motifs) : La présente demande relevait du droit maritime; par conséquent, elle relevait de la
compétence de la Cour fédérale en vertu de l’art. 22 de la Loi
sur les Cours fédérales (la Loi)—Il y a présomption que la
Couronne n’est pas liée par la Loi sauf si elle y est désignée de
façon expresse, si elle est liée par déduction nécessaire ou si
elle a renoncé à son immunité—Le fait que la Couronne soit
définie à l’art. 2 de la Loi comme étant « Sa Majesté du chef
du Canada » ne cadre pas avec une intention claire de lier les
provinces—L’absence de toute indication que le législateur
fédéral ait eu l’intention de conférer aux Cours fédérales la
compétence en matière personnelle à l’égard des provinces
dans les versions antérieures de l’art. 22 de la Loi, qui porte
sur la compétence matérielle, va dans le sens de cette opinion—De plus, l’art. 19 de la Loi ne jouait pas et ne conférait
pas compétence à la Cour fédérale à l’égard de l’appelante, car
les exigences n’ont pas été remplies—En ce qui a trait à la
déduction nécessaire, l’objet de la Loi sur les Cours fédérales
ne serait pas privé de toute efficacité si l’appelante n’était pas
liée en vertu des présentes—Quant à la renonciation, les intimés n’ont pas établi que l’appelante avait renoncé à son
immunité du fait de sa conduite passée—Appel accueilli—La
juge Sharlow, J.C.A. (dissidente) : Selon les art. 22 et 43 de la
Loi, dans leur ensemble et interprétés au regard du contexte, le
législateur fédéral voulait conférer à la Cour fédérale une
compétence complète et exhaustive sur toutes les demandes
introduites en vertu de la Loi sur la responsabilité en matière
maritime, y compris les demandes des intimés à l’encontre de
l’appelante—Par conséquent, les provinces sont liées par les
art. 22 et 43 de la Loi.
APPEALS NOTED
APPELS NOTÉS
FEDERAL COURT OF APPEAL
COUR D’APPEL FÉDÉRALE
Lai v. Canada (Public Safety and Emergency Preparedness),
IMM-5626-13, 2014 FC 258, has been affirmed on appeal
(A-208-14, 2015 FCA 21), reasons for judgment handed down
January 27, 2015.
La décision Lai c. Canada (Sécurité publique et Protection
civile), IMM-5626-13, 2014 CF 258, a été confirmée en appel
(A-208-14, 2015 CAF 21), les motifs du jugement ayant été
prononcés le 27 janvier 2015.
SUPREME COURT OF CANADA
COUR SUPRÊME DU CANADA
Applications for leave to appeal
Demandes d’autorisation de pourvoi
Chopra v. Canada (Attorney General), A-239-13, 2014 FCA
179, Trudel J.A., judgment dated July 17, 2014, leave to appeal
to S.C.C. refused January 29, 2015.
Chopra c. Canada (Procureur général), A-239-13, 2014 CAF
179, la juge Trudel, J.C.A., jugement en date du 17 juillet
2014, autorisation de pourvoi à la C.S.C. refusée le 29 janvier
2015.
Osmose-Pentox Inc. v. Société Laurentide Inc., A-300-13,
2014 FCA 146, Boivin J.A., judgment dated June 3, 2014,
leave to appeal to S.C.C. refused February 19, 2015.
Osmose-Pentox Inc. c. Société Laurentide Inc., A-300-13,
2014 CAF 146, le juge Boivin, J.C.A., jugement en date du
3 juin 2014, autorisation de pourvoi à la C.S.C. refuseée le
19 février 2015.
Pierre v. Public Service Alliance of Canada, A-91-12, 2013
FCA 223, Trudel J.A., judgment dated September 24, 2013,
leave to appeal to S.C.C. refused January 29, 2015.
Pierre c. Alliance de la Fonction publique du Canada,
A-91-12, 2013 CAF 223, la juge Trudel, J.C.A., jugement en
date du 24 septembre 2013, autorisation de pourvoi à la C.S.C.
refusée le 29 janvier 2015.
Pierre v. Public Service Alliance of Canada, 14-A-49, Scott
J.A., order dated August 1, 2014, leave to appeal to S.C.C.
refused January 29, 2015.
Pierre c. Alliance de la Fonction publique du Canada,
14-A-49, le juge Scott, J.C.A., ordonnance en date du 1er août
2014, autorisation de pourvoi à la C.S.C. refusée le 29 janvier
2015.
London Life Insurance Company v. Canada, A-84-13, 2014
FCA 106, Gauthier J.A., judgment dated April 29, 2014, leave
to appeal to S.C.C. refused January 29, 2015.
London Life, Compagnie d’assurance-vie c. Canada, A-84-13,
2014 CAF 106, la juge Gauthier, J.C.A., jugement en date du
29 avril 2014, autorisation de pourvoi à la C.S.C. refusée le
29 janvier 2015.
X (Re), A-145-14, 2014 FCA 249, Blais C.J., Dawson and
Mainville JJ.A., judgment dated July 31, 2014, leave to appeal
to S.C.C. granted February 5, 2015 (sub. nom. In the Matter of
an Application for Warrants Pursuant to Sections 12 and 21 of
the Canadian Security Intelligence Service Act, R.S.C. 1985,
c. C-23).
X (Re), A-145-14, 2014 CAF 249, le juge en chef Blais, les
juges Dawson et Mainville, J.C.A., jugement en date du
31 juillet 2014, autorisation de pourvoi à la C.S.C. accordée le
5 février 2015 (sub nom Affaire intéressant une demande
visant la délivrance de mandats en vertu des articles 12 et 21
de la Loi sur le service canadien du renseignement de sécurité,
L.R.C. 1985, ch. C-23).
I
Federal Courts
Reports
Recueil des
décisions des Cours
fédérales
2015, Vol. 1, Part 1
2015, Vol. 1, 1er fascicule
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
HARVEY
3
IMM-7986-12
2013 FC 717
IMM-7986-12
2013 CF 717
The Minister of Citizenship and Immigration
(Applicant)
Le ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration
(demandeur)
v.
c.
Denise H. Harvey (Respondent)
Denise H. Harvey (défenderesse)
Indexed as: Canada (CItIzenshIp
v. harvey
and
ImmIgratIon)
répertorIé : Canada (CItoyenneté
c. harvey
et ImmIgratIon)
Federal Court, Mactavish J.—By videoconference
(from Vancouver and Saskatoon), June 13; Ottawa,
June 28, 2013.
Cour fédérale, juge Mactavish—Par téléconférence
(de Vancouver et de Saskatoon), 13 juin; Ottawa,
28 juin 2013.
Citizenship and Immigration — Status in Canada —
Convention Refugees and Persons in Need of Protection —
Judicial review of Immigration and Refugee Board Refugee
Protection Division decision finding that respondent constituting person in need of protection within meaning of Immigration
and Refugee Protection Act, s. 97 — Board also satisfied that
respondent facing cruel, unusual punishment in U.S. imposed
thereon in disregard of accepted international standards; that
respondent exhausting all realistic mechanisms for redress;
therefore, that adequate state protection not available thereto
in her own country — Respondent convicted in Florida of
unlawful sexual activity with minor; sentenced to 30 years in
prison — Convinced could not obtain justice in U.S., respondent fleeing to Canada where seeking refugee protection —
Whether Board erring in interpretation, application of Act,
s 97(1)(b)(iii) by failing to consider whether sanctions imposed on respondent by Florida courts imposed in disregard
of accepted international standards; whether Board’s state
protection finding reasonable in this case — In accordance
with Act, s. 97(1)(b)(iii), claimant required to satisfy three elements to constitute person in need of protection — After Board
concluding that sentence imposed on respondent so excessive
as to outrage standards of decency, Board then required to
consider whether sentence meted out imposed in disregard of
accepted international standards — However, Board never
addressing this question; thus committing error — As to interpretation of Act, s. 97(1)(b)(iii), by adding phrase “unless
imposed in disregard of accepted international standards” to
s. 97(1)(b)(iii), Parliament intending that it not be enough that
punishment constitute “cruel and unusual punishment” in
Canada for individual to constitute person in need of protection under Act, s. 97; element as to whether punishment
imposed complying with international norms also needing to
be considered — Given Board’s silence on this issue, Board’s
decision thereon unreasonable — Regarding state protection,
Citoyenneté et Immigration — Statut au Canada — Réfugiés
au sens de la Convention et personnes à protéger — Contrôle
judiciaire d’une décision par laquelle la Section de la protection des réfugiés de la Commission de l’immigration et du
statut de réfugié a conclu que la défenderesse constituait une
personne à protéger au sens de l’art. 97 de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés — La Commission s’est
également dite convaincue que la défenderesse était exposée
à la peine cruelle et inusitée qui lui avait été infligée aux
États-Unis au mépris des normes internationales et que la
défenderesse avait épuisé tous les mécanismes réalistes pour
demander réparation, de sorte qu’elle ne pouvait compter sur
une protection adéquate de l’État dans son propre pays —
La défenderesse a été accusée en Floride d’activités sexuelles
illicites avec un mineur; elle a été condamnée à 30 ans
d’emprisonnement — Convaincue qu’elle ne pouvait obtenir
justice aux États-Unis, la défenderesse s’est enfuie au Canada
où elle a demandé l’asile — Il s’agissait de savoir si la
Commission a commis une erreur dans son interprétation et
son application de l’art. 97(1)b)(iii) de la Loi en ne se demandant pas si les peines auxquelles la défenderesse avait été
condamnée par les tribunaux de la Floride lui avaient été infligées au mépris des normes internationales, et si la conclusion
tirée par la Commission au sujet de la protection de l’État était
raisonnable en l’espèce — Conformément à l’art. 97(1)b)(iii)
de la Loi, pour se voir reconnaître la qualité de personne à
protéger, l’intéressé doit satisfaire à trois éléments — Une fois
que la Commission a conclu que la peine imposée à la défenderesse est excessive au point de faire outrage aux normes de
la convenance, la Commission devait ensuite se demander si
la peine infligée à la défenderesse l’avait été au mépris des
normes internationales — Cependant, la Commission n’a jamais abordé cette question, commettant ainsi une erreur
— Quant à l’interprétation de l’art. 97(1)b)(iii), en ajoutant
l’expression « sauf celles infligées au mépris des normes
4
CANADA
v.
HARVEY
[2015] 1 F.C.R.
after weighing evidence on record, Board reaching conclusion
that respondent exhausting all mechanisms for redress in U.S.,
adequate state protection not available therein — Considering
Board’s decision as whole in context of underlying record,
Board’s conclusion thereon not unreasonable — Application
allowed.
internationales » à l’art. 97(1)b)(iii), le législateur précisait
qu’il ne suffisait pas qu’une peine constitue au Canada une
« peine cruelle et inusitée » pour reconnaître à une personne
la qualité de personne à protéger en vertu de l’art. 97 de la
Loi; il faut également tenir compte de l’élément qui consiste à
savoir si la peine infligée se conforme aux normes internationales — Compte tenu du silence de la Commission sur cette
question, la décision de la Commission à cet égard était déraisonnable — En ce qui a trait à la protection de l’État, après
avoir examiné la preuve dont elle disposait, la Commission a
conclu que la défenderesse avait épuisé tous les mécanismes
pour demander réparation aux États-Unis et qu’une protection
suffisante de l’État n’y était pas disponible — Compte tenu de
la décision de la Commission dans son ensemble à la lumière
du dossier sous-jacent, la conclusion tirée par la Commission
sur ce point n’était pas déraisonnable — Demande
accueillie.
This was an application for judicial review of a decision of
the Refugee Protection Division of the Immigration and
Refugee Board finding that the respondent was a person in
need of protection within the meaning of section 97 of the
Immigration and Refugee Protection Act. The Board was
satisfied that the respondent faced cruel and unusual punishment in the United States that had been imposed upon her in
disregard of accepted international standards and found that
all realistic mechanisms for redress had been exhausted by
the respondent with the result that adequate state protection
was not available thereto in her own country. While the a
pplicant did not challenge the reasonableness of the Board’s
finding that the 30-year sentence imposed on the respondent
constituted cruel and unusual punishment by Canadian standards, it asserted that the Board erred in its interpretation and
application of subparagraph 97(1)(b)(iii) of the Act by failing
to assess whether the sentence imposed on the respondent by
the Florida Court had in fact been imposed in disregard of
accepted international standards. The applicant also submitted that the Board’s finding that adequate state protection
was not available to the respondent in the United States was
unreasonable since the respondent had not demonstrated that
she had exhausted all possible avenues of protection
available to her.
Il s’agissait d’une demande de contrôle judiciaire d’une
décision par laquelle la Section de la protection des réfugiés
de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du
Canada a conclu que la défenderesse n’avait pas la qualité de
personne à protéger au sens de l’article 97 de la Loi sur
l’immigration et la protection des réfugiés. La Commission
s’est dite convaincue que la défenderesse était exposée à la
peine cruelle et inusitée qui lui avait été infligée aux ÉtatsUnis au mépris des normes internationales et elle a également
estimé que la défenderesse avait épuisé « tous les mécanismes
réalistes pour demander réparation », de sorte qu’elle ne pouvait compter sur une protection adéquate de l’État dans son
propre pays. Bien que le demandeur n’ait pas contesté le
caractère raisonnable de la conclusion de la Commission que
la peine de 30 ans infligée à la défenderesse constituait une
peine cruelle et inusitée selon les normes canadiennes, il a
affirmé que la Commission a commis une erreur dans son
interprétation et son application du sous-alinéa 97(1)b)(iii) de
la Loi en ne se demandant pas si la peine infligée à la défenderesse par le tribunal de la Floride avait en fait été infligée
au mépris des normes internationales. Le demandeur a également affirmé que la conclusion de la Commission suivant
laquelle la défenderesse ne pouvait compter sur une protection suffisante de l’État aux États-Unis était déraisonnable,
étant donné qu’elle n’avait pas démontré qu’elle avait exploré
toutes les possibilités de protection qui s’offraient à elle.
Following a jury trial in Florida, the respondent was
convicted of 5 counts of unlawful sexual activity with a
minor for which she was sentenced to a total of 30 years in
prison. Appeals from both her conviction and sentence were
subsequently rejected by 2 levels of appellate court.
Convinced that she could not obtain justice in the United
States, the respondent fled to Canada where she sought
refugee protection.
À la suite d’un procès avec jury qui s’est déroulé en
Floride, la défenderesse a été reconnue coupable de 5 chefs
d’activités sexuelles illégales avec un mineur pour
lesquelles elle a été condamnée à une peine totale de 30 ans
d’emprisonnement. Les appels interjetés de sa déclaration de
culpabilité et de sa peine ont par la suite été rejetés par 2 juridictions d’appel. Convaincue qu’elle ne pouvait obtenir
justice aux États-Unis, la défenderesse s’est enfuie au Canada
où elle a demandé l’asile.
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
The issues were whether the Board erred in its interpretation and application of subparagraph 97(1)(b)(iii) of the
Act by failing to consider whether the sanctions imposed on
the respondent by the Florida courts had been imposed upon
her in disregard of accepted international standards and
whether the Board’s state protection finding was reasonable
in this case.
Held, the application should be allowed.
c.
HARVEY
5
Il s’agissait de savoir si la Commission a commis une
erreur dans son interprétation et son application du sousalinéa 97(1)b)(iii) de la Loi en ne se demandant pas si les
peines auxquelles la défenderesse avait été condamnée par
les tribunaux de la Floride lui avaient été infligées au mépris
des normes internationales, et si la conclusion tirée par la
Commission au sujet de la protection de l’État était raisonnable en l’espèce.
Jugement : la demande doit être accueillie.
There are three elements that must be satisfied by a claimant for the individual to be found to be a person in need of
protection in accordance with subparagraph 97(1)(b)(iii) of the
Act. The claimant must demonstrate that he or she faces a risk
to life or a risk of cruel and unusual treatment or punishment
in their country of origin; the treatment or punishment in question must not be inherent or incidental to lawful sanctions; and
if the treatment or punishment is inherent or incidental to
lawful sanctions, the claimant must then demonstrate that it
was imposed in disregard of accepted international standards.
Pour se voir reconnaître la qualité de personne à protéger
en vertu du sous-alinéa 97(1)b)(iii) de la Loi, l’intéressé doit
satisfaire à trois éléments. Le demandeur d’asile doit démontrer qu’il est exposé soit à une menace à sa vie, soit au risque
de traitements ou peines cruelles et inusitées dans son pays
d’origine; le traitement ou la peine en question ne doit pas
résulter de sanctions légitimes; si le traitement ou la peine
résulte de sanctions légitimes, le demandeur d’asile doit alors
démontrer qu’il ou elle a été infligée au mépris des normes
internationales.
In this case, the Board had regard to the Canadian case law
on the question of what constitutes cruel and unusual punishment concluding that the sentence imposed on the respondent
was so excessive as to outrage standards of decency and
surpass all rational bounds of punishment. As to the second
element of the test, there is no question that the punishment at
issue was inherent or incidental to lawful sanctions imposed
on the respondent by Florida courts. That being the case, the
Board was then required to go on to consider whether the
sentence meted out to the respondent was imposed in disregard of accepted international standards. While the Board
appeared to have recognized that this was an element of the
test that had to be addressed, nowhere in the intervening
analysis did the Board ever address this question, and this was
an error.
En l’espèce, la Commission a tenu compte de la jurisprudence canadienne sur la question de ce qui constitue une
peine cruelle et inusitée et a conclu que la peine infligée à la
défenderesse était excessive au point de faire outrage aux
normes de la convenance et de primer toutes les limites
rationnelles de la peine. En ce qui concerne le second élément
du critère, il est incontestable que la peine en cause dans la
présente affaire résultait des sanctions légitimes infligées à la
défenderesse par les tribunaux de la Floride. Dans de telles
conditions, la Commission devait ensuite se demander si la
peine infligée à la défenderesse l’avait été au mépris des
normes internationales. Bien que la Commission semble avoir
reconnu qu’elle devait tenir compte de ce volet du critère,
nulle part dans son analyse la Commission n’a abordé cette
question et il s’agissait là d’une erreur.
The respondent submitted that once the Board was satisfied that the punishment in question constituted cruel and
unusual punishment and was sufficiently shocking to the
Canadian conscience, no further analysis was required but
this was rejected. This proposed interpretation of subparagraph 97(1)(b)(iii) of the Act would conflate the first and
third elements of the test rendering the phrase “unless
imposed in disregard of accepted international standards”
entirely redundant. There is a presumption that every word
in a statute has a meaning and that, to the extent possible,
courts should avoid an interpretation of a statute that renders
any portion of a statute redundant. Clearly, by adding the
phrase “unless imposed in disregard of accepted international
standards” to subparagraph 97(1)(b)(iii), Parliament intended
that it not be enough that a punishment constitute “cruel and
unusual punishment” in Canada to make someone a person
in need of protection under section 97 of the Act. Regard must
La défenderesse a fait valoir que dès lors que la
Commission était convaincue que la peine en question
constituait une peine cruelle et inusitée qui scandalisait suffisamment la conscience des Canadiens, aucune autre analyse
n’était exigée, mais cet argument a été rejeté. Cette interprétation proposée du sous-alinéa 97(1)b)(iii) de la Loi reviendrait
à confondre le premier et le troisième volet du critère et à
rendre l’expression « sauf celles infligées au mépris des
normes internationales » totalement redondante. Il existe une
présomption suivant laquelle chaque mot de la loi a un sens et
suivant laquelle, dans la mesure du possible, les tribunaux
devraient éviter d’adopter des interprétations qui rendent une
partie d’une loi redondante. De toute évidence, en ajoutant
l’expression « sauf celles infligées au mépris des normes
internationales » au sous-alinéa 97(1)b)(iii), le législateur
précisait qu’il ne suffisait pas qu’une peine constitue au
Canada une « peine cruelle et inusitée » pour reconnaître à
6
CANADA
v.
HARVEY
[2015] 1 F.C.R.
also be had to whether there had been compliance with international norms. Once the Board is satisfied that a claimant
has demonstrated that he or she faces a risk of cruel and
unusual treatment or punishment in their country of origin
and that the punishment in question is inherent or incidental
to lawful sanctions, the Board must then go on to consider
whether that punishment was imposed in disregard of
accepted international standards. The Board failed to do so
here. This aspect of the Board’s decision thus lacked justification, transparency and intelligibility and was therefore
unreasonable.
une personne la qualité de personne à protéger en vertu de
l’article 97 de la Loi. Il faut également tenir compte de la
question de savoir si les normes internationales ont été
respectées. Dès lors que la Commission est convaincue qu’un
demandeur d’asile a démontré qu’il est exposé soit à une
menace à sa vie ou au risque de traitements ou peines inusités
dans son pays d’origine et que cette peine résulte de sanctions
légitimes, la Commission doit se demander si la peine
en question a été infligée au mépris des normes internationales. Or, la Commission n’a rien fait de tel en l’espèce. Cet
aspect de la décision de la Commission n’était donc pas justifiable, transparent et intelligible et était par conséquent
déraisonnable.
As to state protection, the applicant challenged the Board’s
finding that all realistic mechanisms for redress had been
exhausted by the respondent in the United States and that
adequate state protection was not available to her in that
country. It was apparent from a review of the Board’s reasons
that it understood the heavy burden on the respondent and the
exceptional nature of a claim for protection succeeding
against a highly-developed first-world democratic nation such
as the United States. It was also clear that the Board turned its
mind to each of the potential avenues of redress identified by
the applicant, explaining why, in its view, it was not reasonable to expect the respondent to pursue them. The obligation
on a refugee claimant to exhaust all domestic avenues of protection available to them prior to seeking refugee protection
in Canada is not absolute. In this case, the Board noted that
the respondent’s repeated attempts to challenge her sentence
had been met with failure. After weighing the evidence before
it, the Board reached its conclusion relating to exhausting
mechanisms for redress. Considering the Board’s decision as
a whole in the context of the underlying record, the Board’s
conclusion on this point was not unreasonable.
Quant à la protection de l’État, le demandeur a contesté
également la conclusion de la Commission suivant laquelle la
défenderesse avait épuisé tous les mécanismes réalistes pour
demander réparation aux États-Unis et suivant laquelle elle ne
pouvait donc compter sur aucune protection de l’État suffisante dans ce pays. Il ressortait des motifs de la Commission
que celle-ci était consciente du lourd fardeau dont devait
s’acquitter la défenderesse et du caractère exceptionnel d’une
demande d’asile présentée contre une nation démocratique
aussi fermement établie que les États-Unis et de la difficulté
d’obtenir gain de cause dans une telle demande. Il était également évident que la Commission s’est penchée sur chacune
des éventuelles voies de recours mentionnées par le ministre
et qu’elle a expliqué les raisons pour lesquelles à son avis il
n’était pas raisonnable de s’attendre à ce que la défenderesse
les exerce. L’obligation du demandeur d’asile d’épuiser toutes
les possibilités de protection internes dont il dispose avant de
demander l’asile au Canada n’est pas une obligation absolue.
En l’espèce, la Commission a signalé que les nombreuses
tentatives faites par la défenderesse pour contester sa peine
avaient toutes échoué. Après avoir examiné la preuve dont
elle disposait, la Commission en est arrivée à sa conclusion
concernant le fait que la défenderesse avait épuisé tous les
mécanismes pour demander réparation. Compte tenu de la
décision de la Commission dans son ensemble à la lumière du
dossier sous-jacent, la conclusion tirée par la Commission sur
ce point n’était pas déraisonnable.
STATUTES AND REGULATIONS CITED
Canadian Charter of Rights and Freedoms, being Part I
of the Constitution Act, 1982, Schedule B, Canada Act
1982, 1982, c. 11 (U.K.) [R.S.C., 1985, Appendix II,
No. 44], ss. 7, 12.
Criminal Code, R.S.C., 1985, c. C-46.
Crimes, Fla. Stat. (2013) § 794.05(1).
Immigration and Refugee Protection Act, S.C. 2001, c. 27,
s. 97.
LOIS ET RÈGLEMENTS CITÉS
Charte canadienne des droits et libertés, qui constitue
la partie I de la Loi constitutionnelle de 1982, annexe B,
Loi de 1982 sur le Canada, 1982, ch. 11 (R.-U.) [L.R.C.
(1985), appendice II, no 44], art. 7, 12.
Code criminel, L.R.C. (1985), ch. C-46.
Crimes, Fla. Stat. (2013) § 794.05(1) .
Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, L.C.
2001, ch. 27, art. 97.
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
TREATIES AND OTHER INSTRUMENTS CITED
International Covenant on Civil and Political Rights,
16 December 1966, [1976] Can. T.S. No. 47.
Rome Statute of the International Criminal Court, 17 July
1998, [2002] Can. T.S. No. 13.
United Nations Convention Relating to the Status of
Refugees, July 28, 1951, [1969] Can. T.S. No. 6,
Art. 1F(b).
CASES CITED
c.
HARVEY
7
TRAITÉS ET AUTRES INSTRUMENTS CITÉS
Convention des Nations Unies relative au statut des
réfugiés, 28 juillet 1951, [1969] R.T. Can. n° 6, art. 1Fb).
Pacte international relatif aux droits civils et politiques,
16 décembre 1966, [1976] R.T. Can. no 47.
Statut de Rome de la Cour pénale internationale, 17 juillet
1998, [2002] R.T. Can. no 13.
JURISPRUDENCE CITÉE
APPLIED:
DÉCISION APPLIQUÉE :
B010 v. Canada (Citizenship and Immigration), 2013 FCA
87, 359 D.L.R. (4th) 730.
B010 c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2013
CAF 87.
DISTINGUISHED:
DÉCISIONS DIFFÉRENCIÉES :
Hernandez Febles v. Canada (Citizenship and Immigration), 2012 FCA 324, [2014] 2 F.C.R. 224; Feimi v.
Canada (Citizenship and Immigration), 2012 FCA 325,
353 D.L.R. (4th) 536.
Hernandez Febles c. Canada (Citoyenneté et
Immigration), 2012 CAF 324, [2014] 2 R.C.F. 224; Feimi
c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2012 CAF 325.
CONSIDERED:
DÉCISIONS EXAMINÉES :
Canada (Attorney General) v. Ward, [1993] 2 S.C.R. 689,
(1993), 103 D.L.R. (4th) 1; Hinzman v. Canada (Minister
of Citizenship and Immigration), 2006 FC 420, [2007] 1
F.C.R. 561, affd 2007 FCA 171, 282 D.L.R. (4th) 413; R.
v. Smith, [1987] 1 S.C.R. 1045, (1987), 40 D.L.R. (4th)
435; Health Services and Support — Facilities Subsector
Bargaining Assn. v. British Columbia, 2007 SCC 27,
[2007] 2 S.C.R. 391; United States v. Burns, 2001 SCC 7,
[2001] 1 S.C.R. 283; Newfoundland and Labrador Nurses’
Union v. Newfoundland and Labrador (Treasury Board),
2011 SCC 62, [2011] 3 S.C.R. 708.
Canada (Procureur général) c. Ward, [1993] 2 R.C.S.
689; Hinzman c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de
l’Immigration), 2006 CF 420, [2007] 1 R.C.F. 561, conf.
par 2007 CAF 171; R. c. Smith, [1987] 1 R.C.S. 1045;
Health Services and Support — Facilities Subsector
Bargaining Assn. c. Colombie-Britannique, 2007 CSC 27,
[2007] 2 R.C.S. 391; États-Unis c. Burns, 2001 CSC 7,
[2001] 1 R.C.S. 283; Newfoundland and Labrador Nurses’
Union c. Terre-Neuve-et-Labrador (Conseil du Trésor),
2011 CSC 62, [2011] 3 R.C.S. 708.
REFERRED TO:
DÉCISIONS CITÉES :
Klochek v. Canada (Citizenship and Immigration), 2010
FC 474; Placer Dome Canada Ltd. v. Ontario (Minister of
Finance), 2006 SCC 20, [2006] 1 S.C.R. 715; Dunsmuir
v. New Brunswick, 2008 SCC 9, [2008] 1 S.C.R. 190.
Klochek c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2010
CF 474; Placer Dome Canada Ltd. c. Ontario (Ministre
des Finances), 2006 CSC 20, [2006] 1 R.C.S. 715;
Dunsmuir c. Nouveau-Brunswick, 2008 CSC 9, [2008] 1
R.C.S. 190.
APPLICATION for judicial review of a decision
(X (Re), 2012 CanLII 95148) of the Refugee Protection
Division of the Immigration and Refugee Board finding
that the respondent was a person in need of protection
within the meaning of section 97 of the Immigration and
Refugee Protection Act, in particular that she faced cruel
and unusual punishment in the United States. Application
allowed.
DEMANDE de contrôle judiciaire d’une décision
(X (Re), 2012 CanLII 95148) par laquelle la Section de la
protection des réfugiés de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada a conclu que la
défenderesse n’avait pas la qualité de personne à protéger
au sens de l’article 97 de la Loi sur l’immigration et la
protection des réfugiés, plus particulièrement, qu’elle
était exposée à la peine cruelle et inusitée qui lui avait été
infligée aux États-Unis. Demande accueillie.
8
CANADA
v.
HARVEY
APPEARANCES
[2015] 1 F.C.R.
ONT COMPARU
Sharlene Telles-Langdon for applicant.
Christopher G. Veeman for respondent.
Sharlene Telles-Langdon pour le demandeur.
Christopher G. Veeman pour la défenderesse.
SOLICITORS OF RECORD
AVOCATS INSCRITS AU DOSSIER
Deputy Attorney General of Canada for applicant.
Le sous-procureur général du Canada pour le
demandeur.
Veeman Law, Saskatoon, pour la défenderesse.
Veeman Law, Saskatoon, for respondent.
The following are the reasons for judgment and
judgment rendered in English by
Voici la version française des motifs du jugement et du
jugement rendus par
[1] Mactavish j.: Following a jury trial in Florida,
Denise Harvey was convicted of 5 counts of unlawful
sexual activity with a minor for which she was sentenced
to a total of 30 years in prison. Appeals from both her
conviction and her sentence were subsequently rejected
by 2 levels of appellate court. Convinced that she could
not obtain justice in the United States, Ms. Harvey fled
to Canada where she sought refugee protection.
[1] La juge Mactavish : À la suite d’un procès
avec jury qui s’est déroulé en Floride, Denise Harvey a
été reconnue coupable de 5 chefs d’activités sexuelles
illégales avec un mineur pour lesquelles elle a été
condamnée à une peine totale de 30 ans d’emprisonnement. Les appels interjetés de sa déclaration de
culpabilité et de sa peine ont par la suite été rejetés par
2 juridictions d’appel. Convaincue qu’elle ne pouvait
obtenir justice aux États-Unis, Mme Harvey s’est enfuie
au Canada où elle a demandé l’asile.
[2] The Refugee Protection Division of the Immigration and Refugee Board [X (Re), 2012 CanLII 95148]
found that Ms. Harvey was a person in need of protection within the meaning of section 97 of the Immigration
and Refugee Protection Act, S.C. 2001, c. 27 (IRPA).
The Board was satisfied that Ms. Harvey faced cruel and
unusual punishment in the United States that had been
imposed upon her in disregard of accepted international
standards. The Board further found [at paragraph 69*]
that “all realistic mechanisms for redress” had been
exhausted by Ms. Harvey, with the result that adequate
state protection was not available to her in her own
country.
[2] La Section de la protection des réfugiés de la
Commission de l’immigration et du statut de réfugié
[X (Re), 2012 CanLII 95148] a conclu que Mme Harvey
avait la qualité de personne à protéger au sens de l’article 97 de la Loi sur l’immigration et la protection des
réfugiés, L.C. 2001, ch. 27 (la LIPR [ou la Loi]). La
Commission s’est dite convaincue que Mme Harvey était
exposée à la peine cruelle et inusitée qui lui avait été
infligée aux États-Unis au mépris des normes internationales. La Commission a également estimé [au
paragraphe 70*] que Mme Harvey avait épuisé « tous les
mécanismes réalistes pour demander réparation », de
sorte qu’elle ne pouvait compter sur une protection
adéquate de l’État dans son propre pays.
[3] The Minister of Citizenship and Immigration seeks
judicial review of the Board’s decision. The Minister
does not challenge the reasonableness of the Board’s
finding that the 30-year sentence imposed on Ms. Harvey
constitutes “cruel and unusual punishment” by Canadian
[3] Le ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration
sollicite le contrôle judiciaire de la décision de la
Commission. Le ministre ne conteste pas le caractère
raisonnable de la conclusion de la Commission que la
peine de 30 ans infligée à Mme Harvey constitue une
Editor’s Note: Starting with paragraph 23, the paragraph numbers in
the French version of the Board’s decision are offset in relation to the
paragraph numbers in the English version.
*
*
Note de l’arrêtiste: À compter du paragraphe 23, la numérotation
des paragraphes de la version française de la décision de la Commission est décalée par rapport à celle de la version anglaise.
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
HARVEY
9
standards. The Minister does, however, assert that the
Board erred in its interpretation and application of subparagraph 97(1)(b)(iii) of IRPA, by failing to assess
whether the sentence imposed on Ms. Harvey by the
Florida Court had in fact been imposed “in disregard of
accepted international standards”.
« peine cruelle et inusitée » selon les normes canadiennes. Le ministre affirme toutefois que la Commission
a commis une erreur dans son interprétation et son application du sous-alinéa 97(1)b)(iii) de la LIPR en ne se
demandant pas si la peine infligée à Mme Harvey par le
tribunal de la Floride avait en fait été infligée « au mépris
des normes internationales ».
[4] The Minister further submits that the Board’s finding that adequate state protection was not available to
Ms. Harvey in the United States was unreasonable, as
she had not demonstrated that she had exhausted all
possible avenues of protection available to her.
[4] Le ministre affirme également que la conclusion
de la Commission suivant laquelle Mme Harvey ne
pouvait compter sur une protection suffisante de l’État
aux États-Unis était déraisonnable, étant donné qu’elle
n’avait pas démontré qu’elle avait exploré toutes les
possibilités de protection qui s’offraient à elle.
[5] For the reasons that follow, I have concluded
that while the Board’s state protection finding was one
that was reasonably open to it on the record before it, the
Board erred in failing to address one of the requisite
elements of the test for a person in need of protection
under subparagraph 97(1)(b)(iii) of IRPA. Consequently,
the application for judicial review will be granted.
[5] Pour les motifs qui suivent, j’arrive à la conclusion
que, même s’il lui était raisonnablement loisible, suivant
le dossier dont elle disposait, de tirer sa conclusion au
sujet de la protection de l’État, la Commission a commis
une erreur en n’abordant pas l’un des éléments requis du
critère relatif à la qualité de personne à protéger prévu
au sous-alinéa 97(1)b)(iii) de la LIPR. Par conséquent,
la demande de contrôle judiciaire sera accueillie.
Background
Contexte
[6] Ms. Harvey is an American citizen from Vero
Beach, Florida. In 2006, when Ms. Harvey was 38 years
old, she was charged with 5 counts of unlawful sexual
activity with a minor. The boy in question was a 16-yearold baseball teammate of Ms. Harvey’s son.
[6] Mme Harvey est une citoyenne américaine résidant
à Vero Beach, en Floride. En 2006, alors qu’elle était
âgée de 38 ans, Mme Harvey a été accusée de 5 chefs
d’activités sexuelles illicites avec un mineur. L’adolescent
en question était un garçon de 16 ans qui faisait partie
de l’équipe de baseball de son fils.
[7] Section 794.05(1) of the Florida Statutes provides,
in part, that:
[7] Le paragraphe 794.05(1) des lois de la Floride
prévoit notamment ce qui suit :
(1) A person 24 years of age or older who engages in sexual
activity with a person 16 or 17 years of age commits a felony
of the second degree ….
[traduction] (1) Toute personne âgée d’au moins 24 ans
qui se livre à des activités sexuelles avec une personne de 16
ou de 17 ans commet un acte délictueux grave au second
degré […]
[8] Ms. Harvey’s trial was held in July of 2008. She
was represented by counsel throughout the trial process,
and she acknowledges that she received a full range of
procedural protections during the pre-trial and trial
process. Ms. Harvey was advised of the charges against
her, of her right to remain silent and of her right to
[8] Le procès de Mme Harvey a eu lieu en juillet 2008.
Elle était représentée par un avocat pendant toute la
durée du procès et elle reconnaît qu’elle a bénéficié de
toutes les protections procédurales tant avant que pendant le déroulement de son procès. Madame Harvey a
été informée des accusations portées contre elle, de son
10
CANADA
v.
HARVEY
[2015] 1 F.C.R.
counsel. She further acknowledges that she was released
on bail pending her trial, that she was provided with
pre-trial disclosure by the District Attorney’s office, and
that her counsel was afforded sufficient time to prepare
for her trial. At a trial held in an open and public forum,
Ms. Harvey’s counsel was permitted to lead evidence
and to cross-examine witnesses, and the guilty verdict
was arrived at by a jury of Ms. Harvey’s peers.
droit de garder le silence et de son droit à un avocat. Elle
reconnaît également qu’elle a été remise en liberté sous
caution en attendant son procès et que le bureau du
procureur du district lui a communiqué la preuve avant
le procès et que son avocat s’est vu accorder suffisamment de temps pour se préparer pour le procès. Lors de
son procès, qui s’est déroulé en audience publique,
l’avocat de Mme Harvey a été autorisé à présenter des
éléments de preuve et à contre-interroger les témoins, et
le verdict de culpabilité a été rendu par un jury composé
de pairs de Mme Harvey.
[9] While Ms. Harvey raised concerns before the
Board with respect to possible bias on the part of the
trial judge and with respect to the impartiality of a
member of her jury, the Board found that there was
“insufficient credible evidence of any material unfairness in [Ms. Harvey’s] prosecution up to the point of
sentencing”: Board decision, at paragraph 67.
[9] Bien que Mme Harvey ait exprimé des réserves
devant la Commission au sujet d’un possible parti pris de
la part du juge du procès et de l’impartialité d’un des jurés,
la Commission a estimé qu’« il n’y a[vait] pas suffisamment d’éléments de preuve crédibles selon lesquels la
poursuite de [Mme Harvey], jusqu’au moment de la détermination de sa peine, renfermait d’importantes iniquités » :
décision de la Commission, au paragraphe 68.
[10] Guided by Florida sentencing guidelines, the trial
judge sentenced Ms. Harvey to 15 years imprisonment
on each count. He ordered that the sentences for 2 of
the counts be served consecutively, with the sentences
on the remaining counts to be served concurrently, for
a total sentence of 30 years. A motion brought by
Ms. Harvey to have the trial judge reconsider the sentence was subsequently dismissed.
[10] Se guidant sur les lignes directrices de la Floride
en matière de détermination de la peine, le juge du
procès a condamné Mme Harvey à 15 ans d’emprisonnement pour chaque chef. Il a ordonné que la peine à
laquelle elle était condamnée pour 2 des chefs en question soit purgée consécutivement et que la peine relative
aux autres chefs soit purgée concurremment, pour un
total de 30 ans d’emprisonnement. La requête présentée
par Mme Harvey pour demander au juge du procès de
réexaminer la peine a par la suite été rejetée.
[11] Ms. Harvey was released on a $150 000 bond
pending her appeal. Her appeal to the Florida Court of
Appeal was rejected, as was her appeal to the Florida
Supreme Court. No reasons were provided by either
Court for rejecting Ms. Harvey’s sentence appeal.
[11] Mme Harvey a été remise en liberté moyennant
une caution de 150 000 $ en attendant son appel. L’appel
qu’elle a interjeté à la Cour d’appel de la Floride a été
rejeté, tout comme son appel à la Cour suprême de la
Floride. Aucune de ces juridictions n’a motivé son rejet
de l’appel interjeté par Mme Harvey de sa peine.
[12] On November 29, 2009, prior to her appeal being
heard by the Florida Supreme Court, Ms. Harvey fled
toCanada. On April 7, 2011, she was arrested by the
Royal Canadian Mounted Police, whereupon she made
a refugee claim.
[12] Le 29 novembre 2009, avant l’instruction de son
appel par la Cour suprême de la Floride, Mme Harvey
s’est enfuie au Canada. Le 7 avril 2011, elle a été arrêtée
par la Gendarmerie royale du Canada et elle a présenté
une demande d’asile.
The Board’s Decision
Décision de la Commission
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
HARVEY
11
[13] The Refugee Protection Division first considered
whether Ms. Harvey was excluded from the refugee
definition by virtue of Article 1F(b) of the United
Nations Convention Relating to the Status of Refugees
[July 28, 1951, [1969] Can. T.S. No. 6] for having committed a serious non-political crime.
[13] La Section de la protection de réfugié s’est
d’abord demandée si Mme Harvey était exclue du statut
de réfugiée par application de l’alinéa b) de la section F
de l’article premier de la Convention des Nations Unies
relative au statut des réfugiés [28 juillet 1951, [1969]
R.T. Can. no 6] au motif qu’elle avait commis un crime
grave de droit commun.
[14] While noting that Ms. Harvey insisted that she
was not guilty of the offences with which she had been
charged, the Board observed that she had been convicted
of the crimes, and proceeded on the assumption that she
had in fact committed the offences.
[14] Tout en relevant que Mme Harvey insistait pour
dire qu’elle n’était pas coupable des infractions qu’on
lui reprochait, la Commission a fait observer qu’elle
avait été reconnue coupable des crimes en question et a
tenu pour acquis qu’elle avait effectivement commis les
infractions en question.
[15] The Board noted that the age of consent for the
purposes of the Canadian Criminal Code, R.S.C., 1985,
c. C-46, is 16 years of age, unless the accused is in
a position of trust or authority towards the young person
in question, in which case the age of consent is 18 years
of age. There was no evidence before the Board that
Ms. Harvey was in a position of trust or authority vis à
vis her victim, nor was there any evidence that the
offences involved “any elements of coercion or
assault”. According to the Board, there was also no
evidence that “the alleged sexual activity was not
consensual”, noting that it was unlawful only because
of the age difference between Ms. Harvey and
her victim.
[15] La Commission a fait observer que l’âge du
consentement prévu par le Code criminel du Canada,
L.R.C. (1985), ch. C-46, est de 16 ans à moins que
l’accusé se trouve dans une situation d’autorité ou de
confiance envers l’adolescent en question, auquel cas
l’âge du consentement est fixé à 18 ans. La Commission
ne disposait d’aucun élément de preuve lui permettant de
penser que Mme Harvey se trouvait dans une situation
d’autorité ou de confiance par rapport à sa victime ou que
les infractions comportaient des « éléments de coercition
ou d’agression ». Suivant la Commission, rien ne permettait par ailleurs de penser que [traduction] « l’activité
sexuelle alléguée […] n’était pas consensuelle ». La
Commission a aussi signalé que les activités en question
n’étaient illégales qu’en raison de la différence d’âge
entre Mme Harvey et sa victime.
[16] In the circumstances, the Board was satisfied
that the activities that led to Ms. Harvey’s convictions
in the United States would not have constituted a crime,
let alone a serious crime, had they occurred in Canada.
As a consequence, the Board found that Ms. Harvey was
not excluded by Article 1F(b) of the Refugee Convention.
The Minister does not challenge this finding.
[16] Dans ces conditions, la Commission s’est dite
convaincue que les activités qui avaient conduit aux déclarations de culpabilité de Mme Harvey aux États-Unis
n’auraient pas constitué un crime, et encore moins un
crime grave, si elles avaient eu lieu au Canada. Par conséquent, la Commission a conclu que Mme Harvey n’était pas
visée par l’exclusion prévue par l’alinéa b) de la section F
de l’article premier de la Convention relative au statut des
réfugiés. Le ministre ne conteste pas cette conclusion.
[17] In considering Ms. Harvey’s inclusion claim, the
Board began by carefully reviewing the circumstances
leading up to and following her convictions. These
included the pre-trial and trial steps, the sentencing
[17] Pour examiner la demande d’inclusion de
Mme Harvey, la Commission a commencé par examiner
attentivement les circonstances ayant mené à sa déclaration de culpabilité et celles qui avaient suivi sa
12
CANADA
v.
HARVEY
[2015] 1 F.C.R.
process and the various challenges brought by
Ms. Harvey to the sentence, including her motion to
have the trial judge reconsider her sentence, and her
appeals to the Florida Court of Appeal and the Florida
Supreme Court.
condamnation. Elle a ainsi tenu compte des mesures
prises tant avant que pendant le procès, le processus de
détermination de la peine et les diverses démarches
entreprises par Mme Harvey pour contester la peine, y
compris la requête qu’elle avait présentée pour demander au juge du procès de réexaminer sa peine, et les
appels qu’elle avait interjetés à la Cour d’appel de la
Floride et à la Cour suprême de la Floride.
[18] The Board also noted Ms. Harvey’s testimony
that she would be obliged to serve 85 percent of her
sentence in Florida before she would be eligible for
parole, a claim that was supported by a Florida
Department of Corrections publication. While a petition
for executive clemency had been filed with the
Governor of Florida on Ms. Harvey’s behalf,
Ms. Harvey testified that the Governor will not ordinarily grant clemency until the offender has served the
majority of his or her sentence.
[18] La Commission a également souligné le témoignage de Mme Harvey suivant lequel elle serait obligée
de purger 85 p. 100 de sa peine en Floride avant d’être
admissible à une libération conditionnelle, une affirmation corroborée par une publication du Department of
Corrections de la Floride. Même si une demande de
clémence de l’exécutif avait été adressée au gouverneur
de la Floride au nom de Mme Harvey, cette dernière a
expliqué qu’en règle générale, le gouverneur ne faisait
droit aux demandes de clémence qu’après que le contrevenant avait purgé la plus grande partie de sa peine.
[19] The Board then reviewed the law relating to state
protection, including the Supreme Court of Canada’s
decision in Canada (Attorney General) v. Ward, [1993]
2 S.C.R. 689, and the decision of the Federal Court of
Appeal in Hinzman v. Canada (Minister of Citizenship
and Immigration), 2006 FC 420, [2007] 1 F.C.R. 561,
affd 2007 FCA 171, 282 D.L.R. (4th) 413, which dealt
with a refugee claim against the United States.
[19] La Commission a ensuite examiné les règles de
droit relatives à la protection de l’État, y compris l’arrêt
rendu par la Cour suprême du Canada dans l’affaire
Canada (Procureur général) c. Ward, [1993] 2 R.C.S.
689, ainsi que l’arrêt rendu par la Cour d’appel fédérale
dans l’affaire Hinzman c. Canada (Ministre de la
Citoyenneté et de l’Immigration), 2006 CF 420, [2007]
1 R.C.F. 561, conf. par 2007 CAF 171, qui portaient sur
une demande d’asile à l’égard des États-Unis.
[20] The Board observed that there is a clear
presumption that the United States will be able to
protect its citizens, even in cases where the State is the
alleged agent of persecution. The Board further recognized [at paragraph 54] that Ms. Harvey bore “a heavy
burden” to demonstrate that she should not have been
required to exhaust all avenues of recourse available to
her in the United States before seeking surrogate
protection in Canada.
[20] La Commission a fait observer qu’il existe une
nette présomption suivant laquelle les États-Unis sont
en mesure de protéger leurs citoyens même lorsque
l’État est le présumé agent de persécution. La Commission a par ailleurs reconnu [au paragraphe 55] que
Mme Harvey avait le « lourd fardeau » de démontrer
qu’on n’aurait pas dû l’obliger à épuiser toutes les voies
de recours qui s’offraient à elle aux États-Unis avant de
chercher à obtenir plutôt la protection du Canada.
[21] Before addressing the adequacy of the state protection that was available to Ms. Harvey in the United
States, the Board stated that it would first consider
whether the sentence that she faced amounted to “cruel
and unusual treatment or punishment imposed in
[21] Avant d’examiner la question de savoir si la protection de l’État dont pouvait se réclamer Mme Harvey
aux États-Unis était suffisante, la Commission a déclaré
qu’elle devait d’abord examiner si la peine qui lui avait
été infligée équivalait à « des traitements ou peines cruels
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
HARVEY
13
disregard of accepted international standards”: Board’s
decision, at paragraph 55.
et inusités infligés au mépris des normes internationales » : décision de la Commission, au paragraphe 56.
[22] The Board started its analysis by observing that
while the acts committed by Ms. Harvey did not constitute a crime in Canada, it was open to other jurisdictions
to establish different ages of consent.
[22] La Commission a commencé son analyse en
faisant observer que, bien que les actes commis par
Mme Harvey ne constituent pas un crime au Canada, il
est loisible à d’autres États d’établir un âge de consentement différent.
[23] The Board then examined the types of sentences
handed down by Canadian courts for similar offences,
including those imposed in cases involving much
younger children and cases where the perpetrator was in
a position of trust in relation to the victim. From this, the
Board determined that the sentence imposed on
Ms. Harvey was at least 15 times longer than the
sentence that she would have received in Canada, had
her actions been criminal in nature in this country.
[23] La Commission a ensuite examiné le type de
peine infligé par les tribunaux canadiens pour des
infractions similaires, y compris celles infligées dans les
affaires concernant des enfants beaucoup plus jeunes
et celles dans lesquelles l’auteur se trouvait dans une
situation de confiance par rapport à sa victime. La
Commission en a conclu que la peine infligée à
Mme Harvey était 15 fois plus longue que celle qui lui
aurait été infligée au Canada si les actes qu’elle avait
commis avaient été de nature criminelle au Canada.
[24] The Board also had regard to the anecdotal
evidence provided by Ms. Harvey as to the sentences
handed down by other Florida courts in similar cases,
noting that the sentences typically ranged from probation to two years imprisonment.
[24] La Commission a également tenu compte des
éléments de preuve anecdotiques soumis par Mme Harvey
au sujet des peines infligées par d’autres tribunaux de la
Floride dans des affaires semblables, et a fait observer
que les peines infligées variaient d’une simple probation
à deux ans d’emprisonnement.
[25] The Board then considered the Canadian jurisprudence on the question of what constitutes “cruel and
unusual punishment”. The Board noted that the
decision of the Supreme Court of Canada in R. v. Smith,
[1987] 1 S.C.R. 1045, established the test to be applied
indetermining when a punishment will be found to
have violated the protection against “cruel and unusual
treatment or punishment” contained in section 12 of the
Canadian Charter of Rights and Freedoms, being
Part I of the Constitution Act, 1982, Schedule B,
Canada Act 1982, 1982, c. 11 (U.K.) [R.S.C., 1985,
Appendix II, No. 44].
[25] La Commission a ensuite examiné la jurisprudence canadienne sur la question de savoir ce qui
constitue une « peine cruelle et inusitée ». La Commission
a signalé que l’arrêt R. c. Smith, [1987] 1 R.C.S. 1045,
de la Cour suprême du Canada, établissait le critère à
appliquer pour déterminer si une peine doit être considérée comme ayant violé la protection contre les
« traitements ou peines cruels et inusités » prévue à
l’article 12 de la Charte canadienne des droits et libertés,
qui constitue la partie I de la Loi constitutionnelle de
1982, annexe B de la Loi de 1982 sur le Canada, 1982,
ch. 11 (R.-U.) [L.R.C. (1985), appendice II, no 44].
[26] The Board held that the standard to be applied in
determining whether punishment is “cruel and unusual”
is whether the punishment is “so excessive as to outrage
standards of decency and surpass all rational bounds of
punishment.” The Board noted that “[t]he test is one of
proportionality”, and that it had to ask itself whether the
punishment was disproportionate to the offence and the
[26] La Commission a estimé que la norme à appliquer
pour déterminer si une peine est « cruelle et inusitée »
consiste à se demander si cette peine « est excessive au
point de faire outrage aux normes de la convenance
et de primer toutes les limites rationnelles de la peine ».
La Commission a fait observer que « [l]e critère à appliquer est celui de la proportionnalité », ajoutant qu’elle
14
CANADA
v.
HARVEY
[2015] 1 F.C.R.
offender and whether the punishment was of such a
character as to “shock general conscience or as to be
intolerable in fundamental fairness”: all quotes from the
Board’s decision, at paragraph 62.
devait se demander si la peine infligée était disproportionnée par rapport à l’infraction et au contrevenant et
si la peine était telle qu’elle [traduction] « scandalise
la conscience générale ou est intolérable sur le plan de
l’équité fondamentale » : tous les extraits sont tirés de
la décision de la Commission, au paragraphe 63.
[27] After summarizing the evidence regarding
Ms. Harvey’s offence and sentence, the Board concluded
that it was “beyond doubt” that the 30-year sentence
imposed on Ms. Harvey was “so excessive as to outrage
standards of decency and surpass all rational bounds of
punishment.” This led the Board to find that the sentence
amounted to “cruel and unusual punishment imposed in
disregard of accepted international standards”: Board
decision, at paragraph 65.
[27] Après avoir résumé les éléments de preuve
concernant l’infraction et la peine de Mme Harvey, la
Commission a conclu qu’il ne faisait [ traduction]
« aucun doute » que la peine de 30 ans d’emprisonnement infligée à Mme Harvey était « excessive au point de
faire outrage aux normes de la convenance et de primer
toutes les limites rationnelles de la peine », ce qui a
conduit la Commission à conclure que la peine équivalait à une « peine cruelle et inusitée qui a été infligée au
mépris des normes internationales » : décision de la
Commission, au paragraphe 66.
[28] Returning to the question of state protection, the
Board held that the 30-year sentence, coupled with the
failure of multiple courts to address the excessive sentence, “are indicative of failures in the state protection
mechanisms that normally exist in the USA”: Board
decision, at paragraph 68.
[28] Revenant à la question de la protection de l’État,
la Commission a estimé que la peine d’emprisonnement
de 30 ans, et le fait que de nombreux tribunaux n’ont pas
abordé la question du caractère excessif de la peine
« témoignent de l’absence de mécanismes de protection
de l’État qui existent normalement aux États-Unis » :
décision de la Commission, au paragraphe 69.
[29] Insofar as the remaining avenues of recourse
available to Ms. Harvey were concerned, the Board
accepted Ms. Harvey’s evidence that executive clemency would not be available to her until such time as she
had served the majority of her sentence. The Board
noted that “it may be possible” that Ms. Harvey could
appeal her sentence to the Supreme Court of the United
States, but that “[i]t is not known if such an appeal
would be possible by way of right or if leave would need
to be sought, or when such an appeal would ever be
heard by the US Supreme Court.” From this, the Board
concluded that “[t]he preponderance of the evidence is
that all realistic mechanisms for redress have been
exhausted” by Ms. Harvey in the United States: Board
decision, at paragraph 69.
[29] En ce qui concerne les autres voies de recours
offertes à Mme Harvey, la Commission a accepté le
témoignage de Mme Harvey suivant lequel elle ne pouvait compter sur la clémence de l’exécutif tant qu’elle
n’aurait pas purgé la plus grande partie de sa peine. La
Commission a fait observer que Mme Harvey « pourrait
peut-être » interjeter appel de sa peine à la Cour suprême
des États-Unis, mais qu’« [i]l est impossible de savoir si
cet appel pourrait être interjeté de droit ou si une autorisation devrait être obtenue à cette fin, ou encore à quel
moment un tel appel serait instruit par la Cour suprême
des États-Unis ». La Commission en a conclu que
« [s]elon la prépondérance des éléments de preuve,
[Mme Harvey] a épuisé tous les mécanismes réalistes
pour demander réparation » aux États-Unis : décision de
la Commission, au paragraphe 70.
[30] The Board recognized that because the United
States is a well-developed democracy with a fullydeveloped system of checks and balances, it will only be
[30] La Commission a reconnu que, comme les ÉtatsUnis constituent une démocratie bien établie disposant
de mécanismes appropriés de contrôle et de régulation
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
HARVEY
15
in “very rare circumstances where surrogate protection
mechanisms need be invoked.” According to the Board,
“this is one of those very rare circumstances”: Board
decision, at paragraph 70. Consequently, the Board
declared Ms. Harvey to be a person in need of protection
in accordance with the provisions of subparagraph
97(1)(b)(iii) of IRPA.
tout à fait au point, ajoutant que « [l]es mécanismes
de protection auxiliaires ne devraient être invoqués
que dans de très rares circonstances ». Suivant la
Commission, « il s’agit [en l’espèce] d’une de ces
circonstances très rares » (décision de la Commission,
au paragraphe 71). En conséquence, la Commission a
déclaré que Mme Harvey était une personne à protéger au
sens du sous-alinéa 97(1)b)(iii) de la LIPR.
The Issues
Questions en litige
[31] The Minister raises two issues on this application.
The first is whether the Board erred in its interpretation
and application of subparagraph 97(1)(b)(iii) of IRPA
by failing to consider whether the sanctions imposed
on Ms. Harvey by the Florida courts had been imposed
upon her “in disregard of accepted international
standards”.
[31] Le ministre soulève deux questions dans la présente
demande. La première est celle de savoir si la Commission
a commis une erreur dans son interprétation et son application du sous-alinéa 97(1)b)(iii) de la LIPR en ne se
demandant pas si les peines auxquelles Mme Harvey avait
été condamnée par les tribunaux de la Floride lui avaient
été infligées « au mépris des normes internationales ».
[32] The Minister also challenges the Board’s state
protection finding, arguing that there were avenues of
recourse still available to Ms. Harvey in the United
States such that she failed to demonstrate that she had
exhausted all the domestic avenues available to her,
without success before claiming refugee protection in
Canada.
[32] Le ministre conteste également la conclusion tirée
par la Commission au sujet de la protection de l’État en
faisant valoir qu’il existait encore des voies de recours
que Mme Harvey pouvait exercer aux États-Unis et
qu’elle n’a pas démontré qu’elle avait épuisé tous les
recours qui étaient à sa disposition sur le plan interne
avant de demander l’asile au Canada.
[33] The appropriate standard of review will also have
to be identified with respect to each of these issues.
[33] Il faudra également déterminer la norme de
contrôle applicable relativement à chacune de ces
questions.
The Board’s Treatment of Subparagraph 97(1)(b)(iii)
of IRPA
Traitement du sous-alinéa 97(1)b)(iii) de la LIPR par la
Commission
[34] The Minister argues that this case raises questions
with respect to the Board’s interpretation and application
of subparagraph 97(1)(b)(iii) of IRPA. Relying upon
the Federal Court of Appeal’s decisions in Hernandez
Febles v. Canada (Citizenship and Immigration), 2012
FCA 324, 357 D.L.R. (4th) 343 and Feimi v. Canada
(Citizenship and Immigration), 2012 FCA 325, 353
D.L.R. (4th) 536, the Minister submits that this aspect
of the Board’s decision is reviewable against the standard of correctness.
[34] Le ministre soutient que la présente affaire soulève des questions en ce qui concerne la façon dont la
Commission a interprété et appliqué le sous- alinéa
97(1)b)(iii) de la LIPR. Invoquant les arrêts Hernandez
Febles c. Canada (Citoyenneté et Immigration),
2012 CAF 324, et Feimi c. Canada (Citoyenneté et
Immigration), 2012 CAF 325, de la Cour d’appel fédérale, le ministre soutient que cet aspect de la décision de
la Commission est assujetti à la norme de contrôle de la
décision correcte.
[35]
[35]
I do not agree.
Je ne suis pas de cet avis.
16
CANADA
v.
HARVEY
[2015] 1 F.C.R.
[36] Febles and Feimi both involved the interpretation
of Article 1F(b) of the Refugee Convention, the question
before the Board being whether a refugee claimant is
excluded by Article 1F(b) where the person who has
committed a serious crime prior to arriving in Canada is
rehabilitated and poses no current danger to the public.
In those cases, the Court found that the presumption that
an administrative tribunal’s interpretation of its home
statute is to be reviewed against the reasonableness
standard was rebutted by the need to interpret international conventions uniformly.
[36] Les arrêts Febles et Feimi portaient tous deux sur
l’interprétation de l’alinéa b) de la section F de l’article
premier de la Convention relative au statut des réfugiés.
La question soumise à la Commission dans ces affaires
était celle de savoir si le demandeur d’asile était exclu
du statut de réfugié par application de l’alinéa b) de la
section F de l’article premier alors qu’il avait commis
un crime grave avant d’arriver au Canada et s’était
réadapté et ne présentait plus de danger pour le public.
Dans ces affaires, la Cour a conclu que la présomption
suivant laquelle l’interprétation par un tribunal administratif de sa loi habilitante est assujettie à la norme de
contrôle de la décision raisonnable était réfutée par la
nécessité d’interpréter de façon uniforme les conventions internationales.
[37] In contrast, this case involves the interpretation
of the complementary protection regime established
in section 97 of IRPA—a matter of domestic law. The
issue in this case is thus similar to the issue that was
before the Federal Court of Appeal in B010 v. Canada
(Citizenship and Immigration), 2013 FCA 87, 359
D.L.R. (4th) 730, at paragraphs 70–71, where the
reasonableness standard was applied with respect to the
Board’s interpretation of a provision in IRPA.
[37] Par contraste, la présente affaire porte sur l’interprétation du régime de protection complémentaire créé
par l’article 97 de la LIPR. Il s’agit d’une question de
droit interne. La question en litige dans la présente
affaire ressemble donc à celle qui était soumise à la
Cour d’appel fédérale dans l’affaire B010 c. Canada
(Citoyenneté et Immigration), 2013 CAF 87, aux paragraphes 70 et 71, dans laquelle la Cour a appliqué la
norme de la décision raisonnable à l’interprétation, par
la Commission, d’une disposition de la LIPR.
[38] I recognize that subparagraph 97(1)(b)(iii) does
require that a determination be made by the Board as to
whether the punishment in question was “imposed in
disregard of accepted international standards”. I leave
for another day the question of the standard of review to
be applied to the Board’s determination of what constitutes “accepted international standards” and the content
of those standards.
[38] J’admets que le sous-alinéa 97(1)b)(iii) n’oblige
pas la Commission à tirer une conclusion sur la question
de savoir si la peine en question a été « infligée au mépris
des normes internationales ». Je m’abstiens de trancher
la question de la norme de contrôle à appliquer à la
conclusion tirée par la Commission au sujet de ce qui
constitue des « normes internationales » et la teneur de
ces normes.
[39] I would also note that, at the end of the day, nothing turns on my choice of standard of review, as I am
satisfied that this aspect of the Board’s decision cannot
withstand scrutiny on either standard.
[39] Je tiens par ailleurs à signaler qu’en fin de
compte, la norme de contrôle que je choisis a peu d’incidence, étant donné que je suis convaincue que cet aspect
de la décision de la Commission ne saurait résister à
un examen rigoureux, peu importe la norme que l’on
applique.
[40] The relevant portions of subparagraph 97(1)(b)(iii)
of IRPA provide that:
[40] Voici les dispositions applicables du sousalinéa 97(1)b)(iii) de la LIPR :
[2015] 1 R.C.F.
Person in
need of
protection
CANADA
c.
17
HARVEY
97. (1) A person in need of protection is a
person in Canada whose removal to their country
or countries of nationality or, if they do not have
a country of nationality, their country of former
habitual residence, would subject them
personally
97. (1) A qualité de personne à protéger la
personne qui se trouve au Canada et serait
personnellement, par son renvoi vers tout pays
dont elle a la nationalité ou, si elle n’a pas de
nationalité, dans lequel elle avait sa résidence
habituelle, exposée :
…
[…]
(b) to a risk to their life or to a risk of cruel
and unusual treatment or punishment if
…
(iii) the risk is not inherent or incidental
to lawful sanctions, unless imposed in
disregard of accepted international
standards…
Personne à
protéger
b) soit à une menace à sa vie ou au risque de
traitements ou peines cruels et inusités dans le
cas suivant :
[…]
(iii) la menace ou le risque ne résulte
pas de sanctions légitimes — sauf celles
infligées au mépris des normes internationales — et inhérents à celles-ci ou
occasionnés par elles […]
[41] I understand the parties to agree that there are
three elements that must be satisfied by a claimant for
the individual to be found to be a person in need of
protection in accordance with this provision. These are:
[41] Si j’ai bien compris, les parties s’entendent pour
dire que, pour se voir reconnaître la qualité de personne
à protéger en vertu de cette disposition, l’intéressé doit
satisfaire à trois éléments, à savoir :
a. The claimant must demonstrate that he or she faces a
risk to life or a risk of cruel and unusual treatment or
punishment (as that term is understood in Canadian law)
in their country of origin;
a. le demandeur d’asile doit démontrer qu’il est
exposé soit à une menace à sa vie, soit au risque de
traitements ou peines cruelles et inusitées (au sens que
le droit canadien donne à cette expression) dans son
pays d’origine;
b. The treatment or punishment in question must not be
inherent or incidental to lawful sanctions; and
b. le traitement ou la peine en question ne doit pas résulter de sanctions légitimes;
c. If the treatment or punishment is inherent or incidental
to lawful sanctions, the claimant must then demonstrate
that it was imposed in disregard of accepted international
standards.
c. si le traitement ou la peine résulte de sanctions légitimes, le demandeur d’asile doit alors démontrer qu’il ou
elle a été infligée au mépris des normes internationales.
[42] In this case, the Board had regard to the Canadian
jurisprudence on the question of what constitutes “cruel
and unusual punishment”, concluding [at paragraph 62]
that the sentence imposed on Ms. Harvey was “so
excessive as to outrage standards of decency and surpass
all rational bounds of punishment.” As noted at the
outset of these reasons, the Minister does not challenge
the Board’s finding that Ms. Harvey’s 30-year sentence
would amount to cruel and unusual punishment by
Canadian standards.
[42] Dans le cas qui nous occupe, la Commission a
tenu compte de la jurisprudence canadienne sur la
question de ce qui constitue une « peine cruelle et inusitée » et a conclu [au paragraphe 63] que la peine
infligée à Mme Harvey « est excessive au point de faire
outrage aux normes de la convenance et de primer toutes
les limites rationnelles de la peine ». Comme nous
l’avons fait observer d’entrée de jeu dans les présents
motifs, le ministre ne conteste pas la conclusion de la
Commission suivant laquelle la peine de 30 ans
18
CANADA
v.
HARVEY
[2015] 1 F.C.R.
d’emprisonnement de Mme Harvey équivaudrait à une
peine cruelle et inusitée selon les normes canadiennes.
[43] With respect to the second element of the test,
there is no question that the punishment at issue in this
case was “inherent or incidental to lawful sanctions”
imposed on Ms. Harvey by the Florida courts. This
being the case, the Board was then required to go on to
consider whether the sentence meted out to Ms. Harvey
was imposed in disregard of accepted international
standards.
[43] En ce qui concerne le second élément du critère,
il est incontestable que la peine en cause dans la présente
affaire « résultait des sanctions légitimes » infligées à
Mme Harvey par les tribunaux de la Floride. Dans ces
conditions, la Commission devait ensuite se demander
si la peine infligée à Mme Harvey l’avait été au mépris
des normes internationales.
[44] The Board appears to have recognized that this
was an element of the test that had to be addressed, as it
references the issue at the outset of its analysis at paragraph 55, and concludes its analysis with the finding at
paragraph 65 of its reasons that Ms. Harvey’s sentence
amounted to “cruel and unusual punishment imposed in
disregard of accepted international standards.”
[44] La Commission semble avoir reconnu qu’elle
devait tenir compte de ce volet du critère, étant donné
qu’elle mentionne cet aspect au début de son analyse,
au paragraphe 56, et qu’elle clôt son analyse en concluant,
au paragraphe 66 de ses motifs, que la peine de
Mme Harvey équivaut à « une peine cruelle et inusitée qui
a été infligée au mépris des normes internationales ».
[45] However, nowhere in the intervening analysis
does the Board ever address this question. The Board
[at paragraph 55] makes no attempt to identify what the
applicable “accepted international standards” are, nor
does it consider whether these standards were adhered
to in this case. This is an error: Klochek v. Canada
(Citizenship and Immigration), 2010 FC 474, at
paragraph 10.
[45] Toutefois, nulle part dans son analyse, la
Commission n’aborde cette question. La Commission
[au paragraphe 56] n’essaie d’aucune façon de définir
les « normes internationales » applicables et elle n’essaie
pas de vérifier si ces normes ont été respectées en
l’espèce. Elle a commis une erreur en agissant de la sorte
(Klochek c. Canada (Citoyenneté et Immigration),
2010 CF 474, au paragraphe 10).
[46] These omissions are particularly troubling in light
of the extensive written and oral submissions that were
made to the Board by Ms. Harvey’s counsel in relation
to these questions.
[46] Ces omissions sont particulièrement troublantes,
compte tenu des observations détaillées que l’avocat de
Mme. Harvey avait présentées à la Commission, par écrit
et de vive voix, relativement à ces questions.
[47] Indeed, the record reveals that Ms. Harvey’s
counsel made detailed submissions with respect to the
relationship between the “fundamental justice” guarantees in sections 7 and 12 of the Charter, and “accepted
international standards”. Additional submissions were
made with respect to the rights guaranteed by the
International Covenant on Civil and Political Rights,
16 December 1966, [1976] Can. T.S. No. 47, with
counsel arguing that the international law right to a trial
by an independent and impartial tribunal is not respected
in a judicial system made up of elected judges.
[47] D’ailleurs, il ressort du dossier que l’avocat de
Mme Harvey a présenté des arguments détaillés au sujet
des rapports entre les garanties relatives à la « justice
fondamentale » prévues aux articles 7 et 12 de la Charte
et les « normes internationales ». L’avocat a formulé des
observations supplémentaires au sujet des droits garantis
par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, 16 décembre 1966, [1976] R.T. Can. no 47, en
faisant valoir que le droit reconnu par le droit international à un procès par un tribunal indépendant et
impartial n’était pas respecté dans le cas d’un système
judiciaire composé de juges élus.
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
HARVEY
19
[48] Submissions were also made to the Board with
respect to the sentencing principles contained in the Rome
Statute of the International Criminal Court, 17 July 1998,
[2002] Can. T.S. No. 13, and the alleged failure of the
judge in Ms. Harvey’s case to take into account a number of these principles in fixing her sentence.
[48] Des observations ont également été formulées à
la Commission au sujet des principes relatifs à la détermination de la peine formulés dans le Statut de Rome de
la Cour pénale internationale, 17 juillet 1998, [2002]
R.T. Can. no 13, et du défaut que le juge aurait commis,
dans le cas de Mme Harvey, de tenir compte de plusieurs
de ces principes pour fixer sa peine.
[49] In fairness to the Board, Ms. Harvey’s written
submissions do suggest at paragraph 37 that once the
Board was satisfied that the punishment in question
constituted “cruel and unusual punishment” and was
“‘sufficiently shocking’ to the Canadian conscience”, no
further analysis was required.
[49] En toute justice pour la Commission, force est de
reconnaître que les observations écrites de Mme Harvey
laissaient effectivement entendre, au paragraphe 37, que
dès lors que la Commission était convaincue que la
peine en question constituait une « peine cruelle et
inusitée » qui « scandalise suffisamment la conscience
des Canadiens », aucune autre analyse n’était exigée.
[50] I do not agree. To accept Ms. Harvey’s interpretation of subparagraph 97(1)(b)(iii) of IRPA would be to
conflate the first and third elements of the test, rendering
the phrase “unless imposed in disregard of accepted
international standards” entirely redundant. There is a
presumption that every word in a statute has a meaning
and that, to the extent possible, courts should avoid an
interpretation of a statute that renders any portion of a
statute redundant: Placer Dome Canada Ltd. v. Ontario
(Minister of Finance), 2006 SCC 20, [2006] 1 S.C.R.
715, at paragraph 45.
[50] Je ne suis pas de cet avis. Accepter l’interprétation que Mme Harvey fait du sous-alinéa 97(1)b)(iii) de
la LIPR reviendrait à confondre le premier et le troisième volet du critère et à rendre l’expression « sauf
celles infligées au mépris des normes internationales »
totalement redondante. Il existe une présomption suivant
laquelle chaque mot de la loi a un sens et suivant
laquelle, dans la mesure du possible, les tribunaux
devraient éviter d’adopter des interprétations qui rendent
une partie d’une loi redondante (Placer Dome Canada
Ltd. c. Ontario (Ministre des Finances), 2006 CSC 20,
[2006] 1 R.C.S. 715, au paragraphe 45).
[51] Clearly, by adding the phrase “unless imposed in
disregard of accepted international standards” to subparagraph 97(1)(b)(iii), Parliament intended that it not
be enough that a punishment constitute “cruel and
unusual punishment” in Canada to make someone a
person in need of protection under section 97 of IRPA.
Regard must also be had to whether there had been
compliance with international norms.
[51] De toute évidence, en ajoutant l’expression « sauf
celles infligées au mépris des normes internationales »
au sous-alinéa 97(1)b)(iii), le législateur précisait qu’il
ne suffisait pas qu’une peine constitue au Canada une
« peine cruelle et inusitée » pour reconnaître à une personne la qualité de personne à protéger en vertu de
l’article 97 de la LIPR. Il faut également tenir compte
de la question de savoir si les normes internationales ont
été respectées.
[52] In determining whether a sentence constitutes
“cruel and unusual punishment” for the purposes
of Canadian law, the test is one of “gross disproportionality”. Canadian courts are required to consider
“‘whether the punishment prescribed is so excessive as
to outrage standards of decency’”. That is, “the effect of
that punishment must not be grossly disproportionate to
[52] Pour déterminer si une peine constitue une
« peine cruelle et inusitée » en droit canadien, le critère
applicable est celui de la « disproportion exagérée ». Les
tribunaux canadiens doivent se demander « “si la peine
infligée est excessive au point de ne pas être compatible
avec la dignité humaine” ». Autrement dit, « l’effet de
cette peine ne doit pas être exagérément disproportionné
20
CANADA
v.
HARVEY
[2015] 1 F.C.R.
what would have been appropriate”: all quotes from
Smith, above, at page 1072.
à ce qui aurait été approprié » : toutes les citations sont
tirées de l’arrêt Smith, précité, à la page 1072.
[53] It will be recalled that the Board’s finding [at
paragraph 62] in this case was that the sentence imposed
on Ms. Harvey was “so excessive as to outrage standards
of decency and surpass all rational bounds of punishment”. That is, the Board found Ms. Harvey’s sentence
to be grossly disproportionate to her crimes, making it
“cruel and unusual punishment” under Canadian law,
thereby satisfying the first element of the subparagraph
97(1)(b)(iii) test. If that was all that was required, then
there would have been no reason for Parliament to have
included the words “unless imposed in disregard of
accepted international standards” in the statute.
[53] On se souviendra qu’en l’espèce, la Commission
a conclu [au paragraphe 63] que la peine infligée à
Mme Harvey « est excessive au point de faire outrage aux
normes de la convenance et de primer toutes les limites
rationnelles de la peine ». Autrement dit, la Commission
a conclu que la peine infligée à Mme Harvey était à ce
point disproportionnée par rapport à ses crimes qu’elle
était une « peine cruelle et inusitée » en droit canadien,
satisfaisant ainsi au premier volet du critère du sousalinéa 97(1)b)(iii). S’il s’agissait là de la seule exigence,
il n’y aurait alors eu aucune raison pour laquelle le
législateur aurait ajouté l’expression « sauf celles infligées au mépris des normes internationales » dans la Loi.
[54] I also do not agree with Ms. Harvey that a violation of Canadian Charter guarantees will necessarily
be contrary to accepted international standards. While
there will often be considerable overlap between them,
the two are not always co-extensive.
[54] Je ne suis par ailleurs pas d’accord avec
Mme Harvey pour dire qu’une violation des garanties
prévues par la Charte canadienne sera nécessairement
contraire aux normes internationales. Bien qu’il arrive
souvent que ces garanties se recoupent, elles ne sont pas
toujours identiques.
[55] For example, in Health Services and Support
— Facilities Subsector Bargaining Assn. v. British
Columbia, 2007 SCC 27, [2007] 2 S.C.R. 391, the
Supreme Court of Canada observed that “the Charter
should be presumed to provide at least as great a level
of protection as is found in the international human
rights documents that Canada has ratified” (my emphasis): at paragraph 70. The Court’s use of the phrase “at
least” signals that Canadian Charter protections may in
some cases actually exceed those provided by international law.
[55] Par exemple, dans l’arrêt Health Services and
Support — Facilities Subsector Bargaining Assn. c.
Colombie-Britannique, 2007 CSC 27, [2007] 2 R.C.S.
391, la Cour suprême du Canada a fait observer qu’« il
faut présumer que la Charte accorde une protection auvmoins aussi grande que les instruments internationaux
ratifiés par le Canada en matière de droits de la personne » (non souligné dans l’original), au paragraphe 70.
L’emploi par la Cour de l’expression « au moins » nous
indique que les protections prévues par la Charte canadienne peuvent, dans certains cas, effectivement
dépasser celles prévues en droit international.
[56] Similarly, in United States v. Burns, 2001 SCC 7,
[2001] 1 S.C.R. 283, the Supreme Court found that the
death penalty has been rejected as an acceptable element
of criminal justice in this country, and that in the
Canadian view of fundamental justice, capital punishment is unjust: paragraphs 70 and 84. At the same time,
the Court held that it had not been established that there
was an international norm against the death penalty: see
paragraph 89.
[56] De même, dans l’arrêt États-Unis c. Burns,
2001 CSC 7, [2001] 1 R.C.S. 283, la Cour suprême a
conclu que la peine de mort avait été écartée comme
élément acceptable de la justice criminelle au Canada et
que, suivant la conception canadienne de la justice
fondamentale, la peine capitale était injuste (paragraphes 70 et 84). Par ailleurs, la Cour a estimé qu’il
n’avait pas été établi qu’il existait une norme internationale interdisant la peine de mort (paragraphe 89).
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
HARVEY
21
[57] As a consequence, I am satisfied that once the
Board is satisfied that a claimant has demonstrated that
he or she faces a risk of cruel and unusual treatment or
punishment (as that term is understood in Canadian law)
in their country of origin and that the punishment in
question is inherent or incidental to lawful sanctions, the
Board must then go on to consider whether the punishment in question was imposed in disregard of accepted
international standards. The Board failed to do so here.
[57] Par conséquent, j’estime que, dès lors que la
Commission est convaincue qu’un demandeur d’asile a
démontré qu’il est exposé soit à une menace à sa vie ou
au risque de traitements ou peines inusités (au sens où
ces expressions sont interprétées en droit canadien) dans
son pays d’origine et que cette peine résulte de sanctions
légitimes, la Commission doit se demander si la peine en
question a été infligée au mépris des normes internationales. Or, la Commission n’a rien fait de tel en l’espèce.
[58] Before leaving this issue, I note that, relying upon
the Supreme Court’s decision in Newfoundland and
Labrador Nurses’ Union v. Newfoundland and Labrador
(Treasury Board), 2011 SCC 62, [2011] 3 S.C.R. 708,
Ms. Harvey has argued that “[a] decision-maker is not
required to make an explicit finding on each constituent
element, however subordinate, leading to its final conclusion”: Newfoundland Nurses, at paragraph 16.
[58] Avant de conclure sur cette question, je tiens à
signaler, que se fondant sur l’arrêt Newfoundland and
Labrador Nurses’ Union c. Terre-Neuve-et-Labrador
(Conseil du Trésor), 2011 CSC 62, [2011] 3 R.C.S. 708,
Mme Harvey a soutenu que « [l]e décideur n’est pas tenu
de tirer une conclusion explicite sur chaque élément
constitutif du raisonnement, si subordonné soit-il, qui a
mené à sa conclusion finale » : Newfoundland Nurses,
au paragraphe 16.
[59] While I accept this as a general proposition of
law, I note that the Supreme Court went on in the same
paragraph to state that it will be sufficient “if the reasons
allow the reviewing court to understand why the tribunal
made its decision and permit it to determine whether the
conclusion is within the range of acceptable outcomes”.
[59] Bien que je convienne qu’il s’agit là d’un énoncé général du droit, je constate que la Cour suprême a
ensuite affirmé dans le même paragraphe qu’il suffira
que « les motifs […] permettent à la cour de révision de
comprendre le fondement de la décision du tribunal et
de déterminer si la conclusion fait partie des issues
possibles acceptables ».
[60] The Board’s reasons in this case were careful and
thoughtful. However, on this one issue, the Board was
entirely silent. We do not know which of Ms. Harvey’s
arguments on the question of “accepted international
standards” [at paragraph 65] were or were not accepted
and why that was. We do not know what the Board
considered to be accepted international standards or how
those standards were or were not met in this case. We
simply do not know why the Board decided that the
punishment in question here was imposed in disregard
of accepted international standards, nor can we ascertain
whether that conclusion is within the range of acceptable
outcomes.
[60] En l’espèce, la Commission a rédigé des motifs
soignés et détaillés. Toutefois, sur cette question bien
précise, la Commission est demeurée entièrement
muette. Nous ignorons quels arguments sur la question
des « normes internationales » [au paragraphe 66]
la Commission a retenus et lesquels elle a écartés et la
raison pour laquelle elle l’a fait. Nous ignorons ce que la
Commission a considéré comme étant des normes internationales ou la façon dont ces normes avaient été ou non
respectées en l’espèce. Nous ignorons tout simplement
pourquoi la Commission a décidé que la peine en question en l’espèce avait été infligée au mépris des normes
internationales et il nous est impossible de savoir si cette
conclusion fait partie des issues possibles acceptables.
[61] This aspect of the Board’s decision thus lacks
justification, transparency and intelligibility and is,
therefore, unreasonable: Dunsmuir v. New Brunswick,
2008 SCC 9, [2008] 1 S.C.R. 190, at paragraph 47.
[61] Cet aspect de la décision de la Commission n’est
pas justifiable, transparent et intelligible et est par conséquent déraisonnable : Dunsmuir c. Nouveau-Brunswick,
2008 CSC 9, [2008] 1 R.C.S. 190, au paragraphe 47.
22
CANADA
v.
HARVEY
[2015] 1 F.C.R.
State Protection
Protection de l’État
[62] The Minister also challenges the Board’s finding [at paragraph 69] that “all realistic mechanisms for
redress have been exhausted” by Ms. Harvey in the
United States and that adequate state protection was thus
not available to her in that country. I agree with the
parties that a question as to the adequacy of state protection is a question of mixed fact and law, and is
reviewable against the standard of reasonableness:
Hinzman, above, at paragraph 38.
[62] Le ministre conteste également la conclusion de
la Commission [au paragraphe 70] suivant laquelle
Mme Harvey avait « épuisé tous les mécanismes réalistes
pour demander réparation » aux États-Unis et suivant
laquelle elle ne pouvait donc compter sur aucune protection de l’État suffisante dans ce pays. Je suis d’accord
avec les parties pour dire que la question de la protection
suffisante de l’État est une question mixte de droit et de
fait qui est assujettie à la norme de contrôle de la décision raisonnable : Hinzman, précité, au paragraphe 38.
[63] The Minister notes that the Federal Court of
Appeal has held that the United States “is a democratic
country with a system of checks and balances among its
three branches of government, including an independent
judiciary and constitutional guarantees of due process”.
Refugee claimants thus “bear a heavy burden in attempting to rebut the presumption that the United States is
capable of protecting them”. Claimants are therefore
“required to prove that they exhausted all the domestic
avenues available to them without success before claiming refugee status in Canada”: all quotes from Hinzman,
above, at paragraph 46.
[63] Le ministre signale que la Cour d’appel fédérale
a jugé que les États-Unis « sont un pays démocratique
où les pouvoirs des trois branches du gouvernement sont
limités par un système de freins et contrepoids, ce qui
comprend un appareil judiciaire indépendant et des
protections constitutionnelles assurant l’équité du processus ». Les demandeurs d’asile ont donc « le lourd
fardeau de devoir réfuter la présomption selon laquelle
les États-Unis sont en mesure de les protéger ». Les
demandeurs d’asile doivent, pour ce faire, « prouver
qu’ils ont épuisé tous les recours disponibles aux
États-Unis sans avoir obtenu gain de cause avant de
demander l’asile au Canada » : toutes les citations sont
tirées de l’arrêt Hinzman, précité, au paragraphe 46.
[64] According to the Minister, there were several
avenues of potential redress still available to Ms. Harvey
in the United States, including an appeal to the United
States Supreme Court, an application to the Florida
Governor for clemency, and a motion for reconsideration of her sentence.
[64] Suivant le ministre, Mme Harvey dispose encore
de plusieurs éventuelles voies de recours aux États-Unis,
notamment d’un pourvoi à la Cour suprême des
États-Unis, d’une demande de clémence au gouverneur
de la Floride et d’une requête en réexamen de sa peine.
[65] It is apparent from a review of the Board’s reasons that it understood the heavy burden on Ms. Harvey,
and the exceptional nature of a claim for protection
succeeding against a highly-developed first-world
democratic nation such as the United States.
[65] Il ressort des motifs de la Commission que
celle-ci était consciente du lourd fardeau dont devait
s’acquitter Mme Harvey et du caractère exceptionnel
d’une demande d’asile présentée contre une nation
démocratique aussi fermement établie que les États-Unis
et de la difficulté d’obtenir gain de cause dans une
telle demande.
[66] It is also clear that the Board turned its mind to
each of the potential avenues of redress identified by the
[66] Il est également évident que la Commission s’est
penchée sur chacune des éventuelles voies de recours
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
HARVEY
23
Minister, explaining why, in its view, it was not reasonable to expect Ms. Harvey to pursue them.
mentionnées par le ministre et qu’elle a expliqué les
raisons pour lesquelles à son avis il n’était pas raisonnable de s’attendre à ce que Mme Harvey les exerce.
[67] Insofar as the possibility of bringing a motion for
reconsideration of her sentence was concerned, the
Minister points to newspaper articles quoting lawyers in
Florida suggesting that such a motion might be possible.
However, it is clear from both Ms. Harvey’s testimony
and from the documentary record that such a motion had
already been brought and was summarily rejected.
[67] En ce qui concerne la possibilité de présenter une
requête en réexamen de sa peine, le ministre signale des
articles de journaux dans lesquels on cite des avocats de
la Floride évoquant la possibilité de présenter une telle
requête. Il ressort toutefois clairement du témoignage de
Mme Harvey et du dossier documentaire qu’une telle
requête a déjà été présentée et qu’elle a été rejetée
sommairement.
[68] With respect to a possible application to the
Governor of Florida for clemency, the Board accepted
Ms. Harvey’s uncontroverted evidence that such applications are ordinarily only considered once an offender
has served the majority of his or her sentence. In these
circumstances, the Board’s finding that this was not a
realistic avenue of recourse for Ms. Harvey was one that
was reasonably open to it on the record before it.
[68] En ce qui concerne une éventuelle demande de
clémence au gouverneur de la Floride, la Commission a
accepté le témoignage non contredit de Mme Harvey
suivant lequel de telles demandes ne sont normalement
examinées qu’après que le contrevenant a purgé la plus
grande partie de sa peine. Dans ces conditions, la
conclusion de la Commission suivant laquelle cette voie
de recours n’était pas réaliste dans le cas de Mme Harvey
était une conclusion qu’il lui était raisonnablement
loisible de tirer compte tenu du dossier dont elle
disposait.
[69] The more difficult question relates to the availability of an appeal to the Supreme Court of the United
States. The Board acknowledged the paucity of evidence
on this point, noting that it was possible that such an
appeal would be available to Ms. Harvey, although it
was not known whether the appeal would be of right, or
if leave would be required.
[69] La question la plus difficile concerne la possibilité
d’interjeter appel à la Cour suprême des États-Unis. La
Commission a reconnu la rareté des éléments de preuve
sur ce point en faisant observer qu’il était possible que
Mme Harvey puisse former un tel pourvoi bien qu’on ne
sache pas s’il s’agirait d’un appel de plein droit ou si elle
devrait obtenir une autorisation.
[70] The obligation on a refugee claimant to exhaust
all domestic avenues of protection available to them
prior to seeking refugee protection in Canada is not
absolute. Indeed, the Supreme Court of Canada has held
that it is only in situations where state protection might
reasonably have been forthcoming that a claimant’s
failure to seek protection will defeat his or her claim:
Ward, above, at page 724.
[70] L’obligation du demandeur d’asile d’épuiser
toutes les possibilités de protection internes dont il
dispose avant de demander l’asile au Canada n’est pas
une obligation absolue. D’ailleurs, la Cour suprême du
Canada a jugé que ce n’est que dans les cas où la protection de l’État pouvait raisonnablement être assurée
que le défaut du demandeur de la demander fera échec
à sa demande : Ward, précité, à la page 724.
[71] In this case, the Board noted that repeated
attempts by Ms. Harvey to challenge her sentence had
been met with failure. It bears repeating that not only
was Ms. Harvey’s motion for reconsideration of her
sentence summarily dismissed by the trial judge, neither
[71] Dans le cas qui nous occupe, la Commission a
signalé que les nombreuses tentatives faites par
Mme Harvey pour contester sa peine avaient toutes
échoué. Il vaut la peine de répéter que, non seulement la
requête en réexamen de la peine de Mme Harvey a-t-elle
24
CANADA
v.
HARVEY
[2015] 1 F.C.R.
the Florida Court of Appeal nor the Florida Supreme
Court felt that there was enough merit in her sentence
appeal to even address it in their reasons.
été rejetée sommairement par le juge du procès, mais
que ni la Cour d’appel ni la Cour suprême de la Floride
ont estimé que l’appel de sa peine n’avait suffisamment
de fondement pour justifier de motiver son rejet.
[72] Also before the Board was Ms. Harvey’s uncontroverted testimony that she could not pursue any further
judicial remedies in the United States without first surrendering herself to the authorities, thereby exposing
herself to the very sanction that the Board found to
constitute cruel and unusual punishment—a finding with
which the Minister does not now take issue.
[72] La Commission disposait également du témoignage non contredit de Mme Harvey suivant lequel elle
ne pouvait exercer d’autres recours judiciaires aux
États-Unis sans d’abord se rendre aux autorités, s’exposant ainsi à la sanction même que la Commission avait
jugé constituer une peine cruelle et inusitée, une conclusion que le ministre ne conteste plus.
[73] After weighing the evidence before it, the Board
concluded [at paragraph 69] that “the preponderance of
the evidence is that all realistic mechanisms for redress
had been exhausted” by Ms. Harvey in the United States.
Considering the Board’s decision as a whole in the
context of the underlying record, and having regard to
the deferential standard of review applicable to such a
finding, I cannot say that the Board’s conclusion on this
point is unreasonable.
[73] Après avoir examiné la preuve dont elle disposait,
la Commission a conclu [au paragraphe 70] que « [s]elon
la prépondérance des éléments de preuve, [Mme Harvey]
a épuisé tous les mécanismes réalistes pour demander
réparation » aux États-Unis. Examinant la décision de la
Commission dans son ensemble à la lumière du dossier
sous-jacent et compte tenu de la norme de contrôle qui
s’applique à cette conclusion, laquelle norme nous invite
à la déférence, je ne puis dire que la conclusion tirée par
la Commission sur ce point est déraisonnable.
Conclusion
Conclusion
[74] For these reasons, the application for judicial
review is granted.
[74] Pour ces motifs, la demande de contrôle judiciaire
est accueillie.
[75] In light of the narrow basis upon which the
application has succeeded, the Board member’s evident
familiarity with the case, and the absence of any
allegation of bias or procedural unfairness on the part of
the member, the case will be remitted to the same Board
member (assuming that he is available to hear the
matter) for a determination of whether Ms. Harvey’s
sentence was imposed upon her in disregard of accepted
international standards.
[75] Compte tenu du fondement étroit sur lequel la
demande est accueillie, de la familiarité évidente du
commissaire avec l’affaire et de l’absence de toute allégation de partialité ou d’iniquité procédurale de la part
du commissaire, l’affaire sera renvoyée au même commissaire (en supposant qu’il soit disponible pour
examiner l’affaire) pour qu’il décide si la peine à laquelle
Mme Harvey a été condamnée lui a été infligée au mépris
des normes internationales.
Question for Certification
Question à certifier
[76] The Minister proposes the following question for
certification:
[76] Le ministre propose la question suivante en vue
de sa certification :
When the Refugee Protection Division of the Immigration and
Refugee Board (“RPD”) determines that a claimant faces a risk
of cruel and unusual treatment or punishment, and the
identified risk results from, or is inherent or incidental to,
[traduction] Lorsque la Section de la protection des réfugiés
de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (la
SPR) conclut qu’un demandeur d’asile est exposé à un risque
de traitement ou peine cruelle et inusitée et que le risque en
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
25
HARVEY
lawful sanctions, is the RPD required to conduct a separate
assessment of whether the treatment or punishment has been
imposed in disregard of accepted international standards
before finding that a refugee claimant is a person in need of
protection under s.97(1) of the Immigration and Refugee
Protection Act?
question résulte de sanctions légitimes, la SPR doit-elle procéder à une évaluation distincte de la question de savoir si le
traitement ou la peine a été infligé au mépris des normes internationales avant de conclure que le demandeur d’asile est une
personne à protéger au sens du paragraphe 97(1) de la Loi sur
l’immigration et la protection des réfugiés?
[77] In my view, this is not an appropriate question for
certification. While I appreciate that this is largely a case
of first impression, the wording of the statute is quite
clear, and indeed, there is no disagreement between the
parties as to the applicable three-part test.
[77] À mon avis, il ne s’agit pas d’une question appropriée à certifier. Bien que je comprenne et que je sois
consciente qu’il s’agit d’une affaire pour laquelle il
n’existe pas de précédent, le libellé de la loi est très clair
et d’ailleurs, les parties s’entendent sur le critère à trois
volets applicable.
[78] The real issue in this case is whether the Board
member in this case properly applied the test, a question
that turns on the precise language of the Board member’s
reasons and the content of the record before him. This
is a case-specific determination and does not raise a
serious question of general importance appropriate for
certification.
[78] La véritable question en litige dans la présente
affaire est celle de savoir si le commissaire a, en l’espèce,
bien appliqué le critère, et la réponse à cette question
dépend des mots précis employés par le commissaire
dans ces motifs et de la teneur du dossier dont il disposait. Il s’agit d’une décision d’espèce qui ne soulève pas
une question grave de portée générale qui se prêterait à
une certification.
JUDGMENT
JUGEMENT
THIS COURT ORDERS AND ADJUDGES that:
LA COUR :
1. This application for judicial review is allowed, and
the case is remitted to the same Board member
(if available) to determine whether Ms. Harvey’s
sentence was imposed upon her in disregard of accepted
international standards.
1. ACCUEILLE la présente demande de contrôle
judiciaire et RENVOIE l’affaire au même commissaire
(s’il est disponible) pour qu’il détermine si la peine à
laquelle Mme Harvey a été condamnée lui a été infligée
au mépris des normes internationales.
26
NAJAFI
v.
CANADA
IMM-3103-12
2013 FC 876
[2015] 1 F.C.R.
IMM-3103-12
2013 CF 876
Behzad Najafi (Applicant)
Behzad Najafi (demandeur)
v.
c.
The Minister of Public Safety and Emergency
Preparedness (Respondent)
Le ministre de la Sécurité publique et de la Protection
civile (défendeur)
Indexed as: najafI v. Canada (PublIC safety
emergenCy PreParedness)
and
réPertorIé : najafI c. Canada (séCurIté PublIque et
ProteCtIon CIvIle)
Federal Court, Gleason J.—Toronto, January 16;
Ottawa, August 16, 2013.
Cour fédérale, juge Gleason—Toronto, 16 janvier;
Ottawa, 16 août 2013.
Citizenship and Immigration — Exclusion and Removal —
Inadmissible Persons — Judicial review of Immigration and
Refugee Board, Immigration Division decision determining
applicant inadmissible to Canada pursuant to Immigration
and Refugee Protection Act, ss. 34(1)(b),(f); concluding reasonable grounds to believe applicant was or had been member
of Kurdish Democratic Party of Iran (KDPI); that KDPI had
engaged in subversion by force of two different governments in
Iran — Division therefore issuing deportation order against
applicant — Applicant, Iranian of Kurdish ethnicity, making
successful refugee claim in Canada — However, applicant not
obtaining permanent resident status given declaration of inadmissibility sought by respondent under Act, s. 34 as result of
involvement with KDPI — Whether Division erring in interpretation of term “subversion by force” in Act, s. 34(1)(b)
because acts of aggression committed by KDPI against Iranian
government authorized by international law as justifiable use
of force by repressed people in furtherance of right to selfdetermination; whether Division erring in finding that
applicant member of KDPI because evidence establishing that
applicant having only minimal involvement with organization, never actually formal member thereof — Division not
erring in declining to consult international law to interpret
Act, s. 34(1)(b) — Not committing reviewable error in finding
that KDPI constituting organization having engaged in subversion by force of governments in Iran; that KDPI therefore
falling within scope of Act, s. 34(1)(b) — As to applicant’s
membership in KDPI, evidence in present case coupled
with requirement to interpret notion of membership broadly
affording Division reasonable basis for concluding that applicant member of KDPI — Finding within range of possible
conclusions open to Division; membership finding therefore
reasonable — Question certified as to whether Canada’s international law obligations requiring Division, in interpreting
Act, s. 34(1)(b), to exclude certain persons from inadmissibility — Application dismissed.
Citoyenneté et Immigration — Exclusion et renvoi —
Personnes interdites de territoire — Contrôle judiciaire à
l’encontre d’une décision de la Section de l’immigration de la
Commission de l’immigration et du statut de réfugié selon laquelle le demandeur était interdit de territoire au Canada
conformément aux art. 34(1)b) et f) de la Loi sur l’immigration
et la protection des réfugiés après avoir conclu qu’il existait
des motifs raisonnables de croire que le demandeur était
membre du Parti démocratique kurde d’Iran (le KDPI) et que
le KDPI avait été l’auteur d’actes visant au renversement de
deux gouvernements iraniens par la force — La Section a donc
pris des mesures de renvoi contre le demandeur — Le demandeur, un Iranien d’origine kurde, a présenté une demande
d’asile au Canada, qui a été accueillie — Cependant, le demandeur n’a pas obtenu le statut de résident permanent parce
que le défendeur a demandé qu’il soit interdit de territoire en
vertu de l’art. 34 de la Loi sur l’immigration et la protection
des réfugiés (la Loi), du fait de sa participation aux activités
du KDPI — Il s’agissait de savoir si la Section a commis une
erreur dans l’interprétation de l’expression « au renversement
[…] par la force » de l’art. 34(1)b) car les actes d’agression
commis par le KDPI contre le gouvernement iranien étaient
autorisés par le droit international, étant donné qu’ils constituaient un recours justifié à la force par un peuple opprimé
exerçant son droit à l’autodétermination; et si la Section a
commis une erreur en concluant que le demandeur était un
membre du KDPI, car la preuve a démontré que le demandeur
avait très peu participé aux activités de cet organisme et qu’il
n’en avait jamais été officiellement membre — La Section n’a
pas commis d’erreur en refusant de recourir au droit international pour interpréter l’art. 34(1)b) de la Loi — Elle n’a pas
commis d’erreur justifiant l’infirmation de sa décision en
concluant que le KDPI est une organisation qui a été l’instigatrice ou l’auteure d’actes visant au renversement par la
force des gouvernements iraniens et qu’elle tombe par conséquent sous le coup de l’art. 34(1)b) de la Loi — Quant à
[2015] 1 R.C.F.
NAJAFI
c.
CANADA
27
l’appartenance du demandeur au KDPI, la preuve en l’espèce,
ajoutée à l’obligation d’interpréter la notion d’appartenance
de façon large, a permis de façon raisonnable à la SPR de
conclure que le demandeur était membre du KDPI — Cette
conclusion appartenait aux conclusions possibles qu’il était
loisible à la Section de tirer; la conclusion qu’elle a tirée au
sujet de l’appartenance était par conséquent raisonnable —
Une question a été certifiée quant à savoir si les obligations
du Canada, en matière de droit international, obligent la
Section, lors de son interprétation de l’art. 34(1)b) de la Loi,
d’exclure de l’interdiction de territoire certaines personnes
— Demande rejetée.
Constitutional Law — Charter of Rights — Fundamental
Freedoms —Immigration and Refugee Board, Immigration
Division determining, inter alia, that applicant’s rights to
freedom of association, freedom of expression guaranteed by
Canadian Charter of Rights and Freedoms, ss. 2(d), 2(b) not
infringed — Whether Division erring in basing interpretation
of term “membership” in Immigration and Refugee Protection
Act, s. 34(1)(f) in part on applicant’s involvement with Kurdish
Democratic Party of Iran (KDPI) in Canada; that, in doing
so, applicant’s rights to freedom of association, freedom of
expression guaranteed by Charter, ss. 2(d), 2(b) infringed
since KDPI legal organization in Canada — Applicant’s claim
Division violating freedom of expression thereof under
Charter, s. 2(b) dismissed since applicant not raising argument
before Division — Division not erring in finding that Charter
not precluding exclusion finding based on applicant’s association with KDPI in Iran, Canada — Applicant’s Charter
guarantee of freedom of association not violated because
KDPI organization previously engaging in violence; Charter
not extending constitutional right to belong to or participate
in affairs of organizations engaging in violence.
Droit constitutionnel — Charte des droits — Libertés fondamentales — La Section de l’immigration de la Commission de
l’immigration et du statut de réfugié a déterminé, entre autres
choses, que le droit à la liberté d’association et le droit à la
liberté d’expression du demandeur garantis par les art. 2d) et
2b) de la Charte canadienne des droits et libertés n’ont pas été
violés — Il s’agissait de savoir si la Section a commis une erreur en tenant notamment compte dans son interprétation du
terme « membre » à l’art. 34(1)f) de la Loi sur l’immigration
et la protection des réfugiés de sa participation aux activités
du Parti démocratique kurde d’Iran (le KDPI) au Canada; il
s’agissait de savoir également si, ce faisant, le droit à la liberté
d’association et le droit à la liberté d’expression que le demandeur tire des art. 2d) et 2b) de la Charte ont été violés, étant
donné que le KDPI est une organisation légale au Canada —
L’allégation de violation du droit à la liberté d’expression
garanti à l’alinéa 2b) de la Charte du demandeur a été rejetée,
étant donné que le demandeur ne l’a pas invoqué devant la
Section — La Section n’a pas commis d’erreur en concluant
que la Charte n’empêchait pas de prendre une mesure d’exclusion sur le fondement de l’association du demandeur au KDPI
en Iran et au Canada — Le droit à la liberté d’association que
le demandeur tire de la Charte n’a pas été violé, étant donné
que le KDPI est une organisation qui s’est livrée à des actes
de violence et que la Charte ne confère pas un droit constitutionnel d’appartenir à des organisations qui se livrent à des
actes de violence ou de participer à leurs activités.
This was an application for judicial review of a decision of
the Immigration Division of the Immigration and Refugee
Board determining that the applicant was inadmissible to
Canada pursuant to paragraphs 34(1)(b) and (f) of the
Immigration and Refugee Protection Act; it concluded that
there were reasonable grounds to believe that he was or had
been a member of the Kurdish Democratic Party of Iran
(KDPI) and that the KDPI had engaged in subversion by force
of two different governments in Iran. The Division therefore
issued a deportation order.
Il s’agissait d’une demande de contrôle judiciaire présentée à l’encontre d’une décision de la Section de l’immigration
de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié
selon laquelle l’appelant était interdit de territoire au Canada
conformément aux alinéas 34(1)b) et f) de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés après avoir conclu qu’il
existait des motifs raisonnables de croire que le demandeur
était membre du Parti démocratique kurde d’Iran (le KDPI) et
que le KDPI avait été l’auteur d’actes visant au renversement
de deux gouvernements iraniens par la force. La Section a
donc pris des mesures de renvoi contre le demandeur.
The applicant, an Iranian of Kurdish ethnicity, came
to Canada and made a refugee claim that was accepted.
Le demandeur, un Iranien d’origine kurde, est arrivé
au Canada et y a présenté une demande d’asile, qui a été
28
NAJAFI
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
However, he did not obtain permanent resident status because
the respondent sought a declaration of his inadmissibility
under section 34 of the Immigration and Refugee Protection
Act. The respondent sought to have the applicant declared inadmissible due to his involvement with the KDPI, claiming
that there were reasonable grounds to believe that the applicant was a member thereof and that the KDPI had engaged in
the “subversion by force” of the Iranian government such that
he was inadmissible to Canada by virtue of paragraphs 34(1)(b)
and (f) of the Act.
accueillie. Il n’a toutefois pas obtenu le statut de résident permanent parce que le défendeur a demandé qu’il soit interdit
de territoire en vertu de l’article 34 de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés. Le défendeur cherchait à
faire déclarer le demandeur interdit de territoire du fait de sa
participation aux activités du KDPI, affirmant qu’il existait
des motifs raisonnables de croire que le demandeur était
membre du KDPI et que le KDPI était l’auteur d’actes visant
« au renversement […] par la force » du gouvernement iranien, ce qui emportait interdiction de territoire du demandeur
au Canada par application des alinéas 34(1)b) et 34(1)f) de la
Loi.
The inadmissibility finding has negatively impacted the
applicant. In particular, he cannot obtain permanent resident
status in Canada without seeking a ministerial exemption, he
cannot apply for citizenship or sponsor other family members
for permanent residency, and his rights to work, study and
enter and leave Canada are also different from those of a permanent resident.
La déclaration d’interdiction de territoire a eu des répercussions négatives sur le demandeur. Plus particulièrement, il n’a
pas le droit d’obtenir le statut de résident permanent au
Canada sans qu’une exemption ministérielle lui soit accordée,
il ne peut présenter une demande de citoyenneté ni parrainer
d’autres membres de sa famille qui souhaiteraient obtenir la
résidence permanente et ses droits de travailler, d’étudier et
d’entrer au Canada et d’en sortir diffèrent également de ceux
qui sont reconnus aux résidents permanents.
The issues were whether the Division erred, in basing its
interpretation of the term “membership” in paragraph 34(1)(f)
of the Act in part on the applicant’s involvement with the
KDPI in Canada, and that, in doing so, his rights to freedom
of association and freedom of expression guaranteed by
paragraphs 2(d) and 2(b) of the Canadian Charter of Rights
and Freedoms had been infringed since the KDPI is a legal
organization in Canada; whether the Division erred in its interpretation of the term “subversion by force” in paragraph
34(1)(b) of the Act because the applicant claims that the acts
of aggression committed by the KDPI against the Iranian
government were authorized by international law as a justifiable use of force by a repressed people in furtherance of its
right to self-determination; and whether the Division erred in
finding that the applicant was a member of the KDPI because
the evidence established that he had only minimal involvement with the organization and was never actually a formal
member thereof.
Les questions qui devaient être tranchées consistaient à savoir si la Section a commis une erreur en tenant notamment
compte, dans son interprétation du terme « membre » à l’alinéa 34(1)f) de la Loi, de la participation du demandeur aux
activités du KDPI au Canada, et que, ce faisant, la Section a
violé son droit à la liberté d’association et son droit à la liberté
d’expression qu’il tire des alinéas 2d) et 2b) de la Charte canadienne des droits et libertés, étant donné que le KDPI est
une organisation légale au Canada; si la Section a commis une
erreur dans son interprétation de l’expression « renversement
[…] par la force » à l’alinéa 34(1)b) de la Loi parce que le
demandeur affirme que les actes d’agression commis par le
KDPI contre le gouvernement iranien étaient autorisés par le
droit international, étant donné qu’ils constituaient un recours
justifié à la force par un peuple opprimé exerçant son droit à
l’autodétermination; et si la Section a commis une erreur en
concluant que le demandeur était membre du KDPI, étant
donné que la preuve démontrait qu’il avait très peu participé
aux activités de cet organisme et qu’il n’en avait jamais été
officiellement membre.
Held, the application should be dismissed.
The applicant asserted that the Division’s decision violated
both his freedom of expression and freedom of association
because the consequences he experienced resulted solely
from his association with the KDPI, noting that this organization is neither a terrorist nor a criminal organization but a
perfectly legal group in Canada. The applicant’s claim that his
freedom of expression guaranteed by paragraph 2(b) of the
Charter was violated was quickly disposed of since he did not
Jugement : la demande doit être rejetée.
Le demandeur a affirmé que la décision de la Section a
violé à la fois sa liberté d’expression et sa liberté d’association, parce que les conséquences qu’il a subies découlaient
uniquement de son association avec le KDPI, signalant que le
KDPI n’est pas une organisation terroriste ou criminelle, mais
bien un groupe parfaitement légal au Canada. Il est possible
de disposer rapidement de l’allégation de violation du droit à
la liberté d’expression garanti à l’alinéa 2b) de la Charte du
[2015] 1 R.C.F.
NAJAFI
c.
CANADA
29
advance this argument before the Division and this, in and of
itself, warranted the dismissal of the claim.
demandeur, étant donné qu’il ne l’a pas invoqué devant la
Section, ce qui, en soi, en justifiait le rejet.
Regarding the alleged violation of the applicant’s freedom
of association, the Division rejected this claim, holding that
the inadmissibility finding did not have sufficient negative
consequences for the applicant to constitute a breach of his
Charter right to freedom of association as guaranteed by
paragraph 2(d) of the Charter. This was so because of the unlikelihood that the applicant would be deported given the
circumstances of his case. The Division did not err in finding
that the Charter did not preclude an exclusion finding based
on the applicant’s association with the KDPI in Iran and
Canada. This finding was correct but not necessarily for the
reasons offered by the Division. There was no violation of the
applicant’s Charter guarantee of freedom of association because the KDPI is an organization that has engaged in
violence and the Charter does not extend a constitutional right
to belong to or participate in the affairs of organizations that
engage in violence. The Division premised its finding on the
conclusion that the impact of the exclusion decision on the
applicant was too minimal to warrant Charter protection and
this may well have been incorrect as the impacts of the decision on the applicant were not trivial. However, because the
issue of negative impacts did not squarely arise in this case,
there was no need to comment on it, and the Division’s determination on this issue was upheld.
Pour ce qui est de l’allégation de violation de la liberté
d’association du demandeur, la Section l’a rejetée, jugeant
que la déclaration d’interdiction de territoire n’emportait pas
de conséquences suffisamment négatives pour le demandeur
pour constituer une violation de son droit à la liberté d’association garantie par l’alinéa 2d) de la Charte. Il en était ainsi
parce qu’il était fort peu probable que le demandeur soit expulsé compte tenu des circonstances de l’espèce. La Section
n’a pas commis d’erreur en concluant que la Charte n’empêchait pas de prendre une mesure d’exclusion sur le fondement
de l’association du demandeur au KDPI en Iran et au Canada.
Cette conclusion était bien fondée, mais pas nécessairement
pour les motifs exposés par la Section. Le droit à la liberté
d’association que le demandeur tire de la Charte n’avait pas
été violé, étant donné que le KDPI est une organisation qui
s’est livrée à des actes de violence et que la Charte ne confère
pas un droit constitutionnel d’appartenir à des organisations
qui se livrent à des actes de violence ou de participer à leurs
activités. La Section a fait reposer sa décision sur la conclusion que les répercussions de la mesure d’exclusion sur le
demandeur étaient trop minimes pour justifier la protection de
la Charte et il se peut fort bien que cette conclusion ait été
inexacte, étant donné que les répercussions de la décision sur
le demandeur n’étaient pas anodines. Toutefois, étant donné
que la question des répercussions négatives n’a pas été directement soulevée, il n’était pas nécessaire de formuler des
commentaires à ce sujet et la conclusion tirée par la Section
sur cette question a été confirmée.
With respect to the applicant’s claim that the Division erred
in failing to appropriately apply international law principles
to its interpretation of “subversion by force” in paragraph
34(1)(b) of the Act, this argument was rejected. The Division
rejected the applicant’s argument based on international law
and its analysis was both reasonable and correct. Given the
difference in wording between paragraphs 34(1)(a) and (b) of
the Act, it is clear that Parliament intended that different criteria apply when force is used to subvert a government. When
force is present, paragraph 34(1)(b) of the Act stipulates that
exclusion will follow if the individual or the organization he
or she is a member of uses force to subvert “any” government. In contrast, if force is not present, exclusion will follow
only if the government subverted is a democratic one.
Parliament therefore clearly intended that paragraph 34(1)(b)
of the Act should be given broad sweep to include all sorts of
regimes, including those that are non-democratic. The legislator chose to render individuals inadmissible in the first
instance if, amongst other things, they or their organizations
engaged in the use of force to subvert any government. Thus,
Parliament intended that the balancing of the soundness of
motive for the use of force be a matter for consideration by
the Minister under subsection 34(2) of the Act and not for the
En ce qui concerne l’argument soulevé par le demandeur
selon lequel la Section a commis une erreur en n’appliquant
pas comme elle l’aurait dû les principes de droits internationaux pour interpréter l’expression « renversement […] par la
force » à l’alinéa 34(1)b) de la Loi, il a été rejeté. La Section a
rejeté l’argument du demandeur fondé sur le droit international et son analyse était raisonnable et, de fait, juste. Compte
tenu de la différence de libellé entre les alinéas 34(1)a) et b)
de la Loi, il est évident que le législateur souhaitait que des
critères différents s’appliquent en cas de recours à la force en
vue de renverser un gouvernement. L’alinéa 34(1)b) de la Loi
précise que le fait pour l’individu ou l’organisation dont il est
membre de recourir à la force pour renverser « un » gouvernement emporte interdiction de territoire pour cet individu.
En revanche, s’il n’y a pas recours à la force, il n’y a interdiction de territoire que si le gouvernement qui a été renversé
était un régime démocratique. Le législateur a par conséquent
clairement exprimé sa volonté de donner une vaste portée à
l’alinéa 34(1)b) de la Loi de manière à ce qu’il englobe tout
type de régime, y compris ceux qui ne sont pas démocratiques. Le législateur a choisi d’interdire de territoire à la
première étape l’individu qui, entre autres choses, a eu recours
à la force pour renverser un gouvernement ou qui fait partie
30
NAJAFI
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
Division under subsection 34(1). There was no need for the
Division to resort to international law to consider whether this
well-settled interpretation of paragraph 34(1)(b) of the Act
ought to be discarded in the applicant’s case in light of the
clarity of the provisions in the Act. While the applicant correctly noted that the common law presumes that Parliament
and provincial legislatures intend to act in accordance with
international law and, most particularly, with Canada’s international law obligations, that presumption cannot be used
to override clear provisions of a statute, which is what the applicant sought to do in this case. Thus, the Division did not
err in declining to consult international law to interpret paragraph 34(1)(b) of the Act. It appropriately premised its
decision regarding the meaning to be given to “subversion
by force” on settled case law, which led to the conclusion that
the KDPI is an organization that attempted to subvert the
governments in Iran by force. In addition, even if the Division
had erred in not considering international law, which it did
not, international law principles would not support the applicant’s claim to exclude the KDPI from the purview of
paragraph 34(1)(b) of the Act. Thus, the Division did not
commit a reviewable error in finding that the KDPI was an
organization that had engaged in subversion by force of the
governments in Iran and therefore fell within the scope of
paragraph 34(1)(b) of the Act.
d’une organisation qui l’a fait. Le législateur souhaitait donc
que l’examen de la légitimité du recours à la force relève du
ministre sous le régime du paragraphe 34(2) de la Loi et non
de la Section sous le régime du paragraphe 34(1). Il n’était
pas nécessaire que la Section fasse appel au droit international
pour déterminer si cette interprétation constante de l’alinéa 34(1)b) de la Loi devrait être écartée dans le cas du
demandeur, compte tenu de la clarté des dispositions de la
Loi. Bien que le demandeur ait eu raison de faire observer que
la common law présume que le législateur fédéral et les législateurs provinciaux entendent agir conformément au droit
international et, plus particulièrement, conformément aux
obligations contractées par le Canada en droit international,
cette présomption ne doit pas être utilisée pour faire fi des
dispositions claires d’une loi, comme le demandeur a tenté de
faire en l’espèce. Par conséquent, la Section n’a pas commis
d’erreur en refusant de recourir au droit international pour interpréter l’alinéa 34(1)b) de la Loi. Elle a légitimement fait
reposer sa décision quant au sens à accorder à l’expression
« renversement […] par la force » sur la jurisprudence établie,
laquelle a permis de conclure que le KDPI est une organisation qui a tenté de renverser des gouvernements iraniens par
la force. Ainsi donc, même si la Section avait commis une erreur en ne tenant pas compte du droit international — ce qui
n’est pas le cas —, les principes du droit international n’appuieraient pas la prétention du demandeur selon laquelle le
KDPI serait exclu du champ d’application de l’alinéa 34(1)b)
de la Loi. Par conséquent, la Section n’a pas commis d’erreur
justifiant l’infirmation de sa décision en concluant que le
KDPI était une organisation qui a été l’instigatrice ou
l’auteure d’actes visant au renversement par la force des gouvernements iraniens et qu’elle tombait par conséquent sous le
coup de l’alinéa 34(1)b) de la Loi.
The applicant’s argument that the Division unreasonably
determined him to be a member of the KDPI since the applicant was never actually a formal member of the organization
and only performed a limited number of activities on its behalf was rejected. The evidence in this case, in particular, the
activities in which the applicant engaged and the requirement
to interpret the notion of membership broadly afforded the
Division a reasonable basis for concluding that the applicant
was a member of the KDPI. This finding was within the range
of possible conclusions open to the Division and its membership finding was therefore reasonable.
L’argument du demandeur voulant que la conclusion de la
Section selon laquelle il était membre du KDPI ait été déraisonnable, compte tenu du fait qu’il n’avait jamais adhéré de
façon officielle à cet organisme et qu’il n’avait accompli
qu’un nombre limité d’activités pour le compte de cette organisation, a été rejeté. La preuve en l’espèce, en particulier les
activités auxquelles le demandeur s’est livré et l’obligation
d’interpréter la notion d’appartenance de façon large, permettait de façon raisonnable à la Section de conclure que le
demandeur était membre du KDPI. Cette conclusion appartenait aux conclusions possibles qu’il était loisible à la Section
de tirer et la conclusion qu’elle a tirée au sujet de l’appartenance était par conséquent raisonnable.
Finally, the question as to whether Canada’s international law obligations require the Immigration Division, in
interpreting paragraph 34(1)(b) of the Act, to exclude from
inadmissibility those who participate in an organization
that uses force in an attempt to subvert a government in
Enfin, la question de savoir si les obligations du Canada,
en matière de droit international, obligent la Section de
l’immigration, lors de son interprétation de l’alinéa 34(1)b)
de la Loi d’exclure de l’interdiction de territoire ceux qui
participent dans une organisation qui utilise la force dans une
[2015] 1 R.C.F.
NAJAFI
furtherance of an oppressed people’s claimed right to selfdetermination was certified.
STATUTES AND REGULATIONS CITED
Canadian Charter of Rights and Freedoms, being Part I of
the Constitution Act, 1982, Schedule B, Canada Act
1982, 1982, c. 11 (U.K.) [R.S.C., 1985, Appendix II,
No. 44], ss. 1, 2(b),(d).
Immigration Act, R.S.C., 1985, c. I-2, s. 19(1)(e) (as am. by
S.C. 1992, c. 49, s. 11),(g).
Immigration and Refugee Protection Act, S.C. 2001, c. 27,
ss. 3(3), 13, 25 (as am. by S.C. 2012, c. 17, s. 13), 34 (as
am. by S.C. 2013, c. 16, s. 13), 35 (as am. idem, s. 14),
36, 37 (as am. idem, s. 15), 42.1(1) (as enacted idem,
s. 18), 44(1), 45(d), 52(1), 74(d), 115(1),(2).
Immigration and Refugee Protection Regulations,
SOR/2002-227, ss. 39(c), 206, 207, 212.
Saskatchewan Human Rights Code (The), S.S. 1979,
c. S-24.1.
TREATIES AND OTHER INSTRUMENTS CITED
Protocol Additional to the Geneva Conventions of
12 August 1949, and relating to the Protection of Victims
of International Armed Conflicts (Protocol I), being
Sch. V of the Geneva Conventions Act, R.S.C., 1985,
c. G-3 (as am. by S.C. 1990, c. 14, s. 6), Article 1(4).
United Nations. Importance of the universal realization
of the right of peoples to self-determination and of the
speedy granting of independence to colonial countries
and peoples for the effective guarantee and observance of
human rights, adopted by General Assembly Resolution
A/RES/37/43 of 3 December 1982.
CASES CITED
c.
CANADA
31
tentative de renverser un gouvernement en vue de faire
avancer le droit revendiqué par un peuple opprimé à l’autodétermination a été certifiée.
LOIS ET RÈGLEMENTS CITÉS
Charte canadienne des droits et libertés, qui constitue la
partie I de la Loi constitutionnelle de 1982, annexe B, Loi
de 1982 sur le Canada, 1982, ch. 11 (R.-U.) [L.R.C.
(1985), appendice II, no 44], art. 1, 2b),d).
Loi sur l’immigration, L.R.C. (1985), ch. I-2, art. 19(1)e)
(mod. par L.C. 1992, ch. 49, art. 11),g).
Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, L.C.
2001, ch. 27, art. 3(3), 13, 25 (mod. par L.C. 2012, ch. 17,
art. 13), 34 (mod. par L.C. 2013, ch. 16, art. 13), 35
(mod., idem, art. 14), 36, 37 (mod., idem, art. 15), 42.2(1)
(édicté, idem, art. 18), 44(1), 45d), 52(1), 74d), 115(1),(2).
Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés,
DORS/2002-227, art. 39c), 206, 207, 212.
Saskatchewan Human Rights Code (The), S.S. 1979,
ch. S-24.1.
TRAITÉS ET AUTRES INSTRUMENTS CITÉS
Nations Unies. Importance, pour la garantie et
l’observation effectives des droits de l’homme, de la
réalisation universelle du droit des peuples à
l’autodétermination et de l’octroi rapide de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux, adopté
par l’Assemblée générale dans sa résolution A/RES/37/43
du 3 décembre 1982.
Protocole additionnel aux Conventions de Genève du
12 août 1949 relatif à la protection des victimes des
conflits armés non internationaux (Protocole I), qui est
l’annexe V de la Loi sur les conventions de Genève,
L.R.C. (1985), ch. G-3 (mod. par L.C. 1990, ch. 14,
art. 6), Article 1(4).
JURISPRUDENCE CITÉE
APPLIED:
DÉCISIONS APPLIQUÉES :
Suresh v. Canada (Minister of Citizenship and
Immigration), 2002 SCC 1, [2002] 1 S.C.R. 3; Dunsmuir
v. New Brunswick, 2008 SCC 9, [2008] 1 S.C.R. 190;
B010 v. Canada (Citizenship and Immigration), 2013 FCA
87, [2014] 4 F.C.R. 326; Poshteh v. Canada (Minister of
Citizenship and Immigration), 2005 FCA 85, [2005] 3
F.C.R. 487.
Suresh c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de
l’Immigration), 2002 CSC 1, [2002] 1 R.C.S. 3; Dunsmuir
c. Nouveau-Brunswick, 2008 CSC 9, [2008] 1 R.C.S. 190;
B010 c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2013 CAF
87, [2014] 4 R.C.F. 326; Poshteh c. Canada (Ministre de
la Citoyenneté et de l’Immigration), 2005 CAF 85, [2005]
3 R.C.F. 487.
CONSIDERED:
DÉCISIONS EXAMINÉES :
Stables v. Canada (Citizenship and Immigration), 2011
FC 1319, [2013] 3 F.C.R. 240; Al Yamani v. Canada
Stables c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2011 CF
1319, [2013] 3 R.C.F. 240; Al Yamani c. Canada (Ministre
32
NAJAFI
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
(Minister of Public Safety and Emergency Preparedness),
2006 FC 1457, 149 C.R.R. (2d) 340; Al Yamani v. Canada
(Solicitor General), [1996] 1 F.C. 174, (1995), 129 D.L.R.
(4th) 226 (T.D.); Irwin Toy Ltd. v. Quebec (Attorney
General), [1989] 1 S.C.R. 927, (1989), 58 D.L.R. (4th)
577; Doré v. Barreau du Québec, 2012 SCC 12, [2012] 1
S.C.R. 395; The Queen v. Oakes, [1986] 1 S.C.R. 103,
(1986), 26 D.L.R. (4th) 200; Saskatchewan (Human
Rights Tribunal) v. Whatcott, 2013 SCC 11, [2013] 1
S.C.R. 467; Reference Re Public Service Employee
Relations Act (Alta.), [1987] 1 S.C.R. 313, 91987), 78
A.R. 1; Dunmore v. Ontario (Attorney General), 2001
SCC 94, [2001] 3 S.C.R. 1016; Health Services and
Support — Facilities Subsector Bargaining Assn. v. British
Columbia, 2007 SCC 27, [2007] 2 S.C.R. 391; Ontario
(Attorney General) v. Fraser, 2011 SCC 20, [2011] 2
S.C.R. 3; Oremade v. Canada (Minister of Citizenship and
Immigration), 2005 FC 1077, [2006] 1 F.C.R. 393;
Suleyman v. Canada (Citizenship and Immigration), 2008
FC 780, 330 F.T.R. 205; Németh v. Canada (Justice), 2010
SCC 56, [2010] 3 S.C.R. 281; Pfizer Canada Inc. v.
Canada (Attorney General), 2003 FCA 138, [2003] 4 F.C.
95; Reference re Secession of Quebec, [1998] 2 S.C.R.
217, (1998), 161 D.L.R. (4th) 385.
de la Sécurité publique et de la Protection civile), 2006
CF 1457; Al Yamani c. Canada (Solliciteur général),
[1996] 1 C.F. 174 (1re inst.); Irwin Toy Ltd. c. Québec
(Procureur général), [1989] 1 R.C.S. 927; Doré c.
Barreau du Québec, 2012 CSC 12, [2012] 1 R.C.S. 395;
La Reine c. Oakes, [1986] 1 R.C.S. 103; Saskatchewan
(Human Rights Tribunal) c. Whatcott, 2013 CSC 11,
[2013] 1 R.C.S. 467; Renvoi relatif à la Public Service
Employee Relations Act (Alb.), [1987] 1 R.C.S. 313;
Dunmore c. Ontario (Procureur général), 2001 CSC 94,
[2001] 3 R.C.S. 1016; Health Services and Support —
Facilities Subsector Bargaining Assn. c. ColombieBritannique, 2007 CSC 27, [2007] 2 R.C.S. 391; Ontario
(Procureur général) c. Fraser, 2011 CSC 20, [2011] 2
R.C.S. 3; Oremade c. Canada (Ministre de la Citoyenneté
et de l’Immigration), 2005 CF 1077, [2006] 1 R.C.F. 393;
Suleyman c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2008
CF 780; Németh c. Canada (Justice), 2010 CSC 56,
[2010] 3 R.C.S. 281; Pfizer Canada Inc. c. Canada
(Procureur général), 2003 CAF 138, [2003] 4 C.F. 95;
Renvoi relatif à la sécession du Québec, [1998] 2 R.C.S.
217.
REFERRED TO:
DÉCISIONS CITÉES :
Toussaint v. Canada (Labour Relations Board) (1993),
160 N.R. 396 (F.C.A.); Poirier v. Canada (Minister of
Veterans Affairs), [1989] 3 F.C. 233, (1989), 58 D.L.R.
(4th) 475 (C.A.); R. v. Advance Cutting & Coring Ltd.,
2001 SCC 70, [2001] 3 S.C.R. 209; R. v. Hape, 2007 SCC
26, [2007] 2 S.C.R. 292; Daniels v. White and The Queen,
[1968] S.C.R. 517, (1968), 2 D.L.R. (3d) 1; Eyakwe v.
Canada (Citizenship and Immigration), 2011 FC 409;
Maleki v. Canada (Citizenship and Immigration), 2012 FC
131; Faridi v. Canada (Citizenship and Immigration),
2008 FC 761; Naeem v. Canada (Minister of Citizenship
and Immigration), 2007 FC 123, [2007] 4 F.C.R. 658;
Jalil v. Canada (Minister of Citizenship and Immigration),
2006 FC 246, [2006] 4 F.C.R. 471; Kanendra v. Canada
(Minister of Citizenship and Immigration), 2005 FC 923,
47 Imm. L.R. (3d) 265; Hussain v. Canada (Minister of
Citizenship and Immigration), 2004 FC 1196; Kastrati v.
Canada (Citizenship and Immigration), 2008 FC 1141;
Alberta (Information and Privacy Commissioner) v.
Alberta Teachers’ Association, 2011 SCC 61, [2011] 3
S.C.R. 654; Canada (Canadian Human Rights
Commission) v. Canada (Attorney General), 2011 SCC
53, [2011] 3 S.C.R. 471; Smith v. Alliance Pipeline Ltd.,
2011 SCC 7, [2011] 1 S.C.R. 160; Celgene Corp. v.
Canada (Attorney General), 2011 SCC 1, [2011] 1 S.C.R.
3; Nolan v. Kerry (Canada) Inc., 2009 SCC 39,
[2009] 2 S.C.R. 678; Rizzo & Rizzo Shoes Ltd. (Re),
Toussaint c. Canada (Conseil canadien des relations du
travail), [1993] A.C.F. no 616 (C.A.) (QL); Poirier c.
Canada (Ministre des Affaires des anciens combattants),
[1989] 3 C.F. 233 (C.A.); R. c. Advance Cutting & Coring
Ltd., 2001 CSC 70, [2001] 3 R.C.S. 209; R. c. Hape, 2007
CSC 26, [2007] 2 R.C.S. 292; Daniels v. White and The
Queen, [1968] R.C.S. 517; Eyakwe c. Canada (Citoyenneté
et Immigration), 2011 CF 409; Maleki c. Canada
(Citoyenneté et Immigration), 2012 CF 131; Faridi c.
Canada (Citoyenneté et Immigration), 2008 CF 761;
Naeem c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de
l’Immigration), 2007 CF 123, [2007] 4 R.C.F. 658; Jalil c.
Canada (Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration),
2006 CF 246, [2006] 4 R.C.F. 471; Kanendra c. Canada
(Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration), 2005
CF 923; Hussain c. Canada (Ministre de la Citoyenneté
et de l’Immigration), 2004 CF 1196; Kastrati c. Canada
(Citoyenneté et Immigration), 2008 CF 1141; Alberta
(Information and Privacy Commissioner) c. Alberta
Teachers’ Association, 2011 CSC 61, [2011] 3 R.C.S. 654;
Canada (Commission canadienne des droits de la
personne) c. Canada (Procureur général), 2011 CSC 53,
[2011] 3 R.C.S. 471; Smith c. Alliance Pipeline Ltd., 2011
CSC 7, [2011] 1 R.C.S. 160; Celgene Corp. c. Canada
(Procureur général), 2011 CSC 1, [2011] 1 R.C.S. 3;
Nolan c. Kerry (Canada) Inc., 2009 CSC 39,
[2009] 2 R.C.S. 678; Rizzo & Rizzo Shoes Ltd. (Re),
[2015] 1 R.C.F.
NAJAFI
[1998] 1 S.C.R. 27, (1998), 36 O.R. (3d) 418; Oremade v.
Canada (Minister of Citizenship and Immigration), 2006
FC 1189; Ismeal v. Canada (Public Safety and Emergency
Preparedness), 2010 FC 198; Qureshi v. Canada
(Citizenship and Immigration), 2009 FC 7, 78 Imm. L.R.
(3d) 8; Chiau v. Canada (Minister of Citizenship and
Immigration), [2001] 2 F.C. 297, (2000), 195 D.L.R. (4th)
422 (C.A.); Liyanagamage v. Canada (Minister of
Citizenship and Immigration) (1994), 176 N.R. 4 (F.C.A.);
Zazai v. Canada (Minister of Citizenship and Immigration), 2004 FCA 89, 36 Imm. L.R. (3d) 167; Di Bianca v.
Canada (Minister of Citizenship and Immigration), 2002
FCT 935, 224 F.T.R. 168.
AUTHORS CITED
c.
CANADA
33
[1998] 1 R.C.S. 27; Oremade c. Canada (Ministre de la
Citoyenneté et de l’Immigration), 2006 CF 1189; Ismeal
c. Canada (Sécurité publique et Protection civile), 2010
CF 198; Qureshi c. Canada (Citoyenneté et Immigration),
2009 CF 7; Chiau c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration), [2001] 2 C.F. 297 (C.A.);
Liyanagamage c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et
de l’Immigration), [1994] A.C.F. no 1637 (C.A.) (QL);
Zazai c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de
l’Immigration), 2004 CAF 89; Di Bianca c. Canada
(Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration), 2002
CFPI 935.
DOCTRINE CITÉE
Canada. House of Commons. Standing Committee on
Citizenship and Immigration. Evidence, No. 25, 1st Sess.,
37th Parl. (May 15, 2001).
House of Commons Debates, Vol. 137, 37th Parl., 1st Sess.,
No. 78 (13 June 2001), at p. 5099 (Madeleine DalphondGuiral).
Canada. Chambre des communes. Comité permanent de
la citoyenneté et de l’immigration. Témoignages, no 25,
1re sess., 37e lég. (15 mai 2001).
Débats de la Chambre des Communes, vol. 137, 1re sess.,
37e lég., no 78 (13 juin 2011), à la p. 5099 (Madeleine
Dalphond-Guiral).
APPLICATION for judicial review of a decision
(2012 CanLII 95546) of the Immigration Division of
the Immigration and Refugee Board determining that
the applicant was inadmissible to Canada pursuant to
paragraphs 34(1)(b) and (f) of the Immigration and
Refugee Protection Act due to his involvement with the
Kurdish Democratic Party of Iran. Application dismissed.
DEMANDE de contrôle judiciaire présentée à
l’encontre d’une décision (2012 CanLII 95546) de la
Section de l’immigration de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié selon laquelle l’appelant
était interdit de territoire au Canada conformément aux
alinéas 34(1)b) et f) de la Loi sur l’immigration et la
protection des réfugiés du fait de sa participation aux
activités du Parti démocratique kurde d’Iran. Demande
rejetée.
APPEARANCES
Lorne Waldman and Tamara Morgenthau for
applicant.
David Cranton and Sophia Karantonis for
respondent.
SOLICITORS OF RECORD
ONT COMPARU
Lorne Waldman et Tamara Morgenthau pour le
demandeur.
David Cranton et Sophia Karantonis pour le
défendeur.
AVOCATS INSCRITS AU DOSSIER
Waldman & Associates, Toronto, for applicant.
Deputy Attorney General of Canada for
respondent.
Waldman & Associates, Toronto, pour le demandeur.
Le sous-procureur général du Canada pour le
défendeur.
The following are the reasons for judgment and
judgment rendered in English by
Ce qui suit est la version française des motifs du
jugement et du jugement rendus par
34
NAJAFI
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
[1] gLeason j.: The applicant is a citizen of Iran of
Kurdish ethnicity. He came to Canada in 1999 and made
a refugee claim that was accepted. However, he did not
obtain permanent resident status because the respondent
sought a declaration of his inadmissibility under section 34 of the Immigration and Refugee Protection Act,
S.C. 2001, c. 27 (the IRPA or the Act).
[1] La juge gLeason : Le demandeur est un citoyen
iranien d’origine kurde. Il est arrivé au Canada en 1999
et a présenté une demande d’asile, qui a été accueillie.
Il n’a toutefois pas obtenu le statut de résident permanent parce que le défendeur a demandé qu’il soit interdit
de territoire en vertu de l’article 34 de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, L.C. 2001, ch. 27
(la LIPR ou la Loi).
[2] More specifically, on March 5, 2010, the respondent issued a report under subsection 44(1) of the
Act and on March 2, 2011 referred the report to the
Immigration Division of the Immigration and Refugee
Board (the Division), seeking to have the applicant declared inadmissible due to his involvement with the
Kurdish Democratic Party of Iran (the KDPI). The respondent claimed that there were reasonable grounds to
believe that Mr. Najafi was a member of the KDPI and
that the KDPI had engaged in the “subversion by force”
of the Iranian government such that he was inadmissible to Canada by virtue of paragraphs 34(1)(b) and (f)
of the IRPA.
[2] Plus précisément, le 5 mars 2010, le défendeur
a établi un rapport conformément au paragraphe 44(1)
de la Loi qu’il a présenté le 2 mars 2011 à la Section de
l’immigration de la Commission de l’immigration et du
statut de réfugié (la SPR), en vue de faire déclarer le
demandeur interdit de territoire du fait de sa participation
aux activités du Parti démocratique kurde d’Iran (le
KDPI). Le défendeur affirmait qu’il existait des motifs
raisonnables de croire que M. Najafi était membre du
KDPI et que le KDPI était l’auteur d’actes visant « au
renversement par la force » du gouvernement iranien, ce
qui emportait interdiction de territoire du demandeur au
Canada par application des alinéas 34(1)b) et 34(1)f) de
la LIPR.
[3] In a decision dated March 8, 2012 [2012 CanLII
95546], the Division agreed with the respondent and
determined that Mr. Najafi was inadmissible, concluding
there were reasonable grounds to believe that he was
or had been a member of the KDPI and that the KDPI
had engaged in subversion by force of two different
governments in Iran. The Division therefore ruled that
Mr. Najafi is inadmissible to Canada and issued a deportation order.
[3] Dans une décision datée du 8 mars 2012 [2012
CanLII 95546], la SPR a donné gain de cause au défendeur et a déclaré M. Najafi interdit de territoire après
avoir conclu qu’il existait des motifs raisonnables de
croire qu’il était membre du KDPI et que le KDPI avait
été l’auteur d’actes visant au renversement de deux
gouvernements iraniens par la force. La SPR a par
conséquent déclaré M. Najafi interdit de territoire au
Canada et a pris une mesure d’expulsion contre lui.
[4] In this application for judicial review, Mr. Najafi
argues that the Division’s decision should be set aside
for any one of the following three reasons:
[4] Dans la présente demande de contrôle judiciaire,
M. Najafi affirme que la décision de la SPR devrait
être annulée pour l’une ou l’autre des trois raisons
suivantes :
i. The Division erred in basing its interpretation of the
term “membership” in paragraph 34(1)(f) of the IRPA
in part on Mr. Najafi’s involvement with the KDPI
in Canada. He argues that in so doing the Division
infringed his rights to freedom of association and freedom of expression guaranteed by paragraphs 2(d) and
2(b) of the Canadian Charter of Rights and Freedoms,
being Part I of the Constitution Act, 1982, Schedule B,
i. La SPR a commis une erreur en tenant notamment
compte dans son interprétation du terme « membre » à
l’alinéa 34(1)f) de la LIPR de sa participation aux activités du KDPI au Canada. Le demandeur affirme que,
ce faisant, la SPR a violé son droit à la liberté d’association et son droit à la liberté d’expression qu’il tire des
alinéas 2d) et 2b) de la Charte canadienne des droits et
libertés, qui constitue la partie I de la Loi constitutionnelle
[2015] 1 R.C.F.
NAJAFI
c.
CANADA
35
Canada Act 1982, 1982, c. 11 (U.K.) [R.S.C., 1985,
Appendix II, No. 44] (the Charter) because the KDPI is
a legal organization in Canada;
de 1982, annexe B, Loi de 1982 sur le Canada, 1982,
ch. 11 (R.-U.) [L.R.C. (1985), appendice II, no 44]
(la Charte), étant donné que le KDPI est une organisation légale au Canada;
ii. The Division erred in its interpretation of the term
“subversion by force” in paragraph 34(1)(b) of the IRPA
because the applicant claims that the acts of aggression
committed by the KDPI against the Iranian government
were authorized by international law as a justifiable use
of force by a repressed people in furtherance of its right
to self-determination. Mr. Najafi argues that the IRPA
must be interpreted in accordance with international law
and, accordingly, that basing an inadmissibility determination on a use of force that is recognized as legitimate
under international law is incorrect; and
ii. La SPR a commis une erreur dans son interprétation
de l’expression « renversement […] par la force » à
l’alinéa 34(1)b) de la LIPR parce que le demandeur affirme que les actes d’agression commis par le KDPI
contre le gouvernement iranien étaient autorisés par le
droit international, étant donné qu’ils constituaient un
recours justifié à la force par un peuple opprimé exerçant
son droit à l’autodétermination. M. Najafi soutient que
la LIPR doit être interprétée conformément au droit international et que, par conséquent, il est incorrect de
faire reposer une déclaration d’interdiction de territoire
sur le recours à une force reconnue comme étant légitime
par le droit international;
iii. The Division erred in finding that Mr. Najafi was a
member of the KDPI because the evidence establishes
that he had only minimal involvement with the organization and was never actually a formal member of it.
iii. La SPR a commis une erreur en concluant que
M. Najafi était membre du KDPI, étant donné que la
preuve démontrait qu’il avait très peu participé aux activités de cet organisme et qu’il n’en avait jamais été
officiellement membre.
[5] The applicant submits that the correctness standard of review applies to the first two above errors and
that the reasonableness standard applies to the final alleged error.
[5] Le demandeur affirme que la norme de contrôle de
la décision correcte s’applique aux deux premières erreurs susmentionnées, tandis que la norme de la décision
raisonnable s’applique à la dernière erreur reprochée.
[6] The respondent, on the other hand, argues that the
reasonableness standard of review applies to each of the
errors alleged and that the Board’s interpretation of the
terms “member” and “subversion by force” were reasonable, as was its determination that the applicant was
sufficiently connected to the KDPI to be found to be a
“member” of the organization within the meaning of
section 34 of the IRPA. More specifically, the respondent asserts that the Division’s dismissal of the
applicant’s Charter claims was reasonable, that there
was no need for the Division to have resort to international law to interpret section 34 of the IRPA, that in any
event, international law principles do not sanction the
use of force by the KDPI and that there was a reasonable
basis for the Division’s factual conclusions regarding the
applicant’s membership in the KDPI.
[6] En revanche, le défendeur affirme que c’est la
norme de contrôle de la décision raisonnable qui s’applique à chacune des erreurs reprochées et que l’interprétation que la Commission a faite des termes « membre »
et « renversement […] par la force » était raisonnable,
tout comme sa conclusion que les liens que le demandeur entretenait avec le KDPI étaient suffisants pour
qu’on puisse conclure qu’il était « membre » de cette
organisation au sens de l’article 34 de la LIPR. Plus précisément, le défendeur affirme que le rejet, par la SPR,
des moyens invoqués par le demandeur sur le fondement
de la Charte était raisonnable, qu’il n’était pas nécessaire
que la SPR recoure au droit international pour interpréter l’article 34 de la LIPR, qu’en tout état de cause, les
principes de droit international ne sanctionnent pas le
recours à la force par le KDPI, et que la SPR pouvait
36
NAJAFI
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
raisonnablement parvenir aux conclusions factuelles
qu’elle a tirées au sujet de l’appartenance du demandeur
au KDPI.
[7] For the reasons that follow, I have determined that
the Division’s decision should be upheld because it
correctly determined that the applicant’s Charter rights
were not infringed, reasonably determined that he was
or had been a member of the KDPI and reasonably held
that the KDPI had engaged in “subversion by force” of
the Iranian governments. Insofar as concerns the applicant’s invocation of international law, I do not believe
that the Division erred in finding there was no need to
resort to international law or to depart from the settled
interpretation of section 34 of the IRPA. Thus, for the
reasons below, this application will be dismissed.
[7] Pour les motifs qui suivent, je suis arrivée à la
conclusion que la décision de la SPR devrait être confirmée parce que la SPR a déterminé, à juste titre, que les
droits que le demandeur tire de la Charte n’avaient pas
été violés, a estimé de façon raisonnable que le demandeur était ou avait été membre du KDPI, et a jugé de
façon raisonnable que le KDPI était l’instigateur d’actes
visant au « renversement […] par la force » de gouvernements iraniens. En ce qui concerne l’argument du
demandeur relatif au droit international, je ne crois
pas que la SPR a commis une erreur en concluant qu’il
n’était pas nécessaire de recourir au droit international ou de s’écarter de l’interprétation de l’article 34 de
la LIPR établie par la jurisprudence. Par conséquent,
pour les motifs exposés ci-dessous, la présente demande
sera rejetée.
I.
I.
The Statutory Context
[8] Because the applicant’s Charter argument relies in
part on the effect of an inadmissibility finding under the
Act and because the respondent’s position on the inapplicability of international law rests on the wording of
section 34 of the Act, it is necessary to review the provisions in the Act that are relevant to Mr. Najafi’s claim.
Central in this regard is section 34, which sets out the
basis upon which an individual may be found inadmissible due to membership in an organization that has
engaged in subversion by force of a government. At all
times relevant to this application, it provided:
Security
Contexte législatif
[8] Comme le moyen que le demandeur tire de la
Charte repose en partie sur les conséquences d’une déclaration d’interdiction de territoire faite en vertu de la
Loi et que la thèse du défendeur en ce qui concerne
l’inapplicabilité du droit international repose sur le libellé de l’article 34 de la Loi, il est nécessaire d’examiner
les dispositions pertinentes de la Loi. L’article 34 joue à
cet égard un rôle crucial, étant donné qu’il énumère les
motifs permettant d’interdire quelqu’un de territoire en
raison du fait qu’il est membre d’une organisation qui a
commis des actes visant au renversement d’un gouvernement par la force. Durant toute la période en cause
dans la présente demande, cet article était ainsi libellé :
34. (1) A permanent resident or a foreign national is inadmissible on security grounds for
34. (1) Emportent interdiction de territoire
pour raison de sécurité les faits suivants :
(a) engaging in an act of espionage or an act of
subversion against a democratic government,
institution or process as they are understood in
Canada;
a) être l’auteur d’actes d’espionnage ou se
livrer à la subversion contre toute institution
démocratique, au sens où cette expression
s’entend au Canada;
(b) engaging in or instigating the subversion
by force of any government;
b) être l’instigateur ou l’auteur d’actes visant
au renversement d’un gouvernement par la
force;
Sécurité
[2015] 1 R.C.F.
Exception
NAJAFI
c.
CANADA
(c) engaging in terrorism;
c) se livrer au terrorisme;
(d) being a danger to the security of Canada;
d) constituer un danger pour la sécurité du
Canada;
(e) engaging in acts of violence that would or
might endanger the lives or safety of persons
in Canada; or
e) être l’auteur de tout acte de violence
susceptible de mettre en danger la vie ou la
sécurité d’autrui au Canada;
(f) being a member of an organization that
there are reasonable grounds to believe engages, has engaged or will engage in acts
referred to in paragraph (a), (b) or (c).
f) être membre d’une organisation dont il y a
des motifs raisonnables de croire qu’elle est,
a été ou sera l’auteur d’un acte visé aux
alinéas a), b) ou c).
(2) The matters referred to in subsection (1)
do not constitute inadmissibility in respect of
a permanent resident or a foreign national who
satisfies the Minister that their presence in
Canada would not be detrimental to the national
interest.
(2) Ces faits n’emportent pas interdiction de
territoire pour le résident permanent ou l’étranger
qui convainc le ministre que sa présence au
Canada ne serait nullement préjudiciable à l’intérêt national.
37
Exception
[9] Section 34 is but one of the bases upon which
individuals may be found to be inadmissible to Canada;
other similar provisions include section 35, which renders those complicit in human or international rights
violations inadmissible, and sections 36 and 37, which
render inadmissible those who have engaged in serious
criminality or who are involved in organized criminality.
As Justice de Montigny noted in Stables v. Canada
(Citizenship and Immigration), 2011 FC 1319, [2013]
3 F.C.R. 240 (Stables), at paragraph 14, “The inadmissibility provisions of IRPA (sections 34, 35 and 37)
aim to protect the safety of Canadian society by facilitating the removal of permanent residents or foreign
nationals who constitute a risk to society on the basis of
their conduct.”
[9] L’article 34 est un des articles qui peut être invoqué pour interdire quelqu’un de territoire au Canada.
Parmi les autres dispositions qui permettent de faire
cette déclaration, mentionnons l’article 35, qui prévoit
qu’emporte interdiction de territoire pour atteinte aux
droits humains ou internationaux le fait de s’être rendu
complice de violations des droits de la personne, et les
articles 36 et 37, qui prévoient qu’emporte interdiction
de territoire pour grande criminalité le fait d’avoir été
impliqué dans des activités de grande criminalité ou de
criminalité organisée. Ainsi que le juge de Montigny
l’a fait observer dans le jugement Stables c. Canada
(Citoyenneté et Immigration), 2011 CF 1319, [2013] 3
R.C.F. 240 (Stables), au paragraphe 14, « [l]es dispositions de la LIPR relatives à l’interdiction de territoire
(articles 34, 35 et 37) visent à assurer la protection de la
société canadienne en facilitant le renvoi des résidents
permanents ou des étrangers qui constituent un danger
pour la société en raison de leur conduite ».
[10] In Mr. Najafi’s case, the inadmissibility finding
did not make him subject to immediate deportation from
Canada. Because he has been granted refugee status,
Mr. Najafi cannot be deported to Iran unless and until
the respondent Minister (or one of his delegates) issues
an opinion under subsection 115(2) of the IRPA, to the
effect that Mr. Najafi “should not be allowed to remain
in Canada” in light of “the nature and severity of [the]
acts [he] committed” or in light of the “danger” his
[10] L’interdiction de territoire de M. Najafi ne l’a pas
rendu passible d’une expulsion immédiate du Canada.
Parce qu’il a obtenu le statut de réfugié, M. Najafi ne
peut être expulsé en Iran tant que le ministre défendeur
(ou l’un de ses délégués), après avoir mis en balance les
risques auxquels le demandeur serait exposé s’il devait
retourner en Iran, n’a pas émis, en vertu du paragraphe 115(2) de la LIPR, un avis selon lequel le demandeur
« ne devrait pas être présent au Canada », en raison « de
38
NAJAFI
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
continued presence in Canada would pose to “the security of Canada” when balanced with the risk he might
face if returned to Iran.
la nature et de la gravité de ses actes passés » ou en
raison du « danger » que sa présence au Canada constituerait « pour la sécurité du Canada ».
[11] That said, the inadmissibility determination is not
without impact on Mr. Najafi. In this regard, he is not
entitled to obtain permanent residency on the same basis
as other Convention refugees, but, rather, must instead
seek a ministerial exemption to obtain permanent resident status in Canada. A ministerial exemption may be
sought either through a humanitarian and compassionate (H&C) application under section 25 of the Act or
through an application for ministerial relief under
subsection 34(2) of the Act. (After the June 19, 2013
amendments, the ministerial relief provision is contained in subsection 42.1(1) [as enacted by S.C. 2013,
c. 16, s. 18] of the IRPA.) The parties concur that the
average processing time for an H&C application is
currently approximately 32 to 40 months and that ministerial relief applications take on average 5 to 8 years
to be processed. Mr. Najafi has no right to obtain ministerial relief under either section 25 or subsection 42.1(1)
of the IRPA, but the Minister is bound to exercise his
discretion under these provisions in accordance with
Charter values, as is more fully discussed below.
[11] Cela étant dit, la déclaration d’interdiction de
territoire n’est pas sans conséquence pour M. Najafi.
Ainsi, il n’a pas le droit d’obtenir la résidence permanente selon les mêmes modalités que les autres réfugiés
au sens de la Convention. Pour obtenir le statut de
résident permanent au Canada, il faut en effet qu’une
exemption ministérielle lui soit accordée. Celle-ci
s’obtient en présentant au ministre, en vertu de l’article 25 de la Loi, une demande fondée sur des raisons
d’ordre humanitaire, ou en présentant une demande de
dispense ministérielle en vertu du paragraphe 34(2)
de la Loi (à la suite des modifications apportées le
19 juin 2013 à la LIPR, la Loi traite de la dispense ministérielle au paragraphe 42.1(1)) [édicté par L.C. 2013,
ch. 16, art. 18]. Les parties s’entendent sur le fait que le
délai moyen de traitement d’une demande fondée sur des
raisons d’ordre humanitaire se situe présentement entre 32 et 40 mois et qu’il faut en moyenne attendre entre
5 et 8 ans pour que soit traitée une demande de dispense
ministérielle. L’article 25 et le paragraphe 42.1(1) de la
LIPR ne confèrent pas à M. Najafi un droit à l’exemption ministérielle, mais le ministre est tenu d’exercer son
pouvoir discrétionnaire en vertu de ces dispositions dans
le respect des valeurs consacrées par la Charte, comme
nous le verrons plus en détail plus loin.
[12] As a protected person without permanent residence status, Mr. Najafi cannot apply for citizenship or
sponsor other family members for permanent residency (see the IRPA, section 13). His rights to work, study
and enter and leave Canada are also different from those
of a permanent resident. In order to work or study, he
must apply for a permit (see Immigration and Refugee
Protection Regulations, SOR/2002-227 (the Regulations), sections 206 and 212). If entitled to work, he will
have a social insurance number beginning with a “9”
(and be easily identifiable as lacking permanent resident
status or citizenship), and if entitled to study, Mr. Najafi
may be required to pay international student fees. In
order to travel as a protected person, Mr. Najafi must
obtain a travel document and an authorization to re-enter
Canada from Citizenship and Immigration Canada (see
[12] En tant que personne protégée ne disposant pas
du statut de résident permanent, M. Najafi ne peut présenter une demande de citoyenneté ni parrainer d’autres
membres de sa famille qui souhaiteraient obtenir la résidence permanente (voir l’article 13 de la LIPR). Ses
droits de travailler, d’étudier et d’entrer au Canada et
d’en sortir diffèrent également de ceux qui sont reconnus
aux résidents permanents. Pour pouvoir travailler ou
étudier au Canada, il doit demander un permis (voir le
Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés, DORS/2002-227 (le Règlement), articles 206
et 212). Si on l’autorise à travailler, on lui attribuera
un numéro d’assurance sociale commençant par un
« 9 » (ce qui permet de l’identifier facilement comme
personne n’ayant pas le statut de résident permanent
et n’ayant pas la citoyenneté canadienne), et s’il est
[2015] 1 R.C.F.
NAJAFI
c.
CANADA
39
the IRPA, subsection 52(1); Regulations, at paragraph 39(c)).1
autorisé à étudier, M. Najafi doit payer les frais de scolarité exigés des étudiants internationaux. Pour pouvoir
voyager en tant que personne protégée, il doit obtenir un
titre de voyage et l’autorisation de Citoyenneté et
Immigration Canada de revenir au Canada (LIPR, paragraphe 52(1); Règlement, alinéa 39c))1.
[13] Thus, while the inadmissibility determination will
not automatically result in Mr. Najafi’s deportation, it
does nonetheless negatively impact him.
[13] Ainsi, bien qu’une déclaration d’interdiction de
territoire n’emporte pas automatiquement l’expulsion
de M. Najafi, elle a néanmoins des répercussions négatives sur lui.
II.
II.
The Charter Claims
[14] With this background in mind, it is now possible
to turn to the first issue, namely, the claim that the
Division’s decision violates Mr. Najafi’s Charter rights.
Prétentions fondées sur la Charte
[14] Avec ce contexte à l’esprit, il est maintenant
possible d’aborder la première question, en l’occurrence,
celle de savoir si la décision de la SPR viole les droits
garantis par la Charte à M. Najafi.
A. Basis of the Claims
A. Fondement des prétentions
[15] As noted, Mr. Najafi asserts that the decision violates both his freedom of expression and freedom of
association because the above-described consequences
flow solely from his association with the KDPI. He
notes that the KDPI is not a terrorist or criminal organization but, rather, is a perfectly legal group in Canada.
This fact is not disputed by the respondent.
[15] Comme nous l’avons déjà fait observer, M. Najafi
affirme que la décision de la SPR viole à la fois sa liberté
d’expression et sa liberté d’association, parce que les
conséquences susmentionnées découlent uniquement de
son association avec le KDPI. Il signale que le KDPI
n’est pas une organisation terroriste ou criminelle, mais
bien un groupe parfaitement légal au Canada, ce que le
défendeur ne conteste pas.
[16] In light of KDPI’s legal status, Mr. Najafi claims
that his case is distinguishable from all the decided cases
where similar Charter claims were dismissed because in
those cases, unlike his, the applicants were members of
a terrorist or criminal organization but the KDPI is
neither. (The cases so distinguished by Mr. Najafi are
Stables; Suresh v. Canada (Minister of Citizenship and
Immigration), 2002 SCC 1, [2002] 1 S.C.R. 3 (Suresh);
and Al Yamani v. Canada (Minister of Public Safety and
Emergency Preparedness), 2006 FC 1457, 149 C.R.R.
(2d) 340 (Al Yamani 2)). He further argues that while it
might have been permissible for the Division to premise
its inadmissibility determination on his actions in Iran
[16] M. Najafi affirme que, comme le KDPI est une
organisation légale, la présente espèce se distingue de
toutes les affaires dans lesquelles des prétentions analogues fondées sur la Charte ont été rejetées, étant donné
que, contrairement à lui, les demandeurs étaient, dans
les affaires en question, membres d’organisations terroristes ou criminelles, alors que le KDPI n’est ni l’un ni
l’autre (les affaires qui, selon M. Najafi, doivent être
distinguées de la présente sont les affaires Stables;
Suresh c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de
l’Immigration), 2002 CSC 1, [2002] 1 R.C.S. 3 (Suresh);
et Al Yamani c. Canada (Ministre de la Sécurité publique
et de la Protection civile), 2006 CF 1457 (Al Yamani 2)).
1
1
Copies of the sections from the Act and Regulations mentioned are
attached as an appendix to this decision.
Les dispositions de la Loi et du Règlement dont il est fait mention
sont reproduites à l’annexe jointe à la présente décision.
40
NAJAFI
v.
[2015] 1 F.C.R.
CANADA
(as the Charter does not have extra-territorial reach), the
Division’s reliance on his involvement with the KDPI in
Canada violates his Charter rights because the mere fact
of his association with the KDPI—a legal organization—has been used by the Division to deprive him of
important advantages under the IRPA that other refugees
are afforded. He argues that the Division is bound to
comply with the Charter and that its decision does not
do so because his legal association with the KDPI in
Canada has been used to ground the inadmissibility
finding. He asserts that this erroneous finding is reviewable on the correctness standard.
M. Najafi ajoute que, bien qu’il eût peut-être été permis
à la SPR de faire reposer sa déclaration d’interdiction
de territoire sur ses actions en Iran (étant donné que la
Charte n’a aucune portée extraterritoriale), la SPR, en se
fondant sur son implication au sein du KDPI au Canada,
a violé les droits que la Charte lui reconnaît, parce que
le simple fait qu’il était associé au KDPI — une organisation parfaitement légale — a mené à la privation
d’avantages importants que la LIPR reconnaît aux autres
réfugiés. Le demandeur ajoute que la SPR est tenue de
se conformer à la Charte, et que sa décision y contrevient
dans la mesure où elle a fait reposer sa déclaration
d’interdiction de territoire sur les liens légaux qu’il entretenait avec le KDPI au Canada. Le demandeur affirme
que cette conclusion erronée est susceptible de contrôle
selon la norme de contrôle de la décision correcte.
[17] Mr. Najafi relies principally on the decision of
this Court in Al Yamani v. Canada (Solicitor General),
[1996] 1 F.C. 174 (T.D.) (Al Yamani 1) in support of
this Charter argument. In that case, Justice MacKay held
that a decision of the Security Intelligence Review
Committee and an Order in Council, issued under predecessor legislation to the IRPA, violated that applicant’s
freedom of association as the deportation order was
based solely on Mr. Al Yamani’s association with the
Popular Front for the Liberation of Palestine (PFLP), an
affiliate of the Palestine Liberation Organization.
[17] M. Najafi se fonde principalement sur la décision
rendue par notre Cour dans l’affaire Al Yamani c.
Canada (Solliciteur général), [1996] 1 C.F. 174
(1re inst.) (Al Yamani 1) pour appuyer cette prétention
fondée sur la Charte. Dans cette affaire, le juge MacKay
a estimé que la décision du Comité de surveillance des
activités de renseignement de sécurité et le décret pris
en vertu de la loi antérieure à la LIPR violaient la liberté
d’association de M. Al Yamani, étant donné que la mesure d’expulsion prise contre lui reposait uniquement sur
son association avec le Front populaire de la libération
de la Palestine (FPLP), un organisme affilié à l’Organisation de libération de la Palestine.
[18] The provision in issue in that case—paragraphs 19(1)(e) [as am. by S.C. 1992, c. 49, s. 11] and
(g) of the Immigration Act, R.S.C., 1985, c. I-2—are
somewhat similar to paragraph 34(1)(f) of the IRPA.
They provided:
[18] Les dispositions en litige dans cette affaire — les
alinéas 19(1)e) [mod. par L.C. 1992, ch. 49, art. 11]
et 19(1)g) de la Loi sur l’immigration, L.R.C. (1985),
ch. I-2 — sont quelque peu semblables à l’alinéa 34(1)f)
de la LIPR. Elles étaient ainsi libellées :
Inadmissible
persons
19. (1) No person shall be granted admission
who is a member of any of the following classes:
19. (1) Les personnes suivantes appartiennent
à une catégorie non admissible :
…
[…]
(e) persons who there are reasonable grounds
to believe
…
e) celles dont il y a des motifs raisonnables de
croire qu’elles :
[…]
Personnes
non
admissibles
[2015] 1 R.C.F.
NAJAFI
c.
41
CANADA
(iv) are members of an organization that
there are reasonable grounds to believe
will
(iv) soit sont membres d’une organisation
dont il y a des motifs raisonnables de croire
qu’elle :
(A) engage in acts of espionage or
subversion against democratic government, institutions or processes, as they
are understood in Canada,
(A) soit commettra des actes d’espionnage ou de subversion contre des
institutions démocratiques, au sens où
cette expression s’entend au Canada,
(B) engage in or instigate the subversion by force of any government, or
(B) soit travaillera ou incitera au renversement d’un gouvernement par la
force,
(C) engage in terrorism;
(C) soit commettra des actes de
terrorisme.
…
(g) persons who there are reasonable grounds
to believe will engage in acts of violence that
would or might endanger the lives or safety of
persons in Canada or are members of or are
likely to participate in the unlawful activities
of an organization that is likely to engage in
such acts of violence;
[…]
g) celles dont on peut penser, pour des motifs
raisonnables, qu’elles commettront des actes
de violence de nature à porter atteinte à la
vie ou à la sécurité humaines au Canada, ou
qu’elles appartiennent à une organisation
susceptible de commettre de tels actes ou
qu’elles sont susceptibles de prendre part aux
activités illégales d’une telle organisation;
[19] In finding that the former provision in the Immigration Act violated Mr. Al Yamani’s freedom of association, Justice MacKay wrote (at pages 225 and 226):
[19] Pour conclure que les anciennes dispositions de
la Loi sur l’immigration violaient la liberté d’association
de M. Al Yamani, le juge MacKay a écrit ce qui suit (aux
pages 225 et 226) :
… by providing ultimately for deportation of permanent residents who are members of an organization loosely defined, the
statute does infringe on the freedom of permanent residents to
associate together in organizations. Often such persons, at least
those comparatively new to this country, may maintain association or membership with organizations, associated with their
homelands, many of which may have had some historic record
of violence but which serve a variety of purposes, as the PFLP
was found to do in this case. To expose all permanent residents
to the possibility of deportation because of their membership
in such organizations, in my view clearly infringes on their
freedom of association.
[…] en prévoyant ultimement l’expulsion des résidents permanents qui appartiennent à une organisation sans définition
étroite, la loi porte atteinte effectivement à la liberté des résidents permanents de s’associer à d’autres personnes dans le
cadre d’organisations. Il arrive souvent que ces personnes, du
moins celles qui viennent d’arriver au pays, conservent des
liens avec des organisations associées à leur patrie d’origine,
dont beaucoup peuvent avoir des antécédents violents, mais
qui poursuivent des objectifs divers, comme on a vu que c’était
le cas du FPLP en l’espèce. Le fait d’exposer tous les résidents
permanents au risque d’être expulsés à cause de leur appartenance à ce genre d’organisations enfreint selon moi leur liberté
d’association.
[20] The applicant urges that a similar finding be made
in this case. However, as is more fully discussed below,
Al Yamani 1 has been overtaken by subsequent jurisprudence of the Supreme Court of Canada and this Court.
[20] Le demandeur invite la Cour à tirer une conclusion semblable en l’espèce. Toutefois, comme nous le
verrons plus en détail plus loin, la décision Al Yamani 1
a été supplantée par la jurisprudence ultérieure de la
Cour suprême du Canada et de notre Cour.
42
NAJAFI
v.
[2015] 1 F.C.R.
CANADA
B. Analysis
B. Analyse
i.
i.
Freedom of Expression
Liberté d’expression
[21] Turning, first, to the alleged violation of the right
to freedom of expression guaranteed by paragraph 2(b)
of the Charter, this claim may be disposed of quickly as
Mr. Najafi did not advance it before the Division and
this, in and of itself, warrants the dismissal of the claim
(Stables, at paragraph 30; Toussaint v. Canada (Labour
Relations Board) (1993), 160 N.R. 396 (F.C.A.), at
paragraph 6; Poirier v. Canada (Minister of Veterans
Affairs), [1989] 3 F.C. 233 (C.A.), at page 243).
[21] Pour ce qui est tout d’abord de l’allégation de
violation du droit à la liberté d’expression garanti à
l’alinéa 2b) de la Charte, il est possible de disposer de
cette prétention rapidement, étant donné que M. Najafi
ne l’a pas invoqué devant la SPR, ce qui, en soi, en
justifie le rejet (Stables, au paragraphe 30; Toussaint c.
Canada (Conseil canadien des relations du travail),
[1993] A.C.F. no 616 (C.A.) (QL), au paragraphe 6;
Poirier c. Canada (Ministre des Affaires des anciens
combattants), [1989] 3 C.F. 233 (C.A.), à la page 243).
[22] Moreover, even if this were not the case, it is
unlikely that Mr. Najafi’s activities with the KDPI in
Canada (which are the only activities he alleges are
deserving of Charter protection) would constitute an
expressive act to which the Charter’s guarantee of
freedom of expression could apply. In this regard, in
Irwin Toy Ltd. v. Quebec (Attorney General), [1989] 1
S.C.R. 927, the Supreme Court of Canada defined an
expressive activity to which paragraph 2(b) of the
Charter applies as one that “attempts to convey meaning”. It is unlikely that Mr. Najafi’s actions with the
KDPI in Canada would fall into this category as he testified that the organization was a social and cultural one
and that he participated in its activities to meet others of
Kurdish ethnicity. It is difficult to see how such actions
have any expressive content. Indeed, that is precisely
what Justice MacKay determined in Al Yamani 1, where
he held that paragraph 2(b) of the Charter was not
engaged by a similar claim.
[22] Qui plus est, même si l’on ne rejetait pas cette
prétention, il est peu probable que les activités que
M. Najafi a exercées au sein du KDPI au Canada — qui,
selon ce qu’il affirme, sont les seules activités qui méritent d’être protégées par la Charte — constituent le type
d’expression visée par la liberté d’expression garantie
par la Charte. À cet égard, dans l’arrêt Irwin Toy Ltd. c.
Québec (Procureur général), [1989] 1 R.C.S. 927, la
Cour suprême du Canada a expliqué que les activités
expressives auxquelles l’alinéa 2b) de la Charte s’applique sont celles qui « tentent de transmettre une
signification ». Il est peu probable que les activités
exercées par M. Najafi au sein du KDPI au Canada entreraient dans cette catégorie, étant donné qu’il a
expliqué que l’organisation en question était une association sociale et culturelle et qu’il participait à ses
activités dans le but de rencontrer d’autres personnes
d’origine ethnique kurde. On voit mal en quoi ces activités auraient un contenu expressif. D’ailleurs, c’est
précisément ce que le juge McKay a conclu dans l’affaire
Al Yamani 1, dans laquelle il a jugé qu’une prétention
semblable ne donnait pas lieu à l’application de l’alinéa 2b) de la Charte.
ii. The Division’s Treatment of the Claimed
Violation of Freedom of Association
ii. Suite donnée par la SPR à l’allégation de
violation de la liberté d’association
[23] In terms of the alleged violation of his freedom
of association, Mr. Najafi did make this claim to the
Division, which rejected it. In this regard, the Division
held that the inadmissibility finding did not have sufficient negative consequences for Mr. Najafi to constitute
[23] Pour ce qui est de l’allégation de violation de sa
liberté d’association, M. Najafi a effectivement formulé
cette prétention devant la SPR, qui l’a rejetée. À cet
égard, la SPR a jugé que la déclaration d’interdiction de
territoire n’emportait pas de conséquences suffisamment
[2015] 1 R.C.F.
NAJAFI
c.
CANADA
43
a breach of his Charter right to freedom of association
as guaranteed by paragraph 2(d). The Division reasoned
that this was so because it was unlikely that a danger
opinion would be issued under subsection 115(2) of the
Act, given that the evidence indicated that Mr. Najafi
had not engaged in any behavior that might give rise
to such an opinion. Thus, the Division concluded that
it was unlikely that he would be deported. As for any
inconvenience associated with his possessing only protected person—as opposed to permanent resident—
status, the Division held that Mr. Najafi could apply
for ministerial relief under subsection 34(2) of the
IRPA, which could well be granted and, therefore, that
one could not assume that the inadmissibility finding
would have any significant negative consequences for
Mr. Najafi. The Division thus held that premising its
inadmissibility determination in part on Mr. Najafi’s
legal activities in Canada did not violate his freedom
of association.
négatives pour M. Najafi pour constituer une violation
de son droit à la liberté d’association garantie par l’alinéa 2d) de la Charte. La SPR a expliqué qu’il en était
ainsi parce qu’il était fort peu probable que le ministre
émette un avis de danger en vertu du paragraphe 115(2)
de la Loi, étant donné que, d’après la preuve, M. Najafi
n’avait eu aucun comportement susceptible de donner
lieu à la formulation d’un tel avis. La SPR a par conséquent conclu qu’il était peu probable que M. Najafi
soit expulsé. Quant aux inconvénients découlant du
fait que M. Najafi n’avait que la qualité de personne à
protéger — par opposition au statut de résident permanent — la SPR a rappelé que M. Najafi avait la
possibilité de demander une dispense ministérielle en
vertu du paragraphe 34(2) de la LIPR et qu’il avait de
bonnes chances de l’obtenir, de sorte que nul ne pouvait
présumer que l’interdiction de territoire aurait pour
lui des répercussions défavorables importantes. La SPR
a par conséquent estimé qu’il n’y avait pas eu d’atteinte
à sa liberté d’association du fait que la déclaration
d’interdiction reposait en partie sur ses activités légales
au Canada.
[24] Assessment of whether the Division’s decision on
this point should be upheld requires, first, determination
of the applicable standard of review and second, assessment of the Division’s ruling against that standard.
[24] Pour déterminer s’il y a lieu de confirmer la
décision de la SPR sur ce point, il faut tout d’abord déterminer la norme de contrôle applicable et, en second
lieu, examiner la décision de la SPR en fonction de cette
norme.
iii. The Standard of Review Applicable to the
Division’s Charter Determination
iii. Norme de contrôle applicable à la conclusion
de la SPR sur la Charte
[25] As noted, the respondent asserts that the reasonableness standard of review is applicable to the
Division’s consideration of Mr. Najaifi’s Charter claim.
In support of this argument the respondent relies on
the recent decision of the Supreme Court of Canada in
Doré v. Barreau du Québec, 2012 SCC 12, [2012] 1
S.C.R. 395 (Doré), where Justice Abella, writing for the
Court, held that the reasonableness standard of review
was to be applied to the assessment of Mr. Doré’s claim
that the decision of the Disciplinary Council of the
Barreau du Québec violated his right to freedom of expression. In that case, the Council sanctioned Mr. Doré
for writing an intemperate letter to a judge and imposed
a 21-day suspension of his ability to practice law. In so
deciding, the Council exercised the discretion it was
[25] Comme nous l’avons déjà souligné, le défendeur
affirme que la norme de contrôle de la décision raisonnable est celle qui s’applique à l’examen que la SPR a
fait de la prétention de M. Najafi fondée sur la Charte.
À l’appui de cet argument, le défendeur invoque l’arrêt
récent, rendu par la Cour suprême du Canada dans
l’affaire Doré c. Barreau du Québec, 2012 CSC 12,
[2012] 1 R.C.S. 395 (Doré), dans lequel la juge Abella,
qui écrivait au nom de la Cour, a estimé que la norme de
contrôle de la décision raisonnable était celle qui devait
s’appliquer à l’examen de la prétention de M. Doré que
la décision du Comité de discipline du Barreau du
Québec violait son droit à la liberté d’expression. Dans
cette affaire, le Comité avait sanctionné M. Doré pour
avoir écrit une lettre outrancière à un juge et avait
44
NAJAFI
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
provided under legislation governing the legal profession in Québec, which affords it the duty to govern the
profession and impose sanctions as it deems necessary
for failure to meet appropriate professional standards.
suspendu son droit de pratique durant 21 jours. Pour
rendre sa décision, le Conseil a exercé le pouvoir discrétionnaire que lui conférait la loi régissant la profession
d’avocat au Québec, qui lui imposait l’obligation d’encadrer la profession et lui permettait d’infliger des
sanctions lorsqu’il l’estimait nécessaire en cas de défaut
d’un avocat de respecter les normes professionnelles
applicables.
[26] In her analysis, Justice Abella first noted that
the Council, as an administrative decision maker, was
bound to “act consistently with the values underlying the
grant of discretion, including Charter values” (at paragraph 24). She then considered both the analytical
framework to be applied by a reviewing court to the
Charter breach claimed by Mr. Doré and the standard of
review to be used by a court in applying that framework.
[26] La juge Abella a commencé son analyse en faisant observer qu’en tant que tribunal administratif, le
Conseil était tenu d’agir « de manière compatible avec
les valeurs sous-jacentes à l’octroi d’un pouvoir discrétionnaire, y compris les valeurs consacrées par la
Charte » (au paragraphe 24). Elle a ensuite examiné le
cadre analytique à appliquer par la juridiction de révision à la violation de la Charte alléguée par M. Doré
ainsi que la norme de contrôle à appliquer par la Cour
pour appliquer ce cadre.
[27] In terms of the former, Justice Abella noted that
the customary test from The Queen v. Oakes, [1986] 1
S.C.R. 103 (Oakes) for assessing whether a prima facie
Charter breach is justified under section 1 of the Charter
(the so-called “Oakes test”), does not fit well when what
is being reviewed is a discretionary decision as opposed
to a claim that legislation violates the Charter. The
Oakes test requires assessment of four criteria to determine if a prima facie breach of a guaranteed right is
nonetheless allowable as a “reasonable [limit] prescribed
by law as can be demonstrably justified in a free and
democratic society”, and thus permitted by virtue of
section 1 of the Charter. First, the court must assess
whether the law being challenged pursues a valid objective that is sufficiently important (or “pressing and
substantial”) so as to warrant overriding a Charter right.
Second, the court must assess whether the impugned law
is rationally connected to that valid objective. Third, the
court is called upon to assess whether the means adopted
by the legislator to address the valid objective impair the
rights in question as little as possible. Finally, the law
must not have a disproportionately severe effect on those
to whom it applies (see Oakes, at pages 138–140).
[27] S’agissant du cadre analytique, la juge Abella a
fait observer que le critère habituel proposé par l’arrêt
La Reine c. Oakes, [1986] 1 R.C.S. 103 (Oakes), pour
déterminer si une atteinte prima facie à la Charte était
justifiée en vertu de l’article premier de la Charte (appelé
le « critère de l’arrêt Oakes ») convenait peu lorsque le
contrôle concerne une décision discrétionnaire plutôt
qu’un argument suivant lequel une disposition législative porte atteinte à la Charte. Le critère de l’arrêt Oakes
exige que l’on applique quatre critères pour déterminer
si ce qui constitue une atteinte prima facie à un droit
garanti par la Charte est néanmoins acceptable en tant
que limite raisonnable dont la justification peut se démontrer dans le cadre d’une société libre et démocratique
et, partant, permise en vertu de l’article premier de la
Charte. En premier lieu, le tribunal doit se demander si
la loi contestée vise un objectif valide suffisamment
important (ou suffisamment « urgent et réel ») pour
justifier la suppression d’un droit garanti par la Charte.
Deuxièmement, le tribunal doit se demander s’il existe
un lien rationnel entre la loi contestée et l’objectif valable en question. Troisièmement, le tribunal est appelé à
se demander si les moyens adoptés par le législateur
[2015] 1 R.C.F.
NAJAFI
c.
CANADA
45
pour atteindre l’objectif valide en question portent le
moins possible atteinte aux droits en question. Enfin, les
effets de la loi en cause ne doivent pas avoir une gravité
disproportionnée sur les personnes qu’elle vise (arrêt
Oakes, aux pages 138 à 140).
[28] In Doré, Justice Abella rejected the foregoing
analysis in favour of a less structured approach for discretionary administrative decisions that are alleged to
affect an individual’s Charter rights. She held in this
regard that, as opposed to applying the Oakes test, an
administrative tribunal is instead required to balance
Charter values with the statutory objectives enshrined in
the statute it is called upon to apply. This, in turn, requires the decision maker to, first, consider the statutory
objectives and, second, assess “how the Charter value
at issue will best be protected in view of the statutory
objectives” (at paragraph 56).
[28] Dans l’arrêt Doré, la juge Abella a écarté l’analyse qui précède en faveur d’une approche moins
structurée lorsqu’une décision discrétionnaire administrative qui porterait atteinte aux droits qu’une personne
tire de la Charte est en cause. Elle a estimé, à cet égard,
que plutôt que d’appliquer le critère de l’arrêt Oakes, le
tribunal administratif devait mettre en balance les valeurs consacrées par la Charte avec les objectifs
législatifs reconnus par la loi qu’il est appelé à appliquer.
Pour ce faire, le tribunal administratif doit d’abord déterminer les objectifs de la loi et ensuite se demander
« comment protéger au mieux la valeur en jeu consacrée
par la Charte compte tenu des objectifs visés par la
loi » (au paragraphe 56).
[29] On review of this sort of discretionary decision,
Justice Abella held that the reviewing court is to apply
the reasonableness standard and assess whether, under
that standard, “the decision reflects a proportionate
balancing of the Charter protections at play … [which]
calls for integrating the spirit of s. 1 into judicial review”
(at paragraph 57). Under the reasonableness standard,
the court is required to assess whether the result reached
by the administrative tribunal falls “‛within a range of
reasonable alternatives’” or “‛possible, acceptable outcomes’” (at paragraph 56).
[29] La juge Abella a expliqué que, lors du contrôle
judiciaire de ce type de décision discrétionnaire, la juridiction de révision doit appliquer la norme de la décision
raisonnable et se demander si, selon cette norme, « la
décision est le fruit d’une mise en balance proportionnée des droits en cause protégés par la Charte, […] [ce
qui] requiert d’intégrer l’“esprit” de l’article premier
dans la révision judiciaire » (au paragraphe 57).
Lorsqu’elle applique la norme de la décision raisonnable, la juridiction de révision est tenue de déterminer si
la décision du tribunal administratif « “se situe à l’intérieur d’une gamme de mesures raisonnables” » ou
« “[appartient] aux issues possibles acceptables” » (au
paragraphe 56).
[30] The respondent argues that the foregoing analysis is applicable to the assessment of the Division’s
ruling on Mr. Najafi’s Charter claim. I disagree because
I believe the framework set out by Justice Abella in
Doré applies only to discretionary decisions of administrative tribunals (which must reflect Charter values)
and not to cases where tribunals are called upon to make
substantive rulings on Charter rights. I am of this view
for two reasons.
[30] Le défendeur soutient que l’analyse qui précède
s’applique à l’appréciation de la décision rendue par la
SPR au sujet de la prétention fondée sur la Charte invoquée par M. Najafi. Je ne suis pas de cet avis, parce que
j’estime que le cadre proposé par la juge Abella dans
l’arrêt Doré ne s’applique qu’aux décisions discrétionnaires des tribunaux administratifs — lesquelles doivent
tenir compte des valeurs consacrées par la Charte) — et
qu’il ne s’applique pas lorsqu’ils sont appelés à rendre
des décisions sur le fond au sujet des droits garantis par
la Charte. Je suis de cet avis pour deux raisons.
46
NAJAFI
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
[31] First, the language used by Justice Abella in Doré
consistently states that the types of administrative decisions to which the framework she posits applies are
discretionary decisions. Thus, there is nothing in that
case which would mandate its extension to situations
where administrative tribunals are making substantive
decisions on a Charter claim.
[31] Premièrement, dans l’arrêt Doré, la juge Abella
affirme invariablement que les décisions administratives
auxquelles s’applique le cadre qu’elle propose sont les
décisions administratives discrétionnaires. Il n’y a donc
rien dans cet arrêt qui justifierait d’étendre la portée de
l’application de ce cadre d’analyse pour le faire entrer
en jeu lorsque les tribunaux administratifs se prononcent
sur le fond d’une prétention fondée sur la Charte.
[32] Second, it has long been considered settled law
that in situations where, as opposed to making a discretionary decision, an administrative tribunal is instead
called upon to rule upon a substantive Charter claim
(like a claim that legislation is invalid due to its infringement of a Charter right), the correctness standard of
review is applicable to the judicial review of that decision. This was recognized by Justice Abella in Doré,
relying on Dunsmuir v. New Brunswick, 2008 SCC 9,
[2008] 1 S.C.R. 190 (Dunsmuir): “There is no doubt that
when a tribunal is determining the constitutionality of a
law, the standard of review is correctness (Dunsmuir, at
para. 58)” (Doré, at paragraph 43).
[32] Deuxièmement, il est de jurisprudence constante
que lorsqu’un tribunal administratif est appelé, non pas
à rendre une décision discrétionnaire, mais à statuer sur
le fond d’une prétention fondée sur la Charte (par ex.
dans le cas où il est soutenu que la loi est invalide parce
qu’elle porte atteinte à un droit garanti par la Charte), la
norme de contrôle de la décision correcte est celle qui
s’applique au contrôle judiciaire de cette décision. C’est
ce que la juge Abella a reconnu dans l’arrêt Doré, dans
lequel elle a dit, en se fondant sur l’arrêt Dunsmuir c.
Nouveau-Brunswick, 2008 CSC 9, [2008] 1 R.C.S. 190
(Dunsmuir), qu’« [i]l ne fait aucun doute que la décision
d’un tribunal administratif au sujet de la constitutionnalité d’une loi s’examine suivant la norme de la décision
correcte (Dunsmuir, par. 58) » (Doré, au paragraphe 43).
[33] Recently, in Saskatchewan (Human Rights
Tribunal) v. Whatcott, 2013 SCC 11, [2013] 1 S.C.R.
467 (Whatcott), which was issued after Doré, Justice
Rothstein, writing for a unanimous Supreme Court,
applied a correctness review to the Saskatchewan
Human Rights Tribunal’s decision that the hate speech
provisions in The Saskatchewan Human Rights Code
[S.S. 1979, c. S-24.1] did not violate Mr. Whatcott’s
freedom of expression.
[33] Récemment, dans l’arrêt Saskatchewan (Human
Rights Tribunal) c. Whatcott, 2013 CSC 11, [2013] 1
R.C.S. 467 (Whatcott), qui a été rendu après l’arrêt
Doré, le juge Rothstein, qui exprimait l’opinion unanime
de la Cour suprême, a appliqué la norme de contrôle de
la décision correcte à la décision dans laquelle le tribunal
des droits de la personne de la Saskatchewan a conclu
que les dispositions du Saskatchewan Human Rights
Code [S.S. 1979, ch. S-24.1] relatives aux propos haineux ne portaient pas atteinte à la liberté d’expression
de M. Whatcott.
[34] Thus, the Doré analysis does not apply to nondiscretionary decisions of administrative tribunals where
the tribunal adjudicates a Charter claim. In those cases,
the applicable standard of review is correctness.
[34] L’analyse proposée dans l’arrêt Doré ne s’applique donc pas aux décisions non discrétionnaires dans
lesquelles les tribunaux administratifs se prononcent sur
une prétention fondée sur la Charte. En pareil cas, la
norme applicable est celle de la décision correcte.
[35] Turning, then, to this case, to determine whether
the Division made a discretionary decision, regard
must be given both to the nature of the Division’s
[35] Pour ce qui est par conséquent de la présente
affaire, pour déterminer si la SPR a rendu une décision discrétionnaire ou non, il faut tenir compte de la
[2015] 1 R.C.F.
NAJAFI
c.
CANADA
47
decision-making powers under the IRPA and to the type
of decision it made in the present case.
nature des pouvoirs que la LIPR confère à la SPR sur le
plan décisionnel ainsi que du type de décision que la
SPR a rendue en l’espèce.
[36] In terms of the former, the wording of subsection 34(1) of the Act makes it clear that the Division is
not charged with making discretionary decisions but,
rather, with adjudicating as a matter of right. If the
claimant falls within the statutory definitions, the
Division must issue a removal order. It has no discretion
in this regard (see the IRPA, at paragraph 45(d)). The
Division’s role is thus entirely different from that of the
Minister under subsection 34(2) (now 42.1(1)) of the
Act; the Minister, unlike the Division, is exercising a
statutory discretion and, thus, his decisions are reviewable under the reasonableness standard for compliance
with the Charter in accordance with Doré, but the
Division’s decisions are not.
[36] Dans le premier cas, le libellé du paragraphe 34(1)
de la Loi démontre bien que la SPR n’est par chargée de
rendre des décisions discrétionnaires, mais plutôt de
rendre des décisions sur le fond. Si le demandeur d’asile
répond aux définitions prévues par la Loi, la SPR doit
prendre une mesure d’expulsion : elle n’a aucune latitude à cet égard (voir la LIPR, à l’alinéa 45d)). Le rôle
que joue la SPR est donc entièrement différent de celui
confié au ministre par le paragraphe 34(2) (maintenant
le paragraphe 42.1(1)) de la Loi : à la différence de la
SPR, le ministre exerce un pouvoir discrétionnaire qui
lui est conféré par la Loi et ses décisions sont par conséquent assujetties à la norme de contrôle de la décision
raisonnable en vue de vérifier si elles sont conformes à
la Charte au sens de l’arrêt Doré, alors que les décisions
de la SPR ne sont pas assujetties à cette norme.
[37] In the second place, Mr. Najafi’s claim before the
Division called for an adjudication of his Charter rights
as opposed to an exercise of discretion. He argued that
he could not be found to be a “member” of the KDPI,
within the meaning of subsection 34(1) of the IRPA, due
to his activities in Canada because such a holding would
violate his Charter rights. This claim is conceptually
indistinguishable from a claim that the statutory provisions are invalid as being overly broad: in both cases the
argument is the same, namely, that the applicant’s
Charter rights prevent the application of the statutory
definition to him. This is not a matter for the Division’s
discretion—the applicant either possesses the claimed
rights or he does not.
[37] En second lieu, en raison du moyen invoqué par
M. Najafi devant la SPR, cette dernière était appelée à
se prononcer sur les droits que M. Najafi tire de la
Charte plutôt qu’à exercer un pouvoir discrétionnaire.
M. Najafi soutenait qu’il ne pouvait être considéré
comme un « membre » du KDPI au sens du paragraphe 34(1) de la LIPR du fait de ses activités au Canada
parce qu’une telle conclusion porterait atteinte aux
droits reconnus par la Charte. Sur le plan conceptuel,
une telle prétention ne peut être distinguée de l’argument
que les dispositions législatives sont invalides parce
qu’elles ont une portée trop large : dans les deux cas,
l’argument est le même, en l’occurrence que les droits
que la Charte garantis au demandeur empêchent d’appliquer à ce dernier la définition énoncée dans la Loi. La
SPR n’a aucune latitude à cet égard : ou bien le demandeur possède les droits dont il se réclame ou bien il ne
les possède pas.
[38] Thus, both in light of the nature of the tasks assigned to the Division under the IRPA and in light of the
nature of the question it was called upon to decide, the
Division’s decision in respect of Mr. Najafi’s Charter
claim was not a discretionary one. And it follows from
the previous discussion that in light of this conclusion
[38] Ainsi, tant en raison de la nature des fonctions
assignées à la SPR par la LIPR que de la nature de la
question qu’elle était appelée à décider en l’espèce, la
décision rendue par la SPR sur la prétention de M. Najafi
fondée sur la Charte n’était pas une décision discrétionnaire. Il découle de la discussion qui précède que,
48
NAJAFI
the correctness standard of review applies to this portion
of the Division’s decision.
iv. Freedom of Association
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
vu cette conclusion, la norme de contrôle de la décision
correcte est celle qui s’applique à cet aspect de la décision de la SPR.
iv. Liberté d’association
[39] In terms of the merits of the Charter claim, as
noted, Mr. Najafi relies principally on Al Yamani 1 in
support of his assertion that the Division’s decision
violated his freedom of association. The respondent attempts to find a material distinction between the wording
of the Immigration Act and the IRPA, which I do not find
convincing. However, the respondent also argues that Al
Yamani 1 has been overtaken by subsequent case law,
notably by the decision of the Supreme Court of Canada
in Suresh and by Justice Snider’s subsequent decision in
Mr. Al Yamani’s case in Al Yamani 2. The respondent
further asserts that application of subsection 34(1) of
the IRPA to Mr. Najafi does not violate his freedom of
association as he was not prevented from joining the
KDPI but rather all that flowed from the association was
loss of the opportunity to gain permanent residence on
the same basis as other refugee claimants. The respondent argues, in reliance on Reference Re Public Service
Employee Relations Act (Alta.), [1987] 1 S.C.R. 313
(Reference Re PSERA) and R. v. Advance Cutting &
Coring Ltd., 2001 SCC 70, [2001] 3 S.C.R. 209 (Advance
Cutting & Coring), that freedom of association extends
only to protecting the right of individuals to join an organization to pursue collectively common goals and that
there is nothing in section 34 of the IRPA which prevented Mr. Najafi from joining the KDPI.
[39] Pour ce qui est du bien-fondé de la prétention
fondée sur la Charte, comme nous l’avons déjà fait observer, M. Najafi table surtout sur le jugement
Al Yamani 1 pour affirmer que la décision de la SPR a
porté atteinte à sa liberté d’association. Le défendeur a
cherché en vain à me convaincre qu’il existe une distinction importante entre le libellé de la Loi sur l’immigration
et celui de la LIPR. Le défendeur soutient toutefois
également que le jugement Al Yamani 1 a été supplanté
par la jurisprudence ultérieure, notamment par l’arrêt
Suresh de la Cour suprême du Canada et par la décision
subséquente rendue par la juge Snider dans l’affaire
Al Yamani 2. Le défendeur affirme en outre que l’application du paragraphe 34(1) de la LIPR à M. Najafi ne
viole pas la liberté d’association de ce dernier, étant
donné qu’il n’a pas été empêché d’adhérer au KDPI,
mais que la seule conséquence qu’a entraîné le fait qu’il
était membre de cette association a été la perte de la
possibilité d’obtenir la résidence permanente aux mêmes
conditions que les autres demandeurs d’asile. Le défendeur soutient, en se fondant sur le Renvoi relatif à la
Public Service Employee Relations Act (Alb.),
[1987] 1 R.C.S. 313 (Renvoi relatif à la PSERA) et sur
l’arrêt R. c. Advance Cutting & Coring Ltd.,
2001 CSC 70, [2001] 3 R.C.S. 209 (Advance Cutting &
Coring), que la liberté d’association a seulement pour
effet de protéger le droit des individus d’adhérer à un
organisme en vue de poursuivre collectivement des objectifs communs, ajoutant que l’article 34 de la LIPR
n’empêchait aucunement M. Najafi de devenir membre
du KDPI.
[40] I disagree with the last point advanced by the
respondent for two reasons. First, the narrow definition
of freedom of association offered by the Supreme Court
of Canada in Reference Re PSERA and Advance Cutting
& Coring has been abandoned by the Supreme Court
in subsequent jurisprudence. Notably, in Dunmore v.
Ontario (Attorney General), 2001 SCC 94, [2001] 3
S.C.R. 1016 (Dunmore), Health Services and Support
— Facilities Subsector Bargaining Assn. v. British
[40] Je ne suis pas d’accord avec le dernier point
avancé par le défendeur, et ce, pour deux raisons. En
premier lieu, la définition étroite de la liberté d’association proposée par la Cour suprême du Canada dans le
Renvoi relatif à la PSERA et dans l’arrêt Advance
Cutting & Coring a été abandonnée par la Cour suprême
dans ses décisions ultérieures. Plus précisément, dans
les arrêts Dunmore c. Ontario (Procureur général),
2001 CSC 94, [2001] 3 R.C.S. 1016 (Dunmore), Health
[2015] 1 R.C.F.
NAJAFI
c.
CANADA
49
Columbia, 2007 SCC 27, [2007] 2 S.C.R. 391 (BC
Health Services), and Ontario (Attorney General) v.
Fraser, 2011 SCC 20, [2011] 2 S.C.R. 3 (Fraser), the
Supreme Court held that freedom of association extends
not only to the bare right of an individual to join an
association and participate in its activities but also to
certain of the collective activities of the association
itself, like pursuit of labour negotiations on a collective
basis. Secondly, the removal of legislated benefits—as
opposed to the imposition of a penal sanction for the act
of association—may well violate paragraph 2(d) of the
Charter. Indeed, the violations found in Dunmore and
BC Health Services were premised on a disentitlement
to legislative benefits that others were afforded. Thus,
the second argument of the respondent is without merit.
Services and Support — Facilities Subsector Bargaining
Assn. c. Colombie-Britannique, 2007 CSC 27, [2007] 2
R.C.S. 391 (BC Health Services), et Ontario (Procureur
général) c. Fraser, 2011 CSC 20, [2011] 2 R.C.S. 3
(Fraser), la Cour suprême a jugé que la liberté d’association vise non seulement le simple droit d’une
personne d’adhérer à une association et de participer à
ses activités, mais également celui de participer à certaines des activités collectives de l’association elle-même,
telles les négociations collectives. En second lieu, la
suppression d’avantages conférés par une loi — par
opposition à l’infliction d’une sanction pénale dont
l’objet est l’acte d’association — risque fort de constituer une violation de l’alinéa 2d) de la Charte. D’ailleurs,
les violations constatées dans les affaires Dunmore et
BC Health Services découlaient du fait que l’on avait
privé les intéressés des avantages que la loi reconnaissait
à d’autres personnes. Par conséquent, le second argument du défendeur est mal fondé.
[41] The same, however, cannot be said of the
respondent’s first argument as the respondent is correct
in asserting that Al Yamani 1 has been overtaken by
subsequent jurisprudence. In this regard, the Supreme
Court of Canada’s decision in Suresh, in my view, firmly
forecloses Mr. Najafi’s claim to a violation of his paragraph 2(d) Charter rights. In Suresh, the Court held, in
very clear terms, that freedom of association does not
extend to protect the act of joining or belonging to an
organization that engages in violence, noting that “s. 2 of
the Charter does not protect expressive or associational
activities that constitute violence” (at paragraph 107).
[41] On ne peut toutefois en dire autant du premier
argument du défendeur, étant donné qu’il affirme avec
raison que le jugement Al Yamani 1 a été supplanté par
la jurisprudence ultérieure. À cet égard, il ne fait nul
doute que l’arrêt Suresh de la Cour suprême du Canada
empêche M. Najafi de prétendre que les droits qu’il tire
de l’alinéa 2d) de la Charte ont été violés. Dans l’arrêt
Suresh, la Cour a déclaré dans les termes les plus nets
que la liberté d’association ne s’étendait pas à la protection de l’acte consistant à adhérer ou à appartenir à une
organisation qui se livre à des actes de violence, en
faisant observer que « l’art. 2 de la Charte ne protège
pas les formes d’expression ou d’association violentes »
(au paragraphe 107).
[42] The Court also dealt with and squarely dismissed
a claim similar to that made by Mr. Najafi regarding the
legality of his actions in Canada: Mr. Suresh argued that
all he had done in Canada was raise funds, which is a
perfectly legal activity. The Supreme Court gave short
shrift to this argument, finding that constitutional protection was not warranted in light of the violent activities
of the organization for which Mr. Suresh raised funds.
That organization was the Liberation Tigers of Tamil
Eelam (LTTE), which the Canadian Security Intelligence
Service had determined to be a terrorist organization.
In addition, the Court noted that any over-breadth in
[42] Dans cet arrêt, la Cour a également examiné et
carrément rejeté une prétention semblable à celle de
M. Najafi en ce qui concerne la légalité de ses actes au
Canada. M. Suresh a soutenu qu’il n’avait fait rien
d’autre que de recueillir des fonds au Canada, une activité parfaitement légale. La Cour suprême a balayé cet
argument du revers de la main en estimant que la protection constitutionnelle n’était pas justifiée, compte
tenu des activités violentes auxquelles s’adonnait l’organisation pour laquelle M. Suresh avait collecté des
fonds. L’organisation en question était les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (les TLET), un groupe
50
NAJAFI
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
the exclusion provisions, which could be read as extending to those who innocently joined a terrorist
organization without knowledge of its activities, was
addressed through a provision similar to subsection 34(2)
of the IRPA, under which the Minister, if acting constitutionally, would be prevented from deporting such
an individual. The Court stated in this regard (at paragraph 110):
considéré comme une association terroriste par le
Service canadien du renseignement de sécurité. Qui
plus est, la Cour avait fait observer qu’une disposition
semblable au paragraphe 34(2) de la LIPR en vertu de
laquelle le ministre, dans la mesure où il exerce son
pouvoir en conformité avec la constitution, serait empêché d’expulser un tel individu palliait la portée excessive
des dispositions d’exclusion, que l’on pouvait interpréter
comme s’étendant aux personnes qui adhèrent de bonne
foi à une organisation terroriste sans être au courant de
ses activités. La Cour a déclaré à cet égard (au paragraphe 110) :
We believe that it was not the intention of Parliament to
include in the s. 19 class of suspect persons those who innocently contribute to or become members of terrorist
organizations. This is supported by the provision found at the
end of s. 19, which exempts from the s. 19 classes “persons
who have satisfied the Minister that their admission would not
be detrimental to the national interest”. Section 19 must therefore be read as permitting a refugee to establish that his or her
continued residence in Canada will not be detrimental to
Canada, notwithstanding proof that the person is associated
with or is a member of a terrorist organization. This permits a
refugee to establish that the alleged association with the terrorist group was innocent. In such case, the Minister, exercising
her discretion constitutionally, would find that the refugee
does not fall within the targeted s. 19 class of persons eligible
for deportation on national security grounds.
Nous croyons que le législateur n’avait pas l’intention
d’inclure dans la catégorie de personnes suspectes décrite à
l’art. 19 celles qui, en toute innocence, apportent une contribution à des organisations terroristes ou en deviennent membres.
Cette interprétation trouve appui dans la disposition édictée à
la fin de l’art. 19, qui exclut des catégories décrites à l’art. 19
les personnes qui « convainquent le ministre que leur admission ne serait nullement préjudiciable à l’intérêt national ».
L’article 19 doit donc être considéré comme ayant pour effet
de permettre à un réfugié de prouver que le fait qu’il continue
de résider au Canada ne sera pas préjudiciable au Canada,
malgré la preuve qu’il est associé à une organisation terroriste ou qu’il en est membre. Un réfugié peut ainsi établir que
l’association avec le groupe terroriste qu’on lui reproche avait
un caractère innocent. En pareil cas, la ministre exercerait son
pouvoir discrétionnaire en conformité avec la Constitution en
concluant que le réfugié n’appartient pas à la catégorie —
visée à l’art. 19 — de personnes susceptibles d’expulsion pour
des raisons de sécurité nationale.
[43] Following the release of the Supreme Court’s
decision in Suresh, in Al Yamani 2, Justice Snider was
faced with the adjudication of a judicial review
application of Mr. Al Yamani in respect of a subsequent
exclusion decision, this time made under subsection
34(1) of the IRPA. (The matter was heard following the
first successful judicial review of the initial decision
through Justice MacKay’s decision in Al Yamani 1,
discussed above.)
[43] Après le prononcé de l’arrêt Suresh de la Cour
suprême, la juge Snider a été saisie, dans l’affaire
Al Yamani 2, d’une demande de contrôle judiciaire
présentée par M. Al Yamani relativement à une mesure
d’exclusion ultérieure qui avait été prise cette fois en
vertu du paragraphe 34(1) de la LIPR. (Cette affaire
avait été entendue à la suite de la décision favorable
rendue par le juge MacKay dans l’affaire Al Yamani 1
relativement à la demande de contrôle judiciaire de la
première décision, dont nous avons déjà discuté).
[44] Before Justice Snider, Mr. Al Yamani made
arguments similar to those raised by Mr. Najafi in this
case. He asserted that the exclusion finding violated
his right to freedom of association (and expression)
as well as his right to participate in the Palestinian
people’s self-determination, arguing that “ the right to
[44] Devant la juge Snider, M. Al Yamani a formulé
des arguments semblables à ceux invoqués par M. Najafi
en l’espèce. Il affirmait que son interdiction de territoire
portait atteinte à son droit à la liberté d’association (et
à la liberté d’expression), de même qu’à son droit de
participer à l’exercice du droit à l’autodétermination
[2015] 1 R.C.F.
NAJAFI
c.
CANADA
51
self-determination is protected internationally and that
there is an internationally recognized right to belong to
an organization that asserts self-determination, even
where one or more of the organizations within the umbrella organization may be classified as ‘terrorist’” (at
paragraph 41). Justice Snider found this argument to be
foreclosed by Suresh, reasoning that Mr. Al Yamani’s
case was “completely on all fours with the issue before
the Supreme Court of Canada in Suresh” (at paragraph
43). She thus dismissed Mr. Al Yamani’s Charter claims.
du peuple palestinien, en faisant valoir que « le droit à
l’autodétermination jouit d’une protection internationale, et qu’on reconnaît internationalement le droit
d’appartenir à une organisation qui promeut une telle
autodétermination, même lorsqu’une ou plusieurs des
organisations secondaires chapeautées par cette organisation pourraient être qualifiées de “terroristes” » (au
paragraphe 41). La juge Snider a estimé que l’arrêt
Suresh rendait cet argument irrecevable, en expliquant
que « la question posée par M. Al Yamani cadre parfaitement avec celle dont la Cour suprême du Canada était
saisie dans Suresh » (au paragraphe 43). Elle a par
conséquent rejeté les prétentions fondées sur la Charte
que M. Al Yamani invoquait.
[45] A very similar ruling was made by Justice de
Montigny in Stables. There, the applicant was excluded
under paragraph 37(1)(a) of the IRPA for organized
criminality by reason of his membership in the Hell’s
Angels. He argued that he had not committed any crimes
and that the exclusionary provision violated his freedom
of association. He also noted that ministerial relief was
increasingly difficult to obtain in the years following
Suresh and that this provided a basis for distinguishing
his situation from the holding in Suresh, echoing some
of the arguments advanced by Mr. Najafi in this case.
Justice de Montigny disagreed, and, based on Suresh,
held that Mr. Stables’ right to freedom of association
guaranteed by the Charter was not violated by the inadmissibility finding, holding in this regard that “freedom
of association has been found to encompass only lawful
activities and cannot protect a person who chooses to
belong to a criminal organization” (at paragraph 33).
[45] Le juge de Montigny a rendu une décision très
semblable dans l’affaire Stables. Dans cette affaire, le
demandeur avait été interdit de territoire en application
de l’alinéa 37(1)a) de la LIPR pour criminalité organisée du fait de son appartenance aux Hell’s Angels. Il
soutenait qu’il n’avait commis aucun crime et que la
disposition en vertu de laquelle il avait été interdit de
territoire portait atteinte à son droit d’association. Il signalait également qu’il était de plus en plus difficile
d’obtenir une dispense ministérielle depuis le prononcé
de l’arrêt Suresh, ce qui permettait d’établir une distinction entre sa situation et celle dont il était question dans
l’affaire Suresh, ce qui n’est pas sans rappeler certains
des arguments invoqués par M. Najafi en l’espèce. Le
juge de Montigny n’a pas retenu cet argument et, se
fondant sur l’arrêt Suresh, il a jugé que le droit à la liberté
d’association garanti à M. Stables par la Charte n’avait
pas été violé par la déclaration d’interdiction de territoire. Voici ce qu’il écrit à cet égard : « il a été jugé que
la liberté d’association englobe seulement les activités
licites et ne peut servir à protéger une personne qui
choisit d’appartenir à une organisation criminelle » (au
paragraphe 33).
[46] The applicant argues that Suresh, Al Yamani 2 and
Stables are distinguishable. He asserts that the organizations in those cases were found to have been engaged in
terrorism or in criminality but that the KDPI has only
engaged in attempts to subvert the Iranian governments
of the Shah and Islamic Republic by force. In my view,
this is not a meaningful distinction, especially on the
facts of this case. Suresh turns not so much on the LTTE
[46] Le demandeur soutient qu’il y a lieu d’établir une
distinction entre la présente espèce et les affaires Suresh,
Al Yamani 2 et Stables. Il soutient qu’il a été jugé que
les organisations dont il était question dans ces affaires
s’étaient livrées à du terrorisme ou à des activités de
criminalité, alors que le KDPI a simplement tenté de
renverser par la force les gouvernements iraniens du
Shah et de la République islamique. À mon avis, cette
52
NAJAFI
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
being a terrorist organization but, rather, on the fact that
it had engaged in violence. And, as concerns freedom of
association, the case stands for the proposition that the
Charter does not extend protection to the right to join or
participate in associations that engage in violence.
distinction n’est pas valable, surtout à la lumière des
faits de l’espèce. L’arrêt Suresh ne reposait pas tant sur
le fait que les TLET étaient une organisation terroriste,
mais plutôt sur le fait qu’elle s’était livrée à des actes de
violence. Et, en ce qui concerne la liberté d’association,
cet arrêt appuie la proposition que la Charte ne va pas
jusqu’à protéger le droit d’adhérer ou de participer à des
associations qui se livrent à des actes de violence.
[47] That the KDPI is such an organization is not
disputed. Indeed, the evidence before the Division established that the KDPI had engaged in years of violent
actions, including a violent insurrection against the Shah
in 1967-1968 and armed struggle with the Iranian government in the 1980s and 1990s.
[47] Le fait que le KDPI soit une organisation de cette
nature n’est pas contesté. D’ailleurs, suivant la preuve
présentée à la SPR, le KDPI s’est livré pendant des
années à des actes de violence, notamment lors de l’insurrection violente contre le Shah en 1967-1968 et en
menant une lutte armée contre le gouvernement iranien
dans les années 80 et 90.
[48] The notion of “subversion by force” may well
include a broader range of activities than engaging in
violence to overthrow a regime. In Oremade v. Canada
(Minister of Citizenship and Immigration), 2005 FC
1077, [2006] 1 F.C.R. 393, Justice Phelan held (at
paragraph 27):
[48] La notion de « renversement par la force » englobe sans doute d’autres activités que le recours à la
violence pour renverser un régime. Dans le jugement
Oremade c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de
l’Immigration), 2005 CF 1077, [2006] 1 R.C.F. 393, le
juge Phelan déclare ce qui suit (au paragraphe 27) :
… the term “by force” is not simply the equivalent of “by violence”. “By force” includes coercion or compulsion by violent
means, coercion or compulsion by threats to use violent means,
and … reasonably perceived potential for the use of coercion
by violent means.
[…] l’expression « par la force » n’équivaut tout simplement
pas aux termes « par la violence ». L’expression « par la
force » comprend la coercition ou la contrainte par des moyens
violents, la coercition ou la contrainte par des menaces d’user
de moyens violents et […] la perception raisonnable du risque
qu’on exerce une coercition par des moyens violents.
This expanded definition has been accepted in other
cases, which have indicated that the notion that subversion by force includes accomplishing governmental
change by illicit or improper means (see e.g. Suleyman
v. Canada (Citizenship and Immigration), 2008 FC 780,
330 F.T.R. 205 (Suleyman), at paragraphs 62–64;
Eyakwe v. Canada (Citizenship and Immigration), 2011
FC 409 (Eyakwe), at paragraphs 30 and 31; Maleki v.
Canada (Citizenship and Immigration), 2012 FC 131, at
paragraph 8).
Cette définition élargie a été acceptée dans d’autres
décisions, dans lesquelles il a été expliqué que la notion
de « renversement par la force » comprend les actes
visant à renverser un gouvernement par des moyens illicites ou injustifiés (voir, par ex., Suleyman c. Canada
(Citoyenneté et Immigration), 2008 CF 780 (Suleyman),
aux paragraphes 62 à 64; Eyakwe c. Canada (Citoyenneté
et Immigration), 2011 CF 409 (Eyakwe), aux paragraphes 30 et 31; Maleki c. Canada (Citoyenneté et
Immigration), 2012 CF 131, au paragraphe 8).
[49] I need not decide in this case whether this broader
definition of “subversion by force” might violate some
other claimant’s paragraph 2(d) Charter rights if the
association to which he or she belonged was found
to come within the scope of the paragraph 34(1)(f) of
the IRPA by reason only of having made a threat to use
[49] Il n’est pas nécessaire que je décide, dans le cas
qui nous occupe, si cette définition élargie de l’expression « renversement par la force » est susceptible de
porter atteinte à certains des droits d’un autre demandeur
d’asile visés à l’alinéa 2d), s’il était jugé que l’organisation à laquelle il appartient tombe sous le coup de
[2015] 1 R.C.F.
NAJAFI
c.
CANADA
53
violence or the perception that it might use violence.
These issues simply do not arise here because, as noted,
the KDPI did engage in violent acts as part of its campaign to overthrow two different regimes in Iran. Thus,
the holding in Suresh applies to the applicant, who was
associated with an organization that engaged in
violence.
l’alinéa 34(1)f) de la LIPR uniquement en raison du
fait qu’elle a menacé de recourir à la violence ou de la
perception qu’elle pourrait recourir à la violence. La
présente affaire ne soulève tout simplement pas ces
questions, parce que, comme nous l’avons déjà fait observer, le KDPI s’est effectivement livré à des actes de
violence dans le cadre de la campagne qu’il a menée
pour renverser deux régimes différents en Iran. Par
conséquent, l’arrêt Suresh s’applique au demandeur, qui
s’est associé à une organisation qui s’est livrée à des
actes de violence.
[50] It follows, then, that the Division did not err in
finding that the Charter did not preclude an exclusion
finding based on Mr. Najafi’s association with the
KDPI in Iran and Canada. This finding is correct but not
necessarily for the reasons offered by the Division. As
indicated, I have determined there was no violation of
Mr. Najafi’s Charter guarantee of freedom of association
because the KDPI is an organization that has engaged in
violence and the Charter does not extend a constitutional
right to belong to or participate in the affairs of organizations that engage in violence.
[50] Il s’ensuit donc que la SPR n’a pas commis
d’erreur en concluant que la Charte n’empêchait pas de
prendre une mesure d’exclusion sur le fondement de
l’association de M. Najafi au KDPI en Iran et au Canada.
Cette conclusion est bien fondée, mais pas nécessairement pour les motifs exposés par la SPR. Comme je l’ai
déjà expliqué, je suis arrivée à la conclusion que le droit
à la liberté d’association que M. Najafi tire de la Charte
n’avait pas été violé, étant donné que le KDPI est une
organisation qui s’est livrée à des actes de violence et
que la Charte ne confère pas un droit constitutionnel
d’appartenir à des organisations qui se livrent à des actes
de violence ou de participer à leurs activités.
[51] I make no finding as to whether the rationale offered by the Division for its Charter determination is
correct. As noted, the Division premised its finding on
the conclusion that the impact of the exclusion decision
on Mr. Najafi was too minimal to warrant Charter protection. This may well be incorrect as the impacts of the
decision on Mr. Najafi are not trivial, as noted above.
However, whether such negative impacts are sufficiently
important to warrant Charter protection is more appropriately determined in a case where, unlike here, the
issue squarely arises. Thus, I decline to comment on this
issue and instead uphold the Division’s Charter determination for the reasons set out above.
[51] Je ne tire pas de conclusion quant à la question
de savoir si le raisonnement proposé par la SPR pour
justifier ses conclusions en ce qui concerne la Charte
est juste. Comme j’ai déjà fait observer, la SPR a fait
reposer sa décision sur la conclusion que les répercussions de la mesure d’exclusion sur M. Najafi étaient trop
minimes pour justifier la protection de la Charte. Il se
peut fort bien que cette conclusion soit inexacte, étant
donné que les répercussions de la décision sur M. Najafi
ne sont pas anodines, comme je l’ai déjà fait observer.
Toutefois, la question de savoir si ces répercussions
négatives étaient suffisamment importantes pour justifier la protection de la Charte devrait plutôt être tranchée
dans une affaire dans laquelle, contrairement à la présente, elle serait directement soulevée. Je préfère donc
m’abstenir de formuler des commentaires à ce sujet et
je confirme plutôt la conclusion tirée par la SPR au sujet
de la Charte pour les motifs que j’ai déjà exposés.
54
III.
NAJAFI
The International Law Claims
[52] Turning to the second argument advanced by
Mr. Najafi, as indicated, this argument involves the
claim that the Division erred in failing to appropriately
apply international law principles to its interpretation of
“subversion by force” in paragraph 34(1)(b) of the IRPA.
A. Basis of the Claims
v.
CANADA
III.
[2015] 1 F.C.R.
Prétentions fondées sur le droit international
[52] En ce qui concerne le second moyen invoqué
par M. Najafi, comme je l’ai déjà expliqué, cet argument part du principe que la SPR a commis une erreur
en n’appliquant pas comme elle l’aurait dû les principes
de droits internationaux pour interpréter l’expression
« renversement […] par la force » à l’alinéa 34(1)b) de
la LIPR.
A. Fondement des arguments
[53] More specifically, Mr. Najafi asserts that both
the common law and subsection 3(3) of the IRPA require that the Act be interpreted in a manner consistent
with international law. He argues that international
law recognizes the legality of the use of force in pursuit of a people’s right to self-determination if they are
“non-self-governing, and subject to a racist regime,
alien subjugation, foreign domination, and exploitation/
oppression/repression” (applicant’s memorandum of
fact and law, at paragraph 61). Mr. Najafi filed expert
evidence with the Division from two international law
experts, which supports the argument that the Kurds in
Iran meet this definition of a “people” who may legitimately resort to the use of force in pursuit of its right to
self-determination.
[53] Plus précisément, M. Najafi affirme que tant la
common law que le paragraphe 3(3) de la LIPR exigent
que la Loi soit interprétée d’une manière conforme au
droit international. M. Najafi soutient que le droit international reconnaît la légalité du recours à la force pour
exercer le droit d’un peuple à l’autodétermination si le
peuple en question [traduction] « n’est pas indépendant sur le plan politique et fait l’objet d’un régime
raciste, d’un asservissement étranger, d’une domination étrangère, et est victime d’exploitation, d’oppression
et de répression » (mémoire du demandeur, au paragraphe 61). M. Najafi a déposé auprès de la SPR le
témoignage de deux experts en droit international qui
appuient l’argument suivant lequel, en Iran, les Kurdes
répondent à cette définition de « peuple » pouvant recourir légitimement à la force pour faire valoir son droit
à l’autonomie.
[54] One of those experts, Professor Craig Forcese,
relies on the language of Article 1(4) of Protocol
Additional to the Geneva Conventions of 12 August
1949, and relating to the Protection of Victims of
International Armed Conflicts (Protocol I), [being
Sch. V of the Geneva Conventions Act, R.S.C., 1985,
c. G-3 (as am. by S.C. 1990, c. 14, s. 6)] 8 June 1977,
1125 U.N.T.S. 3 (entered into force 7 December 1979,
ratified in Canada in 1990) (Additional Protocol I),
which states that it applies to “armed conflicts in which
peoples are fighting against colonial domination and
alien occupation and against racist régimes in the exercise of their right of self-determination, as enshrined in
the Charter of the United Nations and the Declaration on
Principles of International Law concerning Friendly
Relations and Co-operation among States in accordance
with the Charter of the United Nations.” Professor
[54] L’un de ces experts, le professeur Craig Forcese,
s’appuie sur le libellé de l’Article 1(4) du Protocole
additionnel aux Conventions de Genève du 12 août 1949
relatif à la protection des victimes des conflits armés
non internationaux (Protocole I) [qui est l’annexe V de
la Loi sur les conventions de Genève, L.R.C. (1985),
ch. G-3 (mod. par L.C. 1990, ch. 14, art. 6)], 8 juin 1977,
1125 R.T.N.U. 3 (entré en vigueur le 7 décembre 1979,
ratifié par le Canada en 1990) (Protocole additionnel I),
qui déclare qu’il s’applique aux « conflits armés dans
lesquels les peuples luttent contre la domination coloniale et l’occupation étrangère et contre les régimes
racistes dans l’exercice du droit des peuples à disposer
d’eux-mêmes, consacré dans la Charte des Nations
Unies et dans la Déclaration relative aux principes du
droit international touchant les relations amicales et la
coopération entre les États conformément à la Charte
[2015] 1 R.C.F.
NAJAFI
c.
CANADA
55
Forcese argues that peoples using force to pursue selfdetermination should be considered to be engaged in an
internal armed conflict as part of an armed force and
thus protected by combatant’s privilege (or combatant
immunity) under international law, in light of Article 1(4)
of Additional Protocol I.
des Nations Unies ». Le professeur Forcese soutient que
les peuples qui recourent à la force dans l’exercice de
leur droit à disposer d’eux-mêmes devraient être considérés comme se livrant à un conflit armé interne en tant
qu’élément d’une force armée et qu’ils devraient donc
être protégés par le privilège du combattant (ou immunité du combattant) en vertu du droit international,
compte tenu de l’Article 1(4) du Protocole additionnel I.
[55] The other expert, Professor René Provost, argues
that “the right of peoples to self-determination is now
well entrenched in treaty and customary public international law” and that this right provides, in exceptional
circumstances, a legal right to use of force to bring about
“external” self-determination (i.e. to create their own
state) where the people is being denied the right of selfdetermination within the state. Professor Provost also
suggests that combatant immunity would apply to such
individuals and prevent the imposition of criminal sanction against those who participate in an armed struggle
in pursuit of self-determination in such circumstances.
He submits that a third state which surrendered an individual to be punished for participation in such an armed
struggle would also be violating international law.
[55] L’autre expert, le professeur René Provost,
soutient que [traduction] « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est maintenant bien consacré par les
traités et en droit international public coutumier »,
ajoutant que ce droit comporte, dans des circonstances
exceptionnelles, le droit légitime de recourir à la force
pour parvenir à l’autonomie « externe » (c.-à-d. le droit
de créer son propre État) lorsqu’un peuple se voit refuser
ce droit à l’autonomie au sein d’un État. Le professeur
Provost affirme également que l’immunité du combattant s’appliquerait à de telles personnes et empêcherait
d’imposer des sanctions criminelles à ceux qui participent à une lutte armée en vue d’atteindre l’autonomie
en pareilles circonstances. Il affirme que l’État tiers
qui livrerait un individu pour qu’il soit puni pour sa
participation à une lutte armée de cette nature violerait
également le droit international.
[56] Assessment of Mr. Najafi’s international lawbased argument requires consideration of the following
issues: first, what standard of review is applicable to
this portion of the Division’s decision; second, did the
Division commit a reviewable error in failing to consider
international law; and, finally, if so, does international
law mandate the interpretation Mr. Najafi advances,
namely, that one must exclude from paragraph 34(1)(b)
of the IRPA those organizations who legitimately use
force in support of a right of self-determination?
[56] Pour apprécier l’argument de M. Najafi fondé sur
le droit international, il faut examiner les questions
suivantes : premièrement, quelle est la norme de contrôle
applicable à cet aspect de la décision de la SPR; deuxièmement, la SPR a-t-elle commis une erreur justifiant
l’infirmation de sa décision en ne tenant pas compte du
droit international; et, enfin, dans l’affirmative, le droit
international exige-t-il que l’on retienne l’interprétation
proposée par M. Najafi, en l’occurrence, qu’il y a lieu
d’exclure de la portée de l’alinéa 34(1)b) de la LIPR les
organisations qui recourent légitimement à la force pour
faire valoir leur droit à l’autonomie?
B. Standard of Review
[57] In terms of the standard of review, there is a long
line of authority which provides that the reasonableness
standard is applicable to a decision that an organization
falls within paragraph 34(1)(a),(b), or (c) of the IRPA as
such determinations involve matters of mixed fact and
B. Norme de contrôle
[57] En ce qui concerne la norme de contrôle, il est
de jurisprudence constante que c’est la norme de la décision raisonnable qui s’applique à une décision portant
qu’un organisme relève des alinéas 34(1)a), b), ou c) de
la LIPR, étant donné que ces décisions comportent des
56
NAJAFI
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
law (Eyakwe, at paragraph 20; Faridi v. Canada
(Citizenship and Immigration), 2008 FC 761, at paragraph 16; Naeem v. Canada (Minister of Citizenship and
Immigration), 2007 FC 123, [2007] 4 F.C.R. 658, at
paragraph 40; Jalil v. Canada (Minister of Citizenship
and Immigration), 2006 FC 246, [2006] 4 F.C.R. 471, at
paragraph 19; Kanendra v. Canada (Minister of
Citizenship and Immigration), 2005 FC 923, 47 Imm.
L.R. (3d) 265 (Kanendra), at paragraph 12; Hussain v.
Canada (Minister of Citizenship and Immigration), 2004
FC 1196, at paragraph 13). The applicant submits that
this long line of authority should not be applied in this
case as his argument raises a pure question of law and
legal issues are subject to review on the correctness
standard. He relies on the decision in Kastrati v. Canada
(Citizenship and Immigration), 2008 FC 1141 (Kastrati)
in support of the proposition that legal determinations
are reviewable on the correctness standard.
questions mixtes de fait et de droit (Eyakwe, au paragraphe 20; Faridi c. Canada (Citoyenneté et Immigration),
2008 CF 761, au paragraphe 16; Naeem c. Canada
(Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration),
2007 CF 123, [2007] 4 R.C.F. 658, au paragraphe 40;
Jalil c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration), 2006 CF 246, [2006] 4 R.C.F. 471, au
paragraphe 19; Kanendra c. Canada (Ministre de la
Citoyenneté et de l’Immigration), 2005 CF 923
(Kanendra), au paragraphe 12; Hussain c. Canada
(Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration), 2004
CF 1196, au paragraphe 13). Le demandeur affirme que
cette jurisprudence constante ne s’applique pas dans son
cas, étant donné que l’argument qu’il invoque soulève
une pure question de droit et que les questions de droit
sont assujetties à la norme de contrôle de la décision
correcte. Il invoque le jugement Kastrati c. Canada
(Citoyenneté et Immigration), 2008 CF 1141 (Kastrati),
à l’appui de la proposition que les conclusions de droit
sont assujetties à la norme de la décision correcte.
[58] Kastrati, however, has been overruled by several
recent cases from the Supreme Court of Canada, which
have followed Dunsmuir. In Dunsmuir, the Court indicated that typically a tribunal’s interpretation of its
constituent statute falls within the scope of the tribunal’s
expertise and thus should normally be afforded deference. In the words of Justices LeBel and Bastarache,
writing for the majority, “[d]eference will usually result
where a tribunal is interpreting its own statute or statutes
closely connected to its function, with which it will have
particular familiarity” (at paragraph 54). The Supreme
Court has reconfirmed this in several subsequent cases,
underscoring that the reasonableness standard normally
should be applied to a tribunal’s interpretation of its
home statute, except when the question is one of general
importance for the legal system as a whole, raises constitutional issues (with the exception for discretionary
administrative decisions noted above in Doré), or, possibly, involves a question as to the tribunal’s jurisdiction
or a so-called “true questions of vires” (Dunsmuir, at
paragraphs 57–59; see also Whatcott, at paragraph 167;
Alberta (Information and Privacy Commissioner) v.
Alberta Teachers’ Association, 2011 SCC 61, [2011] 3
S.C.R. 654, at paragraph 30; Canada (Canadian Human
Rights Commission) v. Canada (Attorney General), 2011
SCC 53, [2011] 3 S.C.R. 471, at paragraph 16; Smith
[58] Toutefois, dans la foulée de l’arrêt Dunsmuir
plusieurs arrêts récents de la Cour suprême du Canada
n’ont pas retenu la position adoptée dans le jugement
Kastrati. Dans l’arrêt Dunsmuir, la Cour a expliqué
que, normalement, l’interprétation qu’un tribunal administratif fait de sa loi constitutive relève du champ de
compétence de ce tribunal et commande habituellement
la déférence. Pour reprendre les mots employés par les
juges LeBel et Bastarache, qui écrivaient au nom de la
majorité, « [l]orsqu’un tribunal administratif interprète
sa propre loi constitutive ou une loi étroitement liée à
son mandat et dont il a une connaissance approfondie,
la déférence est habituellement de mise » (au paragraphe 54). La Cour suprême a reconfirmé cet énoncé
dans plusieurs arrêts subséquents en soulignant que c’est
normalement la norme de la décision raisonnable qui
s’applique à l’interprétation qu’un tribunal administratif
fait de sa propre loi constitutive, sauf lorsque la question
revêt une importance capitale pour le système juridique
dans son ensemble, soulève des questions constitutionnelles (à l’exception des décisions administratives
discrétionnaires dont il est question dans l’arrêt Doré),
ou porte possiblement sur une question relative à la
compétence du tribunal administratif ou sur une « question touchant véritablement la constitutionnalité »
(Dunsmuir, aux paragraphes 57, 58 et 59; voir également
[2015] 1 R.C.F.
NAJAFI
c.
CANADA
57
v. Alliance Pipeline Ltd., 2011 SCC 7, [2011] 1 S.C.R.
160, at paragraph 26; Celgene Corp. v. Canada (Attorney
General), 2011 SCC 1, [2011] 1 S.C.R. 3, at paragraph 34; Nolan v. Kerry (Canada) Inc., 2009 SCC 39,
[2009] 2 S.C.R. 678, at paragraph 34). Dunsmuir also
indicates that where the previous case law “has already
determined in a satisfactory manner” the standard applicable to a particular question, that standard should
be applied in subsequent cases without the necessity of
resorting to a detailed standard of review analysis (at
paragraph 62).
les arrêts Whatcott, au paragraphe 167; Alberta
(Information and Privacy Commissioner) c. Alberta
Teachers’ Association, 2011 CSC 61, [2011] 3 R.C.S.
654, au paragraphe 30; Canada (Commission canadienne des droits de la personne) c. Canada (Procureur
général), 2011 CSC 53, [2011] 3 R.C.S. 471, au paragraphe 16; Smith c. Alliance Pipeline Ltd., 2011 CSC 7,
[2011] 1 R.C.S. 160, au paragraphe 26; Celgene Corp.
c. Canada (Procureur général), 2011 CSC 1, [2011]
1 R.C.S. 3, au paragraphe 34; et Nolan c. Kerry
(Canada) Inc., 2009 CSC 39, [2009] 2 R.C.S. 678, au
paragraphe 34). Suivant l’arrêt Dunsmuir, si la jurisprudence « établit déjà de manière satisfaisante » le degré
de déférence correspondant à une catégorie de questions
en particulier, cette norme devrait s’appliquer dans les
affaires subséquentes sans qu’il y ait lieu de procéder à
une analyse plus poussée de la norme de contrôle (au
paragraphe 62).
[59] Here, the Division was called upon to determine
if the KDPI had engaged in the “subversion by force of
any government”, within the meaning of paragraph
34(1)(b) of the IRPA. This inquiry involves a factual
component—regarding what the KDPI did and stood
for—and a legal component—regarding the meaning
that should be given to “subversion by force”. The long
line of authority referred to above indicates that these
two inquires are not to be uncoupled from each other to
determine the standard of review and that a single
standard—that of reasonableness—is applicable. In
addition, the legal component of the question involves
interpretation of the IRPA, the Division’s constituent
statute and a matter in respect of which the Division
possesses considerable expertise. The recent decisions
from the Supreme Court of Canada, discussed above,
indicate that the reasonableness standard should be applied to review this sort of legal determination.
[59] En l’espèce, la SPR était appelée à déterminer si
le KDPI était l’instigateur ou l’auteur d’actes « visant au
renversement d’un gouvernement par la force » au sens
de l’alinéa 34(1)b) de la LIPR. Cette analyse comporte
un volet factuel — concernant les actes accomplis par
le KDPI et les idées qu’il défendait — ainsi qu’un volet
juridique — concernant le sens à accorder à l’expression
« renversement par la force ». Il ressort de la jurisprudence constante susmentionnée que ces deux volets ne
doivent pas être dissociés l’un de l’autre lorsqu’il s’agit
d’arrêter la norme de contrôle applicable et qu’une seule
norme, en l’occurrence celle de la décision raisonnable,
s’applique. Par ailleurs, le volet juridique de la question
suppose que l’on interprète la LIPR, qui est la loi constitutive de la SPR et qui constitue une question sur
laquelle la SPR possède une expertise considérable. Il
ressort des arrêts récents de la Cour suprême dont nous
avons déjà fait état que c’est la norme de la décision
correcte qui s’applique à ce genre de conclusion de droit.
[60] The standard of review issue in respect of this
portion of the Division’s decision is very similar to the
issue recently canvassed by the Federal Court of Appeal
in B010 v. Canada (Citizenship and Immigration), 2013
FCA 87, [2014] 4 F.C.R.326. There, the Court was
called upon to review the decision of the Division, interpreting the anti-smuggling provisions contained in
paragraph 37(1)(b) of the IRPA. Justice Dawson, writing
[60] La question de la norme de contrôle applicable
à ce volet de la décision de la SPR s’apparente sensiblement à la question que la Cour d’appel fédérale a
récemment examinée dans l’affaire B010 c. Canada
(Citoyenneté et Immigration), 2013 CAF 87, [2014] 4
R.C.F. 326. Dans cette affaire, la Cour était appelée à
examiner une décision de la SPR portant sur l’interprétation des dispositions interdisant le passage de
58
NAJAFI
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
for the Court, determined that the reasonableness standard applied in light of recent guidance from the
Supreme Court of Canada and in light of the fact that
the Division was interpreting provisions in the IRPA,
as opposed to the international treaties on a related issue.
Likewise, here, the Division was called upon to interpret
the IRPA and did not interpret international law, as it
found it unnecessary to do so as is more fully discussed below.
clandestins figurant à l’alinéa 37(1)b) de la LIPR. La
juge Dawson, qui s’exprimait au nom de la Cour, a estimé que c’était la norme de la décision raisonnable qui
s’appliquait, compte tenu des balises récentes données
par la Cour suprême du Canada et du fait que la SPR
interprétait des dispositions de la LIPR et non des traités
internationaux portant sur une question connexe. Dans
le même ordre d’idées, dans le cas qui nous occupe, la
SPR était appelée à interpréter la LIPR et elle n’a pas
interprété le droit international, étant donné qu’elle a
estimé qu’il n’était pas nécessaire de le faire, ainsi que
nous le verrons plus en détail plus loin.
[61] Thus, the reasonableness standard is to be applied to review the Division’s determination that the
KDPI had engaged in subversion by force of the governments of the Shah and Islamic Republic in Iran. I would
note, however, that nothing in this case turns on the
selection of the standard of review as the Division’s
determination that the KDPI falls within the scope of
paragraph 34(1)(b) of the IRPA is both reasonable and,
in my view, correct.
[61] C’est donc la norme de la décision raisonnable
qui s’applique au contrôle de la conclusion de la SPR
suivant laquelle le KDPI a accompli des actes visant au
renversement par la force des gouvernements du Shah
et de la République islamique en Iran. Je tiens toutefois
à signaler que le choix de la norme de contrôle n’a
aucune incidence en l’espèce étant donné que la conclusion de la SPR que le KDPI tombe sous le coup de
l’alinéa 34(1)b) de la LIPR était à la fois raisonnable et,
à mon avis, bien fondée.
C. The Division’s Decision
[62] Having settled the issue of the standard of review
applicable to the Division’s determination on this point,
it is useful to briefly set out the Division’s reasoning. In
this regard, it commenced by reviewing several cases
from this Court and the Federal Court of Appeal, which
define subversion and indicate “that paragraph 34(1)(b)
[of the IRPA] applies no matter what type of government
is involved, and that Parliament intended it to have this
broad sweep” (decision, at paragraph 30). Based on this
case law, the Division held that, “subversion by force of
a government specifically involves using force with the
goal of overthrowing [the] government, either in some
part of its territory or in the entire country” (decision, at
paragraph 32). It continued, that it was “satisfied that
‘any government’ includes even a despotic regime [and
that] the government’s actions, however oppressive they
may be, are not relevant to this analysis” (decision, at
paragraph 32). The Division then moved on to consider
Mr. Najafi’s argument based on international law and
rejected it, holding that previous jurisprudence of this
Court, including notably the decisions in Suleyman and
C. Décision de la SPR
[62] Ayant réglé la question de la norme de contrôle
applicable à la conclusion tirée par la SPR sur la question susmentionnée, il est utile d’exposer brièvement le
raisonnement suivi par la SPR. La SPR a commencé par
passer en revue plusieurs décisions de notre Cour et de
la Cour d’appel fédérale qui définissent la notion de
« renversement » et suivant lesquelles « l’alinéa 34(1)b)
[de la LIPR] s’appliqu[e] peu importe le genre de gouvernement en cause et […] le législateur avait l’intention
de donner à la disposition une large portée » (décision,
au paragraphe 30). Se fondant sur cette jurisprudence, la
SPR a estimé que « la subversion par la force d’un
gouvernement implique précisément le recours à la force
dans le but de renverser ce gouvernement, que ce soit
dans certaines parties de son territoire ou dans le pays
en entier » (décision, au paragraphe 32). Elle a poursuivi
en affirmant qu’elle était convaincue que l’expression
« un gouvernement » « comprend même un régime
despotique [et que] les mesures prises par le gouvernement, qu’elles soient oppressives ou non, ne sont pas
pertinentes dans le cadre de la présente analyse »
[2015] 1 R.C.F.
NAJAFI
c.
59
CANADA
Maleki, must necessarily result in the rejection of the
argument. The Division noted on this point (at paragraph 33):
(décision, au paragraphe 32). La SPR a ensuite examiné
l’argument de M. Najafi fondé sur le droit international;
elle l’a rejeté, estimant que la jurisprudence de notre
Cour, notamment les jugements Suleyman et Maleki,
exigeait nécessairement qu’on l’écarte. La SPR a fait
observer ce qui suit à ce propos (au paragraphe 33) :
The Federal Court’s repeated finding that ‘subversion by force
of any government’ applies regardless of the kind of regime
subverted indicates that an analysis of the legitimacy or legality of an organization’s armed struggle is not called for in the
context of an admissibility hearing— although presumably it
may be very relevant to an application pursuant to IRPA 34(2).
La conclusion répétée de la Cour fédérale voulant que « le
renversement d’un gouvernement par la force » s’applique
peu importe le genre de régime renversé démontre qu’une
analyse de la légitimité ou de la légalité d’une lutte armée
d’une organisation n’est pas nécessaire dans le contexte d’une
enquête – bien qu’elle soit sans doute très pertinente dans le
cadre d’une demande au titre du paragraphe 34(2) de la LIPR.
The Division therefore rejected Mr. Najafi’s argument
based on international law.
La SPR a par conséquent rejeté l’argument de M. Najafi
fondé sur le droit international.
D. Analysis
D. Analyse
[63] The foregoing analysis offered by the Division,
in my view, is both reasonable and, indeed, correct. The
hallmarks of a reasonable decision are that it must be
transparent, intelligible and justifiable and that the result
reached must fall within the range of results that are
acceptable in light of the facts and applicable law
(Dunsmuir, at paragraph 47). Here, the Division’s decision on this aspect of Mr. Najafi’s claim meets the first
of these criteria as the reasons offered are understandable, logical and sufficient to support the conclusions
reached. The second criterion is also met because the
result reached is certainly a possible one in light of the
wording contained in subsection 34(1) of the IRPA and
the case law interpreting that provision. Indeed, as indicated, the result reached is also correct.
[63] L’analyse proposée par la SPR est, à mon avis,
raisonnable et, de fait, juste. Le caractère raisonnable
d’une décision tient à sa justification, sa transparence et
son intelligibilité, et le résultat proposé doit faire partie
des issues possibles acceptables pouvant se justifier au
regard des faits et du droit (Dunsmuir, au paragraphe 47). Dans le cas qui nous occupe, la décision rendue
par la SPR sur cet aspect de la demande de M. Najafi
répond au premier de ces critères, étant donné que les
motifs proposés sont compréhensibles, logiques et suffisants pour appuyer la conclusion tirée. Le second
critère a également été respecté, étant donné que la solution retenue était certainement une des issues possibles,
vu le libellé du paragraphe 34(1) de la LIPR et la jurisprudence portant sur l’interprétation de cette disposition.
D’ailleurs, comme je l’ai déjà affirmé, la solution retenue par la SPR est en outre correcte.
[64] In terms of the Act, paragraph 34(1)(b) must be
contrasted with the preceding paragraph. At all times
relevant to this application, the two provided:
[64] En ce qui concerne la Loi, l’alinéa 34(1)b) doit
être mis en contraste avec l’alinéa qui le précède.
Pendant toute la période visée par la présente demande,
ces deux dispositions étaient ainsi libellées :
Security
34. (1) A permanent resident or a foreign national is inadmissible on security grounds for
34. (1) Emportent interdiction de territoire
pour raison de sécurité les faits suivants :
(a) engaging in an act of espionage or an act of
subversion against a democratic government,
a) être l’auteur d’actes d’espionnage ou se
livrer à la subversion contre toute institution
Sécurité
60
NAJAFI
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
institution or process as they are understood
in Canada;
démocratique, au sens où cette expression
s’entend au Canada;
(b) engaging in or instigating the subversion
by force of any government;
b) être l’instigateur ou l’auteur d’actes visant
au renversement d’un gouvernement par la
force;
[65] Given the difference in wording between the two
paragraphs, it is clear that Parliament intended that different criteria apply when force is used to subvert a
government. When force is present, paragraph 34(1)(b)
of the IRPA stipulates that exclusion will follow if the
individual or the organization he or she is a member of
uses force to subvert “any” government. In contrast, if
force is not present, exclusion will follow only if the
government subverted is a democratic one. Parliament
therefore clearly intended that paragraph 34(1)(b) of the
Act should be given broad sweep to include all sorts of
regimes, including those that are non-democratic.2
[65] Compte tenu de la différence de libellé entre ces
deux alinéas, il est évident que le législateur souhaitait que des critères différents s’appliquent en cas de
recours à la force en vue de renverser un gouvernement.
L’alinéa 34(1)b) de la LIPR précise que le fait pour
l’individu ou l’organisation dont il est membre de recourir à la force pour renverser « un » gouvernement
emporte interdiction de territoire pour cet individu. En
revanche, s’il n’y a pas recours à la force, il n’y a interdiction de territoire que si le gouvernement qui a été
renversé était un régime démocratique. Le législateur a
par conséquent clairement exprimé sa volonté de donner
une vaste portée à l’alinéa 34(1)b) de la Loi de manière
à ce qu’il englobe tout type de régime, y compris ceux
qui ne sont pas démocratiques2.
[66] As the respondent convincingly argues, such intention is evident from the House of Commons debates
and the testimony before the Standing Committee on
Citizenship and Immigration, when these provisions
were discussed. The applicant does not contest the appropriateness of having regard to debates in the House
of Commons and Committee testimony in interpreting
subsection 34(1) and the Supreme Court of Canada has
recognized the validity of looking to legislative history
in statutory interpretation cases for background as to the
purpose of legislation (Rizzo & Rizzo Shoes Ltd. (Re),
[1998] 1 S.C.R. 27, at paragraph 35). As such, the legislative history of section 34 can provide helpful context
as to its purpose and scope.
[66] Ainsi que le défendeur le soutient avec conviction, cette volonté du législateur ressort à l’évidence des
débats de la Chambre des communes et des témoignages
entendus devant le Comité permanent de la citoyenneté
et de l’immigration au moment où ces dispositions ont
été débattues. Le demandeur ne conteste pas la pertinence de tenir compte des débats de la Chambre des
communes et des témoignages donnés devant le Comité
pour interpréter le paragraphe 34(1). D’ailleurs, la Cour
suprême du Canada a reconnu la pertinence de l’examen
de l’historique législatif en matière d’interprétation des
lois pour connaître le contexte et l’objet d’un texte législatif (Rizzo & Rizzo Shoes Ltd. (Re), [1998] 1 R.C.S. 27,
au paragraphe 35). L’historique législatif de l’article 34 peut par conséquent aider à déterminer son objet
et sa portée.
[67] On May 15, 2001, at the Standing Committee
on Citizenship and Immigration, a Bloc Québécois (BQ)
member sought to secure an amendment to paragraph
[67] Le 15 mai 2001, à l’occasion d’une séance du
Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration,
une députée du Bloc Québécois (le Bloc) a tenté
The text of the IRPA reproduced above reflects the wording of
the law when this proceeding was initiated. On June 19, 2013, section
34 of the IRPA was amended to merely renumber the relevant
provisions.
2
2
Le libellé de la LIPR reproduit ci-dessus correspond à la version
de la Loi qui était en vigueur au moment où la présente instance a été
introduite. Le 19 juin 2013, l’article 34 de la LIPR a été modifié, simplement pour renuméroter les dispositions pertinentes.
[2015] 1 R.C.F.
NAJAFI
c.
CANADA
61
34(1)(b) of the Act by replacing the words “any government” with “democratically elected government”,
arguing that “people who want to overthrow a dictatorship should sometimes be thanked” (Standing Committee
on Citizenship and Immigration, Evidence [No. 25,
1st Sess., 37th Parl.] (May 15, 2001): Motion by
Ms. Madeleine Dalphond-Guiral). In reply, government
members of the Committee and departmental experts
indicated that paragraph 34(1)(b) was deliberately intended to have a broad sweep and to render inadmissible
those who engage in violence against any type of government. They noted that the desirability of nonetheless
allowing such individuals admission to Canada would
be decided through the exercise of ministerial discretion
under subsection 34(2) in appropriate cases (Standing
Committee on Citizenship and Immigration, Evidence
(15 May 2001): Responses to motion of Ms. DalphondGuiral by Mr. Steve Mahoney, Ms. Elizabeth Tromp and
Mr. Daniel Therrien). During the House of Commons
debate at third reading, the BQ member noted that if
paragraph 34(1)(b) had been in force 40 years ago,
Nelson Mandela would have been determined inadmissible as a member of an organization that sought to
subvert the South African government because it had
on occasion utilized force to accomplish this end (House
of Commons Debates, Vol. 137, 37th Parl., 1st Sess.,
No. 78 (13 June 2001), at page 5099 (Madeleine
Dalphond-Guiral)).
d’obtenir un amendement à l’alinéa 34(1)b) de la
Loi consistant à ajouter les mots « démocratiquement
élu » aux mots « un gouvernement », en faisant valoir
que « quelqu’un qui veut renverser une dictature devrait parfois être remercié » (Comité permanent de la
citoyenneté et de l’immigration, Témoignages [no 25,
1re sess., 37e lég.] (15 mai 2001), motion présentée
par Mme Madeleine Dalphond-Guiral). En réponse, des
représentants du gouvernement qui faisaient partie du
Comité et des experts ministériels ont expliqué que
l’alinéa 34(1)b) avait été délibérément libellé de manière
à ce qu’il ait une vaste portée et à frapper d’interdiction
de territoire ceux qui se livrent à des actes de violence
contre tout type de gouvernement. Ils ont fait observer
qu’il revient au ministre de décider dans l’exercice du
pouvoir discrétionnaire que lui confère le paragraphe
34(2) s’il y a néanmoins lieu d’admettre ces individus
(Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration, Témoignages (15 mai 2001) : réponse de M. Steve
Mahoney, Mme Elizabeth Tromp et M. Daniel Therrien
à la motion de Mme Dalphond-Guiral). Au cours des
débats de la Chambre des communes, à l’étape de la
troisième lecture, la députée du Bloc a fait valoir que, si
l’alinéa 34(1)b) de la Loi avait été en vigueur il y a
40 ans, Nelson Mandela aurait été déclaré interdit de
territoire en tant que membre d’une organisation visant
au renversement du gouvernement sud-africain, parce
que cette organisation avait à l’occasion recouru à la
force pour parvenir à ses fins (Débats de la Chambre
des communes, vol. 137, 37e Lég., 1re sess., no 78 (13 juin
2001), à la p. 5099 (Madeleine Dalphond-Guiral)).
[68] In light of the debates, it is clear that Parliament
was very much alive to the arguments like those advanced by Mr. Najafi when it enacted paragraph 34(1)(b)
of the IRPA. The legislator therefore must be taken to
have chosen to render individuals inadmissible in the
first instance if, amongst other things, they or their organizations engaged in the use of force to subvert any
government. This includes despotic or oppressive regimes and even regimes that engaged in widespread
human rights abuses, like the former government in
South Africa. Someone like Nelson Mandela would be
entitled to favourable consideration under subsection
34(2) of the IRPA but not under subsection 34(1). Thus,
it is clear that Parliament intended that the balancing of
the soundness of motive for the use of force be a matter
[68] À la lumière des débats, il est évident que,
lorsqu’il a adopté l’alinéa 34(1)b) de la LIPR, le législateur était parfaitement au fait d’arguments s’accordant
avec le point de vue de M. Najafi. Il y a donc lieu de
présumer que le législateur a choisi d’interdire de territoire à la première étape l’individu qui, entre autres
choses, a eu recours à la force pour renverser un gouvernement ou qui fait partie d’une organisation qui l’a fait.
Sont visés par ces dispositions les régimes despotiques
ou oppressifs et même les régimes se livrant à des violations systématiques des droits de la personne, comme
l’ancien gouvernement de l’Afrique du Sud. Ainsi, un
examen en vertu du paragraphe 34(2) de la LIPR serait
favorable à une personne comme Nelson Mandela, mais
non celui effectué en vertu du paragraphe 34(1). Il est
62
NAJAFI
v.
[2015] 1 F.C.R.
CANADA
for consideration by the Minister under subsection 34(2)
of the IRPA and not for the Division under subsection 34(1).
donc évident que le législateur souhaitait que l’examen
de la légitimité du recours à la force relève du ministre
sous le régime du paragraphe 34(2) de la LIPR et non de
la SPR sous le régime du paragraphe 34(1).
[69] The case law supports this interpretation. As
Justice Mactavish noted in Suleyman, paragraph 34(1)(b)
of the IRPA “proscrib[es] those who have engaged in the
subversion ‘by force of any government’ … regardless
of the kind of government which is the target of the
subversion” (at paragraph 60). She thus rejected the
applicant’s claim that he ought not have been excluded
because the Kurdistan Workers Party was entitled to use
force as a last resort against the claimed tyranny of
the regime in Turkey and its alleged mistreatment of
the Kurdish people. As was noted by Justice Mactavish,
a similar conclusion was reached by Justice Strayer
in Oremade v. Canada (Minister of Citizenship and
Immigration), 2006 FC 1189.
[69] La jurisprudence appuie cette interprétation.
Ainsi que la juge Mactavish l’a fait observer dans l’arrêt
Suleyman, l’alinéa 34(1)b) de la LIPR interdit « les actes
visant “le renversement d’un gouvernement par la force”, peu importe le genre de gouvernement en cause »
(au paragraphe 60). Elle a par conséquent rejeté l’argument du demandeur suivant lequel il n’aurait pas dû être
interdit de territoire étant donné que le Parti des travailleurs du Kurdistan avait le droit d’utiliser en dernier
recours la force contre la présumée tyrannie du régime
turc et des présumés sévices infligés au peuple kurde.
Comme la juge Mactavish l’a signalé, le juge Strayer est
arrivé à une conclusion semblable dans le jugement
Oremade c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de
l’Immigration), 2006 CF 1189.
[70] In my view, there was no need for the Division
to resort to international law to consider whether this
well-settled interpretation of paragraph 34(1)(b) of the
IRPA ought to be discarded in the applicant’s case in
light of the clarity of the provisions in the IRPA. The
applicant is correct in noting that the common law presumes that Parliament and provincial legislatures intend
to act in accordance with international law and, most
particularly, with Canada’s international law obligations (R. v. Hape, 2007 SCC 26, [2007] 2 S.C.R. 292,
at paragraph 53; Daniels v. White and The Queen, [1968]
S.C.R. 517 (Daniels), at page 541). Indeed, this presumption is enshrined in paragraph 3(3)(f) of the IRPA,
which provides:
[70] À mon avis, il n’était pas nécessaire que la SPR
fasse appel au droit international pour déterminer si cette
interprétation constante de l’alinéa 34(1)b) de la LIPR
devrait être écartée dans le cas du demandeur, compte
tenu de la clarté des dispositions de la LIPR. Le demandeur a raison de faire observer que la common law
présume que le législateur fédéral et les législateurs
provinciaux entendent agir conformément au droit international et, plus particulièrement, conformément aux
obligations contractées par le Canada en droit international (R. c. Hape, 2007 CSC 26, [2007] 2 R.C.S. 292,
au paragraphe 53; Daniels v. White and The Queen,
[1968] R.C.S. 517 (Daniels), à la page 541). D’ailleurs,
cette présomption est consacrée à l’alinéa 3(3)f) de la
LIPR, qui dispose :
3. […]
3. …
Application
(3) This Act is to be construed and applied in a
manner that
(3) L’interprétation et la mise en œuvre de la
présente loi doivent avoir pour effet :
…
[…]
(f) complies with international human rights
instruments to which Canada is signatory.
f) de se conformer aux instruments internationaux portant sur les droits de l’homme dont
le Canada est signataire.
Interprétation
et mise en
œuvre
[2015] 1 R.C.F.
NAJAFI
c.
CANADA
63
[71] The presumption that a legislator intends that
legislation comply with international law, however,
cannot be used to override clear provisions of a statute,
which is what the applicant would seek to do in this
case. He argues that the words “any government” in
paragraph 34(1)(b) of the IRPA cannot actually mean
what they say, but, rather mean only some governments,
namely, those against whom the use of force is not authorized by international law. In so arguing, Mr. Najafi
seeks to have international law fulfill a function that it
cannot, namely to take precedence over clear legislative
language. In effect, Mr. Najafi argues that his interpretation of international law should be used in a fashion
similar to the Charter and render the unambiguous dispositions of the IRPA inoperative in his case.
[71] La présomption que le législateur entend que les
lois soient conformes au droit international ne doit toutefois pas être utilisée pour faire fi des dispositions
claires d’une loi, comme le demandeur tente de faire en
l’espèce. Le demandeur affirme en effet que les mots
« un gouvernement » à l’alinéa 34(1)b) de la LIPR ne
sauraient signifier ce qu’ils disent en fait, mais qu’ils
visent plutôt que seulement certains gouvernements, en
l’occurrence ceux contre lesquels le recours à la force
n’est pas autorisé par le droit international. Ce faisant,
M. Najafi cherche à faire jouer au droit international un
rôle qu’il ne peut jouer, c’est-à-dire avoir préséance sur
le texte clair d’une loi. De fait, M. Najafi soutient que
son interprétation du droit international devrait être
utilisée d’une façon analogue à la Charte, de façon à
rendre des dispositions pourtant non ambiguës de la
LIPR inopérantes dans son cas.
[72] International law does not function in this fashion
in my view as the presumption of compliance with international law is a rebuttable one and may be ousted by
clear wording in a statute (Németh v. Canada (Justice),
2010 SCC 56, [2010] 3 S.C.R. 281 (Németh), at paragraphs 34 and 35; Daniels, at page 541; Pfizer Canada
Inc. v. Canada (Attorney General), 2003 FCA 138,
[2003] 4 F.C. 95 (Pfizer), at paragraph 20). In Németh,
Justice Cromwell, writing for the Supreme Court of
Canada, stated to this effect (at paragraphs 34 and 35):
[72] Le droit international ne fonctionne pas de cette
manière étant donné que la présomption de conformité
au droit international est réfutable et peut être écartée
par un texte de loi clair (Németh c. Canada (Justice),
2010 CSC 56, [2010] 3 R.C.S. 281 (Németh), aux paragraphes 34 et 35; Daniels, à la page 541; Pfizer
Canada Inc. c. Canada (Procureur général),
2003 CAF 138, [2003] 4 C.F. 95 (Pfizer), au paragraphe
20). Dans l’arrêt Németh, le juge Cromwell, qui écrivait
au nom de la Cour suprême du Canada, déclare à cet
égard (aux paragraphes 34 et 35) :
I also accept, of course, that, where possible, statutes should
be interpreted in a way which makes their provisions consistent with Canada’s international treaty obligations and
principles of international law [… however,] [t]he presumption
that legislation implements Canada’s international obligations
is rebuttable.
Je reconnais aussi, bien sûr, que les lois doivent, autant que
possible, recevoir une interprétation compatible avec les obligations du Canada issues de traités internationaux et avec les
principes du droit international. [Toutefois], [l]a présomption
que la loi met en œuvre les obligations internationales du
Canada est réfutable.
Even more directly, in Pfizer, Justice Strayer indicated
(at paragraph 20):
De façon encore plus directe, dans l’arrêt Pfizer, le
juge Strayer affirme ce qui suit (au paragraphe 20) :
… I am of the view that there is no need to resort to these instruments in this case. I base this conclusion on the
long-established jurisprudence that while Parliament is presumed not to intend to legislate contrary to international
treaties or general principles of international law, this is only a
presumption: where the legislation is clear one need not and
should not look to international law.
[…] je suis d’avis qu’il n’est pas nécessaire, en l’espèce, de
recourir à ces instruments. Ma conclusion est étayée par la
jurisprudence bien établie selon laquelle on doit présumer que
le Parlement n’a pas l’intention de légiférer à l’encontre des
traités internationaux ou des principes du droit international,
mais cela n’est qu’une présomption : lorsque la législation est
claire, on n’a pas besoin, et on ne devrait pas, regarder le droit
international.
64
NAJAFI
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
[73] Thus, the Division did not err in declining to
consult international law to interpret paragraph 34(1)(b)
of the IRPA. It appropriately premised its decision regarding the meaning to be given to “subversion by
force” on settled jurisprudence, which leads to the
conclusion that the KDPI is an organization that attempted to subvert the governments in Iran by force.
[73] Par conséquent, la SPR n’a pas commis d’erreur en refusant de recourir au droit international pour
interpréter l’alinéa 34(1)b) de la LIPR. Elle a légitimement fait reposer sa décision quant au sens à accorder à
l’expression « renversement par la force » sur la jurisprudence établie, laquelle permet de conclure que le
KDPI est une organisation qui a tenté de renverser des
gouvernements iraniens par la force.
[74] In addition, even if the Division erred in not
giving further consideration to Mr. Najafi’s international
law argument, I do not find that he has established that
international law would require the interpretation of the
IRPA he advances. In this regard, it is far from certain
that international law recognizes a right to use force
in furtherance of self-determination in the manner
Mr. Najafi suggests.
[74] Par ailleurs, même si la SPR avait commis une
erreur en n’examinant pas davantage l’argument de
M. Najafi fondé sur le droit international, j’estime que
M. Najafi n’a pas démontré que le droit international
cautionne l’interprétation de la LIPR qu’il propose. À
cet égard, il est loin d’être certain que le droit international reconnaît le droit de recourir à la force pour
défendre le droit d’un peuple à disposer de lui-même de
la manière suggérée par M. Najafi.
[75] As a starting point, I note that there is no debate
that international law recognizes the right of peoples to
self-determination. As both parties submitted, this right
is contained in numerous international treaties and was
recognized by the Supreme Court of Canada in Reference
re Secession of Quebec, [1998] 2 S.C.R. 217. Nor is the
question of whether this right must be exercised within
existing national boundaries or whether, in certain circumstances, unilateral secession may be pursued before
me. The only issue arising in the present case is whether
international law provides the right to use force in pursuit of self-determination.
[75] D’entrée de jeu, je tiens à signaler que nul ne
conteste que le droit international reconnaît le droit des
peuples à disposer d’eux-mêmes. Ainsi que les deux
parties l’ont fait valoir, ce droit est reconnu par divers
traités internationaux, et a été reconnu par la Cour suprême du Canada dans le Renvoi relatif à la cessation
du Québec, [1998] 2 R.C.S. 217. Les parties ne peuvent
par ailleurs débattre devant moi de la question de savoir
si ce droit doit être exercé en fonction des frontières
nationales existantes ou si, dans certaines circonstances,
une sécession unilatérale est possible. La seule question
qui se pose en l’espèce est celle de savoir si le droit international reconnaît le droit de recourir à la force pour
faire valoir le droit à l’autodétermination.
[76] In suggesting that international law does provide
this right, and as noted, both of the applicant’s international law experts relied on the concept of “combatant’s
privilege”. This principle emanates from Additional
Protocol I and provides that those participating in armed
conflict (that falls within the bounds of the Protocol and
Geneva Conventions) are immunized from the criminal
punishment that would normally apply to their actions.
Professor Forcese asserts that an individual participating
in an armed struggle in pursuit of self-determination
may be able to benefit from this criminal immunity if
certain criteria are met. Professor Provost states that
Canada would be in violation of its international
[76] Pour soutenir que le droit international ne reconnaît pas ce droit, comme nous l’avons signalé, les deux
experts en droits internationaux que le demandeur a fait
entendre se fondent sur le concept du « privilège du
combattant ». Selon ce principe qui découle du Protocole
additionnel I, ceux qui participent à des conflits armés
(visés par le Protocole et les Conventions de Genève)
sont immunisés contre les sanctions pénales qu’entraîneraient normalement leurs agissements. Le professeur
Forcese affirme que l’individu qui prend part à une lutte
armée dans le cadre de l’exercice du droit à l’autodétermination peut bénéficier de cette immunité pénale s’il
est satisfait à certains critères. Le professeur Provost
[2015] 1 R.C.F.
NAJAFI
c.
CANADA
65
obligations if it were to “give support to the unlawful
denial [of the right to self-determination] by [another]
state” (affidavit of René Provost, at paragraph 40).
affirme que le Canada violerait ses obligations internationales s’il devait [traduction] « donner son appui au
refus illégal [du droit à l’autodétermination] d’un autre
État » (affidavit de René Provost, au paragraphe 40).
[77] There are three central problems with the applicability of “combatant’s privilege” to the applicant.
First, even if one accepts that the interpretation of
combatant’s privilege asserted by Professor Forcese is
correct, the applicant would not meet one of the prerequisites identified by the professor in that he did not
“perform a continuous combat function” (affidavit of
Craig Forcese, at paragraph 43). Second, even if the
applicant were to be considered a combatant, which I
find unlikely, he would only be protected from criminal
sanction, not guaranteed refugee protection. Third, I do
not accept that in finding the applicant to be inadmissible
under subsection 34(1), Canada is “giving support to the
unlawful denial of the right to self-determination by
another state”, given the protections provided for in the
Act under section 25 and subsection 34(2). Thus, I do
not find the concept of combatant’s privilege to be of
assistance to the applicant.
[77] L’applicabilité du « privilège du combattant » au
demandeur pose trois problèmes cruciaux. En premier
lieu, même si l’on accepte que l’interprétation que le
professeur Forcese donne du privilège du combattant
revendiqué est correcte, le demandeur ne satisferait pas
à l’une des conditions préalables mentionnées par le
professeur, étant donné qu’il n’a pas [ traduction]
« exercé des fonctions de combattant de façon continue » (affidavit de Craig Forcese, au paragraphe 43).
Deuxièmement, même si le demandeur devait être
considéré comme un combattant — ce que j’estime peu
probable — il ne serait protégé que contre les sanctions
pénales et ne pourrait avoir l’assurance d’obtenir le droit
d’asile. Troisièmement, je n’accepte pas qu’en déclarant
le demandeur interdit de territoire par application du
paragraphe 34(1), le Canada [traduction] « donne son
appui au refus illégal [du droit à l’autodétermination]
d’un autre État », compte tenu des protections prévues
par la Loi à l’article 25 et au paragraphe 34(2). J’estime
donc que le concept du privilège du combattant n’est
d’aucune utilité pour le demandeur.
[78] Professor Provost constructs an additional argument based on the lack of explicit prohibition of the
use of force in pursuit of the right of self-determination
in international law. However, it is self-evident that a
lack of prohibition of the use of force is not the same as
a recognized and established positive right that should
inform Canadian domestic law. I would additionally
note that the applicability of such a norm to Canada,
even if it were clearly established, would be uncertain,
as, on at least one occasion, Canada has voted against
a United Nations General Assembly Resolution that
sought to more explicitly recognize the right of peoples to pursue self-determination (see U.N. General
Assembly Resolution A/RES/37/43, Importance of the
universal realization of the right of peoples to self-determination and of the speedy granting of independence
to colonial countries and peoples for the effective
guarantee and observance of human rights).
[78] Le professeur Provost avance un argument supplémentaire en se fondant sur l’absence d’interdiction
expresse au recours à la force pour exercer le droit à
l’autodétermination en droit international. Il va toutefois
de soi que l’absence d’interdiction au recours à la force
ne saurait être placée sur le même pied qu’un droit positif reconnu et établi en droit interne canadien. Je tiens
par ailleurs à signaler que l’applicabilité d’une pareille
norme au Canada, même si elle était clairement reconnue, serait incertaine, étant donné qu’à au moins une
reprise, le Canada a voté contre la résolution de l’assemblée générale des Nations Unies qui cherchait à faire
reconnaître de façon plus explicite le droit des peuples
à disposer d’eux-mêmes (voir résolution A/RES/37/43
de l’Assemblée générale de l’ONU sur [l’]Importance,
pour la garantie et l’observation effective des droits de
l’homme, de la réalisation universelle du droit des
peuples à l’autodétermination et de l’octroi rapide de
l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux).
66
NAJAFI
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
[79] Thus, even if the Division had erred in not
considering international law (which it did not), international law principles would not support Mr. Najafi’s
claim to exclude the KDPI from the purview of paragraph 34(1)(b) of the IRPA.
[79] Ainsi donc, même si la SPR avait commis une
erreur en ne tenant pas compte du droit international —
ce qui n’est pas le cas — , les principes du droit
international n’appuieraient pas la prétention de
M. Najafi selon laquelle le KDPI serait exclu du champ
d’application de l’alinéa 34(1)b) de la LIPR.
[80] For these reasons, the Division did not commit a
reviewable error in finding that the KDPI was an organization that had engaged in subversion by force of the
governments in Iran and therefore falls within the scope
of paragraph 34(1)(b) of the IRPA.
[80] Pour ces motifs, j’estime que la SPR n’a pas
commis d’erreur justifiant l’infirmation de sa décision
en concluant que le KDPI est une organisation qui a été
l’instigatrice ou l’auteure d’actes visant au renversement par la force des gouvernements iraniens et qu’elle
tombe par conséquent sous le coup de l’alinéa 34(1)b)
de la LIPR.
IV. The Interpretation of Membership
IV. Interprétation de la notion de « membre »
[81] Mr. Najafi finally argues that the Division made
an unreasonable determination in finding him to be a
member of the KDPI, given the fact that he was never
actually a formal member of the organization and only
performed a limited number of activities on its behalf.
He testified that while in Iran, he collected medicines
and monies for the KDPI and, on a few occasions, delivered pamphlets on its behalf and that while in Canada
participated in social and cultural activities. He asserts
that this type of activity is so minimal that the Division’s
membership determination must be set aside. However,
he mistakenly identified himself as a member of the
KDPI during interviews with immigration authorities,
thus demonstrating that he at one point believed he was
a formal member of the Party. He does not deny supporting its goals and aims, but indicates that he does not
support the use of force in pursuit of them.
[81] M. Najafi soutient en dernier lieu que la conclusion de la SPR selon laquelle il était membre du KDPI
est déraisonnable, compte tenu du fait qu’il n’avait jamais adhéré de façon officielle à cet organisme et qu’il
n’avait accompli qu’un nombre limité d’activités pour
le compte de cette organisation. Il a expliqué qu’alors
qu’il était en Iran, il recueillait des médicaments et des
sommes d’argent pour le KDPI et qu’à quelques reprises
il avait distribué des tracts en son nom, ajoutant que,
depuis son arrivée au Canada, il n’a pris part qu’à des
activités sociales et culturelles. Il affirme que ces activités sont à ce point minimes que la conclusion suivant
laquelle il est membre de la SPR ne saurait être maintenue. Il s’est toutefois identifié par erreur comme un
membre du KDPI lors de ses entrevues avec les autorités
de l’immigration, ce qui démontre qu’il a cru à un certain moment qu’il était un membre en règle du parti. Il
ne nie pas qu’il appuie les objectifs et les visées du
KDPI, mais ajoute qu’il n’est pas en faveur du recours
à la force pour parvenir aux fins en question.
[82] There is no dispute that the standard of review
applicable to the Division’s membership determination
is reasonableness (see e.g. Poshteh v. Canada (Minister
of Citizenship and Immigration), 2005 FCA 85, [2005]
3 F.C.R. 487 (Poshteh), at paragraphs 21–24; Ismeal v.
Canada (Public Safety and Emergency Preparedness),
2010 FC 198 (Ismeal), at paragraph 15; Qureshi v.
Canada (Citizenship and Immigration), 2009 FC 7, 78
[82] Il est de jurisprudence constante que la norme de
contrôle applicable aux décisions rendues par la SPR
quant à la question de savoir si un individu est membre
d’un groupe est celle de la décision raisonnable (voir,
par ex, les décisions Poshteh c. Canada (Ministre de
la Citoyenneté et de l’Immigration), 2005 CAF 85,
[2005] 3 R.C.F. 487 (Poshteh), aux paragraphes 21 à 24;
Ismeal c. Canada (Sécurité publique et Protection
[2015] 1 R.C.F.
NAJAFI
c.
CANADA
67
Imm. L.R. (3d) 8 (Qhreshi), at paragraph 16; Kanendra,
at paragraph 12). In my view, the Division’s membership
determination was a reasonable one in light of the case
law interpreting what types of actions may give rise to
a membership finding and in light of the activities in
which Mr. Najafi engaged.
civile), 2010 CF 198 (Ismeal), au paragraphe 15;
Qureshi c. Canada (Citoyenneté et Immigration),
2009 CF 7 (Qureshi), au paragraphe 16; Kanendra, au
paragraphe 12). À mon avis, la conclusion tirée par la
SPR au sujet de l’appartenance du demandeur au KDPI
était raisonnable compte tenu de la jurisprudence portant
sur le type d’agissements susceptibles de justifier une
conclusion en ce sens et compte tenu des activités auxquelles M. Najafi s’est livré.
[83] Two main propositions from the jurisprudence are
relevant here. First, the Division is to be granted considerable deference in terms of its membership finding, as
is evidenced by the applicable reasonableness standard
of review. Second, the concept of membership has been
given a broad interpretation so that various levels and
degrees of involvement falling short of formal membership in an organization may give rise to a membership
determination under paragraph 34(1)(f) of the IRPA (see
Poshteh, at paragraphs 27 and 28; Ismeal, at paragraph
20; Qureshi , at paragraphs 19-25; Kanendra, at paragraphs 21–23; Chiau v. Canada (Minister of Citizenship
and Immigration), [2001] 2 F.C. 297 (C.A.), at paragraphs 56 and 57).
[83] Deux grands principes qui se dégagent de la jurisprudence sont pertinents dans le cas qui nous occupe. En
premier lieu, il faut faire preuve d’un degré élevé de
déférence à l’égard de la conclusion tirée par la SPR au
sujet de la question de savoir si le demandeur était
membre ou non du KDPI, ce qui concorde avec la norme
de contrôle de la décision raisonnable applicable. En
second lieu, le concept de « membre » a fait l’objet
d’une interprétation large, de sorte que divers degrés et
niveaux d’implication, qui ne permettent pas d’aller
jusqu’à dire que l’intéressé était un membre en règle de
l’organisation en question, peuvent justifier la conclusion qu’il en était membre au sens de l’alinéa 34(1)f) de
la LIPR (voir les décisions Poshteh, aux paragraphes 27
et 28; Ismeal, au paragraphe 20; Qureshi, aux paragraphes 19 à 25; Kanendra, aux paragraphes 21 à 23; et
Chiau c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de
l’Immigration), [2001] 2 C.F. 297 (C.A.), aux paragraphes 56 et 57).
[84] This case is similar to Poshteh. There, the Federal
Court of Appeal upheld a membership finding based
solely on the applicant’s having distributed propaganda
for the proscribed organization. Here, the applicant did
that and also admitted to collecting medicines and
money for the KDPI. In his Personal Identification
Form, filed in support of his claim for refugee protection, he wrote that he “became interested and active in
the Kurdish Democratic Party of Iran … verbally promoting the party’s goals and ideology and distributing
their monthly publication” and also noted that he solicited funds and medication for the Party. These facts,
coupled with the requirement to interpret the notion of
membership broadly, afforded the Division a reasonable basis for concluding that Mr. Najafi was a member
of the KDPI. In short, this finding is within the range of
[84] La présente espèce ressemble à l’affaire Poshteh.
Dans cet arrêt, la Cour d’appel fédérale a confirmé la
conclusion suivant laquelle M. Poshteh était membre de
l’organisation en question en se fondant uniquement sur
le fait que le demandeur avait distribué de la propagande
au nom d’une organisation prohibée. En l’espèce, le
demandeur a fait la même chose, et il a de plus admis
avoir recueilli des médicaments et de l’argent pour le
KDPI. Dans son Formulaire de renseignements personnels, déposé à l’appui de sa demande d’asile, le
demandeur a écrit qu’il avait [traduction] « commencé
à éprouver de l’intérêt pour le KDPI et à prendre part à
ses activités […], en promouvant verbalement ses objectifs et son idéologie et en distribuant ses publications
mensuelles » et il a également signalé qu’il avait recueilli
des fonds et des médicaments pour le parti. Ces faits,
68
NAJAFI
possible conclusions open to the Division. Its membership finding is therefore reasonable.
V. Conclusion and Certified Question
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
ajoutés à l’obligation d’interpréter la notion d’appartenance de façon large, permettaient de façon raisonnable
à la SPR de conclure que M. Najafi était membre du
KDPI. En résumé, cette conclusion appartenait aux
conclusions possibles qu’il était loisible à la SPR de tirer. La conclusion que la SPR a tirée au sujet de
l’appartenance de M. Najafi au KDPI était par conséquent raisonnable.
V. Dispositif et question certifiée
[85] Thus, for these reasons, I am dismissing the present application. The Division correctly determined that
Mr. Najafi’s Charter guarantee of freedom of association
was not violated by its decision. It also reasonably
concluded that the KDPI was an organization that engaged in subversion by force of the governments in Iran
and that Mr. Najafi was a member of the KDPI, within
the expanded meaning afforded to that term under
paragraph 34(1)(f) of the IRPA.
[85] Par conséquent, pour ces motifs, je rejette la présente demande. La SPR a jugé à bon droit que sa décision
ne portait pas atteinte au droit à la liberté d’association
que M. Najafi tire de la Charte. Elle a également conclu
de façon raisonnable que le KDPI était une organisation
qui était l’auteure d’actes visant au renversement des
gouvernements iraniens par la force et que M. Najafi
était « membre » du KDPI, suivant le sens large donné
à ce terme dans le contexte de l’alinéa 34(1)f) de la LIPR.
[86] In light of the complexity of the issues in this
case, I agreed, on an exceptional basis, to grant counsel’s
request to make submissions on possible certified questions following the release of draft reasons. Following
receipt of a draft of these reasons, counsel for the applicant proposed the following two questions:
[86] Vu la complexité des questions en litige dans la
présente affaire, j’ai accepté, à titre exceptionnel, de
faire droit à la demande des avocats de présenter des
observations sur d’éventuelles questions certifiées à la
suite de la publication de l’ébauche des motifs. À la suite
de la réception de l’ébauche des motifs de la présente
décision, l’avocat du demandeur a proposé les deux
questions suivantes :
1. Is it a breach of paragraph 2(d) of the Canadian
Charter of Rights and Freedoms (Charter) to base
a finding of inadmissibility on a person’s legal
activities in support of an organization that is legal
in Canada? In assessing the applicability of paragraph 2(d) to this analysis, can violent conduct of
organization’s activity abroad be considered when
there is no link between the organization’s activities here in Canada and the violent activity abroad?
1. Le fait de fonder une conclusion d’interdiction de
territoire sur les activités licites exercées par une
personne pour appuyer une organisation qui est
légale au Canada porte-t-elle atteinte à l’alinéa 2d)
de la Charte canadienne des droits et libertés (la
Charte)? Pour déterminer l’applicabilité de l’alinéa 2d) dans ce contexte, peut-on tenir compte des
actes violents commis par cette organisation à
l’étranger lorsqu’il n’existe pas de lien entre les
activités exercées par cette organisation au Canada
et celles qui sont exercées à l’étranger?
2. Is paragraph 34(1)(b) of the Immigration and
Refugee Protection Act (IRPA) an express derogation from Canada’s obligation to respect the right
to self-determination under international law?
2. L’alinéa 34(1)b) de la Loi sur l’immigration et la
protection des réfugiés (la LIPR) constitue-t-il une
dérogation explicite à l’obligation qu’a le Canada
de respecter le droit à l’autodétermination en droit
[2015] 1 R.C.F.
NAJAFI
c.
CANADA
69
If not, do Canada’s obligations to respect the
right to self-determination require that paragraph
34(1)(b) be interpreted to exclude persons pursuing this right.
international? Dans la négative, l’obligation du
Canada de respecter le droit à l’autodétermination
exige-t-il que l’on interprète l’alinéa 34(1)b) de
manière à exclure de son champ d’application les
personnes qui revendiquent ce droit?
[87] Counsel for the respondent argues that neither of
these questions is appropriate for certification as the
issues posed have either already been settled by the case
law or are not determinative of any appeal.
[87] L’avocat du défendeur soutient qu’aucune de ces
questions ne se prête à une certification, étant donné
qu’elles ont déjà été tranchées par les tribunaux et qu’elles
ne seraient pas déterminantes dans le cadre d’un appel.
[88] Paragraph 74(d) of the IRPA provides that
“an appeal to the Federal Court of Appeal may be made
only if, in rendering judgment, the judge certifies that
a serious question of general importance is involved
and states the question.” The case law establishes three
criteria for such a question, namely, that it must transcend the interest of the parties, must concern issues of
broad significance or general application and must be
determinative of the appeal (Liyanagamage v. Canada
(Minister of Citizenship and Immigration) (1994), 176
N.R. 4 (F.C.A.); Zazai v. Canada (Minister of Citizenship
and Immigration), 2004 FCA 89, 36 Imm. L.R. (3d) 167,
at paragraph 11; Di Bianca v. Canada (Minister of
Citizenship and Immigration), 2002 FCT 935, 224
F.T.R. 168, at paragraph 22).
[88] L’alinéa 74d) de la LIPR prévoit que « le
jugement consécutif au contrôle judiciaire n’est susceptible d’appel en Cour d’appel fédérale que si le juge
certifie que l’affaire soulève une question grave de
portée générale et énonce celle-ci ». Il est de jurisprudence constante que trois conditions doivent être
remplies pour certifier une question, à savoir que celle-ci
doit transcender les intérêts des parties, aborder des
éléments qui ont des conséquences importantes ou qui
sont de portée générale et être déterminante quant à
l’issue de l’appel (Liyanagamage c. Canada (Ministre
de la Citoyenneté et de l’Immigration), [1994] A.C.F.
no 1637 (C.A.) (QL); Zazai c. Canada (Ministre de
la Citoyenneté et de l’Immigration), 2004 CAF 89, au
paragraphe 11; Di Bianca c. Canada (Ministre de la
Citoyenneté et de l’Immigration), 2002 CFPI 935, au
paragraphe 22).
[89] Here, the first group of questions proposed by
Mr. Najafi does not raise an issue of general importance
or broad significance because they have been settled by
the previous case law, notably the decision of the
Supreme Court of Canada in Suresh. As discussed, in my
view, Suresh establishes that paragraph 2(d) of the
Charter does not protect association with an organization
that engages in violence, regardless of whether the individual seeking Charter protection personally engaged in
violent acts and also regardless of whether the violent
activities of the organization were undertaken inside or
outside Canada. I, therefore, find that the first group of
questions proposed by the applicant is not appropriate
for certification under paragraph 74(d) of the IRPA.
[89] En l’espèce, le premier groupe de questions
proposées par M. Najafi ne soulève pas de questions
ayant des répercussions importantes ou ayant une portée
générale parce que ces questions ont déjà été tranchées
par les tribunaux et notamment par la Cour suprême du
Canada dans l’arrêt Suresh. Comme je l’ai déjà expliqué,
j’estime que l’arrêt Suresh établit que l’alinéa 2d) de la
Charte ne protège pas l’association avec une organisation qui se livre à la violence, peu importe que la
personne qui cherche à obtenir la protection de la Charte
se soit personnellement ou non livrée à des actes de
violence et peu importe également que les actes violents
de l’organisation aient ou non été commis au Canada ou
à l’étranger. Je conclus donc que le premier groupe de
questions proposées par le demandeur ne comporte pas
de questions susceptibles de certification en application
de l’alinéa 74d) de la LIPR.
70
NAJAFI
v.
[2015] 1 F.C.R.
CANADA
[90] I am, however, prepared to certify a question
concerning the interplay of the right alleged to exist
under international law, to use force in furtherance of an
oppressed people’s right to self-determination, and the
interpretation to be afforded to paragraph 34(1)(b) of the
IRPA, as this issue has not been squarely addressed in
the previous jurisprudence and my conclusions, to a
certain extent, do involve extending case law from other
types of arguments to apply to Mr. Najafi’s international
law argument. In addition, this issue may well have
implications beyond the applicant’s circumstances as the
arguments made with respect to the alleged legitimacy
of the KDPI’s actions could well arise in other contexts.
I believe, however, that the applicant’s proposed questions on this issue should be modified so as to not
presume that there is a right to use force in pursuance of
a right to self-determination in the way the applicant
asserts and also so as to reflect the standard of review
that I have found to be applicable. I have therefore reworded that question to be certified as follows:
[90] Je suis toutefois disposée à certifier une question
concernant l’interaction entre, d’une part, le présumé
droit reconnu par le droit international de recourir à la
force pour faire valoir le droit à l’autodétermination
d’un peuple opprimé et, d’autre part, l’interprétation à
donner à l’alinéa 34(1)b) de la LIPR, étant donné que
cette question n’a pas encore été examinée comme telle
dans la jurisprudence et compte tenu du fait que, dans
une certaine mesure, mes conclusions supposent que
j’applique des décisions portant sur d’autres types
d’arguments à celui qu’a fait valoir M. Najafi sur le
fondement du droit international. Par ailleurs, cette
question est susceptible d’avoir une incidence sur
d’autres cas que celui du demandeur, étant donné que les
arguments formulés en ce qui concerne la présumée
légitimité des agissements du KDPI pourraient fort bien
être soulevés dans d’autres contextes. J’estime toutefois
que les questions proposées par le demandeur à cet
égard devraient être modifiées pour que nul ne puisse
présumer qu’il existe un droit de recourir à la force pour
faire valoir le droit à l’autodétermination de la manière
revendiquée par le demandeur et également pour tenir
compte de la norme de contrôle que j’ai jugée applicable. J’ai par conséquent reformulé la question à certifier
comme suit :
“Do Canada’s international law obligations require the
Immigration Division, in interpreting paragraph 34(1)(b)
of the Immigration and Refugee Protection Act, S.C. 2001,
c. 27, to exclude from inadmissibility those who participate in
an organization that uses force in an attempt to subvert a
government in furtherance of an oppressed people’s claimed
right to self-determination?”
« Est-ce que les obligations du Canada, en matière de droit
international, obligent la Section de l’immigration, lors de son
interprétation de l’alinéa 34(1)(b) de la Loi sur l’immigration
et la protection des réfugiés, L.C. 2011, ch. 27, d’exclure de
l’interdiction de territoire ceux qui participent dans une organisation qui utilise la force dans une tentative de renverser un
gouvernement en vue de faire avancer le droit revendiqué par
un peuple opprimé à l’autodétermination? »
JUDGMENT
JUGEMENT
THIS COURT’S JUDGMENT is that:
LA COUR :
1. This application is dismissed;
2. The following question is certified under paragraph 74(d) of the IRPA:
“Do Canada’s international law obligations
require the Immigration Division, in interpreting
paragraph 34(1)(b) of the Immigration and
Refugee Protection Act, S.C. 2001, c. 27, to
exclude from inadmissibility those who par-
1. REJETTE la présente demande;
2. CERTIFIE la question suivante en application de
l’alinéa 74d) de la LIPR :
« Est-ce que les obligations du Canada, en
matière de droit international, obligent la Section
de l’immigration, lors de son interprétation de
l’alinéa 34(1)(b) de la Loi sur l’immigration et
la protection des réfugiés, L.C. 2011, ch. 27,
[2015] 1 R.C.F.
NAJAFI
ticipate in an organization that uses force in an
attempt to subvert a government in furtherance
of an oppressed people’s claimed right to selfdetermination?”; and
3. There is no order as to costs.
c.
71
CANADA
d’exclure de l’interdiction de territoire ceux
qui participent dans une organisation qui
utilise la force dans une tentative de renverser
un gouvernement en vue de faire avancer le
droit revendiqué par un peuple opprimé à
l’autodétermination? »
3. N’ADJUGE aucuns dépens.
APPENDIX: Cited Legislation and Regulations
ANNEXE : Lois et règlements cités
Immigration and Refugee Protection Act, S.C. 2001,
c. 27 [s. 25 (as am. by S.C. 2012, c. 17, s. 13)]
Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés,
L.C. 2001, ch. 27 [art. 25 (mod. par L.C. 2012, ch. 17,
art. 13)]
3. […]
3. ...
Application
(3) This Act is to be construed and applied in a
manner that
(3) L’interprétation et la mise en œuvre de la
présente loi doivent avoir pour effet :
…
[…]
(f) complies with international human rights
instruments to which Canada is signatory.
Sponsorship
of foreign
nationals
Humanitarian and
compassionate considerations
— request
of foreign
national
Interprétation
et mise en
œuvre
f) de se conformer aux instruments internationaux portant sur les droits de l’homme
dont le Canada est signataire.
…
[…]
13. (1) A Canadian citizen or permanent
resident, or a group of Canadian citizens or permanent residents, a corporation incorporated
under a law of Canada or of a province or an unincorporated organization or association under
federal or provincial law — or any combination
of them — may sponsor a foreign national, subject to the regulations.
13. (1) Tout citoyen canadien, résident permanent ou groupe de citoyens canadiens ou de
résidents permanents ou toute personne morale
ou association de régime fédéral ou provincial
— ou tout groupe de telles de ces personnes ou
associations — peut, sous réserve des règlements,
parrainer un étranger.
…
[…]
25. (1) Subject to subsection (1.2), the Minister
must, on request of a foreign national in Canada
who applies for permanent resident status and
who is inadmissible or does not meet the requirements of this Act, and may, on request of a
foreign national outside Canada who applies for
a permanent resident visa, examine the circumstances concerning the foreign national and may
grant the foreign national permanent resident
status or an exemption from any applicable criteria or obligations of this Act if the Minister is of
the opinion that it is justified by humanitarian and
25. (1) Sous réserve du paragraphe (1.2), le
ministre doit, sur demande d’un étranger se
trouvant au Canada qui demande le statut de résident permanent et qui soit est interdit de territoire,
soit ne se conforme pas à la présente loi, et peut,
sur demande d’un étranger se trouvant hors du
Canada qui demande un visa de résident permanent, étudier le cas de cet étranger; il peut lui
octroyer le statut de résident permanent ou lever
tout ou partie des critères et obligations applicables, s’il estime que des considérations d’ordre
humanitaire relatives à l’étranger le justifient,
Parrainage
de l’étranger
Séjour pour
motif d’ordre
humanitaire
à la demande
de l’étranger
72
Security
Exception
NAJAFI
[2015] 1 F.C.R.
CANADA
compassionate considerations relating to the
foreign national, taking into account the best interests of a child directly affected.
compte tenu de l’intérêt supérieur de l’enfant directement touché.
…
[…]
34. (1) A permanent resident or a foreign national is inadmissible on security grounds for
34. (1) Emportent interdiction de territoire
pour raison de sécurité les faits suivants :
(a) engaging in an act of espionage or an act of
subversion against a democratic government,
institution or process as they are understood in
Canada;
a) être l’auteur d’actes d’espionnage ou se
livrer à la subversion contre toute institution
démocratique, au sens où cette expression
s’entend au Canada;
(b) engaging in or instigating the subversion
by force of any government;
b) être l’instigateur ou l’auteur d’actes visant
au renversement d’un gouvernement par la
force;
(c) engaging in terrorism;
c) se livrer au terrorisme;
(d) being a danger to the security of Canada;
d) constituer un danger pour la sécurité du
Canada;
(e) engaging in acts of violence that would or
might endanger the lives or safety of persons
in Canada; or
e) être l’auteur de tout acte de violence
susceptible de mettre en danger la vie ou la
sécurité d’autrui au Canada;
(f) being a member of an organization that
there are reasonable grounds to believe
engages, has engaged or will engage in acts
referred to in paragraph (a), (b) or (c).
f) être membre d’une organisation dont il y a
des motifs raisonnables de croire qu’elle est, a
été ou sera l’auteur d’un acte visé aux
alinéas a), b) ou c).
(2) The matters referred to in subsection (1)
do not constitute inadmissibility in respect of a
permanent resident or a foreign national who
satisfies the Minister that their presence in
Canada would not be detrimental to the national
interest.
(2) Ces faits n’emportent pas interdiction de
territoire pour le résident permanent ou l’étranger
qui convainc le ministre que sa présence au
Canada ne serait nullement préjudiciable à l’intérêt national.
As of June 19, 2013, section 34 was amended [as am. by
S.C. 2013, c. 16, s. 13] as follows:
Security
v.
Sécurité
Exception
Depuis le 19 juin 2013, l’article 34 a été modifié [mod.
par L.C. 2013, ch. 16, art. 13] comme suit :
34. (1) A permanent resident or a foreign national is inadmissible on security grounds for
34. (1) Emportent interdiction de territoire
pour raison de sécurité les faits suivants :
(a) engaging in an act of espionage that is
against Canada or that is contrary to Canada’s
interests;
a) être l’auteur de tout acte d’espionnage dirigé
contre le Canada ou contraire aux intérêts du
Canada;
(b) engaging in or instigating the subversion
by force of any government;
b) être l’instigateur ou l’auteur d’actes visant
au renversement d’un gouvernement par la
force;
Sécurité
[2015] 1 R.C.F.
Human or
international
rights
violations
Exception
NAJAFI
c.
CANADA
(b.1) engaging in an act of subversion against
a democratic government, institution or
process as they are understood in Canada;
b.1) se livrer à la subversion contre toute
institution démocratique, au sens où cette
expression s’entend au Canada;
(c) engaging in terrorism;
c) se livrer au terrorisme;
(d) being a danger to the security of Canada;
d) constituer un danger pour la sécurité du
Canada;
(e) engaging in acts of violence that would or
might endanger the lives or safety of persons
in Canada; or
e) être l’auteur de tout acte de violence
susceptible de mettre en danger la vie ou la
sécurité d’autrui au Canada;
(f) being a member of an organization that
there are reasonable grounds to believe
engages, has engaged or will engage in acts
referred to in paragraph (a), (b), (b.1) or (c).
f) être membre d’une organisation dont il y a
des motifs raisonnables de croire qu’elle est, a
été ou sera l’auteur d’un acte visé aux
alinéas a), b), b.1) ou c).
(2) [Repealed, 2013, c. 16, s. 13]
(2) [Abrogé, 2013, ch. 16, art. 13]
35. (1) A permanent resident or a foreign national is inadmissible on grounds of violating
human or international rights for
35. (1) Emportent interdiction de territoire
pour atteinte aux droits humains ou internationaux les faits suivants :
(a) committing an act outside Canada that
constitutes an offence referred to in sections 4
to 7 of the Crimes Against Humanity and War
Crimes Act;
a) commettre, hors du Canada, une des
infractions visées aux articles 4 à 7 de la Loi
sur les crimes contre l’humanité et les crimes
de guerre;
(b) being a prescribed senior official in the
service of a government that, in the opinion
of the Minister, engages or has engaged in
terrorism, systematic or gross human rights
violations, or genocide, a war crime or a crime
against humanity within the meaning of
subsections 6(3) to (5) of the Crimes Against
Humanity and War Crimes Act; or
b) occuper un poste de rang supérieur — au
sens du règlement — au sein d’un gouvernement qui, de l’avis du ministre, se livre
ou s’est livré au terrorisme, à des violations
graves ou répétées des droits de la personne ou
commet ou a commis un génocide, un crime
contre l’humanité ou un crime de guerre au
sens des paragraphes 6(3) à (5) de la Loi sur
les crimes contre l’humanité et les crimes de
guerre;
(c) being a person, other than a permanent
resident, whose entry into or stay in Canada is
restricted pursuant to a decision, resolution or
measure of an international organization of
states or association of states, of which Canada
is a member, that imposes sanctions on a
country against which Canada has imposed or
has agreed to impose sanctions in concert with
that organization or association.
c) être, sauf s’agissant du résident permanent,
une personne dont l’entrée ou le séjour au
Canada est limité au titre d’une décision, d’une
résolution ou d’une mesure d’une organisation internationale d’États ou une association
d’États dont le Canada est membre et qui
impose des sanctions à l’égard d’un pays
contre lequel le Canada a imposé — ou s’est
engagé à imposer — des sanctions de concert
avec cette organisation ou association.
(2) Paragraphs (1)(b) and (c) do not apply
in the case of a permanent resident or a foreign
national who satisfies the Minister that their
(2) Les faits visés aux alinéas (1)b) et c)
n’emportent pas interdiction de territoire pour
le résident permanent ou l’étranger qui convainc
73
Atteinte aux
droits
humains ou
internationaux
Exception
74
NAJAFI
presence in Canada would not be detrimental to
the national interest.
As of June 19, 2013, section 35 was amended [as am.
idem, s. 14] as follows:
Human or
international
rights
violations
Serious
criminality
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
le ministre que sa présence au Canada ne serait
nullement préjudiciable à l’intérêt national.
Depuis le 19 juin 2013, l’article 35 a été modifié [mod.,
idem, art. 14] comme suit :
35. (1) A permanent resident or a foreign national is inadmissible on grounds of violating
human or international rights for
35. (1) Emportent interdiction de territoire
pour atteinte aux droits humains ou internationaux les faits suivants :
(a) committing an act outside Canada that
constitutes an offence referred to in sections 4
to 7 of the Crimes Against Humanity and War
Crimes Act;
a) commettre, hors du Canada, une des
infractions visées aux articles 4 à 7 de la Loi
sur les crimes contre l’humanité et les crimes
de guerre;
(b) being a prescribed senior official in the
service of a government that, in the opinion
of the Minister, engages or has engaged in
terrorism, systematic or gross human rights
violations, or genocide, a war crime or a crime
against humanity within the meaning of
subsections 6(3) to (5) of the Crimes Against
Humanity and War Crimes Act; or
b) occuper un poste de rang supérieur — au
sens du règlement — au sein d’un gouvernement qui, de l’avis du ministre, se livre
ou s’est livré au terrorisme, à des violations
graves ou répétées des droits de la personne ou
commet ou a commis un génocide, un crime
contre l’humanité ou un crime de guerre au
sens des paragraphes 6(3) à (5) de la Loi sur
les crimes contre l’humanité et les crimes de
guerre;
(c) being a person, other than a permanent
resident, whose entry into or stay in Canada is
restricted pursuant to a decision, resolution or
measure of an international organization of
states or association of states, of which Canada
is a member, that imposes sanctions on a
country against which Canada has imposed or
has agreed to impose sanctions in concert with
that organization or association.
c) être, sauf s’agissant du résident permanent,
une personne dont l’entrée ou le séjour au
Canada est limité au titre d’une décision, d’une
résolution ou d’une mesure d’une organisation internationale d’États ou une association
d’États dont le Canada est membre et qui
impose des sanctions à l’égard d’un pays
contre lequel le Canada a imposé — ou s’est
engagé à imposer — des sanctions de concert
avec cette organisation ou association.
(2) [Repealed, 2013, c. 16, s. 14]
(2) [Abrogé, 2013, ch. 16, art. 14]
36. (1) A permanent resident or a foreign national is inadmissible on grounds of serious
criminality for
36. (1) Emportent interdiction de territoire
pour grande criminalité les faits suivants :
(a) having been convicted in Canada of an
offence under an Act of Parliament punishable
by a maximum term of imprisonment of at
least 10 years, or of an offence under an Act of
Parliament for which a term of imprisonment
of more than six months has been imposed;
a) être déclaré coupable au Canada d’une
infraction à une loi fédérale punissable d’un
emprisonnement maximal d’au moins dix ans
ou d’une infraction à une loi fédérale pour
laquelle un emprisonnement de plus de six
mois est infligé;
(b) having been convicted of an offence
outside Canada that, if committed in Canada,
would constitute an offence under an Act of
b) être déclaré coupable, à l’extérieur du
Canada, d’une infraction qui, commise au
Canada, constituerait une infraction à une loi
Atteinte aux
droits
humains ou
internationaux
Grande
criminalité
[2015] 1 R.C.F.
Criminality
Application
NAJAFI
c.
CANADA
Parliament punishable by a maximum term of
imprisonment of at least 10 years; or
fédérale punissable d’un emprisonnement
maximal d’au moins dix ans;
(c) committing an act outside Canada that is an
offence in the place where it was committed
and that, if committed in Canada, would constitute an offence under an Act of Parliament
punishable by a maximum term of imprisonment of at least 10 years.
c) commettre, à l’extérieur du Canada, une infraction qui, commise au Canada, constituerait
une infraction à une loi fédérale punissable
d’un emprisonnement maximal d’au moins
dix ans.
(2) A foreign national is inadmissible on
grounds of criminality for
(2) Emportent, sauf pour le résident permanent, interdiction de territoire pour criminalité les
faits suivants :
(a) having been convicted in Canada of an
offence under an Act of Parliament punishable
by way of indictment, or of two offences under
any Act of Parliament not arising out of a
single occurrence;
a) être déclaré coupable au Canada d’une
infraction à une loi fédérale punissable par
mise en accusation ou de deux infractions à
toute loi fédérale qui ne découlent pas des
mêmes faits;
(b) having been convicted outside Canada of
an offence that, if committed in Canada, would
constitute an indictable offence under an Act
of Parliament, or of two offences not arising
out of a single occurrence that, if committed in
Canada, would constitute offences under an
Act of Parliament;
b) être déclaré coupable, à l’extérieur du
Canada, d’une infraction qui, commise au
Canada, constituerait une infraction à une loi
fédérale punissable par mise en accusation ou
de deux infractions qui ne découlent pas des
mêmes faits et qui, commises au Canada,
constitueraient des infractions à des lois
fédérales;
(c) committing an act outside Canada that is an
offence in the place where it was committed
and that, if committed in Canada, would
constitute an indictable offence under an Act of
Parliament; or
c) commettre, à l’extérieur du Canada, une infraction qui, commise au Canada, constituerait
une infraction à une loi fédérale punissable par
mise en accusation;
(d) committing, on entering Canada, an offence
under an Act of Parliament prescribed by
regulations.
d) commettre, à son entrée au Canada, une
infraction qui constitue une infraction à une loi
fédérale précisée par règlement.
(3) The following provisions govern subsections (1) and (2):
(3) Les dispositions suivantes régissent l’application des paragraphes (1) et (2) :
(a) an offence that may be prosecuted either
summarily or by way of indictment is deemed
to be an indictable offence, even if it has been
prosecuted summarily;
a) l’infraction punissable par mise en accusation ou par procédure sommaire est
assimilée à l’infraction punissable par mise en
accusation, indépendamment du mode de
poursuite effectivement retenu;
(b) inadmissibility under subsections (1) and
(2) may not be based on a conviction in respect of which a record suspension has been
ordered and has not been revoked or ceased to
have effect under the Criminal Records Act, or
in respect of which there has been a final determination of an acquittal;
b) la déclaration de culpabilité n’emporte pas
interdiction de territoire en cas de verdict
d’acquittement rendu en dernier ressort ou en
cas de suspension du casier — sauf cas de
révocation ou de nullité — au titre de la Loi sur
le casier judiciaire;
75
Criminalité
Application
76
Organized
criminality
NAJAFI
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
(c) the matters referred to in paragraphs (1)(b)
and (c) and (2)(b) and (c) do not constitute
inadmissibility in respect of a permanent
resident or foreign national who, after the
prescribed period, satisfies the Minister that
they have been rehabilitated or who is a
member of a prescribed class that is deemed to
have been rehabilitated;
c) les faits visés aux alinéas (1)b) ou c) et (2)b)
ou c) n’emportent pas interdiction de territoire
pour le résident permanent ou l’étranger qui, à
l’expiration du délai réglementaire, convainc
le ministre de sa réadaptation ou qui appartient
à une catégorie réglementaire de personnes
présumées réadaptées;
(d) a determination of whether a permanent
resident has committed an act described in
paragraph (1)(c) must be based on a balance of
probabilities; and
d) la preuve du fait visé à l’alinéa (1)c) est,
s’agissant du résident permanent, fondée sur
la prépondérance des probabilités;
(e) inadmissibility under subsections (1) and
(2) may not be based on an offence
e) l’interdiction de territoire ne peut être
fondée sur les infractions suivantes :
(i) designated as a contravention under
the Contraventions Act,
(i) celles qui sont qualifiées de contraventions en vertu de la Loi sur les
contraventions,
(ii) for which the permanent resident or
foreign national is found guilty under the
Young Offenders Act, chapter Y-1 of the
Revised Statutes of Canada, 1985, or
(ii) celles dont le résident permanent ou
l’étranger est déclaré coupable sous le régime de la Loi sur les jeunes contrevenants,
chapitre Y-1 des Lois révisées du Canada
(1985),
(iii) for which the permanent resident or
foreign national received a youth sentence
under the Youth Criminal Justice Act.
(iii) celles pour lesquelles le résident permanent ou l’étranger a reçu une peine
spécifique en vertu de la Loi sur le système
de justice pénale pour les adolescents.
37. (1) A permanent resident or a foreign national is inadmissible on grounds of organized
criminality for
37. (1) Emportent interdiction de territoire
pour criminalité organisée les faits suivants :
(a) being a member of an organization that
is believed on reasonable grounds to be or to
have been engaged in activity that is part of
a pattern of criminal activity planned and
organized by a number of persons acting in
concert in furtherance of the commission of an
offence punishable under an Act of Parliament
by way of indictment, or in furtherance of the
commission of an offence outside Canada that,
if committed in Canada, would constitute such
an offence, or engaging in activity that is part
of such a pattern; or
a) être membre d’une organisation dont il y a
des motifs raisonnables de croire qu’elle se
livre ou s’est livrée à des activités faisant partie
d’un plan d’activités criminelles organisées par
plusieurs personnes agissant de concert en vue
de la perpétration d’une infraction à une loi
fédérale punissable par mise en accusation ou
de la perpétration, hors du Canada, d’une infraction qui, commise au Canada, constituerait
une telle infraction, ou se livrer à des activités
faisant partie d’un tel plan;
(b) engaging, in the context of transnational
crime, in activities such as people smuggling,
trafficking in persons or money laundering.
b) se livrer, dans le cadre de la criminalité
transnationale, à des activités telles le passage
de clandestins, le trafic de personnes ou le recyclage des produits de la criminalité.
Activités de
criminalité
organisée
[2015] 1 R.C.F.
Application
NAJAFI
(2) Les dispositions suivantes régissent l’application du paragraphe (1) :
(a) subsection (1) does not apply in the case
of a permanent resident or a foreign national
who satisfies the Minister that their presence
in Canada would not be detrimental to the
national interest; and
a) les faits visés n’emportent pas interdiction de territoire pour le résident permanent
ou l’étranger qui convainc le ministre que sa
présence au Canada ne serait nullement préjudiciable à l’intérêt national;
(b) paragraph (1)(a) does not lead to a
determination of inadmissibility by reason
only of the fact that the permanent resident
or foreign national entered Canada with the
assistance of a person who is involved in
organized criminal activity.
b) les faits visés à l’alinéa (1)a) n’emportent
pas interdiction de territoire pour la seule
raison que le résident permanent ou l’étranger
est entré au Canada en ayant recours à une
personne qui se livre aux activités qui y sont
visées.
37. (1) A permanent resident or a foreign national is inadmissible on grounds of organized
criminality for
(a) being a member of an organization that
is believed on reasonable grounds to be or to
have been engaged in activity that is part of
a pattern of criminal activity planned and
organized by a number of persons acting in
concert in furtherance of the commission of an
offence punishable under an Act of Parliament
by way of indictment, or in furtherance of the
commission of an offence outside Canada that,
if committed in Canada, would constitute such
an offence, or engaging in activity that is part
of such a pattern; or
Application
77
CANADA
(2) The following provisions govern subsection (1):
As of June 19, 2013, section 37 [as am. idem, s. 15] was
amended as follows:
Organized
criminality
c.
Application
Depuis le 19 juin 2013, l’article 37 a été modifié [mod.,
idem, art. 15] comme suit :
37. (1) Emportent interdiction de territoire
pour criminalité organisée les faits suivants :
Activités de
criminalité
organisée
a) être membre d’une organisation dont il y a
des motifs raisonnables de croire qu’elle se
livre ou s’est livrée à des activités faisant partie d’un plan d’activités criminelles organisées
par plusieurs personnes agissant de concert en
vue de la perpétration d’une infraction à une
loi fédérale punissable par mise en accusation
ou de la perpétration, hors du Canada, d’une
infraction qui, commise au Canada, constituerait une telle infraction, ou se livrer à des
activités faisant partie d’un tel plan;
(b) engaging, in the context of transnational
crime, in activities such as people smuggling,
trafficking in persons or money laundering.
b) se livrer, dans le cadre de la criminalité
transnationale, à des activités telles le passage
de clandestins, le trafic de personnes ou le
recyclage des produits de la criminalité.
(2) Paragraph (1)(a) does not lead to a determination of inadmissibility by reason only of
the fact that the permanent resident or foreign
national entered Canada with the assistance of
a person who is involved in organized criminal
activity.
(2) Les faits visés à l’alinéa (1)a) n’emportent pas interdiction de territoire pour la seule
raison que le résident permanent ou l’étranger est
entré au Canada en ayant recours à une personne
qui se livre aux activités qui y sont visées.
…
[…]
Application
78
NAJAFI
As of June 19, 2013, the following section was added
[section 42.1 (as enacted idem, s. 18)]:
v.
[2015] 1 F.C.R.
CANADA
Depuis le 19 juin 2013, l’article suivant a été ajouté [art. 42.1 (édicté, idem, art. 18)] :
42.1 (1) The Minister may, on application by
a foreign national, declare that the matters referred to in section 34, paragraphs 35(1)(b) and
(c) and subsection 37(1) do not constitute inadmissibility in respect of the foreign national if
they satisfy the Minister that it is not contrary to
the national interest.
42.1 (1) Le ministre peut, sur demande d’un
étranger, déclarer que les faits visés à l’article 34,
aux alinéas 35(1)b) ou c) ou au paragraphe 37(1)
n’emportent pas interdiction de territoire à
l’égard de l’étranger si celui-ci le convainc que
cela ne serait pas contraire à l’intérêt national.
…
[…]
52. (1) If a removal order has been enforced,
the foreign national shall not return to Canada,
unless authorized by an officer or in other prescribed circumstances.
52. (1) L’exécution de la mesure de renvoi
emporte interdiction de revenir au Canada, sauf
autorisation de l’agent ou dans les autres cas
prévus par règlement.
…
[…]
Principle of Non-refoulement
Principe du non-refoulement
Protection
115. (1) A protected person or a person who is
recognized as a Convention refugee by another
country to which the person may be returned
shall not be removed from Canada to a country
where they would be at risk of persecution for
reasons of race, religion, nationality, membership
in a particular social group or political opinion or
at risk of torture or cruel and unusual treatment
or punishment.
115. (1) Ne peut être renvoyée dans un pays où
elle risque la persécution du fait de sa race, de sa
religion, de sa nationalité, de son appartenance
à un groupe social ou de ses opinions politiques,
la torture ou des traitements ou peines cruels et
inusités, la personne protégée ou la personne dont
il est statué que la qualité de réfugié lui a été
reconnue par un autre pays vers lequel elle peut
être renvoyée.
Principe
Exceptions
(2) Subsection (1) does not apply in the case of
a person
(2) Le paragraphe (1) ne s’applique pas à l’interdit de territoire :
Exclusion
(a) who is inadmissible on grounds of serious
criminality and who constitutes, in the opinion
of the Minister, a danger to the public in
Canada; or
a) pour grande criminalité qui, selon le
ministre, constitue un danger pour le public au
Canada;
(b) who is inadmissible on grounds of security,
violating human or international rights or
organized criminality if, in the opinion of the
Minister, the person should not be allowed to
remain in Canada on the basis of the nature and
severity of acts committed or of danger to the
security of Canada.
b) pour raison de sécurité ou pour atteinte
aux droits humains ou internationaux ou criminalité organisée si, selon le ministre, il ne
devrait pas être présent au Canada en raison
soit de la nature et de la gravité de ses actes
passés, soit du danger qu’il constitue pour la
sécurité du Canada.
Exception
— application to
Minister
No return
without
prescribed
authorization
Immigration and Refugee Protection Regulations,
SOR/2002-227
Entry
permitted
39. An officer shall allow the following persons to enter Canada following an examination:
Exception
—
demande au
ministre
Interdiction
de retour
Règlement sur l’immigration et la protection des refugiés, DORS/2002-227
39. L’agent permet, à l’issue d’un contrôle, aux
personnes suivantes d’entrer au Canada :
Entrée
permise
[2015] 1 R.C.F.
NAJAFI
…
(c) persons who are in possession of refugee
travel papers issued to them by the Minister of
Foreign Affairs that are valid for return to
Canada.
c.
79
CANADA
[…]
c) la personne en possession d’un titre de
voyage de réfugié que lui a délivré le ministre
des Affaires étrangères et qui est valide pour
revenir au Canada.
…
[…]
Issuance of Work Permits
Délivrance du permis de travail
…
[…]
206. (1) A work permit may be issued under
section 200 to a foreign national in Canada who
cannot support themself without working, if the
foreign national
206. (1) Un permis de travail peut être délivré
à l’étranger au Canada en vertu de l’article 200 si
celui-ci ne peut subvenir à ses besoins autrement
qu’en travaillant et si, selon le cas :
(a) has made a claim for refugee protection
that has been referred to the Refugee Protection
Division but has not been determined; or
a) sa demande d’asile a été déférée à la Section
de la protection des réfugiés, mais n’a pas
encore été réglée;
(b) is subject to an unenforceable removal
order.
b) il fait l’objet d’une mesure de renvoi qui n’a
pu être exécutée.
Exception
(2) Despite subsection (1), a work permit must
not be issued to a claimant referred to in subsection 111.1(2) of the Act unless at least 180 days
have elapsed since their claim was referred to the
Refugee Protection Division.
(2) Malgré le paragraphe (1), un permis de
travail ne peut être délivré à un demandeur visé
au paragraphe 111.1(2) de la Loi que si au moins
cent quatre-vingts jours se sont écoulés depuis
que sa demande d’asile a été déférée à la Section
de la protection des réfugiés.
Exception
Applicants
in Canada
207. A work permit may be issued under section 200 to a foreign national in Canada who
207. Un permis de travail peut être délivré à
l’étranger au Canada, en vertu de l’article 200,
dans les cas suivants :
Demandeur
au Canada
(a) is a member of the live-in caregiver class
set out in Division 3 of Part 6 and meets the
requirements of section 113;
a) l’étranger fait partie de la catégorie des
aides familiaux prévue à la section 3 de la
partie 6, et il satisfait aux exigences prévues à
l’article 113;
(b) is a member of the spouse or common-law
partner in Canada class set out in Division 2 of
Part 7;
b) il fait partie de la catégorie des époux ou
conjoints de fait au Canada prévue à la section 2 de la partie 7;
(c) is a protected person within the meaning of
subsection 95(2) of the Act;
c) il est une personne protégée au sens du
paragraphe 95(2) de la Loi;
(d) has applied to become a permanent resident and the Minister has granted them an
exemption under subsection 25(1), 25.1(1) or
25.2(1) of the Act; or
d) il a demandé le statut de résident permanent et le ministre a levé, aux termes des
paragraphes 25(1), 25.1(1) ou 25.2(1) de la
Loi, tout ou partie des critères et obligations
qui lui sont applicables;
No other
means of
support
Aucun autre
moyen de
subsistance
80
NAJAFI
(e) is a family member of a person described in
any of paragraphs (a) to (d).
Study
permit
required
v.
[2015] 1 F.C.R.
CANADA
e) il est membre de la famille d’une personne
visée à l’un des alinéas a) à d).
…
[…]
212. A foreign national may not study in
Canada unless authorized to do so by a study
permit or these Regulations.
212. L’étranger ne peut étudier au Canada sans
y être autorisé par un permis d’études ou par le
présent règlement.
Permis
d’études
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
81
SLANSKY
A-497-11
2013 CAF 199
A-497-11
2013 FCA 199
Paul Slansky (Applicant)
Paul Slansky (demandeur)
v.
c.
Attorney General of Canada, Her Majesty the Queen
(Respondents)
Procureur général du Canada, Sa majesté la Reine
(intimés)
and
et
Canadian Judicial Council (Intervener)
Conseil canadien de la magistrature (intervenant)
Indexed as: Canada (attorney General) v. slansky
répertorIé : Canada (proCureur Général) c. slansky
Federal Court of Appeal, Evans, Stratas and Mainville
JJ.A.—Toronto, April 16; Ottawa, September 9, 2013.
Cour d’appel fédérale, juges Evans, Stratas et Mainville,
J.C.A.—Toronto, 16 avril; Ottawa, 9 septembre 2013.
Practice — Privilege — Appeal from Federal Court decision determining that report by Canadian Judicial Council
(CJC) subject to both legal advice, public interest privilege
— Appellant, lawyer, complaining to CJC about alleged
misconduct of Ontario Superior Court of Justice judge —
CJC Chairperson dismissing complaint, relying on report by
counsel — CJC not disclosing report as part of tribunal record,
claiming report legal advice, protected by solicitor-client
privilege, subject to public interest privilege — Appellant’s
motion to compel disclosure of report granted by Federal
Court Prothonotary — However, that decision reversed by
Federal Court — Federal Court finding that report subject to
legal advice, public interest privilege; declining to sever parts
of report — Scope of counsel’s mandate set out in retainer
letter — That letter stating that role of counsel to, inter alia,
gather information, collect, analyze documentation — CJC
indicating counsel’s role of “fact-finder” broader than might
be inferred — Whether report subject to solicitor-client privilege, factual components severable — Per Evans J.A.: Letter
of engagement not expressly including provision of legal
advice — Supreme Court of Canada in Canada (Privacy
Commissioner) v. Blood Tribe Department of Health (Blood
Tribe) deciding that lawyer, client relationship established if
lawyer engaged to provide services in legal context for which
lawyer’s skills, knowledge necessary, even if services not
regarded as provision of legal advice in ordinary sense —
Terms in retainer letter not conclusive — Analysis of documents
by counsel herein requiring extensive knowledge of criminal
law, trial process — Inferred from nature of allegations that
counsel’s role involving legal, factual analyses — Counsel
engaged in capacity as lawyer — Report therefore subject to
legal advice privilege — Not permissible to sever findings of
fact made in investigative report covered by solicitor-client
Pratique — Privilège — Appel à l’encontre d’une décision
de la Cour fédérale qui a déterminé que le rapport du Conseil
canadien de la magistrature (CCM) relevait du conseil juridique et était donc protégé par un privilège d’intérêt public
— Le demandeur, un avocat, s’est plaint auprès du CCM de
l’inconduite alléguée d’un juge de la Cour supérieure de
l’Ontario — Le président du CCM a rejeté la plainte,
s’appuyant sur un rapport rédigé par un conseiller juridique —
Le CCM a refusé de divulguer le rapport avec les autres documents du dossier du tribunal, affirmant que le contenu relevait
du conseil juridique et que le rapport était donc protégé par le
secret professionnel de l’avocat ainsi que par un privilège
d’intérêt public — La requête du demandeur en vue de
contraindre le CCM à inclure le rapport dans son dossier a été
accueillie par la protonotaire de la Cour fédérale — Cependant,
cette décision a été infirmée par la Cour fédérale — La Cour
fédérale a conclu que le rapport était protégé en tant que
conseil juridique et par un privilège d’intérêt public, et a refusé
de faire retrancher des parties du rapport — La portée du
mandat du conseiller juridique était établie dans une lettre
d’engagement — Cette lettre indique que le rôle de l’avocat
consiste, entre autres, à obtenir un complément d’information,
et à amasser des documents et procéder à leur analyse — Le
CCM a indiqué que le rôle d’« enquêteur » du conseiller juridique est plus grand que l’on pourrait le croire — Il s’agissait
de savoir si le rapport était protégé par le secret professionnel
de l’avocat et s’il était possible de prélever les éléments factuels
du rapport — Le juge Evans, J.C.A. : La lettre d’engagement
ne parlait pas expressément de la prestation de conseils juridiques — La Cour suprême du Canada a conclu dans l’arrêt
Canada (Commissaire à la protection de la vie privée) c. Blood
Tribe Department of Health (Blood Tribe) qu’une relation entre
un avocat et son client est établie si l’avocat est chargé de
82
CANADA
privilege when forming basis of, inextricably linked to, legal
advice provided — Appeal dismissed — Per Mainville J.A.
(concurring): Report subject to public interest privilege —
CJC decision not to disclose report reasonable — Damage to
public interest non-existent or minimal — Disclosure of report
would negate undertakings of confidentiality provided to
third parties — Trial Judge not obligated to justify conduct of
trial to appellant or Federal Court — CJC amply discharging
its duty of disclosure by informing appellant of disposition
of complaint — Federal Court committing no error — Per
Stratas J.A. (dissenting): No solicitor-client, public interest
privileges here — Retainer letter must predominate in assessing claim of privilege — Counsel not performing legal analysis
— Otherwise running counter to letter’s explicit instructions
— Word “analyzed” in letter meaning identifying, gathering,
summarizing bits of information from documents — Lawyer
cannot make secret informational document by unilaterally
inserting analyses, recommendations, advice that formed no
part of retainer — “Advice” having to be broadly construed
in assessing whether lawyer retained only to gather information or to gather information as part of larger exercise of
providing legal advice — Here, letter showing that CJC leaving for itself task of analysis — Supreme Court comment
“otherwise acting as a lawyer” in Blood Tribe may have been
allusion to litigation privilege — Not open to Court to reify
words “otherwise acting as a lawyer” to level of general
principle, apply that principle to impose secrecy over information gathering report when no legal advice sought —
Privilege, if present, waived by CJC when report given to third
party — CJC not permitted to disclose some information
supporting its decision, withhold rest — Report should be
included in record — Report not protected by public interest
privilege — CJC failing to demonstrate interest in confidentiality — Report hidden from reviewing court if public interest
claim upheld — Immunizing part of CJC’s decision offending
principle that holders of public power accountable for exercise
of power — Allowing reviewing court to view report strengthening judicial independence.
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
fournir des services dans un contexte juridique exigeant les
compétences et les connaissances d’un avocat, même si ces
services peuvent ne pas être perçus comme étant des services
juridiques au sens courant du terme — Les modalités du
mandat n’étaient pas nécessairement déterminantes —
L’analyse des documents et des enregistrements exigeaient de
la part d’un avocat une connaissance approfondie du droit
pénal et des procès criminels — Il était possible de conclure à
partir de la nature des allégations que le rôle du conseiller juridique supposait des analyses juridiques et factuelles — Le
conseiller juridique a été embauché en sa qualité d’avocat —
Le rapport était donc protégé par le secret professionnel de
l’avocat — Le prélèvement des constatations de faits contenues
dans un rapport d’enquête protégé par le secret professionnel
de l’avocat lorsque celles-ci sont le fondement des conseils juridiques fournis et y sont inextricablement liées n’est pas permis
— Appel rejeté — Le juge Mainville, J.C.A. (motifs concourants) : Le rapport fait l’objet d’un privilège d’intérêt public
— La décision du CCM de ne pas divulguer le rapport était
raisonnable — L’atteinte à l’intérêt public est minime, voire
inexistante — La divulgation du rapport bafouerait la promesse
de confidentialité faite aux tierces parties — Le juge du procès
n’a pas à justifier sa conduite durant le procès devant le demandeur ou devant la Cour fédérale — Le CCM s’est amplement
acquitté de son devoir de divulgation en informant le demandeur de l’issue du traitement de la plainte — La Cour fédérale
n’a commis aucune erreur — Le juge Stratas, J.C.A. (dissident) : Il n’y a aucun privilège du secret professionnel de
l’avocat et aucun privilège d’intérêt public en l’espèce —
Lorsqu’il s’agit d’examiner une demande de privilège, une
lettre de mandat doit être le principal élément pris en compte
— Le conseiller juridique n’a pas effectué une analyse de nature
juridique — Effectuer une telle analyse serait contraire à la
directive explicite de la lettre de mandat — Le mot « analyse »
dans le mandat ne peut renvoyer qu’au fait de circonscrire, de
réunir et de résumer les éléments d’information contenus dans
les documents — Un avocat ne peut pas prendre un document
purement informatif et en faire instantanément un document
entièrement secret en y ajoutant de façon unilatérale des
analyses, des recommandations, et des conseils, alors que cela
ne faisait pas partie de son mandat — Il convient de donner un
sens large au mot « conseil » lorsqu’il s’agit d’évaluer la situation d’un avocat chargé seulement de recueillir des
renseignements et celle d’un avocat chargé de recueillir des
renseignements dans le cadre d’une tâche plus large consistant
à fournir des conseils juridiques — En l’espèce, la lettre de
mandat montre que le CCM s’est réservé la tâche d’examiner
les faits — Lorsque la Cour suprême a ajouté le commentaire
« ou agit, d’une autre manière, en qualité d’avocat » dans
l’arrêt Blood Tribe, cela pouvait faire allusion au privilège de
la poursuite — Il n’appartient pas à la Cour d’ériger l’expression « agit, d’une autre manière, en qualité d’avocat » en
principe général, puis, d’appliquer ce principe pour imposer la
confidentialité d’un rapport d’enquête lorsqu’aucun conseil
juridique n’est demandé — Le CCM a renoncé à tout privilège,
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
83
s’il existe, en remettant volontairement le rapport à une tierce
partie — Le CCM ne devrait pas être autorisé à divulguer
certains éléments d’information pour appuyer cette décision,
mais à préserver la confidentialité du reste du rapport — Le
rapport devrait être versé au dossier de la Cour — Le rapport
n’est pas protégé par un privilège d’intérêt public — Le CCM
n’a pas démontré l’existence d’un intérêt à l’égard de la confidentialité — Si la demande de privilège d’intérêt public est
accueillie, la cour de révision n’aura pas accès au rapport —
Mettre à l’abri de tout contrôle une partie de la décision du
CCM enfreint le principe selon lequel tous les titulaires de
pouvoirs publics doivent rendre compte de la façon dont ils
exercent ces pouvoirs — Permettre à la cour de révision de
consulter le rapport vient renforcer l’indépendance judiciaire.
Judges and Courts — Appellant, lawyer, complaining to
Canadian Judicial Council (CJC) about alleged serious
misconduct of Ontario Superior Court of Justice judge during
murder trial — CJC Chairperson dismissing complaint, closing
file — In making decision, Chairperson relying on report from
counsel — Appellant seeking judicial review of Chairperson’s
decision — CJC not disclosing report as part of tribunal
record, claiming report legal advice, protected by solicitorclient privilege, subject to public interest privilege
— Appellant’s motion to compel disclosure of report granted
by Federal Court Prothonotary — However, that decision
reversed by Federal Court — Federal Court finding that report
subject to legal advice, public interest privilege; declining to
sever parts of report — Appellant alleging, inter alia, that
CJC’s investigation of complaint inadequate, interpretation of
Judge’s conduct wrong in law, CJC exceeding jurisdiction by
passing “erroneous and flawed judgment” on appellant’s
conduct at trial as excuse for Judge’s misconduct — Whether
report subject to solicitor-client privilege, factual components
severable — Counsel’s role involving legal, factual analyses
— Counsel engaged in capacity as lawyer — Report therefore
subject to legal advice privilege — Not permissible to sever
findings of fact made in investigative report covered by
solicitor-client privilege when forming basis of, inextricably
linked to, legal advice provided — Appeal dismissed,
Stratas J.A. dissenting.
Juges et Tribunaux — Le demandeur, un avocat, s’est plaint
auprès du Conseil canadien de la magistrature (CCM) de
l’inconduite alléguée d’un juge de la Cour supérieure de
l’Ontario durant un procès pour meurtre au premier degré —
Le président du CCM a rejeté la plainte et a fermé le dossier
— Pour rendre sa décision, le président s’était appuyé sur un
rapport rédigé par un conseiller juridique — Le demandeur
sollicite le contrôle judiciaire de la décision du président —
Le CCM a refusé de divulguer le rapport avec les autres
documents du dossier du tribunal, affirmant que le contenu
relevait du conseil juridique et que le rapport était donc
protégé par le secret professionnel de l’avocat ainsi que par
un privilège d’intérêt public — La requête du demandeur en
vue de contraindre le CCM à inclure le rapport dans son
dossier a été accueillie par la protonotaire de la Cour fédérale
— Cependant, cette décision a été infirmée par la Cour fédérale — La Cour fédérale a conclu que le rapport était protégé
en tant que conseil juridique et par un privilège d’intérêt
public, et a refusé de faire retrancher des parties du rapport
— Le demandeur a allégué, entre autres choses, que l’enquête
menée par le CCM au sujet de la plainte était inadéquate et
que le CCM avait outrepassé sa compétence en « jugeant de
façon erronée et viciée » que le comportement du demandeur
durant le procès excusait l’inconduite du juge — Il s’agissait
de savoir si le rapport était protégé par le secret professionnel
de l’avocat et s’il était possible de prélever les éléments
factuels du rapport — Le rôle du conseiller juridique supposait des analyses juridiques et factuelles — Le conseiller
juridique a été embauché en sa qualité d’avocat — Le rapport
était donc protégé par le secret professionnel de l’avocat — Le
prélèvement des constatations de faits contenues dans un
rapport d’enquête protégé par le secret professionnel de
l’avocat lorsque celles-ci sont le fondement des conseils
juridiques fournis et y sont inextricablement liées n’est pas
permis — Appel rejeté, le juge Stratas, J.C.A., dissident.
This was an appeal from a decision of the Federal Court
setting aside the Prothonotary’s decision and determining that
Il s’agissait d’un appel à l’encontre d’une décision de la
Cour fédérale qui a annulé la décision de la protonotaire et
84
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
a report by the Canadian Judicial Council (CJC) was subject
to both legal advice and public interest privilege.
qui a déterminé que le rapport du Conseil canadien de la magistrature (CCM) relevait du conseil juridique et était protégé
par un privilège d’intérêt public.
The appellant, a lawyer, complained to the CJC about the
alleged serious misconduct of an Ontario Superior Court of
Justice judge during a long and difficult first degree murder
trial before a jury, in which the appellant was representing the
accused. The CJC Chairperson dismissed the complaint and
closed the file without referring it to an Inquiry Committee of
the CJC. In making this decision, the Chairperson relied on a
report from Professor Martin Friedland (Friedland Report).
The appellant brought an application for judicial review of the
Chairperson’s decision. Although the Friedland Report had
been taken into account by the Chairperson, the CJC refused
to disclose it as part of the tribunal record pursuant to rule 317
of the Federal Courts Rules (Rules), claiming that it constituted legal advice and was protected by solicitor-client
privilege, and subject to public interest privilege. A Federal
Court Prothonotary granted the appellant’s motion to compel
disclosure of the report and rejected the CJC’s privilege arguments. The Federal Court allowed the CJC’s motion brought
under rule 51 of the Rules and reversed the Prothonotary’s
decision. The Federal Court found that the Friedland Report
was subject to both legal advice and public interest privilege.
It declined to sever parts of the report, and exercised its
discretion not to convert the application into an action.
Le demandeur, un avocat, s’est plaint auprès du CCM de
l’inconduite grave alléguée d’un juge de la Cour supérieure
de justice de l’Ontario au cours d’un long et difficile procès
devant jury pour meurtre au premier degré dans le cadre
duquel le demandeur représentait l’accusé. Le président du
CCM a rejeté la plainte et fermé le dossier sans le renvoyer à
un comité d’enquête du CCM. Pour rendre sa décision, le
président s’était appuyé sur un rapport rédigé par un conseiller
juridique, le professeur Martin Friedland (le rapport
Friedland). Le demandeur a présenté une demande de contrôle
judiciaire de la décision du président. Quoique le président ait
tenu compte du rapport Friedland pour rendre sa décision, le
CCM a refusé de le divulguer avec les autres documents du
dossier du tribunal conformément à la règle 317 des Règles
des Cours fédérales (les Règles), affirmant que le contenu du
rapport relevait du conseil juridique et que le rapport était
donc protégé par le secret professionnel de l’avocat ainsi que
par un privilège d’intérêt public. Une protonotaire de la Cour
fédérale a accueilli la requête du demandeur en vue de
contraindre le CCM à inclure le rapport dans son dossier et a
rejeté les arguments du CCM concernant le privilège. La
Cour fédérale a accueilli la requête du CCM présentée en
application de la règle 51 des Règles et a infirmé la décision
de la protonotaire. La Cour fédérale a conclu que le rapport
Friedland était protégé en tant que conseil juridique et par un
privilège d’intérêt public. Il a refusé de faire retrancher des
parties du rapport et a exercé son pouvoir discrétionnaire pour
refuser de convertir la demande en action.
The scope of Professor Friedland’s mandate was set out in
a letter stating, inter alia, that “[t]he role of Counsel in conducting further inquiries is, essentially, to gather further
information .… Documentation may be collected and analyzed. It is not the role of Counsel conducting further inquiries
to weigh the merits of a complaint or to make any recommendation as to the determination that a Chairperson or a
Panel should make.” The Executive Director and General
Counsel of the CJC indicated that counsel’s role of “factfinder” was broader than might be inferred and expected that
the report would constitute legal advice.
La portée du mandat confié au professeur Friedland a été
établie dans une lettre indiquant, entre autres choses, que « [l]e
rôle de l’avocat menant une enquête supplémentaire consiste
essentiellement à obtenir un complément d’information [...] Il
est possible que l’on amasse des documents et que l’on
procède à leur analyse. Il ne revient pas à l’avocat menant une
enquête supplémentaire d’évaluer le bien-fondé d’une plainte
ou de faire des recommandations quant à la décision qui
devrait être prise par le président ou le sous-comité ». Le
directeur exécutif et avocat général principal du CCM a
précisé que le rôle d’« enquêteur » du conseiller juridique est
plus grand que l’on pourrait le croire à la lecture de la politique
et que le rapport de l’avocat constituerait un avis juridique.
The appellant alleged, inter alia, that the CJC’s investigation of the complaint was inadequate, the interpretation of
the Judge’s conduct was wrong in law, and the CJC had
exceeded its jurisdiction by passing “erroneous and flawed
judgment” on the appellant’s conduct at trial as an excuse for
the Judge’s misconduct.
Le demandeur a allégué, entre autres choses, que l’enquête
menée par le CCM au sujet de la plainte était inadéquate, que
l’interprétation de la conduite du juge était erronée en droit et
que le CCM avait outrepassé sa compétence en « jugeant de
façon erronée et viciée » que le comportement du demandeur
durant le procès excusait l’inconduite du juge.
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
85
The main issues were whether the Friedland Report was
subject to solicitor-client privilege and whether its factual
components were severable.
Il s’agissait de savoir principalement si le rapport était
protégé par le secret professionnel de l’avocat et s’il était
possible de prélever les éléments factuels du rapport.
Held (Stratas J.A. dissenting), the appeal should be
dismissed.
Arrêt (le juge Stratas, J.C.A., dissident) : l’appel doit être
rejeté.
Per Evans J.A.: The central question in this case was
whether the Chairperson engaged Professor Friedland in
his capacity as a lawyer to provide legal advice to assist
him in deciding whether to dismiss the complaint or refer it
to a hearing. Professor Friedland’s letter of engagement did
not expressly include the provision of legal advice to the
Chairperson. Indeed, he was specifically instructed not to
advise the Chairperson on the decision he should make
regarding the complaint. However, the Supreme Court in
Canada (Privacy Commissioner) v. Blood Tribe Department
of Health somewhat modified the law as formulated in Gower
v. Tolko Manitoba Inc. and College of Physicians of B.C. v.
British Columbia (Information and Privacy Commissioner)
in that a lawyer and client relationship will be established
if the lawyer has been engaged to provide services in a legal
context for which a lawyer’s skills and knowledge are
necessary, even if the services might not be regarded as the
provision of legal advice in the ordinary sense. While the
retainer is important evidence of whether a solicitor-client
relationship has been established, the terms of the retainer are
not necessarily conclusive and must be construed in light of
all the relevant circumstances. Inquiring into the appellant’s
allegations called for an analysis of documents and tapes that
required a lawyer who had an extensive knowledge of criminal law and criminal trial process. The documents that had to
be analysed to enable Professor Friedland to conduct further
inquiries into the appellant’s allegations called for a lawyer’s
expertise. A lawyer’s knowledge was required to make the
distinction between judicial errors that are appropriately
remedied by an appeal and misconduct that might warrant
removal from the Bench. Thus, despite the engagement
letter’s description of counsel’s role as that of a gatherer and
finder of the facts, it can be inferred from the nature of the
allegations into which the letter stated that Professor
Friedland was to conduct his inquiries that his role involved
legal and factual analyses that required the skills and knowledge of a lawyer. Accordingly, when assisting the Chairperson
in deciding how to proceed with the complaint, Professor
Friedland was engaged in his capacity as a lawyer. The report
of his inquiries was therefore subject to legal advice
privilege.
Le juge Evans, J.C.A. : La principale question à trancher en
l’espèce était celle de savoir si le président a eu recours aux
services du professeur Friedland à titre d’avocat pour qu’il lui
fournisse des conseils juridiques afin de l’aider à décider s’il
devait rejeter la plainte ou la déférer à une audience. La lettre
d’engagement du professeur Friedland ne parlait pas expressément de la prestation de conseils juridiques au président. Le
professeur Friedland a plutôt reçu pour instruction précise de
ne pas conseiller le président à l’égard de la décision qu’il
devrait rendre selon lui au sujet de la plainte. Cependant, la
Cour suprême dans l’arrêt Canada (Commissaire à la protection de la vie privée) v. Blood Tribe Department of Health est
venu modifier dans une certaine mesure le droit formulé dans
le cadre des décisions Gower c. Tolko Manitoba Inc. et
College of Physicians and Surgeons of B.C. v. British
Columbia (Information and Privacy Commissioner) en précisant qu’une relation entre un avocat et son client est établie si
l’avocat est chargé de fournir des services dans un contexte
juridique exigeant les compétences et les connaissances d’un
avocat, même si ces services peuvent ne pas être perçus
comme étant des services juridiques au sens courant du terme.
Quoique le mandat constitue une preuve importante de
l’établissement d’une relation entre un avocat et son client, les
modalités de celui-ci ne sont pas nécessairement déterminantes, et elles doivent être interprétées à la lumière de toutes
les circonstances pertinentes. L’enquête concernant les allégations du demandeur supposait une analyse des documents et
des enregistrements exigeant qu’un avocat possède une
connaissance approfondie du droit pénal et des procès criminels. L’analyse des documents que le professeur Friedland
devait examiner pour mener une enquête supplémentaire sur
les allégations formulées par l’avocat exigeait l’expertise d’un
avocat. Les connaissances d’un avocat étaient nécessaires
pour distinguer les erreurs judiciaires pouvant être réparées
adéquatement en appel et l’inconduite justifiant la destitution
du juge. Ainsi, même si la lettre d’engagement décrit le rôle
de l’avocat comme étant celui d’un enquêteur, il est possible
de conclure à partir de la nature des allégations qui devaient
faire l’objet de l’enquête du professeur Friedland selon cette
lettre que son rôle supposait des analyses juridiques et
factuelles exigeant les compétences et les connaissances d’un
avocat. Par conséquent, lorsqu’il a aidé le président à décider
de la façon de traiter la plainte, le professeur Friedland a été
embauché en sa qualité d’avocat. Son rapport d’enquête était
donc visé par le privilège de la consultation juridique.
Finally, it is not permissible to sever findings of fact made
in an investigative report covered by solicitor-client privilege
Enfin, le prélèvement des constatations de faits contenues
dans un rapport d’enquête protégé par le secret professionnel
86
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
when they form the basis of, and are inextricably linked to,
the legal advice provided. The disclosure of documents
ordered by the Federal Court substantively satisfied any
possible duty to sever. To go further would erode the confidentiality on which the lawyer-client relationship
fundamentally rests.
de l’avocat lorsque celles-ci sont le fondement des conseils
juridiques fournis et y sont inextricablement liées n’est pas
permis. La divulgation des documents que la Cour fédérale
a ordonnée permet en grande partie l’acquittement de tout
devoir de prélèvement. Aller plus loin viendrait éroder la
confidentialité dont la relation entre un avocat et son client est
fondamentalement tributaire.
Per Mainville J.A. (concurring): The report of Professor
Friedland was subject to public interest privilege on the
grounds raised by the CJC. The CJC’s decision that the
Friedland Report should not be disclosed on the ground of
public interest privilege was reasonable in the circumstances
of this case. Any resulting damage to the public interest in the
due administration of justice was non-existent or minimal at
best. On the other hand, the disclosure of the report would
negate, without justification, the undertakings of confidentiality provided by the CJC to the third parties who participated
in the process, undertakings which were made at the behest of
the appellant himself. Though the trial Judge may well have
provided justifications to the CJC concerning his conduct of
the trial or his decisions, this does not mean that these justifications must be disclosed to the appellant or to the Federal
Court. Under the principle of judicial independence, he need
not (and should not) justify his conduct of the trial, or any of
his judicial decisions, to either the appellant or the Federal
Court. The trial Judge may well wish to explain to the CJC his
management of the trial and the reasons for his trial decisions,
but that does not entail that he must do so publicly. The
limited duty of disclosure owed under the CJC’s Complaints
Procedures is simply to inform the complainant of the disposition of the complaint. This was amply discharged in this
case. The CJC owed no further duty of disclosure to the
appellant. Since, in this case, the CJC justifiably raised a
public interest privilege over the Friedland Report, and since
the disclosure of this report was not necessary in order for the
appellant to pursue his judicial review application, the Federal
Court did not commit an error in concluding that the motion
seeking its disclosure should have been dismissed by the
Prothonotary.
Le juge Mainville, J.C.A. (motifs concourants) : Le rapport
du professeur Friedland fait l’objet d’un privilège d’intérêt
public pour les raisons invoquées par le CCM. La décision du
CCM selon laquelle le rapport Friedland ne devrait pas être
divulgué à cause de l’existence d’un privilège d’intérêt public
est raisonnable, compte tenu des circonstances de l’espèce.
L’atteinte à l’intérêt public par entrave à l’administration de la
justice découlant de la non-divulgation était minime, voire
inexistante. La divulgation du rapport bafouerait par contre de
façon injustifiée la promesse de confidentialité faite par le
CCM aux tierces parties qui ont participé au processus, promesse qu’a lui-même demandée le demandeur. Il se peut très
bien que le juge ait justifié devant le CCM sa conduite durant
le procès et ses décisions, mais cela n’entraîne pas automatiquement la divulgation de ses justifications au demandeur ou
à la Cour fédérale. Selon le principe de l’indépendance judiciaire, il n’a pas à justifier sa conduite durant le procès ni
aucune des décisions judiciaires qu’il a rendues devant
l’appelant ni devant la Cour fédérale (et il ne devrait pas le
faire). Il se peut très bien que le juge du procès souhaite expliquer au CCM la façon dont il a mené le procès et le fondement
des décisions qu’il a rendues durant celui-ci, mais cela ne
l’oblige pas à le faire publiquement. Le devoir de divulgation
limité dont le CCM doit s’acquitter conformément à ses
Procédures relatives aux plaintes consiste simplement à
informer le plaignant de l’issue du traitement de la plainte. Le
CCM s’est amplement acquitté de ce devoir en l’espèce. Il
n’avait plus de devoir de divulgation envers le demandeur.
Comme le CCM a invoqué avec raison un privilège d’intérêt
public à l’égard du rapport Friedland, et comme la divulgation
du rapport n’était pas nécessaire pour permettre au demandeur
de présenter sa demande de contrôle judiciaire, la Cour fédérale n’a pas commis d’erreur en concluant que la requête de
divulgation aurait dû être rejetée par la protonotaire.
Per Stratas J.A. (dissenting): The prerequisites for the
solicitor-client privilege and the public interest privilege were
not present here.
Le juge Stratas, J.C.A. (dissident) : Les conditions préalables
à l’existence du privilège du secret professionnel de l’avocat et
du privilège d’intérêt public ne sont pas réunies en l’espèce.
In assessing a claim of privilege, the retainer letter, if there
is one, must predominate. The retainer letter defines, with
binding contractual force, the nature of the relationship, the
purpose of the lawyer’s retainer, whether any advice is to be
given, and the nature of that advice. In the present case, while
the retainer letter mentioned that “[d]ocumentation may be
collected and analyzed”, to suggest that Professor Friedland
was performing legal analysis is a leap too far. It would run
Lorsqu’il s’agit d’examiner une demande de privilège, s’il
y a une lettre de mandat, celle-ci doit être le principal élément
pris en compte. La lettre de mandat précise, avec la force
exécutoire d’un contrat, la nature de la relation, l’objectif du
mandat de l’avocat, le fait que l’on demande à l’avocat de
fournir des conseils ou non, et, le cas échéant, la nature de ces
conseils. Dans la présente cause, bien que la lettre de mandat
ait mentionné que le professeur Friedland « amasse des
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
counter to the retainer letter’s explicit instruction that
Professor Friedland was “not … to weigh the merits of a
complaint” or make any “recommendation as to the determination a Chairperson or a Panel should make.” Professor
Friedland could not even engage in adjudicative fact-finding,
as opposed to information gathering. Viewed in light of the
tasks the retainer letter assigned to Professor Friedland and
the restrictions on what he could do, the word “analyzed”
only meant identifying, gathering, and summarizing bits of
information from the documents and interviews. A lawyer
cannot take a purely informational document and suddenly
make it wholly secret by unilaterally inserting analyses, recommendations and advice that formed no part of the retainer.
The mere fact that a lawyer is involved does not make a report
generated by the lawyer privileged. In the context of investigations, a line exists between a lawyer retained only to gather
information and a lawyer who is retained to gather information as part of the larger exercise of providing legal advice.
In assessing where a case falls, “advice” must be broadly
construed. It includes “advice as to what should prudently and
sensibly be done in the relevant legal context”, in other
words, practical advice mindful of the legalities or advice on
a course of action informed by the legalities. But Professor
Friedland was asked to gather information, not to give any
sort of advice. The retainer letter showed that the CJC decomposed the overall task into factual and legal parts. It assigned
to Professor Friedland a subset of the factual part
—information gathering—leaving for itself the task of
reviewing the facts gathered, applying the relevant law, and
reaching a conclusion on the merits of the appellant’s complaint. Based on the Supreme Court’s comment in Canada
(Privacy Commissioner) v. Blood Tribe Department of Health
that solicitor-client privilege extends to “all interactions
between a client and his or her lawyer when the lawyer is
engaged in providing legal advice or otherwise acting as a
lawyer”, the CJC sought to extend the scope of solicitor-client
privilege far beyond the decided cases. It sought to shift the
analytical focus from whether legal advice has been sought to
whether the skills of a lawyer were required for the assigned
task. In adding the comment, “otherwise acting as a lawyer”,
the Supreme Court might have been alluding, infelicitously,
to litigation privilege. It is not open to the Court to pluck the
words “otherwise acting as a lawyer” from the introductory
part of the Supreme Court’s reasoning in Blood Tribe, reify
them to the level of a general principle, and then, contrary to
authority, apply that principle to impose secrecy over an
information gathering report that formed the basis of a public
administrative decision. Protecting factual information from
disclosure where no legal advice of any kind has been
sought—indeed where, as here, the instructions were not to
give advice of any kind—does not further the purposes of
privilege. This is especially so where the disclosure of factual
information reveals nothing about legalities or legal views
held by the author. If the privilege existed, the CJC waived
it by voluntarily giving the Friedland Report to a third party,
c.
SLANSKY
87
documents et […] procède à leur analyse », laisser entendre
que le professeur Friedland aurait effectué une analyse de
nature juridique est un pas de trop. Cela serait contraire à la
directive explicite de la lettre de mandat selon laquelle le
professeur Friedland ne devait « pas […] évaluer le bienfondé d’une plainte » ni faire des « recommandations quant à
la décision qui devrait être prise par le président ou le souscomité ». Le professeur Friedland ne pouvait même pas
procéder à une recherche des faits dans le cadre d’un processus juridictionnel, par opposition à l’obtention d’un
complément d’information. À la lumière des tâches confiées
au professeur Friedland dans la lettre de mandat, et surtout
des restrictions concernant ce qu’il pouvait faire, le mot
« analyse » ne pouvait renvoyer qu’au fait de circonscrire, de
réunir et de résumer les éléments d’information contenus dans
les documents et obtenus pendant les entrevues. Un avocat ne
peut pas prendre un document purement informatif et en faire
instantanément un document entièrement secret en y ajoutant
de façon unilatérale des analyses, des recommandations, et
des conseils, alors que cela ne faisait pas partie de son
mandat. Le simple fait qu’un avocat prenne part au processus
n’implique pas que le rapport qu’il rédige est protégé par le
secret professionnel. Dans le contexte des enquêtes, il y a une
distinction entre la situation d’un avocat chargé seulement de
recueillir des renseignements et celle d’un avocat chargé de
recueillir des renseignements dans le cadre d’une tâche plus
large consistant à fournir des conseils juridiques. Il convient
de donner un sens large au mot « conseil » lorsqu’il s’agit de
décider à quelle catégorie une affaire appartient. Cela comprend « les conseils sur les mesures raisonnables et prudentes
à prendre dans le contexte juridique en cause », autrement dit,
des conseils pratiques tenant compte du droit ou des conseils
concernant la marche à suivre en fonction du droit. Mais le
professeur Friedland a été chargé de recueillir des renseignements, et non de donner quelque conseil que ce soit. La lettre
de mandat montrait que le CCM a divisé la tâche en deux
parties : le volet factuel et le volet juridique. Il a attribué au
professeur Friedland un sous-ensemble du volet factuel — la
collecte de renseignements — et s’est réservé la tâche d’examiner les faits réunis, d’appliquer les règles de droit
pertinentes et de tirer une conclusion du bien-fondé de la
plainte du demandeur. D’après le commentaire de la Cour
suprême dans l’arrêt Canada (Commissaire à la protection de
la vie privée) c. Blood Tribe Department of Health, selon
lequel le secret professionnel de l’avocat s’applique à « toutes
les communications entre un client et son avocat lorsque ce
dernier donne des conseils juridiques ou agit, d’une autre
manière, en qualité d’avocat », le CCM a cherché à étendre la
portée du secret professionnel bien au-delà des décisions rendues. Il a cherché à faire porter l’analyse sur la question de
savoir si les compétences d’un avocat étaient nécessaires pour
l’exécution de la tâche assignée, plutôt que sur celle de savoir
si des conseils juridiques avaient été demandés. Lorsqu’elle a
ajouté « ou agit, d’une autre manière, en qualité d’avocat », il
est possible que la Cour suprême a plutôt maladroitement fait
88
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
i.e. the Deputy Attorney General of Ontario. The CJC should
not be permitted to disclose bits of information in the
Friedland Report that support its decision, but withhold the
rest of it. In the interests of fairness and consistency, the
Council should be taken to have waived whatever privilege
might have existed over all of the Friedland Report.
allusion au privilège de la poursuite. Il n’appartient pas à la
Cour d’extraire l’expression « agit, d’une autre manière, en
qualité d’avocat » de l’introduction du raisonnement de la
Cour suprême dans l’arrêt Blood Tribe, de l’ériger en principe
général, puis, de façon contraire à la jurisprudence, d’appliquer ce principe pour imposer la confidentialité d’un rapport
d’enquête sur lequel est fondée une décision relevant de
l’administration publique. La protection de renseignements
factuels contre la divulgation dans le cas où aucun conseil
juridique, de quelque nature que ce soit, n’a été demandé —
et dans le cas, en fait, où, comme en l’espèce, l’avocat a reçu
pour directive de ne pas fournir quelque conseil que ce soit
— ne sert pas les fins du privilège. C’est particulièrement vrai
lorsque la divulgation des renseignements concernant les faits
ne révèle rien au sujet du droit ou sur les points de vue sur le
droit adoptés par l’auteur. Si le privilège a existé, le CCM y a
renoncé en remettant volontairement le rapport Friedland à
une tierce partie, soit au sous-procureur général de l’Ontario.
Le CCM ne devrait pas être autorisé à divulguer certains
éléments d’information contenus dans le rapport Friedland
pour appuyer cette décision, mais à préserver la confidentialité du reste du rapport. Par souci d’équité et de cohérence, il
faudrait considérer que le Conseil a renoncé à tout privilège
dont le rapport Friedland a pu faire l’objet.
As to severance, even if Professor Friedland’s task
included providing legal advice, and even if the CJC did not
waive any privilege which existed, the Friedland Report
should be included in the record of the Court, with any privileged portions severed.
Quant au prélèvement, même si la tâche confiée au professeur Friedland incluait la prestation de conseils juridiques,
et même si le CCM n’a pas renoncé à tout privilège existant,
le rapport Friedland devrait être versé au dossier de la Cour,
après que toute partie confidentielle en aura été prélevée.
The Friedland Report is not protected by public interest
privilege. In order to succeed in its claim of public interest
privilege, the CJC had to demonstrate an interest in confidentiality, well established in the evidence, one that justifies
withholding a document that a reviewing court would normally get to see. The CJC failed to do this and its claim for
public interest privilege must fail.
Le rapport Friedland n’est pas protégé par un privilège
d’intérêt public. Afin d’obtenir un privilège d’intérêt public,
le CCM devait démontrer l’existence d’un intérêt à l’égard de
la confidentialité, intérêt qui soit bien établi dans les éléments
de preuve et qui justifie la non-production d’un document que
la cour de révision devrait normalement pouvoir consulter. Le
CCM ne l’a pas fait, et sa demande de privilège d’intérêt
public doit donc être rejetée.
Finally, if the CJC’s public interest claim was upheld, the
reviewing court would not see the Friedland Report.
The reviewing court would thus not be able to assess the
grounds of review asserted by the appellant and to some
extent the CJC’s decision would be shielded from review.
Immunizing part of the CJC’s decision offends the principle
that all holders of public power should be accountable
for their exercises of power. In this case, immunization
weakens the accountability and transparency of the CJC
and the judicial disciplinary system it administers. This
principle finds voice in many areas of the law. With less
accountability and transparency, public confidence in the
judiciary would fall, ultimately threatening judicial independence. Allowing the reviewing court to consider
the appellant’s grounds of challenge with the benefit of
Enfin, si la demande de privilège d’intérêt public du CCM
est accueillie, la cour de révision n’aura pas accès au
rapport Friedland. Par conséquent, la cour de révision ne
pourrait évaluer les motifs de contrôle que le demandeur a
invoqués et le CCM empêcherait dans une certaine mesure
que sa décision soit contrôlée. Mettre à l’abri de tout contrôle
une partie de la décision du CCM enfreint le principe selon
lequel tous les titulaires de pouvoirs publics doivent rendre
compte de la façon dont ils exercent ces pouvoirs. En
l’espèce, la mise à l’abri nuit à la responsabilisation et à la
transparence du CCM, ainsi qu’au système de justice disciplinaire qu’il administre. Ce principe est affirmé à bien des
endroits dans notre jurisprudence. La diminution de la responsabilisation et de la transparence entraînerait une diminution
de la confiance du public envers la magistrature, ce qui au
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
the Friedland Report does not undercut judicial independence at all. If anything, it strengthens it.
STATUTES AND REGULATIONS CITED
Access to Information Act, R.S.C., 1985, c. A-1.
Canada Evidence Act, R.S.C., 1985, c. C-5, ss. 37, 38, 39.
Courts of Justice Act, R.S.O. 1990, c. C.43, ss. 49 to 51.12.
Federal Courts Act, R.S.C., 1985, c. F-7, s. 18.4.
Federal Courts Rules, SOR/98-106, rr. 51, 53, 151, 152,
317, 318.
Judges Act, R.S.C., 1985, c. J-1, ss. 59(1), 60, 61, 62, 63,
64, 65, 71.
Judicial Conduct and Disability Act of 1980, 28 U.S.C.
§ 360 (2012).
Judicial Discipline (Prescribed Procedures) Regulations
2006, SI 2006/676, s. 40(4).
Rules of Civil Procedure, R.R.O. 1990, Reg. 194, R. 39.03.
CASES CITED
c.
SLANSKY
89
bout du compte menace l’indépendance judiciaire. Permettre
à la cour de révision d’examiner les motifs de la contestation
du demandeur à la lumière du rapport Friedland ne nuirait pas
du tout à l’indépendance judiciaire. En fait, cela pourrait
même l’accroître.
LOIS ET RÈGLEMENTS CITÉS
Judicial Conduct and Disability Act of 1980, 28 U.S.C.
§ 360 (2012).
Judicial Discipline (Prescribed Procedures) Regulations
2006, SI 2006/676, s. 40(4).
Loi sur l’accès à l’information, L.R.C. (1985), ch. A-1.
Loi sur la preuve au Canada, L.R.C. (1985), ch. C-5,
art. 37, 38, 39.
Loi sur les Cours fédérales, L.R.C. (1985), ch. F-7,
art. 18.4.
Loi sur les juges, L.R.C. (1985), ch. J-1, art. 59(1), 60, 61,
62, 63, 64, 65, 71.
Loi sur les tribunaux judiciaires, L.R.O. 1990, ch. C.43,
art. 49 à 51.12.
Règles de procédure civile, R.R.O. 1990, Règl. 194,
règle 39.03.
Règles des Cours fédérales, DORS/98-106, règles 51, 53,
151, 152, 317, 318.
JURISPRUDENCE CITÉE
APPLIED:
DÉCISIONS APPLIQUÉES :
Canada (Privacy Commissioner) v. Blood Tribe
Department of Health, 2008 SCC 44, [2008] 2 S.C.R. 574;
Solosky v. The Queen, [1980] 1 S.C.R. 821, (1979), 105
D.L.R. (3d) 745.
Canada (Commissaire à la protection de la vie privée)
c. Blood Tribe Department of Health, 2008 CSC 44,
[2008] 2 R.C.S. 574; Solosky c. La Reine, [1980] 1 R.C.S.
821.
CONSIDERED:
DÉCISIONS EXAMINÉES :
Payne v. Ontario Human Rights Commission, 2000
CanLII 5731, 192 D.L.R. (4th) 315 (Ont. C.A.); R. v.
McClure, 2001 SCC 14, [2001] 1 S.C.R. 445; Pritchard v.
Ontario (Human Rights Commission), 2004 SCC 31,
[2004] 1 S.C.R. 809; General Accident Assurance Co. v.
Chrusz, 1999 CanLII 7320, 45 O.R. (3d) 321 (C.A.);
College of Physicians of B.C. v. British Columbia
(Information and Privacy Commissioner), 2002 BCCA
665, [2003] 2 W.W.R. 279; Balabel v. Air India, [1988]
Ch. 317 (C.A.); Blood Tribe v. Canada (Attorney General),
2010 ABCA 112 (CanLII), 487 A.R. 71; Gower v. Tolko
Manitoba Inc., 2001 MBCA 11 (CanLII), 196 D.L.R.
(4th) 716; Wilson v. Favelle, 1994 CanLII 1152, 26 C.P.C.
(3d) 273 (B.C.S.C.); Moreau-Bérubé v. New Brunswick
(Judicial Council), 2002 SCC 11, [2002] 1 S.C.R. 249;
MacKeigan v. Hickman, [1989] 2 S.C.R. 796, (1989), 61
D.L.R. (4th) 688; Morier et al. v. Rivard, [1985] 2 S.C.R.
716, (1985), 23 D.L.R. (4th) 1; Sirros v. Moore, [1975] 1
Payne v. Ontario Human Rights Commission, 2000
CanLII 5731, 192 D.L.R. (4th) 315 (C.A. Ont.); R. c.
McClure, 2001 CSC 14, [2001] 1 R.C.S. 445; Pritchard c.
Ontario (Commission des droits de la personne), 2004
CSC 31, [2004] 1 R.C.S. 809; General Accident Assurance
Co. v. Chrusz, 1999 CanLII 7320, 45 R.J.O. (3e) 321
(C.A.); College of Physicians of B.C. v. British Columbia
(Information and Privacy Commissioner), 2002 BCCA
665, [2003] 2 W.W.R. 279; Balabel v. Air India, [1988]
Ch. 317 (C.A.); Blood Tribe v. Canada (Attorney General),
2010 ABCA 112 (CanLII), 487 A.R. 71; Gower v. Tolko
Manitoba Inc., 2001 MBCA 11 (CanLII), 196 D.L.R.
(4th) 716; Wilson v. Favelle, 1994 CanLII 1152, 26 C.P.C.
(3d) 273 (C. supr. C.-B.); Moreau-Bérubé c. NouveauBrunswick (Conseil de la magistrature), 2002 CSC 11,
[2002] 1 R.C.S. 249; MacKeigan c. Hickman, [1989] 2
R.C.S. 796; Morier et autre c. Rivard, [1985] 2 R.C.S.
716; Sirros v. Moore, [1975] 1 Q.B. 118; R. c. Lippé,
90
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
Q.B. 118; R. v. Lippé, [1991] 2 S.C.R. 114, (1991), 5
C.R.R. (2d) 31; Descôteaux et al. v. Mierzwinski, [1982] 1
S.C.R. 860, (1982), 141 D.L.R. (3d) 590; Thompson v.
Canada (National Revenue), 2013 FCA 197, 366 D.L.R.
(4th) 169; Guelph (City) v. Super Blue Box Recycling
Corp., 2004 CanLII 34954, 2 C.P.C. (6th) 276 (Ont.
S.C.J.); Hartwig v. Commission of Inquiry into matters
relating to the death of Neil Stonechild, 2007 SKCA 74
(CanLII), 284 D.L.R. (4th) 268; Carey v. Ontario, [1986]
2 S.C.R. 637, (1986), 58 O.R. (2d) 352; Sankey v. Whitlam
(1978), 21 A.L.R. 505 (H.C.); Burmah Oil Co. v. Bank of
England, [1979] 3 All E.R. 700 (H.L.); M. (A.) v. Ryan,
[1997] 1 S.C.R. 157, (1997), 143 D.L.R. (4th) 1; Thorson
v. Attorney General of Canada et al., [1975] 1 S.C.R. 138,
(1974), 43 D.L.R. (3d) 1; Baker v. Carr, 369 U.S. 186
(1962); Tzaban v. Minister of Religious Affairs (1986),
40(4) P.D. 141; Vancouver Sun (Re), 2004 SCC 43, [2004]
2 S.C.R. 332.
[1991] 2 R.C.S. 114; Descôteaux et autre c. Mierzwinski,
[1982] 1 R.C.S. 860; Thompson c. Canada (Revenu
national), 2013 CAF 197; Guelph (City) v. Super Blue Box
Recycling Corp., 2004 CanLII 34954, 2 C.P.C. (6th) 276
(C.S.J. Ont.); Hartwig v. Commission of Inquiry into
matters relating to the death of Neil Stonechild, 2007
SKCA 74 (CanLII), 284 D.L.R. (4th) 268; Carey c.
Ontario, [1986] 2 R.C.S. 637; Sankey v. Whitlam (1978),
21 A.L.R. 505 (H.C.); Burmah Oil Co. v. Bank of England,
[1979] 3 All E.R. 700 (H.L.); M. (A.) c. Ryan, [1997] 1
R.C.S. 157; Thorson c. Procureur général du Canada et
al., [1975] 1 R.C.S. 138; Baker v. Carr, 369 U.S. 186
(1962); Tzaban v. Minister of Religious Affairs (1986),
40(4) P.D. 141; Vancouver Sun (Re), 2004 CSC 43, [2004]
2 R.C.S. 332.
REFERRED TO:
DÉCISIONS CITÉES :
Canada v. Aqua-Gem Investments Ltd., [1993] 2 F.C. 425,
[1993] 1 C.T.C. 186 (C.A.); Z.I. Pompey Industrie v.
ECU-Line N.V., 2003 SCC 27, [2003] 1 S.C.R. 450; Three
Rivers District Council & Ors v. Bank of England, [2004]
UKHL 48 (BAILII), [2004] 3 W.L.R. 1274; Beauregard v.
Canada, [1986] 2 S.C.R. 56, (1986), 30 D.L.R. (4th) 481;
Valente v. The Queen et al., [1985] 2 S.C.R. 673, (1985),
24 D.L.R. (4th) 161; Reference re Remuneration of Judges
of the Provincial Court of Prince Edward Island;
Reference re Independence and Impartiality of Judges of
the Provincial Court of Prince Edward Island, [1997] 3
S.C.R. 3, (1997), 156 Nfld. & P.E.I.R. 1; Garnett v.
Ferrand (1827), 6 B. & C. 611; Therrien (Re), 2001 SCC
35, [2001] 2 S.C.R. 3; Taylor v. Canada (Attorney
General), 2003 FCA 55, [2003] 3 F.C. 3; Guardian News
& Media Limited v. Information Commissioner, 10 June
2009, Information Tribunal Appeal Number:
EA/2008/0084; Taylor v. Canada (Attorney General),
2001 FCT 1247, [2002] 3 F.C. 91; Douglas v. Canada
(Attorney General), 2013 FC 451, [2014] 4 F.C.R. 494;
Jacko v. McLellan, 2008 CanLII 69579, 306 D.L.R. (4th)
126 (Ont. S.C.J.); R. v. Campbell, [1999] 1 S.C.R. 565,
(1999), 171 D.L.R. (4th) 193; R. v. Cunningham, 2010
SCC 10, [2010] 1 S.C.R. 331; United Brotherhood of
Carpenters and Joiners of America, Local 579 v. Bradco
Construction Ltd., [1993] 2 S.C.R. 316, (1993), 106 Nfld.
& P.E.I.R. 140; Ontario Securities Commission and
Greymac Credit Corp., Re, 1983 CanLII 1894, 41 O.R.
(2d) 328 (Div. Ct.); R. v. Joubert, 1992 CanLII 1073, 7
B.C.A.C. 31 (C.A.); Smith v. Jones, [1999] 1 S.C.R. 455,
(1999), 169 D.L.R. (4th) 385; R. v. Gruenke, [1991] 3
S.C.R. 263, [1991] 6 W.W.R. 673; Bone v. Person, 2000
CanLII 26955, 185 D.L.R. (4th) 335 (Man. C.A.); Ranger
v. Penterman, 2011 ONCA 412, 342 D.L.R. (4th) 690;
Canada c. Aqua-Gem Investments Ltd., [1993] 2 C.F. 425
(C.A.); Z.I. Pompey Industrie c. ECU-Line N.V., 2003
CSC 27, [2003] 1 R.C.S. 450; Three Rivers District
Council & Ors v. Bank of England, [2004] UKHL 48
(BAILII), [2004] 3 W.L.R. 1274; Beauregard c. Canada,
[1986] 2 R.C.S. 56; Valente c. La Reine et autres, [1985]
2 R.C.S. 673; Renvoi relatif à la rémunération des juges
de la Cour provinciale de l’Île-du-Prince-Édouard;
Renvoi relatif à l’indépendance et à l’impartialité des
juges de la Cour provinciale de l’Île-du-Prince-Édouard,
[1997] 3 R.C.S. 3; Garnett v. Ferrand (1827), 6 B. & C.
611; Therrien (Re), 2001 CSC 35, [2001] 2 R.C.S. 3;
Taylor c. Canada (Procureur général), 2003 CAF 55,
[2003] 3 C.F. 3; Guardian News & Media Limited v.
Information Commissioner, 10 June 2009, Information
Tribunal Appeal Number: EA/2008/0084; Taylor c.
Canada (Procureur général), 2001 CFPI 1247, [2002] 3
C.F. 91; Douglas c. Canada (Procureur général), 2013 CF
451, [2014] 4 R.C.F. 494; Jacko v. McLellan, 2008 CanLII
69579, 306 D.L.R. (4th) 126 (C.S.J. Ont.); R. c. Campbell,
[1999] 1 R.C.S. 565; R. c. Cunningham, 2010 CSC 10,
[2010] 1 R.C.S. 331; Fraternité unie des charpentiers et
menuisiers d’Amérique, section locale 579 c. Bradco
Construction Ltd., [1993] 2 R.C.S. 316; Ontario Securities
Commission and Greymac Credit Corp., Re, 1983 CanLII
1894, 41 O.R. (2d) 328 (C. div.); R. v. Joubert, 1992
CanLII 1073, 7 B.C.A.C. 31 (C.A.); Smith c. Jones,
[1999] 1 R.C.S. 455; R. c. Gruenke, [1991] 3 R.C.S. 263;
Bone v. Person, 2000 CanLII 26955, 185 D.L.R. (4th) 335
(C.A. Man.); Ranger v. Penterman, 2011 ONCA 412, 342
D.L.R. (4th) 690; Canada (Commissaire à l’information)
c. Canada (Sécurité publique et Protection civile), 2013
CAF 104; Housen c. Nikolaisen, 2002 CSC 33, [2002] 2
R.C.S. 235; H.L. c. Canada (Procureur général), 2005
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
Canada (Information Commissioner) v. Canada (Public
Safety and Emergency Preparedness), 2013 FCA 104, 360
D.L.R. (4th) 176; Housen v. Nikolaisen, 2002 SCC 33,
[2002] 2 S.C.R. 235; H.L. v. Canada (Attorney General),
2005 SCC 25, [2005] 1 S.C.R. 401; Southern Railway of
British Columbia Ltd. v. Canada (Deputy Minister of
National Revenue), 1991 CanLII 2083, [1991] 1 C.T.C.
432 (B.C.S.C.); PSC Industrial Services Canada Inc. v.
Thunder Bay (City), 2006 CanLII 7029 (Ont. S.C.J.); B.C.
Securities Commission v. BDS and CWM, 2002 BCSC
664; 1225145 Ontario Inc. v. Kelly, 2006 CanLII 19425,
27 C.P.C. (6th) 227 (Ont. S.C.J.); Access Information
Agency Inc. v. Canada (Attorney General), 2007 FCA
224; 1185740 Ontario Ltd. v. Canada (Minister of
National Revenue), 1999 CanLII 8774, 247 N.R. 287
(F.C.A.); Sierra Club of Canada v. Canada (Minister of
Finance), 2002 SCC 41, [2002] 2 S.C.R. 522; Canada
(Human Rights Commission) v. Canadian Liberty Net,
[1998] 1 S.C.R. 626, (1998), 157 D.L.R. (4th) 385; M.N.R.
v. Derakhshani, 2009 FCA 190; Canada (National
Revenue) v. RBC Life Insurance Company, 2013 FCA 50;
Health Services and Support-Facilities Subsector
Bargaining Association v. British Columbia, 2002 BCSC
1509, 8 B.C.L.R. (4th) 281; Conway v. Rimmer, [1968]
A.C. 910 (H.L.); Glasgow Corporation v. Central Land
Board, 1956 S.C. (H.L.) 1; Rogers v. Home Secretary,
[1973] A.C. 388 (H.L.); Dunsmuir v. New Brunswick,
2008 SCC 9, [2008] 1 S.C.R. 190; Woodward Estate
(Executors of) v. Minister of Finance, [1973] S.C.R. 120,
(1972), 27 D.L.R. (3d) 608; U.E.S., Local 298 v. Bibeault,
[1988] 2 S.C.R. 1048, (1988), 35 Admin. L.R. 153;
Crevier v. Attorney General of Quebec et al., [1981] 2
S.C.R. 220, (1981), 127 D.L.R. (3d) 1; Canada (Attorney
General) v. Downtown Eastside Sex Workers United
Against Violence Society, 2012 SCC 45, [2012] 2 S.C.R.
524; Canadian Council of Churches v. Canada (Minister
of Employment and Immigration), [1992] 1 S.C.R. 236,
(1992), 88 D.L.R. (4th) 193; Finlay v. Canada (Minister
of Finance), [1986] 2 S.C.R. 607, (1986), 33 D.L.R. (4th)
321; Hy and Zel’s Inc. v. Ontario (Attorney General); Paul
Magder Furs Ltd. v. Ontario (Attorney General), [1993] 3
S.C.R. 675, (1993), 107 D.L.R. (4th) 634; Harris v.
Canada, [2000] 4 F.C. 37, (2000), 187 D.L.R. (4th) 419
(C.A.); Ellis-Don Ltd. v. Ontario (Labour Relations
Board), 2001 SCC 4, [2001] 1 S.C.R. 221.
AUTHORS CITED
Barak, Aharon. The Judge in a Democracy. Princeton,
N.J.: Princeton University Press, 2006.
Binnie, Ian. “Judicial Independence in Canada” in World
Conference on Constitutional Justice, 2nd Congress,
Rio de Janeiro, January 16‒18, 2011, online: c.
SLANSKY
91
CSC 25, [2005] 1 R.C.S. 401; Southern Railway of British
Columbia Ltd. v. Canada (Deputy Minister of National
Revenue), 1991 CanLII 2083, [1991] 1 C.T.C. 432 (C.
supr. C.-B.); PSC Industrial Services Canada Inc. v.
Thunder Bay (City), 2006 CanLII 7029 (C.S.J. Ont.); B.C.
Securities Commission v. BDS and CWM, 2002 BCSC
664; 1225145 Ontario Inc. v. Kelly, 2006 CanLII 19425,
27 C.P.C. (6th) 227 (C.S.J. Ont.); Access Information
Agency Inc. c. Canada (Procureur général), 2007 CAF
224; 1185740 Ontario Ltd. c. Canada (Ministre du Revenu
national), 1999 CanLII 8774 (C.A.F.); Sierra Club du
Canada c. Canada (Ministre des Finances), 2002 CSC 41,
[2002] 2 R.C.S. 522; Canada (Commission des droits de
la personne) c. Canadian Liberty Net, [1998] 1 R.C.S.
626; M.R.N. c. Derakhshani, 2009 CAF 190; Canada
(Revenu national) c. Compagnie d’assurance vie RBC,
2013 CAF 50; Health Services and Support-Facilities
Subsector Bargaining Association v. British Columbia,
2002 BCSC 1509, 8 B.C.L.R. (4th) 281; Conway v.
Rimmer, [1968] A.C. 910 (H.L.); Glasgow Corporation v.
Central Land Board, 1956 S.C. (H.L.) 1; Rogers v. Home
Secretary, [1973] A.C. 388 (H.L.); Dunsmuir c. NouveauBrunswick, 2008 CSC 9, [2008] 1 R.C.S. 190; Succession
Woodward (Exécuteurs testamentaires) c. Ministre des
Finances, [1973] R.C.S. 120; U.E.S., Local 298 c.
Bibeault, [1988] 2 R.C.S. 1048; Crevier c. Procureur
général du Québec et autres, [1981] 2 R.C.S. 220; Canada
(Procureur général) c. Downtown Eastside Sex Workers
United Against Violence Society, 2012 CSC 45, [2012] 2
R.C.S. 524; Conseil canadien des Églises c. Canada
(Ministre de l’Emploi et de l’Immigration), [1992] 1
R.C.S. 236; Finlay c. Canada (Ministre des Finances),
[1986] 2 R.C.S. 607; Hy and Zel’s Inc. c. Ontario
(Procureur général); Paul Magder Furs Ltd. c. Ontario
(Procureur général), [1993] 3 R.C.S. 675; Harris c.
Canada, [2000] 4 C.F. 37 (C.A.); Ellis-Don Ltd. c. Ontario
(Commission des relations de travail), 2001 CSC 4,
[2001] 1 R.C.S. 221.
DOCTRINE CITÉE
Barak, Aharon. The Judge in a Democracy. Princeton,
N.J. : Princeton University Press, 2006.
Binnie, Ian. « Judicial Independence in Canada » dans
Conférence mondiale de justice constitutionnelle,
2e Congrès, Rio de Janeiro, 16‒18 janvier 2011, en ligne : 92
CANADA
<http://www.venice.coe.int/wccj/Rio/Papers/CAN_
Binnie_E.pdf>.
Brody, David C. “The Use of Judicial Performance
Evaluation to Enhance Judicial Accountability, Judicial
Independence and Public Trust” (2008), 86 Denv. U. L.
Rev. 115.
Bryant, Alan W. et al. The Law of Evidence in Canada, 3rd
ed. Markham, Ont.: LexisNexis Canada, 2009.
Campbell, Enid and H. P. Lee. The Australian Judiciary.
Cambridge: Cambridge University Press, 2001.
Canadian Judicial Council. Annual Report 2002-03.
Appendix E “Procedures for Dealing with Complaints
made to the Canadian Judicial Council about Federally
Appointed Judges”, online: <http://www.cjc-ccm.gc.ca/
cmslib/general/news_pub_annualreport_2002-2003_en.
pdf>.
Canadian Judicial Council. Annual Report 2002-03.
Appendix F “Canadian Judicial Council Policy with
Respect to Counsel Retained in Judicial Conduct Matters”,
online: <http://www.cjc-ccm.gc.ca/cmslib/general/news_
pub_annualreport_2002-2003_en.pdf>.
Canadian Judicial Council. Ethical Principles for Judges,
2004, online: <http://www.cjc-ccm.gc.ca/cmslib/general/
news_pub_judicialconduct_Principles_en.pdf>.
Canadian Judicial Council. Procedures for Dealing with
Complaints made to the Canadian Judicial Council about
Federally Appointed Judges: “Complaints Procedures”,
October 14, 2010, online: <http://www.cjc-ccm.gc.ca/
cmslib/general/CJC-CCM-Procedures-2010.pdf>.
Ciparick, Carmen Beauchamp and Bradley T. King.
“Judicial Independence: Is It Impaired or Bolstered by
Judicial Accountability?” (2010), 84 St. John’s L. Rev. 1.
Dodek, Adam M. “Reconceiving Solicitor-Client Privilege”
(2010), 35 Queen’s L.J. 493.
Friedland, Martin L. A Place Apart: Judicial Independence
and Accountability in Canada. Ottawa: Canadian Judicial
Council, 1995.
Geyh, Charles G. “Rescuing Judicial Accountability from
the Realm of Political Rhetoric” (2006), 56 Case W. Res.
L. Rev. 911.
Hubbard, Robert W. et al. The Law of Privilege in Canada,
loose-leaf. Aurora, Ont.: Canada Law Book, 2006.
Keane, Adriane et al. The Modern Law of Evidence, 8th ed.
Oxford: Oxford University Press, 2010.
McLachlin, Beverley. “Courts, Transparency and Public
Confidence ‒ To the Better Administration of Justice” (2003), 8 Deakin L. Rev. 1.
Olowofoyeku, Abimbola A. “The Crumbling Citadel:
Absolute Judicial Immunity De-rationalised” (1990),
10 Legal Studies 271.
Paciocco, David M. and Lee Stuesser. The Law of Evidence,
6th ed. Toronto: Irwin Law, 2011.
Phipson, Sidney Lovell. Phipson on Evidence, 17th ed. by
Hodge C. Malek, Q.C. London: Sweet & Maxwell, 2010.
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
<http://www.venice.coe.int/wccj/Rio/Papers/CAN_
Binnie_E.pdf>.
Brody, David C. « The Use of Judicial Performance
Evaluation to Enhance Judicial Accountability, Judicial
Independence and Public Trust » (2008), 86 Denv. U. L.
Rev. 115.
Bryant, Alan W. et al. The Law of Evidence in Canada,
3e éd. Markham, Ont. : LexisNexis Canada, 2009.
Campbell, Enid et H. P. Lee. The Australian Judiciary.
Cambridge : Cambridge University Press, 2001.
Ciparick, Carmen Beauchamp et Bradley T. King.
« Judicial Independence: Is It Impaired or Bolstered by
Judicial Accountability? » (2010), 84 St. John’s L. Rev. 1.
Conseil canadien de la magistrature. Principes de déontologie judicaire, 2004, en ligne : <https://www.cjc-ccm.
gc.ca/cmslib/general/news_pub_judicialconduct_
Principles_fr.pdf>.
Conseil canadien de la magistrature. Procédures relatives à
l’examen des plaintes déposées au Conseil canadien de la
magistrature au sujet de juges de nomination fédérale:
« Procédures relatives aux plaintes », 14 octobre 2010,
en ligne : <http://www.cjc-ccm.gc.ca/cmslib/general/
CJC-CCM-Procedures-2010.pdf>.
Conseil canadien de la magistrature. Rapport annuel 20022003. Annexe E « Procédures relatives à l’examen des
plaintes déposées au Conseil canadien de la magistrature
au sujet de juges de nomination fédérale », en ligne :
<http://epe.lac-bac.gc.ca/100/201/301/ra_conseil_
canadien_magistrature/2002-2003.pdf>.
Conseil canadien de la magistrature. Rapport annuel 20022003. Annexe F « Politique du Conseil canadien de la
magistrature relative aux avocats agissant dans les
affaires de déontologie judiciaire », en ligne : <http://epe.
lac-bac.gc.ca/100/201/301/ra_conseil_canadien_
magistrature/2002-2003.pdf>.
Dodek, Adam M. « Reconceiving Solicitor-Client
Privilege » (2010), 35 Queen’s L.J. 493.
Friedland, Martin L. Une place à part : l’indépendance et
la responsabilité de la magistrature au Canada. Ottawa :
Conseil canadien de la magistrature, 1995.
Geyh, Charles G. « Rescuing Judicial Accountability from
the Realm of Political Rhetoric » (2006), 56 Case W. Res.
L. Rev. 911.
Hubbard, Robert W. et al. The Law of Privilege in Canada,
feuilles mobiles. Aurora, Ont. : Canada Law Book, 2006.
Keane, Adriane et al. The Modern Law of Evidence, 8e éd.
Oxford : Oxford University Press, 2010.
McLachlin, Beverley. « Courts, Transparency and Public
Confidence ‒ To the Better Administration of Justice » (2003), 8 Deakin L. Rev. 1.
Nations Unies. Haut-Commissariat aux droits de l’homme.
Principes fondamentaux relatifs à l’indépendance de la
magistrature, en ligne : <http://www.ohchr.org/FR/
ProfessionalInterest/Pages/IndependenceJudiciary.aspx>.
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
93
Strassfeld, Robert N. “‘Atrocious Judges’ and ‘Odious’
Courts Revisited” (2006), 56 Case W. Res. L. Rev. 899.
Tapper, Colin. Cross and Tapper on Evidence, 11th ed.
New York: Oxford University Press, 2007.
United Nations. Office of the High Commissioner for
Human Rights. Basic Principles on the Independence
of the Judiciary, online: <http://www.ohchr.org/EN/
ProfessionalInterest/Pages/IndependenceJudiciary.aspx>.
Wigmore, John Henry. Evidence in Trials at Common
Law, McNaughton Revision, Vol. 8. Boston: Little Brown
& Co., 1961.
Olowofoyeku, Abimbola A. « The Crumbling Citadel:
Absolute Judicial Immunity De-rationalised » (1990),
10 Legal Studies 271.
Paciocco, David M. et Lee Stuesser. The Law of Evidence,
6e éd. Toronto : Irwin Law, 2011.
Phipson, Sidney Lovell. Phipson on Evidence, 17e éd. par
Hodge C. Malek, c.r. Londres : Sweet & Maxwell, 2010.
Strassfeld, Robert N. « “Atrocious Judges” and “Odious”
Courts Revisited » (2006), 56 Case W. Res. L. Rev. 899.
Tapper, Colin. Cross and Tapper on Evidence, 11e éd. New
York : Oxford University Press, 2007.
Wigmore, John Henry. Evidence in Trials at Common Law,
McNaughton Revision, vol. 8. Boston : Little Brown
& Co., 1961.
APPEAL from a decision of the Federal Court (2011
FC 1467, [2013] 3 F.C.R. 558) setting aside the
Prothonotary’s decision (2011 FC 476, 388 F.T.R. 217)
and determining that a report by the Canadian Judicial
Council was subject to both legal advice and public interest privilege. Appeal dismissed, Stratas J.A. dissenting.
APPEL à l’encontre d’une décision de la Cour fédérale
(2011 CF 1467, [2013] 3 R.C.F. 558) qui a annulé la
décision de la protonotaire (2011 CF 476) et qui a
déterminé que le rapport du Conseil canadien de la
magistrature relevait du conseil juridique et était protégé
par un privilège d’intérêt public. Appel rejeté, le juge
Stratas, J.C.A., étant dissident.
APPEARANCES
ONT COMPARU
Rocco Galati pour le demandeur.
James Gorham pour les intimés.
Paul J. J. Cavalluzzo et Adrienne Telford pour
l’intervenant.
Rocco Galati for appellant.
James Gorham for respondents.
Paul J. J. Cavalluzzo and Adrienne Telford for
intervener.
SOLICITORS OF RECORD
AVOCATS INSCRITS AU DOSSIER
Rocco Galati Law Firm Professional Corporation,
Toronto, for appellant.
Deputy Attorney General of Canada for
respondents.
Cavalluzzo Shilton McIntyre & Cornish LLP,
Toronto, for intervener.
Rocco Galati Law Firm Professional Corporation,
Toronto, pour le demandeur.
Le sous-procureur général du Canada pour les
intimés.
Cavalluzzo Shilton McIntyre & Cornish LLP/s.r.l.,
Toronto, pour l’intervenant.
The following are the reasons for judgment rendered
in English by
Ce qui suit est la version française des motifs du
jugement rendus par
Evans J.A.:
A.
INTRODUCTION
[1] The Canadian Judicial Council (CJC) has a statutory responsibility to investigate complaints of
misconduct made against federally appointed judges.
Le juge Evans, J.C.A. :
A.
INTRODUCTION
[1] Le Conseil canadien de la magistrature (CCM) est
tenu par la loi d’enquêter sur les plaintes d’inconduite
concernant les juges nommés par le gouvernement
94
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
This may result in a recommendation to the Minister of
Justice that a judge has become unable to perform judicial duties by virtue of misconduct, and should be
removed from office. The CJC’s disciplinary function is
delicate: it engages issues of judicial independence and
accountability, and of confidentiality and transparency.
Consideration of these issues must be driven by the
public interest in the administration of justice in both its
broadest and more specific senses.
fédéral. L’enquête peut donner lieu à une recommandation au ministre de la Justice selon laquelle le juge
concerné n’est plus en mesure d’assumer ses fonctions
judiciaires en raison d’une conduite répréhensible et
devrait être démis de ses fonctions. La fonction disciplinaire du CCM est de nature délicate : elle suppose
l’examen de questions liées à l’indépendance et à la
responsabilité des juges, ainsi qu’à la confidentialité et
à la transparence. Cet examen doit être guidé par l’intérêt public à l’égard de l’administration de la justice au
sens le plus large et selon certaines acceptions plus
restreintes du terme.
[2] This case raises an important issue about the
CJC’s investigative process. If a complainant applies
for judicial review of a decision by the Chairperson of
the Judicial Conduct Committee (Chairperson) to dismiss a complaint against a judge, must the CJC disclose
a confidential report prepared by outside counsel to
assist the Chairperson in considering the complaint?
[2] Une question importante concernant le processus
d’enquête du CCM est soulevée en l’espèce. Lorsqu’une
personne demande le contrôle judiciaire de la décision
du président du Comité sur la conduite des juges (le
président) de rejeter une plainte formulée contre un juge,
le CCM doit-il divulguer un rapport confidentiel rédigé
par un avocat de l’extérieur dans le but d’aider le président à examiner la plainte?
[3] In August 2004, Paul Slansky, a Toronto criminal
lawyer, complained to the CJC about the conduct of
Justice Robert Thompson (Judge), an Ontario Superior
Court of Justice judge. He alleged that the Judge had
been guilty of serious misconduct during a long and
difficult first degree murder trial before a jury, in which
Mr. Slansky was representing the accused.
[3] En août 2004, Paul Slansky, criminaliste de
Toronto, s’est plaint auprès du CCM de la conduite du
juge Robert Thompson de la Cour supérieure de justice
de l’Ontario. Il a allégué que le juge Thompson s’était
rendu coupable d’inconduite grave au cours d’un long
et difficile procès devant jury pour meurtre au premier
degré dans le cadre duquel Me Slansky représentait
l’accusé.
[4] The Chairperson, Chief Justice Scott of Manitoba,
dismissed the complaint and closed the file without
referring it to an Inquiry Committee (hearing panel) of
the CJC. In making this decision, the Chairperson relied
on a report from counsel, Professor Martin Friedland,
whom he had retained to make further inquiries into
Mr. Slansky’s allegations.
[4] Le président, le juge en chef Scott du Manitoba,
a rejeté la plainte et fermé le dossier sans le renvoyer à
un comité d’enquête (comité d’audience) du CCM. Pour
rendre sa décision, le président s’était appuyé sur un
rapport rédigé par un conseiller juridique, le professeur
Martin Friedland, à qui il avait demandé d’approfondir
l’enquête concernant les allégations formulées par
Me Slansky.
[5] Mr. Slansky brought an application for judicial
review of the Chairperson’s decision to dismiss his
complaint and not to refer it to a hearing panel. Although
Professor Friedland’s report had been taken into account
by the Chairperson in making this decision, the CJC
refused to disclose it as part of the tribunal record
requested by Mr. Slansky pursuant to rule 317 of the
[5] Me Slansky a présenté une demande de contrôle
judiciaire de la décision du président de rejeter sa plainte
et de ne pas la renvoyer à un comité d’audience. Quoique
le président ait tenu compte du rapport du professeur
Friedland pour rendre sa décision, le CCM a refusé de
le divulguer avec les autres documents du dossier du
tribunal demandés par Me Slansky conformément à la
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
95
Federal Courts Rules, SOR/98-106 (Rules). The CJC
said that the report constituted legal advice and was thus
protected by solicitor-client privilege, and was also
subject to public interest privilege.
règle 317 des Règles des Cours fédérales, DORS/98-106
(les Règles). Le CCM a affirmé que le contenu du rapport relevait du conseil juridique et que le rapport était
donc protégé par le secret professionnel de l’avocat ainsi
que par un privilège d’intérêt public.
[6] Mr. Slansky brought a motion to compel disclosure
of the report as part of the CJC’s record. In the alternative, he argued that the Court should exercise its
discretion under subsection 18.4(2) of the Federal
Courts Act, R.S.C., 1985, c. F-7, to order the conversion
of the application into an action, so that he would have
the benefits of trial process, including discovery and
viva voce evidence.
[6] Me Slansky a présenté une requête en vue de
contraindre le CCM à inclure le rapport dans son dossier.
À titre subsidiaire, il a affirmé que la Cour devrait
exercer le pouvoir discrétionnaire que lui confère le
paragraphe 18.4(2) de la Loi sur les Cours fédérales,
L.R.C. (1985), ch. F-7, pour ordonner la conversion de
la demande en une action, de sorte qu’il puisse bénéficier d’un procès, et notamment de la communication
préalable de renseignements et de témoignages de vive
voix.
[7] Subject to the redaction of pages in the report
that she considered to be legal advice, Prothonotary
Milczynski granted the motion and rejected the CJC’s
privilege arguments. Having ordered disclosure of most
of the report, she did not have to, and did not, determine
the conversion issue. Her decision is reported at 2011
FC 476, 388 F.T.R. 217.
[7] Sous réserve du caviardage des pages du rapport
qu’elle considérait comme relevant du conseil juridique,
la protonotaire Milczynski a accueilli la requête et rejeté
les arguments du CCM concernant le privilège. Comme
elle a ordonné la divulgation de la majeure partie du
rapport, elle n’a pas eu à trancher la question de la
conversion de la demande, et elle ne l’a donc pas fait.
Sa décision est publiée sous la référence 2011 CF 476.
[8] The CJC brought a motion under rule 51 of the
Rules to set aside the Prothonotary’s decision. Justice
de Montigny of the Federal Court allowed the motion
and reversed the Prothonotary’s decision. He found that
Professor Friedland’s report was subject to both legal
advice and public interest privilege. He declined to sever
parts of the report, but ordered the CJC to disclose the
6 000 pages of trial transcript examined by Professor
Friedland, as well as other publicly available materials
that he had considered in preparing his report. Justice
de Montigny exercised his discretion not to convert the
application into an action. His decision is reported at
2011 FC 1467, [2013] 3 F.C.R. 558.
[8] Le CCM a présenté, en application de la règle 51
des Règles, une requête en vue de faire annuler la décision de la protonotaire. Le juge de Montigny de la Cour
fédérale a accueilli la requête et infirmé la décision de
la protonotaire. Il a conclu que le rapport du professeur
Friedland était protégé en tant que conseil juridique et
par un privilège d’intérêt public. Il a refusé de faire
retrancher des parties du rapport, mais il a ordonné au
CCM de produire les 6 000 pages de transcription de
procès examinées par le professeur Friedland, ainsi que
tout autre document public utilisé pour rédiger son
rapport. Le juge de Montigny a exercé son pouvoir
discrétionnaire pour refuser de convertir la demande en
action. Sa décision est publiée sous la référence
2011 CF 1467, [2013] 3 R.C.F. 558.
[9] Mr. Slansky appeals to this Court from that decision. For the reasons that follow, I have concluded that
the Friedland Report is covered by legal advice privilege. In addition, I agree with my colleague Justice
Mainville that the report is also subject to public interest
[9] Me Slansky interjette maintenant appel de cette
décision. Pour les motifs qui suivent, j’ai conclu que le
rapport Friedland est protégé par le privilège du conseil
juridique. En outre, je suis d’accord avec mon collègue
le juge Mainville pour dire que le rapport fait également
96
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
privilege. I am not persuaded that Justice de Montigny
committed any error in refusing Mr. Slansky’s request
to convert the application into an action.
l’objet d’un privilège d’intérêt public. Je ne suis pas
convaincu que le juge de Montigny a commis quelque
erreur que ce soit en refusant la demande de Me Slansky
concernant la conversion de la demande en action.
[10] Accordingly, I would dismiss the appeal, but vary
the Federal Court’s order by requiring the CJC to disclose pages 31–32 of the report as part of its tribunal
record because they are not relevant to Professor
Friedland’s investigation of Mr. Slansky’s complaint
against the Judge.
[10] Par conséquent, je rejetterais l’appel, mais je
modifierais l’ordonnance de la Cour fédérale en exigeant
que le CCM verse les pages 31 et 32 du rapport au
dossier du tribunal, puisque celles-ci ne sont pas pertinentes par rapport à l’enquête menée par le professeur
Friedland au sujet de la plainte de Me Slansky contre le
juge concerné.
B.
B.
FACTUAL BACKGROUND
CONTEXTE FACTUEL
[11] In a 16-page complaint to the CJC, dated
August 12, 2004 (appeal book, pages 39–54), Mr. Galati,
who was representing Mr. Slansky, alleged serious
misconduct by the Judge during the trial: discourteous,
abusive and impatient behaviour towards Mr. Slansky;
bias, refusal to hear arguments and unduly interfering
with Mr. Slansky’s cross-examination of witnesses;
improper motives; abuse of office; and knowingly acting
contrary to law.
[11] Dans une plainte de 16 pages adressée au CCM
le 12 août 2004 (dossier d’appel, pages 39 à 54),
Me Galati, qui représente Me Slansky, allègue que le juge
s’est rendu coupable d’inconduite grave durant le procès : il aurait manqué de courtoisie envers Me Slansky et
aurait été agressif et impatient lorsqu’il s’adressait à lui;
il aurait été partial, aurait refusé d’entendre certains arguments et serait intervenu indûment lorsque Me Slansky
procédait au contre-interrogatoire des témoins; il aurait
fait preuve de malveillance; il aurait abusé de son pouvoir; enfin, il aurait sciemment enfreint la loi.
[12] In turn, the Judge, through the Assistant Deputy
Attorney General of Ontario, complained to the Law
Society of Upper Canada about Mr. Slansky’s conduct
at the trial. This complaint was dismissed without being
referred to a hearing, on the ground that the conduct in
question did not warrant discipline.
[12] Pour sa part, le juge, par l’intermédiaire du
sous-procureur général adjoint de l’Ontario, a formulé
une plainte auprès du Barreau du Haut-Canada concernant la conduite de Me Slansky durant le procès. La
plainte a été rejetée sans faire l’objet d’une audience, au
motif que la conduite de Me Slansky ne justifiait pas la
prise de mesures disciplinaires.
[13] The pre-trial motions and the murder trial
before Justice Thompson lasted from September 2002
to July 2004, including 130 days for the trial itself,
which was much longer than anyone anticipated. It
involved dozens of motions and required the Judge to
make numerous difficult procedural and evidentiary
rulings. A complicating factor throughout was that it was
a re-trial following the Ontario Court of Appeal’s reversal of the accused’s conviction at the first trial, a fact that
the Judge had to keep from the jury. The fact that
Mr. Slansky was convinced of his client’s innocence,
[13] Les requêtes préalables au procès et le procès
pour meurtre devant le juge Thompson se sont déroulés
de septembre 2002 à juillet 2004, le procès en tant que
tel ayant duré 130 jours, ce à quoi personne ne s’était
attendu. Le procès a donné lieu à des dizaines de requêtes, et le juge a dû rendre de nombreuses décisions
difficiles sur le plan de la preuve et de la procédure. Le
fait qu’il s’agissait d’un nouveau procès donnant suite
à l’annulation par la Cour d’appel de l’Ontario de la
déclaration de culpabilité prononcée contre l’accusé
en première instance, ce que le juge devait cacher au
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
97
while the Judge seems to have been equally convinced
that the accused was guilty, only made the management
of the trial more challenging.
jury, est venu compliquer les choses tout au long du
procès. Par ailleurs, le fait que M e Slansky était
convaincu de l’innocence de son client alors que le juge
semblait convaincu de sa culpabilité n’a pu que rendre
encore plus difficile le déroulement du procès.
[14] After receiving Mr. Slansky’s complaint against
the Judge, the Chairperson engaged Professor Friedland
of the University of Toronto’s Faculty of Law to conduct
further inquiries into it and to report back to him.
Professor Friedland is a member of the Ontario Bar, a
distinguished criminal law scholar, and the author of an
influential report prepared for the CJC, A Place Apart:
Judicial Independence and Accountability in Canada
(Ottawa: Canadian Judicial Council, 1995).
[14] Après avoir reçu la plainte de Me Slansky contre
le juge, le président a demandé à Me Friedland, professeur à la faculté de droit de l’Université de Toronto,
d’enquêter sur cette plainte et de lui soumettre un rapport. Le professeur Friedland, membre du Barreau de
l’Ontario qui mène une carrière distinguée de chercheur
en droit pénal, a produit un rapport important pour le
CCM intitulé Une place à part : L’indépendance et la
responsabilité de la magistrature au Canada (Ottawa :
Conseil canadien de la magistrature, 1995).
[15] The scope of Professor Friedland’s mandate was
set out in a letter, dated May 3, 2005, in which Norman
Sabourin, the Executive Director and General Counsel
of the CJC, confirmed Professor Friedland’s appointment: appeal book, pages 56–58. The letter defined the
scope of his role by quoting from the “Canadian Judicial
Council Policy with Respect to Counsel Retained
in Judicial Conduct Matters”, dated September 2002
[Canadian Judicial Council, Annual Report 2002-03,
Appendix F, at page 51] (Policy).
[15] La portée du mandat confié au professeur
Friedland est établie dans une lettre datée du 3 mai 2005
dans laquelle Norman Sabourin, directeur exécutif et
avocat général principal du CCM, confirme la nomination du professeur Friedland : dossier d’appel, pages 56
à 58. Me Sabourin délimite le rôle de Me Friedland selon
la politique du CCM concernant les avocats engagés pour
faire enquête dans les affaires relatives à la conduite d’un
juge, datée de septembre 2002 [voir le Conseil canadien
de la magistrature, Rapport annuel 2002-2003, Annexe
F « Politique du Conseil canadien de la magistrature relative aux avocats agissant dans les affaires de déontologie
judiciaire », aux pages 55 et 56] (la politique) :
The role of Counsel in conducting further inquiries is, essentially, to gather further information. Persons familiar with the
circumstances surrounding the complaint, including the judge
who is the subject of the complaint, will be interviewed.
Documentation may be collected and analyzed. It is not the
role of Counsel conducting further inquiries to weigh the
merits of a complaint or to make any recommendation as to the
determination that a Chairperson or a Panel should make. …
Le rôle de l’avocat menant une enquête supplémentaire
consiste essentiellement à obtenir un complément d’information. Les personnes au fait des circonstances entourant la
plainte, y compris le juge visé par celle-ci, seront interrogées.
Il est possible que l’on amasse des documents et que l’on
procède à leur analyse. Il ne revient pas à l’avocat menant une
enquête supplémentaire d’évaluer le bien-fondé d’une plainte
ou de faire des recommandations quant à la décision qui devrait
être prise par le président ou le sous-comité […]
This role is sometimes referred to as that of a “fact-finder”.
This description is accurate if it is limited to the gathering or
clarification of facts. It would not be accurate if it were
intended to encompass adjudicative fact-finding in the sense
of making determinations based on the relative credibility of
witnesses or the persuasiveness of one fact over another. The
role of Counsel conducting further inquiries is simply to
attempt to clarify the allegations against the judge and gather
evidence which, if established, would support or refute those
L’on associe parfois ce rôle à celui d’un « enquêteur ». Cette
analogie est fondée dans la mesure où elle n’implique rien
d’autre que la recherche et l’éclaircissement des faits. Elle ne
l’est pas si l’on entend également par là la recherche des faits
dans le cadre d’un processus juridictionnel, c’est-à-dire la prise
de décisions fondées sur la crédibilité des témoins ou sur le
caractère plus ou moins convaincant d’un fait par rapport à un
autre. Le rôle de l’avocat menant une enquête supplémentaire
consiste simplement à s’efforcer d’apporter des éclaircissements
98
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
allegations. The Counsel must obtain the judge’s response to
these allegations and evidence, and present all of this information to the Chairperson or Panel.
sur les accusations portées contre le juge et à réunir des éléments
de preuve qui, s’ils étaient établis, serviraient de fondement à
ces accusations ou, au contraire, leur retireraient toute légitimité. L’avocat doit obtenir la réponse du juge sur ces accusations
et sur ces éléments de preuve, puis il doit soumettre ces informations au président ou au sous-comité.
The role of Counsel undertaking further inquiries is to focus
on the allegations made. However, if any additional, credible
and serious allegations of inappropriate conduct or incapacity
on the part of the judge come to the Counsel’s attention,
Counsel is not precluded from inquiry into those matters as
well. [Emphasis added.]
L’avocat menant une enquête supplémentaire a pour rôle
d’examiner les allégations qui sont formulées. Le champ
de son enquête ne se limite toutefois pas obligatoirement à
ces allégations. Si de nouvelles allégations de conduite déplacée ou d’incompétence de la part du juge parviennent à sa
connaissance, et que ces allégations sont à la fois graves et
vraisemblables, il n’est pas interdit à l’avocat d’enquêter aussi
à leur sujet. [Non souligné dans l’original.]
[16] In an affidavit affirmed on February 9, 2007
( appeal book, pages 293–294) for the purpose of
Mr. Slansky’s motion before the Prothonotary,
Mr. Sabourin put something of a gloss on the terms of
the CJC’s Policy reproduced in Professor Friedland’s
letter of engagement. He indicated that counsel’s role of
“fact-finder” was broader than might be inferred from
reading the Policy.
[16] Dans un affidavit souscrit le 9 février 2007
(dossier d’appel, pages 293 et 294) aux fins de la requête
de Me Slansky devant la protonotaire, Me Sabourin
met en quelque sorte en contexte l’extrait de la politique du CCM reproduit dans la lettre d’engagement du
professeur Friedland. Il précise que le rôle d’« enquêteur » du conseiller juridique est plus grand que l’on
pourrait le croire à la lecture de la politique.
[17] Thus, Mr. Sabourin said that he was responsible
for directing the scope of counsel’s inquiries and “the
nature of the advice they provide” (emphasis added).
Further, he said, counsel is expected “to provide a
lawyer’s analysis and recommendations” (emphasis
added) in respect of the allegations of the complaint.
Mr. Sabourin concluded that his expectation, as well as
that of the Chairperson, was that counsel’s report would
constitute legal advice because
[17] Ainsi, Me Sabourin a affirmé qu’il était chargé
d’établir la portée de l’enquête menée par le conseiller juridique et [traduction] « la nature des conseils fournis »
(non souligné dans l’original). Il a ajouté qu’il était attendu
du conseiller juridique qu’il [traduction] « soumette
l’analyse et les recommandations d’un avocat » (non
souligné dans l’original) en ce qui concerne les allégations
formulées dans la plainte. Me Sabourin conclut qu’il s’attendait, comme le président, à ce que le rapport de l’avocat
constitue un avis juridique, en précisant ce qui suit :
… we retain legal counsel and seek a solicitor’s investigation
of the facts and a solicitor’s analysis and recommendations
concerning those facts in the context of the legal mandate and
obligations of the Council when considering a complaint.
Indeed, this is why the Complaints Procedures provide that it
must be a lawyer that conducts such inquiries; otherwise, this
work could be ably conducted by an investigator without legal
credentials. [Emphasis added.]
[traduction] […] nous retenons les services d’un conseiller
juridique à qui nous demandons de faire enquête sur les faits
et de nous soumettre son analyse et ses recommandations au
sujet des faits en question dans le cadre de la mission que la loi
confie au Conseil et des obligations qu’elle lui impose lorsqu’il
est saisi d’une plainte. En effet, c’est la raison pour laquelle les
Procédures relatives aux plaintes prévoient qu’un avocat mène
une enquête de ce genre; sinon, ce travail pourrait très bien être
fait par un enquêteur sans compétences juridiques. [Non
souligné dans l’original.]
[18] That Professor Friedland shared this understanding of his mandate is suggested by the fact that he
stamped his report “CONFIDENTIAL and subject to
SOLICITOR-CLIENT PRIVILEGE”.
[18] Le fait que le professeur Friedland ait estampillé
la mention [traduction] « le présent document est
CONFIDENTIEL et est protégé par le SECRET
PROFESSIONNEL DE L’AVOCAT » sur son rapport
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
99
semble indiquer qu’il envisageait lui aussi son mandat de
cette façon.
[19] In a 10-page letter, dated March 9, 2006,
Mr. Sabourin advised Mr. Slansky of the bases of the
Chairperson’s decision that his complaint did not warrant further consideration: appeal book, pages 311–320.
[19] Dans une lettre de 10 pages datée du 9 mars 2006,
Me Sabourin explique à Me Slansky les éléments sur lesquels sont fondées la décision du président selon laquelle
la plainte de Me Slansky ne justifiait pas un examen plus
approfondi : dossier d’appel, pages 311 à 320.
[20] According to Mr. Sabourin, it was the
Chairperson’s opinion that when viewed in the context
of this difficult trial, and taking into account
Mr. Slansky’s own conduct, the Judge’s management of
the trial, while far from perfect, did not constitute judicial misconduct. The Chairperson had concluded that,
although not all the Judge’s rulings were necessarily
correct, they did not evidence bias or a knowing disregard of the law.
[20] D’après Me Sabourin, le président était d’avis
que, dans le contexte de la difficulté du procès, et
compte tenu de la conduite de Me Slansky lui-même,
même si elle était loin d’être parfaite, la façon dont le
juge avait dirigé le procès ne constituait pas une inconduite judiciaire. Le président avait conclu que les
décisions rendues par le juge n’étaient pas nécessairement toutes adéquates, mais qu’elles ne constituaient pas
une preuve de partialité ou de la volonté du juge de faire
sciemment fi de la loi.
[21] Mr. Sabourin also described Professor Friedland’s
methodology in preparing his report (appeal book,
page 312), which included: the examination of 6 000
pages of trial transcript, minutes of the proceedings prepared by the court registrars during the trial, and 78 of
the rulings made by the Judge before and during the trial;
and interviews conducted by Professor Friedland with the
Judge, Mr. Slansky, named Crown counsel, the Regional
Director of Crown Attorneys, and the Regional Senior
Justice. Professor Friedland also listened to tapes of the
parts of the trial that had become particularly intense.
[21] Me Sabourin a également décrit la démarche suivie
par le professeur Friedland pour la rédaction de son
rapport (dossier d’appel, page 312), laquelle comprenait
ce qui suit : l’examen de 6 000 pages de transcription du
procès, les procès-verbaux des procédures rédigés par les
greffiers du tribunal pendant le procès et 78 des décisions
rendues par le juge avant et pendant le procès; et des
entrevues menées par le professeur Friedland auprès du
juge, de Me Slansky, du procureur de la Couronne désigné, du directeur régional des procureurs de la Couronne
et du juge principal régional. Le professeur Friedland a
également écouté l’enregistrement de parties du procès
particulièrement intenses.
[22] Mr. Sabourin noted that the Chairperson had not
adopted Mr. Galati’s suggestion that “the local bar”
be interviewed, because the interviews conducted
by Professor Friedland provided sufficient information
to enable him to assess the complaint. Moreover,
the Judge’s predilections in matters of criminal justice,
and sentencing in particular, were evident from
interviews with the Judge and from some of his
reported decisions.
[22] Me Sabourin a fait remarquer que le président
n’avait pas suivi la suggestion de Me Galati d’interroger
les membres du [traduction] « barreau local », parce
que les entrevues menées par le professeur Friedland
contenaient suffisamment de renseignements pour lui
permettre d’évaluer la plainte. En outre, la prédilection
du juge pour les affaires de justice pénale, et surtout
pour ce qui est de la détermination de la peine, était
évidente dans les entrevues avec celui-ci et dans certaines de ses décisions publiées.
[23] In his application for judicial review of the dismissal of the complaint, Mr. Slansky alleged, among
[23] Dans sa demande de contrôle judiciaire du rejet
de la plainte, Me Slansky allègue, entre autres choses,
100
CANADA
v.
[2015] 1 F.C.R.
SLANSKY
other things, that the CJC’s investigation of the complaint was inadequate, the interpretation of the Judge’s
conduct was wrong in law, and the CJC had exceeded
its jurisdiction by passing “erroneous and flawed judgment” on Mr. Slansky’s conduct at trial as an excuse for
the Judge’s misconduct.
que l’enquête menée par le CCM au sujet de la plainte
était inadéquate, que l’interprétation de la conduite du
juge était erronée en droit et que le CCM avait outrepassé sa compétence en « jugeant de façon erronée et
viciée » que le comportement de Me Slansky durant le
procès excusait l’inconduite du juge.
C.
C.
LEGISLATIVE FRAMEWORK
CADRE LÉGISLATIF
[24] The Judges Act, R.S.C., 1985, c. J-1, is the primary legislation relevant to this appeal. Subsection 59(1)
establishes the CJC, which is composed of the Chief
Justice of Canada, who is the chair of the CJC, and the
federally appointed chief justices, associate chief justices,
and other specified senior judges, from across Canada.
[24] La Loi sur les juges, L.R.C. (1985), ch. J-1, est la
principale loi qui s’applique en l’espèce. Le paragraphe 59(1) de la Loi établit le CCM, qui est composé
du juge en chef du Canada, président du CCM, et des
juges en chef, des juges en chef adjoints et d’autres juges
principaux désignés de l’ensemble du Canada nommés
par le gouvernement fédéral.
[25] Subsection 60(1) defines the objects of the CJC.
Subsection 60(2) set out the CJC’s means of furthering
these objects; paragraph (c) is directly relevant to this
appeal.
[25] Le paragraphe 60(1) de la Loi précise la mission
du CCM. Le paragraphe 60(2) précise les moyens dont
dispose le CCM pour remplir cette mission; l’alinéa c)
est directement pertinent en l’espèce :
Objects of
Council
60. (1) The objects of the Council are to promote efficiency and uniformity, and to improve
the quality of judicial service, in superior courts.
60. (1) Le Conseil a pour mission d’améliorer
le fonctionnement des juridictions supérieures,
ainsi que la qualité de leurs services judiciaires,
et de favoriser l’uniformité dans l’administration
de la justice devant ces tribunaux.
Mission du
Conseil
Powers of
Council
(2) In furtherance of its objects, the Council
may
(2) Dans le cadre de sa mission, le Conseil a le
pouvoir :
Pouvoirs
…
[…]
(c) make the inquiries and the investigation of
complaints or allegations described in
section 63; and
[26] Section 62 authorizes the CJC to engage the
services of others as it deems necessary for performing
its functions, including the services of counsel to assist
in the conduct of inquiries or investigations.
Employment of
counsel and
assistants
62. The Council may engage the services of
such persons as it deems necessary for carrying
out its objects and duties, and also the services of
counsel to aid and assist the Council in the conduct of any inquiry or investigation described in
section 63. [Emphasis added.]
c) de procéder aux enquêtes visées à
l’article 63;
[26] L’article 62 autorise le CCM à retenir les services de
tiers lorsqu’il juge que cela est nécessaire pour lui permettre
de s’acquitter de ses fonctions, dont les services de conseillers juridiques pour l’assister dans la tenue d’enquêtes :
62. Le Conseil peut employer le personnel
nécessaire à l’exécution de sa mission et engager
des conseillers juridiques pour l’assister dans la
tenue des enquêtes visées à l’article 63. [Non
souligné dans l’original.]
Nomination
du personnel
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
[27] Subsection 63(2) provides that the CJC may investigate any complaint or allegation made in respect of
a federally appointed judge. Subsection 63(5) authorizes
the CJC to prevent the publication of information arising
from an investigation under this section, and subsection 63(6) permits an investigation to be held in public
or private, unless the Minister of Justice requires it to be
held in public.
c.
101
SLANSKY
[27] Le paragraphe 63(2) précise que le CCM peut
mener une enquête concernant toute plainte ou allégation formulée à l’égard d’un juge nommé par le
gouvernement fédéral. Le paragraphe 63(5) autorise le
CCM à empêcher la publication de renseignements issus
d’une enquête menée en vertu de cette disposition, et le
paragraphe 63(6) permet la tenue d’une enquête publique ou à huis clos, à moins que le ministre de la Justice
n’exige qu’elle soit publique :
63. […]
63. …
Prohibition
of
information
relating to
inquiry, etc.
(5) The Council may prohibit the publication
of any information or documents placed before it
in connection with, or arising out of, an inquiry
or investigation under this section when it is of
the opinion that the publication is not in the
public interest.
(5) S’il estime qu’elle ne sert pas l’intérêt
public, le Conseil peut interdire la publication de
tous renseignements ou documents produits
devant lui au cours de l’enquête ou découlant de
celle-ci.
Protection
des
renseignements
Inquiries
may be
public or
private
(6) An inquiry or investigation under this section may be held in public or in private, unless
the Minister requires that it be held in public.
(6) Sauf ordre contraire du ministre, les enquêtes peuvent se tenir à huis clos.
Publicité de
l’enquête
[28] After the completion of an investigation, the CJC
must report its conclusions to the Minister and may
recommend that the judge be dismissed from office if it
concludes that the judge is incapacitated or disabled
from the due execution of the office of judge by, among
other things, misconduct.
[28] À l’issue de l’enquête, le CCM doit communiquer
ses conclusions au ministre, et il peut recommander la
révocation s’il est d’avis que le juge en cause est inapte
à remplir utilement ses fonctions, entre autres pour
motifs d’inconduite :
Report of
Council
65. (1) After an inquiry or investigation under
section 63 has been completed, the Council shall
report its conclusions and submit the record of
the inquiry or investigation to the Minister.
65. (1) À l’issue de l’enquête, le Conseil présente au ministre un rapport sur ses conclusions
et lui communique le dossier.
Rapport du
Conseil
Recommendation to
Minister
(2) Where, in the opinion of the Council, the
judge in respect of whom an inquiry or investigation has been made has become incapacitated or
disabled from the due execution of the office of
judge by reason of
(2) Le Conseil peut, dans son rapport, recommander la révocation s’il est d’avis que le juge en
cause est inapte à remplir utilement ses fonctions
pour l’un ou l’autre des motifs suivants :
Recommandation au
ministre
…
(b) having been guilty of misconduct,
…
the Council, in its report to the Minister under subsection (1),
may recommend that the judge be removed from office.
[…]
b) manquement à l’honneur et à la dignité.
102
CANADA
[29] The statutory provisions establishing the disciplinary powers and process of the CJC are in addition to
the existing powers to remove a judge from office.
Powers,
rights or
duties not
affected
71. Nothing in, or done or omitted to be done
under the authority of, any of sections 63 to 70
affects any power, right or duty of the House of
Commons, the Senate or the Governor in Council
in relation to the removal from office of a judge or
any other person in relation to whom an inquiry
may be conducted under any of those sections.
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
[29] Les dispositions législatives établissant les pouvoirs et les procédures disciplinaires du CCM s’ajoutent
aux autres pouvoirs de révocation des juges :
71. Les articles 63 à 70 n’ont pas pour effet de
porter atteinte aux attributions de la Chambre des
communes, du Sénat ou du gouverneur en conseil
en matière de révocation des juges ou des autres
titulaires de poste susceptibles de faire l’objet des
enquêtes qui y sont prévues.
Maintien du
pouvoir de
révocation
[30] The CJC’s Procedures for Dealing with Complaints made to the Canadian Judicial Council about
Federally Appointed Judges (Ottawa: Canadian Judicial
Council, approved 2002) (Complaints Procedures) [see
the Canadian Judicial Council’s Annual Report 2002-03,
Appendix E, at pages 45–49] puts some flesh on the
skeletal statutory provisions about the process by which
the CJC investigates complaints against judges. The
Complaints Procedures were amended in 2010.
However, since the 2002 version is the one relevant to
this appeal, its terms are reproduced in these reasons.
[30] Les Procédures relatives à l’examen des plaintes
déposées au Conseil canadien de la magistrature au sujet
de juges de nomination fédérale (Ottawa : Conseil canadien de la magistrature, approuvées en 2002) (Procédures
relatives aux plaintes) [voir le Rapport annuel 20022003, Annexe E du Conseil canadien de la magistrature,
aux pages 49 à 53] donnent corps au processus d’enquête
du CCM sur les plaintes portées contre les juges qu’établissent les dispositions de la loi. Les Procédures
relatives aux plaintes ont été modifiées en 2010.
Cependant, comme c’est la version de 2002 qui est
pertinente en l’espèce, des extraits de cette version sont
reproduits dans les présents motifs.
[31] Section 3.2 of the Complaints Procedures
describes the initial step after the CJC has received a
complaint.
[31] L’article 3.2 des Procédures relatives aux plaintes
décrit la première étape suivant la réception d’une
plainte par le CCM :
3.2 The Executive Director shall refer a file to either the
Chairperson or a Vice-Chairperson of the Judicial
Conduct Committee in accordance with the directions of
the Chairperson of the Committee. The Chairperson or a
Vice-Chairperson shall not deal with a file involving a
judge of their court.
3.2 Le directeur exécutif transmet un dossier au président ou
à un vice-président du comité sur la conduite des juges
conformément aux directives du président du comité. Ni
le président non plus que les vice-présidents ne doivent
examiner un dossier mettant en cause un juge qui est
membre de la même cour qu’eux.
[32] If the Chairperson does not summarily close
the file on the ground that the complaint is, among other
things, manifestly without basis or outside the jurisdiction
of the CJC (paragraph 3.5(a)), the Chairperson may ask
the complainant for more information or solicit comments
from the judge against whom the complaint has been
made (paragraphs 3.5(b) and (c)). Section 5.1 sets out the
options available to the Chairperson after considering the
responses to these requests. Paragraph 5.1(c) is directly
relevant to this appeal:
[32] Si le président ne clôt pas sommairement le dossier
au motif, notamment, que la plainte est manifestement
dénuée de tout fondement ou qu’elle n’est pas du ressort
du CCM (alinéa 3.5a)), il peut demander des renseignements supplémentaires au demandeur ou des
commentaires au juge faisant l’objet de la plainte (alinéas 3.5b) et c)). L’article 5.1 établit les possibilités
offertes au président une fois qu’il a reçu une réponse à
ses demandes. L’alinéa 5.1c) est directement pertinent en
l’espèce :
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
5.1 The Chairperson shall review the response from the judge
and the judge’s chief justice, as well as any other relevant
material received in response to the complaint, and may
(a) close the file where:
c.
SLANSKY
103
5.1 Le président examine la réponse du juge et du juge en
chef, de même que tout autre document pertinent reçu en
réponse à la plainte. Il peut prendre l’une ou l’autre des
décisions suivantes :
a) fermer le dossier dans l’un ou l’autre cas suivant :
(i) the Chairperson concludes that the complaint
is without merit or does not warrant further
consideration, or
(i) il conclut que la plainte est dénuée de fondement
ou qu’elle ne nécessite pas un examen plus poussé,
(ii) the judge acknowledges that his or her conduct
was inappropriate and the Chairperson is of the
view that no further measures need to be taken in
relation to the complaint; or
(ii) le juge reconnaît que sa conduite était déplacée
et le président est d’avis qu’il n’est pas nécessaire
de prendre d’autres mesures en ce qui concerne
la plainte;
(b) hold the file in abeyance pending pursuit of remedial
measures pursuant to section 5.3;
or
b) mettre le dossier en suspens en attendant
l’application de mesures correctives conformément à
l’article 5.3;
(c) ask Counsel to make further inquiries and prepare a
report, if the Chairperson is of the view that such a report
would assist in considering the complaint; or
c) demander à un avocat de mener une enquête
supplémentaire et de rédiger un rapport, si le président
est d’avis qu’un tel rapport faciliterait l’examen de la
plainte;
(d) refer the file to a Panel. [Emphasis added.]
d) déférer le dossier à un comité d’examen. [Non
souligné dans l’original.]
[33] Section 1 of the Complaints Procedures defines
“Counsel” as follows:
[33] L’article 1 des Procédures relatives aux plaintes
définit le terme « avocat » comme suit :
“Counsel” means a lawyer who is not an employee of the
Council.
« avocat » Un avocat qui n’est pas un employé du Conseil.
[34] Section 7 contains two provisions that apply
when the Chairperson asks counsel to make further
inquiries under paragraph 5.1(c):
[34] L’article 7 contient deux dispositions qui s’appliquent lorsque le président demande à un avocat de mener
une enquête supplémentaire en vertu de l’alinéa 5.1c) :
7.1 If the Chairperson asks Counsel to make further inquiries
under paragraph 5.1(c), the Executive Director shall so
inform the judge and his or her chief justice.
7.1 Si le président demande à un avocat de mener une enquête
supplémentaire en vertu de l’alinéa 5.1c), le directeur
exécutif en informe le juge et son juge en chef.
7.2 Counsel shall provide to the judge sufficient information
about the allegations and the material evidence to permit
the judge to make a full response and any such response
shall be included in the Counsel’s report.
7.2 L’avocat fournit au juge suffisamment de renseignements
sur les allégations formulées et les éléments de preuve qui
s’y rapportent pour lui permettre de présenter une réponse
complète à leur égard; toute réponse du juge est incorporée au rapport de l’avocat.
[35] If, after reviewing counsel’s report, the Chairperson decides to close the file on any of the grounds set
out in section 5.1, the Executive Director must provide
[35] Dans le cas où, après avoir examiné le rapport de
l’avocat, le président décide de clore le dossier pour l’un
ou l’autre des motifs prévus à l’article 5.1, le directeur
104
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
the judge with a copy of the letter informing the complainant that the file is closed (section 8.2).
exécutif doit fournir au juge un exemplaire de la lettre
par laquelle il informe le plaignant de la fermeture du
dossier (article 8.2).
[36] The CJC’s Policy [at page 51] contains further
detail on the role of counsel when engaged by the
Chairperson under paragraph 5.1(c) of the Complaints
Procedure “to make further inquiries and prepare a
report” to assist the Chairperson in considering a complaint. The provisions of that Policy relevant to this
appeal are quoted in paragraph 15 of these reasons.
[36] La politique du CCM contient des détails concernant le rôle de l’avocat à qui le président demande, en
vertu de l’alinéa 5.1c) des Procédures relatives aux
plaintes, « de mener une enquête supplémentaire et de
rédiger un rapport » pour l’aider dans l’examen de la
plainte. Les dispositions de cette politique qui sont
pertinentes en l’espèce sont citées au paragraphe 15 des
présents motifs.
D.
D.
DECISION OF THE PROTHONOTARY
DÉCISION DE LA PROTONOTAIRE
[37] Prothonotary Milczynski granted Mr. Slansky’s
motion to compel disclosure of the Friedland Report
pursuant to rule 318 of the Rules as part of the administrative record of the CJC’s dismissal of his complaint,
which he was challenging in an application for judicial
review. She held that the relationship between the CJC
and Professor Friedland was not that of solicitor and
client because its stated purpose was investigative or
“fact-gathering”, not the provision of legal advice.
[37] La protonotaire Milczynski a accueilli la requête
de Me Slansky visant à faire verser, conformément à la
règle 318 des Règles, le rapport Friedland au dossier
administratif du rejet de sa plainte par le CCM, qu’il
conteste dans une demande de contrôle judiciaire. La
protonotaire a affirmé que la relation entre le CCM et le
professeur Friedland ne correspondait pas à la relation
entre un avocat et son client, puisque l’objectif déclaré
était la cueillette de renseignements à des fins d’enquête,
et non la prestation de conseils juridiques.
[38] Consequently, she held that the report was not
exempted from disclosure by legal advice privilege in so
far as it was limited to its purpose, that is, fact-gathering.
However, she found that Professor Friedland had also
gone on to provide legal analysis relevant to how the
Chairperson should proceed with the complaint,
including the allegation of bias. She ordered counsel
representing the CJC on the motion to identify the portions of the report that constituted legal advice in order
to assist the Court in determining how much should be
redacted before disclosure.
[38] Par conséquent, la protonotaire a déclaré que le
rapport n’était pas protégé de la divulgation par un privilège de la consultation juridique pour autant que la
portée de ce rapport était limitée à son objectif, c’est-à-dire
l’enquête. Toutefois, elle a conclu que le professeur
Friedland avait également fourni une analyse juridique
pertinente par rapport à la façon dont le président devrait
traiter la plainte, y compris l’allégation de partialité. Elle
a ordonné à l’avocat représentant le CCM pour la requête
de repérer les passages du rapport relevant du conseil
juridique afin d’aider le tribunal à décider ce qui devait
être expurgé avant la divulgation.
[39] The Prothonotary also rejected the CJC’s claim
for public interest privilege, on the ground that the nondisclosure of the report would both damage public
confidence in the integrity of the complaints process and
impede Mr. Slansky’s right to have his application for
judicial review conducted in a meaningful manner. She
noted that there was no precedent for extending public
[39] La protonotaire a également rejeté l’argument du
CCM concernant le privilège d’intérêt public, au motif
que la non-divulgation du rapport minerait la confiance
du public à l’égard de l’intégrité du processus de plaintes
et empêcherait Me Slansky de se prévaloir de son droit
à un examen en bonne due forme de sa demande de
contrôle judiciaire. Elle a fait remarquer qu’il n’y avait
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
105
interest privilege to the facts gathered in an investigation,
and concluded that there was no evidence that disclosure
would hamper the CJC’s investigative process.
aucun précédent concernant l’extension du privilège
d’intérêt public aux faits consignés au cours d’une
enquête, et elle a conclu que rien n’indiquait que la
divulgation nuirait au processus d’enquête du CCM.
E.
E.
DECISION OF THE FEDERAL COURT JUDGE
DÉCISION DU JUGE DE LA COUR FÉDÉRALE
[40] Justice de Montigny granted the CJC’s motion
under rule 51 to set aside the decision of the Prothonotary.
On the claim for legal advice privilege, the Judge found
that, in light of all the circumstances, a relationship of
solicitor and client existed between Professor Friedland
and the CJC. In this regard, it was a mistake to focus on
a single document, such as the CJC’s Policy or the letter
of engagement. He concluded (at paragraph 52) that the
task of sorting out the facts relevant to the decision that
the Chairperson had to make was “fundamentally a legal
exercise”, and that the factual components of the report
could not be severed. However, he ordered the disclosure
of publicly available materials consulted by Professor
Friedland, including 6 000 pages of trial transcript.
[40] Le juge de Montigny a fait droit à la requête présentée par le CCM en vertu de la règle 51 visant à faire
annuler la décision de la protonotaire. En ce qui concerne
le privilège de la consultation juridique, il a conclu que,
à la lumière de l’ensemble des circonstances, il existait
une relation d’avocat et de client entre le professeur
Friedland et le CCM. À cet égard, le fait de ne tenir
compte que d’un seul document, comme la politique du
CCM ou la lettre d’engagement, était une erreur. Le
juge de Montigny conclut (au paragraphe 52) que la
tâche consistant à cerner les faits pertinents par rapport
à la décision devant être prise par le président était
« essentiellement […] une activité juridique », et que les
parties du rapport portant sur les faits ne pouvaient être
retranchées. Le juge a toutefois ordonné la divulgation
des documents publics consultés par le professeur
Friedland, dont 6 000 pages de transcription du procès.
[41] The Judge rejected the protection of judicial
independence as the basis for public interest privilege.
However, he found that the public interest in safeguarding the integrity of the CJC’s informal investigative
process warranted the non-disclosure of the report,
especially since, in this case, Mr. Sabourin’s letter to
Mr. Slansky gave sufficient information about the bases
of the Chairperson’s decision to inform him of the case
he had to meet.
[41] Le juge de Montigny a rejeté l’argument selon
lequel la protection de l’indépendance judiciaire justifiait
le privilège d’intérêt public. Toutefois, il a conclu que
l’intérêt public à l’égard de la protection de l’intégrité du
processus officieux d’enquête du CCM justifiait la
non-divulgation du rapport, surtout que la lettre de
Me Sabourin à Me Slansky contenait suffisamment d’information au sujet des éléments sur lesquels était fondée
la décision du président pour permettre à Me Slansky de
se faire une idée de la cause qu’il doit présenter.
[42] Finally, he held that summary applications for
judicial review are only converted into actions in
exceptional circumstances, which did not exist here.
Mr. Sabourin had provided extensive information to
Mr. Slansky about the bases of the Chairperson’s decision. Moreover, even if it were possible for Mr. Slansky
to identify all those interviewed by Professor Friedland,
it was unclear whether they could provide relevant evidence if summoned as witnesses at a trial.
[42] Enfin, le juge de Montigny a affirmé que les
demandes de contrôle judiciaire ne sont converties en
actions que dans des circonstances exceptionnelles
inexistantes en l’espèce. Me Sabourin avait fourni beaucoup de renseignements à Me Slansky au sujet des
éléments sur lesquels la décision du président était fondée. En outre, même si Me Slansky avait été en mesure
de connaître le nom de toutes les personnes interviewées
par le professeur Friedland, il n’était pas certain que
106
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
celles-ci puissent livrer un témoignage pertinent si elles
étaient citées à comparaître dans le cadre d’un procès.
F.
ISSUES AND ANALYSIS
[43] The principal issue to be considered in these
reasons is whether the Friedland Report is covered by
the legal advice branch of solicitor-client privilege.
Before addressing this question, I shall deal briefly with
three other issues.
(i) standard of review
F.
QUESTIONS EN LITIGE ET ANALYSE
[43] La principale question en litige devant être examinée dans les présents motifs consiste à décider si le
rapport Friedland est inclus dans le volet conseil juridique du secret professionnel de l’avocat. Avant de me
pencher sur cette question, je vais en examiner brièvement trois autres.
i) norme de contrôle
[44] Counsel for Mr. Slansky argued that the Judge
made an error of law by failing to apply a deferential
standard of review to the Prothonotary’s decision on a
question (the disclosure of the Friedland Report) that no
one contended was vital to the final issue in the application for judicial review: see Canada v. Aqua-Gem
Investments Ltd., [1993] 2 F.C. 425 (C.A.); Z.I. Pompey
Industrie v. ECU-Line N.V., 2003 SCC 27, [2003] 1
S.C.R. 450, at paragraph18.
[44] L’avocat de Me Slansky a affirmé que le juge a
commis une erreur de droit en n’appliquant pas une
norme de contrôle empreinte de déférence à la décision
de la protonotaire concernant une question (la divulgation du rapport Friedland) dont personne n’affirmait
qu’elle avait une influence déterminante sur l’issue du
principal dans la demande de contrôle judiciaire : voir
Canada c. Aqua-Gem Investments Ltd., [1993] 2 C.F. 425
(C.A.); Z.I. Pompey Industrie c. ECU-Line N.V.,
2003 CSC 27, [2003] 1 R.C.S. 450, au paragraphe 18.
[45] For this reason, and because it was not suggested
that the Prothonotary had misapprehended the facts,
Justice de Montigny held (at paragraph 32) that her decision could be reversed only on
[45] Pour cette raison, et parce qu’il n’a pas été affirmé
que la protonotaire avait procédé à une mauvaise interprétation des faits, le juge de Montigny a déclaré (au
paragraphe 32) que la décision de la protonotaire ne
pouvait être infirmée que s’il était possible de
… a clear showing that it is wrong, in the sense that it rests
upon a wrong principle or a misunderstanding of the law.
[…] démontrer clairement que cette décision est mal fondée en
ce sens qu’elle reposait sur un principe erroné ou sur une
mauvaise interprétation de la loi.
[46] Counsel submitted that although Justice
de Montigny had correctly formulated the applicable
legal test for reviewing decisions of prothonotaries, he
had in fact simply substituted his opinion for that of the
Prothonotary on questions that were not pure questions
of law or principle. I do not accept this argument.
[46] L’avocat de Me Slansky a soutenu que le juge
de Montigny avait correctement formulé le critère
juridique applicable au contrôle des décisions des protonotaires, mais qu’il avait en réalité simplement
substitué son opinion à celle de la protonotaire à l’égard
de questions ne constituant pas purement des questions
de droit ou de principe. Je rejette cet argument.
[47] Justice de Montigny disagreed with the
Prothonotary’s finding on the legal advice privilege
issue that a solicitor-client relationship had not been
[47] Le juge de Montigny n’a pas souscrit à la conclusion de la protonotaire concernant la question du
privilège de la consultation juridique, c’est-à-dire qu’une
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
107
established. He held that she had not considered all the
circumstances relevant to this issue, including the nature
of the task entrusted to Professor Friedland. Instead, she
had focused too narrowly on the letter of engagement
and the provisions of the CJC’s Policy on the role of
counsel. Justice de Montigny also held that it was an
error of law to sever the factual portions of a privileged
communication. In my view, these are questions of
law or principle on which a prothonotary is not entitled
to deference.
relation entre un avocat et son client n’avait pas été
établie. Il a affirmé que la protonotaire n’avait pas tenu
compte de l’ensemble des circonstances pertinentes
quant à cette question, notamment de la nature de la tâche
confiée au professeur Friedland. Selon lui, la protonotaire
s’était plutôt concentrée à tort sur la lettre d’engagement et sur les dispositions de la politique du CCM
concernant le rôle des avocats. Le juge de Montigny a
également affirmé que le retranchement de parties factuelles d’une communication confidentielle constituait
une erreur de droit. J’estime qu’il s’agit là de questions
de droit ou de principe à l’égard desquelles un protonotaire n’a pas droit à la déférence.
[48] As for the issue of public interest privilege, I view
the error of principle that warranted the Judge’s intervention as the Prothonotary’s apparent insistence that
the CJC had to adduce evidence that those interviewed
by Professor Friedland would have been less forthcoming if they had known that his report would be disclosed
in the course of judicial proceedings. The Prothonotary
also attached virtually no weight to the additional
resources that would be required if the CJC were forced
to resort regularly to formal hearings before a panel,
because the efficacy of its informal investigative process
had been undermined by an inability to maintain the
confidentiality of counsel’s report.
[48] En ce qui concerne le privilège d’intérêt public,
j’estime que l’erreur de principe justifiant l’intervention
du juge est l’insistance manifeste de la protonotaire sur
le fait que le CCM devait produire des témoignages que
les personnes interrogées par le professeur Friedland
auraient été moins bien disposées à livrer si elles avaient
su que son rapport serait divulgué dans le cadre d’une
procédure judiciaire. La protonotaire n’a par ailleurs
accordé pratiquement aucun poids à la question des
ressources supplémentaires qui seraient nécessaires si le
CCM devait régulièrement recourir à des audiences
formelles devant des comités d’examen en raison du fait
que l’efficacité de son processus informel d’enquête
serait minée par une incapacité d’assurer la confidentialité des rapports d’avocat.
[49] In my view, the Judge did not err by failing to
apply a deferential standard of review to the Prothonotary’s
decision.
[49] J’estime que le juge n’a pas commis d’erreur en
n’appliquant pas une norme de contrôle empreinte de
déférence à la décision de la protonotaire.
(ii) waiver
ii) renonciation
[50] A suggestion arose during argument before this
Court that the CJC had waived any privilege that it
might have with respect to the Friedland Report. The
suggestion was based on the following statement in the
Prothonotary’s reasons (at paragraph 31):
[50] Durant les débats devant notre Cour, on a laissé
entendre que le CCM avait renoncé à tout privilège dont
il aurait pu jouir à l’égard du rapport Friedland. Cette affirmation était fondée sur la déclaration suivante figurant
dans les motifs de la protonotaire (au paragraphe 31) :
The Court was advised at the hearing of the motion that
theCJC subsequently provided a copy of the Friedland Report
to the Law Society of Upper Canada to be included in its
investigation of the complaint filed by Justice Thompson
against Mr. Slansky, and that a further copy was sent to the
Lors de l’instruction de la requête, la Cour a été informée que
le CCM avait par la suite communiqué une copie du rapport
Friedland au Barreau du Haut-Canada en vue de le faire verser
au dossier de l’enquête qu’il menait au sujet de la plainte déposée par le juge Thompson contre Me Slansky, et qu’une autre
108
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
Deputy Attorney General at the request of Justice Thompson
for this purpose.
copie avait été envoyée aux mêmes fins au Sous-procureur
général, à la demande du juge Thompson.
Nonetheless, the Prothonotary concluded that any disclosure to the Law Society for the purpose of its investigation
of the complaint against Mr. Slansky did not constitute
a waiver of privilege because the CJC and the Law
Society had a common interest in the due disposition of
complaints against those engaged in the administration
of justice. She did not mention the further copy allegedly
forwarded to the Deputy Attorney General.
Néanmoins, la protonotaire a conclu que toute divulgation au Barreau aux fins de son enquête concernant la
plainte portée contre Me Slansky ne constituait pas une
renonciation à un privilège, puisque le CCM et le Barreau
ont un intérêt commun tenant au traitement en bonne et
due forme des plaintes portées contre les responsables
de l’administration de la justice. La protonotaire n’a pas
mentionné l’autre copie du rapport qui aurait été envoyée
au sous-procureur général.
[51] In addition, Mr. Slansky stated in a supplementary
affidavit, sworn on June 8, 2009 (appeal book, page 341)
that during a regulatory meeting of the Law Society in
connection with the complaint against him, a lawyer had
told him that Professor Friedland had said that
Mr. Slansky’s jury address in the murder trial was one
of the best he had ever read. Because Professor Friedland
had also said this to him during the interview, Mr. Slansky
inferred that the CJC must have made the report available to the Law Society for use in its disciplinary
proceedings against Mr. Slansky. However, this inference is not warranted because it is equally plausible that
the lawyer had learned of this compliment during a
conversation with Professor Friedland.
[51] En outre, Me Slansky a affirmé dans un affidavit
supplémentaire souscrit le 8 juin 2009 (dossier d’appel,
page 341) qu’un avocat lui avait dit, au cours d’une
réunion réglementaire du Barreau au sujet de la plainte
portée contre lui, que le professeur Friedland avait dit
que l’exposé au jury présenté par Me Slansky lors du
procès pour meurtre était l’un des meilleurs qu’il ait
jamais lus. Comme le professeur Friedland lui avait dit
la même chose durant l’entrevue, Me Slansky en a
conclu que le CCM devait avoir transmis le rapport au
Barreau aux fins de la procédure disciplinaire intentée
contre lui. Cette conclusion n’est toutefois pas justifiée,
puisqu’il est tout aussi possible que l’avocat ait entendu
le compliment de la bouche du professeur Friedland.
[52] These are the only indications in the record that
the CJC might have disclosed the Friedland Report to
the Law Society and to the Deputy Attorney General of
Ontario. Mr. Slansky appears not to have pursued the
issue of waiver before Justice deMontigny, nor did
counsel raise it in his memorandum of fact and law in
the appeal to this Court. When it arose at the hearing
in this Court as a result of questions from the Bench,
counsel for the CJC consulted Mr. Sabourin, and
reported that Mr. Sabourin had told him that he had no
knowledge of any disclosure of the report. Counsel for
Mr. Slansky did not comment.
[52] Il s’agit là des seuls éléments du dossier pouvant
donner à penser que le CCM avait transmis le rapport
Friedland au Barreau et au sous-procureur général de
l’Ontario. Il semble que Me Slansky n’ait pas abordé la
question de la renonciation devant le juge de Montigny,
et son avocat ne l’a pas soulevée dans le mémoire des
faits et du droit qu’il a présenté dans le cadre de l’appel
devant notre Cour. Lorsque la question a été abordée à
l’audience devant notre Cour à la suite de questions
posées par un juge, l’avocat du CCM a consulté
Me Sabourin et déclaré que ce dernier lui avait dit qu’il
n’avait connaissance d’aucune divulgation du rapport.
L’avocat de Me Slansky n’a pas fait de commentaires.
[53] In my view, there is insufficient evidence in the
record to establish that the CJC had waived its privilege
by providing copies of the report to either the Law
Society or the Deputy Attorney General of Ontario.
[53] J’estime que les éléments de preuve versés au
dossier ne suffisent pas à établir que le CCM a renoncé
à son privilège en fournissant des copies du rapport au
Barreau ou au sous-procureur général de l’Ontario.
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
(iii) conversion
c.
SLANSKY
109
iii) conversion
[54] The conversion of the application into an action
only arises as an issue in this case if the Friedland Report
is privileged. Since the Prothonotary found that it was
not, she did not have to decide this question.
[54] La conversion de la demande en action ne doit
être examinée en l’espèce que si le rapport Friedland est
confidentiel. Comme la protonotaire a conclu qu’il ne
l’était pas, elle n’a pas eu à trancher cette question.
[55] Having held the report to be privileged, Justice
de Montigny was required to consider Mr. Slansky’s
request to convert his application for judicial review into
an action under section 18.4 of the Federal Courts Act.
Because his refusal to convert was discretionary in nature, it will only be set aside on appeal if it was either
unreasonable in light of the facts or wrong in law.
[55] Ayant conclu que le rapport était confidentiel, le
juge de Montigny a dû examiner la requête de
Me Slansky concernant la conversion de sa demande de
contrôle judiciaire en action aux termes de l’article 18.4
de la Loi sur les Cours fédérales. Comme le rejet de la
requête de conversion par le juge de Montigny était de
nature discrétionnaire, la décision ne sera cassée en
appel que si elle était déraisonnable à la lumière des faits
ou erronée en droit.
[56] In his careful consideration of this issue (at
paragraphs 86–94), Justice de Montigny correctly stated
that a court should grant a request for a conversion “only
in exceptional circumstances” (at paragraph 87). He
inferred this from the text of subsection 18.4(1) which
provides that applications “shall be heard and determined without delay and in a summary way.” The
Federal Court’s discretion to convert an application into
an action under subsection 18.4(2) is very much an
exception to the general rule in subsection (1), as
affirmed by the case law cited by Justice de Montigny
(at paragraphs 88–89).
[56] Le juge de Montigny a examiné attentivement la
question (aux paragraphes 86 à 94), et il a affirmé à juste
titre que les tribunaux ne devraient accueillir les requêtes
de conversion « que dans des circonstances exceptionnelles » (au paragraphe 87). Son affirmation est fondée
sur le paragraphe 18.4(1), qui prévoit que la Cour fédérale « statue à bref délai et selon une procédure
sommaire » sur les demandes. L’application du pouvoir
discrétionnaire de la Cour fédérale de convertir une
demande en action en application du paragraphe 18.4(2)
ne constitue qu’une exception très rare à la règle générale énoncée au paragraphe (1), comme le montre la
jurisprudence citée par le juge de Montigny (aux
paragraphes 88 et 89).
[57] He noted (at paragraph 90) that the only basis on
which Mr. Slansky relied to support the request for a
conversion was that the facts relevant to his challenge
to the CJC’s dismissal of his complaint could not be
established by affidavit evidence, which could not make
good the “various evidentiary gaps, inconsistencies, and
factual issues”. However, Justice de Montigny held that
any “gaps” were adequately filled by the detailed explanation of the Chairperson’s decision that Mr. Sabourin
had provided to Mr. Slansky. Moreover, he said, if gaps
existed, it was by no means clear that they could be
filled by viva voce evidence, especially since Mr. Slansky
would not have access to the privileged report.
[57] Le juge de Montigny fait remarquer (au paragraphe 90), que Me Slansky n’appuie sa demande de
conversion que sur l’idée selon laquelle les faits pertinents quant à sa contestation du rejet de sa plainte par le
CCM ne pouvaient être établis par voie d’affidavit, ce
qui empêchait de régler [traduction] « plusieurs
lacunes, contradictions et questions factuelles dans la
preuve ». Le juge de Montigny a cependant affirmé que
toutes les « lacunes » ont été comblées adéquatement par
l’explication détaillée de la décision du président que
Me Sabourin a fournie à Me Slansky. Il a ajouté que,
même s’il existait des lacunes, il n’était pas du tout clair
que celles-ci puissent être comblées par des témoignages
de vive voix, étant donné notamment que Me Slansky
n’aurait pas accès au rapport confidentiel.
110
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
[58] Justice de Montigny concluded (at paragraph 93)
that the key question was whether affidavit evidence
would be inadequate for the fair disposition of the allegations made in the application for judicial review, and not
whether trial evidence might be superior. Applying this
test, he was not persuaded that the circumstances of this
case justified converting the application into an action.
[58] Le juge de Montigny a conclu (au paragraphe 93)
que la question clé à trancher était celle de savoir si les
éléments de preuve obtenus par affidavit seraient inadéquats pour le traitement équitable des allégations
formulées dans la demande de contrôle judiciaire, et non
de savoir si ceux qui pourraient être recueillis au cours
d’un procès seraient supérieurs. L’application de ce critère
ne l’a pas convaincu que les circonstances de l’espèce
justifiaient la conversion de la demande en action.
[59] This is the only issue on which counsel for the
Attorney General took a position. Like the CJC, he supported Justice de Montigny’s decision that conversion
was not appropriate.
[59] Il s’agit là de la seule question à l’égard de
laquelle l’avocat du procureur général a pris position.
Comme le CCM, il a appuyé la décision du juge
de Montigny selon laquelle il n’était pas indiqué de
procéder à la conversion.
[60] In my view, Justice de Montigny’s analysis contains no error warranting this Court’s interference with
his exercise of discretion. In substance, much of counsel’s argument in this Court was designed to show that
trial evidence was likely to be better than the affidavits.
But that is not the test.
[60] J’estime que l’analyse du juge de Montigny ne
contient aucune erreur justifiant l’intervention de la
Cour dans l’exercice de son pouvoir discrétionnaire.
Une bonne partie des arguments avancés par l’avocat de
Me Slansky devant la Cour visaient essentiellement à
montrer que les éléments de preuve qui seraient recueillis
au cours d’un procès seraient susceptibles d’être supérieurs à ceux qu’ont permis de recueillir les affidavits. Il
ne s’agit toutefois pas du critère applicable.
[61] Counsel for Mr. Slansky relied heavily on Payne
v. Ontario Human Rights Commission, 2000 CanLII
5731, 192 D.L.R. (4th) 315 (Ont. C.A.). However, in
my view, this case is not of much assistance to
Mr. Slansky since it concerned a different issue, to
which a different test applied: whether the applicant
was entitled to serve a notice of examination on the
Commission’s registrar under Rule 39.03 of the Ontario
Rules of Civil Procedure [R.R.O. 1990, Reg. 194] in
order to obtain all the documents in the Commission’s
possession relevant to the case.
[61] L’avocat de Me Slansky appuie fortement son
raisonnement sur l’arrêt Payne v. Ontario Human Rights
Commission, 2000 CanLII 5731, 192 D.L.R. (4th) 315
(C.A. Ont.). J’estime toutefois que cet arrêt n’appuie pas
vraiment la cause de Me Slansky, puisqu’il concerne une
autre question, à laquelle un critère différent s’applique :
il s’agissait dans ce cas de savoir si la demanderesse
avait le droit de signifier un avis d’examen au greffier
de la Commission en vertu de la règle 39.03 des Règles
de procédure civile de l’Ontario [R.R.O. 1990,
Règl. 194] dans le but d’obtenir tous les documents en
possession de la Commission qui seraient pertinents à
l’égard de l’affaire.
[62] In any event, if the Friedland Report is privileged—and the issue of conversion only arises if it is—it
could not be discovered in a trial. Further, Mr. Slansky
has been informed of the publicly available documents
on which Professor Friedland relied and has been given
a full explanation of the bases of the Chairperson’s
decision.
[62] De toute façon, si le rapport Friedland est confidentiel — et la question de la conversion ne se pose que
si c’est le cas —, il ne pourrait être divulgué dans le cadre
d’un procès. En outre, Me Slansky a été informé des
documents publics consultés par le professeur Friedland
et a reçu une explication complète concernant les éléments sur lesquels le président a fondé sa décision.
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
111
SLANSKY
[63] In these circumstances, I would not interfere with
Justice de Montigny’s exercise of discretion to refuse to
convert the application into an action.
[63] Dans ces circonstances, je n’interviendrais pas dans
l’exercice du pouvoir discrétionnaire du juge de Montigny
pour refuser de convertir la demande en action.
ISSUE 1: Is the Friedland Report subject to
solicitor-client privilege?
QUESTION 1 : Le rapport Friedland est-il
protégé par le secret professionnel de
l’avocat?
(i) introduction
i) introduction
[64] In considering the CJC’s claim for solicitor-client
privilege for the Friedland Report, I have kept in mind
the following four features of the privilege and of legal
advice privilege in particular.
[64] J’ai examiné l’affirmation du CCM selon laquelle
le rapport Friedland est protégé par le secret professionnel
de l’avocat, en gardant en tête les quatre caractéristiques
suivantes du privilège, et en particulier du privilège du
conseil juridique.
[65] First, solicitor-client privilege has two branches:
litigation and legal advice privilege. The only branch
claimed for the Friedland Report is legal advice privilege. This attaches to communications between solicitor
and client for the purpose of obtaining or giving legal
advice. It is the privilege of the client, not the lawyer.
[65] Premièrement, le secret professionnel de l’avocat
comporte deux volets : le privilège relatif au litige et le
privilège de la consultation juridique. Le volet qu’on
demande d’appliquer au rapport Friedland est celui du
privilège de la consultation juridique. Celui-ci touche les
communications entre l’avocat et son client aux fins de
l’obtention ou de la prestation de conseils juridiques. Il
s’agit d’un privilège dont jouit le client, et non l’avocat.
[66] The rationale for legal advice privilege is that
individuals who require the assistance of a lawyer must
be able to disclose fully and frankly to the lawyer all
the information that the lawyer requires in order to
provide sound advice in a legal context: see, for example,
Canada (Privacy Commissioner) v. Blood Tribe
Department of Health, 2008 SCC 44, [2008] 2 S.C.R.
574 (Blood Tribe), at paragraph 9.
[66] Le privilège de la consultation juridique est fondé
sur le fait que les personnes qui ont besoin de l’aide d’un
avocat doivent être en mesure de divulguer en toute
franchise tous les renseignements dont l’avocat a besoin
pour leur donner de bons conseils dans un contexte juridique : voir, par exemple, Canada (Commissaire à la
protection de la vie privée) c. Blood Tribe Department
of Health, 2008 CSC 44, [2008] 2 R.C.S. 574 (Blood
Tribe), au paragraphe 9.
[67] Without this guarantee of confidentiality, individuals may be unwilling to reveal all to their lawyer
and, as a result, their ability to successfully assert their
legal rights, or to discharge their legal duties, may be
prejudiced, and the integrity of the administration of
justice undermined: R. v. McClure, 2001 SCC 14, [2001]
1 S.C.R. 445, at paragraph 2. Thus, the rule of law is the
ultimate justification of the privilege: Three Rivers
District Council & Ors v. Bank of England, 2004 UKHL
48 (BAILII), [2004] 3 W.L.R. 1274, at paragraph 34.
[67] Sans cette garantie de confidentialité, les personnes concernées pourraient ne pas être disposées à
tout révéler à leur avocat, ce qui pourrait miner leur
capacité de faire valoir leurs droits prévus par la loi ou
encore de s’acquitter de leurs devoirs également prévus
par la loi et pourrait aussi miner l’intégrité du processus
d’administration de la justice : R. c. McClure,
2001 CSC 14, [2001] 1 R.C.S. 445, au paragraphe 2.
Ainsi, c’est la règle de droit qui justifie au bout du
compte l’existence du privilège : Three Rivers District
112
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
Council & Ors v. Bank of England, 2004 UKHL 48
(BAILII), [2004] 3 W.L.R. 1274, au paragraphe 34.
[68] Second, the privilege extends not only to communications from client to lawyer, but also from lawyer
to client, including a lawyer’s advice on legal issues on
which she or he had been consulted by a public official
or body in connection with the discharge of statutory
responsibilities. Thus, for example, in Pritchard v.
Ontario (Human Rights Commission), 2004 SCC 31,
[2004] 1 S.C.R. 809 (Pritchard), privilege was successfully claimed for a legal opinion provided by in-house
counsel, on which the Commission had relied in
deciding not to exercise its statutory power to refer a
complaint of discrimination to adjudication.
[68] Deuxièmement, le privilège s’applique non seulement aux communications entre le client et l’avocat,
mais également aux communications entre l’avocat et
le client, y compris les conseils donnés par l’avocat
concernant des questions juridiques au sujet desquelles
il a été consulté par un fonctionnaire ou un organisme
public dans le contexte de l’acquittement des responsabilités prévues par la loi. Ainsi, dans l’arrêt Pritchard c.
Ontario (Commission des droits de la personne),
2004 CSC 31, [2004] 1 R.C.S. 809 (Pritchard), la
Commission a obtenu la protection de la confidentialité
d’un avis juridique qui lui avait été fourni par l’un de ses
avocats et sur lequel elle avait fondé sa décision de ne
pas exercer le pouvoir que lui confère la loi de renvoyer
à l’arbitrage une plainte en matière de discrimination.
[69] It follows from the rationale for legal advice
privilege that it does not protect the confidentiality of
communications by third parties to a lawyer, at least
when the third party was not acting on behalf of the
client: General Accident Assurance Co. v. Chrusz, 1999
CanLII 7320, 45 O.R. (3d) 321 (C.A.) (Chrusz), at
paragraphs 120‒122 (per Doherty J.A.); College of
Physicians of B.C. v. British Columbia (Information and
Privacy Commissioner), 2002 BCCA 665, [2003] 2
W.W.R. 279 (College of Physicians of B.C.), at paragraphs 45‒58. [69] Il découle de la justification du privilège de la
consultation juridique que celui-ci ne protège pas la
confidentialité des communications entre des tierces
parties et un avocat, à tout le moins lorsque le tiers ne
représente pas le client : General Accident Assurance Co.
v. Chrusz, 1999 CanLII 7320, 45 R.J.O. (3e) 321 (C.A.)
(Chrusz), aux paragraphes 120 à 122 (le juge Doherty);
College of Physicians of B.C. c. British Columbia
(Information and Privacy Commissioner), 2002 BCCA
665, [2003] 2 W.W.R. 279 (College of Physicians of
B.C.), aux paragraphes 45 à 58.
[70] Hence, any discussion in the report of statements
made in confidence to Professor Friedland by those he
interviewed is not covered by legal advice privilege.
Whether public interest privilege applies is, however,
another matter.
[70] Par conséquent, toute analyse, dans le rapport, des
déclarations faites sous le sceau de la confidentialité
devant le professeur Friedland par les personnes qu’il a
interrogées ne fait pas l’objet du privilège de la consultation juridique. Cela ne règle cependant pas la question
de savoir si un privilège d’intérêt public s’applique.
[71] Third, when legal advice privilege for a communication has been established on the facts of a given
case, and none of the limited exceptions apply (on
which, see Adam M. Dodek, “Reconceiving SolicitorClient Privilege” (2010), 35 Queen’s L.J. 493, at pages
514–516), the privilege is “as close to absolute as possible” and, once established, “does not involve a
balancing of interests on a case-by-case basis”: R. v.
McClure, 2001 SCC 14, [2001] 1 S.C.R. 445 [cited
[71] Troisièmement, lorsque l’application du privilège
de la consultation juridique à une communication a été
établie à la lumière des faits d’une affaire donnée et
qu’aucune des quelques exceptions possibles ne s’applique (à ce sujet, voir l’article d’Adam M. Dodek
intitulé « Reconceiving Solicitor-Client Privilege »
(2010), 35 Queen’s L.J. 493, aux pages 514 à 516), le
privilège est « aussi absolu que possible », et, une fois
qu’il est établi, il « ne nécessite pas une évaluation des
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
113
above], at paragraph 35. In this latter respect, legal
privilege differs from public interest privilege. I would
also add that, if a communication is found to be privileged, it is not for the Court to opine on the wisdom of
the decision to make the claim.
intérêts dans chaque cas » : R. c. McClure, 2001 CSC 14,
[2001] 1 R.C.S. 445 [précité], au paragraphe 35. À ce
dernier égard, le privilège juridique diffère du privilège
d’intérêt public. J’ajouterai également que, lorsqu’une
communication est jugée privilégiée, il n’appartient pas
à la Cour de se prononcer sur le fait qu’il soit sage ou
non de demander qu’elle le soit.
[72] The search for truth in litigation should not be
taken to be the one “true” principle, to which claims for
the confidentiality of a communication on the basis of
solicitor-client privilege are subsidiary and “a necessary
evil to be tolerated only in the clearest of situations”:
Chrusz, at paragraph 67. Rules 317 and 318 are not a
statutory abrogation of solicitor-client privilege:
Pritchard, at paragraphs 32–36.
[72] La recherche de la vérité dans le cadre de la
procédure ne devrait pas être vue comme étant le seul
« vrai » principe, auquel les demandes de protection de
la confidentialité des communications fondées sur le
secret professionnel de l’avocat seraient subordonnées,
celles-ci étant [traduction] « un mal nécessaire ne
devant être toléré que dans les situations les plus claires » : Chrusz, au paragraphe 67. Les règles 317 et 318
ne constituent pas des dispositions supprimant le privilège avocat-client : Pritchard, aux paragraphes 32 à 36.
[73] Fourth, legal privilege is based on the class to
which the communication belongs, not on the content
of that communication. Thus, once it is established
that a communication falls within the definition of the
scope of the privilege, the court does not consider the
content of the document in question in order to determine whether its disclosure is likely to prejudice the free
flow of information that legal privilege is designed to
protect.
[73] Quatrièmement, le privilège juridique est fondé
sur la catégorie à laquelle la communication appartient,
et non sur le contenu de celle-ci. Ainsi, une fois qu’il est
établi que la communication est incluse dans la portée
définie du privilège, le tribunal n’examine pas le contenu
du document en question dans le but de décider si sa
divulgation est susceptible de nuire à la libre circulation de l’information que le privilège juridique vise à
protéger.
(ii) the elements of legal advice
privilege
ii) les éléments du privilège de la consultation juridique
[74] The four elements of the test for determining
whether a communication qualifies for legal advice
privilege are well established: (1) it must have been
between a client and solicitor; (2) it must be one in
which legal advice is sought or offered; (3) it must have
been intended to be confidential; and (4) it must not
have had the purpose of furthering unlawful conduct:
see Solosky v. The Queen, [1980] 1 S.C.R. 821, at page
837; Pritchard, at paragraph 15.
[74] Les quatre éléments du critère servant à décider
si une communication fait l’objet du privilège de la
consultation juridique sont bien établis : il doit s’agir
1) d’une communication entre un avocat et son client;
2) qui comporte une consultation ou un avis juridiques;
3) que les parties considèrent de nature confidentielle;
et 4) qui n’avait pas pour objectif de permettre la perpétration d’un acte illégal : voir Solosky c. La Reine,
[1980] 1 R.C.S. 821, à la page 837; Pritchard, au
paragraphe 15.
[75] Counsel for Mr. Slansky did not dispute that the
report was intended to be confidential. Professor
Friedland stamped it as such. As already noted, I am not
persuaded that the CJC subsequently waived its
[75] L’avocat de Me Slansky n’a pas contesté le fait
que le rapport était considéré par les parties concernées
comme étant confidentiel. Le professeur Friedland a
posé un tampon qui le précisait sur le rapport. Comme
114
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
confidentiality. The fourth element of the Solosky test is
not relevant to this appeal.
je l’ai déjà mentionné, je ne suis pas convaincu que le
CCM a par la suite renoncé à la confidentialité du rapport. Le quatrième élément du critère de l’arrêt Solosky
n’est pas pertinent en l’espèce.
[76] The central question in this case is whether the
Chairperson engaged Professor Friedland in his capacity
as a lawyer to provide legal advice to assist him in
deciding whether to dismiss the complaint or refer it to
a hearing.
[76] La principale question à trancher en l’espèce est
celle de savoir si le président a eu recours aux services du
professeur Friedland à titre d’avocat pour qu’il lui fournisse des conseils juridiques afin de l’aider à décider s’il
devait rejeter la plainte ou la déférer à une audience.
[77] Legal advice has been held to include not only
telling clients the law, but also giving advice “as to what
should prudently and sensibly be done in the relevant
legal context”: Balabel v. Air India, [1988] Ch. 317
(C.A.), at page 330, quoted with approval in Blood Tribe
v. Canada (Attorney General), 2010 ABCA 112
(CanLII), 487 A.R. 71, at paragraph 26.
[77] Les tribunaux ont affirmé que la consultation juridique inclut non seulement le fait d’expliquer le droit à
un client, mais également la prestation de conseils
[traduction] « sur les mesures raisonnables et prudentes à prendre dans le contexte juridique en cause » :
Balabel v. Air India, [1988] Ch. 317 (C.A.), à la
page 330, cité avec approbation dans l’arrêt Blood
Tribe v. Canada (Attorney General), 2010 ABCA 112
(CanLII), 487 A.R. 71, au paragraphe 26.
[78] Further, as Steel J.A. observed in Gower v. Tolko
Manitoba Inc., 2001 MBCA 11(CanLII), 196 D.L.R.
(4th) 716 (Gower), at paragraph 22, this question is
“closely related to whether the solicitor was acting in a
professional legal capacity as a solicitor.”
[78] En outre, comme l’a fait remarquer la juge Steel
dans l’arrêt Gower v. Tolko Manitoba Inc., 2001
MBCA 11 (CanLII), 196 D.L.R. (4th) 716 (Gower),
au paragraphe 22, cette question est [traduction]
« étroitement liée à la question de savoir si l’avocat
agissait en tant qu’avocat assumant des fonctions juridiques professionnelles ».
[79] In Blood Tribe, Justice Binnie somewhat broadened the scope of legal advice privilege by stating (at
paragraph 10) that solicitor-client privilege is
[79] Dans l’arrêt Blood Tribe, le juge Binnie a dans
une certaine mesure élargi la portée du privilège de la
consultation juridique en déclarant (au paragraphe 10)
que le secret professionnel de l’avocat est
… applicable to all interactions between a client and his or her
lawyer when the lawyer is engaged in providing legal advice
or otherwise acting as a lawyer rather than as a business
counsellor or in some other non-legal capacity. [Emphasis
added.]
[…] applicable à toutes les communications entre un client et
son avocat lorsque ce dernier donne des conseils juridiques ou
agit, d’une autre manière, en qualité d’avocat et non en qualité
de conseiller d’entreprise ou à un autre titre que celui de spécialiste du droit. [Non souligné dans l’original.]
Thus, a solicitor-client relationship is established for
privilege purposes if the lawyer has been asked either to
give legal advice or otherwise to act as a lawyer, that is,
to perform services related to a legal issue pertaining to
the client for which the professional skills and knowledge of a lawyer are required.
Ainsi, une relation entre un avocat et son client est établie aux fins du privilège si l’avocat s’est vu demander
de fournir des conseils juridiques ou d’agir en tant
qu’avocat à d’autres égards, c’est-à-dire d’offrir des
services liés à une question juridique concernant le
client pour la prestation desquels il est nécessaire de
posséder les compétences professionnelles et les
connaissances d’un avocat.
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
115
(iii) lawyers and investigations: the
jurisprudence
iii) les avocats et les enquêtes : la
jurisprudence
[80] Gower is the leading authority on legal advice
privilege respecting a report by a lawyer who has been
instructed by a client to investigate a complaint of
improper conduct. The issue in Gower was whether the
plaintiff in a wrongful dismissal action was entitled to
the production of a report written by a lawyer at the
request of the defendant, the plaintiff’s employer.
[80] Gower est l’arrêt de principe à l’égard du privilège de consultation juridique concernant un rapport
rédigé par un avocat chargé par un client d’enquêter sur
une plainte en matière de conduite inappropriée. La
question à trancher dans l’arrêt Gower était celle de
savoir si le demandeur d’une poursuite pour congédiement injustifié pouvait faire produire un rapport rédigé
par une avocate à la demande du défendeur, l’employeur
du demandeur.
[81] The lawyer had been retained to conduct an
investigation into a complaint against the plaintiff of
sexual harassment “as counsel on behalf of the Employer
for the purpose of providing a fact finding report and
giving legal advice based on the findings in the report”
(at paragraph 5). The Court held (at paragraph 12) that
the entire report, including the section on findings of
fact, was subject to legal advice privilege, on the ground
that “the entire report forms an investigative report leading to legal advice”.
[81] L’avocate avait été chargée de mener une enquête
sur une plainte de harcèlement sexuel portée contre le
demandeur [ traduction] « en tant qu’avocate de
l’employeur aux fins de la rédaction d’un rapport sur les
faits et de la prestation de conseils juridiques en fonction
du contenu de ce rapport » (au paragraphe 5). La Cour
a affirmé (au paragraphe 12) que l’intégralité du rapport,
y compris la section de constatation des faits, faisait
l’objet du privilège de la consultation juridique, au motif
que [traduction] « le rapport dans son ensemble est un
rapport d’enquête donnant lieu à la formulation de
conseils juridiques ».
[82] As to what constitutes “legal advice” for the
purpose of the privilege, the Court stated (at paragraph 19):
[82] Quant à ce qui constitue une « consultation juridique » aux fins du privilège, la Cour a déclaré ce qui
suit (au paragraphe 19) :
… legal advice is not confined to merely telling the client the
state of the law. It includes advice as to what should be done
in the relevant legal context. It must, as a necessity, include
ascertaining or investigating the facts upon which the advice
will be rendered. Courts have consistently recognized that
investigation may be an important part of a lawyer’s legal
services to a client so long as they are connected to the provision of those legal services.
[traduction] […] la consultation juridique ne se limite pas à la
description de l’état du droit pour le client. Elle
inclut les conseils concernant ce qui devrait être fait dans le
contexte juridique pertinent. Elle doit nécessairement inclure la
vérification des faits ou l’enquête sur les faits qui constitueront
le fondement des conseils offerts. Les tribunaux ont constamment reconnu que l’enquête peut constituer une partie importante
des services juridiques fournis à un client par un avocat, pour
autant qu’elle est liée à la prestation de ces services juridiques.
[83] The Court held (at paragraph 37) that if the
lawyer had been asked only to investigate and to find
the facts, that would not have constituted the giving
of legal advice, and the report would not have been
privileged. However, the Court was satisfied (at paragraph 38) that the lawyer was also asked to provide
recommendations and to advise on their legal implications. Since the fact finding was inextricably linked to
the provision of that legal service, the portion of the
[83] La Cour a affirmé (au paragraphe 37) que, si
l’avocate avait été chargée seulement d’enquêter et de
constater les faits, son travail n’aurait pas consisté en la
prestation de conseils juridiques, et le rapport n’aurait pas
été confidentiel. La Cour s’est toutefois dite convaincue
(au paragraphe 38) qu’on avait aussi demandé à l’avocate
de formuler des recommandations ainsi que des conseils
sur les répercussions de celles-ci sur le plan juridique.
Comme la constatation des faits était inextricablement
116
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
report dealing with the lawyer’s findings of fact was also
covered by the privilege.
liée à la prestation de ce service juridique, la partie du
rapport consistant en la constatation des faits par l’avocat
a aussi été considérée comme étant confidentielle.
[84] College of Physicians of B.C. arose from a complaint of misconduct by a physician. One issue was
whether experts’ reports obtained by the College’s
in-house lawyer in the course of her investigation of the
complaint were covered by legal advice privilege.
[84] L’arrêt College of Physicians of B.C. a découlé
d’une plainte d’inconduite portée contre un médecin.
L’une des questions soulevées était de savoir si les rapports d’experts obtenus par l’avocate interne du collège
dans le cadre de son enquête concernant la plainte étaient
visés par le privilège de la consultation juridique.
[85] Adopting the approach in Gower, the Court in
College of Physicians of B.C. stated that legal advice
privilege may attach to a communication by a lawyer
to a committee of the regulatory body made in the context of providing legal advice on the performance of its
statutory duty to decide whether a complaint should
be subject to further inquiry. The Court found (at paragraph 42) that the lawyer’s instructions were
[85] Suivant la démarche adoptée dans l’arrêt Gower,
la Cour a déclaré, dans l’arrêt College of Physicians of
B.C., que le privilège de la consultation juridique peut
s’appliquer à une communication entre un avocat et un
comité de l’organisme réglementaire faite dans le
contexte de la prestation de conseils juridiques concernant l’acquittement de son devoir prévu par la loi de
décider si une plainte devrait faire l’objet d’une enquête
approfondie. La Cour a conclu (au paragraphe 42) que
l’avocate avait reçu pour instructions
… to obtain the facts necessary to render legal advice to the
[College’s Sexual Conduct Committee] concerning its legal
obligations arising out of the complaint. As such, she was
engaged in giving legal advice to her client.
[traduction] […] de recueillir les faits nécessaires pour
donner au [comité relatif à la conduite sexuelle du collège] un
avis juridique au sujet de ses obligations légales par suite de la
plainte. Elle avait donc été engagée pour donner une opinion
juridique à son client.
However, on the basis of Chrusz, the Court held that the
experts’ reports were not covered by solicitor-client
privilege because they were communications to the
lawyer by third parties who were not acting on behalf of
the College, the lawyer’s client.
Cependant, en se fondant sur l’arrêt Chrusz, la Cour a
affirmé que les rapports d’experts n’étaient pas visés par
le secret professionnel de l’avocat, puisqu’il s’agissait
de communications entre l’avocate et des tierces parties
qui ne représentaient pas le collège, c’est-à-dire le client
de l’avocate.
[86] In an earlier case, Wilson v. Favelle, 1994 CanLII
1152, 26 C.P.C. (3d) 273 (B.C.S.C.) (Wilson), the Master
emphasized the importance of the scope of the role
assigned to a lawyer in determining whether legal advice
privilege applies. An outside lawyer had been retained
by the British Columbia Ministry of Health to investigate
a complaint of misconduct by the plaintiff, an employee
of the Ministry. The plaintiff sought production of the
lawyer’s report, which the Province opposed on the
ground that it was subject to solicitor-client privilege.
[86] Dans une décision antérieure, Wilson v. Favelle,
1994 CanLII 1152, 26 C.P.C. (3d) 273 (C. supr. C.-B.)
(Wilson), le protonotaire a insisté sur l’importance de la
portée du rôle attribué à un avocat pour ce qui est de
décider si le privilège de la consultation juridique
s’applique. Une avocate de l’extérieur avait été chargée
par le ministère de la Santé de la Colombie-Britannique
d’enquêter sur une plainte d’inconduite formulée par le
demandeur, qui était un employé du ministère. Le
demandeur a demandé la production du rapport de
l’avocate, ce à quoi le gouvernement de la province s’est
opposé au motif que le rapport était protégé par le secret
professionnel de l’avocat.
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
117
[87] The contract between the lawyer and the Ministry
stated that the lawyer was to investigate the allegations
by interviewing the complainant. The lawyer was then
to prepare a report for the Deputy Minister documenting
the facts, and advise on any breaches of the standards of
conduct applicable to public service employees and on
any damage to either the Ministry’s ability to perform
its functions or the reputation of the Crown or its
employees. The terms of the contract were subsequently
characterized in an affidavit as including the provision
of legal advice to the Deputy Minister.
[87] Le contrat conclu entre l’avocate et le Ministère
précisait que l’avocate devait enquêter sur les allégations
formulées en interrogeant le plaignant. Elle devait
ensuite rédiger un rapport sur les faits à l’intention du
sous-ministre et l’aviser de toute entorse aux normes de
conduite applicables aux employés de la fonction
publique et de tout préjudice touchant la capacité du
ministère d’exécuter ses fonctions ou la réputation de la
Couronne ou de ses employés. Les modalités du contrat
ont par la suite été précisées dans un affidavit indiquant
qu’elles incluaient la prestation de conseils juridiques
au sous-ministre.
[88] The Master granted the motion for production on
the ground that the terms of the lawyer’s contract did not
establish a solicitor-client relationship. He gave no
weight to the affidavit’s after-the-fact recharacterization
of the instructions.
[88] Le protonotaire a accueilli la requête de production
du rapport au motif que les modalités du contrat de l’avocate n’établissaient pas de relation entre un avocat et son
client. Il n’a accordé aucun poids à l’affidavit précisant
après coup les instructions que devait suivre l’avocate.
[89] Unlike the situation in Gower and College of
Physicians of B.C., Professor Friedland’s letter of
engagement did not expressly include the provision of
legal advice to the Chairperson. Indeed, he was specifically instructed not to advise the Chairperson on the
decision he should make regarding the complaint.
However, Blood Tribe has somewhat modified the law
as formulated in these cases in that a lawyer and client
relationship will be established if the lawyer had been
engaged to provide services in a legal context for
which a lawyer’s skills and knowledge are necessary,
even if the services might not be regarded as the provision of legal advice in the ordinary sense, because, for
example, the lawyer neither informs the client about
their legal rights or duties, nor expressly advises on
action to be taken by the client given the client’s
legal position.
[89] Contrairement aux documents examinés dans le
cadre des arrêts Gower et College of Physicians of B.C.,
la lettre d’engagement du professeur Friedland ne parlait
pas expressément de la prestation de conseils juridiques
au président. Le professeur Friedland a plutôt reçu pour
instruction précise de ne pas conseiller le président à
l’égard de la décision qu’il devrait rendre selon lui au
sujet de la plainte. L’arrêt Blood Tribe est toutefois venu
modifier dans une certaine mesure la jurisprudence
formulée dans le cadre de ces décisions en précisant
qu’une relation entre un avocat et son client est établie
si l’avocat est chargé de fournir des services dans un
contexte juridique exigeant les compétences et les
connaissances d’un avocat, même si ces services peuvent
ne pas être perçus comme étant des services juridiques
au sens courant du terme, par exemple parce que l’avocat n’informe pas le client de ses droits et de ses devoirs
ni ne le conseille expressément sur les mesures qu’il
devrait prendre vu la situation dans laquelle il se trouve
sur le plan juridique.
[90] Whether Professor Friedland was retained to give
legal advice or otherwise to act as a lawyer depends on
the answers to two questions. First, what was the scope
of the mandate given to him by the CJC? Second, is that
mandate properly characterized as “providing legal
advice or otherwise acting as a lawyer”?
[90] Pour décider si le professeur Friedland avait été
chargé de fournir des conseils juridiques ou d’agir d’une
autre manière en qualité d’avocat, il faut répondre à
deux questions. Premièrement, quelle était la portée du
mandat que lui avait donné le CCM? Deuxièmement,
peut-on affirmer à juste titre que ce mandat consistait à
118
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
« donne[r] des conseils juridiques ou agi[r], d’une autre
manière, en qualité d’avocat »?
(iv) Professor Friedland’s mandate
iv) Le mandat du professeur Friedland
[91] Counsel for Mr. Slansky says that the terms of the
CJC’s Policy form the basis of Professor Friedland’s
letter of engagement. They establish that, as counsel, his
role was limited to investigating the complaint by gathering facts and clarifying the allegations, so as to assist
the Chairperson in deciding how to proceed with the
complaint.
[91] L’avocat de Me Slansky affirme que la lettre
d’engagement du professeur Friedland est fondée sur les
dispositions de la politique du CCM. Selon ces dispositions, en tant qu’avocat, son rôle se limitait à mener une
enquête sur la plainte en consignant les faits et en
éclaircissant les allégations, de façon à aider le président
à décider de la façon adéquate de traiter la plainte.
[92] Further, he argues, it is clear from Gower; College
of Physicians of B.C.; and Wilson that the reports
of lawyers who are instructed to investigate the facts
of a complaint are not subject to legal advice privilege,
unless their mandate also includes the provision of
legal advice.
[92] Il ajoute qu’il est clair d’après les arrêts Gower;
College of Physicians of B.C.; et la décision Wilson que
les rapports des avocats chargés d’enquêter sur les faits
liés à une plainte ne sont pas visés par le privilège de la
consultation juridique, à moins que le mandat des avocats n’inclue aussi la prestation de conseils juridiques.
[93] Counsel submits that Professor Friedland’s role
was not to provide legal advice or other legal services, but
rather was analogous to that of human rights investigators
who investigate complaints of discrimination and report
to the Commission on whether an adjudicative hearing is
warranted. He says that these investigators have not
generally been lawyers, and their reports are normally
disclosed as a matter of fairness to complainants.
[93] L’avocat affirme que le rôle du professeur
Friedland n’était pas de fournir des conseils juridiques
ou d’autres services de cette nature. Il était plutôt
analogue à celui des enquêteurs sur les droits de la
personne qui examinent des plaintes de discrimination
et présentent un rapport à la Commission en lui indiquant si la tenue d’une audience d’arbitrage est justifiée
ou non. Il dit que ces enquêteurs ne sont pas en général
des avocats et que leurs rapports sont normalement
divulgués aux demandeurs par souci d’équité.
[94] There might be much to be said for this view if
the nature of Professor Friedland’s mandate was to be
determined only by reference to the CJC’s Policy
incorporated into the letter of engagement, without any
consideration of context. However, while the retainer
is important evidence of whether a solicitor-client
relationship has been established, the terms of the
retainer are not necessarily conclusive (Gower, at paragraph 40), and must be construed in light of all the
relevant circumstances.
[94] Il y aurait peut-être beaucoup de choses à dire
pour appuyer ce point de vue si la nature du mandat
du professeur Friedland ne devait être déterminée que
par référence à la politique du CCM dans la lettre
d’engagement, sans qu’il soit tenu compte du contexte
par ailleurs. Toutefois, quoique le mandat constitue une
preuve importante de l’établissement d’une relation
entre un avocat et son client, les modalités de celui-ci ne
sont pas nécessairement déterminantes (voir l’arrêt
Gower, au paragraphe 40), et elles doivent être interprétées à la lumière de toutes les circonstances pertinentes.
[95] The description of Professor Friedland’s mandate
in the letter of engagement was based on the CJC’s
Policy respecting the role of counsel. The parts of the
Policy quoted in the letter state that the role of counsel
[95] La description du mandat du professeur Friedland
figurant dans la lettre d’engagement est fondée sur la
politique du CCM concernant le rôle des avocats. Selon
les extraits de la politique cités dans la lettre, le rôle de
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
119
in conducting further inquiries into a complaint is to
“gather further information”, “attempt to clarify the
allegations” and “gather evidence which, if established,
would support or refute those allegations”. In addition,
the Policy provides that “[d]ocumentation may be collected and analyzed” (emphasis added) by counsel.
l’avocat menant une enquête supplémentaire concernant
une plainte consiste à « obtenir un complément d’information », à « s’efforcer d’apporter des éclaircissements
sur les accusations portées » et à « réunir des éléments
de preuve qui, s’ils étaient établis, serviraient de fondement à ces accusations ou, au contraire, leur retireraient
toute légitimité ». En outre, la politique précise qu’il « est
possible que [l’avocat] amasse des documents et [qu’il]
procède à leur analyse » (non souligné dans l’original).
[96] The Policy provides no further positive explanation of what “fact-gathering” entails, but it does say what
it does not include. First, while sometimes described as
a fact-finder, counsel is not an adjudicative fact-finder
who must make factual determinations based on a
weighing of the evidence. Second, it is not counsel’s role
to recommend the decision that the Chairperson should
make on the complaint. The Policy does not mention the
provision of legal analysis or advice, although, depending on the nature of the particular complaint, this could
be implicit in counsel’s mandate, including the instruction to provide an analysis of documentation.
[96] La politique ne précise pas ce que suppose la
« recherche de faits », mais elle indique toutefois ce
qu’elle exclut. Premièrement, si l’on dit parfois qu’il
joue le rôle d’un « enquêteur », l’avocat n’est pas chargé
de procéder à la recherche des faits dans le cadre d’un
processus juridictionnel, c’est-à-dire de tirer des conclusions de fait après avoir apprécié la preuve.
Deuxièmement, le rôle de l’avocat n’est pas de recommander au président qu’il rende telle ou telle décision
concernant la plainte. La politique ne parle pas de la
prestation d’analyse ou de conseils juridiques quoique
cela puisse, selon la nature de la plainte, être implicite
dans le mandat de l’avocat, notamment s’il lui est
demandé de fournir une analyse des documents en cause.
[97] Professor Friedland’s letter of engagement did not
expressly relate the terms of the Policy to the nature of
the inquiries he was to make in respect of Mr. Slansky’s
complaint. However, in my view this can be inferred
from the complaint itself, which included allegations
that the Judge’s conduct of the trial included highly
improper, non-judicial behaviour, bias, and procedural
and evidentiary rulings that the Judge knew to be wrong.
[97] La lettre d’engagement du professeur Friedland
n’établissait pas expressément de lien entre les dispositions de la politique et la nature de l’enquête qu’il devait
mener sur la plainte de Me Slansky. J’estime toutefois
que la nature de l’enquête découle de la plainte en
elle-même, puisque celle-ci contient des allégations
selon lesquelles le juge aurait eu durant le procès une
conduite tout à fait inappropriée et un comportement
non judiciaire, il aurait fait preuve de partialité et aurait
rendu des décisions relatives à la procédure et à la
preuve dont il savait qu’elles étaient erronées.
[98] Inquiring into these allegations in order to assist
the Chairperson in making a decision on whether to refer
the complaint to a hearing panel called for an analysis
of documents and tapes that required the skills and
knowledge of a lawyer. And not just any lawyer, but one
like Professor Friedland who had an extensive knowledge of criminal law and criminal trial process.
[98] L’enquête concernant ces allégations menée en
vue d’aider le président à rendre une décision au sujet
de la possibilité de déférer la plainte à un comité d’audience supposait une analyse des documents et des
enregistrements exigeant les compétences et les connaissances d’un avocat, et pas seulement d’un avocat
ordinaire, mais de quelqu’un comme le professeur
Friedland, qui possède une connaissance approfondie du
droit pénal et des procès criminels.
120
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
[99] Thus, Professor Friedland examined 6 000 pages
of trial transcript, and listened to tape recordings of parts
of the trial, in order to clarify the allegation of misconduct by the Judge in the manner in which he managed a
difficult trial. Sifting through this material to understand
the dynamics of the trial, identifying exchanges involving the Judge that might constitute judicial misconduct
and not just give rise to an appeal, and providing an
analysis of these findings, all called for a lawyer’s
knowledge and skills. Similarly, Professor Friedland’s
analysis of the Judge’s rulings in this case, as well as of
his other reported decisions, for indications of bias, bad
faith, or improper motives, was also uniquely within a
lawyer’s competence.
[99] Le professeur Friedland a donc examiné
6 000 pages de transcription de procès et écouté l’enregistrement de certaines parties du procès dans le but
d’éclaircir l’allégation d’inconduite du juge dans la façon
dont il a mené un procès difficile. Pour éplucher ces
documents en vue de comprendre la dynamique du
procès, cerner les échanges au cours desquels le juge
aurait pu se rendre coupable d’inconduite judiciaire et
qui ne peuvent simplement donner lieu à un appel et
pour présenter une analyse de ces conclusions, il fallait
posséder les connaissances et les compétences d’un
avocat. De même, seul un avocat aurait été en mesure
de procéder comme le professeur Friedland à l’analyse
des décisions du juge ainsi que de ses autres décisions
publiées pour essayer d’y découvrir des indices de
partialité, de mauvaise foi ou de malveillance.
[100] These activities are certainly included in the
analysis of documentation that the CJC’s Policy states
is part of the role of counsel. The documents that had to
be analysed to enable Professor Friedland to conduct
further inquiries into Mr Slansky’s allegations clearly
called for a lawyer’s expertise.
[100] Ces activités font assurément partie de l’analyse
des documents qu’englobe le rôle de l’avocat d’après la
politique du CCM. Il est clair que l’analyse des documents
que le professeur Friedland devait examiner pour mener
une enquête supplémentaire sur les allégations formulées
par Me Slansky exigeait l’expertise d’un avocat.
[101] The context in which Professor Friedland was
retained under paragraph 5.1(c) of the Complaints
Procedures as counsel to conduct further inquiries into
the complaint of judicial misconduct was to assist the
Chairperson in making a decision as to whether to refer
the complaint to a hearing panel. This is an essential
aspect of the legal context in which he provided his
services.
[101] Le professeur Friedland a été chargé, aux termes
de l’alinéa 5.1c) des Procédures relatives aux plaintes et
en qualité d’avocat, de mener une enquête supplémentaire sur la plainte en matière d’inconduite judiciaire en
vue d’aider le président à rendre une décision quant à la
possibilité de déférer la plainte à un comité d’audience.
Il s’agit là d’un aspect essentiel du contexte juridique
dans lequel il a offert ses services.
[102] In order for Professor Friedland in this case to
provide the assistance contemplated by paragraph 5.1(c),
he also had to be sensitive to the line between judicial
errors that are appropriately remedied by an appeal
and misconduct that might warrant removal from the
Bench. This is always an especially delicate matter when
the CJC is investigating a complaint, like Mr. Slansky’s,
that relates to a judge’s legal rulings and conduct of
a trial, issues that are at the heart of judicial independence and for which an appeal is normally the
appropriate recourse.
[102] Afin de pouvoir fournir l’aide prévue à l’alinéa 5.1c), le professeur Friedland devait également être
en mesure de bien distinguer les erreurs judiciaires pouvant être réparées adéquatement en appel et l’inconduite
justifiant la destitution du juge. Il s’agit là d’une question
qui est toujours particulièrement délicate lorsque le CCM
enquête sur une plainte liée, comme celle de Me Slansky,
aux décisions juridiques et à la conduite d’un juge pendant un procès, éléments qui sont au cœur de
l’indépendance judiciaire et à l’égard desquels la procédure d’appel est habituellement le recours approprié.
[103] In my view, a lawyer’s knowledge was
required to make that distinction in this case. Professor
[103] J’estime qu’il fallait posséder les connaissances
d’un avocat pour être en mesure d’établir cette distinction
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
121
Friedland’s special legal expertise, as both a criminal
lawyer and the author of a study of judicial discipline
and judicial independence, made him particularly qualified for this role.
en l’espèce. L’expertise juridique particulière du professeur
Friedland, en tant que criminaliste et aussi en tant qu’auteur
d’une étude sur la discipline et l’indépendance judiciaires,
faisait de lui un candidat idéal pour le rôle en question.
[104] There are undoubtedly similarities between the
role of non-lawyer human rights investigators and that
of counsel appointed under paragraph 5.1(c). In my
view, however, these are outweighed in the present case
by the differences. Human rights investigations are typically heavy on fact and light on law, and can be capably
undertaken by suitably trained persons, whether or not
they are lawyers. In contrast, the investigation of
Mr. Slansky’s allegations inherently required factual and
legal analysis peculiarly within a lawyer’s expertise.
[104] Il existe sans aucun doute des similitudes entre le
rôle des enquêteurs sur les droits de la personne qui ne
sont pas des avocats et celui des avocats désignés en vertu
de l’alinéa 5.1c). J’estime cependant qu’il y a plus de
différences que de similitudes en l’espèce. Les enquêtes
relatives aux droits de la personne sont habituellement
axées davantage sur les faits que sur le droit, et elles
peuvent être menées par des personnes ayant reçu une
formation adéquate, qu’il s’agisse d’avocats ou non.
L’enquête concernant les allégations formulées par
Me Slansky exigeait par contre nécessairement une analyse
factuelle et juridique relevant de l’expertise d’un avocat.
[105] Thus, despite the engagement letter’s description of counsel’s role as that of a gatherer and finder of
the facts, it can be inferred from the nature of the allegations into which the letter stated that Professor Friedland
was to conduct his inquiries that his role involved legal
and factual analyses that required the skills and knowledge of a lawyer. Accordingly, when engaged to assist
the Chairperson in deciding how to proceed with the
complaint, Professor Friedland was engaged in his capacity as a lawyer. As a result, his report to the
Chairperson is subject to solicitor-client privilege as
legal advice.
[105] Ainsi, même si la lettre d’engagement décrit le
rôle de l’avocat comme étant celui d’un enquêteur, il est
possible de conclure à partir de la nature des allégations
qui devaient faire l’objet de l’enquête du professeur
Friedland selon cette lettre que son rôle supposait des
analyses juridiques et factuelles exigeant les compétences et les connaissances d’un avocat. Par conséquent,
lorsqu’il a été chargé d’aider le président à décider de
la façon de traiter la plainte, le professeur Friedland a
été embauché en sa qualité d’avocat. Le rapport qu’il
a présenté au président est donc protégé par le secret
professionnel de l’avocat puisque son contenu relève de
la consultation juridique.
[106] Indeed, it is frankly inconceivable that, when read
in the context of Mr. Slansky’s complaint, the letter of
engagement mandates Professor Friedland simply to
gather the facts by assembling the raw data (the trial
transcript and the Judge’s rulings in this case, as well as
other of his criminal law decisions), and to leave their
analysis to the Chairperson. Indeed, the Policy specifically includes the analysis of documentation in the role of
counsel, which in this case called for a legal analysis. The
raw documentary data collected by Professor Friedland
that is already in the public domain is not privileged.
Justice de Montigny ordered its disclosure to Mr. Slansky.
[106] En effet, il est franchement inconcevable que,
dans le contexte de la plainte de Me Slansky, la lettre
d’engagement charge simplement le professeur
Friedland de réunir les faits en colligeant les données
brutes (la transcription du procès et les décisions rendues
par le juge, ainsi que d’autres décisions rendues par lui
dans des affaires criminelles) pour en laisser l’analyse
au président. La politique du CCM prévoit effectivement
que le rôle d’avocat consiste notamment à analyser des
documents, analyse qui, en l’espèce, devait être de nature
juridique. Les données documentaires brutes recueillies
par le professeur Friedland relèvent déjà du domaine
public, et elles ne sont pas confidentielles. Le juge
de Montigny en a ordonné la divulgation à Me Slansky.
122
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
[107] The view I have taken of Professor Friedland’s
“fact-finding” role in this case is reinforced by the
affidavit of Mr. Sabourin, where he states that, in engaging counsel, he and the Chairperson expect a lawyer’s
analysis and recommendations in respect of the allegations. In addition, the fact that the CJC’s Complaints
Procedures stipulates that counsel must be a lawyer
suggests that their task calls for a lawyer’s skills. I do
not accept that this is a cynical attempt by the CJC to
ensure that it can keep all investigative reports secret.
[107] Le point de vue que j’ai adopté sur le rôle
d’« enquêteur » du professeur Friedland est appuyé par
l’affidavit de Me Sabourin, dans lequel celui-ci déclare
que le président et lui s’attendaient à ce que l’avocat dont
ils retenaient les services leur fournisse une analyse des
allégations et formule des recommandations à cet égard.
En outre, le fait que les Procédures relatives aux plaintes
du CCM précisent que la personne dont les services sont
retenus doit être un avocat donne à penser que la tâche
dont cette personne doit s’acquitter exige les compétences d’un avocat. Je n’admets pas l’idée que le CCM
puisse chercher cyniquement par ce moyen à garantir la
confidentialité de tous ses rapports d’enquête.
[108] Nonetheless, in the interests of transparency, and
to avoid future misunderstandings, the description of the
role of counsel contained in the CJC’s Complaints
Procedures should be modified to reflect more clearly
the scope of the tasks that they are expected to undertake.
The terms of letters of engagement should also provide
more specific instructions regarding the particular complaint that counsel was engaged to investigate.
[108] Néanmoins, par souci de transparence, et pour
éviter les malentendus à l’avenir, il conviendrait de modifier
la description du rôle de l’avocat figurant dans les Procédures
relatives aux plaintes du CCM, afin qu’elle reflète clairement la portée des tâches dont on s’attend à ce que les
avocats s’acquittent. Les lettres d’engagement devraient
également contenir des directives précises concernant les
plaintes que les avocats sont chargés d’examiner.
[109] In summary, when Professor Friedland was
engaged to conduct further inquiries into Mr. Slansky’s
allegations, and to submit a report on them to assist the
Chairperson to discharge his legal duty to decide on how
to proceed with the complaint, he was engaged in his
professional capacity as a lawyer. In view of the complexity and nature of the complaint, any analysis of the data
that would assist the Chairperson required the skills and
knowledge of a lawyer. Hence, when the letter of engagement is read in the context of this complaint, it is my view
that Professor Friedland was engaged to provide legal
advice or otherwise to act as a lawyer. The report of his
inquiries is therefore subject to legal advice privilege.
[109] En somme, lorsque le professeur Friedland a été
chargé de mener une enquête supplémentaire au sujet des
allégations formulées par Me Slansky et de soumettre un
rapport d’enquête au président pour l’aider à s’acquitter de
son devoir prévu par la loi en décidant de la façon de traiter
la plainte, il a été embauché en sa qualité professionnelle
d’avocat. Vu la complexité et la nature de la plainte, toute
analyse des données pouvant être utile au président exigeait les compétences et les connaissances d’un avocat.
J’estime donc que, dans le contexte de la plainte, la lettre
d’engagement charge le professeur Friedland de donner
des conseils juridiques ou d’agir, d’une autre manière, en
qualité d’avocat. Son rapport d’enquête est donc visé par
le privilège de la consultation juridique.
ISSUE 2: Are the factual components of the
report severable?
QUESTION 2 : Est-il possible de prélever les
éléments factuels du rapport?
[110] Having concluded that Professor Friedland was
engaged by the Chairperson to provide legal advice, or
otherwise to act in his capacity as a lawyer, and that the
confidential report of his further inquiries is therefore
privileged as legal advice, I can deal quite briefly with
[110] Ayant conclu que le professeur Friedland a
été chargé par le président de lui donner des conseils
juridiques ou d’agir, d’une autre manière, en sa qualité
d’avocat, et que le rapport confidentiel sur son enquête
supplémentaire est donc visé par le privilège de la
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
123
the argument that the factual parts of the report should
be severed and disclosed.
consultation juridique, je suis en mesure d’aborder assez
brièvement l’argument selon lequel les parties du rapport
portant sur les faits devraient en être prélevées et devraient être divulguées.
[111] In my view, the short answer to this argument is
that, while holding that the factual analysis in the report
could not be severed, Justice de Montigny nonetheless
ordered the disclosure of the publicly available documentary materials that Professor Friedland had consulted
in the preparation of his report. These documents contained the “facts”. However, the legal and factual
analysis of this material, which Professor Friedland
undertook to assist the Chairperson with his decision, is
the core of the communication covered in this case by
legal advice privilege.
[111] À mon avis, la réponse courte à cet argument
est que, même s’il a conclu que l’analyse des faits
contenue dans le rapport ne pouvait en être prélevée, le
juge de Montigny a néanmoins ordonné la divulgation
des documents publics que le professeur Friedland
avait consultés pour rédiger son rapport. Ces documents
contiennent les « faits ». C’est toutefois l’analyse juridique et factuelle de ces documents que le professeur
Friedland a effectuée pour aider le président à rendre sa
décision qui est au cœur de la communication visée en
l’espèce par le privilège de la consultation juridique.
[112] As the Court observed in Gower, it is not permissible to sever findings of fact made in an investigative
report covered by solicitor-client privilege when they
form the basis of, and are inextricably linked to, the legal
advice provided.
[112] Comme la Cour l’a fait remarquer dans l’arrêt
Gower, le prélèvement des constatations de faits contenues dans un rapport d’enquête protégé par le secret
professionnel de l’avocat lorsque celles-ci sont le fondement des conseils juridiques fournis et y sont
inextricablement liées n’est pas permis.
[113] Without necessarily adopting every aspect of
Justice de Montigny’s analysis of severance, subject to
the two relatively minor reservations described below I
agree that the disclosure of documents that he ordered
substantively satisfied any possible duty to sever. To go
further would erode the confidentiality on which the
lawyer-client relationship fundamentally rests.
[113] Sans nécessairement souscrire à tous les aspects
de l’analyse du juge de Montigny concernant le prélèvement, et sous réserve de deux détails plutôt mineurs
que je décris ci-dessous, je suis d’accord pour dire que
la divulgation des documents qu’il a ordonnée permet
en grande partie l’acquittement de tout devoir de prélèvement pouvant exister. Aller plus loin viendrait éroder
la confidentialité dont la relation entre un avocat et son
client est fondamentalement tributaire.
[114] First, I have already indicated at paragraphs 69
and 70 of these reasons that statements made by those
interviewed by Professor Friedland in the course of his
inquiries are not subject to legal advice privilege
because they were not made on behalf of the client, the
CJC. Accordingly, any account of those interviews in the
report cannot be withheld from disclosure on the basis
of solicitor-client privilege.
[114] Premièrement, j’ai déjà indiqué aux paragraphes 69 et 70 des présents motifs que les déclarations
faites par les personnes interrogées par le professeur
Friedland au cours de son enquête n’étaient pas visées
par le privilège de la consultation juridique, puisqu’elles
n’ont pas été faites au nom du client, c’est-à-dire le CCM.
Par conséquent, aucun compte rendu de ces entrevues
dans le rapport ne peut être protégé contre la divulgation
en vertu du secret professionnel de l’avocat.
[115] My second reservation concerns pages 31–32 of
the report. These deal with a general policy issue that
Professor Friedland recommends that the CJC should
[115] Ma seconde réserve concerne les pages 31 et 32
du rapport. Celles-ci portent sur un problème général de
politiques que le professeur Friedland recommande au
124
CANADA
v.
[2015] 1 F.C.R.
SLANSKY
take on as one of its initiatives, namely, the handling of
mega trials.
CCM de régler dans le cadre de l’une de ses initiatives,
soit le déroulement des mégaprocès.
[116] While this recommendation arises from
Professor Friedland’s inquiries into this complaint, it
does not form the basis of his analysis of Mr. Slansky’s
allegations. In my view, it is essentially policy advice
and is insufficiently connected to Professor Friedland’s
mandate to fall within the scope of the privilege.
However, it will be for the Judge who hears the application for judicial review to decide what relevance, if any,
these pages have to the issues raised in the application.
[116] Cette recommandation découle de l’enquête sur
la plainte menée par le professeur Friedland, mais elle
ne constitue pas le fondement de son analyse des allégations formulées par Me Slansky. J’estime qu’il s’agit
essentiellement de conseils relatifs aux politiques et que
ceux-ci ne sont pas suffisamment liés au mandat du
professeur Friedland pour être visés par le privilège. Il
incombera toutefois au juge qui instruira la demande de
contrôle judiciaire de décider de la pertinence, le cas
échéant, de ces pages par rapport aux questions soulevées dans la demande.
***
***
The following are the reasons for judgment rendered
in English by
Ce qui suit est la version française des motifs du
jugement rendus par
[117] Mainville J.A. (concurring): I have read the
reasons of my colleague Evans J.A., and I adopt his
description of the factual background, of the applicable
legislative framework and of the decisions of the Federal
Court. For the reasons given by him, which I also adopt, I
agree (a) that Justice de Montigny did not err with respect
to the standard of review; (b) that there is insufficient evidence in the record to establish that the Canadian Judicial
Council (also referred to in these reasons as the “Council”)
waived its privilege; and (c) that we should not interfere
with Justice de Montigny’s exercise of discretion to refuse
to convert the application into an action.
[117] Le juge Mainville, J.C.A. (motifs concourants) : J’ai lu les motifs de mon collègue le juge Evans,
et je souscris à sa description du contexte factuel, du
cadre législatif applicable et des décisions de la Cour
fédérale. Pour les motifs qu’il a donnés, et auxquels je
souscris également, je suis d’accord pour dire a) que le
juge de Montigny n’a pas commis d’erreur en ce qui
concerne la norme de contrôle; b) que la preuve au
dossier est insuffisante pour établir que le Conseil canadien de la magistrature (aussi appelé le Conseil dans les
présents motifs) a renoncé à son privilège; et c) que nous
ne devrions pas intervenir dans l’exercice par le juge
de Montigny de son pouvoir discrétionnaire de refuser
de convertir la demande en action.
[118] On the substantive issue of legal advice privilege, I also agree with my colleague Evans J.A. that the
analysis and advice contained in the confidential report
prepared and submitted to the Canadian Judicial Council
by Professor Martin Friedland (the “Friedland Report”
or “report”) is subject to such privilege.
[118] En ce qui a trait à la question de fond du privilège
de la consultation juridique, je suis également d’accord
avec mon collègue le juge Evans pour dire que l’analyse
et les conseils contenus dans le rapport confidentiel rédigé
et soumis au Conseil canadien de la magistrature par le
professeur Martin Friedland (le « rapport Friedland » ou
le « rapport ») sont visés par ce privilège.
[119] I also agree with my colleague Evans J.A. that
the disclosure of the publicly available documentary
materials that Professor Friedland had consulted contain
most of the facts which were the subject of his report.
[119] Je suis également d’accord avec mon collègue le
juge Evans lorsqu’il affirme que la divulgation des documents publics que le professeur Friedland a consultés
permet d’accéder à la plupart des faits faisant l’objet de
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
125
However the report also contains other facts, including
brief summaries of interviews carried out by Professor
Friedland with the trial Judge and various third parties.
I agree that legal advice privilege does not normally
protect the confidentiality of communications by third
parties, at least when the third party was not acting on
behalf of the client. I however neither find it useful nor
necessary to determine whether these communications
are severable from the remainder of the report since they
are, in any event, subject to a public interest privilege.
son rapport. Ce rapport contient toutefois d’autres faits,
notamment des résumés des entrevues menées par le
professeur Friedland auprès du juge du procès et de
diverses tierces parties. Je suis d’accord pour dire que le
privilège de la consultation juridique ne protège normalement pas la confidentialité des communications avec
des tierces parties, à tout le moins lorsque le tiers ne
représentait pas le client. Je ne trouve toutefois ni utile
ni nécessaire de décider si les communications avec des
tiers peuvent être prélevées du rapport, puisqu’elles font
de toute manière l’objet d’un privilège d’intérêt public.
[120] My colleague Evans J.A. suggests at paragraph
108 of his reasons that the Canadian Judicial Council
should give greater thought to the role and mandate
of outside counsel. I concur. I note in particular that
pursuant to general principles of administrative fairness
and natural justice which are reflected in section 64 of
the Judges Act, R.S.C., 1985, c. J-1 and section 7.2 of
the Council’s Complaints Procedures, the Council has a
legal duty to provide to a judge who is the subject of
investigation sufficient information about the allegations and the material evidence to permit the judge to
make a full response. Thus, a judge under investigation
is entitled to such information, and this right cannot be
thwarted through solicitor-client privilege claims over
the fact findings of outside counsel.
[120] Mon collègue le juge Evans laisse entendre au
paragraphe 108 de ses motifs que le Conseil canadien
de la magistrature devrait réfléchir davantage au rôle et
au mandat des avocats de l’extérieur auxquels il recourt.
Je suis d’accord. Je voudrais en particulier faire
remarquer que, selon les principes généraux de l’équité
administrative et de la justice naturelle que reflètent
l’article 64 de la Loi sur les juges, L.R.C. (1985), ch. J-1
et l’article 7.2 des Procédures relatives aux plaintes du
Conseil, le Conseil est tenu par la loi de fournir à un juge
faisant l’objet d’une enquête suffisamment de renseignements concernant les allégations dont il fait l’objet et la
preuve matérielle pour lui permettre de soumettre une
réponse exhaustive. Un juge faisant l’objet d’une
enquête a donc droit à ces renseignements, et ce droit ne
peut être contrecarré par des demandes de protection de
la confidentialité des constatations de faits par l’avocat
de l’extérieur au motif qu’elles sont protégées par le
secret professionnel de l’avocat.
[121] That being said, there may be appropriate circumstances where information included in a report from
outside counsel, including communications from third
parties, become subject to a public interest privilege. I
address in my reasons the public interest privilege which
applies in this case.
[121] Cela dit, il peut y avoir des situations où il est
indiqué que les renseignements contenus dans un rapport
rédigé par un avocat de l’extérieur, y compris les communications avec des tiers, fassent l’objet d’un privilège
d’intérêt public. J’examine dans mes motifs le privilège
d’intérêt public qui s’applique en l’espèce.
Background
Contexte
[122] One of the responsibilities of the Canadian
Judicial Council is to maintain public confidence in the
federal judiciary. For this purpose, and pursuant to the
statutory mandate vested in it by Parliament under the
Judges Act, the Canadian Judicial Council is empowered
[122] L’une des responsabilités du Conseil canadien
de la magistrature est de maintenir la confiance du public
envers la magistrature fédérale. À cette fin, et en vertu
du mandat qui lui a été confié par le législateur dans le
cadre de la Loi sur les juges, le Conseil canadien de la
126
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
to carry out investigations and inquiries into the conduct
of a superior court judge.
magistrature est habilité à mener des enquêtes sur la
conduite des juges des cours supérieures.
[123] In the course of such inquiries and investigations, questions may arise as to the disclosure of certain
information, such as the disclosure of statements given
to the Canadian Judicial Council under an undertaking
of confidentiality. In such circumstances, the Council
must determine whether maintaining public confidence
in the judiciary is better served by disclosing or withholding the information.
[123] Au cours de ces enquêtes, des questions peuvent
être soulevées en ce qui a trait à la divulgation de certains
renseignements, par exemple de déclarations faites devant
le Conseil canadien de la magistrature sous le sceau de la
confidentialité. Dans une situation de ce genre, le Conseil
doit décider si la divulgation ou la non-divulgation des
renseignements permet de maintenir le mieux possible la
confiance du public envers la magistrature.
[124] It is the prerogative and responsibility of the
Canadian Judicial Council to decide in which circumstances and to what extent it is in the public interest not
to disclose information obtained in the course of an
investigation into the conduct of a judge. This public
interest privilege flows in part from the constitutional
principle of judicial independence. A large degree of
deference is owed to the Council on this matter.
However, in the context of a judicial proceeding where
the issue may arise, it is the role of the court to balance
the harm to judicial independence and the Council’s
processes that may result from a disclosure against the
prejudice to the administration of justice that may result
from non-disclosure.
[124] Décider des circonstances dans lesquelles il
choisit de ne pas divulguer des renseignements obtenus
dans le cadre d’une enquête sur la conduite d’un juge
ainsi que de la mesure dans laquelle il est dans l’intérêt
public qu’il ne le fasse pas est une prérogative et une
responsabilité du Conseil canadien de la magistrature. Ce
privilège d’intérêt public découle en partie du principe
constitutionnel de l’indépendance judiciaire. Il convient
de faire preuve d’une grande déférence à l’égard du
Conseil dans ce domaine. Toutefois, dans le contexte
d’une procédure judiciaire dans le cadre de laquelle la
question peut être soulevée, il appartient au tribunal de
trouver le juste équilibre entre l’atteinte à l’indépendance
judiciaire et aux processus du Conseil pouvant découler
de la divulgation et l’entrave à l’administration de la
justice pouvant découler de la non-divulgation.
[125] In this case, the Canadian Judicial Council
decided to disclose a considerable amount of information with respect to its investigation into the conduct of
the Honourable Justice Thompson of the Superior Court
of Justice of Ontario (the trial Judge) during a long and
difficult murder trial held before a jury in Owen Sound
from October 2003 to May 2004 (the trial). This investigation was carried out in response to a complaint by
one of the counsel acting at that trial, the appellant
Paul Slansky. The Council explained in writing to
Mr. Slansky the process it followed to investigate his
complaint. In a letter, the Council set out a detailed
review of all the salient and relevant facts, explained its
review of the conduct of the trial Judge during the trial,
and provided clear, cogent and detailed reasons supporting its conclusion that his complaint did not warrant
further consideration.
[125] En l’espèce, le Conseil canadien de la magistrature a décidé de divulguer une quantité considérable
de renseignements concernant son enquête sur la
conduite du juge Thompson (le juge du procès), de la
Cour supérieure de justice de l’Ontario, au cours d’un
long et difficile procès pour meurtre tenu devant jury à
Owen Sound d’octobre 2003 à mai 2004 (le procès).
L’enquête a été menée à la suite d’une plainte déposée
par l’un des avocats ayant pris part au procès, Me Paul
Slansky, qui est l’appelant en l’espèce. Le Conseil a
expliqué par écrit à Me Slansky le processus qu’il a suivi
pour enquêter sur sa plainte. Dans une lettre qu’il lui a
fait parvenir, le Conseil passe en revue l’ensemble des
faits saillants et pertinents, lui explique son évaluation
de la conduite du juge durant le procès et lui présente
des motifs clairs, convaincants et détaillés à l’appui de
sa conclusion selon laquelle la plainte ne justifiait pas
un examen plus approfondi.
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
127
[126] The Council did not however disclose to
Mr. Slansky the confidential report prepared and submitted to it by Professor Martin Friedland, a lawyer and law
professor it had engaged to assist it with its investigation. The Council claims solicitor-client privilege over
the report, since Professor Friedland was hired as a legal
counsel. This claim has been dealt with by Evans J.A. in
concurring reasons. The Council also claims a public
interest privilege over the report. I will address this
claim in these reasons.
[126] Le Conseil n’a toutefois pas communiqué à
Me Slansky le rapport confidentiel rédigé et soumis au
Conseil par Me Martin Friedland, avocat et professeur
de droit chargé par le Conseil de l’aider à mener son
enquête. Le Conseil se réclame du privilège du secret
professionnel de l’avocat à l’égard du rapport, étant
donné que le professeur Friedland a été embauché à titre
de conseiller juridique. La question du secret professionnel de l’avocat a été abordée par le juge Evans dans
des motifs concourants. Le Conseil revendique également un privilège d’intérêt public à l’égard du rapport.
J’aborderai cette revendication dans les présents motifs.
[127] The Council raised the following reasons to
refuse disclosure of the Friedland Report to Mr. Slansky
on the ground of public interest privilege: (a) the need
to protect judicial independence; (b) that individuals
who had conveyed information to Professor Friedland
had done so on the basis of an undertaking of confidentiality; (c) that the integrity and effectiveness of the
Council’s summary complaints process requires it to
have the ability to obtain full and frank disclosures from
affected judges and third parties with the knowledge that
their statements would not be disclosed to the public;
and (d) that the privacy interests of the affected judge
must be protected.
[127] Le Conseil a invoqué les motifs suivants pour
justifier son refus de communiquer le rapport Friedland
à Me Slansky en vertu du privilège d’intérêt public : a) la
nécessité de protéger l’indépendance judiciaire; b) les
personnes ayant fourni des renseignements au professeur
Friedland l’ont fait sous le sceau de la confidentialité;
c) l’intégrité et l’efficacité du processus de traitement
sommaire des plaintes du Conseil exigent que celui-ci
soit en mesure d’obtenir des divulgations exhaustives et
franches des juges concernés et des tierces parties,
ceux-ci sachant que leurs déclarations ne seront pas
rendues publiques; et d) le droit au respect de la vie
privée du juge concerné doit être protégé.
[128] Justice de Montigny of the Federal Court found
that the Council could raise a public interest privilege in
this case, principally on the ground of the integrity and
effectiveness of the Council’s complaints process. He
also found that, in the circumstances of this case, the
public interest privilege outweighed any argument for
disclosure. He noted that the information and documents
already provided to Mr. Slansky by the Council were
fulsome and complete, and clearly sufficient to properly
undertake a judicial review of the decision of the
Council not to pursue further his complaint.
[128] Le juge de Montigny, de la Cour fédérale, a
conclu que le Conseil pourrait invoquer un privilège
d’intérêt public en l’espèce, principalement pour assurer
l’intégrité et l’efficacité du processus de plainte du
Conseil. Le juge a également conclu que, dans les circonstances, le privilège d’intérêt public pesait plus lourd
dans la balance que tout argument en faveur de la divulgation. Il a fait remarquer que les renseignements et les
documents déjà fournis à Me Slansky par le Conseil
étaient substantiels et exhaustifs, et clairement suffisants
pour permettre un contrôle judiciaire adéquat de la décision du Conseil de ne pas donner suite à sa plainte.
[129] For the reasons set out below, I find that the
report of Professor Friedland is subject to public interest
privilege on the grounds raised by the Canadian Judicial
Council.
[129] Pour les motifs exposés ci-dessous, je conclus
que le rapport du professeur Friedland fait l’objet d’un
privilège d’intérêt public pour les raisons invoquées par
le Conseil canadien de la magistrature.
128
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
Judicial independence and public interest privilege
L’indépendance judiciaire et le privilège d’intérêt
public
[130] When the disclosure of information would be
contrary to public interest, the common law may recognize a public interest privilege of non-disclosure:
Hubbard, Magotiaux and Duncan, The Law of Privilege
in Canada, Aurora, Ont.: Canada Law Book, looseleaf ed., at sections 3.10 and 3.50. Several statutory
provisions also provide for protection against disclosure
on the ground of a specified public interest, notably
sections 37, 38 and 39 of the Canada Evidence Act,
R.S.C., 1985, c. C-5. The public interest privilege of
non-disclosure is usually raised by the executive branch
of government, but it also extends to the legislative
branch under the concept of Parliamentary privilege. In
appropriate circumstances, the judicial branch may also
raise public interest privilege.
[130] Lorsque la divulgation de renseignements serait
contraire à l’intérêt public, la common law peut reconnaître
l’existence d’un privilège d’intérêt public de nondivulgation : Hubbard, Magotiaux et Duncan, The Law of
Privilege in Canada, Aurora, Ont. : Canada Law Book,
feuilles mobiles, aux sections 3.10 et 3.50. Plusieurs dispositions législatives prévoient également une protection
contre la divulgation en raison d’un intérêt public précisé,
notamment les articles 37, 38 et 39 de la Loi sur la preuve
au Canada, L.R.C. (1985), ch. C-5. Le privilège d’intérêt
public de non-divulgation est habituellement invoqué par
le pouvoir exécutif, mais il s’applique également au
pouvoir législatif, sous forme de privilège parlementaire.
Dans certaines circonstances, le pouvoir judiciaire peut
également invoquer le privilège d’intérêt public.
[131] Through the combined effect of subsections 61(2), 63(5) and 63(6) of the Judges Act, Parliament
has recognized that it may not be in the public interest to
disclose certain information gathered within the context
of an inquiry or an investigation into the conduct of a
superior court judge. The relevant public interest here is
judicial independence—a constitutional principle—and
the integrity of the Canadian Judicial Council’s process
for enabling it to discharge its mandate effectively.
[131] Par l’effet combiné des paragraphes 61(2), 63(5)
et 63(6) de la Loi sur les juges, le législateur a reconnu
qu’il peut être contre l’intérêt public que certains renseignements recueillis dans le cadre d’une enquête sur la
conduite d’un juge d’une cour supérieure soient divulgués.
L’intérêt public concerne en l’espèce l’indépendance judiciaire — qui est un principe constitutionnel — et l’intégrité
du processus qui permet au Conseil canadien de la magistrature de s’acquitter de son mandat de façon efficace.
[132] Canadian constitutional history and Canadian
constitutional law establish the deep roots, vitality and
vibrancy of the principle of judicial independence in
Canada. This principle requires that the courts be completely separate in authority and function from all other
participants in the justice system. At a minimum, this
means that no outsider—be it government, a pressure
group, an individual or even another judge—should
interfere, or attempt to interfere, with the way in which
a judge conducts a case and makes a decision:
Beauregard v. Canada, [1986] 2 S.C.R. 56 (Beauregard),
at pages 69–70 and 73. Moreover, judicial independence
also means that security of tenure and financial security
must be assured for a judge, and the institutional independence of the court to which the judge belongs must
be preserved: Valente v. The Queen et al., [1985] 2
S.C.R. 673 (Valente), at page 687.
[132] Au Canada, le principe d’indépendance judiciaire trouve ses racines, sa vitalité et son dynamisme
dans l’histoire et le droit constitutionnels du pays. Ce
principe exige que les tribunaux soient complètement
indépendants, sur le plan du pouvoir et de la fonction
qu’ils assument, de tous les autres intervenants du système judiciaire. Cela suppose à tout le moins que
personne de l’extérieur – que ce soit un gouvernement,
un groupe de pression, un particulier ou même un autre
juge — ne doit intervenir en fait, ou tenter d’intervenir,
dans la façon dont un juge mène une affaire et rend sa
décision : Beauregard c. Canada, [1986] 2 R.C.S. 56
(Beauregard), aux pages 69, 70 et 73. En outre, pour
garantir l’indépendance judiciaire, il faut assurer
l’inamovibilité et la sécurité financière des juges, et
l’indépendance institutionnelle du tribunal dont le juge
est membre doit être préservée : Valente c. La Reine et
autres, [1985] 2 R.C.S. 673 (Valente), à la page 687.
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
129
[133] The concept of judicial independence has both
individual and institutional aspects: Reference re
Remuneration of Judges of the Provincial Court of
Prince Edward Island; Reference re Independence
and Impartiality of Judges of the Provincial Court of
Prince Edward Island, [1997] 3 S.C.R. 3 (Reference re
Remuneration), at paragraphs 121‒130. For the purposes of this appeal, it is sufficient to note that judicial independence requires that a judge be free from outside
interference in conducting and deciding cases, and that,
while acting in a judicial capacity, a judge should not
fear that he or she may have to answer for the ideas
expressed or the words used in open court or in a judgment: Moreau-Bérubé v. New Brunswick (Judicial
Council), 2002 SCC 11, [2002] 1 S.C.R. 249 (MoreauBérubé), at paragraphs 56‒57.
[133] La notion d’indépendance judiciaire a des aspects
individuels et institutionnels : Renvoi relatif à la rémunération des juges de la Cour provinciale de
l’Île-du-Prince-Édouard; Renvoi relatif à l’indépendance
et à l’impartialité des juges de la Cour provinciale de
l’Île-du-Prince-Édouard, [1997] 3 R.C.S. 3 (Renvoi relatif à la rémunération), aux paragraphes 121 à 130. Aux
fins du présent appel, il suffit de signaler que l’indépendance judiciaire exige qu’un juge ne subisse pas
d’influences extérieures dans la façon dont il mène et
tranche les affaires dont il est saisi, et que, lorsqu’il
exerce ses fonctions, un juge ne devrait pas craindre
d’avoir à répondre des idées qu’il a exprimées ou des
mots qu’il a choisis au cours d’une audience publique ou
dans un jugement : Moreau-Bérubé c. Nouveau-Brunswick
(Conseil de la magistrature), 2002 CSC 11, [2002]
1 R.C.S. 249 (Moreau-Bérubé), aux paragraphes 56 et 57.
[134] The principle of judicial independence has
resulted in concomitant immunities, most notably (a) the
immunity of a judge from suit and prosecution, and
(b) the immunity of a judge from testifying about or
otherwise justifying the reasons for a particular decision
beyond those given in open court: MacKeigan v. Hickman,
[1989] 2 S.C.R. 796 (MacKeigan), at page 830.
[134] Le principe de l’indépendance judiciaire a donné
lieu à des immunités concomitantes, notamment a) l’immunité d’un juge contre les poursuites, et b) l’immunité
d’un juge contre l’obligation de témoigner ou de fournir
une quelconque justification au sujet des motifs d’une
décision donnée, mis à part les motifs rendus au cours
de l’audience publique : MacKeigan c. Hickman,
[1989] 2 R.C.S. 796 (MacKeigan), à la page 830.
[135] The immunity of a judge from suit and prosecution has long been recognized as necessary to maintain
public confidence in the judicial system: Garnett v.
Ferrand (1827), 6 B. & C. 611, at pages 625–626,
quoted approvingly in Morier et al. v. Rivard, [1985] 2
S.C.R. 716 (Morier), at page 737. The immunity serves
to ensure that the judge is free in thought and independent in judgment: Morier, at pages 737–745. As noted
by Lord Denning in Sirros v. Moore, [1975] 1 Q.B. 118
(C.A.), quoted approvingly in Morier, at page 739 and
in R. v. Lippé, [1991] 2 S.C.R. 114, at pages 155–156:
[135] L’immunité des juges contre les poursuites est
depuis longtemps reconnue comme étant nécessaire pour
maintenir la confiance du public envers le système judiciaire : Garnett v. Ferrand (1827), 6 B. & C. 611, aux
pages 625 et 626, cités avec approbation dans l’arrêt
Morier et autre c. Rivard, [1985] 2 R.C.S. 716 (Morier),
à la page 737. L’immunité sert à garantir que le juge est
libre d’esprit et indépendant de pensée : Morier, aux
pages 737 à 745. Comme le fait remarquer lord Denning
dans la décision Sirros v. Moore, [1975] 1 Q.B. 118
(C.A.), cité avec approbation dans l’arrêt Morier, à la
page 739 et dans l’arrêt R. c. Lippé, [1991] 2 R.C.S. 114,
aux pages 155 et 156 :
If the reason underlying this immunity is to ensure “that they
may be free in thought and independent in judgment,” it
applies to every judge, whatever his rank. Each should be
protected from liability to damages when he is acting judicially. Each should be able to do his work in complete
independence and free from fear. He should not have to turn
[traduction] Si la raison d’être de l’immunité est de garantir qu’ils « soient libres d’esprit et indépendants de pensée »,
elle s’applique à tous les juges indépendamment de leur rang.
Tout juge doit être à l’abri de toute action en responsabilité
lorsqu’il agit de façon judiciaire. Tout juge devrait être en
mesure de travailler en toute indépendance et à l’abri de toute
130
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
the pages of his books with trembling fingers, asking himself:
“If I do this, shall I be liable to damages?”
crainte. Il ne doit pas feuilleter ses recueils en tremblant et en
se demandant « Si je prends ce parti, suis-je exposé à une action
en responsabilité? »
[136] The additional immunity from accounting for or
justifying judicial decisions beyond those reasons provided in open court also serves to ensure the
independence of judges and to instil public confidence
in the judicial process: MacKeigan, at pages 828‒830. As noted by McLachlin J. (as she then was), at page 831
of that decision, “To entertain the demand that a judge
testify before a civil body, an emanation of the legislature or executive, on how and why he or she made his
or her decision would be to strike at the most sacrosanct
core of judicial independence.”
[136] L’immunité supplémentaire contre le fait d’avoir
à rendre des comptes ou à fournir des justifications
concernant les décisions judiciaires, au-delà des motifs
donnés en audience publique, sert également à garantir
l’indépendance des juges et à accroître la confiance du
public envers le processus judiciaire : MacKeigan, aux
pages 828 à 830. Comme le fait remarquer la
juge McLachlin (qui n’était pas encore juge en chef à
l’époque) à la page 831 de cette décision, « Donner suite
à l’exigence qu’un juge témoigne devant un organisme
civil, émanant du pouvoir législatif ou du pouvoir exécutif, quant à savoir comment et pourquoi il a rendu sa
décision, serait attaquer l’élément le plus sacro-saint de
l’indépendance judiciaire. »
[137] It is important to bear in mind that these
immunities are there not for the benefit of individual
judges; rather they exist for the benefit of the community
as a whole. Indeed, an independent judiciary free from
improper influence is an essential component of a free
and democratic society.
[137] Il est important de ne pas oublier que ces immunités existent non pas au bénéfice personnel des juges,
mais plutôt au bénéfice de la collectivité dans son
ensemble. En effet, un pouvoir judiciaire indépendant et
libre de toute influence indue est un élément essentiel
d’une société libre et démocratique.
[138] Unfortunately, it may happen that a judge’s
conduct amounts to an abuse of judicial independence.
Such abuse is extremely serious since it threatens the
integrity of the judiciary as a whole. If actions or expressions of a judge raise concern about the integrity of the
judicial function, the process that is put in place to
investigate the conduct of the judge is, in effect, an
investigation into allegations of abuse of judicial independence: Moreau-Bérubé, at paragraph 58. An effective
mechanism for holding judges to account for misconduct
is thus essential to maintaining public confidence in the
judiciary and hence, ultimately, judicial independence.
[138] Malheureusement, il peut advenir que la conduite
d’un juge corresponde à un abus de l’indépendance judiciaire. Il s’agit alors d’un abus extrêmement grave,
puisqu’il menace l’intégrité de la magistrature dans son
ensemble. Dans les cas où les actes ou les paroles d’un
juge sèment le doute quant à l’intégrité de la fonction
judiciaire, le processus suivi pour enquêter sur la conduite
du juge est en fait une enquête sur les allégations d’abus
de l’indépendance judiciaire : Moreau-Bérubé, au paragraphe 58. L’existence d’un mécanisme efficace pour
obliger les juges à rendre des comptes en cas d’inconduite
est donc essentielle au maintien de la confiance du public
envers la magistrature et donc, au bout du compte, au
maintien de l’indépendance judiciaire.
[139] Through Part II [sections 58 to 71] of the Judges
Act, Parliament has entrusted the Canadian Judicial
Council with the responsibility of conducting investigations and inquiries into the conduct of superior court
judges. Parliament has granted the Council a large
degree of discretion to carry out this public interest task.
[139] Dans la partie II [articles 58 à 71] de la Loi sur
les juges, le législateur confie au Conseil canadien de la
magistrature la responsabilité de mener des enquêtes sur
la conduite des juges des cours supérieures. Le législateur
a accordé un vaste pouvoir discrétionnaire au Conseil
pour lui permettre de s’acquitter de cette tâche d’intérêt
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
131
Indeed, the Council has been vested with all the powers
of a superior court in investigating complaints and
conducting inquiries (subsection 63(4)). It has the
authority to make by-laws respecting the conduct of its
inquiries and investigations (paragraph 61(3)(c)). It has
been given large discretionary authority to direct the
manner in which it carries out its own work, which
includes how it chooses to handle complaints (subsection 61(2)). It may engage the services of counsel to aid
and assist it in its inquiries and investigations (section
62). It may prohibit the publication of information or
documents arising out of an inquiry or investigation
(subsection 63(5)). It may also call for an inquiry or
investigation to be held in private (subsection 63(6)).
public. En effet, la loi lui confère tous les pouvoirs d’une
juridiction supérieure pour ce qui est de mener des
enquêtes sur les plaintes qu’il reçoit (paragraphe 63(4)).
Il a le pouvoir de prendre des règlements administratifs
relativement à la conduite de ses enquêtes (alinéa
61(3)c)). Il a reçu un vaste pouvoir discrétionnaire pour
décider de la façon dont il s’acquitte de ses tâches, et
notamment de la façon dont il traite les plaintes (paragraphe 61(2)). Il peut retenir les services de conseillers
juridiques pour l’assister dans la tenue de ses enquêtes
(article 62). Il peut interdire la publication de renseignements ou de documents découlant d’une enquête
(paragraphe 63(5)). Il peut aussi ordonner qu’une enquête
se tienne à huis clos (paragraphe 63(6)).
[140] Pursuant to these statutory powers, the Council
has adopted Complaints Procedures (approved by the
Council on September 27, 2002 and revised effective
October 14, 2010). These procedures provide for a gradation of steps in the analysis of complaints against superior
court judges, going from a refusal to open a file when
the complaint is irrational or an obvious abuse of process, to a full public inquiry carried out by an Inquiry
Committee constituted under subsection 63(3) of the
Judges Act, with intermediary steps in between.
[140] Conformément aux pouvoirs que lui confère la
loi, le Conseil a adopté les Procédures relatives aux
plaintes (approuvées par le Conseil le 27 septembre 2002;
version modifiée entrée en vigueur le 14 octobre 2010).
Ces procédures prévoient la prise de mesures graduelles
dans le cadre de l’analyse des plaintes portées contre les
juges des cours supérieures, mesures allant du refus
d’ouvrir un dossier dans les cas où la plainte est irrationnelle ou constitue un abus de procédures évident à une
enquête publique en bonne et due forme menée
par un comité d’enquête constitué aux termes du paragraphe 63(3) de la Loi sur les juges, avec des mesures
intermédiaires entre les deux.
[141] Many provinces have enacted similar legislation entrusting judges with the responsibility to oversee
the conduct of provincial court judges, for example in
Ontario the Courts of Justice Act, R.S.O. 1990, c. C.43,
at sections 49 to 51.12. Indeed, judicial independence
requires that such investigations and inquiries into the
conduct of judges be dealt with primarily by other judges:
Therrien (Re), 2001 SCC 35, [2001] 2 S.C.R. 3, at paragraphs 39 and 57; Moreau-Bérubé, at paragraph 47.
[141] Bon nombre de provinces ont adopté des lois
similaires confiant aux juges la responsabilité de la
supervision de la conduite des juges des cours provinciales, par exemple en Ontario la Loi sur les tribunaux
judiciaires, L.R.O. 1990, ch. C.43 (voir les articles 49
à 51.12). En effet, l’indépendance judiciaire exige que
les enquêtes sur la conduite des juges soient menées
principalement par d’autres juges : Therrien (Re),
2001 CSC 35, [2001] 2 R.C.S. 3, aux paragraphes 39
et 57; Moreau-Bérubé, au paragraphe 47.
[142] A judicial council investigating allegations of
judicial misconduct has a unique mandate to consider
the allegations in light of the constitutional principle of
judicial independence. This unique mandate was
explained in Therrien (Re), above, at paragraphs
147‒148, and restated as follows in Moreau-Bérubé, at
paragraph 51:
[142] Un conseil judiciaire chargé d’enquêter sur des
allégations d’inconduite judiciaire a le mandat unique
d’examiner les allégations à la lumière du principe
constitutionnel de l’indépendance judiciaire. Ce mandat
unique est décrit dans l’arrêt Therrien, précité, aux paragraphes 147 et 148, et reformulé comme suit dans l’arrêt
Moreau-Bérubé, au paragraphe 51 :
132
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
Gonthier J. noted in Therrien, supra, at para. 147 …, that
“before making a recommendation that a judge be removed,
the question to be asked is whether the conduct for which he
or she is blamed is so manifestly and totally contrary to the
impartiality, integrity and independence of the judiciary that
the confidence of individuals appearing before the judge, or
of the public in its justice system, would be undermined,
rendering the judge incapable of performing the duties of his
office”. In making such a determination, issues surrounding
bias, apprehension of bias, and public perceptions of bias all
require close consideration, all with simultaneous attention to
the principle of judicial independence. This, according to
Gonthier J., creates “a very special role, perhaps a unique one,
in terms of both the disciplinary process and the principles of
judicial independence that our Constitution protects” (para.
148). [Emphasis added.]
Dans Therrien, précité, le juge Gonthier a noté qu’« avant de
formuler une recommandation de destitution à l’endroit d’un
juge, [on] doit [...] se demander si la conduite qui lui est reprochée porte si manifestement et si totalement atteinte à
l’impartialité, à l’intégrité et à l’indépendance de la magistrature qu’elle ébranle la confiance du justiciable ou du public en
son système de justice et rend le juge incapable de s’acquitter
des fonctions de sa charge » […] Pour faire une telle recommandation, il faut examiner de près les questions touchant la
partialité, la crainte de partialité et la perception de partialité
qu’a le public, tout en portant attention au principe de l’indépendance judiciaire. D’après le juge Gonthier, cet examen
donne lieu à « un rôle très particulier, voire unique, tant au
niveau du processus déontologique qu’à l’égard des principes
de l’indépendance judiciaire protégés par notre Constitution »
(par. 148). [Non souligné dans l’original.]
[143] When undertaking an examination of the conduct of a judge, the Canadian Judicial Council must
ensure that the examination respects the underlying
purpose of the constitutional principle of judicial independence. Throughout its investigation, it must act in a
manner that does not materially impair the independence
and impartiality of the judiciary more than is necessarily
inherent in the discharge of its statutory responsibility
of preserving the integrity of the judiciary: As noted by
La Forest J. in MacKeigan, at page 813:
[143] Lorsqu’il examine la conduite d’un juge, le
Conseil canadien de la magistrature doit s’assurer que
son examen respecte l’objet fondamental du principe
constitutionnel de l’indépendance judiciaire. Durant
toute l’enquête, il doit agir d’une manière qui ne diminue
pas sensiblement l’indépendance et l’impartialité du
pouvoir judiciaire plus qu’il ne lui est nécessaire de le
faire pour s’acquitter de la responsabilité qui lui incombe
de par la loi de préserver l’intégrité du pouvoir judiciaire. À ce sujet, voici une remarque formulée par le
juge La Forest dans l’arrêt MacKeigan, à la page 813 :
To conclude, bodies which are set up or which in the course
of their duties are required to undertake an examination of the
conduct of a superior court judge in the exercise of judicial
functions must be so constructed as to respect the letter and the
underlying purpose of the judicature provisions of the
Constitution. Nor can investigatory bodies act in a manner that
might materially impair the protection accorded by s. 99 or the
independence and impartiality of the judiciary.
Pour conclure, les organismes qui, dans le cours de leurs
fonctions, sont appelés à examiner la conduite adoptée par un
juge de cour supérieure dans l’exercice de fonctions judiciaires, de même que ceux créés à cette fin, doivent être
constitués de manière à respecter la lettre et l’objet fondamental des dispositions de la Constitution relatives au système
judiciaire. Les organismes d’enquête ne peuvent pas non plus
agir d’une manière susceptible de diminuer sensiblement la
protection accordée par l’art. 99 ou l’indépendance et l’impartialité du pouvoir judiciaire.
[144] It may be necessary, in appropriate circumstances, to refuse to disclose information gathered in the
course of an examination into a judge’s conduct, particularly when such disclosure risks impairing the
independence and impartiality of the judiciary. The
Judges Act recognizes this.
[144] Il peut être nécessaire, dans certaines circonstances, de refuser de divulguer des renseignements
recueillis dans le cadre de l’examen de la conduite d’un
juge, surtout lorsque la divulgation risque de nuire à
l’indépendance et à l’impartialité du pouvoir judiciaire.
La Loi sur les juges en tient compte.
[145] Significantly, the Canadian Judicial Council is
not subject to the Access to Information Act, R.S.C.,
1985, c. A-1. Moreover, pursuant to subsection 63(6) of
[145] Fait important, le Conseil canadien de la magistrature n’est pas visé par la Loi sur l’accès à
l’information, L.R.C. (1985), ch. A-1. En outre, selon le
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
133
the Judges Act, an inquiry or investigation carried out by
the Council may be held in public “or in private”, unless
the Minister of Justice of Canada requires that it be held
in public. Pursuant to subsection 63(5) of the Judges Act,
the Canadian Judicial Council may prohibit the publication of any information or documents placed before it in
connection with, or arising out of, such an inquiry or
investigation “when it is of the opinion that the publication is not in the public interest.” Pursuant to subsection
61(2) of the Judges Act “the work of the Council shall be
carried out in such manner as the Council may direct.”
paragraphe 63(6) de la Loi sur les juges, les enquêtes
menées par le Conseil peuvent être tenues publiquement
ou « à huis clos », à moins que le ministre de la Justice
du Canada n’exige qu’elles soient publiques. D’après
le paragraphe 63(5) de la Loi sur les juges, le Conseil
canadien de la magistrature peut interdire la publication
de tous renseignements ou documents produits devant
lui au cours d’une enquête ou découlant de celle-ci
« [s]’il estime qu’elle ne sert pas l’intérêt public ». Le
paragraphe 61(2) de la Loi sur les juges prévoit que « le
Conseil détermine la conduite de ses travaux ».
[146] All these provisions serve to protect judicial
independence, while giving the Council the tools
required for ensuring public confidence in the judiciary
through effective and appropriately transparent inquiry
and investigation processes. Though the Judges Act does
not specifically refer to a public interest privilege or to
solicitor-client privilege within the context of an investigation carried out by the Council, these privileges flow
from the common law, and at least in the case of the
public interest privilege, from the constitution itself
which recognizes judicial independence as a fundamental concept.
[146] Toutes ces dispositions servent à protéger l’indépendance judiciaire, en donnant au Conseil les outils
dont il a besoin pour maintenir la confiance du public
envers le pouvoir judiciaire grâce à des processus
d’enquête efficaces et suffisamment transparents. La Loi
sur les juges ne parle pas précisément du privilège
d’intérêt public ni du secret professionnel de l’avocat
dans le contexte d’une enquête menée par le Conseil,
mais ces privilèges découlent de la common law, ainsi
que, à tout le moins pour le privilège d’intérêt public, de
la constitution en tant que telle, puisqu’elle fait de
l’indépendance judiciaire un concept fondamental.
[147] The apt comments below by Arbour J. in
Moreau-Bérubé, at paragraph 46, made in relation to
provincial disciplinary bodies must also be understood
as applying to the task of the Canadian Judicial Council
when it carries out an investigation or inquiry into the
conduct of a superior court judge:
[147] Les observations éclairées, reproduites cidessous, formulées par la juge Arbour dans l’arrêt MoreauBérubé, au paragraphe 46, relativement aux organismes
disciplinaires provinciaux doivent également être
comprises comme s’appliquant à la tâche du Conseil
canadien de la magistrature lorsqu’il mène une enquête
sur la conduite d’un juge d’une cour supérieure :
Despite provincial variations in their composition, discipline bodies that receive complaints about judges all serve the
same important function. In Therrien (Re), [2001] 2 S.C.R. 3,
2001 SCC 35, Gonthier J. described, at para. 58, the committee of inquiry in Quebec as “responsible for preserving the
integrity of the whole of the judiciary” (also see Ruffo v.
Conseil de la magistrature, [1995] 4 S.C.R. 267). The integrity
of the judiciary comprises two branches which may at times be
in conflict with each other. It relates, first and foremost, to the
institutional protection of the judiciary as a whole, and public
perceptions of it, through the disciplinary process that allows
the Council to investigate, reprimand, and potentially recommend the removal of judges where their conduct may threaten
judicial integrity (Therrien, supra, at paras. 108-12 and 14650). Yet, it also relates to constitutional guarantees of judicial
independence, which includes security of tenure and the
Même si leur composition varie selon les provinces, les
organismes disciplinaires qui reçoivent les plaintes visant les
juges ont tous la même fonction importante. Dans Therrien
(Re), [2001] 2 R.C.S. 3, 2001 CSC 35, le juge Gonthier a
indiqué au par. 58 que le comité d’enquête au Québec avait « la
responsabilité de veiller à l’intégrité de l’ensemble de la magistrature » (voir également Ruffo c. Conseil de la magistrature,
[1995] 4 R.C.S. 267). L’intégrité de la magistrature comporte
deux volets qui peuvent parfois entrer en conflit. Elle a trait,
d’abord et avant tout, à la protection institutionnelle de la magistrature dans son ensemble et à la façon dont le public perçoit
celle-ci, grâce au processus disciplinaire qui permet au Conseil
de faire enquête sur les juges, de les réprimander et de recommander leur révocation lorsque leur conduite est susceptible de
menacer l’intégrité de la magistrature (Therrien, précité,
par. 108-112 et 146-150). Cependant, elle se rapporte
134
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
freedom to speak and deliver judgment free from external
pressures and influences of any kind (see R. v. Lippé, [1991] 2
S.C.R. 114; Beauregard v. Canada, [1986] 2 S.C.R. 56;
Valente, supra. [Emphasis added.]
également aux garanties constitutionnelles d’indépendance
judiciaire, qui comprennent l’inamovibilité ainsi que la liberté
de s’exprimer et de rendre jugement sans pressions et influences
extérieures de quelque nature que ce soit (voir R. c. Lippé,
[1991] 2 R.C.S. 114; Beauregard c. Canada, [1986] 2 R.C.S. 56;
Valente, précité). [Non souligné dans l’original.]
[148] This is a task for which the Canadian Judicial
Council is particularly well suited, since it consists of
the Chief Justice of Canada, and the chief justices and
senior judges of all Canadian superior courts. In light of
its statutory mandate, which is closely related to the
preservation of both judicial independence and judicial
integrity, it is the responsibility of the Canadian Judicial
Council to determine in which circumstances and to
what extent it is in the public interest not to disclose
information arising out of an investigation or inquiry
concerning a judge.
[148] Il s’agit d’une tâche que le Conseil canadien de
la magistrature est particulièrement bien placé pour
remplir, puisqu’il est composé du juge en chef du
Canada ainsi que des juges en chef et des juges principaux de toutes les cours supérieures du Canada. Vu le
mandat que lui confère la loi, lequel est étroitement lié
à la préservation de l’indépendance et de l’intégrité judiciaires, le Conseil canadien de la magistrature a la
responsabilité de décider dans quelles circonstances et
dans quelle mesure il est dans l’intérêt public que les
renseignements découlant d’une enquête concernant un
juge ne soient pas divulgués.
[149] A large degree of deference is owed to the
Canadian Judicial Council on these matters: MoreauBérubé, at paragraphs 51‒53; Taylor v. Canada (Attorney
General), 2003 FCA 55, [2003] 3 F.C. 3, at paragraphs 46‒55.
[149] Il faut faire preuve d’une grande déférence à
l’égard du Conseil canadien de la magistrature sur ces
questions : Moreau-Bérubé, aux paragraphes 51 à 53;
Taylor c. Canada (Procureur général), 2003 CAF 55,
[2003] 3 C.F. 3, aux paragraphes 46 à 55.
[150] Canada is not unique in this regard. As an
example, in the United Kingdom, regulation 40(4) of the
Judicial Discipline (Prescribed Procedures) Regulation
2006, SI 2006/676 allows for the public disclosure of
information about disciplinary action where the Lord
Chancellor and the Lord Chief Justice agree that the
maintenance of public confidence in the judiciary
requires that such information be disclosed. At the federal level in the U.S.A., under the Judicial Conduct and
Disability Act of 1980, 28 U.S.C. § 360 (2012), all
papers, documents, and records of proceedings related
to investigations conducted under the act are confidential, and are not to be disclosed in any proceeding unless
(i) the judicial council, at its discretion, chooses to
release the report of a special committee to the complainant and the judge, (ii) unless the material is
necessary for an impeachment proceeding or trial of a
judge, or (iii) unless written authorization is provided by
the judge subject to the complaint.
[150] Le Canada n’est pas unique à cet égard. À titre
d’exemple, au Royaume-Uni, le règlement 40(4) du
Judicial Discipline (Prescribed Procedures)
Regulation 2006, SI 2006/676, autorise la divulgation
publique de renseignements au sujet d’une mesure disciplinaire lorsque le grand chancelier et le lord juge en
chef sont d’accord pour dire que le maintien de la
confiance du public envers la magistrature exige que ces
renseignements soient divulgués. Aux États-Unis, à
l’échelon fédéral, aux termes de la Judicial Conduct and
Disability Act of 1980, 28 U.S.C. § 360 (2012), tous les
documents et les enregistrements de procédures liés à
des enquêtes menées en vertu de la loi sont confidentiels
et ne doivent être divulgués dans le cadre d’aucune
procédure, à moins que i) le conseil judiciaire, à sa discrétion, ne décide de communiquer le rapport d’un
comité spécial au demandeur et au juge, ii) les documents en questions ne soient nécessaires dans le cadre
de la procédure de destitution ou du procès d’un juge,
ou iii) que le juge faisant l’objet de la plainte ne fournisse une autorisation écrite de divulgation.
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
135
[151] The Supreme Court of Canada has referred to
international instruments to flesh out the content of the
principle of judicial independence: Beauregard, at
pages 74–75; R. v. Lippé, above, at page 153. With this
in mind, I note that the United Nations General
Assembly has endorsed the Basic Principles on the
Independence of the Judiciary [United Nations, Office
of the High Commissioner for Human Rights]: UN
General Assembly resolutions 40/32 of 29 November
1985 and 40/146 of 13 December 1985. Those basic
principles were specifically referred to approvingly by
Lamer C.J. in Reference re Remuneration, at paragraph
194. As a fundamental component of judicial independence, these principles call for the confidentiality of the
disciplinary process, at least at the initial stage:
[151] La Cour suprême du Canada a cité des instruments internationaux pour donner corps au principe de
l’indépendance judiciaire : Beauregard, aux pages 74
et 75; R. c. Lippé, précité, à la page 153. Dans ce
contexte, je fais remarquer que l’Assemblée générale
des Nations Unies a adopté les Principes fondamentaux
relatifs à l’indépendance de la magistrature [Nations
Unies, Haut-Commissariat aux droits de l’homme] :
résolutions 40/32 du 29 novembre 1985 et 40/146 du
13 décembre 1985 de l’Assemblée générale des Nations
Unies. Ces principes fondamentaux ont été cités avec
approbation par le juge en chef Lamer dans le Renvoi
relatif à la rémunération, au paragraphe 194. En tant
qu’élément fondamental de l’indépendance judiciaire,
ces principes exigent la confidentialité du processus
disciplinaire, au moins à l’étape initiale :
17. A charge or complaint made against a judge in his/her
judicial and professional capacity shall be processed expeditiously and fairly under an appropriate procedure. The judge
shall have the right to a fair hearing. The examination of the
matter at the initial stage shall be kept confidential, unless
otherwise requested by the judge. [Emphasis added.]
17. Toute accusation ou plainte portée contre un juge dans
l’exercice de ses fonctions judiciaires et professionnelles doit
être entendue rapidement et équitablement selon la procédure
appropriée. Le juge a le droit de répondre, sa cause doit être
entendue équitablement. La phase initiale de l’affaire doit
rester confidentielle, à moins que le juge ne demande qu’il en
soit autrement. [Non souligné dans l’original.]
[152] As this basic principle emphasizes, confidentiality is particularly important at the investigation stage of
a complaint made against a judge. This is so for many
reasons: (a) disclosure of information surrounding
unsubstantiated complaints could risk undermining a
judge’s authority in carrying out his or her judicial
functions: Guardian News & Media Limited v.
Information Commissioner, 10 June 2009, Information
Tribunal Appeal Number: EA/2008/0084; (b) the
effectiveness of the investigation process itself may be
affected, since without the capability to ensure some
form of confidentiality, the ability to obtain full and
frank disclosures at the investigation stage may be
compromised, thus affecting in the long term the public’s confidence in the process; moreover, without an
effective screening process, more complaints would end
up before a hearing panel leading to additional delays
and expenditures without any obvious additional benefit;
(c) the judge who is the subject of an investigation may
have legitimate privacy concerns over the information;
and (d) most compelling, in my view, is the overriding
need to protect judicial independence.
[152] Comme ce principe fondamental le souligne, la
confidentialité est particulièrement importante à l’étape
de l’enquête sur une plainte portée contre un juge. Il
en est ainsi pour de nombreuses raisons : a) la divulgation de renseignements concernant des plaintes dénuées
de fondement risquerait de miner l’autorité du juge
dans l’exercice de ses fonctions judiciaires : Guardian
News & Media Limited v. Information Commissioner,
10 juin 2009, Information Tribunal Appeal Number :
EA/2008/0084; b) l’efficacité du processus d’enquête en
tant que telle pourrait être affectée, puisque, sans possibilité d’assurer une quelconque confidentialité, la
capacité d’obtenir des déclarations franches et complètes
à l’étape de l’enquête pourrait être compromise, ce qui
affecterait à long terme la confiance du public envers le
processus; en outre, l’absence d’un processus d’examen
préalable efficace entraînerait la multiplication des
plaintes soumises aux comités d’audience et donc des
retards et des dépenses supplémentaires, sans aucun
avantage clair; c) le juge faisant l’objet de l’enquête
peut avoir des préoccupations légitimes relativement
aux renseignements en question et au respect de sa vie
136
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
privée; et d) il faut d’abord et avant tout protéger l’indépendance judiciaire, ce qui constitue à mes yeux la
raison la plus convaincante.
[153] The independence of the judiciary ultimately
rests on the public’s confidence in its integrity. This may
certainly be enhanced by appropriate transparency in the
Canadian Judicial Council’s processing of complaints.
Circumstances however vary from case to case, and
ultimately, it is the responsibility and prerogative of the
Council to determine what approach to disclosure of
information best serves the public interest in any given
case, while preserving judicial independence.
[153] L’indépendance du pouvoir judiciaire repose
au bout du compte sur la confiance du public à l’égard
de son intégrité. La confiance du public sera assurément
accrue si le processus de traitement des plaintes du
Conseil canadien de la magistrature se caractérise par
une transparence adéquate. Les circonstances varient
cependant d’un cas à l’autre, et, au bout du compte, la
décision concernant la meilleure façon d’envisager la
divulgation des renseignements en sa possession pour
servir au mieux l’intérêt public dans une affaire donnée,
tout en préservant l’indépendance judiciaire, est une
responsabilité et une prérogative du Conseil.
[154] However, the Canadian Judicial Council’s view
that judicial independence and the integrity of its process
will be better served by not disclosing certain information is not the only consideration when a decision of the
Council respecting a complaint against a judge is subject
to judicial review or to some other form of judicial
proceeding. There is also a public interest in the due
administration of justice that may be harmed if a party
is deprived of access to material relevant to the litigation. The Canadian Judicial Council, within its treatment
of a complaint under the Judges Act, is entitled to deference on its determination of whether certain information
should be withheld. On the other hand, the court dealing
with litigation in which such information may be pertinent has to balance the harm to judicial independence
and to the integrity of the Council’s process against the
prejudice to the administration of justice as a result of
non-disclosure.
[154] Toutefois, le point de vue du Conseil canadien
de la magistrature selon lequel l’indépendance judiciaire
et l’intégrité de son processus seront mieux assurées si
certains renseignements ne sont pas divulgués n’est pas
la seule chose à prendre en compte lorsqu’une décision
du Conseil concernant une plainte portée contre un juge
fait l’objet d’un contrôle judiciaire ou d’un autre type de
procédure judiciaire. Il convient aussi de tenir compte
de l’intérêt public à l’égard de l’administration de la
justice, qui peut être entravée si une partie est privée
d’accès à des documents pertinents dans le cadre d’un
litige. Lorsqu’il traite une plainte déposée en vertu de la
Loi sur les juges, le Conseil canadien de la magistrature
a droit à la déférence à l’égard des décisions qu’il prend
concernant les renseignements qui ne seront pas divulgués. Par contre, il appartient au tribunal qui instruit
l’affaire dans le cadre de laquelle les renseignements
peuvent être pertinents de trouver le juste équilibre entre
l’atteinte à l’indépendance judiciaire et à l’intégrité du
processus du Conseil et l’entrave à l’administration de
la justice découlant de la non-divulgation.
[155] I will now summarize my findings. Pursuant
to the Judges Act, the Canadian Judicial Council is the
judicial body which must consider and evaluate complaints made against superior court judges. It thus plays
an important and crucial role in preserving public confidence in the judiciary and in protecting judicial
independence. In determining the extent to which
[155] Je vais maintenant résumer mes conclusions.
Selon la Loi sur les juges, le Conseil canadien de la
magistrature est l’organisme judiciaire qui doit se charger
d’examiner et d’évaluer les plaintes portées contre des
juges des cours supérieures. Le Conseil joue donc un rôle
crucial à l’égard de la préservation de la confiance du
public envers la magistrature et à l’égard de la protection
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
137
disclosure should not be made of certain information
obtained in the course of an investigation or inquiry into
the conduct of a judge, the Council must balance various
important factors, including (but not limited to) the
value of transparency, the constitutional principle of
judicial independence, and the integrity of its processes.
The Council is particularly well suited to carry out this
function, and its decision to raise the public interest
privilege in the course of an investigation deserves a
large degree of respect and deference. However, in the
context of a judicial proceeding where the issue may
arise, it is the role of the court to balance the harm to
judicial independence and the Council’s processes that
may result from a disclosure against the prejudice to the
administration of justice that may result from
non-disclosure.
de l’indépendance judiciaire. Afin de décider dans quelle
mesure certains renseignements obtenus dans le cadre
d’une enquête sur la conduite d’un juge ne devraient pas
être divulgués, le Conseil doit évaluer divers facteurs
importants, notamment la valeur que constitue
la transparence, le principe constitutionnel de l’indépendance judiciaire et l’intégrité de ses processus. Le
Conseil est particulièrement bien placé pour assumer
cette fonction, et sa décision d’invoquer un privilège
d’intérêt public dans le contexte d’une enquête doit être
envisagée avec beaucoup de respect et de déférence.
Toutefois, dans le contexte d’une procédure judiciaire où
la question peut être soulevée, il appartient au tribunal
concerné de trouver le juste équilibre entre l’atteinte à
l’indépendance judiciaire et aux processus du Conseil
pouvant découler d’une divulgation et l’entrave à l’administration de la justice pouvant découler de la
non-divulgation.
Application to the circumstances of this case
Application aux circonstances de l’espèce
[156] In this case, the Canadian Judicial Council acted
with great transparency. It provided to the complainant,
Mr. Slansky, a 10-page letter dated March 9, 2006 setting out detailed reasons why his complaint against the
trial Judge did not warrant further consideration: appeal
book (AB), at pages 83‒92. This letter fully sets out the
process followed by the Council in reviewing the complaint, as well as the conclusions reached from its
investigation resulting from that complaint. It explains
that the Council retained Professor Friedland as counsel,
the process followed by Professor Friedland, including
his review of the minutes of the trial, of an additional
6 000 pages of trial transcripts, and of 78 of the rulings
that the trial Judge rendered before and during the trial.
It moreover sets out in detail Chief Justice Scott’s review
of the salient and relevant facts, including his review of
the conduct of the trial Judge during the trial. Finally,
the letter provides clear, cogent and detailed reasons
supporting the conclusion that the complaint did not
warrant further consideration.
[156] En l’espèce, le Conseil canadien de la magistrature a fait preuve d’une grande transparence. Il a adressé
au demandeur, Me Slansky, une lettre de 10 pages datée
du 9 mars 2006 décrivant en détail les motifs pour lesquels il n’était pas justifié d’examiner de façon plus
approfondie la plainte portée par Me Slansky contre le
juge du procès : dossier d’appel (DA), aux pages 83 à 92.
La lettre explique entièrement le processus suivi par le
Conseil pour l’examen de la plainte, ainsi que les conclusions qu’il a tirées à la suite de son enquête sur la plainte.
Elle explique également que le Conseil a retenu les services du professeur Friedland en qualité d’avocat et le
processus suivi par ce dernier, notamment qu’il a examiné
le procès-verbal de l’audience, 6 000 pages de transcription du procès et 78 décisions rendues par le juge avant et
pendant le procès. La lettre contient également des détails
concernant l’examen des faits saillants et pertinents par le
juge en chef Scott, dont des détails concernant son examen de la conduite du juge durant le procès. Enfin, la
lettre contient des motifs clairs, convaincants et détaillés
à l’appui de la conclusion selon laquelle il n’était pas
justifié d’examiner de façon plus approfondie la plainte.
[157] In addition, it has been clear since the beginning
of the judicial review proceedings that the Canadian
[157] En outre, il est clair depuis le début de la procédure de contrôle judiciaire que le Conseil canadien de la
138
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
Judicial Council would be providing Mr. Slansky with
other material in its possession regarding his complaint:
see letter dated May 17, 2006 from the Council reproduced at AB, at pages 120–121. This includes the 6 000
pages of trial transcripts reviewed by Professor
Friedland, the minutes of the trial, and the trial Judge’s
78 rulings.
magistrature fournirait à Me Slansky d’autres documents
qui sont en sa possession et qui concernent la plainte :
voir la lettre du Conseil datée du 17 mai 2006, reproduite
aux pages 120 et 121 du DA. Il s’agit entre autres des
6 000 pages de transcription du procès examinées par le
professeur Friedland, du procès-verbal de l’audience et
des 78 décisions rendues par le juge du procès.
[158] Justice de Montigny closely reviewed the
Friedland Report to determine if its disclosure would be
required for a fair and proper determination of the judicial review proceedings. He found that the information
already provided to Mr. Slansky was “clearly sufficient
to judicially review the decision made by the [Canadian
Judicial Council], and contrary to what Mr. Slansky
claims, he is not left in the dark but is quite aware of the
case he has to meet before the Federal Court, in order to
be successful” (at paragraph 84 of his reasons). I agree
with this assessment.
[158] Le juge de Montigny a examiné attentivement
le rapport Friedland afin de décider si sa divulgation
serait nécessaire à l’issue équitable et adéquate de la
procédure de contrôle judiciaire. Il a conclu que l’information déjà fournie à Me Slansky « suffit amplement
pour justifier le contrôle judiciaire de la décision du
CCM et, contrairement à ce qu’il prétend, Me Slansky
n’est pas laissé dans l’ignorance, mais est tout à fait au
courant de ce qu’il doit démontrer devant la Cour fédérale pour obtenir gain de cause » (au paragraphe 84 de
ses motifs). Je souscris à cette conclusion.
[159] Like Justice de Montigny, I find that the
Canadian Judicial Council’s decision that the Friedland
Report should not be disclosed on the ground of public
interest privilege is reasonable in the circumstances of
this case. Any resulting damage to the public interest in the
due administration of justice is non-existent or minimal
at best. On the other hand, the disclosure of the report
would negate, without justification, the undertakings of
confidentiality provided by the Council to the third parties who participated in the process, undertakings which
were made at the behest of Mr. Slansky himself.
[159] Comme le juge de Montigny, je conclus que la
décision du Conseil canadien de la magistrature selon
laquelle le rapport Friedland ne devrait pas être divulgué
à cause de l’existence d’un privilège d’intérêt public est
raisonnable, compte tenu des circonstances de l’espèce.
L’atteinte à l’intérêt public par entrave à l’administration
de la justice découlant de la non-divulgation est minime,
voire inexistante. La divulgation du rapport bafouerait
par contre de façon injustifiée la promesse de confidentialité faite par le Conseil aux tierces parties qui ont
participé au processus, promesse qu’a lui-même demandée Me Slansky.
[160] First, the thrust of Mr. Slansky’s complaint
against the trial Judge was that the Judge’s management
of the trial was improper, and that the decisions he rendered before and during the trial were unfair to the
defendant. As I have already noted, judicial independence requires that a judge be immune from having to
account for and justify his or her decisions beyond the
reasons given in open court. From a practical point of
view, this immunity should not be raised in order to
impede an investigation by the Canadian Judicial
Council. However, this does not mean that the immunity
becomes meaningless when the Council carries out an
investigation or an inquiry. Rather, the Canadian Judicial
[160] Premièrement, la plainte de Me Slansky est
fondée sur l’allégation selon laquelle le juge a mal dirigé
le procès, et que les décisions qu’il a rendues avant et
pendant le procès étaient injustes à l’endroit du défendeur. Comme je l’ai déjà fait remarquer, l’indépendance
judiciaire exige qu’un juge échappe à l’obligation de
rendre des comptes et de fournir des justifications à l’égard
de ses décisions, outre les motifs donnés en audience
publique. En pratique, l’immunité ne devrait pas être
invoquée dans le but de bloquer la tenue d’une enquête
par le Conseil canadien de la magistrature. Cela ne signifie toutefois pas que l’immunité n’existe plus dès lors
que le Conseil lance une enquête. En fait, le Conseil
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
139
Council must carefully assess whether disclosing information provided by the judge in order to explain these
rulings would infringe upon judicial independence.
canadien de la magistrature doit examiner attentivement
la question de savoir si la divulgation des renseignements fournis par le juge pour expliquer les décisions
rendues porterait atteinte à l’indépendance judiciaire.
[161] Though the trial Judge may well have provided
justifications to the Council concerning his conduct of
the trial or his decisions, this does not mean that these
justifications must be disclosed to Mr. Slansky or to
the Federal Court. To put it simply, the trial Judge does
not report to Mr. Slansky or to the Federal Court.
Under the principle of judicial independence, he need
not (and should not) justify his conduct of the trial, or
any of his judicial decisions, to either the appellant or
the Federal Court. The trial Judge may well wish to
explain to the Council his management of the trial and
the reasons for his trial decisions, but that does not
entail that he must do so publicly. As noted by the
Executive Director of the Canadian Judicial Council at
paragraph 24 of his affidavit dated February 9, 2007
(AB, at page 66): “The maintenance of this confidentiality also enables Counsel to obtain information from
a judge (who is the subject of a complaint) that might
be important in explaining the judge’s conduct but that
might not be volunteered if it were to be made public.
Indeed, judicial independence may be threatened
if Council cannot give assurances of confidentiality
about information provided by a judge regarding
a judge’s state of mind during the deliberative or
decision-making process.” I agree.
[161] Il se peut très bien que le juge ait justifié devant
le Conseil sa conduite durant le procès et ses décisions,
mais cela n’entraîne pas automatiquement la divulgation
de ses justifications à Me Slansky ou à la Cour fédérale.
Pour le dire simplement, le juge du procès n’a pas à
rendre de comptes à Me Slansky ni à la Cour fédérale.
Selon le principe de l’indépendance judiciaire, il n’a pas
à justifier sa conduite durant le procès ni aucune des
décisions judiciaires qu’il a rendues devant l’appelant
ni devant la Cour fédérale (et il ne devrait pas le faire).
Il se peut très bien qu’il souhaite expliquer au Conseil
la façon dont il a mené le procès et le fondement des
décisions qu’il a rendues durant celui-ci, mais cela ne
l’oblige pas à le faire publiquement. Comme le fait
remarquer le directeur exécutif du Conseil canadien de
la magistrature au paragraphe 24 de son affidavit daté
du 9 février 2007 (DA, à la page 66), [traduction] « Le
maintien de cette confidentialité permet également au
Conseil d’obtenir d’un juge (celui qui fait l’objet de la
plainte) des renseignements pouvant être importants
pour expliquer la conduite du juge, mais qu’il pourrait
ne pas être disposé à fournir si ceux-ci devaient être
rendus publics. En effet, l’indépendance judiciaire peut
être menacée si le Conseil ne peut garantir la confidentialité des renseignements fournis par un juge concernant
son état d’esprit durant le processus de délibération ou
de décision. » Je suis d’accord.
[162] Second, in his complaint to the Council,
Mr. Slansky recognized himself that in the “early stages
of any investigation, assurances of confidentiality
may be necessary to obtain information”; he, in fact,
insisted that confidentiality undertakings be extended
to witnesses in the course of the Council’s investigation: AB, at page 53. As noted in the Council’s letter
dated March 9, 2006, the trial Judge also agreed that
assurances of confidentiality should be extended to
third parties involved in the investigation: AB, at page
84. Professor Friedland’s interviews were thus carried
out on the basis of confidentiality undertakings requested or agreed to by both Mr. Slansky and the trial
[162] Deuxièmement, dans la plainte qu’il a adressée au Conseil, Me Slansky reconnaît lui-même que
[traduction] « au cours des premières étapes de toute
enquête, des promesses de confidentialité peuvent être
nécessaires pour obtenir des renseignements »; en fait, il
a lui-même insisté pour que des promesses de confidentialité soient faites aux témoins au cours de l’enquête du
Conseil : DA, à la page 53. Comme le mentionne la lettre
du Conseil datée du 9 mars 2006, le juge du procès était
lui aussi d’accord avec l’idée que des garanties de confidentialité devraient être offertes aux tierces parties
prenant part à l’enquête : DA, à la page 84. Le professeur
Friedland a donc mené ses entrevues sur le fondement de
140
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
Judge. It would be unacceptable on the part of the
Council to now breach the trust of those to whom it
extended these undertakings without a valid, important
and cogent reason to do so. No such explanation has
been provided in these proceedings as to why these
confidentiality undertakings, made in part at the behest
of Mr. Slansky, should now be set aside and ignored.
promesses de confidentialité demandées ou consenties à
la fois par Me Slansky et par le juge du procès. Il serait
maintenant inacceptable de la part du Conseil qu’il se
montre indigne de la confiance que lui ont faite les personnes à qui il a offert des garanties sans avoir une raison
valable, importante et convaincante de le faire. Aucune
explication n’a été donnée dans le cadre de la présente
procédure pour justifier que les promesses de confidentialité faites en partie à la demande de Me Slansky soient
maintenant écartées et tenues pour inexistantes.
[163] Third, as authorized by Parliament under paragraph 61(3)(c) of the Judges Act, the Canadian Judicial
Council has established an investigations process that
seeks to obtain candid views from persons with knowledge about the matters at issue in a complaint, as well as
a candid assessment from the outside counsel appointed
to assist it under section 62 of the Judges Act. The respective positions of a judge and of a complainant in such a
candid investigation process are substantially different.
[163] Troisièmement, comme le législateur l’a autorisé
à le faire à l’alinéa 61(3)c) de la Loi sur les juges, le
Conseil canadien de la magistrature a établi un processus
d’enquête visant à obtenir le point de vue sincère des
personnes au courant des sujets soulevés par une plainte,
ainsi que le point de vue sincère d’un avocat de l’extérieur
chargé de lui venir en aide en vertu de l’article 62 de la
Loi sur les juges. La situation du juge et celle du demandeur dans le contexte de ce genre de processus d’enquête
caractérisé par la sincérité sont très différentes.
[164] Confidentiality is somewhat limited vis-à-vis a
judge who is the subject of the inquiry and who is directly affected by its outcome. The judge is entitled to
notice of the subject-matter of the investigation, and
he must be provided sufficient information about the
material evidence gathered: Judges Act, section 64 and
Complaints Procedures of the Council at section 7.2. In
investigating a complaint against a judge, the Council is
in effect determining whether the judge’s conduct could
amount to an abuse that merits a further inquiry to
determine whether the judge should be removed from
office. Since the rights of the judge may be directly and
substantially affected by the ultimate outcome, the
Council owes the judge a high duty of procedural fairness throughout the process so as to afford the judge an
effective opportunity to respond.
[164] La confidentialité est dans une certaine mesure
limitée pour le juge qui fait l’objet de l’enquête et qui
sera directement touché par son issue. Le juge a le droit
d’être avisé de l’objet de l’enquête, et il doit bénéficier de renseignements suffisants au sujet de la preuve
matérielle recueillie : article 64 de la Loi sur les juges et
article 7.2 des Procédures relatives aux plaintes du
Conseil. Lorsqu’il enquête sur une plainte portée contre
un juge, le Conseil décide en fait si la conduite du juge
peut être considérée comme un abus justifiant une
enquête approfondie dans le but de décider si le juge doit
être démis de ses fonctions. Comme les droits du juge
peuvent être touchés directement et en profondeur par
l’issue ultime de l’enquête, le Conseil doit s’acquitter
d’un important devoir d’équité procédurale envers le
juge pendant tout le processus, de sorte que le juge puisse
bénéficier d’une réelle occasion de réagir à la situation.
[165] However, since the complainant’s only legal
right is to make a complaint, the content of any duty of
fairness that the Council may owe to the complainant in
dismissing the complaint is at the low end of the spectrum: Taylor v. Canada (Attorney General), 2001 FCT
1247, [2002] 3 F.C. 91, at paragraphs 50‒52; Douglas v.
[165] Toutefois, comme le seul droit du plaignant est
celui de déposer une plainte, le contenu de tout devoir
d’équité du Conseil envers le plaignant lorsqu’il rejette
la plainte est plutôt faible : Taylor c. Canada (Procureur
général), 2001 CFPI 1247, [2002] 3 C.F. 91, aux paragraphes 50 à 52; Douglas c. Canada (Procureur
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
141
SLANSKY
Canada (Attorney General), 2013 FC 451, at paragraphs 20–22; see by analogy Jacko v. McLellan, 2008
CanLII 69579, 306 D.L.R. (4th) 126 (Ont. S.C.J.), at
paragraph 18. The limited duty of disclosure owed under
the Council’s Complaints Procedures is simply to inform
the complainant of the disposition of the complaint. This
was amply discharged in this case. The Council owes no
further duty of disclosure to Mr. Slansky.
général), 2013 CF 451, aux paragraphes 20 à 22; voir
par analogie Jacko v. McLellan, 2008 CanLII 69579,
306 D.L.R. (4th) 126 (C.S.J. Ont.), au paragraphe 18. Le
devoir de divulgation limité dont le Conseil doit
s’acquitter conformément à ses Procédures relatives aux
plaintes consiste simplement à informer le plaignant de
l’issue du traitement de la plainte. Le Conseil s’est
amplement acquitté de ce devoir en l’espèce. Il n’a plus
de devoir de divulgation envers Me Slansky.
[166] Fourth, the privacy concerns of the judge who
is the subject of the investigation must be taken into
account. As noted by the Executive Director of the
Canadian Judicial Council in his affidavit, at paragraph 24 (AB, at page 66): “The Council is also mindful
of the privacy interests of the judge against which the
complaint is brought. Even when a decision of the
Council results in the complete exoneration of a judge,
the report of Counsel in the matter might include information that the judge would rightly consider personal
and confidential. This information may relate to medical
conditions, family situations, or a judge’s state of mind
during the deliberative process.”
[166] Quatrièmement, les préoccupations du juge
faisant l’objet de l’enquête relativement au respect de
sa vie privée doivent être prises en compte. Voici ce
qu’affirme le directeur exécutif de Conseil canadien
de la magistrature dans son affidavit, au paragraphe 24
(DA, à la page 66) : [traduction] « Le Conseil tient
également compte du droit au respect de la vie privée du
juge visé par la plainte. Même lorsqu’un juge est entièrement disculpé à la suite d’une décision du Conseil, il
se peut que le rapport du Conseil sur l’affaire contienne
des renseignements dont le juge estimerait à juste titre
qu’ils sont personnels et confidentiels. Ces renseignements peuvent être liés à un problème de santé, à la
situation familiale ou à l’état d’esprit du juge durant le
processus de délibération. »
[167] Since, in this case, the Canadian Judicial
Council justifiably raised a public interest privilege
over the Friedland Report, and since the disclosure of
this report is not necessary in order for Mr. Slansky to
pursue his judicial review application, Justice
de Montigny did not commit an error in concluding that
the motion seeking its disclosure should have been
dismissed by the Prothonotary.
[167] Comme le Conseil canadien de la magistrature
a invoqué avec raison un privilège d’intérêt public à
l’égard du rapport Friedland, et comme la divulgation
du rapport n’est pas nécessaire pour permettre à Me
Slansky de présenter sa demande de contrôle judiciaire,
le juge de Montigny n’a pas commis d’erreur en
concluant que la requête de divulgation aurait dû être
rejetée par la protonotaire.
[168] I would dispose of this appeal in the manner
proposed by my colleague Evans J.A.
[168] Je trancherais l’appel de la manière proposée par
mon collègue le juge Evans.
***
***
The following are the reasons for judgment rendered
in English by
Ce qui suit est la version française des motifs du
jugement rendus par
Stratas J.A. (dissenting):
Le juge Stratas, J.C.A. (dissident) :
142
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
A. Introduction
A. Introduction
[169] Mr. Slansky, a defence lawyer, complained to
the Canadian Judicial Council about Justice Thompson’s
conduct in the open courtroom during a criminal trial.
[169] Me Slansky, avocat de la défense, s’est plaint
devant le Conseil canadien de la magistrature de la
conduite du juge Thompson en audience publique durant
un procès criminel.
[170] When it looked into the complaint, the Council
did not do its own investigation of the facts. Instead, it
retained Professor Friedland to gather information about
what had happened.
[170] Lorsqu’il a examiné la plainte, le Conseil n’a
pas mené sa propre enquête sur les faits. Il a plutôt
chargé le professeur Friedland de recueillir des renseignements sur ce qui s’était produit.
[171] Professor Friedland reviewed the minutes,
transcripts and tapes of the trial. He also interviewed
Mr. Slansky, Justice Thompson, three Crown counsel
involved in the case, the Regional Director of Crown
Attorneys, seven members of court staff, and Regional
Senior Justice Bruce Durno.
[171] Le professeur Friedland a passé en revue le
procès-verbal, les transcriptions et les enregistrements
du procès. Il a également interrogé Me Slansky, le
juge Thompson, trois procureurs de la Couronne ayant
pris part à l’affaire, le directeur régional des procureurs
de la Couronne, sept membres du personnel judiciaire
ainsi que le juge principal régional, Bruce Durno.
[172] In the letter retaining Professor Friedland, the
Council told him not to make any recommendations
concerning how the Council should deal with the complaint. The letter went further: Professor Friedland was
not to assess the facts or determine the credibility of
witnesses. Those were Council’s tasks.
[172] Dans la lettre d’engagement qu’il a adressée au
professeur Friedland, le Conseil lui demandait de ne pas
lui faire de recommandation quant à la façon de traiter la
plainte. La lettre allait plus loin : le professeur Friedland
ne devait apprécier ni les faits ni la crédibilité des témoins. Il s’agissait là de tâches incombant au Conseil.
[173] Professor Friedland delivered his report to the
Council, setting out the information gathered. Contrary
to the retainer letter, the Friedland Report contained
limited legal analysis and recommendations. But that is
of no consequence, as Mr. Slansky does not ask to see
these portions of the report.
[173] Le professeur Friedland a présenté son rapport
au Conseil, et il présente dans ce rapport les renseignements recueillis. Contrairement aux directives de la
lettre d’engagement, le rapport Friedland contient certains éléments d’analyse juridique et certaines
recommandations. Cela n’a toutefois aucune conséquence, puisque Me Slansky ne demande pas accès à ces
parties du rapport.
[174] After reviewing the information in the Friedland
Report, the Council summarily dismissed Mr. Slansky’s
complaint.
[174] Après avoir examiné les renseignements consignés dans le rapport Friedland, le Conseil a sommairement rejeté la plainte de Me Slansky.
[175] As is his right, Mr. Slansky has applied to the
Federal Court for judicial review of the Council’s decision, raising, among other things, the unreasonableness
of the decision. He says the decision cannot be supported
by the facts placed before the Council. He adds that the
investigation of the available facts was inadequate.
[175] Me Slansky s’est prévalu de son droit de
demander à la Cour fédérale un contrôle judiciaire de la
décision du Conseil en invoquant, entre autres choses, le
caractère déraisonnable de la décision. Il affirme que les
faits présentés au Conseil n’appuient pas cette décision. Il
ajoute que l’enquête sur les faits connus était inadéquate.
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
143
[176] The Friedland Report describes the investigation
and communicates most of the facts relied upon by the
Canadian Judicial Council. In its decision, the Council
often refers to the Friedland Report or the facts in it.
Many of the facts relate to what happened in open court
and how the Judge, a public official, behaved.
[176] Le rapport Friedland décrit le déroulement de
l’enquête et porte sur la plupart des faits sur lesquels
s’est fondé le Conseil canadien de la magistrature. Dans
sa décision, le Conseil cite souvent le rapport Friedland
et les faits qui y sont consignés. Bon nombre de ces faits
ont trait aux événements survenus en audience publique
et au comportement du juge, qui est un fonctionnaire.
[177] Within the judicial review, Mr. Slansky has
moved for an order requiring that the Friedland Report
be placed before the Federal Court. Without it, he says,
the Federal Court cannot determine whether the Council
had sufficient factual support for its decision or whether
the investigation of the available facts was inadequate.
[177] Dans le cadre du contrôle judiciaire, Me Slansky
a présenté une requête visant une ordonnance de production du rapport Friedland devant la Cour fédérale. Sans
ce rapport, dit-il, la Cour fédérale ne peut décider si la
décision du Conseil est appuyée par les faits ni si l’enquête
concernant les faits connus était adéquate ou non.
[178] For the purpose of determining Mr. Slansky’s
motion, the Prothonotary, a Federal Court judge, and the
three of us have accessed the Friedland Report under
seal. As the Prothonotary recorded at paragraph 31 of
her reasons, complete copies of the report have also
found their way to Mr. Slansky’s professional regulatory
body (the Law Society of Upper Canada) and one of
Mr. Slansky’s clients (the Attorney General of Ontario).
[178] Dans le contexte de l’examen de la requête de
Me Slansky, la protonotaire, un juge de la Cour fédérale,
ainsi que nous trois avons eu accès au rapport Friedland
sous le sceau de la confidentialité. Comme la protonotaire l’indique au paragraphe 31 de ses motifs, des
copies intégrales du rapport ont aussi été transmises à
l’organisme qui régit la profession de Me Slansky (le
Barreau du Haut-Canada) et à l’un des clients de
Me Slansky (le procureur général de l’Ontario).
[179] Given the centrality of the Friedland Report to
the issues in Mr. Slansky’s judicial review, the public
nature of much of what the report describes, and the fact
that many others have seen the report, one would think
that the Court sitting in review of the Council’s decision
would also be able to see it.
[179] Vu l’importance du rapport Friedland par rapport aux questions soulevées dans le cadre du contrôle
judiciaire demandé par Me Slansky, la nature publique
d’une bonne partie du contenu du rapport et le fait que
bien d’autres gens ont pu le consulter, on penserait que
le tribunal chargé d’examiner la décision du Conseil
pourrait lui aussi le consulter.
[180] But one would be wrong. The Council says the
reviewing court cannot see the Friedland Report it
considered and relied upon. The Council says solicitorclient privilege and public interest privilege apply.
[180] Ce serait toutefois une erreur. Le Conseil affirme
que la cour de révision ne peut consulter le rapport qu’il
a pris en compte et sur lequel il s’est appuyé. Le Conseil
affirme que le privilège du secret professionnel de
l’avocat et un privilège d’intérêt public s’appliquent.
[181] I disagree. The prerequisites for the privileges
are not present here. Beyond that, a contrary finding in
these circumstances would extend these privileges
beyond the purposes they serve. It would be secrecy
for secrecy’s sake, hobbling the reviewing court in its
task of supervising the Council and vetting its decision
to determine if it was acceptable and defensible on the
facts and the law.
[181] Je ne suis pas d’accord. Les conditions préalables à l’existence des privilèges ne sont pas réunies
en l’espèce. En outre, tirer une conclusion contraire
dans les circonstances aurait pour effet d’étendre ces
privilèges au-delà des fins qu’ils servent. Ce serait
garder le secret pour garder le secret et entraver le
travail de la cour de révision consistant à superviser le
Conseil et à vérifier le bien-fondé de sa décision afin
144
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
de décider si elle est acceptable et justifiable en
fait et en droit.
[182] Therefore, I would allow Mr. Slansky’s appeal
and grant his motion in large part. As we shall see, I
would attach terms to the Court’s order. My colleagues
would dismiss Mr. Slansky’s appeal. Regrettably, I
dissent.
[182] J’accueillerais donc l’appel de Me Slansky, et
j’accéderais à sa requête en grande partie. Comme
nous le verrons plus loin, j’assortirais l’ordonnance de
la Cour de certaines conditions. Mes collègues rejetteraient l’appel de Me Slansky. Malheureusement, je ne
suis pas d’accord avec eux.
[183] The Council has asserted two bases for privilege:
solicitor-client privilege and public interest privilege. I
shall examine these in turn.
[183] Le Conseil invoque deux privilèges : le secret
professionnel de l’avocat et un privilège d’intérêt public.
Je vais examiner ces deux privilèges séparément.
B. Solicitor-client privilege
B. Le secret professionnel de l’avocat
[184] The Canadian Judicial Council submits that
the Friedland Report must not form part of the tribunal
record on judicial review because of solicitor-client
privilege.
[184] Le Conseil canadien de la magistrature soutient que le rapport Friedland ne doit pas être versé au
dossier du tribunal pour le contrôle judiciaire en raison
du secret professionnel de l’avocat.
[185] For the reasons below, I reject the Canadian
Judicial Council’s submission. The Friedland Report is
not covered by solicitor-client privilege. Many of the
prerequisites for the privilege are not met—a matter well
illustrated by the fact that the application of the privilege
here would take it beyond the purposes the privilege is
meant to serve. Even if the prerequisites were met, in
two ways privilege has been waived.
[185] Pour les motifs exposés ci-dessous, je rejette
l’argument du Conseil canadien de la magistrature. Le
rapport Friedland n’est pas protégé par le secret professionnel de l’avocat. Bon nombre des conditions
préalables à l’existence du privilège ne sont pas réunies,
chose qui est bien illustrée par le fait que l’application
du privilège en l’espèce aurait pour effet de l’étendre à
des fins autres que celles qu’il doit servir. Même si les
conditions préalables étaient réunies, le Conseil a
renoncé au privilège de deux manières.
(1) General principles
[186] Solicitor-client privilege protects communications between a solicitor and client, intended to be
confidential and related to the seeking and giving of
legal advice: Solosky v. The Queen, [1980] 1 S.C.R. 821,
at page 837. “Legal advice of any kind” is very much the
gist of the privilege: see Descôteaux et al. v. Mierzwinski,
[1982] 1 S.C.R. 860, at page 872 and R. v. Campbell,
[1999] 1 S.C.R. 565, at paragraph 49, quoting with
approval the description of solicitor-client privilege in
Wigmore on Evidence, McNaughton Revision, Vol. 8
(Boston: Little, Brown & Co., 1961), at § 2292.
1) Principes généraux
[186] Le secret professionnel de l’avocat protège
les communications entre un avocat et son client que
les parties considèrent comme confidentielles et qui
comportent une consultation ou un avis juridiques :
Solosky c. La Reine, [1980] 1 R.C.S. 821, à la page 837.
[traduction ] « Les communications faites par le
client qui consulte un conseiller juridique » sont ce qui
fait surtout l’objet du privilège : voir Descôteaux et
autre c. Mierzwinski, [1982] 1 R.C.S. 860, à la page 872,
et R. c. Campbell, [1999] 1 R.C.S. 565, au paragraphe 49,
où est citée avec approbation la description du secret
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
145
professionnel de l’avocat faite dans Wigmore on
Evidence, McNaughton Revision, vol. 8 (Boston : Little,
Brown & Co., 1961), au § 2292.
[187] Legal advice includes “opinion or analysis”:
College of Physicians of B.C. v. British Columbia
(Information and Privacy Commissioner), 2002 BCCA
665, [2003] 2 W.W.R. 279, at paragraph 31. It also
includes advice as to what should prudently and sensibly
be done in the relevant legal context.
[187] La consultation juridique inclut [traduction]
« l’opinion ou l’analyse » : College of Physicians
of B.C. v. British Columbia (Information and Privacy
Commissioner), 2002 BCCA 665, [2003] 2 W.W.R. 279,
au paragraphe 31. Elle inclut également les conseils
concernant ce qu’il serait sensé et prudent de faire dans
le contexte juridique pertinent.
[188] To assess whether legal advice, legal opinion or
legal analysis of any kind is present in the relationship
between Professor Friedland and the Canadian Judicial
Council, we are to assess the nature of the relationship,
the subject matter of the advice and the circumstances
in which it is sought and rendered: Campbell, above, at
paragraph 50.
[188] Pour décider si la prestation de conseils, d’opinions ou d’analyses juridiques quelconque fait partie de
la relation entre le professeur Friedland et le Conseil
canadien de la magistrature, nous devons examiner la
nature de cette relation, l’objet de l’avis et les circonstances dans lesquelles il est demandé et fourni : arrêt
Campbell, précité, au paragraphe 50.
[189] The privilege enables individuals to obtain
effective legal assistance, recognizing that such assistance requires that clients be able to discuss matters with
their lawyers without fear of consequences. The
Supreme Court often uses this purpose to help define the
boundaries of solicitor-client privilege: see, e.g.,
Descôteaux et al., above, at pages 876–877 and R. v.
Cunningham, 2010 SCC 10, [2010] 1 S.C.R. 331, at
paragraphs 25–34. As we shall see, this is a useful
approach in this case.
[189] Le privilège permet l’obtention d’une aide utile
sur le plan juridique, puisque, pour pouvoir obtenir de
l’aide, les clients doivent être en mesure de discuter des
affaires qui les concernent avec leur avocat sans craindre
les conséquences qu’ils pourraient subir. La Cour
suprême recourt souvent à cet objectif pour définir les limites du secret professionnel de l’avocat : voir par
exemple l’arrêt Descôteaux et autre, précité, aux pages 876
et 877, et R. c. Cunningham, 2010 CSC 10, [2010]
1 R.C.S. 331, aux paragraphes 25 à 34. Comme nous le
verrons, il s’agit d’une démarche utile en l’espèce.
(2) The role of retainer letters in the assessment
of a privilege claim
2) Le rôle des lettres de mandat dans l’examen
d’une demande de privilège
[190] The Federal Court Judge in this case found (at
paragraph 47) that “in order to determine whether the
solicitor-client privilege attaches to a particular situation,
one must not focus on any particular document, be it the
retaining letter, but rather to the circumstances as a
whole.” I disagree.
[190] En l’espèce, le juge de la Cour fédérale a conclu
(au paragraphe 47) que « pour déterminer si une situation
déterminée donne lieu à l’application du privilège du
secret professionnel de l’avocat, on ne doit pas s’en tenir
à un document particulier, même dans le mandat de représentation en justice de l’avocat; il faut tenir compte de
l’ensemble des circonstances ». Je ne suis pas d’accord.
[191] In assessing a claim of privilege, where there
is a retainer letter, it must predominate: Gower v. Tolko
Manitoba Inc., 2001 MBCA 11 (CanLII), 196 D.L.R.
[191] Lorsqu’il s’agit d’examiner une demande de
privilège, s’il y a une lettre de mandat, celle-ci doit être
le principal élément pris en compte : Gower v. Tolko
146
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
(4th) 716, at paragraph 40. The retainer letter, if one
exists, defines, with binding contractual force, the nature
of the relationship, the purpose of the lawyer’s retainer,
whether any advice is to be given, and the nature of that
advice. A retainer letter also often discloses the circumstances which have prompted the retainer, including the
reasons for it.
Manitoba Inc., 2001 MBCA 11 (CanLII), 196 D.L.R.
(4th) 716, au paragraphe 40. La lettre de mandat, si elle
existe, précise, avec la force exécutoire d’un contrat, la
nature de la relation, l’objectif du mandat de l’avocat, le
fait que l’on demande à l’avocat de fournir des conseils
ou non, et, le cas échéant, la nature de ces conseils. La
lettre de mandat précise souvent aussi les circonstances
dans lesquelles le mandat trouve son origine, y compris
les raisons pour lesquelles il est confié à l’avocat.
[192] The retainer letter is the best evidence of these
matters, the matters that Campbell says must be examined. The retainer letter is written and agreed upon at the
outset of the relationship, before any controversy over
solicitor-client privilege. An affidavit is written and filed
after controversy has arisen.
[192] La lettre de mandat est le meilleur élément de
preuve par rapport à ces questions, qui doivent être
examinées selon les indications données dans l’arrêt
Campbell. Elle est rédigée et fait l’objet d’un accord au
début de la relation, avant que ne naisse toute controverse au sujet du secret professionnel de l’avocat. Les
affidavits sont rédigés et déposés seulement lorsqu’il
y a controverse.
[193] Accordingly, in the usual case, an affidavit that
seeks to add a gloss upon, modify, or supplant matters
addressed in the retainer letter must be approached with
caution, perhaps even with suspicion.
[193] Par conséquent, il faut habituellement envisager avec prudence, voire même méfiance, les affidavits
visant à jeter un nouvel éclairage sur les questions
abordées dans la lettre de mandat, à la modifier et
à la remplacer.
[194] Indeed, it may not even be admissible. The
contractual nature of the retainer letter must be kept
front of mind. Absent ambiguity, normally we do not
admit affidavits tendered for the purpose of adding
a gloss upon, modifying, or supplanting the matters
explicitly addressed in a contract: United Brotherhood
of Carpenters and Joiners of America, Local 579
v. Bradco Construction Ltd., [1993] 2 S.C.R. 316, at
pages 341–342.
[194] En fait, l’affidavit peut même ne pas être admissible. Il faut bien garder en tête la nature contractuelle
de la lettre de mandat. S’il n’y a pas d’ambiguïté, normalement, nous n’admettons pas d’affidavits déposés
dans le but de jeter un nouvel éclairage sur les questions
abordées explicitement dans un contrat, de modifier le
contenu du contrat ou de le remplacer : Fraternité unie
des charpentiers et menuisiers d’Amérique, section
locale 579 c. Bradco Construction Ltd., [1993] 2 R.C.S.
316, aux pages 341 et 342.
[195] In some solicitor-client relationships, there
might be more to the story than the retainer letter. There
could be contemporaneous shared oral understandings
that are the equivalent of collateral contracts or later
shared understandings that affect matters in the retainer letter.
[195] Dans certaines relations entre un avocat et son
client, il peut y avoir d’autres éléments à prendre en
compte que la lettre de mandat. Il peut y avoir une
entente verbale conclue au même moment, qui est
l’équivalent d’un contrat accessoire ou encore une
entente prise postérieurement et qui touche les questions
abordées dans la lettre de mandat.
[196] But not in this case. Before us is a retainer letter
signed by Mr. Sabourin, in-house counsel for the
[196] Ce n’est toutefois pas le cas en l’espèce. Nous
avons devant nous une lettre signée par Me Sabourin,
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
147
Council, the client in the solicitor-client relationship. If
there were any contemporaneous oral understandings
or later communications supplementing or amending
the retainer letter, one would expect that Mr. Sabourin
would tell us about them.
avocat interne du Conseil, qui est le client de la relation
avocat-client. S’il y avait eu des ententes verbales prises
à la même époque que la lettre de mandat ou des communications postérieures venant compléter ou modifier
la lettre de mandat, nous nous serions attendus à ce que
Me Sabourin nous en parle.
[197] He has not. Accordingly, we must proceed on
the basis that there were none. In this case, the agreedupon, contractual words of the retainer letter stand alone.
[197] Or, il ne l’a pas fait. Nous devons donc présumer
de l’inexistence de telles choses. En l’espèce, le contenu
contractuel de la lettre de mandat accepté par les parties
concernées est le seul élément à prendre en compte.
(3) The retainer letter
3) La lettre de mandat
[198] By retainer letter dated May 3, 2005,
Mr. Sabourin retained Professor Friedland. Professor
Friedland accepted the retainer.
[198] Me Sabourin a retenu les services du professeur
Friedland au moyen d’une lettre de mandat datée du 3 mai
2005. Le professeur Friedland a accepté le mandat.
[199] The letter carefully defines Professor Friedland’s
task. It does so by quoting a policy setting out the role
he was to play. My colleague has reproduced the relevant
portion of the letter at paragraph 15 of his reasons.
[199] La lettre décrit clairement la tâche confiée au
professeur Friedland. Elle cite en effet une politique
dans laquelle est décrit le rôle qu’il devra jouer. Mon
collègue a reproduit la partie pertinente de la lettre au
paragraphe 15 de ses motifs.
[200] Overall, the retainer letter shows that Professor
Friedland was nothing more than an information gatherer who, if necessary, could clarify any ambiguities in
the complaint.
[200] Dans l’ensemble, la lettre de mandat indique que
le professeur Friedland n’était rien de plus qu’une personne qui recueille des renseignements devant au besoin
éclaircir toute ambiguïté dans le contenu de la plainte.
[201] Specifically, the retainer letter tells us that
Professor Friedland’s “role…is, essentially, to gather
further information” and “simply to attempt to clarify
the allegations against the judge and gather evidence
which, if established, would support or refute [the]
allegations.”
[201] Plus précisément, la lettre de mandat nous
apprend que le « rôle [du professeur Friedland] […]
consiste essentiellement à obtenir un complément
d’information » et « simplement à s’efforcer d’apporter
des éclaircissements sur les accusations portées contre
le juge et à réunir des éléments de preuve qui, s’ils
étaient établis, serviraient de fondement [aux] accusations ou, au contraire, leur retirait toute légitimité ».
[202] In his information gathering, Professor Friedland
was to focus on “the allegations made.” Should he
uncover further allegations of inappropriate conduct or
incapacity on the part of the judge, he was instructed to
look into those allegations as well.
[202] Pour obtenir ce complément d’information, le
professeur Friedland devait se concentrer sur « les allégations qui sont formulées ». S’il devait découvrir
d’autres allégations de conduite déplacée ou d’incompétence de la part du juge, il devait se pencher sur
celles-ci également.
[203] Professor Friedland was not instructed to provide any legal advice, opinion or analysis. Specifically,
[203] Le professeur Friedland n’a pas reçu pour directive de fournir des conseils, un avis ou une analyse
148
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
he was instructed “not…to weigh the merits of a complaint or to make any recommendation as to the determination that a Chairperson or a Panel should make.”
Rather, he was to interview “[p]ersons familiar with the
circumstances surrounding the complaint, including the
judge”, “obtain the judge’s response to these allegations
and evidence”, and “to gather further information.”
juridiques. Plus précisément, il lui a été demandé de « ne
[…] pas […] évaluer le bien-fondé d’une plainte ou de
faire des recommandations quant à la décision qui
devrait être prise par le président ou le sous-comité ».
Il devait plutôt interroger les « personnes au fait des
circonstances entourant la plainte, y compris le juge visé
par celle-ci », d’« obtenir la réponse du juge sur ces
accusations et sur ces éléments de preuve » et d’« obtenir un complément d’information ».
[204] Having collected this information, Professor
Friedland was instructed to “present all of [it] to the
Chairperson or Panel.” He could not engage in
“[a]djudicative fact-finding in the sense of making
determinations based on the relative credibility of witnesses or the persuasiveness of one fact over another.”
[204] Après avoir recueilli ces renseignements, le
professeur Friedland devait « soumettre ces informations
au président ou au sous-comité ». Il ne pouvait pas procéder à « la recherche des faits dans le cadre d’un processus
juridictionnel, c’est-à-dire la prise de décisions fondées
sur la crédibilité des témoins ou sur le caractère plus ou
moins convaincant d’un fait par rapport à un autre ».
[205] As part of his information gathering task, the
retainer letter mentions that “[d]ocumentation may be
collected and analyzed” by Professor Friedland. In
paragraph 15, my colleague, Justice Evans, emphasizes
the word “analyzed” and suggests that Professor
Friedland was performing legal analysis. That is a leap
too far. It would run counter to the retainer letter’s explicit instruction that Professor Friedland was “not…to
weigh the merits of a complaint” or make any “recommendation as to the determination a Chairperson or a
Panel should make.” As mentioned, Professor Friedland
could not even engage in adjudicative fact-finding, as
opposed to information gathering.
[205] La lettre de mandat mentionne que le professeur
Friedland « amasse des documents et […] procède à leur
analyse » dans le cadre de sa tâche d’obtention d’un
complément d’information. Au paragraphe 15, mon
collègue le juge Evans insiste sur le mot « analyse » et
laisse entendre que le professeur Friedland aurait effectué une analyse de nature juridique. C’est faire un pas
de trop. Cela serait contraire à la directive explicite de
la lettre de mandat selon laquelle le professeur Friedland
ne devait « pas […] évaluer le bien-fondé d’une plainte »
ni faire des « recommandations quant à la décision qui
devrait être prise par le président ou le sous-comité ».
Comme je l’ai déjà mentionné, le professeur Friedland
ne pouvait même pas procéder à une recherche des faits
dans le cadre d’un processus juridictionnel, par opposition à l’obtention d’un complément d’information.
[206] Viewed in light of the tasks the retainer letter
assigns to Professor Friedland and, more importantly, the
restrictions on what he could do, the word “analyzed”
can only mean identifying, gathering, and summarizing
bits of information from the documents and interviews.
[206] À la lumière des tâches confiées au professeur
Friedland dans la lettre de mandat, et surtout des restrictions concernant ce qu’il pouvait faire, le mot « analyse »
ne peut renvoyer qu’au fait de circonscrire, de réunir et
de résumer les éléments d’information contenus dans les
documents et obtenus pendant les entrevues.
(4) Mr. Sabourin’s affidavit
[207] Before us is an affidavit of Mr. Sabourin,
in-house counsel for the Council. He swore it after the
controversies giving rise to this matter arose.
4) L’affidavit de Me Sabourin
[207] Nous disposons de l’affidavit de Me Sabourin,
avocat interne du Conseil. Il l’a souscrit après que la
controverse a commencé en l’espèce.
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
149
[208] Nowhere in the affidavit does he disavow any
of the text in the retainer letter. Nowhere in it is there a
suggestion that any of the words in the letter should be
altered or interpreted in a particular way. Nowhere in it
is there a hint of any discussion with Professor Friedland
that might alter or qualify those words. In short,
Mr. Sabourin, acting under oath, did not displace the
words of the retainer letter. Neither should we.
[208] Il ne désavoue nulle part dans l’affidavit une
partie quelconque de la lettre de mandat. Il ne laisse
entendre nulle part dans l’affidavit qu’une partie quelconque de la lettre devrait être modifiée ou interprétée
d’une façon particulière. Il n’y a nulle part dans l’affidavit de mention d’une quelconque discussion avec le
professeur Friedland qui viendrait modifier ou préciser
le contenu de la lettre. Bref, dans sa déclaration sous
serment, Me Sabourin ne change pas le contenu de la
lettre de mandat. Nous ne devrions pas le faire non plus.
[209] Mr. Sabourin deposes that Professor Friedland
was “appointed and requested to make further inquiries”
(affidavit, paragraph 16). In the context of the words of
the retainer letter, this can only be understood as inquiries to gather information.
[209] Me Sabourin affirme que le professeur Friedland
a été [traduction] « mandaté et chargé de mener une
enquête supplémentaire » (affidavit, paragraphe 16).
Dans le contexte de la lettre de mandat, on ne peut qu’en
comprendre qu’il s’agissait d’une enquête visant à
recueillir des renseignements.
[210] Mr. Sabourin deposes that Professor Friedland
presented “findings and analysis” and “recommendations and advice” in the Friedland Report (affidavit,
paragraph 19). The report has been confidentially filed
before us and is under seal. I agree that small, severable
parts of the Friedland Report contain analyses, recommendations, and advice. So, in a technical sense,
Mr. Sabourin’s statement that the Friedland Report
contains such things is accurate. But none of these things
were solicited in the retainer letter.
[210] Me Sabourin affirme que le professeur Friedland
présente [traduction] « des conclusions et une analyse »
ainsi que [traduction] « des recommandations et des
conseils » dans son rapport (affidavit, paragraphe 19). Le
rapport Friedland nous a été transmis et est sous scellés.
Je suis d’accord pour dire que de petites parties pouvant
être prélevées du rapport Friedland contiennent des
analyses, des recommandations et des conseils.
Techniquement, donc, Me Sabourin a raison de dire que
le rapport Friedland contient de telles choses. Cependant,
aucune n’est demandée dans la lettre de mandat.
[211] Can a lawyer take a purely informational document and suddenly make it wholly secret by unilaterally
inserting analyses, recommendations and advice that
formed no part of the retainer? I think not. And there is
no authority to support such a proposition.
[211] Un avocat peut-il prendre un document purement informatif et en faire instantanément un document
entièrement secret en y ajoutant de façon unilatérale des
analyses, des recommandations, et des conseils, alors
que cela ne faisait pas partie de son mandat? Je ne le
crois pas. Rien n’appuie cette thèse.
[212] In any event, Mr. Slansky does not seek any of
the gratuitous legal observations made by Professor
Friedland. When those are severed from the report—
and, as we shall see and as the Prothonotary found, they
are easily severed—all that is left is a dry recitation of
information gathered without any analysis, recommendations or advice, exactly what Professor Friedland was
retained to do.
[212] Quoi qu’il en soit, Me Slansky ne demande accès
à aucune des observations de nature juridique que le professeur Friedland formule sans qu’on lui ait demandé de le
faire. Lorsqu’elles sont retranchées du rapport — et, comme
nous allons le voir et comme la protonotaire l’a constaté,
cela est facile à faire —, tout ce qui reste, c’est une liste
brute des renseignements recueillis, sans analyse, recommandations, ni conseils, c’est-à-dire la liste que le professeur
Friedland a précisément reçu le mandat de dresser.
150
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
[213] On the nature of Professor Friedland’s
retainer, Mr. Sabourin offers the following (affidavit,
paragraph 26):
[213] Au sujet de la nature du mandat du professeur Friedland, Me Sabourin dit ce qui suit (affidavit,
paragraphe 26) :
Counsel are instructed to gather information about the allegations surrounding the complaint and to provide a lawyer’s
analysis and recommendations in respect of those allegations,
for consideration by the Chairperson of the Judicial Conduct
Committee. In the case of the instant report, Professor
Friedland did provide analysis and recommendations to the
Chairperson on how to address the complaint.
[traduction] Ceux qui sont engagés comme conseillers
juridiques reçoivent pour instructions de recueillir des renseignements au sujet des allégations se rapportant à la plainte et
de proposer leur analyse et leurs recommandations en tant
qu’avocat au sujet des allégations en question en vue de leur
examen par le président du Comité sur la conduite des juges.
Dans son rapport, le professeur Friedland a effectivement
fourni une analyse et des recommandations au président quant
à la façon de traiter la plainte.
[214] At best, the first sentence is nothing more than
evidence of a general practice—it may be taken to be
what Mr. Sabourin normally instructs counsel to do. But
nowhere does Mr. Sabourin say this general practice was
followed here. Nowhere does he say Professor Friedland
was so instructed. Nor can he: in the retainer letter, he
instructed Professor Friedland “not…to weigh the merits
of a complaint” or make any “recommendation as to the
determination a Chairperson or a Panel should make.”
[214] La première phrase n’est au mieux rien de plus
qu’une indication concernant une pratique courante —
on peut en déduire que c’est ce que Me Sabourin demande
habituellement aux avocats de faire. Il ne dit cependant
nulle part que le professeur Friedland a fait ce que les
avocats font habituellement. Il ne dit nulle part que c’est
la directive qu’il a reçue. Il ne saurait le faire : dans la
lettre de mandat, il demande au professeur Friedland de
ne « pas […] évaluer le bien-fondé d’une plainte » ni de
faire des « recommandations quant à la décision qui
devrait être prise par le président ou le sous-comité ».
[215] The second sentence in the above passage says
nothing more than Professor Friedland went beyond his
instructions and gratuitously offered some analysis
and recommendations. As I have said, this is of no
consequence.
[215] La seconde phrase du passage cité ci-dessus
ne nous apprend qu’une seule chose : le professeur
Friedland ne s’est pas limité aux directives qu’on lui
avait données, et il a présenté des éléments d’analyse et
des recommandations sans qu’on lui demande de le faire.
Comme je le disais, cela n’a aucune conséquence.
[216] Mr. Sabourin further deposes (affidavit, at
paragraph 27):
[216] Me Sabourin affirme ensuite ce qui suit (affidavit, au paragraphe 27) :
My expectations, and those of the Chairperson, in relation to
mandate [sic] given to Counsel in conducting further inquiries,
is that Counsel’s report will constitute legal advice because we
retain legal counsel and seek a solicitor’s investigation of the
facts and a solicitor’s analysis and recommendations concerning those facts in the context of the legal mandate and
obligations of the Council when considering a complaint.
Indeed, this is why the Complaints Procedures provide that
it must be a lawyer that conducts such inquiries; otherwise
this work could be ably conducted by an investigator without
legal credentials.
[traduction] S’agissant du mandat confié à l’avocat chargé
de mener une enquête supplémentaire, le président et moimême nous attendons à ce que le rapport de l’avocat soit
considéré comme contenant un avis juridique parce que nous
retenons les services d’un conseiller juridique à qui nous
demandons de faire enquête sur les faits et de nous soumettre
son analyse et ses recommandations au sujet des faits en
question dans le cadre de la mission que la loi confie au
Conseil et des obligations qu’elle lui impose lorsqu’il est saisi
d’une plainte. En effet, c’est pour cette raison que les
Procédures relatives aux plaintes précisent que c’est un avocat
qui doit mener ce genre d’enquête; sinon, le travail pourrait
très bien être fait par un enquêteur ne possédant aucune compétence particulière dans le domaine juridique.
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
151
[217] Again, these expectations might be the usual
expectations. But, tellingly, Mr. Sabourin stops short
of saying that these were the expectations when
Professor Friedland was retained. We must take care
not to extend these words to go where Mr. Sabourin
was unwilling to go—to suggest that the retainer letter
does not mean what it says.
[217] Je le répète : il s’agit peut-être là des attentes
habituelles. Mais ce qui est éloquent, c’est que
Me Sabourin s’arrête juste avant de dire que c’était les
attentes déclarées au moment où le professeur Friedland
s’est vu confier son mandat. Nous devons faire attention
de ne pas faire dire à Me Sabourin ce qu’il n’a pas osé
dire : que la lettre de mandat ne doit pas être interprétée
rigoureusement.
[218] Mr. Sabourin suggests that lawyers are retained
in Canadian Judicial Council proceedings “to give a
solicitor’s analysis and recommendations concerning…
facts.” That may have been the usual expectation. But,
again, the retainer letter here specifically forbade
Professor Friedland from weighing the information
gathered and offering recommendations and assessments.
He was asked to gather information, nothing more.
[218] Me Sabourin laisse entendre que, dans le cadre
des procédures du Conseil canadien de la magistrature, un
avocat a le mandat de fournir [traduction] « son analyse
et ses recommandations au sujet des faits ». Il s’agit
peut-être là des attentes habituelles. Mais, encore une fois,
la lettre de mandat du professeur Friedland lui interdisait
expressément d’évaluer les renseignements recueillis et
de formuler des recommandations et des avis. On lui demandait de recueillir de l’information, et rien de plus.
[219] More arises from the above passage. It is best
discussed in the following section of these reasons, in
the context of some broader legal principles.
[219] Il ressort autre chose du passage cité ci-dessus.
Il convient davantage d’aborder cela dans la section
suivante des présents motifs, dans le contexte de certains
principes juridiques généraux.
(5) Legal advice is the gist of the privilege
5) Le privilège vise surtout la consultation
juridique
[220] In paragraph 27 of Mr. Sabourin’s affidavit,
quoted just above, we are told that the Complaints
Procedures require a lawyer to be retained because the
lawyer is investigating matters within the Council’s legal
mandate, one incumbent with legal obligations. Before
us, the Council urged that this triggered solicitor-client
privilege over the Friedland Report.
[220] Au paragraphe 27 de l’affidavit de Me Sabourin,
cité un peu plus haut, on nous dit que les Procédures
relatives aux plaintes exigent que les services d’un
avocat soient retenus, puisque l’avocat doit enquêter sur
des questions touchant le mandat que la loi confère au
Conseil, mandat qui s’assortit d’obligations juridiques.
Le Conseil a affirmé devant nous que c’est ce qui fait en
sorte que le rapport Friedland est protégé par le secret
professionnel de l’avocat.
[221] In essence, the Council’s submission is that if
a person, working within a legal mandate and subject
to legal obligations, chooses to hire a lawyer rather than
an ordinary investigator to conduct a factual inquiry,
privilege arises.
[221] Ce que le Conseil affirme, essentiellement, c’est
que, si une personne cherchant à s’acquitter d’un mandat
prévu par la loi et assorti d’obligations juridiques décide
d’embaucher un avocat plutôt qu’un enquêteur ordinaire
pour mener une recherche de faits, cela créé un privilège.
[222] I reject this. The mere fact that a lawyer is involved
does not make a report generated by the lawyer privileged:
Pritchard v. Ontario (Human Rights Commission), 2004
[222] Je rejette cet argument. Le simple fait qu’un
avocat prenne part au processus n’implique pas que le
rapport qu’il rédige est protégé par le secret professionnel :
152
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
SCC 31, [2004] 1 S.C.R. 809, at paragraphs 19–20;
Campbell, above, at paragraph 50, “not everything done
by a…lawyer…attracts solicitor client privilege”.
Pritchard c. Ontario (Commission des droits de la personne), 2004 CSC 31, [2004] 1 R.C.S. 809, aux
paragraphes 19 et 20; arrêt Campbell, précité, au paragraphe 50, « [l]e secret professionnel de l’avocat ne
protège évidemment pas l’ensemble des services rendus
par un avocat ».
[223] Instead, the documents or information said to be
privileged must themselves be for the dominant purpose
of giving or receiving legal advice or closely and directly
related to the seeking, formulating or giving of legal
advice: Pritchard, above, at paragraph 15; R. v. McClure,
2001 SCC 14, [2001] 1 S.C.R. 445, at paragraph 36;
Campbell, above, at paragraph 49; Descôteaux et al.,
above, at pages 872–873; Solosky, above, at page 835;
Thompson v. Canada ( National Revenue), 2013 FCA
197, 366 D.L.R. (4th) 169, at paragraph 40.
[223] En fait, pour être considérés comme étant protégés, les documents ou les renseignements doivent
avoir pour objectif principal l’obtention ou la prestation
de conseils juridiques ou encore être liés étroitement et
directement à l’obtention, à la formulation ou à la prestation de conseils juridiques : arrêt Pritchard, précité, au
paragraphe 15; R. c. McClure, 2001 CSC 14,
[2001] 1 R.C.S. 445, au paragraphe 36; arrêt Campbell,
précité, au paragraphe 49; Descôteaux et autre, précité,
aux pages 872 et 873; arrêt Solosky, précité, à la
page 835; Thompson c. Canada (Revenu national),
2013 CAF 197, au paragraphe 40.
[224] By virtue of their special training and experience, lawyers are often retained to do things other than
provide legal advice. For example, lawyers can be retained to sit on a corporate board or give input on the
design of a new courthouse but their activities are not
privileged. Lawyers can be retained to handle trust monies and account for them—indeed, bar admission
materials offer much instruction on this—but this, by
itself, does not make these activities privileged, nor is
the factual information about the payment or nonpayment of fees necessarily privileged: Ontario
Securities Commission and Greymac Credit Corp., Re,
1983 CanLII 1894, 41 O.R. (2d) 328 (Div. Ct.); R. v.
Joubert, 1992 CanLII 1073, 7 B.C.A.C. 31 (C.A.); R. v.
Cunningham, above, at paragraphs 25–34. A distinction
should be drawn between a privileged communication
related to advice and “evidence of an act or transaction”:
Thompson, above, at paragraph 46.
[224] Vu leur formation particulière et leur expérience, les avocats sont souvent chargés de faire autre
chose que de fournir des conseils juridiques. On leur
demande par exemple de siéger au conseil d’une société
ou de participer à la conception d’un nouveau palais de
justice, et, dans ces cas, leurs activités ne sont pas protégées par le secret professionnel. Les avocats sont en
mesure de gérer les fonds d’une fiducie et de rendre des
comptes à cet égard — en fait, les documents relatifs à
l’admission au barreau contiennent beaucoup d’information sur ce sujet —, mais cela, en soi, ne rend pas ces
activités confidentielles. Pas plus que l’information
factuelle concernant le paiement ou le non-paiement
de frais est nécessairement confidentielle : Ontario
Securities Commission and Greymac Credit Corp., Re,
1983 CanLII 1894, 41 O.R. (2d) 328 (C. div.);
R. c. Joubert, 1992 CanLII 1073, 7 B.C.A.C. 31 (C.A.);
arrêt R. c. Cunningham, précité, aux paragraphes 25
à 34. Une distinction devrait être établie entre une
communication confidentielle liée à un conseil et « la
preuve d’un acte ou d’une opération » : arrêt Thompson,
précité, au paragraphe 46.
[225] Similarly, through years of experience, some
lawyers become adept at gathering and handling information—some, in fact, have spent much of their lives
[225] De même, en accumulant les années d’expérience, certains avocats deviennent très habiles dans la
collecte et le traitement de renseignements — certains
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
153
interviewing potential witnesses—and, thus, are retained
for that limited purpose. But I am unaware of any
authority suggesting that such activities, without more,
trigger solicitor-client privilege.
passent même une bonne partie de leur vie à interroger
d’éventuels témoins — et leurs services sont donc retenus à cette fin précise. Toutefois, à ma connaissance,
rien ne permet d’affirmer que ces activités seront visées
à elles seules par le secret professionnel de l’avocat.
[226] In the context of investigations, a line exists
between a lawyer retained only to gather information
and a lawyer who is retained to gather information as
part of the larger exercise of providing legal advice.
Reports concerning the former—such as the Friedland
Report—are not privileged. The information supplied
has nothing to do with providing legal advice.
[226] Dans le contexte des enquêtes, il y a une distinction entre la situation d’un avocat chargé seulement de
recueillir des renseignements et celle d’un avocat chargé de recueillir des renseignements dans le cadre d’une
tâche plus large consistant à fournir des conseils juridiques. Les rapports concernant le premier — comme
le rapport Friedland — ne sont pas confidentiels. Les
renseignements fournis n’ont rien à voir avec la prestation de conseils juridiques.
[227] On this, the British Columbia Court of Appeal
has drawn a bright line (College of Physicians of B.C. v.
British Columbia (Information and Privacy
Commissioner), above, at paragraph 32):
[227] À ce sujet, la Cour d’appel de la ColombieBritannique a établi une distinction claire (College of
Physicians of B.C. c. British Columbia (Information and
Privacy Commissioner), précité, au paragraphe 32) :
Legal advice privilege arises only where a solicitor is acting
as a lawyer, that is, when giving legal advice to the client.
Where a lawyer acts only as an investigator, there is no privilege protecting communications to or from her.
[traduction] Le privilège de la consultation juridique n’existe
que lorsque l’avocat agit en sa qualité d’avocat, c’est-à-dire
lorsqu’il fournit des conseils juridiques à son client. Lorsqu’il
joue seulement le rôle d’enquêteur, aucun privilège ne protège
les communications entre son client et lui.
[228] The Manitoba Court of Appeal has also articulated this line. In Gower, above, it confirmed that a
lawyer retained to gather facts, nothing more, is just an
investigator and so the privilege does not apply (at
paragraph 37):
[228] La Cour d’appel du Manitoba a également établi
cette distinction. Dans l’arrêt Gower, précité, elle a
confirmé qu’un avocat chargé de réunir des faits, sans
plus, n’est qu’un enquêteur, ce qui fait que le privilège
ne s’applique pas (au paragraphe 37) :
In the situation at hand, it is clear from the evidence that [the
lawyer] was asked to investigate and perform a fact-finding
function. If that is all she was asked to do then, regardless of
the fact that she is a lawyer, she would not have been providing
legal advice and would have been acting as an investigator, not
as a lawyer. Consequently, legal advice privilege would not
have been available.
[traduction] En l’espèce, il ressort clairement de la preuve
[que l’avocate] a été chargée d’enquêter et d’assumer une
fonction de recherche de faits. Si c’est tout ce qu’on lui a
demandé de faire, même si elle est avocate, elle n’a pas fourni
de conseils juridiques, et elle a joué le rôle d’enquêteuse, et
non d’avocate. Par conséquent, le privilège de la consultation
juridique ne s’applique pas.
[229] However, if, as in Gower, the lawyer is factfinding as part of the exercise of providing legal advice or
if the fact-finding is “connected to the provision of… legal
services” (at paragraph 19), the privilege can apply
(Gower, above, at paragraph 38):
[229] Toutefois, si, comme dans l’affaire Gower, l’avocat
procède à une recherche de faits pour pouvoir fournir des
conseils juridiques ou si la recherche de faits est
[traduction] « liée à la prestation de […] services juridiques » (au paragraphe 19), le privilège peut s’appliquer
(Arrêt Gower, précité, au paragraphe 38) :
154
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
However, there is strong evidence that [the lawyer] was
asked to do more. The investigation to determine the veracity of the allegations made against the plaintiff was only one
part of her tasks. It is clear that the client requested Janzen
make recommendations based on the facts that she gathered
and provided advice with respect to the legal implications
of those recommendations. Thus, the fact gathering was
inextricably linked to the second part of the tasks, the provision of legal advice.
[traduction] Cependant, il y a des preuves qui montrent
clairement que [l’avocate] s’est vu demander de faire autre
chose. L’enquête visant à établir le bien-fondé des allégations
concernant le demandeur n’était que l’une de ses tâches. Il est
clair que le client avait demandé à Mme Janzen de formuler des
recommandations en fonction du produit de sa recherche de
faits et de l’aviser des répercussions de ses recommandations
sur le plan juridique. Ainsi, la recherche de faits était inextricablement liée au second volet des tâches de Mme Janzen,
soit la prestation de conseils juridiques.
[230] In the course of its reasons, the Manitoba Court
of Appeal in Gower cited with approval the authority of
Wilson v. Favelle, 1994 CanLII 1152, 26 C.P.C. (3d) 273
(B.C.S.C.). Wilson indeed is an authority consistent with
Gower and somewhat close to the facts of this case.
[230] Dans ses motifs dans l’arrêt Gower, la Cour
d’appel du Manitoba cite avec approbation la décision
Wilson v. Favelle, 1994 CanLII 1152, 26 C.P.C. (3d) 273
(C. supr. C.-B.). La décision Wilson concorde effectivement avec l’arrêt Gower, et les faits sont assez
semblables à ceux de l’espèce.
[231] In Wilson, a government retained a lawyer to
conduct an investigation into a complaint of misconduct
against an employee and produce a report. The purpose
of the report was to document the facts relating to the
allegations and to provide advice regarding any violations of non-legal standards of conduct for public service
employees. The Court found that the lawyer was hired
as a mere investigator. Of interest is the Court’s focus
upon the contractual language in the lawyer’s retainer
and not the affidavit filed by the government once the
matter had become litigious.
[231] La décision Wilson concerne l’embauche d’une
avocate par un gouvernement pour mener une enquête sur
une plainte d’inconduite portée contre un employé et rédiger un rapport. L’objectif du rapport était de faire état des
faits liés aux allégations et d’aviser le client de toute violation des normes non juridiques des employés de la fonction
publique. La Cour a conclu que l’avocate avait simplement
été chargée de mener une enquête. Chose intéressante, la
Cour porte son attention sur le contenu contractuel du
mandat de l’avocate, et non sur l’affidavit déposé par le
gouvernement après que l’affaire est devenue litigieuse.
[232] I accept that, in assessing on what side of the
line a case falls, “advice” must be broadly construed.
It includes “advice as to what should prudently and
sensibly be done in the relevant legal context”, in other
words, practical advice mindful of the legalities or
advice on a course of action informed by the legalities:
Blood Tribe v. Canada (Attorney General), 2010 ABCA
112 (CanLII), 487 A.R. 71, at paragraph 26, quoting
with approval Balabel v. Air India, [1988] Ch. 317
(C.A.), at page 330; Gower, above, at paragraph 19.
[232] J’admets qu’il convient de donner un sens
large au mot « conseil » lorsqu’il s’agit de décider à
quelle catégorie une affaire appartient. Cela comprend
[traduction] « les conseils sur les mesures raisonnables
et prudentes à prendre dans le contexte juridique en
cause », autrement dit, des conseils pratiques tenant
compte du droit ou des conseils concernant la marche à
suivre en fonction du droit : Blood Tribe v. Canada
(Attorney General), 2010 ABCA 112 (CanLII), 487 A.R.
71, au paragraphe 26, où est cité avec approbation l’arrêt
Balabel v. Air India, [1988] Ch. 317 (C.A.), à la
page 330; arrêt Gower, précité, au paragraphe 19.
[233] But Professor Friedland was asked to gather
information, not to give any sort of advice. Indeed, the
retainer letter expressly forbade him from doing any
such thing.
[233] Mais le professeur Friedland a été chargé de
recueillir des renseignements, et non de donner quelque
conseil que ce soit. En effet, la lettre de mandat lui interdit expressément de faire quoi que ce soit de ce genre.
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
155
[234] The Council infers from the legal complexity of
the allegations in Mr. Slansky’s complaint—allegations
which included bias, misconduct, and knowingly acting
contrary to law—that Professor Friedland was required
to provide legal advice, opinion, or analysis.
[234] Le Conseil affirme que, vu la complexité, sur le
plan juridique, des allégations contenues dans la plainte
de M e Slansky — allégations selon lesquelles le
juge Thompson se serait rendu coupable de partialité et
d’inconduite et aurait sciemment enfreint la loi —, le
professeur Friedland devait lui fournir des conseils juridiques, des avis ou une analyse.
[235] I disagree. The retainer letter shows that the
Council decomposed the overall task into factual and
legal parts. It assigned to Professor Friedland a subset
of the factual part—information gathering—leaving for
itself the task of reviewing the facts gathered, applying
the relevant law, and reaching a conclusion on the merits
of Mr. Slansky’s complaint.
[235] Je ne suis pas d’accord. La lettre de mandat
montre que le Conseil a divisé la tâche en deux parties :
le volet factuel et le volet juridique. Il a attribué au
professeur Friedland un sous-ensemble du volet factuel
— la collecte de renseignements — et s’est réservé la
tâche d’examiner les faits réunis, d’appliquer les règles
de droit pertinentes et de tirer une conclusion du
bien-fondé de la plainte de Me Slansky.
[236] At its highest, Professor Friedland’s task
required him to assess what was material and what was
not. This resembles the task of insurance adjusters or
other skilled investigators who must assess materiality
to some extent when gathering evidence relevant to an
accident that might constitute a tort actionable in law.
Yet, their investigation reports are not privileged:
General Accident Assurance Co. v. Chrusz, 1999 CanLII
7320, 45 O.R.(3d) 321 (C.A.).
[236] La tâche la plus complexe dont devait s’acquitter le professeur Friedland consistait à distinguer les
faits importants des faits sans importance. C’est une
tâche apparentée à celle des experts en assurance et
d’autres enquêteurs qualifiés qui doivent évaluer dans
une certaine mesure l’importance des faits lorsqu’ils
recueillent des éléments de preuve au sujet d’un accident
pouvant constituer un délit civil susceptible de faire
l’objet de poursuites judiciaires. Les rapports d’enquête
de ces experts et enquêteurs ne sont pas confidentiels :
General Accident Assurance Co. v. Chrusz, 1999 CanLII
7320, 45 R.J.O. (3e) 321 (C.A.).
[237] In this case, information gathering cannot be
said to be the exclusive preserve of a lawyer. Indeed,
non-lawyers could have done Professor Friedland’s job.
There are many who can appreciate what information is
relevant to the conduct of a judge in a courtroom.
[237] En l’espèce, on ne peut affirmer que la collecte
d’information soit l’apanage d’un avocat. En effet,
d’autres personnes auraient pu faire le travail qu’a fait
le professeur Friedland. Beaucoup de gens sont capables
de cerner les renseignements pertinents quant à la
conduite d’un juge durant une audience.
[238] True, a lawyer might do it better, and Professor
Friedland almost certainly can do it better than many
lawyers. But that does not transform the nature of the
task and the skills brought to bear on it from information
gathering to the giving of legal advice or practical advice
related to the legalities.
[238] Il est vrai qu’un avocat est peut-être mieux placé
que d’autres gens pour le faire, et aussi que le professeur
Friedland est presque certainement en mesure de le faire
mieux que beaucoup d’autres avocats. Cela ne change
cependant pas la nature de la tâche et des compétences
utilisées pour s’en acquitter et ne permet pas de franchir
le pas entre la collecte de renseignements et la prestation
de conseils juridiques ou pratiques liés au droit.
156
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
[239] This is sufficient to dismiss the Council’s
claim of solicitor-client privilege over the Friedland
Report. However, I wish to address another submission
of the Council, one that my colleague, Justice Evans,
has accepted.
[239] Cela suffit à rejeter la demande du Conseil
concernant la protection du rapport Friedland en vertu
du secret professionnel de l’avocat. Je souhaite cependant aborder un autre argument présenté par le Conseil,
que mon collègue le juge Evans a admis.
(6) The Blood Tribe case did not extend the
scope of solicitor-client privilege
6) L’arrêt Blood Tribe n’a pas étendu la portée
du secret professionnel de l’avocat
[240] As explained above, a necessary condition of
solicitor-client privilege is the seeking and giving of
legal advice or practical advice related to the legalities.
However, before us, the Council sought to extend the
scope of solicitor-client privilege far beyond the decided
cases. It sought to shift the analytical focus from whether
legal advice has been sought to whether the skills of a
lawyer were required for the assigned task.
[240] Comme je l’ai déjà expliqué, l’obtention et la
prestation de conseils juridiques ou de conseils pratiques
liés au droit sont une condition nécessaire à l’existence
du secret professionnel de l’avocat. Le Conseil a cependant cherché devant nous à étendre la portée du secret
professionnel bien au-delà des décisions rendues. Il a
cherché à faire porter l’analyse sur la question de savoir
si les compétences d’un avocat étaient nécessaires pour
l’exécution de la tâche assignée, plutôt que sur celle de
savoir si des conseils juridiques avaient été demandés.
[241] This is based upon the Supreme Court’s comment at paragraph 10 of Canada (Privacy Commissioner)
v. Blood Tribe Department of Health, 2008 SCC 44,
[2008] 2 S.C.R. 574 that solicitor-client privilege
extends to “all interactions between a client and his or
her lawyer when the lawyer is engaged in providing
legal advice or otherwise acting as a lawyer” (emphasis
added). This comment appears as an introduction to the
Supreme Court’s legal analysis.
[241] Le Conseil fonde son argumentation sur un
commentaire de la Cour suprême figurant au paragraphe 10 de l’arrêt Canada (Commissaire à la
protection de la vie privée) c. Blood Tribe Department
of Health, 2008 CSC 44, [2008] 2 R.C.S. 574 selon
lequel le secret professionnel de l’avocat s’applique à
« toutes les communications entre un client et son avocat
lorsque ce dernier donne des conseils juridiques ou agit,
d’une autre manière, en qualité d’avocat » (non souligné
dans l’original). Il s’agit d’un commentaire que la Cour
a fait dans l’introduction de son analyse.
[242] The precise issue in Blood Tribe was whether
the Privacy Commissioner could access documents that
were covered by solicitor-client privilege. Whether the
documents were privileged was not in issue. Therefore,
this introductory comment is surplusage.
[242] La question précise que devait trancher la
Cour suprême dans l’arrêt Blood Tribe était celle de
savoir si le Commissaire à la protection de la vie privée
pouvait obtenir l’accès à des documents protégés par
le secret professionnel de l’avocat. La confidentialité
des documents n’était pas contestée. Le commentaire
d’introduction était donc superflu.
[243] Further, in adding the comment, “otherwise
acting as a lawyer”, I query whether the Supreme Court
might have been alluding, infelicitously, to a different
privilege, litigation privilege. Under that privilege,
lawyers acting as a lawyer under a litigation retainer
enjoy a zone of privacy. Of note, some of the cases cited
in the same paragraph deal mainly with litigation
[243] Par ailleurs, je me demande si la Cour suprême,
lorsqu’elle a ajouté « ou agit, d’une autre manière, en
qualité d’avocat » ne faisait pas plutôt maladroitement
allusion à un autre privilège, celui de la poursuite. Ce
privilège offre aux avocats ayant un mandat de poursuite
une certaine marge de confidentialité. Fait à noter, certaines des décisions citées dans le même paragraphe
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
157
privilege or, indeed, a different concept, professional
secrecy under Quebec civil law. None of the cases cited
support the proposition that solicitor-client privilege
includes situations where a lawyer is “otherwise acting
as a lawyer”.
portent principalement sur le privilège de la poursuite
ou, en fait, sur une notion différente, celle du secret
professionnel aux termes du droit civil québécois.
Aucune des décisions citées n’appuie l’idée que le privilège du secret professionnel s’applique notamment
dans les situations où un avocat « agit, d’une autre
manière, en qualité d’avocat ».
[244] Outside of this infelicitously worded introduction in Blood Tribe, the Supreme Court has never
considered “otherwise acting as a lawyer” to be enough
for solicitor-client privilege to apply. Indeed, that would
be contrary to its own authorities that the privilege is
not triggered just because a lawyer is involved, and
many other authorities to the effect that the activities of
lawyers doing things typically done by lawyers are not
necessarily privileged: Pritchard, above, at paragraphs
19–20; Campbell, above, at paragraph 50; authorities
cited above, at paragraphs 224–232.
[244] Mise à part l’introduction maladroitement formulée dans l’arrêt Blood Tribe, la Cour suprême n’a
jamais envisagé que le fait d’agir d’une autre manière
en qualité d’avocat soit suffisant pour que le secret
professionnel de l’avocat s’applique. En effet, cela serait
contraire à ses propres décisions selon lesquelles le
privilège n’existe pas du seul fait qu’un avocat participe
au processus, ainsi qu’à de nombreux autres éléments de
jurisprudence selon lesquels les activités d’avocats faisant des choses que font habituellement les avocats ne
sont pas nécessairement confidentielles : arrêt Pritchard,
précité, aux paragraphes 19 et 20; arrêt Campbell, précité, au paragraphe 50; jurisprudence citée ci-dessus,
aux paragraphes 224 à 232.
[245] Have decades of well-accepted jurisprudence in
the law of solicitor-client privilege suddenly been swept
aside by a sidewind—a fleeting, introductory comment
in Blood Tribe? I think not.
[245] Est-ce que des décennies de jurisprudence bien
admise concernant les règles de droit applicables au secret
professionnel de l’avocat ont soudainement été balayées
par un vent latéral — un commentaire d’introduction fait
au passage dans l’arrêt Blood Tribe? Je ne le crois pas.
[246] In my view, it is not open to us to pluck the
words “otherwise acting as a lawyer” from the introductory part of the Supreme Court’s reasoning in Blood
Tribe, reify them to the level of a general principle, and
then, contrary to authority, apply that principle to impose
secrecy over an information gathering report that formed
the basis of a public administrative decision.
[246] À mon avis, il ne nous appartient pas d’extraire
l’expression « agit, d’une autre manière, en qualité
d’avocat » de l’introduction du raisonnement de la Cour
suprême dans l’arrêt Blood Tribe, de l’ériger en principe général, puis, de façon contraire à la jurisprudence,
d’appliquer ce principe pour imposer la confidentialité
d’un rapport d’enquête sur lequel est fondée une décision relevant de l’administration publique.
(7) An assertion of privilege beyond its proper
purposes
7) L’affirmation d’un privilège allant au-delà
de l’objectif visé par le privilège
[247] Not only is the extension of solicitor-client
privilege proffered by the Council inconsistent with the
case law that binds this Court, it also takes solicitorclient privilege beyond its proper purposes.
[247] L’extension du secret professionnel de l’avocat
proposée par le Conseil ne va pas seulement à l’encontre
de la jurisprudence que doit appliquer la Cour. Elle porte
également le privilège au-delà des fins qu’il sert.
158
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
[248] As my colleague Justice Evans suggests in
paragraphs 65 and 66 above, the privilege exists to allow
the seeking of legal advice and the full and frank disclosure of information necessary for that advice.
[248] Comme mon collègue le juge Evans le laisse
entendre aux paragraphes 65 et 66 de ses motifs, le privilège sert à permettre l’obtention de conseils juridiques
et la divulgation franche de tous les renseignements
nécessaires pour la prestation de ces conseils.
[249] Without the privilege, people may not reveal
necessary information to their lawyer, impairing proper
understanding of their legal rights. All persons, whether
natural, corporate, or governmental, must have access to
expert legal counsel without fear that this recourse may
be used to their detriment: Smith v. Jones, [1999] 1
S.C.R. 455, at paragraph 46; R. v. Gruenke, [1991] 3
S.C.R. 263, at page 289. This is a basic democratic right.
[249] Si le privilège n’existait pas, les gens ne révéleraient peut-être pas à leur avocat tous les renseignements
dont il a besoin, ce qui les empêcherait de bien comprendre leurs droits. Toute personne, qu’il s’agisse d’un
particulier, d’une société ou d’un gouvernement, doit
pouvoir accéder à l’expertise d’un conseiller juridique
sans avoir à craindre que ce recours lui fasse du tort :
Smith c. Jones, [1999] 1 R.C.S. 455, au paragraphe 46;
R. c. Gruenke, [1991] 3 R.C.S. 263, à la page 289. Il
s’agit d’un droit démocratique fondamental.
[250] The Supreme Court has characterized this purpose as protecting and promoting the seeking of legal
advice: Solosky, above, at pages 834–835; Descôteaux
et al., above, at page 871; Campbell, above, at paragraph 49; Pritchard, above, at paragraph 14; Blood
Tribe, above, at paragraph 9. Provided legal advice or
practical advice drawing upon knowledge of legalities
is sought, all communications within the relationship,
even mundane administrative matters in the relationship, can conceivably fall within its scope. As Lamer J.
(as he then was) in Descôteaux et al., above, stated (at
pages 892–893):
[250] La Cour suprême a dit de l’objectif du secret
professionnel de l’avocat qu’il consistait à protéger et à
promouvoir l’obtention de conseils juridiques : arrêts
Solosky, aux pages 834 et 835; Descôteaux et autre, à la
page 871; Campbell, au paragraphe 49; Pritchard, au
paragraphe 14; Blood Tribe, au paragraphe 9, précités. Si
des conseils juridiques ou pratiques fondés sur la connaissance du droit sont demandés, toutes les communications
s’inscrivant dans le cadre de la relation, même lorsqu’il
s’agit de questions administratives sans importance,
peuvent être incluses. Le juge Lamer (qui n’était pas encore juge en chef à l’époque) a dit ce qui suit dans l’arrêt
Descôteaux et autre, précité (aux pages 892 et 893) :
In summary, a lawyer’s client is entitled to have all communications made with a view to obtaining legal advice kept
confidential. Whether communications are made to the lawyer
himself or to employees, and whether they deal with matters
of an administrative nature such as financial means or with the
actual nature of the legal problem, all information which a
person must provide in order to obtain legal advice and which
is given in confidence for that purpose enjoys the privileges
attached to confidentiality. This confidentiality attaches to all
communications made within the framework of the solicitorclient relationship, which arises as soon as the potential client
takes the first steps, and consequently even before the formal
retainer is established. [Emphasis added.]
En résumé, le client d’un avocat a droit au respect de la
confidentialité de toutes les communications faites dans le but
d’obtenir un avis juridique. Qu’ils soient communiqués à
l’avocat lui-même ou à des employés, qu’ils portent sur des
matières de nature administrative comme la situation financière ou sur la nature même du problème juridique, tous les
renseignements que doit fournir une personne en vue d’obtenir
un avis juridique et qui sont donnés en confidence à cette fin
jouissent du privilège de confidentialité. Ce droit à la confidentialité s’attache à toutes les communications faites dans le
cadre de la relation client-avocat, laquelle prend naissance dès
les premières démarches du client virtuel, donc avant même la
formation du mandat formel. [Non souligné dans l’original.]
See also Adriane Keane, James Griffiths and Paul
McKeown, The Modern Law of Evidence, 8th ed.
(Oxford: Oxford University Press, 2010), at page 607.
Voir également Adriane Keane, James Griffiths et
Paul McKeown, The Modern Law of Evidence, 8e éd.
(Oxford : Oxford University Press, 2010), à la page 607.
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
159
Legal advice, liberally construed, is the gist of the
privilege.
La consultation juridique, au sens large, est le principal
objet du privilège.
[251] Protecting factual information from disclosure
where no legal advice of any kind has been sought—
indeed where, as here, the instructions are not to give
advice of any kind—does not further the purposes of
privilege. This is especially so where the disclosure of
factual information reveals nothing about legalities or
legal views held by the author. What possible interests,
other than secrecy for secrecy’s sake, are being served
here? We are far from the realm of clients needing secrecy so that they may speak candidly to their lawyers
and obtain necessary legal advice. To the extent confidentiality interests exist here, they relate to the claim of
public interest privilege, not solicitor-client privilege.
[251] La protection de renseignements factuels contre
la divulgation dans le cas où aucun conseil juridique, de
quelque nature que ce soit, n’a été demandé — et dans le
cas, en fait, où, comme en l’espèce, l’avocat a reçu pour
directive de ne pas fournir quelque conseil que ce soit
— ne sert pas les fins du privilège. C’est particulièrement
vrai lorsque la divulgation des renseignements concernant
les faits ne révèle rien au sujet du droit ou sur les points
de vue sur le droit adoptés par l’auteur. Mis à part le fait
de garder le secret comme si cela était une fin en soi,
quels sont les intérêts qui peuvent être servis en l’espèce?
Nous sommes loin de la situation où le client a besoin de
la confidentialité pour pouvoir parler sincèrement avec
son avocat et obtenir l’avis juridique dont il a besoin.
Dans la mesure où un enjeu relatif à la confidentialité
existe en l’espèce, celui-ci a trait au privilège d’intérêt
public, et non au secret professionnel de l’avocat.
[252] For the foregoing reasons, I conclude that the
Friedland Report is not covered by solicitor-client privilege. But even if it were, the privilege has been waived.
[252] Pour tous ces motifs, je conclus que le rapport
Friedland n’est pas protégé par le secret professionnel
de l’avocat. Même s’il l’était, le Conseil a renoncé
au privilège.
(8) If the privilege exists, it was waived
8) Si le privilège existe, le Conseil y a renoncé
[253] Professor Friedland was retained to gather information, nothing more, and to report that information to
Chief Justice Scott for his screening decision. In the
circumstances, the Friedland Report was Chief Justice
Scott’s main source of factual information. In the public
decision letter dismissing the complaint, some of the
content of the Friedland Report and the facts recounted
in it were disclosed. Further, the report has found its way
into the hands of a third party without explanation. These
two things have worked a waiver of any privilege that
might have attached to the Friedland Report.
[253] Le professeur Friedland a été chargé de recueillir des renseignements, et rien de plus, et il devait
transmettre ces renseignements au juge en chef Scott
pour lui permettre de rendre une décision concernant le
traitement de la plainte. Dans les circonstances, le rapport Friedland était la principale source de
renseignements du juge en chef Scott sur les faits. Une
partie du contenu du rapport Friedland et des faits qui y
sont consignés a été divulguée dans une lettre de décision publique indiquant le rejet de la plainte. En outre,
le rapport s’est retrouvé entre les mains d’une tierce
partie sans aucune raison. Ces deux choses constituent
une renonciation à tout privilège dont le rapport
Friedland aurait pu faire l’objet.
[254] First, the Council waived any privilege by voluntarily giving the Friedland Report to a third party.
[254] Premièrement, le Conseil a renoncé à tout privilège en remettant volontairement le rapport Friedland
à une tierce partie.
160
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
[255] In her reasons, reproduced at paragraph 50 of
Justice Evans’ reasons, the Prothonotary found that a
copy of the Friedland Report had found its way into the
hands of the Law Society of Upper Canada and the
Deputy Attorney General of Ontario.
[255] Dans ses motifs, reproduits au paragraphe 50
des motifs du juge Evans, la protonotaire a déclaré
qu’une copie du rapport Friedland s’était retrouvée entre
les mains de représentants du Barreau du Haut-Canada
et du sous-procureur général de l’Ontario.
[256] Voluntarily giving a document to third parties is
an “obvious scenario” of waiver, because confidentiality, the prerequisite to the maintenance of privilege,
has been lost: Alan W. Bryant, Sidney N. Lederman and
Michelle K. Fuerst, The Law of Evidence in Canada,
3rd ed. (Markham, Ont.: LexisNexis Canada, 2009), at
page 957; C. Tapper, Cross and Tapper on Evidence,
11th ed. (New York: Oxford University Press, 2007), at
page 472; Hodge M. Malek, Q.C. editor, Phipson on
Evidence, 17th ed. (London: Sweet & Maxwell, 2010),
at page 645. If a client receives a letter in confidence
from the solicitor and forwards it to third parties, privilege in it is lost absent a “joint” or “common” interest
between the client and the third parties. See Bryant et
al., at pages 927–928.
[256] Lorsqu’un document est remis à une tierce
partie, il s’agit évidemment d’une situation où il y a
renonciation au privilège visant le document, puisque
la confidentialité, condition préalable au maintien du
privilège, est enfreinte : Alan W. Bryant, Sidney N.
Lederman et Michelle K. Fuerst, The Law of Evidence
in Canada, 3e éd. (Markham, Ont. : LexisNexis Canada,
2009), à la page 957; C. Tapper, Cross and Tapper on
Evidence, 11e éd. (New York : Oxford University Press,
2007), à la page 472; Hodge M. Malek, c.r. (dir.),
Phipson on Evidence, 17e éd. (Londres : Sweet &
Maxwell, 2010), à la page 645. Si un client reçoit une
lettre confidentielle d’un avocat et la transmet à une
tierce partie, le privilège est perdu en l’absence d’un
intérêt « conjoint » ou « commun » entre le client et la
tierce partie. Voir Bryant et al., aux pages 927 et 928.
[257] In this case, the Prothonotary found that a common interest existed between the Council and the Law
Society, namely, an interest in investigating complaints
of misconduct. Consequently, in her view, giving the
report to the Law Society did not waive the privilege.
This is a finding of mixed fact and law suffused by facts
that cannot be set aside absent palpable and overriding
error. None has been demonstrated.
[257] En l’espèce, la protonotaire a conclu que le
Conseil et le Barreau avaient un intérêt commun à
l’égard de l’enquête sur les plaintes d’inconduite. Par
conséquent, le fait que le rapport ait été remis au Barreau
ne constitue pas une renonciation au privilège. Il s’agit
d’une conclusion de fait et de droit appuyée sur des faits
amplement suffisants et qui ne peut être annulée si une
erreur concrète et déterminante n’a pas été commise. La
preuve de l’existence d’une telle erreur n’a pas été faite.
[258] However, the Prothonotary did not make any
finding of common interest concerning the arrival of the
Friedland Report into the hands of the Deputy Attorney
General. At the time this happened, the Attorney General
was retaining Mr. Slansky in some cases to prosecute
charges under provincial labour legislation. In short,
the Friedland Report has been transmitted to one of
Mr. Slansky’s clients.
[258] La protonotaire n’a toutefois tiré aucune
conclusion relative à l’intérêt commun en ce qui
concerne le fait que le rapport Friedland ait abouti entre
les mains du sous-procureur général. À l’époque, le
procureur général avait chargé Me Slansky de certaines
poursuites dans le cadre des lois sur le travail de la
province. Bref, le rapport Friedland a été transmis à un
client de Me Slansky.
[259] This loss of confidentiality over the Friedland
Report calls for explanation, but none has been given by
the Council, upon whom the burden of establishing
privilege rests. For example, the Council has not offered
[259] La violation de la confidentialité dont a fait
l’objet le rapport Friedland doit être expliquée, mais le
Conseil, à qui il incombe d’établir l’existence du privilège, n’a donné aucune explication. Il n’a par exemple
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
161
evidence showing the transmission of the Friedland
Report was unauthorized or that it is trying to recover
the document. It has not offered evidence establishing
some common interest between it and the Deputy
Attorney General. To the extent there was ever any
privilege over the Friedland Report, it has been lost.
présenté aucune preuve du fait que la transmission du
rapport Friedland n’avait pas été autorisée ou qu’il tente
de récupérer le document. Il n’a présenté aucune preuve
établissant un intérêt commun entre le sous-procureur
général et lui. Si le rapport Friedland a déjà fait l’objet
d’un privilège, celui-ci a été perdu.
[260] Second, in its decision letter, the Council has
disclosed some of the facts set out in the Friedland
Report, but not all. For example, it describes some of the
contents of the witness interviews described in the
Friedland Report, but not all of the contents.
[260] Deuxièmement, dans sa lettre de décision, le
Conseil divulgue certains des faits décrits dans le rapport Friedland, mais pas tous. Il fait par exemple état
d’une partie du contenu des entrevues avec les témoins
décrites dans le rapport Friedland, mais pas de tout
leur contenu.
[261] A party cannot disclose part of the content of
a privileged document and unfairly withhold the rest
of it: David M. Paciocco and Lee Stuesser, The Law
of Evidence, 6th ed. (Toronto: Irwin Law, 2011), at
page 220. Privilege is not a swinging door, open when
there is information to communicate, but slammed shut
when information is sought. See, e.g., Bone v. Person,
2000 CanLII 26955, 185 D.L.R. (4th) 335 (Man. C.A.),
at paragraph 14; Ranger v. Penterman, 2011 ONCA 412,
342 D.L.R. (4th) 690, at paragraph 16. A party may not
cherry-pick privileged communications, disclosing what
is helpful to it and withholding the rest: Guelph (City)
v. Super Blue Box Recycling Corp., 2004 CanLII 34954,
2 C.P.C. (6th) 276 (Ont. S.C.J.), at paragraph 78.
[261] Une partie ne peut divulguer partiellement le
contenu d’un document confidentiel et préserver indûment la confidentialité du reste du document : David M.
Paciocco et Lee Stuesser, The Law of Evidence, 6e éd.
(Toronto : Irwin Law, 2011), à la page 220. Le privilège
n’est pas une porte tournante qui serait ouverte lorsqu’il
y a des renseignements à communiquer, mais solidement
fermée lorsqu’on en demande. Voir par exemple, Bone v.
Person, 2000 CanLII 26955, 185 D.L.R. (4th) 335 (C.A.
Man.), au paragraphe 14; Ranger v. Penterman,
2011 ONCA 412, 342 D.L.R. (4th) 690, au paragraphe 16.
Une partie ne peut choisir les communications qui demeureront confidentielles, en divulguant ce qui lui est utile et
en préservant la confidentialité du reste : Guelph (City) v.
Super Blue Box Recycling Corp., 2004 CanLII 34954, 2
C.P.C. (6th) 276 (C.S.J. Ont.), au paragraphe 78.
[262] The Council should not be permitted to disclose
bits of information in the Friedland Report that support
its decision, but withhold the rest of it. In the interests
of fairness and consistency, the Council should be taken
to have waived whatever privilege might have existed
over all of the Friedland Report.
[262] Le Conseil ne devrait pas être autorisé à divulguer
certains éléments d’information contenus dans le rapport
Friedland pour appuyer cette décision, mais à préserver la
confidentialité du reste du rapport. Par souci d’équité et de
cohérence, il faudrait considérer que le Conseil a renoncé à
tout privilège dont le rapport Friedland a pu faire l’objet.
(9) Severance
[263] Even if Professor Friedland’s task included
providing legal advice, and even if the Council did not
waive any privilege which existed, the Friedland Report
should be included in the record of the Court, with any
privileged portions severed.
9) Prélèvement
[263] Même si la tâche confiée au professeur Friedland
incluait la prestation de conseils juridiques, et même si le
Conseil n’a pas renoncé à tout privilège existant, le rapport Friedland devrait être versé au dossier de la Cour,
après que toute partie confidentielle en aura été prélevée.
162
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
[264] At paragraph 112 of his reasons, my colleague,
Justice Evans, states that courts may not “sever findings
of fact made in an investigative report covered by solicitorclient privilege when they form the basis of, and are
inextricably linked to, the legal advice provided.” He
concludes (at paragraph 113) that in this case disclosing
the factual portions of the report would “erode the
confidentiality on which the lawyer-client relationship
fundamentally rests.”
[264] Au paragraphe 112 de ses motifs, mon collègue le
juge Evans affirme que les tribunaux ne peuvent procéder
au « prélèvement des constatations de faits contenues dans
un rapport d’enquête protégé par le secret professionnel de
l’avocat lorsque celles-ci sont le fondement des conseils
juridiques fournis et y sont inextricablement liées ». Il
conclut (au paragraphe 113) que la divulgation en l’espèce
des parties du rapport portant sur les faits viendrait « éroder la confidentialité dont la relation entre un avocat et son
client est fondamentalement tributaire ».
[265]
[265]
With respect, I disagree.
En toute déférence, je ne suis pas d’accord.
[266] First, severance is possible, legally speaking.
This Court has held that privileged statements can be
severed from non-privileged statements: Canada (Information Commissioner) v. Canada (Public Safety and
Emergency Preparedness), 2013 FCA 104, 360 D.L.R.
(4th) 176 (in the context of the Access to Information
Act, R.S.C., 1985, c. A-1).
[266] Premièrement, le prélèvement est possible en
droit. La Cour a affirmé que des déclarations confidentielles peuvent être séparées de déclarations non
confidentielles : Canada (Commissaire à l’information)
c. Canada (Sécurité publique et Protection civile),
2013 CAF 104 (dans le contexte de la Loi sur l’accès à
l’information, L.R.C. (1985), ch. A-1).
[267] Second, severance is possible, practically speaking. The factual portions are not linked inextricably to
the gratuitous recommendations and analyses contained
in the report. Nor are the factual portions recounted by
the client, let alone recounted for the purpose of legal
advice. The Prothonotary so found (at paragraph 30):
[267] Deuxièmement, le prélèvement est concrètement
possible. Les parties portant sur les faits ne sont pas
inextricablement liées aux recommandations et analyses
présentées par le professeur Friedland dans le rapport
sans qu’on lui ait demandé de le faire. Elles n’ont pas
été fournies non plus par le client, et cela particulièrement dans le but d’obtenir des conseils juridiques. C’est
ce que la protonotaire a conclu (au paragraphe 30) :
… it is possible to sever the “fact-gathering” investigative
work product prepared by “Counsel”… These facts are separate and distinct from the advice given on legal issues that
is privileged.
[…] il est possible de prélever les faits recueillis par « l’avocat » dans le cadre de son travail d’enquête […] Ces faits sont
distincts des avis donnés sur des questions juridiques protégées
par un privilège.
This finding, mainly one of fact, should be respected:
Housen v. Nikolaisen, 2002 SCC 33, [2002] 2 S.C.R.
235; H.L. v. Canada (Attorney General), 2005 SCC 25,
[2005] 1 S.C.R. 401.
Cette conclusion, qui est principalement fondée sur les
faits, devrait être respectée : Housen c. Nikolaisen, 2002
CSC 33, [2002] 2 R.C.S. 235; H.L. c. Canada (Procureur
général), 2005 CSC 25, [2005] 1 R.C.S. 401.
[268] Third, whether severing facts from legal advice
would, as my colleague says, “erode the confidentiality
on which the lawyer-client relationship fundamentally
rests”, depends on the context. If a lawyer recites facts
provided by a client, privilege likely applies. Protecting
those facts advances the purpose of solicitor-client
privilege—enabling clients to speak candidly to their
[268] Troisièmement, la possibilité que la séparation
des faits et des conseils juridiques vienne, comme mon
collègue le dit, « éroder la confidentialité dont la relation
entre un avocat et son client est fondamentalement tributaire » n’existe pas dans tous les contextes. Si un
avocat dresse la liste des faits communiqués par un
client, le privilège s’applique probablement. La
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
163
lawyers. On the other hand, if the lawyer acts more like
a conduit for information flowing from third parties,
privilege does not apply, and the underlying information
can be severed: see, e.g., College of Physicians of B.C.,
above, at paragraphs 60–69 (lawyer’s summary of the
oral opinions of two experts severed from legal advice
based on those opinions).
protection de ces faits vise l’objectif du secret professionnel de l’avocat : permettre au client de s’exprimer
sincèrement devant son avocat. Si l’avocat relaie par
contre l’information provenant de tierces parties, le
privilège ne s’applique pas, et les renseignements d’origine peuvent être prélevés : voir par exemple l’arrêt
College of Physicians of B.C., précité, aux paragraphes 60 à 69 (résumé par l’avocat des opinions
présentées verbalement par deux experts qui était séparé
des conseils juridiques donnés à partir de ces opinions).
[269] Fourth, severance—the redaction of isolated,
privileged material—plays a regular and important role
in Canadian litigation. Justice Corbett aptly described
this role in Guelph (City), above, at paragraph 119:
[269] Quatrièmement, le prélèvement — le retranchement de parties de documents confidentiels circonscrites
— joue régulièrement un rôle important dans le cadre
des procédures judiciaires au Canada. Le juge Corbett a
bien décrit ce rôle dans la décision Guelph (City), précitée, au paragraphe 119 :
The practice of “redacting” documents has been in wide use
in commercial litigation in Ontario for at least two decades. It
follows a practice developed in American jurisdictions to balance the goals of full disclosure and protection of privilege. It
is very common for documents that are otherwise producible
to contain a portion that deals with receipt of legal advice on
the topic at hand. For example, the minutes of a board meeting
might contain twelve business items, one of which concerned
receipt of legal advice pertaining to litigation. An “all or nothing” approach to disclosure would see the document entirely
produced (thus breaching solicitor client privilege in respect to
the advice given concerning the litigation), or entirely suppressed (depriving the opposing party with the record of the
balance of the document). The proper solution is to produce
the portion of the document that is not privileged, delete the
portion that is privileged, and show the deletion on the face of
the document to alert the opposing party that privileged material has been removed. [Footnote omitted.]
[traduction] La pratique consistant à « caviarder » des
parties de document est courante en droit commercial en
Ontario depuis au moins 20 ans. Elle est calquée sur une façon
de faire mise au point aux États-Unis dans le but de trouver un
équilibre entre les objectifs de la divulgation complète et de la
protection de la confidentialité. Il arrive très souvent que des
documents qui pourraient autrement être produits contiennent
une section portant sur la réception de conseils juridiques
concernant le sujet abordé. À titre d’exemple, le procès-verbal
d’une réunion d’un conseil d’administration peut contenir
12 points à l’ordre du jour dont un qui porte sur la réception de
conseils juridiques concernant un litige. Si la divulgation devait
se faire sur le mode « tout ou rien », soit le document intégral
serait produit (ce qui irait à l’encontre du secret professionnel
de l’avocat à l’égard des conseils donnés concernant le litige)
soit il ne le serait pas du tout (ce qui priverait l’autre partie de
l’accès au reste du document). La meilleure solution consiste
à produire les parties du document qui ne sont confidentielles,
à en supprimer les parties confidentielles et à indiquer que des
éléments ont été supprimés à la face même du document, afin
d’avertir la partie adverse que les renseignements confidentiels
ont été retranchés. [Note en bas de page omise.]
See also Canada (Public Safety and Emergency
Preparedness), above, where this Court redacted three
paragraphs out of seventeen, albeit under legislation
which contemplated redaction. See also Southern
Railway of British Columbia Ltd. v. Canada (Deputy
Minister of National Revenue), 1991 CanLII 2083,
[1991] 1 C.T.C. 432 (B.C.S.C.); PSC Industrial Services
Canada Inc. v. Thunder Bay (City), 2006 CanLII 7029
(Ont. S.C.J.); B.C. Securities Commission v. BDS and
Voir l’arrêt Canada (Sécurité publique et Protection
civile), précité, où la Cour a retranché trois paragraphes
sur dix-sept, quoiqu’en vertu de lois portant sur cette
pratique. Voir également la décision Southern Railway
of British Columbia Ltd. v. Canada (Deputy Minister
of National Revenue), 1991 CanLII 2083, [1991]
1 C.T.C. 432 (C. supr. C.-B.); PSC Industrial Services
Canada Inc. v. Thunder Bay (City), 2006 CanLII 7029
(C.S.J. Ont.); B.C. Securities Commission v. BDS and
164
CANADA
CWM, 2002 BCSC 664, at paragraph 15; 1225145
Ontario Inc. v. Kelly, 2006 CanLII 19425, 27 C.P.C.
(6th) 227 (Ont. S.C.J.).
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
CWM, 2002 BCSC 664, au paragraphe 15; 1225145
Ontario Inc. v. Kelly, 2006 CanLII 19425, 27 C.P.C.
(6th) 227 (C.S.J. Ont.).
(10) Conclusion on solicitor-client privilege
10) Conclusion concernant le secret professionnel de l’avocat
[270] For the foregoing reasons, I reject the Council’s
claim of solicitor-client privilege over the Friedland
Report.
[270] Pour tous ces motifs, je rejette l’argument du
Conseil selon lequel le rapport Friedland est protégé par
le secret professionnel de l’avocat.
C.
C.
Public interest privilege
Privilège d’intérêt public
[271] The Council submits that the Friedland Report
is protected by public interest privilege. For the reasons
that follow, I cannot accept this submission.
[271] Le Conseil affirme que le rapport Friedland est
protégé par un privilège d’intérêt public. Pour les motifs
qui suivent, je rejette cette affirmation.
[272] Public interest privilege is designed to protect
against the disclosure of a document where the public
interest in confidentiality predominates. But, as we shall
see, confidentiality can be accommodated in ways short
of total secrecy from all. As a precursor to this discussion, it is useful to review some preliminary matters
governing the rule 318 motion before us.
[272] Le privilège d’intérêt public sert à protéger un
document contre la divulgation lorsque la confidentialité
du document sert davantage l’intérêt public que sa divulgation. Toutefois, comme nous allons le voir, il peut y
avoir confidentialité sans que le document soit entièrement secret pour tous. Pour mettre l’analyse en contexte,
il est utile d’examiner certaines questions préliminaires
régissant le traitement de la requête qui nous est présentée en vertu de la règle 318.
(1) Preliminary matters
1) Questions préliminaires
[273] This is an appeal from the Federal Court’s disposition of a motion brought under rule 318, challenging
the Council’s refusal to produce the Friedland Report to
Mr. Slansky so it can be included in the record before
the reviewing court. Rule 318 relates directly to the
content of the record before the reviewing court.
[273] La Cour est saisie d’un appel de la décision
rendue par la Cour fédérale à l’égard d’une requête
présentée en vertu de la règle 318 pour contester le refus
du Conseil de remettre le rapport Friedland à Me Slansky
pour qu’il puisse être versé au dossier de la cour de révision. La règle 318 porte directement sur le contenu du
dossier devant la cour de révision.
[274] The reviewing court, not the administrative tribunal being reviewed, decides the content of the record
before the court. On this question, the court is not reviewing the administrative tribunal’s decision about what to
produce. In other words, analytically, it is not asking
itself whether the Council’s decision not to produce
certain material falls within a range of acceptability and
defensibility, deferring to its assessments. Instead, it is
[274] C’est la cour de révision, et non le tribunal administratif dont la décision fait l’objet du contrôle, qui
décide du contenu du dossier qui lui est soumis. À cet
égard, la cour ne contrôle pas la décision du tribunal administratif touchant ce qui est produit. Autrement dit, sur le
plan analytique, elle ne se demande pas si la décision du
Conseil de ne pas produire certains documents relève de
ce qui est acceptable et justifiable, et elle s’en remet au
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
165
considering what evidence should be before it when it
determines the judicial review. The reviewing court is to
apply its own standards and evaluate the evidence filed
before it on the motion, not defer to the Council’s view.
jugement du Conseil. La cour examine plutôt la question
des éléments de preuve dont elle devrait disposer pour
procéder au contrôle judiciaire. La cour de révision doit
appliquer ses propres normes et apprécier les éléments de
preuve qui lui ont été présentés relativement à la requête,
et non s’en remettre au point de vue du Conseil.
[275] Turning to the applicable Rules, rule 317 allows
a party to request material from a tribunal relevant to
the application for judicial review. The requesting
party is entitled to be sent everything that was before
the decision maker (and that the applicant does not
have in its possession) at the time the decision at issue
was made: Access Information Agency Inc. v. Canada
(Attorney General), 2007 FCA 224, at paragraph 7;
1185740 Ontario Ltd. v. Canada (Minister of National
Revenue), 1999 CanLII 8774, 247 N.R. 287 (F.C.A.).
Put another way,
[275] J’aborde maintenant les articles applicables des
Règles. La règle 317 autorise une partie à demander à
un tribunal de produire des documents pertinents quant
à la demande de contrôle judiciaire. La partie demanderesse a le droit de demander que lui soit transmis tout ce
qui était devant le décideur (et que la demanderesse n’a
pas en sa possession) lorsque la décision en cause a été
prise : Access Information Agency Inc. c. Canada
(Procureur général), 2007 CAF 224, au paragraphe 7;
1185740 Ontario Ltd. c. Canada (Ministre du Revenu
national), 1999 CanLII 8774 (C.A.F.). Autrement dit :
… in order to effectively pursue their rights to challenge
administrative decisions from a reasonableness perspective,
the applicants in judicial review proceedings must be entitled
to have the reviewing court consider the evidence presented
to the tribunal in question.
[traduction] […] afin de pouvoir véritablement se prévaloir de
manière raisonnable de leur droit de contester une décision administrative, les demandeurs dans le cadre de contrôles judiciaires
doivent pouvoir demander à la cour de révision d’examiner les
éléments de preuve présentés au tribunal en question.
(Hartwig v. Commission of Inquiry into matters relating
to the death of Neil Stonechild, 2007 SKCA 74 (CanLII),
284 D.L.R. (4th) 268, at paragraph 24.)
(Hartwig v. Commission of Inquiry into matters relating
to the death of Neil Stonechild, 2007 SKCA 74 (CanLII),
284 D.L.R. (4th) 268, au paragraphe 24.)
[276] This passage recognizes the relationship
between the record before the reviewing court and the
reviewing court’s ability to review what the tribunal has
done. If the reviewing court does not have evidence of
what the tribunal has done or relied upon, the reviewing
court may not be able to detect reversible error on the
part of the tribunal. In other words, an inadequate evidentiary record before the reviewing court can immunize
the tribunal from review on certain grounds.
[276] Cet extrait établit l’existence d’un lien entre le
dossier soumis à la cour de révision et la capacité de
cette dernière d’examiner ce que le tribunal a fait. Si la
cour de révision n’a pas devant elle le document montrant ce que le tribunal a fait ou sur quoi il s’est appuyé,
elle peut ne pas être en mesure de détecter une erreur
justifiant l’infirmation de sa décision. Autrement dit,
l’insuffisance du dossier de preuve soumis à la cour de
révision peut immuniser le tribunal contre le contrôle
pour certains motifs.
[277] Rule 318 requires the tribunal to produce this
material to the requesting party and to the Registry unless
the tribunal objects to disclosure and the Court upholds
this objection. Two legitimate grounds of objection are
solicitor-client privilege and public interest privilege.
[277] La règle 318 exige que le tribunal remette les
documents en question à la partie demanderesse et au
greffe, à moins qu’il ne s’oppose à la divulgation et que
la Cour ne confirme son opposition. Le secret professionnel de l’avocat et un privilège d’intérêt public sont
deux des motifs légitimes d’opposition.
166
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
[278] Viewed in isolation, rules 317 and 318 can work
an injustice. There may be cases where an administrative decision maker based its decision on material over
which there may be substantial confidentiality interests.
As a result, under rule 318, a valid objection may lie
against the applicant getting the material. Similarly, a
valid objection may lie against the Registry, and thus,
any member of the public on request, getting the material. If access to the material is denied, the material will
never be placed before the reviewing court. As a result,
some or all of the decision may be immunized from
review—the concern expressed in Hartwig.
[278] Pris isolément, les règles 317 et 318 peuvent
créer une injustice. Il peut y avoir des cas où le décideur
administratif fonde sa décision sur des documents dont
l’une des parties a grand intérêt à ce qu’ils demeurent
confidentiels. Il existe alors une objection valable, en
vertu de la règle 318, au fait que le demandeur ait accès
aux documents. De même, il peut y avoir une opposition
valable au fait que le greffe obtienne les documents et
donc que tout membre du public qui puisse faire une
demande pour le consulter y ait accès. Toutefois, si l’accès
aux documents est refusé, ceux-ci ne seront jamais soumis
à la cour de révision. Par conséquent, certaines décisions,
voire toutes, peuvent être mises à l’abri d’un contrôle
— c’est la préoccupation soulevée dans l’arrêt Hartwig.
[279] But rules 317 and 318 do not sit in isolation.
Rules 151 and 152 allow for material before the reviewing court to be sealed where well-established
confidentiality interests outweigh the substantial public
interest in openness: Sierra Club of Canada v. Canada
(Minister of Finance), 2002 SCC 41, [2002] 2 S.C.R.
522. Further, under rule 53, terms can be attached to any
order. Finally, there are plenary powers in the area of
supervision of tribunals: Canada (Human Rights
Commission) v. Canadian Liberty Net, [1998] 1 S.C.R.
626, at paragraphs 35–38; M.N.R. v. Derakhshani, 2009
FCA 190, at paragraphs 10–11; Canada (National
Revenue) v. RBC Life Insurance Company, 2013 FCA
50, at paragraphs 35–36.
[279] Cependant, les règles 317 et 318 ne peuvent être
pris isolément. Les règles 151 et 152 autorisent la mise
sous scellés de documents présentés à la cour de révision
dans le cas où des intérêts bien établis à l’égard de la
confidentialité dépassent l’important intérêt public à
l’égard de l’ouverture : Sierra Club du Canada c. Canada
(Ministre des Finances), 2002 CSC 41,
[2002] 2 R.C.S. 522. En outre, la règle 53 prévoit que toute
ordonnance peut être assortie de conditions. Enfin, la cour
de révision possède de pleins pouvoirs dans le domaine de
la surveillance des tribunaux : Canada (Commission des
droits de la personne) c. Canadian Liberty Net,
[1998] 1 R.C.S. 626, aux paragraphes 35 à 38; M.R.N. c.
Derakhshani, 2009 CAF 190, aux paragraphes 10 et 11;
Canada (Revenu national) c. Compagnie d’assurance vie
RBC, 2013 CAF 50, aux paragraphes 35 et 36.
[280] In my view, the interaction of these Rules and
powers gives the court considerable remedial flexibility.
On a rule 318 motion, in cases where the strict Sierra
Club test for sealing is met, the court can do more than
just uphold or reject the administrative decision-maker’s
objection to disclosure of the material that was before
it. Among other things, the Court can order that the requesting party and the Registry receive the material with
suitable deletions to respect confidentiality, and the
reviewing court receive the original, unedited version of
the material so it can meaningfully review the administrative decision.
[280] À mes yeux, l’interaction entre ces articles des
Règles et ces pouvoirs offre à la Cour une marge de
manœuvre considérable en matière de réparation.
Lorsqu’elle est saisie d’une requête en vertu de la
règle 318, si le critère strict de l’arrêt Sierra Club relativement à la confidentialité est respecté, la Cour n’est pas
limitée à la confirmation ou au rejet de l’opposition du
décideur administratif concernant la divulgation de documents qui lui avaient été présentés. La Cour peut entre
autres ordonner que la partie demanderesse et le greffe
reçoivent les documents expurgés des parties confidentielles et que la cour de révision reçoive la version
originale sans suppression, pour qu’elle puisse procéder
à un véritable contrôle de la décision administrative.
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
167
[281] Where sealing orders are warranted under the strict
Sierra Club test, they can come in all shapes and sizes,
limited only by the creativity and imagination of counsel
and courts. They can be tailored to meet the exact needs of
each case: see, for example, the creative and detailed sealing order made in Health Services and Support-Facilities
Subsector Bargaining Association v. British Columbia,
2002 BCSC 1509, 8 B.C.L.R. (4th) 281.
[281] Lorsqu’une ordonnance de mise sous scellés est
justifiée aux termes du critère strict de Sierra Club,
celle-ci peut prendre toutes sortes de formes, qui sont limitées seulement par la créativité et l’imagination des
avocats et des juges. Les ordonnances peuvent être
adaptées en fonction des besoins précis de chacune des
décisions : voir par exemple l’ordonnance créative et
détaillée rendue dans la décision Health Services and
Support-Facilities Subsector Bargaining Association v.
British Columbia, 2002 BCSC 1509, 8 B.C.L.R. (4th) 281.
[282] This sort of remedial flexibility is useful in
reconciling confidentiality interests against the need
for meaningful review of decisions. In some cases, valid
reasons against allowing the Registry (and, thus, the
public) access to the material may exist, but no such
reasons may exist against the applicant or the Court. In
other cases, valid reasons may exist against allowing
the Registry and the applicant access, but not against
the Court. It depends on the evidence placed before
the Court.
[282] Cette marge de manœuvre, pourrait-on dire,
dans les réparations possibles est utile pour trouver un
équilibre entre les intérêts à l’égard de la confidentialité
et la nécessité de permettre un véritable contrôle des
décisions. Il peut y avoir dans certains cas des raisons
valables de refuser l’accès à des documents au greffe (et
donc au public), mais sans qu’il y ait de raisons valables
de le refuser au demandeur ou à la Cour. Dans d’autres
cas, il peut y avoir des raisons valables de refuser l’accès
au greffe et au demandeur, mais pas à la Cour. Cela
dépend des éléments de preuve présentés à la Cour.
[283] Therefore, in my view, where, as here, a court
is faced with a motion under rule 318, it should keep
front of mind the remedial flexibility it has. It should
make an order that allows for necessary protection of
confidentiality interests but meaningful review of
administrative action. This principle governs my
approach in this case.
[283] Ainsi, à mon avis, dans les cas où, comme en
l’espèce, la Cour est saisie d’une requête présentée en
vertu de la règle 318, il convient de toujours garder à
l’esprit la marge de manœuvre qui existe quant aux
réparations. La Cour devrait rendre une ordonnance
permettant la protection nécessaire des intérêts liés à la
confidentialité, mais aussi un véritable contrôle de la
décision administrative. Ma façon d’envisager la question est fondée sur ce principe.
(2) An exception to disclosure: public interest
privilege
2) Exception à la divulgation : le privilège
d’intérêt public
[284] One recognized ground of objection under rule
318 is public interest privilege, namely where including
a document in the judicial review record “would interfere with the public interest”: Carey v. Ontario, [1986]
2 S.C.R. 637, at pages 670–671. In assessing the existence of this privilege, the Court must balance the
confidentiality interests at stake against the need for the
document to be included in the judicial review record.
[284] Un motif reconnu d’opposition aux termes de la
règle 318 est le privilège d’intérêt public, c’est-à-dire le
fait que l’inclusion d’un document dans le dossier du
contrôle judiciaire « porte atteinte à l’intérêt public » :
Carey c. Ontario, [1986] 2 R.C.S. 637, aux pages 670
et 671. Pour établir l’existence de ce privilège, la Cour
doit trouver un équilibre entre les intérêts à l’égard de la
confidentialité et la nécessité que le document soit inclus
dans le dossier de contrôle judiciaire.
168
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
[285] The latter concern—the needs of the administration of justice—deserves significant weight in the
balancing. Public interest privilege should not become
a shield used to repel judicial scrutiny of decisions that
lack legality or are unreasonable: Carey, above, at
page 673. It is often said that the secrecy afforded by the
privilege is needed so that government institutions can
function effectively. But sometimes including the document in the judicial review record is necessary for the
same reason—courts need to vet an administrative decision to ensure the decision maker functioned properly.
[285] Un poids important doit être accordé à cette
dernière préoccupation (les exigences de l’administration de la justice). Le privilège d’intérêt public ne devrait
pas devenir un bouclier contre l’examen judiciaire de
décisions non fondées en droit ou déraisonnables : arrêt
Carey, précité, à la page 673. On dit souvent que le secret
que permet le privilège est nécessaire au bon fonctionnement des organisations gouvernementales. Il arrive
cependant parfois que l’inclusion du document dans
le dossier de contrôle judiciaire soit nécessaire pour la
même raison : les cours doivent vérifier les décisions
administratives rendues par les décideurs pour s’assurer
que ceux-ci font bien leur travail.
[286] Sometimes a charge of misbehaviour by a
governmental institution justifies disclosure. Put another
way, “the course of justice must not be unnecessarily
impeded by claims to secrecy”: Sankey v. Whitlam
(1978), 21 A.L.R. 505 (H.C.), at pages 532–534,
approved in Carey, above, at pages 664–665. As Lord
Scarman asked in Burmah Oil Co. v. Bank of England,
[1979] 3 All E.R. 700 (H.L.), at page 733, “what is so
important about secret government that it must be protected even at the price of injustice in our courts?”
[286] Dans certains cas, une accusation d’inconduite
portée par une organisation gouvernementale justifie la
divulgation. Autrement dit, [traduction] « il faut que la
justice puisse suivre son cours sans être indûment entravée
par des revendications de confidentialité » : Sankey v.
Whitlam (1978), 21 A.L.R. 505 (H.C.), aux pages 532
à 534, approuvé dans l’arrêt Carey, précité, aux pages 664
et 665. Comme lord Scarman le disait dans l’arrêt Burmah
Oil Co. v. Bank of England, [1979] 3 All E.R. 700 (H.L.),
à la page 733, [traduction] « le secret en matière gouvernementale revêt-il une importance telle qu’il doit être
protégé même au prix d’injustice devant nos tribunaux? »
[287] Accordingly, where upholding the privilege
might cause injustice in the judicial review, only a strong
interest in confidentiality, well established in the evidence, will suffice: Carey, above, at pages 653–654,
668, 671 and 673.
[287] Ainsi, lorsque le respect du privilège est susceptible d’entraîner une injustice dans le cadre du contrôle
judiciaire, seul un intérêt relatif à la confidentialité important et bien établi dans les éléments de preuve suffira :
arrêt Carey, précité, aux pages 653 et 654, 668, 671 et 673.
(3) Assessing the arguments in favour of public
interest privilege
3) Appréciation des arguments favorables au
privilège d’intérêt public
[288] In this case, a public administrative decision
maker, the Council, has made a public decision under a
statutory power. Specifically, Chief Justice Scott made
the decision for the Council. The Council claims public
interest privilege over a largely factual investigative
report that it relied upon in making the decision under
review. As a result, it says that the Federal Court judge
reviewing the Council’s decision cannot see it.
[288] En l’espèce, un décideur administratif public, le
Conseil, a rendu une décision publique en vertu des pouvoirs que lui confère la loi. Plus précisément, le juge en
chef Scott a rendu la décision au nom du Conseil. Le
Conseil invoque un privilège d’intérêt public concernant un
rapport d’enquête en grande partie factuel sur lequel il s’est
appuyé pour rendre la décision faisant l’objet du contrôle.
Il affirme donc que le juge de la Cour fédérale chargé
d’examiner sa décision ne peut consulter ce rapport.
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
169
[289] At the outset, one might wonder how the public
interest might be hurt if, in addition to Chief Justice
Scott, a Federal Court judge sitting in review also sees
the Friedland Report. This question assumes greater
urgency when one recognizes that the Law Society of
Upper Canada and the Attorney General of Ontario have
also seen the Friedland Report. And in this matter—
Mr. Slansky’s motion to have the Friedland Report
included in the judicial review record—the Prothonotary,
the Federal Court Judge, and the judges on this panel of
the Court have all seen the Friedland Report. In my
view, the Council must demonstrate a strong interest in
confidentiality, well established in the evidence, that
explains why the Federal Court judge reviewing the
Council’s decision cannot see it when so many others
have already seen it.
[289] On peut d’abord se demander en quoi l’intérêt
public serait touché si, en plus du juge en chef Scott, un
juge de la Cour fédérale procédant au contrôle de la décision consultait le rapport Friedland. Cette question
devient plus pressante lorsqu’on prend connaissance du
fait que le Barreau du Haut-Canada et le procureur général de l’Ontario ont eux aussi vu le rapport Friedland. Et
dans le contexte de la requête de Me Slansky concernant
le versement du rapport Friedland au dossier de contrôle
judiciaire, la protonotaire, le juge de la Cour fédérale et
les juges de la présente formation de la Cour ont tous vu
le rapport Friedland. J’estime que le Conseil doit faire la
preuve d’un intérêt important à l’égard de la confidentialité, qu’il soit bien établi par les éléments de preuve et
qui explique pourquoi le juge de la Cour fédérale chargé
de contrôler la décision du Conseil ne peut voir le rapport, alors que tant d’autres personnes l’ont déjà vu.
[290]
[290]
This, the Council has not done.
Or, le Conseil ne l’a pas fait.
[291] The Council urges that if its claim of public interest privilege is rejected, serious consequences will follow.
In his affidavit, Mr. Sabourin deposes that the Council
needs to obtain “candid and reliable” information. Some
will feel “vulnerable to the adverse opinions of the judge”
or other court staff if they speak and their words become
known. The judge might well have significant privacy
interests over the information, such as “medical conditions, family situations, or a judge’s state of mind during
the deliberative or decision-making process”. No further
light is shed on these matters. As the Prothonotary, the
fact-finder in this motion, observed at paragraph 36 of
her reasons, the evidence offered by the Council is general, unparticularized and, to some extent, speculative.
[291] Le Conseil affirme que des conséquences graves
découleraient du rejet de son argument concernant le
privilège d’intérêt public. Dans son affidavit, Me Sabourin
dit que le Conseil doit pouvoir obtenir des renseignements [traduction] « sincères et fiables ». Certaines
personnes se sentiront [traduction] « vulnérables aux
opinions négatives du juge » ou d’autres membres du
personnel judiciaire si elles s’expriment et que leurs
déclarations sont rendues publiques. Le juge pourrait
très bien avoir des intérêts importants à l’égard de la
confidentialité des renseignements, tenant par exemple
[traduction] « à un problème de santé, à la situation
familiale ou à l’état d’esprit du juge durant le processus
de délibération ou de décision ». Aucune explication
n’est donnée à l’égard de ces questions. Comme la
protonotaire qui a procédé à la constatation des faits relativement à la présente requête le fait remarquer au
paragraphe 36 de ses motifs, des éléments de preuve
fournis par le Conseil sont de nature générale, indéfinie,
et, dans une certaine mesure, hypothétique.
[292] When considering evidence of this sort, we must
follow the Supreme Court’s decision in Carey. There,
the Supreme Court considered general, unparticularized
evidence claiming that, without confidentiality, candour
in Cabinet discussions would suffer, injuring policy
[292] Lorsque nous examinons des éléments de preuve
de ce genre, nous devons suivre l’arrêt Carey de la Cour
suprême. Dans cet arrêt, la Cour s’est penchée sur un
témoignage de nature générale et indéfinie selon lequel
l’absence de confidentialité empêcherait la tenue de
170
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
formulation and the public interest. Consistent with its
view that claims of public interest privilege can only be
founded upon strong confidentiality interests well established in the evidence, the Supreme Court found the
evidence wanting. In its view, the party seeking to justify
the withholding of a document needed in court proceedings must file evidence that is “as helpful as possible,”
providing “as much detail as the nature of the subject
matter [will] allow”: Carey, above, at page 654; see also,
e.g., Burmah Oil, above. It added that high quality evidence matters even more where, as here, the party is
“not a wholly detached observer of events”: Burmah Oil,
above, at page 720.
discussions franches au Cabinet, ce qui nuirait à l’élaboration de politiques et à l’intérêt public. Conformément
à son point de vue selon lequel des revendications de
privilège d’intérêt public ne peuvent être fondées que sur
des intérêts relatifs à la confidentialité importants et bien
établis par les éléments de preuve, la Cour suprême a
conclu que la preuve était insuffisante. À son avis, la
partie qui cherche à justifier la non-production d’un
document nécessaire dans le cadre d’une procédure judiciaire doit présenter des éléments de preuve en étant
« aussi coopérat[ive] que possible » et en fournissant
« tous les détails qu’[elle peut] compte tenu de la nature
du sujet traité » : arrêt Carey, précité, à la page 654; voir
aussi par exemple l’arrêt Burmah Oil, précité. Cette décision précise que la présentation d’éléments de preuve de
grande qualité est encore plus importante si, comme en
l’espèce, la partie concernée n’est [traduction] « pas
le témoin entièrement désintéressé d’événements » :
arrêt Burmah Oil, précité, à la page 720.
[293] In Carey, the Supreme Court did not stop there.
Before it were confidential Cabinet deliberations.
Nevertheless, it scorned the idea that the need for candour, by itself, can justify withholding a document
needed in court proceedings.
[293] La Cour suprême est allée plus loin dans l’arrêt
Carey. Elle disposait de délibérations confidentielles du
Cabinet. Néanmoins, elle a rejeté l’idée que le besoin de
franchise puisse justifier en soi la non-production de
documents nécessaires dans le cadre de procédures
judiciaires.
[294] It observed that it is “very easy to exaggerate
[the] importance” of candour arguments, at page 657. It
also observed that candour arguments have “received
heavy battering in the courts”; indeed, they have been
dismissed as being of “doubtful validity,” “grotesque,”
and an “old fallacy”, at pages 657–670, citing Conway
v. Rimmer, [1968] A.C. 910 (H.L.), at page 957; Glasgow
Corporation v. Central Land Board, 1956 S.C. (H.L.) 1,
at page 20; Rogers v. Home Secretary, [1973] A.C. 388
(H.L.), at page 413; Burmah Oil, above, at page 724; and
Sankey, above.
[294] La Cour a fait remarquer qu’« il est bien facile
d’[…] exagérer l’importance » des arguments relatifs à
la franchise, à la page 657. Elle a ajouté que ces arguments ont été « mi[s] à rude épreuve par les tribunaux »;
en effet, ils ont été rejetés et qualifiés de [traduction]
« douteu[x] », de « saugrenu » et d’« erreur tenace », aux
pages 657 à 670, où la Cour cite Conway v. Rimmer,
[1968] A.C. 910 (H.L.), à la page 957; Glasgow
Corporation v. Central Land Board, 1956 S.C. (H.L.) 1,
à la page 20; Rogers v. Home Secretary, [1973] A.C. 388
(H.L.), à la page 413; Burmah Oil, précité, à la page 724;
et l’arrêt Sankey, précité.
[295] Turning to the Council’s assertion that judges
and others have privacy interests deserving of protection,
in some cases this is undoubtedly so. In Mr. Slansky’s
complaint to the Council, he recognized that in the
“early stages of any investigation, assurances of confidentiality may be necessary to obtain information”. It is
[295] Quant à l’affirmation du Conseil selon laquelle
les juges, entre autres, ont des intérêts relatifs au respect de leur vie privée qui doivent être protégés, c’est
sans aucun doute le cas parfois. Dans la plainte qu’il a
déposée devant le Conseil, Me Slansky reconnaît que
[traduction] « au cours des premières étapes de toute
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
171
true that Professor Friedland interviewed certain witnesses, assuring them their confidentiality would be
respected. With more particularity in the evidence, one
might share the Council’s concern that absent privacy
protection, as a general matter people will be reluctant
to cooperate and the Council’s summary screening
process will be impeded. But all of these concerns can
be addressed in any judicial review proceeding, if necessary, by sealing sensitive information from the public,
the other side, or both.
enquête, des garanties de confidentialité peuvent être
nécessaires pour obtenir des renseignements ». Il est
vrai que le professeur Friedland a interrogé certains
témoins en leur assurant que leurs réponses demeureraient confidentielles. Si les éléments de preuve
présentés étaient plus précis, on pourrait partager la
préoccupation du Conseil tenant au fait qu’en règle
générale, en l’absence de protection de la confidentialité, les gens seront plus réticents à collaborer, et le
processus de traitement sommaire des plaintes du
Conseil sera entravé. Toutes ces préoccupations peuvent
cependant être examinées dans le cadre de toute procédure de contrôle judiciaire, au besoin, en empêchant
l’accès du public, de l’autre partie ou des deux aux
renseignements de nature délicate.
[296] Denying the reviewing court access to the information, however, overshoots the mark. As we shall see,
there is a strong public interest in courts reviewing
exercises of public power regardless of the sensitivities
involved. With the help of sealing orders in appropriate
cases, the public interest in reviewing exercises of public
power can be vindicated with no effect on privacy interests or the Council’s summary screening procedure.
[296] Empêcher la cour de révision d’accéder à ces
renseignements va cependant plus loin que le but recherché. Comme nous allons le voir, il y a un important
intérêt public à l’égard du fait que les cours examinent
l’exercice du pouvoir public, même si cela touche certaines sensibilités. Au moyen d’ordonnances de mise
sous scellés lorsque cela est indiqué, l’intérêt public à
l’égard du contrôle de l’exercice du pouvoir public peut
être servi sans que cela ait le moindre effet sur les intérêts relatifs à la confidentialité ni sur la procédure de
traitement sommaire des plaintes du Conseil.
[297] The sorts of confidentiality concerns raised by
the Council also exist in the case of other professionals
whose conduct is scrutinized by disciplinary bodies.
Doctors, engineers, lawyers, architects and teachers also
have privacy concerns and their colleagues may well be
reluctant to speak without assurances of confidentiality.
But courts review the decisions of these disciplinary
bodies with the benefit of all of the confidential and
sensitive material before them, protected, when necessary, by a sealing order. Why should a court reviewing
the decisions of the Council be any different?
[297] Le genre de préoccupations que soulève le
Conseil relativement à la confidentialité existe également
dans le cas d’autres professionnels dont la conduite est
examinée par un organisme disciplinaire. Les médecins,
les ingénieurs, les avocats, les architectes et les enseignants ont eux aussi des préoccupations quant au respect
de leur vie privée, et leurs collègues peuvent également
être réticents à s’exprimer si on ne garantit pas la confidentialité de leurs déclarations. Des tribunaux examinent
toutefois les décisions de ces organismes disciplinaires
à la lumière de tous les documents confidentiels et de
nature délicate qui leur sont présentés, ceux-ci étant
protégés, au besoin, par une ordonnance de mise sous
scellés. Pourquoi devrait-il en être autrement lorsque la
Cour contrôle les décisions du Conseil?
[298] The Council also raises the principle of judicial
independence in support of its privilege claim—an
[298] Le Conseil invoque également le principe de
l’indépendance judiciaire à l’appui de sa revendication
172
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
argument rejected by the Court below (at paragraph 78
of its reasons). Mr. Sabourin deposes as follows
(at paragraph 24):
d’un privilège — argument que rejette la Cour ci-dessous
(au paragraphe 78 de ses motifs). Me Sabourin affirme
ce qui suit (au paragraphe 24) :
… judicial independence may be threatened if Council cannot
give assurances of confidentiality about information provided
by a judge regarding a judge’s state of mind during the deliberative or decision-making process.
[traduction] […] l’indépendance judiciaire peut être menacée si le Conseil ne peut garantir la confidentialité des
renseignements fournis par un juge concernant son état d’esprit
durant le processus de délibération ou de décision.
[299] Again, this is asserted, not demonstrated or
explained with particularity. The Council has not demonstrated that any parts of the Friedland Report contain
elements of deliberative secrecy as that term is understood
in the jurisprudence: MacKeigan v. Hickman, [1989] 2
S.C.R. 796. If there were such elements and if the Sierra
Club test were met, again, a sealing order would suffice.
But here, Mr. Slansky’s complaint very much focused
upon the Judge’s demeanour and conduct in open court. In
any event, the legitimate sphere of deliberative secrecy in
the context of judicial discipline proceedings is relatively
narrow: see Charles Gardner Geyh, “Rescuing Judicial
Accountability from the Realm of Political Rhetoric”
(2006), 56 Case W. Res. L. Rev. 911, at pages 922–935.
[299] Encore une fois, il s’agit d’une chose qui est
affirmée, et non démontrée ou expliquée avec précision.
Le Conseil n’a pas démontré qu’une partie quelconque
du rapport Friedland contenait des éléments relevant du
secret du délibéré, au sens où cette expression est entendue dans la jurisprudence : MacKeigan c. Hickman,
[1989] 2 R.C.S. 796. Si de tels éléments existaient, et si
le critère de l’arrêt Sierra Club était respecté, je répète
qu’une ordonnance de mise sous scellés suffirait.
Cependant, la plainte formulée par Me Slansky en l’espèce porte surtout sur le comportement et la conduite du
juge en audience publique. De toute façon, le champ
d’application légitime du secret du délibéré dans le
contexte des procédures de discipline judiciaire est assez
étroit : voir Charles Gardner Geyh, « Rescuing Judicial
Accountability from the Realm of Political Rhetoric »
(2006), 56 Case W. Res. L. Rev. 911, aux pages 922
à 935.
[300] But, in any event, I do not see the causal link
between: (i) disclosure under seal to the reviewing court
of a largely factual report relied upon by the Council in
its decision; and (ii) injury to judicial independence.
Under a stringent sealing order, only the judge reviewing
the Council’s decision will see the report. That judge, as
a beneficiary of judicial independence, will appreciate
its importance.
[300] Je ne vois de toute manière aucun lien de cause
à effet entre i) la divulgation sous scellés à la cour de
révision d’un rapport en grande partie factuel sur
lequel le Conseil s’est appuyé pour rendre sa décision;
et ii) l’atteinte à l’indépendance judiciaire. Si une ordonnance stricte de mise sous scellés était rendue, seul le
juge chargé du contrôle de la décision du Conseil pourrait
consulter le rapport. Ce juge, bénéficiant de l’indépendance judiciaire, en apprécierait l’importance.
[301] Indeed, as I shall demonstrate later, withholding the Friedland Report from the reviewing court will
likely injure judicial independence.
[301] En fait, comme je le démontrerai plus loin, la
non-production du rapport Friedland devant la cour de
révision nuira probablement à l’indépendance judiciaire.
[302] Finally, I note that all of the concerns asserted
by the Council, described above, relate to Council
investigations generally, not this particular investigation.
If public interest privilege applies to a report like the
Friedland Report, it will apply to all such reports in the
[302] Enfin, je remarque que toutes les préoccupations soulevées par le Conseil et qui sont décrites
ci-dessous ont trait aux enquêtes du Conseil en général,
et non à l’enquête menée en l’espèce. Si le privilège
d’intérêt public s’applique à un rapport comme le
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
173
future. Thus, the Council is asserting that an entire class
of documents—investigation reports—should be privileged. Such class privileges should not be lightly
expanded because, cast as they are in absolute terms,
they “run the risk of occasional injustice”: Gruenke,
above, at page 296; M. (A.) v. Ryan, [1997] 1 S.C.R. 157,
at paragraph 32. The “modern Canadian trend” is “to
accord privilege only where necessary, on a case-bycase basis, and on as limited a basis as possible”: Bryant
et al., above, at page 911. As the Supreme Court said in
Carey (at page 655), “a claim that a document should
not be disclosed on the ground that it belongs to a certain
class has little chance of success.”
rapport Friedland, il s’appliquera à tous les rapports du
même genre dans l’avenir. Ainsi, le Conseil affirme que
toute une catégorie de documents — les rapports
d’enquête — devrait être confidentielle. Les privilèges
visant une catégorie de documents ne devraient pas être
étendus à la légère, puisque, de par leur formulation
absolue, ils font « courir le risque qu’une injustice soit
éventuellement commise » : arrêt Gruenke, précité, à la
page 296; M. (A.) c. Ryan, [1997] 1 R.C.S. 157, au paragraphe 32. La [traduction] « tendance moderne au
Canada » est [traduction] « d’accorder le privilège
seulement lorsque c’est nécessaire, au cas par cas, et le
moins souvent possible » : Bryant et coll., précité, à la
page 911. Comme la Cour suprême l’a affirmé dans
l’arrêt Carey (à la page 655), « les chances sont minces
qu’on puisse prétendre avec succès qu’un document ne
devrait pas être communiqué en raison de la catégorie à
laquelle il appartient ».
[303] In summary, in order to succeed in its claim of
public interest privilege, the Council had to demonstrate
an interest in confidentiality, well established in the evidence, one that justifies withholding a document that a
reviewing court would normally get to see. In my view,
as the Prothonotary found (at paragraph 36 of her reasons), the Council has failed to do this and so its claim
for public interest privilege must fail.
[303] En somme, afin d’obtenir un privilège d’intérêt
public, le Conseil doit démontrer l’existence d’un intérêt
à l’égard de la confidentialité, intérêt qui soit bien établi
dans les éléments de preuve et qui justifie la nonproduction d’un document que la cour de révision devrait
normalement pouvoir consulter. À mon avis, et comme
la protonotaire l’a conclu (au paragraphe 36 de ses
motifs), le Conseil ne l’a pas fait, et sa demande de
privilège d’intérêt public doit donc être rejetée.
[304] For completeness, however, and to address the
submissions made by the parties and my colleagues’
views on this point, I wish to address the needs of
the administration of justice in this case. They are
substantial.
[304] Par souci d’exhaustivité, toutefois, et pour
aborder les observations des parties et les points de vue
de mes collègues sur la question, je souhaite parler des
exigences de l’administration de la justice en l’espèce.
Celles-ci sont importantes.
(4) The needs of the administration of justice
[305] To recap, Mr. Slansky raises two grounds in his
application for judicial review: the Council’s investigation of the facts was inadequate and its decision is
unreasonable because the facts placed before the Council
do not sustain the decision. No one has suggested he
cannot assert these grounds.
4) Les exigences de l’administration de la
justice
[305] Pour récapituler, Me Slansky invoque deux
motifs dans sa demande de contrôle judiciaire : l’enquête
sur les faits menée par le Conseil était inadéquate, et sa
décision est déraisonnable, puisque les faits qui lui auraient été présentés ne justifient pas la décision. Personne
n’a laissé entendre que Me Slansky ne pouvait invoquer
ces motifs.
174
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
[306] The Federal Court Judge (at paragraph 84 of his
reasons) and my colleagues say that the Council’s decision letter gives enough to Mr. Slansky for him to make
out his case. I disagree.
[306] Le juge de la Cour fédérale (au paragraphe 84
de ses motifs) et mes collègues disent que la lettre de
décision du Conseil fournit suffisamment de renseignements à Me Slansky pour lui permettre de défendre sa
cause. Je ne suis pas d’accord.
[307] Mr. Slansky is not obligated to take the statements made and the information given in the Council’s
decision letter at face value. By challenging the reasonableness of the decision and the adequacy of the
investigation, he asserts that the statements made
and the information given in the decision letter are
unsustainable.
[307] Me Slansky n’est pas obligé de tenir comme
avérés les déclarations faites et les renseignements
fournis dans la lettre de décision du Conseil. En
contestant le caractère raisonnable de la décision et le
caractère adéquat de l’enquête, il affirme que les déclarations faites et les renseignements fournis dans la lettre
de décision ne sont pas fondés.
[308] Without the Friedland Report—the main source
of facts for the Council’s decision—how can Mr. Slansky
argue the decision is not supported by the facts placed
before the Council? And without the Friedland Report—
the only investigation in the case—how can Mr. Slansky
argue the investigation was inadequate?
[308] Sans le rapport Friedland — la principale source
de faits sur laquelle le Conseil a fondé sa décision —
comment Me Slansky pourrait-il démontrer que la décision du Conseil n’est pas appuyée par les faits qui lui ont
été présentés? Et sans le rapport Friedland — le seul
document d’enquête en l’espèce — comment Me Slansky
pourrait-il démontrer que l’enquête a été inadéquate?
[309] Further, under rule 318, Mr. Slansky is entitled
to everything relied upon by the Council in making
its decision, unless the Council can establish a valid
objection. No case stands for the proposition that “the
applicant has enough to make out the argument” is a
valid objection under rule 318. I would add that a prothonotary or judge acting on a motion under rule 318
should not engage in weighing evidence and assessing
whether litigants have “enough”. Litigants should get
everything to which they are entitled.
[309] En outre, d’après la règle 318, Me Slansky a le
droit d’accéder à tout ce que le Conseil a utilisé pour
arriver à sa décision, à moins que le Conseil ne présente une objection valable. Personne ne saurait affirmer
que l’idée que « le demandeur dispose de suffisamment
de renseignements pour défendre sa cause » est une
objection valable dans le contexte de la règle 318.
J’ajouterais qu’il n’appartient pas à un protonotaire ni
à un juge examinant une requête présentée en vertu
de la règle 318 d’apprécier la preuve ni de décider si les
parties disposent de renseignements « suffisants ». Les
parties devraient accéder à tout ce à quoi ils ont droit.
[310] In this case, however, the most serious harm to
the administration of justice is the reviewing court’s
inability to have access to the material the Council relied
upon in making its decision.
[310] En l’espèce, toutefois, l’entrave la plus importante
à l’administration de la justice consiste en l’incapacité de
la cour de révision d’accéder aux documents sur lesquels
le Conseil s’est appuyé pour rendre sa décision.
[311] If the Council’s public interest claim is upheld,
the reviewing court will not see the Friedland Report.
As a result, the reviewing court will be unaware of
facts (if any) identified in the report that go against the
Council’s decision. It will be unaware of the facts
learned by Professor Friedland and why, based on those
[311] Si la demande de privilège d’intérêt public du
Conseil est accueillie, la cour de révision n’aura pas
accès au rapport Friedland. Par conséquent, elle ne
pourra prendre connaissance des faits présentés dans le
rapport (s’il en est) et qui n’appuient pas la décision du
Conseil. Elle ne pourra prendre connaissance des faits
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
175
facts, he considered it unnecessary to pursue other
sources of information in his investigation. As a result,
the reviewing court will not be able to assess the grounds
of review Mr. Slansky asserts. In the words of the
Prothonotary (at paragraph 38 of her reasons), disclosure
of the Friedland Report is necessary “to ensure that the
application for judicial review can be conducted in a
meaningful way.”
réunis par le professeur Friedland ni des raisons pour
lesquelles, à la lumière de ces faits, il a estimé qu’il était
superflu de chercher d’autres sources de renseignements dans le cadre de son enquête. Par conséquent, la
cour de révision ne pourra évaluer les motifs de contrôle
que Me Slansky invoque. Pour reprendre les paroles de
la protonotaire (au paragraphe 38 de ses motifs), la divulgation du rapport Friedland est nécessaire pour
« s’assurer […] que la demande de contrôle judiciaire
puisse être examinée utilement ».
[312] By not providing the Friedland Report to the
reviewing court, to some extent the Council is shielding
its decision from review. That may well not be its intention, but that is certainly the effect.
[312] En ne fournissant pas le rapport Friedland à la
cour de révision, le Conseil empêche dans une certaine
mesure que sa décision soit contrôlée. Ce n’est peut-être
pas son intention, mais c’est assurément le résultat.
[313] This is no mere trifle. Immunizing part of the
Council’s decision offends the principle that all holders
of public power should be accountable for their exercises of power.
[313] Cela est loin d’être sans importance. Mettre à
l’abri de tout contrôle une partie de la décision du
Conseil enfreint le principe selon lequel tous les titulaires de pouvoirs publics doivent rendre compte de la
façon dont ils exercent ces pouvoirs.
[314]
law:
This principle finds voice in many areas of our
[314] Ce principe est affirmé à bien des endroits dans
notre jurisprudence :
• Review is constitutionally guaranteed. As a matter of
constitutional law, courts must be able to review the
decisions of administrative decision makers for defensibility and acceptability on the facts and the law:
Dunsmuir v. New Brunswick, 2008 SCC 9, [2008] 1
S.C.R. 190, at paragraphs 27‒31. • Le contrôle est garanti par la Constitution. Selon le droit
constitutionnel, les cours doivent pouvoir contrôler les
décisions des décideurs administratifs et vérifier que ces
décisions sont justifiables et acceptables à la lumière des
faits et du droit : Dunsmuir c. Nouveau-Brunswick,
2008 CSC 9, [2008] 1 R.C.S. 190, aux paragraphes 27 à 31.
• Federal Courts have a plenary power to supervise
administrative decision makers. This power can even
survive legislative attempts to oust it: Canadian Liberty
Net, above, at paragraphs 35‒38; Derakhshani, above,
at paragraphs 10‒11; RBC Life Insurance Company,
2013 FCA 50 [cited above], at paragraphs 35‒36.
• Les cours fédérales jouissent de pleins pouvoirs pour
superviser les décideurs administratifs. Ce pouvoir peut
même subsister malgré les tentatives visant à le supprimer au moyen de l’adoption de lois : Canadian Liberty
Net, précité, aux paragraphes 35 à 38; arrêt Derakhshani,
précité, aux paragraphes 10 et 11; Compagnie d’assurance vie RBC, 2013 CAF 50 [précité], aux
paragraphes 35 et 36.
• Privative clauses are read down. Parliament, wielding
its constitutional power to make laws, sometimes tries
to block the courts from reviewing administrators’ decisions. Nevertheless, the courts can review administrators’
decisions, albeit with appropriate deference: Dunsmuir,
• Les dispositions privatives sont interprétées de façon
restrictive. Le législateur utilise parfois son pouvoir
constitutionnel pour adopter des lois visant à empêcher
les cours de contrôler les décisions des administrateurs.
Néanmoins, les cours peuvent contrôler les décisions des
176
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
above, at paragraph 31; Woodward Estate (Executors of)
v. Minister of Finance, [1973] S.C.R. 120, at page 127;
U.E.S., Local 298 v. Bibeault, [1988] 2 S.C.R. 1048, at
page 1090; Crevier v. Attorney General of Quebec et al.,
[1981] 2 S.C.R. 220, at pages 237‒238.
administrateurs, quoiqu’avec une déférence appropriée :
arrêt Dunsmuir, précité, au paragraphe 31; Succession
Woodward (Exécuteurs testamentaires) c. Ministre des
Finances, [1973] R.C.S. 120, à la page 127; U.E.S.,
Local 298 c. Bibeault, [1988] 2 R.C.S. 1048, à la
page 1090; Crevier c. Procureur général du Québec et
autres, [1981] 2 R.C.S. 220, aux pages 237 et 238.
• Exercises of public power cannot be immunized from
challenge. On occasion, those who are not personally or
directly affected in a significant way nevertheless are
permitted to challenge the exercise of a public power.
The paramount concern, consistently mentioned in the
case law, is that exercises of public powers cannot be
immune from review: Canada (Attorney General) v.
Downtown Eastside Sex Workers United Against
Violence Society, 2012 SCC 45, [2012] 2 S.C.R. 524, at
paragraphs 31‒34; Canadian Council of Churches v.
Canada (Minister of Employment and Immigration),
[1992] 1 S.C.R. 236, at page 256; Finlay v. Canada
(Minister of Finance), [1986] 2 S.C.R. 607, at page 631;
Hy and Zel’s Inc. v. Ontario (Attorney General); Paul
Magder Furs Ltd. v. Ontario (Attorney General), [1993]
3 S.C.R. 675, at page 692; Harris v. Canada, [2000] 4
F.C. 37 (C.A.). In the words of Laskin J. (as he then
was), “it would be strange and, indeed, alarming, if there
was no way in which a question of alleged excess of
legislative power, a matter traditionally within the scope
of the judicial process, could be made the subject of
adjudication”: Thorson v. Attorney General of Canada
et al., [1975] 1 S.C.R. 138, at page 145.
• L’exercice du pouvoir public ne peut être à l’abri des
contestations. À l’occasion, des personnes qui ne sont pas
directement et profondément concernées peuvent quand
même contester l’exercice d’un pouvoir public. La préoccupation la plus importante, qui est constamment
mentionnée dans la jurisprudence, c’est que l’exercice du
pouvoir public ne peut être mis à l’abri des contrôles :
Canada (Procureur général) c. Downtown Eastside Sex
Workers United Against Violence Society, 2012 CSC 45,
[2012] 2 R.C.S. 524, aux paragraphes 31 à 34; Conseil
canadien des Églises c. Canada (Ministre de l’Emploi et
de l’Immigration), [1992] 1 R.C.S. 236, à la page 256;
Finlay c. Canada (Ministre des Finances),
[1986] 2 R.C.S. 607, à la page 631; Hy and Zel’s Inc. c.
Ontario (Procureur général); Paul Magder Furs Ltd. c.
Ontario (Procureur général), [1993] 3 R.C.S. 675, à la
page 692; Harris c. Canada, [2000] 4 C.F. 37 (C.A.). Pour
reprendre les propos du juge Laskin (qui n’était pas encore
juge en chef à l’époque), « il serait étrange et même
alarmant qu’il n’y ait aucun moyen par lequel une question d’abus de pouvoir législatif, matière traditionnellement
de la compétence des cours de justice, puisse être soumise
à une décision de justice » : Thorson c. Procureur général
du Canada et al., [1975] 1 R.C.S. 138, à la page 145.
• Deliberative secrecy can sometimes be overridden.
Administrative decision makers’ deliberations are usually highly confidential. But, in appropriate cases, that
confidentiality must give way so that the reviewing
court can engage in meaningful review: Ellis-Don Ltd.
v. Ontario (Labour Relations Board), 2001 SCC 4,
[2001] 1 S.C.R. 221.
• Le secret du délibéré peut parfois être levé. Les
délibérations des décideurs administratifs sont habituellement hautement confidentielles. Toutefois, dans les cas
où cela est indiqué, la confidentialité doit être reléguée
au second plan pour que la cour de révision puisse procéder à un véritable contrôle : Ellis-Don Ltd. c. Ontario
(Commission des relations de travail), 2001 CSC 4,
[2001] 1 R.C.S. 221.
• Administrative decision-makers’ attempts to immunize
themselves from review are forbidden. A statutory body
subject to judicial review cannot immunize itself or its
process by arriving at decisions on considerations that
• Il est interdit aux décideurs administratifs de chercher
à se mettre à l’abri des contrôles. Un organisme créé par
la loi et faisant l’objet d’un contrôle judiciaire ne peut
se mettre à l’abri ou mettre son processus à l’abri du
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
177
are not revealed by the record it files with the court:
Payne v. Ontario Human Rights Commission, 2000
CanLII 5731, 192 D.L.R. (4th) 315 (Ont. C.A.), at
paragraph 161.
contrôle en rendant des décisions fondées sur des éléments non divulgués dans le dossier qu’il présente à la
cour de révision : Payne v. Ontario Human Rights
Commission, 2000 CanLII 5731, 192 D.L.R. (4th) 315
(C.A. Ont.), au paragraphe 161.
[315] Some of the authorities in the preceding paragraph show that Parliament cannot immunize the factual
determinations of administrative decision makers by
passing a law. How then can administrative decision
makers immunize their factual determinations by withholding documents containing facts?
[315] Certaines des décisions citées au paragraphe
précédent montrent que le législateur ne peut mettre
à l’abri les décisions des décideurs administratifs fondées sur des faits en adoptant des lois. Comment les
décideurs administratifs pourraient-ils alors mettre leurs
décisions fondées sur des faits à l’abri en ne produisant
pas des documents contenant les faits en question?
[316] In this case, immunization weakens the accountability and transparency of the Council and the judicial
disciplinary system it administers. With less accountability and transparency, public confidence in the
judiciary will fall, ultimately threatening judicial independence. The Prothonotary correctly recognized this at
paragraphs 35 and 38 of her reasons.
[316] En l’espèce, la mise à l’abri nuit à la responsabilisation et à la transparence du Conseil, ainsi qu’au
système de justice disciplinaire qu’il administre. La
diminution de la responsabilisation et de la transparence
entraînera une diminution de la confiance du public
envers la magistrature, ce qui au bout du compte menace
l’indépendance judiciaire. La protonotaire le reconnaît
à juste titre aux paragraphes 35 et 38 de ses motifs.
[317] A hypothetical example—worse ones can be
imagined—illustrates this well.
[317] Un exemple hypothétique (il serait possible d’en
imaginer des pires) illustre bien cette situation.
[318] Suppose a judge receives a bribe from one of the
parties in a case and deposits it into his bank account.
Four people witness the bribe. One complains to the
Council. The Council retains a lawyer, such as Professor
Friedland, to gather information from the complainant,
the witnesses, the judge, the bank, and others.
[318] Supposons qu’un juge reçoive un pot-de-vin de
la part d’une des parties dans une affaire et dépose la
somme dans son compte bancaire. Imaginons que quatre
personnes aient été témoin du versement du pot-de-vin.
L’une de ces personnes se plaint devant le Conseil. Le
Conseil retient les services d’un avocat, par exemple le
professeur Friedland, pour recueillir des renseignements
sur le demandeur, sur les témoins, sur le juge, sur la
banque et sur d’autres personnes.
[319] The lawyer prepares a report for the Council
setting out the information gathered. The lawyer also
sends along the documents he has gathered in the course
of his investigation. But his report contains some facts
not otherwise apparent.
[319] Disons que l’avocat rédige ensuite un rapport à
l’intention du Conseil dans lequel il lui communique les
renseignements qu’il a recueillis. Il lui fait également
parvenir les documents qu’il a amassés dans le cadre de
son enquête. Mais son rapport contient certains faits qui
ne vont pas de soi par ailleurs.
[320] The Council, undertaking no other factual investigation of its own, reads the report and the documents
gathered by the lawyer. It dismisses the complaint.
[320] Le Conseil ne mène pas d’autre enquête sur les
faits de façon indépendante, et il lit le rapport et les
documents réunis par l’avocat. Il rejette la plainte.
178
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
[321] Surprised by the decision, the complainant
brings a judicial review. She alleges the Council could
not have dismissed the complaint based on the facts it
had before it. She also alleges that the investigation
was inadequate.
[321] Surprise de la décision, la demanderesse
demande un contrôle judiciaire. Elle allègue que le
Conseil n’aurait pas dû rejeter sa plainte à la lumière des
faits qui lui ont été présentés. Elle allègue aussi que
l’enquête était inadéquate.
[322] The reviewing court dismisses the judicial
review. The judge writing the reasons explains that the
Council—the judges’ disciplinary body, run by judges,
staffed mainly by judges—does not have to disclose
the factual report because judges are independent. The
judge further explains that, without the report relied
upon by the Council, it cannot be said the exoneration
of the judge by the judges’ disciplinary body was unsupported by the facts, nor can it be said the investigation
was inadequate.
[322] La cour de révision rejette la demande de
contrôle judiciaire. Le juge qui rédige les motifs explique
que le Conseil — l’organisme disciplinaire des juges,
qui est dirigé par des juges et dont le personnel est
composé surtout de juges — n’a pas à divulguer le
rapport sur les faits, parce que les juges sont indépendants. Le juge explique aussi que, sans le rapport sur
lequel le Conseil a fondé sa décision, on ne peut affirmer
que la disculpation du juge prononcée par l’organisme
disciplinaire des juges n’est pas appuyée par les faits, ni
que l’enquête était inadéquate.
[323] Based on what they see, fair-minded observers
might justifiably describe the decision as a whitewash
regardless of the actual merits of the complaint. Worse,
fair-minded observers might speculate as to misconduct
committed by other judges that has gone unpunished by
the Council and has been similarly immunized from
review.
[323] Des observateurs éclairés pourraient être fondés,
à la lumière de ce qu’ils sont en mesure de voir, à décrire
la décision rendue comme étant un camouflage indépendamment du bien-fondé ou de l’absence de fondement
de la plainte. Pire encore, des observateurs éclairés
pourraient se demander si le Conseil a déjà refusé auparavant de châtier l’inconduite d’autres juges et mis sa
décision à l’abri du contrôle.
[324] Over time, as more and more such cases arise,
pleas that judicial independence is important would
increasingly fall on deaf ears. As public confidence and
respect for the judiciary plummets, legislative incursions
into judicial independence may become more acceptable
in the public’s eye.
[324] Au fil du temps, et avec la multiplication des cas
du genre, les plaidoyers concernant l’importance de
l’indépendance judiciaire trouveraient de moins en
moins d’oreilles attentives. La confiance et le respect du
public envers la magistrature s’étant érodés, les incursions législatives dans l’indépendance judiciaire
pourraient devenir acceptables aux yeux du public.
[325] This is no idle speculation. Many have noted
and confirmed the role that accountability and transparency of the judiciary plays in fostering public
confidence in the courts and maintaining respect for
judicial independence.
[325] Il ne s’agit pas là de pure spéculation. Beaucoup de
gens ont relevé et confirmé le rôle que jouent la respon
sabilisation et la transparence de la magistrature pour favoriser la confiance du public envers les tribunaux et le
maintien du respect à l’égard de l’indépendance judiciaire.
[326] Many expert commentators have studied the
interrelationship between judicial independence on the
one hand and, on the other, judicial disciplinary processes and the transparency and accountability
surrounding them. These commentators have found that
[326] Bon nombre de commentateurs experts se sont
penchés sur le lien qui existe entre l’indépendance judiciaire, d’une part, et les processus disciplinaires de la
magistrature et la transparence et la responsabilisation
qui les caractérisent, d’autre part. Ces commentateurs
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
179
transparent and fully accountable judicial disciplinary
processes enhance judicial independence. In particular,
four propositions appear to be well founded:
ont conclu qu’un processus disciplinaire transparent et
assorti d’une reddition de comptes adéquate favorise
l’indépendance judiciaire. Quatre idées en particulier
semblent avoir de bons fondements :
1. Judicial independence depends not only upon constitutional texts or court judgments, but also upon public
respect and support for the judiciary.
1. L’indépendance judiciaire est fondée non seulement
sur les textes constitutionnels et les jugements des cours,
mais également sur le respect et le soutien du public à
l’égard de la magistrature.
2. Public respect and support for the judiciary is furthered by assurances that judicial disciplinary authorities
will investigate and decide complaints of judicial misbehaviour fairly and objectively.
2. Le respect et le soutien du public à l’égard de la
magistrature sont accrus par des garanties que les autorités disciplinaires de la magistrature enquêtent sur les
plaintes d’inconduite de juges et tranchent les plaintes
de façon équitable et objective.
3. Public respect and support is furthered even more by
the existence of judicial review mechanisms that ensure that judicial disciplinary authorities are held fully
accountable for their decisions on the facts and the
law, with reasons offered to the public explaining what
took place.
3. Le respect et le soutien du public sont accrus encore
davantage par l’existence de mécanismes de contrôle
judiciaire garantissant que les autorités disciplinaires
de la magistrature doivent rendre pleinement compte
de leurs décisions à la lumière des faits et du droit, en
présentant au public des motifs dans lesquels elles expliquent ce qui s’est passé.
4. Attacks upon the independence of the judiciary often
stem from perceptions that judges are insufficiently
accountable for their exercises of power.
4. Les assauts portés contre l’indépendance de la magistrature découlent souvent de la perception que les juges
ne rendent pas suffisamment compte de l’exercice de
leur pouvoir.
See Geyh, above; Abimbola A. Olowofoyeku, “The
Crumbling Citadel: Absolute Judicial Immunity
De-rationalised” (1990), 10 Legal Studies 271; Robert
N. Strassfeld, “‘Atrocious Judges’ and ‘Odious’ Courts
Revisited” (2006), 56 Case W. Res. L. Rev. 899; David
C. Brody, “The Use of Judicial Performance Evaluation to Enhance Judicial Accountability, Judicial
Independence and Public Trust” (2008), 86 Denv. U. L.
Rev. 115, at pages 121‒126; Carmen Beauchamp Ciparick and Bradley T. King, “Judicial Independence:
Is It Impaired or Bolstered by Judicial Accountability?”
(2010), 84 St. John’s L. Rev. 1.
Voir Geyh, précité; Abimbola A. Olowofoyeku, « The
Crumbling Citadel: Absolute Judicial Immunity
De-rationalised » (1990), 10 Legal Studies 271;
Robert N. Strassfeld, « “Atrocious Judges” and “Odious”
Courts Revisited » (2006), 56 Case W. Res. L. Rev. 899;
David C. Brody, « The Use of Judicial Performance Evaluation to Enhance Judicial Accountability,
Judicial Independence and Public Trust » (2008),
86 Denv. U. L. Rev. 115, aux pages 121 à 126; Carmen
Beauchamp Ciparick et Bradley T. King, « Judicial
Independence : Is It Impaired or Bolstered by Judicial
Accountability? » (2010), 84 St. John’s L. Rev. 1.
[327] It has been said that “provided the people …
have confidence,” courts do not need “the power of the
purse or the power of the sword to make the rule of law
effective”: former Chief Justice Brennan of the
[327] On a dit que [traduction] « pour autant que la
population […] est confiante », les tribunaux n’ont pas
besoin [traduction] « du pouvoir de la bourse ni du
pouvoir de l’épée pour assurer l’efficacité de la règle de
180
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
Australian High Court, quoted in Enid Campbell and
H. P. Lee, The Australian Judiciary (Cambridge:
Cambridge University Press, 2001), at pages 6‒7. The Court’s authority, exercised independently, “ultimately
rests on sustained public confidence in its moral sanction”: Baker v. Carr, 369 U.S. 186 (1962), at page 267,
per Frankfurter J. (dissenting).
droit » : ancien juge en chef Brennan de la Haute Cour
de l’Australie, cité dans Enid Campbell et H. P. Lee,
The Australian Judiciary (Cambridge : Cambridge
University Press, 2001), aux pages 6 et 7. Le pouvoir de
la Cour, qu’elle exerce de façon indépendante,
[traduction] « dépend au bout du compte du maintien
de la confiance du public à l’égard de sa sanction morale » : Baker v. Carr, 369 U.S. 186 (1962), à la
page 267, le juge Frankfurter (dissident).
[328] Commenting on Justice Frankfurter’s observation, Aharon Barak, former President of the Israeli
Supreme Court, added that all a judge has is “the public’s
confidence in him [or her]”: A. Barak, The Judge in a
Democracy (Princeton, N.J.: Princeton University Press,
2006), at page 209. Elsewhere, he has observed that “an
essential condition for an independent judiciary is public
confidence”; indeed “public confidence in the judiciary
is the most precious asset that this branch of government
has”: Tzaban v. Minister of Religious Affairs (1986),
40(4) P.D. 141, at page 148.
[328] Commentant l’observation du juge Frankfurter,
Aharon Barak, ancien président de la Cour suprême
d’Israël, a ajouté que tout ce qu’un juge possède, c’est
[traduction] « la confiance que le public lui porte » :
A. Barak, The Judge in a Democracy (Princeton (N.J.) :
Princeton University Press, 2006), à la page 209. Il a dit
ailleurs que [traduction] « la confiance du public est
une condition essentielle à l’indépendance judiciaire »;
en effet, [traduction] « la confiance du public à l’égard
de la magistrature est ce que cette branche du gouvernement possède de plus précieux » : Tzaban v. Minister of
Religious Affairs (1986), 40(4) P.D. 141, à la page 148.
[329] Justice Ian Binnie has stated [in “Judicial Independence in Canada”, at page 34] that “[t]he principal
bulwark to outside interference” with the judiciary is not
written guarantees but rather “the deep-rooted acceptance of the need for judicial independence in Canadian
society”: paper submitted to the World Conference on
Constitutional Justice, 2nd Congress, Rio de Janeiro,
January 16‒18, 2011. The Court of which he was a distinguished member, the Supreme Court of Canada, itself
has recognized that openness—an aspect of accountability—is “a principal component of the legitimacy of
the judicial process and why the parties and the public
at large abide by the decisions of courts”: Vancouver Sun
(Re), 2004 SCC 43, [2004] 2 S.C.R. 332, at paragraph
25. Openness “serves to reinforce the faith of the citizen,” a matter that “has important implications for the
administration of justice”: Carey, above, at page 673;
see also Chief Justice McLachlin, “Courts, Transparency
and Public Confidence ‒ To the Better Administration of Justice” (2003), 8 Deakin L.Rev. 1.
[329] Le juge Ian Binnie a affirmé [dans « Judicial
Independence in Canada », à la page 34] que [traduction]
« [l]e principal rempart contre l’interférence extérieure »
dans le cas de la magistrature tient non pas à des garanties écrites, mais plutôt à [traduction] « l’acceptation
profonde de la nécessité de l’indépendance judiciaire au
sein de la société canadienne » : allocution prononcée
dans le cadre de la Conférence mondiale sur la justice
constitutionnelle, 2e Congrès, tenue à Rio de Janeiro
du 16 au 18 janvier 2011. La Cour dont le juge Binnie
était un membre distingué, la Cour suprême du Canada,
a elle-même reconnu que l’ouverture — qui est un aspect
de la responsabilisation — est « l’élément principal de
la légitimité du processus judiciaire et la raison pour
laquelle tant les parties que le grand public respectent
les décisions des tribunaux » : Vancouver Sun (Re),
2004 CSC 43, [2004] 2 R.C.S. 332, au paragraphe 25.
L’ouverture « sert à renforcer la confiance du citoyen »,
aspect qui « est lourd de conséquences pour l’administration de la justice » : arrêt Carey, précité, à la page 673;
voir également les propos de la juge en chef McLachlin
dans « Courts, Transparency and Public Confidence ‒ To the Better Administration of Justice » (2003),
8 Deakin L. Rev. 1.
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
181
[330] Even the Council itself has declared that
“[p]ublic confidence in and respect for the judiciary are
essential to an effective judicial system and, ultimately,
to democracy founded on the rule of law”: Canadian
Judicial Council, Ethical Principles for Judges
[at page 14].
[330] Même le Conseil a déclaré que « [l]a confiance
et le respect que le public porte à la magistrature sont
essentiels à l’efficacité de notre système de justice et,
ultimement, à l’existence d’une démocratie fondée sur
la primauté du droit » : Conseil canadien de la magistrature, Principes de déontologie judiciaire [à la page 14].
[331] How is public confidence and respect best fostered, maintained, and enhanced? There are many ways:
see The Judge in a Democracy, above, at pages 111–112.
Foremost among these is ensuring accountability and
transparency to the greatest extent possible. Allowing
the reviewing court to consider Mr. Slansky’s grounds
of challenge with the benefit of the Friedland Report
does not undercut judicial independence at all. If anything, it strengthens it. And allowing others to see as
much of the Friedland Report as possible—sealing
portions of it under the strict Sierra Club test only where
well-established confidentiality interests outweigh the
significant public interest in openness—strengthens
judicial independence even more.
[331] De quelle façon la confiance et le respect du
public sont-ils favorisés, maintenus et accrus? Il y a de
nombreux moyens : voir l’ouvrage The Judge in a
Democracy, précité, aux pages 111 et 112. Le plus
important est le fait de garantir la responsabilisation et
la transparence le plus possible. Permettre à la cour de
révision d’examiner les motifs de la contestation de
Me Slansky à la lumière du rapport Friedland ne nuirait
pas du tout à l’indépendance judiciaire. En fait, cela
pourrait même l’accroître. Et permettre à d’autres gens
de consulter la plus grande partie possible du rapport
Friedland — en empêchant l’accès à certaines parties du
rapport seulement, aux termes du strict critère énoncé
dans l’arrêt Sierra Club, lorsque des intérêts bien établis
relativement à la confidentialité l’emportent sur l’intérêt
public important à l’égard de l’ouverture — vient renforcer encore davantage l’indépendance judiciaire.
[332] Overall, for the foregoing reasons, the needs of
the administration of justice favour the reviewing court
having the benefit of the Friedland Report when it
determines the judicial review. But, to recap, the Council
has failed in the first place to establish a sufficient interest justifying withholding the Friedland Report, in its
entirety, from the reviewing court. Therefore, I reject the
Council’s claim of public interest privilege over the
Friedland Report.
[332] Dans l’ensemble, pour tous ces motifs, les exigences de l’administration de la justice plaident en
faveur du fait que la cour de révision puisse accéder au
rapport Friedland pour procéder au contrôle judiciaire.
Mais, pour récapituler, le Conseil n’a pas réussi au départ
à établir l’existence d’un intérêt suffisant pour justifier
la non-production du rapport Friedland dans son intégralité devant la cour de révision. Je rejette donc la demande
de privilège d’intérêt public du Conseil concernant le
rapport Friedland.
D. Other issues
D. Autres questions
[333] I agree with my colleagues that we should not
interfere with the Federal Court’s exercise of discretion
to refuse to convert the application into an action.
[333] Je suis d’accord avec mes collègues pour dire
que nous ne devrions pas intervenir dans l’exercice par
la Cour fédérale de son pouvoir discrétionnaire pour
refuser de convertir la demande en action.
[334] Mr. Slansky also requests that all of the raw
material forming the basis of the Friedland Report,
[334] Me Slansky demande également que toutes
les données brutes sur lesquelles est fondé le rapport
182
CANADA
v.
SLANSKY
[2015] 1 F.C.R.
including certain transcripts, be produced. The Federal
Court was of the view that the transcripts should be
produced.
Friedland, y compris certaines transcriptions, soient
produites. La Cour fédérale estimait que les transcriptions devraient être produites.
[335] As mentioned, rule 317 captures only material
that the decision maker relied upon when making its
decision. To the extent that Professor Friedland transmitted this raw material to the Council and the Council
relied upon it for its decision, it should be before the
reviewing court.
[335] Comme je l’ai dit déjà, la règle 317 ne porte que
sur les documents sur lesquels le décideur s’est appuyé
pour rendre sa décision. Dans la mesure où le professeur
Friedland a transmis ces données brutes au Conseil et
que le Conseil s’est appuyé sur celles-ci pour rendre sa
décision, les données en question devraient être soumises à la cour de révision.
[336] On this motion, the Council based its entire
argument upon the existence of privileges. It did not
seek partial sealing orders to protect the confidentiality
of portions of the raw material. In fact, it declined the
suggestion of the Prothonotary that a sealing order be
made: see paragraph 38 of the Prothonotary’s reasons.
[336] À l’égard de la présente requête, le Conseil a
entièrement fondé ses arguments sur l’existence de privilèges. Il n’a pas demandé d’ordonnance partielle de
mise sous scellés afin de protéger la confidentialité de
parties des données brutes. En fait, il a décliné l’offre
d’ordonnance de mise sous scellés de la protonotaire :
voir le paragraphe 38 des motifs de la protonotaire.
[337] In these reasons, I have offered views concerning how sealing orders can be used to achieve a proper
balance between protecting legitimate confidentiality
interests and meaningful judicial review of the Council’s
decisions. Now with the benefit of these views, the
Council may wish to revisit whether it should seek a
sealing order. Accordingly, I would exercise my discretion in favour of the Council being given an opportunity
to move for an order sealing material from Mr. Slansky,
the Registry or both, such motion to be determined
on the basis of the sensitive balancing test set out in
Sierra Club, above.
[337] Dans les présents motifs, j’ai présenté des points
de vue concernant la façon dont les ordonnances de mise
sous scellés peuvent être utilisées pour trouver un équilibre adéquat entre la protection d’intérêts légitimes à
l’égard de la confidentialité et le contrôle judiciaire véritable des décisions du Conseil. À la lumière de ces points
de vue, le Conseil souhaitera peut-être revenir sur sa décision de demander ou non une ordonnance de mise sous
scellés. Par conséquent, j’exercerais mon pouvoir discrétionnaire pour permettre au Conseil de demander une
ordonnance visant à empêcher Me Slansky, le greffe ou
les deux d’accéder à certains renseignements, cette requête
devant être examinée en fonction du critère d’équilibre
délicat exposé dans l’arrêt Sierra Club, précité.
[338] Whether or not the Council makes such a motion, the Friedland Report and the raw material relied
upon by the Council should be placed before the reviewing court.
[338] Que le Conseil présente une telle requête ou
non, le rapport Friedland et les données brutes sur lesquelles le Conseil s’est appuyé pour rendre sa décision
devraient être soumis à la cour de révision.
[339] Mr. Slansky does not seek any of the gratuitously offered advice and recommendations in the
Friedland Report. Accordingly, the Prothonotary was
correct in ordering that any advice and recommendations
be severed from the Friedland Report before it is
[339] Me Slansky ne cherche pas à avoir accès aux
conseils et recommandations que le professeur Friedland
a formulés dans son rapport sans qu’on lui demande
de le faire. Par conséquent, la protonotaire a ordonné à
juste titre que les conseils et les recommandations
[2015] 1 R.C.F.
CANADA
c.
SLANSKY
183
included in the judicial review record and that she be
available to resolve any disputes regarding severance.
soient prélevés du rapport Friedland avant que celui-ci
ne soit versé au dossier du contrôle judiciaire, en offrant
ses services pour régler tout conflit concernant le
prélèvement.
E.
E.
Proposed disposition
[340] Accordingly, I would allow the appeal and
set aside the orders of the Federal Court and the
Prothonotary. I would order that the Friedland Report
and the material forming the basis of it (to the extent it
was before the Council) be placed before the reviewing
court. I would allow the Council to move for an order
sealing material from Mr. Slansky, the Registry or both.
Absent such a motion within 10 days of this order, I
would order that the Friedland Report and the material
forming the basis of it (to the extent it was before the
Council) be produced to Mr. Slansky and the Registry,
with the gratuitously offered advice and recommendations in the Friedland Report removed. I would grant
Mr. Slansky his costs throughout.
Décision proposée
[340] Par conséquent, je ferais droit à l’appel et
j’annulerais les ordonnances de la Cour fédérale et de la
protonotaire. J’ordonnerais que le rapport Friedland et
les documents sur lesquels il est fondé (dans la mesure où ils ont été soumis au Conseil) soient produits
devant la cour de révision. J’autoriserais le Conseil à
demander une ordonnance de mise sous scellés portant
que Me Slansky, le greffe ou les deux n’aient pas accès
à certains renseignements. Si une requête à cet égard
n’est pas présentée dans les 10 jours suivant la présente
ordonnance, j’ordonnerais que le rapport Friedland et
les documents sur lesquels il est fondé (dans la mesure
où ils ont été soumis au Conseil) soient transmis à
Me Slansky et au greffe, les conseils et les recommandations formulés dans le rapport Friedland en ayant été
retranchés. J’accorderais à Me Slansky ses dépens dans
toutes les instances.
184
TONEY
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
A-541-12
2013 FCA 217
A-541-12
2013 CAF 217
Her Majesty the Queen in Right of the Province of
Alberta as represented by The Minister of Sustainable
Resources Development (Appellant)
Sa Majesté la Reine du chef de la province de l’Alberta, représentée par le ministre du Développement
durable des ressources (appelante)
v.
c.
Alan Toney, Yvonne Toney and Courtenay Toney &
Rebecca Toney as represented by their litigation
guardian Alan Toney (Respondents)
Alan Toney, Yvonne Toney et Courtenay Toney &
Rebecca Toney représentés par leur tuteur à l’instance, Alan Toney (intimés)
and
et
Her Majesty the Queen in Right of Canada in the
name of The Royal Canadian Mounted Police and
The Canadian Ship Bearing Licence No. AB 1275024
(Defendants in action, not party to appeal)
Sa Majesté la Reine du chef du Canada, au nom de
la Gendarmerie royale du Canada et le navire canadien muni de la licence no AB 1275024 (Défendeurs
dans l’action, ne sont pas parties à l’appel)
Indexed as: Toney v. Canada
RépeRToRIé : Toney c. Canada
Federal Court of Appeal, Sharlow, Webb and Near
JJ.A.—Vancouver, June 3; Ottawa, September 18, 2013.
Cour d’appel fédérale, juges Sharlow, Webb et Near,
J.C.A.—Vancouver, 3 juin; Ottawa, 18 septembre 2013.
Maritime Law — Appeal from Federal Court order determining, as question of law in advance of trial, that Federal
Court having in personam jurisdiction over appellant in
underlying action — Action arising from death of young
daughter, sister to plaintiffs in action, following boating incident in Alberta — Appellant consistently objecting to Federal
Court’s exercise of in personam jurisdiction thereover in
present proceedings — Whether Federal Court having in
personam jurisdiction over appellant in present matter — Per
Near J.A. (Webb J.A. concurring): Claim herein relating to
maritime law; therefore, falling within subject-matter jurisdiction of Federal Court pursuant to Federal Courts Act (Act),
s. 22 — Crown presumptively not bound by legislation unless
expressly named, bound by necessary implication, or having
waived immunity — Fact Crown defined in Act, s. 2 as “Her
Majesty in right of Canada” contraindicative of clear intention to bind provinces — View supported by absence of any
indication of Parliamentary intention to confer on Federal
Courts in personam jurisdiction over provinces in legislative
history of Act, s. 22, which deals with subject-matter jurisdiction — Also, Act, s. 19 not applying herein to grant Federal
Court jurisdiction over appellant since requirements not met
— Regarding necessary implication, purpose of Federal
Courts Act would not be wholly frustrated if appellant herein
not bound — As for waiver, respondents not establishing that
appellant waiving immunity by past conduct — Appeal
Droit maritime — Appel interjeté à l’encontre d’une ordonnance par laquelle la Cour fédérale a conclu, relativement à
une question de droit soulevée avant la tenue du procès,
qu’elle a compétence en matière personnelle à l’égard de
l’appelante dans la présente affaire — L’action découle du
décès de la jeune fille et sœur des demandeurs, à la suite d’un
accident de bateau en Alberta — Depuis le début de la présente affaire, l’Alberta soutient que la Cour fédérale n’a pas
compétence en matière personnelle à son égard — Il s’agissait
de savoir si la Cour fédérale a compétence en matière personnelle dans la présente affaire — Le juge Near, J.C.A. (le
juge Webb, J.C.A., souscrivant à ses motifs) : La présente
demande relevait du droit maritime; par conséquent, elle relevait de la compétence de la Cour fédérale en vertu de l’art. 22
de la Loi sur les Cours fédérales (la Loi) — Il y a présomption
que la Couronne n’est pas liée par la Loi sauf si elle y est désignée de façon expresse, si elle est liée par déduction nécessaire
ou si elle a renoncé à son immunité — Le fait que la Couronne
soit définie à l’art. 2 de la Loi comme étant « Sa Majesté du
chef du Canada » ne cadre pas avec une intention claire de lier
les provinces — L’absence de toute indication que le législateur fédéral ait eu l’intention de conférer aux Cours fédérales
la compétence en matière personnelle à l’égard des provinces
dans les versions antérieures de l’art. 22 de la Loi, qui porte
sur la compétence matérielle, va dans le sens de cette opinion
— De plus, l’art. 19 de la Loi ne jouait pas et ne conférait pas
[2015] 1 R.C.F.
TONEY
c.
CANADA
185
allowed — Per Sharlow J.A. (dissenting): Based on Act,
ss. 22, 43, read in entirety, context, Parliament intending
to give Federal Court complete, comprehensive jurisdiction
in all claims under Marine Liability Act, including claims of
respondents against appellant — Therefore, provinces bound
by Act, ss. 22, 43.
compétence à la Cour fédérale à l’égard de l’appelante, car
les exigences n’ont pas été remplies — En ce qui a trait à la
déduction nécessaire, l’objet de la Loi sur les Cours fédérales
ne serait pas privé de toute efficacité si l’appelante n’était pas
liée en vertu des présentes — Quant à la renonciation, les intimés n’ont pas établi que l’appelante avait renoncé à son
immunité du fait de sa conduite passée — Appel accueilli — La
juge Sharlow, J.C.A. (dissidente) : Selon les art. 22 et 43 de la
Loi, dans leur ensemble et interprétés au regard du contexte,
le législateur fédéral voulait conférer à la Cour fédérale une
compétence complète et exhaustive sur toutes les demandes
introduites en vertu de la Loi sur la responsabilité en matière
maritime, y compris les demandes des intimés à l’encontre de
l’appelante — Par conséquent, les provinces sont liées par les
art. 22 et 43 de la Loi.
This was an appeal from a Federal Court order determining, as a question of law in advance of trial, that the Federal
Court has in personam jurisdiction over the appellant in the
underlying action. The action arose from the death of fiveyear old Janessa Toney, daughter and sister to the plaintiffs in
the action, following a boating incident on Lake Newell in
southern Alberta. The Toney family (respondents) and Janessa
were allegedly out on their boat and encountered a malfunction in their steering equipment. They called for help and, in
the course of the rescue, the rescue vessel, owned and operated by the appellant, capsized. All of the members of the
rescue team and the respondents, except for Janessa, were
taken to shore. She may have been pinned under the rescue
vessel and died of drowning. The statement of claim sets out a
series of allegations against the appellant, which consistently
objected to the Federal Court’s exercise of in personam jurisdiction over it in these proceedings.
Il s’agissait d’un appel interjeté à l’encontre d’une ordonnance par laquelle la Cour fédérale a conclu, relativement à
une question de droit soulevée avant la tenue du procès,
qu’elle a compétence en matière personnelle à l’égard de
l’appelante dans la présente affaire. L’action découle du décès
de Janessa Toney, âgée de cinq ans, fille et sœur des demandeurs dans l’action à la suite d’un accident de bateau sur le
lac Newell, dans le sud de l’Alberta. Il est allégué que la
famille Toney (les intimés) et Janessa sont allées faire une
promenade en bateau et que le dispositif de direction est
tombé en panne. Ils ont appelé au secours et, pendant le sauvetage, le navire de sauvetage — dont l’appelante était la
propriétaire et assurait l’exploitation — a chaviré. Tous les
membres de l’équipe de sauvetage et les intimés ont été ramenés sur le rivage, à l’exception de Janessa. Il semble qu’elle
soit restée prise sous le navire de sauvetage et qu’elle se soit
noyée. Dans leur déclaration, les demandeurs ont énoncé une
série d’allégations contre l’appelante, qui, depuis le début de
la présente affaire, ont soutenu que la Cour fédérale n’a pas
compétence en matière personnelle à son égard.
The issue was whether the Federal Court has in personam
jurisdiction over the appellant in this matter.
Il s’agissait de savoir si la Cour fédérale a compétence en
matière personnelle à l’égard de l’appelante dans la présente
affaire.
Held (Sharlow J.A. dissenting), the appeal should be
allowed.
Arrêt (la juge Sharlow, J.C.A., dissidente) : l’appel doit être
accueilli.
Per Near J.A. (Webb J.A. concurring): There was no dispute that the claim herein related to maritime law and thus fell
within the subject-matter jurisdiction of the Federal Court
pursuant to section 22 of the Federal Courts Act (Act). The
contest was strictly about whether Parliament has shown a
clear intention to grant the Federal Court in personam jurisdiction over the appellant in this matter. Doctrine has
established that the Crown is presumptively not bound by
legislation unless it is expressly named, bound by necessary
implication or has waived its immunity.
Le juge Near, J.C.A. (le juge Webb, J.C.A., souscrivant à
ses motifs) : Il n’a pas été controversé que la demande aux
présentes relevait du droit maritime, donc qu’elle relevait de
la compétence de la Cour fédérale en vertu de l’article 22 de
la Loi sur les Cours fédérales (la Loi). Seule était controversée la question de savoir si le législateur fédéral a clairement
exprimé son intention de conférer à la Cour fédérale la compétence en matière personnelle à l’égard de l’appelante dans
la présente affaire. La doctrine a établi qu’il y a présomption
que la Couronne n’est pas liée par la Loi, sauf si elle y est
186
TONEY
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
désignée de façon expresse, si elle est liée par déduction
nécessaire ou si elle a renoncé à son immunité.
The fact that the Crown is defined in section 2 of the Act
as “Her Majesty in right of Canada” was contraindicative
of a clear intention to bind the provinces. When compared
with other statutes that contain express language of an intention to bind the provinces, the words “as well as otherwise”
in section 22 thereof were not sufficiently express to convey Parliament’s clear intention to bind the provinces. This
view was supported by an absence of any indication of a
Parliamentary intention to confer on the Federal Courts in
personam jurisdiction over the provinces in the legislative
history of section 22 of the Act. Section 22 deals with subjectmatter jurisdiction and there was nothing in the provision or
in the remainder of the statute whereby the conclusion could
be drawn that Parliament clearly intended to bind the provincial Crown by express language or through logical inference.
Le fait que la Couronne soit définie à l’article 2 de la Loi
comme étant « Sa Majesté du chef du Canada » ne cadrait pas
avec une intention claire de lier les provinces. À la lumière
d’autres lois qui contiennent des dispositions explicites quant
à l’intention de lier les provinces, l’expression « opposant
notamment des administrés » de l’article 22 (« as well as
otherwise » dans la version anglaise) ne suffisait pas pour
exprimer une intention claire du Parlement de lier les provinces. L’absence de toute indication que le législateur fédéral
ait eu l’intention de conférer aux Cours fédérales la compétence en matière personnelle à l’égard des provinces dans les
versions antérieures de l’article 22 de la Loi va dans le sens
de cette opinion. L’article 22 de la Loi porte sur la compétence matérielle et il n’y avait rien dans cet article, ou ailleurs
dans la loi qui aurait permis de conclure que le législateur
voulait clairement lier la Couronne provinciale au moyen
d’une disposition expresse ou par déduction logique.
Section 19 of the Act does grant jurisdiction to the Federal
Court over the provincial crowns in cases of intergovernmental controversies if the particular province involved has
adopted legislation accepting such jurisdiction. The appellant
has accepted such jurisdiction under its Judicature Act (section 27). Section 19 of the Act cannot be invoked if an
individual or a company commences an action against both
the Federal government and the provincial government but
may be invoked if the action is commenced against the
Federal government and the Federal government then commences a third party proceeding against the provincial Crown.
As a result, since this action was commenced by the respondents against the appellant and the Federal government,
section 19 of the Act did not apply to grant the Federal Court
jurisdiction over the appellant.
L’article 19 de la Loi confère compétence à la Cour fédérale à l’égard des Couronnes provinciales pour juger les cas
de litige entre les gouvernements si la province en cause a
adopté une loi par laquelle elle reconnaît cette compétence.
L’appelante a reconnu cette compétence en vertu de l’article 27 de sa Judicature Act. L’article 19 de la Loi ne peut être
invoqué lorsqu’un particulier ou une entreprise intente une
poursuite à la fois contre le gouvernement fédéral et le gouvernement provincial, mais peut être utilement invoqué si la
poursuite est intentée contre le gouvernement fédéral et que
ce dernier intente ensuite une procédure de mise en cause
contre la Couronne provinciale. Par conséquent, étant donné
que la présente poursuite a été intentée par les intimés contre
l’appelante et le gouvernement fédéral, l’article 19 de la Loi
ne jouait pas et ne conférait pas compétence à la Cour fédérale
à l’égard de l’appelante.
Contrary to what the respondents argued, there was no
clear intention to grant in personam jurisdiction when section
22 of the Act was read in conjunction with sections 4 and 8 of
the appellant’s Proceedings Against the Crown Act (APACA).
Section 4 of APACA grants the right to substantive relief
against the Crown and section 8 describes the forum and
procedural rules that will govern proceedings against the
appellant commenced in accordance with APACA. The
Saskatchewan Court of Appeal has endorsed the interpretation that section 8 leads to the conclusion that the Alberta
legislature intended that actions against the appellant can
only proceed when brought in a court in Alberta. The Alberta
legislature has not generally granted jurisdiction to the
Federal Court over the appellant but rather has only granted
jurisdiction in specific circumstances, a conclusion supported
by section 27 of the appellant’s Judicature Act. Given the
Saskatchewan Court of Appeal’s interpretation of section 8 of
Contrairement à ce qu’ont prétendu les intimés, il n’y avait
pas d’intention claire de conférer la compétence en matière
personnelle lorsque l’article 22 de la Loi était interprété de
concert avec les articles 4 et 8 de la Proceedings Against the
Crown Act (APACA). L’article 4 de l’APACA confère le droit
d’intenter un recours contre la Couronne, tandis que l’article 8
de l’APACA définit le forum et les règles de procédure régissant les instances intentées contre l’appelante conformément
à l’APACA. La Cour d’appel de la Saskatchewan a confirmé
l’interprétation de l’article 8 selon laquelle l’on doit conclure
que le législateur de l’Alberta avait l’intention de n’autoriser
les poursuites contre l’appelante que devant une cour de
l’Alberta. Le législateur de l’Alberta n’a pas conféré à la Cour
fédérale une compétence générale à l’égard de l’appelante,
mais lui a plutôt conféré une compétence dans des cas précis,
une conclusion appuyée par l’article 27 de la Judicature Act
de l’appelante. À la lumière de l’interprétation de l’article 8
[2015] 1 R.C.F.
TONEY
c.
CANADA
187
APACA and absent more explicit language to the contrary
in any other provincial statute, there was no basis to find that
the appellant granted the Federal Court jurisdiction thereover other than as provided in section 27 of the appellant’s
Judicature Act.
de l’APACA retenue par la Cour d’appel de la Saskatchewan
et faute de dispositions explicitement contraires dans toute
autre loi provinciale, rien ne permettait de conclure que la
province de l’Alberta a conféré compétence à la Cour fédérale
à l’égard de la province de l’Alberta, sauf dans la mesure
prévue à l’article 27 de la Judicature Act de l’appelante.
Regarding necessary implication, an intention to bind the
Crown may be found where the purpose of the statute would
be wholly frustrated if the government were not bound or, in
other words, if an absurdity were produced. It could not be
seen how the purpose of the Federal Courts Act—to advance
the better administration of the Laws of Canada in accordance
with the Constitution Act, 1867—would be wholly frustrated
if the appellant was not bound. This was particularly so given
that the plaintiffs in the underlying action were not without
remedy in this case and could bring their action in the Alberta
Court of Queen’s Bench.
En ce qui a trait à la déduction nécessaire, on peut conclure
qu’il y a une intention de lier la Couronne lorsque l’objet de
la loi serait privé de toute efficacité si l’État n’était pas lié ou,
en d’autres termes, s’il donnait lieu à une absurdité. Il était
impossible de voir comment l’objet de la Loi sur les Cours
fédérales — soit l’amélioration de l’application du droit canadien conformément à l’article 101 de la Loi constitutionnelle
de 1867 — serait privé de toute efficacité si l’appelante
n’était pas liée. Cela s’avérait d’autant plus vrai que les
demandeurs ayant intenté l’action sous-jacente n’avaient pas
été dépourvus de recours en l’espèce et pouvaient intenter
leur action devant la Cour du Banc de la Reine de l’Alberta.
As for waiver, the respondents did not establish that the
appellant waived its immunity by its past conduct.
Quant à la renonciation, les intimés n’ont pas établi que
l’appelante avait renoncé à son immunité du fait de sa
conduite passée.
Per Sharlow J.A. (dissenting): The jurisdiction of the
Federal Court in this matter depended solely on federal
legislation. It had to be determined whether the respondent’s
claim was based on federal legislation and whether federal
legislation was binding on the provinces. It was clear that the
respondent’s claims were based on two federal statutes—the
Marine Liability Act and the Federal Courts Act. The phrase
“in all cases” in subsection 43(1) of the Federal Courts Act,
which deals in particular with in personam jurisdiction, was
broad enough to include an in personam claim for damages
caused by a ship or its operation where the ship is owned by a
province. Given the statutory context, that is what that provision was intended to mean. In conclusion, based on sections
22 and 43 of the Federal Courts Act read in their entirety and
in context, Parliament intended to give the Federal Court
complete and comprehensive jurisdiction in all claims under
the Marine Liability Act, including the claims of the respondents in this case against the appellant. The test in section 17
of the federal Interpretation Act being met, the provinces
were bound by sections 22 and 43 of the Federal Courts Act.
La juge Sharlow, J.C.A. (dissidente) : La compétence de la
Cour fédérale en l’espèce dépendait uniquement des lois fédérales. Il fallait déterminer si la demande des intimés était
fondée sur la législation fédérale et si cette législation fédérale
liait les provinces. Il est clair que les demandes des intimés
étaient fondées sur deux lois fédérales — la Loi sur la responsabilité en matière maritime et la Loi sur les Cours fédérales.
La portée des mots « dans tous les cas » au paragraphe 43(1)
de la Loi sur les Cours fédérales, qui traite en particulier de
la compétence personnelle, était suffisamment large pour
englober la demande personnelle visant les dommagesintérêts causés par un navire ou son exploitation lorsque celuici appartient à une province. À la lumière du contexte légal,
c’est le sens que le législateur voulait donner à cette disposition. En conclusion, à la lumière des articles 22 et 43 de la Loi
sur les Cours fédérales considérés dans leur ensemble et
interprétés au regard du contexte, le législateur fédéral voulait
conférer à la Cour fédérale une compétence complète et
exhaustive sur toutes les demandes introduites en vertu de la
Loi sur la responsabilité en matière maritime, y compris les
demandes des intimés dans la présente affaire à l’encontre de
l’appelante. Le critère consacré par l’article 17 de la Loi
d’interprétation fédérale étant rempli, les provinces étaient
liées par les articles 22 et 43 de la Loi sur les Cours
fédérales.
STATUTES AND REGULATIONS CITED
LOIS ET RÈGLEMENTS CITÉS
Alberta Treasury Branches Act, R.S.A. 2000, c. A-37,
s. 2(4).
Alberta Treasury Branches Act, R.S.A. 2000, ch. A-37,
art. 2(4).
188
TONEY
Constitution Act, 1867, 30 & 31 Vict., c. 3 (U.K.) (as
am. by Canada Act 1982, 1982, c. 11 (U.K.), Schedule
to the Constitution Act, 1982, Item 1) [R.S.C., 1985,
Appendix II, No. 5], s. 101.
Crown Proceeding Act, R.S.B.C. 1996, c. 89.
Excise Tax Act, R.S.C. 1970, c. E-13.
Federal Court Act, R.S.C. 1970 (2nd Supp.), c. 10, ss. 19,
23.
Federal Courts Act, R.S.C., 1985, c. F-7, ss. 2 “Crown”,
17, 19, 20, 22, 23, 43.
Federal Courts Rules, SOR/98-106.
Interpretation Act, R.S.A. 2000, c. I-8, ss. 14, 28
“Her Majesty”.
Interpretation Act, R.S.C., 1985, c. I-21, ss. 16, 17.
Judicature Act, R.S.A. 2000, c. J-2, s. 27.
Marine Liability Act, S.C. 2001, c. 6, ss. 3, 4 “dependant”,
5, 6(2), 79(3).
Proceedings Against the Crown Act, R.S.A. 2000, c. P-25,
ss. 4, 8.
Species at Risk Act, S.C. 2002, c. 29, s. 5.
CASES CITED
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
Crown Proceeding Act, R.S.B.C. 1996, ch. 89.
Interpretation Act, R.S.A. 2000, ch. I-8, art. 14, 28
« Sa Majesté ».
Judicature Act, R.S.A. 2000, ch. J-2, art. 27.
Loi constitutionnelle de 1867, 30 & 31 Vict., ch. 3 (R.-U.)
(mod. par la Loi de 1982 sur le Canada, 1982, ch. 11
(R.-U.), annexe de la Loi constitutionnelle de 1982, no 1)
[L.R.C. (1985), appendice II, no 5], art. 101.
Loi d’interprétation, L.R.C. (1985), ch. I-21, art. 16, 17.
Loi sur la Cour fédérale, S.R.C. 1970 (2e suppl.), ch. 10,
art. 19, 23.
Loi sur la responsabilité en matière maritime, L.C. 2001,
ch. 6, art. 3, 4 « personne à charge », 5, 6(2), 79(3).
Loi sur la taxe d’accise, S.R.C. 1970, ch. E-13.
Loi sur les Cours fédérales, L.R.C. (1985), ch. F-7, art. 2
« Couronne », 17, 19, 20, 22, 23, 43.
Loi sur les espèces en péril, L.C. 2002, ch. 29, art. 5.
Proceedings Against the Crown Act, R.S.A. 2000, ch. P-25,
art. 4, 8.
Règles des Cours fédérales, DORS/98-106.
JURISPRUDENCE CITÉE
APPLIED:
DÉCISIONS APPLIQUÉES :
Alberta Government Telephones v. Canada (Canadian
Radio-television and Telecommunications Commission),
[1989] 2 S.C.R. 225, (1989), 61 D.L.R. (4th) 193; Medvid
v. Alberta (Health and Wellness), 2012 SKCA 49 (CanLII),
349 D.L.R. (4th) 72.
Alberta Government Telephones c. Canada (Conseil de la
radiodiffusion et des télécommunications canadiennes),
[1989] 2 R.C.S. 225; Medvid v. Alberta (Health and
Wellness), 2012 SKCA 49 (CanLII), 349 D.L.R. (4th) 72.
CONSIDERED:
DÉCISIONS EXAMINÉES :
Trainor Surveys (1974) Limited v. New Brunswick,
[1990] 2 F.C. 168 (T.D.); R. v. Eldorado Nuclear Ltd.; R.
v. Uranium Canada Ltd., [1983] 2 S.C.R. 551, (1983), 4
D.L.R. (4th) 193; Friends of the Oldman River Society
v. Canada (Minister of Transport), [1992] 1 S.C.R. 3,
(1992), 88 D.L.R. (4th) 1; Kusugak v. Northern
Transportation Co., 2004 FC 1696, 247 D.L.R. (4th) 323;
National Association of Broadcast Employees and
Technicians v. The Queen in right of Canada, [1980] 1
F.C. 820, (1979), 107 D.L.R. (3d) 186 (C.A.); Canadian
Javelin Ltd. v. The Queen in Right of Newfoundland,
[1978] 1 F.C. 408, (1977), 77 D.L.R. (3d) 317 (C.A.);
Greeley v. Tami Joan (The) (1996), 113 F.T.R. 66
(F.C.T.D.); Union Oil Co. of Canada Ltd. v. The Queen,
[1974] 2 F.C. 452, (1974), 52 D.L.R. (3d) 388 (T.D.), affd
[1976] 1 F.C. 74 (C.A.), affd (1976), 16 N.R. 425 (S.C.C.);
Fairford Band v. Canada (Attorney General), [1995] 3
F.C. 165, (1995), 96 F.T.R. 172 (T.D.), affd (1996), 205
N.R. 380 (F.C.A.); R. in right of Newfoundland v.
Commission Hydro-Electrique de Québec; Churchill
Falls (Labrador) Corporation Ltd. v. Commission HydroElectrique de Québec), [1982] 2 S.C.R. 79, (1982), 137
Trainor Surveys (1974) Limited c. Nouveau-Brunswick,
[1990] 2 C.F. 168 (1re inst.); R. c. Eldorado Nucléaire
Ltée; R. c. Uranium Canada Ltée, [1983] 2 R.C.S. 551;
Friends of the Oldman River Society c. Canada (Ministre
des transports), [1992] 1 R.C.S. 3; Kusugak c. Northern
Transportation Co., 2004 CF 1696; L’Association
nationale des employés et techniciens en radiodiffusion c.
La Reine du chef du Canada, [1980] 1 C.F. 820 (C.A.);
Canadian Javelin Ltd. c. La Reine du chef de TerreNeuve, [1978] 1 C.F. 408 (C.A.); Greeley c. Tami Joan
(Le), [1996] A.C.F. no 739 (1re inst.) (QL); Union Oil Co.
of Canada Ltd. c. La Reine, [1974] 2 C.F. 452 (1re inst.),
conf. par [1976] 1 C.F. 74 (C.A.), conf. par (1976), 16
N.R. 425 (C.S.C.); Bande de Fairford c. Canada
(Procureur général), [1995] 3 C.F. 165 (1re inst.), conf. par
[1996] A.C.F. no 1242 (C.A.) (QL); R. (T.-N.) et Churchill
Falls (Labrador) Corporation Ltée. c. Commission
Hydro-Electrique de Québec, [1982] 2 R.C.S. 79;
Athabasca Chipewyan First Nation v. British Columbia,
2001 ABCA 112 (CanLII), 281 A.R. 38; Scott Steel Ltd. c.
Alarissa (L’), [1996] 2 C.F. 883 (1re inst.); Toney c.
Canada, 2011 CF 1440, conf. par 2012 CAF 167.
[2015] 1 R.C.F.
TONEY
c.
CANADA
189
D.L.R. (3d) 577; Athabasca Chipewyan First Nation v.
British Columbia, 2001 ABCA 112 (CanLII), 281 A.R. 38;
Scott Steel Ltd. v. Alarissa (The), [1996] 2 F.C. 883,
(1996), 111 F.T.R. 81 (T.D.); Toney v. Canada, 2011 FC
1440, affd 2012 FCA 167.
REFERRED TO:
DÉCISIONS CITÉES :
Housen v. Nikolaisen, 2002 SCC 33, [2002] 2 S.C.R. 235;
Manitoba v. Canadian Copyright Licensing Agency
(Access Copyright), 2013 FCA 91, 358 D.L.R. (4th) 563;
Province of Bombay v. Municipal Corporation of Bombay,
[1947] A.C. 58 (P.C.); Mount Royal/Walsh Inc. v. Jensen
Star (The), [1990] 1 F.C. 199, (1989), 99 N.R. 42 (C.A.);
Avant Inc. v. R., [1986] 2 F.C. 91, (1986), 25 D.L.R. (4th)
156 (T.D.); Dableh v. Ontario Hydro (1990), 33 C.P.R.
(3d) 544 (F.C.T.D.).
Housen c. Nikolaisen, 2002 CSC 33, [2002] 2 R.C.S. 235;
Manitoba c. Canadian Copyright Licensing Agency
(Access Copyright), 2013 CAF 91; Province of Bombay
v. Municipal Corporation of Bombay, [1947] A.C. 58
(P.C.); Mount Royal/Walsh Inc. c. Jensen Star (Le), [1990]
1 C.F. 199 (C.A.); Avant Inc. c. R., [1986] 2 C.F. 91 (1re
inst.); Dableh c. Ontario Hydro, [1990] A.C.F. no 913 (1re
inst.) (QL).
AUTHORS CITED
DOCTRINE CITÉE
Horsman, Karen and Gareth Morley. Government Liability:
Law and Practice, loose-leaf. Aurora, Ont.: Canada Law
Book, 2007.
Horsman, Karen et Gareth Morley. Government Liability:
Law and Practice, feuilles mobiles. Aurora, Ont. : Canada
Law Book, 2007.
APPEAL from a Federal Court order (2012 FC 1412,
422 F.T.R. 178) determining, as a question of law in
advance of trial, that the Federal Court has in personam
jurisdiction over the appellant in the underlying action
taken by the respondents. Appeal allowed, Sharlow J.A.
dissenting.
APPEL interjeté à l’encontre d’une ordonnance de la
Cour fédérale (2012 CF 1412) qui a conclu, relativement
à une question de droit soulevée avant la tenue du
procès, qu’elle a compétence en matière personnelle à
l’égard de l’appelante dans l’action sous-jacente intentée
par les intimés. Appel accueilli, la juge Sharlow, J.C.A.
étant dissidente.
APPEARANCES
Marta Burns and Bruce Hughson for appellant.
Darren G. Williams for respondents.
SOLICITORS OF RECORD
Deputy Attorney General of Canada for appellant.
Merchant Law Group LLP, Victoria, for respondents.
ONT COMPARU
Marta Burns et Bruce Hughson pour l’appelante.
Darren Williams pour les intimés.
AVOCATS INSCRITS AU DOSSIER
Le sous-procureur général du Canada pour
l’appelante.
Merchant Law Group LLP, Victoria, pour les
intimés.
The following are the reasons for judgment rendered
in English by
Ce qui suit est la version française des motifs du
jugement rendus par
[1] Near j.a.: Her Majesty the Queen in right of
Alberta (Alberta) appeals from the December 3, 2012
order of the Federal Court (2012 FC 1412, 422 F.T.R.
[1] Le juge Near, j.C.a. : Sa Majesté la Reine du chef
de l’Alberta (l’Alberta) interjette appel de l’ordonnance
rendue le 3 décembre 2012 (2012 CF 1412) par laquelle
190
TONEY
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
178) in which the Judge determined, as a question of law
in advance of trial, that the Federal Court has in personam jurisdiction over Alberta in the underlying action.
une juge de la Cour fédérale a conclu, relativement à une
question de droit soulevée avant la tenue du procès, que
la Cour fédérale a compétence en matière personnelle à
l’égard de l’Alberta dans la présente affaire.
[2] The action arises from the death of five-year-old
Janessa Toney, daughter and sister to the plaintiffs,
following a boating incident on Lake Newell in southern
Alberta. It is alleged that the Toney family was out on
their boat on Lake Newell on September 27, 2008, and
encountered a malfunction in their steering equipment.
They called for help and, in the course of the rescue, the
rescue vessel, owned and operated by Alberta, capsized.
All of the members of the rescue team and of the Toney
family, except for Janessa, were taken to shore. It is
believed that she was pinned under the rescue vessel and
died of drowning.
[2] L’action découle du décès de Janessa Toney, âgée
de cinq ans, fille et sœur des demandeurs, à la suite d’un
accident de bateau sur le lac Newell, dans le sud de
l’Alberta. Il est allégué que la famille Toney est allée
faire une promenade en bateau sur le lac Newell le
27 septembre 2008 et que le dispositif de direction est
tombé en panne. Ils ont appelé au secours et, pendant le
sauvetage, le navire de sauvetage — dont l’Alberta était
la propriétaire et assurait l’exploitation — a chaviré.
Tous les membres de l’équipe de sauvetage et de la
famille Toney ont été ramenés sur le rivage, à l’exception de Janessa. Il semble qu’elle soit restée prise sous
le navire de sauvetage et qu’elle se soit noyée.
[3] The statement of claim sets out a series of allegations against Alberta at paragraph 63, including “failing
to identify and utilize the reasonably safest method,
means and route for retrieving the Plaintiffs” and “overloading the [rescue] Vessel given the wind and wave
conditions, and otherwise operating [it] in such a manner
as swamping and/or capsizing of the Vessel was likely,
and did in fact occur”.
[3] Dans leur déclaration, les demandeurs énoncent
une série d’allégations contre l’Alberta au paragraphe 63, notamment [traduCtioN] « ne pas avoir relevé
et utilisé la méthode, les moyens et le chemin les plus
raisonnablement sûrs en vue de rescaper les demandeurs » et [traduCtioN] « avoir surchargé le navire [de
sauvetage] compte tenu du vent et des vagues, et l’avoir
conduit de telle manière qu’il était probable que le navire
prendrait de l’eau ou chavirerait, ce qui en fait est
arrivé ».
[4] Alberta has consistently objected to the Federal
Court’s exercise of in personam jurisdiction over it in
these proceedings.
[4] Depuis le début de la présente affaire, l’Alberta
soutient que la Cour fédérale n’a pas compétence en
matière personnelle à son égard.
I. ISSUES
I. LES QUESTIONS EN LITIGE
[5] The sole issue to be decided is whether the Federal
Court has in personam jurisdiction over Alberta in this
matter. As a question of law, the Judge’s determination
in this regard is reviewable on the standard of correctness: Housen v. Nikolaisen, 2002 SCC 33, [2002] 2
S.C.R. 235, at paragraph 8; Trainor Surveys (1974)
Limited v. New Brunswick, [1990] 2 F.C. 168 (T.D.), at
page 175.
[5] La seule question à trancher est celle de savoir si
la Cour fédérale a compétence en matière personnelle à
l’égard de l’Alberta dans la présente affaire. Puisqu’il
s’agit d’une question de droit, la décision de la juge est
assujettie à la norme de la décision correcte : Housen
c. Nikolaisen, 2002 CSC 33, [2002] 2 R.C.S. 235, au
paragraphe 8; Trainor Surveys (1974) Limited c.
Nouveau-Brunswick, [1990] 2 C.F. 168 (1re inst.), à la
page 175.
[2015] 1 R.C.F.
TONEY
II. ANALYSIS
A. Basic Principles
[6] Four basic principles will frame my analysis.
First, Parliament and the provincial legislatures have
“unequivocally adopted the premise that the Crown is
prima facie immune” from legislation: R. v. Eldorado
Nuclear Ltd.; R. v. Uranium Canda Ltd., [1983] 2 S.C.R.
551, at page 558. Alberta’s statutory directive on this
point is found in section 14 of its Interpretation Act,
R.S.A. 2000, c. I-8, and governs the approach to
Alberta’s statutes:
Crown not bound
14 No enactment is binding on Her Majesty or affects Her
Majesty or Her Majesty’s rights or prerogatives in any
manner, unless the enactment expressly states that it binds
Her Majesty. [Emphasis mine.]
“Her Majesty” is defined in section 28 of the same Act
as “the Sovereign of the United Kingdom, Canada and
Her other realms and territories, and Head of the
Commonwealth”. The federal equivalent, found in
section 17 of the Interpretation Act, R.S.C., 1985, c.
I-21, and applicable to federal statutes, states:
Her Majesty
not bound or
affected
unless stated
17. No enactment is binding on Her Majesty
or affects Her Majesty or Her Majesty’s rights or
prerogatives in any manner, except as mentioned
or referred to in the enactment. [Emphasis mine.]
c.
CANADA
191
II. ANALYSE
A. Principes élémentaires
[6] Quatre principes élémentaires serviront de cadre
à mon analyse. Premièrement, les législateurs fédéral
et provinciaux ont « adopté d’une manière non équivoque
le principe que l’État jouit à première vue de l’immunité »
à l’égard des textes législatifs : R. c. Eldorado
Nucléaire Ltée; R. c. Uranium Canada Ltée, [1983] 2
R.C.S. 551, à la page 558. Sur cette question, la directive
de l’assemblée législative de l’Alberta se trouve à l’article 14 de sa Interpretation Act, R.S.A. 2000, ch. I-8, et
régit la façon dont on aborde les lois de l’Alberta :
[traduCtioN]
14 Nul texte législatif de quelque façon que ce soit ne lie
Sa Majesté ni n’a d’effet à l’égard de Sa Majesté ou sur les
droits et prérogatives de Sa Majesté, à moins qu’il n’y soit
stipulé de façon expresse que Sa Majesté y est soumise.
[Non souligné dans l’original.]
« Sa Majesté » est définie à l’article 28 de cette même
loi comme étant [ traduCtioN ] « le souverain du
Royaume-Uni, du Canada et de ses autres royaumes et
territoires, et chef du Commonwealth ». Selon la disposition fédérale équivalente, qui se trouve à l’article 17
de la Loi d’interprétation, L.R.C. (1985), ch. I-21 et qui
s’applique aux lois fédérales :
17. Sauf indication contraire y figurant, nul
texte ne lie Sa Majesté ni n’a d’effet sur ses droits
et prérogatives. [Non souligné dans l’original.]
Nonobligation,
sauf
indication
contraire
“Her Majesty” is defined identically as in the provincial
statute.
La définition de « Sa Majesté » est identique à celle de
la loi provinciale.
[7] The Supreme Court of Canada has cautioned that
courts are not entitled to question the basic concept of
Crown immunity (Eldorado, at page 558), and has
emphasized that, in light of the language in the
Interpretation Acts, a clear Parliamentary intention to
bind the Crown—federal or provincial—is required to
displace it: Alberta Government Telephones v. Canada
(Canadian Radio-television and Telecommunications
Commission), [1989] 2 S.C.R. 225 (AGT), at pages
[7] La Cour suprême du Canada a précisé que le juge
ne peut remettre en question le principe fondamental de
l’immunité de la Couronne (Eldorado, à la page 558) et
a souligné que, compte tenu de la formulation des lois
d’interprétation, il faut que le législateur exprime
clairement son intention de lier la Couronne — fédérale
ou provinciale — pour écarter ce principe : Alberta
Government Telephones c. Canada (Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes),
192
TONEY
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
281–282. While certainly helpful, such an intention need
not necessarily be expressed with such words as: “This
Act shall bind Her Majesty” [at page 280]. As set out in
Friends of the Oldman River Society v. Canada (Minister
of Transport), [1992] 1 S.C.R. 3 (Oldman River), at page
53, “a contextual analysis of a statute may reveal an
intention to bind the Crown if one is irresistibly drawn
to that conclusion through logical inference” (emphasis
mine).
[1989] 2 R.C.S. 225 (AGT), aux pages 281 et 282. Il
n’est pas nécessaire que cette intention soit exprimée
au moyen d’une formule telle que : « La présente loi lie
Sa Majesté » [à la page 280], bien qu’une telle disposition s’avérerait sans doute utile. Ainsi qu’il est signalé
dans l’arrêt Friends of the Oldman River Society c.
Canada (Ministre des Transports), [1992] 1 R.C.S. 3
(Oldman River), à la page 53, « une analyse du contexte
d’une loi peut révéler une intention de lier la Couronne
si cette conclusion s’impose immanquablement par
déduction logique » (non souligné dans l’original).
[8] Second, where Parliament has the authority to
legislate in an area, a provincial Crown will be bound if
Parliament so chooses: AGT, at page 275.
[8] Deuxièmement, lorsque le Parlement a le pouvoir
de légiférer dans un domaine, la Couronne provinciale
est liée si le législateur fédéral en décide ainsi : AGT, à
la page 275.
[9] Third, the Federal Court, created by Parliament
pursuant to section 101 of the Constitution Act, 1867, 30
& 31 Vict., c. 3 (U.K.) [(as am. by Canada Act 1982,
1982, c. 11 (U.K.), Schedule to the Constitution Act,
1982, Item 1) [R.S.C., 1985, Appendix II, No. 5]]
obtains its jurisdiction from statute. In order for the
provincial Crowns to be sued in this Court, there must
be “some legislative provision permitting suits”: Trainor
Surveys, at page 176.
[9] Troisièmement, la Cour fédérale, créée par le législateur fédéral en vertu de l’article 101 de la Loi
constitutionnelle de 1867, 30 & 31 Vict., ch. 3 (R.-U.)
[(mod. par la Loi de 1982 sur le Canada, 1982, ch. 11
(R.-U.), annexe de la Loi constitutionnelle de 1982, no 1)
[L.R.C. (1985), appendice II, no 5]], tire sa compétence
d’un texte de loi. Pour que les Couronnes provinciales
puissent faire l’objet d’une poursuite devant la Cour, il
faut qu’il existe « une disposition législative permettant
d’engager […] des poursuites » : Trainor Surveys, à la
page 176.
[10] Fourth and finally, the Court must have jurisdiction over both the subject-matter of the dispute and the
parties: Kusugak v. Northern Transportation Co., 2004
FC 1696, 247 D.L.R. (4th) 323, at paragraph 42. There
is no dispute that the claim relates to maritime law, and
thus falls within the subject-matter jurisdiction of the
Federal Court pursuant to section 22 of the Federal
Courts Act, R.S.C., 1985, c. F-7. The contest is strictly
about whether Parliament has shown a clear intention to
grant the Federal Court in personam jurisdiction over
Alberta in this matter.
[10] Enfin, quatrièmement, la Cour doit avoir compétence à la fois sur l’objet du litige et sur les parties :
Kusugak c. Northern Transportation Co., 2004 CF 1696,
au paragraphe 42. Il n’est pas controversé que la demande relève du droit maritime, donc qu’elle relève
de la compétence de la Cour fédérale en vertu de l’article 22 de la Loi sur les Cours fédérales, L.R.C. (1985),
ch. F-7. Seule est controversée la question de savoir si
le législateur fédéral a clairement exprimé son intention de conférer à la Cour fédérale la compétence en
matière personnelle à l’égard de l’Alberta dans la présente affaire.
B. Has Parliament shown a clear intention to
bind the Province?
B. Le législateur fédéral a-t-il clairement exprimé
l’intention de lier la province?
[2015] 1 R.C.F.
TONEY
[11] In their text, Government Liability: Law and
Practice, loose-leaf (Aurora, Ont.: Canada Law Book,
2007), Horsman and Morley point out that the Crown is
presumptively not bound by legislation unless (i) it is
expressly named; (ii) it is bound by necessary implication; or (iii) it has waived its immunity. This is a useful
rubric for assessing the parties’ arguments in this case,
being ever mindful that the starting presumption is that
the Crown is not bound.
i. Expressly Named
c.
193
CANADA
[11] Dans leur traité, Government Liability: Law and
Practice, feuilles mobiles (Aurora, Ont. : Canada Law
Book, 2007), Horsman et Morley signalent qu’il y a présomption que la Couronne n’est pas liée, sauf si : i) elle
est désignée de façon expresse; ii) elle est liée par déduction nécessaire; ou iii) elle a renoncé à son immunité. Il
s’agit de rubriques utiles pour examiner les thèses des
parties en l’espèce, tout en gardant à l’esprit la présomption initiale selon laquelle la Couronne n’est pas liée.
i. Désignée de façon expresse
(a) Section 22 of the Federal Courts Act
a) L’article 22 de la Loi sur les Cours
fédérales
[12] Section 22 of the Federal Courts Act reads, in
relevant part, as follows:
[12] Voici la disposition pertinente de l’article 22 de
la Loi sur les Cours fédérales :
Navigation
and
shipping
22. (1) The Federal Court has concurrent original jurisdiction, between subject and subject as
well as otherwise, in all cases in which a claim
for relief is made or a remedy is sought under or
by virtue of Canadian maritime law or any other
law of Canada relating to any matter coming
within the class of subject of navigation and
shipping, except to the extent that jurisdiction has
been otherwise specially assigned.
22. (1) La Cour fédérale a compétence concurrente, en première instance, dans les cas —
opposant notamment des administrés — où une
demande de réparation ou un recours est présenté
en vertu du droit maritime canadien ou d’une loi
fédérale concernant la navigation ou la marine
marchande, sauf attribution expresse contraire de
cette compétence.
Navigation et
marine
marchande
[13] The respondents submit that the phrase “between
subject and subject as well as otherwise” expressly
grants in personam jurisdiction over provincial Crowns.
Relying primarily on National Association of Broadcast
Employees and Technicians v. The Queen in right of
Canada, [1980] 1 F.C. 820 (C.A.) (N.A.B.E.), the
respondents argue that “as well as otherwise” can only
refer to public authorities, which includes provincial and
territorial governments: Kusugak, at paragraph 50.
[13] Les intimés soutiennent que les mots « opposant
notamment des administrés » (« between subject and
subject as well as otherwise » dans la version anglaise)
confèrent de façon expresse la compétence en matière
personnelle à l’égard des Couronnes provinciales. Se
fondant principalement sur la jurisprudence L’Association
nationale des employés et techniciens en radiodiffusion c. La Reine du chef du Canada, [1980]
1 C.F. 820 (C.A.) (ANETR), les intimés soutiennent que
les mots « opposant notamment des administrés » (« tant
entre sujets qu’autrement », selon la formulation antérieure de la loi) renvoient uniquement aux autorités
publiques, ce qui englobe les gouvernements provinciaux et territoriaux : Kusugak, au paragraphe 50.
[14] I do not find the authorities relied on by the
respondents persuasive for two reasons: First, N.A.B.E.
was decided in a purely federal context, without regard
to the potential difference between levels of government.
For its part, the Court in Kusugak did not consider the
[14] À mon avis, la jurisprudence citée par les intimés
n’est pas convaincante pour deux motifs : premièrement,
l’affaire ANETR se situait entièrement dans un contexte
fédéral, sans que soit mise en jeu la différence potentielle entre les ordres de gouvernement. Pour ce qui est
194
TONEY
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
phrase “as well as otherwise”, limiting itself only to a
consideration of the meaning of “between subject and
subject”.
de l’affaire Kusugak, la Cour ne s’est pas penchée sur
les mots « as well as otherwise » (« notamment » ou
« qu’autrement »), mais s’est plutôt concentrée sur le
sens des mots « between subject and subject » (« opposant […] des administrés » ou « entre sujets »).
[15] Second, the fact that the Crown is defined in
section 2 of the Federal Courts Act as “Her Majesty in
right of Canada” is contraindicative of a clear intention
to bind the provinces. In Canadian Javelin Ltd. v. The
Queen in Right of Newfoundland, [1978] 1 F.C. 408
(C.A.), the Court noted at page 410 that “where the
Federal Court Act [R.S.C. 1970 (2nd Supp.), c. 10]
contemplates conferring jurisdiction in claims against
Her Majesty, it does so (e.g., section 17(1)) by express
reference to claims against the ‘Crown’, which is
defined, for purposes of the Federal Court Act, by section 2 thereof as ‘Her Majesty in right of Canada’”.
When compared with other statutes that contain express
language of an intention to bind the provinces, such as
section 5 of the Species at Risk Act, S.C. 2002, c. 29
(“This Act is binding on Her Majesty in right of Canada
or a province”), I am not convinced that the words “as
well as otherwise” are sufficiently express to convey
Parliament’s clear intention to bind the provinces. While
language as explicit as that in the Species at Risk Act
is not strictly required, my view is supported by the
absence of any indication of a Parliamentary intention
to confer on the Federal Courts in personam jurisdiction
over the provinces in the legislative history of section 22
of the Federal Courts Act.
[15] Deuxièmement, le fait que la Couronne soit définie à l’article 2 de la Loi sur les Cours fédérales comme
étant « Sa Majesté du chef du Canada » ne cadre pas
avec une intention claire de lier les provinces. Dans
l’arrêt Canadian Javelin Ltd. c. La Reine du chef de
Terre-Neuve, [1978] 1 C.F. 408 (C.A.), la Cour a fait
remarquer, à la page 410, que « lorsque la Loi sur la
Cour fédérale [S.R.C. 1970 (2e suppl.), ch. 10] prévoit
conférer, à la Cour, compétence dans les cas de demandes de redressement contre Sa Majesté, elle le fait
(par exemple, à l’article 17(1)) par une référence expresse aux demandes de redressement contre la
“Couronne”, définie pour les fins de la Loi sur la Cour
fédérale à l’article 2 de ladite loi comme “Sa Majesté
du chef du Canada” ». À la lumière d’autres lois qui
contiennent des dispositions explicites quant à l’intention de lier les provinces, telles que l’article 5 de la Loi
sur les espèces en péril, L.C. 2002, ch. 29 (« La présente
loi lie Sa Majesté du chef du Canada ou d’une province »), je ne suis pas convaincu que l’expression
« opposant notamment des administrés » (« as well as
otherwise » dans la version anglaise) est suffisante pour
exprimer une intention claire du Parlement de lier les
provinces. Bien qu’une formulation aussi explicite que
celle de la Loi sur les espèces en péril ne soit pas
strictement nécessaire, l’absence de toute indication que
le législateur fédéral ait eu l’intention de conférer aux
Cours fédérales la compétence en matière personnelle
à l’égard des provinces dans les versions antérieures de
l’article 22 de la Loi sur les Cours fédérales va dans le
sens de mon opinion.
[16] This interpretation is equally consistent with the
case law that explicitly dealt with whether similar provisions in the Federal Courts Act and its predecessors
intended to bind the provinces. In Javelin, for example,
this Court held that section 23 of the Federal Court Act
[R.S.C. 1970 (2nd Supp.), c. 10] did not confer jurisdiction in respect of Her Majesty in right of Newfoundland.
While it related to bills of exchange and promissory
notes, section 23 of the former Federal Court Act
[16] De plus, cette interprétation concorde avec la
jurisprudence portant expressément sur la question de
savoir si des dispositions similaires dans la Loi sur les
Cours fédérales et ses versions antérieures avaient pour
but de lier les provinces. Par exemple, à l’occasion de
l’affaire Javelin, la Cour a statué que l’article 23 de la
Loi sur la Cour fédérale [S.R.C. 1970 (2e suppl.), ch. 10]
ne conférait pas compétence à l’égard de Sa Majesté du
chef de Terre-Neuve. L’article 23 de l’ancienne Loi sur
[2015] 1 R.C.F.
TONEY
c.
CANADA
195
contained similar language as section 22 of the current
Federal Courts Act. The Court’s holding flowed from
then-section 16 of the federal Interpretation Act, which
provided that Her Majesty is bound by an enactment
only where she is therein mentioned or referred to:
Javelin, at pages 409–410. No mention or reference to
Her Majesty was found.
la Cour fédérale avait trait aux lettres de change et aux
billets à ordre, mais il contenait une formulation similaire à celle de l’article 22 de l’actuelle Loi sur les Cours
fédérales. La décision de la Cour découlait de l’article 16 de la Loi d’interprétation fédérale (en vigueur à
l’époque), qui disposait que nul texte législatif ne lie Sa
Majesté sauf dans la mesure y mentionnée ou prévue :
Javelin, aux pages 409 et 410. La Cour n’a relevé aucune
mention ou référence à Sa Majesté.
[17] In Trainor Surveys, the Federal Court adopted the
Javelin reasoning that “it is clear law that the Crown
cannot be impleaded in a court in respect of a claim
against the Crown except where statutory jurisdiction
has been conferred on the court to entertain claims
against the Crown of a class in which the particular
claim falls”: Trainor Surveys, at page 176; Javelin, at
page 409. While Trainor Surveys was a case related to
copyright infringement pursuant to section 20 of the
Federal Courts Act, the language at issue was again the
same as in our case. The Court held that a general
description of subject-matter of concurrent jurisdiction
was insufficient to displace the traditional immunity
enjoyed by provincial Crowns from suits in the Federal
Court (at page 176; see also Greeley v. Tami Joan (The)
(1996), 113 F.T.R. 66 (F.C.T.D.), particularly at paragraph 21):
[17] À l’occasion de l’affaire Trainor Surveys, la Cour
fédérale a retenu le raisonnement consacré par la jurisprudence Javelin selon lequel « il est reconnu en droit que la
Couronne ne peut être poursuivie devant un tribunal pour
une demande de redressement faite contre Elle sauf dans
le cas où le tribunal s’est vu attribuer la compétence statutaire pour connaître des demandes d’une catégorie
spécifique formulées contre la Couronne » : Trainor
Surveys, à la page 176; Javelin, à la page 409. Même si
l’affaire Trainor Surveys portait sur une atteinte au droit
d’auteur en vertu de l’article 20 de la Loi sur les Cours
fédérales, la formulation en cause était encore une fois
similaire à celle examinée en l’espèce. La Cour a conclu
que les dispositions générales visant la compétence
concurrente ne suffisaient pas pour abroger l’immunité
traditionnelle des Couronnes provinciales contre les actions devant la Cour fédérale (aux pages 176 et 177; voir
également Greeley c. Tami Joan (Le), [1996] A.C.F. no
739 (1re inst.) (QL), particulièrement le paragraphe 21) :
In my opinion, the mere fact that the Federal Court has
concurrent jurisdiction with provincial courts to hear and
determine civil actions for copyright infringement is insufficient to vest the Court with jurisdiction to entertain the present
suit impleading the provincial Crowns and the Crown agencies
named as defendants in the absence of some specific provision
to that effect, whether contained in federal legislation or in the
respective Crown proceedings statutes of the three provinces.
I concur with the reasoning of Collier J. in Avant Inc. v. R.,
supra, and, paraphrasing his words, conclude that “for the
provincial Crown[s] to be sued in this court, there must, … be
some legislative provision permitting suits”, and here there is
none. I am also of the opinion that the traditional immunity of
the provincial Crowns and their agencies from suits in the
Federal Court is not abrogated in the present case by the general descriptions of subject matter of concurrent jurisdiction
with respect to copyright contained in the Federal Court Act,
on the principle of Union Oil Company v. The Queen, supra.
[Emphasis mine.]
À mon avis, le simple fait que la Cour fédérale a compétence
concurrente avec les tribunaux provinciaux pour connaître
d’actions civiles en violation du droit d’auteur ne suffit pas à
conférer à la Cour la compétence pour connaître du présent
procès intenté contre les Couronnes provinciales et les organismes provinciaux désignés comme défendeurs en l’absence
d’une disposition expresse en ce sens, qu’elle se trouve dans
la loi fédérale ou dans les lois relatives aux poursuites contre
la Couronne de chacune des trois provinces. Je souscris au
raisonnement formulé par le juge Collier dans le jugement
Avant Inc. c. R., précité, et, pour le paraphraser, je conclus
que « pour pouvoir saisir notre Cour d’une action contre la
Couronne provinciale, il faut [...] qu’il existe une disposition
législative permettant d’engager [...] des poursuites ». Or dans
le cas qui nous occupe il n’en existe aucune. Je suis également
d’avis que la traditionnelle immunité de la Couronne provinciale et de ses organismes en matière de procès devant la Cour
fédérale n’a pas été supprimée en l’espèce par les dispositions générales de la Loi sur la Cour fédérale relatives à la
compétence concurrente ratione materiae à l’égard du droit
196
TONEY
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
d’auteur, suivant le principe posé dans l’arrêt Union Oil
Company c. La Reine, précité. [Non souligné dans l’original.]
[18] I am of the same mind with respect to section 22
of the Federal Courts Act: it deals with subject-matter
jurisdiction, and I see nothing in the provision, or in the
remainder of the statute (other than section 19 of the
Federal Courts Act), that irresistibly draws me to the
conclusion that Parliament clearly intended to bind the
provincial Crown by express language or through logical inference: see Manitoba v. Canadian Copyright
Licensing Agency (Access Copyright), 2013 FCA 91,
358 D.L.R. (4th) 563, at paragraph 48; Oldman River,
at pages 52–53.
[18] Je suis du même avis en ce qui a trait à l’article 22
de la Loi sur les Cours fédérales : il porte sur la compétence matérielle et je ne relève rien dans cet article, ou
ailleurs dans la loi (à part l’article 19 de la Loi sur les
Cours fédérales), qui me mène immanquablement à
conclure que le législateur voulait clairement lier la
Couronne provinciale au moyen d’une disposition
expresse ou par déduction logique : voir Manitoba c.
Canadian Copyright Licensing Agency (Access Copyright), 2013 CAF 91, au paragraphe 48; Oldman River,
aux pages 52 et 53.
(b) Section 19 of the Federal Courts Act
b) L’article 19 de la Loi sur les Cours
fédérales
[19] Section 19 of the Federal Courts Act does grant
jurisdiction to the Federal Court over the provincial
crowns in cases of intergovernmental controversies if
the particular province involved has adopted legislation
accepting such jurisdiction. Alberta has accepted such
jurisdiction (section 27 of Alberta’s Judicature Act,
R.S.A. 2000, c. J-2).
[19] L’article 19 de la Loi sur les Cours fédérales
confère compétence à la Cour fédérale à l’égard des
Couronnes provinciales pour juger les cas de litige entre
les gouvernements si la province en cause a adopté une
loi par laquelle elle reconnaît cette compétence.
L’Alberta a reconnu cette compétence (article 27 de la
Judicature Act, R.S.A. 2000, ch. J-2).
[20] In Union Oil Co. of Canada Ltd. v. The Queen,
[1974] 2 F.C. 452 (T.D.), the plaintiff had sold fuel oil
to the Province of British Columbia who claimed an
exemption from the tax imposed under the Excise Tax
Act, R.S.C. 1970, c. E-13. The Federal government did
not agree that the exemption was applicable. The plaintiff commenced an action against both the Federal
government and the Province of British Columbia. In
striking the claim against the Province of British
Columbia, Collier J. made the following comments in
relation to the argument that the Federal Court had
jurisdiction over the Province of British Columbia as a
result of the provisions of section 19 of the then Federal
Court Act [at page 459]:
[20] Dans l’affaire Union Oil Co. of Canada Ltd. c.
La Reine, [1974] 2 C.F. 452 (1re inst.), la demanderesse
avait vendu du mazout à la province de la Colombie
Britannique, qui a demandé une exemption de la taxe
imposée en vertu de la Loi sur la taxe d’accise,
S.R.C. 1970, ch. E-13. Le gouvernement fédéral était
d’avis que l’exemption ne pouvait jouer. La demanderesse
a intenté une poursuite contre le gouvernement fédéral et
la province de la Colombie-Britannique. En rejetant la
demande visant la province de la Colombie-Britannique,
le juge Collier a formulé les observations suivantes au
sujet de la thèse portant que la Cour fédérale avait compétence à l’égard de la province de la ColombieBritannique en raison de l’article 19 de la Loi sur la Cour
fédérale (en vigueur à l’époque) [à la page 459] :
In my opinion section 19 has no application to this case.
There is no doubt there is a dispute or disagreement between
Canada and British Columbia as to whether the diesel fuel
was exempt from tax. Assuming that dispute or disagreement
to be a “controversy”, it seems to me the jurisdiction of the
Federal Court can only be invoked by Canada or by the
Selon moi, l’article ne s’applique pas à cette affaire. Il existe
indubitablement un différend ou désaccord entre le Canada et
la Colombie-Britannique quant à savoir si le gas-oil était
exempt de la taxe. En supposant que le différend ou désaccord
constitue un « litige », il me semble que la compétence de la
Cour fédérale ne peut être invoquée que par le Canada ou par
[2015] 1 R.C.F.
TONEY
c.
CANADA
197
Province, and not by the commencement of legal proceedings
by a private citizen.
la Province et qu’un simple citoyen ne saurait le faire en introduisant des poursuites judiciaires.
[21] In dismissing the appeal by Union Oil Co. of
Canada Ltd. ([1976] 1 F.C. 74), the Federal Court of
Appeal stated [at page 75] that:
[21] En rejetant l’appel de l’arrêt Union Oil Co.
of Canada Ltd., [1976] 1 C.F. 74, la Cour d’appel fédérale a observé [à la page 75] :
The jurisdiction of the Federal Court is entirely statutory
and, accepting that it lies within the powers of the Parliament
of Canada, when legislating in a field within its competence,
to give the Federal Court jurisdiction to implead the Crown in
right of a province, we do not think any of the statutory provisions to which we were referred, or any others of which we are
aware, authorize the Court to entertain a proceeding at the suit
of a subject against the Crown in right of a province.
La compétence de la Cour fédérale découle uniquement de
la législation et, même si le Parlement du Canada, légiférant
dans un domaine relevant de sa compétence, a le pouvoir de
conférer à la Cour fédérale la compétence pour connaître des
actions intentées contre la Couronne du chef d’une province,
nous ne pensons pas que les dispositions législatives citées, ou
autres textes législatifs à notre connaissance, autorisent la
Cour à connaître d’une procédure relevant d’une action d’un
sujet contre la Couronne du chef d’une province.
[22] The Supreme Court of Canada, in brief reasons
((1976), 16 N.R. 425) also dismissed the company’s
appeal and noted that [at page 426]:
[22] La Cour suprême du Canada, par des motifs
succincts ((1976), 16 N.R. 425), a également rejeté
l’appel de l’entreprise et a souligné [à la page 426] :
… the appellant has failed to show any ground of jurisdiction
in the Federal Court over the Crown in right of British
Columbia in this case.
[traduCtioN] […] l’appelante n’a réussi à faire valoir aucun
motif justifiant la compétence de la Cour fédérale vis-à-vis de
la Couronne du chef de la province de la Colombie-Britannique.
[23] In Fairford Band v. Canada (Attorney General),
[1995] 3 F.C. 165 (T.D.) (affirmed on appeal (1996), 205
N.R. 380 (F.C.A.)), the courts distinguished the Union
Oil case and held that section 19 of the Federal Court
Act could be invoked if the Federal government (against
whom a claim was being made) commenced a third
party proceeding against a provincial Crown. Therefore
it seems to me that section 19 of the Federal Courts Act
cannot be invoked if an individual or a company commences an action against both the Federal government
and a provincial government but may be invoked if the
action is commenced against the Federal government
and the Federal government then commences a third
party proceeding against the provincial Crown.
[23] Dans la décision Bande de Fairford c. Canada
(Procureur général), [1995] 3 C.F. 165 (1re inst.) (confirmée en appel dans [1996] A.C.F. no 1242 (C.A.) (QL)),
les juges ont opéré une distinction par rapport à l’affaire
Union Oil et conclu que l’article 19 de la Loi sur la Cour
fédérale pouvait jouer lorsque le gouvernement fédéral
(visé par une demande) intente une procédure de mise
en cause contre une Couronne provinciale. Par conséquent, il me semble que l’article 19 de la Loi sur les
Cours fédérales ne peut être invoqué lorsqu’un particulier ou une entreprise intente une poursuite à la fois
contre le gouvernement fédéral et un gouvernement
provincial, mais peut être utilement invoqué si la poursuite est intentée contre le gouvernement fédéral et que
ce dernier intente ensuite une procédure de mise en
cause contre la Couronne provinciale.
[24] Even though it may be necessary or desirable to
have both the Federal government and the province of
Alberta before the Federal Court without the necessity
of first commencing an action against the Federal
government and then, if the Federal government should
so choose, having the federal government commence a
third party proceeding against the province of Alberta,
[24] Il serait peut-être essentiel ou souhaitable de
traduire à la fois le gouvernement fédéral et la province
de l’Alberta devant la Cour fédérale sans devoir d’abord
intenter une poursuite contre le gouvernement fédéral et
attendre ensuite que ce dernier — s’il en décide ainsi —
intente une procédure de mise en cause à l’égard de la
province de l’Alberta, mais, comme l’a noté la Cour
198
TONEY
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
as noted by the Supreme Court of Canada in R. in Right
of Newfoundland v. Commission Hydro-Electrique de
Québec), [1982] 2 S.C.R. 79 [at page 92]:
suprême du Canada à l’occasion de l’affaire R. du chef
de Terre-Neuve c. Commission Hydro-Électrique de
Québec, [1982] 2 R.C.S. 79 [à la page 92] :
As Collier J. rightly stated in Union Oil Co. of Canada Ltd. v.
The Queen in right of Canada (1974), 52 D.L.R. (3d) 388, in
a note at the foot of p. 393:
C’est avec raison que le juge Collier écrit dans Union Oil Co.
of Canada Ltd. v. The Queen in right of Canada (1974),
52 D.L.R. (3d) 388, en note au bas de la p. 393 :
The fact that one defendant is properly before the Court, and
another party may be a necessary or desirable defendant,
does not confer jurisdiction.
[traduCtioN] Le fait qu’un défendeur ait correctement été
cité devant la Cour et qu’une autre partie puisse être un
défendeur nécessaire ou souhaitable, ne confère pas pour
autant la compétence.
[25] As a result, since this action was commenced by
the Toney family against the province of Alberta and the
Federal government, section 19 of the Federal Courts
Act does not apply to grant the Federal Court jurisdiction
over the province of Alberta.
[25] Par conséquent, étant donné que la présente
poursuite a été intentée par la famille Toney contre la
province de l’Alberta et le gouvernement fédéral, l’article 19 de la Loi sur les Cours fédérales ne joue pas et ne
confère pas compétence à la Cour fédérale à l’égard de
la province de l’Alberta.
(c) Alberta’s Proceedings Against the
Crown Act and section 22 of the Federal
Courts Act
c) La Proceedings Against the Crown Act
de l’Alberta et l’article 22 de la Loi sur
les Cours fédérales
[26] The respondents argue that, even if section 22 of
the Federal Courts Act merely grants the Federal Court
subject-matter jurisdiction, a clear intention to grant in
personam jurisdiction is evident when it is read in
conjunction with sections 4 and 8 of Alberta’s
Proceedings Against the Crown Act, R.S.A. 2000,
c. P-25 (APACA). This is particularly so, they posit,
when compared with the equivalent provisions in the
Crown proceedings legislation in other provinces, which
specify in which courts proceedings against the Crown
must be brought (generally the superior courts of the
province in question). The respondents submit that had
the Alberta legislator intended to exclude the jurisdiction
of the Federal Courts over proceedings commenced by
individuals or companies against it, it would have included language to that effect.
[26] Les intimés soutiennent que, même si l’article 22
de la Loi sur les Cours fédérales ne confère à la Cour
fédérale que la compétence matérielle, l’intention claire
de conférer la compétence en matière personnelle est
manifeste lorsqu’on interprète l’article 22 de concert
avec les articles 4 et 8 de la Proceedings Against the
Crown Act de l’Alberta, R.S.A. 2000, ch. P-25 (APACA).
Selon les intimés, cela est d’autant plus manifeste
lorsqu’on compare ces articles aux dispositions correspondantes des lois sur les instances visant la Couronne
des autres provinces, qui précisent devant quels tribunaux il faut introduire une instance contre la Couronne
(en général, les cours supérieures de la province en
question). Les intimés soutiennent que si le législateur
albertain avait eu l’intention de priver les Cours fédérales de toute compétence sur les procédures intentées
par des particuliers ou des entreprises contre l’Alberta,
il aurait inclus une formulation explicite en ce sens.
[27] I am not persuaded by this line of reasoning.
Section 4 of APACA grants the right to substantive relief
against the Crown, and reads as follows:
[27] Cette argumentation ne me convainc pas.
L’article 4 de l’APACA confère le droit d’intenter un
recours contre la Couronne. Il est libellé ainsi :
[2015] 1 R.C.F.
TONEY
Right to sue Crown
4 A claim against the Crown that, if this Act had not been
passed, might be enforced by petition of right, subject to the
grant of a fiat by the Lieutenant Governor, may be enforced
as of right by proceedings against the Crown in accordance
with this Act, without the grant of a fiat by the Lieutenant
Governor.
[28] Section 8 of APACA describes the forum and
procedural rules that will govern proceedings against
Alberta commenced in accordance with APACA, and
reads as follows:
Proceedings against Crown
8 Except as otherwise provided in this Act, all proceedings
against the Crown in any court shall be instituted and
proceeded with in accordance with the relevant law
governing the practice in that court. [Emphasis mine.]
[29] By way of comparison, the equivalent provision
in British Columbia’s (B.C.) Crown Proceeding Act,
R.S.B.C. 1996, c. 89, reads as follows (subsection 4(1)):
Institution of claims in the Supreme Court
4 (1) Subject to this Act, all proceedings against the
government in the Supreme Court must be instituted and
proceeded with under the Supreme Court Act and, if
applicable, under the Class Proceedings Act.
c.
CANADA
199
[traduCtioN]
4 Toute poursuite contre la Couronne qui aurait pu, n’eût
été de l’adoption de la présente loi, être engagée avec
l’autorisation du lieutenant-gouverneur, par pétition de
droit, peut être engagée de plein droit par voie d’instance
contre la Couronne, conformément à la présente loi, sans
autorisation du lieutenant-gouverneur.
[28] L’article 8 de l’APACA définit le for et les règles
de procédure régissant les instances intentées contre
l’Alberta conformément à l’APACA. Il est libellé ainsi :
[traduCtioN]
8 Sauf disposition contraire de la présente loi, les instances
introduites contre la Couronne devant tout tribunal sont
engagées et sont instruites conformément à la loi régissant
la pratique de ce tribunal ». [Non souligné dans l’original.]
[29] En guise de comparaison, la disposition correspondante de la Crown Proceeding Act de la ColombieBritannique, R.S.B.C. 1996, ch. 89, est libellée ainsi
(paragraphe 4(1)) :
[traduCtioN]
4 (1) Sous réserve de la présente Loi, toutes les instances
introduites contre le gouvernement devant la Cour suprême
doivent être engagées et menées conformément à la Supreme
Court Act et, le cas échéant, à la Class Proceedings Act.
[30] In Athabasca Chipewyan First Nation v. British
Columbia, 2001 ABCA 112 (CanLII), 281 A.R. 38
(Athabasca), the Alberta Court of Appeal held that the
Alberta courts had no jurisdiction over the B.C. Crown
by virtue of subsection 4(1) of B.C.’s Crown Proceeding
Act, R.S.B.C. 1996, c. 89.
[30] Par l’arrêt Athabasca Chipewyan First Nation
v. British Columbia, 2001 ABCA 112 (CanLII), 281 A.R.
38 (Athabasca), la Cour d’appel de l’Alberta a statué
que les cours de l’Alberta n’avait aucune compétence à
l’égard de la Couronne de la Colombie-Britannique aux
termes du paragraphe 4(1) de la Crown Proceeding Act
de la Colombie-Britannique, R.S.B.C. 1996, ch. 89.
[31] The Alberta Court of Appeal in Athabasca recognized that the B.C. Crown had largely waived its
historical immunity with respect to tort liability (particularly in paragraph 2(c) of the Crown Proceeding Act),
but reasoned that the B.C. Crown maintained part of its
procedural immunity by virtue of subsection 4(1)
(at paragraph 19):
[31] Par l’arrêt Athabasca, la Cour d’appel de l’Alberta
a reconnu que la Couronne de la Colombie-Britannique
avait dans une large mesure renoncé à son immunité
traditionnelle en matière de responsabilité délictuelle
(notamment à l’alinéa 2(c) de la Crown Proceeding Act),
mais a conclu que la Couronne de la Colombie-Britannique
avait maintenu une partie de son immunité procédurale
en vertu du paragraphe 4(1) (au paragraphe 19) :
200
TONEY
v.
CANADA
[2015] 1 F.C.R.
Second, there is a presumption that “the legislature does
not intend to make any change in the existing law beyond
that which is expressly stated in, or follows by necessary
implication from, the language of the statute”. P. St. J. Langan,
Maxwell on the Interpretation of Statutes, 12th ed. (London:
Sweet & Maxwell, 1969) at 116. At common law, the general
rule is that the Crown cannot be sued. Young v. S.S. “Scotia”,
[1903] A.C. 501 at 505 (P.C., Can.); Can. Javelin v. The Queen
Nfld., [1978] 1 F.C. 408 at 409 (F.C.A.). The Crown can be
sued, of course, in a court that has been granted jurisdiction
over it by statute. The B.C. Act does not expressly give jurisdiction over the B.C. government to the Alberta Court of
Queen’s Bench. While it does not give express jurisdiction
over the government to the B.C. Supreme Court either, it does
so by implication of s. 4(1). Absent more explicit language
(such as that found in the similar federal legislation), the
above principle suggests that s. 4(1) should not be interpreted
as granting jurisdiction to any court other than the B.C.
Supreme Court. In the result, while British Columbia has
largely waived its substantive immunity through s. 2(c), it has
only partly waived its procedural immunity through s. 4(1).
[Emphasis mine.]
[traduCtioN] Deuxièmement, il existe une présomption
selon laquelle « le législateur n’a pas l’intention d’introduire
dans la loi existante d’autres changements au droit existant que
ceux qui sont expressément énoncés dans le libellé de la loi ou
qui découlent nécessairement de ce libellé » : P. St. J. Langan,
Maxwell on the Interpretation of Statutes, 12e éd. (London :
Sweet & Maxwell, 1969), à la page 116. En common law, la
règle générale porte que la Couronne ne puisse être poursuivie : Yo