Federal Courts Recueil des Reports décisions des Cours

Federal Courts Recueil des Reports décisions des Cours
Federal Courts
Reports
Recueil des
décisions des Cours
fédérales
2009, Vol. 3, Part 1
2009, Vol. 3, 1er fascicule
Cited as [2009] 3 F.C.R., 3–199
Renvoi [2009] 3 R.C.F., 3–199
EDITOR/ARRÊTISTE EN CHEF
FRANÇOIS BOIVIN, B.SOC.SC., LL.B./B.SC.SOC., LL.B.
ADVISORY COMMITTEE/COMITÉ CONSULTATIF
MARTIN W. MASON, Gowling Lafleur Henderson LLP/S.E.N.C.R.L.
DOUGLAS H. MATHEW, Thorsteinssons LLP
SUZANNE THIBAUDEAU, Q.C./c.r., Heenan Blaikie LLP/S.E.N.C.R.L., SRL
LORNE WALDMAN, Waldman & Associates
LEGAL EDITORS
ARRÊTISTES
SOPHIE DEBBANÉ, LL.B.
NADIA MONETTE, B.SC., B.F.A., LL.B.
SOPHIE DEBBANÉ, LL.B.
NADIA MONETTE, B.SC., BFA, LL.B.
PRODUCTION STAFF
Production and Publication Manager
LINDA BRUNET
SERVICES TECHNIQUES
Gestionnaire, production et publication
LINDA BRUNET
Legal Research Editors
LYNNE LEMAY
PAULINE BYRNE
NATHALIE LALONDE
Attachées de recherche juridique
LYNNE LEMAY
PAULINE BYRNE
NATHALIE LALONDE
Production Coordinator
CATHERINE BRIDEAU
Coordonnatrice, production
CATHERINE BRIDEAU
The Federal Courts Reports are published and the Editor and
Advisory Committee appointed pursuant to the Federal Courts
Act. The Reports are prepared for publication by the Office
of the Commissioner for Federal Judicial Affairs Canada,
CLAUDE PROVENCHER, LL.B., MBA, Commissioner.
Le Recueil des décisions des Cours fédérales est publié
conformément à la Loi sur les Cours fédérales. L’arrêtiste en
chef et le comité consultatif sont également nommés en vertu
de celle-ci. Le Recueil est préparé pour publication par le
Commissariat à la magistrature fédérale Canada, dont le
commissaire est CLAUDE PROVENCHER, LL.B., MBA.
© Her Majesty the Queen in Right of Canada, 2009.
© Sa Majesté la Reine du Chef du Canada, 2009.
The following added value features in the Federal Courts Reports
are protected by Crown copyright: captions and headnotes, all
tables and lists of statutes and regulations, cases, authors, as
well as the history of the case and digests of cases not selected
for full-text publication.
Les éléments rédactionnels suivants du Recueil des décisions
des Cours fédérales sont protégés par le droit d’auteur de la
Couronne : rubriques et sommaires, toutes les listes et tables
de jurisprudence, de doctrine, de lois et règlements, ainsi que
l’historique de la cause et les fiches analytiques des décisions
qui n’ont pas été retenues pour publication intégrale.
Requests for permission to reproduce these elements of the
Federal Courts Reports should be directed to: Editor, Federal
Courts Reports, Office of the Commissioner for Federal Judicial
Affairs Canada, 99 Metcalfe Street, Ottawa, Ontario, Canada,
K1A 1E3, telephone 613-947-8491.
Les demandes de permission de reproduire ces éléments du
Recueil doivent être adressées à : L’arrêtiste en chef, Recueil des
décisions des Cours fédérales, Commissariat à la magistrature
fédérale Canada, 99, rue Metcalfe, Ottawa (Ontario), Canada,
K1A 1E3, téléphone 613-947-8491.
Inquiries concerning the contents of the Federal Courts Reports
should be directed to the Editor at the above mentioned address
and telephone number.
Les demandes de renseignements au sujet du contenu du Recueil
des décisions des Cours fédérales doivent être adressées à l’arrêtiste en chef à l’adresse et au numéro de téléphone susmentionnés.
Notifications of change of address (please indicate previous
address) and other inquiries concerning subscription to the
Federal Courts Reports should be referred to Publishing and
Depository Services, Public Works and Government Services,
Ottawa, Ontario, Canada, K1A 0S5, telephone 613-941-5995
or 1-800-635-7943.
Les avis de changement d’adresse (avec indication de l’adresse
précédente), ainsi que les demandes de renseignements au sujet
de l’abonnement au Recueil, doivent être adressés à Les Éditions
et Services de dépôt, Travaux publics et Services gouvernementaux, Ottawa (Ontario), Canada, K1A 0S5, téléphone 613941-5995 ou 1-800-635-7943.
Subscribers who receive the Federal Courts Reports pursuant to
the Canada Federal Court Reports Distribution Order should
address any inquiries and change of address notifications to:
Linda Brunet, Production and Publication Manager, Federal
Courts Reports, 99 Metcalfe Street, Ottawa, Ontario, Canada,
K1A 1E3.
Les abonnés qui reçoivent le Recueil en vertu du Décret sur la
distribution du Recueil des arrêts de la Cour fédérale du Canada
sont priés d’adresser leurs demandes de renseignements et leurs
avis de changements d’adresse à : Linda Brunet, Gestionnaire,
production et publication, Recueil des décisions des Cours
fédérales, 99, rue Metcalfe, Ottawa (Ontario), Canada, K1A 1E3.
All judgments and digests published in the Federal Courts
Reports may be accessed on the Internet at the following Web
site: http://www.fja-cmf.gc.ca
Tous les jugements et fiches analytiques publiés dans le Recueil
des décisions des Cours fédérales peuvent être consultés sur
Internet au site Web suivant : http://www.cmf-fja.gc.ca
CONTENTS
SOMMAIRE
Judgments . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
3-199
Jugements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
3-199
Digests . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
D-1
Fiches analytiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
F-1
A v. Canada (Attorney General) (F.C.) . . . . . . . .
3
A c. Canada (Procureur Général) (C.F.) . . . . . . . . .
3
Practice—Confidentiality Orders—Judicial review of decision
of Public Service Commission (PSC) to publish applicants’
“personal information”—Motions for order granting authorization to file and prosecute applications anonymously and for
order information filed to be treated confidentially—Mr. X,
former federal public servant, investigated for alleged wrongdoing during staffing process—PSC intending to post on Web
site personal information about Mr. X collected during investigation—Monsieur A and Madame B claiming personal information
concerning them included in materials PSC intending to publish—Confidentiality orders not lightly granted, as impinging
upon quasi-constitutional principle of open and accessible court
proceedings—Parties’ legitimate confidentiality interests and
public’s right of access to judicial proceedings balanced by
Pratique—Ordonnances de confidentialité—Contrôle judiciaire
de la décision de la Commission de la fonction publique (la
CFP) de publier les « renseignements personnels » des demandeurs—Requêtes sollicitant une ordonnance autorisant les
demandeurs à déposer et à poursuivre ces demandes de façon
anonyme et une ordonnance prescrivant que les renseignements
déposés soient traités confidentiellement—M. X, un ancien
fonctionnaire de la fonction publique fédérale, a fait l’objet
d’une enquête quant à un prétendu acte répréhensible commis
durant un processus de dotation—La CFP entendait afficher sur
son site Web des renseignements personnels sur M. X recueillis
pendant l’enquête—Monsieur A et Madame B affirment que les
documents que la CFP avait l’intention de publier contiennent
des renseignements personnels à leur sujet—Les ordonnances
Continued on next page
Suite à la page suivante
CONTENTS (Continued)
SOMMAIRE (Suite)
protecting applicants’ names, addresses—Exact designation of
position(s) held by Mr. X also included in confidentiality order—
Information such as department, level of seniority and responsibility of Mr. X, relevant to determination of issues in application
and not confidential—Information as to specific acts of alleged
wrongdoing by Mr. X also not confidential—Ability of parties
to make complete representations on public record in relation to
issues, and of Court to publicly consider them, should not be
curtailed in absence of clear evidence of real risk of substantial
harm—References to specific relationship between parties and
other personal information volunteered, redacted—Order granted.
de confidentialité ne doivent pas être accordées à la légère parce
qu’elles empiètent sur le principe quasi constitutionnel de la
publicité des débats judiciaires—Mise en équilibre de l’intérêt
légitime des parties à la confidentialité et du droit du public à
l’accès aux débats judiciaires en protégeant les nom et adresse
des demandeurs—Le titre exact du ou des postes occupés par
M. X était aussi inclus dans l’ordonnance de confidentialité—
Les renseignements concernant le ministère, l’ancienneté et le
niveau des responsabilités de M. X entraient en ligne de compte
dans la solution des questions à trancher en l’espèce et n’étaient
pas confidentiels, non plus que les renseignements quant aux
gestes particuliers qu’on lui reprochait—À défaut d’une preuve
claire établissant l’existence d’un risque réel de préjudice grave,
il convient de ne pas entraver la capacité des parties de présenter
publiquement des observations exhaustives sur les questions et
la capacité de la Cour de les analyser publiquement—Toute
mention des rapports précis entre les parties et des autres renseignements personnels qu’elles ont dévoilés de plein gré est
retranchée—Ordonnance accordée.
Aujla v. Canada (F.C.A.) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Aujla c. Canada (C.A.F.) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
93
93
Corporations—Appeals from Tax Court of Canada decision
allowing respondents’ appeals against assessments issued pursuant to Excise Tax Act (ETA), s. 323(1) for outstanding liability
for goods, services tax (GST), interest, penalties of Aujla
Construction Ltd. (Company) at time struck from register of
companies under British Columbia’s Company Act (BCCA)—
Company dissolved almost one year after assessments issued
but restored to register of companies by means of court order—
Respondents claiming ceasing to be Company’s directors after
Company dissolved, opposing assessments on basis issued after
two-year limitation period in ETA, s. 323(5)—BCCA, s. 262(2)
(restored company deemed to have continued in existence) not
resulting in retroactive reconstitution of respondents’ directorships—BCCA, s. 263 empowering British Columbia Supreme
Court to order retroactive restoration of company, retroactive
reconstitution of directorships—However, since court order
herein not specifying directorships restored, respondents not
reconstituted as directors—Appeals dismissed—Per Blais J.A.
(dissenting): Although court order not expressly restoring respondents’ directorships, having effect thereof since respondents
never ceasing to hold office under BCCA, order specifying company’s dissolution deemed never to have occurred, restoring company to register without directors would violate BCCA, s. 108.
Sociétés—Appels de la décision de la Cour canadienne de l’impôt
accueillant les appels interjetés par les intimés à l’encontre de
cotisations établies à leur égard en vertu de l’art. 323(1) de la
Loi sur la taxe d’accise (la LTA) pour des montants que devait
Aujla Construction Ltd. (la société) en taxe sur les produits et
services (TPS), en intérêts et en pénalités au moment où elle a
été radiée du registre des sociétés en vertu de la Company Act
de la Colombie-Britannique—La société a été dissoute environ
un an après la date de la cotisation, mais elle a été réinscrite au
registre par suite d’une ordonnance de la Cour—Les intimés
affirmaient qu’ils avaient cessé d’être des administrateurs de la
société à la date de sa dissolution et s’opposaient aux cotisations
au motif qu’elles avaient été établies après l’expiration du délai
de prescription de deux ans prévu à l’art. 323(5) de la LTA—
L’art. 262(2) de la Company Act (qui dispose qu’une société
réinscrite est réputée avoir continué d’exister) n’avait pas pour
effet de réintégrer rétroactivement les intimés dans leurs fonctions
d’administrateurs—L’art. 263 de la Company Act habilite la
Cour suprême de la Colombie-Britannique à ordonner la réinscription rétroactive de la société et la réintégration rétroactive
des intimés dans leurs fonctions d’administrateurs—Cependant,
comme l’ordonnance de la Cour en l’espèce ne renfermait pas
la moindre mention de la réintégration, les intimés n’ont pas été
réintégrés dans leurs fonctions d’administrateurs—Appels
rejetés—Selon le juge Blais, J.C.A. (dissident) : Bien qu’elle ne
Continued on next page
Suite à la page suivante
CONTENTS (Continued)
SOMMAIRE (Suite)
fasse aucune mention explicite de la réintégration des administrateurs, l’ordonnance de la Cour devait avoir cet effet étant
donné que les intimés n’ont jamais cessé d’occuper leur poste
au sens de la Company Act, que l’ordonnance prévoyant la dissolution de la société était présumée n’avoir jamais eu lieu et que
le rétablissement de l’inscription de la société au registre sans
administrateurs aurait enfreint l’art. 108 de la Company Act.
Customs and Excise—Excise Tax Act—Assessments issued
pursuant to Excise Tax Act (ETA), s. 323(1) for outstanding
liability for goods, services tax (GST), interest, penalties of Aujla
Construction Ltd. at time struck from register of companies
under British Columbia’s Company Act (BCCA)—Whether
limitation period in ETA, s. 323(5) preventing Minister from
assessing respondents—Respondents ceasing to be directors
when Company dissolved, court order restoring Company not
reconstituting respondents as directors—Therefore, respondents
entitled to resist assessments since issued after limitation period—
Per Blais J.A. (dissenting): Because respondents failing to resign
from Company before dissolution thereof, cannot benefit from
two-year limitation period under ETA, s. 323.
Douanes et Accise—Loi sur la taxe d’accise—Cotisations
établies en vertu de l’art. 323(1) de la Loi sur la taxe d’accise (la
LTA) pour des montants que devait Aujla Construction Ltd. en
taxe sur les produits et services (TPS), en intérêts et en pénalités
au moment où elle a été radiée du registre des sociétés en vertu
de la Company Act de la Colombie-Britannique—Il s’agissait
de savoir si le délai de prescription prévu à l’art. 323(5) de la
LTA empêchait le ministre d’établir une cotisation à l’égard des
intimés—Les intimés avaient cessé d’être des administrateurs
de la société à la date de sa dissolution, l’ordonnance de la Cour
rétablissant l’existence de la société n’a pas réintégré les intimés
dans leurs fonctions d’administrateurs—Les intimés avaient donc
le droit de s’opposer aux cotisations étant donné qu’elles ont
été établies après l’expiration du délai de prescription—Selon le
juge Blais, J.C.A. (dissident) : Étant donné que les intimés n’ont
pas remis leur démission avant la dissolution de la société, ils ne
pouvaient pas invoquer le délai de prescription de deux ans
prévu à l’art. 323 de la LTA.
Construction of Statutes—Assessments issued pursuant to
Excise Tax Act, s. 323(1) for outstanding liability for goods,
services tax (GST), interest, penalties of Aujla Construction Ltd.
(Company) at time struck from register of companies under
British Columbia Company Act—Company dissolved almost
one year after assessments issued but restored to register of
companies by means of court order pursuant to Company Act,
s. 263—Company Act, s. 262(2) providing company restored to
register deemed to have continued in existence, not retroactively
restoring corporate existence (i.e. directorships)—Explicit language required for court order to reconstitute directorships
pursuant to Company Act, s. 263.
Interprétation des lois—Cotisations établies en vertu de
l’art. 323(1) de la Loi sur la taxe d’accise pour des montants
que devait Aujla Construction Ltd. (la société) en taxe sur les
produits et services (TPS), en intérêts et en pénalités au moment
où elle a été radiée du registre des sociétés en vertu de la
Company Act de la Colombie-Britannique—La société a été
dissoute environ un an après la date de la cotisation, mais elle a
été réinscrite au registre au moyen d’une ordonnance de la Cour
en vertu de l’art. 263 de la Company Act—L’art. 262(2) de la
Company Act dispose qu’une société est réputée avoir continué
d’exister si elle est réinscrite au registre et n’a pas pour effet de
rétablir rétroactivement l’existence en tant que personne morale
de la société en question (en l’occurrence les fonctions d’administrateurs)—Un texte explicite est nécessaire pour que l’ordonnance de la Cour réintègre les intimés dans leurs fonctions
d’administrateurs en vertu de l’art. 263 de la Company Act.
Continued on next page
Suite à la page suivante
CONTENTS (Continued)
Canadian Council for Refugees v. Canada
(F.C.A.) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
SOMMAIRE (Suite)
136
Conseil canadien pour les réfugiés c. Canada
(C.A.F.) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
136
Citizenship and Immigration—Exclusion and Removal—
Removal of Refugees—Appeal from Federal Court decision
declaring invalid Immigration and Refugee Protection Regulations, ss. 159.1-159.7, Agreement between the Government of
Canada and the Government of the United States of America for
Cooperation in the Examination of Refugee Status Claims from
Nationals of Third Countries—Factors to be considered before
designating safe third country under Immigration and Refugee
Protection Act (IRPA), s. 102(1) set out in IRPA, s. 102(2)—
Compliance with United Nations Convention Relating to the
Status of Refugees, Art. 33, Convention against Torture and
other Cruel, Inhuman or Degrading Treatment or Punishment,
Art. 3 to be assessed on basis of appreciation by Governor in
Council (GIC) of country’s policies, practices, human rights
record—As GIC giving due consideration to factors, forming
opinion U.S. compliant, nothing left to judicially review—GIC’s
obligation to review limited to monitoring IRPA, s. 102(2) factors
so as to be in position to reassess opportunity of maintaining
designation should evolution of factors so require—Appeal
allowed.
Citoyenneté et Immigration—Exclusion et renvoi—Renvoi de
réfugiés—Appel de la décision de la Cour fédérale déclarant
invalides les art. 159.1 à 159.7 du Règlement sur l’immigration
et la protection des réfugiés et l’Accord entre le gouvernement
du Canada et le gouvernement des États-Unis d’Amérique pour
la coopération en matière d’examen des demandes de statut de
réfugié présentées par des ressortissants de tiers pays—Les
facteurs qui doivent être pris en compte avant de désigner un
tiers pays sûr en application de l’art. 102(1) de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (LIPR) sont énoncés à
l’art. 102(2) de la LIPR—La conformité à l’art. 33 de la Convention des Nations Unies relative au statut des réfugiés et à
l’art. 3 de la Convention contre la torture et autres peines ou
traitements cruels, inhumains ou dégradants doit être examinée
sur la foi d’une évaluation, faite par le gouverneur en conseil
(le GC), des politiques, des usages et des antécédents en matière
de respect des droits de la personne du pays—Comme le GC
avait tenu compte des facteurs de manière appropriée et qu’il
était arrivé à la conclusion que les États-Unis se conformaient,
il n’y avait plus rien qui puisse faire l’objet d’un contrôle judiciaire—L’obligation du GC d’assurer le suivi est limitée à surveiller l’observation des facteurs énoncés à l’art. 102(2) afin
d’être en mesure de réévaluer la possibilité de maintenir la
désignation au besoin—Appel accueilli.
Constitutional Law—Charter of Rights—Whether Agreement
between the Government of Canada and the Government of the
United States of America for Cooperation in the Examination of
Refugee Status Claims from Nationals of Third Countries, Immigration and Refugee Protection Regulations, ss. 159.1-159.7
(implementing Regulations) violating Charter, ss. 7, 15—
Respondent organizations’ ability to bring Charter challenge
depending on John Doe—As latter never presenting himself at
border, never requesting determination regarding eligibility, no
factual basis upon which to assess alleged Charter breaches.
Droit constitutionnel—Charte des droits—Il s’agissait de savoir
si l’Accord entre le gouvernement du Canada et le gouvernement
des États-Unis d’Amérique pour la coopération en matière
d’examen des demandes de statut de réfugié présentées par des
ressortissants de tiers pays et les art. 159.1 à 159.7 du Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés (le Règlement
de mise en œuvre) contrevenaient aux art. 7 et 15 de la Charte—
La capacité des organisations intimées de déposer une contestation fondée sur la Charte dépendait de M. Untel—Ce dernier ne
s’étant jamais présenté à la frontière et n’ayant jamais fait examiner la recevabilité de sa demande d’asile, aucun fait ne justifiait
un examen des prétendues atteintes à la Charte.
Construction of Statutes—Immigration and Refugee Protection
Act (IRPA), s. 102(1) providing broad grant of authority to give
effect to Parliament’s expressed intent responsibility for consideration of refugee claims be shared with countries respectful of
human rights, obligations under United Nations Convention
Relating to the Status of Refugees, Convention against Torture
Interprétation des lois—L’art. 102(1) de la Loi sur l’immigration
et la protection des réfugiés (LIPR) confère un vaste pouvoir
dans le but de donner effet à l’intention exprimée par le législateur de faire en sorte que la responsabilité de l’examen des
demandes d’asile soit partagée avec des pays qui respectent les
droits de la personne et les obligations que leur imposent la
Continued on next page
Suite à la page suivante
CONTENTS (Continued)
SOMMAIRE (Suite)
and other Cruel, Inhuman or Degrading Treatment or Punishment—Factors to be considered, set out in IRPA, s. 102(2),
general in nature, indicative of Parliament’s intent matter of
compliance be assessed on basis of appreciation by Governor in
Council of country’s policies, practices, human rights record.
Convention des Nations Unies relative au statut des réfugiés et
la Convention contre la torture et autres peines ou traitements
cruels, inhumains ou dégradants—Les facteurs dont il faut tenir
compte sont énoncés à l’art. 102(2) de la LIPR et il s’agit de
facteurs généraux qui montrent que le législateur voulait que la
conformité soit examinée sur la foi d’une évaluation, faite par le
gouverneur en conseil, des politiques, des usages et des antécédents en matière de respect des droits de la personne du pays.
FMC Technologies Co. v. M.N.R. (F.C.) . . . . . . . . .
FMC Technologies Co. c. M.R.N. (C.F.) . . . . . . . . .
48
48
Federal Court Jurisdiction—Judicial review of Minister of
National Revenue’s refusal of request for refund of overpayment
of taxes allegedly paid on company’s account for 1999-2002
taxation years—Applicant wholly owned subsidiary of nonresident Swiss company, FMC International, A.G. (FMCI)—
Applicant, others entering into Terra Nova Development Project
Alliance Agreement with oil fields owners, including Petro
Canada—In accordance with Agreement, FMCI subcontracting
to applicant in-Canada responsibility for services, installations,
procurement, assigning revenues generated on work performed
by applicant in relation to Terra Nova Project—In accordance
with Income Tax Regulations, s. 105, Petro-Canada required to
pay 15% of amount invoiced by applicant because paid to nonresident FMCI, not applicant—Applicant indemnifying PetroCanada for taxes withheld—Federal Courts Act, s. 18.5 excepting
from judicial review decisions expressly subject to appeal to Tax
Court of Canada—Federal Court must be cautious in assuming
jurisdiction in tax matters so as not to encroach on Tax Court of
Canada’s jurisdiction—Applicant trying to indirectly challenge
withholding tax assessment levied against Petro-Canada—Federal
Court not having jurisdiction to review tax assessments—Tax
Court having exclusive jurisdiction over such reviews—Application allowed.
Compétence de la Cour fédérale—Contrôle judiciaire de la
décision du ministre du Revenu national portant rejet de la
demande de remboursement d’un montant censément payé en
trop au titre des années d’imposition 1999 à 2002—La demanderesse est une filiale en propriété exclusive d’une société suisse
non-résidente, soit FMC International, A.G. (FMCI)—La demanderesse et des tiers ont conclu avec les propriétaires du champ
pétrolifère, dont Petro-Canada, un accord d’exploitation du champ
pétrolifère Terra Nova—Conformément à l’accord, FMCI a
donné en sous-traitance à la demanderesse la responsabilité
d’assurer la fourniture de services, d’installations et de matières
sur le territoire terrestre du Canada et lui a cédé les revenus
générés par les travaux qu’elle a effectués relativement au projet
Terra Nova—Conformément à l’art. 105 du Règlement de
l’impôt sur le revenu, Petro-Canada est tenue de verser 15 % du
montant facturé par la demanderesse parce que le montant a été
versé à FMCI, une non-résidente, et non à la demanderesse—
Cette dernière a indemnisé Petro-Canada pour la retenue d’impôt—L’art. 18.5 de la Loi sur les Cours fédérales soustrait du
contrôle judiciaire les décisions dont il peut être expressément
interjeté appel à la Cour canadienne de l’impôt—La Cour fédérale doit faire preuve de prudence lorsqu’il s’agit de se déclarer
compétente en matière fiscale, de manière à ne pas empiéter sur
le ressort de la Cour canadienne de l’impôt—La demanderesse
essayait de contester d’une manière indirecte la cotisation d’impôt
à retenir établie à l’égard de Petro-Canada—La Cour fédérale
n’a pas compétence pour examiner les cotisations fiscales—
L’examen de ces cotisations est du ressort exclusif de la Cour
canadienne de l’impôt—Demande accueillie.
Income Tax—Non-Residents—Judicial review of Minister of
National Revenue’s refusal of request for refund of overpayment
of taxes allegedly paid on company’s account for 1999-2002
taxation years—Non-resident parent company legal payee of
payments under contract to develop oil fields—Not changed by
FMCI’s subcontract between parent, applicant or assignment of
Impôt sur le revenu—Non-résidents—Contrôle judiciaire de la
décision du ministre du Revenu national portant rejet de la
demande de remboursement d’un montant censément payé en
trop au titre des années d’imposition 1999 à 2002—La société
mère non-résidente était le bénéficiaire en droit des paiements
en question en vertu du contrat d’exploitation des champs pétro-
Continued on next page
Suite à la page suivante
CONTENTS (Continued)
SOMMAIRE (Suite)
revenues to applicant—Payments subject to 15% withholding
tax under Income Tax Regulations, s. 105.
lifères—Le contrat de sous-traitance de FMCI entre la société
mère et la demanderesse et la cession des revenus à la demanderesse ne changeaient rien à ce fait—Les paiements étaient assujettis à une retenue d’impôt de 15 % en vertu de l’art. 105 du
Règlement de l’impôt sur le revenu.
Getkate v. Canada (Minister of Public Safety and
Emergency Preparedness) (F.C.) . . . . . . . . . . . . . . .
Getkate c. Canada (Ministre de la Sécurité
publique et de la Protection civile) (C.F.) . . . . . . . .
26
26
Penitentiaries—Judicial review of decisions of Minister refusing
request by applicant, Canadian citizen incarcerated in United
States, to serve prison sentence in Canada, pursuant to International Transfer of Offenders Act, s. 10(1)(a),(b)—Act, s. 8
requiring consent of offender, foreign entity and Canada before
transfer occurs—Consent to transfer by United States, but not
Canada—Reasons articulated by Minister contrary to evidence
and to assessment, recommendations by own Department—
Evidence applicant undergoing, accepting therapy well, having
strong social, family ties in Canada—No evidence applicant
constituting potential threat to safety of Canadians, security of
Canada—Application allowed.
Pénitenciers—Contrôle judiciaire de décisions dans lesquelles
le ministre a refusé au demandeur, un citoyen canadien incarcéré
aux États-Unis, la possibilité de purger sa peine d’emprisonnement au Canada en vertu des art. 10(1)a) et b) de la Loi sur
le transfèrement international des délinquants—L’art. 8 de la
Loi précise qu’un transfèrement ne peut avoir lieu qu’avec le
consentement du délinquant, celui de l’entité étrangère et celui
du Canada—Les États-Unis ont approuvé le transfèrement, mais
pas le Canada—Les motifs invoqués par le ministre allaient à
l’encontre de la preuve ainsi que de l’évaluation et des recommandations de son propre ministère—Des éléments de preuve démontraient que le demandeur suivait une thérapie et recevait bien
les traitements et qu’il avait des liens sociaux et familiaux étroits
au Canada—Il n’apparaissait nulle part que le demandeur constituait une menace pour la sécurité du public ou la sécurité du
Canada—Demande accueillie.
Construction of Statutes—International Transfer of Offenders
Act, s. 10(1)(a)—“Threat to the security of Canada”—Traditionally limited in other legislation to threats of general terrorism
and warfare against Canada or threats to security of Canadians
en masse—General threat to re-offend herein not “threat to the
security of Canada”.
Interprétation des lois—Art. 10(1)a) de la Loi sur le transfèrement
international des délinquants—« Menace pour la sécurité du
Canada »—Cette expression a toujours été limitée, dans les
autres lois, aux menaces de terrorisme et de guerre en général
contre le Canada ou aux menaces pour la sécurité de la population
tout entière—La menace générale de récidive en l’espèce ne
constitue pas une « menace pour la sécurité du Canada ».
Constitutional Law—Charter of Rights—Mobility Rights—In
context of transfer under International Transfer of Offenders
Act, applicant’s Charter mobility rights not engaged and, if
engaged, provisions of Act constituting reasonable limitation on
rights—Applicant’s mobility already restricted by U.S. prison
sentence due to own illegal activity—No automatic consent to
transfer by Canada without considering object of international
treaty agreement for better rehabilitation of prisoner.
Droit constitutionnel—Charte des droits—Liberté de circulation
et d’établissement—S’agissant d’un transfèrement selon la Loi
sur le transfèrement international des délinquants, la liberté de
circulation et d’établissement conférée par la Charte n’entrait
pas en jeu et, si elle entrait en jeu, alors les dispositions contenues
dans la Loi constitueraient une limite raisonnable à cette liberté—
Cette liberté du demandeur a déjà été restreinte par l’effet de
l’emprisonnement aux États-Unis attribuable à ses propres actes
illégaux—Le Canada ne saurait automatiquement consentir au
transfèrement sans d’abord se demander si cela répondrait à l’objet
de l’accord international, qui est de favoriser la réadaptation du
détenu.
Continued on next page
Suite à la page suivante
CONTENTS (Concluded)
Johnson v. Bell Canada (F.C.) . . . . . . . . . . . . . . . . . .
SOMMAIRE (Fin)
67
Johnson c. Bell Canada (C.F.) . . . . . . . . . . . . . . . . . .
67
Privacy—Personal Information Protection and Electronic Documents Act (PIPEDA)—Judicial review of Privacy Commissioner’s conclusion respondent employer having met obligation
under PIPEDA to disclose personal information in response to
applicant employee’s request for access to e-mail messages
relating to him—Personal e-mails not collected by respondent
in connection with operation of federal work, undertaking or
business within meaning of PIPEDA, s. 4(1)(b)—Exemption
from application of PIPEDA in PIPEDA, s. 4(2)(b), available
to exclude personal information collected, used or disclosed by
individual solely for personal or domestic purposes, not forfeit
simply because individual using equipment available by virtue of
employment or position—Organization receiving broad request
for access having two options: ask party making request to be
more specific, conduct reasonable search of information reasonably expected to be responsive to request—Respondent’s search
meeting obligations under PIPEDA—Also no evidence respondent not abiding by PIPEDA, s. 8(8), which requires
organization retain information responsive to request discovered
in search until person making request exhausting all avenues of
appeal—Application dismissed.
Protection des renseignements personnels—Loi sur la protection
des renseignements personnels et les documents électroniques
(la LPRPDE)—Contrôle judiciaire de la conclusion du commissaire à la protection de la vie privée portant que l’employeur
défendeur s’était acquitté de son obligation issue de la LPRPDE
de divulguer des renseignements personnels en réponse à la
demande d’accès de l’employé demandeur aux messages électroniques le concernant—Les courriels personnels n’ont pas été
recueillis par la défenderesse dans le cadre d’une entreprise
fédérale au sens de l’art. 4(1)b) de la LPRPDE—La dispense
de l’application de la LPRPDE prévue à l’art. 4(2)b) de la
LPRPDE peut être invoquée pour exclure les renseignements
personnels qu’un particulier recueille, utilise ou communique
exclusivement à des fins personnelles ou domestiques, et cette
dispense ne peut être écartée du simple fait que l’équipement
dont l’intéressé s’est servi, il y avait accès en raison de son
emploi ou de son poste—L’organisation qui reçoit une demande
d’accès large dispose de deux possibilités : elle peut soit demander à l’auteur de la demande s’il peut cibler celle-ci davantage,
soit procéder à une recherche raisonnable de renseignements de
laquelle elle peut attendre raisonnablement une réponse à la
demande d’accès—La défenderesse a effectué une recherche
qui lui a permis de s’acquitter des obligations issues de la
LPRPDE—Aucune preuve ne laissait croire que la défenderesse
n’observait pas l’art. 8(8) de la LPRPDE, qui impose à une
organisation l’obligation de conserver les renseignements pouvant
s’avérer pertinents pour donner suite à la demande le temps nécessaire pour que l’auteur de celle-ci ait épuisé ses voies d’appel—
Demande rejetée.
Qasem v. M.N.R. (F.C.A.) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Qasem c. M.R.N. (C.A.F.) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
23
Customs and Excise—Proceeds of Crime (Money Laundering)
and Terrorist Financing Act—Appeal from decision of Federal
Court setting aside decision by Minister, pursuant to Act, s. 29,
to maintain forfeiture of funds—Recent F.C.A. decisions answering issue at bar—Once respondent unable to satisfy Minister’s
request for evidence money legitimately obtained, Minister
entitled to decline to exercise discretion to grant relief from
forfeiture—Appeal allowed.
23
Douanes et Accise—Loi sur le recyclage des produits de la
criminalité et le financement des activités terroristes—Appel
de la décision de la Cour fédérale annulant la décision du
ministre de confirmer la confiscation des espèces en vertu de
l’art. 29 de la Loi—Des arrêts récents de la C.A.F. répondent à
la question litigieuse en l’espèce—Dès que l’intimé se fut révélé
incapable de répondre à l’invitation du ministre à produire des
éléments établissant que l’argent avait été légitimement obtenu,
le ministre était en droit d’exercer son pouvoir discrétionnaire
de restitution ou de confirmation de la confiscation—Appel
accueilli.
APPEALS NOTED
APPELS NOTÉS
FEDERAL COURT OF APPEAL
COUR D’APPEL FÉDÉRALE
Canada (Wheat Board) v. Canada (Attorney General),
[2009] 2 F.C.R. 347 (F.C.) has been reversed on appeal
(A-446-08, 2009 FCA 214). The reasons for judgment,
handed down June 23, 2009, will be published in the
Federal Courts Reports.
La décision Canada (Commission du blé) c. Canada
(Procureur général), [2009] 2 R.C.F. 347 (C.F.) a été
infirmée en appel (A-446-08, 2009 CAF 214). Les
motifs du jugement, qui ont été prononcés le 23 juin
2009, seront publiés dans le Recueil des décisions des
Cours fédérales.
Khadr v. Canada (Prime Minister), T-1228-08, 2009 FC
405, has been affirmed on appeal (A-208-09, 2009 FCA
246). The reasons for judgment, handed down August
14, 2009, will be published in the Federal Courts Reports.
La décision Khadr c. Canada (Premier ministre),
T-1228-08, 2009 CF 405, a été confirmée en appel
(A-208-09, 2009 CAF 246). Les motifs du jugement, qui
ont été prononcés le 14 août 2009, seront publiés dans le
Recueil des décisions des Cours fédérales.
SUPREME COURT OF CANADA
COUR SUPRÊME DU CANADA
Applications for leave to appeal
Demandes d’autorisation de pourvoi
Deng v. Canada (Minister of Citizenship and Immigration), A-244-08, 2009 FCA 59, Létourneau J.A.,
judgment dated February 26, 2009, leave to appeal to
S.C.C. refused July 9, 2009.
Deng c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de
l’Immigration), A-244-08, 2009 CAF 59, le juge
Létourneau, J.C.A., jugement en date du 26 février 2009,
autorisation de pourvoi à la C.S.C. refusée le 9 juillet
2009.
Drosdovech v. M.N.R., A-202-08, 2009 FCA 55, Trudel
J.A., judgment dated February 25, 2009, leave to appeal
to S.C.C. refused July 9, 2009.
Drosdovech c. M.R.N., A-202-08, 2009 CAF 55, la juge
Trudel, J.C.A., jugement en date du 25 février 2009,
autorisation de pourvoi à la C.S.C. refusée le 9 juillet
2009.
Harris v. Canada (Minister of Human Resources and
Skills Development), A-79-08, 2009 FCA 22, Evans and
Ryer JJ.A., judgment dated January 26, 2009, leave to
appeal to S.C.C. refused July 9, 2009.
Harris c. Canada (Ministre des Ressources humaines et
Développement des compétences), A-79-08, 2009 CAF
22, les juges Evans et Ryer, J.C.A., jugement en date du
26 janvier 2009, autorisation de pourvoi à la C.S.C.
refusée le 9 juillet 2009.
RCI Environnement Inc. v. Canada, A-35-08, 2008 FCA
419, Noël J.A., judgment dated December 29, 2008,
leave to appeal to S.C.C. refused July 2, 2009.
RCI Environnement Inc. c. Canada, A-35-08, 2008 CAF
419, le juge Noël, J.C.A., jugement en date du 29 décembre 2008, autorisation de pourvoi à la C.S.C. refusée
le 2 juillet 2009.
I
Federal Courts
Reports
Recueil des
décisions des Cours
fédérales
2009, Vol. 3, Part 1
2009, Vol. 3, 1er fascicule
[2009] 3 R.C.F.
3
A c. CANADA (PROCUREUR GÉNÉRAL)
2008 FC 1115
T-1256-08
2008 CF 1115
T-1256-08
Monsieur A et Madame B (Applicants)
Monsieur A et Madame B (demandeurs)
v.
c.
Attorney General of Canada (Respondent)
Procureur général du Canada (défendeur)
T-1257-08
T-1257-08
Mr. X (Applicant)
M. X (demandeur)
v.
c.
Attorney General of Canada (Respondent)
Procureur général du Canada (défendeur)
INDEXED AS: A V. CANADA (ATTORNEY GENERAL) (F.C.)
RÉPERTORIÉ : A C. CANADA (PROCUREUR GÉNÉRAL) (C.F.)
Federal Court, Tabib P.—Ottawa, September 4; October
3, 2008.
Cour fédérale, protonotaire Tabib—Ottawa, 4 septembre;
3 octobre 2008.
Practice — Confidentiality Orders — Judicial review of
decision of Public Service Commission (PSC) to publish applicants’ “personal information” — Motions for order granting
authorization to file and prosecute applications anonymously
and for order information filed to be treated confidentially —
Mr. X, former federal public servant, investigated for alleged
wrongdoing during staffing process — PSC intending to post
on Web site personal information about Mr. X collected during
investigation — Monsieur A and Madame B claiming personal
information concerning them included in materials PSC intending to publish — Confidentiality orders not lightly granted, as
impinging upon quasi-constitutional principle of open and
accessible court proceedings — Parties’ legitimate confidentiality interests and public’s right of access to judicial proceedings
balanced by protecting applicants’ names, addresses — Exact
designation of position(s) held by Mr. X also included in confidentiality order — Information such as department, level of
seniority and responsibility of Mr. X, relevant to determination
of issues in application and not confidential — Information as
to specific acts of alleged wrongdoing by Mr. X also not confidential — Ability of parties to make complete representations
on public record in relation to issues, and of Court to publicly
consider them, should not be curtailed in absence of clear
evidence of real risk of substantial harm — References to
specific relationship between parties and other personal
information volunteered, redacted — Order granted.
Pratique — Ordonnances de confidentialité — Contrôle
judiciaire de la décision de la Commission de la fonction
publique (la CFP) de publier les « renseignements personnels »
des demandeurs — Requêtes sollicitant une ordonnance
autorisant les demandeurs à déposer et à poursuivre ces
demandes de façon anonyme et une ordonnance prescrivant
que les renseignements déposés soient traités confidentiellement — M. X, un ancien fonctionnaire de la fonction publique
fédérale, a fait l’objet d’une enquête quant à un prétendu acte
répréhensible commis durant un processus de dotation — La
CFP entendait afficher sur son site Web des renseignements
personnels sur M. X recueillis pendant l’enquête — Monsieur A
et Madame B affirment que les documents que la CFP avait
l’intention de publier contiennent des renseignements personnels
à leur sujet — Les ordonnances de confidentialité ne doivent
pas être accordées à la légère parce qu’elles empiètent sur le
principe quasi constitutionnel de la publicité des débats
judiciaires — Mise en équilibre de l’intérêt légitime des parties
à la confidentialité et du droit du public à l’accès aux débats
judiciaires en protégeant les nom et adresse des demandeurs —
Le titre exact du ou des postes occupés par M. X était aussi
inclus dans l’ordonnance de confidentialité — Les renseignements concernant le ministère, l’ancienneté et le niveau des
responsabilités de M. X entraient en ligne de compte dans la
solution des questions à trancher en l’espèce et n’étaient pas
confidentiels, non plus que les renseignements quant aux gestes
particuliers qu’on lui reprochait — À défaut d’une preuve
claire établissant l’existence d’un risque réel de préjudice grave,
4
A v. CANADA (ATTORNEY GENERAL)
[2009] 3 F.C.R.
il convient de ne pas entraver la capacité des parties de présenter publiquement des observations exhaustives sur les questions et la capacité de la Cour de les analyser publiquement —
Toute mention des rapports précis entre les parties et des autres
renseignements personnels qu’elles ont dévoilés de plein gré
est retranchée — Ordonnance accordée.
The Court was seized of motions for a confidentiality order
in the context of applications for judicial review of the decision
of the Public Service Commission of Canada (PSC) to publish
the applicants’ “personal information”. The applicants sought an
order authorizing them to file and prosecute these applications
anonymously and an order that certain documents and
information filed in their applications be treated confidentially.
La Cour devait statuer sur des requêtes en vue d’obtenir une
ordonnance de confidentialité dans le cadre de demandes de
contrôle judiciaire de la décision de la Commission de la
fonction publique (la CFP) de publier les « renseignements
personnels » des demandeurs. Ces derniers ont sollicité une
ordonnance les autorisant à déposer et à poursuivre ces demandes de façon anonyme et une ordonnance prescrivant que
certains documents et renseignements déposés dans leurs
demandes soient traités confidentiellement.
Mr. X is a former federal public servant. The PSC intends to
include in a summary of its annual report (which is destined to
be posted publicly on its Web site) personal information about
Mr. X collected during an investigation stemming from
allegations of wrongdoing on his part during a staffing process.
Monsieur A and Madame B are persons who claim that personal information concerning them is included in the materials
the PSC intends to publish.
M. X est un ancien fonctionnaire de la fonction publique
fédérale. La CFP entend inclure dans un résumé de son rapport
annuel (destiné à être publié dans son site Web) des renseignements personnels sur M. X recueillis au cours d’une enquête
découlant d’allégations selon lesquelles il avait commis un acte
répréhensible durant un processus de dotation. Monsieur A et
Madame B affirment que les documents que la CFP a l’intention de publier contiennent des renseignements personnels
à leur sujet.
The applicants sought the following relief: (1) that each of
their names and addresses be kept confidential; (2) that
“information that would lead to the identification of Mr. X” be
kept confidential; and (3) for Monsieur A and Madame B, that
the relation in which they stand to Mr. X be kept confidential.
Les demandeurs souhaitaient obtenir les réparations suivantes : 1) que les nom et adresse de chacun d’entre eux soient
gardés confidentiels; 2) que les « renseignements qui conduiraient à l’identification de M. X » soient gardés confidentiels;
et 3) pour ce qui est de Monsieur A et Madame B, que les
rapports qui les lient à M. X soient gardés confidentiels.
Held, the order should be granted.
Jugement : l’ordonnance doit être accordée.
(1) Confidentiality orders such as the one sought in this
matter should not lightly be granted, as they impinge upon the
quasi-constitutional principle of open and accessible court
proceedings.
1) Les ordonnances de confidentialité comme celle sollicitée
en l’espèce ne doivent pas être accordées à la légère, parce
qu’elles empiètent sur le principe quasi constitutionnel de la
publicité des débats judiciaires.
People’s names, in isolation, do not generally incite privacy
concerns; it is when these names are associated with or related
to other information or circumstances that privacy issues arise.
The balancing of the parties’ legitimate confidentiality interests
and the public’s right of access to judicial proceedings could be
best accommodated by protecting the applicants’ names and
addresses, provided that the circumstances giving rise to the
application and the decision of the PSC to publish the summary, including the summary itself (with names redacted),
were otherwise publicly filed. Notwithstanding the confidential
filing of an amended notice of application in which the style of
cause stated the applicants’ full names, all future filings in this
matter should continue to use the designations Mr. X, Monsieur
A and Madame B in the style of cause.
Le nom des gens ne soulève généralement pas, en soi, de
préoccupations relatives au respect de la vie privée; ces préoccupations surviennent lorsque les noms sont associés ou liés
à d’autres renseignements ou à d’autres circonstances. La mise
en équilibre de l’intérêt légitime des parties à la confidentialité
et le droit du public à l’accès aux débats judiciaires consiste à
protéger les nom et adresse des demandeurs, à condition que
les circonstances à l’origine de la demande et la décision de la
CFP de publier le résumé, y compris le résumé lui-même (dont
les noms auront été expurgés), soient déposés publiquement.
Malgré le dépôt confidentiel d’un avis de demande modifié
dont l’intitulé énonce le nom complet des demandeurs, tous
les documents qui seront déposés à l’avenir dans la présente
instance continueront à employer les désignations M. X,
Monsieur A et Madame B dans l’intitulé.
[2009] 3 R.C.F.
A c. CANADA (PROCUREUR GÉNÉRAL)
5
(2) The exact designation of the position or positions held
by Mr. X was also included in the confidentiality order. Information such as the department for which Mr. X worked, and the
level of seniority and responsibilities of the position he
occupied, could be relevant to determination of the issues in
this application and was not confidential. Information as to the
specific alleged wrongdoing by Mr. X was also not confidential.
The ability of the parties to make complete representations on
the public record in relation to these issues, and of the Court to
publicly consider them, should not be curtailed in the absence
of clear evidence of a real risk of substantial harm.
2) Le titre exact du ou des postes occupés par M. X était aussi
inclus dans l’ordonnance de confidentialité. Les renseignements
concernant le ministère où il travaillait, son ancienneté et le
niveau des responsabilités qui lui étaient confiées pourraient
entrer en ligne de compte dans la solution des questions à
trancher en l’espèce et n’étaient pas confidentiels, non plus que
les renseignements quant aux gestes particuliers qu’on lui
reprochait. À défaut d’une preuve claire établissant l’existence
d’un risque réel de préjudice grave, il convient de ne pas entraver la capacité des parties de présenter publiquement des
observations exhaustives sur ces questions et la capacité de la
Cour de les analyser publiquement.
(3) Expecting that simple identification of the generic
relation in which the applicants stand to Mr. X will be all that
is needed to support the applicants’ arguments, references to
the specific relationship between the parties and other personal
information they volunteered, such as studies and medical
information, should be redacted from the affidavits and exhibits
already filed in the public record, and from exhibits to be filed
and the certified record of the PSC. Any mention of the generic,
non-specific nature of that relationship (such as neighbours,
co-workers, family members, etc.) was to remain.
3) Prévoyant que la simple désignation, en termes génériques,
de la nature des rapports qui lient les demandeurs à M. X
suffira à appuyer les arguments des défendeurs, toute mention
des rapports précis existant entre les parties et des autres
renseignements personnels qu’elles ont dévoilés de plein gré,
notamment les études et des questions d’ordre médical, doit
être retranchée des affidavits et des pièces déjà versées au
dossier public ainsi que des pièces qui seront déposées et du
dossier certifié de la CFP. Toute mention de la nature générique
de ces rapports (par exemple, voisins, collègues, membres de
la famille, etc.) devait demeurer consignée.
STATUTES AND REGULATIONS JUDICIALLY
CONSIDERED
Access to Information Act, R.S.C., 1985, c. A-1.
Federal Courts Rules, SOR/98-106, rr. 1 (as am. by
SOR/2004-283, s. 2), 24, 51 (as am. idem, s. 33; 2007130, s. 3), 67.
Privacy Act, R.S.C., 1985, c. P-21.
CASES JUDICIALLY CONSIDERED
LOIS ET RÈGLEMENTS CITÉS
Loi sur l’accès à l’information, L.R.C. (1985), ch. A-1.
Loi sur la protection des renseignements personnels,
L.R.C. (1985), ch. P-21.
Règles des Cours fédérales, DORS/98-106, règles 1 (mod.
par DORS/2004-283, art. 2), 24, 51 (mod., idem, art. 33;
2007-130, art. 3), 67.
JURISPRUDENCE CITÉE
CONSIDERED:
DÉCISION EXAMINÉE :
John Doe v. Canada (Attorney General) (2003), 227
F.T.R. 206; 2003 FCT 117.
M. Untel c. Canada (Procureur général), 2003 CFPI 117.
REFERRED TO:
DÉCISIONS CITÉES :
Named Person v. Vancouver Sun, [2007] 3 S.C.R. 253;
(2007), 285 D.L.R. (4th) 193; [2008] 1 W.W.R. 223; 2007
SCC 43; Vancouver Sun (Re), [2004] 2 S.C.R. 332;
(2004), 240 D.L.R.(4th) 147; [2005] 2 W.W.R. 671; 2004
SCC 43; Sierra Club of Canada v. Canada (Minister of
Finance), [2002] 2 S.C.R. 522; (2002), 211 D.L.R. (4th)
193; 40 Admin. L.R. (3d) 1; 2002 SCC 41; John Doe v.
Canada (Minister of Justice) (2008), 299 D.L.R. (4th)
762; 2008 FC 916.
Personne désignée c. Vancouver Sun, [2007] 3 R.C.S. 253;
2007 CSC 43; Vancouver Sun (Re), [2004] 2 R.C.S. 332;
2004 CSC 43; Sierra Club du Canada c. Canada (Ministre
des Finances), [2002] 2 R.C.S. 522; 2002 CSC 41; M.
Untel c. Canada (Ministre de la Justice), 2008 CF 916.
6
A v. CANADA (ATTORNEY GENERAL)
MOTIONS for an order authorizing applicants to file
and prosecute applications for judicial review anonymously and an order that certain documents and information filed in their applications be treated confidentially.
Order granted.
APPEARANCES:
Marc-Aurèle Racicot for applicants Monsieur A et
Madame B.
Kris Klein for applicant Mr. X.
Alain Préfontaine and Claudine Patry for respondent.
SOLICITORS OF RECORD:
Marc-Aurèle Racicot, Laval, for applicants Monsieur
A et Madame B.
Law Office of Kris Klein, Ottawa, for applicant Mr. X.
Deputy Attorney General of Canada for respondent.
[2009] 3 F.C.R.
REQUÊTES en vue d’obtenir une ordonnance autorisant les demandeurs à déposer et à poursuivre des
demandes de contrôle judicaire de façon anonyme et une
ordonnance prescrivant que certains documents et renseignements déposés dans leurs demandes soient traités
confidentiellement. Ordonnance accordée.
ONT COMPARU :
Marc-Aurèle Racicot pour les demandeurs
Monsieur A et Madame B.
Kris Klein pour le demandeur M. X.
Alain Préfontaine et Claudine Patry pour le
défendeur.
AVOCATS INSCRITS AU DOSSIER :
Marc-Aurèle Racicot, Laval, pour les demandeurs
Monsieur A et Madame B.
Cabinet d’avocats de Kris Klein, Ottawa, pour le
demandeur M. X.
Le sous-procureur général du Canada pour le
défendeur.
The following are the reasons for order and order
rendered in English by
Ce qui suit est la version française des motifs de
l’ordonnance et de l’ordonnance rendus par
[1] TABIB P.: I am seized of a motion by the applicants
for an order that they be authorized to file and prosecute
these applications anonymously and for an order that
certain documents and information filed in their applications be treated confidentially.
[1] LA PROTONOTAIRE TABIB : Je dois statuer sur une
requête par laquelle les demandeurs sollicitent une ordonnance les autorisant à déposer et à poursuivre les présentes
demandes de façon anonyme et une ordonnance prescrivant que certains documents et renseignements déposés
dans leurs demandes soient traités confidentiellement.
The facts and circumstances
Les faits et circonstances
[2] Materials filed publicly in this matter reveal the
following: Mr. X is a former civil servant within the
federal public service. Mr. X was the subject of an investigation by the Public Service Commission of Canada
(PSC) stemming from allegations of wrongdoing on his
part during a staffing process in the federal public
service. The PSC intends to include in its annual report
(which is destined to be posted publicly on its Web site)
personal information about Mr. X collected during that
investigation. In the materials submitted publicly on this
motion by Mr. X, he admits that the information at issue
[2] Les documents déposés publiquement en l’espèce
révèlent ce qui suit : M. X est un ancien fonctionnaire
de la fonction publique fédérale. Il a fait l’objet d’une
enquête de la Commission de la fonction publique du
Canada (CFP) à la suite d’allégations selon lesquelles il
avait commis un acte répréhensible durant un processus
de dotation à la fonction publique fédérale. La CFP
entend inclure dans son rapport annuel (destiné à être
publié dans son site Web) des renseignements personnels
sur M. X recueillis au cours de cette enquête. Dans les
documents qu’il a déposés publiquement à l’appui de la
[2009] 3 R.C.F.
A c. CANADA (PROCUREUR GÉNÉRAL)
7
is damaging to himself, will harm his reputation and
cause shame and embarrassment to himself and, because
of their association with him, to his family. Mr. X further
alleges that disclosure of the information will impede his
efforts to find employment.
présente requête, M. X admet que les renseignements en
cause lui sont préjudiciables, nuiront à sa réputation et
causeront honte et embarras à lui-même et à sa famille,
en raison des liens qui les unissent. M. X allègue en outre
que la divulgation de ces renseignements gênera ses
efforts pour trouver un emploi.
[3] Monsieur A and Madame B are persons who claim
that personal information concerning them is included
in the materials the PSC intends to publish. The publicly
filed material does not indicate the nature or type of the
information concerning Monsieur A and Madame B
which is intended to be published, or whether or why the
information would be damaging or prejudicial to them,
beyond the fact that it would breach their right to privacy.
[3] Monsieur A et Madame B affirment pour leur part
que les documents que la CFP a l’intention de publier
contiennent des renseignements personnels à leur sujet.
Les documents déposés publiquement n’indiquent pas la
nature ou le genre de renseignements concernant
Monsieur A et Madame B susceptibles d’être publiés, ni
ne précisent si et en quoi les renseignements en cause
leur causeraient préjudice, si ce n’est que leur publication
porterait atteinte à leur droit au respect de la vie privée.
The remedies sought
Les réparations sollicitées
[4] In their judicial review applications, all three
applicants seek a review of the PSC’s decision to publish
“their personal information”. In the case of Mr. X, the
notice of application does not specify the extent of what
is considered to be his “personal information”. In the
case of Monsieur A and Madame B, the notice of application is at once as vague and much more precise: It
seeks an order that “all personal information concerning
the applicants and their family” be redacted, and an order
permitting disclosure only of information that will not
identify the applicants and their family.
[4] Dans leurs demandes de contrôle judiciaire, les
trois demandeurs sollicitent l’examen de la décision de
la CFP de publier [TRADUCTION] « leurs renseignements
personnels ». Dans le cas de M. X, l’avis de demande ne
précise pas l’étendue des renseignements que le demandeur considère être ses « renseignements personnels ». Quant à Monsieur A et à Madame B, l’avis de
demande est à la fois tout aussi vague et beaucoup plus
précis : ceux-ci demandent une ordonnance prescrivant
que [TRADUCTION] « tous les renseignements personnels
concernant les demandeurs et leur famille » soient
retranchés, et une ordonnance restreignant la divulgation
aux renseignements qui ne permettront pas d’identifier
les demandeurs et leur famille.
[5] In the motions for a confidentiality order of which
I am now seized, Mr. X and Monsieur A and Madame B
very explicitly seek as relief that they be allowed to
proceed with these applications anonymously, and that
their names and addresses be treated confidentially to
prevent their being identified.
[5] Dans les requêtes en confidentialité dont je suis
actuellement saisie, M. X, Monsieur A et Madame B
sollicitent expressément l’autorisation de poursuivre ces
demandes de façon anonyme et demandent que leur nom
et adresse soient traités confidentiellement pour empêcher
leur identification.
[6] More vaguely, both motions also seek orders that
“any other personal information” about them or “the
personal information at issue in this application” be kept
confidential. Again, what, other than their names and
addresses, is that other personal information is not stated.
[6] Plus vaguement, les deux requêtes visent aussi l’obtention d’une ordonnance de confidentialité protégeant
[TRADUCTION] « tout autre renseignement personnel » les
concernant ou [TRADUCTION] « les renseignements personnels en cause dans la présente demande ». Là encore,
la nature des renseignements personnels autres que les
nom et adresse des demandeurs n’est pas précisée.
8
A v. CANADA (ATTORNEY GENERAL)
[2009] 3 F.C.R.
[7] For both motions, the applicants submitted confidential affidavits, which they ask be ordered to remain
confidential. One would expect that these affidavits
would identify with specificity the information they
consider confidential, and that they would not be filed
confidentially if all they contain is information already
disclosed on the public record. Both the applicants’
counsel appear well aware of the public interest in open
and accessible court proceedings, and of the imperative
that confidentiality orders, when issued, should be framed
as narrowly as possible to promote as much as possible
the principle of open and accessible court proceedings
while preserving the confidentiality interests at stake.
Both counsel would also have been expected to be aware
that where documents contain mostly public information
and only some, reasonably severable confidential information, it is a good and well-known practice to submit
two versions of the document, one public version from
which the confidential information is redacted, and one
complete, unredacted version to be kept confidential.
The applicants however did not take these steps.1
[7] Au soutien de chacune des deux requêtes, les
demandeurs ont présenté des affidavits confidentiels
pour lesquels ils demandent une ordonnance de confidentialité. On pourrait s’attendre à ce que les demandeurs
exposent avec précision, dans ces affidavits, les renseignements qu’ils considèrent comme confidentiels, et à ce
que les affidavits ne soient pas déposés à titre confidentiel
s’ils ne contiennent rien plus que les renseignements déjà
divulgués dans le dossier public. Les deux avocats des
demandeurs semblent bien conscients de l’intérêt du
public à la publicité des débats judiciaires et de l’impératif de formuler les ordonnances de confidentialité en
termes aussi restrictifs que possible afin de favoriser
autant que faire se peut le principe de la publicité des
débats judiciaires tout en protégeant les intérêts en cause
en matière de confidentialité. Les deux avocats auraient
aussi dû savoir que lorsque des documents comportent
surtout des renseignements publics et ne contiennent que
quelques éléments d’information confidentielle qui
peuvent raisonnablement en être retranchés, la pratique
connue et indiquée consiste à présenter deux versions du
document, une version publique de laquelle les renseignements confidentiels sont retranchés, et une version intégrale, non expurgée, qui sera gardée confidentielle. Or,
les demandeurs n’ont pas pris ces mesures1.
[8] As mentioned above, providing redacted copies of
the material would have greatly assisted the Court in
identifying what the applicants mean by “other personal
information” to be kept confidential, especially in the
context where Mr. X has put on the public record almost
all of the information concerning himself that PSC
intends to publish, in addition to publicly volunteering
even more personal information, such as the academic
degree he possesses, his state of health, marital status
and the recent birth of his first child.
[8] Comme il a été mentionné, si les demandeurs
avaient présenté des copies expurgées des documents en
cause, ils auraient grandement aidé la Cour à comprendre
ce qu’ils entendent par [TRADUCTION] « autres renseignements personnels » devant être gardés confidentiels, étant
donné plus particulièrement que M. X a versé au dossier
public presque tous les renseignements à son sujet que la
CFP entend publier, en plus de soumettre de son propre
gré d’autres renseignements personnels comme son grade
universitaire, son état de santé, son état matrimonial et la
récente naissance de son premier enfant.
[9] In an effort to understand what the applicants meant
to cover by the proposed confidentiality order, the Court
invited counsel for the applicants at the hearing to
indicate exactly which part of the summary intended to
be published by the PSC2 is in fact personal information
of the applicants, is not already disclosed on the public
record, and should be kept confidential.
[9] Dans le but de comprendre quels renseignements
les demandeurs souhaitent protéger par l’ordonnance de
confidentialité sollicitée, la Cour a invité les avocats des
demandeurs, à l’audience, à indiquer précisément quelle
partie du résumé que la CFP a l’intention de publier2
consiste en des renseignements personnels des demandeurs, n’a pas déjà été divulguée dans le dossier public
et devrait être tenue confidentielle.
[2009] 3 R.C.F.
A c. CANADA (PROCUREUR GÉNÉRAL)
9
[10] The thrust of Mr. X’s counsel’s argument was that
it includes any information that would lead to the
identification of Mr. X. Unfortunately, counsel could not
say which parts or elements of the summary would lead
to identification of his client.
[10] Pour l’essentiel, l’avocat de M. X a répondu que
toute information qui conduirait à identifier M. X est
visée par cette demande. Malheureusement, il n’a pu
préciser quelles parties ou quels éléments du résumé
conduiraient à identifier son client.
[11] On behalf of Monsieur A and Madame B, counsel
only pointed to one half of one sentence, which refers to
the participation of an unnamed individual, identified
only in terms of the relation in which he or she stands to
Mr. X, (such as, for example, a co-worker, a neighbour,
a family member). One understands that either Monsieur
A, Madame B or a member of their family stands in the
same relation to Mr. X as that unnamed individual, such
that the unnamed individual is either one of them, or
could be mistaken for them. For Monsieur A and Madame
B, therefore, the information to be protected (beyond
their names and addresses) would appear to be limited to
the relation in which they stand to Mr. X. However, I
note that one of the grounds on which they appear to
object to the publication is that identification of Mr. X
himself will cause embarrassment or prejudice to them
by association.3 As Mr. X, they therefore seek to protect
any information that would serve to identify Mr. X, but
cannot identify what part of the summary would lead to
that result.
[11] Au nom de ses clients, l’avocat de Monsieur A et
de Madame B a signalé uniquement la moitié d’une
phrase, qui traite de la participation d’une personne non
nommée, désignée seulement par la nature des rapports
qui la lient à M. X (par exemple, un ou une collègue, un
voisin ou un membre de la famille). On peut comprendre
que soit Monsieur A, soit Madame B, soit un membre de
leur famille se trouve dans la même situation, par rapport
à M. X, que cette personne non nommée, de sorte que la
personne non nommée est l’un d’eux ou pourrait être
confondue avec eux. Par conséquent, en ce qui concerne
Monsieur A et Madame B, les renseignements à protéger
(au-delà de leurs noms et de leurs adresses) semblent se
limiter aux rapports qui les lient à M. X. Toutefois, je
remarque que l’un des motifs qui semble sous-tendre
leur opposition à la publication est que l’identification
de M. X les embarrasserait ou leur causerait préjudice
par association3. Tout comme M. X, ils cherchent donc
à protéger tout renseignement qui aiderait à identifier
M. X, mais ils ne peuvent préciser quelle partie du résumé
conduirait à ce résultat.
[12] I therefore take that the relief sought by the
applicants is as follows:
[12] Je conclus en conséquence que les demandeurs
souhaitent obtenir les réparations suivantes :
• Primarily, that each of their names and addresses be
kept confidential;
• avant tout, que les nom et adresse de chacun d’entre
eux soient gardés confidentiels;
• That “information that would lead to the identification
of Mr. X” be kept confidential;
• que les [TRADUCTION] « renseignements qui conduiraient
à l’identification de M. X » soient gardés confidentiels;
• Additionally, for Monsieur A and Madame B, that the
relation in which they stand to Mr. X be kept confidential.
• en outre, pour ce qui est de Monsieur A et de Madame B,
que les rapports qui les lient à M. X soient gardés
confidentiels.
I will consider each prayer for relief in turn.
J’examinerai tour à tour chacune des réparations
demandées.
Names and addresses of Mr. X, Monsieur A and
Madame B
Les noms et adresses de M. X, de Monsieur A et de
Madame B
10
A v. CANADA (ATTORNEY GENERAL)
[2009] 3 F.C.R.
[13] Notably, the respondent agrees that that remedy
is appropriate in the circumstances.
[13] Fait à souligner, le défendeur convient que cette
réparation est appropriée dans les circonstances.
[14] The parties in this matter are in agreement that
confidentiality orders such as the one sought in this
matter should not lightly be granted, as they impinge
upon the quasi-constitutional principle of open and
accessible court proceedings.4 They also agree that the
applicable test is the following:
[14] Les parties s’entendent pour dire que les ordonnances de confidentialité comme celle sollicitée en
l’espèce ne doivent pas être accordées à la légère, parce
qu’elles empiètent sur le principe quasi constitutionnel
de la publicité des débats judiciaires4. Elles conviennent
aussi que le critère applicable est le suivant :
A confidentiality order under Rule 151 should only be granted
when:
Une ordonnance de confidentialité en vertu de la règle 151 ne
doit être rendue que si :
(a) such an order is necessary in order to prevent a serious
risk to an important interest, including a commercial
interest, in the context of litigation because reasonably
alternative measures will not prevent the risk; and
a) elle est nécessaire pour écarter un risque sérieux pour un
intérêt important, y compris un intérêt commercial, dans
le contexte d’un litige, en l’absence d’autres options
raisonnables pour écarter ce risque;
(b) the salutary effects of the confidentiality order, including
the effects on the right of civil litigants to a fair trial,
outweigh its deleterious effects, including the effects on
the right to free expression, which in this context includes
the public interest in open and accessible court proceedings.5
b) ses effets bénéfiques, y compris ses effets sur le droit des
justiciables civils à un procès équitable, l’emportent sur
ses effets préjudiciables, y compris ses effets sur la liberté
d’expression qui, dans ce contexte, comprend l’intérêt du
public dans la publicité des débats judiciaires5.
[15] Both sets of applicants, in their motion materials,
essentially state that their alleged right to object to the
disclosure of their identities (which all agree include
their names and addresses) is the central issue in these
judicial review proceedings, and that disclosure of that
very information as part of their public filings would
accomplish exactly what they are attempting to prevent,
and effectively render their judicial review applications
moot. I agree. I further agree that preventing this harm—
the effective denial of the applicants’ access to judicial
review by reason of their applications becoming moot
by the simple fact of filing the application—is sufficiently
important to justify a confidentiality order.
[15] Dans chacun des deux dossiers, les demandeurs
font essentiellement valoir, dans leurs documents de
requête, que leur droit présumé de s’opposer à la divulgation de leurs identités (qui, tous en conviennent, comprennent leurs noms et adresses) est au cœur même des
présents recours en contrôle judiciaire, et que la divulgation de leur identité dans les documents déposés
publiquement produirait exactement le résultat qu’ils
essaient de prévenir, rendant de ce fait sans objet leurs
demandes de contrôle judiciaire. Je suis d’accord. Je
reconnais également que la prévention de ce préjudice
— nier aux demandeurs, en pratique, l’accès au contrôle
judiciaire du fait que leur demande perdrait toute raison
d’être par suite de son seul dépôt — est un facteur suffisamment important pour justifier une ordonnance de
confidentialité.
[16] It is common in litigation under the Access to
Information Act [R.S.C., 1985, c. A-1] and the Privacy
Act [R.S.C., 1985, c. P-21] for confidentiality orders to
be issued to prevent the disclosure of the very information which is sought to be protected, pending determination of the application. Of course, it is unusual that the
[16] Il est fréquent, dans les poursuites engagées en
vertu de la Loi sur l’accès à l’information [L.R.C. (1985),
ch. A-1] et de la Loi sur la protection des renseignements
personnels [L.R.C. (1985), ch. P-21], que des ordonnances
de confidentialité soient rendues en attendant qu’il soit
statué sur la demande, afin de prévenir la divulgation de
[2009] 3 R.C.F.
A c. CANADA (PROCUREUR GÉNÉRAL)
11
information sought to be protected is the very name of
the applicant, with the result that the proceedings would
almost necessarily have to be brought under a pseudonym.
Indeed, people’s names, in isolation, do not generally
incite privacy concerns; it is when these names are associated with or related to other information or circumstances that privacy issues arise. Even in the matters at
issue, it is clear that the applicants’ desire to prevent
disclosure of their names does not attach to their names
in isolation, but to the association of the names with the
facts and circumstances set out in the PSC summary.
l’information que la demande vise justement à protéger.
Naturellement, il est rare que l’information que l’on
cherche à protéger soit le nom même de la partie demanderesse, ce qui nécessite presque inévitablement que la
poursuite soit introduite sous un pseudonyme. En effet,
le nom des gens ne soulève généralement pas, en soi, de
préoccupations relatives au respect de la vie privée; ces
préoccupations surviennent lorsque les noms sont associés
ou liés à d’autres renseignements ou à d’autres circonstances. Même dans les cas qui nous occupent, il est évident que le souhait des demandeurs d’empêcher que leur
nom soit divulgué ne tient pas à leur nom même, mais à
l’association des noms avec les faits et circonstances
exposés dans le résumé de la CFP.
[17] The association of names with certain circumstances can be protected in one of two ways: the true
names of the applicants can be used publicly and the
specific circumstances with which their identities would
be associated protected; or the circumstances can be laid
out publicly, with the identities of the applicants protected.
The decision as to the most appropriate way to proceed
in any given instance rests with the Court, and should
take into consideration which device is most apt to serve
the public’s interest in open and accessible court proceedings without compromising the rights asserted by
the parties.
[17] Il y a deux façons de protéger l’association de
noms avec certaines circonstances : soit le nom véritable
des demandeurs peut être divulgué publiquement et les
circonstances exactes avec lesquelles leur nom serait
associé feront l’objet de protection; soit les circonstances
peuvent être exposées publiquement, et l’identité des
demandeurs fera l’objet de protection. Le choix qu’il
convient d’effectuer à cet égard dans chaque cas d’espèce
revient à la Cour, qui tiendra compte de l’option la mieux
adaptée à respecter l’intérêt du public dans la publicité
des débats judiciaires sans compromettre les droits revendiqués par les parties.
[18] Taking into account all circumstances herein, I
have come to the conclusion that the balancing of the
parties’ legitimate confidentiality interests and the public’s
right of access to judicial proceedings can be best accommodated by protecting the applicants’ names and addresses, provided that the circumstances giving rise to
the application and the decision of the PSC to publish
the summary, including the summary itself (with names
redacted), are otherwise publicly filed. As argued by
counsel for Mr. X himself, this manner of proceeding
would prevent the disclosure of the very information
sought to be protected, and thus avoid the situation
wherein any relief to which the applicants may be entitled
becomes nugatory before it can even be ordered. It will
also ensure that the issues which are at stake in this application can be understood from the public record, and that
they can be transparently debated and determined, in an
open and accessible manner.
[18] À la lumière de toutes les circonstances de
l’espèce, je conclus que la meilleure façon de mettre en
équilibre l’intérêt légitime des parties à la confidentialité
et le droit du public à l’accès aux débats judiciaires
consiste à protéger les nom et adresse des demandeurs,
sous réserve que les circonstances à l’origine de la demande et la décision de la CFP de publier le résumé, y
compris le résumé lui-même (dont les noms auront été
expurgés), soient déposés publiquement. Comme l’a fait
valoir l’avocat de M. X lui-même, cette façon de procéder
protégera de la divulgation des renseignements que la
demande cherche justement à protéger et préviendra
ainsi une situation où toute réparation à laquelle les
demandeurs pourraient avoir droit deviendrait inopérante
avant même qu’elle puisse être ordonnée. Elle permettra
aussi d’assurer que les questions en cause dans la présente
demande puissent être comprises à la lecture du dossier
public, débattues avec transparence et décidées publiquement.
12
A v. CANADA (ATTORNEY GENERAL)
[2009] 3 F.C.R.
[19] I have come to that conclusion, and would have
come to it, independently of the unfortunate way in
which the applicants chose to file their materials herein.
The applicants chose to file their notices of application
anonymously, accompanied by motions seeking confidentiality protection for their identities. In the context of
his motion, Mr. X chose to file publicly most, if not all
of the relevant circumstances disclosed in the PSC summary. Not only was that course of action not in accordance
with the Federal Courts Rules [SOR/98-106, r. 1 (as am.
by SOR/2004-283, s. 2)], but it all but eliminated the first
option discussed above as a viable means of protecting
the crucial association between the applicants’ identities
and the circumstances. The fact that the judicial review
applications were filed anonymously may also have
played a role in the media attention this matter has
generated.
[19] J’arrive à cette conclusion, à laquelle je serais
néanmoins arrivée, indépendamment de la manière
regrettable dont les demandeurs ont choisi de déposer
leurs documents en l’espèce. Ils ont en effet décidé de
déposer leurs avis de demande de façon anonyme,
accompagnés de requêtes en confidentialité sollicitant la
protection de leur identité. Dans le cadre de la présente
requête, M. X a choisi de déposer publiquement la
presque totalité, si ce n’est la totalité, des circonstances
pertinentes révélées dans le résumé de la CFP. Non
seulement cette façon de procéder est-elle incompatible
avec les Règles des Cours fédérales [DORS/98-106,
règle 1 (mod. par DORS/2004-283, art. 2)], mais elle a
pour effet d’éliminer la première option énoncée cidessus comme solution viable pour protéger l’association
fondamentale entre l’identité des demandeurs et les
circonstances en cause. Le fait que les demandes de
contrôle judiciaire ont été déposées anonymement peut
aussi avoir contribué à l’intérêt que les médias ont
manifesté envers cette affaire.
[20] The Rules of the Court require every originating
document, including a notice of application, “to set out
the names of all parties”.6 Relief from compliance with
this rule may only be obtained by order of the Court,
made on a motion. Thus, the appropriate way in which
the applicants should have proceeded would have been to
bring a motion prior to the commencement of the
applications, as specifically contemplated in subsection
67(6) and rule 24, for leave to file their applications
under a pseudonym or for such confidentiality order as
may be necessary to protect the relevant information.
Once the Court has determined the appropriate level and
method of protection, the proposed notice of application
can be tailored to meet the conditions of the order and
then filed. As importantly, if unsuccessful in obtaining
the degree of protection they desire, parties may then
make enlightened choices as to whether and how to
proceed with subsequent steps.
[20] Les Règles de la Cour exigent que tout acte
introductif d’instance, notamment un avis de demande,
« indique le nom des parties »6. La seule façon d’être
relevé de cette exigence consiste à s’adresser à la Cour
par voie de requête pour obtenir une ordonnance à cet
effet. Par conséquent, la démarche appropriée aurait été
que les demandeurs déposent une requête avant l’introduction des demandes, comme le prévoient expressément
le paragraphe 67(6) et la règle 24, pour solliciter l’autorisation de présenter leurs demandes sous un pseudonyme
ou pour demander à la Cour de rendre toute ordonnance
de confidentialité voulue pour protéger les renseignements
pertinents. Une fois que la Cour a statué sur le niveau et
la méthode de protection qu’il convient d’accorder, l’avis
de demande projeté peut être adapté de façon à respecter
les conditions de l’ordonnance avant d’être déposé. Fait
tout aussi important, si les parties n’obtiennent pas le
degré de protection souhaité, elles peuvent ensuite faire
des choix éclairés quant à l’opportunité de poursuivre la
démarche et quant à la façon de procéder aux étapes
suivantes.
[21] I should also note, before moving to the next
issue, that on the records before me, I would not have
granted protection to Mr. X’s name and address on the
basis of the other grounds cited in his motion materials,
[21] Je tiens aussi à souligner, avant d’aborder la
prochaine question, qu’au vu des dossiers dont je suis
saisie, je n’aurais pas accordé protection au nom et à
l’adresse de M. X sur la base des autres motifs invoqués
[2009] 3 R.C.F.
A c. CANADA (PROCUREUR GÉNÉRAL)
13
namely, public embarrassment and shame, and impediment
to securing employment. As pointed out in John Doe v.
Canada (Attorney General) (2003), 227 F.T.R. 206
(F.C.T.D.) [at paragraph 10]:
dans ses documents de requête, à savoir la honte et
l’embarras publics ainsi que l’entrave à la recherche
d’emploi. Comme l’a fait remarquer la Cour dans
l’affaire M. Untel c. Canada (Procureur général), 2003
CFPI 117 [au paragraphe 10] :
Stress and, to a degree, embarrassment and their impact on a
litigant’s life and employment, can be common in much
litigation. Against this must be balanced the rights of the other
side and of the Court to appropriate procedure, including full
disclosure.
Bien souvent, les litiges sont source de stress et, dans une
certaine mesure, d’embarras et ils ont un impact sur la vie
personnelle et professionnel [sic] du plaideur. Mais il faut
également tenir compte des droits du défendeur et de la Cour
à une procédure adéquate, y compris la pleine divulgation des
renseignements.
[22] This Court has been slow to recognize humiliation,
embarrassment or loss of reputation as justifying confidentiality orders unless clear evidence of serious harm
is presented. In John Doe v. Canada (Attorney General)
and more recently in John Doe v. Canada (Minister of
Justice) (2008), 299 D.L.R. (4th) 762 (F.C.), general
affirmations of humiliation, loss of reputation or impediment to employment were found not to justify the use of
a pseudonym. In the present matter, the prejudice is
presented as arising specifically as a result of the very
public posting of the information through the PSC’s Web
site. While court filings are open and accessible to the
public, they do not have the same widespread public
dissemination as Internet postings. Reasons for order are
the only portion of court filings that are openly and
widely published, and every judge or prothonotary has
the discretion to be as circumspect as he or she believes
is necessary in drafting orders and reasons for orders.7
The evidence before me is simply not sufficient to
conclude that merely placing on the Court’s public
record information identifying Mr. X would cause the
prejudice feared by Mr. X.
[22] La Cour a mis longtemps à reconnaître l’humiliation, l’embarras ou la perte de réputation comme des
facteurs justifiant des ordonnances de confidentialité, à
défaut d’une preuve manifeste d’un préjudice grave.
Dans la décision M. Untel c. Canada (Procureur général)
et plus récemment dans M. Untel c. Canada (Ministre de
la Justice), 2008 CF 916, il a été décidé que des allégations générales d’humiliation, de perte de réputation
ou d’entrave à l’emploi ne justifient pas l’emploi d’un
pseudonyme. En la présente instance, il est allégué que
le préjudice résulte précisément de la diffusion publique
de l’information sur le site Web de la CFP. Bien que les
documents déposés à la Cour soient publics, la portée de
leur diffusion n’est pas aussi étendue que l’affichage sur
Internet. Seuls les motifs de l’ordonnance, dans l’ensemble des documents déposés au dossier de la Cour,
sont publiquement et largement diffusés, et chaque juge
ou protonotaire a la possibilité de faire preuve de toute la
discrétion qu’il ou elle estime nécessaire dans la formulation des ordonnances et des motifs des ordonnances7.
La preuve dont je dispose est tout simplement insuffisante pour conclure que le seul fait de consigner au
dossier public de la Cour des renseignements identifiant
M. X entraînerait le préjudice que redoute celui-ci.
Other information leading to the identification of Mr. X
Autres renseignements menant à l’identification de
M. X
[23] As mentioned above, neither counsel for Mr. X
nor counsel for Monsieur A and Madame B could
identify, in the summary proposed to be posted by PSC
on its Web site, what information, other than the name
and address of Mr. X, was not otherwise disclosed on the
public record and would lead to the identification of Mr.
[23] Comme il a été mentionné, ni l’avocat de M. X ni
celui de Monsieur A et de Madame B n’ont été en mesure
de préciser, dans le résumé que la CFP se propose d’afficher sur son site Web, quels renseignements, à part le
nom et l’adresse de M. X, ne sont pas déjà dévoilés dans
le dossier public et permettraient d’identifier M. X. En
14
A v. CANADA (ATTORNEY GENERAL)
[2009] 3 F.C.R.
X. There is, moreover, no evidence to support a finding
that laying that information on the open record would
lead to identification. Counsel for Mr. X mentioned at
the hearing that such evidence could be brought, but
would require the filing of expert evidence on reverse
identification. I am not prepared to permit the applicants
to supplement their record in that regard so as to delay
the determination of this motion pending receipt of
additional evidence. A party seeking a confidentiality
order has the onus of presenting to the Court such evidence as it feels is necessary to support the remedy
requested. Furthermore, as counsel did not even know
whether any information, other than the name of Mr. X,
would in fact lead to his identification, the availability
of evidence to support this fact is clearly speculative.
outre, aucun élément de preuve ne permet de conclure
que le fait de consigner ces renseignements au dossier
public mènerait à l’identification de M. X. L’avocat de ce
dernier a mentionné à l’audience qu’une telle preuve
pourrait être présentée, mais nécessiterait le dépôt d’une
preuve d’expert sur l’identification à rebours. Je ne suis
pas disposée à permettre aux demandeurs de compléter
leur dossier à cet égard, ce qui retarderait la décision sur
la présente requête en attendant le dépôt de la preuve
additionnelle. Il incombe à la partie qui souhaite obtenir
une ordonnance de confidentialité de présenter à la Cour
les éléments de preuve qu’elle estime nécessaire pour
justifier la réparation demandée. De plus, étant donné que
l’avocat ne savait même pas si d’autres renseignements,
à part le nom de M. X, mèneraient effectivement à l’identification de celui-ci, l’existence d’une preuve étayant ce
fait est clairement hypothétique.
[24] Even assuming that an expert in reverse identification could piece together additional personal information drawn from the materials submitted confidentially
with the evidence already on the public record, there is
no evidence that a person would be motivated to go to
such lengths to identify the applicant. I am not convinced
that such an outside risk would outweigh the further
infringement on the open court principle which would
result from the removal from the public record of further
details of the circumstances relevant to this judicial
review. As previously mentioned, preserving the confidentiality of the applicants’ names and addresses constitutes an acceptable limit to the principle of accessible
and open proceedings, provided that all other circumstances giving rise to this application are otherwise publicly filed so as to allow an intelligible and transparent
debate and determination of the issues. On the record
before me, it appears that even information such as the
department for which Mr. X worked, and the level of
seniority and responsibility of the position he occupied,
may be relevant to determination of the issues in this
application. The ability of the parties to make complete
representations on the public record in relation to these
issues, and of the Court to publicly consider them,
should not be curtailed in the absence of clear evidence
of a real risk of substantial harm.
[24] À supposer qu’un expert en identification à rebours parvienne à reconstituer d’autres renseignements
personnels à partir des documents soumis à titre confidentiel et de la preuve déjà versée au dossier public,
aucune preuve n’indique que quelqu’un serait suffisamment décidé à identifier le demandeur pour se donner
une telle peine. Je ne suis pas convaincue qu’un risque
aussi éloigné puisse l’emporter sur l’atteinte additionnelle
au principe de la publicité des débats judiciaires qu’entraînerait le fait de retirer du dossier public d’autres
données sur les circonstances afférentes au contrôle
judiciaire en l’espèce. Comme nous l’avons vu, préserver
la confidentialité du nom et de l’adresse des demandeurs
constitue une limite acceptable au principe de la publicité
des débats judiciaires, pourvu que toutes les autres
circonstances à l’origine de la présente demande soient
déposées publiquement, de façon à ce que les débats et
la solution des questions en litige soient intelligibles et
transparents. D’après les faits au dossier, il semble que
même des renseignements comme le ministère pour
lequel M. X travaillait, son ancienneté et le niveau des
responsabilités qui lui étaient confiées puissent entrer en
ligne de compte dans la solution des questions à trancher
en l’espèce. À défaut d’une preuve claire établissant l’existence d’un risque réel de préjudice grave, il convient de
ne pas entraver la capacité des parties de présenter publiquement des observations exhaustives sur ces questions
et la capacité de la Cour de les analyser publiquement.
[2009] 3 R.C.F.
A c. CANADA (PROCUREUR GÉNÉRAL)
15
[25] As a result, I would only include in the confidentiality order the exact designation of the position or
positions held by Mr. X. Information relating to the
department in which he worked, or referring to the
classification level of his position or the general responsibilities and requirements of that position will not be
confidential. Information as to the specific acts reproached
to Mr. X will also not be confidential.
[25] Par conséquent, j’estime qu’il convient de n’inclure
dans l’ordonnance de confidentialité que le titre exact du
poste ou des postes occupés par M. X. Les renseignements concernant le ministère où il travaillait, le niveau
de classification de son poste et les responsabilités et
exigences générales rattachées à ce poste ne seront pas
confidentiels, non plus que les renseignements quant aux
gestes particuliers qu’on reproche à M. X.
The relation in which Monsieur A and Madame B stand
to Mr. X
Les rapports qui lient Monsieur A et Madame B à M. X
[26] It is important to understand here that the content
of the information which the PSC seeks to post on its
Web site in relation to the investigation and its findings
has evolved significantly over time. It appears from the
record before me that the PSC’s intention was initially to
post the complete investigation report. That report was
not tendered in evidence, but from the initial letter of
objection sent to the PSC by counsel for Monsieur A and
Madame B, it appears that the report included the name
and the exact description of the relationship between one
of these two applicants and Mr. X, additional personal
information about that applicant, and the suggestion that
he or she was a participant in Mr. X’s wrongdoing. With
respect to the other applicant, it is clear that the report
of investigation never made any mention of his or her
personal information.
[26] Il importe en l’espèce de savoir que le contenu des
renseignements que la CFP souhaite afficher sur son site
Web relativement à l’enquête et à ses conclusions a
beaucoup évolué au fil du temps. Le dossier indique
qu’initialement la CFP avait l’intention de publier le
rapport d’enquête complet. Ce rapport n’a pas été versé
en preuve, mais la lettre d’objection initiale que l’avocat
de Monsieur A et de Madame B a fait parvenir à la CFP
révèle que le rapport incluait le nom et la description
précise des rapports existant entre l’un de ces deux
demandeurs et M. X, d’autres renseignements personnels
concernant ce demandeur et la suggestion qu’il ou elle
avait pris part à l’acte répréhensible de M. X. Quant à
l’autre demandeur, il est évident que le rapport d’enquête
n’a jamais fait mention de ses renseignements personnels.
[27] The PSC eventually resiled from its intention to
publish the report and instead, indicated it would publish
a summary of the report. The first proposed summary
removed the name and other personal information of the
applicant previously named, but kept the exact description
of the relationship between that applicant and Mr. X,
with the mention of participation in the wrongdoing.
Further discussions took place leading to other changes.
[27] Plus tard, la CFP a renoncé à son intention de
publier le rapport et a indiqué qu’elle publierait plutôt
un résumé du rapport. Dans le premier projet de résumé,
on avait retranché le nom et d’autres renseignements
personnels concernant le demandeur auparavant nommé
dans le rapport, mais on avait conservé la description
précise des rapports entre ce demandeur et M. X et la
mention de sa participation à l’acte répréhensible. Les
discussions se sont poursuivies, et d’autres changements
ont été apportés.
[28] The final iteration of the summary intended to be
published only refers to the relation in which the participant stands to Mr. X in generic, non-specific terms. That
generic relationship applies equally to both Monsieur A
and Madame B, such that the relationship no longer
suffices to specifically identify any one of the two
applicants.
[28] La version finale du résumé destiné à la publication
se limite à mentionner les rapports existant entre le participant et M. X, en termes génériques et impersonnels.
La désignation générique de la nature de ces rapports
s’applique aussi bien à Monsieur A qu’à Madame B, de
sorte qu’elle ne suffit plus, à elle seule, à identifier avec
précision l’un ou l’autre de ces demandeurs.
16
A v. CANADA (ATTORNEY GENERAL)
[2009] 3 F.C.R.
[29] Logically, the mere disclosure of the relation in
which unnamed people stand to an un-named person
cannot lead to the identification of any one of them.
Nothing in the record before me would indicate that this
assumption does not apply in the circumstances. Accordingly, so long as the names and addresses of Mr. X,
Monsieur A and Madame B remain undisclosed, the
disclosure of the generic relation in which Monsieur A
and Madame B stand to Mr. X cannot prejudice them, or
render their application moot.
[29] Logiquement, le seul fait de dévoiler les rapports
qui existent entre des personnes non nommées et une autre
personne non nommée ne peut conduire à l’identification
d’aucune d’entre elles. Rien, dans le dossier dont je dispose, ne permet de croire que ce postulat ne s’applique
pas en l’espèce. Par conséquent, tant et aussi longtemps
que les noms et les adresses de M. X, de Monsieur A et
de Madame B demeurent confidentiels, la divulgation de
la nature des rapports reliant Monsieur A et Madame B
à M. X ne saurait les préjudicier ni enlever tout objet à
leur demande.
[30] Furthermore, experience has already demonstrated
that it is virtually impossible for counsel to make effective
representations on behalf of his clients in open court or
on the open record without referring to the generic
relationship between his clients and Mr. X. At the hearing
of the present motion, with members of the public present
in Court, the Court attempted to discuss with counsel for
Monsieur A and Madame B the kind of personal information they allege is disclosed in the proposed summary,
or why this information is personal information of his
clients which should be protected. Counsel for the applicants having obviously determined that he would not
mention the nature of the relationship between his clients
and Mr. X, he found himself painfully hamstrung in
making representations, to the point where an effective,
open and transparent discussion could not be held.
[30] Qui plus est, l’expérience a déjà prouvé qu’il est
pratiquement impossible pour l’avocat des demandeurs
de présenter des observations efficaces au nom de ses
clients dans le cadre d’une audience publique ou du
dossier public sans faire référence à la nature générique
des rapports qui existent entre ses clients et M. X. À
l’audition de la présente requête, alors que des membres
du public se trouvaient dans la salle d’audience, la Cour
a tenté d’aborder, avec l’avocat de Monsieur A et de
Madame B, le genre de renseignements personnels qui,
de l’avis de ceux-ci, sont divulgués dans le projet de
résumé, et la raison pour laquelle ces renseignements
constituent des renseignements personnels commandant
protection. L’avocat des demandeurs ayant manifestement
décidé de ne pas dévoiler la nature des rapports qui lient
ses clients à M. X, il s’est trouvé péniblement paralysé
dans ses observations, au point où il n’a pas été possible
d’avoir des échanges ouverts et transparents.
[31] To allow the applicants to redact from the materials
to be filed in this application any mention of the relation
in which they stand to Mr. X would prevent the very
basis and grounds for their application from being publicly
understood, and therefore effectively cloak the entire
argument in relation to their application in a veil of
secrecy.
[31] Permettre aux demandeurs d’expurger, des documents qui doivent être déposés dans la présente demande,
toute mention des rapports qui les lient à M. X, empêcherait le public de comprendre le fondement et les
motifs de leur demande et aurait pour effet de voiler du
secret l’ensemble de l’argumentation qui sous-tend leur
demande.
[32] I am satisfied that protecting the names and
addresses of Mr. X, Monsieur A and Madame B, is amply
sufficient to prevent harm to the interests of Monsieur A
and Madame B, pending determination of this application,
and that extending that protection to the relation in which
they stand to Mr. X would put unnecessary and excessive
limits on the public interest in open and accessible court
proceedings. I also note that there has already been some
[32] Je suis convaincue que la protection des noms
et adresses respectifs de M. X, de Monsieur A et de
Madame B suffit amplement à éviter tout préjudice aux
intérêts de Monsieur A et de Madame B jusqu’à ce
qu’une décision soit rendue relativement à la présente
demande, et que d’accorder la même protection à la
mention des rapports qui les lient à M. X restreindrait
inutilement et plus que nécessaire l’intérêt du public dans
[2009] 3 R.C.F.
A c. CANADA (PROCUREUR GÉNÉRAL)
17
amount of “bleeding” of information between the two
files, and that if the nature of the relationship between
the applicants is not already publicly available, it might
yet be inferred.
la publicité des débats judiciaires. Je souligne également
que certains renseignements ont déjà « coulé » d’un
dossier à l’autre, et que si la nature des rapports entre les
demandeurs n’est pas déjà connue publiquement, on
pourrait néanmoins déduire en quoi elle consiste.
[33] I note here that the initial exchange of letters
between counsel for Monsieur A and Madame B and the
PSC, filed as an exhibit to the affidavits of Monsieur A
and Madame B, contains information not only as to the
generic relation in which they stand to Mr. X, but as to
the specific relation in which each stands to him, as well
as some additional personal information such as studies
and medical information. It appears that that information
was initially given to PSC by counsel for Monsieur A
and Madame B as germane to the arguments presented to
oppose the disclosure of the entire investigation report
and of the name of Mr. X. Because the PSC has since
significantly changed the content of the information to be
published, it may be those references are no longer
relevant, and that simply identifying the generic relation
in which the applicants stand to Mr. X will be all that is
needed to support the applicants’ arguments. Expecting
that to be the case, the Court is prepared to order that
references to the specific relationship between the parties
and other personal information they volunteered be
redacted from the affidavits and exhibits already filed in
the public record, and from exhibits to be filed and the
certified record of the PSC. To the extent the specific
relationship between the applicants and Mr. X forms any
part of the applicants’ argument, then the argument and
related evidence will obviously have to be filed in the
public record, to allow public intelligibility of their
argument.
[33] Je note que la correspondance initiale entre
l’avocat de Monsieur A et Madame B et la CFP, qui a été
déposée comme pièce jointe aux affidavits de Monsieur A
et de Madame B, contient des renseignements concernant
non seulement la nature, en termes génériques, des
rapports qui lient ceux-ci à M. X, mais aussi la nature
précise des rapports que chacun entretient avec M. X et
certains autres renseignements personnels touchant, par
exemple, les études et des questions d’ordre médical. Il
s’avère que ces renseignements ont initialement été
communiqués à la CFP par l’avocat de Monsieur A et de
Madame B pour étayer les arguments justifiant leur
opposition à la divulgation du rapport d’enquête intégral
et du nom de M. X. Étant donné que, depuis, la CFP a
substantiellement modifié le contenu des renseignements
qu’elle entend publier, il se peut que ces renseignements
ne soient plus nécessaires, et que la simple désignation,
en termes génériques, de la nature des rapports qui lient
les demandeurs à M. X suffise à appuyer les arguments
des demandeurs. La Cour, qui prévoit que tel sera le cas,
est disposée à ordonner que toute mention des rapports
précis existant entre les parties et des autres renseignements personnels qu’elles ont dévoilés de plein gré soit
retranchée des affidavits et des pièces déjà versées au
dossier public ainsi que des pièces qui seront déposées et
du dossier certifié de la CFP. Dans la mesure où les
rapports précis existant entre les demandeurs et M. X
font partie des arguments des demandeurs, ces arguments
et la preuve y afférente devront naturellement être versés
au dossier public pour que les arguments puissent être
compris du public.
Treatment of the materials already submitted by the
applicants under seal and of future filings
Traitement des documents déjà déposés sous scellés par
les demandeurs et des documents qui seront déposés à
l’avenir
[34] The applicants are to prepare a public version of
the affidavits and exhibits they have tendered under
confidential seal, from which they may redact the following specific information:
[34] Les demandeurs devront préparer une version
publique des affidavits et des pièces qu’ils ont déposés
sous pli confidentiel, desquels ils pourront retrancher les
renseignements précis suivants :
18
A v. CANADA (ATTORNEY GENERAL)
[2009] 3 F.C.R.
• The names, addresses and cities of residence of the
applicants;
• le nom, l’adresse et la ville de résidence de chacun des
demandeurs;
• The institutions at which and programmes for which
Monsieur A and/or Madame B study, and reference to
medical information;
• les établissements où Monsieur A et/ou Madame B
étudient et les programmes d’étude dans lesquels ils sont
inscrits, ainsi que toute mention de renseignements
d’ordre médical;
• The exact position held by Mr. X;
• le poste exact occupé par M. X;
• The specific relation in which Monsieur A and Madame
B stand to Mr. X, although any mention of the generic
nature of that relationship (such as neighbours, coworkers, family members, etc.) is to remain.
• les rapports précis qui lient Monsieur A et Madame B
à M. X, étant entendu cependant que la nature générique
de ces rapports (par exemple, voisins, collègues, membres
de la famille, etc.) demeurera consignée.
[35] The proposed public version is to be provided to
the respondent for its comments and approval, prior to
being submitted to the Court for filing. The same shall be
done in relation to the certified record of the PSC and
any further affidavits or exhibits filed herein.
[35] La version publique proposée devra être présentée
au défendeur pour commentaires et approbation avant
d’être transmise à la Cour en vue de son dépôt. La même
démarche devra être suivie pour le dossier certifié de la
CFP et pour tous les autres affidavits ou pièces déposés
en l’espèce.
[36] The parties shall refrain, in any written representations to be filed in this matter, from mentioning the
information specified above. If any of the parties feel that
mention of the said information in written submissions is
necessary, that party shall, prior to filing the written
representations in question, either move for this confidentiality order to be varied or for leave to file a redacted
version of the written representations.
[36] Les parties s’assureront de ne mentionner les
renseignements précisés ci-dessus dans aucune des observations écrites qu’elles déposeront dans la présente
instance. Si une partie estime qu’elle doit mentionner un
de ces renseignements dans ses observations écrites, elle
devra, avant de déposer lesdites observations, demander
soit une modification de l’ordonnance de confidentialité,
soit l’autorisation de produire une version expurgée des
observations écrites.
Continued confidentiality pending appeal
Maintien de la confidentialité en cas d’appel
[37] Realizing that this order may be subject to appeal
to a judge, and in order to avoid any such appeal becoming moot, I have avoided mentioning in this order the
nature of the relation in which Monsieur A and Madame
B stand to Mr. X, or other information the applicants
might have wished be covered by a confidentiality order.
For the same reason, for the purposes of the deadlines
set out in the order dated September 9, 2008, for filing
affidavits and communicating to the Court the PSC’s
certified record, the effect of this order will be suspended
until the determination of any appeal of this order to a
judge of this Court, or the expiration of the time provided
in the Rules for filing such an appeal, if no appeal is
[37] Consciente de la possibilité que la présente ordonnance fasse l’objet d’un appel devant un juge, et afin
d’éviter qu’un tel appel perde tout objet, je me suis gardée
de dévoiler, dans la présente ordonnance, la nature des
rapports qui lient Monsieur A et Madame B à M. X ou
tout autre renseignement que les demandeurs auraient pu
souhaiter voir inclure dans l’ordonnance de confidentialité. Pour le même motif, aux fins des délais énoncés
dans l’ordonnance du 9 septembre 2008 pour le dépôt
des affidavits et la transmission à la Cour du dossier
certifié de la CFP, les effets de la présente ordonnance
seront suspendus jusqu’à ce qu’un juge de la Cour statue
sur tout appel interjeté contre la présente ordonnance ou
[2009] 3 R.C.F.
19
A c. CANADA (PROCUREUR GÉNÉRAL)
filed. The materials filed confidentially by the applicants
in support of this motion will also continue to be treated
confidentially during that period of time.
jusqu’à l’expiration du délai prévu dans les Règles pour
le dépôt d’un tel appel, selon le cas. Les documents déposés à titre confidentiel par les demandeurs au soutien
de la présente requête continueront aussi d’être traités
confidentiellement durant cette période.
[38] In ordering that suspension, I take into account
that the hearing of an appeal of this order pursuant to
rule 51 [as am. by SOR/2004-283, s. 33; 2007-130, s. 3]
of the Federal Courts Rules should not require more than
two hours and can therefore be heard at the earliest
convenient general sittings, well before the parties would
be required to file their respective records in accordance
with the scheduling order issued on September 9, 2008.
The short suspension I therefore envisage would not
delay the orderly progress of this application or its timely
determination. If the present order is appealed and maintained on appeal, it will be up to the Judge to determine
whether his or her order should be stayed or suspended
pending a possible appeal to the Federal Court of Appeal.
[38] En ordonnant cette suspension, je prends en compte
que l’audition d’un appel de la présente ordonnance en
vertu de la règle 51 [mod. par DORS/2004-283, art. 33;
2007-130, art. 3] des Règles des Cours fédérales ne devrait
pas nécessiter plus de deux heures et pourrait donc se
tenir à la première séance générale qui convienne, bien
avant que les parties ne doivent déposer leur dossier
respectif conformément à l’ordonnance fixant l’échéancier
rendue le 9 septembre 2008. La brève suspension que je
prévois ordonner ne retardera donc pas le déroulement
ordonné de la présente demande ni sa résolution diligente.
S’il y a appel de la présente ordonnance et que celle-ci
est maintenue, il appartiendra au juge de décider s’il y a
lieu de surseoir à son ordonnance en attendant un
éventuel appel à la Cour d’appel fédérale.
ORDER
ORDONNANCE
IT IS ORDERED THAT:
LA COUR ORDONNE CE QUI SUIT :
1. The applicants shall, no later than 10 days from the
date of this order, serve and file, under confidential seal,
amended notices of application in which the style of
cause shall state their full names.
1. Dans les 10 jours suivant la date de la présente
ordonnance, les demandeurs doivent signifier et déposer,
sous pli confidentiel, des avis de demande modifiés dont
l’intitulé énoncera leur nom complet.
2. Notwithstanding the confidential filing of an amended
notice of application pursuant to paragraph 1 [of this
order], all future filings in this matter shall continue to
use the designations Mr. X, Monsieur A and Madame B
in the style of cause.
2. Malgré le dépôt confidentiel d’un avis de demande
modifié conformément au paragraphe 1 [de la présente
ordonnance], tous les documents qui seront déposés à
l’avenir dans la présente instance continueront à employer
les désignations M. X, Monsieur A et Madame B dans
l’intitulé.
3. The following information, hereinafter designated as
the “confidential information”, shall be treated confidentially for the purposes of these proceedings:
3. Les renseignements suivants, ci-après appelés les
« renseignements confidentiels », doivent être traités
confidentiellement aux fins de la présente instance :
(a) The names, addresses and city of residence of the
applicants.
a) le nom, l’adresse et la ville de résidence de chacun des
demandeurs;
20
A v. CANADA (ATTORNEY GENERAL)
[2009] 3 F.C.R.
(b) The exact position held in the Canadian public
service by the applicant designated as Mr. X.
b) le poste exact occupé dans la fonction publique
canadienne par le demandeur désigné sous le nom de
M. X;
(c) The institutions at which and programmes for which
either or both of the applicants designated as Monsieur A
and Madame B study and medical information concerning
either or both of them.
c) les établissements où étudient les demandeurs désignés
sous le nom de Monsieur A et de Madame B ou l’un d’eux
et les programmes d’étude dans lesquels l’un ou l’autre
ou les deux sont inscrits, ainsi que tout renseignement
d’ordre médical les concernant ou concernant l’un d’eux;
(d) The specific relation in which the applicants designated as Monsieur A and Madame B stand to the applicant
designated as Mr. X.
d) les rapports précis qui lient les demandeurs désignés
sous le nom de Monsieur A et de Madame B au demandeur désigné sous le nom de M. X.
4. Subject to compliance with paragraphs 5 to 7 of this
order, the affidavits and exhibits already filed by the
applicants under confidential seal shall remain confidential.
4. Sous réserve du respect des dispositions des paragraphes 5 à 7 de la présente ordonnance, les affidavits et
pièces déjà déposés par les demandeurs sous pli confidentiel demeureront confidentiels.
5. The applicants shall, within five days from the date of
this order, prepare a version of the affidavits and exhibits
each of them has filed and a version of the certified
record they have received from the respondent, from
which confidential information is to be redacted, and
serve same on the other parties for their approval or
comments.
5. Dans les cinq jours suivant la date de la présente
ordonnance, les demandeurs prépareront une version des
affidavits et des pièces que chacun d’entre eux a déposés
et une version du dossier certifié qu’ils ont reçu du défendeur, desquels les renseignements confidentiels auront
été retranchés, et signifieront ces documents aux autres
parties pour leur approbation ou leurs commentaires.
6. The receiving parties shall, within five days of service
of the proposed versions, either approve the redacted
versions as corresponding to the terms of this order, or
provide the other parties with their comments.
6. Les parties qui reçoivent ces documents doivent, dans
les cinq jours suivant la signification des versions proposées, soit approuver les versions expurgées en reconnaissant qu’elles se conforment à la présente ordonnance,
soit transmettre leurs commentaires aux autres parties.
7. Redacted versions of the affidavits and exhibits, and of
the certified record, as approved by all parties, shall be
filed within the times specified in the scheduling order of
September 9, 2008. If no agreement is reached, each
party’s proposed versions of the redacted documents
shall, within the same delays, be submitted confidentially
to the Court, along with their submissions, for determination by the Court as to which version is to be placed
on the public Court record.
7. Les versions expurgées des affidavits et pièces et du
dossier certifié, approuvées par toutes les parties, doivent
être déposées dans les délais prescrits dans l’ordonnance
fixant l’échéancier rendue le 9 septembre 2008. Si les
parties n’arrivent pas à s’entendre, les versions des documents expurgés proposées par chaque partie seront soumises à la Cour confidentiellement, dans les mêmes
délais, accompagnées des observations des parties, pour
que la Cour décide quelle version sera versée au dossier
public de la Cour.
8. Whenever any party intends to submit for filing on the
Court record affidavits or documentary exhibits containing
confidential information, they shall submit same under
8. Toute partie qui entend soumettre des affidavits ou des
pièces documentaires destinés à être déposés au dossier
de la Cour et contenant des renseignements confidentiels
[2009] 3 R.C.F.
A c. CANADA (PROCUREUR GÉNÉRAL)
21
seal, accompanied by a copy from which the confidential
information will have been redacted, for placing on the
public record.
présentera ces documents sou pli confidentiel, accompagnés d’une copie de laquelle les renseignements
confidentiels auront été retranchés, pour que celle-ci soit
versée au dossier public.
9. All parties shall refrain from mentioning confidential
information in any written representations or memoranda
of fact and law to be filed in this application. If any party
considers it necessary that confidential information be
mentioned in written representations, that party shall,
prior to filing the document at issue, make a motion for
leave to file the written submissions or memorandum
confidentially, or to vary this order to remove the information in question from the definition of “confidential
information”.
9. Les parties s’abstiendront de mentionner des renseignements confidentiels dans les observations écrites ou les
mémoires des faits et du droit qu’elles entendent déposer
dans la présente demande. Si une partie estime qu’elle
doit mentionner des renseignements confidentiels dans
des observations écrites, elle devra, avant de déposer le
document en cause, présenter une requête sollicitant
l’autorisation de déposer ces observations écrites ou ce
mémoire confidentiellement ou sollicitant la modification
de la présente ordonnance pour que le renseignement en
question soit retiré de la désignation des « renseignements
confidentiels ».
10. For the purposes of the schedule set out in paragraphs
8(a), (b) and (g) of the order of September 9, 2008, this
order shall only become effective on the date of the
determination of any motion to appeal this order, brought
in accordance with rule 51 of the Federal Courts Rules,
or, if no appeal is brought, at the expiration of the time
provided in the Federal Courts Rules to file such a
motion.
10. Pour les besoins de l’échéancier établi aux alinéas 8a),
b) et g) de l’ordonnance du 9 septembre 2008, la présente
ordonnance ne prendra effet qu’à compter de la date de
la décision statuant sur toute requête pour interjeter appel
de l’ordonnance, présentée conformément à la règle 51
des Règles des Cours fédérales ou, selon le cas, à l’expiration du délai prévu dans les Règles des Cours fédérales
pour déposer une telle requête.
1
The affidavit of Mr. X is reproduced, almost textually, in its entirety
in the written representations filed publicly. (The only changes are that
statements made in the first person in the affidavit are reproduced in the
third person in the written representations and that the affidavit contains
the name and city of residence of Mr. X.) Clearly, a public version of
that affidavit, with only the name and city of residence of Mr. X
redacted, should have been tendered. Similarly, the body of the
affidavits of Monsieur A and Madame B is reproduced almost textually
in the written representations filed publicly. The only substantive
difference is that the affidavits state the names of Monsieur A and
Madame B and very briefly set out the relation in which they stand to
Mr. X, information that could easily have been redacted from a public
version of the affidavits. Some of the exhibits attached to the affidavits
of Monsieur A and Madame B, such as the covering letter for their
complaints to the Information Commissioner and the latter’s
acknowledgement of receipt, only contain, by way of possibly
confidential information, the name of the applicants and could and
should have been redacted for public filing. Other exhibits, while
containing a larger proportion of possibly confidential information,
clearly could have been disclosed with redactions to enhance and
preserve the openness of these proceedings whilst entirely preserving
the confidentiality of the information the applicants allege is
confidential.
1
L’affidavit de M. X est reproduit intégralement et presque textuellement dans les observations écrites qu’il a déposées au dossier public.
(Les seuls changements tiennent à ce que les déclarations rédigées à la
première personne dans l’affidavit sont reproduites à la troisième
personne dans les observations écrites, et à ce que l’affidavit énonce le
nom et la ville de résidence de M. X.) À l’évidence, il aurait fallu
présenter une version publique de cet affidavit, dans laquelle le nom et
la ville de résidence auraient été expurgés. De même, le corps des
affidavits de Monsieur A et de Madame B est reproduit presque mot
pour mot dans les observations écrites versées au dossier public. La seule
différence de fond est que les affidavits énoncent les noms de Monsieur
A et de Madame B et décrivent très brièvement leurs rapports avec M.
X, information qui aurait pu facilement être retranchée d’une version
publique des affidavits. Certaines des pièces jointes aux affidavits de
Monsieur A et de Madame B, comme la lettre accompagnant la plainte
qu’ils ont adressée au Commissaire à l’information et l’accusé de réception de ce dernier ne contiennent, comme renseignements susceptibles
d’être confidentiels, que le nom des demandeurs, et elles auraient pu et dû
être expurgées et versées au dossier public. D’autres pièces comportent
une proportion plus importante de renseignements susceptibles d’être
confidentiels, mais elles auraient manifestement pu être divulguées après
avoir été expurgées, de façon à accroître et à préserver le caractère public
des débats en l’espèce tout en protégeant parfaitement la confidentialité
des renseignements que les demandeurs prétendent être confidentiels.
2
2
Attached as part of Exhibit R-7 to the affidavits of Monsieur A and
Madame B.
Le résumé fait partie des documents compris dans la pièce R-7 des
affidavits de Monsieur A et de Madame B.
22
A v. CANADA (ATTORNEY GENERAL)
3 Although I have serious doubts that “prejudice by association”
constitutes grounds for a person to claim privacy interest in someone
else’s personal information, that will be a matter ultimately to be
determined on the merits of the application.
3
4
Named Person v. Vancouver Sun, [2007] 3 S.C.R. 253; Vancouver Sun
(Re), [2004] 2 S.C.R. 332; Sierra Club of Canada v. Canada (Minister
of Finance), [2002] 2 S.C.R. 522.
4
5
5
Sierra Club of Canada, ibid., at para. 53
6
[2009] 3 F.C.R.
Je doute sérieusement que le [TRADUCTION] « préjudice par association » constitue un motif justifiant de se réclamer du droit au respect
de la vie privée à l’égard de renseignements personnels d’autrui, mais
il s’agit là d’une question qui devra être tranchée en dernière analyse
dans le cadre de l’examen du bien-fondé de la demande.
Personne désignée c. Vancouver Sun, [2007] 3 R.C.S. 253; Vancouver
Sun (Re), [2004] 2 R.C.S. 332; Sierra Club du Canada c. Canada
(Ministre des Finances), [2002] 2 R.C.S. 522.
Sierra Club du Canada, ibid., au par. 53.
67. (1) An originating document shall contain a style of cause that
sets out the names of all parties and the capacity of any party that is not
acting in its personal capacity.
6 67. (1) L’acte introductif d’instance porte un intitulé qui indique le
nom des parties et à quel titre elles sont parties à l’instance si elles ne
le sont pas à titre personnel.
…
[…]
(3) The style of cause in an application shall name each party
commencing the application as an applicant and each adverse party as
a respondent and state any legislative provision or rule under which
the application is made.
(3) L’intitulé d’une demande désigne comme demandeur chaque
partie qui présente la demande et comme défendeur chaque partie
adverse, avec mention de la disposition législative ou de la règle en
vertu de laquelle la demande est présentée.
…
[…]
(6) Subsections (1) to (4) apply, with such modifications as are
required, to a motion brought prior to the commencement of an action,
application or appeal.
(6) Les paragraphes (1) à (4) s’appliquent, avec les adaptations
nécessaires, aux requêtes présentées avant le début d’une action, d’une
demande ou d’un appel.
7
7
See: John Doe v. Canada (Attorney General), at para. 8.
Voir : M. Untel c. Canada (Procureur général), au par. 8.
[2009] 3 R.C.F.
Minister of Public Safety
Preparedness (Appellant)
QASEM
and
c. M.R.N.
23
A-63-08
2008 FCA 300
A-63-08
2008 CAF 300
Emergency
Ministre de la Sécurité publique et de la Protection
civile (appelant)
v.
c.
Ahmad Qasem (Respondent)
Ahmad Qasem (intimé)
INDEXED AS: QASEM V. M.N.R. (F.C.A.)
RÉPERTORIÉ : QASEM C. M.R.N. (C.A.F.)
Federal Court of Appeal, Linden, Evans and Trudel
JJ.A.—Toronto, October 6, 2008.
Cour d’appel fédérale, juges Linden, Evans et Trudel,
J.C.A.—Toronto, 6 octobre 2008.
Customs and Excise — Proceeds of Crime (Money Laundering) and Terrorist Financing Act — Appeal from decision of
Federal Court setting aside decision by Minister, pursuant to
Act, s. 29, to maintain forfeiture of funds — Recent F.C.A.
decisions answering issue at bar — Once respondent unable to
satisfy Minister’s request for evidence money legitimately
obtained, Minister entitled to decline to exercise discretion to
grant relief from forfeiture — Appeal allowed.
Douanes et Accise — Loi sur le recyclage des produits de la
criminalité et le financement des activités terroristes — Appel
de la décision de la Cour fédérale annulant la décision du
ministre de confirmer la confiscation des espèces en vertu de
l’art. 29 de la Loi — Des arrêts récents de la C.A.F. répondent
à la question litigieuse en l’espèce — Dès que l’intimé se fut
révélé incapable de répondre à l’invitation du ministre à
produire des éléments établissant que l’argent avait été
légitimement obtenu, le ministre était en droit d’exercer son
pouvoir discrétionnaire de restitution ou de confirmation de la
confiscation — Appel accueilli.
This was an appeal from a decision of the Federal Court that
set aside the decision by the Minister, pursuant to section 29
of the Proceeds of Crime (Money Laundering) and Terrorist
Financing Act, to maintain the forfeiture of the respondent’s
funds.
Il s’agissait d’un appel de la décision par laquelle la Cour
fédérale a annulé la décision prise par le ministre de confirmer
la confiscation des espèces de l’intimé en application de
l’article 29 de la Loi sur le recyclage des produits de la
criminalité et le financement des activités terroristes.
The issue was whether the applications Judge erred in allowing the application for judicial review on the ground that the
Minister had imposed too high a burden on the respondent by
requiring him to prove that his explanation of the source of
funds was the only one possible.
La question litigieuse était celle de savoir si le juge des
demandes a commis une erreur en accueillant la demande de
contrôle judiciaire au motif que le ministre avait fait peser une
charge trop lourde sur l’intimé en exigeant qu’il prouve que
son explication de la provenance de l’argent était la seule
possible.
Held, the appeal should be allowed.
The recent decisions in Sellathurai v. Canada (Minister of
Public Safety and Emergency Preparedness), [2009] 2 F.C.R.
576 (F.C.A.), where the facts were materially indistinguishable
from those in the present appeal, and Yang v. Canada (Minister
of Public Safety), 2008 FCA 281, answered the main issue at
bar. The Minister made his decision after inviting the respondent to adduce evidence that the “money was legitimately
obtained”. Once the respondent was unable to satisfy the
Minister’s request, the Minister was entitled to decline to
exercise his discretion to grant relief from forfeiture.
Arrêt : l’appel doit être accueilli.
Les décisions rendues récemment dans les arrêts Sellathurai
c. Canada (Ministre de la Sécurité publique et de la Protection
civile), [2009] R.C.F. 576 (C.A.F.), dans lequel les faits ne
différaient pas sensiblement de ceux de la présente espèce, et
Yang c. Canada (Ministre de la Sécurité publique), 2008 CAF
281 ont répondu à la principale question en l’espèce. Le ministre a rendu sa décision après avoir invité l’intimé à produire
des éléments établissant que « l’argent avait été légitimement
obtenu ». Une fois que l’intimé se fut révélé incapable de
répondre à sa demande, le ministre était en droit d’exercer son
pouvoir discrétionnaire de restitution ou de confirmation de la
confiscation.
24
QASEM
STATUTES AND REGULATIONS JUDICIALLY
CONSIDERED
Proceeds of Crime (Money Laundering) and Terrorist
Financing Act, S.C. 2000, c. 17, s. 29.
CASES JUDICIALLY CONSIDERED
v. M.N.R.
[2009] 3 F.C.R.
LOIS ET RÈGLEMENTS CITÉS
Loi sur le recyclage des produits de la criminalité et le
financement des activités terroristes, L.C. 2000, ch. 17,
art. 29.
JURISPRUDENCE CITÉE
APPLIED:
DÉCISIONS APPLIQUÉES :
Qasem v. M.N.R., [2008] 3 F.C.R. 385; (2008), 322 F.T.R.
47; 2008 FC 31; Sellathurai v. Canada (Minister of Public
Safety and Emergency Preparedness), [2009] 2 F.C.R.
576; (2008), 297 D.L.R. (4th) 651; 82 Admin. L.R. (4th)
243; 2008 FCA 255; Yang v. Canada (Minister of Public
Safety) (2008), 380 N.R. 387; 2008 FCA 281.
Qasem c. M.R.N., [2008] 3 R.C.F. 385; 2008 CF 31;
Sellathurai c. Canada (Ministre de la Securité publique et
de la Protection civile), [2009] 2 R.C.F. 576; 2008 CAF
255; Yang c. Canada (Ministre de la Securité publique),
2008 CAF 281.
APPEAL from a decision of the Federal Court ([2008]
3 F.C.R. 385; (2008), 322 F.T.R. 47; 2008 FC 31) that
set aside the decision by the Minister to maintain the
forfeiture of the respondent’s funds. Appeal allowed.
APPEL de la décision ([2008] 3 R.C.F. 385; 2008 CF
31) par laquelle la Cour fédérale a annulé la décision
prise par le ministre de confirmer la confiscation des
espèces de l’intimé. Appel accueilli.
APPEARANCES:
Jan E. Brongers and Marie A. Crowley for appellant.
Ahmad N. Baksh for respondent.
SOLICITORS OF RECORD:
Deputy Attorney General of Canada for appellant.
Ahmad N. Baksh, Toronto, for respondent.
ONT COMPARU :
Jan E. Brongers et Marie A. Crowley pour l’appelant.
Ahmad N. Baksh pour l’intimé.
AVOCATS INSCRITS AU DOSSIER :
Le sous-procureur général du Canada pour l’appelant.
Ahmad N. Baksh, Toronto, pour l’intimé.
The following are the reasons for judgment of the
Court delivered orally in English by
Ce qui est est la version française des motifs du jugement de la Cour prononcés à l’audience par
[1] TRUDEL J.A.: This is an appeal from a decision of
O’Reilly J. of the Federal Court, [2008] 3 F.C.R. 385 (the
applications Judge) dated January 10, 2008, that set aside
the decision made by the appellant (Minister or Minister’s
delegate) pursuant to section 29 of the Proceeds of Crime
(Money Laundering) and Terrorist Financing Act, S.C.
2000, c. 17 (the Act) to maintain the forfeiture of the
respondent’s funds.
[1] LA JUGE TRUDEL, J.C.A. : Il s’agit d’un appel de la
décision de la Cour fédérale, en date du 10 janvier 2008,
[2008] 3 R.C.F. 385, par laquelle le juge O’Reilly (le
juge des demandes) a annulé la décision prise par l’appelant (le ministre ou le délégué du ministre) de confirmer
la confiscation des espèces de l’intimé sous le régime de
l’article 29 de la Loi sur le recyclage des produits de la
criminalité et le financement des activités terroristes,
L.C. 2000, ch. 17 (la Loi).
[2] The applications Judge allowed the application for
judicial review on the ground that the Minister had im-
[2] Le juge des demandes a accueilli la demande de
contrôle judiciaire au motif que le ministre avait fait
[2009] 3 R.C.F.
QASEM
c. M.R.N.
25
posed too high a burden on the respondent by requiring
him to prove that his explanation of the source of funds
was the only one possible and referred the matter back to
another delegate for reconsideration.
peser une charge trop lourde sur l’intimé en exigeant
qu’il prouve que son explication de la provenance de
l’argent était la seule possible, et il a renvoyé l’affaire à
un autre délégué pour réexamen.
[3] The appellant alleges that the applications Judge
committed reviewable errors by applying the incorrect
legal test when concluding as he did on the burden of
proof and by failing to give deference to the Minister’s
decision.
[3] L’appelant soutient que le juge des demandes a
commis des erreurs donnant lieu à révision en appliquant
un critère juridique erroné, c’est-à-dire en concluant sur
le fondement de la charge de la preuve, et en manquant
à son obligation de retenue à l’égard de la décision du
ministre.
[4] Neither the applications Judge, nor the parties,
when preparing their respective memoranda of facts and
law, had the benefit of our Court’s decision in Sellathurai
v. Canada (Minister of Public Safety and Emergency
Preparedness), [2009] 2 F.C.R. 576 (F.C.A.) released on
September 9, 2008, a case where the facts are materially
indistinguishable from those in the present appeal. We
believe that this recent judgment answers the main issue
at bar as well as this Court’s decision in Yang v. Canada
(Minister of Public Safety), 2008 FCA 281, decided
afterwards.
[4] Ni le juge des demandes lorsqu’il a prononcé sa
décision, ni les parties lorsqu’elles ont établi leurs exposés
respectifs des faits et du droit, n’avaient pu prendre
connaissance de l’arrêt Sellathurai c. Canada (Ministre
de la Sécurité publique et de la Protection civile), [2009]
2 R.C.F. 576 (C.A.F.), rendu par notre Cour le 9 septembre 2008, sur une affaire dont les faits ne diffèrent pas
sensiblement de ceux de la présente espèce. Nous pensons
que cet arrêt récent, ainsi que l’arrêt postérieur Yang c.
Canada (Ministre de la Sécurité publique), 2008 CAF
281, résolvent la principale question ici en litige.
[5] In this case, as he had done in Sellathurai, the
Minister made his decision after inviting the respondent
to adduce evidence that the “money was legitimately
obtained” (appeal book, Tab 8, at page 113).
[5] Dans la présente espèce, comme il l’avait fait dans
Sellathurai, le ministre a rendu sa décision après avoir
invité l’intimé à produire des éléments établissant que
[TRADUCTION] « l’argent avait été légitimement obtenu »
(dossier d’appel, onglet 8, à la page 113).
[6] Once Mr. Qasem was unable to satisfy the Minister’s
request, the Minister was entitled to decline to exercise
his discretion to grant relief from forfeiture. Considering
the facts of the present case and the decisions of our
Court in Sellathurai and Yang, we find that it was reasonable for the Minister to decide as he did.
[6] Une fois que M. Qasem se fut révélé incapable de
répondre à sa demande, le ministre était en droit d’exercer
son pouvoir discrétionnaire de restitution ou de confirmation de la confiscation. Étant donné les faits de la
présente espèce et les arrêts de notre Cour Sellathurai
et Yang, nous estimons qu’il était raisonnable de la part
du ministre de rendre la décision qu’il a rendue.
[7] The appeal should be allowed with costs in this
Court, the decision of the Federal Court set aside and the
application for judicial review dismissed.
[7] L’appel devrait être accueilli avec dépens devant
notre Cour, la décision de la Cour fédérale devrait être
annulée, et la demande de contrôle judiciaire devrait être
rejetée.
26
GETKATE
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
T-817-07
2008 CF 965
T-817-07
2008 FC 965
Arend Hendrik Getkate (Applicant)
Arend Hendrik Getkate (demandeur)
v.
c.
The Minister of Public Safety and Emergency
Preparedness (Respondent)
Le ministre de la Sécurité publique et de la Protection
civile (défendeur)
INDEXED AS: GETKATE V. CANADA (MINISTER
SAFETY AND EMERGENCY PREPAREDNESS) (F.C.)
PUBLIQUE ET DE LA PROTECTION CIVILE) (C.F.)
OF
PUBLIC
RÉPERTORIÉ : GETKATE C. CANADA (MINISTRE DE LA SÉCURITÉ
Federal Court, Kelen J.—Vancouver, August 6; Ottawa,
August 25, 2008.
Cour fédérale, juge Kelen—Vancouver, 6 août; Ottawa,
25 août 2008.
Penitentiaries — Judicial review of decisions of Minister
refusing request by applicant, Canadian citizen incarcerated
in United States, to serve prison sentence in Canada, pursuant
to International Transfer of Offenders Act, s. 10(1)(a), (b) —
Act, s. 8 requiring consent of offender, foreign entity and
Canada before transfer occurs — Consent to transfer by United
States, but not Canada — Reasons articulated by Minister
contrary to evidence and to assessment, recommendations by
own Department — Evidence applicant undergoing, accepting
therapy well, having strong social, family ties in Canada — No
evidence applicant constituting potential threat to safety of
Canadians, security of Canada — Application allowed.
Pénitenciers — Contrôle judiciaire de décisions dans
lesquelles le ministre a refusé au demandeur, un citoyen
canadien incarcéré aux États-Unis, la possibilité de purger sa
peine d’emprisonnement au Canada en vertu des art. 10(1)a)
et b) de la Loi sur le transfèrement international des délinquants — L’art. 8 de la Loi précise qu’un transfèrement ne peut
avoir lieu qu’avec le consentement du délinquant, celui de
l’entité étrangère et celui du Canada — Les États-Unis ont
approuvé le transfèrement, mais pas le Canada — Les motifs
invoqués par le ministre allaient à l’encontre de la preuve ainsi
que de l’évaluation et des recommandations de son propre
ministère — Des éléments de preuve démontraient que le
demandeur suivait une thérapie et recevait bien les traitements
et qu’il avait des liens sociaux et familiaux étroits au Canada —
Il n’apparaissait nulle part que le demandeur constituait une
menace pour la sécurité du public ou la sécurité du Canada —
Demande accueillie.
Construction of Statutes — International Transfer of
Offenders Act, s. 10(1)(a) — “Threat to the security of Canada”
— Traditionally limited in other legislation to threats of general
terrorism and warfare against Canada or threats to security of
Canadians en masse — General threat to re-offend herein not
“threat to the security of Canada”.
Interprétation des lois — Art. 10(1)a) de la Loi sur le
transfèrement international des délinquants — « Menace pour
la sécurité du Canada » — Cette expression a toujours été
limitée, dans les autres lois, aux menaces de terrorisme et de
guerre en général contre le Canada ou aux menaces pour la
sécurité de la population tout entière — La menace générale de
récidive en l’espèce ne constitue pas une « menace pour la
sécurité du Canada ».
Constitutional Law — Charter of Rights — Mobility Rights
— In context of transfer under International Transfer of
Offenders Act, applicant’s Charter mobility rights not engaged
and, if engaged, provisions of Act constituting reasonable
limitation on rights — Applicant’s mobility already restricted
by U.S. prison sentence due to own illegal activity — No automatic consent to transfer by Canada without considering object
of international treaty agreement for better rehabilitation of
prisoner.
Droit constitutionnel — Charte des droits — Liberté de
circulation et d’établissement — S’agissant d’un transfèrement
selon la Loi sur le transfèrement international des délinquants,
la liberté de circulation et d’établissement conférée par la
Charte n’entrait pas en jeu et, si elle entrait en jeu, alors les
dispositions contenues dans la Loi constitueraient une limite
raisonnable à cette liberté — Cette liberté du demandeur a
déjà été restreinte par l’effet de l’emprisonnement aux ÉtatsUnis attribuable à ses propres actes illégaux — Le Canada ne
saurait automatiquement consentir au transfèrement sans
[2009] 3 R.C.F.
GETKATE
c. CANADA
27
d’abord se demander si cela répondrait à l’objet de l’accord
international, qui est de favoriser la réadaptation du détenu.
This was an application for judicial review of two decisions
in which the Minister refused a request by the applicant, a
Canadian citizen incarcerated in the United States for aggravated child molestation, to serve his prison sentence in Canada,
pursuant to paragraphs 10(1)(a) and (b) of the International
Transfer of Offenders Act (the Act).
Il s’agissait d’une demande de contrôle judiciaire de deux
décisions dans lesquelles le ministre a refusé au demandeur,
un citoyen canadien incarcéré aux États-Unis pour attentat
grave à la pudeur sur un enfant, la possibilité de purger sa peine
d’emprisonnement au Canada en vertu des alinéas 10(1)a) et b)
de la Loi sur le transfèrement international des délinquants (la
Loi).
Under section 8 of the Act, a transfer can only occur with
the consent of the offender, the foreign (in this case American)
entity and Canada. The applicant’s request was approved by
the United States in 2006. However, consent was twice denied
by Canada through the Minister, for the following reasons: (1)
the nature of the offences indicated the offender’s return to
Canada would constitute a potential threat to the safety of
Canadians and the security of Canada (paragraph 10(1)(a)), (2)
there was no evidence to suggest the offender’s risk had been
mitigated through treatment, and (3) there was evidence the
offender abandoned Canada as his place of permanent residence
(paragraph 10(1)(b)).
En vertu de l’article 8 de la Loi, un transfèrement ne peut
avoir lieu qu’avec le consentement du délinquant, celui de
l’entité étrangère (en l’occurrence les États-Unis) et celui du
Canada. La demande du demandeur a été approuvée par les
États-Unis en 2006. Toutefois, le Canada a refusé son consentement à deux reprises, par l’entremise du ministre, pour les
motifs suivants : 1) la nature des infractions donnait à penser
que le retour du délinquant au Canada constituerait une menace
pour la sécurité du public et la sécurité du Canada (alinéa 10(1)a)), 2) rien ne permettait d’affirmer que les traitements
suivis par le demandeur avaient permis d’atténuer le risque
qu’il pose, et 3) il était établi que le délinquant ne considérait
plus le Canada comme le lieu de sa résidence permanente
(alinéa 10(1)b)).
The issues were: (1) whether the applicant had a constitutional
right by virtue of subsection 6(1) of the Canadian Charter of
Rights and Freedoms (the Charter), to have his prison sentence
transferred to Canada upon consent being obtained from the
American authorities, and (2) whether the Minister erred under
section 10 of the Act in refusing to grant the applicant’s request
that he be able to serve the remainder of his prison sentence in
Canada.
Les questions en litige étaient celles de savoir si : 1) le
demandeur avait, en application du paragraphe 6(1) de la Charte
canadienne des droits et libertés (la Charte), le droit fondamental
de faire transférer au Canada sa peine d’emprisonnement une
fois obtenu le consentement des autorités américaines, et 2) le
ministre avait commis une erreur, suivant l’article 10 de la Loi,
en refusant d’accorder au demandeur la possibilité de purger au
Canada le reste de sa peine d’emprisonnement.
Held, the application should be allowed.
Jugement : la demande doit être accueillie.
(1) The applicant’s mobility rights under section 6 of the
Charter to enter and leave Canada were temporarily restricted
by the applicant’s U.S. prison sentence. In the context of a
transfer under the Act, an applicant’s Charter mobility rights
are not engaged and, if they were, the provisions contained in
the Act are a reasonable limitation on those rights given that
the applicant has already had his mobility restricted due to his
own illegal activity. Moreover, Canada cannot automatically
consent to the transfer without considering if it will serve the
object of the international treaty agreement for the better
rehabilitation of the prisoner.
1) La liberté de circulation et d’établissement du demandeur
selon l’article 6 de la Charte, qui comprend le droit d’entrer au
Canada et d’en sortir, était temporairement limitée par la peine
d’emprisonnement qui lui a été imposée aux États-Unis. S’agissant d’un transfèrement selon la Loi, la liberté de circulation et
d’établissement conférée par la Charte n’entrait pas en jeu et,
si elle entrait en jeu, alors les dispositions contenues dans la
Loi constitueraient une limite raisonnable à cette liberté, puisque
cette liberté du demandeur a déjà été restreinte par l’effet de
ses propres actes illégaux. Par ailleurs, le Canada ne saurait
automatiquement consentir au transfèrement sans d’abord se
demander si cela répondra à l’objet de l’accord international,
qui est de favoriser la réadaptation du détenu.
(2) The reasons articulated by the Minister were contrary to
the evidence and to the assessment and recommendations by
his own Department. There was evidence demonstrating that
the applicant had undergone a full year of intensive therapy and
2) Les motifs invoqués par le ministre allaient à l’encontre
de la preuve ainsi que de l’évaluation et des recommandations
de son propre ministère. Des éléments de preuve montraient
que le demandeur avait suivi pendant une année complète une
28
GETKATE
psychosexual education at his own expense and that the treatment had been well received. There was evidence that the
applicant continued to have strong social and family ties in
Canada and that he never abandoned the country as his place of
permanent residence. There was no evidence on the record
demonstrating that the applicant constituted a potential threat
to the safety of Canadians or the security of Canada. Use of
the phrase “threat to the security of Canada” has traditionally
been limited in other legislation to threats of general terrorism
and warfare against Canada or threats to the security of Canadians en masse. If the threat to Canada was the mere risk that
the offender would re-offend, then such a consideration could
be applied to every inmate seeking a transfer.
STATUTES AND REGULATIONS JUDICIALLY
CONSIDERED
Canadian Charter of Rights and Freedoms, being Part I of
the Constitution Act, 1982, Schedule B, Canada Act
1982, 1982, c. 11 (U.K.) [R.S.C., 1985, Appendix II, No.
44], ss. 1, 6.
Canadian Security Intelligence Service Act, R.S.C., 1985,
c. C-23.
Extradition Act, R.S.C. 1970, c. E-21.
Federal Courts Act, R.S.C., 1985, c. F-7, ss. 1 (as am. by
S.C. 2002, c. 8, s. 14), 57 (as am. by S.C. 1990, c. 8, s.
19; 2002, c. 8, s. 54).
Immigration and Refugee Protection Act, S.C 2001, c. 27.
International Transfer of Offenders Act, S.C. 2004, c. 21,
ss. 2 “Canadian offender”, 6(1), 8(1), 10.
Transfer of Offenders Act, R.S.C., 1985, c. T-15.
Treaty between Canada and the United States of America
on the Execution of Penal Sentences, March 2, 1977,
[1978] Can. T.S. No. 12.
CASES JUDICIALLY CONSIDERED
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
thérapie intensive et une éducation pyschosexuelle, à ses
propres frais, et que les traitements avaient été bien reçus. Des
éléments de preuve démontraient que le demandeur avait
encore des liens sociaux et familiaux étroits au Canada et qu’il
n’avait jamais eu l’intention de ne plus considérer le Canada
comme le lieu de sa résidence permanente. Il n’apparaissait
nulle part dans le dossier que le demandeur constituait une
menace pour la sécurité du public ou la sécurité du Canada.
L’emploi de l’expression « menace pour la sécurité du
Canada » a toujours été limitée, dans les autres lois, aux
menaces de terrorisme et de guerre en général contre le Canada
ou aux menaces pour la sécurité de la population tout entière.
Si la menace pour la sécurité du Canada était simplement le
risque de voir le délinquant récidiver, alors un tel facteur
pourrait s’appliquer à tout détenu qui sollicite un transfèrement.
LOIS ET RÈGLEMENTS CITÉS
Charte canadienne des droits et libertés, qui constitue la
partie I de la Loi constitutionnelle de 1982, annexe B, Loi
de 1982 sur le Canada, 1982, ch. 11 (R.-U.) [L.R.C.
(1985), appendice II, no 44], art. 1, 6.
Loi sur le Service canadien du renseignement de sécurité,
L.R.C. (1985), ch. C-23.
Loi sur le transfèrement des délinquants, L.R.C. (1985),
ch. T-15.
Loi sur le transfèrement international des délinquants,
L.C. 2004, ch. 21, art. 2 « délinquant canadien », 6(1),
8(1), 10.
Loi sur les Cours fédérales, L.R.C. (1985), ch. F-7, art. 1
(mod. par L.C. 2002, ch. 8, art. 14), 57 (mod. par L.C.
1990, ch. 8, art. 19; 2002, ch. 8, art. 54).
Loi sur l’extradition, S.R.C. 1970, ch. E-21.
Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, L.C.
2001, ch. 27.
Traité entre le Canada et les États-Unis d’Amérique sur
l’exécution des peines imposées aux termes du droit
criminel, 2 mars 1977, [1978] R.T. Can. no 12.
JURISPRUDENCE CITÉE
APPLIED:
DÉCISIONS APPLIQUÉES :
Dunsmuir v. New Brunswick, [2008] 1 S.C.R. 190; (2008),
329 N.B.R. (2d) 1; 291 D.L.R. (4th) 577; 2008 SCC 9;
Kozarov v. Canada (Minister of Public Safety and
Emergency Preparedness), [2008] 2 F.C.R. 377; 333
F.T.R. 27; 2007 FC 866.
Dunsmuir c. Nouveau-Brunswick, [2008] 1 R.C.S. 190;
(2008), 329 R.N.-B. (2e) 1; 2008 CSC 9; Kozarov c.
Canada (Ministre de la Sécurité publique et de la
Protection civile), [2008] 2 R.C.F. 377; 2007 CF 866.
DISTINGUISHED:
DÉCISION DIFFÉRENCIÉE :
Van Vlymen v. Canada (Solicitor General), [2005] 1
F.C.R. 617; (2004), 189 C.C.C. (3d) 538; 123 C.R.R. (2d)
101; 2004 FC 1054.
Van Vlymen c. Canada (Solliciteur général), [2005] 1
R.C.F. 617; 2004 CF 1054.
[2009] 3 R.C.F.
GETKATE
c. CANADA
29
REFERRED TO:
DÉCISION CITÉE :
United States of America v. Cotroni; United States of
America v. El Zein, [1989] 1 S.C.R. 1469; (1989), 48
C.C.C. (3d) 193; 42 C.R.R. 101.
États-Unis d’Amérique c. Cotroni; États-Unis d’Amérique
c. El Zein, [1989] 1 R.C.S. 1469.
APPLICATION for judicial review of two decisions
in which the Minister refused a request by the applicant,
a Canadian citizen incarcerated in the United States, to
serve his prison sentence in Canada. Application
allowed.
DEMANDE de contrôle judiciaire de deux décisions
dans lesquelles le ministre a refusé au demandeur, un
citoyen canadien incarcéré aux États-Unis, la possibilité
de purger sa peine d’emprisonnement au Canada.
Demande accueillie.
APPEARANCES:
John W. Conroy, Q.C. for applicant.
Curtis S. Workun for respondent.
SOLICITORS OF RECORD:
Conroy & Company, Abbotsford, B.C., for applicant.
Deputy Attorney General of Canada for respondent.
ONT COMPARU
John W. Conroy, c.r. pour le demandeur.
Curtis S. Workun pour le défendeur.
AVOCATS INSCRITS AU DOSSIER :
Conroy & Company, Abbotsford (C.-B.), pour le
demandeur.
Le sous-procureur général du Canada pour le
défendeur.
The following are the reasons for judgment and
judgment rendered in English by
Ce qui suit est la version française des motifs du
jugement et du jugement rendus par
[1] KELEN J.: This application for judicial review
concerns two decisions of the Minister of Public Safety
and Emergency Preparedness (the Minister) dated March
20, 2007 and October 23, 2007, respectively. In the
decisions the Minister refuses a request by the applicant,
a Canadian citizen incarcerated in the United States, to
serve his prison sentence in Canada under the terms of
the International Transfer of Offenders Act, S.C. 2004, c.
21 (the Act). The applicant challenges both the merits of
the Minister’s decisions and the constitutionality of the
Act. Specifically, the applicant argues that paragraphs
10(1)(a) and (b) of the Act unconstitutionally violate his
mobility rights under section 6 of the Canadian Charter
of Rights and Freedoms [being Part I of the Constitution
Act, 1982, Schedule B, Canada Act 1982, 1982, c. 11
(U.K.) [R.S.C., 1985, Appendix II, No. 44]] (the Charter).
[1] LE JUGE KELEN : La présente demande de contrôle
judiciaire concerne deux décisions du ministre de la
Sécurité publique et de la Protection civile (le ministre),
datées du 20 mars 2007 et du 23 octobre 2007 respectivement. Dans ces décisions, le ministre refuse au demandeur, un citoyen canadien incarcéré aux États-Unis,
la possibilité de purger sa peine d’emprisonnement au
Canada aux termes des dispositions de la Loi sur le
transfèrement international des délinquants, L.C. 2004,
ch. 21 (la Loi). Le demandeur conteste à la fois le fond
des décisions du ministre et la constitutionnalité de la
Loi. Plus précisément, il soutient que les alinéas 10(1)a)
et b) de la Loi sont inconstitutionnels parce qu’ils nient
la liberté de circulation et d’établissement qui lui est
reconnue par l’article 6 de la Charte canadienne des droits
et libertés [qui constitue la partie I de la Loi constitutionnelle de 1982, annexe B, Loi de 1982 sur le Canada,
1982, ch. 11 (R.-U.) [L.R.C. (1985), appendice II, no 44]]
(la Charte).
30
GETKATE
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
FACTS
LES FAITS
Background
Le contexte
[2] The applicant, Arend Hendrik Getkate, is a 24-yearold Canadian citizen born in Belleville, Ontario. In
February 1996, the applicant moved with his mother to
Hampton, Georgia, where she was married later that
year. The applicant continued to reside in Georgia with
his mother and step-father until he graduated from high
school in May 2000. In August 2000, the applicant
returned to Canada for approximately six months, during
which time he lived with his aunt and uncle in Plainfield,
Ontario. In February 2001, the applicant moved back to
Georgia, attending post-secondary studies at Clayton
State College and University.
[2] Le demandeur est un citoyen canadien âgé de 24
ans, né à Belleville, en Ontario. En février 1996, il s’est
installé avec sa mère à Hampton, en Géorgie, où sa mère
s’est mariée plus tard cette année-là. Le demandeur a
continué de résider en Géorgie avec sa mère et son beaupère jusqu’à la fin de ses études secondaires en mai 2000.
En août 2000, il est revenu au Canada durant environ six
mois, période au cours de laquelle il a vécu auprès de sa
tante et de son oncle à Plainfield, en Ontario. En février
2001, il est retourné vivre en Géorgie, pour y poursuivre
des études supérieures au Clayton State College and
University.
[3] On August 19, 2002, the applicant was arrested and
charged in Georgia with three counts of aggravated child
molestation and one count of child molestation. On June
2, 2003, the applicant was convicted and sentenced to 30
years’ imprisonment on the three counts of aggravated
child molestation and 10 years consecutive on the remaining count. The sentence provided that upon serving
10 years in prison with respect to the three counts of
aggravated child molestation, the remainder of the applicant’s sentence would be served on probation. An appeal
of the applicant’s conviction and sentence was dismissed
on September 13, 2004.
[3] Le 19 août 2002, le demandeur a été arrêté en Géorgie
et accusé de trois chefs d’attentat grave à la pudeur sur
un enfant et d’un chef d’attentat à la pudeur sur un enfant.
Le 2 juin 2003, il a été reconnu coupable et condamné à
une peine d’emprisonnement de 30 ans pour les trois chefs
d’attentat grave à la pudeur sur un enfant et à une peine
consécutive de 10 ans pour le chef restant. La peine prononcée prévoyait que, après avoir purgé 10 ans d’emprisonnement au titre des trois chefs d’attentat grave à la
pudeur sur un enfant, le demandeur purgerait le reste de
sa peine en probation. L’appel interjeté par le demandeur
contre la déclaration de culpabilité et contre la peine
imposée a été rejeté le 13 septembre 2004.
The applicant’s request and the Minister’s denial
La demande du demandeur et son rejet par le ministre
[4] By application dated March 1, 2005, the applicant
requested, pursuant to the provisions of the Act, that he
be transferred to Canada to serve the remainder of his
prison sentence. Under the terms of the Act, a transfer
can only occur with the consent of the offender; the
foreign (in this case American) entity; and Canada. The
applicant’s request for a transfer was approved by the
Georgia Department of Corrections on January 19, 2006,
and by the United States Department of Justice on June
22, 2006.
[4] Par une demande datée du 1er mars 2005, le demandeur a sollicité, conformément aux dispositions de la
Loi, son transfèrement au Canada afin d’y purger le reste
de sa peine d’emprisonnement. Selon la Loi, un transfèrement ne peut avoir lieu qu’avec le consentement du
délinquant, celui de l’entité étrangère (en l’occurrence
les États-Unis) et celui du Canada. La demande de transfèrement a été approuvée par le Department of Corrections de la Géorgie le 19 janvier 2006 et par le département
de la Justice des États-Unis le 22 juin 2006.
[5] However, consent has been denied by Canada
through the Minister. As part of the applicant’s request,
[5] Cependant, le Canada a refusé son consentement,
par l’entremise du ministre. En marge de la demande du
[2009] 3 R.C.F.
GETKATE
c. CANADA
31
a report was produced by the Correctional Service of
Canada (CSC) to determine whether the applicant
satisfied the provisions of the Act. The relevant portion
of the report states:
demandeur, un rapport fut établi par le Service correctionnel du Canada (le SCC) pour savoir si le demandeur
répondait aux dispositions de la Loi. La partie pertinente
du rapport se présente ainsi :
The probation of 30 years, to be served upon completion of the
sentence of imprisonment, cannot be administered in Canada as
it follows a period of incarceration of more than two years.
[TRADUCTION] La période de probation de 30 ans, qui doit être
purgée au moment où prend fin la peine d’emprisonnement, ne
peut pas être administrée au Canada car elle suit une période
d’incarcération d’une durée de plus de deux ans.
Mr. Getkate’s citizenship has been verified and confirmed by
the Canadian Consulate General in Atlanta, Georgia.
La citoyenneté de M. Getkate a été vérifiée et confirmée par le
Consulat général du Canada à Atlanta, en Géorgie.
His request to transfer was approved by the state of Georgia on
January 19, 2006 and by the Department of Justice on June 22,
2006.
Sa demande de transfèrement a été approuvée par l’État de la
Géorgie le 19 janvier 2006 et par le département de la Justice
le 22 juin 2006.
Mr. Getkate has never been transferred under the [Act].
M. Getkate n’a jamais été transféré selon la [Loi].
Mr. Getkate did not leave or remain outside Canada with the
intention of abandoning Canada as his place of residence.
Community assessments completed with his grandparents,
aunts, uncles and family friends between April and May 2005
and again on August 6, 2006, confirm that he still has strong
social and family ties to Canada. His grandparents will offer
him emotional and financial support as well as accommodation
upon his release. All others are prepared to offer varying levels
of support for the purpose of a transfer.
M. Getkate n’a pas quitté le Canada ni n’est demeuré à l’étranger avec l’intention de ne plus considérer le Canada comme le
lieu de sa résidence. Les évaluations communautaires menées
auprès de ses grands-parents, de ses tantes, de ses oncles et des
amis de la famille entre avril et mai 2005, puis à nouveau le 6
août 2006, confirment que les liens sociaux et familiaux qu’il
a au Canada sont encore solides. Lorsqu’il sera libéré, ses
grands-parents lui offriront un soutien affectif et financier ainsi
que l’hébergement. Tous les autres sont disposés à lui apporter
divers degrés de soutien aux fins d’un transfèrement.
Furthermore, while incarcerated, Mr. Getkate was involved in
intensive therapy and psychosexual education for a full year at
his own expense.
Par ailleurs, durant son incarcération, M. Getkate s’est soumis
à une thérapie intensive et à une éducation psychosexuelle
durant une année entière, à ses propres frais.
The information obtained to date does not lead us to believe
that, he would after the transfer, commit an act of terrorism or
a criminal organization offence within the meaning of section
2 of the Criminal Code, nor that he would constitute a threat to
the security of Canada.
Les renseignements obtenus à ce jour ne nous permettent pas
de croire que, après le transfèrement, il commettrait un acte de
terrorisme ou une infraction d’organisation criminelle au sens
de l’article 2 du Code criminel, ou qu’il constituerait une
menace pour la sécurité du Canada.
According to Section 3 of the International Transfer of
Offenders Act, “the purpose of this Act is to contribute to the
administration of justice and the rehabilitation of offenders and
their reintegration into the community” by enabling them to
serve their sentences in the country of which they are citizens
or nationals.
Selon l’article 3 de la Loi sur le transfèrement international
des délinquants, « [l]a présente loi a pour objet de faciliter
l’administration de la justice et la réadaptation et la réinsertion
sociale des délinquants en permettant à ceux-ci de purger leurs
peines dans le pays dont ils sont citoyens ou nationaux ».
The transfer of Mr. Getkate will facilitate and enhance his
eventual reintegration into the community through appropriate
programming, including gradual and supervised release under
the jurisdiction of the Correctional Service of Canada. Should
a transfer not be granted, Mr. Getkate will be deported to
Canada as early as April 18, 2013, and will not be under the
jurisdiction of the Correctional Service of Canada and will not
be subject to any supervision requirements or restrictions.
Le transfèrement de M. Getkate facilitera et accélérera son
éventuelle réinsertion dans la collectivité, grâce à des programmes adaptés, notamment une mise en liberté graduelle et
supervisée, sous l’autorité du Service correctionnel du Canada.
Si un transfèrement n’est pas accordé, M. Getkate sera expulsé
vers le Canada dès le 18 avril 2013, il ne relèvera pas du Service
correctionnel du Canada et il ne sera soumis à aucune condition
de surveillance ni à aucune restriction. [Non souligné dans
32
GETKATE
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
[Emphasis added.]
l’original.]
The report was approved on November 22, 2006 by Julie
Keravel, Director, Institutional Reintegration Operations,
CSC.
Le rapport a été entériné le 22 novembre 2006 par Julie
Keravel, directrice de la Division des opérations de
réinsertion sociale en établissement, au SCC.
[6] Despite the recommendation contained in CSC’s
report, on March 20, 2007, the Minister denied the applicant’s request for a transfer. The reasons provided by the
Minister, which are included in the report under the
heading “Ministerial decision”, are as follows:
[6] Malgré la recommandation figurant dans le rapport
du SCC, le ministre a rejeté le 20 mars 2007 la demande
de transfèrement. Les motifs invoqués par le ministre,
qui figurent dans le rapport sous la rubrique [TRADUCTION]
« décision ministérielle », sont les suivants :
[TRADUCTION]
• The nature of the offences indicates the offender’s return to
Canada would constitute a potential threat to the safety of
Canadians and the security of Canada.
• La nature des infractions donne à penser que le retour du
délinquant au Canada constituerait une menace pour la
sécurité du public et la sécurité du Canada.
• There is no evidence to suggest the offender’s risk has been
mitigated through treatment.
• Rien ne permet d’affirmer que les traitements suivis par le
délinquant ont permis d’atténuer le risque qu’il pose.
The Minister’s decision was communicated to the applicant by letter dated March 30, 2007, from Ms. Keravel at
CSC. The applicant was also told that should he wish to
submit further information in support of a new application,
he was entitled to do so at any time.
La décision du ministre a été communiquée au demandeur
par une lettre de Mme Keravel, du SCC, en date du 30
mars 2007. Le demandeur a aussi appris que, s’il souhaitait
présenter d’autres renseignements au soutien d’une nouvelle demande, il pouvait le faire à tout moment.
The applicant’s second request and the Minister’s denial
La deuxième demande du demandeur et son rejet par le
ministre
[7] Subsequently, the applicant submitted a second
request that he be allowed to serve the remainder of his
prison sentence in Canada. Accordingly, a second report
and recommendation were produced by CSC to determine
whether the applicant satisfied the conditions of the Act.
That report, which is virtually identical to the first report,
was approved by Ms. Keravel at CSC on May 14, 2007.
On May 15, 2007, the report was forwarded to the
Minister for consideration.
[7] Le demandeur a par la suite sollicité une deuxième
fois l’autorisation de purger au Canada le reste de sa peine
d’emprisonnement. Un deuxième rapport, accompagné
d’une recommandation, a donc été établi par le SCC
pour savoir si le demandeur remplissait les conditions
fixées dans la Loi. Ce rapport, qui est pour ainsi dire
identique au premier, a été entériné par Mme Keravel, du
SCC, le 14 mai 2007. Le 15 mai 2007, le rapport a été
transmis au ministre pour examen.
[8] On October 23, 2007, the Minister again denied the
applicant’s request. The reasons provided include the
same two reasons contained within the first denial, as
well as a finding that the applicant “abandoned Canada
as his place of permanent residence.” The reasons read as
follows:
[8] Le 23 octobre 2007, le ministre a encore une fois
rejeté la demande du demandeur. Les motifs donnés
comprennent les mêmes deux motifs donnés à l’appui
du premier rejet, outre une conclusion selon laquelle le
demandeur [TRADUCTION] « ne considère plus le Canada
comme le lieu de sa résidence permanente ». Les motifs
se présentent ainsi :
[2009] 3 R.C.F.
GETKATE
c. CANADA
33
[TRADUCTION]
• The nature of the offences indicates the offender’s return to
Canada would constitute a potential threat to the safety of
Canadians and the security of Canada.
• La nature des infractions donne à penser que le retour du
délinquant au Canada constituerait une menace pour la
sécurité du public et la sécurité du Canada.
• There is no evidence to suggest the offender’s risk has been
mitigated through treatment.
• Rien ne permet d’affirmer que les traitements suivis par le
délinquant ont permis d’atténuer le risque qu’il pose.
• There is evidence the offender abandoned Canada as his
place of permanent residence. [Emphasis added.]
• Il est établi que le délinquant ne considère plus le Canada
comme le lieu de sa résidence permanente. [Non souligné
dans l’original.]
The Minister’s decision was communicated to the
applicant by letter dated November 1, 2007.
La décision du ministre a été communiquée au demandeur
par lettre datée du 1er novembre 2007.
ISSUES
LES QUESTIONS EN LITIGE
[9] The applicant challenges both the merits of the
Minister’s decision as well as the underlying constitutionality of paragraphs 10(1)(a) and (b) of the Act.
Accordingly, there are two issues to be addressed by the
Court:
[9] Le demandeur conteste à la fois le fond de la
décision du ministre ainsi que la constitutionnalité des
alinéas 10(1)a) et b) de la Loi. La Cour doit donc
examiner deux aspects :
1. Does the applicant, as a Canadian citizen, have a
constitutional right by virtue of subsection 6(1) of the
Charter, to have his prison sentence transferred to
Canada upon consent being obtained from the American
authorities; and
1. Le demandeur, en tant que citoyen canadien, a-t-il, en
application du paragraphe 6(1) de la Charte, le droit
fondamental de faire transférer au Canada sa peine
d’emprisonnement une fois obtenu le consentement des
autorités américaines?
2. On the circumstances of this case, did the Minister err
under section 10 of the Act in refusing to grant the
applicant’s request that he be able to serve the remainder
of his prison sentence in Canada?
2. D’après les circonstances de cette affaire, le ministre
a-t-il commis une erreur, aux termes de l’article 10 de la
Loi, en refusant d’accorder au demandeur la possibilité de
purger au Canada le reste de sa peine d’emprisonnement?
STANDARD OF REVIEW
LA NORME DE CONTRÔLE
[10] In assessing the appropriate standard of review to
apply to the Minister’s denial of the applicant’s request,
I am guided by the recent Supreme Court of Canada
decision in Dunsmuir v. New Brunswick, [2008] 1 S.C.R.
190. In that case, the Supreme Court reconsidered the
number and definitions to be given to the various standards
of review, as well as the analytical process to be employed
to determine the appropriate standard in a given situation.
As a result of the Court’s decision, it is clear that the
standard of patent unreasonableness has been eliminated,
[10] Pour savoir quelle norme de contrôle il convient
d’appliquer à la décision du ministre de rejeter la
demande du demandeur, je me réfère à un arrêt récent de
la Cour suprême du Canada, Dunsmuir c. NouveauBrunswick, [2008] 1 R.C.S. 190. La Cour suprême du
Canada a, dans cette affaire, revisité le nombre des normes
de contrôle et leurs définitions, ainsi que le processus
analytique à employer pour savoir laquelle d’entre elles il
convient d’appliquer dans un cas donné. En conséquence
de cet arrêt, il est clair que la norme de la décision
34
GETKATE
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
and that reviewing courts must focus on only two standards, those of correctness and reasonableness.
manifestement déraisonnable a été éliminée et que les
cours de révision doivent maintenant recourir à deux
normes seulement, celle de la décision correcte et celle
de la décision raisonnable.
[11] In Dunsmuir, the Supreme Court held, at paragraph 62, that the first step in a standard of review
analysis is to ascertain whether previous jurisprudence
has determined adequately the appropriate standard to
apply in a given situation. In Kozarov v. Canada (Minister
of Public Safety and Emergency Preparedness), [2008] 2
F.C.R. 377 (F.C.), Mr. Justice Harrington was faced with
a similar issue under paragraph 10(1)(b) of the Act. In
that case, Justice Harrington held that a discretionary
decision of the Minister, such as the one currently before
the Court, is entitled to the “highest standard of deference,” and should only be set aside if found to be
patently unreasonable. Accordingly, while the standard
of patent unreasonableness has been eliminated by the
Supreme Court in Dunsmuir, the Minister’s decision is
entitled to significant deference and will be reviewed on
a reasonableness standard.
[11] Dans l’arrêt Dunsmuir, la Cour suprême écrivait,
au paragraphe 62, que la première étape à franchir pour
savoir quelle norme de contrôle il convient d’appliquer
consiste à vérifier si la jurisprudence a déjà défini la
norme devant être appliquée dans un cas donné. Dans la
décision Kozarov c. Canada (Ministre de la Sécurité
publique et de la Protection civile), [2008] 2 R.C.F. 377
(C.F.), M. le juge Harrington devait statuer sur une
question du même genre portant sur l’alinéa 10(1)b) de
la Loi. Selon lui, une décision discrétionnaire du ministre,
comme celle dont la Cour est ici saisie, appelle « la norme
de retenue la plus élevée » et ne devrait être annulée que
si elle est jugée manifestement déraisonnable. Par conséquent, même si la norme de la décision manifestement
déraisonnable a été éliminée par la Cour suprême dans
l’arrêt Dunsmuir, la décision du ministre commande une
retenue élevée et sera revue d’après la norme de la
décision raisonnable.
[12] With respect to the constitutionality of the Act,
this is a question of law to be reviewed on a correctness
standard.
[12] S’agissant de la constitutionnalité de la Loi, il
s’agit là d’une question de droit, qui sera revue d’après
la norme de la décision correcte.
LEGISLATIVE FRAMEWORK
LE CADRE LÉGISLATIF
[13] The legislation relevant to this application is the
International Transfer of Offenders Act. Under the Act
[at section 2], a “Canadian offender”—defined as a
Canadian citizen who has been found guilty of an offence
and whose conviction and sentence is no longer subject
to appeal—may request to have his or her sentence
transferred to Canada. Subsection 8(1) provides that the
consent of the three parties to the transfer is required
before a transfer can occur:
[13] Le texte applicable à cette demande est la Loi sur
le transfèrement international des délinquants. Selon
cette Loi [à l’article 2], un « délinquant canadien » —
c’est-à-dire un citoyen canadien qui a été reconnu
coupable d’une infraction et qui ne peut plus interjeter
appel de la déclaration de culpabilité et de la peine
imposée — peut demander son transfèrement au Canada.
Le paragraphe 8(1) dispose que le consentement des trois
parties au transfèrement est requis avant que le transfèrement puisse avoir lieu :
8. (1) The consent of the three parties to a transfer — the
offender, the foreign entity and Canada — is required.
8. (1) Le transfèrement nécessite le consentement des trois
parties en cause, soit le délinquant, l’entité étrangère et le
Canada.
[14] Consent by Canada is to be granted or denied by
the Minister, who under subsection 6(1) is responsible
[14] Le consentement du Canada est donné ou refusé
par le ministre, qui, en vertu du paragraphe 6(1), est
[2009] 3 R.C.F.
GETKATE
c. CANADA
35
for the Act’s administration. In deciding whether to
consent to a transfer, the Minister must consider a
number of factors, which are outlined in subsections
10(1) and (2) of the Act:
chargé de l’application de la Loi. Pour décider s’il
consent ou non au transfèrement, le ministre doit tenir
compte de plusieurs facteurs, qui sont énumérés aux
paragraphes 10(1) et (2) de la Loi :
10. (1) In determining whether to consent to the transfer of
a Canadian offender, the Minister shall consider the following
factors:
10. (1) Le ministre tient compte des facteurs ci-après pour
décider s’il consent au transfèrement du délinquant canadien :
(a) whether the offender’s return to Canada would constitute
a threat to the security of Canada;
a) le retour au Canada du délinquant peut constituer une
menace pour la sécurité du Canada;
(b) whether the offender left or remained outside Canada
with the intention of abandoning Canada as their place of
permanent residence;
b) le délinquant a quitté le Canada ou est demeuré à
l’étranger avec l’intention de ne plus considérer le Canada
comme le lieu de sa résidence permanente;
(c) whether the offender has social or family ties in Canada;
and
c) le délinquant a des liens sociaux ou familiaux au Canada;
(d) whether the foreign entity or its prison system presents
a serious threat to the offender’s security or human rights.
d) l’entité étrangère ou son système carcéral constitue une
menace sérieuse pour la sécurité du délinquant ou ses droits
de la personne.
(2) In determining whether to consent to the transfer of a
Canadian or foreign offender, the Minister shall consider the
following factors:
(2) Il tient compte des facteurs ci-après pour décider s’il
consent au transfèrement du délinquant canadien ou étranger :
(a) whether, in the Minister’s opinion, the offender will, after
the transfer, commit a terrorism offence or criminal organization offence within the meaning of section 2 of the Criminal
Code; and
a) à son avis, le délinquant commettra, après son transfèrement, une infraction de terrorisme ou une infraction
d’organisation criminelle, au sens de l’article 2 du Code
criminel;
(b) whether the offender was previously transferred under
this Act or the Transfer of Offenders Act, chapter T-15 of the
Revised Statutes of Canada, 1985.
b) le délinquant a déjà été transféré en vertu de la présente
loi ou de la Loi sur le transfèrement des délinquants, chapitre
T-15 des Lois révisées du Canada (1985).
[15] Also relevant to this application is subsection 6(1)
of the Canadian Charter of Rights and Freedoms, which
provides all Canadian citizens with a right to enter,
remain in, and leave Canada:
[15] Une autre disposition intéresse la présente
demande. Il s’agit du paragraphe 6(1) de la Charte canadienne des droits et libertés, qui confère à tout citoyen
canadien le droit de demeurer au Canada, d’y entrer ou
d’en sortir :
6. (1) Every citizen of Canada has the right to enter, remain
in and leave Canada.
6. (1) Tout citoyen canadien a le droit de demeurer au
Canada, d’y entrer ou d’en sortir.
ANALYSIS
ANALYSE
Issue No. 1: Does the applicant, as a Canadian citizen,
have a constitutional right by virtue of subsection 6(1)
of the Charter, to have his prison sentence transferred to
Canada upon consent being obtained from the American
authorities?
Première question : Le demandeur, en tant que citoyen
canadien, a-t-il, en application du paragraphe 6(1) de la
Charte, le droit fondamental de faire transférer au
Canada sa peine d’emprisonnement une fois obtenu le
consentement des autorités américaines?
36
GETKATE
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
[16] As noted above, the applicant challenges both the
merits of the Minister’s decision, as well as the underlying
constitutionality of paragraphs 10(1)(a) and (b) of the
Act, which state that in determining whether to consent
to a transfer, the Minister must consider whether the
offender’s return would constitute a threat to the security
of Canada, and whether the offender left the country with
the intention of abandoning Canada as his or her place of
residence.
[16] Comme je l’ai dit plus haut, le demandeur
conteste à la fois le fond de la décision du ministre et la
constitutionnalité des alinéas 10(1)a) et b) de la Loi, qui
prévoient que, pour décider s’il consent au transfèrement, le ministre doit se demander si le retour au Canada
du délinquant peut constituer une menace pour la sécurité
du Canada et si le délinquant est demeuré à l’étranger
avec l’intention de ne plus considérer le Canada comme
le lieu de sa résidence permanente.
[17] As required by section 57 [as am. by S.C. 1990, c.
8, s. 19; 2002, c. 8, s. 54] of the Federal Courts Act
[R.S.C., 1985, c. F-7, s. 1 (as am. idem, s. 14)], the applicant served notice on the Attorney General of Canada
and the attorney general of each province, of the constitutional question raised in this application.
[17] Comme le requiert l’article 57 [mod. par L.C.
1990, ch. 8, art. 19; 2002, ch. 8, art. 54] de la Loi sur les
Cours fédérales [L.R.C. (1985), ch. F-7, art. 1 (mod.,
idem, art. 14)], le demandeur a signifié, au procureur
général du Canada et au procureur général de chacune
des provinces, un avis de la question constitutionnelle
soulevée dans cette demande.
[18] In regard to the applicant’s constitutional challenge,
he submits that as a Canadian citizen, he has a constitutional right to enter Canada by virtue of subsection 6(1)
of the Charter, and that right is violated by the impugned
provisions. Specifically, the applicant submits that as a
result of his constitutional right to enter Canada, once
his transfer was approved by the American authorities in
accordance with the provisions of the Act and the Transfer
of Offenders Treaty between Canada and the United States
of America [Treaty between Canada and the United States
of America on the Execution of Penal Sentences, March
2, 1977, [1978] Can. T.S. No. 12], then his constitutional
right should have been given effect to promptly and he
should have been given the opportunity to return to
Canada at the next available reasonable time. On this
basis, the applicant submits that the Minister’s denial of
his transfer request violated his right to enter Canada and
that, accordingly, the provisions engaged by the Minister
in blocking the transfer are unconstitutional and cannot
be saved under section 1 of the Charter as reasonable
limits on the applicant’s section 6 right.
[18] S’agissant de la contestation constitutionnelle, le
demandeur dit que, en tant que citoyen canadien, il a le
droit fondamental d’entrer au Canada, en vertu du
paragraphe 6(1) de la Charte, et que ce droit est nié par
les dispositions contestées. Plus précisément, il dit que,
en conséquence de son droit fondamental d’entrer au
Canada, une fois que son transfèrement a été approuvé
par les autorités américaines, conformément aux dispositions de la Loi et au Traité sur le transfèrement des
délinquants conclu entre le Canada et les États-Unis
d’Amérique [Traité entre le Canada et les États-Unis
d’Amérique sur l’exécution des peines imposées aux
termes du droit criminel, 2 mars 1977, [1978] R.T. Can.
no 12], alors son droit fondamental d’entrer au Canada
aurait dû être respecté promptement et il aurait dû avoir
la possibilité de revenir au Canada dès que cela était
raisonnablement possible. Sur ce fondement, le demandeur dit que, en rejetant sa demande de transfèrement, le
ministre a porté atteinte à son droit d’entrer au Canada et
que, en conséquence, les dispositions invoquées par le
ministre pour faire obstacle à son transfèrement sont inconstitutionnelles et ne sauraient être validées par l’article
premier de la Charte en tant que limite raisonnable au
droit qui lui est conféré par l’article 6.
[19] In support, the applicant relies on the decision of
this Court in Van Vlymen v. Canada (Solicitor General),
[2005] 1 F.C.R. 617 (F.C.). In that case, Mr. Justice
Russell was faced with a similar situation wherein a
[19] Le demandeur invoque sur ce point la décision
rendue par la Cour dans l’affaire Van Vlymen c. Canada
(Solliciteur général), [2005] 1 R.C.F. 617 (C.F.). Dans
cette affaire, M. le juge Russell devait statuer sur un cas
[2009] 3 R.C.F.
GETKATE
37
c. CANADA
Canadian offender requested a transfer to Canada under
the terms of the now repealed Transfer of Offenders Act,
R.S.C., 1985, c. T-15 (the former Act). In considering
whether the applicant’s section 6 mobility rights were
engaged, Justice Russell stated at paragraphs 97 and 100:
semblable où un délinquant canadien avait sollicité son
transfèrement au Canada en vertu de la Loi sur le transfèrement des délinquants, L.R.C. (1985), ch. T-15,
maintenant abrogée (l’ancienne Loi). Cherchant à savoir
si la liberté de circulation et d’établissement conférée au
demandeur par l’article 6 était en jeu, le juge Russell
s’est exprimé ainsi, aux paragraphes 97 et 100 :
As a Canadian citizen, and notwithstanding his conviction in
the United States, the applicant retained his constitutional
rights under subsection 6(1) of the Charter. Those rights were
subject to the practical limitations imposed by the U.S.
authorities and the need for their approval before he could
return. They were also subject to whatever limitations section
1 of the Charter may allow Parliament to impose by way of
“such reasonable limits prescribed by law as can be
demonstrably justified in a free and democratic society.”
Malgré sa condamnation aux États-Unis, le demandeur, en
tant que citoyen canadien, conservait les droits constitutionnels
garantis par le paragraphe 6(1) de la Charte. Ces droits étaient
restreints par les limitations pratiques qu’imposaient les autorités
américaines et par la nécessité d’obtenir leur autorisation pour
être transféré au Canada. Ils pouvaient aussi être restreints par
toutes mesures que l’article premier de la Charte permet au
Parlement de prendre « dans des limites qui soient raisonnables
et dont la justification puisse se démontrer dans le cadre d’une
société libre et démocratique ».
…
[…]
While he remained incarcerated in the U.S., the applicant’s
section 6 rights remained unenforceable until such time as the
U.S. approved his transfer. But they did not cease to exist and,
once a transfer was possible and the applicant decided to
exercise them in the limited fashion available to him, they came
to the fore and the Minister was required to recognize them in
whatever action, or inaction, he engaged in concerning the
applicant’s transfer. In my opinion, the international regime for
the transfer of prisoners back to Canada does not displace
mobility rights under the Charter. The regime exists to allow
those Charter rights to be exercised, albeit in the limited context
of continuing incarceration.
Pendant sa détention aux États-Unis, les droits conférés au
demandeur par l’article 6 restaient non exécutoires jusqu’à ce
que ce pays approuvât son transfèrement. Mais ils n’ont pas
pour autant cessé d’exister; une fois que le transfèrement se fut
révélé possible et que le demandeur eut décidé de les exercer
dans la mesure limitée qui lui restait permise, ils sont passés au
premier plan, et le ministre se trouvait dans l’obligation d’en
tenir compte dans toute mesure qu’il prendrait, ou ne prendrait
pas, relativement au transfèrement. À mon avis, le régime
international réglant le transfèrement des détenus au Canada
ne remplace pas les dispositions de la Charte garantissant la
liberté de circulation. Ce régime existe afin de permettre
l’exercice de ces droits garantis par la Charte, encore que dans
le contexte restreint de la détention et du maintien en détention.
[20] While Justice Russell concluded that the transfer
process engaged the applicant’s section 6 Charter right to
enter Canada, the factual circumstances of the case must
also be considered. In Van Vlymen, Justice Russell was
faced with a situation wherein the Minister (at that time
the Solicitor General) failed to make a decision on the
applicant’s transfer request for roughly 10 years. As
Justice Russell stated, at paragraph 80, when addressing
the context of the matter before the Court:
[20] Le juge Russell concluait que la procédure de
transfèrement faisait entrer en jeu le droit du demandeur
d’entrer au Canada, un droit conféré par l’article 6 de la
Charte, mais les circonstances factuelles du dossier
devaient également être prises en compte. Il devait
statuer sur un cas où le ministre (à l’époque le solliciteur
général) avait négligé de se prononcer durant environ 10
ans sur la demande de transfèrement faite par Van
Vlymen. Comme il l’écrivait au paragraphe 80, à propos
des circonstances de l’affaire dont la Cour était saisie :
The real “matter” that is the focus of this application is not,
in my opinion, the March 1, 2000, decision by the respondent
approving the applicant’s return to Canada to serve out his prison
sentence; it is, rather, the roughly 10 years of procrastination,
evasiveness, obfuscation and general bad faith by the respondent
La véritable « affaire » qui fait l’objet principal de la présente
demande de contrôle judiciaire n’est pas, à mon sens, la décision
en date du 1er mars 2000 par laquelle le défendeur a accepté
que le demandeur rentrât au Canada pour y purger sa peine
d’emprisonnement, mais consiste plutôt dans les atermoiements,
38
GETKATE
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
that ensured the applicant remained in the U.S. prison system
as long as possible, and that postponed the transfer decision in
favour of the applicant until formal legal proceedings were commenced against the respondent on February 3, 2000. [Emphasis
added.]
les réponses évasives, la dissimulation et, de façon générale, la
mauvaise foi que le défendeur a opposés pendant quelque 10
années aux efforts du demandeur de manière qu’il restât emprisonné aux États-Unis le plus longtemps possible, et qui ont eu
pour effet de retarder la décision favorable à son transfèrement
jusqu’à l’introduction d’une procédure judiciaire en bonne et
due forme contre le défendeur le 3 février 2000. [Non souligné
dans l’original.]
[21] Accordingly, while Justice Russell found that the
applicant’s section 6 mobility rights were engaged by the
process, no consideration was given to whether the
provisions of the former Act could be seen as reasonable
limits, prescribed by law, demonstrably justified in a free
and democratic society, and therefore saved under
section 1 of the Charter. The fact that Justice Russell’s
decision is primarily focussed on the lack of consideration
by the Minister is readily apparent in his analysis of the
applicant’s Charter argument, at paragraphs 106-109:
[21] Le juge Russell a donc estimé que le processus
faisait entrer en jeu la liberté de circulation et d’établissement conférée au demandeur par l’article 6, mais il ne
s’est pas demandé si les dispositions de l’ancienne Loi
pouvaient être considérées comme des restrictions imposées par une règle de droit, dans des limites qui soient
raisonnables et dont la justification puisse se démontrer
dans le cadre d’une société libre et démocratique, et donc
pouvaient être validées en vertu de l’article premier de la
Charte. La décision du juge Russell se focalise principalement sur l’absence de délibération du ministre, et
cela apparaît d’emblée aux paragraphes 106 à 109, dans
son analyse de l’argument du demandeur au regard de la
Charte :
My review of the record leads me to the conclusion that the
impugned Regulations were never used to refuse the applicant
a transfer back to Canada. What happened, rather, was that the
respondent never told the applicant why a decision had not
been made and kept him in the dark concerning the objections
that had been raised about his transfer.
L’examen du dossier m’amène à conclure que les dispositions
réglementaires attaquées n’ont jamais été invoquées pour
refuser le transfèrement du demandeur au Canada. Il s’est
plutôt passé ceci que le défendeur n’a jamais informé le
demandeur de la raison pour laquelle une décision n’avait pas
été rendue et l’a laissé dans l’ignorance des objections soulevées
contre son transfèrement.
Hence, it is difficult to characterize the role that the impugned
Regulations played in this matter. On the one hand, it might be
said that such a long delay was, in effect, a decision to refuse
the transfer request.…
Il est par conséquent difficile de définir le rôle qu’ont joué
dans la présente affaire les dispositions réglementaires attaquées.
D’un côté, on pourrait dire qu’un si long délai constituait en
fait une décision de rejeter la demande de transfèrement […]
On the other hand, we could say that the respondent’s conduct
was, in effect, a refusal to apply the Regulations and make a
decision. The respondent made a decision and applied the
Regulations in March 2000, at which time the Regulations did
not stand in the way of the applicant’s transfer.
De l’autre côté, on pourrait dire que la conduite du défendeur
constituait en fait un refus d’appliquer le Règlement et de
rendre une décision. Le défendeur a rendu une décision et
appliqué le Règlement en mars 2000, auquel moment celui-ci
n’a pas empêché le transfèrement du demandeur.
On the whole, I am inclined to think that the respondent’s
conduct under review was a refusal to make a decision in
accordance with the Regulations and the applicant’s Charter
rights. Hence, I do not believe that the constitutionality of the
Regulations arises on these facts. [Emphasis added.]
Tout bien considéré, je suis enclin à penser que la conduite
du défendeur faisant l’objet du présent contrôle constituait un
refus de rendre une décision dans le cadre du Règlement et des
droits garantis au demandeur par la Charte. Par conséquent, je
ne pense pas que les faits de la présente espèce soulèvent la
question de la constitutionnalité du Règlement. [Non souligné
dans l’original.]
[2009] 3 R.C.F.
GETKATE
c. CANADA
39
[22] In arguing that the applicant’s reliance on Van
Vlymen is misplaced, the respondent relies on the recent
decision of this Court in Kozarov, above, wherein Justice
Harrington addressed the applicability of Van Vlymen to
a situation similar to the one currently before the Court.
As Justice Harrington stated, at paragraph 34 of Kozarov:
[22] Faisant valoir que le demandeur est malvenu à
invoquer la décision Van Vlymen, le défendeur invoque la
décision récente de la Cour, Kozarov, précitée, où le juge
Harrington se demandait s’il convenait d’appliquer la
décision Van Vlymen à une affaire semblable à celle dont
la Cour est ici saisie. Comme l’écrivait le juge Harrington,
au paragraphe 34 de la décision Kozarov :
I do not think that the decision of Mr. Justice Russell in Van
Vlymen, above, assists Mr. Kozarov. Although he held that Mr.
Van Vlymen, as a Canadian citizen, had the constitutional right
by virtue of section 6 of the Charter to enter Canada provided he
remained incarcerated, subject only to his securing the approval
of the U.S. authorities, and such reasonable limits as Parliament
might prescribe by law, and can be demonstratively justified in
a free and democratic society as per section 1 of the Charter, the
facts of that case have to be carefully considered. The Minister
was found to have neglected or to have deliberately failed to
consider Mr. Van Vlymen’s request for transfer for close to ten
years. In [addition] to breaching the Charter, it was held that the
Minister breached his common-law duty to act fairly in
processing Mr. Van Vlymen’s application. [Emphasis added.]
Je ne crois pas que la décision du juge Russell dans l’affaire
Van Vlymen, précitée, appuie la thèse de M. Kozarov. Les faits
relatifs à cette affaire doivent être examinés attentivement
même si le juge Russell a conclu que M. Van Vlymen jouissait,
en tant que citoyen canadien, du droit d’entrer au Canada
consacré à l’article 6 de la Charte à condition de rester en
détention, sous les seules réserves de l’approbation par les
autorités américaines de son transfèrement au Canada et des
restrictions qui pourraient être imposées par une règle de droit
adoptée par le Parlement, dans des limites qui soient raisonnables et dont la justification puisse se démontrer dans le cadre
d’une société libre et démocratique conformément à l’article
premier de la Charte. Le juge Russell a conclu que le ministre
avait négligé ou omis délibérément d’examiner la demande de
transfèrement de M. Vlymen pendant environ dix ans. Il a aussi
conclu que, outre d’avoir violé la Charte, le ministre avait
manqué à son obligation en common law d’agir équitablement
dans le traitement de la demande de M. Vlymen. [Non souligné
dans l’original.]
[23] Accordingly, the respondent argues that when
considering the factual circumstances arising in Van
Vlymen, above, it is clear that the case is distinguishable
on its facts and that the decision in Kozarov provides
better guidance with respect to the interplay between
section 6 of the Charter and the provisions of the Act. I
agree.
[23] Le défendeur fait donc valoir que, si l’on considère
les circonstances de l’affaire Van Vlymen, précitée, il est
clair qu’il s’agissait d’un cas d’espèce et que la décision
Kozarov est davantage à propos en ce qui concerne
l’interaction de l’article 6 de la Charte et des dispositions
de la Loi. Je partage son avis.
[24] In Kozarov, the applicant’s request for a transfer
was denied by the Minister under paragraphs 10(1)(b)
and (c) of the Act, which relate to whether the offender
left Canada with the intention of abandoning the country
as his place of permanent residence and whether the
offender has social or family ties in Canada. On the basis
of the evidence, the Minister concluded that the offender
had, in fact, abandoned Canada as his place of permanent
residence and did not have sufficient family ties in
Canada to justify a transfer. In reviewing the impact of
the decision on the applicant’s Charter mobility rights,
Justice Harrington held, at paragraphs 27-28, that neither
paragraphs 10(1)(b) and (c), nor section 8 of the Act,
offended the applicant’s mobility rights:
[24] Dans l’affaire Kozarov, la demande de transfèrement avait été rejetée par le ministre en vertu des alinéas
10(1)b) et c) de la Loi, qui concernent le point de savoir
si le délinquant a quitté le Canada avec l’intention de ne
plus considérer le Canada comme le lieu de sa résidence
permanente, ainsi que le point de savoir si le délinquant
a des liens sociaux ou familiaux au Canada. Eu égard à
la preuve, le ministre a conclu que le délinquant avait en
réalité cessé de considérer le Canada comme le lieu de sa
résidence permanente et qu’il n’avait pas au Canada de
liens familiaux suffisants pour justifier un transfèrement.
Examinant l’incidence de la décision ministérielle sur la
liberté de circulation et d’établissement du demandeur
selon la Charte, le juge Harrington a estimé, aux para-
40
GETKATE
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
graphes 27 et 28, que ni les alinéas 10(1)b) et c), ni
l’article 8 de la Loi ne portaient atteinte à ladite liberté du
demandeur :
Mr. Kozarov’s current restrictions on his mobility arise from
his own actions, his own criminal activities. A natural and foreseeable consequence of a criminal conviction is that the state in
which the offence is committed and in which the offender may
be found may incarcerate him. Once Mr. Kozarov serves his
sentence, he has the absolute right, as a citizen, to return here.
The same holds true if his current sentence were commuted, or
if he were pardoned. All citizens, unlike foreigners and permanent
residents, have that constitutional mobility right (see Catenacci
v. Canada (Attorney General) (2006), 144 C.R.R. (2d) 128
(F.C.)).
Les limites actuelles imposées à la liberté de circulation et
d’établissement de M. Kozarov découlent de ses propres actions
et activités criminelles. Une conséquence prévisible et naturelle
d’une déclaration de culpabilité est que l’État où l’infraction
est commise et où le délinquant est arrêté peut incarcérer ce
dernier. Une fois qu’il aura purgé sa peine, M. Kozarov aura le
droit absolu comme tout autre citoyen de rentrer au pays. Il en
serait de même si sa peine actuelle était commuée ou s’il
obtenait un pardon. Chaque citoyen, contrairement à l’étranger
et au résident permanent, bénéficie d’un droit constitutionnel
lui garantissant la liberté de circulation et d’établissement (voir
Catenacci c. Canada (Procureur général), 2006 CF 539).
However the American authorities have put a condition on
his transfer. The condition is that he serve his sentence here.
Upon his transfer he could not immediately invoke his constitutional right as a citizen to leave Canada. His freedom would
properly be restricted in accordance with the Corrections and
Conditional Release Act. I have come to the conclusion that
neither section 8 of the International Transfer of Offenders Act
which requires the consent of the offender, the foreign entity
and Canada nor subsections 10(1)(b) and (c) which call upon
the Minister to consider whether Mr. Kozarov has social or
family ties here or whether he left or remained outside Canada
with the intention of abandoning Canada as his place of permanent residence offends his mobility rights under the Charter.
Les autorités américaines ont toutefois prévu une condition
au transfèrement de M. Kozarov, c’est-à-dire qu’il purge sa
peine au Canada. Après son transfèrement, M. Kozarov ne
pourrait pas invoquer immédiatement le droit que garantit la
Charte à chaque citoyen de quitter le pays. Sa liberté serait à
juste titre restreinte en application de la Loi sur le système
correctionnel et la mise en liberté sous condition. J’en arrive
donc à la conclusion que ni l’article 8 de la Loi sur le transfèrement international des délinquants qui exige le consentement
du délinquant, de l’entité étrangère et du Canada, ni les alinéas
10(1)b) et c) qui prévoient que le ministre doit examiner si M.
Kozarov a des liens sociaux ou familiaux au Canada ou s’il a
quitté le Canada ou est demeuré à l’étranger avec l’intention
de ne plus considérer le Canada comme le lieu de sa résidence
permanente, ne portent atteinte à la liberté de circulation et
d’établissement que la Charte garantit au demandeur.
[25] Justice Harrington went on to consider the differences between a transfer under the Act and an extradition
to the United States under the terms of the Extradition
Act, R.S.C. 1970, c. E-21. In comparing the two processes,
Justice Harrington relied on the decision of the Supreme
Court of Canada in United States of America v. Cotroni;
United States of America v. El Zein, [1989] 1 S.C.R. 1469,
concluding that while matters of extradition clearly affect
a citizen’s mobility rights, the transfer of a prison sentence
does not engage an offender’s mobility rights at all. He
held at paragraphs 30-32:
[25] Le juge Harrington a ensuite examiné les différences entre un transfèrement selon la Loi et une extradition vers les États-Unis selon la Loi sur l’extradition,
S.R.C. 1970, ch. E-21. Comparant les deux procédures,
il s’est fondé sur un arrêt de la Cour suprême du Canada,
États-Unis d’Amérique c. Cotroni; États-Unis d’Amérique
c. El Zein, [1989] 1 R.C.S. 1469, pour conclure que,
tandis qu’une extradition modifie clairement la liberté
de circulation et d’établissement d’un citoyen, le transfèrement d’un délinquant ne fait nullement intervenir la
liberté de circulation et d’établissement du délinquant.
Il s’est exprimé ainsi, aux paragraphes 30 à 32 :
Extradition affects a citizen’s right to remain in Canada, and
so brings section 6 of the Charter into play. The State is active
in such cases, not passive as in this. In United States of America
v. Cotroni; United States of America v. El Zein, [1989] 1 S.C.R.
1469, the constitutional questions were whether the surrender
L’extradition prive le citoyen de son droit de demeurer au
Canada et fait ainsi intervenir l’article 6 de la Charte. L’État
joue dans de tels cas un rôle actif et non passif comme en
l’espèce. Dans l’arrêt États-Unis c. Cotroni; États-Unis
d’Amérique c. El Zein, [1989] 1 R.C.S. 1469, la Cour suprême
[2009] 3 R.C.F.
GETKATE
c. CANADA
41
of a Canadian citizen to a foreign state constituted an infringement of his right to remain in Canada, and if so, would a surrender in the circumstances of that case constitute a reasonable
limit under section 1. The United States requested Mr. Cotroni’s
extradition on a charge of conspiracy to possess and distribute
heroin. However, all his personal actions relating to the alleged
conspiracy took place while he was in Canada.
avait été saisie des questions constitutionnelles de savoir si
l’extradition d’un citoyen canadien vers un État étranger
constitue une violation de son droit de demeurer au Canada et,
dans l’affirmative, si l’extradition dans les circonstances de
l’affaire constituait une limite raisonnable au sens de l’article
premier. Les États-Unis avaient demandé l’extradition de M.
Cotroni pour qu’il réponde à une accusation de complot en vue
de posséder et de faire le trafic de l’héroïne. Cependant, tous les
actes de M. Cotroni relatifs au complot allégué avaient été
commis lorsqu’il se trouvait au Canada.
The Court held that Mr. Cotroni’s mobility rights were
affected, but the relevant provisions of the Extradition Act
[R.S.C. 1970, c. E-21] were saved by section 1. To my way of
thinking, the key to that case is at page 1480 where Mr. Justice
La Forest said:
La Cour suprême a conclu que la liberté de circulation et
d’établissement de M. Cotroni avait été violée, mais que les
dispositions pertinentes de la Loi sur l’extradition [S.R.C. 1970,
ch. E-21] étaient justifiées au regard de l’article premier. À mon
avis, le point essentiel dans cet arrêt se trouve à la page 1480
où M. le juge La Forest a écrit :
The right to remain in one’s country is of such a character
that if it is to be interfered with, such interference must be
justified as being required to meet a reasonable state purpose.
Le droit de demeurer dans son pays est tel que, s’il faut lui
porter atteinte, cette atteinte doit être justifiée comme étant
nécessaire pour réaliser un objectif raisonnable de l’État.
However, he went on to say at page 1482:
Cependant, il a ajouté à la page 1482 :
An accused may return to Canada following his trial and
acquittal or, if he has been convicted, after he has served his
sentence. The impact of extradition on the rights of a citizen
to remain in Canada appears to me to be of secondary
importance. In fact, so far as Canada and the United States
are concerned, a person convicted may, in some cases, be
permitted to serve his sentence in Canada; see Transfer of
Offenders Act, S.C. 1977-78, c. 9.…
Un accusé peut revenir au Canada suite à son procès et à
son acquittement ou, s’il a été reconnu coupable, après avoir
purgé sa peine. Les répercussions de l’extradition sur les
droits d’un citoyen de demeurer au Canada me paraissent
avoir une importance secondaire. En fait, en ce qui concerne
le Canada et les États-Unis, une personne reconnue coupable
peut, dans certains cas, être autorisée à purger sa peine au
Canada; voir Loi sur le transfèrement des délinquants, S.C.
1977-78, chap. 9 […]
That Act was replaced by the current International Transfer of
Offenders Act.
La Loi en question a été remplacée par la Loi sur le transfèrement international des délinquants actuellement en vigueur.
In this case, it was Mr. Kozarov who chose to leave Canada
and to commit a crime in the United States. He has the absolute
mobility right, as a Canadian citizen, to return to Canada once
his sentence is served. At the present time, we are not really
speaking of mobility rights at all. We are rather speaking of the
transfer of supervision of a prison sentence. Had the Minister
given his consent, Mr. Kozarov could not on his arrival here have
immediately asserted his mobility right to leave the country.
Dans la présente affaire, c’est M. Kozarov qui a choisi de
quitter le Canada et de commettre un crime aux États-Unis. En
tant que citoyen canadien, il jouit du droit absolu de retourner
au Canada une fois qu’il aura purgé sa peine. Pour le moment,
il n’est pas du tout question de la liberté de circulation et
d’établissement, mais plutôt du transfert de la surveillance de
l’exécution d’une peine. Si le ministre avait donné son consentement, M. Kozarov n’aurait pas pu à son arrivée au Canada
se prévaloir immédiatement de sa liberté de circulation pour
quitter le pays.
Mobility rights
Liberté de circulation et d’établissement
[26] The mobility rights of the applicant to enter and
leave Canada are temporarily restricted by the applicant’s
U.S. prison sentence. The International Transfer of
[26] Le droit du demandeur d’entrer au Canada et d’en
sortir est temporairement limité par la peine d’emprisonnement qui lui a été imposée aux États-Unis. La Loi sur
42
GETKATE
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
Offenders Act is to assist rehabilitation and reintegration
in appropriate situations, not to allow all Canadians
serving sentences outside of Canada an automatic right
to return to Canada to serve their sentence. As Justice
Harrington held in Kozarov, above, at paragraph 32.
le transfèrement international des délinquants vise à
faciliter la réadaptation et la réinsertion sociale dans les
cas qui le justifient, non à conférer à tous les Canadiens
qui purgent des peines d’emprisonnement à l’étranger
un droit automatique de revenir au Canada pour y purger
leur peine. Ainsi que l’écrivait le juge Harrington, au
paragraphe 32 de la décision Kozarov :
At the present time, we are not really speaking of mobility
rights at all. We are rather speaking of the transfer of supervision of a prison sentence. Had the Minister given his consent,
Mr. Kozarov could not on his arrival here have immediately
asserted his mobility right to leave the country.
Pour le moment, il n’est pas du tout question de la liberté de
circulation et d’établissement, mais plutôt du transfert de la
surveillance de l’exécution d’une peine. Si le ministre avait
donné son consentement, M. Kozarov n’aurait pas pu à son
arrivée au Canada se prévaloir immédiatement de sa liberté de
circulation pour quitter le pays.
Accordingly, I agree with Justice Harrington that the Act
does not affect the applicant’s mobility rights under the
Charter.
Je reconnais donc avec le juge Harrington que la Loi ne
modifie pas la liberté de circulation et d’établissement
conférée au demandeur par la Charte.
[27] I agree with Justice Harrington’s conclusion that
in the context of a transfer under the Act, an applicant’s
Charter mobility rights under section 6 are not engaged
and, if they were, the provisions contained in the Act are
a reasonable limitation on those rights given that the
applicant has already had his mobility restricted due to
his own illegal activity.
[27] Je souscris à la conclusion du juge Harrington
pour qui, s’agissant d’un transfèrement selon la Loi, la
liberté de circulation et d’établissement conférée par
l’article 6 n’entre pas en jeu et que, si elle entrait en jeu,
alors les dispositions contenues dans la Loi constitueraient
une limite raisonnable à cette liberté, puisque ladite
liberté du demandeur a déjà été restreinte par l’effet de
ses propres actes illégaux.
[28] The applicant’s mobility rights under section 6 of
the Charter include entering Canada, remaining in Canada
and leaving Canada. Obviously these Charter rights are
restricted while the applicant is incarcerated either in the
United States or Canada.
[28] La liberté de circulation et d’établissement du
demandeur selon l’article 6 de la Charte comprend le
droit de demeurer au Canada, d’y entrer ou d’en sortir. À
l’évidence, ces droits sont restreints tant que le demandeur
est incarcéré, aux États-Unis ou au Canada.
[29] Moreover, Canada’s consent to the transfer under
the Act must respect the international treaty agreements
which only allow transfers to provide for the better
rehabilitation of the prisoner. Therefore Canada cannot
automatically consent to the transfer without considering
if it will serve the object of the international agreement
for the better rehabilitation of the prisoner.
[29] Par ailleurs, le consentement du Canada à un
transfèrement selon la Loi doit respecter l’accord international, qui n’autorise le transfèrement que pour favoriser
la réadaptation du détenu. Par conséquent, le Canada ne
saurait automatiquement consentir au transfèrement sans
d’abord se demander si cela répondra à l’objet de l’accord
international, qui est de favoriser la réadaptation du
détenu.
Issue No. 2: Did the Minister err under section 10 of the
Act in refusing to grant the applicant’s request that he be
able to serve the remainder of his prison sentence in
Canada?
Deuxième question : Le ministre a-t-il commis une
erreur, aux termes de l’article 10 de la Loi, en refusant
d’accorder au demandeur la possibilité de purger au
Canada le reste de sa peine d’emprisonnement?
[2009] 3 R.C.F.
GETKATE
c. CANADA
43
[30] Turning to the merits of the Minister’s decision,
the issue before the Court is whether that decision was
reasonably based on the evidence before the Minister, or
whether the decision to deny the applicant’s transfer was
made without regard to that evidence, thereby making it
unreasonable.
[30] S’agissant du fond de la décision du ministre, la
question soumise à la Cour est celle de savoir si cette
décision était raisonnablement fondée sur la preuve que
le ministre avait devant lui, ou si la décision de refuser le
transfèrement du demandeur a été prise sans égard à
cette preuve, la rendant ainsi déraisonnable.
[31] As noted at the outset, the Minister rendered two
decisions regarding the applicant’s request for a transfer;
the first on March 20, 2007 and the second, following a
further request by the applicant, on October 23, 2007. In
considering the two decisions together, the decisive factors
leading to the Minister’s denial were that:
[31] Comme je l’écrivais au début, le ministre a rendu
deux décisions sur la demande de transfèrement, la
première le 20 mars 2007 et la deuxième à la suite d’une
nouvelle demande du demandeur, le 23 octobre 2007. Si
l’on considère ensemble les deux décisions, les facteurs
déterminants qui ont conduit au refus du ministre étaient
les suivants :
1. the applicant’s return threatens the safety of Canadians
and the security of Canada;
1. le retour du demandeur menace la sécurité du public
et la sécurité du Canada;
2. there is no evidence the applicant’s risk has been mitigated through treatment; and
2. il n’est pas établi que les traitements suivis par le
demandeur ont permis d’atténuer le risque qu’il pose;
3. the applicant abandoned Canada as his place of permanent residence.
3. le demandeur ne considère plus le Canada comme le
lieu de sa résidence permanente.
[32] In addition to the applicant’s personal statement
and accompanying letters of support, the following evidence was before the Minister when he made the abovementioned decisions:
[32] Outre la déclaration personnelle du demandeur et
les lettres de soutien l’accompagnant, le ministre avait
devant lui la preuve suivante lorsqu’il a rendu les décisions
susmentionnées :
1. the reports from CSC approved by Ms. Keravel on
November 22, 2006 and May 14, 2007, respectively;
1. les rapports du SCC entérinés par Mme Keravel le 22
novembre 2006 et le 14 mai 2007 respectivement;
2. a memorandum from “Roy & Sharif” classified as
“Confidential” and dated January 16, 2007, which provides an overview of the applicant’s case and the considerations to be made by the Minister; and
2. une note de service de « Roy & Sharif » classée
« confidentielle » et datée du 16 janvier 2007, qui donne
un aperçu général du cas du demandeur et résume les
facteurs devant être pris en compte par le ministre;
3. a memorandum from “Sharif” (sic) classified as “Confidential” and dated March 15, 2007, which outlines the
nature of the applicant’s offences and advises the Minister
that a denial on the basis that the applicant poses a risk
to the security of Canada “would be consistent with public
statements [the Minister] made on similar issues.”
3. une note de service de « Sharif » (sic) classée « confidentielle » et datée du 15 mars 2007, qui décrit la nature
des infractions commises par le demandeur et informe
le ministre qu’un refus fondé sur le fait que le demandeur
constitue un risque pour la sécurité du Canada
[TRADUCTION] « serait conforme aux propos que [le
ministre] a tenus publiquement sur des questions semblables ».
[33] Having reviewed this evidence, as well as the
evidence proffered by the applicant and his family, the
[33] Après examen de cette preuve, ainsi que de la
preuve produite par le demandeur et par sa famille, la
44
GETKATE
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
Court concludes that while the Minister’s decision to not
consent to the transfer is discretionary in nature and is
entitled to the highest level of curial deference, the
record clearly establishes that the impugned decisions
disregard the evidentiary record before the Minister and,
for the following reasons, must be set aside.
Cour arrive à la conclusion que, bien que la décision du
ministre de ne pas consentir au transfèrement soit de
nature discrétionnaire et commande le niveau le plus
élevé de retenue, le dossier montre clairement que les
décisions contestées laissent de côté la preuve que le
ministre avait devant lui et, pour les motifs suivants, elles
doivent être annulées.
[34] In both decisions rendered by the Minister, it was
concluded that there was “no evidence” to suggest that
the risk posed by the applicant has been mitigated through
treatment. The record clearly demonstrates, however,
that the applicant underwent a full year of intensive
therapy and psychosexual education at his own expense
and that he is extremely remorseful for the crimes he
committed. If anything, this implies that the applicant
was willing to voluntarily undertake intensive treatment
because of a desire to be rehabilitated.
[34] Dans les deux décisions rendues par le ministre, il
était écrit que rien ne prouvait que les traitements suivis
par le demandeur avaient permis d’atténuer le risque
qu’il posait. Le dossier montre clairement toutefois que
le demandeur a suivi pendant une année complète une
thérapie intensive et une éducation psychosexuelle, à ses
propres frais, et qu’il est plein de remords pour les
crimes qu’il a commis. Cela suppose à tout le moins que
le demandeur était disposé à se soumettre de sa propre
initiative à des traitements intensifs en raison d’une réelle
volonté de réadaptation.
[35] Further, the record demonstrates that applicant has
accepted his sentence and has “taken accountability” for
his actions. This was recognized and noted in the
memorandum to the Minister from “Roy & Sharif” dated
January 16, 2007, wherein it states: “In the case of
Getkate, the offender is relatively young and it appears,
excepting his ‘not guilty’ plea, that he has taken accountability for his crimes.”
[35] Par ailleurs, le dossier montre que le demandeur a
accepté sa peine et a « admis la responsabilité de ses
actes ». Ce fait était reconnu et mentionné dans la note
de service du 16 janvier 2007 adressée au ministre par
« Roy & Sharif », où l’on peut lire ce qui suit :
[TRADUCTION] « S’agissant de Getkate, ce délinquant est
relativement jeune et il semble, hormis son plaidoyer de
non-culpabilité, qu’il a admis la responsabilité de ses
actes ».
[36] In light of the foregoing evidence, which demonstrates that the applicant has both undergone treatment
and that the treatment has been well received, it is wholly
unreasonable for the Minister to have premised his decision on the view that there was “no evidence” demonstrating the applicant’s risk had not been mitigated during
his time in custody.
[36] Eu égard à la preuve susmentionnée, qui montre
que le demandeur s’est soumis à des traitements et que
les traitements ont été bien reçus, il est tout à fait
déraisonnable de la part du ministre d’avoir fondé sa
décision sur l’idée selon laquelle rien ne permettait
d’affirmer que le risque posé par le demandeur s’était
atténué à la faveur de sa période de détention.
[37] Another serious problem with the Minister’s
decision relates to his conclusion that the applicant’s
transfer be denied because he “abandoned Canada as his
place of permanent residence.” This basis, while not
present in the Minister’s first decision, formed part of the
reasons for the Minister’s denial in the second decision,
dated October 23, 2007. However, upon reviewing the
evidence, that evidence points in a wholly opposite
direction.
[37] Une autre difficulté sérieuse que pose la décision
du ministre concerne sa conclusion selon laquelle le
transfèrement du demandeur doit être refusé parce qu’il
[TRADUCTION] « ne [considérait] plus le Canada comme
le lieu de sa résidence permanente ». Ce motif, qui
n’apparaissait pas dans la première décision du ministre,
comptait parmi les motifs du refus opposé par le ministre
dans sa deuxième décision datée du 23 octobre 2007.
Cependant, après examen du dossier, cette preuve pointe
dans une direction tout à fait opposée.
[2009] 3 R.C.F.
GETKATE
c. CANADA
45
[38] First, the CSC reports which recommended the
Minister consent to the applicant’s transfer, clearly state
that the applicant continues to have strong social and
family ties in Canada and that he never abandoned the
country as his place of permanent residence:
[38] D’abord, les rapports du SCC qui recommandaient
au ministre de consentir au transfèrement du demandeur
mentionnent clairement que le demandeur a encore des
liens sociaux et familiaux étroits au Canada et qu’il n’a
jamais eu l’intention de ne plus considérer le Canada
comme le lieu de sa résidence permanente :
Mr. Getkate did not leave or remain outside Canada with the
intention of abandoning Canada as his place of residence.
Community assessments completed with his grandparents,
aunts, uncles and family friends between April and May 2005
and again on August 6, 2006, confirm that he still has strong
social and family ties to Canada. His grandparents will offer
him emotional and financial support as well as accommodation
upon his release. All others are prepared to offer varying levels
of support for the purpose of a transfer.
[TRADUCTION] M. Getkate n’a pas quitté le Canada ni n’est
demeuré à l’étranger avec l’intention de ne plus considérer le
Canada comme le lieu de sa résidence. Les évaluations communautaires menées auprès de ses grands-parents, de ses tantes,
de ses oncles et des amis de la famille entre avril et mai 2005,
puis à nouveau le 6 août 2006, confirment que les liens sociaux
et familiaux qu’il a au Canada sont encore solides. Lorsqu’il
sera libéré, ses grands-parents lui offriront un soutien affectif
et financier ainsi que l’hébergement. Tous les autres sont
disposés à lui apporter divers degrés de soutien aux fins d’un
transfèrement.
[39] Second, there is also no suggestion of abandonment
in the memorandum from “Roy & Sharif” dated January
16, 2007. In fact, the memorandum, which was presumably produced by members of the Minister’s staff, notes
in its overview that the applicant has a number of friends
and family members in Canada willing to offer their
support should the transfer be approved. As well, in
addressing the factors for consideration under section 10
of the Act, the memorandum states that outside paragraph 10(1)(a), which relates to the security of Canada,
there are no other grounds contained in the section that
would result in a denial of the applicant’s transfer:
[39] Deuxièmement, on ne trouve non plus, dans la
note de service de « Roy & Sharif » datée du 16 janvier
2007, aucun indice d’une intention du demandeur de ne
plus vivre au Canada. En fait, la note de service, qui fut
probablement rédigée par des membres du personnel du
ministre, indique, dans son aperçu général, que le demandeur compte au Canada plusieurs amis et proches
qui sont disposés à lui apporter leur soutien pour le cas
où son transfèrement serait approuvé. En outre, s’agissant
des facteurs à prendre en compte en vertu de l’article 10
de la Loi, la note de service précise que, hormis l’alinéa
10(1)a), qui concerne la sécurité du Canada, l’article 10
ne renferme aucun autre motif susceptible de justifier le
refus du transfèrement du demandeur :
In considering this case, you are guided by the International
Transfer of Offenders Act, the relevant portion of which is
attached for your convenience. With the possible exception of
section 10(1)(a), it does not appear that your consideration of
the criteria in section 10 would result in a denial of this transfer.
[TRADUCTION] Dans l’examen de ce dossier, vous vous en remettrez à la Loi sur le transfèrement international des délinquants,
dont la partie pertinente est annexée pour votre commodité.
Sauf l’exception possible de l’alinéa 10(1)a), il ne semble pas
que, après examen des critères énoncés dans l’article 10, un
refus de transfèrement serait justifié.
On this basis, it is difficult to see what “evidence” the
Minister is referring to.
Sur ce fondement, il est difficile de voir à quelle
« preuve » se réfère le ministre.
[40] Furthermore, a simple consideration of the factual
circumstances demonstrates that the applicant never
abandoned or intended to abandon Canada as his place of
permanent residence. As noted at the outset, the applicant
first left Canada in 1996 when he moved with his mother
[40] Par ailleurs, un simple examen des faits montre
que le demandeur n’a jamais cessé, ni eu l’intention de
cesser, de considérer le Canada comme le lieu de sa
résidence permanente. Comme je l’écrivais au début, il
a quitté le Canada la première fois en 1996 lorsqu’il est
46
GETKATE
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
to Georgia. During this time the applicant was a minor
and cannot be said to have voluntarily left Canada. Upon
gaining the age of majority, the applicant returned to
Canada in 2000, albeit for only a protracted period of
time. When he returned to the United States in February
2001, it was for the intended purpose of furthering his
education at Clayton State College and University, where
he attended on a “full HOPE scholarship.” Given such
clear and unambiguous evidence to the contrary, the
Minister’s conclusion that the applicant abandoned
Canada as his place of permanent residence is unreasonable on its face and must be set aside.
allé vivre avec sa mère en Géorgie. Durant cette période,
le demandeur était mineur et l’on ne saurait donc dire
qu’il a volontairement quitté le Canada. Une fois majeur,
le demandeur est retourné au Canada en 2000, quoique
pour une période prolongée seulement. Lorsqu’il est
revenu aux États-Unis en février 2001, c’était dans
l’intention de poursuivre ses études au Clayton State
College and University, une institution qu’il fréquentait
grâce à une [TRADUCTION] « bourse HOPE complète ».
Au vu d’une preuve contraire aussi claire et indiscutable,
la conclusion du ministre selon laquelle le demandeur ne
considérait plus le Canada comme le lieu de sa résidence
permanente est déraisonnable à première vue et doit être
annulée.
[41] Finally, the Court also finds that there is no evidence on the record demonstrating that the applicant
constitutes a potential threat to the safety of Canadians or
the security of Canada. While the Minister attempts to
invoke the section as a means of demonstrating that the
applicant poses a general threat to Canadians should he
be returned to Canada, use of the phrase “threat to the
security of Canada” has traditionally been limited in other
legislation to threats of general terrorism and warfare
against Canada or threats to the security of Canadians en
masse. In the case at bar, while the applicant may pose a
general threat to specific pockets of Canadian society
should he re-offend, he clearly poses no “threat to the
security of Canada” as the term has been interpreted in
other legislation, such as the Immigration and Refugee
Protection Act, S.C. 2001, c. 27 or the Canadian Security
Intelligence Services Act, R.S.C., 1985, c. C-23. If the
threat to Canada was the mere risk that the offender
would re-offend, then such a consideration could be
applied to every inmate seeking a transfer.
[41] Finalement, la Cour croit aussi qu’il n’apparaît
nulle part dans le dossier que le demandeur constitue une
menace pour la sécurité du public ou la sécurité du
Canada. Le ministre tente d’invoquer la disposition pour
montrer que le demandeur constituerait une menace
générale pour la population s’il devait revenir au Canada,
mais l’emploi de l’expression « menace pour la sécurité
du Canada » a toujours été limité, dans les autres lois,
aux menaces de terrorisme et de guerre en général contre
le Canada ou aux menaces pour la sécurité de la population tout entière. En l’espèce, le demandeur constitue
peut-être une menace générale pour certains segments
de la société canadienne pour le cas où il récidiverait,
mais il ne constitue manifestement aucune « menace
pour la sécurité du Canada » selon le sens donné à cette
expression telle qu’elle figure dans d’autres textes, par
exemple la Loi sur l’immigration et la protection des
réfugiés, L.C. 2001, ch. 27 ou la Loi sur le Service
canadien du renseignement de sécurité, L.R.C. (1985),
ch. C-23. Si la menace pour la sécurité du Canada était
simplement le risque de voir le délinquant récidiver, alors
un tel facteur pourrait s’appliquer à tout détenu qui
sollicite un transfèrement.
[42] While the Court recognizes the gravity of the
applicant’s crimes and the harm that they have caused,
the issue here is whether approval of the applicant’s
transfer request would facilitate and enhance his eventual
rehabilitation and reintegration into Canadian society. As
demonstrated by the evidence, such a transfer would be
in accordance with the purpose and provisions of the Act
and the decision of the Minister unreasonably disregarded
this evidence.
[42] La Cour reconnaît la gravité des actes commis par
le demandeur et le tort qu’ils ont entraîné, mais la
question ici est de savoir si le fait d’accéder à la demande
de transfèrement faite par le demandeur faciliterait et
renforcerait sa réadaptation et sa réinsertion dans la
société canadienne. Comme le montre la preuve, un tel
transfèrement serait conforme à l’objet et aux dispositions
de la Loi, et la décision du ministre a sans raison laissé
de côté cette preuve.
[2009] 3 R.C.F.
GETKATE
47
c. CANADA
[43] The Supreme Court stated in Dunsmuir, at paragraph 47:
[43] La Cour suprême écrivait ce qui suit, au paragraphe 47 de l’arrêt Dunsmuir :
A court conducting a review for reasonableness inquires into
the qualities that make a decision reasonable, referring both to
the process of articulating the reasons and to outcomes. In
judicial review, reasonableness is concerned mostly with the
existence of justification, transparency and intelligibility within
the decision-making process. But it is also concerned with
whether the decision falls within a range of possible, acceptable
outcomes which are defensible in respect of the facts and law.
La cour de révision se demande dès lors si la décision et sa
justification possèdent les attributs de la raisonnabilité. Le
caractère raisonnable tient principalement à la justification de la
décision, à la transparence et à l’intelligibilité du processus
décisionnel, ainsi qu’à l’appartenance de la décision aux issues
possibles acceptables pouvant se justifier au regard des faits et
du droit.
[44] In the case at bar, the reasons articulated by the
Minister are contrary to the evidence and to the assessment and recommendations by his own Department. The
Court must conclude that the decision cannot be justified
or made intelligible within the decision-making process.
[44] En l’espèce, les motifs invoqués par le ministre
vont à l’encontre de la preuve ainsi que de l’évaluation et
des recommandations de son propre ministère. La Cour
doit conclure que la décision ne peut être justifiée ni
rendue intelligible à l’intérieur du processus décisionnel.
[45] Accordingly, for the reasons provided, the application for judicial review will be granted, the decision of
the Minister set aside, and the matter referred back to the
Minister for redetermination in accordance with these
reasons.
[45] Par conséquent, pour les motifs susmentionnés, la
demande de contrôle judiciaire sera accueillie, la décision
du ministre sera annulée et l’affaire sera renvoyée au
ministre pour nouvelle décision conforme aux présents
motifs.
JUDGMENT
JUGEMENT
THIS COURT ORDERS AND ADJUDGES that:
LA COUR ORDONNE :
1. This application for judicial review is allowed with
costs; and
1. La demande de contrôle judiciaire est accueillie avec
dépens;
2. The two decisions of the Minister are set aside and the
matter is referred back to the Minister for redetermination
as soon as reasonably practicable.
2. Les deux décisions du ministre sont annulées et
l’affaire est renvoyée au ministre pour nouvelle décision
dès que les circonstances le permettront.
48
FMC TECHNOLOGIES CO.
v. M.N.R.
[2009] 3 F.C.R.
T-243-07
2008 CF 871
T-243-07
2008 FC 871
FMC Technologies Company (Applicant)
FMC Technologies Company (demanderesse)
v.
c.
Minister of National Revenue For Her Majesty the
Queen (Respondent)
Sa Majesté la Reine, représentée par le ministre du
Revenu national (défenderesse)
INDEXED AS: FMC TECHNOLOGIES CO. V. M.N.R. (F.C.)
RÉPERTORIÉ : FMC TECHNOLOGIES CO. C. M.R.N. (C.F.)
Federal Court, Barnes J.—Ottawa, April 29; Vancouver,
July 15, 2008.
Cour fédérale, juge Barnes—Ottawa, 29 avril; Vancouver,
15 juillet 2008.
Federal Court Jurisdiction—Judicial review of Minister of
National Revenue’s refusal of request for refund of overpayment
of taxes allegedly paid on company’s account for 1999-2002
taxation years—Applicant wholly owned subsidiary of nonresident Swiss company, FMC International, A.G. (FMCI)—
Applicant, others entering into Terra Nova Development Project
Alliance Agreement with oil fields owners, including Petro
Canada—In accordance with Agreement, FMCI subcontracting
to applicant in-Canada responsibility for services, installations,
procurement, assigning revenues generated on work performed
by applicant in relation to Terra Nova Project—In accordance
with Income Tax Regulations, s. 105, Petro-Canada required
to pay 15% of amount invoiced by applicant because paid to
non-resident FMCI, not applicant—Applicant indemnifying
Petro-Canada for taxes withheld—Federal Courts Act, s. 18.5
excepting from judicial review decisions expressly subject to
appeal to Tax Court of Canada—Federal Court must be cautious
in assuming jurisdiction in tax matters so as not to encroach on
Tax Court of Canada’s jurisdiction—Applicant trying to indirectly challenge withholding tax assessment levied against
Petro-Canada—Federal Court not having jurisdiction to review
tax assessments—Tax Court having exclusive jurisdiction over
such reviews—Application allowed.
Compétence de la Cour fédérale—Contrôle judiciaire de la
décision du ministre du Revenu national portant rejet de la
demande de remboursement d’un montant censément payé en
trop au titre des années d’imposition 1999 à 2002—La demanderesse est une filiale en propriété exclusive d’une société
suisse non-résidente, soit FMC International, A.G. (FMCI)—
La demanderesse et des tiers ont conclu avec les propriétaires
du champ pétrolifère, dont Petro-Canada, un accord d’exploitation du champ pétrolifère Terra Nova—Conformément à
l’accord, FMCI a donné en sous-traitance à la demanderesse
la responsabilité d’assurer la fourniture de services, d’installations et de matières sur le territoire terrestre du Canada et lui
a cédé les revenus générés par les travaux qu’elle a effectués
relativement au projet Terra Nova—Conformément à l’art. 105
du Règlement de l’impôt sur le revenu, Petro-Canada est tenue
de verser 15 % du montant facturé par la demanderesse parce
que le montant a été versé à FMCI, une non-résidente, et non
à la demanderesse—Cette dernière a indemnisé Petro-Canada
pour la retenue d’impôt—L’art. 18.5 de la Loi sur les Cours
fédérales soustrait du contrôle judiciaire les décisions dont il
peut être expressément interjeté appel à la Cour canadienne
de l’impôt—La Cour fédérale doit faire preuve de prudence
lorsqu’il s’agit de se déclarer compétente en matière fiscale, de
manière à ne pas empiéter sur le ressort de la Cour canadienne
de l’impôt—La demanderesse essayait de contester d’une
manière indirecte la cotisation d’impôt à retenir établie à l’égard
de Petro-Canada— La Cour fédérale n’a pas compétence pour
examiner les cotisations fiscales—L’examen de ces cotisations
est du ressort exclusif de la Cour canadienne de l’impôt—
Demande accueillie.
Income Tax—Non-Residents—Judicial review of Minister of
National Revenue’s refusal of request for refund of overpayment
of taxes allegedly paid on company’s account for 1999-2002
taxation years—Non-resident parent company legal payee of
payments under contract to develop oil fields—Not changed by
FMCI’s subcontract between parent, applicant or assignment
Impôt sur le revenu—Non-résidents—Contrôle judiciaire de
la décision du ministre du Revenu national portant rejet de la
demande de remboursement d’un montant censément payé en
trop au titre des années d’imposition 1999 à 2002—La société
mère non-résidente était le bénéficiaire en droit des paiements
en question en vertu du contrat d’exploitation des champs
[2009] 3 R.C.F.
FMC TECHNOLOGIES CO.
c. M.R.N.
49
of revenues to applicant—Payments subject to 15% withholding
tax under Income Tax Regulations, s. 105.
pétrolifères—Le contrat de sous-traitance de FMCI entre la
société mère et la demanderesse et la cession des revenus à la
demanderesse ne changeaient rien à ce fait—Les paiements
étaient assujettis à une retenue d’impôt de 15 % en vertu de
l’art. 105 du Règlement de l’impôt sur le revenu.
This was an application for judicial review of the Minister of
National Revenue’s refusal of the applicant’s request for the
refund of an overpayment of taxes allegedly paid on the company’s account for the 1999-2002 taxation years. The applicant
is a Nova Scotia company, which is a wholly owned subsidiary
of a non-resident Swiss company, FMC International, A.G.
(FMCI). The applicant’s proposal for the development of the
petroleum resources in the Terra Nova oil field owned by PetroCanada and others was accepted. The applicant entered into
the Terra Nova Development Project Alliance Agreement with
the owners and assigned all of its interests, rights and obligations
under the Agreement to FMCI. In turn, FMCI ceded to the
applicant Canadian in-country responsibility for services, installations and materials procurement. Under a subcontract with
FMCI, the applicant agreed to invoice Petro-Canada directly
for the services provided regarding the Terra Nova project. In
accordance with the Agreement and with Petro-Canada’s consent, FMCI assigned to the applicant a portion of the contractual
payments due to FMCI relating to the actual in-Canada portion
of the work performed by the applicant. Between 1999 to 2002,
the applicant invoiced Petro-Canada a total of $18 806 997.15.
Included in a Canada Revenue Agency assessment for PetroCanada’s 1999-2002 taxation years was an amount payable
which represented 15% of the amount invoiced by the applicant. According to the Minister, these amounts had been paid to
FMCI, a non-resident and were thus subject to a 15% withholding tax in accordance with section 105 of the Income Tax
Regulations. Petro-Canada paid the amount assessed and FOCC
later indemnified Petro-Canada. Meanwhile, the amounts paid
by Petro-Canada to the applicant had been included in the
applicant’s 1999-2002 income and the tax thereon had been
paid. In its request for a refund, the applicant argued that the
amount of withholding tax paid by Petro-Canada should have
been credited to the applicant’s tax account, not FMCI’s, and
that this failure resulted in the applicant’s paying tax twice on
the same earned income.
Il s’agissait d’une demande de contrôle judiciaire de la décision du ministre du Revenu national portant rejet de la demande
de remboursement d’un montant que la demanderesse aurait
payé en trop au titre des années d’imposition 1999 à 2002. La
demanderesse est une société néo-écossaise qui est une filiale
en propriété exclusive d’une société suisse non-résidente, soit
FMC International, A.G. (FMCI). L’offre présentée par la
demanderesse pour l’exploitation du champ pétrolifère Terra
Nova appartenant à Petro-Canada et à d’autres parties a été
acceptée. La demanderesse a conclu avec les propriétaires un
accord d’exploitation du champ pétrolifère Terra Nova et a
cédé à FMCI la totalité de ses droits et obligations au titre de
l’accord. FMCI, elle, a cédé à la demanderesse la responsabilité
d’assurer la fourniture de services, d’installations et de matières
sur le territoire terrestre du Canada. Selon un contrat de soustraitance avec FMCI, la demanderesse a convenu de facturer
directement à Petro-Canada les services terrestres fournis dans
le cadre du projet Terra Nova. Conformément à l’accord et avec
le consentement de Petro-Canada, FMCI a cédé à la demanderesse une partie des paiements contractuels qui revenaient à
FMCI relativement à la partie terrestre des travaux effectués
par la demanderesse. Entre 1999 et 2002, la demanderesse a
facturé à Petro-Canada un total de 18 806 997,15 $. La cotisation
de l’Agence du revenu du Canada pour les années d’imposition
1999 à 2002 prévoyait l’obligation de payer une somme qui
représentait 15 % du montant facturé par la demanderesse. Selon
le ministre, ces montants avaient été payés à FMCI, une nonrésidente, et étaient donc assujettis à une retenue d’impôt de
15 % conformément à l’article 105 du Règlement de l’impôt
sur le revenu. Petro-Canada a payé le montant de la cotisation
et FOCC a par la suite indemnisé Petro-Canada. Entre-temps,
la demanderesse avait inclus les sommes que lui avait payées
Petro-Canada dans son revenu pour les années d’imposition
1999 à 2002 et elle avait payé l’impôt sur ces sommes. Dans sa
demande de remboursement, la demanderesse fait valoir que
la somme payée par Petro-Canada au titre de l’impôt à retenir
aurait dû être crédité à son propre compte fiscal plutôt qu’à
celui de FMCI et que ce manquement a fait en sorte que la
demanderesse a payé des impôts deux fois sur le même revenu
gagné.
The issues were whether the Federal Court had jurisdiction
to entertain the application and whether the applicant was
entitled to a refund as an overpayment of tax for its 1999-2002
taxation years.
Les questions en litige étaient celles de savoir si la Cour
fédérale avait compétence sur cette demande et si la demanderesse avait droit à un remboursement au titre de l’impôt
qu’elle aurait payé en trop pour les années d’imposition 1999
à 2002.
Held, the application should be dismissed.
Jugement : la demande doit être rejetée.
50
FMC TECHNOLOGIES CO.
v. M.N.R.
[2009] 3 F.C.R.
Section 18.5 of the Federal Courts Act provides that if an
Act of Parliament provides for an appeal to the Tax Court of
Canada from a decision, that decision is not subject to review
to the extent that it may be so appealed. Furthermore, the
Supreme Court of Canada has recently held that the Federal
Court must be cautious in assuming jurisdiction in tax matters
so as not to encroach on the jurisdiction of the Tax Court of
Canada. Although the application was styled as a judicial review
of the Minister’s refusal for a refund, the applicant was essentially trying to indirectly challenge the withholding tax assessment levied against Petro-Canada. The Federal Court does not
have jurisdiction to review tax assessments since such reviews
are within the exclusive purview of the Tax Court of Canada.
L’article 18.5 de la Loi sur les Cours fédérales précise que
lorsqu’une loi fédérale prévoit qu’il peut être interjeté appel,
devant la Cour canadienne de l’impôt, d’une décision, cette
décision ne peut, dans la mesure où elle est susceptible d’un
tel appel, faire l’objet d’un contrôle. En outre, la Cour suprême
du Canada a fait comprendre récemment que la Cour fédérale
doit faire preuve de prudence lorsqu’il s’agit de se déclarer
compétente en matière fiscale, de manière à ne pas empiéter
sur le ressort de la Cour canadienne de l’impôt. Même si la
demande se donne comme objet le contrôle judiciaire du refus
du ministre de rembourser la demanderesse, celle-ci essayait
fondamentalement de contester d’une manière indirecte la
cotisation d’impôt à retenir établie à l’égard de Petro-Canada.
La Cour fédérale n’a pas compétence pour examiner les cotisations fiscales, l’examen de ces cotisations étant du ressort
exclusif de la Cour canadienne de l’impôt.
Because the applicant never challenged the tax assessments
for 1999-2002 levied against it, the assessments were final and
conclusive as to the amount of tax payable by it as well as the
nil computation of the refund owing. The Minister was correct
in finding that FMCI, not the applicant, was the legal payee of
the payments at issue made by Petro-Canada. The owners’ contractual obligations regarding the work to be done in relation to
the Terra Nova project, both within and outside Canada, were
with FMCI, not with the applicant. This fact was not changed
by the subcontract between FMCI and the applicant or the
assignment thereto of a portion of the contractual payments
due to FMCI (representing the value of the in-Canada portion
of the work provided by the applicant). The Terra Nova Agreement specifically prohibited FMCI from assigning any of its
rights, interests or obligations to a third party such as the applicant. The assignment of revenues to the applicant by FMCI did
not create any contractual rights or obligations as between the
applicant and Petro-Canada.
Parce que la demanderesse n’a pas contesté les cotisations
fiscales établies à son propre égard pour les années d’imposition
1999 à 2002, ces cotisations étaient donc définitives pour ce
qui concernait aussi bien le montant d’impôts dont elle était
redevable que le calcul établissant à zéro le remboursement dû.
Le ministre a eu raison de conclure que FMCI, pas la demanderesse, était le bénéficiaire en droit des paiements en question
faits par Petro-Canada. Les obligations contractuelles des propriétaires touchant les travaux à effectuer dans le cadre du projet
Terra Nova, aussi bien sur le territoire terrestre du Canada qu’à
l’extérieur de ce territoire, les liaient envers FMCI et non la
demanderesse. Le contrat de sous-traitance entre FMCI et la
demanderesse et la cession à cette dernière d’une partie des
paiements contractuels qui revenaient à FMCI (au titre de la
valeur des travaux effectués par la demanderesse sur le territoire
terrestre) ne changeaient rien à ce fait. L’accord Terra Nova
interdisait explicitement à FMCI de céder quelque partie que ce
soit de ses droits ou obligations à un tiers telle la demanderesse.
La cession des revenus opérée par FMCI en faveur de la demanderesse n’a pas créé d’obligations ni de droits contractuels entre
cette dernière et Petro-Canada.
STATUTES AND REGULATIONS JUDICIALLY
CONSIDERED
Federal Courts Act, R.S.C., 1985, c. F-7, ss. 1 (as am. by
S.C. 2002, c. 8, s. 14), 18.5 (as enacted by S.C. 1990, c.
8, s. 5; 2002, c. 8, s. 28).
Income Tax Act, R.S.C., 1985, c. 1, ss. 152(8), 153(1) (as
am. by S.C. 2001, c. 17, s. 151; 2007, c. 35, s. 49), 164(1)
(as am. by S.C. 2001, c. 17, s. 156; 2005, c. 19, s.
37),(1.1) (as am. by S.C. 1994, c. 7, Sch. VIII, s. 97).
Income Tax Regulations, C.R.C., c. 945, s. 105 (as am. by
SOR/94-686, s. 49(F)).
LOIS ET RÈGLEMENT CITÉS
Loi de l’impôt sur le revenu, L.R.C. (1985), ch. 1, art. 152(8),
153(1) (mod. par L.C. 2001, ch. 17, art. 151; 2007,
ch. 35, art. 49), 164(1) (mod. par L.C. 2001, ch. 17,
art. 156; 2005, ch. 19, art. 37), (1.1) (mod. par L.C. 1994,
ch. 7, ann. VIII, art. 97).
Loi sur les Cours fédérales, L.R.C. (1985), ch. F-7, art. 1
(mod. par L.C. 2002, ch. 8, art. 14), 18.5 (édicté par L.C.
1990, ch. 8, art. 5; 2002, ch. 8, art. 28)
Règlement de l’impôt sur le revenu, C.R.C., ch. 945,
art. 105 (mod. par DORS/94-686, art. 49(F)).
[2009] 3 R.C.F.
FMC TECHNOLOGIES CO.
CASES JUDICIALLY CONSIDERED
c. M.R.N.
51
JURISPRUDENCE CITÉE
APPLIED:
DÉCISION APPLIQUÉE :
Canada v. Addison & Leyen Ltd., [2007] 2 S.C.R. 793;
(2007), 284 D.L.R. (4th) 385; 65 Admin. L.R. (4th) 1;
2007 SCC 33.
Canada c. Addison & Leyen Ltd., [2007] 2 R.C.S. 793;
2007 DTC 5368; 2007 CSC 33.
REFERRED TO:
DÉCISIONS CITÉES :
Dunsmuir v. New Brunswick, [2008] 1 S.C.R. 190; (2008),
329 N.B.R. (2d) 1; 291 D.L.R. (4th) 577; 2008 SCC 9;
Gaucher v. Canada, [2001] 1 C.T.C. 125; 2000 DTC
6678; 264 N.R. 369 (F.C.A.); Sentinel Hill No. 29 Limited
Partnership v. Canada (Attorney General) (2008), 89 O.R.
(3d) 30; [2008] 3 C.T.C. 425; 233 O.A.C. 302; 2008
ONCA 132.
Dunsmuir c. Nouveau-Brunswick, [2008] 1 R.C.S. 190;
(2008), 329 R.N.-B. (2e) 1; 2008 CSC 9; Gaucher c.
Canada, [2000] A.C.F. no 1869 (C.A.) (QL); Sentinel Hill
No. 29 Limited Partnership v. Canada (Attorney General)
(2008), 89 O.R. (3d) 30; [2008] 3 C.T.C. 425; 233 O.A.C.
302; 2008 ONCA 132.
APPLICATION for judicial review of the Minister of
National Revenue’s refusal of the applicant’s request for
a refund of an overpayment of $2 821 050.33 for taxes
allegedly paid on the company’s account for the 19992002 taxation years. Application dismissed.
DEMANDE de contrôle judiciaire de la décision du
ministre du Revenu national portant rejet de la demande
de remboursement d’une somme de 2 821 050,33 $ que
la demanderesse aurait payé en trop au titre des années
d’imposition 1999 à 2002. Demande rejetée.
APPEARANCES
Roger E. Taylor and Al-Nawaz Nanji for applicant.
Josée Tremblay for respondent.
SOLICITORS OF RECORD
Couzin Taylor LLP, Toronto, for applicant.
Deputy Attorney General of Canada for respondent.
ONT COMPARU
Roger E. Taylor et Al-Nawaz Nanji pour la
demanderesse.
Josée Tremblay pour la défenderesse.
AVOCATS INSCRITS AU DOSSIER
Couzin Taylor LLP, Toronto, pour la demanderesse.
Le sous-procureur général du Canada pour la
défenderesse.
The following are the reasons for judgment and
judgment rendered in English by
Ce qui suit est la version française des motifs du
jugement et du jugement rendus par
[1] MACTAVISH J.: FMC Technologies Company seeks
judicial review of a decision of the Minister of National
Revenue refusing the company’s request for the refund
of an overpayment of $2 821 050.33 for taxes allegedly
paid on the company’s account for the 1999-2002 taxation years.
[1] LA JUGE MACTAVISH : FMC Technologies Company
demande le contrôle judiciaire d’une décision du ministre
du Revenu national portant rejet de sa demande de remboursement d’un montant de 2 821 050,33 $ qu’elle aurait
payé en trop au titre des années d’imposition 1999 à 2002.
[2] For the reasons that follow, I am of the view that
this matter is beyond the jurisdiction of this Court.
Moreover, in the event that this Court does in fact have
[2] Pour les motifs dont l’exposé suit, je suis d’avis que
la présente affaire échappe à la compétence de notre
Cour. Je précise en outre, pour le cas où notre Cour aurait
52
FMC TECHNOLOGIES CO.
v. M.N.R.
[2009] 3 F.C.R.
jurisdiction to deal with this application, the applicant
has not persuaded me that the Minister has committed a
reviewable error in rejecting the company’s request for a
refund. As a consequence, the application for judicial
review will be dismissed.
effectivement compétence sur la présente demande, que
la demanderesse ne m’a pas convaincue que le ministre
ait commis une erreur donnant lieu à révision en rejetant
sa demande de remboursement. En conséquence, la présente demande de contrôle judiciaire sera rejetée.
The Applicant and its Related Companies
La demanderesse et ses sociétés affiliées
[3] FMC Technologies Company is a Nova Scotia company, which was previously known as FMC Offshore
Canada Company. On January 1, 2007, FMC Technologies Company was amalgamated with FMC Technologies
Company Canada, and continued under the name FMC
Technologies Company. For ease of reference, the applicant, in its various incarnations, will be referred to
throughout these reasons as “FOCC”.
[3] FMC Technologies Company est une société néoécossaise qui était auparavant dénommée FMC Offshore
Canada Company. Le 1er janvier 2007, FMC Technologies
Company a fusionné avec FMC Technologies Company
Canada tout en gardant sa dénomination. Pour la commodité du lecteur, la demanderesse, dans ses diverses
incarnations, sera désignée « FOCC » tout au long du
présent exposé.
[4] Throughout the 1999-2002 tax years, FOCC was a
wholly owned subsidiary of a non-resident Swiss company by the name of FMC International, A.G. (FMCI). A
second wholly owned subsidiary of FMCI is also
involved in the events giving rise to this proceeding,
namely FMC Offshore Canada Inc. (FOCI).
[4] Pendant les années d’imposition 1999 à 2002, FOCC
était une filiale en propriété exclusive d’une société
suisse non résidente dénommée FMC International, A.G.
(FMCI). Une autre filiale en propriété exclusive de
FMCI est aussi concernée par les événements qui ont
donné lieu à la présente instance, à savoir FMC Offshore
Canada Inc. (FOCI).
Background
Le contexte
[5] In 1996, a consortium of companies (collectively
referred to as the “owners”), sought proposals for the
development of the petroleum resources in the Terra Nova
oil field, located on the Grand Banks of Newfoundland.
One of the owners was Petro-Canada.
[5] En 1996, un consortium dont les membres sont ciaprès désignés collectivement « les propriétaires » a lancé
un appel d’offres pour l’exploitation du champ pétrolifère
Terra Nova, situé dans les Grands Bancs, au large de
Terre-Neuve. L’un des membres de ce consortium était
Petro-Canada.
[6] Together with a number of other joint venturers,
FOCC and FOCI submitted a proposal to the owners for
the performance of certain work with respect to the Terra
Nova project, which proposal was accepted.
[6] FOCC et FOCI, avec un certain nombre d’autres
coentrepreneurs, ont fait aux propriétaires une offre en
vue de la réalisation de certains travaux dans le cadre du
projet Terra Nova, offre qui a été acceptée.
[7] As of January 6, 1997, FOCC and FOCI, along
with the other members of the joint venture, entered into
the Terra Nova Development Project Alliance Agreement
with the owners (the Terra Nova Agreement), which
established the rights and obligations of the parties to the
agreement. Petro-Canada was designated as the operator
of the project, and was to act as agent for the other owners
in relation to the project.
[7] Le 6 janvier 1997, FOCC et FOCI, ainsi que les
autres membres de la coentreprise soumissionnaire, ont
conclu avec les propriétaires un accord d’exploitation du
champ pétrolifère Terra Nova (l’accord Terra Nova), qui
établissait les droits et les obligations des parties contractantes. Petro-Canada y était désignée comme l’exploitante du projet et la mandataire des autres propriétaires
dans le cadre de celui-ci.
[2009] 3 R.C.F.
FMC TECHNOLOGIES CO.
c. M.R.N.
53
[8] Effective February 6, 1997, FOCI assigned all of its
rights and obligations under the Terra Nova Agreement
to FOCC. Such an assignment was provided for under
the terms of the Agreement.
[8] À compter du 6 février 1997, FOCI a cédé à FOCC
la totalité de ses droits et obligations au titre de l’accord
Terra Nova, lequel prévoyait cette cession.
[9] Pursuant to the terms of the Terra Nova Agreement,
FOCC was obliged to provide project management with
respect to certain aspects of the Terra Nova project.
[9] Selon les conditions de l’accord Terra Nova, FOCC
était tenue de fournir des services de gestion de projet
relativement à certains aspects du projet Terra Nova.
[10] Section 14.2 of the Terra Nova Agreement permitted FOCC to assign all, but not less than all, of its
interests, rights and obligations under the Terra Nova
Agreement to a third party. In accordance with this
provision, effective January 6, 1997, FOCC assigned all
of its obligations under the Terra Nova Agreement to
FMCI. The assignment documentation included notice
of the assignment, together with Petro-Canada’s consent
to the assignment.
[10] Le paragraphe 14.2 de l’accord Terra Nova permettait à FOCC de céder à un tiers ses intérêts, droits et
obligations y afférents, mais en totalité seulement et non
en partie. Conformément à cette stipulation, FOCC a
cédé à FMCI, à compter du 6 janvier 1997, la totalité de
ses obligations afférentes à l’accord Terra Nova. Le
document de cession comprenait l’avis de cession et le
consentement de Petro-Canada à celle-ci.
[11] Article 4 of the assignment document provides
that “FMCI cedes to FOCC Canadian in-country responsibility for services, installations and materials procurement as more fully defined in the Management Services
Agreement”.
[11] L’article 4 du document de cession porte que
[TRADUCTION] « FMCI cède à FOCC la responsabilité
d’assurer la fourniture de services, d’installations et de
matières sur le territoire terrestre du Canada, selon les modalités détaillées de l’accord sur les services de gestion ».
[12] Contract deliverables to be supplied by FMCI
under the Terra Nova Agreement included a service
component, part of which was to be performed in Canada,
and the balance of which was to be performed offshore.
[12] Les livrables qu’il incombait à FMCI de fournir
dans le cadre de l’accord Terra Nova comprenaient des
services, dont une partie devait être fournie sur le territoire terrestre du Canada, et le reste en mer.
[13] Because FOCC had the capacity to perform the
in-Canada services, whereas FMCI only had the capacity
to perform the offshore services, effective February 6,
1997, FMCI and FOCC entered into a subcontract
arrangement, whereby FOCC agreed to provide the contract deliverables with respect to the in-Canada services.
[13] Comme FOCC disposait du potentiel nécessaire
pour fournir les services terrestres, tandis que FMCI
n’avait que la capacité de fournir les services en mer, ces
deux entreprises ont passé un contrat de sous-traitance,
qui devait entrer en vigueur le 6 février 1997, par lequel
FOCC s’engageait à assurer les services terrestres prévus
par l’accord Terra Nova.
[14] Under the terms of the subcontract, FOCC was to
invoice Petro-Canada directly for the in-Canada services
provided with respect to the Terra Nova project. The
subcontract further provided that the amount of these
invoices was to be calculated in accordance with a fixed
formula, which included the prorata share of the total
fixed profit allocated to FMCI in relation to the inCanada services under the provisions of the Terra Nova
Agreement.
[14] Selon ce contrat de sous-traitance, FOCC devait
facturer directement à Petro-Canada les services terrestres
fournis dans le cadre du projet Terra Nova. Le contrat de
sous-traitance prévoyait en outre que le montant de ces
factures serait calculé conformément à une formule fixe
qui incluait la part proportionnelle de FOCC dans le total
des bénéfices fixes attribués à FMCI relativement aux
services terrestres prévus par l’accord Terra Nova.
54
FMC TECHNOLOGIES CO.
v. M.N.R.
[2009] 3 F.C.R.
[15] As had been the case with FOCC, FMCI was not
entitled to assign part of its interests, rights or obligations
under the Terra Nova Agreement to a third party. It was,
however, entitled to assign monies due to it under the
Terra Nova Agreement, subject to receiving the consent
of Petro-Canada.
[15] Pas plus que FOCC, FMCI n’était autorisée à céder
partiellement à un tiers ses intérêts, droits ou obligations
afférents à l’accord Terra Nova. Il lui était cependant
permis de céder des créances afférentes à cet accord,
sous réserve du consentement de Petro-Canada.
[16] Effective January 1, 1999, and with the consent
of Petro-Canada, FMCI assigned a portion of the contractual payments due to FMCI under the Terra Nova
Agreement to FOCC. These payments related to the actual
in-Canada portion of the work performed by FOCC
pursuant to the subcontract between FMCI and FOCC.
At the same time, FMCI relinquished any claim that it
might have against Petro-Canada for the payment of
these separately invoiced amounts, subject only to the
provision that the payments were actually made to
FOCC.
[16] À compter du 1er janvier 1999, FMCI a cédé à
FOCC, avec le consentement de Petro-Canada, une partie
des paiements contractuels qui lui revenaient dans le cadre
de l’accord Terra Nova. Ces paiements se rapportaient à
la partie terrestre des travaux effectués par FOCC en exécution du contrat de sous-traitance qu’elle avait passé
avec FMCI. En même temps, FMCI renonçait à toutes
prétentions qu’elle aurait pu faire valoir contre PetroCanada au titre de ces montants facturés séparément, à la
seule condition qu’ils soient effectivement versés à FOCC.
[17] FOCC then provided in-Canada services in relation
to the Terra Nova project in accordance with the terms of
its subcontract with FMCI, invoicing Petro-Canada the
sum of $886 341.84 in 1999, $3 790 752.60 for 2000,
$8 795 023.10 for 2001 and $5 334 879.61 for 2002. The
total amount invoiced by FOCC over the years in issue
thus came to $18 806 997.15.
[17] FOCC a donc fourni les services terrestres afférents
au projet Terra Nova conformément aux modalités de
son contrat de sous-traitance avec FMCI, et a facturé à ce
titre à Petro-Canada les sommes de 886 341,84 $ en
1999, de 3 790 752,60 $ en 2000, de 8 795 023,10 $ en
2001 et de 5 334 879,61 $ en 2002. Le total des montants
ainsi facturés par FOCC au cours des années en question
s’élevait à 18 806 997,15 $.
[18] On February 12, 2004, the Canada Revenue
Agency issued assessments to Petro-Canada in its capacity
as operator of the Terra Nova project for the 1999-2002
taxation years. Included in these assessments was an
amount payable totaling $2 821 050.33, or 15% of $18
806 997.15.
[18] Le 12 février 2004, l’Agence du revenu du
Canada a établi des cotisations à l’égard de Petro-Canada
en tant qu’exploitante du projet de Terra Nova pour les
années d’imposition 1999 à 2002. Ces cotisations
prévoyaient entre autres l’obligation de payer une
somme de 2 821 050,33 $, soit 15 % du total ci-dessus
de 18 806 997,15 $.
[19] According to the Minister, these amounts had, in
law, been paid to FMCI rather than FOCC for the inCanada services provided under the Terra Nova Agreement. Given that FMCI was not resident in Canada, the
Minister was of the view that Petro-Canada should have
withheld 15% of the payments made with respect to this
work, in accordance with section 105 [as am. by SOR/94686, s. 49(F)] of the Income Tax Regulations [C.R.C., c.
945].
[19] Selon le ministre, ces montants relatifs aux services
terrestres fournis dans le cadre de l’accord Terra Nova
avaient été payés en droit à FMCI plutôt qu’à FOCC.
Comme FMCI n’était pas résidente au Canada, PetroCanada (toujours d’après le ministre) aurait dû retenir
15 % des paiements relatifs à ces travaux, conformément
à l’article 105 [mod. par DORS/94-686, art. 49(F)] du
Règlement de l’impôt sur le revenu [C.R.C., ch. 945].
[20] The relevant portion of section 105 [of the
Regulations] is subsection 105(1), which provides that:
[20] La disposition applicable de l’article 105 du Règlement est son paragraphe (1), libellé comme suit :
[2009] 3 R.C.F.
FMC TECHNOLOGIES CO.
c. M.R.N.
55
105. (1) Every person paying to a non-resident person a fee,
commission or other amount in respect of services rendered
in Canada, of any nature whatever, shall deduct or withhold
15 per cent of such payment.
105. (1) Quiconque verse à une personne non résidente un
honoraire, commission ou autre montant à l’égard de services
rendus au Canada, de quelque nature que ce soit, doit déduire
ou retrancher 15 pour cent de ce versement.
[21] Petro-Canada filed a notice of objection with
respect to these assessments. By notice of confirmation
dated July 10, 2006, the Minister confirmed the section
105 assessments. Petro-Canada did not appeal this decision to the Tax Court, and in February of 2004, PetroCanada paid the Receiver General the assessed amount
of $2 821 050.33, together with interest and penalties,
bringing the entire payment to $3 728 153.
[21] Petro-Canada a déposé un avis d’opposition à ces
cotisations. Par avis de confirmation en date du 10 juillet
2006, le ministre a confirmé les cotisations établies sous
le régime de l’article 105 du Règlement. Petro-Canada n’a
pas fait appel de cette décision devant la Cour de l’impôt
et, en février 2004, a payé au receveur général le montant
de la cotisation de 2 821 050,33 $ majoré des intérêts et
pénalités applicables, soit un total de 3 728 153 $.
[22] It is admitted by the CRA that the amounts paid
by Petro-Canada related to work performed by FOCC in
Canada.
[22] L’ARC reconnaît que les montants payés par PetroCanada se rapportaient à des travaux effectués par FOCC
au Canada.
[23] FOCC subsequently indemnified Petro-Canada
for the $3 728 153 that Petro-Canada had paid to the
Receiver General in accordance with the February 12,
2004 assessments.
[23] FOCC a par la suite indemnisé Petro-Canada du
paiement de 3 728 153 $ qu’elle avait dû faire au receveur
général en conséquence des cotisations du 12 février
2004.
[24] In the meantime, the monies paid by Petro-Canada
to FOCC had been included in FOCC’s income for the
1999-2002 taxation years, and the Part I tax [of the
Incone Tax Act, R.S.C., 1985, c. 1] had been paid by
FOCC on these amounts.
[24] Entre-temps, FOCC avait inclus les sommes que
lui avait payées Petro-Canada dans son revenu pour les
années d’imposition 1999 à 2002 et elle avait payé l’impôt
de la partie I [de la Loi de l’impôt sur le revenu, L.R.C.
(1985), ch. 1] sur ces sommes.
[25] It is FOCC’s position on this application that the
$2 821 050.33 in withholding tax paid by Petro-Canada
should have been paid to the credit of FOCC’s tax
account, as opposed to that of FMCI. Because this was
not done, FOCC has effectively paid $2 821 050.33 in
taxes twice on the same earned income.
[25] FOCC soutient dans la présente espèce que la
somme de 2 821 050,33 $ payée par Petro-Canada au
titre de l’impôt à retenir aurait dû être créditée à son propre
compte fiscal plutôt qu’à celui de FMCI. Parce qu’il n’en
a pas été ainsi, affirme FOCC, elle se trouve avoir payé
en fait des impôts de 2 821 050,33 $ deux fois sur le
même revenu gagné.
[26] In an effort to recoup the monies that it believes
that it is owed, FOCC filed a notice of appeal with the
Tax Court with respect to Petro-Canada’s section 105
assessments. By order dated February 1, 2007, the Tax
Court quashed FOCC’s appeal on the basis that FOCC
was not the taxpayer who had been subject to the assessments in issue, and thus had no standing to challenge
these assessments.
[26] Afin de recouvrer l’argent qu’elle estime lui être
dû, FOCC a déposé devant la Cour de l’impôt un avis
d’appel contre les cotisations établies à l’égard de PetroCanada sous le régime de l’article 105 du Règlement. Par
ordonnance en date du 1er février 2007, la Cour de l’impôt
a rejeté l’appel de FOCC au motif que cette dernière,
n’étant pas le contribuable à l’égard duquel avaient été
établies les cotisations en question, n’avait pas qualité
pour les contester.
56
FMC TECHNOLOGIES CO.
v. M.N.R.
[2009] 3 F.C.R.
[27] On November 23, 2006, FOCC applied to the
Minister under the provisions of subsections 164(1) [as
am. by S.C. 2001, c. 17, s. 156; 2005, c. 19, s. 37] and
164(1.1) [as am. by S.C. 1994, c. 7, Sch. VIII, s. 97] of
the Income Tax Act [the Act] for a refund of its alleged
overpayment of tax for the 1999-2002 taxation years in
the amount of $3 728 153, namely the principal amount
of withholding tax paid, plus the interest and penalties
that had also been paid by Petro-Canada. These provisions
are lengthy, but have been attached as an appendix to this
decision for ease of reference.
[27] Le 23 novembre 2006, FOCC a demandé au ministre, sous le régime des paragraphes 164(1) [mod. par
L.C. 2001, ch. 17, art. 156; 2005, ch. 19, art. 37] et
164(1.1) [mod. par L.C. 1994, ch. 7, ann. VIII, art. 97] de
la Loi de l’impôt sur le revenu [la Loi], le remboursement
du trop-perçu supposé au titre des années d’imposition
1999 à 2002, soit la somme de 3 728 153 $, qui représentait le principal de l’impôt à retenir, majoré des intérêts
et pénalités que Petro-Canada avait aussi payés. Pour la
commodité du lecteur, j’ai joint en annexe ces deux longs
paragraphes.
[28] FOCC argued that by virtue of paragraph 153(1)(g)
[as am. by S.C. 2001, c. 17, s. 151; 2007, c. 35, s. 49] of
the Act, the monies paid in relation to withholding taxes
were paid “on account of the payee’s tax for the year”.
Paragraph 153(1)(g) provides that:
[28] FOCC faisait valoir que les sommes versées en
impôt à retenir avaient été payées « au titre de l’impôt du
bénéficiaire ou du dépositaire pour l’année », aux termes
de l’alinéa 153(1)g) [mod. par L.C. 2001, ch. 17, art.
151; 2007, ch. 35, art. 49] de la Loi. Le passage pertinent
de cet alinéa est libellé comme suit :
153. (1) Every person paying at any time in a taxation year
153. (1) Toute personne qui verse au cours d’une année
d’imposition l’un des montants suivants :
…
(g) fees, commissions or other amounts for services, other
than amounts described in subsection 115(2.3) or 212(5.1)
[…]
g) des honoraires, commissions ou autres sommes pour
services, à l’exception des sommes visées aux paragraphes
115(2.3) ou 212(5.1);
…
[…]
shall deduct or withhold from the payment the amount determined in accordance with prescribed rules and shall, at the
prescribed time, remit that amount to the Receiver General on
account of the payee’s tax for the year under this Part or Part
XI.3, as the case may be, and, where at that prescribed time the
person is a prescribed person, the remittance shall be made to
the account of the Receiver General at a designated financial
institution.
doit en déduire ou en retenir la somme fixée selon les modalités
réglementaires et doit, au moment fixé par règlement, remettre
cette somme au receveur général au titre de l’impôt du bénéficiaire ou du dépositaire pour l’année en vertu de la présente partie ou de la partie XI.3. Toutefois, lorsque la personne est visée
par règlement à ce moment, la somme est versée au compte du
receveur général dans une institution financière désignée.
[29] FOCC submitted that it was the payee in law of
the Petro-Canada payments, and not FMCI. As a result,
FOCC argued that the assessed amounts paid by PetroCanada as withholding tax, interest and penalties were in
fact paid on account of FOCC’s Part I tax for the tax years
in question, and should, therefore, have been credited to
FOCC in the calculation of FOCC’s outstanding tax
balance.
[29] FOCC soutenait que c’était elle, et non FMCI, qui
était le bénéficiaire en droit des paiements de PetroCanada. Il s’ensuivait selon elle que les montants payés
par Petro-Canada en exécution des cotisations d’impôt
à retenir, intérêts et pénalités compris, avaient en fait été
payés au titre de l’impôt de la partie I de FOCC pour les
années d’imposition en question et auraient donc dû lui
être crédités aux fins du calcul de sa dette fiscale.
[30] FOCC further submitted that as it had already paid
all of its taxes payable under Part I of the Income Tax Act
[30] FOCC affirmait en outre que, comme elle avait
déjà payé la totalité de ses impôts payables sous le
[2009] 3 R.C.F.
FMC TECHNOLOGIES CO.
c. M.R.N.
57
in full for the 1999-2002 taxation years, there had been
a double payment of tax on the same earned income. As
a consequence, FOCC contended that it was entitled to
a refund in the amount of $3 728 153.
régime de la partie I de la Loi de l’impôt sur le revenu
pour les années d’imposition 1999 à 2002, elle avait fait
un double paiement d’impôt sur le même revenu gagné.
En conséquence, faisait-elle valoir, elle avait droit à un
remboursement de 3 728 153 $.
The Minister’s Decision
La décision du ministre
[31] By letter dated January 8, 2007, the Minister
refused FOCC’s request for a refund. In the Minister’s
view, FOCC was not the payee of the Petro-Canada
payments in law. According to the Minister, FMCI was
indeed the payee, with the result that the withholding
amounts had properly been assessed on account of
FMCI.
[31] Par lettre en date du 8 janvier 2007, le ministre a
rejeté la demande de remboursement de FOCC. Selon lui,
FOCC n’était pas le bénéficiaire en droit des paiements
de Petro-Canada; ce bénéficiaire était plutôt FMCI, de
sorte que le montant payé au titre de l’impôt à retenir avait
légitimement été crédité au compte fiscal de cette dernière.
[32] The Minister also noted that FMCI had itself
sought a refund of the $2 821 050.33 in withholding tax
paid by Petro-Canada on the basis that it did not have a
permanent establishment in Canada, but that this request
had been refused, as it had been filed beyond the threeyear time period allowed for requests to be made for the
refund of overpayments as provided for in subsection
164(1) of the Income Tax Act.
[32] Le ministre a également noté que FMCI avait ellemême demandé le remboursement des 2 821 050,33 $
payés par Petro-Canada au titre de l’impôt à retenir, au
motif qu’elle n’avait pas d’établissement stable au
Canada, mais que sa demande avait été rejetée, ayant été
déposée hors du délai de trois ans que prévoit le paragraphe 164(1) de la Loi de l’impôt sur le revenu pour les
demandes de remboursement de paiements en trop.
[33] Finally, the Minister observed that FMCI was
considering applying for a remission order in order to
recover the overpayment made with respect to its 19992002 taxation years.
[33] Enfin, le ministre a fait observer que FMCI envisageait de demander un décret de remise d’impôt dans le
but de se faire rembourser le paiement en trop relatif aux
années d’imposition 1999 à 2002.
[34] It is the Minister’s decision refusing FOCC’s
request for a refund that underlies this application for
judicial review.
[34] C’est la décision du ministre portant rejet de la
demande de remboursement de FOCC qui fait l’objet de
la présente demande de contrôle judiciaire.
Issues
Les questions en litige
[35] There are three issues on this application for judicial review. The first is whether this Court has jurisdiction
to entertain FOCC’s application, or whether the matter is
one that is within the exclusive purview of the Tax Court.
[35] Il y a trois questions en litige dans la présente demande de contrôle judiciaire de FOCC. La première est
celle de savoir si la Cour a compétence sur cette demande
ou si, au contraire, elle est du ressort exclusif de la Cour
de l’impôt.
[36] Assuming that this Court does have jurisdiction
to deal with this matter, the second issue that then arises
is the appropriate standard of review to be applied with
respect to the Minister’s decision.
[36] En supposant que la Cour ait effectivement compétence sur la présente affaire, la deuxième question à
trancher est celle de savoir quelle norme de contrôle doit
être appliquée à la décision du ministre.
58
FMC TECHNOLOGIES CO.
v. M.N.R.
[2009] 3 F.C.R.
[37] The final issue for determination is whether the
Minister erred in concluding that FOCC was not entitled
to a refund in the amount of $2 821 050.33 as an overpayment of tax for FOCC’s 1999-2002 taxation years.
[37] La troisième question en litige est celle de savoir si
le ministre a commis une erreur en concluant que FOCC
n’avait pas droit à un remboursement de 2 821 050,33 $
au titre de l’impôt qu’elle aurait payé en trop pour les
années d’imposition 1999 à 2002.
Jurisdiction
La compétence
[38] The Minister submits that this Court does not have
the jurisdiction to grant FOCC the relief that it is seeking
in this case. FOCC has not challenged its own tax assessments for the 1999-2002 taxation years, and thus it
cannot be said that FOCC has overpaid its taxes for these
years.
[38] Le ministre soutient que notre Cour n’a pas compétence pour prononcer la réparation que FOCC demande
dans la présente espèce. FOCC n’a pas contesté les cotisations établies à son propre égard pour les années d’imposition 1999 à 2002, fait-il valoir, de sorte que l’on ne peut
dire qu’elle ait payé des impôts en trop pour ces années.
[39] Moreover, the respondent points out that one
taxpayer cannot challenge another taxpayer’s assessment.
To allow FOCC to claim that an overpayment was made
by Petro-Canada would effectively require that this Court
vacate Petro-Canada’s income tax assessments. Only the
Tax Court has the jurisdiction to hear and determine
appeals from tax assessments pursuant to the Income Tax
Act.
[39] En outre, le ministre fait observer qu’un contribuable donné ne peut contester la cotisation établie à l’égard
d’un autre contribuable. Pour permettre à FOCC de soutenir que Petro-Canada a effectué un paiement en trop,
raisonne-t-il, il faudrait en fait que notre Cour annule les
cotisations fiscales établies à l’égard de Petro-Canada.
Or seule la Cour de l’impôt a compétence sur les recours
contre les cotisations établies sous le régime de la Loi de
l’impôt sur le revenu.
[40] FOCC argues that it is not seeking to challenge
its own tax assessments, as there is no dispute about the
amount of tax that was payable by FOCC for the 19992002 taxation years. This is because FOCC acknowledges
having received the $18 806 997.15 paid to it by PetroCanada for the work that FOCC did in connection with
the Terra Nova project. According to FOCC, the only
matter that is in dispute is how much money had been
paid on account of FOCC’s tax payable for these years.
[40] FOCC fait valoir qu’elle ne cherche pas à contester les cotisations fiscales établies à son propre égard,
puisqu’elle ne met pas en discussion le montant de l’impôt qui a été exigé d’elle pour les années d’imposition
1999 à 2002. En effet, elle reconnaît avoir reçu les
18 806 997,15 $ que Petro-Canada lui a payés en contrepartie des travaux effectués dans le cadre du projet Terra
Nova. Selon FOCC, la seule question en discussion est
celle de savoir quelle somme a été effectivement payée au
titre de l’impôt payable par elle pour ces années.
[41] That is, FOCC says that the question for determination on this application is whether the Minister erred
in failing to recognize that the $2 821 050.33 in withholding tax paid by Petro-Canada should have been credited
to FOCC’s tax account rather than that of FMCI. Even
though the assessments made against Petro-Canada were
based upon the Minister’s finding that the monies paid by
Petro-Canada were paid in law to FMCI, FOCC submits
that it cannot be bound by the reasoning underlying the
assessment of another taxpayer.
[41] Plus précisément, FOCC affirme que la question
à trancher dans la présente espèce est celle de savoir si le
ministre a commis une erreur en ne reconnaissant pas
que la somme de 2 821 050,33 $ payée par Petro-Canada
en impôt à retenir aurait dû être créditée à son propre
compte fiscal plutôt qu’à celui de FMCI. FOCC soutient
que, même si les cotisations établies à l’égard de PetroCanada se fondaient sur la conclusion du ministre comme
quoi les sommes payées par cette dernière société avaient
été versées en droit à FMCI, elle ne peut être liée par le rai-
[2009] 3 R.C.F.
FMC TECHNOLOGIES CO.
c. M.R.N.
59
sonnement sous-jacent aux cotisations établies à l’égard
d’un autre contribuable.
[42] Moreover, FOCC contends that it cannot obtain
the relief that it is seeking from the Tax Court, as it is
not seeking to challenge the amount of tax that has been
assessed as payable by the company. According to
FOCC, only the Federal Court can review the refusal of
the Minister to issue a refund to a taxpayer in circumstances such as this.
[42] FOCC avance en outre qu’elle ne peut obtenir de la
Cour de l’impôt la réparation qu’elle cherche, puisqu’elle
n’essaie pas de contester le montant des cotisations établies à son égard. Selon elle, seule la Cour fédérale peut
contrôler le refus du ministre de rembourser un contribuable dans un cas tel que le présent.
[43] In assessing whether this Court has jurisdiction to
entertain FOCC’s application for judicial review, the
starting point for the Court’s analysis must be section
18.5 [as enacted by S.C. 1990, c. 8, s. 5; 2002, c. 8, s.
28] of the Federal Courts Act [R.S.C., 1985, c. F-7, s. 1
(as am. idem, s. 14)], which provides that:
[43] Le point de départ de l’analyse visant à établir si
notre Cour a compétence sur la présente demande de contrôle judiciaire de FOCC doit être l’article 18.5 [édicté
par L.C. 1990, ch. 8, art. 5; 2002, ch. 8, art. 28] de la Loi
sur les Cours fédérales [L.R.C. (1985), ch. F-7, art. 1
(mod., idem, art. 14)], ainsi libellé :
18.5 Despite sections 18 and 18.1, if an Act of Parliament
expressly provides for an appeal to… the Tax Court of Canada…
from a decision or an order of a federal board, commission or
other tribunal made by or in the course of proceedings before
that board, commission or tribunal, that decision or order is
not, to the extent that it may be so appealed, subject to review
or to be restrained, prohibited, removed, set aside or otherwise
dealt with, except in accordance with that Act.
18.5 Par dérogation aux articles 18 et 18.1, lorsqu’une loi
fédérale prévoit expressément qu’il peut être interjeté appel,
devant […] la Cour canadienne de l’impôt […] d’une décision
ou d’une ordonnance d’un office fédéral, rendue à tout stade
des procédures, cette décision ou cette ordonnance ne peut,
dans la mesure où elle est susceptible d’un tel appel, faire l’objet
de contrôle, de restriction, de prohibition, d’évocation, d’annulation ni d’aucune autre intervention, sauf en conformité avec
cette loi.
[44] As the Supreme Court of Canada has recently
made it clear, this Court must be cautious in assuming
jurisdiction in tax matters, so as not to encroach on the
jurisdiction of the Tax Court.
[44] Comme la Cour suprême du Canada l’a bien fait
comprendre récemment, notre Cour doit faire preuve de
prudence lorsqu’il s’agit de se déclarer compétente en
matière fiscale, de manière à ne pas empiéter sur le
ressort de la Cour de l’impôt.
[45] That is, in Canada v. Addison & Leyen Ltd.,
[2007] 2 S.C.R. 793, the Supreme Court stated at
paragraph 11 that:
[45] On peut en effet lire l’avertissement suivant au
paragraphe 11 de l’arrêt Canada c. Addison & Leyen Ltd.,
[2007] 2 R.C.S. 793 :
Reviewing courts should be very cautious in authorizing
judicial review in such circumstances. The integrity and efficacy
of the system of tax assessments and appeals should be preserved. Parliament has set up a complex structure to deal with
a multitude of tax-related claims and this structure relies on an
independent and specialized court, the Tax Court of Canada.
Judicial review should not be used to develop a new form of
incidental litigation designed to circumvent the system of tax
appeals established by Parliament and the jurisdiction of the
Tax Court. Judicial review should remain a remedy of last
resort in this context.
Dans de telles circonstances, les tribunaux de révision ne
doivent ouvrir la voie aux recours en contrôle judiciaire qu’avec
beaucoup de circonspection. Il y a lieu de protéger l’intégrité
et l’efficacité du système de cotisation et d’appel en matière
fiscale. Le Parlement a édifié une structure complexe pour
assurer le traitement d’une multitude de revendications se
rapportant au fisc, et cette structure s’appuie sur un tribunal
spécialisé et indépendant, la Cour canadienne de l’impôt. On ne
saurait permettre que le contrôle judiciaire serve à créer une
nouvelle forme de procédure connexe destinée à contourner le
système d’appel établi par le Parlement en matière fiscale ainsi
que la compétence de la Cour de l’impôt. Dans ce contexte, le
contrôle judiciaire devrait demeurer un recours de dernier
ressort.
60
FMC TECHNOLOGIES CO.
v. M.N.R.
[2009] 3 F.C.R.
[46] In determining whether this application for
judicial review is properly before this Court, or whether
it represents an attempt to encroach on or circumvent the
jurisdiction of the Tax Court, it is necessary to identify
the fundamental basis for the application.
[46] Pour établir si notre Cour est valablement saisie de
la présente demande de contrôle judiciaire ou si au contraire celle-ci constitue une tentative d’empiètement sur
la compétence de la Cour de l’impôt ou de contournement
de cette compétence, il se révèle nécessaire de définir le
fondement de ladite demande.
[47] This application for judicial review is styled as a
review of the Minister’s refusal to refund an overpayment
of tax allegedly owing to FOCC.
[47] La présente demande de contrôle judiciaire se
donne comme ayant pour objet le refus du ministre de
rembourser à FOCC un trop-perçu d’impôt qu’il lui
devrait.
[48] As was noted above, it is FOCC’s position it has
overpaid its taxes as the $2 821 050.33 in withholding
tax paid by Petro-Canada should have been credited to
FOCC’s tax account rather than that of FMCI.
[48] Comme on l’a vu plus haut, FOCC soutient avoir
fait un paiement en trop au fisc au motif que la somme
de 2 821 050,33 $ payée par Petro-Canada en impôt à
retenir aurait dû être créditée à son compte plutôt qu’à
celui de FMCI.
[49] The payment of the $2 821 050.33 in withholding
tax, together with interest and penalties, was paid by
Petro-Canada as a result of the assessments of PetroCanada which held that 15% of the monies paid to FMCI
under the provisions of the Terra Nova Agreement should
have been withheld and remitted by Petro-Canada in
accordance with section 105 [of the Regulations], because
FMCI was a non-resident company.
[49] Petro-Canada a payé au titre de l’impôt à retenir
cette somme de 2 821 050,33 $, majorée des intérêts et
pénalités applicables, en exécution des cotisations établies
à son égard selon lesquelles elle aurait dû, par application
de l’article 105 du Règlement, déduire et remettre au
receveur général 15 % des paiements faits à FMCI dans
le cadre de l’accord Terra Nova, cette dernière étant une
société non résidente.
[50] I agree with the respondent that when all is said
and done, what FOCC is essentially trying to do indirectly
through this application for judicial review is to challenge
the withholding tax assessment levied against PetroCanada. Indeed, FOCC appears to have understood that
this is the case, as is evidenced by the company’s abortive
attempt to appeal Petro-Canada’s tax assessments to the
Tax Court.
[50] Je pense comme la défenderesse que, en dernière
analyse, ce que FOCC essaie fondamentalement de faire
d’une manière indirecte par le moyen de la présente demande de contrôle judiciaire est de contester la cotisation
d’impôt à retenir établie à l’égard de Petro-Canada.
FOCC paraît en fait comprendre elle-même la chose
ainsi, comme en témoigne le recours infructueux qu’elle
a exercé devant la Cour de l’impôt contre les cotisations
de Petro-Canada.
[51] Leaving aside the question of whether one taxpayer
may challenge the assessment of another taxpayer, what
is clear is that this Court does not have the jurisdiction to
review tax assessments. Such reviews are within the
exclusive purview of the Tax Court.
[51] Indépendamment du point de savoir s’il est permis
à un contribuable donné de contester la cotisation établie
à l’égard d’un autre, il ne fait aucun doute que notre Cour
n’a pas compétence pour examiner les cotisations fiscales.
L’examen de ces cotisations est du ressort exclusif de la
Cour de l’impôt.
[52] This finding is sufficient to dispose of this application. Nevertheless, I will deal briefly with the other
issues raised by FOCC, in the event that a reviewing
[52] Cette conclusion suffit pour se prononcer sur la
présente demande. Cependant, je traiterai brièvement les
autres questions mises en litige par FOCC, pour le cas où
[2009] 3 R.C.F.
FMC TECHNOLOGIES CO.
c. M.R.N.
61
Court may disagree with my jurisdictional finding.
une cour de révision ne souscrirait pas à ma conclusion
sur la compétence.
Standard of Review
La norme de contrôle
[53] If this Court were found to have jurisdiction to
entertain this application for judicial review, then the
issue to be determined is whether the Minister erred in
finding that FOCC had not made an overpayment of tax
that would necessitate the payment of a refund. This is a
question of mixed fact and law, requiring as it does an
assessment of the factual circumstances giving rise to the
request for a refund, as well as the legal effects of the
various contractual arrangements between the parties.
[53] Si notre Cour était déclarée compétente sur la présente demande de contrôle judiciaire, la question à décider
serait celle de savoir si le ministre a commis une erreur
en concluant que FOCC n’a pas fait au fisc un paiement
en trop qui nécessiterait un remboursement. C’est là une
question mixte de fait et de droit, puisqu’elle commande
l’examen à la fois des faits ayant donné lieu à la demande
de remboursement et des effets juridiques des divers
arrangements contractuels liant les parties.
[54] Taking the various factors relevant to the standard
of review analysis, and, in particular, the nature of the
question and the Minister’s expertise in matters relating
to taxation, I am of the view that the Minister’s decision
should be reviewed against the standard of reasonableness.
[54] Compte tenu des divers facteurs pertinents pour
la détermination de la norme de contrôle applicable, en
particulier de la nature de la question et de l’expertise du
ministre en matière fiscale, je suis d’avis qu’il conviendrait de contrôler la décision de ce dernier selon la norme
de la décision raisonnable.
[55] In reviewing a decision against the reasonableness
standard, a reviewing court must consider the justification,
transparency and intelligibility of the decision-making
process. The court must also consider whether the decision falls within a range of possible, acceptable outcomes
which are defensible in respect of the facts and law:
Dunsmuir v. New Brunswick, [2008] 1 S.C.R. 190, at
paragraph 47.
[55] La cour de révision qui applique la norme de la
décision raisonnable doit prendre en considération la justification de la décision en cause, ainsi que la transparence
et l’intelligibilité du processus décisionnel. Elle doit en
outre se demander si la décision contrôlée compte parmi
les issues possibles acceptables pouvant se justifier au
regard des faits et du droit. Voir le paragraphe 47 de
Dunsmuir c. Nouveau-Brunswick, [2008] 1 R.C.S. 190.
[56] That said, the choice of the standard of review in
this case is not determinative of the outcome of the case,
as I am satisfied that the Minister’s decision was the
correct one.
[56] Cela dit, le choix de la norme de contrôle n’a pas
dans la présente espèce d’effet déterminant sur son issue,
puisque je suis convaincue que la décision du ministre
était correcte.
Did FOCC Overpay its Taxes for the 1999-2002 Taxation
Years?
FOCC a-t-elle payé des impôts en trop pour les années
d’imposition 1999 à 2002?
[57] As a preliminary matter, it should be observed that
although FOCC contended in its submissions to the
Minister that it was entitled to a refund in the amount of
$3 728 153, in its submissions to this Court, FOCC asks
that the matter be referred back for a new decision on the
basis that it is entitled to a refund of Part I taxes in the
amount of $2 821 050.33.
[57] Il convient d’abord de préciser que, si FOCC
soutenait dans les observations présentées au ministre
qu’elle avait droit à un remboursement de 3 728 153 $,
elle demande dans les observations présentées devant
notre Cour que l’affaire soit renvoyée au ministre pour une
nouvelle décision au motif qu’elle a droit à un remboursement d’impôt de la partie I s’élevant à 2 821 050,33 $.
62
FMC TECHNOLOGIES CO.
v. M.N.R.
[2009] 3 F.C.R.
[58] That is, it does not appear that at this stage, FOCC
is seeking credit for the penalties and interest paid by
Petro-Canada.
[58] Il semble donc que FOCC ne demande pas à la
présente étape de faire créditer à son compte fiscal les
pénalités et intérêts payés par Petro-Canada.
[59] In a nutshell, FOCC says that as a result of the
assignment of revenues entered into by FMCI and FOCC
with respect to the revenues associated with the inCanada portion of the work performed in relation to the
Terra Nova Agreement, FOCC became the legal payee
of the monies paid by Petro-Canada in this regard. As a
consequence, the monies remitted by Petro-Canada as a
result of the section 105 assessments for the 1999-2002
taxation years should have been credited to FOCC’s tax
account, and not that of FMCI.
[59] En résumé, FOCC soutient que, par suite de l’accord de cession de revenus conclu par elle avec FMCI
relativement à l’élément terrestre des travaux exécutés
dans le cadre de l’accord Terra Nova, elle est devenue le
bénéficiaire en droit des sommes payées par Petro-Canada
à cet égard. Par conséquent, les sommes que PetroCanada a payées en exécution des cotisations établies
sous le régime de l’article 105 du Règlement pour les
années d’imposition 1999 à 2002 auraient dû être créditées au compte fiscal de FOCC et non à celui de FMCI.
[60] I do not agree.
[60] Je ne puis souscrire à ces prétentions.
[61] First of all, FOCC has not challenged the tax
assessments levied against it for the 1999-2002 taxation
years. These assessments are thus final and conclusive
as to the amount of tax that was payable by FOCC, as
well as the computation of the refund owing as a nil
amount: see subsection 152(8) of the Income Tax Act.
[61] Premièrement, FOCC n’a pas contesté les cotisations fiscales établies à son propre égard pour les années
d’imposition 1999 à 2002. Ces cotisations sont donc
définitives pour ce qui concerne aussi bien le montant
d’impôts alors payable par FOCC que le calcul établissant
à zéro le remboursement dû; voir le paragraphe 152(8) de
la Loi de l’impôt sur le revenu.
[62] I accept the fact that the notices of confirmation
issued by the Minister with respect to Petro-Canada held
that FMCI was the payee of the payments made by PetroCanada for the in-Canada work is not determinative of
the issue as it relates to FOCC. This is because FOCC
cannot be bound by the Minister’s reasoning as it relates
to a different taxpayer: see, for example, Gaucher v.
Canada, [2001] 1 C.T.C. 125 (F.C.A.), at paragraphs 6 to
9.
[62] Je reconnais que le fait que les avis de confirmation émis par le ministre relativement à Petro-Canada
portent que FMCI était le bénéficiaire des paiements faits
par Petro-Canada au titre des travaux terrestres ne décide
pas la question pour ce qui concerne FOCC. En effet,
FOCC ne peut être liée par ce raisonnement du ministre,
puisqu’il se rapporte à un autre contribuable; voir par
exemple les paragraphes 6 à 9 de Gaucher c. Canada,
[2000] A.C.F. no 1869 (C.A.) (QL).
[63] That said, having examined the issue for myself,
I am not persuaded that FOCC was the legal payee of the
payments made by Petro-Canada, such that it should
receive credit for the monies withheld by Petro-Canada.
Indeed, I am of the view that the Minister was correct in
finding that FMCI was the payee of the monies in issue.
[63] Cela dit, l’examen que j’ai moi-même effectué de
la question ne me convainc pas que FOCC ait été le bénéficiaire en droit des paiements faits par Petro-Canada, de
sorte que les sommes retenues par cette dernière devraient
être créditées à son compte fiscal. En fait, je suis d’avis
que le ministre a eu raison de conclure que FMCI était le
bénéficiaire des sommes en question.
[64] The owners’ contractual obligations with respect
to the work to be done in relation to the Terra Nova
project—both in Canada and outside of Canada—were
with FMCI, and not FOCC.
[64] Les obligations contractuelles des propriétaires
touchant les travaux à effectuer dans le cadre du projet
Terra Nova — aussi bien sur le territoire terrestre du
Canada qu’à l’extérieur de ce territoire — les liaient
envers FMCI et non FOCC.
[2009] 3 R.C.F.
FMC TECHNOLOGIES CO.
c. M.R.N.
63
[65] The fact that FMCI may have entered into a
subcontract with FOCC, and may also have assigned a
portion of the contractual payments due to FMCI to
FOCC (representing the value of the in-Canada portion
of the work provided by FOCC), does not change the fact
that it was FMCI that was the payee under the Terra
Nova Agreement, and not FOCC.
[65] Que FMCI ait passé un contrat de sous-traitance
avec FOCC et lui ait en outre cédé une partie des paiements contractuels qui lui revenaient (au titre de la valeur
des travaux effectués par FOCC sur le territoire terrestre)
ne change rien au fait que FMCI, et non FOCC, était le
bénéficiaire dans le cadre de l’accord Terra Nova.
[66] Indeed, the Terra Nova Agreement specifically
prohibited FMCI from assigning any of its rights, interests
or obligations to a third party such as FOCC. While the
Terra Nova Agreement did authorize FMCI to assign
monies due to it under the Agreement, the assignment of
revenues to FOCC by FMCI did not create any contractual
rights or obligations as between FOCC and Petro-Canada.
[66] En fait, l’accord Terra Nova interdisait explicitement à FMCI de céder quelque partie que ce soit de ses
droits, intérêts ou obligations à un tiers tel que FOCC. S’il
est vrai que l’accord Terra Nova autorisait FMCI à céder
des créances constituées en vertu de ses clauses, la cession de revenus opérée par FMCI en faveur de FOCC n’a
pas créé d’obligations ni de droits contractuels entre cette
dernière et Petro-Canada.
[67] It is noteworthy that under the provisions of the
assignment of revenues, FMCI specifically reserved its
right to sue Petro-Canada in the event that Petro-Canada
did not pay FOCC. This was necessary, as FOCC would
not have had any contractual remedies against PetroCanada, in the event that its invoices were not paid.
Indeed, in the absence of any contractual relationship
between FOCC and Petro-Canada, FOCC’s remedies for
non-payment would have been against FMCI under the
terms of the subcontract between FMCI and FOCC, and
not against Petro-Canada.
[67] Il est intéressant de noter que, dans l’accord de
cession de revenus, FMCI s’est explicitement réservé le
droit de poursuivre Petro-Canada dans le cas où elle ne
paierait pas FOCC. Cette clause était nécessaire, puisque
FOCC n’aurait eu autrement aucun recours contractuel
contre Petro-Canada si celle-ci n’avait pas payé ses factures. Dans les faits, en l’absence de tout lien contractuel
entre Petro-Canada et FOCC, celle-ci ne pouvait exercer
de recours pour non-paiement que contre FMCI — en
invoquant les stipulations du contrat de sous-traitance
qui la liait à cette dernière — et n’en avait aucun contre
Petro-Canada.
[68] As a consequence, it is clear that the legal payee
of the monies disbursed by Petro-Canada with respect to
the in-Canada portion of the work performed on the
Terra Nova project in the course of the 1999-2002 taxation years was FMCI. Given that FMCI was admittedly
a non-resident company, section 105 [of the Regulations]
obligated Petro-Canada to withhold 15% of the monies
paid to FMCI, and to remit them to the taxation authorities, to the credit of FMCI’s account.
[68] Il ressort à l’évidence de ce qui précède que FMCI
était bel et bien le bénéficiaire en droit des sommes
décaissées durant les années d’imposition 1999 à 2002
par Petro-Canada en paiement des travaux exécutés sur
le territoire terrestre du Canada dans le cadre du projet
Terra Nova. Étant donné que FMCI était de l’aveu
général une société non résidente, l’article 105 du Règlement obligeait Petro-Canada à déduire 15 % des sommes
payées à l’entreprise suisse et à les remettre au fisc, au
crédit du compte de cette dernière.
[69] As a result, there has been no overpayment of tax
by FOCC.
[69] Il s’ensuit que FOCC n’a pas payé d’impôts en
trop.
[70] It may be that FMCI has overpaid its Canadian
taxes, given that it appears that all of the monies received
by FMCI in relation to the Terra Nova project may have
[70] Il se peut que FMCI ait payé en trop des impôts
canadiens, puisqu’il apparaît que la totalité des sommes
qu’elle a reçues relativement au projet Terra Nova pour-
64
FMC TECHNOLOGIES CO.
v. M.N.R.
[2009] 3 F.C.R.
been expensed out to FOCC. However, it is only the nonresident company that can seek a refund of the withholding tax paid by Petro-Canada: see Sentinel Hill No.
29 Limited Partnership v. Canada (Attorney General)
(2008), 89 O.R. (3d) 30 (C.A.), at paragraph 10.
rait avoir été imputée aux résultats de FOCC. Cependant,
seule la société non résidente peut demander un remboursement de la somme payée par Petro-Canada au titre
de l’impôt à retenir; voir le paragraphe 10 de Sentinel
Hill No. 29 Limited Partnership v. Canada (Attorney
General) (2008), 89 O.R. (3d) 30 (C.A.).
[71] That is, it would have been open to FMCI to seek
a return of the amounts withheld by Petro-Canada by
filing Canadian income tax returns reflecting the monies
received from Petro-Canada and deducting the amounts
paid to FOCC. FMCI’s failure to do so in a timely manner
does not create a right on the part of FOCC to recoup the
monies that may be owing to FMCI through the refund
process.
[71] En effet, il aurait été loisible à FMCI de demander
le remboursement de l’impôt retenu par Petro-Canada en
produisant des déclarations canadiennes d’impôt sur le
revenu où elle aurait fait état des sommes reçues de
Petro-Canada et déduit les sommes payées à FOCC. Le
fait que FMCI n’ait pas tiré parti de cette possibilité
quand il en était encore temps ne donne pas à FOCC le
droit de récupérer au moyen de la procédure de remboursement l’argent que le fisc pourrait devoir à sa société
mère.
[72] At the end of the day, it appears that the source of
FOCC’s difficulties is not the Canada Revenue Agency
or the Minister of National Revenue. The fact that FOCC
may have paid out the sum of $2 821 050.33 twice in
relation to the same earned income does not result from
an overpayment of taxes made by FOCC. Rather it results
from FOCC’s decision to indemnify Petro-Canada for
the $3 728 153 in taxes, penalties and interest that it paid
in relation to the withholding tax that the Minister claimed
was owing in relation to the payments made by PetroCanada for the work done in accordance with the Terra
Nova Agreement.
[72] En fin de compte, il apparaît que la source des
difficultés de FOCC n’est pas l’Agence du revenu du
Canada ni le ministre du Revenu national. Le fait que
FOCC puisse avoir payé deux fois au fisc la somme de
2 821 050,33 $ sur le même revenu gagné n’est pas
attribuable à un paiement en trop d’impôts de sa part,
mais plutôt à sa décision d’indemniser Petro-Canada du
versement de 3 728 153 $ au titre de l’impôt à retenir,
pénalités et intérêts compris, montant dont le ministre
estimait cette dernière redevable au fisc relativement à
la rémunération des travaux effectués dans le cadre de
l’accord Terra Nova.
Conclusion
Conclusion
[73] For these reasons, FOCC has not persuaded me
that the Minister erred in rejecting its request for a
refund, and the application for judicial review will be
dismissed, with costs.
[73] Pour ces motifs, FOCC ne m’a pas convaincue
que le ministre a commis une erreur en rejetant sa demande de remboursement, et la présente demande de
contrôle judiciaire sera rejetée, avec dépens.
JUDGMENT
JUGEMENT
THIS COURT ORDERS AND ADJUDGES that this
application for judicial review is dismissed, with costs.
LA COUR STATUE que la présente demande de contrôle judiciaire est rejetée, avec dépens.
[2009] 3 R.C.F.
FMC TECHNOLOGIES CO.
65
c. M.R.N.
APPENDIX
ANNEXE
164. (1) If the return of a taxpayer’s income for a taxation
year has been made within 3 years from the end of the year,
the Minister
164. (1) Si la déclaration de revenu d’un contribuable pour
une année d’imposition est produite dans les trois ans suivant
la fin de l’année, le ministre :
(a) may,
a) peut faire ce qui suit :
(i) before mailing the notice of assessment for the year,
where the taxpayer is, for any purpose of the definition
“refundable investment tax credit” (as defined in subsection 127.1(2)), a qualifying corporation (as defined in
that subsection) and claims in its return of income for the
year to have paid an amount on account of its tax payable
under this Part for the year because of subsection 127.1(1)
in respect of its refundable investment tax credit (as
defined in subsection 127.1(2)), refund all or part of any
amount claimed in the return as an overpayment for the
year, not exceeding the amount by which the total determined under paragraph (f) of the definition “refundable
investment tax credit” in subsection 127.1(2) in respect of
the taxpayer for the year exceeds the total determined
under paragraph (g) of that definition in respect of the
taxpayer for the year,
(i) avant de poster l’avis de cotisation pour l’année — si
le contribuable est, pour l’application de la définition de
« crédit d’impôt à l’investissement remboursable » au
paragraphe 127.1(2), une société admissible au sens de ce
paragraphe qui, dans sa déclaration de revenu pour l’année,
déclare avoir payé un montant au titre de son impôt payable en vertu de la présente partie pour l’année par l’effet
du paragraphe 127.1(1) et relativement à son crédit d’impôt
à l’investissement remboursable au sens du paragraphe
127.1(2) — rembourser tout ou partie du montant demandé dans la déclaration à titre de paiement en trop pour
l’année, jusqu’à concurrence de l’excédent du total visé à
l’alinéa c) de la définition de « crédit d’impôt à l’investissement remboursable » au paragraphe 127.1(2) sur le total
visé à l’alinéa d) de cette définition, quant au contribuable
pour l’année,
(ii) before mailing the notice of assessment for the year,
where the taxpayer is a qualified corporation (as defined
in subsection 125.4(1)) or an eligible production corporation (as defined in subsection 125.5(1)) and an amount is
deemed under subsection 125.4(3) or 125.5(3) to have
been paid on account of its tax payable under this Part for
the year, refund all or part of any amount claimed in the
return as an overpayment for the year, not exceeding the
total of those amounts so deemed to have been paid, and
(ii) avant de poster l’avis de cotisation pour l’année — si
le contribuable est une société admissible, au sens du
paragraphe 125.4(1), ou une société de production admissible, au sens du paragraphe 125.5(1) et si un montant est
réputé par les paragraphes 125.4(3) ou 125.5(3) avoir été
payé au titre de son impôt payable en vertu de la présente
partie pour l’année — rembourser tout ou partie du montant
demandé dans la déclaration à titre de paiement en trop
pour l’année, jusqu’à concurrence du total des montants
ainsi réputés avoir été payés,
(iii) on or after mailing the notice of assessment for the
year, refund any overpayment for the year, to the extent
that the overpayment was not refunded pursuant to subparagraph (i) or (ii); and
(iii) lors de la mise à la poste de l’avis de cotisation pour
l’année ou par la suite, rembourser tout paiement en trop
pour l’année, dans la mesure où ce paiement n’est pas
remboursé en application des sous-alinéas (i) ou (ii);
(b) shall, with all due dispatch, make the refund referred to
in subparagraph (a)(iii) after mailing the notice of assessment
if application for it is made in writing by the taxpayer within
the period within which the Minister would be allowed under
subsection 152(4) to assess tax payable under this Part by
the taxpayer for the year if that subsection were read without
reference to paragraph 152(4)(a).
b) doit effectuer le remboursement visé au sous-alinéa a)(iii)
avec diligence après avoir posté l’avis de cotisation, si le
contribuable en fait la demande par écrit au cours de la période pendant laquelle le ministre pourrait établir, aux termes
du paragraphe 152(4), une cotisation concernant l’impôt
payable en vertu de la présente partie par le contribuable
pour l’année s’il n’était pas tenu compte de l’alinéa 152(4)a).
(1.1) Subject to subsection (1.2), where a taxpayer
(a) has under section 165 served a notice of objection to an
assessment and the Minister has not within 120 days after
(1.1) Sous réserve du paragraphe (1.2), lorsqu’un contribuable demande au ministre, par écrit, un remboursement ou la
remise d’une garantie, alors qu’il a :
a) soit signifié, conformément à l’article 165, un avis d’opposition à une cotisation, si le ministre, dans les 120 jours
66
FMC TECHNOLOGIES CO.
v. M.N.R.
[2009] 3 F.C.R.
the day of service confirmed or varied the assessment or
made a reassessment in respect thereof, or
suivant la date de signification, n’a pas confirmé ou modifié
la cotisation ni établi une nouvelle cotisation à cet égard;
(b) has appealed from an assessment to the Tax Court of
Canada,
b) soit appelé d’une cotisation devant la Cour canadienne de
l’impôt,
and has applied in writing to the Minister for a payment or
surrender of security, the Minister shall, where no authorization
has been granted under subsection 225.2(2) in respect of the
amount assessed, with all due dispatch repay all amounts paid
on account of that amount or surrender security accepted
therefor to the extent that
le ministre, si aucune autorisation n’a été accordée en application du paragraphe 225.2(2) à l’égard du montant de la
cotisation, avec diligence, rembourse les sommes versées sur ce
montant ou remet la garantie acceptée pour ce montant, jusqu’à
concurrence de l’excédent du montant visé à l’alinéa c) sur le
montant visé à l’alinéa d) :
(c) the lesser of
c) le moins élevé des montants suivants :
(i) the total of the amounts so paid and the value of the
security, and(ii) the amount so assessed exceeds(d) the
total of (i) the amount, if any, so assessed that is not in
controversy, and
(i) le total des sommes ainsi versées et de la valeur de la
garantie,
(ii) where the taxpayer is a large corporation (within the
meaning assigned by subsection 225.1(8)), 1/2 of the
amount so assessed that is in controversy.
(ii) le montant de cette cotisation;
(d) the total of
d) le total des montants suivants :
(i) the amount, if any, so assessed that is not in controversy, and
(i) la partie du montant de cette cotisation qui n’est pas
en litige,
(ii) where the taxpayer is a large corporation (within the
meaning assigned by subsection 225.1(8)), 1/2 of the
amount so assessed that is in controversy.
(ii) si le contribuable est une grande société, au sens du
paragraphe 225.1(8), la moitié de la partie du montant de
cette cotisation qui est en litige.
[2009] 3 R.C.F.
JOHNSON
67
c. BELL CANADA
T-1385-07
2008 FC 1086
T-1385-07
2008 CF 1086
Donald Peter Johnson (Applicant)
Donald Peter Johnson (demandeur)
v.
c.
Bell Canada (Respondent)
Bell Canada (défenderesse)
INDEXED AS: JOHNSON V. BELL CANADA (F.C.)
RÉPERTORIÉ : JOHNSON C. BELL CANADA (C.F.)
Federal Court, Zinn J.—Halifax, August 21; Ottawa,
September 26, 2008.
Cour fédérale, juge Zinn—Halifax, 21 août; Ottawa,
26 septembre 2008.
Privacy — Personal Information Protection and Electronic
Documents Act (PIPEDA) — Judicial review of Privacy
Commissioner’s conclusion respondent employer having met
obligation under PIPEDA to disclose personal information in
response to applicant employee’s request for access to e-mail
messages relating to him — Personal e-mails not collected by
respondent in connection with operation of federal work,
undertaking or business within meaning of PIPEDA, s. 4(1)(b)
— Exemption from application of PIPEDA in PIPEDA, s.
4(2)(b), available to exclude personal information collected,
used or disclosed by individual solely for personal or domestic
purposes, not forfeit simply because individual using
equipment available by virtue of employment or position —
Organization receiving broad request for access having two
options: ask party making request to be more specific, conduct
reasonable search of information reasonably expected to be
responsive to request — Respondent’s search meeting
obligations under PIPEDA — Also no evidence respondent not
abiding by PIPEDA, s. 8(8), which requires organization retain
information responsive to request discovered in search until
person making request exhausting all avenues of appeal —
Application dismissed.
Protection des renseignements personnels — Loi sur la
protection des renseignements personnels et les documents
électroniques (la LPRPDE) — Contrôle judiciaire de la conclusion du commissaire à la protection de la vie privée portant
que l’employeur défendeur s’était acquitté de son obligation
issue de la LPRPDE de divulguer des renseignements personnels
en réponse à la demande d’accès de l’employé demandeur aux
messages électroniques le concernant — Les courriels personnels
n’ont pas été recueillis par la défenderesse dans le cadre d’une
entreprise fédérale au sens de l’art. 4(1)b) de la LPRPDE — La
dispense de l’application de la LPRPDE prévue à l’art. 4(2)b)
de la LPRPDE peut être invoquée pour exclure les renseignements personnels qu’un particulier recueille, utilise ou communique exclusivement à des fins personnelles ou domestiques,
et cette dispense ne peut être écartée du simple fait que
l’équipement dont l’intéressé s’est servi, il y avait accès en
raison de son emploi ou de son poste — L’organisation qui
reçoit une demande d’accès large dispose de deux possibilités :
elle peut soit demander à l’auteur de la demande s’il peut
cibler celle-ci davantage, soit procéder à une recherche raisonnable de renseignements de laquelle elle peut attendre raisonnablement une réponse à la demande d’accès — La défenderesse a effectué une recherche qui lui a permis de s’acquitter
des obligations issues de la LPRPDE — Aucune preuve ne
laissait croire que la défenderesse n’observait pas l’art. 8(8) de
la LPRPDE, qui impose à une organisation l’obligation de
conserver les renseignements pouvant s’avérer pertinents pour
donner suite à la demande le temps nécessaire pour que l’auteur
de celle-ci ait épuisé ses voies d’appel — Demande rejetée.
This was an application for judicial review of the Privacy
Commissioner’s conclusion that the respondent employer had
met its obligation under the Personal Information Protection
and Electronic Documents Act (PIPEDA) to disclose personal
information in response to the applicant employee’s request for
access to e-mail messages relating to him, sent or received by
his co-workers, and which were stored on the respondent‘s
computers, servers and computer storage devices.
Il s’agissait d’une demande de contrôle judiciaire de la
conclusion du commissaire à la protection de la vie privée
portant que l’employeur défendeur s’était acquitté de son
obligation issue de la Loi sur la protection des renseignements
personnels et les documents électroniques (la LPRPDE) de
divulguer des renseignements personnels en réponse à la
demande d’accès de l’employé demandeur aux messages électroniques le concernant envoyés ou reçus par des collègues et
68
JOHNSON
v. BELL CANADA
[2009] 3 F.C.R.
qui étaient stockés dans les ordinateurs, serveurs et dispositifs
de stockage de la défenderesse.
The main issues were whether, in response to the applicant’s
access request: (1) personal e-mails were subject to PIPEDA
and disclosure by the respondent; (2) the respondent conducted
a search that met its obligations under PIPEDA; and (3) the
respondent failed to preserve personal information that would
have been responsive to the access request, in breach of
subsection 8(8) of PIPEDA.
Held, the application should be dismissed.
Les questions principales que la Cour devait trancher en
réponse à la demande d’accès du demandeur étaient celles de
savoir si : 1) les courriels personnels étaient assujettis à la
LPRPDE et devaient être communiqués par la défenderesse;
2) la défenderesse avait effectué une recherche qui lui a permis
de s’acquitter des obligations issues de la LPRPDE; et 3) la
défenderesse avait omis, en violation du paragraphe 8(8) de la
LPRPDE, de conserver des renseignements personnels qui
auraient été pertinents aux fins de la demande d’accès.
Jugement : la demande doit être rejetée.
(1) E-mail messages concerning a person constitute personal
information of that person under PIPEDA. However, the personal e-mails at issue herein were not collected by the respondent
in connection with the operation of a federal work, undertaking
or business within the meaning of paragraph 4(1)(b) of PIPEDA.
They were the bycatch of the commercially valuable information
that was being handled by the respondent. There was no
business purpose for the information with respect to personal
e-mails.
1) Les courriels concernant une personne constituent à son
égard des renseignements personnels au sens de la LPRPDE.
Cependant, les courriels personnels en cause en l’espèce n’ont
pas été recueillis par la défenderesse dans le cadre d’une
entreprise fédérale au sens de l’alinéa 4(1)b) de la LPRPDE. Il
s’agissait de captures accessoires de renseignements utiles au
plan commercial qui étaient traités par la défenderesse. S’agissant de courriels personnels, les renseignements ne servaient
pas une fin d’entreprise.
The exemption from the application of PIPEDA in paragraph
4(2)(b) of PIPEDA is available to exclude personal information
that an individual collects, uses or discloses solely for personal
or domestic purposes, and this exemption is not forfeit simply
because the individual uses equipment available by virtue of
his or her employment or position. While there may conceivably
be instances when the paragraph 4(2)(b) protection will be lost,
there was no evidence that such exceptional circumstances
existed here.
La dispense prévue à l’alinéa 4(2)b) de la LPRPDE peut être
invoquée pour exclure les renseignements personnels qu’un
particulier recueille, utilise ou communique exclusivement à
des fins personnelles ou domestiques, et cette dispense ne peut
être écartée du simple fait que l’équipement dont l’intéressé
s’est servi, il y avait accès en raison de son emploi ou de son
poste. Bien qu’on puisse concevoir des situations où la protection offerte par l’alinéa 4(2)b) ne sera pas disponible, aucune
preuve ne faisait état de l’existence de circonstances exceptionnelles en l’espèce.
(2) The organization receiving a broad request such as that
made by the applicant has two options open to it: it can inquire
of the party making the request if he can be more specific as to
the information he is requesting, in which case the requesting
party does have an obligation to cooperate in defining his
request, or it can conduct a reasonable search of information
that it can reasonably expect to be responsive to the request.
Where that latter course is chosen, as in this case, absent further
evidence, one need not assume that there is any reason to
conduct a search for messages that fall outside the scope of
those which the organization reasonably believes that it would
collect, use and disclose in the course of its business operations
within the meaning of paragraph 4(1)(b) of PIPEDA. An
organization, when searching for information in response to a
request stated as broadly as the applicant’s request, is not
required to assume that information otherwise exempt from
PIPEDA by virtue of paragraph 4(2)(b) may have lost that
status. The respondent thus conducted a search that met its
obligations under PIPEDA.
2) L’organisation qui reçoit une demande d’accès aussi large
que celle présentée par le demandeur dispose de deux
possibilités : elle peut soit demander à l’auteur de la demande
s’il peut cibler celle-ci davantage, auquel cas cet auteur a
l’obligation de coopérer en vue de délimiter sa demande, soit
procéder à une recherche raisonnable de renseignements de
laquelle elle peut attendre raisonnablement une réponse à la
demande d’accès. Lorsqu’une organisation choisit cette dernière
voie, comme c’est le cas en l’espèce, elle n’a pas à présumer, en
l’absence d’autres éléments de preuve, qu’il existe quelconque
raison de rechercher des messages autres que ceux que, selon
ce qu’elle estime de manière raisonnable, elle recueille, utilise
ou communique dans le cadre de ses activités commerciales au
sens de l’alinéa 4(1)b) de la LPRPDE. Une organisation,
lorsqu’elle recherche des renseignements par suite d’une
demande d’accès formulée en des termes aussi larges que ceux
employés par le demandeur, n’est pas tenue de présumer que
des renseignements par ailleurs dispensés de l’application de la
LPRPDE en vertu de l’alinéa 4(2)b) ont pu perdre cette
[2009] 3 R.C.F.
JOHNSON
c. BELL CANADA
69
protection. En conséquence, la défenderesse a effectué une
recherche qui lui a permis de s’acquitter des obligations que la
LPRPDE lui impose.
(3) Subsection 8(8) of PIPEDA requires that an organization
which has personal information that is the subject of a request
retain the information that it has discovered in its search that is
or may be responsive to the request, until the person making the
request has exhausted all avenues of appeal. There was no
evidence that the respondent did not do so.
STATUTES AND REGULATIONS JUDICIALLY
CONSIDERED
Personal Information Protection and Electronic
Documents Act, S.C. 2000, c. 5, ss. 2(1) “personal
information”, 4, 7(1) (as am. by S.C. 2004, c. 15, s. 98),
8(4)(a), (8), 9(1),(3)(e) (as enacted by S.C. 2005, c. 46,
s. 57; 2006, c. 9, s. 223), 14(1), 16(a),(c), Sch. 1, clauses
4.9, 4.9.1, 4.9.2.
CASES JUDICIALLY CONSIDERED
3) Le paragraphe 8(8) de la LPRPDE impose à une organisation qui possède des renseignements personnels visés par
une demande l’obligation de conserver les renseignements
qu’elle a pu repérer en effectuant ses recherches et pouvant
s’avérer pertinents pour donner suite à la demande le temps
nécessaire pour que l’auteur de celle-ci ait épuisé ses voies
d’appel. Aucune preuve ne laissait croire que la défenderesse
n’avait pas agi de la sorte.
LOIS ET RÈGLEMENTS CITÉS
Loi sur la protection des renseignements personnels et les
documents électroniques, L.C. 2000, ch. 5, art. 2(1)
« renseignement personnel », 4, 7(1) (mod. par L.C. 2004,
ch. 15, art. 98), (4)a), 8(8), 9(1),(3)e) (édicté par L.C.
2005, ch. 46, art. 57; 2006, ch. 9, art. 223), 14(1), 16a),
c), ann. 1, art. 4.9, 4.9.1, 4.9.2.
JURISPRUDENCE CITÉE
APPLIED:
DÉCISIONS APPLIQUÉES :
Englander v. TELUS Communications Inc., [2005] 2
F.C.R. 572; (2004), 247 D.L.R. (4th) 275; 1 B.L.R. (4th)
119; 2004 FCA 387; Turner v. TELUS Communications
Inc., [2007] 4 F.C.R. 368; [2007] CLLC 210-032; (2007),
358 N.R. 185; 2007 FCA 21; Labrecque c. Québec
(Ministère de l’Environnement), [2005] C.A.I. 221.
Englander c. TELUS Communications Inc., [2005] 2
R.C.F. 572; 2004 CAF 387; Turner c. TELUS Communications Inc., [2007] 4 R.C.F. 368; 2007 CAF 21;
Labrecque c. Québec (Ministère de l’Environnement),
[2005] C.A.I. 221.
CONSIDERED:
DÉCISIONS EXAMINÉES :
Rousseau v. Wyndowe (2008), 71 Admin. L.R. (4th) 58;
52 C.P.C. (6th) 238; 373 N.R. 301; 2008 FCA 39;
Deschênes c. Banque C.I.B.C., [2003] C.A.I. 249.
Rousseau c. Wyndowe, 2008 CAF 39; Deschênes c. Banque
C.I.B.C., [2003] C.A.I. 249.
AUTHOR CITED
Canada. Office of the Privacy Commissioner. Commissioner’s Findings. PIPEDA Case Summary #346: E-mail
message raises questions about purposes, credibility and
accountability, 2006, online: <http://www.privcom.gc.ca/
index_e.asp>.
DOCTRINE CITÉE
Canada. Commissariat à la protection de la vie privée.
Conclusions de la commissaire. Résumé de conclusions
d’enquête en vertu de la LPRPDÉ #346 : Un courriel
soulève des questions concernant les motifs, la crédibilité
et la responsabilisation, 2006, en ligne : <http://www.
privcom.gc.ca/index_f.asp >.
70
JOHNSON
v. BELL CANADA
APPLICATION for judicial review of the Privacy
Commissioner’s conclusion that the respondent employer
had met its obligation under the Personal Information
Protection and Electronic Documents Act to disclose
personal information in response to the applicant employee’s request for access to information. Application
dismissed.
APPEARANCES:
David T. S. Fraser for applicant.
Maryse Tremblay for respondent.
SOLICITORS OF RECORD:
McInnes Cooper, Halifax, for applicant.
Heenan Blaikie LLP, Montréal, for respondent.
[2009] 3 F.C.R.
DEMANDE de contrôle judiciaire de la conclusion
du commissaire à la protection de la vie privée portant
que l’employeur défendeur s’était acquitté de son obligation issue de la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques de
divulguer des renseignements personnels en réponse à la
demande d’accès de l’employé demandeur. Demande
rejetée.
ONT COMPARU :
David T. S. Fraser pour le demandeur.
Maryse Tremblay pour la défenderesse.
AVOCATS INSCRITS AU DOSSIER :
McInnes Cooper, Halifax, pour le demandeur.
Heenan Blaikie S.E.N.C.R.L., s.r.l., Montréal, pour
la défenderesse.
The following are the reasons for judgment and
judgment rendered in English by
Ce qui suit est la version française des motifs du
jugement et du jugement rendus par
[1] ZINN J.: These reasons deal with the application of
the Personal Information Protection and Electronic Documents Act, S.C. 2000, c. 5 (PIPEDA) to e-mail messages
relating to an employee, sent or received by his coworkers, and which are stored on the employer’s computers, servers and computer storage devices. The steps
that an employer is required to undertake when responding to an access request by the subject of these e-mails is
also considered.
[1] LE JUGE ZINN : On se penchera dans les présents
motifs sur l’application de la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques,
L.C. 2000, ch. 5 (la Loi ou LPRPDE) aux messages
électroniques concernant un employé envoyés ou reçus
par des collègues et qui sont stockés dans les ordinateurs,
serveurs et dispositifs de stockage de l’employeur. On
examinera également les mesures que doit prendre l’employeur pour donner suite à une demande d’accès à ces
messages électroniques ou courriels par l’intéressé.
BACKGROUND
LE CONTEXTE
[2] Mr. Johnson is a clerical employee of Bell Canada.
On May 12, 2005, he sent an e-mail message to his direct
manager requesting that he be provided with “e-mails
concerning me in this company … from all sources”. He
subsequently narrowed his request for access to e-mails
from the preceding two years, i.e. from May 12, 2003 to
May 12, 2005. Faced with such a broad request, Bell
Canada could have asked Mr. Johnson what e-mail messages he was really interested in seeing. Had it done so,
it would have learned that his true interest was in seeing
e-mail messages he believed had been sent by or to other
[2] M. Johnson est employé de bureau chez Bell
Canada. Le 12 mai 2005, il a demandé par message électronique à sa supérieure immédiate qu’on lui transmette
[TRADUCTION] « les courriels dans notre entreprise me
concernant […] de quelque source que ce soit ». Il a par
la suite restreint sa demande, sollicitant plutôt l’accès
aux courriels des deux années précédentes, soit pour la
période du 12 mai 2003 au 12 mai 2005. Face à une
demande d’aussi large portée, Bell Canada aurait pu
demander à M. Johnson quels courriels il souhaitait véritablement consulter. Si elle l’avait fait, elle aurait appris
[2009] 3 R.C.F.
JOHNSON
c. BELL CANADA
71
employees of Bell Canada, some of whom occupied
supervisory positions, and which concerned him. Bell
Canada’s position at the hearing was that Mr. Johnson, as
the person making the request for access, had a duty to
describe the documents he was requesting with more
specificity.
que M. Johnson souhaitait véritablement voir courriels le
concernant qu’il croyait avaient été transmis ou reçus par
d’autres employés de Bell Canada, dont certains occupant
des postes de supervision. La position adoptée par Bell
Canada à l’audience a été que M. Johnson, l’auteur de
la demande d’accès, avait l’obligation de décrire de manière plus précise les documents visés par sa demande.
[3] Prior to the expiry of the 30-day period for response
to the access request that is set out in PIPEDA, Bell
Canada advised Mr. Johnson that it required more time
and that it would respond to his request no later than July
11, 2005. By letter of that date, Bell Canada did respond
to Mr. Johnson, enclosing copies of some 280 e-mails
comprising approximately 500 pages. Initially, some electronic messages were withheld pursuant to subsection 9(1)
and paragraph 9(3)(e) [as enacted by S.C. 2006, c. 9,
s. 223] of PIPEDA on the basis that their disclosure was
likely to reveal personal information about a third party
or threaten the security of another. Following the involvement of the Office of the Privacy Commissioner, the
excluded messages were subsequently provided to Mr.
Johnson in a redacted format.
[3] Avant l’expiration du délai de 30 jours prévu dans
la Loi pour donner suite à la demande d’accès, Bell
Canada a informé M. Johnson qu’il lui faudrait davantage
de temps pour répondre à sa demande, soit jusqu’au 11
juillet 2005. Bell Canada a effectivement répondu à M.
Johnson par lettre datée du 11 juillet 2005, à laquelle elle
avait joint copie d’environ 280 courriels d’une longueur
totale d’environ 500 pages. Initialement, certains messages électroniques n’avaient pas été communiqués en
application du paragraphe 9(1) et de l’alinéa 9(3)e)
[édicté par L.C. 2006, ch. 9, art. 223] de la Loi, au motif
que leur communication aurait vraisemblablement révélé
un renseignement personnel sur un tiers ou risquerait
vraisemblablement de nuire à la sécurité d’un tiers. Par
suite de l’intervention du Commissariat à la protection de
la vie privée, les messages exclus ont ensuite été communiqués à M. Johnson sous forme expurgée.
[4] Bell Canada, adopted what I would describe as a
focused process to extract the e-mails requested by Mr.
Johnson. It did not conduct a search of the data on its
servers, backups or every hard drive in the organization.
Rather, it focused its search on those e-mails to which
his direct supervisor had access. In response to a question
from the Privacy Commissioner as to its process, Bell
Canada described it as follows:
[4] Bell Canada a procédé de manière ciblée, pourraisje dire, pour extraire les courriels demandés par M.
Johnson. Elle n’a pas effectué une recherche de données
visant ses serveurs, ses installations de sauvegarde ou
l’ensemble des disques durs de l’entreprise. Elle a plutôt
ciblé avec sa recherche les courriels auxquels la supérieure
immédiate de M. Johnson avait accès. Bell Canada a
répondu comme suit à une réponse posée par la Commissaire à la protection de la vie privée (la commissaire)
quant à la méthode suivie par l’entreprise :
Ms. Kelly Rose, Mr. Johnson’s supervisor at the time, was
instructed by an IT specialist from CGI regarding how to use
the Advanced Find function. She used this function to search
through all messages to find those concerning Peter Johnson
for the period of time from when she became his man[a]ger on
September 1st, 2004 to the date that the access was requested.
The previous manager retired from the Company and there was
no way to retrieve messages for this earlier period. The messages
identified during the search were printed and reviewed.
[TRADUCTION] Un spécialiste en TI de CGI a appris à Mme Kelly
Rose, la superviseure de M. Johnson à l’époque, comment
utiliser la fonction de recherche évoluée. Au moyen de cette
fonction, Mme Rose a cherché à travers tous ses messages ceux
concernant Peter Johnson à partir du 1er septembre 2004, la
date où elle était devenue sa superviseure, jusqu’à la date de la
demande d’accès. L’ancien superviseur de M. Johnson avait
pris sa retraite et il n’y avait aucun moyen de récupérer les
messages de l’époque où il était en fonction. Les messages
repérés lors de la recherche ont été imprimés et passés en revue.
72
JOHNSON
v. BELL CANADA
[2009] 3 F.C.R.
[5] On May 25, 2005, prior to receiving the disclosed
e-mail messages, Mr. Johnson filed a complaint with the
Office of the Privacy Commissioner of Canada. His
complaint, as described by the Privacy Commissioner,
was that “Bell Canada had not provided him with copies
of all e-mails, dating back two years, pertaining to him”.
Although he subsequently acknowledged that he had
received some e-mail messages from Bell Canada, it was
Mr. Johnson’s position that those e-mails did not constitute all of the requested e-mails.
[5] Le 25 mai 2005, avant de recevoir les messages
électroniques divulgués, M. Johnson a déposé une
plainte auprès du Commissariat à la protection de la vie
privée du Canada. La plainte formulée, aux termes de la
commissaire, était que [TRADUCTION] « Bell Canada ne
lui avait pas fourni copie de tous les courriels des deux
dernières années le concernant ». Bien qu’il ait plus tard
reconnu avoir reçu certains courriels de Bell Canada, M.
Johnson a soutenu que ce n’était pas là la totalité des
courriels qu’il avait demandés.
[6] In the course of the Privacy Commissioner’s investigation, Bell Canada provided details of its document
retention policies and practices. It was the position of
Bell Canada that some of the e-mails Mr. Johnson was
seeking could not be provided to him as they had been
destroyed in accordance with Bell Canada’s document
retention policies because they served no business purpose. Specifically, there were e-mails that had been in the
possession of Mr. Johnson’s previous immediate supervisor during part of the period covered by the access
request (May 12, 2003 to September 1, 2004) and which
had long since been deleted from the Bell Canada computer system.
[6] Au cours de l’enquête menée par la commissaire,
Bell Canada a fourni des détails relativement à ses
politiques et pratiques en matière de conservation des
documents. Bell Canada a alors soutenu que certains
courriels demandés par M. Johnson ne pouvaient lui être
communiqués parce qu’ils avaient été détruits en conformité avec ses politiques de conservation des documents,
étant donné qu’ils ne servaient pas des fins professionnelles. Tout particulièrement, il y avait des courriels dans
la possession de l’ancien supérieur immédiat de
M. Johnson pendant une partie de la période visée par la
demande d’accès (du 12 mai 2003 au 1er septembre 2004)
qui avaient depuis longtemps été supprimés du système
informatique de Bell Canada.
[7] On June 15, 2007, the Privacy Commissioner issued
her report concerning Mr. Johnson’s complaint; it contained two conclusions. First, she concluded that Bell
Canada had breached paragraph 8(4)(a) of PIPEDA
when it extended the time for response by a further 30
days without providing a reason for doing so. She also
found that the Act was further breached in that Bell
Canada failed to advise Mr. Johnson of his right to make
a complaint to the Office of the Privacy Commissioner
with respect to this extension. The report observed, however, that given the nature of the access request, the
extension of time did seem to be reasonable in the
circumstances.
[7] Le 15 juin 2007, la commissaire a publié son
rapport relatif à la plainte de M. Johnson; le rapport
renfermait deux conclusions. La commissaire a conclu,
premièrement, que Bell Canada avait enfreint l’alinéa
8(4)a) de la Loi en prorogeant le délai pour donner suite
à la demande d’accès d’une période de 30 jours sans en
faire connaître le motif. Elle a conclu que la Loi avait
également été enfreinte en raison du défaut de Bell
Canada d’informer M. Johnson de son droit de porter
plainte auprès du Commissariat à la protection de la vie
privée (le Commissariat) au sujet de cette prorogation.
On a toutefois fait observer dans le rapport qu’en raison
de la nature de l’accès demandé, la prorogation semblait
avoir été raisonnable dans les circonstances.
[8] Secondly, she found that Bell Canada had provided
Mr. Johnson with close to 600 pages of information,
including that which had initially been excluded but
which the Privacy Commissioner advised should be
released to Mr. Johnson in redacted format. She found
that Bell Canada had “now met its obligation under
[8] Deuxièmement, la commissaire a conclu que Bell
Canada avait fourni à M. Johnson près de 600 pages
d’information, y compris les pages qui avaient été initialement exclues mais dont elle avait demandé la remise
à M. Johnson en une version expurgée. La commissaire
a conclu à cet égard que Bell s’était maintenant
[2009] 3 R.C.F.
JOHNSON
c. BELL CANADA
73
Principle [clause] 4.9” [of Schedule 1] to PIPEDA and
concluded that “Mr. Johnson’s denial of access
complaint is resolved”.
[TRADUCTION] « acquittée de son obligation découlant du
principe [article] 4.9 » [de l’annexe 1] de la Loi et que
« la plainte de déni d’accès de M. Johnson [était] réglée ».
[9] The complaint, however, had not been resolved to
Mr. Johnson’s satisfaction. Accordingly, he filed an
application under subsection 14(1) of PIPEDA, which
provides that a complainant may, after receiving a report
from the Privacy Commissioner as a result of a complaint
filed under PIPEDA, apply to the Federal Court for a hearing in respect of any matter brought up in the complaint.
As will be noted, the potential scope of a proceeding
under subsection 14(1) is quite wide.
[9] Non satisfait du règlement de la plainte, toutefois,
M. Johnson a présenté une demande en vertu du paragraphe 14(1) de la Loi. Ce paragraphe prévoit qu’un
plaignant peut, après avoir reçu le rapport du commissaire
faisant suite à sa plainte portée en application de la Loi,
demander que la Cour fédérale entende toute question
qui a fait l’objet de la plainte. Comme on le mentionnera,
une procédure en application du paragraphe 14(1) est
susceptible d’avoir une très large portée.
[10] The Commission appears to have taken a more
narrow view of Mr. Johnson’s complaint than he. Under
the heading “Other” which follows the conclusion that
the complaint is resolved, is a recital of facts that are
material to many of the issues now before this Court. It is
worth setting out this portion of the report in its entirety:
[10] Le Commissariat semble avoir interprété la plainte
de M. Johnson de manière plus étroite qu’il ne l’a fait
lui-même. Sous la rubrique [TRADUCTION] « Autre »
suivant la conclusion selon laquelle la plainte a été
réglée, figure un énoncé des faits fort pertinents pour
nombre des questions dont la Cour est saisie. Il vaut la
peine de reproduire en son entier cette partie du rapport :
14. Mr. Johnson had indicated that he believed e-mails had
been sent between his co-workers, and between his previous
supervisor and the one in place when he made his request. On
the first matter, Bell had taken the position that exchanges
between employees are not part of business operations and are
not included in the employee’s personal file. The company
stated that it did not consider this information to have been
collected in the course of its business operations, and that
therefore Mr. Johnson was not entitled to have access to such
e-mail.
[TRADUCTION]
14. M. Johnson a dit croire que des courriels avaient été
échangés entre ses collègues et entre son ancien superviseur et
sa superviseure en fonction au moment de la formulation de sa
demande. Quant au premier élément, Bell a adopté comme
position que les messages échangés entre des employés ne sont
pas une composante des activités commerciales et ne sont pas
incluses dans le dossier personnel de l’employé. La société a dit
estimer que cette information n’avait pas été recueillie dans le
cadre de ses activités commerciales et que, par conséquent, M.
Johnson n’avait pas un droit d’accès aux courriels en cause.
15. According to the company’s internet Policy, it is acceptable
for employees using company-provided internet access to have
“reasonable levels of personal communication, whether by
telephone or e-mail…as long as they comply with this policy.”
Employees are also reminded that e-mail messages must comply
with the company’s Code of Business Conduct.
15. D’après la politique relative à Internet de la société, il est
acceptable que les employés recourant aux services Internet
grâce à son système aient « des communications personnelles
raisonnables, que ce soit par téléphone ou par courriel […] dans
la mesure où ils se conforment à la présente politique ». Il est
également rappelé aux employés que les courriels doivent
respecter le code de déontologie de l’entreprise.
16. Approximately 30 days worth of data can be saved before
an employee has to either save the data to the hard drive or copy
it to a laptop or delete it. Magnetic tapes of this data are stored
off site in Toronto by a third-party service provider. After
50 days the tapes are overwritten.
16. Des données peuvent être conservées pendant environ
30 jours avant qu’un employé ait soit à les sauvegarder sur
disque dur, à les copier sur un portable ou à les supprimer. Un
fournisseur de services indépendant stocke à l’externe, à Toronto,
des bandes magnétiques où sont enregistrées de telles données.
Après 50 jours, les bandes sont écrasées.
17. As for e-mail between supervisors, when a supervisor leaves
the company, the e-mail account is disabled after 30 days and
the data is wiped out before the computer is set up for a new
17. Pour ce qui est des courriels échangés entre des superviseurs,
le compte de courriel d’un superviseur est désactivé 30 jours
après qu’il a quitté la société et les données sont effacées avant
74
JOHNSON
v. BELL CANADA
[2009] 3 F.C.R.
user. There is no company policy stipulating what employees
information should be passed on to a new supervisor when an
employee is transferred to another work group. The supervisor
exercises his or her discretion as to what employee information
is passed on. Had information been communicated between
Mr. Johnson’s supervisors, it would have been provided to him.
que l’ordinateur ne soit configuré pour un nouvel utilisateur.
Aucune politique de l’entreprise ne prévoit quels renseignements
relatifs à un employé doivent être transmis au nouveau superviseur lorsque l’employé est transféré dans un autre groupe de
travail; le superviseur fait usage de son pouvoir discrétionnaire
pour établir quels renseignements doivent alors être transmis.
Si des renseignements avaient été communiqués d’un superviseur de M. Johnson à l’autre, ces renseignements auraient été
transmis à ce dernier.
18. Under paragraph 4(1)(a), Part I of the Act applies to every
organization in respect of personal information that is about an
employee of the organization and that the organization collects,
uses or discloses in connection with the operation of a federal
work, undertaking or business.
18. En vertu de l’alinéa 4(1)a), la partie I de la Loi s’applique
à toute organisation à l’égard des renseignements personnels
qui concernent un de ses employés et qu’elle recueille, utilise
ou communique dans le cadre d’une entreprise fédérale.
19. While Bell took the position that personal e-mail between
employees was not accessible under the Act, I would argue that
it is. As this Office has stated in a previous case, paragraph
4(2)(b) is not intended to absolve an organization of responsibility for an employee who uses their position within the
organization to collect, use or disclose personal information
for their own purposes. Therefore, personal e-mail may be subject to the Act (if it contains personal information), and therefore
accessible. In this instance, given the retention periods involved,
there are no longer any personal e-mails between employees
to search.
19. Même si Bell a soutenu le contraire, je suis d’avis qu’on
peut avoir accès, en vertu de la Loi, aux courriels personnels
échangés entre des employés. Comme le Commissariat l’a déjà
déclaré dans une affaire antérieure, l’alinéa 4(2)b) n’a pas pour
objet de dégager une organisation de toute responsabilité à
l’égard d’un de ses employés qui utilise son poste au sein de
l’entreprise pour recueillir, utiliser ou communiquer des renseignements personnels à ses propres fins. Par conséquent, il
est possible que des courriels personnels soient assujettis à la
Loi (s’ils renferment des renseignements personnels) et, par
conséquent, qu’on ait droit d’y avoir accès. Dans le présent cas,
compte tenu des périodes de rétention en cause, il n’y a plus de
courriels personnels échangés entre des employés qu’on puisse
rechercher.
20. I have raised this matter as I believe it is important for Bell
and its employees to be aware that personal e-mails may be
considered personal information and are subject to the Act.
20. J’ai soulevé cette question parce que j’estime important
pour Bell et ses employés de savoir qu’on pourrait considérer
que les courriels personnels constituent des renseignements
personnels et sont assujettis à la Loi.
[11] In an affidavit filed in this proceeding, Mr. Johnson
sets out the basis of his belief that Bell Canada failed to
disclose what he described as “many” e-mail messages.
The relevant portion of the affidavit reads as follows:
[11] Dans un affidavit déposé dans la présente instance,
M. Johnson énonce pour quels motifs il estime que Bell
Canada ne lui a pas communiqué un [TRADUCTION] « grand
nombre », selon lui, de courriels. Il déclare ce qui suit
dans la partie pertinente de l’affidavit :
11. I believe that many e-mail messages that contain my
personal information were withheld from me. The basis for my
belief is as follows:
[TRADUCTION]
11. Je crois, pour les motifs qui vont suivre, qu’on ne m’a pas
communiqué un grand nombre de courriels contenant des
renseignements personnels me concernant :
a. In connection with a relatively recent police investigation,
I provided the police with a statement that contained very
sensitive personal information. I understand that one of the
investigating officers is the spouse of Mrs. Andrea Tubrett,
a Bell manager.
a. Dans le cadre d’une enquête policière relativement
récente, j’ai soumis à la police une déclaration renfermant
des renseignements personnels très délicats. Je crois savoir
que l’un des enquêteurs est le conjoint de Mme Andrea Tubrett,
cadre chez Bell.
b. Immediately after making my request to my manager, Ms.
Rose, for access to my personal information under PIPEDA,
b. Immédiatement après que j’ai demandé à ma superviseure,
Mme Rose, d’avoir accès aux renseignements personnels me
[2009] 3 R.C.F.
JOHNSON
c. BELL CANADA
75
I personally observed Ms. Rose speak with Ms. Tubrett. In
this (sic) course of this conversation, both Ms. Rose and Ms.
Tubrett openly cried.
concernant en vertu de la Loi, j’ai vu en personne Mme Rose
parler avec Mme Tubrett. Celles-ci ont toutes deux ouvertement
pleuré pendant leur conversation.
c. The finding of the Privacy Commissioner concludes that
e-mail messages referring to me between employees had not
been provided to me by Bell nor had they been provided to
the Commissioner for her review.
c. La commissaire a tiré comme conclusion que des courriels
échangés entre des employés et où il était question de moi ne
m’ont pas été communiqués par Bell, ni ne lui ont été soumis
pour examen.
[12] Mr. Johnson’s principal issue, as set out in his
affidavit, is that he has not been provided with access to
the e-mail messages between Bell Canada employees,
some of whom occupy supervisory positions, that refer
to him. His complaint has three facets: (1) that Bell
Canada carried out an inadequate search in response to
his access request; (2) that Bell Canada has denied him
access to the personal e-mails concerning him that were
sent between Bell Canada employees; and (3) that Bell
Canada has deleted the personal e-mails in breach of
PIPEDA.
[12] Le principal problème soulevé par M. Johnson, tel
qu’il est énoncé dans son affidavit, c’est qu’on ne lui a
pas donné accès à des courriels échangés entre des
employés de Bell Canada, certains occupant des postes
de supervision, et où il était question de lui. La plainte de
M. Johnson compte trois volets : 1) Bell Canada n’a pas
procédé à une recherche appropriée pour donner suite à
sa demande d’accès; 2) Bell Canada lui a refusé l’accès
à des courriels personnels le concernant que certains de
ses employés ont échangés entre eux; 3) Bell Canada a
supprimé des courriels personnels en violation de la Loi.
[13] Mr. Johnson in this application seeks an order
under paragraph 16(a) of PIPEDA that Bell Canada
provide him with all of his personal information including
all e-mail messages referring to him, damages under
paragraph 16(c) of PIPEDA as may be proven, and his
costs.
[13] Dans le cadre de la présente demande, M. Johnson
demande à la Cour, en application de l’alinéa 16a) de la
Loi, d’ordonner à Bell Canada de lui communiquer tous
les renseignements personnels le concernant, notamment
tous les courriels où il est mentionné, de lui accorder, en
vertu de l’alinéa 16c) de la Loi, les dommages-intérêts
qui pourront être prouvés, et de lui attribuer ses dépens.
ISSUES
LES QUESTIONS EN LITIGE
[14] The applicant viewed the issue before the Court to
be as follows:
[14] Le demandeur a exprimé comme suit la question
à trancher par la Cour :
[W]hether the Respondent fulfilled its obligations under Clause
4.9 of Schedule I to PIPEDA and section 8 of PIPEDA by not
providing the Applicant with access to all the personal information requested and whether the Respondent violated PIPEDA
by failing to live up to its obligation under section 8(8), which
requires an organization to retain personal information until a
requestor has exhausted his or her recourse under Part I of
PIPEDA.
[TRADUCTION] [L]a défenderesse s’est-elle acquittée des
obligations lui incombant, en vertu de l’article 4.9 de l’annexe I
de la Loi et de l’article 8 de la Loi, en ne donnant pas au demandeur accès à tous les renseignements personnels demandés,
et la défenderesse a-t-elle enfreint la Loi en ne s’acquittant pas
de l’obligation lui incombant en vertu de son paragraphe 8(8),
lequel prévoit qu’une organisation doit conserver les renseignements personnels faisant l’objet d’une demande le temps
nécessaire pour permettre au demandeur d’épuiser ses recours
en vertu de la partie I de la Loi?
Bell Canada viewed the issue before the Court to be as
follows:
Bell Canada a pour sa part exprimé comme suit la question
à trancher par la Cour :
[W]hether the Respondent did in fact abide by the provisions
of PIPEDA in making full disclosure to the Applicant of all
[TRADUCTION] [L]a défenderesse s’est-elle en fait conformée
aux dispositions de la Loi en communiquant au demandeur
76
JOHNSON
v. BELL CANADA
[2009] 3 F.C.R.
documents found by the Respondent pursuant to the Request of
May 12, 2005, while severing from some of the requested
documents, information which could reveal the personal
information of a third party as required by subsection 9(1) of
PIPEDA.
tous les documents qu’elle a trouvés à la suite de la demande
d’accès du 12 mai 2005, tout en retranchant de certains des
documents demandés, comme le prescrit le paragraphe 9(1) de
la Loi, les renseignements pouvant révéler un renseignement
personnel sur un tiers?
[15] In my view, neither statement aptly captures the
issues before this Court as set out in the parties’ memoranda of argument and as they were developed during
counsels’ oral submissions. As has been held by the
Federal Court of Appeal in Englander v. TELUS Communications Inc., [2005] 2 F.C.R. 572, the issue in a proceeding under subsection 14(1) of PIPEDA [at paragraph
47] “is not the Commissioner’s report, but the conduct of
the party against whom the complaint is filed.” Thus, the
broad issue here is whether Bell Canada, in responding
to Mr. Johnson’s request dated May 12, 2005, complied
with the requirements of PIPEDA. With respect to the
conduct of Bell Canada, as noted, Mr. Johnson has raised
three distinct concerns: the adequacy of the search it
conducted, its alleged failure to disclose personal e-mails,
and its alleged destruction of e-mails.
[15] À mon avis, ni l’un ni l’autre énoncé n’exprime
convenablement les questions dont la Cour est saisie, tel
qu’il ressort des exposés des arguments des parties ainsi
que, plus en détail, des plaidoiries de leurs avocats. Tel
qu’a statué la Cour d’appel fédérale dans l’arrêt Englander
c. TELUS Communications Inc., [2005] 2 R.C.F. 572, ce
qui est en question dans une procédure en application du
paragraphe 14(1) de la Loi [au paragraphe 47], « ce n’est
pas le rapport du commissaire, mais la conduite de la
partie contre laquelle la plainte est déposée ». La question
générale en litige en l’espèce, ainsi, est de savoir si Bell
Canada, en donnant suite à la demande d’accès du 12
mai 2005 de M. Johnson, a observé ou non les exigences
prévues par la Loi. En regard de la conduite de Bell
Canada, on l’a dit, M. Johnson a fait état de trois préoccupations distinctes, concernant le caractère suffisant
de la recherche effectuée par la société, le défaut allégué
de celle-ci de communiquer des courriels personnels et
sa destruction alléguée de courriels.
[16] The area of Mr. Johnson’s concern, and the focus
of this application, are the e-mails he alleges were sent
to and from Bell Canada employees concerning him and
which, from the perspective of Bell Canada, serve no
business purpose. I shall refer to e-mail messages of this
type as “personal” e-mails; whereas e-mail messages
concerning Mr. Johnson that Bell Canada views as having
a business purpose, I shall refer to as “business” e-mails.
[16] La source de préoccupation de M. Johnson, et ce
qu’on cible particulièrement dans le cadre de la présente
demande, ce sont les courriels le concernant qui auraient
été envoyés ou reçus par des employés de Bell Canada et
qui, selon cette dernière, n’avaient aucune fin professionnelle. Je désignerai comme « personnels » les courriels
de ce type, tandis que je qualifierai de courriels « professionnels » les courriels concernant M. Johnson qui ont,
selon Bell Canada une fin professionnelle.
[17] Mr. Johnson submits that the personal e-mails
contain his personal information and are subject to
PIPEDA; accordingly, he submits that the focused search
Bell Canada conducted was inadequate to meet its responsibilities under the Act, and that Bell Canada breached
the Act in deleting these e-mails while his request was
underway.
[17] M. Johnson soutient que les courriels personnels
renferment des renseignements personnels le visant, et
sont donc assujettis aux dispositions de la Loi. Il soutient,
par conséquent, que la recherche ciblée effectuée par
Bell Canada ne suffisait pas pour satisfaire aux responsabilités que la Loi lui impose, et que Bell Canada a enfreint
la Loi en supprimant ces courriels pendant le déroulement
de la procédure relative à sa demande.
[18] The questions the Court must deal with are as
follows:
[18] Les questions que la Cour doit trancher sont les
suivantes :
[2009] 3 R.C.F.
JOHNSON
c. BELL CANADA
77
1. Are personal e-mails subject to PIPEDA and disclosure by Bell Canada in response to Mr. Johnson’s access
request?
1. Les courriels personnels sont-ils assujettis à la Loi, et
Bell Canada est-elle tenue de les communiquer pour
donner suite à la demande d’accès de M. Johnson?
2. Did Bell Canada conduct a search that met its obligations under PIPEDA in response to Mr. Johnson’s access
request?
2. En effectuant sa recherche pour donner suite à la
demande d’accès de M. Johnson, Bell Canada s’est-elle
acquittée des obligations que la Loi lui impose?
3. Did Bell Canada fail to preserve personal information
that would have been responsive to the access request,
in breach of PIPEDA?
3. Bell Canada a-t-elle omis, en violation de la Loi, de
conserver des renseignements personnels qui auraient été
pertinents aux fins de la demande d’accès?
4. If there was a violation of Mr. Johnson’s rights under
PIPEDA, what remedies are available to him and, what
remedies ought this Court grant?
4. Si des droits de M. Johnson en vertu de la Loi ont été
violés, de quelles mesures réparatrices ce dernier disposet-il et quelle réparation la Cour devrait-elle accorder?
ANALYSIS
ANALYSE
Is this matter moot?
La présente demande est-elle sans objet?
[19] The Privacy Commissioner found, in paragraph
19 of the report cited above, that “given the retention
periods involved, there are no longer any personal e-mails
between employees to search.” Bell Canada submitted
that given that the issues in this application revolve around
these non-existent personal e-mails, this application is
moot and should not be dealt with by the Court. I am not
convinced that the Privacy Commissioner was correct in
concluding that there are no longer any personal e-mails
between employees to search. E-mail messages may be
saved on hard drives and other storage media, as was the
case with those e-mails Bell Canada did produce from
Mr. Johnson’s supervisor. When saved in this manner, they
are not subject to deletion from Bell Canada’s server and
backup systems in accordance with its retention policy.
Mr. Johnson specifically mentions the possible e-mails
received or sent by a Bell Canada manager other than his
immediate supervisor. That person had no supervisory
responsibilities with regards to Mr. Johnson and the record
indicates that Bell Canada made no inquiries of her as to
whether she had saved any e-mails that referenced Mr.
Johnson. If the applicant’s submission on the application
of PIPEDA to personal e-mails is accepted, it may be
that Bell Canada’s search was inadequate and a more
thorough search may reveal additional e-mails that have
not yet been produced. Accordingly, I am not convinced,
[19] La commissaire a conclu, au paragraphe 19 de son
rapport précité, qu’il n’y avait [TRADUCTION] « plus,
compte tenu des périodes de rétention en cause, de
courriels personnels échangés entre des employés qu’on
puisse rechercher ». Bell Canada soutient ainsi que,
comme les questions en litige en l’espèce ont trait à ces
courriels personnels inexistants, la présente demande est
sans objet et la Cour devrait se dessaisir de l’affaire. Je
ne suis toutefois pas convaincu que la commissaire a eu
raison de conclure qu’il n’y avait plus de courriels
personnels échangés entre des employés qu’on puisse
rechercher. Les courriels peuvent être sauvegardés sur
disque dur ou d’autres supports d’enregistrement, comme
tel a été le cas pour les courriels de la superviseure de
M. Johnson que Bell Canada a produits. Lorsqu’ils sont
conservés de cette manière, les courriels ne sont pas
susceptibles d’être supprimés du serveur ou des systèmes
de secours de Bell Canada en conformité avec sa politique
de rétention. M. Johnson mentionne expressément à cet
égard les courriels qu’une gestionnaire de Bell Canada
autre que sa supérieure immédiate aurait pu recevoir ou
envoyer. Cette gestionnaire n’exerçait pas de fonction de
supervision à l’égard de M. Johnson et il ressort du
dossier que Bell Canada n’a pas fait enquête auprès
d’elle pour savoir si elle avait sauvegardé le moindre
courriel où l’on faisait allusion à M. Johnson. Si l’on
78
JOHNSON
v. BELL CANADA
[2009] 3 F.C.R.
on the record before me, that this application is moot.
devait se rendre à la prétention du demandeur quant à
l’application de la Loi aux courriels personnels, il se
pourrait bien que la recherche effectuée par Bell Canada
ait été insuffisante et qu’une recherche plus approfondie
révèle l’existence d’autres courriels que ceux déjà produits. Je ne suis donc pas convaincu, au vu du dossier
dont je suis saisi, que la présente demande est sans objet.
What is the nature of this proceeding?
Quelle est la nature de la présente procédure?
[20] The legislative scheme under PIPEDA is atypical
from an administrative law standpoint, not least because
the Privacy Commissioner’s recommendations are nonbinding. Deference to an administrative decision maker
is therefore not possible, in that there is no real decision
of which to speak. This has implications for the Court’s
role, as it was pointed out by Justice Décary [at paragraph
48] in Englander: “[T]he hearing… is a proceeding de
novo akin to an action and the report of the Commissioner,
if put in evidence, may be challenged or contradicted like
any other document adduced in evidence.” The evidence
in this application is found in the report of the Privacy
Commissioner and the affidavits filed by Mr. Johnson
and by Simeon Doucette, Human Rights and Privacy
Coordinator for Bell Canada.
[20] La Loi représente un régime législatif atypique du
point de vue du droit administratif, le caractère non contraignant des recommandations du commissaire n’étant
pas le moindre de ses éléments distinctifs. La retenue
judiciaire face au décideur administratif n’est pas alors
possible, puisque aucune décision n’est véritablement
rendue. Cela a une incidence sur le rôle à jouer par la
Cour, tel que l’a fait remarquer le juge Décary [au paragraphe 48] dans l’arrêt Englander : « [L’]audience […]
est une procédure de novo analogue à une action, et le
rapport du commissaire, s’il est produit en preuve, peut
être contesté ou contredit comme n’importe quel autre
élément de la preuve documentaire ». Dans le cadre de la
présente demande, ce qu’on a produit comme preuve,
c’est le rapport de la commissaire et les affidavits déposés
par M. Johnson et par Simeon Doucette, coordonnateur,
Protection des renseignements personnels et droits de la
personne, chez Bell Canada.
[21] The Federal Court of Appeal in Englander
reviewed the history leading to the passage of PIPEDA
and found that PIPEDA is a compromise both as to substance and as to form. In substance, it is a compromise
between the commercial interests of business and the
privacy rights of individuals. In form, it is a compromise
or, more accurately, an amalgam of the legal and nonlegal. While Part I of the Act is drafted in the usual
manner of legislation, Schedule 1, which was borrowed
from the CSA Standard, is notably not drafted following
any legislative convention. As a result, the Federal Court
of Appeal in Englander [at paragraph 46] has directed
that construction of this legislation should be guided by
“flexibility, common sense and pragmatism”. With this
in mind, I turn to consider the questions previously posed.
[21] Dans l’arrêt Englander, la Cour d’appel fédérale
a fait la genèse de la Loi, concluant que celle-ci était un
compromis, sous le rapport aussi bien de la forme que
du fond. Quant au fond, il s’agit d’un compromis entre
les intérêts commerciaux des entreprises et le droit des
personnes physiques à la protection de la vie privée.
Quant à la forme, il s’agit d’un compromis entre des
éléments juridiques et non juridiques, ou plutôt d’un
amalgame de tels éléments. Tandis que la partie I de la
Loi est rédigée comme un texte législatif habituel, on n’a
notablement pas donné à l’annexe I, qui reproduit la
norme de la CSA, un libellé législatif conventionnel. La
Cour d’appel fédérale a par conséquent statué dans
l’arrêt Englander [au paragraphe 46] que, pour interpréter
cette législation, la meilleure solution était de se confier
aux critères « de la souplesse, du sens commun et du
pragmatisme ». Gardant cela à l’esprit, je vais maintenant
procéder à l’examen des questions précédemment posées.
[2009] 3 R.C.F.
JOHNSON
c. BELL CANADA
79
Are personal e-mails covered by PIPEDA?
Les courriels personnels sont-ils visés par la Loi?
[22] There appears to be no question that if an e-mail
concerning an individual employee is sent by one employee to another in the course of the employer’s business,
or if the employer receives an e-mail from a third party
concerning an employee and that information is used by
the employer in its business operations, for example, in
the performance appraisal of the employee, those e-mails
are accessible by the employee under PIPEDA. In fact,
the e-mails produced by Bell Canada in response to Mr.
Johnson’s request apparently fell within this characterization. In response to a question from the Privacy
Commissioner as to Bell Canada’s position regarding
Mr. Johnson’s entitlement to access exchanges of e-mails
that contain personal information about him, Bell Canada
responded:
[22] Il ne semble pas contesté que si un courriel
concernant un employé individuel est transmis d’un
employé à un autre dans le cadre des activités de l’employeur, ou si l’employeur reçoit d’un tiers un courriel
concernant un employé et qu’il utilise ce renseignement
dans le cadre de ses activités commerciales, par exemple
aux fins de l’évaluation du rendement de l’employé, la
Loi assure à ce dernier l’accès à ces courriels. Il semble
d’ailleurs que relevaient de cette catégorie les courriels
produits par Bell Canada pour donner suite à la demande
d’accès de M. Johnson. À cet égard, Bell Canada a
répondu comme suit à une question que la commissaire
lui avait posée quant au droit d’accès de M. Johnson aux
courriels échangés renfermant des renseignements
personnels à son sujet :
Exchanges of e-mail between colleagues may serve a business
purpose or be for personal reasons. Certainly, we as employer
have some (limited) ability to view personal messages, however
when there is no business content in the messages and therefore
no business reason for using the information, we cannot use the
information for any purpose and must preserve its confidentiality.
The exchanges of a personal nature between colleagues of an
employee are not part of business operations and are not
included in the employee’s personal file. We do not consider
this information to have been collected in the course of our
business operations. As a result we do not believe that Mr.
Johnson is entitled to have access to such e-mail.
[TRADUCTION] Les courriels peuvent être échangés entre
collègues à des fins professionnelles ou à des fins personnelles.
En tant qu’employeur, nous avons assurément la capacité
(restreinte) de consulter les messages personnels. Toutefois,
lorsqu’il n’y a dans les messages aucun contenu commercial,
et par conséquent aucune fin professionnelle à l’utilisation de
ces renseignements, nous ne pouvons utiliser ceux-ci à aucune
fin et nous devons en sauvegarder le caractère confidentiel. Les
communications de nature personnelle entre les collègues d’un
employé ne font pas partie des activités commerciales de l’entreprise et ne sont donc pas versées au dossier personnel de
l’employé. Nous n’estimons pas que de tels renseignements
ont été recueillis dans le cadre de nos activités commerciales.
Nous ne croyons donc pas que M. Johnson dispose d’un droit
d’accès à de tels courriels.
[23] Mr. Johnson submits that as personal e-mails
contain his personal information he has a right to access
them under clauses 4.9 and 4.9.1 of Schedule 1 to
PIPEDA, the relevant provisions of which are as follows:
[23] M. Johnson soutient qu’il dispose du droit d’accès
aux courriels personnels s’ils renferment des renseignements personnels qui le concernent en vertu des articles
4.9 et 4.9.1 de l’annexe 1 de la Loi, dont les dispositions
pertinentes sont reproduites ci-après :
4.9 Principle 9—Individual Access
4.9 Neuvième principe — Accès aux renseignements
personnels
Upon request, an individual shall be informed of the existence, use, and disclosure of his or her personal information
and shall be given access to that information. An individual
shall be able to challenge the accuracy and completeness of the
information and have it amended as appropriate.
Une organisation doit informer toute personne qui en fait la
demande de l’existence de renseignements personnels qui la
concernent, de l’usage qui en est fait et du fait qu’ils ont été
communiqués à des tiers, et lui permettre de les consulter. Il
sera aussi possible de contester l’exactitude et l’intégralité des
renseignements et d’y faire apporter les corrections appropriées.
80
JOHNSON
v. BELL CANADA
[2009] 3 F.C.R.
Note: In certain situations, an organization may not be able
to provide access to all the personal information it holds about
an individual. Exceptions to the access requirement should be
limited and specific. The reasons for denying access should be
provided to the individual upon request. Exceptions may
include information that is prohibitively costly to provide, information that contains references to other individuals, information
that cannot be disclosed for legal, security, or commercial
proprietary reasons, and information that is subject to solicitorclient or litigation privilege.
Note : Dans certains cas, il peut être impossible à une organisation de communiquer tous les renseignements personnels
qu’elle possède au sujet d’une personne. Les exceptions aux
exigences en matière d’accès aux renseignements personnels
devraient être restreintes et précises. On devrait informer la
personne, sur demande, des raisons pour lesquelles on lui
refuse l’accès aux renseignements. Ces raisons peuvent comprendre le coût exorbitant de la fourniture de l’information, le
fait que les renseignements personnels contiennent des détails
sur d’autres personnes, l’existence de raisons d’ordre juridique,
de raisons de sécurité ou de raisons d’ordre commercial
exclusives et le fait que les renseignements sont protégés par le
secret professionnel ou dans le cours d’une procédure de nature
judiciaire.
4.9.1 Upon request, an organization shall inform an individual
whether or not the organization holds personal information
about the individual. Organizations are encouraged to indicate
the source of this information. The organization shall allow the
individual access to this information. However, the organization
may choose to make sensitive medical information available
through a medical practitioner. In addition, the organization
shall provide an account of the use that has been made or is
being made of this information and an account of the third
parties to which it has been disclosed.
4.9.1 Une organisation doit informer la personne qui en fait
la demande du fait qu’elle possède des renseignements personnels son sujet, le cas échéant. Les organisations sont invitées
indiquer la source des renseignements. L’organisation doit
permettre la personne concernée de consulter ces renseignements. Dans le cas de renseignements médicaux sensibles,
l’organisation peut préférer que ces renseignements soient
communiqués par un médecin. En outre, l’organisation doit
informer la personne concernée de l’usage qu’elle fait ou a fait
des renseignements et des tiers qui ils ont été communiqués.
[24] Mr. Johnson submits that the only circumstances
under which Bell Canada may deny him access to his
personal information in those personal e-mails are those
specific exceptions set out in subsection 9(3) of PIPEDA,
as follows:
[24] M. Johnson soutient que les exceptions expresses
énoncées au paragraphe 9(3) de la Loi, reproduit ciaprès, constituent les seuls cas où Bell Canada peut lui
refuser l’accès aux renseignements personnels le concernant contenus dans les courriels personnels :
9. ...
9. […]
(3) Despite the note that accompanies clause 4.9 of Schedule
1, an organization is not required to give access to personal
information only if
(3) Malgré la note afférente à l’article 4.9 de l’annexe 1,
l’organisation n’est pas tenue de communiquer à l’intéressé des
renseignements personnels dans les cas suivants seulement :
(a) the information is protected by solicitor-client privilege;
a) les renseignements sont protégés par le secret professionnel liant l’avocat à son client;
(b) to do so would reveal confidential commercial information;
b) la communication révélerait des renseignements commerciaux confidentiels;
(c) to do so could reasonably be expected to threaten the life
or security of another individual;
c) elle risquerait vraisemblablement de nuire à la vie ou la
sécurité d’un autre individu;
(c.1) the information was collected under paragraph 7(1)(b);
c.1) les renseignements ont été recueillis au titre de l’alinéa
7(1)b);
(d) the information was generated in the course of a formal
dispute resolution process; or
d) les renseignements ont été fournis uniquement à l’occasion
d’un règlement officiel des différends;
[2009] 3 R.C.F.
JOHNSON
c. BELL CANADA
81
(e) the information was created for the purpose of making a
disclosure under the Public Servants Disclosure Protection
Act or in the course of an investigation into a disclosure
under that Act.
e) les renseignements ont été créés en vue de faire une
divulgation au titre de la Loi sur la protection des fonctionnaires divulgateurs d’actes répréhensibles ou dans le cadre
d’une enquête menée sur une divulgation en vertu de cette
loi.
However, in the circumstances described in paragraph (b) or
(c), if giving access to the information would reveal confidential
commercial information or could reasonably be expected to
threaten the life or security of another individual, as the case
may be, and that information is severable from the record
containing any other information for which access is requested,
the organization shall give the individual access after severing.
Toutefois, dans les cas visés aux alinéas b) ou c), si les renseignements commerciaux confidentiels ou les renseignements
dont la communication risquerait vraisemblablement de nuire
à la vie ou la sécurité d’un autre individu peuvent être retranchés du document en cause, l’organisation est tenue de faire
la communication en retranchant ces renseignements.
[25] In Turner v. TELUS Communications Inc., [2007]
4 F.C.R. 368, the Federal Court of Appeal held [at paragraph 21], with reference to subsection 7(1) [as am. by
S.C. 2004, c. 15, s. 98] of PIPEDA, that “the very fact
that Parliament has expressly asked that the note [in
Schedule 1] be ignored is a significant indication of its
desire to limit the circumstances in which consent to
collection of personal information is not required to
those it describes in subsection 7(1).” In my view, the
same is true of subsection 9(3) of PIPEDA. If PIPEDA
otherwise applies to the information, then the only
circumstances when access may be refused are those set
out in subsection 9(3) of PIPEDA.
[25] Dans l’arrêt Turner c. TELUS Communications
Inc., [2007] 4 R.C.F. 368, la Cour d’appel fédérale a
statué [au paragraphe 21], au regard du paragraphe 7(1)
[mod. par L.C. 2004, ch. 15, art. 98] de la Loi, que « le
fait même que le législateur ait demandé expressément
de ne pas tenir compte de la note [de l’annexe 1] donne
une indication importante de sa volonté de restreindre
les cas où le consentement à la collecte des renseignements personnels n’est pas requis à ceux qui sont exposés
au paragraphe 7(1) ». Il en va de même, à mon avis, pour
le paragraphe 9(3) de la Loi. Si la Loi s’applique par ailleurs à des renseignements, les seuls cas où l’accès peut
en être refusé sont ceux énoncés à son paragraphe 9(3).
[26] As noted previously, Bell Canada takes the position
that personal e-mails do not fall under PIPEDA. In its
memorandum of argument, Bell Canada writes:
[26] On l’a dit, Bell Canada a adopté comme position
que les courriels personnels ne tombent pas sous le coup
de la Loi. Dans son exposé des arguments, Bell Canada
a écrit ce qui suit à ce sujet :
“personal e-mails” between colleagues, which are not collected,
used or disclosed in connection with the operation of a federal
business within the meaning of section 4(1) of PIPEDA are not
covered by PIPEDA and are therefore not subject to the
individual right of access. Rather, they constitute personal
information about a third party to which an individual cannot
be granted access pursuant to subsection 9(1) of PIPEDA.
[Emphasis in original.]
[TRADUCTION] […] les « courriels personnels » entre collègues
qui ne sont pas recueillis, utilisés ou communiqués dans le
cadre d’une entreprise fédérale au sens du paragraphe 4(1) de
la Loi échappent à la portée de la Loi et, par conséquent, au
droit personnel d’accès. Il s’agit plutôt de renseignements
personnels sur un tiers auxquels l’intéressé ne peut avoir accès
en vertu du paragraphe 9(1) de la Loi. [Souligné dans l’original.]
[27] The relevant exceptions to the application of
PIPEDA are set out in section 4 of PIPEDA, which reads
as follows:
[27] Les exceptions pertinentes à l’application de la
Loi, reproduites ci-après, sont énoncées à l’article 4 de
celle-ci :
4. (1) This Part applies to every organization in respect of
personal information that
4. (1) La présente partie s’applique à toute organisation à
l’égard des renseignements personnels :
(a) the organization collects, uses or discloses in the course
of commercial activities; or
a) soit qu’elle recueille, utilise ou communique dans le cadre
d’activités commerciales;
82
JOHNSON
v. BELL CANADA
[2009] 3 F.C.R.
(b) is about an employee of the organization and that the
organization collects, uses or discloses in connection with
the operation of a federal work, undertaking or business.
b) soit qui concernent un de ses employés et qu’elle recueille,
utilise ou communique dans le cadre d’une entreprise fédérale.
(2) This Part does not apply to
(2) La présente partie ne s’applique pas :
(a) any government institution to which the Privacy Act
applies;
a) aux institutions fédérales auxquelles s’applique la Loi sur
la protection des renseignements personnels;
(b) any individual in respect of personal information that the
individual collects, uses or discloses for personal or domestic
purposes and does not collect, use or disclose for any other
purpose; or
b) à un individu à l’égard des renseignements personnels
qu’il recueille, utilise ou communique à des fins personnelles
ou domestiques et à aucune autre fin;
(c) any organization in respect of personal information that
the organization collects, uses or discloses for journalistic,
artistic or literary purposes and does not collect, use or
disclose for any other purpose.
c) à une organisation à l’égard des renseignements personnels
qu’elle recueille, utilise ou communique à des fins journalistiques, artistiques ou littéraires et à aucune autre fin.
(3) Every provision of this Part applies despite any provision,
enacted after this subsection comes into force, of any other Act
of Parliament, unless the other Act expressly declares that that
provision operates despite the provision of this Part.
(3) Toute disposition de la présente partie s’applique malgré
toute disposition — édictée après l’entrée en vigueur du présent
paragraphe — d’une autre loi fédérale, sauf dérogation
expresse de la disposition de l’autre loi.
[28] Mr. Johnson submits that the personal e-mails fall
within the description set out in paragraph 4(1)(b)
because they are personal information about him, an
employee of Bell Canada, and they are collected, used
or disclosed by Bell Canada in connection with the
operation of a federal work, undertaking or business.
[28] M. Johnson soutient que les courriels personnels
sont visés par la description de l’alinéa 4(1)b) parce qu’il
s’agit bien de renseignements personnels qui le concernent, lui un employé de Bell Canada, et que celle-ci
a recueillis, utilisés ou communiqués dans le cadre d’une
entreprise fédérale.
[29] Mr. Johnson submits, and I agree, that an electronic
message about or concerning him meets the definition
of “personal information” in subsection 2(1) of PIPEDA
which reads as follows:
[29] M. Johnson soutient — et je partage son avis —
qu’un message électronique à son sujet ou qui le concerne
satisfait à la définition donnée à un « renseignement
personnel » au paragraphe 2(1) qui suit de la Loi :
“personal information” means information about an identifiable
individual, but does not include the name, title or business
address or telephone number of an employee of an organization.
« renseignement personnel » Tout renseignement concernant
un individu identifiable, à l’exclusion du nom et du titre d’un
employé d’une organisation et des adresse et numéro de
téléphone de son lieu de travail.
[30] As was noted by the Federal Court of Appeal in
Rousseau v. Wyndowe (2008), 373 N.R. 301 [at paragraph 40], the definition of personal information as
meaning “information about an identifiable individual”
entails that the Act is very far reaching. In Rousseau it
was held that the handwritten notes of a doctor, taken
during an independent medical examination of an
insured person by a doctor at the request of the insurance
company, were personal information under PIPEDA. In
my view, there can be no question that e-mail messages
[30] Tel que l’a souligné la Cour d’appel fédérale dans
l’arrêt Rousseau c. Wyndowe, 2008 CAF 39 [au paragraphe 40], puisque la Loi définit un renseignement
personnel comme tout « renseignement concernant un
individu identifiable », elle a donc une très large portée.
La Cour d’appel fédérale a statué dans l’arrêt Rousseau
que les notes manuscrites rédigées par un médecin au
cours de l’examen médical indépendant d’un assuré
effectué à la demande d’une compagnie d’assurance
constituaient des renseignements personnels au sens de
[2009] 3 R.C.F.
JOHNSON
c. BELL CANADA
83
concerning a person constitute personal information of
that person under PIPEDA. Further, there is no dispute
that the e-mails that Mr. Johnson was seeking concerned
him at a time when he was an employee of Bell Canada.
The real issue is whether these e-mails were collected,
used or disclosed by Bell Canada in connection with the
operation of a federal work, undertaking or business.
More specifically, it is whether Bell Canada collected
these e-mails, as there is no evidence of use or disclosure.
la Loi. Or à mon avis, on ne peut contester que les
courriels concernant une personne constituent à son
égard des renseignements personnels au sens de la Loi.
Nul ne conteste non plus que les courriels dont M.
Johnson a demandé la communication le concernaient à
une période où il était un employé de Bell Canada. La
véritable question en litige est donc de savoir si Bell
Canada a recueilli, utilisé ou communiqué ces courriels
dans le cadre d’une entreprise fédérale, et plus précisément si Bell Canada a recueilli ces courriels, puisque
aucune preuve n’a été présentée quant à une quelconque
utilisation ou communication.
[31] It is a reality of our electronic world that computer
systems store the data transmitted on them. E-mail messages are stored, at least for some period of time, in the
sender’s “sent” box and the recipient’s “in” box. Even
when deleted, they reside in the “deleted” items box for
a period of time. Further, the data are stored on the servers
through which they travel during transmission and the
information on those servers and on the individual computers used to transmit the e-mail messages is captured
and backed up on a regular and periodic basis. Organizations put systems and procedures in place deliberately to
capture such information as is relevant to the organization
and its business needs. The reality is that non-relevant
information is also captured. Just as the cod fisherman’s
nets will capture whiting, flounder, hake, squid, butterfish,
or other species in addition to the cod which is the fisherman’s target, the organization’s data storage system
which is intended to capture business e-mail will capture
personal e-mails, jokes, spam, family pictures and other
non-business data transmitted on the system.
[31] Une réalité concrète dans notre monde informatisé,
c’est que les systèmes informatiques stockent les données
transmises par leur moyen. Les messages électroniques
sont stockés, du moins pendant un certain temps, dans
la boîte d’« envoi » de l’expéditeur et dans la boîte de
« réception » du destinataire. Même lorsque les courriels
sont supprimés, ils demeurent pendant un certain temps
dans la boîte des éléments « supprimés ». En outre, les
données sont stockées sur les serveurs par lesquels elles
transitent, et les renseignements se trouvant dans ces
serveurs et les ordinateurs personnels utilisés pour transmettre les courriels sont régulièrement saisis et sauvegardés. Les organisations mettent volontairement en
place des systèmes et des procédures pour saisir les
renseignements nécessaires pour leurs fins et pour leurs
besoins commerciaux. Une autre réalité concrète, c’est
que des renseignements non pertinents sont également
saisis. Tout comme les filets des pêcheurs de morue
capturent bien d’autres espèces de poissons, comme des
merlans, des flets, des merluches, des calmars et des
stromatés, que les morues recherchées, le système de
stockage de données d’une organisation qui vise à saisir
les courriels professionnels saisit également des courriels
personnels, des blagues, des pourriels, des photos de famille et d’autres types encore de données non professionnelles transmises par le système informatique.
[32] As noted previously there is an exception from the
application of the Act in paragraph 4(2)(b) for personal
information collected by an individual solely for the
individual’s personal reasons. If this information, exempt
in the hands of the individual, is an e-mail sent or received
at work, it would be contrary to the purposes of the Act
if that same information, once stored on the organization’s
[32] On l’a dit, l’alinéa 4(2)b) prévoit que la Loi ne
s’applique pas aux renseignements personnels qu’un
individu recueille uniquement à des fins personnelles. Si
de tels renseignements qui aux mains de l’individu échappent à la portée de la Loi, consistent en des courriels
envoyés ou reçus au travail, il serait contraire à l’objet
de la Loi que ces mêmes renseignements, une fois stockés
84
JOHNSON
v. BELL CANADA
[2009] 3 F.C.R.
backup system, would then not also be exempt from
production by the organization. To find otherwise would
not accord with common sense and pragmatism and, in
my view, would require an interpretation of the Act that
would not have been contemplated by its legislators.
dans le système de sauvegarde de l’organisation en
cause, n’échappent plus pour celle-ci à l’obligation de
production. Si on en venait à une conclusion contraire,
on n’interpréterait pas la Loi avec sens commun et
pragmatisme, mais plutôt d’une manière non prévue
selon moi par le législateur.
[33] However, paragraph 4(2)(b) applies only to exempt
individuals from PIPEDA, not corporations or other
business entities. The only exemption applicable to
business entities is paragraph 4(2)(c), which deals only
with information collected for journalistic, artistic or
literary purposes and which would have no application to
e-mail information of the sort under discussion. Accordingly, the exemption must be found in the scope clause
of the Act—in subsection 4(1) which I set out again for
ease of reference:
[33] Toutefois, l’alinéa 4(2)b) ne vise qu’à dispenser
des individus de l’application de la Loi, et non pas des
sociétés ou d’autres entreprises. La seule dispense applicable aux entreprises est énoncée à l’alinéa 4(2)c), qui
ne concerne que les renseignements recueillis à des fins
journalistiques, artistiques ou littéraires et qui ne s’applique pas aux messages électroniques du type en cause
en l’espèce. C’est donc dans la disposition sur la portée
de la Loi — soit au paragraphe 4(1) que je reproduis de
nouveau ci-après par souci de commodité — que l’on
doit trouver la dispense applicable.
4. (1) This Part applies to every organization in respect of
personal information that
4. (1) La présente partie s’applique à toute organisation à
l’égard des renseignements personnels :
(a) the organization collects, uses or discloses in the course
of commercial activities; or
a) soit qu’elle recueille, utilise ou communique dans le cadre
d’activités commerciales;
(b) is about an employee of the organization and that the
organization collects, uses or discloses in connection with
the operation of a federal work, undertaking or business.
[Emphasis added.]
b) soit qui concernent un de ses employés et qu’elle recueille,
utilise ou communique dans le cadre d’une entreprise fédérale.
[Non souligné dans l’original.]
The emphasized phrases must have some meaning. If it
was intended that everything “collected” by the
employer organization was subject to disclosure under
PIPEDA, the phrases emphasized would be redundant.
In my view, these phrases are to be interpreted with
reference to the business realities of the commercial
world and the organization. It is only that information that
the organization collects because it has a commercial
need for it that is captured by PIPEDA in subsection
4(1).
Il faut bien que les mots soulignés aient un sens. Si l’on
avait voulu que tout renseignement « recueilli » par
l’organisation employeur ait à être communiqué en
application de la Loi, les mots soulignés auraient un
caractère redondant. À mon avis, ces mots doivent plutôt
être interprétés en fonction des impératifs commerciaux
du monde des affaires et de l’organisation concernée.
Seuls les renseignements que l’organisation recueille
pour satisfaire un besoin commercial sont visés par la
Loi selon le paragraphe 4(1).
[34] The Federal Court of Appeal in Englander noted
[at paragraph 38] that the focus of PIPEDA was the
commercial world:
[34] Dans l’arrêt Englander, la Cour d’appel fédérale
a fait remarquer [au paragraphe 38] que la Loi avait le
monde commercial comme point de mire :
[PIPEDA] is undoubtedly directed at the protection of an
individual’s privacy; but it is also directed at the collection, use
and disclosure of personal information by commercial organizations. It seeks to ensure that such collection, use and disclosure are made in a manner that reconciles, to the best possible
L’objet de la LPRPDE est […] certes axé sur la protection de
la vie privée des personnes, mais il se rapporte aussi à la collecte,
à l’utilisation et à la communication de renseignements personnels par les organisations. Cet objet est de faire en sorte que
lesdites collecte, utilisation et communication soient exécutées
[2009] 3 R.C.F.
JOHNSON
c. BELL CANADA
85
extent, an individual’s privacy with the needs of the organization. There are, therefore, two competing interests within the
purpose of the PIPED Act: an individual’s right to privacy on
the one hand, and the commercial need for access to personal
information on the other. However, there is also an express
recognition, by the use of the words “reasonable person,”
“appropriate” and “in the circumstances” (repeated in subsection 5(3)), that the right of privacy is not absolute. [Emphasis
added.]
d’une manière qui concilie, dans toute la mesure du possible,
le droit de la personne à la vie privée et les besoins de l’organisation. Il y a donc deux intérêts concurrents dans l’objet de
la LPRPDE: le droit de la personne à la vie privée d’une part,
et le besoin commercial d’accès aux renseignements personnels
d’autre part. Cependant, il y est expressément reconnu — par
l’emploi des termes « à des fins qu’une personne raisonnable
estimerait acceptables dans les circonstances » , qui sont repris
au paragraphe 5(3) — que le droit à la vie privée n’est pas
absolu. [Non souligné dans l’original.]
[35] The applicant submits that these personal e-mails,
this bycatch of the computer systems and backup systems
in place to capture and save information for which the
organization has a commercial need, fall within the
meaning of paragraph 4(1)(b) as “it is information that is
being handled ‘in connection with’ (or ‘dans le cadre
d’[e]’) the operation of the Respondent’s business”.
First, in my view, the information is not being “handled”
by Bell Canada. Like the bycatch of the cod fisherman,
personal e-mail is the bycatch of the commercially valuable information that is being handled by Bell Canada.
Secondly, to be information collected in connection with
the operation of the business, requires that there be a
business purpose for the information. There is none with
respect to personal e-mails. In fact, from the viewpoint of
organizations like Bell Canada, personal e-mails are
refuse that take up valuable space and time. It is for this
reason, among others, that organizations discourage or
limit employee utilization of their computer systems for
personal reasons.
[35] Le demandeur soutient que les courriels personnels,
captures accessoires des systèmes informatiques et de
sauvegarde mis en place par une organisation pour saisir
et conserver les renseignements requis pour ses besoins
commerciaux, tombent sous le coup de l’alinéa 4(1)b),
puisqu’il s’agit de [TRADUCTION] « renseignements traités
“dans le cadre” de l’entreprise de la défenderesse ». À
mon avis, premièrement, les renseignements en cause ne
sont pas « traités » par Bell Canada. Comme les captures
accessoires des pêcheurs de morue, les courriels personnels sont des captures accessoires de renseignements
utiles au plan commercial qui, eux, sont traités par Bell
Canada. Deuxièmement, pour que des renseignements
soient considérés recueillis dans le cadre d’une entreprise,
ils doivent servir une fin d’entreprise, ce qui n’est nullement le cas lorsqu’on a affaire à des courriels personnels.
Du point de vue d’organisations telles que Bell Canada,
en fait, les courriels personnels constituent des déchets
qui gaspillent de l’espace et du temps précieux. C’est
d’ailleurs pour ce motif, entre autres, que les organisations désapprouvent ou restreignent l’utilisation par les
employés de leurs systèmes informatiques à des fins
personnelles.
[36] Mr. Johnson further submits that while the e-mails
may not have a business purpose, from Bell Canada’s
viewpoint, this alone does not exempt them from
PIPEDA. He points out that the information was transmitted using Bell Canada’s business systems and, focusing
on e-mails transmitted among those employees above
him in the organizational hierarchy, he submits that “the
supervisors may have had personal reasons to transmit
such information, but it was only done by virtue of their
employment with the Respondent and the supervisory
position vis-à-vis the Applicant”.
[36] M. Johnson soutient toutefois également que,
même si Bell Canada estime que les courriels ne servent
pas une fin d’entreprise ou professionnelle, cela seul ne
saurait les dispenser de l’application de la Loi. Il souligne
que les renseignements en cause ont été transmis par le
biais des systèmes opérationnels de Bell Canada et,
s’attardant aux courriels transmis entre ses supérieurs
hiérarchiques, il soutient qu’il [TRADUCTION] « se peut
que les superviseurs aient eu des motifs personnels pour
transmettre de tels renseignements, mais cela ne s’est
produit qu’en raison de l’emploi occupé par eux auprès
du défendeur et de leurs fonctions de supervision à
l’égard du demandeur ».
86
JOHNSON
v. BELL CANADA
[2009] 3 F.C.R.
[37] The applicant in this characterization is attempting
to remove the personal e-mails in issue from the exemption provided in paragraph 4(2)(b) of personal information
that an individual collects for personal reasons. The
Privacy Commissioner in her report references a previous
case in which she found that paragraph 4(2)(b) “is not
intended to absolve an organization of responsibility for
an employee who uses their position within the organization to collect, use or disclose personal information for
their own purposes.” This is a reference to PIPEDA Case
Summary #346: E-mails message raises questions about
purposes credibility and accountability, 2006.
[37] En qualifiant la situation de la sorte, le demandeur
vise à ce que ne soit pas applicable aux courriels personnels en cause la dispense prévue à l’alinéa 4(2)b) et
qui concerne les renseignements personnels qu’un individu recueille à des fins personnelles. La commissaire a
renvoyé dans son rapport à une affaire précédente (Résumé
de conclusions d’enquête en vertu de la LPRPDÉ #346 :
Un courriel soulève des questions concernant la crédibilité et la responsabilisation, 2006) où elle avait conclu
que l’alinéa 4(2)b) « n’a pas pour objectif de dégager
une organisation de ses responsabilités à l’égard d’un
employé qui se sert de sa position dans l’organisation
pour recueillir, utiliser ou communiquer des renseignements personnels à des fins personnelles. »
[38] In Case Summary #346 the vice-president of a
company sent an interoffice e-mail with the complainant’s
name in the subject line and with a message that asked:
“Does anyone know what firm [he] is with?” Although
the vice-president stated that his reason for sending the
message was business-related, the Privacy Commissioner
did not believe him and agreed with the complainant that
he likely had a personal reason for sending the e-mail.
The Privacy Commissioner found that there was no
breach of PIPEDA as there had been no evidence that
the complainant’s personal information had been collected—there was only an attempt to collect it. The
Privacy Commissioner found that the vice-president sent
the e-mail in his capacity as vice-president of the
company, using the company’s e-mail system and office
equipment. She reasoned that while he may have had
personal reasons for sending the e-mail, he did not act
as an individual in so doing, and she found that his
actions had every appearance of being conducted on
behalf of the company, for business-related reasons. That
is the context in which she held, in the terms cited above,
that paragraph 4(2)(b) is not meant to absolve a company
of responsibility for the actions of its employees.
[38] Dans l’affaire visée par le résumé #346, le viceprésident d’une société avait envoyé un courriel interservices dont l’objet du message mentionnait le nom du
plaignant et qui indiquait ce qui suit : « Est-ce que
quelqu’un connaît la société pour laquelle [il] travaille? »
Le vice-président a déclaré avoir envoyé le courriel pour
des motifs professionnels, mais la commissaire ne l’a pas
cru et a estimé tout comme le plaignant que le motif de
l’envoi était vraisemblablement personnel. La commissaire a toutefois conclu que la Loi n’avait pas été enfreinte,
car aucun élément de preuve ne permettait de croire que
des renseignements personnels concernant le plaignant
avaient été recueillis — il n’y avait eu qu’une tentative de
cueillette de tels renseignements. La commissaire a conclu
que le vice-président avait envoyé le courriel à titre de
vice-président de la société en utilisant le système de
messagerie et l’équipement de bureau de la société. Elle
a estimé que, même si le vice-président avait eu un motif
personnel d’envoyer le courriel, il n’avait pas alors agi en
tant qu’individu, et elle a conclu que, selon toutes les
apparences, il avait envoyé le courriel au nom de la
société et pour des motifs professionnels. C’est dans ce
contexte que la commissaire a statué, dans les termes
précités, que l’alinéa 4(2)b) n’avait pas pour objectif de
dégager une société de ses responsabilités à l’égard des
actions de ses employés.
[39] I support the Privacy Commissioner in her view
that the exemption in paragraph 4(2)(b) cannot be used
to exclude from PIPEDA personal information that
would otherwise be accessible, under the guise that it has
been collected, used or disclosed for personal reasons.
[39] Je partage l’avis de la commissaire selon lequel
la dispense prévue à l’alinéa 4(2)b) ne peut servir à
exclure de la portée de la Loi les renseignements personnels auxquels l’accès est par ailleurs autorisé, sous
prétexte qu’ils ont été recueillis, utilisés ou communiqués
[2009] 3 R.C.F.
JOHNSON
c. BELL CANADA
87
However, in my view, the exemption in paragraph 4(2)(b)
is available to exclude personal information that an
individual collects, uses or discloses solely for personal
or domestic purposes, and this exemption is not forfeit
simply because the individual uses equipment available
by virtue of his or her employment or position. To hold
otherwise would strip paragraph 4(2)(b) of any meaning,
as virtually any use of the employer’s computer systems
would result in the loss of the paragraph 4(2)(b) exemption
and bring within the ambit of PIPEDA personal information that has no value or use to the commercial organization. Thus, while there may conceivably be instances
when the paragraph 4(2)(b) protection will be lost, those
will be exceptional circumstances resulting from unique
fact situations. There is no evidence before the Court that
such exceptional circumstances exist here.
à des fins personnelles. J’estime toutefois que la dispense
prévue à l’alinéa 4(2)b) peut être invoquée pour exclure
les renseignements personnels qu’un individu recueille,
utilise ou communique exclusivement à des fins personnelles ou domestiques, et que cette dispense ne peut être
écartée du simple fait que l’équipement dont l’intéressé
s’est servi, il y avait accès en raison de son emploi ou de
son poste. Statuer d’une autre manière priverait l’alinéa
4(2)b) de tout sens, puisque alors pratiquement toute
utilisation des systèmes informatiques de l’employeur
viendrait écarter la dispense prévue à cet alinéa et ferait
tomber sous le coup de la Loi des renseignements personnels sans aucune valeur ou utilité pour une organisation. Ainsi, bien qu’on puisse concevoir des situations
où la protection offerte par l’alinéa 4(2)b) ne sera pas
disponible, on aura alors affaire à des circonstances
exceptionnelles découlant de faits d’espèce tout particuliers. Or, la Cour n’est saisie d’aucune preuve de l’existence de pareilles circonstances exceptionnelles en
l’espèce.
[40] Accordingly, the answer to the first question: “Are
personal e-mails subject to PIPEDA and disclosure
by Bell Canada in response to Mr. Johnson’s access
request?”, is no.
[40] Il faut par conséquent répondre par la négative à
la première question : « Les courriels personnels sontils assujettis à la Loi, et Bell Canada est-elle tenue de les
communiquer pour donner suite à la demande d’accès
de M. Johnson? »
Did Bell Canada conduct a sufficient search in response
to the request?
La recherche effectuée par Bell Canada pour donner
suite à la demande d’accès avait-elle un caractère
suffisant?
[41] I am of the opinion that an organization, when
searching for information in response to a request stated
as broadly as Mr. Johnson stated his, is not required to
assume that information otherwise exempt from PIPEDA
by virtue of paragraph 4(2)(b) may have lost that status.
Absent some reason to believe that there were personal
e-mails that through some exceptional circumstance lost
the exemption and fell under PIPEDA, Bell Canada was
not required to conduct a broad search for information in
response to the request.
[41] J’estime qu’une organisation, lorsqu’elle recherche
des renseignements par suite d’une demande d’accès
formulée en des termes aussi larges que ceux employés
par M. Johnson, n’est pas tenue de présumer que des
renseignements par ailleurs dispensés de l’application de
la Loi en vertu de l’alinéa 4(2)b) ont pu perdre cette
protection. Faute d’une raison de croire que des courriels
personnels ne bénéficiaient plus de la dispense en raison
de circonstances exceptionnelles et tombaient ainsi sous
le coup de la Loi, Bell Canada n’était pas tenue de
procéder à une vaste recherche de renseignements pour
donner suite à la demande d’accès.
[42] The search it was required to conduct was a search
that could reasonably be expected to produce the personal
information of Mr. Johnson that, in the ordinary course,
[42] La recherche que Bell Canada devait effectuer
était celle à laquelle il était raisonnable de s’attendre
pour produire les renseignements personnels concernant
88
JOHNSON
v. BELL CANADA
[2009] 3 F.C.R.
would fall under PIPEDA. In my view that is exactly
what Bell Canada did in this case. From the viewpoint of
its business operations it reasonably expected that the
e-mail information concerning Mr. Johnson would be in
the hands of his direct supervisor. There is no evidence
that there would be any other business e-mails concerning
Mr. Johnson in the control of any other employee of Bell
Canada.
M. Johnson qui, d’ordinaire, tomberaient sous le coup
de la Loi. C’est là exactement, à mon avis, ce que Bell
Canada a fait en l’espèce. Adoptant sur la question son
point de vue d’entreprise, Bell Canada avait comme
attente raisonnable que les messages électroniques concernant M. Johnson se trouveraient entre les mains de sa
supérieure immédiate. Et aucun élément de preuve ne
laisse croire en l’existence d’autres courriels de nature
professionnelle concernant M. Johnson qui seraient entre
les mains d’autres employés de Bell Canada.
[43] Further, there is insufficient evidence to suggest
that any of the personal e-mails Mr. Johnson seeks to
access have lost the exemption in paragraph 4(2)(b).
Where the organization has conducted a reasonable search
in response to an access request, if the party who made
the request claims that there is other information that has
not been produced, the burden must lie on the requester
to establish at least a prima facie case that the search has
been inadequate. The statement in paragraph 11 of Mr.
Johnson’s affidavit, quoted previously, does not come
close to establishing that there may be other information
in the possession of Bell Canada that has not been produced.
[43] En outre, trop peu d’éléments de preuve permettent de croire qu’un quelconque courriel personnel dont
M. Johnson tente d’obtenir l’accès aurait perdu le
bénéfice de la dispense prévue à l’alinéa 4(2)b). Lorsque
l’organisation visée a procédé à une recherche raisonnable
par suite d’une demande d’accès, et que l’auteur de la
demande soutient qu’il existe d’autres renseignements
qui n’ont pas été produits, c’est à ce dernier que doit
incomber le fardeau d‘établir au moins prima facie sa
prétention quant au caractère insuffisant de la recherche.
Or M. Johnson n’est pas même près d’avoir établi, avec
la déclaration figurant au paragraphe 11 de son affidavit,
précitée, que Bell Canada pourrait avoir en sa possession
d’autres renseignements qu’elle n’a pas produits.
[44] Bell Canada submitted that there is an obligation
on the part Mr. Johnson, as the person requesting access
to his personal information, to cooperate by specifying
where Bell Canada ought to search and that “the Applicant
must, at the very least, provide objective, useful criteria
aimed at narrowing the scope of the required search”. In
support of this position Bell Canada relies on clause
4.9.2 [principle 9] of Schedule 1 to PIPEDA which
provides that “[a]n individual may be required to provide
sufficient information to permit an organization to provide
an account of the existence, use, and disclosure of personal
information.” It also relies of the decision of the Quebec
Commission d’accès à l’information in Deschênes c.
Banque C.I.B.C., [2003] C.A.I. 249.
[44] Bell Canada soutient que M. Johnson a l’obligation
de coopérer, comme auteur de la demande d’accès aux
renseignements personnels le concernant, en précisant
où Bell Canada devrait chercher et devrait [TRADUCTION]
« à tout le moins, proposer des critères objectifs aidant à
réduire la portée de la recherche demandée ». Bell
Canada fait valoir au soutien de sa position l’article 4.9.2
[principe 9] des principes énoncés à l’annexe 1 de la Loi,
lequel prévoit qu’une « organisation peut exiger que la
personne concernée lui fournisse suffisamment de renseignements pour qu’il lui soit possible de la renseigner
sur l’existence, l’utilisation et la communication de renseignements personnels ». Bell Canada invoque également la décision Deschênes c. Banque C.I.B.C., [2003]
C.A.I. 249, de la Commission d’accès à l’information du
Québec.
[45] The position of the Quebec Commission d’accès
à l’information in Deschênes as to the responsibilities of
the parties involved in that case is similar to that I have
taken here. Ms. Deschênes had been an employee and a
[45] Dans la décision Deschênes, la Commission
d’accès à l’information du Québec a adopté quant aux
responsabilités des parties au litige une position semblable à la mienne en l’espèce. Mme Deschênes avait été
[2009] 3 R.C.F.
JOHNSON
c. BELL CANADA
89
customer of the Bank. She requested notes from her
mortgage file as well as any communication between the
Toronto and Montréal offices with respect to her dismissal
and late payments. The Bank produced the result of what
it viewed as a reasonable search for these records. Ms.
Deschênes was of the view that there were other records
that had not been produced. The Commission, in dismissing Ms. Deschênes’ complaint, accepted that the
search conducted by the Bank was reasonable and that
Ms. Deschênes had the burden to establish that there
were documents that had not been produced. The relevant
portion of the decision reads as follows [at paragraphs
78-82]:
une employée et une cliente de la Banque. Elle avait
demandé l’accès aux notes versées à son dossier d’hypothèque ainsi qu’à toute communication échangée entre
les bureaux de Toronto et de Montréal de la Banque au
sujet de son renvoi et de ses paiements en retard. La
Banque a produit le résultat de ce qu’elle estimait être
des recherches raisonnables pour trouver de tels documents. Mme Deschênes était d’avis qu’il existait d’autres
documents qui n’avaient pas été produits. Rejetant la
plainte de Mme Deschênes, la Commission a jugé raisonnables les recherches effectuées par la Banque et a
conclu qu’il incombait à Mme Deschênes d’établir l’existence d’autres documents qui n’auraient pas été produits.
Je reproduis ci-après la partie pertinente de la décision
[aux paragraphes 78 à 82] :
[TRANSLATION] Mr. Deschênes provided precise and uncontradicted testimony establishing that after one year the Bank
reused the recordings which could have contained e-mail
bearing Ms. Deschênes’ name. In light of this evidence, the
Commission finds that the Bank no longer has other e-mails.
M. Deschênes a rendu un témoignage précis et non contredit
démontrant que la Banque, après une année, réutilise les
enregistrements sur lesquels peut se trouver un courriel au nom
de Mme Deschênes. Vu cette preuve, la Commission en arrive
à la conclusion que la Banque ne détient donc plus d’autres
courriels.
The Bank called Mr. Deschênes, Mr. Paiement and Ms.
Condrain to testify before the Commission. The Bank also filed
the supplemental affidavits of Ms. Condrain, Ms. Boivin, and
Ms. Levine. All of them declared under oath that, after a careful
search, the Bank did not possess any documents other than
those already given to Ms. Deschênes or any documents still at
issue.
La Banque a fait entendre devant la Commission MM.
Paiement et Deschênes et Mme Condrain. Elle a produit également les affidavits supplémentaires de Mmes Condrain, Boivin
et Levine. Toutes les personnes ont déclaré, sous serment,
qu’après avoir effectué des recherches sérieuses, la Banque ne
possède aucun autre document que ceux déjà donnés à Mme
Deschênes ou demeurant en litige.
In a matter such as the one under review, it is reasonable that
Ms. Deschênes, in submitting a request for access to all
information held by the Bank concerning her as a client and
former employee, would collaborate in identifying the
documents sought.
Pour un dossier comme celui sous étude, il est raisonnable
que Mme Deschênes, soumettant une demande visant l’accès à
tous les renseignements détenus par la Banque la concernant,
comme cliente et ex-employée, collabore pour identifier les
documents recherchés.
It was in the context of this endeavour that the Commission
sought the collaboration of the Bank’s representatives to
undertake an additional search. Indeed, this effort was not in
vain, as some documents were found.
C’est dans le cadre de cet exercice que la Commission a
sollicité la collaboration des représentants de la Banque pour
effectuer des recherches supplémentaires. Celles-ci n’ont d’ailleurs pas été vaines, ayant permis de trouver certains documents.
This last step completed, the onus is on Ms. Deschênes to
adduce concrete evidence constituting a commencement of
proof with respect to the existence of any document containing
personal information about her, as defined in article 2 of the
Act. The Commission is of the opinion that the last letters
received from Ms. Deschênes do not refer to a concrete situation
that would suggest that other documents existed.
Cette dernière étape franchie, il revient à Mme Deschênes de
soumettre les éléments concrets pouvant constituer un début
de preuve quant à l’existence d’un document renfermant des
renseignements à son sujet, tel qu’il a été défini à l’article 2 de
la Loi. La Commission est d’avis que les dernières lettres
reçues de Mme Deschênes ne révèlent pas de situation concrète
lui permettant de considérer qu’il existe d’autres documents.
[46] I am of the view that the position stated by Bell
Canada that Mr. Johnson “had a responsibility to focus
[46] J’estime que Bell Canada, en soutenant que M.
Johnson [TRADUCTION] « avait l’obligation de cibler sa
90
JOHNSON
v. BELL CANADA
[2009] 3 F.C.R.
his request” overstates the responsibility of an applicant
making an access request. In my view, and in keeping
with the practicality of the application of PIPEDA to a
request that may suggest an extensive, costly and timeconsuming search, the organization receiving a broad
request such as that made by Mr. Johnson has two options
open to it: (1) it can inquire of the party making the
request if he can be more specific as to the information
he is requesting, in which case the requesting party does
have an obligation to cooperate in defining his request,
or (2) it can conduct a reasonable search of information
that it can reasonably expect to be responsive to the
request. In this case Bell Canada chose the latter course.
demande » attribue une portée excessive à l’obligation
de l’auteur d’une demande d’accès. À mon avis, compte
tenu des impératifs de l’application concrète de la Loi à
une demande pouvant donner lieu à des recherches poussées, coûteuses et voraces en temps, l’organisation qui
reçoit une demande d’accès aussi large que celle présentée
par M. Johnson dispose de deux possibilités. Elle peut
soit 1) demander à l’auteur de la demande s’il peut cibler
celle-ci davantage, auquel cas cet auteur a l’obligation
de coopérer en vue de délimiter sa demande, soit 2) procéder à une recherche raisonnable de renseignements de
laquelle elle peut attendre raisonnablement une réponse
à la demande d’accès. Bell Canada a choisi en l’espèce
cette dernière voie.
[47] Where that latter course is chosen, absent further
evidence, one need not assume that there is any reason to
conduct a search for messages that fall outside the scope
of those which the organization reasonably believes that
it would collect, use and disclose in the course of its
business operations.
[47] Lorsqu’une organisation choisit cette dernière voie,
elle n’a pas à présumer, en l’absence d’autres éléments
de preuve, qu’il existe quelconque raison de rechercher
des messages autres que ceux que, selon ce qu’elle estime
de manière raisonnable, elle recueille, utilise ou communique dans le cadre de ses activités commerciales.
[48] Accordingly, the answer to the second question:
“Did Bell Canada conduct a search that met its obligations under PIPEDA in response to Mr. Johnson’s access
request?”, is yes.
[48] Il faut par conséquent répondre par l’affirmative à
la seconde question : « En effectuant sa recherche pour
donner suite à la demande d’accès de M. Johnson, Bell
Canada s’est-elle acquittée des obligations que la Loi lui
impose? »
Did Bell Canada destroy information contrary to
PIPEDA?
Bell Canada a-t-elle supprimé des renseignements en
violation de la Loi?
[49] Bell Canada had an obligation under subsection
8(8) of PIPEDA to retain and preserve Mr. Johnson’s
personal information until all recourse available to him,
including the present application, was exhausted.
[49] Bell Canada avait l’obligation, en vertu du paragraphe 8(8) de la Loi, de conserver les renseignements
personnels concernant M. Johnson le temps nécessaire
pour permettre à ce dernier d’épuiser ses recours, ce qui
comprend la présente demande.
8. (8) Despite clause 4.5 of Schedule 1, an organization that
has personal information that is the subject of a request shall
retain the information for as long as is necessary to allow the
individual to exhaust any recourse under this Part that they may
have.
8. (8) Malgré l’article 4.5 de l’annexe 1, l’organisation qui
détient un renseignement faisant l’objet d’une demande doit le
conserver le temps nécessaire pour permettre au demandeur
d’épuiser ses recours.
[50] First, there is no evidence that there were any
e-mails subject to disclosure under PIPEDA that were
not delivered to Mr. Johnson or retained by Bell Canada.
Secondly, given the nature of Bell Canada’s retention
policy, which is typical in the corporate world, it is
[50] Premièrement, aucun élément de preuve ne laisse
croire que des courriels devant être transmis à M. Johnson
en vertu de la Loi ne l’ont pas été ou ont été gardés par
Bell Canada. Deuxièmement, vu la nature de la politique
de conservation de Bell Canada, typique dans le monde
[2009] 3 R.C.F.
JOHNSON
c. BELL CANADA
91
perhaps inevitable that some business e-mails may have
been deleted in the time taken to process the access
request. The Bell Canada policy provides that data on a
laptop is retained only for 30 days and, if not saved by
the employee, is automatically deleted. That data is also
backed up on tapes but those tapes are overwritten after
50 days. As a result, this electronic information is not in
a static state. It is a river of information flowing towards
an abyss, and each day a portion of that information is
lost.
des affaires, il était sans doute inévitable que certains
courriels de nature professionnelle aient été supprimés
pendant la période requise pour traiter la demande d’accès.
Selon la politique de Bell Canada, les données ne sont
conservées que 30 jours dans un ordinateur portatif puis,
si l’employé ne les a pas sauvegardées, sont automatiquement supprimées. Ces données sont également sauvegardées sur des bandes magnétiques, qui sont toutefois
écrasées après 50 jours. Ces renseignements électroniques n’ont donc pas un caractère statique. Il s’agit d’un
flot de renseignements s’écoulant vers l’abysse, et chaque
jour une nouvelle partie en vient à disparaître.
[51] It cannot be seriously suggested that an organization has a responsibility to recover deleted or overwritten
data in the absence of compelling evidence that it existed
and that it can be recovered at a reasonable cost. Further,
in my view, such a herculean task should only be required
to be undertaken, if ever, in circumstances where there is
a critical need for the recovered information. In this
respect, I concur with the view expressed by the Quebec
Commission d’accès à l’information in Labrecque c.
Québec (Ministère de l’Environnement), [2005] C.A.I.
221, where it stated [at paragraphs 25-27]:
[51] On ne peut sérieusement donner à entendre qu’une
organisation a l’obligation de récupérer des données supprimées ou écrasées s’il n’y a aucune preuve péremptoire
montrant que ces données ont bien existé et qu’elles
peuvent être récupérées à coût raisonnable. En outre, à
mon avis, une tâche aussi colossale ne devrait jamais être
imposée, si ce n’est lorsque la récupération des données
est vraiment essentielle. À cet égard, je partage l’avis
exprimé comme suit par la Commission d’accès à l’information du Québec dans la décision Labrecque c. Québec
(Ministère de l’Environnement), [2005] C.A.I. 221 [aux
paragraphes 25 à 27] :
[TRANSLATION] The Commission is of the opinion that in
principle, one shouldn’t require an access coordinator to locate,
restore, and reproduce electronic documents of this type
(e-mails) which have been destroyed, or overwritten by new
versions, or which are stored in backup files.
La Commission est d’avis qu’en principe, on ne doit pas
exiger d’un responsable de l’accès qu’il repère, restaure et
reproduise des documents informatiques de ce type (courriels)
qui ont été détruits, écrasés par de nouvelles versions ou qui se
trouvent conservés dans des copies de sécurité.
Considering the relatively short time frame that an access
coordinator has in which to respond to an access request under
the Act (30 days maximum), and considering the technical
complexity of restoring an electronic document such as an
e-mail – a complexity which is familiar to the Commission on
account of its expertise – the Commission is of the opinion that
such an undertaking raises serious practical difficulties.
Compte tenu du délai relativement court que la loi impartit
au responsable de l’accès pour répondre à une demande d’accès
(maximum de 30 jours), et compte tenu de la complexité technique d’une opération de restauration d’un document informatique tel qu’un courriel, complexité dont la Commission a
connaissance en raison de son expertise, la Commission est
d’avis que l’exécution d’une telle opération soul verait des
difficultés pratiques sérieuses.
It is within the specialized knowledge of the Commission
that retrieval operations of e-mails which have been destroyed,
overwritten, or stored in backup files, may involve unforeseen
and sometimes major expenses, which could, in some instances,
be charged to the person requesting access.
Il est de la connaissance spécialisée de la Commission que
de telles opérations de repérage, restauration et reproduction
de courriels détruits, écrasés ou se trouvant sur des copies de
sécurité entraînent des frais imprévisibles et parfois très coûteux,
frais qui pourraient, à la limite, être exigés du demandeur
d’accès.
[52] It is impractical to require a company like Bell
Canada to stop its corporate retention policies each time
[52] Il n’est pas possible en pratique d’exiger qu’une
société telle que Bell Canada mette en suspens ses poli-
92
JOHNSON
v. BELL CANADA
[2009] 3 F.C.R.
an access request is made; especially as it is not known
if any of the information that would otherwise be lost
into the abyss is even responsive to the request. From a
practical and pragmatic standpoint, what subsection 8(8)
of PIPEDA requires of an organization is that it retain
that information that it has discovered in its search that
is or may be responsive to the request, until the person
making the request has exhausted all avenues of appeal.
As I have indicated, there is no evidence that Bell Canada
did not do so in this case.
tiques de conservation des données chaque fois qu’une
demande d’accès est présentée, particulièrement lorsqu’on
ignore si l’un quelconque des renseignements qui tomberait par ailleurs dans l’abysse est même pertinent pour
donner suite à la demande. D’un point de vue pratique et
pragmatique, ce que le paragraphe 8(8) de la Loi impose
à une organisation, c’est de conserver les renseignements
qu’elle a pu repérer en effectuant ses recherches et pouvant s’avérer pertinents pour donner suite à la demande
le temps nécessaire pour que l’auteur de celle-ci ait épuisé
ses voies d’appel. Or, je l’ai déjà mentionné, aucune
preuve ne laisse croire que Bell Canada n’a pas agi de la
sorte en l’espèce.
[53] Accordingly, the answer to the third question:
“Did Bell Canada fail to preserve personal information
that would have been responsive to the access request,
in breach of PIPEDA?”, is no.
[53] Il faut par conséquent répondre par la négative à
la troisième question : « Bell Canada a-t-elle omis, en
violation de la Loi, de conserver des renseignements
personnels qui auraient été pertinents aux fins de la
demande d’accès? »
Remedies
Mesures réparatrices
[54] Having found that there has been no violation of
PIPEDA by Bell Canada, it is unnecessary to consider
the remedies that would have been available had there
been a violation on its part. Accordingly the fourth question need not be answered.
[54] La Cour ayant conclu que Bell Canada n’avait pas
violé la Loi, il ne sera pas nécessaire d’examiner de
quelles mesures réparatrices M. Johnson aurait pu disposer en cas de pareille violation. Il ne sera pas nécessaire,
par conséquent, de répondre à la quatrième question en
litige.
JUDGMENT
JUGEMENT
THIS COURT ORDERS AND ADJUDGES that this
application for judicial review is dismissed with costs.
LA COUR STATUE que la présente demande de contrôle
judiciaire est rejetée avec dépens.
[2009] 3 R.C.F.
AUJLA c. CANADA
A-40-08
2008 FCA 304
93
A-40-08
2008 CAF 304
Her Majesty the Queen (Appellant)
Sa Majesté la Reine (appelante)
v.
c.
Amarjit Aujla (Respondent)
Amarjit Aujla (intimé)
A-41-08
A-41-08
Her Majesty the Queen (Appellant)
Sa Majesté la Reine (appelante)
v.
c.
Harjinder Aujla (Respondent)
Harjinder Aujla (intimé)
INDEXED AS: AUJLA V. CANADA (F.C.A.)
RÉPERTORIÉ : AUJLA C. CANADA (C.A.F.)
Federal Court of Appeal, Décary, Blais and Ryer JJ.A.—
Vancouver, September 18; Ottawa, October 14, 2008.
Cour d’appel fédérale, juges Décary, Blais et Ryer,
J.C.A.—Vancouver, 18 septembre; Ottawa, 14 octobre 2008.
Corporations — Appeals from Tax Court of Canada decision
allowing respondents’ appeals against assessments issued
pursuant to Excise Tax Act (ETA), s. 323(1) for outstanding
liability for goods, services tax (GST), interest, penalties of
Aujla Construction Ltd. (Company) at time struck from register
of companies under British Columbia’s Company Act (BCCA)
— Company dissolved almost one year after assessments
issued but restored to register of companies by means of court
order — Respondents claiming ceasing to be Company’s
directors after Company dissolved, opposing assessments on
basis issued after two-year limitation period in ETA, s. 323(5)
— BCCA, s. 262(2) (restored company deemed to have continued in existence) not resulting in retroactive reconstitution
of respondents’ directorships — BCCA, s. 263 empowering
British Columbia Supreme Court to order retroactive restoration
of company, retroactive reconstitution of directorships —
However, since court order herein not specifying directorships
restored, respondents not reconstituted as directors — Appeals
dismissed — Per Blais J.A. (dissenting): Although court order
not expressly restoring respondents’ directorships, having effect
thereof since respondents never ceasing to hold office under
BCCA, order specifying company’s dissolution deemed never to
have occurred, restoring company to register without directors
would violate BCCA, s. 108.
Sociétés — Appels de la décision de la Cour canadienne de
l’impôt accueillant les appels interjetés par les intimés à
l’encontre de cotisations établies à leur égard en vertu de
l’art. 323(1) de la Loi sur la taxe d’accise (la LTA) pour des
montants que devait Aujla Construction Ltd. (la société) en taxe
sur les produits et services (TPS), en intérêts et en pénalités au
moment où elle a été radiée du registre des sociétés en vertu de
la Company Act de la Colombie-Britannique — La société a été
dissoute environ un an après la date de la cotisation, mais elle
a été réinscrite au registre par suite d’une ordonnance de la
Cour — Les intimés affirmaient qu’ils avaient cessé d’être des
administrateurs de la société à la date de sa dissolution et
s’opposaient aux cotisations au motif qu’elles avaient été
établies après l’expiration du délai de prescription de deux ans
prévu à l’art. 323(5) de la LTA — L’art. 262(2) de la Company
Act (qui dispose qu’une société réinscrite est réputée avoir
continué d’exister) n’avait pas pour effet de réintégrer rétroactivement les intimés dans leurs fonctions d’administrateurs —
L’art. 263 de la Company Act habilite la Cour suprême de la
Colombie-Britannique à ordonner la réinscription rétroactive
de la société et la réintégration rétroactive des intimés dans
leurs fonctions d’administrateurs — Cependant, comme l’ordonnance de la Cour en l’espèce ne renfermait pas la moindre
mention de la réintégration, les intimés n’ont pas été réintégrés
dans leurs fonctions d’administrateurs — Appels rejetés —
Selon le juge Blais, J.C.A. (dissident) : Bien qu’elle ne fasse
aucune mention explicite de la réintégration des administrateurs,
l’ordonnance de la Cour devait avoir cet effet étant donné que
94
AUJLA v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
les intimés n’ont jamais cessé d’occuper leur poste au sens de
la Company Act, que l’ordonnance prévoyant la dissolution de
la société était présumée n’avoir jamais eu lieu et que le
rétablissement de l’inscription de la société au registre sans
administrateurs aurait enfreint l’art. 108 de la Company Act.
Customs and Excise — Excise Tax Act — Assessments issued
pursuant to Excise Tax Act (ETA), s. 323(1) for outstanding
liability for goods, services tax (GST), interest, penalties of Aujla
Construction Ltd. at time struck from register of companies
under British Columbia’s Company Act (BCCA) — Whether
limitation period in ETA, s. 323(5) preventing Minister from
assessing respondents — Respondents ceasing to be directors
when Company dissolved, court order restoring Company not
reconstituting respondents as directors — Therefore, respondents
entitled to resist assessments since issued after limitation period
— Per Blais J.A. (dissenting): Because respondents failing to
resign from Company before dissolution thereof, cannot benefit
from two-year limitation period under ETA, s. 323.
Douanes et Accise — Loi sur la taxe d’accise — Cotisations
établies en vertu de l’art. 323(1) de la Loi sur la taxe d’accise
(la LTA) pour des montants que devait Aujla Construction Ltd.
en taxe sur les produits et services (TPS), en intérêts et en
pénalités au moment où elle a été radiée du registre des sociétés
en vertu de la Company Act de la Colombie-Britannique — Il
s’agissait de savoir si le délai de prescription prévu à
l’art. 323(5) de la LTA empêchait le ministre d’établir une
cotisation à l’égard des intimés — Les intimés avaient cessé
d’être des administrateurs de la société à la date de sa
dissolution, l’ordonnance de la Cour rétablissant l’existence
de la société n’a pas réintégré les intimés dans leurs fonctions
d’administrateurs — Les intimés avaient donc le droit de
s’opposer aux cotisations étant donné qu’elles ont été établies
après l’expiration du délai de prescription — Selon le juge
Blais, J.C.A. (dissident) : Étant donné que les intimés n’ont pas
remis leur démission avant la dissolution de la société, ils ne
pouvaient pas invoquer le délai de prescription de deux ans
prévu à l’art. 323 de la LTA.
Construction of Statutes — Assessments issued pursuant to
Excise Tax Act, s. 323(1) for outstanding liability for goods,
services tax (GST), interest, penalties of Aujla Construction
Ltd. (Company) at time struck from register of companies under
British Columbia Company Act — Company dissolved almost
one year after assessments issued but restored to register of
companies by means of court order pursuant to Company Act,
s. 263 — Company Act, s. 262(2) providing company restored
to register deemed to have continued in existence, not retroactively restoring corporate existence (i.e. directorships) —
Explicit language required for court order to reconstitute
directorships pursuant to Company Act, s. 263.
Interprétation des lois — Cotisations établies en vertu de
l’art. 323(1) de la Loi sur la taxe d’accise pour des montants
que devait Aujla Construction Ltd. (la société) en taxe sur les
produits et services (TPS), en intérêts et en pénalités au
moment où elle a été radiée du registre des sociétés en vertu de
la Company Act de la Colombie-Britannique — La société a été
dissoute environ un an après la date de la cotisation, mais elle
a été réinscrite au registre au moyen d’une ordonnance de la
Cour en vertu de l’art. 263 de la Company Act — L’art. 262(2)
de la Company Act dispose qu’une société est réputée avoir
continué d’exister si elle est réinscrite au registre et n’a pas
pour effet de rétablir rétroactivement l’existence en tant que
personne morale de la société en question (en l’occurrence les
fonctions d’administrateurs) — Un texte explicite est nécessaire
pour que l’ordonnance de la Cour réintègre les intimés dans
leurs fonctions d’administrateurs en vertu de l’art. 263 de la
Company Act.
These were two appeals from a Tax Court of Canada decision
allowing the respondents’ appeals against assessments issued to
them pursuant to subsection 323(1) of the Excise Tax Act (ETA)
for the outstanding liability for goods and services tax (GST),
interest and penalties of Aujla Construction Ltd. (the Company)
at the time that it was struck from the register of companies
under British Columbia’s Company Act (BCCA), section 257
Il s’agissait de deux appels visant la décision par laquelle la
Cour canadienne de l’impôt a accueilli les appels interjetés par
les intimés à l’encontre de cotisations établies à leur égard en
vertu du paragraphe 323(1) de la Loi sur la taxe d’accise (la
LTA) pour des montants que devait Aujla Construction Ltd. (la
société) en taxe sur les produits et services (TPS), en intérêts et
en pénalités au moment où elle a été radiée du registre des
[2009] 3 R.C.F.
AUJLA c. CANADA
95
for failure to file annual reports. The Minister assessed the
company on March 20, 1998 and the company was dissolved on
March 5, 1999. In an attempt to collect the amount owing, on
February 20, 2003, the Minister applied to have the company
restored to the register in accordance with subsection 262(1)
of the BCCA. That same day, the Supreme Court of British
Columbia issued an order (the court order) that restored the
company to the register of companies for a two-year period.
The Minister then commenced collection actions against the
respondents given that they had been the directors of the company at the time the liability arose. The respondents objected to
the assessments on the basis that they had ceased to be directors
of the Company as of the date of its dissolution and the twoyear limitation period in subsection 323(5) of the ETA, which
ended on March 4, 2001, precluded the assessments. The Tax
Court held that the respondents ceased to be directors of the
Company when the dissolution occurred on March 5, 1999,
because a dissolved company cannot have directors. It also stated
that the court order did not have the effect of retroactively
reinstating the respondents’ directorships.
sociétés en vertu de l’article 257 de la Company Act de la
Colombie-Britannique en raison de son défaut de produire des
rapports annuels. Le ministre a établi un avis de cotisation à
l’égard de la société le 20 mars 1998 et la société a été dissoute
le 5 mars 1999. Afin de percevoir la somme due, le ministre a,
le 20 février 2003, demandé en vertu du paragraphe 262(1) de
la Company Act que l’inscription de la société soit rétablie au
registre. Le même jour, la Cour suprême de la ColombieBritannique a ordonné (l’ordonnance de la Cour) que l’inscription de la société soit rétablie au registre des sociétés pour
une période de deux ans. Le ministre a alors entamé des mesures
de recouvrement contre les intimés parce qu’ils avaient été les
administrateurs de la société au moment où la dette est née.
Les intimés se sont opposés aux cotisations au motif qu’ils
avaient cessé d’être des administrateurs de la société à la date
de sa dissolution et que le délai de prescription de deux ans
prévu au paragraphe 323(5) de la LTA, qui avait expiré le
4 mars 2001, empêchait le ministre d’établir les cotisations. La
Cour de l’impôt a estimé que les intimés avaient cessé d’être
des administrateurs de la société au moment de la dissolution
de celle-ci, le 5 mars 1999, parce qu’une société qui a été dissoute ne peut pas avoir d’administrateurs. En outre, elle a aussi
statué que l’ordonnance de la Cour n’avait pas pour effet de
réintégrer rétroactivement les intimés dans leurs fonctions
d’administrateurs.
The issues were whether the court order had the effect of
reconstituting the directorships of the respondents and whether
the respondents could benefit from the limitation period in
subsection 323(5) of the ETA to resist the assessments issued
against them
Les questions à trancher étaient celles de savoir si l’ordonnance de la Cour avait eu pour effet de réintégrer les intimés
dans leurs fonctions d’administrateurs et si les intimés
pouvaient invoquer le délai de prescription prévu au
paragraphe 323(5) de la LTA pour s’opposer aux cotisations
qui ont été établies à leur égard.
Held (Blais J.A. dissenting), the appeals should be dismissed.
Arrêt (le juge Blais, J.C.A., dissident), les appels doivent
être rejetés.
Per Ryer J.A. (Décary J.A. concurring): The applicable
commercial law was that of British Columbia since the ETA
did not provide any guidance with respect to the issue of the
respondents’ directorship. Moreover, it was the BCCA, as it stood
at the time of the assessments, and not successor or predecessor
legislation, that had to be considered.
Selon le juge Ryer, J.C.A. (juge Décary, J.C.A., souscrivant
à ses motifs) : Les règles de droit commercial applicables
étaient celles de la Colombie-Britannique parce que la LTA
n’offrait aucune piste quant à la question des fonctions d’administrateurs des intimés. Qui plus est, il fallait tenir compte de
la Company Act, telle qu’elle existait au moment des cotisations,
et non la loi qui lui a succédé ou qui l’a précédée.
It is not because the Company was dissolved involuntarily,
pursuant to subsection 257(3) of the BCCA, that the respondents
did not cease to be directors when this occurred. The question
of whether the court order had the effect of retroactively reconstituting the directorships of the respondents turned on the
interpretation of subsection 262(2) and section 263 of the
BCCA. The deeming provision in subsection 262(2) of the
BCCA, which provides that a company is deemed to have continued in existence if it is restored to the register, does not have
the effect of retroactively reconstituting the corporate existence
(in this case, the directorship of the respondents) of a company
Ce n’est pas parce que la société a été dissoute involontairement en vertu du paragraphe 257(3) de la Company Act
que les intimés n’ont pas cessé d’être des administrateurs à ce
moment-là. La question de savoir si l’ordonnance de la Cour
avait pour effet de réintégrer rétroactivement les intimés
dans leurs fonctions d’administrateurs était tributaire de l’interprétation donnée au paragraphe 262(2) et à l’article 263 de
la Company Act. La disposition déterminative du paragraphe 262(2) de la Company Act, qui dispose qu’une société
est réputée avoir continué d’exister si elle est réinscrite au
registre, n’a pas pour effet de rétablir rétroactivement l’exis-
96
AUJLA v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
that has been restored. Section 263 of the BCCA empowers the
British Columbia Supreme Court to order both the retroactive
restoration of the company and the retroactive reconstitution
of directorships that were in place at the time of the dissolution
of the company in question. In the present case, while the court
order deemed the company to have continued in existence “as
if its name had never been struck off”, it contained no mention
whatsoever of the reconstitution of the directorships of the
respondents, retroactively or otherwise. Therefore, the respondents were not reconstituted as directors of the company by
virtue of the court order since there was no explicit language to
that effect. They ceased to be directors of the company on the
date of its dissolution and were thus entitled to resist the
assessments made against them since those assessments were
made after the limitation period provided for in subsection
323(5) of the ETA, which expired in March 2001.
tence en tant que personne morale de la société en question (en
l’occurrence les fonctions d’administrateurs des intimés).
L’article 263 de la Company Act habilite la Cour suprême de la
Colombie-Britannique à ordonner la réinscription rétroactive
de la société et la réintégration rétroactive dans leurs fonctions
des administrateurs qui étaient en poste au moment de la
dissolution de la société en question. En l’espèce, bien que
l’ordonnance de la Cour déclare que la société était réputée
avoir continué d’exister « comme si sa dénomination sociale
n’avait jamais été radiée du registre », elle ne renfermait pas la
moindre mention de la réintégration, rétroactive ou non, des
intimés dans leurs fonctions d’administrateurs. Les intimés n’ont
donc pas été réintégrés dans leurs fonctions d’administrateurs
de la société aux termes de l’ordonnance de la Cour parce qu’il
n’y avait pas de texte explicite en ce sens. Ils ont cessé d’être
des administrateurs de la société à la date de dissolution et ils
avaient donc le droit de s’opposer aux cotisations établies à
leur endroit étant donné que ces cotisations ont été établies
après l’expiration, en mars 2001, du délai de prescription prévu
au paragraphe 323(5) de la LTA.
Per Blais J.A. (dissenting): While no express mention of the
restoration of the directors was made in the court order, it must
nonetheless have the effect of restoring the respondents since
they never ceased to hold office under any provision of the
BCCA, the dissolution which is said to have ended their office
as directors is deemed never to have occurred, and section 108
of the BCCA provides that a company must have at least one
director.
Le juge Blais, J.C.A. (dissident) : Bien qu’elle ne fasse aucune
mention explicite de la réintégration des administrateurs, l’ordonnance de la Cour doit néanmoins avoir pour effet de
réintégrer les intimés dans leurs fonctions étant donné qu’ils
n’ont jamais cessé d’occuper leur poste au sens de l’une quelconque des dispositions de la Company Act. La dissolution qui
aurait mis fin à leur mandat en tant qu’administrateurs est présumée n’avoir jamais eu lieu, et l’article 108 de la Company Act
dispose qu’une société doit compter au moins un administrateur.
The public policy argument in favour of not reinstating the
respondents as directors could not be accepted. To find the
respondents no longer responsible for the liabilities they evaded
would allow them to profit from their negligence as directors
when responsible directors who properly wind up their companies are not permitted to do so according to section 268 and
following of the BCCA. The respondents’ failure to resign from
the Company after they were informed of their failure to file
annual reports and before the Company was dissolved resulted
in their ban from benefiting from the two-year limitation period
set out in section 323 of the Excise Tax Act.
L’argument d’ordre public qui milite contre la réintégration
des intimés dans leurs fonctions d’administrateurs ne pouvait
pas être accepté. Conclure que les intimés n’étaient plus responsables des obligations auxquelles ils se sont soustraits
reviendrait à leur permettre de profiter de la négligence dont
ils se sont rendus coupables comme administrateurs alors que
les articles 268 et suivants de la Company Act ne permettent
pas aux administrateurs responsables qui liquident comme il
se doit leur société d’agir de la sorte. L’omission des intimés de
remettre leur démission de la société après avoir été avisé de
leur défaut de produire les rapports annuels et avant la dissolution de la société les empêche de se prévaloir du délai de
prescription de deux ans prévu à l’article 323 de la Loi sur la
taxe d’accise.
STATUTES AND REGULATIONS JUDICIALLY
CONSIDERED
Companies Act, R.S.B.C. 1924, c. 38.
Company Act, R.S.B.C. 1979, c. 59, ss. 286(2), 287.
Company Act, R.S.B.C. 1996, c. 62, ss. 1(1) “director”,
108, 130, 257, 260, 262, 263, 268, 290.
Excise Tax Act, R.S.C., 1985, c. E-15, s. 323(1) (as enacted
by S.C. 1990, c. 45, s. 12; 2005, c. 30, s. 24), (2) (as
LOIS ET RÈGLEMENTS CITÉS
Companies Act, R.S.B.C. 1924, ch. 38.
Company Act, R.S.B.C. 1979, ch. 59, art. 286(2), 287.
Company Act, R.S.B.C. 1996, ch. 62, art. 1(1) « director »,
108, 130, 257, 260, 262, 263, 268, 290.
Loi sur la taxe d’accise, L.R.C. (1985), ch. E-15,
art. 323(1) (édicté par L.C. 1990, ch. 45, art. 12; 2005,
[2009] 3 R.C.F.
AUJLA c. CANADA
enacted by S.C. 1990, c. 45, s. 12; 2004, c. 25, s. 200), (4)
(as enacted by S.C. 1990, c. 45, s. 12), (5) (as enacted
idem).
CASES JUDICIALLY CONSIDERED
97
ch. 30, art. 24), (2) (édicté par L.C. 1990, ch. 45, art. 12;
2004, ch. 25, art. 200), (4) (édicté par L.C. 1990, ch. 45,
art. 12), (5) (édicté, idem).
JURISPRUDENCE CITÉE
APPLIED:
DÉCISION APPLIQUÉE :
Natural Nectar Prod. Can. Ltd. v. Theodor, [1990] 5
W.W.R. 590; (1990), 46 B.C.L.R. (2d) 394; 49 B.L.R. 56;
42 C.P.C. (2d) 4 (B.C.C.A.).
Natural Nectar Prod. Can. Ltd. v. Theodor, [1990] 5
W.W.R. 590; (1990), 46 B.C.L.R. (2d) 394; 49 B.L.R. 56;
42 C.P.C. (2d) 4 (C.A. C.-B.).
CONSIDERED:
DÉCISIONS EXAMINÉES :
Canada v. Kalef (1996), 39 C.B.R. (3d) 1; [1996] 2
C.T.C. 1; 96 DTC 6132 (F.C.A.); Canada v. Wellburn,
[1995] 2 C.T.C. 196; (1995), 95 DTC 5417; 98 F.T.R. 161
(F.C.T.D.); R. v. Gill (1989), 40 B.C.L.R. (2d) 360; 52
C.C.C. (3d) 349; [1990] 2 C.T.C. 318 (Co. Ct.); Shaw v.
Hyde et al. (1921), 61 D.L.R. 666 (B.C. Co. Ct.);
Markevich v. Canada, [2003] 1 S.C.R. 94; (2003), 223
D.L.R. (4th) 17; 2003 DTC 5185; 2003 SCC 9; Attorney
General of British Columbia v. Royal Bank of Canada,
[1937] S.C.R. 459; [1937] 3 D.L.R. 393; Canadian Sports
Specialist Inc. v. Philippon (1990), 66 D.L.R. (4th) 188
(B.C.S.C.); Whittier Wood Products v. Vernon-Jarvis
(2003), 32 B.L.R. (3d) 149; 2003 BCPC 82; Tymans, Ltd.
v. Craven, [1952] 1 All E.R. 613 (C.A.); Glass v. Canada,
[1998] 1 C.T.C. 2190; (1997), 98 DTC 1085 (T.C.C.);
Cadorette v. Canada, 2008 TCC 416; Sibbald Estate v.
Boy Scouts of Canada (Edmonton Region) Foundation
(1978), 88 D.L.R. (3d) 99; [1978] 5 W.W.R. 123; 3 E.T.R.
1 (B.C.S.C.).
Canada c. Kalef, [1996] A.C.F. no 269 (C.A.) (QL);
Canada c. Wellburn, [1995] A.C.F. no 971 (1re inst.) (QL);
R. v. Gill (1989), 40 B.C.L.R. (2d) 360; 52 C.C.C. (3d)
349; [1990] 2 C.T.C. 318 (C.c.); Shaw v. Hyde et al.
(1921), 61 D.L.R. 666 (C.c. C.-B.); Markevich c. Canada,
[2003] 1 R.C.S. 94; 2003 CSC 9; Attorney General of
British Columbia v. Royal Bank of Canada, [1937] R.C.S.
459; [1937] 3 D.L.R. 393; Canadian Sports Specialist Inc.
v. Philippon (1990), 66 D.L.R. (4th) 188 (C.S. C.-B.);
Whittier Wood Products v. Vernon-Jarvis (2003), 32
B.L.R. (3d) 149; 2003 BCPC 82 (C.P. C.-B.); Tymans,
Ltd. v. Craven, [1952] 1 All E.R. 613 (C.A.); Glass c.
Canada, [1997] A.C.I. no 1020 (C.C.I.) (QL); Cadorette c.
Canada, 2008 CCI 416; Sibbald Estate v. Boy Scouts of
Canada (Edmonton Region) Foundation (1978), 88
D.L.R. (3d) 99; [1978] 5 W.W.R. 123; 3 E.T.R. 1 (C.S.
C.-B.).
AUTHORS CITED
DOCTRINE CITÉE
Sullivan, Ruth. Driedger on the Construction of Statutes,
3rd ed. Toronto: Butterworths, 1994.
Sullivan, Ruth. Driedger on the Construction of Statutes,
3e éd. Toronto : Butterworths, 1994.
APPEALS from a Tax Court of Canada decision
((2007), 45 B.L.R. (4th) 124; [2007] G.S.T.C. 187; 2008
GTC 136; 2007 TCC 764) allowing the respondents’
appeals against assessments issued to them pursuant to
subsection 323(1) of the Excise Tax Act for the outstanding
liability for goods and services tax (GST), interest and
penalties of Aujla Construction Ltd. at the time that it
was struck from the register of companies under British
Columbia’s Company Act (BCCA). Appeals dismissed.
APPELS visant la décision (2007 CCI 764) par laquelle la Cour canadienne de l’impôt a accueilli les appels
interjetés par les intimés à l’encontre de cotisations
établies à leur égard en vertu du paragraphe 323(1) de la
Loi sur la taxe d’accise pour des montants que devait
Aujla Construction Ltd. en taxe sur les produits et services (TPS), en intérêts et en pénalités au moment où elle
a été radiée du registre des sociétés en vertu de la
Company Act de la Colombie-Britannique. Appels rejetés.
APPEARANCES
Bruce Senkpiel and Lynn Burch for appellant.
David R. Davies and Natasha Reid for respondents.
ONT COMPARU
Bruce Senkpiel et Lynn Burch pour l’appelante.
David R. Davies et Natasha Reid pour les intimés.
98
AUJLA v. CANADA
SOLICITORS OF RECORD
Deputy Attorney General of Canada for appellant.
Thorsteinssons LLP, Vancouver, for respondents.
[2009] 3 F.C.R.
AVOCATS INSCRITS AU DOSSIER
Le sous-procureur général du Canada pour l’appelante.
Thorsteinssons LLP, Vancouver, pour les intimés.
The following are the reasons for judgment rendered
in English by
Ce qui suit est la version française des motifs du
jugement rendus par
[1] RYER J.A.: Two appeals (A-40-08 and A-41-08)
were taken from a decision of Bowie J. (the Tax Court
Judge) of the Tax Court of Canada ((2007), 45 B.L.R.
(4th) 124), dated December 21, 2007, allowing the
appeals of Amarjit and Harjinder Aujla, which were
heard on common evidence, against assessments issued
to them, pursuant to subsection 323(1) [as enacted by
S.C. 1990, c. 45, s. 12; 2005, c. 30, s. 24] of the Excise
Tax Act, R.S.C., 1985, c. E-15 (the ETA), for the outstanding liability for goods and services tax (GST), interest and
penalties of Aujla Construction Ltd. (the Company) at
the time that it was struck from the register of companies
under the Company Act, R.S.B.C. 1996, c. 62 (the BCCA),
for failure to file annual reports.
[1] LE JUGE RYER, J.C.A. : La Cour est saisie de deux
appels (A-40-08 et A-41-08) visant la décision par laquelle le juge Bowie (le juge de la Cour de l’impôt) de
la Cour canadienne de l’impôt (2007 CCI 764) a,
le 21 décembre 2007, accueilli les appels interjetés par
MM. Amarjit et Harjinder Aujla. Les appels, qui ont été
entendus sur preuve commune, avaient été interjetés à
l’encontre de cotisations établies à l’égard de MM. Aujla
en vertu du paragraphe 323(1) [édicté par L.C. 1990, ch.
45, art. 12; 2005, ch. 30, art. 24] de la Loi sur la taxe
d’accise, L.R.C. (1985), ch. E-15 (la LTA), pour des
montants que devait Aujla Construction Ltd. (la société)
en taxe sur les produits et services (TPS), en intérêts et
en pénalités au moment où elle a été radiée du registre
des sociétés en vertu de la Company Act, R.S.B.C. 1996,
ch. 62, en raison de son défaut de produire des rapports
annuels.
[2] If a corporation fails to remit or pay certain amounts
that are specified in subsection 323(1) of the ETA, that
provision imposes a liability on the directors of the corporation, at the time of such failure, to pay the amounts
(including interest on and penalties relating to those
amounts) that should have been remitted or paid by the
corporation. Subsection 323(4) [as enacted by S.C. 1990,
c. 45, s. 12] of the ETA permits the Minister to assess
the directors for the amount of the liability that has been
imposed upon them under subsection 323(1) of the ETA.
Subsection 323(5) [as enacted idem] of the ETA stipulates
that an assessment pursuant to subsection 323(4) of the
ETA cannot be made against a person more than two
years after that person last ceased to be a director of the
corporation.
[2] Les administrateurs de la société qui fait défaut de
payer certains montants précisés au paragraphe 323(1)
de la LTA sont solidairement tenus, avec la société, de
payer ces montants ainsi que les intérêts et pénalités
afférents. Le paragraphe 323(4) [édicté par L.C. 1990,
ch. 45, art. 12] de la LTA permet au ministre d’établir
une cotisation à l’égard des administrateurs pour le montant qui leur a été imposé en vertu du paragraphe 323(1)
de la LTA. Le paragraphe 323(5) [édicté, idem] de la LTA
précise que l’établissement de la cotisation prévue au
paragraphe 323(4) de la LTA pour un montant payable
par un administrateur se prescrit par deux ans après qu’il
a cessé pour la dernière fois d’être administrateur.
[3] The issue in this appeal is whether the limitation
period in subsection 323(5) of the ETA prevents the Minister from assessing the Aujla brothers for $162 331.92,
pursuant to subsection 323(1) of the ETA, in respect of
the failure of the Company to remit GST and related
[3] La question en litige dans le présent appel est de
savoir si le délai de prescription prévu au paragraphe 323(5) de la LTA empêche le ministre d’établir,
en vertu du paragraphe 323(1) de la LTA, une cotisation
à l’égard des frères Aujla pour le montant de 162 331,92 $
[2009] 3 R.C.F.
AUJLA c. CANADA
99
interest and penalties of a like or greater amount for
reporting periods that ended prior to its dissolution, as
provided for in section 257 of the BCCA, as a consequence of its failure to file annual reports.
relativement au défaut de la société de remettre la TPS et
les intérêts et pénalités afférents pour un montant analogue
ou plus élevé au cours des périodes de déclaration qui
ont pris fin avant la dissolution de la société, comme le
prévoit l’article 257 de la Company Act, en raison du
défaut de la société de produire les rapports annuels
exigés.
RELEVANT STATUTORY PROVISIONS
DISPOSITIONS LÉGISLATIVES APPLICABLES
[4] The relevant provision of the ETA is section 323.
The relevant provisions of the BCCA are sections 1, 257,
262 and 263. These provisions are reproduced in Appendix A.
[4] La disposition pertinente de la LTA est l’article 323.
Les dispositions applicables de la Company Act sont les
articles 1, 257, 262 et 263. Ces dispositions sont reproduites à l’annexe A.
BACKGROUND
CONTEXTE
[5] The appeal in the Tax Court of Canada proceeded
on an agreed statement of facts that is reproduced in the
reasons of the Tax Court Judge. While the facts are noncontentious, it is useful to consider them briefly.
[5] L’appel interjeté devant la Cour canadienne de
l’impôt a été instruit sur la base d’un exposé conjoint des
faits, reproduit dans les motifs du juge de la Cour de
l’impôt. Bien que les faits ne soient pas litigieux, il est
utile de les examiner brièvement.
[6] The Minister assessed the Company for GST,
interest and penalties in the amount of $197 995.75 on
March 20, 1998. Approximately one year after the date of
that assessment, the Company was dissolved on March
5, 1999, for failure to file annual reports, in accordance
with section 257 of the BCCA.
[6] Dans un avis de cotisation daté du 20 mars 1998, le
ministre a établi à 197 995,75 $ le montant de la TPS,
des pénalités et des intérêts dus par la société. Environ un
an après la date de la cotisation, le 5 mars 1999, la société
a été dissoute en vertu de l’article 257 de la Company Act
en raison de son défaut de produire des rapports annuels.
[7] In an attempt to collect the amount owing, on
February 20, 2003, the Minister applied to have the
Company restored to the register, pursuant to subsection
262(1) of the BCCA.
[7] En vue de percevoir la somme due, le ministre a, le
20 février 2003, demandé en vertu du paragraphe 262(1)
de la Company Act que l’inscription de la société soit
rétablie au registre.
[8] On February 20, 2003, approximately five years
after the assessment against the Company, the British
Columbia Supreme Court issued an order (the Court
order) that restored the Company to the register of companies under the BCCA for a two-year period. The record
contains no explanation for the Minister’s approximately
five-year delay in pursuing the collection of the amount
owing by the Company.
[8] Le 20 février 2003, soit environ cinq ans après
l’établissement de la cotisation visant la société, la Cour
suprême de la Colombie-Britannique a ordonné que l’inscription de la société soit rétablie au registre des sociétés
pour une période de deux ans (l’ordonnance de la Cour).
Le dossier ne renferme aucune explication quant à la
raison pour laquelle le ministre a attendu environ cinq
ans avant d’entreprendre des démarches en vue de recouvrer le montant dû par la société.
[9] The Court order reads as follows:
[9] Voici le texte de l’ordonnance de la Cour :
100
AUJLA v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
[TRADUCTION]
THIS COURT ORDERS that Aujla Construction Ltd. is
restored to the Register of Companies for a period of not more
than two (2) years, commencing on the date of the filing of a
certified copy of this Order with the Registrar of Companies,
for the purpose of enabling the Minister of National Revenue
to facilitate the assessment and collection of the Goods and
Services Tax debt owing by Aujla Construction Ltd. to the
Receiver General for Canada.
LA COUR ORDONNE que la société Aujla Construction Ltd.
soit réinscrite au registre des sociétés pour une période
n’excédant pas deux ans, à partir de la date de dépôt d’une
copie certifiée conforme de la présente ordonnance auprès du
registrateur des sociétés, afin de permettre au ministre du
Revenu national d’établir et de recouvrer le montant dû en taxe
sur les produits et services par Aujla Construction Ltd. au
Receveur général du Canada.
THIS COURT FURTHER ORDERS that Aujla Construction
Ltd. shall be deemed to have continued in existence as if its
name had never been struck off the register and dissolved,
without prejudice to the rights of any parties which may have
been acquired prior to the date on which Aujla Construction
Ltd. is restored to the Register of Companies.
LA COUR ORDONNE EN OUTRE que la société Aujla
Construction Ltd. soit réputée avoir continué d’exister comme
si sa dénomination sociale n’avait jamais été radiée du registre
et elle n’avait jamais été dissoute, sous réserve des droits qui
peuvent avoir été acquis avant la date de la réinscription d’Aujla
Construction Ltd. au registre des sociétés.
[10] The Court order led to the issuance of a certificate
of restoration by the British Columbia Registrar of
Companies [Registrar], on March 6, 2003, that restored
the Company to the register of companies under the
BCCA for a two-year period.
[10] À la suite de l’ordonnance de la Cour, le registrateur
des sociétés de la Colombie-Britannique a délivré un
certificat qui, le 6 mars 2003, a eu pour effet de réinscrire
pour une période de deux ans la société au registre des
sociétés sous le régime de la Company Act.
[11] After the restoration of the Company, the Minister
commenced collection actions against the Aujla brothers
by third-party notices of assessment, dated September 4,
2003, on the basis of subsection 323(1) of the ETA, contending that they were vicariously liable for the amount
that was assessed against the Company because they were
directors of the Company at the time that the liability
arose. That provision reads as follows:
[11] À la suite de la réinscription de la société au
registre, le ministre a, en vertu du paragraphe 323(1) de
la LTA, pris des mesures de recouvrement contre les
frères Aujla au moyen d’avis de cotisation établis à
l’égard de tiers datés du 4 septembre 2003 dans lesquels
le ministre les tenait responsables du fait d’autrui jusqu’à
concurrence du montant établi contre la société parce
qu’ils étaient ses administrateurs au moment où la dette
était née. Voici le texte de la disposition applicable :
323. (1) If a corporation fails to remit an amount of net tax
as required under subsection 228(2) or (2.3) or to pay an amount
as required under section 230.1 that was paid to, or was applied
to the liability of, the corporation as a net tax refund, the directors
of the corporation at the time the corporation was required to
remit or pay, as the case may be, the amount are jointly and
severally, or solidarily, liable, together with the corporation, to
pay the amount and any interest on, or penalties relating to, the
amount.
323. (1) Les administrateurs d’une personne morale au
moment où elle était tenue de verser, comme l’exigent les paragraphes 228(2) ou (2.3), un montant de taxe nette ou, comme
l’exige l’article 230.1, un montant au titre d’un remboursement
de taxe nette qui lui a été payé ou qui a été déduit d’une somme
dont elle est redevable, sont, en cas de défaut par la personne
morale, solidairement tenus, avec cette dernière, de payer le
montant ainsi que les intérêts et pénalités afférents.
[12] The Aujla brothers objected to these assessments
on the basis that they had ceased to be directors of the
Company as of the date of its dissolution in March 1999,
and the two-year limitation period in subsection 323(5),
which ended on March 4, 2001, precluded the assessments. That provision reads as follows:
[12] Les frères Aujla se sont opposés à ces cotisations
au motif qu’ils avaient cessé d’être des administrateurs
de la société à la date de sa dissolution, en mars 1999, et
que le délai de prescription de deux ans prévu au paragraphe 323(5), qui avait expiré le 4 mars 2001, empêchait
le ministre d’établir les cotisations en question. Voici le
texte de cette disposition :
[2009] 3 R.C.F.
AUJLA c. CANADA
323. (1) …
101
323. (1) […]
(5) An assessment under subsection (4) of any amount
payable by a person who is a director of a corporation shall not
be made more than two years after the person last ceased to be
a director of the corporation.
(5) L’établissement d’une telle cotisation pour un montant
payable par un administrateur se prescrit par deux ans après
qu’il a cessé pour la dernière fois d’être administrateur.
[13] The Minister justified the assessments on two
bases. First, because the Company was dissolved as a consequence of its failure to file annual reports, and because
they never formally resigned, the Aujla brothers never
ceased to be directors. Secondly, because the Court order
had the effect of retroactively restoring the Company as
if there had been no dissolution, the Court order similarly
must have retroactively reconstituted the directorships of
the Aujla brothers. In either case, the Minister concluded
that the two-year limitation in subsection 323(5) was not
engaged. As a result, the assessments were confirmed
and the Aujla brothers appealed against them to the Tax
Court of Canada.
[13] Le ministre a invoqué deux motifs pour justifier les
cotisations. Il a d’abord expliqué que la société avait été
dissoute en raison de son défaut de produire des rapports
annuels et que, comme ils n’avaient jamais officiellement
remis leur démission, les frères Aujla n’avaient jamais
cessé d’être administrateurs. Le ministre a ensuite expliqué que comme l’ordonnance de la Cour avait eu pour
effet de rétablir rétroactivement l’existence de la société
comme s’il n’y avait pas eu de dissolution, l’ordonnance
de la Cour devait de la même façon avoir réintégré rétroactivement les frères Aujla dans leurs fonctions d’administrateurs. Dans un cas comme dans l’autre, le ministre
a conclu que le délai de prescription de deux ans prévu
au paragraphe 323(5) n’était pas en jeu. Les cotisations
ont en conséquence été confirmées et les frères Aujla ont
interjeté appel devant la Cour canadienne de l’impôt.
THE DECISION OF THE TAX COURT OF CANADA
DÉCISION DE LA COUR CANADIENNE DE
L’IMPÔT
[14] The Tax Court Judge held that the Aujla brothers
ceased to be directors of the Company when the dissolution occurred on March 5, 1999, because a dissolved
company cannot have directors.
[14] Le juge de la Cour de l’impôt a estimé que les
frères Aujla avaient cessé d’être des administrateurs de la
société au moment de la dissolution de celle-ci, le
5 mars 1999, parce qu’une société qui a été dissoute ne
peut pas avoir d’administrateurs.
[15] The Tax Court Judge then considered the effect of
the Court order and concluded that it did not have the
effect of retroactively reinstating the directorships of the
Aujla brothers, as the Crown contended.
[15] Le juge de la Cour de l’impôt a ensuite examiné
l’effet de l’ordonnance de la Cour et a conclu qu’elle
n’avait pas pour effet de réintégrer rétroactivement les
frères Aujla dans leurs fonctions d’administrateurs,
contrairement à ce que soutenait Sa Majesté.
[16] The Tax Court Judge referred to subsections
262(1) and (2) and section 263 of the BCCA, which read
as follows:
[16] Le juge de la Cour de l’impôt a cité les paragraphes 262(1) et 262(2) et l’article 263 de la Company
Act, qui sont ainsi libellés :
[TRADUCTION]
Restoration to register
Rétablissement de l’inscription
262 (1) If a company has been dissolved, or the registration of
an extraprovincial company has been cancelled under
262 (1) Si une société a été dissoute, ou si l’inscription d’une
société extraprovinciale a été annulée conformément
102
AUJLA v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
this Act or any former Companies Act, the court may,
if it is satisfied that it is just that the company or
extraprovincial company be restored to the register,
not more than 10 years after the date of the dissolution or cancellation, on application by the liquidator,
a member, a creditor of the company or extraprovincial
company, or any other interested person, make an
order, subject to the conditions and on the terms the
court considers appropriate, restoring the company or
extraprovincial company to the register.
à la présente loi ou une loi antérieure sur les sociétés
par actions, le tribunal, s’il est convaincu qu’il est juste
que la société ou la société extraprovinciale soit réinscrite au registre, au plus tard dix ans après la date
de dissolution ou d’annulation, à la demande du liquidateur, d’un membre ou d’un créancier de la société ou
de la société extraprovinciale, ou de toute autre personne intéressée, peut ordonner que la société ou la
société extraprovinciale soit réinscrite au registre, suivant les modalités que le tribunal estime appropriées.
(2) If a company or an extraprovincial company is restored
to the register under subsection (1), the company is
deemed to have continued in existence, or the registration of the extraprovincial company is deemed not
to have been cancelled, and proceedings may be taken
as might have been taken if the company had not been
dissolved, or the registration of the extraprovincial
company had not been cancelled.
(2) Si une société ou une société extraprovinciale est
réinscrite au registre en vertu du paragraphe (1), elle
est réputée avoir continué d’exister, ou l’inscription
de la société extraprovinciale est réputée ne pas avoir
été annulée, et des instances peuvent être intentées
comme si la société n’avait pas été annulée.
…
[…]
Power of court
Pouvoirs du tribunal
263 In an order made under section 262, the court may give
directions and make provisions it considers appropriate
for placing the company or extraprovincial company and
every other person in the same position, as nearly as may
be, as if the company had not been dissolved or the
registration of the extraprovincial company cancelled, but,
unless the court otherwise orders, the order is without
prejudice to the rights of parties acquired before the date
on which the company or extraprovincial company is
restored to the register.
263 Dans le cas d’une ordonnance rendue en vertu de l’article 262, le tribunal peut donner des directives et prendre
les mesures qu’il estime appropriées pour rétablir, dans la
mesure du possible, la société ou la société extraprovinciale, ou toute autre personne, dans la position qu’elle aurait
occupée s’il n’y avait pas eu dissolution de la société ou
annulation de l’inscription de la société extraprovinciale,
mais, à moins que le tribunal n’en décide autrement, l’ordonnance est rendue sous réserve des droits acquis avant
la date à laquelle la société ou la société extraprovinciale
est réinscrite au registre.
At paragraphs 13 and 14 of his reasons, the Tax Court
Judge stated:
Aux paragraphes 13 et 14 de ses motifs, le juge de la
Cour de l’impôt a écrit :
Subsection 262(1) permits the court to make an order restoring
the company to the register “on the terms the court considers
appropriate …”. “Section 263 empowers the court “to give
directions and make provisions it considers appropriate for
placing the company … and every other person in the same
position, as nearly as may be, as if the company had not been
dissolved …” (emphasis in original).
Le paragraphe 262(1) permet au tribunal de rendre une
ordonnance rétablissant l’inscription de la société au registre
[TRADUCTION] « suivant les modalités que le tribunal estime
appropriées ». L’article 263 confère au tribunal le pouvoir de
[TRADUCTION] « donner des directives et de prendre les mesures
qu’il estime appropriées pour rétablir, dans la mesure du
possible, la société […], ou toute autre personne, dans la
position qu’elle aurait occupée s’il n’y avait pas eu dissolution
de la société […] » (je souligne).
The effect of the order and the restoration of the company to
the register, by the terms of subsection 262(2), is that the company is deemed to have continued in existence, and proceedings
that might have been taken had there been no dissolution may
be taken thereafter. Notably, the order of the court made no
provision, as it might have done, to place the directors in the
Il résulte de l’ordonnance et du rétablissement de l’inscription de la société au registre, aux termes du paragraphe 262(2),
que la société est réputée avoir continué d’exister et que les
instances qui auraient pu être intentées s’il n’y avait pas eu
dissolution peuvent être intentées par la suite. Il est intéressant
de noter que l’ordonnance ne comporte aucune mesure, comme
[2009] 3 R.C.F.
AUJLA c. CANADA
103
same position as if the company had not been dissolved. The
words of the order add nothing to the effects that flow
automatically by reason of the words of the Act from the simple
fact of restoration.
elle aurait pu le faire, pour rétablir les administrateurs dans la
position qu’ils auraient occupée si la société n’avait pas été
dissoute. Les termes employés dans l’ordonnance n’ajoutent
rien aux effets qui découlent automatiquement du libellé de la
Company Act du simple fait du rétablissement de l’inscription.
[17] The Tax Court Judge observed that it did not
appear that the Crown advised the British Columbia
Supreme Court that the order that it was requesting
would be used to assess the Aujla brothers, as a consequence of their having been directors at the time when
the tax liability of the Company arose, as they were
apparently not given notice of the application to restore
the Company.
[17] Le juge de la Cour de l’impôt a fait observer que,
comme les frères Aujla n’avaient vraisemblablement pas
reçu d’avis de la demande de réinscription au registre de la
société, rien ne permettait de penser que Sa Majesté avait
informé la Cour suprême de la Colombie-Britannique
que l’ordonnance qu’elle réclamait servirait à établir une
cotisation visant les frères Aujla en raison du fait qu’ils
étaient administrateurs de la société au moment où la
dette de celle-ci avait pris naissance.
[18] The Tax Court Judge further commented upon
subsection 262(1) and section 263 of the BCCA, stating
in paragraph 16 of his reasons:
[18] Le juge de la Cour de l’impôt a par ailleurs tenu
les propos suivants au sujet du paragraphe 262(1) et de
l’article 263 de la Company Act, au paragraphe 16 de ses
motifs :
As important as the words of the statute and the order are,
the words omitted from them are equally important. I am asked,
in effect, to conclude that by necessary implication the deeming
provision in subsection 262(2) not only deems the company to
have been in existence when in fact it was not, but also deems
the directors to have been directors when in fact they were not.
There is, for good reason, a presumption against expanding by
interpretation the scope of retrospective legislation: see Driedger
on the Construction of Statutes, 3rd Ed., pp. 511-17 and the
authorities there cited. In the present case, there is an additional
reason not to extend the deeming provision beyond the
company to the directors. The British Columbia legislature, by
enacting section 263, has given to the court hearing the
restoration application the discretionary power to decide whether
“other persons” are to be retrospectively affected by the restoration order, or are to have the benefit of the “without prejudice”
clause in that section. The absence of a provision in the order
placing the directors in the position for which the respondent
contends, and the inclusion of the without prejudice provision
in it, both are indicative of an intent that the directors are not
to be, in effect, deemed to have been directors throughout the
period during which the company was struck off. [Emphasis
added.]
Les mots qui n’ont pas été dits dans la loi et dans l’ordonnance sont tout aussi importants que ceux qui l’ont été. On me
demande, de fait, de conclure que, par déduction nécessaire, la
disposition déterminative du paragraphe 262(2) prévoit non
seulement que la société est réputée avoir continué d’exister au
moment où elle n’existait pas en réalité, mais aussi que les
administrateurs sont réputés avoir été administrateurs au moment
où ils ne l’étaient pas en réalité. Il existe à juste titre une présomption à l’encontre de l’extension, par interprétation, de la
portée d’une loi rétroactive : voir Driedger on the Construction of
Statutes, 3e éd., aux pages 511 à 517, et les arrêts et la jurisprudence cités dans ces passages. Dans la présente affaire, il existe
un motif additionnel de ne pas étendre la portée de la disposition
déterminative au-delà de la société, à savoir aux administrateurs.
L’assemblée législative de la Colombie-Britannique, en adoptant
l’article 263, a conféré au tribunal chargé d’entendre la demande
de rétablissement de l’inscription le pouvoir discrétionnaire de
décider si d’« autres personnes » seront rétroactivement touchées
par l’ordonnance de rétablissement de l’inscription ou s’ils
pourront tirer avantage de la disposition de protection des droits
acquis énoncée dans l’article. L’absence dans l’ordonnance
d’une mesure rétablissant les administrateurs dans la position
alléguée par l’intimée et la présence dans l’ordonnance d’une
disposition de protection des droits acquis indiquent qu’il était
voulu que les administrateurs ne soient pas, en fait, réputés avoir
été administrateurs durant la période où la société était radiée.
[Non souligné dans l’original.]
[19] Taking into consideration the fact that the British
Columbia Supreme Court declined to exercise its discretion to include any “other persons” in the Court order,
[19] Tenant compte du fait que la Cour suprême de la
Colombie-Britannique avait refusé d’exercer le pouvoir
discrétionnaire qui lui permettait de décider que d’« autres
104
AUJLA v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
as well as the principle supporting a narrow construction
of retroactive legislation, the Tax Court Judge concluded
that the Court order did not, by implication, provide that
the Aujla brothers were retroactively reconstituted as
directors. As a result, he allowed the appeal.
personnes » seraient rétroactivement touchées par l’ordonnance de la Cour, et tenant également compte du
principe appuyant une interprétation plus étroite en matière de rétroactivité des lois, le juge de la Cour de l’impôt
a conclu que l’ordonnance de la Cour ne prévoyait pas
implicitement que les frères Aujla étaient rétroactivement
réintégrés dans leurs fonctions d’administrateurs. Il a en
conséquence accueilli l’appel.
ISSUES
QUESTIONS À TRANCHER
[20] In the appeal, the Crown reiterated the arguments
it made in the Tax Court of Canada in support of its
contention that the limitation period in subsection 323(5)
of the ETA was inapplicable in relation to the assessments that were issued to the Aujla brothers. First, the
Crown contended that the Aujla brothers never ceased to
be directors of the Company because they had not resigned from their positions as directors and the dissolution
of the Company was the consequence of its having been
struck off pursuant to section 257 of the BCCA. In the
alternative, the Crown argued that if the Aujla brothers
ceased to be directors of the Company by virtue of its
dissolution, the Court order, which restored the Company
to the register and deemed it to have continued in existence, had the effect of reconstituting the directorships
of the Aujla brothers as if the dissolution of the Company
had never occurred and they had never ceased to be
directors.
[20] Dans son appel, Sa Majesté a repris les arguments
qu’elle avait formulés devant la Cour canadienne de
l’impôt à l’appui de sa prétention selon laquelle le délai
de prescription prévu au paragraphe 323(5) de la LTA ne
s’appliquait pas aux cotisations qui avaient été établies
relativement aux frères Aujla. Sa Majesté a d’abord
soutenu que les frères Aujla n’avaient jamais cessé d’être
des administrateurs de la société parce qu’ils n’avaient
pas démissionné de leurs postes d’administrateurs et que
la dissolution de la société était la conséquence de sa
radiation en vertu de l’article 257 de la Company Act. À
titre subsidiaire, Sa Majesté a fait valoir que, si les frères
Aujla avaient cessé d’être des administrateurs de la
société par suite de sa dissolution, l’ordonnance de la
Cour, qui a rétabli l’inscription de la société au registre
et indiqué qu’elle était réputée avoir continué d’exister,
avait eu pour effet de réintégrer les frères Aujla dans
leurs fonctions comme si la dissolution de la société
n’avait jamais eu lieu et qu’ils n’avaient jamais cessé
d’être des administrateurs.
[21] The Crown added a third argument. It asserted
that by finding that the Aujla brothers were not retroactively reconstituted as directors, the Tax Court Judge
implicitly found that they were prospectively reconstituted
as directors for the two-year period that commenced on
the date of the Court order. It follows, according to the
Crown, that the September 4, 2003 assessments against
the Aujla brothers could not be resisted on the basis of
the limitation period in subsection 323(5) of the ETA
because, at the time of those assessments, the Aujla
brothers actually held the office of directors of the
Company, having been reconstituted as directors as of
the date of the Court order. In that regard, the Crown
asserts that it is immaterial that the directorships of the
[21] Sa Majesté a ajouté un troisième argument. Elle a
affirmé qu’en concluant que les frères Aujla n’avaient
pas été réintégrés rétroactivement dans leurs fonctions
d’administrateurs, le juge de la Cour de l’impôt a implicitement conclu qu’ils avaient été réintégrés prospectivement dans ces postes pour la période de deux ans qui
avait commencé le jour du prononcé de l’ordonnance de
la Cour. Suivant Sa Majesté, il s’ensuit que, le 4 septembre 2003, il n’était pas possible de s’opposer aux cotisations établies contre les frères Aujla en invoquant le
délai de prescription prévu au paragraphe 323(5) de la
LTA parce qu’au moment où les cotisations en question
avaient été établies, les frères Aujla occupaient effectivement des postes d’administrateurs de la société, ayant
[2009] 3 R.C.F.
AUJLA c. CANADA
105
Aujla brothers had been interrupted between March 5,
1999, the day of the dissolution of the Company, and
March 6, 2003, the day of its restoration.
été réintégrés dans leurs fonctions d’administrateurs à la
date de l’ordonnance de la Cour. À cet égard, Sa Majesté
affirme qu’il est sans importance que les mandats d’administrateurs des frères Aujla aient été interrompus entre le
5 mars 1999, date de la dissolution de la société, et le
6 mars 2003, date de sa réinscription au registre.
[22] The Aujla brothers disagree with the Crown’s
contentions and add one of their own. They argue that
even if the Court order had the effect of reconstituting
their directorships as of the date of the restoration of the
Company, the “without prejudice” language in subsection
263 of the BCCA and the Court order must be interpreted
so as to preserve their right to assert the two-year limitation period in subsection 323(5) of the ETA as a basis
upon which to resist the assessments that were made
against them.
[22] Les frères Aujla ne sont pas d’accord avec les
prétentions de Sa Majesté et ils font valoir leur propre
argumentation. Ils soutiennent que, même si l’ordonnance
de la Cour avait pour effet de les réintégrer dans leurs
fonctions d’administrateurs à la date de la réinscription
de la société au registre, les mots [TRADUCTION] « sous
réserve de » à l’article 263 de la Company Act et l’ordonnance de la Cour doivent être interprétés de manière
à protéger leur droit d’invoquer le délai de prescription
de deux ans prévu au paragraphe 323(5) de la LTA pour
s’opposer aux cotisations qui ont été établies à leur égard.
ANALYSIS
ANALYSE
Provincial commercial law applies
Application du droit commercial provincial
[23] Both parties contend that the application of
section 323 of the ETA is to be undertaken in light of the
applicable provincial corporate law provisions, citing the
decision of this Court in Canada v. Kalef (1996), 39
C.B.R. (3d) 1 (F.C.A.). In that decision, McDonald J.A.
agreed with the reasoning of MacKay J. in Canada v.
Wellburn, [1995] 2 C.T.C. 196 (F.C.T.D.) to the effect
that the principles that apply to the question of whether
a directorship has been terminated are to be determined
under the applicable provincial law and that the answer
to that question may vary from province to province.
Specifically, at paragraph 15, McDonald J.A. stated:
[23] Les deux parties affirment qu’il faut entreprendre
l’analyse de l’application de l’article 323 de la LTA à la
lumière des dispositions provinciales applicables en
matière de droit des sociétés, citant à l’appui l’arrêt de
notre Cour Canada c. Kalef, [1996] A.C.F. no 269 (C.A.)
(QL). Dans cet arrêt, le juge McDonald a souscrit au
raisonnement du juge MacKay dans la décision Canada
c. Wellburn, [1995] A.C.F. no 971 (1re inst.) (QL), suivant
lequel les principes qui s’appliquent à la question de
savoir si un administrateur a cessé d’occuper son poste
sont régis par les règles de droit provinciales applicables
et que la réponse à cette question peut varier d’une
province à l’autre. Plus précisément, au paragraphe 15,
le juge McDonald a écrit :
I agree with the reasoning of MacKay J. While it may be
open to Parliament to expressly deviate from the principles of
corporate law for the purposes of the Income Tax Act, I do not
think such an intention should be imputed.
Je souscris au raisonnement du juge MacKay. Bien qu’il
puisse être loisible au législateur fédéral de s’écarter expressément des principes du droit des compagnies pour l’application
de la Loi de l’impôt sur le revenu, je ne crois pas que l’on doive
lui imputer une telle intention.
[24] In my view, the provisions of the ETA do not
provide any guidance with respect to whether the Aujla
brothers ceased to be directors of the Company as a
[24] À mon avis, les dispositions de la LTA n’offrent
aucune piste qui permettrait de savoir si les frères Aujla
ont cessé d’être des administrateurs de la société par
106
AUJLA v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
consequence of its dissolution on March 5, 1999, or if
their directorships terminated on the dissolution, whether
the Court order had the effect of reconstituting those
directorships, either retroactively or prospectively. These
matters should be approached from the perspective of
the applicable commercial law—in this case, the law of
British Columbia.
suite de la dissolution de cette dernière le 5 mars 1999 ou
si leur mandat a pris fin lors de la dissolution, et si
l’ordonnance de la Cour a eu pour effet de les réintégrer
dans leurs fonctions d’administrateurs et ce, rétroactivement ou prospectivement. Ces questions doivent être
abordées du point de vue des règles de droit commercial
applicables, en l’occurrence celles de la ColombieBritannique.
[25] As recognized by the Courts in Wellburn and
Kalef, the underlying commercial law may vary from
province to province and, accordingly, its application
may produce potentially different fiscal consequences in
different provinces. For this reason, I am of the view that
jurisprudence which interprets commercial law of jurisdictions other than British Columbia law is of limited
relevance. Moreover, in the circumstances of this case, it
is the BCCA—not successor or predecessor legislation—
that must be considered. To that extent, caution must be
exercised even when British Columbia legislation and
jurisprudence are being considered.
[25] Ainsi que les tribunaux l’ont reconnu dans les
décisions Wellburn et Kalef, les règles de droit commercial sous-jacentes peuvent varier d’une province à l’autre
et, en conséquence, leur application risque d’entraîner
des conséquences fiscales différentes selon la province
concernée. Pour cette raison, je suis d’avis que la jurisprudence applicable pour interpréter les règles de droit
commercial des provinces autres que la ColombieBritannique est d’une utilité limitée. Qui plus est, eu égard
aux circonstances de l’espèce, c’est la Company Act —
et non la loi qui lui a succédé ou qui l’a précédée — dont
il faut tenir compte. Pour cette raison, il convient de faire
preuve de prudence, même lorsque l’on examine la
législation et la jurisprudence de la Colombie-Britannique.
Did the Aujla brothers ever cease to be directors of the
Company?
Les frères Aujla ont-ils jamais cessé d’être des administrateurs de la société?
[26] The Crown’s proposition that the Aujla brothers
did not cease to be directors when the Company was
dissolved on March 5, 1999, because the dissolution
occurred involuntarily, pursuant to subsection 257(3) of
the BCCA, cannot be accepted. No authority for that
proposition was shown. Indeed, the authorities presented
to this Court pointed in the opposite direction. See R. v.
Gill (1989), 40 B.C.L.R. (2d) 360 (Co. Ct.), at page 367;
also see Shaw v. Hyde et al. (1921), 61 D.L.R. 666 (B.C.
Co. Ct.), at page 670.
[26] La thèse de Sa Majesté, suivant laquelle les frères
Aujla n’ont pas cessé d’être des administrateurs de la
société lorsque celle-ci a été dissoute le 5 mars 1999,
parce que la dissolution a eu lieu involontairement,
conformément au paragraphe 257(3) de la Company Act,
ne peut être acceptée. Aucun précédent n’a été cité à
l’appui de cette prétention. D’ailleurs, la jurisprudence
qui nous a été soumise va dans le sens contraire (voir R.
v. Gill (1989), 40 B.C.L.R. (2d) 360 (C.c.), à la page 367;
voir également Shaw v. Hyde et al. (1921), 61 D.L.R.
666 (C.c. C.-B.), à la page 670).
Did the Court order retroactively reconstitute the directorships of the Aujla brothers?
L’ordonnance de la Cour a-t-elle eu pour effet de réintégrer rétroactivement les frères Aujla dans leurs fonctions
d’administrateurs?
[27] The Crown’s next argument is that even if the
dissolution of the Company caused the directorships of
the Aujla brothers to cease on March 5, 1999, the Court
order had the effect of retroactively reconstituting those
[27] Sa Majesté affirme ensuite que, même si la dissolution de la société s’est traduite par la cessation des
mandats d’administrateurs des frères Aujla le 5 mars
1999, l’ordonnance de la Cour a eu pour effet de les
[2009] 3 R.C.F.
AUJLA c. CANADA
107
directorships such that, as a matter of law, those directorships never ceased. Consequently, according to the
Crown, the two-year limitation period in subsection
323(5) of the ETA never commenced and was, therefore,
no bar to the assessments of the Aujla brothers on
September 4, 2003, because they were directors of the
Company on that date.
réintégrer rétroactivement dans leurs fonctions de sorte
qu’en droit, ils n’ont jamais cessé d’occuper leurs postes
d’administrateurs. En conséquence, suivant Sa Majesté,
le délai de prescription de deux ans prévu au paragraphe
323(5) de la LTA n’a jamais commencé à courir et il
n’empêchait donc pas l’établissement d’une cotisation à
l’endroit des frères Aujla le 4 septembre 2003, parce
qu’ils étaient des administrateurs de la société à cette
date.
[28] The Aujla brothers contend that the alleged retroactive reconstitution of their directorships is unfair as it
deprives them of the benefit of the limitation period that
is provided for in subsection 323(5) of the ETA. They
point out that the assessments were made against them
approximately five years after the assessment was made
against the Company and that the Minister has “slept on
his rights”. They cite the decision of the Supreme Court
of Canada in Markevich v. Canada, [2003] 1 S.C.R. 94
and, in particular, paragraphs 19 and 20 of the decision
of Major J., which reads as follows:
[28] Les frères Aujla affirment que leur réintégration
rétroactive dans leurs fonctions d’administrateurs est
injuste étant donné qu’elle les prive de l’avantage du
délai de prescription prévu au paragraphe 323(5) de la
LTA. Ils soulignent que les cotisations ont été établies à
leur endroit environ cinq ans après la cotisation visant la
société et que le ministre a tardé à faire valoir ses droits.
Ils citent l’arrêt Markevich c. Canada, [2003] 1 R.C.S. 94
de la Cour suprême du Canada, et en particulier les paragraphes 19 et 20 de la décision du juge Major :
The appellant’s submission that the rationales for limitation
periods militate against their application to tax collection
cannot be correct. As noted above, limitation provisions are
based upon what have been described as the certainty, evidentiary, and diligence rationales: see M. (K.), supra, at p. 29. The
certainty rationale recognizes that, with the passage of time, an
individual “should be secure in his reasonable expectation that
he will not be held to account for ancient obligations”: M. (K.),
supra, at p. 29. The evidentiary rationale recognizes the desire
to preclude claims where the evidence used to support that
claim has grown stale. The diligence rational encourages claimants “to act diligently and not ‘sleep on their rights’”: M. (K.),
supra, at p. 30.
L’argument de l’appelante que les justifications des délais
de prescription militent contre leur application au recouvrement
de créances fiscales ne peut être retenu. Les dispositions en
matière de prescription reposent sur les justifications qui peuvent être décrites comme étant la certitude, la preuve et la diligence : voir M. (K.), précité, p. 29. Pour ce qui est de la certitude,
après un certain temps, un individu « devrait être raisonnablement certain qu’il ne sera plus redevable de ses anciennes
obligations » : M. (K.), précité, p. 29. En ce qui concerne la
preuve, il faut écarter les réclamations fondées sur des éléments
de preuve périmés. Enfin, quant à la diligence, les demandeurs
sont encouragés « [à] agi[r] avec diligence et [à] ne “[pas]
tarde[r] […] à faire valoir leurs droits” » : M. (K.), précité,
p. 30.
Each of the rationales submitted as applicable to there being
no limitation periods affecting collection are in fact just the
opposite and are directly applicable to the Minister’s collection
of tax debts. If the Minister makes no effort to collect a tax debt
for an extended period, at a certain point a taxpayer may
reasonably come to expect that he or she will not be called to
account for the liability, and may conduct his or her affairs in
reliance on that expectation. As well, a limitation period encourages the Minister to act diligently in pursuing the collection
of tax debts. In light of the significant effect that collection of
tax debts has upon the financial security of Canadian citizens,
it is contrary to the public interest for the department to sleep
on its rights in enforcing collection. It is evident that the rationales which justify the existence of limitation periods apply to
the collection of tax debts.
Chacune des justifications invoquées à l’appui de l’argument
selon lequel le recouvrement de créances fiscales n’est pas
assujetti au délai de prescription se trouvent, en fait, être exactement en sens contraire et sont directement applicables au
recouvrement par le ministre de créances fiscales. Si, pendant
une longue période, le ministre ne fait aucun effort pour recouvrer une créance fiscale, le contribuable peut, un moment
donné, raisonnablement en venir à penser ne plus être redevable
de cette obligation, et gérer ses affaires en conséquence. En
outre, un délai de prescription incite le ministre à agir avec
diligence dans le recouvrement des créances fiscales. Vu les
répercussions importantes que celui-ci a sur la sécurité financière des citoyens canadiens, le fait pour le ministère de tarder
à exercer ses droits en matière de recouvrement est contraire à
l’intérêt public. Il est évident que les justifications de l’existence
108
AUJLA v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
de délais de prescription s’appliquent au recouvrement des
créances fiscales.
[29] In my view, the contention of the Aujla brothers is
not without merit, considering that the Crown has offered
no explanation for its delay in attempting to collect the
amounts owed by the Company and that the Crown
apparently did not give notice to the Aujla brothers of
the application to restore the Company, when it was clear
to the Crown that the Aujla brothers could be affected by
the restoration. However, I am of the view that these
contentions are more relevant to the question of whether
the ability of the Aujla brothers to rely on the limitation
period in subsection 323(5) of the ETA is a substantive
right that is to be maintained by virtue of the “without
prejudice” language in section 263 of the BCCA and the
Court order.
[29] À mon avis, l’argument des frères Aujla n’est pas
dénué de fondement, compte tenu du fait que Sa Majesté
n’a offert aucune explication pour justifier son retard à
tenter de recouvrer les sommes dues par la société et
qu’elle n’a vraisemblablement pas informé les frères Aujla
de l’existence de la demande visant à faire réinscrire la
société au registre, alors que Sa Majesté savait pertinemment que les frères Aujla étaient susceptibles d’être
touchés par la réinscription. J’estime toutefois que ces
arguments se rapportent davantage à la question de savoir
si la capacité des frères Aujla d’invoquer le délai de
prescription prévu au paragraphe 323(5) de la LTA est
un droit substantiel qui doit être préservé en raison des
mots « sous réserve de » contenus à l’article 263 de la
Company Act et de l’ordonnance de la Cour.
[30] Thus, the question, at this point, is whether the
Court order had the effect of retroactively reconstituting
the directorships of the Aujla brothers. In my view, this
question turns on the interpretation of subsection 262(2)
and section 263 of the BCCA. Those provisions bear
repeating.
[30] La question, à cette étape-ci, est donc celle de
savoir si l’ordonnance de la Cour a eu pour effet de
réintégrer rétroactivement les frères Aujla dans leurs
fonctions d’administrateurs. À mon avis, la réponse à
cette question dépend de l’interprétation que l’on donne
au paragraphe 262(2) et à l’article 263 de la Company
Act. Il vaut la peine de citer à nouveau ces dispositions :
[TRADUCTION]
262 (1) …
262 (1) […]
(2) If a company or an extraprovincial company is restored
to the register under subsection (1), the company is
deemed to have continued in existence, or the registration of the extraprovincial company is deemed not
to have been cancelled, and proceedings may be taken
as might have been taken if the company had been
dissolved, or the registration of the extraprovincial
company had not been cancelled.
(2) Si une société ou une société extraprovinciale est
réinscrite au registre en vertu du paragraphe (1), elle
est réputée avoir continué d’exister, ou l’inscription
de la société extraprovinciale est réputée ne pas avoir
été annulée, et des instances peuvent être intentées
comme si la société n’avait pas été annulée.
…
[…]
263 In an order made under section 262, the court may give
directions and make provisions it considers appropriate
for placing the company or extraprovincial company and
every other person in the same position, as nearly as may
be, as if the company had not been dissolved or the
registration of the extraprovincial company cancelled, but,
unless the court otherwise orders, the order is without
prejudice to the rights of parties acquired before the date
263 Dans le cas d’une ordonnance rendue en vertu de l’article 262, le tribunal peut donner des directives et prendre
les mesures qu’il estime appropriées pour rétablir, dans la
mesure du possible, la société ou la société extraprovinciale, ou toute autre personne, dans la position qu’elle
aurait occupée s’il n’y avait pas eu dissolution de la
société ou annulation de l’inscription de la société extraprovinciale, mais, à moins que le tribunal n’en décide
[2009] 3 R.C.F.
AUJLA c. CANADA
109
on which the company or extraprovincial company is
restored to the register.
autrement, l’ordonnance est rendue sous réserve des droits
acquis avant la date à laquelle la société ou la société
extraprovinciale est réinscrite au registre.
[31] The Tax Court Judge concluded that the deeming
provision in subsection 262(2) of the BCCA did not
result in the retroactive reconstitution of the directorships
of the Aujla brothers. He found that the power to bring
about that result existed in section 263 of the BCCA but
that the British Columbia Supreme Court did not
exercise that power in making the Court order, since that
order contained no reference to any such reconstitution
and it was unacceptable to find such a reconstitution by
implication.
[31] Le juge de la Cour de l’impôt a conclu que la
disposition déterminative du paragraphe 262(2) de la
Company Act n’avait pas pour effet de réintégrer rétroactivement les frères Aujla dans leurs fonctions d’administrateurs. Il a conclu que le pouvoir permettant d’obtenir
un tel résultat était effectivement prévu à l’article 263 de
la Company Act, mais que la Cour suprême de la
Colombie-Britannique n’avait pas exercé ce pouvoir
lorsqu’elle avait rendu son ordonnance, étant donné
qu’on ne trouvait dans cette ordonnance aucune allusion
à une telle réintégration et qu’il était inacceptable de
conclure à une telle réintégration de manière implicite.
[32] The Tax Court Judge observed that the Crown’s
contention that the directorships of the Aujla brothers
should be regarded as having been implicitly reconstituted
is inconsistent with the fact that they were given no notice
of the Crown’s application to restore the Company. He
further supported his conclusion by reference to the
general presumption against expanding, by interpretation,
the scope of retroactive legislation, citing Ruth Sullivan,
Driedger on the Construction of Statutes, 3rd ed. (Toronto:
Butterworths, 1994), at pages 511-517.
[32] Le juge de la Cour de l’impôt a fait observer que
l’argument de Sa Majesté suivant lequel il fallait considérer que les frères Aujla avaient été implicitement
réintégrés dans leurs postes d’administrateurs était incompatible avec le fait qu’ils n’avaient pas été avisés de la
demande présentée par Sa Majesté en vue de faire réinscrire la société au registre. Il a étayé sa conclusion en
rappelant la présomption à l’encontre de l’extension, par
interprétation, de la portée d’une loi rétroactive, citant, à
cet égard Ruth Sullivan, Driedger on the Construction
of Statutes, 3e éd., Toronto : Butterworths, 1994, aux
pages 511 à 517.
[33] In my view, the Tax Court Judge was correct in
his conclusion that the retroactive reconstitution of the
Aujla brothers could only have arisen out of express
language to that effect in the Court order.
[33] À mon avis, c’est à bon droit que le juge de la Cour
de l’impôt a conclu que les frères Aujla ne pouvaient être
réintégrés rétroactivement dans leurs fonctions d’administrateurs que si l’ordonnance de la Cour le prévoyait
expressément.
[34] In addition to the reasons that were put forward
by the Tax Court Judge, I find support for his conclusion
in the decision of the British Columbia Court of Appeal
in Natural Nectar Prod. Can. Ltd. v. Theodor, [1990] 5
W.W.R. 590. In that case, the British Columbia Court of
Appeal interpreted subsection 286(2) and section 287 of
the Company Act, R.S.B.C. 1979, c. 59 (the former
BCCA). Subsection 286(2) of the former BCCA is
substantially similar to subsection 262(2) of the BCCA
and section 287 of the former BCCA is identical to
section 263 of the BCCA.
[34] En plus des motifs donnés par le juge de la Cour
de l’impôt, je trouve un appui pour sa conclusion dans
l’arrêt de la Cour d’appel de la Colombie-Britannique
Natural Nectar Prod. Can. Ltd. v. Theodor, [1990] 5
W.W.R. 590. Dans cette affaire, la Cour d’appel de la
Colombie-Britannique interprétait le paragraphe 286(2)
et l’article 287 de la Company Act, R.S.B.C. 1979, ch. 59
(l’ancienne Company Act). Le paragraphe 286(2) de
l’ancienne Company Act est en grande partie semblable
au paragraphe 262(2) de la Company Act actuelle et
l’article 287 de l’ancienne Company Act est identique à
l’article 263 de la Company Act actuelle.
110
AUJLA v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
[35] The central issue in that case was whether the
deeming provision in subsection 286(2) of the former
BCCA had the effect of retroactively restoring the corporate existence of the company in question, as was
contended by the respondent. Since this is a decision of
the highest court in British Columbia that bears directly
upon the issue that is before this Court in the present
appeal, it is worthwhile to reproduce the relevant portion
of the decision. In particular, at pages 594 and 595,
Hinkson J.A. stated:
[35] La question centrale en litige dans cette affaire
était celle de savoir si la disposition déterminative du
paragraphe 286(2) de l’ancienne Company Act avait pour
effet de rétablir rétroactivement l’existence en tant que
personne morale de la société en question, comme le
prétendait l’intimé. Comme il s’agit d’une décision qui
émane de la plus haute juridiction de la ColombieBritannique et qui porte directement sur la question soumise à la Cour dans le présent appel, il vaut la peine de
reproduire l’extrait pertinent de cet arrêt. Aux pages 594
et 595, le juge Hinkson a écrit ce qui suit :
In the present case, the order made restoring the company
to the Register of Companies on 27th February 1989 provided:
[TRADUCTION] En l’espèce, l’ordonnance rétablissant l’inscription de la société au registre des sociétés le 27 février 1989
prévoyait ce qui suit :
THIS COURT ORDERS that Natural Nectar Products
Canada Ltd. be and the same is hereby restored to the
Registrar of Companies commencing on the date of the filing
of a certified copy of this Order with the Registrar of
Companies and that the said company shall be deemed to
have continued in existence, without prejudice, however, to
the rights of any parties which may have been acquired prior
to the date on which the Company is restored to the Register.
LA COUR ORDONNE que la société Natural Nectar
Products Canada Ltd. soit réinscrite au registre des sociétés
à partir de la date de dépôt d’une copie certifiée conforme de
la présente ordonnance auprès du registrateur des sociétés et
que la société soit réputée avoir continué d’exister, sous
réserve des droits qui peuvent avoir été acquis avant la date
de la réinscription de la société au registre des sociétés.
In drawing the form of order counsel for the respondent
inserted the words after “… continued in existence” the words
“as if its name had never been struck off” but the judge did not
include those words in the order made by him. In my opinion,
it was open to him to do so if he considered it appropriate in the
circumstances. He would then have been exercising a power
conferred by s. 287. But he did not do so.
En rédigeant le projet d’ordonnance, l’avocat de l’intimé a,
après les mots « continué d’exister » inséré les mots « comme si
sa dénomination sociale n’avait jamais été radiée du registre »,
mais le juge n’a pas inclus ces mots dans son ordonnance. À
mon avis, il lui aurait été loisible de le faire s’il l’avait jugé à
propos eu égard aux circonstances. Il aurait alors exercé un
pouvoir que lui confère l’article 287. Mais il ne l’a pas fait.
Counsel for the respondent relied upon the deeming provision
in s. 286 and contended that legislation containing deeming
clauses has been determined to have retrospective effect in the
following cases: A.G.B.C. v. Royal Bank of Can., [1937] S.C.R.
459, [1937] 3 D.L.R. 393; Culchoe Nu Lodge (1980) Ltd. v.
Cando Contr. Ltd. (1986), 73 A.R. 342 (M.C.); Montreal Trust
Co. v. Boy Scouts of Can. (Edmonton Region) Foundation,
[1978] 5 W.W.R. 123, 3 E.T.R. 1, 88 D.L.R. (3d) 99 (B.C.S.C.);
Home Mtge. Ltd. v. Robertson, [1988] 4 W.W.R. 260, 68 Sask.
R. 274 (Q.B.); and Zangelo Invt. Ltd. v. Glasford State Inc.
(1987), 59 O.R. (2d) 510, 38 D.L.R. (4th) 395, affirmed 63
O.R. (2d) 510, 49 D.L.R. (4th) 320 (C.A.).
L’avocat de l’intimé a invoqué la disposition déterminative
de l’article 286 pour signaler que, dans les décisions suivantes,
il avait été jugé que les lois qui renferment des dispositions
déterminatives ont un effet rétroactif : A.G.B.C. c. Royal Bank
of Can., [1937] R.C.S. 459, [1937] 3 D.L.R. 393; Culchoe Nu
Lodge (1980) Ltd. v. Cando Contr. Ltd. (1986), 73 A.R. 342
(M.C.); Montreal Trust Co. v. Boy Scouts of Can. (Edmonton
Region) Foundation, [1978] 5 W.W.R. 123, 3 E.T.R. 1,
88 D.L.R. (3d) 99 (C.S.C.-B.); Home Mtge. Ltd. v. Robertson,
[1988] 4 W.W.R. 260, 68 Sask. R. 274 (Q.B.); et Zangelo Invt.
Ltd. v. Glasford State Inc. (1987), 59 O.R. (2d) 510, 38 D.L.R.
(4th) 395, confirmé par 63 O.R. (2d) 510, 49 D.L.R.(4th)
320 (C.A.).
Each of those cases dealt with statutory sections which differ
from the present provisions of ss. 286 and 287 of the Company
Act.
Chacune de ces affaires portait sur des articles qui étaient
différents des dispositions actuelles des articles 286 et 287 de
la Company Act.
In my opinion, the deeming provision in s. 286 was inserted
in the section to overcome the problems that would otherwise
À mon avis, la disposition déterminative de l’article 286 a
été insérée pour éviter le problème qui se présenterait sinon
[2009] 3 R.C.F.
AUJLA c. CANADA
111
arise when a company was struck from the register and subsequently restored to the register. As Jenkins L.J. observed in
the Tymans case at p. 622:
lorsqu’une société a été radiée du registre et qu’elle est par la
suite réinscrite au registre. Ainsi que le lord juge Jenkins l’a
fait observer dans l’arrêt Tymans, à la page 622 :
Otherwise obvious difficulties as to incorporation, membership, share capital, and so forth would arise, and if the
resuscitated company was brought into being as a legal
entity distinct from the dissolved one, claims by and against
the resuscitated company in respect of the pre-dissolution
dealings of the dissolved company would not be maintainable.
Des difficultés par ailleurs évidentes portant notamment sur
la constitution en personne morale, la qualité de membre et
le capital-actions surgiraient et, si la société reconstituée
reprenait vie sous la forme d’une entité juridique distincte
de celle de la société dissoute, les prétentions formulées par
la société reconstituée ou contre elle relativement aux opérations réalisées avant sa dissolution seraient irrecevables.
The purpose in inserting the deeming provision was to avoid
those problems and to avoid any suggestion that the company
had not been revived by being restored to the register.
La raison d’être de l’insertion de la disposition déterminative
était d’éviter ces problèmes, ainsi que toute idée que la réinscription de la société au registre n’a pas eu pour effet de la
faire revivre.
Upon the basis of that reasoning, however, I do not conclude
that s. 286 should be given retrospective operation. Rather, such
an effect can be given to the order restoring the company to the
register if the court gives appropriate directions under s. 287
for placing the company “in the same position, as nearly as
may be, as if the company had not been dissolved ...”
Suivant ce raisonnement, je ne conclus cependant pas que
l’on doive donner un effet rétroactif à l’article 286. Cet effet
ne peut être attribué à l’ordonnance réinscrivant la société au
registre que si le tribunal donne, en vertu de l’article 287, des
directives appropriées en vue de remettre la société « dans la
même position, autant que possible, que celle dans laquelle elle
se trouverait si elle n’avait pas été dissoute […] »
In my opinion, that would have been the effect of the order
restoring the company to the register if the words “as if its
name had never been struck off” had been contained in the
order.
À mon avis, tel aurait été l’effet de l’ordonnance réinscrivant
la société au registre si on avait trouvé les mots « comme si sa
dénomination sociale n’avait jamais été radiée du registre » dans
l’ordonnance.
Construing the order as it was entered, in my opinion, it does
not have the effect of placing the company in the same position,
as nearly as may be, as if the company had not been dissolved.
[Emphasis added.]
Si l’on interprète l’ordonnance en fonction de son libellé
final, force est d’admettre, à mon avis, qu’elle n’a pas pour effet
de remettre la société dans la même position, autant que possible,
que celle dans laquelle elle se trouverait si elle n’avait pas été
dissoute. [Non souligné dans l’original.]
[36] In my view, this passage makes it clear that the
deeming provision in subsection 286(2) of the former
BCCA, and therefore subsection 262(2) of the BCCA,
does not have the effect of retroactively reconstituting the
corporate existence of a company that has been restored.
Instead, that result can only be brought about by the
inclusion in the order of express language to that effect,
in accordance with the exercise of the power contained
in section 287 of the former BCCA, or subsequently,
section 263 of the BCCA. Thus, a restoration order that
does not contain the requisite language will have the effect
of restoring the company in question on a prospective
and not a retroactive basis.
[36] J’estime qu’il ressort clairement de ce passage que
la disposition déterminative du paragraphe 286(2) de
l’ancienne Company Act et, par voie de conséquence, le
paragraphe 262(2) de la Company Act, n’ont pas pour
effet de rétablir rétroactivement l’existence de la société
qui a été réinscrite. On ne peut parvenir à ce résultat
qu’en insérant des dispositions expresses en ce sens dans
le texte de l’ordonnance conformément à l’exercice du
pouvoir contenu à l’article 287 de l’ancienne Company
Act ou, subséquemment, conformément à l’article 263
de la Company Act. Ainsi, l’ordonnance portant réinscription au registre qui ne renferme pas les mots requis
aura pour effet de faire revivre la société en question
pour l’avenir et non pour le passé.
112
AUJLA v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
[37] In applying the rationale in Natural Nectar to the
issue at hand, it is my view that section 263 of the BCCA
empowers the British Columbia Supreme Court to order
the retroactive reconstitution of directorships that were in
place at the time of the dissolution of the company in
question, since each person who was then a director would
fall within the meaning of the phrase “other person” in
section 263 of the BCCA. However, I am also of the
view that since explicit language in a restoration order
is necessary to bring about a retroactive restoration of a
company, exercising a power granted under section 263
of the BCCA (as was the conclusion of the Court in
Natural Nectar), it must follow that the retroactive reconstitution of the directorships that existed at the date of
the dissolution of the company in question equally
requires the inclusion of explicit language to that effect
in the restoration order, in the exercise of the power
granted under that statutory provision.
[37] Appliquant le raisonnement suivi dans l’arrêt
Natural Nectar à la question qui nous occupe, j’estime
que l’article 263 de la Company Act habilite la Cour
suprême de la Colombie-Britannique à ordonner la réintégration rétroactive dans leurs fonctions des administrateurs qui étaient en poste au moment de la dissolution de
la société en question, étant donné que chaque personne
qui était administrateur à cette époque répondrait alors à
la définition de l’expression [TRADUCTION] « toute autre
personne » employée à l’article 263 de la Company Act.
J’estime toutefois aussi que, comme il est nécessaire que
l’ordonnance de rétablissement de l’inscription contienne
des termes explicites pour obtenir une réinscription
rétroactive de la société lorsqu’on exerce un des pouvoirs
conférés par l’article 263 de la Company Act (ainsi que
la Cour l’a conclu dans Natural Nectar), il doit s’ensuivre
que la réintégration rétroactive des administrateurs dans
les postes qu’ils occupaient à la date de la dissolution de
la société exige aussi l’inclusion d’un texte explicite en
ce sens dans l’ordonnance de rétablissement conformément au pouvoir conféré par la disposition législative en
question.
[38] In the circumstances under consideration, the
Court order deemed the Company to have continued in
existence “as if its name had never been struck off”. In
my view, this language evidences the specific exercise
of the power granted to the British Columbia Supreme
Court under section 263 of the BCCA to retroactively
restore the corporate existence of the Company. However,
the Court order contains no mention whatsoever of the
reconstitution of the directorships of the Aujla brothers,
retroactively or otherwise, as it surely could have.
Accordingly, I am of the view that the Court order had no
such effect and the Aujla brothers were not reconstituted
as directors of the Company by virtue of the Court order.
[38] Eu égard aux faits de l’espèce, l’ordonnance de la
Cour déclarait que la société était réputée avoir continué
d’exister [TRADUCTION] « comme si sa dénomination
sociale n’avait jamais été radiée du registre ». À mon
avis, l’emploi de ces mots témoigne de l’exercice spécifique du pouvoir conféré à la Cour suprême de la
Colombie-Britannique en vertu de l’article 263 de la
Company Act en vue de rétablir rétroactivement l’existence de la société en tant que personne morale. Toutefois,
l’ordonnance de la Cour ne renferme pas la moindre
mention de la réintégration, rétroactive ou non, des frères
Aujla dans leurs fonctions d’administrateurs, comme elle
aurait certainement pu le faire. Je suis par conséquent
d’avis que l’ordonnance de la Cour n’a pas eu cet effet
et que les frères Aujla n’ont pas été réintégrés dans leurs
fonctions d’administrateurs de la société aux termes de
l’ordonnance de la Cour.
[39] I wish to reiterate that this conclusion is based
upon the particular provisions of the BCCA that were in
force at the time of the assessments against the Aujla
brothers, as such provisions have been interpreted in the
relevant jurisprudence. It is clear that British Columbia
corporate law has evolved over time. See Attorney General
[39] Je tiens à répéter que cette conclusion repose sur
les dispositions particulières de la Company Act qui
étaient en vigueur au moment des cotisations établies au
sujet des frères Aujla, étant donné que ces dispositions
ont été interprétées dans les décisions applicables. Il est
évident que les règles de droit relatives aux sociétés ont
[2009] 3 R.C.F.
AUJLA c. CANADA
113
of British Columbia v. Royal Bank of Canada, [1937]
S.C.R. 459, in which the Court considered the restoration
of a company that had been struck off the register
pursuant to the Companies Act, R.S.B.C. 1924, c. 38.
Under the applicable provisions of that legislation, the
restoration had retroactive effect that did not depend
upon the exercise of judicial discretion. This is in marked
contrast to the corresponding provisions of the former
BCCA, as interpreted in Natural Nectar, and the BCCA
that is under consideration in this appeal. Thus, it may be
observed that even within the same province, the relevant
corporate legislation may change over time, with the
result that the fiscal consequences of similar transactions
or events may differ depending upon the specific
provisions of such corporate legislation at the time that
such transactions or events take place.
évolué avec le temps en Colombie-Britannique (voir
l’arrêt Attorney General of British Columbia v. Royal
Bank of Canada, [1937] R.C.S. 459, dans lequel la Cour
s’est penchée sur la réinscription au registre d’une
société qui avait été radiée du registre conformément à la
Companies Act, R.S.B.C. 1924, ch. 38). Aux termes des
dispositions applicables de cette loi, la réinscription avait
un effet rétroactif qui ne dépendait pas de l’exercice du
pouvoir discrétionnaire judiciaire. Ces dispositions différaient singulièrement des dispositions correspondantes
de l’ancienne Company Act interprétées dans Natural
Nectar et de celles de la Company Act qui sont à l’examen
dans le présent appel. On peut donc constater que, même
sur le territoire d’une même province, les dispositions
législatives applicables portant sur les sociétés peuvent
changer avec le temps, de sorte que les incidences fiscales de faits ou d’opérations semblables peuvent être
différentes selon les dispositions précises de la loi sur les
sociétés qui s’appliquent au moment des faits ou des
opérations en cause.
[40] I would add that the retroactively reconstituted
existence of the Company without the retroactive reconstitution of the directorships that were in place at the time
of its dissolution might appear to be problematic in that,
without directors, the Company would seemingly be unable to function. In the circumstances under consideration,
this potential concern does not arise since the record does
not contain any indication that the Company undertook
or desired to undertake any activities after the date of its
dissolution on March 5, 1999. If the shareholders of the
Company had considered it to be useful for the Company
to have undertaken any activity after its restoration, they
could have passed a resolution under which directors
could have been elected. I would hasten to add that this
is not a case in which any person who held the office of
director prior to the dissolution of a company, pursuant
to subsection 257(3) of the BCCA, continued to act as if
the directorship of that person had persisted in spite of
such dissolution. In those circumstances, I would observe
that the definition of “director” in subsection 1(1) of the
BCCA includes “every person, by whatever name designated, who performs functions of a director”. Thus, if
such a company were retroactively reconstituted and a
person who was a director immediately before the dissolution continued to perform functions of a director of
that company in the period after the dissolution, that
[40] Je tiens à ajouter que le fait de faire revivre rétroactivement une société sans réintégrer rétroactivement
dans leurs fonctions les administrateurs qui étaient en
poste au moment de sa dissolution pourrait sembler problématique, en ce sens que, sans administrateurs, la société ne pourrait vraisemblablement pas fonctionner. Eu
égard aux circonstances de l’espèce, cette préoccupation
éventuelle ne se pose pas étant donné qu’on ne trouve au
dossier aucun indice permettant de penser que la société
a entrepris ou qu’elle souhaitait entreprendre des activités
après la date de sa dissolution, le 5 mars 1999. Si les
actionnaires de la société avaient jugé utile pour la
société de se livrer à des activités après sa réinscription
au registre, ils auraient pu adopter une résolution prévoyant l’élection d’administrateurs. Je m’empresse
d’ajouter qu’il ne s’agit pas d’un cas dans lequel la personne qui occupait le poste d’administrateur avant la
dissolution de la société, au sens du paragraphe 257(3)
de la Company Act, a continué à agir comme si elle était
demeurée administrateur malgré la dissolution. Dans ces
conditions, je signale qu’aux termes de la définition du
terme [TRADUCTION] « administrateur » (director) que
l’on trouve au paragraphe 1(1) de la Company Act, [TRADUCTION] « est assimilé à un administrateur toute personne, indépendamment du nom sous lequel elle est
désignée, qui exécute les fonctions d’un administrateur ».
114
AUJLA v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
person’s actions might well be sufficient to bring that
person within the definition of “director” in subsection
1(1) of the BCCA. In the circumstances of this case,
these considerations are academic since there is no
indication that the Aujla brothers undertook any actions
after March 5, 1999, that could bring them within the
definition of “director” in subsection 1(1) of the BCCA
or that any action by or on behalf of the Company
occurred or was contemplated.
Ainsi, si une telle société était reconstituée rétroactivement
et qu’une personne qui en était un administrateur immédiatement avant sa dissolution continuait à exécuter les
fonctions d’un administrateur de la société en question
au cours de la période suivant la dissolution, les agissements de cette personne pourraient être suffisants pour
faire en sorte qu’elle réponde à la définition du terme
[TRADUCTION] « administrateur » au paragraphe 1(1) de
la Company Act. Eu égard aux circonstances de l’espèce,
ces considérations sont théoriques étant donné que rien
ne permet de penser que les frères Aujla ont, après le 5
mars 1999, accompli quelque acte que ce soit qui serait
susceptible de leur permettre de répondre à la définition
du terme « administrateur » prévue au paragraphe 1(1)
de la Company Act ou encore que l’on ait accompli ou
envisagé d’accomplir quelque acte que ce soit au nom
de la société.
Did the Court order prospectively reconstitute the
directorships of the Aujla brothers?
L’ordonnance de la Cour a-t-elle eu pour effet de réintégrer prospectivement les frères Aujla dans leurs postes
d’administrateurs?
[41] With respect to the Crown’s final argument that
the Tax Court Judge implicitly found that the Aujla
brothers were reconstituted as directors of the Company
as of the date of the Court order, in my view, the Tax
Court Judge made no such finding. Accordingly, that
argument cannot be accepted.
[41] En ce qui concerne l’argument final de Sa Majesté
suivant lequel le juge de la Cour de l’impôt a implicitement conclu que les frères Aujla avaient été réintégrés
dans leurs fonctions d’administrateurs de la société à la
date de l’ordonnance de la Cour, je suis d’avis que le
juge de la Cour de l’impôt n’a pas tiré cette conclusion.
Cet argument est par conséquent rejeté.
Conclusion
Conclusion
[42] In summary, I conclude that the Aujla brothers
ceased to be directors of the Company on March 5, 1999,
the date of its dissolution, and were not reconstituted as
directors by the Court order (retroactively or otherwise).
As such, it follows that they are entitled to resist the
assessments made against them on September 4, 2003,
since those assessments were made after the limitation
period provided for in subsection 323(5) of the ETA,
which expired in March of 2001. It also follows that it is
unnecessary for me to consider the effect of the “without
prejudice” language in section 263 of the BCCA and the
Court order.
[42] En résumé, je conclus que les frères Aujla ont
cessé d’être des administrateurs de la société le 5 mars
1999, date de la dissolution de la société, et que l’ordonnance de la Cour n’a pas eu pour effet de les réintégrer
(rétroactivement ou autrement) dans leurs fonctions
d’administrateurs. Il s’ensuit donc qu’ils ont le droit de
s’opposer aux cotisations établies à leur endroit le 4 septembre 2003, étant donné que ces cotisations ont été
établies après l’expiration, en mars 2001, du délai de
prescription prévu au paragraphe 323(5) de la LTA. Il
s’ensuit également qu’il n’est pas nécessaire que j’examine les incidences des mots [TRADUCTION] « sous réserve
de » à l’article 263 de la Company Act et de l’ordonnance
de la Cour.
[2009] 3 R.C.F.
115
AUJLA c. CANADA
DISPOSITION
DISPOSITIF
[43] For the foregoing reasons, I would dismiss the
appeals with one set of costs. I would also direct that a
copy of these reasons should be placed in each of Court
files A-40-08 and A-41-08.
[43] Pour les motifs qui précèdent, je suis d’avis de
rejeter les appels et de n’accorder qu’un seul mémoire
de dépens. J’ordonnerais également qu’une copie des
présents motifs soit versée dans chacun des dossiers de
la Cour, soit les dossiers A-40-08 et A-41-08.
DÉCARY J.A.: I agree.
LE JUGE DÉCARY, J.C.A. : Je suis d’accord.
***
***
The following are the reasons for judgment rendered
in English by
Ce qui suit est la version française des motifs du
jugement rendus par
BLAIS J.A. (dissenting):
LE JUGE BLAIS, J.C.A. (dissident) :
INTRODUCTION
INTRODUCTION
[44] This is an appeal from (2007), 45 B.L.R. (4th)
124, a judgment rendered by Justice Bowie of the Tax
Court of Canada dated December 21, 2007.
[44] La Cour est saisie de l’appel d’un jugement (2007
CCI 764) rendu par le juge Bowie de la Cour canadienne
de l’impôt le 21 décembre 2007.
[45] Generally at issue is whether Amarjit Aujla and
Harjinder Aujla (Aujla brothers) can be held personally
liable, as directors of the recently restored Aujla Construction Ltd. (the Company), for taxes in the amount of
$197 995.75 owed under the Excise Tax Act.
[45] De façon générale, le débat porte sur la question
de savoir si Amarjit Aujla et Harjinder Aujla (les frères
Aujla) peuvent être tenus personnellement responsables,
en tant qu’administrateurs d’une société qui a récemment
été réinscrite au registre, Aujla Construction Ltd. (la
société), d’un montant de 197 995,75 $ en taxes dues en
vertu de la Loi sur la taxe d’accise.
[46] Specifically at issue is whether Aujla brothers can
be imputed with personal obligations as directors despite
the absence of any mention of the Aujla brothers in the
February 2003 order issued by the British Columbia
Supreme Court (the Court order) that restored the
Company.
[46] Plus précisément, le débat porte sur la question de
savoir si l’on peut obliger les frères Aujla à répondre
personnellement de cette dette en tant qu’administrateurs
malgré le fait que leur nom ne figure pas dans l’ordonnance de février 2003 (l’ordonnance de la Cour) par
laquelle la Cour suprême de la Colombie-Britannique a
réinscrit la société au registre des sociétés.
[47] I will rely on the facts as presented by the Tax
Court Judge and my colleague in lieu of reproducing
them here.
[47] Je m’en remets à l’exposé des faits du juge de la
Cour de l’impôt et à celui de mon collègue au lieu de
relater à nouveau les faits.
[48] I have had the benefit of reading the reasons
prepared by my colleague and respectfully disagree.
[48] J’ai eu l’avantage de prendre connaissance des
motifs rédigés par mon collègue, mais je dois, en toute
déférence, me dissocier de la décision qu’il propose.
116
AUJLA v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
ANALYSIS
ANALYSE
[49] The determination of any obligations potentially
owed by the Aujla brothers is premised on the Court
order, the federal Excise Tax Act and the Company Act of
British Columbia.
[49] Pour définir les obligations auxquelles les frères
Aujla pourraient éventuellement être tenus, il faut tenir
compte de l’ordonnance de la Cour, de la Loi sur la taxe
d’accise fédérale, ainsi que de la Company Act de la
Colombie-Britannique.
[50] The Court order reads as follows:
[50] L’ordonnance de la Cour porte :
[TRADUCTION]
THIS COURT ORDERS that Aujla Construction Ltd. is restored
to the Register of Companies for a period of not more than two
(2) years, commencing on the date of the filing of a certified
copy of this Order with the Registrar of Companies, for the
purpose of enabling the Minister of National Revenue to facilitate the assessment and collection of the Goods and Services
Tax debt owing by the Company to the Receiver General of
Canada.
LA COUR ORDONNE que la société Aujla Construction Ltd.
soit réinscrite au registre des sociétés pour une période
n’excédant pas deux ans, à partir de la date de dépôt d’une
copie certifiée conforme de la présente ordonnance auprès du
registrateur des sociétés, afin de permettre au ministre du
Revenu national d’établir et de recouvrer le montant dû en taxe
sur les produits et services par Aujla Construction Ltd. au
Receveur général du Canada.
THIS COURT FURTHER ORDERS that Aujla Construction
Ltd. shall be deemed to have continued in existence as if its
name had never been struck off the register and dissolved,
without prejudice to the rights of any parties which may have
been acquired prior to the date on which the Company is
restored to the Register of Companies.
LA COUR ORDONNE EN OUTRE que la société Aujla
Construction Ltd. soit réputée avoir continué d’exister comme
si sa dénomination sociale n’avait jamais été radiée du registre
et elle n’avait jamais été dissoute, sous réserve des droits qui
peuvent avoir été acquis avant la date de la réinscription d’Aujla
Construction Ltd. au registre des sociétés.
[51] The power to restore a company through a court
order is found in provisions 262 and 263 of the British
Columbia Company Act, R.S.B.C. 1996 c. 62:
[51] Le pouvoir de réinscrire une société au registre
des sociétés en vertu d’une ordonnance judiciaire se
trouve aux articles 262 et 263 de la Company Act de la
Colombie-Britannique, R.S.B.C. 1996 ch. 62 :
[TRADUCTION]
262 (1) If a company has been dissolved, or the registration of
an extraprovincial company has been cancelled under
this Act or any former Companies Act, the court may,
if it is satisfied that it is just that the company or
extraprovincial company be restored to the register,
not more than 10 years after the date of the dissolution
or cancellation, on application by the liquidator, a
member, a creditor of the company or extraprovincial
company, or any other interested person, make an
order, subject to the conditions and on the terms the
court considers appropriate, restoring the company or
extraprovincial company to the register.
262 (1) Si une société a été dissoute, ou si l’inscription d’une
société extraprovinciale a été annulée, conformément
à la présente loi ou une loi antérieure sur les sociétés
par actions, le tribunal, s’il est convaincu qu’il est
juste que la société ou la société extraprovinciale soit
réinscrite au registre, au plus tard dix ans après la date
de dissolution ou d’annulation, à la demande du liquidateur, d’un membre ou d’un créancier de la société ou
de la société extraprovinciale, ou de toute autre personne intéressée, peut ordonner que la société ou la
société extraprovinciale soit réinscrite au registre, suivant les modalités que le tribunal estime appropriées.
(2) If a company or an extraprovincial company is restored
to the register under subsection (1), the company is
deemed to have continued in existence, or the registration of the extraprovincial company is deemed not
(2) Si une société ou une société extraprovinciale est
réinscrite au registre en vertu du paragraphe (1), elle
est réputée avoir continué d’exister, ou l’inscription
de la société extraprovinciale est réputée ne pas avoir
[2009] 3 R.C.F.
117
AUJLA c. CANADA
to have been cancelled, and proceedings may be taken
as might have been taken if the company had not been
dissolved, or the registration of the extraprovincial
company had not been cancelled.
été annulée, et des instances peuvent être intentées
comme si la société n’avait pas été annulée.
(3) The court may make an order under subsection (1)
restoring a company or an extraprovincial company
to the register for a limited period, and, after the expiration of that period, the company must promptly be
struck off the register, or, in the case of an extraprovincial company, its registration cancelled, by the
registrar.
(3) Le tribunal peut rendre, conformément au paragraphe (1), une ordonnance rétablissant l’inscription
au registre d’une société ou d’une société extraprovinciale pour une période déterminée, et, après l’expiration de cette période, le registrateur doit aussitôt
radier la société du registre, ou, dans le cas d’une
société extraprovinciale, annuler son inscription.
and
et
263 In an order made under section 262, the court may give
directions and make provisions it considers appropriate
for placing the company or extraprovincial company and
every other person in the same position, as nearly as may
be, as if the company had not been dissolved or the
registration of the extraprovincial company cancelled, but,
unless the court otherwise orders, the order is without
prejudice to the rights of parties acquired before the date
on which the company or extraprovincial company is
restored to the register. [Emphasis added.]
263 Dans le cas d’une ordonnance rendue en vertu de l’article 262, le tribunal peut donner des directives et prendre
les mesures qu’il estime appropriées pour rétablir, dans la
mesure du possible, la société ou la société extraprovinciale, ou toute autre personne, dans la position qu’elle aurait
occupée s’il n’y avait pas eu dissolution de la société ou
annulation de l’inscription de la société extraprovinciale,
mais, à moins que le tribunal n’en décide autrement, l’ordonnance est rendue sous réserve des droits acquis avant
la date à laquelle la société ou la société extraprovinciale
est réinscrite au registre. [Non souligné dans l’original.]
[52] The limitation period relevant to these facts is
contained in the Excise Tax Act, R.S.C., 1985, c. E-15, at
subsections 323(4) and (5). It reads:
[52] Le délai de prescription applicable aux faits de
l’espèce se trouve aux paragraphes 323(4) et 323(5) de
la Loi sur la taxe d’accise, L.R.C. (1985), ch. E-15, dont
voici le texte :
323. (1) …
323. (1) […]
(4) The Minister may assess any person for any amount
payable by the person under this section and, where the
Minister sends a notice of assessment, sections 296 to 311
apply, with such modifications as the circumstances require.
(4) Le ministre peut établir une cotisation pour un montant
payable par une personne aux termes du présent article. Les
articles 296 à 311 s’appliquent, compte tenu des adaptations
de circonstance, dès que le ministre envoie l’avis de cotisation
applicable.
(5) An assessment under subsection (4) of any amount
payable by a person who is a director of a corporation shall not
be made more than two years after the person last ceased to be
a director of the corporation. [Emphasis added.]
(5) L’établissement d’une telle cotisation pour un montant
payable par un administrateur se prescrit par deux ans après
qu’il a cessé pour la dernière fois d’être administrateur. [Non
souligné dans l’original.]
[53] When contemplating the Aujla brothers’ potential
liability, the greatest hurdle is the limitation period. Since
it [the Excise Tax Act] sets the limitation period at two
years “after the person last ceased to be a director”, the
Aujla brothers must be found to either: (a) have continued to be directors during the period when the Company
was struck off the register; or (b) be reinstated as directors
[53] Lorsqu’on examine l’éventuelle responsabilité des
frères Aujla, le plus grand obstacle est le délai de prescription. Comme la loi précise bien que l’établissement
d’une telle cotisation pour un montant payable par un
administrateur « se prescrit par deux ans après qu’il a
cessé pour la dernière fois d’être administrateur », il faut
nécessairement conclure que les frères Aujla : a) soit sont
118
AUJLA v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
when the Company was restored such that they have not
yet “last ceased” to be directors.
demeurés administrateurs au cours de la période durant
laquelle la société a été radiée du registre; b) soit ont été
réintégrés dans leurs fonctions d’administrateurs lorsque
la société a été réinscrite au registre, de sorte qu’ils n’ont
pas encore « cessé pour la dernière fois » d’être administrateurs.
[54] Any other consideration regarding the timing of
the Minister’s five-year delay in pursuing the collection
of the amount owing by the Company is not relevant to
these proceedings. According to section 262 of the
Company Act, the master had the discretion to restore the
Company to the register subject to the condition that the
restoration was just and that the restoration take place
within 10 years of the Company’s dissolution. By the
fact that the restoration order was issued, it is clear that
the master found the order just. That order has not been
appealed. Therefore any consideration of the Minister’s
delay or suggestion that the Minister slept on its rights is
inappropriate to these proceedings.
[54] Toute autre considération portant sur les cinq ans
que le ministre a laissés s’écouler avant d’entreprendre
des démarches pour recouvrer le montant dû par la
société n’est pas pertinente en l’espèce. Selon l’article
262 de la Company Act, le protonotaire a le pouvoir
discrétionnaire de réinscrire la société au registre à la
condition que la réinscription soit juste et qu’elle ait lieu
dans les dix ans suivant la dissolution de la société. Du
fait qu’une ordonnance de réinscription a été prononcée,
il est évident que le protonotaire a jugé que l’ordonnance
était juste. Cette ordonnance n’a pas été portée en appel.
Il n’y a donc pas lieu, en l’espèce, de tenir compte du
temps que le ministre a laissé s’écouler ou d’examiner
toute allégation portant que le ministre a tardé à faire
valoir ses droits.
Did the Aujla brothers continue as directors despite the
dissolution?
Les frères Aujla ont-ils continué à occuper leurs postes
d’administrateurs malgré la dissolution?
[55] If the Aujla brothers continued as directors despite
the Company’s dissolution, then they would never have
“ceased” to be directors and the limitation period in
subsection 323(5) of the Excise Tax Act would not have
been triggered.
[55] Si les frères Aujla avaient continué d’exercer leurs
fonctions d’administrateurs malgré la dissolution de la
société, ils n’auraient jamais « cessé » d’être des administrateurs et le délai de prescription du paragraphe
323(5) de la Loi sur la taxe d’accise n’aurait pas commencé à courir.
[56] The parties agree that applicable provincial legislation governs whether an individual has ceased to be a
director. In the case of the Aujla brothers, the Crown
contends that according to the British Columbia Company
Act, directors only cease to hold office in accordance with
section 130 or when a company is voluntarily dissolved.
[56] Les parties conviennent qu’il faut se tourner vers
les dispositions législatives provinciales applicables pour
savoir si une personne a cessé ou non d’être un administrateur. Dans le cas des frères Aujla, Sa Majesté soutient
qu’aux termes de la Company Act de la ColombieBritannique, les administrateurs ne cessent d’occuper
leur poste que conformément aux dispositions prévues à
l’article 130 ou lorsque la société est dissoute volontairement.
[57] Clearly, the directorships of the Aujla brothers
was not affected by section 130 of the British Columbia
Company Act. Section 130 reads:
[57] De toute évidence, l’article 130 de la Company
Act de la Colombie-Britannique n’a aucune incidence
sur le mandat des frères Aujla comme administrateurs.
L’article 130 dispose en effet :
[2009] 3 R.C.F.
119
AUJLA c. CANADA
[TRADUCTION]
130 (1) A director ceases to hold office when his or her term
expires in accordance with the articles or when he or
she
130 (1) Le mandat d’un administrateur prend fin à l’expiration de la période pour laquelle il a été nommé
conformément aux statuts constitutifs ou lorsque :
(a) dies or resigns,
a) il meurt ou démissionne;
(b) is removed in accordance with subsection (3),
b) il est démis de ses fonctions conformément au
paragraphe (3);
(c) is not qualified under section 114, or
c) il n’est pas habilité en vertu de l’article 114;
(d) is removed in accordance with the memorandum
or articles.
d) il est démis de ses fonctions conformément à l’acte
ou aux statuts constitutifs.
(2) Every resignation of a director becomes effective at
the time a written resignation is delivered to the registered office of the company or at the time specified in
the resignation, whichever is later.
(2) La démission d’un administrateur prend effet à la date
de réception au siège social de la société d’un écrit à
cet effet ou à la date postérieure qui y est indiquée.
(3) A company may, despite any provision in the memorandum or articles, remove a director before the
expiration of the director’s term of office by special
resolution, and, by ordinary resolution, may appoint
another person in his or her stead.
(3) Par dérogation à toute disposition de l’acte ou des
statuts constitutifs, la société peut, par résolution
spéciale, destituer un administrateur avant l’expiration
de son mandat et désigner une autre personne à sa
place, par voie de résolution ordinaire.
[58] Relying on R. v. Gill (1989), 40 B.C.L.R. (2d) 360
(Co. Ct.) (Gill), the Crown attempted to argue that a
director ceases to hold office when a company dissolves,
but only when such a dissolution is voluntary. In fact, the
decision in Gill [at page 367] only indicates that, “A
dissolved corporation is a dead corporation and with it
die its officers and directors.”
[58] Se fondant sur la décision de la Cour de comté de
la Colombie-Britannique R. v. Gill (1989), 40 B.C.L.R.
(2d) 360 (Gill), Sa Majesté a tenté de faire valoir que le
mandat de l’administrateur prenait fin au moment de la
dissolution de la société, mais uniquement lorsque cette
dissolution est volontaire. En fait, la seule chose que le
tribunal a indiqué, dans la décision Gill, c’est que : [TRADUCTION] « une société dissoute est une société défunte
qui a entraîné dans sa mort ses dirigeants et administrateurs ».
[59] There is no case law supporting the contention
that when a corporation dissolves involuntarily its directors do not cease to be directors. Thus, before the issuance
of the Court order restoring the Company, the Company
had ceased to exist and the Aujla brothers’ legal status
as directors was in limbo.
[59] Il n’y a pas de jurisprudence qui appuie l’argument
que, lorsqu’une société est dissoute involontairement, ses
administrateurs ne cessent pas d’être des administrateurs.
Ainsi, avant le prononcé de l’ordonnance de la Cour
réinscrivant la société au registre, la société avait cessé
d’exister et l’on était dans l’incertitude quant au statut
légal des frères Aujla en tant qu’administrateurs.
Did the liability of the Aujla brothers survive the
dissolution?
La responsabilité des frères Aujla a-t-elle survécu à la
dissolution?
[60] The Company was struck off the register in
accordance with paragraph 257(1)(a) and subsections
[60] La société a été radiée du registre conformément
à l’alinéa 257(1)a) et aux paragraphes 257(3) et 257(4)
120
AUJLA v. CANADA
257(3) and (4) of the British Columbia Company Act:
[2009] 3 F.C.R.
de la Company Act de la Colombie-Britannique :
[TRADUCTION]
257 (1) If
257 (1) Le registrateur envoie par courrier à la société ou à la
société extraprovinciale une lettre recommandée
l’avisant de son défaut ou des réserves qu’il a à son
sujet et des pouvoirs qu’il a en vertu du paragraphe (3) dans l’un ou l’autre des cas suivants :
(a) a company or an extraprovincial company has
for 2 years failed to file with the registrar the
annual report or any other return, notice or
document required by this Act to be filed by it,
…
a) la société ou la société extraprovinciale a omis
pendant deux ans de produire auprès du registrateur
le rapport annuel ou toute autre déclaration, tout
autre avis ou tout autre document devant être
produit aux termes de la présente loi;
[…]
the registrar must mail to the company or extraprovincial
company a registered letter notifying it of its failure or of the
registrar’s belief, and of the registrar’s powers under
subsection (3).
…
(3) If, within one month after the registrar mails the letter
referred to in subsection (1) or (2), the registrar does
not receive a response that
(3) Le registrateur peut faire paraître dans la Gazette un avis
indiquant qu’en tout temps après l’expiration d’un
délai d’un mois suivant la date de publication de
l’avis, en l’absence d’opposition justifiée, la société
sera radiée du registre et dissoute ou la société extraprovinciale verra son inscription annulée si, dans un
délai d’un mois après l’envoi par courrier de la lettre
visée au paragraphe (1) ou (2), le registrateur n’a pas
reçu de réponse :
(a) indicates that the failure has been or is being
remedied, or is otherwise satisfactory to the
registrar, or
a) soit indiquant qu’il est ou a été remédié au manquement ou qu’il y a eu autrement règlement à la satisfaction du registrateur;
(b) notifies the registrar that the extraprovincial
company continues to carry on business in British
Columbia,
b) soit avisant le registrateur que la société extraprovinciale continue d’exercer ses activités commerciales en Colombie-Britannique.
the registrar may publish in the Gazette a notice that, at any
time after the expiration of one month after the date of publication of the notice, unless cause is shown to the contrary, the
company will be struck off the register and dissolved, or, in the
case of an extraprovincial company, its registration will be
cancelled.
(4) At any time after one month after the date of publication of the notice referred to in subsection (3), the
registrar, unless good cause to the contrary is shown
to him or her, may strike the company off the register
and, on being struck off, the company is dissolved,
(4) En tout temps après le délai d’un mois suivant la publication de l’avis visé au paragraphe (3), le registrateur,
en l’absence d’opposition justifiée, peut radier la société du registre, celle-ci étant dissoute dès sa radiation,
ou, dans le cas d’une société extraprovinciale, annuler
[2009] 3 R.C.F.
121
AUJLA c. CANADA
or, in the case of an extraprovincial company, cancel
its registration. [Emphasis added.]
[61] The Crown argues that the liability of directors
continues in the case of a company administratively dissolved under section 257. The Crown bases this argument
on section 260 of the Company Act:
son inscription. [Non souligné dans l’original.]
[61] Sa Majesté soutient que les administrateurs demeurent responsables lorsque la société a été dissoute
pour des raisons d’ordre administratif conformément à
l’article 257. Sa Majesté fonde son argument sur
l’article 260 de la Company Act :
[TRADUCTION]
260 The liability of every director, officer, liquidator and
member of a company that is struck off the register, or of
an extraprovincial company that has had its registration
cancelled, under section 256, 257, 259 or 319 continues
and may be enforced as if the company had not been struck
off the register, or the registration of the extraprovincial
company had not been cancelled. [Emphasis added.]
260 La responsabilité de tout administrateur, dirigeant,
liquidateur ou membre d’une société radiée du registre,
ou d’une société extraprovinciale dont l’inscription a été
annulée, en vertu des articles 256, 257, 259 ou 319, est
maintenue et peut être invoquée comme si la société
n’avait pas été radiée du registre ou comme si l’inscription
de la société extraprovinciale n’avait pas été annulée.
[Non souligné dans l’original.]
[62] Thus, it would appear that the liability of the Aujla
brothers continued despite the fact that the Company was
struck off the register. This is supported by Canadian
Sports Specialist Inc. v. Philippon (1990), 66 D.L.R.
(4th) 188 (B.C.S.C.), and Whittier Wood Products v.
Vernon-Jarvis (2003), 32 B.L.R. (3d) 149 (B.C. Prov.
Ct.) (Whittier) which stand for the premise that [at
paragraph 6]:
[62] Il semblerait donc que les frères Aujla étaient toujours responsables malgré le fait que la société avait été
radiée du registre. Cette position est confirmée par les
décisions Canadian Sports Specialist Inc. v. Philippon
(1990), 66 D.L.R. (4th) 188 (C.S.C.-B.), et Whittier Wood
Products v. Vernon-Jarvis (2003), 32 B.L.R. (3d) 149
(C.P.C.-B.) (Whittier), qui appuient l’idée que [au paragraphe 6] :
… a director who ha[s] breached fiduciary duties [is] personally
responsible for those actions during the time the company was
struck from the register.
[TRADUCTION] […] l’administrateur qui a manqué à ses obligations fiduciaires est personnellement responsable des actes
en question pendant la période au cours de laquelle la société
a été radiée du registre.
[63] In Whittier, a company was struck from the register
under section 257 of the Company Act for failing to file
annual reports for two years. Despite the dissolution of
the company, the director continued to operate the business by ordering and receiving goods but refused to pay
for them. Provincial Court Justice Yee found the director
liable under section 260 of the British Columbia Company
Act for failure to meet the fiduciary duty imposed on him
as a director. While Justice Yee imposed liability in part
because the director continued to act as if the company
had not been dissolved, it is worth noting that the
language of section 260 does not require that directors
continue to behave as directors of a dissolved company
in order to be found liable.
[63] Dans l’affaire Whittier, une société avait été radiée
du registre en vertu de l’article 257 de la Company Act
pour défaut d’avoir produit ses rapports annuels pendant
deux années. Malgré la dissolution de la société, l’administrateur avait continué à exploiter l’entreprise en
commandant et en recevant des marchandises, mais avait
refusé de les payer. Le juge Yee, de la Cour provinciale,
a déclaré l’administrateur responsable, en vertu de l’article 260 de la Company Act de la Colombie-Britannique,
en raison de son défaut de respecter les obligations
fiduciaires qui lui incombaient en tant qu’administrateur.
Bien que le juge Yee ait imposé cette responsabilité en
partie en raison du fait que l’administrateur avait continué à agir comme si la société n’avait pas été dissoute,
il vaut la peine de signaler que le libellé de l’article 260
122
AUJLA v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
n’exige pas que l’administrateur continue à se comporter
comme un administrateur de la société dissoute pour voir
sa responsabilité engagée.
[64] In the circumstances of this case, the Aujla brothers
were also imputed with a fiduciary duty. Through the
Company, they had collected taxes that were intended to
be remitted to the government. The Aujla brothers held
this sum as fiduciaries. Their failure to remit the taxes to
the government was a breach of their duty as fiduciaries.
[64] Eu égard aux circonstances de la présente affaire,
les frères Aujla se sont également vus attribuer des obligations fiduciaires. Par l’intermédiaire de la société, ils
avaient perçu des taxes qui étaient censées être remises
au gouvernement. Ils détenaient ces sommes en tant que
fiduciaires. Leur défaut de remettre les taxes au gouvernement constituait un manquement à leurs obligations
de fiduciaires.
[65] Therefore, section 260 can be used to argue that
the liability of the Aujla brothers for negligent actions
prior to the dissolution of the Company can be maintained.
However, existing case law has not supported the contention that section 260 somehow permits the Court to find
that the directors did not cease to be directors after the
administrative dissolution of the Company. The relevant
difference is that even if the liability for negligence
continued to exist, the Aujla brothers must be found not
to have ceased to hold their office as directors for the
limitation period in the Excise Tax Act not to apply. Since
section 260 does not support the Crown’s conclusion that
the Aujla brothers continued to be directors after the
dissolution of the Company, the legal status of the Aujla
brothers as directors remains in limbo.
[65] Par conséquent, l’article 260 peut être invoqué
pour faire valoir que la responsabilité des frères Aujla
pour les actes négligents commis avant la dissolution de
la société peut être maintenue. La jurisprudence actuelle
ne reconnaît toutefois pas que l’article 260 permet d’une
certaine manière à la Cour de conclure que les administrateurs n’ont pas cessé d’être des administrateurs après
la dissolution administrative de la société. La différence
qui nous intéresse est que, même si la responsabilité pour
négligence continuait à exister, il faut quand même
conclure que les frères Aujla n’ont pas cessé d’occuper
leurs postes d’administrateurs afin que le délai de prescription prévu par la Loi sur la taxe d’accise ne s’applique
pas. Comme l’article 260 n’appuie pas la conclusion de
Sa Majesté suivant laquelle les frères Aujla ont continué
d’être des administrateurs de la société après la dissolution de cette dernière, on demeure dans l’incertitude quant
au statut légal des frères Aujla comme administrateurs.
[66] Conversely, for the Aujla brothers to take advantage
of the limitation period under section 323 of the Excise
Tax Act, it was necessary for them to show that they were
not directors according to the law in British Columbia. In
the absence of proof that the Aujla brothers ceased to be
directors, their liability survived according to section 260
of the Company Act. Since the Aujla brothers did not
cease to hold their office as directors according to section
130 of the Company Act and are not affected by any
existing common law relieving them of their office as
directors, their liability is governed and maintained under
section 260 of the Company Act.
[66] En revanche, pour que les frères Aujla puissent se
prévaloir du délai de prescription prévu à l’article 323
de la Loi sur la taxe d’accise, ils devaient nécessairement
démontrer qu’ils n’étaient pas des administrateurs au
sens des lois de la Colombie-Britannique. À défaut de
preuve démontrant que les frères Aujla ont cessé d’être
des administrateurs, ils demeurent responsables aux
termes de l’article 260 de la Company Act. Comme les
frères Aujla n’ont pas cessé d’occuper leurs postes
d’administrateurs au sens de l’article 130 de la Company
Act et qu’ils ne sont pas touchés par une règle de common
law les dégageant de leurs fonctions d’administrateurs,
leur responsabilité est régie et maintenue par l’article 260
de la Company Act.
[2009] 3 R.C.F.
AUJLA c. CANADA
123
Were the Aujla brothers reinstated as directors by the
Court order?
L’ordonnance de la Cour a-t-elle eu pour effet de réintégrer les frères Aujla dans leurs fonctions d’administrateurs?
[67] The Tax Court Judge concluded that the Court
order did not have the effect of reinstating the Aujla
brothers to their position as directors of the Company
when the Company was restored to the register.
[67] Le juge de la Cour de l’impôt a conclu que l’ordonnance de la Cour n’avait pas pour effet de réintégrer
les frères Aujla dans leurs postes d’administrateurs de la
société lorsque celle-ci avait été réinscrite au registre des
sociétés.
[68] The Crown contends that the decision in Natural
Nectar Prod. Can. Ltd. v. Theodor, [1990] 5 W.W.R. 590
(B.C.C.A.) (Natural Nectar) supports the conclusion that
when a company has been restored to the register using
the words [at page 594] “as if its name had never been
struck off”, the company is placed “in the same position,
as nearly as may be, as if the company had not been
dissolved” [at page 595] and that therefore its directors
are also reinstated.
[68] Sa Majesté soutient que la décision Natural
Nectar Prod. Can. Ltd. v. Theodor, [1990] 5 W.W.R. 590
(C.A.C.-B.) (Natural Nectar) appuie la conclusion que,
lorsqu’une société a été réinscrite au registre avec les
mots [TRADUCTION] « comme si sa dénomination sociale
n’avait jamais été radiée du registre » [à la page 594],
cette société se retrouve [TRADUCTION] « dans la même
position, autant que possible, que celle dans laquelle elle
se trouverait si elle n’avait pas été dissoute » [à la page
595] et que, par conséquent, ses administrateurs sont
également réintégrés dans leurs fonctions.
[69] In his reasons with respect to this case, my colleague also examines Natural Nectar but comes to a
different conclusion. My colleague argues that just as the
order must include “as if its name had never been struck
off” to have a retrospective effect according to Natural
Nectar, the order must also include explicit language
stipulating that the directors are reinstated to have the
effect of returning them to their office as directors.
[69] Dans les motifs qu’il a rédigés en l’espèce, mon
collègue examine lui aussi la décision Natural Nectar
mais il parvient à une conclusion différente. Mon collègue fait valoir que, tout comme l’ordonnance doit inclure
les mots [TRADUCTION] « comme si sa dénomination
sociale n’avait jamais été radiée du registre » pour avoir
un effet rétroactif selon la décision Natural Nectar,
l’ordonnance doit aussi inclure des termes déclarant
expressément que les administrateurs sont réintégrés
dans leurs fonctions pour que ceux-ci reprennent leurs
postes d’administrateurs.
[70] This conclusion creates vast conceptual difficulty.
If a company is restored without assuming either that the
directorship of the last-known directors of that company
continues, or that the directors existing at the time of the
dissolution are reinstated, then the company is nothing
but a name on a register. Without assets or directors,
there is nothing to pursue and no one to defend the action
presumably motivating the restoration order. In short,
claims against the company will not be maintainable.
[70] Or, cette conclusion crée une grande difficulté sur
le plan conceptuel. Si une société est réinscrite au registre sans qu’il soit clair que le mandat de ses derniers
administrateurs connus se poursuit ou que les administrateurs qui étaient en poste au moment de sa dissolution
sont effectivement réintégrés dans leurs fonctions, la
société n’est rien de plus qu’un nom sur un registre. Sans
actifs ou sans administrateurs, toute réclamation devient
sans objet et il n’y a personne pour contester les actes
qui ont vraisemblablement motivé l’ordonnance rétablissant l’inscription. Bref, toute réclamation dirigée contre
la société est irrecevable.
124
AUJLA v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
[71] The difficulty created is similar to those enunciated
by Jenkins L.J. in Tymans, Ltd. v. Craven, [1952] 1 All
E.R. 613. Jenkins L.J. indicated that [at page 622]:
[71] La difficulté ainsi créée ressemble à celle qu’a
constatée le lord juge Jenkins dans l’arrêt Tymans, Ltd.
v. Craven, [1952] 1 All E.R. 613. Le lord juge Jenkins
explique ce qui suit [à la page 622] :
… obvious difficulties as to incorporation, membership, share
capital, and so forth would arise, and if the resuscitated company
was brought into being as a legal entity distinct from the
dissolved one, claims by and against the resuscitated company
in respect of the pre-dissolution dealings of the dissolved
company would not be maintainable. [Emphasis added.]
[TRADUCTION] […] des difficultés évidentes portant notamment
sur la constitution en personne morale, la qualité de membre et
le capital-actions surgiraient et, si la société reconstituée reprenait vie sous la forme d’une entité juridique distincte de celle
de la société dissoute, les prétentions formulées par la société
reconstituée ou contre elle relativement aux opérations réalisées avant sa dissolution seraient irrecevables. [Non souligné
dans l’original.]
[72] In Natural Nectar Justice Hinkson quoted the
concerns of Jenkins L.J. highlighting these types of
difficulties as the reason that the retroactive deeming
provision was permitted according to the Company Act,
section 263 and should be inserted as a clause in any
court order that intends to have the effect of retroactively
restoring a company to the register. Justice Hinkson [at
page 595] concluded:
[72] Dans l’arrêt Natural Nectar, le juge Hinkson
reprend à son compte les réserves formulées par le lord
juge Jenkins et signale que ce genre de difficulté permet
de comprendre pourquoi le législateur a autorisé la
disposition déterminative rétroactive à l’article 263 de la
Company Act et pourquoi ce type de disposition devrait
être inséré dans toute ordonnance judiciaire visant à
avoir pour effet de réinscrire rétroactivement une société
au registre. Le juge Hinkson [à la page 595] a conclu :
Upon the basis of that reasoning, however, I do not conclude
that s. 286 [now section 262] should be given retrospective
operation. Rather, such an effect can be given to the order
restoring the company to the register if the court gives appropriate directions under s. 287 for placing the company “in the
same position, as nearly as may be, as if the company had not
been dissolved…”
[TRADUCTION] Suivant ce raisonnement, je ne conclus cependant pas que l’on doit donner un effet rétroactif à l’article 286
[maintenant l’article 262]. Cet effet ne peut être attribué à
l’ordonnance réinscrivant la société au registre que si le tribunal
donne, en vertu de l’article 287, des directives appropriées en
vue de remettre la société « dans la même position, autant que
possible, que celle dans laquelle elle se trouverait si elle n’avait
pas été dissoute […] »
In my opinion, that would have been the effect of the order
restoring the company to the register if the words “as if its
name had never been struck off” had been contained in the
order.
À mon avis, tel aurait été l’effet de l’ordonnance réinscrivant
la société au registre si on avait trouvé les mots « comme si sa
dénomination sociale n’avait jamais été radiée du registre »
dans l’ordonnance.
[73] While a retroactive deeming provision was used in
the Court order at issue through the clause “the Company
shall be deemed to have continued in existence as if its
name had never been struck off the register”, my colleague contends that this is insufficient to restore the
directors, and that an additional deeming clause dealing
exclusively with the directors should also have been
included to have such an effect.
[73] Bien qu’une disposition déterminative rétroactive
ait été employée dans l’ordonnance de la Cour en litige
par le truchement de la clause [TRADUCTION] « la société
[est] réputée avoir continué d’exister comme si sa dénomination sociale n’avait jamais été radiée du registre »,
mon collègue soutient que ce libellé n’est pas suffisant
pour réintégrer les administrateurs dans leurs fonctions
et qu’il aurait fallu insérer une disposition déterminative
supplémentaire portant exclusivement sur les administrateurs pour obtenir l’effet désiré.
[2009] 3 R.C.F.
AUJLA c. CANADA
125
[74] The result of that reasoning is that an additional
clause must be included to reverse the presumption that
the directorships of the Aujla brothers ceased upon
dissolution, despite the clear indication by the existing
retroactive provision that the dissolution did not occur
since the Company “continued in existence as if its name
[was] never struck off the register”. The leap in this logic
is that the dissolution is presumed to have triggered the
cessation of the Aujla brothers’ office as directors, but
the retroactive annulment of the dissolution is now said
to be insufficient to undo the cessation of the Aujla
brothers’ office as directors.
[74] Il découle de ce raisonnement qu’il faut insérer
une disposition supplémentaire pour combattre la présomption que le mandat des frères Aujla en tant qu’administrateurs a cessé au moment de la dissolution, malgré
la mention explicite que l’on trouve dans la disposition
rétroactive actuelle suivant laquelle la dissolution n’a pas
eu lieu étant donné que la société [TRADUCTION] « est
réputée avoir continué d’exister comme si sa dénomination sociale n’avait jamais été radiée du registre ».
Cette entorse à la logique s’explique par le fait que la
dissolution est présumée avoir provoqué l’expiration du
mandat des frères Aujla comme administrateurs, mais
l’on prétend maintenant que l’annulation rétroactive de
la dissolution est insuffisante pour défaire la cessation
du mandat des frères Aujla comme administrateurs.
[75] The ultimate result in the restoration of the
Company to the register without directors also goes
against section 108 of the British Columbia Company
Act. This section indicates that a company “must have at
least one director”. Based on section 108, the Aujla
brothers must be presumed to be reinstated with the
restoration of the Company as no other directors have
ever been associated with the Company. Thus, while no
express mention of the restoration of the directors was
made in the Court order, it must nonetheless have the
effect of restoring the Aujla brothers since they never
ceased to hold office under any provisions of the British
Columbia Company Act, the dissolution which is said to
have ended their office as directors is deemed never to
have occurred, and a company cannot exist without
directors.
[75] Le fait qu’on se retrouve au bout du compte avec
une société qui est réinscrite au registre mais qui n’a plus
d’administrateurs va par ailleurs à l’encontre de l’article 108 de la Company Act de la Colombie-Britannique,
suivant lequel une société [TRADUCTION] « doit compter
au moins un administrateur ». Aux termes de l’article 108,
les frères Aujla doivent être présumés avoir été réintégrés
dans leurs fonctions en même temps que la société a été
réinscrite au registre étant donné qu’aucun autre administrateur n’a jamais été associé à cette société. Ainsi,
bien qu’elle ne fasse aucune mention explicite de la
réintégration des administrateurs, l’ordonnance de la
Cour doit néanmoins avoir pour effet de réintégrer les
frères Aujla dans leurs fonctions étant donné qu’ils n’ont
jamais cessé d’occuper leur poste au sens de l’une
quelconque des dispositions de la Company Act de la
Colombie-Britannique. La dissolution qui aurait mis fin
à leur mandat en tant qu’administrateurs est présumée
n’avoir jamais eu lieu et une société ne peut exister sans
administrateurs.
[76] The effect of this determination is in line with the
reasoning of Justice O’Connor of the Tax Court of Canada
in Glass v. Canada, [1998] 1 C.T.C. 2190, at paragraph
16, where he states:
[76] Ma conclusion s’inscrit dans le droit fil du raisonnement du juge O’Connor, de la Cour canadienne de
l’impôt, dans la décision Glass c. Canada, [1997] A.C.I.
no 1020 (QL), au paragraphe 16 :
The effect of the restoration order was that the company was
deemed to continue in existence. Moreover by virtue of section
284 [now 260] of the B.C. Act the liability of a director
continued. Consequently, the Appellant is not entitled to take
advantage of the limitation period provided.…
Du fait de l’ordonnance de réinscription, la compagnie était
réputée avoir continué d’exister. En outre, en vertu de l’article 284 de la Loi de la C.-B. [maintenant l’article 260], la
responsabilité de l’administration a été maintenue. En conséquence, l’appelant ne peut se prévaloir du délai de prescription
prévu […]
126
AUJLA v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
[77] The interpretation that directors are reinstated
upon the restoration of the company to the register is also
supported by the decision in Cadorette v. Canada, 2008
TCC 416, where Justice Favreau of the Tax Court of
Canada [at paragraph 16] determined that:
[77] L’interprétation suivant laquelle les administrateurs
sont réintégrés dans leurs fonctions dès que la société est
réinscrite au registre est également appuyée par la décision Cadorette c. Canada, 2008 CCI 416, dans laquelle
le juge Favreau, de la Cour canadienne de l’impôt [au
paragraphe 16], a statué que :
… the Appellant must be considered never to have lost his
status as director between the time that its registration was
struck off and the time that the enterprise registrar revoked the
striking-off of its registration.
[…] l’appelant doit être considéré comme n’ayant jamais perdu
son statut d’administrateur entre le moment où l’immatriculation de la société a été radiée d’office et le moment où le registraire des entreprises a révoqué la radiation de l’immatriculation
de la société.
However, this jurisprudence is of limited persuasiveness
since it deals with the status of directors under corporate
law in the province of Quebec and all parties to this
appeal agree that the law applicable to the determination
of the status of the Aujla brothers as directors is governed
solely by the Company Act in the province of British
Columbia.
Cette jurisprudence a toutefois une valeur probante limitée, car elle porte sur le statut des administrateurs selon
le droit des sociétés du Québec. Or, toutes les parties au
présent appel conviennent que les règles de droit applicables à la détermination du statut des frères Aujla en
tant qu’administrateurs sont exclusivement celles que
l’on trouve dans la Company Act de la province de la
Colombie-Britannique.
Does the “without prejudice” language in section 263
apply to the directors?
Les mots « sous réserve de » à l’article 263 s’appliquentils aux administrateurs?
[78] The “without prejudice” language found in section
263 requires that the Court order not affect “the rights of
parties acquired before the date on which the company or
extraprovincial company is restored to the register.”
However, since the Aujla brothers never ceased to be
directors of the Company, they never acquired any rights
and the Court order does not have the effect of prejudicially affecting those rights.
[78] Les mots « sous réserve de » que l’on trouve à
l’article 263 de la Company Act exigent que l’ordonnance de la Cour ne porte pas atteinte aux [TRADUCTION]
« droits acquis avant la date à laquelle la société ou la
société extraprovinciale est réinscrite au registre ».
Toutefois, comme les frères Aujla n’ont jamais cessé
d’être des administrateurs de la société, ils n’ont jamais
acquis de droits et l’ordonnance de la Cour n’a pas pour
effet de porter atteinte aux droits en question.
[79] In addition, this provision is intended to apply to
third parties who have acquired rights since the
dissolution. This is confirmed in Sibbald Estate v. Boy
Scouts of Canada (Edmonton Region) Foundation
(1978), 88 D.L.R. (3d) 99 (B.C.S.C.), at paragraphs 1820 where Justice Ruttan concluded:
[79] Qui plus est, cette disposition est censée s’appliquer aux tiers qui ont acquis des droits depuis la dissolution, ce qui est confirmé par la décision Sibbald Estate
v. Boy Scouts of Canada (Edmonton Region) Foundation
(1978), 88 D.L.R. (3d) 99 (C.S.C.-B.), aux paragraphes 18
à 20, où le juge Ruttan écrit :
Here I find that s. 189 of the Statute and the order made
thereunder established a conclusive rather than a rebuttable
presumption that the company continued in existence, so that
not only rights which previously existed but rights which were
acquired during the period of hiatus could retroactively become
and belong part of the property of the corporation.
[TRADUCTION] En l’espèce, je conclus que l’article 189 de la
loi et l’ordonnance rendue en application de cet article créent
une présomption irréfragable suivant laquelle la société a
continué d’exister, de sorte que non seulement les droits qui
existaient antérieurement mais aussi ceux qui ont été acquis
dans l’intervalle pouvaient rétroactivement faire partie des
actifs de la société.
[2009] 3 R.C.F.
AUJLA c. CANADA
127
This “conclusive” presumption does not conflict with the
protection of third parties as referred to in s. 189 [now section
262] of the Act, i.e.
Cette présomption « irréfragable » n’entre pas en conflit
avec la protection accordée aux tiers par l’article 189 [maintenant l’article 262] de la Loi :
“without prejudice to the rights of parties acquired prior to
the date on which the company is restored to the register.”
« sous réserve des droits acquis avant la date à laquelle la
société est réinscrite au registre ».
The rights referred to are those which third parties have
acquired in dealing with the company during the period
between the dissolution and restoration.
Les droits visés sont ceux que les tiers ont acquis dans leurs
rapports avec la société au cours de la période comprise entre
la dissolution et la réinscription.
[80] Whereas section 263 refers to “rights of parties”
generally, section 260 clearly stipulates that the liability
of “every director, officer, liquidator and member of a
company that is struck off the register” survives. In view
of this specific provision, the general “without prejudice
to the rights of parties” language is interpreted to apply
to persons other than those listed in section 260.
[80] Alors que l’article 263 évoque, de façon générale,
les [TRADUCTION] « droits des parties », l’article 260
indique explicitement que la responsabilité de [TRADUCTION] « tout administrateur, dirigeant, liquidateur ou
membre d’une société radiée du registre » est maintenue.
Compte tenu de cette disposition précise, le libellé
général « sous réserve des droits des parties » doit être
interprété comme s’appliquant à d’autres personnes que
celles qui sont énumérées à l’article 260.
Public policy argument with respect to the limitation
period
Argument d’ordre public relatif au délai de prescription
[81] There exists a public policy argument in favour of
not reinstating the Aujla brothers as directors since they
likely no longer viewed themselves as directors of the
Company and thus ordered their personal affairs for
many years believing they would not be held liable.
[81] Il y a un argument d’ordre public qui milite contre
la réintégration des frères Aujla dans leurs fonctions
d’administrateurs étant donné qu’ils ne se considèrent
probablement plus comme des administrateurs de la
société et qu’ils ont organisé leurs affaires personnelles
depuis de nombreuses années en croyant qu’ils ne seraient
pas tenus responsables.
[82] However, the Aujla brothers should not be rewarded
for their negligence. As directors of the Company, the
Aujla brothers collected money in the form of taxes to be
remitted to the government. The Company was later
dissolved through an administrative act of the registrar
because of the Aujla brothers’ failure to file annual
reports. The administrative striking of the Company from
the register and subsequent involuntary dissolution of the
Company is a penalty imposed due to the Aujla brothers’
negligence.
[82] Il ne faut cependant pas aller jusqu’à récompenser
les frères Aujla pour leur négligence. En tant qu’administrateurs de la société, ils ont perçu de l’argent sous
forme de taxes qu’ils devaient remettre au gouvernement.
La société a par la suite été dissoute en vertu d’une
décision administrative du registrateur en raison du
défaut des frères Aujla de déposer des rapports annuels.
La radiation administrative de la société du registre et la
dissolution involontaire subséquente de la société constituent une pénalité imposée en raison de la négligence
des frères Aujla.
[83] The Aujla brothers would not have been entitled to
apply for the voluntary dissolution of the Company without complying with section 268 of the British Columbia
Company Act. Section 268 requires the directors of a
[83] Les frères Aujla n’auraient pas eu le droit de
réclamer la dissolution volontaire de la société sans se
conformer à l’article 268 de la Company Act de la
Colombie-Britannique. L’article 268 exige que les
128
AUJLA v. CANADA
company to affirm that the company will be able to pay
its debts soon after dissolution. It reads:
[2009] 3 F.C.R.
administrateurs de la société confirment que la société
sera en mesure de payer ses dettes peu de temps après sa
dissolution. En voici le texte :
[TRADUCTION]
268 (1) If it is proposed to wind up a company voluntarily,
the majority of the directors, before calling the general meeting at which the resolution for the winding
up of the company is to be proposed, must make an
affidavit that they have made a full inquiry into the
affairs of the company and that they are of the opinion
that the company will be able to pay its debts in full
within the period, not exceeding 12 months from the
commencement of the winding up, specified in the
affidavit.
(2) An affidavit referred to in subsection (1) must
268 (1) Si la société fait l’objet d’une proposition de
dissolution volontaire, la majorité des administrateurs
doivent, avant de convoquer une assemblée générale
à cette fin, souscrire un affidavit dans lequel ils
déclarent qu’après vérification complète des affaires
de la société, ils sont d’avis que celle-ci sera en
mesure de payer intégralement ses dettes dans le délai
ne dépassant pas douze mois suivant le début de la
dissolution qui est précisé dans l’affidavit.
(2) L’affidavit visé au paragraphe (1) doit :
(a) be made within 5 weeks immediately preceding
the date the members pass the resolution for the
voluntary winding up of the company, and
a) être souscrit dans les cinq semaines précédant la
date à laquelle les membres ont adopté la résolution relative à la dissolution volontaire de la société;
(b) contain a statement of the assets and liabilities of
the company as at the latest practicable date.
b) contenir l’état le plus récent possible de l’actif et
du passif de la société.
(3) A copy of the affidavit must be
(3) Une copie de l’affidavit doit :
(a) filed with the registrar before the meeting, and
a) être déposée auprès du registrateur avant l’assemblée;
(b) presented to the meeting at which the resolution
for the voluntary winding up of the company is to
be proposed.
b) être présentée lors de l’assemblée au cours de
laquelle la résolution portant sur la dissolution
volontaire de la société doit être proposée.
(4) Every director of a company who makes an affidavit
under this section without having reasonable grounds
for the opinion that the company will be able to pay
its debts in full within the period specified in the
affidavit commits an offence.
(4) Commet une infraction tout administrateur d’une
société qui souscrit un affidavit conformément au présent article sans avoir de motifs raisonnables de penser
que la société sera en mesure de payer ses dettes
intégralement dans le délai précisé dans l’affidavit.
(5) If a company is wound up in accordance with a
resolution passed within 5 weeks after the making of
the affidavit, but its debts are not paid or provided for
in full within the period stated in the affidavit, it is
presumed, until the contrary is shown, that the declarant did not have reasonable grounds for the declarant’s
opinion.
(5) Si une société est dissoute conformément à une
résolution adoptée dans les cinq semaines de l’affidavit sans que ses dettes soient payées intégralement
ou sans qu’il y soit pourvu dans le délai précisé dans
l’affidavit, il est présumé, à moins que le contraire ne
soit démontré, que le déclarant n’avait pas de motifs
raisonnables d’exprimer cet avis.
(6) This section does not apply to a winding up commenced before October 1, 1973. [Emphasis added.]
(6) Le présent article ne s’applique pas à une dissolution
entreprise avant le 1er octobre 1973. [Non souligné
dans l’original.]
[2009] 3 R.C.F.
129
AUJLA c. CANADA
[84] Should the directors fail under their obligation as
directors or under section 268, the Court may make
provisions under section 290:
[84] Advenant le cas où les administrateurs manquent
à leur obligation d’administrateurs ou à celles que l’article
268 leur impose, le tribunal peut prendre les mesures
suivantes en vertu de l’article 290 :
290 If a company is being wound up, the court may
290 En cas de dissolution d’une société, le tribunal peut :
…
[…]
(i) on application by any of the persons mentioned in
section 271(1), examine into the conduct of any person who has taken part in the formation or promotion
of the company or any person that is a past or present
director, officer, receiver, receiver manager, liquidator
or member of the company if it appears that the
person has misapplied, or retained, or become liable
or accountable for, any money, or property, or breach
of trust, in relation to the company, and compel the
person to repay or to restore the money, or property, or
any part of it, with interest at the rate the court considers appropriate, or to contribute the sum to the assets
of the company by way of compensation in respect of
the misapplication, retainer or breach of trust as the
court considers appropriate, and this provision applies
even if the conduct complained of is conduct for which
the person may be liable to prosecution. [Emphasis
added.]
i) sur demande présentée par l’une des personnes mentionnées au paragraphe 271(1), examiner la conduite
de toute personne qui a participé à la création ou au
développement de la société ou celle de tout directeur,
dirigeant, séquestre, administrateur séquestre, liquidateur ou membre de la société, ancien ou actuel, lorsqu’il
semble que cette personne a, relativement à la société,
détourné ou retenu des sommes ou des biens, ou en est
devenue responsable ou comptable, ou commis un abus
de confiance, et lui ordonner de rembourser ou de restituer en tout ou en partie ces sommes ou ces biens, avec
intérêt au taux que le tribunal juge approprié, ou de
verser à l’actif de la société, en dédommagement du
tort causé par ce détournement, cette retenue ou cet
abus de confiance, les sommes d’argent que le tribunal
juge appropriées et ce, même si la conduite reprochée
rend la personne passible de poursuites. [Non souligné
dans l’original]
[85] The Aujla brothers did not voluntarily dissolve
their company. The Company was involuntarily dissolved
because of the Aujla brothers’ failure to file annual
reports. The Company also failed to remit taxes owed to
the government. To find that the Aujla brothers are no
longer responsible for the liabilities they evaded by
allowing their Company to be struck from the register
would allow the Aujla brothers to profit from their
negligence as directors when responsible directors who
properly wind up their companies are not permitted to
do so according to section 268 and following of the
Company Act.
[85] Les frères Aujla n’ont pas dissous volontairement
leur société. Celle-ci a été dissoute involontairement en
raison du défaut des frères Aujla de déposer des rapports
annuels. La société a par ailleurs omis de remettre au
gouvernement les taxes qu’elle lui devait. Conclure que
les frères Aujla ne sont plus responsables des obligations
auxquelles ils se sont soustraits en permettant que la
société dont ils faisaient partie soit radiée du registre
reviendrait à leur permettre de profiter de la négligence
dont ils se sont rendus coupables comme administrateurs
alors que les articles 268 et suivants de la Company Act
ne permettent pas aux administrateurs responsables qui
liquident comme il se doit leur société d’agir de la sorte.
[86] Before the dissolution of the Company the Aujla
brothers could have resigned as directors. The registrar
was obliged, under subsection 257(1) to send the directors
of the Company a letter indicating their failure to file
annual reports. One month after the mailing of the letter
the registrar was obligated under subsection 257(3) to
publish a notice of its intent to strike the Company off the
[86] Avant la dissolution de la société, les frères Aujla
auraient pu remettre leur démission comme administrateurs. Le registrateur était tenu, aux termes du paragraphe
257(1), de faire parvenir aux administrateurs de la société
une lettre les informant de leur défaut de déposer les
rapports annuels. Un mois après la mise à la poste de la
lettre, le registrateur était tenu, aux termes du paragraphe
130
AUJLA v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
register in the Gazette. One month after the publication
of the notice, the registrar was able to strike the Company
off the register. At no time during these delays did the
Aujla brothers resign from the Company. Their failure
to do so results in their ban from benefiting from the twoyear limitation period set out in section 323 of the Excise
Tax Act.
257(3), de publier dans la Gazette un avis de son intention de radier la société du registre des sociétés. Un mois
après la publication de l’avis, le registrateur pouvait
radier la société du registre. Les frères Aujla n’ont, en
aucun temps au cours de ces délais, remis leur démission
de la société. Leur inaction les empêche de se prévaloir
du délai de prescription de deux ans prévu à l’article 323
de la Loi sur la taxe d’accise.
CONCLUSION
CONCLUSION
[87] The Aujla brothers failed to properly wind up their
company, and never resigned as directors. The Company
was struck off and subsequently restored to the register
and “deemed to have continued in existence as if its
name had never been struck off the register and dissolved”. Therefore, the Aujla brothers continue in their
position as directors of the Company and their liability
continues as provided in sections 260 of the British
Columbia Company Act and subsection 323(1) of the
Excise Tax Act.
[87] Les frères Aujla n’ont pas régulièrement dissous
leur société et ils n’ont jamais démissionné comme
administrateurs. La société a été radiée, a été par la suite
réinscrite au registre et a été [TRADUCTION] « réputée
avoir continué d’exister comme si sa dénomination
sociale n’avait jamais été radiée du registre et elle n’avait
jamais été dissoute ». En conséquence, les frères Aujla
ont continué d’occuper leurs postes d’administrateurs de
la société et leur responsabilité demeure la même comme
le prévoient l’article 260 de la Company Act de la
Colombie-Britannique et le paragraphe 323(1) de la Loi
sur la taxe d’accise.
[88] I would allow the appeal with one set of costs.
[88] Je suis d’avis d’accueillir l’appel et de n’accorder
qu’un seul mémoire de dépens.
[89] I would also direct that a copy of these reasons
should be placed in each of Court files A-40-08 and
A-41-08.
[89] J’ordonnerais également qu’une copie des présents
motifs soit versée dans chacun des dossiers de la Cour,
soit les dossiers A-40-08 et A-41-08.
APPENDIX A
ANNEXE A
Relevant Statutory Provisions
Dispositions législatives applicables
Section 323 of the Excise Tax Act
Article 323 de la Loi sur la taxe d’accise
323. (1) If a corporation fails to remit an amount of net tax as
required under subsection 228(2) or (2.3) or to pay an amount as
required under section 230.1 that was paid to, or was applied to
the liability of, the corporation as a net tax refund, the directors
of the corporation at the time the corporation was required to
remit or pay, as the case may be, the amount are jointly and
severally, or solidarily, liable, together with the corporation, to
pay the amount and any interest on, or penalties relating to, the
amount.
323. (1) Les administrateurs d’une personne morale au
moment où elle était tenue de verser, comme l’exigent les paragraphes 228(2) ou (2.3), un montant de taxe nette ou, comme
l’exige l’article 230.1, un montant au titre d’un remboursement
de taxe nette qui lui a été payé ou qui a été déduit d’une somme
dont elle est redevable, sont, en cas de défaut par la personne
morale, solidairement tenus, avec cette dernière, de payer le
montant ainsi que les intérêts et pénalités afférents.
[2009] 3 R.C.F.
131
AUJLA c. CANADA
(2) A director of a corporation is not liable under subsection
(1) unless
(2) L’administrateur n’encourt de responsabilité selon le
paragraphe (1) que si :
(a) a certificate for the amount of the corporation’s liability
referred to in that subsection has been registered in the
Federal Court under section 316 and execution for that
amount has been returned unsatisfied in whole or in part;
a) un certificat précisant la somme pour laquelle la personne
morale est responsable a été enregistré à la Cour fédérale en
application de l’article 316 et il y a eu défaut d’exécution
totale ou partielle à l’égard de cette somme;
(b) the corporation has commenced liquidation or dissolution proceedings or has been dissolved and a claim for the
amount of the corporation’s liability referred to in subsection
(1) has been proved within six months after the earlier of the
date of commencement of the proceedings and the date of
dissolution; or
b) la personne morale a entrepris des procédures de liquidation ou de dissolution, ou elle a fait l’objet d’une dissolution,
et une réclamation de la somme pour laquelle elle est responsable a été établie dans les six mois suivant le premier en
date du début des procédures et de la dissolution;
(c) the corporation has made an assignment or a bankruptcy
order has been made against it under the Bankruptcy and
Insolvency Act and a claim for the amount of the corporation’s liability referred to in subsection (1) has been proved
within six months after the date of the assignment or bankruptcy order.
c) la personne morale a fait une cession, ou une ordonnance
de faillite a été rendue contre elle en application de la Loi
sur la faillite et l’insolvabilité, et une réclamation de la
somme pour laquelle elle est responsable a été établie dans
les six mois suivant la cession ou l’ordonnance.
…
[…]
(4) The Minister may assess any person for any amount
payable by the person under this section and, where the Minister
sends a notice of assessment, sections 296 to 311 apply, with
such modifications as the circumstances require.
(4) Le ministre peut établir une cotisation pour un montant
payable par une personne aux termes du présent article. Les
articles 296 à 311 s’appliquent, compte tenu des adaptations
de circonstance, dès que le ministre envoie l’avis de cotisation
applicable.
(5) An assessment under subsection (4) of any amount
payable by a person who is a director of a corporation shall not
be made more than two years after the person last ceased to be
a director of the corporation.
(5) L’établissement d’une telle cotisation pour un montant
payable par un administrateur se prescrit par deux ans après
qu’il a cessé pour la dernière fois d’être administrateur.
BCCA PROVISIONS
Company Act de la Colombie-Britannique
Subsection 1(1)
Paragraphe 1(1)
[TRADUCTION]
Definitions and interpretation
1 (1) In this Act:
Définitions
1 (1) Les définitions qui suivent s’appliquent à la présente
loi.
…
“director” includes every person, by whatever name designated, who performs functions of a director;
« administrateur » Est assimilé à un administrateur toute
personne, indépendamment du nom sous lequel elle est
désignée, qui exécute les fonctions d’un administrateur.
132
AUJLA v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
Section 257
Article 257
Registrar may strike off company
Radiation
257
(1) If
257
(1) Le registrateur envoie par courrier à la société
ou à la société extraprovinciale une lettre recommandée l’avisant de son défaut ou des réserves
qu’il a à son sujet et des pouvoirs qu’il a en vertu
du paragraphe (3) dans l’un ou l’autre des cas
suivants :
(a) a company or an extraprovincial company
has for 2 years failed to file with the registrar the annual report or any other return,
notice or document required by this Act to
be filed by it,
a) la société ou la société extraprovinciale a
omis pendant deux ans de produire auprès
du registrateur le rapport annuel ou toute
autre déclaration, tout autre avis ou tout
autre document devant être produit aux
termes de la présente loi;
(b) the registrar has reasonable cause to believe
that an extraprovincial company has ceased
to carry on business in British Columbia,
b) le registrateur a des motifs raisonnables de
croire qu’une société extraprovinciale a
cessé d’exercer ses activités en ColombieBritannique;
(c) a company or an extraprovincial company
has failed to pay, within 10 days after default
in payment of the fine, any fine imposed on
it under this Act,
(d) a company or an extraprovincial company
has failed to comply with an order of the
registrar under section 18,
c) la société ou la société extraprovinciale a
omis, dans les dix jours suivant son défaut
de payer l’amende, de payer toute amende
à laquelle elle a été condamnée en vertu de
la présente loi;
d) la société ou la société extraprovinciale a
fait défaut de se conformer à l’ordre donné
par le registrateur en vertu de l’article 18;
(e) a reporting company dos not comply with
section 139, or
e) une société déclarante a fait défaut de se
conformer à l’article 139;
(f) a company or an extraprovincial company
has failed to comply with a requirement
under section 338(3)(b) within 60 days after
the date of the mailing to the company or
extraprovincial company of a registered
letter referred to in section 338(4),
f) la société ou la société extraprovinciale a
omis de se conformer à une des exigences
de l’alinéa 338(3)b) dans les 60 jours de la
mise à la poste à la société ou à la société
extraprovinciale de la lettre recommandée
visée au paragraphe 338(4).
the registrar must mail to the company or extraprovincial company a registered letter notifying
it of its failure or of the registrar’s belief, and of
the registrar’s power under subsection (3).
(2) If a company or an extraprovincial company is
being wound up, and
(2) En cas de dissolution de la société ou de la société
extraprovinciale, le registrateur envoie par courrier à la société une lettre recommandée dans
laquelle il demande si un liquidateur agit au nom
de la société, si celle-ci a fait l’objet d’une liquidation totale, ou l’avisant de son défaut de déposer des déclarations ou de ce que le registrateur
[2009] 3 R.C.F.
AUJLA c. CANADA
133
croit ou des pouvoirs qu’il a en vertu du paragraphe (3) dans l’un ou l’autre des cas suivants :
(a) the registrar has reasonable cause to believe
that no liquidator is acting, or that the company is fully wound up, or
a) le registrateur a des motifs raisonnables de
croire qu’aucun liquidateur n’agit au nom
de la société ou que celle-ci n’a pas fait
l’objet d’une liquidation totale;
(b) the returns required to be made by the liquidator have not been made for a period of
3 consecutive months,
b) les déclarations que le liquidateur doit
déposer ne l’ont pas été pendant trois mois
consécutifs.
the registrar must mail to the company a registered letter inquiring whether a liquidator is
acting, or the company is fully wound up, or notifying the company of the failure to file returns,
or of the registrar’s belief and of the registrar’s
powers under subsection (3).
(3) If, within one month after the registrar mails the
letters referred to in subsection (1) or (2), the
registrar does not receive a response that
(3) Le registrateur peut faire paraître dans la Gazette
un avis indiquant qu’en tout temps après l’expiration d’un délai d’un mois suivant la date de
publication de l’avis, en l’absence d’opposition
justifiée, la société sera radiée du registre et dissoute ou la société extraprovinciale verra son
inscription annulée si, dans un délai d’un mois
après l’envoi par courrier de la lettre visée au
paragraphe (1) ou (2), le registrateur n’a pas reçu
de réponse :
(a) indicates that the failure has been or is
being remedied, or is otherwise satisfactory
to the registrar, or
a) soit indiquant qu’il est ou a été remédié au
manquement ou qu’il y a eu autrement
règlement à la satisfaction du registrateur;
(b) notifies the registrar that the extraprovincial
company continues to carry on business in
British Columbia,
b) soit avisant le registrateur que la société
extraprovinciale continue d’exercer ses
activités commerciales en Colombie-Britannique.
the registrar may publish in the Gazette a notice
that, at any time after the expiration of one month
after the date of publication of the notice, unless
cause is shown to the contrary, the company will
be struck off the register and dissolved, or, in the
case of an extraprovincial company, its registration will be cancelled.
(4) At any time after one month after the date of
publication of the notice referred to in subsection
(3), the registrar, unless good cause to the contrary
is shown to him or her, may strike the company
off the register and, on being struck off, the company is dissolved, or, in the case of an extraprovincial company, cancel its registration.
(4) En tout temps après le délai d’un mois suivant la
publication de l’avis visé au paragraphe (3), le
registrateur, en l’absence d’opposition justifiée,
peut radier la société du registre, celle-ci étant
dissoute dès sa radiation, ou, dans le cas d’une
société extraprovinciale, annuler son inscription.
134
AUJLA v. CANADA
(5) A letter mailed under this section may be
addressed to the company at its registered office,
or in the case of an extraprovincial company, at
its head office in British Columbia.
[2009] 3 F.C.R.
(5) La lettre postée conformément au présent article
peut être adressée au siège social de la société
ou, dans le cas d’une société extraprovinciale, à
son établissement principal en ColombieBritannique.
Section 262
Article 262
Restoration to register
Réinscription au registre
262 (1) If a company has been dissolved, or the registration of
an extraprovincial company has been cancelled under
this Act or any former Companies Act, the court may,
if it is satisfied that it is just that the company or
extraprovincial company be restored to the register,
not more than 10 years after the date of the dissolution
or cancellation, on application by the liquidator, a
member, a creditor of the company or extraprovincial
company, or any other interested person, make an
order, subject to the conditions and on the terms the
court considers appropriate, restoring the company or
extraprovincial company to the register.
262 (1) Si une société a été dissoute, ou si l’inscription d’une
société extraprovinciale a été annulée, conformément
à la présente loi ou une loi antérieure sur les sociétés
par actions, le tribunal, s’il est convaincu qu’il est
juste que la société ou la société extraprovinciale soit
réinscrite au registre, au plus tard dix ans après la date
de dissolution ou d’annulation, à la demande du
liquidateur, d’un membre ou d’un créancier de la
société ou de la société extraprovinciale, ou de toute
autre personne intéressée, peut ordonner que la
société ou la société extraprovinciale soit réinscrite
au registre, suivant les modalités que le tribunal
estime appropriées.
(2) If a company or an extraprovincial company is restored
to the register under subsection (1), the company is
deemed to have continued in existence, or the registration of the extraprovincial company is deemed not
to have been cancelled, and proceedings may be taken
as might have been taken if the company had been
dissolved, or the registration of the extraprovincial
company had not been cancelled.
(2) Si une société ou une société extraprovinciale est
réinscrite au registre en vertu du paragraphe (1), elle
est réputée avoir continué d’exister, ou l’inscription
de la société extraprovinciale est réputée ne pas avoir
été annulée, et des instances peuvent être intentées
comme si la société n’avait pas été annulée.
(3) The court may make an order under subsection (1)
restoring a company or an extraprovincial company
to the register for a limited period, and, after the
expiration of that period, the company must promptly
be struck off the register, or, in the case of an extraprovincial company, its registration cancelled, by the
registrar.
(3) Le tribunal peut rendre, conformément au paragraphe (1), une ordonnance rétablissant l’inscription
au registre d’une société ou d’une société extraprovinciale pour une période déterminée, et, après l’expiration de cette période, le registrateur doit aussitôt
radier la société du registre, ou, dans le cas d’une
société extraprovinciale, annuler son inscription.
(4) The court must not make an order under this section
(4) Le tribunal ne peut rendre d’ordonnance en vertu du
présent article :
(a) in all cases,
a) dans tous les cas :
(i) unless notice of the application under subsection (1) and a copy of any document filed
in support of it has been sent to the registrar
and the registrar has consented, and
(i) à moins qu’un avis de la demande prévu au
paragraphe (1) et une copie de tout document
déposé à l’appui aient été envoyés au registrateur et que celui-ci y ait consenti;
(ii) until one week after the application has been
published notice of the application under
subsection (1) in one issue of the Gazette and
has mailed notice of that application to the
(ii) jusqu’à une semaine après la publication de la
demande, un avis de la demande a été publié
dans un numéro de la Gazette et un avis a été
envoyé par la poste à la dernière adresse
[2009] 3 R.C.F.
135
AUJLA c. CANADA
last address shown as the registered office of
the company or head office in British
Columbia of the extraprovincial company,
connue au siège social de la société ou, dans
le cas d’une société extraprovinciale, à son
établissement principal en Colombie-Britannique;
(b) in the case of a company or extraprovincial company that had, at the time of cancellation of
registration or dissolution, the power of capacity
to operate as a club, without the consent of the
minister, and
b) dans le cas d’une société ou d’une société extraprovinciale qui, au moment de l’annulation de
l’inscription ou de la dissolution, avait le pouvoir
d’exercer ses activités comme un club sans le
consentement du ministre;
(c) in the case of a company or extraprovincial company that was, at the time of cancellation of registration or dissolution, a reporting company under
this Act or the Securities Act, without the consent
of the British Columbia Securities Commission.
c) dans le cas d’une société ou d’une société extraprovinciale qui, au moment de l’annulation de
l’inscription ou de la dissolution, était une société
déclarante au sens de la présente loi ou de la
Securities Act sans le consentement de la British
Columbia Securities Commission.
Section 263
Article 263
Power of court
Pouvoirs du tribunal
263 In an order made under section 262, the court may give
directions and make provisions it considers appropriate
for placing the company or extraprovincial company and
every other person in the same position, as nearly as may
be, as if the company had not been dissolved or the registration of the extraprovincial company cancelled, but, unless
the court otherwise orders, the order is without prejudice
to the rights of parties acquired before the date on which
the company or extraprovincial company is restored to the
register.
263 Dans le cas d’une ordonnance rendue en vertu de l’article 262, le tribunal peut donner des directives et prendre
les mesures qu’il estime appropriées pour rétablir, dans la
mesure du possible, la société ou la société extraprovinciale, ou toute autre personne, dans la position qu’elle
aurait occupée s’il n’y avait pas eu dissolution de la société ou annulation de l’inscription de la société extraprovinciale, mais, à moins que le tribunal n’en décide autrement,
l’ordonnance est rendue sous réserve des droits acquis
avant la date à laquelle la société ou la société extraprovinciale est réinscrite au registre.
136
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
A-37-08
2008 FCA 229
A-37-08
2008 CAF 229
Her Majesty The Queen (Appellant)
Sa Majesté la Reine (appelante)
v.
c.
Canadian Council for Refugees, Canadian Council of
Churches, Amnesty International and John Doe
(Respondents)
Conseil canadien pour les réfugiés, Conseil canadien
des Églises, Amnistie Internationale et M. Untel
(intimés)
INDEXED AS: CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES V. CANADA
(F.C.A.)
RÉPERTORIÉ : CONSEIL
CANADA (C.A.F.)
Federal Court of Appeal, Richard C.J., Noël and Evans
JJ.A.—Toronto, May 21; Ottawa, June 27, 2008.
Cour d’appel fédérale, juge en chef Richard et juges
Noël et Evans, J.C.A.—Toronto, 21 mai; Ottawa,
27 juin 2008.
Citizenship and Immigration — Exclusion and Removal —
Removal of Refugees — Appeal from Federal Court decision
declaring invalid Immigration and Refugee Protection Regulations, ss. 159.1-159.7, Agreement between the Government
of Canada and the Government of the United States of America
for Cooperation in the Examination of Refugee Status Claims
from Nationals of Third Countries — Factors to be considered
before designating safe third country under Immigration and
Refugee Protection Act (IRPA), s. 102(1) set out in IRPA, s.
102(2) — Compliance with United Nations Convention Relating
to the Status of Refugees, Art. 33, Convention against Torture
and other Cruel, Inhuman or Degrading Treatment or Punishment, Art. 3 to be assessed on basis of appreciation by Governor
in Council (GIC) of country’s policies, practices, human rights
record — As GIC giving due consideration to factors, forming
opinion U.S. compliant, nothing left to judicially review —
GIC’s obligation to review limited to monitoring IRPA, s.
102(2) factors so as to be in position to reassess opportunity of
maintaining designation should evolution of factors so require
— Appeal allowed.
Citoyenneté et Immigration — Exclusion et renvoi — Renvoi
de réfugiés — Appel de la décision de la Cour fédérale
déclarant invalides les art. 159.1 à 159.7 du Règlement sur
l’immigration et la protection des réfugiés et l’Accord entre le
gouvernement du Canada et le gouvernement des États-Unis
d’Amérique pour la coopération en matière d’examen des
demandes de statut de réfugié présentées par des ressortissants
de tiers pays — Les facteurs qui doivent être pris en compte
avant de désigner un tiers pays sûr en application de
l’art. 102(1) de la Loi sur l’immigration et la protection des
réfugiés (LIPR) sont énoncés à l’art. 102(2) de la LIPR — La
conformité à l’art. 33 de la Convention des Nations Unies
relative au statut des réfugiés et à l’art. 3 de la Convention contre
la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants doit être examinée sur la foi d’une évaluation, faite
par le gouverneur en conseil (le GC), des politiques, des usages
et des antécédents en matière de respect des droits de la personne du pays — Comme le GC avait tenu compte des facteurs
de manière appropriée et qu’il était arrivé à la conclusion que
les États-Unis se conformaient, il n’y avait plus rien qui puisse
faire l’objet d’un contrôle judiciaire — L’obligation du GC
d’assurer le suivi est limitée à surveiller l’observation des
facteurs énoncés à l’art. 102(2) afin d’être en mesure de réévaluer la possibilité de maintenir la désignation au besoin —
Appel accueilli.
Constitutional Law — Charter of Rights — Whether Agreement between the Government of Canada and the Government
of the United States of America for Cooperation in the Examination of Refugee Status Claims from Nationals of Third Countries, Immigration and Refugee Protection Regulations, ss.
159.1-159.7 (implementing Regulations) violating Charter, ss.
7, 15 — Respondent organizations’ ability to bring Charter
challenge depending on John Doe — As latter never presenting
Droit constitutionnel — Charte des droits — Il s’agissait de
savoir si l’Accord entre le gouvernement du Canada et le
gouvernement des États-Unis d’Amérique pour la coopération
en matière d’examen des demandes de statut de réfugié présentées par des ressortissants de tiers pays et les art. 159.1 à 159.7
du Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés
(le Règlement de mise en œuvre) contrevenaient aux art. 7 et 15
de la Charte — La capacité des organisations intimées de
CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS C.
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
137
himself at border, never requesting determination regarding
eligibility, no factual basis upon which to assess alleged Charter
breaches.
déposer une contestation fondée sur la Charte dépendait de
M. Untel — Ce dernier ne s’étant jamais présenté à la frontière
et n’ayant jamais fait examiner la recevabilité de sa demande
d’asile, aucun fait ne justifiait un examen des prétendues
atteintes à la Charte.
Construction of Statutes — Immigration and Refugee
Protection Act (IRPA), s. 102(1) providing broad grant of
authority to give effect to Parliament’s expressed intent responsibility for consideration of refugee claims be shared with
countries respectful of human rights, obligations under United
Nations Convention Relating to the Status of Refugees, Convention against Torture and other Cruel, Inhuman or Degrading
Treatment or Punishment — Factors to be considered, set out
in IRPA, s. 102(2), general in nature, indicative of Parliament’s
intent matter of compliance be assessed on basis of appreciation
by Governor in Council of country’s policies, practices, human
rights record.
Interprétation des lois — L’art. 102(1) de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (LIPR) confère un vaste
pouvoir dans le but de donner effet à l’intention exprimée par
le législateur de faire en sorte que la responsabilité de l’examen
des demandes d’asile soit partagée avec des pays qui respectent
les droits de la personne et les obligations que leur imposent la
Convention des Nations Unies relative au statut des réfugiés et
la Convention contre la torture et autres peines ou traitements
cruels, inhumains ou dégradants — Les facteurs dont il faut
tenir compte sont énoncés à l’art. 102(2) de la LIPR et il s’agit
de facteurs généraux qui montrent que le législateur voulait que
la conformité soit examinée sur la foi d’une évaluation, faite
par le gouverneur en conseil, des politiques, des usages et des
antécédents en matière de respect des droits de la personne du
pays.
This was an appeal from a decision of the Federal Court
declaring invalid sections 159.1 to 159.7 of the Immigration
and Refugee Protection Regulations and the Agreement between
the Government of Canada and the Government of the United
States of America for Cooperation in the Examination of Refugee
Status Claims from Nationals of Third Countries (Safe Third
Country Agreement).
Il s’agissait d’un appel interjeté à l’encontre de la décision
de la Cour fédérale déclarant invalides les articles 159.1 à 159.7
du Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés et
l’Accord entre le gouvernement du Canada et le gouvernement
des États-Unis d’Amérique pour la coopération en matière
d’examen des demandes de statut de réfugié présentées par des
ressortissants de tiers pays (l’Entente sur les tiers pays sûrs).
The Regulations implement into domestic law the Safe Third
Country Agreement whereby if a refugee enters Canada from
the U.S. at a land border port of entry, Canada will, subject to
specified exceptions, send the refugee back to the U.S., and
vice versa. The applications Judge found that compliance with
Article 33 of the United Nations Convention Relating to the
Status of Refugees and Article 3 of the Convention against
Torture and other Cruel, Inhuman or Degrading Treatment or
Punishment was a condition precedent to the designation by
the Governor in Council (GIC) of the U.S. as a safe third country
under section 102 of the Immigration and Refugee Protection
Act (IRPA), and that since the U.S. did not comply with either,
the Safe Third Country Agreement and the implementing provisions of the Regulations were ultra vires section 102 of the
IRPA, violated sections 7 and 15 of the Canadian Charter of
Rights and Freedoms, and were not saved under section 1 of the
Charter.
Le Règlement met en œuvre dans le droit interne l’Entente
sur les tiers pays sûrs, qui prévoit que, si un réfugié entre au
Canada à partir des États-Unis à un poste frontalier terrestre, le
Canada, sous réserve des exceptions qui y sont prévues, renverra le réfugié aux États-Unis et inversement. Le juge de première
instance a conclu que la conformité à l’article 33 de la Convention des Nations Unies relative au statut des réfugiés et à
l’article 3 de la Convention contre la torture et autres peines ou
traitements cruels, inhumains ou dégradants était une condition
préalable à la désignation, par le gouverneur en conseil (le GC),
des États-Unis à titre de tiers pays sûr en application de l’article 102 de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés
(la LIPR) et que, comme les États-Unis ne s’étaient pas conformés à ces dispositions, l’Entente sur les tiers pays sûrs et les dispositions du Règlement qui la mettent en œuvre outrepassaient
les pouvoirs conférés par l’article 102 de la LIPR, contrevenaient
aux articles 7 et 15 de la Charte canadienne des droits et libertés et ne se justifiaient pas en vertu de l’article premier de la
Charte.
Held, the appeal should be allowed.
Per Noël J.A. (Richard C.J. concurring): The matter raised
herein was a pure vires issue. Therefore the applicable standard
of review was that of correctness.
Arrêt : l’appel doit être accueilli.
Le juge Noël, J.C.A. (le juge en chef Richard souscrivant à
ses motifs) : La question soulevée en l’espèce se limitait à la
question de l’excès de pouvoir. La norme de contrôle applicable
était donc celle de la décision correcte.
138
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
The impugned Regulations and the Safe Third Country
Agreement are not ultra vires the IRPA. Subsection 102(1) of
the IRPA gives the GIC the power to promulgate regulations
governing the treatment of refugee claims which may include
provisions designating countries that comply with Article 33
of the Refugee Convention and Article 3 of the Convention
Against Torture. This is a broad grant of authority intended to
give effect to Parliament’s expressed intent that responsibility
for the consideration of refugee claims be shared with countries
that are respectful of their Convention obligations and human
rights. The factors to be considered before designating a country
are expressly set out in subsection 102(2) of the IRPA. The
applications Judge’s misapprehended concern that the GIC
would have the discretion to designate a country that does not
comply with the Conventions led him to transform the statutory
objective of designating countries “that comply” into a condition
precedent. This error was compounded by the applications
Judge’s further conclusion that what must be established is
“actual” compliance or compliance “in absolute terms”. Subsection 102(1) of IRPA does not refer to such compliance, nor
does it otherwise specify the type and extent of compliance
contemplated. However, Parliament has specified the four
factors to be considered in determining whether a country can
be designated. These factors are general in nature and are
indicative of Parliament’s intent that the matter of compliance
be assessed on the basis of an appreciation by the GIC of the
country’s policies, practices and human rights record. Once it
is accepted, as it was in this case, that the GIC has given due
consideration to these four factors, and formed the opinion that
the candidate country is compliant with the relevant articles of
the Conventions, there is nothing left to be reviewed judicially.
There was no suggestion in this case that the GIC acted in bad
faith or for an improper purpose.
Le Règlement contesté et l’Entente sur les tiers pays sûrs
n’excèdent pas les pouvoirs conférés par la LIPR. Le paragraphe 102(1) de la LIPR confère au GC le pouvoir de prendre
des règlements régissant le traitement des demandes d’asile qui
peuvent prévoir notamment la désignation de pays qui se
conforment à l’article 33 de la Convention sur les réfugiés et à
l’article 3 de la Convention contre la torture. Ce vaste pouvoir
est conféré dans le but de donner effet à l’intention exprimée
par le législateur de faire en sorte que la responsabilité de
l’examen des demandes d’asile soit partagée avec des pays qui
respectent les obligations que leur imposent les Conventions
et les droits de la personne. Les facteurs qui doivent être pris en
compte avant de désigner un pays sont décrits expressément au
paragraphe 102(2) de la LIPR. La fausse perception du juge de
première instance selon laquelle le GC aurait le pouvoir discrétionnaire de désigner un pays qui ne se conforme pas aux
Conventions l’ont amené à transformer l’objectif de la loi de
désigner des pays « qui se conforment » en une condition préalable. L’erreur s’est aggravée par une autre conclusion du juge
de première instance selon laquelle c’est la conformité « effective » ou « rigoureuse » qui doit être établie. Le paragraphe 102(1) de la LIPR ne fait pas référence à cette conformité
ni par ailleurs au type et à l’étendue de la conformité exigée. Le
législateur a cependant décrit les quatre facteurs dont il faut
tenir compte lorsqu’on détermine si un pays peut être désigné.
Il s’agit de facteurs généraux qui montrent que le législateur
voulait que la conformité soit examinée sur la foi d’une évaluation, faite par le GC, des politiques, des usages et des antécédents en matière de respect des droits de la personne du pays
en question. Une fois qu’on reconnaît, comme ce fut le cas en
l’espèce, que le GC a tenu compte de ces quatre facteurs de manière appropriée et qu’il est arrivé à la conclusion que le pays
candidat se conforme aux articles pertinents des Conventions,
il n’y a plus rien qui puisse faire l’objet d’un contrôle judiciaire.
Rien en l’espèce ne permettait de croire que le GC avait agi de
mauvaise foi ou dans un but inapproprié.
The applications Judge erred when he concluded that the
GIC failed to ensure the continuing review of the United States
as a safe third country as required by subsection 102(2). The
obligation to review is not intended to monitor “actual” compliance or compliance “in absolute terms” but is intended to
ensure that the GIC continues to monitor the factors identified
in subsection 102(2) so as to be in a position to reassess the
opportunity of maintaining the designation should the evolution
of the factors so require. The GIC was not in breach of this
obligation herein.
Le juge de première instance s’est mépris lorsqu’il a conclu
que le GC n’avait pas assuré le suivi de la désignation des ÉtatsUnis à titre de tiers pays sûr, comme l’exige le paragraphe 102(2).
L’obligation d’assurer le suivi n’a pas pour objet de vérifier la
conformité « effective » ou « rigoureuse ». Elle vise plutôt à
assurer que le GC continue de surveiller le respect des facteurs
énoncés au paragraphe 102(2) afin d’être en mesure de réévaluer la possibilité de maintenir la désignation au besoin. Le
GC ne manquait pas à cette obligation en l’espèce.
The applications Judge adopted a hypothetical approach to
the respondent organizations’ Charter challenge, i.e. that a class
of refugees would be treated a certain way if they were to
present themselves at a Canadian land border port of entry. This
approach went against the well-established principle that a
Charter challenge cannot be mounted in the abstract. There was
no evidence that a refugee would have to bring a challenge
Le juge de première instance a adopté une approche hypothétique à l’égard de la contestation des organisations intimées
fondée sur la Charte, soit qu’une catégorie de réfugiés seraient
traités d’une certaine façon s’ils se présentaient à un poste
frontalier terrestre canadien. Cette approche allait à l’encontre
du principe bien établi selon lequel une contestation fondée sur
la Charte ne peut être examinée dans l’abstrait. La preuve ne
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
139
from outside Canada. The respondent organizations’ ability to
bring the Charter challenge depended on John Doe. As the latter
never presented himself at the border and therefore never requested a determination regarding his eligibility, there was no
factual basis upon which to assess the alleged Charter breaches.
The applications Judge thus erred in entertaining the Charter
challenge.
démontrait pas qu’un réfugié devrait présenter la contestation
à partir de l’extérieur du Canada. La capacité des organisations
intimées de déposer une contestation fondée sur la Charte
dépendait de M. Untel. Ce dernier ne s’étant jamais présenté à
la frontière et n’ayant donc jamais fait examiner la recevabilité
de sa demande d’asile, aucun fait ne justifiait un examen des
prétendues atteintes portées à la Charte. Le juge de première
instance a donc commis une erreur lorsqu’il a examiné la contestation fondée sur la Charte.
Per Evans J.A. (concurring): The reasons for concluding that
the applications Judge erred in determining the merits of the
Charter challenges to the Regulations were, for the most part,
equally applicable to the administrative law challenge. To grant
the declaratory relief sought by the respondents would have
been premature and served little useful purpose. Since the application for judicial review should have been dismissed without
a determination of the substantive issues raised, no questions
should have been certified, and none should have been answered.
Le juge Evans, J.C.A. (motifs concourants) : Les motifs étayant la conclusion que le juge de première instance a commis
une erreur en se prononçant sur le bien-fondé de la contestation
du Règlement fondée sur la Charte s’appliquaient également,
pour la plupart, à la contestation fondée sur le droit administratif.
Il aurait été prématuré et il n’aurait servi à peu près à rien de
prononcer le jugement déclaratoire demandé par les intimés.
Puisque la demande de contrôle judiciaire aurait dû être rejetée
sans rendre de décision sur les questions de fond soulevées, aucune question n’aurait dû être certifiée, et la Cour n’aurait pas
dû répondre à ces questions.
The issues of statutory interpretation and the scope of
judicial review raised by the respondents’ application were not
so clear and incontrovertible that they warranted a departure
from the guiding principle of judicial restraint that it is generally better to say less than more.
Les questions relatives à l’interprétation législative et à la
portée du contrôle judiciaire soulevées dans la demande des
intimés n’étaient pas à ce point claires et incontestables qu’elles
justifiaient une dérogation au principe directeur de la retenue
judiciaire selon lequel il vaut mieux généralement en dire moins
que plus.
In any event, a declaration of invalidity of the impugned
Regulations is not required in order to ensure that they are not
applied to claimants in breach of Canada’s international obligations not to refoule, or the Charter.
Quoi qu’il en soit, il n’est pas nécessaire de déclarer invalides
les dispositions réglementaires contestées afin de s’assurer
qu’elles ne s’appliquent pas aux demandeurs d’asile en violation
des obligations internationales du Canada de ne pas refouler ou
encore de la Charte.
STATUTES AND REGULATIONS JUDICIALLY
CONSIDERED
Agreement between the Government of Canada and the
Government of the United States of America for Cooperation in the Examination of Refugee Status Claims from
Nationals of Third Countries, 5 December 2002, [2004]
Can. T.S. No. 2, Art. 8(3).
Canadian Charter of Rights and Freedoms, being Part I of
the Constitution Act, 1982, Schedule B, Canada Act 1982,
1982, c. 11 (U.K.) [R.S.C., 1985, Appendix II, No. 44],
ss. 1, 7, 15.
Convention against Torture and other Cruel, Inhuman or
Degrading Treatment or Punishment, December 10, 1984,
[1987] Can. T.S. No. 36, Art. 3.
Convention Determining the State Responsible for Examining Applications for Asylum Lodged in One of the Member
States of the European Community, 15 June 1990, Dublin.
(Dublin Convention).
LOIS ET RÈGLEMENTS CITÉS
Accord entre le gouvernement du Canada et le gouvernement des États-Unis d’Amérique pour la coopération en
matière d’examen des demandes de statut de réfugié présentées par des ressortissants de pays tiers, 5 décembre 2002, [2004] R.T. Can. no 2, art. 8(3).
Charte canadienne des droits et libertés, qui constitue la
partie I de la Loi constitutionnelle de 1982, annexe B, Loi
de 1982 sur le Canada, 1982, ch. 11 (R.-U.) [L.R.C.
(1985), appendice II, no 44], art. 1, 7, 15.
Convention contre la torture et autres peines ou traitements
cruels, inhumains ou dégradants, 10 décembre 1984,
[1987] R.T. Can. no 36, art. 3.
Convention des Nations Unies relative au statut des réfugiés,
28 juillet 1951, [1969] R.T. Can. no 6, art. 33.
Convention relative à la détermination de l’État responsable
de l’examen d’une demande d’asile présentée dans l’un
140
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
Federal Courts Act, R.S.C., 1985, c. F-7, ss. 1 (as am. by
S.C. 2002, c. 8, s. 14), 2(2) (as enacted by S.C. 1990, c. 8,
s. 1; 2006 c. 9, s. 38), 18 (as am. by S.C. 1990, c. 8, s. 4;
2002, c. 8, s. 26).
Federal Courts Immigration and Refugee Protection Rules,
SOR/93-22 (as am. by SOR/2005-339, s. 1).
Immigration Act, R.S.C., 1985, c. I-2.
Immigration and Refugee Protection Act, S.C. 2001, c. 27,
ss. 3, 5 (as am. by S.C. 2004, c. 15, s. 70), 101, 102.
Immigration and Refugee Protection Regulations,
SOR/2002-227, ss. 159.1 to 159.7 (as enacted by
SOR/2004-217, s. 2).
United Nations Convention Relating to the Status of
Refugees, July 28, 1951, [1969] Can. T.S. No. 6, Art. 33.
CASES JUDICIALLY CONSIDERED
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
des États membres des Communautés européennes,
15 juin 1990, Dublin (Convention de Dublin).
Loi sur les Cours fédérales, L.R.C. (1985), ch. F-7, art. 1
(mod. par L.C. 2002, ch. 8, art. 14), 2(2) (édicté par L.C.
1990, ch. 8, art. 1; 2006, ch. 9, art. 38), 18 (mod. par L.C.
1990, ch. 8, art. 4; 2002, ch. 8, art. 26).
Loi sur l’immigration, L.R.C. (1985), ch. I-2.
Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, L.C.
2001, ch. 27, art. 3, 5 (mod. par L.C. 2004, ch. 15,
art. 70), 101, 102.
Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés,
DORS/2002-227, art. 159.1 à 159.7 (édictés par
DORS/2004-217, art. 2).
Règles des cours fédérales en matière d’immigration et
de protection des réfugiés, DORS/93-22 (mod. par
DORS/2005-339, art. 1).
JURISPRUDENCE CITÉE
APPLIED:
DÉCISIONS APPLIQUÉES :
Sunshine Village Corp. v. Canada (Parks), [2004] 3 F.C.R.
600; (2004), 238 D.L.R. (4th) 647; 16 Admin. L.R. (4th)
242; 2004 FCA 166; Dunsmuir v. New Brunswick, [2008]
1 S.C.R. 190; (2008), 329 N.B.R. (2d) 1; 291 D.L.R. (4th)
577; 2008 SCC 9.
Sunshine Village Corp. c. Canada (Parcs), [2004] 3 R.C.F.
600; 2004 CAF 166; Dunsmuir c. Nouveau-Brunswick,
[2008] 1 R.C.S. 190; (2008), 329 R.N.-B. (2e) 1; 2008
CSC 9.
DISTINGUISHED:
DÉCISION DIFFÉRENCIÉE :
Suresh v. Canada (Minister of Citizenship and Immigration), [2002] 1 S.C.R. 3; (2002), 208 D.L.R. (4th) 1; 37
Admin. L.R. (3d) 152; 2002 SCC 1.
Suresh c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de
l’Immigration), [2002] 1 R.C.S. 3; 2002 CSC 1.
CONSIDERED:
DÉCISIONS EXAMINÉES :
Canadian Council of Churches v. Canada, [1990] 2 F.C.
534; (1990), 68 D.L.R. (4th) 197; 44 Admin. L.R. 56; affd
[1992] 1 S.C.R. 236; (1992), 88 D.L.R. (4th) 193; 2 Admin.
L.R. (2d) 229; Canadian Council for Refugees v. Canada
(2008), 373 N.R. 387; 2008 FCA 40; Singh et al. v. Minister of Employment and Immigration, [1985] 1 S.C.R.
177; (1985), 17 D.L.R. (4th) 422; 12 Admin. L.R. 137;
Thorne’s Hardware Ltd. et al. v. The Queen et al., [1983]
1 S.C.R. 106; (1983), 143 D.L.R. (3d) 577; 46 N.R. 91;
Jafari v. Canada (Minister of Employment and Immigration), [1995] 2 F.C. 595; (1995), 125 D.L.R. (4th) 141; 30
Imm. L.R. (2d) 139; Rizzo & Rizzo Shoes Ltd. (Re),
[1998] 1 S.C.R. 27; (1998), 36 O.R. (3d) 418; 154 D.L.R.
(4th) 193; Regina (Yogathas) v. Secretary of State for the
Home Department, [2003] 1 A.C. 920; 2002 UKHL 36.
Conseil canadien des Églises c. Canada, [1990] 2 C.F.
534 (C.A.); conf. par [1992] 1 R.C.S. 236; Conseil canadien pour les réfugiés c. Canada, 2008 CAF 40; Singh et
autres c. Ministre de l’Emploi et de l’Immigration, [1985]
1 R.C.S. 177; Thorne’s Hardware Ltd. et autres c. La
Reine et autre, [1983] 1 R.C.S. 106; Jafari c. Canada
(Ministre de l’Emploi et de l’Immigration), [1995] 2 C.F.
595 (C.A.); Rizzo & Rizzo Shoes Ltd. (Re), [1998] 1
R.C.S. 27; Regina (Yogathas) v. Secretary of State for the
Home Department, [2003] 1 A.C. 920; 2002 UKHL 36.
REFERRED TO:
DÉCISIONS CITÉES :
United States v. Burns, [2001] 1 S.C.R. 283; (2001), 195
D.L.R. (4th) 1; [2001] 3 W.W.R. 193; 2001 SCC 7; Law
États-Unis c. Burns, [2001] 1 R.C.S. 283; 2001 CSC 7;
Law c. Canada (Ministre de l’Emploi et de l’Immigration),
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
v. Canada (Minister of Employment and Immigration),
[1999] 1 S.C.R. 497; (1999), 170 D.L.R. (4th) 1; 43
C.C.E.L. (2d) 49; Saskatchewan Wheat Pool v. Canada
(Attorney General) (1993), 107 D.L.R. (4th) 190; 17
Admin. L.R. (2d) 243; 67 F.T.R. 98 (F.C.T.D.); Telecommunications Workers Union v. Canadian Radio-television
and Telecommunications Commission, [2004] 2 F.C.R. 3;
(2003), 233 D.L.R. (4th) 298; 312 N.R. 128; 2003 FCA
381; Pushpanathan v. Canada (Minister of Citizenship
and Immigration), [1998] 1 S.C.R. 982; (1998), 160 D.L.R.
(4th) 193; 11 Admin. L.R. (3d) 1; amended reasons [1998]
1 S.C.R. 1222; (1998), 11 Admin. L.R. (3d) 130; Baker v.
Canada (Minister of Citizenship and Immigration), [1999]
2 S.C.R. 817; (1999), 174 D.L.R. (4th) 193; 14 Admin.
L.R. (3d) 173.
AUTHORS CITED
c. CANADA
141
[1999] 1 R.C.S. 497; Saskatchewan Wheat Pool c. Canada
(Procureur général) (1993), 107 D.L.R. (4th) 190; 17
Admin. L.R. (2d) 243; 67 F.T.R. 98 (C.F. 1re inst.); Syndicat
des travailleurs en télécommunications c. Conseil de la
radiodiffusion et des télécommunications canadiennes,
[2004] 2 R.C.F. 3; 2003 CAF 381; Pushpanathan c.
Canada (Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration),
[1998] 1 R.C.S. 982; motifs modifiés [1998] 1 R.C.S.
1222; Baker c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de
l’Immigration), [1999] 2 R.C.S. 817.
DOCTRINE CITÉE
Canada. Citizenship and Immigration. A Partnership for
Protection: Year One Review, November 2006, online:
<http://www.cic.gc.ca/english/department/laws-policy/
partnership/index.asp>.
Canada. Commission of Inquiry into the Actions of
Canadian Officials in Relation to Maher Arar. Report of
the Events Relating to Maher Arar. Ottawa: The Commission, 2006, online: <http://www.ararcommission.ca>.
Foreign Affairs and International Trade Canada. Smart
Border Declaration: Building a Smart Border for the
21st Century on the Foundation of a North American
Zone of Confidence, Ottawa: December 12, 2001, online:
<http://geo.international.gc.ca/can-am/main/border/
smart_border_declaration-en.asp>.
Hathaway, James C. The Rights of Refugees under International Law. Cambridge: Cambridge University Press,
2005.
Sgayias, David et al. Federal Court Practice, 1991-92.
Scarborough: Thomson Professional Publishing Canada,
1991.
United Nations High Commissioner for Refugees.
Monitoring Report: Canada-United States “Safe Third
Country” Agreement, 29 December 2004-28 December
2005, June 2006, online: <http://www.unhcr.org/home/
PROTECTION/455b2cca4.pdf>.
Affaires étrangères et Commerce international Canada.
Déclaration sur la frontière intelligente : Création d’une
frontière intelligente pour le XXIe siècle soutenue par une
zone de confiance nord-américaine, Ottawa : 12 décembre 2001, en ligne : <http://geo.international.gc.ca/canam/main/border/smart_border_declaration-fr.asp>.
Canada. Citoyenneté et Immigration. Partenariat pour la
protection : Examen de la première année, novembre 2006,
en ligne : <http://www.cic.gc.ca/francais/ministere/loispolitiques/partenariat/index.asp>.
Canada. Commission d’enquête sur les actions des responsables canadiens relativement à Maher Arar. Rapport
sur les événements concernant Maher Arar. Ottawa : La
Commission, 2006, en ligne : <http://www.commission
arar.ca>.
Hathaway, James C. The Rights of Refugees under International Law. Cambridge : Cambridge University Press,
2005.
Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés.
Rapport de surveillance : Entente sur les tiers pays sûrs
entre le Canada et les É.-U., 29 décembre 2004-28 décembre 2005, juin 2006, en ligne : <http://www.unhcr.
fr/cgi-bin/texis/vtx/protect/opendoc.pdf?tbl=PROTEC
TION&id=455b2cca4>.
Sgayias, David et al. Federal Court Practice, 1991-92.
Scarborough : Thomson Professional Publishing Canada,
1991.
APPEAL from a decision of the Federal Court
([2008] 3 F.C.R. 606; (2007), 74 Admin. L.R. (4th) 176;
164 C.R.R. (2d) 130; 2007 FC 1262) declaring invalid
the Immigration and Refugee Protection Regulations,
sections 159.1 to 159.7, and the Agreement between the
Government of Canada and the Government of the United
APPEL de la décision de la Cour fédérale ([2008] 3
R.C.F. 606; 2007 CF 1262) déclarant invalides les
articles 159.1 à 159.7 du Règlement sur l’immigration et
la protection des réfugiés et l’Accord entre le gouvernement du Canada et le gouvernement des États-Unis
d’Amérique pour la coopération en matière d’examen
142
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
States of America for Cooperation in the Examination of
Refugee Status Claims from Nationals of Third Countries.
Appeal allowed.
APPEARANCES
David Lucas, Gregory G. George and Matina
Karvellas for appellant.
Barbara L. Jackman, Andrew Brouwer and Leigh
Salsberg for respondents Canadian Council for
Refugees and Canadian Council of Churches.
Lorne Waldman for respondent Amnesty International.
SOLICITORS OF RECORD
Deputy Attorney General of Canada for appellant.
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
des demandes de statut de réfugié présentées par des
ressortissants de tiers pays. Appel accueilli.
ONT COMPARU
David Lucas, Gregory G. George et Matina Karvellas
pour l’appelante.
Barbara L. Jackman, Andrew Brouwer et Leigh
Salsberg pour les intimés le Conseil canadien pour
les réfugiés et le Conseil canadien des Églises.
Lorne Waldman pour l’intimée Amnistie Internationale.
AVOCATS INSCRITS AU DOSSIER
Jackman & Associates, Toronto, for respondents
Canadian Council for Refugees and Canadian Council
of Churches.
Waldman & Associates, Toronto, for respondent
Amnesty International.
Le sous-procureur général du Canada pour l’appelante.
Jackman & Associates, Toronto, pour les intimés le
Conseil canadien pour les réfugiés et le Conseil
canadien des Églises.
Waldman & Associates, Toronto, pour l’intimée
Amnistie Internationale.
The following are the reasons for judgment rendered
in English by
Ce qui suit est la version française des motifs du
jugement rendus par
[1] NOËL J.A.: This is an appeal from a decision of
Phelan J. [[2008] 3 F.C.R. 606 (F.C.)] (the applications
Judge), granting an application for judicial review by the
Canadian Council for Refugees, the Canadian Council
of Churches, Amnesty International and John Doe (the
respondents), declaring invalid sections 159.1 to 159.7
[as enacted by SOR/2004-217, s. 2] of the Immigration
and Refugee Protection Regulations, SOR/2002-227 (the
Regulations), and the Agreement between the Government
of Canada and the Government of the United States of
America for Cooperation in the Examination of Refugee
Status Claims from Nationals of Third Countries
[5 December 2002, [2004] Can. T.S. No. 2] (otherwise
known as the Safe Third Country Agreement).
[1] LE JUGE NOËL, J.C.A. : Il s’agit d’un appel interjeté
à l’encontre de la décision du juge Phelan [[2008] 3
R.C.F. 606 (C.F.)] (le juge de première instance)
d’accueillir la demande de contrôle judiciaire présentée
par le Conseil canadien pour les réfugiés, le Conseil
canadien des Églises, Amnistie internationale et M.
Untel (les intimés) et de déclarer invalides les articles
159.1 à 159.7 [édictés par DORS/2004-217, art. 2] du
Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés,
DORS/2002-227 (le Règlement), et l’Accord entre le
gouvernement du Canada et le gouvernement des ÉtatsUnis d’Amérique pour la coopération en matière d’examen des demandes de statut de réfugié présentées par
des ressortissants de tiers pays [5 décembre 2002, [2004]
R.T. Can. no 2] (appelé aussi l’Entente sur les tiers pays
sûrs).
[2] In particular the applications Judge found that compliance with Article 33 of the United Nations Convention
Relating to the Status of Refugees, July 28, 1951, [1969]
Can. T.S. No. 6 (entered into force April 22, 1954) (the
[2] Le juge de première instance a conclu en particulier
que la conformité à l’article 33 de la Convention des
Nations Unies relative au statut des réfugiés, 28 juillet
1951, [1969] R.T. Can. no 6 (entrée en vigueur le 22 avril
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
143
Refugee Convention) and Article 3 of the Convention
against Torture and other Cruel, Inhuman or Degrading
Treatment or Punishment, December 10, 1984, [1987]
Can. T.S. No. 36 (entered into force June 26, 1987) (the
Convention against Torture, together the Conventions [or
Refugee and Torture Conventions]), was a condition
precedent to the Governor in Council’s (the GIC) exercise
of its delegated authority under section 102 of the Immigration and Refugee Protection Act, S.C. 2001, c. 27 (the
IRPA) to designate the United States of America (the
U.S.) as a safe third country and that, on the evidence
before him, the U.S. did not comply with either. Accordingly, he held that the Safe Third Country Agreement and
the implementing provisions of the Regulations were
ultra vires the enabling legislation, section 102 of the
IRPA; violated sections 7 and 15 of the Canadian Charter
of Rights and Freedoms, being Part I of the Constitution
Act, 1982, Schedule B, Canada Act 1982, 1982, c. 11
(U.K.) [R.S.C., 1985, Appendix II, No. 44] (the Charter)
and were not saved by section 1 of the Charter.
1954) (la Convention sur les réfugiés), et à l’article 3 de
la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, 10 décembre
1984, [1987] R.T. Can. no 36 (entrée en vigueur le 26
juin 1987) (la Convention contre la torture, les deux conventions étant appelées collectivement « les Conventions »), était une condition préalable à l’exercice, par le
gouverneur en conseil (le GC), du pouvoir qui lui est
délégué à l’article 102 de la Loi sur l’immigration et la
protection des réfugiés, L.C. 2001, ch. 27 (la LIPR), de
désigner les États-Unis d’Amérique (les États-Unis) à
titre de tiers pays sûr, et que, compte tenu de la preuve
dont il disposait, les États-Unis ne s’étaient pas conformés à ces dispositions. Par conséquent, il a statué que
l’Entente sur les tiers pays sûrs et les dispositions du
Règlement qui la mettent en œuvre outrepassaient les
pouvoirs conférés par la loi habilitante, plus précisément
l’article 102 de la LIPR, contrevenaient aux articles 7 et
15 de la Charte canadienne des droits et libertés, qui
constitue la partie I de la Loi constitutionnelle de 1982,
annexe B, Loi de 1982 sur le Canada, 1982, ch. 11 (R.-U.)
[L.R.C. (1985), appendice II, no 44] (la Charte), et ne se
justifiaient pas en vertu de l’article premier de la Charte.
[3] On appeal, Her Majesty the Queen (the appellant)
argues that the applications Judge erred in law by
reviewing the Regulations as an administrative decision
and that he erred in fact and in law in concluding that
there was a real risk of refoulement where a refugee is
returned to the U.S. Further, the appellant argues that the
applications Judge erred in law in concluding that the
Regulations violate the Charter.
[3] En appel, Sa Majesté la Reine (l’appelante) prétend
que le juge de première instance a commis une erreur de
droit en contrôlant le Règlement comme s’il s’agissait
d’une décision administrative et qu’il a commis une erreur
de fait et de droit en concluant qu’il y avait un risque
véritable de refoulement lorsqu’un réfugié est renvoyé
aux États-Unis. L’appelante prétend également que le
juge de première instance a commis une erreur de droit
en concluant que le Règlement contrevient à la Charte.
RELEVANT FACTS
LES FAITS PERTINENTS
Background
Le contexte
[4] The Regulations at issue implement into domestic
law a Safe Third Country Agreement between Canada
and the U.S. whereby if a refugee enters Canada from the
U.S. at a land border port of entry, Canada will, subject
to specified exceptions, send the refugee back to the U.S.
The same applies for refugees crossing by land from
Canada into the U.S.
[4] Le Règlement en cause en l’espèce met en œuvre
dans le droit interne l’Entente sur les tiers pays sûrs
conclue entre le Canada et les États-Unis, qui prévoit
que, si un réfugié entre au Canada à partir des États-Unis
à un poste frontalier terrestre, le Canada, sous réserve
des exceptions qui sont prévues, renverra le réfugié aux
États-Unis. La même règle s’applique aux réfugiés qui
144
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
arrivent aux États-Unis par voie terrestre en provenance
du Canada.
[5] A “safe third country” clause first appeared in
Canadian law in the 1988 amendments to the Immigration
Act, R.S.C., 1985, c. I-2, as amended by R.S.C., 1985
(4th Supp.), c. 28 and c. 29 (the Immigration Act). The
provision allowed for the designation of another country
as a “safe third country” such that refugee claimants
seeking to enter Canada via such a country would not be
permitted to claim protection in Canada.
[5] Une disposition sur les « tiers pays sûrs » est apparue
pour la première fois dans le droit canadien dans les
modifications apportées en 1988 à la Loi sur l’immigration, L.R.C. (1985), ch. I-2, modifiée par L.R.C. (1985)
(4e suppl.), ch. 28 et 29 (la Loi sur l’immigration). La
disposition permettait la désignation d’un autre pays à
titre de tiers pays sûr et prévoyait que les demandeurs du
statut de réfugié cherchant à entrer au Canada à partir
d’un pays ainsi désigné n’étaient pas autorisés à demander
la protection du Canada.
[6] In 1989, the Canadian Council of Churches challenged the constitutionality of this clause, among others,
however, the Federal Court of Appeal in Canadian
Council of Churches v. Canada, [1990] 2 F.C. 534 (C.A.),
held that the challenge was premature as no country had
yet been designated under the clause. The Supreme Court
of Canada in Canadian Council of Churches v. Canada
(Minister of Employment and Immigration), [1992] 1
S.C.R. 236, at page 253 (Canadian Council of Churches)
also disallowed the challenge, however, on the ground
that the Canadian Council of Churches lacked standing
to bring the challenge as there was a more reasonable
and effective way to bring it, i.e., by a refugee.
[6] En 1989, le Conseil canadien des Églises a contesté
la constitutionnalité de cette disposition — et d’autres
également. La Cour d’appel fédérale a cependant statué,
dans Conseil canadien des églises c. Canada, [1990] 2
C.F. 534 (C.A.), que la contestation était prématurée
puisque aucun pays n’avait encore été désigné en application de la disposition. Dans Conseil canadien des
Églises c. Canada (Ministre de l’Emploi et de l’Immigration), [1992] 1 R.C.S. 236, à la page 253 (Conseil
canadien des Églises), la Cour suprême a aussi rejeté la
contestation, mais au motif que le Conseil canadien des
Églises n’avait pas qualité pour la présenter étant donné
qu’il existait une autre manière raisonnable et efficace de
soumettre la question au tribunal, à savoir par un réfugié.
[7] Through the 1990s, the Government of Canada
continued to negotiate with the U.S. regarding a Safe
Third Country Agreement. On December 12, 2001, the
U.S.-Canada Smart Border Declaration: Building a Smart
Border for the 21st Century on the Foundation of a North
American Zone of Confidence was issued, setting out a
30-Point Action Plan that included a new commitment
to negotiate an agreement.
[7] Pendant les années 1990, le gouvernement du
Canada a poursuivi les négociations avec les États-Unis
en vue de la conclusion d’une entente sur les tiers pays
sûrs. Le 12 décembre 2001, on a rendu publique la Déclaration sur la frontière intelligente : Création d’une frontière intelligente pour le XXIe siècle soutenue par une
zone de confiance nord-américaine, qui décrivait un plan
d’action en 30 points faisant état notamment d’un nouvel
engagement concernant la négociation d’une entente.
[8] On June 28, 2002, the IRPA came into effect and as
part of the IRPA, Parliament granted the GIC authority
to designate a country as “safe” that, based on its laws,
practices and human rights record, complies with Article
33 of the Refugee Convention and Article 3 of the Convention against Torture. These provide:
[8] La LIPR est entrée en vigueur le 28 juin 2002. Dans
cette Loi, le législateur a habilité le GC à désigner à titre
de pays « sûr » tout pays qui, vu ses lois, ses usages et ses
antécédents en matière de respect des droits de la personne, se conforme à l’article 33 de la Convention sur
les réfugiés et à l’article 3 de la Convention contre la
torture. Ces deux dispositions prévoient ce qui suit :
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
Refugee Convention
c. CANADA
145
Convention sur les réfugiés
ARTICLE 33
ARTICLE 33
Prohibition of Expulsion or Return (“Refoulement”)
Défense d’Expulsion et de Refoulement
1. No Contracting State shall expel or return (“refouler”) a
refugee in any manner whatsoever to the frontiers of territories
where his life or freedom would be threatened on account of his
race, religion, nationality, membership of a particular social
group or political opinion.
1. Aucun des États Contractants n’expulsera ou ne refoulera,
de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières
des territoires où sa vie ou sa liberté seraient menacées en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques.
2. The benefit of the present provision may not, however, be
claimed by a refugee whom there are reasonable grounds for
regarding as a danger to the security of the country in which he
is, or who, having been convicted by a final judgment of a particularly serious crime, constitutes a danger to the community
of that country.
2. Le bénéfice de la présente disposition ne pourra toutefois
être invoqué par un réfugié qu’il y aura des raisons sérieuses de
considérer comme un danger pour la sécurité du pays où il se
trouve ou qui, ayant été l’objet d’une condamnation définitive
pour un crime ou délit particulièrement grave, constitue une
menace pour la communauté dudit pays.
Convention against Torture
Convention contre la torture
ARTICLE 3
ARTICLE 3
1. No State Party shall expel, return (“refouler”) or extradite
a person to another State where there are substantial grounds
for believing that he would be in danger of being subjected to
torture.
1. Aucun État partie n’expulsera, ne refoulera, ni n’extradera
une personne vers un autre État où il y a des motifs sérieux de
croire qu’elle risque d’être soumise à la torture.
2. For the purpose of determining whether there are such
grounds, the competent authorities shall take into account all
relevant considerations including, where applicable, the existence in the State concerned of a consistent pattern of gross,
flagrant or mass violations of human rights.
2. Pour déterminer s’il y a de tels motifs, les autorités compétentes tiendront compte de toutes les considérations pertinentes,
y compris, le cas échéant, de l’existence, dans l’État intéressé,
d’un ensemble de violations systématiques des droits de
l’homme, graves, flagrantes ou massives.
[9] Section 5 [as am. by S.C. 2004, c. 15, s. 70] of the
IRPA requires that a certain class of regulations involving matters of public interest be laid before the House of
Parliament prior to promulgation. The Regulations in
issue in the present proceeding come within that class
and were placed before the House prior to promulgation.
[9] L’article 5 [mod. par L.C. 2004, ch. 15, art. 70] de
la LIPR exige que les règlements régissant des questions
d’intérêt public soient déposés devant chaque chambre
du Parlement avant d’être pris. Le Règlement en cause en
l’espèce appartient à cette catégorie de règlements et il a
été déposé devant chacune des chambres du Parlement
avant d’être pris.
[10] Further, the GIC’s authority to enter into a safe
third country agreement is found at sections 101 and 102
of the IRPA:
[10] En outre, le pouvoir du GC de conclure une entente
sur les tiers pays sûrs est prévu aux articles 101 et 102 de
la LIPR :
101. (1) A claim is ineligible to be referred to the Refugee
Protection Division if
…
101. (1) La demande est irrecevable dans les cas suivants :
[…]
146
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
(e) the claimant came directly or indirectly to Canada from
a country designated by the regulations, other than a country
of their nationality or their former habitual residence….
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
e) arrivée, directement ou indirectement, d’un pays désigné
par règlement autre que celui dont il a la nationalité ou dans
lequel il avait sa résidence habituelle;
…
[…]
102. (1) The regulations may govern matters relating to the
application of sections 100 and 101, may, for the purposes of
this Act, define the terms used in those sections and, for the
purpose of sharing responsibility with governments of foreign
states for the consideration of refugee claims, may include
provisions
102. (1) Les règlements régissent l’application des articles
100 et 101, définissent, pour l’application de la présente loi, les
termes qui y sont employés et, en vue du partage avec d’autres
pays de la responsabilité de l’examen des demandes d’asile,
prévoient notamment :
(a) designating countries that comply with Article 33 of the
Refugee Convention and Article 3 of the Convention Against
Torture;
a) la désignation des pays qui se conforment à l’article 33 de
la Convention sur les réfugiés et à l’article 3 de la Convention contre la torture;
(b) making a list of those countries and amending it as
necessary; and
b) l’établissement de la liste de ces pays, laquelle est renouvelée en tant que de besoin;
(c) respecting the circumstances and criteria for the application of paragraph 101(1)(e).
c) les cas et les critères d’application de l’alinéa 101(1)e).
(2) The following factors are to be considered in designating
a country under paragraph (1)(a):
(2) Il est tenu compte des facteurs suivants en vue de la
désignation des pays :
(a) whether the country is a party to the Refugee Convention
and to the Convention Against Torture;
a) le fait que ces pays sont parties à la Convention sur les
réfugiés et à la Convention contre la torture;
(b) its policies and practices with respect to claims under the
Refugee Convention and with respect to obligations under
the Convention Against Torture;
b) leurs politique et usages en ce qui touche la revendication
du statut de réfugié au sens de la Convention sur les réfugiés
et les obligations découlant de la Convention contre la torture;
(c) its human rights record; and
c) leurs antécédents en matière de respect des droits de la
personne;
(d) whether it is party to an agreement with the Government
of Canada for the purpose of sharing responsibility with
respect to claims for refugee protection.
d) le fait qu’ils sont ou non parties à un accord avec le Canada
concernant le partage de la responsabilité de l’examen des
demandes d’asile.
(3) The Governor in Council must ensure the continuing
review of factors set out in subsection (2) with respect to each
designated country. [My emphasis.]
(3) Le gouverneur en conseil assure le suivi de l’examen des
facteurs à l’égard de chacun des pays désignés. [Non souligné
dans l’original.]
[11] The final text of the Safe Third Country Agreement with the U.S. was signed on December 5, 2002.
The GIC formally designated the U.S. two years later,
on October 12, 2004, by promulgating section 159.3 of
the Regulations, which came into force December 29,
2004:
[11] Le texte final de l’Entente sur les tiers pays sûrs
conclu avec les États-Unis a été signé le 5 décembre
2002. Le GC a désigné en bonne et due forme les ÉtatsUnis deux ans plus tard, le 12 octobre 2004, en prenant
l’article 159.3 du Règlement; cette disposition est entrée
en vigueur le 29 décembre 2004 :
159.3 The United States is designated under paragraph
102(1)(a) of the Act as a country that complies with Article 33
of the Refugee Convention and Article 3 of the Convention
159.3 Les États-Unis sont un pays désigné au titre de l’alinéa
102(1)a) de la Loi à titre de pays qui se conforme à l’article 33
de la Convention sur les réfugiés et à l’article 3 de la Convention
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
147
Against Torture, and is a designated country for the purpose of
the application of paragraph 101(1)(e) of the Act.
contre la torture et sont un pays désigné pour l’application de
l’alinéa 101(1)e) de la Loi.
[12] Also promulgated on the same occasion were
sections 159.1 to 159.7 of the Regulations, (these are
reproduced as Appendix I to these reasons) according to
which refugee claimants who request protection at the
U.S.-Canada border by land are denied access to the
refugee determination process in Canada unless they
meet one of the enumerated exceptions in the Regulations
(section 159.5):
[12] Les articles 159.1 à 159.7 du Règlement (ces
dispositions sont reproduites à l’annexe I des présents
motifs) ont été pris à la même occasion. Selon ces dispositions, le demandeur d’asile qui sollicite la protection
à la frontière terrestre canado-américaine ne peut se
prévaloir du processus d’examen des demandes d’asile
au Canada, sauf s’il est visé par l’une des exceptions
prévues par le Règlement (article 159.5) :
• family member[s] of Canadian citizens […] permanent
residents [or] protected persons;
• un membre de sa famille est un citoyen canadien […]
un résident permanent ou une personne protégée;
• unaccompanied minors;
• il est un mineur non accompagné;
• holders of Canadian travel documents;
• il est titulaire de documents de voyage canadiens;
• persons who do not need visas to enter Canada but
need visas to enter the U.S.;
• il peut entrer au Canada sans visa, mais il doit en
posséder un pour entrer aux États-Unis;
• persons who were refused entry to the U.S. without
having their claim adjudicated or permanent residents of
Canada being removed from the U.S.;
• sa demande d’admission aux États-Unis a été rejetée
sans que sa demande d’asile ait été étudiée ou il est un
résident permanent du Canada renvoyé aux États-Unis;
• persons who are subject to the death penalty; and
• il est passible de la peine de mort;
• persons who are nationals of countries to which the
relevant Minister has imposed a stay on removal orders.
• il a la nationalité d’un pays à l’égard duquel le ministre
compétent a imposé un sursis aux mesures de renvoi.
[13] Throughout the negotiations leading to the execution of the Safe Third Country Agreement and its implementation by the promulgation of the Regulations, the
United Nations High Commissioner for Refugees (the
UNHCR) monitored the process in order to ensure that
persons seeking protection from persecution would have
access to a full and fair procedure to assess their claims
(see Scoffield affidavit, appeal book, Vol. 11, Tab 33,
Exhibit B4, at page 3126; Scoffield affidavit, appeal book,
Vol. 11, Tab 33, Exhibit B5, at page 3135). Its monitoring
role was formally recognized in Article 8, paragraph 3
of the Safe Third Country Agreement, and extends to the
ongoing review of the operation of the Agreement.
[13] Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les
réfugiés (le HCR) a surveillé toutes les négociations qui
ont mené à la signature de l’Entente sur les tiers pays
sûrs et à sa mise en œuvre par la prise du Règlement afin
de s’assurer que les personnes demandant à être protégées contre la persécution aient accès à un processus
d’examen de leurs demandes qui soit complet et équitable
(voir affidavit de M. Scoffield, dossier d’appel, vol. 11,
onglet 33, pièce B4, à la page 3126; affidavit de M.
Scoffield, dossier d’appel, vol. 11, onglet 33, pièce B5,
à la page 3135). Ce rôle en matière de surveillance a été
reconnu formellement à l’article 8, paragraphe 3 de l’Entente sur les tiers pays sûrs et comprend la surveillance
continue de l’application de cette Entente.
148
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
Leave and judicial review application
La demande d’autorisation et de contrôle judiciaire
[14] On December 29, 2005, the respondents launched
an application for leave and judicial review seeking a
declaration that the designation of the U.S. under section
102 of the IRPA was ultra vires, that the GIC erred in
concluding that the U.S. complied with Article 33 of the
Refugee Convention and Article 3 of the Convention
against Torture and further, that the designation breached
sections 7 and 15 of the Charter. For purposes of clarity,
it is useful to set out in full the issues set out in the judicial
review application filed before the Court:
[14] Le 29 décembre 2005, les intimés ont déposé une
demande d’autorisation et de contrôle judiciaire dans le
but d’obtenir un jugement déclarant que la désignation
des États-Unis en vertu de l’article 102 de la LIPR outrepassait les pouvoirs conférés par cette loi, que le GC
avait commis une erreur en concluant que les États-Unis
se conformaient à l’article 33 de la Convention sur les
réfugiés et à l’article 3 de la Convention contre la torture
et, en outre, que la désignation était contraire aux articles
7 et 15 de la Charte. Par souci de clarté, il est utile de
reproduire intégralement les questions énoncées dans la
demande de contrôle judiciaire qui a été présentée à la
Cour fédérale :
(1) The designation, under Paragraph 159.3 of the Regulations
Amending the Immigration and Refugee Protection Regulations
and Sections 5(1) and 102 of the Immigration and Refugee
Protection Act, of the United States of America as a country
that complies with Article 33 of the 1951 Convention relating
to the Status of Refugees and Article 3 of the Convention Against
Torture and Other Cruel, Inhuman or Degrading Treatment or
Punishment is an error of fact and law.
(2) The designation, under Paragraph 159.3 of the Regulations
Amending the Immigration and Refugee Protection Regulations
and Sections 5(1) and 102 of the Immigration and Refugee
Protection Act, of the United States of America, and the resulting
application of the ineligibility provision under Section 101(1)(e)
to such persons who do not meet one of the exceptions specified
under Paragraphs 159.4, 159.5 or 159.6 of the Regulations:
[TRADUCTION]
1) La désignation, fondée sur l’article 159.3 du Règlement
modifiant le Règlement sur l’immigration et la protection des
réfugiés ainsi que sur le paragraphe 5(1) et l’article 102 de la
Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, des ÉtatsUnis d’Amérique à titre de pays qui se conforme à l’article 33
de la Convention relative au statut des réfugiés et à l’article 3
de la Convention contre la torture et autres peines ou
traitements cruels, inhumains ou dégradants est une erreur de
fait et de droit.
2) La désignation, fondée sur l’article 159.3 du Règlement
modifiant le Règlement sur l’immigration et la protection des
réfugiés ainsi que sur le paragraphe 5(1) et l’article 102 de la
Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, des ÉtatsUnis d’Amérique et l’application de la disposition
d’irrecevabilité de l’alinéa 101(1)e) aux personnes qui ne sont
pas visées par l’une des exceptions prévues aux articles 159.4,
159.5 ou 159.6 du Règlement qui en résulte :
a. is patently unreasonable and is an error of fact and law;
a. sont manifestement déraisonnables et constituent une
erreur de fait et de droit;
b. is contrary to the obligation set out in Section 3(3)(f) of the
Immigration and Refugee Protection Act to apply the legislation in a manner that complies with international human
rights instruments to which Canada is a signatory, and is
therefore ultra vires the Governor-in-Council;
b. sont contraires à l’obligation mentionnée à l’alinéa 3(3)f)
de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés
d’appliquer la loi d’une manière conforme aux instruments
internationaux portant sur les droits de l’homme dont le
Canada est signataire et excèdent donc les pouvoirs du gouverneur en conseil;
c. is in breach of the rights to life, liberty, and/or security of
the person of those subject to it and is not in accordance with
the principles of fundamental justice, contrary to Section 7
of the Charter, and is not justified under Section 1 of the
Charter; and
c. portent atteinte aux droits à la vie, à la liberté ou à la
sécurité des personnes visées, ne sont pas conformes aux
principes de justice fondamentale, contrairement à l’article
7 de la Charte, et ne se justifient pas en vertu de l’article
premier de la Charte;
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
149
d. is in breach of the rights to equality before and under the
law and to equal protection and benefit of the law without
discrimination, contrary to Section 15 of the Charter, and is
not justified under Section 1 of the Charter.
d. portent atteinte aux droits à l’égalité et à la même protection et au même bénéfice de la loi, indépendamment de
toute discrimination, contrairement à l’article 15 de la Charte,
et ne se justifient pas en vertu de l’article premier de la
Charte.
[15] The remedies sought were a declaration that the
designation of the U.S. is ultra vires the GIC and in
breach of sections 7 and 15 of the Charter; that the
delegation of authority to determine eligibility under
paragraph 101(1)(e) of the IRPA to officers at ports of
entry, and the failure to provide access to counsel during
such eligibility determinations are contrary to the principles of natural justice and are in breach of section 7 of
the Charter—the second aspect of this remedy (access
to counsel) was denied by the applications Judge (reasons,
at paragraphs 288 and 289) and is no longer in issue—
and any other relief as the applicants may advise and that
the Court may permit (appeal book, application for leave
and for judicial review, Vol. 1, at page 133).
[15] Les intimés demandaient les réparations suivantes :
un jugement déclarant que la désignation des États-Unis
excède les pouvoirs du GC et contrevient aux articles 7
et 15 de la Charte et que la délégation, aux agents aux
points d’entrée, du pouvoir de statuer sur la recevabilité
d’une demande dans le cas visé à l’alinéa 101(1)e) de la
LIPR et le fait que l’intéressé n’a pas accès aux services
d’un avocat à cet égard sont contraires aux principes de
justice naturelle et à l’article 7 de la Charte — le deuxième volet de cette réparation (l’accès aux services d’un
avocat) a été rejeté par le juge de première instance
(motifs, aux paragraphes 288 et 289) et n’est plus en
litige en l’espèce — ainsi que toute autre réparation que
les intimés pourraient solliciter et que la Cour pourrait
autoriser (dossier d’appel, demande d’autorisation et de
contrôle judiciaire, vol. 1, à la page 133).
[16] Leave to proceed with the application was granted
on June 29, 2006.
[16] L’autorisation relative à la demande de contrôle
judiciaire a été accordée le 29 juin 2006.
[17] In the supplementary memorandum of fact and
law, which the respondents filed in support of their
judicial review application, after leave was granted, they
also argued that the GIC had, since the time of promulgation, breached its obligation to ensure a continuing
review pursuant to subsection 102(3) of the IRPA (respondents’ supplementary memorandum of fact and law,
appeal book, Vol. 1, at page 200, paragraphs 89 to 97).
[17] Dans le mémoire supplémentaire des faits et du
droit qu’ils ont déposé au soutien de leur demande de
contrôle judiciaire après avoir obtenu l’autorisation, les
intimés ont aussi fait valoir que, depuis que le Règlement
avait été pris, le GC avait manqué à son obligation d’assurer un suivi que lui impose le paragraphe 102(3) de la
LIPR (mémoire supplémentaire des faits et du droit des
intimés, dossier d’appel, vol. 1, à la page 200, paragraphes
89 à 97).
Standing
La qualité pour agir
[18] The respondent organizations argued for public
interest standing as organizations that advocate for refugee
rights. In the context of this generalized attack on the
Regulations, the involvement of John Doe, whose identity
is protected by a confidentiality order, becomes relevant.
John Doe is a U.S. refugee claimant who was denied
refugee status in the U.S. and claimed that he would have
sought asylum in Canada but for the Regulations (John
[18] Les organisations intimées prétendaient qu’elles
avaient qualité pour agir dans l’intérêt public car elles
défendent les droits des réfugiés. Dans le contexte de
cette contestation générale du Règlement, l’intervention
de M. Untel, dont l’identité est protégée par une ordonnance de confidentialité, est importante. M. Untel est un
demandeur d’asile des États-Unis à qui l’asile avait été
refusé dans ce pays et qui soutenait qu’il aurait demandé
150
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
Doe affidavit, appeal book, Vol. 2, at page 390, paragraph 25).
l’asile au Canada n’eût été du Règlement (affidavit de
M. Untel, dossier d’appel, vol. 2, à la page 390, paragraphe 25), est devenu partie à l’instance.
[19] John Doe was initially denied refugee status in the
U.S. after arriving with his wife from Colombia on June
18, 2000, on a tourist visa. Approximately 14 months
later, on August 9, 2001, the U.S. commenced removal
proceedings against John Doe and his wife. On December 14, 2001, John Doe submitted an application for
asylum and, in the alternative, a withholding of removal
based on a fear of persecution. His application was denied
as a result of having failed to apply for refugee status
within one year of arriving in the U.S and his application
for withholding removal was refused because he failed to
establish his claim on the standard of “a clear probability
of persecution” required for withholding to be granted
(John Doe affidavit, appeal book, Vol. 2, at page 389,
paragraphs 23 and 24). He did not appeal this decision
and continued to live illegally in the U.S. He never approached the Canadian border as he had been informed
(from an unknown source) that he was ineligible to make
a claim in Canada (John Doe affidavit, appeal book, Vol.
2, at page 390, paragraph 25).
[19] M. Untel s’est vu refuser l’asile aux États-Unis
après être entré dans ce pays avec sa femme en provenance
de la Colombie le 18 juin 2000, en vertu d’un visa de
touriste. Quatorze mois plus tard environ, le 9 août 2001,
les États-Unis ont entrepris une procédure de renvoi
contre lui et sa femme. Le 14 décembre 2001, M. Untel
a demandé l’asile et, subsidiairement, un sursis de son
renvoi parce qu’il craignait d’être persécuté. Sa demande
a été rejetée au motif qu’il n’avait pas demandé l’asile
dans l’année suivant son arrivée aux États-Unis et son
renvoi n’a pas été reporté parce qu’il n’avait pas démontré
qu’il était [TRADUCTION] « manifestement probable qu’il
soit persécuté » (affidavit de M. Untel, dossier d’appel,
vol. 2, à la page 389, paragraphes 23 et 24). Il n’a pas
interjeté appel de cette décision et a continué à vivre
illégalement aux États-Unis. Il n’a jamais tenté de franchir
la frontière canadienne parce qu’il avait appris (d’une
source anonyme) qu’il ne pouvait pas demander l’asile
au Canada (affidavit de M. Untel, dossier d’appel, vol. 2,
à la page 390, paragraphe 25).
[20] During the course of the proceedings before the
Federal Court, counsel for the respondent organizations
also represented John Doe as he had no independent
counsel. On February 1, 2007, John Doe was arrested by
U.S. authorities and faced imminent deportation. The
respondents filed a motion for an injunction before the
Federal Court to compel the appellant “to allow John
Doe and his wife to enter Canada” pending the disposition
of the judicial review application which they had brought,
or in the alternative, an order “restraining the [appellant]
from denying him and his wife entry to Canada” (appeal
book, Vol. 15, at page 4588). Accompanying this motion
were renewed allegations of threats by the Revolutionary
Armed Forces of Colombia (the FARCs) directed against
John Doe.
[20] Devant la Cour fédérale, M. Untel était représenté
par l’avocat des organisations intimées car il n’avait pas
son propre avocat. Le 1er février 2007, M. Untel a été
arrêté par les autorités américaines et était sur le point
d’être expulsé. Les intimés ont déposé une requête en
injonction devant la Cour fédérale afin que celle-ci
enjoigne à l’appelante [TRADUCTION] « d’autoriser M.
Untel et son épouse à entrer au Canada » jusqu’à ce
qu’une décision soit rendue sur la demande de contrôle
judiciaire qu’ils avaient présentée ou, subsidiairement,
qu’elle [TRADUCTION] « interdise à [l’appelante] de refuser
l’entrée au Canada à M. Untel et à son épouse » (dossier
d’appel, vol. 15, à la page 4588). Cette requête était étayée
par de nouvelles allégations concernant des menaces qui
auraient été formulées par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (les FARC) à l’endroit de M. Untel.
[21] On February 7, 2007, the applications Judge
issued a conditional order providing that if John Doe
were to arrive at a Canadian port of entry, he was not to
be removed by Canadian authorities (appeal book, Vol.
[21] Le 7 février 2007, le juge de première instance a
rendu une ordonnance conditionnelle selon laquelle M.
Untel ne serait pas renvoyé par les autorités canadiennes
s’il se présentait à un point d’entrée canadien (dossier
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
151
15, at page 4586). The applications Judge declined to
provide any other relief until John Doe had exhausted all
his remedies before the U.S. courts (appeal book, Vol.
15, at page 4588). In the meantime, the U.S. Board of
Immigration Appeals reopened John Doe’s claim and
remanded it to an immigration judge for reconsideration
and John Doe was eventually released from custody.
Consequently, Phelan J. dismissed the remaining aspects
of the respondents’ motion which he had kept in abeyance
(appeal book, Vol. 15, at page 4610).
d’appel, vol. 15, à la page 4586). Le juge de première
instance a refusé de prendre d’autres mesures jusqu’à ce
que M. Untel ait épuisé tous les recours qu’il pouvait
exercer devant les tribunaux américains (dossier d’appel,
vol. 15, à la page 4588). Entre temps, le U.S. Board of
Immigration Appeals a rouvert le dossier de M. Untel et
l’a renvoyé à un juge de l’immigration pour réexamen.
M. Untel a finalement été libéré. En conséquence, le juge
Phelan a rejeté les autres aspects de la requête des
intimés qu’il avait laissés en suspens (dossier d’appel,
vol. 15, à la page 4610).
The evidence
La preuve
[22] In support of their application for judicial review,
the respondents filed a series of affidavits from U.S.
academics and practitioners (reasons [of the applications
Judge], at paragraph 106 [subsequent references to
reasons also refer to those of the applications Judge]),
covering various aspects of U.S. asylum law and policy
until the filing of the application. These affidavits attempt
to establish the current state of U.S. asylum law and
policy and generally allege an erosion of U.S. institutions,
laws and practices including an expansion of exclusions
from protection, the use of detention, restrictions on
appeals and codification of questionable asylum laws. In
particular, the affidavit evidence was adduced by the
respondents to demonstrate:
[22] Au soutien de leur demande de contrôle judiciaire,
les intimés ont déposé plusieurs affidavits d’experts
américains (motifs [du juge de première instance], au
paragraphe 106 [les références ultérieures aux motifs
renvoient également aux motifs du juge de première
instance]), portant sur divers aspects de la politique et du
droit américains en matière d’asile qui étaient en vigueur
jusqu’au dépôt de la demande. Ces affidavits, qui visent
à établir l’état actuel de la politique et du droit américains
en matière d’asile, font généralement état d’une érosion
des lois, des institutions et des usages américains, notamment l’élargissement des exclusions de la protection,
l’utilisation de la détention, les restrictions en matière
d’appel et la codification de dispositions législatives discutables sur l’asile. Les intimés ont produit ces affidavits
pour démontrer en particulier :
That persons who fail to make a claim within one year of their
arrival in the U.S. are improperly barred from consideration for
asylum contrary to the Refugee Convention and although a
claimant would still be eligible for a withholding removal, the
U.S. law imposes a higher risk standard in relation to withholding removals, being—more likely than not (supplementary
memorandum, appeal book, Vol. 1, page 200, at paragraphs 4855);
[TRADUCTION] Que les personnes qui ne demandent pas l’asile
dans l’année qui suit leur arrivée aux États-Unis ne peuvent
pas demander l’asile par la suite, contrairement à la Convention
sur les réfugiés, et, bien qu’un demandeur d’asile puisse toujours
obtenir le sursis de son renvoi, le droit américain impose une
norme plus élevée en matière de risque dans ces cas — le
risque doit être plus probable que l’absence de risque (mémoire
supplémentaire, dossier d’appel, vol. 1, page 200, aux paragraphes 48 à 55);
The U.S. exclusion from consideration for asylum or withholding of removal of serious criminals, those who are a danger
to security or terrorists goes further than what is permitted by
the Conventions (idem, at paragraphs 56-57);
Que l’impossibilité, pour les grands criminels, ceux qui
représentent un danger pour la sécurité ou les terroristes, de
demander l’asile ou un sursis de leur renvoi excède ce que
prévoient les Conventions (idem, aux paragraphes 56 et 57);
That the U.S. interprets too narrowly certain of the criteria
under the Convention for granting protection. In particular, they
contend that the U.S. fails to interpret the definition of refugee
Que les États-Unis interprètent de manière trop restrictive
certains des critères prévus par la Convention concernant la
protection. En particulier, les intimés affirment que les ÉtatsUnis n’interprètent pas la définition de réfugié et qu’ils com-
152
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
and that the U.S. errs in the risk standard for torture (idem, at
paragraphs 67-73);
mettent une erreur au regard de la norme de risque de torture
(idem, aux paragraphes 67 à 73);
That the U.S. practices impeded the successful advancement
of a protection claim, more particularly by the detention of
persons who are without valid status in the U.S. and those who
arrive without proper documents (expedited removal) as well as
by the failure to provide state-funded legal representation at all
stages of the refugee determination process (idem, at paragraph
74 and Martin affidavit, appeal book, Vol. V, page 1210, at
paragraphs 37, 38 and 191).
Que les usages des États-Unis ont nui au traitement efficace
des demandes de protection, en particulier à cause de la détention
des personnes sans statut valide aux États-Unis et des personnes
qui arrivent dans ce pays sans documents appropriés (renvoi
accéléré), ainsi qu’à cause du défaut de fournir les services
d’avocats rémunérés par l’État à toutes les étapes de l’examen
des demandes d’asile (idem, au paragraphe 74 et affidavit de M.
Martin, dossier d’appel, vol. V, page 1210, aux paragraphes 37,
38 et 191).
[23] The appellant also adduced expert affidavit evidence (reasons, at paragraph 106) covering the history
and development of the safe third country concept in the
European Union (the EU) member states, including the
United Kingdom (the U.K.), information on the background, negotiations and terms of the Safe Third Country
Agreement, the process leading to the designation of the
U.S. as a safe third country and the adoption of the implementing Regulations, the compatibility of responsibility
sharing agreements with the Refugee and Torture Conventions, a description of the U.S. refugee determination
system and analysis of the specific areas of U.S. refugee
laws and practices and human rights record attacked by
the respondents, comparisons of the U.S. approach with
the various approaches taken in the EU, U.K. and Canada
in the specific areas impugned by the respondents and
the implementation of the Safe Third Country Agreement
at the Canada-U.S. border.
[23] L’appelante a aussi produit des affidavits d’experts
(motifs, au paragraphe 106) traitant de l’historique et de
l’élaboration de la notion de tiers pays sûr dans les États
membres de l’Union européenne (l’UE), notamment au
Royaume-Uni, du contexte, des négociations et des
clauses de l’Entente sur les tiers pays sûrs, du processus
menant à la désignation des États-Unis à titre de tiers
pays sûr et de l’adoption du Règlement de mise en
œuvre, ainsi que de la compatibilité des ententes sur le
partage de la responsabilité avec les Conventions; décrivant le système américain de détermination du statut de
réfugié; analysant les lois et les usages américains concernant les réfugiés et les antécédents des États-Unis en
matière de respect des droits de la personne qui sont
contestés par les intimés; comparant le système en place
aux États-Unis et les différentes approches adoptées dans
l’UE, au Royaume-Uni et au Canada relativement aux
différents aspects contestés par les intimés; décrivant la
mise en œuvre de l’Entente sur les tiers pays sûrs à la
frontière canado-américaine.
[24] In addition, on cross-examination of Bruce
Scoffield, lead Citizenship and Immigration Canada
official in the negotiation of the Safe Third Country
Agreement with the U.S., the appellant provided a copy
of the “advice” that Cabinet had received regarding U.S.
compliance with the factors set out in subsection 102(2)
of the IRPA, dated September 24, 2002.
[24] De plus, au cours du contre-interrogatoire de Bruce
Scoffield, qui était le principal représentant de Citoyenneté et Immigration Canada lors de la négociation de
l’Entente sur les tiers pays sûrs avec les États-Unis,
l’appelante a produit une copie de l’[TRADUCTION] « avis »
daté du 24 septembre 2002 que le Cabinet avait reçu
concernant le fait que les États-Unis satisfaisaient aux
facteurs décrits au paragraphe 102(2) de la LIPR.
[25] The parties confirmed that the witnesses adduced
their evidence by way of sworn statements and that all
cross-examinations thereon took place outside the presence of the applications Judge.
[25] Les parties ont confirmé que les témoins ont été
assermentés et que tous les contre-interrogatoires relatifs
aux témoignages se sont déroulés en l’absence du juge
de première instance.
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
153
The outcome
La décision
[26] In a lengthy decision comprising 340 paragraphs,
the applications Judge allowed the application for judicial review, declaring that: the Safe Third Country Agreement and sections 159.1 to 159.7 of the Regulations were
ultra vires; the GIC acted unreasonably in concluding
that the U.S. was compliant with its Convention obligations; the GIC had failed to ensure continuing review of
the designation of the U.S. as a safe third country as
required by subsection 102(2) of the IRPA; and sections
159.1 to 159.7 of the Regulations violated sections 7 and
15 of the Charter.
[26] Dans une longue décision comportant 340 paragraphes, le juge de première instance a accueilli la
demande de contrôle judiciaire, déclarant que l’Entente
sur les tiers pays sûrs et les articles 159.1 à 159.7 du
Règlement constituaient un excès de pouvoir; que le GC
avait agi de façon déraisonnable en concluant que les
États-Unis se conformaient aux obligations imposées par
les Conventions; que le GC n’avait pas assuré le suivi de
la désignation des États-Unis à titre de tiers pays sûr
contrairement à ce qu’exigeait le paragraphe 102(2) de la
LIPR; que les articles 159.1 à 159.7 du Règlement étaient
contraires aux articles 7 et 15 de la Charte.
[27] The formal judgment delivered on January 17,
2008, certifies the following three questions for consideration by this Court:
[27] Le jugement formel, rendu le 17 janvier 2008,
certifie les trois questions suivantes à l’intention de la
Cour :
(1) What is the appropriate standard of review in respect of the
Governor-in-Council’s decision to designate the United States
of America as a “safe third country” pursuant to s. 102 of the
Immigration and Refugee Protection Act?
[TRADUCTION]
1) Quelle est la norme de contrôle qui s’applique à la décision
du gouverneur en conseil de désigner les États-Unis d’Amérique à titre de « tiers pays sûr » en vertu de l’article 102 de la
Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés?
(2) Are paragraphs 159.1 to 159.7 (inclusive) of the Immigration
and Refugee Protection Regulations and the Safe Third
Country Agreement between Canada and the United States of
America ultra vires and of no legal force and effect?
2) Est-ce que les articles 159.1 à 159.7 (inclusivement) du Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés et l’Entente
sur les tiers pays sûrs conclue entre le Canada et les États-Unis
d’Amérique sont ultra vires et n’ont aucune valeur ou effet
juridique?
(3) Does the designation of the United States of America as a
“safe third country” alone or in combination with the ineligibility provision of clause 101(1)(e) of the Immigration and
Refugee Protection Act violate sections 7 and 15 of the Canadian
Charter of Rights and Freedoms and is such violation justified
under section 1?
3) La désignation des États-Unis d’Amérique à titre de « tiers
pays sûr » seule ou combinée à la disposition sur la recevabilité
contenue à l’alinéa 101(1)e) de la Loi sur l’immigration et la
protection des réfugiés contrevient-elle aux articles 7 et 15 de
la Charte canadienne des droits et libertés et cette contravention
se justifie-t-elle en vertu de l’article premier?
[28] Although also asked to certify a question about
whether the respondents had standing to bring forth the
application for the judicial review, the applications Judge
declined to do so (appeal book, Vol. 15, at page 4616).
[28] Le juge de première instance a refusé de certifier
la question de savoir si les intimés avaient qualité pour
demander le contrôle judiciaire (dossier d’appel, vol. 15,
à la page 4616).
[29] The present appeal ensued and by order dated
January 31, 2008 [(2008), 373 N.R. 387 (F.C.)], the Chief
Justice stayed the operation of the judgment until the
present pronouncement.
[29] Le présent appel a ensuite été interjeté et, par une
ordonnance rendue le 31 janvier 2008 [2008 CAF 40], le
juge en chef a suspendu l’effet du jugement de première
instance jusqu’à ce que la présente décision soit rendue.
154
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
FEDERAL COURT DECISION
LA DÉCISION DE LA COUR FÉDÉRALE
[30] The applications Judge first determined that the
three respondent organizations had standing to bring the
judicial review application. In particular, he held that
they had successfully established the third prong of the
standing test, i.e. the absence of any other reasonable and
effective manner to have this matter brought before a
court. The applications Judge noted that no refugee from
within Canada, seeking entry, can bring the claim. Only
a refugee from outside Canada, an already vulnerable
individual, could bring the challenge (reasons, at paragraphs 43, 44 and 45). The applications Judge distinguished the decision of the Supreme Court in Canadian
Council of Churches on that basis (reasons, at paragraph
40). He went on to conclude that even without John Doe,
these organizations bear recognition as legitimate applicants (reasons, at paragraph 51).
[30] Le juge de première instance a d’abord déterminé
que les trois organisations intimées avaient qualité pour
présenter la demande de contrôle judiciaire. Il a considéré en particulier qu’elles avaient démontré qu’elles
satisfaisaient au troisième volet du critère relatif à la
qualité pour agir, soit l’inexistence de toute autre manière raisonnable et efficace de soumettre la question à un
tribunal. Le juge de première instance a souligné qu’aucun
réfugié ne peut demander l’asile à partir du Canada. Seul
un réfugié se trouvant à l’extérieur du Canada, une personne déjà vulnérable, pourrait présenter la contestation
(motifs, aux paragraphes 43, 44 et 45). Il a fait une
distinction d’avec Conseil canadien des Églises, pour
cette raison (motifs, au paragraphe 40). Il a conclu que,
même sans un demandeur du nom de M. Untel, il convenait de reconnaître la qualité de demandeurs légitimes
aux trois organisations (motifs, au paragraphe 51).
[31] In addressing John Doe’s standing, the applications
Judge reasoned that it is of no import that John Doe never
approached the Canadian border as such a requirement
would be wasteful, delaying and unfair (reasons, at paragraph 47). While the applications Judge acknowledged
that the U.S. agreed to reconsider John Doe’s claim, he
did not accept that this was done in good faith. According
to the applications Judge, this development can only be
explained by the litigation undertaken before him (reasons, at paragraph 53). The applications Judge therefore
reasoned that even though John Doe never showed up,
he was to be considered as having presented himself at
the border and as having been denied entry.
[31] En ce qui concerne la qualité pour agir de M.
Untel, le juge de première instance a indiqué qu’il était
sans importance que ce dernier n’ait jamais tenté de
franchir la frontière canadienne car une telle exigence
serait injuste, entraînerait des délais et constituerait du
gaspillage (motifs, au paragraphe 47). Bien qu’il ait
reconnu que les États-Unis avaient accepté de réétudier
la demande d’asile de M. Untel, il n’était pas convaincu
que cela avait été fait de bonne foi. Selon lui, ce ne
pouvait être qu’en raison du procès se déroulant devant
lui que les autorités américaines avaient pris cette décision
(motifs, au paragraphe 53). Par conséquent, il a conclu
que, même si M. Untel ne s’était jamais présenté à la
frontière, il fallait considérer qu’il l’avait fait et que
l’autorisation d’entrer lui avait été refusée.
[32] The applications Judge begins his substantive
analysis by referring to the promulgation on October 12,
2004, of section 159.3 of the Regulations designating the
U.S. as a country that complies with Article 33 of the
Refugee Convention and Article 3 of the Convention
against Torture (reasons, at paragraph 26). He describes
“this designation” as “the central point of contention in
this judicial review” (idem).
[32] Le juge de première instance commence son
analyse de fond en traitant de la prise de l’article 159.3
du Règlement le 12 octobre 2004. Cette disposition
désignait les États-Unis à titre de pays qui se conforme
à l’article 33 de la Convention sur les réfugiés et à
l’article 3 de la Convention contre la torture (motifs, au
paragraphe 26). Il décrit « [c]ette désignation » comme
« le point de discorde central dans la présente instance en
contrôle judiciaire » (idem).
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
155
[33] He later repeats (reasons, at paragraph 55) that the
central issue is whether section 159.3 is ultra vires the
power given by Parliament to make such regulations
(hereinafter the vires issue). That in turn depends on
whether the conditions precedent for the exercise of the
delegated authority by the GIC were present when the
designation was made.
[33] Il répète plus loin (motifs, au paragraphe 55) que
la question centrale est celle de savoir si l’article 159.3
du Règlement excède le pouvoir de prendre un tel règlement qui est conféré par le législateur (la question de la
légalité). Pour répondre à cette question, il faut déterminer
si les conditions préalables à l’exercice, par le GC, du
pouvoir qui lui est délégué existaient lorsque la désignation a été faite.
[34] The applications Judge then begins exploring
these conditions. He acknowledges that subsection 102(2)
of the IRPA sets out several factors which must be considered before designating a country and that the GIC
considered these factors before designating the U.S. as a
safe third country (reasons, at paragraph 78):
[34] Le juge de première instance examine ensuite ces
conditions. Il reconnaît que le paragraphe 102(2) de la
LIPR décrit plusieurs facteurs dont il faut tenir compte
avant de désigner un pays et que le GC a tenu compte de
ces facteurs avant de désigner les États-Unis à titre de
tiers pays sûr (motifs, au paragraphe 78) :
The wording of the [Regulatory Impact Analysis Statement]
establishes that the GIC considered the application of the four
factors. Furthermore, the [respondents] set out in detail the
content of a memorandum to the GIC created on September
24, 2002, and signed by the relevant Minister at the time. This
memorandum appears to be the basis upon which the GIC
entered into the STCA. In reviewing the points the [respondents]
extract from that memorandum, it is clear that the GIC, in
reading and reviewing the Minister’s memorandum would have
turned their mind to the four factors in the legislation, including
the U.S. human rights record in general.
Il ressort par ailleurs du [Résumé de l’étude d’impact de la
réglementation] que le gouverneur en conseil a tenu compte de
l’application des quatre facteurs. De plus, les [intimés] ont
exposé en détail le contenu d’un mémoire au gouverneur en
conseil rédigé le 24 septembre 2002 et signé par le ministre de
l’époque. Ce mémoire semble être le texte sur lequel le gouverneur en conseil s’est appuyé pour conclure l’Entente.
L’examen des points que les [intimés] font ressortir de ce
mémoire démontre à l’évidence qu’en lisant et en examinant le
mémoire du ministre, le gouverneur en conseil aurait tenu
compte des quatre facteurs énumérés dans la loi, y compris des
antécédents des États-Unis en matière de respect des droits de
la personne en général.
[35] However, beyond the conditions set out in subsection 102(2) of the IRPA, the applications Judge holds
that the main condition is paragraph 102(1)(a) of the
IRPA, which provides that the GIC is authorized to promulgate regulations “designating countries that comply
with Article 33 of the Refugee Convention and Article 3
of the Convention against Torture” (reasons, at paragraph
79). According to the applications Judge compliance
with the Conventions is a condition precedent to the
exercise by the GIC of its delegated authority (idem).
Although the issue whether the U.S. complies is, to some
extent, a matter of opinion (reasons, at paragraph 80),
the question to be decided is objective “compliance or
not” (reasons, at paragraph 83).
[35] Le juge de première instance estime toutefois que
la condition la plus importante est celle qui est prévue à
l’alinéa 102(1)a) de la LIPR. Aux termes de cette disposition, le GC peut prendre des règlements prévoyant
« la désignation des pays qui se conforment à l’article
33 de la Convention sur les réfugiés et à l’article 3 de la
Convention contre la torture » (motifs, au paragraphe
79). Selon le juge de première instance, la conformité
aux Conventions constitue une condition préalable à
l’exercice, par le GC, du pouvoir qui lui est délégué
(idem). Bien que la question de savoir si les États-Unis se
conforment aux instruments internationaux en question
soit, dans une certaine mesure, une question d’opinion
(motifs, au paragraphe 80), la décision, elle, est objective :
« il y [a] conformité ou non » (motifs, au paragraphe 83).
[36] The applications Judge then addresses the standard
of review. Later in his reasons he acknowledges that
determining whether the conditions precedent to the
[36] Le juge de première instance traite ensuite de la
question de la norme de contrôle. Plus loin dans ses
motifs, il reconnaît que la question de savoir si les condi-
156
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
exercise of the delegated authority are present is a simple
matter that stands to be reviewed on a standard of correctness (reasons, at paragraph 75). However, the respondents also take issue with the “decision” of the GIC
which led to the designation, “an argument involving the
standard of review and its application” (reasons, at paragraph 54). After conducting a pragmatic and functional
analysis (reasons, at paragraphs 88 to 105), the applications Judge holds that the applicable standard of review
is reasonableness simpliciter (as it was then known).
tions préalables à l’exercice du pouvoir délégué existent
est une question simple à laquelle s’applique la norme
de la décision correcte (motifs, au paragraphe 75). Les
intimés contestent cependant également la « décision »
du GC à l’origine de la désignation, un « moyen [qui]
intéresse la norme de contrôle et son application » (motifs,
au paragraphe 54). Après avoir effectué une analyse pragmatique et fonctionnelle (motifs, aux paragraphes 88 à
105), le juge de première instance statue que la norme
de contrôle qui s’applique est celle de la décision raisonnable simpliciter (comme on l’appelait alors).
[37] He then embarks on an extensive analysis to
determine both whether the designation was ultra vires,
and whether the GIC had failed to perform its statutory
duty to review the designation thereafter as contemplated
by subsection 102(2) of the IRPA. The applications Judge
does not explain how this second issue came to be part
of the judicial review application.
[37] Le juge de première instance entreprend ensuite
une longue analyse afin de déterminer si la désignation
excédait les pouvoirs du GC et si celui-ci avait manqué
à son obligation d’assurer le suivi de la désignation
comme l’exige le paragraphe 102(2) de la LIPR. Il n’explique pas comment cette deuxième question en est arrivée à faire partie de la demande de contrôle judiciaire.
[38] With respect to the extensive expert evidence filed
by the parties (he highlights six affidavits filed on behalf
of the respondents and three on behalf of the appellant)
expressing contradictory opinion on the issue whether
the U.S. was compliant with the relevant articles of the
Conventions, the applications Judge rules in two swift
paragraphs that the respondents’ evidence is to be
preferred whenever there is a conflict in views (reasons,
at paragraphs 108 and 109):
[38] En ce qui concerne la preuve d’expert abondante
produite par les parties (il met en évidence six affidavits
déposés pour le compte des intimés et trois pour le compte
de l’appelante) dans lesquels des opinions contradictoires
sont exprimées concernant la conformité des États-Unis
aux articles pertinents des Conventions, le juge de
première instance statue, dans deux courts paragraphes,
que c’est la preuve des intimés qu’il convient de préférer
en cas de divergence d’opinions (motifs, aux paragraphes
108 et 109) :
I find the [respondents’] experts to be more credible, both
in terms of their expertise and the sufficiency, directness and
logic of their reports and their cross-examination thereon. I also
recognized and have given the appropriate weight to the fact
that some of the [respondents’] experts could be said to speak
for or have “constituencies” which means that their evidence
may lean in a direction more favourably to the constituency.
The same can be said for the [appellant’s] experts who testify
in support of either a process in which they have been engaged
from the beginning or in support of a system they have worked
in. Taking account of these subjective factors, I find the [respondents’] experts to be more objective and dispassionate in their
analysis and report.
J’estime que les experts des [intimés] sont plus crédibles,
tant en ce qui concerne leurs connaissances techniques qu’en
ce qui a trait à la suffisance, à la logique et au caractère direct
de leur rapport qu’en ce qui concerne le contre-interrogatoire
qu’ils ont subi sur ce dernier. Je reconnais aussi que l’on pourrait
affirmer que certains des experts des [intimés] parlaient pour
leurs « mandants » et j’ai tenu dûment compte de cette réalité,
ce qui veut dire que leur témoignage était susceptible d’être
davantage favorable aux personnes au nom desquelles ils
témoignaient. On peut en dire autant des experts de [l’appelante],
qui ont défendu, dans leur témoignage, une procédure dans
laquelle ils sont engagés depuis le début ou un système dans
lequel ils travaillent. Compte tenu de ces facteurs subjectifs, je
conclus que les experts des [intimés] se sont montrés plus
objectifs et impartiaux dans leur analyse et leur rapport.
Therefore, I have been persuaded that, where in conflict, the
[respondents’] evidence is to be preferred.
On m’a donc persuadé qu’en cas de conflit, c’est la preuve
des [intimés] qu’il convient de préférer.
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
157
[39] The applications Judge then proceeds to review
what he describes as “legal facts” to ascertain whether
the U.S. protects refugees from refoulement. He notes
that the issue is whether the U.S. offers “actual” protection (reasons, at paragraph 136). The applications Judge
collapses into one his analysis of whether the designation
was validly made and whether the GIC had subsequently
failed to conduct an ongoing review as required by subsection 102(3) of the IRPA. He indiscriminately reviews
evidence which precedes and follows the effective date
of the designation before concluding both that the designation was ultra vires and that the GIC had thereafter
failed to conduct the ongoing review as required by
subsection 102(3) of the IRPA (reasons, at paragraph
240). The formal judgment gives effect to both of these
conclusions. (Although this is not said anywhere in the
formal judgment or the reasons, both conclusions cannot
stand at once. If the designation of the U.S. was ultra
vires as was found, the GIC could not have breached its
ongoing obligation to review it.)
[39] Le juge de première instance procède ensuite à un
examen de ce qu’il appelle les « faits juridiques » afin
de savoir si les États-Unis protègent les réfugiés contre
le refoulement. Il souligne que la question est de savoir
si les États-Unis offrent une protection « effective » contre
le refoulement (motifs, au paragraphe 136). Il analyse
simultanément la question de savoir si la désignation
était valide et la question de savoir si le GC avait omis
d’assurer le suivi exigé par le paragraphe 102(3) de la
LIPR. Il examine la preuve antérieure et postérieure à la
date d’entrée en vigueur de la désignation, sans faire de
différence entre les deux, et arrive à la conclusion que la
désignation excédait les pouvoirs du GC et que ce dernier
n’avait pas assuré le suivi exigé par le paragraphe 102(3)
de la LIPR (motifs, au paragraphe 240). Le jugement
formel donne effet à ces deux conclusions. (Bien que le
jugement formel et les motifs ne le disent pas, ces conclusions s’excluent l’une l’autre. En effet, si la désignation
des États-Unis excédait les pouvoirs du GC comme le
juge de première instance l’a conclu, le GC ne pouvait
pas avoir manqué à son obligation d’en assurer le suivi.)
[40] In addressing the Charter challenge, the applications Judge first determines that the applicable standard
of review for determining whether the designation of the
U.S. as a safe third country violates the Charter is correctness (reasons, at paragraph 276). According to the
applications Judge, if Canadian officials return a refugee
claimant to the U.S., pursuant to the Safe Third Country
Agreement, this action must be in compliance with the
Charter (reasons, at paragraph 281; relying on Singh et
al. v. Minister of Employment and Immigration, [1985]
1 S.C.R. 177 and United States v. Burns, [2001] 1 S.C.R.
283). He then proceeds to address the Charter challenge
based on his earlier finding that the U.S. is not compliant
with the Conventions.
[40] En ce qui concerne la contestation fondée sur la
Charte, le juge de première instance décide d’abord que
la norme de contrôle applicable à la question de savoir si
la désignation des États-Unis à titre de tiers pays sûr
contrevient à la Charte est celle de la décision correcte
(motifs, au paragraphe 276). Selon lui, si les autorités
canadiennes renvoient un demandeur d’asile aux ÉtatsUnis en vertu de l’Entente sur les tiers pays sûrs, elles
doivent le faire en conformité avec la Charte (motifs, au
paragraphe 281; le juge de première instance s’appuie
sur Singh et autres c. Ministre de l’Emploi et de l’Immigration, [1985] 1 R.C.S. 177 et États-Unis c. Burns,
[2001] 1 R.C.S. 283). Il examine ensuite la contestation
fondée sur la Charte en tenant compte de la conclusion
qu’il a tirée précédemment selon laquelle les États-Unis
ne se conforment pas aux Conventions pertinentes.
[41] According to the applications Judge, a refugee’s
right to life, liberty and security is clearly put at risk
when he or she is returned to the U.S. under the Safe
Third Country Agreement, if the U.S. does not comply
with the Conventions (reasons, at paragraph 285). In
considering whether the deprivation of a person’s right to
life, liberty and security is nevertheless in accordance
with the fundamental principles of justice, he finds that
[41] Selon le juge de première instance, il ne fait aucun
doute que le droit d’un réfugié à la vie, à la liberté et à la
sécurité de sa personne est compromis lorsqu’il est renvoyé aux États-Unis en vertu de l’Entente sur les tiers
pays sûrs si les États-Unis ne se conforment pas aux
Conventions (motifs, au paragraphe 285). En déterminant
si l’atteinte au droit d’une personne à la vie, à la liberté
et à la sécurité est néanmoins conforme aux principes de
158
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
the lack of discretion for a Canadian immigration officer
to allow a claimant to remain in Canada after determining
that the claimant does not fall within the enumerated
exceptions to the Safe Third Country Agreement,
violates the principles of fundamental justice (reasons,
at paragraphs 304 and 307).
justice fondamentale, le juge de première instance conclut que l’absence de pouvoir discrétionnaire permettant
à un agent d’immigration canadien d’autoriser un demandeur d’asile à demeurer au Canada après avoir déterminé
que celui-ci n’est visé par aucune des exceptions à l’Entente sur les tiers pays sûrs contrevient aux principes de
justice fondamentale (motifs, aux paragraphes 304 et
307).
[42] While recognizing that his conclusion is based on
his findings under the vires analysis that the U.S. is not
a safe country, the applications Judge suggests that the
Regulations may violate the Charter even if the U.S. was
a safe country (reasons, at paragraphs 311 and 312).
[42] Tout en reconnaissant que sa conclusion est fondée
sur son analyse de la légalité qui a démontré que les ÉtatsUnis ne sont pas un pays sûr, le juge de première instance
laisse entendre que le Règlement pourrait contrevenir à
la Charte même si les États-Unis étaient un pays sûr
(motifs, aux paragraphes 311 et 312).
[43] Turning to the section 15 Charter challenge, the
applications Judge finds, following an examination of
the relevant factors (Law v. Canada (Minister of Employment and Immigration), [1999] 1 S.C.R. 497, at paragraph 51), that there is discrimination. According to the
applications Judge, women and Colombian nationals
have suffered a pre-existing disadvantage and the use of
limited exceptions to the Safe Third Country Agreement
does not address the specific needs of these individuals
(reasons, at paragraphs 325 to 333). Furthermore, this
unequal treatment cannot be justified under section 1 of
the Charter (reasons, at paragraphs 335 and 336).
[43] En ce qui concerne l’article 15 de la Charte, le juge
de première instance conclut, après avoir examiné les
facteurs pertinents (Law c. Canada (Ministre de l’Emploi
et de l’Immigration), [1999] 1 R.C.S. 497, au paragraphe
51), qu’il y a discrimination. Selon lui, les femmes et les
ressortissants colombiens ont fait l’objet d’un désavantage
préexistant et les exceptions limitées à l’Entente sur les
tiers pays sûrs ne répondent pas à leurs besoins particuliers
(motifs, aux paragraphes 325 à 333). En outre, cette inégalité de traitement ne peut se justifier en vertu de l’article
premier de la Charte (motifs, aux paragraphes 335 et 336).
POSITION OF THE PARTIES
LA POSITION DES PARTIES
[44] Dealing with the vires issue, the appellant contends
that the applications Judge erred by reviewing the
promulgation of section 159.3 of the Regulations, which
designates the U.S. as a safe third country, as if it was an
administrative decision to be assessed on a standard of
reasonableness. According to the appellant the matter
before the applications Judge was a pure vires issue, and
his only task was to verify whether the conditions
precedent for the exercise of the delegated authority were
present at the time of the promulgation.
[44] Au sujet de la question de la légalité, l’appelante
soutient que le juge de première instance a commis une
erreur en considérant la prise de l’article 159.3 du Règlement, qui désigne les États-Unis à titre de tiers pays sûr,
comme s’il s’agissait d’une décision administrative assujettie à la norme de contrôle de la décision raisonnable.
Selon l’appelante, le juge de première instance était saisi
d’une pure question de légalité et il devait seulement
vérifier si les conditions préalables à l’exercice du
pouvoir délégué existaient au moment de la prise du
Règlement.
[45] The appellant contends that the applications Judge
erred in finding that compliance with the relevant articles
of the Conventions in an absolutist sense is a condition
precedent to the exercise of the delegated authority.
[45] L’appelante soutient que le juge de première
instance a commis une erreur en concluant que la conformité rigoureuse aux articles pertinents des Conventions
est une condition préalable à l’exercice du pouvoir
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
159
Paragraph 102(1)(a) of the IRPA sets out the statutory
objective which is to designate countries that comply
with the Conventions and the means of ascertaining
compliance are set out in subsection 102(2) of the IRPA.
By finding that “compliance” in an absolutist sense is a
condition precedent, the applications Judge second
guessed the promulgation of the designation. As such he
usurped the authority which Parliament had expressly
delegated to the GIC.
délégué. L’alinéa 102(1)a) de la LIPR énonce le but qu’il
vise, à savoir la désignation de pays qui se conforment
aux Conventions, et les moyens de vérifier la conformité
sont décrits au paragraphe 102(2) de la LIPR. En concluant que la « conformité » rigoureuse est une condition
préalable, le juge de première instance a remis en
question la désignation. Il a ainsi usurpé le pouvoir que
le législateur avait expressément conféré au GC.
[46] In the alternative, the evidence establishes that the
U.S. complies with the relevant articles of the Conventions. The conclusion reached by the applications Judge
that the U.S. is not compliant is based on a “perverse”
approach to the evidence as revealed by his one-sided
assessment of the expert evidence, and his failure to
confront the position of the UNHCR that the U.S., like
Canada, is a “safe” country (Scoffield affidavit, appeal
book, Vol. 11, Tab 33, Exhibit B-10, at page 3247).
[46] Subsidiairement, la preuve démontre que les
États-Unis se conforment aux articles pertinents des
Conventions. La conclusion contraire à laquelle le juge
de première instance est arrivé est fondée sur une interprétation [TRADUCTION] « abusive » de la preuve, laquelle
ressort de son appréciation partiale de la preuve d’expert
et de son défaut de tenir compte de l’opinion du HCR
selon laquelle les États-Unis, comme le Canada, sont un
pays « sûr » (affidavit de M. Scoffield, dossier d’appel,
vol. 11, onglet 33, pièce B-10, à la page 3247).
[47] Finally, with respect to the Charter violations found
to have taken place, the appellant argues that Charter
litigation does not involve administrative law standards
of judicial review. Rather, a person alleging Charter
violations has the burden of demonstrating infringement
on a balance of probabilities. The appellant submits that
the applications Judge ignored these fundamental principles and erred in undertaking a Charter analysis in the
context of a purely hypothetical situation.
[47] Finalement, en ce qui concerne les atteintes qui,
selon le juge de première instance, ont été portées aux
droits garantis par la Charte, l’appelante prétend que les
normes de contrôle judiciaire établies en droit administratif ne s’appliquent pas dans les affaires relatives à la
Charte. En fait, une personne qui allègue des atteintes à
la Charte doit en faire la preuve selon la prépondérance
des probabilités. L’appelante affirme que le juge de première instance n’a pas tenu compte de ces principes
fondamentaux et a commis une erreur en procédant à une
analyse fondée sur la Charte dans le contexte d’une
situation totalement hypothétique.
[48] The respondents, for their part, contend that the
applications Judge came to the correct conclusion for the
reasons that he gave with respect to all the issues that he
was called upon to decide. They further submit that it
would be “absurd” to construe the relevant provisions of
the IRPA as allowing the GIC to designate a country that
does not “actually” comply with the relevant articles of
the Conventions.
[48] Pour leur part, les intimés soutiennent que la conclusion du juge de première instance est correcte et
étayée par les motifs qu’il a donnés relativement à toutes
les questions qu’il devait trancher. Ils font valoir qu’il
serait [TRADUCTION] « absurde » d’interpréter les dispositions pertinentes de la LIPR comme si elles permettaient
au GC de désigner un pays qui ne se conforme pas
[TRADUCTION] « effectivement » aux articles pertinents
des Conventions.
[49] The respondents add that this appeal is an attempt
to relitigate factual issues. The findings made by the
applications Judge on the U.S. protection system and
[49] Les intimés ajoutent que le présent appel vise à
remettre en litige les questions de fait. Les conclusions
du juge de première instance sur le système de protection
160
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
human rights record cannot be reviewed in the absence
of a palpable or overriding error, none of which has been
established.
et les antécédents en matière de respect des droits de la
personne des États-Unis ne peuvent faire l’objet d’un
contrôle judiciaire, sauf erreur manifeste ou dominante.
Or, une telle erreur n’a pas été établie.
[50] At the hearing of the appeal, counsel for the
respondents indicated that, rather than striking down
sections 159.1 to 159.7 of the Regulations, the applications Judge could have limited his Charter remedy to
a declaration that the Regulations were in breach of the
Charter only to the extent that they fail to give border
officers the discretion to allow a refugee claimant to
remain in Canada on grounds other than those enumerated
in section 159.5 of the Regulations (see paragraph 12
above). According to counsel, this absence of discretion
is what creates a real risk of refoulement for a class of
refugees, contrary to section 7 of the Charter.
[50] À l’audition de l’appel, l’avocat des intimés a
indiqué que le juge de première instance aurait pu, au
lieu d’invalider les articles 159.1 à 159.7 du Règlement,
limiter la réparation qu’il a accordée en vertu de la Charte
à un jugement déclarant que le Règlement contrevenait
à la Charte uniquement dans la mesure où il ne conférait
pas aux agents à la frontière le pouvoir discrétionnaire
d’autoriser un demandeur d’asile à demeurer au Canada
pour d’autres motifs que ceux énumérés à l’article 159.5
du Règlement (voir le paragraphe 12 ci-dessus). Selon
l’avocat, c’est cette absence de pouvoir discrétionnaire
qui crée un risque véritable de refoulement pour une
catégorie de réfugiés, contrairement à l’article 7 de la
Charte.
ANALYSIS AND DECISION
L’ANALYSE ET LA DÉCISION
First certified question: Standard of review
La première question certifiée : la norme de contrôle
[51] The first question certified by the applications
Judge deals with the vires issue and seeks to identify the
appropriate standard of review in respect of the GIC’s
“decision” to designate the U.S. as a safe third country.
In this respect, a preliminary issue arises as to whether
the promulgation of the designation is a “decision” subject
to judicial review pursuant to section 18 [as am. by S.C.
1990, c. 8, s. 4; 2002, c. 8, s. 26] of the Federal Courts
Act, R.S.C., 1985, c. F-7 [s. 1 (as am. idem, s. 14)] (the
Federal Courts Act).
[51] La première question qui a été certifiée par le juge
de première instance a trait à la question de la légalité et
a pour but de déterminer la norme de contrôle qui
s’applique à la « décision » du GC de désigner les ÉtatsUnis à titre de tiers pays sûr. Une question préliminaire
se pose à cet égard : la désignation est-elle une « décision
» susceptible de faire l’objet d’un contrôle judiciaire en
vertu de l’article 18 [mod. par L.C. 1990, ch. 8, art. 4;
2002, ch. 8, art. 26] de la Loi sur les Cours fédérales,
L.R.C. (1985), ch. F-7 [art. 1 (mod., idem, art. 14)] (la
Loi sur les Cours fédérales)?
[52] When served with the application for judicial
review, the GIC had the obligation pursuant to the Federal
Courts Immigration and Refugee Protection Rules,
SOR/93-22 [as am. by SOR/2005-339, s. 1] to forward
to the Federal Court Registry the reasons for the “decision” to promulgate the designation. The position taken
by the GIC in this regard is set out in a letter forwarded
to the Registry on February 4, 2006, the body of which
reads:
[52] Lorsque la demande de contrôle judiciaire lui a
été signifiée, le GC avait l’obligation de transmettre au
greffe de la Cour fédérale les motifs de la « décision » de
désigner les États-Unis à titre de tiers pays sûr, conformément aux Règles des Cours fédérales en matière d’immigration et de protection des réfugiés, DORS/93-22
[mod. par DORS/2005-339, art. 1]. La position adoptée
par le GC à cet égard est décrite dans une lettre transmise
au greffe le 4 février 2006. Le corps de cette lettre est
libellé ainsi :
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
161
This is in response to a request pursuant to Rule 9 of the
Federal Court Immigration and Refugee Protection Rules,
1993.
[TRADUCTION] La présente réponse fait suite à une demande
présentée en vertu de l’article 9 des Règles des Cours fédérales
en matière d’immigration et de protection des réfugiés (1993).
While there is no decision as such in this case, the Regulations
Amending the Immigration and Refugee Protection Regulations,
S.O.R./2004-217, constitute the decision and reasons.
Comme il n’y a pas de décision en tant que telle dans cette
affaire, le Règlement modifiant le Règlement sur l’immigration
et la protection des réfugiés, D.O.R.S./2004-217, constitue la
décision et les motifs.
Pursuant to Rule 9(2)(a) of the Federal Court Immigration and
Refugee Protection Rules, 1993, I certify the enclosed two
copies as correct copies of the original.
Conformément à l’alinéa 9(2)a) des Règles des Cours fédérales
en matière d’immigration et de protection des réfugiés, je certifie
conformes les deux copies ci-jointes.
[53] This response with which the respondents do not
take issue (notice of application, appeal book, Vol. I, at
pages 133 to 135) conforms with the generally accepted
view that the “decision” of the GIC to promulgate regulations, just like the “decision” by members of Parliament
to enact legislation, is not subject to review by the courts
(as to the latter, note subsection 2(2) of the Federal
Courts Act (originally introduced by S.C. 1990, c. 8, s. 1
[and am. by S.C. 2006, c. 9, s. 38]) which provides that
“[f]or greater certainty,” the House of Commons is not a
federal board and therefore not subject to judicial
review). That said, the legality or vires of a regulation
promulgated under the authority of Parliament has always
been open to challenge before the courts and to that extent,
the actions of the GIC are subject to judicial review. This
distinction between what can be reviewed and what falls
outside the purview of the courts is highlighted by the
Supreme Court in Thorne’s Hardware Ltd. et al. v. The
Queen et al., [1983] 1 S.C.R. 106, at page 111:
[53] Cette réponse que les intimés ne contestent pas
(avis de demande, dossier d’appel, vol. 1, aux pages 133
à 135) est conforme à l’opinion généralement acceptée
que la « décision » du GC de prendre le règlement, tout
comme la « décision » des députés d’adopter une loi, ne
sont pas susceptibles de contrôle par les tribunaux (pour
ce qui est de l’action des députés, voir le paragraphe 2(2)
de la Loi sur les Cours fédérales (édicté à l’origine par
L.C. 1990, ch. 8, art. 1 [et mod. par L.C. 2006, ch. 9, art.
38]), selon lequel « [i]l est entendu » que la Chambre des
communes n’est pas un office fédéral, de sorte que ses
décisions ne peuvent pas faire l’objet d’un contrôle
judiciaire). Cela étant dit, la légalité d’un règlement pris
en vertu d’un pouvoir conféré par le législateur au motif
qu’il excède ce pouvoir a toujours pu être contestée
devant les tribunaux et dans cette mesure, les actions du
GC sont susceptibles de contrôle judiciaire. Cette distinction entre ce qui peut faire l’objet d’un contrôle judiciaire
et ce qui échappe à la compétence des tribunaux est mise
en évidence par la Cour suprême dans Thorne’s Hardware
Ltd. et autres c. La Reine et autre, [1983] 1 R.C.S. 106,
à la page 111 :
The mere fact that a statutory power is vested in the
Governor in Council does not mean that it is beyond judicial
review: Attorney General of Canada v. Inuit Tapirisat of Canada,
[1980] 2 S.C.R. 735 at p. 748. I have no doubt as to the right
of the courts to act in the event that statutorily prescribed
conditions have not been met and where there is therefore fatal
jurisdictional defect. Law and jurisdiction are within the ambit
of judicial control and the courts are entitled to see that
statutory procedures have been properly complied with: R. v.
National Fish Co., [1931] Ex. C.R. 75; Minister of Health v. The
King (on the Prosecution of Yaffe), [1931] A.C. 494 at p. 533.
Decisions made by the Governor in Council in matters of public
convenience and general policy are final and not reviewable in
legal proceedings. Although, as I have indicated, the possibility
of striking down an order in council on jurisdictional or other
La simple attribution par la loi d’un pouvoir au gouverneur
en conseil ne signifie pas que son exercice échappe au contrôle
judiciaire : Procureur général du Canada c. Inuit Tapirisat of
Canada, [1980] 2 R.C.S. 735, à la p. 748. Je n’ai pas le moindre
doute sur le droit des cours d’intervenir dans les cas où il y a
non-respect des conditions prescrites par la loi et, par conséquent, défaut de compétence fatal. Le droit et la compétence
sont susceptibles d’examen judiciaire et les cours ont le pouvoir
de veiller à ce que les procédures prévues par la loi soient
suivies à la lettre : R. v. National Fish Co., [1931] R.C. de l’É.
75; Minister of Health v. The King (on the Prosecution of Yaffe),
[1931] A.C. 494, à la p. 533. Les décisions prises par le
gouverneur en conseil sur des questions de commodité
publique et de politique générale sont sans appel et ne peuvent
être examinées par voie de procédures judiciaires. Comme je
162
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
compelling grounds remains open, it would take an egregious
case to warrant such action. This is not such a case.
l’ai déjà indiqué, bien qu’un décret du Conseil puisse être annulé
pour incompétence ou pour tout autre motif péremptoire, seul
un cas flagrant pourrait justifier une pareille mesure. Tel n’est
pas le cas ici.
[54] The dividing line was succinctly identified by
Strayer J.A. in Jafari v. Canada (Minister of Employment
and Immigration), [1995] 2 F.C. 595 (C.A.), at page 602:
[54] La distinction a été décrite brièvement par le juge
Strayer dans Jafari c. Canada (Ministre de l’Emploi et de
l’Immigration), [1995] 2 C.F. 595 (C.A.), à la page 602 :
It goes without saying that it is not for a court to determine
the wisdom of delegated legislation or to assess its validity on
the basis of the court’s policy preferences. The essential question for the court always is: does the statutory grant of authority
permit this particular delegated legislation? [Footnote omitted.]
Il va sans dire qu’il n’appartient pas à un tribunal de juger de
la sagesse de la législation par délégation ni d’en apprécier la
validité en se fondant sur ses préférences en matière de politique. La question essentielle que doit toujours se poser le tribunal est la suivante : le pouvoir conféré par la loi permet-il cette
législation par délégation particulière? [Note en bas de page
omise.]
[55] Until 1990, the procedure for attacking the vires of
a regulation promulgated under the authority of Parliament was by way of declaratory action initiated by way
of a statement of claim (David Sgayias et al., Federal
Court Practice, 1991-92 (Scarborough: Thomson Professional Publishing Canada, 1991), at page 89). Since then
(see the amendment of the Federal Courts Act brought
by S.C. 1990, c. 8, s. 4), the procedure for controlling the
legality of subordinate legislation has been streamlined,
and judicial review under section 18 of the Federal
Courts Act became the means of controlling decisions of
administrative bodies as well as the vires of subordinate
legislation (Saskatchewan Wheat Pool v. Canada (Attorney
General) (1993), 107 D.L.R. (4th) 190 (F.C.T.D.), at
paragraphs 11 to 15).
[55] Jusqu’en 1990, la procédure de contestation de la
légalité d’un règlement pris en vertu d’un pouvoir délégué
était une action déclaratoire intentée au moyen d’une
déclaration (David Sgayias et al., Federal Court Practice,
1991-92 (Scarborough : Thomson Professional Publishing
Canada, 1991), à la page 89). Depuis ce temps (voir les
modifications apportées à la Loi sur les Cours fédérales
par L.C. 1990, ch. 8, art. 4), la procédure utilisée pour
faire contrôler la légalité d’un texte réglementaire au
motif qu’il excède le pouvoir conféré a été simplifiée et
le contrôle judiciaire dont il est question à l’article 18 de
la Loi sur les Cours fédérales est devenu le moyen de
faire contrôler les décisions rendues par les organismes
administratifs ainsi que la légalité des textes réglementaires (Saskatchewan Wheat Pool c. Canada (Procureur
général) (1993), 107 D.L.R. (4th) 190 (C.F. 1re inst.), aux
paragraphes 11 à 15).
[56] This modification was procedural in nature. An
attack on the legality of subordinate legislation, on the
ground that the conditions precedent prescribed by
Parliament were not met at the time of the promulgation,
remains what it has always been; an attack on the
impugned regulation per se and not on the “decision” to
promulgate it.
[56] Cette modification était de nature procédurale. La
contestation de la légalité d’un texte réglementaire,
fondée sur le fait que les conditions préalables établies
par le législateur n’étaient pas remplies au moment de la
prise du règlement, reste ce qu’elle a toujours été : une
contestation du règlement en soi et non de la « décision »
de le prendre.
[57] Understanding precisely what is in issue in a
judicial review application is important when it comes
time to determine the standard of review as well as the
scope of the review that can be conducted by the Court.
An attack aimed at the vires of a regulation involves the
narrow question of whether the conditions precedent set
[57] Il importe de bien comprendre ce qui est en litige
dans une demande de contrôle judiciaire lorsque vient le
temps de déterminer la norme de contrôle qui s’applique
et la portée du contrôle qui peut être effectué par le
tribunal. La contestation de la légalité d’un règlement
soulève la question précise de savoir si les conditions
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
163
out by Parliament for the exercise of the delegated
authority are present at the time of the promulgation, an
issue that invariably calls for a standard of correctness.
As was stated by this Court in Sunshine Village Corp. v.
Canada (Parks), [2004] 3 F.C.R. 600, at paragraph 10:
préalables à l’exercice du pouvoir délégué qui ont été
énoncées par le législateur existent au moment où le
règlement est pris, une question qui est invariablement
assujettie à la norme de la décision correcte. Comme la
Cour l’a affirmé dans Sunshine Village Corp. c. Canada
(Parcs), [2004] 3 R.C.F. 600, au paragraphe 10 :
Reviewing whether subordinate legislation is authorized by its
enabling statute does not require application of the pragmatic
and functional approach. Rather, the vires of subordinate legislation is always to be reviewed on a correctness standard. See,
for analogous circumstances in respect of municipal by-laws,
United Taxi Drivers’ Fellowship of Southern Alberta v. Calgary
(City), [2004] 1 S.C.R. 485, at paragraph 5.
L’analyse qui consiste à se demander si un texte réglementaire
est autorisé par sa loi habilitante ne requiert pas l’application
de l’approche pragmatique et fonctionnelle. La validité d’un
texte réglementaire doit plutôt être toujours examinée selon la
norme de la décision correcte. Pour une situation analogue se
rapportant aux règlements municipaux, voir l’arrêt United Taxi
Drivers’ Fellowship of Southern Alberta c. Calgary (Ville),
[2004] 1 R.C.S. 485, au paragraphe 5.
[58] The Supreme Court recently reiterated in Dunsmuir
v. New Brunswick, [2008] 1 S.C.R. 190, at paragraph 59,
that “true questions of vires”, such as the one here in
issue, always call for a standard of correctness without
the need to conduct a pragmatic and functional analysis.
[58] La Cour suprême a récemment répété dans Dunsmuir c. Nouveau-Brunswick, [2008] 1 R.C.S. 190, au
paragraphe 59, que les « question[s] touchant véritablement à la constitutionnalité », comme celle en cause en
l’espèce, sont toujours assujetties à la norme de la décision
correcte, sans qu’il soit nécessaire de procéder à une
analyse pragmatique et fonctionnelle.
[59] In this case, there was confusion as to whether the
issue raised by the application for judicial review is one
of vires or whether the subject-matter of the application
is a challenge of the GIC’s “decision” to promulgate the
designation. The confusion appears to have arisen from
the manner in which the respondents presented their case
(reasons, at paragraph 54):
[59] En l’espèce, il n’était pas clair si la question soulevée par la demande de contrôle judiciaire concernait la
légalité ou si la demande avait trait à la contestation de
la « décision » du GC de désigner les États-Unis à titre
de tiers pays sûr. La confusion semble découler de la
manière dont les intimés ont exposé leur thèse (motifs,
au paragraphe 54) :
This judicial review has been argued from two perspectives.
The first is an attack on the legitimacy of the Regulations — an
argument as to “vires.” The second is an attack on the GIC
decision which led to the Regulation — an argument involving
the standard of review and its application.
La présente demande de contrôle judiciaire a été débattue
sous deux angles différents. Le premier est une contestation de
la légitimité du Règlement, un moyen intéressant la constitutionnalité. Le second est une contestation de la décision du
gouverneur en conseil à l’origine du Règlement : ce moyen
intéresse la norme de contrôle et son application.
The applications Judge in his reasons refers at times to a
review of “the GIC’s determination” (reasons, at paragraph 88); a review of the “initial conclusions leading to”
the promulgation of the Regulations (reasons, at paragraph 105) and his certified question seeks to identify
the standard of review applicable to the GIC’s “decision”
to designate the U.S.
Dans ses motifs, le juge de première instance fait parfois
mention d’un contrôle de « la décision du [GC] » (motifs,
au paragraphe 88) ou des « conclusions initiales qui ont
mené » à la prise du Règlement (motifs, au paragraphe
105), et la question qu’il a certifiée a pour but de déterminer la norme de contrôle qui s’applique à la « décision
» du GC de désigner les États-Unis.
[60] Despite this language, the matter raised by the
application is a pure vires issue (see the relevant part of
the application for judicial review quoted at paragraph
[60] Malgré ce libellé, la question soulevée par la
demande est une pure question de légalité (voir la partie
pertinente de la demande de contrôle judiciaire reproduite
164
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
15 above). This is not controversial as counsel for the
respondents (Mr. Waldman) acknowledged that they
were out of time to challenge the “decision” to promulgate
the Regulations even if they had wanted to. Nevertheless,
the applications Judge chose to conduct a pragmatic and
functional analysis in order to identify the standard of
review. He said (reasons, at paragraph 88):
au paragraphe 15 ci-dessus). Ce point n’est pas contesté
puisque l’avocat des intimés (Me Waldman) a reconnu
qu’il ne pouvait plus contester la « décision » de prendre
le Règlement, même s’il avait voulu, parce que le délai
était expiré. Le juge de première instance a néanmoins
choisi de procéder à une analyse pragmatique et fonctionnelle afin de déterminer la norme de contrôle applicable. Il a dit (motifs, au paragraphe 88) :
Unlike many cases of review of the vires of a regulation, the
parties had access to some of the material before the GIC in its
consideration of the relevant factors. Therefore, there is a
record upon which the Court can apply a standard of review to
the GIC’s determination.
Contrairement à un grand nombre d’affaires portant sur la
validité d’un règlement, les parties avaient accès en l’espèce à
une partie des pièces soumises au gouverneur en conseil pour
son examen des facteurs pertinents. Il existe donc un dossier
auquel la Cour peut appliquer une norme de contrôle en ce qui
concerne la décision du gouverneur en conseil.
Applying the framework of analysis developed by the
Supreme Court in Suresh v. Canada (Minister of Citizenship and Immigration), [2002] 1 S.C.R. 3—because
“Suresh … most closely approximates the contextual
circumstances of this case” (reasons, at paragraph 92)—
the applications Judge concluded that reasonableness
was the appropriate standard (reasons, at paragraph 105).
Se servant du cadre d’analyse établi par la Cour suprême
du Canada dans Suresh c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration), [2002] 1 R.C.S. 3 — parce
que « [l]es faits analysés dans l’arrêt Suresh […] ressemblent beaucoup à ceux de la présente affaire » (motifs,
au paragraphe 92) — le juge de première instance a
conclu que la norme de contrôle appropriée était celle de
la décision raisonnable (motifs, au paragraphe 105).
[61] With respect, the applications Judge did not need
to conduct a pragmatic and functional analysis and he
identified the wrong standard. Having access to part of
the record before the GIC has no impact on the standard
since there is in this case no decision to review. In
Suresh, the Supreme Court was confronted with the
judicial review of a decision of an immigration official to
issue a deportation order. Hence the Supreme Court
began its analysis stating (Suresh, at paragraph 29):
[61] En toute déférence, le juge de première instance
n’avait pas besoin de procéder à une analyse pragmatique
et fonctionnelle et il n’a pas appliqué la norme de contrôle appropriée. Le fait d’avoir accès à une partie du
dossier dont disposait le GC n’a aucune incidence sur la
norme puisqu’il n’y a pas en l’espèce une décision à
contrôler. Dans Suresh, le contrôle judiciaire visait la
décision d’un agent d’immigration de prendre une mesure
d’expulsion. En conséquence, la Cour suprême a commencé son analyse en disant (Suresh, au paragraphe 29) :
The first question is what standard should be adopted with
respect to the Minister’s decision that a refugee constitutes a
danger to the security of Canada.
La première question consiste à déterminer quelle norme de
contrôle doit être appliquée à la décision ministérielle portant
qu’un réfugié constitue un danger pour la sécurité du Canada.
[62] No such issue arises here again because there is no
decision to review.
[62] Aucune question semblable n’est soulevée en l’espèce parce que, comme il a été mentionné précédemment, il n’y a pas de décision à contrôler.
[63] The applications Judge therefore misspoke when
he directed his question to the standard of review applicable to the “decision” of the GIC. In my respectful view,
the first certified question should have been directed at
the standard of review applicable to the review of the
[63] Le juge de première instance a donc mal formulé
la première question qu’il a certifiée en parlant de la
norme de contrôle applicable à la « décision » du GC. À
mon avis, cette question aurait dû porter sur la norme de
contrôle applicable à la question de la légalité — cette
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
165
vires issue, and the standard applicable in such a case is
correctness.
norme étant celle de la décision correcte.
Second certified question: The vires of the designation
La deuxième question certifiée : la légalité de la
désignation
[64] The second certified question should therefore be
read as asking whether—applying a standard of correctness—the impugned Regulations and the Safe Third
Country Agreement are ultra vires the IRPA. This requires
the Court to identify the conditions precedent to the
GIC’s exercise of its delegated authority and determine
whether these conditions were satisfied at the time of
promulgation.
[64] La deuxième question certifiée devrait donc être
libellée de la manière suivante : si l’on applique la norme
de la décision correcte, le Règlement contesté et l’Entente
sur les tiers pays sûrs excèdent-ils les pouvoirs conférés
par la LIPR? Pour répondre à cette question, la Cour doit
déterminer les conditions préalables à l’exercice, par le
GC, du pouvoir qui lui est délégué et décider si ces
conditions étaient remplies lorsque le Règlement a été
pris.
[65] If I have correctly stated the issue to be decided,
the Court has before it all the elements required to
address it, and I do not see how I could avoid dealing
with the question certified by the applications Judge on
this point. As we have seen, the respondents have raised
vires as a self-standing issue and the applications Judge
dealt with it on that basis (reasons, at paragraphs 61 to
87, 106 to 236 and 241 to 263). Contrary to the Charter
challenge (see discussion below), the question whether
the GIC has in this case acted in conformity with the
conditions precedent prescribed by law is neither hypothetical nor theoretical.
[65] Si j’ai énoncé correctement la question qu’il faut
trancher, la Cour dispose de tous les éléments pour le
faire, et je ne vois pas comment je pourrais éviter d’examiner la question certifiée par le juge de première instance à cet égard. Comme nous l’avons vu, les intimés
ont soulevé la question de la légalité séparément et le
juge de première instance l’a examinée en conséquence
(motifs, aux paragraphes 61 à 87, 106 à 236 et 242 à
263). Contrairement à la contestation fondée sur la
Charte (voir plus loin), la question de savoir si le GC a
agi en conformité avec les conditions préalables prescrites
par la loi en l’espèce n’est ni hypothétique ni théorique.
[66] On a plain reading of sections 101 and 102 of the
IRPA, the conditions precedent for the exercise of the
delegated authority are those set out in subsection 102(2)
of the IRPA. The reasoning of the applications Judge for
concluding that beyond those, the country must “comply”
with the relevant articles of the Conventions is as follows
(reasons, at paragraphs 78 and 79):
[66] Il ressort clairement des articles 101 et 102 de la
LIPR que les conditions préalables à l’exercice du
pouvoir délégué sont celles qui sont énoncées au paragraphe 102(2) de la LIPR. Le raisonnement qui a amené
le juge de première instance à conclure que, en plus de
remplir ces conditions, le pays doit « se conform[er] »
aux articles pertinents des Conventions est le suivant
(motifs, aux paragraphes 78 et 79) :
With respect to what is authorized in terms of regulation
making, there are several conditions precedent that accompany
the authority of the GIC to designate the U.S. a safe third
country. First, subsection 102(2) sets out several factors which
must be considered before designating a country. There are no
strict standards established for the consideration of the four
factors but their consideration is phrased in mandatory
language.
S’agissant de ce qui est autorisé en matière de prise de
règlements, il y a plusieurs conditions préalables que le gouverneur en conseil doit remplir avant de pouvoir désigner les
États-Unis comme pays tiers sûr. En premier lieu, le paragraphe
102(2) énumère les facteurs dont il faut tenir compte avant de
désigner un pays. L’examen des quatre facteurs prescrits n’est
pas soumis à des normes rigoureuses, mais il est formulé en
termes impératifs […]
The main condition at issue in this case is paragraph
102(1)(a), which states that the GIC is authorized to enact
La principale condition en litige en l’espèce est celle qui est
prévue à l’alinéa 102(1)a), à savoir que le gouverneur en con-
166
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
regulations that include provisions “designating countries that
comply with Article 33 of the Refugee Convention and Article
3 of the Convention Against Torture” (underlining added). The
provision requires that compliance with the non-refoulement
provisions of the Refugee Convention and the CAT is a necessary precondition to designation. It was my conclusion earlier
that if a country did not comply with the relevant articles of the
two Conventions, the GIC had no power to designate the
country as “safe.” It is my further conclusion that in reaching
this determination, the GIC must base its decision on the
practices and policies of that government in respect of claims
under the Refugee Convention and the obligations under the
Convention Against Torture.
seil est autorisé à prendre des règlements prévoyant notamment
« la désignation des pays qui se conforment à l’article 33 de la
Convention sur les réfugiés et à l’article 3 de la Convention
contre la torture » (soulignement ajouté). Suivant cet alinéa, la
conformité aux dispositions de la Convention relative aux
réfugiés et de la Convention contre la torture qui interdisent le
refoulement constitue une condition préalable qui doit être
remplie avant de pouvoir procéder à une désignation. J’ai déjà
conclu que si un pays ne se conforme pas aux articles applicables
des deux Conventions, le gouverneur en conseil n’est pas
habilité à désigner un État comme « pays sûr ». J’estime également que, pour pouvoir effectuer cette désignation, le gouverneur en conseil doit tenir compte des politiques et usages de
l’État concerné en ce qui touche la revendication du statut de
réfugié au sens de la Convention sur les réfugiés et les obligations découlant de la Convention contre la torture.
[67] The earlier conclusion to which he refers is the
following (reasons, at paragraphs 56 and 57):
[67] La conclusion à laquelle il fait référence est la
suivante (motifs, aux paragraphes 56 et 57) :
However, read as a whole, section 102 gives to the GIC the
discretion to enter into an STCA only upon specific conditions,
a fundamental condition is compliance with the specific articles
of the Refugee Convention and Convention Against Torture. I
do not interpret the provision as giving the GIC the power to
enter into an STCA where the country does not comply with
those preconditions. It simply gives the GIC the discretion to
set up a regulation to designate a country as “safe” if the country
meets the conditions of compliance.
Toutefois, envisagé globalement, l’article 102 confère au
gouverneur en conseil le pouvoir discrétionnaire de conclure
une entente seulement à certaines conditions précises, une condition essentielle étant la conformité à certains articles spécifiques de la Convention relative aux réfugiés et de la Convention
contre la torture. Je ne considère pas que cette disposition
confère au gouverneur en conseil le pouvoir de conclure une
entente lorsque le pays en cause ne se conforme pas aux conditions préalables en question. L’article 102 confère simplement au gouverneur en conseil le pouvoir discrétionnaire de
prendre un règlement désignant un pays « comme pays sûr » si
ce pays remplit les conditions de conformité.
To interpret subsection 102(1) as giving the GIC discretion
to enter into such agreements with countries that did not comply
with the Refugee Convention and Convention Against Torture
would make a mockery of Canada’s international commitments,
of the very purpose of our domestic laws and even of the internal
logic of subsection 102(1). There would be no need to consider
whether the country is a party to the Refugee Convention and
Convention Against Torture (paragraph 102(2)(a)), nor that
country’s policies and practices with respect to claims under
the Refugee Convention or its obligations under the Convention
Against Torture—both factors are compulsory factors to be
considered. Nor would there be any merit in requiring an
ongoing review of these factors (subsection 102(3)) which is a
requirement phrased in directory terms “must ensure the continuing review.” [My emphasis.]
Interpréter le paragraphe 102(1) comme conférant au gouverneur en conseil le pouvoir discrétionnaire de conclure de
tels accords avec des pays qui ne se conformeraient pas à la
Convention relative aux réfugiés et à la Convention contre la
torture reviendrait à tourner en dérision non seulement les
engagements internationaux du Canada, mais aussi l’objet même
de nos lois internes, voire la logique interne du paragraphe
102(1). Il ne serait plus nécessaire de déterminer si le pays en
cause est partie à la Convention relative aux réfugiés et à la
Convention contre la torture (alinéa 102(2)a)), ni de vérifier
ses politiques et usages en ce qui touche la revendication du
statut de réfugié au sens de la Convention sur les réfugiés et
les obligations découlant de la Convention contre la torture,
deux facteurs dont il faut impérativement tenir compte. Il serait
par ailleurs sans intérêt d’exiger le suivi de l’examen de ces facteurs (paragraphe 102(3)), une condition qui est formulée en
termes impératifs : « [l]e gouverneur en conseil assure le suivi de
l’examen des facteurs » (en anglais : « must ensure the continuing review »). [Non souligné dans l’original.]
[68] In so saying, the applications Judge accepted the
respondents’ submission that “actual” compliance was a
[68] Le juge de première instance a ainsi accepté la
prétention des intimés selon laquelle la conformité
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
167
condition precedent to the exercise of the delegated
authority. According to the applications Judge, what had
to be shown is “actual” protection from refoulement
(reasons, at paragraph 136). He puts the matter this way
earlier in his reasons (reasons, at paragraph 60):
« effective » était une condition préalable à l’exercice du
pouvoir délégué. Selon lui, ce qu’il fallait démontrer,
c’est la protection « effective » contre le refoulement
(motifs, au paragraphe 136). Il formule la question de la
manière suivante précédemment dans ses motifs (motifs,
au paragraphe 60) :
In my view, the issue is whether the conditions for passing
the Regulations have been met on an objective basis. The conditions are framed in terms of legal criteria and address the
matter in absolute terms of compliance with international law
[my emphasis]; not [emphasis in original] in terms of the GIC’s
opinion or reasonable belief in such compliance.
À mon avis, la question en litige est celle de savoir si les
conditions à remplir pour pouvoir prendre le Règlement ont
objectivement été respectées. Ces conditions sont libellées sous
forme de critères prescrits par la loi et elles exigent une
rigoureuse conformité au droit international [non souligné dans
l’original]; elles ne [souligné dans l’original] sont pas [souligné
dans l’original] formulées en fonction de l’opinion du gouverneur en conseil ou de sa croyance raisonnable quant à la conformité au droit international.
[69] His lengthy analysis of the evidence focuses on
whether “actual” compliance or compliance “in absolute
terms” with the respective conventions had been demonstrated (reasons, at paragraphs 106 to 236 and 241 to
263). With respect to Article 33 of the Refugee Convention, he held that the “instances of non-compliance”
were such that the U.S. could not be said to comply
(reasons, at paragraph 240). With respect to the Convention against Torture, he finds that the respondents’
evidence that the U.S. does not comply with Article 3
“more credible” than the appellant’s since it was supported by “real life examples” that the U.S. does not
comply (reasons, at paragraph 262). The applications
Judge, applying a standard of reasonableness to what he
perceives as a “decision”, concludes that the U.S. does
not comply with either Conventions, and that the designation of the U.S. as a safe country, was ultra vires the
IRPA.
[69] Dans sa longue analyse de la preuve, le juge de
première instance insiste sur la question de savoir si la
conformité « effective » ou « rigoureuse » aux Conventions avait été démontrée (motifs, aux paragraphes 106 à
236 et 241 à 263). En ce qui concerne l’article 33 de la
Convention sur les réfugiés, il statue qu’à cause des
« exemples de non-conformité » il était impossible de
conclure que les États-Unis se conformaient à cette
disposition (motifs, au paragraphe 240). Pour ce qui est
de la Convention contre la torture, il considère que la
preuve des intimés démontrant que les États-Unis ne se
conforment pas à l’article 3 est « plus crédible » que celle
de l’appelante parce qu’elle repose sur « un cas authentique » de non-conformité des États-Unis (motifs, au
paragraphe 262). Le juge de première instance, en appliquant la norme de la décision raisonnable à ce qu’il
considère être une « décision », conclut que les ÉtatsUnis ne se conforment à aucune des deux Conventions et
que la désignation des États-Unis à titre de pays sûr
excédait les pouvoirs conférés par la LIPR.
[70] I note in passing that in reaching this conclusion
the applications Judge did not concern himself with the
fact that much of the evidence that he reviewed was not
in existence when the GIC designated the U.S. since it
relates to cases, events and legislative modifications,
which are subsequent to the date of the promulgation.
More is said about this later.
[70] Je mentionne en passant que, pour parvenir à cette
conclusion, le juge de première instance n’a pas tenu
compte du fait qu’une grande partie de la preuve qu’il a
examinée n’existait pas lorsque le GC a désigné les
États-Unis puisque cette preuve a trait à des décisions, à
des faits et à des modifications législatives postérieurs à
la date à laquelle le Règlement a été pris. La Cour reviendra sur ce sujet plus loin.
[71] I agree with counsel for the respondents that the
question whether the applications Judge properly con-
[71] Je suis d’accord avec l’avocat des intimés lorsqu’il
dit que la question de savoir si le juge de première instance
168
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
strued the conditions precedent to the exercise of the
delegated authority raises a pure issue of statutory construction (Rizzo & Rizzo Shoes Ltd. (Re), [1998] 1 S.C.R.
27, at paragraph 21):
a interprété correctement les conditions préalables à
l’exercice du pouvoir délégué soulève une pure question
d’interprétation législative (Rizzo & Rizzo Shoes Ltd.
(Re), [1998] 1 R.C.S. 27, au paragraphe 21) :
… the words of the Act are to be read in their entire context
and in their grammatical and ordinary sense harmoniously
with the scheme of the Act, the object of the Act and the
intention of Parliament.
[TRADUCTION] […] il faut lire les termes d’une loi dans leur
contexte global en suivant le sens ordinaire et grammatical
qui s’harmonise avec l’esprit de la loi, l’objet de la loi et
l’intention du législateur.
[72] Paragraph 101(1)(e) of the IRPA provides that a
person entering Canada from a “designated country” is
ineligible to have his or her claim for refugee protection
considered by the Immigration and Refugee Board. For
the purpose of giving effect to this provision, subsection
102(1) of the IRPA gives the GIC the power to promulgate regulations governing the treatment of such claims
which may include provisions designating countries that
comply with Article 33 of the Refugee Convention and
Article 3 of the Convention against Torture; and respecting the circumstances and criteria applicable to a claimant
who comes to Canada from such a country. This is a broad
grant of authority intended to give effect to Parliament’s
clearly expressed intent that responsibility for the consideration of refugee claims be shared with countries that
are respectful of their Convention obligations and human
rights.
[72] L’alinéa 101(1)e) de la LIPR prévoit que la
demande d’asile d’une personne qui arrive au Canada
d’un « pays désigné » est irrecevable. Pour donner effet
à cette disposition, le paragraphe 102(1) de la LIPR
confère au GC le pouvoir de prendre des règlements
régissant le traitement des demandes d’asile qui peuvent
prévoir notamment la désignation de pays qui se conforment à l’article 33 de la Convention sur les réfugiés et
à l’article 3 de la Convention contre la torture, ainsi que
les cas et les critères concernant les demandeurs d’asile
qui arrivent au Canada de ces pays. Ce vaste pouvoir est
conféré dans le but de donner effet à l’intention exprimée
clairement par le législateur de faire en sorte que la responsabilité de l’examen des demandes d’asile soit
partagée avec des pays qui respectent les obligations que
leur imposent les Conventions et les droits de la personne.
[73] In this respect, subsection 102(2) of the IRPA
requires that the GIC consider, prior to designating a
country, the country’s policies and practices with respect
to the Refugee Convention and the Convention against
Torture as well as its human rights record. In recognition
of the fact that such policies, practices and record can
evolve over time, subsection 102(3) of the IRPA requires
the GIC to conduct an ongoing review of these factors
once a country has been designated. Where the GIC
concludes by reasons of the evolution of those factors
that the designation is no longer warranted, section 159.7
of the Regulations allows the Government of Canada to
unilaterally suspend or terminate the Safe Third Country
Agreement.
[73] À cet égard, le paragraphe 102(2) de la LIPR exige
qu’avant de désigner un pays le GC tienne compte des
politiques et usages de ce pays en ce qui touche la Convention sur les réfugiés et la Convention contre la torture,
ainsi que de ses antécédents en matière de respect des
droits de la personne. Ces pratiques, usages et antécédents
pouvant changer avec le temps, le paragraphe 102(3) de
la LIPR oblige le GC à assurer le suivi de l’examen de
ces facteurs à l’égard de chacun des pays désignés.
Lorsque le GC conclut que, en raison de l’évolution de
ces facteurs, la désignation n’est plus justifiée, l’article
159.7 du Règlement permet au gouvernement du Canada
de suspendre ou de dénoncer unilatéralement l’Entente
sur les tiers pays sûrs.
[74] Significantly, subsection 102(1) of the IRPA
provides that a designation may be made “for the purposes of this Act” and section 3 of the IRPA provides
amongst others the following two:
[74] Il importe de mentionner que le paragraphe 102(1)
de la LIPR prévoit qu’une désignation peut être faite
« pour l’application de la présente loi » et que l’article 3
de la LIPR, qui décrit l’objet de celle-ci, indique notamment :
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
169
3. …
3. […]
(2) The objectives of this Act with respect to refugees are
(2) S’agissant des réfugiés, la présente loi a pour objet :
…
[…]
(b) to fulfill Canada’s international legal obligations with
respect to refugees and affirm Canada’s commitment to
international efforts to provide assistance to those in need of
resettlement;
…
b) de remplir les obligations en droit international du Canada
relatives aux réfugiés et aux personnes déplacées et d’affirmer
la volonté du Canada de participer aux efforts de la communauté internationale pour venir en aide aux personnes qui
doivent se réinstaller;
[…]
(d) to offer safe haven to persons with a well-founded fear of
persecution based on race, religion, nationality, political
opinion or membership in a particular social group, as well
as those at risk of torture or cruel and unusual treatment or
punishment;
d) d’offrir l’asile à ceux qui craignent avec raison d’être
persécutés du fait de leur race, leur religion, leur nationalité,
leurs opinions politiques, leur appartenance à un groupe
social en particulier, ainsi qu’à ceux qui risquent la torture ou
des traitements ou peines cruels et inusités;
Also relevant is paragraph 3(3)(f) of the IRPA which sets
out Parliament’s requirement that the Act be construed in
a manner which “complies with international human
rights instruments to which Canada is signatory.”
L’alinéa 3(3)f) de la LIPR, qui exige que l’interprétation
de celle-ci ait pour effet « de se conformer aux instruments internationaux portant sur les droits de l’homme
dont le Canada est signataire », est également pertinent.
[75] As I read the relevant provisions, the scheme
implemented by Parliament has, as its objective, the
sharing of responsibility for the consideration of refugee
claims with countries that are signatory to and comply
with the relevant articles of the Conventions and have an
acceptable human rights record. The factors to be considered before designating a country are expressly set
out in subsection 102(2) of the IRPA. The consideration
of these factors is framed as a condition precedent to the
designation of a country as the introductory words make
clear: “[t]he following factors are to be considered”; “[i]l
est tenu compte des facteurs suivants”.
[75] Selon mon interprétation des dispositions pertinentes, l’objectif du régime mis en place par le législateur
est le partage de la responsabilité de l’examen des demandes d’asile avec des pays signataires qui se conforment aux articles pertinents des Conventions et qui ont
des antécédents acceptables en matière de respect des
droits de la personne. Les facteurs qui doivent être pris
en compte avant de désigner un pays sont décrits expressément au paragraphe 102(2) de la LIPR. L’examen de
ces facteurs constitue une condition préalable à la
désignation d’un pays, comme le montre clairement l’énoncé liminaire : « [i]l est tenu compte des facteurs suivants » (« [t]he following factors are to be considered »).
[76] Keeping in mind that the statutory objective is to
designate countries that comply with the relevant articles
of the Conventions and are respectful of human rights,
the GIC could not designate a country if it was not
satisfied that the country’s policies, practices and record
indicate compliance. I take issue with the applications
Judge’s suggestion that unless “compliance” is made a
condition precedent, the GIC would have discretion to
designate a country that does not comply (reasons, at
paragraph 56). It seems clear that the GIC would be
acting for an improper purpose if it was to designate a
country which it considers not to be compliant.
[76] Comme l’objectif visé est de désigner des pays
qui se conforment aux articles pertinents des Conventions
et respectent les droits de la personne, le GC ne pourrait
pas désigner un pays s’il n’était pas convaincu que les
politiques, les usages et les antécédents en matière de
respect des droits de la personne de ce pays sont conformes aux Conventions. Je ne suis pas d’accord avec le
juge de première instance lorsqu’il dit que, si la « conformité » n’était pas une condition préalable, le GC
aurait le pouvoir discrétionnaire de désigner un pays qui
ne se conforme pas aux articles pertinents des Conventions
(motifs, au paragraphe 56). Il semble évident que le GC
170
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
agirait dans un but inapproprié s’il désignait un pays qui,
selon lui, ne se conforme pas aux Conventions.
[77] This misapprehended concern that the GIC would
have the discretion to designate a country that does not
comply appears to be what led the applications Judge to
transform the statutory objective of designating countries
“that comply” with the respective Conventions, into a
condition precedent (reasons, at paragraph 57). The error
is compounded by the applications Judge’s further
conclusion that what must be established is “actual”
compliance or compliance “in absolute terms”.
[77] C’est cette fausse perception que le GC aurait le
pouvoir discrétionnaire de désigner un pays qui ne se
conforme pas aux Conventions qui semble avoir amené
le juge de première instance à transformer l’objectif de
désigner des pays « qui se conforment » aux Conventions
en une condition préalable (motifs, au paragraphe 57).
L’erreur est aggravée par une autre conclusion du juge
de première instance selon laquelle c’est la conformité
« effective » ou « rigoureuse » qui doit être établie.
[78] Subsection [102(1)] does not refer to “actual”
compliance or compliance “in absolute terms” nor does
it otherwise specify the type and extent of compliance
contemplated. However, Parliament has specified the
four factors to be considered in determining whether a
country can be designated. These factors are general in
nature and are indicative of Parliament’s intent that the
matter of compliance be assessed on the basis of an
appreciation by the GIC of the country’s policies, practices
and human rights record. Once it is accepted, as it must
be in this case, that the GIC has given due consideration
to these four factors, and formed the opinion that the
candidate country is compliant with the relevant articles
of the Conventions, there is nothing left to be reviewed
judicially. I stress that there is no suggestion in this case
that the GIC acted in bad faith or for an improper purpose.
[78] Or, il n’est pas question de conformité « effective »
ou « rigoureuse » au paragraphe [102(1)], ni par ailleurs
du type et de l’étendue de la conformité exigée. Le législateur a cependant décrit quatre facteurs dont il faut tenir
compte lorsqu’on détermine si un pays peut être désigné.
Il s’agit de facteurs généraux qui montrent que le législateur voulait que la conformité soit examinée sur la foi
d’une évaluation, faite par le GC, des politiques, des
usages et des antécédents en matière de respect des droits
de la personne du pays en question. Une fois que l’on
reconnaît, comme on doit le faire en l’espèce, que le GC
a tenu compte de ces quatre facteurs de manière appropriée et qu’il est arrivé à la conclusion que le pays candidat
se conforme aux articles pertinents des Conventions, il
n’y a plus rien qui puisse faire l’objet d’un contrôle
judiciaire. J’insiste sur le fait que rien, en l’espèce, ne
permet de croire que le GC a agi de mauvaise foi ou dans
un but inapproprié.
[79] Indeed, no such suggestion could be made based
on this record. The Regulatory Impact Analysis Statement (the RIAS) [C. Gaz. 2004.II.1622], published 60
days prior to the effective date of the promulgation,
indicates that the GIC consulted with a number of nongovernmental organizations who felt that the U.S. did
not meet its Convention obligations. These views were
considered together with those of others. In particular,
the RIAS notes that the UNHCR expressed the view that
the U.S. (like Canada), meets its international obligations
(appeal book, Vol. 11, at page 3160). Two weeks before
the effective date of the promulgation, Mr. Assadi, the
UNHCR representative in Canada, reiterated before the
House of Commons Standing Committee on Citizenship
and Immigration that “we consider the U.S. to be a safe
[79] En fait, le dossier ne permet pas de tirer une telle
conclusion en l’espèce. Le Résumé de l’étude d’impact
de la règlementation (le REIR) [Gaz. C. 2004.II.1622],
publié 60 jours avant la prise du Règlement, indique que
le GC a mené des consultations avec un certain nombre
d’organisations non gouvernementales qui estimaient
que les États-Unis ne respectaient pas les obligations
prévues par les Conventions. Cette opinion, et d’autres
également, ont été prises en compte. Le REIR précise en
particulier que le HCR estimait que les États-Unis (tout
comme le Canada) remplissaient leurs obligations internationales (dossier d’appel, vol. 11, à la page 3160).
Deux semaines avant que le Règlement soit pris, M.
Assadi, le représentant du HCR au Canada, a répété
devant le Comité permanent de la citoyenneté et de
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
171
country” (appeal book, Vol. 11, at page 3247). Given the
position of the UNHCR, the main supervisory body in
relation to refugee protection, it cannot be suggested that
the GIC was not acting in good faith, when it designated
the U.S. as a country that complies with its Convention
obligations.
l’immigration de la Chambre des communes : « Nous
considérons les États-Unis comme un pays sûr » (dossier
d’appel, vol. 11, à la page 3247). Vu la position du HCR,
le principal organisme de surveillance de la protection
des réfugiés, on ne peut laisser entendre que le GC n’a
pas agi de bonne foi lorsqu’il a désigné les États-Unis à
titre de pays qui se conforme à ses obligations internationales.
[80] It follows that the fact that the respondents believe,
and that the applications Judge agreed, that the U.S. does
not “actually” comply is irrelevant since this was not the
issue that the applications Judge was called upon to
decide (compare Telecommunications Workers Union v.
Canadian Radio-television and Telecommunications
Commission, [2004] 2 F.C.R. 3 (F.C.A.), at paragraphs
39 to 43). What is relevant is that the GIC considered the
subsection 102(2) factors and, acting in good faith,
designated the U.S. as a country that complies with the
relevant articles of the Conventions and was respectful of
human rights.
[80] Par conséquent, le fait que les intimés croient et
que le juge de première instance convient que les ÉtatsUnis ne se conforment pas [TRADUCTION] « effectivement »
aux Conventions n’est pas pertinent puisque ce n’était
pas la question sur laquelle le juge de première instance
devait se prononcer (comparer avec Syndicat des travailleurs en télécommunications c. Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes, [2004]
2 R.C.F. 3 (C.A.F.), aux paragraphes 39 à 43). Ce qui est
pertinent, c’est que le GC a tenu compte des facteurs
décrits au paragraphe 102(2) et, de bonne foi, a désigné
les États-Unis à titre de pays qui se conforme aux articles
pertinents des Conventions et qui respecte les droits de la
personne.
[81] I should add as an aside that even if “actual
compliance” was a condition precedent, the conclusion
reached by the applications Judge to the effect that the
U.S. did not meet that requirement at the time of
promulgation could not stand since it is largely based on
evidence which postdates the time of the designation (see
paragraphs 87 and 88 below).
[81] J’aimerais ajouter en passant que, même si la
« conformité effective » était une condition préalable, la
conclusion du juge de première instance selon laquelle
les États-Unis ne satisfaisaient pas à cette condition au
moment de la prise du Règlement ne serait pas valable
puisqu’elle repose en grande partie sur des éléments de
preuve postérieurs à la date de la désignation (voir les
paragraphes 87 et 88 ci-dessous).
[82] In short, it was not open to the applications Judge
to hold on any of the alleged grounds that the designation
of the U.S. as a safe third country and the related Regulations were outside the authority of the GIC or that the
Safe Third Country Agreement between Canada and the
U.S. was illegal. I would therefore answer the second
certified question in the negative.
[82] En résumé, il n’était pas loisible au juge de première instance de statuer sur la base des motifs allégués
que la désignation des États-Unis à titre de tiers pays sûr
et le Règlement connexe ne relevaient pas du pouvoir du
GC ou que l’Entente sur les tiers pays sûrs intervenue
entre le Canada et les Etats-Unis était illégale. Je répondrais donc par la négative à la deuxième question certifiée.
The failure to conduct the ongoing review
L’absence de suivi
[83] In their memorandum, at paragraph 95, the
respondents state that they “originally sought a declaration
that both the original and the ongoing designation of the
[83] Au paragraphe 95 de leur mémoire, les intimés
affirment qu’[TRADUCTION] « à l’origine, ils ont demandé
un jugement déclarant que la désignation des États-Unis
172
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
U.S. as a safe third country via the continuing operation
of the Regulations was unconstitutional and ultra vires”
(emphasis by the respondents). They assert earlier in
their memorandum (at paragraph 12) that they sought a
declaration that the appellant had erred by failing to meet
“her statutory continuing review obligation”. The record
does not bear this out. The application filed by the respondents is aimed at the alleged illegal designation of
the U.S. and nothing else. No mention is made of the
alleged failure to review and no declaratory relief (or any
other type of relief) is sought in that regard. This is how
the applications Judge saw the application based on his
own description of the matter before him (reasons, at
paragraphs 1 and 2), and there is no indication that an
amendment to the application brought by the respondents
was sought or obtained in the course of the proceedings.
I note, however, that both the respondents and the appellant made submissions on this issue, although there is no
discussion as to the remedy which would flow from the
alleged failure to review (see the parties’ respective supplementary submissions, appeal book, Vol. 1, at pages
242 to 245 and 357 to 358).
à titre de tiers pays sûr et le maintien de celle-ci par suite
de l’application continue du Règlement étaient inconstitutionnels et excédaient les pouvoirs du GC » (souligné
par les intimés). Les intimés soutiennent précédemment
dans leur mémoire (au paragraphe 12) qu’ils ont
demandé un jugement déclarant que l’appelante avait
commis une erreur en n’effectuant pas [TRADUCTION] « le
suivi exigé par la LIPR ». Or, le dossier ne corrobore pas
ces prétentions. La demande déposée par les intimés vise
la désignation prétendument illégale des États-Unis et
rien d’autre. Nulle part n’est-il question du prétendu
défaut d’assurer le suivi et aucun jugement déclaratoire
(ou un autre type de réparation) n’est demandé à cet égard.
C’est de cette façon que le juge de première instance a
considéré la demande, en tenant compte de sa propre
description de l’affaire (motifs, aux paragraphes 1 et 2),
et rien n’indique qu’une modification de la demande
présentée par les intimés a été demandée ou obtenue au
cours de l’instance. Je souligne cependant que les intimés
et l’appelante ont abordé cette question, même si la réparation pouvant être accordée relativement au prétendu
défaut d’assurer le suivi n’a pas été débattue (voir les
observations supplémentaires des parties, dossier d’appel,
vol. 1, aux pages 242 à 245, 357 et 358).
[84] In his reasons, the applications Judge conducts a
judicial review of this issue (reasons, at paragraphs 264
to 275) and the formal judgment that he gives declares
“that the Governor-in-Council failed to ensure the
continuing review of the United States as a ‘safe third
Country’ as required by subsection 102(2) of IRPA”.
[84] Le juge de première instance traite de cette question dans ses motifs (aux paragraphes 264 à 275) et son
jugement formel indique [TRADUCTION] « que le gouverneur en conseil n’a pas assuré le suivi de la désignation
des États-Unis à titre de “tiers pays sûr”, qui était exigé
par le paragraphe 102(2) de la LIPR ».
[85] It is not clear how this discrete issue became part
of the judicial review application. When asked whether
an amendment was obtained, counsel for the respondents
(Ms. Jackman) could not point to one but gave a stern
response about how things are done by the immigration
bar. She suggested that an amendment can in effect be
made without anyone speaking to it (by “osmosis” is the
description that I used), and that a notice to the profession would be required, if this Court was to find that the
amendment which took place in this case was somehow
inappropriate.
[85] On ne sait pas comment cette question bien distincte en est arrivée à faire partie du contrôle judiciaire.
À la question de savoir si une modification avait été
obtenue, l’avocate des intimés (Me Jackman) n’a pas été
en mesure d’en nommer une, mais a expliqué d’un ton
opiniâtre la manière dont les choses sont faites par les
avocats spécialistes de l’immigration. Elle a laissé entendre qu’une modification peut être apportée sans que
personne n’en parle (j’ai employé l’expression [TRADUCTION] « par osmose ») et qu’un avis à la profession serait
nécessaire si la Cour concluait que la modification en
cause en l’espèce était inappropriée.
[86] I do not believe that I am advocating a return to
procedural formalism if I suggest that an amendment of
[86] Je ne crois pas prôner un retour au formalisme
procédural si j’estime qu’une modification du genre de
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
173
the type here in question required, at the very least, that
the matter be brought to the attention of the applications
Judge so that he could put his mind to the distinct issues
which flowed from it. The failure to do so in this case
has given rise to significant difficulties, which do not
assist anyone.
celle qui est en cause en l’espèce exigeait, à tout le
moins, que la question soit portée à l’attention du juge de
première instance afin qu’il puisse examiner les questions
particulières qui en découlaient. Ne pas l’avoir fait en
l’espèce a entraîné des problèmes graves, qui n’ont aidé
personne.
[87] First, the applications Judge never alludes to the
fact that this additional issue becomes relevant only if
the designation was validly promulgated in the first place.
His conclusion was that the designation was void ab
initio. Second, the applications Judge reviews the matter
of the alleged failure to perform the ongoing review as a
decision subject to a standard of reasonableness (reasons,
at paragraph 105). There was, on the record before the
applications Judge, no suggestion that the GIC was asked
to perform this duty and refused to do so. Absent a decision, the remedy which flows from a failure to perform
a statutory duty is a mandamus compelling the government actor to perform the duty.
[87] Premièrement, le juge de première instance ne fait
jamais allusion au fait que cette question additionnelle
devient pertinente seulement si la désignation a été faite
valablement à l’origine. Or, il a conclu que cette désignation était nulle ab initio. Deuxièmement, le juge de
première instance contrôle la question du prétendu défaut
d’assurer le suivi comme s’il s’agissait d’une décision
assujettie à la norme de la décision raisonnable (motifs,
au paragraphe 105). Le dossier dont il disposait n’indiquait pas que l’on avait demandé au GC de procéder à ce
suivi et que celui-ci avait refusé. Faute de décision, la
réparation à laquelle donne lieu le défaut d’exécuter une
obligation imposée par la loi est un mandamus enjoignant à l’acteur gouvernemental d’exécuter l’obligation.
[88] More importantly, the issue raised by the purported
amendment allowed the applications Judge to have regard
to an extensive body of evidence, adduced by both sides,
which postdates the designation. The applications Judge
relied on this evidence indiscriminately to support both
his conclusion that the GIC had failed to conduct the
ongoing review and that the designation was ultra vires.
(This is evident throughout the reasons, but see for example paragraphs 7, and 260 to 262 where the applications
Judge relies on the Maher Arar Report [Report of the
Events Relating to Maher Arar] to support his view that
the designation was illegal when made in 2004 although
the report was only released in 2006.)
[88] Fait plus important, la question soulevée par la
prétendue modification a permis au juge de première
instance de tenir compte d’une preuve abondante, produite
par l’appelante et par les intimés, qui est postérieure à la
désignation. Le juge de première instance s’est appuyé
sans distinction sur cette preuve pour conclure que le GC
n’avait pas assuré le suivi et que la désignation excédait
les pouvoirs du GC. (Cette position ressort de l’ensemble
des motifs, mais voir, par exemple, les paragraphes 7 et
260 à 262, où le juge de première instance s’appuie sur
le rapport concernant Maher Arar [Rapport sur les événements concernant Maher Arar] pour statuer que la
désignation était illégale lorsqu’elle a été faite en 2004,
même si le rapport a été rendu public seulement en
2006.)
[89] There is one key date that the applications Judge
had to be mindful of: December 29, 2004, when the
Regulations came into force, the last relevant date for the
assessment of the vires issue. Regardless of the conditions
precedent which one wishes to apply, the vires of the
Regulations could not be assessed on the basis of facts,
events or developments that are subsequent to the date
of the promulgation. The applications Judge seems to
recognize so much at paragraph 273 of his reasons, where
[89] Il y a une date importante que le juge de première
instance aurait dû retenir : le 29 décembre 2004, la date
à laquelle le Règlement est entré en vigueur, la dernière
date pertinente en ce qui a trait à l’évaluation de la
question de légalité. Peu importe les conditions préalables
que l’on veut appliquer, la légalité du Règlement ne
pouvait pas être évaluée sur la foi de faits survenus après
la date de la prise du Règlement. C’est ce que le juge de
première instance semble d’ailleurs reconnaître au para-
174
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
he says that the third country must be shown to have
complied with the relevant articles of the Conventions
before the Regulations are passed. However, he reviewed
the evidence without regard to this date (Appendix II to
these reasons sets out, from a cursory review, the body of
evidence before the applications Judge which postdates
the date of promulgation as well as that which he
specifically considered in support of his conclusion that
the Regulations were ultra vires).
graphe 273 de ses motifs, lorsqu’il dit qu’il faut démontrer
que le « pays tiers » s’est conformé aux articles pertinents
de la Convention avant la prise du Règlement. Or, il a
examiné la preuve sans tenir compte de cette date (l’annexe II des présents motifs donne un aperçu des éléments
de preuve qui ont été présentés au juge de première
instance et qui sont postérieurs à la date de prise du
Règlement et de ceux qu’il a expressément pris en
considération pour conclure que le Règlement excédait
les pouvoirs conférés par la LIPR).
[90] In my respectful view, the applications Judge’s
failure to focus on the relevant date (as well as the other
issues which went unaddressed) can only be attributed
to the fact that the purported amendment to include the
alleged failure to conduct the ongoing review was never
spoken to. The respondents’ contention that an amendment of the type here in issue can take place without
being spoken to is ill advised and serves no one. If the
respondents wanted to enlarge their judicial review application, it was incumbent upon them to bring the appropriate motion.
[90] À mon avis, le juge de première instance n’a pas
tenu compte de la date pertinente (ni des autres questions
qui n’ont pas été tranchées) tout simplement parce qu’il
n’a jamais été question de la prétendue modification
concernant le défaut du GC d’assurer le suivi. La prétention des intimés selon laquelle une modification de ce
genre peut être apportée sans qu’elle soit débattue est
déraisonnable et n’aide personne. Si les intimés voulaient
élargir leur demande de contrôle judiciaire, il leur incombait de présenter la requête appropriée.
[91] That said, because the parties conducted their case
on the basis that some form of amendment took place, I
will nevertheless address the applications Judge’s conclusion that the GIC failed to conduct the ongoing review.
[91] Cela étant dit, je vais tout de même examiner la
conclusion du juge de première instance selon laquelle le
GC n’a pas assuré le suivi, parce que les parties ont
présenté leur thèse comme si la modification dont il est
question ci-dessus avait été apportée.
[92] In my respectful view, the conclusion reached by
the applications Judge suffers from the same fundamental
flaw as his initial conclusion: it assumes that the GIC
had an ongoing obligation to monitor “actual” compliance or compliance “in absolute terms”. That is not
how the obligation to review is framed. The obligation is
directed at the review of the four factors identified in
subsection 102(2) of the IRPA, and is intended to ensure
that the GIC continues to monitor these factors so as to
be in a position to reassess the opportunity of maintaining
the designation should the evolution of the factors so
require.
[92] À mon avis, la conclusion tirée par le juge de
première instance comporte le même défaut que sa
première conclusion : le juge de première instance suppose que le GC avait l’obligation de vérifier de manière
continue la conformité « effective » ou « rigoureuse ».
Or, l’obligation d’assurer le suivi n’est pas ainsi libellée :
il s’agit d’assurer le suivi de l’examen des quatre facteurs
prévus par le paragraphe 102(2) de la LIPR. Cette obligation vise à assurer que le GC continue de surveiller le
respect des quatre facteurs afin d’être en mesure de
réévaluer la possibilité de maintenir la désignation au
besoin.
[93] In this respect, the record shows that directives
were adopted as early as October 12, 2004, to ensure “a
continuing review of factors set out in subsection 102(2)
of the Immigration and Refugee Protection Act with
respect to countries designated under paragraph 102(1)(a)
[93] À cet égard, le dossier révèle que des directives
ont été adoptées dès le 12 octobre 2004 afin d’assurer
« le suivi de l’examen des facteurs énoncés au paragraphe 102(2) de la LIPR à l’égard des pays désignés en
vertu de l’alinéa 102(1)a) de la Loi » (affidavit de M.
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
175
of that Act” (Scoffield affidavit, appeal book, Vol. 11,
Tab 33, at paragraph 42 and Exhibit B-11). These directives require the Minister of Citizenship and Immigration
to undertake a review “on a continuous basis” of those
factors and report to the GIC on a regular basis, or more
often should circumstances warrant.
Scoffield, dossier d’appel, vol. 11, onglet 33, au paragraphe 42 et pièce B-11). Ces directives exigent que le
ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration assure le
suivi « de façon permanente » et en rende compte au GC
régulièrement, ou plus souvent si les circonstances le
justifient.
[94] The record reveals that on May 29, 2006, the
UNHCR’s representative in Canada again appeared before
the House of Commons Standing Committee on Citizenship and Immigration regarding the UNHCR’s one year
review of the Safe Third Country Agreement and expressed the view that both countries continue to qualify
as safe third countries (see Scoffield affidavit, appeal
book, Vol. 11, Tab 33, at page 3101, paragraph 36 and
Exhibit B10, at page 3247).
[94] Le dossier révèle que le représentant du HCR au
Canada a comparu de nouveau devant le Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration de la Chambre
des communes le 29 mai 2006, relativement à l’examen
de la première année de l’Entente sur les tiers pays sûrs
qui a été effectué par le HCR. Selon lui, les deux pays
constituaient toujours des tiers pays sûrs (affidavit de M.
Scoffield, dossier d’appel, vol. 11, onglet 33, à la page
3101, paragraphe 36 et pièce B10, à la page 3247).
[95] Further, in June 2006, pursuant to Article 8,
paragraph 3 of the Safe Third Country Agreement, the
UNHCR released a report [Monitoring Report: CanadaUnited States “Safe Third Country” Agreement, 29
December 2004–28 December 2005], assessing the first
12 months of the Safe Third Country Agreement’s operation (Tom Heinze affidavit, appeal book, Vol. 12, Tab
34, Exhibit TH2, at page 3382). The crux of the report’s
conclusions is as follows (Tom Heinze affidavit, appeal
book, Vol. 12, Tab 34, Exhibit TH2, at page 3387) [at
page 6]:
[95] En outre, le HCR a publié un rapport en juin 2006
[Rapport de surveillance : Entente sur les tiers pays sûrs
entre le Canada et les É.-U., 29 décembre 2004–28
décembre 2005], en vertu de l’article 8, paragraphe 3 de
l’Entente sur les tiers pays sûrs, portant sur les 12 premiers mois d’application de cette entente (affidavit de
Tom Heinze, dossier d’appel, vol. 12, onglet 34, pièce
TH2, à la page 3382). Le HCR conclu principalement
(affidavit de Tom Heinze, dossier d’appel, vol. 12, onglet
34, pièce TH2, à la page 3387) [à la page 7] :
It is the UNHCR’s overall assessment that the Agreement has
generally been implemented by the Parties according to its
terms, and, with regard to those terms, international refugee
law. The Agreement appears to be functioning relatively smoothly. Individuals who request protection are generally given an
adequate opportunity to lodge refugee claims at the ports of
entry and eligibility determination decisions under the Agreement have generally been made correctly.
Selon l’évaluation globale du HCR, les modalités de l’Entente
ont, en général, été respectées par les parties lors de la mise en
œuvre de celle-ci et ces modalités étaient conformes au droit
international des réfugiés. L’Entente semble fonctionner de
manière relativement efficace. De façon générale, les personnes
qui demandent à être protégées se voient offrir une possibilité
suffisante de faire une demande d’asile aux points d’entrée, et
les décisions en matière de détermination de la recevabilité aux
termes de l’Entente sont généralement correctes.
UNHCR notes, however, particular concern with respect to the
Parties’ continued use of the direct back policy. This has been
especially problematic for asylum-seekers directed back from
Canada to the United States, as a number were detained in the
United States and unable to attend their scheduled interviews.
[Footnote omitted.]
Toutefois, le HCR souligne qu’il est en particulier préoccupé
par l’utilisation continue par les parties de la politique de renvoi
temporaire. Cela a surtout posé un problème aux demandeurs
d’asile qui ont fait l’objet d’un renvoi temporaire du Canada vers
les É.-U. car certains d’entre eux ont été détenus aux É.-U. et
n’ont pu se présenter à leur entrevue. [Note de bas de page
omise.]
“The direct back policy” refers to the process whereby an
asylum seeker approaches a port of entry at a time when border
officials are unable to process his or her claim and is returned
La « politique de renvoi temporaire » est le processus par lequel
un demandeur d’asile se présente à un point d’entrée au moment
où les agents à la frontière ne sont pas en mesure de traiter sa
176
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
to the U.S. after having been given a scheduled time for an
interview. The UNHCR criticism was that many claimants
were not allowed to re-enter Canada to attend their scheduled
interviews.
demande d’asile et est retourné aux États-Unis après qu’une
date d’entrevue a été fixée. Le HCR critiquait le fait que de
nombreux demandeurs n’avaient pas été autorisés à revenir au
Canada pour assister à leur entrevue.
[96] The Canadian government, in conjunction with
the U.S. and the UNHCR, released a further report in
November 2006 [A Partnership for Protection: Year One
Review]. As part of this report, the Canadian authorities
indicated that they had phased out the use of “direct back
policies” as of August 31, 2006 (Canada-United States
Safe Third Agreement, Year One Review, appeal book,
Vol. 12, at page 3337).
[96] Le gouvernement canadien a publié un rapport en
novembre 2006 [Partenariat pour la protection : Examen
de la première année], en collaboration avec les ÉtatsUnis et le HCR. Les autorités canadiennes ont indiqué
dans ce rapport qu’elles avaient arrêté progressivement
d’appliquer la « politique de renvoi temporaire » depuis
le 31 août 2006 (Entente entre le Canada et les ÉtatsUnis sur les tiers pays sûrs, Examen de la première
année, dossier d’appel, vol. 12, à la page 3337).
[97] In my respectful view, the record does not support
the applications Judge’s conclusion that the GIC is in
breach of its obligation to conduct the ongoing review
mandated by subsection 102(3) of the IRPA.
[97] À mon avis, le dossier n’étaie pas la conclusion
du juge de première instance selon laquelle le GC ne
remplit pas son obligation d’assurer le suivi exigé par le
paragraphe 102(3) de la LIPR.
Third certified question: The Charter challenge
La troisième question certifiée : la contestation fondée
sur la Charte
[98] At the hearing, counsel for the respondent organizations insisted on the fact that their public interest
standing was not being challenged in this appeal. As
previously noted, the applications Judge refused to certify
the question proposed by the appellant challenging their
standing. However, the applications Judge’s refusal to
certify a question with respect to standing does not immunize this issue from review on appeal. Once a question
has been certified, and an appeal is launched, the Court’s
appellate jurisdiction is not limited by the certified
question(s) (Pushpanathan v. Canada (Minister of Citizenship and Immigration), [1998] 1 S.C.R. 982, at paragraph 25; Baker v. Canada (Minister of Citizenship and
Immigration), [1999] 2 S.C.R. 817, at paragraph 12).
[98] À l’audience, l’avocat des organisations intimées
a insisté sur le fait que la qualité de ces dernières pour
agir dans l’intérêt public n’était pas contestée dans le
cadre du présent appel. Comme je l’ai mentionné précédemment, le juge du procès a refusé de certifier la question
proposée par l’appelante à ce sujet. Le refus du juge de
première instance de certifier une question concernant la
qualité pour agir n’empêche cependant pas l’examen de
cette question en appel. Lorsqu’une question a été certifiée et qu’un appel est interjeté, la compétence de la
Cour en appel n’est pas limitée par les questions certifiées
(Pushpanathan c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et
de l’Immigration), [1998] 1 R.C.S. 982, au paragraphe
25; Baker c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de
l’Immigration), [1999] 2 R.C.S. 817, au paragraphe 12).
[99] Relying on their public interest standing, the respondent organizations successfully challenged the validity
of the Regulations on Charter grounds, based on evidence
(the same evidence that formed the basis of the vires
challenge) that a class of refugees would be subject to a
real risk of refoulement as a result of the Safe Third
Country Agreement and that therefore, their section 7
and section 15 Charter rights were violated. To this end,
[99] S’appuyant sur leur qualité pour agir dans l’intérêt
public, les organisations intimées ont contesté avec succès
la validité du Règlement pour des motifs liés à la Charte,
en présentant des éléments de preuve (sur lesquels était
aussi fondée la contestation de la légalité) qui démontraient qu’une catégorie de réfugiés seraient exposés à
un risque véritable de refoulement en raison de l’Entente
sur les tiers pays sûrs et que, par conséquent, les droits
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
177
they maintained, and the applications Judge agreed, that
their challenge is not dependent on John Doe’s (reasons,
at paragraph 51), but concerns a class of refugees, which
they say would be treated in a certain way if they were
to present themselves at a Canadian land border port of
entry (idem).
qui leur sont garantis aux articles 7 et 15 de la Charte ne
sont pas respectés. Elles ont soutenu à cet égard que leur
contestation ne dépend pas de celle de M. Untel (motifs,
au paragraphe 51), mais concerne une catégorie de réfugiés qui, selon elles, seraient traités d’une certaine façon
s’ils se présentaient à un poste frontalier terrestre canadien.
Le juge de première instance leur a donné raison sur ce
point (idem).
[100] In my respectful view, this hypothetical approach,
which the applications Judge entertained, goes against
the well-established principle that a Charter challenge
cannot be mounted in the abstract. The only exception is
where it can be shown that the impugned legislation
would otherwise be immune from challenge (Canadian
Council of Churches (S.C.C), at pages 255-256):
[100] À mon avis, cette approche hypothétique que le
juge de première instance a employée va à l’encontre du
principe bien établi selon lequel une contestation fondée
sur la Charte ne peut être examinée dans l’abstrait, sauf
s’il est démontré que les dispositions législatives en
cause ne pourraient pas être contestées d’une autre façon
(Conseil canadien des Églises (C.S.C.), aux pages 255 et
256) :
From the material presented, it is clear that individual
claimants for refugee status, who have every right to challenge
the legislation, have in fact done so. There are, therefore, other
reasonable methods of bringing the matter before the Court.
On this ground the applicant Council must fail. I would hasten
to add that this should not be interpreted as a mechanistic application of a technical requirement. Rather it must be remembered that the basic purpose for allowing public interest standing
is to ensure that legislation is not immunized from challenge.
Here there is no such immunization as plaintiff refugee claimants
are challenging the legislation. Thus the very rationale for the
public interest litigation party disappears. [My emphasis.]
Il ressort des documents présentés que des demandeurs
individuels du statut de réfugié, qui ont le droit de contester la
loi, s’en sont prévalu. Il existe donc d’autres méthodes raisonnables de saisir la cour de la question. Pour ce motif, le Conseil
requérant ne peut avoir gain de cause. Je m’empresserais
d’ajouter que cette décision ne devrait pas être interprétée
comme le résultat d’une application mécaniste d’une exigence
technique. On doit plutôt se rappeler que l’objet fondamental
de la reconnaissance de la qualité pour agir dans l’intérêt public
est de garantir qu’une loi n’est pas à l’abri de la contestation.
En l’espèce, la loi ne l’est pas puisque des demandeurs du statut
de réfugié la conteste. En conséquence, le motif à la base même
de la reconnaissance à une partie de la qualité pour agir dans
l’intérêt public disparaît. [Non souligné dans l’original.]
The applications Judge distinguishes the present situation from the one confronting the Supreme Court in the
above case on the basis that in the matter before him, a
refugee would have to bring the challenge from outside
of Canada (reasons, at paragraph 43).
Selon le juge de première instance, la présente affaire est
différente de celle dont était saisie la Cour suprême dans
Conseil canadien des Églises, précité, car, en l’espèce,
un réfugié devrait présenter la contestation à partir de
l’extérieur du Canada (motifs, au paragraphe 43).
[101] With respect, there is no evidence that a refugee
would have to bring a challenge from outside Canada.
Refugees must present themselves at a Canadian land
border port of entry in order for an officer to determine
whether, on the balance of probabilities, they fall within
one of the enumerated exceptions and whether the claim
should be referred to the Immigration and Refugee Board.
During this time, the refugee claimant remains in Canada,
as according to the Canadian government’s one-year
report alluded to earlier (at paragraph 96), Canadian
authorities phased out the “direct send back policy” as
[101] En toute déférence, la preuve ne démontre pas
qu’un réfugié devrait présenter la contestation à partir de
l’extérieur du Canada. Un réfugié doit se présenter à un
poste frontalier terrestre canadien pour qu’un agent
décide si, selon la prépondérance des probabilités, il est
visé par l’une des exceptions prévues et si la demande
d’asile devrait être transmise à la Commission de
l’immigration et du statut de réfugié. Pendant ce temps,
le demandeur d’asile demeure au Canada puisque, selon
ce qu’indique le rapport publié par le gouvernement du
Canada à la suite de l’examen de la première année
178
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
of August 31, 2006. During this time, the refugee claimant
can be represented by counsel (reasons, at paragraph
288). Furthermore, in its one-year report, the Canadian
government encourages non-governmental organizations
to assist in maintaining the well-being of refugees
throughout the process (affidavit of Tom Heinze, appeal
book, Vol. 12, Tab 34, Exhibit TH2, at page 3336). It
follows that once it is determined that a claimant cannot
remain in Canada by reason of the Safe Third Country
Agreement, nothing prevents the claimant from challenging this determination on Charter grounds.
d’application de l’Entente sur les tiers pays sûrs dont il
a été question précédemment (au paragraphe 96), les
autorités canadiennes ont arrêté progressivement d’appliquer la « politique de renvoi temporaire » depuis le 31
août 2006. Pendant ce temps, le demandeur d’asile peut
être représenté par un avocat (motifs, au paragraphe 288).
En outre, dans son rapport concernant la première année
d’application de l’Entente sur les tiers pays sûrs, le gouvernement canadien encourage les organisations non
gouvernementales à aider à assurer le bien-être des réfugiés pendant tout le processus (affidavit de Tom Heinze,
dossier d’appel, vol. 12, onglet 34, pièce TH2, à la page
3336). Ainsi, une fois qu’on a déterminé qu’il ne peut
pas demeurer au Canada en raison de l’Entente sur les
tiers pays sûrs, rien n’empêche un demandeur d’asile de
contester cette décision en se fondant sur la Charte.
[102] Consequently, in this case, the ability of the
respondent organizations to bring the Charter challenge
depends on John Doe. However, John Doe never presented
himself at the Canadian border and therefore never
requested a determination regarding his eligibility. Following the renewed evidence regarding the threat that the
FARC poses to his life, U.S. immigration authorities
agreed to reconsider his claim and he remains in the U.S.
The applications Judge’s conclusion that John Doe should
nevertheless be considered as having come to the border
and as having been denied entry runs directly against the
established principle that Charter challenges cannot be
mounted on the basis of hypothetical situations.
[102] Par conséquent, la capacité des organisations intimées de déposer une contestation fondée sur la Charte en
l’espèce dépend de M. Untel. Ce dernier ne s’étant jamais
présenté à la frontière canadienne, il n’a donc jamais fait
examiner la recevabilité de sa demande d’asile. Après
avoir pris connaissance de la nouvelle preuve concernant
les menaces de mort proférées par les FARC à son
endroit, les autorités américaines de l’immigration ont
accepté de réexaminer sa demande et il est demeuré aux
États-Unis. La conclusion du juge de première instance
selon laquelle il fallait néanmoins considérer que M.
Untel s’était présenté à la frontière et n’avait pas été
autorisé à entrer au Canada va directement à l’encontre
du principe bien établi selon lequel une contestation
fondée sur la Charte ne peut reposer sur des hypothèses.
[103] There is, in this case, no factual basis upon which
to assess the alleged Charter breaches. The respondent
organizations’ main contention is directed at a border
officer’s lack of discretion to forgo returning a claimant
to the U.S. for reasons other than the enumerated exceptions set out in section 159.5 of the Regulations. This
challenge, however, should be assessed in a proper factual context—that is, when advanced by a refugee who
has been denied asylum in Canada pursuant to the Regulations and faces a real risk of refoulement in being sent
back to the U.S. pursuant to the Safe Third Country Agreement.
[103] Il n’y a, en l’espèce, aucun fait justifiant un
examen des prétendues atteintes portées à la Charte. La
principale prétention des organisations intimées a trait
au fait que les agents à la frontière n’ont pas le pouvoir
discrétionnaire de refuser de renvoyer un demandeur aux
États-Unis pour une autre raison que les exceptions
énumérées à l’article 159.5 du Règlement. La présente
contestation devrait cependant être examinée dans un
contexte factuel approprié, c’est-à-dire être présentée par
un réfugié à qui l’asile a été refusé au Canada en application du Règlement et qui est exposé à un risque véritable de refoulement en étant renvoyé aux États-Unis en
vertu de l’Entente sur les tiers pays sûrs.
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
179
[104] It follows that the Charter challenge should not
have been entertained by the applications Judge. I would
therefore decline answering the third certified question.
[104] Par conséquent, le juge de première instance
n’aurait pas dû examiner la contestation fondée sur la
Charte. Je refuserais donc de répondre à la troisième
question certifiée.
[105] For these reasons, I would allow the appeal, set
aside the decision of the applications Judge and answer
the certified questions as follows:
[105] Pour ces motifs, j’accueillerais l’appel, j’annulerais la décision du juge de première instance et je répondrais aux questions certifiées de la manière suivante :
[TRADUCTION]
(1) What is the appropriate standard of review in respect of the
Governor-in-Council’s decision to designate the United States
of America as a “safe third country” pursuant to s. 102 of the
Immigration and Refugee Protection Act?
1) Quelle est la norme de contrôle applicable relativement à la
décision du gouverneur en conseil de désigner les États-Unis
d’Amérique comme « tiers pays sûr » conformément à l’article
102 de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés?
Answer: correctness;
Réponse : la norme de la décision correcte;
(2) Are paragraphs 159.1 to 159.7 (inclusive) of the Immigration and Refugee Protection Regulations and the Safe Third
Country Agreement between Canada and the United States of
America ultra vires and of no legal force and effect?
2) Est-ce que les articles 159.1 à 159.7 (inclusivement) du
Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés et
l’Entente sur les tiers pays sûrs entre le Canada et les ÉtatsUnis d’Amérique sont ultra vires et n’ont aucune valeur ou
effet juridique?
Answer: no;
Réponse : non;
(3) Does the designation of the United States of America as a
“safe third country” alone or in combination with the ineligibility provision of clause 101(1)(e) of the Immigration and
Refugee Protection Act violate sections 7 and 15 of the Canadian Charter of Rights and Freedoms and is such violation
justified under section 1?
3) La désignation des États-Unis d’Amérique à titre de « tiers
pays sûr », par elle-même ou combinée à la disposition sur
l’irrecevabilité de l’alinéa 101(1)e) de la Loi sur l’immigration
et la protection des réfugiés, viole-t-elle les articles 7 et 15 de
la Charte canadienne des droits et libertés, et la violation estelle justifiée au sens de l’article premier?
Answer: no answer can be given at this stage.
Réponse : aucune réponse ne peut être donnée à cette
étape-ci.
By agreement, the parties will assume their respective
costs.
Les parties consentent à prendre en charge leurs propres
dépens.
RICHARD C.J.: I agree.
LE JUGE EN CHEF RICHARD : Je suis d’accord.
***
***
The following are the reasons for judgment rendered
in English by
Ce qui suit est la version française des motifs du
jugement rendus par
EVANS J.A.:
LE JUGE EVANS, J.C.A. :
180
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
A. INTRODUCTION
A. INTRODUCTION
[106] I have had the advantage of reading the reasons
of my colleague, Noël J.A., and gratefully adopt his
careful review of the facts. I agree that the appeal should
be allowed. I agree also that the applications Judge
should not have entertained the respondents’ request for
declarations that the Regulations are invalid because they
are in breach of sections 7 and 15 of the Charter.
[106] J’ai eu l’avantage de lire les motifs de mon
collègue, le juge Noël. Je lui suis gré d’avoir procédé à
un examen minutieux des faits, auquel je souscris. Je suis
d’accord pour dire que l’appel doit être accueilli. Je
conviens également que le juge de première instance
n’aurait pas dû examiner la requête des intimés visant à
obtenir un jugement déclaratoire portant que le Règlement
est invalide parce qu’il contrevient aux articles 7 et 15
de la Charte.
[107] However, in my opinion, the reasons for concluding that the applications Judge erred in determining the
merits of the Charter challenges to the Regulations are,
for the most part, equally applicable to the administrative
law challenge. To grant the declaratory relief sought by
the respondents would be premature and serve little
useful purpose. Since the application for judicial review
should have been dismissed without a determination of
the substantive issues raised, no questions should have been
certified, and none should be answered by this Court.
[107] Cependant, à mon avis, les motifs étayant la
conclusion que le juge de première instance a commis
une erreur en se prononçant sur le bien-fondé de la contestation du Règlement fondée sur la Charte s’appliquent
également, pour la plupart, à la contestation fondée sur
le droit administratif. Il serait prématuré et il ne servirait
à peu près à rien de prononcer le jugement déclaratoire
demandé par les intimés. Puisque la demande de contrôle
judiciaire aurait dû être rejetée sans rendre de décision
sur les questions de fond soulevées, aucune question
n’aurait dû être certifiée, et la Cour ne devrait répondre
à aucune d’entre elles.
[108] I would only add that my colleague’s reasons do
not persuade me that the issues of statutory interpretation
and the scope of judicial review raised by the respondents’ application are so clear and incontrovertible that
they warrant a departure from the guiding principle of
judicial restraint that it is generally better to say less than
more.
[108] Je voudrais seulement ajouter que les motifs de
mon collègue ne m’ont pas convaincu que les questions
relatives à l’interprétation législative et à la portée du
contrôle judiciaire soulevées dans la demande des intimés
sont à ce point claires et incontestables qu’elles justifient
une dérogation au principe directeur de la retenue judiciaire selon lequel il vaut mieux généralement en dire
moins que plus.
B. LIMITS ON THE AWARD OF DECLARATORY
RELIEF
B. LIMITES AU JUGEMENT DÉCLARATOIRE
[109] The declaration is a flexible public and private
law remedy, unencumbered with historical and technical
baggage. Nonetheless, a declaration that the exercise of
a statutory power is invalid will not be granted before the
issues have ripened sufficiently to make them appropriate
for adjudication. It may serve little useful purpose to
grant a declaration prematurely, in the absence of
concrete facts about an individual whose rights are or
may be at stake.
[109] Le jugement déclaratoire est un redressement
souple de droit public et privé, qui n’obéit à aucune contrainte historique ou technique. Néanmoins, un jugement
déclarant que l’exercice d’un pouvoir conféré par la loi
est invalide ne sera pas prononcé avant que les questions
ne soient prêtes à être tranchées. Il ne serait guère utile
de prononcer un jugement déclaratoire prématurément,
en l’absence de faits concrets concernant une personne
dont les droits sont ou peuvent être en jeu.
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
181
[110] While courts have entertained requests for
declarations in respect of questions which may arise and
affect individuals in the future, they must be satisfied that
the benefits of making a legal determination outweigh
the disadvantages of pronouncing in the abstract. In my
opinion, the balance in this case clearly favours judicial
restraint.
[110] Bien que les tribunaux aient examiné des requêtes
visant à obtenir des jugements déclaratoires à l’égard de
questions qui pourraient être soulevées et influer sur les
personnes à l’avenir, ils doivent être convaincus que les
avantages de rendre une décision judiciaire l’emportent
sur les inconvénients de statuer dans l’abstrait. À mon
avis, la prépondérance en l’espèce favorise nettement la
retenue judiciaire.
[111] Litigants seeking declaratory relief have also
sometimes been barred by a lack of standing. Before the
applications Judge, the appellant had argued that the
application should be dismissed on this ground. However, the Judge exercised his discretion to confer public
interest standing on the respondents in part because he
found that there was no effective alternative method of
bringing the validity of the Regulations before the Court.
Claimants, he said, could not realistically be expected to
make a claim at the Canadian border, only to be sent
back to the United States to face the possibility of refoulement. Accordingly, the applications Judge distinguished Canadian Council of Churches v. Canada
(Minister of Employment and Immigration), [1992] 1
S.C.R. 236, on the ground that the potential refugee
claimants in that case had an effective alternative remedy
because they would be within Canada.
[111] Les parties qui demandent un jugement déclaratoire en ont aussi parfois été empêchées lorsqu’elles
n’avaient pas la qualité pour agir. Devant le juge de
première instance, l’appelante avait soutenu que la
demande devrait être rejetée pour ce motif. Cependant, le
juge a exercé son pouvoir discrétionnaire afin de conférer
aux intimés la qualité pour agir dans l’intérêt public en
partie parce qu’il estimait qu’il n’y avait pas d’autre
méthode efficace pour saisir la Cour de la validité du
Règlement. Selon lui, il serait irréaliste de s’attendre à ce
que les demandeurs d’asile présentent leur demande
d’asile à la frontière canadienne, pour se voir ensuite
renvoyés aux États-Unis où ils risquent d’être refoulés.
Par conséquent, le juge de première instance a fait une
distinction d’avec l’arrêt Conseil canadien des Églises
c. Canada (Ministre de l’Emploi et de l’Immigration),
[1992] 1 R.C.S. 236, au motif que les demandeurs éventuels du statut de réfugié dans cette affaire disposaient
d’un autre recours efficace parce qu’ils se trouvaient au
Canada.
[112] Counsel for the appellant did not pursue before
us the question of standing. However, the fact that the
respondent organizations are not affected by the outcome
of the litigation cannot be altogether separated from the
issues of prematurity and utility. The inclusion of John
Doe as an applicant does not cure the latter difficulties,
even though, having been denied asylum and a withholding of removal from the United States, he may wish
to come to Canada to claim refugee protection. I note
that, at the time of this litigation, John Doe’s claim not to
be removed from the United States was being reassessed
and he had not applied at the border for refugee protection in Canada.
[112] L’avocat de l’appelante n’a pas abordé devant
nous la question de la qualité pour agir. Cependant, le
fait que les organisations intimées ne soient pas touchées
par l’issue du litige ne peut pas être totalement séparé
des questions de prématurité et d’utilité. L’ajout de M.
Untel en qualité de demandeur ne résout pas ces difficultés, même si, s’étant vu refuser l’asile et un sursis à
son renvoi des États-Unis, il est possible qu’il souhaite
venir au Canada pour demander l’asile. Je constate que,
au moment des présentes procédures, la demande de M.
Untel visant à ne pas être renvoyé des États-Unis faisait
l’objet d’une nouvelle évaluation et qu’il n’avait pas
demandé l’asile à la frontière canadienne.
[113] True, a declaration of invalidity of the Regulations on Charter or administrative law grounds might
well assist people like John Doe, who believe that they
[113] En effet, un jugement déclaratoire portant que le
Règlement est invalide pour des motifs fondés sur la
Charte ou le droit administratif pourrait certes aider les
182
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
have a better chance of establishing their claim for
protection in Canada than in the United States, but are
reluctant to come to the border for fear that they will be
summarily turned back, and then promptly removed by
United States’ authorities. If the Regulations were
declared to be invalid, of course, they would be assured
of access to Canada’s refugee determination system.
personnes comme M. Untel, qui croient qu’elles ont de
meilleures chances de démontrer le bien-fondé de leur
demande d’asile au Canada qu’aux États-Unis, mais
hésitent à venir à la frontière de peur de se faire enjoindre
sommairement de faire demi-tour, puis d’être aussitôt
renvoyés par les autorités américaines. Si le Règlement
était déclaré invalide, ils seraient évidemment assurés
d’avoir accès au système de détermination du statut de
réfugié du Canada.
[114] However, Canadian law respecting refugee protection is only engaged when claimants seek protection
from Canadian officials in Canada, including a port of
entry. The provisions of neither the international Conventions relied on in this litigation, nor the Charter, require
Canada to abstain from enacting regulations which may
deter nationals of third countries in the United States
from coming to the Canadian border to claim refugee
protection or protection from torture. Article 33 of the
Refugee Convention (RC) and Article 3 of the Convention against Torture ([hereinafter] CAT) impose a negative
obligation not to refoule, not a positive obligation to
receive potential claimants: James C. Hathaway, The
Rights of Refugees under International Law (Cambridge:
Cambridge University Press, 2005), at page 301.
[114] Cependant, la législation canadienne relative à
la protection des réfugiés s’applique seulement lorsque
des demandeurs d’asile demandent la protection auprès
des agents canadiens au Canada, y compris à un point
d’entrée. Ni les dispositions des conventions internationales invoquées en l’espèce, ni celles de la Charte, n’exigent que le Canada s’abstienne d’adopter des règlements
qui pourraient dissuader les ressortissants de tiers pays
aux États-Unis de venir à la frontière canadienne pour
demander l’asile ou la protection contre la torture. L’article 33 de la Convention sur les réfugiés et l’article 3 de
la Convention contre la torture imposent une obligation
négative de ne pas refouler, non une obligation positive
d’accueillir les demandeurs éventuels : James C.
Hathaway, The Rights of Refugees under International
Law (Cambridge : Cambridge University Press, 2005), à
la page 301.
C. BARS TO RELIEF IN THE PRESENT CASE
C. OBSTACLES AU REDRESSEMENT EN L’ESPÈCE
[115] There are two essential problems with the declarations of invalidity sought in the respondents’ application for judicial review with respect to the validity of
the Safe Third Country Agreement ([hereinafter] STCA)
Regulations. First, they do not match the allegations that,
with respect to some categories of claimants, the policy
and practice of the United States concerning refugee
protection do not comply with international law. Second,
they are not tailored to meet the proper concern of Canadian law, namely that claimants for refugee protection in
Canada are not returned to a country to face a real risk of
removal in contravention of Article 33 of the RC and
Article 3 of the CAT. In short, to grant the declarations
sought would serve no legitimate purpose and would
require the Court to embark on inadequately focussed
and abstract inquiries.
[115] Les jugements déclaratoires d’invalidité demandés
par les intimés dans leur demande de contrôle judiciaire
soulèvent deux problèmes fondamentaux relativement à
la validité des dispositions réglementaires relatives à la
mise en œuvre de l’Entente sur les tiers pays sûrs ([ciaprès] ETPS). Premièrement, ils ne correspondent pas
aux allégations selon lesquelles, relativement à certaines
catégories de demandeurs d’asile, les politiques et les
pratiques des États-Unis en matière de protection des
réfugiés ne sont pas conformes au droit international.
Deuxièmement, ils ne sont pas adaptés à l’objet véritable
de la législation canadienne, à savoir que les demandeurs
d’asile au Canada ne soient pas renvoyés dans un pays où
ils seront exposés à un risque véritable de renvoi en
violation de l’article 33 de la Convention sur les réfugiés
et de l’article 3 de la Convention contre la torture. Bref,
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
183
le fait de prononcer les jugements déclaratoires demandés
ne servirait aucune fin légitime et obligerait la Cour à
s’engager dans des analyses mal ciblées et abstraites.
(i) Declarations of invalidity too broad
i) Jugements déclaratoires d’invalidité de portée trop
générale
[116] The respondents allege that the policy and practice
of the United States are non-compliant with Article 33 of
the RC and Article 3 of the CAT only with respect to
certain categories of claimants. However, to declare the
Regulations implementing the STCA to be invalid in
their entirety, as the applications Judge did, seriously
overshoots the mark.
[116] Les intimés allèguent que les politiques et les
pratiques des États-Unis ne respectent pas l’article 33 de
la Convention sur les réfugiés et l’article 3 de la Convention contre la torture uniquement à l’égard de certaines
catégories de demandeurs d’asile. Cependant, c’est aller
beaucoup trop loin que de déclarer les dispositions réglementaires relatives à la mise en œuvre de l’ETPS invalides
dans leur intégralité, comme le juge de première instance
l’a fait.
[117] It is not a satisfactory solution of this difficulty
to limit the scope of a declaration of invalidity to the
categories of claimants for whom it is alleged that the
United States is not a safe third country. The respondents’
evidence does not purport to show that there is a real risk
that every member of these categories, or significant
numbers of them, are, in fact, at real risk of being refouled.
[117] Limiter la portée d’un jugement déclaratoire
d’invalidité aux catégories de demandeurs d’asile pour
lesquelles il est allégué que les États-Unis ne sont pas un
tiers pays sûr ne constitue pas une solution satisfaisante
à cette difficulté. La preuve des intimés ne vise pas à
démontrer qu’il existe un risque véritable que tous les
membre de ces catégories, ou un grand nombre d’entre
eux, sont, en effet, exposés à un risque véritable d’être
refoulés.
(ii) Timing
ii) Dates pertinentes
[118] Whether a country complies with its international
obligations may change over time. If, as the respondents
allege, the validity of the Regulations depends on the
reasonableness of findings made by the Governor in
Council about compliance at the time of their promulgation, it would seem very odd to declare them to be
invalid, if, at the time of the litigation, the situation had
changed and the United States was in compliance. On
the other hand, delegated legislation surely cannot be
invalid one day and valid the next, or vice versa.
[118] Le fait qu’un pays respecte ses obligations internationales peut changer avec le temps. Si, comme les
intimés l’allèguent, la validité du Règlement dépend du
caractère raisonnable des conclusions tirées par le gouverneur en conseil au sujet du respect de ces obligations
au moment de sa promulgation, il semblerait très étrange
de le déclarer invalide si, au moment des présentes procédures, la situation avait changé et que les États-Unis
les respectaient. Par ailleurs, la législation déléguée ne
peut sûrement pas être invalide un jour et valide le
lendemain, ou vice versa.
[119] For the purpose of ensuring that Canada is not
implicated in a refoulement, the only relevant time for
determining compliance by the United States is when an
individual claims refugee status or protection from torture at the Canadian border and alleges that, if sent back,
[119] Afin de s’assurer que le Canada n’a pas participé
à un refoulement, le seul moment pertinent pour vérifier
le respect des obligations internationales par les ÉtatsUnis est lorsqu’une personne demande le statut de réfugié
ou la protection contre la torture à la frontière canadienne
184
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
there is a real risk that she will be refouled by the United
States.
et allègue que, si elle est renvoyée, elle sera exposée à
un risque véritable d’être refoulée par les États-Unis.
(iii) Unwieldy nature of the inquiry
iii) Nature complexe de l’analyse
[120] The inquiry that the respondents say is required
by this application for judicial review is another indication
that it is misconceived. The Court is asked to examine, at
large, wide swaths of U.S. refugee policy and practice in
order to determine whether it was reasonable for the
Governor in Council to conclude that it complied with
international law.
[120] L’analyse que requiert la présente demande de
contrôle judiciaire, selon les intimés, est un autre indice
qu’elle est mal comprise. La Cour est appelée à examiner,
de façon générale, une grande partie des politiques et des
pratiques des États-Unis en matière de statut de réfugié
afin de déterminer s’il était raisonnable pour le gouverneur
en conseil de conclure qu’elles étaient conformes au
droit international.
[121] The nature and breadth of this inquiry is unlike
the more focussed inquiries typically undertaken through
the judicial process. Its inherently problematic nature
strongly suggests that a court should only be prepared to
embark upon it if necessary to protect individuals from
being indirectly refouled by officers of the Canadian
Border Services Agency in breach of the Charter and
Canada’s international obligations. As I now seek to
demonstrate, it is not necessary.
[121] La nature et l’ampleur de la présente analyse
sont différentes de celles des analyses plus ciblées normalement effectuées dans le cadre du processus judiciaire.
Sa nature intrinsèquement problématique laisse clairement
entendre qu’un tribunal devrait l’envisager seulement s’il
est nécessaire de protéger les personnes afin qu’elles ne
soient pas refoulées indirectement par les agents de
l’Agence des services frontaliers du Canada en violation
de la Charte et des obligations internationales du Canada.
Je tenterai maintenant de démontrer que ce n’est pas
nécessaire.
(iv) Alternative avenue of recourse
iv) Autre voie de recours
[122] I start with two premises. First, unless clearly
inconsistent with the statutory text, the IRPA and any
regulations made pursuant to it must be construed and
applied so as to be consistent with Canada’s international
obligations in Article 33 of the RC and Article 3 of the
CAT. IRPA, paragraph 3(3)(f) expressly says so. Second,
regulations cannot be applied to an individual at Canada’s
border in a manner that breaches their Charter rights.
[122] Je débute par deux principes. Premièrement, à
moins d’être manifestement incompatibles avec le libellé
de la loi, l’interprétation et la mise en œuvre de la LIPR
et de tout règlement d’application doivent avoir pour
effet de se conformer aux obligations internationales du
Canada énoncées à l’article 33 de la Convention sur les
réfugiés et à l’article 3 de la Convention contre la torture.
La LIPR, à l’alinéa 3(3)f), le mentionne expressément.
Deuxièmement, les dispositions réglementaires ne peuvent s’appliquer à une personne à la frontière canadienne
de manière à violer ses droits garantis par la Charte.
[123] Article 33 of the RC and Article 3 of the CAT
proscribe indirect as well as direct refoulement. Hence,
refugee claimants at the Canadian land border may not
be turned back to the United States pursuant to the STCA
Regulations if they can establish that, if returned, they
would face a real risk of their removal by the United
States to a country where they have a well-founded fear
[123] L’article 33 de la Convention sur les réfugiés et
l’article 3 de la Convention contre la torture interdisent
le refoulement indirect ainsi que direct. En conséquence,
il se peut que les demandeurs du statut de réfugié à la
frontière terrestre canadienne ne soient pas renvoyés aux
États-Unis en vertu des dispositions réglementaires relatives à l’ETPS s’ils peuvent démontrer que, s’ils étaient
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
185
of torture, or persecution on a Convention ground. Such
a risk assessment must be made in respect of individual
claimants, in light of the United States’ law and practice
at that time as it pertains to them. A denial of access to
Canada’s refugee determination system would be subject
to an application for leave and for judicial review. These
propositions would seem to flow inexorably from Singh
et al. v. Minister of Employment and Immigration, [1985]
1 S.C.R. 177.
renvoyés, ils seraient exposés à un risque véritable de
renvoi des États-Unis dans un pays où ils craignent avec
raison d’être torturés ou persécutés pour des motifs prévus
par les Conventions. Il faut procéder à une telle évaluation
des risques à l’égard des demandeurs individuels, en
fonction du droit et de la pratique aux États-Unis qui les
visent à ce moment-là. Le refus de l’accès au système de
détermination du statut de réfugié du Canada serait assujetti à une demande d’autorisation et de contrôle judiciaire. Ces propositions semblent découler inexorablement
de l’arrêt Singh et autres c. Ministre de l’Emploi et de
l’Immigration, [1985] 1 R.C.S. 177.
[124] Claimants for refugee status at the Canadian land
border must already be examined to determine if they
are eligible for access to Canada’s refugee determination
system as falling within one of the categories excluded
from the STCA: the presence of a close relative in Canada,
for example. The two-level administrative process established for enabling a person claiming a statutory exemption from the STCA is, according to the applications
Judge, generally completed within a day. This process
could equally well be used to determine whether a person
was eligible for a refugee determination in Canada, on
the ground that, as a person facing a real risk of refoulement if returned to the United States, the Regulations
may not validly be applied to her.
[124] Les demandeurs du statut de réfugié à la frontière
terrestre canadienne doivent avoir déjà été interrogés afin
de déterminer s’ils sont admissibles au système de détermination du statut de réfugié du Canada parce qu’ils
appartiennent à l’une des catégories exclues de l’ETPS :
la présence d’un proche parent au Canada, par exemple.
Selon le juge de première instance, le processus administratif en deux étapes permettant à une personne qui
demande une exemption prévue par la loi à l’ETPS est
généralement achevé en une seule journée. On pourrait
également avoir recours à ce processus afin de déterminer
si une personne est admissible à présenter une demande
de statut de réfugié au Canada, au motif que, étant exposée
à un risque véritable de refoulement si elle était renvoyée
aux États-Unis, il est possible que le Règlement ne puisse
s’appliquer validement à elle.
[125] Of course, adding a risk assessment in some
cases may increase the time and resources needed to
make a decision on eligibility, even though, until a risk of
refoulement was established, a full refugee determination
would not be required. Nor could a claimant be returned
to the United States pending an eligibility determination,
unless the United States’ authorities provided an assurance
that the claimant would not be removed until the eligibility decision had been made. However, I see no viable
alternative if refugee claimants are not to be subject to
indirect refoulement in violation of their Charter rights
and IRPA. No doubt guidelines will be developed to
assist officers in making these eligibility determinations.
[125] Bien entendu, l’ajout d’une évaluation des risques
dans certains cas peut se traduire par une augmentation
du temps et des ressources nécessaires pour statuer sur
l’admissibilité, même si, jusqu’à ce qu’un risque de
refoulement ne soit établi, une décision exhaustive quant
au statut de réfugié n’est pas exigée. Un demandeur
d’asile ne pourrait pas non plus être renvoyé aux ÉtatsUnis en attendant la détermination de l’admissibilité, à
moins que les autorités américaines n’offrent l’assurance
que le demandeur d’asile ne sera pas renvoyé jusqu’à ce
que soit rendue la décision sur l’admissibilité. Cependant,
je ne vois aucune solution de rechange valable si les
demandeurs du statut de réfugié ne font pas l’objet de
refoulement indirect en violation de leurs droits garantis
par la Charte et la LIPR. Il ne fait aucun doute que des
lignes directrices seront élaborées afin d’aider les agents
à prendre des décisions concernant l’admissibilité.
186
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
[126] In this context, the decision of the House of
Lords in Regina (Yogathas) v. Secretary of State for the
Home Department, [2003] 1 A.C. 920 is illuminating.
Pursuant to the Dublin Convention [Convention Determining the State Responsible for Examining Applications
for Asylum Lodged in One of the Member State of the
European Community, 15 June 1990, Dublin], an agreement among members of the European Union with broadly
similar principles and objectives as the STCA, the Secretary of State had decided to return the applicants, nationals
of Sri Lanka, to Germany, their country of first arrival in
the European Union, without a determination in the
United Kingdom of their refugee claims. The applicants
argued that, contrary to Article 33 of the RC, German law
did not recognize refugee claims based on persecution
by non-state agents and that consequently it would be
unlawful for the Secretary of State to return them to
Germany to face refoulement.
[126] Dans ce contexte, la décision de la Chambre des
lords dans Regina (Yogathas) v. Secretary of State for the
Home Department, [2003] 1 A.C. 920, nous éclaire à cet
égard. En vertu de la Convention de Dublin [Convention
relative à la détermination de l’État responsable de
l’examen d’une demande d’asile présentée dans l’un des
États membres des Communautés européennes, 15 juin
1990, Dublin], entente intervenue entre les pays membres
de l’Union européenne dont les principes et les objectifs
sont essentiellement similaires à ceux de l’ETPS, le
secrétaire d’État a décidé de renvoyer les demandeurs,
des ressortissants du Sri Lanka, en Allemagne, le premier
pays de l’Union européenne où ils sont arrivés, sans
qu’une décision ne soit rendue au Royaume-Uni relativement à leur revendication du statut de réfugié. Les
demandeurs ont allégué que, en contravention de l’article
33 de la Convention sur les réfugiés, le droit allemand
ne reconnaissait pas les revendications du statut de réfugié
fondées sur la persécution par des agents non gouvernementaux et qu’il serait donc illégal que le secrétaire
d’État les renvoie en Allemagne où ils risqueraient d’être
refoulés.
[127] The House of Lords recognized the existence of
a tension between the need to ensure the efficient implementation of international “burden sharing” arrangements
for the accelerated return of refugee claimants, and the
need to protect fundamental human rights, including
those created by Article 33: see paragraphs 58 and 74 [of
Yogathas].
[127] La Chambre des lords a reconnu l’existence d’un
conflit entre la nécessité d’assurer la mise en œuvre
efficace des accords internationaux sur le « partage du
fardeau » à l’égard du renvoi accéléré des demandeurs
du statut de réfugié, et la nécessité de protéger les droits
de l’homme fondamentaux, y compris ceux créés aux
termes de l’article 33 : voir les paragraphes 58 et 74 [de
l’arrêt Yogathas].
[128] Thus, it was said, there is a heavy burden on
claimants to establish that they face a real risk of refoulement from a country which was considered safe by the
Secretary of State and was a party to the relevant international human rights instruments: at paragraph 74. The
fact that the law of the “safe country” may not in theory
comply with Article 33 of the RC is not in itself sufficient
to prevent a lawful return to that country. The question,
rather, is a practical one: is there in fact a real risk that the
claimant would be refouled if returned: at paragraph 47.
[128] Ainsi, elle a dit que les demandeurs d’asile doivent
s’acquitter d’un lourd fardeau afin de démontrer qu’ils
sont exposés à un risque véritable de refoulement de la
part d’un pays qui était considéré sûr par le secrétaire
d’État et qui était un pays signataire des instruments
internationaux pertinents portant sur les droits de
l’homme : au paragraphe 74. Le fait que la législation du
« pays sûr » peut, en théorie, ne pas respecter l’article
33 de la Convention sur les réfugiés ne suffit pas en soi
pour empêcher un renvoi légal dans ce pays. La question
est plutôt d’ordre pratique : existe-t-il effectivement un
risque véritable que le demandeur d’asile soit refoulé s’il
était renvoyé : au paragraphe 47.
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
187
[129] The House of Lords also made it clear that, if
satisfied that there were substantial grounds for believing
that a claimant would be at risk of refoulement if sent
back to the country of first arrival, the Secretary of State
could not simply return the claimant to that country
because of the existence of the “country of first arrival”
agreement: at paragraphs 11 and 74. A claimant who
establishes a risk of refoulement would then be eligible
for a refugee determination in the United Kingdom.
[129] La Chambre des lords a également précisé que,
si elle était convaincue qu’il y avait des motifs sérieux
de croire qu’un demandeur d’asile risquerait d’être refoulé
s’il était renvoyé dans le premier pays où il est arrivé, le
secrétaire d’État ne pourrait simplement renvoyer le
demandeur d’asile dans ce pays en raison de l’existence
de l’entente sur le « premier pays d’arrivée » : paragraphes
11 et 74. Un demandeur d’asile qui démontre un risque
de refoulement serait ensuite admissible à présenter une
demande de statut de réfugié au Royaume-Uni.
[130] In short, a declaration of invalidity of the STCA
Regulations is not required in order to ensure that they
are not applied to claimants for protection at the land
border in breach of either Canada’s international obligations not to refoule, or the Charter.
[130] Bref, il n’est pas nécessaire de déclarer invalides
les dispositions réglementaires relatives à la mise en
œuvre de l’ETPS afin de s’assurer qu’elles ne s’appliquent
pas aux demandeurs d’asile à la frontière terrestre en
violation des obligations internationales du Canada de
ne pas refouler ou encore de la Charte.
D. CONCLUSIONS
D. CONCLUSIONS
[131] For these reasons I would allow the appeal.
[131] Pour ces motifs, j’accueillerais l’appel.
APPENDIX I
ANNEXE I
Impugned Regulations
Dispositions réglementaires contestées
159.1 The following definitions apply in this section and
sections 159.2 to 159.7.
159.1 Les définitions qui suivent s’appliquent au présent
article et aux articles 159.2 à 159.7.
“Agreement” means the Agreement dated December 5, 2002
between the Government of Canada and the Government of
the United States of America for Cooperation in the Examination of Refugee Status Claims from Nationals of Third
Countries.
« Accord » L’Entente entre le gouvernement du Canada et le
gouvernement des États-Unis d’Amérique pour la coopération en matière d’examen des demandes d’asile présentées
par des ressortissants de tiers pays en date du 5 décembre
2002.
“claimant” means a claimant referred to in paragraph 101(1)(e)
of the Act.
« demandeur » Demandeur visé par l’alinéa 101(1)e) de la Loi.
“designated country” means a country designated by section
159.3.
« États-Unis » Les États-Unis d’Amérique, à l’exclusion de Porto
Rico, des Îles Vierges, de Guam et des autres possessions et
territoires de ce pays.
“family member”, in respect of a claimant, means their spouse
or common-law partner, their legal guardian, and any of the
following persons, namely, their child, father, mother, brother,
sister, grandfather, grandmother, grandchild, uncle, aunt,
nephew or niece.
« membre de la famille » À l’égard du demandeur, son époux
ou conjoint de fait, son tuteur légal, ou l’une ou l’autre des
personnes suivantes : son enfant, son père, sa mère, son frère,
sa sœur, son grand-père, sa grand-mère, son petit-fils, sa
petite-fille, son oncle, sa tante, son neveu et sa nièce.
“legal guardian”, in respect of a claimant who has not attained
the age of 18 years, means a person who has custody of the
claimant or who is empowered to act on the claimant’s
« pays désigné » Pays qui est désigné aux termes de l’article
159.3.
188
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
behalf by virtue of a court order or written agreement or by
operation of law.
“United States” means the United States of America, but does
not include Puerto Rico, the Virgin Islands, Guam or any
other United States of America possession or territory.
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
« tuteur légal » À l’égard du demandeur qui a moins de dix-huit
ans, la personne qui en a la garde ou est habilitée à agir en
son nom en vertu d’une ordonnance judiciaire ou d’un accord
écrit ou par l’effet de la loi.
159.2 Paragraph 101(1)(e) of the Act does not apply to a
claimant who is a stateless person who comes directly or
indirectly to Canada from a designated country that is their
country of former habitual residence.
159.2 L’alinéa 101(1)e) de la Loi ne s’applique pas au
demandeur apatride qui arrive directement ou indirectement au
Canada d’un pays désigné dans lequel il avait sa résidence
habituelle.
159.3 The United States is designated under paragraph
102(1)(a) of the Act as a country that complies with Article 33
of the Refugee Convention and Article 3 of the Convention
Against Torture, and is a designated country for the purpose of
the application of paragraph 101(1)(e) of the Act.
159.3 Les États-Unis sont un pays désigné au titre de l’alinéa
102(1)a) de la Loi à titre de pays qui se conforme à l’article 33
de la Convention sur les réfugiés et à l’article 3 de la Convention contre la torture et sont un pays désigné pour l’application de l’alinéa 101(1)e) de la Loi.
159.4 (1) Paragraph 101(1)(e) of the Act does not apply to a
claimant who seeks to enter Canada at
159.4 (1) L’alinéa 101(1)e) de la Loi ne s’applique pas au
demandeur qui cherche à entrer au Canada à l’un ou l’autre des
endroits suivants :
(a) a location that is not a port of entry;
a) un endroit autre qu’un point d’entrée;
(b) a port of entry that is a harbour port, including a ferry
landing; or
b) un port, notamment un débarcadère de traversier, qui est
un point d’entrée;
(c) subject to subsection (2), a port of entry that is an airport.
c) sous réserve du paragraphe (2), un aéroport qui est un
point d’entrée.
(2) Paragraph 101(1)(e) of the Act applies to a claimant who
has been ordered removed from the United States and who
seeks to enter Canada at a port of entry that is an airport while
they are in transit through Canada from the United States in
the course of the enforcement of that order.
(2) Dans le cas où le demandeur cherche à entrer au Canada
à un aéroport qui est un point d’entrée, l’alinéa 101(1)e) de la
Loi s’applique s’il est en transit au Canada en provenance des
États-Unis suite à l’exécution d’une mesure prise par les ÉtatsUnis en vue de son renvoi de ce pays.
159.5 Paragraph 101(1)(e) of the Act does not apply if a
claimant who seeks to enter Canada at a location other than
one identified in paragraphs 159.4(1)(a) to (c) establishes, in
accordance with subsection 100(4) of the Act, that
159.5 L’alinéa 101(1)e) de la Loi ne s’applique pas si le
demandeur qui cherche à entrer au Canada à un endroit autre
que l’un de ceux visés aux alinéas 159.4(1)a) à c) démontre,
conformément au paragraphe 100(4) de la Loi, qu’il se trouve
dans l’une ou l’autre des situations suivantes :
(a) a family member of the claimant is in Canada and is a
Canadian citizen;
a) un membre de sa famille qui est un citoyen canadien est
au Canada;
(b) a family member of the claimant is in Canada and is
b) un membre de sa famille est au Canada et est, selon le cas :
(i) a protected person within the meaning of subsection
95(2) of the Act,
(i) une personne protégée au sens du paragraphe 95(2) de
la Loi,
(ii) a permanent resident under the Act, or
(ii) un résident permanent sous le régime de la Loi,
(iii) a person in favour of whom a removal order has been
stayed in accordance with section 233;
(iii) une personne à l’égard de laquelle la décision du
ministre emporte sursis de la mesure de renvoi la visant
conformément à l’article 233;
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
(c) a family member of the claimant who has attained the
age of 18 years is in Canada and has made a claim for refugee
protection that has been referred to the Board for determination, unless
c. CANADA
189
c) un membre de sa famille âgé d’au moins dix-huit ans est
au Canada et a fait une demande d’asile qui a été déférée à
la Commission sauf si, selon le cas :
(i) the claim has been withdrawn by the family member,
(i) celui-ci a retiré sa demande,
(ii) the claim has been abandoned by the family member,
(ii) celui-ci s’est désisté de sa demande,
(iii) the claim has been rejected, or
(iii) sa demande a été rejetée,
(iv) any pending proceedings or proceedings respecting
the claim have been terminated under subsection 104(2)
of the Act or any decision respecting the claim has been
nullified under that subsection;
(iv) il a été mis fin à l’affaire en cours ou la décision a été
annulée aux termes du paragraphe 104(2) de la Loi;
(d) a family member of the claimant who has attained the
age of 18 years is in Canada and is the holder of a work permit
or study permit other than
d) un membre de sa famille âgé d’au moins dix-huit ans est au
Canada et est titulaire d’un permis de travail ou d’un permis
d’études autre que l’un des suivants :
(i) a work permit that was issued under paragraph 206(b)
or that has become invalid as a result of the application of
section 209, or
(i) un permis de travail qui a été délivré en vertu de l’alinéa
206b) ou qui est devenu invalide du fait de l’application de
l’article 209,
(ii) a study permit that has become invalid as a result of
the application of section 222;
(ii) un permis d’études qui est devenu invalide du fait de
l’application de l’article 222;
(e) the claimant is a person who
e) le demandeur satisfait aux exigences suivantes :
(i) has not attained the age of 18 years and is not accompanied by their mother, father or legal guardian,
(i) il a moins de dix-huit ans et n’est pas accompagné par
son père, sa mère ou son tuteur légal,
(ii) has neither a spouse nor a common-law partner, and
(ii) il n’a ni époux ni conjoint de fait,
(iii) has neither a mother or father nor a legal guardian in
Canada or the United States;
(iii) il n’a ni père, ni mère, ni tuteur légal au Canada ou
aux États-Unis;
(f) the claimant is the holder of any of the following documents, excluding any document issued for the sole purpose
of transit through Canada, namely,
f) le demandeur est titulaire de l’un ou l’autre des documents
ci-après, à l’exclusion d’un document délivré aux seules fins
de transit au Canada :
(i) a permanent resident visa or a temporary resident visa
referred to in section 6 and subsection 7(1), respectively,
(i) un visa de résident permanent ou un visa de résident
temporaire visés respectivement à l’article 6 et au paragraphe 7(1),
(ii) a temporary resident permit issued under subsection
24(1) of the Act,
(ii) un permis de séjour temporaire délivré au titre du
paragraphe 24(1) de la Loi,
(iii) a status document referred to in subsection 31(3) of
the Act,
(iii) un titre de voyage visé au paragraphe 31(3) de la Loi,
(iv) refugee travel papers issued by the Minister of
Foreign Affairs, or
(iv) un titre de voyage de réfugié délivré par le ministre
des Affaires étrangères,
(v) a temporary travel document referred to in section 151;
(v) un titre de voyage temporaire visé à l’article 151;
190
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
(g) the claimant is a person
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
g) le demandeur :
(i) who may, under the Act or these Regulations, enter
Canada without being required to hold a visa, and
(i) peut, sous le régime de la Loi, entrer au Canada sans
avoir à obtenir un visa,
(ii) who would, if the claimant were entering the United
States, be required to hold a visa; or
(ii) ne pourrait, s’il voulait entrer aux États-Unis, y entrer
sans avoir obtenu un visa;
(h) the claimant is
h) le demandeur est :
(i) a foreign national who is seeking to re-enter Canada
in circumstances where they have been refused entry to
the United States without having a refugee claim adjudicated there, or
(i) soit un étranger qui cherche à rentrer au Canada parce
que sa demande d’admission aux États-Unis a été refusée
sans qu’il ait eu l’occasion d’y faire étudier sa demande
d’asile,
(ii) a permanent resident who has been ordered removed
from the United States and is being returned to Canada.
(ii) soit un résident permanent qui fait l’objet d’une mesure
prise par les États-Unis visant sa rentrée au Canada.
159.6 Paragraph 101(1)(e) of the Act does not apply if a
claimant establishes, in accordance with subsection 100(4) of
the Act, that the claimant
159.6 L’alinéa 101(1)e) de la Loi ne s’applique pas si le demandeur démontre, conformément au paragraphe 100(4) de la
Loi, que, selon le cas :
(a) is charged in the United States with, or has been convicted there of, an offence that is punishable with the death
penalty in the United States;
a) il est mis en accusation, aux États-Unis, pour une infraction
qui pourrait lui valoir la peine de mort dans ce pays, ou y a
été déclaré coupable d’une telle infraction;
(b) is charged in a country other than the United States with,
or has been convicted there of, an offence that is punishable
with the death penalty in that country; or
b) il est mis en accusation dans un pays autre que les ÉtatsUnis pour une infraction qui pourrait lui valoir la peine de
mort dans ce pays, ou y a été déclaré coupable d’une telle
infraction;
(c) is a national of a country with respect to which the
Minister has imposed a stay on removal orders under subsection 230(1) or a stateless person who is a former habitual
resident of a country or place with respect to which such a
stay has been imposed, and if
c) il a la nationalité d’un pays — ou, s’il est apatride, avait
sa résidence habituelle dans un pays ou un lieu donné — à
l’égard duquel le ministre a imposé un sursis aux mesures de
renvoi aux termes du paragraphe 230(1) dans la mesure où :
(i) the stay has not been cancelled under subsection
230(2), and
(i) le sursis n’a pas été révoqué en vertu du paragraphe
230(2),
(ii) the claimant is not identified in subsection 230(3).
(ii) le demandeur n’est pas visé par le paragraphe 230(3).
159.7 (1) For the purposes of paragraph 101(1)(e) of the Act,
the application of all or part of sections 159.1 to 159.6 and this
section is discontinued, in accordance with subsections (2) to
(6), if
159.7 (1) Pour l’application de l’alinéa 101(1)e) de la Loi, il
est sursis à l’application de l’ensemble ou de toute partie des
articles 159.1 à 159.6 et du présent article, conformément aux
paragraphes (2) à (6), dans l’un ou l’autre des cas suivants :
(a) a notice of suspension of the Agreement setting out the
period of suspension is publicized broadly in the various
regions of Canada by the Minister via information media
and on the website of the Department;
a) un avis de suspension de l’Accord prévoyant la période de
suspension est diffusé par le ministre sur l’ensemble du territoire canadien par le truchement des médias d’information et
du site Web du ministère;
(b) a notice of renewal of the suspension of the Agreement
setting out the period of renewal of suspension is published
in accordance with subsection (6);
b) un avis de continuation de la suspension de l’Accord
prévoyant la période de suspension est publié conformément
au paragraphe (6);
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
191
(c) a notice of suspension of a part of the Agreement is
issued by the Government of Canada and the Government
of the United States; or
c) un avis de suspension partielle de l’Accord est délivré par
le gouvernement du Canada et le gouvernement des ÉtatsUnis;
(d) a notice of termination of the Agreement is issued by the
Government of Canada or the Government of the United
States.
d) un avis de dénonciation de l’Accord est délivré par le
gouvernement du Canada ou le gouvernement des ÉtatsUnis.
(2) Subject to subsection (3), if a notice of suspension of the
Agreement is publicized under paragraph (1)(a), sections 159.2
to 159.6 are rendered inoperative for a period of up to three
months that shall be set out in the notice, which period shall
begin on the day after the day on which the notice is publicized.
(2) Sous réserve du paragraphe (3), dans le cas où un avis de
suspension de l’Accord est diffusé aux termes de l’alinéa (1)a),
les articles 159.2 à 159.6 sont inopérants à compter du jour
suivant la diffusion de l’avis, et ce pour la période d’au plus
trois mois prévue dans l’avis.
(3) If a notice of renewal of the suspension of the Agreement
is published under paragraph (1)(b), sections 159.2 to 159.6
are rendered inoperative for the further period of up to three
months set out in the notice.
(3) Dans le cas où un avis de continuation de la suspension
de l’Accord est publié aux termes de l’alinéa (1)b), les articles
159.2 à 159.6 sont inopérants pour la période supplémentaire
d’au plus trois mois prévue dans l’avis.
(4) If a notice of suspension of part of the Agreement is
issued under paragraph (1)(c), those provisions of these Regulations relating to the application of the Agreement that are
referred to in the notice are rendered inoperative for a period
that shall be set out in the notice. All other provisions of these
Regulations continue to apply.
(4) Dans le cas où un avis de suspension partielle de l’Accord
est délivré aux termes de l’alinéa (1)c), les dispositions du
présent règlement portant sur l’application de l’Accord qui sont
mentionnées dans l’avis sont inopérantes pour la période qui y
est prévue. Les autres dispositions du présent règlement continuent de s’appliquer.
(5) If a notice of termination of the Agreement is issued
under paragraph (1)(d), sections 159.1 to 159.6 and this section
cease to have effect on the day set out in the notice
(5) Dans le cas où un avis de dénonciation de l’Accord est
délivré aux termes de l’alinéa (1)d), les articles 159.1 à 159.6
et le présent article cessent d’avoir effet à la date prévue dans
l’avis.
(6) Any notice referred to in paragraph (1)(b), (c) or (d) shall
be published in the Canada Gazette, Part I, not less than seven
days before the day on which the renewal, suspension in part
or termination provided for in the notice is effective.
(6) Tout avis visé aux alinéas (1)b), c) ou d) est publié dans
la Gazette du Canada Partie I au moins sept jours avant la date
de prise d’effet de la mesure en cause.
APPENDIX II
ANNEXE II
Evidence cited in respondents’ supplementary memorandum of fact and law that post-dates the designation of
the U.S. as a safe third country (appeal book, Vol. 1, at
page 210 and following)
Éléments de preuve cités dans le mémoire supplémentaire des faits et du droit des intimés qui sont postérieurs
à la désignation des États-Unis à titre de tiers pays sûr
(dossier d’appel, vol. 1, aux pages 210 et suivantes)
• Situation of Detainees at Guantanamo Bay, Report of
the Rapporteurs, UN Commission on Human Rights
E/CN.4/2006.120, February 15, 2006 (paras. 27, 86)
• Situation des personnes détenues à Guantanamo Bay,
Rapport des rapporteurs, Commission des droits de
l’homme des Nations Unies, E/CN.4/2006.120, 15 février 2006 (par. 27 et 86)
• Human Rights Watch, Still at Risk: Diplomatic Assurances No Safeguard Against Torture (April 2005) (para.
27)
• Human Rights Watch, Still at Risk: Diplomatic Assurances No Safeguard Against Torture (avril 2005) (par.
27)
192
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
• de Guzman v. Canada (Minister of Citizenship and
Immigration), [2006] 3 F.C.R. 655 (F.C.A.) (para. 31)
• de Guzman c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et
de l’Immigration), [2006] 3 R.C.F. 655 (C.A.F.) (par. 31)
• L. Khandwala, K. Musalo, S. Knight and M. A. K.
Hreschyshyn, “The One-Year Bar: Denying protection
to bona fide refugees, contrary to congressional intent
and violative of international law”, Immigration Briefings
(August 2005) (paras. 49, 50, 55)
• L. Khandwala, K. Musalo, S. Knight et M. A. K.
Hreschyshyn, « The One-Year Bar: Denying protection
to bona fide refugees, contrary to congressional intent and
violative of international law », Immigration Briefings
(août 2005) (par. 49, 50 et 55)
• Li v. Canada (Minister of Citizenship and Immigration),
[2005] 3 F.C.R. 239 (F.C.A.), affirming the difference in
standards between the U.S. and Canada regarding the
risk of persecution (para. 53, No. (a))
• Li c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration), [2005] 3 R.C.F. 239 (C.A.F.), reconnaissant les
normes différentes qui s’appliquent aux États-Unis et au
Canada quant au risque de persécution (par. 53, no (a))
• Executive Office of Immigration Review Statistical
Yearbook 2005, cited for statistics on acceptance rates in
the U.S (para. 53, No. (b))
• Executive Office of Immigration Review Statistical
Yearbook 2005, cité pour les statistiques sur les taux
d’acceptation aux États-Unis (par. 53, no (b))
• Benslimane v. Gonzales, 430 F.3d 828, 830 (7th Cir.
2005), cited for the proposition that the U.S. adjudication
of refugee cases at the administrative level has fallen
below the minimum standards of legal justice (para. 53,
No. (e))
• Benslimane v. Gonzales, 430 F.3d 828, 830 (7th Cir.
2005), cité relativement à la proposition selon laquelle
le processus décisionnel administratif concernant les
demandes d’asile aux États-Unis ne respectait pas les
normes minimale de justice (par. 53, no (e))
• Arias v. Ashcroft 143 Fed.Appx. 464 (August 2, 2005)
• Arias v. Ashcroft, 143 Fed.Appx. 464 (2 août 2005)
• Bermudez v. Canada (Minister of Citizenship and
Immigration), 2005 FC 286 (para. No. 56(c))
• Bermudez c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de
l’Immigration), 2005 CF 286 (par. 56, no (c))
• Matter of S-B-, 24 I&N Dec. 42 (BIA 2006), for the
proposition that the REAL ID Act (May 2005), diverges
from previous adopted standards regarding credibility
(para. 63)
• Matter of S-B-, 24 I&N Dec. 42 (BIA 2006), concernant
la proposition selon laquelle la REAL ID Act (mai 2005)
ne correspond pas aux normes adoptées précédemment
au regard de la crédibilité (par. 63)
• Conclusions and recommendations from the Committee
against Torture: Canada, July 7, 2005 (para. 76)
• Conclusions et recommandations du Comité contre la
torture, Canada, 7 juillet 2005 (par. 76)
• European Parliament, Interim Report on the Alleged
Use of European Countries by the CIA for the Transportation and Illegal Detention of Prisoners 2006/2027 (INI)
Final A6-9999/2006, June 2006 (para. 79).
• Parlement européen, Rapport intérimaire sur l’utilisation
alléguée de pays européens par la CIA pour le transport
et la détention illégale de prisonniers 2006/2027 (INI)
Final A6-9999/2006, juin 2006 (par. 79)
• Parry, Hohin T., “The Shape of Modern Torture:
Extraordinary Rendition and Ghost Detainees” (2005)
Melbourne JIL 516 (paras. 79, 86)
• Parry, Hohin T., « The Shape of Modern Torture:
Extraordinary Rendition and Ghost Detainees », (2005)
Melbourne JIL 516 (par. 79 et 86)
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
193
• 2006 American Civil Liberties Union Documents
(para. 81)
• 2006 American Civil Liberties Union Documents (par.
81)
• Detainee Treatment Act of 2005 (para. 81)
• Detainee Treatment Act of 2005 (par. 81)
• Title X: Military Commissions Act, Pub. L. No. 109366, 120 Stat. 2600 (Oct. 17, 2006) (para. 81)
• Title X: Military Commissions Act, Pub. L. No. 109366, 120 Stat. 2600 (17 oct. 2006) (par. 81)
Respondents’ affiants considered by the applications
Judge
Affidavits produits par les intimés qui ont été pris en
compte par le juge de première instance
** All the affidavits seek to establish the state of U.S.
law as of when they were filed—e.g. on or after December 29, 2005
** Tous les affidavits visent à établir l’état du droit américain à la date de leur dépôt, p. ex. le 29 décembre 2005
ou après cette date.
Georgetown affidavits
Affidavits de Georgetown
• Covers the period from October 1999 to June 2005
(appellant’s compendium, Tab 3, para. 19; most articles
and case law covered relates to 2005, including the
REAL ID Act)
• Portent sur la période allant d’octobre 1999 à juin 2005
(recueil de l’appelante, onglet 3, par. 19; la plupart des
articles et des décisions judiciaires concernent l’année
2005, notamment la REAL ID Act)
• Diaware v. Gonzales, 2006 WL 37047 (S. Ct. Jan. 9,
2006); Sukwanputra v. Gonzales, 2006 U.S. App. Lexis
1178 (3rd Cir. January 19, 2006)
• Diaware v. Gonzales, 2006 WL 37047 (S. Ct., 9 janvier
2006); Sukwanputra v. Gonzales, 2006 U.S. App. Lexis
1178 (3rd Cir., 19 janvier 2006)
• In re Budy Santoso, A 79 494 698 at 1 (BIA, May 23,
2005) (footnote 31)
• In re Budy Santoso, A 79 494 698, 1 (BIA, 23 mai 2005)
(note 31)
Karen Musalo, supplementary affidavit
Karen Musalo, affidavit supplémentaire
• BIA decision in Matter of Kasinga (June 2006)
(appellant’s compendium)
• Décision du BIA dans Matter of Kasinga (juin 2006)
(recueil de l’appelante)
Morton Sklar
Morton Sklar
• Refers to Auguste v. Ridge, 395 F.3d 123 (3rd Cir.
2005), for narrow conception of torture for purposes of
intent analysis in U.S. law (para. 7)
• Fait référence à Auguste v. Ridge, 395 F.3d 123 (3rd
Cir. 2005), pour une conception étroite de la torture aux
fins de l’analyse de l’objet de la loi américaine (par. 7)
• Nina Bernstein, “Deportation Case Focuses on Definition of Torture”, N.Y. Times, March 11, 2005 (para. 9)
• Nina Bernstein, « Deportation Case Focuses on Definition of Torture », N.Y. Times, 11 mars 2005 (par. 9)
• REAL ID Act (May 2005)
• REAL ID Act (mai 2005)
194
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
Deborah Anker, (affidavit & supplementary affidavit)
Deborah Anker (affidavit et affidavit supplémentaire)
• Bill Freelick, “US Detention of Asylum Seekers:
What’s the Problem? What’s the solution?” 10 Bender’s
Immigration Bulletin 564, p. 570 (April 1, 2005).
• Bill Freelick, « US Detention of Asylum Seekers:
What’s the Problem? What’s the solution? » 10 Bender’s
Immigration Bulletin 564, p. 570 (1er avril 2005)
• Department of Homeland Security, Homeland Secretary
Michael Chertoff Announces Six-Point Agenda for
Department of Homeland Security (July 13, 2005) to
support present lack of general counsel with jurisdiction
over all aspects of asylum law and policy in the U.S.;
Marcia Coyle, “A swamped DOJ farms out immigration
cases; The Workload spread to other divisions and U.S.
attorneys nationally” (National Law Journal, February 28,
2005); Tomas v. Ashcroft, 409 F. 3d 1177 (9th Cir. 2005);
Jonathan Nelson, “Staking the Pillars of Asylum Law”,
83 Interpreters Releases 1 (2006); Ralph Blumenthal,
“Chinese Boy Asks for Stay of Deportation, Citing Fear”,
N.Y. Times, June 7, 2005 (forced return) (para. 4)
• Department of Homeland Security, Homeland Secretary
Michael Chertoff Announces Six-Point Agenda for
Department of Homeland Security (13 juillet 2005), étaie
l’absence actuelle d’un avocat général chargé de tous les
aspects du droit et de la politique en matière d’asile aux
États-Unis; Marcia Coyle, « A swamped DOJ farms out
immigration cases; The Workload spread to other divisions
and U.S. attorneys nationally » (National Law Journal,
28 février 2005); Tomas v. Ashcroft, 409 F.3d 1177 (9th
Cir. 2005); Jonathan Nelson, « Staking the Pillars of
Asylum Law », 83 Interpreters Releases 1 (2006); Ralph
Blumenthal, « Chinese Boy Asks for Stay of Deportation,
Citing Fear », N.Y. Times, 7 juin 2005 (renvoi forcé) (par.
4)
• Border Protection, Antiterrorism, and Illegal Immigration Control Act of 2005 (para. 5)
• Border Protection, Antiterrorism, and Illegal Immigration Control Act of 2005 (par. 5)
• Adam Liptak, “Courts Criticize Immigrations Judges’
Handling of Asylum Cases”, N.Y. Times, Dec. 26, 2005;
Pasha v. Gonzales, 2005 U.S. App. LEXIS 28899, 1 (7th
Cir. December 29, 2005) in support of jurisprudential
problems (para 5)
• Adam Liptak, « Courts Criticize Immigrations Judges’
Handling of Asylum Cases », N.Y. Times, 26 décembre
2005; Pasha v. Gonzales, 2005 U.S. App. LEXIS 28899,
1 (7th Cir., 29 décembre 2005), concernant les problèmes
jurisprudentiels (par. 5)
• REAL ID Act, (May 2005) (para. 15)
• REAL ID Act (mai 2005) (par. 15)
• Zhen Li Iao v. Gonzales, 400 F.3d 530, 533-535 (7th
Cir. 2005), dealing with challenges of establishing credibility (para. 20)
• Zhen Li Iao v. Gonzales, 400 F.3d 530, 533-535 (7th
Cir. 2005), portant sur la difficulté d’établir la crédibilité
(par. 20)
• Kanchaeveli v. Gonzales, 2005 U.S. App. LEXIS
11122 (3rd Cir. 2005) (para. 20)
• Kanchaeveli v. Gonzales, 2005 U.S. App. LEXIS
11122 (3rd Cir. 2005) (par. 20)
• Bocova v. Gonzales, 412 F.3d 257 (1st Cir. 2005)
(para. 26)
• Bocova v. Gonzales, 412 F.3d 257 (1st Cir. 2005) (par.
26)
• See para. 28, footnote 61 for extensive references to
case law in 2005 regarding discretionary nature of persecution analysis
• Voir le par. 28, note 61, où sont mentionnées de nombreuses décisions judiciaires rendues en 2005 relativement
à la nature discrétionnaire de l’analyse concernant la
persécution
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
195
Eleanor Acer
Eleanor Acer
• United States Commission on International Religious
Freedom, Report on Asylum Seekers in Expedited Removal
(February 2005) (paras. 3, 13)
• United States Commission on International Religious
Freedom, Report on Asylum Seekers in Expedited Removal
(février 2005) (par. 3 et 13)
• Bill Freelick, U.S. Detention of Asylum Seekers and
Human Rights, March 1, 2005 (para. 8), for statistics on
detention and 2006 President’s fiscal budget, which
includes a 19 percent increase for the Detention and
Removal Office of Department of Homeland Security
(para. 13)
• Bill Freelick, U.S. Detention of Asylum Seekers and
Human Rights, 1er mars 2005 (par. 8), pour des statistiques
sur la détention et le budget fiscal de 2006 du président,
qui prévoit une augmentation de 19 p. 100 pour le Detention and Removal Office du Department of Homeland
Security (par. 13)
Victoria Neilson
Victoria Neilson
• REAL ID Act (May 2005) (para. 8)
• REAL ID Act (mai 2005) (par. 8)
Susan Akram
Susan Akram
• REAL ID Act (para. 5)
• REAL ID Act (par. 5)
• Susan Akram and Maritza Karmely, “Immigration and
Constitutional Consequences of Post 9/11 Policies Involving Arabs and Muslims in the United States: Is “lienage
a Distinction without a Difference?” 38 U.C. Davis L.
Rev. 609 (2005)
• Susan Akram et Maritza Karmely, « Immigration and
Constitutional Consequences of Post 9/11 Policies
Involving Arabs and Muslims in the United States: Is
Alienage a Distinction without a Difference? », 38 U.C.
Davis L. Rev. 609 (2005)
Evidence cited in appellant’s supplementary memorandum of fact and law, countering the respondents’ contention that the U.S. does not comply with the relevant
articles of the Conventions, that post-dates the designation of the U.S. as a safe third country (appeal book,
Vol. 1, at page 311 and following)
Éléments de preuve cités dans le mémoire supplémentaire
des faits et du droit de l’appelante, afin de réfuter la prétention des intimés selon laquelle les États-Unis ne se
conforment pas aux articles pertinents des Conventions,
qui sont postérieurs à la désignation des États-Unis à titre
de tiers pays sûr (dossier d’appel, vol. 1, aux pages 311 et
suivantes)
• Senate Report 109-273—Department of Homeland
Security Appropriations Bill, 2007 (report issued June
29, 2006) (bill ultimately enacted as Pub. L. 109-295
(October 4, 2006) regarding immigration detentions)
(para. 120)
• Senate Report 109-273—Department of Homeland
Security Appropriations Bill, 2007 (rapport publié le 29
juin 2006) (le projet a été adopté en tant que Pub. L. 109295 (4 octobre 2006), et concerne les détentions en
matière d’immigration) (par. 120)
• Gao v. Gonzales, C.A. 2nd Cir, Docket No. 04-1874ag (March 3, 2006), recognizing that forced marriage in
China is persecution (para. 131)
• Gao v. Gonzales, C.A. 2nd Cir, dossier : 04-1874-ag
(3 mars 2006), qui reconnaît que les mariages forcés
célébrés en Chine constituent de la persécution (par. 131)
196
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
• Roozbahani v. Canada (Minister of Citizenship and
Immigration), 2005 FC 1524; Quevedo v. Canada (Minister of Citizenship and Immigration), 2006 FC 1264;
P.K. v. Canada (Minister of Citizenship and Immigration),
2005 FC 103, for criticisms of Canada’s administrative
decision makers (para. 134)
• Roozbahani c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et
de l’Immigration), 2005 CF 1524; Quevedo c. Canada
(Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration), 2006
CF 1264; P.K. c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et
de l’Immigration), 2005 CF 103, pour des critiques des
décideurs administratifs du Canada (par. 134)
• Aslam v. Canada (Minister of Citizenship and Immigration), 2006 FC 189; El Balazi v. Canada (Minister of
Citizenship and Immigration), 2006 FC 38, in support of
the proposition that filing delay in Canada is a significant
factor in the assessment of a claimant’s well-founded
fear of persecution if there is no justification for the delay
(para. 167)
• Aslam c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de
l’Immigration), 2006 CF 189; El Balazi c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration), 2006 CF
38, appuie la proposition selon laquelle le retard concernant le dépôt au Canada sont un facteur important qui
doit être pris en considération dans l’évaluation de la
crainte fondée de persécution d’un demandeur s’ils ne
sont pas justifiés (par. 167)
• Herrera v. Canada (Minister of Citizenship and Immigration), 2005 FC 1233; Laszlo v. Canada (Minister of
Citizenship and Immigration.), 2005 FC 456; Ortiz Juarez
v. Canada (Minister of Citizenship and Immigration),
2006 FC 288; Lubega v. Canada (Minister of Citizenship
and Immigration) 2006 FC 303; Sy v. Canada (Minister
of Citizenship and Immigration), (2005), 271 F.T.R. 242
(F.C.); Khan v. Canada (Minister of Citizenship and Immigration), 2006 FC 839; Karanja v. Canada (Minister of
Citizenship and Immigration), 2006 FC 574; Kim v.
Canada (Minister of Citizenship and Immigration), 2005
FC 1168; Allafzadeh v. Canada (Minister of Citizenship
and Immigration), 2006 FC 1173; C.P.H. v. Canada
(Minister of Citizenship and Immigration), 2006 FC 367;
Jara v. Canada (Minister of Citizenship and Immigration),
2006 FC 973, in support of the proposition that in Canada,
the Immigration and Refugee Board, the Federal Court
and Federal Court of Appeal have addressed in a similar,
if not identical manner as in the U.S., the issues of credibility, documentary corroboration, nexus, persecution and
gender persecution (para. 176).
• Herrera c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de
l’Immigration), 2005 CF 1233; Laszlo c. Canada (Ministre
de la Citoyenneté et de l’Immigration), 2005 CF 456;
Ortiz Juarez c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de
l’Immigration), 2006 CF 288; Lubega c. Canada (Ministre
de la Citoyenneté et de l’Immigration), 2006 CF 303; Sy
c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration), 2005 CF 379; Khan c. Canada (Ministre de la
Citoyenneté et de l’Immigration), 2006 CF 839; Karanja
c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration), 2006 CF 574; Kim c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration), 2005 CF 1168; Allafzadeh c.
Canada (Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration),
2006 CF 1173; C.P.H. c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration), 2006 CF 367; Jara c. Canada
(Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration), 2006
CF 973, au soutien de la proposition selon laquelle au
Canada la Commission de l’immigration et du statut de
réfugié, la Cour fédérale et la Cour d’appel fédérale ont
traité les questions de crédibilité, de corroboration documentaire, de lien, de persécution et de persécution fondée
sur le sexe d’une manière semblable, sinon identique,
aux États-Unis (par. 176)
Appellant’s affiants
Affidavits déposés par l’appelante
David Martin
David Martin
• REAL ID Act, May 11, 2005
• REAL ID Act, 11 mai 2005
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
197
• Principal U.S. Regulations Relevant to Asylum,
Withholding and CAT protection, From Title 8, Code of
Federal Regulations (2006) (appellant’s compendium,
Tab 8)
• Principaux règlements américains sur l’asile, le sursis
et la protection contre la torture, titre 8 du Code of
Federal Regulations (2006) (recueil de l’appelante, onglet
8)
• Asylum Officer Basic Training Course Manual, draft
dated March 3, 2005 (appellant’s compendium, Tab 10)
• Asylum Officer Basic Training Course Manual, ébauche
datée du 3 mars 2005 (recueil de l’appelante, onglet 10)
• Immigration and Nationality Act of 1952, as amended
through July 24, 2006 (appellant’s compendium, Tab 19)
• Immigration and Nationality Act of 1952, modifiée le
24 juillet 2006 (recueil de l’appelante, onglet 19)
• In re A-H- Respondent, decided January 26, 2005
(appellant’s compendium, Tab 21)
• In re A-H- Respondent, décision rendue le 26 janvier
2005 (recueil de l’appelante, onglet 21)
• Matter of S-K-, Respondent (March 11, 2008) BIA Tab
25(c)
• Matter of S-K-, Respondent (11 mars 2008), BIA,
onglet 25(c)
• Interpretation of the Convention Refugee Definition in
the Case Law, December 31, 2005 (appellant’s compendium, Tab 32)—draws on case law up to December 31,
2005
• La jurisprudence sur la définition de réfugié au sens de
la Convention, 31 décembre 2005 (recueil de l’appelante,
onglet 32) — traite des décisions rendues jusqu’au 31
décembre 2005
• Comprehensive statistics on U.S. Protection Decisions
FY 2001-2005 (Martin affidavit, appeal book, Vol. 6, Tab
A)
• Comprehensive statistics on U.S. Protection Decisions
FY 2001-2005 (affidavit de M. Martin, dossier d’appel,
vol. 6, onglet A)
• Detainee Treatment Act of 2005, published December
30, 2005
• Detainee Treatment Act of 2005, publiée le 30 décembre 2005
• Supplementary affidavit, Exhibit U—unpublished BIA
decisions reversing an immigration judge’s determination
regarding corroboration (2005)
• Affidavit supplémentaire, pièce U — décisions inédites
du BIA infirmant la décision d’un juge de l’immigration
sur la corroboration (2005)
• Supplementary affidavit, Exhibit V—unpublished BIA
decisions reversing an immigration judge’s determination
in mixed motive cases (2005)
• Affidavit supplémentaire, pièce V — décisions inédites
du BIA infirmant la décision d’un juge de l’immigration
dans des cas fondés sur différents motifs (2005)
• Supplementary affidavit, Exhibit X—UNHCR, Asylum
Levels and Trends in Industrialized Countries, Second
Quarter, 2006
• Affidavit supplémentaire, pièce X — HCR, Asylum
Levels and Trends in Industrialized Countries, deuxième
trimestre, 2006
• Asylum Officer Basic Training Course Manual, May
2006 (appeal book, p. 1665)
• Asylum Officer Basic Training Course Manual, mai
2006 (dossier d’appel, p. 1665)
Evidence referred to by the applications Judge postdating the designation of the U.S. as a safe third country
Éléments de preuve mentionnés par le juge de première
instance qui sont postérieurs à la désignation des ÉtatsUnis à titre de tiers pays sûr
198
CANADIAN COUNCIL FOR REFUGEES
v. CANADA
[2009] 3 F.C.R.
The Safe Third Country Agreement was executed in
2002 and it was given effect by the promulgation of
sections 159.1-159.7 of the Regulations, which were
published on November 3, 2004, with an effective date of
December 29, 2004.
L’Entente sur les tiers pays sûrs a été signée en 2002 et
a été mise en œuvre par la prise des articles 159.1 à 159.7
du Règlement, lesquels ont été publiés le 3 novembre
2004 et sont entrés en vigueur le 29 décembre 2004.
(I) One-year time bar & withholding removal
I) Interdiction d’un an et sursis du renvoi
• David Martin affidavit—2005 statistics (reasons, para.
147)
• Affidavit de David Martin — statistiques de 2005
(motifs, par. 147)
• El Balazi v. Canada (Minister of Citizenship and Immigration), 2006 FC 38, for the proposition that Canadian
judges have discretion to look at the reasons for the delay
in determining whether it will be a factor (reasons, para.
156)
• El Balazi c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de
l’Immigration), 2006 CF 38, pour la proposition selon
laquelle les juges canadiens ont le pouvoir discrétionnaire
d’examiner les raisons du retard pour savoir si elles
constituent ou non un facteur acceptable (motifs, par.
156)
• Anker and Musalo anecdotal evidence—no date
(reasons, para. 164)
• Éléments de preuve anecdotiques fournis par MM.
Anker et Musalo — non datés (motifs, par. 164)
(II) Categorical exceptions for criminality and terrorism
II) Exceptions dans les cas de criminalité et de terrorisme
• Re A.H., 23 I&N Dec 774 (A.G. 2005) January 26,
2005, whereby the Court concluded that it was clear that
a person could be refouled if there was a potential belief
that a person may pose a danger and interprets broadly
the exclusions for terrorist activities (reasons, para. 174)
• Re A.H., 23 I&N Dec 774 (A.G. 2005) 26 janvier
2005, où le tribunal a conclu qu’il ne faisait aucun doute
qu’une personne pouvait être refoulée s’il était possible
de croire qu’elle pouvait constituer un danger et a interprété largement les exclusions visant les activités terroristes
(motifs, par. 174)
• Matter of S-K-, 23 I&N Dec. 936 (BIA June 8, 2006),
affirms the fact that the intent to contribute to a terrorist
organization is unnecessary to qualify as providing
material support to terrorist activity (reasons, paras. 177,
178)
• Matter of S-K-, 23 I&N Dec. 936 (BIA, 8 juin 2006),
selon laquelle l’intention de contribuer à une organisation
terroriste n’est pas nécessaire pour que l’on conclue à la
fourniture d’un soutien matériel à une activité terroriste
(motifs, par. 177 et 178)
• Arias v. Ashcroft, 143 Fed.Appx. 464 (August 2, 2005),
standing for the proposition that duress is not a defence
(reasons, para. 180)
• Arias v. Ashcroft, 143 Fed.Appx. 464 (2 août 2005),
selon lequel la contrainte n’est pas un moyen de défense
(motifs, par. 180)
• Kathirgamu v. Canada (Minister of Citizenship and
Immigration), 2005 FC 300, lower bar in Canada for
exclusions due to criminality (reasons, para. 189)
• Kathirgamu c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et
de l’Immigration), 2005 CF 300, exclusions moins
importantes au Canada en matière de criminalité (motifs,
par. 189)
[2009] 3 R.C.F.
CONSEIL CANADIEN POUR LES RÉFUGIÉS
c. CANADA
199
(III) Interpretation of term “persecution” and claims
based on particular social group
III) Interprétation du terme « persécution » et demandes
fondées sur l’appartenance à un groupe social
• Department of Homeland Security briefs filed in Matter
RA, February 2004 and February 22, 2005 (reasons,
paras. 200-201) (from Musalo affidavit—although Phelan
J. concludes insufficient citation to verify this)
• Mémoires déposés par le Department of Homeland
Security dans Matter RA, février 2004 et 22 février 2005
(motifs, par. 200 et 201) (de l’affidavit de Mme Musalo —
le juge Phelan a toutefois considéré que la citation était
insuffisante)
• Bocova v. Gonzales, 412 F.3d 257 (June 24, 2005),
recognizing that persecution is not defined and held that
it had to look to the Board of Immigration Appeal
decisions to determine the true meaning (reasons, para.
210). This, however, does not support unreasonableness
of the decision
• Bocova v. Gonzales, 412 F.3d 257 (24 juin 2005), où
le tribunal a reconnu que la persécution n’est pas définie
et a statué qu’il devait consulter les décisions du Board
of Immigration Appeal afin d’en connaître le sens
véritable (motifs, par. 210). Cela n’étaie pas cependant le
caractère déraisonnable de la décision.
• REAL ID Act, May 11, 2005 (reasons, para. 214)
• REAL ID Act, 11 mai 2005 (motifs, par. 214)
(IV) Corroboration and credibility
IV) Corroboration et crédibilité
• REAL ID Act, May 11,2005 (reasons, para. 219)
• REAL ID Act, 11 mai 2005 (motifs, par. 219)
(V) Torture under the CAT
V) Torture visée par la Convention contre la torture
• Li v. Canada (Minister of Citizenship and Immigration),
2005 FCA 1 (reasons, para. 243)
• Li c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration), 2005 CAF 1 (motifs, par. 243)
• Immigration Law and Practice, 2nd ed., looseleaf
(Toronto: Butterworths, 2006)
• Immigration Law and Practice, 2e éd., feuilles mobiles
(Toronto, Butterworths, 2006)
• Maher Arar Report, 2006 (reasons, para. 260)
• Rapport concernant Maher Arar, 2006 (motifs, par.
260)
NOTE
REMARQUE
USA Patriot Act 115 Stat. 272 (October 26, 2001)—
broadened the scope of the definition of “terrorist activities”, however, many of the Act’s provisions were to
sunset beginning December 31, 2005, approximately 4
years after its passage. In addition, the Act has since been
amended, the most recent amendments having passed
Congress on March 2, 2006 and having been signed into
law on March 9, 2006.
USA Patriot Act, 115 Stat. 272 (26 octobre 2001) —
élargit la définition d’[TRADUCTION] « activités terroristes ».
Toutefois, une grand nombre de dispositions de cette loi
devaient être abrogées à compter du 31 décembre 2005,
environ quatre ans après son adoption. De plus, cette loi
a été modifiée, les modifications les plus récentes ayant
été adoptées par le Congrès le 2 mars 2006 et ayant force
de loi depuis le 9 mars 2006.
DIGESTS
Federal Court of Appeal and Federal Court decisions digested are those which, while failing to meet the stringent
standards of selection for full-text reporting, are considered of sufficient value to merit coverage in that abbreviated format.
A copy of the full text of any Federal Court of Appeal decision may be accessed at http://decisions.fca-caf.gc.ca/en/
index.html and of any Federal Court decision may be accessed at http://decisions.fct-cf.gc.ca/en/index.html, or may be
ordered from the central registry of the Federal Court of Appeal or Federal Court in Ottawa or from the local offices in
Calgary, Edmonton, Fredericton, Halifax, Montréal, Québec, Toronto, Vancouver and Winnipeg.
* The number of pages indicated at the end of each digest refers to the number of pages of the original reasons for order or
reasons for judgment.
ABORIGINAL PEOPLES
ELECTIONS
Application for judicial review and writ of quo warranto concerning respondents’ right to hold office as band council of
Nekaneet—Two separate elections, each according to different custom, creating two distinct councils—Applicants elected under
new Referendum Band Custom (made up of Nekaneet Constitution, Nekaneet Governance Act)—Respondents, supporters
boycotting process, holding own elections, organizing petition to undermine consensus reflected in referendum vote—Issue
whether Referendum Band Custom adopted by, acceptable to, broad consensus of band and as such, replacing, Nekaneet customs
under which respondents elected—Petition not indicator of consensus, not having value of will, understanding of people—Court
having to look at political rather than legal legitimacy of consensus on band custom—Rules of governance at Nekaneet should
be decided by First Nation as whole—Respondents guided by self-interest in status quo, whereas applicants’ purpose to ascertain
will of Nekaneet people—Referendum vote result of fair, open election—Sufficient information provided prior to vote, allowing
consensus to emerge—Clear majority voting in favour of Referendum Band Custom—Writ of quo warranto granted.
PAHTAYKEN V. OAKES (T-999-08, 2009 FC 134, Russell J., judgment dated February 10, 2009, 42 pp.)
ARMED FORCES
Appeal from Prothonotary’s dismissal of action for damages for breach of Charter rights, declaration of wrongful release,
striking amended statement of claim on ground grievance process incomplete—Respondent, in denying applicant’s assertion of
facts, relying on affidavit, supporting evidence, outlining Canadian Armed Forces (CAF) grievance procedure, status of applicant’s
six grievances—Under Federal Courts Rules, SOR/98-106, r. 221(2), Court will not hear evidence on motion to strike under r.
221(1)(a)—However, application to strike pleading on basis cause of action beyond jurisdiction of Court may be supported by
affidavit evidence—Court will also not refuse affidavit evidence showing essential allegation of claim false—No restriction on
receiving affidavit evidence on motion based on other grounds set out in r. 221(1)—Affidavit admissible as exception to exclusion
in r. 221(2) i.e. to support respondent’s contentions that essential allegation of claim false or that action constituting abuse of
process—Cases consistently holding CAF grievance procedure must be exhausted before turning to courts for redress—Canada
v. Bernath, 2007 FCA 400, 290 D.L.R. (4th) 357 distinguished—Manuge v. Canada, [2009] 1 F.C.R. 416 not supporting
proposition action for damages for breach of Charter rights could proceed without resorting to judicial review—Action
premature—Appeal dismissed.
MOODIE V. CANADA (MINISTER OF NATIONAL DEFENCE) (T-1248-07, 2008 FC 1233, Mosley J., order dated November 6, 2008,
16 pp.)
D-1
D-2
DIGESTS
CITIZENSHIP AND IMMIGRATION
Judicial review of Immigration and Refugee Board (Board) decision refusing application to be deemed Convention refugee or
person in need of protection under Immigration and Refugee Protection Act, S.C. 2001, c. 27, ss. 96, 97—Board ignoring evidence
provided by expert report—Board considering only issue of military draft evasion—Initial reviewable error in failing to identify,
address persecutory risks infecting analysis of state protection and failure to mention expert’s report—Expert having knowledge
of situation in Montenegro, risks faced by applicant—Presumption Board considered all evidence before it rebutted by omission
to mention expert evidence as to the state’s inability and unwillingness to protect applicant without providing explanation for
omission—Failure to address risks identified by applicant, expert evidence contradicting Board’s own conclusion, unreasonable—
Application allowed.
LECALIAJ V. CANADA (MINISTER OF CITIZENSHIP AND IMMIGRATION) (IMM-2124-08, 2009 FC 123, Russell J., judgment dated
February 5, 2009, 21 pp.)
EXCLUSION AND REMOVAL
Judicial review of visa officer’s decision not to issue work permit on ground insufficient ties to motivate return to China—
Officer’s brief notes to Computer Assisted Immigration Processing System (CAIPS) constituting reasons for refusal—Visa officer
ignoring or failing to mention information indicating family members in China, employment offer on return to China—Officer
filing affidavit asserting he reviewed all material and evidence before him—Minister cannot rely on affidavit as new evidence, to
change, explain or add to refusal letter and CAIPS notes—Attempt by officer to pull himself up by the bootstraps where notes
deficient or too summary—If knowledge of savings, finding applicants not having assets in China unreasonable, perverse—
Application allowed.
HUANG V. CANADA (MINISTER OF CITIZENSHIP AND IMMIGRATION) (IMM-3631-08, 2009 FC 135, Zinn J., judgment dated February
10, 2009, 9 pp.)
Judicial review of visa officer’s decision refusing application for permanent residence on basis that inadmissible pursuant to
Immigration and Refugee Protection Act (IRPA), S.C. 2001, c. 27, s. 40 due to misrepresentation—Respondent sending “fairness
letter” stating applicant inadmissible under IRPA for using deceitful methods in performing medical examination, substituting chest
x-rays, giving incorrect statements regarding medical tests—Applicant requesting copies of medical reports, x-rays—Respondent
replying more than one year later, requiring applicant to make access to information request to obtain documents—Breach of duty
to act fairly by failing to immediately provide alleged