First Session Première session de la Forty-first Parliament, 2011-12-13

First Session Première session de la Forty-first Parliament, 2011-12-13
First Session
Forty-first Parliament, 2011-12-13
Première session de la
quarante et unième législature, 2011-2012-2013
Proceedings of the Standing
Senate Committee on
Délibérations du Comité
sénatorial permanent des
ABORIGINAL PEOPLES
PEUPLES AUTOCHTONES
Chair:
The Honourable VERNON WHITE
Président :
L’ honorable VERNON WHITE
Tuesday, June 4, 2013
Wednesday, June 5, 2013
Le mardi 4 juin 2013
Le mercredi 5 juin 2013
Issue No. 38
Fascicule no 38
Forty-second and forty-third
meetings on:
Quarante-deuxième et quarante-troisième réunions
concernant :
The federal government’s constitutional,
treaty, political and legal responsibilities
to First Nations, Inuit and Metis peoples
and other matters generally relating
to the Aboriginal Peoples of Canada
Les responsabilités constitutionnelles, conventionnelles,
politiques et juridiques du gouvernement fédéral
à l’égard des Premières Nations, des Inuits et des Métis
et d’autres questions générales relatives
aux peuples autochtones du Canada
INCLUDING:
THE TWELFTH REPORT OF THE COMMITTEE
(‘‘The People Who Own Themselves’’: Recognition of Métis
Identity in Canada)
Y COMPRIS :
LE DOUZIÈME RAPPORT DU COMITÉ
(« Le peuple qui s’appartient » : reconnaissance de l’identité
métisse au Canada)
WITNESSES:
(See back cover)
TÉMOINS :
(Voir à l’endos)
50200-50208
STANDING SENATE COMMITTEE ON
ABORIGINAL PEOPLES
COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DES
PEUPLES AUTOCHTONES
The Honourable Vernon White, Chair
Président : L’honorable Vernon White
The Honourable Lillian Eva Dyck, Deputy Chair
Vice-présidente : L’honorable Lillian Eva Dyck
and
et
The Honourable Senators:
Les honorables sénateurs :
Beyak
* Cowan
(or Tardif)
Demers
* LeBreton, P.C.
(or Carignan)
Lovelace Nicholas
Munson
Patterson
Raine
Seth
Sibbeston
Tannas
Watt
Beyak
* Cowan
(ou Tardif)
Demers
* LeBreton, C.P.
(ou Carignan)
Lovelace Nicholas
*Ex officio members
* Membres d’office
(Quorum 4)
(Quorum 4)
Published by the Senate of Canada
Available on the Internet: http://www.parl.gc.ca
Publié par le Sénat du Canada
Disponible sur internet: http://www.parl.gc.ca
Munson
Patterson
Raine
Seth
Sibbeston
Tannas
Watt
5-6-2013
Peuples autochtones
MINUTES OF PROCEEDINGS
PROCÈS-VERBAUX
OTTAWA, Tuesday, June 4, 2013
(85)
OTTAWA, le mardi 4 juin 2013
(85)
[English]
38:3
[Traduction]
The Standing Senate Committee on Aboriginal Peoples met in
camera this day, at 9:37 a.m., in room 160-S, Centre Block, the
chair, the Honourable Vernon White, presiding.
Le Comité sénatorial permanent des peuples autochtones se
réunit à huis clos aujourd’hui, à 9 h 37, dans la pièce 160-S de
l’édifice du Centre, sous la présidence de l’honorable Vernon
White (président).
Members of the committee present: The Honourable Senators
Beyak, Demers, Dyck, Lovelace Nicholas, Munson, Patterson,
Raine, Seth, Sibbeston, Tannas, Watt and White (12).
Membres du comité présents : Les honorables sénateurs Beyak,
Demers, Dyck, Lovelace Nicholas, Munson, Patterson, Raine,
Seth, Sibbeston, Tannas, Watt et White (12).
In attendance: Michael Dewing and Wren Nasr, Analysts,
Parliamentary Information and Research Service, Library of
Parliament.
Également présents : Michael Dewing et Wren Nasr, analystes,
Service d’information et de recherche parlementaires,
Bibliothèque du Parlement.
Also in attendance: The official reporters of the Senate.
Aussi présents : Les sténographes officiels du Sénat.
Pursuant to the order of reference adopted by the Senate on
Thursday, June 16, 2011, the committee continued its
consideration of the federal government’s constitutional, treaty,
political and legal responsibilities to First Nations, Inuit and
Metis peoples and other matters generally relating to the
Aboriginal Peoples of Canada. (For complete text of the order
of reference, see proceedings of the committee, Issue No. 2.)
Conformément à l’ordre de renvoi adopté par le Sénat le jeudi
16 juin 2011, le comité poursuit son étude des responsabilités
constitutionnelles, conventionnelles, politiques et juridiques du
gouvernement fédéral à l’égard de Premières Nations, des Inuits et
des Métis et d’autres questions générales relatives aux peuples
autochtones du Canada. (Le texte intégral de l’ordre de renvoi
figure au fascicule no 2 des délibérations du comité.)
WITNESS:
TÉMOIN :
Federation of Saskatchewan Indian Nations:
Federation of Saskatchewan Indian Nations :
Simon Bird, Vice Chief.
Simon Bird, vice-chef.
Mr. Bird made a statement and answered questions.
M. Bird fait une déclaration et répond aux questions.
At 11:26 a.m., it was agreed that the committee adjourn to the
call of the chair.
ATTEST:
OTTAWA, Wednesday, June 5, 2013
(86)
[English]
À 11 h 26, il est convenu que le comité s’ajourne jusqu’à
nouvelle convocation de la présidence.
ATTESTÉ :
OTTAWA, le mercredi 5 juin 2013
(86)
[Traduction]
The Standing Senate Committee on Aboriginal Peoples met
this day, at 6:47 p.m., in room 160-S, Centre Block, the chair, the
Honourable Vernon White, presiding.
Le Comité sénatorial permanent des peuples autochtones se
réunit aujourd’hui, à 18 h 47, dans la pièce 160-S de l’édifice du
Centre, sous la présidence de l’honorable Vernon White
(président).
Members of the committee present: The Honourable Senators
Beyak, Dyck, Lovelace Nicholas, Patterson, Raine, Seth,
Sibbeston, Tannas, Watt and White (10).
Membres du comité présents : Les honorables sénateurs Beyak,
Dyck, Lovelace Nicholas, Patterson, Raine, Seth, Sibbeston,
Tannas, Watt et White (10).
In attendance: Tonina Simeone and Wren Nasr, Analysts,
Parliamentary Information and Research Service, Library of
Parliament.
Également présents : Tonina Simeone et Wren Nasr, analystes,
Service d’information et de recherche parlementaires,
Bibliothèque du Parlement.
Also in attendance: The official reporters of the Senate.
Aussi présents : Les sténographes officiels du Sénat.
38:4
Aboriginal Peoples
5-6-2013
Pursuant to the order of reference adopted by the Senate on
Thursday, June 16, 2011, the committee continued its
consideration of the federal government’s constitutional, treaty,
political and legal responsibilities to First Nations, Inuit and
Metis peoples and other matters generally relating to the
Aboriginal Peoples of Canada. (For complete text of the order
of reference, see proceedings of the committee, Issue No. 2.)
Conformément à l’ordre de renvoi adopté par le Sénat le
jeudi 16 juin 2011, le comité poursuit son étude des
responsabilités constitutionnelles, conventionnelles, politiques et
juridiques du gouvernement fédéral à l’égard de Premières
Nations, des Inuits et des Métis et d’autres questions générales
relatives aux peuples autochtones du Canada. (Le texte intégral
de l’ordre de renvoi figure au fascicule no 2 des délibérations du
comité.)
WITNESSES:
TÉMOINS :
Truth and Reconciliation Commission of Canada:
Commission de vérité et réconciliation du Canada :
The Honourable Justice Murray Sinclair, Chair;
L’honorable juge Murray Sinclair, président;
Wilton Littlechild, Commissioner.
Wilton Littlechild, commissaire.
Mr. Sinclair and Mr. Littlechild each made a statement and,
together, answered questions.
M. Sinclair et M. Littlechild font chacun une déclaration, puis,
ensemble, répondent aux questions.
At 8:43 p.m., it was agreed that the committee adjourn to the
call of the chair.
À 20 h 43, il est convenu que le comité s’ajourne jusqu’à
nouvelle convocation de la présidence.
ATTEST:
ATTESTÉ :
La greffière du comité,
Marcy Zlotnick
Clerk of the Committee
5-6-2013
Peuples autochtones
38:5
RAPPORT DU COMITÉ
REPORT OF THE COMMITTEE
Thursday, June 6, 2013
Le jeudi 6 juin 2013
The Standing Senate Committee on Aboriginal Peoples has the
honour to table its
Le Comité sénatorial permanent des peuples autochtones a
l’honneur de déposer son
TWELFTH REPORT
DOUZIÈME RAPPORT
Your committee, which was authorized by the Senate on
Wednesday, March 28, 2012 to examine and report on the
evolving legal and political recognition of the collective identity
and rights of the Métis in Canada, now tables its twelfth report,
an interim report entitled ‘‘The People Who Own Themselves’’:
Recognition of Métis Identity in Canada.
Votre comité, qui a été autorisé par le Sénat le
mercredi 28 mars 2012 à examiner, en vue d’en faire rapport,
l’évolution de la reconnaissance juridique et politique de l’identité
collective et des droits des Métis au Canada, dépose maintenant
son douzième rapport, un rapport provisoire intitulé « Le peuple
qui s’appartient » : reconnaissance de l’identité métisse au Canada.
Respectueusement soumis,
Respectfully submitted,
Le président,
VERNON WHITE
Chair
38:6
Aboriginal Peoples
5-6-2013
EVIDENCE
TÉMOIGNAGES
OTTAWA, Tuesday, June 4, 2013
OTTAWA, le mardi 4 juin 2013
The Standing Senate Committee on Aboriginal Peoples met
this day at 9:37 a.m. to examine and report on the federal
government’s constitutional, treaty, political and legal
responsibilities to First Nations, Inuit and Metis peoples, and
on other matters generally relating to the Aboriginal Peoples of
Canada.
Le Comité sénatorial permanent des peuples autochtones se
réunit aujourd’hui, à 9 h 37, pour examiner, en vue d’en faire
rapport, les responsabilités constitutionnelles, conventionnelles,
politiques et juridiques du gouvernement fédéral à l’égard des
Premières Nations, des Inuits et des Métis, et d’autres questions
générales relatives aux peuples autochtones du Canada.
Senator Vernon White (Chair) in the chair.
[English]
Le sénateur Vernon White (président) occupe le fauteuil.
[Traduction]
The Chair: Good morning. I would like to welcome all
honourable senators and members of the public who are
watching this meeting of the Standing Senate Committee on
Aboriginal Peoples on CPAC or on the Web.
Le président : Bonjour. J’aimerais souhaiter la bienvenue à tous
les sénateurs et aux membres du public qui regardent la séance du
Comité sénatorial permanent des peuples autochtones sur la
chaîne CPAC ou sur le Web.
I am Vernon White, from Ontario. I am chair of the
committee. The mandate of this committee is to examine
legislation and matters relating to Aboriginal peoples of
Canada. In considering what studies the committee might like
to undertake, we, from time to time, invite individuals,
organizations and departments to give us an overview of issues
of concern within their mandate. Recently, we have heard from
witnesses on the subject of Aboriginal peoples within the criminal
justice system. Today, we will carry on with this subject by
hearing from a representative of the Federation of Saskatchewan
Indian Nations.
Je suis Vernon White, de l’Ontario. Je suis le président du
comité. Notre comité a le mandat d’examiner les lois et les
questions concernant les peuples autochtones du Canada. En
nous penchant sur les études que le comité aimerait peut-être
entreprendre, nous invitons de temps à autre des particuliers, des
organismes et des ministères pour nous donner un aperçu des
sujets de préoccupation relevant de leur mandat. Nous avons
entendu récemment des témoignages sur les Autochtones dans le
système de justice criminelle. Aujourd’hui, nous poursuivrons
l’étude de ce sujet et entendrons un représentant de la Federation
of Saskatchewan Indian Nations.
Before hearing from our witness, I would like to take this
opportunity to ask the members of the committee present this
morning to introduce themselves. I will start with the deputy
chair.
Avant de céder la parole à notre témoin, j’aimerais profiter de
l’occasion pour demander aux membres du comité ici présents ce
matin de se présenter. Je vais commencer par la vice-présidente.
Senator Dyck: Good morning. My name is Lillian Dyck, and I
am a senator from Saskatchewan.
La sénatrice Dyck : Bonjour. Je suis Lillian Dyck, de la
Saskatchewan.
Senator Lovelace Nicholas: Senator Lovelace Nicholas from
New Brunswick.
La sénatrice Lovelace Nicholas : Sénatrice Lovelace Nicholas,
du Nouveau-Brunswick.
Senator Watt: Senator Watt from Nunavik.
Le sénateur Watt : Sénateur Watt, du Nunavik.
Senator Patterson: Dennis Patterson from Nunavut.
Le sénateur Patterson : Dennis Patterson, du Nunavut.
Senator Demers: Senator Demers from Quebec.
Le sénateur Demers : Sénateur Demers, du Québec.
Senator Tannas: Scott Tannas from Alberta.
Le sénateur Tannas : Scott Tannas, de l’Alberta.
Senator Raine: Senator Greene Raine from B.C.
Senator Seth: Asha Seth, Ontario.
La sénatrice Raine : Sénatrice Greene Raine, de la ColombieBritannique.
La sénatrice Seth : Asha Seth, de l’Ontario.
The Chair: Honourable senators, please help me to welcome
our witness, Simon Bird, Vice-Chief of the Federation of
Saskatchewan Indian Nations.
Le président : Chers collègues, veuillez vous joindre à moi pour
souhaiter la bienvenue à notre témoin, M. Simon Bird, vice-chef
de la Federation of Saskatchewan Indian Nations.
Vice-Chief Bird, we look forward to your presentation, which
will be followed by questions from the senators. Please proceed,
and, again, thank you very much for coming today.
Vice-chef Bird, nous avons hâte d’entendre votre déclaration,
qui sera suivie des questions des sénateurs. Je vous prie de
commencer et, encore une fois, je vous remercie infiniment d’être
venu aujourd’hui.
5-6-2013
Peuples autochtones
38:7
Simon Bird, Vice Chief, Federation of Saskatchewan Indian
Nations: Thank you very much. I want to say, first, our greetings
in my own language.
Simon Bird, vice-chef, Federation of Saskatchewan Indian
Nations : Merci beaucoup. Je veux tout d’abord vous saluer
dans ma langue.
[Editor’s Note: Mr. Bird spoke in Cree.]
[Note de la rédaction : M. Bird s’exprime en cri.]
What I said was that it is an honour to be here before you to
speak on such an important issue. I acknowledge our Creator for
giving us the opportunity to be able to gather like this today.
J’ai dit que c’est un honneur d’être des vôtres aujourd’hui pour
discuter d’une question aussi importante. Je remercie notre
Créateur de nous avoir donné la chance de nous réunir
aujourd’hui.
With that, I will not spend too much time with the greetings. I
hold the portfolio for justice as the vice-chief for the Federation of
Saskatchewan Indian Nations, representing 74 First Nations in
Saskatchewan. I have a background in education. I am a teacher
by profession. I have my Masters in education, and I have really
gotten to spend a lot of time in First Nations’ communities, in
First Nations’ schools and among First Nations elders, so my
experience in justice is just that, with our elders and our
communities. We have excellent staff members who serve us as
the executive, and so this is the material that we have prepared.
Sur ce, je ne consacrerai pas trop de temps à mes salutations.
J’assume la gestion du portefeuille de la justice en tant que vicechef de la Federation of Saskatchewan Indian Nations, qui
représente 74 Premières Nations en Saskatchewan. J’ai œuvré
dans le domaine de l’enseignement. Je suis enseignant de
profession. J’ai ma maîtrise en éducation et j’ai vraiment eu
l’occasion de passer beaucoup de temps dans des collectivités et
des écoles ainsi qu’auprès des aînés des Premières Nations.
L’expérience que j’ai dans le domaine de la justice se limite à nos
aînés et à nos collectivités. Nous avons d’excellents employés à la
direction, et voici ce que nous avons préparé.
Once again, thank you for this opportunity to present the First
Nations’ perspective about some of the reasons for our overrepresentation in the Canadian criminal justice system and to
provide some solutions in response to this major problem.
Encore une fois, je vous remercie de me donner l’occasion de
vous faire part de la perspective des Premières Nations concernant
certaines des raisons pour lesquelles nous sommes surreprésentés
dans le système canadien de justice criminelle, et de vous offrir
certaines solutions pour régler ce grave problème.
In a province of 1 million people, Saskatchewan First Nations
make up 13 per cent of the population but 60 per cent of the
incarcerated population. These alarming statistics show that more
First Nations are entrenched in the criminal justice system than in
post-secondary education in Canada.
Dans une province qui compte un million d’habitants, les
Premières Nations de la Saskatchewan représentent 13 p. 100 de
la population, mais 60 p. 100 de la population carcérale. Ces
statistiques alarmantes montrent que la présence des membres des
Premières Nations est plus élevée dans le système de justice
criminelle que dans le système d’éducation postsecondaire au
Canada.
Also, Statistics Canada predicts that First Nation incarceration
will increase further by 2017, due to the Criminal Code
amendments and mandatory sentencing provisions imposed by
the Safe Streets and Communities Act passed last year.
De plus, Statistique Canada prédit que le taux d’incarcération
chez les peuples des Premières Nations augmentera encore d’ici
2017 en raison des modifications apportées au Code criminel et
des peines minimales obligatoires prévues dans la Loi sur la
sécurité des rues et des communautés qui a été adoptée l’an
dernier.
The record of studies, reports and academic papers has
changed little in the way that First Nations interact with the
criminal justice system. Some recommend tinkering with the
current system, but few go as far as the 1983 Penner Report and
the 1996 RCAP Report. The Penner Report noted the need for a
new relationship but strongly stated the pitfalls of building a
relationship through the Department of Indian Affairs, which had
too much control in all aspects of First Nations lives. RCAP set
the stage for a new relationship, based on past experience, present
conditions and hope for the future.
Les études, rapports et documents publiés par des
universitaires n’ont guère changé la façon dont les Premières
Nations interagissent avec le système de justice criminelle.
Certains recommandent de remanier le système actuel, mais peu
d’entre eux remontent au rapport Penner de 1983 et au rapport de
la CRPA de 1996. Le rapport Penner a fait ressortir la nécessité
d’établir de nouvelles relations, mais a clairement décrit les
inconvénients de créer des liens par l’entremise du ministère des
Affaires indiennes, qui exerçait un trop grand contrôle sur tous les
aspects de la vie des membres des Premières Nations. La CRPA
prépare le terrain pour établir de nouvelles relations, d’après les
expériences passées, les circonstances actuelles et l’espoir pour
l’avenir.
38:8
Aboriginal Peoples
5-6-2013
This country was built on the treaty covenant of the 1870s that
was intended to be a relationship of mutual respect and
coexistence. This type of relationship did not develop. Rather,
our lives were disrupted, and the impacts of our colonial
experience continue to be evident today. The experiences of our
families and communities are rooted in cultural genocide and
oppression. Oppressive measures were implemented through: the
residential school system, where children were forcibly removed
from family; the Indian Act that controlled our lives from birth to
death and displaced our laws and governance structures; the
denial of our collective right to live in freedom, peace and
security; and the criminalization of our traditional ceremonies
and spiritual practices.
L’édification de notre pays repose sur le traité conclu dans les
années 1870 qui visait à nouer des relations axées sur le respect
mutuel et sur la coexistence. Nous n’avons pas tissé ce genre de
relations. Nos vies ont plutôt été perturbées et les répercussions
du colonialisme continuent indéniablement de se faire sentir de
nos jours. Le génocide culturel et l’oppression caractérisent
l’expérience qu’ont vécue nos familles et nos collectivités. Des
mesures oppressives ont été mises en œuvre par les moyens
suivants : le système des pensionnats indiens, où des enfants
étaient arrachés de force à leur famille, la Loi sur les indiens, qui
contrôlait nos vies à partir de la naissance jusqu’à notre mort et
qui nous a enlevé nos lois et nos structures de gouvernance, le déni
de notre droit collectif de vivre en liberté, en paix et en sécurité, et
la criminalisation de nos cérémonies traditionnelles et de nos
pratiques spirituelles.
This history is held in common whether we are from a First
Nations community or an urban centre, so healing and recovery
from colonization are important steps in our journey. We must
decolonize our thinking and ways of being and doing in order to
rebuild a healthy indigenous identity in ourselves, our families
and our communities.
Nous partageons ce passé, que nous soyons une collectivité des
Premières Nations ou un centre urbain; la guérison et le
rétablissement à la suite de la colonisation constituent des
étapes importantes de notre cheminement. Nous devons
décoloniser notre façon de raisonner et d’être pour rebâtir une
identité autochtone saine pour nous-mêmes, nos familles et nos
collectivités.
The criminal justice system witnesses the symptoms of the
underlying causes such as: substance abuse, violence, anger,
revenge, alienation, poverty, marginalization, discrimination and
despair. Clearly, the demographics that describe First Nations in
the administration of justice are very much about the systematic
controls over authority, power and resources that prevent growth,
opportunities to thrive, positive relationships, ways to coexist and
cooperate with one another and access to the means to earn a
livelihood.
Le système de justice criminelle est témoin des symptômes des
causes sous-jacentes telles que la toxicomanie, la violence, la
colère, la vengeance, l’aliénation, la pauvreté, la marginalisation,
la discrimination et le désespoir. De toute évidence, la réalité
démographique des Premières Nations dans l’administration de la
justice porte beaucoup sur le contrôle systématique sur l’autorité,
les pouvoirs et les ressources, ce qui entrave la croissance, les
possibilités d’épanouissement, les relations positives, les façons de
coexister, la coopération et l’accès aux moyens de tirer un moyen
de subsistance.
Positive change must begin by rethinking justice matters.
Rethinking justice matters means refocusing on the areas that
have the most impact on the lives of First Nations. These are
areas of: good governance, lifelong learning, economic well-being,
health and social well-being, which I will cover.
Pour apporter des changements positifs, il faut d’abord
repenser les questions judiciaires, c’est-à-dire recentrer nos
efforts sur les secteurs qui ont les plus grandes répercussions sur
la vie des membres des Premières Nations. Ces secteurs sont la
bonne gouvernance, l’apprentissage continu, le bien-être
économique, et la santé et le bien-être social, ce dont je vais parler.
Governance, and justice for that matter, is about relationships,
relationships among people, institutions, structures and processes.
We need to deconstruct our colonial reality and rebuild our
community-centred governance structures and processes that
have worked for centuries.
La gouvernance, et la justice en fait, repose sur les relations
entre les gens, les institutions, les structures et les processus. Nous
devons dissoudre notre réalité coloniale et rebâtir nos structures et
nos processus de gouvernance axés sur les collectivités qui ont
donné de bons résultats pendant des siècles.
This process begins with confidence rebuilding, knowing that
our legal traditions and customary laws are the cultural fit that is
required to develop a collective vision for creating a movement
for social change. It is a well-known fact that societies that govern
well do better economically, socially, politically and culturally.
Il faut d’abord rétablir la confiance, tout en sachant que nos
traditions juridiques et notre droit coutumier sont ce dont nous
avons besoin sur le plan culturel pour élaborer une vision
collective afin de créer un mouvement en faveur du changement
social. Il est bien connu que les sociétés qui appliquent une bonne
gouvernance s’en tirent mieux sur les plans économique, social,
politique et culturel.
How do we organize for social change? We set our priorities,
justice being one of them; engage our peoples for priority setting
and community mobilization; and develop our plans for the
Que devons-nous faire pour susciter des changements sociaux?
Nous devons établir nos priorités, la justice étant l’une d’elles,
faire participer nos membres et nos collectivités à l’établissement
5-6-2013
Peuples autochtones
38:9
future. The communities understand their own issues and must be
engaged in solution development processes. Organizing for
change is a long-term process that cannot be dictated from the
outside or through a top-down approach. This rebuilding process
is community rebuilding from the inside out.
des priorités et élaborer nos plans d’avenir. Les collectivités
comprennent leurs propres enjeux et doivent participer aux
processus d’élaboration de solutions. La préparation au
changement est un processus à long terme qui ne peut pas être
dicté à l’externe ou par l’entremise d’une approche descendante.
Le processus de reconstruction doit être mené au sein des
collectivités.
The second area of this discussion is education. Everyone is
part of the learning process, which must take place within a
respectful and open environment where we acknowledge that
shared learning experiences are the basis for community and
capacity development. Our indigenous languages are critical to
understanding and maintaining the relationship teachings that
emphasize the importance of discipline, respecting personal
boundaries and developing the skills to live healthy lifestyles
within our families and communities.
Le deuxième volet de cette discussion porte sur l’éducation.
Tout le monde fait partie du processus d’apprentissage, qui doit se
dérouler dans un environnement respectueux et ouvert, où nous
reconnaissons que les expériences d’apprentissage partagées sont
la base du développement des collectivités et du renforcement des
capacités. Nos langues autochtones sont cruciales pour
comprendre et maintenir les enseignements qui mettent l’accent
sur l’importance de la discipline, sur le respect des limites
personnelles et sur l’acquisition de compétences pour adopter
des modes de vie sains dans nos familles et nos collectivités.
Good schools and post-secondary institutions are absolutely
essential for organized social change. The elimination of barriers
must be built into the relationship permanently. These barriers do
not go away by themselves. The media plays a large role in how
First Nations are portrayed and what people learn about First
Nations people. Better communication and working relationships
will provide balanced media coverage.
Il est absolument essentiel d’avoir de bonnes écoles et de bons
établissements d’enseignement postsecondaire pour susciter un
changement social organisé. L’élimination des barrières doit faire
partie intégrante des relations de façon permanente. Ces barrières
ne disparaissent pas par elles-mêmes. Les médias jouent un rôle
important quant à la façon dont les Premières Nations sont
dépeintes et à ce que les gens apprennent à leur sujet. De
meilleures communications et relations de travail assureront une
couverture médiatique équilibrée.
The third factor is economic well-being that maintains self
respect, dignity and self worth and promotes prosperity. Gaining
prosperity requires an economic base that includes our traditional
economies, the sharing of the natural resources with this country
and sustained development. The removal of systemic barriers will
provide equitable employment opportunities and create long
lasting change.
Le troisième volet est le bien-être économique qui favorise la
prospérité et préserve le respect de soi, la dignité et l’estime de soi.
Pour connaître la prospérité, il faut une base économique qui
inclut nos économies traditionnelles, le partage des ressources
naturelles avec notre pays et un développement durable. La
suppression des barrières systémiques offrira des possibilités
équitables en matière d’emploi et donnera lieu à des changements
durables.
Increased community employment, career options for youth
and personal development will enhance community economic
well-being, give hope to our peoples and ensure First Nation
participation in the economy, a right of every citizen.
L’augmentation de l’emploi dans les collectivités, des
possibilités de carrière pour les jeunes et l’épanouissement
personnel amélioreront le bien-être économique communautaire,
donneront de l’espoir à nos membres et assureront la
participation des Premières Nations à l’économie, un droit de
tous les citoyens.
The fourth area to consider is health and social well-being.
Community capacity rebuilding is related directly to health,
healing, economic and social well-being of First Nations, the
ability to govern and contribute to the community, to have
healthy relationships, and to live in peace. Freedom and security
are related directly to the health of a nation. Adequate housing is
a top priority for First Nations to have stable, safe and secure
living environments, to build confidence and self-worth and to
increase living standards. Adequate shelter positively affects
children’s learning abilities and access to employment
opportunities.
Le quatrième volet à examiner est la santé et le bien-être social.
Le rétablissement des capacités communautaires est directement
lié à la santé, à la guérison et au bien-être économique et social des
Premières Nations, ainsi qu’à la capacité de gouverner et de
contribuer à la collectivité, d’entretenir des relations saines et de
vivre en paix. La liberté et la sécurité sont directement liées à la
santé d’une nation. Les logements adéquats constituent une
priorité absolue pour les Premières Nations, qui veulent des
milieux de vie stables, sécuritaires et sûrs, pour renforcer la
confiance et l’estime personnelle de nos membres et relever leur
niveau de vie. Un logement convenable a un effet positif sur les
capacités d’apprentissage des enfants et sur l’accès aux possibilités
d’emploi.
38:10
Aboriginal Peoples
5-6-2013
The four areas outlined place emphasis on building people and
healthy communities rather than on punitive, retributive and
condemning judgments. This is the First Nations’ quest for just
relationships in the long term. The rebuilding process is time- and
resource-intensive but will bring lasting change for the future
health of our peoples and communities. Maintaining peace and
order includes the responsibility of building strong, stable
institutions. An institutional focus for an effective First
Nations’ just relations system must include the restoration of
First Nations’ traditional forms of justice and peace-making
methods. Governments need to support our indigenous
peacekeepers on the ground so they can appropriately fill the
gap in the current policing services delivered to our communities.
Peacekeepers for First Nations must be relevant to the needs of
those they serve.
Les quatre secteurs mettent l’accent sur la création de
collectivités saines plutôt que sur des jugements punitifs et
accusatoires. Les Premières Nations cherchent à établir des
relations justes à long terme. Le processus de reconstruction
mobilise beaucoup de temps et de ressources, mais apportera des
changements durables pour la santé future de nos peuples et de
nos collectivités. Le maintien de la paix et de l’ordre comprend la
responsabilité de bâtir des institutions solides et stables. Pour se
concentrer sur la mise en place d’un système efficace de relations
justes pour les Premières Nations, il faut rétablir les formes de
justice traditionnelles et les méthodes de maintien de la paix. Les
gouvernements doivent soutenir nos gardiens de la paix
autochtones sur le terrain pour qu’ils puissent combler
adéquatement les lacunes dans les services de police offerts à
nos collectivités. Les gardiens de la paix pour les Premières
Nations doivent répondre aux besoins de ceux qu’ils servent.
Entry into the criminal justice system begins with the police.
Peacekeepers have a major role in maintaining peace and order
within our communities and working with the police in a
collaborative and supportive environment. The Federation of
Saskatchewan Indian Nations signed a protocol agreement in
June 2012 with the goal of resolving disputes at the First Nation
community level and preventing incidents that can potentially
escalate into conflict situations. The protocol is a significant step
toward rebuilding relationships between the RCMP and First
Nations. However, referrals and the discretionary powers of
police and the courts have yet to be understood mutually. It
should be the responsibility of all parties to work mutually toward
community involvement.
L’entrée dans le système de justice criminelle commence avec la
police. Les gardiens de la paix jouent un rôle de premier plan pour
maintenir la paix et l’ordre dans nos collectivités et pour travailler
avec les policiers dans un climat axé sur la collaboration et le
soutien. La Federation of Saskatchewan Indian Nations a signé
un protocole d’entente en juin 2012 dans le but de régler les
différends dans les collectivités des Premières Nations et de
prévenir les incidents qui risquent de dégénérer en situations de
conflit. Le protocole est une étape importante pour renouer les
relations entre la GRC et les Premières Nations. Toutefois, les
recommandations et les pouvoirs discrétionnaires de la police et
des tribunaux doivent encore être compris mutuellement. Toutes
les parties devraient avoir la responsabilité de travailler ensemble
afin d’encourager la participation communautaire.
A peacemaker tribunal is another peace-making institution
that offers a less formal and adversarial process to resolve
community issues, and has flexibility for resolution. This type of
tribunal will provide an intervention vehicle that essentially must
be developed from the inside out. When a person engages in
negative behaviour, the law has been breached and the
relationship must be restored. Approaches must change so that
prevention-based investments and intervention strategies, such as
developing peacemaker tribunals, stem from the communities in
implementing intervention vehicles, such as the peacemaker
tribunal. Understanding indigenous cultures is critical. All issues
are integrally linked and must be dealt with in relation to one
another.
Un tribunal de conciliation est un autre établissement de
maintien de la paix moins officiel et moins accusatoire qui offre
un processus visant à régler les problèmes dans les collectivités et
qui est suffisamment souple pour trouver des solutions. Ce type
de tribunal offrira un mécanisme d’intervention qui doit
essentiellement être élaborée à l’interne. Lorsqu’une personne a
un comportement négatif, la loi a été enfreinte et la relation doit
être rétablie. Les approches doivent changer pour que les
investissements fondés sur la prévention et les stratégies
d’intervention, comme la mise sur pied de tribunaux de
maintien de la paix, soient le fruit des collectivités qui mettent
en œuvre des mécanismes d’intervention tels que le tribunal de
maintien de la paix. Il est essentiel de comprendre les cultures
autochtones. Toutes les questions sont intimement liées et doivent
être traitées en tenant compte de ce fait.
I will now returning to the subject of community. The entire
community is affected when our citizens are incarcerated whether
they enter provincial or federal correctional facilities. Law
enforcement people arrest and re-arrest the same individuals in
their jurisdictions. Despite the huge investment in enforcement
and court and corrections resources, current spending is not
reducing First Nation recidivism rates. We need to create viable
options to assist individuals in overcoming the systemic barriers
when returning to the community. Our Indian Justice
Je vais maintenant revenir sur le sujet des collectivités. Lorsque
nos citoyens sont incarcérés dans des établissements
correctionnels provinciaux ou fédéraux, c’est toute la collectivité
qui est touchée. Les forces de l’ordre arrêtent à plusieurs reprises
les mêmes individus sur leur territoire. Malgré les investissements
massifs effectués dans les ressources policières, judiciaires et
correctionnelles, les taux de récidive chez les Premières Nations ne
diminuent pas. Nous devons créer des options viables pour aider
les individus à surmonter les barrières systémiques lorsqu’ils
5-6-2013
Peuples autochtones
38:11
Commission approved our participation in a multi-stakeholder
group that is attempting to leverage resources and deliver costeffective solutions that would support the successful reintegration
of First Nation offenders. This is a fiscally responsible effort.
retournent dans la collectivité. Notre Indian Justice Commission
a approuvé notre participation à un groupe multipartite qui tente
d’optimiser l’utilisation des ressources et de trouver des solutions
économiques qui appuieraient la réinsertion sociale réussie des
contrevenants des Premières Nations. Il s’agit là d’un effort
financièrement responsable.
The Supreme Court of Canada acknowledged that First
Nations were overrepresented in the criminal justice system and
legislatively implemented section 718.2(e) of the Criminal Code,
which:
La Cour suprême du Canada a reconnu que les Premières
Nations étaient surreprésentées dans le système de justice
criminelle et a mis en œuvre par voie législative l’alinéa 718.2e)
du Code criminel, qui prévoit ceci :
. . . instructs judges to look at all reasonable alternatives to
jail for all offenders and to pay particular attention to the
circumstances of Aboriginal offenders.
[...] l’examen de toutes les sanctions substitutives applicables
qui sont justifiées dans les circonstances, plus
particulièrement en ce qui concerne les délinquants
autochtones.
Twenty years have lapsed but the incarceration and recidivism
rates for First Nations have not decreased; they are increasing and
more jails are being built.
Vingt ans ont passé, mais les taux d’incarcération et de récidive
chez les Premières Nations n’ont pas baissé; ils ont plutôt
augmenté, et plus de prisons sont en train d’être construites.
On the federal side, the Office of the Correctional Investigator
Canada tabled its report in Parliament. The investigative report
examines the use of the provisions under section 81 and
section 84 in federal corrections for the period ending
March 2012. It identifies some best practices and assesses the
commitment of Correctional Service Canada to adopt principles
set out in the Supreme Court’s landmark decision in R. v. Gladue,
1995.
Sur la scène fédérale, le Bureau de l’enquêteur correctionnel a
déposé son rapport au Parlement. Le rapport d’enquête se penche
sur le recours des dispositions aux articles 81 et 84 dans les
établissements correctionnels fédéraux pour la période qui s’est
terminée en mars 2012. Il présente quelques pratiques exemplaires
et évalue l’engagement de Service correctionnel du Canada en vue
d’adopter les principes énoncés dans la décision historique qu’a
rendue la Cour suprême dans l’affaire R. c. Gladue, en 1995.
The investigation concludes that CSC has not met Parliament’s
intent for section 81 and section 84 of the Corrections and
Conditional Release Act. CSC has had 20 years to address issues
of relationship, trust and risk management in the implementation
of section 81. Of all CSC’s corrections strategy elements, the
application and implementation of the Gladue principles appear
the least understood and the most misrepresented. The report
recommends the creation of the position of deputy commissioner
for Aboriginal corrections to coordinate components of
Correctional Service Canada, federal partners and Aboriginal
communities; and that CSC reaffirm its commitment to section 81
healing lodges with elder involvement; re-examine the use of nonfacility-based section 81 agreements as healing lodge alternatives;
and partner with First Nations collective tribal councils, Metis
and Inuit to develop protocols for section 84 releases into the
respective communities.
L’enquête conclut que SCC n’a pas respecté l’objectif que visait
le Parlement avec les articles 81 et 84 de la Loi sur le système
correctionnel et la mise en liberté sous condition. SCC a eu 20 ans
pour régler les questions des relations, de la confiance et de la
gestion du risque dans la mise en œuvre de l’article 81. De tous les
éléments de la stratégie des services correctionnels de SCC,
l’application et la mise en œuvre des principes énoncés dans
l’affaire Gladue semblent être ce qui est le moins bien compris et le
plus mal représenté. Le rapport recommande la création d’un
poste de sous-commissaire des services correctionnels destinés aux
Autochtones pour coordonner les composantes de Service
correctionnel du Canada, les partenaires fédéraux et les
collectivités autochtones; pour réaffirmer l’engagement de SCC
aux pavillons de ressourcement prévus à l’article 81, avec la
participation des aînés; pour réexaminer le recours aux ententes
non fondées sur les installations en vertu de l’article 81 en tant
que solutions de rechange aux pavillons de ressourcement; et pour
établir un partenariat avec les conseils tribaux des Premières
Nations, les Métis et les Inuits pour élaborer des protocoles afin
d’appliquer l’article 84 dans les collectivités.
Honourable senators, that concludes my report.
Mesdames et messieurs les sénateurs, voilà qui conclut mes
remarques.
The Chair: Thank you very much, Mr. Bird. We appreciate
having you here and hearing your comments.
Le président : Merci beaucoup, monsieur Bird. Nous sommes
ravis de vous avoir parmi nous et d’entendre vos observations.
Senator Dyck: Mr. Bird, you have given us much information
to digest — a very good overview. Much of what you said
emphasized the fact that the community needs to be engaged in
La sénatrice Dyck : Monsieur Bird, vous nous avez fourni
beaucoup de renseignements à digérer; vous nous avez donné un
excellent aperçu de la situation. Une bonne partie de vos propos
38:12
Aboriginal Peoples
5-6-2013
changing what is happening now with respect to people being
incarcerated and that community members need to be involved in
setting up different systems, such as the peacekeepers that you
mentioned.
insistaient sur le fait que la collectivité doit s’engager à changer ce
qui se passe actuellement concernant les détenus et que les
membres des collectivités doivent participer à la mise sur pied de
différents systèmes, tels que l’initiative des gardiens de la paix que
vous avez mentionnée.
My question will relate to the initiative with regard to the
indigenous peacekeepers. You say that you have signed a
protocol, and I presume that would be with the federal
government because it is dealing with a protocol agreement
between the FSIN and the RCMP. I am wondering whether this
initiative was in place beforehand. It is a short time, but have you
seen any success with the peacekeepers initiative? I know I am
asking you a lot of questions all at once. Could you describe what
the peacekeeper initiative is? In practical terms, what does it do?
Ma question portera sur l’initiative concernant les gardiens de
la paix autochtones. Vous dites que vous avez signé un protocole,
et j’imagine que c’est avec le gouvernement fédéral, car il s’occupe
d’un protocole d’entente entre la FSIN et la GRC. Je me demande
si cette initiative était en place au préalable. Elle existe depuis peu
de temps, mais avez-vous connu du succès avec l’initiative des
gardiens de la paix? Je sais que je vous pose de nombreuses
questions d’un seul coup. Pourriez-vous décrire l’initiative des
gardiens de la paix? Que fait-elle concrètement?
Mr. Bird: The establishment of the protocol is to regain the
trust of the peacekeepers, who are the RCMP, the police in our
communities. As you know, last year was the start of a new
indigenous movement that really brought a lot of pressure to our
leadership and to our communities because the indigenous
movement was borne out of a mistrust. Many people call it Idle
No More, as an example. It is incumbent on us and critical for us
as leadership to reaffirm the trust in our First Nations citizens
that the police are not there to somehow spy on our people or to
somehow just lay the law down. That is one of the primary
reasons. It was a major event in terms of protocol signing, just
trying to get back to the relationship that has been missing. One
of my statements is that maintaining peace has to be on both
sides.
M. Bird : Le protocole vise à regagner la confiance des
gardiens de la paix, qui sont les agents de la GRC, les policiers
dans nos collectivités. Comme vous le savez, un nouveau
mouvement autochtone, qui a été lancé l’an dernier, a exercé
énormément de pressions sur nos dirigeants et sur nos collectivités
puisque le mouvement a vu le jour à cause d’un manque de
confiance. Beaucoup l’appellent le mouvement Idle No More. Il
nous appartient, et c’est essentiel pour nous en tant que
dirigeants, de réaffirmer la confiance que nous avons envers nos
citoyens des Premières Nations et de leur confirmer que les
policiers ne sont pas là pour les espionner ou pour faire leur loi en
quelque sorte. C’est l’une des principales raisons. C’était un
événement majeur pour la signature du protocole, simplement
d’essayer de rétablir les relations qui n’existaient plus. L’une des
choses que j’ai dites, c’est que le maintien de la paix doit être
assuré des deux côtés.
Senator Dyck: To follow up on that, let us say there is a reserve
in Saskatchewan. Does each reserve then have someone who is
called a peacemaker who is actually an RCMP member, or is it
something different?
La sénatrice Dyck : Pour enchaîner là-dessus, supposons qu’il y
a une réserve en Saskatchewan. Est-ce que chaque réserve a un
gardien de la paix qui est un agent de la GRC, ou autre chose?
Mr. Bird: That is something we are striving for.
Senator Dyck: You are trying to have an RCMP officer on
every reserve?
Mr. Bird: Yes.
Senator Dyck: The agreement, then, would be between the
FSIN and the federal government, Indian and Northern Affairs?
Mr. Bird: Between the FSIN and the RCMP.
M. Bird : C’est quelque chose que nous essayons d’atteindre.
La sénatrice Dyck : Vous essayez qu’il y ait un agent de la
GRC présent dans chaque réserve?
M. Bird : Oui.
La sénatrice Dyck : L’entente serait alors conclue entre la
FSIN et le gouvernement fédéral, le ministère des Affaires
indiennes et du Nord canadien?
M. Bird : Elle serait conclue entre la FSIN et la GRC.
Senator Dyck: With respect to that, does that protocol
agreement include things like resources in order to make that
happen or programs to train local First Nation men or women to
serve as the RCMP officers on reserve?
La sénatrice Dyck : À ce propos, le protocole d’entente inclut-il
entre autres des ressources pour réaliser cet objectif ou des
programmes visant à former des hommes ou des femmes des
Premières Nations pour agir à titre d’agents de la GRC dans les
réserves?
Mr. Bird: That is something we are striving towards. One of
the unfortunate things we have not been able to do is secure the
appropriate resources. As I mentioned, we are trying to ensure
that we reassure our First Nations communities that the
M. Bird : C’est quelque chose que nous nous efforçons de faire.
Malheureusement, nous n’avons pas été en mesure d’obtenir les
ressources appropriées. Comme je l’ai mentionné, nous essayons
de rassurer nos collectivités des Premières Nations en leur disant
5-6-2013
Peuples autochtones
38:13
leadership are pushing for something that our grassroots people
need, which is a stronger presence of the RCMP to maintain
peace.
que les dirigeants préconisent une initiative dont les membres des
collectivités ont besoin, c’est-à-dire une présence plus forte de la
GRC pour maintenir la paix.
Senator Dyck: I have a couple of quick questions to follow up
on this peacekeeper initiative. Are there other provinces, such as
Manitoba, that would have a similar program where there is
someone based locally who can deal with local issues?
La sénatrice Dyck : J’ai quelques questions rapides à poser
pour revenir à cette initiative de gardiens de la paix. Y a-t-il
d’autres provinces, comme le Manitoba, qui auraient un
programme semblable où un membre de la localité peut gérer
les problèmes locaux?
Mr. Bird: I am unaware of that at this time.
M. Bird : Je l’ignore pour l’instant.
Senator Dyck: Are there examples in Saskatchewan? Are there
any particular reserves that have started that initiative whereby
you might begin to see whether or not it works and whether it is a
better alternative? If it is a reserve near Saskatoon, for example,
you would have to call in someone from Saskatoon. Is there a
reserve where we do have local RCMP on reserve?
La sénatrice Dyck : Y a-t-il des exemples en Saskatchewan? Y
a-t-il des réserves qui ont lancé cette initiative, et pouvez-vous voir
si elle est efficace ou non et s’il s’agit d’une meilleure option? Si
c’est une réserve près de Saskatoon, par exemple, il faudrait faire
venir une personne de Saskatoon. Y a-t-il une réserve où nous
avons des agents de la GRC sur place?
Mr. Bird: Increasing the number of RCMP within a First
Nations community?
M. Bird : Vous parlez d’augmenter le nombre d’agents de la
GRC dans une collectivité des Premières Nations?
Senator Dyck: Yes. Do you have an idea as to how many
reserves are able to do that?
La sénatrice Dyck : Oui. Avez-vous une idée du nombre de
réserves qui sont capables de le faire?
Mr. Bird: I do not have the exact number, but I do know that
in our last justice commission representing our 74 First Nations,
appointed by tribunal councils, we had a presentation from
Beardy’s Okemasis, who were taking on a case, I will call it, with
regard to a breach of treaty regarding policing. I have had an
opportunity to sit in one of their presentations and hear exactly
why they felt that the lack of RCMP or engagement in their
community was a breach of treaty. They said it was because the
time spent on the reserve itself was not adequate and the number
of members within the community was not adequate. They
wanted more preventative measures — rather than, after 10
complaints, the RCMP shows up at the door and takes a person
away, trying to ensure that they work more closely with the
community. The Beardy’s Okemasis First Nation is actually
representing more than 30 other First Nations as co-signers of this
complaint because they feel strongly that there is an inadequate
level of RCMP services being delivered on First Nations.
M. Bird : Je n’ai pas le chiffre exact, mais je sais qu’à notre
dernière commission de la justice, qui représente nos 74 Premières
Nations et dont les membres sont nommés par les conseils
tribaux, nous avons entendu un exposé des représentants de la
Première Nation Beardy’s et Okemasis, qui était en train de régler
une affaire liée à une violation du traité concernant les services de
police. J’ai eu l’occasion d’entendre l’un de leurs exposés, où ils
expliquaient pourquoi ils estimaient que le manque d’agents de la
GRC ou l’engagement dans leur collectivité constituaient une
violation du traité. Ils ont dit que c’était parce que le temps passé
dans la réserve était insuffisant et que le nombre de membres dans
la collectivité était insuffisant. Ils voulaient plus de mesures
préventives au lieu d’attendre que 10 plaintes soient déposées et
que des agents de la GRC se présentent chez une personne et
l’embarquent, pour faire en sorte qu’ils travaillent plus
étroitement avec la collectivité. La Première Nation Beardy’s et
Okemasis représente plus de 30 autres Premières Nations qui ont
signé cette plainte, car elles croient fermement que le niveau de
service qu’offre la GRC aux Premières Nations est inadéquat.
Senator Dyck: You mentioned that with Beardy’s the RCMP
would show up at the door. When the RCMP would come, what
would be the major reason why they would show up? What would
be the major complaint?
La sénatrice Dyck : Vous dites qu’à Beardy, la GRC se pointe
tout bonnement à la porte. Lorsqu’elle le fait, quelle est sa
principale raison? Quelle est la plus grande source de plaintes?
Mr. Bird: I am not sure at this time in terms of statistics and
reasons, but I do know from listening to the leadership that
basically taking someone away to jail as a last punishment effort
is not really what the community needs. If there is a noise
complaint, they would like to have someone go knock on the door
and maybe just settle things down before they get out of hand.
However, with regard to the leadership’s description, after
everything has got out of hand is when the RCMP would show
M. Bird : Pour l’instant, je ne connais pas trop les statistiques
et les raisons, mais à écouter les dirigeants, je sais que la
communauté n’a pas vraiment besoin que ses membres soient
envoyés en prison en guise de punition ultime. En cas de plainte
de bruit, la communauté voudrait qu’un agent vienne cogner à la
porte pour calmer les esprits, peut-être, avant que la situation ne
dégénère. Or, les dirigeants semblent dire que la GRC n’intervient
que lorsque le mal est fait. Puisqu’elle ne peut rien résoudre à ce
38:14
Aboriginal Peoples
5-6-2013
up, and then it does not really resolve something but just take the
offenders away, and we have the whole thing repeat as soon as the
offenders get reintroduced into the community.
moment, elle repart avec les fautifs, et la situation se répète dès
que ceux-ci réintègrent la communauté.
Senator Dyck: If I understand you correctly, then, behaviour
could be stopped earlier before it actually becomes so severe that
the person actually has to be locked up or charged?
La sénatrice Dyck : Si j’ai bien compris, on pourrait donc
mettre un terme au comportement plus tôt, avant que la situation
ne dégénère au point de devoir incarcérer ou accuser l’individu,
n’est-ce pas?
Mr. Bird: Yes.
M. Bird : C’est exact.
The Chair: As a short follow-up, does the peacemaker process
include community members who are engaged with the police in
trying to deal with some of the conflicts?
Le président : J’ai une petite question de suivi. Dans le cadre de
la procédure de gardiens de la paix, des membres de la collectivité
collaborent-ils avec la police pour essayer de désamorcer certains
conflits?
Mr. Bird: That is one of the goals. However, being new in this
portfolio, I cannot provide exact details.
M. Bird : C’est un des objectifs. Je ne peux toutefois pas vous
donner de détails précis puisque je m’occupe du dossier depuis
peu.
Senator Lovelace Nicholas: My question is along the lines of
those asked by Senator Dyck. You mentioned that you are trying
to rebuild relationships between the RCMP and First Nations.
With the cultural difference between the RCMP and Aboriginal
people, do you think sensitivity training between the RCMP and
the peacekeepers would be a go-ahead or a good thing to do,
because of the racism and difference of cultures?
La sénatrice Lovelace Nicholas : Ma question fait suite à celles
de la sénatrice Dyck. Vous dites essayer de rétablir les relations
entre la GRC et les Premières Nations. Compte tenu des
différences culturelles et du racisme, croyez-vous qu’il serait
souhaitable de sensibiliser la GRC et les gardiens de la paix à ce
sujet?
Mr. Bird: Thank you, Senator Lovelace Nicholas, for that
point. Yes, I definitely think that has been stated from time to
time. It is a trust factor. In my report, I have also mentioned a
tribunal, once again, to try to resolve things inside the
community. However, I think that having the RCMP have a
better understanding of who they are dealing with will go a lot
further.
M. Bird : Je vous remercie de soulever ce point, madame la
sénatrice Lovelace Nicholas. Cet argument a effectivement été
avancé à quelques occasions. C’est une question de confiance.
Dans mon rapport, j’ai aussi dit à nouveau qu’un tribunal
pourrait tenter de résoudre les conflits au sein de la collectivité. Je
pense toutefois qu’il serait encore plus utile que la GRC
comprenne mieux la communauté à laquelle elle a affaire.
I come from a Northern community called South End,
Saskatchewan. It sounds like it is on the south end of
Saskatchewan, but it is actually on the north end. It is very
isolated, three hours north of La Ronge, for those of you who are
familiar with Saskatchewan.
Je viens d’une collectivité nordique du nom de South End, en
Saskatchewan. Même si le toponyme porte à croire qu’elle est
située à l’extrême sud de la province, elle se trouve plutôt vers le
nord. La collectivité est très isolée et se trouve à trois heures de La
Ronge en direction nord, pour ceux qui connaissent bien le coin.
From time to time, we have RCMP members coming to the
community, engaging the youth. They take the evenings to coach.
That so much prevents the wall that sometimes the RCMP have
with our First Nations people because that builds a relationship
and is very conducive to trust. As you say, cultural training will
go further, but the relationship needs to go even a step further in
order to really understand our First Nations people in each
community.
De temps à autre, des agents de la GRC y viennent et discutent
avec les jeunes. Ils passent des soirées à les encadrer. En tissant ce
genre de relation particulièrement propice à la confiance, ils
évitent véritablement qu’un fossé se creuse entre la GRC et les
Premières Nations, comme c’est parfois le cas. Comme vous le
dites, une sensibilisation culturelle sera encore plus bénéfique,
mais il faut renforcer la relation pour que le peuple de chaque
Première Nation soit véritablement compris.
Senator Lovelace Nicholas: The RCMP are given contracts in
communities. The government had promised they would extend it
for another five years or so, but then that was cancelled. What
would the peacekeepers and the RCMP do for infrastructure
monies?
La sénatrice Lovelace Nicholas : La GRC obtient des contrats
dans les collectivités. Le gouvernement a promis de les prolonger
environ cinq ans, puis s’est rétracté. Que feront les gardiens de la
paix et la GRC du côté des fonds d’infrastructure?
Mr. Bird: That is one of the things that would be my job, as
a — I do not like to use the term — ‘‘politician,’’ to ensure we
understand the needs of our communities and still push for what
our leadership is asking for.
M. Bird : En tant que « politicien » — je n’aime pas employer
ce mot —, il ferait partie de mon devoir de veiller à ce que nous
comprenions les besoins de nos collectivités tout en défendant les
intérêts des dirigeants.
5-6-2013
Peuples autochtones
38:15
Senator Munson: Vice Chief Bird, thank you for being here. I
would like to follow a line of question dealing with education.
You described yourself as a teacher. First, what do you teach? Are
you in grade school, high school? First, I would just like to get
that, so I can ask my other questions.
Le sénateur Munson : Merci d’être avec nous, vice-chef Bird.
J’aimerais maintenant parler d’éducation. Vous dites que vous
êtes enseignant. Pour commencer, quelle matière enseignez-vous?
Êtes-vous au primaire ou au secondaire? Je vais vous laisser
répondre, après quoi je poserai d’autres questions.
Mr. Bird: In university, with middle years, I had an
opportunity to deal with behavioural students from about
9 years old to about 13, and I have also had an opportunity to
be a high school teacher.
M. Bird : Je donne des cours de niveau intermédiaire à
l’université. J’ai aussi enseigné à des élèves d’environ neuf à
13 ans ayant des troubles comportementaux, en plus d’avoir été
professeur au secondaire.
Senator Munson: There is an old saying, ‘‘healthy body, healthy
mind.’’ Saskatchewan has the fastest growing rate of young
Aboriginal people moving into the school system at all levels.
What do you see when you see a child coming into the school
system? Are you looking at a healthy body and a healthy mind, or
are you looking at a troubled mind?
Le sénateur Munson : Il y a un vieux dicton qui dit « un esprit
sain dans un corps sain ». La Saskatchewan est la province qui
connaît la croissance la plus rapide chez les jeunes Autochtones de
tous les niveaux au sein du réseau scolaire. Que constatez-vous
lorsqu’un enfant fait son entrée dans le système? A-t-il un esprit
sain et un corps sain, ou est-il en détresse?
Mr. Bird: I think that all of those kids, especially when they are
younger, have the healthiest minds that we can have. I think the
problem comes when they realize that surrounding them is
poverty. I think that is when it starts to get polluted, for lack of a
better term.
M. Bird : Je pense que ces enfants ont les esprits les plus sains
qui soient, surtout les plus jeunes. Le problème survient selon moi
lorsqu’ils se rendent compte de la pauvreté qui les entoure. C’est à
ce moment que leur esprit commence à se contaminer, à défaut de
trouver un meilleur terme.
Senator Munson: They are in school, and they are being taught
to the best of your and your colleagues’ abilities. For some
reason, they are incarcerated; they are thrown into jail. It could be
a juvenile institute or whatever it is. They are in an education
system, and they are being taught. Within our judicial system —
this could be a naive question — does education continue for that
incarcerated young man or woman? Are there programs there
that say, ‘‘Okay, you made a mistake. Now you are behind bars.’’
Are there any programs under way in Saskatchewan or elsewhere
across the country? This could be happening elsewhere; I do not
know. Should it happen? Should the curriculum continue either
with elders, others in the school or other educators within the
judicial system?
Le sénateur Munson : Ils vont à l’école, où vos collègues et vous
leur enseignez de votre mieux. Pour une raison quelconque, ils
finissent par se faire incarcérer et jeter en prison. Ce peut être dans
un établissement spécialisé pour les jeunes ou ailleurs. Dans le
système d’éducation, ils recevaient un enseignement. Ma question
est peut-être naïve, mais ces jeunes hommes et femmes incarcérés
peuvent-ils poursuivre leur éducation dans notre système
judiciaire? Y a-t-il des programmes semblables qui tiennent
compte du fait qu’ils ont fait une erreur et qu’ils sont derrière les
barreaux? Y en a-t-il en Saskatchewan ou dans le reste du pays? Il
y en a peut-être ailleurs, mais je n’en sais rien. Devrait-on offrir ce
genre de programme? Devrait-on demander à des sages, des
intervenants scolaires ou des éducateurs de poursuivre leur
programme d’enseignement au sein du système judiciaire?
Mr. Bird: To the best of my knowledge, it does. When I was a
principal, I was also a high school teacher, and I had one of our
young people who had gone to a youth correctional facility in
North Battleford. Along with his cumulative file came his grades
for the classes that he attended within the youth corrections
facility.
M. Bird : Autant que je sache, ce genre de programme existe.
Lorsque j’étais directeur d’école et enseignant de niveau
secondaire, un de nos jeunes avait séjourné dans un
établissement correctionnel pour les jeunes de North Battleford.
Son dossier cumulatif comprenait les résultats des cours qu’il
avait suivis là-bas.
Senator Munson: So there is a system inside the jails? Why, in
your estimation, when they leave jail, are they back in six months
or so? What is wrong? Where is the system broken? You talked
about the repeating rates or a cycle. To me, there is not enough in
terms of education and health and holistic approaches to that. Is
it because of the communities they live in? I am curious to know
some of the factors as to why it keeps repeating. It is kind of
depressing to see some of your figures. You talked about how it is
increasing, not decreasing.
Le sénateur Munson : Il y a donc un système au sein des
établissements carcéraux? À votre avis, pourquoi les individus qui
sortent de prison y retournent-ils six mois plus tard? Quel est le
problème? Où est la faille dans le système? Vous avez parlé d’un
taux de récidive, ou d’un cycle. À mes yeux, il y a une lacune du
côté de l’éducation, de la santé et des approches globales. Est-ce
causé par les collectivités? Je me demande quels facteurs font en
sorte que la situation se répète sans cesse. Certains de vos chiffres
sont franchement déprimants, et vous dites que la situation
empire.
Mr. Bird: I will refer again to this young gentleman that I had
in my school, a very bright young kid. He just had very little
opportunity to be able to grow up with many of the benefits that a
M. Bird : J’aimerais encore parler du jeune de mon école, qui
était très brillant. Il n’avait tout simplement pas eu la chance de
grandir au sein d’une famille forte, par exemple, avec les
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Aboriginal Peoples
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strong family would have, as an example. This young gentleman,
upon returning to the community, had to do some ‘‘community
hours’’ as they call them. Because of our smaller Northern
community, opportunities to volunteer or to work are few and far
between. Employment opportunities are lacking. Because we have
one school, one gymnasium, the majority of the kids who are
active in that particular community all enjoy something like
volleyball. They take up the evening.
nombreux avantages qui en découlent. À son retour au sein de la
collectivité, ce jeune homme a d û faire des travaux
communautaires, comme on dit. En raison de la petite taille de
notre collectivité nordique, les occasions de bénévolat ou de
travail sont rares et éparses. Il n’y a pas assez de possibilités
d’emploi. Puisque nous avons une seule école et un seul gymnase,
la majorité des jeunes actifs pratiquent un sport comme le
volleyball, par exemple. C’est ce qu’ils font en soirée.
This gentleman, having an opportunity to go to the outside, is
coming back in, somewhat on the outside of the ‘‘small society,’’ I
will call it. Because there is a lack of recreational facilities and a
lack of opportunities to engage our youth, he tends to go back to
the same group of kids who are more inclined to get into trouble
because they are not able to be engaged.
Ce jeune homme, qui était parti, revient ensuite quelque peu en
marge de cette « petite société », disons. Puisqu’il n’y a pas assez
de lieux récréatifs et d’occasions d’intéresser les jeunes, il a
tendance à retourner au sein du même groupe de jeunes plus
enclins à se mettre dans le pétrin par manque de motivation.
Senator Munson: Saskatchewan, compared to other provinces,
is a booming province. There seems to be a lot going on in
Saskatchewan. You gave us the figures. I think most of us know
about the makeup of the population — First Nations,
12.5 per cent. First, are Aboriginal youth prepared, with the
education they have, to tap into the resource sector and
everything else that is going on in Saskatchewan? Whether or
not they are, are they getting a fair shake in being hired?
Le sénateur Munson : Comparativement à d’autres provinces,
la Saskatchewan est en plein essor. Il semble se passer toutes
sortes de choses là-bas. Vous nous avez donné les chiffres. Je
pense que la plupart d’entre nous connaissent la composition de la
population et savent que les Premières Nations représentent
12,5 p. 100 des citoyens. Tout d’abord, l’éducation des jeunes
Autochtones leur permet-elle de s’intégrer au secteur des
ressources et de profiter de tout ce qui se passe dans la
province? Quoi qu’il en soit, obtiennent-ils leur juste part en
matière d’embauche?
Mr. Bird: I will repeat the question so I understand it fully. Are
Aboriginal youth prepared, with the education they have, to tap
into the labour market?
M. Bird : Je vais répéter la question pour être certain d’avoir
parfaitement compris. L’éducation des jeunes Autochtones les
prépare-t-elle bien au marché du travail?
Senator Munson: Yes, and are they getting, with what they
have, a fair shake from industry to apply for the new technologies,
to be able to work in various parts of the emerging technologies
that are happening in Saskatchewan?
Le sénateur Munson : C’est exact, mais aussi, sont-ils traités
équitablement au sein de l’industrie compte tenu de leurs
compétences? Peuvent-ils postuler pour des emplois touchant les
nouvelles technologies? Peuvent-ils travailler dans divers secteurs
des technologies émergentes de la Saskatchewan?
Mr. Bird: Let us go back to Aboriginal youth being prepared
with the education they have. The education they are provided
with is below standard. Coming from an educational background,
I know that you have a tuition, as an example, that averages
about $6,500 per child within the federal system, within a reserve
school. You compare that to a provincial school that goes
anywhere from $10,500 to $11,000.
M. Bird : Revenons à la préparation des jeunes Autochtones
au moyen de leur éducation. En fait, la formation qu’ils reçoivent
ne répond pas aux normes. Puisque je viens du milieu de
l’éducation, je connais les frais. Par exemple, ils sont en moyenne
de 6 500 $ par enfant dans le système fédéral et les écoles de
réserve, comparativement à 10 500 ou 11 000 $ par enfant dans
les écoles provinciales.
The quality of education will be severely different.
Fortunately, I have been part of a provincial-wide
consultation — the Joint Task Force on Education and
Employment. I was able to go to Aboriginal communities —
First Nations, urban, Metis — to ask the stakeholders, including
teachers, parents, grandparents and students, what exactly is
missing. All pointed to the lack of investment in our First Nation
schools. Many of our Saskatchewan First Nations communities
have provincial schools that are no more than five kilometres
away. A parent may not realize that a First Nation is a have-not
when it comes to investment in education. However, a parent will
see that some students are getting extracurricular activities, high
school-specific teachers in biology, chemistry, et cetera, while
First Nations may have a recreational coordinator in the evenings
La qualité de l’éducation n’est donc vraiment pas la même.
J’ai heureusement participé à une consultation provinciale, la
Joint Task Force on Education and Employment, un groupe de
travail mixte sur l’éducation et l’emploi. J’ai pu visiter des
collectivités autochtones — des Premières Nations, des
communautés urbaines et des Métis —, où j’ai cherché à savoir
exactement ce qui fait défaut auprès de divers intervenants,
comme des enseignants, des parents, des grands-parents et des
étudiants. Tout le monde a signalé le manque d’investissement
dans les écoles de Premières Nations. Bien des écoles provinciales
de la Saskatchewan sont situées à moins de cinq kilomètres d’une
collectivité de Premières Nations. Le parent ne réalise peut-être
pas à quel point les Premières Nations sont démunies sur le plan
de l’investissement en éducation. Il constatera toutefois que
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Peuples autochtones
38:17
and no football or soccer program. Parents tend to see the
provincial school as better, and it kind of looks like that.
However, many of our communities, with the little they have, are
doing wonderful things. I would not compare apples to oranges in
that circumstance, but the industry is responding favourably in
terms of recognizing that Aboriginal students need investment so
they can be prepared to fill the jobs. Is it good enough? No, it is
not, given the lack of investment in education that we have
currently and have had in the past.
d’autres étudiants ont des activités parascolaires et des professeurs
au niveau secondaire qui sont spécialisés en biologie, en chimie, et
ainsi de suite, alors que les Premières Nations n’ont qu’un
coordonnateur de loisir en soirée plutôt qu’un programme de
football ou de soccer. Les parents sont souvent portés à penser
que l’école provinciale est préférable, et c’est effectivement
l’impression qu’on a. Cependant, bon nombre de nos
collectivités font des merveilles malgré leurs ressources limitées.
Sans vouloir mêler les pommes avec les oranges, l’industrie réagit
favorablement et reconnaît qu’il faut investir dans les étudiants
autochtones pour les préparer à l’emploi. Est-ce que c’est assez?
Non, et c’est attribuable au manque d’investissement en éducation
d’hier et d’aujourd’hui.
Senator Sibbeston: Mr. Bird, do you feel that our society — in
particular First Nations communities — is spending enough time
and resources on dealing with the matter of justice for their
people? It seems there is no provision in the Criminal Code for
judges to consider community-related solutions. In my
experience, restorative justice is the answer; but the initiative
must be taken by First Nations and native people. White people
cannot do it for native people. I have always wondered
something: In our busyness and struggle to get on our economic
feet and have good governance and so forth, does the whole area
of justice get pushed aside such that not enough energy, thought
and resources are put towards it? Do you feel that more could be
done and that the responsibility is on First Nations because no
one can do it for them? Can you comment on that, please?
Le sénateur Sibbeston : Monsieur Bird, avez-vous l’impression
que la société et les collectivités de Premières Nations en
particulier accordent assez de temps et d’argent aux questions
de justice concernant le peuple? Le Code criminel ne semble
prévoir aucune disposition qui permettrait aux juges de proposer
des solutions liées à la collectivité. Je sais par expérience que la
justice réparatrice est la clé, mais ce sont les Premières Nations et
le peuple autochtone qui doivent en prendre l’initiative. Les
Blancs ne peuvent pas le faire à leur place. Je me suis toujours
demandé ceci : en étant affairés à lutter pour rétablir la situation
économique et mettre en place un bon gouvernement, entre
autres, est-il possible que nous ayons mis à l’écart tout le cadre
juridique et que nous n’y ayons pas suffisamment réfléchi ou
consacré énergie et ressources? Avez-vous l’impression qu’on
pourrait en faire plus à ce chapitre, et que la responsabilité
incombe aux Premières Nations puisque personne ne peut le faire
à leur place? Qu’en pensez-vous?
Mr. Bird: Before I do, may I clarify who is putting justice to
the side, in your mind?
M. Bird : Avant de répondre, puis-je savoir qui mettrait la
justice à l’écart, selon vous?
Senator Sibbeston: I am Aboriginal, and I live in a small
community. Things are in place now. The RCMP is a very strong
force in the community. If anything goes wrong in a community,
if something is stolen or someone is hurt, the first thing people do
is phone the RCMP. The RCMP officer arrives on the scene and
deals with the person. Either the person is put in jail, if it is
serious. If it is not too serious, he is charged and eventually goes
before JB court. The court system deals with the person. That is
the formal justice system we have in place; however, we all
recognize that it is not suitable and not the best way. The best way
would be for communities to deal with the situations with the
cooperation of the RCMP to do the investigation. Then, at some
point, bring the matter to the community for a resolution, rather
than just bring the person before a judge and have him thrown in
jail or heavily fined. The problem is not that the person is a
criminal. It is more of a social problem. With some help, he can be
restored and healed to be a good person. You know what I mean
in that regard.
Le sénateur Sibbeston : Je suis un Autochtone qui vit dans une
petite collectivité. Les choses vont bien à l’heure actuelle. La GRC
a beaucoup d’influence là-bas. En cas de problème, de vol ou de
blessure, les gens commencent par appeler la GRC. L’agent arrive
dès lors sur la scène et prend en charge le responsable. Si le délit
est grave, celui-ci ira en prison, alors que si c’est moins grave, il
sera accusé et traduit en justice. L’appareil judiciaire s’en occupe.
Voilà donc comment fonctionne le système de justice officiel. Or,
nous savons tous que c’est loin d’être idéal. Il serait mieux que les
collectivités s’occupent du problème avec la collaboration avec la
GRC pour les enquêtes. À un moment donné, il faudrait porter
l’affaire à l’attention de la collectivité pour régler le problème
plutôt que de traduire l’individu en justice pour le faire incarcérer
ou lui imposer une amende salée. Ce n’est pas nécessairement un
criminel, et il s’agit plutôt d’un problème social. Avec un peu
d’aide, il est possible de réhabiliter l’individu et de l’aider à se
reprendre en main. Vous voyez ce que je veux dire.
Could communities not do more of that sort of thing, rather
than just saying that it is a police problem and a court problem —
let the White people deal with it? When I worked in the
community justice area, I used to challenge the chief and
Les collectivités ne pourraient-elles pas en faire plus à cet
égard, plutôt que de simplement refiler le problème à la police et
aux tribunaux, et de laisser les Blancs s’en charger? Lorsque je
travaillais dans le milieu de la justice communautaire, je disais
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Aboriginal Peoples
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communities and tell them: Look, do not wait for the White
people to do it; do it yourself. You have the ability. You know
how; so just do it. There is that idea of doing it ourselves and
leaving all the dirty work to White people.
souvent au chef et aux collectivités d’agir plutôt que d’attendre
que les Blancs s’en occupent, puisqu’ils en sont capables et savent
comment s’y prendre. Il s’agit de le faire soi-même ou de laisser le
sale boulot aux Blancs.
Mr. Bird: I believe you touched on something in that many
First Nations have been conditioned to put that authority and
responsibility off to someone else. I will refer back to education.
Schools get the kids more than the parents get them at home. Role
modeling goes to one institution. You talked about justice, and
yet many First Nations communities have been conditioned to
pick up the phone and dial 911 — the problem is over — not an
issue.
M. Bird : Je crois que vous avez soulevé un bon point, à savoir
que bien des Premières Nations ont l’habitude de renvoyer le
pouvoir et la responsabilité à d’autres. Je vais revenir sur
l’éducation. Les enfants passent plus de temps à l’école qu’avec
leurs parents. C’est donc l’établissement qui sert de modèle. Vous
parlez de justice, mais bien des collectivités de Premières Nations
ont l’habitude de composer le 911 pour régler le problème sur-lechamp.
However, I agree that justice definitely has been pushed to the
side. However, that not only happens at the First Nations level. In
our federation that represents 74 First Nations, we have two staff
members from Justice. That says a lot in terms of the provincial
and federal government priorities and what they want to see in an
organization such as the FSIN. Recently, we lost even more
funding. I believe that so much progressive and preventive work is
done by First Nations; but there is a lack of champions with the
appropriate authority, background and experience to be
recognized by the First Nations as credible; and that buy-in is
very important.
Je conviens toutefois que la justice a été mise à l’écart. Mais ce
n’est pas exclusivement au sein des Premières Nations qu’on
observe le phénomène. La FSIN représente 74 Premières Nations
et ne compte que deux employés du milieu de la justice. Ce n’est
pas peu dire sur les priorités des gouvernements fédéral et
provincial et sur ce qu’ils attendent d’une fédération comme la
nôtre. Notre financement vient d’ailleurs d’être coupé encore plus.
Je crois que les Premières Nations font un grand travail en
matière d’avant-gardisme et de prévention, mais il n’y a pas
suffisamment de défenseurs ayant l’autorité, les antécédents et
l’expérience nécessaires pour être crédibles aux yeux des Premières
Nations, alors que cette reconnaissance est essentielle.
As you know, Aboriginal people started accessing postsecondary education in the 1970s, as an example, at acceptable
levels. We still have a generation of people who are conditioned to
think that when you have a problem, you deal with this or that
department or this institution. It is only recently that we have
been able to take on that restorative justice path, realizing that
our First Nations have the tools for the problems their
communities have.
Comme vous le savez, ce n’est que dans les années 1970 que le
peuple autochtone a commencé fréquenter régulièrement les
établissements postsecondaires, par exemple. Encore toute une
génération a l’habitude de demander de l’aide à un service ou à un
établissement donné en cas de problème. Ce n’est que récemment
que nous avons choisi la voie de la justice réparatrice, lorsque
nous avons pris conscience que les Premières Nations ont les
outils nécessaires pour régler les problèmes au sein de leurs
collectivités.
Senator Sibbeston: Have you ever had a chance to travel to see
the Navajos? They are a big group of First Nations who live in the
Arizona and New Mexico area. They have always epitomized the
way that First Nations or native people in our country could do
things. They have their own police system and judges; and they
have their own laws. They have peacemakers. I have always
thought that is pretty advanced. They could be a good example. If
First Nations saw that, they would be encouraged and maybe
want to do the same sort of thing and set up their own system.
Le sénateur Sibbeston : Avez-vous déjà eu l’occasion d’aller
voir les Navajos? Ils forment un grand groupe de Premières
Nations qui vivent en Arizona et au Nouveau-Mexique. Leur
façon de fonctionner a toujours incarné ce que les Premières
Nations ou les Autochtones de notre pays pourraient faire. Ils ont
leurs propres policiers, juges et lois. Ils ont des gardiens de la paix.
J’ai toujours été d’avis que leur système est assez avancé. Il
pourrait servir d’exemple. Si les Premières Nations étaient au
courant de cela, elles seraient rassurées et voudraient peut-être
faire la même chose et établir leur propre système.
I think, Mr. Chairman, we should go down to see the Navajos.
Monsieur le président, je pense que nous devrions aller visiter
les Navajos.
The Chair: Is this your question or a preamble?
Senator Sibbeston: My question to Mr. Bird is whether he has
ever had a chance to see the Navajos and, if he has, what he thinks
of it.
Le président : S’agit-il d’une question ou d’une observation?
Le sénateur Sibbeston : J’aimerais savoir si M. Bird a déjà eu la
chance de rencontrer les Navajos et, si c’est le cas, je voudrais qu’il
me donne son point de vue.
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Peuples autochtones
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Mr. Bird: Personally, I have not been able to have that
privilege, but I heard a lot of positive things before I took on my
role in leadership about the incredible amount of sovereignty that
they practice in the Navajo nations.
M. Bird : Je n’ai pas eu ce privilège, mais avant d’occuper mes
fonctions actuelles, j’ai entendu beaucoup de bonnes choses sur la
part incroyable de souveraineté qu’ont les Navajos.
I will go back with regard to your previous question to taking
on more community responsibility. An interagency approach has
recently been introduced into my community where you have staff
members from the school, the health department and the band
office. The RCMP is involved. Leadership is involved, as are local
store owners and anyone who has a major role to play — for lack
of a better word, institutions that contribute to the community. I
find it a big success. In fact, I started to really learn that other
communities are doing it. Prince Albert has an internationally
recognized program that is basically an interagency program,
which they call the HUB. I think it is being introduced in North
Battleford as well. That is a good way of going about empowering
the community itself.
Je reviens à votre question précédente sur la responsabilité.
Une mesure faisant participer différents organismes a récemment
été prise dans ma communauté, comme des membres du
personnel de l’école, des services de santé et du bureau du
conseil de bande. Cela inclut la GRC, les dirigeants, tout comme
les commerçants locaux et quiconque a un rôle majeur à jouer —
faute d’une meilleure expression, les institutions qui contribuent
au développement de la collectivité. C’est un grand succès. En fait,
j’ai découvert que d’autres collectivités font la même chose. Prince
Albert a un programme reconnu à l’échelle internationale, qui est
en fait un programme interorganismes, qu’on appelle « HUB »,
soit un centre de services. Je pense qu’il y en a un à North
Battleford également. C’est une bonne façon de donner les
moyens qu’il faut à la collectivité.
If you do go to Navajo country, please invite me.
Si jamais vous allez au pays des Navajos, invitez-moi à vous
accompagner s’il vous plaît.
The Chair: I am glad you mentioned the HUB concept. I know
that Deputy Minister Dale McFee is probably one of the
strongest proponents of the HUB concept, and I think it will be
a real success story. I was going to ask you about the HUB
concept.
Le président : Je suis ravi que vous parliez du modèle de centre
de services. Je sais que le sous-ministre Dale McFee en est
probablement l’un des plus ardents défenseurs, et je crois que ce
sera vraiment un exemple à suivre. J’allais justement vous poser
une question à ce sujet.
The other point that you made, and I think Senator Patterson
was the Premier of the Northwest Territories when we policed
Paulatuk, which at the time had two days of policing a month,
and when we increased it to full-time police officers, I think the
crime rate went up 700 per cent. Before that, the community was
dealing with community issues in a community way. The minute
the police officers were there, they became police problems.
Nothing changed in that community other than the fact that a
couple of White guys from the South were now living there.
Nothing else changed. I do appreciate your commentary, because
I do not think it matters where that happens. There is this
expectation that the community moves away from solving their
own problems, and it is not healthy. I think the HUB concept will
actually make a difference, and I am glad that you are a
supporter.
L’autre chose que vous avez dites, et je pense que le sénateur
Patterson était premier ministre des Territoires du Nord-Ouest
lorsque nous avons fait de la surveillance policière à Paulatuk. À
l’époque, il y avait deux jours de surveillance policière par mois, et
lorsque nous avons apporté des changements pour que des
policiers y travaillent à temps plein, je pense que le taux de
criminalité a augmenté de 700 p. 100. Auparavant, la
communauté s’occupait elle-même des problèmes auxquelles elle
faisait face. Dès qu’il y a eu la présence de policiers, ils sont
devenus des problèmes pour les services de police. Rien n’a
changé dans la communauté mis à part le fait que deux ou trois
Blancs venant du sud vivaient là-bas dorénavant. Sinon, rien
n’avait changé. Je vous remercie de votre observation, car je pense
que le lieu importe peu. On s’attend à ce que la communauté ne
règle pas ses problèmes, ce qui est malsain. Je pense que le modèle
de centre de services fera une différence, et je suis heureux que
vous l’appuyiez.
I had no question. I am as guilty as Senator Sibbeston.
Je n’avais pas de question à poser. Je suis aussi coupable que le
sénateur Sibbeston.
Senator Raine: You both talked about the HUB concept, but I
do not know what it is. Could you describe it a little more fully for
those of us who are not familiar with it? Exactly what is the HUB
concept?
La sénatrice Raine : Vous avez tous les deux parlé du modèle de
centre de services, mais je ne sais pas de quoi il s’agit. Pourriezvous nous en dire un peu plus à ce sujet? Certains d’entre nous ne
connaissent peut-être pas le concept. De quoi s’agit-il exactement?
Mr. Bird: The HUB concept is basically an interagency
approach. In a community, you have different agencies, such as
the education, the RCMP, local business owners, various
community stakeholders that come together once a month and
talk. Perhaps the RCMP will say how many drunk driving
M. Bird : C’est essentiellement une démarche interorganismes.
Une communauté compte différents services, comme ceux de
l’éducation, de la GRC, des commerçants locaux, de divers
intervenants de la communauté, qui se réunissent une fois par
mois pour discuter. Lors de ces rencontres, la GRC dira peut-être
38:20
Aboriginal Peoples
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charges or break and enters have happened, or Health will come
in and talk about there having been a spike in solvent abuse.
Education will come in and talk about how there have been new
students into the community. It is really a touchstone, if you may,
or a gathering of community agencies to talk about not only
problems but some of the solutions and some of the good things
that are happening. Perhaps that could be the best way that I can
describe the HUB. The HUB is a lot more in larger communities.
Not only do they have volunteers but they have people from
different agencies that have been seconded to make sure that they
volunteer their time at least two or three times a month. It is a
little more structured than what you would have in a community
that has to rely on whatever resources it gets.
le nombre d’accusations de conduites avec facultés affaiblies qui
ont été portées et de cambriolages; ou les services de santé diront
que l’abus de solvant augmente en flèche. Les représentants des
services d’éducation diront combien il y a de nouveaux élèves
dans la communauté. C’est vraiment une pierre de touche, si l’on
veut, ou un regroupement d’organismes communautaires qui
discutent non seulement des problèmes, mais également de
solutions et de certaines des bonnes choses qui se passent. C’est
peut-être la meilleure façon pour moi de décrire le centre de
services. Il regroupe encore plus de gens dans les plus grandes
communautés. Il y a non seulement des bénévoles, mais également
des membres d’autres organismes, et on fait en sorte qu’ils
puissent donner de leur temps au moins deux ou trois fois par
mois. C’est un système un peu plus structuré par rapport à celui
d’une collectivité qui doit dépendre des ressources qu’elle reçoit.
Senator Raine: When you have a HUB system in place, then,
there would be more community engagement in the factors that
are causing the crime?
La sénatrice Raine : L’établissement d’un tel système mèneraitil à un meilleur engagement communautaire quant à ce qui cause
les crimes?
Mr. Bird: It is not only the factors causing the crime. It is more
the community members that are impacted by the crimes and that
have a stake in the community. It will be to my benefit as a school
to able to be engaged in this HUB just so I can hear what the
RCMP is doing and hear what the leadership is going through.
Then, when I deal with a child who broke into a store, I get to
listen to the store owner and I can deal with this child with a
better perspective. If I deal with social services, talking about the
child’s issues or problems, I as the school can take this further
information, rather than a child misbehaving and you kick them
out, not knowing that you are just sending them back to a
repetitive pattern.
M. Bird : Il ne s’agit pas seulement des causes. Ce sont plutôt
les membres de la communauté qui sont touchés par les crimes et
qui ont des intérêts en cause. En tant que représentant d’une
école, il est dans mon intérêt de jouer un rôle au centre de services
simplement pour connaître les activités de la GRC et la situation
des dirigeants. Ainsi, si un enfant est entré par effraction dans un
magasin, je peux écouter la version du propriétaire et m’occuper
du dossier en ayant une meilleure perspective. Si je parle des
problèmes de l’enfant aux membres des services sociaux, en tant
que représentant de l’école, je peux utiliser cette information,
plutôt que de sortir l’enfant de l’école pour mauvaise conduite en
ignorant que je viens de l’amener à reprendre ses habitudes.
Senator Raine: Thank you. That was well-explained.
La sénatrice Raine : Merci. C’était très bien expliqué.
The Chair: I have a DVD from Deputy Minister Dale McFee,
who used to be the Chief of Police for Prince Albert. I will share it
with any senators who would like to see the HUB concept. It is in
English only. It is a Saskatchewan piece of work, but I will share
it with any senators who wish to see it. Thank you for the great
explanation.
Le président : J’ai un DVD du sous-ministre Dale McFee, qui a
déjà été chef de police de Prince Albert. Je le prêterai aux
sénateurs qui aimeraient voir ce que représente le modèle de
centre de services. Il est en anglais seulement. Il a été fait en
Saskatchewan, mais je le prêterai aux sénateurs qui souhaitent le
visionner. Je vous remercie de cette excellente explication.
Senator Demers: Good morning, Mr. Bird, and thank you for
the great presentation.
Le sénateur Demers : Bonjour, monsieur Bird. Je vous remercie
de votre excellent exposé.
I have two questions. First, young First Nation women are
particularly overrepresented in the correctional system. Why is
this the case, according to you? What preventative measures are
being taken in First Nations communities to keep young women
out of the system, and what main obstacle do communities face in
this regard? It seems there are more women in jail than men, from
what we heard at the last meeting.
J’ai deux questions. Premièrement, les jeunes femmes des
Premières Nations en particulier sont surreprésentées dans le
système correctionnel. Pourquoi est-ce le cas, selon vous? Quelles
mesures préventives les collectivités des Premières Nations
prennent-elles pour éviter que des jeunes femmes entrent dans le
système, et quels sont les principaux obstacles auxquels les
collectivités font face à cet égard? D’après ce que nous avons
entendu lors de la dernière séance, il semble qu’il y ait plus de
femmes que d’hommes en prison.
Mr. Bird: Thank you for the question, senator. As I stated, this
is a new file for me, justice. In the couple meetings that I have had
with leadership, this information was not given to me, nor was it
M. Bird : Je vous remercie de la question, sénateur. Comme je
l’ai dit, c’est un nouveau dossier pour moi. Lors des quelques
réunions que j’ai tenues, on ne m’a pas donné ce renseignement, et
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Peuples autochtones
38:21
prepared for my appearance here, so I cannot answer definitely as
to why First Nations women have such a high representation in
incarceration or what is being done to prevent that.
on ne l’a pas fait en prévision de ma comparution devant votre
comité. Je ne peux donc pas vous expliquer exactement pourquoi
autant de femmes membres des Premières Nations sont
incarcérées ou quelles mesures de prévention sont prises à cet
égard.
However, I can tell you that I have had an opportunity to tour
a healing lodge for women. I have been able to learn in my tour,
as well as from talking to the federal correctional investigator,
that it is something that definitely works. You are removing a
First Nation woman from what may be a hostile environment or
situation and providing them an opportunity to equip, for lack of
a better term. I have seen ceremonial rooms within this healing
lodge and an opportunity for the inmates to be engaged in the
community.
Je peux toutefois vous dire que j’ai eu l’occasion de visiter un
pavillon de ressourcement. Lors de cette visite, de même qu’en
parlant à l’enquêteur correctionnel, j’ai appris que c’est un moyen
efficace. Il s’agit de sortir une membre des Premières Nations d’un
milieu hostile ou d’une situation tendue et de lui donner la
possibilité de s’outiller, à défaut d’un meilleur terme. J’ai vu que
les pavillons de ressourcement comprennent des salles de
cérémonie et qu’ils donnent la possibilité aux détenues de
s’engager au sein de la communauté.
In talking to the leadership, despite the great opportunities I
have been able to see of the inmates interacting with the
communities, it was even more so with the last administration
of that facility. That is something that they miss. That is
something they have seen as a very progressive and productive
way of healing our First Nations women who were in that facility,
and that is something that they would like to see again.
Unfortunately, for one reason or another, the administration at
that time drew back the ability and the opportunity to engage in
the community. I do recall our First Nations leaders talking about
sundances and raindances and community feasts that they used to
be engaged in in the neighbouring community.
En parlant aux dirigeants, j’ai appris que malgré les excellentes
possibilités offertes aux détenues d’entrer en contact avec les
collectivités, c’était même encore plus vrai avec l’administration
de l’établissement précédente. C’est quelque chose qui leur
manque. Ils considèrent que c’est une façon très novatrice et
productive de ressourcement pour les femmes membres des
Premières Nations qui sont dans cet établissement, et ils
aimeraient que cette possibilité revienne. Malheureusement,
pour une raison ou une autre, l’administration de l’époque a
retiré la capacité et la possibilité pour les femmes de participer
dans la communauté. Je me rappelle que nos dirigeants des
Premières Nations parlaient des danses du soleil et de la pluie et
des fêtes de la communauté auxquelles les personnes avaient
l’habitude de participer.
Senator Demers: When you presented your exposé at the
beginning, there was something that really hit me. There were a
lot of good things in it, by the way, Mr. Bird. Twenty years have
elapsed, and incarceration seems to be so much more than
building more jails. Was it a lack of planned structures? To me,
when you start 20 years ago, there should be a major
improvement and the building of fewer jails. Now, you are
building more jails 20 years later. To be successful, you have to
have a plan. You have to have the structure. You can blame
anyone around, but someone is just not doing the right thing to
put these kids in a positive situation so that they are going to
become good citizens. Now, we are building more jails. How will
it be in 2023?
Le sénateur Demers : Au début de votre exposé, vous avez dit
quelque chose qui m’a vraiment frappé. Soit dit en passant, vous
avez dit beaucoup de bonnes choses, monsieur Bird. Il s’est écoulé
20 ans, et le taux d’incarcération a tellement augmenté et l’on
construit d’autres prisons. Est-ce en raison d’un manque de
structure? À mon sens, puisque cela a débuté il y a 20 ans, on
aurait dû voir d’importantes améliorations et il ne serait pas
nécessaire de construire autant de prisons. On en construit
d’autres 20 ans plus tard. Pour réussir, il faut avoir un plan, une
structure. On peut blâmer n’importe qui, mais il y a quelqu’un qui
ne fait pas ce qu’il faut pour améliorer le sort des jeunes, de sorte
qu’ils deviennent de bons citoyens. Nous construisons d’autres
prisons. Quelle sera la situation en 2023?
Mr. Bird: Your question is: With 20 years of realizing that we
have a problem and continuing to build jails, what is being done
about it? Who will do something about it?
M. Bird : Si j’ai bien compris, vous posez la question suivante :
cela fait 20 ans que nous savons que nous avons un problème et
nous continuons à construire des prisons, mais quelles mesures
sont prises? Qui agira?
Senator Demers: Yes.
Mr. Bird: I am just looking back at my notes as to exactly
when and how I said it. I apologize; it is a lot of chicken scratch.
Le sénateur Demers : Oui.
M. Bird : Je vérifie dans mes notes pour savoir exactement à
quel moment j’ai dit cela et de quelle façon je l’ai dit. Je m’en
excuse; il y a beaucoup de griffonnages.
Senator Demers: It is on page 8.
Le sénateur Demers : C’est à la page 9.
Mr. Bird: Thank you very much.
M. Bird : Merci beaucoup.
38:22
Aboriginal Peoples
5-6-2013
Senator Demers: Towards the end, a couple paragraphs before
the end.
Le sénateur Demers : C’est vers la fin, quelques paragraphes
avant la fin.
Mr. Bird: Thank you. For some reason, it is page 5 in my
notes, but I do see it. The Correctional Service of Canada ‘‘has
had 20 years to address issues of relationship, trust and risk
management in the implementation of section 81.’’ Section 81 and
section 84 refer to Aboriginal engagement. They refer to
implementing the Gladue report. I believe that was in 1995. All
it is talking about, if I am not mistaken, is a lack of movement.
Like I said, I had an opportunity to speak with the federal
correctional investigator on his report that was released two
months ago — fairly recently — and he recognized that the
federal system is dropping the ball in trying to ensure that the
Gladue report is being followed and that every measure is taken to
understand the Aboriginal offender before they have to be put
away in jails. After reading an article about the Gladue report, I
have asked the correctional investigator whether there is any
substance to what I read in terms of Ontario and Alberta being
the only ones trying to push for that recommendation. He said
yes. In fact, those are the only two provinces that are investing
their time in following those recommendations.
M. Bird : Merci. Pour une raison que j’ignore, c’est à la page 5
dans mes notes, mais j’ai trouvé le passage. Service correctionnel
du Canada « a eu 20 ans pour régler les questions de relations, de
confiance et de gestion du risque dans la mise en œuvre de
l’article 81 ». Les articles 81 et 84 portent sur la participation des
Autochtones. Ils font référence à la mise en œuvre du rapport
Gladue. Je crois que c’était en 1995. Tout ce dont il est question, si
je ne fais pas erreur, c’est qu’on n’a pas agi. Comme je l’ai dit, j’ai
eu l’occasion de discuter avec l’enquêteur correctionnel du
rapport, qui a été rendu public il y a deux mois — très
récemment — et il convient que le système fédéral a failli à la
tâche de s’assurer que le rapport Gladue est utilisé et qu’on prend
toutes les mesures pour comprendre la situation du délinquant
autochtone avant qu’il soit envoyé en prison. Après avoir lu un
article au sujet du rapport Gladue, j’ai demandé à l’enquêteur
correctionnel s’il est vrai que, comme le révèle l’article, l’Ontario
et l’Alberta sont les seules provinces désireuses de suivre la
recommandation. Il m’a répondu que c’était vrai. En fait, ce sont
les deux seules provinces qui investissent du temps pour suivre les
recommandations.
That is all that I can say with regard to why we are building
more jails. I guess that is what you get when you have a tough on
crime federal government mandate. We, as First Nations people,
have always said that prevention will definitely do more than
punishment.
C’est tout ce que je peux dire concernant les raisons pour
lesquelles nous construisons d’autres prisons. Je suppose que c’est
ce qui résulte de la mission du gouvernement fédéral qui consiste à
sévir contre la criminalité. En tant que membres des Premières
Nations, nous avons toujours dit que les mesures de prévention
sont préférables aux sanctions.
Senator Seth: Thank you very much for being here. It is quite
interesting. I see that, in Saskatchewan: ‘‘Statistically, First
Nations make up 59.99 per cent of the incarceration population
in this province.’’ This says that, ‘‘Statistics Canada predicts that
First Nation incarceration will increase further by 2017, due to
the Criminal Code amendments and mandatory sentencing
provisions imposed by the federal government. Prisons are
playing an increasing role in First Nations lives, [which] will
only intensify with the Safe Streets and Communities Act passed
last year.’’
La sénatrice Seth : Je vous remercie beaucoup de votre
présence. C’est très intéressant. Je constate qu’en Saskatchewan,
« statistiquement, les Premières Nations représentent 59,99 p. 100
de la population carcérale de la province ». On dit ici que
« d’après Statistique Canada, le taux d’incarcération des membres
des Premières Nations augmentera encore d’ici 2017 en raison des
modifications apportées au Code criminel et des dispositions
obligatoires de détermination de la peine imposées par le
gouvernement fédéral; les prisons jouent un rôle de plus en plus
important dans la vie des membres des Premières Nations, [ce qui]
ne fera que s’intensifier compte tenu de la Loi sur la sécurité des
rues et des communautés adoptées l’an dernier ».
Could you elaborate on what this means?
Pourriez-vous en dire un peu plus à ce sujet?
Mr. Bird: Can you repeat the latter part of your question?
M. Bird : Pouvez-vous répéter la dernière partie de votre
question, s’il vous plaît?
Senator Seth: ‘‘Statistics Canada predicts that First Nation
incarceration will increase further by 2017 due to the Criminal
Code amendments and mandatory sentencing provisions imposed
by the federal government. Prisons are playing an increasing role
in First Nations lives, [which] will only intensify with the Safe
Streets and Communities Act passed last year.’’
La sénatrice Seth : « D’après Statistique Canada, le taux
d’incarcération des membres des Premières Nations augmentera
encore d’ici 2017 en raison des modifications apportées au Code
criminel et des dispositions obligatoires de détermination de la
peine imposées par le gouvernement fédéral; les prisons jouent un
rôle de plus en plus important dans la vie des membres des
Premières Nations, [ce qui] ne fera que s’intensifier compte tenu
de la Loi sur la sécurité des rues et des communautés adoptées l’an
dernier ».
I would just like to understand this better.
J’aimerais seulement mieux comprendre.
5-6-2013
Peuples autochtones
38:23
Mr. Bird: Thank you very much. I am glad that you brought
up that very issue, the Criminal Code amendments and
mandatory sentencing provisions imposed by the Safe Streets
and Communities Act, passed last year is alluding to what I
previously said, the getting tough on crime mandate is basically
exercising the law more extensively for more laws broken. In my
understanding, that is the way I can summarize it best. This also
refers to what many of our leadership have said in the past. One
reason we have so many First Nations people in our jails to begin
with is because they cannot afford lawyers, and we have — I do
not know what you call them — Legal Aid, the people who are
supposed to advise you on the laws. They are basically telling
their clients, ‘‘If you just plead guilty, you will save yourself from
going to trial. It will be a lot easier, and you will go back to your
community in half the time if you are found guilty by the judge
and the court or the jury.’’
M. Bird : Merci beaucoup. Je suis heureux que vous souleviez
la question. Les modifications au Code criminel et les peines
obligatoires imposées par la Loi sur la sécurité des rues et des
communautés, qui a été adoptée l’an dernier, renvoient à ce que
j’ai dit précédemment. La mission visant à sévir contre la
criminalité est de punir davantage. À ma connaissance, c’est la
meilleure façon de la résumer. Cela renvoie également à ce que
bon nombre de nos dirigeants ont dit dans le passé. L’une des
raisons pour laquelle il y a autant de membres des Premières
Nations dans nos prisons au départ, c’est qu’ils n’ont pas les
moyens de recourir aux services d’un avocat, et nous avons — je
ne sais pas comment on les appelle — l’aide juridique, les gens qui
sont censés donner des conseils sur les lois. Essentiellement, ils
disent à leurs clients que s’ils plaident coupables, ils n’auront pas à
subir de procès. Ils leur disent que ce sera beaucoup plus facile,
qu’ils retourneront dans leur communauté en moitié moins de
temps s’ils sont déclarés coupables par le juge, le tribunal ou le
jury.
It is a fast track to ensure that the poor and the underprivileged
segment of a population will go straight to jail. If you have
anyone who knows the system and who has money to pay
lawyers, they will not be going to jail. This, to me, is what it says.
When you have a mandate to get tougher on crime, that is only
going to impact the segment that cannot afford lawyers, that are
already streamlined into jails. That, to me, is what it says.
C’est un traitement accéléré qui fait en sorte que les gens
pauvres et défavorisés vont tout droit en prison. Si une personne
connaît le système et est en mesure de payer un avocat, elle n’ira
pas en prison. À mon avis, c’est ce que cela signifie. Si on a la
mission de sévir contre la criminalité, ce sont uniquement les gens
qui n’ont pas les moyens de payer un avocat et qui vont déjà
directement en prison qui en subiront les conséquences. Selon
moi, c’est ce que cela signifie.
Senator Seth: Is it not damaging to the people who are
incarcerated? The longer they stay in jail, the worse it is.
La sénatrice Seth : Cela ne nuit-il pas aux gens qui sont
incarcérés? Plus ils restent en prison longtemps, pire sera la
situation.
Mr. Bird: Yes, it will definitely have a detrimental impact. Our
staff members and our leadership are saying that when you have a
system that is even more fine-tuned to ensure that we catch the
bad guys — I am a teacher by trade and tend to talk like this —
then you have a real problem. You are putting more rules on top
of the rules for a major portion of the people who statistically will
go to jail and do not have an understanding of the legal system
that is sending them to jail.
M. Bird : Oui, il y a certainement des effets négatifs. Les
membres de notre personnel et nos dirigeants disent que lorsqu’on
a un système encore plus fignolé pour s’assurer qu’on attrape les
méchants — je suis enseignant de profession et je tends à parler de
cette façon —, alors on a vraiment un problème. On ajoute des
règles pour une partie importante des gens qui, d’un point de vue
statistique, iront en prison et ne connaissent pas le système
juridique qui les y envoie.
Senator Seth: What was in the Safe Streets and Communities
Act that was passed last year?
La sénatrice Seth : Que contenait la Loi sur la sécurité des rues
et des communautés, qui a été adoptée l’an dernier?
Mr. Bird: I cannot explain that in detail; I apologize. The
briefing that I had is basically that if we have more rules, we have
more problems for the people who will definitely be impacted the
most in terms of Aboriginal people.
M. Bird : Je ne pourrais pas l’expliquer en détail, désolé. Selon
l’information que j’ai eue, essentiellement, plus il y a de règles,
plus cela cause des problèmes aux personnes qui sont touchées le
plus par cette mesure, c’est-à-dire les Autochtones.
Senator Patterson: Thank you for a very thoughtful and
comprehensive presentation.
Le sénateur Patterson : Merci pour votre présentation. Elle fut
très intéressante et détaillée.
I would like to focus on one of the themes that you discussed in
the justice matters section of your presentation, education, and
rely on your background as an educator and as a participant in
the Joint Task Force on Education and Employment, as I
understand it.
J’aimerais mettre l’accent sur les thèmes que vous avez abordés
dans votre présentation concernant les questions juridiques, de
même que sur l’éducation. Je m’en remets à votre expérience en
tant qu’éducateur, et aussi comme participant au groupe de
travail conjoint sur l’éducation et l’emploi, si je ne me trompe pas.
38:24
Aboriginal Peoples
5-6-2013
This is a kind of Ottawa view, but a couple of important
reports came out last year on education: one from this committee
and one from a special panel created by the Minister of
Aboriginal Affairs and Northern Development Canada. Their
recommendations would have dealt with the per capita funding
disparity that you talked about for Aboriginal children compared
to provincial education systems.
C’est en quelque sorte le point de vue d’Ottawa, mais deux
rapports importants sur l’éducation ont été produits l’an dernier :
un de ce comité, et un autre d’un comité d’experts spécial créé par
le ministre des Affaires autochtones et du développement du Nord
canadien. Les recommandations contenues dans ces rapports
auraient permis de remédier à la disparité du financement per
capita dont vous avez parlé concernant les enfants autochtones
par rapport aux systèmes d’éducation provinciaux.
We have heard, since those reports were released, that it will be
a priority of the federal government, AANDC and the minister to
work on education reform. We know that, like you, the Grand
Chief of the AFN has a strong background in education and has
talked about making education a priority. It is all about
developing a First Nation education act that would target
federal funding to schools ensuring that it is focused on
education and would lead to the development of a formula that
might be better or fairer than the present ways of allocating
money.
Depuis que ces rapports ont été publiés, nous avons entendu
que le gouvernement fédéral, AADNC et le ministre allaient
donner la priorité à la réforme de l’éducation. Nous savons que le
grand chef de l’APN a, comme vous, une vaste expérience dans le
domaine de l’éducation, et il a indiqué vouloir faire de l’éducation
une priorité. Il s’agit d’élaborer une loi sur l’éducation des
Premières Nations qui permettrait de cibler les fonds fédéraux
versés aux écoles, de veiller à ce que l’argent soit investi dans
l’éducation et d’établir une formule qui serait plus efficace ou plus
juste que les façons actuelles d’allouer du financement.
As someone active in Aboriginal affairs in Saskatchewan and
participating in the Joint Task Force on Education and
Employment, are you optimistic that a First Nations education
act, which I understand AANDC is consulting with First Nations
on now, would give us some hope in dealing with the lifelong
learning theme that you talked about, which we all know is
implicated in reducing involvement in the justice system? Are you
hopeful that this is an area where we are making progress and
agreement on priorities?
Vous qui êtes actif au sein des Affaires autochtones de la
Saskatchewan et qui participez au groupe de travail conjoint sur
l’éducation et l’emploi, pensez-vous qu’une loi sur l’éducation des
Premières Nations pourrait nous aider à réaliser les objectifs
d’apprentissage continu dont vous avez parlé, qui, on le sait,
contribuent à réduire la criminalité? Je crois qu’AADNC consulte
les Premières Nations actuellement à ce sujet. Avez-vous bon
espoir que nous pourrons faire des progrès en ce sens et nous
entendre sur les priorités?
Mr. Bird: I am glad that you raised the point in terms of
education. We can all agree that preventive measures are
invaluable when it comes to justice.
M. Bird : Je suis heureux que vous ayez abordé la question de
l’éducation. Il ne fait aucun doute que les mesures préventives ont
une valeur inestimable quand il est question de criminalité.
I also want to state for the record, first and foremost, that I do
not believe we need an education act to have the same amount of
funding as the provincial school system has. It is just a matter of
the priority of any jurisdiction that has education, namely, the
federal system. With regard to Aboriginal Affairs consulting with
First Nations, I believe that an education panel toured the whole
country in less than a year. It is not consultation when you have
the panel members trying to sell you on legislation. In my biased
opinion, it is just a formality.
Je tiens aussi à préciser, tout d’abord, qu’il n’est pas nécessaire
d’adopter une loi sur l’éducation pour veiller à assurer un
financement équivalent à celui que reçoit le système d’éducation
provincial. C’est uniquement une question de priorité de
l’administration responsable de l’éducation, c’est-à-dire le
gouvernement fédéral. Pour ce qui est des consultations entre le
ministère des Affaires autochtones et les Premières Nations, je
crois qu’un comité sur l’éducation a fait le tour du pays en moins
d’un an. On ne peut pas parler de consultations lorsque les
membres du comité essaient de vous convaincre que la solution
réside dans cette loi. À mon avis, qui est peut-être biaisé, il ne
s’agit que d’une formalité.
With regard to whether I am hopeful that the development of
an education act would benefit First Nations, after speaking to
our last assembly, it was obvious that many of our First Nations
accept education legislation as becoming the new reality when
introduced in 2014. They cannot see themselves fighting that any
longer because some part of it is being forced. However, some
First Nations are saying that since it is going to be coming upon
us anyway, we might as well try to influence it in any small way.
Ai-je espoir que l’élaboration d’une loi sur l’éducation sera
bénéfique pour les Premières Nations? D’après ce que j’ai entendu
à notre dernière assemblée, il semble évident que bien des
Premières Nations acceptent le fait que l’existence d’une loi sur
l’éducation deviendra une nouvelle réalité au moment de son
entrée en vigueur, en 2014. Elles croient qu’il est inutile de s’y
opposer plus longtemps, car elle leur est en partie imposée.
Toutefois, certaines Premières Nations estiment que puisqu’elles
devront vivre avec de toute façon, aussi bien tenter de l’influencer
un tant soit peu.
5-6-2013
Peuples autochtones
38:25
That is not consultation. If you are going to treat a person with
respect, you go to them and have a relationship. You do not say:
‘‘We are going to have a consultation; we are going to tour across
the country; we are going to be in your province, so show up or do
not show up; and we are going to talk to you about legislation
maybe twice within the span of this education panel.’’
Ce n’est pas ce que j’appelle des consultations. Quand on
respecte une personne, il convient d’établir une relation avec elle.
Il ne suffit pas de lui dire : « Nous allons tenir des consultations;
nous allons faire le tour du pays; nous allons être dans votre
province, alors c’est à vous d’y être ou non; et nous allons vous
parler de la loi peut-être deux fois au cours de la tournée du
comité sur l’éducation. »
The majority of our First Nations in Saskatoon on February 8
decided that this was not the way to consult and not the duty to
consult First Nations, when you have a handful of First Nations
preselected to show up on one afternoon. The morning of that socalled consultation was First Nations technicians and the
afternoon was the leadership. I heard a number of First
Nations say that if this is going to impact the children, then all
74 First Nations should have a timely consultation process. That
is all that is missing.
Le 8 février à Saskatoon, la majorité des Premières Nations ont
conclu que ce n’était pas une façon acceptable de mener des
consultations, et que l’obligation de consulter les Premières
Nations n’était pas respectée lorsque seules quelques-unes
étaient invitées à prendre part à une rencontre un après-midi.
Le matin de cette prétendue consultation, on recevait les
techniciens des Premières Nations, et en après-midi, les
dirigeants. J’ai entendu plusieurs représentants des Premières
Nations dire que si cette mesure devait avoir des répercussions sur
les enfants, les 74 Premières Nations devraient pouvoir prendre
part à un processus de consultation opportun. C’est tout ce qui
manque.
I strongly agree that we need to work together — First
Nations, the federal government and the provincial government
— to ensure the end goal: a better education for our kids. We
cannot fast track it. We need to work together in a meaningful
way. I agree; and I hope that answers your question.
Je suis tout à fait d’accord pour dire que nous devons travailler
ensemble — les Premières Nations, le gouvernement fédéral et le
gouvernement provincial — afin d’atteindre le but ultime : une
meilleure éducation pour nos enfants. Il ne faut pas brûler des
étapes. Nous devons collaborer de façon productive. Je suis
d’accord. J’espère que cela répond à votre question.
The Chair: We have other people on the second round, so
respectfully, shorter questions and responses would be helpful.
Le président : D’autres intervenants sont prévus pour le
deuxième tour, alors je vous prierais respectueusement de garder
les questions et les réponses brèves.
Senator Patterson: Our committee, which studied this subject,
recommended a First Nations education act, so maybe we are
part of the problem. I do not know.
Le sénateur Patterson : Notre comité, qui a étudié la question,
a recommandé l’adoption d’une loi sur l’éducation des Premières
Nations, alors nous avons peut-être contribué au problème. Je ne
sais pas.
Education is implicated in problems with the law. The concern
that we experienced, and we heard from First Nations leaders
involved in education, was that the money that comes from
Aboriginal Affairs for education goes to band councils right now
and can be diverted to other priorities. The idea of the education
act was to ensure that the monies allocated for education go to
schools and students. I will just ask you whether that makes any
sense to you.
L’éducation est pointée du doigt quand quelqu’un a des
démêlés avec la justice. La préoccupation que nous avions, et dont
nous ont fait part des dirigeants des Premières Nations actifs dans
le secteur de l’éducation, c’est que l’argent alloué à l’éducation par
le ministère des Affaires autochtones va aux conseils de bande à
l’heure actuelle, et il peut être affecté à d’autres priorités. L’idée
derrière la loi sur l’éducation était de faire en sorte que les fonds
alloués à l’éducation aillent bel et bien aux écoles et aux élèves. Je
vais seulement vous demander si vous croyez que c’est une
solution sensée.
Mr. Bird: I believe you are asking about financial
accountability, senator, which is a very hot topic these days,
especially with where we are right now. I heard a very passionate
leader who cares very strongly about his community talk exactly
about that. He said that we have non-First Nations governments
that are not following accountability in finances, yet we have new
laws that are impacting our First Nations people. Why are there
two sets of standards? We can see that accountability in finances
needs to be a priority for everyone.
M. Bird : Je crois que vous voulez parler de la
responsabilisation financière, sénateur, un sujet brûlant ces
temps-ci, surtout dans notre situation actuelle. J’en ai justement
entendu parler de la part d’un chef qui a à cœur le bien de sa
collectivité et qui la défend avec ardeur. Il a déclaré que des
gouvernements non autochtones ne respectaient pas les principes
de responsabilisation financière, et pourtant, ce sont les Premières
Nations qui sont touchées par de nouvelles lois à cet égard.
Pourquoi y a-t-il deux poids deux mesures? Nous pensons que la
responsabilisation financière devrait être l’affaire de tout le
monde.
38:26
Aboriginal Peoples
5-6-2013
I do not disagree that there are some First Nations that may
take that opportunity to offset the cost of housing, for example,
or some area of their community that is underfunded. In my short
time as an educator, I can tell you that teachers are being
underpaid because of the simple fact that education is
underfunded. Schools are being neglected because of the simple
fact that education is underfunded. If for some reason schools,
teachers and the whole education system are being shortchanged
because of band councils somehow siphoning the money, I have
not seen that.
Je ne nie pas que certaines Premières Nations en profitent pour
contrebalancer les coûts de l’habitation, par exemple, ou d’autres
secteurs de leur collectivité qui sont sous-financés. Pendant ma
courte carrière dans le domaine de l’éducation, j’ai été à même de
constater que les enseignants sont sous-payés simplement parce
que le système est sous-financé. Les écoles sont négligées tout
simplement parce que l’éducation est sous-financée. Si les écoles,
les enseignants et l’ensemble du système d’éducation sont floués
parce que des conseils de bande siphonnent tout l’argent, je n’en
ai jamais entendu parler.
I am here to serve our First Nations governments, but top of
mind is always the children of our First Nations people. If I see an
injustice, I do make that point. It does not matter who I am in
front of.
Je suis ici pour servir les gouvernements des Premières Nations,
mais les enfants demeurent ma priorité. Si je suis témoin d’une
injustice, je le fais savoir, peu importe qui se trouve devant moi.
Senator Tannas: Thank you for coming, chief. We appreciate
your presentation. I have a very quick question. Unfortunately,
although I will try to make it about justice, it is about education.
Can you talk a little bit from your perspective around truancy and
your experience with the communities where you have taught and
their response to kids not making it to school?
Le sénateur Tannas : Merci d’être ici, chef. Nous avons
apprécié votre présentation. J’ai une question à vous poser très
rapidement. Même si je vais essayer de faire un parallèle avec la
justice, c’est malheureusement encore une question sur
l’éducation. Pouvez-vous nous donner votre point de vue
brièvement sur l’absentéisme et nous parler de votre expérience
dans les collectivités où vous avez enseigné et de leur réaction face
à l’absence des enfants à l’école?
Mr. Bird: Any time that you have a young child or a student
who needs that extra connection from home to school, it is a good
investment. I have had an opportunity to work as community
liaison in the city of Saskatoon. The parents who cannot afford to
go to school really valued that a sincere, respectful person was
checking up as to why their kids were not going to school. When
you have a big school in a big city, you lose track of some of the
kids. It is very hard to start developing a prejudice, saying, ‘‘Oh,
this child is not there because they live in this neighbourhood,’’
for example. Perhaps they are babysitting or whatever the case. It
is not a poor investment to have extra.
M. Bird : C’est toujours un bon investissement de prévoir un
point de liaison supplémentaire entre la maison et l’école pour les
jeunes enfants ou les élèves qui en ont besoin. J’ai eu l’occasion de
travailler comme agent de liaison communautaire à Saskatoon.
Les parents qui n’ont pas les moyens de se rendre à l’école sont
très heureux de savoir qu’une personne sincère et respectueuse
s’informe des raisons de l’absence de leurs enfants. Dans les
grandes villes et les grandes écoles, il est impossible de garder le fil
avec tous les élèves. Il est très difficile d’avoir des préjugés et de se
dire, par exemple, qu’un élève est absent parce qu’il habite dans
tel ou tel quartier. Il doit peut-être garder des enfants ou peu
importe. C’est un bon investissement d’aller plus loin.
First and foremost is funding — investment should be at the
school — second, supportive measures to ensure that the school
and the home have a strong connection. I hope that answers your
question.
Il faut d’abord et avant tout du financement — les
investissements doivent être faits dans les écoles —, mais aussi
des mesures de soutien pour veiller à ce qu’il y ait un lien étroit
entre les écoles et les foyers. J’espère que cela répond à votre
question.
Senator Tannas: Thank you.
Le sénateur Tannas : Merci.
Senator Watt: Thank you for your presentation. Some of us do
live similar to where you live. You live on a reserve. I do not live
on a reserve but, in a sense, it is very similar. I am in the subArctic. I appreciate the points you have raised.
Le sénateur Watt : Merci de votre présentation. Certains
d’entre nous vivent dans un contexte semblable au vôtre. Vous
habitez dans une réserve. Je n’habite pas dans une réserve, mais
dans un certain sens, nos situations se ressemblent beaucoup. Je
suis dans la région subarctique. Je comprends les points que vous
avez soulevés.
I would like to put on the record what we heard approximately
two and a half weeks ago from a Professor Jane DicksonGilmore, who made a presentation to us basically telling us that
we were not really focusing in the right direction in terms of
dealing with Aboriginal people across the board, whether it is
First Nation, the Metis or the Inuit.
J’aimerais souligner ce que nous a dit, il y a environ deux
semaines et demie, la professeure Jane Dickson-Gilmore. Dans
son exposé, elle nous a dit essentiellement que nous n’avions pas
la bonne approche dans nos relations avec l’ensemble des
Autochtones, qu’on parle des Premières Nations, des Métis ou
des Inuits.
5-6-2013
Peuples autochtones
38:27
In her testimony to the committee, Jane Dickson-Gilmore,
Associate Professor in the Department of Law and Legal Studies
at Carleton University, stated that, based on her research of
Aboriginal communities, Aboriginal communities and restorative
justice initiatives, including sentencing reform, are unable to
address the problem of crime and conflicts in the Aboriginal
community and furthermore do not provide solutions to the
problem of Aboriginal over-representation in the criminal justice
system.
Lors de son témoignage devant le comité, Jane DicksonGilmore, professeure associée à la faculté de droit et d’études
juridiques de l’Université Carleton, nous a indiqué que ses
recherches auprès des collectivités autochtones lui ont permis de
constater que les initiatives axées sur la justice communautaire et
la justice réparatrice, de même que les réformes des peines
d’emprisonnement, ne sont pas efficaces pour remédier
efficacement à la criminalité et aux conflits au sein des
collectivités autochtones, pas plus qu’elles ne fournissent de
solutions au problème de la surreprésentation des Autochtones
dans le système de justice pénale.
How would you respond to the assertion that the community
and restorative justice approach are not effective as a solution to
the Aboriginal over-representation in the criminal system?
Que pensez-vous de cette affirmation, soit que les initiatives de
justice communautaire et de justice réparatrice ne constituent pas
une solution efficace pour remédier à la surreprésentation des
Autochtones dans le système de justice pénale?
Mr. Bird: Thank you for bringing that to my attention,
senator. I do have the notes as to your last meeting, and I did
catch that as well. I do not agree that restorative justice does not
work. I believe that it has not been properly implemented and it
has not been given the proper amount of — I would not say time,
but an opportunity to show that it does work. I do think that
restorative justice goes back to what I have always said, and I
stand by what I have said: First Nations people know their
problems and they know their solutions. Going back to the
Chairman’s point, in the N.W.T., before the introduction of
RCMP, all you had was restorative justice. The introduction of
the RCMP with the 700 per cent spike in incarceration just
proves the professor’s words invalid, in my view.
M. Bird : Merci de le signaler, sénateur. J’ai les notes
concernant votre dernière réunion, et j’ai effectivement pris
connaissance de ce témoignage. Je ne dirais pas que les initiatives
de justice réparatrice ne fonctionnent pas. Je pense qu’elles n’ont
pas été mises en œuvre adéquatement et qu’elles n’ont pas eu — je
ne dirais pas le temps, mais l’occasion de faire leurs preuves. Je
crois que la justice réparatrice est tributaire de ce que j’ai toujours
soutenu, et je maintiens ce que j’ai dit : les Premières Nations
connaissent leurs problèmes et connaissent les solutions. Pour
revenir au point soulevé par le président, aux Territoires du NordOuest, avant l’arrivée de la GRC, tout le système reposait sur la
justice réparatrice. L’arrivée de la GRC et la hausse soudaine du
nombre d’incarcérations, qui a grimpé de 700 p. 100, prouvent
que les propos de la professeure sont invalides, à mon avis.
Senator Watt: In a sense, what she was pointing to was that it
could work, I do agree with you, providing that conditions in the
community have managed to improve themselves, not if the
community is going to continue to starve economically. You
talked about investment in school, and I think not only
investment in school is required in order for people to catch up,
so-called closing the gap. We will never succeed in closing the gap
unless the community is made to feel that they are part of the
system and they have full rights to enjoy the benefits that any
other Canadian has. That is not the situation today.
Le sénateur Watt : Dans un sens, elle faisait valoir que cela
pourrait fonctionner. Mais je suis d’accord avec vous, il faut pour
cela que les conditions économiques de la collectivité s’améliorent,
car cela ne sert à rien si les choses demeurent comme elles le sont.
Vous avez parlé d’investir dans les écoles, et je crois qu’il ne suffit
pas d’investir dans les écoles pour combler ce fossé et permettre
aux gens de rattraper ce fameux retard. Nous ne pourrons jamais
combler ce fossé si la collectivité n’a pas l’impression de faire
partie du système, qu’elle a les mêmes droits que le reste de la
population canadienne et qu’elle peut en tirer les mêmes
avantages. Ce n’est pas le cas en ce moment.
I know for a fact that the First Nations do not pay taxes if they
are on reserve. The Inuit pay taxes even if they are within their
own category 1 land, per se, which is identical to reserve land.
This problem needs to be rectified because our purchasing power
varies right across the board. You are probably aware of that,
even though you do not pay taxes. Maybe there is no chance in
the community for an economy to flourish on that account so that
the fact that you do not pay taxes does not make any difference in
your lifestyle.
Je sais très bien que les membres des Premières Nations ne
paient pas de taxes s’ils vivent sur une réserve. Les Inuits, eux, en
paient, même s’ils habitent leurs propres terres de catégorie I, soit
l’équivalent exact des terres de réserve. Il faut rectifier ce
problème, car le pouvoir d’achat varie d’un endroit à l’autre.
Vous êtes sans doute au courant, même si vous ne payez pas de
taxes. C’est une réalité qui empêche peut-être l’économie de
prendre de l’essor dans la collectivité, alors le fait que vous ne
payez pas de taxes ne change pas vraiment votre style de vie.
In a sense, if the committee is going to come up with
responsible recommendations, not only does it have to make an
investment in the school, but it has to make an investment in
housing, provide access to good drinking water, and access to
whatever is accessible to Canadians. We are so far from that.
D’une certaine façon, si le comité doit formuler des
recommandations responsables, il ne doit pas que recommander
d’investir dans les écoles, mais aussi d’investir dans le logement et
de donner accès à de l’eau potable et à tout ce qui est accessible
aux Canadiens. Nous sommes très loin de cela.
38:28
Aboriginal Peoples
5-6-2013
Do you not think that restorative justice will only work
depending on how you feel in the community? If you have to
comply with a system that is not your own, that creates animosity
within the community. That needs to be removed.
Ne pensez-vous pas que la justice réparatrice ne pourra être
efficace que s’il y a un sentiment d’appartenance dans la
collectivité? Quand il faut se conformer à un système qui n’est
pas le nôtre, cela crée de l’animosité dans la collectivité. Il faut
changer cela.
If that is not removed, I do not see a positive future for our
people. Would you share that sentiment?
Si rien ne change, je n’entrevois pas un avenir positif pour
notre peuple. Êtes-vous aussi de cet avis?
Mr. Bird: You want me to share my sentiment with you with
regard to taxes?
M. Bird : Vous voulez savoir ce que je pense à propos des
taxes?
Senator Watt: No. That is just the one aspect. It is not only the
tax issue.
Le sénateur Watt : Non, ce n’est qu’un aspect de la question. Il
ne s’agit pas que de cela.
Mr. Bird: Let me try to rephrase your many sentiments. You
talk about how First Nations pay no taxes; the Inuit do pay taxes.
The problem needs to be rectified so First Nations can realize
purchasing power.
M. Bird : Je vais tenter de reformuler toutes les opinions que
vous venez d’exprimer. Vous dites que les Premières Nations ne
paient pas de taxes, mais les Inuits, oui. Il faut remédier au
problème pour que les Premières Nations puissent gagner un
pouvoir d’achat.
I live in the city of Saskatoon and own a house and have a
mortgage, and I somehow do not pay taxes.
J’habite à Saskatoon et je suis propriétaire d’une maison sur
laquelle il y a une hypothèque, et je suis censé ne pas payer de
taxes.
Senator Watt: If you are outside the reserve, you are supposed
to be paying taxes.
Le sénateur Watt : Si vous habitez à l’extérieur de la réserve,
vous êtes censé en payer.
Mr. Bird: That is correct. That is what I am saying.
M. Bird : C’est exact. C’est ce que je dis.
Senator Watt: That is what you pay.
Le sénateur Watt : C’est ce que vous payez.
Mr. Bird: That is what I am saying.
M. Bird : C’est ce que je veux dire.
The community feeling that it is a part of the solution is up to
the community. As a First Nation, I believe you are sovereign. I
cannot speak for all the First Nations at this point. Having
previously held the portfolios of justice and education did not
provide me with an opportunity to talk about taxes.
C’est à la collectivité de voir si ce sentiment d’appartenance
doit faire partie de la solution. Je crois que les Premières Nations
sont souveraines. Je ne peux pas parler au nom de toutes les
Premières Nations. Ayant été responsable dans le passé des
portefeuilles de la justice et de l’éducation, je n’ai pas eu l’occasion
de parler des taxes.
With regard to many of our First Nations who have signed the
convention to the federation, they come from treaty First
Nations. I believe the treaty First Nations have outstanding
federal government treaty obligations that have never been
fulfilled; namely, education and justice in terms of the RCMP. I
mentioned the Beardy’s-Okemasis as an example.
Les nombreuses Premières Nations ayant signé la convention
avec la fédération sont signataires d’un traité. Le gouvernement
fédéral a des obligations à remplir en vertu de ces traités, et
certaines n’ont jamais été remplies, c’est-à-dire celles liées à
l’éducation, de même qu’à la justice et à la GRC. Je vous ai donné
l’exemple de la nation Beardy’s et Okemasis.
What you are alluding to is that fixing the problem can work in
some parts of the world. However, when you have a First Nation
that has signed on to a treaty, a covenant, it is up to that First
Nation how they want to go about managing their affairs and
their communities. At the federation, we believe that these First
Nations are sovereign. I can tell you that some of the First
Nations are doing a fantastic job of ensuring that they protect the
little bit of ancestral land they have. The majority has been
stripped away.
La solution que vous évoquez pour régler le problème pourrait
fonctionner dans certaines parties du monde. Cependant, quand il
est question d’une Première Nation signataire d’un traité ou d’une
convention, la gestion de ses affaires et de ses collectivités lui
revient à elle. À la fédération, je pense que ces Premières Nations
sont souveraines. Je peux vous dire que certaines d’entre elles font
un travail formidable pour protéger la petite parcelle de terres
ancestrales qu’elles possèdent. La majeure partie leur a été
dérobée.
As a collective, those lands are an integral part of a First
Nations’ identity. It has been argued many times that when you
divide that up to ensure you have purchasing power, you lose the
sense of communal identity.
Collectivement, ces terres font partie intégrante de l’identité des
Premières Nations. Il a maintes fois été avancé que diviser ces
terres en vue de gagner un pouvoir d’achat finit par miner le
sentiment d’identité collective.
5-6-2013
Peuples autochtones
38:29
I would be very cautious to say that if you have the First
Nations pay taxes, you fix the problem. It goes beyond 1905, with
the establishment of the Province of Saskatchewan; beyond the
1870s, with the establishment of the treaties; and beyond 1492,
with the arrival of Columbus.
J’hésiterais beaucoup à dire qu’on règlerait le problème en
obligeant les Premières Nations à payer des taxes. Cela remonte
avant 1905, lors de l’établissement de la province de la
Saskatchewan; avant les années 1870, avec la signature des
traités; et avant 1492, à l’arrivée de Christophe Colomb.
That is an issue that only a community can answer, which is
why the duty to consult is so important. When you have a
relationship with a First Nation, perhaps you can have dialogue,
but that is up to that First Nation.
C’est une question à laquelle seule une collectivité peut
répondre, et c’est pourquoi l’obligation de consulter les
Premières Nations est si importante. Quand des liens sont
établis avec une Première Nation, il est possible d’avoir un
dialogue, mais la décision revient à la Première Nation.
Senator Watt: I go back to your point that you need to invest
in education.
Le sénateur Watt : Vous avez parlé de la nécessité d’investir en
éducation.
You and I believe that we need more investment from the
government in the community, not only for education purposes,
but also for the infrastructure requirement of those communities.
Only then would I say that maybe the restorative justice issue
would start to move forward in a positive direction, but it depends
on how the community feels.
Nous croyons, vous et moi, que le gouvernement devrait
investir davantage dans la collectivité, non seulement en
éducation, mais aussi en infrastructure. Ce n’est qu’à ce
moment que je pourrai dire que la justice réparatrice aura
commencé à suivre son cours, mais tout dépend de la réaction de
la collectivité.
That is what I am trying to say; I am not arguing with you on
the question of taxation. I raised the taxation issue to indicate
that even though people on the reserve do not pay taxes, they still
have financial difficulties in terms of purchasing power.
C’est ce que j’essaie de dire. Je ne suis pas en désaccord avec
vous au sujet des impôts. J’ai soulevé la question pour souligner
que, même si les gens qui habitent dans les réserves ne paient pas
d’impôts, leur pouvoir d’achat est limité.
We have a problem in the Arctic that is similar to yours. Those
people living on reserves do not pay taxes, because there is no
money to be made on the reserve itself.
Nous avons un problème similaire dans l’Arctique. Les
citoyens qui vivent dans les réserves là-bas ne paient pas
d’impôts, car il n’y a pas d’argent à faire dans les réserves.
Mr. Bird: I have been to the Arctic, and I have friends in the
Arctic.
M. Bird : J’ai visité l’Arctique; j’y ai des amis.
With regard to more investment by the federal government, I
do not think we are asking for more. I think it is what rightfully
should go to First Nations. I think it is a debt that should be
properly acknowledged.
Concernant un investissement accru de la part du
gouvernement fédéral, je ne crois pas que nous en demandons
davantage. Les Premières Nations veulent ce qui devrait leur
revenir de droit. C’est une dette qui doit être remboursée
adéquatement.
In our era, there is no reason why a First Nation school should
have less funding in comparison to the provincial school system.
De nos jours, il n’y a aucune raison pour que les écoles des
Premières Nations soient moins financées que les écoles du réseau
scolaire des provinces.
Senator Watt: In a sense, rather than looking at it as a gift from
the federal government, you say it should be considered as part of
the royalties that you are entitled to. Is my understanding correct?
Le sénateur Watt : Dans une certaine mesure, plutôt que de
parler d’un cadeau du gouvernement fédéral, vous dites que cela
devrait faire partie des redevances auxquelles vous avez droit.
C’est bien cela?
Mr. Bird: I am cautious to use the word ‘‘royalties’’ at the
moment. For that reason, I have to reserve my response, because I
do not know that ‘‘royalties’’ would be the appropriate term to
use.
M. Bird : J’hésite à parler de « redevances » pour le moment,
car j’ignore si c’est le terme approprié. Pour cette raison, je préfère
ne pas répondre.
Senator Watt: Let us put it this way: You want them to benefit
from access to resources.
Le sénateur Watt : Disons cela différemment : vous voulez que
les Premières Nations aient accès à des ressources.
Mr. Bird: I have said time and again that our First Nations
need access to resources. We talk about the traditional economy.
There needs to be a fine balance to ensure we have ownership of
the land and are able to use it in a fair, equitable, and sustainable
way with the new economies that are knocking at the doors.
M. Bird : J’ai souvent dit que les Premières Nations doivent
avoir accès à des ressources. On entend parler de l’économie
traditionnelle. Il doit y avoir un équilibre entre la propriété des
terres et la capacité de les utiliser de façon juste, équitable et
durable pour profiter des nouvelles économies qui frappent à nos
portes.
38:30
Aboriginal Peoples
Senator Dyck: To get back to the criminal justice system: In
your presentation, you were talking about preventing crime.
During some of the questioning, you talked about a youth who
was being released from some kind of facility and had to
reintegrate into the community. Are there any indigenous
programs that deal specifically with or have solutions for
reintegrating youth into the community once they have brushed
up against the law?
Mr. Bird: Not to my knowledge.
5-6-2013
La sénatrice Dyck : J’aimerais revenir au système de justice
pénale. Vous avez parlé, dans votre exposé, de la prévention du
crime. En réponse à une question, vous avez donné l’exemple d’un
jeune qui avait dû réintégrer la collectivité après avoir été libéré
d’un établissement quelconque. Existe-t-il des programmes
autochtones qui traitent précisément de la réintégration des
jeunes qui ont eu des démêlés avec la justice?
M. Bird : Pas à ma connaissance.
Senator Dyck: To follow up on that idea, certainly
reintegration of both adult and youth into the community is
probably a big factor in decreasing recidivism or sending people
back to jail. They just keep doing the same thing over and over
again. My concern is with youth, because we all know that the
demographics of the Aboriginal population are such that the
majority of the population is under the age of 25. Do you think,
therefore, that there should be a study done on Aboriginal youth
to determine ways of preventing them from getting into trouble
and reintegrating them if they get into trouble, so that we have an
opportunity here to change things around? The education part
will do it as well, but we also need a focus on the criminal justice
system, especially for those communities where the likelihood is
increased that they will end up getting into trouble. Do you think
such a study would be of importance and worthy of doing?
La sénatrice Dyck : Dans le même ordre d’idée, la réintégration
des jeunes, comme des adultes, dans la collectivité a probablement
un impact considérable sur la baisse du taux de récidive. Ce qui
m’inquiète, c’est que, comme nous le savons, la majorité de la
population autochtone est âgée de moins de 25 ans. Donc, selon
vous, devrait-on mener une étude sur les jeunes Autochtones afin
de trouver des façons de corriger le tir, d’éviter qu’ils commettent
des méfaits et de les réintégrer si jamais ils s’éloignent du droit
chemin? L’éducation sera également utile à ce chapitre,
notamment dans les collectivités où les jeunes sont plus
susceptibles de commettre des méfaits. Selon vous, une telle
étude serait-elle importante et utile?
Mr. Bird: I most definitely think so — any time we can have a
spotlight, I will call it, with the Senate around the table as it has
the authority to grant such a study. I would recommend and
strongly support that endeavor.
M. Bird : Absolument. Il est clair que chaque fois qu’une étude
est menée avec la participation du Sénat, qui a le pouvoir de
commander de telles études, nous appuyons l’initiative.
Senator Dyck: To go off topic for a minute, since so many
have, I will follow up my question of truancy. In my years of
going to school, which were many, I was not truant. However, I
recall when my older brother was in about grade 1 or 2 in North
Battleford. He and his friend, who was the son of an RCMP
officer, were picked up for being truant. That was my brother’s
experience.
La sénatrice Dyck : Je vais m’éloigner du sujet, comme bon
nombre d’autres ont fait avant moi, et revenir sur l’école
buissonnière. Je n’ai jamais fait l’école buissonnière, malgré
toutes mes années études. Mais, je me souviens que mon frère
aîné, alors en première ou deuxième année, à North Battleford, et
un ami à lui dont le père était un agent de la GRC, se sont fait
surprendre à faire l’école buissonnière. Ce fut l’expérience de mon
frère.
The Chair: I am sure he appreciates your announcing that
nationally, senator. It will be appreciated, so we will make sure he
finds out.
Le président : Je suis convaincu qu’il sera heureux d’apprendre
que vous en avez informé tout le pays. Il vous en sera
reconnaissant et nous nous assurerons qu’il est au courant.
Senator Raine: I want to go back to the protocol that you
signed in 2012 with the RCMP. What is the vision of the First
Nations in Saskatchewan for policing services on reserves? Is it
the RCMP or what we in British Columbia call tribal police or is
it community peacekeepers? You hit on the fact that it has to
come from within to have peace, security and safety on the
reserves. Could you paint the vision and the steps that you see
going forward?
La sénatrice Raine : J’aimerais revenir au protocole signé en
2012 avec la GRC. Selon les Premières Nations de la
Saskatchewan, à quoi ressemblerait le service de police dans les
réserves? Serait-il assuré par la GRC, le service de police de la
réserve, comme chez nous, en Colombie-Britannique, ou les
gardiens de la paix? Vous dites que pour assurer la paix et la
sécurité dans les réserves, le service doit être interne. Comment
voyez-vous cela et quelles seraient les étapes à suivre?
Mr. Bird: With regard to the vision of the FSIN, which gets its
mandate from the chiefs in assembly for all 74 First Nations, you
are right: Any time our First Nations can have a direct role in
restorative justice measures, or, in this case, policing, it is ideal.
With regard to tribal policing, some First Nations have taken it
upon themselves to have their own security, which definitely lends
M. Bird : Selon la FSIN, dont le mandat est fixé par
l’Assemblée générale des chefs des 74 Premières Nations, la
solution idéale est que les Premières Nations puissent jouer un
rôle direct sur le plan de la justice réparatrice ou, dans ce cas, du
service de police, chaque fois que c’est possible. Concernant le
service de police de la réserve, certaines Premières Nations ont
5-6-2013
Peuples autochtones
38:31
to the overall vision of what our First Nations would like to see. If
it is not possible to have a tribal police force, then they would like
to see adequate RCMP involvement in their communities with
adequate police resources.
décidé d’adopter leur propre système de sécurité, ce qui cadre avec
la vision globale des Premières Nations. Si le service de police de
la réserve n’est pas une option, alors un service adéquat, avec
suffisamment de ressources, assuré par la GRC serait acceptable.
Senator Raine: You mentioned that good governance is
essential on reserves to have these kinds of things in place. As I
see it, the HUB system is part of that governance structure. Many
things have to fall in place. It is kind of like the chicken and the
egg. What is the role of First Nation governance in directing
restorative justice and policing?
La sénatrice Raine : Vous dites qu’une bonne gouvernance
dans les réserves est essentielle à la réussite de ce genre d’initiative.
À mon avis, le modèle de centres de service est partie intégrante de
cette structure de gouvernance. De nombreuses choses doivent
être mises en place. C’est l’œuf ou la poule, en quelque sorte. Sur
le plan de la gouvernance, quel est le rôle des Premières Nations
en ce qui a trait à la justice réparatrice et aux services de police?
Mr. Bird: It has to come from the community. First Nations
governance is only the mouthpiece of the body, and the body is
First Nations community members. Any time that First Nations
members have the ability and authority to apply pressure to First
Nations government, you have the best possible resource
available to speak on behalf of that First Nations community in
dealing with the police. Many of our First Nations communities
have a policing management board made up of community
members. Often, the leadership — the governance piece — is in
place as a supportive measure. Many of our First Nations have
that inside-out approach. It is something that needs to be
implemented more in different communities.
M. Bird : Cela doit venir de la collectivité. La gouvernance des
Premières Nations est dictée par les membres de la collectivité
autochtone. Il n’y a pas meilleure ressource pour représenter les
intérêts de la collectivité au sujet des services de police que des
membres des Premières Nations ayant la capacité et le pouvoir de
mettre de la pression sur le gouvernement des Premières Nations.
De nombreuses collectivités des Premières Nations ont un conseil
de gestion des services de police composé de membres de la
collectivité. Souvent, le leadership — la gouvernance — constitue
une mesure de soutien. Plusieurs Premières Nations ont adopté
une approche de l’intérieur vers l’extérieur. D’autres collectivités
devraient suivre leur exemple.
The Chair: I have a lot more confidence in terms of how things
are moving in Saskatchewan. I know the deputy minister there as
well, and I think he is a strong proponent of successful
communities. I also know that the commanding officer of the
RCMP will be a strong supporter.
Le président : La façon dont les choses progressent en
Saskatchewan me rassure beaucoup. Je connais le sous-ministre
là-bas et je crois qu’il appuie fortement la réussite des collectivités.
Je sais aussi que vous aurez le soutien du commandant de la
GRC.
I truly appreciate your comments today and your frank
dialogue with members of the committee, who at times were off
track but you were good at getting them back on track. Thank
you very much. We are adjourned.
J’ai beaucoup aimé vos commentaires ainsi que la franchise
dont vous avez fait preuve dans vos échanges avec les membres du
comité qui, parfois, s’éloignaient du sujet. Vous avez fait du bon
travail pour les ramener à l’ordre. Merci beaucoup. La séance est
levée.
(The committee adjourned.)
(La séance est levée.)
OTTAWA, Wednesday, June 5, 2013
OTTAWA, le mercredi 5 juin 2013
The Standing Senate Committee on Aboriginal Peoples met
this day at 6:47 p.m. to examine and report on the federal
government’s constitutional, treaty, political and legal
responsibilities to First Nations, Inuit and Metis peoples, and
on other matters generally relating to the Aboriginal Peoples of
Canada.
Le Comité sénatorial permanent des peuples autochtones se
réunit aujourd’hui, à 18 h 47, pour examiner, en vue d’en faire
rapport, les responsabilités constitutionnelles, conventionnelles,
politiques et juridiques du gouvernement fédéral à l’égard des
Premières Nations, des Inuits et des Métis et d’autres questions
générales relatives aux peuples autochtones du Canada.
Senator Vernon White (Chair) in the chair.
[English]
The Chair: Honourable senators, good evening. I would like to
welcome all honourable senators and members of the public who
are watching this meeting of the Standing Senate Committee on
Aboriginal Peoples on CPAC or on the Web.
Le sénateur Vernon White (président) occupe le fauteuil.
[Traduction]
Le président : Honorables collègues, bonsoir. J’aimerais
souhaiter la bienvenue à l’ensemble des honorables sénateurs et
aux membres du public qui regardent la séance du Comité
sénatorial permanent des peuples autochtones sur la chaîne
CPAC ou sur le Web.
38:32
Aboriginal Peoples
5-6-2013
My name is Vernon White, from Ontario. I am chair of the
committee.
Je m’appelle Vernon White et je viens de l’Ontario. Je suis le
président du comité.
The mandate of this committee is to examine legislation in
matters relating to the Aboriginal peoples of Canada. From time
to time we invite individuals, organizations and departments to
give us an overview of issues of concern within their mandate.
Le mandat du comité est d’examiner de manière générale les
lois et les questions relatives aux peuples autochtones du Canada.
De temps à autre, nous invitons des personnes, des organismes et
des ministères à venir nous donner un aperçu des enjeux dans leur
sphère.
In 2010, this committee released a report entitled The Journey
Ahead: Report on progress since the Government of Canada’s
apology to former students of Indian Residential Schools. In the
report, the committee expressed interest in remaining updated on
the progress of this issue. As the mandate of the Truth and
Reconciliation Commission is coming to a close, we felt this
would be a good time for a follow-up.
En 2010, le comité a publié un rapport intitulé Le chemin à
parcourir : Rapport sur les progrès accomplis depuis les excuses
présentées par le gouvernement du Canada aux anciens élèves des
pensionnats autochtones. Dans le rapport, le comité exprime le
souhait de demeurer au courant de la progression de cet enjeu.
Étant donné que le mandat de la Commission de vérité et
réconciliation arrive à échéance, nous avons convenu que ce serait
un bon moment pour faire un suivi à ce sujet.
Today we will hear testimony from the Truth and
Reconciliation Commission. Before hearing from our witnesses,
I would like to take the opportunity to ask members of the
committee who are present this evening to introduce themselves.
Nous entendrons aujourd’hui les témoignages de représentants
de la Commission de vérité et réconciliation. Avant de donner la
parole à nos témoins, j’aimerais demander aux membres du
comité qui sont ici ce soir de se présenter.
Senator Dyck: I am Lillian Dyck, from Saskatchewan, and also
an off-reserve member of the Gordon First Nation.
La sénatrice Dyck : Je m’appelle Lillian Dyck et je viens de la
Saskatchewan; je suis également membre hors-réserve de la
Première Nation Gordon.
Senator Lovelace Nicholas: Senator Lovelace Nicholas from
New Brunswick.
La sénatrice Lovelace Nicholas : Sénatrice Lovelace Nicholas,
du Nouveau-Brunswick.
Senator Watt: Senator Watt, Nunavik.
Senator Sibbeston: Nick Sibbeston from the Northwest
Territories.
Le sénateur Watt : Sénateur Watt, Nunavik.
Le sénateur Sibbeston : Nick Sibbeston, des Territoires du
Nord-Ouest.
Senator Patterson: Dennis Patterson, Nunavut.
Le sénateur Patterson : Dennis Patterson, Nunavut.
Senator Beyak: Senator Lynn Beyak, Ontario.
La sénatrice Beyak : Sénatrice Lynn Beyak, Ontario.
Senator Raine: Nancy Greene Raine from B.C.
The Chair: Senators, please help me in welcoming our witnesses
from the Truth and Reconciliation Commission, the Honourable
Justice Murray Sinclair, Chair; and Chief Wilton Littlechild,
Commissioner.
Thank you very much for being here this evening.
La sénatrice Raine : Nancy Greene Raine, de la ColombieBritannique.
Le président : Chers collègues, veuillez avec moi souhaiter la
bienvenue à nos témoins de la Commission de vérité et
réconciliation. L’honorable juge Murray Sinclair, président, et le
chef Wilton Littlechild, commissaire.
Merci beaucoup d’être venus ici ce soir.
Hon. Justice Murray Sinclair, Chair, Truth and Reconciliation
Commission of Canada: Thank you very much, Mr. Chair,
members of the committee, distinguished witnesses and guests.
Present with me today is Commissioner Chief Wilton Littlechild. I
bring regrets from Commissioner Dr. Marie Wilson, who is away
on leave. It is a well-deserved leave, but nonetheless her thoughts
and support are here with us.
L’honorable juge Murray Sinclair, président, Commission de
vérité et réconciliation du Canada : Merci beaucoup, monsieur le
président, mesdames et messieurs les membres du comité,
distingués témoins et invités. Je suis en compagnie aujourd’hui
du chef Wilton Littlechild, commissaire. Je vous transmets les
excuses de la commissaire Marie Wilson, qui est en congé. C’est
un congé bien mérité, mais elle pense quand même à nous et nous
appuie.
I will begin by thanking you and the members of the committee
for this opportunity to speak with you today. It has been more
than two and a half years since I and my fellow commissioners,
Dr. Wilson and Chief Littlechild, appeared before the Standing
Senate Committee on Aboriginal Peoples. I am honoured to
provide a brief overview of the progress that the Truth and
Je vais pour commencer remercier le président et les membres
du comité de nous donner l’occasion de discuter avec vous
aujourd’hui. Nous avons comparu il y a plus de deux ans et demi
devant le Comité sénatorial permanent des peuples autochtones,
Mme Wilson, le chef Littlechild et moi-même. C’est un honneur
pour moi de vous présenter un bref aperçu des progrès réalisés par
5-6-2013
Peuples autochtones
38:33
Reconciliation Commission has made since then, as well as some
of the challenges we face at this juncture of our court-ordered
mandate.
la Commission de vérité et réconciliation depuis lors et de vous
faire part de certains défis liés à notre mandat imposé par le
tribunal auxquels nous faisons face à ce moment de notre histoire.
When we last appeared before this committee in September of
2010, my colleagues and I had been working on behalf of the
commission for little more than a year. Much of what we shared
with you at that time had to do with the purpose and the
inception of the commission and the historical and social context
in which it had begun to carry out its work.
Lorsque nous avons comparu devant votre comité, la dernière
fois, en septembre 2010, mes collègues et moi travaillions pour la
commission depuis un peu plus d’un an. Nous vous avions surtout
parlé à ce moment-là de l’objectif de la commission, de sa
formation et du contexte historique et social dans lequel elle a
commencé ses travaux.
Time is limited, and I do not wish to repeat myself unduly.
However, there are a couple of points I would like to emphasize
by way of context for my further remarks.
Nous n’avons pas beaucoup de temps, et je ne veux pas me
répéter inutilement. Toutefois, il y a deux ou trois choses que
j’aimerais mettre en relief dans mes prochains commentaires.
First, I would like to remind you of the scope of the
commission’s mandate. It comes to us through the Indian
Residential Schools Settlement Agreement signed in 2007 by
several parties, including the Government of Canada, Catholic
and Protestant churches, and several signatories representing the
residential schools survivors themselves. The TRC is authorized
and required to inform all Canadians about the history and
ongoing legacy of residential schools; to give an opportunity to all
former students, staff and all those affected by the schools to
participate in the telling of the history through national and
community events and statement-gathering; to hold seven
national public education and commemorative events as well as
regional and community events; to collect every record that is
relevant to the history and impact of the schools; to conduct
original research that builds upon previous research and to
prepare reports based on this work; to establish a national
research centre that would make accessible to all Canadians all of
the statements, research and other materials that have been
collected by the commission; and last, but most important, to
guide and inspire a process of healing and reconciliation within
Aboriginal families and communities and between Aboriginal and
non-Aboriginal people in this country.
Premièrement, j’aimerais vous rappeler l’étendue du mandat de
la commission. Elle a été créée dans la foulée de la Convention de
règlement relative aux pensionnats indiens, signée en 2007 par
plusieurs parties, y compris le gouvernement du Canada, les
églises catholique et protestante, et plusieurs signataires
représentant les survivants de ces pensionnats eux-mêmes. La
CVR a l’autorisation et l’obligation de renseigner l’ensemble des
Canadiens sur l’historique des pensionnats et leur héritage
indélébile; de donner à l’ensemble des anciens élèves et du
personnel et à toutes les personnes touchées par les pensionnats la
possibilité de raconter leur histoire dans le cadre d’événements
nationaux et communautaires et d’exercices de collecte de
témoignages; d’organiser sept événements publics nationaux
axés sur l’éducation et la commémoration de même que des
événements régionaux et communautaires; de recueillir tous les
documents pertinents au sujet de l’histoire et des répercussions de
ces écoles; de mener des recherches originales fondées sur des
recherches précédentes et de préparer des rapports à partir de ces
travaux; de mettre sur pied un centre national de recherche qui
donnera à tous les Canadiens accès aux témoignages, aux
rapports de recherche et aux autres documents que la
commission aura recueillis; et, dernier point, mais non le
moindre, de lancer et d’orienter un processus de guérison et de
réconciliation au sein des familles et des collectivités autochtones
et avec les Autochtones et non-Autochtones du pays.
It is a vast mandate.
C’est un large mandat.
The second point I want to make by way of context is that our
mandate is not optional. It is a court-ordered mandate, a legal
obligation involving not only the commission but the parties to
the settlement agreement as well. The agreement itself settled the
largest class action suit in Canadian history. The survivors agreed
to set aside $60 million of their compensation fund for the
commission’s purposes and to ask the commission to complete its
work within five years.
Deuxièmement, je précise, en guise de mise en contexte, que
notre mandat n’est pas facultatif. Il a été ordonné par un tribunal,
il constitue une obligation juridique qui concerne non seulement
la commission, mais également les parties à la convention de
règlement. Cette convention a elle-même réglé le plus important
recours collectif de l’histoire du Canada. Les survivants ont
accepté d’affecter à la commission une somme de 60 millions de
dollars, prise à même leur fonds d’indemnisation, et ils lui ont
demandé de terminer le travail en cinq ans.
The commission’s mandate ends on July 1, 2014, just over one
year from now.
Le mandat de la commission prend fin le 1er juillet 2014, dans
un peu plus d’un an.
That is our mandate. Let me tell you some of what the
commission has done so far to discharge its obligations.
Voilà notre mandat. Laissez-moi maintenant vous parler de ce
que la commission a fait jusqu’ici pour s’acquitter de ses
obligations.
38:34
Aboriginal Peoples
5-6-2013
The responsibilities of the TRC are intertwined and
overlapping. When we carry out one aspect of our mandate, we
inevitably make progress on one or two others at the same time.
For instance, our mandate to inform Canadians about the impact
of the residential schools is carried out in large part by holding
events at which we provide an opportunity for survivors of the
schools to speak publicly about their experiences. Bearing witness
to the truths expressed by survivors creates possibilities of
reconciliation. It does not guarantee reconciliation, but we have
seen that reconciliation does not stand a chance if it is not firmly
rooted in a profound appreciation for the truths of others.
Les responsabilités de la CVR sont reliées entre elles et se
chevauchent. Quand nous remplissons une des parties de notre
mandat, nous faisons inévitablement des avancées, en même
temps, dans une ou deux autres de ses parties. Par exemple, notre
mandat veut que nous informions les Canadiens sur les
répercussions des pensionnats; nous nous acquittons de ce
mandat principalement en organisant divers événements au
cours desquels nous donnons également l’occasion aux
survivants des pensionnats de raconter publiquement leur
expérience. Les témoignages véridiques de ces survivants
ouvrent la porte à la réconciliation. Ce n’est pas une garantie de
réconciliation, mais nous savons que la réconciliation n’aura
aucune chance si elle ne plonge pas ses racines dans la
connaissance approfondie de la vérité des autres.
At the time the Indian Residential Schools Settlement
Agreement was signed, there were approximately 80,000 former
students of the residential schools listed in the agreement still alive
in Canada. Many were quite elderly. In the intervening years, that
number has dropped by perhaps 10,000. Since its inception, the
commission has been committed to providing every one of them
and every other person whose life has been affected by the
residential school system with the opportunity to create a record
of their experience. To date, we have collected about 5,200 public
and private statements. Most were provided by survivors of the
schools themselves, but increasingly we have been hearing from
the children of survivors and their children, the ones whose lives
represent the legacy of the schools.
Au moment de la signature de la Convention de règlement
relative aux pensionnats indiens, on avait recensé environ
80 000 anciens élèves toujours vivants au Canada. Ils étaient
souvent très vieux. Au fil des ans, ce nombre a diminué et il est
peut-être maintenant d’environ 10 000. Depuis sa création, la
commission s’est engagée à donner à chacun de ces élèves et à
toute autre personne dont la vie a été affectée par le système des
pensionnats la possibilité de documenter son expérience.
Jusqu’ici, nous avons recueilli le témoignage fait en public ou en
privé d’environ 5 200 personnes. Il s’agissait dans la plupart des
cas des survivants des pensionnats eux-mêmes, mais nous
recevons de plus en plus souvent le témoignage d’enfants de
survivants et des enfants de ces derniers, dont la vie reflète
l’héritage de ces écoles.
At an average length of 45 minutes to an hour, it would take
about two and a half years for one person working full-time to
view or listen to the statements we have gathered so far.
Ces documents durent en moyenne de 45 minutes à une heure,
et il faudrait environ deux ans et demi à une personne qui s’y
consacrerait à temps plein pour écouter ou regarder tous les
témoignages que nous avons recueillis jusqu’ici.
Commissioner Littlechild will continue.
Le commissaire Littlechild va poursuivre.
Wilton Littlechild, Commissioner, Truth and Reconciliation
Commission of Canada: Thank you very much and good
evening to all honourable senators. I will continue with a report
about our national events. We have had five national events to
date. I want to recall, however, first, that each of the national
events is based on a theme of one of our sacred teachings. In
Winnipeg when we started it was about respect, and in Inuvik it
was about courage. In Halifax, it was about love. In Saskatoon, it
was about truth. Very recently, in Montreal, it was about
humility.
Wilton Littlechild, commissaire, Commission de vérité et
réconciliation du Canada : Merci beaucoup. Honorables
sénateurs, bonsoir. Je vais poursuivre avec un compte rendu des
événements nationaux que nous organisons. Nous avons tenu
jusqu’ici cinq événements nationaux. J’aimerais toutefois
souligner pour commencer que chacun de ces événements
nationaux porte sur un thème tiré de nos enseignements sacrés.
Le premier événement, qui a eu lieu à Winnipeg, portait sur le
respect; celui d’Inuvik portait sur le courage. Celui de Halifax, sur
l’amour. Celui de Saskatoon, sur la vérité. Le dernier événement,
qui s’est tenu à Montréal il n’y a pas très longtemps, portait sur
l’humilité.
We have also had two regional events, one in Victoria and
another in Whitehorse. We have had 68 community hearings. A
significant number of them were in the Far North. Two national
events remain: the British Columbia national event, which will be
held in Vancouver on September 18 to 21, and last, the Alberta
national event, which will be held March 27 to 30 in Edmonton in
2014.
Nous avons également organisé deux événements régionaux,
un à Victoria et l’autre à Whitehorse. Nous avons organisé
68 assemblées communautaires, souvent dans le Grand Nord.
Il reste deux événements nationaux : celui de la ColombieBritannique, qui aura lieu à Vancouver du 18 au 21 septembre,
et, pour terminer, celui de l’Alberta, qui aura lieu du
27 au 30 mars à Edmonton, en 2014.
5-6-2013
Peuples autochtones
38:35
Leading up to these events, we expect to conduct another seven
community hearings in both British Columbia and Alberta. We
have plans for a closing event also here in Ottawa. By the time we
have shut our doors, we anticipate that we will have gathered
more than 6,000 statements. I do not want to get caught up
endlessly in numbers either, but I want to be sure I have given you
a proper sense of the scope and nature of the commission’s efforts
to date.
Avant ces deux événements nationaux, nous
prévoyons organiser sept autres audiences communautaires en
Colombie-Britannique et en Alberta. Nous dressons également
des plans en vue d’une cérémonie de clôture, qui se tiendra
également ici, à Ottawa. Avant de mettre la clé sur la porte, nous
prévoyons que nous aurons recueilli plus de 6 000 témoignages. Je
ne veux pas moi non plus égrener un chapelet de chiffres, mais je
veux être sûr que vous avez bien compris l’envergure et la nature
des projets que la commission a réalisés jusqu’ici.
If you had attended the TRC’s most recent national event in
Quebec — perhaps I should pause and thank Senator Watt for
being there in Montreal recently — your visit would have been
one of 12,000 people over the course of the four days. You could
have taken in more than 50 ceremonies, the early morning
blessing by the eagles around a sacred fire, truth-sharing and
educational activities, reconciliation activities and cultural
performances. You could have sat at the back of a packed hall
of over 500 grade 6 to 12 students from across Quebec and
watched as they paid rapt attention to presentations and
performances and to the opinions of their peers. You could
have taken in a variety of films, from the acclaimed We Were
Children by the National Film Board and Eagle Vision to a dozen
short documentaries created by the young people through the
Wapikoni project. You would have seen a very powerful display
on the Indian residential schools called Red Memory. You could
have witnessed the courageous public statements of dozens of
survivors of the schools, some of them speaking publicly about
their experiences for the very first time.
Si vous aviez participé au dernier événement national organisé
au Québec par la CVR — je devrais peut-être m’arrêter pour
prendre le temps de remercier le sénateur Watt, qui était
récemment à Montréal —, vous auriez été l’un des
12 000 visiteurs qui s’y sont présentés ces quatre jours-là. Vous
auriez pu prendre part à plus de 50 cérémonies, recevoir la
bénédiction matinale des aigles, autour du feu sacré, participer à
des activités de partage de la vérité, à des activités éducatives ou
de réconciliation, assister à des spectacles culturels. Vous auriez
pu vous entasser dans une salle avec plus de 500 élèves de la
sixième à la douzième année, de toutes les régions du Québec, et
voir à quel point ils ont été captivés par les exposés, les
performances et les opinions de leurs pairs. Vous auriez pu voir
toutes sortes de films, du film We Were Children, couvert d’éloges,
produit par l’Office national du film et Eagle Vision, jusqu’à une
douzaine de courts documentaires produits par des jeunes
participants au projet Wapikoni. Vous auriez pu voir la
puissante exposition sur les pensionnats indiens appelée
Mémoire rouge. Vous auriez pu entendre les témoignages
courageux, présentés de vive voix, par des dizaines de survivants
des écoles, dont quelques-uns racontaient leur expérience
publiquement pour la toute première fois.
You could have watched the induction of eight new TRC
honorary witnesses, including former Prime Minister Paul Martin
and former hockey league star Joé Juneau. Former Prime
Minister Joe Clark had joined the ranks of our honorary
witnesses last year in Saskatoon. Our very first honorary
witness was the former Governor General, Her Excellency
Michaëlle Jean.
Vous auriez pu assister à l’intronisation de huit nouveaux
témoins honoraires de la CVR, entre autres l’ex-premier
ministre Paul Martin et l’ex-joueur vedette de hockey Joé
Juneau. L’ex-premier ministre Joe Clark est devenu témoin
honoraire l’an dernier, à Saskatoon. Notre tout premier témoin
honoraire a été l’ex-gouverneure générale, Son Excellence
Michaëlle Jean.
You could have witnessed 24 expressions of reconciliation
from individuals, organizations, governments and churches. You
could have taken part in a very moving birthday party for the
hundreds of survivors who were present whose birthdays were
never celebrated at residential schools. There were cupcakes and
handmade cards, courtesy of children from the church
congregations throughout the Montreal-Ottawa corridor.
Vous auriez pu assister à 24 séances d’expression de
réconciliation réunissant des particuliers et des représentants de
divers organismes, de gouvernements ou d’églises. Vous auriez pu
vous aussi participer à une fête très émouvante qui soulignait
l’anniversaire de naissance de centaines de survivants présents,
dont l’anniversaire n’avait jamais été célébré au pensionnat. Il y a
eu des petits gâteaux et des cartes de souhaits, faits à la main par
les enfants de toute une série de paroisses situées dans le corridor
entre Montréal et Ottawa.
More than 45 journalists registered to cover the Quebec
national event. Live webcasting of the event attracted more than
6,700 streams to over 30 different countries. We have been aware
from the outset of our work of the important international impact
the commission could have and has been having. When the
Plus de 45 journalistes s’étaient inscrits afin de pouvoir couvrir
l’événement national du Québec. L’événement a été diffusé en
direct sur le Web et a suscité plus de 6 700 visionnements dans
plus de 30 pays. Nous étions sensibilisés, avant même de
commencer nos travaux, au grand retentissement international
38:36
Aboriginal Peoples
5-6-2013
commission first began its work, the population of Quebec was
relatively ill-informed about Canada’s residential schools and
their legacy. We believe we have turned that around.
que pouvait avoir la commission et qu’elle a eu. Quand la
commission a commencé son travail, la population du Québec
était relativement mal informée au sujet des pensionnats
canadiens et de leurs répercussions. Nous croyons avoir fait
changer cela.
I could share with you similar details from our other national
and regional events, but that will suffice to give you some idea of
our work. If you have not yet attended a TRC national event, I
hope you will resolve to do so. In fact, I would invite you now for
the Vancouver event and also the Edmonton event.
Je pourrais vous donner des détails semblables sur les autres
événements nationaux et régionaux que nous avons tenus, mais je
crois en avoir dit assez pour vous donner une idée de ce que nous
faisons. Si vous n’avez encore jamais participé à un événement
national de la CVR, j’espère que vous allez vous décider à le faire.
En fait, je vous invite dès maintenant à participer aux événements
qui se tiendront à Vancouver et à Edmonton.
Mr. Sinclair: The TRC has collected 2.6 million documents
from the Government of Canada and the churches to date. I
know that the Government of Canada reported at its presentation
to you a few weeks ago that it has provided us with 3.5 million
documents, but our records show that some of those documents
that they referenced are duplicates of each other. This is a large
number but, as you know, it does not include any of the millions
of documents relevant to residential schools that are currently
housed by Library and Archives Canada.
M. Sinclair : La CVR a reçu jusqu’ici du gouvernement du
Canada et des églises 2,6 millions de documents. Je sais que le
gouvernement du Canada avait indiqué, dans un mémoire qui
vous a été présenté il y a quelques semaines, nous avoir transmis
3,5 millions de documents, mais nos registres montrent que
certains de ces documents ont été enregistrés deux fois. Cela
représente un grand nombre de documents, mais, comme vous le
savez, il ne comprend aucun des millions de documents pertinents
sur les pensionnats actuellement conservés par Bibliothèque et
Archives Canada.
You will be familiar with the Auditor General’s recent
comments regarding the inability of Canada and the
commission to reach agreement on the scope of documents to
be provided by Canada to the commission. I would like to
acknowledge up front that the Government of Canada and the
commission were not able to come to an agreement over the
documents housed by Library and Archives Canada. This was a
fundamental disagreement that went on too long. It was resolved
in January of this year by the Ontario Superior Court of Justice,
which upheld the commission’s interpretation of the Indian
Residential Schools Settlement Agreement.
Vous êtes déjà au courant des commentaires formulés
récemment par le gouverneur général au sujet de l’incapacité du
Canada et de la commission à arriver à un accord sur la portée des
documents que le Canada doit transmettre à la commission.
J’admettrai dès le départ que le gouvernement du Canada et la
commission n’ont pas été capables d’en arriver à un accord au
sujet des documents conservés par Bibliothèque et Archives
Canada. C’était un désaccord fondamental, qui a duré trop
longtemps. Il a été réglé en janvier dernier par la Cour supérieure
de l’Ontario, qui a défendu l’interprétation de la commission
touchant la Convention de règlement relative aux pensionnats
indiens.
Now that the issue has been clarified, the TRC, Aboriginal
Affairs and Northern Development Canada and Library and
Archives Canada are working jointly to determine how and when
the relevant documents will be produced to the commission. From
the commission’s perspective, there seems to be no lack of
intention on the part of AANDC and LAC to follow through on
Canada’s legal commitments in this regard. However, the amount
of work entailed and the amount of time remaining in the TRC’s
mandate present serious concerns to both Canada and the
commission itself.
Maintenant que cette question a été clarifiée, la CVR, le
ministère des Affaires autochtones et du Développement du Nord
Canada et Bibliothèque et Archives Canada travaillent de concert
pour déterminer de quelle manière et à quel moment les
documents pertinents seront transmis à la commission. De l’avis
de la commission, ni AADNC ni BAC ne se montrent réticents à
respecter les obligations juridiques du Canada à ce chapitre.
Toutefois, l’ampleur du travail que cela suppose et le temps limité
qu’il reste au mandat de la CVR préoccupent sérieusement autant
le Canada que la commission elle-même.
The fact that the TRC has not yet received the majority of the
documents in Canada’s possession has the potential to
compromise the ability of the commission to comply with its
mandate, as well as the quality and extent of the commission’s
research and final report.
Le fait que la CVR n’a pas encore reçu la plus grande partie des
documents que possède le Canada risque de l’empêcher de
s’acquitter de son mandat et pourrait également nuire à la qualité
et à l’exhaustivité du rapport de recherche final qu’elle doit
présenter.
With 13 months left in our mandate it is hard to imagine that
the documents can be produced to us in time for them to
contribute to this latter aspect of our mandate. We have met with
Minister Valcourt on two occasions, and we continue to work
Notre mandat se termine dans 13 mois, et on peut difficilement
croire que les documents nous seront transmis à temps pour que
nous en tirions profit pour ce dernier aspect de notre mandat.
Nous avons rencontré le ministre Valcourt deux fois, et nous
5-6-2013
Peuples autochtones
38:37
closely with AANDC and LAC on a plan to secure relevant
documents and to prepare them to be accessible to Canadians
through the national research centre.
continuons à travailler de près avec AADNC et BAC pour
élaborer un programme qui nous permettra de mettre la main sur
les documents pertinents et de les préparer pour les mettre à la
disposition des Canadiens au centre national de recherche.
Mr. Littlechild: Despite the delays in document production to
the Truth and Reconciliation Commission, we have undertaken a
great deal of relevant research. Some of this was represented in
our interim report and in our preliminary history of the schools,
entitled They Came for the Children. Both were released in
February of 2012. It will also be represented in our four-volume
final report, which will address the work of the commission and
its findings, the history of the residential schools, their legacy and
the requirements and prospects for meaningful reconciliation.
M. Littlechild : Malgré les retards touchant la transmission de
documents à la Commission de vérité et réconciliation, nous
avons mené un nombre important de recherches pertinentes. Une
partie de ces recherches se reflète dans notre rapport intérimaire et
notre version préliminaire de l’historique des pensionnats, intitulé
Ils sont venus pour les enfants. Ces deux documents ont été publiés
en février 2012. Les recherches se reflèteront également dans notre
rapport final, en quatre volumes, qui portera sur les travaux de la
commission et ses constatations, l’historique des pensionnats, leur
héritage et les exigences et attentes relatives à une réconciliation
significative.
I will mention one particular research project that has been
ongoing for much of the commission’s existence. That is the
Missing Children Project. You may know that 150,000 Aboriginal
children attended Canada’s residential schools over a period of
roughly 150 years. You may not know that thousands of them
died at the schools and went missing. We have heard many
testimonies. I personally heard from survivors who witnessed the
deaths of some of these children — children burying children.
Some of them died running away from schools. They drowned
trying to cross rivers. They froze to death. In fact, last week I was
shown a picture of four boys who had huddled together and froze
to death not far from the school.
J’aimerais parler d’un projet de recherche en particulier qui est
en cours depuis la création de la commission ou presque. Je parle
du Projet des enfants disparus. Vous savez peut-être que
150 000 enfants autochtones ont vécu dans un pensionnat au
Canada au cours d’une période d’environ 150 ans. Ce que vous ne
savez peut-être pas, c’est que des milliers d’enfants sont décédés à
l’école ou ont été portés disparus. Nous avons entendu de
nombreux témoignages. J’ai personnellement entendu l’histoire de
survivants qui avaient été témoins du décès de certains de ces
enfants — et les enfants enterraient d’autres enfants. Certains
enfants sont morts parce qu’ils se sont enfuis de l’école. Ils se sont
noyés en essayant de traverser une rivière. Ils sont morts gelés. De
fait, la semaine dernière seulement, on m’a montré la photo de
quatre garçons, collés les uns sur les autres, qui étaient morts gelés
non loin de l’école.
The commission has thus far identified and discovered details
concerning 4,134 children who died at these schools or went
missing from them. That number continues to grow as work on
the project continues. Of course, it is of great interest to the
families involved. More importantly, however, it allows us to
discuss the impact of the schools on the daily lives of Aboriginal
families in a manner that has deep emotional meaning for
everyone.
Jusqu’ici, la commission a recueilli des informations au sujet de
4 134 enfants qui sont morts à l’école ou qui ont été portés
disparus. Le chiffre continue de monter à mesure que le projet se
poursuit. Bien sûr, ces informations intéressent énormément les
familles touchées. Mais ce qui est le plus important, toutefois,
c’est qu’elles nous permettent de parler des répercussions des
pensionnats sur la vie quotidienne des familles autochtones sous
un angle qui remue profondément tout le monde.
Mr. Sinclair: Let me bring you up to date on the progress of
the national research centre. The settlement agreement calls on
the TRC to establish a national research centre within its five
years of operation. Over the past two and a half years, the
commission has taken a number of steps toward the centre’s
establishment, including a forum of international experts and a
well-publicized call for expressions of interest. We received four
expressions of interest from perspective host organizations, each
with numerous partners, and are pursuing negotiations with the
organization that best met our selection criteria.
M. Sinclair : Laissez-moi faire une mise à jour sur les progrès
du centre national de recherche. La convention de règlement exige
que la CVR mette sur pied un centre national de recherche au
cours de ses cinq premières années d’activités. Au cours des deux
dernières années et demie, la commission a pris un certain nombre
de mesures en vue de créer ce centre, y compris un forum
d’experts internationaux et un appel de déclarations d’intérêt qui
a fait l’objet d’une bonne publicité. Nous avons reçu quatre
déclarations d’intérêt d’organismes hôtes éventuels, qui ont
chacun de nombreux partenaires, et nous poursuivons les
négociations avec l’organisme qui répond le mieux à nos critères
de sélection.
38:38
Aboriginal Peoples
5-6-2013
I refer to the University of Manitoba and its eight proposed
founding partners, which would be announced when all the t’s are
crossed and the i’s are dotted. We anticipate a signing ceremony
will be held later this month.
Je parle de l’Université du Manitoba et de ses huit partenaires
de financement proposés, que nous présenterons une fois que
nous aurons mis toutes les barres sur les t et tous les points sur les
i. Nous prévoyons que la cérémonie de signature se tiendra plus
tard au cours du mois.
Finally, in the area of reconciliation, the commission has
continually emphasized the importance of reconciliation being
about establishing and maintaining a relationship of mutual
respect. I have already referred to the dialogues we have held at
our community, regional and national events with survivors and
others in attendance. Those have generated significant discussion
and interesting perspectives.
Enfin, dans le domaine de la réconciliation, la commission a
toujours mis l’accent sur l’importance de la réconciliation en ce
qu’elle vise à établir et à maintenir des relations de respect
réciproques. J’ai déjà parlé des dialogues que nous avons tenus
dans le cadre de nos événements communautaires, régionaux et
nationaux avec les survivants et avec les autres personnes
présentes. Cela a donné lieu à des discussions substantielles et à
l’expression de points de vue intéressants
The commissioners have also engaged in such discussions with
the parties to the settlement agreement at all-parties meetings we
have been holding with them. We have spoken at numerous
public and private conferences and gatherings with community,
provincial and national leaders on the question of reconciliation.
Les commissaires ont également tenu de telles discussions avec
les parties à la convention de règlement dans le cadre des réunions
où toutes les parties étaient convoquées. Nous avons discuté de la
réconciliation dans le cadre d’un grand nombre de conférences et
de rassemblements publics et privés auxquels participaient les
chefs de file des collectivités, des provinces et de la nation.
One of the most significant ones was the annual gathering of
the Council of Ministers of Education last July, where we
emphasized the need to look seriously at curriculum changes in
the field of public education, to teach children appropriately
about the history of the relationship between Aboriginal and nonAboriginal people in Canada in order to lay the foundation for
mutual respect in the future.
L’un des événements les plus importants a été la réunion
annuelle du Conseil des ministres de l’Éducation, qui a eu lieu en
juillet dernier; dans ce cadre, nous avons mis l’accent sur le besoin
d’examiner de très près les changements à apporter dans les
programmes d’éducation publique et de bien enseigner aux
enfants l’histoire des relations entre les Autochtones et les nonAutochtones du Canada de manière à jeter les bases du respect
mutuel pour l’avenir.
We asked the ministers to make a commitment to make those
changes and followed that up with personal letters asking for
updates following that meeting. Many have responded positively,
and we look forward to meeting with them again later this year.
Nous avons demandé aux ministres de s’engager à faire ces
changements et nous avons ensuite envoyé des lettres personnelles
pour faire le suivi de cette réunion. Nombre de ministres ont
répondu positivement, et nous allons avoir le bonheur de les
rencontrer de nouveau plus tard au cours de l’année.
In addition, Lieutenant Governor David Onley of Ontario,
Lieutenant Governor Philip Lee of Manitoba, Lieutenant
Governor Graydon Nicholas of New Brunswick and then
Lieutenant Governor Steven Point of British Columbia have all
hosted TRC events, including dialogues on reconciliation with
members of the public at their respective Government Houses.
Our emphasis on reconciliation will continue to the end of our
mandate.
De plus, le lieutenant-gouverneur David Onley, de l’Ontario,
le lieutenant-gouverneur Philip Lee, du Manitoba, le lieutenantgouverneur Graydon Nicholas, du Nouveau-Brunswick et ensuite
le lieutenant-gouverneur Steven Point, de la ColombieBritannique ont chacun à leur tour été l’hôte, dans leur
résidence officielle, des événements organisés par la CVR, y
compris des dialogues sur la réconciliation auxquels participaient
des membres du public. Nous allons mettre l’accent sur la
réconciliation jusqu’à la fin de notre mandat.
This brings an end to our formal remarks. We look forward to
your questions and your comments. Thank you very much.
C’est ainsi que se termine notre déclaration préliminaire. Nous
avons bien hâte d’entendre vos questions et vos commentaires.
Merci beaucoup.
The Chair: Thank you very much to both of you. Those were
excellent comments. I will ask Senator Dyck to begin.
Le président : Merci beaucoup à tous les deux. C’était là
d’excellents commentaires. Je vais demander à la sénatrice Dyck
de commencer.
Senator Dyck: Thank you so much for your presentations this
evening. You have given us a lot of information to think about.
La sénatrice Dyck : Merci beaucoup de vos exposés de ce soir.
Vous nous avez donné de nombreux sujets de réflexion.
I am going to start with regard to the mandate. One question
will be with respect to the documents, and the follow-up question
will be with respect to healing.
Je vais discuter pour commencer du mandat. Je poserai une
question au sujet des documents, puis une question sur la
guérison.
5-6-2013
Peuples autochtones
38:39
With respect to the documents, you talked about the number of
documents you expect to receive, and I presume those will be
stored somehow at the national research centre, but with that
amount of material it would seem to me that it is a huge amount
of work to organize, to analyze, to summarize and to publicize.
Will that assessment of documents comprise a major piece of
work that the national research centre will undertake? Is there a
mechanism in place to resource that kind of work?
En ce qui concerne les documents, vous avez parlé du nombre
de documents que vous vous attendez à recevoir, et j’imagine que
ces documents seront entreposés d’une manière quelconque au
centre national de recherche. Cependant, étant donné le volume
de matériel, il me semble que cela représente une charge de travail
énorme puisqu’il faut organiser les documents, les analyser, les
résumer et les rendre publics. Est-ce que l’évaluation des
documents sera un des principaux volets du travail
qu’entreprendra le centre national de recherche? Y a-t-il un
mécanisme qui fournira les ressources nécessaires à ce type de
travail?
Mr. Sinclair: The answer to the question is that it is a
combined effort. It will need to be a combined effort on the
part of the TRC, as well as the national research centre. The
TRC’s role, with regard to analyzing and organizing the
documents we do receive, will be in order for us to be able to
utilize what time is left to us to meet our objectives of completing
the writing of our report. It is important for us to ensure that we
have access to the information that is in the documents so that we
are able to provide a full and complete history of residential
schools in the country, and therefore accessing the documents for
that purpose is important.
M. Sinclair : Je répondrai à cette question en disant qu’il
s’agira d’un travail de collaboration. Il exige la collaboration de la
CVR et du centre national de recherche. Le rôle de la CVR, en ce
qui a trait à l’analyse et à l’organisation des documents que nous
recevons consistera à faire en sorte que nous pourrons utiliser le
temps qu’il nous reste pour réaliser notre objectif, celui de
terminer la rédaction de notre rapport. Il est important pour nous
de nous assurer d’avoir accès à l’information qui se trouve dans
ces documents puisque cela nous permet de présenter l’histoire
complète des pensionnats du pays, et c’est pourquoi il est
important, au regard de cet objectif, d’avoir accès aux documents.
I think we also need to be able to access and organize the
documents in order that we can assure ourselves that the
documents we are receiving are as full and complete a collection
of the relevant documents as we know and suspect are in the
hands of both the Government of Canada and the churches and
their archives. We need to be able to determine that assessment.
Je crois que nous devrions pouvoir accéder aux documents et
les organiser de manière à confirmer que les documents que nous
recevons représentent la gamme complète des documents
pertinents dont nous connaissons l’existence et que nous
supposons être entre les mains du gouvernement du Canada
comme des églises et de leurs services d’archives. Nous devons
avoir la possibilité de procéder à cette évaluation.
Our view is that the government and churches’ obligation are
to deliver the documents to the TRC. Technically, once they have
done that, the work then falls on the TRC and on the national
research centre, to the extent that we are able to come to a
determination about how to leave that for them, to continue the
work of analyzing and organizing the documents into the future.
Notre opinion, c’est que le gouvernement et les églises ont
l’obligation de remettre ces documents à la CVR. Techniquement,
une fois que cela sera fait, ce sera le travail de la CVR et du centre
national de recherche, dans la mesure où la commission aura
déterminé la façon dont le centre pourra faire cela, poursuivre le
travail d’analyse et d’organisation des documents.
We expect that most of the documents that will come to us will
be coming to us in digitized format as opposed to being boxes.
There will probably be some boxes of documents that we will
receive. At this point in time, we do not know what that will be in
terms of what is out there. We can tell you that for much of what
we have seen up to this point in time in the archives of the
churches that have provided us with documents, we have been
allowed us the opportunity to have those documents digitized, for
the most part. We think that the future archival records that we
will be housed in the national research centre will be digitized
documents. The originals of those documents will continue to
remain where they currently are, in the archives of the churches
and of government, so that if anyone needs to access the original,
they will still be available in the original archive. However, we will
have reasonable copies of each of them.
Nous nous attendons à ce que la plupart des documents qui
nous seront communiqués le soient en format numérique plutôt
que dans des boîtes. Nous recevrons aussi, probablement,
quelques boîtes. Pour le moment, nous ne savons pas ce que ces
documents contiennent. Je peux vous dire qu’en ce qui concerne la
plus grande partie des archives que les églises nous ont
communiquées, jusqu’ici, nous avons eu la possibilité de
numériser la plus grande partie des documents en question.
Nous croyons que les documents d’archives qui seront à l’avenir
entreposés au centre national de recherche seront des documents
numériques. Les copies originales de ces documents resteront là
où elles sont aujourd’hui, dans les services d’archives des églises et
du gouvernement, de façon que toute personne qui veut obtenir la
copie originale pourra l’obtenir. Cependant, nous ferons un
nombre raisonnable de copies de chaque document.
There is work to be done around that, but our effort will be to
ensure, before our mandate is completed, that we have received all
the relevant documents that we believe we are entitled to receive
and that the parties are obligated to provide to us.
Tout cela suppose du travail, mais nous nous efforçons de
garantir que, avant la fin de notre mandat, nous aurons reçu tous
les documents pertinents qui nous reviennent, croyons-nous, et
que les autres parties ont l’obligation de nous transmettre.
38:40
Aboriginal Peoples
5-6-2013
Senator Dyck: To follow up on that, do you see your mandate
also covering organizing, analyzing and looking at those
documents in order to educate the Canadian public? Do you
think you need to have more than one year to finish the job with
respect to your obligation regarding the documents? Do you
believe there should be an extension of the mandate of the Truth
and Reconciliation Commission?
La sénatrice Dyck : À ce sujet, pensez-vous que votre mandat
vise aussi l’organisation, l’analyse et l’examen de ces documents
dans le but d’éduquer le public canadien? Pensez-vous avoir
besoin de plus d’un an pour terminer ce travail et vous acquitter
de votre obligation relative aux documents? Pensez-vous qu’il
faudrait prolonger le mandat de la Commission de vérité et
réconciliation?
Mr. Sinclair: Everything depends upon what we are given. We
do not know at this point in time, because we do not know what
we will get. We have a pretty fair idea about a lot of documents
that are in Library and Archives Canada because we have
researchers advising us and people in the archive field advising us
about what they know is there. We also know from the
information we have gathered to this point in time, through
other records, what we suspect is there. However, the volume of
the material that is there is quite extensive. If we get all of the
documents today, there is a serious question as to whether we can
complete all of the analysis by the time our mandate expires in
July of next year. It would depend on whether we are able to do
enough of an analysis to be able to complete the report. If we are
able to do that, then it is conceivable that we could leave the
remaining work of analyzing, organizing and archiving the
documents in the hands of the national research centre. We
would need to be satisfied that we at least have access to the
documents for the purpose of determining the important
information that we need for our report.
M. Sinclair : Tout dépend de ce que nous recevrons. Nous ne le
savons pas, pour l’instant, parce que nous ne savons pas ce que
nous allons recevoir. Nous avons une assez bonne idée en ce qui
concerne bon nombre des documents conservés par Bibliothèque
et Archives Canada parce que nous avons des chercheurs, qui
nous conseillent, et que nous connaissons des gens dans le
domaine de l’archivistique qui nous renseignent sur les documents
qu’ils savent s’y trouver. Nous savons aussi, grâce aux
informations que nous avons réunies jusqu’ici, et par le
truchement d’autres documents, ce que nous soupçonnons
pouvoir y trouver. Toutefois, le volume de matériel est assez
impressionnant. Si nous avions en main aujourd’hui l’ensemble
des documents, nous nous demanderions sérieusement si nous
pourrons terminer une analyse complète avant la fin de notre
mandat, en juillet de l’année prochaine. Tout est lié à la question
de savoir si nous allons pouvoir mener une analyse suffisamment
poussée pour présenter un rapport. Si nous réussissons cela, nous
pourrions envisager de laisser le reste du travail d’analyse,
d’organisation et d’archivage des documents entre les mains du
centre national de recherche. Il nous faudrait être assurés d’avoir
à tout le moins accès aux documents afin d’en tirer les
informations importantes nécessaires à notre rapport.
Our report is already being drafted, as you might suspect. It is
organized. We know what kinds of areas we will write about and
what we want to write about, and we know what kinds of
documents we need in order to be able to answer the many
questions we have about those certain areas. We know where
some of those documents are likely to be. Once we have
determined whether they are there and what they say, if they
are there, then we can write the report, and the remaining work
concerning the archiving of the documents can be left in the hands
of the NRC. It is a combined role, but a large amount of it is for
us to do.
Nous avons déjà rédigé une version provisoire de notre
rapport, comme vous vous l’imaginez bien. Ce rapport est
structuré. Nous savons sur quels sujets nous allons écrire et
nous savons de quoi nous voulons parler; nous savons aussi de
quels types de documents nous avons besoin pour répondre aux
nombreuses questions que nous avons formulées sur ces aspects
particuliers. Nous savons où se trouvent probablement certains de
ces documents. Une fois que nous aurons établi que ces
documents se trouvent là où nous croyons qu’ils sont et que
nous saurons ce qu’ils contiennent, nous pourrons rédiger notre
rapport, et nous pourrons laisser le reste du travail d’archivage
des documents entre les mains du CNR. C’est un travail de
collaboration, mais c’est à nous que revient de faire une bonne
partie du travail.
Senator Dyck: My final question is with respect to your
mandate. You say it is a court-ordered mandate, and the last one
you listed is to guide and inspire a process of healing and
reconciliation within Aboriginal families and communities. Could
you give examples of what you would consider, other than what
you have said so far, with respect to what would be healing? Will
you be making recommendations, for example, that there should
be more programs to deal with some of the intergenerational
impacts or the residual psychological trauma that accompanies
the residential school legacy?
La sénatrice Dyck : Ma dernière question concerne votre
mandat. Vous dites que ce mandat a été imposé par la cour, et la
dernière obligation que vous avez énumérée est de lancer et
d’orienter un processus de guérison et de réconciliation au sein des
familles et des collectivités autochtones. Pourriez-vous nous
donner des exemples de situations qui, à votre avis, sont liées à
la guérison, en plus de ce que vous avez dit jusqu’ici? Allez-vous
présenter des recommandations, par exemple, visant à ce qu’on
mette en œuvre plus de programmes touchant les répercussions
intergénérationnelles ou les séquelles des traumatismes
psychologiques qui font partie de l’héritage des pensionnats?
5-6-2013
Peuples autochtones
38:41
Mr. Sinclair: If you look carefully at our mandate, you will see,
in fact, that our mandate does not specifically encompass the
concept of healing. It is not in our title and it is not a specific,
mandated objective of the work we are doing. Nonetheless, we
have always taken the view that in order to address the issue of
reconciliation properly, we really have to take seriously the whole
question of healing, at a personal level, at a community level, at a
tribal level, at a provincial level, as well as at a national level,
because the history of residential schools in this country is not an
Aboriginal problem; it is a Canadian problem. It is a problem for
all of Canada to address. It is not just the Aboriginal children
who went into those schools who have been damaged by what
those schools were all about. All of Canada has been damaged by
it, because those who went to the public school systems were
taught about Aboriginal people and were taught that Aboriginal
people and cultures and languages were inferior and that
Aboriginal people were savages and were not worthy of being
considered as equals. Because that was taught in the public
schools, generation upon generation of non-Aboriginal children
in this country have been raised to believe that Aboriginal people
have been, were, and are inferior.
M. Sinclair : Si vous lisez bien notre mandat, vous verrez qu’en
effet il ne porte pas précisément sur le concept de guérison. Cette
notion ne fait pas partie de notre titre et elle n’est pas non plus un
objectif précis et obligatoire du travail que nous avons à faire.
Quoi qu’il en soit, nous avons toujours été d’avis que, si nous
voulons aborder de manière appropriée la question de la
réconciliation, nous devons vraiment envisager sérieusement
toute la question de la guérison, sur le plan personnel, sur le
plan communautaire, sur le plan tribal, sur le plan provincial et
même sur le plan national, étant donné que, au Canada, l’histoire
des pensionnats n’est pas le problème des Autochtones : c’est le
problème du Canada. C’est un problème que le pays entier doit
régler. Les enfants autochtones qui ont fréquenté ces écoles ne
sont pas les seuls à avoir subi un préjudice en raison de ce qui s’y
passait. Le Canada dans son entier a subi un préjudice, étant
donné qu’on racontait aux élèves des systèmes publics toutes
sortes de choses sur les Autochtones, qu’on leur apprenait que les
cultures et les langues autochtones étaient inférieures, que les
Autochtones étaient des sauvages et qu’ils ne méritaient pas d’être
traités comme des égaux. Étant donné ce qu’on leur apprenait
dans les écoles publiques, des générations entières d’enfants non
autochtones du Canada ont grandi en croyant que les
Autochtones avaient été des êtres inférieurs et l’étaient toujours.
That also speaks to the fact that implicitly they have been
taught to believe in their own superiority if they come from White
European stock. They are not to blame for that. It is not like they
are responsible for having created their own sense of self.
However, that history in this country means that their
perception of themselves, as the Aboriginal perception of
themselves, has been damaged by this history. We need to
correct those perceptions. We need to bring balance back to those
perceptions.
Cela nous explique pourquoi, implicitement, ils ont appris à
croire en leur propre supériorité en tant que descendants
d’Européens de race blanche. Ce n’est pas eux qu’il faut blâmer.
Il ne faut pas croire qu’ils sont responsables de l’image qu’ils se
sont faite d’eux-mêmes. Cependant, cet épisode de l’histoire du
pays a fait que leur perception d’eux-mêmes, et la perception que
les Autochtones ont d’eux-mêmes ont été faussées. Nous devons
corriger ces perceptions. Nous devons rééquilibrer ces
perceptions.
The whole issue of healing is part of that dialogue around
reconciliation. In the case of Aboriginal people who have come
through the residential schools, there is no doubt they have been
personally traumatized by many of the things they have
experienced in the schools, whether directly or indirectly. About
half of the people who have identified as survivors of residential
schools have made claims for personal injuries as a result of being
in the schools, but half have not. Even the half who have not
made claims for personal injuries nonetheless do talk about the
fact that in the schools they had a terrible sense of isolation,
separation from their families, loss of intimacy and sense of love
from their families. Living and being raised in an institutionalized
environment damaged their sense of perception about family
relationships, how to take care of themselves as individuals, how
to take care of their children or how to take care of little children,
how to be a proper parent, uncle, son and daughter. All of that
perception of themselves was damaged significantly by the
schools, even for those who were not physically or sexually
abused within the school settings.
Toute la question de la guérison fait partie du dialogue portant
sur la réconciliation. Dans le cas des Autochtones qui sont passés
par les pensionnats, il ne fait aucun doute qu’ils ont été
personnellement traumatisés par bon nombre des expériences
qu’ils ont vécues, directement ou indirectement, dans ces
pensionnats. Près de la moitié des gens qui se disent des
survivants des pensionnats ont présenté des réclamations pour
les préjudices personnels subis dans ces écoles, mais l’autre moitié
ne l’a pas fait. Dans ce dernier groupe, certains parlent néanmoins
du fait que, pendant qu’ils étaient à l’école, ils éprouvaient un
terrible sentiment d’isolement et d’éloignement de leur famille, de
perte d’intimité et de perte de l’affection de leur famille. Ils ont
vécu et grandi dans un établissement, et cela a détruit leur
conception des relations familiales, leur perception de la façon de
prendre soin d’eux-mêmes, de prendre soin de leurs enfants ou de
tout petits enfants, de bien se conduire à titre de parent, d’oncle,
de fils ou de fille. Leur perception d’eux-mêmes a été gravement
endommagée par les écoles, même dans le cas où ils n’avaient pas
été physiquement ou sexuellement agressés dans l’école.
We need to understand that. That has contributed to a
significant degree of dysfunction within Aboriginal communities.
The harm it has created to non-Aboriginal people is that it has
Nous devons comprendre cela. Cette situation a contribué de
manière importante au mauvais fonctionnement des collectivités
autochtones. La situation a causé du tort aux non-Autochtones
38:42
Aboriginal Peoples
5-6-2013
become in many ways a self-fulfilling prophecy. The government
and the churches believed that Aboriginal people were inferior
when they put them in the schools and then they created an
environment in which they lived inferior existences when they
came out of the schools. That needs to be changed. We need to
change that first of all by understanding the truth. We cannot
change history, but we can change two things about history: We
can uncover it and we can understand from it. Those two things
are very important for us to do at this point in time. That allows
us to address the issue of reconciliation at the personal level so
that survivors themselves can come to terms with what has
happened to them, not just in terms of the injuries that they
sustained and the damage that occurred to them physically,
mentally and emotionally, but also it will allow them to address
the issue of reconciliation within the family. That speaks to the
issue of intergenerational survivors, too.
puisque, à bien des égards, on pourrait dire que la prophétie s’est
réalisée. Le gouvernement et les églises croyaient que les
Autochtones étaient des gens inférieurs, lorsqu’ils les ont placés
en pensionnats, et ils ont mis en place un environnement qui leur
réservait une existence de qualité inférieure à leur sortie du
pensionnat. Il faut que ça change. Pour faire changer les choses,
nous devons d’abord et avant tout savoir la vérité. Nous ne
pouvons pas changer l’histoire, mais nous pouvons faire deux
choses au sujet de l’histoire : nous pouvons la faire connaître et
nous pouvons en tirer des leçons. Ce sont deux choses très
importantes pour nous à l’heure actuelle. Cela nous permet
d’aborder la question de la réconciliation sur le plan personnel de
façon que les survivants puissent eux-mêmes faire la paix avec ce
qui leur est arrivé, non seulement en ce qui concerne les préjudices
et les blessures physiques, psychologiques et émotionnelles qu’ils
ont subis, mais aussi qu’ils puissent parler de réconciliation avec
les membres de leur famille. Cela nous amène à la question des
descendants des survivants des pensionnats.
Intergenerational survivors used to tell us at the beginning of
the work that they never went to a residential school, so they are
not sure why residential schools were important for them to
understand. However, when they realized that they have lost their
language, that many of them do not know their culture or history,
many of them have been raised in a dysfunctional family and
community environment, and many of them, in fact, have grown
up with an inferior sense of themselves and a lack of self-respect,
they have come to realize, I think, through the public education
processes that we have engaged in, that there is in fact a healing
process that they also have to go through.
Les descendants des survivants des pensionnats nous disaient,
lorsque nous avons commencé nos travaux, et qu’étant donné
qu’ils n’avaient jamais été élèves d’un pensionnat, ils ne savaient
pas trop pourquoi il était important pour eux de comprendre les
pensionnats. Toutefois, quand ils ont pris conscience du fait qu’ils
avaient oublié leur langue, qu’un bon nombre d’entre eux ne
connaissaient ni leur culture ni leur histoire, qu’un bon nombre
d’entre eux avaient grandi dans des familles et des collectivités
dysfonctionnelles et qu’un bon nombre d’entre eux avaient bel et
bien grandi avec l’impression d’être inférieurs et de ne mériter
aucun respect, ils ont fini par comprendre, je crois, grâce au
processus d’éducation publique que nous avons lancé, qu’il leur
fallait eux aussi entamer un processus de guérison.
In the paper we presented to you, we talked about the
importance of looking at mutual respect as the key to
reconciliation. However, before we can have mutual respect
between Aboriginal and non-Aboriginal people, our view is that
we have to engage in a process that allows for the establishment of
self-respect for Aboriginal people in this country. That process
involves ensuring that Aboriginal people have a proper education
about who they are, about their own culture and history, and
about their own people, so they know, in fact, when they are
talking to the leaders across the table of Canadian and provincial
governments, that they are talking from an equal footing.
Dans le document que nous vous avons transmis, nous parlons
de l’importance de faire du respect mutuel la clé de la
réconciliation. Toutefois, avant que les Autochtones et les nonAutochtones apprennent à se respecter les uns les autres, nous
devons, à notre avis, entamer le processus qui permettra aux
Autochtones du pays de se respecter eux-mêmes. Ce processus
exige que les Autochtones soient bien renseignés sur leur identité,
leur culture et leur histoire et sur leur propre collectivité, de façon
qu’ils puissent, de fait, lorsqu’ils discutent avec les chefs des
gouvernements fédéral et provinciaux, leur parler d’égal à égal.
Healing is a very complex and important process in the
discussion and dialogue around reconciliation. I know that a lot
of money is being spent through Health Canada and other
programs that concentrate upon the healing of the individual, but
it goes beyond that as well.
La guérison est un processus très complexe et important dans
les discussions et le dialogue portant sur la réconciliation. Je sais
que Santé Canada et d’autres programmes consacrent beaucoup
d’argent à la guérison des personnes, mais cela va au-delà.
In our interim report, we made recommendations concerning
the need for more and better mental health services for individuals
who have been in residential schools, and we firmly believe that is
very important, because there are people out there who are still
very damaged by this experience. We strongly believe, as a
commission, that mental health supports and healing programs
for individuals are very important, so that they can at least find
Dans notre rapport provisoire, nous avons recommandé
d’offrir des services en santé mentale plus nombreux et de
meilleure qualité aux anciens élèves des pensionnats, et nous
croyons fermement que c’est très important, car il y a encore des
personnes qui ressentent encore vivement les blessures de cette
expérience. Nous croyons fermement, à titre de commissaires,
qu’il est très important de fournir à ces personnes un soutien en
5-6-2013
Peuples autochtones
38:43
some measure of peace in their lives as a result of discovering the
truth of the fact that this experience was not their fault but that,
nonetheless, they have to be able to get beyond it. Healing, for
them, will be more difficult than it would be for the
intergenerational survivors, but there is still a significant degree
of anger, resentment and frustration on the part of the
intergenerational population that also needs to be addressed,
and we think those healing programs are very important.
santé mentale et des programmes de guérison de façon qu’elles
puissent trouver une certaine paix après avoir découvert la vérité
sur le fait que cette expérience n’était aucunement de leur faute,
mais qu’elles ont néanmoins besoin de tourner la page. La
guérison sera plus difficile pour ces personnes qu’elle ne le serait
pour leurs descendants, mais leurs descendants éprouvent quand
même beaucoup de colère, de ressentiment et de frustration; il
faudra aussi y voir, et nous pensons que ces programmes de
guérison sont très importants.
We made a number of recommendations in our interim report,
and we plan to repeat those recommendations and add to them in
our final report, because we view that as very important.
Nous avons formulé un certain nombre de recommandations
dans notre rapport intérimaire, et nous avons l’intention de
répéter ces recommandations et de les intégrer à notre rapport
final, car nous considérons que c’est très important.
I am sorry I took so long to answer your question, but it was a
complex one.
Pardonnez-moi d’avoir pris autant de temps pour répondre à
votre question, mais elle était complexe.
Senator Dyck: It was a very good answer and I am sure it
answered many other questions that other senators might have.
Thank you so much for that.
La sénatrice Dyck : C’est une excellente réponse, et je suis
persuadée qu’elle a permis de répondre à d’autres questions
qu’auraient pu poser d’autres sénateurs. Je vous remercie
beaucoup.
Senator Sibbeston: I want to thank you, gentlemen, for
appearing before us, and say that I respect you for taking on
the work of the commission. It is very important for our country
and for the people of Canada, and of course for the Aboriginal
people of Canada. I have no doubt that you have heard thousands
of heartbreaking stories of people who have been through a
residential school experience.
Le sénateur Sibbeston : Je tiens à vous remercier, messieurs,
d’être venus témoigner et je veux vous témoigner mon respect
pour avoir entrepris le travail de la commission. Cela est très
important pour notre pays et pour les Canadiens et, bien sûr, pour
les Autochtones du Canada. Je ne doute absolument pas que vous
ayez entendu des milliers d’histoires déchirantes de gens qui ont
vécu l’expérience des pensionnats indiens.
I was fortunate to have been at the Inuvik commission hearing
you held a couple of summers ago. I was impressed by your
patience and the manner in which you carry out your work.
J’ai eu le privilège d’assister à l’audience de la commission à
Inuvik, que vous avez tenue il y a deux ou trois étés. Votre
patience et la façon dont vous avez assumé votre travail m’ont
impressionné.
I spent 11 years in a residential school when I was young. The
first period of six years, when I was in Fort Providence, when I
was between 5 and 11, were the hardest. I consider that I still
suffer from the impact of that. I suffer from sadness and I suffer
from depression. I have good days and I have bad days, days that
I do not even feel like getting up. As I get older, I wonder if I will
ever shake this and get over this.
J’ai passé 11 ans dans un pensionnat indien quand j’étais jeune.
Les six premières années, lorsque j’étais à Fort Providence, de
l’âge de cinq à 11 ans, étaient les plus difficiles. J’estime toujours
souffrir des répercussions de cette époque. Je souffre de la tristesse
et je souffre de la dépression. J’ai de bonnes journées et j’ai de
mauvaises journées, des matins où je n’ai même pas envie de me
lever. À mesure que je vieillis, je me demande si j’arriverai un jour
à m’en remettre.
The effects of residential schools are real and profound. I am
evidence of that — to a certain extent, damaged goods. One really
struggles to help oneself.
Les répercussions des pensionnats indiens sont réelles et
profondes. J’en suis la preuve vivante; dans une certaine
mesure, je suis irrécupérable. Il est vraiment difficile de s’aider
soi-même.
I want to ask you about the interim report. I am aware there
are 20 resolutions that you have made. What has been the
response of the federal government? Do you feel that the federal
government is responding and taking your recommendations
seriously?
J’aimerais vous interroger au sujet du rapport intérimaire. Je
connais les 20 recommandations que vous avez présentées. Quelle
a été la réponse du gouvernement fédéral? À votre avis, le
gouvernement fédéral est-il réceptif et prend-il vos
recommandations au sérieux?
Mr. Sinclair: I think a lot depends upon what they do. They
have not done what we have asked them to do in many respects.
However, that does not mean there is not a feeling of the sense of
importance around it. We just had a dialogue with the parties to
the settlement agreement a couple of months ago at one of the all-
M. Sinclair : Je crois que cela dépend en grande partie de ce
qu’il fait. Il n’a pas fait ce que nous lui avons demandé de faire à
bien des égards. Toutefois, cela ne signifie pas qu’il n’y attache
aucune importance. Nous venons tout juste de discuter avec les
parties à la Convention de règlement, il y a quelques mois, dans le
38:44
Aboriginal Peoples
5-6-2013
parties meetings and asked them to engage in a discussion with us
about what they should do about the interim recommendations.
Keep in mind that the interim recommendations were issued a
year ago, and while in some respects it is a long period of time to
be waiting, in other respects the complexity of the
recommendations I think calls for there to be a comprehensive
analysis and approach to them.
cadre d’une séance réunissant toutes les parties, et nous leur avons
demandé d’entreprendre avec nous un dialogue sur ce qu’il
faudrait faire pour donner suite aux recommandations
intérimaires. N’oubliez pas que les recommandations
intérimaires ont été publiées il y a un an, et, bien que, à certains
égards, cela représente une longue période d’attente, à d’autres
égards, je crois que, vu la complexité des recommandations, une
analyse et une approche exhaustive s’imposent.
The discussion with the parties around the implementation of
the recommendations so far has been very enlightening and
important. I think that more needs to be done. There are
commitments that we have called upon the parties to make that
will require consideration of expenditure of additional resources,
over and above what has been provided to this point in time. An
example of that is our recommendation that the Aboriginal
Healing Foundation should be continued, or should have been
continued, and that a program like that is necessary for there to
continue to be a proper approach to the healing of Aboriginal
survivors of residential schools.
La discussion avec les parties au sujet de la mise en œuvre des
recommandations a été, jusqu’à maintenant, très instructive et
importante. Je crois qu’il faut en faire plus. Nous avons demandé
aux parties de prendre des engagements qui exigeront la dépense
de ressources additionnelles, au-delà de ce qui a été offert jusqu’à
maintenant. Notons par exemple notre recommandation selon
laquelle la Fondation autochtone de guérison devrait être
maintenue — ou aurait dû l’être — et qu’un tel programme est
nécessaire pour maintenir une approche adéquate sur le plan de la
guérison des Autochtones ayant survécu aux pensionnats indiens.
In addition to that, we had recommended that there be proper
resources established for mental health centres for Aboriginal
survivors of residential schools, particularly in Northern Canada,
because there is a significant lack of access to mental health
resources in the North that we felt was clear to us as we were
finishing our northern hearings, but also in terms of the work we
had done in some of our southern hearings. It is not surprising to
learn that, if you have the resources to do it, it is easier to be able
to access mental health resources in the South than it is in the
North. Even if you have the resources in the North, it is still
difficult to find people with the training and the necessary skills in
the North to provide you with that assistance. However, there is
also a question of resourcing and putting the programs in place.
De plus, nous avions recommandé l’établissement de
ressources adéquates pour les centres de santé mentale à
l’intention des survivants autochtones de pensionnats indiens,
surtout dans le Nord du Canada, car, lorsque nous terminions nos
audiences dans le Nord, mais aussi à la lumière du travail que
nous avions accompli dans le cadre de certaines audiences dans le
Sud, il était clair que l’accès aux ressources en santé mentale dans
le Nord faisait défaut. Il n’est pas étonnant d’apprendre que, si on
a des ressources pour le faire, il est plus facile d’accéder à des
ressources en santé mentale dans le Sud que dans le Nord. Même
si on a les ressources dans le Nord, il est tout de même difficile de
trouver dans le Nord des gens qui ont la formation et les
compétences nécessaires pour vous offrir cet appui. Toutefois, il y
a aussi une question de ressourcement et d’établissement des
programmes.
We are not just talking, incidentally, about more psychiatrists,
psychologists and mental health Western-trained professionals.
We are also talking about establishing culturally appropriate
treatment programs that engage elders and Aboriginal healers in
the dialogue with survivors.
Nous ne parlons pas seulement — soit dit en passant —
d’ajouter des psychiatres, des psychologues et des professionnels
de la santé formés aux approches occidentales. Nous parlons aussi
de l’établissement de programmes de traitement adaptés à la
culture faisant appel aux Aînés et aux soignants autochtones dans
le cadre d’un dialogue avec les survivants.
In a study that was conducted for the Aboriginal Healing
Foundation, it was pointed out that many Aboriginal people —
and in particular, survivors of residential schools and
intergenerational survivors — who are finding their way back
to their culture and their sense of identity are engaged not only
with Western professionals when it comes to dealing with medical
and mental health issues, but they are also engaged with elders
and Aboriginal spiritual healers, and they also need to be part of
any healing regimen that is put together for Aboriginal people,
particularly as a result of the residential school experience.
Selon une étude menée pour la Fondation autochtone de
guérison, bien des Autochtones — particulièrement les survivants
de pensionnats indiens et les survivants intergénérationnels — qui
retrouvent leur culture et leur identité consultent non seulement
des professionnels occidentaux — pour s’attaquer aux problèmes
médicaux et de santé mentale qui les affligent —, mais aussi des
Aînés et des soignants spirituels autochtones, et ces personnes
doivent aussi faire partie intégrante de tout régime de guérison
constitué à l’intention des Autochtones, surtout ceux axés sur
l’expérience des pensionnats indiens.
In terms of your question about whether or not that is being
addressed adequately by the Government of Canada, to this point
in time, the Government of Canada has dedicated millions of
dollars to health treatment of Aboriginal people in Canada, and
Quant à votre question de savoir si le gouvernement du
Canada prend des mesures adéquates, à ce jour, le gouvernement
du Canada a affecté des millions de dollars au traitement de la
santé des Autochtones au Canada, et il s’agit d’une contribution
5-6-2013
Peuples autochtones
38:45
that is a significant contribution. However, what we are
suggesting now is that there has to be a considered approach
given to ensuring that the programs of treatment that are put
together for Aboriginal people take into account, in fact, the
actual problems that come out of residential schools and the
uniqueness of those problems. That requires a lot more work than
has been put in up to this point in time.
significative. Toutefois, ce que nous avançons maintenant, c’est
qu’il faut adopter une approche réfléchie pour veiller à ce que les
programmes de traitement constitués à l’intention des
Autochtones tiennent compte, en fait, des véritables problèmes
découlant des pensionnats indiens et du caractère unique de ces
problèmes. Cela exige beaucoup plus de travail que ce qui a été
accompli jusqu’à aujourd’hui.
We have not been told that will not be part of the dialogue, but
I think the fact that there has been some commitment made to
ensuring that those people who go through the independent
assessment process continue to receive mental health supports is a
good sign. However, when that process is over, our question is
what will happen to those people who are left behind.
On ne nous a jamais dit que cela ne ferait pas partie du
dialogue, mais je crois que l’engagement pris en vue de veiller à ce
que ces personnes soumises au processus d’évaluation
indépendante continuent à recevoir les soins de santé mentale
est un bon signe. Toutefois, lorsque ce processus sera terminé, la
question que nous posons est la suivante : qu’arrivera-t-il aux
gens qui sont laissés derrière?
Senator Lovelace Nicholas: Welcome. I also remember when
they came and took away my cousins. It was a very sad day.
La sénatrice Lovelace Nicholas : Bienvenue. Je me souviens
aussi du jour où on est venu enlever mes cousins. C’était un jour
très triste.
You mentioned here that the Government of Canada and the
commission were not able to come to an agreement over the
documents housed by Library and Archives Canada. What are
the reasons?
Vous avez mentionné que le gouvernement du Canada et la
commission n’ont pas pu s’entendre sur les documents entreposés
à Bibliothèque et Archives Canada. Quelles sont les raisons?
Mr. Sinclair: What are the reasons we could not come to
agreement?
M. Sinclair : Pourquoi n’avons-nous pas pu nous entendre?
Senator Lovelace Nicholas: Yes.
La sénatrice Lovelace Nicholas : Oui.
Mr. Sinclair: Because they were wrong. The court said they
were wrong, and we were right.
M. Sinclair : Parce qu’il avait tort. Le tribunal a dit qu’il avait
tort et que nous avions raison.
Senator Lovelace Nicholas: Has the government responded to
any of the recommendations in the interim report?
La sénatrice Lovelace Nicholas : Le gouvernement a-t-il donné
suite à l’une ou l’autre des recommandations du rapport
intérimaire?
Mr. Sinclair: Yes, the government has responded to the each of
the recommendations we have made in the report. They have
outlined some of the things they have done in response to the
interim report, and some of them where they have indicated that
they have done certain things in response to the recommendation
or as part of their dealing with respect to the recommendation we
are not certain is an adequate response to the recommendation
itself.
M. Sinclair : Oui, le gouvernement a donné suite à chacune des
recommandations que nous avons formulées dans le rapport. Il a
décrit certaines des mesures qu’il avait prises dans la foulée du
rapport intérimaire, et, parfois, nous ne sommes pas certains que
certaines mesures que ses représentants disent avoir prises à la
suite des recommandations ou afin d’en gérer un aspect ou un
autre soient adéquates au regard de la recommandation
proprement dite.
The interim recommendations were recommendations that we
identified that were more urgent. We know that there will need to
be some longer-term recommendations that will have to be
addressed, and we expect that some of the interim
recommendations will be repeated as part of the longer-term
focus that we will be taking.
Les recommandations intérimaires étaient des
recommandations qui, selon nous, étaient plus urgentes. Nous
savons qu’il faudra des recommandations à long terme auxquelles
on devra donner suite, et nous prévoyons que certaines
recommandations intérimaires devront être reconduites dans le
cadre de la démarche à long terme que nous allons entreprendre.
There will be an opportunity for us to renew and to discuss in
our final report about what has been done to this point in time in
implementing or not implementing those recommendations.
Dans notre rapport final, nous aurons l’occasion de renouveler
et d’analyser ce qu’on a fait jusqu’à maintenant au chapitre de
l’éventuelle mise en œuvre de ces recommandations.
Senator Lovelace Nicholas: Do you think one year is a long
enough time to complete your work?
La sénatrice Lovelace Nicholas : Croyez-vous qu’un an est
suffisant pour mener votre travail à terme?
Mr. Sinclair: Do you mean the remaining year for us to
complete our work?
M. Sinclair : Vous voulez dire le reste de l’année pour terminer
notre travail?
38:46
Aboriginal Peoples
Senator Lovelace Nicholas: Yes.
5-6-2013
La sénatrice Lovelace Nicholas : Oui.
Mr. Sinclair: I think it depends on how many documents end
up in our office and when they come there. If they arrive on
June 30 of 2014, no, we need them much sooner than that and we
need them right away, quick.
M. Sinclair : Je crois que cela dépend de la quantité de
documents qui arrivera dans notre bureau et du moment où ils
arriveront. S’ils nous parviennent le 30 juin 2014, non, nous en
avons besoin beaucoup plus tôt, immédiatement, vite.
Senator Lovelace Nicholas: If they come in the night before, do
you think you would be able to get an extension without any
problems?
La sénatrice Lovelace Nicholas : S’ils arrivent la veille de
l’échéance, croyez-vous que vous pourrez obtenir une
prolongation sans problème?
Mr. Sinclair: Well, the issue of extension and the issue of
additional resources for the commission are issues that we have
flagged for all of the parties at this point in time.
M. Sinclair : Eh bien, la question de la prolongation et la
question des ressources supplémentaires pour la commission sont
des questions que nous avons mises en lumière à l’intention de
toutes les parties à l’heure actuelle.
We have warned the parties that the longer they take to comply
with their obligations under the settlement agreement, the more
urgent it becomes for them to recognize and for us to raise with
them the fact that we are unable to complete our mandate. As
commissioners, we are not prepared to leave this work undone.
Nous avons averti les parties que, plus elles mettront du temps
à honorer leurs obligations aux termes de la convention de
règlement, plus il sera urgent pour elles de reconnaître — et pour
nous de faire valoir — que nous ne pourrons pas remplir notre
mandat. En notre qualité de commissaires, nous ne sommes pas
prêts à abandonner ce travail avant qu’il soit conclu.
If the work is at a stage where we are unable to complete it
because of the actions of the parties, then we will have to engage
them in serious dialogue. If they will not engage in serious
dialogue with us about what needs to be done, then we will ask
the court for some direction because the court has the continuing
responsibility to oversee the implementation of the settlement
agreement. It is a court-ordered settlement agreement.
Si nous arrivons au stade où nous ne pouvons pas terminer le
travail à cause de l’inaction des parties, alors nous devrons
entreprendre un dialogue sérieux avec elles. Si elles refusent
d’entreprendre un dialogue sérieux avec nous au sujet de ce qu’il
faut faire, alors nous allons demander une orientation au tribunal,
car le tribunal a la responsabilité continue de surveiller la mise en
œuvre de la convention de règlement. Il s’agit d’une convention de
règlement ordonnée par le tribunal.
Senator Lovelace Nicholas: Yes. Thank you very much.
The Chair: I want to ask a question, if I may.
La sénatrice Lovelace Nicholas : Oui. Merci beaucoup.
Le président : J’aimerais poser une question, si vous me le
permettez.
I know you spoke briefly about the education component when
it comes to educating Canadians about the Indian residential
schools and Aboriginal peoples in Canada overall.
Je sais que vous avez brièvement parlé de la sensibilisation des
Canadiens aux pensionnats indiens et aux Autochtones au
Canada en général.
I have looked at some of the work they did in Australia. New
South Wales, at least, has a grade 4 education requirement for
every student to learn about the ‘‘stolen generation’’; I think that
is what it is called. They see very positive results from those
children by grade 8 and grade 9, and their understanding of the
issue. I am a big believer, and I was at the conference in Winnipeg
where I spoke about reconciliation and how isolation sometimes
challenges true reconciliation.
J’ai regardé un peu le travail qu’ils ont fait en Australie. La
Nouvelle-Galles du Sud, à tout le moins, exige que tous les élèves
de quatrième année apprennent en quoi consiste la « génération
volée »; je crois que c’est ainsi qu’on la qualifie. On enregistre des
résultats très positifs auprès de ces enfants dès la huitième ou
neuvième année, en ce qui concerne leur compréhension de
l’enjeu. Je crois fermement en cette démarche et, à la conférence
de Winnipeg, j’ai prononcé un discours au sujet de la
réconciliation et du fait que l’isolement compromettait parfois
la véritable réconciliation.
I am trying to figure out how to get the acknowledgement of
Canadians broadly, probably as best found through youth. I
know you suggest that there might be some buy-in. Do you see
real buy-in from ministers of education and provinces to
implement? I have seen your educational materials
implementing that type of program in the grade 3 to 4 range,
when young people have the opportunity to actually learn about
J’essaie de déterminer comment obtenir la reconnaissance des
Canadiens en général; c’est probablement plus facile chez les
jeunes. Je sais que vous avancez qu’il y a peut-être un intérêt
potentiel. Voyez-vous un véritable intérêt des ministres de
l’Éducation et des provinces à l’égard de la mise en œuvre? J’ai
vu votre matériel pédagogique en vue de la mise en œuvre d’un
programme de ce type en troisième et en quatrième année, à un
5-6-2013
Peuples autochtones
38:47
something tragic, but, as well, a reality for them so that as they go
forward they have a better understanding. If you do, would you
tell me the one province you see that is actually doing this?
âge où les jeunes ont la possibilité de prendre connaissance d’un
événement tragique, mais, aussi, d’une réalité pour eux, de sorte
que, en grandissant, ils acquièrent une meilleure compréhension.
Le cas échéant, pouvez-vous me dire s’il y a une seule province qui
passe à l’action?
Mr. Littlechild: Thank you. That is a very important question,
and while we have seen good progress in the area of education, I
want to go back to where we started. I think you have heard it
said before that it was education that got us into this mess, but it
will also be education that will get us out of it.
M. Littlechild : Merci. C’est une question très importante, et,
bien que nous ayons vu de grands progrès au chapitre de
l’éducation, je veux remonter au début. Je crois que vous avez
déjà entendu dire que c’est l’éducation qui nous a plongés dans
cette situation désastreuse, mais ce sera aussi l’éducation qui nous
en sortira.
The Chair: That is a good point.
Le président : C’est très vrai.
Mr. Littlechild: One of highlights for me, for example, was
when the University of Manitoba came to Halifax to offer a
gesture of reconciliation, apologizing for their role in allowing
students who graduated as teachers to graduate without any
knowledge about residential schools and their history and legacy.
That was a very important step, I think, that told Canada from an
institution like a university, that aspect.
M. Littlechild : L’un des points saillants, à mes yeux, par
exemple, c’est lorsque des représentants de l’Université du
Manitoba sont venus à Halifax pour poser un geste de
réconciliation; ils se sont excusés du rôle de l’université, qui a
permis aux étudiants en enseignement d’obtenir leur diplôme sans
rien connaître des pensionnats indiens et de leur histoire et de leur
héritage. Cette étape était très importante, je crois, car une
institution comme une université a mis en lumière cet aspect
devant les Canadiens.
Since then, of course, we have had the Northwest Territories
begin a mandatory inclusion in the high school level of residential
schools. While it is only the first year of implementation, they will
assess how it has worked and see what kind of changes they need
to make. Those two steps, I think, were significant from the
Canadian side because this is our biggest challenge, namely, how
to engage Canada in this education. It is very important.
Depuis lors, bien sûr, les Territoires du Nord-Ouest ont
commencé à exiger l’inclusion de la question des pensionnats
indiens à l’éducation secondaire. La mise en œuvre en est
seulement à sa première année, mais les autorités territoriales
évalueront à quel point elle est efficace et détermineront les
changements qui doivent être apportés. Ces deux étapes, selon
moi, ont été significatives pour le Canada, car elles se rattachent à
notre plus grand défi, à savoir de faire participer les Canadiens à
cet aspect de l’éducation. C’est très important.
In the previous report and also tonight, we mentioned that the
education of Canadian students also has to be considered very
importantly. It was not just indigenous students in the schools
that were affected; it was also all the students in all nonindigenous schools. It is a big, big challenge, and we need to
address it properly.
Dans le rapport antérieur et ce soir aussi, nous avons
mentionné que l’éducation des Canadiens devait être prise très
au sérieux. Ce ne sont pas seulement les élèves autochtones dans
les pensionnats qui ont été touchés; tous les élèves des écoles non
autochtones l’ont été aussi. L’enjeu est énorme, et nous devons
prendre des mesures adéquates.
While there has been a ministers’ meeting, I think I would
challenge them still to go farther, and that is to consider the
inclusion in all schools in Canada — all schools — to have in the
curricula a mandatory inclusion of residential school history. I
think the children will then begin to make the change once they
know about the history.
Il y a eu une réunion des ministres, mais je crois que je leur
lancerais le défi d’aller encore plus loin, à savoir de songer à
l’inclusion dans toutes les écoles canadiennes — toutes les
écoles —, pour que l’histoire des pensionnats indiens soit
obligatoire dans tous les programmes. Je crois que les enfants
commenceront alors à prendre le virage, forts de leurs
connaissances de l’histoire.
There is a good example in Saskatchewan. When the schools
were required to include treaties in the schools as educational
requirements in a number of years, not many years later, they
discovered what happened after was that students became not
only more understanding of each other but the relationships in the
schoolyard actually improved. I think that example will readily
transfer to the residential school story as well.
Il y a un bon exemple en Saskatchewan. Lorsque les écoles ont
été tenues d’inclure les traités dans leur programme pédagogique,
un certain nombre d’années plus tard, pas beaucoup, elles se sont
aperçues que, par conséquent, non seulement les élèves ont
commencé à faire preuve d’une plus grande compréhension l’un
envers l’autre, mais en plus, les relations dans la cour d’école se
sont véritablement améliorées. Je crois que cet exemple est
facilement transférable à l’histoire des pensionnats indiens.
38:48
Aboriginal Peoples
5-6-2013
Once children in Canada, not just young children but also the
critical age of the teenagers and the early university grouping,
know that history, I think it will be very significant in terms of
changing Canada for the better.
Une fois que les enfants canadiens — pas seulement les jeunes
enfants, mais aussi ceux qui sont à l’âge critique de l’adolescence
et s’intègrent à des groupes universitaires — connaîtront cette
histoire, je crois qu’on verra de grands changements positifs au
Canada.
It is a very important question, and I want to thank you for
that because that is where the solution lies. At least one of the
solutions lies therein.
Cette question est très importante, et je tiens à vous remercier
de cela, car c’est là que réside la solution. Une solution, à tout le
moins, se rattache à cet aspect.
The Chair: Thank you for the good response. Thank you for
the indication that it was a good question. Even a blind bird can
find a worm sometimes.
Le président : Merci de l’excellente réponse. Merci d’avoir
précisé qu’il s’agissait d’une bonne question. Même l’oiseau
aveugle peut parfois trouver un ver.
Senator Patterson: I would like to echo Senator Sibbeston’s
commending of your courage and commitment in taking on this
very important task. I am sure it has been extremely exhausting,
given the emotional character of your work.
Le sénateur Patterson : Je vais me faire l’écho du sénateur
Sibbeston et vous féliciter de votre courage et de votre
engagement à entreprendre cette tâche très importante. Je suis
certain que votre travail a été très épuisant, compte tenu de son
caractère chargé sur le plan affectif.
I would like to ask a question about your interim report
recommendation on reconciliation. You talked about the need to
change the relationship between Aboriginal people and the
Government of Canada, moving away from the social welfare
approach towards recognition of Aboriginal people’s unique legal
status as the original peoples of this country.
J’aimerais vous poser une question au sujet de la
recommandation du rapport intérimaire concernant la
réconciliation. Vous avez parlé du fait que la réconciliation
exige une transformation des relations entre les peuples
autochtones et le gouvernement du Canada et qu’il faudrait
abandonner l’approche axée sur l’aide sociale et la remplacer par
la reconnaissance du statut juridique unique des peuples
autochtones au Canada en tant que peuples d’origine de notre
pays.
Could you elaborate on this and on whether you have any
concrete actions in mind that the federal government could take
for this relationship to change in the direction recommended in
your report? Could you elaborate on that?
Pourriez-vous expliquer cela plus en profondeur et préciser si,
selon vous, le gouvernement fédéral pourrait prendre des mesures
concrètes pour que la relation se transforme conformément à la
recommandation de votre rapport? Pourriez-vous approfondir cet
aspect?
Mr. Littlechild: I am looking for the exact recommendation
reference.
M. Littlechild : J’essaie de trouver la recommandation
proprement dite.
Senator Patterson: It is on page 87 of the book, They Came for
the Children, and page 28 of the interim report, I believe. It is
page 27, sorry.
Le sénateur Patterson : C’est à la page 87 du livre intitulé Ils
sont venus pour les enfants et à la page 30 du rapport intérimaire,
je crois. C’est la page 29, pardon.
Mr. Littlechild: I am not sure where to start on the point we
made there. It is a huge area that actually goes back to the early
doctrines of discovery, for example, where the relationship was
impacted not only by historical doctrines but also by legislation
that followed based on those doctrines.
M. Littlechild : Je ne suis pas certain par où commencer. Il
s’agit d’un vaste enjeu qui remonte en fait à l’ancienne doctrine
des grandes découvertes, par exemple; la relation était façonnée
non seulement par les doctrines historiques, mais aussi par les
dispositions législatives fondées sur ces doctrines.
The follow-up historically was, for example, with the Royal
proclamation and that whole era of our history and the role it had
on how residential schools were a force for the removal of
children and the dispossession of lands, territories and resources.
The relationship sometimes has been called, because of that, a
poisonous relationship, and that is a terrible way to cast
indigenous/non-indigenous relationships in this country.
La suite historique, par exemple, est la Proclamation royale et
toute cette époque de notre histoire et ses conséquences sur
l’instrumentalisation des pensionnats indiens pour enlever les
enfants et s’emparer des terres, des territoires et des ressources. La
relation a parfois été qualifiée, pour cette raison, de toxique, et
c’est une façon terrible de définir les relations entre les
Autochtones et les non-Autochtones au pays.
Look at that history and fast-forward it to today in terms of
the impact of the residential schools and then look at what that
does to reconciliation and what reconciliation is in that scenario.
We concluded early upon learning from testimonies that
Regardez l’histoire, et faites défiler rapidement jusqu’à
aujourd’hui pour comprendre les répercussions des pensionnats
indiens, puis regardez comment cela touche la réconciliation et ce
à quoi ressemble la réconciliation dans ce scénario. Nous avons
5-6-2013
Peuples autochtones
38:49
reconciliation really is about improving the relationship from one
that is poisonous to one that is respectful. Sometimes I rely on a
Cree word that I have mentioned before because next to me there
is a small city, right by my reserve, and people often
mispronounce its name. They say Wetaskiwin. It is actually a
Cree word that means ‘‘having good relations, having peaceful
relations.’’ To restore respectful relationships and to have
peaceful or respectful relationships is the goal of our work in
some instances because of the relationships we have had.
conclu, rapidement, à la lumière des témoignages, que la
réconciliation est réellement une question d’améliorer les choses
pour que la relation, auparavant toxique, soit désormais fondée
sur le respect. Parfois, je me tourne vers un mot cri que j’ai déjà
mentionné, car une petite ville se trouve à côté de ma réserve, et
son nom est souvent mal prononcé. Les gens l’appellent
« Wetaskiwin ». En fait il s’agit d’un mot cri qui signifie « avoir
de bonnes relations, avoir des relations pacifiques ». Retrouver les
relations respectueuses ou créer des relations pacifiques ou
respectueuses est l’objectif de notre travail dans certains cas, en
raison des relations que nous avons connues.
In terms of a social welfare approach, I think you have heard it
said that it needs to be taken and put on its head and you need to
look at economic relations. How do you improve relations
through what has been called an economic reconciliation or
economic development through reconciliation? There is a whole
new perspective of dealing with that relationship.
Quant à l’approche axée sur l’aide sociale, je crois que vous
avez entendu dire qu’il était nécessaire de la renverser
complètement et de se pencher sur les relations économiques.
Comment améliore-t-on des relations dans le cadre de ce qu’on a
appelé la réconciliation économique ou le développement
économique grâce à la réconciliation? Il y a une vision
entièrement nouvelle de la façon de gérer cette relation.
In the international arena, there are similar scenarios around
the world. As recently as last week in New York City at the
United Nations truth commissions were discussed. One of the
changes that they proposed to improve the education and the
social welfare state was for those states where residential schools
existed to look at the UN Declaration on the Rights of
Indigenous Peoples and use that as a framework for
reconciliation. You will see that in another paragraph we tried
to link those two where we said that it is really important going
into the future.
Sur la scène internationale, il y a des scénarios semblables
partout dans le monde. La semaine dernière seulement, dans la
ville de New York, on a discuté des commissions de vérité à la
conférence des Nations Unies. L’un des changements proposés en
vue d’améliorer les volets d’éducation et de bien-être social était
d’amener les États où des pensionnats indiens avaient existé à
regarder la Déclaration de l’ONU sur les droits des peuples
autochtones et d’en faire le cadre de la réconciliation. Vous verrez
que, dans un autre paragraphe, nous avons tenté de relier ces deux
choses en disant que cela était vraiment important pour l’avenir.
These were our early conclusions, and we are still working on
them using this. The testimonies we have heard and the truth that
we have heard will begin to define better what reconciliation
needs to be in the future and what needs to be changed in the
future as far as trying to achieve reconciliation. If we continue
assimilationist policies, then the harms that were identified by the
Prime Minister in his apology will just continue. In fact, we have
heard in some cases that that is the case right now. They are
continuing, and we need to look at that to make changes.
Voilà nos premières conclusions, et nous travaillons toujours
en ce sens à l’aide de ces éléments. Les témoignages que nous
avons entendus et la vérité que nous avons entendue permettront
de mieux définir ce à quoi doit ressembler la réconciliation pour
l’avenir et ce qu’il faut changer pour l’avenir afin de concrétiser la
réconciliation. Si nous continuons à appliquer des politiques
d’assimilation, alors les préjudices définis par le premier ministre
dans le cadre de ses excuses se poursuivront tout simplement. En
fait, nous avons entendu dire que, dans certains cas, c’était encore
le cas aujourd’hui. Cela continue, et nous devons procéder à un
examen pour apporter des changements.
Senator Patterson: Thank you.
Le sénateur Patterson : Merci.
Mr. Sinclair: I will add to some of that, if you do not mind.
M. Sinclair : J’aurais quelque chose à ajouter, si vous
permettez.
In a number of recent decisions relating to section 35 of the
Constitution Act, which recognizes and affirms existing
Aboriginal and treaty rights of the Aboriginal peoples of
Canada, the Supreme Court has said that the provision is an
indication of the necessity of reconciling the existing sovereignty
of the Crown with the pre-existing sovereignty of the indigenous
peoples of Canada.
Dans le cadre d’un certain nombre de décisions récentes liées à
l’article 35 de la Loi constitutionnelle, qui reconnaît et affirme les
droits des Autochtones issus de traités au Canada, la Cour
suprême a statué que la disposition traduisait la nécessité de
concilier l’actuelle souveraineté de la Couronne avec la
souveraineté préexistante des peuples autochtones au Canada.
Since that early pronouncement relatively soon after section 35
became the overriding law of the country, the Supreme Court
decision and numerous other court decisions have struggled with
the question of how to reconcile the two at that level. It is clear
Depuis cette déclaration initiale faire relativement peu après
que l’article 35 est devenu un cadre législatif prioritaire au pays, la
Cour suprême et de nombreux autres tribunaux se sont heurtés à
la question de savoir comment concilier ces deux choses sur ce
38:50
Aboriginal Peoples
5-6-2013
from that indication that the nature of the relationship and the
nature of the reconciliation do not involve the establishment of a
paternalistic welfare approach to indigenous people in this
country. That shift in the relationship is not a shift that Canada
will be making in isolation; it is a shift that is going on around the
world and is at various stages around the world.
plan. À la lumière de cette déclaration, il est clair que la nature de
la relation et la nature de la réconciliation excluent cette approche
de bien-être paternaliste à l’égard des Autochtones au pays. Le
Canada ne procédera pas seul à une telle transformation de la
relation; cette transformation est en cours aux quatre coins du
monde, à différents stades.
From my own perspective, going back to my days as a student
and a young lawyer, one of the first signs of that shift in the
relationship was what occurred in the United States in the
early 1970s, when the President of the United States indicated
that the relationship between the United States government and
the American Indian tribes, from that point forward, would be on
a nation-to-nation basis. That statement was made by a
Republican president, President Nixon. He made that statement
because he saw, as he disclosed at the time and in subsequent
writings, that it was important to bring to the discussion and the
dialogue between representatives of the Government of the
United States and American tribal leaders an overriding
principle that would guide the discussion between tribal leaders
and government officials.
Selon mon point de vue personnel, si je reviens à l’époque où
j’étais étudiant et au début de ma carrière d’avocat, l’un des
premiers signes qui a marqué cette transformation de la relation
est survenu aux États-Unis, au début des années 1970, lorsque le
président des États-Unis a déclaré que la relation entre le
gouvernement américain et les tribus amérindiennes serait
désormais fondée sur un modèle de nation à nation. C’est un
président républicain qui a fait cette déclaration, le président
Nixon. Il a fait cette déclaration parce qu’il voyait — comme il l’a
dit à l’époque et l’a réaffirmé dans ses écrits ultérieurs,
l’importance de subordonner la discussion et le dialogue entre
des représentants du gouvernement des États-Unis et des chefs de
tribus amérindiennes à un principe pouvant orienter cette
interaction.
The test that has been applied ever since then is whether the
approach of the American government — which still retains
overriding jurisdiction or overriding sovereignty, if you will, over
governance of the country — nonetheless is respectful of the
nation-to-nation relationship that the President indicated from
that point forward was going to be a major factor in the dialogue.
Le critère appliqué depuis est de savoir si l’approche du
gouvernement américain — dont la compétence et la souveraineté
prévalent toujours, si vous voulez, sur le plan de la gouvernance
du pays — est toutefois respectueuse de la relation de nation à
nation que le président avait qualifiée à l’époque d’aspect majeur
qui définirait désormais le dialogue.
That kind of a shift in the approach is the kind of shift that we
are talking about in our report. That shift needs to occur, not just
because we think it needs to occur. What we are saying is that it is
a shift that is happening around the world. The treaty-to-treaty
relationship that is marked by the treaties in the Western
provinces and other parts of Canada is an example of that.
That was a treaty between equal peoples, people who had
relatively equal bargaining powers. It was not a gift given by one
party to the other just out of the goodness of their heart; it was a
requirement in order for that relationship to have some peaceful
existence.
Ce genre de transformation de l’approche est le genre de
transformation dont nous parlons dans notre rapport. Cette
transformation doit se réaliser, pas seulement parce que nous
croyons qu’elle doit se réaliser. Nous disons que cette
transformation survient aux quatre coins du monde. La relation
de traité à traité, illustrée par les traités des provinces de l’Ouest et
d’autres régions canadiennes en est un exemple. Ces traités ont été
conclus par des peuples égaux, des peuples qui avaient des
pouvoirs relativement équivalents en matière de négociation. Ce
n’était pas un cadeau qu’offrait une partie à l’autre par grandeur
d’âme; c’était une condition préalable visant à ce que la relation
demeure pacifique.
That is what we are saying, that it needs to be recognized that
the relationship that is signified by the treaties — and which has
now been renewed in section 35 of the Constitution and which is
repeated in the United Nations Declaration on the Rights of
Indigenous Peoples — needs to be recognized as a principle that
should be guiding the approach to the relationship between the
Government of Canada and the governors and leaders of the
indigenous populations of this country.
C’est ce que nous disons : il faut reconnaître que cet aspect de
la relation défini dans les traités — et qui est désormais renouvelé
dans l’article 35 de la Constitution et réitéré dans la Déclaration
des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones —,
constitue un des principes directeurs de la relation entre le
gouvernement du Canada et les gouvernements et dirigeants des
populations autochtones au pays.
If that shift in the approach is taken, then it will go a long way
to establishing a more mutually respectful relationship between
those leaders. It will not change things overnight. Poverty will not
be eliminated by it. Housing will not be improved by it. The roads
will not suddenly become paved. It will change the way people
talk to and about each other, and that is what we are saying needs
to occur.
Une telle transformation de l’approche favoriserait
grandement l’établissement d’une relation de respect mutuel
entre ces dirigeants. Les choses ne changeront pas du jour au
lendemain. La pauvreté ne sera pas éliminée. Le logement sera
toujours un problème. Les routes ne seront pas tout d’un coup
asphaltées. C’est la façon dont les gens parlent entre eux et parlent
des autres qui changera, et c’est ce qui doit se produire, selon
nous.
5-6-2013
Peuples autochtones
38:51
Mr. Littlechild: I would like to add a quick response to one
part I did not touch on, and that is the recognition of legal status
that you mention in the paragraph. The notion taught in schools
that there are two founding nations in Canada is one aspect we
were thinking about and talking about when we said that this
approach that we reference, in terms of the social welfare
approach, fails to recognize the unique legal status of
Aboriginal peoples as original peoples of this country.
M. Littlechild : J’aimerais ajouter une observation rapide à un
aspect de la question que je n’ai pas abordé, à savoir la
reconnaissance du statut juridique que vous mentionnez dans le
paragraphe. La notion enseignée dans les écoles au sujet des deux
nations fondatrices du Canada est un aspect auquel nous avons
songé et dont nous avons parlé lorsque nous avons dit que
l’approche dont il est question, celle fondée sur l’aide sociale, ne
tient pas compte du statut juridique unique des peuples
autochtones en tant que peuple d’origine du pays.
The alternative that could be considered is that maybe there are
three founding nations in this country, not just two. If you only
refer to two founding nations, you are excluding the original
peoples of these territories. That relationship has to be
recognized, as indigenous peoples.
Ainsi, on pourrait envisager de dire qu’il y a trois nations
fondatrices dans notre pays, pas seulement deux. Si vous ne parlez
que de deux nations fondatrices, vous excluez les peuples d’origine
de ces territoires. Il faut reconnaître cette relation avec les peuples
autochtones.
To this day, our people are being challenged in court to prove
that they are Aboriginal people. That is one of the first tests they
face in court. We need to look at that more carefully and be
willing to be more open and inclusive of everyone. That would
mean, for example, recognizing that there are three founding
peoples in Canada. That is the relationship that was being
identified in that paragraph as well.
À ce jour, des membres de notre peuple doivent se présenter
devant des tribunaux pour prouver qu’ils sont autochtones. C’est
l’une des premières épreuves auxquelles ils sont soumis en cour. Il
faut se pencher plus attentivement sur cette question et être prêt à
faire preuve de plus d’ouverture et de plus d’inclusivité. Cela
signifie, par exemple, reconnaître qu’il y a trois peuples
fondateurs au Canada. C’est aussi la relation qui était définie
dans le paragraphe.
Senator Raine: Thank you very much. It is very nice to have
you back again to get an update. I certainly will be there in
September. Personally, I hope that everyone on the committee
will make an effort to attend one of those national events, because
I can see how important they are.
La sénatrice Raine : Merci beaucoup. Il est très agréable de
vous accueillir de nouveau pour obtenir un bilan. Je serai
assurément là en septembre. Personnellement, j’espère que tous
les membres du comité feront un effort pour assister à l’un de ces
événements nationaux, car je peux voir à quel point ils sont
importants.
We are coming up to the one hundred and fiftieth anniversary
of Confederation. Of course, the Canadian Museum of
Civilization is being reformatted as the Canadian Museum of
History. Is your commission playing a role to ensure that
Aboriginal history is being included properly as the basis of this
country?
Nous allons bientôt célébrer le 150e anniversaire de la
Confédération. Bien sûr, on transforme le Musée canadien des
civilisations pour qu’il devienne le Musée canadien de l’histoire.
Votre commission joue-t-elle un rôle pour s’assurer que l’histoire
des Autochtones est bien intégrée aux fondements du pays?
I would argue that there are not three founding nations; there
are probably a lot of First Nations that were here, and then there
are two new ones. However, it is really important, because that
national museum will be a way to start to rewrite the history, and
I agree 100 per cent.
J’avancerais qu’il n’y a pas trois nations fondatrices;
probablement que beaucoup de Premières Nations étaient là,
puis ensuite, il y en a eu deux nouvelles. Toutefois, c’est vraiment
important, car ce musée national sera une façon de commencer à
réécrire l’histoire, et je suis entièrement en faveur de ce projet.
Do you have a relationship with the museum, or who would be
responsible, from all the many First Nations, for making sure
they get it right?
Avez-vous une relation avec le musée, ou quelle serait l’entité
responsable, au nom de l’ensemble des nombreuses Premières
Nations, de s’assurer qu’on brosse un portrait juste de la
situation?
Mr. Sinclair: I do not know the answer to the latter part. I
suspect that the various Aboriginal leaders feel they would have a
role to play with regard to representing their particular interests in
the dialogue.
M. Sinclair : J’ignore la réponse à ce dernier volet. Je présume
que les différents chefs autochtones estiment qu’ils ont un rôle à
jouer au moment de faire valoir leurs intérêts particuliers dans le
dialogue.
I can tell you that when the announcement was made by the
government a few months ago that they were going to change the
approach to the Canadian Museum of Civilization and create a
museum of history, we indicated early on that we would like to be
part of that dialogue, because we think that is an important aspect
Je peux vous dire que, lorsque le gouvernement a annoncé il y a
quelques mois qu’il allait modifier le Musée canadien des
civilisations pour créer un musée de l’histoire, nous avons dès le
début manifesté notre intérêt à prendre part au dialogue, car nous
croyons que cela constitue un aspect important de la
38:52
Aboriginal Peoples
5-6-2013
of reconciliation. As I said earlier, you cannot change history, but
you can change two things about it: You can change what you
know and you can change what you understand about it.
réconciliation. Comme je l’ai dit plus tôt, on ne peut pas changer
l’histoire, mais on peut changer deux ou trois choses dans ce
domaine : on peut changer ce que l’on sait et on peut changer ce
que l’on comprend.
Museums will do that. Museums will give you more
information about history and museums will help you
understand what that history means to you today. Museums —
and in particular, national museums like the Canadian Museum
of History — will have a tremendous impact upon how Canadians
and the world perceive Canada, but also how Canadians perceive
themselves. We think that perception needs to include an
Aboriginal content, because the role of Aboriginal people in the
early evolution of this country was key; there is no doubt about
that, and we need to ensure it is there.
C’est ce que font les musées. Les musées vous donnent
davantage de renseignements au sujet de l’histoire et ils vous
aident à comprendre la signification qu’a l’histoire pour vous
aujourd’hui. Les musées — particulièrement les musées
nationaux, comme le Musée canadien de l’histoire — auront
une énorme incidence sur la façon dont les Canadiens et le monde
perçoivent le Canada, mais aussi sur la façon dont les Canadiens
se perçoivent eux-mêmes. Nous croyons que cette perception doit
comprendre un contenu autochtone, car le rôle des Autochtones
dans l’évolution initiale du pays a été essentiel — cela ne fait
aucun doute —, et nous devons nous assurer que ce contenu est
présent.
Your question really was whether we are involved in the
dialogue, and the answer is no. Do we want to be involved in the
dialogue? The answer is yes. If you can figure out a way for us to
get in the door, we would be like to be able to sit at the table.
En fait, vous voulez savoir si nous participons au dialogue, et
la réponse est non. Voulons-nous participer au dialogue? La
réponse est oui. Si vous arrivez à déterminer comment nous
pouvons mettre un pied dans la porte, nous aimerions pouvoir
prendre part au processus.
Senator Raine: I was struck too when we travelled on this
committee for a study on Aboriginal education K to 12. We had
an opportunity to travel across the country and we were very
impressed — I think I can speak for everyone — by what is
happening in Saskatchewan with the treaty commissioner, that we
are all treaty people, and having a mandatory curriculum. I
understand that is happening now in Manitoba as well.
La sénatrice Raine : J’ai aussi été frappée, lorsque le comité
s’est déplacé partout au pays dans le cadre d’une étude sur
l’éducation autochtone de la maternelle à la 12e année... Nous
avons eu l’occasion de nous déplacer aux quatre coins du pays et
nous avons été très impressionnés — je crois que je peux parler
pour tout le monde — par ce qui se produit en Saskatchewan avec
le commissaire aux traités, selon lequel nous sommes tous parties
aux traités et par la mise en place d’un programme de cours
obligatoire. Je crois comprendre que le même processus se déroule
aussi au Manitoba.
Mr. Sinclair: Yes.
M. Sinclair : Oui.
Senator Raine: Within a few years, it will be K to 12 in
Manitoba. It is so important, for all the reasons you stated. The
timing is actually perfect for it, because we are at a tipping point.
It has to change, and it will only change when everyone recognizes
it.
La sénatrice Raine : Dans quelques années, il sera question de
la maternelle à la douzième année au Manitoba. C’est si
important, pour toutes les raisons que vous avez évoquées. En
fait, le processus survient à un moment parfait, car nous sommes
à un tournant critique. La situation doit changer, et elle changera
seulement lorsque tout le monde l’aura reconnue.
Is there anything that you see coming down that would block
that movement to have better education for everyone in the
schools in terms of Aboriginal history?
Voyez-vous un obstacle éventuel au mouvement en faveur
d’une meilleure éducation pour tous dans les écoles au chapitre de
l’histoire autochtone?
Mr. Sinclair: It is conceivable that the arguments that will be
marshalled against doing anything in that area would be a
financial argument, that it will cost money and it will cost money
that is not there. What we have said in our presentation to the
ministers of education, when we talked about the importance of
looking at changing the curriculum and adding to curriculum to
ensure there is balance within educational curricula around the
role of Aboriginal people in the evolution of this country and the
historical relationship between Aboriginal and non-Aboriginal
people in this country, is that you do not have to spend any more
money to do that properly. You just need to understand that the
way you are doing it now is not right; it is not balanced. You just
M. Sinclair : Il est possible que les arguments qui seront
évoqués contre la prise de toute mesure à ce chapitre soient de
nature financière; cela coûtera de l’argent, et l’argent n’est pas là.
Dans le cadre de notre exposé à l’intention des ministres de
l’Éducation, lorsque nous avons parlé de l’importance de modifier
le programme de cours et de le bonifier pour veiller à préserver un
équilibre quant au rôle des Autochtones dans l’évolution du pays
et à la relation historique entre les Autochtones et les nonAutochtones au pays, nous avons affirmé qu’il n’était pas
nécessaire de dépenser un cent de plus pour le faire comme il
faut. Il faut simplement comprendre que les pratiques actuelles ne
sont pas justes, elles ne sont pas équilibrées. Il faut tout
5-6-2013
Peuples autochtones
38:53
need to change the way you are doing business. You can do that
without spending any more money than what you are now
spending on education.
simplement changer la façon de procéder. Il est possible de le faire
sans dépenser un cent de plus que maintenant dans le domaine de
l’éducation.
The forces that will resist this will be using a financial
argument, saying this will cost us money and therefore we
should not do it. In reality, you can find ways of achieving
reconciliation and moving forward to ensure that there is a
proper, balanced approach to education of Canadian children in
this country that will not require the expenditure of additional
resources. We are doing curriculum development in this country
all the time. We are looking at the way we educate children all the
time. We are changing our curriculum all the time. What we are
saying is do it right. This is one of the ways of doing it right. This
is one of the elements of doing it right that needs to be considered.
La résistance invoquera l’argument financier; elle fera valoir
que cela nous coûtera de l’argent et que, par conséquent, nous
devrions nous abstenir de le faire. En réalité, on peut trouver des
façons de concrétiser la réconciliation et de progresser pour
instaurer une approche convenable et équilibrée en matière
d’éducation des enfants canadiens sans que cela exige la dépense
de ressources supplémentaires. Nous sommes constamment en
train de parfaire les programmes au pays. Nous examinons
constamment notre façon d’instruire les enfants. Nous modifions
constamment notre programme de cours. Nous disons
seulement : « Faites-le comme il faut. » Voilà une façon de faire
les choses comme il faut. C’est un des éléments qu’il faut envisager
à ce chapitre.
We made that presentation to the various ministers of
education at the CMEC, Canadian Ministers of Education in
Canada meeting, and we will continue to make that presentation
to them. We will continue to hold their feet to the fire, to a certain
extent, to pressure them, so long as our commission is place. Keep
in mind we only have another year. So long as we are in place, our
intention is to hold them to that standard. They understand that.
I do not know that there was anyone philosophically opposed to
ensuring that there is a balance to the education of children in this
country, but there certainly are forces out there who think it will
cost money, without doing any analysis that will show them that
it will not.
Nous avons présenté un exposé en ce sens aux différents
ministres de l’Éducation à la réunion du CMEC, le Conseil des
ministres de l’Éducation du Canada, et nous allons continuer à
présenter des exposés sur cette tribune. Nous allons continuer à
exercer sur eux de la pression, dans une certaine mesure —
insister —, tant et aussi longtemps que notre commission sera en
place. N’oubliez pas qu’il ne nous reste qu’un an. Alors, tant et
aussi longtemps que nous existerons, nous avons l’intention de les
assujettir à cette norme. Ils le comprennent. À ma connaissance,
personne ne s’opposait en principe au maintien d’un équilibre sur
le plan de l’éducation de nos enfants au pays, mais il y a
certainement de puissantes entités qui croient que cela coûtera de
l’argent, sans mener d’analyses qui illustrent le contraire.
Senator Raine: I think out of the process that you are going
through you are probably discovering and nurturing a lot of
champions for this.
La sénatrice Raine : Je crois que, dans le cadre du processus
que vous traversez, vous découvrez probablement beaucoup de
champions de cette cause et favorisez leur croissance.
Mr. Sinclair: I am finding a lot of enemies too, incidentally.
M. Sinclair : Je trouve beaucoup d’ennemis, par la même
occasion.
Senator Raine: Really? We hope there are more champions
than enemies.
La sénatrice Raine : Vraiment? Nous espérons qu’il y aura plus
de champions que d’ennemis.
Mr. Sinclair: I really believe that, and we have found a great
deal of good champions. With the greater understanding of what
this is all about, we have come to see that there are a significant
number of people out there who are just waiting now for an
opportunity to get involved. The most significant and constant
reaction we get following our events and our presentations as
commissioners is that we find people who are saying, ‘‘I never
knew any of this,’’ and now they are aware of it. The next
question is, what can I do about it? We are trying to give a sense
of direction to what that is. That is part of the dialogue around
reconciliation.
M. Sinclair : Je crois vraiment que c’est le cas, et nous avons
trouvé beaucoup d’excellents champions. Grâce à une meilleure
compréhension de l’essence même de la démarche, nous avons
constaté qu’il existe un grand nombre de gens qui attendent
seulement qu’on leur donne l’occasion de participer. La réaction
la plus éloquente que nous observons constamment à la suite des
événements et des exposés de la commission, c’est qu’il y a des
gens qui disent : « Je n’ai jamais su cela. » Maintenant, ils le
savent. La prochaine question est de savoir ce qu’on peut faire.
Nous essayons de donner une certaine orientation à ce chapitre.
Cela s’inscrit dans le dialogue au sujet de la réconciliation.
The Chair: Justice Sinclair, do you know if the Canadian
Museum of History is working on an Indian residential school
exhibit now?
Le président : Honorable juge Sinclair, savez-vous si le Musée
canadien de l’histoire prépare actuellement une exposition sur les
pensionnats indiens?
Mr. Sinclair: The Canadian Museum of History?
M. Sinclair : Le Musée canadien de l’histoire?
38:54
Aboriginal Peoples
The Chair: Yes, with Aboriginal Affairs Canada.
Mr. Sinclair: We do not know.
Mr. Littlechild: Senator Raine laid out an important
opportunity coming up for this work, which involves all of us
— that is, the one hundred and fiftieth anniversary. It is one
scenario; so is the two hundred and fiftieth anniversary of the
Royal Proclamation, which is fast approaching. So is the opening
of the Canadian Museum for Human Rights. When you look at
those opportunities with regard to the darkest chapter of our
history, as it has been called — that is, the residential schools
story in the Canadian story — I could not think of a better time to
be engaged in that history to inform Canada, and indeed the
world, about residential schools. If it is the darkest part of our
history, then we should shed some good light on that part, making
sure our work is included in consideration, whether it is through
the Canadian Museum of History or through the Canadian
Museum for Human Rights or through both of them together, in
these anniversary dates that are coming up. It is a very important
opportunity for us, I think.
The Chair: I agree.
Senator Dyck: With respect to education, the very first year I
was in the Senate, I visited North Battleford and I went to the
friendship centre. They gave me the curriculum for K to 12 on
residential schools. I am not sure who produced it or who is using
it, but it is sitting in my office at home. I am wondering if you
know whether or not in Saskatchewan that curriculum is being
utilized within the school system.
5-6-2013
Le président : Oui, en collaboration avec Affaires autochtones
Canada.
M. Sinclair : Nous l’ignorons.
M. Littlechild : La sénatrice Raine a mentionné une grande
occasion où nous pourrons faire ce travail, qui nous interpelle
tous, à savoir le 150e anniversaire. Voilà un scénario; et il en va de
même pour le 250e anniversaire de la Proclamation royale, qui
arrive à grands pas. C’est aussi vrai pour l’ouverture du Musée
canadien des droits de la personne. Lorsqu’on regarde ces
occasions à saisir en pensant au chapitre le plus sombre de
notre histoire, comme on l’a appelé — c’est-à-dire le volet des
pensionnats indiens dans l’histoire canadienne —, je ne pourrais
imaginer un meilleur moment pour informer le Canada — et, de
fait, le monde — au sujet de l’histoire des pensionnats indiens. Si
c’est le chapitre le plus sombre de notre histoire, alors nous
devrions bien faire la lumière sur ces événements, et nous assurer
que notre travail sera pris en considération, que ce soit dans le
cadre du Musée canadien de l’histoire ou du Musée canadien des
droits de la personne ou les deux, à l’occasion des anniversaires à
venir. Cette occasion est très importante pour nous, je crois.
Le président : J’en conviens.
La sénatrice Dyck : En ce qui a trait à l’éducation, la toute
première année où j’étais au Sénat, j’ai visité North Battleford et
je suis allée au centre d’amitié. Les représentants du centre m’ont
remis le programme éducatif de la maternelle à la 12e année sur
les pensionnats. Je ne suis pas certaine de savoir qui l’a produit ni
qui l’utilise, mais il est dans mon bureau, à la maison. Je me
demandais si vous saviez si, en Saskatchewan, ce programme
d’enseignement est utilisé dans les écoles.
Mr. Sinclair: Can you tell me what year that would have been?
M. Sinclair : Pourriez-vous me dire en quelle année c’était?
Senator Dyck: It was in 2005.
La sénatrice Dyck : C’était en 2005.
Mr. Sinclair: Saskatchewan is one of the provinces that have
been leading the way in terms of curriculum development around
residential schools. I am not sure what curriculum materials you
saw and how it relates to what they are now using, so I cannot
answer that question as to whether they are using the material
that you saw. However, I do know that Saskatchewan, along with
a few other provinces have developed curriculum materials.
Manitoba, the Northwest Territories and Nunavut have all
developed curriculum materials that they are utilizing in their
classrooms for children at various levels within the schools, not all
at the same level. I am not sure of the answer to that question. I
can tell you that they are doing something and that they are
making it available to middle school children, but I am not sure
that it is mandatory for all children yet. It may be. I do not have
that information right at hand. If you need to know, we can
certainly pull that information from our files.
M. Sinclair : La Saskatchewan est une des provinces qui est à
l’avant-garde quant à l’élaboration d’un programme éducatif sur
les pensionnats. Je ne sais pas quels documents éducatifs vous
avez vus ni dans quelle mesure ils ressemblent aux documents
utilisés aujourd’hui, donc je ne peux pas répondre à la question de
savoir s’ils utilisent les documents que vous avez vus. Cependant,
je sais qu’en Saskatchewan, de même que dans quelques autres
provinces, on a créé des documents éducatifs. Au Manitoba, dans
les Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut, on a créé des
documents éducatifs, qui sont utilisés dans les salles de classe et
destinés aux enfants de différents niveaux scolaires. Ils ne sont pas
tous destinés au même niveau. Je ne suis pas certain de la réponse
à la question. Je peux vous dire que, dans ces provinces, on crée
des documents et qu’on les rend disponibles pour les enfants des
écoles primaires, mais je ne suis pas certain si ce n’est pas encore
obligatoire pour tous les enfants. Ce l’est peut-être. Je n’ai pas
cette information à portée de main. Si vous devez le savoir, nous
pouvons certainement trouver cette information dans nos
dossiers.
5-6-2013
Peuples autochtones
38:55
Our recommendation to the ministers of education was that it
should be made mandatory so that all children have this included
in the material that they are taught about the history of this
country.
Notre recommandation aux ministres de l’Éducation était que
cela devrait être rendu obligatoire, de sorte que tous les enfants
puissent voir cela dans la matière qui leur est enseignée sur
l’histoire du pays.
Senator Watt: First, Justice Sinclair and Mr. Littlechild, I
know you have been doing a great deal of work on our behalf. As
you know, I am a survivor of the residential school, the same as
Senator Sibbeston. I remember leaving my community for the
very first time. Landing in Montreal during the night, all I saw
was beacons in front of me, nothing but lights. At that time, I did
not really think of it, but it was part of the culture shock in a
sense. It was a culture shock.
Le sénateur Watt : D’abord, monsieur le juge Sinclair et
M. Littlechild, je sais que vous avez beaucoup travaillé pour nous.
Comme vous le savez, je suis un survivant du pensionnat, le même
que celui du sénateur Sibbeston. Je me souviens du moment où
j’ai quitté ma collectivité pour la toute première fois. En
atterrissant à Montréal durant la nuit, tout ce que je voyais,
c’était des phares devant moi, rien que des lumières. À ce
moment-là, je n’y ai pas vraiment pensé, mais cela faisait partie,
d’une certaine manière, du choc culturel. C’était un choc culturel.
Having said that, you have done a great deal of good work. I
did not participate in all the events you have held, but I was not
far from you and I knew what was happening and every step that
you were taking. You had one of my sons working with you, and I
appreciated that. He kept me informed of what was happening
and who was saying what.
Cela dit, vous avez beaucoup et bien travaillé. Je n’ai pas
participé à toutes les activités que vous avez organisées, mais je
n’étais pas loin de vous et j’étais au courant de ce qui se passait
ainsi que de chaque étape que vous franchissiez. Un de mes fils a
travaillé avec vous, et j’ai apprécié cela. Il me tenait informé de ce
qui se passait et de qui disait quoi.
I have also listened to the survivors in Montreal. My
impression of the survivors, and the way they were pointing out
their grievances with the authorities, was not shocking because I
lived through that. I did not see willingness to reconcile at the
event that you held in Montreal. That leaves quite a number of
people. I would imagine that they were hurt so badly in the
experiences they went through. It was not a surprise to me, and I
do not think it was a surprise to you either.
J’ai également écouté les survivants, à Montréal. Mon
impression des survivants et de la façon dont ils parlaient de
leurs griefs contre les autorités ne m’ont pas ébranlé, car ce sont
des situations que j’ai vécues. Je n’ai pas senti, à l’occasion de
l’activité que vous avez organisée à Montréal, une volonté de
réconciliation, et il y avait un nombre assez important de gens. Je
suppose qu’ils ont trop souffert des expériences qu’ils ont vécues.
Ce n’était pas une surprise pour moi, et je ne pense pas que c’en
était une pour vous non plus.
Having said that, you came up with a number of important
issues. I will not try to begin to articulate the issues you have
brought forward, but we do need to find some answers. We know
for a fact that we have constitutional rights, section 35, which
have not been implemented, and they still seem to be reluctant to
implement that on the government side. Maybe one day they will
change their mind, but I do not know how much longer we can
continue to wait for an opportunity to move forward and to begin
enjoying a level playing field, as everyone else has.
Cela dit, vous avez soulevé de nombreuses questions
importantes. Je ne vais pas tenter de préciser les questions que
vous avez posées, mais nous devons trouver certaines réponses.
Nous savons pertinemment que nous avons des droits
constitutionnels, notamment ceux garantis par l’article 35, qui
n’ont pas été respectés, et les représentants du gouvernement
semblent encore hésiter à le faire. Peut-être qu’un jour ils
changeront d’avis, mais je ne sais pas combien de temps encore
nous pouvons continuer à attendre une occasion d’aller de l’avant
et de commencer à bénéficier de règles du jeu équitables, comme
c’est le cas de tout le monde.
When you look back at the conditions of the reserve system
and also in some parts of Inuit communities, we are so far apart.
The politicians from time to time talk about closing the gap. It
makes me wonder if they really know what they are talking about.
We are not near to closing the gap. We are so far away from that.
Rétrospectivement, si l’on examine les conditions du système
des réserves ainsi que dans certaines parties des collectivités
inuites, nous sommes tellement éloignés les uns des autres. Les
politiciens, de temps à autre, parlent de combler l’écart. J’en viens
à me demander s’ils savent vraiment de quoi ils parlent. Nous ne
sommes pas près de combler l’écart. Nous sommes très loin de
cela.
It is as simple as looking at our economic opportunities. There
are all kinds of economic opportunities. The majority of the
Aboriginal people in this country have a great deal of difficulty in
terms of purchasing power. They are having a hard time
equipping themselves to be able to sustain themselves on their
own, to be able to gather the food and clothing they need from the
C’est aussi simple que d’examiner nos possibilités
économiques. Il y a toutes sortes de possibilités économiques.
La majorité des Autochtones au pays ont beaucoup de difficulté
au chapitre du pouvoir d’achat. Ils ont de la difficulté à se doter
du nécessaire pour subvenir eux-mêmes à leurs besoins, pour
pouvoir obtenir, de la terre, la nourriture et les vêtements dont ils
38:56
Aboriginal Peoples
5-6-2013
country, because they cannot afford to go into the corner stores
or the Hudson’s Bay Company to buy the goods they need to
survive.
ont besoin, parce qu’ils ne peuvent se permettre d’aller au magasin
du coin ou à la Compagnie de la Baie d’Hudson pour acheter les
biens qu’il leur faut pour survivre.
Aboriginal people are like everyone. They have a right to eat
and a right to survive. Unfortunately, still today there is no full
recognition of that. That is the case today, but we need to change
that. How will we change that? We have a modern treaty
agreement that we have signed, a part that is totally under the
control of the Aboriginal people. We have no difficulty
implementing those. When it comes to the point of a
partnership with the Government of Canada or the provinces,
we do have a great deal of difficulty. It makes you wonder at
times, when you talk of a friendship, a treaty agreement that was
signed from the time the Europeans started to come into our
country. It is highlighted they are not working. Just imagine, even
the legally binding agreements we have, modern treaties, we are
having a hard time implementing. Life has to change in this
country if we are to move forward.
Les Autochtones sont comme tout le monde. Ils ont le droit de
manger et le droit de survivre. Malheureusement, encore
aujourd’hui, cela n’est pas entièrement reconnu. C’est la réalité
d’aujourd’hui, mais nous devons changer cela. Comment allonsnous nous y prendre? Nous avons conclu un traité moderne, dont
une part relève entièrement du peuple autochtone. Nous n’avons
pas de difficulté à mettre en œuvre ces traités. Lorsqu’il est
question d’un partenariat avec le gouvernement du Canada ou les
provinces, nous éprouvons énormément de difficulté. Cela laisse
parfois perplexe lorsque l’on parle d’une amitié, d’un traité qui a
été conclu à l’époque où les Européens ont commencé à venir
s’établir dans notre pays. Il est normal que ces traités ne soient pas
respectés. Imaginez un peu, même les ententes ayant force
obligatoire que nous avons, les traités modernes, nous avons de
la difficulté à les faire respecter. Il faut qu’un changement se
produise dans le pays si nous voulons aller de l’avant.
I would like to ask Justice Sinclair and Mr. Littlechild: What
else do we need as an instrument to make things happen within
Canada on behalf of the Aboriginal people? We have
constitutional rights, we have declarations recognized under the
United Nations, we have treaties, and still we are not moving
ahead. We are still not improving ourselves. We are still going
backwards. What do we do? What is it we really need? What is the
simple magic we need in order for the country and the people with
it to understand and say, ‘‘Okay, now is the time to reconcile’’? I
do not think we are at the point of being ready to reconcile,
because it does not matter what we do, it does not seem to be
helping us to move forward.
J’aimerais demander à M. le juge Sinclair et à M. Littlechild de
quel autre type d’instrument avons-nous besoin, au nom des
Autochtones, pour faire bouger les choses au Canada? Nous
avons des droits constitutionnels, nous avons des déclarations
reconnues par la Charte des Nations Unies, nous avons des
traités, mais nous n’observons tout de même aucune progression.
Notre situation ne s’améliore toujours pas. Nous allons toujours
de reculons. Que faisons-nous? De quoi avons-nous vraiment
besoin? Quelle est la solution simple et magique dont nous avons
besoin pour que le pays et les gens comprennent et disent :
« d’accord, le temps est venu de se réconcilier »? Je ne pense pas
que nous soyons rendus au point d’être prêts à nous réconcilier,
puisque peu importe ce que nous faisons, cela ne semble pas nous
aider à aller de l’avant.
The question I have for you, Mr. Sinclair, is the following: Do
we need an act? Do we need a legislative act coming from the
people dealing with the reconciliation issue? Would that be
possible? Have you put some thought into that? I will leave my
question at that.
La question que je veux vous poser, monsieur Sinclair, est la
suivante : avons-nous besoin d’une loi? Avons-nous besoin d’un
instrument juridique émanant des gens concernés par la question
de la réconciliation? Serait-ce possible? Y avez-vous un peu
réfléchi? Je vais terminer ma question ici.
Mr. Sinclair: The complication in the question you have given
is that you have thrown a whole bunch of things in there that have
a lot of implications.
M. Sinclair : Ce qu’il y a de compliqué concernant votre
question, c’est que vous y avez intégré tout un lot de choses qui
ont une vaste portée.
Let me begin by what is the premise that we need to keep in
mind. No one gives you sovereignty. No one gives you a life. You
have to go out and make it, and be it. If Aboriginal people are
going to assert for themselves that they have the right to do
certain things, then they have to go out and do it. They have to
stand up and assert themselves. What I think the biggest
hindrance to that has been is this long period of oppression that
has stood in the way of Aboriginal communities generally —
individuals, but also as a collective — feeling that they have the
right to assert themselves against this behemoth that has become
the nation of Canada. As a result of that, there is this feeling that
no solution will work unless it has the endorsement, the support,
or comes from the governments of this country.
Permettez-moi de commencer par ce qui est la prémisse qu’il
faut garder à l’esprit. Personne ne vous donne la souveraineté.
Personne ne vous donne une vie. Il faut foncer et faire sa vie, la
vivre. Si les Autochtones veulent eux-mêmes faire valoir leur droit
de faire certaines choses, alors ils doivent agir. Ils doivent se lever
et s’affirmer. Ce qui, selon moi, a constitué l’obstacle le plus
important à cela, c’est la longue période d’oppression qui a nui
aux collectivités autochtones, lesquels, de manière générale — les
gens, mais également les collectivités —, estiment qu’elles ont le
droit de s’affirmer contre ce mastodonte qu’est devenue la nation
du Canada. En conséquence, il y a ce sentiment qu’aucune
solution ne fonctionnera sans l’aval ou l’appui des gouvernements
du pays ou si elle ne vient pas d’eux.
5-6-2013
Peuples autochtones
38:57
No solution will work for Aboriginal people that comes from
non-indigenous governments, in my view. I saw that more at a
personal level than I do as a judge or lawyer or even as a
commissioner of this commission. I do not doubt for a moment
that legislative changes will be necessary; changes to the Indian
Act will be necessary; changes to the various other pieces of
legislation that place a hindrance upon or a limitation upon the
exercise of certain rights will need to be considered. The manner
in which the United Nations Declaration on the Rights of
Indigenous Peoples is given more status within the legal regimen
of this country needs to be considered.
Selon moi, aucune solution émanant de gouvernements non
autochtones ne sera satisfaisante pour les Autochtones. C’est une
chose que j’ai davantage constatée sur le plan personnel qu’en
tant que juge ou avocat ou même commissaire de cette
commission. Je ne doute pas un instant que des changements
législatifs seront nécessaires. Des changements de la Loi sur les
Indiens seront nécessaires. Il faudra examiner la possibilité
d’apporter des changements aux divers autres textes législatifs
qui nuisent à l’exercice de certains droits ou qui le limitent. Il faut
se pencher sur le fait que, dans le cadre du régime juridique
canadien, on accorde davantage d’importance à la Déclaration
des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.
You cannot pass a law in this country that will make
Aboriginal people stand up. What needs to be done is that
Aboriginal people need to find within themselves the capacity to
stand up.
On ne peut, dans notre pays, adopter une loi qui fera en sorte
que les Autochtones se lèveront. Ce qu’il faut, c’est que les
Autochtones doivent trouver en eux-mêmes la capacité de se lever.
To a large extent, we are beginning to see signs of it more
assertively today than we have seen in the past. We have seen it in
the past. If you recall back in our younger days, and before the
birth of some of the people in this room, when the 1969 white
paper was issued by the Government of Canada that purported to
move Canada in the direction of obliterating Aboriginal rights
and treaty rights in this country, there was an immediate reaction
from the Aboriginal leadership and the Aboriginal community in
general towards that. That galvanized Aboriginal people and
Aboriginal leadership to take action and to assert themselves in
significant ways.
Dans une large mesure, nous commençons à en voir des signes,
avec plus d’assurance aujourd’hui que ce que nous avons vu par le
passé. Nous l’avons vu par le passé. Si l’on se rappelle l’époque où
nous étions jeunes, et avant la naissance de certaines personnes ici
présentes, lorsque le livre blanc de 1969 a été publié par le
gouvernement du Canada et était censé orienter le Canada vers la
révocation des droits autochtones et des droits conférés par traité
dans notre pays, il y a eu une réaction immédiate des chefs
autochtones et de la communauté autochtone en général. Cela a
galvanisé les Autochtones et les chefs autochtones et les a amenés
à prendre des mesures et à s’affirmer de manière significative.
Since the 1969 white paper, we have actually seen a significant
change in the legal relationship between Aboriginal and nonAboriginal people in this country, beginning with the Calder case
and following through on that with other court decisions,
including the Sparrow case and what has been come to be
known as the trilogy case, the repatriation of the Constitution in
the 1980s with its provision and recognition of Aboriginal and
treaty rights. All of that came about because there was this
reaction in 1969 to the 1969 white paper issued by the
Government of Canada.
Depuis le livre blanc de 1969, nous avons constaté un
changement important dans la relation juridique entre les
Autochtones et les non-Autochtones dans notre pays, en
commençant par l’affaire Calder, suivie d’autres décisions des
tribunaux, y compris l’affaire Sparrow et ce qu’on en est venu à
appeler l’affaire de la trilogie, le rapatriement de la Constitution
dans les années 1980 assorti de dispositions et de la
reconnaissance des Autochtones, et les droits conférés par des
traités. Tout cela a procédé de la réaction, en 1969, à l’égard du
livre blanc de 1969 publié par le gouvernement du Canada.
I think that kind of galvanizing moment will need to occur in
order for there to be recognition within the Aboriginal
community that they have the capacity within themselves to do
what is necessary to create their own future. That is really what it
is all about: creating their own future. There will need to be a
number of actions on the part of federal, provincial, territorial
and municipal governments in response to that, but for the most
part it is getting out of the way and letting those changes that need
to be done occur within those communities.
Je crois que ce type de moment d’exaltation devra se produire
pour que la communauté autochtone reconnaisse qu’elle a en elle
le pouvoir de faire ce qui s’impose pour créer son propre avenir.
C’est vraiment de cela dont il s’agit : créer son propre avenir. Bon
nombre de mesures devront être prises par les administrations
fédérale, provinciales, territoriales et municipales en réaction à
cela, mais il faudra surtout qu’elles libèrent la voie et qu’elles
laissent place aux changements qui doivent se produire au sein de
ces collectivités.
In response to your question, do we need federal legislation,
the answer I give is that it will not be the answer, but it will be part
of the solution. I think the real solution will be the communities of
Aboriginal people that are out there will need to stand up and
assert themselves and find it within themselves to take on
responsibility for dealing with their own issues within their own
communities.
En réponse à votre question de savoir si nous avons besoin
d’une loi fédérale, je pense que ce ne sera pas la solution, mais que
ça en fera partie. Je crois que la vraie solution sera de voir les
collectivités autochtones se lever et s’affirmer ainsi que trouver, en
elles-mêmes, la capacité de se responsabiliser afin de régler les
problèmes qui les affligent de l’intérieur.
38:58
Aboriginal Peoples
5-6-2013
I am not talking about taking protest actions or blockades or
demonstrating; I am talking about standing up and putting
together initiatives that will promote their cultures, promote their
languages, promote the education of their children in a positive
way, that will allow for the evolution and development of
enterprise within their community so that their communities can
become self-sufficient, that there will be a growth in the middleclass population.
Je ne parle pas de lancer des mouvements de protestation ou de
créer des barricades ou de faire des manifestations. Je parle de se
lever et de prendre ensemble des initiatives qui mettront de l’avant
leurs cultures, leurs langues, l’éducation de leurs enfants de
manière positive, ce qui permettra l’évolution et la création
d’entreprises au sein de leur communauté de sorte que leurs
collectivités puissent suffire à elles-mêmes et qu’il y ait une
croissance au sein de la population de la classe moyenne.
Right now the Aboriginal communities and Aboriginal
population in this country have virtually no middle class. As a
result, institutions that you normally see within any community
that are dependent upon a middle class for their support do not
exist within many Aboriginal communities. There are no arts
foundations and cultural centres that are not dependent upon
federal or provincial governments for financial support.
Actuellement, les collectivités autochtones et la population
autochtone dans notre pays ne comportent pratiquement aucune
classe moyenne. Par conséquent, les institutions, que vous voyez
habituellement dans une collectivité et qui dépendent de la classe
moyenne pour son soutien, n’existent pas dans bon nombre de
collectivités autochtones. Il n’y a aucune fondation des arts ni
aucun centre culturel qui ne dépend pas de l’appui financier des
gouvernements fédéral ou provinciaux.
The communities themselves will need to galvanize around that
reaction. That will require a change in attitude toward
government and the role of government. That speaks to the
need for there to be recognition that government, as much as it is
to blame for many of the problems that exist within Aboriginal
communities, does not hold the answer. The answer lies within
Aboriginal communities themselves finding the human as well as
the physical resources that they will need in order to be able to fix
the problems they are seeing on an everyday basis.
Les collectivités elles-mêmes devront profiter de l’impulsion de
cette réaction. Cela exigera un changement d’attitude à l’égard du
gouvernement et de son rôle. Cela reflète le besoin qu’il y ait une
reconnaissance du fait que le gouvernement, tout autant qu’il est à
blâmer pour bon nombre des problèmes qui existent au sein des
collectivités autochtones, ne détient pas la réponse. La réponse se
trouve au sein même des Autochtones. Il leur faut trouver les
ressources humaines et physiques dont elles ont besoin pour
pouvoir régler les problèmes auxquels elles font face tous les jours.
A large part of that will be over the long term and will not be
an immediately short-term fix. There will certainly be a need for
social programming and social assistance of some kind, such as
housing assistance and assistance to ensure that proper water
supplies and proper care are provided for those communities. In
the long term, the answer lies in Aboriginal people standing up for
themselves and asserting themselves.
La majorité des problèmes ne se règleront qu’à long terme et ne
pourront être réglés immédiatement, à court terme. Il faudra
certainement qu’il y ait des programmes sociaux et une aide
sociale de quelque sorte, comme une aide au logement ainsi
qu’une aide visant à garantir l’approvisionnement en eau potable
et la prestation de soins appropriés dans ces collectivités. À long
terme, il revient aux Autochtones de se lever et de s’affirmer.
Survivors in the hearings that we have attended recognize that
and in fact have spoken about the need for there to be initiatives
taken by their own communities to ensure that the survivors’
grandchildren are provided with resources to learn their language,
their culture and to be able to establish a good sense of their
identity. That is very important.
Les survivants, qui ont comparu dans le cadre des audiences
auxquelles nous avons assisté, reconnaissent que, et, en fait, ils en
ont parlé, leurs propres collectivités doivent prendre des initiatives
afin de s’assurer que les petits-enfants des survivants aient accès à
des ressources leur permettant d’apprendre leur langue et leur
culture et d’avoir une bonne idée de leur identité. C’est très
important.
We also need to recognize that Canada is changing. From the
perspective of the Aboriginal community, this blaming process in
which we are now engaged will become pretty futile in the future
because in the future a significant number of Canadians will not
in fact be born in this country. They will not have a connection to
this history. We are talking about the immigrant population.
Nous devons également reconnaître que le Canada évolue. Du
point de vue de la communauté autochtone, ce processus de
blâme dans lequel nous sommes actuellement engagés deviendra
assez futile dans l’avenir, puisqu’un nombre important de
Canadiens ne seront pas nés au Canada. Ils ne seront pas liés à
cette histoire. Nous parlons de la population d’immigrants.
From the perspective of the Truth and Reconciliation
Commission, we have to recognize that the newcomers to this
country, who have come here within the past generation and will
continue to come into this country, will become a significant
political force as well as a significant economic force. They will
not be connected to the history of oppression. They will not feel
any sense of guilt or connection to what was done wrong in the
past. The question becomes for us, as a commission, how do we
Du point de vue de la Commission de vérité et de
réconciliation, nous devons reconnaître que les nouveaux
arrivants, qui sont arrivés ici pendant la dernière génération et
qui continueront de venir s’établir dans notre pays, constitueront
une force politique et une force économique importantes. Ils
n’auront aucun lien avec l’histoire d’oppression. Ils n’auront pas
le sentiment d’être coupables des torts commis par le passé ni
d’être concernés par cela. La question consiste donc, pour nous,
5-6-2013
Peuples autochtones
38:59
communicate to that community that they still are connected to
the issue of Aboriginal people and residential schools? The answer
there lies in getting them to recognize that while they may not be
responsible for the past, they will be responsible for the future,
and the future of this country requires a proper approach to
reconciliation in which they have to be engaged.
en tant que commission, à déterminer comment nous devrions
communiquer à cette communauté la notion qu’ils sont tout de
même concernés par la question des Autochtones et des
pensionnats. La réponse réside dans le fait de les amener à
reconnaître que, même s’ils ne sont pas responsables du passé, ils
seront responsables de l’avenir, et l’avenir de notre pays exige que
l’on adopte une approche appropriée à l’égard de la
réconciliation, à laquelle ils doivent participer.
At the B.C. national event, for example, we will be in
Vancouver. Vancouver is the largest multicultural and multiethnic community in the country, with the possible exception of
Toronto. In Vancouver and Toronto are the largest gatherings of
newcomer populations in this country. When we do the B.C.
national event in September, our intention is to try to engage the
multicultural, the newcomer community, in the dialogue around
reconciliation without in fact being able to blame them for what
went on in the past.
À l’occasion de l’événement national qui se tiendra en
Colombie-Britannique, par exemple, nous serons à Vancouver.
Vancouver comporte la communauté multiculturelle et
multiethnique la plus importante au pays, à l’exception, peutêtre, de Toronto. Les plus importants rassemblements de
population de nouveaux arrivants au pays ont lieu à Vancouver
et à Toronto. Lorsque nous participerons à l’événement national
de la Colombie-Britannique, en septembre, nous avons l’intention
de tenter d’engager le dialogue avec la communauté
multiculturelle, la communauté de nouveaux arrivants,
concernant la réconciliation, sans toutefois pouvoir les blâmer
de ce qui s’est produit par le passé.
If we move away from the blaming game and start looking at
how we work together to ensure a proper future for this country,
that maybe will put us in a proper mindset for how we achieve
reconciliation going forward in the future because right now the
blame game sometimes allows us to guilt government and guilt
Canada into doing something. You cannot do that when the other
party to the conversation is not in fact connected to the history.
Si nous nous éloignons du jeu des accusations et que nous
commençons à nous pencher sur la façon de travailler ensemble
afin d’assurer un avenir positif pour notre pays, cela nous
permettra peut-être d’adopter une attitude appropriée pour
trouver des pistes menant à la réconciliation à mesure que nous
avançons dans l’avenir, parce que, actuellement, le jeu du blâme
nous permet parfois d’accuser le gouvernement et le Canada d’y
être pour quelque chose. On ne peut pas faire cela lorsque l’autre
partie de la conversation n’est pas, en fait, liée à l’histoire.
We need to take that kind of approach, of not relying upon
guilt or blame but saying, ‘‘Here is the problem. The problem is
that the relationship between us and this country is damaged and
we need to fix it.’’ That begins with ensuring that newcomers to
this country are also properly educated about the history of this
country as well. We have talked to people within the immigration
entities in government about what they need to do to educate
people who are immigrating to this country about what this
country is all about. The education of the immigrant population
needs to be enhanced as well.
Nous devons adopter ce type d’approche, c’est-à-dire de non
pas s’en remettre à la culpabilité ou au blâme, mais de dire :
« voici le problème. Le problème, c’est que la relation entre nous
et notre pays est entachée, et nous devons régler la situation. » Il
faut commencer par s’assurer que l’on enseigne également de
manière appropriée l’histoire de notre pays aux nouveaux
arrivants. Nous avons parlé à des gens au sein d’instances
d’immigration au gouvernement de ce qu’ils doivent faire pour
que les gens qui viennent s’établir ici connaissent la nature du
Canada. La sensibilisation de la population d’immigrants doit
également être accrue.
The short answer to your question is that the answer to
problems within the Aboriginal community lies within the
Aboriginal community and they have to find it, they have to
exercise it and they have to do it. Some assistance will be
necessary for that to happen over the short term, but in the long
term it has to come from them.
La réponse courte à votre question, c’est que la solution aux
problèmes des collectivités autochtones, c’est elles qui l’ont, et
elles doivent la trouver, la mettre à l’essai et l’appliquer. À court
terme, elles auront besoin d’aide pour y parvenir, mais, à long
terme, cela doit procéder d’elles.
Senator Watt: Mr. Littlechild, do you have anything to say on
this issue?
Le sénateur Watt : M. Littlechild, avez-vous quelque chose à
dire à ce sujet?
Mr. Littlechild: Yes. I think within the walls of Parliament, and
in other political arenas, when you ask the question of what
instrument we need, rather than an instrument initially I would
suggest that one of the first things we need for change to take hold
is political will. I say political will at all government levels,
M. Littlechild : Oui. Je crois que, dans l’enceinte du Parlement
et dans d’autres arènes politiques, lorsque vous posez la question
de savoir quel instrument il nous faut, plutôt qu’un instrument, je
dirais que ce qu’il nous faut avant tout pour qu’un changement
puisse avoir lieu, c’est une volonté politique. Je parle d’une
38:60
Aboriginal Peoples
5-6-2013
whether it is the federal or provincial level or whether it is
municipal, or whether it is First Nations, Metis and Inuit
leadership. When political will exists, we all know that change
can happen very fast. That is one observation I would make.
volonté politique à tous les échelons gouvernementaux, qu’il
s’agisse des échelons fédéral, provincial ou municipal, ou qu’il
s’agisse des chefs des Premières Nations, des Métis et des Inuits.
Lorsqu’il y a une volonté politique, nous savons tous qu’un
changement peut se produire très rapidement. C’est une des
observations que j’aimerais faire.
A second observation I would make is that going forward,
when we hear stories like you just referenced about not being
ready to reconcile, there are, admittedly, many of our brothers
and sisters still out on the streets who are indeed not ready to
reconcile. Even in that instance, if we were to look at the existing
treaty relationship as an example, the UN declaration, I believe
they both call on us to work together in this initiative for change.
Do we need an act to do that? Maybe there is some consideration
for that. I will give you three quick examples.
Une seconde observation que j’aimerais faire est que, en allant
de l’avant, lorsque nous entendons des histoires comme celle dont
vous venez de parler concernant le fait que nous ne sommes pas
prêts à la réconciliation, il y a, il faut le reconnaître, bon nombre
de nos frères et sœurs, qui ne sont effectivement pas prêts à se
réconcilier. Même dans ce cas, si nous devions jeter un coup d’œil
à la relation existante scellée par traité à titre d’exemple, c’est-àdire la Déclaration des Nations Unies, je crois qu’ils font tous
deux appel à nous pour que nous travaillions ensemble dans le
cadre de cette initiative pour le changement. Avons-nous besoin
d’une loi pour y arriver? Peut-être que, dans une certaine mesure,
on en tient compte. Je vais vous donner trois courts exemples.
First, I referenced education’s role at the beginning. Do we
indeed need a First Nations education act to make change? Do we
need a reconciliation act once our work is done to make sure that
what we propose as solutions can be considered, and more
importantly, implemented? Do we need an implementation act to
do that?
D’abord, j’ai parlé du rôle de l’éducation au début. Avonsnous, en réalité, besoin d’une loi sur l’éducation des Premières
Nations pour qu’un changement ait lieu? Avons-nous besoin
d’une loi sur la réconciliation une fois que notre travail sera
terminé pour que l’on puisse s’assurer que ce que nous avons
proposé à titre de solution peut être pris en considération et,
surtout, mis en œuvre? Avons-nous besoin d’une loi de mise en
œuvre pour faire cela?
Those are still questions we need to discuss, but at least I would
begin to say that when we do that we will indeed find options for a
way forward that we can choose collectively.
Ce sont encore des questions dont il faut discuter, mais, à tout
le moins, j’aimerais commencer par dire que lorsque nous ferons
cela, nous allons trouver des options pour aller de l’avant parmi
lesquelles nous pourrons faire un choix tous ensemble.
That would be my observation. Political will, a desire and,
indeed, a decision to work in partnership together. Whether it is
the legislative route or another route, I think those are two
fundamental, foundational starting points. That would be my
observation.
C’est ce que je crois. Une volonté politique, un désir et, bien
sûr, une décision de travailler en partenariat, ensemble. Qu’il
s’agisse de la voie législative ou d’une autre voie, je pense que ces
deux points de départ sont fondamentaux, essentiels. C’est ce que
je pense.
Senator Watt: I have one more point to raise. In this country,
anywhere in the country for that matter, you cannot do anything
without money. We used to be able to do that in the past by
relying on natural resources to feed and clothe ourselves. That is
our economic base. To a certain extent, that is still the case today
in the North. We need to go in the direction of empowering
ourselves and taking responsibility. If we do not have control over
the finances we need, we have a limitation there.
Le sénateur Watt : J’aimerais soulever un autre point. Dans
notre pays, partout au pays, d’ailleurs, il est impossible de faire
quoi que ce soit sans argent. Par le passé, nous pouvions vivre en
utilisant les ressources naturelles pour nous nourrir et nous
habiller. C’est le fondement de notre économie. Dans une certaine
mesure, c’est encore le cas aujourd’hui dans le Nord. Nous devons
emprunter la voie qui nous amènera à nous émanciper et à
assumer nos responsabilités. Si nous n’avons pas le contrôle des
finances dont nous avons besoin, nous sommes limités à ce
chapitre.
When you are dealing with the reconciliation issue, one of the
questions I would like to have highlighted is whether we need to
come up with a formula so that we can enjoy the benefits of the
natural resources of this country, which were ours at one point
and have been taken away. The blaming of each other could stop
once and for all so that we can all start to move forward
positively. I would like your reaction to that.
Lorsque l’on traite de l’enjeu de la réconciliation, une des
questions que j’aimerais soulever, c’est de savoir si nous devons
élaborer une formule pour pouvoir profiter des avantages tirés des
ressources naturelles de notre pays qui, à une époque, nous
appartenaient et qui nous ont été retirées. Nous pourrions, une
fois pour toutes, cesser de nous blâmer les uns les autres afin de
tous pouvoir commencer à aller de l’avant de façon positive.
J’aimerais avoir votre opinion à ce sujet.
5-6-2013
Peuples autochtones
Mr. Sinclair: I think the foundation of your question is what
the nature of the government-to-government relationship that we
are going to be seeing in the future is, if I understood your
question properly.
Senator Watt: Yes.
38:61
M. Sinclair : Je crois que l’essentiel de votre question, si je l’ai
bien comprise, est de savoir quelle sera la nature de la relation
entre les gouvernements que nous allons observer dans l’avenir.
Le sénateur Watt : Oui.
Mr. Sinclair: From that, I gather there is implicit within it a
question regarding the nature of the financial relationship
between those two governments. There is no doubt in my mind
that there are lots of models that one could choose from. You
could look at the existing way that provincial and federal
governments now relate to each other in terms of financing as
well.
M. Sinclair : Ainsi, si je comprends bien, il y a, implicitement,
une question concernant la nature de la relation financière entre
les deux gouvernements. Il n’y a aucun doute, selon moi, qu’il y a
plusieurs modèles que l’on pourrait choisir. On pourrait
également examiner la relation actuelle des gouvernements
provinciaux et fédéral en ce qui concerne les finances.
On top of all of that, there is the question of entitlement to
utilization of the resources of the land, which are still part of some
of the treaties as well as the claim of Aboriginal title and
Aboriginal rights and which courts have recognized are part of
the constitutional encumbrance upon the land of this country that
still must be dealt with. I think it is going to take a long
conversation in order to determine how that will break down.
En plus de tout cela, il y a la question du droit à l’utilisation des
ressources de la terre, ce qui figure encore dans certains traités et
dans la revendication du titre autochtone ou du droit ancestral, et
ce que certains tribunaux ont reconnu comme faisant partie de
l’engagement constitutionnel concernant les terres de notre pays,
ce qui est une question dont il faut encore débattre. Je crois qu’il
faut en discuter longuement avant d’en venir à une conclusion.
Your question is what is the formula. I do not know what the
formula will be. I do not know on what basis that relationship will
develop. I cannot tell you whether the formula will be that a
certain percentage of the benefits from the resources are going to
go into the coffers of Aboriginal government or whether it will be
some other process it is engaged in.
Votre question est de savoir quelle est la formule. Je ne sais pas
ce que sera la formule, ni les fondements de cette relation. Je ne
peux pas vous dire si la formule fera en sorte qu’un certain
pourcentage des profits tirés des ressources iront dans les coffres
du gouvernement autochtone ou s’il s’agira d’une autre forme de
processus auquel il participera.
I do know this: We cannot continue to fund Aboriginal
people’s programs in the future on a social welfare policy
approach because then it is seen to be a burden upon the rest of
the Canadian population as opposed to being an entitlement to a
share of the resources or an entitlement to the way that
Aboriginal people govern themselves.
Voici ce que je sais : nous ne pouvons pas continuer à financer
les programmes autochtones dans l’avenir en adoptant une
approche fondée sur une politique d’aide sociale, puisque, de
cette manière, cela est perçu comme un fardeau pour le reste de la
population canadienne plutôt que comme un droit à une part des
ressources ou un droit de se gouverner à leur propre manière.
If you call it social programming or social welfare, then it is
social welfare. If you approach it and fund it as though it were a
social welfare program, then it is nothing more than a social
welfare program.
Si vous appelez cela des programmes sociaux ou une aide
sociale, alors c’est une aide sociale. Si vous le percevez et le
financez comme si c’était un programme d’aide sociale, alors c’est
rien d’autre qu’un programme d’aide sociale.
However, if Aboriginal governments are allowed to function as
any government is allowed to function on a proper sharing of
resources or sharing of tax revenue that comes from entitlement
to the resources that are being taxed, then the equation is a totally
different one and the view of them is a totally different view.
Cependant, si les gouvernements autochtones peuvent
fonctionner comme tout gouvernement peut fonctionner
relativement à la gestion d’une part équitable des ressources ou
d’une part équitable des recettes fiscales qui découlent d’un droit
aux ressources qui sont imposées, alors l’équation est entièrement
différente, de même que la perception qu’on a de tout ça.
I think the perception is more important than the actual
amount of money and how the money flows. It is the fact that the
approach being taken is a different kind of approach entirely.
Je crois que la perception est plus importante que le montant
d’argent réel et que la façon dont il est utilisé. C’est que
l’approche adoptée est entièrement différente.
I agree with you that resources are needed in order for
Aboriginal governments or Aboriginal leadership to be able to do
what is needed within their communities, but as long as they are
administering someone else’s social program, then they are not
leading or doing any leadership function, in my view. They are
Je suis d’accord avec vous pour dire qu’il faut des ressources
pour que les gouvernements autochtones ou que les chefs
autochtones puissent faire ce qui s’impose au sein de leurs
collectivités, mais tant et aussi longtemps qu’ils administrent le
programme social de quelqu’un d’autre, ils ne sont pas ceux qui
38:62
Aboriginal Peoples
5-6-2013
managing, which is a different thing; a manager is not necessarily
a leader. We need to recognize that the relationship needs to be
changed.
dirigent ou n’exercent pas une fonction de chef, selon moi. Ils
effectuent de la gestion, ce qui est différent. Un gestionnaire n’est
pas nécessairement un chef. Il faut reconnaître qu’il faut changer
la relation.
That is again why we say at the commission that we have to
look and should look carefully at the United Nations Declaration
on the Rights of Indigenous Peoples as the framework for
reconciliation, because within the declaration, there is a dialogue
and discussion about principles for the relationship between
indigenous peoples and sovereign entities that will define and put
on a better footing the relationship between those two very
distinct peoples.
C’est pourquoi, encore une fois, nous disons à la commission
qu’il faut que nous examinions, et que nous examinions
soigneusement, la Déclaration des Nations Unies sur les droits
des peuples autochtones afin de nous en servir comme cadre de la
réconciliation, car, dans la déclaration, il y a un dialogue et une
discussion sur les principes concernant la relation entre les peuples
autochtones et les entités souveraines qui permettra de définir et
d’asseoir sur des bases plus solides la relation entre ces deux
peuples très distincts.
We think understanding what that means is an important part
of the dialogue. Any legislative changes implemented, such as how
the Indian Act is approached or repealed and replaced by
something else, need to be done in consideration of the principles
that are at play in the United Nations declaration.
Nous croyons que le fait de comprendre ce que cela signifie
joue un rôle important dans le cadre du dialogue. Tout
changement apporté à la législation, comme la façon dont la
Loi sur les Indiens est abordée ou abrogée et remplacée par
quelque chose d’autre, doit être fait compte tenu des principes en
cause dans la Déclaration des Nations Unies.
Mr. Littlechild: I think that revenue-sharing is certainly one of
the considerations that need to be discussed not only to recognize
original ownership, but also to implement some of the treaties in
the right way. I say that because one of the fundamental
foundational principles was that those agreements were meant
to share. It was not us giving up everything. It was an agreement
to share not only the surface rights, but we also retained many
subsurface rights, including minerals. There are a lot of good legal
reasons and good legal international standards that could be
considered for application to ensure that there is indeed a sharing
of revenue.
M. Littlechild : Je pense que le partage des recettes est
certainement une des choses dont il faut discuter, non seulement
pour reconnaître le propriétaire d’origine, mais également pour
mettre en œuvre certains des traités de la bonne manière. Je dis
cela parce qu’un des principes essentiels et fondamentaux était
que ces ententes avaient pour but de défendre la notion de
partage. Il n’y était pas question que nous nous départissions de
tout. Il s’agissait d’une entente nous permettant non seulement de
partager les droits de surface, mais également de conserver bon
nombre de droits d’exploitation du sous-sol, y compris les
minéraux. Il y a beaucoup de bonnes raisons juridiques et de
bonnes normes juridiques internationales que l’on pourrait
envisager d’appliquer afin de s’assurer qu’il y a effectivement un
partage des recettes.
When you talk about closing the gap, if you look at the
education gap, we were told many times that it would take 28
years for indigenous children to catch up to non-indigenous
children in terms of high school graduation. When you look at
that gap and one of the ways to close it, of course it would be with
finances, but whose finances? If you look at it from that
perspective, the revenue-sharing possibility — I would not even
call it a possibility. I think we need to begin in a real way the
sharing of resources.
Lorsque vous parlez de combler l’écart, si vous examinez l’écart
en matière d’éducation, on nous a souvent dit qu’il faudrait 28 ans
aux enfants autochtones pour rattraper les enfants nonautochtones en ce qui concerne l’obtention de diplômes d’études
secondaires. Lorsque l’on examine cet écart, une des façons de le
combler serait, bien sûr, au moyen de l’argent, mais l’argent de
qui? Si vous examinez la question sous cet angle, la possibilité de
partager les recettes... je n’appellerais même pas cela une
possibilité. Je pense que nous devons véritablement commencer
le partage des ressources.
When I hear a figure like $600 billion worth of resources on
indigenous territories right now in Canada, then I think there
should be a willingness to look at that and ask the question,
‘‘How do we share that so everyone benefits?’’ Those are
discussions that are long overdue, I would say. We need to have
had those and we need to begin to have them now because if we
want to close the education gap and the economic gap, then I
think we have to be willing to share the resources.
Lorsque j’entends dire qu’il y a actuellement, au Canada, pour
600 milliards de dollars de ressources sur les territoires
autochtones, je pense alors qu’il devrait y avoir une volonté
d’examiner la situation et de poser la question : « Comment
devons-nous partager cela de sorte que tout le monde y trouve son
compte? » Ce sont des discussions que nous aurions dû avoir il y a
longtemps, je dirais. Il faut que nous les ayons eues et que nous
commencions à les avoir maintenant, car si nous voulons combler
l’écart en matière d’éducation et sur le plan économique, alors je
pense qu’il faut vouloir partager les ressources.
5-6-2013
Peuples autochtones
Senator Watt: Thank you.
38:63
Le sénateur Watt : Merci.
Senator Raine: Thank you very much. This has been just a
wonderful evening.
La sénatrice Raine : Merci beaucoup. Cela a tout simplement
été une merveilleuse soirée.
We did a study on Metis history recently, and in our travels we
came across people who were Metis, had gone to residential
schools and were not part of the reconciliation and the settlement.
Do you have any comments on that?
Nous avons récemment effectué une étude sur l’histoire
métisse, et, dans le cadre de nos voyages, nous avons rencontré
des gens qui étaient métis, qui avaient fréquenté les pensionnats et
qui ne prenaient pas part au processus de réconciliation et de
règlement. Avez-vous des commentaires à ce sujet?
Mr. Sinclair: Any Metis person who went to a residential
school that is listed in the agreement is entitled to compensation
for having gone to the school. Any Metis child who did not attend
a residential school that is listed in the agreement but who was
injured at one of those schools is entitled to compensation for the
injury. The agreement does include them to that extent.
M. Sinclair : Tout Métis qui a fréquenté un pensionnat qui
figure sur la liste dans l’entente est admissible à une compensation
pour y avoir été. Tout enfant métis qui n’a pas fréquenté un
pensionnat figurant sur la liste dans l’entente, mais qui a été blessé
à l’un de ces pensionnats, est admissible à une compensation pour
blessure. Dans cette mesure, l’entente les englobe.
Part of the problem is that there are quite a number of schools
that were run by Catholic entities in Western Canada in particular
— Ontario as well — that were residential schools in nature, that
were attended by Metis children because of their Catholic
background, and that are not included in the settlement
agreement. Therefore, they feel excluded both from the
settlement agreement itself — and they are in fact legally
excluded from the settlement agreement because the school is
not listed — but they also feel excluded from the apology, and
they feel excluded from having been considered as part of the
gestures of reconciliation with the apology issued by the Prime
Minister and the other leaders of Parliament in 2008.
Une partie du problème relève du fait qu’il y a un grand
nombre d’écoles qui étaient sous la houlette d’entités catholiques
dans l’Ouest du Canada en particulier — en Ontario également —
et qui étaient, de par leur nature, des pensionnats fréquentés par
des enfants métis en raison de leurs origines catholiques, et qui ne
sont pas incluses dans la Convention de règlement. Par
conséquent, ces enfants non seulement se sentent exclus de la
Convention de règlement en soi — et, en fait, sur le plan juridique,
ils en sont exclus puisque l’école ne figure pas sur la liste —, mais
ils ont également l’impression que les excuses ne leurs étaient pas
destinées et qu’ils n’étaient pas visés par les gestes de
réconciliation, y compris les excuses prononcées par le premier
ministre et les autres leaders parlementaires, en 2008.
There is a significant feeling of loss there, not only on the part
of the Metis who were excluded because of that issue around the
schools, but also on the part of First Nation students who went to
residential schools but did not reside there. We are talking about
the day students. In many cases, a residential school was actually
constructed in their community or in a community close by. They
went to that school during the day. They were treated the very
same way as the residential school students, but they got to go
home at night and were not in the residence. They may not have
been staying in a residence that was managed by the Department
of Indian Affairs. They may have been staying in another
residence that was managed only by the church, in which case
they are not included in the Residential Schools Settlement
Agreement. Therefore, they also feel excluded, and I suspect there
will be litigation around that issue as well as litigation on behalf of
the Metis students who attended the non-included schools as well.
Il y a là un important sentiment de perte, non seulement de la
part des Métis, qui ont été exclus en raison de la question des
pensionnats, mais également de la part des élèves des Premières
Nations, qui ont fréquenté les pensionnats, mais qui n’y
habitaient pas. Nous parlons des élèves de jour. Dans de
nombreux cas, le pensionnat était construit à l’intérieur de leur
collectivité ou dans une collectivité tout près. Ils s’y rendaient
pendant le jour. Ils étaient traités exactement de la même manière
que les élèves du pensionnat, mais ils pouvaient retourner chez
eux le soir et n’étaient pas dans la résidence. Il se pouvait qu’ils
n’habitent pas dans une résidence gérée par le ministère des
Affaires indiennes. Il se pouvait qu’ils habitent dans une autre
résidence, qui était gérée seulement par l’Église, auquel cas ils ne
sont pas inclus dans la Convention de règlement relative aux
pensionnats indiens. Ainsi, ils se sentent également exclus, et je
soupçonne qu’il y aura un litige entourant cette question, de
même qu’un litige au nom des élèves métis qui ont fréquenté les
écoles non incluses également.
What we have said as a commission is that though they are not
included in the settlement agreement, we will include them in our
dialogue on the issue of what occurred within the schools so they
can come forward and place on the record their experiences as day
students or as Metis students in the schools they attended. We will
also include them in our discussion around reconciliation, so
when we ask the question of what we can do to make things better
Ce que nous avons dit, en tant que commission, c’est que,
même s’ils ne sont pas inclus dans la Convention de règlement,
nous allons les inclure dans notre dialogue sur la question de ce
qui s’est passé dans les pensionnats de sorte qu’ils puissent se
présenter et faire enregistrer leur témoignage sur les expériences
qu’ils ont vécues en tant qu’élèves de jour ou qu’élèves métis dans
les écoles qu’ils ont fréquentées. Nous allons également les inclure
38:64
Aboriginal Peoples
5-6-2013
for the future for our grandchildren in this country, we can offer
them the opportunity to be included in those discussions and
dialogues.
dans notre discussion sur la réconciliation. Ainsi, lorsque nous
posons la question de savoir ce que nous pouvons faire pour
améliorer les choses dans l’avenir pour nos petits-enfants dans
notre pays, nous pourront leur donner l’occasion de participer à
ces discussions et dialogues.
I should point out, incidentally, that those were the not the
only groups that were excluded from the settlement agreement.
All of those who attended government-run schools in
Newfoundland and Labrador were also excluded from the
settlement agreement because of Newfoundland and Labrador’s
late entry into Confederation. None of the schools that were
established and run for Aboriginal students in Newfoundland and
Labrador are part of the settlement agreement.
Je dois dire, en passant, que ce ne sont pas les seuls groupes qui
ont été exclus de la Convention de règlement. Tous ceux qui ont
fréquenté des écoles dirigées par le gouvernement à Terre-Neuveet-Labrador ont également été exclus de la Convention de
règlement en raison de l’entrée tardive de cette province dans la
Confédération. Aucune des écoles qui ont été établies et exploitées
aux fins des élèves autochtones à Terre-Neuve-et-Labrador n’est
incluse dans la Convention de règlement.
There are quite a number of Aboriginal people who are
excluded from the settlement agreement, and that, in our view,
creates a challenge to reconciliation in this country because as
long as they feel excluded, they feel they should not participate or
they decline to participate or they do not feel included in the
dialogue around reconciliation. What we have said, going back to
our first year of existence, as long as such a large population of
Aboriginal people are excluded from the settlement agreement
and excluded from both the compensation process as well as the
recognition of their experience, reconciliation will be a hard thing
to achieve in this country.
Il y a un nombre considérable d’Autochtones qui sont exclus de
la Convention de règlement, et cela, à notre avis, crée un obstacle
à la réconciliation dans notre pays, car tant et aussi longtemps
qu’ils se sentent exclus, ils estiment qu’ils ne devraient pas
participer au dialogue sur la réconciliation, ou ils refusent de le
faire, ou ils ne se sentent pas concernés. Ce que nous avons dit,
pour revenir à notre première année d’existence, c’est que tant
qu’une population aussi importante d’Autochtones est exclue de
la Convention de règlement ainsi que du processus de
compensation et que l’on ne reconnaît pas ce qu’ils ont vécu, la
réconciliation sera une chose difficile à réaliser dans notre pays.
Senator Raine: It is a challenge.
La sénatrice Raine : C’est un défi.
Mr. Sinclair: Very much so.
M. Sinclair : Tout à fait.
Senator Raine: Thank you very much.
La sénatrice Raine : Merci beaucoup.
The Chair: I want to thank you both very much. I know how
hard the commission has worked, and I echo Senator Raine’s
suggestion that if anyone here has a chance to attend either
Vancouver or Edmonton, they should. It was quite heartwarming.
When I was in Winnipeg, I think 2,700 people were in the room. It
was a special moment for me.
Le président : Je tiens à vous remercier tous les deux. Je sais à
quel point la commission a travaillé dur, et je veux me faire l’écho
de la sénatrice Raine, qui a laissé entendre que, si quelqu’un a
l’occasion d’assister à l’événement de Vancouver ou d’Edmonton,
il devrait y aller. C’était assez touchant. Lorsque j’étais à
Winnipeg, je pense qu’il y avait 2 700 personnes dans la salle.
Ce fut été un moment spécial pour moi.
Thank you for being here tonight and thank you very much for
your comments.
Merci d’être ici ce soir et merci beaucoup de vos commentaires.
(The committee adjourned.)
(La séance est levée.)
Cover artwork by students Amber Gordon, Alesian Larocque and Destiny Auger
Ce document est disponible en français.
Available on the Parliamentary Internet:
www.parl.gc.ca
(Committee Business — Senate — 41st Parliament, 1st Session)
This report and the Committee proceedings are available online at
www.sen.parl.gc.ca
Hard copies of this document are also available by
contacting the Senate Committees Directorate at
613-990-0088 or at ABORIG-AUTOCH@sen.parl.gc.ca
Table of Contents
Membership ................................................................................................................................................................... ii
Order of reference ......................................................................................................................................................... iii
Introduction ................................................................................................................................................................... 1
Background: Aspects of Métis identity ......................................................................................................................... 5
A.
Historical Aspects ............................................................................................................................................. 5
B.
Legal Aspects .................................................................................................................................................... 8
C.
Political Aspects.............................................................................................................................................. 11
D.
Cultural Aspects .............................................................................................................................................. 14
What the committee heard: perspectives on Métis identity ........................................................................................ 16
A.
Identity and Definition .................................................................................................................................... 17
B.
Registration and Statistical Information ......................................................................................................... 31
C.
History and Genealogy.................................................................................................................................... 41
D.
Relations between Canada and the Métis........................................................................................................ 45
Observations and recommendations ........................................................................................................................... 52
A.
Identity and Definition .................................................................................................................................... 52
B.
Registration and Statistical Information ......................................................................................................... 54
Concluding remarks .................................................................................................................................................... 62
Appendix I – Community profiles: expressions of Métis identity .............................................................................. 63
A.
Saint Laurent, Manitoba: Culture and Identity ............................................................................................... 63
B.
Cross Lake, Manitoba: Individual and Collective Identities ........................................................................... 65
C.
Duck Lake and Batoche, Saskatchewan: Historic and Contemporary Communities ..................................... 66
D.
Ile-a-la-Crosse, Saskatchewan: Education and Identity .................................................................................. 68
E.
Buffalo Lake, Alberta: The Métis Settlements ............................................................................................... 70
F.
Kelowna, British Columbia: Rediscovering Identity ...................................................................................... 71
G.
Northwest Territories: Métis North of 60 ....................................................................................................... 73
Appendix II – Witnesses ............................................................................................................................................. 75
i
MEMBERSHIP
THE STANDING SENATE COMMITTEE ON ABORIGINAL PEOPLES
41th Parliament, 1st Session
(June 2, 2011 - )
The Honourable Vernon White
Chair
The Honourable Lillian Eva Dyck
Deputy Chair
and
The Honourable Senators:
Lynn Beyak
*James S. Cowan (or Claudette Tardif)
Jacques Demers
*Marjory LeBreton, P.C. (or Claude Carignan)
Sandra Lovelace Nicholas
Jim Munson
Dennis Glen Patterson
Nancy Greene Raine
Asha Seth
Nick G. Sibbeston
Scott Tannas
Charlie Watt
*Ex officio members
Other Senators who have participated in this study:
The Honourable Senators Salma Ataullahjan, Patrick Brazeau, Larry W. Campbell, Jane Cordy,
Linda Frum, Leo Housakos, Yonah Martin, Don Meredith, Gerry St. Germain, P.C. and
John D. Wallace
Committee Clerk:
Marcy Zlotnick
Analyst from the Parliamentary Information and
Research Service of the Library of Parliament:
Shauna Troniak
ii
ORDER OF REFERENCE
Extract from the Journals of the Senate of Wednesday, March 28, 2012:
The Honourable Senator St. Germain, P.C., moved, seconded by the Honourable Senator
MacDonald:
That the Standing Senate Committee on Aboriginal Peoples be authorized to examine and
report on the evolving legal and political recognition of the collective identity and rights of the
Métis in Canada, and, in particular on,
(a) the definition, enumeration, and registration of the Métis;
(b) the availability and accessibility of federal programs and services for the Métis;
(c) the implementation of Métis Aboriginal rights, including those that may be related to
lands and harvesting.
That the Committee submit its final report no later than June 30, 2013, and that the
Committee retain all powers necessary to publicize its findings until 180 days after the tabling of
the final report.
After debate,
The question being put on the motion, it was adopted.
Gary W. O’Brien
Clerk of the Senate
iii
INTRODUCTION
This study concerns the recognition of the Métis as one of Canada’s Aboriginal peoples.
The subject matter of this study, while simply stated, is complex and may be open to
misinterpretation. Before further outlining the scope and objectives of this study, it may be
helpful to clearly state what this study is not about.
This study does not purport to define who the Métis are as an Aboriginal people. The
committee acknowledges that the identity of Canada’s Aboriginal peoples is a matter for peoples
themselves to determine.
However, the committee is of the view that the issue of Métis identity must be openly
discussed and better understood by the federal government and Canadians at large. Such an
understanding is necessary in order to establish and maintain appropriate relations between the
Métis and the federal government. This study is therefore aimed at initiating a constructive
public discussion on the identity of the Métis and their recognition by the federal government for
legal and policy purposes.
To be sure, the Métis have attained recognition as an Aboriginal people in the past few
decades under the Canadian Constitution and the common law. Key among these developments
was the inclusion of the Métis as one of the “aboriginal peoples of Canada” in section 35 of the
Constitution Act, 1982.1 In 2003, the Supreme Court of Canada in R. v. Powley recognized that
the Métis have “full status as distinctive rights-bearing peoples” and established criteria to
determine Métis Aboriginal rights under section 35.2
Despite these important legal developments, the questions of precisely who the Métis are
and how they may be identified for various purposes have never been comprehensively
1
Department of Justice, Constitution Acts, 1867 to 1982.
2
R. v. Powley, 2003 SCC 43.
1
addressed. These questions become more urgent to address as the Métis continue to organize
politically and assert their constitutional rights.
At the same time, the number of Métis is rising across Canada. Statistics Canada notes
that, between 1996 and 2006, the population of Canadians who self-identify as Métis nearly
doubled to approximately 390,000. By 2031, the agency estimates that the population of selfidentifying Métis could increase to between 500,000 and 850,000.3
It is in this context that the committee undertook this study. Beginning in March 2012,
the committee heard from a variety of stakeholders across Canada, at formal hearings in Ottawa
and other urban centres, as well as at many informal meetings in locations across Western
Canada and the Northwest Territories.4
The committee was privileged to hear and learn from Métis witnesses about their
histories, cultures, and experiences within contemporary Métis communities. The evidence heard
was extremely interesting, valuable, and often eye-opening, as issues relating to Métis identity
are not generally well understood outside of these communities. The following report will
survey, though not attempt to fully address, the range of important social, political and legal
issues raised by witnesses in the course of this study. This approach is consistent with the study’s
main objective, which, as stated above, is to generate further constructive dialogue on the
identity and recognition of the Métis.
Before moving into the substance of this report, this committee wishes to emphasize three
general points to help frame the discussion to follow.
3
Statistics Canada, Population Projections by Aboriginal Identity, 2006 to 2031, p. 26.
4
Brief profiles of the Métis communities in these locations also appear in Appendix I.
2
The first point relates to the fundamental importance of identity, and the recognition of
that identity, to individual well-being and group cohesion. 5 Identity is fundamental to how
people view themselves, their communities, and the world at large. Before moving into a broader
discussion of Métis identity, the committee wishes to acknowledge that this subject matter holds
extremely important cultural and personal significance for many people.
Secondly, self-identifying Métis across Canada are diverse in terms of their historic roots
and cultural connections. In the course of this study, the committee heard from Métis individuals
and communities in many different parts of the country, with many different reasons for why
they identify as Métis. The approach of this committee was not to question claims as to
individual or community identities, but rather to listen and to gather perspectives into an overall
picture of self-identifying Métis across Canada.
Thirdly, questions of identity are closely related to, though different from, questions of
identification for legal or policy purposes. Identity, as noted above, is a matter for peoples
themselves to determine. This study is concerned with the legal and political recognition of the
Métis, which necessitates a practical discussion of issues relating to group definitions,
membership criteria, and other means of identification. The main problem that this study will
seek to address is how to combine these two needs – to self-identify and to identify for legal and
policy purposes – practically and appropriately.
The title of this report provides some guidance as to how to approach this problem. The
phrase “the people who own themselves” is translated from the Cree word otipemisiwak, which
some say was used historically to describe the Métis.6 As will be revisited later in this report,
this concept, which stresses the freedom of the Métis people, has been noted and used by some
5
“Métis identity” in this report refers more generally to the concept of “ethnic identity.” Ethnic identity includes an
individual’s sense of belonging to a group or community and the behaviours and practices associated with one’s
belonging to that community. See James Frideres, “Aboriginal Identity in the Canadian Context,” The Canadian
Journal of Native Studies, XXVIII, 2(2008):313-342, and Sebastien Grammond and Lynne Groulx, “’Finding’ Metis
Communities,” The Canadian Journal of Native Studies, 1 (2012), pp. 33-48.
6
The word has also been translated as “the free people” or “those who command themselves.” See Diane
Payment, The Free People – Otipemisiwak: Batoche, Saskatchewan, 1870 – 1930 (Ottawa: National Historic
Parks and Sites, 1990), and Peter Bakker, A Language of Our Own: The Genesis of Michif, the Mixed CreeFrench Language of the Canadian Metis (Cary, North Carolina: Oxford University Press, 1997), pp. 64-65.
3
Métis in reference to themselves. Métis people were recognized by others and have seen
themselves appropriately reflected in the phrase “the people who own themselves.”
This report is organized into three parts. The first part provides brief background
information relevant to a legal and policy discussion of Métis identity. The next section
summarizes the evidence heard within four general themes: Identity and Definition; Registration
and Statistical Information; History and Genealogy; and Relations between Canada and the
Métis. The final section highlights the committee’s key observations and recommendations to the
federal government in relation to these issues.
4
BACKGROUND: ASPECTS OF MÉTIS IDENTITY
The question of Métis identity is very complex and, as noted previously, not within the
mandate of this committee to answer. Still, a general understanding of the issues affecting
modern Métis identity is an essential precursor to understanding how the Métis may be
appropriately recognized as one of Canada’s Aboriginal peoples.
This question includes complex historical, political, cultural and legal dimensions. For
many Métis individuals and communities, their sense of identity is influenced by a combination
of these key factors. The following section therefore surveys the issues surrounding these key
factors, in order to provide relevant background information and to contextualize the discussion
presented in the next section of this report.
A.
Historical Aspects
Since the 17th century, several populations of mixed Aboriginal and European ancestry
have formed along the routes of the Northwest fur trade. It is not definitively known, however,
exactly where and when these populations began to perceive themselves as a people separate
from their Aboriginal and European forebears.
The written record of the fur trade from the early 19th century, includes references to
distinctive mixed-ancestry peoples by terms, often with pejorative connotations, such as métis,
halfbreed, country-born and bois brûlés (“burnt wood”). Some mixed-ancestry people were
historically referred to as otipemisiwak, which in Cree meant “the free people” or "the people
who own themselves."
Much of the written history of the Métis focuses on the people who emerged at the Red
River Settlement, in and around the present-day city of Winnipeg, in the early 19th century. At
this time and place, mixed-ancestry populations began to identify collectively as “métis” and as a
“nation” with rights in relation to lands and self-government. Between 1815 and 1885, the Métis
rose up in arms several times to resist the fur trade policies of the Hudson’s Bay Company and
5
later the land settlement policies of the Canadian government, which the Métis perceived to
threaten their existence as a people.
Following the Red River Rebellion of 1869-70, the Métis, led by Louis Riel, took part in
the negotiation of the Manitoba Act, 18707 that brought the province into Confederation. The act
contained provisions for a land base and political autonomy for the Métis at Red River, including
a 1.4 million acre land grant to the children of the Métis, to be distributed through “scrip”
(certificates or vouchers redeemable for land or for money that could be used to purchase land).8
However, the Manitoba Act largely failed to resolve the tensions underlying the Red River
Rebellion, and in fact contributed to the creation of new disputes between Canada and the
Métis.9
In the 1870s, many Red River Métis moved to areas within present-day Saskatchewan
and Alberta, where they joined or established new Métis communities. In these areas, the federal
government attempted to settle Métis land claims through the Dominion Lands Act, 1879, which
provided for land "... to satisfy any claims existing in connection with the extinguishment of the
Indian title, preferred by half-breeds resident in the North-West Territories, outside the limits of
Manitoba..."
10
In 1885, the Macdonald government established the first scrip commission,
known as the “North-West Half-Breed Scrip Commission,” to review and settle Métis land
claims in the historic North-West Territories.
Manitoba Act, 1870, R.S.C. 1985, App. II, No. 8. The Act was enacted by the Parliament of Canada in 1870, and
given constitutional status by the British Parliament in the Constitution Act, 1871.
7
8
For more information on the Métis scrip system, see Library and Archives Canada, Métis Scrip Records.
9
The Supreme Court of Canada recently released a decision regarding the federal government’s obligations
surrounding the land grants to Métis promised in the Manitoba Act. The majority concluded that section 31 of the
Manitoba Act “constitutes a constitutional obligation to the Métis people of Manitoba, an Aboriginal people, to
provide the Métis children with allotments of land.” Section 31 created a “solemn constitutional obligation” toward
the Métis that engaged the honour of the Crown and thus “required the government to act with diligence in pursuit
of the fulfillment of the promise.” Finally, the Court held that “the Métis are entitled to a declaration that Canada
failed to implement s. 31 as required by the honour of the Crown.” Manitoba Métis Federation Inc. v. Canada
(Attorney General), 2013 SCC 14, para. 9.
See Dominion Lands Act, 42 Vic., c. 31, 1879, amending 35 Vic., c. 23, 1872; and Library and Archives Canada,
Métis Scrip Records: North-West Half-Breed Commissions.
10
6
However, such efforts again did not resolve tensions, and armed conflict between the
Canadian government and the Métis, led by Gabriel Dumont and Louis Riel, broke out at Duck
Lake in March 1885. Following subsequent battles, the Northwest Rebellion ended with the trial
and execution of Louis Riel on 16 November 1885.
Today, Louis Riel and the other leaders of the Red River and Northwest Rebellions are
widely regarded as important defenders of Métis rights and ways of life. The events surrounding
the struggles of the Red River Métis are important chapters in Canadian history, and are
remembered for the significant role they had in the development of a Métis people and the
expansion of Canada’s Confederation.11
The histories of other mixed-ancestry populations in other parts of Canada are perhaps
not as well remembered or popularly recounted as that of the Red River Métis. Many of these
populations pre-date the Red River Métis, such as those who emerged from the early 18th century
in the Great Lakes region of Ontario.12 Other mixed-ancestry populations were instrumental to
the expansion of the fur trade west of the Rocky Mountains. 13 The history of mixed-ancestry
people in the North has been traced to the end of the 18th century, with the establishment of fur
trade posts around Great Slave Lake.14
In the 20th century, and in particular following the constitutional recognition of the Métis
in 1982, several communities with shared identities based on their mixed ancestry began to
11
For more on the history of the Red River Métis and its leaders including Louis Riel and Gabriel Dumont, see
generally Donald Purich, The Métis (Toronto: Lorimer and Company, 1988), Patrick Douaud, ed., The Western
Métis: Profile of a People (Regina: University of Regina, 2007), and Louis Riel, The Collected Writings of Louis
Riel, Vol. 1-4 (Edmonton: University of Alberta Press, 1985).
12
See Jacqueline Peterson, “Many Roads to Red River: Métis Genesis in the Great Lakes Region, 1680-1815” in
Jacqueline Peterson and Jennifer S.H. Brown, eds., The New Peoples: Being and Becoming Métis in North America
(Winnipeg: University of Manitoba Press, 1985, pp. 37-72, and Patsy Lou Wilson MacArthur, “’Where the White
Dove Flew Up’: The Saguingue Métis Community and the Fur Trade at Southampton on Lake Huron” in Ute
Lischke and David T. McNab, eds., The Long Journey of a Forgotten People: Métis Identities and Family Histories,
pp. 329-348.
13
See Jean Barman, “At the Edge of Law’s Empire: Aboriginal Interraciality, Citizenship, and the Law in British
Columbia” 24 Windsor Yearbook of Access to Justice 3 (2006), and George Goulet and Terry Goulet, The Métis in
British Columbia: From Fur Trade Outposts to Colony (Calgary: published by the author, 2008).
Stephanie Irlbacher-Fox and the Fort Providence Métis Council, Since 1921: The Relationship between Dehcho
Métis and Canada (Fort Providence Métis Council, 2007).
14
7
describe themselves as Métis. As will be explored later in this report, these include communities
located across Atlantic Canada and Quebec. However, disagreement among self-identifying
Métis continues over whether it is appropriate to apply the term to any mixed-ancestry
populations outside Western Canada that are not ancestrally connected to the people of the
Northwest fur trade.
This disagreement is rooted in complex historical, cultural and political factors and will
be surveyed, but not be resolved, in the course of this study. At this juncture, the committee
observes that an important point of disagreement relates to whether the Métis emerged as a
people solely from this historic fur trade, or whether Métis identities may continue to form in the
contemporary era.15
B.
Legal Aspects
PART II: RIGHTS OF THE ABORIGINAL PEOPLES OF
CANADA
Recognition of existing aboriginal and treaty rights
35. (1) The existing aboriginal and treaty rights of the aboriginal
peoples of Canada are hereby recognized and affirmed.
Definition of “aboriginal peoples of Canada”
(2) In this Act, “aboriginal peoples of Canada” includes the
Indian, Inuit and Métis peoples of Canada.
The Métis are named, along with Indian and Inuit peoples, as one of the “aboriginal
peoples of Canada” in section 35(2) of the Constitution Act, 1982.16 In a recent Federal Court
decision,17 the Métis were declared to be “Indians” within the meaning of section 91(24) of the
15
The process by which new ethnic groups form is generally referred to as “ethnogenesis.” For more on
ethnogenesis in the Métis context, see generally Jacqueline Peterson and Jennifer S.H. Brown, eds., The New
Peoples: Being and Becoming Métis in North America (Winnipeg: University of Manitoba Press, 1985).
16
Part II of the Constitution Act, 1982, being Schedule B to the Canada Act 1982 (U.K.), 1982, c. 11.
17
Daniels v. Canada, 2013 FC 6.
8
Constitution Act, 1867, and are therefore under federal jurisdiction 18 The Métis are thus
recognized under the Constitution of Canada, though the full effect of this recognition is largely
determined through related legal and policy developments.
In R. v. Powley, the Supreme Court of Canada recognized that the Métis have “full status
as distinctive rights-bearing peoples” and set out an analytical framework for the recognition of
Métis Aboriginal rights under section 35 of the Constitution Act, 1982. As part of this
framework, the Supreme Court articulated three broad indicia of Métis identity for the purpose of
claiming Métis rights under section 35: self-identification as Métis; ancestral connection to a
historic Métis community; and acceptance by the contemporary manifestation of that historic
community.19 The Court further observed that:
[t]he term Métis in s. 35 does not encompass all individuals with
mixed Indian and European heritage; rather, it refers to distinctive
peoples who, in addition to their mixed ancestry, developed their own
customs, ways of life, and recognizable group identity separate from
their Indian or Inuit and European forebears.20
The Court stated that the above three criteria were not intended as a definition of Métis
for section 35 purposes, but rather indicated the “important components of a future definition.”
The meaning of “Métis” in section 35 therefore remains to be determined.
No federal legislation defines the term “Métis.”
Given various developments in
Aboriginal law and policy, including an emerging right of self-determination in international
law,21 some have argued that defining “Métis” is not a matter for the courts or legislators to
18
This decision was appealed to the Federal Court of Appeal on 6 February 2013.
19
R. v. Powley, 2003 SCC 43, paras. 30-34.
20
Ibid., para. 10.
See for example United Nations Declaration on the Rights of Indigenous Peoples, A/61/L.67/Annex (12
September 2007).
21
9
unilaterally determine.22 Indeed, under federal legislation only registered (status) “Indians” are
defined under the Indian Act, a statute initially enacted in 1876.23
While the Indian Act does not set out a definition of Métis, many Métis were affected by
the 1985 amendments to the status provisions of the act (commonly referred to as Bill C-31).
These amendments were intended to restore status and related rights to women who had lost their
status under gender-based discriminatory provisions in the Indian Act. 24 In some cases,
individuals who had lost Indians status because of these provisions began to identify themselves
as Métis, and applied to be reinstated after Bill C-31 came into effect. In other cases, many
people who had long identified as Métis became eligible to register as Indians under the Indian
Act.
Métis is defined under one piece of provincial legislation. The Alberta Métis Settlements
Act, which sets out in part the legal framework governing the eight Métis settlements in Alberta,
generally defines “Métis” as “a person of aboriginal ancestry who identifies with Metis history
and culture.” The Métis Settlements Act also sets out the membership criteria for the Settlements;
these criteria generally prohibit an individual registered under the Indian Act or an Inuit land
claims agreement from gaining membership in the Métis settlements.25
The membership provisions of the Alberta Métis Settlements Act were recently upheld by
the Supreme Court of Canada. In Alberta v. Cunningham, it was argued that the provision
excluding Métis who are also status Indians violated the guarantee of equality under section 15
of the Charter of Rights and Freedoms. However, the Supreme Court upheld the provision under
an exception in the Charter that allows “ameliorative programs” to confer benefits on one
22
See for example Paul L.A.H. Chartrand, “Defining the ‘Métis’ in Canada: A Principled Approach to CrownAboriginal Relations” in Frederica Wilson and Melanie Mallet, eds., Métis-Crown Relations: Rights, Identity,
Jurisdiction, and Governance (Toronto: Irwin Law, 2008), pp. 27-70, and Larry Chartrand, Métis Identity and
Citizenship, Vol. 12, No. 5, Windsor Review of Legal and Social Issues (2001), pp. 5-54.
23
Indian Act, R.S.C., 1985, c. I-5, sections 2 and 6.
For a primer on the status-related amendments to the Indian Act up to 2003, see Megan Furi and Jill Wherrett,
Indian Status and Band Membership Issues, BP-410E, Parliamentary Information and Research Service, Library of
Parliament, Ottawa, February 1996 (Revised February 2003).
24
25
Métis Settlements Act, R.S.A. 2000, c. M-14.
10
targeted group that are not conferred on others in some circumstances. According to the Court,
the benefit conferred by the Alberta Métis Settlements was “the enhancement and preservation of
the identity, culture and self-governance of the Métis through the establishment of a Métis land
base.”26
C.
Political Aspects
Two main organizations – the Congress of Aboriginal Peoples (CAP) and the Métis
National Council (MNC) – state that they represent the Métis in their relations with the federal
government. Each organization has a different approach to defining its Métis constituency and
membership.
The CAP, founded in 1971 as the Native Council of Canada (NCC), states that it
represents all “off-reserve Indian, Inuit, and Metis people” in Canada. It defines its constituency
largely in terms of their location off-reserve and/or exclusion from recognition under the Indian
Act, band membership provisions, comprehensive land claims agreements, or various Aboriginal
organizations. It does not advance a definition of Métis, but states that the term includes
“distinctive mixed-blood population[s]”across Canada.27
This broad view of Métis follows the approach of the late Harry Daniels, a past president
of the NCC and key figure in the constitutional talks leading up to the inclusion of the Métis in
section 35 of the Constitution Act, 1982. Mr. Daniels argued for an inclusive concept of Métis
that recognized individuals and communities across Canada that self-identified as Métis.28
The MNC was created in 1983 by the leaders of the three prairie-based organizations of
the NCC just prior to the initial First Ministers' Conference on Aboriginal Constitutional Matters.
The MNC states that it broke off from the NCC at that time because “[i]ts pan-Aboriginal
approach to issues did not allow the Métis Nation to effectively represent itself.”29
26
Alberta (Aboriginal Affairs and Northern Development) v. Cunningham, 2011 SCC 37.
27
Congress of Aboriginal Peoples, CAP Constituency.
28
See for example the Report of the Royal Commission on Aboriginal Peoples, 1996. Volume 4 Perspectives and
Realities. Chapter 5 – Métis Perspectives. Appendix 5F: Correspondence Concerning the Métis of Labrador.
29
Métis National Council, What is the MNC?
11
As suggested in the previous statement, the MNC’s view is that it represents a nation with
a common history and ancestry. In particular, the MNC states that the Métis Nation is made up
of descendants from distinctive mixed-ancestry fur trade communities that emerged in “west
central North America” during the 18th and 19th centuries.30
The MNC adopted the following definition of “Métis” in 2002:
“Métis” means a person who self-identifies as Métis, is distinct from
other Aboriginal peoples, is of historic Métis Nation Ancestry31 and
who is accepted by the Métis Nation.32
In order to be accepted as members (or “citizens”) of the Métis Nation, self-identifying
Métis residing in the five provinces where the MNC is active – Ontario, Manitoba,
Saskatchewan, Alberta and British Columbia – must meet the above definition and provide any
documentation required by the relevant provincial organization to prove their ancestry.33
Aboriginal Affairs and Northern Development Canada (AANDC) maintains relations
with the Métis through its Métis and Non-Status Indian Relations Directorate (previously the
Office of the Federal Interlocutor for Métis and Non-Status Indians). The office was first
established in 1985 during the Aboriginal Constitutional Conferences as a centralized
bureaucracy to deal with Métis and non-status Indian issues. 34 AANDC has pursued bilateral
discussions with the CAP and the MNC on various issues. For the CAP, these discussions are
framed by an accord signed in 2005; for the MNC, discussions are framed by the Métis Nation
30
Métis National Council, The Métis Nation.
31 The “Historic Métis Nation” is understood as having emerged during the fur trade and as being geographically
bounded within an area encompassing the three Prairie Provinces (Manitoba, Saskatchewan and Alberta) and parts
of Ontario, British Columbia and the northern United States.
32
See Métis National Council, Citizenship.
33
The five provincial organizations of the MNC are: Métis Nation of Ontario, Manitoba Metis Federation, Métis
Nation of Saskatchewan, Métis Nation Alberta, and Métis Nation British Columbia.
34
Aboriginal Affairs and Northern Development Canada, Bilateral Relationships.
12
Protocol, signed in 2008. The documents highlight a range of matters for discussion, including
governance, education and economic development.35
Federal policy does not define who a Métis person is and the federal government does not
maintain a Métis registry. Neither the accord with CAP nor the Métis Nation Protocol expressly
deals with identification or membership issues. However, AANDC reports that it is working with
the MNC and its five provincial organizations to develop registries of their members. According
to AANDC, the development of these registries is required to comply with the Supreme Court’s
direction in Powley to identify those Métis who may claim section 35 harvesting rights.36
North of 60, relations between the federal government and the Métis primarily involve
land and self-government claims. Métis are included as beneficiaries under three comprehensive
land claims agreements in the Northwest Territories,37 while other Métis groups are involved in
ongoing claims negotiations.38 Beneficiaries under these agreements are generally defined by
their familial connections to Aboriginal persons who resided within the claim area prior to 1921,
the year Treaty 11 was signed with the Dene.39
See Accord on Cooperative Policy Development between the Congress of Aboriginal Peoples and the Government
of Canada (2005) and Métis Nation Protocol (2008).
35
36
With regard to membership in Métis communities, the Supreme Court stated: “it is imperative that membership
requirements become more standardized so that legitimate rights-holders can be identified.” The Court further noted
the need for such processes of identification to be “objectively verifiable.” See R. v. Powley, para. 29, and
Aboriginal Affairs and Northern Development Canada, 2010–2011 Departmental Performance Report, p. 82.
These are: the Gwich’in Comprehensive Land Claim Agreement (effective 1992); the Sahtu Dene and Metis
Comprehensive Land Claim Agreement (1994); and the Tlicho Land Claims and Self Government Agreement (2005).
37
38
For example, the Northwest Territory Métis Nation (formerly the South Slave Métis Tribal Council) is negotiating
a land and self-government claim on behalf of the Métis of Hay River, Fort Resolution and Fort Smith, NWT. See
Northwest Territory Métis Nation, Home.
For example, the Gwich’in Comprehensive Land Claim Agreement defines “Gwich’in” as a someone of Gwichi’in
(Loucheux) ancestry who resided in the Gwich’in territory prior to 1921, or was adopted by such a person (and the
adoptee’s descendants) (Section 4.1.1).
39
13
D.
Cultural Aspects
Culture is an important factor affecting the legal and political recognition of the Métis in
Canada. For example, the 1996 Report of the Royal Commission on Aboriginal Peoples stated:
Many Canadians have mixed Aboriginal/non-Aboriginal ancestry, but
that does not make them Métis or even Aboriginal … What
distinguishes Métis people from everyone else is that they associate
themselves with a culture that is distinctly Métis.40
Similarly, in Powley, the Supreme Court stated that the purpose of section 35 vis-à-vis
the Métis “is to protect practices that were historically important features of these distinctive
communities and that persist in the present day as integral elements of their Métis culture.” 41
In the fur trade era, the culture of the Métis was informed by their Aboriginal and
European ancestors, often blending the two traditions into a culture that was uniquely Métis. For
example, many mixed-ancestry fur trade communities across Canada developed their own
languages, including Michif (a regionally varied blend of French and various Aboriginal
languages including Cree and Dene) and Bungi (a blend of Cree, Ojibwe and English). Other
cultural characteristics associated with this fur trade era culture include the arrow sash (ceinture
flêchée), along with traditional forms of fiddle music, jigs and square dances. Other important
aspects of traditional Métis culture, and those to which the Supreme Court primarily refers in
Powley, are harvesting practices including hunting, trapping, and gathering.
These general descriptions should not, however, obscure the diversity of Métis traditional
culture. With origins among many Aboriginal peoples and successive waves of French and
British traders, cultural variations among the Métis developed by region or community, or over
time. Not all Métis hunted, for example, or wore the sash, or spoke an Aboriginal language. Not
all participated in the fur trade. Some were merchants or businessmen, politicians, fishers or
farmers. Many continually blended and adapted aspects of their Aboriginal and European
40
Report of the Royal Commission on Aboriginal Peoples, 1996. Volume 4 Perspectives and Realities. Chapter 5 –
Métis Perspectives.
41
R. v. Powley, 2003 SCC 43, para. 13.
14
cultures into the local Métis culture. Over time, these diverse cultural characteristics, drawn from
a number of traditions, were incorporated into diverse Métis individual and collective identities.
Many aspects of Métis culture have been preserved and are practiced today. Many Métis,
for example, continue to harvest resources in traditional ways. Cultural and educational
institutions, such as the Gabriel Dumont Institute in Saskatchewan, preserve valuable material
culture and offer educational resources on Métis culture and language. Cultural events and
festivals, including the Métis Nation of Saskatchewan’s annual Back to Batoche Days, play an
important role in preserving the Métis traditional culture and strengthening the contemporary
community.
Many Métis have also lost their cultural connections through the generations. The reasons
for this are complex and include the effects of racism and discrimination, residential schools,
social dislocation, and political marginalization. Although these issues persist, the stigma
associated with being Métis has receded in the present generation, and particularly following the
recognition of the Métis under section 35 of the Constitution Act, 1982. Many descendants of
those who denied their Aboriginal ancestry have since re-discovered their ancestral connections,
and are now defining for themselves the nature of their connection to their Métis culture.
15
WHAT THE COMMITTEE HEARD: PERSPECTIVES ON MÉTIS
IDENTITY
This study is broadly about Canada’s recognition of the Métis. Though the Métis were
formally recognized as an Aboriginal people under section 35 of the Constitution Act, 1982,
there has since been no comprehensive effort to discuss the meaning of this recognition in
practical terms. This study is therefore intended to contribute in a preliminary way to a necessary
public dialogue with Canada’s Métis people on these issues.
In the course of this study, the committee heard evidence directly tied to the legal and
political recognition of the Métis as well as more broadly related to the history and experiences
of the Métis in Canada. The committee welcomed all evidence relating to collective and personal
histories that was offered, particularly as this study presented the first opportunity for many to
engage in dialogue on Métis identity at the federal level. Though not all contained in this report,
much of this evidence forms part of the official record of this study. In addition, several Métis
groups and communities visited by the committee during its fact-finding mission across Western
Canada and the Northwest Territories are profiled in the appendix to this report. All evidence
heard by the committee provided important insight into the ways in which individuals and
communities identify themselves as Métis.
By discussing and clarifying some of the complex issues surrounding contemporary
Métis identity, the committee hopes that this study will contribute to the development of concrete
federal actions to engage and recognize the Métis as one of Canada’s Aboriginal peoples. To this
end, this report will highlight the evidence heard in the course of this study within four general
themes: Identity and Definition; Registration and Statistical Information; History and Genealogy;
and Relations between Canada and the Métis. Recommendations to the federal government in
relation to the issues surveyed within these themes are presented in the next section of this
report.
16
A.
Identity and Definition
Métis identity is a complex, multifaceted concept. As noted in the
previous section of this report, it is a question that includes important
historical, legal, political and cultural dimensions.
Identifying the Métis for various purposes is a separate, but related,
issue. Definitions allow for the identification of a particular group for a
particular purpose (e.g. claiming harvesting rights) and can be applied
through membership criteria and other means of identification.
Therefore, “identity” involves expressions of who individuals and
“You do not
see me with
the
headdress …
or drums.
You see me
with a fiddle
and a guitar.
That is who
we are.”
– Lyle
Letendre
groups understand themselves to be, while “definitions” indicate who these groups are formally
recognized to be, either by the group itself or by others.
While issues surrounding Métis identity and definition cannot be fully explored in this
report, some important points have been drawn out from the testimony heard in the course of this
study. Views surrounding Métis identity and definition differed broadly among the regions of
Western and Central Canada, Eastern Canada, and the North. The following surveys these
regional differences, while also taking note of some important sub-regional variations in these
views. Evidence regarding the effects of two sets of legal classifications affecting the Métis in all
regions – Indian status and the Powley criteria –is also surveyed below.
(i)
Western and Central Canada
Across Western Canada, the committee heard that many Métis
define themselves as descendants of mixed-ancestry fur trade
communities that emerged across the Northwest region of North America
in the 18th and 19th centuries. Witnesses emphasized the importance of
factors such as culture, language and kinship connections to their sense of
group identity. Together, these factors created an overall picture of an
ethnically distinctive Aboriginal people. For example, lawyer Jean Teillet
told the committee that “[t]he Métis have a culture, a language and a
17
… we came
with a variety
of names. The
Cree Indian
used to call us
“the people
that owned
themselves…”
– David
Chartrand
history. We have stories and geography. We have genealogical connections that tie us by
kinship, history and all of those things together.” 42 Lyle Letendre of the Kelly Lake Métis
Settlement Society, making the point even more succinctly, stated: “You do not see me with the
headdress … or drums. You see me with a fiddle and a guitar. That is who we are.”43
The Métis have been described by others in various ways. David Chartrand, President of
the Manitoba Metis Federation, noted that the Métis were recognized by First Nations as a
distinct group:
“… we came with a variety of names. The Cree Indian used to call us
“the people that owned themselves…” 44
Melanie Omeniho, President of Les Femmes Michif Otipemisiwak – Women of the Métis
Nation, noted that, in terms of their recognition in Canadian history and under the Constitution,
“[w]e have often been called ‘the forgotten people”.45
The Métis National Council (MNC) is the main political representative of the Métis in
Western Canada. It views the Métis as a distinct, rights-bearing Aboriginal people with cultural
and ancestral connections to historic fur trade communities that developed “between the Upper
Great Lakes and the Rockies.”46 As noted previously, the MNC and its provincial organizations
adopted the following National Definition of Métis in 2002:
“Métis” means a person who self-identifies as Métis, is distinct from
other Aboriginal peoples, is of historic Métis Nation Ancestry and
who is accepted by the Métis Nation.47
According to the MNC, the ”historic Métis Nation was based within a “homeland” that
includes the three Prairie Provinces (Manitoba, Saskatchewan and Alberta) and parts of Ontario,
British Columbia and the northern United States.48
42
Evidence, 2 May 2012.
43
Evidence, 1 October 2012.
44
Evidence, 24 September 2012.
45
Evidence, 15 May 2012.
46
Evidence, 15 May 2012.
47
See Métis National Council, Citizenship.
18
Several witnesses told the committee that this geographic limitation
is too narrow to capture all mixed-ancestry peoples with valid claims to
Métis identity. For example, the committee heard from an organization, the
Quebec Métis Nation, which traces its history to treaty relations between
First Nations and French fur traders in the early 18th century. Claude Riel
Lachapelle, a spokesperson for the organization, stated that they represent
Métis with ancestral connections to the Métis in Western Canada:
Being told
that you are
not Metis is
a bit of an
insult, I can
assure you.
– Guy M.
Savoie
The Metis in western Canada are all from Lanaudière, Quebec, from
places like Terrebonne and Saint-Gabriel-de-Brandon. It is all closely
tied to the fur industry with the North West Company. That is an
undeniable fact, and we cannot change it. We have always maintained
our family clans.49
In a similar vein, Guy M. Savoie, Elder, L’Union nationale métisse Saint-Joseph du
Manitoba Inc. told the committee:
My great-grandmother was a Vertefeuille. She came from northern
Quebec. Vertefeuille is a name you do not find in Europe. And even
today, the [Manitoba Metis Federation, a provincial organization of
the MNC] says that she was not Metis because she came from Quebec.
[…] This is a little difficult to swallow, you know. Especially when, as
a family, we have traditions that are handed down from father to son,
from mother to daughter, for three, four, five, six generations. Being
told that you are not Metis is a bit of an insult, I can assure you.
The committee also heard that many in the West who were long-standing and active
members of Métis communities were excluded from membership in MNC provincial
organizations because they did not meet the MNC National Definition. Carrie Bourassa,
Associate Professor of Inter-Disciplinary Programs at the First Nations University of Canada,
described this issue in the following terms:
Individuals who have local memberships have been turned away when
trying to register with their provincial organizations, often over what
48
Ibid.
49
Evidence, 21 November 2012.
19
are perceived as criteria that are not relevant in their home
communities.50
Dwight Dorey, National Vice-Chief of the Congress of Aboriginal Peoples, also
criticized the MNC National Definition as excluding many people who have legitimate claims to
Métis identity. As noted in the previous section of this report, the CAP takes a broad view of
Métis as including self-identifying Métis from across Canada. He stated:
We do not agree with the MNC's definition of Métis. It has been
clearly stated by the Métis National Council leadership that it is a
distinction-based definition that is relative to their definition of Métis
nationhood, or the Métis Nation, which is exclusive. It is
geographically defined and, from our perspective and from the people
that we represent who are of mixed blood, does exclude thousands —
not hundreds but thousands — of Métis people outside of that Métis
Nation as they define it.51
Despite these concerns about under-inclusiveness, witnesses generally acknowledged that
the MNC should be able to define its own membership in ways that reflect its views of its own
constituency. The MNC told the committee that it represents the Métis Nation, a group with
ancestral ties to the Red River Métis who have rights to land and self-government that are rooted
in their particular history within a particular region of Western and Central North America. The
MNC also told the committee that its National Definition was the product of consultations and
negotiations with its membership and provincial organizations.
The committee also heard from several other communities and organizations that
represent Métis across Western and Central Canada. For example, two politically independent
Métis communities in Ontario – the Red Sky Métis Independent Nation and the Historic Saugeen
Métis –similarly define their members in terms that emphasize ancestral connections to a
particular historic mixed-ancestry community. For example, Red Sky Métis Independent
Nation’s members are descendants of the 84 “half-breed” signatories to the 1850 Robinson
Superior Treaty.
50
Evidence, 20 June 2012.
51
Evidence, 30 May 2012.
20
Representatives of several historic Métis communities across Western Canada –
including Cross Lake, Manitoba; Ile-a-la-Crosse, Saskatchewan; and Kelly Lake, British
Columbia – stated that these communities are and always have been Métis communities. They
told the committee that they strongly identify as Métis and know who their members are. Many
members of these communities were also registered with a provincial organization of the MNC
or other Métis organization. For reasons that will be explored in a later section of this report,
many other committee members were registered as Indians under the Indian Act.
In Alberta, the eight Métis Settlements comprise the only dedicated land base for the
Métis in Canada. The definition of Métis applied by the Settlements, as set out in provincial
legislation, is “a person of aboriginal ancestry who identifies with Metis history and culture.”
Membership criteria for the Settlements, also defined by provincial legislation, require that
members register only as Métis, and bar registered Indians or Inuit from membership in the
Métis settlements, with one narrow exception.52 Without an express geographic limit, however,
the committee heard that this definition can include Métis with Aboriginal ancestry both within
and outside Western Canada.
In British Columbia, the committee heard that distinctive Métis identities developed
beginning in the early 19th century. Historian George Goulet noted that many Métis communities
were built up around the fur trade in the Pacific Northwest:
[The Métis] came with the three great explorers and they all belonged
to the North West Company. They all built forts. Prior to their merging
with the Hudson Bay Company in 1821 under the continuing name of
the Hudson Bay Company there was something like 71 forts in the
Pacific Northwest, and those communities built up around them. They
became the cities, the towns and the communities that are part of
British Columbia today.53
Jean Barman, Professor Emeritus of History at the University of British Columbia, also
noted the effect of 19th century prairie migration and the gold rush on the development of the
Métis population in British Columbia:
52
See Métis Settlements Act, R.S.A. 2000, c. M-14, section 75.
53
Evidence, 1 October 2012.
21
The 1858 gold rush, which attracted thousands of mostly unattached
men from across North America, including Chinese and Mexicans
earlier working in California, expanded and redirected Metis
formation by virtue of those opting to stay very often partnering with
either an indigenous woman or a Metis daughter of the fur economy…
The numerically larger source of Metis in British Columbia is not,
however, the fur economy or the gold rush, but rather Prairie
migration, initially to the northeast on the far side of the Rockies, as in
Kelly Lake …54
The committee heard that the fur trade-era Métis of the Pacific Northwest were culturally
similar to Métis elsewhere, but with some distinctive features. For example, while the staple food
of most Métis fur traders was pemmican, those in the Pacific Northwest ate dried salmon. Many
fur traders West of the Rockies spoke Chinook Jargon, a patois combining mainly the Chinook
and French languages.
Despite their rich history, the committee heard that official records of Métis in the Pacific
Northwest are few compared to other parts of Canada. For example, records from the Treaty
Eight Half-breed Scrip Commission, which covered a large swath of the Canadian Northwest,
are not available in British Columbia.55
Two province-wide political organizations state that they represent Métis in British
Columbia: the Métis Nation of British Columbia (MNBC, the provincial organization of the
MNC) and the British Columbia Métis Federation. As noted previously, the MNC defines its
members as ancestrally connected to the Métis Nation Homeland, which extends west to the
Rocky Mountains. The committee heard that the B.C. Métis Federation, by contrast, defines its
membership in terms that can include Métis from across British Columbia and outside Western
Canada in some circumstances. Keith Henry, President of the British Columbia Métis Federation,
estimated that substantial numbers of self-identifying Métis may not, for historical and other
reasons, meet the MNC National Definition:
54
Evidence, 20 March 2013.
Evidence, 23 October 2012 (Frank Tough, Professor, Native Studies Faculty, University of Alberta). See also Jean
Barman and Mike Evans, Reflections on Being, and Becoming, Métis in British Columbia. BC Studies, No. 161,
Spring 2009, p. 67.
55
22
Of the 60,000 [self-identified Métis in British Columbia in the 2006
census], I would think it is at least 50 per cent if not more [who are
excluded by the MNC National Definition]. There are the Hudson Bay
Company forts and the Northwest Company in B.C. With respect to
how those communities integrated, a substantive number of people are
sort of sitting in limbo, do not have representation, do not take part in
their own governance which is another inherent right, so it is a
substantive issue in British Columbia.56
The committee also heard from several organizations that provide social services to Métis
in urban centres across British Columbia. These organizations noted that many of their clients
have experienced inter-generational alienation from their Aboriginal identity. The reasons for
this loss of identity are complex, and the effects of this loss are even more so. As Victoria
Pruden, Vice President, Métis Nation of Greater Victoria, stated: “I think in our communities …
we can see the connection between unresolved trauma, fractured identity, fractured parenting and
the socio-economic effects.”57 The committee heard that many urban populations do not belong
to a Métis organization or identify with a particular historic Métis community, but do identify as
Métis. In addition, the committee heard from Métis social service organizations based in the
Okanagan region that provide help to individuals interested in researching their ancestry. The
committee heard that this re-discovery of Métis identity has had a positive social and personal
effect on many urban Métis people.
(ii)
Eastern Canada
The committee heard from several individuals and groups in Eastern Canada who self-
identify as Métis. These witnesses generally defined themselves as people of mixed ancestry
with close connections to their First Nations heritage. For these Métis, identity was found in the
mixture of ancestries and cultures that they represented, including French, Acadian, Mi’kmaq
and Maliseet.
The history of mixed-ancestry populations in Eastern Canada is complex and varied. This
history is not well recorded in official records or other written sources, though witnesses shared
56
Evidence, 1 October 2012.
57
Evidence, 1 October 2012.
23
with the committee their oral histories about the historic development of
their communities. For example, Tanya Dubé, Board Member of the
Canadian Métis Council, stated:
Our oral history shows that … [in] 1755, when the British
took the French and expelled them from Eastern Canada,
[they] not only took the French but also Aboriginal women
and children, since they were intermarried, as well as those
who were affiliated with the French. Those who fled and
hid continued their way of life.58
The committee heard that many Métis in the East retain strong
cultural connections to their Aboriginal ancestors. For example, Ronald
Surette, Director of Economic Development, Kespu'kwitk Metis
We go in the
woods, gather
our wood, do
our own fishing
and plant our
own gardens…
That is how our
forefathers
lived and we
still live today.
– Ronald
Surette
Council of Yarmouth and District, identified his people as originating from unions of Mi’kmaq
women and early French explorers in the 16th century. He stated:
Since then that culture has continued. I live like my forefathers. We go
in the woods, gather our wood, do our own fishing and plant our own
gardens. We go to shore to gather seaweed. Everything is organic.
That is how our forefathers lived and we still live today. That is how
many of our people in different communities all live.59
The committee heard that, for some, Métis identity is based in
a broader sense of affinity to one’s ancestors. Jerome Downey,
Federal Government Liaison, Eastern Woodland Métis Nation of
Nova Scotia, stated that Métis identity “is one of those things that you
feel. […] It is a self-identification with an aspect of your ancestry,
your heritage and your lineage. For us, it is very much driven from a
genealogy standpoint.”60
58
Evidence, 5 December 2012.
59
Evidence, 21 November 2012.
60
Evidence, 5 December 2012.
24
We have embraced
the term “Métis”
even though we
otherwise know
ourselves as Indian
because that is the
only option
available to us
under the Canadian
Constitution
– Daphne
Williamson
Representatives of Métis organizations based in Eastern Canada told the committee that
they generally accept members who self-identify as Métis and can show proof of Aboriginal
ancestry. Some organizations, such as the Sou'West Nova Metis Council and the Kespu'kwitk
Metis Council of Yarmouth and District, emphasize connections to particular communities or to
a particular region. Others, such as the Métis Nation of Canada and the Canadian Métis Council,
register members from across Canada.
The committee heard that the Congress of Aboriginal Peoples (CAP) represents some
Métis groups in Eastern Canada. As noted in the previous section of this report, the CAP defines
its constituency in terms of their exclusion from legal and political recognition elsewhere. All of
the above noted groups told the committee that they struggle to be recognized as Métis people by
some other Métis organizations and by both levels of government.
Indeed, for some, adopting the term Métis is a means toward gaining recognition as an
Aboriginal people. Daphne Williamson of the Sou'West Nova Métis Council, which represents
descendants of the Nova Scotia Wampanoag of Cape Sable Island, stated:
We have embraced the term “Métis” even though we otherwise know
ourselves as Indian because that is the only option available to us
under the Canadian Constitution in order to claim our heritage […].61
In general, witnesses from the East emphasized cultural and community connections, and
generally viewed their mixed ancestry as the primary source of their identity and of their rights.
As Kim Nash-McKinley, President and Chief, New Brunswick Aboriginal Peoples Council,
stated:
If you are Cree and French, if you are Ojibwa and French and English,
it is your Aboriginal ancestry that gives you that Aboriginal right.62
(iii) North of 60
The first fur trading posts in the North were established around Great Slave Lake by the
Hudson’s Bay and Northwest companies in the late 18th century. Of approximately 3,500 Métis
61
Evidence, 21 November 2012.
62
Evidence, 30 May 2012.
25
presently living across the Northwest Territories (NWT),63 many are originally descended from
these Dene, European (French and Scottish/Orkney) and mixed-ancestry traders. Others are
descended from Red River Métis who settled in the NWT beginning in the 19th century.
Bill Enge, President of the North Slave Métis Alliance, told the committee that many
Métis in the NWT traditionally supported the fur trade as transporters and multilingual
interpreters:
… our Metis people did speak Michif and several other languages. As
you know, Metis were multilingual. They spoke French, English,
Michif, Dogrib and Chipewyan. One of the hallmarks of the Metis was
that they were good interpreters and transporters of the furs. Our
people were definitely multilingual in that context.64
Today, many Métis communities in the NWT have negotiated or are in the process of
negotiating modern land claims and self-government agreements. Such claims are rooted in a
complex history partly in connection with the signing of Treaty 11 in 1921. These modern
agreements generally define their beneficiaries by their familial connections to those who were
located in the relevant portion of the treaty territory in 1921 or before.
The Northwest Territory Métis Nation is negotiating a land claims agreement with
Canada on behalf of the Métis in the South Slave region of the NWT. Their Agreement-inPrinciple (AIP) defines their beneficiaries as “Indigenous Métis,” meaning a person of
Aboriginal (Chipewyan, Cree or Slavey) ancestry who resided in, used or occupied any part of
the region in or before 1921, and descendants and adopted family members of these people.65
63
The 2006 Census found that 1% of approximately 390,000 self-identifying Métis in Canada lived in the Yukon
Territory (805) and the Northwest Territories (3,580).
64
Evidence, 17 October 2012.
65
See Northwest Territory Métis Nation, AIP – Agreement in Principle.
26
(iv) Indian Status
Indian status is a legal classification entitling registered individuals to certain rights and
benefits set out in the Indian Act. 66 The committee heard that many self-identifying Métis
populations have, for various legal and policy-related reasons, been recognized by the federal
government as non-status Indians, or in some circumstances recognized as status Indians under
the Indian Act.
The committee heard that the term Métis has, at times, been used to refer to non-status
Indians. Marilyn Poitras, Assistant Professor of Law at the University of Saskatchewan,
explained:
We have a history in this country of including non-status people in the
definition of Métis. We have seen people drift on and off of that list on
a regular basis, quite high-profile people. People who were denied
status for various sexist reasons in the past were lumped in. It was a
catch-all for some time about where you were going to fit. You were
Métis if you did not fit in under a First Nation's category. You can see
when you look at our history that that still happens.67
In other cases, Métis may be registered Indians under the Indian Act. The committee
heard from several witnesses who identify as Métis but had accepted Indian status, particularly
after Bill C-31 in 1985. For example, members of the community of Cross Lake, Manitoba, told
the committee that all in the community strongly identify as Métis, but almost all are status
Indians under the Indian Act. David Chartrand, President of the Manitoba Métis Federation, also
noted the issue of Indian status in many of these historic Métis communities:
A lot changed after Bill C-31 of course came, and people began to
move towards accessing the Bill C-31 treaty card. But they have no
place to go, so they still live in these communities. They still wanted
to be Métis but they took the card for health reasons or hunting
reasons at the time before hunting rights came into play here. But it is
still predominantly strong Métis communities. The culture is still
Métis. When you go inside, it is still Métis communities….68
The eligibility criteria are in section 6 of the Indian Act; these require primarily that registered individuals have a
minimum “blood quantum” (or degree of Indian ancestry).
66
67
Evidence, 26 September 2012.
68
Evidence, 24 September 2012.
27
Despite these practical considerations, witnesses indicated that some Métis choose not to
apply for Indian status despite their eligibility. Some did not apply because they identified as
Métis, or belonged to a Métis organization or community that did not allow members to register
as Indians under the Indian Act. For example, representatives of the Métis settlements in Alberta
told the committee that many members of the Métis settlements were eligible to become status
Indians.69The committee also heard that applications to the five MNC registries are sent to the
federal government to ensure that the applicant is not already a status Indian.
The result of such membership requirements is that many individuals with mixed First
Nations-Métis parentage must choose to be officially recognized as one or the other. For
example, Marilyn Poitras told the committee that her husband is a status Indian, while she
identifies as Métis; but their child must be registered as either Indian or Métis.
My son is registered at the Sweetgrass First Nation. Because of the
way the identity's been set up with the Métis Nation-Saskatchewan
and the Métis National Council, the baby that I carried in my body for
9 months and gave birth to … will never be a half-breed. He is being
denied the right to be Metis because he is on an Indian registry.70
Some witnesses indicated that families will eventually reclaim their Métis identity, as
generations lose their status under the Indian Act over time by “marrying out” (i.e. partnering
and having children with non-status individuals). David Chartrand stated that the descendants of
those who lose their Indian status will reclaim their Métis identity in future generations:
… Bill C-31, the way it is designed, is that those First Nations, they
will bury themselves completely out. Those children, now going back
to [the MNC] definition, will one day become Metis again.... those
children will still be able to find their lineages back to their Metis
community through our definition established by the Supreme Court
of Canada, and you are going to find an upsurge again. You will see a
Metis shrinking, but we are going to come back up again in probably
20 years or 50 years. They are going to come in great numbers.71
The Métis Settlements Act bars registered Indians or Inuit from membership in the Métis settlements, with one
narrow exception. See Métis Settlements Act, R.S.A. 2000, c. M-14, section 75(2).
69
70
Evidence, 24 September 2012.
71
Evidence, 24 September 2012.
28
(v)
The Powley Criteria
The Supreme Court of Canada released the Powley decision in 2003. 72 As noted
previously, the decision established that the Métis are a rights-bearing people under section 35 of
the Constitution Act, 1982, and set out a framework for determining who may claim Métis
Aboriginal rights under section 35. Powley established three broad criteria to identify the Métis
for the purpose claiming Métis Aboriginal rights under section 35. An individual must: (1) selfidentify as Métis; (2) show an ancestral connection to a historic Métis community; and (3) be
accepted by a contemporary community that exists in continuity with a historic rights-bearing
community.73
The Powley decision did not purport to define the Métis.
Instead, the Supreme Court’s three criteria – self-identification,
ancestral connection, and community acceptance – are broad
“indicia of Métis identity for the purpose of claiming Métis rights
under [section] 35.” With the Powley criteria, the Court outlined the
“important components of a future definition” of Métis under
section 35, while emphasizing “that the creation of appropriate
membership tests before disputes arise is an urgent priority”
(emphasis in the original).74
The federal
government does
not establish
identity. The
organizations, the
collectivity itself,
determines their
identity.
– Elizabeth Tromp
Witnesses had wide ranging interpretations of the significance of the Powley decision to
the questions of Métis identity and the identification of the Métis for section 35 purposes.
According to federal government officials, Powley has assisted the MNC and its
provincial organizations in identifying Métis rights-holders. Elizabeth Tromp, Assistant Deputy
Minister of the Métis and Non-status Relations Directorate, Aboriginal Affairs and Northern
Development Canada, explained:
72
R. v. Powley, 2003 SCC 43.
73
On the third factor, “community acceptance,” the Court stated: “[t]he core of community acceptance is past and
ongoing participation in a shared culture, in the customs and traditions that constitute a Métis community’s identity
and distinguish it from other groups.” Ibid., para. 33.
74
R. v. Powley, para. 30.
29
The federal government does not establish identity. The organizations,
the collectivity itself, determines their identity. When the Powley
decision was rendered, the court strongly suggested that there needs to
be a way to objectively verify who the Metis are for the purposes of
Aboriginal rights and rights that might be established. Therefore, the
federal government has been funding the provincial affiliate
organizations of the Métis National Council, so from Ontario west, to
develop their membership systems so that they can identify, consistent
with that definition set out in Powley, who the Metis are in an
objectively verifiable way.75
Peggy Stone, General Counsel and Director, Negotiations, Northern Affairs and Federal
Interlocutor, Department of Justice, told the committee that legal uncertainty remains with
respect to the existence of Powley Métis outside Western Canada. She stated that, to date, no
communities in Atlantic Canada have successfully claimed a defense based on Powley, because
“with the particular facts in those cases, that in terms of an individual claiming a defence as a
Metis to a charge of fishing without a licence, a historic Metis community has not been found in
those particular areas in the Atlantic.”76
Catherine Bell, Professor of Law, argued that Métis who do not fit the Powley criteria
may still be recognized as Métis and claim rights under section 35. In particular, she
distinguished between section 35(1), which recognizes “existing aboriginal and treaty rights,”
and section 35(2), which more generally recognizes the “aboriginal peoples of Canada”:
… there is a difference between being recognized as Metis in section
35(2), which defines the Aboriginal peoples of Canada, and being a
Metis person who has distinctive Metis rights arising from ancestral
connection to a distinctive Metis historical and contemporary
community. That is, contemporary self-identifying Metis communities
may have rights arising from different historical foundations.77
By contrast, some witnesses viewed the Powley decision as having determined more
broadly that section 35 excludes mixed-ancestry people who do not fit the Powley criteria. As
lawyer Jason Madden stated:
75
Evidence, 27 March 2012.
76
Evidence, 11 December 2012.
77
Evidence, 28 September 2012.
30
[It is] not sufficient to say, "I am a bit of this and a bit of that. I selfidentify as Métis because I cannot figure out, am confused or find
some ancestry behind me." What section 35 and Powley were about
was that it was not good enough to just have mixed-ancestry people.78
Dwight Dorey, National Vice-Chief, Congress of Aboriginal Peoples maintained that
Powley interpreted the constitutional meaning of Métis too narrowly.
While the Powley decision was a burst of hope for Métis harvesting
rights, the criteria set out by the Supreme Court are problematic.
Experts have warned us that Métis who cannot meet such a narrow
interpretation of the term Métis are likely to become the new forgotten
peoples.79
Many witnesses were concerned that the effect of Powley would be to deprive their group
or community from official recognition. June Scudeler, President of the Vancouver Métis
Community Association, highlighted the situation of the urban Métis. She stated:
… the Powley decision leaves out urban Métis, some of whom have
lived in cities for generations. An individual must first demonstrate
membership in present-day Métis community that can trace its
existence back to an historic Métis community with a distinctive
culture, which is an impossibility for many Métis.80
The above demonstrates the wide range of opinions on the significance of Powley to the
question of Métis identity and definition. The committee notes that this is a matter of legal
interpretation, and observes only that, while not intended as a comprehensive definition of Métis,
the Powley criteria have provided an important framework for understanding who the Métis are
under section 35.
B.
Registration and Statistical Information
In the 2006 Census, approximately 1.2 million people identified themselves as an
Aboriginal (First Nations, Inuit or Métis) person; approximately 390,000 of these individuals
identified themselves as Métis.
78
Evidence, 2 May 2012.
79
Evidence, 30 May 2012.
80
Evidence, 1 October 2012.
31
As with all data collected by the Census, the above data are self-reported. Unlike census
data on registered Indian and Inuit populations, however, the data on the Métis are collected
without the benefit of a generally accepted group definition or other means of identifying
individuals who belong to this segment of the Aboriginal population.81
Many Métis organizations across Canada maintain registries or databases of their
members. Membership criteria, along with practices for gathering and maintaining membership
data, vary among organizations. Unlike registered Indian and Inuit populations, many of these
registries are not overseen or otherwise supported by the federal government.
For the above reasons, the committee notes that an important question remains with
respect to the reliability and accuracy of current statistics on Canada’s Métis population. A
discussion of the efforts of the federal government and Métis organizations to register members,
and assemble accurate Métis population numbers and other statistical information is provided
below.
(i)
Membership Systems
In Powley, the Supreme Court highlighted a need for “objectively verifiable” processes to
identify Métis rights-holders. As noted previously, officials from AANDC told the committee
that, since Powley, the department has worked with the MNC and its five provincial affiliates to
set up “objectively verifiable” registries of their members, including appeal mechanisms. Criteria
for inclusion in these registries are set out in the MNC National Definition of Métis, which the
MNC and AANDC stated is consistent with the Powley criteria.
From the perspective of the federal government, the post-Powley registries serve to
facilitate identification of Métis Aboriginal rights-holders. Diane Robinson, Director, Aboriginal
Relations, Métis and Non-status Relations Directorate, AANDC, noted:
It comes down to the purpose. With the Métis National Council and
affiliates, the purpose is so that we can rely on their systems for
harvesting so our enforcement officers can identify someone on the
ground as being a potential rights bearer instead of having that
In general, First Nations may be registered under rules set out in section 6 of the Indian Act. Inuit are
registered by criteria set out in their respective land claim agreements.
81
32
individual carry a whole whack of genealogy if they choose to harvest
without a license. 82
Clément Chartier, President of the MNC, told the committee
that, from the perspective of the MNC, the purpose of these registries
is to identify rights bearing Métis, “so there is no conflict in the future
when people are exercising their rights.” President Chartier further
clarified that the MNC’s position “is that if you are born a citizen of
the Métis Nation, you are a rights-bearing person, so we are
registering everyone.”83
Robert Doucette, President, Métis Nation Saskatchewan
further noted the significance of the registries to negotiations on
… if you do not
have a means of
identifying who
the beneficiaries
are for your
programs, how do
you know you are
getting proper
return on your
investment [?]
– Gary Lipinski
harvesting with both levels of government:
It is vitally important for any future agreements that we have been
talking about here with respect to harvesting programs and services,
both levels of government need to have certainty about who they are
representing and who they are negotiating with. These registries are
vitally important to any future developments with respect to Métis
people in the country called Canada and the Province of
Saskatchewan. 84
Gary Lipinski, President, Métis Nation of Ontario, stated that the importance of having a
functioning registry includes both identifying rights holders and keeping statistics for the purpose
of delivering targeted programs and services:
It is not all just about hunting and fishing. It goes to the identity of a
people as well. It also, on another level, plays itself out in the delivery
of programs and services. Obviously the governments make a lot of
investments in helping to bring Aboriginal people up to the same level
as mainstream society, so if you do not have a means of identifying
who the beneficiaries are for your programs, how do you know you
are getting proper return on your investment.85
82
Evidence, 11 December 2012.
83
Evidence, 15 May 2012.
84
Evidence, 24 September 2012.
85
Evidence, 6 June 2012.
33
The MNC’s provincial organizations reported that, to date, a total of almost 80,000
individuals have been registered in the post-Powley registries. This represents almost one quarter
of approximately 337,000 individuals who self-identified as Métis in these provinces in the 2006
census. However, since only those above the age of 16 are registered by the MNC’s provincial
organizations, the proportion of self-identifying Métis that will be covered by these registries is
probably higher. For example, the Métis Nation of Alberta reports 45,000 registered members
out of a self-identified (Census) population of approximately 85,000; and as Lorne Gladu, Chief
Executive Officer, Rupertsland Institute (a subsidiary of the Métis Nation of Alberta), explained:
The thing is that the youth in our community, from what the statistics
are telling us, roughly 40 per cent of those individuals are under the
age of 16 and therefore not eligible to hold MNA membership. That
represents 40 per cent of the Metis population; 45,000 represents more
than 50 per cent of the population. Therefore, really there is a 10 per
cent gap in terms of existing individuals who could be making
application to the organization.86
Officials from AANDC commented that a 2008 AANDC audit indicated that the
registries “were all at different levels and stages of progress. Part of what was recommended by
the evaluators was certain areas to target, but in particular they thought there was a need to
develop common standards across the board.”87 Officials further reported that “[t]his fiscal year,
the Canadian Standards Association has been engaged to work with government and funded
Metis groups to develop a methodology to verify the quality and integrity of these membership
systems.” 88 By 2017, officials hoped to have “maybe four [registries] ready to be called
objectively verifiable.”89
The leaders of the MNC and some of its affiliates expressed concern with a lack of
sustained funding for the costs associated with maintaining their registries, including issuing and
renewing membership cards, and managing membership databases. For example, Clément
86
Evidence, 28 September 2012.
87
Evidence, 11 December 2012.
88
Evidence, 27 March 2012.
89
Evidence, 11 December 2012.
34
Chartier, President of the MNC, stated that the amount of federal resources for registries has
decreased since the immediate post-Powley era. As a result, he stated, “[r]ather than building up
on what we had, we have kind of retrenched. There is a huge backlog of people that need to be
[registered].”90
The committee heard that many other Métis organizations are also registering members,
some of which reported membership in the thousands. The membership criteria and registration
practices of these organizations reportedly varied. Several witnesses also told the committee that
one or more organizations are selling memberships to individuals without requiring proof of
ancestry.
Officials from AANDC told the committee that since the
Powley decision it has also worked with CAP affiliate
organizations in Eastern Canada and Quebec to develop their
membership systems. However, the nature of its support for these
systems differs from that for the MNC registries. AANDC
officials told the committee that “[w]e do not deal with those
organizations on the basis of Powley Métis rights and building
objectively verifiable systems. We do work with those
organizations to help them build their membership systems,
… a definition of
rights-bearing Métis
communities must
respect diversity of
Métis communities
right across Canada
and not reflect
political agendas.
– Patsy L. McArthur
because it is still important for them to know and be able to
identify their membership.”91
Representatives of the CAP did not, however, report any current work with AANDC in
the development of their affiliates’ membership systems. Dwight Dorey, National Vice-Chief of
the CAP told the committee that he was “not aware of any CAP affiliate that receives funding to
support their work on enumeration or registration of Métis.”92
90
Evidence, 15 May 2012.
91
Evidence, 27 March 2012.
92
Evidence, 30 May 2012.
35
Many Métis communities and organizations not affiliated with either MNC or CAP have
established their own membership systems. Patsy L. McArthur, Secretary-Treasurer of the
Historic Saugeen Métis, told the committee that maintaining an independent registry is an aspect
of the right of the Métis to identify themselves:
[…] independent rights-bearing historic Métis communities across
Canada have the right to identify their own citizens and maintain their
own registries; […] governments must be encouraged to provide
resources to independent Métis communities to identify their rightsbearing members, as provided to similar others; and […] a definition
of rights-bearing Métis communities must respect diversity of Métis
communities right across Canada and not reflect political agendas.93
(ii)
Statistical Information
Several witnesses noted that there is a general lack of reliable and accurate statistical
information on the Métis across Canada. The committee heard that demographic and other
statistical information (e.g. social statistics) are not often collected specifically on Métis
populations; and, when Métis-specific data are collected, criteria for the identification of Métis
populations may be unclear or inconsistently applied. In the view of several witnesses, a lack of
reliable and accurate statistical information on the Métis has, in turn, led to a lack of overall
knowledge of this population’s needs and effective policy to respond to such needs.
Canadian Census data on the Métis, as with data on other Aboriginal populations, is
based on self-reporting. Statistics Canada notes that the population of self-identified Métis nearly
doubled between the 1996 and 2006 Censuses, to almost 390,000. By
2031, the agency estimates that the population of self-identified Métis
could increase to between 500,000 and 850,000.94
According to Statistics Canada, the growth in the Métis
population may be mostly attributed to an increasing tendency for people
to identify themselves as Métis (or “intragenerational ethnic mobility”).
I firmly believe
that there are
well over 100,000
Métis people in
Manitoba today.
– David
Chartrand
93
Evidence, 13 June 2012.
94
Statistics Canada, Population Projections by Aboriginal Identity, 2006 to 2031, (2012), p. 26.
36
Officials from Statistics Canada indicated that reasons for this growth in self-identification might
include “increasing recognition of rights, or it could be that people found out about their
background and that is who they feel. We do not know exactly the reasons, but we have
monitored it over time.”95
The 2006 Census found that 87% of people who self-identified as Métis lived in either
the western provinces or in Ontario.96 Some witnesses saw room for much more growth in the
Métis population over present numbers, particularly in the West. For example, David Chartrand,
President, Manitoba Métis Federation, stated:
Métis now constitute 6.3 per cent of Manitoba's population and over
40 per cent of all Aboriginal people in the province. In my view, even
these counts are low. If everyone who could trace their ancestry to the
historic Métis nation of the old Northwest were to identify, I firmly
believe that there are well over 100,000 Métis people in Manitoba
today.97
Aaron Barner, Senior Executive Officer, Métis Nation of Alberta highlighted a gap in the present
capacity of Métis organizations to respond to the growth rate in the Métis population:
I once read that the population growth of the Metis Nation is like a
cultural tsunami… I can tell you that the [Métis Nation of Alberta]
feels like a tiny little village that is about to be engulfed by that
tsunami.98
The committee heard that, in general, Métis people fare better on several social indicators
(e.g. employment rate) than other Aboriginal Canadians, but that gaps remain relative to nonAboriginal Canadians. For example, the 2006 Census found that the participation rate of Métis
Evidence, 28 March 2012 (Jane Badets, Director General, Census Subject Matter, Social and Demographic
Statistics, Statistics Canada).
95
96
The 2006 Census centred 85,500 (22%) in Alberta, 73,605 (19%) in Ontario, 71,805 (18%) in Manitoba, 59,445
(15%) in British Columbia, and 48,115 (12%) in Saskatchewan. Around 4,515 (1%) lived in territories, including
805 in the Yukon Territory, 3,580 in the Northwest Territories and 130 in Nunavut. The 2006 Census also counted
27,980 (7%) in Quebec and 18,805 (5%) in the Atlantic Provinces (Nova Scotia, New Brunswick, Prince Edward
Island, and Newfoundland and Labrador).
97
Evidence, 24 September 2012.
98
Evidence, 28 September 2012.
37
people in the labour force was slightly higher (70%) than the non-Aboriginal population (67%);99
however, the unemployment rate of Métis people was higher (10%) compared to the nonAboriginal population (6%).100 The median annual income of Métis people ($21,000) was higher
compared to Inuit ($17,000) and First Nations ($15,000) people, but lower than the nonAboriginal population ($27,000).101
While few federal funds are targeted to respond specifically to the needs of Métis people,
various federal programs and services for Aboriginal peoples may be accessed by those who selfidentify as Métis. Lisa Wilson, Director of the Gabriel Dumont Institute of Native Studies and
Applied Research Inc. explained:
… [access to] federally funded programs is … based solely on the selfidentity question. If a client comes into one of our offices and asks for
service, self-identifies as a Metis person, then under that contract we
are expected to provide them with service. Then the difference of
course is that we use the self- identification and the community
validation together in our other programs. That is the way that the
[Gabriel Dumont Institute] board of governors operates.102
The committee heard that the Aboriginal Skills and Employment Training program
(ASETS) is an important mechanism through which the federal government seeks to improve the
participation of Aboriginal peoples in the Canadian economy. The program provides funding
($1.68 billion over five years ending in 2015) to Aboriginal organizations to offer training linked
to labour market demand. Seven out of 80 current ASETS agreement holders are Métis
organizations, including the Gabriel Dumont Institute, Métis Settlements General Council and
several provincial organizations of the MNC.
The committee heard that ASETS has measurably improved employment and training
opportunities for many Métis people. As officials from Human Resources and Skills
Development Canada (HRSDC) indicated:
99
The participation rate for First Nations and Inuit was 59% and 61% respectively.
100
The unemployment rate for First Nations and Inuit was 18% and 20% respectively.
101
See generally Statistics Canada, 2006 Census: Data Products, Aboriginal Peoples Topic-Based Tabulations.
102
Evidence, 26 September 2012.
38
Over 96,000 clients have been served by Metis agreement holders
under ASETS and its predecessor strategy since 1999. At least 33,000
people have become employed and approximately 6,600 have returned
to school. 103
Several agreement holders highlighted the success achieved by their organizations under
the ASETS program; some noted that some agreements have allowed organizations to create
endowments with ASETS funds to support post-secondary education for Métis students. The
Manitoba Metis Federation and the Métis Nation of Alberta each valued their post-secondary
education endowments at around $14 million.
With respect to the health of the Métis population, data from the 2006 Census reveal that
58% of Métis self-reported their health status as “excellent or very good”, compared to 62% of
the general population. Rates of chronic disease among the Métis were generally higher than in
the general population; for example, 21% of Métis reported having arthritis (compared to 13% in
the general population), and 16% reported high blood pressure (compared to 13%). According to
the Public Health Agency of Canada’s own surveillance data, 60% of Métis adults are
overweight or obese, compared to 51% in the non-Aboriginal population.104
The committee heard that some federal funds have been available to support health data
gathering and research on Métis populations. Between 2005 and 2010, $3.2 million was provided
through Health Canada’s Aboriginal Health Transition Fund to support five projects led by the
MNC’s provincial organizations. According to officials from Health Canada, these projects were
aimed at “better understanding Metis health needs, increasing Metis awareness of available
provincial health services, data collection and analysis on Metis health, and better health
policy.”105
Evidence, 28 March 2012 (James Sutherland, Acting Director General, Aboriginal Affairs Directorate, Skills and
Employment Branch, Human Resources and Skills Development Canada).
103
Evidence, 24 April 2012 (Martha Israel, Acting Director General, Centre for Health Promotion, Public Health
Agency of Canada).
104
Evidence, 24 April 2012 (Kathy Langlois, Director General, Community Programs Directorate, First Nations and
Inuit Health Branch, Health Canada).
105
39
Officials also noted that “[t]here are a number of programs
and activities administered through the Public Health Agency of
Canada that benefit Metis along with other Aboriginal people.”106
The Métis Nation of Ontario, for example, reported accessing
funds through the Public Health Agency of Canada for a multi-year
research project on chronic diseases among the Métis population in
Ontario. In 2012, the organization released a study entitled Chronic
Diseases in the Métis Nation of Ontario that tracked the rate of
We are one of the
most under-studied
populations … There
is power in data to
be able to say, "Hey,
we are not doing
well over here."
– Carrie Bourassa
chronic disease and related health care interventions among its membership.107
The committee also heard that the post-Powley registries contain detailed demographic
and other statistical information on Métis populations, which has been used to support the
research and activities of the MNC provincial organizations. For example, Laurel Katernick,
Director of Registry, Métis Nation of British Columbia, stated:
We do keep track within our citizenship database, we are able to break
it down demographically within our regions, how many citizens are
registered by gender, by age group … We are able to break down the
statistics and the demographics within the Central Registry and to
provide that information internally to our staff. For example, … on our
Child and Family Services portfolio … we are able to provide …
information as to how many children in care have registered for Metis
identification in the province of B.C. … There is definitely a
connection there. The information definitely is helpful and useful.108
Despite various efforts to research and develop statistical data on Métis populations,
several witnesses told the committee that there remains overall a lack of reliable and accurate
demographic and other statistical information on various social indicators, including health
status, employment rates and use of social services. Some witnesses indicated that the problem of
defining the Métis has led to confusion in collecting and analyzing data on Métis populations;
others noted a lack of coordinated effort to assemble Métis-specific data in various domains.
Whatever the cause, the overall paucity of data has led to uncertainty around the needs of the
106
Ibid.
107
Evidence, 6 June 2012 (Gary Lipinski, President, Métis Nation of Ontario). See also Métis Nation of Ontario,
Chronic Diseases in the Métis Nation of Ontario (March 2012).
108
Evidence, 1 October 2012.
40
Métis, as well as around what legal and policy changes would answer these needs. As Carrie
Bourassa, Associate Professor of Inter-Disciplinary Programs at the First Nations University of
Canada, stated:
We are one of the most under-studied populations. Coming from an
Aboriginal person, you might think: You want to be studied? There is
power in data to be able to say, "Hey, we are not doing well over
here." I know we are not. Poverty is endemic in our communities.109
Elder Elize Hartley from the Native Women’s Association of Canada provided a concrete
example of this challenge:
So many of our little children are going into care. A staggering 30% of
foster care children are either Metis or First Nation. That makes it
more complicated for the Metis, because there is a lack of [consensus]
on the number of Metis kids. Without the knowledge of the total
population, we cannot effectively do programs for them.110
C.
History and Genealogy
The committee notes that, while self-identifying Métis across Canada are diverse in many
ways, universal among Métis witnesses was a strong sense of connection to their history. Many
witnesses provided the committee with information about the historical genesis of their
communities. Many others had done extensive research into their own family histories and
genealogies.
The committee was frequently told that written records on the history of the Red River Métis
are generally available to individuals interested in researching their community or family histories.
Relevant genealogical records may be obtained at provincial archives; in some cases individuals
may receive assistance from their provincial MNC organization or a genealogical organization
that specializes in this area. For example, David Chartrand of the MMF told the committee that:
...an historic Métis ancestor is a person listed in a Manitoba land grant,
scrip affidavit or described as half-breed or Métis in the 1901 Census.
The MMF has an agreement with the St. Boniface historical society,
109
Evidence, 20 June 2012.
110
Evidence, 20 June 2012.
41
which houses extensive church archives, to produce professional
genealogies on behalf of applicants.111
Other research initiatives, such as the Métis National Council Historical Database, have
made historical documentation on the Red River Métis accessible online. Frank Tough, Professor
of History at the University of Alberta, where the database is hosted, described the project as
follows:
Basically, when there was a good flow of money under the postPowley implementation, that money came to the University of Alberta
as research contracts. … That is why we know what we know, and that
is why we had an online historical database built, which provides text
summaries. There are … copies of the original documents [and] a
component that allows Metis individuals to build their own family tree
online. One of the first things it does is runs off and looks for all sorts
of possible matches. It is very organized. …The big complaint about
my database is that I need to put more data up there.112
For many, discovering or learning more about their Métis family histories can have a
profound effect. As Randall Ranville, Genealogist with the Métis Cultural and Heritage Resource
Centre, explained:
Some of the people are just beside themselves; they are just amazed at
their colourful ancestry. Some of them actually get emotional and tears
roll down their face because they are part of this community, this
history, and this phenomenal existence of those who were caught in
the middle. […] Some were never told […].113
The committee heard from several sources that costs of obtaining a genealogical record
are high and for many can be prohibitive. To address this, some MNC provincial organizations
provide additional resources to assist applicants through the detailed and costly application
process to obtain a genealogical record. The committee also heard that several members of the
same family are generally able to rely on one genealogy in order to establish Métis ancestry for
the purpose of obtaining membership in a Métis organization. Alternative forms of identification
may also be accepted in some circumstances. For example, Val Arnault-Pelletier, Aboriginal
111
Evidence, 24 September 2012.
112
Evidence, 23 October 2012.
113
Evidence, 24 September 2012.
42
Coordinator, College of Medicine, University of Saskatchewan told the committee that a letter
from the community may suffice to show eligibility for an equity seat in the faculty:
In Saskatchewan, we are fortunate in that many of us know each other and we
understand the kinship ties. At least we understand the relationships. You can
usually get a genealogy letter from the community.114
Some witnesses from Eastern Canada told the committee about their efforts to establish
the existence of historic Métis communities in the context of court proceedings. These witnesses
stated that compiling and maintaining the historical records of their ancestors was difficult,
because of a lack of archival sources to do the research, and a lack of financial and other support
to conduct the research. For example, Daphne Williamson of the Sou’west Métis Council, told
the committee:
We could not find an archaeologist, a historian or a genealogist
anywhere in Nova Scotia who would go against the grain to support us
in any way whatsoever. I hired experts from the U.S. who have
worked with the American Wampanoag community. First, they know
who we are. Second, they were the only ones who would dare to speak
against the conventional view.115
Following the Powley decision, the Department of Justice conducted a historical research
program designed to ascertain in what regions of Canada Powley Métis may exist. Peggy Stone
from the Department of Justice explained that
it was a study by historians that looked at the history of the country
and whether or not, from an historical and ethnological perspective,
Metis, as harvesters, following the Powley test, could be identified
across the country.116
A total of 15 research projects were undertaken on historic Métis communities, covering
a wide range of geographic areas, from British Columbia to Newfoundland and Labrador. The
results of these research projects were not publicly available; a description of the research
appears on the Department of Justice website.117
114
Evidence, 26 September 2012.
115
Evidence, 21 November 2012.
116
Evidence, 11 December 2012.
Department of Justice, A Program of Research Related to Historical Métis Communities, JustResearch, Issue No.
15 (2008).
117
43
Witnesses expressed varied opinions on the significance of the
studies and whether they should be publicly released. Bill Enge,
President, North Slave Métis Alliance, recommended that “Canada
establish policy directives to require government officials to identify
modern Metis communities on the basis of the post-2003 Department of
Justice studies of the 15 regions and any other similar studies.”118 Other
witnesses, particularly those who had not seen the contents of reports
affecting their regions, would not recommend relying on or releasing
I think we
have only
just begun
scratching
the surface
of Métis
research in
Canada.
– Brenda
Macdougall
the reports without further knowledge of the reports’ contents and
methodologies. Daphne Williamson of the Sou-West Nova Métis Council, stated that “if you
release research results, you should make sure that the research has actually accounted for all of
the perspectives and as much of the information available as possible …”119
Many witnesses stressed that a vast amount of research on Métis history remains to be
done, particularly in areas outside Red River. Frank Tough, Professor of History at the
University of Alberta, told the committee that the Red River Métis must be viewed in the
appropriate historical context:
I do not subscribe to the view, as sometimes it is misrepresented by
others, that all Métis have to have some connection to Red River. Red
River is simply the metropolis of the Métis Nation, a metropolis of the
fur trade.120
Similarly, Brenda Macdougall, Chair of Métis Research at the University of Ottawa,
stated:
There has been a fixation on Red River as the source and centre of all
things Métis and that does not necessarily reflect a true historical
interpretation of who the Métis people were and who other 19th
century and 18th century people understood them to be. I think we
have only just begun scratching the surface of Métis research in
Canada.121
118
Evidence, 17 October 2012.
119
Evidence, 21 November 2012.
120
Evidence, 23 October 2012.
121
Evidence, 25 April 2012.
44
The committee also heard that oral histories are an important
aspect of the historical record on the Métis. Denis Gagnon, Canada
Research Chair on Métis Identity at the University of Saint-Boniface,
emphasized the full story of the Métis that can only be elucidated through
oral history. He urged the development of the historical record “by
consulting oral tradition sources, conducting interviews on the ground
and relying on putting the need to produce archival records in its proper
context.”122
Canada's
relationship with
Métis is distinct
from that with
First Nations or
Inuit.
– Elizabeth
The overall picture is that current knowledge of Métis history and Tromp
efforts to research and document that history vary across the country. Yet
such information may help answer some fundamental questions in relation to Métis identity; for
example, when communities in various parts of the country may have begun to identify as
distinctively Métis. Troy DeLaRonde, Métis Chief, Red Sky Métis Independent Nation,
summarized these issues in these terms: “The history of the Métis in Canada has only partially
been told, and it is as diverse as it is rich.”123
D.
Relations between Canada and the Métis
Recognition is fundamentally about the relationship between Canada and the Métis. One
aspect of this relationship, as surveyed in the previous sections of this report, is in how the Métis
represent themselves and are identified for various legal and policy purposes. Another important
and related aspect, and the one that will be surveyed in this section, involves the relations
established between Canada and Métis communities and organizations.
The committee heard that, from the federal government’s perspective, its relationship
with the Métis is limited mainly by a lack of jurisdiction.124 Instead, Canada views the provinces
as the level of government having the primary relationship with the Métis. Elizabeth Tromp,
Assistant Deputy Minister of Métis and Non-status Relations Directorate, AANDC, noted:
122
Evidence, 24 October 2012.
123
Evidence, 28 November 2012.
124
However, as noted previously, the Federal Court of Canada recently declared that the Métis are “Indians” within
the meaning of section 91(24) of the Constitution Act, 1982, and are therefore under federal jurisdiction. This
decision is under appeal to the Federal Court of Appeal. See Daniels v. Canada, 2013 FC 6.
45
Canada's relationship with Métis is distinct
from that with First Nations or Inuit. For
example, living off-reserve, Métis receive
most of their basic social programming
from provinces and not from the federal
government. Provinces have their own
deep relations with Métis people and
organization, especially in Western
Canada. There are also no federal Métis
act, no federal registry of Métis people and
no Métis reserves.125
…"It's the Métis; someone else
will deal with it." That is the
public policy reality in Canada
today.
– Marc LeClair
From the perspective of many other witnesses, unresolved jurisdictional issues have
affected the relationship between Canada and the Métis. According to Dwight Dorey, National
Vice-Chief of Congress of Aboriginal Peoples, this “jurisdictional vacuum” has manifested in a
lack of programs and services for Métis.
…we are trapped in a jurisdictional vacuum where non-status Indians
and Métis have few government programs or initiatives to address our
needs. Let me give you an idea of the financial scale of this issue. Of
the $10 billion per year that the federal government invests in
Aboriginal-specific programming, almost 90 per cent goes to assist onreserve status Indians who comprise less than one-third of the total
Aboriginal population. This is why Métis and non-status Indians
continue to be underserviced by governments and why we have not
reached our full potential in Canadian society.126
Similarly, Marc LeClair, Bilateral Coordinator for the MNC, also felt that jurisdictional
issues have affected the availability of programs and services for the Métis.
When it comes to Métis it is not only health; it is education and it is
across the board. Some provinces pay attention to it a little bit, but by
and large health and wellness, maternal health, child rearing, "It's the
Métis; someone else will deal with it." That is the public policy reality
in Canada today.127
125
Evidence, 27 March 2012.
126
Evidence, 30 May 2012.
127
Evidence, 15 May 2012.
46
As noted in previous sections of this report, however, Canada has taken action in respect
of the Métis in several areas, including in the development of the MNC’s membership registries.
Officials from federal departments including Human Resources and Skills Development Canada
and Health Canada also highlighted several federal programs and services that are accessible to
the Métis. These include the Aboriginal Skills and Employment Training Strategy (ASETS),
Aboriginal Head Start in Urban and Northern Communities (AHSUNC), and various initiatives
under AANDC’s Urban Aboriginal Strategy.
The federal government also participates in tripartite negotiations on a range of issues
with several provinces and Métis and non-status Indian organizations. For example, in Manitoba,
a tripartite negotiations agreement between Canada, Manitoba and the Manitoba Metis
Federation has existed since 1987. According to provincial officials, that agreement has spawned
multiple initiatives for the Métis in the province:
With many of the developments we have seen over the years, probably
the first part of the development originated from the table in the
creation of the Louis Riel Institute, the initial discussions on Métis
Child and Family [Services], which lead to the Métis [Child and
Family Services] Authority. Now … we have the Métis Economic
Development Fund. Many of the initiatives started from that tripartite
table and development. Then once developed, they are usually handed
off either to be overseen or to be run by a stand-alone agency or
organization.128
David Chartrand also noted that tripartite negotiations have contributed to some
important economic development initiatives for the Métis in Manitoba:
We do have a $10-million fund we negotiate with Canada. We have a
federal fund under the [Métis Economic Development Fund] … We
also have a capital corporation we administer that has a fund of $8
million. That fund was under Aboriginal Business Canada and is now
under the full authority of the [Manitoba Metis Federation]. So these
three entities are now working together to create the economic engine
for the Métis people in Manitoba.129
Evidence, 24 September 2012 (Eleanor Brockington, Director, Policy and Strategic Initiatives, Manitoba
Aboriginal and Northern Affairs).
128
129
Evidence, 24 September 2012.
47
Canada has also established bilateral relationships with CAP and the MNC, two national
organizations who include the Métis in their constituencies. The reported scope and strength of
these relationships, however, varied.
Canada and the MNC signed the Métis Nation Protocol in 2008. It commits the parties to
engage in discussions on issues including economic development, Métis Aboriginal rights,
health, education, and lands and resources.130 Clement Chartier, President of the MNC, indicated
that the Métis Nation Protocol had established a positive bilateral negotiations process, though
concrete results could not be reported as yet:
We have not yet dealt with the outstanding residential schools issue
that is in the protocol. We have not yet dealt with the outstanding
rights issues, including land. For the economic development aspect,
the protocol has not served us yet, but we still have hope that it will,
and we will not abandon it. We believe it is a good process and we are
hoping that it will be the springboard for the two accords we have put
forward, the one on governance and the one on economic
development. 131
Canada and the CAP signed an Accord on Cooperative Policy Development in 2005 on
issues including health, housing, and economic development. 132 Though CAP representatives
stated that the accord would soon be formally renewed, the progress achieved to date under the
accord was unclear. The CAP’s representatives maintain the accord was not implemented:
Unfortunately, that accord was created and sat on a shelf and did not
have political legs. We have approached the federal government to
renegotiate an accord that actually will be a living document that has
some substance to it so that we can address many of these issues.133
130
131
Métis Nation Protocol, 5 September 2008.
Evidence, 15 May 2012.
132
See Aboriginal Affairs and Northern Development Canada, Office of the Federal Interlocutor for Métis and NonStatus Indians, Bilateral Relations.
133
Evidence, 28 November 2012 (Ron Swain, National Vice-Chief, New Brunswick Aboriginal Peoples Council).
48
Officials from AANDC stated that its relations with the CAP have focused on supporting
its operations and developing a policy and legislative agenda:
With respect to CAP, its solid bilateral agreement with the federal
government is focused on strengthening its governance structure to
help it better represent its constituents. […]The government is engaged
with the Congress of Aboriginal Peoples on its strategic priorities
through a policy road map exercise. CAP's road map looks to deliver
measurable results for its constituents and to help implement key and
strategic changes to the Indian Act, such as those being implemented
through Bill C-3 [amendments to the Indian Act’s status provisions].134
Officials from AANDC stated that, in addition to the above noted bilateral discussions,
Canada engages with the Métis through various commemorative events. For example:
...in 2009, former Minister Strahl led a contingent of Métis veterans
and leaders to Juno Beach, France, to honour Métis contributions to
the wars. In 2010, the government declared it to be the Year of the
Métis; and, among other events, the government celebrated with Métis
people from all over the country the one hundred and twenty-fifth
anniversary of the Battle of Batoche, one of the seminal events in our
country's history.
AANDC officials also highlighted that “[i]n 2010 and 2011, our minister hosted
provincial ministers and Métis leaders at two economic development symposiums that resulted in
significant investments in Métis economic development by federal and provincial
governments.”135
In the NWT, Canada is engaged in two land claims negotiations with the Métis. One
negotiations process is with the Northwest Territories Métis Nation (formerly the South Slave
Métis Tribal Council), and the other is with the Dene and Métis of the Deh Cho region.
However, another Métis organization – the North Slave Métis Alliance (NSMA) – told the
committee that it is not formally recognized by either the federal or territorial governments. As
Christopher Devlin, Counsel for the North Slave Métis Alliance explained:
Evidence, 27 March 2012 (Elizabeth Tromp, Assistant Deputy Minister, Métis and Non-status Relations
Directorate, Aboriginal Affairs and Northern Development Canada).
134
135
Evidence, 27 March 2012.
49
The Government of the Northwest Territories says they
will not recognize the NSMA until Canada does. Canada
says we will not recognize the NSMA until the court tells
us. The court is still reserved. This is an example of how
the construction of Métis identity gets passed around for
political expediency and no one sits down and actually
engages in the rights-based analysis.136
Métis groups in Eastern Canada also told the committee that
Identity is fluid
... [T]hese are
individuals we
are talking
about, not
things.
– Denis Gagnon
they are not formally recognized by the federal or provincial
governments. For example, Ronald Surette of the Kespu'kwitk Métis Council of Yarmouth told
the committee that:
The Métis in Nova Scotia are living like our forefathers, but nobody
wants to identify us as a group. We have to prove in order to identify
ourselves. […] The Province of Nova Scotia wants us to have sitespecific information to prove to them before they will say, yes, they
are Métis, and the same for the federal government. For example,
somebody has to break the law and we have to have a court case to
prove that there are Métis in our area.137
Daphne Williamson of the Sou'West Nova Métis Council, also noted that neither the
federal nor provincial governments formally recognize her organization, or the mixed-ancestry
community on Cape Sable Island, Nova Scotia, that the organization represents.
According to Sheila Surette, the courts, applying the Powley test, have also not to date
recognized Métis rights claims in her region.
As eastern Métis, our organization has not been recognized, either
provincially or federally, as it pertains to rights. No tax exemptions, no
hunting and fishing rights, no educational grants, bursaries or
assistance for small businesses. […] The date given in the ruling was
1670. The judge ruled that there was no Métis community in our area
prior to European control in 1670.138
136
Evidence, 17 October 2012.
137
Evidence, 21 November 2012.
138
Evidence, 21 November 2012.
50
Several witnesses told the committee that the federal
government’s current approach to relations with the Métis is too
narrow. Some witnesses felt that the federal government should be
open to engaging with more self-identifying Métis groups. For
example, Denis Gagnon, Canada Research Chair on Métis Identity,
University of Saint-Boniface, stated:
Identity is fluid. But these are individuals we are
talking about, not things. … These are people who have
an awareness, who have their life and want to defend
their rights. They present who they are, and it would be
respectful to say, very well, we will try to understand
why, instead of telling them they are not who they
claim to be.139
The benefit [of
being Métis] is to
maintain your
culture, be
different, and
negotiate a fair
and equitable
place within the
Canadian
federation. That
has not happened
yet.
– Larry Chartrand
Others similarly recommended that Canada enter into broadbased discussions with the Métis on their relationship with Canada. For example, Larry
Chartrand, Associate Professor of Law, University of Ottawa, stated:
One of the benefits, of course, of being indigenous … is to be able to
assert political independence and negotiate a relationship with Canada
on equal terms. That would be a fundamental right from which
indigenous peoples, including the Metis community, who satisfy that
criteria of a nationhood or “peoplehood,” would benefit … The benefit
is to maintain your culture, be different, and negotiate a fair and
equitable place within the Canadian federation. That has not happened
yet.
Similarly, Paul Chartrand, Retired Professor of Law, stated that negotiations are the
appropriate path toward fully recognizing the Métis under section 35:
I should say that the task before you is a part of the broader project of
making the constitutional recognition of section 35 of the 1982 act
effective. [...] There is no point passing legislation on an unwilling
government; an unwilling government trying to act because of case
law — that does not work very well. … The best way is to work it out.
140
139
Evidence, 24 October 2012.
140
Evidence, 24 September 2012.
51
OBSERVATIONS AND RECOMMENDATIONS
This report has surveyed issues relating to the recognition of the Métis by the federal
government within four broad themes: identity and definition; registration and statistical
information; history and genealogy; and relations between Canada and the Métis. The following
are the committee’s observations and recommendations on the issues raised within these themes
during the course of this study.
A. Identity and Definition
The committee notes that there is no one-size-fits-all concept of Métis identity. Instead,
complex historical, cultural, legal and political factors have led to diverse expressions of Métis
identity across Canada.
Witnesses from Eastern Canada generally stated that their Métis identity is a
manifestation of their mixed ancestry and connections to their Aboriginal culture and heritage.
This is in contrast to the dominant view of the Métis witnesses from Western Canada, who
largely described themselves as descendants of historic fur trade communities whose distinct
mixed-ancestry identities formed during the 18th and 19th centuries.
The issue of Métis identity is broader, however, than contrasting approaches between
East and West. Many Métis across Canada are expressing their identities in ways that differ from
the general approaches in the East and West. These include the Alberta Métis settlements and the
Métis in the NWT.
The committee notes that there is disagreement among the Métis about the particular
meaning of the term, and to which self-identifying mixed-ancestry people it should apply. This is
an important question that, as noted previously, is not within the mandate of this study to
consider. However, the committee observes that all witnesses who appeared before the
committee spoke genuinely about their claims to Métis identity.
52
Universal among Métis witnesses were a keen knowledge of their family and community
histories, and an intense pride in their Métis identity. The committee observes that the Métis
have a strong sense of their own identity. They know who they are, even if they are not
recognized by others.
Indeed, it is one thing to identify as Métis; it is another to be recognized as such. The
committee heard from many witnesses with strong senses of their own Métis identity who, for
various reasons, were not recognized as Métis by others. The challenge for the federal
government is in conceiving an approach to recognition that does not unduly exclude those with
genuine claims to Métis ethnic identity across Canada. Given the diversity of expressions of
Métis identity across Canada, a context-based or regional approach to decision-making on these
issues will likely be required to account for this diversity.
The courts have declined to articulate or impose a definition of “Métis”. Instead, the
courts have recognized a federal responsibility to act and engage with Métis populations on
various issues of concern, including identification of the Métis. In Powley, for example, the
Supreme Court of Canada stated that the development of appropriate Métis membership tests and
more systematic methods for identifying Métis rights-holders was an urgent priority. The Federal
Court, in a decision currently under appeal,141 recently held that the Métis and non-status Indians
are “Indians” under the Constitution Act, 1867, and are therefore within federal jurisdiction.
Most recently, in the Manitoba Metis Federation decision, the Supreme Court of Canada
declared that Canada failed to follow through with Métis land grants under the Manitoba Act,
1870, as it was required to do.
The committee believes that a principled approach to the recognition of the Métis by the
federal government must begin with efforts at reconciliation with groups who have suffered past
wrongs. A better understanding of Canada’s Métis will also, in the view of this committee,
eventually emerge from principled discussions around this history and its continued effects.
141
Daniels v. Canada, 2013 FC 6.
53
Reconciliation would include addressing unfulfilled promises, such as the obligations
enshrined in the Manitoba Act, and discriminatory policies, such as the funding and operation of
residential schools. The committee believes that reconciliation is necessary in order to provide a
solid foundation for present and future generations of Métis in Canada. As the Honourable Gerry
St. Germain, former chair of this committee, stated:
It is important that we should seek to do justice in our own time, and
you cannot legislate wrongs back into rights. However, there is an
opportunity now. I have to commend David Chartrand [of the
Manitoba Metis Federation] and those who led the court case and who
persisted and persevered through all of this.
In my case, I have been blessed. I feel that there are many people in
that homeland, such as young children, who deserve opportunities for
education, health care and economic development as they progress
through their educational process.142
Issues surrounding Métis identity and recognition are very complex. However, this
complexity should not, in the view of this committee, deter the federal government from
endeavouring to understand and to move forward on these issues. The committee hopes that this
report will contribute to a discussion on recognition between the federal government and the
Métis, and that a clearer understanding and awareness of these issues within the federal
government will translate into improved engagement with Métis groups, better design of
programs and services, and other federal actions to concretely benefit and improve the lives of
Métis Canadians.
B. Registration and Statistical Information
The committee heard that Métis communities and groups across Canada are defining their
membership in ways that aim to match their views of their own ethnic identities. These views are
informed by their diverse historical, cultural, social and political realities.
For example, the MNC National Definition registers descendants of Métis communities
that developed at the Red River settlement and along the historic fur trade routes of the
142
Evidence, 20 March 2013.
54
Northwest in the 18th and 19th centuries. They collectively define these communities as the Métis
Nation, whose shared history includes the first Métis scrip processes, and the series of armed
conflicts known as the Red River and Northwest Rebellions. In the MNC’s view, the descendants
of these communities retain the rights in relation to lands and self-government that their
ancestors struggled to have recognized.
Other Métis communities across Canada are registering members according to their own
shared identities. The Red Sky Métis Independent Nation in Ontario, for example, registers
descendants of the 84 “half-breed” signatories to the 1850 Robinson Superior Treaty. The
Alberta Métis settlements register members according to membership criteria that reflect the
unique development of their communities in the 20th century. Many other Métis groups across
Canada are compiling membership lists and issuing membership cards according to their own
criteria.
The federal government is involved only in the development of the MNC’s five
provincial registries. The reason, according to AANDC, is that the MNC National Definition is
compatible with the Powley criteria, and the MNC registries are therefore an alternative means of
identifying Métis rights-bearers. Expenditures for this program were $8.8 million in 2010–2011
and $9.5 million in 2011-2012.143 AANDC’s most recent Report on Plans and Priorities indicates
that the department will continue to “support development of objectively verifiable Métis
membership systems consistent with Supreme Court’s R. v. Powley [2003] decision.”144
The committee notes that this approach is, however, inadequate for identifying Métis
rights-holders. The MNC National Definition and the Powley criteria are similar, but not the
same; and not all members of the MNC’s provincial organizations claim section 35 harvesting
rights. Instead, Métis rights-holders have generally been identified by courts applying the Powley
Aboriginal Affairs and Northern Development Canada, 2010–2011 Departmental Performance Report,
p. 82, and 2011-2012 Departmental Performance Report, ch. 5.3.
143
Aboriginal Affairs and Northern Development Canada, 2013–14 Report on Plans and Priorities Aboriginal Affairs and Northern Development Canada and Canadian Polar Commission, p. 9.
144
55
criteria, or through harvesting agreements between the MNC’s provincial organizations and
provincial governments.
While such registries may assist in identifying some Métis rights-holders in some
circumstances, the committee believes that another and more immediate, practical use of these
registries is to gather demographic and other important statistical information on Métis
populations.
The current approach of the federal government toward collecting statistical information
on the Métis relies heavily on self-identification and self-reporting through the Canadian Census.
The committee is concerned about the accuracy and reliability of such data, particularly as it is
virtually the sole source of federal statistical information on the Métis.
As several witnesses told the committee, a lack of accurate and reliable data results in
knowledge gaps on the current status and needs of Métis communities on a broad range of issues.
These include issues in relation to health, child welfare, social services, and economic
development.
The committee believes that an important first step toward appropriately recognizing the
Métis is to have a clear understanding of how the Métis are currently identified and of relevant
data available on the Métis. The committee therefore recommends:
Recommendation No. 1: That Aboriginal Affairs and Northern Development
Canada, in collaboration with relevant government departments and Métis
organizations, develop and implement a strategy for gathering and analyzing
demographic and other statistical information on Métis populations, with a view to
identifying current knowledge gaps and opportunities to improve access to reliable
and accurate statistical information on Métis populations.
History and Genealogy
The history of the Métis people and their role in the settling of Canada are not, on the
whole, very well documented or understood. Witnesses who appeared before the committee
56
shared unique and fascinating histories surrounding the origins of their families and
communities. Given the importance of this history to development of this country, the stories of
the Métis deserve to be celebrated and more widely told. In addition, a better appreciation of
Métis history will contribute to a better understanding of who the Métis are today.
Access to relevant documentation on Métis history varies across the country. The
histories of the Métis in the Red River region and in other regions covered by successive federal
scrip commissions are among the best documented. Descendants of the Métis in other regions,
including many in Eastern Canada and British Columbia, are struggling to find the resources to
document their histories. In all regions, the process of researching and gathering historical
documentation is often expensive and time-consuming. Many communities and organizations
across the country have made maximum efforts to document this history with minimal support
from outside sources.
Following the Powley decision, the Department of Justice initiated a historical research
program to help determine where rights-bearing Métis communities might exist across Canada.
To help guide its response to the Powley decision, the department launched 15 research projects
on the development of historic mixed-ancestry communities in several parts of the country,
including British Columbia, the Northwest Territories, and Newfoundland and Labrador.
While the results of this research are not public and may be controversial, the committee
views this research as a potentially important source of information on the history of these
communities and the federal government’s understanding of their role in the history of Canada.
The committee stresses, however, that any comprehensive research program on the Métis must
incorporate oral histories and other methods of ascertaining the Métis’ own views of their
histories.
The committee heard from several competent and committed independent research
organizations and academic researchers who are engaging with Métis communities and gathering
important historical documentation on the development of these communities. These include the
important work of the independent researchers at various universities and applied research
57
institutions, such as the Gabriel Dumont Institute. Some have done this work with the support of
the federal government, such as through the Canada Research Chair program or the Métis
National Council Historical Database.145 Overall, however, few federal funds currently support
Métis-specific historical research, and few research programs currently exist to research and
document this history.
Historical research on the Métis is in its early stages. The federal government has already
contributed to the development of the historical record by initiating its post-Powley research
program. This committee believes that the need to develop historical knowledge of the Métis
remains urgent. The federal government should make such work a priority, in recognition of the
evolving understanding of the Métis and their relationship to the Crown, particularly following
the Manitoba Metis Federation and Daniels decisions. Historical research is critical to
understanding who the Métis are and what their rights are as an Aboriginal people of Canada.
The committee therefore recommends:
Recommendation No. 2: That Aboriginal Affairs and Northern Development
Canada, in recognition of the evolving understanding of the Métis and their
relationship to the Crown, develop, in collaboration with Métis organizations and
communities, a plan that will:

Build on the work and capacities of existing researchers and research
institutions to identify relevant historical documentation on the Métis,
including documents held by federal government departments, and to make
this data readily accessible; and

Develop and propose an appropriately resourced research program to
support, through an application process, Métis communities and
organizations in gathering information on the development of their historic
communities, including written documentation and oral histories.
Relations between Canada and the Métis
The federal government’s current approach to formal relations with the Métis has three
main components. First, AANDC engages in bilateral discussions with two national
organizations – MNC and CAP. Second, AANDC maintains tripartite relationships with the four
145
See Métis National Council Historical Online Database, Home.
58
western provinces and Ontario and the MNC’s organizations in those provinces. Third, Canada
has settled or is currently negotiating land claims agreements with several Métis groups in the
NWT. No other Métis groups have a consistent, formal relationship with the federal
government.146
The committee is of the opinion that existing bilateral and tripartite discussions outline a
solid framework for relations between Canada and the Métis, even if progress on some of these
discussions has been modest to date. None of the parties to bilateral discussions reported clear,
concrete outcomes from the discussions, though all parties pledged their continued commitment
to these processes. CAP told the committee that it recently renewed its protocol agreement; the
committee notes that the MNC’s current protocol agreement expires in September 2013.
Tripartite discussions in the western provinces and Ontario have contributed to the development
of important initiatives in areas including child welfare and economic development.147
While Canada has thus established a framework for relations with two national
Aboriginal organizations, the committee is concerned that discussions in many areas have
stagnated and are in need of a renewed commitment toward achieving concrete results on key
issues.
The committee also notes the concern of some witnesses that the department’s current
network of relationships is not broad enough to include all groups that represent significant Métis
constituencies.
The committee acknowledges that a barrier to engaging with other Métis groups is
whether all such groups that self-identify do, in fact, legitimately represent the Métis. The federal
146
It should be noted that AANDC has provided funding for capacity development to several organizations
representing Métis and non-status Indian constituencies. In 2008, AANDC reported that these organizations
included the five provincial organizations of the MNC, the Métis Settlements General Council, the Gabriel Dumont
Institute, and CAP’s affiliate organizations in Prince Edward Island and Nova Scotia. See Aboriginal Affairs and
Northern Development Canada, Evaluation of the Federal Interlocutor’s Contribution Program and Powley:
Management of Métis Aboriginal Rights, 25 February 2008, p. 3.
147
The committee notes that bilateral discussions between the Métis and various provinces have also produced
important, concrete results, most notably harvesting agreements in Manitoba and Ontario.
59
government has rightfully refrained from advancing a general definition of Métis that includes
some and excludes others. However, the federal government will need to decide, for its own
purposes, whom to formally recognize and on what basis.
An effective course of action to meet this challenge is to engage with Métis groups, with
a view to better understanding their views on Métis identity and the basis on which they claim to
represent Métis constituencies. The committee stresses that Métis themselves must be able to
determine their own membership and representation. The committee believes that the proper
approach for the federal government toward understanding who the Métis are must, therefore,
focus on who the Métis understand themselves to be.
The committee emphasizes that engagement with various groups does not by itself create
rights or obligations. The purpose of such engagement is to improve understanding and
awareness and, on this basis, to decide what further federal actions to appropriately recognize the
Métis are needed and warranted.
Finally, the committee notes that many Métis witnesses expressed a desire to broadly
engage with the federal government, and officials from AANDC also expressed their openness to
engaging in dialogue with local and regional Métis groups.
60
The committee therefore recommends:
Recommendation No. 3: That Aboriginal Affairs and Northern Development
Canada continue to support bilateral and tripartite negotiations with parties,
including the relevant national Aboriginal organizations, and to begin to engage
with local and regional groups representing Métis constituencies across Canada,
with a view to developing a coherent and comprehensive approach to relations
between Canada and the Métis; and, in particular:

Renew its commitment to bilateral and tripartite discussions with parties,
including the relevant national Aboriginal organizations, by clearly
identifying, in collaboration with these parties, priority issues for discussion,
concrete objectives, and timelines for the achievement of these objectives;

Develop an action plan for engagement with local and regional Métis groups
with regard to their views on Métis identity and the bases on which they
claim to represent Métis constituencies, and table a progress report on the
action plan with this committee by 1 June 2014.
61
CONCLUDING REMARKS
This study has sought to address the following question: How can the federal government
recognize the Métis in a manner that fundamentally respects the ways in which the Métis view
themselves?
The recommendations in this report are proposed as first steps. They do not provide the
answer, but rather define a process toward finding an appropriate answer.
This committee believes that the federal government must take immediate and concrete
steps to better understand who the Métis are. This requires, at its base, an inquiry into who the
Métis understand themselves to be.
This will be no easy task. It is, however, an urgent and important one.
62
APPENDIX I – COMMUNITY PROFILES: EXPRESSIONS OF MÉTIS
IDENTITY
In September and October 2012, the committee travelled to several Métis communities
across Western Canada and the Northwest Territories. The committee held several fact-finding
meetings with a variety of stakeholders, including community leaders, educators, harvesters,
social service providers, and elders. The meetings generated interesting and wide-ranging
discussions on Métis identity in these communities.
While the full range of issues discussed could not be incorporated into the report, the
following provides a descriptive account of key issues drawn from these discussions. Brief
narratives from seven communities are presented below; each includes brief background
information and descriptions of some key issues affecting Métis identity in the contemporary
community.
A. Saint Laurent, Manitoba: Culture and Identity
The Saint Laurent area, located along the southern shore of Lake Manitoba, was first
inhabited by Métis families who migrated north from the Pembina territory in the United States
in the early 1820s. Other early Métis in the area included those who migrated from the Red River
Settlement, in and around present-day Winnipeg. The Métis who established semi-permanent
settlements in the area were primarily fishers, traders with the fur company posts, and socioeconomic intermediaries with the local Cree and Assiniboine populations.148
The traditional economy in Saint Laurent continues to be based around the lake fishery;
other traditional sources of livelihood include hunting, trapping, gardening and farming. Recent
legal and policy developments have supported Métis Aboriginal harvest rights in the area. In
2009, the Provincial Court of Manitoba, applying the Powley criteria, found that a historic Métis
community and associated hunting rights existed across a large portion of southwestern
See Nicole St-Onge, Saint Laurent, Manitoba: Evolving Métis Identities, 1860 – 1914 (Regina: Canadian Plains
Research Center, University of Regina, 2004); and Guy Lavallée, The Métis of St. Laurent, Manitoba: Their Life
and Stories, 1920 – 1988 (Winnipeg: Published by the Author, 2003).
148
63
Manitoba. 149 Provincial government and conservation officials have since worked with the
Manitoba Metis Federation (MMF) to develop rules for recognizing Métis harvesting rights
across southern Manitoba, culminating in the September 2012 harvesting agreement between the
Province of Manitoba and the MMF.150
The Michif language spoken in the area, generally a mixture of French and Cree, was
historically a vital element in the development of Métis group identity in Saint Laurent. 151 The
language, along with music, dress, harvesting activities and other aspects of material culture
remain important to Métis identity and ways of life in the area. Indeed, Saint Laurent is featured
in a permanent exhibition of contemporary Aboriginal life and identities at the Smithsonian’s
National Museum of the American Indian in Washington, D.C.152
The Michif language is an important aspect of Métis identity in Saint Laurent, despite a
range of historic and contemporary challenges to its continued use and preservation. The old
mission schools in the area, for example, actively discouraged previous generations from
speaking the Michif language. Today, the influence of English is increasing as the community
continues to grow and change demographically. Another challenge relates to the nature of the
language itself: Michif is primarily a spoken language with many regional variations, which
complicates efforts to compile a common written vocabulary or design education curricula.
In supporting the use and preservation of Michif, local educators told the committee that
families are the best teachers of the language to the younger generations. Their pedagogical
approach focuses on providing programs to support parents in transmitting the language and
culture to their children, integrating lessons in Aboriginal culture into the existing provincial
149
R. v. Goodon, 2008 MBPC 59 (CanLII).
See Manitoba Metis Federation (MMF), Natural Resources, and Government of Manitoba, Metis Natural
Resource Harvesting. As part of this negotiated arrangement, the Métis exercise their rights to harvest in accordance
with the traditional laws set out in an MMF document entitled Metis Laws of the Harvest. See Manitoba Metis
Federation, Metis Laws of the Harvest (Third Edition).
150
151
It should be noted that Métis peoples across Canada have spoken many Aboriginal languages that include Michif
(e.g. Michif-Cree, Michif-Dene) and other distinct combinations of Aboriginal and European languages (e.g. Bungi,
Chinook).
152
Smithsonian Institution, National Museum of the American Indian, Our Lives: Contemporary Life and Identities.
64
curriculum, and teaching values relating to personal and group identity, diversity and
multiculturalism. As one educator noted, Métis students must recognize who they are before they
can recognize the person in front of them.
B. Cross Lake, Manitoba: Individual and Collective Identities
The Métis community of Cross Lake is located approximately 520 kilometers by air north
of Winnipeg on the shore of the Nelson River, where the river enters Cross Lake. The
community was first established in 1795 as a trading post of the Hudson’s Bay Company. The
Métis here are largely descended from Cree populations and Scottish company fur traders who
settled in the area. The men of the community have a proud tradition as “trip-men” on the York
boats that travelled the difficult and dangerous inland routes between the Red River settlement
and York Factory on Hudson Bay.153 Today, many community members call themselves “halfbreeds,” a reclaimed term used to reflect their Scottish and Cree heritage.154
The landscape of the area was significantly altered in the early 1970s with the
construction of the Churchill-Nelson River hydroelectric dam project. The flooding caused
severe effects on the local ecology and undermined the traditional hunting, trapping and fishing
ways of life of many Aboriginal communities, including the Cross Lake Métis community and
the adjacent Cross Lake First Nation. In 1977, the Governments of Canada and Manitoba,
Manitoba Hydro (a provincial power utility), and five Northern Manitoba First Nations signed
the Northern Flood Agreement (NFA).155 Although there is disagreement among the parties with
respect to the agreement’s implementation, the NFA was originally intended to compensate for
damages suffered by the signatory First Nations as a result of the flooding. However, Métis
communities and some First Nations affected by the flooding were not parties to the NFA.156
See Archives of Manitoba, Hudson’s Bay Company – Cross Lake; and Frederick J. Alcock, “Past and Present
Trade Routes to the Canadian Northwest,” Geographical Review, Vol. 10, No. 2 (Aug., 1920), pp. 57-83.
153
154
English-speaking mixed populations in the area were commonly, and pejoratively, called “half-breeds” by nonAboriginal populations in the 19th and early 20th centuries.
155
See Office of the Arbitrator, Northern Flood Agreement.
For more on the complex history and legal claims surrounding the Northern Flood Agreement in Manitoba, see
Thibault Martin and Steven M. Hoffman, eds., Power Struggles: Hydro Development and First Nations in Manitoba
and Quebec (Winnipeg: University of Manitoba Press, 2008); and Aboriginal Affairs and Northern Development
Canada, Backgrounder - Manitoba Northern Flood Agreement: Implementation.
156
65
In 2010, following approximately 20 years of litigation and negotiations, the Métis
community of Cross Lake reached a settlement with the Province of Manitoba and Manitoba
Hydro for damage caused by the Churchill-Nelson River project. The settlement agreement
provides for financial compensation, the transfer of several thousand acres of land to the
community, and the establishment of a co-management committee to help manage resources
within a registered trapline area.157
Cross Lake became an “incorporated community” under the Manitoba Northern Affairs
Act in 2010,158 with powers and responsibilities similar to a municipality. While the community
welcomed this change in its local government, representatives told the committee that the
community still wishes to be recognized and dealt with as a representative Métis community by
other levels of government. The community has accessed federal funds for isolated programs
accessible to the Métis but does not otherwise have a relationship with the federal government.
While Cross Lake retains a strong sense of its distinct Métis culture and identity, almost
all individuals in the community are registered (status) Indians under the Indian Act. Many
regained status or chose to register for the first time following the reforms to the Indian Act
status provisions under Bill C-31 in 1985. Community members described the choice to register
as difficult, but necessary for many people, given the benefits available to registered Indians
under the act. Others in the area have chosen not to accept Indian status because they selfidentify as Métis. Community leaders indicated that the issue of Indian status, while largely a
personal one, has affected their ability to hold the people together as a Métis community.
C. Duck Lake and
Communities
Batoche,
Saskatchewan:
Historic
and
Contemporary
In the 1870s, many Métis migrated from the newly formed province of Manitoba and
established communities in the North-West Territories along the banks of the North and South
Saskatchewan rivers. Many of the families who settled in these areas had long traditions as
buffalo hunters, trappers, and suppliers and freighters for the North-West fur trade.
157
158
See Cross Lake Community Settlement Agreement (2010).
The Northern Affairs Act (2006), C.C.S.M. c. N100.
66
In the spring of 1885, disputes over land surveying and other federal policies broke into
armed conflict between the Métis, led by Louis Riel and Gabriel Dumont, and the North-West
Mounted Police. The Battle at Duck Lake was the first of a series of battles between the Métis
and police and militia forces, which culminated in the Battle of Batoche in May 1885.159
This history is now commemorated at many sites and events in the area, including the
Batoche National Historic Site, the Duck Lake Regional Interpretive Centre, and an annual
cultural festival known as Back to Batoche.160
The Métis in the Duck Lake and Batoche areas impressed upon the committee a deep
sense of their history, genealogical roots and identity as a Métis people. The committee heard
that many community members had invested much time and many resources in learning their
family histories and genealogies, and knew the network of families that comprised the Métis
communities in the area.
However, community members emphasized that the membership criteria of various Métis
political organizations did not fit with their view of themselves or their communities. The criteria
of the Métis Nation of Saskatchewan (a provincial organization of the Métis National Council)
were described as too narrow, excluding many community members whose Aboriginal ancestry
was tied to areas outside the Métis Nation Homeland.161 Organizations whose only criterion for
membership was self-definition were too broad, lacking important ties to the community’s
shared sense of history and place.
159
These armed conflicts are known collectively as the North-West Resistance, or the North-West Rebellion. For
more on this history, see Walter Hildebrandt, The Battle of Batoche: British Small Warfare and the Entrenched
Métis (Ottawa: Environment Canada, 1989).
160
The committee visited and met with stakeholders at all of these locations in the course of this study. See Parks
Canada, Batoche National Historic Site; Duck Lake Historical Museum Society, Duck Lake Regional Interpretive
Centre; and Métis Nation – Saskatchewan, Back to Batoche Days.
161
According to the Métis National Council and its provincial organizations, the ”historic Métis Nation was based
within a “homeland” that includes the three Prairie Provinces (Manitoba, Saskatchewan and Alberta) and parts of
Ontario, British Columbia and the northern United States.
67
For example, the president of a local affiliate of the Métis Nation of Saskatchewan told
the committee that she is not officially eligible for membership in the provincial organization
because her Aboriginal ancestry is tied to Quebec.
The committee heard that further dialogue with communities was needed around more
inclusive definitions of Métis and appropriate membership criteria. Such a dialogue was needed
to establish, as one community member put it, a strong foundation on which to build present-day
and future Métis communities.
D. Ile-a-la-Crosse, Saskatchewan: Education and Identity
The northern Saskatchewan community of Ile-a-la-Crosse was established in 1776 as a
main Hudson’s Bay Company trading post, and is the second oldest permanent settlement in
Saskatchewan.162 Most Métis in the community have French surnames, reflecting their descent
from local Cree women and French-speaking voyageurs from Quebec.163 Ile-a-la-Crosse is the
birthplace of Louis Riel’s father, Louis Riel Sr., and the gravesite of his sister, Sister Marguerite
Marie Riel (Grey Nuns).164
Beginning in 1847, the community was the site of a Catholic mission boarding school,
which, for a period of time, was designated for Métis children. Others from the community
attended the nearby Beauval Indian Residential School, which operated from 1895 to 1983.165
Former students of the boarding school at Ile-a-la-Crosse told the committee of their experiences
at the school. Like many other survivors of this sad chapter in Canadian history, these survivors
recounted experiences of severe physical abuse, isolation from family and community, and being
forbidden from speaking the Michif language. The committee further heard that the physical and
162
The oldest community is Cumberland House, Saskatchewan, established two years earlier in 1774.
163
However, a few English and Scottish traders from the Red River settlement in Manitoba also established families
in the community in the 19th century. See Robert Jarvenpa and Hetty Jo Brumbach, “Occupational Status, Ethnicity,
and Ecology: Metis Cree Adaptations in a Canadian Trading Frontier,” Human Ecology, Vol. 13, No. 3 (Sep., 1985),
pp. 309-329.
164
See Gabriel Dumont Institute, Virtual Métis Museum, Gravesite of Sister Marguerite Marie (Sara) Riel.
See Larry Chartrand et al., Métis History and Experience and Residential Schools in Canada (Ottawa: Aboriginal
Healing Foundation, 2006); and Gabriel Dumont Institute, Virtual Métis Museum, Brenda MacDougall Discusses
the Community of Ile a la Crosse (22 March 2002).
165
68
psychological after-effects of these experiences included loss of language, culture, community
connections and parenting skills.166
In 2007, a settlement was reached with the federal government on behalf of former
students of Indian Residential Schools, which included processes for individual compensation
and an apology delivered by the Prime Minister to the survivors of the schools. 167 While the
Beauval school was included on the settlement agreement’s list of recognized residential schools,
the mission boarding school at Ile-a-la-Crosse was deemed ineligible for inclusion under the
terms of the settlement agreement. 168 Community leaders told the committee that they are
continually working to gain recognition for the survivors of the Ile-a-la-Crosse school.
In the 1970s, the community took greater control over education by establishing its own
school board to administer and develop educational programming for the local elementary and
secondary schools. The board works under provincial education legislation and curricula to
provide culturally appropriate programming to students in the community, including programs to
teach the Michif language, Métis fiddling and traditional outdoor skills. 169 Though such
programs are non-compulsory or extra-curricular, they have a high participation rate among
students. School officials stated that a key measure of the local school board’s overall success
has been the increase in high school graduation numbers, which reportedly grew from none prior
to the establishment of the board, to over 300 since 1979.
166
In November 2012, the Truth and Reconciliation Commission of Canada held hearings in Ile-a-la-Crosse as part
of its mandate to bear witness to the legacy of the residential school system and to guide a process of reconciliation
among all Canadians. For more information on the mandate and activities of the Truth and Reconciliation
Commission, see Truth and Reconciliation Commission, Home.
167
Right Honourable Stephen Harper, “Prime Minister Harper offers full apology on behalf of Canadians for the
Indian Residential Schools system,” Office of the Prime Minister, Ottawa, 2008.
168
See Indian Residential Schools Settlement – Official Court Website.
169
See Ile-a-la-Crosse School Division, Home; and Sakitawak Cultural Site, Home.
69
E. Buffalo Lake, Alberta: The Métis Settlements
The eight Métis settlements in northern Alberta, with a combined area of 1.25 million
acres (506,000 hectares), comprise the only collective Métis land base in Canada. The
settlements are largely the product of a unique history in the province in the late 19th and early
20th centuries, which combined Métis political action with provincial efforts to improve the
socio-economic circumstances of the Métis.170
In 1990, provincial legislation codified a negotiated framework for the governance and
management of the Métis settlements. 171 The framework includes several local and regional
government institutions with delegated authority over a wide range of areas, including areas
previously under municipal and provincial jurisdictions.172 In general, the eight local settlement
councils have largely municipal-like powers to enact by-laws on matters of local governance and
to run local programs and services. The regional Métis Settlements General Council enacts
binding policies in specified areas that collectively affect the settlements, holds underlying title
to the settlement land base, and manages collective settlement funds. A tribunal handles disputes
relating to lands and membership in the settlements.
The Buffalo Lake Métis Settlement, located approximately 200 km northeast of
Edmonton, has a membership of approximately 1,200 and a land base of 87,000 acres (35,356
hectares). The lands of all the settlements are owned under a unique structure of ownership
known as “provisional title.” Under this system, each member of the settlement is allocated 10
acres; landowners can sell their lands to another member or to the General Council. Future
expansion of land is not contemplated in the legislation; the committee heard that Buffalo Lake
had recently purchased adjacent lands to expand its land base.
170
For details on the legal and political history of the Métis settlements, see Catherine Bell and Harold Robinson,
“Government on the Métis Settlements: Foundations and Future Directions” in Frederica Wilson and Melanie
Mallet, eds., Métis-Crown Relations: Rights, Identity, Jurisdiction, and Governance (Toronto: Irwin Law, 2008), pp.
437-474, and T.C. Pocklington, The Government and Politics of the Alberta Metis Settlements (Regina: Canadian
Plains Research Center, 1991).
171
See in particular Alberta-Métis Settlements Accord (1989), and Métis Settlements Act, R.S.A. 2000, c. M-14.
See Government of Alberta, Ministry of Aboriginal Relations, Metis Settlements; Métis Settlements General
Council, Home; and Métis Settlements Appeals Tribunal, Home.
172
70
The provincial legislation establishing the settlements outlines both a broad definition of
Métis (“a person of aboriginal ancestry who identifies with Métis history and culture”) and
particular criteria and processes for obtaining membership in the Métis settlements. The criteria
contain a restriction against membership for those who have registered as an Indian under the
Indian Act, or as an Inuk for the purpose of a land claims agreement, with narrow exceptions.173
This restriction was recently upheld by the Supreme Court of Canada as justified “[i]n order to
preserve the unique Métis culture and identity and to assure effective self-governance through a
dedicated Métis land base.” 174 The committee heard that many current members of the
settlements would likely be eligible to be registered as status Indians under the Indian Act, but
for this restriction against Indian registration in the settlements’ membership criteria.
The committee heard that the settlements are not formally affiliated with the Métis
Nation and its provincial organization, the Métis Nation of Alberta. However, some settlement
members are also members of the MNA. Community leaders in Buffalo Lake told the committee
that its membership criteria also allow the settlement to accept members from outside the
province, including those who, for reasons relating to the geographic origins of their Aboriginal
ancestry, may not qualify for membership with the MNA.
F. Kelowna, British Columbia: Rediscovering Identity
The City of Kelowna and many other communities in the Okanagan region are home to
many Métis from across Canada, including those who have relocated to B.C. within the last few
generations. Several local organizations of the Métis Nation of British Columbia (MNBC) are
based in and around Kelowna; in addition, several community-based organizations provide a
variety of social services, including housing and child and family services, to Métis populations
in the Okanagan region. The committee met with several of these organizations in Kelowna,
including the Métis Community Services Society of British Columbia, the Métis Commission for
Children and Families of British Columbia, and the Okanagan Métis and Aboriginal Housing
Society.
173
See Métis Settlements Act, R.S.A. 2000, c. M-14, sections 1(j), 75, 76 and 90.
174
Alberta (Aboriginal Affairs and Northern Development) v. Cunningham, 2011 SCC 37, para. 86.
71
These organizations told the committee that the term “Métis” is used in British Columbia
to describe populations with mixed Aboriginal and European ancestry, as well as those with
ancestral ties to the historic Métis in the Red River region. Local Métis service providers,
including those mentioned above, serve all self-identifying Métis populations and work to
address their common social needs.
Methods of identifying Métis in the region include “community cards” and “provincial
cards.” Representatives of local chapters of the MNBC told the committee that they issue
“community cards” to Métis based solely on self-identification. Particularly since the Powley
decision, the MNBC has emphasized the “provincial cards” as the primary means of Métis
identification. However, many Métis community members have opted not to enter the detailed
and expensive process to obtain a provincial card, and continue to rely only on community cards
to demonstrate their membership in the local Métis community.
The committee heard that many Métis in B.C. have, over the generations, lost their
connections to their Aboriginal culture and heritage, due to complex factors including racism,
discrimination and social dislocation. One important aspect of the work of these service
providers is in assisting individuals to rediscover their Aboriginal heritage through genealogical
research. Service providers told the committee that many Métis, while generally aware of their
Aboriginal ancestry, have, over generations, lost their connections to particular Aboriginal
ancestors or historic Métis communities. As the costs associated with doing the required
historical research can be very high, some social services organizations access funding through
the provincial government to assist in doing genealogical research. In some cases, individuals
may use this research to gain membership in the Métis Nation of British Columbia.
The effects of re-discovering one’s Aboriginal heritage are profound for many. For
example, one service provider told the committee about the genealogical research her
organization did on behalf of two siblings in the foster care system. The organization obtained
some initial information from their great grandmother, and later traced the family ancestry to one
of the founders of the Batoche Métis settlement in Saskatchewan. The organization reported the
72
information to the great grandmother, who indicated that this knowledge made her feel like she
“was somebody.”
G. Northwest Territories: Métis North of 60
Two historic treaties cover parts of the NWT – Treaty 8 (1899) and Treaty 11 (1921).175
The treaty commissions for these respective historic treaties with the Dene were also given the
authority to investigate Métis claims under special “Half-breed Commissions.” While a few
Métis in the NWT took treaty, most Métis were issued money or land scrip. Land scrip was only
issued in areas covered by Treaty 8; Métis in Treaty 11 territory were issued only money scrip
because of a lack of arable land in the area. The Treaty 11 Half-breed Commission, for example,
accepted scrip applications from the Métis after Treaty 11 was signed; and the federal
government issued 172 scrip payments in the amount of $240 per person between 1924 and
1927.176
The committee heard that early written records on the Métis in the NWT are scarce.
However, both written and oral histories cover the experiences of a prominent Métis ancestor,
François Beaulieu II (1771-1872). His descriptions of Métis and Dene ways of life in the region
are published in the writings of a Catholic missionary named Émile Petitot, and remain an
important written source on the history of the Métis in the NWT.177
Among the unique rights and benefits of the Métis in the NWT are those negotiated under
three comprehensive land claims agreements.178 Negotiations are ongoing with respect to two
175
Treaty 8 covers parts of northern Saskatchewan, Alberta, and British Columbia, and a southern portion of
the NWT. Treaty 11 covers parts of the NWT and a southern portion of Yukon. For a map illustrating these
boundaries, see Aboriginal Affairs and Northern Development Canada, Historical Treaties of Canada.
176
Library and Archives Canada, Métis Scrip Records – Treaty 11 Commission.
See Émile Petitot, En route pour la mer Glaciale (Paris: Letouzey et Ané, 1887), and Parks Canada,
Backgrounder: François Beaulieu II (C. 1771-1872).
177
These are: the Gwich’in Comprehensive Land Claim Agreement (which came into effect in 1992); the Sahtu
Dene and Metis Comprehensive Land Claim Agreement (1994); and the Tlicho Land Claims and Self Government
Agreement (2005).
178
73
additional land claims agreements that count Métis as beneficiaries. 179 Métis residents of the
NWT are also eligible for certain non-insured health benefits, including dental and prescription
drug benefits, through the territorial government.
While the Métis have attained recognition in some areas, the committee heard that they
struggle to be recognized in others. For example, Michif (here a mixture of French and Dene) is
not among the 11 Aboriginal languages recognized under territorial legislation. Federal funds to
preserve the Michif language were at one time accessible through Heritage Canada, but those
funds have now ceased.
The Northwest Territory Métis Nation (NWT MN) is currently in negotiations with
Canada and the NWT on the first Métis-only land claim agreement in Canada. The group had
been involved in negotiations on a joint Métis/Dene agreement since the early 1980s, but the
agreement was never ratified. In 1996, the parties signed a Framework Agreement to begin this
negotiation process, which in 2012 reached an Agreement-in-Principle (AIP).
Eligibility criteria under the future agreement are expected to revolve around a concept of
“Indigenous Métis.” This term refers to those Métis who can trace their ancestry in the treaty
territory back to 1921. The committee heard that those Métis who arrived in the region after
1921 would be considered “non-Indigenous Métis” with no rights under the agreement. The AIP
also defines Métis as separate from other Aboriginal peoples, and thus status Indians would not
be eligible to become beneficiaries under the agreement.
179
One is with the Northwest Territories Métis Nation (formerly the South Slave Métis Tribal Council), and the
other involves the Dene and Métis of the Deh Cho region. See Aboriginal Affairs and Northern Development
Canada, General Briefing Note on Canada’s Self-Government and Land Claims Policies and the Status of
Negotiations, (January 2012), pp. 56–58.
74
APPENDIX II – WITNESSES
Meeting Date
March 27, 2012
Agency and Spokeperson
Aboriginal Affairs and Northern
Development Canada:
Brief
X
Elizabeth Tromp, Assistant Deputy Minister,
Office of the Federal Interlocutor;
Diane Robinson, Director, Aboriginal
Relations, Office of the Federal Interlocutor;
Michael Nadler, Director General, Negotiations
East.
Department of Justice Canada:
Peggy Stone, General Counsel and Director.
March 28, 2012
Statistics Canada:
X
Jane Badets, Director General, Census Subject
Matter, Social and Demographic Statistics;
François Nault, Director, Social and Aboriginal
Statistics Division;
Cathy Connors, Assistant Director, Social and
Aboriginal Statistics Division.
Human Resources and Skills Development
Canada:
James Sutherland, Acting Director General,
Aboriginal Affairs Directorate, Skills and
Employment Branch.
75
X
Meeting Date
April 24, 2012
Agency and Spokeperson
Health Canada:
Brief
X
Kathy Langlois, Director General, Community
Programs Directorate, First Nations and Inuit
Health Branch.
Public Health Agency of Canada:
Marla Israel, Acting Director General, Centre
for Health Promotion.
April 25, 2012
As individuals:
Larry Chartrand, Associate professor, Faculty
of Law, Common Law Section, University of
Ottawa;
X
Brenda Macdougall, Chair, Métis Research,
Department of Geography, Faculty of Arts,
University of Ottawa.
May 2, 2012
As individuals:
Jean Teillet, Lawyer, Paper Salter Teillet;
X
Jason T. Madden, Lawyer, JTM Law.
X
76
Meeting Date
May 15, 2012
Agency and Spokeperson
Métis National Council:
Brief
X
Clément Chartier, President;
Marc LeClair, Bilateral Coordinator.
Les Femmes Michif Otipemisiwak – Women
of the Métis Nation:
Melanie Omeniho, President.
May 30, 2012
Congress of Aboriginal Peoples:
Dwight Dorey, National Vice-Chief;
Julian Morelli, Advisor.
June 6, 2012
Métis Nation of Ontario:
X
Gary Lipinski, President.
June 13, 2012
Historic Saugeen Métis:
X
Patsy L. McArthur, Secretary-Treasurer.
June 20, 2012
Native Women’s Association of Canada:
X
Elder Elize Hartley, Executive Council.
First Nations University of Canada:
Carrie Bourassa, Associate Professor, InterDisciplinary Programs.
77
X
Meeting Date
Agency and Spokeperson
September 24, 2012
Ministry of Aboriginal and Northern Affairs
Manitoba:
Brief
Eleanor Brockington, Director, Policy and
Strategic Initiatives.
Manitoba Metis Federation:
David Chartrand, President;
David Boisvert, Policy Advisor.
As an individual:
Paul Chartrand, Retired Professor of Law.
Metis Child, Family and Community
Services:
Eileen Sanderson, Kinship Care Worker.
Metis Culture and Heritage Resource Centre
Inc.:
Randall Ranville, Genealogist.
78
X
Meeting Date
September 26, 2012
Agency and Spokeperson
Métis Nation Saskatchewan:
Robert Doucette, President;
Gerald Morin, Vice-President;
Louis Gardiner, Treasurer.
College of Medicine, University of
Saskatchewan:
Valerie Arnault-Pelletier, Aboriginal
Coordinator.
As an individual:
Marilyn Poitras, Assistant Professor, University
of Saskatchewan.
Métis Family and Community Justice
Services Saskatchewan Inc.:
Nora Cummings, Métis Senator;
Lynn LaRose, Chief Executive Officer.
Gabriel Dumont Institute of Native Studies
and Applied Research Inc.:
Lisa Wilson, Director.
79
Brief
Meeting Date
September 28, 2012
Agency and Spokeperson
Brief
Métis Nation of Alberta:
Aaron Barner, Senior Executive Officer.
Rupertsland Institute:
Lorne Gladu, Chief Executive Officer.
Aboriginal Metis Citizens Alliance of
Canada:
Garry Boudreau, President;
Brenda Blyan, Metis citizen.
As an individual:
Catherine Bell, Professor of Law.
October 1, 2012
X
Métis Nation of Greater Victoria:
Victoria Pruden, Vice-President.
Métis Nation British Columbia:
Bruce Dumont, President;
Laurel Katernick, Director of Registry.
British Columbia Métis Federation:
X
Keith Henry, President;
Daryl Piper, Vice-President.
80
Meeting Date
October 1, 2012
Agency and Spokeperson
Brief
As individuals:
Terry Goulet, Metis historian;
X
George R. D. Goulet, Metis historian.
Kelly Lake Metis Settlement Society Inc.:
Lyle Letendre, President.
Vancouver Métis Community Association:
June Scudeler, President;
X
J. Paul Stevenson, Elder.
October 17, 2012
North Slave Metis Alliance:
X
William (Bill) A. Enge, President;
Christopher Devlin, Counsel.
October 23, 2012
As an individual:
X
Frank Tough, Professor, Native Studies
Faculty, University of Alberta.
81
Meeting Date
October 24, 2012
Agency and Spokeperson
L’Union nationale métisse Saint-Joseph du
Manitoba Inc.:
Brief
X
Gabriel Dufault, President;
Guy Savoie, Elder.
As an individual:
Denis Gagnon, Chairholder, Canada Research
Chair on Métis Identity, University of SaintBoniface.
November 6, 2012
Sou’West Nova Metis Council (Nova Scotia
Wampanoag of Cape Sable Island):
X
Daphne Williamson, Lawyer.
Kespu’kwitk Metis Council of Yarmouth
and District:
Ronald Surette, Director of Economic
Development;
Sheila Surette, Elder.
November 21, 2012
Québec Metis Nation:
Claude Aubin, Spokesperson;
Claude Riel Lachapelle, Spokesperson.
Métis Nation of Canada:
Bryce Douglas Fequet, Founder.
82
X
Meeting Date
Agency and Spokeperson
November 28, 2012
New Brunswick Aboriginal Peoples Council:
Brief
Kim Nash-McKinley, President and Chief;
Ron Swain, National Vice-Chief (Congress of
Aboriginal Peoples).
Red Sky Métis Independent Nation:
Donelda DeLaRonde, Executive Director;
Troy DeLaRonde, Métis Chief;
Susan Blekkenhorst, Consultation coordinator;
John Edmond, B.A., M.A., LL.M., Legal
Counsel.
December 5, 2012
Canadian Métis Council - Intertribal:
Tanya Dubé, Secretary/Treasurer and Board
Member.
Eastern Woodland Métis Nation of Nova
Scotia:
Jerome Downey, Federal Government Liaison.
83
X
Meeting Date
December 11, 2012
Agency and Spokeperson
Aboriginal Affairs and Northern
Development Canada:
Brief
X
Christopher Duschenes, Director General,
Aboriginal and External Relations Branch;
Diane Robinson, Director, Aboriginal
Relations, Métis and Non-status Relations
Directorate.
Department of Justice Canada:
Peggy Stone, General Counsel and Director,
Negotiations, Northern Affairs and Federal
Interlocutor.
March 20, 2013
As individuals:
The Honourable Gerry St. Germain, P.C.,
former senator.
Jean Barman, Professor Emeritus.
No specific date
Government of Manitoba:
X
X
Fred Meier, Deputy Minister of Conservation
and Water Stewardship.
No specific date
Association des Acadiens-Métis Souriquois:
Paul D. Tufts
84
X
L’illustration sur la couverture gracieuseté des étudiants
Amber Gordon, Alesian Larocque, et Destiny Auger
Document is available in English.
Disponible sur l’Internet parlementaire :
www.parl.gc.ca
(Travaux des comités — Sénat — 41e législature, 1re session)
Le présent rapport et les comptes rendus des témoignages entendus et des délibérations
du comité peuvent être consultés en ligne en visitant
www.sen.parl.gc.ca
Des copies de ces documents sont aussi disponibles en communiquant avec la Direction
des comités du Sénat au 613-990-0088 ou
par courriel à ABORIG-AUTOCH@sen.parl.gc.ca
Table des matières
Membres ................................................................................................................................................................................................ii
Ordre de renvoi ................................................................................................................................................................................. iii
Introduction ..........................................................................................................................................................................................1
Contexte : Les différents aspects de l’identité métisse ...........................................................................................................5
A.
Aspects historiques .................................................................................................................................. 5
B.
Aspects juridiques .................................................................................................................................... 8
C.
Aspects politiques .................................................................................................................................. 11
D.
Aspects culturels .................................................................................................................................... 14
Les témoignages entendus par le comité : Perspectives sur l’identité métisse ............................................................ 16
A.
Identité et définition ............................................................................................................................... 17
B.
Inscription et données statistiques.......................................................................................................... 33
C.
Histoire et généalogie............................................................................................................................. 43
D.
Relations entre le Canada et les Métis ................................................................................................... 47
Observations et recommandations ............................................................................................................................................. 55
A.
Identité et définition ............................................................................................................................... 55
B.
Inscription et données statistiques.......................................................................................................... 57
Conclusion ......................................................................................................................................................................................... 64
Annexe I – Profil des communautés : Expression de l’identité métisse ........................................................................ 65
A.
Saint-Laurent (Manitoba) : culture et identité........................................................................................ 65
B.
Cross Lake (Manitoba) : identités individuelle et collective.................................................................. 67
C.
Duck Lake et Batoche (Saskatchewan) : communautés historiques et contemporaines ........................ 69
D.
ÎIe-à-la-Crosse (Saskatchewan) : éducation et identité .......................................................................... 70
E.
Buffalo Lake (Alberta) : établissements métis ....................................................................................... 72
F.
Kelowna (Colombie-Britannique) : redécouverte de l’identité .............................................................. 73
G.
Territoires du Nord-Ouest : Métis au Nord du 60e parallèle ................................................................. 75
Annexe II – Témoins ...................................................................................................................................................................... 77
i
MEMBRES
LE COMITÉ SÉNATORIAL PERMANENT DES PEUPLES AUTOCHTONES
41e LÉGISLATURE, 1re SESSION
(2 juin 2011 - )
L’honorable Vernon White
Président
L’honorable Lillian Eva Dyck
Vice-présidente
et
Les honorables sénateurs :
Lynn Beyak
*James S. Cowan (ou Claudette Tardif)
Jacques Demers
*Marjory LeBreton, C.P. (ou Claude Carignan)
Sandra Lovelace-Nicholas
Jim Munson
Dennis Glen Patterson
Nancy Greene Raine
Asha Seth
Nick G. Sibbeston
Scott Tannas
Charlie Watt
* Membres d’office
Autres sénateurs ayant participé à cette étude :
Les honorables sénateurs Salma Ataullahjan, Patrick Brazeau, Larry W. Campbell, Jane
Cordy, Linda Frum, Leo Housakos, Yonah Martin, Don Meredith, Gerry St. Germain, C.P.
and John D. Wallace
Greffière du comité :
Marcy Zlotnick
Analyste du Service d’information et de recherche parlementaires
de la Bibliothèque du Parlement :
Shauna Troniak
ii
ORDRE DE RENVOI
Extrait des Journaux du Sénat le mercredi 28 mars 2012 :
L'honorable sénateur St. Germain, C.P., propose, appuyé par l'honorable sénateur
MacDonald,
Que le Comité sénatorial permanent des peuples autochtones soit autorisé de mener une
étude visant à examiner l’évolution de la reconnaissance juridique et politique de l’identité
collective et des droits des Métis au Canada. L’étude porterait, en particulier, sur les
questions suivantes :
a) la définition de Métis, ainsi que le recensement et l’inscription des Métis;
b) la disponibilité et l’accessibilité des programmes et services fédéraux pour les Métis;
c) l’application des droits des Métis, notamment ceux pouvant être liés aux terres et aux
ressources fauniques.
Que le Comité présente son rapport final au plus tard le 30 juin 2013 et qu’il conserve
tous les pouvoirs nécessaires pour diffuser ses conclusions dans les 180 jours suivant le dépôt
du rapport final.
Après débat,
La motion, mise aux voix, est adoptée.
Le greffier du Sénat
Gary W. O’Brien
iii
INTRODUCTION
La présente étude traite de la reconnaissance des Métis comme un des peuples
autochtones du Canada.
S’il s’énonce clairement, le thème de l’étude n’en demeure pas moins complexe, et
cette complexité ouvre la porte aux erreurs d’interprétation. Voyons en premier lieu, avant
d’aborder la portée et les objectifs de l’étude, ce dont celle-ci ne traite pas.
L’étude n’a pas pour objectif de définir les Métis comme peuple autochtone. Le
comité reconnaît que c’est aux peuples autochtones du Canada qu’il revient de définir leur
propre identité.
Néanmoins, le comité est d’avis que la question de l’identité métisse doit faire l’objet
de discussions ouvertes. Il croit également que le gouvernement fédéral et la population
canadienne doivent mieux cerner l’identité métisse et que cette compréhension constitue un
préalable à l’établissement et au maintien de bonnes relations entre les Métis et le
gouvernement fédéral. Notre étude vise donc à amorcer une discussion publique constructive
sur l’identité métisse et sur la reconnaissance, par le gouvernement fédéral, des Métis à des
fins juridiques et pour l’élaboration de ses politiques.
Certes, au cours des dernières décennies, la Constitution canadienne et la
jurisprudence ont permis aux Métis d’obtenir leur reconnaissance comme peuple autochtone.
L’un des grands jalons de cette reconnaissance a été l’inclusion des Métis aux « peuples
autochtones du Canada » conformément à l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 19821. En
2003, dans l’affaire R. c. Powley, la Cour suprême du Canada a pour sa part reconnu aux
Métis « leur pleine qualité de peuples distincts, titulaires de droits » et établi les critères
visant à déterminer les droits ancestraux des Métis en vertu de l’article 352.
1
Ministère de la Justice, Lois constitutionnelles de 1867 à 1982.
2
R. c. Powley, 2003 CSC 43.
1
Malgré cette importante évolution au plan juridique, certaines questions n’ont jamais
été examinées en profondeur : qui sont précisément les Métis, et comment les reconnaître à
différentes fins? Il devient de plus en plus urgent d’y répondre, car les Métis continuent de
s’organiser politiquement et de revendiquer leurs droits constitutionnels.
Par ailleurs, les Métis sont de plus en plus nombreux au Canada. Statistique Canada a
établi que de 1996 à 2006, le nombre de Canadiens qui s’identifient comme Métis est passé à
environ 390 000 et a donc doublé et que d’ici 2031, cette population pourrait être constituée
de 500 000 à 850 000 personnes3.
C’est donc dans ce contexte que le comité a entrepris son étude. Dès mars 2012, il a
commencé à entendre les témoignages de différents intervenants de partout au Canada, tenu
des audiences officielles à Ottawa et dans d’autres centres urbains et organisé de nombreuses
réunions informelles un peu partout dans l’Ouest canadien et les Territoires du Nord-Ouest4.
Le comité a eu le privilège d’entendre les témoignages de Métis et de découvrir leurs
différentes histoires, cultures et expériences au sein des communautés métisses
contemporaines. Ces témoignages se sont révélés extrêmement intéressants, précieux et
souvent éclairants, car les questions qui touchent à l’identité métisse sont généralement mal
comprises en dehors des communautés métisses. Le présent rapport abordera – sans toutefois
en traiter toute la complexité – l’ensemble des questions sociales, politiques et juridiques
importantes soulevées par les témoins dans le cadre de l’étude. Cette approche va dans le sens
du principal objectif de l’étude, soit la poursuite d’une discussion constructive sur l’identité et
la reconnaissance des Métis.
Avant d’aborder le cœur du sujet, le comité souhaite faire trois remarques générales
pour mieux situer la discussion.
En premier lieu, le comité veut souligner l’importance fondamentale que revêt, pour
le bien-être individuel et la cohésion du groupe, l’identité et la reconnaissance de cette
3
Statistique Canada, Projections de la population selon l’identité autochtone - 2006 à 2031, p. 29.
4
Les communautés métisses établies dans ces régions sont présentées brièvement à l’annexe I.
2
identité5. L’identité est ce qui façonne la vision que les gens ont d’eux-mêmes ainsi que leur
perception de leur communauté et du monde. Avant de discuter plus amplement de l’identité
métisse, le comité souhaite reconnaître que pour plusieurs, il s’agit d’une question d’une
extrême importance au plan culturel et personnel.
En deuxième lieu, les personnes qui s’identifient comme Métis un peu partout au
Canada ont des origines historiques et des liens culturels très diversifiés. Pour l’étude, le
comité a entendu les témoignages de Métis et de communautés métisses de différents coins
du pays, et leurs raisons de se définir comme Métis étaient aussi nombreuses que leurs
régions d’Origine. Le comité n’avait pas pour objectif de remettre en question leurs
revendications quant à leur identité, mais plutôt d’écouter et de rassembler leurs perspectives
pour dresser le portrait de la population métisse du Canada.
Finalement, les questions sur l’identité sont étroitement liées aux questions de
l’identification à des fins juridiques ou d’élaboration de politiques, même s’il s’agit tout de
même de deux questions distinctes. Comme nous l’avons mentionné plus tôt, la détermination
de l’identité revient aux peuples eux-mêmes. L’étude porte sur la reconnaissance juridique et
politique des Métis. À cette fin, il faut avoir une discussion pratique sur les définitions du
groupe, les critères d’appartenance et d’autres moyens d’identification. L’étude vise
principalement à établir, de façon pratique et appropriée, un pont entre ces deux besoins :
l’auto-identification et l’identification à des fins juridiques et d’élaboration de politiques.
Le titre du rapport illustre en quelque sorte la manière d’aborder ce problème. La
phrase « le peuple qui s’appartient » est une traduction du mot cri « otipemisiwak », qui,
selon certains, désignait auparavant les Métis6. Comme on le mentionnera dans le rapport, ce
concept, qui met en valeur la liberté des Métis, a été souligné et utilisé par certains Métis
5
Dans le présent rapport, le concept de « l’identité métisse » renvoie plus généralement à celui de « l’identité
ethnique ». Ce dernier concept englobe le sentiment d’appartenance d’une personne à un groupe ou à une
communauté ainsi que les pratiques et comportements qui en découlent. Voir James Frideres, « Aboriginal
Identity in the Canadian Context », dans The Canadian Journal of Native Studies, XXVIII, 2(2008), p. 313-342,
et Sébastien Grammond et Lynne Groulx, « "Finding" Metis Communities », dans The Canadian Journal of
Native Studies, 1 (2012), p. 33-48.
6
Le mot a également été traduit par « les gens libres » ou « ceux qui se gouvernent eux-mêmes ». Voir
Diane Payment, Les gens libres – Otipemisiwak: Batoche, Saskatchewan, 1870-1930, Direction des parcs et
lieux historiques, Ottawa, 1990, et Peter Bakker, A Language of Our Own: The Genesis of Michif, the Mixed
Cree-French Language of the Canadian Metis, Oxford University Press, Cary (Caroline du Sud), 1997, p. 6465.
3
pour se décrire eux-mêmes. Les Métis sont reconnus, et ils se désignent eux-mêmes, au
moyen de l’expression « le peuple qui s’appartient ».
Le rapport se divise en trois parties. La première établit le contexte en vue de la
discussion sur les questions juridiques et de politiques liées à l’identité métisse. La deuxième
présente le résumé des témoignages sur les quatre thèmes généraux suivants : Identité et
définition; Inscription et données statistiques; Histoire et généalogie; Relations entre le
Canada et les Métis. La dernière partie présente les principales observations et
recommandations du comité à l’intention du gouvernement fédéral.
4
CONTEXTE : LES DIFFÉRENTS ASPECTS DE L’IDENTITÉ MÉTISSE
La question de l’identité métisse est très complexe et, comme nous l’avons déjà
indiqué, le comité n’a pas le mandat d’y répondre. Il est toutefois essentiel de bien saisir les
éléments qui composent l’identité métisse moderne pour comprendre comment donner aux
Métis la reconnaissance qui leur revient comme peuple autochtone du Canada.
L’identité métisse est une mosaïque de dimensions complexes au plan historique,
politique, culturel et juridique. Le sentiment d’identité d’un grand nombre de Métis et de
communautés métisses est influencé par la conjugaison de ces différentes dimensions. Dans
la partie qui suit, nous approfondissons ces facteurs clés pour bien établir le contexte et situer
la discussion de la deuxième partie du rapport.
A.
Aspects historiques
Au XVIIe siècle, plusieurs populations ont émergé sur les routes de la traite des
fourrures dans le Nord-Ouest du pays; il s’agissait de populations qui avaient une ascendance
mixte, donc issue des Autochtones et des colonies européennes. On ne sait toutefois pas
exactement quand et où ces populations ont commencé à percevoir qu’elles étaient distinctes
de leurs ancêtres européens et autochtones.
Dans les archives du début du XIXe siècle sur la traite des fourrures, on évoque les
populations distinctes d’ascendance mixte en utilisant des termes souvent péjoratifs, comme
halfbreed, country-born et bois brûlés. Au cours de l’histoire, certaines populations ont été
appelées otipemisiwak, ce qui signifie « le peuple libre » ou « le peuple qui s’appartient » en
langue crie.
L’histoire écrite des Métis est centrée sur le groupe de population issu, au XIXe siècle,
de la colonie de la rivière Rouge (aujourd’hui Winnipeg et la région environnante). C’est à
cette époque et dans ce coin du pays que les populations d’ascendance mixte ont commencé à
s’identifier collectivement comme « Métis » et « Nation », à affirmer leurs droits territoriaux
et à revendiquer leur autonomie gouvernementale. Entre 1815 et 1885, les Métis ont pris les
armes à plusieurs reprises pour s’opposer aux politiques sur la traite des fourrures de la
Compagnie de la baie d’Hudson et, subséquemment, aux politiques de colonisation du
5
gouvernement canadien qu’ils percevaient comme une menace à leur existence en tant que
peuple.
Après la rébellion de la rivière Rouge de 1869-1870, les Métis, dirigés par Louis Riel,
ont participé aux négociations de la Loi de 1870 sur le Manitoba7 qui a mené à l’intégration
de la province à la Confédération. Cette loi renfermait des dispositions relatives à l’assise
territoriale et à l’autonomie politique des Métis de la rivière Rouge, y compris une concession
de 1,4 million d’acres de terres aux enfants des Métis dont les parcelles devaient être
distribuées au moyen de certificats des Métis (certificats ou bons échangeables contre des
terres ou de l’argent au lieu des terres)8. Toutefois, la Loi sur le Manitoba n’a résolu en rien
les tensions qui avaient provoqué la rébellion de la rivière Rouge et a plutôt mené à de
nouveaux conflits entre le Canada et les Métis9.
Dans les années 1870, de nombreux Métis de la rivière Rouge se sont établis sur les
terres qui forment la Saskatchewan et l’Alberta d’aujourd’hui; ils s’y sont regroupés ou ont
établi de nouvelles communautés métisses. Dans ces régions, le gouvernement fédéral a tenté
de régler les revendications territoriales des Métis au moyen de l’Acte des Terres fédérales de
1869, qui prévoyait « [d]e payer toutes les réclamations existantes par suite de l'extinction du
titre des Sauvages, produites par des Métis domiciliés dans les territoires du Nord-Ouest en
dehors des limites du Manitoba […]10 ». En 1885, le gouvernement de Macdonald a établi la
première commission des certificats – la Commission sur les Métis du Nord-Ouest – chargée
d’examiner et de régler les revendications territoriales des Métis dans ce qu’on appelait alors
les territoires du Nord-Ouest.
Loi sur le Manitoba, 1870, R.C.S. 1985, app. II, No. 8. Loi adoptée par le Parlement du Canada en 1870 et
constitutionnalisée par le Parlement britannique dans la Loi constitutionnelle de 1871.
7
8
Pour obtenir d’autres informations sur le système de certificats des Métis, voir Bibliothèque et Archives
Canada, Archives des certificats des Métis.
9
La Cour suprême du Canada a rendu publique récemment une décision sur les obligations du gouvernement
fédéral en ce qui concerne les concessions de terres promises dans la Loi sur le Manitoba. La majorité des juges
ont conclu que l’article 31 de la Loi sur le Manitoba « imposait à la Couronne une obligation constitutionnelle
envers le peuple autochtone que constituent les Métis du Manitoba. Il s’agissait de l’obligation d’attribuer des
terres aux enfants des Métis ». L’article 31 constituait également une « obligation constitutionnelle solennelle »
envers les Métis qui engageait l’honneur de la Couronne et, ainsi, « le gouvernement avait l’obligation d’agir
avec diligence pour réaliser sa promesse ». Enfin, la Cour a déterminé « que les Métis ont droit à un jugement
déclarant que le Canada n’a pas mis en œuvre l’art. 31 comme l’exigeait le principe de l’honneur de la
Couronne ». Manitoba Métis Federation Inc. c. Canada (procureur général), 2013 CSC 14, par. 9.
Loi sur les terres fédérales, 42 Vic., ch. 31, 1879, modifiant 35 Vic., ch. 23, 1872; et Bibliothèque et Archives
Canada, Archives des certificats des Métis : Commissions sur les Métis du Nord-Ouest.
10
6
Une fois de plus, ces efforts n’ont pas permis d’apaiser les tensions, et un conflit armé
entre le gouvernement canadien et les Métis – menés par Gabriel Dumont et Louis Riel – est
survenu à Duck Lake en mars 1885. Après d’autres batailles, la rébellion du Nord-Ouest a
pris fin le 16 novembre 1885, avec l’exécution de Louis Riel.
Aujourd’hui, Louis Riel et les autres chefs qui ont mené la rébellion de la rivière
Rouge et celle du Nord-Ouest sont considérés par beaucoup comme d’importants défenseurs
des droits des Métis et de leur mode de vie. Les événements qui ont jalonné la lutte des Métis
de la rivière Rouge constituent des chapitres importants de l’histoire canadienne, et on se les
rappelle pour le rôle qu’ils ont joué dans la création du peuple métis et l’expansion de la
Confédération canadienne11.
L’histoire des autres populations d’ascendance mixte que l’on trouve ailleurs au
Canada est peut-être moins vivace dans le souvenir populaire que celle des Métis de la rivière
Rouge. Parmi elles, quelques unes ont précédé les Métis de la rivière Rouge, comme celles
qui ont émergé au début du XVIIIe siècle dans la région des Grands Lacs, en Ontario12. Ainsi,
d’autres populations d’ascendance mixte ont joué un rôle fondamental dans la traite des
fourrures à l’ouest des Rocheuses13. L’histoire des populations d’ascendance mixte dans le
Nord remonte à la fin du XVIIIe siècle, époque où des postes de traite des fourrures ont été
établis dans la région du Grand lac des Esclaves14.
11
Pour en savoir plus sur l’histoire des Métis de la rivière Rouge et ses chefs, y compris Louis Riel et Gabriel
Dumont, voir en général Donald Purich, The Métis (Toronto, Lorimer and Company, 1988), The Western Métis:
Profile of a People, sous la direction de Patrick Douaud (Regina, University of Regina, 2007), et Louis Riel, Les
écrits complets de Louis Riel/The Collected Writings of Louis Riel, vol. 1-4 (Edmonton, University of Alberta
Press, 1985).
12
Voir Jacqueline Peterson, « Many Roads to Red River: Métis Genesis in the Great Lakes Region, 16801815 », dans The New Peoples: Being and Becoming Métis in North America, sous la direction de Jacqueline
Peterson et Jennifer S.H. Brown (Winnipeg, University of Manitoba Press, 1985, p. 37-72) et Patsy Lou Wilson
MacArthur, « Where the White Dove Flew Up’: The Saguingue Métis Community and the Fur Trade at
Southampton on Lake Huron » in The Long Journey of a Forgotten People: Métis Identities and Family
Histories, sous la direction de Ute Lischke et David T. McNab, p. 329-348, et George Goulet et Terry Goulet,
The Métis in British Columbia: From Fur Trade Outposts to Colony (Calgary, publié à compte d’auteur, 2008).
13
Voir Jean Barman, « At the Edge of Law’s Empire: Aboriginal Interraciality, Citizenship, and the Law in
British Columbia », 24 Windsor Yearbook of Access to Justice 3, 2006, et George Goulet et Terry Goulet, Métis
in British Columbia: From Fur Trade Outposts to Colony, Calgary, compte d’auteur, 2008.
Stephanie Irlbacher-Fox et le conseil métis de Fort Providence, Since 1921: The Relationship between Dehcho
Métis and Canada (conseil métis de Fort Providence, 2007).
14
7
Au XXe siècle, en particulier par suite de la reconnaissance des Métis en 1982 dans la
Constitution, plusieurs communautés qui partagent une identité de par leur ascendance mixte
ont commencé à se définir comme Métis. Comme nous l’examinerons plus tard dans ce
rapport, certaines de ces communautés sont situées au Canada atlantique et au Québec.
Toutefois, les personnes qui s’identifient comme Métis ne s’accordent pas toutes pour dire
qu’on peut appliquer la notion de « Métis » à toute population d’ascendance mixte, qu’elle se
trouve ou non dans l’Ouest canadien et qu’elle soit issue ou non de la population née de la
traite des fourrures dans le Nord-Ouest.
Ce désaccord repose sur des facteurs historiques, culturels et politiques complexes.
L’étude se penche sur ces facteurs mais ne propose pas de solution. Pour l’heure, le comité
remarque que le désaccord repose notamment sur la question suivante : les Métis sont-ils
formés des seuls descendants de la population née la traite des fourrures, ou s’agit-il d’une
population qui peut se former à l’ère moderne15?
B.
Aspects juridiques
PARTIE II : DROITS DES PEUPLES AUTOCHTONES DU
CANADA
Confirmation des droits existants des peuples autochtones
35(1) Les droits existants – ancestraux ou issus de traités – des
peuples autochtones du Canada sont reconnus et confirmés.
Définition de « peuples autochtones du Canada »
(2) Dans la présente loi, « peuples autochtones du Canada »
s’entend notamment des Indiens, des Inuit et des Métis du
Canada.
Selon le paragraphe 35(2) de la Loi constitutionnelle de 198216, les Métis constituent,
au même titre que les Indiens et les Inuits, l’un des « peuples autochtones du Canada ». Dans
15
Le processus par lequel de nouveaux groupes ethniques se forment est communément appelé « ethnogénèse ».
Pour en savoir plus long à ce sujet dans le contexte des Métis, voir en général The New Peoples: Being and
Becoming Métis in North America, sous la direction de Jacqueline Peterson et Jennifer S.H. Brown (Winnipeg,
University of Manitoba Press, 1985).
16
Partie II de la Loi constitutionnelle de 1982, annexe B de la Loi de 1982 sur le Canada (R-U), 1982, ch. 11.
8
une décision rendue récemment,17 la Cour fédérale a établi que les Métis sont des « Indiens »
au sens du paragraphe 91(24) de la Loi constitutionnelle de 1867, et qu’ils sont donc visés par
la compétence fédérale18. Les Métis jouissent ainsi d’une reconnaissance constitutionnelle,
mais les effets de cette reconnaissance dépendront en grande partie de ce qui arrivera sur les
plans juridique et politique.
Dans l’arrêt Powley, la Cour suprême du Canada a déterminé que les Métis ont
« pleine qualité de peuples distincts, titulaires de droit » et a établi un cadre d’analyse
applicable à la reconnaissance des droits ancestraux des Métis en vertu de l’article 35 de la
Loi constitutionnelle de 1982. Ce cadre comprend trois grands critères qui permettent de
déterminer l’appartenance aux communautés métisses titulaires de droits, et donc d’établir
qui peut revendiquer des droits ancestraux de Métis en vertu de l’article 35, à savoir
l’auto-identification comme Métis, l’existence de liens ancestraux avec une communauté
métisse historique, et l’acceptation de ces liens ancestraux avec la communauté actuelle19. La
Cour a également noté que :
[l]e mot « Métis » à l’art. 35 ne vise pas toutes les personnes
d’ascendance mixte indienne et européenne, mais plutôt les peuples
distincts qui, en plus de leur ascendance mixte, possèdent leurs
propres coutumes, façons de vivre et identité collective
reconnaissables et distinctes de celles de leurs ancêtres indiens ou
inuits d’une part et de leurs ancêtres européens d’autre part20.
La Cour a précisé qu’elle n’avait pas l’intention d’établir, au moyen de ces trois
critères, une définition de l’identité métisse aux fins de l’article 35, mais qu’elle voulait plutôt
indiquer les éléments importants d’une future définition. La signification de « Métis » à
l’article 35 reste donc à déterminer.
Aucune loi fédérale ne définit le terme « Métis ». Compte tenu de faits nouveaux en
droit et en politiques autochtones, notamment l’émergence du droit à l’autodétermination en
droit international 21 , certains ont fait valoir qu’il n’appartenait pas aux tribunaux ou aux
17
Daniels c. Canada, 2013 FC 6.
18
Cette décision a été portée en appel devant la Cour d'appel fédérale le 6 février 2013.
19
R. c. Powley, 2003 CSC 43, par. 30-34.
20
Ibid., par. 10.
Voir, par exemple, la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, A/61/L.67/ et
Add. (12 septembre 2007).
21
9
législateurs de définir unilatéralement le terme « Métis22 ». En fait, la loi fédérale – et plus
exactement, la Loi sur les Indiens, promulguée en 1876 – définit uniquement les « Indiens »
inscrits23.
Même si la Loi sur les Indiens ne définit pas le terme « Métis », de nombreux Métis
ont subi les effets des modifications apportées en 1985 aux dispositions de la Loi concernant
le statut (ce qu’on appelle communément le projet de loi C-31). Ces modifications visaient à
rétablir le statut et les droits d’appartenance des femmes qui les avaient perdus en raison des
dispositions de la Loi qui étaient empreintes de discrimination sexuelle24. Certaines personnes
qui avaient perdu le statut d’Indien en raison des dispositions en question ont commencé à se
déclarer Métis et ont demandé le rétablissement de leur statut après l’entrée en vigueur du
projet de loi C-31. En outre, un grand nombre de personnes qui s’identifiaient comme Métis
depuis longtemps ont eu le droit de s’inscrire comme Indiens conformément à la Loi sur les
Indiens.
Le terme « Métis » est défini dans une loi albertaine, la Métis Settlements Act (loi sur
les établissements métis), qui expose en partie le cadre juridique applicable aux
huit établissements métis de l’Alberta. On y définit le « Métis » comme une « personne
d’ascendance autochtone qui s’identifie à l’histoire et à la culture métisses ». La Métis
Settlements Act établit également des critères d’appartenance aux établissements; par
exemple, ces critères interdisent généralement à quiconque est inscrit en vertu de la Loi sur
les Indiens ou est bénéficiaire d’un accord sur les revendications territoriales des Inuits
d’appartenir à un établissement métis25.
La Cour suprême du Canada a confirmé récemment les dispositions de la Métis
Settlements Act qui portent sur l’appartenance. Lors de l’affaire Alberta c. Cunningham, il
22
Voir, par exemple, Paul L.A.H. Chartrand, « Defining the ‘Métis’ in Canada: A Principled Approach to
Crown-Aboriginal Relations », dans Métis-Crown Relations: Rights, Identity, Jurisdiction, and Governance,
sous la direction de Frederica Wilson et Melanie Mallet, Toronto, Irwin Law, 2008, p. 27-70; et Larry
Chartrand, « Métis Identity and Citizenship », Windsor Review of Legal and Social Issues, vol. 12, no 5, 2001,
p. 5-54.
23
Loi sur les Indiens, L.R.C. (1985), ch. I-5, art. 2 et 6.
Pour un survol des modifications relatives au statut qui ont été apportées à la Loi sur les Indiens jusqu’en
2003, voir Megan Furi et Jill Wherrett, Questions relatives au statut d'Indien et à l'appartenance à la bande,
BP-410F, Service d'information et de recherche parlementaires, Bibliothèque du Parlement, Ottawa,
février 1996 (révisé en février 2003).
24
25
Métis Settlements Act, R.S.A. 2000, ch. M-14. [traduction]
10
avait été allégué que la disposition excluant les Métis qui sont aussi Indiens inscrits était
incompatible avec le droit à l’égalité garanti par l’article 15 de la Charte canadienne des
droits et libertés. Mais la Cour a confirmé l’application de la disposition en invoquant une
exception dans la Charte qui permet le recours à des « programmes améliorateurs » afin de
conférer à un groupe cible des avantages qui ne sont pas conférés à d’autres dans certaines
circonstances. Selon la Cour, l’avantage conféré par la Métis Settlements Act vise « à
valoriser et à préserver l’identité, la culture et l’autonomie gouvernementale des Métis grâce
à l’établissement d’une assise territoriale métisse26 ».
C.
Aspects politiques
Deux grandes organisations – le Congrès des peuples autochtones (CPA) et le
Ralliement national des Métis (RNM) – affirment représenter les Métis dans le cadre de leurs
relations avec le gouvernement fédéral. Chacune a sa façon de définir la représentation des
Métis et l’appartenance aux Métis.
Le CPA, fondé en 1971, s’appelait au départ le Conseil national des autochtones du
Canada (CNAC). Il dit représenter tous les Indiens, les Inuits et les Métis du Canada qui
vivent en dehors des réserves. Il définit principalement les personnes qu’il représente en
fonction du fait qu’elles résident en dehors des réserves et qu’elles ne sont pas reconnues par
la Loi sur les Indiens, les dispositions sur l’appartenance aux bandes, les accords sur les
revendications territoriales globales ou diverses organisations autochtones. Il ne propose pas
de définition de « Métis », mais indique que le terme désigne des populations d’ascendance
mixte distinctes du Canada27.
Cette définition large des Métis rejoint le point de vue de Harry Daniels, un ancien
président du CNAC et un acteur clé des pourparlers constitutionnels qui ont mené à
l’inclusion des Métis à l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982. M. Daniels préconisait
une définition inclusive du terme « Métis »; il s’agissait, pour lui, de reconnaître les
personnes et les communautés du Canada qui s’identifiaient comme Métis28.
26
Alberta (Affaires autochtones et développement du Nord) c. Cunningham, 2011 CSC 37.
27
Congrès des peuples autochtones, CAP Constituency [en anglais].
Voir, par exemple, le Rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones, 1996, vol. 4 –
Perspectives et réalités, ch. 5 – Les Métis, annexe 5F : Correspondance relative aux Métis du Labrador.
28
11
Le RNM a été créé en 1983 par les dirigeants des trois organisations des Prairies
affiliées au CNAC, peu avant la première Conférence des premiers ministres sur les questions
constitutionnelles intéressant les Autochtones. L’organisation dit s’être alors séparée du
CNAC parce que « l’approche qu’adoptait celui-ci dans les dossiers touchant tous les
Autochtones ne permettait pas la représentation efficace de la nation métisse29 ».
Comme le laisse voir cette déclaration, le RNM dit représenter une nation ayant une
histoire et des ancêtres communs. Pour le RNM, en fait, la nation métisse est formée des
descendants de communautés d’ascendance mixte distinctes qui pratiquaient la traite des
fourrures et qui se sont développées dans le Centre-Ouest de l’Amérique du Nord aux XVIIIe
et XIXe siècles30.
Le RNM a adopté la définition suivante de « Métis » en 2002 :
Par « Métis », on entend quiconque se désigne comme Métis, se
distingue des autres Autochtones, descend de la nation métisse
historique31 et est accepté par la nation métisse32.
Pour être acceptée comme membre (ou « citoyen ») de la nation métisse, la personne
qui s’identifie comme Métis et qui réside dans l’une des cinq provinces où le RNM est actif –
l’Ontario, le Manitoba, la Saskatchewan, l’Alberta et la Colombie-Britannique – doit
répondre à la définition ci-dessus et démontrer son ascendance métisse en fournissant les
pièces justificatives exigées par l’organisation provinciale compétente33.
Affaires autochtones et Développement du Nord Canada (AADNC) entretient des
relations avec les Métis par l’entremise de sa Direction des relations avec les Métis et les
Indiens non inscrits (appelée auparavant le Bureau de l'interlocuteur fédéral auprès des Métis
et des Indiens non inscrits). Le gouvernement fédéral a créé le bureau en 1985, à l’occasion
29
Ralliement national des Métis, What is the MNC? [traduction]
30
Ralliement national des Métis, The Métis Nation.
31
La « nation métisse historique » est considérée comme étant apparue à l’époque de la traite des fourrures et
ayant habité une région couvrant les trois provinces des Prairies (le Manitoba, la Saskatchewan et l’Alberta) et
des parties de l’Ontario, de la Colombie-Britannique et du Nord des États-Unis.
32
Voir Ralliement national des Métis, Citizenship.
33
Les cinq organisations provinciales du RNM sont la Métis Nation of Ontario, la Manitoba Métis Federation,
la Métis Nation ‒ Saskatchewan, la Métis Nation of Alberta et la Métis Nation of British Columbia.
12
des conférences constitutionnelles autochtones, afin de centraliser le traitement des questions
relatives aux Métis et aux Indiens non inscrits34. AADNC a tenu des discussions bilatérales
avec le CPA et le RNM sur différentes questions. Dans le cas du CPA, les discussions
s’inscrivent dans le cadre d’un accord conclu en 2005; dans celui du RNM, les discussions
sont encadrées par le Protocole avec la nation métisse, signé en 2008. Ces documents mettent
en lumière divers sujets de discussion, dont la gouvernance, l’éducation et le développement
économique35.
La politique fédérale ne définit pas ce qu’est un Métis et le gouvernement fédéral ne
tient pas de registre de Métis. Ni l’accord conclu avec le CPA ni le Protocole avec la nation
métisse ne touchent expressément les questions de l’identification et de l’appartenance.
AADNC dit cependant travailler avec le RNM et ses cinq organisations provinciales en vue
de créer des registres de membres. Selon AADNC, ces registres feront suite à l’arrêt Powley
de la Cour suprême. La Cour avait alors établi le besoin d’inscrire les Métis susceptibles de
revendiquer des droits de récolte en vertu de l’article 3536.
Au nord du 60e parallèle, les relations entre le gouvernement fédéral et les Métis
s’articulent autour des revendications sur le territoire et l'autonomie gouvernementale. Dans
les Territoires du Nord-Ouest, les Métis sont bénéficiaires de trois accords sur des
revendications territoriales globales37, et des négociations sont en cours avec d’autres groupes
métis ayant présenté des revendications 38 . Les bénéficiaires de ces accords se définissent
34
Affaires autochtones et Développement du Nord Canada, Relations bilatérales.
Voir l’Accord de collaboration sur l'élaboration de politiques entre le Congrès des peuples autochtones et le
gouvernement du Canada (2005) et le Métis Nation Protocol (2008).
35
36
Au sujet de l’appartenance aux communautés métisses, la Cour suprême a déclaré : « […] il est essentiel que
les conditions d’appartenance aux communautés deviennent plus uniformes, de façon à permettre l’identification
des titulaires de droits ». La Cour a ajouté que l’identité devait pouvoir « se vérifier objectivement ». Voir R. c.
Powley, par. 29, et Affaires autochtones et Développement du Nord Canada, Rapport ministériel sur le
rendement 2010-2011, p. 92.
Il s’agit de l’Entente sur la revendication territoriale globale des Gwich’in (entrée en vigueur en 1992), de
l’Entente sur la revendication territoriale globale des Dénés et Métis du Sahtu (1994) et de l’Accord sur les
revendications territoriales et l’autonomie gouvernementale du peuple tlicho (2005).
37
38
Par exemple, la Nation métisse des Territoires du Nord-Ouest (anciennement le Conseil tribal des Métis de
South Slave) négocie actuellement une revendication sur le territoire et l’autonomie gouvernementale au nom
des Métis de Hay River, de Fort Resolution et de Fort Smith (T.N.-O.). Voir Nation métisse des Territoires du
Nord-Ouest, Home.
13
généralement par leurs liens familiaux avec des Autochtones qui vivaient dans la région visée
par les revendications avant 1921, année où le Traité no 11 a été signé avec les Dénés39.
D.
Aspects culturels
La culture revêt une grande importance dans la reconnaissance juridique et politique
des Métis du Canada. Dans le Rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones
de 1996, il était indiqué, par exemple :
Un grand nombre de Canadiens comptent parmi leurs ancêtres à la
fois des Autochtones et des non-Autochtones, mais cela ne fait
d'eux des Métis ni même des Autochtones [...] Ceux qui se disent
métis se distinguent des autres par leur culture incontestablement
métisse40.
De même, dans l’arrêt Powley, la Cour suprême précise que l’objet de l’article 35, en
ce qui concerne les Métis, « est de protéger les pratiques qui, historiquement, ont constitué
des caractéristiques importantes de ces communautés distinctes et qui continuent aujourd’hui
de faire partie intégrante de leur culture métisse41 ».
À l’époque de la traite des fourrures, la culture des Métis a été nourrie par les apports
autochtones et européens, le mélange des deux traditions ayant donné naissance à une culture
métisse unique. Par exemple, de nombreuses communautés d’ascendance mixte d’un bout à
l’autre du Canada qui pratiquaient la traite des fourrures ont créé leur propre langue, dont le
michif (un mélange de français et de diverses langues autochtones variant d’une région à
l’autre, dont le cri, et le déné) et le bungi (un mélange de cri, d’ojibwé et d’anglais). Parmi les
autres traits culturels associés à la culture de la traite des fourrures, notons la ceinture fléchée
et des formes traditionnelles de musique de violon, de gigues et de danse carrée. Les
pratiques traditionnelles de récolte, qui comprennent la chasse, le piégeage et la cueillette,
sont d’autres éléments importants de la culture métisse; c’est à eux que la Cour suprême fait
principalement référence dans l’arrêt Powley.
Par exemple, dans l’Entente sur la revendication territoriale globale des Gwich’in, « Gwich’in » s’entend des
personnes qui sont de la lignée des Gwich’in (aussi appelés les Loucheux) et qui habitaient le territoire gwich’in
avant 1921, ou qui ont été adoptées par ces personnes (ainsi que les descendants des personnes ainsi adoptées)
(article 4.1.1).
39
Rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones, 1996, vol. 4 – Perspectives et réalités, ch. 5 –
Les Métis.
40
41
R. c. Powley, 2003 CSC 43, par. 13.
14
Cette description générale ne doit toutefois pas occulter la diversité de la culture
traditionnelle métisse. Cette culture a été influencée par de nombreux peuples autochtones et
par les vagues successives de commerçants français et britanniques. Des variations sont ainsi
apparues avec le temps dans les diverses régions et communautés métisses. Ce ne sont pas
tous les Métis qui chassaient, par exemple, qui portaient la ceinture fléchée ou qui parlaient
une langue autochtone. Les Métis ne pratiquaient pas tous la traite des fourrures. Il y avait
aussi des marchands, des hommes d’affaires, des politiciens, des pêcheurs et des cultivateurs.
La culture métisse locale était faite du mélange et de l’influence des cultures autochtones et
européennes. Au fil du temps, l’identité métisse a été façonnée par une gamme de traditions
culturelles, qui se sont intégrées à différentes identités métisses individuelles et collectives.
Bon nombre de traditions culturelles métisses sont aujourd’hui bien vivantes. Par
exemple, les Métis sont encore nombreux à récolter les ressources selon les méthodes
ancestrales. Les institutions culturelles et les établissements d’enseignement, comme l’Institut
Gabriel Dumont, en Saskatchewan, contribuent à préserver la culture métisse et offrent des
ressources pédagogiques sur la culture et la langue métisses. Les festivals et autres
manifestations culturelles, comme les journées « Retour à Batoche », organisées chaque
année par la Métis Nation ‒ Saskatchewan, jouent un rôle important dans la préservation de la
culture traditionnelle métisse et le renforcement des communautés métisses.
De nombreux Métis ont perdu leurs liens avec la culture de leurs ancêtres. Cela est
attribuable à une variété de facteurs, comme les effets du racisme et de la discrimination, des
pensionnats indiens, de la rupture des rapports sociaux et de la marginalisation politique.
Même si ces problèmes n’ont pas disparu, le fait d’être Métis n’entraîne plus la même
stigmatisation depuis une génération, et plus particulièrement depuis la reconnaissance des
Métis en vertu de l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982. Aujourd’hui, bon nombre
des descendants de ceux qui avaient renié leurs origines autochtones redécouvrent leurs
racines et définissent d’eux-mêmes la nature de leurs liens avec la culture métisse.
15
LES TÉMOIGNAGES ENTENDUS PAR LE COMITÉ : PERSPECTIVES
SUR L’IDENTITÉ MÉTISSE
L’étude du comité porte de manière générale sur la reconnaissance des Métis par le
Canada. Les Métis ont été officiellement reconnus comme des Autochtones en vertu de
l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982, mais aucune discussion véritable n’a encore
eu lieu sur les implications concrètes de cette reconnaissance. C’est pourquoi le comité a
voulu que son étude serve de point de départ au dialogue public qui doit se tenir avec les
Métis du Canada sur ces questions.
Au cours de son étude, le comité a entendu des témoignages qui touchaient
directement la reconnaissance juridique et politique des Métis, et d’autres qui présentaient
plus généralement l’histoire et les expériences des Métis du Canada. Les membres du comité
ont écouté avec intérêt les témoignages évoquant les histoires collectives et personnelles des
Métis; en effet, c’était la première fois que bon nombre d’entre eux avaient l’occasion de
discuter de l’identité métisse dans un contexte fédéral. Même s’ils n’apparaissent pas tous
dans le présent rapport, la majeure partie de ces témoignages forme le dossier officiel de
l’étude. On trouvera également, en annexe, de l’information sur plusieurs communautés et
groupes métis auxquels le comité a rendu visite pendant sa mission d’étude dans l’Ouest du
pays et les Territoires du Nord-Ouest. Les témoignages reçus par le comité se sont tous
révélés très instructifs sur la manière dont les communautés et les personnes s’identifient
comme Métis.
En analysant et en éclaircissant quelques-unes des questions complexes qui
concernent aujourd’hui l’identité métisse, le comité espère guider le gouvernement fédéral
dans la prise de mesures tangibles destinées à tisser des liens avec les Métis et à les
reconnaître comme l’un des peuples autochtones du Canada. À cette fin, le rapport mettra en
lumière les témoignages entendus en les regroupant sous quatre grands thèmes : Identité et
définition; Inscription et données statistiques; Histoire et généalogie; et Relations entre le
Canada et les Métis. Les recommandations du comité au gouvernement fédéral sur ces
thèmes sont présentées dans la section suivante du rapport.
16
A.
Identité et définition
L’identité métisse est une question complexe,
aux dimensions multiples. Comme il a été signalé
dans la section précédente, elle a d’importants aspects
historiques, juridiques, politiques et culturels.
« Vous ne me verrez pas avec
des parures de tête ou des
tambours. Vous allez me voir
avecun violon et une guitare.
C’est notre réalité. »
– Lyle Letendre
L’identification des Métis à des fins diverses
est une question distincte, mais liée à la précédente. Les définitions permettent d’identifier les
membres d’un groupe précis à une fin précise (par exemple, la revendication de droits de
récolte), ce qui peut se faire à l’aide de critères d’appartenance ou d’autres moyens
d’identification.
L’« identité » concerne donc la manière dont une personne ou un groupe se perçoit
lui-même, tandis que les « définitions » sont ce que le groupe lui-même ou d’autres parties
utilisent pour indiquer officiellement comment ils les perçoivent.
Le comité ne prétend pas explorer à fond toutes les dimensions de l’identité métisse et
de la définition du terme « Métis » dans un seul rapport; il croit cependant que des idées
importantes se dégagent des témoignages entendus pendant son étude. Les points de vue
concernant l’identité et la définition des Métis varient grandement selon que l’intervenant
vient de l’Ouest ou du Centre du Canada, de l’Est ou du Nord. Le comité prend en compte
ces différences régionales ci-dessous. Comme on le verra, des variations importantes
s’observent également au sein même des régions. Le comité rapporte également ci-dessous
les témoignages concernant les effets de l’existence de deux systèmes de classification
juridique – le statut d’Indien et les critères exposés dans l’arrêt Powley – sur les Métis de
toutes les régions.
(i)
Ouest et Centre du Canada
Selon les témoins entendus dans l’Ouest
canadien, de nombreux Métis se définissent comme
les descendants de communautés d’ascendance mixte
qui pratiquaient la traite des fourrures et qui s’étaient
développées dans le Nord-Ouest de l’Amérique du
17
…nous avions plusieurs noms.
Les Cris avaient l’habitude de
nous appeler « le peuple qui
s’appartient à lui-même »
– David Chartrand
Nord aux XVIIIe et XIXe siècles. Les témoins ont souligné l’importance de facteurs tels que
la culture, la langue et les liens de parenté dans leur sentiment d’identité collective.
Ensemble, ces facteurs font apparaître un peuple autochtone ethniquement distinct. L’avocate
Jean Teillet a dit au comité que « [l]es Métis ont une culture, une langue et une histoire
propres à eux. Nous avons une histoire et une géographie. Nous sommes unis par des liens de
parenté, des liens historiques et toutes sortes d’autres liens42. » Lyle Letendre, de la Kelly
Lake Métis Settlement Society, a résumé la question en quelques mots : « Vous ne me verrez
pas avec des parures de tête ou des tambours. Vous allez me voir avec un violon et une
guitare. C’est notre réalité43. »
Les Métis ont été désignés par plusieurs noms. David Chartrand, président de la
Manitoba Metis Federation, relève que les Métis étaient considérés par les Premières Nations
comme un groupe distinct :
[N]ous avions plusieurs noms. Les Cris avaient l’habitude de nous
appeler « le peuple qui s’appartient à lui-même44 ».
Melanie Omeniho, présidente des Femmes Michif Otipemisiwak, a indiqué que, au
chapitre de la reconnaissance des Métis dans l’histoire canadienne et dans la Constitution,
« [o]n nous a souvent appelé “le peuple oublié45” ».
Le Ralliement national des Métis (RNM) est le premier représentant politique des
Métis dans l’Ouest du Canada. Pour lui, les Métis forment un peuple autochtone distinct,
titulaire de droits, qui possède des liens culturels et ancestraux avec les communautés
historiques qui se sont développées autour de la traite des fourrures, « entre le secteur
supérieur des Grands Lacs et les Rocheuses46 ». Comme il a été mentionné précédemment, le
RNM et ses organisations provinciales ont adopté la définition nationale suivante de
« Métis » en 2002 :
42
Témoignages, 2 mai 2012.
43
Témoignages, 1er octobre 2012.
44
Témoignages, 24 septembre 2012
45
Témoignages, 15 mai 2012.
46
Témoignages, 15 mai 2012.
18
Par « Métis », on entend quiconque se
désigne comme Métis, se distingue des
autres Autochtones, descend de la nation
métisse historique et est accepté par la
nation métisse47.
Se faire dire que nous ne
sommes pas Métis, c'est un
peu insultant, je vous
l'assure.
– Guy M. Savoie
Selon le RNM, la « nation métisse historique »
se trouvait sur une « terre ancestrale » définit géographiquement comme la région couvrant
les trois provinces des Prairies (le Manitoba, la Saskatchewan et l’Alberta) et des parties de
l’Ontario, de la Colombie-Britannique et du Nord des États-Unis48.
Plusieurs témoins ont soutenu que cette aire géographique est trop restreinte, et qu’on
trouve ailleurs des gens revendiquant légitimement l’identité métisse. Le comité a entendu
notamment le témoignage de la Nation Métis Québec, qui fait remonter l’histoire de la nation
métisse au début du XVIIIe siècle, à l’époque où les Premières Nations et les commerçants de
fourrures français avaient formé des relations fondées sur des traités. Claude Riel Lachapelle,
porte-parole de l’organisation, a indiqué que la Nation Métis Québec représente des Métis
ayant des liens ancestraux avec les Métis de l’Ouest du Canada :
Les Métis qui sont dans l'Ouest canadien proviennent tous de
Lanaudière au Québec. On parle entre autres de Terrebonne et de
Saint-Gabriel-de-Brandon. Le tout est intimement lié avec
l'industrie de la fourrure avec la compagnie du Nord-Ouest. Ce fait
est indéniable et on ne peut pas le changer. On a toujours conservé
nos clans familiaux49.
Dans la même veine, Guy M. Savoie, doyen de l’Union nationale métisse
Saint-Joseph du Manitoba Inc., a déclaré :
Mon arrière-grand-mère était une Vertefeuille. Elle venait du Nord
du Québec. Vertefeuille est un nom qu'on ne retrouve pas en
Europe. Et même aujourd'hui, à la [Fédération des Métis du
Manitoba, organisation provinciale affiliée au RNM], parce que
c'est au Québec, on dit qu'elle n'était pas métisse […] C'est un peu
difficile à avaler, vous savez. Surtout lorsqu'en famille on a des
traditions qui sont descendues de père en fils, de mère en fille,
47
Voir Ralliement national des Métis, Citizenship.
48
Ibid.
49
Témoignages, 21 novembre 2012.
19
pendant trois, quatre, cinq, six générations. Se faire dire que nous
ne sommes pas Métis, c'est un peu insultant, je vous l'assure.
Le comité a aussi appris que, dans l’Ouest, de nombreux Métis, qui étaient depuis
longtemps des membres actifs de leur communauté, ont été exclus des organisations
provinciales du RNM parce qu’ils ne répondaient pas à sa définition nationale.
Carrie Bourassa, professeure agrégée, Programmes interdisciplinaires, à la First Nations
University of Canada, a décrit le problème dans les mots suivants :
Il est arrivé que l’organisme provincial refuse d’inscrire les
membres de certaines collectivités en raison de critères qui ne sont
souvent pas pertinents aux yeux de la collectivité50.
Dwight Dorey, chef adjoint national du Congrès des peuples autochtones (CPA), a
aussi critiqué la définition nationale du RNM, affirmant qu’elle exclut beaucoup de gens qui
sont en droit de revendiquer l’identité métisse. Comme il a été indiqué précédemment, le
CPA propose une définition large des Métis, qui comprend toutes les personnes qui
s’identifient comme Métis au Canada :
Nous ne sommes pas d’accord avec la définition de Métis utilisée
par le RNM. Les dirigeants du Ralliement national des Métis ont
indiqué clairement que leur définition de l’identité métisse ou de la
nation métisse est fondée sur une distinction et qu’elle est
exclusive. De plus, leur définition comporte un critère
géographique, et nous croyons, tout comme les personnes que nous
représentons et qui sont de sang mêlé, que cette définition exclut
des milliers – non pas des centaines, mais bien des milliers – de
Métis de la nation métisse telle qu’ils la définissent51.
En dépit de ces réserves sur le manque d’inclusivité, les témoins ont convenu de
manière générale que le RNM devrait avoir le droit de définir ses critères d’appartenance
selon le point de vue qu’il a des intérêts qu’il représente. Le RNM a indiqué qu’il représente
la nation métisse, un groupe dont les origines remontent aux Métis de la rivière Rouge.
Ceux-ci ont des droits en matière de territoire et d’autonomie gouvernementale qui sont
étroitement liés à leur présence historique dans une région particulière de l’Ouest et du centre
de l’Amérique du Nord. L’organisation a aussi informé le comité que sa définition nationale
50
Témoignages, 20 juin 2012.
51
Témoignages, 30 mai 2012.
20
était le fruit de consultations et de négociations menées auprès de ses membres et de ses
organisations provinciales.
Le comité a entendu plusieurs autres communautés et organisations qui représentent
les Métis de l’Ouest et du Centre du Canada. Deux communautés métisses ontariennes
politiquement indépendantes, la Red Sky Métis Independent Nation et les Historic Saugeen
Métis, définissent également leurs critères d’appartenance en mettant l’accent sur les liens
ancestraux avec une communauté historique d’ascendance mixte bien précise. Par exemple,
les membres de la Red Sky Métis Independent Nation descendent des 84 Métis signataires du
Traité Robinson-Supérieur de 1850.
Les représentants de plusieurs communautés métisses historiques de l’Ouest du
Canada, dont celles de Cross Lake (Manitoba), d’Île-à-la-Crosse (Saskatchewan) et de Kelly
Lake (Colombie-Britannique), ont dit que leurs communautés sont depuis toujours des
communautés métisses, qu’ils s’identifient sans réserve comme Métis et qu’ils savent qui
sont leurs membres. Une bonne part des membres de ces communautés sont d’ailleurs inscrits
à une organisation provinciale du RNM ou à une autre organisation métisse. Pour des raisons
qui seront expliquées dans une autre section du rapport, beaucoup d’autres membres de ces
communautés sont aussi des Indiens inscrits en vertu de la Loi sur les Indiens.
En Alberta, les huit établissements métis constituent la seule assise territoriale
réservée aux Métis au Canada. Selon la loi albertaine, le Métis se définit, dans le contexte de
ces établissements, comme une personne d’ascendance autochtone qui s’identifie à l’histoire
et à la culture métisses. Les critères d’appartenance aux établissements, qui sont également
exposés par la loi provinciale, exigent de n’être inscrit que comme Métis. Les Indiens inscrits
et les Inuits ne peuvent donc appartenir à un établissement métis, mis à part une exception
bien précise 52 . On a cependant fait valoir au comité que cette définition, qui ne fait
explicitement référence à aucune limite géographique, peut s’appliquer autant aux Métis
d’ascendance autochtone qui vivent dans l’Ouest canadien qu’à ceux des autres régions.
Le comité a appris qu’en Colombie-Britannique, des identités métisses distinctes se
sont constituées au début du XIXe siècle. Comme l’historien George Goulet l’a souligné,
52
Voir la Métis Settlements Act, R.S.A. 2000, ch. M-14, art. 75.
21
toutefois, de nombreuses communautés métisses centrées sur la traite des fourrures se sont
développées dans la région du Nord-Ouest du Pacifique :
[Les Métis] sont arrivés avec les trois grands explorateurs et
travaillaient tous pour la Compagnie du Nord-Ouest. Ils ont tous
édifié des forts. Avant que la compagnie ne se fusionne à la
Compagnie de la Baie d'Hudson en 1821 pour poursuivre ses
activités sous ce dernier nom, le Nord-Ouest du Pacifique comptait
environ 71 forts, autour desquels les communautés se sont
constituées pour devenir les agglomérations, les villes et les
communautés
qui
parsèment
aujourd'hui
la
Colombie-Britannique53.
Jean Barman, professeure émérite à l’Université de la Colombie-Britannique, a
souligné aussi l’effet de la migration des Prairies au XIXe siècle et de la ruée vers l’or sur la
croissance de la population des Métis en Colombie-Britannique :
La ruée vers l’or de 1858, qui a attiré des milliers d’hommes,
surtout des célibataires, de toute l’Amérique du Nord, y compris
des Chinois et des Mexicains qui avaient auparavant travaillé en
Californie, a contribué à développer et à diversifier la population
métisse, car ceux qui décidaient de rester s’accouplaient le plus
souvent soit avec une femme indigène soit avec la fille d’un Métis
coureur des bois… Cependant, le fait qu’il y ait un plus grand
nombre de Métis en Colombie-Britannique n’est pas dû au
commerce des fourrures ou à la ruée vers l’or, mais plutôt à la
migration en provenance des Prairies, qui a commencé à l’extrême
nord-est des Rocheuses, notamment au lac Kelly54…
Le comité a appris que les Métis du Nord-Ouest du Pacifique de l’époque de la traite
des fourrures étaient culturellement semblables aux autres Métis, mais avec quelques
différences. Par exemple, l’aliment de base de la plupart des Métis marchands de fourrures
était le pemmican alors que celui des Métis du Nord-Ouest du Pacifique était le saumon
séché. Nombre de marchands de fourrures de l’Ouest des Rocheuses parlaient un dialecte
chinook constitué par un mélange de chinook et de français.
Les Métis du Nord-Ouest du Pacifique ont certes une riche histoire, mais il reste
qu’on trouve peu de documents officiels les concernant comparativement à d’autres
53
54
Témoignages, 1er octobre 2012.
Témoignages, 20 mars 2013.
22
communautés au Canada. Par exemple, on ne trouve
pas, en Colombie-Britannique, de documents relatifs
au Traité no 8 de la Commission des certificats de
Métis, qui s’appliquait à une grande partie du NordOuest canadien55.
Deux
organismes
politiques
provinciaux
disent représenter les Métis en Colombie-Britannique
Nous allons dans la forêt,
nous ramassons du bois, nous
pêchons nos propres poissons
et nous cultivons nos propres
jardins… C’est ainsi que nos
ancêtres vivaient, et c’est
ainsi que nous vivons
aujourd’hui.
– Ronald Surette
(la Métis Nation of British Columbia (MNBC,
l’organisation provinciale du RNM) et la British Columbia Métis Federation. Comme il a été
dit plus haut, le RNM définit ses membres comme étant liés par leurs ancêtres au foyer
national métis, qui s’étend à l’Ouest vers les Rocheuses. Le comité a appris que la B.C. Métis
Federation, par contre, estime que ses membres peuvent comprendre des Métis de toute la
Colombie-Britannique et de l’extérieur de l’Ouest canadien, dans certaines circonstances.
Keith Henry, président de la British Columbia Métis Federation, a dit au comité qu’un grand
nombre de Métis s’identifiant comme Métis pourraient, pour des raisons historiques et autres,
ne pas correspondre à la définition de Métis du RNM :
Des 60 000 [Métis s’identifant comme tels dans le recensement de
2006], je dirais que c'est au moins 50 p. 100, si ce n'est davantage,
[qui sont exclus de la définition nationale du RNM]. Il faut tenir
compte des forts de la Compagnie de la Baie d'Hudson et de la
Compagnie du Nord-Ouest dans la province. Pour ce qui est de
l'intégration de ces communautés, un grand nombre de gens sont en
quelque sorte suspendus dans les limbes, sans représentation ni
participation au sein de leur propre gouvernement, alors que c’est
un autre droit inhérent. C’est donc un problème de taille en
Colombie-Britannique56.
Le comité a entendu également plusieurs organisations qui fournissent des services
sociaux aux Métis des villes de la Colombie-Britannique. Ces organisations ont souligné que
nombre de leurs clients ont été coupés de leur identité autochtone au fil des générations. Si
les raisons de ce phénomène sont complexes, les effets de cette perte d’identité le sont encore
plus. Comme l’a soutenu Victoria Pruden, vice-présidente de la Métis Nation of Greater
Témoignages, 23 octobre 2012 (Frank Tough, professeur, faculté des études autochtones, Université de
l’Alberta). Voir aussi Jean Barman et Mike Evans, Reflections on Being, and Becoming, Métis in British
Columbia, B.C. Studies, no 161, printemps 2009, p. 67.
55
56
Témoignages, 1er octobre 2012.
23
Victoria : « Dans nos communautés…, je pense que nous pouvons voir la corrélation qui
existe entre les traumatismes non résolus, les problèmes identitaires, l’appauvrissement des
compétences parentales et les effets socioéconomiques57. » Le comité a appris qu’une bonne
partie de ces populations urbaines n’appartiennent à aucune organisation métisse et ne
s’identifient à aucune communauté métisse historique, tout en s’identifiant comme Métis. En
outre, le comité a entendu des organismes métis de services sociaux de la région de
l’Okanagan, qui offrent de l’aide aux personnes qui s’intéressent à leurs racines. Le comité a
appris que cette redécouverte de l’identité métisse a eu des effets positifs, à la fois au niveau
individuel et au niveau social, sur les Métis vivant en milieu urbain.
(ii)
Est du Canada
Plusieurs personnes de l’Est du Canada et se déclarant métisses se sont exprimés
devant le comité, que ce soit à titre personnel ou au nom d’un groupe. Ces témoins se sont
définis en général comme des gens d’ascendance mixte qui entretiennent des liens étroits
avec leur héritage autochtone. Ces Métis décrivent leur identité comme un mélange de
racines et de cultures diverses, y compris celles des Français, des Acadiens, des Mi’kmaq et
des Malécites.
L’histoire des populations d’ascendance mixte de l’Est du Canada est complexe et
riche. Les registres officiels et les autres sources écrites en contiennent assez peu de traces,
mais les témoins ont relaté aux membres du comité les récits historiques du développement
de leurs communautés, qui se sont transmis oralement. Tanya Dubé, membre du conseil du
Canadian Métis Council, en a donné un exemple :
D’après notre histoire orale… [en] 1755, quand les Britanniques
ont vaincu les Français et les ont expulsés de l’Est du Canada, ils
n’ont pas pris que les Français, mais aussi les femmes et les enfants
autochtones, puisqu’il y avait des mariages croisés, et tous ceux qui
étaient affiliés aux Français. Ceux qui ont pu fuir et se cacher ont
pu préserver leur mode de vie58.
Le comité a appris que de nombreux Métis de l’Est du pays gardent des liens culturels
forts avec leurs ancêtres autochtones. Ronald Surette, directeur du développement
57
Témoignages, 1er octobre 2012.
58
Témoignages, 5 décembre 2012.
24
économique, Conseil des Métis Kespu’kwitk de Yarmouth and District, a dit que son peuple
descend de l’union de femmes mi’kmaq et des premiers explorateurs français du XVIe siècle :
Depuis lors, cette culture demeure. Je vis de la même façon que
mes ancêtres. Nous allons dans la forêt, nous ramassons du bois,
nous pêchons nos propres poissons et nous cultivons nos propres
jardins. Nous ramassons des algues au bord de l’eau. Tout est
biologique. C’est ainsi que nos ancêtres vivaient, et c’est ainsi que
nous vivons aujourd’hui. C’est ainsi que de nombreux membres de
notre peuple vivent dans différentes communautés59.
D’après les témoignages entendus, certaines personnes estiment que l’identité métisse
se définit en grande partie par un sentiment d’affinité avec ses ancêtres. Jerome Downey,
agent de liaison auprès du gouvernement fédéral, Eastern Woodland Métis Nation of Nova
Scotia, a déclaré que l’identité métisse « est de ces choses que l’on ressent [...] C’est
l’auto-identification liée à un aspect de notre
ascendance, de notre patrimoine et de notre lignée.
Pour nous, c’est vraiment une question d’arbre
généalogique60. »
Les représentants d’organisations métisses de
l’Est du Canada ont dit qu’ils admettent généralement
les personnes qui s’identifient comme Métis et qui
Nous avons adopté le terme
« Métis », bien que nous
sachions pertinemment que
nous sommes des Indiens,
parce que c’est le seul moyen
pour nous, au titre de la
Constitution canadienne
– Daphne Williamson
peuvent démontrer leur ascendance autochtone.
Certaines organisations, comme le Conseil des Métis de Sou'West Nova et le Conseil des
Métis Kespu'kwitk de Yarmouth and District, mettent l’accent sur les liens avec des
communautés ou une région en particulier. D’autres, comme la Métis Nation of Canada et le
Canadian Métis Council, comptent des membres de partout au Canada.
Le comité a appris que le CPA représente quelques groupes de Métis dans l’Est du
Canada. Comme il est indiqué dans la section précédente du rapport, le CPA définit ses
membres comme des Métis qui ne sont pas représentés, juridiquement et politiquement, par
d’autres organisations. Les membres des groupes mentionnés ci-dessus ont déploré le fait de
59
Témoignages, 21 novembre 2012.
60
Témoignages, 5 décembre 2012.
25
devoir lutter pour se faire reconnaître comme Métis par quelques autres organisations
métisses et par les gouvernements fédéral et provinciaux.
En effet, pour certains, se qualifier de « Métis » est un moyen de se faire reconnaître
comme membre d’un peuple autochtone. Daphne Williamson, du Conseil des Métis de
Sou'West, qui représente les descendants des Wampanoags de l’île du cap de Sable, en
Nouvelle-Écosse, a déclaré :
Nous avons adopté le terme « Métis », bien que nous sachions
pertinemment que nous sommes des Indiens, parce que c’est le seul
moyen pour nous, au titre de la Constitution canadienne, de
revendiquer notre patrimoine […]61.
En général, les témoins de l’Est ont fait ressortir les liens culturels et communautaires,
et dit voir leur ascendance mixte comme source principale d’identité et de droits. Comme l’a
expliqué Kim Nash-McKinley, cheffe et présidente du Conseil des peuples autochtones du
Nouveau-Brunswick :
Lorsqu'on est à la fois Cri et Français, ou encore Ojibway, Français
et Anglais, ce sont les origines autochtones qui permettent qu'on
fasse valoir ces droits autochtones62.
(iii) Nord du 60e parallèle
Les premiers postes de traite des fourrures dans le Nord ont été érigés près du Grand
lac des Esclaves par la Compagnie de la Baie d’Hudson et la Compagnie du Nord-Ouest à la
fin du XVIIIe siècle. Des quelque 3 500 Métis établis dans les Territoires du Nord-Ouest
(T.N.-O) 63 , nombreux ont pour ancêtres des commerçants dénés, européens (français et
écossais/Orcades) et d’ascendance mixte. D’autres sont des descendants des Métis de la
rivière Rouge qui se sont établis dans les T.N.-O. à partir du XIXe siècle.
Bill Enge, président de la North Slave Métis Alliance, a dit au comité que bon nombre
de Métis dans les T.N.-O. agissaient comme transporteurs et interprètes multilingues dans la
traite des fourrures :
61
Témoignages, 21 novembre 2012.
62
Témoignages, 28 novembre 2012.
63
Selon le recensement de 2006, 1 % des quelque 390 000 Métis déclarés au Canada habitaient dans le
Territoire du Yukon (805) et dans les Territoires du Nord-Ouest (3 580).
26
[L]es Métis parlaient le michif et d’autres langues. Comme vous le
savez, les Métis étaient polyglottes. Ils parlaient le français,
l’anglais, le michif, le dogrib et le chipewyan. Ils avaient la
réputation d’être de bons interprètes et de bons transporteurs de
fourrure. C’était assurément des polyglottes64.
De nos jours, les communautés métisses des T.N.-O. sont nombreuses à avoir conclu
ou à négocier des accords de revendications territoriales et d’autonomie gouvernementale.
Ces revendications sont fondées sur des éléments historiques complexes liés en partie à la
signature du Traité no 11, en 1921. Les accords modernes définissent généralement les
bénéficiaires à partir de leurs liens familiaux avec les habitants de la portion pertinente du
territoire visé par le Traité, en 1921 ou avant.
La Nation métisse des Territoires du Nord-Ouest négocie avec le Canada un accord de
revendication territoriale au nom des Métis de la région de South Slave. L’accord de principe
définit les bénéficiaires comme des « Métis autochtones », c’est-à-dire les personnes
d’ascendance autochtone (Ojibway, Cri ou Esclaves) ayant utilisé, occupé ou eu résidence sur
toute partie de la région en 1921 ou avant, et les descendants et membres adoptifs de la
famille de ces individus65.
(iv) Statut d’Indien
Le statut d’Indien est une classification juridique qui confère aux personnes inscrites
certains droits et avantages prévus par la Loi sur les Indiens66. Le comité s’est fait dire que le
gouvernement fédéral attribue à de nombreuses populations métisses autodéclarées, pour
diverses raisons politiques et juridiques, soit le statut d’Indien non inscrit, soit, dans certaines
circonstances, celui d’Indien inscrit en vertu de la Loi sur les Indiens.
Le comité a appris que le terme « Métis » est, parfois, utilisé pour désigner les Indiens
non inscrits. Marilyn Poitras, professeur adjointe à l’Université de la Saskatchewan, a
expliqué :
64
Témoignages, 17 octobre 2012.
65
Nation métisse des Territoires du Nord-Ouest, AIP – Agreement in Principle.
Les critères d’admissibilité se trouvent à l’article 6 de la Loi sur les Indiens; ils exigent principalement des
personnes inscrites d’avoir une quantité minimale de « sang indien » (ascendance indienne).
66
27
Nous avons aussi des Métis qui ont vécu dans des réserves et qui
n’ont jamais participé aux traités. Au Canada, nous avons pris
l’habitude d’inclure les personnes sans statut dans la catégorie des
Métis. Des gens bien connus ont été inscrits sur la liste pour
ensuite en être exclus. On a aussi inscrit des gens à qui l’on avait
déjà refusé le statut pour plusieurs raisons à caractère sexiste.
C’était un fourre-tout pendant quelque temps; on était Métis si on
n’entrait dans aucune catégorie des Premières nations. Lorsque
vous étudiez notre histoire, vous pouvez constater que cela se
produit encore de nos jours67.
Dans d’autres cas, les Métis sont des Indiens inscrits en vertu de la Loi sur les Indiens.
Le comité a reçu plusieurs témoins se désignant comme Métis, mais ayant accepté le statut
d’Indien, particulièrement après l’adoption du projet de loi C-31, en 1985. Ainsi, des
membres de la communauté de Cross Lake, au Manitoba, ont dit au comité qu’il règne dans
leur communauté une forte identité métisse, mais que presque tous les membres sont des
Indiens inscrits en vertu de la Loi sur les Indiens. David Chartrand, président de la Manitoba
Métis Federation, a fait le même constat dans bon nombre des communautés métisses
historiques :
Bien des choses ont changé après l’arrivée du projet de loi C-31 et
les gens ont commencé à avoir accès à la carte de traité prévue par
le projet de loi C-31. Mais ils n’ont nulle part où aller et ils vivent
toujours dans ces communautés. Ils veulent toujours être des Métis,
mais ont pris la carte pour des raisons de santé ou pour la chasse, à
l’époque, avant que les droits de chasse n’entrent en jeu. Mais il
s’agit toujours de communautés à forte prédominance métisse. La
culture est celle des Métis. Quand vous y allez, ce sont toujours des
communautés métisses […]68.
Malgré ces considérations d’ordre pratique, des témoins ont indiqué que certains
Métis refusent de se prévaloir du statut d’Indien même s’ils y sont admissibles. Certains ne le
demandent parce qu’ils s’identifient comme Métis ou encore parce qu’ils sont membres d’une
organisation ou d’une communauté métisse qui n’autorise pas à ses membres de s’inscrire
comme Indiens en vertu de la Loi sur les Indiens. Ainsi, le comité a appris des représentants
des établissements métis de l’Alberta que de nombreux membres visés par les accords avec
les établissements métis étaient admissibles au statut d’Indien inscrit69.
67
Témoignages, 26 septembre 2012.
68
Témoignages, 24 septembre 2012.
La Métis Settlements Act interdit aux Indiens inscrits et aux Inuits d’être membres d’établissements métis, à
une légère exception près. Métis Settlements Act, R.S.A. 2000, ch. M-14, par. 75(2).
69
28
Le comité a aussi appris que les demandes soumises aux cinq registres du RNM sont
envoyées au gouvernement fédéral dans le but de vérifier que les demandeurs ne sont pas
déjà inscrits comme Indiens.
Résultat de ces exigences, nombre de personnes d’ascendance mixte MétisAutochtone doivent choisir de se faire reconnaître officiellement dans une ou l’autre des
catégories. Marilyn Poitras a expliqué au comité que son mari a le statut d’Indien, mais
qu’elle s’identifie comme Métisse. Par contre, leur enfant doit être inscrit soit comme Indien,
soit comme Métis.
Mon fils est inscrit comme membre de la Première nation
Sweetgrass. En raison de la façon dont la Métis Nation Saskatchewan et le Ralliement national des Métis ont tranché la
question de l’identité, le bébé que j’ai porté pendant neuf mois et à
qui j’ai donné naissance, tout comme mes trois premiers enfants,
ne sera jamais Métis. On lui refuse le droit d’être Métis, car il est
inscrit au registre des Indiens70.
Certains témoins ont indiqué que les familles finiront par revendiquer l’identité de
Métis, car leurs membres perdent, au fil des générations, leur statut d’Indien en vertu de la
Loi sur les Indiens s’ils épousent des non-Indiens (et qu’ils ont des enfants avec eux). David
Chartrand a déclaré que les descendants de ceux qui perdent le statut d’Indien se prévaudront
de leur identité de Métis dans les générations futures :
[S]ous sa forme actuelle, le projet de loi C-31 amènera ces
Premières nations à s'effacer complètement. Pour revenir à [la
définition du RNM], ces enfants-là redeviendront un jour des Métis
[...] ils pourront quand même retrouver leur lignée ce qui les
ramènera à la communauté métisse, du fait que la Cour suprême du
Canada a établi la définition de métis, et il y aura une
recrudescence du nombre de Métis. Notre population diminue,
mais elle va probablement augmenter de nouveau dans 20 ou 50
ans. Les Métis seront très nombreux71.
70
71
Témoignages, 24 septembre 2012.
Témoignages, 24 septembre 2012.
29
(v)
Critères de l’arrêt Powley
La Cour suprême du Canada a rendu jugement
dans l’affaire Powley en 2003 72 . Comme il a été
mentionné précédemment, l’arrêt reconnaît les Métis
comme un people à part entière ayant des droits
spécifiques protégés par l’article 35 de la Loi
constitutionnelle de 1982, en plus d’établir un cadre
Le gouvernement fédéral
n'établit pas l'identité des
gens. Ce sont les
organisations, la collectivité
elle-même, qui déterminent
leur identité.
– Elizabeth Tromp
permettant de déterminer qui peut revendiquer des droits ancestraux métis en vertu de
l’article 35. L’arrêt Powley établit trois critères généraux de l’identité de Métis aux fins de la
revendication de droits ancestraux métis en vertu de l’article 35. Une personne doit :
(1) s’identifier comme Métis; (2) faire la preuve de liens ancestraux avec une communauté
métisse historique; (3) être acceptée par une communauté actuelle dont la continuité avec la
communauté historique constitue le fondement juridique du droit revendiqué73.
L’arrêt Powley ne visait pas à définir les Métis. Les trois critères établis par la Cour
suprême – auto-identification, liens ancestraux et acceptation par la communauté – sont des
« indices tendant à établir l’identité métisse dans le cadre d’une revendication fondée sur
l’article 35. » À partir des critères, la Cour a dégagé « les éléments importants d’une future
définition » de l’identité métisse en vertu de l’article 35, soulignant « qu’il est urgent d’établir
des critères d’appartenance appropriés avant que ne surviennent des différends74 » (l’auteur
souligne).
Chez les témoins, l’importance accordée à l’arrêt Powley pour l’identité métisse et la
désignation de Métis aux fins de l’article 35 variait considérablement.
Selon des représentants du gouvernement fédéral, l’arrêt Powley a permis au RNM et
à ses organismes provinciaux d’identifier les titulaires de droits métis. Elizabeth Tromp, sous-
72
R. c. Powley, 2003 CSC 43.
73
À propos du troisième critère, l’« acceptation par la communauté », la Cour a statué : « L’élément central du
critère de l’acceptation par la communauté est la participation, passée et présente, à une culture commune, à des
coutumes et traditions qui constituent l’identité de la communauté métisse et qui la distinguent d’autres
groupes. » Ibid., par. 33.
74
R. c. Powley, par. 30.
30
ministre adjointe, Bureau de l’interlocuteur fédéral, Affaires autochtones et Développement
du Nord Canada, a expliqué :
Le gouvernement fédéral n'établit pas l'identité des gens. Ce sont
les organisations, la collectivité elle-même, qui déterminent leur
identité. Lorsque la cour a rendu la décision Powley, elle a insisté
sur le fait qu'il devait y avoir un moyen de vérifier objectivement
qui est Métis aux fins de l'application des droits ancestraux et des
droits qui pourraient être établis. Par conséquent, le gouvernement
fédéral verse des fonds aux organisations provinciales affiliées du
Ralliement national des Métis, à partir de l'Ontario et vers l'Ouest,
donc, afin qu'elles mettent au point leur système d'inscription et
puissent ainsi identifier, conformément à la définition établie dans
Powley, qui sont les Métis d'une façon objective et vérifiable75.
Peggy Stone, avocate générale et directrice, Négociations, Affaires du Nord et
interlocuteur fédéral, ministère de la Justice Canada, a dit au comité qu’il règne toujours une
certaine incertitude juridique en ce qui a trait à l’existence des Métis selon l’arrêt Powley hors
de l’Ouest canadien. Mme Stone a indiqué que, jusqu’ici, aucune communauté de l’Atlantique
n’a encore réussi à invoquer en défense l’arrêt Powley parce que « [à] la lumière des faits
présentés [en défense à une accusation de pêche sans permis], les tribunaux de première
instance n’ont pas pu déterminer la présence d’une communauté métisse historique dans ces
régions particulières de l’Atlantique76. »
Catherine Bell, professeure de droit, a avancé que les Métis qui ne répondent pas aux
critères Powley peuvent quand même être reconnus comme Métis et revendiquer les droits
garantis par l’article 35. Elle a fait une distinction entre le paragraphe 35(1), qui reconnaît
« les droits existants ancestraux et issus de traités » et le paragraphe 35(2), qui reconnaît plus
généralement les « peuples autochtones du Canada » :
[I]l existe une distinction entre la reconnaissance à titre de Métis en
vertu du paragraphe 35(2), lequel définit ce qu'on entend par
« peuples autochtones du Canada », et la reconnaissance à titre de
Métis ayant des liens ancestraux avec une communauté métisse
historique et accepté par sa collectivité actuelle en lien direct avec
une telle communauté. Je m'explique : les Métis des collectivités
actuelles possèdent peut-être des droits issus de motifs historiques
différents77.
75
Témoignages, 27 mars 2012.
76
Témoignages, 11 décembre 2012.
77
Témoignages, 28 septembre 2012.
31
À l’inverse, des témoins ont dit comprendre de la décision Powley qu’elle établissait
de manière plus large que l’article 35 exclut les peuples d’ascendance mixte qui ne répondent
pas aux critères de cet arrêt. Par exemple, l’avocat Jason Madden a déclaré :
Une personne ne pourrait pas se contenter de dire : « J’ai des
ancêtres autochtones et des ancêtres blancs, et je m’identifie
comme Métis parce que je ne parviens pas à établir mon origine
exacte, parce que je suis perplexe à ce sujet ou parce que je me suis
trouvé des ancêtres de telle ou telle origine ». Pour l’essentiel,
l’article 35 et l’arrêt Powley ont établi qu’il ne suffisait pas d’être
une personne de sang-mêlé pour que l’on puisse se définir comme
Métis78.
Dwight Dorey, chef adjoint national, Congrès des peuples autochtones, a maintenu
que l’arrêt Powley interprète de manière trop restrictive le sens constitutionnel du terme
Métis.
Alors que l’arrêt Powley a été un rayon d’espoir pour les droits de
récolte des Métis, les critères établis par la Cour suprême posent
des problèmes. Des experts nous ont prévenus que les Métis qui ne
correspondraient pas à une interprétation aussi étroite du terme
Métis deviendraient vraisemblablement le nouveau peuple oublié79.
De nombreux témoins ont dit s’inquiéter de ce que l’arrêt Powley prive leur groupe ou
leur communauté d’une reconnaissance officielle. June Scudeler, présidente de la Vancouver
Métis Community Association, a exposé la situation des Métis en milieu urbain :
[L]’arrêt Powley ne tient pas compte des Métis en milieu urbain,
même si certains habitent en ville depuis des générations. Un Métis
doit d’abord démontrer son appartenance à une collectivité
contemporaine en mesure de prouver qu’il descend d’une
communauté métisse historique ayant une culture distinctive, mais
c’est impossible pour bien des Métis80.
Tous ces témoignages montrent l’étendue des opinions sur la signification de l’arrêt
Powley pour la question de l’identité et de la définition métisse. Le comité note qu’il s’agit
d’une interprétation juridique et que, même s’ils ne visent pas à définir de manière exhaustive
78
Témoignages, 2 mai 2012.
79
Témoignages, 30 mai 2012.
80
Témoignages, 1er octobre 2012.
32
le terme Métis, les critères Powley ont établi l’important cadre juridique servant à
comprendre qui sont les Métis en vertu de l’article 35.
B.
Inscription et données statistiques
Au recensement de 2006, environ 1,2 million
de personnes se sont désignées comme Autochtones
(Premières Nations, Inuits ou Métis), dont près de
390 000 se sont désignées comme Métis.
Comme pour toutes les données recueillies
dans le recensement, ces données sont fournies sur une
… si on ne dispose d’aucun
moyen d’identifier les
bénéficiaires des
programmes, comment peuton savoir si ses
investissements rapportent
au bout du compte?
– Gary Lipinski
base volontaire. Contrairement aux données du
recensement sur les populations d’Indiens inscrits et d’Inuits, toutefois, les données sur les
Métis sont recueillies sans qu’il existe de définition de groupe généralement acceptée ni
d’autres moyens d’identifier les personnes qui appartiennent à ce segment de la population
autochtone81.
Nombre d’organisations métisses au pays tiennent des registres ou bases de données
de membres. Les critères d’appartenance, ainsi que les pratiques de collecte et de mise à jour
des données sur les membres, varient d’une organisation à l’autre. Contrairement aux
registres des populations indiennes et inuites, bon nombre de ces registres ne sont pas vérifiés
ni autrement soutenus par le gouvernement fédéral.
Pour les raisons énoncées ci-dessus, le comité estime que des doutes subsistent quant
à la fiabilité et à l’exactitude des statistiques courantes sur la population métisse. On trouvera
ci-dessous une description des efforts déployés par le gouvernement fédéral et les
organisations métisses pour inscrire leurs membres et présenter des données exactes sur la
population métisse et d’autres renseignements connexes.
(i)
Systèmes d’inscription des membres
Dans l’arrêt Powley, la Cour suprême a souligné qu’il fallait pouvoir « vérifier
objectivement » les processus d’identification des titulaires de droits métis. Comme il a été
mentionné précédemment, les représentants d’AADNC ont dit au comité que, depuis l’arrêt
81
De façon générale, les Premières Nations peuvent être inscrites en vertu des dispositions énoncées à l’article 6
de la Loi sur les Indiens. Les Inuits le sont selon les critères établis dans l’accord sur une revendication
territoriale les concernant.
33
Powley, le Ministère travaillait avec le RNM et ses cinq organisations provinciales affiliées
pour établir des registres « objectivement vérifiables », ainsi que des mécanismes de recours.
Les critères d’inscription aux registres se trouvent dans la définition nationale des Métis du
RNM, ce que le RNM et AADNC considèrent comme compatible avec les critères Powley.
Du point de vue du gouvernement fédéral, les registres créés dans la foulée de l’arrêt
Powley servent à faciliter l’identification des titulaires de droits ancestraux métis.
Diane Robinson, directrice, relations avec les Autochtones, Direction des Métis et des Indiens
non inscrits, AADNC, a fait remarquer :
C’est une question d’objectif. Pour ce qui est du Ralliement
national des Métis et de ses organisations affiliées, nous voulons
être en mesure de nous fier à leurs systèmes de droits de récolte
pour permettre à nos agents d’application de la loi d’identifier sur
place la personne qui aurait des droits. Ainsi, la personne n’a pas à
amener avec elle tous les documents qui prouvent sa généalogie, si
elle choisit d’exploiter les ressources sans permis82.
Clément Chartier, président du Ralliement national des Métis, a dit au comité que, du
point de vue du RNM, ces registres servent à identifier tous les titulaires de droits métis « afin
d'éviter tout conflit futur occasionné par l'exercice de leurs droits ». Il a précisé la position du
RNM : « [S]i vous naissez citoyen de la nation métisse, vous êtes titulaire de droits, et c'est
ainsi que nous inscrivons tout le monde83. »
Robert Doucette, président de la Métis Nation ‒ Saskatchewan, a souligné
l’importance des registres pour la négociation des droits de récolte avec les deux ordres de
gouvernement :
Pour tout accord futur dont nous parlons ici concernant les
programmes et les services liés à l’exploitation des ressources, il
est absolument essentiel que les deux ordres de gouvernement
sachent avec certitude qui ils représentent et avec qui ils négocient.
Ces registres sont donc d’une importance fondamentale pour
l’avenir du peuple métis dans le pays qu’on appelle le Canada et la
province de la Saskatchewan84.
82
Témoignages, 11 décembre 2012.
83
Témoignages, 15 mai 2012.
84
Témoignages, 24 septembre 2012.
34
Gary Lipinski, président de la Métis Nation of Ontario, a indiqué qu’un registre
efficace permet d’identifier les titulaires de droits et de tenir des statistiques aux fins de la
prestation de programmes et services ciblés :
Ce n’est pas uniquement pour exercer leurs droits de chasse et de
pêche. C’est aussi une question d’identité. De plus, cela a aussi une
incidence sur la prestation des programmes et des services. Il est
évident que les gouvernements font beaucoup d’investissements
pour aider les Autochtones à se hisser au même niveau que la
société en général, et, si on ne dispose d’aucun moyen d’identifier
les bénéficiaires des programmes, comment peut-on savoir si ses
investissements rapportent au bout du compte85?
Les organismes provinciaux du RNM ont fait savoir que depuis l’arrêt Powley, près
de 80 000 personnes se sont inscrites dans un registre. C’est près du quart des quelque
337 000 personnes qui se sont désignées comme Métis dans ces provinces au recensement de
2006. Toutefois, parce qu’il faut être âgé d’au moins 16 ans pour pouvoir s’enregistrer auprès
d’un organisme provincial du RNM, la proportion de Métis désignés qui seront visés par ces
registres est probablement plus importante. Par exemple, la Métis Nation of Alberta a déclaré
45 000 inscriptions au registre sur une population auto-identifiée d’environ 85 000 personnes
(recensement). Comme l’a expliqué Lorne Gladu, premier dirigeant du Rupertsland Institute
(une filiale de la Métis Nation of Alberta) :
Selon ce que disent les statistiques, environ 40 p. 100 des membres
de notre communauté sont des jeunes de moins de 16 ans, et ceuxci ne peuvent pas être membres de la MNA. Ils représentent 40 p.
100 de la population métisse; 45 000, c’est plus en fait que 50 p.
100 de la population. Il y a donc en réalité un écart de 10 p. 100
dans le nombre de ceux qui pourraient faire une demande pour
devenir membres de notre organisation86.
Des porte-parole d’AADNC ont indiqué qu’une vérification faite en 2008 par le
Ministère a permis de conclure que les registres « en étaient tou[s] à des degrés divers
d’avancement. Entre autres choses, les vérificateurs ont recommandé des aspects à cibler,
mais ils ont en particulier trouvé qu’il fallait établir une norme uniforme pour tous 87. » Les
porte-parole du Ministère ont ajouté qu’au cours de l’exercice financier, « [l]’Association
85
Témoignages, 6 juin 2012.
86
Témoignages, 28 septembre 2012.
87
Témoignages, 11 décembre 2012.
35
canadienne de normalisation a été appelée à collaborer avec le gouvernement et les groupes
métis financés à la préparation d’une méthode de vérification de la qualité et de l’intégrité de
ses systèmes d’inscription88 ». Ils ont ajouté que d’ici 2017, « [n]ous espérons en avoir quatre
qui seraient objectivement vérifiables89. »
Les dirigeants du RNM et certains organismes affiliés se sont dits inquiets du manque
de financement continu pour le maintien des registres, y compris la délivrance et le
renouvellement des cartes de membre, et la gestion des bases de données. Clément Chartier,
président du RNM, a déclaré que les sommes consenties par le fédéral pour la tenue des
registres ont diminué depuis la période qui a suivi l’arrêt Powley. En conséquence, il a
déclaré : « Au lieu de bâtir sur ce que nous avions, nous avons en quelque sorte reculé. Il y a
un énorme arriéré de personnes devant être réinscrites90 ».
Le comité a appris que de nombreuses autres organisations métisses tiennent un
registre de membres, certaines chiffrant leur effectif à quelques milliers. Les critères et
modalités d’inscription de ces organisations varieraient. Plusieurs témoins ont aussi indiqué
au comité qu’au moins une de ces organisations vend des cartes de membre sans exiger de
preuve de filiation.
Des porte-parole d’AADNC ont dit au comité que depuis l’arrêt Powley, le Ministère
a travaillé avec des organisations affiliées au CPA de l’Est du Canada et du Québec pour
élaborer des systèmes d’inscription. Toutefois, le soutien accordé à ces systèmes n’est pas le
même que ce qui est consenti pour les registres du RNM. Les porte-parole d’AADNC ont dit
au comité : « Nous ne traitons pas avec ces organisations pour ce qui est des droits des Métis
définis dans Powley et de la mise au point de systèmes objectivement vérifiables. Nous les
aidons à mettre au point leur système d’inscription, parce qu’il demeure important pour elles
de connaître leurs membres et d’être en mesure de les identifier91. »
Des représentants du CPA n’ont fait état d’aucune démarche en cours avec AADNC
pour ce qui est du développement des systèmes d’inscription de leurs organisations affiliées.
88
Témoignages, 27 mars 2012.
89
Témoignages, 11 décembre 2012.
90
Témoignages, 15 mai 2012.
91
Témoignages, 27 mars 2012.
36
Dwight Dorey, chef adjoint national du CPA, a dit au
comité : « [J]e ne connais aucun organisme affilié au
CPA qui reçoive des fonds pour appuyer son travail
de recensement ou d’inscription des Métis92. »
Beaucoup de communautés et d’organisations
métisses non affiliées au RNM ou au CPA ont créé
leurs propres systèmes d’inscription. Patsy L.
McArthur, secrétaire-trésorière, Historic Saugeen
… une définition de ce qui
constitue une collectivité
métisse titulaire de droits
doit respecter la diversité des
collectivités métisses du pays
et non tenir compte des
divers programmes
politiques.
– Patsy L. McArthur
Métis, a dit au comité que la tenue d’un registre
indépendant est un aspect du droit à l’auto-identification des Métis :
[…] les collectivités historiques métisses indépendantes titulaires
de droits ont le pouvoir de définir qui sont leurs citoyens et de
maintenir leurs propres registres. Troisièmement, il faut encourager
les gouvernements à fournir des ressources aux collectivités
métisses indépendantes, comme ils le font avec d’autres
collectivités autochtones indépendantes, afin qu’elles puissent
identifier qui, parmi leurs membres, sont titulaires de droits.
Quatrièmement, une définition de ce qui constitue une collectivité
métisse titulaire de droits doit respecter la diversité des
collectivités métisses du pays et non tenir compte des divers
programmes politiques93.
(ii)
Données statistiques
Plusieurs témoins ont souligné le manque généralisé de données statistiques fiables et
précises sur les Métis du Canada. Le comité a appris que l’on ne recueille pas souvent de
données démographiques et d’autres données statistiques (p. ex. statistiques sociales) sur les
populations métisses précisément et que lorsque des données sur les Métis sont effectivement
recueillies, les critères d’identification des populations métisses sont parfois vagues ou
appliqués de manière irrégulière. Selon plusieurs témoins, l’absence de données statistiques
fiables et précises sur les Métis entraîne un manque de connaissances générales sur les
besoins de cette population et sur les politiques nécessaires pour y répondre.
Les données du recensement canadien sur les Métis, comme toutes autres données sur
les populations autochtones, sont fondées sur l’auto-identification. Statistique Canada note
92
Témoignages, 30 mai 2012.
93
Témoignages, 13 juin 2012.
37
que la population de Métis désignés a presque doublé entre les recensements de 1996 et de
2006, passant à près de 390 000 âmes.
L’agence estime que l’on pourrait recenser de
500 000 à 850 000 Métis désignés d’ici 203194.
Selon Statistique Canada, l’augmentation de la population métisse peut être
principalement attribuée au fait que les intéressés ont tendance à s’identifier comme Métis
(c’est ce qu’on appelle la mobilité ethnique intergénérationnelle). Des fonctionnaires de
Statistique Canada ont déclaré qu’au nombre des raisons expliquant cette croissance, il
pourrait y avoir « une meilleure prise de conscience des droits, ou il se peut que certains en
aient appris davantage sur leurs origines et qu'ils se sentent désormais autochtones ou métis.
Nous ne connaissons pas les raisons au juste, mais nous avons suivi l'évolution de la
situation95.
Le recensement de 2006 nous a appris que 87 % des
gens qui se sont identifiés comme Métis vivaient dans les
96
provinces de l’Ouest ou en Ontario . Selon des témoins, le
nombre de Métis désignés pourrait être beaucoup plus élevé que
ce qu’il est en réalité, notamment dans l’Ouest. Par exemple,
David Chartrand, président de la Manitoba Métis Federation, a
déclaré :
Je crois sincèrement
qu’il y aurait plus de
100 000 Métis au
Manitoba
aujourd’hui.
– David Chartrand
[L]es Métis représentent maintenant 6,3 p. 100 de la population du
Manitoba et plus de 40 p. 100 de tous les Autochtones de la
province. Selon moi-même, ces chiffres sont faibles si tout le
monde pouvait retracer les liens ancestraux qu’ils ont avec la
nation métisse historique de l’ancien Nord-Ouest, je crois
sincèrement qu’il y aurait plus de 100 000 Métis au Manitoba
aujourd’hui97.
Statistique Canada, Projections de la population selon l'identité autochtone au Canada, de 2006 à 2031,
p. 29.
95
Témoignages, 28 mars 2012 (Jane Badets, directrice générale, Domaines spécialisés du recensement,
Statistique sociale et démographie, Statistique Canada).
94
96
Selon le recensement de 2006, 85 500 (22 %) vivaient en Alberta, 73 605 (19 %) en Ontario, 71 805 (18 %)
au Manitoba, 59 445 (15 %) en Colombie-Britannique, et 48 115 (12 %) en Saskatchewan. Quelque 4 515
(1 %) vivaient dans les territoires, dont 805 dans le Territoire du Yukon, 3 580 dans les Territoires du NordOuest, et 130 au Nunavut. Selon le recensement de 2006 également, 27 980 (7 %) vivaient au Québec, et
18 805 (5 %) dans les provinces atlantiques (Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick, Île-du-Prince-Édouard
et Terre-Neuve-et-Labrador).
97
Témoignages, 24 septembre 2012.
38
Aaron Barner, directeur exécutif principal, Métis Nation of Alberta, a fait ressortir un
point faible dans la capacité actuelle des organisations métisses de suivre le taux de
croissance de la population métisse :
J'ai déjà lu quelque part que la croissance de la population au sein
de la nation métisse avait l'effet d'un tsunami sur notre culture. Eh
bien, en tant qu'agent de la haute direction de la Métis Nation of
Alberta, je peux vous dire que notre association a l'impression
d'être un minuscule village qui est sur le point d'être englouti par ce
tsunami98.
Le comité a appris que, de façon générale, les Métis se classent mieux selon plusieurs
indicateurs sociaux (p. ex. taux d’emploi) que d’autres Autochtones canadiens. Par exemple,
le recensement de 2006 a révélé que le taux de participation des Métis à la population active a
été légèrement plus élevé (70 %) que celui de la population non autochtone (67 %) 99 ;
cependant, le taux de chômage des Métis était plus élevé (10 %) comparativement à celui de
la population non autochtone (6 %)100. Le revenu annuel moyen des Métis (21 000 $) était
plus élevé comparativement à celui des Inuits (17 000 $) et des Premières Nations (15 000 $),
mais plus faible que celui de la population non autochtone (27 000 $)101.
Si peu de fonds servent à répondre aux besoins particuliers des Métis, en revanche,
ceux qui s’identifient comme Métis peuvent se prévaloir de divers programmes et services
destinés aux peuples autochtones. Comme l’a expliqué Lisa Wilson, directrice du Gabriel
Dumont Institute of Native Studies and Applied Research Inc. :
[L’accès aux] programmes financés par l’État fédéral [se fonde]
uniquement sur la question d’auto-identification. À l’éventuel client
prétendument Métis qui se présente à nous et qui demande de
recevoir un service, nous sommes tenus de le fournir, en vertu de ce
contrat. La différence, bien sûr, vient du fait que nous nous servons à
la fois de l’auto-identification et de la validation de la communauté
dans nos autres programmes. C’est ainsi que fonctionne le conseil
d’administration [du Gabriel Dumont Institute]102.
98
Témoignages, 28 septembre 2012.
99
Le taux de participation des Premières Nations et des Inuits s’élevait à 59 % et à 61 %, respectivement.
100
Le taux de chômage des Premières Nations et des Inuits s’élevait à 18 % et à 20 %, respectivement.
101
Voir, de façon générale, Statistique Canada, Recensement du Canada de 2006 : Tableaux thématiques.
102
Témoignages, 26 septembre 2012.
39
Le comité a appris que la Stratégie pour les compétences et l’emploi des Autochtones
(SCEA) constitue un important mécanisme par lequel le gouvernement fédéral s’emploie à
améliorer la participation des peuples autochtones à l’économie canadienne. Le programme
accorde du financement (1,68 milliard de dollars sur cinq ans prenant fin en 2015) aux
organisations autochtones pour offrir de la formation liée à la demande du marché du travail.
Sept des 80 parties à un accord de la SCEA sont des organisations métisses, dont le Gabriel
Dumont Institute, le Métis Settlements General Council et plusieurs organisations
provinciales du RNM.
Le comité a appris que la SCEA avait amélioré de façon appréciable les possibilités
d’emploi et de formation pour nombre de Métis. Comme l’ont souligné des fonctionnaires de
Ressources humaines et Développement des compétences Canada (RHDCC) :
Plus de 96 000 clients ont reçu les
services des signataires d’ententes
relatives aux Métis en vertu de la
SFCEA et de la stratégie qui l’a
précédée, depuis 1999. Au moins 33 000
personnes ont trouvé un emploi et
environ 6 600 autres sont retournées aux
études 103.
Plusieurs signataires d’ententes ont souligné le
succès qu’ont obtenu leurs organisations dans le cadre
de la SCEA; certains d’entre eux ont fait valoir que
Nous faisons partie des
populations les moins
étudiées qui soient … En fait,
le pouvoir des données nous
permettrait de confirmer que
les choses ne tournent pas
rond. Je sais que nous
n’allons pas bien.
– Carrie Bourassa
quelques ententes avaient permis aux organisations de créer des fondations avec des fonds de
la SCEA pour soutenir l’éducation postsecondaire des élèves métis. La Manitoba Metis
Federation et la Métis Nation of Alberta ont toutes deux évalué leur fondation à quelque
14 millions de dollars.
En ce qui concerne la santé des Métis, les données du recensement de 2006 montrent
que 58 % des Métis ont dit de leur état de santé qu’il était excellent ou très bon, contre 62 %
pour la population totale. Les taux de maladies chroniques chez les Métis étaient, de façon
générale, plus élevés que dans l’ensemble de la population; par exemple, 21 % des Métis ont
dit souffrir d’arthrite (contre 13 % dans l’ensemble de la population), et 16 % ont dit souffrir
Témoignages, 28 mars 2012 (James Sutherland, directeur général intérimaire, Direction des affaires
autochtones, Direction générale des compétences et de l'emploi, Ressources humaines et Développement des
compétences Canada).
103
40
d’hypertension (comparativement à 13 %). D’après les données recueillies par l’Agence de la
santé publique du Canada, 60 % des Métis adultes ont un surplus de poids ou sont obèses,
contre 51 % dans la population non autochtone104.
Le comité a appris que certains fonds fédéraux avaient servi à soutenir la collecte de
données et la recherche sur la santé des populations métisses. Entre 2005 et 2010,
3,2 millions de dollars ont été versés par l’entremise du Fonds de transition pour la santé des
Autochtones de Santé Canada pour soutenir cinq projets menés par les organisations
provinciales du RNM. Selon des fonctionnaires de Santé Canada, ces projets visaient à
assurer une meilleure compréhension des « besoins en matière de santé des Métis, à faire en
sorte que ces derniers connaissent mieux les services de santé provinciaux qui leur sont
offerts, à recueillir et à analyser des données sur la santé des Métis et à élaborer de meilleures
politiques concernant la santé des Métis105 ».
Les fonctionnaires ont également fait ressortir qu’un « certain nombre de programmes
et d'activités administrés par l'Agence de la santé publique du Canada profitent aux Métis, de
même qu'à d'autres peuples autochtones106 ». La Métis Nation of Ontario, notamment, a dit
qu’elle avait accès à des fonds par l’entremise de l’Agence de santé publique du Canada pour
un projet de recherche pluriannuel sur les maladies chroniques au sein de la population
métisse de l’Ontario. En 2012, l’organisation a rendu publique une étude intitulée Chronic
Diseases in the Métis Nation of Ontario dans laquelle elle a fait le point sur le taux de
maladies chroniques et les interventions en soins de santé connexes au sein de ses
membres107.
Le comité a également appris que les registres post-Powley contiennent des données
démographiques détaillées et d’autres données statistiques sur les populations métisses qui
ont été utilisées pour appuyer la recherche et les activités des organismes provinciaux
du RNM. Par exemple, Laurel Katernick, directrice des enregistrements, Métis Nation of
British Columbia, a affirmé :
Témoignages, 24 avril 2012 (Martha Israel, directrice générale par intérim, Centre pour la promotion de la
santé, Agence de la santé publique du Canada).
104
Témoignages, 24 avril 2012 (Kathy Langlois, directrice générale, Direction des programmes
communautaires, Direction générale de la santé des Premières Nations et des Inuits, Santé Canada).
105
106
Ibid.
Témoignages, 6 juin 2012 (Gary Lipinski, président, Métis Nation of Ontario). Voir aussi Métis Nation of
Ontario, Chronic Diseases in the Métis Nation of Ontario (mars 2012).
107
41
Nous en faisons le suivi dans notre base de données sur la
citoyenneté, nous sommes capables de les analyser par données
démographiques dans nos régions et de déterminer le nombre de
citoyens qui sont inscrits en fonction du sexe, du groupe d’âge […]
Nous sommes capables de catégoriser les statistiques et les données
démographiques au registre central et de fournir ces informations à
notre personnel à l’interne. Par exemple, [dans] notre portefeuille
des services à la famille et à l’enfance […] nous sommes en mesure
de […] fournir des renseignements concernant le nombre d’enfants
pris en charge qui ont demandé la carte de Métis dans la province
de la Colombie-Britannique […] Il existe manifestement un lien.
Les renseignements sont vraiment utiles108.
Malgré les divers efforts consentis à la recherche et à la collecte de données sur les
populations métisses, plusieurs témoins ont parlé du manque global de données
démographiques et d’autres statistiques fiables et précises concernant des indicateurs sociaux,
dont la santé, le taux d’emploi et l’utilisation des services sociaux. Des témoins ont dit que le
problème de la définition de ce qu’est un Métis a entraîné de la confusion dans la collecte et
l’analyse des données sur les populations métisses; d’autres ont souligné le manque d’efforts
coordonnés pour recueillir des données particulières sur les Métis dans divers domaines.
Quelle qu’en soit la cause, la rareté des données globales crée de l’incertitude quant aux
besoins des Métis et aux changements juridiques et politiques qui permettraient d’y répondre.
Comme l’a déclaré Carrie Bourassa, professeure agrégée, Programmes interdisciplinaires,
First Nations University of Canada :
Nous faisons partie des populations les moins étudiées qui soient.
Vous vous demandez peut-être pourquoi une Autochtone voudrait
que son peuple fasse l’objet d’études. En fait, le pouvoir des
données nous permettrait de confirmer que les choses ne tournent
pas rond. Je sais que nous n’allons pas bien. Nos collectivités
vivent dans une pauvreté endémique109.
L’aînée Elize Hartley, de l’Association des femmes autochtones du Canada, a illustré
la situation à partir d’un exemple concret :
Tant de nos jeunes enfants sont placés en famille d’accueil. Une
proportion effarante de 30 p. 100 des enfants placés en famille d’accueil
sont soit métis, soit issus des Premières nations. La situation est plus
compliquée pour les Métis, parce qu’il n’y a pas de recensement sur le
nombre d’enfants métis. Parce que nous ne connaissons pas la
108
Témoignages, 1er octobre 2012.
109
Témoignages, 20 juin 2012.
42
population totale des Métis, nous ne pouvons pas mettre en œuvre
efficacement des programmes pour eux110.
C.
Histoire et généalogie
Le comité observe que, malgré la diversité qui règne à bien des égards chez les Métis
désignés au Canada, il est ressorti des témoignages que les Métis sont étroitement attachés à
leur histoire. Nombre de témoins ont fait la genèse historique de leurs communautés. Plusieurs
autres ont déclaré avoir fait des recherches poussées afin de connaître leur histoire et leur
généalogie.
Le comité a entendu à maintes reprises que l’histoire écrite des Métis de la rivière
Rouge est à la disposition de ceux qui aspirent à connaître leur histoire familiale et celle de leur
communauté. Des registres généalogiques se retrouvent dans les archives provinciales. Il est
même possible d’obtenir l’aide d’un organisme provincial affilié au RNM ou d’une
organisation spécialisée en généalogie. David Chartrand, de la FMM, a dit au comité :
[Q]ui dit ancêtre métis de souche dit personne figurant dans la
concession de terres du Manitoba, l’attestation de certificats ou
décrite comme Sang-Mêlé ou Métis dans le recensement de 1901.
La FMM a une entente avec la Société historique de SaintBoniface, qui abrite des archives religieuses importantes et produit
des généalogies professionnelles pour les demandeurs111.
D’autres initiatives de recherche, comme la banque de données historiques du RNM,
ont permis de publier en ligne des documents historiques sur les Métis de la Rivière-Rouge.
Frank Though, professeur d’histoire à l’Université de l’Alberta, où se trouve la banque de
données, a décrit le projet en ces termes :
À la suite du jugement rendu dans l’affaire Powley, des contrats de
recherche ont été signés avec l’Université de l’Alberta […] C’est
grâce à ces recherches que nous avons obtenu toutes ces
informations qui nous ont ensuite permis de créer une base de
données historiques en ligne où l’on peut trouver des synthèses des
différents documents. [O]n y trouve aussi les documents originaux.
Les Métis peuvent également y créer leur arbre généalogique […] La
base de données, accessible au public, analyse tous les résultats
110
Témoignages, 20 juin 2012.
111
Témoignages, 24 septembre 2012.
43
possibles. C’est très bien fait. La principale plainte des utilisateurs,
c’est qu’il faudrait plus de données112.
Pour plusieurs, découvrir l’histoire de sa famille métisse ou en apprendre davantage à
ce sujet peut avoir un profond impact. Comme l’a expliqué Randall Ranville, généalogiste au
Métis Cultural and Heritage Resource Centre :
Certains sont tout à fait étonnés d’avoir une généalogie aussi
colorée. D’autres deviennent très émotifs et laissent couler
quelques larmes parce qu’ils voient qu’ils font partie de la
communauté, de l’histoire, et de l’existence phénoménale des
personnes qui ont été prises entre deux feux et que certains de leurs
ancêtres sont Métis même s’ils n’étaient pas au courant […]113.
Le comité a entendu de plusieurs sources que les coûts d’un dossier généalogique sont
élevés et peuvent s’avérer, pour beaucoup, prohibitifs. Pour y remédier, certains organismes
provinciaux du RNM mettent à la disposition de ceux qui présentent une demande des
ressources additionnelles pour les aider à venir à bout du processus poussé et coûteux menant
à l’obtention d’un dossier généalogique. Le comité a également eu vent que plusieurs
membres de la même famille peuvent généralement se fier à une seule généalogie pour établir
l’ascendance métisse dans le but de devenir membre d’une organisation métisse. D’autres
moyens permettant de prouver son ascendance peuvent également être acceptés dans
certaines circonstances. En guise d’exemple, Val Arnault-Pelletier, coordonnatrice des
Autochtones, College of Medicine, Université de la Saskatchewan, a affirmé devant le comité
qu’une lettre de la communauté peut être suffisante pour démontrer l’admissibilité à une
place réservée au sein de la faculté :
En Saskatchewan, nous sommes heureusement nombreux à nous
connaître et nous comprenons les liens de parenté. Au moins, nous
comprenons ces relations. En général, la communauté peut fournir un
document qui authentifie la généalogie114.
Certains témoins originaires de l’Est du Canada ont expliqué au comité les efforts
qu’ils ont déployés pour prouver l’existence de communautés métisses historiques devant les
tribunaux. Ces témoins ont indiqué qu’il était difficile de compiler et de conserver les
112
Témoignages, 23 octobre 2012.
113
Témoignages, 24 septembre 2012.
114
Témoignages, 26 septembre 2012.
44
dossiers historiques de leurs ancêtres en raison de
sources d’archives insuffisantes pour effectuer des
recherches et du manque de d’aide financière et de
soutien. Par exemple, Daphne Williamson, du Conseil
des Métis de Sou’West, a fait la déclaration suivante
Je crois que, au Canada, la
recherche n’a jusqu’ici
qu’effleuré la question des
Métis.
– Brenda Macdougall
au comité :
Nous n’avons pas pu trouver un archéologue, un historien ou un
généalogiste en Nouvelle-Écosse qui irait à contre-courant et qui nous
appuierait de quelque façon que ce soit. J’ai recruté des experts des
États-Unis qui ont travaillé avec la communauté Wampanoag
américaine. Premièrement, ils savent qui nous sommes.
Deuxièmement, ils étaient les seuls à oser prononcer une opinion
contraire à la perspective conventionnelle115.
Dans la foulée de l’arrêt Powley, le ministère de la Justice a mis sur pied un
programme de recherche historique qui visait à déterminer dans quelles régions du Canada
pourraient vivre les Métis visés par l’arrêt Powley. Peggy Stone, du ministère de la Justice, a
expliqué que
[l’]étude a été menée par des historiens qui ont passé en revue
l’histoire du pays sous l’angle de la décision Powley afin de
déterminer si, oui ou non, les chasseurs et pêcheurs métis d’un bout à
l’autre du pays remplissent ses critères d’un point de vue historique et
ethnologique116.
Au total, 15 projets de recherche ont été lancés sur les communautés métisses
historiques sur une vaste superficie géographique, allant de la Colombie-Britannique jusqu’à
Terre-Neuve-et-Labrador. Les résultats de ces projets de recherche n’ont pas été publiés. Une
description de la recherche figure sur le site Web du ministère de la Justice117.
Les témoins ont exprimé différentes opinions sur l’importance des études et sur la
décision de les publier ou non. Bill Enge, président de l’Alliance des Métis de North Slave, a
recommandé « que le gouvernement fédéral élabore des directives enjoignant ses
représentants de désigner les communautés métisses modernes sur la base des 15 études
115
Témoignages, 21 novembre 2012.
116
Témoignages, 11 décembre 2012.
Ministère de la Justice, Un programme de recherche axé sur les collectivités métisses historiques,
JusteRecherche, numéro 15 (2008).
117
45
effectuées par le ministère de la Justice à partir de
2003, et d’autres études connexes 118 ». D’autres
témoins, en particulier ceux qui n’avaient pas pris
connaissance du contenu des rapports sur leur région
respective, ont recommandé de ne pas s’appuyer sur
Cette relation avec les Métis
est différente de celle du
Canada avec les Premières
nations et les Inuits.
– Elizabeth Tromp
ces études ni de les publier tant qu’ils n’en avaient pas
examiné le contenu et les méthodologies. Daphne Williamson, du Conseil des Métis de
Sou’West Nova, a affirmé que « quand on publie des résultats de recherche, il faut s’assurer
que cette recherche a effectivement pris en compte toutes les perspectives et le plus de
renseignements possibles […]119 »
Nombreux sont les témoins qui ont tenu à souligner qu’il reste beaucoup à faire sur le
plan de la recherche sur l’histoire métisse, particulièrement dans les régions autres que celle de
la rivière Rouge. Frank Tough, professeur d’histoire à l’Université de l’Alberta, a affirmé au
comité que les Métis de la région de la rivière Rouge doivent être situés dans le contexte
historique approprié :
Contrairement à d’autres, qui versent parfois dans l’erreur, je ne crois
pas que tous les Métis doivent avoir un lien avec cet endroit. La rivière
Rouge représente simplement la métropole de la nation métisse, haut
lieu du commerce des fourrures120.
Dans un même ordre d’idées, Brenda Macdougall, titulaire de la Chaire de recherche
sur les Métis, Université d’Ottawa, a déclaré ce qui suit :
On considère toujours que la rivière Rouge est la source et le centre du
monde métis, mais cela ne reflète pas nécessairement l’interprétation
historique véritable de l’identité des Métis ni la façon dont les autres
habitants du Canada du XIXe et du XVIIIe siècle les percevaient. Je
crois que, au Canada, la recherche n’a jusqu’ici qu’effleuré la question
des Métis121.
Il a également été affirmé devant le comité que les histoires issues de la tradition orale
représentaient un aspect incontournable de l’histoire des Métis. Denis Gagnon, titulaire de la
Chaire de recherche du Canada sur l’identité métisse à l’Université de Saint-Boniface,
118
Témoignages, 17 octobre 2012.
119
Témoignages, 21 novembre 2012.
120
Témoignages, 23 octobre 2012.
121
Témoignages, 25 avril 2012.
46
persiste à dire que l’histoire complète des Métis ne peut être élucidée que grâce à la tradition
orale et milite pour l’élaboration d’un dossier historique « en tenant compte des sources
issues de la tradition orale, en réalisant des entrevues sur le terrain et en situant dans leur
contexte de production les sources d’archives122 ».
L’impression générale est que les connaissances que nous avons réussi à glaner au
sujet de l’histoire des Métis et les efforts déployés pour approfondir et mettre par écrit cette
histoire jusqu’à présent varient d’un coin à l’autre du pays. Pourtant, ces renseignements
pourraient nous aider à répondre à certaines questions fondamentales concernant l’identité
métisse; par exemple, quand les communautés vivant dans différentes régions du pays ont pu
commencer à s’identifier clairement en tant que Métis. Troy DeLaRonde, chef métis, Red
Sky Métis Independent Nation, résume ces questions en ces termes : « L’histoire des Métis
du Canada n’a été racontée que de manière partielle, et il s’agit d’une histoire riche et
diversifiée123 ».
D.
Relations entre le Canada et les Métis
La reconnaissance, c’est essentiellement la relation qui existe entre le gouvernement
du Canada et les Métis. L’un des aspects de cette relation, comme le comité l’a constaté dans
les sections précédentes de ce rapport, consiste à circonscrire la manière dont les Métis se
définissent et la manière dont ils sont identifiés à diverses fins juridiques et politiques. Un
autre aspect important et connexe, qui fait l’objet de la présente section, concerne les
relations établies entre le Canada et les communautés et organismes métis.
La perspective du gouvernement fédéral, selon ce que le comité a entendu, est que sa
relation avec les Métis est restreinte principalement par une question de compétence 124. En
effet, le gouvernement du Canada est d’avis que les provinces sont l’ordre de gouvernement
responsable, en premier lieu, des Métis. Elizabeth Tromp, sous-ministre adjointe, Direction
des relations avec les Métis et les Indiens non inscrits, AADNC, a fait la déclaration
suivante :
122
Témoignages, 24 octobre 2012.
123
Témoignages, 28 novembre 2012.
124
Cela dit, la Cour fédérale du Canada, comme il a été noté précédemment, a récemment statué que les Métis
correspondaient à la définition d’« Indien » aux termes du paragraphe 91(24) de la Loi constitutionnelle de 1982
et qu’ils tombent donc sous compétence fédérale. Cette décision fait l’objet d’un appel devant la Cour d’appel
fédérale. Voir Daniels c. Canada, 2013 CF 6.
47
[C]ette relation avec les Métis est
différente de celle du Canada avec les
Premières nations et les Inuits. Comme
ils vivent hors des réserves, par exemple,
les Métis reçoivent la plupart de leurs
programmes sociaux de base des
provinces, et non du gouvernement
fédéral. Les provinces entretiennent leurs
propres relations profondes avec les
Métis et les organisations, surtout dans
l’Ouest canadien. En outre, il n’y a ni
registre fédéral des Métis ni réserve
métisse125.
« Cela concerne les Métis;
quelqu’un d’autre va s’en
occuper ». Voilà quelle est la
réalité aujourd’hui au Canada
sur le plan de la politique
gouvernementale.
– Marc LeClair
Du point de vue de plusieurs autres témoins, ce sont les conflits de compétence
non résolus entre le gouvernement du Canada et les Métis qui jettent de l’ombre sur leur
relation. Selon Dwight Dorey, chef adjoint national du CPA, ce « vide juridique » se
manifeste sous forme de programmes et de services insuffisants à l’égard des Métis.
[N]ous sommes pris dans un vide juridique où il y a peu de
programmes ou d’initiatives gouvernementaux pour répondre aux
besoins des Indiens non inscrits et des Métis. Permettez-moi de vous
donner une idée de ce que cela représente sur le plan financier. Chaque
année, le gouvernement fédéral investit 10 milliards de dollars dans
des programmes pour les Autochtones, de ce montant, près de
90 p. 100 visent à aider les Indiens inscrits dans les réserves qui
représentent moins du tiers de la population autochtone totale. C’est
pourquoi les Métis et les Indiens non inscrits continuent à être
insuffisamment servis par les gouvernements et c’est pourquoi nous
n’avons pu réaliser notre plein potentiel dans la société canadienne126.
Dans un même ordre d’idées, Marc LeClair, coordinateur bilatéral, Ralliement
national des Métis (RNM), estime lui aussi que les conflits de compétence sont à l’origine de
l’insuffisance de programmes et de services pour les Métis.
Dans le cas des Métis, il n’y a pas seulement la santé dont il faut
s’occuper, mais il y a également l’éducation et tout le reste. Certaines
provinces s’y intéressent un peu, mais, de manière générale, lorsqu’on
parle de la santé et du bien-être, de la santé maternelle et de la capacité
parentale des Métis, elles répondent : « Cela concerne les Métis;
125
Témoignages, 27 mars 2012.
126
Témoignages, 30 mai 2012.
48
quelqu’un d’autre va s’en occuper ». Voilà quelle est la réalité
aujourd’hui au Canada sur le plan de la politique gouvernementale127.
Comme il a été mentionné dans les sections précédentes de ce rapport, cependant, le
gouvernement du Canada prend des mesures pour aider les Métis dans plusieurs domaines,
notamment l’élaboration des registres du RNM. Des représentants de ministères fédéraux
comme Ressources humaines et Développement des compétences Canada et Santé Canada
ont également souligné plusieurs programmes et services fédéraux accessibles aux Métis. Au
nombre de ceux-ci, mentionnons la Stratégie de formation pour les compétences et l’emploi
destinée aux Autochtones (SFCEA), le Programme d’aide préscolaire aux Autochtones dans
les collectivités urbaines et nordiques (PAPACUN), et diverses initiatives prévues dans le
cadre de la Stratégie pour les Autochtones vivant en milieu urbain d’AADNC.
Le gouvernement fédéral participe également à des négociations tripartites portant sur
une vaste gamme d’enjeux avec plusieurs provinces et organisations de Métis et d’Indiens
non inscrits. En guise d’exemple, au Manitoba, un accord de négociation tripartite existe
entre le gouvernement du Canada, le Manitoba et la Manitoba Metis Federation depuis 1987.
Selon des représentants provinciaux, cet accord a donné naissance à de nombreuses initiatives
pour les Métis dans la province :
Il y a eu beaucoup de développement au fil des ans, et la création de
l’Institut Louis Riel, les discussions initiales sur les services métis
d’aide à l’enfance et à la famille, qui ont mené à la création de la
commission métisse [services à l’enfance et à la famille], tirent
probablement leur source des travaux de la table. […] nous avons
maintenant le Fonds de développement économique métis. De
nombreuses initiatives sont venues de cette table tripartite. Une fois
développées, elles sont normalement transférées à une agence ou une
organisation distincte128.
David Chartrand a lui aussi fait remarquer que les négociations tripartites ont ouvert
la voie à certaines initiatives de développement économique importantes pour les Métis au
Manitoba :
Nous avons un fonds de 10 millions de dollars que nous négocions
avec le Canada. Nous avons un fonds fédéral en vertu du MEDF
127
Témoignages, 15 mai 2012.
Témoignages, 24 septembre 2012 (Eleanor Brockington, directrice, Politiques et initiatives stratégiques,
ministère des Affaires autochtones et du Nord du Manitoba).
128
49
[Fonds de développement économique métis] […] Nous avons
également une société de financement que nous administrons et qui
dispose d’un fonds de 8 millions de dollars. Ce fonds relevait
d’Entreprise autochtone Canada et est désormais sous l’autorité de la
[Manitoba Metis Federation]. Ces trois entités travaillent désormais
ensemble pour créer le moteur économique pour le peuple métis du
Manitoba129.
Le Canada a également établi des relations bilatérales avec le CPA et le RNM,
deux organisations nationales qui représentent les Métis. La portée et la solidité de ces
relations varient cependant selon les points de vue.
En 2008, le gouvernement du Canada et le RNM signaient le Protocole avec la nation
métisse, en vertu duquel les parties s’engageaient à discuter de différents enjeux, comme le
développement économique, les droits ancestraux des Métis, la santé, l’éducation, les terres et
les ressources 130. Selon Clément Chartier, président du RNM, le Protocole avec la nation
métisse a permis de mettre en place un processus de négociation bilatérale positif, bien que
des résultats concrets tardent toujours à se manifester :
Nous n’avons pas encore traité de la question des pensionnats, qui
figure dans le protocole, et qui est toujours pendante. Nous n’avons
pas encore traité des questions toujours en suspens relativement à
différents droits, dont les droits fonciers. Pour ce qui est de l’aspect du
développement économique, le protocole ne nous a pas encore servi,
mais nous gardons espoir que cela viendra, et nous n’allons pas
l’abandonner. Nous estimons qu’il s’agit d’un bon processus et nous
espérons qu’il servira de tremplin pour les deux accords que nous
avons mis de l’avant, l’un sur la gouvernance et l’autre sur le
développement économique131.
En 2005, le gouvernement du Canada et le CPA ont signé un Accord sur l’élaboration
en collaboration des politiques pour ce qui touche la santé, le logement et le développement
économique132. Bien que des représentants du CPA indiquent que l’accord sera renouvelé
officiellement sous peu, il était difficile de cerner les progrès réalisés dans le cadre de celui-ci
jusqu’à maintenant. Des représentants du CPA soutiennent que l’accord n’a pas encore été
mis en œuvre à proprement parler :
129
130
131
Témoignages, 24 septembre 2012.
Protocole avec la nation métisse, 5 septembre 2008.
Témoignages, 15 mai 2012.
132
Voir Affaires autochtones et Développement du Nord Canada, Bureau de l’interlocuteur fédéral pour les
Métis et les Indiens non inscrits, Relations bilatérales.
50
Malheureusement, cet accord a été rédigé puis, mis sur les tablettes, et
il manquait de force sur le plan politique. Nous avons demandé au
gouvernement fédéral de renégocier un accord qui sera un vrai
document évolutif doté de contenu, de façon à nous permettre de
régler beaucoup des problèmes en question133.
Des représentants d’AADNC ont déclaré que leurs relations avec le CPA prenaient
principalement la forme d’un appui à ses activités et de l’élaboration d’un plan politique et
législatif :
Au sujet du CPA, son accord bilatéral solide avec le gouvernement
fédéral est centré sur le renforcement de sa structure de gouvernance,
ce qui l’aidera à mieux représenter ses membres […] Le gouvernement
participe avec le Congrès des Peuples Autochtones, le CPA, à
l’exécution de ses priorités stratégiques au moyen d’un plan de
politiques stratégiques. Ce plan du CPA vise à fournir des résultats
mesurables à ses membres, et à aider à appliquer des modifications
essentielles et stratégiques de la Loi sur les Indiens, telles que celles
mises en application par le projet de loi C-3 [modifications aux
dispositions relatives au statut de la Loi sur les Indiens]134.
Des représentants d’AADNC ont déclaré que, outre les discussions bilatérales
mentionnées ci-dessus, le gouvernement du Canada collabore avec les Métis par le biais de
divers événements commémoratifs, par exemple :
[E]n 2009, l’ancien ministre Strahl a conduit un contingent d’anciens
combattants et de dirigeants métis à la plage Juno, en France, afin
d’honorer la contribution des Métis aux dernières guerres. Déclarant
que 2010 était l’Année des Métis, le gouvernement a tenu des
célébrations avec des Métis provenant de tous les coins du pays, à
l’occasion entre autres du 125e anniversaire de la bataille de Batoche,
l’un des événements fondateurs de l’histoire de notre pays.
Toujours selon des représentants d’AADNC, « [e]n 2010 et en 2011, notre ministre a
accueilli des ministres provinciaux et des dirigeants métis à deux symposiums sur le
développement économique, qui ont donné lieu à d’importants investissements dans le
développement économique des Métis de la part du gouvernement fédéral et des
gouvernements provinciaux135 ».
Témoignages, 28 novembre 2012 (Ron Swain, vice-chef national, Conseil des peuples autochtones du
Nouveau-Brunswick).
133
Témoignages, 27 mars 2012 (Elizabeth Tromp, sous-ministre adjointe, Direction des relations avec les Métis
et les Indiens non inscrits, Affaires autochtones et Développement du Nord Canada).
134
135
Témoignages, 27 mars 2012.
51
Dans les Territoires du Nord-Ouest, le Canada participe actuellement à deux processus
de négociation de revendications territoriales avec les Métis. L’un de ces processus est avec
la Nation métisse des Territoires du Nord-Ouest (qui portait anciennement le nom de Conseil
tribal des Métis de South Slave), et l’autre processus est avec les Dénés et les Métis de la
région du Deh Cho. Une autre organisation
métisse – la North Slave Métis Alliance – a
affirmé cependant devant le comité qu’elle n’est
reconnue officiellement ni par le gouvernement
fédéral, ni par le gouvernement territorial.
Christopher Devlin,
conseiller
L’identité est fluide…
Toutefois, ce sont des
individus dont on parle et non
des objets.
– Denis Gagnon
juridique,
North Slave Métis Alliance, a expliqué ce qui
suit :
Le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest se défend en disant
qu’il ne reconnaîtra pas l’alliance tant que l’État canadien ne l’aura
pas fait. De son côté, le gouvernement fédéral dit qu’il ne reconnaîtra
pas l’alliance tant que les tribunaux ne lui auront pas dit de le faire.
Les tribunaux ne se sont pas encore prononcés. Voilà comment on
réussit à faire traîner la construction de l’identité métisse, pour des
raisons politiques, et pourquoi personne n’entreprend une véritable
étude fondée sur nos droits136.
Différents groupes métis de l’Est du Canada ont également affirmé au comité qu’ils ne
sont pas reconnus officiellement par les gouvernements fédéral et provinciaux. Par exemple,
Ronald Surette, du Conseil des Métis Kespu’kwitk de Yarmouth and District, a fait la
déclaration suivante au comité :
Nous, les Métis de Nouvelle-Écosse, vivons comme nos ancêtres, mais
personne ne veut nous identifier en tant que groupe. Nous devons prouver
notre identité […] Le gouvernement de la Nouvelle-Écosse nous demande de
produire en preuve des renseignements propres au lieu avant de conclure que,
oui, nous sommes Métis. Il en va de même pour le gouvernement fédéral. Par
exemple, quelqu’un doit enfreindre la loi et nous devons être traînés en justice
pour prouver qu’il y a des Métis dans notre région137.
136
Témoignages, 17 octobre 2012.
137
Témoignages, 21 novembre 2012.
52
Daphne Williamson, du Conseil des Métis de Sou’West Nova, a également souligné
que ni le gouvernement fédéral, ni le gouvernement provincial ne reconnaissent
officiellement son organisation et la communauté d’ascendance mixte de l’île du cap de
Sable, en Nouvelle-Écosse, que l’organisation représente.
Selon Sheila Surrette, les tribunaux, en application du critère établi dans l’arrêt Powley,
font de même et refusent toujours de reconnaître les revendications de droits des Métis dans
sa région.
Ni l’un ni l’autre des gouvernements provincial et fédéral n’a reconnu
nos droits, en tant qu’organisation de Métis de l’Est. Aucune
exemption d’impôt, pas de droits de chasse et de pêche, pas de
subventions d’éducation, de bourses ou d’aide pour les petites
entreprises […] La date mentionnée dans le jugement est 1670. Le
juge a stipulé qu’il n’y avait pas de
L’avantage, c’est le maintien
communauté métisse dans notre région
138
avant le contrôle européen en 1670 .
de notre culture, de notre
De nombreux témoins ont affirmé au comité que
l’approche actuelle du gouvernement fédéral à ses
relations avec les Métis est trop restreinte. Certains
témoins estimaient que le gouvernement fédéral
devrait être disposé à entamer des pourparlers avec un
différence, et la possibilité de
négocier une place juste et
équitable au sein de la
fédération canadienne. On
n’en est pas encore arrivé là.
– Larry Chartrand
plus grand nombre de groupes se déclarant métis. Par
exemple, Denis Gagnon, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’identité métisse
de l’Université de Saint-Boniface, a déclaré ce qui suit :
L’identité est fluide. Toutefois, ce sont des individus dont on parle et
non des objets […] Ce sont des gens qui ont une sensibilité, qui ont
leur vie et veulent défendre leurs droits. Ils présentent ce qu’ils sont, et
il serait respectueux de dire, très bien, on va essayer de comprendre
pourquoi, plutôt que leur dire qu’ils ne sont pas ce qu’ils prétendent
être139.
D’autres ont aussi recommandé que le gouvernement fédéral entreprenne un vaste
processus de discussion avec les Métis concernant leur relation avec le Canada.
138
Témoignages, 21 novembre 2012.
139
Témoignages, 24 octobre 2012.
53
Larry Chartrand, professeur agrégé à la faculté de droit de l’Université d’Ottawa, y est allé de
la déclaration suivante :
Bien sûr, l’un des avantages du fait d’être Autochtone […] c’est que
l’on peut affirmer son indépendance politique et négocier
l’établissement d’une relation avec le Canada, d’égal à égal. Cela
serait un droit fondamental, et les peuples autochtones, y compris les
Métis, qui satisfont au critère de la nationalité ou de l’« appartenance à
une nation », en tireraient avantage […] L’avantage, c’est le maintien
de notre culture, de notre différence, et la possibilité de négocier une
place juste et équitable au sein de la fédération canadienne. On n’en
est pas encore arrivé là.
De même, Paul Chartrand, professeur de droit à la retraite, estime que les négociations
constituent l’avenue à privilégier pour arriver à une reconnaissance pleine et entière des
Métis en vertu de l’article 35 :
Je dirais même que votre travail fait partie d’un projet plus large qui
vise à rendre efficace la reconnaissance constitutionnelle de
l’article 35 de la loi de 1982 [...] Cela ne sert à rien d’adopter une loi
quand on fait face à un gouvernement qui manque de volonté; un
gouvernement réticent qui essaye d’agir à cause de la jurisprudence —
cela ne fonctionne pas très bien […] La meilleure façon est d’essayer
de s’entendre140.
140
Témoignages, 24 septembre 2012.
54
OBSERVATIONS ET RECOMMANDATIONS
Le présent rapport a exposé la question de la reconnaissance des Métis par le
gouvernement fédéral sous quatre grands thèmes : identité et définition; inscription et
données statistiques; histoire et généalogie; relations entre le Canada et les Métis. Voici à
présent les observations et les recommandations du comité sur les questions à l’étude.
A. Identité et définition
Il n’existe pas de concept universel de l’identité des Métis. En raison de facteurs
historiques, culturels, juridiques et politiques complexes, l’identité métisse s’exprime de
diverses façons au Canada.
Les témoins provenant de l’Est du pays ont dit en général que leur identité métisse est
la manifestation de leur ascendance mixte et de liens avec leur culture et leur patrimoine
autochtones, comparativement au courant dominant exprimé par les témoins de l’Ouest, qui
se sont décrits généralement comme des descendants de communautés historiques de
commerce des fourrures, dont l’identité distincte fondée sur l’ascendance mixte a pris forme
au cours des XVIIIe et XIXe siècles.
La question de l’identité métisse transcende toutefois les visions tranchées de l’Est et
de l’Ouest. Nombre de Métis au Canada expriment leur identité d’une manière qui se
démarque des approches générales adoptées dans l’Est et dans l’Ouest. On songe ici aux
établissements métis de l’Alberta et aux Métis des Territoires du Nord-Ouest.
Le comité note qu’il existe un désaccord chez les Métis sur le sens accordé au terme
« Métis » et sur les populations d’ascendance mixte auxquelles le terme devrait s’appliquer.
Comme il a été mentionné précédemment, cette question importante dépasse le mandat de
l’étude. Cependant, le comité tient à préciser que tous les témoins qui ont comparu devant lui
ont exprimé en toute sincérité leurs points de vue sur l’identité métisse.
Tous les témoins métis ont une connaissance poussée de leurs antécédents familiaux
et communautaires et sont immensément fiers de leur identité métisse. Le comité estime que
les Métis sont très conscients de leur identité. Ils savent qui ils sont même si les autres ne le
reconnaissent pas.
55
En fait, c’est une chose de s’identifier comme Métis; c’en est une autre d’être reconnu
comme tel. Le comité a entendu de nombreux témoins qui, même s’ils s’identifient fortement
comme Métis, ne sont pas reconnus, pour toutes sortes de raisons, comme des Métis. Pour
être capable de régler la question de la reconnaissance, le gouvernement fédéral doit
concevoir une approche qui n’exclut pas indûment les personnes qui revendiquent de bon
droit l’identité ethnique métisse. La diversité des expressions de l’identité métisse d’un bout à
l’autre du Canada nécessitera sans doute une prise de décisions fondée sur une approche
contextuelle ou régionale.
Les tribunaux ont refusé d’imposer une définition du terme « Métis ». Ils ont plutôt
reconnu la responsabilité qu’a le gouvernement fédéral d’ouvrir divers chantiers avec les
populations métisses sur certaines questions, notamment l’identification des Métis. Dans
l’arrêt Powley, par exemple, la Cour suprême du Canada a déclaré que l’établissement de
critères servant à déterminer qui est un Métis et d’un plus grand nombre de méthodes
permettant d’identifier systématiquement les titulaires de droits métis constituait une urgente
priorité. La Cour fédérale, dans une décision maintenant en appel 141, a soutenu que les Métis
et les Indiens non inscrits sont des « Indiens » au sens de la Loi constitutionnelle de 1867 et
que, par conséquent, ils relèvent de la compétence fédérale. Tout récemment, dans sa
décision dans l’affaire Manitoba Métis Federation, la Cour suprême du Canada a déclaré que
le Canada n’avait pas donné suite aux revendications territoriales des Métis en vertu de la Loi
sur le Manitoba de 1870, comme il était tenu de le faire.
Le comité estime qu’une façon bien inspirée d’aborder la reconnaissance des Métis
par le gouvernement fédéral consiste, pour celui-ci, à se réconcilier avec les groupes qui ont
subi des préjudices dans le passé. Une meilleure compréhension des Métis du Canada, de
l’avis du comité, émergera en dernière analyse de discussions bien inspirées sur cette histoire
et ses effets persistants.
Le processus de réconciliation devrait porter sur les promesses non remplies, comme
les obligations énoncées dans la Loi sur le Manitoba, et les politiques discriminatoires,
comme la création et le financement des pensionnats. Le comité estime que la réconciliation
141
Daniels c. Canada, 2013 CF 6.
56
est nécessaire à l’établissement de solides fondations pour les générations de Métis actuelles
et futures au Canada. Comme l’a dit l’honorable Gerry St. Germain, ex-président du comité :
Il faut chercher à rendre justice en son temps, et on ne peut pas,
avec une loi, redresser les torts pour en faire des droits. Mais
aujourd’hui, vous en avez l’occasion. Je tiens à féliciter David
Chartrand [de la Manitoba Metis Federation] et tous ceux qui ont
eu le courage et la persévérance de mener cette bataille juridique
jusqu’au bout.
Dans mon cas, j’ai eu de la chance. Mais je sais que dans ma
province d’origine, il y a des gens, notamment des enfants, qui
méritent d’avoir accès à une meilleure éducation, à de meilleurs
services de santé et à de meilleures perspectives économiques142.
Les questions relatives à l’identité et à la reconnaissance des Métis sont très
complexes mais, selon le comité, cela ne devrait pas empêcher le gouvernement fédéral de
chercher à comprendre et de faire progresser le dossier. Le comité espère que le présent
rapport contribuera à la tenue d’une discussion entre le gouvernement fédéral et les Métis à
propos de la reconnaissance, et que le gouvernement fédéral, ayant pris conscience des
enjeux, s’engagera davantage avec les groupes de Métis, et créera des programmes et services
mieux adaptés. Il souhaite aussi que d’autres gestes concrets soient posés à l’échelle fédérale
pour améliorer le sort des Métis canadiens.
B. Inscription et données statistiques
Le comité a appris que les groupes et les communautés métis au Canada définissent
leurs membres selon les points de vue qu’ils ont sur leur propre identité ethnique. Ces points
de vue sont influencés par leurs réalités politiques, sociales, culturelles et historiques.
Ainsi, la définition nationale adoptée par le RNM englobe les descendants de
communautés métisses qui se sont développées à l’établissement de la rivière Rouge et le
long des routes historiques du commerce des fourrures dans le Nord-Ouest, au XVIIIe et au
XIXe siècles. Collectivement, ces communautés forment la nation métisse, dont l’histoire
englobe les premiers processus de délivrance des certificats de Métis et les conflits armés
connus sous le nom de rébellions de la rivière Rouge et du Nord-Ouest. Du point de vue du
142
Témoignages, 20 mars 2013.
57
RNM, les descendants de ces communautés détiennent des droits fonciers et d’autonomie
gouvernementale que leurs ancêtres se sont évertués à faire reconnaître.
D’autres communautés métisses du Canada inscrivent leurs membres en fonction de
leur identité commune. Ainsi, la nation indépendante métisse de Red Sky, en Ontario, inscrit
les descendants des 84 signataires de « sang-mêlé » du Traité Robinson-Supérieur de 1850.
Les membres de l’Alberta Métis Settlements répondent à des critères propres au
développement distinct de leurs communautés au XXe siècle. Bon nombre d’autres groupes
métis du Canada tiennent des registres de membres et délivrent des cartes de membre en
fonction de critères qu’ils ont établis.
Le gouvernement fédéral ne joue un rôle qu’à l’égard des cinq registres provinciaux
du RNM. AADNC explique que c’est parce que la définition nationale du RNM répond aux
critères de l’arrêt Powley; les registres du RNM constituent donc un autre moyen d’identifier
les titulaires de droits métis. Les dépenses engagées pour ce programme ont atteint
8,8 millions de dollars en 2010–2011, et 9,5 millions de dollars en 2011-2012 143 . Il est
précisé dans le plus récent Rapport sur les plans et les priorités de l’AADNC que le ministère
continuera d’appuyer « le développement de systèmes d’inscription conformes à la décision
de la Cour suprême R. v. Powley [2003]144 »,
Le comité relève toutefois que cette façon de faire n’est pas adéquate pour identifier
les titulaires de droits métis. En effet, la définition nationale du RNM et les critères Powley
sont semblables, mais non identiques, et ce ne sont pas tous les membres des organisations
provinciales du RNM qui revendiquent des droits de récolte en vertu de l’article 35. Les
titulaires de droits métis sont généralement désignés par les tribunaux à partir des critères de
l’arrêt Powley ou à l’issue d’accords en matière de récolte conclus entre les organisations
provinciales du RNM et les provinces.
Bien que les registres puissent aider à identifier certains titulaires de droits métis dans
certains cas, le comité estime que, à court terme, il serait préférable d’utiliser ces registres
Affaires autochtones et Développement du Nord Canada, Rapport ministériel sur le rendement 2010-2011,
p. 92, et Rapport ministériel sur le rendement 2011–2012, ch. 5.3.
143
Affaires autochtones et Développement du Nord Canada, Rapport sur les plans et les priorités de 2013-2014 Affaires autochtones et Développement du Nord Canada et Commission canadienne des affaires polaires, p. 9.
144
58
pour obtenir des renseignements démographiques et d’autres statistiques importantes sur les
populations métisses.
Actuellement, le gouvernement fédéral se fie grandement à l’identification et à la
déclaration volontaire du recensement pour obtenir des statistiques sur les Métis. Le comité
s’interroge quant à l’exactitude et à la fiabilité de ces données, notamment parce qu’il s’agit
pratiquement de la seule source fédérale de données statistiques sur les Métis.
Comme plusieurs témoins l’ont dit, les lacunes en matière de données fiables et
précises contribuent à la méconnaissance de la situation et des besoins des communautés
métisses sur de nombreux aspects, notamment la santé, l’aide à l’enfance, les services sociaux
et le développement économique.
Le comité croit que pour reconnaître les Métis, il faut d’abord bien connaître la façon
dont ils s’identifient et disposer de données à jour à leur sujet. En conséquence, le comité
recommande ce qui suit :
Recommandation no 1 : Qu’Affaires autochtones et Développement du Nord
Canada, conjointement avec les ministères et les organisations métisses
concernés, élabore et applique une stratégie permettant de recueillir et
d’analyser des données démographiques et d’autres données statistiques sur les
populations métisses, dans l’objectif de mettre en lumière les lacunes dans les
connaissances et des façons possibles d’améliorer l’accès à des données
statistiques justes et fiables sur les populations métisses.
Histoire et généalogie
On ne connaît pas bien, de manière générale, l’histoire des peuples métis et le rôle
qu’ils ont joué dans le peuplement du Canada. Les témoins qui se sont présentés devant le
comité ont tenu des propos inédits et fascinants au sujet de leur famille et de leur
communauté. Compte tenu de l’importance que revêt l’histoire de ces peuples pour le
développement de notre pays, les récits des Métis méritent d’être célébrés et plus largement
diffusés. En outre, une meilleure appréciation de l’histoire des Métis contribuera à une
meilleure compréhension de ce que sont les Métis aujourd’hui.
L’accès aux documents portant sur l’histoire des Métis varie d’une région à l’autre.
59
L’histoire des Métis de la rivière Rouge et d’autres régions ayant fait l’objet de commissions
des Métis fédérales successives est l’une des mieux documentées. Les descendants des Métis
d’autres régions, notamment l’Est du Canada et la Colombie-Britannique, ont du mal à
trouver les ressources nécessaires pour documenter leur histoire. Dans toutes les régions, il
arrive souvent que le processus de recherche et de collecte de documentation historique soit
coûteux et prenne du temps. Nombre de communautés et d’organisations d’un bout à l’autre
du pays ont déployé un maximum d’efforts pour documenter cette histoire avec un soutien
minimal de sources externes.
Par suite de l’arrêt Powley, le ministère de la Justice a lancé un programme de
recherche historique dans le but de recenser les communautés métisses détentrices de droits
au Canada. Pour l’aider à orienter les mesures qu’il prendrait dans la foulée de l’arrêt Powley,
le Ministère a lancé 15 projets de recherche sur le développement des communautés
historiques d’ascendance mixte dans plusieurs régions du pays, notamment en ColombieBritannique, dans les Territoires du Nord-Ouest et à Terre-Neuve-et-Labrador.
Les résultats de ces travaux n’ont pas été rendus publics et pourraient prêter à
controverse, mais le comité est d’avis qu’il pourrait s’agir d’une source d’information
importante sur l’histoire de ces communautés et sur la compréhension qu’a gouvernement de
leur rôle au sein de l’histoire du Canada. Le comité signale que tout programme de recherche
global sur les Métis doit être attentif à la tradition orale et englober des méthodes permettant
de recueillir le point de vue personnel des Métis sur leur histoire.
Le comité a entendu le témoignage de plusieurs organismes de recherche et
chercheurs indépendants dévoués et compétents travaillant auprès des communautés métisses
en vue de recueillir des documents historiques sur le développement de ces communautés.
Mentionnons l’important travail de chercheurs d’universités et de centres de recherche
appliquée indépendants, comme le Gabriel Dumont Institute. Certains reçoivent un appui du
gouvernement fédéral, comme celui accordé par le Programme des chaires de recherche du
Canada ou la banque de données historiques du RNM145. Dans l’ensemble, toutefois, il existe
actuellement peu de fonds fédéraux qui sont consacrés à la recherche historique sur les Métis
145
Voir Métis National Council Historical Online Database, Home.
60
et peu de programmes visant à soutenir la recherche sur l’histoire des Métis et à la
documenter.
La recherche sur l’histoire des Métis en est à ses balbutiements. Le gouvernement
fédéral contribue déjà à la création d’une documentation historique grâce au programme de
recherche lancée dans la foulée de l’arrêt Powley. Le comité estime toujours urgent
d’accroître les connaissances historiques sur les Métis. Le gouvernement devrait faire des
initiatives entreprises à cet égard une priorité afin de reconnaître l’évolution de la
compréhension des Métis et de leur relation avec la Couronne, notamment par suite des arrêts
Manitoba Métis Federation et Daniels. La compréhension de l’identité métisse et des droits
des Métis à titre de peuple autochtone du Canada repose fortement sur les travaux de
recherche historique. En conséquence, le comité recommande ce qui suit :
Recommandation no 2 : Qu’Affaires autochtones et Développement du Nord
Canada, compte tenu de l’évolution de la compréhension de l’identité métisse et
de la relation des Métis et de la Couronne, élabore, en collaboration avec les
communautés et organismes métis, un plan pour :

relever, en se fondant sur les travaux et les ressources des chercheurs et
des établissements de recherche, des documents historiques pertinents sur
les Métis, y compris les documents détenus par les ministères fédéraux, et
les rendre facilement accessible;

proposer et élaborer un programme de recherche jouissant des ressources
nécessaires pour appuyer, à l’issue d’un processus de demande, les
communautés et les organismes métis en vue de recueillir des
renseignements sur la création de leur communauté historique, y compris
des documents écrits et des récits oraux.
Relations entre le Canada et les Métis
Actuellement, l’approche du gouvernement fédéral à l’égard des relations officielles
avec les Métis compte trois volets. Premièrement, AADNC entretient des discussions
bilatérales avec deux organisations nationales – le RNM et le CPA. Deuxièmement, AADNC
entretient des relations tripartites avec les quatre provinces de l’Ouest et l’Ontario ainsi que
les organisations du RNM de ces provinces. Troisièmement, le Canada négocie ou a conclu
des accords de revendications territoriales avec plusieurs groupes métis dans les Territoires
61
du Nord-Ouest. Aucun autre groupe métis n’entretient de relations officielles soutenues avec
le gouvernement fédéral146.
Le comité est d’avis que les discussions bilatérales et tripartites existantes forment un
cadre solide pour les rapports entre le Canada et les Métis, même si les progrès observés dans
certains cas sont modestes à ce jour. Aucune des parties aux discussions bilatérales n’a fait
état de résultats clairs et concrets, même si elles demeurent toutes engagées à poursuivre les
processus. Le CPA a dit au comité qu’il a récemment renouvelé son protocole d’entente; à ce
propos, le comité signale que celle du RNM vient à échéance en septembre 2013. Les
discussions tripartites dans les provinces de l’Ouest et en Ontario ont favorisé la création
d’importantes initiatives dans des secteurs comme l’aide à l’enfance et le développement
économique147.
Alors que le Canada a créé un cadre pour les relations avec deux organisations
autochtones nationales, le comité est préoccupé par le fait que les discussions dans bien des
domaines ont stagné; l’engagement renouvelé doit être si l’on veut obtenir des résultats
concrets à ces égards.
Le comité retient également les préoccupations exprimées par certains témoins à
propos du fait que le réseau actuel de relations du Ministère n’est pas suffisamment élargi
pour inclure tous les groupes représentant les communautés métisses importantes.
Le comité est conscient qu’il existe un obstacle au dialogue avec d’autres groupes
métis. En effet, il faut savoir si les groupes qui se qualifient de métis représentent
légitimement des Métis. Le gouvernement fédéral s’est abstenu de proposer une définition
générale des Métis qui inclut certains groupes et en exclut d’autres. Le gouvernement fédéral
devra cependant décider, à ses propres fins, à qui attribuer officiellement le statut de Métis et
pour quelles raisons.
146
AADNC a financé le développement des capacités de plusieurs organisations représentant des Métis et des
Indiens non inscrits. En 2008, AADNC a indiqué qu’il s’agissait entre autres des cinq organisations provinciales
du RNM, du Conseil général des établissements métis, du Gabriel Dumont Institute, et des organismes affiliés
au CPA à l’Île-du-Prince-Édouard et en Nouvelle-Écosse. Affaires autochtones et Développement du Nord
Canada, Évaluation du Programme de contribution de l’interlocuteur fédéral et de l'initiative Powley : Gestion
des droits autochtones des Métis, 25 février 2008, p. 3.
147
Les discussions bilatérales entre les Métis et certaines provinces ont produit des résultats concrets importants,
notamment des ententes en matière de récolte au Manitoba et en Ontario.
62
Pour surmonter cet obstacle, un bon moyen consiste à s’engager auprès des groupes
métis dans le but de mieux comprendre leur perception de l’identité métisse et les arguments
invoqués à l’appui de leur qualité de représentants des Métis. Le comité souligne que les
Métis, pour leur part, doivent être en mesure de déterminer qui fait partie de leur
communauté et qui les représente. Le comité est d’avis que l’approche appropriée que doit
prendre le gouvernement pour comprendre l’identité métisse doit, par conséquent, être fondée
sur la définition que s’attribuent eux-mêmes les Métis.
Le comité souligne qu’une telle démarche ne crée pas, en soi, de droits ou
d’obligations. Elle vise à faciliter la compréhension et la sensibilisation et, ainsi, à décider
des mesures fédérales à prendre en matière de reconnaissance des Métis.
Enfin, le comité souligne que de nombreux témoins métis ont affirmé qu’ils désiraient
discuter avec le gouvernement fédéral sur de nombreuses questions. Les représentants
d’AADNC se sont aussi dits ouverts à l’idée d’entamer un dialogue avec les groupes locaux
et régionaux de Métis.
En conséquence, le comité recommande ce qui suit :
Recommandation no 3 : Qu’Affaires autochtones et Développement du Nord
Canada continue d’appuyer les négociations bilatérales et tripartites avec les
intéressés, y compris les organismes autochtones nationaux concernés, et qu’il
entame des discussions avec des groupes locaux et régionaux représentant les
Métis de partout au Canada, dans l’objectif d’élaborer une approche cohérente
et globale en ce qui concerne les relations entre le Canada et les Métis, tout en
veillant plus particulièrement à :

réitérer l’engagement à l’égard des discussions bilatérales et tripartites
avec les parties en présence y compris les organismes autochtones
nationaux concernés, en définissant clairement, en collaboration avec ces
parties, les sujets de discussion prioritaires, des objectifs concrets et des
échéanciers connexes;

établir un plan d’action relativement aux démarches entreprises auprès
des groupes locaux et régionaux de Métis à propos de leur perception de
l’identité métisse et des arguments invoqués à l’appui de leur qualité de
représentants des Métis, et à présenter au comité, d’ici le 1er juin 2014,
un rapport sur le plan d’action.
63
CONCLUSION
La présente étude a tenté de répondre à la question suivante : comment le
gouvernement fédéral peut-il reconnaître les Métis en respectant fondamentalement la
manière dont les Métis se perçoivent eux-mêmes?
Les recommandations formulées dans ce rapport constituent des pistes de solution.
Elles ne donnent pas de réponse, mais décrivent un processus pouvant aider à en trouver une.
Le comité est d’avis que le gouvernement fédéral doit prendre des mesures
immédiates et concrètes pour mieux comprendre les Métis. Mais pour ce faire, il faut d’abord
chercher à savoir comment les Métis se perçoivent eux-mêmes.
La tâche ne sera pas facile, mais elle est urgente et importante.
64
ANNEXE I – PROFIL DES COMMUNAUTÉS : EXPRESSION DE
L’IDENTITÉ MÉTISSE
En septembre et en octobre 2012, le comité s’est rendu dans plusieurs communautés
métisses de l’Ouest canadien et des Territoires du Nord-Ouest. Il a organisé des réunions
d’étude auxquelles il a invité une foule d’intervenants, dont des dirigeants des communautés,
des éducateurs, des chasseurs et pêcheurs, des fournisseurs de services sociaux et des aînés.
Les rencontres ont donné lieu à des échanges intéressants sur une foule de questions touchant
l’identité métisse dans ces communautés.
Il est impossible de faire un compte rendu complet de tous les sujets de discussion
dont il a été question; néanmoins, nous présentons ici l’essentiel des grands thèmes abordés.
Les paragraphes qui suivent dressent un portrait de sept communautés. Pour chacune, des
renseignements généraux sont fournis et on décrit certains enjeux liés à l’identité métisse
contemporaine.
A. Saint-Laurent (Manitoba) : culture et identité
La région de Saint-Laurent, qui longe la rive sud du lac Manitoba, compte pour
premiers habitants des familles métisses venues du nord du territoire de Pembina, aux ÉtatsUnis, au début des années 1820, ainsi que des Métis ayant migré depuis l’établissement de la
rivière Rouge, dont le territoire correspond à l’actuelle ville de Winnipeg et ses environs. Les
Métis fondateurs d’établissements semi-permanents dans la région étaient principalement des
pêcheurs, des commerçants au service des postes de traite, et des intermédiaires
socioéconomiques auprès des populations cries et assiniboines locales148.
L’économie traditionnelle de Saint-Laurent demeure fondée sur la pêche lacustre. On
compte aussi parmi les sources traditionnelles de subsistance, la chasse, le piégeage, le
jardinage et l’agriculture. De récentes décisions juridiques et politiques ont confirmé les
droits de récolte des Métis dans la région. En 2009, la cour provinciale du Manitoba, ayant
appliqué les critères de l’arrêt Powley, a statué en faveur de l’existence d’une communauté
métisse historique pourvue des droits de chasse connexes sur une vaste partie du sud-ouest du
Nicole St-Onge, Saint-Laurent, Manitoba: Evolving Métis Identities, 1860 – 1914, Regina, Canadian Plains
Research Center, Université de Regina, 2004; Guy Lavallée, The Métis of St. Laurent, Manitoba: Their Life and
Stories, 1920 – 1988, Winnipeg, publié par l’auteur, 2003.
148
65
Manitoba 149 . Depuis, le gouvernement provincial et les responsables de la conservation
travaillent avec la Manitoba Metis Federation (MMF) pour établir des règles reconnaissant
les droits de récolte des Métis dans le sud du Manitoba. Ces démarches se sont soldées, en
septembre 2012, par un accord de récolte entre la province du Manitoba et la MMF150.
Historiquement, la langue michif en usage dans la région, un mélange de français et
de cri, est un élément essentiel de l’identité métisse à Saint-Laurent151. Outre la langue, la
musique, l’habillement et les activités de récolte, ainsi que d’autres aspects de la culture
matérielle sont importants pour l’identité métisse et le mode de vie dans la région. SaintLaurent fait l’objet d’une exposition permanente consacrée au mode de vie et à l’identité
autochtones contemporains au National Museum of the American Indian du musée
Smithsonian, à Washington (D.C.)152.
Le michif est un aspect essentiel de l’identité métisse à Saint-Laurent, même si son
usage et sa préservation se heurtent à une foule d’obstacles historiques et contemporains. Par
exemple, les anciennes écoles de missionnaires dans la région décourageaient fortement les
générations précédentes de parler le michif. Aujourd’hui, l’influence de l’anglais est de plus
en plus forte, à mesure que la communauté croît et se transforme démographiquement. La
nature même du michif constitue une autre difficulté : il s’agit d’une langue essentiellement
parlée dont les variations régionales sont nombreuses; il est donc difficile de compiler des
vocabulaires et des programmes d’études communs.
Témoignant en faveur de l’usage et de la préservation du michif, des enseignants
locaux ont dit au comité que ce sont les familles qui sont les mieux placées pour enseigner la
langue aux jeunes générations. Aussi, l’approche pédagogique mise sur des programmes de
soutien des parents pour qu’ils transmettent la langue et la culture à leurs enfants,
149
R. v. Goodon, 2008 MBPC 59 (CanLII).
Manitoba Metis Federation (MMF), Natural Resources, et Gouvernement du Manitoba, Metis Natural
Resource Harvesting. Dans le cadre de cet accord négocié, les Métis exercent leurs droits de récolte
conformément à la loi traditionnelle établie dans un document de la MMF, intitulé Metis Laws of the Harvest.
Voir Manitoba Metis Federation, Metis Laws of the Harvest (3e édition).
150
151
Les peuples métis du Canada parlent une foule de langues autochtones, y compris le michif (p. ex. le cri
michif, le déné michif) et d’autres combinaisons distinctes des langues autochtones et européennes (bungi,
chinook, etc.).
Smithsonian Institution, National Museum of the American Indian, Our Lives: Contemporary Life and
Identities.
152
66
l’intégration de cours sur la culture autochtone aux programmes provinciaux actuels, et
l’enseignement des valeurs de l’identité personnelle et collective, de la diversité et du
multiculturalisme. Comme l’a souligné un enseignant, les élèves métis doivent se reconnaître
eux-mêmes avant de s’intéresser aux autres.
B. Cross Lake (Manitoba) : identités individuelle et collective
La communauté métisse de Cross Lake est située à environ 520 kilomètres à vol
d’oiseau au nord de Winnipeg, sur la rive du fleuve Nelson, au confluent du fleuve et du lac
Cross. À l’origine, en 1795, il s’agissait d’un poste de traite de la Compagnie de la Baie
d’Hudson. Les Métis qui s’y sont établis sont en grande partie des descendants des
populations cries et de commerçants écossais des compagnies de traite des fourrures établis
dans la région. Les hommes entretiennent une fière tradition comme « navigateurs » sur les
barques de type York qui parcouraient de dangereuses et difficiles routes intérieures entre les
établissements de la rivière Rouge et York Factory, dans la Baie d’Hudson153. De nos jours,
de nombreux membres de la communauté se qualifient eux-mêmes de « Sang-Mêlé », un
terme qu’ils ont réhabilité pour faire ressortir leurs origines cries-écossaises154.
Le panorama de la région a été considérablement altéré au début des années 1970,
après l’érection des barrages hydroélectriques sur les rivières Churchill-Nelson. Les
inondations ont laissé de profondes cicatrices dans l’écologie locale et ébranlé les modes de
vie traditionnels fondés sur la chasse, le piégeage et la pêche de nombreuses communautés
autochtones, dont la communauté métisse de Cross Lake, et la Première nation voisine. En
1977, les gouvernements du Canada et du Manitoba, Manitoba Hydro (la société
d’hydroélectricité provinciale) et cinq Premières nations du Nord du Manitoba ont ratifié la
Convention sur l’inondation des terres du Nord du Manitoba 155 . Même si les parties ne
s’entendent pas sur la mise en œuvre de la Convention, le but visé était de dédommager les
Premières nations signataires pour les inondations. Toutefois, certaines communautés
Archives du Manitoba, Hudson’s Bay Company – Cross Lake; et Frederick J. Alcock, « Past and Present
Trade Routes to the Canadian Northwest », Geographical Review, vol. 10, no 2, août 1920, p. 57-83.
153
154
Au XIXe et au début du XXe siècles, les Métis anglophones de la région étaient qualifiés de « sang-mêlé »,
une expression péjorative par les non-Autochtones.
155
Office of the Arbitrator, Northern Flood Agreement.
67
métisses et des Premières nations touchées par les inondations n’étaient pas visées par la
Convention156.
En 2010, après quelque 20 ans de litige et de négociation, la communauté métisse de
Cross Lake a conclu un accord avec la province du Manitoba et la société Manitoba Hydro
pour les dommages causés par le projet hydroélectrique de Churchill-Nelson. Cet accord
prévoit une indemnisation financière, le transfert de plusieurs milliers d’acres de terre à la
communauté et la création d’un comité chargé d’aider à la gestion des ressources dans une
zone de piégeage enregistrée157.
En 2010, Cross Lake est devenue une « communauté constituée » sous le régime de la
Northern Affairs Act du Manitoba158; elle détient les pouvoirs et les responsabilités d’une
municipalité. La communauté a vu ce changement d’un bon œil, mais selon ses porte-parole,
elle souhaite toujours être reconnue comme une communauté métisse représentative par les
autres ordres de gouvernement. Elle a accès aux subventions fédérales pour les Métis en
régions éloignées, mais là s’arrêtent ses liens avec le fédéral.
La communauté de Cross Lake éprouve un vif sentiment d’appartenance à la culture
et à l’identité métisses, mais presque tous ses membres sont des Indiens inscrits en vertu de la
Loi sur les Indiens. Un grand nombre d’entre eux ont redemandé le statut ou choisi de
s’inscrire pour la première fois, après la réforme de la Loi sur les Indiens ayant suivi
l’adoption du projet de loi C-31 en 1985. Certains ont affirmé que la décision n’avait pas été
facile, mais qu’elle allait de soi pour bien des gens, en raison des avantages que le statut
entraîne. D’autres, par contre, ont refusé de s’inscrire parce qu’ils s’identifient comme Métis.
Les dirigeants de la communauté ont indiqué que, même s’il s’agit essentiellement d’un choix
personnel, cette question a nui à la cohésion de la communauté.
Pour plus de renseignements sur les revendications juridiques et historiques au cœur de la Convention sur
l’inondation des terres du Nord du Manitoba, voir Thibault Martin et Steven M. Hoffman, dir., Power
Struggles: Hydro Development and First Nations in Manitoba and Quebec, Winnipeg, University of Manitoba
Press, 2008; et Affaires autochtones et Développement du Nord Canada, Document d'information - La mise en
oeuvre de la Convention sur l'inondation des terres du Nord du Manitoba.
156
157
Cross Lake Community Settlement Agreement (2010).
158
Loi sur les affaires du Nord (2006), C.P.L.M. c. N100.
68
C. Duck Lake et Batoche (Saskatchewan) : communautés historiques et
contemporaines
Les années 1870 ont été marquées par la migration de Métis depuis la nouvelle
province du Manitoba pour s’établir dans les Territoires du Nord-Ouest, sur les rives de la
Saskatchewan Nord et de la Saskatchewan Sud. De nombreuses familles qui se sont établies
dans ces régions possèdent une longue tradition comme chasseurs de bison, trappeurs et
fournisseurs et transporteurs pour le commerce de fourrures dans le Nord-Ouest.
Au printemps 1885, des disputes sur des questions d’arpentage et de politiques
fédérales se soldent par un conflit armé entre les Métis, dirigés par Louis Riel et Gabriel
Dumont, et la Police à cheval du Nord-Ouest. La bataille de Duck Lake, la première d’une
série de conflits opposant les Métis aux forces policières et à la milice, a culminé à la bataille
de Batoche, en mai 1885159.
Plusieurs sites et événements dans la région commémorent ces événements
historiques, dont le Lieu historique national de Batoche, le centre d’interprétation régional de
Duck Lake et le festival culturel annuel Retour à Batoche160.
Les Métis de Duck Lake et de Batoche ont communiqué au comité le profond
sentiment qu’ils éprouvent à l’égard de leur histoire, de leurs racines et de leur identité en tant
que peuple métis. Le comité a appris que de nombreux membres de la communauté ont
consacré beaucoup de temps et de ressources à apprendre leur histoire et établir leur
généalogie familiale, et qu’ils connaissent le réseau des familles qui forment les
communautés métisses de la région.
Toutefois, les membres de la communauté ont expliqué que les critères
d’appartenance aux différentes organisations politiques métisses ne correspondent pas à la
façon dont ils se perçoivent. Selon eux, la Métis Nation of Saskatchewan (un organisme
provincial du RNM) applique des critères trop restrictifs et exclut de nombreuses personnes
159
Ces conflits armés sont désignés collectivement comme la résistance du Nord-Ouest ou rébellion du NordOuest. Pour plus de renseignements à ce sujet, voir Walter Hildebrandt, La bataille de Batoche : Une petite
guerre britannique contre des Métis retranchés, Ottawa, Approvisionnement et Services Canada, 1989.
160
Dans le cadre de son étude, le comité a visité tous ces lieux et y a rencontré de représentants. Voir Parcs
Canada, Lieu historique national de Batoche ; Duck Lake Historical Museum Society, Duck Lake Regional
Interpretive Centre; et Métis Nation – Saskatchewan, Back to Batoche Days.
69
dont l’ascendance autochtone provient de régions situées à l’extérieur de la nation métisse161.
Les organisations dont le seul critère d’appartenance est l’auto-identification sont trop vagues
et font abstraction des liens entre la communauté, son histoire et ses origines.
Par exemple, la présidente d’un groupe local associé à la Métis Nation of
Saskatchewan a indiqué au comité qu’elle ne pouvait officiellement devenir membre de
l’organisme provincial puisque ses ancêtres autochtones provenaient du Québec.
Le comité s’est fait dire qu’il faut favoriser le dialogue avec les communautés afin
d’élaborer des définitions plus inclusives et établir des critères pertinents. Comme l’a
expliqué un membre de la communauté, un tel dialogue est nécessaire pour créer une assise
solide sur laquelle seront érigées les communautés métisses actuelles et futures.
D. ÎIe-à-la-Crosse (Saskatchewan) : éducation et identité
Île-à-la-Crosse, une communauté du Nord de la Saskatchewan, a été fondée en 1776.
Principal poste de traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson à l’époque, la communauté est
le deuxième plus ancien établissement permanent de la Saskatchewan 162 . La plupart des
Métis qui y vivent ont un nom français, vestige de leurs ancêtres, des femmes cries locales et
des voyageurs francophones de Québec163. Île-à-la-Crosse a vu naître le père de Louis Riel,
Louis Riel père, et c’est aussi là que repose sa sœur, sœur Marguerite Marie Riel (sœur
grise)164.
En 1847, un pensionnat catholique est établi dans la communauté; il sera réservé aux
enfants métis pendant un certain temps. Les autres habitants de la communauté fréquentent le
161
Selon le Ralliement national des Métis et son organisme provincial, la « nation métisse historique » habitait
une région couvrant les trois provinces des Prairies (le Manitoba, la Saskatchewan et l’Alberta) et des parties de
l’Ontario, de la Colombie-Britannique et du Nord des États-Unis
162
La plus vieille communauté est celle de Cumberland House, en Saskatchewan, fondée deux ans auparavant,
en 1774.
163
Toutefois, quelques commerçants anglais et écossais de l’établissement de la rivière Rouge, au Manitoba, ont
fondé une famille dans la communauté au XIXe siècle. Voir Robert Jarvenpa et Hetty Jo Brumbach,
« Occupational Status, Ethnicity, and Ecology: Metis Cree Adaptations in a Canadian Trading Frontier »,
Human Ecology, vol. 13, no 3 (sept. 1985), p. 309-329.
Gabriel Dumont Institute, Le musée virtuel de l’histoire et de la culture métisses, Gravesite of Sister
Marguerite Marie (Sara) Riel.
164
70
Pensionnat indien de Beauval, à proximité, en activité de 1895 à 1983165. D’anciens élèves du
pensionnat d’Île-à-la-Crosse sont venus parler de leurs expériences du pensionnat au comité.
Comme pour bien de survivants de cette triste période, ils ont parlé des graves sévices
physiques qu’ils ont subis, de l’isolement de leur famille et de leur communauté et de
l’interdiction qui leur était imposée de parler la langue michif. Ils ont énuméré les séquelles
physiques et psychologiques qu’ont laissées ces expériences : perte de leur langue et de leur
culture, destruction des liens avec la communauté et perte des compétences parentales166.
En 2007, une Convention de règlement a été conclue avec le gouvernement fédéral au
nom d’anciens élèves des pensionnats indiens, un règlement qui englobait des processus
d’indemnisation et la présentation d’excuses par le premier ministre aux survivants des
pensionnats167. Si le pensionnat de Beauval faisait partie de la liste des pensionnats reconnus
par la Convention de règlement, celui d’Île-à-la-Crosse a été jugé inadmissible168. Les chefs
de la communauté ont dit au comité qu’ils travaillent sans relâche à faire reconnaître les
survivants du pensionnat d’Île-à-la-Crosse.
Dans les années 1970, la communauté a accru ses pouvoirs en matière d’éducation en
établissant son propre conseil scolaire et en élaborant les programmes de formation de ses
écoles primaires et secondaires. Le conseil est assujetti à la loi sur l’éducation et aux
programmes d’enseignement de la province, mais il offre une formation culturellement
adaptée aux élèves de la communauté, dont l’enseignement du michif, de la musique métisse
et des habiletés de vie en plein air169. Ces programmes parascolaires ne sont pas obligatoires,
mais le taux de participation est élevé. Des directeurs d’école ont parlé de hausse du taux de
diplomation, qui serait passé de nul, avant la création du conseil, à plus 300 depuis 1979, un
indicateur clé de la réussite générale du conseil scolaire.
Larry Chartrand et coll., Métis History and Experience and Residential Schools in Canada (Ottawa:
Aboriginal Healing Foundation, 2006); Gabriel Dumont Institute, Virtual Métis Museum, Brenda MacDougall
Discusses the Community of Ile a la Crosse, 22 mars 2002.
165
166
En novembre 2012, la Commission de vérité et réconciliation du Canada a tenu des audiences à Île-à-laCrosse dans le cadre de son mandat qui consiste à témoigner de l’héritage du système des pensionnats et à
orienter le processus de réconciliation parmi tous les Canadiens. Pour obtenir plus d’information sur le mandat
et les activités de la Commission, voir le site Web de la Commission de vérité et de réconciliation, Accueil.
Le très honorable Stephen Harper, Le Premier ministre Harper présente des excuses complètes au nom des
Canadiens relativement aux pensionnats indiens, Cabinet du premier ministre, Ottawa, 2008.
167
168
Règlement relatif aux pensionnats indiens – Site officiel du tribunal.
169
Ile-a-la-Crosse School Division, Home; et Sakitawak Cultural Site, Home.
71
E. Buffalo Lake (Alberta) : établissements métis
Les huit établissements métis du Nord de l’Alberta, répartis sur un territoire combiné
de 1,25 million d’acres (506 000 hectares), forment la seule assise territoriale métisse du
Canada. Ils sont en majorité le fruit de l’histoire particulière de la province à la fin du XIX e et
au début du XXe siècles, résultat de l’action politique des Métis et des efforts de la province
pour améliorer leurs conditions socioéconomiques170.
En 1990, un cadre de travail pour la gouvernance et la gestion des établissements
métis a été négocié et codifié dans la législation provinciale171. Sous le régime du cadre de
travail, plusieurs institutions gouvernementales locales et régionales se sont fait déléguer des
pouvoirs dans une foule de domaines, y compris dans des secteurs qui étaient auparavant de
compétence provinciale et municipale172. En général, les huit conseils d’établissement locaux
détiennent largement les mêmes pouvoirs que les municipalités pour ce qui est d’adopter des
règlements sur des questions de gouvernance locale et pour la direction de programmes et
services locaux. Le conseil général des établissements métis adopte des politiques
d’application obligatoire dans des domaines spécifiques touchant collectivement les
établissements, détient un droit de propriété sous-jacent à l’égard de l’assise territoriale des
établissements, et gère les fonds d’établissements collectifs. Un tribunal traite les différends
sur les terres et l’appartenance dans les établissements.
L’établissement métis de Buffalo Lake, à environ 200 km au nord-est d’Edmonton,
compte environ 1 200 membres et son assise territoriale s’étend sur 87 000 acres
(35 356 hectares). La propriété foncière de tous les établissements est fondée sur une
structure unique appelée « titre provisoire ». En vertu de ce système, chaque membre de
l’établissement se voit attribuer 10 acres; les propriétaires fonciers peuvent vendre leurs terres
à un autre membre ou au conseil général. L’expansion future du territoire n’est pas prévue
170
Pour plus de détails sur l’histoire politique et juridique des établissements métis : Catherine Bell et Harold
Robinson, « Government on the Métis Settlements: Foundations and Future Directions », sous la direction de
Frederica Wilson et Melanie Mallet, Métis-Crown Relations: Rights, Identity, Jurisdiction, and Governance,
Toronto, Irwin Law, 2008, p. 437-474, et T.C. Pocklington, The Government and Politics of the Alberta Metis
Settlements, Regina, Canadian Plains Research Center, 1991.
171
En particulier, l’Alberta-Métis Settlements Accord (1989) et la Métis Settlements Act, R.S.A. 2000, ch. M-14.
Gouvernement de l’Alberta, ministère des relations autochtones, Metis Settlements; Métis Settlements
General Council, Home; et Métis Settlements Appeals Tribunal, Home.
172
72
dans la loi. Le comité a appris que Buffalo Lake a récemment fait l’acquisition de terres
adjacentes pour élargir son assise territoriale.
La loi provinciale qui a créé les établissements donne une définition large du terme
Métis (« une personne d’ascendance autochtone qui s’identifie à l’histoire et à la culture
métisses » [traduction]) et établit des critères et processus d’appartenance à un établissement
métis. En vertu des critères, ne peut devenir membre une personne qui s’est inscrite comme
Indien sous le régime de la Loi sur les Indiens ou comme Inuit en vertu d’un accord de
revendications territoriales, sauf quelques petites exceptions173. Récemment, la Cour suprême
du Canada a décrété que cette restriction était justifiée « pour préserver la culture et l’identité
particulières des Métis et pour garantir l’efficacité de l’autonomie gouvernementale au
moyen d’une assise territoriale pour les Métis174. » Le comité s’est fait dire à maintes reprises
que nombre des membres actuels des établissements seraient vraisemblablement admissibles
au statut d’Indien inscrit en vertu de la Loi sur les Indiens n’eut été de cette restriction
imposée par les critères d’appartenance aux établissements.
Le comité a appris que les établissements n’appartiennent pas officiellement à la nation
métisse et a son organisation provinciale, la Métis Nation of Alberta. Cependant, certains
membres d’établissements font aussi partie de la MNA. Les chefs de la communauté de
Buffalo Lake ont dit au comité qu’en vertu des critères d’appartenance, l’établissement peut
aussi accepter les membres de l’extérieur de la province, y compris ceux qui, pour des raisons
liées aux origines géographiques de leur ascendance autochtone, peuvent ne pas répondre aux
critères d’appartenance à la MNA.
F. Kelowna (Colombie-Britannique) : redécouverte de l’identité
La ville de Kelowna, comme bien d’autres communautés de la région de l’Okanagan,
est le berceau de plusieurs Métis du Canada, y compris ceux qui se sont réinstallés en
Colombie-Britannique au cours des dernières générations. Plusieurs organisations locales de
la Métis Nation of British Columbia (MNBC) sont établies à Kelowna et à proximité; en
outre, plusieurs organismes communautaires assurent une foule de services sociaux,
notamment en matière de logement et d’aide à l’enfance et aux familles, aux populations
173
Métis Settlements Act, R.S.A. 2000, ch. M-14, art. 1(j), 75, 76 et 90.
174
Alberta (Affaires autochtones et développement du Nord) c. Cunningham, 2011 CSC 37, par. 86.
73
métisses de la région de l’Okanagan. Le comité a rencontré des représentants de plusieurs de
ces organisations à Kelowna, notamment la Métis Community Services Society of British
Columbia, la Métis Commission for Children and Families of British Columbia, et la
Okanagan Métis and Aboriginal Housing Society.
Les représentants de ces organisations ont dit au comité qu’en Colombie-Britannique,
le terme « métis » désigne les populations ayant des origines mixtes autochtones et
européennes, ainsi que les personnes ayant des liens ancestraux avec les communautés
métisses historiques de la région de la rivière Rouge. Les fournisseurs de services métis
locaux, y compris ceux susmentionnés, desservent toutes les populations métisses désignées
et les aident à combler des besoins sociaux.
Pour identifier les Métis dans la région, on utilise entre autres les « cartes
communautaires » et les « cartes provinciales ». Les représentants des sections locales de la
MNBC ont dit au comité qu’ils délivrent les « cartes communautaires » sur la base de l’autoidentification seulement. Depuis l’arrêt Powley, la MNBC a poussé les « cartes provinciales »
comme méthode principale d’identification. Toutefois, nombre de membres de communautés
métisses ont renoncé à entamer le long et coûteux processus d’obtention d’une carte
provinciale et continuent d’utiliser leur carte communautaire comme preuve de leur
appartenance à la communauté métisse locale.
Le comité a appris que bon nombre de Métis en Colombie-Britannique ont, au fil des
générations, perdu leur culture et leur héritage autochtones, en raison de facteurs complexes
dont le racisme, la discrimination et la dislocation locale. Un volet important du travail des
fournisseurs de services pour aider les personnes à redécouvrir leur héritage autochtone est la
recherche généalogique. Des fournisseurs de service ont dit au comité que les Métis
connaissent généralement leurs origines autochtones, mais qu’ils sont nombreux à avoir
perdu, au fil des générations, leurs liens avec leurs ancêtres autochtones ou leurs
communautés métisses historiques. La recherche des origines historiques peut coûter très
cher, c’est pourquoi certains organismes de services sociaux reçoivent des subventions de la
province pour faire des recherches généalogiques. Certaines personnes utilisent les résultats
de ces recherches pour devenir membres de la Métis Nation of British Columbia.
74
Redécouvrir ses origines autochtones peut avoir, pour certains, de profonds effets. Par
exemple, un fournisseur de services a dit au comité que son organisme avait fait des
recherches généalogiques pour des enfants qui avaient été placés en adoption. L’organisme
s’est renseigné initialement auprès de l’arrière-grand-mère, puis avait découvert que l’ancêtre
familial était l’un des fondateurs de l’établissement métis de Batoche, en Saskatchewan. Il a
fourni l’information à l’arrière-grand-mère, et celle-ci a dit avoir eu le sentiment d’être
« quelqu’un » après avoir appris la nouvelle.
G. Territoires du Nord-Ouest : Métis au Nord du 60e parallèle
Deux traités historiques couvrent des régions des Territoires du Nord-Ouest : le Traité
no 8 (1899) et le Traité no 11 (1921)175. Les commissions d’étude de ces traités historiques
respectifs avec les Dénés avaient le pouvoir d’enquêter sur les revendications des Métis sous
le régime de « commissions des Sang-Mêlé » spéciales. Même si quelques Métis des
Territoires du Nord-Ouest ont signé le traité, la plupart ont reçu des certificats d’argent ou de
concession. Le certificat de concession n’était délivré que dans les régions visées par le Traité
no 8; les Métis établis dans un territoire visé par le Traité no 11 ne pouvaient recevoir qu’un
certificat d’argent, faute de terre arable dans la région. La Commission des Sang-Mêlé sur le
Traité no 11, par exemple, a accepté les demandes de certificats après la signature du traité, et
le gouvernement fédéral a émis 172 paiements de 240 $ par demandeur, entre 1924 et
1927176.
Le comité a appris que les premiers documents écrits sur les Métis dans les Territoires
du Nord-Ouest sont rares. Toutefois, il existe des récits oraux et écrits sur l’histoire d’un
ancêtre métis très important, François Beaulieu II (1771-1872). Sa description des modes de
vie des Métis et des Dénés dans la région a été reprise dans les écrits d’un missionnaire
catholique, Émile Petitot, et demeure une source documentaire importante sur l’histoire des
Métis dans les Territoires du Nord-Ouest177.
175
Le Traité no 8 couvre des parties du nord de la Saskatchewan, de l’Alberta, et de la Colombie-Britannique et
une partie au sud des Territoires du Nord-Ouest. Le Traité no 11 couvre des parties des Territoires du NordOuest et une partie au sud du Yukon. Une carte illustrant ces territoires a été conçue par Affaires autochtones et
Développement du Nord Canada : Traités historiques au Canada.
176
Bibliothèque et Archives Canada, Archives des certificats des Métis - Commission du Traité 11.
Émile Petitot, En route pour la mer Glaciale, Paris, Letouzey et Ané, 1887, et Parcs Canada, Fiche
d'information : François Beaulieu II (V. 1771-1872).
177
75
Parmi les droits et avantages distincts des Métis dans les Territoires du Nord-Ouest, il
y a ceux qui ont été négociés en vertu de trois accords de revendications territoriales
globales178. Des négociations sont en cours pour deux autres revendications territoriales dont
les Métis seraient bénéficiaires 179 . Des Métis des Territoires du Nord-Ouest sont aussi
admissibles à des soins de santé non assurés, dont des soins dentaires et des prestations
d’assurance médicaments, en vertu d’un programme du gouvernement territorial.
Si les Métis sont reconnus dans certaines régions, le comité s’est fait dire qu’ils luttent
pour l’être dans d’autres. Par exemple, le michif (un mélange de français et de déné) ne fait
pas partie des 11 langues autochtones reconnues par la loi territoriale. À une époque, il était
possible d’obtenir une subvention fédérale pour la préservation michif par l’intermédiaire de
Patrimoine Canada, mais ce n’est plus le cas.
La Nation métisse des Territoires du Nord-Ouest (NWT MN) est présentement en
pourparlers avec le Canada et les Territoires du Nord-Ouest en vue de conclure le premier
accord de revendication territoriale métisse au Canada. Le groupe a participé aux
négociations d’un accord commun entre Métis et Dénés au début des années 1980, mais
celui-ci n’a jamais été ratifié. En 1996, les parties ont signé un accord-cadre afin d’entamer le
processus de négociation; un accord de principe a été conclu en 2012.
Les critères d’admissibilité en vertu de l’accord futur doivent régler la question du
concept de « Métis autochtone ». Ce terme fait référence aux Métis dont les origines
remontent au territoire visé par le traité en 1921. Le comité a appris que les Métis arrivés
dans la région après 1921 seraient considérés comme des « Métis non autochtones » et
n’auraient aucun droit en vertu de l’accord. L’accord de principe définit par ailleurs les Métis
comme étant distincts des autres peuples autochtones; les Indiens inscrits ne pourraient donc
être bénéficiaires de l’accord.
Il s’agit de l’Entente sur la revendication territoriale globale des Gwich’in (entrée en vigueur en 1992); de
l’Entente sur la revendication territoriale globale des Dénés et des Métis du Sahtu (1994) et de l’Entente sur
l'autonomie gouvernementale et la revendication territoriale des Tlicho (2005).
178
179
L’une concerne la Nation métisse des Territoires du Nord-Ouest (anciennement le Conseil tribal des Métis de
South Slave), et l’autre, les Dénés et les Métis de la région du DehCho. Affaires autochtones et Développement
du Nord Canada, Note d'information générale sur les politiques de l'autonomie gouvernementale et des
revendications territoriales du Canada et l'état actuel des négociations, janvier 2012, p. 56–58.
76
ANNEXE II – TÉMOINS
Date de la réunion
27 mars 2012
Organisation et porte-parole
Affaires autochtones et Développement du
Nord Canada :
Mémoire
X
Elizabeth Tromp, sous-ministre adjointe,
Bureau de l’interlocuteur fédéral;
Diane Robinson, directrice, Relations
autochtones, Bureau de l’interlocuteur fédéral;
Michael Nadler, directeur général,
Négociations Est.
Ministère de la Justice Canada :
Peggy Stone, avocate générale et directrice.
28 mars 2012
Statistique Canada :
X
Jane Badets, directrice générale, Domaines
spécialisés du recensement, statistique sociale
et démographie;
François Nault, directeur, Division de la
statistique sociale et autochtone;
Catherine Connors, directrice adjointe,
Division de la statistique sociale et autochtone.
Ressources humaines et Développement des
compétences Canada :
James Sutherland, directeur général intérimaire,
Direction des affaires autochtones, Direction
générale des compétences et de l’emploi.
77
X
Date de la réunion
24 avril 2012
Organisation et porte-parole
Santé Canada :
Mémoire
X
Kathy Langlois, directrice générale, Direction
des programmes communautaires, Direction
générale de la santé des premières nations et
des Inuits.
Agence de la santé publique du Canada :
Marla Israel, directrice générale par intérim,
Centre pour la promotion de la santé.
25 avril 2012
À titre personnel :
Larry Chartrand, professeur agrégé, Faculté de
droit, Section common law, Université
d’Ottawa;
X
Brenda Macdougall, chaire de recherche sur les
Métis, Département de géographie, Faculté des
arts, Université d’Ottawa.
2 mai 2012
15 mai 2012
À titre personnel :
Jean Teillet, avocate, Pape Salter Teillet;
X
Jason T. Madden, avocat, JTM Law.
X
Ralliement national des Métis :
X
Clément Chartier, président;
Marc LeClair, coordinateur bilatéral.
Les Femmes Michif Otipemisiwak :
Melanie Omeniho, présidente.
30 mai 2012
Congrès des peuples autochtones :
Dwight Dorey, chef adjoint national;
Julian Morelli, conseiller.
78
Date de la réunion
6 juin 2012
Organisation et porte-parole
Nation Métis de l’Ontario :
Mémoire
X
Gary Lipinski, président.
13 juin 2012
Historic Saugeen Métis :
X
Patsy L. McArthur, secrétaire-trésorière.
20 juin 2012
Association des femmes autochtones du
Canada :
X
Aînée Elize Hartley, conseil exécutif.
First Nations University of Canada :
X
Carrie Bourassa, professeure agrégée,
Programmes interdisciplinaires.
24 septembre 2012
Ministère des Affaires autochtones et du
Nord (Winnipeg) :
Eleanor Brockington, directrice, Politiques et
Initiatives stratégiques.
Manitoba Metis Federation :
David Chartrand, président;
David Boisvert, conseiller politique.
Metis Child, Family and Community
Services :
Eileen Sanderson, aidante naturelle.
Metis Culture and Heritage Resource Centre
Inc. :
Randall Ranville, généalogiste.
À titre personnel :
Paul Chartrand, professeur de droit à la retraite.
79
X
Date de la réunion
26 septembre 2012
Organisation et porte-parole
Métis Nation Saskatchewan :
Robert Doucette, président;
Gerald Morin, vice-président;
Louis Gardiner, trésorier.
Métis Family and Community Justice
Services Saskatchewan Inc. :
Nora Cummings, sénatrice métisse;
Lynn LaRose, première dirigeante.
Gabriel Dumont Institute of Native Studies
and Applied Research Inc. :
Lisa Wilson, directrice.
College of Medicine, Université de la
Saskatchewan :
Valerie Arnault-Pelletier, coordonnatrice des
autochtones.
À titre personnel :
Marilyn Poitras, professeure adjointe,
Université de la Saskatchewan.
80
Mémoire
Date de la réunion
28 septembre 2012
Organisation et porte-parole
Mémoire
Métis Nation of Alberta :
Aaron Barner, fonctionnaire supérieur de la
direction.
Rupertsland Institute :
Lorne Gladu, premier dirigeant.
À titre personnel :
X
Catherine Bell, professeur de droit.
Aboriginal Metis Citizens Alliance of
Canada:
Garry Boudreau, président;
Brenda Blyan, citoyenne métisse.
1 octobre 2012
Métis Nation of Greater Victoria :
Victoria Pruden, vice-présidente.
Métis Nation British Columbia :
Bruce Dumont, président;
Laurel Katernick, directrice des
enregistrements.
British Columbia Métis Federation :
Keith Henry, président;
Daryl Piper, vice-président.
81
X
Date de la réunion
1 octobre 2012
Organisation et porte-parole
Mémoire
À titre personnel :
Terry Goulet, historienne métisse;
X
George R. D. Goulet, historien métis.
Kelly Lake Metis Settlement Society Inc. :
Lyle Letendre, président.
Vancouver Métis Community Association :
X
June Scudeler, présidente;
J. Paul Stevenson, aîné.
17 octobre 2012
North Slave Metis Alliance :
X
William (Bill) A. Enge, president;
Christopher Devlin, conseiller juridique.
23 octobre 2012
À titre personnel :
X
Frank Tough, professeur, Faculté des études
autochtones, Université de l’Alberta.
24 octobre 2012
L’Union nationale métisse Saint-Joseph du
Manitoba Inc. :
Gabriel Dufault, président;
Guy Savoie, aîné.
À titre personnel :
Denis Gagnon, titulaire de la Chaire de
recherche du Canada sur l’identité métisse,
Université de Saint-Boniface.
82
X
Date de la réunion
6 novembre 2012
Organisation et porte-parole
Conseil des Métis de Sou’West Nova
(Wampanoag de l’île du cap de Sable, en
Nouvelle-Écosse) :
Mémoire
X
Daphne Williamson, avocate.
Conseil des Métis Kespu’kwitk de Yarmouth
and District :
X
Ronald Surette, directeur du développement
économique;
Sheila Surette, aînée.
21 novembre 2012
Nation Métis Québec :
Claude Aubin, porte-parole;
Claude Riel Lachapelle, porte-parole.
Nation Métis du Canada :
Bryce Douglas Fequet, fondateur.
28 novembre 2012
Conseil des peuples autochtones du
Nouveau-Brunswick :
Kim Nash-McKinley, chef et présidente;
Ron Swain, vice-chef national (Congrès des
peuples autochtones).
Red Sky Métis Independent Nation :
Donelda DeLaRonde, directrice exécutive;
Troy DeLaRonde, chef métis;
Susan Blekkenhorst, coordonnatrice des
consultations;
John Edmond, B.A., M.A., LL.M., conseiller
juridique.
83
X
Date de la réunion
5 décembre 2012
Organisation et porte-parole
Mémoire
Canadian Métis Council – Intertribal :
Tanya Dubé, secrétaire/trésorière et membre du
conseil.
Eastern Woodland Métis Nation of Nova
Scotia :
Jerome Downey, agent de liaison auprès du
gouvernement fédéral.
11 décembre 2012
Affaires autochtones et Développement du
Nord Canada :
X
Christopher Duschenes, directeur général,
Direction générale des relations externes et
avec les autochtones;
Diane Robinson, directrice, Relations
autochtones, Direction des relations avec les
Métis et les non inscrits.
Ministère de la Justice Canada :
Peggy Stone, avocate générale et directrice,
Négociations, Affaires du Nord et interlocuteur
fédéral.
Pas de date
spécifique
Gouvernement du Manitoba :
Pas de date
spécifique
Association des Acadiens-Métis Souriquois :
X
Fred Meier, sous-ministre de Conservation et
Gestion des ressources hydriques.
Paul D. Tufts
84
X
WITNESSES
TÉMOINS
Tuesday, June 4, 2013
Le mardi 4 juin 2013
Federation of Saskatchewan Indian Nations:
Federation of Saskatchewan Indian Nations :
Simon Bird, Vice Chief.
Simon Bird, vice-chef.
Wednesday, June 5, 2013
Le mercredi 5 juin 2013
Truth and Reconciliation Commission of Canada:
Commission de vérité et réconciliation du Canada :
The Honourable Justice Murray Sinclair, Chair;
L’honorable juge Murray Sinclair, président;
Wilton Littlechild, Commissioner.
Wilton Littlechild, commissionnaire.
Available on the Internet: http://www.parl.gc.ca
Disponible sur internet: http://www.parl.gc.ca
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