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580
Canada Supreme Court Reports 2014 Vol. 2 Recueil des arrêts de la Cour suprême du Canada
ISSN 0045-4230
2
Canada
Supreme Court
Reports
Recueil des arrêts
de la Cour suprême
du Canada
Part 2, 2014 Vol. 2
2e cahier, 2014 Vol. 2
Cited as [2014] 2 S.C.R. 323-632
Renvoi [2014] 2 R.C.S. 323-632
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© Sa Majesté la Reine du Chef du Canada, 2014.
CONTENTS
SOMMAIRE
Canada (Attorney General) v. Confédération
des syndicats nationaux ........................................... 477
Canada (Procureur général) c. Confédération
des syndicats nationaux ........................................... 477
Civil procedure — Motion to dismiss — Stare decisis —
Action to have certain statutory provisions relating to
employment insurance declared unconstitutional —
Motion to dismiss on basis that issues being raised had
already been decided by Supreme Court of Canada in
earlier decision — Whether motion to institute pro­ceed­
ings is correct in law even if alleged facts are assumed
to be true — Code of Civil Procedure, CQLR, c. C-25,
art. 165(4).
Procédure civile — Requête en irrecevabilité — Stare
decisis — Recours visant à faire déclarer incon­sti­tu­
tion­nelles certaines dispositions législatives relatives à
l’assurance-emploi — Requête en irrecevabilité présen­
tée au motif qu’un arrêt rendu auparavant par la Cour
suprême du Canada tranchait déjà les questions soulevées
— La requête introductive d’instance est-elle fondée en
droit, supposé même que les faits allégués soient vrais?
— Code de procédure civile, RLRQ, ch. C-25, art. 165(4).
Grassy Narrows First Nation v. Ontario
(Natural Resources) ................................................. 447
Première Nation de Grassy Narrows c.
Ontario (Ressources naturelles) .............................. 447
Aboriginal law — Treaty rights — Harvesting rights
— Interpretation of taking-up clause — Certain lands
subject to treaty annexed to Ontario after signature
of treaty between Ojibway and Canada — Whether
province has authority to take up tracts of that land so
as to limit harvesting rights under treaty or whether it
requires federal approval to do so — Constitution Act,
1867, ss. 91(24), 92(5), 92A, 109 — Constitution Act,
1982, s. 35 — Treaty No. 3.
Droit des Autochtones — Droits issus de traités — Droits
de récolte — Interprétation d’une clause de prise des
terres — Annexion à l’Ontario de certaines terres visées
par un traité signé par les Ojibways et le Canada — La
province a-t-elle le pouvoir de prendre des étendues
de terres et de restreindre ainsi l’exercice des droits de
récolte conférés par le traité ou doit-elle obtenir au préa­
la­ble l’approbation du gouvernement fédéral? — Loi
constitutionnelle de 1867, art. 91(24), 92(5), 92A, 109
— Loi constitutionnelle de 1982, art. 35 — Traité no 3.
Quebec (Commission des normes du travail) v.
Asphalte Desjardins inc. .......................................... 514
Québec (Commission des normes du travail) c.
Asphalte Desjardins inc. .......................................... 514
Employment law — Contracts — Contract of em­ploy­ment
for indeterminate term — Obligation to give notice of
termination — Employee giving notice of termination to
employer to terminate contract of employment as of later
date — Employer terminating contract of employment
before departure date announced by employee —
Whether employer who receives notice of termination
from employee can terminate contract of employment
before notice period expires without in turn having to
give notice of termination or pay indemnity in lieu of
such notice — Civil Code of Québec, arts. 2091, 2092
— Act respecting labour standards, CQLR, c. N-1.1,
ss. 82, 83.
Droit de l’emploi — Contrats — Contrat de travail à durée
indéterminée — Obligation de donner un délai de congé
— Salarié ayant donné délai de congé à son employeur
afin de mettre fin au contrat de travail à une date ulté­
rieure — Employeur mettant fin au contrat de travail
avant date de départ annoncée par salarié — L’employeur
qui reçoit un délai de congé d’un salarié peut-il mettre
fin au contrat de travail avant l’expiration du délai, sans
avoir à lui-même donner un délai de congé ou à verser
une indemnité qui en tient lieu? — Code civil du Québec,
art. 2091, 2092 — Loi sur les normes du travail, RLRQ,
ch. N-1.1, art. 82, 83.
R. v. Hart ................................................................... 544
R. c. Hart ................................................................... 544
Criminal law — Evidence — Admissibility — Con­fes­sions
— “Mr. Big” confessions — Accused confessing to
mur­der­ing his two young daughters at end of lengthy
Mr. Big operation — Whether new common law rule of
evidence should be developed to determine admissibility
of Mr. Big confessions — Whether accused’s confessions
should be excluded.
Droit criminel — Preuve — Admissibilité — Aveux —
Aveux issus d’une opération « Monsieur Big » — Aveu
par l’accusé du meurtre de ses deux fillettes au terme
d’une longue opération Monsieur Big — Y a-t-il lieu
d’éta­blir une nouvelle règle de preuve en common law
pour statuer sur l’admissibilité d’aveux issus d’une opé­
ra­tion « Monsieur Big »? — Y a-t-il lieu d’exclure les
aveux de l’accusé?
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CONTENTS
(Continued)
SOMMAIRE (Suite)
Courts — Proceedings — Open court principle — Ac­
cused requesting to testify with public excluded from
courtroom — Trial judge refusing request — Whether
exclusion order in interests of proper administration
of justice — Whether failure to accommodate request
necessitates new trial — Criminal Code, R.S.C. 1985,
c. C-46, s. 486(1).
Tribunaux — Procédure — Publicité des débats —
Demande de l’accusé de témoigner à huis clos — Refus du
juge du procès d’accéder à la demande — Était-il dans
l’intérêt de la bonne administration de la justice
d’exclure le public de la salle d’audience? — L’omission
d’accorder la mesure demandée commande-t-elle la
tenue d’un nouveau procès? — Code criminel, L.R.C.
1985, ch. C-46, art. 486(1).
R. v. Quesnelle .......................................................... 390
R. c. Quesnelle .......................................................... 390
Criminal law — Evidence — Disclosure — Whether po­
lice occurrence reports prepared in the investigation of
unrelated incidents involving a complainant or witness
are “records” within the meaning of s. 278.1 of the
Crim­i­nal Code, such that they are subject to the Mills
regime — Whether the exemption for investigatory and
prosecutorial records applies to all police occurrence
reports or only those made in relation to the offence in
ques­tion — Criminal Code, R.S.C. 1985, c. C-46, ss. 278.1
to 278.91.
Droit criminel — Preuve — Communication — Le rapport
de police dressé dans le cadre d’une enquête relative à des
incidents sans lien auxquels est mêlé le plaignant ou un
témoin constitue-t-il un « dossier » au sens de l’art. 278.1
du Code criminel de sorte qu’il soit soumis au régime
de l’arrêt Mills? — L’exception prévue pour le dossier
d’enquête ou de poursuite vaut-elle à l’égard de tous les
rapports de police ou seulement à l’égard de ceux établis
relativement à l’infraction en cause? — Code criminel,
L.R.C. 1985, ch. C-46, art. 278.1 à 278.91.
R. v. Sipos .................................................................. 423
R. c. Sipos .................................................................. 423
Criminal law — Appeals — Dangerous offenders — Courts
— Curative powers — Fresh evidence — Trial judge
declaring accused to be dangerous offender without
considering long-term offender designation — Whether
trial judge committed error of law — Whether Court of
Appeal erred by using curative powers and upholding
dangerous offender designation — Role of fresh evidence
in dangerous offender designation appeals — Criminal
Code, R.S.C. 1985, c. C-46, ss. 753, 759.
Droit criminel — Appels — Délinquants dangereux —
Cours — Pouvoirs réparateurs — Nouveaux éléments
de preuve — Accusé déclaré délinquant dangereux
par le juge du procès sans qu’il soit tenu compte de la
possibilité d’une déclaration de délinquant à contrôler —
Le juge du procès a-t-il commis une erreur de droit? —
La Cour d’appel a-t-elle commis une erreur en appli­quant
ses pouvoirs réparateurs et en confirmant la déclaration
de délinquant dangereux? — Quel rôle doivent jouer les
nouveaux éléments de preuve dans le cadre de l’appel
d’une déclaration de délinquant dangereux? — Code
criminel, L.R.C. 1985, ch. C-46, art. 753, 759.
R. v. Taylor ................................................................ 495
R. c. Taylor ................................................................ 495
Constitutional law — Charter of Rights — Right to coun­
sel — Accused informed by police of his right to counsel
— Accused informing police that he wished to speak to
counsel — Police failing to facilitate contact with coun­
sel at scene of accident and hospital — Blood drawn
from accused at hospital without accused being able
to consult counsel and used as basis for conviction —
Whether police’s failure to implement or facilitate access
to counsel was in breach of accused’s right to retain and
instruct counsel without delay — If so, whether evidence
should be excluded — Canadian Charter of Rights and
Freedoms, ss. 10(b), 24(2).
Droit constitutionnel — Charte des droits — Droit à
l’assis­tance d’un avocat — Accusé informé par les poli­
ciers de son droit à l’assistance d’un avocat — Mention
aux policiers par l’accusé de son désir de parler à un
avo­cat — Omission par les policiers de faciliter la com­
mu­ni­ca­tion avec un avocat sur les lieux de l’accident et
à l’hôpital — Du sang prélevé de l’accusé à l’hôpital
sans que ce dernier ait été en mesure de consulter un
avocat a ensuite été utilisé comme pièce à conviction
— L’omission des policiers de donner à l’accusé accès
à un avocat ou de faciliter cet accès a-t-elle entraîné la
violation du droit de l’accusé d’avoir recours sans délai
à l’assistance d’un avocat? — Dans l’affirmative, les élé­
ments de preuve en cause devraient-ils être écartés? —
Charte canadienne des droits et libertés, art. 10b), 24(2).
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CONTENTS
(Concluded)
United Food and Commercial Workers,
Local 503 v. Wal-Mart Canada Corp. .................... 323
Labour relations — Certification — Maintenance of con­
di­tions of employment — Collective dismissal — Ar­
bi­tra­tion — Union certified to represent employees —
Ne­go­ti­a­tions to conclude first collective agreement with
employer unsuccessful — Employer an­nounc­ing closure
of business — Union filing grievance alleging that dis­
missal of employees constituted unilateral change in
conditions of employment that is prohibited by s. 59 of
Quebec Labour Code — Whether s. 59 can be used to
challenge resiliation of contracts of employment of all
employees of establishment — If so, whether arbitrator
rendered unreasonable award in concluding that, in this
case, resiliations constituted unlawful change in con­di­
tions of employment — Labour Code, CQLR, c. C-27,
ss. 59, 100.12.
SOMMAIRE (Fin)
Travailleurs et travailleuses unis de
l’alimentation et du commerce, section
locale 503 c. Compagnie Wal-Mart du Canada ....... 323
Relations du travail — Accréditation — Maintien des con­
di­ti­ons de travail — Licenciement collectif — Arbitrage
— Syndicat accrédité pour représenter les salariés —
Échec des négociations en vue de conclure la première
convention collective avec l’employeur — Fermeture de
l’entreprise annoncée par l’employeur — Grief du syndi­
cat alléguant que le congédiement des salariés constitue
une modification unilatérale aux conditions de travail
prohibée par l’art. 59 du Code du travail du Québec —
L’article 59 peut-il être invoqué pour contester la rési­lia­
tion de l’ensemble des contrats de travail des employés
d’un établissement? — Dans l’affirmative, l’arbitre a-t-il
rendu une décision déraisonnable en concluant que, en
l’espèce, ces résiliations constituent une modification
illégale des conditions de travail? — Code du travail,
RLRQ, ch. C-27, art. 59, 100.12.
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
323
United Food and Commercial Workers,
Local 503 Appellant
Travailleurs et travailleuses unis
de l’alimentation et du commerce,
section locale 503 Appelante
v.
c.
Wal-Mart Canada Corp. Respondent
Compagnie Wal-Mart du Canada Intimée
and
et
Conseil du patronat du Québec inc.,
Alliance of Manufacturers & Exporters
Canada, also known as Canadian
Manufacturers & Exporters,
Canadian Association of Counsel
to Employers and Confédération
des syndicats nationaux Interveners
Conseil du patronat du Québec inc.,
Alliance des manufacturiers et
des exportateurs du Canada, aussi
connue sous le nom de Manufacturiers
et Exportateurs du Canada,
Association canadienne des avocats
d’employeurs et Confédération des
syndicats nationaux Intervenants
Indexed as: United Food and Commercial
Workers, Local 503 v. Wal-Mart Canada Corp.
Répertorié : Travailleurs et travailleuses
unis de l’alimentation et du commerce,
section locale 503 c. Compagnie Wal-Mart
du Canada
2014 SCC 45
2014 CSC 45
File No.: 34920.
No du greffe : 34920.
2013: December 6; 2014: June 27.
2013 : 6 décembre; 2014 : 27 juin.
Present: McLachlin C.J. and LeBel, Abella, Rothstein,
Cromwell, Karakatsanis and Wagner JJ.
Présents : La juge en chef McLachlin et les juges LeBel,
Abella, Rothstein, Cromwell, Karakatsanis et Wagner.
on appeal from the court of appeal for
quebec
en appel de la cour d’appel du québec
Labour relations — Certification — Maintenance of
conditions of employment — Collective dismissal — Ar­
bitration — Union certified to represent employees —
Ne­gotiations to conclude first collective agreement with
employer unsuccessful — Employer announcing closure
of business — Union filing grievance alleging that dis­
missal of employees constituted unilateral change in
con­ditions of employment that is prohibited by s. 59 of
Quebec Labour Code — Whether s. 59 can be used to
chal­lenge resiliation of contracts of employment of all
em­ployees of establishment — If so, whether arbitra­
tor ren­dered unreasonable award in concluding that,
in this case, resiliations constituted unlawful change in
Relations du travail — Accréditation — Maintien des
conditions de travail — Licenciement collectif — Arbi­
trage — Syndicat accrédité pour représenter les salariés
— Échec des négociations en vue de conclure la première
convention collective avec l’employeur — Fermeture de
l’entreprise annoncée par l’employeur — Grief du syndi­
cat alléguant que le congédiement des salariés consti­tue
une modification unilatérale aux conditions de travail
prohibée par l’art. 59 du Code du travail du Québec —
L’article 59 peut-il être invoqué pour contester la résilia­
tion de l’ensemble des contrats de travail des employés
d’un établissement? — Dans l’affirmative, l’arbitre a-t-il
rendu une décision déraisonnable en concluant que, en
324
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
[2014] 2 S.C.R.
con­di­tions of employment — Labour Code, CQLR, c. C-27,
ss. 59, 100.12.
l’espèce, ces résiliations constituent une modification
illégale des conditions de travail? — Code du travail,
RLRQ, ch. C‑27, art. 59, 100.12.
Wal-Mart opened its Jonquière establishment in
2001. In August 2004, the Commission des relations du
travail certified United Food and Commercial Workers,
Local 503 (“the Union”) as the bargaining agent for the
employees working at the establishment. In the months
that followed, Wal-Mart and the Union met several times
to negotiate the terms of a first collective agreement.
These meetings proved to be unsuccessful, and on Feb­
ruary 2, 2005, the Union applied to the Minister of Labour
to appoint an arbitrator to settle the dispute that re­mained
between the parties. One week later, Wal-Mart in­formed
the Minister of Employment and Social Solidarity that
it intended to resiliate the contracts of employment of
all the approximately 200 employees who worked in its
Jonquière establishment “for business reasons” on May 6
of that year. After breaking the news to its employees, the
business actually closed its doors earlier than planned,
on April 29, 2005. Believing that the decision was based
on anti-union considerations, the employees and their
union brought a series of proceedings against their for­
mer employer. In most of these proceedings, the result
favoured Wal-Mart.
Wal-Mart inaugure son établissement de Jonquière
au cours de l’année 2001. En août 2004, la Commission
des relations du travail accrédite les Travailleurs et tra­
vailleuses unis de l’alimentation et du commerce, sec­tion
locale 503 (« le Syndicat »), à titre d’agent négociateur
pour les employés travaillant à cet établissement. Dans
les mois qui suivent, Wal-Mart et le Syndicat tiennent
plu­sieurs rencontres dans le but de négocier le contenu
d’une première convention collective. Ces pourparlers
s’avé­rant infructueux, le Syndicat demande au ministre
du Travail, le 2 février 2005, de nommer un arbitre qui
sera chargé de régler le différend subsistant entre les
parties. Une semaine plus tard, Wal-Mart avise le minis­
tre de l’Emploi et de la Solidarité sociale de son inten­
tion de résilier, le 6 mai de la même année, l’ensemble
des contrats de travail des quelque 200 employés qui
travail­lent dans son établissement de Jonquière « pour
des raisons d’affaires ». Après avoir annoncé la nouvelle
à ses employés, l’entreprise ferme en définitive ses por­tes
plus tôt que prévu, soit le 29 avril 2005. Placés devant
une décision motivée selon eux par des considéra­tions
anti­syndicales, les employés et leur syndicat enta­ment
une série de recours contre leur ancien employeur. Dans
la majorité de ces recours, l’issue sera favorable à WalMart.
On March 23, 2005, the Union submitted the griev­
ance at issue in this appeal. It alleged that the dismissal
of the employees constituted a change in their conditions
of employment that violated s. 59 of the Labour Code
(“Code”), which provides that, from the filing of a peti­
tion for certification, an employer may not change its
employees’ conditions of employment while the collec­
tive agreement is being negotiated without the written
consent of the certified association. Since Wal-Mart had
not proved that its decision to dismiss was made in the
ordinary course of its business, the arbitrator concluded
that the resiliation of the contracts of employment of all
the employees constituted a unilateral change that was
prohibited by s. 59. His award was affirmed by the Su­
perior Court, but overturned by the Court of Appeal. The
judges of the Court of Appeal, although divided on how
broadly s. 59 should be construed, agreed that the section
did not apply in the circumstances of the case before
them.
Le 23 mars 2005, le Syndicat dépose le grief à la
base du présent pourvoi. Il allègue que le congédiement
des employés constitue une modification des conditions
de travail qui contrevient à l’art. 59 du Code du travail
(« Code »). Cette disposition interdit à l’employeur, à
compter du dépôt d’une requête en accréditation, de
modifier les conditions de travail de ses salariés sans le
consentement écrit de l’association accréditée durant la
négociation de la convention collective. Puisque WalMart n’a pas démontré que sa décision de congédier a
été prise dans le cours normal de ses opérations, l’arbitre
conclut que la résiliation de l’ensemble des contrats
de travail des employés constituait une modification
unilatérale prohibée par l’art. 59. Confirmée en Cour
supé­rieure, cette décision est toutefois infirmée par la
Cour d’appel. Divisés sur la portée de l’interprétation à
don­ner à l’art. 59, les juges d’appel s’accordent pour con­
clure qu’il ne s’applique pas dans les circonstances de
l’affaire dont ils sont saisis.
Held (Rothstein and Wagner JJ. dissenting): The ap­
peal should be allowed and the case remanded to the
arbitrator to determine the appropriate remedy in ac­
cordance with the disposition of his award.
Arrêt (les juges Rothstein et Wagner sont dissidents) : 
Le pourvoi est accueilli et le dossier est renvoyé à
l’arbi­tre pour qu’il détermine la réparation appropriée
conformément au dispositif de sa sentence arbitrale.
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
325
Per McLachlin C.J. and LeBel, Abella, Cromwell and
Karakatsanis JJ.: The true function of s. 59 of the Code
is to foster the exercise of the right of association. Its
purpose in circumscribing the employer’s powers is not
merely to strike a balance or maintain the status quo dur­
ing the negotiation of a collective agreement, but is more
precisely to facilitate certification and ensure that the
parties bargain in good faith. The “freeze” on conditions
of employment codified by s. 59 limits any influence the
employer might have on the association-forming pro­
cess, eases the concerns of employees who actively exer­
cise their rights, and facilitates the development of what
will eventually become the labour relations framework
for the business.
La juge en chef McLachlin et les juges LeBel, Abella,
Cromwell et Karakatsanis : La fonction véritable de
l’art. 59 du Code consiste à favoriser l’exercice du droit
d’association. En effet, en encadrant les pouvoirs de
l’employeur, cette disposition ne vise pas seulement à
créer un équilibre ni à assurer le statu quo durant la négo­
ciation de la convention collective, mais plus exactement
à faciliter l’accréditation et à favoriser entre les parties
la négociation de bonne foi. Le « gel » des conditions
de travail que codifie l’art. 59 restreint l’influence poten­
tielle de l’employeur sur le processus associatif, dimi­nue
les craintes des employés qui exercent activement leurs
droits et facilite le développement de ce qui deviendra
éventuellement le cadre des relations de travail au sein
de l’entreprise.
Since s. 59 is not directly concerned with the punish­
ment of anti-union conduct, the prohibition for which
it provides will apply regardless of whether it is proven
that the employer’s decision was motivated by anti-union
animus. It is the union representing the employees that
must prove that a unilateral change in working condi­tions
has been made for the purposes of s. 59. To dis­charge this
burden, the union must show: (1) that a condition of em­
ployment existed on the day the petition for certi­fica­tion
was filed or a previous collective agreement expired;
(2) that the condition was changed without its consent;
and (3) that the change was made during the prohibition
period. The “condition of employment” concept is a flex­
ible one that encompasses anything having to do with
the employment relationship on either an individual
or a collective level. The right to maintenance of the
employment relationship is the basis for a condition of
em­ployment for employees, although that condition is
nevertheless subject to the employer’s exercise of its
management power. Unlike s. 17 of the Code, s. 59 does
not create a presumption of change or automatically
re­verse the burden of proof. The union must adduce
sufficient evidence to prove that the alleged change is
inconsistent with the employer’s normal management
practices. However, nothing prevents the arbitrator hear­
ing the complaint from drawing presumptions of fact
from the whole of the evidence presented before him
or her in accordance with the general rules of the law
of civil evidence as normally applied. As a result, if the
union submits evidence from which the arbitrator can
infer that a specific change does not seem to be consis­
tent with the employer’s normal management practices,
a failure by the employer to adduce evidence to the con­
trary is likely to have an adverse effect on its case. A
change can be found to be consistent with the employer’s
“normal management policy” if (1) it is consistent with
Comme l’art. 59 ne vise pas directement à punir un
com­portement antisyndical, une preuve indiquant que
la décision de l’employeur est motivée par un quelcon­
que animus antisyndical n’est pas nécessaire pour que
s’appli­que la prohibition édictée par cet article. La preuve
d’une modification unilatérale des conditions de travail
au sens de l’art. 59 revient au syndicat représentant les
employés. Pour se décharger de ce fardeau, ce dernier
devra démontrer : (1) qu’une condition de travail existait
au jour du dépôt de la requête en accréditation ou de
l’expiration d’une convention collective antérieure; (2)
que cette condition a été modifiée sans son consentement;
(3) que cette modification est survenue pendant la période
prohibée. La notion de condition de travail représente
une expression flexible qui englobe tout ce qui a trait à
la relation d’emploi, tant sur le plan individuel que col­
lec­tif. Le droit au maintien du lien d’emploi constitue
pour le salarié l’objet d’une condition de travail, mais
celle-ci reste toujours sujette à l’exercice du pouvoir
de gestion de l’employeur. Contrairement à l’art. 17 du
Code, l’art. 59 ne crée ni présomption de modification
ni renversement automatique du fardeau de preuve. Le
syn­dicat doit présenter des éléments de preuve suffi­sants
pour établir l’incompatibilité entre le changement allé­gué
et les pratiques habituelles de gestion de l’employeur.
Toutefois, rien n’empêche l’arbitre chargé d’entendre la
plainte d’induire des présomptions de fait de l’ensem­
ble de la preuve présentée devant lui, conformément
aux règles générales du droit de la preuve civile et à leur
mise en application normale. Ainsi, dans la mesure où
le syndicat offre des éléments de preuve permettant à
l’arbitre d’induire qu’un changement donné ne semble
pas être conforme à ces pratiques habituelles, l’absence
de présentation d’une preuve contraire par l’employeur
risque de lui être défavorable. Un changement pourra être
déclaré conforme à la « politique habituelle de gestion »
326
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
[2014] 2 S.C.R.
the employer’s past management practices or, failing that,
(2) it is consistent with the decision that a reasonable
employer would have made in the same circumstances.
The arbitrator must be satisfied that those circumstances
exist and that they are genuine.
de l’employeur (1) s’il est cohérent avec ses pratiques
antérieures de gestion ou, à défaut, (2) s’il est conforme
à la décision qu’aurait prise un employeur raisonnable
placé dans les mêmes circonstances. L’arbitre devra être
convaincu de l’existence de ces circonstances et de leur
véracité.
In the case of a complaint under s. 59, s. 100.12 of the
Code and art. 1590 of the Civil Code of Québec confer
broad remedial powers on the arbitrator. An ar­bi­trator
can order reparation in kind, but where the cir­cum­
stances do not lend themselves to such a remedy, he or
she can order reparation by equivalence. The latter rem­
edy will be appropriate where the employer goes out of
business either in part or completely, at least insofar as
it is impossible to reinstate the employees dismissed in
contravention of s. 59. Unlike s. 15 of the Code, s. 59 con­
tains no word or language that would support a con­clusion
that its applicability depends on the existence of an ac­tive
business or, more simply, of a possibility of re­in­state­
ment. Plourde v. Wal-Mart Canada Corp., 2009 SCC 54,
[2009] 3 S.C.R. 465, therefore cannot support the con­
clusion that the closure of a business rules out any pos­
sibility of applying s. 59 of the Code. In the instant case,
there is nothing to preclude the arbitrator from ordering
an alternative remedy in the form of damages.
Dans le cas d’une plainte portée en vertu de l’art. 59,
les art. 100.12 du Code et 1590 du Code civil du Québec
octroient à l’arbitre de larges pouvoirs de réparation. Il
peut octroyer une réparation en nature, mais si le con­
texte ne le permet pas, il peut ordonner une réparation
par équivalent. Ce type de réparation sera approprié si
l’employeur met fin aux activités d’une partie ou de
l’ensemble de son entreprise, à tout le moins dans la
mesure où la réintégration des employés congédiés en
violation de l’art. 59 est impossible. À la différence de
l’art. 15 du Code, l’art. 59 ne contient ni mot ni for­mule
justifiant de conclure que son applicabilité dépend de
l’existence d’une entreprise active, voire, plus simple­
ment, d’une possibilité de réintégration. Dans ce con­
texte, l’arrêt Plourde c. Compagnie Wal-Mart du Canada,
2009 CSC 54, [2009] 3 R.C.S. 465, ne peut soutenir la
conclusion que la fermeture d’une entreprise écarte
toute possibilité d’application de l’art. 59 du Code. En
l’espèce, rien n’empêche l’arbitre d’ordonner une répa­
ration subsidiaire, sous forme de dommages-intérêts.
An arbitrator, who is required by law to decide any
complaint based on s. 59 of the Code, has considerable
discretion in doing so that the ordinary courts must re­
spect. Deference is in order, and judicial review will be
available only if the award was unreasonable. In this case,
the arbitrator’s award is clearly one of the possible, ac­
ceptable outcomes which are defensible in respect of
the facts and law. The arbitrator was right to decide that
invoking the closure of the Jonquière establishment did
not on its own suffice to justify the change for the pur­
poses of s. 59. He did not place an inappropriate burden
of proof on the employer. His statement that Wal-Mart
had not shown the closure to have been made in the or­
dinary course of the company’s business was grounded
in his view that the Union had already presented suffi­
cient evidence to satisfy him that the change was not
consistent with the employer’s past management prac­
tices or with those of a reasonable employer in the same
circumstances. It was in fact reasonable to find that a rea­
sonable employer would not close an establishment that
“was performing very well” and whose “objectives were
being met” to such an extent that bonuses were being
promised. These inferences of fact, which Wal-Mart did
not challenge, led the arbitrator to hold that the resiliation
of the contracts of employment and, therefore, the change
in the conditions of employment of all the establishment’s
Chargé par la loi de statuer sur toute plainte fondée
sur l’art. 59 du Code, l’arbitre dispose à cette fin d’une
grande latitude que se doivent de respecter les tribu­naux
de droit commun. La déférence s’impose, et seule une
déci­sion déraisonnable permettra une révision judiciaire.
En l’espèce, la décision de l’arbitre s’inscrit clairement
parmi les issues possibles acceptables pouvant se justi­
fier au regard des faits et du droit. L’arbitre a eu raison
de décider que le simple fait d’invoquer la fermeture de
l’établissement de Jonquière n’était pas suffisant pour
jus­tifier la modification au sens de l’art. 59. Il n’a pas
imposé à l’employeur un fardeau de preuve inappro­prié.
Lorsque l’arbitre affirme que Wal-Mart n’a pas démontré
que la fermeture s’inscrivait dans le cours normal des
affaires de l’entreprise, il retient que le Syndicat a déjà
présenté suffisamment d’éléments de preuve pour le
convaincre que la modification n’était pas conforme aux
pratiques antérieures de gestion de l’employeur ou à cel­
les d’un employeur raisonnable placé dans les mêmes
circonstances. En effet, on peut raisonnablement con­
clure que cet employeur raisonnable n’aurait pas fermé
les portes d’un établissement qui « évoluait très bien »
et où « les objectifs étaient rencontrés », à tel point que
des bonis étaient promis. Ces inférences de faits, que
Wal-Mart n’a pas contestées, ont amené l’arbitre à con­
clure que la résiliation des contrats de travail, et donc
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
327
employees violated s. 59. This conclusion was reasonable
in light of the facts and the law.
la modification des conditions de travail de l’ensemble
des employés de l’établissement, contrevenait à l’art. 59.
À la lumière des faits et du droit, cette conclusion est
raisonnable.
Per Rothstein and Wagner JJ. (dissenting): Sec­tion 59
of the Code does not apply in situations involving the
complete and permanent closure of a business. As this
Court stated in Plourde v. Wal-Mart Canada Corp., the
re­course available in such circumstances lies under
ss. 12 to 14 of the Code.
Les juges Rothstein et Wagner (dissidents) : L’arti­
cle 59 du Code ne s’applique pas dans les situations où
il y a fermeture complète et définitive d’une entreprise.
Comme l’a déclaré notre Cour dans Plourde c. Compa­
gnie Wal-Mart du Canada, le recours qui peut être exercé
dans une telle situation est prévu aux art. 12 à 14 du Code.
Section 59 cannot apply to Wal-Mart’s genuine and
definitive closure of its Jonquière store because it would
require Wal-Mart to justify its decision to close the store,
which is inconsistent with the employer’s right, under
Quebec law, to close its business for any reason. The sole
requirement is that the business closure be genuine and
definitive. Once an employer exercises its right to close
up shop, then s. 59 of the Code cannot impose an addi­
tional ex post facto justification requirement simply be­
cause this closure gives rise to a secondary effect — the
collective termination of employees. A store closure, by
definition, does not conform to previous business prac­
tices. If s. 59 were to apply to a situation of store closure,
the result would be that businesses could never prove a
store closure was business as usual. It would also mean
that the employer would be prevented from exercising
its right to close its business during the s. 59 freeze pe­
riod and yet could, immediately upon the conclusion of
a collective agreement, the exercise of the right of lock
out or strike, or the issuance of an arbitration award,
close its business for any reason. Legislation cannot be
inter­preted to give rise to such absurd results. To apply
s. 59 to business closure situations would also un­der­­
mine the Code’s assignment of the burden of proof and
there­by disrupt the Code’s internal coherence. Under
ss. 12 to 14, the claimant must prove that anti-union an­
imus moti­vated the store closure. Contrarily, under s. 59,
the em­ployer would bear the burden of justifying the
store closure under the “business as usual” rule.
L’article 59 ne peut s’appliquer à la fermeture réelle
et définitive par Wal-Mart de son magasin de Jonquière,
puisque cela obligerait l’entreprise à justifier sa décision
de fermer son magasin, exigence incompatible avec le
droit que possèdent les employeurs, en droit québécois, de
fermer leur entreprise pour quelque raison que ce soit. La
seule exigence est qu’il s’agisse d’une fermeture d’entre­
prise réelle et définitive. Dès lors qu’un employeur exerce
son droit de fermer boutique, l’art. 59 du Code ne sau­
rait imposer ex post facto une obligation additionnelle
de justification, simplement parce que cette fermeture
entraîne un effet secondaire — à savoir le congédiement
collectif des salariés. Par définition, la fermeture d’un
magasin n’est pas une mesure conforme aux pratiques
antérieures de gestion. Si l’article 59 s’appliquait aux
situations de fermeture de magasin, il s’ensuivrait qu’une
entreprise ayant fermé un magasin ne pourrait jamais
prouver que la fermeture de ce magasin s’inscrivait dans
le cours normal des affaires. Cela impliquerait également
que l’employeur serait empêché d’exercer son droit de
fermer son entreprise pendant la période de gel des con­
ditions de travail prescrite par l’art. 59, mais que, dès
la conclusion d’une convention collective, l’exercice
du droit de lock-out ou de grève ou encore le prononcé
d’une sentence arbitrale, il pourrait le faire pour quelque
rai­son que ce soit. Une loi ne peut être interprétée d’une
manière conduisant à des résultats aussi absurdes. L’appli­
ca­tion de l’art. 59 aux situations de fermeture d’entre­
prise aurait en outre pour effet d’altérer l’attri­bution du
far­deau de la preuve dans le Code et, de ce fait, de briser
la cohérence interne de celui-ci. Dans le cadre d’une
demande fondée sur les art. 12 à 14, le demandeur doit
prou­ver que la fermeture du magasin était motivée par
l’antisyndicalisme. À l’inverse, sous le régime de l’art. 59,
l’employeur aurait le fardeau de justifier la fermeture du
magasin suivant la règle du « cours normal des affaires ».
The text and context of s. 59 of the Code also indi­cate
that it cannot apply to a business closure situation be­
cause it presupposes the existence of an ongoing busi­
ness. Section 59 is designed to facilitate the conclu­sion
of a collective agreement within an existing em­ployment
De plus, il ressort du texte et du contexte de l’art. 59
du Code que cette disposition ne peut s’appliquer à
une situation de fermeture d’entreprise, puisqu’elle
présuppose l’existence d’une entreprise active. L’arti­
cle 59 vise à faciliter la conclusion d’une convention
328
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
[2014] 2 S.C.R.
relationship; it is not designed to maintain the em­ploy­
ment relationship.
collective dans le cadre d’une relation d’emploi existante;
il ne vise pas à maintenir la relation d’emploi.
Finally, s. 59 cannot apply in the context of a business
closure as there is no appropriate remedy available to
the arbitrator. Where there is a breach of s. 59, then, the
arbitrator must provide a remedy that restores the sta­
tus quo ante. Since employers in Quebec have the right
to close their business, an arbitrator cannot order an
employer to reopen a store. While it is true that an ar­bi­
trator has the power to award damages under s. 100.12 of
the Code, such a remedy would be inconsistent with the
purpose of s. 59, since it would not restore the balance
between the parties or facilitate the conclusion of a col­
lective agreement. Arbitrators may award damages to
com­pensate for harm that cannot be compensated for
by an award in kind. Wal-Mart has already compensated
employees of the Jonquière store for the loss of their jobs
by paying them severance pay in an amount equal to two
weeks of work per year of service. Since s. 59 does not
apply to the business closure situation, it gives rise to no
additional financial consequences for Wal-Mart.
Finalement, l’art. 59 ne peut pas s’appliquer en cas de
fermeture d’entreprise, car l’arbitre ne dispose d’aucune
mesure de réparation appropriée qu’il pourrait accorder
à cet égard. Lorsqu’il survient un manquement à cette
disposition, l’arbitre doit alors façonner une réparation
qui rétablisse le statu quo ante, la situation antérieure.
Étant donné que, au Québec, les employeurs ont le droit
de fermer leur entreprise, un arbitre ne peut ordonner à
un employeur de rouvrir un magasin. Bien qu’il soit vrai
qu’un arbitre a le pouvoir d’accorder des dommagesintérêts en vertu de l’art. 100.12 du Code, une telle
répa­­­ration serait incompatible avec l’objet de l’art. 59,
puis­­qu’elle n’aurait pas pour effet de restaurer l’équi­
libre entre les parties ou de faciliter la conclusion d’une
con­vention collective. Les arbitres peuvent accorder des
dommages-intérêts pour dédommager quelqu’un d’un
préjudice qui ne peut être réparé par voie d’exécution
en nature. Wal-Mart a déjà dédommagé les salariés du
magasin de Jonquière de la perte de leur emploi en leur
versant une indemnité de départ d’un montant équivalent
à deux semaines de travail par année de service. Comme
l’art. 59 ne s’applique pas aux situations de fermeture
d’entreprise, il n’entraîne aucune conséquence financière
additionnelle pour Wal-Mart.
Cases Cited
Jurisprudence
By LeBel J.
Citée par le juge LeBel
Distinguished: Plourde v. Wal-Mart Canada Corp.,
2009 SCC 54, [2009] 3 S.C.R. 465; referred to: Boutin
v. Wal-Mart Canada inc., 2005 QCCRT 225 (CanLII);
Boutin v. Wal-Mart Canada inc., 2005 QCCRT 269
(CanLII), aff’d 2005 QCCRT 385 (CanLII), aff’d 2007
QCCS 3797 (CanLII); Pednault v. Compagnie Wal-Mart
du Canada, 2005 CanLII 41037, aff’d 2006 QCCA 666,
[2006] R.J.Q. 1266; Plourde v. Compagnie Wal-Mart du
Canada, 2006 QCCRT 207 (CanLII), aff’d 2007 QCCS
3165 (CanLII), aff’d 2007 QCCA 1210 (CanLII), aff’d
2009 SCC 54, [2009] 3 S.C.R. 465; Desbiens v. WalMart Canada Corp., 2009 SCC 55, [2009] 3 S.C.R. 540;
I.A.T.S.E., Stage Local 56 v. Société de la Place des Arts de
Montréal, 2004 SCC 2, [2004] 1 S.C.R. 43; Travailleurs
et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce,
section locale 503 v. Compagnie Wal-Mart du Canada
— Établissement de Jonquière, [2006] R.J.D.T. 1665;
Travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du
commerce, section locale 503 v. Ménard, 2007 QCCS
5704, [2008] R.J.D.T. 138; La Reine v. Harricana Metal
Inc., [1970] T.T. 97; Club coopératif de consommation
d’Amos v. Union des employés de commerce, section
Distinction d’avec l’arrêt : Plourde c. Compagnie
Wal-Mart du Canada, 2009 CSC 54, [2009] 3 R.C.S. 465;
arrêts mentionnés : Boutin c. Wal-Mart Canada inc.,
2005 QCCRT 225 (CanLII); Boutin c. Wal-Mart Canada
inc., 2005 QCCRT 269 (CanLII), conf. par 2005 QCCRT
385 (CanLII), conf. par 2007 QCCS 3797 (CanLII);
Pednault c. Compagnie Wal-Mart du Canada, 2005
CanLII 41037, conf. par 2006 QCCA 666, [2006] R.J.Q.
1266; Plourde c. Compagnie Wal-Mart du Canada,
2006 QCCRT 207 (CanLII), conf. par 2007 QCCS
3165 (CanLII), conf. par 2007 QCCA 1210 (CanLII),
conf. par 2009 CSC 54, [2009] 3 R.C.S. 465; Desbiens
c. Compagnie Wal-Mart du Canada, 2009 CSC 55,
[2009] 3 R.C.S. 540; A.I.E.S.T., local de scène no 56 c.
Société de la Place des Arts de Montréal, 2004 CSC 2,
[2004] 1 R.C.S. 43; Travailleurs et travailleuses unis
de l’alimentation et du commerce, section locale 503
c. Compagnie Wal-Mart du Canada — Établissement
de Jonquière, [2006] R.J.D.T. 1665; Travailleurs et
travailleuses unis de l’alimentation et du commerce,
section locale 503 c. Ménard, 2007 QCCS 5704, [2008]
R.J.D.T. 138; La Reine c. Harricana Metal Inc., [1970]
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
locale 508, [1985] AZ-85141201; Association des juris­
tes de l’État v. Commission des valeurs mobilières du
Québec, [2003] R.J.D.T. 579; Coopérative étudiante
Laval v. Syndicat des travailleurs(euses) de la coopé­ra­
tive étudiante Laval, [1984] AZ-84141225; Associa­tion
du personnel administratif et professionnel de l’Uni­
versité Laval (APAPUL) v. Syndicat des employés de
l’Université Laval (SCFP), section locale 2500, [1985]
AZ-85142069; Plastalène Corp. v. Syndicat des salariés
de Plastalène (C.S.D.), [1990] AZ-90141158; Union
des routiers, brasseries, liqueurs douces & ouvriers de
diverses industries (Teamsters, Local 1999) v. Quality
Goods I.M.D. Inc., [1990] AZ-90141179; Syndicat des
salarié-e-s de la Guilde des musiciens du Québec v.
Guilde des musiciens du Québec, [1998] AZ-98141137,
aff’d 2001 CanLII 38640; Travailleurs et travailleuses
de l’alimentation et du commerce, section locale 501 v.
Wal-Mart Canada (St-Hyacinthe), [2010] AZ-50688504;
Syndicat des employé-es de SPC Automation (CSN) v.
SPC Automation Inc., [1994] T.A. 718; Société des casi­
nos du Québec inc. v. Syndicat des employé(e)s de la
Société des casinos du Québec, [1996] AZ-96142008;
Sobey’s inc. (No 650) v. Syndicat des travailleurs et tra­
vail­leuses de Sobey’s de Baie-Comeau (CSN), [1996]
AZ-96141261; Association des juristes de l’État v. Con­
seil du Trésor, 1999 CanLII 5144; Centre de la petite
enfance Casse-Noisette inc. v. Syndicat des tra­vail­
leuses(eurs) en garderie de Montréal — CSN, [2000]
R.J.D.T. 1859; Syndicat catholique des employés de
magasins de Qué­bec Inc. v. Compagnie Paquet Ltée.,
[1959] S.C.R. 206; Syndicat des travailleurs et des
travailleuses des épi­ciers unis Métro-Richelieu (C.S.N.)
v. Lefebvre, 1996 CanLII 5705; Automobiles Canbec inc.
v. Hamelin, 1998 CanLII 12602; Séminaire de la Très
Sainte-Trinité v. Tremblay, [1991] R.J.Q. 428; Paken­
ham v. Union des vendeurs d’auto­­­mobiles et employés
auxi­liaires, section locale 1974, UFCW, [1983] T.T. 189;
Union des employés de com­merce, local 500 v. Provost
inc., [1981] S.A.G. 732; Scierie Béarn v. Syn­dicat des
employés(es) de bureau Scierie Béarn, [1988] AZ88141194; Syndicat des employés de la Commission
sco­laire du Haut St-Maurice v. Rondeau, [1993] R.J.Q.
65; Union des employé-e-s de service, local 800 v. 21625199 Québec Inc., [1994] T.A. 16; Reference re Public
Service Employee Relations Act (Alta.), [1987] 1 S.C.R.
313; Delisle v. Canada (Deputy Attorney General),
[1999] 2 S.C.R. 989; U.F.C.W., Local 1518 v. KMart
Canada Ltd., [1999] 2 S.C.R. 1083; Isidore Garon ltée v.
Tremblay, 2006 SCC 2, [2006] 1 S.C.R. 27; Syn­di­cat
des salariés des Industries Leclerc (CSD) v. Indus­
tries Leclerc inc., [1996] T.A. 554; Fraternité des poli­
ciers et policières de Carignan v. Ville de Cari­gnan,
c.
wal-mart
329
T.T. 97; Club coopératif de consommation d’Amos c.
Union des employés de commerce, section locale 508,
[1985] AZ-85141201; Association des juristes de l’État
c. Commission des valeurs mobilières du Québec, [2003]
R.J.D.T. 579; Coopérative étudiante Laval c. Syndi­
cat des travailleurs(euses) de la coopérative étu­diante
Laval, [1984] AZ-84141225; Association du person­
nel administratif et professionnel de l’Université Laval
(APAPUL) c. Syndicat des employés de l’Université
Laval (SCFP), section locale 2500, [1985] AZ-85142069;
Plastalène Corp. c. Syndicat des salariés de Plastalène
(C.S.D.), [1990] AZ-90141158; Union des routiers, bras­
series, liqueurs douces & ouvriers de diverses indus­tries
(Teamsters, Local 1999) c. Quality Goods I.M.D. Inc.,
[1990] AZ-90141179; Syndicat des salarié-e-s de la
Guilde des musiciens du Québec c. Guilde des musi­­ciens
du Québec, [1998] AZ-98141137, conf. par 2001 Can­
LII 38640; Travailleurs et travail­leuses de l’ali­men­ta­tion
et du commerce, section locale 501 c. Wal-Mart Canada
(St-Hyacinthe), [2010] AZ-50688504; Syndicat des
employé-es de SPC Automation (CSN) c. SPC Automa­
tion Inc., [1994] T.A. 718; Société des casi­nos du Québec
inc. c. Syndicat des employé(e)s de la Société des casi­nos
du Québec, [1996] AZ-96142008; Sobey’s inc. (No 650)
c. Syndicat des travail­leurs et tra­vailleuses de Sobey’s de
Baie-Comeau (CSN), [1996] AZ-96141261; Asso­cia­tion
des juristes de l’État c. Con­seil du Trésor, 1999 CanLII
5144; Centre de la petite enfance Casse-Noisette inc. c.
Syndicat des tra­vail­­leuses(eurs) en garderie de Montréal
— CSN, [2000] R.J.D.T. 1859; Syndicat catholique des
employés de magasins de Québec Inc. c. Compagnie
Paquet Ltée., [1959] R.C.S. 206; Syndicat des travail­leurs
et des travailleuses des épiciers unis Métro-Richelieu
(C.S.N.) c. Lefebvre, 1996 CanLII 5705; Automobiles
Canbec inc. c. Hamelin, 1998 CanLII 12602; Séminaire
de la Très Sainte-Trinité c. Tremblay, [1991] R.J.Q.
428; Pakenham c. Union des vendeurs d’automobiles et
employés auxiliaires, section locale 1974, UFCW, [1983]
T.T. 189; Union des employés de commerce, local 500 c.
Provost inc., [1981] S.A.G. 732; Scierie Béarn c. Syndicat
des employés(es) de bureau Scierie Béarn, [1988] AZ88141194; Syndicat des employés de la Commission
scolaire du Haut St-Maurice c. Rondeau, [1993] R.J.Q.
65; Union des employé-e-s de service, local 800 c. 21625199 Québec Inc., [1994] T.A. 16; Renvoi relatif à la
Public Service Employee Relations Act (Alb.), [1987]
1 R.C.S. 313; Delisle c. Canada (Sous-procureur géné­
ral), [1999] 2 R.C.S. 989; T.U.A.C., section locale 1518 c.
KMart Canada Ltd., [1999] 2 R.C.S. 1083; Isidore Garon
ltée c. Tremblay, 2006 CSC 2, [2006] 1 R.C.S. 27; Syndicat
des salariés des Industries Leclerc (CSD) c. Industries
Leclerc inc., [1996] T.A. 554; Fraternité des policiers
330
u.f.c.w., local 503
[2000] AZ-00142040; Gravel & Fils Inc. v. Syndi­
cat d’entreprises funéraires, [1984] T.A. 87; Woolco
(No. 6291) v. Syndicat national des employés de maga­
sins de Chicoutimi (CSN), [1983] AZ-83141325; Syn­di­
cat des employés de Télémarketing Unimédia (CSN) v.
UniMarketing inc., [1997] T.A. 549; Société du centre
Pierre-Péladeau v. Alliance internationale des employés
de scène et de théâtre, du cinéma, métiers connexes et des
artistes des États-Unis et du Canada (I.A.T.S.E.), section
locale 56, 2006 CanLII 32333; Mont-Laurier (Ville de) v.
Syndicat des professionnels et professionnelles de la Ville
de Mont-Laurier (CSN), 1995 CanLII 1874; Syndicat des
travailleuses et travailleurs du Centre d’approbation de
Nordia — CSN v. Nordia Inc., 2012 CanLII 82540; Spar
Aerospace Products Ltd. v. Spar Professional and Allied
Technical Employees Association, [1979] 1 C.L.R.B.R.
61; Metropol-Basefort Security Group Ltd. (1990), 79
di 139; Bizeau v. Aéroport de Québec Inc., 2004 CIRB
261 (CanLII); Public Service Alliance of Canada v.
Hamlet of Kugaaruk, 2010 CIRB 554 (CanLII); Syndicat
canadien de la Fonction publique, section locale 1450 v.
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[1996] R.J.Q. 299; Sobey’s inc., No 650 v. Syndicat des
travailleurs et travailleuses de Sobey’s de Baie-Comeau,
[1996] T.A. 721; Université McGill v. Munaca, [2003]
AZ-50193382, aff’d [2004] AZ-50264810; Alberta
Union of Provincial Employees v. Lethbridge Community
College, 2004 SCC 28, [2004] 1 S.C.R. 727; Hôpital
St-Charles de Joliette v. Syndicat des employés d’hôpi­
taux de Joliette inc., [1973] R.D.T. 129; Association
des pom­piers de Montréal inc. (APM) v. Montréal (Ville
de), 2011 QCCA 631 (CanLII); Travelways Ltd. v.
Legendre, [1987] AZ-87149123; Natrel inc. v. Syndicat
démocratique des distributeurs (CSD), [2000] R.J.D.T.
670; Canada (Attorney General) v. Bedford, 2013 SCC
72, [2013] 3 S.C.R. 1101; Ontario (Attorney General)
v. Fraser, 2011 SCC 20, [2011] 2 S.C.R. 3; City Buick
Pontiac (Montréal) Inc. v. Roy, [1981] T.T. 22; Blanchard
v. Control Data Canada Ltd., [1984] 2 S.C.R. 476; St.
Anne Nackawic Pulp & Paper Co. v. Canadian Paper
Work­ers Union, Local 219, [1986] 1 S.C.R. 704; Dayco
(Canada) Ltd. v. CAW-Canada, [1993] 2 S.C.R. 230;
Ivanhoe inc. v. UFCW, Local 500, 2001 SCC 47, [2001]
2 S.C.R. 565; Parry Sound (District) Social Services Ad­
ministration Board v. O.P.S.E.U., Local 324, 2003 SCC
42, [2003] 2 S.C.R. 157; Newfoundland and Lab­rador
Nurses’ Union v. Newfoundland and Labrador (Treasury
Board), 2011 SCC 62, [2011] 3 S.C.R. 708; Olymel,
s.e.c. v. Syndicat des travailleurs d’Olympia (CSN),
2007 QCCA 865 (CanLII); Syndicat des employés de
Daily Freight (CSN) v. Imbeau, [2003] R.J.Q. 452; Syn­­
dicat canadien de la Fonction publique, Section locale
3666 v. Desnoyers, [1996] AZ-96029022; S.E.D.A.C.
v.
wal-mart
[2014] 2 S.C.R.
et policières de Carignan c. Ville de Carignan, [2000]
AZ-00142040; Gravel & Fils Inc. c. Syndicat d’entre­
pri­ses funéraires, [1984] T.A. 87; Woolco (No. 6291)
c. Syndicat national des employés de magasins de
Chicoutimi (CSN), [1983] AZ-83141325; Syndicat des
employés de Télémarketing Unimédia (CSN) c. Uni­
Marketing inc., [1997] T.A. 549; Société du centre
Pierre-Péladeau c. Alliance internationale des employés
de scène et de théâtre, du cinéma, métiers connexes et des
artistes des États-Unis et du Canada (I.A.T.S.E.), section
locale 56, 2006 CanLII 32333; Mont-Laurier (Ville de) c.
Syndicat des professionnels et professionnelles de la Ville
de Mont-Laurier (CSN), 1995 CanLII 1874; Syndicat des
travailleuses et travailleurs du Centre d’approbation de
Nordia — CSN c. Nordia Inc., 2012 CanLII 82540; Spar
Aerospace Products Ltd. c. Spar Professional and Allied
Technical Employees Association, [1979] 1 C.L.R.B.R.
61; Metropol-Basefort Security Group Ltd. (1990), 79 di
139; Bizeau c. Aéroport de Québec Inc., 2004 CCRI 261
(CanLII); Alliance de la Fonction publique du Canada c.
Hameau de Kugaaruk, 2010 CCRI 554 (CanLII); Syndicat
canadien de la Fonction publique, section locale 1450 c.
Journal de Québec, division de Groupe Québécor inc.,
[1996] R.J.Q. 299; Sobey’s inc., No 650 c. Syndicat des
travailleurs et travailleuses de Sobey’s de Baie-Comeau,
[1996] T.A. 721; Université McGill c. Munaca, [2003]
AZ-50193382, conf. par [2004] AZ-50264810; Alberta
Union of Provincial Employees c. Lethbridge Community
College, 2004 CSC 28, [2004] 1 R.C.S. 727; Hôpital StCharles de Joliette c. Syndicat des employés d’hôpitaux
de Joliette inc., [1973] R.D.T. 129; Association des pom­
piers de Montréal inc. (APM) c. Montréal (Ville de),
2011 QCCA 631 (CanLII); Travelways Ltd. c. Legendre,
[1987] AZ-87149123; Natrel inc. c. Syndicat démo­
cratique des distributeurs (CSD), [2000] R.J.D.T. 670;
Canada (Procureur général) c. Bedford, 2013 CSC 72,
[2013] 3 R.C.S. 1101; Ontario (Procureur général) c.
Fraser, 2011 CSC 20, [2011] 2 R.C.S. 3; City Buick
Pontiac (Montréal) Inc. c. Roy, [1981] T.T. 22; Blanchard
c. Control Data Canada Ltée, [1984] 2 R.C.S. 476; St.
Anne Nackawic Pulp & Paper Co. c. Section locale 219
du Syndicat canadien des travailleurs du papier, [1986]
1 R.C.S. 704; Dayco (Canada) Ltd. c. TCA-Canada,
[1993] 2 R.C.S. 230; Ivanhoe inc. c. TUAC, section
locale 500, 2001 CSC 47, [2001] 2 R.C.S. 565; Parry
Sound (District), Conseil d’administration des services
sociaux c. S.E.E.F.P.O., section locale 324, 2003 CSC
42, [2003] 2 R.C.S. 157; Newfoundland and Labrador
Nurses’ Union c. Terre-Neuve-et-Labrador (Conseil du
Trésor), 2011 CSC 62, [2011] 3 R.C.S. 708; Olymel,
s.e.c. c. Syndicat des travailleurs d’Olympia (CSN), 2007
QCCA 865 (CanLII); Syndicat des employés de Daily
Freight (CSN) c. Imbeau, [2003] R.J.Q. 452; Syndicat
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
331
Laboratoires inc. v. Turcotte, [1998] AZ-98029150;
Dunsmuir v. New Brunswick, 2008 SCC 9, [2008] 1
S.C.R. 190; Consolidated-Bathurst Inc. v. Syn­dicat
national des travailleurs des pâtes et papiers de PortAlfred, [1987] R.J.Q. 520; Syndicat des chargées et
chargés de cours de l’U.Q.A.C. (CSN) v. Syndicat des
professeures et professeurs de l’Université du Québec à
Chicoutimi, 2005 QCCRT 364 (CanLII).
cana­dien de la Fonction publique, Section locale 3666
c. Desnoyers, [1996] AZ-96029022; S.E.D.A.C. Labo­ra­
toires inc. c. Turcotte, [1998] AZ-98029150; Dunsmuir
c. Nouveau-Brunswick, 2008 CSC 9, [2008] 1 R.C.S.
190; Consolidated-Bathurst Inc. c. Syndicat national des
tra­vailleurs des pâtes et papiers de Port-Alfred, [1987]
R.J.Q. 520; Syndicat des chargées et chargés de cours
de l’U.Q.A.C. (CSN) c. Syndicat des professeures et pro­
fesseurs de l’Université du Québec à Chicoutimi, 2005
QCCRT 364 (CanLII).
By Rothstein and Wagner JJ. (dissenting)
Citée par les juges Rothstein et Wagner (dissidents)
Plourde v. Wal-Mart Canada Corp., 2009 SCC 54,
[2009] 3 S.C.R. 465; Desbiens v. Wal-Mart Canada
Corp., 2009 SCC 55, [2009] 3 S.C.R. 540; Boutin v. WalMart Canada inc., 2005 QCCRT 225 (CanLII); Boutin
v. Wal-Mart Canada inc., 2005 QCCRT 269 (CanLII);
Pednault v. Compagnie Wal-Mart du Canada, 2006
QCCA 666, [2006] R.J.Q. 1266; Automobiles Canbec
inc. v. Hamelin, 1998 CanLII 12602; Union des routiers,
brasseries, liqueurs douces & ouvriers de diverses indus­
tries (Teamsters, Local 1999) v. Quality Goods I.M.D.
Inc., [1990] AZ-90141179; Canada v. Craig, 2012 SCC
43, [2012] 2 S.C.R. 489; I.A.T.S.E., Stage Local 56 v.
Société de la Place des Arts de Montréal, 2004 SCC 2,
[2004] 1 S.C.R. 43; City Buick Pontiac (Montréal) Inc.
v. Roy, [1981] T.T. 22; Syndicat des employé-es de SPC
Automation (CSN) v. SPC Automation Inc., [1994] T.A.
718; Mont-Laurier (Ville de) v. Syndicat des profession­
nels et professionnelles de la Ville de Mont-Laurier
(CSN), 1995 CanLII 1874; Conseil conjoint du Québec,
Syndicat du vêtement, du textile et autres industries,
local 2625 v. Société en commandite Greb International
(Division Kodiak), [1999] AZ-99141036; Association
des juristes de l’État v. Conseil du Trésor, 1999 CanLII
5144; Pakenham v. Union des vendeurs d’automobiles et
employés auxiliaires, section locale 1974, UFCW, [1983]
T.T. 189; U.E.S., Local 298 v. Bibeault, [1988] 2 S.C.R.
1048.
Plourde c. Compagnie Wal-Mart du Canada, 2009
CSC 54, [2009] 3 R.C.S. 465; Desbiens c. Com­pagnie
Wal-Mart du Canada, 2009 CSC 55, [2009] 3 R.C.S.
540; Boutin c. Wal-Mart Canada inc., 2005 QCCRT
225 (CanLII); Boutin c. Wal-Mart Canada Inc., 2005
QCCRT 269 (CanLII); Pednault c. Compagnie Wal-Mart
du Canada, 2006 QCCA 666, [2006] R.J.Q. 1266; Auto­
mobiles Canbec inc. c. Hamelin, 1998 CanLII 12602;
Union des routiers, brasseries, liqueurs douces &
ouvriers de diverses industries (Teamsters, Local 1999)
c. Quality Goods I.M.D. Inc., [1990] AZ-90141179;
Canada c. Craig, 2012 CSC 43, [2012] 2 R.C.S. 489;
A.I.E.S.T., local de scène no 56 c. Société de la Place des
Arts de Montréal, 2004 CSC 2, [2004] 1 R.C.S. 43; City
Buick Pontiac (Montréal) Inc. c. Roy, [1981] T.T. 22;
Syndicat des employé-es de SPC Automation (CSN) c.
SPC Automation Inc., [1994] T.A. 718; Mont-Laurier
(Ville de) c. Syndicat des professionnels et profession­
nelles de la Ville de Mont-Laurier (CSN), 1995 CanLII
1874; Conseil conjoint du Québec, Syndicat du vêtement,
du textile et autres industries, local 2625 c. Société en
commandite Greb International (Division Kodiak),
[1999] AZ-99141036; Association des juristes de l’État
c. Conseil du Trésor, 1999 CanLII 5144; Pakenham c.
Union des vendeurs d’automobiles et employés auxi­
liaires, section locale 1974, UFCW, [1983] T.T. 189;
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Civil Code of Québec, arts. 1375, 1434, 1458, 1590,
1607, 2091, 2094, 2846, 2849.
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Code civil du Québec, art. 1375, 1434, 1458, 1590, 1607,
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Code du travail, RLRQ, ch. C-27, art. 12, 14, 15 à 19, 58,
59, 93.1, 100.10, 100.12, 114, 139, 139.1, 140.
Code du travail, S.R.Q. 1964, ch. 141.
Loi d’interprétation, RLRQ, ch. I-16, art. 41.
Loi des relations ouvrières, S.R.Q. 1941, ch. 162A,
art. 24(1).
332
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
[2014] 2 S.C.R.
Labour Code, CQLR, c. C-27, ss. 12, 14, 15 to 19, 58,
59, 93.1, 100.10, 100.12, 114, 139, 139.1, 140.
Labour Code, R.S.Q. 1964, c. 141.
Labour Relations Act, R.S.Q. 1941, c. 162A, s. 24(1).
National Labor Relations Act, 49 Stat. 449 (1935).
Loi instituant une commission de relations ouvrières,
S.Q. 1944, ch. 30.
Loi modifiant le Code du travail et la Loi du ministère
du travail et de la main-d’œuvre, L.Q. 1977, ch. 41,
art. 48.
Loi sur les normes du travail, RLRQ, ch. N-1.1, art. 82,
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APPEAL from a judgment of the Quebec Court
of Appeal (Vézina, Léger and Gagnon JJ.A.), 2012
QCCA 903, [2012] R.J.Q. 978, [2012] R.J.D.T. 387,
[2012] AZ-50856639, [2012] J.Q. no 4538 (QL),
2012 CarswellQue 4819, setting aside a decision of
Moulin J., 2010 QCCS 4743, [2010] R.J.D.T. 1118,
[2010] AZ-50678295, [2010] J.Q. no 10112 (QL),
2010 CarswellQue 10570, dismissing an ap­pli­­ca­
tion for judicial review of an arbitral award, [2009]
R.J.D.T. 1439. Appeal allowed, Rothstein and
Wagner JJ. dissenting.
POURVOI contre un arrêt de la Cour d’appel du
Québec (les juges Vézina, Léger et Gagnon), 2012
QCCA 903, [2012] R.J.Q. 978, [2012] R.J.D.T. 387,
[2012] AZ-50856639, [2012] J.Q. no 4538 (QL),
2012 CarswellQue 4819, qui a infirmé une décision
du juge Moulin, 2010 QCCS 4743, [2010] R.J.D.T.
1118, [2010] AZ-50678295, [2010] J.Q. no 10112
(QL), 2010 CarswellQue 10570, qui avait rejeté
une requête en révision judiciaire d’une sentence
arbitrale, [2009] R.J.D.T. 1439. Pourvoi accueilli,
les juges Rothstein et Wagner sont dissidents.
Claude Leblanc, Bernard Philion, Gilles Grenier
and Stéphanie Lindsay, for the appellant.
Claude Leblanc, Bernard Philion, Gilles Grenier
et Stéphanie Lindsay, pour l’appelante.
Corrado De Stefano, Frédéric Massé, Danny
Kaufer and Louis Leclerc, for the respondent.
Corrado De Stefano, Frédéric Massé, Danny
Kaufer et Louis Leclerc, pour l’intimée.
334
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
LeBel J.
[2014] 2 S.C.R.
Ronald J. McRobie, Dominique Monet and GuyFrançois Lamy, for the intervener Conseil du patro­
nat du Québec inc.
Ronald J. McRobie, Dominique Monet et GuyFrançois Lamy, pour l’intervenant le Conseil du
patronat du Québec inc.
George Avraam, Mark Mendl and Cherrine
Chow, for the intervener the Alliance of Manu­fac­
turers & Exporters Canada.
George Avraam, Mark Mendl et Cherrine Chow,
pour l’intervenante l’Alliance des manufacturiers et
des exportateurs du Canada.
Stephen F. Penney and Jeffrey W. Beedell, for the
intervener the Canadian Association of Counsel to
Employers.
Stephen F. Penney et Jeffrey W. Beedell, pour
l’inter­venante l’Association canadienne des avo­cats
d’employeurs.
Éric Lévesque, Isabelle Lanson and Karim
Lebnan, for the intervener Confédération des syn­
dicats nationaux.
Éric Lévesque, Isabelle Lanson et Karim Lebnan,
pour l’intervenante la Confédération des syndi­cats
nationaux.
English version of the judgment of McLachlin
C.J. and LeBel, Abella, Cromwell and Karakatsanis
JJ. delivered by
Le jugement de la juge en chef McLachlin et des
juges LeBel, Abella, Cromwell et Karakatsanis a
été rendu par
LeBel J. —
Le juge LeBel —
I. Introduction
I. Introduction
[1] On April 29, 2005, Wal-Mart Canada Corp.
(“Wal-Mart”) closed its store in Jonquière in the
Saguenay-Lac-Saint-Jean region. The closure, which
had been announced the day an arbitrator was ap­
pointed to resolve an impasse in negotiations for a
first collective agreement with the union certified
for that establishment, led to a series of pro­ceed­
ings based on various sections of the La­bour Code,
CQLR, c. C-27 (“Code”), and the Act respecting
labour standards, CQLR, c. N-1.1 (“A.L.S.”). This
appeal, the final chapter in this long legal battle,
concerns the interpretation of the first paragraph of
s. 59 of the Code, which reads as follows:
[1] Le 29 avril 2005, la Compagnie Wal-Mart
du Canada (« Wal-Mart ») ferme son magasin
de Jonquière, dans la région du Saguenay-LacSaint-Jean. Annoncée le jour de la nomination d’un
arbi­tre chargé de résoudre une impasse dans les
négo­ciations entamées avec le syndicat accrédité
pour cet établissement afin de conclure une pre­
mière convention collective, cette fermeture entraî­
nera une série de recours fondés sur divers articles
du Code du travail, RLRQ, ch. C-27 (« Code »),
et de la Loi sur les normes du travail, RLRQ,
ch. N-1.1 (« L.n.t. »). Dernier épisode de cette
lon­gue bataille juridique, le présent pourvoi porte
sur l’inter­prétation du premier alinéa de l’art. 59
du Code, qui est rédigé ainsi :
From the filing of a petition for certification and until the
right to lock out or to strike is exercised or an arbitra­
tion award is handed down, no employer may change
the conditions of employment of his employees without
the written consent of each petitioning association and,
where such is the case, certified association.
À compter du dépôt d’une requête en accréditation et tant
que le droit au lock-out ou à la grève n’est pas exercé
ou qu’une sentence arbitrale n’est pas intervenue, un
employeur ne doit pas modifier les conditions de travail
de ses salariés sans le consentement écrit de chaque
association requérante et, le cas échéant, de l’association
accréditée.
[2] On being asked to determine whether that
provision applied in the context of the closure of
[2] Appelé à statuer sur l’application de cette
dis­position dans le contexte de la fermeture de
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
Le juge LeBel
335
the Jonquière establishment, arbitrator Jean-Guy
Ménard concluded that the resiliation of the con­
tracts of employment of all the employees of that
establishment constituted a prohibited unilateral
change. His award was affirmed by the Superior
Court, but overturned by the Court of Appeal. The
judges of the Court of Appeal, although divided on
how broadly s. 59 should be construed, agreed that
the section did not apply in the circumstances of the
case before them.
l’éta­blis­sement de Jonquière, l’arbitre Jean-Guy
Ménard conclut que la résiliation de l’ensemble des
contrats de travail des employés de cet établissement
consti­tuait une modification unilatérale prohibée.
Con­fir­mée en Cour supérieure, cette décision fut
toutefois infirmée par la Cour d’appel. Divisés sur
la portée de l’interprétation à donner à l’art. 59, les
juges d’appel s’accordèrent pour conclure qu’il ne
s’appli­quait pas dans les circonstances de l’affaire
dont ils étaient saisis.
[3] In my opinion, the Court of Appeal erred in
intervening as it did. Arbitrator Ménard’s analysis
and the conclusions he drew are not unrea­son­
able. On the contrary, it seems to me that the pro­
hibition provided for in s. 59 of the Code is indeed
applicable to the facts of this case. I would accord­
ingly al­low the appeal, dismiss the application for
judi­cial review and declare the arbitration award,
and its disposition, to be valid.
[3] À mon avis, la Cour d’appel a fait erreur en
intervenant comme elle l’a fait. En effet, l’analyse
que propose l’arbitre Ménard et les conclusions
qu’il tire ne sont pas déraisonnables. Bien au con­
traire, la prohibition de l’art. 59 du Code me semble
bel et bien applicable à la situation factuelle du pré­
sent dossier. En conséquence, je propose d’accueil­
lir le pourvoi, de rejeter la demande de révi­sion
judi­ciaire et de confirmer la validité de la sentence
arbitrale et de son dispositif.
II. Origins and History of Litigation Between WalMart and the Union
II. Les origines et le déroulement des litiges anté­
rieurs entre Wal-Mart et le Syndicat
[4] Wal-Mart opened its Jonquière establishment
in 2001. Three years later, in August 2004, the Com­
mission des relations du travail (“Commission”)
certified United Food and Commercial Workers,
Local 503 (“the Union”) as the bargaining agent for
the employees working at the establishment. In the
months that followed, Wal-Mart and the Union met
approximately 10 times to negotiate the terms of
what would in normal circumstances have become
the first collective agreement between the parties.
[4] Wal-Mart inaugure son établissement de
Jonquière au cours de l’année 2001. Trois ans plus
tard, en août 2004, la Commission des relations du
travail (« Commission ») accrédite les Travailleurs
et travailleuses unis de l’alimentation et du com­
merce, section locale 503 (« le Syndicat »), à titre
d’agent négociateur pour les employés travaillant à
cet établissement. Dans les mois qui suivent, WalMart et le Syndicat tiennent près de 10 rencontres
dans le but de négocier le contenu de ce qui devait
normalement devenir la première convention col­
lective entre les parties.
[5] These meetings proved to be unsuccessful,
and the Union therefore availed itself of the option
of first agreement arbitration under s. 93.1 of the
Code on February 2, 2005, applying to the Minister
of Labour to appoint an arbitrator to “settle the dis­
pute” that remained between the parties. One week
later, Wal-Mart informed the Minister of Employ­
ment and Social Solidarity that it intended to close
its Jonquière establishment on May 6 of that year
and that, on the same date, it would be resiliating
[5] Ces pourparlers s’avérant infructueux, le Syn­
dicat se prévaut, le 2 février 2005, de la possibi­lité
qu’offre l’art. 93.1 du Code de recourir à l’arbitrage
pour la première convention. Il demande alors au
ministre du Travail de nommer un arbitre qui sera
chargé de « régler le différend » subsistant entre
les parties. Une semaine plus tard, Wal-Mart avise
le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale
de son intention de fermer son établissement de
Jonquière, le 6 mai de la même année. Du même
336
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
LeBel J.
[2014] 2 S.C.R.
the contracts of employment of all the employees
who worked there. After breaking the news to its
em­ployees, the business actually closed its doors
earlier than planned, on April 29, 2005. Nearly
200 employees lost their jobs.
trait, l’entreprise l’informe qu’elle résiliera, à la
même date, l’ensemble des contrats de travail des
employés qui travaillent dans cet établissement.
Après avoir annoncé la nouvelle à ses employés,
l’entreprise ferme en définitive ses portes plus tôt
que prévu, soit le 29 avril 2005. Près de 200 salariés
perdent alors leur emploi.
[6] Believing that the decision was based on antiunion considerations, the employees and their union
brought a series of proceedings against their for­
mer employer. On March 23, 2005, before the es­
tab­lish­ment had even closed, the Union submitted
the grievance at issue in this appeal. The next day,
the Union and several employees applied to the
Com­mission for an interlocutory and permanent
order enjoining the company to keep its Jonquière
establishment open. The following month, one of
the employees, Alain Pednault, applied to the Su­
pe­rior Court for authorization to institute a class
action against his employer, arguing, inter alia, that
the employer had violated various rights protected
by the Code and the Charter of human rights and
freedoms, CQLR, c. C-12. Finally, a few weeks af­
ter the establishment closed, a group of employees
that included Gaétan Plourde filed a series of com­
plaints with the Commission under ss. 15 to 19 of the
Code, which prohibit dismissals and other actions
taken in response to employees’ union activities.
[6] Placés devant une décision motivée selon eux
par des considérations antisyndicales, les employés
et leur syndicat entament une série de recours con­
tre leur ancien employeur. Ainsi, avant même la
fermeture de l’établissement, le 23 mars 2005, le
Syndicat dépose le grief à la base du présent pour­
voi. Le lendemain, le Syndicat et plusieurs sala­­
riés demandent à la Commission de rendre une
ordon­­nance interlocutoire et permanente forçant
l’entre­prise à maintenir ouvert son établissement
de Jonquière. Le mois suivant, un des salariés,
Alain Pednault, demande à la Cour supérieure de
l’auto­­­­­ri­­ser à exercer un recours collectif contre
son employeur. Il plaide, entre autres moyens, la
viola­tion de divers droits protégés par le Code et
la Charte des droits et libertés de la personne,
RLRQ, ch. C-12. Finalement, quelques semaines
après la ferme­ture de l’établissement, un groupe
d’employés, dont fait partie Gaétan Plourde, dépose
devant la Commission une série de plain­tes fon­
dées sur les art. 15 à 19 du Code, disposi­tions qui
interdisent les congé­diements et autres mesu­res
prises en raison des activités syndicales des sala­riés.
[7] In most of these proceedings, the result fa­
voured Wal-Mart. First, the Commission dis­missed
the application for an order enjoining the com­pany
to keep its Jonquière establishment open, hold­
ing that no prima facie case had been made out
(Boutin v. Wal-Mart Canada inc., 2005 QCCRT
225 (CanLII); 2005 QCCRT 269 (CanLII), aff’d
2005 QCCRT 385 (CanLII), and 2007 QCCS 3797
(CanLII)). Next, the Superior Court dismissed
Mr. Pednault’s application for authorization to in­
stitute a class action. It found, and the Court of
Appeal agreed, that the Commission had exclusive
jurisdiction over the subject matter of the proposed
action (Pednault v. Compagnie Wal-Mart du Can­
ada, 2005 CanLII 41037 (Que. Sup. Ct.), aff’d 2006
QCCA 666, [2006] R.J.Q. 1266).
[7] Dans la majorité de ces recours, l’issue sera
favorable à Wal-Mart. D’abord, la Commission
rejet­­tera, faute d’apparence de droit, la demande
d’ordonnance visant à forcer l’entreprise à main­te­
nir actif son établissement de Jonquière (Boutin c.
Wal-Mart Canada inc., 2005 QCCRT 225 (Can­LII);
2005 QCCRT 269 (CanLII), conf. par 2005 QCCRT
385 (CanLII), et 2007 QCCS 3797 (CanLII)).
Ensuite, la Cour supérieure refusera d’autoriser
M. Pednault à exercer un recours collectif. Tout
comme la Cour d’appel, elle reconnaîtra à la Com­
mission une compétence exclusive sur l’objet de
ce recours (Pednault c. Compagnie Wal-Mart du
Canada, 2005 CanLII 41037 (C.S. Qué.), conf. par
2006 QCCA 666, [2006] R.J.Q. 1266).
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
Le juge LeBel
337
[8] Finally, the complaints in which Mr. Plourde
and his coworkers alleged a violation of ss. 15 to 19
of the Code were ultimately rejected by a majority
of this Court (Plourde v. Wal-Mart Canada Corp.,
2006 QCCRT 207 (CanLII), aff’d 2007 QCCS 3165
(CanLII), 2007 QCCA 1210 (CanLII), and 2009
SCC 54, [2009] 3 S.C.R. 465; Desbiens v. Wal-Mart
Canada Corp., 2009 SCC 55, [2009] 3 S.C.R. 540).
In that first case, Mr. Plourde argued that he, to­
gether with other employees, had been dis­missed
for his union activities. Relying on ss. 15 to 19
of the Code, he sought to be reinstated in his job.
The Court’s answer, which was purely procedural
(para. 4), was essentially based on the language of
s. 15.
[8] Enfin, les plaintes de violation des art. 15 à
19 du Code déposées par M. Plourde et ses collè­
gues seront éventuellement rejetées par la majorité
des membres de notre Cour (Plourde c. Compa­gnie
Wal-Mart du Canada, 2006 QCCRT 207 (CanLII),
conf. par 2007 QCCS 3165 (CanLII), 2007 QCCA
1210 (CanLII), et 2009 CSC 54, [2009] 3 R.C.S.
465; Desbiens c. Compagnie Wal-Mart du Canada,
2009 CSC 55, [2009] 3 R.C.S. 540). Dans cette
première affaire, M. Plourde soutenait avoir été
con­gédié, avec d’autres, pour ses activités syn­di­
ca­les. S’appuyant sur les art. 15 à 19 du Code, il
deman­dait sa réintégration dans ses fonctions. De
nature purement procédurale (par. 4), la réponse de
la Cour sera essentiellement fondée sur le texte de
l’art. 15.
[9] The majority of this Court found that the lan­
guage of that section is clear: the course open to
the Commission is to order that an unlawfully dis­
missed worker be reinstated “in his employment”
(see paras. 35-36, 39 and 54). Given that it lacks the
power to award damages as an alternative rem­edy
(paras. 36 and 39), the Commission, which cannot or­
der an offending employer to keep running its busi­
ness, simply has no way to ensure respect for the
rights of dismissed employees. Even if it did have
such a power, however, on the basis of I.A.T.S.E.,
Stage Local 56 v. Société de la Place des Arts de
Montréal, 2004 SCC 2, [2004] 1 S.C.R. 43, closure
would be a “good and sufficient reason” for dis­
missal within the meaning of s. 17 (paras. 41 et seq.)
and, as such, would in practice constitute a complete
answer for an employer against which a complaint
has been filed under ss. 15 to 19 of the Code.
[9] Aux yeux de la majorité de notre Cour, le texte
de cet article est clair : la voie ouverte à la Com­
mission consiste à ordonner la réintégration « dans
son emploi » du travailleur illégalement congédié
(voir les par. 35-36, 39 et 54). Or, étant dépourvu du
pouvoir d’octroyer des dommages-intérêts à titre de
réparation subsidiaire (par. 36 et 39), l’organisme
— qui ne peut ordonner le maintien des activités de
l’employeur fautif — ne dispose tout simplement
d’aucun moyen d’assurer le respect des droits des
employés congédiés. Mais même si un tel pouvoir
existait, suivant l’arrêt A.I.E.S.T., local de scène
no 56 c. Société de la Place des Arts de Montréal,
2004 CSC 2, [2004] 1 R.C.S. 43, la fermeture cons­
ti­tuerait une « cause juste et suffisante » de con­gé­
diement au sens de l’art. 17 (par. 41 et suiv.). À ce
titre, elle représenterait, pratiquement, une défense
complète pour l’employeur attaqué en vertu des
art. 15 à 19 du Code.
[10] Having determined that the s. 15 scheme was
inapplicable, the majority added that the clo­sure
of an establishment does not shield an em­ployer
from all the consequences of its decision (paras. 8,
51-52 and 54). Quite the contrary, given that there
are other sections under which a claim for com­
pensation might lie. In the case at bar, the employees
are arguing that s. 59 is one such section.
[10] Convaincue de l’inapplicabilité du régime
de l’art. 15, la majorité de notre Cour ajoutera que
la fermeture de l’établissement n’immunise pas
l’employeur contre toutes les conséquences de sa
décision (par. 8, 51-52 et 54). Au contraire, même,
d’autres articles donnent ouverture à un recours en
indemnisation. Les employés plaident aujourd’hui
que l’art. 59 constitue un tel recours.
338
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
LeBel J.
[2014] 2 S.C.R.
III. Procedural History of the Appeal
III. Historique procédural du pourvoi
A. Preliminary Decisions Concerning the Griev­
ance Arbitrator’s Subject-Matter Jurisdiction
A. Décisions préliminaires sur la compétence de
l’arbitre de grief sur l’objet du différend (ratione
materiae)
[11] The grievance at issue in this appeal was
ini­tially dismissed at a preliminary stage on the
basis that the arbitrator lacked jurisdiction over the
subject matter (Travailleurs et travailleuses unis de
l’alimentation et du commerce, section locale 503 v.
Compagnie Wal-Mart du Canada — Établissement
de Jonquière, [2006] R.J.D.T. 1665 (T.A.) (JeanGuy Ménard)). After analyzing the wording of the
complaint, Arbitrator Ménard found that it was
[translation] “fundamentally concerned” with al­
leged violations of rights established in the Code
(paras. 18-22). As a result, s. 114 of the Code left
him with no choice but to decline jurisdiction in
favour of the Commission.
[11] Le grief faisant l’objet du présent pourvoi
est d’abord rejeté, au stade préliminaire, pour
absence de compétence ratione materiae (Tra­vail­
leurs et travailleuses unis de l’alimentation et du
com­merce, section locale 503 c. Compagnie WalMart du Canada — Établissement de Jonquière,
[2006] R.J.D.T. 1665 (T.A.) (Me Jean-Guy Ménard)).
Après avoir analysé le libellé de la plainte, l’arbi­tre
Ménard conclut qu’elle « porte fondamentale­ment »
sur des contraventions alléguées à des droits con­
sacrés par le Code (par. 18-22). Dans ce contexte,
l’art. 114 du Code ne lui laisse d’autre choix que de
décliner compétence en faveur de la Commission.
[12] However, that decision was reviewed by the
Superior Court a few months later (Travailleurs et
travailleuses unis de l’alimentation et du commerce,
section locale 503 v. Ménard, 2007 QCCS 5704,
[2008] R.J.D.T. 138). Applying the correctness
stan­dard, Taschereau J. noted that the arbitrator
should have determined the true subject matter
of the complaint rather than relying on its words
alone (paras. 42-43). In the absence of evidence
to the contrary, [translation] “one could not find
on the basis of the words . . . that the arbitrator
lacked jurisdiction” (para. 44). On the contrary, he
stated, “without hiding behind strict formalism,
as the respondent arbitrator did”, it seemed clear
that the complaint was based on s. 59 (paras. 4448). It was in fact up to the arbitrator to rule on the
complaint, although he might have to recon­sider
his jurisdiction in light of the evidence adduced
(paras. 49-51).
[12] Cette décision est toutefois révisée par la
Cour supérieure, quelques mois plus tard (Travail­
leurs et travailleuses unis de l’alimentation et du
commerce, section locale 503 c. Ménard, 2007
QCCS 5704, [2008] R.J.D.T. 138). Appliquant la
norme de la décision « correcte », le juge Taschereau
souligne que l’arbitre aurait dû dégager l’objet véri­
table de la plainte plutôt que de s’attacher à son
seul texte (par. 42-43). Or, en l’absence de preuve
contraire, le libellé « ne permettait aucunement
de conclure à l’absence de compétence de l’arbi­
tre » (par. 44). Au contraire, d’affirmer le juge, « à
moins de se retrancher derrière un formalisme strict,
comme l’a fait l’arbitre intimé », il semble évident
que l’art. 59 constitue l’assise de la plainte (par. 4448). De fait, il revient à l’arbitre de statuer sur celleci, quitte à réévaluer sa compétence au regard de la
preuve présentée (par. 49-51).
B. Grievance Arbitrator’s Award, [2009] R.J.D.T.
1439
B. Décision sur le fond de l’arbitre de grief,
[2009] R.J.D.T. 1439
[13] Exercising his jurisdiction in this regard,
Arbitrator Ménard upheld the Union’s complaint
and reserved the right to determine the appropriate
remedy.
[13] Compétent pour statuer, l’arbitre Ménard
accueille la plainte du Syndicat et se réserve le droit
d’établir la réparation appropriée.
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
Le juge LeBel
339
[14] After considering all the evidence, he found
first that the dispute concerned the dismissal of the
employees and not, as Wal-Mart suggested, the clo­
sure of its establishment (paras. 14-17). This meant
that it had to be decided whether a dismissal can
violate s. 59 of the Code and whether the dismissal
in this case was in fact such a violation.
[14] Après avoir étudié l’ensemble de la preuve,
il conclut d’abord que le litige porte sur le congé­
diement des employés et non pas, comme le sug­gère
Wal-Mart, sur la fermeture de son établissement
(par. 14-17). Dans ce contexte, il convient de déci­der
si, d’une part, un congédiement peut contrevenir à
l’art. 59 du Code et si, d’autre part, le congédiement
survenu en l’espèce constitue bel et bien une telle
violation.
[15] Relying on the relevant case law, Arbitrator
Ménard noted that the purpose of the freeze on
conditions of employment imposed by s. 59 is to
protect, for a specified period of time, the right to
form a union and negotiate a collective agreement.
To this end, the section prohibits an employer from
changing its employees’ conditions of employment
until that period expires. Given that this “freeze” is
relative in nature, however, it does not prevent the
employer from running its business as it would nor­
mally do outside the period specified in the Code.
The employer can therefore make any changes it
wishes in the management of its workforce, but
only if it does so [translation] “in accordance with
criteria it established for itself before the arrival
of the union in its workplace” (paras. 18-20).
[15] S’appuyant sur la jurisprudence pertinente,
l’arbitre Ménard souligne que le gel des conditions
de travail imposé par l’art. 59 a pour objet de pro­
téger le droit à la syndicalisation et à la négociation
collective pendant une période déterminée. Dans
cette optique, il interdit à un employeur de modifier
les conditions de travail de ses employés jusqu’à
l’expiration de cette période. Vu son caractère rela­
tif, ce « gel » n’empêche toutefois pas l’employeur
d’administrer son entreprise comme il le ferait nor­
malement, à l’extérieur de la période déterminée par
le Code. Il peut ainsi effectuer tous les change­­ments
qu’il souhaite à l’égard de la gestion de sa maind’œuvre, mais seulement dans la mesure où il le fait
« selon les paramètres qu’il s’est lui-même impo­
sés avant la venue du syndicat chez lui » (par. 1820).
[16] Moreover, he added, it is [translation] “now
accepted by judges and authors alike that a layoff
or dismissal can result in a change in conditions
of employment” (para. 22). As a result, the em­
ployer must justify its decision to dismiss “by prov­
ing that it was made in the ordinary course of its
business” (para. 24). In the absence of some addi­
tional explanation by the employer, the fact that the
closure of the establishment was a “business de­ci­
sion” within its exclusive authority does not on its
own constitute such proof. Although it is always
open to an employer to go out of business, the em­
ployer must nonetheless explain a decision to do so
during the period covered by s. 59. The employer in
this case did not do so (paras. 25-29).
[16] Qui plus est, ajoute-t-il, il est « maintenant
acquis au plan de la jurisprudence comme de la doc­
trine qu’une mise à pied ou un congédiement peut
donner lieu à une modification des condi­tions de
travail » (par. 22). Dans ce contexte, l’employeur
doit justifier sa décision de congédier « par la
démon­stration qu’elle a été prise dans le cours nor­
mal de ses opérations » (par. 24). À défaut d’expli­
ca­tion supplémentaire de la part de l’employeur, le
fait que la fermeture de l’établisse­ment soit moti­
vée par une « décision d’affaires » relevant exclusi­
vement de ce dernier ne constitue pas, en soi, une
telle démonstration. En effet, s’il peut toujours
cesser ses activités, l’employeur s’expose tout de
même, durant la période visée par l’art. 59, à devoir
expliquer cette décision. Or, en l’espèce, il ne l’a
pas fait (par. 25-29).
340
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
LeBel J.
[2014] 2 S.C.R.
C. Superior Court, 2010 QCCS 4743, [2010]
R.J.D.T. 1118
C. Cour supérieure, 2010 QCCS 4743, [2010]
R.J.D.T. 1118
[17] On a motion for judicial review, the Su­
pe­rior Court upheld Arbitrator Ménard’s award.
To begin, Moulin J. reiterated that the arbitrator
had jurisdiction to decide the case. In his opin­
ion, Mr. Ménard’s decision to hear the case was
not only reasonable, but also correct in law. In this
re­gard, the fact that the circumstances on which the
grievance was based could give rise to various rem­
edies did not deprive the arbitrator of his powers
and jurisdiction under s. 59 of the Code (paras. 2539).
[17] Appelée à réviser cette décision à la suite
d’une requête en révision judiciaire, la Cour supé­
rieure confirme la décision de l’arbitre Ménard.
D’abord, le juge Moulin réitère que l’arbitre avait
compétence pour trancher le litige. Selon lui, la
décision de Me Ménard de se saisir de l’affaire était
non seulement raisonnable, mais également cor­
recte en droit. À ce chapitre, le fait que les éléments
à la base du grief puissent donner naissance à divers
recours ne saurait priver l’arbitre des pouvoirs et
de la compétence que lui attribue l’art. 59 du Code
(par. 25-39).
[18] Applying the reasonableness standard,
Moulin J. then held that, on the merits, the arbi­
tra­tor’s award had all the qualities that make a de­
ci­sion reasonable. First, in light of the case law of
this Court and of the Court of Appeal, it was not
un­reasonable to conclude that the dismissal of all
the employees of an establishment could consti­
tute a change in their conditions of employment
(paras. 47-50). Second, it was just as reasonable to
ask an employer challenging the merits of a com­
plaint to show that the change was made in the
or­dinary course of its business. In the absence of
evidence to that effect, the arbitrator was justified
in holding as he did (paras. 51-57).
[18] Appliquant alors la norme de la décision
raisonnable, le juge décide que, sur le fond, la sen­
tence de l’arbitre possède tous les attributs de la
ratio­­nalité. D’une part, au regard de la jurispru­
dence de notre Cour et de la Cour d’appel, il n’est
pas dérai­sonnable de conclure que le licencie­ment
de tous les salariés d’un même établissement puisse
cons­ti­tuer une modification de leurs conditions de
travail (par. 47-50). D’autre part, il est tout aussi rai­
son­nable de demander à l’employeur qui conteste le
bien-fondé de la plainte de démontrer que la modi­
fication s’inscrivait dans le cours normal de ses acti­
vités. Or, en l’absence de preuve à cet effet, l’arbitre
était justifié de conclure comme il l’a fait (par. 5157).
D. Court of Appeal, 2012 QCCA 903, [2012]
R.J.Q. 978
D. Cour d’appel, 2012 QCCA 903, [2012] R.J.Q.
978
[19] Wal-Mart appealed to the Court of Appeal,
which set aside the Superior Court’s decision,
granted the application for judicial review, annulled
the arbitration award and rejected the Union’s com­
plaint. Two members of the court wrote separate
reasons that led to the same result.
[19] Saisie du pourvoi formé par Wal-Mart, la
Cour d’appel infirme la décision de la Cour supé­
rieure, accueille la demande de révision judiciaire,
annule la sentence arbitrale et rejette la plainte du
Syndicat. Les membres de la cour rédigent deux
opi­nions distinctes, qui concluent, cependant, dans
le même sens.
[20] In reasons concurred in by Gagnon J.A.,
Vézina J.A. first stated his view that closure does
not “constitute” a change in conditions of em­
ployment. Rather, it is a termination of employ­
ment, which in his opinion falls outside even an
[20] Dans ses motifs, auxquels souscrit le juge
Gagnon, le juge Vézina affirme d’abord que la
fermeture ne « constitue » pas une modification
des conditions de travail. À son avis, il s’agit plutôt
d’une suppression du travail, ce qui va au-delà de
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
Le juge LeBel
341
extended meaning of the concept of conditions of
employment (paras. 117-19). Relying on obser­va­
tions made by the majority of this Court in Plourde,
he added that, to remedy an unlawful change in
conditions of employment, [translation] “it is nec­
essary to return to the former situation, to restore
the operation of the business to how it was run be­
fore” (para. 121). However, such a “remedy is not
possible . . . given that no one can be forced to con­
tinue operating a business, no matter what his or her
reasons for closing it might be” (para. 122). Before
dismissing the proceeding under s. 59, however,
he pointed out that there was nothing to prevent
the employees from filing a complaint alleging
a violation of ss. 12 and 14 of the Code with the
Com­mission (paras. 124-27).
l’acception, même élargie, de la notion de condi­
tions de travail (par. 117-119). S’appuyant sur des
commentaires de la majorité de notre Cour dans
l’arrêt Plourde, il ajoute que pour remédier à une
modification illégale des conditions de travail,
« il faut revenir à la situation antérieure, restaurer
l’exploitation comme par le passé » (par. 121). Or,
une telle « réparation n’est pas possible dû au fait
que nul ne peut être forcé de continuer l’exploita­tion
d’une entreprise, quels que soient ses motifs pour y
mettre fin » (par. 122). Avant de rejeter le recours
intenté en vertu de l’art. 59, il signale toutefois que
rien n’empêche les employés d’invoquer devant la
Commission la violation des art. 12 et 14 du Code
(par. 124-127).
[21] Unlike his colleagues, Léger J.A. considered
both the arbitrator’s jurisdiction and the validity
of his award (para. 9). In his view, the standard that
applies when a superior court reviews the exer­
cise of an arbitrator’s power to rule on a complaint
based on s. 59 of the Code is not reasonableness,
but correctness (paras. 50-57). Having said this,
how­ever, he held that the arbitrator had not erred
in taking jurisdiction in this case. Nor did the fact
that the employees could obtain other remedies by
means of a complaint to the Commission have the
effect of depriving the arbitrator of his powers and
jurisdiction under ss. 59 and 100.10 of the Code
(paras. 65-74).
[21] Contrairement à ses collègues, le juge Léger
se prononce à la fois sur la compétence de l’arbitre
et sur la validité de sa décision (par. 9). Selon lui, ce
n’est pas la norme de la décision raisonnable, mais
bien celle de la décision correcte qui s’applique
lorsqu’une cour supérieure contrôle l’exercice par
un arbitre de son pouvoir de statuer sur une plainte
fondée sur l’art. 59 du Code (par. 50-57). Exception
faite de cette réserve, il décide toutefois que l’arbi­
tre ne s’est pas trompé en s’attribuant compétence
dans le cas qui nous occupe. D’ailleurs, le fait que
les employés disposaient d’autres recours devant la
Commission n’a pas pour effet de priver l’arbitre
des pouvoirs et de la compétence qu’il possède en
vertu des art. 59 et 100.10 du Code (par. 65-74).
[22] On the merits, however, Léger J.A. found
that the arbitrator’s reasoning [translation] “[was]
so incoherent” that he could not find it to have the
qualities that make a decision reasonable (para. 84).
First of all, it was contradictory to find that the em­
ployer had the power to close its business while at
the same time accepting that the continuation of
the employment relationship was a condition of
employment (paras. 96-97). Moreover, by up­hold­
ing the complaint, the arbitrator was adding to the
employees’ conditions of employment, which was
incompatible with the very concept of a statutory
freeze (paras. 98-100). The arbitrator’s award was
therefore unreasonable.
[22] Sur le fond, cependant, le juge Léger estime
que le raisonnement de l’arbitre « laisse voir une
incohérence telle » qu’il ne peut y trouver les attri­
buts de la rationalité (par. 84). D’une part, il est
con­tradictoire de reconnaître à l’employeur le pou­
voir de fermer son entreprise, tout en admettant
que le maintien du lien d’emploi constitue une
con­dition de travail (par. 96-97). D’autre part, en
accueillant la plainte, l’arbitre se trouve à bonifier
les conditions d’emploi, ce qui contrevient au con­
cept même de gel imposé par la loi (par. 98-100).
Dans ce contexte, la décision de l’arbitre est donc
déraisonnable.
342
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
LeBel J.
[2014] 2 S.C.R.
IV. Analysis
IV. Analyse
A. Issues
A. Les questions en litige
[23] This appeal raises a series of issues concern­
ing the nature and scope of s. 59 of the Code, as
well as its applicability where a business is closed
either completely or in part. Thus, the Court must
decide whether s. 59 can be used to challenge the
re­siliation of the contracts of employment of all the
employees of an establishment. If it can be so used,
the Court must also decide whether the arbitrator
rendered an unreasonable award in concluding that,
in this case, the resiliations constituted an unlaw­ful
change in conditions of employment.
[23] Le pourvoi soulève une série de questions
relatives tant à la nature et la portée de l’art. 59
du Code qu’à son applicabilité en cas de ferme­
ture totale ou partielle d’une entreprise. La Cour
doit en conséquence décider si cette disposition
peut être invoquée pour contester la résiliation de
l’ensemble des contrats de travail des employés
d’un établissement. Dans l’affirmative, elle doit
également décider si l’arbitre a rendu une décision
déraisonnable en concluant que, en l’espèce, ces
résiliations constituent une modification illégale des
conditions de travail.
B. Positions of the Parties and the Interveners
B. Les positions des parties et des intervenants
[24] The Union agrees with Arbitrator Ménard’s
award and argues that the Court of Appeal erred in
law in finding that s. 59 of the Code does not apply
in the context of the closure of an establishment. In
essence, the Union submits, the Court of Appeal’s
decision was based on a misinterpretation of the
Code and a misreading of this Court’s decisions in
Place des Arts and Plourde. If the Court of Appeal
had adopted an interpretation consistent with the
language and the context of s. 59, then it should
have concluded that the closure of the Jonquière
store did not preclude the application of that pro­
vision.
[24] Souscrivant à la décision de l’arbitre Ménard,
le Syndicat soutient que la Cour d’appel a commis
une erreur de droit en concluant à l’inapplicabilité
de l’art. 59 du Code au scénario de fermeture d’éta­
blissement. Pour l’essentiel, sa décision repose­
rait sur une mauvaise interprétation du Code et sur
une lecture erronée des décisions de la Cour dans
les affaires Place des Arts et Plourde. Si elle avait
adopté une interprétation conforme au texte et au
contexte de l’art. 59, la Cour d’appel aurait dû con­
clure que la fermeture du magasin de Jonquière
n’empê­chait pas l’application de cette disposition.
[25] According to the Union, not only is it well
established that dismissal may constitute a change
in conditions of employment, but the employer in
the instant case has produced no evidence to justify
that change. In the absence of evidence that would
support a conclusion that the employer’s decision
was made in the ordinary course of its business, the
change was unlawful. Moreover, the words of s. 59,
unlike those of s. 15, contain no indication that the
only possible remedy is to reinstate the employees
affected by the unjustified change. They say noth­
ing to prevent the arbitrator from ordering repa­
ration by equivalence. Finally, the Union adds, this
conclusion is consistent not only with the language
and context of s. 59, but also with that section’s
[25] D’une part, plaide le Syndicat, non seule­ment
est-il reconnu que le congédiement peut consti­
tuer une modification des conditions de travail, mais
l’employeur n’a en outre présenté aucune preuve
pour justifier cette modification. Or, en l’absence
d’élé­ments permettant à l’arbitre de conclure que la
décision de l’employeur avait été prise dans le cours
normal de ses affaires, la modification est illé­gale.
D’autre part, contrairement à l’art. 15, rien dans le
texte de l’art. 59 n’indique que la seule réparation
pos­sible soit la réintégration des employés touchés
par la modification injustifiée. En effet, rien n’empê­
che l’arbitre d’octroyer une réparation par équi­va­
lent. Finalement, ajoute le Syndicat, déjà con­forme
au texte et au contexte de l’art. 59, cette conclusion
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
Le juge LeBel
343
objectives: it precludes the employer from taking
measures that might hinder the formation of a
union and the negotiation of a collective agreement,
while favouring the effective exercise of the right of
association.
respecte aussi les objectifs de cette disposition. En
effet, elle empêche l’employeur de recourir à des
moyens susceptibles d’entraver la création d’un
syn­dicat et la négociation d’une convention col­
lective, tout en favorisant l’exercice effectif du droit
d’association.
[26] In response, Wal-Mart argues that the Court
of Appeal’s decision is well founded in law. The
application of s. 59 presupposes the existence of
an ongoing business, since, where such a business
no longer exists, there is no longer an employment
relationship or a condition of employment, nor is
there a balance to be maintained between the par­
ties. In every case, the arbitrator’s role is limited
to restoring the situation that existed before the
change. Given that the arbitrator has no power to
compel a business to reopen, there is simply noth­
ing the arbitrator can do. In any event, Wal-Mart
adds, dismissals resulting from the permanent clo­
sure of a business do not constitute a change in con­
ditions of employment. Since an employer has the
right to close its business without having to justify
its action, continued employment cannot be a con­
dition of employment. Furthermore, since the sole
purpose of s. 59 is to maintain the employees’ con­
ditions of employment, this section does not have
the effect of creating conditions that did not exist
before the petition for certification was filed. Dis­
missal cannot therefore constitute a change in con­
ditions of employment.
[26] En réponse, Wal-Mart plaide que la déci­
sion de la Cour d’appel est bien fondée en droit. En
effet, l’application de l’art. 59 présuppose l’exis­
tence d’une entreprise active, car, dans le cas con­
traire, il n’existe plus de relation ou de condi­tion de
travail ni d’équilibre à maintenir entre les parties.
Dans tous les cas, le rôle de l’arbitre se limite à
réta­blir la situation qui existait avant la modi­fi­
cation. En l’absence du pouvoir de forcer la réou­
ver­ture de l’entreprise, l’arbitre est simplement
impuissant. Quoi qu’il en soit, ajoute Wal-Mart, les
licenciements découlant de la fermeture défini­tive
d’une entreprise ne constituent pas une modifica­
tion des conditions de travail. Comme un employeur
a le droit de fermer son entreprise sans être tenu de
se justifier, le maintien en emploi ne peut constituer
une condition de travail. D’ailleurs, étant donné que
le seul objet de l’art. 59 demeure le maintien des
conditions de travail des employés, cette disposition
n’a pas pour effet de créer des conditions qui n’exis­
taient pas avant le dépôt de la requête en accré­di­
tation. Par conséquent, le licenciement ne saurait
constituer une modification des conditions de
travail.
[27] Three of the four interveners, supporting
Wal-Mart’s position, add that the role of s. 59 is
not to regulate the closure of businesses. Instead,
in Quebec, as elsewhere in Canada, it is the provi­
sions on unfair practices that apply in cases involv­
ing closure. As a result, s. 59 is quite simply not
the appropriate mechanism for remedying the con­
sequences of the closure of an establishment. In
contrast, the fourth intervener argues that the other
remedies provided for in the Code are com­ple­
mentary. Section 59 and the broad remedial powers
conferred on arbitrators by the Code can therefore
be used by employees to obtain compensation in a
case involving an unjustified closure. Section 59,
which establishes a substantive legal rule, must
also be interpreted in light of the principle of full
[27] Se rangeant derrière la position de Wal-Mart,
trois des quatre intervenants précisent que l’art. 59
n’a pas pour fonction de réguler la ferme­ture des
entreprises. Au Québec, comme ailleurs au Canada,
ce sont plutôt les dispositions sur les pra­ti­ques
déloyales qui s’appliquent en cas de ferme­ture.
Dans ce contexte, l’art. 59 ne serait tout bonnement
pas le mécanisme approprié pour régler les consé­
quences de la fermeture d’un établissement. À
l’opposé, le quatrième intervenant soutient que les
autres recours qu’offre le Code sont complé­men­
taires. À ce titre, l’art. 59 et les larges pouvoirs
de redressement conférés à l’arbitre par le Code
peuvent permettre aux employés d’obtenir répara­
tion en cas de fermeture injustifiée. L’article 59,
qui édicte une norme de droit substantiel, doit par
344
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
LeBel J.
[2014] 2 S.C.R.
compensation that applies both in our domestic law
and in international law.
ailleurs être interprété à la lumière du principe de
la restitution intégrale que reconnaissent tant notre
droit national que le droit international.
C. Section 59: Nature and Interpretation
C. L’article 59 : nature et interprétation
[28] Since the mechanism for freezing conditions
of employment now codified in s. 59 of the Code
was adopted, the interpretation of that section has
been the subject of much discussion. The diversity
of judicial opinions on this subject has created un­
certainty in some areas that I wish to discuss in re­
lation to this case. In this regard, I will review the
section’s legislative context, objectives and role
first, before discussing the conditions under which it
applies. Finally, I will comment briefly on the pow­
ers available under the section to an arbitrator who
must determine whether it applies.
[28] L’interprétation du mécanisme de gel des
conditions de travail que codifie aujourd’hui l’art.
59 du Code a fait couler beaucoup d’encre depuis
l’adoption de cette disposition. La diversité des
opi­nions prétoriennes sur le sujet a créé certaines
zones d’incertitude que je me propose d’examiner
en l’espèce. Pour ce faire, je reviendrai d’abord sur
le contexte législatif de l’article, ses objectifs et
sa fonction, puis sur ses conditions d’application.
Enfin, je commenterai brièvement les pouvoirs que
cette disposition accorde à l’arbitre chargé d’en
vérifier l’applicabilité.
(1) Legislative Context, Objectives and Role of
Section 59
(1) Contexte législatif, objectifs et fonction de
l’art. 59
[29] The substance of what is now the first para­
graph of s. 59 of the Code was originally found at
the end of s. 24(1) of the Labour Relations Act,
R.S.Q. 1941, c. 162A, in a division entitled “For­
bid­den Practices” (“1944 Act”). This Act was in­
serted into the revised statutes in 1944 by the Act
to constitute a Labour Relations Board, S.Q. 1944,
c. 30. Inspired by a U.S. law generally known as the
Wagner Act (National Labor Relations Act, 49 Stat.
449 (1935)), the 1944 Act codified [translation]
“a partially new conception of labour-management
relations” while at the same time introducing “pro­
found changes” into the law then in force (M.-L.
Beaulieu, Les Conflits de Droit dans les Rapports
Collectifs du Travail (1955), at pp. 175-79). It gave
employees a right of association, established a bar­
gaining process, imposed on the parties a duty to
bargain in good faith and prohibited various types
of unfair practices (M. G. Bergeron, “La procédure
de négociation et le recours à la grève ou au lock­
out”, in Le Code du Travail du Québec (1965): le
XXe congrès des relations industrielles de l’Uni­
versité Laval (1965), 135, at pp. 136-39).
[29] L’essentiel de ce qui constitue aujourd’hui
le texte du premier alinéa de l’art. 59 du Code
fut d’abord intégré à la fin du par. 24(1) de la Loi
des relations ouvrières, S.R.Q. 1941, ch. 162A,
dans la section des « pratiques interdites » (« Loi
de 1944 »). Cette loi a été insérée dans les sta­tuts
refondus en 1944 par la Loi instituant une com­
mission de relations ouvrières, S.Q. 1944, ch. 30.
Inspirée d’une loi américaine généralement connue
comme le Wagner Act (National Labor Relations
Act, 49 Stat. 449 (1935)), la Loi de 1944 a codifié
« une conception en partie nouvelle des relations
patronales-ouvrières », tout en entraînant « de pro­
fondes modifications » au droit alors en vigueur
(M.-L. Beaulieu, Les Conflits de Droit dans les
Rap­ports Collectifs du Travail (1955), p. 175-179).
Cette loi a reconnu aux salariés le droit d’asso­cia­
tion, créé un processus de négociation, imposé aux
parties le devoir de négocier de bonne foi et inter­­
dit différents types de pratiques déloyales (M. G.
Bergeron, « La procédure de négociation et le
recours à la grève ou au lockout », dans Le Code
du Travail du Québec (1965) : le XXe congrès des
relations industrielles de l’Université Laval (1965),
135, p. 136-139).
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
Le juge LeBel
345
[30] Although the 1944 Act was an important step
in the development of labour relations in Quebec,
it failed to adequately protect the exercise of the
rights it affirmed (Bergeron, at p. 137). As a result,
20 years after it was enacted, it was replaced by
the first version of the Labour Code (R.S.Q. 1964,
c. 141). The objective of that code, which was the
product of a wide-ranging synthesis, was to estab­
lish a general scheme applicable to all labour re­
lations (R. P. Gagnon, L. LeBel and P. Verge, Droit
du travail en vigueur au Québec (1971), at p. 82;
G. Hébert, “Trends in the New Quebec Labour
Code” (1965), 20 I.R. 61, at p. 62).
[30] Étape importante dans l’aménagement des
relations de travail au Québec, la Loi de 1944 s’avé­
rera toutefois incapable de protéger adéquatement
l’exercice des droits qu’elle proclamait (Bergeron,
p. 137). Dans ce contexte, 20 ans après son édiction,
elle sera remplacée par la toute première version du
Code du travail (S.R.Q. 1964, ch. 141). Résultat
d’un travail de synthèse important, l’adoption de ce
code aura pour objectif d’établir un régime général
applicable à l’ensemble des relations de travail
(R. P. Gagnon, L. LeBel et P. Verge, Droit du travail
en vigueur au Québec (1971), p. 82; G. Hébert, « Le
Code du travail du Québec : Principales orienta­
tions » (1965), 20 R.I. 52, p. 54).
[31] The Code was more comprehensive than the
1944 Act, and was divided into nine chapters set
out in a logical order based on events in which an
association would be involved. In that codification,
the “Forbidden Practices” division of the 1944 Act
disappeared and its various sections were redis­
tributed. Because of the link between s. 24(1) and
the collective bargaining process, the substance of
that provision was naturally incorporated into the
chapter entitled “Collective Agreements”.
[31] Plus étoffé que la Loi de 1944, le Code sera
divisé en neuf chapitres, qui suivent l’ordre logi­
que et évolutif de la vie associative. À l’occasion
de cette codification, la section des « pratiques in­
ter­dites » de la Loi de 1944 disparaîtra, et ses diffé­
rents articles seront redistribués. En raison du lien
entre le par. 24(1) et le processus de négociation
col­lec­tive, l’essentiel du texte de cette disposition
se retrouvera alors naturellement intégré au chapitre
« De la convention collective ».
[32] In the years that followed the enactment
of the Code, recognition of this link between the
prohibition codified in s. 59 of today’s Code and the
“Collective Agreements” chapter led some to ex­
press the opinion that the section’s purpose was to
maintain a certain balance, or even the status quo,
during the negotiation of a collective agreement.
For example, shortly after the new Code came into
force, Judge Melançon of the Labour Court stated
that [translation] “[i]n our opinion, the purpose of
this section of the Labour Code is to ensure that the
balance that existed between the parties before the
petition for certification was filed . . . is maintained
. . . until one of the parties acquires the right to
strike or the right to lock out . . . ”: La Reine v.
Harricana Metal Inc., [1970] T.T. 97, at p. 99.
[32] Dans les années qui ont suivi l’adoption
du Code, la constatation de ce rattachement de la
prohibition aujourd’hui codifiée à l’art. 59 du Code
au chapitre « De la convention collective » amè­
nera certains à formuler l’opinion que l’objectif de
cette disposition serait d’assurer le maintien d’un
certain équilibre, voire du « statu quo », durant
la négo­ciation de la convention collective. À titre
d’exemple, au lendemain de l’entrée en vigueur du
nouveau Code, le juge Melançon du Tribunal du
tra­vail affirmera que « [l]’esprit de cet article du
Code du travail vise, à notre avis, à maintenir entre
les parties l’équilibre qui existait [. . .] avant le
dépôt de la requête en accréditation [. . .] jusqu’à
l’acquisition par l’une ou l’autre des parties du
droit à la grève et au “lock-out” . . . » : La Reine c.
Harricana Metal Inc., [1970] T.T. 97, p. 99.
[33] Adopting this logic in his reasons in the
instant case, Léger J.A. wrote that [translation]
“the purpose of section 59 is to strike a balance dur­
ing a clearly defined period of time, that is, through­
out the bargaining process” (para. 58). With respect,
[33] Reprenant cette logique à son compte, dans
le jugement que nous discutons, le juge Léger
écrit que « l’objectif de l’article 59 est de créer un
équilibre pendant une période bien définie, c’està-dire pendant tout le processus de négociations »
346
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
LeBel J.
[2014] 2 S.C.R.
I cannot agree with this conclusion. I have diffi­
culty finding that the legislature’s objective in enact­
ing this section was purely procedural. Frankly, I do
not see how maintaining the status quo or striking
a balance can be a legislative objective in itself.
Rather, the objective lies in what might flow from
the preservation of this balance.
(par. 58). Avec égards, je ne suis pas convaincu
de l’exactitude de cette conclusion. En effet, il est
difficile de conclure que l’objectif que poursuivait
le législateur en édictant cette disposition demeu­
rait d’ordre purement procédural. À vrai dire, je
con­çois fort mal que la recherche du statu quo ou
de l’équilibre puisse constituer un objectif législatif
en soi. L’objectif se retrouve plutôt dans ce que la
préservation de cet équilibre permet.
[34] In my opinion, the purpose of s. 59 in cir­
cumscribing the employer’s powers is not merely
to strike a balance or maintain the status quo, but is
more precisely to facilitate certification and ensure
that in negotiating the collective agreement the
par­ties bargain in good faith (Bergeron, at pp. 142
and 147; F. Morin, Le Code du travail: sa nature,
sa portée, ses effets (1971), at pp. 16-17; Club
coo­­pé­ratif de consommation d’Amos v. Union des
employés de commerce, section locale 508, [1985]
AZ-85141201 (T.A.), at pp. 11-12; Association des
juris­tes de l’État v. Commission des valeurs mobi­
lières du Québec, [2003] R.J.D.T. 579 (T.A.), at
para. 71).
[34] À mon avis, en encadrant les pouvoirs de
l’employeur, l’art. 59 ne vise pas seulement à créer
un équilibre ni à assurer le statu quo, mais plus
exactement à faciliter l’accréditation et à favoriser
entre les parties la négociation de bonne foi de la
convention collective (Bergeron, p. 142 et 147;
F. Morin, Le Code du travail : sa nature, sa por­
tée, ses effets (1971), p. 16-17; Club coopératif de
con­sommation d’Amos c. Union des employés de
commerce, section locale 508, [1985] AZ-85141201
(T.A.), p. 11-12; Association des juristes de l’État
c. Commission des valeurs mobilières du Québec,
[2003] R.J.D.T. 579 (T.A.), par. 71).
[35] The “freeze” on conditions of employment
codified by this statutory provision limits the use
of the primary means otherwise available to an
em­ployer to influence its employees’ choices: its
power to manage during a critical period (see G. W.
Adams, Canadian Labour Law (2nd ed. (looseleaf)), vol. 2, at p. 10-80.3; B. W. Burkett et al., eds.,
Federal Labour Law and Practice (2013), at p. 171).
By circumscribing the employer’s unilateral
decision-making power in this way, the “freeze”
limits any influence the employer might have on the
association-forming process, eases the con­cerns
of employees who actively exercise their rights,
and facilitates the development of what will even­
tually become the labour relations frame­work for
the business.
[35] En effet, le « gel » des conditions de travail
que codifie cette disposition législative limite
l’utilisation du moyen principal dont disposerait
autrement l’employeur pour influencer les choix
de ses employés : son pouvoir de gestion au cours
d’une période critique (voir G. W. Adams, Cana­
dian Labour Law (2e éd. (feuilles mobiles)), vol. 2,
p. 10-80.3; B. W. Burkett et autres, dir., Federal
Labour Law and Practice (2013), p. 171). Or, en
limitant ainsi le pouvoir de décision unilatérale de
l’employeur, le « gel » restreint l’influence poten­
tielle de celui-ci sur le processus associatif, diminue
les craintes des employés qui exercent activement
leurs droits et facilite le développement de ce qui
deviendra éventuellement le cadre des relations de
travail au sein de l’entreprise.
[36] In this context, it is important to recognize
that the true function of s. 59 is to foster the exer­
cise of the right of association: F. Morin et al.,
Le droit de l’emploi au Québec (4th ed. 2010), at
pp. 1122-23 (see also A. C. Côté, “Le gel statutaire
des conditions de travail” (1986), 17 R.G.D. 151, at
p. 152; Coopérative étudiante Laval v. Syndicat des
[36] Dans ce contexte, il importe de reconnaître la
fonction véritable de l’art. 59, qui consiste à favo­
riser l’exercice du droit d’association : F. Morin
et autres, Le droit de l’emploi au Québec (4e éd.
2010), p. 1122-1123 (voir aussi A. C. Côté, « Le gel
statutaire des conditions de travail » (1986), 17
R.G.D. 151, p. 152; Coopérative étudiante Laval c.
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
Le juge LeBel
347
travailleurs(euses) de la coopérative étudiante
Laval, [1984] AZ-84141225 (T.A.), at p. 22; Asso­
cia­tion du personnel administratif et profession­
nel de l’Université Laval (APAPUL) v. Syndicat
des employés de l’Université Laval (SCFP), sec­
tion locale 2500, [1985] AZ-85142069 (T.A.), at
pp. 43-44; Plastalène Corp. v. Syndicat des salariés
de Plastalène (C.S.D.), [1990] AZ-90141158 (T.A.);
Union des routiers, brasseries, liqueurs douces &
ouvri­ers de diverses industries (Teamsters, Local
1999) v. Quality Goods I.M.D. Inc., [1990] AZ90141179 (T.A.), at p. 6; Syndicat des salarié-e-s
de la Guilde des musiciens du Québec v. Guilde
des musiciens du Québec, [1998] AZ-98141137
(T.A.), at p. 11, aff’d 2001 CanLII 38640 (Que.
C.A.); Travailleurs et travailleuses de l’alimenta­
tion et du commerce, section locale 501 v. WalMart Can­ada (St-Hyacinthe), [2010] AZ-50688504
(T.A.), at para. 80).
Syndicat des travailleurs(euses) de la coopérative
étudiante Laval, [1984] AZ-84141225 (T.A.), p. 22;
Association du personnel administratif et profes­
sion­nel de l’Université Laval (APAPUL) c. Syndi­cat
des employés de l’Université Laval (SCFP), section
locale 2500, [1985] AZ-85142069 (T.A.), p. 4344; Plastalène Corp. c. Syndicat des salariés de
Plastalène (C.S.D.), [1990] AZ-90141158 (T.A.);
Union des routiers, brasseries, liqueurs douces &
ouvriers de diverses industries (Teamsters, Local
1999) c. Quality Goods I.M.D. Inc., [1990] AZ90141179 (T.A.), p. 6; Syndicat des salarié-e-s de
la Guilde des musiciens du Québec c. Guilde des
musiciens du Québec, [1998] AZ-98141137 (T.A.),
p. 11, conf. par 2001 CanLII 38640 (C.A. Qué.);
Tra­vailleurs et travailleuses de l’alimentation et du
commerce, section locale 501 c. Wal-Mart Canada
(St-Hyacinthe), [2010] AZ-50688504 (T.A.),
par. 80).
[37] By codifying a mechanism designed to facil­
itate the exercise of the right of association, s. 59
thus creates more than a mere procedural guaran­
tee. In a way, this section, by imposing a duty on the
em­ployer not to change how the business is man­
aged at the time the union arrives, gives employ­ees
a substantive right to the maintenance of their con­
ditions of employment during the statutory period.
This being said, it is the employees, as the holders
of that right, who must ensure that it is not violated.
[37] En codifiant un mécanisme destiné à facili­ter
la mise en œuvre du droit d’association, l’art. 59
crée donc plus qu’une simple garantie de nature pro­
cédurale. Pour ainsi dire, en imposant à l’employeur
le devoir de ne pas modifier le cadre normatif exis­
tant dans l’entreprise au moment de l’arrivée du
syndicat, cette disposition reconnaît aux employés
un droit substantiel au maintien de leurs conditions
de travail durant la période prévue par la loi. Ceci
étant dit, puisque les employés sont titulaires de
ce droit, il leur appartient de veiller à sa mise en
œuvre.
(2) Conditions for the Application of Sec­tion
59, Paragraph 1
(2) Les conditions d’application de l’art. 59,
al. 1
[38] I wish to note first that, since s. 59 is not di­
rectly concerned with the punishment of anti-union
conduct, the prohibition for which it provides will
apply regardless of whether it is proven that the
em­ployer’s decision was motivated by anti-union
animus (Union des routiers, brasseries, liqueurs
dou­ces & ouvriers de diverses industries; Syndicat
des employé-es de SPC Automation (CSN) v. SPC
Automation Inc., [1994] T.A. 718; Société des casi­
nos du Québec inc. v. Syndicat des employé(e)s
de la Société des casinos du Québec, [1996] AZ96142008 (T.A.); Sobey’s inc. (No 650) v. Syndi­
cat des travailleurs et travailleuses de Sobey’s de
[38] Comme l’art. 59 ne vise pas directement
à punir un comportement antisyndical, je tiens
d’abord à souligner qu’une preuve indiquant que la
déci­sion de l’employeur est motivée par un quel­
conque animus antisyndical n’est pas nécessaire
pour que s’applique la prohibition édictée par cet
article (Union des routiers, brasseries, liqueurs
dou­ces & ouvriers de diverses industries; Syndicat
des employé-es de SPC Automation (CSN) c. SPC
Automation Inc., [1994] T.A. 718; Société des casi­
nos du Québec inc. c. Syndicat des employé(e)s
de la Société des casinos du Québec, [1996] AZ96142008 (T.A.); Sobey’s inc. (No 650) c. Syndicat
348
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
LeBel J.
[2014] 2 S.C.R.
Baie-Comeau (CSN), [1996] AZ-96141261 (T.A.);
Association des juristes de l’État v. Conseil du Tré­
sor, 1999 CanLII 5144 (T.A.); Cen­tre de la petite
enfance Casse-Noisette inc. v. Syn­dicat des tra­vail­
leuses(eurs) en garderie de Mont­réal — CSN, [2000]
R.J.D.T. 1859 (T.A.); Asso­ciation des juristes de
l’État v. Commission des valeurs mobilières du
Québec; Côté, at p. 156). The essential question in
applying s. 59 is whether the employer unilaterally
changed its employees’ conditions of employment
during the period of the prohibition.
des travailleurs et travailleuses de Sobey’s de
Baie-Comeau (CSN), [1996] AZ-96141261 (T.A.);
Association des juristes de l’État c. Conseil du
Trésor, 1999 CanLII 5144 (T.A.); Centre de la petite
enfance Casse-Noisette inc. c. Syndicat des tra­
vail­leuses(eurs) en garderie de Montréal — CSN,
[2000] R.J.D.T. 1859 (T.A.); Association des juris­
tes de l’État c. Commission des valeurs mobi­liè­
res du Québec; Côté, p. 156). En effet, la ques­tion
essentielle dans la mise en œuvre de l’art. 59 con­
siste à décider si l’employeur a modifié unila­té­
ralement les conditions de travail de ses employés
durant la période prohibée.
[39] As a result, s. 59 requires that the union
rep­resenting the employees prove that a unilat­eral
change has been made. To discharge this bur­den,
the union must show: (1) that a condition of employ­
ment existed on the day the petition for certi­fi­ca­
tion was filed or a previous collective agreement
ex­pired; (2) that the condition was changed without
its consent; and (3) that the change was made be­
tween the start of the prohibition period and either
the first day the right to strike or to lock out was ex­
ercised or the day an arbitration award was handed
down, as the case may be. In the instant case, the
first two of these facts are disputed by the employer.
[39] En conséquence, selon l’art. 59, la preuve
d’une modification unilatérale revient au syndicat
représentant les employés. Pour se décharger de ce
fardeau, ce dernier devra démontrer : (1) qu’une
condition de travail existait au jour du dépôt de la
requête en accréditation ou de l’expiration d’une
convention collective antérieure; (2) que cette con­
dition a été modifiée sans son consentement; (3)
que cette modification est survenue entre le début
de la période prohibée et, selon le cas, le premier
jour d’exercice du droit de grève ou de lock-out, ou
encore le jour où a été rendue une sentence arbi­
trale. Dans l’affaire qui nous occupe, les deux pre­
miers éléments sont contestés par l’employeur.
(a) Continuation of the Employment Relation­
ship as a Condition of Employment
a) Le maintien du lien d’emploi comme con­
dition de travail
[40] The “condition of employment” concept
has been given a large and liberal interpretation
since this Court’s decision in Syndicat catholique
des employés de magasins de Québec Inc. v. Com­
pagnie Paquet Ltée., [1959] S.C.R. 206, at pp. 21112; see also Société des casinos du Québec inc., at
pp. 14-15; Syndicat des travailleurs et des tra­vail­
leuses des épiciers unis Métro-Richelieu (C.S.N.) v.
Lefebvre, 1996 CanLII 5705 (Que. C.A.), at p. 19;
Automobiles Canbec inc. v. Hamelin, 1998 CanLII
12602 (Que. C.A.); Séminaire de la Très SainteTrinité v. Tremblay, [1991] R.J.Q. 428 (Sup. Ct.), at
pp. 433-34; Sobey’s inc. (No 650), at p. 11; Asso­
ciation des juristes de l’État v. Conseil du Trésor,
at p. 15; Centre de la petite enfance Casse-Noisette
inc.; Association des juristes de l’État v. Com­
mis­­sion des valeurs mobilières du Québec, at
[40] La notion de condition de travail a toujours
été interprétée de manière large et libérale depuis
l’arrêt prononcé par notre Cour dans Syndicat
catho­lique des employés de magasins de Québec
Inc. c. Compagnie Paquet Ltée., [1959] R.C.S. 206,
p. 211-212; voir aussi Société des casinos du Qué­
bec inc., p. 14-15; Syndicat des travailleurs et des
travailleuses des épiciers unis Métro-Richelieu
(C.S.N.) c. Lefebvre, 1996 CanLII 5705 (C.A. Qué.),
p. 19; Automobiles Canbec inc. c. Hamelin, 1998
CanLII 12602 (C.A. Qué.); Séminaire de la Très
Sainte-Trinité c. Tremblay, [1991] R.J.Q. 428
(C.S.), p. 433-434; Sobey’s inc. (No 650), p. 11;
Asso­­ciation des juristes de l’État c. Conseil du
Trésor, p. 15; Centre de la petite enfance CasseNoisette inc.; Association des juristes de l’État c.
Commission des valeurs mobilières du Québec,
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
Le juge LeBel
349
pp. 598-99; Gagnon, LeBel and Verge, at pp. 23639; F. Morin and R. Blouin, with J.-Y. Brière and
J.-P. Villaggi, Droit de l’arbitrage de grief (6th ed.
2012), at p. 202.
p. 598-599; Gagnon, LeBel et Verge, p. 236-239;
F. Morin et R. Blouin, avec la collaboration de
J.-Y. Brière et J.-P. Villaggi, Droit de l’arbitrage de
grief (6e éd. 2012), p. 202.
[41] Thus, the “condition of employment” con­cept
is a flexible one that encompasses [trans­lation]
“anything having to do with the employment re­
lationship on either an individual or a collective
level” (Morin et al., at p. 1161; Pakenham v. Union
des vendeurs d’automobiles et employés auxiliai­
res, section locale 1974, UFCW, [1983] T.T. 189,
at pp. 193-94; Centre de la petite enfance CasseNoisette inc.). This flexibility led the Quebec courts
to hold long ago that, in the context of a con­tract of
employment for an indeterminate term, continua­
tion of the employment relationship con­stitutes
a condition of employment (Morin and Blouin, at
p. 202; Pakenham, at pp. 202-4; Union des employés
de commerce, local 500 v. Provost inc., [1981] S.A.G.
732; Scierie Béarn v. Syndicat des employ­és(es) de
bureau Scierie Béarn, [1988] AZ-88141194 (T.A.);
Séminaire de la Très Sainte-Trinité; Syndicat des
employés de la Commission scolaire du Haut StMaurice v. Rondeau, [1993] R.J.Q. 65 (C.A.), at
p. 68 a contrario; Union des employé-e-s de ser­vice,
local 800 v. 2162-5199 Québec Inc., [1994] T.A.
16).
[41] La notion de condition de travail représente
donc une expression flexible, qui englobe « tout ce
qui a trait à la relation d’emploi, tant sur le plan
individuel que collectif » (Morin et autres, p. 1161;
Pakenham c. Union des vendeurs d’automobiles et
employés auxiliaires, section locale 1974, UFCW,
[1983] T.T. 189, p. 193-194; Centre de la petite
enfance Casse-Noisette inc.). S’appuyant sur cette
flexibilité, la jurisprudence québécoise reconnaît
depuis longtemps que, dans le contexte du contrat
de travail à durée indéterminée, le maintien du lien
d’emploi constitue une condition de travail (Morin
et Blouin, p. 202; Pakenham, p. 202-204; Union des
employés de commerce, local 500 c. Provost inc.,
[1981] S.A.G. 732; Scierie Béarn c. Syndicat des
employés(es) de bureau Scierie Béarn, [1988]
AZ-88141194 (T.A.); Séminaire de la Très SainteTrinité; Syndicat des employés de la Commis­sion
scolaire du Haut St-Maurice c. Rondeau, [1993]
R.J.Q. 65 (C.A.), p. 68 a contrario; Union des
employé-e-s de service, local 800 c. 2162-5199
Québec Inc., [1994] T.A. 16).
[42] The condition of continued employment
is implicitly incorporated into the contract of em­
ployment and need not be expressly stipulated. The
essence of every contract is that it requires each
party to perform its obligations as long as the other
party does so and no other recognized cause of ex­
tinction of obligations occurs (art. 1458, para. 1
and art. 1590, para. 1 of the Civil Code of Québec
(“C.C.Q.”), see D. Lluelles and B. Moore, Droit des
obligations (2nd ed. 2012), at para. 1969). The law
applicable to contracts of employment does not
stray from this principle in providing that where a
contract is resiliated, a “serious reason” (art. 2094
C.C.Q.) or “good and sufficient cause” (s. 124 A.L.S.)
must be shown, or reasonable notice must be given
(art. 2091 C.C.Q. and s. 82 A.L.S.). Absent one of
these justifications, the employer is bound by an
ob­ligation to continue employing the employee.
This principle is all the more fundamental in our
[42] La condition du maintien du lien d’emploi
est intégrée de manière implicite au contrat de tra­
vail, sans qu’il soit nécessaire de la stipuler expres­
sément. En effet, c’est le propre de tout contrat que
d’obliger chacune des parties à exécuter ses pres­
tations, tant et aussi longtemps que l’autre en fait
autant ou que n’intervient pas une autre cause
recon­nue d’extinction des obligations (art. 1458,
al. 1 et art. 1590, al. 1 du Code civil du Québec
(« C.c.Q. »); voir D. Lluelles et B. Moore, Droit des
obligations (2e éd. 2012), par. 1969). En soumettant
la résiliation du contrat à la démonstration d’un
« motif sérieux » (art. 2094 C.c.Q.) ou d’une « cause
juste et suffisante » (art. 124 L.n.t.) ou à la commu­
nication d’un avis raisonnable (art. 2091 C.c.Q.
et art. 82 L.n.t.), le droit applicable au contrat de
travail ne fait pas exception à ce principe. Jusqu’à
ce que survienne un de ces cas, l’employeur se
trouve lié par une obligation de maintenir le salarié
350
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
LeBel J.
[2014] 2 S.C.R.
modern society, because the systemic importance
of work means that the vast majority of employees
are completely dependent on their jobs (in this re­
gard, see Reference re Public Service Employee
Rela­tions Act (Alta.), [1987] 1 S.C.R. 313, at p. 368;
Delisle v. Canada (Deputy Attorney General),
[1999] 2 S.C.R. 989, at para. 66; U.F.C.W., Local
1518 v. KMart Canada Ltd., [1999] 2 S.C.R. 1083, at
para. 25; Isidore Garon ltée v. Tremblay, 2006 SCC
2, [2006] 1 S.C.R. 27, at para. 35). In this con­text, it
can be said that such employees have a rea­sonable
expectation that their employer will not terminate
their employment except to the extent and in the
circumstances provided for by law.
dans son emploi. D’ailleurs, ce principe est d’autant
plus fondamental, dans notre société moderne, que
l’importance systémique du travail rend la grande
majorité des salariés totalement dépendants de leur
emploi (en ce sens, Renvoi relatif à la Public Ser­
vice Employee Relations Act (Alb.), [1987] 1 R.C.S.
313, p. 368; Delisle c. Canada (Sous-procu­reur géné­
ral), [1999] 2 R.C.S. 989, par. 66; T.U.A.C., sec­
tion locale 1518 c. KMart Canada Ltd., [1999] 2
R.C.S. 1083, par. 25; Isidore Garon ltée c. Trem­blay,
2006 CSC 2, [2006] 1 R.C.S. 27, par. 35). Dans
ce contexte, on peut affirmer qu’il existe chez ces
salariés une attente raisonnable que l’employeur
ne remettra pas en cause leur emploi, sauf dans la
mesure et les circonstances prévues par la loi.
[43] Whether it is based on the Civil Code, on
labour legislation or on the implicit content of a con­
tract of employment, this right to continued em­ploy­
ment is therefore always the basis for a con­dition
of em­ployment for employees (art. 1434 C.C.Q.).
How­ever, this condition is not absolute. The em­
ployer retains at all times the power to manage its
business, and this includes the power to resiliate
the contract of employment of one or more of its
em­ployees for “legitimate reasons” (economic, dis­
ci­plinary, etc.) or upon “sufficient” notice of ter­mi­
nation.
[43] Qu’il soit fondé sur le Code civil, la légis­
lation en matière de travail ou le contenu impli­
cite d’un contrat de travail, ce droit au maintien de
l’emploi constitue donc toujours, pour le salarié,
l’objet d’une condition de travail (art. 1434 C.c.Q.).
Toutefois, cette condition n’est ni intangible ni
abso­lue. En effet, l’employeur conserve en tout
temps le pouvoir de gérer son entreprise, pouvoir
qui inclut celui de résilier, pour des « raisons légi­
times » (économique, disciplinaire ou autre) ou
moyennant un délai de congé « suffisant », le con­trat
de travail de l’un ou de plusieurs de ses employés.
[44] Section 59 does not change this factual and
legal situation. Like any other condition of em­ploy­
ment, maintenance of the employment rela­tion­ship
remains a condition but is nevertheless subject to
the employer’s exercise of its management power.
Therefore, in the words of Deschamps J.A., as she
then was, [translation] “although dismissal is not,
strictly speaking, a condition of employment, the
con­dition of continued employment, and thus the
pro­tec­tion against dismissal without a good and
sufficient reason, can be included in the conditions
of employment covered by section 59 L.C.”: Auto­
mobiles Canbec inc., at p. 13.
[44] L’article 59 ne modifie pas cet état de fait et
de droit. Comme toute autre condition de travail,
celle relative au maintien du lien d’emploi subsiste,
mais elle reste toujours sujette à l’exercice du pou­
voir de gestion de l’employeur. Ainsi, comme l’écri­
vait la juge Deschamps, alors membre de la Cour
d’appel du Québec, « si le congédiement n’est
pas à proprement parler une condition de travail,
les conditions de maintien à l’emploi donc la pro­
tection contre un congédiement sans cause juste
et suffisante peut être incluse dans les condi­
tions de travail couvertes par l’article 59 C.T. » : 
Automobiles Canbec inc., p. 13.
[45] In extending the conditions and powers that
exist at the time the petition for certification is
filed, s. 59 does not make them different in de­
gree. Although continuation of the employment re­
lation­ship remains a condition of employment, that
[45] En reconduisant les conditions et pouvoirs
existants au moment du dépôt de la requête en
accréditation, l’art. 59 ne modifie pas leur inten­
sité. De fait, si le maintien du lien d’emploi
demeure l’objet d’une condition de travail, ce lien
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
Le juge LeBel
351
rela­tionship does not become any more or less
“certain” than before (Coopérative étudiante Laval,
at pp. 32-33; Union des employé-e-s de service,
local 800, at pp. 22-31; Syndicat des salariés des
Industries Leclerc (CSD) v. Industries Leclerc inc.,
[1996] T.A. 554; Syndicat des salarié-e-s de la
Guilde des musiciens du Québec, at p. 12; Fraternité
des poli­ciers et policières de Carignan v. Ville de
Carignan, [2000] AZ-00142040 (T.A.), at p. 56;
Asso­ciation des juristes de l’État v. Commission
des valeurs mobilières du Québec, at para. 76). The
employer can therefore resiliate a contract if it does
so for legitimate reasons within the meaning of
the law. In such a case, however, for the resiliation
not to be considered a change in conditions of
employment within the meaning of s. 59, it must be
consistent with the employer’s normal management
practices in this regard.
ne devient ni moins ni plus « certain » qu’aupara­
vant (Coopé­rative étudiante Laval, p. 32-33; Union
des employé-e-s de service, local 800, p. 22-31;
Syndi­cat des salariés des Industries Leclerc (CSD)
c. Industries Leclerc inc., [1996] T.A. 554; Syndi­
cat des salarié-e-s de la Guilde des musiciens du
Québec, p. 12; Fraternité des policiers et policières
de Carignan c. Ville de Carignan, [2000] AZ00142040 (T.A.), p. 56; Association des juristes
de l’État c. Commis­sion des valeurs mobilières du
Québec, par. 76). Dans ce contexte, s’il possède
des raisons légiti­mes au sens de la loi pour le
faire, l’employeur pourra résilier le contrat. Le cas
échéant, toutefois, pour que cette résiliation ne soit
pas assimilée à une modification des conditions de
travail au sens de l’art. 59, elle devra s’effec­tuer
conformément aux pratiques habituelles de ges­tion
de l’employeur en la matière.
(b) Changes in Conditions of Employment and
the “Business as Usual” Rule
b) La modification des conditions de travail et
la règle des « pratiques habituelles »
[46] To prove that the change made by the em­
ployer is a “change in conditions of employment”
within the meaning of s. 59, the union cannot sim­
ply show that the employer has modified how it runs
its business. It must also establish that this modi­fi­
cation is inconsistent with the employer’s “normal
management practices”: M. Coutu et al., Droit des
rapports collectifs du travail au Québec (2nd ed.
2013), vol. 1, Le régime général, at pp. 577-79.
[46] Pour prouver que la modification apportée
par l’employeur constitue une « modification des
conditions de travail » au sens de l’art. 59, le syn­
dicat ne peut pas se contenter de démontrer qu’un
changement est survenu dans le cadre normatif de
l’entreprise. Il doit, au surplus, établir que le chan­
gement dénoncé n’est pas conforme aux « pra­
tiques habituelles » de gestion de l’entreprise : 
M. Coutu et autres, Droit des rapports collectifs du
travail au Québec (2e éd. 2013), vol. 1, Le régime
général, p. 577-579.
[47] Although s. 59 of the Code might seem, if
interpreted literally and in isolation, to have the
effect of completely “fixing” or “freezing” the em­
ployer’s business environment, the opposite is in
fact true: to avoid paralyzing the business, the sec­
tion leaves the employer with its general manage­
ment power, which survives the union’s arrival on
the scene but is then circumscribed by the law. This
power must be exercised [translation] “in a man­
ner consistent with the rules that applied previously
and with the employer’s usual business practices
from before the freeze”: P. Verge, G. Trudeau and
G. Vallée, Le droit du travail par ses sources (2006),
at p. 139; R. P. Gagnon et al., Le droit du travail du
Québec (7th ed. 2013), at pp. 597-98.
[47] En effet, bien qu’une interprétation pure­
ment littérale et hors contexte de l’art. 59 du Code
puisse suggérer une conclusion contraire, cette dis­
po­sition n’a pas pour effet de « figer » ou de « geler »
totalement l’environnement normatif du travail.
Au contraire, afin d’éviter la paralysie de l’entre­
prise, elle laisse à l’employeur son pouvoir géné­
ral de gestion. Survivant à l’arrivée du syndicat, ce
pouvoir se trouve toutefois désormais encadré par
la loi. Il doit être exercé « à l’intérieur des normes
qui s’imposaient antérieurement et selon les prati­
ques qui avaient cours dans l’entreprise » : P. Verge,
G. Trudeau et G. Vallée, Le droit du travail par ses
sources (2006), p. 139; R. P. Gagnon et autres, Le
droit du travail du Québec (7e éd. 2013), p. 597-598.
352
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
LeBel J.
[2014] 2 S.C.R.
[48] In this context, the employer cannot simply
argue that its decision is consistent with the pow­
ers conferred on it in the individual contract of em­
ployment and by the general law before the petition
for certification was filed. It must continue acting the
way it acted, or would have acted, before that date
(Syndicat des employés de la Commission sco­laire
du Haut St-Maurice; Gravel & Fils Inc. v. Syndicat
d’entreprises funéraires, [1984] T.A. 87, at pp. 90-91;
Pakenham; Woolco (No. 6291) v. Syndicat national
des employés de magasins de Chicoutimi (CSN),
[1983] AZ-83141325 (T.A.), at pp. 7-8; Association
du personnel administratif et professionnel de l’Uni­
versité Laval (APAPUL); Plastalène Corp.; Syndicat
des salariés des Indus­tries Leclerc (CSD); Syndicat
des employés de Télé­marketing Unimédia (CSN) v.
UniMarketing inc., [1997] T.A. 549; Association des
juristes de l’État v. Commission des valeurs mobi­
lières du Québec, at para. 84; Travailleurs et travail­
leuses de l’ali­mentation et du commerce, section
locale 501, at para. 80).
[48] Dans ce contexte, l’employeur ne peut se
limiter à prétendre que sa décision est conforme aux
pouvoirs que lui attribuaient le contrat individuel de
travail et le droit commun avant le dépôt de la requête
en accréditation. Il doit dorénavant continuer à agir
comme il le faisait, ou l’aurait fait, avant cette date
(Syndicat des employés de la Commission scolaire
du Haut St-Maurice; Gravel & Fils Inc. c. Syndicat
d’entre­prises funéraires, [1984] T.A. 87, p. 90-91;
Pakenham; Woolco (No. 6291) c. Syndicat national des
employés de magasins de Chicoutimi (CSN), [1983]
AZ-83141325 (T.A.), p. 7-8; Association du personnel
administratif et professionnel de l’Université Laval
(APAPUL); Plastalène Corp.; Syndicat des salariés
des Industries Leclerc (CSD); Syndicat des employés
de Télémarketing Unimédia (CSN) c. UniMarketing
inc., [1997] T.A. 549; Association des juristes de l’État
c. Commission des valeurs mobilières du Québec,
par. 84; Travailleurs et travailleuses de l’alimentation
et du commerce, section locale 501, par. 80).
[49] On this point, I wish to stress that to accept
the opposite argument — that the employer can
change its management practices in all cir­cum­
stances because it had the power to do so before
the union’s arrival — would be to deprive s. 59 of
any effect. Thus, s. 59 was enacted for the spe­cific
purpose of preventing the employer from [trans­
lation] “exercising its great freedom of action at
the last minute by being particularly generous or
adopting any other pressure tactic” (Morin et al.,
at p. 1122). To permit the employer to keep us­ing
its managerial powers as if nothing had changed
would, when all is said and done, be to allow the
em­ployer to do that which the law is actually meant
to prohibit.
[49] Sur ce point, je tiens à souligner que le
fait d’accepter la thèse contraire — à savoir que
l’employeur peut toujours modifier ses normes de
gestion, parce qu’il jouissait de ce pouvoir avant
l’arriv­ée du syndicat — priverait l’art. 59 de tout
effet. Cette disposition, je le rappelle, a été édictée
dans le but précis d’empêcher l’employeur d’« uti­
li­ser in extremis sa grande liberté de manœu­vre
pour être particulièrement généreux ou exercer quel­
que autre moyen de pression » (Morin et autres,
p. 1122). Or, lui permettre de continuer à utiliser ses
pouvoirs de gestion comme si rien n’avait changé
reviendrait en définitive à lui permettre de faire ce
que la loi vise pourtant à prohiber.
[50] Professor Côté comments as follows in this
regard:
[50] À ce propos, le professeur Côté formule
d’ail­leurs les observations suivantes :
[translation] [S]uch an approach, which would
ultimately involve maintaining, without qualification, the
employer’s power and prerogative to unilaterally dictate
or change conditions of employment, in law or in fact,
could quickly become paradoxical.
[U]ne telle approche qui consisterait, à la limite, à
main­tenir sans nuances les pouvoirs et prérogatives de
l’employeur de dicter ou de modifier unilatéralement, en
droit ou en fait, les conditions de travail risque de devenir
rapidement antinomique.
What would be the rationale for this rule if it were
to be interpreted as affirming, under the guise of a
Quelle serait la raison d’être de cette règle si on devait
l’interpréter ainsi comme consacrant, sous le couvert
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
Le juge LeBel
353
pro­hibition against changing conditions of employ­ment,
a nearly absolute power to change such conditions by
sophistically equating that power with a condition of
employment? [p. 161]
d’une prohibition de modifier les conditions de travail,
le pouvoir quasi absolu de modifier les conditions de
travail, en assimilant, de façon sophistique, ce pouvoir à
une condition de travail? [p. 161]
[51] An interpretation that would leave the em­
ployer with all the freedom it had before the pe­ti­
tion for certification was filed would be contrary
to s. 41 of the Interpretation Act, CQLR, c. I-16,
which favours a broad and purposive interpreta­
tion of the provision. It seems to me that such an
interpretation would also overlook the fact that the
employer ceases to have sole control over labour re­
lations in its business after the union arrives on the
scene. Once the petition for certification is filed, the
employer is dealing with [translation] “the pos­
sible implementation of a new scheme of la­bour
relations in the business, a system that is now in­sti­
tutionalized”, and it must take this new system into
account in exercising its management power: R.
Blouin, “La convention collective de travail en tant
qu’instrument juridique non contractuel et mono­
polisateur des conditions de travail, d’où la pro­blé­
matique particulière qui en découle dans le secteur
de l’éducation”, in Barreau du Québec, vol. 235,
Développements récents en droit du travail dans le
secteur de l’éducation (2005), 51, at p. 68.
[51] Une interprétation laissant à l’employeur
toute la latitude qu’il possédait avant le dépôt de
la requête en accréditation violerait les pres­crip­
tions de l’art. 41 de la Loi d’interprétation, RLRQ,
ch. I-16, lesquelles privilégient une interprétation
large et téléologique de la disposition. Il m’apparaît
que cette interprétation ferait aussi abstraction du
fait que, après l’arrivée du syndicat, l’employeur ne
con­trôle désormais plus seul les relations de tra­vail
dans son entreprise. En effet, à partir du dépôt de la
demande d’accréditation, il fait face à « l’éventua­
lité de l’implantation d’un nouvel ordre de relations
du travail dans l’entreprise, un régime dorénavant
institutionnalisé » et dont il doit tenir compte dans
l’exercice de son pouvoir de gestion : R. Blouin,
« La convention collective de travail en tant qu’ins­
tru­ment juridique non contractuel et monopolisa­
teur des conditions de travail, d’où la problématique
particulière qui en découle dans le secteur de l’édu­
cation », dans Barreau du Québec, vol. 235, Déve­
lop­pements récents en droit du travail dans le
secteur de l’éducation (2005), 51, p. 68.
[52] In this context, to find that there has been
no unlawful change in conditions of employment
within the meaning of s. 59 of the Code, an arbi­
tra­tor must do more than simply determine that the
employer had the power to act the way it did be­fore
the union’s arrival. He or she must also be satis­fied
that the employer’s decision was consistent with its
normal management practices or, in other words,
that it would have done the same thing had there
been no petition for certification.
[52] Dans ce cadre, pour conclure à l’absence de
modification illégale des conditions de tra­vail au
sens de l’art. 59 du Code, l’arbitre ne peut se con­
tenter de vérifier si l’employeur détenait le pouvoir
d’agir comme il l’a fait avant l’arrivée du syndicat
dans son entreprise. Il lui faut également être con­
vaincu que la décision de l’employeur demeu­rait
conforme à ses pratiques habituelles de gestion
ou, exprimé autrement, qu’il aurait procédé de la
même manière en l’absence d’une requête en
accréditation.
[53] There will often be an inevitable overlap be­
tween proving the employer’s power and proving
that the power was exercised in accordance with
past management practices. An arbitrator hearing a
complaint concerning the resiliation of the con­tract
of employment of an employee who had, without
jus­tification, no longer been performing his or her
work for weeks can thus readily conclude that the
decision was based on a power that the employer
[53] Le recoupement entre la preuve du pouvoir
de l’employeur et celle de son utilisation conforme
aux pratiques de gestion antérieures sera souvent
inévitable. Ainsi, l’arbitre saisi d’une plainte basée
sur la résiliation du contrat de travail d’un employé
ne fournissant plus sa prestation de travail sans
justification depuis des semaines pourra facilement
conclure qu’il s’agit là d’une décision fondée sur
un pouvoir que l’employeur aurait utilisé, malgré le
354
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
LeBel J.
[2014] 2 S.C.R.
would have exercised even if the petition for cer­
ti­fication had not been filed. However, many situ­
a­tions arise in which proof of the existence of a
power will not automatically support a conclusion
that it has been exercised in a particular way. For
example, the fact that an employer can unilater­ally
increase its employees’ wages without notice does
not necessarily prove that it would have done so had
a union not come on the scene.
dépôt de la requête en accréditation. Toutefois, il se
présente de nombreuses situations où la preuve de
l’existence d’un pouvoir ne permet pas de conclure
automatiquement à son utilisation d’une manière
donnée. À titre d’exemple, le fait qu’un employeur
puisse augmenter unilatéralement et sans préavis le
salaire de ses employés ne prouve pas forcément
qu’il l’aurait fait, n’eût été l’arrivée d’un syndicat
dans l’entreprise.
[54] Unlike s. 17 of the Code, s. 59 does not create
a presumption “of change” or automatically reverse
the burden of proof, which continues to rest with the
employees and the union. The latter must therefore
adduce sufficient evidence to prove that the alleged
change is inconsistent with the employer’s “normal
management practices”. However, nothing prevents
the arbitrator hearing the complaint from drawing
presumptions of fact from the whole of the evidence
presented before him or her in accordance with the
general rules of the law of civil evidence (arts. 2846
and 2849 C.C.Q.) as normally applied. As a result,
if the union submits evidence from which the arbi­
trator can infer that a specific change does not seem
to be consistent with the employer’s normal man­age­
ment practices, a failure by the employer to ad­duce
evidence to the contrary is likely to have an adverse
effect on its case (J.-C. Royer and S. Lavallée,
La preuve civile (4th ed. 2008), at p. 748).
[54] Contrairement à l’art. 17 du Code, l’art. 59
ne crée ni présomption « de modification » ni ren­
ver­sement automatique du fardeau de preuve. Le far­
deau de présentation demeure sur les épaules des
employés et du syndicat. Dans ce contexte, il leur
revient de présenter des éléments de preuve suffi­
sants pour établir l’incompatibilité entre le change­
ment allégué et les « pratiques habituelles » de
gestion de l’employeur. Toutefois, rien n’empêche
l’arbitre chargé d’entendre la plainte d’induire des
présomptions de fait de l’ensemble de la preuve pré­
s­entée devant lui, conformément aux règles géné­
rales du droit de la preuve civile (art. 2846 et 2849
C.c.Q.) et à leur mise en application normale. Ainsi,
dans la mesure où le syndicat présente des éléments
de preuve permettant à l’arbitre d’induire qu’un
changement donné ne semble pas être conforme à
ces pratiques habituelles, l’absence de présentation
d’une preuve contraire par l’employeur risque de
lui être défavorable (J.-C. Royer et S. Lavallée, La
preuve civile (4e éd. 2008), p. 748).
[55] Regardless of who adduced the evidence to
be considered by the arbitrator, there are two ways
for the arbitrator to determine whether a spe­cific
change is consistent with the employer’s normal
management practices. First, for the employer’s de­
cision not to be considered a change in conditions
of employment within the meaning of s. 59 of the
Code, the arbitrator must be satisfied that it was
made in accordance with the employer’s past man­
agement practices. In the words of Judge Auclair,
the arbitrator must be able to conclude that the
employer’s decision was made [translation] “in
accordance with criteria it established for itself
before the arrival of the union in its workplace”: 
Pakenham, at p. 202. (See also Woolco (No. 6291),
at pp. 7-8; Gravel & Fils Inc., at p. 90; Plastalène
Corp.; Union des routiers, brasseries, liqueurs
[55] Quelle que soit la source des éléments de
preuve qu’il considérera, l’arbitre dispose de deux
moyens pour se prononcer sur la conformité entre
un changement donné et les pratiques habituelles
de gestion de l’employeur. Dans un premier temps,
pour que la décision de l’employeur ne soit pas
assi­milée à une modification des conditions de tra­
vail au sens de l’art. 59 du Code, l’arbitre devra être
con­vaincu qu’elle a été prise en conformité avec ses
pratiques antérieures de gestion. Pour reprendre
l’expression du juge Auclair, il devra être en mesure
de conclure que la décision patronale a été prise
« selon les paramètres qu’il s’est lui-même impo­sés
avant la venue du syndicat chez lui » : Pakenham,
p. 202. (Voir aussi Woolco (No. 6291), p. 7-8;
Gravel & Fils Inc., p. 90; Plastalène Corp.; Union
des routiers, brasseries, liqueurs douces & ouvriers
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
Le juge LeBel
355
douces & ouvriers de diverses industries, at pp. 6-7;
Société des casinos du Québec inc., at pp. 16-19;
Association des juristes de l’État v. Commission des
valeurs mobilières du Québec, at para. 75.)
de diverses industries, p. 6-7; Société des casinos
du Québec inc., p. 16-19; Association des juristes
de l’État c. Commission des valeurs mobilières du
Qué­bec, par. 75.)
[56] Second, the courts have held that the em­
ployer must continue to be able to adapt to the
changing nature of the business environment in
which it operates. For example, in some situations
in which it is difficult or impossible to determine
whether a particular management practice ex­isted
before the petition for certification was filed, the
courts accept that a decision that is [translation]
“reasonable”, based on “sound management” and
consistent with what a “reasonable employer in the
same position” would have done can be seen as
fall­ing within the employer’s normal management
practices (Gagnon et al., at p. 600; Burkett et al.,
at p. 171; Plastalène Corp.; Syndicat des employés
de Télémarketing Unimédia (CSN); Association des
juristes de l’État v. Commission des valeurs mobi­
lières du Québec; Société du centre Pierre-Péladeau
v. Alliance internationale des employés de scène et
de théâtre, du cinéma, métiers connexes et des artis­
tes des États-Unis et du Canada (I.A.T.S.E.), section
locale 56, 2006 CanLII 32333 (T.A.); Travailleurs
et travailleuses de l’alimentation et du commerce,
section locale 501).
[56] Dans un deuxième temps, la jurisprudence
reconnaît que l’entreprise doit rester en mesure de
s’adapter au contexte variable de l’environnement
commercial dans lequel elle évolue. Par exemple,
dans certains scénarios où il est difficile ou impos­
sible de déterminer si une pratique de gestion donnée
existait avant le dépôt de la requête en accrédita­tion,
la jurisprudence pertinente admet qu’il est possible
de considérer qu’une décision « rai­son­nable », de
« saine gestion », conforme à ce qu’aurait fait un
« employeur raisonnable placé dans la même situa­
tion », relève des pratiques habituelles de gestion
(Gagnon et autres, p. 600; Burkett et autres, p. 171;
Plastalène Corp.; Syndicat des employés de Télé­
marketing Unimédia (CSN); Association des juris­
tes de l’État c. Commission des valeurs mobilières
du Québec; Société du centre Pierre-Péladeau c.
Alliance internationale des employés de scène et de
théâtre, du cinéma, métiers connexes et des artistes
des États-Unis et du Canada (I.A.T.S.E.), section
locale 56, 2006 CanLII 32333 (T.A.); Travailleurs
et travailleuses de l’alimentation et du commerce,
section locale 501).
[57] Thus, a change can be found to be consis­
tent with the employer’s “normal management
pol­icy” if (1) it is consistent with the employer’s
past management practices or, failing that, (2) it is
consistent with the decision that a reasonable em­
ployer would have made in the same circumstances.
In other words, a change [trans­lation] “that would
have been handled the same way had there been
no attempt to form a union or process to renew a
collective agreement should not be considered a
change in conditions of employment to which sec­
tion 59 of the Labour Code applies”: Club coopé­
ratif de consommation d’Amos, at p. 12.
[57] Un changement pourra donc être déclaré
conforme à la « politique habituelle de gestion » de
l’employeur (1) s’il est cohérent avec ses pratiques
antérieures de gestion ou, à défaut, (2) s’il est con­
forme à la décision qu’aurait prise un employeur
raisonnable placé dans les mêmes circonstances.
En d’autres mots, la modification « qui aurait été
administrée de la même façon, en dehors d’un pro­
cessus de syndicalisation ou de renouvellement
de convention collective, ne doit pas être considé­
rée comme un changement dans les conditions de
travail visé par l’article 59 du code du travail » :
Club coopératif de consommation d’Amos, p. 12.
[58] In either case, whatever the nature of the cir­
cumstances relied on by the employer in mak­ing the
change, the arbitrator dealing with the com­plaint
must first be satisfied that those circum­stances
ex­ist and that they are genuine (see Gravel & Fils
Inc., at p. 91; Mont-Laurier (Ville de) v. Syndicat des
[58] Par ailleurs, dans un cas comme dans l’autre,
quelle que soit la nature des circonstances invo­
quées par l’employeur pour procéder au chan­ge­
ment, l’arbitre appelé à statuer devra d’abord être
convaincu de l’existence de ces circonstances et
de leur véracité (voir Gravel & Fils Inc., p. 91;
356
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
LeBel J.
[2014] 2 S.C.R.
professionnels et professionnelles de la Ville de
Mont-Laurier (CSN), 1995 CanLII 1874 (T.A.), at
pp. 33-37; Syndicat des employés de Télémarket­
ing Unimédia (CSN), at pp. 559-60; Syndicat des
salarié-e-s de la Guilde des musiciens du Québec,
at pp. 12-13; Syndicat des travailleuses et tra­
vail­leurs du Centre d’approbation de Nordia —
CSN v. Nordia Inc., 2012 CanLII 82540 (T.A.), at
paras. 429-44).
Mont-Laurier (Ville de) c. Syndicat des profes­
sion­nels et professionnelles de la Ville de MontLaurier (CSN), 1995 CanLII 1874 (T.A.), p. 33-37;
Syndicat des employés de Télémarketing Unimé­
dia (CSN), p. 559-560; Syndicat des salarié-e-s
de la Guilde des musiciens du Québec, p. 12-13;
Syndicat des tra­vailleuses et travailleurs du Centre
d’approbation de Nordia — CSN c. Nordia Inc.,
2012 CanLII 82540 (T.A.), par. 429-444).
[59] When all is said and done, although the ar­
bitrator has the power to assess the nature of the
change contested by the union and the context in
which it was made, the Code, far from prohibiting
all changes in conditions of employment, prohib­
its those that are not consistent with the manage­
ment policy the employer adopted or would have
adopted before the union’s arrival. This analytical
approach leaves the employer with the freedom of
action it needs to continue operating its business as
it did before that time. The approach is thus per­
fectly consistent with the objectives of the stat­
utory “freeze”, since it protects the employees’
rights without depriving the employer of all of its
management power.
[59] En définitive, bien que l’arbitre soit investi
du pouvoir d’apprécier la nature et le contexte
dans lequel le changement dénoncé par le syndicat
a été effectué, le Code est loin d’interdire en soi
toute modification des conditions de travail. Il
prohibe plutôt les modifications non conformes à la
politique de gestion qu’avait ou qu’aurait adoptée
l’employeur avant l’arrivée du syndicat dans son
entreprise. Cette méthode d’analyse reconnaît à
l’employeur la marge de manœuvre nécessaire pour
continuer à exploiter son entreprise comme il le
faisait jusque là. Elle répond alors parfaitement aux
objectifs que poursuit le « gel » imposé par la loi.
En effet, elle protège les droits des employés, sans
pour autant déposséder l’employeur de l’ensemble
de son pouvoir de gestion.
[60] The mechanism codified in s. 59 is by no
means specific to Quebec, as it exists in all prov­
inces of Canada and at the federal level (Adams,
at pp. 10-80.3 to 10-96; Burkett et al., at p. 171).
In all the general labour relations schemes in Can­
ada, therefore, although the employer does not lose
its right to manage its business simply because of
the arrival of a union, it must, from that point on,
ex­ercise that right as it did or would have done
be­fore then (see Spar Aerospace Products Ltd. v.
Spar Professional and Allied Technical Employ­ees
Association, [1979] 1 C.L.R.B.R. 61; MetropolBasefort Security Group Ltd. (1990), 79 di 139
(C.L.R.B.); Bizeau v. Aéroport de Québec Inc., 2004
CIRB 261 (CanLII); Public Service Alliance of
Canada v. Hamlet of Kugaaruk, 2010 CIRB 554
(CanLII); D. J. Corry, Collective Bargaining and
Agreement (loose-leaf), vol. 1, at ¶9:1200). If
the employer does not exercise its prerogatives
consistently, it is liable to whatever penalty the
arbitra­tor considers appropriate in the cir­cum­
stances.
[60] Loin d’être particulier au Québec, le méca­
nisme codifié à l’art. 59 existe dans toutes les pro­
vinces canadiennes ainsi qu’au niveau fédéral
(Adams, p. 10-80.3 à 10-96; Burkett et autres,
p. 171). Ainsi, dans tous les régimes généraux de
relations de travail au Canada, si l’employeur ne
perd pas son droit de gestion du seul fait de l’arri­
vée d’un syndicat dans son entreprise, il doit
désor­mais l’exercer comme il le faisait ou l’aurait
fait avant cet événement (voir Spar Aero­space
Products Ltd. c. Spar Professional and Allied Tech­
nical Employees Association, [1979] 1 C.L.R.B.R.
61; Metropol-Basefort Security Group Ltd. (1990),
79 di 139 (C.C.R.T.); Bizeau c. Aéroport de Québec
Inc., 2004 CCRI 261 (CanLII); Alliance de la Fonc­
tion publique du Canada c. Hameau de Kugaaruk,
2010 CCRI 554 (CanLII); D. J. Corry, Collective
Bargaining and Agreement (feuilles mobi­
les),
vol. 1, ¶9:1200). L’employeur qui fait défaut d’uti­
liser ses prérogatives de manière cohé­rente s’expose
à la sanction que l’arbitre jugera appro­priée dans
les circonstances.
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
(3) Arbitrator’s Powers
c.
wal-mart
Le juge LeBel
357
(3) Les pouvoirs de l’arbitre
[61] As in cases concerning the interpretation or
the application of a collective agreement, grievance
arbitrators are empowered to rule on alleged vio­
lations of the right provided for in s. 59 (s. 100.10 of
the Code; Syndicat des employés de la Commission
scolaire du Haut St-Maurice; Syndicat canadien de
la Fonction publique, section locale 1450 v. Jour­
nal de Québec, division de Groupe Québécor inc.,
[1996] R.J.Q. 299 (Sup. Ct.); Syndicat des salariés
des Industries Leclerc (CSD); Sobey’s inc., No 650
v. Syndicat des travailleurs et travailleuses de
Sobey’s de Baie-Comeau, [1996] T.A. 721; Univer­
sité McGill v. Munaca, [2003] AZ-50193382 (T.A.),
at para. 44, aff’d [2004] AZ-50264810 (Sup. Ct.)).
[61] Comme dans le cas des litiges portant sur
l’interprétation ou l’application de la convention
collective, l’arbitre de grief a compétence pour
sta­tuer sur une allégation de violation du droit
proclamé par l’art. 59 (art. 100.10 du Code; Syndi­
cat des employés de la Commission scolaire du
Haut St-Maurice; Syndicat canadien de la Fonction
publique, section locale 1450 c. Journal de Québec,
division de Groupe Québécor inc., [1996] R.J.Q.
299 (C.S.); Syndicat des salariés des Industries
Leclerc (CSD); Sobey’s inc., No 650 c. Syndicat des
travailleurs et travailleuses de Sobey’s de BaieComeau, [1996] T.A. 721; Université McGill c.
Munaca, [2003] AZ-50193382 (T.A.), par. 44, conf.
par [2004] AZ-50264810 (C.S.)).
[62] Where an arbitrator upholds a complaint,
s. 100.12 of the Code and art. 1590 C.C.Q. confer
broad powers on him or her to compel the em­
ployer to remedy any harm it may have caused. The
arbitrator has a [translation] “power of correc­tion
and reparation that is sufficiently effective for him
or her to really decide the grievance and en­sure that
all concerned can fully enjoy their rights” (Morin
and Blouin, at p. 547; see D. Veilleux, “La portée
du pouvoir remédiateur de l’arbitre. . . Contestée!”
(1995), 55 R. du B. 429; Alberta Union of Provincial
Employees v. Lethbridge Community College, 2004
SCC 28, [2004] 1 S.C.R. 727, at para. 40; Hôpi­
tal St-Charles de Joliette v. Syndicat des employés
d’hôpi­taux de Joliette inc., [1973] R.D.T. 129 (C.A.),
at p. 134; Association des pompiers de Montréal
inc. (APM) v. Montréal (Ville de), 2011 QCCA 631
(CanLII); see also Verge, Trudeau and Vallée, at
pp. 212 et seq.).
[62] Dans l’hypothèse où l’arbitre fait droit à
la plainte, les art. 100.12 du Code et 1590 C.c.Q.
lui octroient de larges pouvoirs lui permettant de
contraindre l’employeur à réparer le tort qu’il aurait
causé. En effet, l’arbitre dispose d’un « pouvoir de
correction et de réparation suffisamment efficace
pour réellement trancher le grief et permettre à cha­
cun de disposer pleinement de ses droits » (Morin
et Blouin, p. 547; voir D. Veilleux, « La portée du
pouvoir remédiateur de l’arbitre. . . Contestée! »
(1995), 55 R. du B. 429; Alberta Union of Provin­
cial Employees c. Lethbridge Community College,
2004 CSC 28, [2004] 1 R.C.S. 727, par. 40; Hôpi­tal
St-Charles de Joliette c. Syndicat des employés
d’hôpi­taux de Joliette inc., [1973] R.D.T. 129 (C.A.),
p. 134; Association des pompiers de Montréal inc.
(APM) c. Montréal (Ville de), 2011 QCCA 631
(CanLII); voir aussi Verge, Trudeau et Vallée, p. 212
et suiv.).
[63] In the case of a complaint under s. 59, the
legislative origin of the employer’s duty does not
limit the scope of the arbitrator’s remedial power.
In 1977, the Quebec legislature decided that com­
plaints of unlawful changes to conditions of em­
ploy­ment should be dealt with as if they were
grievances (An Act to amend the Labour Code and
the Labour and Manpower Department Act, S.Q.
1977, c. 41, s. 48). Since that time, arbitrators rul­
ing on alleged violations of s. 59 have had exactly
[63] Dans le cas d’une plainte portée en vertu
de l’art. 59, l’origine législative du devoir imposé
à l’employeur ne restreint pas la portée du pou­
voir de réparation accordé à l’arbitre. En effet, en
1977, le législateur québécois a choisi d’assimiler
à un grief les plaintes pour modification illégale
des conditions de travail (Loi modifiant le Code
du travail et la Loi du ministère du travail et de la
main-d’œuvre, L.Q. 1977, ch. 41, art. 48). Depuis ce
temps, l’arbitre saisi d’une allégation de violation
358
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
LeBel J.
[2014] 2 S.C.R.
the same remedial powers as if they were decid­
ing a grievance filed under a collective agreement
(Automobiles Canbec inc. (per Otis J.A.); Travel­
ways Ltd. v. Legendre, [1987] AZ-87149123 (Sup.
Ct.); Morin and Blouin, at pp. 203-4). In appropriate
circumstances, therefore, an arbitrator can order
reparation in kind, such as the reinstatement of a
condition of employment. Where the circumstances
do not lend themselves to such a remedy, however,
the arbitrator can order reparation by equivalence.
The latter remedy will be appropriate where the
em­ployer goes out of business either in part or
com­pletely, at least insofar as it is impossible to
reinstate the employees dismissed in contravention
of s. 59.
de l’art. 59 dispose exactement des mêmes pouvoirs
réparateurs que s’il se penchait sur un grief déposé
en application d’une disposition de la convention
collective (Automobiles Canbec inc. (la juge Otis);
Travelways Ltd. c. Legendre, [1987] AZ-87149123
(C.S.); Morin et Blouin, p. 203-204). Si la situation
s’y prête, il pourra donc octroyer une réparation
en nature, par exemple le rétablissement d’une
condition de travail. Au contraire, si le contexte ne
le per­met pas, il pourra ordonner une réparation
par équi­valent. Ce type de réparation sera approprié
si l’employeur met fin aux activités d’une partie
ou de l’ensemble de son entreprise, à tout le moins
dans la mesure où la réintégration des employés
con­gédiés en violation de l’art. 59 est impossible.
D. Closure of a Business and Application of Sec­
tion 59
D. La fermeture d’entreprise et l’application de
l’art. 59
[64] Wal-Mart argues that the closure of its
Jonquière establishment bars its employees from
invoking s. 59. In the alternative, it submits that in
any event, the closure constitutes a full defence that
justifies the change in the employees’ conditions of
employment. Neither of these arguments is valid. In
my opinion, the employer is (1) neither shielded by
the closure of its establishment (2) nor, otherwise,
relieved of the burden of proving that its decision
was consistent with its normal management prac­
tices.
[64] Wal-Mart prétend que la fermeture de son
éta­blissement de Jonquière empêche ses employés
d’invoquer l’art. 59. Si cette prétention n’est pas
rete­nue, elle soutient qu’en tout état de cause, la
fer­meture constitue une défense complète jus­
ti­­fiant la modification des conditions de travail.
Aucune de ces prétentions n’est fondée. À mon avis,
l’employeur n’est (1) ni protégé par la fermeture
de son établissement (2) ni, le cas échéant, libéré
de l’obligation de prouver que sa décision est
conforme à ses pratiques habituelles de gestion.
(1) Applicability of Section 59 in the Context
of the Closure of a Business
(1) L’applicabilité de l’art. 59 en cas de fer­me­
ture d’entreprise
[65] On appeal, Vézina J.A. relied essentially on
Plourde to hold that the closure of a business rules
out any possibility of applying s. 59 of the Code.
More specifically, he reproduced para. 35 of that
judgment, in which the majority of this Court had
stressed that “[t]he reference in s. 15 to an order to
‘reinstate such employee in his employment’ sig­
nals quite unambiguously the legislative con­tem­
plation of an ongoing place of employment as the
foundation of a successful s. 15 application” (em­
phasis in original). Basing his analysis on this pas­
sage, Vézina J.A. stated:
[65] En appel, le juge Vézina s’appuie essen­
tiel­lement sur l’arrêt Plourde pour conclure que la
fer­meture de l’entreprise écarte toute possibi­lité
d’application de l’art. 59 du Code. Plus précisé­
ment, il reproduit le par. 35 de cette décision, où
la majo­rité de notre Cour souligne que « [l]e fait
que l’art. 15 parle de “réintégrer ce salarié dans
son emploi” indique de façon non ambiguë que
le législateur considérait l’existence d’un lieu de
tra­vail toujours en activité comme une condi­
tion pré­alable au succès d’une plainte fondée sur
l’art. 15 » (souligné dans l’original). Se fondant sur
cet extrait, le juge Vézina affirme ce qui suit :
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
Le juge LeBel
359
[translation] To remedy an unlawful change in a
condition of employment, it is necessary to return to the
former situation, to restore the operation of the busi­ness
to how it was run before. By way of analogy, to remedy
an allegedly unlawful closure, it would be necessary to
reopen the business, to begin operating again.
Pour remédier à une modification illégale d’une con­
dition de travail, il faut revenir à la situation anté­rieure,
restaurer l’exploitation comme par le passé. Si on fait
le parallèle, pour remédier à une fermeture qui serait
illé­gale, il faudrait une réouverture de l’entreprise, une
reprise de l’exploitation.
This remedy is not possible, however, given that no
one can be forced to continue operating a business no
matter what his or her reasons for closing it might be.
[paras. 121-22]
Or, cette réparation n’est pas possible dû au fait que
nul ne peut être forcé de continuer l’exploitation d’une
entreprise, quels que soient ses motifs pour y mettre fin.
[par. 121-122]
[66] With respect, the passage from Plourde
quoted by Vézina J.A. does not support a con­
clusion that “[t]o remedy an unlawful change in a
con­dition of employment, it is necessary to return
to the former situation, to restore the operation of
the business to how it was run before.” Rather, the
passage in question leads to the conclusion that
Plourde was based essentially on the words of s. 15
(see also in Plourde, paras. 36, 39 and 54). Accor­
ding to the majority of this Court, those words, in
placing limits on the powers of the Commission des
relations du travail, only authorize it to order that
the dismissed employee be reinstated. Such a result
necessarily presupposes the existence of an ac­tive
business. Unlike s. 15, however, s. 59 contains no
word or language that would support a conclusion
that its applicability depends on the existence of an
active business or, more simply, of a possibility of
re­instatement. Plourde therefore cannot support the
Court of Appeal’s conclusions.
[66] Avec égards, l’extrait de l’arrêt Plourde
cité par le juge Vézina ne permet pas de conclure
que, « [p]our remédier à une modification illégale
d’une condition de travail, il faut revenir à la situa­
tion antérieure, restaurer l’exploitation comme par
le passé. » En effet, cet extrait confirme plu­tôt la
conclusion que l’arrêt Plourde repose essentiel­le­
ment sur le texte de l’art. 15 (voir aussi dans Plourde
les par. 36, 39 et 54). Selon la majorité de notre
Cour, en limitant les pouvoirs de la Commission
des relations du travail, ce texte autorise seulement
celle-ci à ordonner la réintégration du salarié con­
gé­dié. Une telle conclusion suppose nécessaire­
ment l’existence d’une entreprise active. Or, à la
différence de l’art. 15, l’art. 59 ne contient ni mot
ni formule justifiant de conclure que son applicabi­
lité dépend de l’existence d’une entreprise active,
voire, plus simplement, d’une possibilité de réinté­
gra­tion. Dans ce contexte, l’arrêt Plourde ne peut
soutenir les conclusions de la Cour d’appel.
[67] I would stress in passing, adopting the words
and the logic expressed by Binnie J. in Plourde, that
if the Quebec legislature had intended reinstate­
ment to be the only possible remedy for violation of
the right to unchanged conditions of employment, it
would have “actually said [so] in the relevant stat­
utory provisions” (para. 36 (emphasis in original)).
Given the absence of such an indication, there is
nothing to preclude the arbitrator from ordering an
alternative remedy in the form of damages.
[67] Reprenant le vocabulaire et la logique du
juge Binnie dans Plourde, je me permets au passage
de souligner que, si le législateur québécois avait
voulu restreindre à la seule réintégration la répara­
tion pour violation du droit au maintien des condi­
tions de travail, il l’aurait « effectivement dit dans
les dispositions législatives pertinentes » (par. 36 (en
italique dans l’original)). En l’absence d’une telle
indication, rien n’empêche l’arbitre d’ordonner une
réparation subsidiaire, sous forme de dommagesintérêts.
[68] In this regard, at no point did the majority
of the Court in Plourde hold that an employer’s
closure of an establishment would on its own shield
the employer from any action by its employees. On
the contrary, Binnie J. mentioned several times that
[68] À ce sujet, d’ailleurs, jamais la majorité
de la Cour dans Plourde n’a-t-elle décidé que la
ferme­ture par un employeur de son établissement
l’immu­nise par elle-même contre tout recours des
employés. Au contraire, à maintes occasions, le
360
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
LeBel J.
[2014] 2 S.C.R.
an employer that goes out of business can be re­
quired to remedy losses suffered by its terminated
employees. For example, he said the following
early in his reasons:
juge Binnie a indiqué qu’un employeur cessant ses
activités peut être tenu de réparer le préjudice causé
aux employés licenciés. À titre d’exemple, au tout
début de ses motifs, on peut lire ceci :
The rule in Quebec that an employer can close a
plant for “socially reprehensible considerations” does
not however mean it can do so without adverse financial
consequences, including potential compensation to the
employees who have thereby suffered losses. [para. 8]
La règle québécoise selon laquelle un employeur peut
fermer un établissement pour des « motifs condamna­
bles socialement » ne signifie toutefois pas qu’il peut le
faire sans conséquences négatives sur le plan financier,
y compris la possibilité d’avoir à indemniser les salariés
pour le préjudice que leur a causé la fermeture. [par. 8]
(See also the final sentence of para. 51, as well as
paras. 52 and 54.)
(Voir aussi les par. 51 in fine, 52 et 54.)
[69] Far from being isolated, this statement
echoed the conclusion reached by Gonthier J.
several years earlier in Place des Arts, in which, as
Binnie J. wrote in Plourde (at para. 51), the Court
had held that
[69] Loin d’être isolée, cette affirmation fait écho
à la conclusion formulée par le juge Gonthier, quel­
ques années plus tôt, dans l’arrêt Place des Arts.
Dans cet arrêt, comme l’écrivait le juge Binnie dans
Plourde (par. 51), notre Cour a jugé :
the complaint and the proposed remedy contem­plated
the continued existence of an ongoing undertaking by
the Place des Arts technical services group which on
the evidence no longer existed. That was the ratio deci­
dendi of the case. In that context resort was made to the
City Buick line of cases. This Court endorsed the view
that no legislation obliges an employer to remain in
busi­ness. However, Gonthier J. did not suggest that the
closure immunized the employer from any consequences
or that there was no remedy anywhere under the Code to
provide for compensation to the terminated employees,
or other relief or remedy, on proof that the termination
was for anti-union reasons. [Underlining added; italics in
original.]
. . . la plainte et la réparation sollicitée supposaient
l’exis­tence et la poursuite des activités de l’entreprise
de prestation de services techniques de la Place des
Arts alors que, suivant la preuve, cette entreprise
n’existait plus. C’était là le motif déterminant de cet
arrêt. Dans ce contexte, la Cour s’est appuyée sur le
courant jurisprudentiel amorcé par City Buick. Elle a
retenu le point de vue voulant qu’aucune loi n’oblige un
employeur à poursuivre ses activités. Le juge Gonthier
n’a cependant pas laissé entendre que la fermeture
immunisait l’employeur contre toute conséquence
résultant de sa décision ou que le Code n’offrait aucun
recours pouvant permettre aux salariés congédiés d’être
indemnisés ou d’obtenir une autre réparation s’il était
établi que les congédiements procédaient de raisons
antisyndicales. [Je souligne; en italique dans l’original.]
[70] Thus, in the absence of clear language
ex­clud­ing any form of remedy other than rein­
state­ment, or if the claimant is not seeking such
reparation “in kind”, the arbitrator, who cannot of
course impose the reinstatement of an employee in
an establishment that has been closed, nonethe­less
retains the power to order reparation by equiva­
lence. However, Wal-Mart, with which Rothstein
and Wagner JJ. agree, counters the possibility of
such an order by further submitting that the pur­
pose and the nature of s. 59 preclude the courts
from applying that section once the business has
[70] Par conséquent, en l’absence d’un texte
clair excluant toute autre forme de remède que
la réintégration, ou dans la mesure où le deman­
deur ne recherche pas une telle réparation « en
nature », bien que l’arbitre ne puisse évidemment
pas imposer la réintégration d’un salarié dans un
établissement fermé, il conserve tout de même le
pouvoir d’ordonner une réparation par équivalent.
Toutefois, pour nier cette possibilité, Wal-Mart,
suivi en ce sens par les juges Rothstein et Wagner,
soutient également que l’objectif et la nature de
l’art. 59 empêchent les tribunaux de l’appliquer une
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
Le juge LeBel
361
been closed. In short, Wal-Mart argues that the sec­
tion’s purpose is to maintain a balance between the
parties, but only during the collective bargaining
period, in order to preclude the employer from put­
ting pressure on its employees. But in putting an
end to collective bargaining, the closure renders
s. 59 inapplicable, since, Wal-Mart alleges, there is
no longer a balance to maintain, nor are there em­
ployees to protect.
fois l’entreprise fermée. Pour résumer, Wal-Mart
prétend que l’objectif de cette disposition consiste
à maintenir l’équilibre entre les parties, uniquement
pendant la période limitée au temps que dure la
négociation collective, dans le but éventuel d’éviter
que l’employeur fasse pression sur ses employés.
Or, en mettant fin à cette négociation, la ferme­
ture rend inutile l’art. 59, car, allègue Wal-Mart, il
n’y a alors ni équilibre à maintenir ni employés à
protéger.
[71] With respect, this argument is wrong. On
the one hand, it seems to me to disregard the fact
that, absent a clear indication to the contrary, the
con­tent of a substantive right is not determined
by the scope of a particular remedy. On the other
hand, insofar as it presupposes that the purpose of
s. 59 is to maintain the status quo, it is based on
a flawed premise. As I mentioned above, the pri­
mary purpose of s. 59 is not, in itself, to restore the
balance for a given period of time, but to facilitate
certification and foster good faith in collective bar­
gaining in order, ultimately, to enable employees to
exercise their right of association. Hence, the fact
that it is impossible to attain the procedural bal­
ance the legislation is designed to maintain during
a bargaining period does not preclude the arbitra­
tor from giving full effect to s. 59 by ordering that
an employer that has violated its employees’ rights
remedy the resulting harm, if only by way of rep­
aration by equivalence.
[71] Avec égards, cet argument est mal fondé.
D’une part, il me semble oublier le fait qu’à moins
d’indication claire au contraire, le contenu d’un
droit substantiel n’est pas déterminé par la portée
d’une sanction particulière. D’autre part, dans la
mesure où il présuppose que l’objectif de l’art. 59
est de maintenir le statu quo, il repose sur une pré­
misse erronée. En effet, comme je l’ai rappelé plus
tôt, l’objectif premier de cette disposition n’est pas
en soi de rétablir l’équilibre pour un temps donné,
mais bien de faciliter l’accréditation, de favoriser la
négociation de bonne foi de la conven­tion collective
pour, au final, permettre l’exer­cice du droit d’asso­
ciation. Dans ce contexte, l’impos­sibilité de retrou­
ver l’équilibre procédural souhaité par la loi au
cours d’une période de négo­ciation n’empêche en
rien l’arbitre de donner plein effet à l’art. 59 en
ordonnant à l’employeur ayant violé les droits de
ses employés de réparer le tort ainsi causé, au moins
par équivalent.
[72] In other words, the termination of the pro­
cess undertaken further to the petition for cer­ti­fi­
cation does not eliminate the employer’s obligation
to make reparation for a violation of s. 59. Nor can
it be said that a breach of the duty defined in s. 12 of
the Code not to interfere with employees’ freedom
of association cannot be sanctioned if the em­ployer
has gone out of business (Plourde, at paras. 26-31).
By way of analogy, would a court considering a
breach, as of the time the breach occurred, of the
duty of good faith codified as part of the general
law in art. 1375 C.C.Q. refuse to sanction that
breach solely because at the time of the hearing, the
contract between the parties had been resiliated?
Of course not. In such a case, resiliation does not
erase the violation of the right of the creditors, the
[72] En d’autres mots, la fin du processus,
engagé après la demande d’accréditation, n’efface
pas l’obligation de réparer à laquelle est tenu
l’employeur ayant commis une violation de l’art. 59.
Parallèlement, on ne saurait affirmer que la viola­
tion du devoir de respect de la liberté syndicale
des employés reconnu à l’art. 12 du Code ne peut
être sanctionnée si l’employeur a mis fin à ses
activités (Plourde, par. 26-31). Dans le même sens,
un tribunal appelé à juger de la violation, en cours
d’exécution, du devoir de bonne foi que codifie le
droit commun à l’art. 1375 C.c.Q. refuserait-il de
sanctionner une telle violation pour la seule et uni­
que raison que, au moment de l’audience, le con­
trat liant les parties a été résilié? Certainement pas.
À vrai dire, dans de tels scénarios, la résiliation
362
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
LeBel J.
[2014] 2 S.C.R.
employees in the case at bar. If an employee proves
the injury, he or she can be granted compen­sa­
tion (arts. 1458, 1590 and 1607 C.C.Q.; Auto­mo­
biles Canbec inc.; Union des routiers, brasse­ries,
liqueurs douces & ouvriers de diverses industries;
Natrel inc. v. Syndicat démocratique des distri­bu­
teurs (CSD), [2000] R.J.D.T. 670 (T.A.)).
n’efface pas la violation du droit des créanciers, en
l’espèce, les salariés. De fait, dans la mesure où il
établit les dommages qu’il a subis, le salarié pourra
être indemnisé (art. 1458, 1590 et 1607 C.c.Q.;
Auto­mobiles Canbec inc.; Union des routiers, bras­
series, liqueurs douces & ouvriers de diverses indus­­
tries; Natrel inc. c. Syndicat démocratique des dis­
tri­buteurs (CSD), [2000] R.J.D.T. 670 (T.A.)).
[73] From this perspective, the purpose of s. 59
of the Code does not preclude reparation by equiv­
alence, and neither do the section’s words or its
nature. As professors Verge and Roux point out, the
law is not [translation] “powerless when it comes
to remedying the consequences of the clo­sure of
a business. Generally speaking, inde­pen­dently of
any penal sanctions that might be appli­ca­ble under
the Labour Code, reparation by equivalence is
always possible”: P. Verge and D. Roux, “Fermer
l’entreprise: un ‘droit’. . . absolu?”, in Barreau du
Québec, vol. 245, Développements récents en droit
du travail (2006), 223, at p. 259. As a result, an
arbitrator considering a case involv­ing a closure
cannot refuse to apply s. 59 of the Code on the basis
that specific performance is no longer possible.
[73] Dans cette perspective, ni l’objectif, ni le
texte, ni la nature de l’art. 59 du Code ne font obs­
ta­cle à la réparation par équivalent. Comme le
souli­gnent les professeurs Verge et Roux, le droit
n’est pas « démuni lorsqu’il s’agit de remédier aux
consé­quences d’une fermeture d’entreprise. D’une
façon générale, sans parler de sanctions péna­les
applica­bles en vertu du Code du travail, la répa­ra­
tion par équivalent est toujours possible » : P. Verge
et D. Roux, « Fermer l’entreprise : un “droit”. . .
absolu? », dans Barreau du Québec, vol. 245, Déve­
lop­pe­ments récents en droit du travail (2006),
223, p. 259. En conséquence, l’arbitre aux prises
avec une situation de fermeture ne pourra pas,
sous prétexte que l’exé­cution en nature est rendue
impossible, refuser d’appli­quer l’art. 59 du Code.
[74] Before going further into the application of
s. 59 in such a case, allow me to digress by dis­
cussing the argument on which the position of my
colleagues Rothstein and Wagner JJ. is essentially
based, namely that since this Court’s decision in
Plourde, only a remedy under ss. 12 to 14 of the
Code is available after a business has been closed.
My colleagues’ conclusion is based on Binnie J.’s
comment that “[t]he appropriate remedy in a clo­
sure situation lies under ss. 12 to 14 of the Code”
(para. 4). In their view, this statement — which they
characterize as “unequivocal” — is a precedent that
closes the door on any other remedy (para. 121).
[74] Avant de m’étendre davantage sur la mise en
œuvre de l’art. 59 dans un tel cas, j’ouvre une paren­
thèse pour examiner l’argument sur lequel repose
l’essentiel de la thèse de mes collègues, les juges
Rothstein et Wagner, à savoir que, depuis la décision
de notre Cour dans Plourde, seul le recours fondé
sur les art. 12 à 14 du Code serait ouvert après la
fermeture d’une entreprise. Mes collègues appuient
cette conclusion sur les propos du juge Binnie sui­
vant lesquels « [l]e recours approprié en cas de fer­
meture d’une entreprise est prévu aux art. 12 à 14
du Code » (par. 4). Selon eux, cette affirmation —
qu’ils disent être « non équivoque » — constituerait
un précédent fermant la porte à tout autre recours
(par. 121).
[75] I agree with my colleagues that a precedent
should be revisited only for the serious reasons
this Court recently described in Canada (Attorney
General) v. Bedford, 2013 SCC 72, [2013] 3 S.C.R.
1101, and Ontario (Attorney General) v. Fraser,
[75] Tout comme mes collègues, je suis per­
suadé qu’un précédent ne devrait être revisité que
pour les motifs sérieux décrits récemment par notre
Cour dans les arrêts Canada (Procureur général)
c. Bedford, 2013 CSC 72, [2013] 3 R.C.S. 1101, et
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
Le juge LeBel
363
2011 SCC 20, [2011] 2 S.C.R. 3. However, I cannot
accept their, to say the least, broad interpretation
of Binnie J.’s statement. First of all, as I mentioned
above, the issue in Plourde was limited to the ap­
pli­cability of ss. 15 to 17 of the Code. The case
there­fore did not concern the applicability of ev­
ery section that might be invoked. Indeed, that is
what Binnie J. himself said in writing the following
at para. 4 of his reasons:
Ontario (Procureur général) c. Fraser, 2011 CSC
20, [2011] 2 R.C.S. 3. Cependant, je ne peux me
rallier à l’interprétation pour le moins large qu’ils
font des propos du juge Binnie. D’abord, comme
je l’ai rappelé plus haut, la question en litige dans
l’arrêt Plourde se limitait à l’applicabilité des art. 15
à 17 du Code. Il n’était donc pas question de l’appli­
cabilité de l’ensemble des articles suscep­tibles
d’être invoqués. C’est effectivement ce qu’indi­
que le juge Binnie lui-même, lorsqu’il écrit ceci
au par. 4 de ses motifs :
The issue before the Court, as I see it, is quite limited
albeit it is an important one. It is a matter of procedure
that has nothing to do with any general inquiry into WalMart’s labour practices. The narrow issue is whether the
procedural vehicle offered by ss. 15 to 17 of the Code is
available to the appellant in circumstances where a store
no longer exists. More specifically, the issue is whether
an employee in such circumstances has the benefit of the
presumption in s. 17 that the loss of jobs was a “sanction”
imposed for an unlawful motive, namely union busting.
[Emphasis added.]
La question qui est soumise à la Cour est, selon moi,
assez limitée, quoique importante. Il s’agit d’une ques­
tion de procédure qui n’a rien à voir avec un examen
général des pratiques de Wal-Mart en matière de relations
du travail. La question restreinte soulevée dans le pourvoi
est celle de savoir si, lorsqu’un magasin n’existe plus,
l’appelant peut se prévaloir du mécanisme procédural
que lui offrent les art. 15 à 17 du Code. Plus précisément,
il s’agit de déterminer si, en pareilles circonstances, un
salarié bénéficie de la présomption établie à l’art. 17,
selon laquelle la perte des emplois est une « sanction »
imposée pour un motif illégal, savoir pour combattre le
syndicat. [Je souligne.]
[76] Given that the “narrow” issue was thus “lim­
ited” to the applicability of ss. 15 to 17 of the Code,
it cannot be argued, as my colleagues do, that
Binnie J.’s comments with regard to ss. 12 to 14
con­stitute a “precedent” that the Court is bound to
fol­low in the future. In my opinion, they amount,
at most, to a simple obiter that was limited to that
specific case as presented, argued and ana­lyzed.
Furthermore, the remainder of Binnie J.’s sentence
— which my colleagues do not mention — shows
that he was discussing the alternative of­fered to
employees by ss. 12 to 14, because that was what
had been submitted to the Court:
[76] La question « restreinte » étant alors « limi­
tée » à l’applicabilité des art. 15 à 17 du Code, on ne
saurait prétendre, comme le font mes collègues, que
les commentaires du juge Binnie sur les art. 12 à
14 constituent un « précédent » liant la Cour pour
l’avenir. À mon avis, il ne s’agit tout au plus que
d’un simple obiter, d’une remarque incidente dont
la por­tée est tributaire du cas particulier, tel qu’il a
été présenté, débattu et analysé. À cet effet, d’ail­
leurs, le reste de la phrase du juge Binnie — que
mes collègues passent sous silence — montre que
ce dernier traite de la solution de rechange qu’offrent
aux employés les art. 12 à 14, parce que cette hypo­
thèse lui avait été soumise :
The appropriate remedy in a closure situation lies under
ss. 12 to 14 of the Code (which were in fact invoked
by Jonquière employees in the Boutin case mentioned
earlier). [Emphasis added; para. 4.]
Le recours approprié en cas de fermeture d’une entre­prise
est prévu aux art. 12 à 14 du Code (qui ont effective­ment
été invoqués par des salariés de Jonquière dans l’affaire
Boutin mentionnée plus tôt). [Je souligne; par. 4.]
[77] It thus seems clear that Binnie J. did not in­
tend to identify every possible remedy available to
the employees or, above all, to respond to ques­tions
that were not before the Court. Moreover, I would
[77] Dans ce contexte, il apparaît donc clairement
que le juge Binnie n’entendait pas identifier toutes
les voies de recours potentielles des employés ni,
surtout, répondre à des questions qui ne lui étaient
364
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
LeBel J.
[2014] 2 S.C.R.
note that he discussed neither the administrative
rem­edies nor the general law remedies that might
have been available. Does this necessarily mean that
those remedies are never available when the re­sil­
iation of the employees’ contracts results from the
closure of the establishment where they worked?
That because Binnie J. did not mention them as al­
ternatives, Plourde now precludes their application?
I do not think so.
pas posées. De surcroît, je note qu’il ne traite ni
des recours de nature administrative ni des recours
de droit commun potentiellement ouverts aux
employés. Or, faut-il en déduire que ceux-ci n’exis­
tent jamais lorsque la résiliation des con­trats des
employés résulte de la fermeture de l’établis­sement
de travail? Que parce que le juge Binnie ne les a pas
mentionnés à titre de solutions de rechange, l’arrêt
Plourde empêche maintenant leur application? Je
ne le crois pas.
[78] Indeed, the issue in Plourde was totally dif­
ferent from the one in the case at bar. Plourde is thus
not a precedent that would render s. 59 inapplica­
ble. As I mentioned above, therefore, there is noth­
ing that precludes the application of that section in
the context of the closure of an establishment. An
arbitrator hearing a case in such a context must, as
in any other case concerning a decision that results
in a change in conditions of employment, deter­
mine whether the employer’s decision — to resiliate
all the contracts of employment in this instance —
is consistent with its past management practices or
with those of a reasonable employer in the same
circumstances.
[78] En définitive, la question en litige dans
l’arrêt Plourde différait totalement de celle qui se
pose en l’espèce. Cet arrêt ne constitue donc pas un
précédent qui rendrait l’art. 59 inapplicable. En
conséquence, comme je l’ai indiqué plus tôt, rien
ne s’oppose à l’application de cette disposition dans
un scénario de fermeture d’établissement. L’arbitre
saisi d’une telle situation devra, comme il le fait
pour toute autre décision entraînant la modification
de conditions de travail, déterminer si la décision
de l’employeur, en l’occurrence la résiliation de
l’ensemble des contrats de travail, est conforme à
ses pratiques antérieures de gestion ou à celles d’un
employeur raisonnable placé dans les mêmes cir­
constances.
(2) Employer’s Justification: Need to Explain
the Closure
(2) La justification de l’employeur : la nécessité
d’expliquer la fermeture
[79] Ten years ago, in Place des Arts, our late col­
league Gonthier J. stressed that neither the Code
nor Quebec law in general precludes companies
“[from going] out of business, either completely
or in part” (para. 28). He added, however, adopting
the words of Judge Lesage from City Buick Pontiac
(Montréal) Inc. v. Roy, [1981] T.T. 22, that the exer­
cise of the right to do so is contingent upon the de­
cision to go out of business being [translation]
“authentic and not a simulation” (para. 29).
[79] Il y a 10 ans, dans l’arrêt Place des Arts,
notre regretté confrère le juge Gonthier soulignait
que ni le Code ni le droit québécois en général
n’empê­chent les entreprises « de cesser leurs acti­
vités en tout ou en partie » (par. 28). Souscrivant
aux propos du juge Lesage dans City Buick Pontiac
(Montréal) Inc. c. Roy, [1981] T.T. 22, il ajoutait
toutefois que l’exercice de ce droit est conditionnel
au fait que la décision de cesser les activités soit
« authentique et non une simulation » (par. 29).
[80] Contrary to the view expressed by Rothstein
and Wagner JJ. (at paras. 119 and 129), the appli­ca­
tion of s. 59 of the Code does not call this now wellestablished principle into question (see Plourde,
at paras. 41 et seq.; Boutin v. Wal-Mart Canada
inc., 2005 QCCRT 269 (CanLII); Société du cen­
tre Pierre-Péladeau; Syndicat des travailleuses et
travailleurs du Centre d’approbation de Nordia —
[80] Contrairement à ce qu’affirment les juges
Rothstein et Wagner (par. 119 et 129), l’applica­
tion de l’art. 59 du Code ne remet pas en question
ce principe aujourd’hui bien établi (voir Plourde,
par. 41 et suiv.; Boutin c. Wal-Mart Canada inc., 2005
QCCRT 269 (CanLII); Société du centre PierrePéladeau; Syndicat des travailleuses et travailleurs
du Centre d’approbation de Nordia — CSN). Si,
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
Le juge LeBel
365
CSN). Although s. 59 does not in fact deprive
the employer of this power to go out of business
either in part or completely, and by extension to
resiliate the contracts of employment of some or
all of its employees, the section does require that
it exercise the power in a manner consistent with
its normal management practices (see Gravel &
Fils Inc., at p. 90; Syndicat des employés de Télé­
marketing Unimédia (CSN), at pp. 559-60; Société
du centre Pierre-Péladeau, at para. 74; Syndi­cat
des travailleuses et travailleurs du Centre d’appro­
bation de Nordia — CSN, at para. 429-49). As I
men­tioned above, the necessary principal effect
of the section is to “freeze” the employer’s business
environment as it existed at the time the union
arrived, which includes how the employer exercised
its management power.
de fait, l’art. 59 ne prive pas l’employeur du pou­
voir de cesser partiellement ou totalement ses acti­
vités et, par extension, de résilier les contrats de
travail de certains ou de l’ensemble de ses employés,
il lui demande, en revanche, de l’exercer confor­
mé­ment à ses pratiques habituelles de gestion (voir
Gravel & Fils Inc., p. 90; Syndicat des employés
de Télémarketing Unimédia (CSN), p. 559-560;
Société du centre Pierre-Péladeau, par. 74; Syndi­­cat
des travailleuses et travailleurs du Centre d’appro­
bation de Nordia — CSN, par. 429-449). Je le répète,
cette disposition a pour effet princi­pal et néces­
saire de « figer » le cadre normatif existant dans
l’entreprise au moment de l’arrivée du syn­di­cat, ce
qui inclut la manière dont l’employeur exer­cera son
pouvoir de gestion.
[81] In this context, if the union’s evidence sat­
is­fies the arbitrator that the resiliation of the con­
tracts was not consistent with such a practice, the
employer must present evidence to prove the con­
trary (Royer and Lavallée, at p. 748).
[81] Dans ce contexte, dans la mesure où la
preuve présentée par le syndicat convainc l’arbitre
que la résiliation des contrats ne relève pas d’une
telle pratique, l’employeur devra présenter des élé­
ments prouvant le contraire (Royer et Lavallée,
p. 748).
[82] If the employer wishes to avoid having the
arbitrator accept the complaint filed under s. 59,
therefore, it must show that the change in condi­
tions of employment is not one prohibited by that
section. To do so, it must prove that its decision was
consistent with its normal management practices
or, in other words, that it would have proceeded as
it did even if there had been no petition for certi­
fication. Given that going out of business either in
part or completely is not something that occurs fre­
quently in any company, the arbitrator often has to
ask whether a reasonable employer would, in the
same circumstances, have closed its establish­ment: 
see Syndicat des travailleuses et travailleurs du
Centre d’approbation de Nordia — CSN. Without
sud­denly becoming an expert in this regard, the
arbitrator must also, therefore, above all else, be
satisfied of the truthfulness of the circumstances
relied on by the employer and of their significance.
[82] Le cas échéant, pour éviter que la plainte
déposée en vertu de l’art. 59 ne soit accueillie,
l’employeur devra donc démontrer que le change­
ment apporté aux conditions de travail ne constitue
pas une modification prohibée par l’art. 59. Pour ce
faire, il devra prouver que sa décision s’inscrit dans
le cadre de ses pratiques habituelles de gestion ou, en
d’autres mots, qu’il aurait agi de la même manière
en l’absence de la requête en accréditation. Comme
le contexte d’une cessation partielle ou totale ne se
présente pas souvent dans une entreprise, il arrive
fréquemment que l’arbitre doive se demander si
un employeur raisonnable placé dans les mêmes
circonstances aurait fermé son établissement : voir
Syndicat des travailleuses et travailleurs du Centre
d’approbation de Nordia — CSN. Sans s’improviser
expert en la matière, il devra alors également, et ce
avant toute chose, être convaincu de la véracité des
circonstances invoquées par l’employeur et de leur
portée.
[83] If, after conducting this inquiry, the arbitra­
tor is convinced that the resiliation is not consistent
with the employer’s normal management practices,
[83] Si, au terme de cette analyse, l’arbitre est
per­suadé que la résiliation ne s’inscrit pas dans
le cadre des pratiques habituelles de gestion de
366
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
LeBel J.
[2014] 2 S.C.R.
he or she must find that the employer’s decision re­
sulted in a unilateral change in conditions of em­
ployment that is prohibited by s. 59 of the Code.
The arbitrator will then have no choice but to sanc­
tion the violation of the right protected by that sec­
tion by deciding on the appropriate remedy. Given
that the employer cannot be ordered to continue
operating or to reopen its business, the arbitrator
can order it to compensate the employees whose
rights have been violated.
l’employeur, il devra conclure que cette décision
entraîne une modification unilatérale des condi­
tions de travail prohibée par l’art. 59 du Code. Il
ne lui restera alors qu’à sanctionner la violation du
droit que protège cette disposition en déterminant
la réparation appropriée. Faute d’être capable de
condamner l’employeur à maintenir ses activités
ou à les reprendre, l’arbitre pourra le condamner
à indemniser les employés dont les droits ont été
violés.
E. Validity of Arbitrator Ménard’s Award
E. La validité de la décision de l’arbitre Ménard
[84] An arbitrator, who is required by law to de­
cide any complaint based on s. 59 of the Code, has
considerable discretion in doing so that calls for
deference on the part of the ordinary courts. In the
instant case, Arbitrator Ménard held that, in the
circumstances, the resiliation of all the contracts of
employment constituted a change in the employ­ees’
conditions of employment within the meaning of
s. 59. In light of the facts and of the applicable law, I
find his award reasonable and, hence, unreviewable.
[84] Chargé par la loi de statuer sur toute plainte
fondée sur l’art. 59 du Code, l’arbitre dispose à cette
fin d’une grande latitude que se doivent de res­pec­ter
les tribunaux de droit commun. En l’espèce, l’arbi­
tre Ménard a conclu que la résiliation de l’ensem­ble
des contrats de travail constituait, eu égard au con­
texte, une modification des conditions de tra­vail au
sens de l’art. 59. À la lumière des faits et du droit
appli­cable, cette décision m’apparaît raison­nable et,
pour cette raison, non révisable.
(1) Standard of Review: Reasonableness
[85] Since 1944, writes Professor Trudeau, griev­
ance arbitration [translation] “has gradually
emerged as the sole, obligatory and final method of
settling disputes concerning the interpretation and
application of collective agreements”: G. Trudeau,
“L’arbitrage des griefs au Canada: plaidoyer pour
une réforme devenue nécessaire” (2005), 84 Can.
Bar Rev. 249, at p. 249. This Court, aware of the
systemic importance accorded by Canadian leg­
islatures to this expeditious, effective and spe­cial­
ized dispute settlement method, has always shown
great deference to awards of arbitrators who act
within the limits of their jurisdiction (Blanchard v.
Control Data Canada Ltd., [1984] 2 S.C.R. 476, at
p. 488; St. Anne Nackawic Pulp & Paper Co. v. Ca­
nadian Paper Workers Union, Local 219, [1986] 1
S.C.R. 704, at p. 721; Dayco (Canada) Ltd. v. CAWCanada, [1993] 2 S.C.R. 230, at p. 251; Ivanhoe
inc. v. UFCW, Local 500, 2001 SCC 47, [2001]
2 S.C.R. 565, at para. 32; Parry Sound (District)
Social Services Administration Board v. O.P.S.E.U.,
(1) La norme de contrôle : la décision raisonna­
ble
[85] Depuis 1944, écrit le professeur Trudeau,
l’arbitrage de griefs « s’est graduellement imposé
comme le mode unique, obligatoire et final de règle­
ment des litiges découlant de l’interpréta­tion et
de l’application des conventions collectives » : 
G. Trudeau, « L’arbitrage des griefs au Canada : plai­
doyer pour une réforme devenue nécessaire »
(2005), 84 R. du B. can. 249, p. 249. Consciente de
l’importance systémique qu’accordent les légis­
latures canadiennes à cette méthode expéditive,
efficace et spécialisée de règlement des différends,
notre Cour a toujours fait preuve d’une grande
déférence envers les décisions prises par les arbi­
tres, lorsqu’ils agissent dans les limites de leur
compétence (Blanchard c. Control Data Canada
Ltée, [1984] 2 R.C.S. 476, p. 488; St. Anne Nackawic
Pulp & Paper Co. c. Section locale 219 du Syndicat
canadien des travailleurs du papier, [1986] 1
R.C.S. 704, p. 721; Dayco (Canada) Ltd. c. TCACanada, [1993] 2 R.C.S. 230, p. 251; Ivanhoe inc.
c. TUAC, section locale 500, 2001 CSC 47, [2001]
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
Le juge LeBel
367
Local 324, 2003 SCC 42, [2003] 2 S.C.R. 157, at
paras. 16 et seq.; Alberta Union of Provincial Em­
ployees, at para. 41; Newfoundland and Labra­dor
Nurses’ Union v. Newfoundland and Labrador
(Trea­sury Board), 2011 SCC 62, [2011] 3 S.C.R.
708; Morin and Blouin, at p. 635).
2 R.C.S. 565, par. 32; Parry Sound (District),
Con­seil d’administration des services sociaux c.
S.E.E.F.P.O., section locale 324, 2003 CSC 42,
[2003] 2 R.C.S. 157, par. 16 et suiv.; Alberta Union
of Provincial Employees, par. 41; Newfoundland
and Labrador Nurses’ Union c. Terre-Neuve-etLabra­dor (Conseil du Trésor), 2011 CSC 62, [2011]
3 R.C.S. 708; Morin et Blouin, p. 635).
[86] In Quebec, the courts have assumed this
same attitude of deference when ruling on the
legality of arbitration awards under what is now
s. 59 of the Code (Olymel, s.e.c. v. Syndicat des
tra­vailleurs d’Olympia (CSN), 2007 QCCA 865
(CanLII); Syndicat des employés de Daily Freight
(CSN) v. Imbeau, [2003] R.J.Q. 452 (C.A.); Auto­
mobiles Canbec inc.; Guilde des musiciens du Qué­
bec v. Syndicat des salarié(e)s de la Guilde des
musiciens du Québec (C.S.D.), 2001 CanLII 38640
(Que. C.A.); Syndicat des travailleurs et travail­
leuses des épiciers unis Métro-Richelieu, at p. 25;
Syndicat des employés de la Commission scolaire
du Haut St-Maurice; Syndicat canadien de la Fonc­
tion publique, Section locale 3666 v. Desnoyers,
[1996] AZ-96029022 (Sup. Ct.); S.E.D.A.C. Labo­
ratoires inc. v. Turcotte, [1998] AZ-98029150
(Sup. Ct.)). In view of the criteria developed by this
Court in Dunsmuir v. New Brunswick, 2008 SCC 9,
[2008] 1 S.C.R. 190, it seems to me that this judicial
deference should continue to apply.
[86] Au Québec, cette attitude de retenue a été
respectée par les tribunaux appelés à statuer sur
la légalité de sentences arbitrales rendues en vertu
de ce qui est aujourd’hui l’art. 59 du Code (Olymel,
s.e.c. c. Syndicat des travailleurs d’Olympia (CSN),
2007 QCCA 865 (CanLII); Syndicat des employés
de Daily Freight (CSN) c. Imbeau, [2003] R.J.Q.
452 (C.A.); Automobiles Canbec inc.; Guilde des
musiciens du Québec c. Syndicat des salarié(e)s de
la Guilde des musiciens du Québec (C.S.D.), 2001
CanLII 38640 (C.A. Qué.); Syndicat des travailleurs
et travailleuses des épiciers unis Métro-Richelieu,
p. 25; Syndicat des employés de la Commission
scolaire du Haut St-Maurice; Syndicat canadien
de la Fonction publique, Section locale 3666 c.
Desnoyers, [1996] AZ-96029022 (C.S.); S.E.D.A.C.
Laboratoires inc. c. Turcotte, [1998] AZ-98029150
(C.S.)). Au regard des critères développés par notre
Cour dans l’arrêt Dunsmuir c. Nouveau-Brunswick,
2008 CSC 9, [2008] 1 R.C.S. 190, cette retenue
judi­­ciaire me semble devoir continuer à s’appliquer.
[87] On the one hand, as I mentioned above, the
Quebec legislature saw fit in 1977 to extend the
jurisdiction of arbitrators by requiring that any
disagreement relating to the maintenance of con­
ditions of employment provided for in s. 59 be
referred to arbitration as if it were a grievance
(s. 100.10 of the Code; Consolidated-Bathurst Inc.
v. Syndicat national des travailleurs des pâtes et
papiers de Port-Alfred, [1987] R.J.Q. 520 (C.A.)).
While thus displaying a [translation] “concern
to avoid a multiplication of forums for deciding
questions that are alike” (Morin et al., at p. 1304),
the legislature at the same time considered that
this was the best way to protect a union’s initiative
at this crucial stage of negotiation of a first collec­
tive agreement. As Arbitrator Tremblay put it in
Sobey’s inc., No 650, at p. 725,
[87] D’une part, comme je l’ai souligné précédem­
ment, en 1977 le législateur québécois a cru bon
d’étendre la compétence de l’arbitre en assimilant à
un arbitrage de griefs le processus de règlement des
mésententes relatives au maintien des conditions de
travail prévu à l’art. 59 (art. 100.10 du Code; Con­
so­lidated-Bathurst Inc. c. Syndicat national des tra­
vailleurs des pâtes et papiers de Port-Alfred, [1987]
R.J.Q. 520 (C.A.)). Tout en manifestant ainsi un
« souci d’éviter la multiplication des forums pour
trancher des questions de même nature » (Morin
et autres, p. 1304), le législateur a par ailleurs jugé
que cette solution permettait de mieux protéger
l’initiative syndicale à l’étape cruciale que constitue
la négociation d’une première convention collective.
Pour reprendre les mots de l’arbitre Tremblay dans
Sobey’s inc., No 650, p. 725 :
368
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
LeBel J.
[2014] 2 S.C.R.
[translation] [The legislature] knew very well that
there is no collective agreement during the pre-certification
period. It nonetheless wished to protect the employees’
conditions of employment during that period by, first,
having any complaint with respect to them dealt with as
if it were a grievance and, second, providing that such
complaints can be submitted to arbitration.
[Le législateur] savait fort bien [. . .] qu’il n’existait pas
de convention collective pendant la période précédant
l’accréditation. Il a voulu néanmoins protéger pendant
cette période les conditions de travail des salariés, d’une
part en assimilant toute plainte relative à celles-ci à
un grief et en prévoyant d’autre part que ces dernières
peuvent être soumises à l’arbitrage.
[88] On the other hand, by granting sole juris­dic­
tion over such grievances to arbitrators, the National
Assembly recognized their expert knowledge and
the fact that they are specialists in such matters
(Consolidated-Bathurst Inc.; Automobiles Canbec
inc. (per Otis J.A., at pp. 43-44); Syndicat canadien
de la Fonction publique, section locale 1450; Syn­
dicat des chargées et chargés de cours de l’U.Q.A.C.
(CSN) v. Syndicat des professeures et professeurs de
l’Université du Québec à Chicoutimi, 2005 QCCRT
364 (CanLII)).
[88] D’autre part, en attribuant compétence exclu­
sive aux arbitres sur ce type de griefs, l’Assem­blée
nationale reconnaissait leur champ d’expertise et
leur spécialisation en la matière (ConsolidatedBathurst Inc.; Automobiles Canbec inc. (la juge
Otis, p. 43-44); Syndicat canadien de la Fonction
publique, section locale 1450; Syndicat des char­gées
et chargés de cours de l’U.Q.A.C. (CSN) c. Syn­di­cat
des professeures et professeurs de l’Uni­ver­sité du
Québec à Chicoutimi, 2005 QCCRT 364 (CanLII)).
[89] To this I should add the fact that the legis­
lature has, in ss. 139, 139.1 and 140 of the Code,
enacted what Arbour J. described as “general full
privative clauses” (Ivanhoe inc., at para. 25). It ca­
not therefore be doubted that the Quebec legis­lature
intended to give the grievance arbitrator full latitude
to rule on an alleged violation of the right provided
for in s. 59. As a result, deference is in order, and
judicial review will be available only if the award
was unreasonable.
[89] S’ajoute à ces constats le fait que le Code
édicte, aux art. 139, 139.1 et 140, ce que la juge
Arbour a qualifié de « clauses privatives générales
intégrales » (Ivanhoe inc., par. 25). L’on ne saurait
alors mettre en doute la volonté du législateur
québécois de laisser à l’arbitre de griefs la latitude
nécessaire pour statuer sur une allégation de vio­
lation du droit que proclame l’art. 59. Dans ce
contexte, la déférence s’impose, et seule une déci­
sion déraisonnable permettra une révision judi­
ciaire.
(2) Arbitrator Ménard’s Award Was Reasonable
(2) La sentence de l’arbitre Ménard est raison­
nable
[90] In the case at bar, there is no support for a
finding that Arbitrator Ménard’s award was un­rea­
sonable. On the contrary, in light of the prin­ciples
I have been discussing, the award seems to be per­
fectly consistent with the words and the purposes
of s. 59, and with the meaning and the scope the
Quebec legislature intended to give that section. It
is therefore clearly one of the “possible, acceptable
outcomes which are defensible in respect of the
facts and law”, Dunsmuir, at para. 47.
[90] En l’espèce, rien ne permet de conclure que
la décision de l’arbitre Ménard est déraisonnable.
Au contraire, à la lumière des principes que je viens
d’exposer, elle apparaît tout à fait conforme au texte
et aux objectifs de l’art. 59, de même qu’au sens et
à la portée qu’a bien voulu lui donner le législateur
québécois. En tant que telle, elle s’inscrit clairement
parmi les « issues possibles acceptables pouvant se
justifier au regard des faits et du droit », Dunsmuir,
par. 47.
[91] Moreover, turning to the arbitrator’s analy­
sis, I would note at the outset that in determining
[91] De plus, en passant à l’étude de son raison­
nement, je note d’entrée de jeu qu’en situant le
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
Le juge LeBel
369
that the case concerned a change in the employees’
con­ditions of employment rather than the legality
of the closure, he correctly identified the subject
mat­ter of the litigation (paras. 14-17). In addition
to stressing the distinction between the subject of
the change and its raison d’être that flows from
the interpretation given to s. 59 by judges and com­
mentators, this premise enabled him to find, quite
rightly, that s. 59 did not preclude the em­ployer
from closing its business (paras. 20 and 26).
débat sur le terrain de la modification des condi­
tions de travail plutôt que sur celui de la légalité
de la fermeture, l’arbitre a correctement identifié
l’objet du litige (par. 14-17). En plus de souligner la
distinction qui ressort de l’interprétation juris­
prudentielle et doctrinale de l’art. 59 entre l’objet
de la modification et sa raison d’être, cette prémisse
lui a permis de rappeler, à bon droit, que cette dis­
position n’a pas empêché l’employeur de fermer
son entreprise (par. 20 et 26).
[92] This led the arbitrator to review the whole
of the dispute in light of relevant principles drawn
from the legislation itself, as well as from the case
law and the academic literature (paras. 18-24).
After stating that s. 59 [translation] “is intended
to protect the right to form a union and negotiate a
collective agreement” (para. 18), he correctly iden­
tified the facts the Union must prove in order to
succeed (para. 19). Then, discussing the only one
of these facts that was at issue in this case, he found
on the evidence that the Union had established
that the “collective layoffs” constituted a change
in conditions of employment (para. 25). From this
perspective, the quoted passages from the case law
and the summary of the evidence set out at the start
of the award suggest that he saw continuation of
the employment relationship to be the condition
of employment that had been changed by the em­
ployer.
[92] Fort de ce constat, l’arbitre a par ailleurs
ana­lysé l’ensemble du litige à la lumière des con­
cepts législatifs, prétoriens et doctrinaux pertinents
(par. 18-24). Ainsi, après avoir affirmé que l’art. 59
« a pour objet de protéger le droit à la syndicalisa­
tion et à la négociation de conventions collectives »
(par. 18), il dégage correctement les éléments que
le Syndicat doit démontrer pour avoir gain de cause
(par. 19). Puis, discutant du seul élément liti­gieux
en l’espèce, il conclut, au regard de la preuve, que
le Syndicat a établi que les « mises à pied collecti­
ves » constituent une modification des conditions de
travail (par. 25). Dans ce contexte, les extraits juris­
prudentiels cités et les éléments de preuve résumés
au début de la décision indiquent qu’il considère le
maintien du lien d’emploi comme faisant l’objet de
la condition de travail modifiée par l’employeur.
[93] Regarding the reason given to justify this
change, Arbitrator Ménard held that the closure
of the establishment did not suffice to explain the
layoffs (para. 26). Since that was the only argument
the employer had advanced, he found that the
employer had failed to justify its decision and that
the change was accordingly contrary to s. 59 (paras.
25 and 27-29).
[93] Quant au motif invoqué pour justifier cette
modification, l’arbitre Ménard décide que la fer­
meture de l’établissement ne suffit pas pour expli­
quer les mises à pied (par. 26). Or, comme cet
argument était le seul avancé par l’employeur, il
constate que ce dernier n’est pas en mesure de jus­
tifier sa décision. En conséquence, la modi­fication
est contraire à l’art. 59 (par. 25 et 27-29).
[94] On this point, I note that the arbitrator was
right to maintain that invoking the closure (or the
right to close its business) did not on its own suf­
fice to justify the change for the purposes of s. 59
(para. 26). As I mentioned above, an arbitrator who
hears a complaint based on that section cannot
merely find that the employer has the power to man­
age its business and, in so doing, to close it. The
[94] Sur ce point, je signale que l’arbitre a rai­
son de soutenir que le simple fait d’invoquer la
fermeture (voire le droit de fermer son entreprise)
n’est pas suffisant pour justifier la modification au
sens de l’art. 59 (par. 26). Comme je l’ai souli­gné
plus haut, l’arbitre saisi d’une plainte fondée sur cet
article ne peut se borner à constater que l’employeur
possède le pouvoir de gérer son entreprise et, par
370
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
LeBel J.
[2014] 2 S.C.R.
arbitrator must also be satisfied that the employer
would have closed the business even if the petition
for cer­ti­fication had not been filed. Given the
absence of evidence to that effect, however, it was
reasonable to find that the closure did not flow from
a normal management practice.
le fait même, de la fermer. Il doit au surplus être
con­vaincu que ce dernier aurait procédé à cette fer­
meture même en l’absence de la requête en accré­
ditation. Or, en l’absence de preuve à cet effet, il
était raisonnable de conclure que la fermeture ne
résultait pas d’une pratique habituelle de gestion.
[95] In discussing the “business as usual” rule and
its application in this case, Arbitrator Ménard did
not place an inappropriate burden of proof on the
employer. In fact, it is clear from his review of the
Union’s evidence that the Union had shown that the
store’s situation did not suggest it would be closed.
For example, Mr. Ménard stated early in his reasons
that he was adopting the following [translation]
“additional evidence”:
[95] Dans ses commentaires sur la règle des « pra­
tiques habituelles de gestion » et sur son applica­
tion en l’espèce, l’arbitre Ménard n’a pas imposé à
l’employeur un fardeau de preuve inapproprié. En
effet, à l’examen de la décision, il ressort clairement
de son analyse de la preuve présentée par le Syn­
dicat que celui-ci avait démontré que le magasin
n’était pas dans une situation laissant présager sa
fermeture. À titre d’exemple, au tout début de ses
motifs, Me Ménard indique qu’il retient notamment
ce qui suit de « compléments de preuve » :
[translation] [T]he Employer at no time told any­
one that it intended to go out of business or that it was
experiencing financial difficulties. On the contrary, it in­
dicated that, from a perspective of five (5) years, the store
was performing very well and that its objectives were
being met. [para. 2]
[L]’employeur n’a jamais révélé à quiconque qu’il
entendait cesser ses activités ou encore qu’il rencontrait
des difficultés financières. Au contraire, il laissait savoir
que, dans une perspective de cinq (5) ans, le magasin
évo­luait très bien et que les objectifs étaient rencontrés.
[par. 2]
He then quoted a passage from the testimony of
Gaétan Plourde in which Mr. Plourde revealed that
the establishment’s manager had indicated to him
that bonuses would be paid for 2003 (para. 2).
Un peu plus loin, il cite un extrait du témoignage
de Gaétan Plourde, dans lequel ce dernier révèle
que le directeur de l’établissement lui avait laissé
entendre que des bonis seraient versés pour l’année
2003 (par. 2).
[96] In this context, it must be understood that
the arbitrator’s statement that the employer had
not shown the closure to have been made in the
or­dinary course of the company’s business was
grounded in his view that the Union had already
presented sufficient evidence to satisfy him that the
change was not consistent with the employer’s past
management practices or with those of a reason­
able employer in the same circumstances. It was in
fact reasonable to find that a reasonable employer
would not close an establishment that “was per­
forming very well” and whose “objectives were be­
ing met” to such an extent that bonuses were being
promised.
[96] Dans ce contexte, on comprend que, lorsqu’il
affirme que l’employeur n’a pas démontré que la
fermeture s’inscrivait dans le cours normal des
affai­res de l’entreprise, il retient que le Syndicat a
déjà présenté suffisamment d’éléments de preuve
pour le convaincre que la modification n’était pas
conforme aux pratiques antérieures de gestion de
l’employeur ou à celles d’un employeur raisonnable
placé dans les mêmes circonstances. En effet, on
peut raisonnablement conclure que cet employeur
raisonnable n’aurait pas fermé les portes d’un
établissement qui « évoluait très bien » et où « les
objectifs étaient rencontrés », à tel point que des
bonis étaient promis.
[97] Given that his award was based on this ob­
jective finding, the arbitrator neither created a legal
[97] Partant de ce constat objectif, l’arbitre n’a
ni créé de présomption légale ni inversé le fardeau
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
Les juges Rothstein et Wagner
371
presumption nor reversed the onus. All he did was
draw inferences of fact from the evidence that had
been established before him, which he was free to
do under the Civil Code and the Labour Code. These
inferences, which Wal-Mart did not challenge, led
Arbitrator Ménard to hold that the resiliation of
the contracts of employment and, therefore, the
change in the conditions of employment of all the
es­tab­lish­ment’s employees violated s. 59. I find this
con­clusion reasonable in light of the facts and the
law. In these circumstances, the Court of Appeal
should have dismissed the appeal and affirmed the
Superior Court’s judgment dismissing Wal-Mart’s
application for judicial review.
de preuve. Il a tout simplement tiré des inférences
de faits des éléments de preuve déjà établis devant
lui, ce que lui permettent le Code civil et le Code
du travail. Ces inférences, que Wal-Mart n’a pas
contestées, ont amené l’arbitre Ménard à conclure
que la résiliation des contrats de travail, et donc la
modification des conditions de travail de l’ensem­
ble des employés de l’établissement, contrevenait à
l’art. 59. À la lumière des faits et du droit, cette con­
clusion m’apparaît raisonnable. Dans ces cir­con­s­
tances, la Cour d’appel aurait dû rejeter le pourvoi
et confirmer le jugement de la Cour supérieure qui
rejetait la demande de contrôle judiciaire de WalMart.
V. Conclusion
V. Conclusion
[98] For these reasons, I would allow the ap­
peal, set aside the judgment of the Court of Appeal
and restore the Superior Court’s judgment dis­miss­
ing the application for judicial review of Arbitrator
Ménard’s award. I would remand the case to Arbitra­
tor Ménard to determine the appropriate remedy
in accordance with the disposition of his award. I
would award costs throughout to the appellant.
[98] Pour ces motifs, j’accueillerais le pourvoi, je
casserais le jugement de la Cour d’appel et je réta­
bli­rais le jugement de la Cour supérieure rejetant
la demande de contrôle judiciaire de la décision de
l’arbitre Ménard. Je renverrais le dossier à ce der­
nier pour qu’il détermine la réparation appro­priée
conformément au dispositif de sa sentence. J’accor­
derais les dépens à l’appelante devant toutes les
cours.
The following are the reasons delivered by
Version française des motifs rendus par
Rothstein and Wagner jj. (dissenting) —
Les juges Rothstein et Wagner (dissidents) —
I. Introduction
I. Introduction
[99] This is the latest in a seemingly interminable
series of cases in this Court and the courts in Que­
bec arising from the closure of the Wal-Mart store
in Jonquière, Quebec over nine years ago. As in
the other litigation, the question is whether the un­
fair labour practice provisions of the Labour Code,
CQLR, c. C-27 (“Code”), ss. 12 to 14, should be
the basis of the union’s complaint, rather than other
provisions of the Code. In this appeal the union
resorts to s. 59, which provides for a temporary
pro­hibition on employers changing the conditions
of employment, to argue that the Jonquière store
clo­sure and resultant employee termination are im­
permissible in the absence of justification. In doing
so, the union attempts to side-step the requirement
[99] Le présent pourvoi représente le plus récent
chapitre d’une série apparemment interminable
de procédures devant la Cour et les tribunaux du
Québec découlant de la fermeture, il y a plus de
neuf ans, du magasin Wal-Mart de Jonquière au
Québec. Comme ce fut le cas dans les autres ins­
tances, la question consiste à se demander si la
plainte du syndicat doit reposer sur les disposi­tions
relatives aux pratiques déloyales de travail figu­
rant dans le Code du travail, RLRQ, ch. C-27 (le
« Code ») — c’est-à-dire les art. 12 à 14 —, plutôt
que sur d’autres dispositions du Code. En l’espèce,
le syndicat se rabat maintenant sur l’art. 59, lequel
inter­dit temporairement aux employeurs de modi­
fier les conditions de travail, et il plaide que la
372
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
Rothstein and Wagner jj.
[2014] 2 S.C.R.
of proving that the store closure was motivated by
anti-union animus.
fermeture du magasin de Jonquière et les congé­
diements qui en ont résulté étaient interdits en
l’absence de justification. Ce faisant, le syndicat
tente d’éluder l’obligation de prouver que la fer­
me­ture du magasin était motivée par l’antisyn­di­
calisme.
[100] The union appeals a decision rendered
by the Quebec Court of Appeal on May 11, 2012.
The Court of Appeal allowed the appeal brought by
Wal-Mart from a judgment rendered by the Quebec
Superior Court on judicial review on October 6,
2010. That judgment upheld an arbitration award
made on September 18, 2009, which found that
the employee dismissals on April 29, 2005 were
unlawful.
[100] Le syndicat se pourvoit à l’encontre d’un
arrêt de la Cour d’appel du Québec daté du 11 mai
2012, qui a accueilli l’appel formé par Wal-Mart
contre un jugement rendu le 6 octobre 2010 par la
Cour supérieure du Québec à l’issue d’un contrôle
judiciaire. Dans ce jugement, la Cour supérieure a
confirmé une sentence arbitrale dans laquelle l’arbi­
tre avait conclu, le 18 septembre 2009, à l’illégalité
du congédiement des salariés le 29 avril 2005.
[101] Section 59 of the Code provides:
[101] L’article 59 du Code est rédigé ainsi :
59.  From the filing of a petition for certification and
un­til the right to lock out or to strike is exercised or
an arbitration award is handed down, no employer
may change the conditions of employment of his em­
ployees without the written consent of each pe­titioning
association and, where such is the case, certified as­so­
ciation.
59.  À compter du dépôt d’une requête en accré­ditation et
tant que le droit au lock-out ou à la grève n’est pas exercé
ou qu’une sentence arbitrale n’est pas intervenue, un
employeur ne doit pas modifier les conditions de travail
de ses salariés sans le consentement écrit de chaque asso­
ciation requérante et, le cas échéant, de l’association
accré­ditée.
The same rule applies on the expiration of the col­
lective agreement until the right to lock out or to strike is
exercised or an arbitration award is handed down.
Il en est de même à compter de l’expiration de la con­
vention collective et tant que le droit au lock-out ou à la
grève n’est pas exercé ou qu’une sentence arbitrale n’est
pas intervenue.
The parties may stipulate in a collective agree­ment that
the conditions of employment contained therein shall
continue to apply until a new agreement is signed.
Les parties peuvent prévoir dans une convention
collective que les conditions de travail contenues dans
cette dernière vont continuer de s’appliquer jusqu’à la
signature d’une nouvelle convention.
[102] The union argues that s. 59 of the Code
is applicable in the case of a business closure and
does not require that there be an ongoing business.
According to the union, the continuation of the em­
ployment relationship is a condition of em­ploy­ment
for the purposes of s. 59 of the Code. The clo­sure
of the Jonquière Wal-Mart store was thus a change
in the conditions of employment that must be jus­
tified by Wal-Mart. Wal-Mart did not provide such
justification. The union also submits that the arbi­
trator is not limited to restoring the status quo ante
under s. 59 of the Code and that s. 100.12 empowers
the arbitrator to award damages.
[102] Le syndicat prétend que l’art. 59 du Code
s’appli­que en cas de fermeture d’entreprise et que
l’application de cette disposition n’exige pas qu’il
y ait une entreprise active. Selon lui, le maintien de
la relation d’emploi est une condition de travail
visée à l’art. 59 du Code. La fermeture du magasin
Wal-Mart de Jonquière constituait donc une modi­
fication des conditions de travail que Wal-Mart
était tenue de justifier. Or Wal-Mart n’a pas fourni
de justification. Le syndicat ajoute que le pou­voir
de l’arbitre ne se limite pas à rétablir la situa­tion
antérieure en application de l’art. 59 du Code et
que l’art. 100.12 autorise celui-ci à accorder des
dommages-intérêts.
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
Les juges Rothstein et Wagner
373
[103] For the reasons that follow, we are of the
opinion that the appeal is without foundation. Sec­
tion 59 of the Code does not apply in the busi­ness
closure context. As this Court stated in Plourde v.
Wal-Mart Canada Corp., 2009 SCC 54, [2009] 3
S.C.R. 465, the recourse available in such circum­
stances lies under ss. 12 to 14 of the Code. To say
that s. 59 of the Code applies here would deny the
employer the right to close its business and would
be inconsistent with the purpose of s. 59.
[103] Pour les motifs qui suivent, nous sommes
d’avis que le pourvoi est dénué de fondement.
L’arti­cle 59 du Code ne s’applique pas en contexte
de fermeture d’entreprise. Comme l’a déclaré
notre Cour dans Plourde c. Compagnie Wal-Mart
du Canada, 2009 CSC 54, [2009] 3 R.C.S. 465, le
recours qui peut être exercé dans une telle situa­tion
est prévu aux art. 12 à 14 du Code. Affirmer que
l’art. 59 du Code s’applique en l’espèce revien­
drait à priver l’employeur du droit de fer­mer son
entreprise et serait incompatible avec l’objet de
l’art. 59.
II. Background
II. Faits
[104] The facts of the case are well known to
this Court. As in Plourde and Desbiens v. Wal-Mart
Can­ada Corp., 2009 SCC 55, [2009] 3 S.C.R. 540,
this appeal has its roots in the decision of Wal-Mart
to close its Jonquière store on May 6, 2005.
[104] La Cour connaît bien les faits de l’espèce. À
l’instar des affaires Plourde et Desbiens c. Compa­
gnie Wal-Mart du Canada, 2009 CSC 55, [2009]
3 R.C.S. 540, le présent pourvoi a pour origine la
décision de Wal-Mart de fermer son magasin de
Jonquière le 6 mai 2005.
[105] On August 2, 2004, the Commission des
rela­tions du travail (“CRT”) certified the union
to rep­resent employees of the Wal-Mart store in
Jonquière. Between October 26, 2004 and Feb­
ru­ary 1, 2005, the union and Wal-Mart held nine
bargaining sessions but were unable to conclude
a collective agreement. On February 2, 2005, the
union applied to the Minister of Labour for the
appointment of an arbitrator to determine the con­
tent of the first collective agreement. On Febru­ary 9,
2005, the Minister of Labour referred the dispute
to arbitration and notified the parties that he had
done so. That same day, Wal-Mart announced that
it would close its Jonquière establishment for busi­
ness reasons, effective May 6, 2005. It informed em­
ployees that they would receive severance pay in an
amount equal to two weeks of work per year of
service. On April 29, 2005, Wal-Mart informed its
employees that the store would, in fact, close that
day, and collectively dismissed its 192 employees.
[105] Le 2 août 2004, la Commission des rela­
tions du travail (« CRT ») a accrédité le syndicat
pour représenter les employés du magasin WalMart de Jonquière. Entre le 26 octobre 2004 et le
1er février 2005, le syndicat et Wal-Mart ont tenu
neuf séances de négociation, mais ils ont été inca­
pa­bles de conclure une convention collective. Le
2 février 2005, le syndicat a demandé au ministre
du Travail de nommer un arbitre afin que celui-ci
détermine le contenu de la première convention
collective. Le 9 février 2005, le ministre du Travail
a renvoyé le différend à l’arbitrage et en a avisé les
parties. Le même jour, Wal-Mart a annoncé qu’elle
fermerait son établissement de Jonquière pour des
raisons d’affaires et que cette décision prendrait effet
le 6 mai 2005. Wal-Mart a informé les employés
qu’ils recevraient une indemnité de départ d’un
montant équivalent à deux semaines de travail par
année de service. Le 29 avril 2005, Wal-Mart a
informé ses employés qu’en fait le magasin fermait
ses portes le jour même et a congédié collectivement
ses 192 employés.
[106] Wal-Mart employees initiated a series of
proceedings related to the closure of the Jon­quière
store. In 2009, this Court addressed a proceed­ing
brought by Gaétan Plourde under ss. 15 to 17 of
[106] Les employés de Wal-Mart ont introduit
une série d’instances en lien avec la fermeture
du magasin de Jonquière. En 2009, la Cour s’est
prononcée sur la procédure intentée par Gaétan
374
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
Rothstein and Wagner jj.
[2014] 2 S.C.R.
the Code. Mr. Plourde sought to rely on the pre­
sumption of anti-union animus in s. 17, since he
had engaged in numerous union activities that
were concomitant with the termination of his em­
ployment. Binnie J., writing for the majority, noted
that “[t]he appropriate remedy in a closure situa­
tion lies under ss. 12 to 14 of the Code” (at para. 4)
and dismissed the appeal. Sections 12 to 14 of the
Code were, in fact, invoked in Boutin v. Wal-Mart
Canada inc., 2005 QCCRT 225 (CanLII); 2005
QCCRT 269 (CanLII), but that proceeding was ul­
timately discontinued by the applicants on or about
December 5, 2007. And, in Pednault v. Com­pa­gnie
Wal-Mart du Canada, 2006 QCCA 666, [2006]
R.J.Q. 1266, a former employee sought au­tho­ri­
zation to institute a class action, alleging that WalMart’s decision to close the Jonquière store violated
the employees’ freedom of association. The Quebec
Court of Appeal found that the dis­pute was within
the CRT’s exclusive jurisdiction and dismissed the
motion.
Plourde en vertu des art. 15 à 17 du Code. Mon­
sieur Plourde y invoquait la présomption d’anti­
syndicalisme de l’art. 17, parce qu’il avait exercé de
nombreuses activités syndicales en concomitance
avec la cessation de son emploi. S’exprimant au
nom des juges majoritaires, le juge Binnie a sou­
li­gné que « [l]e recours approprié en cas de fer­
me­ture d’une entreprise est prévu aux art. 12 à 14
du Code » (par. 4) et a rejeté le pourvoi. Les arti­
cles 12 à 14 du Code avaient en fait été invoqués
dans Boutin c. Wal-Mart Canada inc., 2005 QCCRT
225 (CanLII); 2005 QCCRT 269 (CanLII), mais
cette affaire s’est terminée par un désistement des
deman­deurs vers le 5 décembre 2007. De plus, dans
Pednault c. Compagnie Wal-Mart du Canada, 2006
QCCA 666, [2006] R.J.Q. 1266, un ancien employé
avait demandé l’autorisation d’exercer un recours
collectif, affirmant que la décision de Wal-Mart de
fermer le magasin de Jonquière portait atteinte à la
liberté d’association des employés. La Cour d’appel
du Québec a toutefois conclu que le litige relevait
de la compétence exclusive de la CRT et a rejeté la
requête.
III. Judicial History
III. Historique judiciaire
[107] In this case, the union filed a grievance un­
der s. 59 of the Code on March 23, 2005. The union
argued that Wal-Mart had changed the conditions
of employment by closing the Jonquière store. The
grievance alleged, inter alia, that the employer had
[Translation] “encouraged, fomented and fostered”
rumours that the Saint-Hyacinthe and Brossard
stores would close and that the employer was seek­
ing to change the conditions of employment for
anti-union reasons. The conditions of employment
were described in the grievance as consisting of the
right to associate, the right to bargain collectively,
and the right to secure a collective agreement.
[107] En l’espèce, le 23 mars 2005, le syndicat
a déposé en vertu de l’art. 59 du Code un grief
reprochant à Wal-Mart d’avoir modifié les condi­
tions de travail des salariés en fermant le magasin
de Jonquière. Dans ce grief, le syndicat alléguait
notam­ment que l’employeur avait « encouragé,
fomenté, favorisé » les rumeurs selon lesquelles les
magasins de Saint-Hyacinthe et de Brossard ferme­
raient leurs portes, et que Wal-Mart cherchait à
modi­fier les conditions de travail pour des raisons
antisyndicales. Les conditions de travail décrites
dans le grief étaient le droit de s’associer, le droit
de négocier collectivement et le droit d’obtenir une
convention collective.
[108] On August 30, 2006, arbitrator Jean-Guy
Ménard declined jurisdiction in favour of the CRT.
He found that the true subject matter of the com­
plaint was [translation] “the violation of rights
established in the Labour Code through tactics
that were considered to be unlawful” and was there­
fore within the CRT’s exclusive jurisdiction ([2006]
R.J.D.T. 1665, at para. 21).
[108] Le 30 août 2006, l’arbitre Jean-Guy
Ménard a décliné compétence en faveur de la CRT.
Il a conclu que la plainte avait pour véritable objet
« l’atteinte de droits consacrés au Code du travail
par des manœuvres qu’on estimait illégitimes » et
que, pour cette raison, elle relevait de la compétence
exclusive de la CRT ([2006] R.J.D.T. 1665, par. 21).
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
Les juges Rothstein et Wagner
375
[109] On November 1, 2007, the Superior Court
set aside Mr. Ménard’s decision because [Trans­
lation] “in the instant case, in the absence of ev­i­
dence, one could not find on the basis of the words
of the grievance that the arbitrator lacked juris­
diction without hiding behind strict formalism, as
the respondent arbitrator did” (2007 QCCS 5704,
[2008] R.J.D.T. 138, at para. 44). The Superior
Court remitted the matter to Mr. Ménard and asked
him to reserve his decision on the preliminary ob­
jec­tion and address it at the same time as the merits.
[109] Le 1er novembre 2007, la Cour supérieure
a annulé la décision de Me Ménard, au motif que,
« en l’espèce, le libellé du grief, en l’absence de
preuve, ne permettait aucunement de conclure
à l’absence de compétence de l’arbitre » (2007
QCCS 5704, [2008] R.J.D.T. 138, par. 44). La Cour
supérieure a renvoyé l’affaire à Me Ménard et lui
a demandé de réserver sa décision sur l’objection
préliminaire et de statuer sur celle-ci en même
temps que sur la question de fond.
[110] On September 18, 2009, the arbitrator al­
lowed the union’s grievance. Finding that the griev­
ance concerned the dismissals and not the closure
of the store, he held that the dismissals constituted
a change in the conditions of employment. The ar­
bitrator acknowledged that employers in Quebec
have the right, a priori, to close up shop. However,
where this causes a change in the conditions of em­
ployment under s. 59 of the Code, the employer
must prove that the change was made in the ordinary
course of business. Wal-Mart failed to show that the
dismissal of employees was “business as usual”
([2009] R.J.D.T. 1439, at para. 20).
[110] Le 18 septembre 2009, l’arbitre a accueilli
le grief du syndicat. Concluant que le grief con­
cer­nait les congédiements et non la fermeture du
maga­sin, il a statué que ceux-ci constituaient une
modi­fication des conditions de travail. L’arbitre a
reconnu que les employeurs au Québec possèdent,
a priori, le droit de fermer boutique. Toutefois,
dans les cas où cela amène une modification des
conditions de travail visée par l’art. 59 du Code,
l’employeur doit prouver que la modification a été
apportée dans le cours normal de ses affaires. WalMart n’a pas fait la preuve que le congédiement
des salariés s’inscrivait dans le « cours normal des
affaires » (« business as usual ») ([2009] R.J.D.T.
1439, par. 20).
[111] On October 6, 2010, the Quebec Superior
Court, per Moulin J., dismissed Wal-Mart’s appli­
cation for judicial review (2010 QCCS 4743, [2010]
R.J.D.T. 1118). Contrary to Wal-Mart’s submissions,
the Superior Court found that the arbitrator did not
apply a presumption that dismissals during the s. 59
freeze period are illegal. Rather, the arbitrator only
used the word “presumption” to indicate that, after
his preliminary finding of fact that the employer
changed a condition of employment, the change was
presumed to contravene s. 59 of the Code unless
the employer successfully invoked the “business as
usual” defence.
[111] Le 6 octobre 2010, le juge Moulin de la
Cour supérieure du Québec a rejeté la demande de
con­trôle judiciaire présentée par Wal-Mart (2010
QCCS 4743, [2010] R.J.D.T. 1118). Contrairement
à ce que prétendait Wal-Mart, la Cour supérieure
a conclu que l’arbitre n’avait pas appliqué de pré­
somption d’illégalité des congédiements surve­nant
pendant la période de gel prescrite par l’art. 59.
Au contraire, l’arbitre aurait selon elle uniquement
employé le mot « présomption » pour indiquer
que, par suite de sa conclusion de fait préliminaire
selon laquelle l’employeur avait modifié une con­
di­tion de travail, cette modification était présu­
mée contrevenir à l’art. 59 du Code à moins que
l’employeur n’invoque avec succès le moyen de
défense relatif au « cours normal des affaires ».
[112] Moulin J. held that the dismissal of an em­
ployee may constitute a change in the conditions
of employment. It was therefore reasonable for the
[112] Le juge Moulin a statué que le congédie­
ment d’un employé peut constituer une modifica­
tion des conditions de travail. La conclusion de
376
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
Rothstein and Wagner jj.
[2014] 2 S.C.R.
arbitrator to find that termination of all employees
in the context of a business closure was a change in
conditions of employment under s. 59 of the Code.
And, since Wal-Mart had merely argued that this
change was implemented for business reasons, it
was not unreasonable to conclude that Wal-Mart did
not successfully demonstrate that the store closure
was part of the ordinary course of business.
l’arbitre selon laquelle le congédiement de tous les
salariés dans un contexte de fermeture d’entreprise
constituait une modification des conditions de
travail visée à l’art. 59 du Code était par conséquent
raisonnable. De plus, comme Wal-Mart s’était con­
tentée de plaider que cette modification avait été
mise en œuvre pour des raisons d’affaires, il n’était
pas déraisonnable de conclure que l’entreprise
n’avait pas réussi à démontrer que la fermeture du
maga­sin s’inscrivait dans le cours normal de ses
affaires.
[113] On May 11, 2012, the Quebec Court of
Ap­peal set aside the judgment of the Superior
Court (2012 QCCA 903, [2012] R.J.Q. 978). Like
Mr. Ménard in his first arbitration award, Vézina
J.A. (with Gagnon J.A.) found that the true nature
of the dispute related to ss. 12 to 14 of the Code. He
assessed whether it was nevertheless possible to
equate the complete and permanent closure of a
busi­ness with a change in conditions of employ­
ment. In this regard, he stated that it [Translation]
“is not a change, but a termination of employment.
The operation of the business does not change; it
ceases” (para. 117). The permanent closure of an
establishment “falls outside” the concept of a con­
dition of employment (para. 118). Vézina J.A. also
found that it is impossible to restore the status quo
ante in a store closure situation because this would
amount to forcing the employer to continue oper­
ating its business, which would be inconsis­tent with
the well-established principle in Quebec law that an
employer has the right to close its business.
[113] Le 11 mai 2012, la Cour d’appel du Qué­
bec a annulé le jugement de la Cour supérieure
(2012 QCCA 903, [2012] R.J.Q. 978). Tout comme
l’avait fait Me Ménard dans sa première sentence
arbitrale, le juge Vézina (avec l’appui du juge
Gagnon) a conclu que, de par sa nature véritable,
le litige relève des art. 12 à 14 du Code. Il s’est
demandé s’il était néanmoins possible d’assimi­ler
la fermeture complète et définitive d’une entre­
prise à une modification des conditions de travail.
À cet égard, il a affirmé qu’il « ne s’agit pas d’une
modi­fication, mais d’une suppression du travail.
L’exploitation de l’entreprise ne change pas, elle
disparaît » (par. 117). La fermeture définitive d’un
établissement « se situe au-delà » de la notion de
conditions de travail (par. 118). Le juge Vézina a
également statué qu’il était impossible de rétablir
la situation antérieure en cas de fermeture d’un
magasin, car cela reviendrait à forcer l’employeur
à continuer à exploiter son entreprise, ce qui serait
contraire au principe bien établi en droit québécois
selon lequel l’employeur a le droit de fermer son
entreprise.
[114] In concurring reasons, Léger J.A. found
that it was unreasonable to view the dismissals as
justified by a business closure on the one hand and
to consider the termination of the employment re­
lationship to be a change in conditions of employ­
ment on the other. The arbitrator’s analysis was
unreasonable, since it shifted the debate from jus­
tification for the dismissals to the cause of the store
closure. Léger J.A. also found that the arbi­tra­tor’s
de­ci­sion was inconsistent with the employer’s con­
tinued right, during the s. 59 freeze on conditions
of employment, to manage the business. In short,
[114] Dans ses motifs concordants, le juge Léger
a conclu qu’il était déraisonnable de considérer,
d’une part, qu’une fermeture d’entreprise justifie des
congédiements, mais d’autre part que la cessation
de la relation d’emploi constitue une modification
des conditions de travail. L’analyse de l’arbitre était
à son avis déraisonnable, puisqu’elle déplaçait le
débat, le faisant porter non plus sur la justification
des congédiements mais sur les causes de la ferme­
ture du magasin. Le juge Léger a par ailleurs estimé
que la décision de l’arbitre était incompatible avec
le droit que conserve l’employeur, pendant le gel
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
Les juges Rothstein et Wagner
377
Mr. Ménard’s decision denied the employer the
right to close its business and gave the employees
a right to employment stability that they had not
previously enjoyed.
des conditions de travail prescrit par l’art. 59, de
gérer son entreprise. En somme, la décision de
Me Ménard avait pour effet de priver l’employeur
de son droit de fermer son entreprise et de conférer
aux employés un droit à la stabilité d’emploi dont
ils ne jouissaient pas auparavant.
IV. Issues
IV. Questions en litige
[115] This Court must determine whether s. 59
of the Code applies in situations involving the com­
plete and permanent closure of a business. If so, it
will be necessary to determine whether the closure
of Wal-Mart’s Jonquière store constitutes a change
in conditions of employment contrary to s. 59 of the
Code.
[115] Notre Cour doit décider si l’art. 59 du
Code s’applique dans les situations où il y a ferme­
ture complète et définitive d’une entreprise. Dans
l’affir­mative, il faudra déterminer si la fermeture
du maga­sin Wal-Mart de Jonquière constitue une
modi­fication des conditions de travail prohibée par
l’art. 59 du Code.
V. Statutory Provisions
V. Dispositions législatives
[116] The relevant statutory provisions are con­
tained in Appendix.
[116] Les dispositions législatives pertinentes
sont reproduites à l’annexe.
VI. Analysis
VI. Analyse
A. Section 59 of the Code — Legislative History
and Purpose: Not to Prevent Closure of a Busi­
ness
A. L’article 59 du Code — historique et objet de
la loi : empêcher la fermeture d’une entreprise
n’est pas l’objectif visé
[117] The provision that later became s. 59 of the
Code was initially located in the forbidden prac­
tices section of the Labour Relations Act, R.S.Q.
1941, c. 162A. However, in 1964, it was moved to
the chapter entitled “Collective Agreements” in the
new Code, which was enacted to consolidate seven
employment law statutes and to thus provide a
more coherent legislative framework (F. Morin et
al., Le droit de l’emploi au Québec (4th ed. 2010),
at p. 939). Section 59 provides for a temporary
“freeze” that prevents employers from changing
the conditions of employment from the time of the
filing of a petition for certification or the expiration
of a collective agreement, until the right to lock out
or to strike is exercised or an arbitration award is
handed down.
[117] La disposition qui allait devenir l’art. 59
du Code se trouvait à l’origine dans la partie de la
Loi des relations ouvrières, S.R.Q. 1941, ch. 162A,
qui portait sur les pratiques interdites. Toutefois, en
1964, la disposition s’est retrouvée dans le chapitre
« De la convention collective » du nouveau Code,
qui a été édicté pour fusionner sept lois du travail
et ainsi fournir un cadre législatif plus cohérent
(F. Morin et autres, Le droit de l’emploi au Québec
(4e éd. 2010), p. 939). L’article 59 prescrit un « gel »
temporaire des conditions de travail qui empêche
les employeurs de les modifier à compter du dépôt
d’une requête en accréditation ou de l’expira­tion
de la convention collective, tant que le droit au
lock-out ou à la grève n’est pas exercé ou qu’une
sentence arbitrale n’est pas intervenue.
[118] The purpose of s. 59 is to maintain
[Trans­lation] “the fragile equilibrium existing
between the parties at this stage of nascency of the
[118] L’article 59 a pour objet de maintenir
« l’équi­libre fragile existant entre les parties à cette
étape embryonnaire de l’élaboration des rapports
378
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
Rothstein and Wagner jj.
[2014] 2 S.C.R.
collective labour relations process” (Automobiles
Canbec inc. v. Hamelin, 1998 CanLII 12602 (Que.
C.A.), Otis J.A., at p. 37; see also F. Morin and R.
Blouin, with the collaboration of J.-Y. Brière and
J.-P. Villaggi, Droit de l’arbitrage de grief (6th ed.
2012), at p. 200). The maintenance of the status
quo is designed to facilitate the negotiation of a
collective agreement: see Union des routiers, bras­
series, liqueurs douces & ouvriers de diverses in­
dustries (Teamsters, Local 1999) v. Quality Goods
I.M.D. Inc., [1990] AZ-90141179 (T.A.), at p. 6.
collectifs de travail » (Automobiles Canbec inc. c.
Hamelin, 1998 CanLII 12602 (C.A. Qué.), la juge
Otis, p. 37; voir aussi F. Morin et R. Blouin, avec
la collaboration de J.-Y. Brière et J.-P. Villaggi,
Droit de l’arbitrage de grief (6e éd. 2012), p. 200).
Le maintien du statu quo a pour but de faciliter
la négociation de la convention collective : voir
Union des routiers, brasseries, liqueurs douces &
ouvriers de diverses industries (Teamsters, Local
1999) c. Quality Goods I.M.D. Inc., [1990] AZ90141179 (T.A.), p. 6.
[119] However, there is nothing to suggest that
s. 59 of the Code was designed to prevent an em­
ployer from closing its business. Before the Com­
mission consultative sur le travail et la révi­sion du
Code du travail chaired by Judge René Beaudry of
the Provincial Court, for instance, some unions re­
quested that stricter standards be adopted for busi­
ness closure situations, including a [Translation]
“stringent procedure for justifying closures” (Le
travail: une responsabilité collective: Rapport final
de la Commission consultative sur le travail et la
révision du Code du travail (1985), at p. 85). How­
ever, the final report made no recommendation in
that direction. And, in connection with the 2001
amendments to the Code, the then Minister of
Labour, Jean Rochon, stated:
[119] Toutefois, rien ne tend à indiquer que
l’art. 59 du Code vise à empêcher un employeur de
fermer son entreprise. À titre d’exemple, devant la
Commission consultative sur le travail et la révi­
sion du Code du travail présidée par le juge René
Beaudry de la Cour provinciale, certains syndicats
avaient demandé l’adoption de normes plus strictes
pour les situations de fermeture d’entreprise, y
com­pris une « procédure sévère de justification des
fermetures » (Le travail : une responsabilité collec­
tive : Rapport final de la Commission consultative
sur le travail et la révision du Code du travail
(1985), p. 85). Cependant, le rapport final ne ren­
ferme aucune recommandation en ce sens. De plus,
en ce qui concerne les modifications apportées au
Code en 2001, le ministre du Travail de l’époque,
Jean Rochon, a affirmé ce qui suit :
[translation] If there was an action — an unfair
practice — that involved shutting down a business solely
to, as they say, bust a union, there may be other measures
— under the penal code or otherwise — to take, but it is
not the Commission, under the Code, that would be able
to step in to prevent the business from closing.
S’il y avait une mesure, une pratique déloyale, qu’on
ferme une entreprise que pour, comme on dit, briser un
syndicat, il peut y avoir d’autres mesures — code pénal
ou quoi que ce soit — qui peuvent se prendre, mais
c’est pas la Commission, en vertu du Code, qui pourrait
intervenir pour empêcher la fermeture de l’entreprise.
(National Assembly, Journal des débats de la Com­
mission permanente de l’économie et du travail,
vol. 37, No. 22, 2nd Sess., 36th Leg., May 29, 2001,
at p. 47)
(Assemblée nationale, Journal des débats de la
Com­mission permanente de l’économie et du tra­
vail, vol. 37, no 22, 2e sess., 36e lég., 29 mai 2001,
p. 47)
B. Section 59 of the Code Does Not Apply
B. L’article 59 du Code ne s’applique pas
[120] Wal-Mart contends that s. 59 of the Code
does not apply in cases, as here, where there is a
genuine and definitive closure of a business. For the
reasons that follow, we agree.
[120] Wal-Mart prétend que l’art. 59 du Code ne
s’applique pas dans les cas où, comme en l’espèce,
il y a fermeture réelle et définitive d’une entreprise.
Pour les motifs qui suivent, nous sommes d’accord.
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
Les juges Rothstein et Wagner
379
(1) The Appropriate Recourse for Cases of
Business Closure Lies Under Sections 12 to
14 of the Code
(1) Le recours approprié en cas de fermeture
d’une entreprise est prévu aux art. 12 à 14
du Code
[121] This Court has already settled the question
of how, in the case of store closure, former employ­
ees may seek recourse under the Code. In pro­ceed­
ings arising out of the same factual circumstances
as those before us now, this Court stated that “[t]he
appropriate remedy in a closure situation lies un­der
ss. 12 to 14 of the Code” (Plourde, at para. 4). This
unequivocal statement should preclude this Court
from now attempting to shoehorn the store closure
situation into s. 59 of the Code. As Justice Binnie
observed in Plourde, “[i]t would be unfortunate, ab­
sent compelling circumstances, if the precedential
value of a . . . decision of this Court was thought
to expire with the tenure of the particular panel of
judges that decided it” (para. 13).
[121] Notre Cour a déjà tranché la question de
savoir comment, en cas de fermeture d’un maga­
sin, d’anciens employés peuvent demander répara­
tion en vertu du Code. Dans une instance découlant
des mêmes faits que ceux qui nous occupent, notre
Cour a affirmé que « [l]e recours approprié en cas
de fermeture d’une entreprise est prévu aux art. 12
à 14 du Code » (Plourde, par. 4). Cette affirmation
non équivoque devrait avoir pour effet d’empêcher
la Cour de tenter en l’espèce de faire entrer la situa­
tion de fermeture d’un magasin dans le champ
d’application de l’art. 59 du Code. Comme l’a fait
observer le juge Binnie dans l’arrêt Plourde, « [i]l
serait regrettable, en l’absence de circonstances
impé­rieuses, qu’une décision [. . .] de la Cour perde
sa valeur de précédent avec le départ de l’un ou de
plu­sieurs des juges qui y ont participé » (par. 13).
[122] With respect, the majority seeks to revive
the position adopted by the dissent in Plourde (at
paras. 107 and 110) to the effect that the closure
of a business is not a complete answer and that re­
courses other than ss. 12 to 14 exist under the Code.
This approach undermines the principle of stare
decisis, whose importance this Court so recently
emphasized in Canada v. Craig, 2012 SCC 43,
[2012] 2 S.C.R. 489.
[122] Avec égards, les juges majoritaires cher­
chent à raviver la position qu’avaient adoptée les
juges dissidents dans Plourde (par. 107 et 110), à
savoir que la fermeture d’une entreprise ne consti­
tue pas une défense complète et que le Code offre
d’autres recours que ceux fondés sur les art. 12 à 14.
Cette approche déroge à la règle du stare decisis,
dont notre Cour a récemment souligné l’impor­
tance dans Canada c. Craig, 2012 CSC 43, [2012]
2 R.C.S. 489.
[123] The union, for its part, argues that the
dis­missal of employees from the Jonquière WalMart store amounts to a changed condition of
em­ployment contrary to s. 59 of the Code. How­
ever, as explained below, there can be no inquiry
into changed conditions of employment where the
closure of the store had the secondary effect of em­
ployment ceasing to exist. Instead, the appro­pri­
ate recourse falls under s. 12 of the Code, which
“would focus directly on the reason for the closure
of the store not on the reason for the dismissal of
employees at a store that no longer exists” (Plourde,
at para. 64). Despite the failure of the previous
attempt by employees and the union to pursue
[123] Pour sa part, le syndicat plaide que le
congé­diement des salariés du magasin Wal-Mart
de Jonquière équivaut à une modification des con­
ditions de travail prohibée par l’art. 59 du Code.
Toutefois, comme nous allons l’expliquer ci-après,
on ne saurait s’interroger sur la modification des
con­ditions de travail lorsque la fermeture du maga­
sin a eu pour effet secondaire de faire disparaître
les emplois. Le recours approprié serait plutôt basé
sur l’art. 12 du Code et « porterait directement sur
la raison de la fermeture du magasin et non sur la
raison du congédiement des salariés d’un maga­
sin qui n’existe plus » (Plourde, par. 64). Malgré
l’échec de la tentative précédente des employés et
380
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
Wal-Mart under s. 12 of the Code (Boutin), the
union now tries to circumvent the requirements of
s. 12 by resort to s. 59.
(2) Employer’s Right to Close its Business
Rothstein and Wagner jj.
[2014] 2 S.C.R.
du syndicat de poursuivre Wal-Mart en vertu de
l’art. 12 du Code (Boutin), le syndicat tente cette
fois-ci d’éluder les exigences de l’art. 12 en recou­
rant à l’art. 59.
(2) Le droit de l’employeur de fermer son entre­
prise
[124] It is trite law in Quebec that an employer
has the right to close its business: I.A.T.S.E., Stage
Local 56 v. Société de la Place des Arts de Mont­
réal, 2004 SCC 2, [2004] 1 S.C.R. 43, at para. 28;
Plourde, at para. 41. In Place des Arts and Plourde,
this Court adopted the articulation of the right as
set out in City Buick Pontiac (Montréal) Inc. v. Roy,
[1981] T.T. 22:
[124] Il est bien établi en droit québécois qu’un
employeur a le droit de fermer son entre­prise : 
A.I.E.S.T., local de scène no 56 c. Société de la
Place des Arts de Montréal, 2004 CSC 2, [2004] 1
R.C.S. 43, par. 28; Plourde, par. 41. Dans les arrêts
Place des Arts et Plourde, notre Cour a adopté la
formulation suivante de ce droit, tirée de City Buick
Pontiac (Montréal) Inc. c. Roy, [1981] T.T. 22 :
[translation] In our free enterprise system, there is
no legislation to oblige an employer to remain in business
and to regulate his subjective reasons in this respect. . . .
If an employer, for whatever reason, decides as a result to
actually close up shop, the dismissals which follow are
the result of ceasing operations, which is a valid economic
reason not to hire personnel, even if the cessation is
based on socially reprehensible considerations. What is
prohibited [in the context of the s. 17 presumption] is
to dismiss employees engaged in union activities, not to
definitively close a business because one does not want to
deal with a union or because a union cannot be broken,
even if the secondary effect of this is employee dismissal.
[Emphasis deleted; p. 26.]
Dans notre système d’économie libérale, il n’existe
aucune législation obligeant un employeur à demeurer en
affaire et r[é]glementant ses motifs subjectifs à cet égard.
[. . .] Si un employeur, pour quelque raison que ce soit,
décide par conséquent de véritablement fermer boutique,
les congédiements auxquels il procède sont causés par
la cessation des activités, ce qui est une raison économi­
que valable de ne pas engager de personnel, même si
cette cessation est mue par des motifs condamnables
socialement. Ce qui est interdit [dans le contexte de la
présomption de l’art. 17], c’est de congédier des salariés
qui font des activités syndicales, ce n’est pas fermer
définitivement une entreprise parce qu’on ne veut pas
transiger avec un syndicat ou qu’on ne peut lui briser les
reins, même si cela a pour effet secondaire de congédier
les salariés. [Italiques omis; p. 26.]
[125] Only one condition attaches to the em­
ployer’s otherwise unimpeded right to close up
shop: the closure must be genuine and definitive. As
the above quotation makes clear, the employer may
close its business for “whatever reason”. This Court
affirmed that the motives for closure are beyond
review by labour arbitrators and courts: Place des
Arts, at para. 31. Only where anti-union animus is
alleged under ss. 12 to 14 of the Code may tribu­nals
inquire into an employer’s motives for closing its
business: Plourde, at para. 26.
[125] Le droit — par ailleurs libre de toute autre
entrave — que possède un employeur de fermer
bou­tique n’est soumis qu’à une seule condition : 
il doit s’agir d’une fermeture réelle et définitive.
Comme l’indique clairement la citation qui pré­
cède, l’employeur peut fermer son entreprise « pour
quel­que raison que ce soit ». Notre Cour a affirmé
que les motifs de la fermeture échappent au pou­
voir de contrôle des arbitres du travail et des tribu­
naux judiciaires : Place des Arts, par. 31. Ce n’est
que dans les cas où l’on reproche un comportement
antisyndical en vertu des art. 12 à 14 du Code que
les tribunaux administratifs peuvent enquêter sur
les motifs qui ont amené l’employeur à fermer son
entreprise : Plourde, par. 26.
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
Les juges Rothstein et Wagner
381
[126] The facts in this appeal demonstrate that
Wal-Mart, in closing its Jonquière store, exercised
its legal right to close up shop. Although the initial
grievance alleged anti-union animus, the union
makes no such claims before this Court. In 2005,
the union did file a complaint under ss. 12 to 14 of
the Code (Boutin), but discontinued the proceed­
ings in 2007 (see Plourde, at para. 30). The only
in­quiry available to the arbitrator and courts below
in this case was into the genuineness of the store
closure. In Plourde, Binnie J. wrote:
[126] Les faits à l’origine du présent pourvoi
démontrent que, en fermant son magasin de Jon­
quière, Wal-Mart a exercé le droit que lui reconnaît
la loi de fermer boutique. Bien que le syndicat ait
plaidé l’antisyndicalisme dans son grief initial, il
n’a formulé aucune allégation en ce sens devant
notre Cour. En 2005 le syndicat avait effectivement
déposé une plainte fondée sur les art. 12 à 14 du
Code (Boutin), plainte dont il s’est désisté en 2007
(voir Plourde, par. 30). En l’espèce, la seule enquête
que pouvaient faire l’arbitre et les juridictions
infé­rieures portait sur le caractère véritable de la
fermeture du magasin. Dans Plourde, le juge Binnie
a écrit ce qui suit :
[T]he CRT found that Wal-Mart had shown the store’s
closure to be genuine and permanent. The evidence
supported the conclusion that the establishment no lon­
ger had any employees, was closed to the public and
had been emptied of its merchandise and equipment and
stripped of any identifying signage or colours. More­
over, the resiliation of the lease and the uncontradicted
explanations regarding efforts to sell the building suf­
ficed to show, in light of the evidence as a whole, that the
closure of the store was genuine. [para. 19]
[L]a CRT estime que Wal-Mart a démontré que la fer­
meture du magasin est réelle et définitive. La preuve
permet en effet de conclure que l’établissement n’a plus de
salariés, qu’il est fermé au public, vidé de sa mar­chandise,
de ses équipements et dégarni de toute identification par
enseigne ou couleurs. De plus, la résiliation du bail et les
explications données et non con­tredites sur les efforts faits
pour se défaire de l’immeu­ble suffisent pour démontrer,
compte tenu de l’ensemble de la preuve, que la fermeture
de l’établissement est véritable. [par. 19]
[127] Section 59 cannot apply to Wal-Mart’s
gen­uine and definitive closure of its Jonquière
store because it would require Wal-Mart to justify
its decision to close the store, which is inconsis­
tent with the employer’s right, under Quebec law, to
close its business for any reason. The sole require­
ment is that the business closure be genuine and
de­finitive. Once an employer exercises its right to
close up shop, then s. 59 of the Code cannot impose
an additional ex post facto justification requirement
simply because this closure gives rise to a secondary
effect — the collective termination of employees.
[127] L’article 59 ne peut s’appliquer à la ferme­
ture réelle et définitive par Wal-Mart de son maga­
sin de Jonquière, puisque cela obligerait l’entreprise
à justifier sa décision de fermer son magasin, exi­
gence incompatible avec le droit que possèdent
les employeurs, en droit québécois, de fermer leur
entreprise pour quelque raison que ce soit. La seule
exigence est qu’il s’agisse d’une fermeture d’entre­
prise réelle et définitive. Dès lors qu’un employeur
exerce son droit de fermer boutique, l’art. 59 du
Code ne saurait imposer ex post facto une obliga­
tion additionnelle de justification, simplement parce
que cette fermeture entraîne un effet secondaire —
à savoir le congédiement collectif des salariés.
[128] Yet this is precisely what our colleague
seeks to do at paras. 52-56 of his reasons. Despite
the employer’s unqualified right to close its busi­
ness, Justice LeBel states that it is not enough for
an arbitrator to determine whether the employer
had the pre-existing right to act as it did — the arbi­
trator must be further satisfied that the employer
exercised this power in conformity with its previous
[128] Pourtant, c’est précisément ce que notre
collègue tente de faire aux par. 52-56 de ses motifs.
Malgré le droit absolu de l’employeur de fermer
son entreprise, le juge LeBel affirme qu’il ne suf­
fit pas que l’arbitre décide si l’employeur avait le
droit préexistant d’agir comme il l’a fait : l’arbitre
doit en outre être convaincu que l’employeur a
exercé ce pouvoir conformément à ses pratiques
382
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
Rothstein and Wagner jj.
[2014] 2 S.C.R.
business practices or with those of a “reasonable
employer”.
antérieu­res de gestion ou à celles d’un « employeur
raison­nable ».
[129] But a store closure, by definition, does not
conform to previous business practices. If s. 59
were to apply to a situation of store closure, the re­
sult would be that businesses could never prove a
store closure was business as usual. It would also
mean that the employer would be prevented from
exercising its right to close its business during the
s. 59 freeze period and yet could, immediately upon
the conclusion of a collective agreement, the exer­
cise of the right of lock out or strike, or the issuance
of an arbitration award, close its business for any
reason. Legislation cannot be interpreted to give rise
to such absurd results.
[129] Cependant, par définition, la fermeture
d’un magasin n’est pas une mesure conforme aux
pratiques antérieures de gestion. Si l’art. 59 s’appli­
quait aux situations de fermeture de maga­sin,
il s’ensuivrait qu’une entreprise ayant fermé un
magasin ne pourrait jamais prouver que la fer­me­
ture de ce magasin s’inscrivait dans le cours nor­
mal des affaires. Cela impliquerait également que
l’employeur serait empêché d’exercer son droit de
fermer son entreprise pendant la période de gel des
conditions de travail prescrite par l’art. 59, mais
que, dès la conclusion d’une convention collective,
l’exercice du droit de lock-out ou de grève ou encore
le prononcé d’une sentence arbitrale, il pourrait le
faire pour quelque raison que ce soit. Une loi ne
peut être interprétée d’une manière conduisant à
des résultats aussi absurdes.
[130] To apply s. 59 to business closure situations
would also undermine the Code’s assignment of
the burden of proof and thereby disrupt the Code’s
internal coherence. Under ss. 12 to 14, the claimant
must prove that anti-union animus motivated the
store closure. Contrarily, under s. 59, the employer
would bear the burden of justifying the store closure
under the “business as usual” rule.
[130] L’application de l’art. 59 aux situations de
fermeture d’entreprise aurait en outre pour effet
d’altérer l’attribution du fardeau de la preuve dans
le Code et, de ce fait, de briser la cohérence interne
de celui-ci. Dans le cadre d’une demande fondée
sur les art. 12 à 14, le demandeur doit prouver que
la fermeture du magasin était motivée par l’anti­syn­
dicalisme. À l’inverse, sous le régime de l’art. 59,
l’employeur aurait le fardeau de justifier la fer­me­
ture du magasin suivant la règle du « cours normal
des affaires ».
[131] It is true that, where s. 59 applies, a claim­
ant union has the initial burden of proving that the
employer changed the conditions of employ­ment
after the filing of a petition for certification. But our
colleague’s contention, at para. 54, that the union
also bears the burden of proving that the change is
incompatible with the employer’s usual business
prac­tice, departs from longstanding precedent for
no apparent reason. The precedents are consistent
that the employer bears the burden of justifying the
changed condition of employment according to the
“business as usual” rule: see Syndicat des employé-es
de SPC Automation (CSN) v. SPC Automation Inc.,
[1994] T.A. 718, at p. 753; Mont-Laurier (Ville de) v.
Syndicat des professionels et professionnel­les de la
Ville de Mont-Laurier (CSN), 1995 CanLII 1874
[131] Il est vrai que, dans les cas où l’art. 59
s’appli­que, le syndicat demandeur a le fardeau initial
de prouver que l’employeur a modifié les con­di­
tions de travail après le dépôt de la requête en accré­
di­ta­tion. Toutefois, ce que prétend notre collègue au
par. 54, c’est-à-dire que le syndicat a en outre le far­
deau de prouver que la modifica­tion est incompa­
ti­ble avec les pratiques habituel­les de gestion de
l’employeur, déroge sans raison appa­rente à des pré­
cédents de longue date. Ces précé­dents ont énoncé
de manière constante que l’employeur est tenu de
justifier la condition de travail modi­fiée suivant la
règle du « cours normal des affaires » : voir Syndi­
cat des employé-es de SPC Automation (CSN) c.
SPC Auto­­mation Inc., [1994] T.A. 718, p. 753; MontLaurier (Ville de) c. Syndicat des pro­fessionnels et
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
Les juges Rothstein et Wagner
383
(T.A.); Conseil conjoint du Québec, Syndicat du
vête­ment, du textile et autres industries, local 2625
v. Société en commandite Greb International (Divi­
sion Kodiak), [1999] AZ-99141036 (T.A.), at p. 33;
Association des juristes de l’État v. Conseil du Tré­
sor, 1999 CanLII 5144 (T.A.), at p. 17. That is,
the employer must show that the change was
[Trans­­lation] “in accordance with criteria it es­
tab­lished for itself before the arrival of the union
in its workplace” and must be “similar in nature
to [those] that were made previously” (Pakenham
v. Union des vendeurs d’automobiles et employés
auxiliaires, section locale 1974, UFCW, [1983] T.T.
189, at p. 202).
professionnelles de la Ville de Mont-Laurier (CSN),
1995 CanLII 1874 (T.A.); Conseil conjoint du
Québec, Syndicat du vêtement, du tex­tile et autres
industries, local 2625 c. Société en com­mandite
Greb International (Division Kodiak), [1999] AZ99141036 (T.A.), p. 33; Association des juristes
de l’État c. Conseil du Trésor, 1999 CanLII 5144
(T.A.), p. 17. Autrement dit, l’employeur doit
démontrer que la modification a été faite « selon
les paramètres qu’il s’est lui-même imposé avant la
venue du syndicat chez lui » et qu’elle était « du
même genre que [celles] qui se faisaient aupara­
vant » (Pakenham c. Union des vendeurs d’auto­
mobiles et employés auxiliaires, section locale
1974, UFCW, [1983] T.T. 189, p. 202).
[132] The Code possesses, as our colleague ex­
plains, a logical order that traces the evolution of
associational life in the workplace (para. 31). Ex­
panding the available recourses under the Code
in the manner suggested by the majority would
inject a degree of duplication into the Code that is
inconsistent with this logical ordering. The purpose
of s. 59 is to protect the equilibrium between the
parties as they work toward a collective agree­
ment, and not to allow the union to get around its
burden of proof under ss. 12 to 14 in the context of a
business closure. To allow a claim to proceed under
s. 59 in a store closure situation would confuse the
separate objectives of these provisions. The task
of this Court is certainly not to “erode the distinct
roles assigned by the legislature” to ss. 12 to 14 and
s. 59 (Plourde, at para. 38).
[132] Comme l’explique notre collègue, le Code
possède un ordre logique, qui suit l’évolution de la
vie associative du milieu de travail (par. 31). Si on
élargissait de la manière préconisée par les juges
majoritaires les recours qui peuvent être exer­
cés en vertu du Code, on introduirait dans celui-ci
un degré de chevauchement incompatible avec
cet ordre logique. L’article 59 a pour objet de pro­
téger l’équilibre entre les parties pendant qu’elles
s’efforcent de conclure une convention collective,
et non de permettre au syndicat d’éluder, dans le
contexte d’une fermeture d’entreprise, le fardeau de
preuve qui lui incombe en application des art. 12 à 14.
Permettre l’exercice d’un recours fondé sur l’art. 59
dans un tel contexte créerait de la co­fu­sion à l’égard
des objectifs distincts de ces disposi­tions. Notre Cour
n’a certainement pas pour tâche d’« érode[r] les
rôles distincts attribués par le législateur » aux art. 12
à 14 et à l’art. 59 (Plourde, par. 38).
(3) Section 59 of the Code Presupposes the Ex­
is­tence of an Ongoing Business
(3) L’article 59 du Code présuppose l’existence
d’une entreprise active
[133] Contrary to the conclusion of our colleague
at para. 66, the text and context of s. 59 of the Code
indicate that it cannot apply to a business closure
situation because it presupposes the existence of
an ongoing business. Section 59 is designed to fa­
cil­itate the conclusion of a collective agreement
within an existing employment relationship; it is not
designed to maintain the employment relationship
per se: R. P. Gagnon et al., Le droit du travail du
Québec (7th ed. 2013), at p. 599.
[133] Contrairement à la conclusion de notre col­
lègue au par. 66, il ressort du texte et du contexte
de l’art. 59 du Code que cette disposition ne peut
s’appli­quer à une situation de fermeture d’entre­prise,
puisqu’elle présuppose l’existence d’une entre­prise
active. L’article 59 vise à faciliter la con­clu­sion d’une
convention collective dans le cadre d’une relation
d’emploi existante; il ne vise pas à maintenir la rela­
tion d’emploi elle-même : R. P. Gagnon et autres, Le
droit du travail du Québec (7e éd. 2013), p. 599.
384
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
Rothstein and Wagner jj.
[2014] 2 S.C.R.
[134] A contextual analysis supports the view
that the existence of an ongoing business is a con­
dition precedent to the application of s. 59. The pro­
vision’s purpose is to maintain a balance be­tween
the employer and the employees during the nascent
stage of the collective labour relations process, in
order to facilitate the conclusion of a collective
agree­ment; this is indicated by its location in the
Code, in the chapter entitled “Collective Agreements”.
This purpose is consistent with the fact that certi­
fication is not an end in itself, but the beginning of
the collective bargaining process: U.E.S., Local 298
v. Bibeault, [1988] 2 S.C.R. 1048, at p. 1099.
[134] Une analyse contextuelle de l’art. 59 per­
met d’étayer l’opinion selon laquelle l’existence
d’une entreprise active constitue une condition
préalable à l’application de cette disposition. L’arti­
cle 59 a pour objet de maintenir l’équilibre entre
l’employeur et ses salariés aux premières étapes
du processus de négociation des rapports collectifs
de travail, afin de faciliter la conclusion d’une con­
vention collective; cette constatation ressort de
l’emplacement de cette disposition dans le Code,
c’est-à-dire dans le chapitre intitulé « De la con­
vention collective ». Cet objet est compatible avec
le fait que l’accréditation ne constitue pas une fin en
soi, mais plutôt le début du processus de négociation
collective : U.E.S., Local 298 c. Bibeault, [1988] 2
R.C.S. 1048, p. 1099.
[135] The sole concern of the chapter in which
s. 59 is located is to facilitate the conclusion of a
collective agreement by the parties or through ar­
bi­tration, as specified by s. 58. The freeze in em­
ployment conditions prescribed by s. 59 applies
to achieve this objective; the period ends when
“the right to lock out or to strike is exercised or an
arbitration award is handed down”. But a collective
agreement, lock-out, strike, or arbitration award
can only take place in the context of the ongoing
op­eration of a business. A strike or lock-out, or an
arbitration award prescribing a collective agree­
ment only make sense in the case of an ongoing
business to which the strike, lock-out, or collective
agreement will apply. The closure of a business, like
the Jonquière Wal-Mart store, means that the right
to lock out or to strike can never be exercised, and
that an arbitration award imposing a collective
agree­ment will never be applicable. Section 59
there­fore cannot apply in the case of a store closure.
[135] Le chapitre dans lequel se trouve l’art. 59
a pour unique objet de faciliter la conclusion d’une
convention collective par voie de négociation entre
les parties ou encore par voie d’arbitrage, comme
le précise l’art. 58. Le gel des conditions de travail
prescrit par l’art. 59 s’applique afin de permettre
la réalisation de cet objectif, cette période ne pre­
nant pas fin tant que « le droit au lock-out ou à la
grève n’est pas exercé ou qu’une sentence arbi­trale
n’est pas intervenue ». Toutefois, une convention
collective, un lock-out, une grève ou une sentence
arbitrale ne peuvent survenir que dans le contexte de
l’exploitation active d’une entreprise. Une grève, un
lock-out ou encore une sentence arbitrale instau­rant
une convention collective n’ont de sens que dans le
cas d’une entreprise active à laquelle s’appliquera
la grève, le lock-out ou la convention collective.
En effet, la fermeture de l’entreprise concernée —
comme celle du magasin Wal-Mart de Jonquière en
l’espèce — signifie que le droit de lock-out ou de
grève ne peut jamais être exercé, et qu’une sentence
arbitrale imposant une convention collective ne sera
jamais applicable. L’article 59 ne peut donc pas
s’appliquer dans le cas d’une fermeture de magasin.
[136] To the same effect, the words “employer”
and “employees” in s. 59 indicate that these com­
ponents are essential to the application of the pro­
vision. This Court has affirmed that, in the con­text
of the Code, “the legislator intended that col­lec­
tive bargaining and the resulting collective agree­
ment take place within the following three-part
[136] Dans le même sens, les mots « employeur »
et « salariés » utilisés à l’art. 59 indiquent que ces
éléments sont des éléments dont la présence est
essentielle à l’application de la disposition. Notre
Cour a affirmé que, dans le contexte du Code,
« il est de l’intention du législateur que la négo­
cia­tion et la convention collective qui en résulte
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
Les juges Rothstein et Wagner
385
framework: an employer, his undertaking and
the association of employees connected with that
employer’s undertaking” (Bibeault, at p. 1101). In the
case of the genuine and definitive closure of a busi­
ness, two of these requirements, the employer and
the undertaking, cease to exist. The elimination of
these essential components of the collective bar­
gaining process means that s. 59 of the Code can­not
apply to the facts in this appeal. There can be no
changed conditions of employment where there is,
simply put, no employer, no undertaking, and there­
fore no employment.
se réali­sent dans le cadre tripartite suivant : un
employeur, son entreprise et l’association des sala­
riés se ratta­chant à l’entreprise de cet employeur »
(Bibeault, p. 1101). Dans les cas où il y a fermeture
réelle et définitive d’une entreprise, deux de ces
conditions — l’employeur et l’entreprise — cessent
d’exister. L’absence de ces éléments essentiels du
processus de négociation collective signifie que
l’art. 59 du Code ne peut s’appliquer aux faits du
présent pour­voi. Pour dire les choses simplement,
on ne saurait parler de modifications des conditions
de travail dans un cas où il n’y a ni employeur, ni
entreprise et, partant, pas de travail.
(4) An Arbitrator Cannot Provide an Appro­
priate Remedy Under Section 59 in the Case
of Business Closure
(4) Un arbitre ne peut accorder de réparation
appropriée en vertu de l’art. 59 en cas de
fer­meture d’entreprise
[137] Section 59 cannot apply in the context of
a business closure as there is no appropriate rem­
edy available to the arbitrator. The objectives un­
der­lying arbitration are speed and fairness (Morin
and Blouin, at p. 27). Arbitrators typically encour­
age solutions that are consistent with the parties’
practices in order to strengthen their continued re­
lationship. The goal of the arbitrator, in responding
to a breached obligation, is to return the parties to
the situation prevailing before the breach (Morin
and Blouin, at pp. 547-48).
[137] L’article 59 ne peut pas s’appliquer en
cas de fermeture d’entreprise, car l’arbitre ne dis­
pose d’aucune mesure de réparation appropriée
qu’il pourrait accorder à cet égard. Les objectifs
qui sous-tendent le recours à l’arbitrage sont la
célé­rité et l’équité (Morin et Blouin, p. 27). Les
arbitres proposent habituellement des solutions qui
sont conformes aux pratiques des parties, en vue de
ren­forcer leur relation continue. Lorsqu’il y a man­
quement à une obligation, l’objectif de l’arbi­tre est
de rétablir la situation qui existait entre les parties
avant ce manquement (Morin et Blouin, p. 547-548).
[138] The purpose of s. 59 of the Code is to
main­­tain the balance between the employer and
em­­ployees with a view to their continuing em­
ploy­­ment relationship. Where there is a breach of
s. 59, then, the arbitrator must provide a remedy
that restores the status quo ante. Since employers
in Quebec have the right to close their business, an
arbi­trator cannot order an employer to reopen a
store. While it is true that an arbitrator has the power
to award damages under s. 100.12 of the Code, such
a remedy would be inconsistent with the purpose
of s. 59, since it would not restore the balance
between the parties or facilitate the conclusion of a
collective agreement.
[138] L’article 59 du Code a pour objet de main­
tenir l’équilibre entre l’employeur et les salariés
dans la perspective d’une relation d’emploi con­ti­
nue. Lorsqu’il survient un manquement à cette dis­
position, l’arbitre doit alors façonner une réparation
qui rétablisse le statu quo ante, la situation anté­
rieure. Étant donné que, au Québec, les employeurs
ont le droit de fermer leur entreprise, un arbitre ne
peut ordonner à un employeur de rouvrir un maga­
sin. Bien qu’il soit vrai qu’un arbitre a le pou­voir
d’accorder des dommages-intérêts en vertu de
l’art. 100.12 du Code, une telle réparation serait
incom­patible avec l’objet de l’art. 59, puisqu’elle
n’aurait pas pour effet de restaurer l’équilibre entre
les parties ou de faciliter la conclusion d’une con­
vention collective.
386
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
Rothstein and Wagner jj.
[2014] 2 S.C.R.
[139] Arbitrators may award damages to com­
pensate for harm that cannot be compensated for
by an award in kind (Morin and Blouin, at p. 555).
Wal-Mart has already compensated employees of
the Jonquière store for the loss of their jobs. There
is no further compensable harm that would arise
from a termination of the union certification pro­cess
in breach of s. 59. In our view, an arbitrator can­not
be expected to award a remedy under s. 100.12 that
is severed from the breach it seeks to repair.
[139] Les arbitres peuvent accorder des
dommages-intérêts pour dédommager quelqu’un
d’un préjudice qui ne peut être réparé par voie
d’exécution en nature (Morin et Blouin, p. 555).
Wal-Mart a déjà dédommagé les salariés du
magasin de Jonquière de la perte de leur emploi.
Il n’existe aucun autre préjudice indemnisa­ble
qui découlerait de la cessation, en violation de
l’art. 59, du processus d’accréditation syndicale.
À notre avis, un arbitre ne saurait accorder, en
vertu de l’art. 100.12, une réparation dissociée du
manquement qu’elle est censée corriger.
[140] Our colleague notes that the employer’s
exercise of its right to close its business cannot im­
munize it from the adverse financial consequences
of such action (paras. 68-69). But this is plainly not
the case here: upon closure of the Jonquière store,
Wal-Mart paid its employees severance pay in an
amount equal to two weeks of work per year of
ser­vice. Since s. 59 does not apply to the business
closure situation, it gives rise to no additional fi­
nancial consequences for Wal-Mart. This does not
mean that there is “no remedy anywhere under the
Code . . . on proof that the termination was for antiunion reasons” (Plourde, at para. 51 (emphasis
in original)). The remedy is simply to be pursued
under ss. 12 to 14 of the Code, not s. 59. That the
union’s previous attempt to pursue Wal-Mart un­
der ss. 12 to 14 of the Code failed (Boutin) does
not entitle it to an alternate pathway under s. 59.
[140] Notre collègue souligne que l’exercice
par l’employeur de son droit de fermer son entre­
prise ne peut l’immuniser contre les conséquences
financières négatives d’une telle mesure (par. 6869). Toutefois, nous ne sommes manifestement pas
en présence d’un tel cas : à la fermeture du maga­
sin de Jonquière, Wal-Mart a versé à ses employés
une indemnité de départ d’un montant équivalent
à deux semaines de travail par année de service.
Étant donné que l’art. 59 ne s’applique pas aux
situa­tions de fermeture d’entreprise, il n’entraîne
aucune conséquence financière additionnelle pour
Wal-Mart. Cela ne veut pas dire que « le Code
n’offr[e] aucun recours [. . .] s’il [est] établi que
les congédiements procédaient de raisons anti­
syndicales » (Plourde, par. 51 (en italique dans
l’ori­ginal)). La solution consiste simplement à
demander réparation en vertu des art. 12 à 14 du
Code, et non de l’art. 59. Le fait que la tentative
antérieure du syndicat de poursuivre Wal-Mart en
application des art. 12 à 14 du Code (Boutin) a
échoué ne lui donne pas droit à une autre voie de
recours, cette fois fondée sur l’art. 59.
VII. Conclusion
VII. Conclusion
[141] In light of our conclusion that s. 59 does
not apply to the facts on this appeal, it is not
necessary to pursue a substantive analysis of the
union’s s. 59 claim.
[141] Vu notre conclusion que l’art. 59 ne
s’appli­que pas aux faits du présent pourvoi, il n’est
pas nécessaire d’analyser sur le fond la demande
pré­sentée par le syndicat en vertu de l’art. 59.
[142] The appeal should therefore be dismissed,
with costs payable to the respondent.
[142] Le pourvoi devrait donc être rejeté, avec
dépens en faveur de l’intimée.
t.u.a.c., section locale 503
[2014] 2 R.C.S.
Appendix
c.
wal-mart
387
ANNEXE
Labour Code, CQLR, c. C-27
Code du travail, RlRQ, ch. C-27
12.  No employer, or person acting for an employer or
an association of employers, shall in any manner seek to
dominate, hinder or finance the formation or the activities
of any association of employees, or to participate therein.
12.  Aucun employeur, ni aucune personne agissant
pour un employeur ou une association d’employeurs,
ne cherchera d’aucune manière à dominer, entraver ou
financer la formation ou les activités d’une association de
salariés, ni à y participer.
No association of employees, or person acting on be­
half of any such organization, shall belong to an associa­
tion of employers or seek to dominate, hinder or finance
the formation or activities of any such association, or to
participate therein.
Aucune association de salariés, ni aucune personne
agissant pour le compte d’une telle organisation n’adhé­
rera à une association d’employeurs, ni ne cherchera à
dominer, entraver ou financer la formation ou les activités
d’une telle association ni à y participer.
13.  No person shall use intimidation or threats to induce
anyone to become, refrain from becoming or cease to be a
member of an association of employees or an employers’
association.
13.  Nul ne doit user d’intimidation ou de menaces
pour amener quiconque à devenir membre, à s’abstenir
de devenir membre ou à cesser d’être membre d’une
association de salariés ou d’employeurs.
14.  No employer nor any person acting for an employer
or an employers’ association may refuse to employ any
person because that person exercises a right arising from
this Code, or endeavour by intimidation, discrimination
or reprisals, threat of dismissal or other threat, or by the
im­position of a sanction or by any other means, to compel
an employee to refrain from or to cease exercising a right
arising from this Code.
14.  Aucun employeur, ni aucune personne agissant pour
un employeur ou une association d’employeurs ne doit
refuser d’employer une personne à cause de l’exercice par
cette personne d’un droit qui lui résulte du présent code,
ni chercher par intimidation, mesures discriminatoires ou
de représailles, menace de renvoi ou autre menace, ou par
l’imposition d’une sanction ou par quelque autre moyen
à contraindre un salarié à s’abstenir ou à cesser d’exercer
un droit qui lui résulte du présent code.
This section shall not have the effect of preventing an
employer from suspending, dismissing or transferring an
employee for a good and sufficient reason, proof whereof
shall devolve upon the said employer.
Le présent article n’a pas pour effet d’empêcher un
employeur de suspendre, congédier ou déplacer un sala­
rié pour une cause juste et suffisante dont la preuve lui
incombe.
59.  From the filing of a petition for certification and
un­til the right to lock out or to strike is exercised or an
arbitration award is handed down, no employer may
change the conditions of employment of his employees
without the written consent of each petitioning associa­
tion and, where such is the case, certified association.
59.  À compter du dépôt d’une requête en accréditation et
tant que le droit au lock-out ou à la grève n’est pas exercé
ou qu’une sentence arbitrale n’est pas intervenue, un
employeur ne doit pas modifier les conditions de travail
de ses salariés sans le consentement écrit de chaque
association requérante et, le cas échéant, de l’association
accréditée.
The same rule applies on the expiration of the collective
agreement until the right to lock out or to strike is exer­
cised or an arbitration award is handed down.
Il en est de même à compter de l’expiration de la con­
vention collective et tant que le droit au lock-out ou à la
grève n’est pas exercé ou qu’une sentence arbitrale n’est
pas intervenue.
The parties may stipulate in a collective agreement that
the conditions of employment contained therein shall
continue to apply until a new agreement is signed.
Les parties peuvent prévoir dans une convention collec­
tive que les conditions de travail contenues dans cette
dernière vont continuer de s’appliquer jusqu’à la signa­
ture d’une nouvelle convention.
388
u.f.c.w., local 503
v.
wal-mart
[2014] 2 S.C.R.
100.12.  In the exercise of his duties the arbitrator may
100.12.  Dans l’exercice de ses fonctions l’arbitre peut :
(a)  interpret and apply any Act or regulation to the
extent necessary to settle a grievance;
a)  interpréter et appliquer une loi ou un règlement
dans la mesure où il est nécessaire de le faire pour décider
d’un grief;
(b)  fix the terms and conditions of reimbursement of
an overpayment by an employer to an employee;
b)  fixer les modalités de remboursement d’une
somme qu’un employeur a versée en trop à un salarié;
(c)  order the payment of interest at the legal rate,
from the filing of the grievance, on any amount due under
an award he has made.
c)  ordonner le paiement d’un intérêt au taux légal à
compter du dépôt du grief, sur les sommes dues en vertu
de sa sentence.
There must be added to that amount an indemnity
computed by applying to that amount, from the same
date, a percentage equal to the amount by which the
rate of interest fixed according to section 28 of the Tax
Administration Act (chapter A 6.002) exceeds the legal
rate of interest;
Il doit être ajouté à ce montant une indemnité calculée
en appliquant à ce montant, à compter de la même date,
un pourcentage égal à l’excédent du taux d’intérêt fixé
suivant l’article 28 de la Loi sur l’administration fiscale
(chapitre A-6.002) sur le taux légal d’intérêt;
(d)  upon request of a party, fix the amount due under
an award he has made;
d)  fixer, à la demande d’une partie, le montant dû en
vertu d’une sentence qu’il a rendue;
(e)  correct at any time a decision in which there is an
error in writing or calculation or any other clerical error;
e)  corriger en tout temps une décision entachée
d’erreur d’écriture ou de calcul, ou de quelque autre
erreur matérielle;
(f)  in disciplinary matters, confirm, amend or set
aside the decision of the employer and, if such is the
case, substitute therefor the decision he deems fair
and reasonable, taking into account the circumstances
concerning the matter. However, where the collective
agree­ment provides for a specific sanction for the fault
alleged against the employee in the case submitted to
arbitration, the arbitrator shall only confirm or set aside
the decision of the employer, or, if such is the case,
amend it to bring it into conformity with the sanction
provided for in the collective agreement;
f)  en matière disciplinaire, confirmer, modifier ou
annuler la décision de l’employeur et, le cas échéant,
y substituer la décision qui lui paraît juste et raisonna­
ble, compte tenu de toutes les circonstances de l’affaire.
Toutefois, lorsque la convention collective prévoit une
sanction déterminée pour la faute reprochée au salarié
dans le cas soumis à l’arbitrage, l’arbitre ne peut que
confirmer ou annuler la décision de l’employeur ou, le
cas échéant, la modifier pour la rendre conforme à la
sanction prévue à la convention collective;
(g)  render any other decision, including a provisional
order, intended to protect the rights of the parties.
g)  rendre toute autre décision, y compris une ordon­
nance provisoire, propre à sauvegarder les droits des
parties.
Appeal allowed with costs throughout, Rothstein
and Wagner JJ. dissenting.
Pourvoi accueilli avec dépens devant toutes les
cours, les juges Rothstein et Wagner sont dissidents.
Solicitors for the appellant: Philion Leblanc
Beaudry, Québec.
Procureurs de l’appelante : Philion Leblanc
Beaudry, Québec.
Solicitors for the respondent: Heenan Blaikie,
Montréal.
Procureurs de l’intimée : Heenan Blaikie, Mont­
réal.
Solicitors for the intervener Conseil du patro­
nat du Québec inc.: Fasken Martineau DuMoulin,
Procureurs de l’intervenant le Conseil du patro­
nat du Québec inc. : Fasken Martineau DuMoulin,
[2014] 2 R.C.S.
t.u.a.c., section locale 503
c.
wal-mart
389
Mon­tréal; Conseil du patronat du Québec inc.,
Montréal.
Montréal; Conseil du patronat du Québec inc.,
Montréal.
Solicitors for the intervener the Alliance of
Man­
ufacturers & Exporters Canada: Baker &
McKenzie, Toronto.
Procureurs de l’intervenante l’Alliance des
manu­facturiers et des exportateurs du Canada : 
Baker & McKenzie, Toronto.
Solicitors for the intervener the Canadian
As­
sociation of Counsel to Employers: Stewart
McKelvey, St. John’s; McMillan, Ottawa.
Procureurs de l’intervenante l’Association
cana­dienne des avocats d’employeurs : Stewart
McKelvey, St. John’s; McMillan, Ottawa.
Solicitors for the intervener Confédération des
syndicats nationaux: Laroche Martin, Québec.
Procureurs de l’intervenante la Confédération
des syndicats nationaux : Laroche Martin, Québec.
390
r.
v.
quesnelle
[2014] 2 S.C.R.
Her Majesty The Queen Appellant
Sa Majesté la Reine Appelante
v.
c.
Vincent Quesnelle Respondent
Vincent Quesnelle Intimé
and
et
Attorney General of Alberta,
Canadian Association of Chiefs of Police,
Criminal Lawyers’ Association
of Ontario and Barbra Schlifer
Commemorative Clinic Interveners
Procureur général de l’Alberta,
Association canadienne des chefs de police,
Criminal Lawyers’ Association
of Ontario et Barbra Schlifer
Commemorative Clinic Intervenants
Indexed as: R. v. Quesnelle
Répertorié : R. c. Quesnelle
2014 SCC 46
2014 CSC 46
File No.: 35390.
No du greffe : 35390.
2014: March 20; 2014: July 9.
2014 : 20 mars; 2014 : 9 juillet.
Present: McLachlin C.J. and LeBel, Abella, Rothstein,
Moldaver, Karakatsanis and Wagner JJ.
Présents : La juge en chef McLachlin et les juges LeBel,
Abella, Rothstein, Moldaver, Karakatsanis et Wagner.
on appeal from the court of appeal for
ontario
en appel de la cour d’appel de l’ontario
Criminal law — Evidence — Disclosure — Whether
po­lice occurrence reports prepared in the investigation
of unrelated incidents involving a complainant or witness
are “records” within the meaning of s. 278.1 of the Crim­
inal Code, such that they are subject to the Mills regime
— Whether the exemption for investigatory and pros­ecu­
torial records applies to all police occurrence reports or
only those made in relation to the offence in question —
Criminal Code, R.S.C. 1985, c. C‑46, ss. 278.1 to 278.91.
Droit criminel — Preuve — Communication — Le
rap­port de police dressé dans le cadre d’une enquête
relative à des incidents sans lien auxquels est mêlé le
plaignant ou un témoin constitue‑t‑il un « dossier » au
sens de l’art. 278.1 du Code criminel de sorte qu’il soit
soumis au régime de l’arrêt Mills? — L’exception pré­
vue pour le dossier d’enquête ou de poursuite vaut‑elle
à l’égard de tous les rapports de police ou seulement
à l’égard de ceux établis relativement à l’infraction
en cause? — Code criminel, L.R.C. 1985, ch. C‑46,
art. 278.1 à 278.91.
Q was charged with sexually assaulting two com­
plain­ants. Before trial, Q made an application seeking
dis­closure of certain police occurrence reports which
involved a complainant but which were not made in the
course of the investigation of the charges against Q. The
trial judge ruled that the occurrence reports at issue were
“records” under the Mills regime, specifically s. 278.1 of
the Criminal Code. As such, Q applied for disclosure of
the occurrence reports pursuant to s. 278.3 of the Code.
The trial judge dismissed the application and Q was ul­
ti­mately convicted. The Court of Appeal allowed Q’s
ap­peal on the basis that the police occurrence reports
were not “records” under the Mills regime and should
Q a été accusé d’avoir agressé sexuellement les deux
plaignantes. Avant le début du procès, il a demandé la
com­munication de certains rapports de police qui avaient
trait à l’une d’elles, mais qui n’avaient pas été produits
dans le cadre de l’enquête ayant mené aux accusations
portées contre lui. La juge du procès a statué que ces
rap­ports constituaient des « dossiers » suivant le régime
de l’arrêt Mills, plus précisément l’art. 278.1 du Code
cri­minel. Q a donc demandé leur communication en
appli­cation de l’art. 278.3 du Code. La juge a rejeté la
demande, et Q a finalement été déclaré coupable. La Cour
d’appel a accueilli l’appel de Q au motif que les rapports
de police ne constituaient pas des « dossiers » pour les
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
quesnelle
391
have been part of regular Crown disclosure under R. v.
Stinchcombe, [1991] 3 S.C.R. 326. The Court of Appeal
therefore ordered a new trial.
besoins du régime de l’arrêt Mills et que le ministère
public aurait dû les communiquer conformément à la
pro­cédure habituelle suivant l’arrêt R. c. Stinchcombe,
[1991] 3 R.C.S. 326. Elle a donc ordonné un nouveau
pro­cès.
Held: The appeal is allowed, the order for a new trial
is set aside, and the conviction is restored with the sen­
tence appeal remitted to the Court of Appeal.
Arrêt : Le pourvoi est accueilli. L’ordonnance à l’effet
de tenir un nouveau procès est annulée, la déclaration de
culpabilité est rétablie et l’appel de la peine est renvoyé
à la Cour d’appel.
Sections 278.1 to 278.91 of the Criminal Code, known
as the Mills regime, permit disclosure of private records
relating to complainants and witnesses in cases involv­ing
particular sexual offences only where a record is likely
relevant and its disclosure is necessary in the interests of
justice. The regime reflects Parliament’s intention to ac­
com­modate and reconcile the right of the accused to make
full answer and defence with the privacy and equal­ity
rights of complainants in sexual offence cases. While it
governs the disclosure of “records” in sexual offence trials,
the regime does not displace the Crown’s duty to make
reasonable inquiries and obtain potentially relevant mate­
rial in accordance with R. v. McNeil, 2009 SCC 3, [2009]
1 S.C.R. 66.
Dans le cas de certaines infractions à caractère sexuel,
les art. 278.1 à 278.91 du Code criminel — le « régime
de l’arrêt Mills » — permettent la communication d’un
dossier personnel se rapportant au plaignant ou à un
témoin seulement lorsque le dossier est vrai­sem­bla­ble­
ment pertinent et que sa communication sert les intérêts
de la justice. Le régime traduit l’intention du législateur
de concilier le droit de l’accusé à une défense pleine et
entière et les droits à la vie privée et à l’égalité du plai­
gnant dans une affaire d’infraction à caractère sexuel.
Même si le régime s’applique à la communication d’un
« dossier » dans un procès pour infraction à carac­tère
sexuel, l’obligation faite au ministère public d’effec­tuer
des vérifications raisonnables et d’obtenir les renseigne­
ments et les éléments de preuve susceptibles d’être perti­
nents demeure, conformément à R. c. McNeil, 2009 CSC
3, [2009] 1 R.C.S. 66.
Whether a document counts as a “record” depends first
on whether the document contains personal informa­tion
for which there is a reasonable expectation of privacy,
and second on whether it falls into the exemption for in­
vestigatory and prosecutorial documents. Section 278.1
provides an illustrative list of some types of records that
generally give rise to a reasonable expectation of pri­
vacy, but other documents will still be covered if they
attract a reasonable expectation of privacy. Trial judges
will usually assess reasonable expectations on the basis
of the type of document at issue. Police occurrence re­
ports prepared in the investigation of previous incidents
involving a complainant or witness other than the offence
being prosecuted count as “records” and are subject to
the Mills regime.
Un document constitue un « dossier » lorsque, pre­
miè­rement, il contient des renseignements personnels
pour lesquels il existe une attente raisonnable en matière
de protection de la vie privée et que, deuxièmement, il ne
tombe pas sous le coup de l’exception prévue à l’égard
du dossier d’enquête ou de poursuite. L’article 278.1
énumère des exemples de dossiers qui confèrent géné­ra­
lement une attente raisonnable en matière de protection
de la vie privée; d’autres documents seront toutefois pro­
tégés s’ils suscitent une telle attente. Le juge du procès
se prononce habituellement sur l’existence d’une telle
attente en fonction de la nature du document en cause.
Le rapport de police dressé à l’occasion de l’enquête
rela­tive à un incident antérieur auquel a été mêlé le plai­
gnant ou un témoin, et non à l’infraction qui fait l’objet
de la procédure, constitue un « dossier » et est soumis au
régime de l’arrêt Mills.
Given the sensitive nature of the information fre­
quently contained in such police occurrence reports,
and the impact that their disclosure can have on the pri­
vacy interests of complainants and witnesses, there will
generally be a reasonable expectation of privacy in such
reports. Police occurrence reports may contain highly
sensitive material including unproven allegations and
state­ments of complainants. They may reveal family
Vu la nature délicate des renseignements souvent
contenus et les conséquences que peut avoir leur com­
munication sur le droit du plaignant ou du témoin à la
vie privée, le rapport de police confère généralement
une attente raisonnable en matière de protection de la
vie privée. Il peut contenir des renseignements de nature
très délicate tels que des allégations dont le bien‑fondé
n’a pas été établi et des déclarations du plaignant. Il peut
392
r.
v.
quesnelle
[2014] 2 S.C.R.
status, health information, and other personal details.
Most significantly, they can reveal previous instances
where the witness or complainant has been the victim
of criminal activity, including previous sexual assaults.
Disclosure of this information engages complainants’
and witnesses’ “informational privacy”, the right to con­
trol how their information is shared. Disclosure of this
information to the accused is particularly likely to engage
the dignity interests of complainants and witnesses, and
to discourage victims of sexual offences from coming
forward. The fact that this information has already been
obtained by police does not destroy the affected person’s
interest in keeping the information private from others.
People are entitled to provide information to police with
confidence that the police will only disclose it for good
reason.
révéler l’état matrimonial, des renseignements médi­caux
et d’autres données personnelles. Mais surtout, il peut
dévoiler l’existence d’un incident antérieur où le témoin
ou le plaignant a été victime d’un acte criminel, y com­
pris une agression sexuelle. La communication de telles
données met en jeu le « droit au respect du carac­tère
privé des renseignements personnels » du plaignant ou
du témoin, soit le droit de ce dernier de décider lui‑même
des modalités de leur partage. Leur communica­tion à
l’accusé est particulièrement susceptible de porter atteinte
à la dignité du plaignant ou du témoin et de décou­rager une
victime d’agression sexuelle de dénon­cer son agresseur. Le
fait que la police détient déjà les renseignements ne saurait
écarter le droit de l’intéressé à ce que leur confidentialité
soit assurée. Les gens qui fournissent des renseignements
à la police s’attendent à ce que celle‑ci ne les communique
à autrui que pour un motif valable.
The exemption for investigatory and prosecutorial
records contained in s. 278.1 does not strip the protec­
tion of the Mills regime from police occurrence reports.
In light of the text of the provision in both languages,
as well as its purpose, context, and the consequences of
concluding otherwise, the trial judge was correct in de­
ciding that the exemption applies only to records made
in relation to the offence in question, and not to police
oc­currence reports made in the course of unrelated
investigations.
L’exception prévue par l’art. 278.1 à l’égard du dossier
d’enquête ou de poursuite ne soustrait pas le rapport de
police à la protection du régime de l’arrêt Mills. Au vu du
libellé de la disposition dans les deux langues, ainsi que
de son objet, de son contexte et des conséquences d’une
conclusion différente, la juge du procès statue à bon droit
que l’exception s’applique seulement aux rapports établis
relativement à l’infraction en cause, et non à ceux rédigés
dans le cadre d’enquêtes sans lien avec celle‑ci.
Cases Cited
Jurisprudence
Referred to: R. v. Stinchcombe, [1991] 3 S.C.R.
326; R. v. McNeil, 2009 SCC 3, [2009] 1 S.C.R. 66; R.
v. O’Connor, [1995] 4 S.C.R. 411; R. v. Mills, [1999] 3
S.C.R. 668; R. v. Esau, [1997] 2 S.C.R. 777; R. v. Ewan­
chuk, [1999] 1 S.C.R. 330; R. v. Osolin, [1993] 4 S.C.R.
595; R. v. Patrick, 2009 SCC 17, [2009] 1 S.C.R. 579; R.
v. Edwards, [1996] 1 S.C.R. 128; R. v. Tessling, 2004
SCC 67, [2004] 3 S.C.R. 432; R. v. Buhay, 2003 SCC 30,
[2003] 1 S.C.R. 631; R. v. Dinh, 2001 ABPC 48, 42 C.R.
(5th) 318; R. v. Dyment, [1988] 2 S.C.R. 417; Escher v.
Brazil (2009), Inter‑Am. Ct. H.R. (Ser. C) No. 200; R. v.
Fiddler, 2012 ONSC 2539, 258 C.R.R. (2d) 193; R. v.
McAdam (2008), 172 C.R.R. (2d) 27; R. v. Daoust, 2004
SCC 6, [2004] 1 S.C.R. 217.
Arrêts mentionnés : R. c. Stinchcombe, [1991] 3
R.C.S. 326; R. c. McNeil, 2009 CSC 3, [2009] 1 R.C.S. 66;
R. c. O’Connor, [1995] 4 R.C.S. 411; R. c. Mills, [1999]
3 R.C.S. 668; R. c. Esau, [1997] 2 R.C.S. 777; R. c.
Ewanchuk, [1999] 1 R.C.S. 330; R. c. Osolin, [1993] 4
R.C.S. 595; R. c. Patrick, 2009 CSC 17, [2009] 1 R.C.S.
579; R. c. Edwards, [1996] 1 R.C.S. 128; R. c. Tessling,
2004 CSC 67, [2004] 3 R.C.S. 432; R. c. Buhay, 2003
CSC 30, [2003] 1 R.C.S. 631; R. c. Dinh, 2001 ABPC 48,
42 C.R. (5th) 318; R. c. Dyment, [1988] 2 R.C.S. 417;
Escher c. Brazil (2009), Inter‑Am. Ct. H.R. (Ser. C) No.
200; R. c. Fiddler, 2012 ONSC 2539, 258 C.R.R. (2d)
193; R. c. McAdam (2008), 172 C.R.R. (2d) 27; R. c.
Daoust, 2004 CSC 6, [2004] 1 R.C.S. 217.
Statutes and Regulations Cited
Lois et règlements cités
Act to amend the Criminal Code (production of records
in sexual offence proceedings), S.C. 1997, c. 30, pre­
amble.
Canadian Charter of Rights and Freedoms, s. 8.
Constitution Act, 1867, s. 133.
Criminal Code, R.S.C. 1985, c. C‑46, ss. 193(1), 278.1 to
278.91, 278.2(2), (3), 278.3, 278.5, 278.7.
Charte canadienne des droits et libertés, art. 8.
Code criminel, L.R.C. 1985, ch. C‑46, art. 193(1), 278.1
à 278.91, 278.2(2), (3), 278.3, 278.5, 278.7.
Loi constitutionnelle de 1867, art. 133.
Loi modifiant le Code criminel (communication de dos­
siers dans les cas d’infraction d’ordre sexuel), L.C.
1997, ch. 30, préambule.
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
quesnelle
393
Municipal Freedom of Information and Protection of
Privacy Act, R.S.O. 1990, c. M.56.
Loi sur l’accès à l’information municipale et la protection
de la vie privée, L.R.O. 1990, ch. M.56.
Authors Cited
Doctrine et autres documents cités
Canada. House of Commons. House of Commons De­
bates, vol. 134, No. 122, 2nd Sess., 35th Parl., Feb­
ruary 4, 1997, p. 7664.
Canada. House of Commons. House of Commons De­
bates, vol. 134, No. 150, 2nd Sess., 35th Parl., April 7,
1997, pp. 9361‑62.
Gotell, Lise. “When Privacy is Not Enough: Sexual As­
sault Complainants, Sexual History Evidence and the
Disclosure of Personal Records” (2006), 43 Alta. L.
Rev. 743.
Keen, Peter Carmichael. “Gebrekirstos: Fallout from
Quesnelle” (2013), 4 C.R. (7th) 56.
Sullivan, Ruth. Sullivan on the Construction of Statutes,
5th ed. Markham, Ont.: LexisNexis, 2008.
Canada. Chambre des communes. Débats de la Chambre
des communes, vol. 134, no 122, 2e sess., 35e lég.,
4 février 1997, p. 7664.
Canada. Chambre des communes. Débats de la Chambre
des communes, vol. 134, no 150, 2e sess., 35e lég.,
7 avril 1997, p. 9361‑9362.
Gotell, Lise. « When Privacy is Not Enough : Sexual
Assault Complainants, Sexual History Evidence and
the Disclosure of Personal Records » (2006), 43 Alta.
L. Rev. 743.
Keen, Peter Carmichael. « Gebrekirstos : Fallout from
Quesnelle » (2013), 4 C.R. (7th) 56.
Sullivan, Ruth. Sullivan on the Construction of Statutes,
5th ed. Markham, Ont. : LexisNexis, 2008.
APPEAL from a judgment of the Ontario Court of
Appeal (Rosenberg, Sharpe and MacFarland JJ.A.),
2013 ONCA 180, 114 O.R. (3d) 779, 303 O.A.C.
18, 1 C.R. (7th) 394, 297 C.C.C. (3d) 414, [2013]
O.J. No. 1365 (QL), 2013 CarswellOnt 3337, setting
aside the accused’s convictions for sexual assault and
assault and ordering a new trial. Appeal allowed and
convictions restored.
POURVOI contre un arrêt de la Cour d’appel de
l’Ontario (les juges Rosenberg, Sharpe et MacFarland),
2013 ONCA 180, 114 O.R. (3d) 779, 303 O.A.C. 18,
1 C.R. (7th) 394, 297 C.C.C. (3d) 414, [2013] O.J.
No. 1365 (QL), 2013 CarswellOnt 3337, qui a annulé
les déclarations de culpabilité d’agres­sion sexuelle
et de voies de fait prononcées contre l’accusé et
a ordonné la tenue d’un nouveau procès. Pourvoi
accueilli et déclarations de culpabilité réta­blies.
Milan Rupic, for the appellant.
Milan Rupic, pour l’appelante.
Najma Jamaldin and Paul Genua, for the respon­
dent.
Najma Jamaldin et Paul Genua, pour l’intimé.
Maureen J. McGuire, for the intervener the At­
torney General of Alberta.
Maureen J. McGuire, pour l’intervenant le pro­
cu­reur général de l’Alberta.
Philip Wright, Vincent Westwick and Christiane
Huneault, for the intervener the Canadian Associ­
ation of Chiefs of Police.
Philip Wright, Vincent Westwick et Christiane
Huneault, pour l’intervenante l’Association cana­
dienne des chefs de police.
Jonathan Dawe and Michael Dineen, for the
intervener the Criminal Lawyers’ Association of
Ontario.
Jonathan Dawe et Michael Dineen, pour l’inter­
venante Criminal Lawyers’ Association of Ontario.
Susan Chapman and Joanna Birenbaum, for the
intervener the Barbra Schlifer Commemorative
Clinic.
Susan Chapman et Joanna Birenbaum, pour
l’intervenante Barbra Schlifer Commemorative
Clinic.
394
r.
v.
quesnelle
Karakatsanis J.
The judgment of the Court was delivered by
Karakatsanis J. —
[2014] 2 S.C.R.
Version française du jugement de la Cour rendu
par
La juge Karakatsanis —
I. Overview
I. Aperçu
[1] In sexual offence cases, the Criminal Code,
R.S.C. 1985, c. C‑46, limits the disclosure of pri­
vate records relating to complainants and wit­
nesses. The relevant provisions, ss. 278.1 to 278.91,
known as the Mills regime, permit disclosure only
where a record is likely relevant and its dis­clo­sure
is necessary in the interests of justice. The re­gime
applies to “records” that contain personal informa­
tion for which there is a reasonable expectation of
privacy, unless they are made by persons respon­
si­ble for the investigation or prosecution of the
offence. The issue on appeal is whether these provi­
sions apply to police occurrence reports prepared
in the investigation of previous incidents involving
a complainant or witness and not the offence be­
ing prosecuted. The question is whether these unre­
lated police occurrence reports count as “records”
as defined in s. 278.1, such that the statutory dis­
closure limits apply.
[1] Dans les affaires d’infraction d’ordre sexuel,
le Code criminel, L.R.C. 1985, ch. C‑46, limite la
com­munication d’un dossier personnel se rappor­
tant au plaignant ou à un témoin. Les dis­po­si­tions
pertinentes, soit les art. 278.1 à 278.91 — le « régime
de l’arrêt Mills » — ne permettent la communication
que lorsque le dossier est vraisemblablement perti­
nent et que sa communication sert les intérêts de
la justice. Le régime s’applique au « dossier » qui
contient des renseignements personnels pour les­
quels il existe une attente raisonnable en matière de
protection de la vie privée, sauf s’il est produit par
un responsable de l’enquête ou de la poursuite rela­
tivement à l’infraction qui fait l’objet de la pro­cé­
dure. Le pourvoi porte sur la question de savoir si
ces dispositions s’appliquent au rapport de police
dressé à l’occasion de l’enquête relative à des inci­
dents auxquels a été mêlé le plaignant ou un témoin,
et non à l’infraction qui fait l’objet de la procédure.
Il nous faut décider si ce rapport de police sans lien
avec l’infraction constitue un « dos­sier » au sens
de l’art. 278.1, de telle sorte qu’il soit assujetti aux
restrictions légales de communication.
[2] I conclude that the Mills regime applies to po­
lice occurrence reports that are not directly related
to the charges against the accused. Privacy is not
an all or nothing right. Individuals involved in a
criminal investigation do not forfeit their privacy
in­terest for all future purposes; they reasonably
expect that personal information in police reports
will not be disclosed in unrelated matters. More­
over, while the regime exempts investigatory and
pros­ecutorial records, that exemption applies only
to records made in relation to the particular offence
in question.
[2] J’arrive à la conclusion que le régime de
l’arrêt Mills s’applique au rapport de police qui
n’est pas directement lié à l’accusation portée con­
tre l’accusé. Le droit à la vie privée n’est pas un
droit de nature absolue. La personne qui est visée
par une enquête criminelle ne renonce pas à son
droit à la vie privée pour toutes les circonstances
ulté­rieures; elle s’attend raisonnablement à ce que
ses renseignements personnels consignés dans le
rapport de police ne fassent pas l’objet d’une com­
munication dans une autre affaire. De plus, même
si le régime prévoit une exception pour les dossiers
d’enquête et de poursuite, cette exception ne vaut
que pour les dossiers constitués relativement à
l’infraction en cause.
[3] Accordingly, I agree with the trial judge that
the unrelated police occurrence reports at issue
[3] Par conséquent, je conviens avec la juge du
procès que chacun des rapports de police considé­rés
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
quesnelle
La juge Karakatsanis
395
were “records” within the definition of s. 278.1 and
thus subject to the Mills regime. The trial judge was
entitled to conclude that the reports should not be
disclosed. I would allow the appeal, set aside the
or­der for a new trial, and restore the conviction,
re­mitting the sentence appeal to the Court of Ap­
peal.
en l’espèce constitue un « dossier » au sens de
l’art. 278.1, de sorte qu’il tombe sous le coup du
régime de l’arrêt Mills. La juge du procès était en
droit de conclure que les rapports ne devaient pas
être communiqués. Je suis d’avis d’accueillir le
pour­voi, d’annuler l’ordonnance à l’effet de tenir
un nou­veau procès, de rétablir la déclaration de cul­
pabilité et de renvoyer l’appel de la peine à la Cour
d’appel.
II. Facts
II. Faits
[4] The respondent, Vincent Quesnelle, was
charged with sexually assaulting two complainants,
T.R. and L.I. Prior to trial, CBC Radio aired a docu­
mentary about the complainant T.R. (a street sex
worker), during which the lead investigator in this
case indicated that she had obtained and reviewed
four or five police occurrence reports which in­
volved T.R. but were not made in the course of the
investigation that resulted in the charges against
the respondent. The detective did not include the
reports in the investigatory file.
[4] L’intimé, Vincent Quesnelle, a été accusé
d’avoir agressé sexuellement les deux plaignantes,
T.R. et L.I. Avant le procès, la chaîne CBC Radio
a présenté un documentaire sur la plaignante T.R.,
une prostituée travaillant dans la rue. L’enquêteuse
principale au dossier y affirmait avoir obtenu et exa­
miné quatre ou cinq rapports de police qui avaient
trait à T.R., mais qui n’avaient pas été produits
dans le cadre de l’enquête ayant débouché sur les
accusations portées contre l’intimé. L’enquêteuse
n’a pas versé les rapports au dossier d’enquête.
[5] The police create occurrence reports to doc­
ument incidents to which they respond, including
disturbances, requests for assistance, reports of al­
leged crimes and even medical emergencies or car
accidents. The reports contain police officers’ rec­
ol­lections and notes concerning the facts of the
incident.
[5] Les policiers rédigent un rapport afin de
documenter une intervention par suite, notamment,
d’une infraction à la paix publique, d’une demande
d’aide, du signalement d’un crime, voire d’une
urgence médicale ou d’un accident de la route. Ils
y consignent le déroulement de l’intervention et des
précisions sur les faits en cause.
III. Judicial History
III. Historique judiciaire
A. Ontario Superior Court of Justice
A. Cour supérieure de justice de l’Ontario
[6] Before trial, the respondent made an appli­
cation seeking disclosure of the police occurrence
reports that had been reviewed by the detective. The
trial judge, Thorburn J., ruled that the occurrence
reports at issue were “records” under the Mills re­
gime for two reasons: 2009 CanLII 73645. First,
oc­currence reports contain personal information in
which there is a reasonable expectation of privacy.
Second, the reports do not fall under the excep­tion
to the Mills regime in s. 278.1 because they are not
“records made by persons responsible for the inves­
tigation or prosecution of the offence”: that section
excludes only police records made in relation to the
[6] Avant le début du procès, l’intimé a demandé
la communication des rapports de police dont
l’enquê­teuse avait pris connaissance. Appelée à
présider le procès, la juge Thorburn a conclu que
ces rapports constituaient des « dossiers » sui­
vant le régime de l’arrêt Mills, et ce, pour deux
rai­sons (2009 CanLII 73645). Premièrement, ils
contenaient des renseignements personnels qui
conféraient une attente raisonnable en matière de
vie privée. Deuxièmement, ils ne tombaient pas
sous le coup de l’exception prévue à l’art. 278.1, car
ils ne constituaient pas des « dossier[s] qui [sont]
produit[s] par un responsable de l’enquête ou de
396
r.
v.
quesnelle
Karakatsanis J.
[2014] 2 S.C.R.
case being prosecuted. Under the Mills regime, a
“re­cord” may only be disclosed to the accused if
the trial judge is satisfied that it is likely relevant to
an issue at trial and disclosure is necessary in the
interests of justice.
la poursuite relativement à l’infraction qui fait
l’objet de la procédure ». Seuls échappent à l’appli­
cation du régime les rapports établis relativement à
l’infraction faisant l’objet de la poursuite. Confor­
mément au régime de l’arrêt Mills, un « dossier » ne
peut être communiqué à l’accusé que si le juge du
procès est convaincu qu’il est vraisemblablement
pertinent quant à un point en litige et que sa com­
mu­nication sert les intérêts de la justice.
[7] Since the records fell within the Mills re­
gime, the respondent applied for disclosure of the
occurrence reports pursuant to s. 278.3 of the Code.
He argued that the records were likely relevant to
as­sess the complainant’s credibility. The defence
chose not to rely on the documentary in making
this application. He did not want to alert the com­
plainant — who was a party to the application —
to his theory of the relevance of the occurrence
reports. The trial judge ruled against the respondent
because there was no evidentiary basis on which to
conclude that the documents requested were likely
relevant or that their production was necessary in
the interests of justice: 2010 ONSC 175 (CanLII).
[7] Comme les rapports étaient assujettis au
régime de l’arrêt Mills, l’intimé a demandé leur
com­munication en application de l’art. 278.3 du
Code. Il a prétendu qu’ils étaient vraisemblable­
ment per­tinents pour l’appréciation de la crédibilité
de la plaignante. La défense a choisi de ne pas faire
mention du documentaire, car elle ne voulait pas
atti­rer l’attention de la plaignante — qui était consti­
tuée partie à la demande — sur les raisons pour
les­quelles elle jugeait les rapports pertinents. La
juge du procès a rejeté la demande parce qu’aucun
fondement probant ne permettait de conclure que
les documents étaient vraisemblablement pertinents
ou que leur communication servait les intérêts de la
justice (2010 ONSC 175 (CanLII)).
[8] The respondent was ultimately convicted and
sentenced to six and a half years in jail, less credit
for time served: 2010 ONSC 3713 (CanLII).
[8] L’intimé a finalement été reconnu coupable
et condamné à six ans et demi d’emprisonne­ment,
moins le temps crédité pour la détention (2010
ONSC 3713 (CanLII)).
B. Ontario Court of Appeal, 2013 ONCA 180, 114
O.R. (3d) 779
B. Cour d’appel de l’Ontario, 2013 ONCA 180,
114 O.R. (3d) 779
[9] The respondent appealed his conviction and
sentence to the Ontario Court of Appeal. He ar­
gued that the police occurrence reports were not
“records” under the Mills regime, and therefore
should have been part of regular Crown disclosure
under R. v. Stinchcombe, [1991] 3 S.C.R. 326.
[9] L’intimé a interjeté appel de la déclaration de
culpabilité et de la peine devant la Cour d’appel de
l’Ontario. Il a prétendu que les rapports de police
n’étaient pas des « dossiers » pour les besoins du
régime de l’arrêt Mills, de sorte que le ministère
public aurait dû les communiquer conformément à
la procédure habituelle suivant l’arrêt R. c. Stinch­
combe, [1991] 3 R.C.S. 326.
[10] The Court of Appeal allowed his appeal on
this basis and ordered a new trial. First, MacFarland
J.A. concluded that complainants and witnesses
who give information to the police have no reason­
able ex­pectation of privacy in police documents
[10] La Cour d’appel accueille l’appel pour ce
motif et ordonne la tenue d’un nouveau procès. La
juge MacFarland estime en premier lieu que le plai­
gnant ou le témoin qui donne des renseignements à
la police n’a aucune attente raisonnable en matière
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
quesnelle
La juge Karakatsanis
397
record­ing that information. Second, she concluded
that s. 278.1 exempts all records that are prepared
by the investigating police service, whether or not
the re­cords are related to the case being prosecuted.
Thus the police occurrence reports at issue were not
subject to the Mills regime. The court reasoned that
the police occurrence reports reviewed by Detective
Leaver were fruits of the investigation, and ordered
their disclosure.
de vie privée à l’égard des documents de police qui
consignent ces renseignements. En deuxième lieu,
elle conclut que l’exception prévue à l’art. 278.1
vise tous les dossiers produits par le service de
police chargé de l’enquête, qu’ils se rapportent ou
non à la poursuite. Elle estime donc que les rapports
en cause ne sont pas assujettis au régime de l’arrêt
Mills. La Cour d’appel explique que les rapports
exa­minés par l’enquêteuse Leaver représentent les
fruits de l’enquête et elle ordonne leur commu­nica­
tion.
IV. Analysis
IV. Analyse
A. The Principles Governing Crown Disclosure
A. Les principes applicables à l’obligation de com­­
mu­nication du ministère public
(1) Disclosure in Criminal Cases Generally
(1) Communication dans les affaires criminelles
en général
[11] The Crown has a broad duty to disclose rele­
vant evidence and information to persons charged
with criminal offences. Stinchcombe, at pp. 336‑40,
provides that the Crown is obliged to disclose all
relevant, non‑privileged information in its posses­
sion or control so as to allow the accused to make
full answer and defence. For purposes of this “first
party” disclosure, “the Crown” does not refer to all
Crown entities, federal and provincial: “the Crown”
is the prosecuting Crown. All other Crown enti­
ties, including police, are “third parties”. With the
exception of the police duty to supply the Crown
with the fruits of the investigation, records in the
hands of third parties, including other Crown enti­
ties, are generally not subject to the Stinchcombe
disclosure rules.
[11] Le ministère public a l’obligation générale de
communiquer les éléments de preuve et les rensei­
gnements pertinents à la personne qui est accu­sée
d’une infraction criminelle. Selon l’arrêt Stinchcombe,
p. 336‑340, il est tenu de commu­ni­quer tout ren­sei­
gnement pertinent non protégé qui est en sa posses­
sion ou sous son contrôle afin de permettre à l’accusé
de présenter une défense pleine et entière. Pour les
besoins de la communication par la « partie princi­
pale », « le ministère public » ne s’entend pas de toutes
les composantes de l’État fédéral ou pro­vincial, mais
seulement du poursuivant. Toutes les autres com­po­
santes de l’État, y compris la police, sont des « tiers ».
Exception faite de l’obligation qui incombe à la
police de transmettre au ministère public les fruits
de l’enquête, les dossiers en la pos­ses­sion de tiers,
y compris d’autres composantes de l’État, ne sont
habituellement pas assujettis aux règles établies dans
l’arrêt Stinchcombe en matière de communication.
[12] In R. v. McNeil, 2009 SCC 3, [2009] 1 S.C.R.
66, this Court recognized that the Crown can­not
merely be a passive recipient of disclosure material.
Instead, the Crown has a duty to make rea­sonable
inquiries when put on notice of material in the hands
of police or other Crown entities that is potentially
relevant to the prosecution or the de­fence. This Court
also recognized that police have a duty to disclose,
[12] Dans l’arrêt R. c. McNeil, 2009 CSC 3,
[2009] 1 R.C.S. 66, notre Cour reconnaît que le
ministère public ne peut se contenter de recevoir
passivement des renseignements. Des vérifications
raisonnables lui incombent lorsqu’il apprend que la
police ou d’autres composantes de l’État ont en leur
possession des éléments susceptibles d’être utiles à
la poursuite ou à la défense. Notre Cour reconnaît
398
r.
v.
quesnelle
Karakatsanis J.
[2014] 2 S.C.R.
without prompting, “all ma­terial per­taining to its in­
vestigation of the accused” (para. 14) as well as other
in­formation “obviously relevant to the accused’s
case” (para. 59).
aussi l’obligation de la police de communiquer,
sans qu’il soit nécessaire de lui en faire la demande,
« tous les renseignements se rapportant à son
enquête sur l’accusé » (par. 14), ainsi que les autres
ren­seignements qui « se rapportent manifestement à
la poursuite engagée contre l’accusé » (par. 59).
[13] In R. v. O’Connor, [1995] 4 S.C.R. 411, at
paras. 15‑34, this Court established a separate dis­
closure regime for records in the hands of “third
parties” that are “likely relevant” to an issue at trial.
Under O’Connor, an application is made to the
court and the judge determines whether production
should be compelled in accordance with a two‑stage
test. At the first stage, the applicant has an onus to
establish the likely relevance of the record. At the
sec­ond stage, the judge examines the record and
determines whether, and to what extent, it should
be produced for the accused: in the case of relevant
infor­mation, privacy interests yield to the right to a
full answer and defence.
[13] Dans l’arrêt R. c. O’Connor, [1995] 4 R.C.S.
411, par. 15‑34, notre Cour établit un régime de
com­munication distinct pour les dossiers qui se
trou­vent en la possession de « tiers » et qui sont
« vrai­semblablement pertinents » quant à un point
en litige. Le tribunal saisi statue sur la demande
de communication à l’issue d’une analyse à deux
volets. Le requérant doit d’abord prouver que les
renseignements contenus dans le dossier sont
d’une pertinence vraisemblable. Le tribunal exa­
mine ensuite le dossier pour déterminer s’il doit
être communiqué à l’accusé — et, le cas échéant,
dans quelle mesure il doit l’être; lorsque les ren­
seignements sont pertinents, le droit à la vie privée
cède le pas au droit à une défense pleine et entière.
(2) Disclosure in Sexual Offence Cases — the
Mills Regime
(2) Communication dans une affaire d’infraction
d’ordre sexuel — le régime de l’arrêt Mills
[14] Beginning in the late 1980s, it became com­
monplace in sexual offence trials for defence coun­
sel to seek the private records of complainants in
order to attack the complainant through invasive
(and often inappropriate) credibility probing: House
of Commons Debates, vol. 134, No. 122, 2nd Sess.,
35th Parl., February 4, 1997. The Mills regime, en­
acted in 1997, was a response to these practices.
The provisions of the Mills regime are set out in
the Appendix. The central idea, according to the
preamble to the legislation enacting the regime, is
that
[14] Dès la fin des années 1980, lors d’un procès
pour infraction d’ordre sexuel, il était courant que
l’avocat de la défense demande l’accès aux dos­
siers privés du plaignant afin de miner sa crédibilité
de manière attentatoire (et souvent inappropriée)
(Débats de la Chambre des communes, vol. 134,
no 122, 2e sess., 35e lég., 4 février 1997). Adopté en
1997, le régime de l’arrêt Mills est venu encadrer
cette pratique. Les dispositions qui y correspon­
dent sont reproduites en annexe. Selon le préam­
bule de la loi qui crée le régime, l’idée maîtresse est
la suivante :
while production to the court and to the accused of
personal information regarding any person may be nec­
essary in order for an accused to make a full an­swer
and defence, that production may breach the person’s
right to privacy and equality and therefore the determi­
nation as to whether to order production should be sub­
ject to careful scrutiny;
. . . si la communication de renseignements personnels au
tribunal et à l’accusé peut être nécessaire à une défense
pleine et entière de l’accusé, elle peut aussi constituer
une atteinte au droit à la vie privée et à l’égalité de la per­
sonne qu’ils concernent et [. . .], de ce fait, la décision de
l’accorder ne devrait être rendue qu’avec prudence,
(An Act to amend the Criminal Code (production of
records in sexual offence proceedings), S.C. 1997,
c. 30)
(Loi modifiant le Code criminel (communication de
dossiers dans les cas d’infraction d’ordre sexuel),
L.C. 1997, ch. 30)
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
quesnelle
La juge Karakatsanis
399
The regime reflects Parliament’s intention to ac­
com­modate and reconcile the right of the accused to
make full answer and defence with the privacy and
equality rights of complainants in sexual offence
cases. In the words of Professor Lise Gotell, the re­
gime was created in order to “to limit what it is that a
woman/child complainant must be forced to reveal
at trial as the price of her access to the crim­inal jus­
tice system” (“When Privacy is not Enough: Sexual
Assault Complainants, Sexual History Evi­dence, and
the Disclosure of Personal Records” (2006), 43 Alta.
L. Rev. 743, at p. 745). That ap­proach was upheld by
this Court in R. v. Mills, [1999] 3 S.C.R. 668, and its
constitutionality is not chal­lenged in this appeal.
Le régime traduit l’intention du législateur de con­
cilier le droit de l’accusé à une défense pleine et
entière et les droits à l’égalité et à la vie privée du
plai­gnant dans les affaires d’infraction à caractère
sexuel. Pour reprendre les termes employés par la
professeure Lise Gotell, le régime a vu le jour afin
[traduction] « de limiter ce que le plaignant —
femme ou enfant — doit être contraint de révéler
au procès pour se prévaloir du système de justice
pénale » (« When Privacy is not Enough : Sexual As­
sault Complainants, Sexual History Evidence, and
the Disclosure of Personal Records » (2006), 43
Alta. L. Rev. 743, p. 745). Notre Cour confirme cette
appro­che dans l’arrêt R. c. Mills, [1999] 3 R.C.S. 668,
et sa constitutionnalité n’est pas contestée dans le
pourvoi.
[15] The Mills regime governs the disclosure of
records containing private information of witnesses
and complainants in certain sexual offence prose­
cutions (Criminal Code, 278.1 to 278.91). It estab­
lishes a two‑part process through which accused
persons may apply for disclosure of such records.
First, a record — whether in the hands of the Crown,
the police, or a third party (s. 278.2(2)) — will only
be produced to the court where the trial judge is
satisfied that the record is likely relevant to an issue
at trial or to the competence of a witness to testify,
and that disclosure to the court is necessary in the
interests of justice: s. 278.5. Second, after review­
ing the record, the judge may only order disclosure
to the accused if the record is likely relevant and
disclosure is in the interests of justice: s. 278.7.
[15] Le régime de l’arrêt Mills régit la communi­
ca­tion à l’accusé d’un dossier qui renferme des
ren­seignements personnels sur un témoin ou sur
le plaignant dans les instances relatives à certai­
nes infractions d’ordre sexuel (Code criminel,
art. 278.1 à 278.91). Il établit une démarche à deux
volets. Premièrement, le dossier — qu’il soit en la
possession du ministère public, de la police ou d’un
tiers (par. 278.2(2)) — n’est communiqué au tri­
bunal que si le juge du procès est convaincu qu’il
est vraisemblablement pertinent quant à un point en
litige ou à l’habileté d’un témoin à témoigner, et que
si la communication du dossier sert les intérêts de
la justice (art. 278.5). Deuxièmement, après examen
du dossier, le juge n’ordonne sa communication à
l’accusé que s’il est vraisemblablement pertinent et
que sa communication sert les intérêts de la justice
(art. 278.7).
[16] Once the Crown obtains a record and de­
ter­mines that it is covered by the Mills regime, it
must give notice to the accused: Criminal Code,
s. 278.2(3). While the Crown may not disclose
the contents of the record, it should in appropri­
ate circumstances give an assessment of the likely
rel­e­vance of a record in its possession, as well as
indicate the basis of its relevance. At a minimum,
the Crown should advise if it intends to use any in­
formation contained in records protected by Mills
as part of its case against an accused. The Crown’s
as­sessment that the record is relevant for a specific
[16] Lorsqu’il obtient un dossier puis détermine
qu’il relève du régime de l’arrêt Mills, le ministère
public doit en informer l’accusé (Code criminel,
par. 278.2(3)). Bien qu’il ne puisse communiquer le
contenu du dossier, il doit, lorsque les circonstances
s’y prêtent, déterminer si le dossier qu’il a en sa
pos­session est vraisemblablement pertinent ou
non et, dans l’affirmative, indiquer ce en quoi il
est pertinent. Il doit à tout le moins faire connaître
son intention d’invoquer contre l’accusé des ren­
seignements contenus dans un dossier relevant du
régime de l’arrêt Mills. La conclusion du ministère
400
r.
v.
quesnelle
Karakatsanis J.
[2014] 2 S.C.R.
reason will likely establish a basis for the judge to
order production to the court.
public selon laquelle le dossier est pertinent pour
un motif précis servira vraisemblablement d’assise
à la décision du juge d’ordonner sa communication
au tribunal.
[17] The mere fact that a police occurrence report
concerns a complainant or witness is not enough to
make the report relevant to an otherwise unrelated
prosecution. The Mills provisions echo this Court’s
frequent warnings against relying on myths and
stereotypes about sexual assault complainants in
assessing the relevance of evidence in the context
of sexual assault trials. For example, the fact that
a complainant has reported sexual violence in the
recent or distant past, provides sexual services for
money, or suffers from addiction is not, without
more, enough to render a police occurrence re­
port “relevant”: see, e.g., R. v. Esau, [1997] 2 S.C.R.
777, at para. 82 (per McLachlin J., dissenting); R.
v. Ewanchuk, [1999] 1 S.C.R. 330, at paras. 86‑97
(per L’Heureux‑Dubé J.); R. v. Osolin, [1993] 4
S.C.R. 595, at pp. 670‑72 (per Cory J.). However,
occurrence reports which raise legitimate ques­
tions about the credibility of the complainant or a
witness, or some other issue at trial, will be treated
as relevant.
[17] Le simple fait que le rapport de police con­
cerne un plaignant ou un témoin ne suffit pas à le
rendre pertinent dans le cadre d’une poursuite par
ailleurs sans lien. L’adoption des dispositions qui
constituent le régime de l’arrêt Mills fait suite
aux mises en garde répétées de notre Cour contre
le recours à des mythes et à des stéréotypes sur
les personnes qui portent plainte pour agression
sexuelle lorsqu’il s’agit de statuer sur la pertinence
d’un élément de preuve dans le cadre d’un procès
pour agression sexuelle. Par exemple, le fait que
le plaignant a signalé un acte de violence sexuelle
dans un passé récent ou lointain, qu’il offre des
ser­vices sexuels contre de l’argent ou qu’il souffre
d’une dépendance ne suffit pas à lui seul à ren­
dre un rapport de police « pertinent » (voir p. ex.
R. c. Esau, [1997] 2 R.C.S. 777, par. 82 (la juge
McLachlin, dissidente); R. c. Ewanchuk, [1999] 1
R.C.S. 330, par. 86‑97 (la juge L’Heureux‑Dubé);
R. c. Osolin, [1993] 4 R.C.S. 595, p. 670‑672 (le
juge Cory)). Cependant, le rapport qui soulève des
ques­tions légitimes au sujet de la crédibilité du plai­
gnant ou d’un témoin, ou quelque autre question au
procès, est tenu pour pertinent.
(3) The McNeil Duties and the Mills Notice Ob­
ligation
(3) Les devoirs imposés par l’arrêt McNeil et
l’obligation d’informer issue de l’arrêt Mills
[18] The Crown’s McNeil duty to make reason­
able inquiries and the corresponding police duty
to supply relevant information and evidence to the
Crown apply notwithstanding the Mills regime. The
Mills regime governs the disclosure of “records”
in sexual offence trials, but does not displace the
Crown’s duty to make reasonable inquiries and ob­
tain potentially relevant material (or the police duty
to pass on material to the Crown) under McNeil.
As an officer of the court and Minister of Jus­tice,
the Crown is duty‑bound to seek justice, not con­
victions, and to avoid wrongful convictions, in
the prosecutions of all offences, including sexual
of­fences. The Mills regime simply replaces the
[18] Malgré le régime de l’arrêt Mills, demeurent
l’obligation que fait McNeil au ministère public
d’effectuer des vérifications raisonnables ainsi que
l’obligation correspondante de la police de trans­
mettre au ministère public les renseignements et les
éléments de preuve pertinents. Le régime s’appli­que
à la communication d’un « dossier » dans le cadre
d’un procès pour infraction d’ordre sexuel, mais il
ne soustrait pas le ministère public à l’obligation
de faire des vérifications raisonnables et d’obtenir
les éléments susceptibles d’être pertinents (non
plus que la police à l’obligation de transmettre
les ren­sei­gnements au ministère public) suivant
l’arrêt McNeil. En qualité d’officier de justice et de
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
quesnelle
La juge Karakatsanis
401
ob­ligation to produce relevant records directly
with an obligation to give notice of their existence: 
Criminal Code, s. 278.2(3).
minis­tre de la Justice, le ministère public doit
recher­cher l’accomplissement de la justice, et non
l’obtention de déclarations de culpabilité, et il doit
éviter les erreurs judiciaires dans toutes les pour­
suites, y com­pris celles pour infractions d’ordre
sexuel. Le régime de l’arrêt Mills remplace sim­
plement l’obli­gation de communiquer les dossiers
pertinents par celle d’informer l’accusé de leur
existence (Code criminel, par. 278.2(3)).
B. Are Unrelated Police Occurrence Reports “Re­
cords”?
B. Un rapport de police sans lien avec l’affaire
constitue‑t‑il un « dossier »?
[19] The issue in this appeal is whether police
occurrence reports prepared in the investigation
of unrelated incidents involving a complainant or
witness are “records” within the meaning of s. 278.1
of the Criminal Code, such that they are subject to
the Mills regime. Section 278.1 defines “records”
as follows:
[19] La question en litige dans le pourvoi est
celle de savoir si le rapport de police dressé dans
le cadre de l’enquête relative à des incidents sans
lien auxquels est mêlé le plaignant ou un témoin
consti­tue un « dossier » au sens de l’art. 278.1 du
Code criminel de sorte qu’il soit soumis au régime
de l’arrêt Mills. Voici comment cet article définit le
« dossier » :
278.1 For the purposes of sections 278.2 to 278.9,
“record” means any form of record that contains personal
information for which there is a reasonable expectation
of privacy and includes, without limiting the generality
of the foregoing, medical, psychiatric, therapeutic, coun­
selling, education, employment, child welfare, adoption
and social services records, personal journals and diaries,
and records containing personal information the produc­
tion or disclosure of which is protected by any other Act
of Parliament or a provincial legislature, but does not
include records made by persons responsible for the in­
ves­ti­gation or prosecution of the offence.
278.1 Pour l’application des articles 278.2 à 278.9,
« dossier » s’entend de toute forme de document conte­
nant des renseignements personnels pour lesquels il
existe une attente raisonnable en matière de protection
de la vie privée, notamment : le dossier médical, psychia­
trique ou thérapeutique, le dossier tenu par les services
d’aide à l’enfance, les services sociaux ou les services
de consultation, le dossier relatif aux antécédents profes­
sionnels et à l’adoption, le journal intime et le document
contenant des renseignements personnels et protégés par
une autre loi fédérale ou une loi provinciale. N’est pas
visé par la présente définition le dossier qui est produit
par un responsable de l’enquête ou de la poursuite rela­
tivement à l’infraction qui fait l’objet de la procédure.
[20] The determination of whether a document
counts as a “record” involves two inquiries. First,
does the document contain personal information
for which there is a reasonable expectation of pri­
vacy? Second, does it fall into the exemption for in­
vestigatory and prosecutorial documents? I consider
these questions in turn.
[20] Déterminer si un document constitue un « dos­
sier » appelle deux questions. Premièrement, le docu­
ment contient‑il des renseignements person­­nels pour
lesquels il existe une attente raisonnable en matière de
protection de la vie privée? Deuxièmement, tombe‑t‑il
sous le coup de l’exception prévue à l’égard des dos­
siers d’enquête et de poursuite? J’examine ces ques­
tions à tour de rôle.
402
r.
v.
quesnelle
Karakatsanis J.
[2014] 2 S.C.R.
(1) Documents Attracting a Reasonable Expec­
tation of Privacy
(1) Documents conférant une attente raisonnable
en matière de protection de la vie privée
(a) Section 278.1 Requires a Categorical Ap­
proach
a) L’article 278.1 commande une approche fon­
dée sur la nature du document
[21] Under the first step of the Mills regime, the
trial judge makes a preliminary determination of
whether a document is a “record” covered by the
regime, without seeing the specific document. Only
if the judge decides that the document is likely
relevant to an issue at trial or to the competence of
a witness to testify and that production to the court
is necessary in the interests of justice will the judge
then have the opportunity to view and assess the
particular document. Therefore, the judge will
usually determine whether a record “contains per­
sonal information for which there is a reasonable
expectation of privacy”, on the basis of the type of
doc­ument at issue.
[21] À la première étape de l’application du
régime de l’arrêt Mills, le juge du procès décide
à titre préliminaire si le document constitue un
« dos­sier » auquel s’applique le régime, mais sans
l’avoir sous les yeux. Ce n’est que s’il estime que le
document est vraisemblablement pertinent quant
à un point en litige ou à l’habileté d’un témoin à
témoigner et que sa communication sert les inté­
rêts de la justice qu’il pourra l’examiner. Le juge
détermine donc habituellement si un dossier « con­
t[ie]nt des renseignements personnels pour lesquels
il existe une attente raisonnable en matière de pro­
tection de la vie privée » en fonction de la nature du
document en cause.
[22] The definition of “record” is broad and
non‑exhaustive. Section 278.1 provides an illustra­
tive list of some of the types of records that usually
give rise to a reasonable expectation of privacy.
However, documents that do not fall into the listed
categories will still be covered by the Mills regime
if they contain information that gives rise to a rea­
sonable expectation of privacy.
[22] La définition de « dossier » est large et non
exhaustive. L’article 278.1 énumère des exemples
de dossiers qui confèrent habituellement une attente
raisonnable en matière de protection de la vie privée.
Cependant, les documents qui ne sont pas visés par
ces exemples relèvent tout de même du régime de
l’arrêt Mills s’ils contiennent des renseignements
qui confèrent une attente raisonnable en matière de
protection de la vie privée.
[23] The question here is whether the trial judge
committed a reversible error at the preliminary
stage by holding that police occurrence reports
relat­ing to the complainant were “records” because
they generally contain information that gives rise
to a reasonable expectation of privacy. The Court
of Appeal concluded that the trial judge erred be­
cause the definition of “record” under s. 278.1
contem­plates the types of personal information dis­
closed in the context of a “trust‑like, confidential
or therapeutic relationship” and which an individual
would “seek to withhold from the state” (paras. 32‑
33). In my view, such a restricted approach is not
warranted. The trial judge was right to treat the re­
ports as “records” under the Mills regime because
[23] Il nous faut décider en l’espèce si, à l’étape
préliminaire, la juge du procès commet une erreur
justifiant l’annulation de sa décision lorsqu’elle
conclut que le rapport de police ayant trait au plai­
gnant constitue un « dossier » parce qu’il contient
généralement des renseignements qui confèrent
une attente raisonnable en matière de protec­tion
de la vie privée. La Cour d’appel conclut que la
juge fait erreur, car selon la définition qui figure à
l’art. 278.1, le « dossier » vise les renseigne­ments
personnels communiqués dans le cadre d’une [tra­
duction] « relation confidentielle, thérapeutique
ou fondée sur la confiance » et que l’intéressé
« ne voudrait pas révéler à l’État » (par. 32‑33). À
mon sens, une interprétation aussi stricte n’est pas
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
quesnelle
the reports generally contain information in which
there is a reasonable expectation of privacy.
(b) Reasonable Expectation of Privacy
La juge Karakatsanis
403
justifiée. La juge du procès a raison de voir dans le
rapport de police un « dossier » emportant l’appli­
ca­tion du régime de l’arrêt Mills, car le rap­port
contient généralement des renseignements pour
lesquels il existe une attente raisonnable en matière
de protection de la vie privée.
b) Attente raisonnable en matière de protection
de la vie privée
[24] In order for a document to constitute a “re­
cord” and therefore fall within the Mills regime it
must be a “record that contains personal informa­
tion for which there is a reasonable expectation of
privacy”: s. 278.1.
[24] Pour qu’un document constitue un « dos­
sier » et relève du régime de l’arrêt Mills, il doit
s’agir d’un « document contenant des renseigne­
ments personnels pour lesquels il existe une attente
raisonnable en matière de protection de la vie pri­
vée » (art. 278.1).
[25] The appellant submits that police occurrence
reports will often contain deeply personal and po­
ten­tially embarrassing information, and that wit­
nesses and complainants retain a privacy interest in
the reports. The subject of an occurrence report will
not expect the report to be disclosed to impeach his
or her credibility in an unrelated case.
[25] L’appelant soutient qu’un rapport de police
renferme souvent des renseignements extrêmement
personnels et susceptibles d’être embarrassants, et
que le témoin ou le plaignant conserve son droit à la
vie privée en liaison avec un tel document. La per­
sonne concernée par un rapport ne s’attend pas à ce
qu’il soit communiqué et serve à miner sa crédibi­
lité dans une autre affaire.
[26] The respondent agrees with the Court of Ap­
peal that police occurrence reports do not “impli­
cate the types of privacy interests envisioned in
s. 278.1 or in Mills” (R.F., at para. 58, citing Court
of Appeal reasons, at para. 41). The Court of Ap­
peal observed that the complainant cannot have
a sub­jective expectation of privacy in previous
complaints to police: she will know, at the time of
making a complaint to police, that the information
she discloses will end up in a public trial. Moreover,
the victim of an attack does not speak to police
in the context of a trust‑like, confidential, or ther­
apeutic relationship.
[26] L’intimé convient avec la Cour d’appel que
le rapport ne [traduction] « met pas en jeu un
droit à la vie privée de la nature de ceux envisagés à
l’art. 278.1 ou dans l’arrêt Mills » (m.i., par. 58,
citant les motifs de la Cour d’appel, par. 41). La
Cour d’appel fait remarquer que la plaignante ne
peut avoir d’attente subjective en matière de pro­
tection de la vie privée à l’égard de plaintes anté­
rieures; elle sait, au moment où elle porte plainte
à la police, que les renseignements qu’elle donne
seront révélés lors du procès. En outre, la victime
d’une agression ne s’adresse pas à la police dans
le contexte d’une relation confidentielle, thérapeuti­
que ou fondée sur la confiance.
(i) General Principles
[27] The assessment of whether there is a rea­
son­able expectation of privacy for purposes of
s. 278.1 of the Criminal Code draws on the juris­
pru­dence applying s. 8 of the Canadian Charter of
Rights and Freedoms: see Mills, at para. 99. That
(i) Principes généraux
[27] L’examen qui vise à déterminer s’il existe
une attente raisonnable en matière de protection
de la vie privée aux fins de l’art. 278.1 du Code
criminel prend appui sur la jurisprudence relative
à l’application de l’art. 8 de la Charte canadienne
404
r.
v.
quesnelle
Karakatsanis J.
[2014] 2 S.C.R.
jurispru­
dence establishes that expectations of
privacy must be assessed in light of the “totality
of the circum­stances” (R. v. Patrick, 2009 SCC 17,
[2009] 1 S.C.R. 579, at para. 26; R. v. Edwards, [1996]
1 S.C.R. 128, at para. 45; R. v. Tessling, 2004 SCC 67,
[2004] 3 S.C.R. 432, at para. 19). The circumstances
(or nature of the relationship) in which information
is shared are not determinative: the reasonable ex­
pec­tation of privacy is not limited to trust‑like,
confi­dential, or therapeutic relationships.
des droits et libertés (voir Mills, par. 99). Selon
cette jurisprudence, l’existence d’une telle attente
s’établit en fonction de « l’ensemble des circons­
tances » (R. c. Patrick, 2009 CSC 17, [2009] 1 R.C.S.
579, par. 26; R. c. Edwards, [1996] 1 R.C.S. 128,
par. 45; R. c. Tessling, 2004 CSC 67, [2004] 3 R.C.S.
432, par. 19). Les circonstances dans les­quelles
l’information est partagée ne sont pas déci­sives,
non plus que la nature de la relation entre les inté­
ressés : ce ne sont pas que les relations con­fiden­
tielles, thérapeutiques ou fondées sur la con­fiance
qui confèrent une attente raisonnable en matière de
protection de la vie privée.
[28] Unlike much of the jurisprudence under s. 8
of the Charter, the analysis of the reasonable ex­pec­
tation of privacy in this case does not concern the
right to be free from unreasonable intrusion by the
state. Rather, the question is whether it is reasonable
to expect that the state will keep information that it
has legitimately acquired private from other private
individuals.
[28] Contrairement à celle qui sous‑tend bon nom­­
bre des arrêts de jurisprudence relatifs à l’applica­
tion de l’art. 8 de la Charte, l’analyse de l’attente
raisonnable en matière de protection de la vie privée
ne vise pas en l’espèce le droit d’être protégé contre
une atteinte abusive de la part de l’État. La question
est plutôt de savoir s’il est raisonnable de s’atten­
dre à ce que celui‑ci s’abstienne de communiquer
à d’autres particuliers des renseignements qu’il a
légitimement obtenus.
[29] A reasonable expectation of privacy is not
an all or nothing concept: Mills, at para. 108. A
per­son may have a reasonable expectation that the
state will not have access to her hotel room, even if
she fully expects hotel staff to enter the premises: 
R. v. Buhay, 2003 SCC 30, [2003] 1 S.C.R. 631, at
para. 22, discussing R. v. Dinh, 2001 ABPC 48, 42
C.R. (5th) 318. Equally, a person may divulge in­
formation to an individual or an organization with
the expectation that it be used only for a specific
pur­pose:  R. v. Dyment, [1988] 2 S.C.R. 417, at
pp. 429‑30. The same principle applies to disclosure
to the police.
[29] L’existence ou l’inexistence d’une attente
rai­sonnable en matière de protection de la vie pri­
vée n’est pas absolue (Mills, par. 108). Une per­
sonne peut s’attendre raisonnablement à ce que
l’État n’entre pas dans sa chambre d’hôtel, alors
qu’elle sait bien que le personnel de l’hôtel y péné­
trera (R. c. Buhay, 2003 CSC 30, [2003] 1 R.C.S. 631,
par. 22, où la Cour examine R. c. Dinh, 2001 ABPC
48, 42 C.R. (5th) 318). De même, une personne peut
donner des renseignements à une autre personne
ou à une organisation en pensant qu’ils ne seront
utilisés qu’à une fin précise (R. c. Dyment, [1988] 2
R.C.S. 417, p. 429‑430). Il en va de même des ren­
seignements fournis aux policiers.
[30] In this case, the question is whether the sub­
jects of police occurrence reports could reasonably
expect the police to safeguard their private infor­ma­
tion, unless and until disclosure is justified. After
describing the information contained in the reports,
I will discuss the privacy interests engaged by that
information. Finally, I will address the implications
arising from the fact that the reports are in the hands
of police.
[30] Il nous faut en l’espèce décider si une per­
sonne visée par un rapport de police peut raison­
nablement s’attendre à ce que la police protège ses
renseignements personnels, sauf si cette dernière
est justifiée de les communiquer. Après la teneur
du rapport, je me penche ci‑après sur le droit à la
vie privée que mettent en jeu ces renseignements.
J’examinerai ensuite, en dernier lieu, les consé­
quen­ces de la possession du rapport par la police.
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
quesnelle
La juge Karakatsanis
405
(ii) The Information in Police Occurrence Reports
(ii) Les renseignements contenus dans le rapport
de police
[31] Police occurrence reports contain infor­ma­
tion disclosed to police by the persons con­cerned,
by third parties, or obtained by police through
search, seizure, surveillance, or information shar­
ing.
[31] Le rapport de police consigne les renseigne­
ments fournis aux policiers par la personne con­
cernée ou par un tiers, ou ceux obtenus au moyen
d’une fouille, d’une perquisition, d’une saisie, d’une
opération de surveillance ou d’un échange de ren­
seignements.
[32] This Court observed in McNeil, at para. 19:
[32] Dans McNeil, la Cour fait remarquer ce qui
suit au par. 19 :
Criminal investigative files may contain highly sensitive
material including: outlines of unproven allegations;
statements of complainants or witnesses — at times
concerning very personal matters . . . .
En effet, les dossiers d’enquête criminelle peuvent con­
tenir des renseignements de nature très délicate tels que
des exposés sur des allégations dont le bien‑fondé n’a pas
été établi, des déclarations de plaignants ou de témoins
— parfois à propos de questions très personnelles . . .
[33] Police occurrence reports may reveal fam­
ily status, health information (including statements
concerning mental health or the use of drugs and al­
cohol), and details about housing and employ­ment.
They may reveal personal conflicts or details about
relationships between individuals. See P. C. Keen,
“Gebrekirstos: Fallout from Quesnelle” (2013), 4
C.R. (7th) 56, at pp. 60‑61. Moreover, they very
often reveal the extent of an individual’s en­gage­
ment with the criminal justice system. Most sig­nif­
icantly, they can reveal previous instances where
the witness or complainant has been the vic­tim of
criminal activity, including previous sexual assaults.
[33] Un rapport de police peut révéler l’état matri­
monial d’une personne, des renseignements médi­
caux à son sujet (y compris des déclarations sur
sa santé mentale ou sa consommation de drogues
ou d’alcool), ainsi que des précisions sur son loge­
ment et son emploi. Il peut faire état de conflits
personnels ou donner des précisions sur les liens
qui unissent des particuliers. Voir P. C. Keen, « Ge­
brekirstos : Fallout from Quesnelle » (2013), 4 C.R.
(7th) 56, p. 60‑61. De plus, il dévoile bien souvent
les démêlés de l’intéressé avec le système de justice
criminelle. Mais surtout, il peut révéler l’existence
d’incidents antérieurs où le témoin ou le plaignant a
été victime d’un acte criminel, y compris une agres­
sion sexuelle.
(iii) The Price of Disclosure
[34] The disclosure of the information described
above engages complainants’ and witnesses’ “[i]nfor­
mational privacy”, “the claim of individuals, groups,
or institutions to determine for themselves when,
how, and to what extent information about them is
com­municated to others” (Tessling, at para. 23, quot­
ing A. F. Westin, Privacy and Free­dom (1970), at
p. 7). As L’Heureux‑Dubé J. observed in O’Connor,
at para. 119:
(iii) Le prix de la communication
[34] La communication de telles données met
en jeu le [traduction] « droit au respect du carac­
tère privé des renseignements personnels » des
plaignants et des témoins, soit [traduction] « le
droit revendiqué par des particuliers, des groupes
ou des institutions de déterminer eux‑mêmes le
moment, la manière et la mesure dans lesquels des
renseignements les concernant sont communi­qués »
(Tessling, par. 23, citant A. F. Westin, Privacy and
Free­dom (1970), p. 7). Comme le fait observer la
juge L’Heureux‑Dubé dans O’Connor, par. 119 :
406
r.
v.
quesnelle
Karakatsanis J.
[2014] 2 S.C.R.
Although it may appear trite to say so, I underline that
when a private document or record is revealed and the
reasonable expectation of privacy therein is thereby
displaced, the invasion is not with respect to the partic­
ular document or record in question. Rather, it is an in­
vasion of the dignity and self‑worth of the individual,
who enjoys the right to privacy as an essential aspect of
his or her liberty in a free and democratic society.
Quoiqu’il puisse paraître banal de le dire, je souligne que,
lorsqu’un document ou un dossier privé est communiqué,
écartant ainsi l’attente raisonnable relativement à son
caractère privé, l’intrusion ne se rapporte pas au docu­
ment ou au dossier particulier en question. Il s’agit plutôt
d’une atteinte à la dignité et à la valeur personnelle de
l’individu, qui jouit du droit à la protection de sa vie pri­
vée, aspect essentiel de sa liberté dans une société libre
et démocratique.
The disclosure of police occurrence reports that
contain intimate personal information — such as
details of previous allegations of sexual assault —
may do particularly serious violence to the dignity
and self‑worth of an affected person.
La communication d’un rapport contenant des ren­
seignements intimes et personnels, telles des pré­
cisions sur des allégations antérieures d’agres­sion
sexuelle, est particulièrement susceptible de por­ter
gravement atteinte à la dignité et à la valeur per­son­
nelle de l’intéressé.
[35] The Mills regime regulates disclosure in
the context of a criminal trial: information that is
disclosed will often be exposed in court. Signif­i­
cantly, even where the information is not used in
the trial, it will certainly be seen by the accused,
who will often be known to the affected person, and
whose use of the information is not subject to the
legal oversight of the Charter or privacy legislation
that applies when such information is given to law
enforcement. Consequently, disclosure may involve
a more serious violation of the complainant’s
dignity than disclosure to the state.
[35] Le régime de l’arrêt Mills encadre la com­
mu­nication dans le contexte d’un procès au pénal : 
les renseignements communiqués seront souvent
expo­sés devant le tribunal. Il importe de signaler
que même les données qui ne sont pas utilisées au
procès sont certainement portées à la connaissance
de l’accusé, qui est souvent une personne que con­
naît l’intéressé et qui, lorsqu’il utilise ces rensei­gne­
ments, n’est assujetti ni à la Charte, ni aux règles
d’une loi sur la protection de la vie privée applica­
bles à la transmission de tels renseignements aux
autorités chargées de l’application de la loi. Cette
communication peut donc porter plus gravement
atteinte à la dignité du plaignant que la communi­
cation de renseignements à l’État.
[36] There are tangible harms associated with dis­
closure of personal information in the context of
prosecutions for sexual offences, particularly when
information about the complainant is disclosed to
the person accused of sexually assaulting her. In
the preamble to the legislation enacting the Mills
re­gime, Parliament recognized “that the compelled
production of personal information may deter com­
plainants of sexual offences from reporting the of­
fence to the police”. Victims of sexual offences will
be less likely to come forward if they know that do­
ing so will entail disclosure of their past inter­ac­tions
with police to the very person who they claim has
wronged them.
[36] Certains préjudices tangibles sont associés
à la communication de renseignements personnels
dans le cadre d’une poursuite pour infraction d’ordre
sexuel, surtout lorsque les renseignements sur le
plaignant sont communiqués à la personne accu­sée
de l’avoir agressé. Dans le préambule de la loi qui
crée le régime de l’arrêt Mills, le législateur recon­
naît « que l’obligation de communiquer des ren­
seignements personnels peut avoir un effet dissuasif
sur la dénonciation d’agressions sexuelles ». Les
victimes d’agressions sexuelles qui sauront que, si
elles portent plainte, leurs démêlés antérieurs avec
la police seront communiqués à la personne accusée
de les avoir agressées seront moins susceptibles de
dénoncer leur agresseur.
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
quesnelle
La juge Karakatsanis
407
(iv) The Effect of Third Party Disclosure on Ex­
pectations of Privacy
(iv) Les conséquences de la communication de
renseignements à un tiers sur l’attente en
matière de protection de la vie privée
[37] It bears repeating that privacy is not an all
or nothing concept; rather, “[p]rivacy interests in
mod­ern society include the reasonable expectation
that private information will remain confidential to
the persons to whom and restricted to the purposes
for which it was divulged” (Mills, at para. 108).
Con­sequently, the fact that information about a
person has been disclosed to a third party does not
destroy that person’s privacy interests. Because the
contents of occurrence reports will be disclosed un­
der certain circumstances does not mean that there
is not a reasonable expectation of privacy in those
records.
[37] Il convient de rappeler que le droit à la vie
privée n’est pas un droit de nature absolue. « Dans
une société moderne, le droit à la protection de la
vie privée comporte l’attente raisonnable que les
renseignements privés ne resteront connus que des
personnes à qui ils ont été divulgués et qu’ils ne
seront utilisés que dans le but pour lequel ils ont
été divulgués » (Mills, par. 108). Par conséquent,
la communication à un tiers de renseignements sur
une personne ne supprime pas le droit au respect
de la vie privée de celle‑ci. La communication du
contenu d’un rapport de police dans certaines cir­
constances n’écarte pas l’attente raisonnable en
matière de protection de la vie privée que confère
ce document.
[38] The Court of Appeal erred in concluding
that the complainant could not have a reasonable
expec­tation of privacy because the information was
disclosed outside the context of a “trust‑like, con­
fi­dential or therapeutic relationship”. While such
re­la­tionships may give rise to heightened privacy
interests, their absence is not dispositive. Whether
a person is entitled to expect that their information
will be kept private is a contextual inquiry.
[38] La Cour d’appel a tort de conclure que la
plaignante ne pouvait avoir d’attente raisonnable
en matière de protection de la vie privée parce que
les renseignements n’ont pas été communiqués
dans le contexte d’une [traduction] « relation
con­fidentielle, thérapeutique ou fondée sur la con­
fiance ». L’existence d’une telle relation peut certes
accroître la portée du droit à la protection de la vie
pri­vée, mais son inexistence n’est pas décisive. L’ana­
lyse qui permet de déterminer si une personne est
en droit de s’attendre à ce que des rensei­gne­ments
la concernant demeurent privés est de nature con­
textuelle.
[39] Where an individual voluntarily discloses
sensitive information to police, or where police
uncover such information in the course of an inves­
tigation, it is reasonable to expect that the infor­
mation will be used for the purpose for which it
was obtained: the investigation and prosecution
of a particular crime. Similarly, it is reasonable to
ex­pect individual police officers to share lawfully
gath­ered information with other law enforcement
offi­cials, provided the use is consistent with the pur­
poses for which it was gathered.
[39] Lorsqu’un particulier communique de son
gré des renseignements délicats à la police ou que
celle‑ci les découvre au cours d’une enquête, il est
rai­sonnable qu’il s’attende à ce que les rensei­gne­
ments servent dans le but pour lequel ils ont été
obte­nus, à savoir l’enquête et la poursuite relatives
à un acte criminel. De même, il est raisonnable qu’il
s’attende à ce que les policiers partagent des ren­
seignements légalement obtenus avec d’autres
responsables de l’application de la loi, à condition
que leur utilisation soit compatible avec les fins de
leur obtention.
[40] However, when the government divulges sen­
sitive information to private individuals this may
[40] Cependant, l’État qui communique des ren­
sei­gnements délicats à un particulier peut porter
408
r.
v.
quesnelle
Karakatsanis J.
[2014] 2 S.C.R.
violate reasonable expectations of privacy. For
example, if police were to publicly broadcast a
wire­tap recording this would clearly constitute an
in­terference with privacy (see Escher v. Brazil,
Inter‑American Court of Human Rights, judgment
of July 6, 2009, series C, No. 200, at paras. 157‑58)
as well as a violation of s. 193(1) of the Criminal
Code. To indiscriminately publicize the contents of
police occurrence reports would result in similar
interference.
atteinte à l’attente raisonnable en matière de pro­
tec­tion de la vie privée. Par exemple, il y aurait
mani­festement atteinte à la vie privée si la police
dif­
fu­
sait publiquement l’enregistrement d’une
conversation par suite d’écoute électronique (voir
Escher c. Brazil, Cour interaméricaine des Droits
de l’Homme, jugement du 6 juillet 2009, série
C, no 200, par. 157‑158), ainsi que violation du
par. 193(1) du Code criminel. Publier indistinc­
tement les don­nées contenues dans un rapport de
police entraîne­rait une atteinte semblable.
[41] That is not to say that all disclosures of
per­sonal information by the police unreasonably
intrude upon privacy. Where private information
becomes part of a criminal case, the disclosure of
that information to the court, the accused, and to the
public is reasonable and unavoidable. For example,
police occurrence reports made in the course of
the investigation of the offence being prosecuted
must be disclosed under Stinchcombe.
[41] Néanmoins, la police ne porte pas déraison­
na­blement atteinte au droit à la vie privée chaque
fois qu’elle communique des renseignements per­
son­nels. La communication au tribunal, à l’accusé et
au public des renseignements personnels qui sont ver­
sés au dossier d’une instance criminelle est à la fois
raisonnable et inévitable. Par exemple, le rap­port de
police dressé lors de l’enquête sur l’infrac­tion qui
fait l’objet de la procédure doit être com­muniqué
suivant les règles de l’arrêt Stinch­combe.
[42] But what of police occurrence reports that
were made in connection with separate incidents,
rather than as part of the investigation into the of­
fence being prosecuted? There will certainly be
times when the disclosure of such records is nec­
essary to ensure a fair trial. Consequently, the Mills
regime gives trial judges the power to disclose re­
cords under such circumstances. The judge must
balance the privacy of complainants and witnesses
against ensuring the disclosure necessary to make
full answer and defence. However, the fact that a
record might be disclosed under appropriate cir­
cumstances does not nullify the expectation of
privacy in that record in general.
[42] Mais qu’en est‑il du rapport de police dressé
relativement à un incident distinct, et non dans le
cadre de l’enquête sur l’infraction qui fait l’objet
de la procédure? Il peut certainement arriver que
sa communication soit nécessaire à l’équité du pro­
cès. Dans ce cas, le régime de l’arrêt Mills confère
donc au juge du procès le pouvoir de le communi­
quer. Le juge doit alors mettre en balance le droit du
plaignant ou du témoin à sa vie privée avec la néces­
sité de la communication pour la défense pleine et
entière de l’accusé. Le fait qu’un dossier puisse
être communiqué lorsque les circonstances le jus­
ti­fient ne fait toutefois pas disparaître l’attente en
matière de protection de la vie privée qui s’y rat­
tache généralement.
[43] People provide information to police in or­
der to protect themselves and others. They are en­
titled to do so with confidence that the police will
only disclose it for good reason. The fact that the
information is in the hands of the police should not
nullify their interest in keeping that information
private from other individuals.
[43] Les gens fournissent des renseignements à la
police dans le but d’assurer leur propre protection
et celle d’autrui. Ils sont en droit de s’attendre à ce
que la police ne les communique que pour un motif
valable. La possession des renseignements par la
police ne saurait écarter le droit à ce que leur con­
fidentialité soit assurée.
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
quesnelle
La juge Karakatsanis
409
(c) Conclusion on Reasonable Expectation of
Privacy
c) Conclusion sur l’attente raisonnable en matière
de protection de la vie privée
[44] Fundamentally, the privacy analysis turns on
a normative question of whether we, as a society,
should expect that police occurrence reports will be
kept private. Given the sensitive nature of the infor­
mation frequently contained in such reports, and the
impact that their disclosure can have on the privacy
interests of complainants and witnesses, it seems to
me that there will generally be a reasonable expec­
tation of privacy in police occurrence reports.
[44] Fondamentalement, l’analyse relative à la
pro­tection de la vie privée se ramène à une ques­tion
normative : devons‑nous, en tant que société, nous
atten­dre à ce qu’un rapport de police demeure con­
fidentiel? Vu la nature délicate des renseignements
souvent contenus dans ce document et les consé­­
quences que peut avoir leur communication sur le
droit du plaignant ou du témoin à la vie privée, le rap­
port me paraît conférer généralement une attente rai­
sonnable en matière de protection de la vie pri­vée.
(d) Personal Information Protected by Legisla­
tion
d) Renseignements personnels protégés par la
loi
[45] The appellant Crown submits that police oc­
currence reports are “records containing personal
information the production or disclosure of which
is protected by any other Act of Parliament or a pro­
vincial legislature” and are therefore “records” for
purposes of s. 278.1. The trial judge held that police
occurrence reports “contain personal information
protected by provincial legislation” (2009 CanLII
73645, at para. 18). Given my conclusion that such
re­ports contain information in which there is a rea­
sonable expectation of privacy, it is unnecessary to
decide whether they are protected by the Municipal
Freedom of Information and Protection of Privacy
Act, R.S.O. 1990, c. M.56.
[45] Le ministère public appelant prétend qu’un
rapport de police constitue un « document conte­nant
des renseignements personnels et protégés par une
autre loi fédérale ou une loi provinciale » et qu’il
s’agit donc d’un « dossier » au sens de l’art. 278.1. La
juge du procès conclut que le rapport [traduction]
« renferme des renseignements per­sonnels proté­
gés par une loi provinciale » (2009 CanLII 73645,
par. 18). Vu ma conclusion selon laquelle ce docu­
ment renferme des renseigne­ments pour les­quels il
existe une attente raisonnable en matière de pro­
tec­tion de la vie privée, il est inutile de décider s’il
bénéficie de la protection de la Loi sur l’accès à
l’information municipale et la protec­tion de la vie
privée, L.R.O. 1990, ch. M.56.
(2) The Exemption for Investigatory and Pros­
ecutorial Records
(2) L’exception prévue pour les dossiers d’en­
quête et de poursuite
[46] Even records that give rise to a reasonable
expectation of privacy are not covered by the Mills
regime if they fall into the exemption contained in
s. 278.1:
[46] Même le dossier qui justifie une attente rai­
sonnable en matière de protection de la vie privée
n’est pas assujetti au régime de l’arrêt Mills s’il est
visé par l’exception prévue à l’art. 278.1 :
278.1 . . . “record” . . . does not include records
made by persons responsible for the investigation or
prosecution of the offence.
278.1 . . . N’est pas visé par la présente définition
le dossier qui est produit par un responsable de l’enquête
ou de la poursuite relativement à l’infraction qui fait
l’objet de la procédure
278.1 . . . N’est pas visé par la présente définition le
dossier qui est produit par un responsable de l’enquête ou
de la poursuite relativement à l’infraction qui fait l’objet
de la procédure.
278.1 . . . “record” . . . does not include records
made by persons responsible for the investigation or
prosecution of the offence.
410
r.
v.
quesnelle
Karakatsanis J.
[2014] 2 S.C.R.
[47] The trial judge held that the exemption
applies only to records made in relation to the of­
fence in question, and not to police occurrence re­
ports made in the course of unrelated investigations.
Other courts have generally reached the same con­
clusion: see, e.g., R. v. Fiddler, 2012 ONSC 2539,
258 C.R.R. (2d) 193, at paras. 36‑38; R. v. McAdam
(2008), 172 C.R.R. (2d) 27 (Ont. S.C.J.).
[47] La juge du procès conclut que l’exception
s’applique seulement aux dossiers établis relati­
vement à l’infraction en cause, et non aux rapports
rédigés dans le cadre d’autres enquêtes. D’autres
tribunaux arrivent généralement à la même con­
clusion (voir p. ex. R. c. Fiddler, 2012 ONSC 2539,
258 C.R.R. (2d) 193, par. 36‑38; R. c. McAdam
(2008), 172 C.R.R. (2d) 27 (C.S.J. Ont.)).
[48] The Court of Appeal, however, held that the
exemption applies to all records made by the re­
sponsible police force, whether or not they were
made in relation to the offence at issue. The Court
of Appeal relied on the plain wording of the English
version of the provision, the view that such records
are unlikely to engage privacy interests, and this
Court’s description of the exemption, in Mills, as
“excluding investigatory or prosecutorial records”
(para. 39, citing Mills, at para. 50).
[48] La Cour d’appel conclut toutefois que
l’excep­tion vaut pour tous les dossiers produits par
le service de police responsable, qu’ils se rappor­
tent ou non à l’infraction en cause. Elle invoque à
l’appui le libellé clair de la version anglaise de la
dis­position, l’improbabilité que ces dossiers met­
tent en jeu un droit à la vie privée et la définition
de l’exception qu’elle reprend de l’arrêt Mills —
« à l’exclusion des dossiers d’enquête et ceux de la
pour­suite » (par. 39, citant Mills, par. 50).
[49] With respect, I do not agree with the Court of
Appeal’s interpretation of the exception. In light of
the text of the provision in both languages, as well
as its purpose, context, and the consequences of the
Court of Appeal’s interpretation, I conclude that the
trial judge correctly interpreted the exemption to
exclude only those records made in relation to the
offence at issue.
[49] En toute déférence, je ne suis pas d’accord
avec cette interprétation de l’exception. Au vu du
libellé de la disposition dans les deux langues,
ainsi que de son objet, de son contexte et des con­
séquences de l’interprétation de la Cour d’appel,
j’estime que la juge du procès conclut à juste titre
que l’exception exclut seulement les dossiers pro­
duits relativement à l’infraction considérée.
(a) The Text of the Provision
a) Le libellé de la disposition
[50] The trial judge reasoned that “[t]he words
‘records made by persons responsible for the in­
vestigation or prosecution of the offence’ must be
limited by ‘the’ offence”, encompassing only re­
cords made in relation to the offence at issue (2009
CanLII 73645, at para. 20). The Court of Ap­peal,
on the other hand, emphasized that the exemp­tion
refers only to the creators of the records — the
police and prosecution services — not to the pur­
pose for which they are made. In my view the
English text, read in isolation, could bear both
meanings.
[50] La juge du procès explique que [traduction]
« [l]a portée de l’énoncé “records made by persons
responsible for the investigation or prosecution of
the offence” est restreinte par l’emploi des mots
“the” offence », de sorte que seuls sont visés les
dossiers produits relativement à l’infraction en
cause (2009 CanLII 73645, par. 20). En revanche,
la Cour d’appel souligne que l’application de
l’excep­tion à un dossier dépend de la personne qui
le produit — la police et le service des poursuites
—, et non de la raison pour laquelle il est produit. À
mon avis, considérée isolément, la version anglaise
peut s’entendre des deux.
[51] However, the French “le dossier qui est
pro­duit par un responsable de l’enquête ou de la
poursuite relativement à l’infraction qui fait l’objet
[51] Or, le libellé français — « le dossier qui est
produit par un responsable de l’enquête ou de la
poursuite relativement à l’infraction qui fait l’objet
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
quesnelle
La juge Karakatsanis
411
de la procédure” can only mean that the exemption
applies to records made by police or prosecutors in
relation to the offences at issue.
de la procédure » — ne peut faire bénéficier de
l’exception que le dossier produit par la police ou
par le poursuivant relativement à l’infraction en
cause.
[52] The Court of Appeal did not address the
French version of the provision, because the
Crown’s position in that court was that the French
text was amenable to both interpretations. Before
this Court, the Crown resiled from that position.
Be­cause the word “relativement” is an adverb, the
expression “relativement à l’infraction qui fait
l’objet de la procédure” must modify the expression
“qui est produit”. The word “relativement” cannot
modify the nouns “enquête” or “poursuite”. If the
last clause of the exemption were intended to ap­
ply to “enquête” and “poursuite”, the gram­mat­
ically correct phrase would be “de l’enquête ou de
la poursuite relative à l’infraction qui fait l’objet de
la procédure”.
[52] La Cour d’appel ne s’est pas penchée sur
la version française de la disposition parce que le
ministère public a soutenu devant elle que la ver­
sion française se prêtait aux deux interprétations.
Le ministère public rompt aujourd’hui avec cette
position. Étant donné la nature adverbiale du mot
« relativement », l’énoncé « relativement à l’infrac­
tion qui fait l’objet de la procédure » se rattache
néces­sairement au groupe « qui est produit ».
L’adverbe « relativement » ne peut se rapporter aux
substantifs « enquête » ou « poursuite ». Si la der­
nière partie du texte établissant l’exception devait
s’appliquer à l’« enquête » et à la « poursuite », la
for­mulation correcte du point de vue grammati­
cal serait « de l’enquête ou de la poursuite relative
à l’infraction qui fait l’objet de la procédure ».
[53] Section 133 of the Constitution Act, 1867
establishes that Parliament enacts legislation in
both French and English. This “means that both lan­
guage versions of a bilingual statute or regu­la­tion
are official, original and authoritative expres­sions of
the law” (R. Sullivan, Sullivan on the Construction
of Statutes (5th ed. 2008), at p. 95). It is a rule of
stat­utory interpretation that where the version in one
language can bear two meanings, only one of which
is consistent with the version in the other language,
the shared meaning governs: R. v. Daoust, 2004
SCC 6, [2004] 1 S.C.R. 217, at para. 28.
[53] Selon l’article 133 de la Loi constitutionnelle
de 1867, le législateur adopte les lois en français
et en anglais, de sorte que [traduction] « les ver­
sions dans l’une et l’autre langues d’une loi ou d’un
règlement bilingue sont officielles et originales et
font foi du droit applicable » (R. Sullivan, Sullivan
on the Construction of Statutes (5e éd. 2008), p. 95).
Une règle d’interprétation législative veut que lors­
que l’une des deux versions peut avoir deux sens
dont un seul correspond à celui de l’autre version,
il convient de retenir le sens commun (R. c. Daoust,
2004 CSC 6, [2004] 1 R.C.S. 217, par. 28).
(b) The Purpose of the Exemption in Section 278.1
b) L’objet de l’exception prévue à l’article 278.1
[54] The Mills regime serves two goals: first, the
regime protects the privacy of complainants and
witnesses, and second, it preserves the fair trial
rights of the accused.
[54] Le régime de l’arrêt Mills a deux objec­tifs : 
d’abord, protéger la vie privée du plaignant ou du
témoin et, ensuite, garantir le droit de l’accusé à un
procès équitable.
[55] The definition of “record” in s. 278.1 serves
a gatekeeping function within the regime. The
reasonable expectation of privacy test sweeps in
records that merit the protection afforded by the
Mills regime. The exemption further contributes
to the gatekeeping role of the section by bypassing
[55] La définition du mot « dossier » à l’art. 278.1
balise l’application du régime. Le critère de l’attente
raisonnable en matière de protection de la vie pri­
vée assimile à un dossier tout document qui justifie
la protection offerte par le régime de l’arrêt Mills.
L’exception ajoute à ce balisage en passant outre
412
r.
v.
quesnelle
Karakatsanis J.
[2014] 2 S.C.R.
the balancing process for records that Parliament
recognized should always be produced.
à la mise en balance applicable aux dossiers dont
le législateur reconnaît qu’ils doivent toujours être
communiqués.
[56] Records created in the investigation of the
offence are presumptively relevant to an issue at
trial and it is in the interests of justice for the case
against the accused to be disclosed to the defence.
There is no need to consider such records under the
second step of Mills because they will always be
produced anyway — the exemption is eminently
log­ical. However, for records unrelated to the
offence at issue, the balancing exercise will often
have important work to do. The rationale for the
exemption does not apply, and to bypass the bal­
ancing process on the grounds that the document
was made by the same police force that investigated
the claim would not accord with the goals of the
scheme.
[56] On présume que le dossier constitué dans le
cadre de l’enquête sur l’infraction se rapporte à
une question en litige au procès et qu’il est dans
l’intérêt de la justice que la preuve dont dispose la
pour­suite contre l’accusé soit communiquée à la
défense. Il n’y a pas lieu d’examiner ce dossier à la
deuxième étape de la démarche établie par l’arrêt
Mills puisqu’il doit être communiqué de toute
façon; l’application de l’exception est éminem­ment
logique. Cependant, en ce qui concerne les dos­siers
qui sont sans lien avec l’infraction en cause, la mise
en balance sera souvent déterminante. La rai­son
d’être de l’exception ne vaut pas, et il serait con­
traire aux objectifs du régime de contourner cette
pon­dération pour le seul motif que le document a
été produit par le même service de police que celui
qui a enquêté sur la plainte.
(c) Incongruous Consequences of a Broad Ex­
emption
c) Conséquences absurdes d’une interpréta­
tion large de l’exception
[57] If the s. 278.1 exemption excluded all doc­
uments made by the police force and prosecution
agency — even those unrelated to the offence — the
consequences would be illogical. This would mean
that unrelated police occurrence reports would be
treated differently depending on whether they were
made by members of the investigating police force
or members of a different police force. If Parlia­ment
wanted to exempt unrelated police and prosecu­tion
documents from the Mills regime, it is hard to see
why it would have excluded only those documents
made by some police departments and not others.
[57] Si l’exception prévue à l’art. 278.1 soustrayait
à l’application du régime Mills tous les documents
produits par la police et le service des poursuites
— même ceux qui ne sont pas liés à l’infraction
—, il en résulterait des conséquences illogiques. En
effet, les rapports de police sans lien avec l’affaire
seraient considérés différemment selon qu’ils ont
été produits par le service de police responsable de
l’enquête ou par un autre service de police. Si le
légis­lateur a voulu soustraire à l’application du
régime de l’arrêt Mills les dossiers de police et de
pour­suite sans lien avec l’affaire, on comprend mal
qu’il ait seulement exclu les documents produits par
certains services de police et pas ceux produits par
d’autres.
[58] This would mean that an accused whose case
was investigated by a large police force would be
more likely to get easy access to occurrence reports
than if the case was investigated by a small force. For
example, where the RCMP is involved in an in­ves­
tigation, the Court of Appeal’s interpretation of the
[58] Ainsi, un accusé aurait plus facilement
accès à un rapport de police lorsque l’enquête a
été menée par un service de police aux attributions
impor­tantes plutôt que par un service de police aux
attri­butions plus modestes. Par exemple, lors­que
la GRC participe à une enquête, le rapport qu’elle
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
quesnelle
La juge Karakatsanis
413
exemption would waive the Mills regime for RCMP
occurrence reports from across the country.
rédige où que ce soit au pays échapperait au régime
de l’arrêt Mills, selon l’interprétation de l’exception
par la Cour d’appel.
(d) Application of the Exemption to Other Third
Party Documents in the Investigative File
d) Application de l’exception aux autres docu­
ments de tiers versés au dossier d’enquête
[59] I would reject the submission of the inter­
vener the Attorney General of Alberta that all doc­
uments in the investigative file — all of the fruits of
the investigation — are covered by the exemption.
This point was not addressed in the courts below,
and was raised only at oral argument.
[59] Je rejette la thèse du procureur général de
l’Alberta voulant que tous les documents versés au
dossier d’enquête — la totalité des fruits de l’enquête
— soient visés par l’exception. Ce point n’a pas été
abordé devant les tribunaux inférieurs, et il n’a été
soulevé qu’en plaidoirie devant notre Cour.
[60] The English and French versions of the pro­
vision, considered in isolation, provide some sup­
port for the intervener’s position. The terms “record”
and “dossier” can refer to individual documents or
to collections of documents such as case files. Con­
sequently, on a purely textual basis, one might think
that the exemption covers the investigative “record”
in its entirety, as opposed to only individual “re­
cords”.
[60] Interprétées isolément, les versions fran­
çaise et anglaise de la disposition appuient dans
une cer­taine mesure la thèse de l’intervenant. Les
mots « dossier » et « record » peuvent renvoyer à
un document individuel ou à un ensemble de docu­
ments, comme le dossier de l’enquêteur. Par con­sé­
quent, selon une interprétation purement textuelle,
on pourrait penser que l’exception s’applique au
« dos­sier » d’enquête dans sa totalité, et non aux
« documents » individuels.
[61] However, the scheme and purpose of the
regime run counter to such an interpretation. Sec­
tion 278.2(2) of the Criminal Code provides that the
Mills regime applies to records “in the possession
or control of any person, including the prosecutor
in the proceedings”. Hence the Mills regime oper­
ates in part as an exception to the Crown’s obliga­
tion to produce the fruits of the investigation.1 If
the exemption captured all documents in the inves­
tigative file — all the fruits of the investigation —
the Mills regime would not perform this function or
protect privacy interests the regime was meant to
serve. The fact that documents in the investigative
file may generally be presumed to be relevant does
not mean that the privacy value of those documents
will always be outweighed. For example, where
po­lice obtain a highly sensitive therapeutic record
with­out waiver, to exclude the record from the
[61] L’économie du régime et son objet vont toute­
fois à l’encontre d’une telle interprétation. Le para­
graphe 278.2(2) du Code criminel dispose que le
régime de l’arrêt Mills s’applique aux dossiers
qui sont « en la possession ou sous le contrôle du
poursui­vant ». Ainsi, le régime s’applique en partie
de manière à soustraire le ministère public à son
obli­ga­tion de produire les fruits de l’enquête1. Si
l’excep­tion visait tous les documents que contient le
dossier d’enquête, soit tous les fruits de l’enquête,
le régime de l’arrêt Mills n’aurait pas cet effet et il
ne protégerait pas le droit à la vie privée comme
il est censé le faire. Même si les documents versés
au dossier d’enquête peuvent généralement être
tenus pour pertinents, leur valeur sur le plan de
la protection de la vie privée ne sera pas toujours
sup­plantée. Par exemple, lorsque la police obtient
un dossier thérapeutique de nature très délicate en
1 The legislative history of the Mills regime further confirms that it
was intended to apply to third party records in the hands of the
police or the Crown: see, e.g., House of Commons Debates,
vol. 134, No. 122, 2nd Sess., 35th Parl., February 4, 1997, at
p. 7664 (Gordon Kirkby); House of Commons Debates, vol. 134,
No. 150, 2nd Sess., 35th Parl., April 7, 1997, at pp. 9361‑62
(Shaughnessy Cohen).
1 L’historique législatif du régime de l’arrêt Mills confirme en outre
l’intention du législateur qu’il s’applique au dossier d’un tiers se
trouvant en la possession de la police ou du ministère public (voir
p. ex. Débats de la Chambre des communes, vol. 134, no 122,
2e sess., 35e lég., 4 février 1997, p. 7664 (Gordon Kirkby); Débats
de la Chambre des communes, vol. 134, no 150, 2e sess., 35e lég.,
7 avril 1997, p. 9361-9362 (Shaughnessy Cohen)).
414
r.
v.
quesnelle
Karakatsanis J.
scrutiny of the Mills regime simply because it is
in­cluded in the investigative file would undermine
the purposes of the regime. I would therefore reject
the suggestion that the exemption excludes all
documents made by third parties simply because
they are placed in the investigative or prosecution
file.
(e) The Effect on Trial Fairness
[2014] 2 S.C.R.
l’absence d’une renonciation, soustraire le dossier à
l’application du régime de l’arrêt Mills simplement
parce qu’il fait partie du dossier d’enquête irait à
l’encontre des objectifs du régime. Je suis donc
d’avis de rejeter la thèse selon laquelle l’exception
soustrait à l’application du régime tous les docu­
ments produits par des tiers pour le seul motif qu’ils
sont versés au dossier d’enquête ou au dossier de
poursuite.
e) L’effet sur l’équité du procès
[62] The respondent and the intervener the Crim­
inal Lawyers’ Association of Ontario raise concerns
about the effect of an expansive interpretation of
“records” in s. 278.1 on trial fairness. A broad inter­
pretation of “records” means that the Mills regime
applies to a larger number of documents. While this
furthers Parliament’s objective of protecting the
pri­vacy of complainants and witnesses, it may also
impose procedural burdens on defendants and cre­
ate the risk that some helpful documents would not
be available to the defence. However, largely for the
reasons set out in Mills, I do not think these con­
cerns require a narrower reading of s. 278.1.
[62] L’intimé et l’intervenante Criminal Lawyers’
Association of Ontario disent craindre l’effet sur
l’équité du procès d’une interprétation large du mot
« dossier » employé à l’art. 278.1. Pareille inter­
pré­tation large de ce mot emporte l’application du
régime de l’arrêt Mills à un nombre accru de docu­
ments. Même si elle va dans le sens de la réali­sa­tion
de l’objectif du législateur — protéger la vie privée
du plaignant ou du témoin —, elle peut aussi accroî­
tre les obligations du défendeur sur le plan procé­
du­ral et présenter le risque que certains documents
utiles soient mis hors de portée de la défense. Cepen­
dant, en grande partie pour les motifs exposés dans
l’arrêt Mills, je ne pense pas que ces craintes com­
mandent une interprétation stricte de l’art. 278.1.
[63] Documents protected by the Mills regime
are not inaccessible to the defence. Defendants can
access records when the privacy infringement is
pro­portionate, given the relevance of the record to
the defence. Where the Crown plans to use in­for­
mation from police occurrence reports as part of
its case against an accused, disclosure of that in­
for­mation will always be in the interests of justice.
In Mills, this Court held that the process for ac­
cessing documents was adequate to preserve the
constitutionality of the regime.
[63] Les documents protégés par le régime de
l’arrêt Mills ne sont pas rendus inaccessibles à la
défense. Le défendeur peut obtenir accès au dos­sier
lorsque l’atteinte à la vie privée est proportionnée
compte tenu de l’importance du dossier pour la
défense. Dans le cas où le ministère public entend
utiliser contre l’accusé les renseignements contenus
dans un rapport de police, la communication de
ces renseignements sert toujours les intérêts de la
justice. Dans Mills, notre Cour conclut que la démar­
che à accomplir pour obtenir la commu­nica­tion d’un
dossier est garante de la constitution­nalité du régime.
[64] The principles of fundamental justice and
trial fairness do not guarantee defence counsel
the right to precisely the same privileges and pro­
ce­dures as the Crown and the police (Mills, at
para. 111). Nor is the right to a full answer and
de­fence a right to pursue every conceivable tactic
to be used in defending oneself against criminal
[64] Les principes de justice fondamentale et
l’équité du procès n’exigent pas que l’avocat de
la défense bénéficie exactement des mêmes pri­
vilèges et de la même procédure que le ministère
public et la police (Mills, par. 111). Le droit à une
défense pleine et entière ne confère pas non plus
à la personne accusée d’un acte criminel le droit
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
quesnelle
La juge Karakatsanis
415
prosecution. The right to a full answer and defence
is not without limit.
de recourir à toutes les tactiques possibles pour se
défendre. Le droit à une défense pleine et entière
connaît certaines limites.
[65] Because the Crown is an officer of the court,
with undivided loyalty to the administration of jus­
tice, the Crown is not in an adversarial role in re­
lation to its disclosure obligations. The infor­mation
obtained through investigation is “not the property
of the Crown for use in securing a conviction but
the property of the public to be used to ensure
that justice is done” (Stinchcombe, at p. 333). The
Crown has an obligation under s. 278.2(3) of the
Crim­inal Code, to notify the accused of records in
its possession covered by the Mills regime. More­
over, as discussed above, both police and Crown
have common law duties aimed at ensuring proper
disclosure, which apply notwithstanding the appli­
cation of the Mills regime.
[65] L’avocat du ministère public est un officier
de justice entièrement dévoué à la bonne adminis­
tra­tion de la justice. Il n’a aucun intérêt particu­
lier à défendre et doit se soumettre aux obligations
de communication. Les renseignements issus de
l’enquête « n’appartiennent pas au ministère pu­blic
pour qu’il s’en serve afin d’obtenir une déclara­
tion de culpabilité, mais sont plutôt la propriété du
public qui doit être utilisée de manière à s’assurer
que justice soit rendue » (Stinchcombe, p. 333). Le
paragraphe 278.2(3) du Code criminel fait obli­
gation au ministère public d’informer l’accusé des
dossiers relevant du régime de l’arrêt Mills qu’il a
en sa possession. En outre, je le rappelle, la common
law impose à la police et au ministère public des
obli­gations dont la raison d’être est d’assurer une
com­munication suffisante et qui s’appliquent indé­
pendamment du régime de l’arrêt Mills.
(f) Conclusion on the Exemption
f)
Conclusion sur l’exception
[66] For these reasons, I conclude that s. 278.1
exempts records made in relation to the offence
being prosecuted, not other records made by the
same police or prosecution agencies.
[66] Pour ces motifs, je conclus que l’art. 278.1
fait bénéficier d’une exception les dossiers produits
relativement à l’infraction faisant l’objet de la procé­
dure, et non les autres dossiers produits par le même
service de police ou par le même service des pour­
suites.
V. Disposition
V. Dispositif
[67] It follows from this analysis that the police
occurrence reports mentioned in the CBC radio doc­
umentary were subject to the Mills regime for dis­
closure, not Stinchcombe. The trial judge was right
to require a Mills application before disclos­ing them
to the defence, and the Court of Appeal was wrong
to interfere. The trial judge’s applica­tion of the Mills
regime was not challenged before us. Accordingly,
I would allow the appeal, set aside the order for a
new trial, and restore the conviction, remitting the
sentence appeal to the Court of Appeal.
[67] Il découle de l’analyse qui précède que les
rapports de police mentionnés dans le documen­
taire diffusé à la radio par la CBC relevaient des
règles de l’arrêt Mills, et non des règles de l’arrêt
Stinch­combe. La juge du procès a eu raison de
statuer qu’il fallait présenter une demande sur le
fondement du régime de l’arrêt Mills pour que les
rapports puissent être communiqués à la défense, et
la Cour d’appel a eu tort de modifier sa décision.
L’application du régime de l’arrêt Mills par la juge
du procès n’est pas contestée devant notre Cour. Par
conséquent, je suis d’avis d’accueillir le pourvoi,
d’annuler l’ordonnance à l’effet de tenir un nouveau
procès, de rétablir la déclaration de culpabilité et de
renvoyer l’appel de la peine à la Cour d’appel.
416
r.
v.
quesnelle
[2014] 2 S.C.R.
Karakatsanis J.
[68] I would grant the motion to strike para. 10
of the respondent’s factum, but dismiss the motion
to strike para. 11. I would also grant the motion to
strike the appellant’s reply factum.
[68] Je suis d’avis d’accueillir la requête visant la
radiation du par. 10 du mémoire de l’intimé, mais
de rejeter la requête visant la radiation du par. 11. Je
suis également d’avis d’accueillir la requête visant
la radiation du mémoire en réplique de l’appelante.
APPENDIX
ANNEXE
Criminal Code, R.S.C. 1985, c. C‑46
Code criminel, L.R.C. 1985, ch. C‑46
278.1 For the purposes of sections 278.2 to 278.9,
“record” means any form of record that contains per­sonal
information for which there is a reasonable expectation
of privacy and includes, without limiting the generality of
the foregoing, medical, psychiatric, therapeutic, coun­sel­
ling, education, employment, child welfare, adoption and
social services records, personal journals and diaries, and
records containing personal information the production
or disclosure of which is protected by any other Act of
Parliament or a provincial legislature, but does not in­
clude records made by persons responsible for the inves­
tigation or prosecution of the offence.
278.1 Pour l’application des articles 278.2 à 278.9,
« dossier » s’entend de toute forme de document conte­
nant des renseignements personnels pour lesquels il
existe une attente raisonnable en matière de protection
de la vie privée, notamment : le dossier médical, psychia­
trique ou thérapeutique, le dossier tenu par les services
d’aide à l’enfance, les services sociaux ou les services
de consultation, le dossier relatif aux antécédents profes­
sionnels et à l’adoption, le journal intime et le document
contenant des renseignements personnels et protégés par
une autre loi fédérale ou une loi provinciale. N’est pas
visé par la présente définition le dossier qui est produit
par un responsable de l’enquête ou de la poursuite rela­
tivement à l’infraction qui fait l’objet de la procédure.
278.2 (1)  No record relating to a complainant or
a witness shall be produced to an accused in any pro­
ceedings in respect of
278.2 (1)  Dans les poursuites pour une infraction
mentionnée ci‑après, ou pour plusieurs infractions dont
l’une est une infraction mentionnée ci‑après, un dossier
se rapportant à un plaignant ou à un témoin ne peut être
communiqué à l’accusé que conformément aux arti­
cles 278.3 à 278.91 :
(a)  an offence under section 151, 152, 153, 153.1,
155, 159, 160, 170, 171, 172, 173, 210, 211, 212, 213,
271, 272 or 273,
a)  une infraction prévue aux articles 151, 152, 153,
153.1, 155, 159, 160, 170, 171, 172, 173, 210, 211,
212, 213, 271, 272 ou 273;
(b)  an offence under section 144, 145, 149, 156, 245
or 246 of the Criminal Code, chapter C‑34 of the
Revised Statutes of Canada, 1970, as it read imme­
diately before January 4, 1983, or
b)  une infraction prévue aux articles 144, 145, 149,
156, 245 ou 246 du Code criminel, chapitre C‑34 des
Sta­tuts revisés du Canada de 1970, dans sa version
antérieure au 4 janvier 1983;
(c)  an offence under section 146, 151, 153, 155, 157,
166 or 167 of the Criminal Code, chapter C‑34 of the
Revised Statutes of Canada, 1970, as it read immedi­
ately before January 1, 1988,
c)  une infraction prévue aux articles 146, 151, 153,
155, 157, 166 ou 167 du Code criminel, chapitre C‑34
des Statuts revisés du Canada de 1970, dans sa version
anté­rieure au 1er janvier 1988.
or in any proceedings in respect of two or more of­fences
that include an offence referred to in any of para­graphs (a)
to (c), except in accordance with sections 278.3 to 278.91.
(2)  Section 278.1, this section and sections 278.3
to 278.91 apply where a record is in the possession or
(2)  L’article 278.1, le présent article et les arti­
cles 278.3 à 278.91 s’appliquent même si le dossier est
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
quesnelle
417
control of any person, including the prosecutor in the
proceedings, unless, in the case of a record in the pos­
session or control of the prosecutor, the complainant or
witness to whom the record relates has expressly waived
the application of those sections.
en la possession ou sous le contrôle du poursuivant, sauf
si le plaignant ou le témoin auquel il se rapporte a expres­
sément renoncé à l’application de ces articles.
(3)  In the case of a record in respect of which this
sec­tion applies that is in the possession or control of the
prosecutor, the prosecutor shall notify the accused that
the record is in the prosecutor’s possession but, in doing
so, the prosecutor shall not disclose the record’s contents.
(3)  Le poursuivant qui a en sa possession ou sous
son contrôle un dossier auquel s’applique le présent arti­
cle doit en informer l’accusé mais il ne peut, ce faisant,
communiquer le contenu du dossier.
278.3 (1)  An accused who seeks production of a
record referred to in subsection 278.2(1) must make an
application to the judge before whom the accused is to
be, or is being, tried.
278.3 (1)  L’accusé qui veut obtenir la communication
d’un dossier doit en faire la demande au juge qui préside
ou présidera son procès.
(2)  For greater certainty, an application under sub­
section (1) may not be made to a judge or justice presid­
ing at any other proceedings, including a preliminary
inquiry.
(2)  Il demeure entendu que la demande visée au para­
graphe (1) ne peut être faite au juge ou juge de paix qui
préside une autre procédure, y compris une enquête pré­
liminaire.
(3)  An application must be made in writing and set
out
(3)  La demande de communication est formulée par
écrit et donne :
(a)  particulars identifying the record that the accused
seeks to have produced and the name of the person
who has possession or control of the record; and
a)  les précisions utiles pour reconnaître le dossier en
cause et le nom de la personne qui l’a en sa possession
ou sous son contrôle;
(b)  the grounds on which the accused relies to es­
tablish that the record is likely relevant to an issue at
trial or to the competence of a witness to testify.
b)  les motifs qu’invoque l’accusé pour démontrer que
le dossier est vraisemblablement pertinent quant à un
point en litige ou à l’habileté d’un témoin à témoigner.
(4)  Any one or more of the following assertions by
the accused are not sufficient on their own to establish
that the record is likely relevant to an issue at trial or to
the competence of a witness to testify:
(4)  Les affirmations ci‑après, individuellement ou
col­lectivement, ne suffisent pas en soi à démontrer que le
dos­sier est vraisemblablement pertinent quant à un point
en litige ou à l’habileté d’un témoin à témoigner :
(a)  that the record exists;
a)  le dossier existe;
(b)  that the record relates to medical or psychiatric
treatment, therapy or counselling that the complainant
or witness has received or is receiving;
b)  le dossier se rapporte à un traitement médical ou
psychiatrique ou une thérapie suivis par le plaignant
ou le témoin ou à des services de consultation aux­
quels il a recours ou a eu recours;
(c)  that the record relates to the incident that is the
subject‑matter of the proceedings;
c)  le dossier porte sur l’événement qui fait l’objet du
litige;
(d)  that the record may disclose a prior inconsistent
statement of the complainant or witness;
d)  le dossier est susceptible de contenir une déclara­
tion antérieure incompatible faite par le plaignant ou
le témoin;
(e)  that the record may relate to the credibility of the
complainant or witness;
e)  le dossier pourrait se rapporter à la crédibilité du
plaignant ou du témoin;
418
r.
v.
quesnelle
[2014] 2 S.C.R.
(f)  that the record may relate to the reliability of the
testimony of the complainant or witness merely be­
cause the complainant or witness has received or is
receiving psychiatric treatment, therapy or coun­
selling;
f)  le dossier pourrait se rapporter à la véracité du
témoignage du plaignant ou du témoin étant donné
que celui‑ci suit ou a suivi un traitement psychiatrique
ou une thérapie, ou a recours ou a eu recours à des ser­
vices de consultation;
(g)  that the record may reveal allegations of sexual
abuse of the complainant by a person other than the
accused;
g)  le dossier est susceptible de contenir des allégations
quant à des abus sexuels commis contre le plaignant
par d’autres personnes que l’accusé;
(h)  that the record relates to the sexual activity of the
complainant with any person, including the accused;
h)  le dossier se rapporte à l’activité sexuelle du plai­
gnant avec l’accusé ou un tiers;
(i)  that the record relates to the presence or absence of
a recent complaint;
i)  le dossier se rapporte à l’existence ou à l’absence
d’une plainte spontanée;
(j)  that the record relates to the complainant’s sexual
reputation; or
j)  le dossier se rapporte à la réputation sexuelle du
plaignant;
(k)  that the record was made close in time to a
complaint or to the activity that forms the subject‑
matter of the charge against the accused.
k)  le dossier a été produit peu après la plainte ou
l’événement qui fait l’objet du litige.
(5)  The accused shall serve the application on the
prosecutor, on the person who has possession or control
of the record, on the complainant or witness, as the case
may be, and on any other person to whom, to the knowl­
edge of the accused, the record relates, at least seven days
before the hearing referred to in subsec­tion 278.4(1) or
any shorter interval that the judge may allow in the inter­
ests of justice. The accused shall also serve a subpoena
issued under Part XXII in Form 16.1 on the person who
has possession or control of the record at the same time
as the application is served.
(5)  L’accusé signifie la demande au poursuivant, à la
personne qui a le dossier en sa possession ou sous son
contrôle, au plaignant ou au témoin, selon le cas, et à toute
autre personne à laquelle, à sa connaissance, le dossier se
rapporte, au moins sept jours avant l’audience prévue au
paragraphe 278.4(1) ou dans le délai inférieur autorisé
par le juge dans l’intérêt de la justice. Dans le cas de la
personne qui a le dossier en sa possession ou sous son
contrôle, une assignation à comparaître, rédigée selon la
formule 16.1, doit lui être signifiée, conformément à la
partie XXII, en même temps que la demande.
(6)  The judge may at any time order that the appli­ca­
tion be served on any person to whom the judge considers
the record may relate.
(6)  Le juge peut ordonner à tout moment que la
demande soit signifiée à toute personne à laquelle, à son
avis, le dossier se rapporte.
278.4 (1)  The judge shall hold a hearing in camera
to determine whether to order the person who has pos­
session or control of the record to produce it to the court
for review by the judge.
278.4 (1)  Le juge tient une audience à huis clos pour
décider si le dossier devrait être communiqué au tribunal
pour que lui‑même puisse l’examiner.
(2)  The person who has possession or control of the
record, the complainant or witness, as the case may be,
and any other person to whom the record relates may ap­
pear and make submissions at the hearing, but they are
not compellable as witnesses at the hearing.
(2)  La personne qui a le dossier en sa possession ou
sous son contrôle, le plaignant ou le témoin, selon le cas,
et toute autre personne à laquelle le dossier se rapporte
peuvent comparaître et présenter leurs arguments à
l’audience mais ne peuvent être contraints à témoigner.
(3)  No order for costs may be made against a per­
son referred to in subsection (2) in respect of their
participation in the hearing.
(3)  Aucune ordonnance de dépens ne peut être ren­due
contre une personne visée au paragraphe (2) en raison de
sa participation à l’audience.
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
quesnelle
419
278.5 (1)  The judge may order the person who has
pos­session or control of the record to produce the re­cord
or part of the record to the court for review by the judge
if, after the hearing referred to in subsection 278.4(1), the
judge is satisfied that
278.5 (1)  Le juge peut ordonner à la personne qui
a le dossier en sa possession ou sous son contrôle de
le communiquer, en tout ou en partie, au tribunal pour
examen par lui‑même si, après l’audience, il est con­
vaincu de ce qui suit :
(a)  the application was made in accordance with sub­
sections 278.3(2) to (6);
a)  la demande répond aux exigences formulées aux
paragraphes 278.3(2) à (6);
(b)  the accused has established that the record is
likely relevant to an issue at trial or to the competence
of a witness to testify; and
b)  l’accusé a démontré que le dossier est vraisem­
bla­blement pertinent quant à un point en litige ou à
l’habi­leté d’un témoin à témoigner;
(c)  the production of the record is necessary in the
interests of justice.
c)  la communication du dossier sert les intérêts de la
justice.
(2)  In determining whether to order the production of
the record or part of the record for review pursuant to
sub­section (1), the judge shall consider the salutary and
deleterious effects of the determination on the accused’s
right to make a full answer and defence and on the right
to privacy and equality of the complainant or witness, as
the case may be, and any other person to whom the record
relates. In particular, the judge shall take the following
factors into account:
(2)  Pour décider s’il doit rendre l’ordonnance prévue
au paragraphe (1), le juge prend en considération les
effets bénéfiques et préjudiciables qu’entraînera sa déci­
sion, d’une part, sur le droit de l’accusé à une défense
pleine et entière et, d’autre part, sur le droit à la vie privée
et à l’égalité du plaignant ou du témoin, selon le cas, et
de toute autre personne à laquelle le dossier se rapporte
et, en particulier, tient compte des facteurs suivants :
(a)  the extent to which the record is necessary for the
accused to make a full answer and defence;
a)  la mesure dans laquelle le dossier est nécessaire
pour permettre à l’accusé de présenter une défense
pleine et entière;
(b)  the probative value of the record;
b)  sa valeur probante;
(c)  the nature and extent of the reasonable expectation
of privacy with respect to the record;
c)  la nature et la portée de l’attente raisonnable au
respect de son caractère privé;
(d)  whether production of the record is based on a
dis­criminatory belief or bias;
d)  la question de savoir si sa communication reposerait
sur une croyance ou un préjugé discriminatoire;
(e)  the potential prejudice to the personal dignity and
right to privacy of any person to whom the record
relates;
e)  le préjudice possible à la dignité ou à la vie privée
de toute personne à laquelle il se rapporte;
(f)  society’s interest in encouraging the reporting of
sexual offences;
f)  l’intérêt qu’a la société à ce que les infractions
d’ordre sexuel soient signalées;
(g)  society’s interest in encouraging the obtaining of
treatment by complainants of sexual offences; and
g)  l’intérêt qu’a la société à ce que les plaignants,
dans les cas d’infraction d’ordre sexuel, suivent des
traitements;
(h)  the effect of the determination on the integrity of
the trial process.
h)  l’effet de la décision sur l’intégrité du processus
judiciaire.
278.6 (1)  Where the judge has ordered the production
of the record or part of the record for review, the judge
278.6 (1)  Dans les cas où il a rendu l’ordonnance
visée au paragraphe 278.5(1), le juge examine le dossier
420
r.
v.
quesnelle
[2014] 2 S.C.R.
shall review it in the absence of the parties in order to
determine whether the record or part of the record should
be produced to the accused.
ou la partie en cause en l’absence des parties pour déci­
der si le dossier devrait, en tout ou en partie, être com­
muniqué à l’accusé.
(2)  The judge may hold a hearing in camera if the
judge considers that it will assist in making the deter­
mination.
(2)  Le juge peut tenir une audience à huis clos s’il
l’estime utile pour en arriver à la décision visée au
paragraphe (1).
(3)  Subsections 278.4(2) and (3) apply in the case of
a hearing under subsection (2).
(3)  Les paragraphes 278.4(2) et (3) s’appliquent à
toute audience tenue en vertu du paragraphe (2).
278.7 (1)  Where the judge is satisfied that the record
or part of the record is likely relevant to an issue at trial
or to the competence of a witness to testify and its pro­
duction is necessary in the interests of justice, the judge
may order that the record or part of the record that is
likely relevant be produced to the accused, subject to any
con­d itions that may be imposed pursuant to subsec­
tion (3).
278.7 (1)  S’il est convaincu que le dossier est en tout
ou en partie vraisemblablement pertinent quant à un point
en litige ou à l’habileté d’un témoin à témoigner et que sa
communication sert les intérêts de la justice, le juge peut
ordonner que le dossier — ou la partie de celui‑ci qui
est vraisemblablement pertinente — soit, aux conditions
qu’il fixe éventuellement en vertu du paragraphe (3),
com­muniqué à l’accusé.
(2)  In determining whether to order the production
of the record or part of the record to the accused, the
judge shall consider the salutary and deleterious effects
of the determination on the accused’s right to make a
full answer and defence and on the right to privacy and
equality of the complainant or witness, as the case may
be, and any other person to whom the record relates and,
in particular, shall take the factors specified in para­
graphs 278.5(2)(a) to (h) into account.
(2)  Pour décider s’il doit rendre l’ordonnance prévue
au paragraphe (1), le juge prend en considération les
effets bénéfiques et préjudiciables qu’entraînera sa
décision, d’une part, sur le droit de l’accusé à une défense
pleine et entière et, d’autre part, sur le droit à la vie pri­
vée et à l’égalité du plaignant ou du témoin, selon le cas,
et de toute autre personne à laquelle le dossier se rapporte
et, en particulier, tient compte des facteurs mentionnés
aux alinéas 278.5(2)a) à h).
(3)  Where the judge orders the production of the
record or part of the record to the accused, the judge
may impose conditions on the production to protect the
interests of justice and, to the greatest extent possible,
the privacy and equality interests of the complainant
or witness, as the case may be, and any other person to
whom the record relates, including, for example, the fol­
lowing conditions:
(3)  Le juge peut assortir l’ordonnance de commu­ni­
cation des conditions qu’il estime indiquées pour proté­
ger l’intérêt de la justice et, dans la mesure du possible,
les intérêts en matière de droit à la vie privée et d’égalité
du plaignant ou du témoin, selon le cas, et de toute per­
sonne à laquelle le dossier se rapporte, notamment :
(a)  that the record be edited as directed by the judge;
a)  établissement, selon ses instructions, d’une version
révisée du dossier;
(b)  that a copy of the record, rather than the original,
be produced;
b)  communication d’une copie, plutôt que de l’origi­
nal, du dossier;
(c)  that the accused and counsel for the accused not
disclose the contents of the record to any other person,
except with the approval of the court;
c)  interdiction pour l’accusé et son avocat de divul­
guer le contenu du dossier à quiconque, sauf auto­
risation du tribunal;
(d)  that the record be viewed only at the offices of the
court;
d)  interdiction d’examiner le contenu du dossier en
dehors du greffe du tribunal;
(e)  that no copies of the record be made or that re­
strictions be imposed on the number of copies of the
record that may be made; and
e)  interdiction de la production d’une copie du dossier
ou restriction quant au nombre de copies qui peuvent
en être faites;
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
quesnelle
421
(f)  that information regarding any person named in
the record, such as their address, telephone number
and place of employment, be severed from the record.
f)  suppression de renseignements sur toute personne
dont le nom figure dans le dossier, tels l’adresse, le
numéro de téléphone et le lieu de travail.
(4)  Where the judge orders the production of the
record or part of the record to the accused, the judge shall
direct that a copy of the record or part of the record be
pro­vided to the prosecutor, unless the judge determines
that it is not in the interests of justice to do so.
(4)  Dans les cas où il ordonne la communication d’un
dossier en tout ou en partie à l’accusé, le juge ordonne
qu’une copie du dossier ou de la partie soit donnée au
pour­suivant, sauf s’il estime que cette mesure serait
contraire aux intérêts de la justice.
(5)  The record or part of the record that is produced
to the accused pursuant to an order under subsection (1)
shall not be used in any other proceedings.
(5)  Les dossiers — ou parties de dossier — commu­
niqués à l’accusé dans le cadre du paragraphe (1) ne
peuvent être utilisés dans une autre procédure.
(6)  Where the judge refuses to order the production
of the record or part of the record to the accused, the
record or part of the record shall, unless a court orders
otherwise, be kept in a sealed package by the court un­
til the later of the expiration of the time for any appeal
and the completion of any appeal in the proceedings
against the accused, whereupon the record or part of the
record shall be returned to the person lawfully entitled to
possession or control of it.
(6)  Sauf ordre contraire d’un tribunal, tout dossier
— ou toute partie d’un dossier — dont le juge refuse
la communication à l’accusé est scellé et reste en la
possession du tribunal jusqu’à l’épuisement des voies de
recours dans la procédure contre l’accusé; une fois les
voies de recours épuisées, le dossier — ou la partie — est
remis à la personne qui a droit à la possession légitime de
celui‑ci.
278.8 (1)  The judge shall provide reasons for order­ing
or refusing to order the production of the record or part of
the record pursuant to subsection 278.5(1) or 278.7(1).
278.8 (1)  Le juge est tenu de motiver sa décision de
rendre ou refuser de rendre l’ordonnance prévue aux
paragraphes 278.5(1) ou 278.7(1).
(2)  The reasons referred to in subsection (1) shall be
entered in the record of the proceedings or, where the
proceedings are not recorded, shall be provided in writ­
ing.
(2)  Les motifs de la décision sont à porter dans le
procès‑verbal des débats ou, à défaut, à donner par écrit.
278.9 (1)  No person shall publish in any document, or
broadcast or transmit in any way, any of the following:
278.9 (1)  Il est interdit de publier ou de diffuser de
quelque façon que ce soit :
(a)  the contents of an application made under section
278.3;
a)  le contenu de la demande présentée en application
de l’article 278.3;
(b)  any evidence taken, information given or submis­
sions made at a hearing under subsection 278.4(1) or
278.6(2); or
b)  tout ce qui a été dit ou présenté en preuve à l’occa­
sion de toute audience tenue en vertu du para­g ra­
phe 278.4(1) ou 278.6(2);
(c)  the determination of the judge pursuant to sub­
section 278.5(1) or 278.7(1) and the reasons pro­
vided pursuant to section 278.8, unless the judge, after
taking into account the interests of justice and the right
to privacy of the person to whom the record relates,
or­ders that the determination may be published.
c)  la décision rendue sur la demande dans le cadre
des paragraphes 278.5(1) ou 278.7(1) et les motifs
mentionnés à l’article 278.8, sauf si le juge rend une
ordonnance autorisant la publication ou diffusion
après avoir pris en considération l’intérêt de la justice
et le droit à la vie privée de la personne à laquelle le
dossier se rapporte.
(2)  Every person who contravenes subsection (1) is
guilty of an offence punishable on summary conviction.
(2)  Quiconque contrevient au paragraphe (1) commet
une infraction punissable sur déclaration de culpabilité
par procédure sommaire.
422
r.
v.
[2014] 2 S.C.R.
quesnelle
278.91 For the purposes of sections 675 and 676, a
determination to make or refuse to make an order pur­
suant to subsection 278.5(1) or 278.7(1) is deemed to be
a question of law.
Appeal allowed.
278.91 Pour l’application des articles 675 et 676, la
décision rendue en application des paragraphes 278.5(1)
ou 278.7(1) est réputée constituer une question de droit.
Pourvoi accueilli.
Solicitor for the appellant: Attorney General of
Ontario, Toronto.
Procureur de l’appelante : Procureur général de
l’Ontario, Toronto.
Solicitors for the respondent: Najma Jamaldin,
Toronto; Paul Genua, Toronto.
Procureurs de l’intimé : Najma Jamaldin, Toronto;
Paul Genua, Toronto.
Solicitor for the intervener the Attorney General
of Alberta: Attorney General of Alberta, Edmonton.
Procureur de l’intervenant le procureur général
de l’Alberta : Procureur général de l’Alberta, Ed­
monton.
Solicitor for the intervener the Canadian Asso­
ci­ation of Chiefs of Police: Ottawa Police Service,
Ottawa.
Procureur de l’intervenante l’Association cana­
dienne des chefs de police : Service de police
d’Ottawa, Ottawa.
Solicitors for the intervener the Criminal Law­
yers’ Association of Ontario: Dawe & Dineen, To­
ronto.
Procureurs de l’intervenante Criminal Lawyers’
Association of Ontario : Dawe & Dineen, Toronto.
Solicitors for the intervener the Barbra Schlifer
Commemorative Clinic: Ursel Phillips Fellows
Hopkinson, Toronto.
Procureurs de l’intervenante Barbra Schlifer
Commemorative Clinic : Ursel Phillips Fellows
Hopkinson, Toronto.
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
sipos
423
James Peter Sipos Appellant
James Peter Sipos Appelant
v.
c.
Her Majesty The Queen Respondent
Sa Majesté la Reine Intimée
and
et
Criminal Lawyers’
Association (Ontario) Intervener
Criminal Lawyers’
Association (Ontario) Intervenante
Indexed as: R. v. Sipos
Répertorié : R. c. Sipos
2014 SCC 47
2014 CSC 47
File No.: 35310.
No du greffe : 35310.
2014: April 15; 2014: July 10.
2014 : 15 avril; 2014 : 10 juillet.
Present: LeBel, Abella, Rothstein, Cromwell, Moldaver,
Karakatsanis and Wagner JJ.
Présents : Les juges LeBel, Abella, Rothstein,
Cromwell, Moldaver, Karakatsanis et Wagner.
on appeal from the court of appeal for
ontario
en appel de la cour d’appel de l’ontario
Criminal law — Appeals — Dangerous offenders —
Courts — Curative powers — Fresh evidence — Trial
judge declaring accused to be dangerous offender
with­out considering long‑term offender designation —
Whether trial judge committed error of law — Whether
Court of Appeal erred by using curative powers and up­
holding dangerous offender designation — Role of fresh
evidence in dangerous offender designation appeals —
Criminal Code, R.S.C. 1985, c. C‑46, ss. 753, 759.
Droit criminel — Appels — Délinquants dangereux
— Cours — Pouvoirs réparateurs — Nouveaux éléments
de preuve — Accusé déclaré délinquant dangereux
par le juge du procès sans qu’il soit tenu compte de la
possibilité d’une déclaration de délinquant à contrôler —
Le juge du procès a-t-il commis une erreur de droit? — La
Cour d’appel a-t-elle commis une erreur en appliquant
ses pouvoirs réparateurs et en confirmant la déclaration
de délinquant dangereux? — Quel rôle doivent jouer les
nou­veaux éléments de preuve dans le cadre de l’appel
d’une déclaration de délinquant dangereux? — Code cri­
minel, L.R.C. 1985, ch. C-46, art. 753, 759.
In 1996, a jury convicted the accused of multiple
sexual offences and physical assaults. In 1998, the ac­
cused was declared a dangerous offender and given an
indeterminate sentence. Between the time of the con­
victions and the decision on the dangerous offender pro­
ceeding, the Criminal Code was amended to add a new
designation of long‑term offenders. The sentencing judge
did not consider a long‑term offender designation before
declaring the accused to be a dangerous offender. In
2012, the Court of Appeal heard an appeal from the sen­
tence. The accused filed fresh evidence consisting of a
risk assessment created in 2010 and information about
his performance in sexual offender programs while in
custody. A psychiatrist opined that the accused continued
to meet the standard for being found a dangerous offender
En 1996, un jury a déclaré l’accusé coupable de
multiples infractions de nature sexuelle et d’agressions
phy­siques. En 1998, l’accusé a été déclaré délinquant
dan­gereux et s’est vu infliger une peine de détention d’une
durée indéterminée. Entre les prononcés de cul­pabilité
et la décision sur le statut de délinquant dange­reux, le
Code criminel a été modifié pour y ajouter la pos­sibilité
de déclarer un délinquant « délinquant à con­trôler ». Le
juge chargé de statuer sur la peine n’a pas tenu compte
de cette possibilité avant de déclarer l’accusé délinquant
dangereux. En 2012, la Cour d’appel a été saisie d’un
appel relatif à la peine. L’accusé a déposé de nou­veaux
éléments de preuve, soit des renseignements con­cer­nant
sa performance dans le cadre des program­mes de trai­
te­ment des délinquants sexuels qu’il avait suivis durant
424
r.
v.
[2014] 2 S.C.R.
sipos
but also that some factors suggested suitability for re­
lease in 2016 with 10 years long‑term supervision. The
Court of Appeal admitted the fresh evidence. It held that
the sentencing judge committed a legal error by not con­
sidering the long‑term offender provisions. However, it
applied its curative powers and upheld the dangerous
offender designation.
Held: The appeal should be dismissed.
sa détention, ainsi qu’une évaluation du risque préparée
en 2010. Un psychiatre a exprimé l’opinion que l’accusé
satisfaisait toujours à la norme applicable pour être
déclaré délinquant dangereux, mais aussi que, selon cer­
tains facteurs, il y avait une possibilité qu’il puisse être
remis en liberté vers 2016, s’il faisait ensuite l’objet d’une
surveillance de longue durée de 10 ans. La Cour d’appel
a admis les nouveaux éléments de preuve et a conclu
que le juge qui a prononcé la peine a commis une erreur
de droit en ne tenant pas compte des dispositions sur
les délinquants à contrôler. Cependant, elle a exercé ses
pouvoirs réparateurs et confirmé la déclaration de délin­
quant dangereux.
Arrêt : L’appel est rejeté.
An offender may appeal a dangerous offender desig­
nation on any ground of law or fact or mixed law and
fact. Appellate review is concerned with legal errors and
whether the designation was reasonable. An appellate
court may exercise its curative power despite a legal
er­ror if there is no reasonable possibility that the ver­
dict would have been different had the error not been
made. On dangerous offender appeals, the test set out
in Palmer v. The Queen, [1980] 1 S.C.R. 759, governs
the admissibility of fresh evidence. Fresh evidence ad­
dressing events between the time of sentencing and the
time of the appeal raises competing values. Changes can­
not be ignored but routinely deciding sentence appeals
on the basis of after‑the‑fact developments could jeop­
ardize the integrity of the criminal process by undermin­
ing its finality and could surpass the appropriate bounds
of appellate review. The appellate process should be both
responsive to the demands of justice and respectful of the
limits of appellate review.
Un délinquant peut interjeter appel d’une déclaration
de délinquant dangereux sur toute question de droit ou
de fait ou toute question mixte de droit et de fait. Le
contrôle en appel porte sur les erreurs de droit et vise à
déterminer si la déclaration de délinquant dangereux
était raisonnable. Une cour d’appel peut exercer son
pou­voir réparateur même en présence d’une erreur de
droit s’il n’existe aucune possibilité raisonnable que le
verdict eût été différent si l’erreur n’avait pas été com­
mise. Dans le contexte de l’appel d’une déclaration de
délinquant dangereux, c’est le test énoncé dans Palmer
c. La Reine, [1980] 1 R.C.S. 759, qui régit l’admissibi­
lité des nouveaux éléments de preuve. L’introduction de
nouveaux éléments de preuve portant sur des événements
survenus entre le prononcé de la peine et l’appel met
en présence des valeurs opposées. Il n’est pas possi­
ble de faire abstraction des changements, mais trancher
régulièrement des appels de sentence sur le fonde­ment
d’événements survenus après le fait pourrait à la fois
menacer l’intégrité du processus criminel — en compro­
mettant son caractère définitif — et outrepasser les limi­tes
appropriées du contrôle en appel. Le processus d’appel
doit répondre aux exigences de la justice tout en res­
pectant les limites auxquelles doit être assujetti le con­
trôle en appel.
Fresh evidence generally has little role to play when
determining whether the curative power should be exer­
cised. In dangerous offender appeals, an appellate court
may use its curative power only where there is no reason­
able possibility that the result would have been dif­ferent
had the error not been made. The exercise is neces­sar­
ily focused on the record before the sentencing judge
because the question concerns what that judge might
have done had he or she applied correct legal principles.
The appellate court must consider whether the legal error
may have resulted in exclusion of evidence that ought to
have been admitted or otherwise affected the eviden­tiary
Les nouveaux éléments de preuve jouent générale­
ment un rôle négligeable lorsqu’il s’agit de décider si le
pouvoir réparateur devrait être exercé. La cour d’appel
peut utiliser ce pouvoir pour rejeter l’appel interjeté à
l’égard d’une déclaration de délinquant dangereux seu­
lement s’il n’y a aucune possibilité raisonnable que le
résultat eût été différent si l’erreur n’avait pas été com­
mise. Cet exercice est nécessairement axé sur le dos­sier
dont était saisi le juge ayant statué sur la peine, car il
s’agit de déterminer ce que celui-ci aurait fait s’il avait
appli­qué les bons principes juridiques. La cour d’appel
doit se demander si cette erreur de droit a pu entraîner
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
sipos
425
record or the judge’s assessment of it. Fresh evidence
meeting the Palmer test might be admitted but where new
evidence has nothing to do with the possible impact of
the legal error on the sentencing decision, it should not
be considered.
l’exclusion d’éléments de preuve qui auraient dû être
admis, ou pu par ailleurs influer sur l’état du dossier de
preuve ou l’appréciation de celui-ci par le juge. Les nou­
veaux éléments de preuve qui satisfont au test de l’arrêt
Palmer pourraient être admis, mais lorsque les nouveaux
éléments de preuve n’ont rien à voir avec l’incidence
possible de l’erreur de droit sur la peine, ils ne devraient
pas être pris en considération.
In this case, the fresh evidence has nothing to do with
the impact of the legal error made by the sentencing
judge. The sentencing judge’s only realistic option was
a dangerous offender designation. There is no sugges­
tion that the failure to consider a long‑term offender
designation affected the evidentiary record. The correct
focus is on the possible impact of the error on the
sentencing judge’s decision, not on the accused’s current
prospects for control in the community.
En l’espèce, les nouveaux éléments de preuve n’ont
rien à voir avec l’incidence de l’erreur de droit commise
par le juge ayant prononcé la peine, dont la seule option
réaliste consistait à déclarer l’appelant délinquant dan­ge­
reux. Rien ne donne à penser que l’omission d’envisager
la possibilité d’une déclaration de délinquant à contrôler a
eu quelque incidence sur le dossier de preuve. L’élément
central reste l’incidence possible de l’erreur sur la déci­
sion du juge chargé de déterminer la peine, et non pas les
perspectives actuelles de contrôle du délinquant au sein
de la collectivité.
On the other hand, an offender may appeal a dangerous
offender designation on the basis that it is unreasonable.
There is a wider role for fresh evidence in appellate re­
view on this basis. The appellate court may review the
sentence in light of the whole record, including admis­
sible fresh evidence. In dangerous offender appeals, ap­
pel­late courts are frequently confronted with evidence
about an offender’s rehabilitation efforts and prospects.
Appellate courts generally take a very cautious approach
to intervening solely on the basis of evidence of this na­
ture but in exceptional and proper cases, in which the
evidence is sufficiently compelling, they may intervene
on the basis of after‑the‑fact evidence. The focus is still
on the impact of the new evidence on the sentencing pro­
ceeding, viewed in the context of the whole record.
Par contre, un délinquant peut interjeter appel d’une
déclaration portant qu’il est un délinquant dangereux
au motif que cette décision est déraisonnable. Les nou­
veaux éléments de preuve ont un rôle plus important à
jouer lorsque la cour d’appel effectue un contrôle sur ce
fondement. La cour d’appel peut examiner la peine au
regard de l’ensemble du dossier, notamment de nouveaux
éléments de preuve admissibles. Dans un appel interjeté
à l’égard d’une déclaration de délinquant dangereux, les
cours d’appel sont souvent saisies d’éléments de preuve
relatifs aux efforts et aux perspectives de réadaptation
du délinquant. Les cours d’appel adoptent généralement
une approche très prudente lorsqu’elles sont appelées à
intervenir sur le seul fondement d’éléments de preuve
de cette nature. Cela dit, dans des cas exceptionnels où
il convient de le faire et où la preuve est suffisamment
convaincante, elles peuvent intervenir sur le fondement
d’éléments de preuve relatifs à des événements survenus
après le fait. Là encore, l’accent est mis sur l’incidence
de la nouvelle preuve sur la procédure de détermination
de la peine, eu égard à l’ensemble du dossier.
The accused’s fresh evidence indicates a reasonable
possibility of eventual control of the risk in the commun­
ity if he were released from incarceration in about 2016
with a further period of 10 years long‑term supervision,
subject to many qualifications. However, viewed in light
of the full record before the sentencing judge, the fresh
evidence falls considerably short of showing that the dan­
gerous offender designation was unreasonable. Placing
ourselves in the position of the sentencing judge with
the added information from the fresh evidence, there is
no reasonable possibility that the result of the dangerous
Sous de nombreuses réserves, les nouveaux éléments
de preuve produits par l’accusé indiquent qu’il y avait
une possibilité raisonnable de contrôle du risque au sein
de la collectivité s’il était remis en liberté vers 2016 et
était assujetti à une ordonnance de surveillance de lon­
gue durée de 10 ans. Cependant, examinés à la lumière
de l’ensemble du dossier dont disposait le juge chargé
de déterminer la peine, les nouveaux éléments de preuve
sont loin d’établir que la déclaration de délinquant dan­
gereux était déraisonnable. Il n’y a aucune possibilité
raisonnable que le résultat de la procédure relative au
426
r.
v.
[2014] 2 S.C.R.
sipos
offender proceedings would have been different. The
evi­dence does not show that the dangerous offender
designation was unreasonable and this is not a case that
demands appellate intervention.
sta­tut de délinquant dangereux eût été différent si le
juge chargé de prononcer la peine avait été saisi de ce
complément d’information. La preuve n’établit pas que la
déclaration de délinquant dangereux était déraisonnable
et la présente cause n’est pas de celles qui justifient une
intervention en appel.
Cases Cited
Jurisprudence
Referred to: R. v. Johnson, 2003 SCC 46, [2003] 2
S.C.R. 357; R. v. Currie, [1997] 2 S.C.R. 260; R. v. M.
(C.A.), [1996] 1 S.C.R. 500; R. v. Shropshire, [1995] 4
S.C.R. 227; R. v. McDonnell, [1997] 1 S.C.R. 948; R. v.
Lévesque, 2000 SCC 47, [2000] 2 S.C.R. 487; Palmer v.
The Queen, [1980] 1 S.C.R. 759; R. v. Angelillo, 2006
SCC 55, [2006] 2 S.C.R. 728; R. v. Hamilton (2004), 72
O.R. (3d) 1; R. v. Smith (2005), 376 A.R. 389; R. v. Riley
(1996), 150 N.S.R. (2d) 390; R. v. Faid (1984), 52 A.R.
338; R. v. Jimmie, 2009 BCCA 215, 270 B.C.A.C. 301;
R. v. Halliday, 2012 ONCA 351 (CanLII); R. v. N.A.S.,
2007 MBCA 97, 220 Man. R. (2d) 43; R. v. Martin, 2012
QCCA 2223 (CanLII); R. v. Williamson, 2003 BCCA 673,
191 B.C.A.C. 208; R. v. Ferguson (2005), 207 O.A.C.
380; R. v. B.J.M., 2007 ONCA 221 (CanLII); R. v. T.L.,
2008 ONCA 766 (CanLII); R. v. Mason (2001), 147
O.A.C. 388; R. v. Henry, 2002 BCCA 575, 174 B.C.A.C.
238; R. v. Armistead, 2003 BCCA 699, 192 B.C.A.C.
227.
Arrêts mentionnés : R. c. Johnson, 2003 CSC 46,
[2003] 2 R.C.S. 357; R. c. Currie, [1997] 2 R.C.S. 260;
R. c. M. (C.A.), [1996] 1 R.C.S. 500; R. c. Shropshire,
[1995] 4 R.C.S. 227; R. c. McDonnell, [1997] 1 R.C.S.
948; R. c. Lévesque, 2000 CSC 47, [2000] 2 R.C.S. 487;
Palmer c. La Reine, [1980] 1 R.C.S. 759; R. c. Angelillo,
2006 CSC 55, [2006] 2 R.C.S. 728; R. c. Hamilton
(2004), 72 O.R. (3d) 1; R. c. Smith (2005), 376 A.R.
389; R. c. Riley (1996), 150 N.S.R. (2d) 390; R. c. Faid
(1984), 52 A.R. 338; R. c. Jimmie, 2009 BCCA 215, 270
B.C.A.C. 301; R. c. Halliday, 2012 ONCA 351 (CanLII);
R. c. N.A.S., 2007 MBCA 97, 220 Man. R. (2d) 43; R.
c. Martin, 2012 QCCA 2223 (CanLII); R. c. Williamson,
2003 BCCA 673, 191 B.C.A.C. 208; R. c. Ferguson
(2005), 207 O.A.C. 380; R. c. B.J.M., 2007 ONCA 221
(CanLII); R. c. T.L., 2008 ONCA 766 (CanLII); R. c.
Mason (2001), 147 O.A.C. 388; R. c. Henry, 2002 BCCA
575, 174 B.C.A.C. 238; R. c. Armistead, 2003 BCCA
699, 192 B.C.A.C. 227.
Statutes and Regulations Cited
Lois et règlements cités
Criminal Code, R.S.C. 1985, c. C‑46, ss. 675(1)(b),
683(1), 687, Part XXIV, 752, 753 [ad. 1997, c. 17,
s. 4], 753.1(1) [idem], 759(1), (3)(a), (7).
Tackling Violent Crime Act, S.C. 2008, c. 6.
Code criminel, L.R.C. 1985, ch. C 46, art. 675(1)b),
683(1), 687, partie XXIV, 752, 753 [aj. 1997, ch. 17,
art. 4], 753.1(1) [idem], 759(1), (3)a), (7).
Loi sur la lutte contre les crimes violents, L.C. 2008,
ch. 6.
Authors Cited
Doctrine et autres documents cités
Ruby, Clayton C., Gerald J. Chan and Nader R. Hasan.
Sentencing, 8th ed. Markham, Ont.: LexisNexis, 2012.
Ruby, Clayton C., Gerald J. Chan and Nader R. Hasan.
Sentencing, 8th ed. Markham, Ont. : LexisNexis,
2012.
APPEAL from a judgment of the Ontario Court
of Appeal (Doherty, Watt and Pepall JJ.A.), 2012
ONCA 751, 298 O.A.C. 233, 297 C.C.C. (3d) 22,
[2012] O.J. No. 5212 (QL), 2012 CarswellOnt 13907,
af­firm­ing a sentencing decision of Lofchik J. (1998),
54 O.T.C. 241, [1998] O.J. No. 985 (QL), 1998
CarswellOnt 1219. Appeal dismissed.
POURVOI contre un arrêt de la Cour d’appel de
l’Ontario (les juges Doherty, Watt et Pepall), 2012
ONCA 751, 298 O.A.C. 233, 297 C.C.C. (3d) 22,
[2012] O.J. No. 5212 (QL), 2012 CarswellOnt 13907,
qui a confirmé une décision du juge Lofchik rela­
tive à la détermination de la peine (1998), 54 O.T.C.
241, [1998] O.J. No. 985 (QL), 1998 CarswellOnt
1219. Pourvoi rejeté.
Michael Dineen and Jonathan Dawe, for the ap­
pel­lant.
Michael Dineen et Jonathan Dawe, pour l’appe­
lant.
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
sipos
Roger A. Pinnock, for the respondent.
Nader R. Hasan and Gerald Chan, for the inter­
vener.
The judgment of the Court was delivered by
Cromwell J. —
Le juge Cromwell
427
Roger A. Pinnock, pour l’intimée.
Nader R. Hasan et Gerald Chan, pour l’interve­
nante.
Version française du jugement de la Cour rendu
par
Le juge Cromwell —
I. Introduction
I. Introduction
[1] This appeal poses two related questions about
appellate review of a dangerous offender desig­na­
tion. The first is whether the sentencing judge’s legal
error in the course of imposing the designation on
the appellant, Mr. Sipos, was “harmless” in the sense
that it had no impact on the ultimate decision. A
re­lated question concerns the role on the appeal of
fresh evidence about the offender’s current treat­
ment and prospects.
[1] Le présent pourvoi porte sur deux questions
connexes relatives au contrôle en appel d’une décla­
ration selon laquelle un délinquant est un délin­
quant dangereux. Tout d’abord, il s’agit de savoir si
l’erreur de droit commise par le juge qui a déclaré
M. Sipos, l’appelant, délinquant dangereux était
« inoffensive », en ce sens qu’elle n’a pas eu d’inci­
dence sur la décision finale. Ensuite, il s’agit de
tran­cher la question connexe du rôle qu’il faut
accor­der en appel à de nouveaux éléments de preuve
relatifs au traitement actuel du délinquant et à ses
perspectives d’avenir.
[2] The Ontario Court of Appeal held that an error
is harmless if there is no reasonable possibility that
the sentencing judge’s decision would have been
different had he not made the legal error. Where
there is fresh evidence, this standard is applied as if
the sentencing judge had access to it at the time of
the original sentencing. Approaching the matter in
this way, the Court of Appeal dismissed Mr. Sipos’
ap­peal. The Court of Appeal rejected Mr. Sipos’
position that the appeal should be allowed if the
fresh evidence raises any reasonable possibility
that the outcome of a new dangerous offender pro­
ceeding could be different from the original one.
[2] La Cour d’appel de l’Ontario a jugé qu’une
erreur de droit est inoffensive s’il n’existe pas de
possibilité raisonnable que la décision du juge qui a
prononcé la peine ait été différente s’il n’avait pas
commis l’erreur en question. En présence de nou­
veaux éléments de preuve, cette norme s’appli­que
comme si le juge qui a prononcé la peine y avait eu
accès au moment où il a rendu cette décision. En
appliquant cette approche, la Cour d’appel n’a pas
fait droit à l’appel de M. Sipos. Elle a rejeté l’argu­
ment de ce dernier selon lequel l’appel devrait être
accueilli si les nouveaux éléments de preuve soulè­
vent une possibilité raisonnable que l’issue d’une
nouvelle procédure sur le statut de délinquant dan­
gereux puisse être différente de celle de la première
procédure.
[3] Mr. Sipos appeals by leave of the Court. He
submits that the Court of Appeal was wrong in two
respects. First, he says that the Court of Appeal was
wrong to dismiss his appeal in light of the fresh evi­
dence suggesting that there is a reasonable possi­
bility that a new dangerous offender hearing might
[3] M. Sipos a interjeté appel devant la Cour sur
autorisation. Il fait valoir que la Cour d’appel a eu
tort de rejeter son appel compte tenu des nouveaux
éléments de preuve qui suggèrent qu’il existe une
possibilité raisonnable qu’une nouvelle procédure
sur le statut de délinquant dangereux puisse abou­tir
428
r.
v.
sipos
Cromwell J.
[2014] 2 S.C.R.
produce a different result from that reached at the
original hearing. He further submits that the Court
of Appeal erred by holding that the record in this
case met the high standard required to conclude that
the sentencing judge’s legal error was harmless.
The appellant’s submissions are best considered
by addressing the role of fresh evidence when the
Court of Appeal is asked to use its curative powers
in relation to dangerous offender appeals and by
reviewing whether the Court of Appeal erred in
using those curative powers in this case.
à un résultat différent de celui auquel en est venu
le juge lors de la première procédure. Il soutient
en outre que la Cour d’appel a commis une erreur
en statuant que le dossier, en l’espèce, satisfait à la
norme exigeante à laquelle il faut satisfaire pour
conclure que l’erreur de droit commise par le juge
qui a prononcé la peine était inoffensive. Pour traiter
au mieux des arguments de l’appelant, il convient,
d’une part, de se pencher sur le rôle des nouveaux
élé­ments de preuve lorsque la Cour d’appel est
appelée à utiliser ses pouvoirs réparateurs dans le
cadre de l’appel d’une déclaration de délinquant
dan­gereux et, d’autre part, d’examiner si la Cour
d’appel a commis une erreur dans l’utilisation de
ces pouvoirs réparateurs en l’espèce.
[4] I agree with the result reached by the Court of
Appeal and would dismiss the appeal. However, as
I will explain, I take a somewhat narrower view of
the role of fresh evidence in relation to the question
of whether the sentencing judge’s legal error was
harmless.
[4] Je souscris à la conclusion de la Cour d’appel
et je suis d’avis de rejeter le pourvoi. Cela dit,
comme je l’expliquerai, j’accorde un rôle quelque
peu plus ténu qu’elle aux nouveaux éléments de
preuve lorsqu’il s’agit de déterminer si l’erreur de
droit commise par le juge qui a prononcé la peine
est inoffensive.
II. Overview of the Facts and Proceedings
II. Aperçu des faits et de l’historique judiciaire
A. Procedural History
A. Historique judiciaire
[5] The appeal has followed a long and compli­
cated path before arriving here. This is a result of the
intersection of developments in the legislation and
case law coupled with very long delays in moving
the appeal forward. I say this not to attribute fault to
anyone, but to underline the unusual circumstances
before us. The result is that the Court of Appeal in
2012 had before it a dangerous offender designation
made in 1998, roughly 14 years earlier, and fresh
evidence created in 2010, roughly 12 years after the
conclusion of the proceedings before the sentencing
judge.
[5] Le pourvoi a parcouru un chemin long et semé
d’embûches avant d’aboutir ici. Cette situation est
le résultat d’un ensemble de modifications législati­
ves et d’évolutions jurisprudentielles, combinées à
de très longs délais durant le processus d’appel. Par
ces propos, je ne cherche pas à attribuer une faute à
qui que ce soit, mais plutôt à souligner combien les
circonstances de l’affaire dont nous sommes sai­sis
sont inhabituelles. En 2012, la Cour d’appel s’est
ainsi trouvée à statuer sur une déclaration selon
laquelle l’appelant était un délinquant dangereux
datant de 1998, quelque 14 ans plus tôt, et sur de
nouveaux éléments de preuve créés en 2010, soit
approximativement 12 ans après la fin des procé­
dures qui se sont déroulées devant le juge chargé de
statuer sur la peine.
[6] The beginning of the most relevant part of
the story takes us back to April of 1996. Lofchik J.
sitting with a jury convicted Mr. Sipos of multiple
sexual offences and physical assaults against three
[6] Le début de la portion la plus pertinente de
l’histoire nous reporte à avril 1996. Le juge Lofchik,
qui siégeait alors avec un jury, a déclaré M. Sipos
coupable de multiples infractions de nature sexuelle
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
sipos
Le juge Cromwell
429
women committed from the mid‑1970s to the mid‑
1980s. The convictions included attempted bug­
gery, indecent assault, rape, sexual assault, assault
causing bodily harm and common assault. Mr. Sipos
also had a considerable record of other offences of
violence against women between the late 1970s and
the mid‑1980s.
et d’agressions physiques contre trois femmes, infrac­
tions qui ont été perpétrées du milieu des années 70
au milieu des années 80. Les déclarations de culpa­
bilité concernaient des infractions de tentative de
sodomie, d’attentat à la pudeur, de viol, d’agression
sexuelle, d’agression causant des lésions corporel­
les et de voies de fait simples. M. Sipos avait aussi
un lourd casier judiciaire, ayant été trouvé coupa­
ble d’autres infractions de violence à l’endroit de
femmes entre la fin des années 70 et le milieu des
années 80.
[7] Nearly two years after his conviction at trial,
that is, in March of 1998, the judge found that
Mr. Sipos was a dangerous offender and imposed an
indeterminate sentence ([1998] O.J. No. 985 (QL)).
[7] Près de deux ans après avoir été déclaré cou­
pable à son procès, soit en mars 1998, M. Sipos a
été déclaré délinquant dangereux et s’est vu infli­ger
une peine de détention d’une durée indéterminée
([1998] O.J. No. 985 (QL)).
[8] Between the time of the convictions and the
ultimate decision nearly two years later on the dan­
gerous offender proceeding, new legislation that
is important to the case intervened. The Criminal
Code, R.S.C. 1985, c. C‑46, was amended to add a
new designation of long‑term offenders (S.C. 1997,
c. 17, s. 4). These new provisions were in force at
the time Mr. Sipos was found to be a dangerous
of­fender but the judge did not consider them in
reach­ing his decision. There are many differences
in both substance and procedure between the two
designations. But the main one is that in order
to be found to be a long‑term offender, the judge
must be satisfied that “there is a reasonable possi­
bility of eventual control of the risk in the com­
munity”: s. 753.1(1)(c).
[8] Entre les prononcés de culpabilité et la déci­
sion finale par laquelle l’accusé a été déclaré délin­
quant dangereux, il s’est écoulé deux ans. Dans
l’intervalle, de nouvelles dispositions législatives,
importantes pour la présente cause, ont été adop­tées.
Le Code criminel, L.R.C. 1985, ch. C-46, a été modi­
fié pour y ajouter la possibilité de déclarer un délin­
quant « délinquant à contrôler » (L.C. 1997, ch. 17,
art. 4). Ces nouvelles dispositions étaient en vigueur
au moment où M. Sipos a été déclaré délinquant
dan­gereux, mais le juge n’en a pas tenu compte pour
rendre sa décision. Il existe de nombreuses dif­
férences tant sur le plan du fond que sur celui de la
procédure entre les deux déclarations. La distinc­
tion principale entre ces deux régimes est cepen­
dant celle voulant que, pour conclure qu’un inculpé
est un délinquant à contrôler, le juge doive être
con­vaincu qu’il « existe une possibilité réelle que
ce risque puisse être maîtrisé au sein de la collec­
tivité » : al. 753.1(1)c).
[9] Mr. Sipos appealed from the convictions and
sentence, but indicated that his sentence appeal was
contingent on his convictions appeal being at least
partially successful. The Court of Appeal dismissed
the convictions appeal and did not deal with the
sentence appeal (2001 CanLII 8541). The judg­
ment of the Court of Appeal was delivered in May
of 2001 but, as noted, Mr. Sipos’ sentence appeal re­
mained outstanding and undecided.
[9] M. Sipos a interjeté appel des déclarations
de culpabilité et de la peine, mais il a indiqué que
l’appel concernant sa peine était conditionnel au
succès au moins partiel de celui sur les déclarations
de culpabilité. La Cour d’appel a rejeté ce premier
appel et ne s’est pas penchée sur l’appel de la peine
(2001 CanLII 8541). Ce jugement a été rendu en
mai 2001, mais, comme il a été souligné, l’appel
de M. Sipos sur la peine est resté pendant et n’a fait
l’objet d’aucune décision.
430
r.
v.
sipos
Cromwell J.
[2014] 2 S.C.R.
[10] The next relevant event came about five years
after Mr. Sipos’ dangerous offender designation.
In 2003, this Court released its decision in R. v.
Johnson, 2003 SCC 46, [2003] 2 S.C.R. 357. It de­
cided that in dangerous offender proceedings that
occurred after the new long‑term offender pro­
visions came into force — in other words, in cases
like Mr. Sipos’ — judges must consider the op­
tion of a long‑term offender designation, which
may lead to a determinate sentence followed by
long‑term community supervision, before declaring
a defendant to be a dangerous offender and impos­
ing an indeterminate sentence. Failure to do this is
a legal error, often referred to as a “Johnson error”.
[10] L’événement pertinent suivant a eu lieu envi­
ron cinq ans après la déclaration selon laquelle
M. Sipos était un délinquant dangereux. En 2003,
la Cour a rendu sa décision dans R. c. Johnson,
2003 CSC 46, [2003] 2 R.C.S. 357. Elle y a décidé
que les procédures relatives aux délinquants dange­
reux qui se sont déroulées après l’entrée en vigueur
des dispositions sur les délinquants à contrô­ler
— autrement dit, dans les causes comme celle de
M. Sipos —, les juges doivent examiner la possibi­
lité de déclarer le délinquant « délinquant à con­trô­
ler » — ce qui peut donner lieu au prononcé d’une
peine d’incarcération d’une durée déterminée sui­
vie d’une longue période de vie supervisée dans la
collectivité — avant de le déclarer délinquant dan­
gereux et de lui infliger une peine d’une durée indé­
terminée. Ne pas le faire constitue une erreur de
droit, souvent appelée l’« erreur Johnson ».
[11] As noted, the judge in 1998 did not con­sider
the recently enacted long‑term offender provi­sions
and, with the benefit of hindsight, this constituted
a legal error in light of the 2003 judgment in John­
son. On the basis of this error and other consider­a­
tions, the Court of Appeal granted leave to reopen
Mr. Sipos’ unresolved sentence appeal (2008 ONCA
325, 235 O.A.C. 277). But it took more than four
years for this occur, so that the appeal was re­opened
only in late April of 2008.
[11] Comme nous l’avons mentionné, en 1998, le
juge n’a pas tenu compte des dispositions adop­tées
depuis peu portant sur les délinquants à con­trô­
ler. Or, avec le recul, vu la décision de 2003 dans
Johnson, nous devons convenir qu’il a ainsi commis
une erreur de droit. Compte tenu de cette erreur et
d’autres considérations, la Cour d’appel a donné
l’auto­risation de rouvrir l’appel non tranché inter­
jeté par M. Sipos quant à la peine qui lui avait été
infligée (2008 ONCA 325, 235 O.A.C. 277). Il s’est
toutefois écoulé plus de quatre ans avant que cela
ne se fasse et l’appel n’a été rouvert qu’à la fin du
mois d’avril 2008.
[12] There was a further long delay: the appeal on
the merits was not heard for more than four years,
in August of 2012 (2012 ONCA 751, 298 O.A.C.
233). With the Crown’s consent, Mr. Sipos filed
fresh evidence in the appeal proceedings. The fresh
evidence consisted of a risk assessment, prepared by
Dr. Jeff McMaster in 2010, and information about
his performance in sexual offender maintenance
programs while in custody.
[12] Il y a eu un autre long délai : l’appel sur le
fond n’a été entendu que plus de quatre ans plus
tard, soit en août 2012 (2012 ONCA 751, 298
O.A.C. 233). Avec le consentement du ministère
public, M. Sipos a déposé de nouveaux éléments de
preuve durant les procédures d’appel, soit des ren­
sei­gnements concernant sa performance dans le
cadre des programmes de traitement des délinquants
sexuels qu’il avait suivis durant sa détention, ainsi
qu’une évaluation du risque préparée par le Dr Jeff
McMaster en 2010.
[13] This is how the Court of Appeal came to
address in 2012 a dangerous offender designation
that had been made roughly 14 years earlier and had
[13] C’est ainsi que la Cour d’appel en est venue à
se pencher, en 2012, sur une décision ayant déclaré
un délinquant « délinquant dangereux » rendue
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
sipos
Le juge Cromwell
431
evidence before it that was created in 2010, roughly
12 years after the designation.
quel­que 14 ans plus tôt et qu’elle a dû se pencher, à
cette fin, sur des éléments de preuve créés en 2010,
soit environ 12 ans après la déclaration en question.
B. Judgment of the Court of Appeal
B. Jugement de la Cour d’appel
[14] The Court of Appeal concluded that, in light
of Johnson, there was clearly a legal error in not
considering the long‑term offender option before
designating Mr. Sipos as a dangerous offender. The
Court of Appeal noted, however, that this error does
not automatically compel a new dangerous offender
hearing. Rather, the appellate court has a curative
power: it may dismiss the appeal if persuaded that
there is no reasonable possibility that the sentence
would have been different had the legal error not
been made (see Johnson, at paras. 47‑50).
[14] La Cour d’appel a conclu que, à la lumière de
la décision dans Johnson, ne pas avoir tenu compte
de l’option d’une déclaration comme délinquant à
contrôler avant de désigner M. Sipos délinquant dan­
gereux avait manifestement constitué une erreur de
droit. Toutefois, la Cour d’appel a souligné que cette
erreur n’entraînait pas automatiquement la tenue
d’une nouvelle audience sur le statut de délin­quant
dan­gereux. En effet, le tribunal d’appel dispose plu­
tôt d’un pouvoir réparateur : il peut rejeter l’appel
s’il est convaincu qu’il n’existe aucune possibilité
raisonnable que la peine ait été différente si l’erreur
de droit n’avait pas été commise (voir Johnson,
par. 47‑50).
[15] Putting aside the fresh evidence, the Court of
Appeal concluded that there was no such reasonable
possibility, noting that Mr. Sipos did not contend
otherwise. The sentencing judge, in comprehensive
reasons, found that the evidence before him did not
support the view that, at some determinate point in
the future, the risk that Mr. Sipos posed to society
could be reduced to an acceptable level if he were
to be allowed to live in the community. The senten­
cing judge’s analysis of the evidence would have
inevitably led him to reject a long‑term offender
designation for the same reasons that he rejected
the determinate sentence option: sentencing judge’s
reasons, at paras. 199‑207; Court of Appeal reasons,
at para. 29.
[15] Mettant de côté dans un premier temps les
nouveaux éléments de preuve, la Cour d’appel a con­
clu qu’il n’existait aucune possibilité rai­son­na­ble de
ce type, soulignant au passage que M. Sipos ne pré­
ten­dait pas le contraire. Dans des motifs très étof­
fés, le juge qui a statué sur la peine a conclu que la
preuve portée à sa connaissance ne permet­tait pas
d’étayer le point de vue selon lequel, à un moment
déterminé dans le futur, le risque que pose M. Sipos
pour la société pourrait être réduit à un niveau accep­
table s’il était autorisé à vivre dans la col­lec­ti­vité.
Cette analyse l’aurait inévitablement mené à reje­
ter la possibilité de déclarer M. Sipos délinquant
à contrôler pour les mêmes motifs qu’il a rejetés
celle de prononcer une peine d’une durée déter­
minée : motifs du juge qui a statué sur la peine,
par. 199‑207; motifs de la Cour d’appel, par. 29.
[16] The question then arose as to how the Court
of Appeal should use the new evidence in consid­
ering whether to exercise this curative power. The
new evidence suggests that there is now a possibil­ity
that the risk that Mr. Sipos poses can be controlled
in the community by 2016 with appropriate super­
vision. The Court of Appeal held that, while the
new evidence must be considered, appellate review
is fundamentally an error‑correcting exercise that
[16] La Cour d’appel avait ensuite à déterminer
comment elle devait utiliser les nouveaux éléments
de preuve pour décider s’il convenait d’exercer
son pouvoir réparateur. Ces nouveaux éléments
de preuve suggèrent qu’il existe maintenant une
possibilité que le risque que pose M. Sipos puisse
être maîtrisé au sein de la collectivité, à compter
de 2016, s’il faisait l’objet d’une surveillance adé­
quate. La Cour d’appel a jugé que, bien qu’il faille
432
r.
v.
sipos
Cromwell J.
[2014] 2 S.C.R.
looks backward to the decision under appeal, in
order to determine whether the court below fell into
reversible error when it made the decision being
reviewed. It held that the possibility that a different
decision might be made if a new dangerous offender
hearing were held now is irrelevant. The question on
appeal was whether, having regard to the evidence
before the sentencing judge, and the fresh evidence
admitted on appeal, there was any reasonable possi­
bility that the result of the dangerous offender hear­
ing would have been any different had the judge
considered the long‑term offender provisions.
tenir compte des nouveaux éléments de preuve, le
contrôle en appel est fondamentalement un exer­­­cice
de correction d’erreurs qui jette un regard rétro­­
spec­tif sur la décision portée en appel, de manière
à décider si le tribunal d’instance inférieure a com­
mis une erreur suceptible de révision lorsqu’il a
rendu la décision qui fait l’objet du contrôle. La
Cour d’appel a con­clu que la possibilité qu’une
décision différente puisse être rendue si une nou­
velle audience était tenue aujourd’hui sur le sta­tut
de délinquant dangereux était sans per­ti­nence. En
appel, la question qui devait être tran­chée était celle
de savoir si, eu égard à la preuve dont était saisi
le juge qui a prononcé la peine et aux nouveaux
éléments de preuve admis en appel, il existait une
possibilité raisonnable que l’issue de l’audience
sur le statut de délinquant dangereux ait pu être
différente si le juge avait tenu compte des dis­
positions sur les délinquants à contrôler.
[17] The Court of Appeal answered this question
in the negative. The court noted that the new evi­
dence from Dr. McMaster consisted of his as­sess­
ment as of 2010 and pertained to whether Mr. Sipos
could meet the criteria for a long‑term of­fender.
Even on Dr. McMaster’s “‘best case’ scen­ario”, his
potential release into the community was at least
some 18 years away in 1998 (para. 34). Con­sid­er­ing
the report in light of the other evidence before the
sentencing judge, the Court of Ap­­peal con­cluded
that Dr. McMaster’s risk assess­ment did not cast
any doubt on the sentencing judge’s con­clusion that
as of 1998, an indeterminate sentence was ap­pro­
priate.
[17] La Cour d’appel a répondu à cette question
par la négative. Elle a souligné que le rapport du
Dr McMaster déposé comme nouvel élément de
preuve consignait son évaluation, en date de 2010,
et portait sur la question de savoir si M. Sipos
satis­faisait au test pour être déclaré délinquant à
contrôler. Or, même selon le [traduction] « scé­na­
rio “le plus optimiste” » du Dr McMaster, la possi­
ble remise de M. Sipos dans la collectivité n’était,
en 1998, pas envisageable avant au moins environ
18 ans (par. 34). Après avoir examiné le rapport
conjointement avec le reste de la preuve dont dis­
posait le juge chargé de statuer sur la peine, la Cour
d’appel a conclu que l’évaluation du risque du
Dr McMaster ne soulevait aucun doute quant à la
conclusion du juge selon laquelle, en 1998, il était
approprié d’infliger une peine de détention d’une
durée indéterminée.
III. Analysis
III. Analyse
[18] Before returning to the two issues in detail,
it will be helpful to place them in their proper legal
framework. That, in turn, requires a brief review of
the difference between long‑term offender and
dan­gerous offender status, this Court’s decision
in Johnson, the nature of appellate review and the
[18] Avant d’examiner en détail les deux ques­
tions en litige, il est utile de les replacer dans le
contexte légal approprié. Cela suppose qu’il faille,
au préalable, mener un bref examen de la différence
entre le statut de délinquant à contrôler et celui de
délinquant dangereux, de la décision de la Cour
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
sipos
Le juge Cromwell
433
pow­ers of the court of appeal on dangerous offender
appeals.
dans Johnson, de la nature du contrôle en appel et
des pouvoirs d’une cour d’appel dans des instances
sur le statut de délinquant dangereux.
A. Legal Framework
A. Le cadre législatif
(1) The Two Regimes
(1) Les deux régimes
[19] The dangerous offender and long‑term of­
fender provisions found in Part XXIV of the Crimi­
nal Code are both examples of preventive sanctions.
While they may only come into play once the of­
fender has been convicted of offences of a certain
degree of seriousness, their focus is on imposing spe­
cial measures on the offender in order to address
an elevated risk of future offending. A dangerous of­
fender may be sentenced to an indeterminate sen­
tence of imprisonment; this is preventive detention in
its clearest and most extreme form. A long‑term of­
fender may be sentenced for the underlying offence
and, in addition, to a long‑term supervision order not
to exceed 10 years. This is a preventive sanction that
is finite in length and built on supervision in the com­
munity.
[19] Les dispositions de la partie XXIV du Code
criminel sur les délinquants dangereux et les délin­
quants à contrôler créent deux exemples de sanc­
tions préventives. Même si elles n’entrent en jeu
qu’une fois que le délinquant a été déclaré coupa­
ble d’infractions d’une certaine gravité, elles visent
surtout à imposer des mesures spéciales au délin­
quant de manière à parer le risque élevé de récidives.
Un délinquant dangereux peut être condamné à une
peine d’emprisonnement d’une durée indéterminée;
il s’agit de la forme extrême et la plus manifeste
de détention préventive. Un délinquant à contrôler
peut, pour sa part, être condamné pour l’infraction
qu’il a commise et, en plus, faire l’objet d’une ordon­
nance enjoignant qu’il soit soumis à une surveillance
de longue durée, d’une période maximale de 10 ans.
Cette sanction préventive est limitée dans le temps et
conçue en fonction d’une surveillance dans la col­
lectivité.
[20] For the purposes of this appeal, s. 753(1)(b)
is the relevant provision in relation to Mr. Sipos’
desig­nation as a dangerous offender. Before the
designation may be imposed, the offence for which
the offender has been convicted must be a “serious
personal injury offence”. Serious personal injury of­
fences include offences involving the use or attempted
use of violence for which the offender may be sen­
tenced to imprisonment for at least 10 years and a
number of specified sexual offences: s. 752. There is
no question that Mr. Sipos’ convictions qualify. The
remaining elements required for the designation are
both retrospective and prospective. The offender must
be shown to have failed in the past “to control his or
her sexual impulses” and, in the future, that there is “a
likelihood of causing injury, pain or other evil to other
persons through failure in the future to control his or
her sexual impulses”: s. 753(1)(b).
[20] Aux fins du présent appel, l’al. 753(1)b) est
la disposition pertinente en ce qui a trait à la décla­
ration selon laquelle M. Sipos est un délinquant
dangereux. Pour qu’une telle déclaration soit pro­
noncée, l’infraction commise doit constituer « des
sévices graves à la personne ». Ce type d’infractions
comprend celles qui supposent l’emploi ou la ten­
tative d’emploi de la violence pour lesquelles le
délinquant est passible d’une peine d’emprison­ne­
ment d’au moins 10 ans ainsi qu’un certain nombre
d’infractions de nature sexuelle : art. 752. Il ne fait
aucun doute que les infractions pour lesquelles
M. Sipos a été déclaré coupable sont du nombre.
Les autres éléments exigés pour qu’il y ait déclara­
tion sont à la fois rétrospectifs et prospectifs. Il faut
que le délinquant ait démontré dans le passé son
incapacité « à contrôler ses impulsions sexuelles »
et qu’il « laisse prévoir que vraisemblablement il
causera à l’avenir de ce fait des sévices ou autres
maux à d’autres personnes » : al. 753(1)b).
434
r.
v.
sipos
Cromwell J.
[21] The long‑term offender provisions permit the
court to impose a sentence for the offence for which
the offender has been convicted and order that he or
she be subject to long‑term supervision for a period
that does not exceed 10 years: s. 753.1(3). In order to
make a long‑term offender designation, the court must
be satisfied that it would be appropriate to impose a
sentence of imprisonment of at least two years for the
offence for which the offender has been convicted,
that there is a substantial risk that the offender will
reoffend, and that there is a reasonable possibility
of eventual control of the risk in the community: 
s. 753.1(1).
(2) Johnson and the “Johnson Error”
[22] The two regimes must be considered together.
At the time of the sentencing judge’s decision, the
version of s. 753 in force was the same as the one
interpreted by this Court in Johnson. The Court
held that if a sentencing judge is satisfied that the
long‑term offender provisions are sufficient to re­
duce the risk to the life, safety or physical or mental
well‑being of other persons to an acceptable level,
the judge “cannot properly declare an offender
dangerous and thereupon impose an indetermin­
ate sentence, even if all of the statutory criteria
have been satisfied”: Johnson, at para. 40. Failure
to consider these options became known as the
“Johnson error”. There is no dispute between the
par­ties that the sentencing judge made it in this
case and it has not been suggested that the 2008
amendments to the provisions (S.C. 2008, c. 6) af­
fect that conclusion in this case.
(3) Dangerous Offender Appeals
[23] A person who has been found to be a dan­
ger­ous offender may appeal to the court of appeal
on any ground of law or fact or mixed law and fact: 
s. 759(1). The appellate court has the statutory power
to dismiss the appeal or to allow it. If the court al­
lows the appeal, it may find that the offender is not
[2014] 2 S.C.R.
[21] Les dispositions sur les délinquants à con­trô­
ler permettent à la cour d’infliger une peine pour
l’infraction dont le délinquant a été déclaré coupa­
ble et d’ordonner que ce dernier soit soumis à une
surveillance de longue durée pour une période maxi­
male de 10 ans : par. 753.1(3). Avant de rendre une
ordon­nance déclarant que le délinquant est un délin­
quant à contrôler, le tribunal doit être convaincu qu’il
y a lieu de lui infliger une peine mini­male d’empri­
son­nement de deux ans pour l’infraction dont il a
été déclaré coupable, qu’il pré­sente un ris­que élevé
de récidive et qu’il existe une pos­si­bi­lité réelle que
ce risque puisse être maîtrisé au sein de la collec­ti­
vité : par. 753.1(1).
(2) Johnson et l’« erreur Johnson »
[22] Les deux régimes doivent être examinés
conjoin­te­ment. La version de l’art. 753 qui était en
vigueur au moment où le juge chargé de prononcer
la peine a rendu sa décision était la même que celle
qui a été interprétée par la Cour dans Johnson. La
Cour y avait conclu que le juge qui est convaincu
que les dispositions applicables aux délinquants à
con­trôler permettent d’abaisser à un niveau accep­
table le ris­que pour la vie, la sécurité ou le bien-être
phy­si­que ou mental de qui que ce soit « ne peut à
bon droit décla­rer qu’un délinquant est un délin­
quant dan­ge­reux et lui infliger de ce fait une peine
de déten­tion d’une durée indéterminée, même lors­
que sont réunies tou­tes les conditions légales pour
le faire » : Johnson, par. 40. Le fait de ne pas exa­
mi­ner ces options cons­titue ce qu’on a appelé
l’« erreur Johnson ». Les par­ties ne con­testent pas
que le juge qui a prononcé la peine a com­mis une
telle erreur en l’espèce et elles n’ont pas laissé
enten­dre que les modifications légis­latives de 2008
(L.C. 2008, ch. 6) changeaient quoi que ce soit à
cette con­clusion dans la présente affaire.
(3) Appel interjeté par le délinquant dangereux
[23] Le délinquant déclaré délinquant dange­
reux peut interjeter appel à la cour d’appel sur toute
ques­tion de droit ou de fait ou toute question mixte
de droit et de fait : par. 759(1). La cour d’appel a le
pou­voir légal de rejeter l’appel ou d’y faire droit.
Si elle admet l’appel, elle peut soit déclarer que le
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
sipos
Le juge Cromwell
435
a dangerous offender or a long‑term offender, make
an order that the trial court could make or order
a new hearing: s. 759(3)(a). There is no explicit ref­
er­ence to appellate review of the fitness of the desig­
nation. This Court has determined that appel­late
review is concerned with legal errors and whether
the dangerous offender designation was rea­son­
able: R. v. Currie, [1997] 2 S.C.R. 260, at para. 33.
délinquant n’est pas un délinquant dangereux ou un
délinquant à contrôler, ou rendre une ordonnance
qu’aurait pu rendre le tribunal de première instance,
soit ordonner la tenue d’une nouvelle audience : 
al. 759(3)a). On ne prévoit pas expressément le
con­trôle en appel de l’opportunité de la déclaration.
Selon la Cour, le contrôle en appel porte sur les
erreurs de droit et vise à déterminer si la déclara­
tion de délinquant dangereux était raisonnable : R.
c. Currie, [1997] 2 R.C.S. 260, par. 33.
[24] Consistent with this broad understanding of
the appellate court’s review of the sentence, this
Court in Johnson interpreted the power to dismiss
an appeal as including the power to do so even in
the face of a legal error, provided that the error oc­
casioned no substantial wrong or miscarriage of
justice. The Court emphasized, however, that this
will be so “in only the rarest of circumstances, if
any”: para. 50. For the court to exercise this cura­
tive power, the Crown must show that there is “no
reasonable possibility that the verdict would have
been any different had the error of law not been
made”: para. 49.
[24] Conformément à cette conception large du
pouvoir de contrôle en appel de la sentence, la Cour
dans Johnson a interprété le pouvoir de rejeter
l’appel comme comportant celui de le faire même
en présence d’une erreur de droit, dans la mesure
où l’erreur n’a donné lieu à aucun tort important ni
à aucune erreur judiciaire grave. La Cour a toute­
fois souligné que cela « arrivera rarement, sinon
jamais » : par. 50. Pour que le tribunal puisse exer­
cer ce pouvoir réparateur, le ministère public doit
établir « l’absence d’une possibilité raisonnable que
le verdict eût été différent si l’erreur de droit n’avait
pas été commise » : par. 49.
[25] It is worth pausing here to contrast appellate
review of a dangerous offender designation with
that of what I will refer to as “regular” sentence ap­
peals. In indictable matters, the offender may ap­
peal the sentence passed by the trial court unless the
sentence is one fixed by law: s. 675(1)(b). On the
appeal, the court of appeal is to “consider the fitness
of the sentence” and may “on such evidence, if any,
as it thinks fit to require or to receive”, vary the sen­
tence or dismiss the appeal: s. 687(1). This al­lows
for appellate review for error in principle and for
whether the sentence is demonstrably unfit or mani­
festly wrong. This is a highly deferential standard
of review. As Lamer C.J. put it in R. v. M. (C.A.),
[1996] 1 S.C.R. 500, at para. 90:
[25] Il convient ici de bien différencier le con­trôle
en appel d’une déclaration de délinquant dan­ge­
reux de ce que j’appellerai l’appel « normal » d’une
sentence. Dans les procédures sur acte d’accusa­tion,
le délinquant peut interjeter appel de la sen­tence
rendue par le tribunal de première instance à moins
qu’elle ne soit de celles que fixe la loi : al. 675(1)b).
La cour saisie de l’appel doit « consi­d[érer] [. . .]
la justesse de la sentence » et peut « d’après la
preuve, le cas échéant, qu’elle croit utile d’exiger
ou de recevoir », modifier la sentence ou reje­ter
l’appel : par. 687(1). Cela permet le con­trôle en appel
d’une erreur de principe et de la ques­tion de savoir
si la peine n’est manifestement pas indi­quée ou est
manifestement erronée. Il s’agit là d’une norme de
contrôle commandant une très grande défé­rence.
Comme l’a affirmé le juge en chef Lamer dans R. c.
M. (C.A.), [1996] 1 R.C.S. 500, par. 90 :
. . . absent an error in principle, failure to consider a
relevant factor, or an overemphasis of the appropriate
fac­tors, a court of appeal should only intervene to vary a
. . . sauf erreur de principe, omission de prendre en
considération un facteur pertinent ou insistance trop
grande sur les facteurs appropriés, une cour d’appel
436
r.
v.
sipos
Cromwell J.
[2014] 2 S.C.R.
sentence imposed at trial if the sentence is demonstrably
unfit.
ne devrait intervenir pour modifier la peine infligée au
procès que si elle n’est manifestement pas indiquée.
(See also R. v. Shropshire, [1995] 4 S.C.R. 227, at
paras. 45‑50; R. v. McDonnell, [1997] 1 S.C.R. 948,
at paras. 14‑17.)
(Voir aussi R. c. Shropshire, [1995] 4 R.C.S. 227,
par. 45‑50; R. c. McDonnell, [1997] 1 R.C.S. 948,
par. 14‑17.)
[26] The Court in Currie held that appellate re­
view of a dangerous offender designation is some­
what more robust. Nonetheless, this does not call for
a completely fresh look on appeal at the designation
(or as lawyers say, a de novo assessment). The ap­
pel­late court must give some deference to the find­
ings of the sentencing judge: Currie, at para. 33.
[26] La Cour, dans Currie, a conclu que le con­
trôle en appel d’une déclaration de délinquant dan­
gereux est un peu plus vigoureux. Toutefois, cela
n’exige pas de la cour saisie de l’appel qu’elle pose
un regard entièrement neuf sur la déclaration (ou,
comme le disent les avocats, qu’elle procède à un
examen de novo). Elle doit plutôt faire preuve d’une
certaine retenue envers les conclusions du juge qui
a statué sur la peine : Currie, par. 33.
[27] Unlike dangerous offender appeals, there is
no curative power on “regular” sentence appeals and
the predominant view is that there is no authority
in the court of appeal to remit the matter to the trial
judge for a new sentencing hearing. On a regular
sentence appeal, the appellate court’s role is to
de­termine the legality and fitness of the sentence
imposed at trial. If the court of appeal finds that
there are grounds requiring its intervention, it im­
poses a fit sentence in what amounts to a new sen­
tencing hearing: Criminal Code, s. 687.
[27] La cour saisie d’un appel « nor­mal » de
sentence — par opposition à l’appel interjeté à
l’égard d’une déclaration de délinquant dangereux
— ne dispose d’aucun pouvoir réparateur, et n’est
pas, selon la position prédominante, autorisée à
renvoyer l’affaire au juge du procès pour que celui
ci tienne une nouvelle audience de détermination
de la peine. Dans un appel normal de sentence, le
rôle de la cour d’appel consiste à juger de la légalité
et de la justesse de la peine infligée au procès. Si
la cour d’appel conclut que son intervention est
justifiée, elle inflige une peine juste dans ce qui
équi­vaut à une nouvelle audience de détermination
de la peine : Code criminel, art. 687.
(4) Fresh Evidence on Sentence Appeals
(4) Nouveaux éléments de preuve lors d’un
appel de sentence
[28] On sentence appeals in indictable offences,
the court may consider “such evidence, if any, as
it thinks fit to require or to receive”: s. 687(1).
There is no parallel provision in relation to appeals
of dangerous offender designations. However, on
those appeals, the court of appeal may admit fresh
evidence when it is in the interests of justice to do
so: s. 759(7) and s. 683(1).
[28] Dans les appels de sentences infligées à
l’égard de la perpétration d’actes criminels, la cour
peut examiner « la preuve, le cas échéant, qu’elle
croit utile d’exiger ou de recevoir » : par. 687(1). Il
n’existe pas de disposition analogue pour les appels
relatifs aux déclarations de délinquant dange­reux.
Cependant, dans de tels cas, la cour d’appel peut
admettre une nouvelle preuve lorsqu’il est dans
l’intérêt de la justice de le faire : par. 759(7) et
683(1).
[29] The Court established in R. v. Lévesque,
2000 SCC 47, [2000] 2 S.C.R. 487, that while the
[29] La Cour a établi dans R. c. Lévesque, 2000
CSC 47, [2000] 2 R.C.S. 487, que, bien que les
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
sipos
Le juge Cromwell
437
sources and types of new evidence are more flex­
ible in relation to sentence appeals, the well‑known
“Palmer” test governs admissibility of fresh evi­
dence. That test, as is well known, sets out four
cri­teria concerned with due diligence, relevance,
credibility and impact on the result: Palmer v. The
Queen, [1980] 1 S.C.R. 759, at p. 775. Generally,
fresh evidence should not be received if it could
have been obtained at trial by exercising due dili­
gence, although this criterion is not strictly applied
in criminal matters when it would be contrary to the
interests of justice to do so. The evidence must be
relevant in the sense that it relates to a poten­tially
decisive issue and reasonably worthy of belief.
Finally, the evidence, if accepted, must rea­sonably
be expected to have affected the result when con­
sidered along with the trial evidence. As Charron J.
explained in R. v. Angelillo, 2006 SCC 55, [2006] 2
S.C.R. 728, at para. 15:
sour­ces et les genres de preuves soient assouplis
lorsque l’appel concerne la sentence, l’admissibilité
d’une nouvelle preuve est régie par le test bien
connu de l’arrêt Palmer. Cet arrêt, comme on le
sait, énonce quatre critères portant sur la dili­gence
raisonnable, la pertinence, la crédibilité et l’inci­
dence sur le résultat : Palmer c. La Reine, [1980]
1 R.C.S. 759, p. 775. On ne devrait généralement
pas admettre un nouvel élément de preuve qui,
avec diligence raisonnable, aurait pu être obtenu en
première instance — ce critère n’étant toute­fois
pas appliqué de manière stricte dans les affaires
criminelles lorsqu’il serait contraire à l’intérêt de
la justice de le faire. La preuve doit être pertinente,
en ce sens qu’elle doit porter sur une question poten­
tiellement décisive et qu’on peut raisonna­blement y
ajouter foi. Enfin, la preuve doit être telle que, si
on l’accepte, on peut raisonnablement penser que,
considérée avec les éléments produits en première
instance, elle aurait influé sur le résultat. Comme l’a
expliqué la juge Charron dans R. c. Angelillo, 2006
CSC 55, [2006] 2 R.C.S. 728, par. 15 :
In accordance with the last three of the Palmer criteria,
an appellate court can therefore admit evidence only if
it is relevant and credible and if it could reasonably be
expected to have affected the result had it been adduced
at trial together with the other evidence. [Emphasis
added.]
Conformément aux trois derniers critères de l’arrêt
Palmer, une cour d’appel ne peut donc admettre que des
éléments de preuve qui sont pertinents, plausibles et dont
on peut raisonnablement penser qu’ils auraient influé sur
le résultat s’ils avaient été produits en première instance
avec les autres éléments de preuve. [Je souligne.]
[30] Fresh evidence addressing events that have
occurred between the time of sentencing and the
time of the appeal may raise difficult issues which
bring competing values into sharp relief. On one
hand, we must recognize, as Doherty J.A. put it in R.
v. Hamilton (2004), 72 O.R. (3d) 1, at para. 166, that
“[a]ppeals take time. Lives go on. Things change.
These human realities cannot be ignored when the
Court of Appeal is called upon to impose senten­
ces well after the event.” However, we must equally
pay attention to the institutional limitations of
appellate courts and the important value of finality.
Routinely deciding sentence appeals on the basis of
after‑the‑fact developments could both jeopardize
the integrity of the criminal process by undermining
its finality and surpass the appropriate bounds of
[30] L’introduction de nouveaux éléments de
preuve portant sur des événements survenus entre
le prononcé de la peine et l’appel peut soulever des
problèmes complexes mettant clairement en évi­
dence des valeurs opposées. D’une part, nous devons
reconnaître, pour reprendre les termes du juge
Doherty dans R. c. Hamilton (2004), 72 O.R. (3d)
1, par. 166, que [traduction] « [l]es appels pren­
nent un certain temps. La vie continue. Les choses
changent. La Cour d’appel ne peut faire abstraction
de ces réalités humaines lorsqu’elle est appelée à
infliger une peine bien après le fait. » Cependant,
nous devons également tenir compte des limites
institutionnelles des cours d’appel et de la valeur
importante du caractère définitif des décisions.
Trancher régulièrement des appels de sentence sur
438
r.
v.
sipos
Cromwell J.
[2014] 2 S.C.R.
appellate review: Lévesque, at para. 20; R. v. Smith
(2005), 376 A.R. 389 (C.A.), at paras. 21‑25.
le fondement d’événements survenus après le fait
pourrait à la fois menacer l’intégrité du processus
criminel — en compromettant son caractère défi­
nitif — et outrepasser les limites appropriées du
con­trôle en appel : Lévesque, par. 20; R. c. Smith
(2005), 376 A.R. 389 (C.A.), par. 21‑25.
[31] Given the almost infinite variety of circum­
stances that may arise, it is neither desirable nor
pos­sible to formulate any hard and fast, detailed
rules about the sorts of after‑the‑fact evidence that
should or should not be considered in all cases. The
abundant appellate jurisprudence cannot be reduced
to a tidy set of rules, but rather reflects the courts’
attempts to balance these at times competing values
in light of particular and widely varying sets of cir­
cum­stances:  see, e.g., R. v. Riley (1996), 150 N.S.R.
(2d) 390 (C.A.); R. v. Faid (1984), 52 A.R. 338 (C.A.);
R. v. Jimmie, 2009 BCCA 215, 270 B.C.A.C. 301;
R. v. Halliday, 2012 ONCA 351 (CanLII); and gen­
erally, C. C. Ruby, G. J. Chan and N. R. Hasan, Sen­
tencing (8th ed. 2012), at §§ 4.49 ff.; R. v. N.A.S.,
2007 MBCA 97, 220 Man. R. (2d) 43; R. v. Martin,
2012 QCCA 2223 (CanLII). At the level of princi­
ple, the approach set out in Lévesque and Angelillo
strikes the balance between the competing values
and, when applied thoughtfully to the particular cir­
cumstances before the court, provides sufficient flex­
ibility to ensure that the appellate process is both
responsive to the demands of justice and re­spect­ful
of the proper limits of appellate review.
[31] Vu la diversité presque infinie des situations
susceptibles de survenir, il n’est ni souhaitable ni
possible de formuler des règles absolues ou détail­
lées quant aux types d’éléments de preuve relatifs à
des événements survenus après le fait qui devraient
ou ne devraient pas être pris en considération dans
tous les cas. La jurisprudence abondante des cours
d’appel ne saurait être réduite à un ensemble ordonné
de règles, mais montre plutôt qu’elles ont essayé
de mettre en balance des valeurs parfois oppo­sées
à la lumière de circonstances particulières et très
variées : voir, p. ex., R. c. Riley (1996) 150 N.S.R. (2d)
390 (C.A.); R. c. Faid (1984), 52 A.R. 338 (C.A.); R.
c. Jimmie, 2009 BCCA 215, 270 B.C.A.C. 301; R.
c. Halliday, 2012 ONCA 351 (CanLII); et, de façon
générale, C. C. Ruby, G. J. Chan et N. R. Hasan, Sen­
tencing (8e éd. 2012), §§ 4.49 et suiv.; R. c. N.A.S.,
2007 MBCA 97, 220 Man. R. (2d) 43; R. c. Martin,
2012 QCCA 2223 (CanLII). Sur le plan des princi­
pes, l’approche énoncée dans Lévesque et Angelillo
établit un équilibre entre ces valeurs opposées et,
lorsqu’on l’applique judicieusement aux circon­s­
tan­ces particulières soumises aux tribunaux, elle
est suffisamment souple pour faire en sorte que le
processus d’appel réponde aux exigences de la jus­
tice tout en respectant les limites auxquelles doit
être assujetti le contrôle en appel.
[32] With this legal framework in mind, I now
return to the issues raised on appeal by Mr. Sipos.
[32] En tenant compte de ce cadre juridique, je
reviens maintenant aux questions soulevées par
M. Sipos dans le présent pourvoi.
B. Did the Court of Appeal Err by Using Its Cura­
tive Powers?
B. La Cour d’appel a-t-elle commis une erreur
dans l’utilisation de ses pouvoirs réparateurs?
[33] The appellant’s basic point is that the Court
of Appeal’s error was to limit the application of
its curative power by asking whether there was a
reasonable possibility that the result at the original
hearing would have been different but for the
legal error. Instead, the appellant submits that the
[33] L’appelant soutient essentiellement que la
Cour d’appel a commis une erreur lorsqu’elle a
limité l’application de son pouvoir réparateur en se
demandant s’il y avait une possibilité raisonnable
que l’audience initiale eût abouti à un résultat diffé­
rent si l’erreur de droit n’avait pas été commise.
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
sipos
Le juge Cromwell
439
Court of Appeal ought to have followed what he
says is the usual practice on sentence appeals of
considering what would be a fit sentence at the time
of the appeal: A.F., at paras. 16‑17. This position, in
my respectful view, is fundamentally flawed.
L’appel­ant fait valoir que la Cour d’appel aurait
plutôt dû suivre la pratique — selon lui habituelle
en matière d’appels de sentence — consistant à se
demander ce qui constituerait une peine juste au
moment de l’appel : m.a., par. 16‑17. Ce point de
vue est, à mon humble avis, fondamentalement
vicié.
[34] The appellant’s submission in my view con­
fuses appellate review for legal error with appel­late
review for the reasonableness of the designation.
Whether the curative power should be exercised is
part of appellate review for legal error. The question
essentially involves considering what impact, if any,
the legal error had on the outcome. In considering
that question, fresh evidence generally has little role
to play. On the other hand, whether the designation
is reasonable is a more searching form of appellate
review and fresh evidence that meets the Palmer
criterion potentially has a greater role to play in that
context.
[34] Selon moi, l’argument de l’appelant con­fond
le contrôle en appel d’une erreur de droit et celui
portant sur le caractère raisonnable d’une décla­
ration de délinquant dangereux. L’examen de la
question de savoir si le pouvoir réparateur devrait
être exercé fait partie du contrôle en appel d’une
erreur de droit. Il faut alors essentiellement se
deman­der quel effet, s’il en est, cette erreur a eu sur
l’issue du procès. Les nouveaux éléments de preuve
jouent généralement un rôle négligeable à cet égard.
Cepen­dant, l’examen du caractère raisonnable de
la décla­ration de délinquant dangereux constitue
une forme plus poussée de contrôle en appel et les
nou­veaux éléments de preuve qui satisfont à ce cri­
tère de l’arrêt Palmer peuvent jouer un rôle plus
important dans un tel contexte.
(1) The Curative Power and Fresh Evidence
(1) Pouvoir réparateur et nouveaux éléments de
preuve
[35] In dangerous offender appeals, the appellate
court may use its curative power to dismiss an ap­
peal even though there was a legal error at first in­
stance. This power may be used only where the
legal error was “harmless” in the sense that there is
no reasonable possibility that the result would have
been different had the error not been made. It
follows that a legal error does not necessarily re­
quire reconsideration of the sentence. The appel­
late court must consider whether the error had any
impact on the result. But there is a heavy onus on
the Crown: it must show that there is no reasonable
possibility that the result would have been different
had the error not been made.
[35] La cour d’appel peut utiliser son pouvoir
répa­rateur pour rejeter l’appel interjeté à l’égard
d’une décla­ration de délinquant dangereux même
s’il y a eu une erreur de droit en première instance.
Ce pou­voir ne peut être utilisé que si cette erreur
était « inoffensive », en ce sens qu’il n’y a aucune
pos­si­bi­lité raisonnable que le résultat eût été dif­fé­
rent si l’erreur n’avait pas été commise. Une erreur
de droit n’exige donc pas nécessairement un réexa­
men de la sentence. La cour d’appel doit se deman­
der si l’erreur a eu une incidence sur le résul­tat.
Un lourd far­deau incombe toutefois au minis­tère
public, soit celui d’établir qu’il n’y a aucune pos­si­
bi­lité rai­son­na­ble que le résultat eût été dif­fé­rent si
l’erreur n’avait pas été commise.
[36] This exercise is necessarily focused on the re­
cord before the sentencing judge because the ques­
tion concerns what that judge might have done had
he or she applied correct legal principles. Of course,
[36] Cet exercice est nécessairement axé sur le
dossier dont était saisi le juge ayant prononcé la
sen­tence, car il s’agit de déterminer ce que celuici aurait fait s’il avait appliqué les bons principes
440
r.
v.
sipos
Cromwell J.
[2014] 2 S.C.R.
the appellate court must also consider whether the
judge’s legal error may have resulted in exclusion
of evidence that ought to have been admitted or
otherwise affected the state of the evidentiary re­
cord or the judge’s assessment of it: see, e.g., R. v.
Williamson, 2003 BCCA 673, 191 B.C.A.C. 208;
R. v. Ferguson (2005), 207 O.A.C. 380; R. v. B.J.M.,
2007 ONCA 221 (CanLII). In cases of that na­
ture, fresh evidence meeting the Palmer test might
be admitted so that the appellate court can properly
consider the impact of the error on the outcome.
But generally speaking, where proposed new evi­
dence has nothing to do with the possible impact of
the legal error on the sentencing judge’s decision,
it should not be considered in relation to the use of
the curative power. This is nothing more than ap­
pli­cation of the second Palmer criterion: that the
evidence be relevant in the sense that it bears upon
a decisive or potentially decisive issue relating to
the sentence. Evidence that is in no way linked to
the legal error made by the sentencing judge is not
relevant to the question of whether the curative
power should be used.
juri­di­ques. Bien entendu, la cour d’appel doit égale­
ment se demander si cette erreur de droit a pu entraî­
ner l’exclusion d’éléments de preuve qui auraient
dû être admis, ou pu par ailleurs influer sur l’état du
dos­sier de preuve ou l’appréciation de celui-ci par
le juge : voir, p. ex., R. c. Williamson, 2003 BCCA
673, 191 B.C.A.C. 208; R. c. Ferguson (2005), 207
O.A.C. 380; R. c. B.J.M., 2007 ONCA 221 (CanLII).
Dans de tels cas, les nouveaux éléments de preuve
qui satisfont aux critères de l’arrêt Palmer pour­
raient être admis pour que la cour d’appel puisse
dûment évaluer l’incidence de l’erreur sur le résul­
tat. Mais, règle générale, les nouveaux éléments de
preuve proposés qui n’ont rien à voir avec l’inci­
dence possible de l’erreur de droit sur la décision
ren­due par le juge chargé de déterminer la peine
ne devraient pas être pris en considération en lien
avec l’utilisation du pouvoir réparateur. Il s’agit sim­
ple­ment d’une application du deuxième critère de
l’arrêt Palmer selon lequel la preuve doit être perti­
nente, en ce sens qu’elle doit porter sur une question
décisive ou potentiellement décisive relativement à
la peine. Une preuve qui n’est aucunement liée à
l’erreur de droit commise par le juge ayant prononcé
la peine n’est pas pertinente quant à savoir si le pou­
voir réparateur devrait ou non être utilisé.
[37] In this respect, I differ from the view of the
Court of Appeal. It held that evidence of the of­
fender’s current rehabilitative prospects has a role
to play in connection with applying the proviso. In
my view, absent some connection between the fresh
evidence and the sentencing judge’s legal error, it
does not.
[37] À cet égard, je ne suis pas d’accord avec la
Cour d’appel. Selon elle, la preuve relative aux pers­
pectives actuelles de réadaptation du délin­quant a
un rôle à jouer en ce qui concerne l’application de la
disposition réparatrice. À mon avis, ce n’est pas le
cas lorsqu’il n’y a aucun lien entre les nouveaux élé­
ments de preuve et l’erreur de droit.
[38] In this case, the fresh evidence has nothing
to do with the impact of the legal error made by the
sentencing judge. There is no dispute that, on the re­
cord before the sentencing judge, the only realistic
option was a dangerous offender designation. There
is no suggestion that the judge’s failure to con­sider
a long‑term offender designation in any way af­
fected the evidentiary record before him or that he
might have weighed the evidence differently if he
had considered the long‑term offender option.
[38] En l’espèce, les nouveaux éléments de preuve
n’ont rien à voir avec l’incidence de l’erreur de droit
commise par le juge ayant prononcé la peine. Il
n’est pas contesté qu’eu égard au dossier dont dis­
po­sait celui-ci, la seule option réaliste consistait à
décla­rer l’appelant délinquant dangereux. Rien ne
donne à penser que le fait que le juge n’a pas envi­
sagé la possibilité d’une déclaration portant que
l’appelant est un délinquant à contrôler a eu quelque
incidence sur le dossier de preuve dont il dispo­sait
ou qu’il aurait pu évaluer la preuve différemment
s’il avait envisagé cette option.
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
sipos
Le juge Cromwell
441
[39] The appellant’s submission amounts to this: 
every legal error made by the sentencing judge re­
quires the appellate court to direct a new hearing if
there is any reasonable possibility that a different
sentence would now be imposed. This approach, in
my view, has two flaws. First, it loses entirely the
correct focus when exercising the curative power.
That focus is on the possible impact of the error
on the sentencing judge’s decision, not on the of­
fender’s current prospects for control in the com­
munity. Second, losing that focus in effect creates a
very low threshold for obtaining a new sentencing
hearing. This, in my respectful view, turns the legal
framework on its head. The appellate court would
no longer be assessing the possible impact of the
legal error on the result arrived at by the sentencing
judge, but would be using the error to trigger a com­
plete assessment of the current appropriateness of
the sentencing judge’s decision. In short, any legal
error, even though it could have had no conceivable
impact on the sentencing judge’s decision, would
require a new hearing unless the same result would
almost inevitably be reached now. This approach, if
adopted, would convert appellate review for legal
error into sentencing by instalment.
[39] L’argument de l’appelant se résume à ceci : 
toute erreur de droit commise par le juge chargé de
prononcer la peine oblige la cour d’appel à ordon­
ner la tenue d’une nouvelle audience s’il existe une
pos­sibilité raisonnable qu’une sentence différente
soit maintenant rendue. À mon avis, cette approche
comporte deux lacunes. Premièrement, elle perd
complètement de vue ce qui doit demeurer l’élément
central de l’exercice du pouvoir réparateur, à savoir
l’incidence possible de l’erreur sur la décision du
juge chargé de déterminer la peine, et non pas les
pers­pectives actuelles de contrôle du délinquant au
sein de la collectivité. Deuxièmement, en perdant
de vue cet élément, on crée dans les faits un critère
très peu exigeant pour l’obtention d’une nouvelle
audience de détermination de la peine. À mon hum­
ble avis, cela modifierait du tout au tout le cadre juri­
dique applicable. La cour d’appel n’évaluerait plus
l’incidence possible de l’erreur de droit sur le résul­
tat auquel est arrivé le juge ayant prononcé la peine,
mais utiliserait plutôt cette erreur pour déclencher
un examen complet de l’opportunité actuelle de la
décision rendue par le juge. En bref, toute erreur
de droit — même si elle n’avait aucune inci­dence
possible sur la décision rendue — exige­rait la tenue
d’une nouvelle audience, à moins que le même
résul­tat ne soit presque inévitablement le même
aujourd’hui. Adopter une telle approche trans­for­
merait le contrôle en appel des erreurs de droit en
détermination par étapes de la peine.
[40] The issue for the appellate court is not, as the
appellant contends, what the outcome might con­
ceivably be today. Rather, the issue is whether the
past decision would have been the same not­
withstanding the error: R.F., at para. 51. I respect­
fully agree with Doherty J.A., writing for the Court
of Ap­peal in this case, that on the appellant’s pro­
posed ap­proach,
[40] La question soumise à la cour d’appel n’est
pas, comme le soutient l’appelant, de savoir ce que
pourrait être l’issue du procès aujourd’hui. Il s’agit
plutôt de déterminer si la décision rendue aurait été
la même, n’eût été l’erreur : m.i., par. 51. J’abonde
dans le sens du juge Doherty, s’exprimant au nom
de la Cour d’appel en l’espèce, lorsqu’il déclare
que, suivant l’approche que propose l’appelant,
the claim is not that the appellant was wrongly sentenced
to an indefinite period of incarceration because the trial
judge made a legal error, but that because the judge
made a legal error the appellant should have his status
reassessed as of the time of the appeal.
[traduction] [celui-ci] ne prétend pas avoir été con­
damné à tort à une peine de détention pour une période
indéterminée en raison d’une erreur de droit commise par
le juge du procès, mais soutient plutôt que cette erreur lui
donne droit à une réévaluation de son statut au moment
de l’appel.
442
r.
v.
sipos
[2014] 2 S.C.R.
Cromwell J.
. . .
. . .
. . . Where an offender’s real claim is that he has
progressed to the point that his status should be re­
assessed, an appeal from the original decision is not the
appropriate mechanism by which to achieve that new
assessment. [paras. 20 and 23]
. . . Lorsque la prétention véritable du délinquant
est qu’il s’est amélioré au point d’avoir droit à une
réévaluation de son statut, un appel de la décision initiale
ne constitue pas le mécanisme auquel celui-ci doit recou­
rir pour obtenir cette nouvelle évaluation. [par. 20 et 23]
C. Should the Dangerous Offender Designation
Nonetheless Be Set Aside?
C. La déclaration de délinquant dangereux devrait
elle néanmoins être annulée?
[41] As I have explained, my view is that the Court
of Appeal took too expansive a view of the role of
fresh evidence in relation to exercising the court’s
curative power. As I see it, there is no role for the
fresh evidence in relation to the curative power in
this appeal; the only remaining question is whether
the dangerous offender designation should be set
aside because it is unreasonable. This, in my re­
spect­ful view, is the better lens through which to
consider whether the Court of Appeal erred in its
ultimate conclusion that the appeal should be dis­
missed. In my view, it did not.
[41] Comme je l’ai expliqué, la Cour d’appel a
interprété trop largement le rôle joué par les nou­
veaux éléments de preuve en ce qui concerne
l’exer­cice de son pouvoir réparateur. À mon avis,
les nouveaux éléments de preuve n’ont aucun rôle à
jouer à cet égard en l’espèce. Il ne reste alors qu’à
déter­miner si la déclaration de délinquant dange­
reux devrait être annu­lée parce qu’elle serait dérai­
son­nable. C’est sous cet angle, à mon avis, qu’il
convient de se deman­der si la Cour d’appel a com­
mis une erreur dans sa con­clu­sion finale selon
laquelle l’appel devait être rejeté. À mon avis, elle
n’a pas commis d’erreur.
[42] The offender may appeal a dangerous of­
fender designation on the basis that it is unreason­
able: Currie. There is thus potentially a wider role
for fresh evidence in relation to appellate review on
this basis than there is when the appellate court is
considering whether or not a legal error was harm­
less. While the new evidence must satisfy the Palmer
criteria, the appellate court may review the sen­
tence in light of the whole record, including any
admissible fresh evidence. However, in the case
of review on this basis, the onus is on the offender.
[42] Le délinquant peut interjeter appel d’une
déclaration portant qu’il est un délinquant dange­
reux au motif que cette décision est déraisonnable : 
Currie. Les nouveaux éléments de preuve ont donc
peut être un rôle plus important à jouer lorsque la
cour d’appel effectue un contrôle sur ce fondement
que lorsqu’elle est appelée à se demander si une
erreur de droit est ou non inoffensive. Bien que
les nouveaux éléments de preuve doivent satisfaire
aux critères de l’arrêt Palmer, la cour d’appel peut
examiner la peine au regard de l’ensemble du dos­
sier, notamment de tout nouvel élément de preuve
admissible. Le fardeau de la preuve incombe tou­
tefois au délinquant lors d’un contrôle effectué sur
ce fondement.
[43] In dangerous offender appeals, the appellate
courts are frequently confronted, as we are in this
appeal, with evidence about the offender’s rehabili­
tation efforts and prospects long after the initial
sentencing. While the Lévesque/Angelillo test sets
out the applicable legal framework for admitting
this sort of evidence, appellate courts generally take
a very cautious approach to intervening solely on the
[43] Dans un appel interjeté à l’égard d’une décla­
ration de délinquant dangereux, la cour d’appel
est souvent saisie longtemps après le prononcé de
la sentence initiale — comme nous le sommes en
l’espèce — d’éléments de preuve relatifs aux efforts
et aux perspectives de réadaptation du délin­quant.
Bien que le test des arrêts Lévesque et Angelillo
établisse le cadre juridique applicable à l’admission
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
sipos
Le juge Cromwell
443
basis of evidence of this nature: see, e.g., R. v. T.L.,
2008 ONCA 766 (CanLII); R. v. Mason (2001), 147
O.A.C. 388; Halliday; R. v. Henry, 2002 BCCA 575,
174 B.C.A.C. 238; Jimmie. Appellate courts have
also recognized that in a proper case, in which the
evidence is sufficiently compelling, they may inter­
vene on the basis of after‑the‑fact evidence: see, e.g.,
Halliday, at para. 17; R. v. Armistead, 2003 BCCA
699, 192 B.C.A.C. 227. However, evidence about
the offender’s post‑sentencing rehabilitative ef­
forts and prospects will only exceptionally meet
the Lévesque/Angelillo test. Those developments
are generally speaking matters for the correctional
au­thorities to consider in the course of administering
the offender’s indeterminate sentence.
de ce type d’éléments de preuve, les cours d’appel
adoptent généralement une approche très prudente
lorsqu’elles sont appelées à intervenir sur le seul
fondement d’éléments de preuve de cette nature : 
voir, p. ex., R. c. T.L., 2008 ONCA 766 (CanLII); R.
c. Mason (2001), 147 O.A.C. 388; Halliday; R. c.
Henry, 2002 BCCA 575, 174 B.C.A.C. 238; Jimmie.
Les cours d’appel ont également reconnu que, dans
certains cas où la preuve est suffisamment convain­
cante, elles peuvent intervenir sur le fondement
d’éléments de preuve relatifs à des événements
survenus après le fait : voir, p. ex., Halliday, par. 17;
R. c. Armistead, 2003 BCCA 699, 192 B.C.A.C. 227.
Toutefois, les éléments de preuve relatifs aux efforts
et aux perspectives de réadaptation du délinquant
après le prononcé de la sentence ne satisferont au
critère des arrêts Lévesque et Angelillo que dans des
cas exceptionnels. Ces faits nouveaux relèvent en
général des autorités correctionnelles dans l’admi­
nistration de la peine d’emprisonnement d’une
durée indéterminée infligée au délinquant.
[44] While fresh evidence has a potentially larger
role to play in this context, the focus is still to a de­
gree retrospective. The focus is on the impact of the
new evidence on the sentencing proceeding, viewed
in the context of the whole record.
[44] Bien que les nouveaux éléments de preuve
puis­sent avoir un rôle plus important à jouer dans
ce contexte, l’examen demeure dans une certaine
mesure rétrospectif. L’accent est mis sur l’inci­
dence de la nouvelle preuve sur la procédure de
détermination de la peine, eu égard à l’ensemble du
dossier.
[45] Mr. Sipos highlights that the thrust of the
sentencing judge’s reasons was that “[the latter]
was unpersuaded on the record before him that [he]
would ever be a suitable candidate for release even
if a very long determinate sentence were im­posed”: 
A.F., at para. 38 (emphasis in original). Mr. Sipos
refers to the sentencing judge’s conclusion that there
was “no hard evidence . . . supporting the probabil­
ity of a cure” during any determinate sentence
that could be imposed: ibid., citing the sentencing
judge’s reasons, at para. 200. The sentencing judge
based this conclusion on the findings that the appel­
lant refused drug therapy and that any positive com­
ments on rehabilitation prospects were “islands of
optimism in a sea of pathology”: sentencing judge’s
reasons, at para. 201. Mr. Sipos submits that the
new evidence from Dr. McMaster shows that the
[45] M. Sipos souligne que, selon ce qui ressort
essentiellement des motifs du juge chargé de déter­
mi­ner la peine, celui-ci [traduction] « n’était pas
convaincu, au vu du dossier soumis, qu’[il] serait
un jour apte à être remis en liberté, même si une très
longue peine de détention d’une durée déterminée
lui était infligée » : m.a., par. 38 (souligné dans
l’ori­ginal). Il reprend la conclusion du juge selon
laquelle il n’y avait « aucune preuve tangible [. . .]
étayant la probabilité d’une guérison » pendant la
durée d’une peine d’incarcération pour une période
déter­minée  :  ibid., citant les motifs du juge ayant
statué sur la peine, par. 200. Le juge s’est appuyé
à cet égard sur la conclusion selon laquelle l’appe­
lant avait refusé la pharmacothérapie et sur celle
por­tant que les commentaires positifs quant à ses
perspectives de réadaptation n’étaient que des « îlots
444
r.
v.
sipos
Cromwell J.
[2014] 2 S.C.R.
assessment at the time of the original sentencing
hearing was unduly pessimistic.
d’optimisme dans un océan de comportements
pathologiques » : motifs du juge ayant statué sur la
peine, par. 201. Or, selon M. Sipos, les nouveaux
éléments de preuve produits par le Dr McMaster
illustrent que l’évaluation effectuée au moment de
l’audience initiale de détermination de la peine était
indûment pessimiste.
[46] As the appellant’s case rests on Dr. McMaster’s report, it is useful to summarize its
key elements and conclusions. Dr. McMaster pro­
duced a comprehensive report in 2010 assess­
ing Mr. Sipos’ psychiatric status. He was asked
“whether Mr. Sipos present[ed] with a substantial
risk of re‑offence [as of 2010] and if there [was]
a reasonable possibility of eventual control of that
risk in the community”. Dr. McMaster concluded
that Mr. Sipos “continue[d] to meet the standard for
being found a dangerous offender (D.O.)”.
[46] Comme la thèse de l’appelant repose sur
le rapport du Dr McMaster, il convient d’en résu­
mer les éléments et les conclusions clés. En 2010,
le Dr McMaster a produit un rapport exhaustif sur
l’état psychiatrique de M. Sipos. On lui a demandé
[traduction] « si M. Sipos présent[ait] un risque
élevé de récidive [en 2010] et s’il y a[vait] une pos­
sibilité raisonnable que ce risque puisse être maî­
trisé au sein de la collectivité ». Le Dr McMaster
a conclu que M. Sipos « satisfai[sait] toujours à
la norme applicable pour être déclaré délinquant
dangereux (D.D.) ».
[47] Dr. McMaster noted that some factors, which
he reviewed in detail, suggested that Mr. Sipos was
“now suitable for gradual release and reintegration
into the community”. These factors included “his
increased age, his successful treatment at sex of­
fender and other groups, [his] successful treatment
with sex drive reducing medication, and his plans
which will assist him in adjusting to living in the
community”. Dr. McMaster noted, however, that
it was “unclear” whether Mr. Sipos’ success in sex
offender groups and lower risk would result in no
recidivism in the “real world practical sense” and
that any reintegration into the community should be
undertaken in a “slow and step‑wise fashion” us­
ing “extremely close monitoring and structure”. He
concluded that from a psychiatric perspective he
would not consider Mr. Sipos to be an assumable
risk for the community until approximately the
age of 60 with a further period of 10 years under
a long‑term supervision order “for safe measure”.
In other words, Dr. McMaster thought there was
a reasonable possibility of eventual control of the
risk in the community if Mr. Sipos were released
from incarceration in about 2016 and was subject to
the maximum 10‑year long‑term supervision order.
This opinion was subject to many qualifications
in relation to such matters as whether Mr. Sipos’
advancing age would in fact reduce the risk;
[47] Le Dr McMaster a souligné que selon certains
facteurs, qu’il avait examinés en détail, M. Sipos
[traduction] « était maintenant apte à être progres­
si­vement remis en liberté et réinséré dans la collec­
tivité ». Ces facteurs comprenaient « son âge plus
avancé, le succès de son traitement dans les groupes
de délinquants sexuels et autres, le succès de son
trai­tement à l’aide de médicaments destinés à
réduire la pulsion sexuelle, et ses plans en vue de
faci­li­ter son adaptation à la vie dans la collectivité ».
Le Dr McMaster a toutefois souligné qu’il n’était
« pas clair » que la réussite de M. Sipos dans les
grou­pes de délinquants sexuels et la diminution du
ris­que qu’il posait se traduiraient « concrètement »
par une absence de récidive, et qu’une réinsertion
dans la collectivité devait donc se faire « lentement
et progressivement » par la mise en place « d’une
sur­veillance serrée et d’une structure étroitement
coordonnée ». D’un point de vue psychiatrique,
M. Sipos ne présenterait pas, selon lui, un risque
maîtrisable au sein de la collectivité avant d’avoir
atteint approximativement l’âge de 60 ans et d’avoir
été assujetti — « par mesure de précaution » — à
une période de surveillance de longue durée de
10 ans. Autrement dit, le Dr McMaster était d’avis
qu’il y avait une possibilité raisonnable de con­
trôle du risque au sein de la collectivité si M. Sipos
était remis en liberté vers 2016 et était assujetti à
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
sipos
Le juge Cromwell
445
whether he would continue to take medication re­
ducing his sex drive; whether his motivation to en­
gage in treatment would be decreased if he were
released into the community and whether adequate
supervision was available in a community setting.
l’ordon­nance maximale de surveillance de longue
durée de 10 ans. Cette opinion comportait de nom­
breuses réser­ves en ce qui a trait notamment aux
questions de savoir si le vieillissement de M. Sipos
réduirait effec­tivement le risque, s’il continuerait
de pren­dre ses médicaments destinés à réduire
sa pulsion sexuelle, si sa motivation à suivre un
traitement dimi­nue­rait en cas de remise en liberté
dans la collec­ti­vité et s’il était possible d’assurer
une supervision adéquate dans la collectivité.
[48] This evidence shows that Mr. Sipos has made
commendable progress in recent years, progress
that was not foreseen at the time of his sentenc­ing
in 1998. However, Dr. McMaster’s report, viewed in
light of the full record before the sentencing judge,
falls considerably short of showing that the dan­ger­
ous offender designation was unreason­able. I agree
with Doherty J.A. that, placing ourselves in the po­
si­tion of the sentencing judge with the added in­for­
ma­tion from Dr. McMaster’s assessment, there is
no reasonable possibility that the result would have
been different. It follows that there is also insuffi­cient
evidence to show that the sentencing judge’s de­
cision, even had he had the benefit of Dr. McMaster’s
report, was unreasonable. As Doherty J.A. put it:
[48] Cette preuve montre que M. Sipos a fait des
progrès louables au cours des dernières années,
progrès qui n’avaient pas été prévus au moment de
la détermination de sa peine en 1998. Cependant,
examiné à la lumière de l’ensemble du dossier dont
disposait le juge chargé de déterminer la peine, le
rapport du Dr McMaster est loin d’établir que la
déclaration de délinquant dangereux était dérai­
sonnable. Je conviens avec le juge Doherty de la
Cour d’appel qu’il n’y a aucune possibilité raison­
nable que le résultat eût été différent si le juge
chargé de prononcer la peine avait été saisi de ce
com­plément d’information. La preuve est donc
égale­ment insuffisante pour établir que la décision
rendue par le juge ayant prononcé la peine était
dérai­sonnable, même si celui ci avait pu prendre
connaissance du rapport du Dr McMaster. Comme
le souligne le juge Doherty :
I do not think that Dr. McMaster’s risk assessment
casts any doubt on the trial judge’s assessment that as
of 1998, an indeterminate sentence was the appropriate
sentence. Despite the positive treatment developments,
Dr. McMaster still viewed the appellant’s potential re­
lease into the community as about six years distant. We
now know, with the benefit of hindsight, and accepting
Dr. McMaster’s opinion, that on a “best case” scenario,
the appellant’s potential for release into the community
was at least some 18 years away in 1998. [Emphasis
added; para. 34.]
[traduction] Je ne crois pas que l’évaluation du
risque menée par le Dr McMaster permette de douter de
la conclusion du juge de première instance selon laquelle
une peine d’incarcération d’une durée indéterminée cons­
tituait la sentence appropriée en 1998. Malgré l’évolution
positive du traitement, le Dr McMaster considérait néan­
moins que l’appelant ne devrait pas pouvoir être libéré
dans la collectivité avant environ six ans. Nous savons
maintenant, avec le recul, et si l’on accepte l’opinion du
Dr McMaster que, dans le « meilleur des cas », l’appelant
devait, en 1998, passer au moins 18 ans en détention
avant de pouvoir potentiellement être libéré dans la
collectivité. [Je souligne; par. 34.]
[49] Nor am I persuaded that this evidence places
the appeal in that exceptional category in which the
evidence is sufficiently compelling that it demands
appellate intervention.
[49] Je ne suis pas convaincu non plus que l’appel
fait partie des cas exceptionnels où les nouveaux
éléments de preuve sont suffisamment convain­cants
pour justifier une intervention.
446
r.
v.
sipos
Cromwell J.
[2014] 2 S.C.R.
[50] My view is that the Court of Appeal was
correct to uphold the dangerous offender desig­na­
tion in this case.
[50] À mon avis, la Cour d’appel a eu raison de
confirmer en l’espèce la déclaration de délinquant
dangereux.
IV. Disposition
IV. Dispositif
[51] I would dismiss the appeal.
[51] Je suis d’avis de rejeter le pourvoi.
Appeal dismissed.
Pourvoi rejeté.
Solicitors for the appellant: Dawe & Dineen,
To­ronto.
Procureurs de l’appelant : Dawe & Dineen,
Toronto.
Solicitor for the respondent: Attorney General of
Ontario, Toronto.
Procureur de l’intimée : Procureur général de
l’Ontario, Toronto.
Solicitors for the intervener: Ruby Shiller Chan
Hasan, Toronto.
Procureurs de l’intervenante : Ruby Shiller Chan
Hasan, Toronto.
[2014] 2 R.C.S.
première nation de grassy narrows
c.
ontario
447
Andrew Keewatin Jr. and
Joseph William Fobister, on their own
behalf and on behalf of all other
members of the Grassy Narrows
First Nation Appellants
Andrew Keewatin Jr. et
Joseph William Fobister, en leur propre
nom et au nom de tous les autres
membres de la Première Nation de
Grassy Narrows Appelants
v.
c.
Minister of Natural Resources,
Resolute FP Canada Inc. (formerly AbitibiConsolidated Inc.), Attorney General of
Canada and Goldcorp Inc. Respondents
Ministre des Ressources naturelles,
PF Résolu Canada Inc. (anciennement
Abitibi-Consolidated Inc.), procureur général
du Canada et Goldcorp Inc. Intimés
- and -
- et -
Leslie Cameron, on his own behalf and
on behalf of all other members of the
Wabauskang First Nation Appellant
Leslie Cameron, en son propre nom et
au nom de tous les autres membres de la
Première Nation de Wabauskang Appelant
v.
c.
Minister of Natural Resources,
Resolute FP Canada Inc. (formerly AbitibiConsolidated Inc.), Attorney General of
Canada and Goldcorp Inc. Respondents
Ministre des Ressources naturelles,
PF Résolu Canada Inc. (anciennement
Abitibi-Consolidated Inc.), procureur général
du Canada et Goldcorp Inc. Intimés
and
et
Attorney General of Manitoba,
Attorney General of British Columbia,
Attorney General for Saskatchewan,
Attorney General of Alberta,
Grand Council of Treaty # 3, Blood Tribe,
Beaver Lake Cree Nation, Ermineskin Cree
Nation, Siksika Nation, Whitefish Lake
First Nation # 128, Fort McKay
First Nation, Te’mexw Treaty Association,
Ochiichagwe’Babigo’Ining First Nation,
Ojibways of Onigaming First Nation,
Big Grassy First Nation, Naotkamegwanning
First Nation, Métis Nation of Ontario,
Cowichan Tribes, represented by
Chief William Charles Seymour, on his
own behalf and on behalf of the members
of the Cowichan Tribes, Lac Seul
Procureur général du Manitoba,
procureur général de la Colombie-Britannique,
procureur général de la Saskatchewan,
procureur général de l’Alberta,
Grand Conseil du Traité no 3, Tribu des Blood,
Nation crie de Beaver Lake, Nation crie
d’Ermineskin, Nation Siksika, Première Nation
du lac Whitefish no 128, Première Nation
de Fort McKay, Association du
traité des Te’mexw, Première Nation
Ochiichagwe’Babigo’Ining, Première Nation
des Ojibways d’Onigaming, Première Nation
de Big Grassy, Première Nation de
Naotkamegwanning, Métis Nation of Ontario,
Tribus Cowichan, représentées par le
chef William Charles Seymour, en son propre
nom et au nom des membres des Tribus
448
grassy narrows first nation
v.
ontario
[2014] 2 S.C.R.
First Nation, Sandy Lake First Nation
and Assembly of First Nations/National
Indian Brotherhood Interveners
Cowichan, Première Nation du lac Seul,
Première Nation du lac Sandy et Assemblée
des Premières Nations/Fraternité des Indiens
du Canada Intervenants
Indexed as: Grassy Narrows First Nation v.
Ontario (Natural Resources)
Répertorié : Première Nation de Grassy
Narrows c. Ontario (Ressources naturelles)
2014 SCC 48
2014 CSC 48
File No.: 35379.
No du greffe : 35379.
2014: May 15; 2014: July 11.
2014 : 15 mai; 2014 : 11 juillet.
Present: McLachlin C.J. and LeBel, Abella, Rothstein,
Cromwell, Moldaver and Wagner JJ.
Présents : La juge en chef McLachlin et les juges LeBel,
Abella, Rothstein, Cromwell, Moldaver et Wagner.
on appeal from the court of appeal for
ontario
en appel de la cour d’appel de l’ontario
Aboriginal law — Treaty rights — Harvesting rights —
In­ter­­pre­tation of taking-up clause — Certain lands sub­
ject to treaty annexed to Ontario after signature of treaty
be­tween Ojibway and Canada — Whether province has
au­thority to take up tracts of that land so as to limit har­
vesting rights under treaty or whether it requires federal
approval to do so — Constitution Act, 1867, ss. 91(24),
92(5), 92A, 109 — Constitution Act, 1982, s. 35 — Treaty
No. 3.
Droit des Autochtones — Droits issus de traités —
Droits de récolte — Interprétation d’une clause de prise
des terres — Annexion à l’Ontario de certaines terres
visées par un traité signé par les Ojibways et le Canada
— La province a-t-elle le pouvoir de prendre des éten­
dues de terres et de restreindre ainsi l’exercice des droits
de récolte conférés par le traité ou doit-elle obtenir au
pré­alable l’approbation du gouvernement fédéral? — Loi
cons­titutionnelle de 1867, art. 91(24), 92(5), 92A, 109 —
Loi constitutionnelle de 1982, art. 35 — Traité no 3.
In 1873, Treaty 3 was signed by treaty commissioners
acting on behalf of the Dominion of Canada and Ojibway
Chiefs from what is now Northwestern Ontario and East­
ern Manitoba. The Ojibway yielded ownership of their
territory, except for certain lands reserved to them. Among
other things, they received in return the right to harvest the
non-reserve lands surrendered by them until such time as
they were “taken up” for settlement, mining, lum­bering,
or other purposes by the Government of the Dominion of
Canada. At the time that Treaty 3 was signed, a portion of
land known as the Keewatin area was under the exclusive
control of Canada. It was annexed to Ontario in 1912 and
since that time, Ontario has issued licences for the devel­
opment of those lands.
En 1873, le Traité no 3 a été signé par les commis­
saires chargés de sa négociation au nom du Dominion du
Canada, et par les chefs ojibways de ce qui correspond
aujourd’hui au nord-ouest ontarien et à l’est manitobain.
Les Ojibways ont cédé la propriété de leur territoire, à
l’exception d’une partie qui leur a été réservée. En con­
tre­partie, ils ont notamment obtenu un droit de récolte
sur les terres cédées situées à l’extérieur de leur réserve
jusqu’à ce que ces terres soient « prises » par le gou­ver­­ne­
ment du Dominion du Canada à des fins de colo­ni­sa­tion,
d’exploitation minière, d’exploitation fores­tière ou autres.
Au moment de la signature du traité, le Canada avait le
contrôle exclusif d’une partie des terres de la région dite
de Keewatin, laquelle a été annexée à l’Ontario en 1912,
de sorte que la province a délivré par la suite des permis
de mise en valeur des terres en cause.
In 2005, the Grassy Narrows First Nation, descendents
of the Ojibway signatories of Treaty 3, commenced an
action challenging a forestry licence issued by Ontario
to a large pulp and paper manufacturer and which autho­
rized clear-cut forestry operations within the Keewatin
area.
En 2005, la Première Nation de Grassy Narrows, dont
les membres sont les descendants des Ojibways signa­
taires du Traité no 3, a intenté une action pour contester
un permis d’exploitation forestière délivré par l’Ontario
à une grande entreprise de pâtes et papiers autorisant la
coupe à blanc dans la région de Keewatin.
[2014] 2 R.C.S.
première nation de grassy narrows
c.
ontario
449
The trial judge held that Ontario could not take up
lands within the Keewatin area so as to limit treaty har­
vesting rights without first obtaining Canada’s approval.
According to her, the taking-up clause in the treaty im­
posed a two-step process involving federal approval for
the taking up of Treaty 3 lands added to Ontario in 1912.
La juge de première instance a statué que l’Ontario
ne pouvait prendre des terres de la région de Keewatin et
res­trein­dre ainsi les droits de récolte des Ojibways sans
obtenir au préalable l’approbation du Canada. À son avis,
la clause du traité sur la prise des terres imposait un pro­
ces­sus en deux étapes qui supposait l’approbation préa­
lable du gouvernement fédéral de toute prise des terres
intégrées à l’Ontario en 1912.
The Ontario Court of Appeal allowed the appeals
brought before it. That court held that s. 109 of the Con­
stitution Act, 1867 gives Ontario beneficial ownership of
Crown lands within Ontario. That provision, combined
with provincial jurisdiction over the management and sale
of provincial public lands and the exclusive provincial
power to make laws in relation to natural resources, gives
Ontario exclusive legislative authority to manage and
sell lands within the Keewatin area in accordance with
Treaty 3 and s. 35 of the Constitution Act, 1982.
La Cour d’appel de l’Ontario a fait droit aux appels
dont elle a été saisie. Elle a statué que l’art. 109 de la Loi
constitutionnelle de 1867 confère à l’Ontario la pro­priété
effective des terres publiques situées dans la pro­vince. De
pair avec la compétence de la province pour l’admi­nis­
tra­tion et la vente des terres publiques et sa compétence
exclu­sive pour légiférer dans le domaine des ressources
naturelles, cette disposition confère à la seule province de
l’Ontario le pouvoir législatif d’administrer et de vendre
des terres de la région de Keewatin conformément au
Traité no 3 et à l’art. 35 de la Loi constitutionnelle de
1982.
Held: The appeal should be dismissed.
Arrêt : Le pourvoi est rejeté.
The central question on this appeal is whether Ontario
has the power to take up lands in the Keewatin area under
Treaty 3 so as to limit the harvesting rights under the treaty,
or whether this is subject to Canada’s approval.
La question que soulève essentiellement le pourvoi est
celle de savoir si l’Ontario a le pouvoir de prendre des
terres de la région de Keewatin en application du Traité
no 3 et restreindre ainsi l’exercice des droits de récolte
con­fé­rés par le traité, ou si elle doit obtenir au préalable
l’appro­ba­tion du gouvernement du Canada.
Ontario and only Ontario has the power to take up
lands under Treaty 3. This is confirmed by constitutional
pro­visions, the interpretation of the treaty, and legislation
deal­ing with Treaty 3 lands.
L’Ontario, et seulement cette province, a le pouvoir de
prendre des terres visées par le Traité no 3, ce que con­fir­
ment les dispositions d’ordre constitutionnel, l’inter­pré­
ta­tion du traité et les lois portant sur les terres visées par
le traité.
First, although Treaty 3 was negotiated by the federal
government, it is an agreement between the Ojibway and
the Crown. Both levels of government are responsible
for fulfilling the treaty promises when acting within the
division of powers under the Constitution. Sections 109,
92(5) and 92A of the Constitution Act, 1867 establish
conclusively that Ontario holds the beneficial interest in
the Keewatin lands and has exclusive power to manage
and sell those lands as well as to make laws in relation
to the resources on or under those lands. Together, these
provisions give Ontario the power to take up lands in the
Keewatin area under Treaty 3 for provincially regulated
purposes such as forestry. Further; s. 91(24) of that same
Act does not give Canada the authority to take up pro­
vincial land for exclusively provincial purposes.
Premièrement, même si le traité a été négocié par
le gouvernement fédéral, il s’agit d’un accord entre les
Ojibways et la Couronne. Le respect des promesses con­
te­nues dans le traité incombe aux deux ordres de gou­
ver­ne­ment en conformité avec le partage des pou­voirs
opéré par la Constitution. Les articles 109 et 92A, ainsi
que le par. 92(5) de la Loi constitutionnelle de 1867, éta­
blis­sent sans l’ombre d’un doute que l’Ontario détient la
propriété effective des terres de la région de Keewatin et
qu’elle possède une compétence exclusive pour admi­
nis­trer et vendre ces terres, de même que pour légi­fé­rer
sur les ressources qui s’y trouvent. Considérées ensem­
ble, ces dispositions confèrent à l’Ontario le pouvoir de
prendre des terres de la région de Keewatin en appli­ca­
tion du Traité no 3 à des fins assujetties au pouvoir de
réglementation provincial, telle la foresterie. En outre,
le par. 91(24) de la même loi n’investit pas le Canada
du pouvoir de prendre des terres provinciales à des fins
exclusivement provinciales.
450
grassy narrows first nation
v.
ontario
[2014] 2 S.C.R.
Second, nothing in the text or history of the negotiation
of Treaty 3 suggests that a two-step process requiring fed­­
eral supervision or approval was intended. The text of the
taking-up clause supports the view that the right to take
up land rests with the level of government that has ju­ris­
diction under the Constitution. The reference in the treaty
to Canada merely reflects the fact that the lands at the
time were in Canada, not Ontario.
Deuxièmement, ni le libellé du Traité no 3 ni l’his­to­
ri­que de sa négociation ne permettent de conclure à la
volonté des parties d’établir un processus en deux étapes
exi­geant la surveillance du fédéral ou son approbation.
Le libellé de la clause de prise des terres confirme que
le droit de prendre des terres appartient au palier de gou­
ver­ne­ment dont la Constitution reconnaît la compétence.
La seule mention du Canada dans le traité s’explique par
le fait que les terres se trouvaient alors au Canada, et non
en Ontario.
Lastly, legislation subsequent to the signature of the
treaty and which dealt with Treaty 3 lands confirmed
Ontario’s right to take up that land by virtue of its control
and beneficial ownership of the territory. It did not amend
the terms of Treaty 3.
Enfin, les dispositions législatives adoptées après
la signature du traité et portant sur les terres visées par
celui-ci confirment le droit de l’Ontario de prendre les
terres du fait de sa possession et de sa propriété effective
du territoire. Elles n’ont pas modifié les conditions du
Traité no 3.
Ontario’s power to take up lands under Treaty 3 is not
unconditional. When a government — be it the federal or
a provincial government — exercises Crown power, the
exercise of that power is burdened by the Crown obliga­
tions toward the Aboriginal people in question. Here,
Ontario must exercise its powers in conformity with the
honour of the Crown, and the exercise of those powers
is subject to the fiduciary duties that lie on the Crown
in dealing with Aboriginal interests. For Treaty 3 land to
be taken up, the harvesting rights of the Ojibway over
the land must be respected. Any taking up of land in the
Keewatin area for forestry or other purposes must meet
the conditions set out by this Court in Mikisew Cree First
Nation v. Canada (Minister of Canadian Heritage), 2005
SCC 69, [2005] 3 S.C.R. 388. If the taking up leaves the
Ojibway with no meaningful right to hunt, fish or trap
in relation to the territories over which they traditionally
hunted, fished, and trapped, a potential action for treaty
infringement will arise.
Le pouvoir de l’Ontario de prendre des terres visées par
le Traité no 3 n’est pas inconditionnel. Le gouvernement
qui exerce un pouvoir de la Couronne — qu’il s’agisse du
gouvernement fédéral ou d’un gouvernement provincial
— est assujetti aux obligations de la Couronne envers
le peuple autochtone concerné. En l’espèce, l’Ontario
doit exer­cer ses pouvoirs conformément à l’honneur de
la Cou­ronne et elle est assujettie, dans cet exercice, aux
obli­ga­tions fiduciaires de Sa Majesté à l’égard des inté­
rêts autochtones. Toute prise de terres visées par le Traité
no 3 et situées dans la région de Keewatin doit res­pec­
ter les droits de récolte des Ojibways sur ces terres.
Lorsqu’elle se produit à des fins d’exploitation forestière
ou autre, elle doit respecter les conditions énoncées par
notre Cour dans l’arrêt Première nation crie Mikisew c.
Canada (Ministre du Patrimoine canadien), 2005 CSC
69, [2005] 3 R.C.S. 388. Lorsque la prise de terres a
pour effet de dépouiller les Ojibways de tout droit réel de
chasse, de pêche ou de piégeage sur leurs territoires tra­
di­tion­nels de pêche, de chasse et de piégeage, une action
en violation du traité pourra être intentée.
Cases Cited
Jurisprudence
Referred to: Haida Nation v. British Columbia (Min­
ister of Forests), 2004 SCC 73, [2004] 3 S.C.R. 511; R. v.
Horseman, [1990] 1 S.C.R. 901; St. Catherine’s Milling
and Lumber Co. v. The Queen (1888), 14 App. Cas. 46;
Dominion of Canada v. Province of Ontario, [1910] A.C.
637; Smith v. The Queen, [1983] 1 S.C.R. 554; Mikisew
Cree First Nation v. Canada (Minister of Canadian Heri­
tage), 2005 SCC 69, [2005] 3 S.C.R. 388; Delgamuukw
v. British Columbia, [1997] 3 S.C.R. 1010; R. v. Sparrow,
[1990] 1 S.C.R. 1075; R. v. Badger, [1996] 1 S.C.R. 771;
Tsilhqot’in Nation v. British Columbia, 2014 SCC 44,
[2014] 2 S.C.R. 256.
Arrêts mentionnés : Nation haïda c. ColombieBritannique (Ministre des Forêts), 2004 CSC 73, [2004]
3 R.C.S. 511; R. c. Horseman, [1990] 1 R.C.S. 901;
St. Catherine’s Milling and Lumber Co. c. The Queen
(1888), 14 App. Cas. 46; Dominion of Canada c. Prov­
ince of Ontario, [1910] A.C. 637; Smith c. La Reine,
[1983] 1 R.C.S. 554; Première nation crie Mikisew c.
Canada (Ministre du Patrimoine canadien), 2005 CSC
69, [2005] 3 R.C.S. 388; Delgamuukw c. ColombieBritannique, [1997] 3 R.C.S. 1010; R. c. Sparrow, [1990]
1 R.C.S. 1075; R. c. Badger, [1996] 1 R.C.S. 771; Nation
Tsilhqot’in c. Colombie-Britannique, 2014 CSC 44,
[2014] 2 R.C.S. 256.
[2014] 2 R.C.S.
première nation de grassy narrows
c.
ontario
451
Statutes and Regulations Cited
Lois et règlements cités
Act for the settlement of certain questions between the
Gov­ern­ments of Canada and Ontario respecting In­
dian Lands (1891) (U.K.), 54 & 55 Vict., c. 5, Sch., s. 1.
Act for the settlement of questions between the Govern­
ments of Canada and Ontario respecting Indian Lands
(1891) (Ont.), 54 Vict., c. 3, Sch., s. 1.
Constitution Act, 1867, ss. 91(24), 92A, 92(5), 109.
Constitution Act, 1982, s. 35.
Ontario Boundaries Extension Act, S.C. 1912, c. 40, s. 2.
Act for the settlement of questions between the Gov­
ern­ments of Canada and Ontario respecting Indian
Lands (1891) (Ont.), 54 Vict., ch. 3, ann., art. 1.
Acte pour régler certaines questions pendantes entre les
gouvernements du Canada et d’Ontario relativement
à certaines terres des Sauvages (1891) (R.-U.), 54 &
55 Vict., ch. 5, ann., art. 1.
Loi constitutionnelle de 1867, art. 91(24), 92A, 92(5),
109.
Loi constitutionnelle de 1982, art. 35.
Loi de l’extension des frontières de l’Ontario, S.C. 1912,
ch. 40, art. 2.
Treaties and Other International Instruments
Traités et autres instruments internationaux
Treaty No. 3 (1873).
Traité no 3 (1873).
APPEAL from a judgment of the Ontario Court
of Appeal (Sharpe, Gillese and Juriansz JJ.A.), 2013
ONCA 158, 114 O.R. (3d) 401, 304 O.A.C. 250,
[2013] 3 C.N.L.R. 281, [2013] O.J. No. 1138 (QL),
2013 CarswellOnt 2910, setting aside a decision of
Sanderson J., 2011 ONSC 4801, [2012] 1 C.N.L.R.
13, [2011] O.J. No. 3907 (QL), 2011 CarswellOnt
8900. Appeal dismissed.
POURVOI contre un arrêt de la Cour d’appel de
l’Ontario (les juges Sharpe, Gillese et Juriansz), 2013
ONCA 158, 114 O.R. (3d) 401, 304 O.A.C. 250,
[2013] 3 C.N.L.R. 281, [2013] O.J. No. 1138 (QL),
2013 CarswellOnt 2910, qui a infirmé une décision
de la juge Sanderson, 2011 ONSC 4801, [2012] 1
C.N.L.R. 13, [2011] O.J. No. 3907 (QL), 2011 Car­
swellOnt 8900. Pourvoi rejeté.
Robert J. M. Janes and Elin R. Sigurdson, for the
appellants Andrew Keewatin Jr. and Joseph William
Fobister, on their own behalf and on behalf of all
other members of the Grassy Narrows First Nation.
Robert J. M. Janes et Elin R. Sigurdson, pour les
appelants Andrew Keewatin Jr. et Joseph William
Fobister, en leur propre nom et au nom de tous les
autres membres de la Première Nation de Grassy
Narrows.
Bruce McIvor and Kathryn Buttery, for the ap­pel­
lant Leslie Cameron, on his own behalf and on behalf
of all other members of the Wabauskang First Nation.
Bruce McIvor et Kathryn Buttery, pour l’appelant
Leslie Cameron, en son propre nom et au nom de
tous les autres membres de la Première Nation de
Wabauskang.
Michael R. Stephenson, Mark Crow and Christine
Perruzza, for the respondent the Minister of Natural
Resources.
Michael R. Stephenson, Mark Crow et Christine
Perruzza, pour l’intimé le ministre des Ressources
naturelles.
Christopher J. Matthews, for the respondent Res­
o­­lute FP Canada Inc. (formerly Abitibi-Consolidated
Inc.).
Christopher J. Matthews, pour l’intimée PF Résolu
Canada Inc. (anciennement Abitibi-Consolidated
Inc.).
Mark R. Kindrachuk, Q.C., and Mitchell R. Taylor,
Q.C., for the respondent the Attorney General of Can­
ada.
Mark R. Kindrachuk, c.r., et Mitchell R. Taylor,
c.r., pour l’intimé le procureur général du Canada.
452
grassy narrows first nation
v.
ontario
[2014] 2 S.C.R.
Thomas F. Isaac, William J. Burden, Linda I. Knol
and Brian P. Dominique, for the respondent Goldcorp
Inc.
Thomas F. Isaac, William J. Burden, Linda I. Knol
et Brian P. Dominique, pour l’intimée Goldcorp Inc.
Heather Leonoff, Q.C., for the intervener the At­
tor­ney General of Manitoba.
Heather Leonoff, c.r., pour l’intervenant le pro­
cu­reur général du Manitoba.
Paul E. Yearwood, for the intervener the Attorney
General of British Columbia.
Paul E. Yearwood, pour l’intervenant le procureur
général de la Colombie-Britannique.
Richard James Fyfe and Macrina Badger, for the
intervener the Attorney General for Saskatchewan.
Richard James Fyfe et Macrina Badger, pour
l’inter­venant le procureur général de la Saskatche­
wan.
Douglas B. Titosky, for the intervener the Attor­
ney General of Alberta.
Douglas B. Titosky, pour l’intervenant le pro­cu­
reur général de l’Alberta.
Zachary Davis, Peter W. Hutchins and Jessica
Labranche, for the intervener the Grand Council of
Treaty # 3.
Zachary Davis, Peter W. Hutchins et Jessica
Labranche, pour l’intervenant le Grand Conseil du
Traité no 3.
Meaghan M. Conroy and Abram B. Averbach,
for the interveners the Blood Tribe, the Beaver
Lake Cree Nation, the Ermineskin Cree Nation, the
Siksika Nation and the Whitefish Lake First Nation
# 128.
Meaghan M. Conroy et Abram B. Averbach, pour
les intervenantes la Tribu des Blood, la Nation crie
de Beaver Lake, la Nation crie d’Ermineskin, la
Nation Siksika et la Première Nation du lac White­
fish no 128.
Written submissions only by Karin Buss and Kirk
Lambrecht, Q.C., for the intervener the Fort McKay
First Nation.
Argumentation écrite seulement par Karin Buss
et Kirk Lambrecht, c.r., pour l’intervenante la Pre­
mière Nation de Fort McKay.
Karey Brooks, for the intervener the Te’mexw
Treaty Association.
Karey Brooks, pour l’intervenante l’Association
du traité des Te’mexw.
Donald R. Colborne, for the interveners the
Ochiichagwe’Babigo’Ining First Nation, the Ojib­
ways of Onigaming First Nation, the Big Grassy First
Nation and the Naotkamegwanning First Nation.
Donald R. Colborne, pour les intervenantes la
Première Nation Ochiichagwe’Babigo’Ining, la
Pre­mière Nation des Ojibways d’Onigaming, la Pre­
mière Nation de Big Grassy et la Première Nation
de Naotkamegwanning.
Jason Madden and Nuri G. Frame, for the inter­
vener the Métis Nation of Ontario.
Jason Madden et Nuri G. Frame, pour l’inter­
venante Métis Nation of Ontario.
David M. Robbins, Dominique Nouvet and Heather
Mahony, for the intervener the Cowichan Tribes, rep­
resented by Chief William Charles Seymour, on his
own behalf and on behalf of the members of the
Cowichan Tribes.
David M. Robbins, Dominique Nouvet et Heather
Mahony, pour l’intervenante les Tribus Cowichan,
représentées par le chef William Charles Seymour,
en son propre nom et au nom des membres des
Tribus Cowichan.
[2014] 2 R.C.S.
première nation de grassy narrows
c.
ontario
La Juge en chef
453
David G. Leitch, for the interveners the Lac Seul
First Nation and the Sandy Lake First Nation.
David G. Leitch, pour les intervenantes la Pre­
mière Nation du lac Seul et la Première Nation du
lac Sandy.
Joseph J. Arvay, Q.C., and Catherine J. Boies
Parker, for the intervener the Assembly of First
Nations/National Indian Brotherhood.
Joseph J. Arvay, c.r., et Catherine J. Boies Parker,
pour l’intervenante l’Assemblée des Premières
Nations/Fraternité des Indiens du Canada.
The judgment of the Court was delivered by
The Chief Justice —
Version française du jugement de la Cour rendu
par
La Juge en chef —
I. Overview
I. Aperçu
[1] In the early 1870s, Canada was a young coun­
try looking to promote Western expansion and
Con­fed­eration. Settlers travelled west along an im­
mi­grant travel route called the Dawson Route, and
British Columbia agreed to join Confed­era­tion
on the condition that Canada build a trans­conti­
nen­tal railway. But the immigrant travel route and
the prospective railway to the west ran through
traditional Ojibway land in what is now North­west­
ern Ontario and Eastern Manitoba. Can­ada was con­
cerned about the security of im­mi­grant travellers
and surveyors preparing for the con­struction of the
Canadian Pacific Railway (“CPR”), and feared that
it may need to station troops in the area. Securing a
safe route through the Ojibway lands was critical for
the addition of British Co­lumbia to Confederation
and to the development of the West. It was against
this historical backdrop that Treaty 3, which is at the
heart of this case, was negotiated.
[1] Au début des années 1870, le Canada était
un jeune pays désireux de promouvoir l’expan­
sion vers l’Ouest et la Confédération. Les colons
se dépla­çaient vers l’ouest sur une voie emprun­­tée
par les immi­grants et appelée route Dawson, et la
Colombie-Britannique acceptait de se joindre à la
Con­­fé­­dé­­ra­­tion à la condition que le Canada cons­
truise un che­min de fer trans­continental. Or, la route
des immigrants et le chemin de fer projeté vers l’ouest
tra­ver­saient les terres traditionnelles des Ojibways
situées dans ce qui correspond aujourd’hui au nordouest de l’Onta­rio et à l’est du Mani­toba. Soucieux
de la sécurité des immigrants en dépla­ce­ment et des
arpen­teurs qui s’affairaient en vue de la construc­
tion du chemin de fer Canadien Paci­fiq­ ue, le Canada
crai­gnait de devoir stationner des troupes dans la
région. La créa­tion d’une route sûre qui traverse les
ter­res des Ojibways était essen­tielle à l’entrée de
la Colombie-Britannique dans la Confédération et
au déve­lop­pe­ment de l’Ouest. C’est dans ce con­texte
his­to­ri­que que le Traité no 3 — qui est au cœur du
litige — a été négocié.
[2] In 1873, Treaty 3 was signed by treaty com­
mis­sioners acting on behalf of the Dominion of
Ca­nada and Chiefs of the Ojibway. The Ojibway
yielded ownership of their territory, except for cer­
tain lands reserved to them. In return, the Ojibway
re­ceived annuity payments, goods, and the right to
harvest the non-reserve lands surrendered by them
until such time as they were “taken up” for set­tle­
ment, mining, lumbering, or other purposes by the
Gov­ern­ment of the Dominion of Canada.
[2] En 1873, le Traité no 3 a été signé par les com­
mis­saires chargés de sa négociation au nom du
Domi­nion du Canada, et par les chefs des Ojibways.
Les Ojibways ont cédé la propriété de leur territoire,
à l’excep­tion d’une partie qui leur a été réservée. Ils
obte­naient en contrepartie une rente, des biens et
des droits de récolte sur les terres cédées situées à
l’exté­rieur de leur réserve jusqu’à ce que ces terres
soient « prises » par le gouvernement du Dominion
du Canada à des fins de colonisation, d’exploita­tion
minière, d’exploitation forestière ou autres.
454
grassy narrows first nation
v.
ontario
The Chief Justice
[2014] 2 S.C.R.
[3] The Treaty 3 lands include the Keewatin area.
At the time Treaty 3 was concluded, the Keewatin
area was under the exclusive control of Canada. In
1912, it was annexed to Ontario through The On­
tario Boundaries Extension Act, S.C. 1912, c. 40
(“1912 Legislation”), and since that time, On­tario
has issued licences for the development of lands
in the Keewatin area. In 2005, the Grassy Narrows
First Nation, descendents of the Ojibway sig­na­to­
ries of Treaty 3, commenced an action chal­leng­
ing a forestry licence for lands that fell within
the Keewatin area. The legal issue in this case is
whether Ontario can “take up” lands in the Keewatin
area under Treaty 3 so as to limit the har­vest­ing
rights under the treaty, or whether it needs federal
authorization to do so.
[3] La région de Keewatin fait partie des terres
cédées par le Traité no 3. Au moment de la signature
du traité, le Canada avait l’autorité exclusive sur
cette région. En 1912, la région de Keewatin a été
annexée à l’Ontario par la Loi de l’extension des
fron­tières de l’Ontario, S.C. 1912, ch. 40 (« loi de
1912 »), et depuis, la province a délivré des permis
pour la mise en valeur des terres de cette région. En
2005, la Première Nation de Grassy Narrows, dont
les membres sont les descendants des Ojibways
signa­taires du Traité no 3, a intenté une action pour
contester un permis d’exploitation forestière déli­
vré pour des terres comprises dans la région de
Keewatin. La question de droit à trancher est celle
de savoir si le Traité no 3 permet à l’Ontario de
« pren­dre » des terres dans cette région — et de res­
trein­dre ainsi les droits de récolte conférés par le
traité — ou s’il doit obtenir au préalable l’auto­ri­sa­
tion du gouvernement fédéral.
[4] I conclude that Ontario has the authority to
take up lands in the Keewatin area so as to limit the
harvesting rights set out in Treaty 3. By virtue of
ss. 109, 92A, and 92(5) of the Constitution Act, 1867,
Ontario alone has the ability to take up Treaty 3 land
and regulate it in accordance with the treaty and
its obligations under s. 35 of the Constitution Act,
1982. A two-step process involving federal approval
for provincial taking up was not contem­plated by
Treaty 3.
[4] Je conclus que l’Ontario a le pouvoir de pren­
dre des terres de la région de Keewatin et de res­
trein­dre ainsi les droits de récolte conférés par le
Traité no 3. Suivant les art. 109 et 92A et le par. 92(5)
de la Loi constitutionnelle de 1867, seul l’Ontario a
le pouvoir de prendre les terres visées par le Traité
no 3 et de les soumettre à sa réglementation en con­
for­mité avec le traité et avec les obligations que
lui impose l’art. 35 de la Loi constitutionnelle de
1982. Les parties au Traité no 3 n’ont pas envi­sagé
de processus en deux étapes comportant l’appro­ba­
tion par le gouvernement fédéral de la décision de
la province de prendre des terres.
II. History of Treaty 3
II. Historique du Traité no 3
A. Treaty 3 Territory
A. Territoire visé par le Traité no 3
[5] The Treaty 3 territory covers approximately
55,000 sq. mi. in what is now Northwestern On­tario
and Eastern Manitoba. In 1873, Canada claimed
ownership over all the Treaty 3 lands. The Keewatin
area was unquestionably under Canada’s ju­ris­dic­
tion at that time, but the ownership of the rest of the
Treaty 3 territory was disputed with Ontario. Since
1912, all of the Treaty 3 territory, except for a small
portion in Manitoba, has been within the borders of
[5] La superficie du territoire visé par le Traité
no 3 et situé dans ce qui correspond maintenant au
nord-ouest de l’Ontario et à l’est du Manitoba est
d’environ 55 000 milles carrés. En 1873, le Canada
a revendiqué la propriété de la totalité des terres
visées par le Traité no 3. La région de Keewatin rele­
vait alors incontestablement de la compétence du
Canada, mais l’appartenance du reste du territoire
cédé dans le traité faisait l’objet d’un différend avec
[2014] 2 R.C.S.
première nation de grassy narrows
c.
ontario
La Juge en chef
455
Ontario. This appeal only concerns the Keewatin
area.
l’Ontario. Depuis 1912, la totalité du territoire visé
par le Traité no 3, sauf une petite partie située au
Manitoba, se trouve en Ontario. Le pourvoi ne con­
cerne que la région de Keewatin.
B. Treaty Negotiations
B. Négociations préalables au traité
[6] In 1868, Canada needed to complete a treaty
with the Ojibway in order to fulfill its promise to
build a transcontinental railway to the west and
to establish an immigrant travel route across the
Treaty 3 lands.
[6] En 1868, le Canada devait signer un traité avec
les Ojibways afin de respecter sa promesse de cons­
truire une ligne de chemin de fer trans­con­ti­nen­tale
qui donnerait accès à l’Ouest et de tracer une route
qui permettrait aux immigrants de tra­ver­ser les terres
visées par le Traité no 3.
[7] Treaty negotiations were attempted in 1871
and 1872, but failed. In 1873, intent on securing
agree­ment, Canada appointed three new treaty com­
mis­sion­ers: Alexander Morris, a founder of Con­fed­
er­at­ion and the Lieutenant Governor of Manitoba,
Joseph Provencher, a federal Indian agent, and Simon
Dawson, who supervised the construction of the
Dawson Route.
[7] Les négociations entamées en 1871 et 1872
ont échoué. Déterminé à parvenir à un accord, le
Canada a nommé, en 1873, trois nouveaux com­
mis­saires chargés de la négociation. Il s’agissait
d’Alexander Morris, l’un des Pères fondateurs de
la Con­fé­dé­ra­tion et lieutenant-gouverneur du Mani­
toba, de Joseph Provencher, représentant du gou­
ver­ne­ment fédéral auprès des Indiens, et de Simon
Dawson, directeur des travaux de construction de la
route Dawson.
[8] The trial judge found that the Ojibway Chiefs
who were key players in the negotiation of Treaty 3
were in no rush to make a deal. They were under
no im­me­diate threat, as settlers were only passing
through their territory, not settling on it. They were
only prepared to cooperate if they could retain their
way of life, particularly their traditional hunting,
fish­ing and trapping activities.
[8] La juge de première instance conclut que
les chefs ojibways qui ont joué un rôle clé dans la
négo­cia­tion du Traité no 3 n’étaient pas pressés de
con­clure un accord. Il n’y avait aucune menace
immé­diate, car les colons ne faisaient que traver­ser
leur ter­ritoire sans s’y établir. Ils n’étaient dispo­
sés à col­la­bo­rer que s’ils pouvaient conserver leur
mode de vie et, notamment, leurs activités tradition­
nel­les de chasse, de pêche et de piégeage.
[9] The negotiations lasted from October 1 to
October 3, 1873. There are several historical ac­
counts of the negotiations leading to the conclusion
of the treaty: Morris’s official report on the making
of the treaty, a record of discussions published in
The Manitoban newspaper, handwritten notes pre­
pared by Dawson during the negotiations, the notes
taken on behalf of the Ojibway Chiefs by a Métis
hired by them and a record of negotiations pub­
lished in The Manitoba Free Press.
[9] Les négociations se sont déroulées du 1er au
3 octobre 1873. Il existe plusieurs récits des négo­
cia­tions qui ont abouti à la signature du traité : le
rap­port officiel de Morris sur la conclusion du
traité, le compte rendu publié dans le journal The
Manitoban, les notes manuscrites de Dawson durant
les négociations, les notes prises pour le compte des
chefs ojibways par un Métis dont ils avaient retenu
les services et le compte rendu publié dans The
Man­itoba Free Press.
[10] On October 3, 1873, the parties signed
Treaty 3. The Ojibway ceded the Treaty 3 territory
[10] Le 3 octobre 1873, les parties ont signé le
Traité no 3. Les Ojibways cédaient le territoire en
456
grassy narrows first nation
v.
ontario
The Chief Justice
[2014] 2 S.C.R.
to Canada in return for reserves, annuities, and
goods. The treaty also provided that the Ojibway
would retain harvesting rights on the non-reserve
land within the Treaty 3 territory until the land was
“taken up”.
cause au Canada en contrepartie de réserves, de ren­
tes et de biens. Le traité prévoyait également que
les Ojibways conservaient leurs droits de récolte sur
les terres visées par le Traité no 3, mais non situées
dans leur réserve, tant que ces terres n’étaient pas
« prises ».
C. The Harvesting Rights and the Taking-Up Clause
C. Les droits de récolte et la clause de prise des
terres
[11] The harvesting rights were set out in the text
of the treaty as follows (the “taking-up clause”):
[11] Les droits de récolte sont formulés comme
suit dans le traité (la « clause de prise des terres ») :
. . . they, the said Indians, shall have [the] right to
pursue their avocations of hunting and fishing throughout
the [said] tract surrendered as hereinbefore described . . .
and saving and excepting such tracts as may, from time
to time, be required or taken up for settlement, mining,
lumbering or other purposes by Her said Government
of the Dominion of Canada, or by any of the subjects
thereof duly authorized therefor by the said Government.
[p. 6]
. . . ils, les dits Indiens, auront le droit de se livrer
à la chasse et à la pêche dans l’étendue du pays cédé
comme décrit ci-haut [. . .], et excepté telles étendues qui
pourront être nécessaires ou requises pour la colonisation,
les mines, la coupe du bois ou autres fins par son dit gou­
ver­nement du Canada ou par aucun de ses sujets dûment
autorisés à cet effet par le dit gouvernement. [p. 6]
[12] At the Court of Appeal, the parties disagreed
about the trial judge’s interpretation of the scope of
the taking-up clause. It was suggested by Ontario
and Canada that the trial judge interpreted the
treaty so as to restrict the exercise of the takingup clause to the Dawson Route and the CPR line
such that other areas within the Treaty 3 territory
could not be “taken up”. The Court of Appeal re­
jected this interpretation of the trial judge’s find­
ings, concluding that when her reasons are read
as a whole, the trial judge found that the taking-up
clause permitted the taking up of lands throughout
the entire Treaty 3 territory, subject only to the legal
limits imposed by the honour of the Crown and
s. 35 of the Constitution Act, 1982. The scope of the
taking-up power in Treaty 3 is not at issue in this
case, and I agree with the Court of Appeal’s reading
of the trial judge’s reasons.
[12] En Cour d’appel, les parties ont fait valoir
des points de vue opposés quant à la décision de la
juge de première instance sur la portée de la clause
de prise des terres. L’Ontario et le Canada ont laissé
enten­dre que la juge avait interprété le traité de
manière que la clause ne s’applique qu’à la route
Dawson et qu’à la voie ferrée du Canadien Paci­fi­
que, de sorte que les autres parties du territoire ne
pouvaient être « prises ». La Cour d’appel a rejeté
cette interprétation des conclusions tirées en pre­
mière instance. Au vu des motifs considérés dans
leur ensem­ble, elle a estimé que, pour la juge, la
clause permettait de prendre des terres sur tout le
ter­ri­toire visé par le traité, sous réserve uniquement
des limi­ta­tions d’ordre juridique découlant de
l’honneur de la Couronne et de l’art. 35 de la Loi
cons­ti­tu­tion­nelle de 1982. La portée du pouvoir de
prendre des terres conféré par le Traité no 3 n’est
pas en cause dans la présente affaire, et je suis
d’accord avec l’interprétation des motifs de la juge
de pre­mière instance par la Cour d’appel.
D. Boundary Dispute
D. Différend relatif aux frontières
[13] Treaty 3 was negotiated amidst a dispute be­
tween Ontario and Canada over Ontario’s western
and northern boundaries. Canada’s position was
[13] Lorsque le Traité no 3 a été négocié, un con­
flit opposait l’Ontario et le Canada au sujet des limi­
tes de la province à l’ouest et au nord. Le Canada
[2014] 2 R.C.S.
première nation de grassy narrows
c.
ontario
La Juge en chef
457
that all the Treaty 3 lands were under the control
of the Dominion of Canada, while Ontario took
the position that its boundaries extended westward
to include much of the Treaty 3 lands. The lands
that were the object of this dispute are referred to
as the “disputed territory”. The Keewatin area was
not part of this dispute; it was unquestionably under
the control of Canada at the time Treaty 3 was
negotiated and signed. However, the boundary dis­
pute, and the subsequent legislation that settled the
dispute, nonetheless provide insight into the parties’
understanding of the taking-up clause in Treaty 3.
soute­nait que la totalité des terres visées par le
Traité no 3 relevait de la compétence du Domi­nion
du Canada, alors que l’Ontario prétendait que ses
limi­tes s’étendaient à l’ouest de manière à englo­
ber une grande partie de ces terres. Les terres qui
fai­saient l’objet de ce différend constituent le « ter­
ri­toire disputé ». La région de Keewatin n’en faisait
pas partie; nul ne contestait qu’elle rele­vait de la
com­pé­tence du Canada au moment de la négo­cia­
tion et de la signature du Traité no 3. Toutefois, le
diffé­rend, ainsi que la loi qui l’a ensuite réglé, don­
nent néan­moins une idée de la manière dont les
par­ties inter­pré­taient la clause du Traité no 3 sur la
prise des terres.
[14] In 1874, Canada and Ontario reached a pro­vi­
sional boundary agreement. Under this agreement,
Ontario would grant patents and licences for the
lands to the east and south of the provisional bound­
ary, while Canada would do so for the lands west
and north of the boundary. Ontario’s position in the
boundary dispute was accepted by a panel of ar­bi­
trators in August 1878. The disputed territory was
within Ontario’s borders. This ruling was endorsed
by the Judicial Committee of the Privy Council in
1884, and confirmed in reciprocal legislation in
1891: An Act for the settlement of certain questions
between the Governments of Canada and Ontario
respecting Indian Lands (1891) (U.K.), 54 & 55
Vict., c. 5; An Act for the settlement of questions
be­tween the Governments of Canada and Ontario
respecting Indian Lands (1891) (Ont.), 54 Vict., c. 3
(the “1891 Legislation”).
[14] En 1874, le Canada et l’Ontario ont convenu
pro­visoirement que l’Ontario délivrerait des lettres
patentes et des permis pour les terres situées à l’est
et au sud d’une frontière fixée provisoirement, et
que le Canada ferait de même pour les terres situées
à l’ouest et au nord de cette frontière. En août 1878,
la thèse défendue par l’Ontario dans le cadre du
diffé­rend a été retenue par une formation d’arbitres.
Le ter­ri­toire disputé se situait à l’intérieur des limi­
tes de l’Ontario. La décision a été entérinée par le
Comité judiciaire du Conseil privé en 1884, puis
con­fir­mée en 1891 par des lois de réciprocité, à
savoir l’Acte pour régler certaines questions pen­
dan­tes entre les gouvernements du Canada et d’Onta­­
rio relativement à certaines terres des Sau­va­ges
(1891) (R.-U.), 54 & 55 Vict., ch. 5, et l’Act for the
settlement of questions between the Gov­ern­ments of
Canada and Ontario respecting In­dian Lands (1891)
(Ont.), 54 Vict., ch. 3 (les « lois de 1891 »).
[15] The 1891 Legislation incorporated a draft
agreement between Canada and Ontario that was
ultimately executed in 1894 (the “1894 Agree­
ment”). Article 1 of the 1894 Agreement provided
that as the disputed territory belonged to Ontario,
“the rights of hunting and fishing by the Indians
throughout the tract surrendered, not including the
reserves to be made thereunder, do not continue
with reference to any tracts which have been, or
from time to time may be, required or taken up for
settlement, mining, lumbering or other purposes
[15] Les lois de 1891 comprenaient un projet
d’accord entre le Canada et l’Ontario que les parties
ont finalement signé en 1894 (l’« accord de 1894 »).
L’article premier de l’accord de 1894 prévoyait, vu
l’appartenance à la province du territoire disputé,
que « le droit de chasse et de pêche des Sauvages
dans l’étendue du territoire cédé, abstraction faite
des réserves à désigner d’après le dit traité, cesse
d’exister dans les espaces qui ont été ou pourront
être de temps en temps jugés nécessaires, et dis­
traits par le gouvernement d’Ontario ou ses agents
458
grassy narrows first nation
v.
ontario
The Chief Justice
[2014] 2 S.C.R.
by the Government of Ontario” (Schedule to 1891
Legislation (U.K.)). In other words, Ontario was
responsible for the “taking up” of Treaty 3 lands
within its boundaries.
dûment autorisés, pour la colonisation, les exploita­
tions minières et forestières ou pour d’autres fins »
(annexe des lois de 1891 (R.-U.)). En d’autres ter­
mes, l’Ontario avait le pouvoir de prendre les terres
visées par le Traité no 3 et situées à l’intérieur de ses
limites.
E. 1912 Transfer of Keewatin
E. Transfert de 1912
[16] As noted above, the Keewatin area was not
part of the boundary dispute between Canada and
On­tario. At the time Treaty 3 was concluded, it was
part of Canada. There was no suggestion that On­
tario had any interest in the Keewatin area at that
time.
[16] Rappelons que la région de Keewatin ne fai­
sait pas l’objet du différend opposant le Canada et
l’Ontario au sujet des limites de la province. Au
moment de la signature du Traité no 3, la région de
Keewatin faisait partie du Canada. Nul ne laissait
enten­dre que l’Ontario avait alors quelque droit sur
la région.
[17] The 1912 Legislation extended Ontario’s
bor­ders to include the Keewatin area.
[17] La loi de 1912 a eu pour effet d’étendre
les limites de l’Ontario et d’englober la région de
Keewatin.
III. Judicial History
III. Historique judiciaire
A. The Claim
A. La demande
[18] In 1997, Ontario’s Minister of Natural Re­
sources issued a licence to Abitibi-Consolidated
Inc. (now known as Resolute FP Canada Inc.), a
large pulp and paper manufacturer, to carry out
clear-cut forestry operations on Crown lands situ­
ated within the Keewatin area. In 2005, the Grassy
Narrows First Nation, descendents of the Ojibway
sig­na­tories of Treaty 3, launched an action to set
aside the forestry licence on the basis that it violated
their Treaty 3 harvesting rights.
[18] En 1997, le ministre des Ressources natu­
rel­les de l’Ontario a délivré à Abitibi-Consolidated
Inc. (devenue depuis PF Résolu Canada Inc.), une
impor­tante société de pâtes et papiers, un permis
d’exploita­tion forestière autorisant la coupe à blanc
sur les terres de la Couronne situées dans la région
de Keewatin. En 2005, la Première Nation de Grassy
Narrows, dont les membres sont les des­cen­dants
des Ojibways qui ont signé le Traité no 3, a intenté
une action en vue de faire annuler le permis au motif
qu’il violait les droits de récolte que leur accor­dait
le traité.
[19] In 2006, Spies J. made a case management
order dividing the trial into two phases. The first
phase consisted of two threshold questions: (1)
Does Ontario have the authority to “take up” tracts
of land within the Keewatin area so as to limit
Treaty 3 harvesting rights? and (2) If the answer to
the first question is no, does Ontario have the au­
thor­ity under the Constitution Act, 1867 to jus­ti­
fiably infringe the appellants’ treaty rights?
[19] Chargée de la gestion de l’instance, la juge
Spies a ordonné en 2006 que le procès se déroule en
deux phases. La première a porté sur deux questions
pré­li­mi­naires. (1) L’Ontario a-t-il le pouvoir de
« pren­dre » des étendues de terres dans la région de
Keewatin et de restreindre ainsi les droits de récolte
accor­dés par le Traité no 3? (2) Dans la négative,
la Loi constitutionnelle de 1867 confère-t-elle à
l’Ontario le pouvoir de porter atteinte de façon jus­
ti­fiée aux droits des appelants issus du traité?
[2014] 2 R.C.S.
première nation de grassy narrows
c.
ontario
La Juge en chef
459
[20] The second phase of the trial has not yet
com­menced.
[20] La seconde phase du procès n’a pas encore
com­mencé.
B. Judgments Below
B. Jugements des juridictions inférieures
[21] In the first phase of the trial, Sanderson J. con­
cluded that the answer to both threshold questions
was “no” (2011 ONSC 4801, [2012] 1 C.N.L.R.
13). First, she found that Ontario could not take
up lands within the Keewatin area so as to limit
harvesting rights without first obtaining Canada’s
approval. The taking-up clause imposed a two-step
process involving federal approval for the taking
up of Treaty 3 lands, and neither the 1891 nor the
1912 Legislation altered this process with respect to
the Keewatin area. The trial judge then proceeded
to answer the second question, concluding that the
doctrine of interjurisdictional immunity prevents
provinces from infringing treaty rights, even if the
infringement can be justified.
[21] À l’issue de la première phase du procès, la
juge Sanderson a répondu par la négative aux deux
questions préliminaires (2011 ONSC 4801, [2012] 1
C.N.L.R. 13). Elle a tout d’abord conclu que l’Onta­­
rio ne pouvait prendre des terres de la région de
Keewatin et restreindre ainsi les droits de récolte
sans obtenir au préalable l’approbation du Canada.
À son avis, la clause de prise des terres impo­sait
un processus en deux étapes qui supposait l’appro­
ba­tion préalable du gouvernement fédéral pour la
prise de terres visées par le Traité no 3, et ni les lois
de 1891 ni celle de 1912 n’avaient modifié ce pro­
ces­sus relativement à la région de Keewatin. Elle a
ensuite conclu au sujet de la seconde question que
la doctrine de l’exclusivité des compétences empê­
che les provinces de porter atteinte aux droits issus
de traités, même lorsque la justification de l’atteinte
peut se démontrer.
[22] The Ontario Court of Appeal allowed the
appeals of Ontario, Canada and Resolute FP Can­
ada Inc. (“Resolute”) (2013 ONCA 158, 114 O.R.
(3d) 401). The court held that the trial judge erred
in concluding that Ontario requires Canada’s ap­
proval to take up the lands in the Keewatin area.
Section 109 of the Constitution Act, 1867 gives On­
tario beneficial ownership of Crown lands within
Ontario. That provision, combined with provincial
ju­ris­diction over the management and sale of pro­
vincial public lands and the exclusive provincial
power to make laws in relation to natural resources
(ss. 92(5) and 92A), gives Ontario exclusive legis­
lative authority to manage and sell lands within the
Keewatin area in accordance with Treaty 3 and s. 35
of the Constitution Act, 1982. As the answer to the
first question was “yes”, the Court of Appeal did
not consider the second question of whether in­ter­
juris­dic­tional immunity applies to provincial in­
fringements of treaty rights.
[22] La Cour d’appel de l’Ontario a fait droit aux
appels de l’Ontario, du Canada et de PF Résolu
Canada Inc. (« Résolu ») (2013 ONCA 158, 114
O.R. (3d) 401). Elle a décidé que la juge de pre­mière
ins­tance avait eu tort de conclure que l’Onta­rio
devait obtenir l’approbation du Canada pour pren­
dre des terres situées dans la région de Keewatin.
L’arti­cle 109 de la Loi constitutionnelle de 1867
con­fère à l’Ontario la propriété effective des terres
publi­ques situées dans la province. De pair avec la
compé­tence de la province pour l’administration et
la vente des terres publiques et sa compétence exclu­
sive pour légiférer dans le domaine des ressources
natu­rel­les (par. 92(5) et art. 92A), cette disposition
con­fère à la seule province de l’Ontario le pouvoir
légis­la­tif d’administrer et de vendre des terres de la
région de Keewatin conformément au Traité no 3 et
à l’art. 35 de la Loi constitutionnelle de 1982. Sa
réponse à la première question étant affirmative, la
Cour d’appel ne se penche pas sur la seconde, celle
de savoir si la doctrine de l’exclusivité des com­
pé­ten­ces s’applique aux atteintes provinciales aux
droits issus de traités.
460
grassy narrows first nation
v.
ontario
The Chief Justice
[2014] 2 S.C.R.
IV. Parties and Interveners on Appeal
IV. Parties et intervenants au pourvoi
[23] On appeal, there are 2 appellants, 4 respon­
dents, and 13 interveners.
[23] Deux appelants, quatre intimés et treize inter­
venants sont parties au pourvoi.
[24] The appellants are the Grassy Narrows
First Nation, descendants of the Ojibway, and the
Wabauskang First Nation, whose traditional ter­ri­
tory includes lands within the Keewatin area.
[24] Les parties appelantes sont la Première
Nation de Grassy Narrows, dont les membres sont
les descendants des Ojibways, et la Première Nation
de Wabauskang, dont le territoire traditionnel com­
prend des terres situées dans la région de Keewatin.
[25] The first two respondents are the Attorney
General of Canada and the Ontario Minister of Nat­
ural Resources. The third respondent is Resolute,
a company that owns and operates a currently idle
paper mill on land subject to Treaty 3, but not in the
Keewatin area. Resolute was a defendant in this lit­
i­gation because it was granted the forestry licence
that gave rise to this appeal. The final respondent is
Goldcorp Inc., a gold producer with a mine situated
in the Keewatin area and whose operations rely
in part on permits from the provincial Minister of
Natural Resources. Goldcorp was granted status to
intervene as a party at the Court of Appeal.
[25] Les deux premiers intimés sont le procureur
général du Canada et le ministre des Ressources
natu­relles de l’Ontario. La troisième partie intimée
est Résolu, une société qui possède et exploite une
usine de papier actuellement inactive située sur des
terres assujetties au Traité no 3, mais non dans la
région de Keewatin. Résolu est défenderesse en
l’espèce parce qu’elle s’est vu délivrer le permis
d’exploita­tion forestière qui est à l’origine du pour­
voi. La dernière partie intimée est Goldcorp Inc.,
un producteur aurifère qui possède une mine située
dans la région de Keewatin et dont les activités
dépen­dent en partie de la délivrance de permis par
le minis­tre provincial des Ressources naturelles. La
société Goldcorp a été autorisée à intervenir à titre
de partie par la Cour d’appel.
[26] The Attorneys General of Manitoba, British
Columbia, Saskatchewan, and Alberta intervene
in support of the respondents. The appellants are
sup­ported by the following interveners: the Grand
Council of Treaty # 3; the Blood Tribe, the Beaver
Lake Cree Nation, the Ermineskin Cree Nation, the
Siksika Nation, and the Whitefish Lake First Na­
tion # 128, intervening together; the Fort McKay
First Nation; the Te’mexw Treaty Association; the
Ochiichagwe’Babigo’Ining First Nation, the Ojib­
ways of Onigaming First Nation, the Big Grassy
First Nation, and the Naotkamegwanning First
Na­tion, intervening together; the Métis Nation of
Ontario; the Cowichan Tribes; the Lac Seul and
Sandy Lake First Nations; and the Assembly of
First Nations/National Indian Brotherhood.
[26] Les procureurs généraux du Manitoba, de
la Colombie-Britannique, de la Saskatchewan et
de l’Alberta interviennent à l’appui de la thèse des
inti­més. Quant aux appelants, ils ont l’appui des
inter­ve­nants suivants : le Grand Conseil du Traité
no 3; la Tribu des Blood, la Nation crie de Beaver
Lake, la Nation crie d’Ermineskin, la Nation Siksika
et la Pre­mière Nation du lac Whitefish no 128, qui
inter­­vien­nent collectivement; la Première Nation de
Fort McKay; l’Association du traité des Te’mexw;
la Pre­mière Nation Ochiichagwe’Babigo’Ining; la
Pre­mière Nation des Ojibways d’Onigaming; la Pre­
mière Nation de Big Grassy et la Première Nation
de Naotkamegwanning, qui interviennent col­lec­
tive­ment; la Métis Nation of Ontario; les Tribus
Cowichan; la Première Nation du lac Seul et la Pre­
mière Nation du lac Sandy; l’Assemblée des Pre­
mières Nations/Fraternité des Indiens du Canada.
[2014] 2 R.C.S.
première nation de grassy narrows
c.
ontario
La Juge en chef
461
V. Issues
V. Questions en litige
[27] This appeal raises the following issues:
[27] Le pourvoi soulève les questions suivantes :
1. Does Ontario have the authority under Treaty 3
to “take up” tracts of land in the Keewatin area?
1. L’Ontario a-t-il le pouvoir, en application du
Traité no 3, de « prendre » des étendues de terres
dans la région de Keewatin?
2. Does the doctrine of interjurisdictional im­mu­
nity preclude Ontario from justifying infringe­
ment of Treaty 3 rights?
2. La doctrine de l’exclusivité des compétences
empêche-t-elle l’Ontario de justifier l’atteinte
aux droits conférés par le Traité no 3?
VI. Analysis
VI. Analyse
A. The Power to Take up Lands Under Treaty 3
A. Le pouvoir de prendre des terres que confère le
Traité no 3
[28] The central question on this appeal, simply
put, is whether the Province of Ontario has the
power to take up lands in the Keewatin area under
Treaty 3, or whether this must be done by or in co­
op­era­tion with the Government of Canada. Ontario’s
power to take up other Treaty 3 lands is not at issue
on this appeal.
[28] Formulée simplement, la question que sou­
lève essentiellement le litige est celle de savoir si
la pro­vince de l’Ontario a le pouvoir de prendre
des terres de la région de Keewatin en application
du Traité no 3 ou si ce pouvoir peut seulement être
exercé par le gouvernement du Canada ou avec sa
col­la­bo­ra­tion. Le pouvoir de l’Ontario de prendre
d’autres terres visées par le Traité no 3 ne fait pas
l’objet du pourvoi.
[29] The Court of Appeal held that the Province
of Ontario has the power to take up the lands. The
trial judge, by contrast, held that this could be done
only by a two-step procedure involving approval by
both the federal and provincial governments.
[29] La Cour d’appel juge que la province de
l’Onta­rio a le pouvoir de prendre les terres en ques­
tion. À l’opposé, la juge de première instance estime
que la prise ne peut intervenir qu’à l’issue d’un pro­
ces­sus en deux étapes comportant l’approbation des
deux paliers de gouvernement.
[30] I agree with the Ontario Court of Appeal
that Ontario and only Ontario has the power to
take up lands under Treaty 3. This conclusion rests
on Canada’s constitutional provisions, the in­ter­
pretation of Treaty 3, and legislation dealing with
Treaty 3 lands. First, although Treaty 3 was nego­ti­
ated by the federal government, it is an agree­ment
between the Ojibway and the Crown. The level of
government that exercises or performs the rights
and obligations under the treaty is determined by
the division of powers in the Con­sti­tu­tion. Ontario
has exclusive authority under the Constitution Act,
1867 to take up provincial lands for forestry, min­
ing, settlement, and other ex­clu­sively provincial
[30] Je conviens avec la Cour d’appel que l’Onta­
rio, et seulement cette province, a le pouvoir de
pren­dre des terres visées par le Traité no 3. Cette
con­clu­sion se fonde sur les dispositions d’ordre
cons­ti­tu­tion­nel du Canada, l’interprétation du Traité
no 3 et les lois portant sur les terres visées par le
Traité no 3. Premièrement, même si le traité a été
négo­­cié par le gouvernement fédéral, il s’agit d’un
accord entre les Ojibways et la Couronne. C’est le
par­tage des compétences prévu par la Constitution
qui détermine quel palier de gouvernement est
appelé à exercer les droits ou à s’acquitter des obli­
ga­tions qui y sont prévus. Suivant la Loi cons­ti­tu­
tion­nelle de 1867, l’Ontario a le pouvoir exclu­sif de
462
grassy narrows first nation
v.
mat­ters. Federal supervision is not required by the
Constitution. Second, nothing in the text or his­
tory of the negotiation of Treaty 3 suggests that a
two-step process requiring federal supervision or
approval was intended. Third, legislation dealing
with Treaty 3 land confirms that no two-step pro­cess
was contemplated. I elaborate on each of these
points below.
(1) Constitutional Provisions
ontario
The Chief Justice
[2014] 2 S.C.R.
prendre des terres provinciales à quel­que fin rele­
vant exclusivement de la province, dont l’exploita­
tion forestière ou minière et la colo­ni­sa­tion. La
Cons­ti­tu­tion n’exige pas de surveillance fédé­rale.
Deuxième­ment, ni le libellé du Traité no 3, ni l’his­
to­ri­que de sa négociation ne permettent de conclure
à la volonté des parties d’établir un pro­ces­sus en
deux étapes exigeant la surveillance du fédé­ral ou
son approbation. Troisièmement, les lois por­tant sur
les terres visées par le traité confirment qu’un tel
pro­ces­sus n’a pas été envisagé. Je déve­loppe chacun
de ces points ci-après.
(1) Dispositions constitutionnelles
[31] Once the Keewatin lands came within On­
tario’s borders in 1912, s. 109 of the Constitution
Act, 1867 became applicable. Section 109 provides:
[31] L’article 109 de la Loi constitutionnelle de
1867 est devenu applicable aux terres de Keewatin
dès l’intégration de celles-ci au territoire de l’Onta­
rio en 1912. Il dispose :
109. All Lands, Mines, Minerals, and Royalties be­
longing to the several Provinces of Canada, Nova Scotia,
and New Brunswick at the Union, and all Sums then due
or payable for such Lands, Mines, Minerals, or Royalties,
shall belong to the several Provinces of Ontario, Quebec,
Nova Scotia, and New Brunswick in which the same are
situate or arise, subject to any Trusts existing in respect
thereof, and to any Interest other than that of the Province
in the same.
109. Toutes les terres, mines, minéraux et réserves
royales appartenant aux différentes provinces du Canada,
de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick lors de
l’union, et toutes les sommes d’argent alors dues ou paya­
bles pour ces terres, mines, minéraux et réserves roya­
les, appartiendront aux différentes provinces d’Ontario,
Québec, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick,
dans lesquelles ils sont sis et situés, ou exigibles, restant
toujours soumis aux charges dont ils sont grevés, ainsi
qu’à tous intérêts autres que ceux que peut y avoir la pro­
vince.
Section 109 establishes conclusively that Ontario
holds the beneficial interest in the Keewatin lands
and the resources on or under those lands. In ad­di­
tion, s. 92(5) of the Constitution Act, 1867 gives the
Prov­ince exclusive power over the “Management
and Sale of the Public Lands be­long­ing to the Prov­
ince and of the Timber and Wood thereon” and
s. 92A gives the Province exclusive power to make
laws in relation to non-renewable natural resources,
forestry resources, and electrical energy. Together,
these provisions give Ontario the power to take up
lands in the Keewatin area under Treaty 3 for pro­
vincially regulated purposes, such as forestry.
L’article 109 établit sans l’ombre d’un doute que
l’Onta­rio détient la propriété effective des terres
de la région de Keewatin ainsi que des ressources
qui s’y trouvent en surface et dans le sous-sol. De
plus, le par. 92(5) de la Loi constitutionnelle de
1867 confère à la province une compétence exclu­
sive sur « [l]’administration et la vente des terres
publi­ques appartenant à la province, et des bois et
forêts qui s’y trouvent »; l’art. 92A lui con­fère une
compétence exclusive pour légiférer sur les res­
sources naturelles non renouvelables, les ressour­
ces forestières et l’énergie électrique. Considérées
ensemble, ces dispositions confèrent à l’Ontario le
pou­voir de prendre des terres de la région de Kee­
watin en application du Traité no 3 à des fins assu­
jet­ties au pouvoir de réglementation provincial,
telle la foresterie.
[2014] 2 R.C.S.
première nation de grassy narrows
c.
ontario
La Juge en chef
463
[32] The view that only Canada can take up or au­
thorize the taking up of lands under Treaty 3 rests
on a misconception of the legal role of the Crown
in the treaty context. It is true that Treaty 3 was
negotiated with the Crown in right of Canada. But
that does not mean that the Crown in right of On­
tario is not bound by and empowered to act with
respect to the treaty.
[32] La thèse selon laquelle seul le Canada peut
prendre des terres visées par le Traité no 3 ou en
autoriser la prise méconnaît le rôle juridique de la
Cou­ronne dans le contexte d’un traité. Certes, le
Traité no 3 a été négocié avec la Couronne du chef
du Canada, mais il ne s’ensuit pas pour autant que
la Cou­ronne du chef de l’Ontario n’est pas liée par
le traité, ni habilitée à agir relativement à ce dernier.
[33] The theory of the trial judge, supported by
the appellants, was that since the treaty was made
with the federal Crown, only the federal Crown has
ob­li­ga­tions and powers over matters covered by
the treaty. But this reasoning does not apply in the
treaty context. For example, this Court has held that
Crown obligations to First Nations such as the duty
to consult are owed by both levels of government
(Haida Nation v. British Columbia (Minister of For­
ests), 2004 SCC 73, [2004] 3 S.C.R. 511) and that
a change in the level of government responsible for
regulating hunting rights did not constitute a mod­i­
fi­ca­tion of a treaty (R. v. Horseman, [1990] 1 S.C.R.
901). Furthermore, in St. Catherine’s Milling and
Lumber Co. v. The Queen (1888), 14 App. Cas.
46 (P.C.), Lord Watson concluded that Treaty 3
purported to be “from beginning to end a trans­ac­
tion between the Indians and the Crown”, not an
agree­ment between the Government of Canada and
the Ojibway people (p. 60). In the same vein,
[33] Selon la théorie de la juge de première ins­
tance, à laquelle se rallient les appelants, la Cou­
ronne fédérale étant signataire du traité, elle seule a
des obligations et des pouvoirs à l’égard de ce qui
fait l’objet du traité. Or, ce raisonnement ne vaut
pas dans le cas d’un traité. Par exemple, notre Cour
a sta­tué que les obligations de la Couronne envers
les Pre­mières Nations, comme celle de les consul­
ter, incom­bent aux deux paliers de gouvernement
(Nation haïda c. Colombie-Britannique (Ministre
des Forêts), 2004 CSC 73, [2004] 3 R.C.S. 511) et
que le remplacement du palier de gouvernement res­
pon­sa­ble de la réglementation des droits de chasse
par un autre ne constitue pas une modification du
traité (R. c. Horseman, [1990] 1 R.C.S. 901). En
outre, dans l’arrêt St. Catherine’s Milling and Lumber
Co. c. The Queen (1888), 14 App. Cas. 46 (C.P.),
lord Watson avait auparavant conclu que le Traité
no 3, [traduction] « du début à la fin, cons­ti­tuait un
mar­ché intervenu entre les Indiens et Sa Majesté »,
et non un accord intervenu entre le gou­ver­ne­ment
du Canada et le peuple ojibway (p. 60). Dans le
même ordre d’idées, il a ajouté :
it is abundantly clear that the commissioners who
represented Her Majesty, whilst they had full authority to
accept a surrender to the Crown, had neither authority nor
power to take away from Ontario the interest which had
been assigned to that province by the Imperial Statute of
1867. [ibid.]
[traduction] Il ne fait aucun doute que même s’ils
avaient les pleins pouvoirs pour accepter une cession en
faveur de la Couronne, les commissaires qui repré­sen­
taient Sa Majesté n’avaient ni compétence ni pouvoir
pour retirer à l’Ontario les droits que lui avaient conférés
la loi impériale de 1867. [ibid.]
[34] Similar views were expressed in Dominion
of Canada v. Province of Ontario, [1910] A.C. 637
(P.C.), at p. 645, and Smith v. The Queen, [1983] 1
S.C.R. 554, at pp. 562-65.
[34] Des points de vue semblables ont été adoptés
dans les arrêts Dominion of Canada c. Province of
Ontario, [1910] A.C. 637 (C.P.), p. 645, et Smith c.
La Reine, [1983] 1 R.C.S. 554, p. 562-565.
[35] The promises made in Treaty 3 were prom­
ises of the Crown, not those of Canada. Both levels
of government are responsible for fulfilling these
prom­ises when acting within the division of powers
[35] Les promesses contenues dans le Traité no 3
étaient celles de la Couronne, non du Canada. Leur
res­pect incombe aux deux ordres de gouvernement
en con­for­mité avec le partage des pouvoirs opéré
464
grassy narrows first nation
v.
ontario
The Chief Justice
[2014] 2 S.C.R.
under the Constitution Act, 1867. Thus, when the
lands covered by the treaty were determined to
belong to the Province of Ontario, the Province
became responsible for their governance with re­
spect to matters falling under its jurisdiction by
virtue of ss. 109, 92(5) and 92A of the Constitution
Act, 1867, subject to the terms of the treaty. It fol­
lows that the Province is entitled to take up lands
under the treaty for forestry purposes.
par la Loi constitutionnelle de 1867. Ainsi, lors­qu’il
a été déterminé que les terres visées par le traité lui
appar­tenaient, la province de l’Ontario est deve­nue
responsable de leur administration dans les domai­
nes relevant de sa compétence sui­vant l’art. 109, le
par. 92(5) et l’art. 92A de la Loi cons­ti­tu­tion­nelle
de 1867, sous réserve des dis­po­si­tions du traité. Dès
lors, la province peut prendre des terres visées par le
traité à des fins d’exploitation fores­tière.
[36] The appellants further argue that s. 91(24) of
the Constitution Act, 1867 grants Canada a residual
and continuing role in respect of the taking up of
Treaty 3 lands. Section 91(24) provides that Canada
has jurisdiction over “Indians, and Lands reserved
for the Indians”. Thus, the appellants submit that
the trial judge’s two-step process is merely a re­state­
ment of the double aspect doctrine: to the extent
that any taking up displaces or limits the federally
promised treaty rights, both aspects of the land or
resource must be addressed — the pro­vincial aspect
of the land qua proprietary rights and the federal
aspect of the land as subject to a treaty right (Grassy
Narrows’ factum, at para. 66).
[36] Les appelants soutiennent par ailleurs que le
par. 91(24) de la Loi constitutionnelle de 1867 con­
fère au Canada un rôle résiduel et permanent en ce
qui concerne la prise des terres visées par le Traité
no 3. Ce paragraphe dispose que le Canada a com­
pé­tence sur les « Indiens et les terres réservées pour
les Indiens ». Les appelants affirment donc que
lors­qu’elle conclut à l’application d’un processus
en deux étapes, la juge de première instance ne fait
que refor­muler la théorie du double aspect : dans la
mesure où la prise des terres a pour effet d’écarter
ou de res­trein­dre des droits promis dans un traité
par le gou­ver­ne­ment fédéral, il faut tenir compte
des deux aspects des terres ou des ressources —
l’aspect pro­vin­cial des terres en tant qu’objets de
droits de pro­priété, et l’aspect fédéral des terres en
tant qu’objets de droits issus de traités (mémoire de
Grassy Narrows, par. 66).
[37] Section 91(24) does not give Canada the au­
thor­ity to take up provincial land for exclusively
provincial purposes, such as forestry, mining, or
set­tle­ment. Thus, s. 91(24) does not require Ontario
to obtain federal approval before it can take up
land under Treaty 3. While s. 91(24) allows the
fed­eral government to enact legislation dealing
with Indians and lands reserved for Indians that
may have incidental effects on provincial land,
the applicability of provincial legislation that af­
fects treaty rights through the taking up of land is
determined by Mikisew Cree First Nation v. Can­
ada (Minister of Canadian Heritage), 2005 SCC
69, [2005] 3 S.C.R. 388, and by s. 35 of the Con­
stitution Act, 1982.
[37] Le paragraphe 91(24) ne confère pas au
Canada le droit de prendre des terres provinciales
à des fins exclusivement provinciales, telles la colo­
ni­sa­tion ou l’exploitation forestière ou minière. Il
n’oblige donc pas l’Ontario à obtenir au préalable
l’appro­ba­tion du gouvernement fédéral de prendre
des ter­res en application du Traité no 3. Même si
cette dis­po­si­tion habilite le gouvernement fédéral
à adopter rela­ti­ve­ment aux Indiens et aux terres
réser­vées pour eux des lois susceptibles d’avoir
des effets acces­soires sur un territoire provincial,
l’appli­ca­bilité d’une loi provinciale qui, par la
prise de terres, porte atteinte à des droits issus de
traités est déterminée selon l’arrêt Première nation
crie Mikisew c. Canada (Ministre du Patrimoine
cana­dien), 2005 CSC 69, [2005] 3 R.C.S. 388, et
l’art. 35 de la Loi constitutionnelle de 1982.
[2014] 2 R.C.S.
première nation de grassy narrows
(2) Interpretation of Treaty 3
c.
ontario
La Juge en chef
465
(2) Interprétation du Traité no 3
[38] The text of the taking-up clause supports the
view that the right to take up land rests with the
level of government that has jurisdiction under the
Con­sti­tu­tion. The taking-up clause provides that
the Ojibway will have continuing harvesting rights
through­out the Treaty 3 lands “saving and excepting
such tracts as may, from time to time, be required or
taken up for settlement, mining, lumbering or other
purposes by Her said Government of the Dominion
of Canada, or by any of the subjects thereof duly
au­tho­rized therefor by the said Government” (p. 6).
[38] Le libellé de la clause de prise des terres
confirme que le droit de prendre des terres appar­
tient au palier de gouvernement dont la Constitu­tion
recon­naît la compétence. La clause prévoit que les
Ojibways conservent leurs droits de récolte sur tou­
tes les terres visées par le Traité no 3, « excepté telles
éten­dues qui pourront être nécessaires ou requi­ses
pour la colonisation, les mines, la coupe du bois ou
autres fins par son dit gouvernement du Canada ou
par aucun de ses sujets dûment autorisés à cet effet
par le dit gouvernement » (p. 6).
[39] The clause does not contemplate a two-step
process involving both levels of government. It
only refers to the Government of the Dominion of
Can­ada. The treaty, as discussed, was between the
Crown — a concept that includes all government
power — and the Ojibway. The reference to Can­
ada reflects the fact that the lands at the time were
in Canada, not Ontario. Canada and Canada alone
had beneficial ownership of the lands and there­
fore jurisdiction to take up the lands. This said,
Treaty 3 was negotiated against the backdrop of a
boundary dispute between Ontario and Canada. The
possibility of provincial acquisition of the lands was
patent. It follows that if the drafters of the treaty
wanted Canada to have a continuing supervisory
role in taking up lands under the treaty, the treaty
would have said this.
[39] Il n’est question d’aucun processus en deux
étapes qui ferait intervenir les deux ordres de gou­
ver­ne­ment. Il n’est fait mention que du gou­ver­ne­
ment du Dominion du Canada. Je le répète, le traité
est intervenu entre la Couronne — à savoir l’État
dans sa globalité — et les Ojibways. La seule men­
tion du Canada s’explique par le fait que les terres
se trou­vaient alors au Canada, et non en Ontario. Le
Canada, et lui seul, avait la propriété effective des
terres et, partant, avait compétence pour prendre les
ter­res. Cela étant, le Traité no 3 a été négocié dans
le con­texte d’un différend qui opposait l’Ontario et
le Canada au sujet de leurs frontières. La possibilité
que la pro­vince acquière les terres était manifeste.
Par con­sé­quent, si ses rédacteurs avaient voulu que
le Canada continue d’exercer l’autorité sur les ter­
res prises sous son régime, le traité l’aurait expres­
sé­ment prévu.
[40] Before this Court, the appellants rely on the
trial judge’s factual findings that the treaty com­
mis­sion­ers contemplated and intended a two-step
process involving federal approval and supervision.
In my view, the Ontario Court of Appeal was cor­
rect in concluding that the trial judge’s factual find­
ings amounted to overriding and palpable errors
(paras. 156-72). First, there is no evidence that
Morris communicated to the Ojibway any in­ten­tion
to require a two-step process, or that he in­ten­tion­
ally drafted the taking-up clause to require such a
process — assuming that Morris’s subjective in­ten­
tion is even relevant here. Second, there is no evi­
dence that the Ojibway intended or insisted upon
a two-step process. Third, a provisional boundary
agree­ment reached by Canada and Ontario in 1874
[40] Devant notre Cour, les appelants se fondent
sur les conclusions factuelles de la juge de première
ins­tance suivant lesquelles les commissaires char­gés
de la négociation du traité envisageaient et vou­laient
l’établissement d’un processus en deux éta­pes com­
por­tant l’approbation et la surveillance du gou­ver­
ne­ment fédéral. À mon avis, la Cour d’appel statue
à bon droit que les conclusions de fait de la juge
sont enta­chées d’erreurs manifestes et dominan­
tes (par. 156-172). En premier lieu, nul élément ne
prouve que Morris a fait part aux Ojibways de quel­
que intention d’établir un tel processus ou qu’il a
inten­tion­nel­le­ment libellé la clause de prise des ter­
res de manière à prescrire un tel processus, si tant est
que l’intention subjective de Morris soit même per­
ti­nente à cet égard. En deuxième lieu, nul élément
466
grassy narrows first nation
v.
to deal with the administration of the treaty lands
pending the settlement of the boundary dispute
reflects an understanding that the right to take up
lands attached to the level of government that en­
joyed beneficial ownership of those lands. Indeed,
the agreement provided that if the provisional bound­
ary was subsequently determined to be wrong, the
government found to have jurisdiction over the lands
would ratify any patents that had been issued by the
other government. Lastly, while not determinative, I
would note that Ontario has ex­er­cised the power to
take up lands for a period of over 100 years, without
any objection by the Ojibway. This also suggests that
federal approval was never considered part of the
treaty.
(3) Legislation Dealing With Treaty 3 Lands
ontario
The Chief Justice
[2014] 2 S.C.R.
ne prouve l’intention des Ojibways d’établir un tel
pro­ces­sus ou leur insistance pour qu’il y en ait un.
En troisième lieu, l’accord provisoire sur les fron­
tières intervenu en 1874 entre le Canada et l’Onta­
rio pour l’administration des terres visées par le
traité jusqu’au règlement du différend relatif aux
fron­tières indique que le droit de prendre des terres
appar­tenait au palier de gouvernement qui avait la
pro­priété effective de celles-ci. D’ailleurs, l’accord
pré­voyait que si l’on constatait par la suite que le
tracé provisoire de la frontière était erroné, le gou­
ver­ne­ment à qui serait reconnue la compétence sur
les ter­res en question ratifierait les lettres paten­tes
déli­vrées par l’autre gouvernement. Enfin, bien que
ce ne soit pas déterminant, je fais observer que
l’Onta­rio a exercé le pouvoir de prendre des terres
pen­dant plus de cent ans sans opposition de la part
des Ojibways, ce qui donne également à penser que
l’appro­ba­tion du gouvernement fédéral n’a jamais
été con­si­dérée comme une exigence du traité.
(3) Lois ultérieures portant sur les terres visées
par le Traité no 3
[41] This result is also consistent with the way
sub­se­quent governments dealt with the right to
take up land under Treaty 3. The 1894 Agreement
be­tween Canada and Ontario, incorporated in the
1891 Legislation, provided that the disputed ter­ri­
tory belonged to Ontario and confirmed that as such
Ontario would have the power to take up that land
under the treaty. The relevant provision says:
[41] Cette conclusion s’accorde également avec
les mesures subséquentes des gouvernements con­
cer­nant le droit de prendre des terres visées par
le Traité no 3. L’accord de 1894 intervenu entre
le Canada et l’Ontario, incorporé dans les lois de
1891, prévoit que le territoire disputé appartient à
l’Onta­rio et il confirme que la province a par con­sé­
quent le pou­voir de prendre les terres en question en
appli­ca­tion du traité. Voici le texte de la disposition
appli­cable :
1. With respect to the tracts to be, from time to time,
taken up for settlement, mining, lumbering or other pur­
poses and to the regulations required in that behalf, as
in the said treaty mentioned, it is hereby conceded and
declared that, as the Crown lands in the surrendered tract
have been decided to belong to the Province of Ontario,
or to Her Majesty in right of the said Province, the rights
of hunting and fishing by the Indians throughout the
tract surrendered, not including the reserves to be made
thereunder, do not continue with reference to any tracts
which have been, or from time to time may be, required
or taken up for settlement, mining, lumbering or other
purposes by the Government of Ontario or persons duly
authorized by the said Government of Ontario; and that
1. Relativement aux espaces de terres à prendre de
temps à autre pour la colonisation, les entreprises minières
ou forestières ou pour d’autres fins, et relativement aux
règle­ments à établir à cet égard, comme le mentionne
le dit traité, il est par le présent admis et déclaré que,
les terres de la Couronne dans le territoire cédé ayant
été reconnues appartenir à la province d’Ontario, ou à
Sa Majesté pour le compte de la dite province, le droit
de chasse et de pêche des Sauvages dans l’étendue du
territoire cédé, abstraction faite des réserves à désigner
d’après le dit traité, cesse d’exister dans les espaces
qui ont été ou pourront être de temps en temps jugés
nécessaires, et distraits par le gouvernement d’Ontario
ou ses agents dûment autorisés, pour la colonisation, les
[2014] 2 R.C.S.
première nation de grassy narrows
c.
ontario
La Juge en chef
467
the concurrence of the Province of Ontario is required in
the selection of the said reserves.
exploitations minières et forestières ou pour d’autres fins;
et l’adhésion de la province d’Ontario sera nécessaire
pour le choix des dites réserves.
[42] This expressly provides that Ontario has the
right to take up the lands. Again, there is no mention
of any continuing supervisory role for Canada in
the process, or any two-step federal/provincial
pro­cess. I agree with the Court of Appeal that the
1894 Agree­ment confirmed Ontario’s right to take
up Treaty 3 land by virtue of its control and bene­
fi­cial own­er­ship of the territory. It did not amend
Treaty 3.
[42] L’accord stipule donc expressément que
l’Onta­rio a le droit de prendre les terres. Il ne fait
pas men­tion d’un quelconque rôle permanent de
sur­veil­lance du Canada, ni d’un quelconque pro­ces­
sus fédéro-provincial en deux étapes. Je conviens
avec la Cour d’appel que l’accord de 1894 confirme
le droit de l’Ontario de prendre les terres visées
par le Traité no 3 du fait de sa possession et de sa
pro­pri­été effective du territoire. Il ne modifie pas le
Traité no 3.
[43] The 1894 Agreement covered the disputed
territory, not the Keewatin lands. In 1912, The On­
tario Boundaries Extension Act extended Ontario’s
boundaries to include the Keewatin territory. The
1912 Legislation included the following terms and
conditions:
[43] L’accord de 1894 s’appliquait au territoire dis­
puté, et non aux terres de Keewatin. En 1912, la Loi
de l’extension des frontières de l’Ontario a repoussé
les limites de l’Ontario pour englober le ter­ri­toire de
Keewatin. Elle renferme notamment les con­­di­­tions
suivantes :
2. . . .
2. . . .
(a) That the province of Ontario will recognize the
rights of the Indian inhabitants in the territory above
described to the same extent, and will obtain surrenders
of such rights in the same manner, as the Government
of Canada has heretofore recognized such rights and has
obtained surrender thereof, and the said province shall
bear and satisfy all charges and expenditure in connection
with or arising out of such surrenders;
a) que la province de l’Ontario reconnaîtra les droits
des habitants sauvages dans le territoire ci-dessus décrit,
dans la même mesure, et obtiendra la remise de ces droits
de la même manière, que le Gouvernement du Canada
a ci-devant reconnu ces droits et obtenu leur remise, et
ladite province supportera et acquittera toutes les charges
et dépenses se rattachant à ces remises ou en résultant;
(b) That no such surrender shall be made or obtained
except with the approval of the Governor in Council;
b) que nulle pareille remise ne sera faite ou obtenue
qu’avec l’approbation du Gouverneur en conseil;
(c) That the trusteeship of the Indians in the said
territory, and the management of any lands now or here­
after reserved for their use, shall remain in the Gov­ern­
ment of Canada subject to the control of Parliament.
c) que la tutelle des sauvages dans ledit territoire et
l’administration de toutes terres maintenant ou ci‑après
réservées pour leur usage, restera à la charge du Gou­
ver­nement du Canada, subordonnément au contrôle du
Par­lement.
[44] The 1912 transfer of lands confirmed that
On­tario would stand in Canada’s shoes with re­
spect to the rights of the Indians in those lands
(s. 2(a)). The reference to the “rights of the Indian
inhabitants” in s. 2(a) includes the harvesting
rights under Treaty 3. As the Court of Appeal said,
“[t]his condition contemplates, therefore, that On­
tario could take up Keewatin lands under the treaty
only to the same extent that Canada could validly
[44] Le transfert des terres en 1912 a confirmé
la sub­sti­tution de l’Ontario au Canada en ce qui
concerne les droits accordés aux Indiens sur les ter­
res en cause (al. 2a)). Les « droits des habitants sau­
vages » mentionnés à l’al. 2a) englobent les droits
de récolte conférés par le Traité no 3. Comme le fait
remar­quer la Cour d’appel, [traduction] « [c]ette
con­di­tion suppose donc que l’Ontario ne peut pren­
dre les terres de Keewatin en application du traité
468
grassy narrows first nation
v.
ontario
The Chief Justice
[2014] 2 S.C.R.
do so prior to 1912” (para. 198). Section 2(b) pro­
vided that Canada’s approval was required for the
surrender of Aboriginal rights — not the taking up
of land pursuant to the taking-up clause. The evi­
dence at trial was that the reference to the surren­
der of rights is a reference to lands not ceded by
treaty (para. 1082). Finally, s. 2(c) provided that
the trusteeship of Indians and the management of
reserved lands would remain with the Government
of Canada, subject to the control of Parliament.
que dans la mesure où le Canada pouvait vala­ble­
ment le faire avant 1912 » (par. 198). L’alinéa 2b)
pré­voit l’obligation d’obtenir l’approbation du
Canada pour la remise de droits des Autochtones,
non pour la prise de terres en application de la clause
per­ti­nente. La preuve offerte au procès indi­que que
la mention de la remise des droits se rap­porte aux
terres non cédées dans le traité (par. 1082). Enfin,
l’al. 2c) dispose que la tutelle des sauvages et l’admi­
nis­tra­tion des terres réservées demeurent à la charge
du gouvernement du Canada, sous réserve du con­
trôle du Parlement.
[45] In my view, this legislation means that the
fed­eral government would remain responsible for
Indians and lands reserved to Indians under its
power over Indians pursuant to s. 91(24) of the Con­
sti­tution Act, 1867, but that the taking up of other
lands within the territory would be for the Prov­ince
of Ontario alone. Nothing in the legislation con­
templates a two-step process involving both levels
of government.
[45] À mon avis, il s’ensuit que le gouvernement
fédéral demeurait responsable des Indiens et des
ter­res réservées aux Indiens en vertu du pouvoir sur
les Indiens que lui conférait le par. 91(24) de la Loi
cons­titu­tion­nelle de 1867, mais que seule la pro­
vince de l’Onta­rio pouvait prendre les autres terres
du ter­ri­toire. Nulle disposition de la loi n’envisage
un pro­ces­sus en deux étapes faisant intervenir les
deux ordres de gouvernement.
[46] This legislation did not constitute a transfer
of Crown rights and obligations by Canada to On­
tario, as the appellants argue, but a transfer of bene­
ficial interest in land. Having acquired the land,
On­tario’s constitutional power over lands within its
boundaries entitled it to take up lands, subject to the
Crown’s duties to the Aboriginal peoples who had
interests in the land.
[46] Cette loi a transféré à l’Ontario non pas les
droits et les obligations de la Couronne comme le pré­
ten­dent les appelants, mais bien la propriété effec­tive
des terres. Une fois les terres acquises, l’Onta­rio pou­
vait, de par son pouvoir constitutionnel sur les terres
assi­milées à son territoire, prendre des ter­res, sous
réserve des obligations de la Couronne envers les
peu­ples autochtones titulaires de droits sur les terres.
[47] It is argued that the 1912 Legislation is not
as explicit as the 1894 Agreement with respect to
On­tario’s power to take up lands under the treaty.
While that may be true, there was no need for the
1912 Legislation to use the same language as the
1894 Agreement. I have concluded that the 1894
Agree­ment confirmed Ontario’s rights at the time
the parties entered into Treaty 3, while the 1912
Leg­islation transferred beneficial ownership of the
Keewatin lands to Ontario along with the re­spon­
si­bilities which attached to those lands. Moreover,
as discussed above, the wording of s. 2(a) in the
1912 Legislation constitutes an explicit acknowl­
edgement that Ontario could henceforward do
whatever Canada had done before it, i.e. take up
[47] On fait valoir que la loi de 1912 n’est pas
aussi explicite que l’accord de 1894 en ce qui a trait
au pou­voir de l’Ontario de prendre des terres visées
par le traité. C’est peut-être le cas, mais il n’était
pas néces­saire que la loi de 1912 reprenne le libellé
de l’accord de 1894. Je conclus que l’accord de
1894 con­firme les droits de l’Ontario au moment où
les par­ties ont conclu le Traité no 3, tandis que la loi
de 1912 transfère à l’Ontario la propriété effective
des terres de Keewatin de pair avec les obligations
affé­ren­tes à celles-ci. De plus, comme je l’explique
précédemment, le libellé de l’al. 2a) de la loi de 1912
recon­naît explicitement que l’Ontario pouvait désor­
mais accomplir tous les actes jusqu’alors accom­plis
par le Canada, y compris celui de pren­dre des ter­res.
[2014] 2 R.C.S.
première nation de grassy narrows
c.
ontario
La Juge en chef
469
lands. The fact that the words “taking up” were not
used in the 1912 Legislation does not diminish the
import of s. 2(a).
L’omission de tout renvoi à la « prise » de terres dans
la loi de 1912 ne diminue pas la portée de l’al. 2a).
[48] Nor did transferring to Ontario the right
to take up lands within the Keewatin area amend
Treaty 3, as the appellants suggest. The treaty al­
lowed for the taking up of land by the beneficial
owner of the land — after 1912, this was Ontario.
Chang­ing the beneficial owner of the land and the
em­ana­tion of the Crown responsible for dealing
with the lands conveyed did not amend the treaty.
[48] Contrairement à ce que prétendent les appe­
lants, le transfert à l’Ontario du droit de prendre des
terres dans la région de Keewatin n’a pas eu pour
effet de modifier le Traité no 3, lequel accor­dait
au pro­prié­taire effectif du territoire — dès 1912,
l’Onta­rio — le pouvoir de prendre des ter­res. Le
chan­gement de propriétaire effectif des ter­res et
d’éma­na­tion de la Couronne chargée de l’admi­nis­
tra­tion des terres cédées n’a pas eu pour effet de
modi­fier le traité.
[49] The 1912 Legislation altered which level of
government would have authority in terms of taking
up the land. It did not modify the treaty or change
its partners. As this Court stated with respect to
Treaty 8 in Horseman, at pp. 935-36:
[49] La loi de 1912 a remplacé le palier de gou­ver­
nement investi du pouvoir afférent à la prise des ter­
res. Elle n’a pas eu pour effet de modifier le traité ou
de remplacer les parties contractantes. Comme notre
Cour l’explique dans l’arrêt Horseman (p. 935-936)
au sujet du Traité no 8 :
The Transfer Agreement of 1930 changed the gov­ern­
mental authority which might regulate aspects of hunting
in the interests of conservation. This change of govern­
mental authority did not contradict the spirit of the orig­
inal Agreement . . . . [Emphasis added.]
La Convention de transfert de 1930 a apporté un chan­
ge­ment quant au gouvernement qui pourrait réglementer
certains aspects de la chasse en vue d’assurer la con­ser­va­
tion de la faune. Ce changement n’allait pas à l’encontre
de l’esprit de la convention initiale . . . [Je souligne.]
(4) Conclusion With Respect to the Power to
Take Up Lands
(4) Conclusion sur le pouvoir de prendre des
ter­res
[50] I conclude that as a result of ss. 109, 92(5)
and 92A of the Constitution Act, 1867, Ontario and
only Ontario has the power to take up lands under
Treaty 3. This is confirmed by the text of Treaty 3
and legislation dealing with Treaty 3 lands. How­
ever, this power is not unconditional. In exercising
its jurisdiction over Treaty 3 lands, the Province
of Ontario is bound by the duties attendant on the
Crown. It must exercise its powers in conformity
with the honour of the Crown, and is subject to the
fi­du­ciary duties that lie on the Crown in dealing
with Aboriginal interests. These duties bind the
Crown. When a government — be it the fed­eral or
a provincial government — exercises Crown power,
the exercise of that power is burdened by the Crown
obligations toward the Aboriginal people in ques­
tion.
[50] Je conclus qu’en raison de l’art. 109, du
par. 92(5) et de l’art. 92A de la Loi constitutionnelle
de 1867, l’Ontario, et lui seul, a le pouvoir de pren­
dre des terres visées par le Traité no 3. C’est ce que
con­fir­ment le texte du traité et les lois s’y rapportant.
Toute­fois, ce pouvoir n’est pas inconditionnel. La
pro­vince de l’Ontario est liée, dans l’exercice de ce
pouvoir, par les obligations qui incombent à la Cou­
ronne. Elle doit l’exercer conformément à l’hon­neur
de la Couronne et elle est assujettie aux obli­ga­
tions fiduciaires de Sa Majesté à l’égard des inté­rêts
autoch­tones. Ces obligations lient la Couronne. Le
gou­ver­nement qui exerce un pouvoir de la Cou­
ronne — qu’il s’agisse du gouvernement fédéral ou
d’un gouvernement provincial — est assujetti aux
obligations de la Couronne envers le peuple autoch­
tone concerné.
470
grassy narrows first nation
v.
ontario
The Chief Justice
[2014] 2 S.C.R.
[51] These duties mean that for land to be taken up
under Treaty 3, the harvesting rights of the Ojibway
over the land must be respected. Any taking up of
the land for forestry or other purposes must meet
the conditions set out by this Court in Mikisew.
As explained by the Ontario Court of Appeal (at
paras. 206-12), the Crown’s right to take up lands
under Treaty 3 is subject to its duty to consult and,
if ap­pro­priate, accommodate First Nations’ interests
be­fore­hand (Mikisew, at para. 56). This duty is
grounded in the honour of the Crown and binds the
Province of Ontario in the exercise of the Crown’s
powers.
[51] L’existence de ces obligations subordonne la
prise de terres au respect des droits de récolte des
Ojibways sur ces terres. Toute prise de terres à des
fins d’exploitation forestière ou autre doit res­pec­
ter les conditions énoncées par notre Cour dans
l’arrêt Mikisew. Comme l’explique la Cour d’appel
(par. 206-212), le droit de la Couronne de pren­
dre des terres visées par le Traité no 3 est assu­jetti
à l’obligation préalable de consulter les Pre­mières
Nations et, s’il y a lieu, de trouver des accom­mo­de­
ments à leurs intérêts (Mikisew, par. 56). Cette obli­
ga­tion découle de l’honneur de la Couronne et elle
lie la province de l’Ontario lorsqu’elle exerce les
pou­voirs de la Couronne.
[52] Where a province intends to take up lands for
the purposes of a project within its jurisdiction, the
Crown must inform itself of the impact the project
will have on the exercise by the Ojibway of their
rights to hunt, fish and trap, and communicate its
find­ings to them. It must then deal with the Ojib­
way in good faith, and with the intention of sub­
stan­tially addressing their concerns (Mikisew, at
para. 55; Delgamuukw v. British Columbia, [1997]
3 S.C.R. 1010, at para. 168). The adverse impact
of the Crown’s project (and the extent of the duty
to consult and accommodate) is a matter of degree,
but consultation cannot exclude accommodation
at the outset. Not every taking up will constitute
an infringement of the harvesting rights set out
in Treaty 3. This said, if the taking up leaves the
Ojibway with no meaningful right to hunt, fish or
trap in relation to the territories over which they tra­
di­tionally hunted, fished, and trapped, a potential
action for treaty infringement will arise (Mikisew,
at para. 48).
[52] Lorsqu’une province compte prendre des ter­
res aux fins d’une entreprise qui relève de sa com­
pé­tence, il appartient à la Couronne de déterminer
quelles conséquences aura cette entre­prise sur
l’exer­cice des droits de chasse, de pêche et de pié­
geage des Ojibways, et d’en informer ces derniers.
Elle doit ensuite s’efforcer de traiter avec eux de
bonne foi et dans l’intention de tenir réellement
compte de leurs préoccupations (Mikisew, par. 55;
Delgamuukw c. Colombie-Britannique, [1997] 3
R.C.S. 1010, par. 168). L’effet préjudiciable de
l’entre­prise de la Couronne — et l’étendue de son
obli­ga­tion de consulter et d’accommoder — est
affaire de degré, mais la consultation ne saurait
exclure d’emblée l’accommodement. Toute prise de
ter­res ne portera pas atteinte aux droits de récolte
énon­cés dans le Traité no 3, mais cela dit, si la prise
dépouille les Ojibways de tout droit réel de chasse,
de pêche ou de piégeage sur leurs territoires tradi­
tion­nels de pêche, de chasse et de piégeage, une
action en violation du traité pourra être intentée
(Mikisew, par. 48).
B. Does the Doctrine of Interjurisdictional Im­mu­
nity Preclude Ontario From Justifying Inf­ringe­
ment of Treaty 3 Rights?
B. La doctrine de l’exclusivité des compétences
empêche-t-elle l’Ontario de justifier l’atteinte
aux droits conférés par le Traité no 3?
[53] I have concluded that Ontario has the power
to take up lands in the Keewatin area under Treaty 3,
without federal approval or supervision. Provided
it does so in a manner that respects the require­
ments set out in Mikisew, doing this does not breach
Treaty 3 harvesting rights. If Ontario’s taking up of
Keewatin lands amounts to an infringement of the
[53] J’arrive à la conclusion que l’Ontario a
le pou­voir de prendre des terres de la région de
Keewatin visées par le Traité no 3 sans approbation
ni sur­veil­lance fédérales. Dès lors que, ce faisant,
il res­pecte les exigences énoncées dans l’arrêt
Mikisew, l’Ontario ne porte pas atteinte aux droits
de récolte conférés par le Traité no 3. Lorsque la
[2014] 2 R.C.S.
première nation de grassy narrows
c.
ontario
La Juge en chef
471
treaty, the Sparrow/Badger analysis under s. 35 of
the Constitution Act, 1982 will determine whether
the infringement is justified (R. v. Sparrow, [1990]
1 S.C.R. 1075; R. v. Badger, [1996] 1 S.C.R. 771).
The doctrine of interjurisdictional immunity does
not preclude the Province from justifiably in­fring­
ing treaty rights (Tsilhqot’in Nation v. British Co­
lumbia, 2014 SCC 44, [2014] 2 S.C.R. 256). While
it is unnecessary to consider this issue, this Court’s
decision in Tsilhqot’in Nation is a full an­swer.
prise de terres de la région de Keewatin par l’Onta­
rio por­tera atteinte au traité, l’analyse des arrêts
Sparrow et Badger fondée sur l’art. 35 de la Loi
cons­ti­tu­tion­nelle de 1982 permettra de statuer sur
la jus­ti­fi­ca­tion de l’atteinte (R. c. Sparrow, [1990] 1
R.C.S. 1075; R. c. Badger, [1996] 1 R.C.S. 771). La
doctrine de l’exclusivité des compétences n’empê­
che pas la province de justifier l’atteinte à un droit
issu d’un traité (Nation Tsilhqot’in c. ColombieBritannique, 2014 CSC 44, [2014] 2 R.C.S. 256).
Bien qu’il ne soit pas nécessaire de se pencher sur
ce point, l’arrêt Nation Tsilhqot’in apporte une
réponse complète.
VII. Conclusion
VII. Dispositif
[54] I would dismiss this appeal.
[54] Je suis d’avis de rejeter le pourvoi.
[55] Prior to this appeal, the Court ordered On­
tario and Canada to pay the appellant the Grassy
Narrows First Nation advance costs of this appeal.
For that reason, there is no need for a further costs
award with respect to the Grassy Narrows First
Nation. However, the appellant the Wabauskang
First Nation also seeks its costs of this appeal. With
the consent of Ontario and in light of the fact that
Canada does not oppose such an order, costs of the
appeal are now also awarded to the Wabauskang
First Nation, on the same basis as the costs order
earlier granted to the Grassy Narrows First Nation.
[55] En amont du pourvoi, la Cour a ordonné que
l’Ontario et le Canada versent à l’appelante la Pre­
mière Nation de Grassy Narrows une provision pour
ses dépens en appel. C’est pourquoi il n’y a pas lieu
de rendre une autre ordonnance sur les dépens en
ce qui concerne cette Première Nation. Toute­fois,
l’appe­lante la Première Nation de Wabauskang
demande elle aussi l’adjudication de ses dépens en
appel. Avec l’accord de l’Ontario et vu l’absence
d’oppo­si­tion du Canada à une ordonnance en ce
sens, la Pre­mière Nation de Wabauskang se voit éga­
le­ment accorder aujourd’hui ses dépens en appel
sur la même base que la Première Nation de Grassy
Narrows.
APPENDIX A
ANNEXE A
[Treaty 3 taking-up clause]
[Clause de prise des terres du Traité no 3]
Her Majesty further agrees with Her said Indians that
they, the said Indians, shall have [the] right to pursue
their avocations of hunting and fishing throughout the
tract surrendered as hereinbefore described, subject to
such regulations as may from time to time be made by
Her Government of Her Dominion of Canada, and saving
and excepting such tracts as may, from time to time, be
required or taken up for settlement, mining, lumbering or
other purposes by Her said Government of the Dominion
of Canada, or by any of the subjects thereof duly au­tho­
rized therefor by the said Government.
Sa Majesté convient de plus avec les dits Indiens
qu’ils, les dits Indiens, auront le droit de se livrer à la
chasse et à la pêche dans l’étendue du pays cédé comme
décrit ci-haut, sujet à tels règlements qui pourront être
faits de temps à autre par son gouvernement du Canada,
et excepté telles étendues qui pourront être nécessaires
ou requises pour la colonisation, les mines, la coupe du
bois ou autres fins par son dit gouvernement du Canada
ou par aucun de ses sujets dûment autorisés à cet effet par
le dit gouvernement.
472
grassy narrows first nation
v.
[2014] 2 S.C.R.
ontario
Constitution Act, 1867
Loi constitutionnelle de 1867
92.  [Subjects of exclusive Provincial Legislation]
In each Province the Legislature may exclusively make
Laws in relation to Matters coming within the Classes of
Subjects next hereinafter enumerated; that is to say,
92.  [Sujets soumis au contrôle exclusif de la légis­
la­tion provinciale] Dans chaque province la législature
pourra exclusivement faire des lois relatives aux matières
tombant dans les catégories de sujets ci-dessous énu­
mérés, savoir :
.
.
.
5. The Management and Sale of the Public Lands
belonging to the Province and of the Timber and
Wood thereon.
.
.
.
. . .
5. L’administration et la vente des terres publiques
appartenant à la province, et des bois et forêts qui
s’y trouvent;
. . .
92A. (1)  [Laws respecting non-renewable natural
resources, forestry resources and electrical energy] In
each province, the legislature may exclusively make laws
in relation to
92A. (1)  [Compétence provinciale] La législature de
chaque province a compétence exclusive pour légiférer
dans les domaines suivants :
(a)  exploration for non-renewable natural resources
in the province;
a)  prospection des ressources naturelles non renou­
velables de la province;
(b)  development, conservation and management
of non-renewable natural resources and forestry re­
sources in the province, including laws in relation to
the rate of primary production therefrom; and
b)  exploitation, conservation et gestion des res­sour­
ces naturelles non renouvelables et des ressources
forestières de la province, y compris leur rythme de
production primaire;
(c)  development, conservation and management of
sites and facilities in the province for the generation
and production of electrical energy.
c)  aménagement, conservation et gestion des empla­
cements et des installations de la province destinés à
la production d’énergie électrique.
(2)  [Export from provinces of resources] In each
province, the legislature may make laws in relation to
the export from the province to another part of Canada
of the primary production from non-renewable natural
resources and forestry resources in the province and the
production from facilities in the province for the gen­
eration of electrical energy, but such laws may not au­
thorize or provide for discrimination in prices or in
supplies exported to another part of Canada.
(2)  [Exportation hors des provinces] La législature de
chaque province a compétence pour légiférer en ce qui
concerne l’exportation, hors de la province, à destination
d’une autre partie du Canada, de la production primaire
tirée des ressources naturelles non renouvelables et des
res­sources forestières de la province, ainsi que de la pro­
duc­tion d’énergie électrique de la province, sous réserve
de ne pas adopter de lois autorisant ou prévoyant des
dis­parités de prix ou des disparités dans les exportations
des­tinées à une autre partie du Canada.
(3)  [Authority of Parliament] Nothing in subsec­
tion (2) derogates from the authority of Parliament to
enact laws in relation to the matters referred to in that
subsection and, where such a law of Parliament and a law
of a prov­ince conflict, the law of Parliament prevails to
the extent of the conflict.
(3)  [Pouvoir du Parlement] Le paragraphe (2) ne porte
pas atteinte au pouvoir du Parlement de légiférer dans les
domaines visés à ce paragraphe, les dispositions d’une
loi du Parlement adoptée dans ces domaines l’emportant
sur les dispositions incompatibles d’une loi provinciale.
[2014] 2 R.C.S.
première nation de grassy narrows
c.
ontario
473
(4)  [Taxation of resources] In each province, the
leg­is­lature may make laws in relation to the raising of
money by any mode or system of taxation in respect of
(4)  [Taxation des ressources] La législature de chaque
pro­vince a compétence pour prélever des sommes d’argent
par tout mode ou système de taxation :
(a)  non-renewable natural resources and forestry re­
sources in the province and the primary production
therefrom, and
a)  des ressources naturelles non renouvelables et des
ressources forestières de la province, ainsi que de la
production primaire qui en est tirée;
(b)  sites and facilities in the province for the gen­
eration of electrical energy and the production there­
from,
b)  des emplacements et des installations de la pro­
vince destinés à la production d’énergie électrique,
ainsi que de cette production même.
whether or not such production is exported in whole or in
part from the province, but such laws may not authorize
or provide for taxation that differentiates between pro­duc­
tion exported to another part of Canada and production
not exported from the province.
Cette compétence peut s’exercer indépendamment du
fait que la production en cause soit ou non, en totalité
ou en partie, exportée hors de la province, mais les lois
adop­tées dans ces domaines ne peuvent autoriser ou pré­
voir une taxation qui établisse une distinction entre la
pro­duction exportée à destination d’une autre partie du
Canada et la production non exportée hors de la province.
(5)  [“Primary production”] The expression “primary
pro­duc­tion” has the meaning assigned by the Sixth Sched­
ule.
(5)  [« Production primaire »] L’expression « pro­duc­
tion primaire » a le sens qui lui est donné dans la sixième
annexe.
(6)  [Existing powers or rights] Nothing in subsec­
tions (1) to (5) derogates from any powers or rights that a
legislature or government of a province had immediately
before the coming into force of this section.
(6)  [Pouvoirs ou droits existants] Les paragraphes (1)
à (5) ne portent pas atteinte aux pouvoirs ou droits déte­
nus par la législature ou le gouvernement d’une province
lors de l’entrée en vigueur du présent article.
.
.
.
. . .
109.  [Property in Lands, Mines, etc.] All Lands,
Mines, Minerals, and Royalties belonging to the several
Provinces of Canada, Nova Scotia, and New Brunswick
at the Union, and all Sums then due or payable for such
Lands, Mines, Minerals, or Royalties, shall belong to the
several Provinces of Ontario, Quebec, Nova Scotia, and
New Brunswick in which the same are situate or arise,
subject to any Trusts existing in respect thereof, and to
any Interest other than that of the Province in the same.
109.  [Propriété des terres, mines, etc.] Toutes les ter­
res, mines, minéraux et réserves royales appartenant aux
différentes provinces du Canada, de la Nouvelle-Écosse
et du Nouveau-Brunswick lors de l’union, et toutes les
sommes d’argent alors dues ou payables pour ces terres,
mines, minéraux et réserves royales, appartiendront aux
différentes provinces d’Ontario, Québec, la NouvelleÉcosse et le Nouveau-Brunswick, dans lesquelles ils
sont sis et situés, ou exigibles, restant toujours soumis
aux charges dont ils sont grevés, ainsi qu’à tous intérêts
autres que ceux que peut y avoir la province.
Constitution Act, 1982
Loi constitutionnelle de 1982
35. (1)  [Recognition of existing aboriginal and treaty
rights] The existing aboriginal and treaty rights of the
aboriginal peoples of Canada are hereby recognized and
affirmed.
35. (1)  [Confirmation des droits existants des peuples
autochtones] Les droits existants — ancestraux ou issus
de traités — des peuples autochtones du Canada sont
recon­nus et confirmés.
(2)  [Definition of “aboriginal peoples of Canada”] In
this Act, “aboriginal peoples of Canada” includes the In­
dian, Inuit and Métis peoples of Canada.
(2)  [Définition de « peuples autochtones du Canada »]
Dans la présente loi, « peuples autochtones du Canada »
s’entend notamment des Indiens, des Inuit et des Métis
du Canada.
474
grassy narrows first nation
v.
ontario
[2014] 2 S.C.R.
(3)  [Land claims agreements] For greater certainty,
in subsection (1) “treaty rights” includes rights that now
exist by way of land claims agreements or may be so
acquired.
(3)  [Accords sur des revendications territoriales] Il
est entendu que sont compris parmi les droits issus de
traités, dont il est fait mention au paragraphe (1), les
droits existants issus d’accords sur des revendications
territoriales ou ceux susceptibles d’être ainsi acquis.
(4)  [Aboriginal and treaty rights are guaranteed
equally to both sexes] Notwithstanding any other pro­
vision of this Act, the aboriginal and treaty rights referred
to in subsection (1) are guaranteed equally to male and
female persons.
(4)  [Égalité de garantie des droits pour les deux sexes]
Indépendamment de toute autre disposition de la présente
loi, les droits — ancestraux ou issus de traités — visés
au paragraphe (1) sont garantis également aux personnes
des deux sexes.
Act for the settlement of certain questions between
the Governments of Canada and Ontario respecting
Indian Lands (1891) (U.K.), 54 & 55 Vict., c. 5,
Sch. [1894 Agreement]
Acte pour régler certaines questions pendantes
entre les gouvernements du Canada et d’Ontario
rela­tivement à certaines terres des Sauvages (1891)
(R.-U.), 54 & 55 Vict., ch. 5 [accord de 1894]
1.  With respect to the tracts to be, from time to time,
taken up for settlement, mining, lumbering or other pur­
poses and to the regulations required in that behalf, as
in the said treaty mentioned, it is hereby conceded and
declared that, as the Crown lands in the surrendered tract
have been decided to belong to the Province of Ontario,
or to Her Majesty in right of the said Province, the rights
of hunting and fishing by the Indians throughout the
tract surrendered, not including the reserves to be made
thereunder, do not continue with reference to any tracts
which have been, or from time to time may be, required
or taken up for settlement, mining, lumbering or other
purposes by the Government of Ontario or persons duly
authorized by the said Government of Ontario; and that
the concurrence of the Province of Ontario is required in
the selection of the said reserves.
1.  Relativement aux espaces de terres à prendre de
temps à autre pour la colonisation, les entreprises minières
ou forestières ou pour d’autres fins, et relativement aux
règle­ments à établir à cet égard, comme le mentionne le
dit traité, il est par le présent admis et déclaré que, les ter­
res de la Couronne dans le territoire cédé ayant été recon­
nues appartenir à la province d’Ontario, ou à Sa Majesté
pour le compte de la dite province, le droit de chasse
et de pêche des Sauvages dans l’étendue du territoire
cédé, abs­trac­tion faite des réserves à désigner d’après
le dit traité, cesse d’exister dans les espaces qui ont été
ou pour­ront être de temps en temps jugés nécessaires,
et dis­traits par le gouvernement d’Ontario ou ses agents
dûment autorisés, pour la colonisation, les exploitations
minières et forestières ou pour d’autres fins; et l’adhésion
de la province d’Ontario sera nécessaire pour le choix
des dites réserves.
Ontario Boundaries Extension Act, S.C. 1912, c. 40
[1912 Legislation]
Loi de l’extension des frontières de l’Ontario, S.C.
1912, ch. 40 [loi de 1912]
2. . . .
2. . . .
(a)  That the province of Ontario will recognize the
rights of the Indian inhabitants in the territory above de­
scribed to the same extent, and will obtain surrenders of
such rights in the same manner, as the Government of
Canada has heretofore recognized such rights and has
obtained surrender thereof, and the said province shall
bear and satisfy all charges and expenditure in connection
with or arising out of such surrenders;
a)  que la province de l’Ontario reconnaîtra les droits
des habitants sauvages dans le territoire ci-dessus décrit,
dans la même mesure, et obtiendra la remise de ces droits
de la même manière, que le Gouvernement du Canada
a ci-devant reconnu ces droits et obtenu leur remise, et
ladite province supportera et acquittera toutes les charges
et dépenses se rattachant à ces remises ou en résultant;
(b)  That no such surrender shall be made or obtained
except with the approval of the Governor in Council;
b)  que nulle pareille remise ne sera faite ou obtenue
qu’avec l’approbation du Gouverneur en conseil;
(c)  That the trusteeship of the Indians in the said ter­
ri­tory, and the management of any lands now or here­after
c)  que la tutelle des sauvages dans ledit territoire et
l’administration de toutes terres maintenant ou ci‑après
[2014] 2 R.C.S.
première nation de grassy narrows
reserved for their use, shall remain in the Gov­ern­ment of
Canada subject to the control of Parliament.
Appeal dismissed.
c.
ontario
475
réservées pour leur usage, restera à la charge du Gou­
ver­nement du Canada, subordonnément au contrôle du
Parlement.
Pourvoi rejeté.
Solicitors for the appellants Andrew Keewatin Jr.
and Joseph William Fobister, on their own behalf
and on behalf of all other members of the Grassy
Narrows First Nation: Janes Freedman Kyle Law
Cor­po­ration, Vancouver and Victoria.
Procureurs des appelants Andrew Keewatin Jr.
et Joseph William Fobister, en leur propre nom et
au nom de tous les autres membres de la Première
Nation de Grassy Narrows : Janes Freedman Kyle
Law Corporation, Vancouver et Victoria.
Solicitors for the appellant Leslie Cameron, on
his own behalf and on behalf of all other members
of the Wabauskang First Nation: First Peoples Law,
Van­couver.
Procureurs de l’appelant Leslie Cameron, en son
propre nom et au nom de tous les autres membres de
la Première Nation de Wabauskang : First Peoples
Law, Vancouver.
Solicitor for the respondent the Minister of Nat­
u­ral Resources: Attorney General of Ontario, To­
ronto.
Procureur de l’intimé le ministre des Ressour­
ces naturelles : Procureur général de l’Ontario,
Toronto.
Solicitors for the respondent Resolute FP Can­
ada Inc. (formerly Abitibi-Consolidated Inc.): Aird
& Berlis, Toronto.
Procureurs de l’intimée PF Résolu Canada Inc.
(anciennement Abitibi-Consolidated Inc.) : Aird &
Berlis, Toronto.
Solicitor for the respondent the Attorney General
of Canada: Attorney General of Canada, Saskatoon
and Vancouver.
Procureur de l’intimé le procureur général du
Canada : Procureur général du Canada, Saskatoon
et Vancouver.
Solicitors for the respondent Goldcorp Inc.:
Osler Hoskin & Harcourt, Calgary; Cassels Brock
& Blackwell, Toronto.
Procureurs de l’intimée Goldcorp Inc. : Osler
Hoskin & Harcourt, Calgary; Cassels Brock &
Blackwell, Toronto.
Solicitor for the intervener the Attorney General
of Manitoba: Attorney General of Manitoba, Win­
nipeg.
Procureur de l’intervenant le procureur général
du Manitoba : Procureur général du Manitoba,
Winnipeg.
Solicitor for the intervener the Attorney General
of British Columbia: Attorney General of British
Co­lumbia, Victoria.
Procureur de l’intervenant le procureur général
de la Colombie-Britannique : Procureur général de
la Colombie-Britannique, Victoria.
Solicitor for the intervener the Attorney Gen­eral
for Saskatchewan: Attorney General for Sas­katche­
wan, Regina.
Procureur de l’intervenant le procureur général
de la Saskatchewan : Procureur général de la Sas­
katchewan, Regina.
Solicitor for the intervener the Attorney General
of Alberta: Attorney General of Alberta, Edmonton.
Procureur de l’intervenant le procureur général
de l’Alberta : Procureur général de l’Alberta,
Edmon­ton.
Solicitors for the intervener the Grand Council
of Treaty # 3: Hutchins Légal inc., Montréal.
Procureurs de l’intervenant le Grand Conseil du
Traité no 3 : Hutchins Légal inc., Montréal.
476
grassy narrows first nation
v.
ontario
[2014] 2 S.C.R.
Solicitors for the interveners the Blood Tribe,
the Beaver Lake Cree Nation, the Ermineskin Cree
Nation, the Siksika Nation and the Whitefish Lake
First Nation # 128: MacPherson Leslie & Tyerman,
Edmonton and Calgary.
Procureurs des intervenantes la Tribu des
Blood, la Nation crie de Beaver Lake, la Nation
crie d’Ermineskin, la Nation Siksika et la Première
Nation du lac Whitefish no 128 : MacPherson Leslie
& Tyerman, Edmonton et Calgary.
Solicitors for the intervener the Fort McKay First
Nation: Henning Byrne, Edmonton; Shores Jardine,
Edmonton.
Procureurs de l’intervenante la Première Nation
de Fort McKay : Henning Byrne, Edmonton; Shores
Jardine, Edmonton.
Solicitors for the intervener the Te’mexw Treaty
Association: Janes Freedman Kyle Law Cor­pora­
tion, Vancouver.
Procureurs de l’intervenante l’Association du
traité des Te’mexw : Janes Freedman Kyle Law Cor­
po­ration, Vancouver.
Solicitor for the interveners the Ochiichagwe’Babigo’Ining First Nation, the Ojibways of Onigam­
ing First Nation, the Big Grassy First Nation and
the Naotkamegwanning First Nation: Donald R.
Colborne, Victoria.
Procureur des intervenantes la Première
Nation Ochiichagwe’Babigo’Ining, la Première
Nation des Ojibways d’Onigaming, la Première
Nation de Big Grassy et la Première Nation de
Naotkamegwanning : Donald R. Colborne, Victoria.
Solicitors for the intervener the Métis Nation of
Ontario: Pape Salter Teillet, Toronto.
Procureurs de l’intervenante Métis Nation of
Ontario : Pape Salter Teillet, Toronto.
Solicitors for the intervener the Cowichan Tribes,
represented by Chief William Charles Seymour, on
his own behalf and on behalf of the members of the
Cowichan Tribes: Woodward & Company, Victoria.
Procureurs de l’intervenante les Tribus Co­
wichan, représentées par le chef William Charles
Seymour, en son propre nom et au nom des membres
des Tribus Cowichan : Woodward & Company,
Victoria.
Solicitors for the interveners the Lac Seul First
Nation and the Sandy Lake First Nation: Keshen &
Major, Kenora, Ont.
Procureurs des intervenantes la Première
Nation du lac Seul et la Première Nation du lac
Sandy : Keshen & Major, Kenora, Ont.
Solicitors for the intervener the Assembly of
First Nations/National Indian Brotherhood: Farris,
Vaughan, Wills & Murphy, Vancouver.
Procureurs de l’intervenante l’Assemblée des
Premières Nations/Fraternité des Indiens du
Canada : Farris, Vaughan, Wills & Murphy, Van­
couver.
[2014] 2 R.C.S.
canada (P.G.)
c.
csn
477
Attorney General of Canada Appellant
Procureur général du Canada Appelant
v.
c.
Confédération des syndicats nationaux
and Fédération des travailleurs et
travailleuses du Québec Respondents
Confédération des syndicats nationaux
et Fédération des travailleurs et
travailleuses du Québec Intimées
Indexed as: Canada (Attorney General) v.
Confédération des syndicats nationaux
Répertorié : Canada (Procureur général) c.
Confédération des syndicats nationaux
2014 SCC 49
2014 CSC 49
File No.: 35124.
No du greffe : 35124.
2014: January 20; 2014: July 17.
2014 : 20 janvier; 2014 : 17 juillet.
Present: McLachlin C.J. and LeBel, Abella, Rothstein,
Moldaver, Karakatsanis and Wagner JJ.
Présents : La juge en chef McLachlin et les juges LeBel,
Abella, Rothstein, Moldaver, Karakatsanis et Wagner.
on appeal from the court of appeal for
quebec
en appel de la cour d’appel du québec
Civil procedure — Motion to dismiss — Stare decisis
— Action to have certain statutory provisions relating
to employment insurance declared unconstitutional —
Motion to dismiss on basis that issues being raised had
already been decided by Supreme Court of Canada in
earlier decision — Whether motion to institute procee­
dings is correct in law even if alleged facts are assumed
to be true — Code of Civil Procedure, CQLR, c. C-25,
art. 165(4).
Procédure civile — Requête en irrecevabilité —
Stare decisis — Recours visant à faire déclarer incons­
titutionnelles certaines dispositions législatives relatives
à l’assurance-emploi — Requête en irrecevabilité pré­sen­
tée au motif qu’un arrêt rendu auparavant par la Cour
suprême du Canada tranchait déjà les questions soule­
vées — La requête introductive d’instance est-elle fon­
dée en droit, supposé même que les faits allégués soient
vrais? — Code de procédure civile, RLRQ, ch. C-25,
art. 165(4).
In 1998 and 1999, some unions went to court to strike
down certain provisions of the Employment Insurance
Act, S.C. 1996, c. 23, in particular those relating to the
premium-setting mechanism, which had made it possible
to accumulate surpluses totalling several billion dollars.
In their view, the government was reallocating these sur­
pluses to its general expenses, which constituted a mis­ap­
pro­priation of monies that were supposed to be earmarked
for employment insurance. In 2008, in Confédération des
syndicats nationaux v. Canada (Attorney General), 2008
SCC 68, [2008] 3 S.C.R. 511 (“CSN v. Canada”), the
Court declared that the measures adopted in the Em­
ployment Insurance Act were valid and constitutional,
with the exception of those that applied in 2002, 2003
and 2005, and it suspended the effect of the declaration
of invalidity for 12 months to enable Parliament to rectify
the si­tu­ation. In 2010, Parliament enacted the Jobs and
Economic Growth Act, S.C. 2010, c. 12, which closed
the Em­ploy­ment Insurance Account and created a new
En 1998 et 1999, des syndicats se sont adressés aux
tribunaux pour faire invalider certaines dispositions de
la Loi sur l’assurance-emploi, L.C. 1996, ch. 23, notam­
ment celles relatives au mécanisme de fixation des
cotisations et ayant permis d’accumuler des sur­plus de
plusieurs milliards de dollars. Selon eux, le gou­ver­ne­
ment réaffectait ces surplus à ses dépenses générales, ce
qui constituait un détournement des fonds qui devaient
être réservés à l’assurance-emploi. En 2008, dans son
arrêt Confédération des syndicats nationaux c. Canada
(Procureur général), 2008 CSC 68, [2008] 3 R.C.S. 511
(« CSN c. Canada »), la Cour a déclaré que les mesures
adoptées en vertu de la Loi sur l’assurance-emploi étaient
valides et constitutionnelles, sauf pour les années 2002,
2003 et 2005, et elle a suspendu l’effet de la décla­ra­tion
d’invalidité pour une période de 12 mois afin de permet­tre
au législateur de rectifier la situation. En 2010, le Par­le­
ment a adopté la Loi sur l’emploi et la crois­sance écono­
mi­que, L.C. 2010, ch. 12, laquelle a fermé le Compte
478
canada (A.G.)
Em­ploy­ment Insurance Operating Account, retroactive
to January 1, 2009. The Act did not specify that the bal­
ance of the Employment Insurance Account, which at
that point amounted to over $57 billion, was to be trans­
ferred to the new Employment Insurance Operating
Account. The CSN and the FTQ (the “unions”) then filed
a motion to institute proceedings in order to have cer­
tain provisions of the Jobs and Economic Growth Act
declared unconstitutional. The Attorney General of Can­
ada submitted that the issues raised by the unions had
already been decided by the Court in CSN v. Canada
and moved to dismiss the action under art. 165(4) of the
Code of Civil Procedure, CQLR, c. C-25. The motion
to dismiss was granted by the Quebec Superior Court,
but the Court of Appeal set aside that decision. It found
that the action was concerned with the effects of the act
of eliminating the balance in the Employment Insurance
Account and the resulting accounting entries, an issue
that had not been disposed of in CSN v. Canada.
Held: The appeal should be allowed.
v.
csn
[2014] 2 S.C.R.
d’assu­rance-emploi et créé un nouveau Compte des
opérations de l’assurance-emploi, de façon rétroactive au
1er janvier 2009. Cette loi ne prévoyait aucun transfert du
solde créditeur du Compte d’assurance-emploi — lequel
s’établissait alors à plus de 57 milliards de dollars — vers
le nouveau Compte des opérations de l’assurance-emploi.
La CSN et la FTQ (les « syndicats ») ont alors déposé
une requête introductive d’instance pour faire décla­rer
inconstitutionnelles certaines dispositions de la Loi sur
l’emploi et la croissance économique. Soutenant que les
ques­tions soulevées par les syndicats avaient déjà été
tran­chées par la Cour dans l’arrêt CSN c. Canada, le pro­
cu­reur général du Canada a présenté une requête en irre­
ce­va­bi­lité fondée sur le par. 165(4) du Code de procédure
civile, RLRQ, ch. C-25. La requête en irrecevabilité a
été accueillie par la Cour supérieure du Québec, mais la
Cour d’appel a infirmé la décision. Elle a considéré que
le litige portait sur les effets du geste d’abolition du solde
créditeur du compte d’assurance-emploi et des entrées
comp­tables en résultant, une question qui n’avait pas été
tran­chée dans l’arrêt CSN c. Canada.
Arrêt : Le pourvoi est accueilli.
Before granting a motion to dismiss on the basis that
an authoritative decision has already resolved the issue
before him or her, the judge must be satisfied in light of
the record and the alleged facts that the precedent relied
on by the applicant concerns the entire dispute that it
should normally resolve, and that it provides a complete,
certain and final solution to the dispute.
Avant d’accueillir une requête en irrecevabilité au
motif qu’une décision faisant autorité a déjà tranché la
question en litige, le juge d’instance doit être convaincu,
au regard du dossier et des faits allégués, que le précédent
invoqué par le requérant porte sur l’ensemble du débat
qu’il devrait normalement trancher et qu’il y apporte une
solu­tion complète, certaine et définitive.
In this case, the unions’ action is bound to fail. The
action’s underlying premise is that a balance in the Em­
ploy­ment Insurance Account is a debt owed by the Con­
sol­idated Revenue Fund to that account. In the unions’
view, the premiums paid in the context of the employment
insurance program are constitutionally valid only if they
are properly accounted for. However, CSN v. Canada set­
tled the law in this regard, and it deprives the motion to
institute proceedings of any legal basis. In that case, the
Court held that the amounts collected as contributions to
the employment insurance program form part of the gov­
ern­ment’s revenues and can be used for purposes other
than paying benefits. Although the connection between
the program and the premiums is a factor that can be con­
sid­ered in determining the nature of the levies, it is wrong
to say that the validity of these levies depends on the
existence of that connection. Furthermore, no debt of
the Consolidated Revenue Fund to the Employment In­
sur­ance Account ever existed, since the government
cannot be indebted to itself. Because the action has no
rea­sonable chance of success, art. 165(4) of the Code of
En l’espèce, le recours des syndicats est voué à l’échec.
Le recours repose sur la prémisse que l’inscription au
Compte d’assurance-emploi d’un solde créditeur cons­ti­
tue une dette du Trésor envers ce compte. Pour les syn­
di­cats, le suivi comptable des cotisations versées dans le
cadre du régime d’assurance-emploi représente une con­
di­tion essentielle à la validité constitutionnelle de cellesci. Or, l’arrêt CSN c. Canada a fixé l’état du droit à cet
égard et prive la requête introductive d’instance de tout
fon­de­ment juridique. Dans cette affaire, la Cour a conclu
que les sommes recueillies au titre des cotisations à la
caisse d’assurance-emploi sont une portion des recettes
publi­ques de l’État et peuvent être utilisées à d’autres
fins que le paiement de prestations. Bien que le lien entre
le régime et les cotisations soit un élément dont on peut
tenir compte afin d’établir la nature des prélèvements, il
est erroné d’affirmer que la validité de ces prélèvements
dépend de l’existence de ce lien. De plus, il n’a jamais
existé de dette du Trésor envers le Compte d’assuranceemploi, l’État ne pouvant être endetté envers lui-même. La
demande n’ayant aucune chance raisonnable de suc­cès,
[2014] 2 R.C.S.
canada (P.G.)
c.
csn
479
Civil Procedure applied and it was appropriate to dismiss
the action at this preliminary stage.
le par. 165(4) du Code de procédure civile s’appli­quait et
le recours pouvait être rejeté au stade préliminaire.
Cases Cited
Jurisprudence
Considered: Confédération des syndicats nationaux
v. Canada (Attorney General), 2008 SCC 68, [2008] 3
S.C.R. 511; referred to: Westbank First Nation v. British
Columbia Hydro and Power Authority, [1999] 3 S.C.R.
134; 620 Connaught Ltd. v. Canada (Attorney General),
2008 SCC 7, [2008] 1 S.C.R. 131; Groupe d’assurance
Hartford/Monitor Insurance Group v. Plomberie P.M.
Inc., [1984] R.D.J. 17; Groupe Jeunesse Inc. v. LotoQué­bec, 2004 CanLII 9766; R. v. Imperial Tobacco Can­
ada Ltd., 2011 SCC 42, [2011] 3 S.C.R. 45; Morier v.
Rivard, [1985] 2 S.C.R. 716; Bohémier v. Barreau du
Qué­bec, 2012 QCCA 308 (CanLII); Ville de Hampstead
v. Jardins Tuileries Ltée, [1992] R.D.J. 163; Cheung
v. Borsellino, 2005 QCCA 865 (CanLII); Association
provinciale des constructeurs d’habitations du Québec
inc. v. Société d’habitation et de développement de Mont­
réal, 2011 QCCA 1033 (CanLII); Entreprises Pelletier
& Garon (Toitures inc.) v. Agropur Coopérative, 2010
QCCA 244, [2010] R.D.I. 24; R. v. Québec (Société des
alcools), 1998 CanLII 13129; Saint-Eustache (Ville de)
v. Régie intermunicipale Argenteuil Deux-Montagnes,
2011 QCCA 227 (CanLII); Westmount (City) v. Rossy,
2012 SCC 30, [2012] 2 S.C.R. 136; Oznaga v. Société
d’exploitation des loteries et courses du Québec, [1981]
2 S.C.R. 113; Gillet v. Arthur, [2005] R.J.Q. 42; Racine v.
Harvey, 2005 QCCA 879 (CanLII); Canada (Procureur
général) v. Imperial Tobacco Ltd., 2012 QCCA 2034,
[2012] R.J.Q. 2046, leave to appeal refused, [2013] 2
S.C.R. ix; Canada (Attorney General) v. Bedford, 2013
SCC 72, [2013] 3 S.C.R. 1101.
Arrêt examiné : Confédération des syndicats natio­
naux c. Canada (Procureur général), 2008 CSC 68, [2008]
3 R.C.S. 511; arrêts mentionnés : Première nation de
Westbank c. British Columbia Hydro and Power Au­thor­
ity, [1999] 3 R.C.S. 134; 620 Connaught Ltd. c. Canada
(Procureur général), 2008 CSC 7, [2008] 1 R.C.S. 131;
Groupe d’assurance Hartford/Monitor In­sur­ance Group
c. Plomberie P.M. Inc., [1984] R.D.J. 17; Groupe Jeu­
nesse Inc. c. Loto-Québec, 2004 CanLII 9766; R. c. Im­pe­
ri­al Tobacco Canada Ltée, 2011 CSC 42, [2011] 3 R.C.S.
45; Morier c. Rivard, [1985] 2 R.C.S. 716; Bohémier c.
Barreau du Québec, 2012 QCCA 308 (CanLII); Ville
de Hampstead c. Jardins Tuileries Ltée, [1992] R.D.J.
163; Cheung c. Borsellino, 2005 QCCA 865 (CanLII);
Association provinciale des constructeurs d’habita­
tions du Québec inc. c. Société d’habitation et de déve­
loppement de Montréal, 2011 QCCA 1033 (CanLII);
Entreprises Pelletier & Garon (Toitures inc.) c. Agropur
Coopérative, 2010 QCCA 244, [2010] R.D.I. 24; R. c.
Québec (Société des alcools), 1998 CanLII 13129; SaintEustache (Ville de) c. Régie intermunicipale Argenteuil
Deux-Montagnes, 2011 QCCA 227 (CanLII); West­mount
(Ville) c. Rossy, 2012 CSC 30, [2012] 2 R.C.S. 136; Ozna­
ga c. Société d’exploitation des loteries et courses du
Qué­bec, [1981] 2 R.C.S. 113; Gillet c. Arthur, [2005]
R.J.Q. 42; Racine c. Harvey, 2005 QCCA 879 (CanLII);
Canada (Procureur général) c. Imperial Tobacco Ltd.,
2012 QCCA 2034, [2012] R.J.Q. 2046, autorisation
d’appel refusée, [2013] 2 R.C.S. ix; Canada (Procureur
général) c. Bedford, 2013 CSC 72, [2013] 3 R.C.S. 1101.
Statutes and Regulations Cited
Lois et règlements cités
Code of Civil Procedure, CQLR, c. C-25, art. 165.
Employment Insurance Act, S.C. 1996, c. 23, ss. 66, 66.1,
66.3.
Jobs and Economic Growth Act, S.C. 2010, c. 12, ss. 2185
et seq.
Code de procédure civile, RLRQ, ch. C-25, art. 165.
Loi sur l’assurance-emploi, L.C. 1996, ch. 23, art. 66,
66.1, 66.3.
Loi sur l’emploi et la croissance économique, L.C. 2010,
ch. 12, art. 2185 et suiv.
Authors Cited
Doctrine et autres documents cités
Ferland, Denis, et Benoît Emery. Précis de procédure
civile du Québec, vol. 1, 4e éd. Cowansville, Qué.:
Yvon Blais, 2003.
Kélada, Henri. Les préliminaires de défense en procédure
civile. Cowansville, Qué.: Yvon Blais, 2009.
Reid, Hubert, et Claire Carrier. Code de procédure civile
du Québec: jurisprudence et doctrine, 30e éd. Mont­
réal: Wilson & Lafleur, 2014.
Ferland, Denis, et Benoît Emery. Précis de procédure
civile du Québec, vol. 1, 4e éd. Cowansville, Qué. :
Yvon Blais, 2003.
Kélada, Henri. Les préliminaires de défense en procédure
civile. Cowansville, Qué. : Yvon Blais, 2009.
Reid, Hubert, et Claire Carrier. Code de procédure civile
du Québec : jurisprudence et doctrine, 30e éd. Mont­
réal : Wilson & Lafleur, 2014.
480
canada (A.G.)
v.
csn
LeBel and Wagner JJ.
[2014] 2 S.C.R.
APPEAL from a judgment of the Quebec Court of
Appeal (Morissette, Fournier and St-Pierre JJ.A.),
2012 QCCA 1822, [2012] AZ-50901334, [2012]
J.Q. no 9717 (QL), 2012 CarswellQue 10069, set­
ting aside a decision of Perrault J., 2012 QCCS 128,
[2012] AZ-50823420, [2012] J.Q. no 341 (QL),
2012 CarswellQue 261. Appeal allowed.
POURVOI contre un arrêt de la Cour d’appel du
Qué­bec (les juges Morissette, Fournier et St-Pierre),
2012 QCCA 1822, [2012] AZ-50901334, [2012]
J.Q. no 9717 (QL), 2012 CarswellQue 10069, qui a
infirmé une décision de la juge Perrault, 2012 QCCS
128, [2012] AZ-50823420, [2012] J.Q. no 341 (QL),
2012 CarswellQue 261. Pourvoi accueilli.
René LeBlanc and Pierre Salois, for the appel­
lant.
René LeBlanc et Pierre Salois, pour l’appelant.
Guy Martin, for the respondent Confédération
des syndicats nationaux.
Guy Martin, pour l’intimée la Confédération des
syndicats nationaux.
Jean-Guy Ouellet, for the respondent Fédération
des travailleurs et travailleuses du Québec.
Jean-Guy Ouellet, pour l’intimée la Fédération
des travailleurs et travailleuses du Québec.
English version of the judgment of the Court
delivered by
Le jugement de la Cour a été rendu par
[1] LeBel and Wagner JJ. — Judicial resources
must be husbanded to ensure that the courts function
properly and that litigants have access to a justice
sys­tem that meets the highest possible standards.
With this in mind, lawmakers have given the courts
tools to be used, even at a preliminary stage, to put
an end to actions that are bound to fail. In Que­bec,
for example, art. 165 of the Code of Civil Proce­
dure, CQLR, c. C-25 (“C.C.P.”), is one of the mech­
a­nisms devised to further this objective. The courts
must be cautious in exercising this power, however.
Although the proper administration of justice re­
quires that the courts’ resources not be expended on
actions that are bound to fail, the cardinal principle
of access to justice requires that the power be used
sparingly, where it is clear that an action has no
reasonable chance of success.
[1] Les juges LeBel et Wagner — La saine
admi­nis­tration des ressources judiciaires représente
une condition essentielle pour assurer le bon fonc­
tion­nement du système judiciaire et l’accès des jus­
ti­ciables à une justice de qualité. Pour garantir cette
saine administration, les législateurs ont doté les tri­
bu­naux d’outils leur permettant de mettre fin à des
recours voués à l’échec, et ce, même à un stade pré­
li­mi­naire. Au Québec, à titre d’exemple, l’art. 165
du Code de procédure civile, RLRQ, ch. C-25
(« C.p.c. »), fait partie des moyens mis en place
pour réa­liser cet objectif. Cependant, l’exercice de
ce pou­voir impose la prudence aux tribunaux. En
effet, si la saine administration de la justice com­
mande que les recours voués à l’échec n’accaparent
pas les res­sour­ces des tribunaux, le principe cardi­
nal de l’accès à la justice exige en revanche que
ce pouvoir soit uti­lisé avec parcimonie, lorsqu’il
est manifeste qu’une demande n’a aucune chance
raisonnable de suc­cès.
[2] For the reasons that follow, it is in our opinion
clear that the action of the respondents, the Confé­
dération des syndicats nationaux and the Fédération
des travailleurs et travailleuses du Québec (referred
to collectively as the “unions”), is bound to fail. The
ap­pli­cation of the doctrine of stare decisis is fatal to
[2] Pour les motifs qui suivent, il est manifeste, à
notre avis, que le recours entrepris par les inti­mées
Confédération des syndicats nationaux et Fédé­ration
des travailleurs et travailleuses du Qué­bec (col­
lec­tivement les « syndicats ») est voué à l’échec.
L’application de la règle du stare decisis est fatale à
[2014] 2 R.C.S.
canada (P.G.)
c.
csn
Les juges LeBel et Wagner
481
it: this Court’s 2008 decision in Confédération des
syn­dicats nationaux v. Canada (Attorney General),
2008 SCC 68, [2008] 3 S.C.R. 511 (“CSN v. Can­
ada”), settled the law on the legal issues this action
raises. That decision therefore deprives the unions’
motion to institute proceedings of any legal basis.
Since the action has no reasonable chance of suc­
cess, art. 165(4) of the Code of Civil Procedure ap­
plied in the case at bar and it was appropriate to
dismiss the action at this preliminary stage.
leur action : l’arrêt prononcé par notre Cour en 2008
dans l’affaire Confédération des syndi­cats natio­
naux c. Canada (Procureur général), 2008 CSC 68,
[2008] 3 R.C.S. 511 (« CSN c. Canada »), a fixé
l’état du droit à l’égard des questions de droit sou­
le­vées par le présent recours. Cet arrêt prive en con­
sé­quence de tout fondement juridique la requête
intro­duc­tive d’instance déposée par les syndicats.
La demande n’ayant aucune chance raisonnable de
succès, le par. 165(4) du Code de procédure civile
s’appli­quait en l’espèce et le recours pouvait être
rejeté au stade préliminaire.
I. Background
I. Le contexte
[3] In 1996, the federal government carried out a
major reform of the employment insurance program
when it enacted the Employment Insurance Act, S.C.
1996, c. 23 (“1996 Act”). One of the main compo­
nents of the reform concerned the mechanism for
set­ting the premiums payable by workers and em­
ploy­ers who contributed to the program, and thus
the method of financing the program.
[3] En 1996, en édictant la Loi sur l’assuranceemploi, L.C. 1996, ch. 23 (« Loi de 1996 »), le gou­
ver­ne­ment fédéral a opéré une réforme majeure du
régime d’assurance-emploi. L’un des principaux élé­
ments de cette réforme visait le mode de fixation des
coti­sa­tions payables par les travailleurs et employeurs
qui contribuaient au régime et, partant, le mode de
finan­cement du régime.
[4] Faced with periodic deficits in the program and
fearing the effects of an economic downturn on the
Consolidated Revenue Fund, Parliament sought, in
adopting this reform, to create a reserve to enhance
the program’s stability while avoiding significant
fluc­tuations in premiums. The reform quickly paid
off, as there was a surplus of several billion dollars
in the Employment Insurance Account on January 1,
2009.
[4] Aux prises avec des déficits périodiques du
régime et appréhendant les effets d’une période
de ralen­tis­sement économique sur le Trésor fédé­
ral, le Parlement voulait, par sa réforme, créer une
réserve pour augmenter la stabilité du régime en
évi­tant les fluctuations importantes des cotisations.
Cette réforme a rapidement porté fruit, puisqu’au
1er janvier 2009, le Compte d’assurance-emploi
com­por­tait un surplus de plusieurs milliards de
dollars.
[5] In 1998 and 1999, respectively, the Syndicat
national des employés de l’aluminium d’Arvida and
the Confédération des syndicats nationaux went to
court to strike down certain provisions of the 1996
Act, arguing, inter alia, that the premium-setting
mech­anism was unconstitutional because the annual
sur­pluses in the account were being reallocated by
the gov­ern­ment to its general expenses, including
bud­get deficit reduction. In their view, this was a
mis­ap­pro­priation pure and simple of monies that
were supposed to be earmarked for employment in­
surance.
[5] En 1998 et 1999 respectivement, le Syndicat
natio­nal des employés de l’aluminium d’Arvida et
la Confédération des syndicats nationaux s’adres­
sent aux tri­bu­naux pour faire invalider certaines
dispo­s­tions de la Loi de 1996, plaidant notamment
l’incons­ti­tu­tion­nalité du mécanisme de fixation des
coti­sations au motif que les excédents annuels au
compte étaient réaffectés par le gouvernement à ses
dépen­ses générales, notamment à la réduction du
défi­­cit bud­gé­taire. Selon eux, il s’agissait pure­ment
et sim­ple­ment d’un détournement des fonds qui
devaient être réser­vés à l’assurance-emploi.
482
canada (A.G.)
v.
csn
LeBel and Wagner JJ.
[2014] 2 S.C.R.
[6] In its decision of December 11, 2008, this
Court declared that the measures adopted in the
1996 Act were valid and constitutional, with the
ex­cep­tion of those that applied in 2002, 2003 and
2005. The Court held that the premium-setting mech­
anism for those years was unconstitutional because
it enabled the Governor in Council to impose a tax
without a clear delegation of taxing authority (CSN
v. Canada, at paras. 72 et seq.).
[6] Dans son arrêt du 11 décembre 2008, notre
Cour a déclaré que les mesures adoptées en vertu
de la Loi de 1996 étaient valides et constitution­
nel­les, sauf pour les années 2002, 2003 et 2005.
Rela­ti­vement à ces années, la Cour a conclu que le
méca­nisme de fixation des cotisations était incons­
titution­nel, car il permettait au gouverneur en con­
seil d’impo­ser une taxe sans qu’aucune délégation
claire du pouvoir de taxation ne l’y autorise (CSN c.
Canada, par. 72 et suiv.).
[7] For 2002, 2003 and 2005, premium rates had
been set by the Governor in Council under ss. 66.1
and 66.3 of the 1996 Act. These sections made it
pos­sible to disregard the criteria set out in s. 66,
which governed the exercise of the power to set
rates. Because they were silent regarding the con­
nec­tion between premiums and benefits, they could
not be viewed as imposing a regulatory charge
within the meaning of Westbank First Nation v. Brit­
ish Columbia Hydro and Power Authority, [1999]
3 S.C.R. 134, and 620 Connaught Ltd. v. Can­ada
(At­torney General), 2008 SCC 7, [2008] 1 S.C.R.
131. Nor did they contain a delegation of taxing
authority by Parliament to the Governor in Coun­cil.
The Court accepted that, for the years in ques­tion,
the improper exercise by the Governor in Coun­cil of
the power conferred on Parliament was a tech­nical
defect, and it suspended the effect of the declaration
of invalidity of ss. 66.1 and 66.3 for 12 months to
enable Parliament to rectify the situation.
[7] En effet, pour les années 2002, 2003 et 2005,
les taux de cotisation avaient été fixés par le gou­
ver­neur en conseil en vertu des art. 66.1 et 66.3 de
la Loi de 1996. Ces dispositions permettaient de
déroger aux critères prévus par l’art. 66, lesquels
enca­draient l’exercice du pouvoir de fixer les taux
de coti­sation. Parce qu’elles étaient muettes sur le
lien entre les cotisations et les prestations, les dis­
po­si­tions ne pouvaient être considérées comme
imposant une charge réglementaire au sens des
arrêts Première nation de Westbank c. British Col­
um­bia Hydro and Power Authority, [1999] 3 R.C.S.
134, et 620 Connaught Ltd. c. Canada (Procureur
géné­ral), 2008 CSC 7, [2008] 1 R.C.S. 131. Elles
ne comportaient pas non plus de délégation par
le Parlement d’un pouvoir de taxation au gou­ver­
neur en conseil. La Cour a reconnu que, pour les
années en question, l’exercice irrégulier par le gou­
ver­neur en conseil du pouvoir dévolu au Parle­ment
constituait un défaut technique, et elle a sus­pendu
l’effet de la déclaration d’invalidité cons­ti­tu­tion­nelle
des art. 66.1 et 66.3 pour une période de 12 mois,
afin de permettre au législateur de rectifier la situa­
tion.
[8] On July 12, 2010, Parliament enacted the Jobs
and Economic Growth Act, S.C. 2010, c. 12 (“2010
Act”), which provided, among other things, for clo­
sure of the Employment Insurance Account and the
creation of a new account, called the Employment
Insurance Operating Account, retroactive to Janu­
ary 1, 2009 (ss. 2185 et seq.).
[8] Le 12 juillet 2010, le Parlement a adopté la
Loi sur l’emploi et la croissance économique, L.C.
2010, ch. 12 (« Loi de 2010 »), qui prévoyait notam­
ment la fermeture du Compte d’assurance-emploi
et la création d’un nouveau compte, appelé Compte
des opérations de l’assurance-emploi, de façon rétro­
active au 1er janvier 2009 (art. 2185 et suiv.).
[9] It is common ground that the 2010 Act did not
specify that the balance of the Employment In­sur­
ance Account, which at that point amounted to over
[9] Il est admis que la Loi de 2010 ne prévoyait
aucun transfert du solde créditeur du Compte
d’assurance-emploi — lequel s’établissait alors à
[2014] 2 R.C.S.
canada (P.G.)
c.
csn
Les juges LeBel et Wagner
483
$57 billion, was to be transferred to the new Em­
ployment Insurance Operating Account. This, then,
is the context in which the litigation began.
plus de 57 milliards de dollars — vers le nouveau
Compte des opérations de l’assurance-emploi. La
con­tes­tation judiciaire s’est donc engagée dans ce
con­texte.
II. Judicial History
II. Historique judiciaire
[10] In April 2011, the unions filed a motion to
institute proceedings in order to have certain pro­vi­
sions of the 2010 Act declared unconstitutional.
[10] Au mois d’avril 2011, les syndicats ont
déposé une requête introductive d’instance pour
faire décla­rer inconstitutionnelles certaines dis­
positions de la Loi de 2010.
[11] The Attorney General of Canada submitted
that the issues raised by the unions had already
been decided by this Court in CSN v. Canada, and
ac­cord­ingly moved to dismiss the action under
art. 165(4) C.C.P. on the basis that it was unfounded
in law.
[11] Soutenant que les questions soulevées par les
syndicats avaient déjà été tranchées par notre Cour
dans l’arrêt CSN c. Canada, le procureur géné­ral du
Canada a donc présenté une requête en irre­ce­va­bi­
lité fondée sur le par. 165(4) C.p.c. et plaidé que le
recours n’est pas fondé en droit.
A. Superior Court, 2012 QCCS 128 (CanLII),
Perrault J.
A. Cour supérieure, 2012 QCCS 128 (CanLII), la
juge Perrault
[12] The motion to dismiss was initially granted by
the Quebec Superior Court. Perrault J. rejected the
unions’ arguments to the effect that the impugned
provisions were constitutionally invalid because
they broke the necessary connection between the
pre­miums being collected and the employment in­
sur­ance program. She pointed out that this Court
had held in CSN v. Canada that the monies from
the program belonged to the government and not to
the contributors. Moreover, the connection relied on
by the unions was relevant only for the purpose of
establishing the legal nature of the premiums, not
for that of determining whether they were being
used in a lawful manner. The premiums con­sti­tuted
either a regulatory charge or a payroll tax. The ac­cu­
mulated surpluses formed part of the gov­ern­ment’s
revenues, did not have to be used solely for the em­
ployment insurance program and were not a debt
owed to the program by the Consolidated Revenue
Fund. Perrault J. concluded that the questions of law
raised by the unions had already been disposed of
by this Court in 2008. Their action was accordingly
unfounded in law and had to be dismissed, even at
this preliminary stage.
[12] La requête en irrecevabilité a d’abord été
accueillie par la Cour supérieure du Québec. La juge
Perrault a écarté les arguments des syndicats selon
lesquels les dispositions attaquées seraient cons­ti­tu­
tion­nel­le­ment invalides, car elles briseraient le lien
néces­saire entre les cotisations perçues et le régime
d’assurance-emploi. La juge a souligné que, dans
l’arrêt CSN c. Canada, notre Cour a décidé que les
fonds du régime appartiennent au gouvernement et
non aux cotisants. De plus, le lien invoqué par les
syn­di­cats n’était pertinent que pour déterminer la
nature juridique des cotisations, non la légalité de
leur uti­li­sation. En l’occurrence, il s’agissait soit
de pré­lè­ve­ments réglementaires, soit de taxe sur les
listes de paie. Les surplus amassés font partie des
recet­tes de l’État, ils n’ont pas à être utilisés aux
seu­les fins du régime d’assurance-emploi et ils ne
cons­ti­tuent pas une dette du Trésor public envers ce
régime. Selon la juge Perrault, les questions de droit
sou­levées par les syndicats avaient déjà été tran­
chées par notre Cour en 2008. Leur recours n’était
donc pas fondé en droit et devait être rejeté même à
ce stade préliminaire.
484
canada (A.G.)
v.
csn
LeBel and Wagner JJ.
[2014] 2 S.C.R.
B. Court of Appeal, 2012 QCCA 1822 (CanLII),
Morissette, Fournier and St-Pierre JJ.A.
B. Cour d’appel, 2012 QCCA 1822 (CanLII), les
juges Morissette, Fournier et St-Pierre
[13] The Quebec Court of Appeal set aside the
motion judge’s decision, finding that the action
was concerned more with [translation] “the ef­
fects of the act of eliminating the balance and the
re­sulting accounting entries” that flowed from the
2010 legislative amendment than with the use of
the surpluses that had accumulated in the account
(para. 51). The issue now before the court had not
been disposed of by this Court in its 2008 decision,
since the legislation in question had not yet been
enacted. Moreover, most of the relevant facts were
sub­sequent to that decision. In this context, if the
motion judge had assumed those facts to be true,
as she should have, she would have dismissed the
motion to dismiss and allowed the parties to argue
the issues raised by the unions on the merits. The
Court of Appeal also noted the unions’ allegation
that the Consolidated Revenue Fund was indebted
to the Employment Insurance Account and stressed
that this was one of the facts the trial judge had to
as­sume to be true.
[13] La Cour d’appel du Québec a infirmé la déci­
sion de première instance, considérant que le litige
por­tait davantage sur « les effets du geste d’aboli­
tion du solde créditeur et des entrées comptables
en résul­tant », suite à la modification législative de
2010, que sur l’utilisation des surplus accumulés
dans ce compte (par. 51). Or, cette question n’a pas,
dans sa forme actuelle, été tranchée par la Cour dans
son arrêt de 2008, puisque la loi en question n’avait
pas encore été adoptée. Qui plus est, la majorité des
faits pertinents sont postérieurs à cet arrêt. Dans
ce con­texte, si la juge de première instance avait,
comme elle se devait de le faire, tenu ces faits pour
avé­rés, elle aurait rejeté la requête en irrecevabilité
et permis aux parties de débattre au fond les ques­
tions soulevées par les syndicats. La Cour d’appel a
d’ailleurs souligné que la prétention des syndicats
selon laquelle le Trésor public avait une dette envers
le Compte d’assurance-emploi faisait partie des
faits que la juge de première instance devait tenir
pour avérés.
III. Issue
III. Question en litige
[14] In this Court, the issue continues to be how
to dispose of the appellant’s motion to dismiss.
[14] Devant notre Cour, la question soulevée
demeure celle du sort de la requête en irrecevabilité
pré­sentée par l’appelant.
IV. Analysis
IV. Analyse
A. Article 165(4) of the Code of Civil Procedure
A. Le paragraphe 165(4) du Code de procédure
civile
(1) Function and Scope of Article 165(4) C.C.P.
[15] The appellant’s preliminary motion was
based on art. 165(4) C.C.P. The primary function
of that provision, which establishes a contemporary
ver­sion of the former procedure known as the “in­
scrip­tion in law”, is to avoid a trial where an action
has no basis in law, even if the facts in support of it
are admitted (Groupe d’assurance Hartford/Moni­
tor Insurance Group v. Plomberie P.M. Inc., [1984]
R.D.J. 17 (C.A.); Groupe Jeunesse Inc. v. LotoQuébec, 2004 CanLII 9766 (Que. C.A.), at para. 6).
(1) Fonction et portée du par. 165(4) C.p.c.
[15] La requête préliminaire présentée par l’appe­
lant repose sur le par. 165(4) C.p.c. Expres­sion con­
tem­poraine de l’ancienne inscription en droit, cette
dis­position a pour fonction première d’éviter la
tenue d’un procès lorsque le recours est dépourvu
de fon­dement juridique, et ce, même si les faits à
son soutien sont admis (Groupe d’assurance Hart­
ford/Monitor Insurance Group c. Plomberie P.M.
Inc., [1984] R.D.J. 17 (C.A.); Groupe Jeunesse Inc.
c. Loto-Québec, 2004 CanLII 9766 (C.A. Qué.),
par. 6).
[2014] 2 R.C.S.
canada (P.G.)
c.
csn
Les juges LeBel et Wagner
485
[16] Thus, the application of art. 165(4) C.C.P.
fa­vours the sound and effective management of ju­
di­cial resources. In the words of McLachlin C.J.,
the power of the courts to dismiss actions at a pre­
liminary stage “is a valuable housekeeping measure
essential to effective and fair litigation. It unclutters
the proceedings, weeding out the hopeless claims
and ensuring that those that have some chance
of success go on to trial” (R. v. Imperial Tobacco
Can­­ada Ltd., 2011 SCC 42, [2011] 3 S.C.R. 45, at
para. 19; see also Morier v. Rivard, [1985] 2 S.C.R.
716, at pp. 745-46).
[16] Pour cette raison, l’application du par. 165(4)
C.p.c. favorise une gestion saine et efficace des res­
sour­ces judiciaires. Pour reprendre les propos de la
juge en chef McLachlin, le pouvoir que possèdent
les tribunaux de rejeter les recours au stade pré­li­
mi­naire « constitue une importante mesure de gou­
verne judiciaire essentielle à l’efficacité et à l’équité
des procès. Il permet d’élaguer les litiges en écartant
les demandes vaines et en assurant l’instruction
des demandes susceptibles d’être accueillies » (R.
c. Imperial Tobacco Canada Ltée, 2011 CSC 42,
[2011] 3 R.C.S. 45, par. 19; voir aussi Morier c.
Rivard, [1985] 2 R.C.S. 716, p. 745-746).
[17] Dismissing an action at a preliminary stage
can have very serious consequences, however. The
courts must therefore be cautious in exercising this
power. As a result, an action will not be dis­missed
at this point in the proceedings unless it is plain
and obvious that it lacks a basis in law (Bohémier
v. Barreau du Québec, 2012 QCCA 308 (CanLII),
at para. 17; Ville de Hampstead v. Jardins Tuileries
Ltée, [1992] R.D.J. 163 (C.A.); Cheung v. Borsel­
lino, 2005 QCCA 865 (CanLII); Association pro­
vinciale des constructeurs d’habitations du Québec
inc. v. Société d’habitation et de dévelop­pement de
Montréal, 2011 QCCA 1033 (CanLII)).
[17] Le rejet d’une action au stade préliminaire
peut toutefois entraîner de très sérieuses con­sé­
quen­ces. Les tribunaux doivent pour cette raison
faire preuve de circonspection dans l’exercice de ce
pou­voir. Dans ce contexte, seule une absence claire
et manifeste de fondement juridique mènera au
rejet d’une action à cette étape des procédures
(Bohé­mier c. Barreau du Québec, 2012 QCCA 308
(CanLII), par. 17; Ville de Hampstead c. Jardins
Tuileries Ltée, [1992] R.D.J. 163 (C.A.); Cheung c.
Borsellino, 2005 QCCA 865 (CanLII); Association
provinciale des constructeurs d’habitations du Qué­
bec inc. c. Société d’habitation et de développe­ment
de Mont­réal, 2011 QCCA 1033 (CanLII)).
[18] In this regard, the Quebec Court of Appeal
noted that, [translation] “given the serious con­se­
quences of dismissing an action without considering
it on its merits, litigation should not be ended at an
early stage on a motion to dismiss absent a situation
that is plain and obvious” (Entreprises Pelletier &
Garon (Toitures inc.) v. Agropur Coopérative, 2010
QCCA 244, [2010] R.D.I. 24, at para. 4 (emphasis
added)).
[18] À ce propos, la Cour d’appel du Québec
sou­li­gnait qu’« il faut éviter de mettre fin pré­ma­tu­
rément à un procès au stade d’une requête en irre­ce­
va­bi­lité, à moins d’une situation claire et évi­dente,
considérant les graves conséquences qui décou­
lent du rejet d’une action sans que la demande ne
soit examinée au mérite » (Entreprises Pelletier &
Garon (Toitures inc.) c. Agropur Coopérative, 2010
QCCA 244, [2010] R.D.I. 24, par. 4 (nous sou­li­
gnons)).
[19] This “plain and obvious” situation that
opens the door to the dismissal of an action must
be apparent from the allegations set out in the mo­
tion to institute proceedings and the exhibits filed
in support of it (Groupe Jeunesse Inc.; R. v. Qué­
bec (Société des alcools), 1998 CanLII 13129 (Que.
C.A.); Saint-Eustache (Ville de) v. Régie inter­mu­
nicipale Argenteuil Deux-Montagnes, 2011 QCCA
227 (CanLII)).
[19] Cette situation « claire et évidente » ouvrant
la voie au rejet de l’action doit apparaître à la lec­
ture des allégations de la requête introductive d’ins­
tance et des différentes pièces invoquées à son
soutien (Groupe Jeunesse Inc.; R. c. Québec (Société
des alco­ols), 1998 CanLII 13129 (C.A. Qué.); SaintEustache (Ville de) c. Régie intermunicipale Argen­
teuil Deux-Montagnes, 2011 QCCA 227 (CanLII)).
486
canada (A.G.)
v.
csn
LeBel and Wagner JJ.
[2014] 2 S.C.R.
[20] However, although the facts alleged in the
mo­tion must be assumed to be true (Westmount
(City) v. Rossy, 2012 SCC 30, [2012] 2 S.C.R. 136, at
para. 15; Oznaga v. Société d’exploitation des lote­
ries et courses du Québec, [1981] 2 S.C.R. 113), the
court is not bound by the legal characterization of
those facts (Gillet v. Arthur, [2005] R.J.Q. 42 (C.A.),
at para. 25; Racine v. Harvey, 2005 QCCA 879
(CanLII), at para. 10; Société des alcools; Bohémier,
at para. 17).
[20] Cependant, si les faits allégués dans la
requête doivent être tenus pour avérés (Westmount
(Ville) c. Rossy, 2012 CSC 30, [2012] 2 R.C.S. 136,
par. 15; Oznaga c. Société d’exploitation des lote­ries
et courses du Québec, [1981] 2 R.C.S. 113), leur
quali­fication juridique ne lie pas pour autant le tri­
bu­nal (Gillet c. Arthur, [2005] R.J.Q. 42 (C.A.),
par. 25; Racine c. Harvey, 2005 QCCA 879 (CanLII),
par. 10; Société des alcools; Bohémier, par. 17).
[21] As a result, a judge deciding whether an
action should be dismissed must determine whether
the allegations of fact set out in the motion to in­
sti­tute proceedings are [translation] “of such a
nature as to open the door to the conclusions being
sought” by the applicant (Association provinciale
des constructeurs d’habitations du Québec inc., at
para. 14). In every case, the dismissal of the ac­tion
will be appropriate only if all the facts to be con­
sid­ered are set out in the motion to institute pro­
ceed­ings and there is no question that the relevant
legal rule applies to them (H. Reid and C. Carrier,
Code de procédure civile du Québec: jurisprudence
et doctrine (30th ed. 2014), at para. 165/200).
[21] Dans ce contexte, le juge appelé à statuer sur
la recevabilité d’un recours doit déterminer si les
allégations de fait énoncées dans la requête intro­duc­
tive d’instance sont « de nature à donner ouverture
aux conclusions recherchées » par le demandeur
(Asso­cia­tion provinciale des constructeurs d’habi­
tations du Québec inc., par. 14). Dans tous les cas,
pour que le tribunal soit fondé à conclure à l’irre­
ce­vabilité, il faut que tous les éléments de fait à
con­sidérer apparaissent à la requête introductive
d’instance et que l’application de la règle de droit
pertinente à ces éléments ne soit pas discutable
(H. Reid et C. Carrier, Code de procédure civile du
Qué­bec : jurisprudence et doctrine (30e éd. 2014),
par. 165/200).
(2) Dismissal of an Action on the Basis of Stare
Decisis
(2) Le rejet d’action fondé sur la règle du stare
decisis
[22] Judgments rendered under art. 165(4) C.C.P.
often concern situations in which the right being
claimed is clearly prescribed, the law prohibits
recourse to the courts, or there is quite simply no le­
gal relationship between the parties (see D. Ferland
and B. Emery, Précis de procédure civile du Qué­bec
(4th ed. 2003), vol. 1, at pp. 286-87; H. Kélada, Les
préliminaires de défense en procédure civile (2009),
at pp. 214 et seq.). However, an action will some­
times be dismissed if it is clear that an au­thoritative
decision has already resolved the issue or issues
raised in the motion to institute proceedings. In the
Attorney General of Canada’s view, that is in fact
the case in this appeal.
[22] Les jugements rendus en application du
par. 165(4) C.p.c. portent souvent sur des situations
où soit le droit invoqué est clairement prescrit, soit
la loi interdit de recourir aux tribunaux, soit il y a
absence pure et simple d’un lien de droit entre les
par­ties (voir D. Ferland et B. Emery, Précis de pro­
cé­dure civile du Québec (4e éd. 2003), vol. 1, p. 286287; H. Kélada, Les préliminaires de défense en
procédure civile (2009), p. 214 et suiv.). Cependant,
il arrive parfois qu’un recours soit rejeté lorsqu’il
est manifeste qu’une décision faisant autorité a déjà
tran­ché la ou les questions soulevées par la requête
intro­duc­tive d’instance. Selon le procureur général
du Canada, le présent pourvoi constitue un de ces
cas.
[23] He submits that this case concerns a situa­
tion in which a previous decision of this Court has
set­tled the law on the main legal issues involved
[23] En effet, nous sommes selon lui en présence
d’une situation où un arrêt antérieur de notre Cour
a fixé le droit à l’égard des principales questions
[2014] 2 R.C.S.
canada (P.G.)
c.
csn
Les juges LeBel et Wagner
487
in the appeal. The appellant does not argue that
this is a case of res judicata on the basis of which
art. 165(1) could be invoked. Rather, his argument
is that the law applicable to the fundamental issues
that will determine the outcome of the appeal was
settled by this Court in its 2008 decision in CSN
v. Canada in ex­er­cising its power as the ultimate
interpreter of con­sti­tu­tional and public law. An
interpretation con­trary to the one adopted by the
Court in that case would have no legal basis in
light of the case’s status as a precedent (Canada
(Procureur général) v. Imperial Tobacco Ltd.,
2012 QCCA 2034, [2012] R.J.Q. 2046 (“Canada v.
Imperial Tobacco”), at paras. 125-27, per Gascon
J.A., leave to appeal re­fused, [2013] 2 S.C.R. ix;
Canada (Attorney Gen­eral) v. Bedford, 2013 SCC
72, [2013] 3 S.C.R. 1101, at paras. 38 and 43-46,
per McLachlin C.J.).
juridiques que soulève le pourvoi. L’appelant ne
prétend pas qu’il s’agit d’un cas de chose jugée
qui per­met­trait d’invoquer le par. 165(1). Il plaide
plu­tôt que le droit applicable aux questions fonda­
men­tales qui scel­le­ront le sort de l’appel a été établi
par l’arrêt CSN c. Canada qu’a rendu notre Cour en
2008, dans l’exercice de sa fonction d’interpréta­
tion, en dernier res­sort, du droit constitutionnel et
du droit public. Une inter­pré­ta­tion contraire à celle
adop­tée par la Cour dans cet arrêt serait dépour­
vue de fondement juri­dique en raison de l’autorité
que revêt celui-ci comme précédent (Canada (Pro­
cu­reur général) c. Imperial Tobacco Ltd., 2012
QCCA 2034, [2012] R.J.Q. 2046 (« Canada c. Im­
pe­rial Tobacco »), par. 125-127, le juge Gascon,
autorisation d’appel refu­sée, [2013] 2 R.C.S. ix;
Canada (Procureur géné­ral) c. Bedford, 2013 CSC
72, [2013] 3 R.C.S. 1101, par. 38 et 43-46, la juge
en chef McLachlin).
[24] Of course, the doctrine of stare decisis is no
longer completely inflexible. As the Court noted in
Bedford, the precedential value of a judgment may
be questioned “if new legal issues are raised as a
con­se­quence of significant developments in the
law, or if there is a change in the circumstances or
evidence that fundamentally shifts the parameters
of the debate” (para. 42). Where, on the other hand,
the legal issue remains the same and arises in a sim­
i­lar context, the precedent still represents the law
and must be followed by the courts (Bedford, at
para. 46).
[24] Certes, la règle de l’autorité du précédent ou
du stare decisis n’est plus d’une rigidité absolue
aujourd’hui. Comme l’a rappelé notre Cour dans
l’arrêt Bedford, la valeur précédentielle d’un juge­
ment peut être remise en cause « lorsque de nou­
velles questions de droit sont soulevées par suite
d’une évolution importante du droit ou qu’une
modi­fi­cation de la situation ou de la preuve change
radicalement la donne » (par. 42). En revanche,
quand la question juridique demeure la même et
s’insère dans un contexte similaire, le précédent
repré­sente toujours l’état du droit et doit être res­
pecté par les tribunaux (Bedford, par. 46).
[25] Although relatively uncommon in Quebec
civil procedure, the mechanism for dismissing ac­
tions at a preliminary stage on the basis of stare
decisis is similar to the res judicata exception
(art. 165(1) C.C.P.). Under both of them, the legal
issues raised by the applicant must already have
been clearly resolved by the courts. However, unlike
res judicata, stare decisis does not necessarily re­
quire that the dispute be between the same parties.
What must be established is that the issue is the
same and that the questions it raises have already
been answered by a higher court whose judgment
has the authority of res judicata.
[25] D’utilisation limitée dans la procédure civile
du Québec, la méthode de rejet au stade préliminaire
fon­dée sur la règle du stare decisis se rapproche de
l’exception fondée sur la chose jugée (par. 165(1)
C.p.c.). Tout comme cette dernière, elle requiert
que les questions juridiques soulevées par la partie
demande­resse aient déjà été clairement tranchées
par les tri­bunaux. Toutefois, contrairement à la
chose jugée, elle n’exige pas nécessairement que le
débat oppose les mêmes parties. En effet, l’élé­
ment impor­tant consiste à établir que le débat,
tel qu’il a été entre­pris, reste le même, et que les
questions qu’il sou­lève aient déjà été réglées par
une juridiction supé­rieure dont le jugement possède
l’autorité de la chose jugée.
488
canada (A.G.)
v.
csn
LeBel and Wagner JJ.
[2014] 2 S.C.R.
[26] In Canada v. Imperial Tobacco, Gascon J.A.,
as he then was, explained this as follows:
[26] Dans Canada c. Imperial Tobacco, le juge
Gascon, alors à la Cour d’appel, a donné les préci­
sions suivantes :
[translation] In this context, the manufacturers’
ar­gu­ment that this case is not res judicata, because Im­
perial was not decided by a court of competent civil law
jurisdiction or because strict identity of parties, cause
and object is not established, does not appear to me to be
determinative. I see no need for further discussion of the
distinctions the manufacturers raise with respect to these
identities of parties, cause and object, which in their view
refute the AGC’s res judicata argument. In my opinion,
the appropriate principle to apply to resolve the issue is
instead stare decisis.
Dans ce contexte, ne m’apparaît pas décisif l’argu­
ment des fabricants voulant qu’il ne s’agisse pas ici de
chose jugée puisque l’arrêt Imperial n’est pas rendu par
une cour compétente de juridiction civile ou parce que
l’iden­tité stricte de parties, de causes et d’objets n’est
pas établie. Je n’estime pas nécessaire de discuter plus
ample­ment des distinctions que soulèvent les fabricants
en regard de ces identités de parties, de causes et
d’objets qui feraient échec à l’argument de chose jugée
qu’invoque le PGC. À mon avis, la règle du stare decisis
per­met plutôt de trancher la question.
The Superior Court should have held on the basis of
stare decisis that it was bound by Imperial. The Supreme
Court, by ruling as it did on the issue of the AGC’s im­
munity in relation to the course or principle of action
chal­lenged by the manufacturers, had in a sense barred
the manufacturers’ actions in warranty by rendering them
unfounded in law, even if the alleged facts were assumed
to be true.
Suivant cette règle, la Cour supérieure aurait dû se
décla­rer liée par l’arrêt Imperial. En statuant comme elle
l’a fait sur la question de l’immunité dont bénéficie le
PGC en regard de la ligne de conduite remise en question
par les fabricants, la Cour suprême rendait en quelque
sorte leurs actions en garantie irrecevables parce que mal
fon­dées en droit, même en tenant pour avérés les faits
allégués.
Stare decisis is a less stringent basis for an argument
than res judicata, since it requires only a similar or anal­o­
gous factual framework. Stare decisis is a principle “under
which a court must follow earlier judicial de­ci­sions when
the same points arise again in litigation” [Black’s Law
Dictionary (9th ed. 2009), at p. 1537]. It ap­plies, of
course, to decisions of the Supreme Court, par­tic­ularly
in the area of public law as here, where the par­ties were
involved in earlier litigation on the specific ques­tion at
issue. [Emphasis added; paras. 125-27.]
L’argument fondé sur le stare decisis est moins exi­
geant que la chose jugée puisqu’il ne requiert qu’une
trame factuelle similaire ou analogue. La règle du stare
decisis est un principe [traduction] « suivant lequel
les tribunaux doivent suivre la jurisprudence applicable
sur un point donné lorsque le même point se soulève de
nouveau devant eux » [Black’s Law Dictionary (9e éd.
2009), p. 1537]. Cette règle s’applique bien sûr aux arrêts
de la Cour suprême, particulièrement en matière de droit
public comme ici, alors que les parties ont participé au
débat antérieur sur la question précise en jeu. [Nous
soulignons; par. 125-127.]
[27] This being said, before granting a motion to
dismiss an action because it has no basis in law, the
judge must also be satisfied in light of the record
and the alleged facts that the precedent relied on by
the applicant actually concerns the entire dispute
that it should normally resolve, and that it provides
a complete, certain and final solution to the dispute.
In case of doubt, the judge may not grant the mo­
tion to dismiss, but must instead give the parties an
op­por­tunity to argue the issues on the merits.
[27] Cela dit, avant d’accueillir une requête en
irre­ce­vabilité pour absence de fondement juridique,
encore faut-il que le juge d’instance soit convaincu,
au regard du dossier et des faits allégués, que le
pré­cé­dent invoqué par le requérant porte bien sur
l’ensem­ble du débat qu’il devrait normalement
tran­cher et qu’il y apporte une solution complète,
cer­taine et définitive. En cas de doute, le juge doit
rejeter la requête en irrecevabilité et laisser aux
parties la possibilité de débattre au fond des ques­
tions litigieuses.
[2014] 2 R.C.S.
canada (P.G.)
c.
csn
B. Application of the Law to the Facts
(1) True Nature of the Action
Les juges LeBel et Wagner
489
B. Application du droit aux faits
(1) La nature véritable du recours
[28] The appellant submits that the action in the
case at bar must be dismissed on the basis of stare
decisis. To rule on this argument, it will be nec­es­
sary to identify the nature of the action that was
the subject of the Court’s judgment in 2008 and
de­ter­mine how it relates to the allegations and the
conclusions sought by the unions in their action
brought in 2011.
[28] L’appelant prétend que l’application du prin­
cipe du stare decisis entraîne l’irrecevabilité du
recours intenté en l’espèce. Pour statuer sur cette
pré­ten­tion, il est nécessaire d’identifier la nature de
la demande qui a fait l’objet du jugement de la Cour
en 2008 et de la situer par rapport aux allégations
et aux conclusions énoncées par les syndicats dans
leur recours entrepris en 2011.
[29] In a case such as this, the judge sitting on
the motion to dismiss can consider more than just
form when reviewing the record in order to properly
establish the essential nature of the action, which
will enable him or her to reject arguments that are
new only in how they are presented.
[29] Par ailleurs, en semblable matière, le juge
saisi de la requête en rejet peut pousser son examen
du dossier au-delà de la forme afin de bien dégager
le caractère essentiel du recours et de pouvoir ainsi
écarter des prétentions qui n’auraient de nouveau
que leur présentation.
[30] The constitutional questions the Court an­
swered in its 2008 judgment were stated as follows:
[30] Les questions constitutionnelles tranchées
par la Cour dans son jugement de 2008 étaient for­
mulées ainsi :
1. Do ss. 66 to 66.3 and 72 of the Employment Insur­
ance Act, S.C. 1996, c. 23, exceed, in whole, in part
or through their combined effect, the unemploy­ment
insurance power provided for in s. 91(2A) of the
Con­stitution Act, 1867?
1. Les articles 66 à 66.3 et 72 de la Loi sur l’assuranceemploi, L.C. 1996, ch. 23, sont-ils, en tout, en par­tie
ou par leur effet combiné, ultra vires de la compé­
tence sur l’assurance-chômage conférée par le
par. 91(2A) de la Loi constitutionnelle de 1867?
2. If the answer to question 1 is affirmative, do ss. 66
to 66.3 and 72 of the Employment Insurance Act,
S.C. 1996, c. 23, exceed, in whole, in part or through
their combined effect, the taxation power provided
for in s. 91(3) of the Constitution Act, 1867?
2. En cas de réponse affirmative à la question 1, les
articles 66 à 66.3 et 72 de la Loi sur l’assuranceemploi, L.C. 1996, ch. 23, sont-ils, en tout, en par­tie
ou par leur effet combiné, ultra vires de la com­pé­
tence sur la taxation conférée par le par. 91(3) de la
Loi constitutionnelle de 1867?
3. If the answer to question 2 is negative, do ss. 66 to
66.3 and 72 of the Employment Insurance Act, S.C.
1996, c. 23, satisfy the requirements of s. 53 of the
Constitution Act, 1867?
3. En cas de réponse négative à la question 2, les arti­
cles 66 à 66.3 et 72 de la Loi sur l’assurance-emploi,
L.C. 1996, ch. 23, respectent-ils les exigences de
l’arti­cle 53 de la Loi constitutionnelle de 1867?
4. Do ss. 24, 25, 56 to 65.2, 73, 75, 77, 109(c) and
135(2) of the Employment Insurance Act, S.C. 1996,
c. 23, exceed, in whole, in part or through their com­
bined effect, the unemployment insur­ance power
provided for in s. 91(2A) of the Consti­tution Act,
1867?
4. Les articles 24, 25, 56 à 65.2, 73, 75, 77, 109c)
et 135(2) de la Loi sur l’assurance-emploi, L.C.
1996, ch. 23, sont-ils, en tout, en partie ou par leur
effet combiné, ultra vires de la compétence sur
l’assurance-chômage conférée par le par. 91(2A) de
la Loi cons­ti­tutionnelle de 1867?
5. If the answer to question 4 is affirmative, are ss. 24,
25, 56 to 65.2, 73, 75, 77, 109(c) and 135(2) of the
5. En cas de réponse affirmative à la question 4, les arti­
cles 24, 25, 56 à 65.2, 73, 75, 77, 109c) et 135(2) de la
490
canada (A.G.)
v.
csn
LeBel and Wagner JJ.
Em­ployment Insurance Act, S.C. 1996, c. 23, validly
based on the federal spending power?
[2014] 2 S.C.R.
Loi sur l’assurance-emploi, L.C. 1996, ch. 23, sontils validement fondés sur le pouvoir fédéral de dépen­
ser?
(CSN v. Canada, at para. 17)
(CSN c. Canada, par. 17)
[31] In the instant case, the unions are asking the
courts for the following conclusions:
[31] En l’espèce, les syndicats demandent aux tri­
bu­naux de leur accorder les conclusions sui­van­tes :
[translation] Declare that any change in the mech­
a­nism for setting premium rates may not disregard the
sums collected and recorded in the Employment Insur­
ance Account;
Déclarer que toute modification au mode de fixation des
taux de cotisation ne peut faire abstraction des sommes
pré­levées et comptabilisées dans le Compte d’assuranceemploi;
Declare that the balance in the Employment Insurance
Account may not be erased and must be allocated to fi­
nanc­ing the program;
Déclarer que le solde créditeur du Compte d’assuranceemploi ne peut être effacé et doit être affecté au finan­
cement du régime;
Declare that sections 2185 to 2187, 2189, 2190, 2193 to
2199, 2203, 2204(1) as it relates to subsections 66(1),
2204(2), 2207 and 2208 of the Act to implement certain
provisions of the budget tabled in Parliament on March 4,
2010 and other measures are invalid;
Déclarer invalides les articles 2185 à 2187, 2189 et
2190, 2193 à 2199, 2203, 2204(1) pour ce qui est des
paragraphes 66(1), 2204(2), 2207 et 2208 de la Loi
portant exécution de certaines dispositions du budget
déposé au parlement le 4 mars 2010 et mettant en œuvre
d’autres mesures;
(Motion to Institute Proceedings (“M.I.P.”), at p. 29;
A.R., vol. I, at p. 55)
(requête introductive d’instance (« r.i.i. »), p. 29;
d.a., vol. I, p. 55)
[32] There is no question that the unions ulti­
mately want the moneys recorded in the Em­ploy­
ment Insurance Account to be allocated exclusively
to the payment of benefits. In their view, the sums
collected for the former program should be used
solely to finance the new program. That is the
unions’ objective in this case.
[32] Il ne fait aucun doute que les syndicats sou­
hai­tent en dernière analyse que l’argent comptabi­
lisé dans le Compte d’assurance-emploi soit affecté
exclu­si­vement au paiement des prestations. Pour
eux, les som­mes prélevées dans le cadre de l’ancien
régime devraient servir uniquement au financement
du nou­veau régime. Tel est l’objectif poursuivi en
l’espèce par les syndicats.
[33] In considering the legal bases for the new
action, we note that the unions’ underlying premise
is that [translation] “a balance in the Employment
Insurance Account . . . is a debt owed by the Con­sol­
idated Revenue Fund to the Employment Insurance
Account” (M.I.P., at para. 90; A.R., vol. I, at p. 53).
[33] Lorsque nous examinons les assises juri­di­
ques de la nouvelle demande, nous constatons que,
suivant la prémisse sur laquelle repose le recours des
syndicats, « l’inscription au Compte d’assuranceemploi d’un solde créditeur [. . .] constitue une dette
du Trésor envers le Compte d’assurance-emploi »
(r.i.i., par. 90; d.a., vol. I, p. 53).
[34] The unions believe that the constitutional
va­lidity of the premiums depends on the transfer
of that debt from the former Employment Insur­
ance Account to the new Employment Insurance
Op­er­at­ing Account. They argue that [translation]
[34] Les syndicats considèrent que la validité
cons­
t i­
t utionnelle des cotisations est tributaire
du transfert de cette créance de l’ancien Compte
d’assurance-emploi vers le nouveau Compte des
opérations de l’assurance-emploi. En effet, ils
[2014] 2 R.C.S.
canada (P.G.)
c.
csn
Les juges LeBel et Wagner
491
“[t]his debt cannot be erased . . . without bringing
into ques­tion the constitutional validity of the sums
that have been collected and recorded” (M.I.P., at
para. 92; A.R., vol. I, at p. 54). In support of their
ar­gument, the unions quote the following passage
from this Court’s reasons in CSN v. Canada:
plaident que l’on « ne peut [. . .] effacer cette créance
sans remettre en cause la validité constitutionnelle
des sommes pré­le­vées et comptabilisées » (r.i.i.,
par. 92; d.a., vol. I, p. 54). Pour appuyer leur pré­
tention, les syndicats citent le pas­sage suivant de
l’arrêt CSN c. Canada, où notre Cour a affirmé ce
qui suit :
However, it is clear that the Account does not constitute
— as is the case of pension fund assets — a trust fund
or patrimony by appropriation. It forms part of Canada’s
gov­ernment accounting, and premiums form part of
the government’s revenues. The government’s use of it
does not, therefore, constitute a misappropriation of em­
ployment insurance monies. Those monies were used
like any other part of the revenues in the Consolidated
Revenue Fund, and the appropriate accounts were kept.
[Emphasis added; para. 74.]
Il est clair toutefois que ce Compte n’est pas un fonds
fiduciaire ou un patrimoine d’affectation, comme dans
le cas de l’actif d’un fonds de retraite. Il représente une
partie de la comptabilité publique du Canada et les coti­
sa­tions, une portion des recettes publiques de l’État. À
ce titre, l’usage fait par le gouvernement ne représente
pas un détournement des fonds de l’assurance-emploi.
Les fonds ont été employés comme toute autre partie
des recettes du Trésor et la comptabilité appropriée a été
tenue. [Nous soulignons; par. 74.]
[35] According to the unions, the reason why the
Court held that the sums collected as premiums had
been neither stolen nor misappropriated by the gov­
ern­ment was that they had been properly re­corded
in the Employment Insurance Account (M.I.P., at
para. 89; A.R., vol. I, at p. 52). In short, the pre­mi­
ums paid in the context of the program are con­sti­
tu­tion­ally valid only if they are properly ac­counted
for. According to this argument, without such an
ac­count­ing link, the use of premiums for any other
purposes would constitute a mis­ap­pro­pri­ation of
monies collected to finance the employment in­sur­
ance program and would therefore be un­con­sti­tu­
tional.
[35] Selon les syndicats, c’est parce que les som­
mes prélevées au titre de cotisation avaient été
dûment comptabilisées au Compte d’assuranceemploi que notre Cour a jugé que les sommes en
ques­tion n’avaient été ni volées ni détournées par
le gouvernement (r.i.i., par. 89; d.a., vol. I, p. 52).
Bref, le suivi comptable des cotisations ver­sées
dans le cadre du régime représenterait une con­di­
tion essentielle à la validité constitutionnelle de
celles-ci. Selon ce moyen, en l’absence d’un tel lien
comp­table, l’utilisation des cotisations à d’autres
fins cons­tituerait un détournement des fonds de la
caisse d’assurance-emploi, et partant, serait incon­s­
ti­tu­tionnelle.
[36] As the unions see it, this issue was not settled
by the Court in 2008. The appellant sees things quite
differently, however. The Employment Insurance
Account was merely an accounting tool that con­
tained no property or loans, and it was indebted to
no one. All transactions — the payment of pre­mi­ums
or of benefits — were conducted through the Con­
so­l­idated Revenue Fund, which means that the Em­
ploy­ment Insurance Account was neither a trust
fund nor a patrimony by appropriation.
[36] Pour les syndicats, cette question n’a pas
été tranchée par la Cour en 2008. Pour l’appe­lant,
cepen­dant, il en est tout autrement. Le Compte
d’assurance-emploi n’est qu’un simple instrument
de suivi comp­table qui ne contient aucun bien ou
aucun emprunt, et ce compte n’a de dette envers
personne. Toutes les opérations — versement de
coti­sations ou paie­ment de prestations — sont
effec­tuées sur le Trésor public, de telle sorte que
le Compte d’assurance-emploi n’est ni un fonds
fiduciaire ni un patrimoine d’affectation.
(2) Is the Action Bound to Fail?
[37] As we mentioned above, to decide whether
the action should be dismissed under art. 165(4)
(2) Le recours est-il voué à l’échec?
[37] Tel qu’il a été mentionné précédemment,
pour décider si le recours est irrecevable en
492
canada (A.G.)
v.
csn
LeBel and Wagner JJ.
[2014] 2 S.C.R.
C.C.P., this Court must determine whether it is
bound to fail even if the alleged facts are true. Given
that the appellant is relying on stare decisis, we
must therefore determine whether the Court’s de­
ci­sion in CSN v. Canada resolves the entire dispute
and provides a complete, certain and final solution
to the unions’ action in this case.
appli­ca­tion du par. 165(4) C.p.c., notre Cour doit
se deman­der si celui-ci est voué à l’échec, même
si les faits allégués sont avérés. Dans ce contexte,
puisque la règle du stare decisis a été invoquée par
l’appelant, nous devons décider si l’arrêt de la Cour
dans l’affaire CSN c. Canada règle l’ensemble du
débat et apporte une solution complète, certaine et
défi­nitive à l’action intentée par les syndicats en
l’espèce.
[38] In our opinion, the precedent relied on by the
appellant does in fact do so. As a result, art. 165(4)
C.C.P. applies, and the action could be dismissed in
the interest of the proper administration of justice,
even at a preliminary stage.
[38] Nous sommes d’avis que le précédent invo­
qué par l’appelant produit cet effet. En conséquence,
le par. 165(4) C.p.c. s’applique et le recours pouvait
être rejeté au nom d’une saine administration de la
jus­tice, et ce, même à l’étape préliminaire.
[39] We reiterate, first, that in the unions’ view,
[trans­lation] “a balance in the Employment Insur­
ance Account . . . is a debt owed by the Con­soli­
dated Revenue Fund to the Employment Insurance
Account” (M.I.P., at para. 90; A.R., vol. I, at p. 53).
The success of their action is directly dependent on
the validity of this argument, which is its cor­ner­
stone, as the Quebec Court of Appeal in fact rec­og­
nized. However, the Court of Appeal made a critical
error in its analysis with respect to this argument
by treating the allegation that the Con­sol­idated
Revenue Fund was indebted to the Em­ploy­ment
Insurance Account as a fact that had to be assumed
true for the purposes of the motion to dismiss,
whereas it was really a legal char­ac­ter­i­za­tion of the
facts.
[39] Rappelons tout d’abord que, suivant les
syn­dicats, « l’inscription au Compte d’assuranceemploi d’un solde créditeur [. . .] constitue une dette
du Trésor envers le Compte d’assurance-emploi »
(r.i.i., par. 90; d.a., vol. I, p. 53). En conséquence,
le succès de leur recours dépend directement de
la validité de cette prétention, qui en constitue la
pierre angulaire, comme l’a d’ailleurs reconnu la
Cour d’appel du Québec. Toutefois, cette dernière a
commis une erreur déterminante dans l’analyse de
cette prétention en assimilant l’allégation rela­tive à
l’existence d’une dette du Trésor envers le Compte
d’assurance-emploi à un fait qui devait être tenu
pour avéré pour les besoins de la requête en irre­ce­
va­bi­lité, alors qu’il s’agissait en réalité d’une qua­li­
fi­cation juridique des faits.
[40] To determine whether the Consolidated Rev­
enue Fund was indebted to the Employment In­sur­
ance Account, it is necessary to analyze the na­ture of
the Fund and the Account, as well as the relationship
between them. In other words, a con­clu­sion that the
former was indebted to the latter presupposes a par­
ticular legal characterization of their relationship.
In sum, this Court must determine whether, from
a legal standpoint, the Consolidated Revenue Fund
was indebted to the Employment Insurance Account
and, ultimately, whether the unions’ basic legal ar­
gu­ment is valid.
[40] En effet, pour statuer sur l’existence ou non
d’une dette du Trésor public envers le Compte
d’assurance-emploi, il faut analyser la nature du
Tré­sor et du Compte, ainsi que le rapport qu’ils
entre­tien­nent entre eux. En d’autres termes, la con­
clu­sion selon laquelle le Trésor public serait endetté
envers le Compte d’assurance-emploi suppose une
qua­li­fication juridique particulière de leur rela­tion.
En somme, il incombe à notre Cour de déter­mi­
ner si, juri­di­que­ment, il existe une dette du Trésor
envers le Compte d’assurance-emploi, en définitive
si le moyen de droit fondamental des syndicats est
bien fondé.
[41] In this respect, we are of the opinion that
the Court’s decision in CSN v. Canada is of no
[41] À ce propos, nous sommes d’avis que la déci­
sion de la Cour dans CSN c. Canada n’est d’aucun
[2014] 2 R.C.S.
canada (P.G.)
c.
csn
Les juges LeBel et Wagner
493
as­sis­tance to the unions. On the contrary, it deprives
their action of any reasonable chance of success. In
that case, the Court stated that the Employment In­
sur­ance Account “does not constitute — as is the
case of pension fund assets — a trust fund or pat­
ri­mony by appropriation. It forms part of Canada’s
government accounting, and premiums form part
of the government’s revenues” (para. 74 (emphasis
added)). As government revenues, the amounts col­
lected as contributions to the employment insurance
program can therefore be used for purposes other
than paying benefits.
secours pour les syndicats. Au contraire, ce juge­
ment prive leur recours de toute chance raisonnable
de succès. Dans cette affaire, notre Cour a affirmé
que le Compte d’assurance-emploi « n’est pas un
fonds fiduciaire ou un patrimoine d’affectation,
comme dans le cas de l’actif d’un fonds de retraite.
Il repré­sente une partie de la comptabilité publique
du Canada et les cotisations, une portion des recettes
publi­ques de l’État » (par. 74 (nous soulignons)). En
tant que recettes de l’État, les sommes recueillies au
titre des cotisations à la Caisse d’assurance-emploi
peu­vent donc être utilisées à d’autres fins que le
paie­ment de prestations.
[42] In fact, no debt of the Consolidated Revenue
Fund to the Employment Insurance Account ever
ex­isted. Like any legal or natural person, the gov­
ern­ment cannot be indebted to itself. It follows that
any argument based on the existence of such a debt
is bound to fail. The enactment of the 2010 Act did
not alter this factual and legal situation.
[42] D’ailleurs, il n’a jamais existé de dette du
Tré­
sor envers le Compte d’assurance-emploi.
Comme toute personne morale ou physique, l’État
ne peut être endetté envers lui-même. Il s’ensuit que
toute prétention fondée sur l’existence d’une telle
dette est vouée à l’échec. L’adoption de la Loi de
2010 ne change rien à cet état de fait et au droit.
[43] Moreover, in CSN v. Canada, the Court held
that the connection between the program and the
premiums is a factor that can be considered in de­
ter­min­ing the nature of the levies. But it is wrong to
say that the validity of these levies depends on the
ex­is­tence of that connection. As we stated in that
case, the government can, lawfully, use employees’
pre­miums for purposes other than financing the em­
ployment insurance program.
[43] Par ailleurs, dans CSN c. Canada, notre Cour
a décidé que le lien entre le régime et les coti­sations
est un élément dont on peut tenir compte afin
d’établir la nature des prélèvements. Il est toute­
fois erroné d’affirmer que la validité de ces pré­lè­
ve­ments dépend de l’existence de ce lien. Comme
nous l’avons affirmé dans cette affaire, le gou­ver­
ne­ment peut, légalement, utiliser les cotisations des
travailleurs à d’autres fins que le financement du
régime d’assurance-emploi.
[44] Accordingly, even if we accept the unions’
ar­gu­ment that the connection between premiums
and the employment insurance program was broken
by the decision not to transfer the balance from the
for­mer account to the new one, this does not mean
that the validity of the levies was compromised.
[44] En conséquence, même si l’on tenait pour
avé­rée la prétention des syndicats suivant laquelle
le lien entre les cotisations et le régime d’assuranceemploi serait rompu par la décision de ne pas trans­
fé­rer le solde créditeur de l’ancien compte vers le
nou­veau, la validité des prélèvements ne serait pas
mise en péril pour autant.
V. Conclusion
V. Conclusion
[45] In our opinion, it is clear that the unions’ ac­
tion has no reasonable chance of success. On the
basis of stare decisis, it is apparent that their main
ar­gu­ment that the Consolidated Revenue Fund was
indebted to the Employment Insurance Account is
[45] À notre avis, il est manifeste que le recours
des syndicats ne présente aucune possibilité rai­
son­nable de succès. En application de la règle du
stare decisis, il appert que leur argument principal
vou­lant qu’il existe une dette du Trésor envers le
494
canada (A.G.)
v.
csn
LeBel and Wagner JJ.
[2014] 2 S.C.R.
unfounded, and this conclusion dictates the outcome
of the case. As a result, this Court’s decision in CSN
v. Canada provides a complete, certain and final
solu­tion to the entire dispute that the unions are try­
ing to revive. Their action was therefore properly
dis­missed by Perrault J. under art. 165(4) C.C.P.
Compte d’assurance-emploi est sans fondement, et
cette conclusion emporte le sort du litige. Dans ce
con­texte, notre arrêt dans l’affaire CSN c. Canada
apporte une solution complète, certaine et définitive
à l’ensemble du débat que tentent de faire revivre les
syndicats. C’est donc à bon droit que leur demande
a été déclarée irrecevable par la juge Perrault en
appli­cation du par. 165(4) C.p.c.
[46] For these reasons, we would allow the appeal
and restore the motion judge’s judgment, with costs
throughout.
[46] Pour ces motifs, nous sommes d’avis
d’accueillir le pourvoi et de rétablir le jugement de
première instance, avec dépens devant toutes les
cours.
Appeal allowed with costs throughout.
Pourvoi accueilli avec dépens devant toutes les
cours.
Solicitor for the appellant: Attorney General of
Canada, Ottawa and Montréal.
Procureur de l’appelant : Procureur général du
Canada, Ottawa et Montréal.
Solicitors for the respondent Confédération
des syndicats nationaux: Roy Évangéliste avocats,
Mont­réal.
Procureurs de l’intimée la Confédération des syn­
dicats nationaux : Roy Évangéliste avocats, Mont­
réal.
Solicitors for the respondent Fédération des
travailleurs et travailleuses du Québec: Ouellet,
Nadon & Associés, Montréal.
Procureurs de l’intimée la Fédération des tra­
vailleurs et travailleuses du Québec : Ouellet,
Nadon & Associés, Montréal.
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
taylor
495
Her Majesty The Queen Appellant
Sa Majesté la Reine Appelante
v.
c.
Jamie Kenneth Taylor Respondent
Jamie Kenneth Taylor Intimé
and
et
Director of Public Prosecutions of Canada,
Attorney General of Ontario and Canadian
Civil Liberties Association Interveners
Directeur des poursuites pénales du Canada,
procureur général de l’Ontario et Association
canadienne des libertés civiles Intervenants
Indexed as: R. v. Taylor
Répertorié : R. c. Taylor
2014 SCC 50
2014 CSC 50
File No.: 35609.
No du greffe : 35609.
2014: April 23; 2014: July 18.
2014 : 23 avril; 2014 : 18 juillet.
Present: Abella, Rothstein, Moldaver, Karakatsanis and
Wagner JJ.
Présents : Les juges Abella, Rothstein, Moldaver,
Karakatsanis et Wagner.
on appeal from the court of appeal for
alberta
en appel de la cour d’appel de l’alberta
Constitutional law — Charter of Rights — Right to
coun­sel — Accused informed by police of his right to
coun­sel — Accused informing police that he wished to
speak to counsel — Police failing to facilitate contact
with counsel at scene of accident and hospital — Blood
drawn from accused at hospital without accused being
able to consult counsel and used as basis for conviction —
Whether police’s failure to implement or facilitate access
to counsel was in breach of accused’s right to retain and
instruct counsel without delay — If so, whether evidence
should be excluded — Canadian Charter of Rights and
Freedoms, ss. 10(b), 24(2).
Droit constitutionnel — Charte des droits — Droit
à l’assistance d’un avocat — Accusé informé par les
policiers de son droit à l’assistance d’un avocat — Men­
tion aux policiers par l’accusé de son désir de parler à
un avocat — Omission par les policiers de faciliter la
com­munication avec un avocat sur les lieux de l’accident
et à l’hôpital — Du sang prélevé de l’accusé à l’hôpital
sans que ce dernier ait été en mesure de consulter un
avocat a ensuite été utilisé comme pièce à conviction —
L’omission des policiers de donner à l’accusé accès à
un avocat ou de faciliter cet accès a-t-elle entraîné la
violation du droit de l’accusé d’avoir recours sans délai
à l’assistance d’un avocat? — Dans l’affirmative, les élé­
ments de preuve en cause devraient-ils être écartés? —
Charte canadienne des droits et libertés, art. 10b), 24(2).
The accused was arrested for impaired driving caus­
ing bodily harm when he lost control of his vehicle injur­
ing three of his passengers. At the time of his arrest, he
was informed of his Charter rights, including his right
to counsel, and was asked whether he wanted to call a
lawyer. The accused responded that he wanted to speak
both to his father and to his lawyer. At no time was the
accused given access to a phone while at the scene of
the accident. As a precaution and in accordance with nor­
mal practice, the accused was taken by ambulance to the
hospital for examination. At the hospital, a nurse took
L’accusé a été arrêté pour conduite avec facultés affai­
blies causant des lésions corporelles lorsqu’il a perdu la
maîtrise de son véhicule, blessant de ce fait trois de ses
pas­sagers. Au moment de son arrestation, il a été informé
des droits que lui garantit la Charte, notamment de son
droit à l’assistance d’un avocat, et on lui a demandé s’il
voulait en appeler un. L’accusé a répondu qu’il voulait
par­ler à son père ainsi qu’à son avocat. À aucun moment
l’accusé ne s’est vu donner accès à un téléphone pen­
dant qu’il se trouvait sur les lieux de l’accident. Par souci
de précaution et conformément à la pratique normale,
496
r.
v.
[2014] 2 S.C.R.
taylor
five vials of blood from the accused. The police later
demanded and obtained a second set of samples of the
accused’s blood for investigative purposes. At no point
during the accused’s time in hospital did the police at­
tempt to provide him with an opportunity to speak to
his lawyer or determine whether such an opportunity
was even logistically or medically feasible. The police
suc­cessfully applied for a warrant to seize the first vials
of blood the hospital took from the accused. The trial
judge agreed with the Crown that the second set of
blood samples were taken in violation of the accused’s
s. 10(b) rights, but found that there was no breach of the
ac­cused’s s. 10(b) rights prior to the first samples being
taken. This was based on the trial judge’s assumption
that where an accused is awaiting or receiving medical
treatment, there is no reasonable opportunity to pro­
vide private access to the accused to a telephone to im­
plement his right to instruct counsel. The first set of
blood samples were admitted at trial. On the basis of
this evidence, the accused was convicted of three counts
of impaired driving causing bodily harm. A majority in
the Court of Appeal allowed the appeal, finding that the
trial judge erred when he concluded that there was no
reasonable opportunity to facilitate access to a lawyer
prior to the taking of these blood samples. The evidence
was excluded, the conviction set aside, and an acquittal
entered.
Held: The appeal should be dismissed.
Section 10(b) of the Charter provides that everyone
has the right on arrest or detention to retain and instruct
counsel without delay and to be informed of that right.
The purpose of the s. 10(b) Charter right is to allow an
ar­rested or detained individual not only to be informed
of his other rights and obligations under the law but also
to obtain advice as to how to exercise those rights. Ac­cess
to legal advice ensures that an individual who is under
control of the state and in a situation of legal jeopardy
is able to make a free and informed choice whether to
co­operate with the police. The duty to inform a detained
per­son of his or her right to counsel arises immediately
upon arrest or detention and the duty to facilitate ac­
cess to a lawyer, in turn, arises immediately upon the
detainee’s request to speak to counsel. The arresting
offi­cer is therefore under a constitutional obligation to
facilitate the requested access to a lawyer at the first rea­
sonably available opportunity. Until the requested access
l’accusé a été transporté à l’hôpital en ambulance afin d’y
être examiné. À l’hôpital, une infirmière a prélevé cinq
fioles de sang de l’accusé. Les policiers ont par la suite
demandé et obtenu une deuxième série d’échantillons du
sang de l’accusé aux fins d’enquête. À aucun moment
durant le temps qu’a passé l’accusé à l’hôpital, les poli­
ciers n’ont tenté de lui donner la possibilité de parler à
son avocat ou de voir si cela était même faisable sur le
plan logistique ou médical. Les policiers ont demandé
avec succès la délivrance d’un mandat autorisant la sai­
sie des cinq premières fioles contenant le sang prélevé
de l’accusé par l’hôpital. Le juge du procès a conclu,
point qu’avait d’ailleurs concédé le ministère public,
que la deuxième série d’échantillons de sang avait été
pré­levée en violation de l’al. 10b), mais il a statué qu’il
n’y avait pas eu violation de ces mêmes droits avant le
prélèvement des premiers échantillons. Le juge du procès
a tiré cette conclusion en supposant que, lorsqu’un
accusé attend de recevoir ou reçoit des soins médicaux, il
n’y a aucune possibilité raisonnable de lui fournir accès
privément à un téléphone afin de donner effet à son droit à
l’assistance d’un avocat. La première série d’échantillons
de sang a été admise en preuve au procès. Sur la foi de
ces éléments de preuve, l’accusé a été déclaré coupable
de trois chefs de conduite avec facultés affaiblies cau­
sant des lésions corporelles. La Cour d’appel a accueilli
l’appel à la majorité, statuant que le juge du procès avait
commis une erreur en concluant qu’il n’y avait eu aucune
possibilité raisonnable de faciliter l’accès à un avocat
avant le prélèvement des premiers échantillons de sang.
Les éléments de preuve ont été écartés, la déclaration de
culpabilité a été annulée et un verdict d’acquittement a
été inscrit.
Arrêt : Le pourvoi est rejeté.
Aux termes de l’al. 10b) de la Charte, chacun a
le droit, en cas d’arrestation ou de détention, d’avoir
recours sans délai à l’assistance d’un avocat et d’être
informé de ce droit. Cette disposition a pour objet de per­
mettre à la personne détenue ou arrêtée non seulement
d’être informée de ses droits et de ses obligations en
vertu de la loi, mais également d’obtenir des conseils
sur la façon d’exercer ces droits. L’accès à des conseils
juri­diques fait en sorte qu’une personne qui se trouve
sous le contrôle de l’État et encourt un risque juridique
soit en mesure d’exercer un choix libre et éclairé quant
à la décision de coopérer ou non avec les policiers.
L’obligation d’informer le détenu de son droit à l’assis­
tance d’un avocat prend naissance immédiate­ment après
l’arrestation ou la mise en détention, et celle de faci­
liter l’accès à un avocat prend pour sa part naissance
immé­dia­tement après que le détenu a demandé à parler à
un avocat. Le policier qui procède à l’arrestation a donc
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
taylor
497
to counsel is provided, it is uncontroversial that there is
an obligation on the police to refrain from taking further
investigative steps to elicit evidence.
l’obli­gation constitutionnelle de faciliter à la première
occasion raisonnable l’accès demandé à l’assistance d’un
avocat. Nul ne conteste que, tant que l’accès à un avocat
qui est demandé n’a pas été fourni, les policiers doivent
s’abstenir de prendre d’autres mesures d’investigation en
vue de soutirer des éléments de preuve à l’intéressé.
While the police are under no legal duty to provide
their own cell phone to an arrested or detained individ­
ual, they nonetheless have a duty both to provide phone
access at the first reasonable opportunity to avoid selfincrimination and to refrain from eliciting evidence
from the individual before access to counsel has been
facilitated. While s. 10(b) of the Charter does not create
a right to use a specific phone, it does guarantee that the
individual will have access to a phone to exercise his
right to counsel. The burden is on the Crown to show that
a given delay was reasonable in the circumstances.
Bien que les policiers ne soient pas légalement tenus
de fournir leur propre téléphone cellulaire à une per­
sonne arrêtée ou détenue, ils ont néanmoins l’obligation
de donner à une telle personne accès à un téléphone à la
pre­mière occasion raisonnable afin de réduire le ris­que
d’auto-incrimination, ainsi que l’obligation de s’abste­
nir de tenter de lui soutirer des éléments de preuve tant
qu’ils ne lui ont pas facilité l’accès à un avocat. L’ali­
néa 10b) ne crée pas le droit d’utiliser un téléphone pré­
cis, mais il garantit effectivement à l’intéressé l’accès à
un téléphone pour qu’il puisse exercer son droit à l’assis­
tance d’un avocat. Il incombe au ministère public de
démontrer qu’un délai donné était raisonnable dans les
circonstances.
An individual who enters a hospital to receive med­
ical treatment is not in a Charter-free zone. Where the
in­dividual has requested access to counsel and is in
custody at the hospital, the police have an obligation
under s. 10(b) to take steps to ascertain whether private
access to a phone is in fact available. In this case, one of
the police officers admitted that at the hospital, he made a
mistake and that he would have and could have given the
accused the requested access if he had remembered to do
so. Once at the hospital, it was 20 to 30 minutes before
the hospital took any blood from the accused, more
than enough time for the police to make inquiries as to
whether a phone was available or a phone call medically
fea­sible. At no point did the police even turn their minds
to the obligation to provide access.
La personne qui entre dans un l’hôpital pour y rece­
voir des soins médicaux ne se trouve pas dans une zone
sans Charte. Lorsqu’une personne a demandé à avoir
accès à un avocat et qu’elle est sous garde à l’hôpital,
les policiers sont tenus par l’al. 10b) de prendre des
mesures pour vérifier s’il est dans les faits possible à
cette personne d’avoir accès privément à un téléphone.
En l’espèce, un des policiers a admis qu’il avait commis
une erreur à l’hôpital et qu’il aurait donné à l’accusé —
et aurait pu lui donner — l’accès que demandait celui-ci
s’il s’était souvenu de le faire. Une fois l’accusé arrivé
à l’hôpital, il s’est écoulé de 20 à 30 minutes avant que
le personnel de l’hôpital prélève du sang de celui-ci,
soit plus de temps qu’il n’en fallait aux policiers pour
deman­der si un téléphone était disponible ou si l’accusé
était médicalement apte à faire un appel téléphonique. À
aucun moment les policiers n’ont songé à l’obligation de
donner accès à l’assistance d’un avocat.
This is a case not so much about delay in facilitating
access, but about its complete denial. This ongoing fail­
ure cannot be characterized as reasonable. Constitu­tional
rights cannot be displaced by assumptions of impractical­
ity. Barriers to access must be proven, not assumed, and
proactive steps are required to turn the right to counsel
into access to counsel. The accused’s s. 10(b) rights were
clearly violated. The seriousness of the Charter breach
and the impact of the police conduct on the accused’s in­
terests warrant the exclusion of the evidence.
La présente affaire ne porte pas tant sur le temps mis
à faciliter l’accès à un avocat que sur le déni complet de
cet accès. L’omission persistante de donner accès ne peut
être qualifiée de raisonnable. Des droits constitution­
nels ne sauraient être écartés sur la base de supposi­
tions d’impossibilité pratique. L’existence d’obstacles à
l’accès doit être prouvée — et non pas supposée —, et
des mesures proactives sont requises pour que le droit à
un avocat se concrétise en accès à un avocat. Les droits
garantis à l’accusé par l’al. 10b) ont été manifestement
violés. La gravité de la violation de la Charte et l’inci­
dence de la conduite des policiers sur les intérêts de
l’accusé justifient l’exclusion des éléments de preuve.
498
r.
v.
taylor
Abella J.
[2014] 2 S.C.R.
Cases Cited
Jurisprudence
Referred to: R. v. Manninen, [1987] 1 S.C.R. 1233;
R. v. Suberu, 2009 SCC 33, [2009] 2 S.C.R. 460; R. v.
Sinclair, 2010 SCC 35, [2010] 2 S.C.R. 310; R. v. Bartle,
[1994] 3 S.C.R. 173; R. v. Evans, [1991] 1 S.C.R. 869;
R. v. Brydges, [1990] 1 S.C.R. 190; R. v. Luong, 2000
ABCA 301, 271 A.R. 368; Brownridge v. The Queen,
[1972] S.C.R. 926; R. v. Ross, [1989] 1 S.C.R. 3; R. v.
Prosper, [1994] 3 S.C.R. 236; R. v. Grant, 2009 SCC 32,
[2009] 2 S.C.R. 353; R. v. Spencer, 2014 SCC 43, [2014]
2 S.C.R. 212.
Arrêts mentionnés : R. c. Manninen, [1987] 1 R.C.S.
1233; R. c. Suberu, 2009 CSC 33, [2009] 2 R.C.S. 460;
R. c. Sinclair, 2010 CSC 35, [2010] 2 R.C.S. 310; R. c.
Bartle, [1994] 3 R.C.S. 173; R. c. Evans, [1991] 1 R.C.S.
869; R. c. Brydges, [1990] 1 R.C.S. 190; R. c. Luong,
2000 ABCA 301, 271 A.R. 368; Brownridge c. La Reine,
[1972] R.C.S. 926; R. c. Ross, [1989] 1 R.C.S. 3; R. c.
Prosper, [1994] 3 R.C.S. 236; R. c. Grant, 2009 CSC 32,
[2009] 2 R.C.S. 353; R. c. Spencer, 2014 CSC 43, [2014]
2 R.C.S. 212.
Statutes and Regulations Cited
Lois et règlements cités
Canadian Charter of Rights and Freedoms, ss. 8, 10,
24(2).
Charte canadienne des droits et libertés, art. 8, 10, 24(2).
APPEAL from a judgment of the Alberta Court
of Appeal (Berger, O’Brien and Slatter JJ.A.), 2013
ABCA 342, 87 Alta. L.R. (5th) 114, 561 A.R. 103,
594 W.A.C. 103, [2014] 1 W.W.R. 352, 302 C.C.C.
(3d) 181, 7 C.R. (7th) 165, 293 C.R.R. (2d) 69, 54
M.V.R. (6th) 190, [2013] A.J. No. 1079 (QL), 2013
CarswellAlta 1933, setting aside the accused’s con­
vic­tions for impaired driving causing bodily harm.
Appeal dismissed.
POURVOI contre un arrêt de la Cour d’appel de
l’Alberta (les juges Berger, O’Brien et Slatter), 2013
ABCA 342, 87 Alta. L.R. (5th) 114, 561 A.R. 103,
594 W.A.C. 103, [2014] 1 W.W.R. 352, 302 C.C.C.
(3d) 181, 7 C.R. (7th) 165, 293 C.R.R. (2d) 69, 54
M.V.R. (6th) 190, [2013] A.J. No. 1079 (QL), 2013
CarswellAlta 1933, qui a annulé les déclarations de
culpabilité pour conduite avec facultés affaiblies
causant des lésions corporelles prononcées contre
l’accusé. Pourvoi rejeté.
Jason R. Russell, for the appellant.
Jason R. Russell, pour l’appelante.
Patrick C. Fagan, Q.C., and Kaysi Fagan, for the
respondent.
Patrick C. Fagan, c.r., et Kaysi Fagan, pour
l’intimé.
Nick Devlin and Jennifer Conroy, for the inter­
vener the Director of Public Prosecutions of Can­
ada.
Nick Devlin et Jennifer Conroy, pour l’inter­
venant le directeur des poursuites pénales du
Canada.
Frank Au, for the intervener the Attorney General
of Ontario.
Frank Au, pour l’intervenant le procureur géné­ral
de l’Ontario.
David S. Rose, for the intervener the Canadian
Civil Liberties Association.
David S. Rose, pour l’intervenante l’Association
canadienne des libertés civiles.
The judgment of the Court was delivered by
[1] Abella J. — This is a case about the police
informing an individual about his right to counsel
as soon as he was arrested, then promptly forget­ting
to implement it throughout his detention, in­cluding
Version française du jugement de la Cour rendu
par
[1] La juge Abella — Il s’agit en l’espèce d’une
affaire où, dès que l’intéressé a été mis en état
d’arres­tation, les policiers l’ont informé de son droit
à l’assistance d’un avocat, puis ont prompte­ment
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
taylor
La juge Abella
499
during his stay in a hospital. While he was at the
hos­pital, blood samples were taken which were
used as evidence at trial to convict him of impaired
driv­ing causing bodily harm.
oublié de donner effet à ce droit pendant tout le temps
où l’intéressé a été détenu, y compris durant son
séjour à l’hôpital. Pendant que ce dernier se trou­
vait à l’hôpital, on a prélevé sur lui des échan­tillons
de sang qui ont été utilisés comme éléments de
preuve à son procès, au terme duquel il a été déclaré
coupable de conduite avec facultés affaiblies ayant
causé des lésions corporelles.
[2] Section 10(b) of the Canadian Charter of
Rights and Freedoms guarantees that detained or
arrested individuals have the right to retain and
instruct counsel without delay. In R. v. Manninen,
[1987] 1 S.C.R. 1233, this Court recognized that
this imposes a corresponding duty on the police to
ensure that individuals are given a reasonable oppor­
tunity to exercise the right. This appeal is about the
scope of that duty when a detained individual is re­
ceiving medical treatment. The question before us
is whether the police’s failure to take any steps to
implement or facilitate access to counsel is a breach
of s. 10(b) in the circumstances. In my view, it is
and the evidence should be excluded.
[2] L’alinéa 10b) de la Charte canadienne des
droits et libertés garantit à chacun le droit, en cas
d’arrestation ou de détention, d’avoir recours sans
délai à l’assistance d’un avocat. Dans l’arrêt R.
c. Manninen, [1987] 1 R.C.S. 1233, notre Cour a
reconnu que cette disposition impose aux poli­ciers
l’obligation correspondante de veiller à ce que
l’intéressé se voie donner une possibilité raisonna­
ble d’exercer ce droit. Le présent pourvoi porte sur
l’étendue de cette obligation dans les cas où la per­
sonne détenue reçoit des soins médicaux. La ques­
tion dont nous sommes saisis consiste à décider si
l’omission de la police de prendre quelque mesure
que ce soit pour donner accès à un avocat ou pour
faciliter cet accès a constitué, dans les circons­tan­
ces, une violation de l’al. 10b). Je suis d’avis que
c’est le cas et qu’il y a lieu d’écarter les éléments de
preuve en cause.
Background
Historique
[3] On April 13, 2008, Jamie Kenneth Taylor was
driving a four-door pickup truck in the early hours
of the morning with four passengers after attending
a social event in Cochrane, Alberta. He was driving
at high speed. Shortly before 1:25 a.m., he lost con­
trol while attempting a right turn. The truck hit a
street lamp and rolled over several times. Three of
his passengers were injured.
[3] Au petit matin du 13 avril 2008, alors qu’il
revenait d’une activité sociale qui s’était déroulée
à Cochrane en Alberta, Jamie Kenneth Taylor con­
duisait une camionnette quatre portes dans laquelle
prenaient place quatre passagers. Il roulait à grande
vitesse. Peu avant 1 h 25, il a perdu la maîtrise de
son véhicule en tentant d’effectuer un virage à droite.
La camionnette a heurté un réverbère et a fait plu­
sieurs tonneaux. Trois des passagers ont été bles­sés.
[4] Cst. Douglas MacGillivray arrived at the
scene of the accident at 1:31 a.m. Emergency
medical personnel were there when he arrived,
along with several bystanders. One bystander iden­
tified Mr. Taylor as the driver of the vehicle. While
speaking to Mr. Taylor, Cst. MacGillivray noted
that he showed some signs of impairment. Be­
cause he had been told that one of the passengers
had not survived the accident, Cst. MacGillivray
[4] L’agent Douglas MacGillivray est arrivé sur
les lieux de l’accident à 1 h 31. Du personnel médi­
cal d’urgence ainsi que de nombreux spectateurs
se trouvaient déjà sur les lieux lorsqu’il est arrivé.
Un spectateur a identifié M. Taylor comme étant
le conducteur. Pendant qu’il parlait à M. Taylor,
l’agent MacGillivray a constaté que ce dernier
présentait certains indices d’affaiblissement des
facul­tés. Comme quelqu’un lui avait dit que l’un des
500
r.
v.
taylor
Abella J.
[2014] 2 S.C.R.
ar­rested Mr. Taylor at 1:41 a.m. for impaired
driving causing death. Soon afterwards, he learned
that there were in fact no fatalities so the charge was
modified to impaired driving causing bodily harm.
passagers n’avait pas survécu à l’accident, l’agent
MacGillivray a arrêté M. Taylor à 1 h 41 pour con­
duite avec facultés affaiblies causant la mort. Peu
après, toutefois, il a appris qu’en fait personne
n’était décédé et l’accusation a en conséquence été
remplacée par celle de conduite avec facultés affai­
blies causant des lésions corporelles.
[5] After arresting Mr. Taylor, Cst. MacGilli­
vray put him in the back of his police cruiser. At
1:43 a.m., he informed him of his Charter rights,
in­clud­ing his right to counsel, and asked whether he
wanted to call a lawyer. Mr. Taylor said he wanted
to speak to both his father and to his lawyer, Patrick
Fagan.
[5] Après avoir arrêté M. Taylor, l’agent Mac­
Gillivray lui a fait prendre place à l’arrière de sa
voiture de patrouille. À 1 h 43, il l’a informé des
droits que lui garantit la Charte, notamment de son
droit à l’assistance d’un avocat, et il lui a demandé
s’il voulait en appeler un. Monsieur Taylor a répondu
qu’il voulait parler à son père ainsi qu’à son avocat,
Patrick Fagan.
[6] Mr. Taylor was then assessed by a paramedic
in the back of the police car. He was taken into an
ambulance for further examination at 2:13 a.m. At
first, he was unwilling to cooperate with the para­
medic, but when the paramedic explained that the
interview and physical examination were for the
purpose of patient care, Mr. Taylor became coop­
erative and forthcoming, telling the paramedic that
he had been drinking that night.
[6] Monsieur Taylor a ensuite été évalué par un
ambulancier paramédical à l’arrière de la voiture
patrouille. À 2 h 13, il a été emmené dans une ambu­
lance afin de subir d’autres examens. Au début, il
ne voulait pas collaborer avec l’ambulancier para­
médical, mais lorsque celui-ci lui a expliqué que
ses questions et l’examen physique visaient des
fins médicales, M. Taylor est devenu coopératif et
ouvert, et il a dit à l’ambulancier qu’il avait bu au
cours de la soirée.
[7] The paramedic concluded that there was noth­
ing wrong with Mr. Taylor’s physical condition,
but as a precaution and in accordance with nor­
mal practice, he persuaded Mr. Taylor to be taken
by ambu­lance to the hospital for examination by a
physician. The ambulance left the accident scene at
2:19 a.m. and arrived at the hospital at 2:43 a.m.
[7] L’ambulancier paramédical a conclu que l’état
physique de M. Taylor ne présentait rien d’anor­mal,
mais, par souci de précaution et conformément à
la pratique normale, il a persuadé M. Taylor de se
laisser transporter à l’hôpital en ambulance afin d’y
être examiné par un médecin. L’ambulance a quitté
les lieux de l’accident à 2 h 19 et est arrivée à l’hôpi­
tal à 2 h 43.
[8] At no time was Mr. Taylor given access to
a phone while at the scene of the accident. Cst.
MacGillivray testified that he did not think about
giving Mr. Taylor access to a phone there, and that
“it was a fault that I made in that it didn’t happen”
at the scene of the accident. He also said that pro­
viding access to a telephone in the back of a police
car was “not a practice we normally do. . . . [T]he
practice that we normally do, we transport to the
detachment. They sit in a room where they have
the room to themselves and a list of phone numbers
. . . . And so, with the practice of not allowing an
[8] À aucun moment M. Taylor ne s’est vu don­
ner accès à un téléphone pendant qu’il se trouvait
sur les lieux de l’accident. L’agent MacGillivray
a témoi­gné qu’il n’avait pas pensé à donner à
M. Taylor accès à un téléphone à cet endroit, et a
déclaré : [traduction] « . . . c’était une faute de
ma part si cela ne s’est pas fait » sur les lieux de
l’acci­dent. Il a également dit que donner accès à un
téléphone à une personne sur la banquette arrière
d’une voiture patrouille « n’est pas une pratique que
nous suivons normalement. [. . .] [C]onformément
à la pratique que nous suivons nor­malement, nous
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
taylor
La juge Abella
501
accused to use a phone in a police car, that’s what
I was going with.” Constable Elizabeth-Anne Mac­
Namara, who was at the scene of the accident, gave
similar evidence about police practices at roadside.
amenons la personne au poste. Elle est assise seule
dans une pièce où elle a accès à une liste de numéros
de téléphone [. . .] Et par con­séquent, vu la pratique
consistant à ne pas auto­riser un accusé à utiliser un
téléphone dans un véhi­cule de police, c’est ce que je
faisais. » L’agente Elizabeth-Anne MacNamara, qui
se trouvait sur les lieux de l’accident, a témoigné de
façon similaire à propos des pratiques suivies par
les policiers en bord de route.
[9] After the ambulance left, Cst. MacGillivray
made a note to remind himself to give Mr. Taylor the
opportunity to speak to his lawyer at the hospital.
[9] Après le départ de l’ambulance, l’agent Mac­
Gillivray a rédigé une note afin de se souvenir de
donner à M. Taylor la possibilité de parler à son
avocat lorsqu’il serait à l’hôpital.
[10] After being admitted, Mr. Taylor waited on
a stretcher in a hallway of the hospital until shortly
after 3 a.m., when he was moved to a bed in a cur­
tained area and examined by a nurse and doctor.
Cst. MacGillivray was present during his medical
examination. Cst. MacNamara was also present and
taking notes. She was there to observe and maintain
continuity of any blood samples that were taken.
[10] Une fois la procédure d’admission complé­
tée, M. Taylor a attendu sur une civière dans un
couloir jusqu’à peu après 3 h, puis on l’a installé
dans un lit, dans une aire fermée par des rideaux, où
il a été examiné par une infirmière et un médecin.
L’agent MacGillivray était présent lors de l’examen
médical. L’agente MacNamara y assistait elle aussi
et prenait des notes. Elle était présente pour obser­
ver le prélèvement d’échantillons sanguins et con­
trôler la chaîne de possession de ceux-ci.
[11] A nurse took five vials of blood from Mr. Taylor between 3:05 a.m. and 3:12 a.m. Mr. Taylor’s
name and a patient number were recorded on each
of the vials. Both Cst. MacGillivray and Cst. Mac­
Namara observed the procedure, and Cst. Mac­Na­
mara tracked the blood until it was delivered to the
hospital lab for analysis.
[11] Une infirmière a prélevé cinq fioles de sang
de M. Taylor entre 3 h 05 et 3 h 12. Le nom de ce
dernier et son numéro de patient ont été inscrits sur
chacune des fioles. L’agent MacGillivray et l’agente
MacNamara ont tous les deux observé le déroule­
ment de cette procédure et la seconde a suivi les
échantillons de sang jusqu’à leur dépôt au labora­
toire de l’hôpital pour analyse.
[12] Immediately after the blood was taken, Cst.
MacGillivray asked the nurse whether Mr. Taylor
would be able to leave the hospital in order to give a
breath sample at the police station. When he learned
from the nurse at 3:13 a.m. that she did not know
when Mr. Taylor would be released, Cst. Mac­
Gil­livray decided to issue a blood demand to Mr. Taylor. The blood samples were taken by a doctor
at 4:53 a.m. Cst. MacGillivray left the hos­pital at
5:36 a.m. with this second set of blood samples.
[12] Immédiatement après les prélèvements san­
guins, l’agent MacGillivray a demandé à l’infir­
mière si M. Taylor était en mesure de quitter l’hôpi­tal
afin de donner un échantillon d’haleine au poste de
police. Lorsque, à 3 h 13, il a été informé par celleci qu’elle ne savait pas quand M. Taylor obtiendrait
son congé, l’agent MacGillivray a décidé d’ordon­
ner à celui-ci de fournir des échantillons de sang.
Les échantillons ont été prélevés par un médecin
à 4 h 53. L’agent MacGillivray a quitté l’hôpital à
5 h 36, muni de cette deuxième série d’échantillons
sanguins.
502
r.
v.
taylor
[2014] 2 S.C.R.
Abella J.
[13] At no point during Mr. Taylor’s time in the
hospital did Cst. MacGillivray or Cst. MacNa­mara
attempt to provide Mr. Taylor with an oppor­tunity
to speak to his lawyer or determine whether such
an opportunity was even logistically or med­ically
feasible. Cst. MacNamara testified that since her
only purpose at the hospital was to assist in the
tracking of the blood, she took no steps to inquire
whether Mr. Taylor’s s. 10(b) rights had been com­
plied with.
[13] À aucun moment durant le temps qu’a passé
M. Taylor à l’hôpital, les agents MacGillivray et
MacNamara n’ont tenté de lui donner la possibilité
de parler à son avocat ou de voir si cela était même
faisable sur le plan logistique ou médical. L’agente
MacNamara a témoigné que, comme son seul rôle
à l’hôpital était d’aider au suivi des échantillons de
sang, elle n’a pris aucune mesure afin de vérifier si
les droits garantis à M. Taylor par l’al. 10b) avaient
été respectés.
[14] Cst. MacGillivray gave the following expla­
nation for why Mr. Taylor was not provided access
to a lawyer at the hospital:
[14] L’agent MacGillivray a expliqué ainsi les
raisons pour lesquelles M. Taylor ne s’est pas vu
donner accès à l’assistance d’un avocat pendant
qu’il était à l’hôpital :
[traduction]
A
. . . I didn’t think of it. At the time we were in
a hospital hallway. I was just watching him.
And I didn’t think to put a phone to his ear.
That’s all I can say. It was a -- it was a rookie
mistake I guess . . . .
.
.
R
. . . Je n’y ai pas pensé. Nous nous trou­vions à
ce moment-là dans un couloir d’hôpital. Je ne
faisais que le surveiller. Et je n’ai pas songé à lui
mettre un téléphone sur l’oreille. C’est tout ce
que je peux dire. C’était -- c’était une erreur de
débutant j’imagine . . .
.
.
.
.
Q
And, just so we are clear, at no time did you
undertake any effort to bring a phone to him?
Q
Et, pour que les choses soient claires, vous
n’avez à aucun moment déployé d’effort pour
lui apporter un téléphone?
A
No, I did not.
R
Non, je n’ai rien fait.
.
.
. . .
.
Q
Why didn’t you let him use your cell phone
when he was laying there on the stretcher at the
hospital to call a lawyer?
Q
Pourquoi ne lui avez-vous pas laissé uti­liser
votre téléphone cellulaire pour appe­ler un avocat
quand il était étendu sur la civière à l’hôpital?
A
I have no explanation. I just didn’t.
R
Je n’ai pas d’explication. Je ne l’ai tout sim­
plement pas fait.
.
.
. . .
.
Q
I take it if you had to do it all over again, you
would have done it differently?
Q
Je suppose que si c’était à refaire, vous auriez agi
différemment?
A
Oh, yes.
R
Oh, oui.
Q
You would have given Mr. Taylor an opportunity
to consult with a lawyer before those five vials
of blood were taken from him, at approximately
3:10 a.m., right?
Q
Vous auriez donné à M. Taylor la possibi­lité de
consulter un avocat avant que ces cinq fioles de
sang ne soient prélevées de lui, aux environs de
3 h 10, n’est-ce pas?
[2014] 2 R.C.S.
A
r.
c.
taylor
I obviously would have, yes.
La juge Abella
R
503
Je l’aurais évidemment fait, oui.
He said he did not realize his mistake until days
later.
L’agent MacGillivray a dit que ce n’est que quel­
ques jours plus tard qu’il a pris conscience de son
erreur.
[15] The next day, April 14, Cst. MacGillivray
ap­plied for a warrant to seize the first five vials of
blood the hospital took from Mr. Taylor. A warrant
issued on April 17. On April 18, Cst. MacGillivray
took this blood from the hospital. The analysis of
both sets of blood samples indicated that at the time
of the accident, Mr. Taylor had more alcohol in his
blood than was lawfully permitted.
[15] Le lendemain, le 14 avril, l’agent Mac­Gilli­
vray a sollicité un mandat autorisant la saisie des
cinq premières fioles contenant le sang prélevé
de M. Taylor par l’hôpital. Un mandat a été déli­
vré le 17 avril. Le 18 avril, l’agent MacGillivray
est allé chercher ce sang à l’hôpital. L’analyse des
deux séries d’échantillons sanguins a révélé que,
au moment de l’accident, M. Taylor avait un taux
d’alcoolémie plus élevé que celui permis par la loi.
[16] The Crown conceded at trial that there was a
breach of s. 10(b) with respect to the second set of
blood samples taken at 4:53 a.m. because the police
had failed to give Mr. Taylor an opportunity to speak
with his lawyer prior to making the demand. The
Crown relied instead on the analysis of the first set
of blood samples which were taken by the hospital
20 to 30 minutes after Mr. Taylor had arrived at the
hospital.
[16] Au procès, le ministère public a concédé
qu’il y avait eu violation de l’al. 10b) en ce qui a
trait à la deuxième série d’échantillons sanguins
prélevés à 4 h 53, parce que les policiers n’avaient
pas donné à M. Taylor la possibilité de parler à son
avocat avant de lui donner l’ordre de fournir ces
échan­tillons. Le ministère public s’est plutôt fondé
sur l’analyse de la première série d’échantillons de
sang prélevés par l’hôpital 20 à 30 minutes après
l’arrivée de M. Taylor à cet endroit.
[17] The trial judge made a number of unequivocal
findings confirming that the police did not at any
time provide access to a phone at the hospital de­
spite Mr. Taylor’s stable condition:
[17] Le juge du procès a tiré plusieurs conclu­
sions non équivoques confirmant que les policiers
n’avaient à aucun moment donné à M. Taylor accès
à un téléphone à l’hôpital, malgré le fait que ce der­
nier était dans un état stable :
[traduction]
•
“The Accused ‘was well ambulatory with no neural
deficits’. [His] speech was fine, he was alert, there
was no slurring or impediments to his speech and he
answered questions appro­pri­ately.”
•
« L’accusé “était à même de se mouvoir et ne souf­
frait d’aucun déficit neurologique”. [Il] s’expri­mait
normalement, il était alerte, il n’avait pas de diffi­
culté ou de problème à arti­cu­ler et il répondait aux
questions de manière appropriée. »
•
“. . . at no time during the detainment was the
request of the detainee [for counsel] honoured by
the [police].”
•
« . . . à aucun moment durant la détention les
[policiers] n’ont donné suite à la demande du détenu
[de consulter un avocat]. »
•
“[Taylor] was not provided an opportunity to
exercise his right to counsel at any point during the
course of his detention . . . .”
•
« [M. Taylor] ne s’est vu donner la possibilité
d’exercer son droit à l’assistance d’un avocat à
aucun moment au cours de sa détention . . . »
•
“. . . no telephone was provided to the Accused at the
scene of the accident.”
•
« . . . aucun téléphone n’a été fourni à l’accusé sur
les lieux de l’accident. »
504
r.
v.
taylor
Abella J.
[2014] 2 S.C.R.
•
“At no time while the Accused was at the hos­pi­
tal did either of the police officers take any steps
towards affording the Accused the op­por­tunity to
speak to counsel.”
•
« À aucun moment pendant que l’accusé se trou­
vait à l’hôpital, l’un ou l’autre des policiers n’a pris
quelque mesure que ce soit afin de donner à l’accusé
la possibilité de parler à un avocat. »
•
Cst. MacGillivray acknowledged that he “made a
mistake”, that “there was a lot going on at the hospi­
tal”, and that he “did not think to put his cell phone
to the Accused’s ear, or obtain a phone number for
him”.
•
L’agent MacGillivray a reconnu qu’il « a com­mis
une erreur », qu’« il y avait beaucoup d’acti­vité à
l’hôpi­tal » et qu’il « n’avait pas pensé à mettre son
télé­
phone portable sur l’oreille de l’accusé ou à
obtenir un numéro de téléphone pour lui ».
•
Since Mr. Taylor “was not [Cst. MacNamara’s] re­
spon­sibility . . . she did not direct her mind” towards
his right to counsel. She did not take “any steps to
facilitate a telephone call for the accused”.
•
Comme M. Taylor « n’était pas sous la respon­
sabilité de [l’agente MacNamara] [. . .] elle ne s’est
pas attardée » au droit de celui-ci à l’assis­tance d’un
avocat. Elle n’a pris « aucune mesure pour faciliter
un appel téléphonique par l’accusé ».
[18] The trial judge agreed with the Crown that
there was a s. 10(b) breach when Cst. MacGillivray
made a demand for the second set of blood sam­
ples without “implement[ing] [Mr. Taylor’s] right
to counsel”, but concluded that there was no breach
of Mr. Taylor’s s. 10(b) rights prior to the first set
of blood samples being taken. He also found that
no phone needed to be provided at the accident
scene. As for the hospital, he assumed that where
an accused “is awaiting or receiving emergency
medical treatment, there is no reasonable opportu­
nity to provide private access to the accused to a
telephone to implement his right to instruct coun­
sel”. The first set of blood samples were ac­cord­
ingly admitted into evidence. On the basis of this
evidence, Mr. Taylor was convicted of three counts
of impaired driving causing bodily harm.
[18] Le juge de première instance a conclu, point
qu’avait d’ailleurs concédé le ministère public, qu’il
y avait eu violation de l’al. 10b) lorsque l’agent
Mac­Gillivray avait ordonné le prélève­ment d’une
deuxième série d’échantillons de sang sans [tra­
duction] « donner effet au droit [de M. Taylor]
à l’assistance d’un avocat », mais il a statué qu’il
n’y avait pas eu violation de ce droit avant le pré­
lè­ve­ment de la première série d’échantil­lons. Il a
également conclu qu’il n’était pas néces­saire de
fournir un téléphone sur les lieux de l’acci­dent.
Pour ce qui est de l’hôpital, il est parti du prin­cipe
que, lorsqu’un accusé « attend de recevoir ou reçoit
des soins médicaux d’urgence, il n’y a aucune possi­
bilité raisonnable de lui fournir accès privé­ment à un
téléphone afin de donner effet à son droit à l’assis­
tance d’un avocat ». La première série d’échan­tillons
de sang a en conséquence été admise en preuve. Sur la
foi de ces éléments de preuve, M. Taylor a été déclaré
coupable de trois chefs de con­duite avec facultés
affaiblies causant des lésions corporelles.
[19] A majority in the Court of Appeal allowed
the appeal, finding that the trial judge erred when
he concluded that there was no reasonable op­
por­tunity to facilitate access to a lawyer prior to
the taking of the first set of blood samples. In its
view, Mr. Taylor’s s. 10(b) rights were violated, and
this resulted in Mr. Taylor’s “inability to exercise
a meaningful and informed choice as to whether
he should or should not consent” to the taking of
blood samples by the hospital. The evidence was
excluded, the conviction set aside, and an acquittal
[19] La Cour d’appel a, à la majorité, accueilli
l’appel, statuant que le juge du procès avait com­mis
une erreur en concluant qu’il n’y avait eu aucune
possibilité raisonnable de faciliter l’accès à un avo­
cat avant le prélèvement des premiers échan­tillons
de sang. De l’avis de la Cour d’appel, les droits
garantis à M. Taylor par l’al. 10b) ont été violés,
ce qui a eu pour conséquence que ce der­nier
[traduction] « n’a pas été en mesure de décider
de manière utile et éclairée s’il devait consentir ou
non » au prélèvement des échantillons sanguins par
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
taylor
La juge Abella
505
entered. I agree with the majority of the Court of
Appeal’s conclusion.
l’hôpital. Les éléments de preuve ont été écartés, la
déclaration de culpabilité a été annulée et un ver­
dict d’acquittement a été inscrit. Je fais mienne la
conclusion de la Cour d’appel.
Analysis
Analyse
[20] Section 10 of the Charter states:
[20] L’article 10 de la Charte énonce ce qui suit :
10. Everyone has the right on arrest or detention
10. Chacun a le droit, en cas d’arrestation ou de
détention :
(a)  to be informed promptly of the reasons therefor;
a)  d’être informé dans les plus brefs délais des motifs
de son arrestation ou de sa détention;
(b)  to retain and instruct counsel without delay and to
be informed of that right; and
b)  d’avoir recours sans délai à l’assistance d’un
avocat et d’être informé de ce droit;
(c)  to have the validity of the detention determined
by way of habeas corpus and to be released if the
detention is not lawful.
c)  de faire contrôler, par habeas corpus, la légalité de
sa détention et d’obtenir, le cas échéant, sa libération.
This appeal engages s. 10(b). The issue is whether
the police complied with the duty to facilitate
Mr. Taylor’s request to speak to counsel “without
delay”.
Le présent pourvoi fait intervenir l’al. 10b). Il s’agit
de décider si les policiers se sont acquittés de leur
obligation d’aider M. Taylor à parler à un avocat
« sans délai », comme il le demandait.
[21] The purpose of the s. 10(b) right is “to al­
low the detainee not only to be informed of his
rights and obligations under the law but, equally
if not more important, to obtain advice as to how
to ex­ercise those rights”: Manninen, at pp. 124243. The right to retain and instruct counsel is also
“meant to assist detainees regain their liberty,
and guard against the risk of involuntary selfincrimination”: R. v. Suberu, [2009] 2 S.C.R. 460,
at para. 40. Access to legal advice ensures that an
individual who is under control of the state and in a
situation of legal jeopardy “is able to make a choice
to speak to the police investigators that is both free
and informed”: R. v. Sinclair, [2010] 2 S.C.R. 310,
at para. 25.
[21] L’alinéa 10b) a pour objet « de permettre à
la personne détenue non seulement d’être informée
de ses droits et de ses obligations en vertu de la loi,
mais également, voire qui plus est, d’obtenir des con­
seils sur la façon d’exercer ces droits » : Manninen,
p. 1242-1243. Le droit à l’assistance d’un avocat
« vise [. . .] à aider les détenus à recouvrer leur liberté
et à les protéger contre le risque qu’ils s’incri­mi­nent
involontairement » : R. c. Suberu, [2009] 2 R.C.S.
460, par. 40. L’accès à des conseils juridiques fait
en sorte qu’une personne qui se trouve sous le con­
trôle de l’État et encourt un risque juridique « [est]
en mesure d’exercer un choix libre et éclairé quant
à la décision de parler ou non aux enquêteurs de la
police » : R. c. Sinclair, [2010] 2 R.C.S. 310, par. 25.
[22] In R. v. Bartle, [1994] 3 S.C.R. 173, Lamer
C.J. explained why the right to counsel must be
facilitated “without delay”:
[22] Dans l’arrêt R. c. Bartle, [1994] 3 R.C.S. 173,
le juge en chef Lamer a expliqué pourquoi l’exercice
du droit à l’assistance d’un avocat doit être facilité
« sans délai » :
This opportunity is made available because, when an
individual is detained by state authorities, he or she is
put in a position of disadvantage relative to the state. Not
Cette possibilité lui est donnée, parce que, étant déte­
nue par les représentants de l’État, [une personne] est
désavantagée par rapport à l’État. Non seulement elle
506
r.
v.
taylor
Abella J.
[2014] 2 S.C.R.
only has this person suffered a deprivation of liberty, but
also this person may be at risk of incriminating him- or
herself. Accordingly, a person who is “detained” within
the meaning of s. 10 of the Charter is in immediate need
of legal advice in order to protect his or her right against
self-incrimination and to assist him or her in regaining his
or her liberty . . . . Under s. 10(b), a detainee is entitled as
of right to seek such legal advice “without delay” and
upon request. . . . [T]he right to counsel protected by
s. 10(b) is designed to ensure that persons who are ar­
rested or detained are treated fairly in the criminal pro­
cess. [Emphasis added; p. 191.]
a été privée de sa liberté, mais encore elle risque de
s’incriminer. Par conséquent, la personne « détenue » au
sens de l’art. 10 de la Charte a immédiatement besoin
de conseils juridiques, afin de protéger son droit de ne
pas s’incriminer et d’obte­nir une aide pour recouvrer sa
liberté [. . .] L’ali­néa 10b) habilite la personne détenue à
recourir de plein droit à l’assistance d’un avocat « sans
délai » et sur demande. [. . .] [L]e droit à l’assistance
d’un avocat prévu à l’al. 10b) vise à assurer le traitement
équitable dans le processus pénal des personnes arrêtées
ou détenues. [Italique ajouté; p. 191.]
[23] He also confirmed the three corresponding
duties set out in Manninen which are imposed on
police who arrest or detain an individual:
[23] Il a également confirmé les trois obligations
correspondantes qui ont été énoncées dans l’arrêt
Manninen et s’imposent aux policiers qui arrêtent
une personne ou la détiennent :
(1)  to inform the detainee of his or her right to retain
and instruct counsel without delay and of the existence
and availability of legal aid and duty counsel;
(1)  informer la personne détenue de son droit d’avoir
recours sans délai à l’assistance d’un avocat et de
l’exis­tence de l’aide juridique et d’avocats de garde;
(2)  if a detainee has indicated a desire to exercise this
right, to provide the detainee with a reasonable oppor­
tunity to exercise the right (except in urgent and dan­
gerous circumstances); and
(2)  si la personne détenue a indiqué qu’elle voulait
exercer ce droit, lui donner la possibilité raisonnable
de le faire (sauf en cas d’urgence ou de danger);
(3)  to refrain from eliciting evidence from the detainee
until he or she has had that reasonable opportunity
(again, except in cases of urgency or danger).
(3)  s’abstenir de tenter de soutirer des éléments de
preuve à la personne détenue jusqu’à ce qu’elle ait eu
cette possibilité raisonnable (encore une fois, sauf en
cas d’urgence ou de danger).
(Bartle, at p. 192, citing Manninen, at pp. 1241-42;
R. v. Evans, [1991] 1 S.C.R. 869, at p. 890; and R. v.
Brydges, [1990] 1 S.C.R. 190, at pp. 203-4.)
(Bartle, p. 192, citant Manninen, p. 1241-1242; R.
c. Evans, [1991] 1 R.C.S. 869, p. 890; R. c. Brydges,
[1990] 1 R.C.S. 190, p. 203-204.)
[24] The duty to inform a detained person of his
or her right to counsel arises “immediately” upon
arrest or detention (Suberu, at paras. 41-42), and
the duty to facilitate access to a lawyer, in turn,
arises immediately upon the detainee’s request to
speak to counsel. The arresting officer is therefore
under a constitutional obligation to facilitate the
requested access to a lawyer at the first reasonably
available opportunity. The burden is on the Crown
to show that a given delay was reasonable in the
circumstances (R. v. Luong (2000), 271 A.R. 368, at
para. 12 (C.A.)). Whether a delay in facilitating
ac­cess to counsel is reasonable is a factual inquiry.
[24] L’obligation d’informer le détenu de son droit
à l’assistance d’un avocat prend naissance « immé­
diatement » après l’arrestation ou la mise en déten­
tion (Suberu, par. 41-42), et celle de faciliter l’accès
à un avocat prend pour sa part naissance immé­
diatement après que le détenu a demandé à parler à
un avocat. Le policier qui procède à l’arres­tation a
donc l’obligation constitutionnelle de faci­liter à la
première occasion raisonnable l’accès à un avo­cat
qui est demandé. Il incombe au ministère public de
démontrer qu’un délai donné était rai­son­nable dans
les circonstances (R. c. Luong (2000), 271 A.R.
368, par. 12 (C.A.)). La question de savoir si le délai
qui s’est écoulé avant que l’on facilite l’accès à un
avocat était raisonnable est une question de fait.
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
taylor
La juge Abella
507
[25] This means that to give effect to the right to
counsel, the police must inform detainees of their
s. 10(b) rights and facilitate access to those rights
where requested, both without delay. This in­cludes
“allowing [the detainee] upon his request to use the
telephone for that purpose if one is available” (Man­
ninen, at p. 1242). And all this because the detainee
is in the control of the police and cannot exercise
his right to counsel unless the police give him a rea­
sonable opportunity to do so (see Brownridge v. The
Queen, [1972] S.C.R. 926, at pp. 952-53).
[25] Il s’ensuit que, pour donner effet au droit à
l’assistance d’un avocat, la police doit, sans délai
dans les deux cas, informer les détenus des droits
que leur garantit l’al. 10b) et faciliter l’exercice de
ces droits sur demande en ce sens. Cela signifie
notam­ment qu’« à la demande [du détenu], on doit
lui permettre d’utiliser le téléphone à cette fin s’il
en est un de disponible » (Manninen, p. 1242). Tout
cela parce que le détenu est sous le contrôle des
policiers et ne peut exercer son droit de recourir à
l’assistance d’un avocat que si ceux-ci lui donnent
une possibilité raisonnable de le faire (voir Brown­
ridge c. La Reine, [1972] R.C.S. 926, p. 952-953).
[26] Until the requested access to counsel is pro­
vided, it is uncontroversial that there is an obliga­tion
on the police to refrain from taking further investi­
ga­tive steps to elicit evidence (R. v. Ross, [1989] 1
S.C.R. 3, at p. 12; R. v. Prosper, [1994] 3 S.C.R.
236, at p. 269).
[26] Nul ne conteste que, tant que l’accès à un
avocat qui est demandé n’a pas été fourni, les pol­i­
ciers doivent s’abstenir de prendre d’autres mesures
d’investigation en vue de soutirer des élé­ments de
preuve au détenu (R. c. Ross, [1989] 1 R.C.S. 3,
p. 12; R. c. Prosper, [1994] 3 R.C.S. 236, p. 269).
[27] The majority in the Court of Appeal was
of the view that in light of Cst. MacGillivray’s
acknowl­edgement that he could have provided
his own cell phone, the “‘mistake’ in failing to pro­
vide it” gave rise to a breach of s. 10(b). The Crown
takes issue with this finding, and I agree that in light
of privacy and safety issues, the police are under
no legal duty to provide their own cell phone to a
detained indi­vidual.
[27] De l’avis des juges majoritaires de la Cour
d’appel, comme l’agent MacGillivray a reconnu qu’il
aurait pu fournir son propre téléphone cellu­laire,
l’[traduction] « “erreur” commise en omettant de
le fournir » a entraîné une violation de l’al. 10b). Le
minis­tère public conteste cette conclusion et je
reconnais que, compte tenu des problèmes qu’une
telle mesure soulève en matière de protection de la
vie privée et de sécurité, les policiers ne sont pas
léga­lement tenus de fournir leur propre téléphone
cellulaire à une personne détenue.
[28] But the police nonetheless have both a
duty to provide phone access as soon as practi­
ca­ble to reduce the possibility of accidental selfincrimination and to refrain from eliciting evidence
from the individual before access to counsel has
been facilitated. While s. 10(b) does not create a
“right” to use a specific phone, it does guarantee
that the individual will have access to a phone to
exer­cise his right to counsel at the first reasonable
opportunity.
[28] Toutefois, les policiers ont néanmoins l’obli­
gation de donner à une telle personne accès à un
téléphone dès que cela est possible en pratique,
afin de réduire le risque d’auto-incrimination acci­
dentelle, ainsi que l’obligation de s’abstenir de
ten­ter de lui soutirer des éléments de preuve tant
qu’ils ne lui ont pas facilité l’accès à un avocat.
L’ali­néa 10b) ne crée pas le « droit » d’utiliser un
télé­phone précis, mais garantit effectivement à
l’intéressé l’accès à un téléphone pour qu’il puisse
exercer son droit à l’assistance d’un avocat à la pre­
mière occasion raisonnable.
[29] As the trial judge found, Cst. MacGillivray
admitted that at the hospital, he made a “mistake”
[29] Comme a conclu le juge du procès,
l’agent MacGillivray a admis qu’il a commis une
508
r.
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taylor
Abella J.
[2014] 2 S.C.R.
and that he would have — and could have —
given Mr. Taylor the requested access if he had
remembered to do so. In other words, Mr. Taylor
could have been given the opportunity to speak to
counsel at the hospital if Cst. MacGillivray had
remembered to do so. He made no mention of any
practical obstacles to access, such as a med­ical
emergency, the absence of a phone, or even prob­
lems in providing sufficient privacy to Mr. Taylor.
[traduction] « erreur » à l’hôpital et qu’il aurait
donné à M. Taylor — et aurait pu lui donner —
l’accès que demandait celui-ci s’il s’était souvenu
de le faire. Autrement dit, M. Taylor aurait pu se
voir accorder la possibilité de communiquer avec un
avocat pendant qu’il se trouvait à l’hôpital si l’agent
MacGillivray s’était souvenu de lui donner cette
possibilité. Ce dernier n’a fait état d’aucun obstacle
d’ordre pratique à l’accès demandé, par exemple une
urgence médicale, l’absence de téléphone ou même
des difficultés à fournir à M. Taylor la possi­bi­lité de
consulter son avocat suffisamment en privé.
[30] There is, in fact, virtually no evidence about
what logistical or medical barriers stood between
Mr. Taylor and a phone call to his lawyer. It is true
that Cst. MacNamara testified that at the hospital
“[t]here was absolutely no way [Mr. Taylor] could
have contacted counsel and had any privacy in
the setting that we were in”, but this retrospective
imputation of impracticability is of limited rele­
vance given her acknowledgement that she was
only there to track the blood samples and whether
such access was possible was not part of her duties
there. As a result, she too made no inquiries of the
hospital staff.
[30] En fait, il n’y a virtuellement aucune preuve
indiquant que des obstacles d’ordre logistique ou
médi­cal empêchaient M. Taylor d’appeler son
avocat. Il est vrai que l’agente MacNamara a témoi­
gné que, à l’hôpital, [traduction] « [i]l aurait été
absolument impossible [à M. Taylor] de commu­
niquer avec un avocat et de disposer de quelque
intimité vu l’environnement dans lequel nous nous
trouvions », mais cette impossibilité prati­que, invo­
quée rétrospectivement, n’a qu’une pertinence limi­
tée, puisque l’agente a reconnu qu’elle était présente
à l’hôpital uniquement pour assurer le suivi des
échantillons de sang et que la question de savoir
si l’accès à un avocat était possible ne faisait alors
pas partie de ses tâches. Par conséquent, elle aussi
n’a pas fait de démarches à cet égard auprès des
membres du personnel de l’hôpital.
[31] There may well be circumstances when it
will not be possible to facilitate private access to a
lawyer for a detained person receiving emergency
medical treatment. As this Court noted in Bartle,
a police officer’s implementational duties under
s. 10(b) are necessarily limited in urgent or dan­
ger­ous circumstances. But those attenuating cir­
cumstances are not engaged in this case. As the
trial judge found, the paramedic “did not feel there
was anything wrong with the Accused”, but took
Mr. Taylor to the hospital only “out of an abundance
of caution, and in accordance with normal prac­
tice”. And once at the hospital, it was 20 to 30 min­
utes before the hospital took any blood from Mr. Taylor, more than enough time for the police to make
[31] Il peut fort bien se présenter des circons­
tances dans lesquelles il n’est pas possible d’aider
une personne détenue qui reçoit un traitement médi­
cal d’urgence à avoir accès en privé à un avocat.
Comme l’a souligné la Cour dans l’arrêt Bartle, les
obligations qu’ont les policiers de donner effet aux
droits garantis par l’al. 10b) sont nécessairement
limitées lors de situations urgentes ou dangereu­
ses. Mais nous ne sommes pas en présence de telles
cir­constances restrictives en l’espèce. Comme l’a
affirmé le juge du procès, l’ambulancier paramé­
di­cal [traduction] « n’estimait pas que l’état de
l’accusé présentait quoi que ce soit d’anormal »,
mais il a amené celui-ci à l’hôpital uniquement « par
surcroît de prudence et conformément à la pra­tique
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
taylor
La juge Abella
509
in­quiries as to whether a phone was available or a
phone call medically feasible.
habituelle ». Une fois M. Taylor arrivé à l’hôpi­
tal, il s’est écoulé de 20 à 30 minutes avant que
le per­son­nel de l’hôpital effectue un pré­lè­ve­ment
de son sang, soit plus de temps qu’il n’en fallait
aux policiers pour demander si un téléphone était
disponible ou si M. Taylor était médicalement apte
à faire un appel téléphonique.
[32] The duty of the police is to provide access
to counsel at the earliest practical opportunity. To
suggest, as the trial judge did, that it is presump­
tively reasonable to delay the implementation of
the right to counsel for the entire duration of an
ac­cused’s time waiting for and receiving medical
treat­ment in a hospital emergency ward, without
any evidence of the particular circumstances, un­
der­mines the constitutional requirement of access
to coun­sel “without delay”.
[32] Les policiers ont l’obligation de permettre
l’accès à un avocat dès que la chose est possible en
pra­tique. Le fait de présumer, comme le suggère le
juge du procès, qu’il est raisonnable de tarder à don­
ner effet au droit à l’assistance d’un avocat pendant
toute la période où l’accusé attend de recevoir un
traitement médical à l’urgence d’un hôpital ainsi
que pendant toute la durée de ce traitement, et ce, en
l’absence de toute preuve des circonstances par­
ti­culières en cause, compromettrait le respect de
l’obligation constitutionnelle relative à l’accès
« sans délai » à l’assistance d’un avocat.
[33] Not everything that happens in an emergency
ward is necessarily a medical emergency of such
proportions that communication between a lawyer
and an accused is not reasonably possible. Constitu­
tional rights cannot be displaced by assumptions of
impracticality. Barriers to access must be proven,
not assumed, and proactive steps are required to
turn the right to counsel into access to counsel.
[33] Les cas traités en salle d’urgence ne consti­
tuent pas nécessairement tous des urgences médi­
cales telles que les communications entre un avocat
et un accusé ne sont pas raisonnablement possibles.
Des droits constitutionnels ne sauraient être écartés
sur la base de suppositions d’impossibilité prati­
que. L’existence d’obstacles à l’accès doit être
prou­vée — et non pas supposée —, et des mesures
proactives sont requises pour que le droit à un
avocat se concrétise en accès à un avocat.
[34] An individual who enters a hospital to re­
ceive medical treatment is not in a Charter-free
zone. Where the individual has requested access to
coun­sel and is in custody at the hospital, the police
have an obligation under s. 10(b) to take steps to
ascer­tain whether private access to a phone is in fact
available, given the circumstances. Since most hos­
pi­tals have phones, it is not a question simply of
whether the individual is in the emergency room,
it is whether the Crown has demonstrated that the
circumstances are such that a private phone conver­
sation is not reasonably feasible.
[34] La personne qui entre dans un l’hôpital pour
y recevoir des soins médicaux ne se trouve pas
dans une zone sans Charte. Lorsqu’une personne
a demandé à avoir accès à un avocat et qu’elle
est sous garde à l’hôpital, les policiers sont tenus
par l’al. 10b) de prendre des mesures pour vérifier
s’il est dans les faits possible à cette personne
d’avoir accès privément à un téléphone, eu égard
aux cir­cons­tances. Comme la plupart des hôpitaux
sont dotés de téléphones, la question ne con­siste
pas simple­ment à déterminer si le détenu se trou­
vait à l’urgence, mais plutôt si le ministère public
a démon­tré que les circonstances étaient telles
qu’une conversation téléphonique privée n’était
pas rai­sonnablement possible en pratique.
510
r.
v.
taylor
Abella J.
[2014] 2 S.C.R.
[35] The result of the officers’ failure to even turn
their minds that night to the obligation to provide
this access, meant that there was virtually no evi­
dence about whether a private phone call would have
been possible, and therefore no basis for assessing
the reasonableness of the failure to facilitate access.
In fact, this is a case not so much about delay in fa­
cilitating access, but about its complete denial. It is
difficult to see how this ongoing failure can be char­
acterized as reasonable. Mr. Taylor’s s. 10(b) rights
were clearly violated. With respect, the trial judge
erred in concluding otherwise.
[35] Comme les policiers n’ont même pas songé
cette nuit-là à l’obligation qu’ils avaient d’offrir
l’accès à un avocat, il s’ensuit qu’il n’y a virtuelle­
ment aucune preuve concernant la question de
savoir s’il aurait été possible ou non de faire un
appel téléphonique en privé et, par conséquent,
aucune base permettant d’apprécier le caractère
rai­son­nable de l’omission de faciliter cet accès. En
fait, la présente affaire ne porte pas tant sur le temps
mis à faciliter l’accès à un avocat que sur le déni
complet de cet accès. Il est difficile d’imaginer com­
ment cette omission persistante pourrait être quali­
fiée de raisonnable. Les droits garantis à M. Taylor
par l’al. 10b) ont été manifestement violés. Avec
égards, le juge du procès a commis une erreur en
concluant différemment.
[36] In light of the conclusion that Mr. Taylor’s
s. 10(b) rights were violated by the failure on the
part of the police to take any steps to facilitate Mr. Taylor’s requested access to counsel before the first
set of blood samples were taken, it is unnec­essary
to decide whether his s. 8 Charter right against
un­rea­sonable search and seizure was breached. I
would note only that the police should not be able
to circumvent the duty to implement an arrested
individual’s s. 10(b) rights by attempting to cure
any tainted evidence with a warrant authorizing its
seizure.
[36] Compte tenu de la conclusion selon laquelle
les droits garantis à M. Taylor par l’al. 10b) ont été
violés par suite de l’omission des policiers, avant
le prélèvement de la première série d’échantillons
de sang, de prendre quelque mesure que ce soit afin
de lui faciliter l’accès à un avocat comme il l’avait
demandé, il est inutile de se demander s’il y a eu
atteinte au droit à la protection contre les fouilles,
les perquisitions ou les saisies abusives reconnu à
l’art. 8 de la Charte. Je ferai seulement remarquer
que les policiers ne devraient pas être en mesure
de se soustraire à l’obligation de donner effet aux
droits garantis par l’al. 10b) à la personne arrêtée
en essayant de corriger tout vice qui entacherait
un élément de preuve par l’obtention d’un mandat
autorisant la saisie de cet élément.
[37] Having concluded that there was a breach of
Mr. Taylor’s right to counsel under s. 10(b) prior
to the taking of the first set of blood samples, the
remaining issue is whether to exclude the evidence
under s. 24(2) of the Charter. When faced with an
ap­plication for exclusion under s. 24(2), a court
must assess and balance the effect of admitting the
evidence on the public’s confidence in the justice
sys­tem, having regard to “the seriousness of the
Charter-infringing state conduct, the impact of the
breach on the Charter-protected interests of the
accused, and the societal interest in an adjudication
[37] Comme j’ai conclu que le droit à l’assistance
d’un avocat garanti par l’al. 10b) à M. Taylor a été
violé avant le prélèvement de la première série
d’échan­tillons sanguins, il reste à décider si les
éléments de preuve en cause doivent être écartés
en application du par. 24(2) de la Charte. Le tribu­
nal saisi d’une demande d’exclusion fondée sur le
par. 24(2) doit évaluer et mettre en balance l’effet
que l’utilisation des éléments de preuve aurait sur
la confiance du public dans le système de justice, en
tenant compte des éléments suivants : « la gravité
de la conduite attentatoire de l’État, l’incidence de
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
taylor
La juge Abella
511
on the merits”: R. v. Grant, [2009] 2 S.C.R. 353, at
para. 85.
la violation sur les droits de l’accusé garantis par
la Charte et l’intérêt de la société à ce que l’affaire
soit jugée au fond » : R. c. Grant, [2009] 2 R.C.S.
353, par. 85.
[38] It goes without saying that the public has an
interest in an adjudication of the merits of a case
where, as here, the evidence sought to be excluded
is reliable and key to the case. But as this Court has
consistently said, most recently in R. v. Spencer,
[2014] 2 S.C.R. 212, at para. 80, the public also
has an interest “in ensuring that the justice system
re­mains above reproach in its treatment of those
charged with these serious offences”.
[38] Il va sans dire que le public a intérêt à ce
qu’une affaire soit jugée au fond dans les cas où,
comme en l’espèce, la preuve dont on demande
l’exclusion est fiable et déterminante pour l’issue de
l’affaire. Or, comme l’a affirmé de façon constante
notre Cour, tout récemment au par. 80 de l’arrêt R.
c. Spencer, [2014] 2 R.C.S. 212, le public a égale­
ment intérêt « à ce que le fonctionnement du sys­
tème de justice demeure irréprochable au regard des
individus accusés de ces infractions graves ».
[39] This brings us to the seriousness of the
Charter-infringing state conduct. The record indi­
cates that the s. 10(b) breach was not the result of
a wilful disregard for Mr. Taylor’s rights. Neverthe­
less, Cst. MacGillivray’s failure to facilitate Mr. Taylor’s s. 10(b) rights constituted a significant de­
par­ture from the standard of conduct expected of
police officers and cannot be condoned. In short,
at no point did the police do anything to facilitate
Mr. Taylor’s access to counsel at the hospital, either
before the initial hospital samples were taken or
when they demanded a blood sample. This branch
of the Grant test therefore leans in favour of exclu­
sion.
[39] Ce qui nous amène à la gravité de la conduite
attentatoire de l’État. Selon le dossier, la violation
de l’al. 10b) n’était pas la conséquence d’un mépris
délibéré des droits de M. Taylor. Néanmoins, l’omis­
sion de l’agent MacGillivray de faciliter l’exer­cice,
par M. Taylor, des droits que lui garantit l’al. 10b)
constituait un écart important par rapport à la norme
de conduite attendue des policiers et elle ne saurait
être tolérée. Bref, à aucun moment les policiers
n’ont fait quoi que ce soit pour faciliter l’accès de
M. Taylor à un avocat pendant qu’il se trouvait à
l’hôpi­tal, que ce soit avant le prélèvement par
l’hôpi­tal des premiers échantillons ou lorsqu’ils ont
ordonné le prélèvement d’échantillons de sang. Ce
volet du critère établi dans Grant penche donc en
faveur de l’exclusion.
[40] Moreover, the impact of the breach on Mr. Taylor’s Charter-protected interests was serious.
Arrested individuals in need of medical care who
have requested access to counsel should not be
confronted with a Hobson’s choice between a frank
and open discussion with medical professionals
about their medical circumstances and treatment, and
exercising their constitutional right to silence. The
police placed Mr. Taylor’s medical interests in direct
tension with his constitutional rights. His legal vul­
nerability was significant, and, correspondingly, so
was his need for his requested assistance from
coun­sel.
[40] De plus, l’incidence de la violation sur
les droits garantis par la Charte à M. Taylor était
sérieuse. La personne arrêtée qui a besoin de soins
médicaux et qui a demandé à consulter un avo­cat
ne devrait pas avoir à choisir — choix qui n’en est
pas vraiment un — entre, d’une part, avoir une dis­
cus­sion franche et ouverte avec des profession­nels
de la santé relativement à sa situation médicale
et au traitement qui s’impose et, d’autre part, exer­
cer son droit constitutionnel de garder le silence.
Les policiers ont mis les intérêts médicaux de M. Taylor en opposition directe avec ses droits consti­
tu­tion­nels. Sa vulnérabilité sur le plan juridi­que
était impor­tante et, corollairement, son besoin de
recourir, comme il le demandait, à l’assistance d’un
avocat.
512
r.
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taylor
Abella J.
[2014] 2 S.C.R.
[41] There is no need to speculate about the ad­
vice Mr. Taylor might have received had he been
given access to counsel as he requested, such as
whether he would have refused to consent to the
taking of any blood samples for medical purposes.
It is clear that the denial of the requested access
had the effect of depriving him of the opportunity
to make an informed decision about whether to
consent to the routine medical treatment that had
the poten­tial to create — and in fact ultimately did
create — incriminating evidence that would be used
against him at trial. The impact of the breach on
Mr. Taylor’s s. 10(b) rights was exacerbated when
Mr. Taylor was placed in the unnecessarily vulner­
able position of having to choose between his med­i­
cal interests and his constitutional ones, with­out the
benefit of the requested advice from counsel. Mr. Taylor’s blood samples, taken in direct violation
of his right to counsel under s. 10(b), significantly
compromised his autonomy, dignity, and bodily
in­tegrity. This supports the exclusion of this evi­
dence. As this Court said in Grant, “it may be ven­
tured in general that where an intrusion on bodily
integrity is deliberately inflicted and the impact
on the accused’s . . . bodily integrity and dignity is
high, bodily evidence will be excluded, notwith­
standing its relevance and reliability” (para. 111).
[41] Il n’est point besoin de s’interroger sur les
con­seils que M. Taylor aurait pu recevoir si on lui
avait donné accès à un avocat comme il l’avait
demandé, par exemple s’il aurait, par suite d’une
telle consultation, refusé de consentir au prélève­
ment d’échantillons sanguins à des fins médicales.
Il est manifeste que le refus de l’accès demandé a
eu pour effet de le priver de la possibilité de prendre
une décision éclairée à l’égard de la question de
savoir s’il devait consentir à ce traitement médical de
routine susceptible de créer — et qui a en définitive
créé — une preuve incriminante qui a été utilisée
contre lui au procès. L’incidence de la violation
des droits garantis par l’al. 10b) a été exacerbée
lorsque M. Taylor a été inutilement placé dans la
situation de vulnérabilité d’avoir à choisir entre ses
intérêts médicaux et ses intérêts constitutionnels,
sans le bénéfice des conseils juridiques qu’il avait
demandé d’obtenir. Les échantillons sanguins pré­
levés de M. Taylor en violation directe du droit à
l’assistance d’un avocat que lui garantit l’al. 10b)
ont considérablement compromis son autonomie, sa
dignité et son intégrité physique. Ce facteur appuie
l’exclusion de ces éléments de preuve. Comme l’a
affirmé la Cour dans Grant, « on peut dire que, en
règle générale, les éléments de preuve seront écartés
en dépit de leur pertinence et de leur fiabilité lors­
que l’atteinte à l’intégrité corporelle est délibérée
et a des effets importants sur [. . .] l’intégrité cor­
porelle et la dignité de l’accusé » (par. 111).
[42] After weighing all the relevant considerations,
in my view the seriousness of the Charter breach
and the impact of the police conduct on Mr. Taylor’s
interests are such that the admission of the evi­
dence would so impair public confidence in the ad­
ministration of justice as to warrant the exclusion of
the evidence.
[42] Après avoir soupesé toutes les considéra­
tions pertinentes, j’estime que la gravité de la viola­
tion de la Charte et l’incidence de la conduite des
poli­ciers sur les intérêts de M. Taylor sont telles que
l’utilisation des éléments de preuve minerait à ce
point la confiance du public dans l’administration
de la justice qu’il est justifié de les écarter.
[43] I would dismiss the appeal.
[43] Je suis d’avis de rejeter le pourvoi.
Appeal dismissed.
Pourvoi rejeté.
Solicitor for the appellant: Attorney General of
Alberta, Edmonton.
Procureur de l’appelante : Procureur général de
l’Alberta, Edmonton.
Solicitors for the respondent: Fagan & McKay,
Calgary.
Procureurs de l’intimé : Fagan & McKay, Cal­
gary.
[2014] 2 R.C.S.
r.
c.
taylor
513
Solicitor for the intervener the Director of
Public Prosecutions of Canada: Public Prosecution
Service of Canada, Toronto.
Procureur de l’intervenant le directeur des pour­
suites pénales du Canada : Service des poursuites
pénales du Canada, Toronto.
Solicitor for the intervener the Attorney General
of Ontario: Attorney General of Ontario, Toronto.
Procureur de l’intervenant le procureur géné­
ral de l’Ontario : Procureur général de l’Ontario,
Toronto.
Solicitors for the intervener the Canadian Civil
Liberties Association: David Rose Law, Toronto.
Procureurs de l’intervenante l’Association cana­
dienne des libertés civiles : David Rose Law,
Toronto.
514
comm. normes du travail
v.
asphalte desjardins
[2014] 2 S.C.R.
Commission des normes du travail Appellant
Commission des normes du travail Appelante
v.
c.
Asphalte Desjardins inc. Respondent
Asphalte Desjardins inc. Intimée
Indexed as: Quebec (Commission des normes
du travail) v. Asphalte Desjardins inc.
Répertorié : Québec (Commission des normes
du travail) c. Asphalte Desjardins inc.
2014 SCC 51
2014 CSC 51
File No.: 35375.
No du greffe : 35375.
2014: March 28; 2014: July 25.
2014 : 28 mars; 2014 : 25 juillet.
Present: McLachlin C.J. and LeBel, Rothstein,
Cromwell, Moldaver, Karakatsanis and Wagner JJ.
Présents : La juge en chef McLachlin et les juges
LeBel, Rothstein, Cromwell, Moldaver, Karakatsanis et
Wagner.
on appeal from the court of appeal for
quebec
en appel de la cour d’appel du québec
Employment law — Contracts — Contract of employ­
ment for indeterminate term — Obligation to give notice
of termination — Employee giving notice of termination
to employer to terminate contract of employment as of
later date — Employer terminating contract of em­ploy­
ment before departure date announced by employee —
Whether employer who receives notice of termination
from employee can terminate contract of employment
before notice period expires without in turn having to
give notice of termination or pay indemnity in lieu of
such notice — Civil Code of Québec, arts. 2091, 2092 —
Act respecting labour standards, CQLR, c. N-1.1, ss. 82,
83.
Droit de l’emploi — Contrats — Contrat de travail
à durée indéterminée — Obligation de donner un délai
de congé — Salarié ayant donné délai de congé à son
employ­eur afin de mettre fin au contrat de travail à une
date ultérieure — Employeur mettant fin au contrat de
travail avant date de départ annoncée par salarié —
L’employeur qui reçoit un délai de congé d’un salarié
peut-il mettre fin au contrat de travail avant l’expiration
du délai, sans avoir à lui-même donner un délai de congé
ou à verser une indemnité qui en tient lieu? — Code civil
du Québec, art. 2091, 2092 — Loi sur les normes du tra­
vail, RLRQ, ch. N-1.1, art. 82, 83.
The employee in question had been working for his
employer since 1994. On Friday, February 15, 2008, he
gave his employer a notice of resignation in which he
announced that he would be terminating his contract of
employment as of March 7, 2008, that is, three weeks
later. On Monday, February 18, after failing to convince
the employee to stay with the company, the employer
de­cided without any other formalities to terminate his
contract of employment the very next day, February 19,
2008, rather than March 7 — the departure date an­
nounced by the employee.
Le salarié en cause travaillait pour son employeur
depuis 1994. Le vendredi 15 février 2008, le salarié remet
à son employeur un avis de démission annonçant qu’il
compte mettre fin à son contrat de travail le 7 mars 2008,
soit trois semaines plus tard. Le lundi 18 février, n’ayant
pas réussi à convaincre le salarié de demeurer en poste,
l’employeur décide, sans autre formalité, de mettre fin
au contrat de travail dès le lendemain, soit le 19 février
2008, plutôt que le 7 mars 2008 — la date de départ
annoncée par le salarié.
The appellant, the Commission des normes du travail
(“Commission”), claimed on the employee’s behalf an
indemnity equivalent to a notice period of three weeks,
which corresponded to the notice of termination given by
the employee in his letter of resignation. It also claimed,
L’appelante, la Commission des normes du travail
(« Commission »), réclame pour le compte du salarié une
indemnité équivalente à trois semaines de préavis, ce qui
correspond au délai de congé donné par le salarié dans sa
lettre de démission. La Commission réclame également,
[2014] 2 R.C.S.
comm. normes du travail
in the same proportion, the monetary value of his annual
leave. The Court of Québec found in the Commission’s
favour, but the Court of Appeal ruled against it.
Held: The appeal should be allowed.
c.
asphalte desjardins
515
dans la même proportion, la valeur monétaire du congé
annuel. Elle a eu gain de cause en Cour du Québec, mais
elle a été déboutée en Cour d’appel.
Arrêt : Le pourvoi est accueilli.
This appeal raises the issue of the interplay of the
provisions of the Civil Code of Québec (“C.C.Q.”) and the
Act respecting labour standards that relate to the effect
of the notice of termination in the context of a con­tract of
employment for an indeterminate term. The pro­vi­sions in
question must be interpreted harmoniously, since they are
all concerned with the same subject, namely termination
of the employment relationship.
Le présent pourvoi soulève la question de l’interac­tion
des dispositions du Code civil du Québec (« C.c.Q. »)
et de la Loi sur les normes du travail eu égard à l’effet
d’un délai de congé dans le cadre d’un contrat de travail
à durée indéterminée. Une interprétation concordante des
dispositions en cause s’impose puisqu’elles s’inscrivent
dans le même contexte, à savoir la cessation des relations
de travail.
A party may unilaterally terminate a contract of em­
ployment for an indeterminate term without giving
reasons, but on condition that he or she give notice of
termination to the other party in reasonable time in ac­
cordance with art. 2091 C.C.Q. The obligation under
art. 2091 C.C.Q. to give notice of termination applies to
both the employee and the employer, for the entire term
of the contract.
Une partie peut sans motif mettre fin unilatéralement à
un contrat de travail à durée indéterminée, à la condition
toutefois de donner un délai de congé (c’est-à-dire un
pré­avis) raisonnable à son cocontractant conformément
à l’art. 2091 C.c.Q. L’obligation de donner un délai de
congé qu’impose l’art. 2091 C.c.Q. s’applique tant au
sala­rié qu’à l’employeur, et ce, pour toute la durée du
contrat.
Added to the principles established in the Civil Code
are the standards provided for in the Act respecting la­
bour standards, including the one set out in s. 82, which
imposes an obligation on the employer to give written
notice to an employee where it is the employer that ter­
minates the contract of employment. This section spec­
ifies the duration of the notice period, which depends
on the employee’s years of service. Absent such notice,
the employer must pay the employee an equivalent com­
pensatory indemnity in accordance with s. 83 of the Act
respecting labour standards. In the context of this ap­peal,
the Act respecting labour standards clarifies the em­
ployer’s obligations, and in light of its purpose, it should
be given a large and liberal interpretation.
Aux principes édictés par le Code civil s’ajoutent les
normes formulées par la Loi sur les normes du travail,
dont celle à l’art. 82 qui impose à l’employeur l’obliga­tion
de donner un préavis écrit au salarié lors­que l’employeur
est celui qui met fin au contrat de travail. Cette disposi­
tion précise la durée du préavis en fonction des années
de service du salarié. À défaut de pré­avis, l’employeur
doit verser au salarié une indemnité compensatrice équi­
valente conformément à l’art. 83 de la Loi sur les normes
du travail. La Loi sur les normes du travail, dans le con­
texte du présent pourvoi, vient préci­ser les obliga­tions de
l’employeur et, vu son objectif, il y a lieu de l’interpréter
de manière large et libérale.
A contract of employment for an indeterminate term
is not terminated immediately upon notice of termi­na­
tion being given in accordance with art. 2091 C.C.Q. The
wording of s. 82 of the Act respecting labour stan­dards
confirms that the contract of employment for an inde­ter­
minate term is not terminated at the time of the notice.
It is well established that a contract is not automatically
re­sil­iated upon receipt of a notice of termination and that
the contractual relationship con­tinues to exist until the
date specified in the notice given by the employee or the
employer. This means that even after one of the parties
to a contract of employment for an indeterminate term
gives the other party notice of termination, both parties
must continue to perform their obligations under the
con­tract until the notice period expires. This includes
Le contrat de travail à durée indéterminée ne prend
pas fin au moment même où le délai de congé est donné
conformément à l’art. 2091 C.c.Q. Le libellé de l’art. 82
de la Loi sur les normes du travail confirme que le con­
trat de travail à durée indéterminée ne prend pas fin au
moment même de la remise du préavis. Il est acquis qu’il
n’y a pas résiliation automatique du contrat dès récep­
tion d’un délai de congé et que la relation contractuelle
continue jusqu’à la date prévue par le délai de congé
donné par le salarié ou l’employeur. En conséquence,
même après que l’une des parties au contrat de travail
à durée indéterminée a donné un délai de congé à son
co­con­tractant, chaque partie demeure tenue de respecter
les obligations qui lui incombent en vertu du contrat de
travail jusqu’à l’expiration de ce délai. Cela comprend
516
comm. normes du travail
v.
asphalte desjardins
[2014] 2 S.C.R.
the obligation to give notice of termination set out in
art. 2091 C.C.Q., which the other party must meet if he
or she wishes in turn to terminate the contract before the
notice given by the first expires.
l’obligation de donner un délai de congé en vertu de
l’art. 2091 C.c.Q. qui s’impose à celui qui souhaite à son
tour mettre fin au contrat avant l’expiration du délai de
congé donné par l’autre.
It is inappropriate to deal with the issue of the ef­
fect of notice of termination from the perspective of
renun­ciation. The notice announces the termination
of the con­tract of employment: it does not authorize
a departure from the principle that a party may not
unilaterally cease performing his or her contractual
obligations, to the detriment of the other party’s rights.
In this context, the argument based on renunciation of
the notice of termination is an unacceptable fiction.
An employer who advances the date of termination
of the contract after an employee has given notice of
termination effects not a “renunciation”, but a unilat­
eral resiliation of the contract of employment, which
is authorized only as provided by law (arts. 1439 and
2091 C.C.Q.).
Il est inopportun de traiter de la question de l’effet du
délai de congé sous l’angle de la renonciation. Le fait
de donner un délai de congé annonce la fin du contrat
de travail : il ne permet pas de déroger au principe selon
lequel une partie ne peut unilatéralement cesser d’exé­
cuter ses obligations contractuelles au détriment des
droits de l’autre partie. L’argument fondé sur la renon­
ci­ation au délai de congé dans ce contexte est une fiction
irrecevable. L’employeur qui précipite la fin du contrat
après qu’un salarié lui a donné un délai de congé n’effec­
tue pas une « renonciation », mais bien une résiliation
unilatérale du contrat de travail, ce qui n’est autorisé que
suivant les modalités prévues par la loi (art. 1439 et 2091
C.c.Q.).
In sum, an employer who receives from an em­ployee
the notice of termination provided for in art. 2091 C.C.Q.
cannot terminate the contract of employment for an in­
determinate term unilaterally without in turn giving no­
tice of termination or paying an indemnity in lieu of such
notice. The notice given by the employee does not have
the effect of immediately releasing the parties from their
respective obligations under the contract. If the employer
prevents the employee from working and refuses to pay
him or her during the notice period, the employer is
“terminating the contract” within the meaning of s. 82 of
the Act re­specting labour standards.
En somme, un employeur qui reçoit d’un salarié le
délai de congé prévu à l’art. 2091 C.c.Q. ne peut met­
tre fin unilatéralement au contrat de travail à durée indé­
terminée sans donner à son tour un délai de congé ou une
indemnité qui en tient lieu. Le délai de congé donné par
le salarié n’a pas pour effet de libérer immédiatement les
par­ties de leurs obligations respectives découlant du con­
trat de travail. Si l’employeur refuse de laisser le sala­rié
fournir sa prestation de travail et de le rémunérer pen­dant
le délai de congé, il se trouve à « mettre fin au contrat »
au sens de l’art. 82 de la Loi sur les normes du travail.
Moreover, art. 2092 C.C.Q. does not establish an ex­
cep­tion to the rule that a party who wishes to terminate a
contract unilaterally without giving a reason must in ev­
ery case, as required by art. 2091 C.C.Q., give notice of
termination to the other party. Indeed, art. 2092 C.C.Q.
concerns not the notice of termination itself, but the em­
ployee’s right to claim an indemnity if the notice is in­
suf­ficient. It is wrong to conclude that the absence of an
equivalent provision in the employer’s favour means that
the employer may “renounce” a notice of termination
received from the employee.
Par ailleurs, l’art. 2092 C.c.Q. ne constitue pas une
exception à la règle suivant laquelle une partie doit dans
tous les cas, comme le veut l’art. 2091 C.c.Q., remettre un
délai de congé à son cocontractant si elle désire met­tre
fin unilatéralement au contrat sans motif. En réa­lité,
l’art. 2092 C.c.Q. ne cible pas le délai de congé en tant
que tel, mais bien le droit du salarié de réclamer une
indem­nité lorsqu’un tel délai est insuffisant. Il est inex­act
de conclure que l’absence d’une disposition équiva­lente
pour l’employeur signifie que ce dernier peut « renon­
cer » au délai de congé que lui donne le salarié.
Finally, the distinction between circumstances such
as those in the instant case and circumstances in which
an employee resigns effective immediately but none­
theless offers to keep working for a certain time should
be accepted. In the latter case, if the employer does in­
deed want the employee to leave immediately, there is
a meeting of minds and notice of termination is unnec­
essary, since a contract for an indeterminate term can be
Enfin, il convient de retenir la distinction entre des
circonstances comme celles de la présente espèce et
celles où un salarié démissionne sur-le-champ en offrant
néanmoins de rester à l’emploi pendant un certain temps,
auquel cas, si l’employeur souhaite effectivement que le
salarié quitte sur-le-champ, il y a rencontre des volontés,
et le délai de congé n’est pas nécessaire puisqu’un con­
trat à durée indéterminée peut prendre fin de l’accord
[2014] 2 R.C.S.
comm. normes du travail
c.
asphalte desjardins
517
terminated by agreement of the parties. In such a case,
art. 2092 C.C.Q does not apply, since the termination of
the employment does not then flow from a unilateral act
by the employer. Nor would the indemnity provided for
in ss. 82 and 83 of the Act respecting labour standards
apply, since the termination of the contract would flow
from an agreement between the parties: the employer
could not be found to have terminated the contract.
des parties. Dans un tel cas, l’art. 2092 C.c.Q. ne trouve
pas application, puisque la fin de l’emploi n’est pas alors
le fruit d’un acte unilatéral de l’employeur. De plus, il
ne serait pas question de l’indemnité prévue aux art. 82
et 83 de la Loi sur les normes du travail, puisque la fin
du contrat résulterait d’une entente entre les parties : il
serait impossible de conclure que l’employeur a mis fin
au contrat.
In this case, the circumstances of the employee’s res­
ignation were not ambiguous. When he gave his em­
ployer a letter in which he announced that he would be
resigning, the employee did not terminate his contract
immediately: rather, he was complying with art. 2091
C.C.Q. and announcing to his employer that their contrac­
tual relationship would be terminated in the near future.
When the employer asked the employee to leave before
the announced date, it terminated the con­tract unilater­ally
without giving sufficient notice of termina­tion, thereby
defaulting on its obligation under art. 2091 C.C.Q., and
this had the effect of triggering the applica­tion of ss. 82
and 83 of the Act respecting labour stan­dards. Since the
employee did not claim the full indemnity provided for
in those sections, it is preferable to leave the question
whether the notice period of s. 82 of the Act respecting
labour standards and the equivalent indemnity of s. 83
are matters of directive or protective public order for an­
other occasion.
En l’espèce, les circonstances entourant la démis­
sion du salarié n’étaient pas ambiguës. En remettant
une let­tre annonçant sa démission, le salarié n’a pas mis
fin au contrat immédiatement : il s’est plutôt conformé
aux exigences de l’art. 2091 C.c.Q. et a annoncé à son
employeur la fin de leur relation contractuelle dans un
futur rapproché. En demandant au salarié de quitter avant
la date annoncée, l’employeur a mis fin au contrat de
façon unilatérale sans délai de congé suffisant, man­quant
ainsi à l’obligation que lui imposait l’art. 2091 C.c.Q., et,
par voie de conséquences, cela a déclenché l’applica­tion
des art. 82 et 83 de la Loi sur les normes du travail. Le
salarié n’ayant pas réclamé la pleine indemnité prévue
à ces dispositions, il est préférable de laisser pour plus
tard la question de décider si la durée du préavis prévue à
l’art. 82 de la Loi sur les normes du travail, et l’indemnité
équivalente à l’art. 83, relèvent de l’ordre public de direc­
tion ou de protection.
Cases Cited
Jurisprudence
Referred to: ChemAction inc. v. Clermont, 2008 QCCQ
7353 (CanLII); Commission des normes du travail v.
9063-1003 Québec inc., 2009 QCCQ 2969 (CanLII);
Commission des normes du travail v. S2I inc., [2005]
R.J.D.T. 200; Commission des normes du travail v. Com­
pogest inc., 2003 CanLII 39374; Martin v. Compagnie
d’assurances du Canada sur la vie, [1987] R.J.Q. 514;
Syndicat de la fonction publique du Québec v. Quebec
(Attorney General), 2010 SCC 28, [2010] 2 S.C.R. 61;
Commission des normes du travail v. Centre de déco­
ration des sols inc., 2009 QCCQ 2587 (CanLII); Com­
mission des normes du travail v. Commission scolaire
de Laval, 2003 CanLII 42505; Wallace v. United Grain
Growers Ltd., [1997] 3 S.C.R. 701; Slaight Communi­
cations Inc. v. Davidson, [1989] 1 S.C.R. 1038; IBM
Canada ltée v. D.C., 2014 QCCA 1320 (CanLII); At­
water Badminton and Squash Club Inc. v. Morgan, 2014
QCCA 998 (CanLII); Aksich v. Canadian Pacific Rail­
way, 2006 QCCA 931, [2006] R.J.D.T. 997; Nurun inc.
v. Deschênes, 2004 CanLII 27918; Isidore Garon ltée
v. Tremblay, 2006 SCC 2, [2006] 1 S.C.R. 27; Garcia
Transport Ltée v. Royal Trust Co., [1992] 2 S.C.R. 499;
Arrêts mentionnés : ChemAction inc. c. Clermont,
2008 QCCQ 7353 (CanLII); Commission des normes
du travail c. 9063-1003 Québec inc., 2009 QCCQ 2969
(CanLII); Commission des normes du travail c. S2I inc.,
[2005] R.J.D.T. 200; Commission des normes du travail
c. Compogest inc., 2003 CanLII 39374; Martin c. Compa­
gnie d’assurances du Canada sur la vie, [1987] R.J.Q. 514;
Syndicat de la fonction publique du Québec c. Québec
(Pro­cureur général), 2010 CSC 28, [2010] 2 R.C.S. 61;
Com­mission des normes du travail c. Centre de déco­
ration des sols inc., 2009 QCCQ 2587 (CanLII); Com­
mis­sion des normes du travail c. Commission sco­laire
de Laval, 2003 CanLII 42505; Wallace c. United Grain
Growers Ltd., [1997] 3 R.C.S. 701; Slaight Com­mu­
ni­cations Inc. c. Davidson, [1989] 1 R.C.S. 1038; IBM
Canada ltée c. D.C., 2014 QCCA 1320 (CanLII); At­
water Badminton and Squash Club Inc. c. Morgan, 2014
QCCA 998 (CanLII); Aksich c. Canadian Pacific Rail­
way, 2006 QCCA 931, [2006] R.J.D.T. 997; Nurun inc.
c. Deschênes, 2004 CanLII 27918; Isidore Garon ltée c.
Tremblay, 2006 CSC 2, [2006] 1 R.C.S. 27; Garcia
Trans­port Ltée c. Cie Trust Royal, [1992] 2 R.C.S. 499;
518
comm. normes du travail
v.
asphalte desjardins
Wagner J.
[2014] 2 S.C.R.
Commission des normes du travail v. Quesnel, [1999]
J.Q. no 6966 (QL); Transforce inc. v. Baillargeon, 2012
QCCA 1495, [2012] R.J.Q. 1626.
Commission des normes du travail c. Quesnel, [1999]
J.Q. no 6966 (QL); Transforce inc. c. Baillargeon, 2012
QCCA 1495, [2012] R.J.Q. 1626.
Statutes and Regulations Cited
Lois et règlements cités
Act respecting labour standards, CQLR, c. N-1.1, ss. 82,
83, 114.
Civil Code of Québec, arts. 1380, 1439, 2085 to 2097,
2086, 2087, 2088, 2091, 2092, 2094.
Code civil du Québec, art. 1380, 1439, 2085 à 2097,
2086, 2087, 2088, 2091, 2092, 2094.
Loi sur les normes du travail, RLRQ, ch. N-1.1, art. 82,
83, 114.
Authors Cited
Doctrine et autres documents cités
Béliveau, Nathalie-Anne, avec la collaboration de Marc
Ouellet. Les normes du travail, 2e éd. Cowansville,
Qué.: Yvon Blais, 2010.
Gagnon, Robert P. Le droit du travail du Québec, 7e éd.,
mis à jour par Langlois Kronström Desjardins, sous
la direction de Yann Bernard et autres. Cowansville,
Qué.: Yvon Blais, 2013.
Lluelles, Didier, et Benoît Moore. Droit des obligations,
2e éd. Montréal: Thémis, 2012.
Morin, Fernand. “Démission et congédiement: la difficile
parité des règles de droit applicables à ces deux actes”
(2013), 43 R.G.D. 637.
Morin, Fernand, et autres. Le droit de l’emploi au Qué­
bec, 4e éd. Montréal: Wilson & Lafleur, 2010.
Québec. Ministère de la Justice. Commentaires du minis­
tre de la Justice, t. II, Le Code civil du Québec — Un
mouvement de société. Québec: Publications du Qué­
bec, 1993.
Béliveau, Nathalie-Anne, avec la collaboration de Marc
Ouellet. Les normes du travail, 2e éd. Cowansville,
Qué. : Yvon Blais, 2010.
Gagnon, Robert P. Le droit du travail du Québec, 7e éd.,
mis à jour par Langlois Kronström Desjardins, sous
la direction de Yann Bernard et autres. Cowansville,
Qué. : Yvon Blais, 2013.
Lluelles, Didier, et Benoît Moore. Droit des obligations,
2e éd. Montréal : Thémis, 2012.
Morin, Fernand. « Démission et congédiement : la diffi­
cile parité des règles de droit applicables à ces deux
actes » (2013), 43 R.G.D. 637.
Morin, Fernand, et autres. Le droit de l’emploi au Qué­
bec, 4e éd. Montréal : Wilson & Lafleur, 2010.
Québec. Ministère de la Justice. Commentaires du minis­
tre de la Justice, t. II, Le Code civil du Québec — Un
mouvement de société. Québec : Publications du Qué­
bec, 1993.
APPEAL from a judgment of the Quebec Court
of Appeal (Pelletier, Bich and Fournier JJ.A.), 2013
QCCA 484, [2013] AZ-50948335, [2013] J.Q. no
2366 (QL), 2013 CarswellQue 2371, setting aside
a decision of Massol J.C.Q., 2010 QCCQ 7473,
[2010] R.J.D.T. 935, [2010] AZ-50668866, [2010]
J.Q. no 8693 (QL), 2010 CarswellQue 9152. Appeal
allowed.
POURVOI contre un arrêt de la Cour d’appel
du Québec (les juges Pelletier, Bich et Fournier),
2013 QCCA 484, [2013] AZ-50948335, [2013]
J.Q. no 2366 (QL), 2013 CarswellQue 2371, qui a
infirmé une décision du juge Massol, 2010 QCCQ
7473, [2010] R.J.D.T. 935, [2010] AZ-50668866,
[2010] J.Q. no 8693 (QL), 2010 CarswellQue 9152.
Pourvoi accueilli.
Robert Rivest and Jessica Laforest, for the ap­
pellant.
Robert Rivest et Jessica Laforest, pour l’appe­
lante.
Claude J. Denis and Frédérick Langlois, for the
respondent.
Claude J. Denis et Frédérick Langlois, pour
l’intimée.
English version of the judgment of the Court was
delivered by
[1] Wagner J. — This appeal concerns the no­
tice required to terminate a contract of employment
Le jugement de la Cour a été rendu par
[1] Le juge Wagner — Le présent pourvoi
porte sur le délai de congé servant à mettre fin à
[2014] 2 R.C.S.
comm. normes du travail
c.
asphalte desjardins
Le juge Wagner
519
for an indeterminate term. More specifically, the
question is whether an employer who receives a
notice of termination from an employee can termi­
nate the contract of employment before the notice
period expires without in turn having to give notice
of termination or pay an indemnity in lieu of such
notice. For the reasons that follow, I would answer
this question in the negative and allow the appeal.
un contrat de travail à durée indéterminée. Plus
parti­culièrement, il s’agit de trancher la question de
savoir si l’employeur qui reçoit un délai de congé
d’un salarié peut mettre fin au contrat de travail
avant l’expiration du délai, sans avoir à lui-même
don­ner un délai de congé ou à verser une indemnité
qui en tient lieu. Je suis d’avis de répondre par la
négative à cette question et d’accueillir le pourvoi,
et voici pourquoi.
I. Background
I. Le contexte
[2] The facts of this case are not in dispute. The
employee in question, Daniel Guay, had been work­
ing for the respondent, Asphalte Desjardins inc.,
since 1994. Asphalte Desjardins is a paving com­
pany that generates its income from contracts with
municipalities and the provincial government. There
is some competition in that market, and contracts
are generally awarded under calls for tenders. Mr. Guay was employed as a project manager and had
access to confidential information, including the
prices proposed by the company in its tenders and
the costs of performance of its work.
[2] Les faits de l’espèce ne sont pas contestés. Le
salarié en cause, M. Daniel Guay, travaillait pour
l’intimée, Asphalte Desjardins inc., depuis 1994.
Cette dernière œuvre dans le domaine du pavage et
tire ses revenus de contrats avec des municipalités
et le gouvernement provincial. Il existe une certaine
concurrence dans le domaine et les contrats sont
généralement attribués au moyen d’appels d’offres.
Monsieur Guay occupait le poste de directeur de
projets et avait accès à des renseignements con­
fidentiels, y compris les prix proposés par l’entre­
prise dans ses soumissions ainsi que les coûts de
réalisation des travaux par celle-ci.
[3] On Friday, February 15, 2008, Mr. Guay
gave As­phalte Desjardins a notice of resignation in
which he announced that he would be terminating
his contract of employment as of March 7, 2008,
that is, three weeks later. In handing in his notice,
Mr. Guay explained that he was leaving to work
for a competitor, which had offered him a higher
salary. He also stressed that the intervening three
weeks would suffice to finish his work and ensure
an orderly transition with his replacement.
[3] Le vendredi 15 février 2008, M. Guay remet
à Asphalte Desjardins un avis de démission annon­
çant qu’il compte mettre fin à son contrat de tra­
vail le 7 mars 2008, soit trois semaines plus tard.
En remettant son avis de démission, M. Guay pré­
cise qu’il quitte pour travailler chez un concurrent,
lequel lui offre des conditions salariales plus avan­
tageuses. Il souligne également que le délai de trois
semaines sera suffisant pour finaliser les dos­siers
et assurer une transition ordonnée avec son suc­ces­
seur.
[4] On Monday, February 18, some Asphalte
Des­jardins managers tried unsuccessfully to con­
vince Mr. Guay to stay with the company. Asphalte
Desjardins then decided without any other for­mal­i­
ties to terminate his contract of employment the very
next day, February 19, 2008, rather than March 7
— the departure date announced by Mr. Guay.
[4] Le lundi 18 février, certains dirigeants d’As­
phalte Desjardins tentent de convaincre M. Guay
de demeurer en poste, mais sans succès. Asphalte
Desjardins décide donc, sans autre for­malité, de
mettre fin au contrat de travail dès le len­demain,
soit le 19 février 2008, plutôt que le 7 mars 2008 —
la date de départ annoncée par M. Guay.
[5] The appellant, the Commission des normes
du travail (“Commission”), claimed on Mr. Guay’s
[5] L’appelante, la Commission des normes du
travail (« Commission »), réclame pour le compte de
520
comm. normes du travail
v.
asphalte desjardins
Wagner J.
[2014] 2 S.C.R.
behalf an indemnity equivalent to a notice period
of three weeks, which corresponded to the notice
of termination given by Mr. Guay in his letter of
resignation, even though under s. 82 of An Act
respecting labour standards, CQLR, c. N-1.1, he
would have been entitled to four weeks as an em­
ployee credited with five to ten years of unin­ter­
rupted service. The Commission also claimed, in
the same proportion, the monetary value of his an­
nual leave.
M. Guay une indemnité équivalente à trois semai­
nes de préavis, ce qui correspond au délai de congé
donné par M. Guay dans sa lettre de démission, non­
obstant l’art. 82 de la Loi sur les normes du tra­vail,
RLRQ, ch. N-1.1, qui lui donne droit à un préavis
de quatre semaines en sa qualité de salarié justifiant
de cinq à dix ans de service continu. La Commission
réclame également, dans la même pro­portion, la
valeur monétaire du congé annuel.
II. Judicial History
II. Historique judiciaire
A. Court of Québec, 2010 QCCQ 7473, [2010]
R.J.D.T. 935
A. Cour du Québec, 2010 QCCQ 7473, [2010]
R.J.D.T. 935
[6] Judge Massol allowed the Commission’s ac­
tion with the exception of its claim for a 20 percent
lump sum for itself under s. 114 of the Act respect­
ing labour standards. In ordering Asphalte Desjar­
dins to pay the amounts claimed in respect of the
notice period and annual leave, he stated that where
an employee gives an employer notice that he or she
plans to resign as of a future date and the employer
decides to terminate the contract of employment
prior to the effective date of the res­ig­nation, the em­
ployer must in turn give the employee notice or pay
him or her an indemnity in lieu of notice. In other
words, the employee is entitled to be paid during
the period between the notice of resignation and
the date it takes effect (para. 35).
[6] Le juge Massol accueille la demande de la
Commission, à l’exception de sa réclamation pour
obtenir une somme forfaitaire de 20 p. 100 pour
son compte en vertu de l’art. 114 de la Loi sur les
nor­mes du travail. En condamnant Asphalte Des­
jardins aux sommes réclamées en guise de pré­
avis et de congé annuel, le juge Massol rappelle
que l’employeur qui entend se séparer d’un salarié
l’ayant avisé qu’il compte démissionner à une date
future devra lui-même fournir un préavis à ce sala­
rié ou lui verser une indemnité qui en tient lieu s’il
entend mettre fin au contrat de travail avant la date
de prise d’effet de la démission. En d’autres ter­
mes, le salarié a le droit d’être rémunéré pendant la
période comprise entre l’avis de démission et la
prise d’effet de celle-ci (par. 35).
[7] Judge Massol stated that a distinction should
be drawn between an employee who announces that
he or she intends to resign on a specific date (as in
this case) and one who announces that he or she
intends to resign immediately but also offers to keep
working for a certain time (as in ChemAction inc. v.
Clermont, 2008 QCCQ 7353 (CanLII), at paras. 37
et seq.). In the instant case, because Mr. Guay had
in­di­cated clearly in his letter of resignation that
he would be resigning effective March 7, 2008,
Judge Massol concluded that Mr. Guay had done
more than simply offer to remain in the employ of
Asphalte Desjardins for the three weeks until his
departure date.
[7] Selon le juge Massol, il y a lieu de faire la dis­
tinc­tion entre, d’une part, un salarié qui annonce
son intention de démissionner à une date détermi­
née (comme en l’espèce) et, d’autre part, un salarié
qui annonce son intention de démissionner sur-lechamp tout en offrant de travailler pendant un cer­
tain temps (comme dans l’affaire ChemAction inc. c.
Clermont, 2008 QCCQ 7353 (CanLII), par. 37 et
suiv.). Dans la présente affaire, comme la lettre de
démission de M. Guay indiquait clairement qu’il
quitterait son poste le 7 mars 2008, le juge Massol
con­clut que M. Guay formulait plus qu’une offre de
demeurer à l’emploi d’Asphalte Desjardins pen­dant
les trois semaines précédant la date de son départ.
[2014] 2 R.C.S.
comm. normes du travail
c.
asphalte desjardins
Le juge Wagner
521
[8] In this regard, Judge Massol stressed that it
is up to the employee to choose the time at which
the termination of the employment relationship will
take effect. This choice must be respected inso­far
as the employee satisfies his or her obligation under
art. 2091 of the Civil Code of Québec (“C.C.Q.”) to
give notice of termination. Judge Massol concluded
that, [translation] “[w]hen all is said and done, al­
though the employer benefits from a protection, that
protection cannot be renounced to the detriment of
the employee’s own rights” (para. 49).
[8] À cet égard, le juge Massol souligne que le
salarié peut choisir le moment à partir duquel la
ces­sation du lien d’emploi prendra effet. Ce choix
doit être respecté dès lors que le salarié se con­
forme à l’obligation imposée par l’art. 2091 du Code
civil du Québec (« C.c.Q. ») de donner un délai de
congé. Le juge Massol conclut qu’« [e]n définitive,
si l’employeur bénéficie d’une protection, celui-ci
ne peut y renoncer au détriment des droits propres
du salarié » (par. 49).
B. Quebec Court of Appeal, 2013 QCCA 484 (Can­
LII)
B. Cour d’appel du Québec, 2013 QCCA 484 (Can­
LII)
(1) Reasons of the Majority by Bich J.A. (Con­
curred in by Fournier J.A.)
(1) Motifs majoritaires de la juge Bich (aux­
quels souscrit le juge Fournier)
[9] The majority of the Quebec Court of Appeal,
per Bich J.A., allowed the appeal of Asphalte Des­
jardins and dismissed the Commission’s action. In
the majority’s view, the purpose of the notice of
ter­mination provided for in art. 2091 C.C.Q. is to
protect the party who receives the notice by en­
abling that party [translation] “to limit the adverse
effects of a termination [of a contract of em­ploy­
ment] that he or she can neither counter nor pre­vent”
(para. 55). The majority acknowledged that the
party giving notice of termination may in practice
derive certain benefits from it, but nevertheless
found that that is not the purpose of art. 2091
C.C.Q. According to them, the notice of termination
does not “resul[t] in a synallagmatic obligation that
would be binding on the party who receives it”
(para. 56), which means that an employee who gives
notice to his or her employer cannot place the em­
ployer under an obligation to comply in full with
the notice. Likewise, an employee cannot be forced
to comply until the very end with a notice from the
em­ployer that includes a period “to be worked”,
and if the employee in question decides to leave
earlier, he or she cannot be required to give notice
of termination in turn or to indemnify the employer
(para. 58).
[9] Sous la plume de la juge Bich, la majorité
de la Cour d’appel du Québec accueille l’appel
d’Asphalte Desjardins et rejette l’action de la Com­
mis­sion. Selon la majorité, le délai de congé prévu
à l’art. 2091 C.c.Q. a pour but de protéger la partie
qui reçoit le délai de congé en lui permettant « de
pallier les inconvénients découlant d’une rupture
[du contrat de travail] qu’elle ne peut ni contrer ni
empêcher » (par. 55). Reconnaissant que le délai
de congé peut, en pratique, comporter un certain
avantage pour la partie qui le donne, la majorité
estime toutefois qu’il ne s’agit pas là de l’objectif
poursuivi par l’art. 2091 C.c.Q. Selon la majorité, le
délai de congé n’est pas « porteur d’une obligation
synallagmatique qui lierait la partie qui le reçoit »
(par. 56), si bien qu’un salarié ne peut imposer à
l’employeur l’obligation de respecter intégrale­
ment le délai de congé qu’il lui donne. De même,
un salarié ne peut être contraint de respecter jusqu’à
la toute fin un délai de congé « travaillé » que lui
donnerait son employeur, et s’il décide de partir
plus tôt, le même salarié ne peut être tenu de donner
un délai de congé à son tour ou encore d’indemniser
l’employeur (par. 58).
[10] Nor, the majority added, is the notice of ter­
mi­nation provided for in art. 2091 C.C.Q. a con­di­
tion for exercising the power of unilateral resil­iation
[10] La majorité ajoute par ailleurs que le délai de
congé prévu à l’art. 2091 C.c.Q. n’est pas non plus
une condition d’exercice de la faculté de résiliation
522
comm. normes du travail
v.
asphalte desjardins
Wagner J.
[2014] 2 S.C.R.
that would serve to determine whether a resiliation
is valid: in the absence of such notice, the resiliation
is not null, and the right of the other party to the con­
tract is limited to obtaining compensation for the
injury flowing from the fact that he or she was not
given notice of termination (para. 59).
unilatérale, qui déterminerait la validité de celleci : en son absence, la résiliation n’est pas nulle,
et le droit du cocontractant se limite à celui d’être
indemnisé du préjudice découlant du fait de ne pas
avoir reçu un délai de congé (par. 59).
[11] The subject, purpose and nature of the ob­
li­gation to give notice of termination lead, at first
glance, to the conclusion that the recipient of the
notice can renounce it (para. 60). But the majority
noted that, because of the risk of abuse that might
entail for employees, the legislature had established
a measure designed to protect them, in art. 2092
C.C.Q., by prohibiting any renunciation of their
right to an indemnity should the notice of termi­
nation be insufficient or should the resiliation be
abusive. They pointed out that this prohibition —
which applies only to the employee — shows that,
were it not for art. 2092 C.C.Q., it would in fact
be possible to renounce the notice of termination
(paras. 61-62). The majority also pointed out that
the prohibition set out in art. 2092 C.C.Q. is not
absolute and that an employee can, on certain con­
ditions, renounce the notice of termination his or
her employer is required to give. In short, in their
view, both the employee (on certain conditions) and
the employer (without conditions) can renounce the
notice of termination (paras. 63-65).
[11] L’objet, le but et la nature de l’obligation de
donner un délai de congé amènent a priori à con­
clure que la partie qui reçoit le délai de congé peut
y renoncer (par. 60). La majorité souligne cepen­
dant qu’en raison du risque d’abus que cela peut
entraîner pour le salarié, le législateur a édicté une
mesure de protection à son intention à l’art. 2092
C.c.Q. en interdisant toute renonciation à son droit
à une indemnité en cas de délai de congé insuffi­sant
ou de résiliation abusive. La majorité fait remar­
quer que cette interdiction — qui n’est édictée qu’à
l’égard du salarié — témoigne qu’à défaut de l’art.
2092 C.c.Q., une renonciation au délai de congé
serait effectivement possible (par. 61-62). La majo­
rité fait également observer que l’interdiction éta­
blie à l’art. 2092 C.c.Q. n’est pas absolue, et qu’un
sala­rié peut, à certaines conditions, renoncer au
délai de congé que doit lui donner l’employeur.
Bref, selon la majorité, tant le salarié (à certaines
con­ditions) que l’employeur (sans condition) peut
renon­cer au bénéfice du délai de congé (par. 63-65).
[12] The majority noted that, as a general rule, the
contract of employment continues to exist during
the notice period, unless the party who receives the
notice of termination renounces it (para. 66). How­
ever, they added that an employer who renounces
a notice of termination received from an employee
cannot be considered to be terminating the contract
within the meaning of s. 82 of the Act respect­ing
labour standards. From the time the employee gives
notice of termination, the fate of the con­tract of
employment is [translation] “inevitable” (para. 70).
The notice merely delays the effect of the em­
ployee’s unilateral decision to terminate the con­
tract: “The employer’s renunciation of the notice
can change neither this fact nor its legal conse­
quences” (para. 70). In other words, a resig­nation
does not become a dismissal if the employer re­
nounces the notice of termination.
[12] La majorité rappelle que, de façon générale,
le contrat de travail se poursuit pendant le délai de
congé, sauf si la partie qui reçoit le délai de congé
y renonce (par. 66). Elle ajoute cependant que la
renonciation de l’employeur au délai de congé que
lui donne le salarié ne peut être considérée comme
mettant fin au contrat au sens de l’art. 82 de la Loi
sur les normes du travail. À partir du moment où le
salarié donne le délai de congé, le sort du contrat
de travail est « irrémédiablement fixé » (par. 70).
Le délai de congé ne fait que retarder l’effet de la
décision unilatérale du salarié de mettre fin au con­
trat : « La renonciation de l’employeur à ce pré­avis
ne peut changer le fait ni les conséquences juri­di­
ques de celui-ci » (par. 70). En d’autres termes, une
démission ne devient pas un congédiement par voie
de renonciation de l’employeur au délai de congé.
[2014] 2 R.C.S.
comm. normes du travail
c.
asphalte desjardins
Le juge Wagner
523
[13] As for the distinction between a situation in
which an employee announces that he or she intends
to resign as of a subsequent date and one in which an
employee announces that he or she intends to resign
immediately but offers to keep working for a certain
time, the majority rejected it. They explained that,
in either situation, the employer can renounce the
notice of termination without engaging s. 82 of the
Act respecting labour standards (para. 74). Despite
the fact that it refers to “terminating” the contract of
employment, that section is not intended to pro­tect
an employee who resigns, but instead con­cerns sit­
uations in which the contract of employ­ment is ter­
minated on the employer’s initiative (paras. 77-80).
[13] Quant à la distinction entre la situation où
un salarié annonce son intention de démissionner à
une date ultérieure et celle où un salarié annonce
son intention de démissionner sur-le-champ tout en
offrant de demeurer à l’emploi un certain temps,
elle est rejetée par la majorité. Selon la majorité,
dans un cas comme dans l’autre, l’employeur peut
renoncer au délai de congé sans entraîner pour
autant l’application de l’art. 82 de la Loi sur les nor­
mes du travail (par. 74). Cette disposition, malgré
son emploi de l’expression « mettre fin » au contrat
de travail, ne vise pas à protéger le salarié en cas de
démission, mais plutôt les situations dans lesquel­
les le contrat de travail est rompu à l’initiative de
l’employeur (par. 77-80).
[14] Turning to another topic, the majority ex­
pressed the opinion that there was no reason to
recon­sider the practice according to which an
employer can, if he or she so desires, resiliate the
contract immediately and pay the employee an
indemnity in lieu of notice of termination. In their
opinion, the analysis of Pelletier J.A., dissenting,
would, if ap­plied, jeopardize that practice (para. 82).
[14] Dans un autre ordre d’idées, la majorité est
d’avis qu’il n’y a pas lieu de remettre en question la
pratique selon laquelle l’employeur peut, à sa con­
venance, résilier immédiatement le contrat en ver­
sant au salarié une indemnité au lieu de donner un
délai de congé. Selon la majorité, l’application des
motifs dissidents du juge Pelletier mettrait en péril
cette pratique (par. 82).
[15] In sum, the majority of the Court of Appeal
held that the employer can freely renounce the no­tice
of termination the resigning employee is required to
give him or her under art. 2091 C.C.Q. and that, in
so doing, the employer does not terminate the con­
tract of employment within the meaning of s. 82 of
the Act respecting labour standards, which does not
apply in such a case (para. 84).
[15] En somme, la majorité de la Cour d’appel
conclut que l’employeur peut librement renoncer
au délai de congé que le salarié démissionnaire est
tenu de lui donner en vertu de l’art. 2091 C.c.Q., et
que ce faisant, il ne met pas fin au contrat de tra­
vail au sens de l’art. 82 de la Loi sur les normes du
travail, qui n’a pas d’application en pareil cas (par.
84).
[16] Finally, the majority invited the legislature
to intervene to change the law with respect to the
applicability of s. 82 of the Act respecting labour
standards in such a case, as they found that it could
in some circumstances lead to a result that would be
unfair for the employee (paras. 85-86).
[16] La majorité invite finalement le législateur
à intervenir afin de changer l’état du droit quant à
l’applicabilité de l’art. 82 de la Loi sur les normes du
travail dans un tel cas de figure, puisqu’elle recon­
naît que dans certaines circonstances cela pourrait
mener à des résultats injustes pour le salarié (par. 8586).
(2) Dissenting Reasons of Pelletier J.A.
[17] Pelletier J.A. would have dismissed the ap­
peal and affirmed the trial judge’s judgment. He
noted that this case raises [translation] “the issue
of the interplay of sections 82 and 83 of the Act
(2) Motifs dissidents du juge Pelletier
[17] Le juge Pelletier aurait pour sa part rejeté
l’appel et confirmé le jugement de première ins­
tance. Il souligne que cette affaire soulève « le pro­
blème de l’interaction des articles 82 et 83 de la
524
comm. normes du travail
v.
asphalte desjardins
Wagner J.
[2014] 2 S.C.R.
[re­specting labour standards] and the general law
rules provided for in the Civil Code of Québec, and
in particular those flowing from articles 2091 and
2092 C.C.Q.” (para. 10). He stated that the first step
in considering this issue was to go back to Febru­
ary 15, 2008, and he mentioned the trial judge’s
finding that on that date, Mr. Guay had clearly told
Asphalte Desjardins that he would keep working
until March 7, 2008 (para. 23). In Pelletier J.A.’s
view, the effect of that finding was that the instant
case can be distinguished from ChemAction in that
Mr. Guay had not offered Asphalte Desjardins an
alternative that would have given it the choice of
immediately, on a consensual basis, terminating the
mutual obligations flowing from the contract of em­
ployment (paras. 24-25).
Loi [sur les normes du travail] avec les règles de
droit commun prévues au Code civil du Québec,
notam­ment celles découlant des articles 2091 et
2092 C.c.Q. » (par. 10). Selon lui, afin d’aborder
ce problème, il est nécessaire de se reporter au
15 février 2008, et il rappelle que le juge de pre­
mière instance a conclu qu’à cette date, M. Guay
avait clairement indiqué à Asphalte Desjardins
qu’il continuerait de fournir sa prestation de travail
jusqu’au 7 mars 2008 (par. 23). En raison de cette
conclusion, le juge Pelletier est d’avis que cette
affaire se distingue de l’affaire ChemAction, en ce
que M. Guay n’a pas offert à Asphalte Desjardins
une alternative qui aurait permis à celle-ci, à son
choix, de mettre fin immédiatement et de façon
consensuelle aux obligations mutuelles découlant
du contrat de travail (par. 24-25).
[18] Pelletier J.A. stated that there had not, in the
case at bar, been a meeting of minds for the im­me­
diate termination of the employment relation­ship
(para. 25). He noted in this regard that Asphalte
Desjardins was not arguing that Mr. Guay had con­
sented to the immediate termination of the con­
tract of employment. Rather, it was submitting that
Mr. Guay’s letter of resignation had given it the op­
portunity to unilaterally renounce the per­for­mance
of work for the time remaining until March 7, 2008
and that the effect of that renunciation was to r­elease
it from its obligation to pay Mr. Guay his sal­ary
(para. 26). In support of this argument, As­phalte
Desjardins expressly invoked the concept of “re­
lease” within the meaning of the Civil Code of Qué­
bec. But, Pelletier J.A. stated, there could not have
been a release, since release from a debt is a synal­
lagmatic contract, requiring the agreement of both
parties (para. 27). He added that, according to the
interpretation that was most favourable to As­phalte
Desjardins, this situation would constitute a renun­
ciation that had the incidental effect of re­leasing
both parties (para. 28).
[18] En l’espèce, il n’y a pas eu selon le juge
Pelletier rencontre des volontés quant à la termi­
naison immédiate du lien d’emploi (par. 25). Le
juge Pelletier souligne à cet égard qu’Asphalte Des­
jardins ne plaide pas que M. Guay a consenti à la
cessation immédiate du contrat de travail. Elle sou­
tient plutôt que l’avis de démission remis par ce der­
nier donnait à l’entreprise l’occasion de renoncer
unilatéralement à la prestation de travail pour le
temps à écouler jusqu’au 7 mars 2008, et que cette
renonciation lui permettait de se libérer de son
obligation de payer à M. Guay son salaire (par. 26).
Au soutien de cette prétention, Asphalte Desjardins
invoque expressément la notion de remise au sens
du Code civil du Québec. Or, selon le juge Pelletier,
il ne peut y avoir remise, puisqu’une remise de dette
est un contrat synallagmatique nécessitant l’accord
des deux parties (par. 27). Le juge Pelletier ajoute
que, dans la meilleure des hypothèses pour Asphalte
Desjardins, il s’agirait d’une renonciation ayant
acces­soirement un effet libérateur pour l’une et
l’autre des parties (par. 28).
[19] Pelletier J.A. pointed out that art. 2091
C.C.Q. requires that a party wanting to unilaterally
terminate a contract give notice of termination to the
other party. Where the termination of a contract of
employment for an indeterminate term flows from
the will of only one of the parties, it does not occur
[19] Le juge Pelletier rappelle que conformé­
ment à l’art. 2091 C.c.Q. une partie doit donner un
délai de congé à son cocontractant si elle sou­haite
mettre fin au contrat unilatéralement. La cessation
d’un contrat de travail à durée indéterminée qui
découle de la volonté d’une seule des parties ne
[2014] 2 R.C.S.
comm. normes du travail
c.
asphalte desjardins
Le juge Wagner
525
at the time the decision is announced, since the pe­
riod corresponding to the notice of termination must
elapse first. This is true both for the employer and
for the employee (para. 31). Pelletier J.A. explained
that if an employee were to renounce in advance his
or her right to obtain an indemnity for any injury
that might result from the employer’s failure to per­
form the obligation under art. 2091 C.C.Q., that
re­nun­ciation would be absolutely null as a result
of art. 2092 C.C.Q. (para. 32). However, he stated
that nothing would preclude the parties from freely
agree­ing to immediately terminate their contractual
relationship, in which case art. 2092 C.C.Q. would
not apply, [translation] “because the termination
of the employment does not result from a unilateral
act on the employer’s part” (para. 34).
sur­vient pas dès l’annonce de la décision, car la
péri­
ode correspondant au délai de congé doit
s’écou­ler. Cette règle vaut tant pour l’employeur
que pour le salarié (par. 31). Le juge Pelletier pré­
cise que l’art. 2092 C.c.Q. frappe de nullité abso­
lue une renonciation à l’avance par le salarié à son
droit d’obtenir réparation du préjudice qui résul­
terait du non-respect par l’employeur de l’obli­
ga­tion imposée par l’art. 2091 C.c.Q. (par. 32). Il
indique toutefois que rien n’empêche les parties
de convenir librement de la fin immédiate de leur
relation contractuelle, auquel cas l’art. 2092 C.c.Q.
ne trouve pas application « parce que la fin de
l’emploi n’est pas le fruit du geste unilatéral de
l’employeur » (par. 34).
[20] Pelletier J.A. added that it was in his opinion
inappropriate to analyze the issue before the court
from the perspective of renunciation, since the con­
tract of employment between the parties had contin­
ued to apply during the notice period and since only
an agreement between them, and not a unilateral
act, could have released them from their obligations
(para. 36). Asphalte Desjardins had unilaterally ter­
mi­nated the employment relationship for the pur­
poses of s. 82 of the Act respecting labour standards
on February 19, 2008, thereby laying itself open to
the consequences provided for in s. 83 of that Act
(para. 37).
[20] Le juge Pelletier ajoute également qu’à son
avis, il est inapproprié d’analyser le problème en
cause sous l’angle de la renonciation puisque le
contrat de travail entre les parties demeurait appli­
cable pendant le délai de congé, et que seule une
entente entre les parties, et non un geste unilatéral,
pouvait les libérer de leurs obligations (par. 36).
En l’espèce, Asphalte Desjardins a mis fin unilaté­
ra­lement au lien d’emploi le 19 février 2008 au sens
de l’art. 82 de la Loi sur les normes du tra­vail, entraî­
nant ainsi les conséquences prescrites à l’art. 83
de ladite Loi (par. 37).
[21] Pelletier J.A. advanced two other argu­ments
in support of his analysis. First, in his opinion,
the position of Asphalte Desjardins meant that
[translation] “a resignation in compliance with ar­
ticle 2091 C.C.Q. would, for the employee, amount to
a renunciation in advance of the employee’s right to
obtain an indemnity for any injury he or she suf­
fers” (para. 39 (emphasis deleted)), whereas art. 2092
C.C.Q. expressly prohibits such a renun­ciation. Sec­
ond, Pelletier J.A. stated, regardless of whether the
employer’s unilateral act can be char­acterized as
a “dismissal”, the employee’s compli­ance with his
or her obligation under art. 2091 C.C.Q. cannot
cause the employee to lose the pro­tection afforded
by ss. 82 and 83 of the Act respect­ing labour stan­
dards and the minimum com­pensation for which
they provide (para. 40).
[21] Le juge Pelletier avance deux autres argu­
ments au soutien de son raisonnement. Pre­miè­
re­ment, selon lui, la thèse d’Asphalte Desjardins
signifie que « la démission faite conformément à
l’art. 2091 C.c.Q. emporterait, pour le salarié, une
renonciation à l’avance à son droit d’obtenir une
indemnité en réparation du préjudice qu’il subit »
(par. 39 (italique omis)). Or, une telle renonciation
est expressément interdite par l’art. 2092 C.c.Q.
Deuxièmement, selon le juge Pelletier, le respect
par le salarié de son obligation énoncée à l’art.
2091 C.c.Q. ne peut emporter pour lui la perte de la
protection que lui procurent les art. 82 et 83 de
la Loi sur les normes du travail et la compensa­
tion mini­male qui y est prévue, peu importe que
l’on puisse ou non qualifier le geste unilatéral de
l’employeur de « congédiement » (par. 40).
526
comm. normes du travail
v.
asphalte desjardins
Wagner J.
[2014] 2 S.C.R.
[22] Finally, in Pelletier J.A.’s view, because As­
phalte Desjardins had terminated the employ­ment
relationship for the purposes of s. 82 of the Act re­
specting labour standards, it was the debtor of the
obligation provided for in s. 83 (para. 44). Pelletier
J.A. accepted that under s. 82, Mr. Guay would have
been entitled to four weeks’ notice. However, given
that Mr. Guay had consented to the resiliation of
the contract as of March 7, 2008, and assuming that
it could be inferred that Asphalte Desjardins had
consented to that same date, Pelletier J.A. found
that the obligation to pay an indemnity associated
with the notice of termination had expired as of that
date: [translation] “In other words, as of March 7,
2008, the dismissal ceased to be the sole explanation
for the termination of the contract of employment,
which was then also based on the agreement of the
parties. When the mutual consent of the parties to
terminate their agreement took effect, it also, as it
were, terminated the application of sections 82 and
83 of the Act to the rights and obligations flowing
from the employment relationship” (para. 45).
[22] Finalement, le juge Pelletier est d’avis
qu’Asphalte Desjardins, ayant mis fin au lien
d’emploi au sens de l’art. 82 de la Loi sur les nor­
mes du travail, est débitrice de l’obligation prévue
à l’art. 83 (par. 44). Il reconnaît qu’en vertu de l’art.
82, M. Guay aurait eu droit à quatre semaines de
pré­avis. Cependant, compte tenu du consente­ment
donné par M. Guay à la résiliation du contrat à par­tir
du 7 mars 2008, et tenant pour acquis que l’on puisse
inférer le consentement d’Asphalte Desjardins à
cette même date, le juge Pelletier conclut que l’obli­
gation de payer une indemnité afférente au délai
de congé a pris fin à cette date : « Dit autrement, à
compter du 7 mars 2008, ce n’est plus le seul con­
gédiement qui explique la terminaison du contrat
d’emploi, c’est aussi l’accord des parties. La prise
d’effet du consentement respectif des parties à met­
tre fin à leur entente vient aussi, en quelque sorte,
mettre un terme à l’application des articles 82 et 83
de la Loi à l’égard des droits et obligations nés du
lien d’emploi » (par. 45).
III. Issue
III. Question en litige
[23] This appeal raises the following issue: In the
context of a contract of employment for an inde­
terminate term, can an employer who has received
a notice of termination from an employee lawfully
terminate the contract before the expiration of the
notice period without in turn having to give the
employee notice of termination or an indemnity in
lieu of such notice?
[23] Le pourvoi soulève la question suivante : 
Dans le cadre d’un contrat de travail à durée indé­
terminée, un employeur qui a reçu un délai de congé
d’un salarié est-il autorisé par la loi à mettre fin au
contrat avant l’expiration de ce délai, sans être tenu
de donner à son tour à ce salarié un délai de congé
ou une indemnité qui en tient lieu?
IV. Analysis
IV. Analyse
[24] I would adopt Pelletier J.A.’s reasons in
part, allow the appeal and restore the trial judge’s
judgment.
[24] Je suis d’avis de retenir en partie les motifs
exposés par le juge Pelletier, d’accueillir le pourvoi
et de rétablir le jugement de première instance.
[25] I will begin by noting that in their reasons,
the majority of the Quebec Court of Appeal un­der­
scored a certain confusion with respect to the no­tice
of termination concept, the effects of such notice
and what must happen for a court to find that a con­
tract of employment has been terminated. In so
do­ing, they overruled a well-established line of au­
thor­ity at the trial level in Quebec labour rela­tions
[25] D’emblée, je souligne que par ses motifs,
la majorité de la Cour d’appel du Québec met en
relief une certaine confusion sur la notion de délai
de congé, sur ses effets et sur les événements qui
permettent de conclure à la cessation d’un contrat
de travail. Ce faisant, la Cour d’appel a écarté un
courant jurisprudentiel bien établi en première ins­
tance au Québec en matière de relations de travail,
[2014] 2 R.C.S.
comm. normes du travail
c.
asphalte desjardins
Le juge Wagner
527
law according to which an employer cannot re­
nounce a notice of termination without engag­ing
ss. 82 and 83 of the Act respecting labour stan­
dards (see, e.g., Commission des normes du travail
v. 9063-1003 Québec inc., 2009 QCCQ 2969 (Can­
LII); Commission des normes du travail v. S2I inc.,
[2005] R.J.D.T. 200 (C.Q.); Commission des normes
du travail v. Compogest inc., 2003 CanLII 39374
(C.Q.)). That line of authority is not unani­mous,
how­ever. In ChemAction, the Court of Québec held
that an employer can renounce a notice of ter­mi­
nation received from an employee, that such a re­
nun­ciation does not transform a resignation into
a dismissal and that the resignation is immediate,
which means that the employee cannot then demand
an indemnity under either s. 83 of the Act respecting
labour standards or art. 2092 C.C.Q.
suivant lequel l’employeur ne peut renoncer au délai
de congé sans entraîner pour autant l’application
des art. 82 et 83 de la Loi sur les normes du travail
(voir, à titre d’exemple, Commission des normes
du travail c. 9063-1003 Québec inc., 2009 QCCQ
2969 (CanLII); Commission des normes du travail
c. S2I inc., [2005] R.J.D.T. 200 (C.Q.); Commission
des normes du travail c. Compogest inc., 2003 Can­
LII 39374 (C.Q.)). Ce courant jurisprudentiel n’est
toutefois pas unanime. Dans ChemAction, la Cour
du Québec a décidé que l’employeur peut renon­
cer au délai de congé donné par le salarié, que
cette renonciation ne transforme pas une démis­
sion en congédiement, et que ladite démission est
immédiate, si bien que le salarié ne peut alors exiger
une indemnité, que ce soit celle prévue à l’art. 83 de
la Loi sur les normes du travail ou celle prévue à
l’art. 2092 C.c.Q.
[26] A decision by a court of appeal that over­
rules a dominant line of authority at the trial level
is not, of course, open to challenge for that reason
alone. On the contrary, such a decision is within the
jurisdiction of an appellate court. After all, some­
one always has to take the first step if the law is to
change. Nevertheless, it is impossible to disregard
the impact of such a radical reversal in a field of
law whose general principles, whi