Suivi de l’état du Saint-Laurent – Un premier pas décisif

Suivi de l’état du Saint-Laurent – Un premier pas décisif
B U L L E T I N D ’ I N F O R M AT I O N
S A I N T- L A U R E N T V I S I O N 2 0 0 0
VOLUME 13 — NUMÉRO 6 — FÉVRIER
D I A P A S O N
La série d’articles sur les
résultats obtenus, au cours des
cinq dernières années, dans
chaque domaine d’intervention
de la troisième phase se poursuit
avec les principaux résultats du
programme Suivi de l’état du
Saint-Laurent et ceux du domaine
d’intervention Santé humaine.
Suivi de l’état du
Saint-Laurent
Quatre partenaires
gouvernementaux mettent en
commun leur expertise et leurs
efforts afin de fournir un portrait de
l’état et de l’évolution, à long terme,
du Saint- Laurent.
Santé humaine
Depuis 1998, le domaine
d’intervention Santé humaine a
permis de mettre en place un
programme varié de surveillance,
de recherche et de communication
lié à diverses utilisations du SaintLaurent : activités récréatives, ainsi
que consommation d’eau potable et
de produits aquatiques.
L’acquisition de connaissances et
les activités de sensibilisation ont
permis d’atteindre l’objectif initial,
qui était de réduire l’exposition de
la population à de l’eau et à des
produits présentant des risques
pour la santé.
2003
Suivi de l’état du Saint-Laurent
– Un premier pas décisif
Les coprésidents du Comité de
suivi de l’état du Saint-Laurent,
Mme Hélène Bouchard, du Centre
Saint-Laurent, un centre de recherche
qui relève d’Environnement Canada,
et M. Jacques Dupont, du ministère
de l’Environnement du Québec, nous
ont fait part des principaux résultats
et des perspectives d’avenir de leur
domaine d’intervention.
C
réé en 1999, le Comité de suivi
de l’état du Saint-Laurent avait
tout un défi à relever : élaborer un
programme scientifique permettant
d’évaluer l’état et l’évolution de
l’écosystème du Saint-Laurent.
Pour y parvenir, ses membres,
des spécialistes de ministères et
d’organismes gouvernementaux, ont
conçu un programme de suivi basé
sur des indicateurs environnementaux
touchant aux principales composantes
du Saint-Laurent, soit l’eau, le lit, les
rives, les ressources biologiques
et les usages. Ils dévoileront
prochainement les résultats de cet
imposant travail de concertation : un
premier portrait, plutôt encourageant,
de l’état du Saint-Laurent.
Le programme de suivi de l’état
du Saint-Laurent a été lancé
officiellement à l’occasion de Rendezvous Saint-Laurent. Une collection
de seize fiches d’information,
présentant les premiers résultats des
vingt et un indicateurs retenus dans
le programme, a alors été rendue
publique.
Par ailleurs, la clientèle visée
— composée en grande partie de
décideurs gouvernementaux et
municipaux, de la population riveraine,
des usagers du Saint-Laurent et de
groupes environnementaux — ont
discuté des moyens permettant
d’améliorer le programme et
d’accueillir de nouveaux partenaires.
Un regroupement des forces
Les partenaires gouvernementaux
sont membres du comité qui
coordonne l’établissement et la mise
en œuvre du programme de suivi
de l’état du Saint-Laurent. Il s’agit
d’Environnement Canada, du ministère
de l’Environnement du Québec, du
ministère des Pêches et des Océans
S O M M A I R E
SUIVI DE L’ÉTAT DU
SAINT-L AURENT – UN
PREMIER PAS DÉCISIF
LA
1
SCIENCE AU SERVICE DE
LA PROTECTION DE LA
SANTÉ PUBLIQUE
6
SUIVI DE L’ÉTAT DU SAINT-LAURENT
du Canada et de la Société de la
faune et des parcs du Québec.
Après avoir proposé et élaboré le
programme, ils se sont engagés
à continuer leurs activités de suivi
respectives et à mettre leurs résultats
en commun.
Stratégies Saint-Laurent est aussi
membre du comité de suivi. Sa
présence est importante car,
comme le souligne Mme Hélène
Bouchard, « tout en faisant valoir les
préoccupations des comités Zones
d’intervention prioritaire (ZIP), cet
organisme non gouvernemental nous
permet de joindre plusieurs acteurs
de la scène environnementale. »
Rappelons que Stratégies SaintLaurent, qui assure la concertation
des populations riveraines et apporte
un soutien constant aux comités ZIP,
joue aussi un rôle très actif dans le
domaine d’intervention Implication
communautaire.
2 — LE FLEUVE, février 2003
Pour une perspective élargie
« Par le passé, plusieurs bilans
ponctuels ont été établis. Toutefois,
ils ne répondaient que partiellement
aux besoins constants d’information
de plusieurs clientèles, notamment
les décideurs gouvernementaux et
municipaux, les scientifiques et les
groupes environnementaux, raconte
Mme Bouchard.
« On devait donc passer des constats
ponctuels à une perspective à long
terme. Un tournant qui s’imposait à
plus d’un titre. On avait ainsi constaté
que les citoyens avaient souvent une
perception négative de l’état du SaintLaurent. Or, dans la plupart des cas,
cette perception ne correspondait
pas à la réalité scientifique ou n’en
tenait pas compte. La solution
reposait en grande partie sur un
suivi systématique des principales
composantes du Saint-Laurent et la
diffusion d’une information à jour et
constante, laquelle présenterait à la
population une vision plus réaliste de
la situation.
« Enfin, il fallait continuer d’offrir
à la clientèle des décideurs de
l’information scientifique rigoureuse
pour les aider à prendre des décisions
éclairées visant à assurer l’intégrité de
l’écosystème et la récupération des
usages perdus. »
Des composantes scrutées à
la loupe
L’écosystème du Saint-Laurent
est complexe, car on y trouve
toute la gamme des milieux d’eau
douce, estuariens et marins, ainsi
qu’une grande diversité d’espèces
floristiques et fauniques. Le cadre
de référence du programme repose
sur les cinq composantes de base
de l’écosystème du Saint-Laurent
mentionnées précédemment. Dans
un premier temps, le comité a choisi
Activités de suivi en cours
Composante
Activité de suivi
Eau
Réseau hydrométrique (niveau et débit) — Plusieurs partenaires
Toxiques à l’entrée (île Wolfe) et à la sortie (Lévis) du secteur fluvial — EC
Toxiques organiques à l’embouchure des rivières Richelieu et Yamaska — MENV
Paramètres physico-chimiques et bactériologiques de l’eau (fleuve)* — MENV
Paramètres physico-chimiques de l’eau (estuaire et golfe) — MPO
Salubrité des eaux coquillières dans l’estuaire et le golfe* — EC
Salubrité des sites potentiels de baignade en eau douce* — MENV
Sédiments
Contamination des sédiments du lac Saint-François par les toxiques — EC
Ressources
biologiques
Superficie des milieux humides en eau douce — EC
Espèces végétales envahissantes des milieux humides en eau douce — EC
Suivi des communautés de poissons en eau douce — FAPAQ
Contamination des poissons par les toxiques en eau douce* — MENV
Contamination des ressources marines par les toxiques* — MPO
Communautés phytoplanctoniques dans l’estuaire et le golfe — MPO
Communautés zooplanctoniques dans l’estuaire et le golfe — MPO
Suivi des algues toxiques dans l’estuaire et le golfe — MPO
État des populations d’oiseaux marins — EC
État de la population du fou de Bassan — EC
État de la population du grand héron — EC
État de la population du béluga — MPO
Réintroduction du bar rayé — FAPAQ
* Lié à des critères d’usage par la population
3 — LE FLEUVE, février 2003
de restreindre ses activités aux
composantes eau, lit, ressources
biologiques et usages.
« Afin d’évaluer l’état et l’évolution de
l’écosystème, explique M. Jacques
Dupont, nous avons retenu vingt
et un indicateurs (appelés aussi
activités de suivi environnemental)
qui font partie des programmes
permanents d’acquisition de données
des partenaires du programme.
Chaque partenaire reste toutefois
responsable de la collecte de ses
données et de l’interprétation qu’il en
fait. C’est l’analyse de l’ensemble de
ces résultats qui nous a permis de
tracer un portrait global de l’état du
Saint-Laurent.
« Les vingt et un indicateurs
constituent le fondement du
programme, une base scientifique
solide qui a demandé, il faut le dire, un
effort de concertation de la part des
partenaires. Dans les années à venir,
on y inclura probablement d’autres
indicateurs, dont certains sur les
composantes rives et usages. »
Le programme de suivi de l’état du
Saint-Laurent comporte vingt et un
indicateurs environnementaux. Ces
indicateurs sont des mesures ou des
statistiques relatives à l’eau, au lit et
aux ressources biologiques du SaintLaurent; certains concernent aussi les
usages. Ils sont basés sur les activités
de suivi en cours chez les partenaires
de l’entente : Environnement Canada
(EC), ministère de l’Environnement
du Québec (MENV), ministère des
Pêches et des Océans du Canada
(MPO) et Société de la faune et des
parcs du Québec (FAPAQ).
4 — LE FLEUVE, février 2003
Fous de Bassan
Photo : Nathalie Brunelle © Le Québec en
images, CCDMD
•
certaines populations animales,
notamment le fou de Bassan
et le grand héron, ont été
réhabilitées;
•
la consommation des produits
marins et des poissons d’eau
douce ne représente pas un
risque pour la santé;
•
à de nombreux endroits, la
qualité de l’eau est adéquate
pour les usages récréatifs, même
si la baignade n’est pas encore
recommandée dans la plus
grande partie du fleuve.
En revanche, plusieurs problèmes
subsistent. On a, par exemple,
observé une légère dégradation
en ce qui a trait à la contamination
bactériologique, qui est due en grande
partie aux rejets et aux débordements
des eaux usées, ainsi qu’aux bas
niveaux d’eau des dernières années.
Le Saint-Laurent se porte-t-il
mieux qu’il y a dix ou quinze
ans?
« Dans la mesure où nous n’avons
pas encore une vision complète, mais
des points de référence, on peut dire
que le Saint-Laurent se porte mieux
aujourd’hui », déclare M. Dupont.
En effet, l’ensemble des données sur
l’eau, les sédiments et les ressources
biologiques recueillies dans le cadre
du programme permettent d’affirmer
que le Saint-Laurent est en meilleur
état qu’il ne l’a été au cours de la
seconde moitié du XXe siècle :
•
la contamination par les toxiques
a grandement diminué;
Grand Héron
Photo : Michel Leblond © Le Québec en
images, CCDMD
Cette situation limite les usages
récréatifs dans la partie fluviale et
la cueillette des mollusques dans
les eaux côtières marines. De
plus, la présence de contaminants
dans les couches profondes des
sédiments constitue une menace
à long terme pour le Saint-Laurent
s’ils étaient remis en circulation à la
suite, par exemple, de phénomènes
météorologiques ou d’activités
humaines comme le dragage.
« Ce qui est sûr, c’est que le suivi
de l’état du Saint-Laurent est une
responsabilité partagée qui requiert un
engagement à long terme! »
Les défis des prochaines
années
Mme Hélène Bouchard
Section État du Saint-Laurent
Centre Saint-Laurent
Environnement Canada
Tél. : (514) 283-3668
Courriel : Helene.Bouchard@ec.gc.ca
« L’intégration de l’information
découlant de notre programme et
l’amélioration des indicateurs relatifs
aux principales composantes de
l’écosystème à des échelles spatiales
et temporelles suffisantes demeurent
des défis importants », assure
Mme Bouchard.
« En plus de maintenir et de bonifier
nos acquis, ajoute M. Dupont,
nous souhaitons avoir de nouveaux
partenaires, dont des universités,
d’autres ministères ou organismes
gouvernementaux, ainsi que des
organismes à but non lucratif actifs
dans le domaine de la protection et de
la conservation de l’environnement.
Des efforts supplémentaires dans
la recherche, le développement
et la mise en œuvre de nouvelles
activités de suivi nous permettront de
compléter le programme.
À cet effet, les partenaires actuels
ont entrepris des démarches afin
de s’assurer que le programme se
poursuivra au moins jusqu’en 2010.
Un dossier à suivre…
Pour information :
Jacques Dupont
Service de l’information sur les milieux
aquatiques
Direction du suivi de l’état de
l’environnement
Ministère de l’Environnement du
Québec
Tél. : (418) 521-3820, poste 4738
Courriel :
Jacques.Dupont@menv.gouv.qc.cag
« Nous mettrons également l’accent
sur le partage de l’information avec
nos partenaires et la diffusion en ligne
(Internet) de l’information. Rendezvous Saint-Laurent est la première
manifestation de cette ouverture,
et nous souhaitons qu’un forum de
discussion sur l’état du Saint-Laurent
revienne tous les trois ans.
5 — LE FLEUVE, février 2003
SANTÉ HUMAINE
La contribution du Plan d’action
Saint-Laurent Vision 2000 à
l’amélioration de la santé du
Saint-Laurent au cours des
cinq dernières années
Les cyanobactéries1 : un
phénomène en émergence
Les gouvernements du Canada et du Québec ont conclu, depuis 1988, trois
ententes en vue de protéger, de conserver et de mettre en valeur le SaintLaurent qui ont permis aux partenaires gouvernementaux d’agir dans divers
domaines ayant une incidence sur le Saint-Laurent. La troisième entente
(1998-2003) se terminera en mars 2003. L’équipe de rédaction du bulletin
d’information Le Fleuve saisit cette occasion pour faire connaître les résultats
découlant des activités de chacun des domaines d’intervention de la troisième
phase du Plan d’action Saint-Laurent Vision 2000.
« En collaboration avec le réseau de la
santé, poursuit Mme Claire Laliberté,
le ministère de l’Environnement du
Québec a évalué une trentaine de
sites potentiels de baignade. Résultat :
les trois quarts du temps, la salubrité
de l’eau d’une douzaine de sites
permettait la baignade. L’étude a en
outre permis d’aménager certains
sites jusqu’alors inexploités.
La science au service de la
protection de la santé publique
Le Fleuve poursuit sa série d’articles sur les résultats les plus tangibles obtenus
depuis 1998 et les perspectives d’avenir des divers domaines d’intervention. Ce
mois-ci, nous avons rencontré les coprésidents du Comité d’intervention Santé
humaine, Mme Michèle Bélanger, du ministère de la Santé et des Services
sociaux du Québec, et M. Doug Haines, de Santé Canada. Mme Claire
Laliberté, coordonnatrice de ce domaine d’intervention et conseillère
scientifique à l’Institut national de santé publique du Québec, a également
participé à la rencontre.
D
epuis 1998, le domaine d’intervention Santé humaine a permis de
mettre en place un programme varié de surveillance, de recherche et de
communication lié à diverses utilisations du Saint-Laurent : activités récréatives,
ainsi que consommation d’eau potable et de produits aquatiques.
Acquisition de connaissances et activités de sensibilisation ont permis
d’atteindre l’objectif initial, qui était de réduire l’exposition de la population à de
l’eau et à des produits présentant des risques pour la santé.
Cette réussite, il est important de le préciser, a été rendue possible grâce
à la collaboration entre responsables du domaine de la santé, chercheurs,
associations d’usagers et comités Zones d’intervention prioritaire (ZIP).
Qu’ils aient participé à des recherches scientifiques ou à des activités de
sensibilisation, ils ont contribué, chacun à leur manière, à la protection de la
santé publique.
6 — LE FLEUVE, février 2003
« Dans le but de connaître les risques
de contamination microbiologique
auxquels s’expose la population,
affirme M. Doug Haines, on a effectué
plusieurs études sur la caractérisation
de la qualité de l’eau pour la pratique
d’activités récréatives. »
« Nous avons aussi mené
une étude exploratoire auprès
des motomarinistes et autres
plaisanciers afin d’évaluer les risques
microbiologiques auxquels ils sont
exposés. Le rapport, actuellement en
cours de rédaction, sera rendu public
prochainement. »
En ce qui a trait aux cyanobactéries,
leur présence dans les bassins
versants des rivières L’Assomption,
Châteauguay et Yamaska a fait l’objet
d’une étude approfondie.
« L’ingestion d’eau où la quantité de
cyanobactéries est élevée représente
un risque pour la santé, car ces
algues bleu-vert peuvent causer
un choc toxique au foie, explique
Mme Michèle Bélanger. Or, le
réchauffement de la planète entraîne,
dans les cours d’eau qui n’ont pas un
débit rapide, une augmentation des
cyanobactéries.
« Dans plusieurs zones de baignade
du bassin de la Yamaska, l’étude a
permis de détecter des concentrations
de cyanobactéries qui représentaient
un risque pour la santé des amateurs
de baignade et de ski nautique. »
« Comme il est très difficile de se
battre contre les conditions propices
à la prolifération des cyanobactéries,
déplore M. Haines, les problèmes
de santé risquent fort de devenir
récurrents et même de s’accentuer
dans l’avenir. »
Cyanobactéries
L’information devient donc essentielle,
voire prioritaire. Le ministère de
la Santé et des Services sociaux
du Québec produira, à partir des
conclusions de l’étude, un dépliant
à l’intention de la population afin
de l’informer de la situation. Pour
Mme Bélanger, même si cette
publication ne sera pas réalisée dans
le cadre du Plan d’action SLV 2000,
elle est un exemple des retombées
positives qu’a celui-ci à l’extérieur de
son circuit « officiel » d’intervention.
Une eau potable de bonne
qualité
« Le fleuve est la source d’eau
potable de 40 p. 100 de la population
du Québec. En phase III, souligne
M. Haines, on s’est penché davantage
sur les effets de la contamination de
l’eau potable sur la santé que sur sa
caractérisation. »
Dans quelques mois, les résultats
de deux études épidémiologiques
effectuées dans l’est du Québec et en
Montérégie seront rendus publics. La
première vise à déterminer si les eaux
du Saint-Laurent et de ses tributaires
constituent une cause importante
de giardiase2 dans l’est du Québec.
Rappelons que cette infection, causée
par un parasite, est à déclaration
obligatoire.
Photo : Françoise Lapointe, Environnement Canada
7 — LE FLEUVE, février 2003
côtière canadienne ont publié un guide
d’intervention en cas de déversement
de produits chimiques ou pétroliers en
milieu fluvial.
« Les directions régionales de
santé publique peuvent ainsi mieux
se préparer à intervenir en cas de
contamination de l’eau potable,
souligne Mme Bélanger. Le guide, qui
a eu pour effet de mobiliser plusieurs
acteurs environnementaux, pourra
également servir dans les situations
d’urgence où l’approvisionnement en
eau potable est perturbé. »
Consommation de produits
aquatiques : peu ou pas de
risques pour la santé
Si, en phase II, on a mis l’accent sur
la consommation de poissons, les
efforts de la phase III ont été centrés
sur la sauvagine et les mollusques,
particulièrement les moules.
Pêche au fillet maillant
Photo : Sylvain Desloges, FAPAQ
La seconde étude vise à évaluer
l’association possible entre l’eau de
consommation provenant de la rivière
Yamaska et les cas déclarés de
maladies gastro-intestinales.
« Des résultats préliminaires
démontrent que le taux de pollution
est plus élevé dans les régions
agricoles comme la Montérégie, où
la Yamaska est surtout polluée par
les déjections animales. Est-ce la
région la plus touchée? s’interroge
Mme Bélanger. On ne le sait pas
encore. »
Deux études exploratoires ont aussi
abouti à des diagnostics plutôt
encourageants sur la salubrité de
l’eau potable :
8 — LE FLEUVE, février 2003
•
les concentrations de sousproduits des alkylphénols
éthoxylés (utilisés dans
l’industrie des pâtes et papiers
et du textile) ne semblent pas
présenter de risques pour la
santé;
•
il n’est pas prouvé que le
dioxyde de chlore (désinfectant
dans le traitement de l’eau
potable) et deux de ses sousproduits ont des effets néfastes
sur la santé des nourrissons
(fonction thyroïdienne et
certains paramètres sanguins).
Un guide au cas où…
Le Québec n’étant pas à l’abri d’une
tragédie environnementale, l’Institut
national de santé publique et la Garde
Parmi les nombreuses études,
enquêtes et recherches des cinq
dernières années, mentionnons celles
qui ont été faites auprès d’adeptes
de la chasse aux oiseaux migrateurs,
d’amateurs de pêche blanche
du Saguenay et de populations
défavorisées vivant en milieu urbain.
En 2000, on a entrepris une enquête
alimentaire auprès de quelque
500 chasseurs de sauvagine. Cette
enquête visait à déterminer si la
consommation d’oies, de bernaches et
de canards barboteurs récoltés sur les
rives du Saint-Laurent constituait un
danger pour la santé.
« Les résultats d’une analyse de
risques fondée sur les données de
cette enquête, révèle Mme Bélanger,
indiquent que tel n’est pas le cas.
En ce qui concerne l’exposition au
mercure, les quantités consommées
ne sont pas assez importantes pour
constituer une menace. Par ailleurs,
les quantités minimes d’autres
contaminants (mirex, dieldrine,
chlordanes, dioxines et furannes)
que renferme la chair de sauvagine
ne représentent que de très faibles
risques pour la santé. »
Les résultats de l’enquête effectuée
auprès des amateurs de pêche
blanche du Saguenay vont dans le
même sens.
Cueilleurs de mollusques
Photo : Jean Guénette
« On a en effet constaté, depuis
quelques années, une baisse
des contaminants dans la chair
des poissons du Saint-Laurent
et du fjord du Saguenay, déclare
Mme Bélanger. Les concentrations de
mercure et de BPC sont inférieures
aux niveaux acceptables, et les
scénarios d’exposition aux dioxines
et aux furannes n’indiquent aucun
dépassement important des doses
jugées sécuritaires. »
Afin de répondre aux nombreuses
questions des amateurs de poissons,
les responsables du domaine
d’intervention Santé humaine du Plan
d’action SLV 2000 ont publié, il y a
quelques années, un document sur
les qualités nutritives des poissons de
pêche sportive du lac Saint-Pierre.
« Et nous lancerons prochainement,
rappelle M. Haines, le Guide
alimentaire du Saint-Laurent, dans
lequel est abordé l’aspect nutritionnel
des poissons pêchés et vendus dans
les commerces. Ce livret de 35 pages
sera présenté dans le site Internet
de SLV 2000 au cours des prochains
mois. »
Cache (chasse à la sauvagine)
Photo : Comité ZIP des Îles-de-la-Madeleine
En ce qui a trait à la consommation
de mollusques, un programme de
9 — LE FLEUVE, février 2003
surveillance mis en place dans
l’est du Québec, en collaboration
avec le personnel clinique de
66 établissements de santé, a
permis de confirmer l’existence d’un
problème lié à la contamination
microbiologique des mollusques,
notamment les moules (voir article
« Les maladies causées par les
mollusques sous haute surveillance »,
bulletin Le Fleuve, vol. 13, n° 4
– Novembre 2002, p. 1-3).
Enfin, selon les résultats d’une étude
menée sur la Côte-Nord, on observe,
depuis 1993, une diminution annuelle
de 10 p. 100 d’organochlorés3
chez les nouveau-nés, rapporte
Mme Laliberté. « Cette diminution
s’explique par le fait que les mères
ont réduit leur consommation d’œufs
d’oiseaux marins qui sont contaminés.
Il semblerait donc que la campagne
d’information préparée à leur intention
par la Direction de la santé publique
de la Côte-Nord ait porté fruit. »
Une incursion en recherche
sociale
Les acteurs du domaine d’intervention
Santé humaine s’intéressent aussi à la
recherche sociale. « En collaboration
avec des professionnels du réseau de
la santé, on a analysé, dans le cadre
d’une étude exploratoire, les effets
sociosanitaires de la pêche au fleuve
chez une population défavorisée du
quartier Hochelaga-Maisonneuve.
Cette activité familiale originale
avait été organisée par un groupe
communautaire du milieu, raconte
Mme Laliberté.
« On voulait, entre autres, voir
si l’activité de pêche au fleuve
pouvait contribuer à assurer une
certaine “ sécurité alimentaire ” des
familles. L’analyse des données a
10 — LE FLEUVE, février 2003
« Nous avons encouragé les
comités ZIP à présenter des projets
concernant l’information sur les
risques pour la santé et les usages du
Saint-Laurent, précise Mme Bélanger.
Et, afin que le message soit conforme
aux connaissances scientifiques
actuelles, les comités ont reçu un
soutien scientifique d’un professionnel
du réseau de la santé publique. »
Parmi les nombreuses réalisations
des partenaires de première ligne
du domaine d’intervention Santé
humaine, mentionnons une carte
pour la baignade produite par la
Corporation de l’île Saint-Quentin, en
collaboration avec la Direction de la
santé publique.
Examen des poissons au
laboratoire
Photo : Yves Mailhot, FAPAQ
montré que tel n’était pas le cas.
En revanche, l’activité elle-même a
eu des répercussions bénéfiques
sur le bien-être psychologique et
physique des participants. L’étude
a par ailleurs permis de confirmer
que la consommation de poisson
ne représentait aucun risque pour la
santé des personnes rencontrées. »
Santé et implication
communautaire
Dans une perspective d’engagement
communautaire, les responsables du
domaine d’intervention Santé humaine
travaillent en étroite collaboration avec
les établissements de santé locaux
et les comités ZIP, ainsi qu’avec les
associations d’usagers, de chasseurs
et de pêcheurs.
Enfin, on ne peut passer sous silence
les campagnes de sensibilisation sur
la consommation des mollusques et
ses risques pour la santé orchestrées
par les comités ZIP Baie des
Chaleurs, des Îles-de-la-Madeleine et
de la rive nord de l’estuaire.
À venir : enquête auprès de la
population et bilan scientifique
« Nous avons entrepris, en
décembre 2001, une enquête auprès
de cinq mille riverains, explique
Mme Laliberté. Cette enquête est
une suite, ou plutôt un complément,
du sondage de 1995 qui nous avait
permis de mieux comprendre les
relations que quatorze mille riverains
entretenaient avec le Saint-Laurent
et de circonscrire, entre autres, leurs
besoins d’information.
« Nous pourrons désormais savoir
si les riverains ont changé leur
perception du fleuve et s’ils ont
modifié leurs activités. Les résultats,
qui seront connus sous peu, nous
permettront d’adapter nos actions en
conséquence. »
« On met également la dernière
main au bilan scientifique L’état de
la question, ajoute M. Haines. Ce
bilan permettra de faire le point
sur l’ensemble des connaissances
acquises dans le domaine
d’intervention Santé humaine au
cours de la phase III du Plan d’action
SLV 2000. Il sera, lui aussi, disponible
prochainement. »
Connaissances et ouverture sur
le monde
Les cinq dernières années, on l’a vu,
ont permis d’acquérir de nouvelles
connaissances sur le lien entre l’eau,
les produits aquatiques et la santé.
Elles ont également été marquées
par une plus grande ouverture à la
population.
« Plus ça va, plus on se tourne
vers l’humain, déclare M. Haines.
L’acquisition de connaissances
scientifiques demeure toutefois
primordiale. Elle est en effet la
garantie d’une information juste
qui nous permettra d’élaborer des
politiques qui assureront la protection
de la santé de la population. »
2 Maladie intestinale causée par un
parasite microscopique (giardia) qui
peut se trouver dans l’eau.
3 Les organochlorés sont des
pesticides dont les molécules
renferment au moins une liaison
carbone-chlore. Le DDT, les BPC, les
dioxines, les furanes, le toxaphène et
le mirex font partie de cette classe de
composés.
Pour information :
Mme Michèle Bélanger
Ministère de la Santé et des Services
sociaux du Québec
Tél. : (418) 266-6723
Courriel :
Michele.Belanger@msss.gouv.qc.ca
M. Doug Haines
Santé Canada
Tél : (613) 948-2552
Courriel : Doug_Haines@hc-sc.gc.ca
g
Quels seront les grands défis des
prochaines années? « On se penche
actuellement sur les orientations
qui seraient davantage axées sur
des activités de sensibilisation et de
promotion », conclut Mme Bélanger.
1 Les cyanobactéries sont des algues
bleu-vert qui flottent à la surface de
l’eau. Quand elles sont en grande
quantité, on les appelle « fleur d’eau »;
on parle alors de prolifération. Elles
sont composées de cellules qui
peuvent être toxiques; les toxines
cyanobactériennes sont divisées en
deux classes : les hépatotoxines et les
neurotoxines. Source : Votre santé et
vous, Santé Canada.
11 — LE FLEUVE, février 2003
BULLETIN D’INFORMATION
SAINT-LAURENT VISION 2000
Programme de financement Interactions communautaires
Nous avons le plaisir d’annoncer une date de tombée supplémentaire
pour soumettre des projets, dans le cadre du programme Interactions
communautaires (PIC) de SLV 2000, phase III. Cette décision a été prise
conjointement entre les partenaires du Programme qui sont : Environnement
Canada, le ministère de l’Environnement du Québec et la Société de la faune
et des parcs du Québec.
La date limite pour soumettre une proposition de projet est le
1er avril 2003.
Pour de plus amples renseignements sur le programme ou pour obtenir les
documents en vue de soumettre un projet, veuillez communiquer avec un
agent de projets à l’adresse suivante :
Saint-Laurent Vision 2000
Interactions communautaires
1141, route de l’Église
C.P. 10100, 1er étage
Sainte-Foy (Québec)
G1V 4H5
Téléphone : (418) 648-3537
ou (sans frais) : 1-800-463-4311 et 1-800-561-1616
Télécopieur : (418) 649-6674
Courriel : quebec.interactions_communautaires@ec.gc.ca
Site Internet : Programme Interactions communautairesg
Le Fleuve est publié par l’ensemble
des partenaires de Saint-Laurent
Vision 2000.
Coordination :
Raymonde Goupil, Clément Dugas
et Danielle Coulombe
Rédaction :
Andrée LeMay
Révision :
Josée Brisson
Réalisation :
Françoise Lapointe, éditrice,
SLV 2000
Le bulletin Le Fleuve est publié sur
le site Internet de SLV 2000 et peut
différer de cette version en raison
de l’espace restreint. Vous pouvez
le consulter à l’adresse suivante :
www.slv2000.qc.ca
La reproduction des textes est
autorisée à condition que la source
soit mentionnée.
ISSN 0847-5334
Dépôt légal :
Bibliothèque nationale du Canada,
Bibliothèque nationale du Québec
Volume 13, numéro 6.
Le Fleuve is also available in English.
12 — LE FLEUVE, février 2003
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