D I A P A S O N 2001

D I A P A S O N 2001
B U L L E T I N D ’ I N F O R M AT I O N
S A I N T- L AU R E N T V I S I O N 2 0 0 0
VOLUME 11 — NUMÉRO 9 — FÉVRIER
D I A P A S O N
L’industrie maritime met en
place une mesure concrète
pour diminuer l’érosion des
berges
Le Comité de concertation
navigation, de concert avec plusieurs
partenaires, propose à l’industrie
maritime une mesure visant à réduire
les effets du batillage dans des
secteurs de grande valeur biologique.
Pour une meilleure détection
des micro-organismes
pathogènes dans les
mollusques bivalves de
l’estuaire maritime du
Saint-Laurent
Une étude sur la détection des
micro-organismes pathogènes dans
les mollusques bivalves de l’estuaire
maritime du Saint-Laurent confirme
l’importance de respecter les avis
de fermeture des secteurs coquilliers
ainsi que les recommandations de
faire bouillir les mollusques
directement dans l’eau.
La présence de chloroforme
dans l’eau potable puisée dans
le Saint-Laurent et ses
conséquences sur la santé
L’étude sur les risques de l’exposition
au chloroforme contenu dans l’eau
des résidences, menée par le
domaine d’intervention de santé
humaine de SLV 2000, donne des
résultats rassurants.
2001
L’industrie maritime met en place
une mesure concrète pour
diminuer l’érosion des berges
Dans le cadre des activités du Plan
d’action Saint-Laurent Vision 2000
(SLV 2000), le Comité de concertation
Navigation a mis en chantier plusieurs
études et projets afin de trouver des
solutions concrètes pour les enjeux
qui seront au cœur de la stratégie
de navigation durable, attendue en
2003. L’un de ces enjeux est l’érosion
des berges causée par le passage
des navires commerciaux et des
embarcations de plaisance. Les
travaux du Comité de concertation
portent déjà fruit, comme en témoigne
une mesure innovatrice mise en place
par l’industrie maritime et visant à
réduire les risques d’érosion.
L
e Comité de concertation
Navigation est formé de
représentants du secteur de la
navigation commerciale, des groupes
communautaires et environnementaux
de même que de six ministères
des gouvernements du Québec et
du Canada. Il s’est fixé un objectif
ambitieux, soit celui d’élaborer et de
mettre en œuvre, de façon concertée,
une stratégie favorisant la navigation
durable sur le Saint-Laurent. Parmi les
principaux enjeux des travaux menés
par le Comité, on trouve :
• la gestion intégrée du dragage et des
sédiments;
• la protection des berges contre
l’érosion causée par la navigation;
• le contrôle de l’introduction
d’espèces exotiques par les rejets des
eaux de ballast des navires;
• l’amélioration de la gestion des
risques et des dangers
environnementaux.
S O M M A I R E
L’INDUSTRIE MARITIME MET EN
EN PLACE UNE MESURE
CONCRÈTE POUR DIMINUER
L’ÉROSION DES BERGES
1
POUR UNE MEILLEURE
DÉTECTION DES MICRO ORGANISMES PATHOGÈNES
DANS LES MOLLUSQUES
BIVALVES DE L’ESTUAIRE
MARITIME DU
ST-LAURENT
4
LA PRÉSENCE DE CHLOROFORME DANS L’EAU POTABLE
PUISÉE DANS LE ST-L AURENT
ET SES CONSÉQUENCES SUR
LA SANTÉ
6
NAVIGATION
Une initiative de grande valeur
pour la santé du Saint-Laurent
Afin de contribuer à réduire le
phénomène de l’érosion causé par
le batillage et de protéger la
biodiversité, des membres du Comité
de concertation Navigation ont mis
sur pied un projet de réduction de la
vitesse des navires dans les zones
sensibles. Un groupe de travail spécial
a été formé pour conduire ce projet.
Ce groupe comptait des représentants
de la Corporation des pilotes du SaintLaurent central, du Port de Montréal,
de l’Association des armateurs du
Saint-Laurent, de la Fédération
maritime du Canada, de la Société
de développement économique du
Saint-Laurent et de la Garde côtière
canadienne.
Photo : Denis Lehoux, Service canadien de la faune
Certains secteurs du SaintLaurent plus vulnérables au
batillage
L’érosion des berges du Saint-Laurent
est un phénomène complexe
engendré par de nombreux facteurs,
certains étant d’origine naturelle et
d’autres étant liés aux activités
humaines. Parmi les facteurs naturels,
on compte, par exemple, le passage
des glaces, les courants fluviaux, les
crues d’orage, de fonte des neiges
et d’embâcle, de même que les
marées. Quant aux facteurs d’origine
anthropique, ce sont notamment les
variations des niveaux d’eau
entraînées par les ouvrages de
régularisation des eaux, ainsi que
le batillage, c’est-à-dire les vagues
causées par le passage des navires
commerciaux ou des embarcations
de plaisance.
Certains travaux visant à dresser un
bilan de l’érosion le long du SaintLaurent ont été conduits au cours
de la deuxième phase de SLV 2000.
2 — LE FLEUVE, février 2001
Le Comité de concertation Navigation
s’est inspiré de ces travaux pour
mener une étude approfondie sur
les rapports entre la navigation
commerciale et de plaisance et
l’érosion des berges dans le tronçon
Cornwall — Montmagny. Il s’agit de
l’une des deux recherches
supervisées par le ministère des
Transports du Québec en 1999 en vue
de contribuer à l’atteinte des objectifs
du domaine d’intervention Navigation.
Fondée sur des données récoltées
entre 1964 et 1983, l’étude a permis
de démontrer que le batillage causé
par les navires commerciaux a une
incidence sur les rives lorsque les
navires circulent à moins de 800 m
de celles-ci. Ainsi, dans le tronçon
à l’étude, seuls 250 km ou 15 p.
100 des rives sont touchées par le
batillage des navires commerciaux. Il
apparaît également que 85 p. 100
de l’érosion observée dans la zone
étudiée se concentre dans le secteur
de Montréal — Sorel.
L’industrie maritime s’est montrée très
réceptive à l’idée de chercher une
solution susceptible de réduire les
effets du batillage, bien que l’état
actuel des connaissances ne permette
pas de déterminer avec certitude la
part exacte de l’érosion attribuable aux
navires commerciaux. Toutefois, dans
certains secteurs, cette proportion
pourrait être de l’ordre de 60 p. 100.
En septembre 2000, le groupe de
travail spécial a amorcé la promotion,
au sein de l’industrie maritime, d’une
mesure innovatrice visant à amener
une réduction de la vitesse des
navires. Cette mesure s’applique aux
navires circulant dans une section
fluviale d’environ 25 km couvrant les
zones de Contrecœur, de Varennes,
de Verchères et de l’archipel de Sorel.
On enregistre, dans cette zone, une
érosion grave menaçant des éléments
de grande valeur biologique, ceux-ci
ayant été définis à partir de travaux de
terrain et d’analyses photographiques
effectués dans la période 1983-1997.
Cette mesure permettrait de réduire
les effets du batillage sur près
de 50 p. 100 des secteurs de grande
valeur biologique dans le tronçon
considéré.
La vitesse a été établie à un maximum
de dix nœuds en direction de l’amont
et de quatorze nœuds en direction
de l’aval (1 noeud = 1 mille marin
par heure; 1 mille = 1,852 km). Cette
vitesse optimale devrait permettre de
diminuer le batillage tout en assurant
la manœuvrabilité nécessaire au
passage sécuritaire des navires. La
Garde côtière canadienne a répondu
très favorablement à cette initiative,
et elle poursuit sa collaboration avec
le groupe de travail spécial en
effectuant, entre autres, des relevés
systématiques de la vitesse des
navires.
Appliquée sur une base volontaire, la
mesure de réduction de la vitesse
connaît déjà un grand succès. En
effet, après quelques semaines
d’observation, on a pu constater, à
l’examen des relevés de vitesse des
navires fournis par la Garde côtière
canadienne, que les navires ont
tendance à respecter les limites
proposées. Cette mesure entraîne
pourtant des coûts non négligeables
pour certains navires, qui doivent
par exemple changer de carburant
lorsqu’il y a baisse du régime des
moteurs.
« Cette mesure constitue un très bon
exemple d’application concrète des
recherches effectuées dans le cadre
de la phase III de SLV 2000. Par
ailleurs, il est aussi intéressant de
noter le travail de concertation à la
base de cette mesure, qui la rend
rapidement acceptable et applicable,
de même que le caractère volontaire
de sa mise en œuvre, qui illustre
une forme d’action non réglementaire
pouvant convenir à la fois aux
transporteurs maritimes et aux
impératifs de protection du fleuve »,
estime M. Jérôme Faivre, coprésident
pour le Québec du Comité de
concertation Navigation.
La navigation de plaisance est
aussi visée par les interventions
du Comité
L’étude supervisée par le Comité de
concertation Navigation ayant
démontré que certaines zones du
fleuve pouvaient aussi être perturbées
par le passage des embarcations de
plaisance, une approche a également
été tentée auprès de représentants
de ce secteur. « Le Comité de
concertation Navigation a récemment
rencontré les plaisanciers pour les
informer, à leur tour, sur la fragilité
des berges des îles et les
conséquences du batillage », explique
M. Gervais Bouchard, coprésident
pour le Canada du Comité de
concertation Navigation. « Nous
sommes maintenant disposés à les
appuyer dans la mise en place de
moyens qui susciteront, chez les
utilisateurs d’embarcations motorisées
ou de motomarines, des
comportements susceptibles de
contribuer aussi à la protection
des berges. »
Coordination, Domaine d’intervention
Navigation
Laurence Mazaudier, Pêches et
Océans Canada
Téléphone : (418) 648-2497
Courriel : mazaudierl@dfo-mpo.gc.ca
Source :
DAUPHIN, Diane. 2000. Influence de
la navigation commerciale et de la
navigation de plaisance sur l’érosion
des rives du Saint-Laurent dans le
tronçon Cornwall — Montmagny.
Rapport final, ministère des
Transports du Québec, 103 p. + cartes
+ annexes.g
Il est à noter que les résultats de
l’étude supervisée par le Comité de
concertation Navigation seront bientôt
disponibles dans Internet. Ainsi, les
représentants de l’industrie maritime,
les pilotes ou encore les adeptes de
la navigation de plaisance pourront
consulter des cartes illustrant les
zones les plus sensibles à l’érosion
entre Cornwall et Montmagny.
Pour information :
Coprésidents du Comité de
concertation Navigation
Jérôme Faivre, Transports Québec
Téléphone : (418) 643-2618
Courriel : jfaivre@mtq.gouv.qc.ca
Gervais Bouchard, Pêches et Océans
Canada
Téléphone : (418) 649-6568
Courriel : bouchardg@dfo-mpo.gc.ca
3 — LE FLEUVE, février 2001
SANTÉ HUMAINE
Pour une meilleure détection des
micro-organismes pathogènes
dans les mollusques bivalves
de l’estuaire maritime du
Saint-Laurent
La cueillette de mollusques constitue, sur la Côte-Nord, une activité fort
populaire qui permet aux riverains de se procurer une ressource alimentaire très
appréciée tout en maintenant vivante une pratique traditionnelle liée au SaintLaurent. Plusieurs organismes gouvernementaux se partagent la responsabilité
de la surveillance de la qualité des mollusques et des zones de cueillette. Une
étude a été menée, sur la rive nord de l’estuaire maritime, par la Direction
de la santé publique de la Côte-Nord dans le cadre des activités du domaine
d’intervention Santé humaine du Plan d’action Saint-Laurent Vision 2000. Cette
étude visait à évaluer la validité des indicateurs qui servent à estimer la
contamination des mollusques par les pathogènes.
V
ivant enfouis dans les sédiments ou fixés aux roches et aux récifs,
les mollusques se nourrissent de phytoplancton et d’autres substances
obtenus par filtration de l’eau. Ils sont ainsi susceptibles d’absorber certains
contaminants pouvant les rendre impropres à la consommation. Les mollusques
bivalves peuvent, par exemple, être contaminés par des micro-organismes
pathogènes (bactéries, virus et protozoaires) introduits dans les eaux
coquillières par les déchets fécaux humains et animaux.
Les conséquences, pour la santé, de la consommation de mollusques
contaminés par ces pathogènes se manifestent généralement sous forme de
troubles gastro-intestinaux dont la durée peut varier de quelques heures à
quelques jours. Toutefois, des infections plus graves telles que la salmonellose
et l’hépatite A, de même que des infections chroniques telles que la giardiase,
peuvent également être causées par l’ingestion de mollusques contaminés par
des micro-organismes pathogènes.
Surveillance de la salubrité des mollusques et des eaux
coquillières
La surveillance de la contamination des mollusques et des eaux coquillières, y
compris la contamination d’origine fécale, est au centre d’un programme géré
par plusieurs organismes des gouvernements du Québec et du Canada. Dans
le cas des 46 secteurs de cueillette situés sur la rive nord de l’estuaire du SaintLaurent, on évalue la qualité bactériologique de l’eau sur une base régulière
dans le but de formuler des recommandations visant à autoriser la cueillette
des mollusques dans une zone donnée, à l’approuver conditionnellement ou
encore à l’interdire. La qualité des mollusques cueillis à des fins commerciales
fait également l’objet d’une évaluation dans les usines de transformation de
fruits de mer.
4 — LE FLEUVE, février 2001
La surveillance de la contamination
fécale des mollusques et des eaux
coquillières repose essentiellement
sur la recherche du micro-organisme
Escherichia coli de même que sur
celle des coliformes fécaux et des
coliformes totaux.
Des indicateurs remis en
question
Les conclusions d’une étude menée
en 1999 par la Direction de la santé
publique de la Côte-Nord ont soulevé
un questionnement quant à la fiabilité
des indicateurs actuellement utilisés
aux fins d’évaluation de la
contamination fécale des mollusques
et des eaux coquillières de la rive
nord de l’estuaire maritime du
Saint-Laurent.
Dans les mois qui ont suivi, un
projet de recherche a été mis en
œuvre, le but étant d’évaluer la validité
de certains micro-organismes comme
indicateurs de la qualité des
mollusques et des eaux coquillières, et
ce, en tenant compte de l’incidence de
divers paramètres environnementaux.
L’aire d’étude retenue pour ce projet
correspondait au territoire de la Zone
d’intervention prioritaire (ZIP) de la
rive nord de l’estuaire, qui s’étend
de Tadoussac à Baie-Trinité. Près de
quatre mille myes ont été récoltées
dans neuf zones de cueillette réparties
entre Pointe-aux-Outardes et
Grandes-Bergeronnes. Les
prélèvements d’eau, au nombre de 28,
ont eu lieu à un seul endroit, soit dans
la Baie-Laval.
Les analyses effectuées sur les
échantillons d’eau et de myes prélevés
avaient pour objet, d’une part, de
détecter la présence et de mesurer
l’abondance de six micro-organismes
susceptibles d’être utilisés comme
indicateurs de la contamination fécale.
Deux de ces micro-organismes, soit
Escherichia coli et les coliformes
fécaux, sont d’ailleurs utilisés dans
le cadre des programmes de
surveillance actuels, alors que les
quatre autres constituent des
indicateurs potentiels. D’autre part, les
analyses ont permis d’évaluer, dans
les myes, la présence de quatre
pathogènes constituant, dans
certaines conditions, un risque pour la
santé de la population.
La vigilance s’impose dans le
choix et l’utilisation des
indicateurs
Au terme de l’étude, il apparaît que
la fréquence de détection des
pathogènes dans les myes est
importante, puisque 90 p. 100 des
échantillons se sont révélés
contaminés. La contamination a
touché les myes des six secteurs
fermés à la cueillette, ce qui était
prévisible. Toutefois, des myes
contaminées ont aussi été prélevées
dans les trois secteurs où la cueillette
était autorisée. Ceci confirme le fait
que la consommation de mollusques
peut représenter une source
d’exposition significative aux microorganismes pathogènes
d’origine fécale.
Par ailleurs, Escherichia coli et les
coliformes fécaux sont apparus
comme des indicateurs peu
performants de la présence des
pathogènes. En effet, les fréquences
de détection de Escherichia coli et
des coliformes fécaux, évaluées
respectivement à 14 p. 100 et à
21 p. 100, sont nettement inférieures
à la fréquence de détection des
pathogènes. En outre, Escherichia coli
et les coliformes fécaux ne sont pas
détectés dans près de 80 p. 100
des échantillons pourtant contaminés
par des pathogènes. « Ces résultats
tendent à confirmer l’hypothèse selon
laquelle Escherichia coli et les
coliformes fécaux ne seraient pas
suffisamment sensibles pour être des
indicateurs valides de la contamination
fécale des mollusques sur la CôteNord », mentionne Mme Alexandra
Valentin, qui a dirigé l’étude à titre de
chargée de projet pour la Direction
de la santé publique de la Côte-Nord.
Selon Mme Valentin, il faudrait
toutefois vérifier si l’application d’un
seuil de détection plus faible que celui
qui a été utilisé dans la présente
étude, tel que recommandé et utilisé
par certains programmes de
surveillance, suffirait à accroître la
sensibilité des indicateurs à un niveau
satisfaisant.
L’étude de l’incidence des paramètres
environnementaux sur l’abondance
des micro-organismes indicateurs
peut fournir une explication quant à
la faible performance d’Escherichia
coli et des coliformes fécaux comme
indicateurs de la présence des
pathogènes. En effet, les résultats
suggèrent que la salinité de l’eau
favorise la disparition rapide
d’Escherichia coli et des coliformes
fécaux dans les eaux des zones
coquillières.
Finalement, parmi les quatre
indicateurs potentiels considérés dans
le cadre de l’étude, il a été possible
de désigner un candidat prometteur
en ce qui a trait à la détection de
la contamination d’origine fécale dans
les mollusques. Il s’agit du groupe
des coliphages somatiques. Ceux-ci
sont apparus comme sensibles, ce
qui signifie qu’ils sont effectivement
détectés dans les mollusques
contaminés par des pathogènes. Ils
semblent également peu vulnérables
aux conditions environnementales.
« À l’époque où Escherichia coli
et les coliformes fécaux ont été
retenus comme indicateurs de la
contamination fécale des mollusques,
un moins grand nombre de microorganismes pathogènes présents
dans les zones coquillières était
connu », explique Mme Valentin,
insistant sur le fait qu’il est important
de poursuivre les travaux visant à
évaluer la qualité des indicateurs
actuels ou potentiels. Dans l’étude,
on soutient que pour l’avenir, la mise
en place d’un outil efficace
d’évaluation des risques associés à
la consommation de mollusques doit
reposer sur des études
épidémiologiques, des recherches
touchant aux micro-organismes et une
connaissance accrue des interactions
des micro-organismes entre eux et
avec le milieu.
Il va sans dire que l’étude a permis de
confirmer l’importance du respect, par
les cueilleurs, des avis de fermeture
des secteurs coquilliers. En outre, il
est recommandé de faire cuire les
mollusques au moins cinq minutes
avant de les manger, et ce, en
les faisant bouillir directement dans
l’eau, ce qui pourrait garantir une
température interne suffisante pour
que soit éliminée la majorité des
micro-organismes pathogènes.
Pour information :
Alexandra Valentin
Institut des sciences de la mer
(ISMER)
Université du Québec à Rimouski
Téléphone : (418) 775-0655
Courriel : VALENTINA@dfompo.gc.ca
Jacques-François Cartier
Régie régionale de la santé et des
services sociaux de la Côte-Nord
Téléphone : (418) 589-9845
Courriel : JacquesFrancois_Cartier@ssss.gouv.qc.ca
Source :
VALENTIN, A., T. TREMBLAY,
F. GAGNON et J.F. Cartier. 2000.
Évaluation de la validité des
indicateurs de contamination fécale
des mollusques bivalves et des eaux
coquillières de la rive nord de
l’estuaire maritime du Saint-Laurent .
Régie régionale de la santé et des
services sociaux de la Côte-Nord,
Direction de la santé publique, 90 p. +
annexes.
5 — LE FLEUVE, février 2001
SANTÉ HUMAINE
La présence de chloroforme dans
l’eau potable puisée dans le SaintLaurent et ses conséquences sur
la santé
Photo : Pierre Marin
Les municipalités qui prennent leur eau potable dans le Saint-Laurent doivent
traiter celle-ci de manière à répondre à des normes strictes relatives à la
santé de la population. La dernière étape du traitement de l’eau consiste
généralement à ajouter du chlore pour éliminer les bactéries. Une équipe de
chercheurs de l’Unité de recherche en santé publique du Centre hospitalier
universitaire de Québec (CHUQ) a mené une étude, dans les municipalités
puisant leur eau potable dans le Saint-Laurent, afin de déterminer dans quelle
mesure le bain ou la douche pouvait augmenter l’absorption par l’organisme de
chloroforme, un sous-produit de la chloration. Cette étude a été effectuée dans
le cadre des travaux du domaine d’intervention Santé humaine de Saint-Laurent
Vision 2000.
L
es procédés de chloration utilisés pour la désinfection des eaux de
consommation entraînent la formation de sous-produits parmi lesquels
certains sont susceptibles de contaminer les réseaux de distribution d’eau
potable. Le chloroforme constitue l’un des sous-produits de la chloration les plus
abondants dans l’eau potable. Ce composé est reconnu comme cancérigène
chez l’animal, et le même effet est soupçonné chez l’humain.
Les organismes gouvernementaux fixent des normes quant à la concentration
maximale acceptable de chloroforme dans les réseaux de distribution d’eau
potable. Cependant, dans l’établissement de ces normes, on ne tient compte
que de l’exposition par ingestion, sans considérer l’inhalation et l’absorption
cutanée. Dans ces deux derniers cas, on peut absorber du chloroforme
6 — LE FLEUVE, février 2001
en faisant la lessive, en lavant la
vaisselle ou en prenant des bains ou
des douches.
Une étude intégrant l’ensemble
des voies d’absorption du
chloroforme
C’est pour estimer l’effet conjugué
de toutes les voies d’absorption du
chloroforme qu’une équipe de l’Unité
de recherche en santé publique du
CHUQ a fait une étude, répartie
en deux volets. Dans un premier
temps, les chercheurs ont vérifié, dans
des conditions réelles d’exposition,
les doses internes de chloroforme
amenées par la douche et le bain chez
des adultes et des enfants habitant
des municipalités de la région de
Québec puisant leur eau potable dans
le fleuve Saint-Laurent ou l’une de ses
principales rivières tributaires. La dose
interne correspond à la quantité de
chloroforme absorbée par l’organisme;
on l’évalue en mesurant les
concentrations de chloroforme dans
l’air exhalé.
Dans un deuxième temps, à partir
des doses internes mesurées, on a
conçu un modèle d’analyse du risque
pour la santé associé à l’exposition au
chloroforme contenu dans l’eau des
résidences.
Ainsi, à l’été 1996, dix-huit hommes
adultes et dix-neuf enfants, garçons
et filles, ont participé au projet de
recherche. Les résidences étaient
alimentées en eau potable à partir
des réseaux de Sainte-Foy, de Lévis,
de Saint-Romuald et de Charny. Les
chercheurs ont mesuré un grand
nombre de paramètres durant le bain
ou la douche, allant de la durée
et de la hauteur de l’eau dans la
baignoire jusqu’à la marque de savon
utilisé. Plusieurs données devaient
également être recueillies : l’âge,
la taille et le poids des sujets, la
grandeur de la pièce et celle de
la douche ou de la baignoire, la
température de l’eau, etc.
Pour chacun des participants à l’étude,
les chercheurs mesuraient la
concentration de chloroforme dans
l’air exhalé avant, puis immédiatement
après ainsi que quinze et trente
minutes après le bain ou la douche.
Pour ce faire, on demandait aux
participants d’exhaler à l’intérieur d’un
sac. L’air emprisonné était par la
suite analysé afin de mesurer la
concentration de chloroforme. Le
chloroforme est en grande partie
éliminé de l’organisme par voie
pulmonaire. Cette mesure constitue
donc un indice biologique de
l’exposition au chloroforme. Ainsi, la
mesure effectuée avant la douche ou
le bain permettait d’évaluer la dose
interne initiale des participants, et la
différence entre la concentration de
chloroforme exhalé après et avant la
douche ou le bain indiquait la dose
interne liée à la douche ou au bain.
De même, les différences entre les
concentrations de chloroforme quinze
et trente minutes après la douche
ou le bain et le niveau de base
permettaient de déterminer les doses
internes résiduelles pour ces périodes.
Des résultats rassurants en ce
qui concerne la santé de la
population
Les doses internes mesurées ont servi
à concevoir un modèle qui a été
par la suite utilisé pour estimer le
risque cancérigène pour l’ensemble
des voies d’exposition au chloroforme
contenu dans l’eau potable des
résidences. Le potentiel cancérigène
du chloroforme n’ayant pas été étudié
chez l’humain, les concentrations de
métabolites du chloroforme liés au
tissu hépatique évaluées grâce au
modèle ont été comparées à celles
qui avaient été déterminées au cours
d’études concernant l’apparition et
le développement de cancer chez
l’animal.
« En ce qui a trait à l’exposition
au chloroforme, les résultats observés
sont très rassurants, explique
M. Benoît Lévesque, le chercheur
ayant dirigé l’étude. En effet, pour les
concentrations d’exposition étudiées,
la dose interne de chloroforme la
plus élevée est environ six mille fois
plus petite que la dose la plus faible,
toutes études confondues, n’ayant pas
provoqué l’apparition de tumeurs chez
l’animal de laboratoire. »
En outre, les concentrations de
chloroforme mesurées dans les
résidences des participants à l’étude
étaient comparables aux
concentrations signalées dans la
documentation pour une forte
proportion de réseaux de distribution
au Québec. « C’est donc dire que,
pour une forte proportion de la
population du Québec, les risques de
cancer découlant de l’exposition au
chloroforme contenu dans l’eau des
résidences sont très faibles », conclut
M. Lévesque.
Pour information :
Benoît Lévesque
Unité de recherche en santé publique
du CHUQ
Téléphone : (418) 666-7000,
poste 296
Courriel :
Benoit.Levesque@crchul.ulaval.ca
Source :
LÉVESQUE, B., P. AYOTTE,
R. TARDIF, L. FERRON,
S. GINGRAS, E. ACHLOUCH.
G. GINGRAS. P. LEVALLOIS et
E. DEWAILLY. 2000. Évaluation de
la charge corporelle de chloroforme
induite par la douche et le bain pour
les citoyens des municipalités utilisant
le fleuve Saint-Laurent comme source
d’eau potable. Centre de santé
publique de la région de Québec, 30 p.
+ tableaux.g
7 — LE FLEUVE, février 2001
BULLETIN D’INFORMATION
SAINT-LAURENT VISION 2000
Le 7 février dernier, à Trois-Pistoles, avait lieu l’assemblée générale de
fondation de la Zone d’intervention prioritaire (ZIP) du sud de l’Estuaire. Le
territoire couvert par ce 14e comité ZIP s’étend de Montmagny à Matane. Le
président est monsieur Doris Labrie et la coordonnatrice, madame Françoise
Bruaux. Les coordonnées du bureau sont les suivantes : 88, rue SaintGermain ouest, Rimouski, (Qc) G5L 4B5. Le numéro de téléphone est le
(418) 722-8833; le télécopieur : (418) 724-2216 et l’adresse électronique :
zipse@globetrotter.net. Bienvenue et bon travail à ce nouveau comité ZIP !
Le Comité consultatif de SLV 2000 organise un forum qui aura lieu à Montréal
le mardi, 20 février prochain. Le thème du forum est : «La gestion du SaintLaurent : les défis du partenariat». Les objectifs de ce forum sont d’analyser
les formules de concertation de SLV 2000, d’en évaluer les forces et les
faiblesses et d’examiner les formes que pourrait prendre le partenariat dans
une gestion future du Saint-Laurent. Vous pouvez vous inscrire par téléphone
au (418) 872-8110 ou par télécopieur au (418) 872-6912 ou par courriel :
info@transenvironnement.qc.ca. Pour plus d’information, voir le site Internet
de Saint-Laurent Vision 2000 à l’adresse suivante :
http://slv2000.qc.ec.gc.ca.
Le Fleuve est publié par l’ensemble
des partenaires de Saint-Laurent
Vision 2000.
Coordination :
Raymonde Goupil, Clément Dugas et
Suzanne Bourget
Rédaction :
Gaétane Tardif, consultante
en environnement
Révision :
Josée Brisson
Réalisation :
Françoise Lapointe, éditrice,
SLV 2000
Le bulletin Le Fleuve est publié sur
le site Internet de SLV 2000 et peut
différer de cette version en raison
de l’espace restreint. Vous pouvez le
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ISSN 0847-5334
Dépôt légal :
Bibliothèque nationale du Canada,
Bibliothèque nationale du Québec
Volume 11, numéro 9.
Le Fleuve is also available in English.
8 — LE FLEUVE, février 2001
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