Conséquences des fluctuations du niveau d’eau dans l’écosystème du Saint-Laurent

Conséquences des fluctuations du niveau d’eau dans l’écosystème du Saint-Laurent
B U L L E T I N D ’ I N F O R M AT I O N
S A I N T- L AU R E N T V I S I O N 2 0 0 0
VOLUME 11 — NUMÉRO 4 — JUILLET
D I A P A S O N
Conséquences des fluctuations du
niveau d’eau dans l’écosystème du
Saint-Laurent
Les variations saisonnières du niveau
d’eau dans le Saint-Laurent sont
critiques pour la plupart des
composantes de l’écosystème. Des
projets visant à quantifier les impacts
de ces variations sont menés par
le Sous-comité Niveau d’eau du
domaine d’intervention Biodiversité.
La modélisation de l’écosystème
fluvial : un outil de science et de
gestion
Ainsi, des chercheurs travaillent à
la conception d’une modélisation
décrivant la dynamique fluviale du
Saint-Laurent. Ces travaux
permettront de raffiner les processus
de gestion du fleuve à partir d’une
meilleure compréhension des
conséquences de ces fluctuations.
Chronique ZIP
La cueillette artisanale des
mollusques présente certains risques
pour la santé en raison de la salubrité
des zones coquillières. Santé Canada
et le ministère de la Santé et des
Services sociaux du Québec se sont
associés avec les comités ZIP Baie
des Chaleurs, des îles de la
Madeleine et de la rive nord de
l’estuaire afin de sensibiliser les
populations visées. Chacun des ces
comités ZIP a mis sur pied son propre
plan d’intervention.
2000
Conséquences des fluctuations du
niveau d’eau dans l’écosystème du
Saint-Laurent
Les variations saisonnières et
interannuelles du niveau d’eau dans
le Saint-Laurent sont critiques pour
la plupart des composantes de
l’écosystème, de même que pour les
usages qui y sont liés. Tant le niveau
d’eau du fleuve que sa variabilité
sont susceptibles d’être modifiés par
les changements climatiques prévus
à moyen terme. Toutefois, les
conséquences des changements
climatiques, ainsi que celles de
nombreuses interventions effectuées
sur le fleuve, sont encore méconnues.
Dans le cadre des travaux du domaine
d’intervention Biodiversité de
Saint-Laurent Vision 2000, le Souscomité Niveau d’eau s’est vu confier
le mandat de quantifier les effets
des variations de niveau d’eau sur
les composantes biologiques de
l’écosystème fluvial, de même que sur
plusieurs des usages de ce dernier. Le
présent article fait état des principaux
projets menés par les membres de ce
sous-comité.
L
es fluctuations du niveau d’eau du
Saint-Laurent résultent de l’action
combinée de plusieurs facteurs
naturels, parmi lesquels le climat
et ses variations jouent un rôle
prépondérant.
Bon nombre d’interventions
anthropiques sont également
susceptibles d’exercer une incidence
sur le niveau d’eau du fleuve. C’est
notamment le cas des ouvrages de
régularisation et de contrôle de
l’écoulement construits sur le
Saint-Laurent ou la rivière des
Outaouais, qui servent principalement
à endiguer les inondations
printanières, de même qu’à faciliter
la navigation commerciale et la
production d’énergie hydroélectrique.
La construction de la voie maritime
a également modifié considérablement
l’écoulement du fleuve. En favorisant
la concentration du débit dans le
canal principal et la réduction des
vitesses du courant dans les parties
peu profondes, le dragage du chenal
S O M M A I R E
CONSÉQUENCES DES
FLUCTUATIONS DU NIVEAU
D’EAU DANS L’ÉCOSYSTÈME
FLUVIAL DU
SAINT-LAURENT
1
LA MODÉLISATION DE
L’ÉCOSYSTÈME FLUVIAL :
UN OUTIL DE SCIENCE
ET DE GESTION
4
CHRONIQUE ZIP
6
BIODIVERSITÉ
maritime et des hauts-fonds
continuent d’influer sur le niveau
d’eau.
composantes de l’écosystème, selon
divers scénarios de fluctuations de
niveau d’eau.
Nombreux sont les critères qui
permettent d’évaluer la qualité de
l’eau du Saint-Laurent, qu’il s’agisse
par exemple de critères liés à la
protection de la vie aquatique, à
la consommation d’eau ou à la
pratique de la baignade. Il apparaît
cependant que les relations existant
entre l’écosystème fluvial et la quantité
d’eau qui y transite sont moins bien
connues. La disponibilité de l’eau
et les fluctuations saisonnières du
niveau d’eau constituent pourtant un
enjeu majeur pour le Saint-Laurent,
particulièrement si les apports
hydriques en provenance du bassin
des Grands Lacs sont réduits, comme
on le prédit dans la plupart des
modèles climatologiques. En effet, la
protection de plusieurs ressources
biologiques ainsi que le maintien de
nombreux usages peuvent être
compromis, faute de conditions
particulières de niveau d’eau.
Le caractère multidisciplinaire de
l’équipe constitue l’un des principaux
atouts du Sous-comité. En effet, les
projets permettent à des experts
appartenant à des domaines aussi
variés que la biologie, l’ingénierie,
la géographie, la sédimentologie et
la socio-économie d’interagir, ainsi
que de travailler en étroite
collaboration avec des spécialistes
de la modélisation et des systèmes
d’information géographique. L’apport
de chacune de ces disciplines est
indispensable à l’établissement d’une
vision intégrée des répercussions des
fluctuations du niveau d’eau sur
l’écosystème.
Une approche multidisciplinaire
et intégrée
C’est dans le but d’accroître les
connaissances sur les répercussions
des fluctuations du niveau d’eau dans
l’écosystème fluvial, soit entre
Cornwall et Québec, qu’on a mis en
place le Sous-comité Niveau d’eau.
Celui-ci regroupe des représentants
d’Environnement Canada (le Service
canadien de la faune, le Service
météorologique du Canada et le
Centre Saint-Laurent), ainsi que de la
Société de la faune et des parcs du
Québec, lesquels travaillent aussi en
partenariat avec le milieu universitaire.
Les objectifs visés sont, d’une part,
de développer la compréhension
nécessaire à la prédiction de
l’incidence des fluctuations de niveau
d’eau et, d’autre part, de concevoir
des outils permettant d’intégrer les
réponses des différentes
2 — LE FLEUVE, juillet 2000
La végétation et les milieux
humides, témoins des
fluctuations du niveau d’eau
Les variations du niveau d’eau
contribuent au maintien et au
renouvellement des milieux humides
le long des rives du fleuve, assurant
la survie d’espèces végétales
spécifiquement adaptées à un régime
d’inondation printanière et de basses
eaux estivales. La végétation
submergée et émergente fait l’objet
de plusieurs travaux ayant pour but
de mieux connaître la dynamique des
milieux humides.
Par exemple, le Service
météorologique du Canada travaille
à modéliser la biomasse et la
composition spécifique des plantes
submergées et émergentes, ainsi que
leurs effets sur les courants, les
vagues et les sédiments. En parallèle,
le Centre Saint-Laurent effectue
depuis 1993 un suivi annuel du
développement des plantes de
plusieurs emplacements en bordure
du fleuve. On souhaite ainsi
déterminer si les faibles niveaux d’eau
observés depuis 1998 ont entraîné
la disparition ou la prolifération de
certaines espèces de plantes littorales
et évaluer la vitesse d’adaptation
des communautés végétales à
diverses conditions de niveau d’eau.
Ce suivi permettra aussi de vérifier
dans quelle mesure les plantes
terrestres opportunistes envahissent
les milieux humides lorsque ceux-ci
sont asséchés.
Pour la faune, des
conséquences vitales
Outre leur valeur intrinsèque, les
milieux humides sont utilisés par une
grande variété de poissons,
d’amphibiens, d’oiseaux et de
mammifères, qui y trouvent refuge
et nourriture à diverses étapes de
leur cycle vital. Parmi les espèces
qui fréquentent la plaine inondable
du Saint-Laurent, le grand brochet
fait l’objet d’un projet de recherche
mené conjointement par la Société
de la faune et des parcs du Québec
et Environnement Canada. Ce projet
vise à déterminer de quelle façon
les niveaux d’eau extrêmes peuvent
modifier l’étendue de la plaine
d’inondation, puis influer sur le succès
reproducteur et la dynamique de la
population du grand brochet. Les
habitats naturels et aménagés des
principales espèces de poisson de la
plaine inondable et du couloir fluvial
(par exemple le grand brochet, la
perchaude, le doré jaune, le meunier
noir, l’esturgeon jaune et les cyprins)
seront aussi cartographiés au cours
de l’exercice.
Le lac Saint-Pierre constitue une halte
exceptionnelle pour la sauvagine en
période de migration printanière. Des
niveaux d’eau inadéquats pourraient
cependant entraîner la baisse du
succès de reproduction chez certaines
espèces. Le Service canadien de
la faune mène une étude visant à
déterminer, entre autres, l’incidence
des niveaux d’eau sur la répartition
des habitats ceinturant le lac Saint-
Pierre, ainsi que les niveaux d’eau
les mieux adaptés aux besoins de la
sauvagine.
Certains usages compromis
L’interaction entre les variations de
niveau et l’érosion des rives du fleuve
fait aussi l’objet de travaux de
recherche à Environnement Canada.
Cet aspect est particulièrement
complexe, puisque l’érosion est
attribuable à divers facteurs naturels
(vent, glace) et anthropiques
(navigation) conjugués, dont l’intensité
varie selon les saisons et les
conditions de niveau. En outre,
l’érosion touche particulièrement
plusieurs îles, entre Montréal et Sorel,
qui constituent des habitats privilégiés
pour la faune aquatique et terrestre du
Saint-Laurent.
Le Centre Saint-Laurent mène aussi
un projet pour évaluer la vulnérabilité
des accès à l’eau et des
infrastructures de plaisance, qui
représentent un important secteur
d’activité récréo-touristique pour les
populations riveraines. En effet, les
rampes de mise à l’eau, les quais
ou les jetées fixes peuvent devenir
inutilisables en raison de la trop
faible profondeur de l’eau ou de la
prolifération de plantes aquatiques
submergées.
En conclusion, bien qu’une fraction
seulement des projets menés dans
le cadre des travaux du Sous-comité
Niveau d’eau soit décrite dans le
présent article, la variété des thèmes
abordés illustre bien la diversité des
ressources et des usages
susceptibles de subir l’influence des
fluctuations du niveau d’eau. Les
connaissances recueillies serviront à
alimenter des modèles dont l’objectif
ultime est de prédire, à partir de
divers scénarios extrêmes, les
Photographie aérienne de la région de Pointe-auxTrembles en 1994 quand les niveaux d’eau étaient
égaux à la moyenne des 30 dernières années, c’està-dire, au-dessus du niveau de référence des cartes
bathymétriques.
conséquences des fluctuations du
niveau d’eau sur les composantes de
l’écosystème du Saint-Laurent.
Pour information :
Christiane Hudon
Centre Saint-Laurent
Téléphone : (514) 283-6195
Courriel : christiane.hudon@ec.gc.ca
Marc Mingelbier
Société de la faune et des parcs
du Québec
Téléphone : (418) 521-3955,
poste 4486
Courriel :
marc.mingelbier@fapaq.gouv.qc.ca
Jean Morin
Service météorologique du Canada
Téléphone : (418) 649-6017
Courriel : jean.morin@ec.gc.ca
Le même secteur photographié en 1999 quand le niveau
d’eau était inférieur de plus d’un mètre.
Photos : Environnement Canada
3 — LE FLEUVE, juillet 2000
BIODIVERSITÉ
La modélisation de l’écosystème
fluvial : un outil de science et de
gestion
par Jean Morin, Marc Mingelbier et Jean-François Cantin
Déjà soumis à d’importantes fluctuations de son régime, l’écosystème fluvial
du Saint-Laurent pourrait atteindre des niveaux d’eau extrêmes au cours des
prochaines décennies, principalement en raison des changements climatiques.
Dans le cadre des travaux du Sous-comité Niveau d’eau du domaine
d’intervention Biodiversité de Saint-Laurent Vision 2000, des chercheurs se
penchent sur la conception et la validation de modèles qui permettent de
décrire la dynamique fluviale du Saint-Laurent et de simuler une large gamme
de débits, de niveaux d’eau et de courants. Intégrant les connaissances
biologiques et physiques sur le Saint-Laurent, ces travaux permettront
d’améliorer les processus de gestion du fleuve, grâce à une meilleure
compréhension des conséquences des fluctuations du niveau d’eau sur
l’écosystème.
Le milieu physique, un dénominateur commun
Le milieu physique du fleuve est sans aucun doute le dénominateur commun à
tous les projets menés dans le cadre des travaux du Sous-comité Niveau d’eau.
En effet, il est primordial pour l’équipe de comprendre en détail la physique
du Saint-Laurent afin de remplir le mandat qui lui a été confié. On sait que
les variables abiotiques telles que le débit, le niveau, le courant, le substrat, la
température et les vagues structurent les communautés végétales et animales
et expliquent une forte proportion de leurs variations spatiales et temporelles.
Ces variables offrent l’avantage majeur d’être modélisables à une très haute
résolution spatiale à l’aide de modèles mathématiques à deux dimensions, ce
qui est compatible avec la grande diversité et l’échelle spatiale du Saint-Laurent.
C’est dans le but de quantifier les conséquences des variations de niveaux
d’eau sur le système fluvial que le Service météorologique du Canada a
entrepris la modélisation des principales variables physiques telles que la
profondeur de l’eau, les courants et les vagues. Cette modélisation permet
de prédire avec une précision satisfaisante la valeur des variables physiques
pour l’ensemble du fleuve, dans toutes les conditions possibles, même celles
qui n’ont jamais été observées. Le principal avantage de la modélisation,
c’est qu’elle permet de réduire au minimum l’échantillonnage systématique et
coûteux, car ces variables changent dans l’espace en fonction des débits et des
saisons. La modélisation se prête aussi à une multitude d’autres applications,
notamment dans les cas de déversements de pétrole, alors qu’il est impératif de
pouvoir prédire rapidement les zones potentiellement touchées.
Le lien entre les SIG, les simulations mathématiques et les données
de terrain
La modélisation du fleuve actuellement en cours intègre à la fois les capacités
informatiques actuelles et les systèmes d’information géographique (SIG), ainsi
4 — LE FLEUVE, juillet 2000
que plusieurs modèles mathématiques
et de nombreuses données de terrain.
Les outils numériques mis au point
par l’Institut national de recherche
scientifique-Eau, le Centre
hydraulique du Canada et d’autres
universités seront utilisés pour simuler
diverses conditions de niveaux d’eau,
de courants, de vagues et de lumière
en deux dimensions, entre Montréal et
Trois-Rivières. À partir des résultats
obtenus, la dynamique des sédiments,
la répartition des masses d’eau et leur
temps de résidence, ainsi que d’autres
variables telles que la température de
l’eau pourront être simulés. Le modèle
de terrain comprend la description de
la topographie de haute densité du
lit du fleuve, ainsi que la distribution
spatiale du substrat et des plantes
aquatiques, qui ont une incidence
importante sur le milieu physique.
La modélisation de l’écosystème
en passant par l’habitat
Les organismes vivants sont adaptés
à leur environnement, et leur présence
dans la plaine inondable ou le lit du
fleuve n’est ni aléatoire, ni fortuite.
Les préférences d’habitat, que l’on
peut décrire partiellement par les
variables physiques, expliquent une
forte proportion de la présence d’une
espèce. Par exemple, on trouve le
potamot pectiné, une plante
abondante dans le Saint-Laurent,
uniquement dans les zones où le
courant varie entre 0,3 et 0,6 m/s et
où l’intensité lumineuse fluctue entre
50 et 80 p. 100 de la lumière incidente.
Étant donné que la modélisation
donne la possibilité d’obtenir la valeur
de ces deux variables partout dans
le Saint-Laurent, on peut alors prédire
la répartition de cette plante dans le
fleuve à l’aide de ses préférences
d’habitat.
La notion d’habitat peut également
s’appliquer aux usages, tels que
« l’habitat » d’un voilier dont le tirant
d’eau est d’au moins 2 m. Il devient
ainsi possible de connaître les zones
navigables pour ce voilier en fonction
des niveaux d’eau prédits.
L’ensemble des travaux servira donc
à mieux comprendre l’interaction entre
le vivant ou les usages et le milieu
physique. On pourra par conséquent
produire une représentation à haute
résolution spatiale des habitats du
Saint-Laurent fluvial, simuler des
situations qui n’ont pas encore été
observées et, ainsi, évaluer les
répercussions des fluctuations du
niveau d’eau sur l’écosystème.
Les travaux de modélisation
en cours
La modélisation de l’habitat des
plantes aquatiques submergées,
entreprise par le Service
météorologique du Canada, est déjà
très avancée. Actuellement, au lac
Saint-François, la biomasse de ces
plantes est prédite avec justesse dans
75 p. 100 des cas, et la détermination
des espèces, dans 85 p. 100 des cas.
Le tronçon Montréal-Sorel et le lac
Saint-Pierre sont aussi à l’étude.
La modélisation de quelques
assemblages typiques des plantes
émergentes des milieux humides a
également été entreprise par le Centre
Saint-Laurent et le Service
météorologique du Canada, et les
résultats préliminaires sont
prometteurs.
De plus, la modélisation des habitats
du poisson a été entreprise par la
Société de la faune et des parcs du
Québec, le Service météorologique du
Canada et le Centre Saint-Laurent,
qui travaillent à décrire l’habitat de
reproduction, d’alevinage et
d’alimentation des principales espèces
de poisson du fleuve. L’information
puisée dans plus de cent vingt
documents, les observations
effectuées sur le fleuve depuis plus
de trente ans ainsi que les résultats de
pêches expérimentales serviront de
guides pour la modélisation.
D’autre projets de modélisation portant
sur l’érosion, la sédimentation ainsi
que la productivité primaire sont
en cours.
Marc Mingelbier
Société de la faune et des parcs
du Québec
Téléphone : (418) 521-3955,
poste 4486
Courriel :
marc.mingelbier@fapaq.gouv.qc.ca
L’intégration et la diffusion des
connaissances
Jean Morin
Service météorologique du Canada
Téléphone : (418) 649-6017
Courriel : jean.morin@ec.gc.ca
Le travail de modélisation entrepris
représente un exercice de longue
haleine qui s’enrichira des nouvelles
connaissances acquises. La
modélisation de l’écosystème est un
outil privilégié pour l’intégration des
connaissances, puisque les
simulations de la physique exigent
qu’on mette en relation diverses
composantes du terrain. Elle est
également un outil de diffusion,
puisque les résultats sont obtenus
sous forme d’images ou d’animations.
Pour en savoir plus :
MORIN, J., et A. BOUCHARD, 2000.
Les bases de la modélisation du
tronçon Montréal / Trois-Rivières.
Rapport scientifique,
SMC-Hydrométrie RS-102.
Environnement Canada,
Sainte-Foy, 70 p.
À moyen terme, l’outil de modélisation
et d’intégration permettra d’évaluer
l’incidence de la gestion de l’eau,
dans divers scénarios de débit, sur
une série d’usages et de composantes
biologiques du Saint-Laurent. Bien
que la modélisation de la physique
et de l’écosystème soit un outil très
puissant, elle ne permet pas de tout
prédire et les connaissances sur les
liens entre la physique et plusieurs
aspects du vivant sont encore
incomplètes. L’étroite collaboration
entre les modélisateurs et les
chercheurs sur le terrain est donc
essentielle.
Pour information :
Jean-François Cantin
Service météorologique du Canada
Téléphone : (418) 649-6565
Courriel :
jean-francois.cantin@ec.gc.ca
5 — LE FLEUVE, juillet 2000
IMPLICATION COMMUNAUTAIRE
Les comités ZIP Baie
des Chaleurs, des Îlesde-la-Madeleine et de
la rive nord de l’estuaire
Sensibilisation aux risques pour la santé
associés à la consommation de mollusques
Pratiquée depuis des générations, la cueillette des mollusques est une activité
fort appréciée par bon nombre des résidants de l’estuaire et du golfe du
Saint-Laurent. Toutefois, en raison des comportements à risques pour la
santé observés chez certains cueilleurs, les comités ZIP Baie des Chaleurs,
des Îles-de-la-Madeleine et de la rive nord de l’estuaire ont mené, au
cours des dernières semaines, une campagne de sensibilisation adaptée aux
particularités des populations et des territoires visés.
L
a cueillette artisanale des mollusques (mye, moule, buccin, palourde, etc.)
constitue sans nul doute l’une des activités traditionnelles liées au SaintLaurent les plus prisées au sein de nombreuses communautés riveraines. Ceux
qui pratiquent la cueillette à des fins de consommation personnelle y voient
une occasion de maintenir vivante une tradition tout en se procurant un mets
savoureux. C’est aussi une source de revenu d’appoint indispensable, pour
les cueilleurs commerciaux, dans des régions où le chômage frappe de façon
importante.
À l’intérieur des territoires des comités ZIP Baie des Chaleurs, des Îles-dela-Madeleine et de la rive nord de l’estuaire, la cueillette des mollusques
est pratiquée par plusieurs centaines de cueilleurs habituels. À ceux-ci se
joignent un nombre variable de cueilleurs occasionnels (résidants, villégiateurs
ou touristes).
Une consommation bénéfique pour la santé… à certaines
conditions
Les mollusques représentent une ressource alimentaire de grande valeur. En
effet, ils sont une source intéressante de protéines, de phosphore, d’iode et de
vitamines. De plus, ils ont une teneur relativement faible en cholestérol.
Cependant, il n’est pas rare que des cueilleurs adoptent des comportements
pouvant présenter certains risques pour la santé. En effet, malgré les avis
d’interdiction affichés par Pêches et Océans Canada, on observe parfois des
activités de cueillette dans des zones coquillières fermées en raison des
risques de contamination microbiologique, chimique ou toxique que celles-ci
présentent. Cette situation pourrait s’expliquer par une méconnaissance des
raisons justifiant la fermeture d’un secteur ou une insouciance à l’égard des
dangers liés à la consommation de mollusques contaminés.
6 — LE FLEUVE, juillet 2000
« Sur notre territoire, le problème
de salubrité des zones coquillières
dépend principalement de la
contamination bactériologique des
eaux, explique Mme Isabelle Hubert,
du Comité ZIP des Îles-de-laMadeleine. Cette contamination est
attribuable, en majeure partie, aux
rejets d’eaux usées provenant de
résidences aux installations septiques
non conformes ou défectueuses et,
dans une moindre mesure, à la
pollution d’origine agricole. » La même
situation est observée sur le territoire
des comités ZIP Baie des Chaleurs et
de la rive nord de l’estuaire.
Une démarche de sensibilisation
adaptée aux particularités
régionales
C’est pour tenter de contrer les
comportements à risques observés
chez les cueilleurs de mollusques
que Santé Canada et le ministère
de la Santé et des Services sociaux
du Québec, partenaires du domaine
d’intervention Santé humaine de SaintLaurent Vision 2000, ont proposé
aux comités ZIP Baie des Chaleurs,
des Îles-de-la-Madeleine et de la
rive nord de l’estuaire de travailler
à l’élaboration d’une campagne de
sensibilisation. « Chaque comité a
mis sur pied son propre plan
d’intervention en fonction des moyens
à sa disposition, de même que du
territoire et des populations visés.
Des représentants de Santé Canada
et du réseau de la santé publique
du Québec les ont ensuite soutenu
dans l’élaboration et la validation du
contenu », explique Mme Christiane
Gagné, agente de communications à
Santé Canada.
Les campagnes de sensibilisation des
trois comités portent sur plusieurs
sujets communs, par exemple les
formes de contamination pouvant
affecter les mollusques, les
symptômes associés à l’ingestion de
mollusques contaminés et la
procédure d’évaluation menant à la
fermeture des secteurs coquilliers.
Dans certains cas, on a également
tenté d’enrayer de fausses croyances
largement répandues, par exemple
celle selon laquelle la cuisson permet
d’éliminer les contaminants d’origine
chimique ou toxique.
Le Comité ZIP Baie des Chaleurs
a choisi, dans le but d’atteindre la
population visée par son plan
d’intervention, de faire entendre
plusieurs capsules radiophoniques
aux auditeurs des stations locales. En
plus, treize panneaux d’information ont
été installés sur les chemins d’accès
des secteurs de cueillette les plus
fréquentés.
Aux îles de la Madeleine, en plus
des capsules radiodiffusées et des
panneaux d’information installés près
des zones de cueillette, des articles
ont été publiés dans les journaux.
Le Comité ZIP a également conçu
un dépliant d’information qui a été
distribué dans les résidences des
Madelinots et mis à la disposition
des touristes, par l’entremise de
l’Association touristique
régionale ATR).
Le Comité ZIP de la rive nord de
l’estuaire, quant à lui, a organisé la
visite de plusieurs secteurs coquilliers
dans le but de remettre directement
aux cueilleurs une brochure, un aidemémoire et un aimant. En plus de
diffuser des capsules d’information sur
les ondes des stations radiophoniques
et dans les journaux locaux, le Comité
a tenu une séance d’information
auprès des préposés de l’ATR afin
d’aider ceux-ci à mieux informer les
touristes quant aux précautions à
prendre au moment de la cueillette ou
de l’achat de mollusques.
Un enjeu de taille pour la santé
et l’économie des collectivités
riveraines
En juin dernier, les partenaires du
domaine d’intervention Santé humaine
ont tenu un colloque sur les risques
pour la santé associés à la
consommation de mollusques. Les
comités ZIP Baie des Chaleurs, des
Îles-de-la-Madeleine et de la rive
nord de l’estuaire ont profité de cette
occasion pour exposer les conclusions
et les recommandations découlant
de leur campagne de sensibilisation
respective. D’abord, la population se
dit mal informée sur les raisons qui
motivent la fermeture d’un secteur
coquillier. Un certain nombre de
cueilleurs se montrent même encore
sceptiques quant aux risques réels
pour leur santé que présente la
consommation de mollusques. « Ces
cueilleurs nous disent avoir vu leurs
grands-parents manger ces
mollusques sans éprouver de
problème de santé », explique Mme
Rachel Racine, du Comité ZIP de
la rive nord de l’estuaire. « Les
habitudes de cueillette sont bien
ancrées, et d’autres interventions
seront donc nécessaires pour arriver
à une amélioration durable des
comportements. »
En outre, les représentants des trois
comités ont insisté sur l’importance de
la mise en place de mesures visant à
inciter les propriétaires de résidences
munies d’installations septiques non
conformes à faire les correctifs
nécessaires, ce qui permettrait de
rouvrir des secteurs coquilliers fermés
en raison de la contamination
bactériologique. « Sur le territoire de la
ZIP Baie des Chaleurs, par exemple,
on a estimé que la réouverture des
zones coquillières pourrait créer une
centaine d’emplois liés à la cueillette
commerciale », précise M. Michel
Chouinard, coordonnateur du Comité
ZIP. Cette perspective de
développement économique, ainsi que
le potentiel supplémentaire qu’offre la
mariculture de mollusques, explique
les investissements de 2,2 millions de
dollars annoncés dans cette région
pour l’identification des correctifs
visant à éliminer les sources de
pollution qui ont forcé la fermeture de
treize zones coquillières.
Finalement, plusieurs cueilleurs sont
inquiets des lacunes que présentent
les mesures de conservation des
stocks de mollusques et sont
intéressés à participer activement à
la gestion des secteurs coquilliers.
C’est pourquoi les représentants des
comités ZIP ont proposé que soit
envisagée, par les ministères
concernés, une approche de
cogestion des secteurs coquilliers
intégrant les communautés côtières et
les autorités régionales.
Pour information :
Michel Chouinard, coordonnateur
Comité ZIP Baie des Chaleurs
Téléphone : (418) 759-5880
Courriel : zonebdc@globetrotter.qc.ca
Christiane Gagné
Santé Canada
Téléphone : (514) 283-0949
Courriel : christiane_gagne@hcsc.gc.ca
Isabelle Hubert, biologiste
Comité ZIP des Îles-de-la-Madeleine
Téléphone : (418) 986-6633
Courriel : zipidlm@duclos.net
Jean-Marc Leclerc
Institut national de santé publique du
Québec
Téléphone : (418) 666-7000 poste 319
Courriel : jmleclerc@cspq.qc.ca
Rachel Racine
Comité ZIP de la rive nord de l’estuaire
Téléphone : (418) 296-0404
Courriel : zipnord@globetrotter.net
7 — LE FLEUVE, juillet 2000
BULLETIN D’INFORMATION
SAINT-LAURENT VISION 2000
Le Portrait de la biodiversité du Saint-Laurent
Un des objectifs prioritaires de l’entente Saint-Laurent Vision 2000
(SLV 2000) était de faire le portrait de la biodiversité de ce grand écosystème
fluvial qu’est le Saint-Laurent. Pour y parvenir, les deux partenaires majeurs
de SLV 2000, Environnement Canada et le ministère de l’Environnement
du Québec ont mis à contribution leurs spécialistes, afin que soit dressé le
portrait actuel de la biodiversité du Saint-Laurent. Ce bilan sera accessible
sur le site Internet de SLV 2000 dès le mois d’août. À surveiller !
Le Fleuve est publié par l’ensemble
des partenaires de Saint-Laurent
Vision 2000.
Coordination :
Raymonde Goupil, Clément Dugas et
Suzanne Bourget
Rédaction :
Gaétane Tardif, consultante
en environnement
Révision :
Josée Lecompte
Réalisation :
Françoise Lapointe, éditrice,
SLV 2000
Le bulletin Le Fleuve est publié sur
le site Internet de SLV 2000 et peut
différer de cette version en raison
de l’espace restreint. Vous pouvez le
consulter à l’adresse suivante :
www.slv2000.qc.ec.gc.ca
La reproduction des textes est
autorisée à condition que la source
soit mentionnée.
ISSN 0847-5334
Dépôt légal :
Bibliothèque nationale du Canada,
Bibliothèque nationale du Québec
Volume 11, numéro 4.
Le Fleuve is also available in English.
8 — LE FLEUVE, juillet 2000
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