Surveillance des cas d’intoxication liés à la consommation des mollusques du Saint-Laurent

Surveillance des cas d’intoxication liés à la consommation des mollusques du Saint-Laurent
B U L L E T I N D ’ I N F O R M AT I O N
S A I N T- L AU R E N T V I S I O N 2 0 0 0
VOLUME 10 — NUMÉRO 9 — MARS
D I A P A S O N
Surveillance des cas
d’intoxication liés à la
consommation des
mollusques du Saint-Laurent
Surveillance des cas d’intoxication
liés à la consommation des
mollusques du Saint-Laurent
2000 (SLV 2000), l’Unité de recherche
en santé publique du Centre
hospitalier universitaire de Québec
(CHUQ) a mis en œuvre un projet
visant à favoriser la détection des cas
d’intoxication et à diminuer les risques
pour la santé des consommateurs de
mollusques.
La consommation des moules du
Saint-Laurent : un réseau de
surveillance bien établi en vue de
réduire l’exposition de la population à
ce produit.
Des indicateurs pour mieux
connaître l’état du SaintLaurent
L
a cueillette des mollusques est
pratiquée sur les deux rives du
Saint-Laurent, à partir de l’île aux
Coudres sur la rive nord et de SaintRoch-des-Aulnaies sur la rive sud,
ainsi que dans la baie des Chaleurs
et aux îles de la Madeleine. Cette
Un programme de suivi de l’état de
l’écosystème du Saint-Laurent est
mis en place dans le cadre de
la phase III de SLV 2000. Dix-huit
indicateurs crédibles sur le plan
scientifique sont retenus, dans un
premier temps. Il s’agit de mesures
ou de statistiques fournissant de
l’information sur des caractéristiques
du Saint-Laurent.
S O M M A I R E
Photo : Pêches et Océans Canada
Chronique ZIP
Le Comité ZIP Alma-Jonquière
s’implique dans la restauration de
la rivière Bédard, cours d’eau
traversant la plaine de Saint-Bruno
et d’Hébertville-Station. Une
expertise mise à profit outre-mer.
2000
La cueillette artisanale de mollusques
dans l’estuaire et le golfe du SaintLaurent est une activité traditionnelle
pratiquée par plusieurs riverains.
Malgré l’existence de programmes
de surveillance des algues et des
mollusques toxiques, des cas
d’intoxication liés à la consommation
des mollusques sont déclarés, chaque
année, au Québec. Dans le cadre
du domaine d’intervention Santé
humaine de Saint-Laurent Vision
SURVEILLANCE DES CAS
D’INTOXICATION LIÉS À LA
CONSOMMATION DES
MOLLUSQUES DU
SAINT-LAURENT
1
DES INDICATEURS POUR
MIEUX CONNAÎTRE L’ÉTAT
DU SAINT-L AURENT
4
CHRONIQUE ZIP
6
SANTÉ HUMAINE
activité n’étant pas réglementée, il est
difficile d’en tracer un portrait réel et
de préciser, par exemple, le nombre
de cueilleurs ou les secteurs les plus
fréquentés. Cependant, pour la seule
région de Baie-Comeau, on estime
que plus de un millier de personnes
s’adonneraient à la cueillette
artisanale des mollusques.
Marée rouge dans le Saint-Laurent
La cueillette des mollusques ne
se pratique pas n’importe où!
Les secteurs où les cueilleurs peuvent
récolter des mollusques propres à
la consommation sont aujourd’hui
devenus très rares. Par exemple, à
l’été 1999, la cueillette a été interdite
sur 449 des quelque 525 secteurs
coquilliers recensés au Québec,
tandis que cinquante-six secteurs
étaient classés ouverts et que vingt
autres l’étaient sous certaines
conditions.
Cette situation est en grande partie
attribuable à la contamination
bactériologique des eaux de l’estuaire
et du golfe. Elle résulte aussi de
la présence d’algues microscopiques
toxiques qui sont en émergence, en
plusieurs endroits du Saint-Laurent,
entre juin et septembre. Ces toxines
sont filtrées et accumulées par les
mollusques, ce qui a pour effet de
rendre ceux-ci impropres à la
consommation.
Un réseau de surveillance bien
établi
Environnement Canada est
responsable de l’évaluation de la
qualité bactériologique de l’eau du
Saint-Laurent. C’est d’ailleurs suite
à ses recommandations que le
ministère des Pêches et Océans
(MPO) détermine le statut des
différents secteurs coquilliers, qui sont
« ouverts », « ouverts sous
conditions » ou encore « fermés ».
2 — LE FLEUVE, mars 2000
Photo : Pêches et Océans Canada
Alexandrium tamarense, une algue microscopique toxique.
Occasionnellement, les concentrations d’algues toxiques deviennent assez
élevées pour donner une coloration rougeâtre à l’eau.
Dans les secteurs déclarés « ouverts » ou « ouverts sous conditions »,
trois organismes sont chargés de la surveillance des toxines marines dans
les algues et les mollusques. Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries
et de l’Alimentation (MAPAQ) est responsable de l’analyse toxicologique des
mollusques transformés dans les usines et les commerces localisés au Québec.
Pour sa part, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) effectue
la surveillance des mollusques toxiques dans les eaux canadiennes et dans
les usines de transformation dont les produits sont vendus à l’extérieur de la
province. Finalement, l’Institut Maurice-Lamontagne du MPO surveille, grâce à
un réseau de stations côtières, l’apparition des algues toxiques dans les eaux
du Saint-Laurent.
Lorsque la présence de toxines marines est signalée par l’ACIA, le MPO
interdit alors immédiatement la récolte dans le ou les secteurs coquilliers visés.
Toutefois, malgré toutes les mesures prises pour s’assurer de la salubrité des
produits marins, des intoxications reliées à la consommation de mollusques sont
rapportées chaque année.
Des malaises inquiétants…
Le type d’intoxication le plus susceptible de survenir à la suite de la
consommation de mollusques impropres à la consommation récoltés dans
les secteurs coquilliers de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent est
l’intoxication paralysante par les mollusques (IPM). Elle survient principalement
Photo : Pêches et Océans Canada
chez les consommateurs de moules
et de myes. Les symptômes de l’IPM
sont, entre autres, des picotements
ou encore des engourdissements sur
plusieurs régions du corps, des maux
de tête, des nausées, des
étourdissements, des troubles de la
coordination et une faiblesse
généralisée. Dans les cas
d’intoxication fatale, la mort survient
par insuffisance respiratoire.
Aucun antidote ne permet de contrer
les effets des toxines responsables
de cette intoxication. De plus, bien
que l’IPM représente la principale
menace, d’autres types d’intoxication
liés à la consommation de mollusques
du Saint-Laurent demeurent des
menaces potentielles pour la santé
publique, notamment l’intoxication
amnésique par les mollusques (IAM)
et l’intoxication diarrhéique par les
mollusques (IDM).
Depuis 1880, le Saint-Laurent est la
région au Canada où l’on a répertorié
le plus grand nombre de cas d’IPM,
soit plus de 215 cas, qui ont causé le
décès de 25 individus.
Une participation plus grande
du réseau de la santé
Une étude menée par l’Unité de
recherche en santé publique du
CHUQ en 1999 a démontré qu’à
l’heure actuelle aucun outil ne permet
d’inventorier précisément et de
caractériser tous les cas d’intoxication
par les toxines marines au Québec. En
effet, même si les intoxications liées
à la consommation de mollusques
sont incluses dans les « maladies
à déclaration obligatoire » par les
médecins et les laboratoires, il semble
que plusieurs cas ne soient pas
rapportés. Ceci pourrait s’expliquer
par un faible niveau de détection
de la maladie par les médecins, qui
ne sont pas toujours familiers avec
les intoxications d’origine marine. Il
est également possible que les cas
d’intoxication aux mollusques soient
confondus avec d’autres maladies.
Comme l’explique M. Jean-François
Duchesne, l’Unité de recherche en
santé publique estime qu’une
participation accrue du réseau de
la santé au système de surveillance
en place permettrait d’améliorer la
situation observée. « C’est dans ce
but que nous avons mis sur pied, en
1999, un programme de surveillance
visant à inventorier et caractériser les
cas d’intoxication aux toxines marines
liés à la consommation de mollusques
ou autres organismes marins prélevés
dans les régions de l’estuaire et
du golfe du Saint-Laurent. Grâce à
ce programme de surveillance, les
médecins des unités d’urgence de dixhuit établissements « sentinelles »
ont participé à des sessions de
sensibilisation afin d’être mieux
outillés pour reconnaître les cas
d’intoxication. Une surveillance active
pourrait également permettre de
détecter plus précocément les effets
liés à l’émergence d’une nouvelle
toxine encore inconnue. » Tous les
autres hôpitaux ainsi que les CLSC
des régions visées par le projet
(soit Québec, le Bas-Saint-Laurent,
la Côte-Nord et la Gaspésie) ont
aussi été invités à participer à ce
programme de surveillance.
Ainsi, les cas d’intoxication liés aux
mollusques ou aux autres produits
marins seront rapidement rapportés
aux directions régionales de santé
publique, qui pourront communiquer
avec la personne intoxiquée pour
préciser plusieurs éléments, par
exemple la provenance des produits
(site de cueillette ou commerce), le
nombre de personnes qui en ont
consommés, etc. Ces renseignements
permettront notamment d’améliorer
les interventions du MAPAQ et de
l’ACIA.
« Les contacts qui s’établiront entre
le réseau de la santé et les différents
organismes gouvernementaux
responsables de la surveillance des
toxines marines permettront
d’améliorer l’efficacité des
interventions en cas d’intoxication
simple ou même d’épidémie, et ainsi
de réduire l’exposition de la population
à la consommation de mollusques ou
d’autres produits marins contaminés »,
conclut M. Duchesne. « De plus,
si nous devions constater que les
problèmes de santé publique liés
à la consommation de mollusques
contaminés sont plus importants qu’on
ne le croyait, des mesures correctives
pourraient être suggérées aux
organismes en charge de la
surveillance environnementale des
algues et des mollusques toxiques. »
Pour information :
Jean-François Duchesne
Professionnel de recherche
Unite de recherche en santé publique
du CHUQ
2400, rue d’Estimauville
Beauport (Qc) G1E 7G9
Téléphone : (418) 666-7000,
poste 205
Télécopieur : (418) 666-2776
Courriel : JFDuchesne@cspq.qc.ca
Source :
DUCHESNE, J.-F., T. TREMBLAY, M.
RHAINDS et É. DEWAILLY. 1999.
Présence des toxines marines dans
les estuaires et le golfe du
Saint-Laurent et implications pour la
santé humaine. Unité de recherche en
santé publique du Centre hospitalier
universitaire de Québec, 41 p.
3 — LE FLEUVE, mars 2000
SUIVI DE L’ÉCOSYSTÈME
Comité de suivi de l’état
du Saint-Laurent
Des indicateurs pour mieux
connaître l’état du Saint-Laurent
Implication communautaire, des
dizaines de projets planifiés par les
collectivités riveraines se sont
concrétisés.
Le Programme d’assainissement des
eaux du Québec constitue un autre
programme aux retombées majeures
quant à l’amélioration du SaintLaurent. En effet, lorsqu’il fut lancé,
en 1978, seulement 2 p. 100 des
municipalités étaient raccordées à un
réseau d’égouts permettant de traiter
les eaux usées municipales avant
qu’elles ne soient rejetées au fleuve;
ce pourcentage s’élève maintenant
à 98 p. 100.
Lancée en 1992, la Stratégie
phytosanitaire s’est, quant à elle,
donnée pour objectif la diminution
de la pollution d’origine agricole et
elle a déjà entraîné des retombées
positives à cet effet. Ainsi, le milieu
agricole est davantage sensibilisé à
l’importance de la lutte intégrée. On
note également des réductions du
niveau de la contamination, par des
pesticides, d’affluents du SaintLaurent.
Photo : Service canadien de la
faune
Photo : Comité ZIP du Haut-SaintLaurent
Douze ans après la mise en œuvre du Plan d’action Saint-Laurent Vision 2000
(SLV 2000), plusieurs observations démontrent que l’état du Saint-Laurent
s’est grandement amélioré, grâce à l’action concertée des gouvernements du
Canada et du Québec et aux efforts déployés par les groupes de citoyens
intéressés à sa sauvegarde. Au moment d’entreprendre la troisième phase de
SLV 2000, les gestionnaires du plan d’action ont confié au Comité de suivi de
l’état du Saint-Laurent le mandat d’identifier et de documenter des indicateurs
susceptibles de donner à la population et aux décideurs une idée juste de l’état
actuel et de l’évolution du Saint-Laurent..
N
ombre d’interventions d’assainissement, de protection et de mise en valeur
menées depuis une vingtaine d’années ont permis de redonner aux
Québécois et aux Québécoises un fleuve en meilleure santé. L’entente de
concertation SLV 2000, par exemple, est à l’origine de nombreuses réalisations
qui ont contribué à l’amélioration du Saint-Laurent, notamment la diminution
des rejets industriels toxiques, la protection de milliers d’hectares d’habitats
fauniques ainsi que la mise en œuvre de mesures visant le rétablissement
d’espèces menacées. En outre, par le biais du domaine d’intervention
4 — LE FLEUVE, mars 2000
Des investissements qui
rapportent
Il apparaît maintenant que les efforts
consentis en vue de restaurer
l’écosystème du Saint-Laurent, de
même que les fonds qui y ont été
consacrés, ont porté fruit. En effet,
bien qu’il reste toujours du travail à
accomplir, les scientifiques constatent
d’importantes améliorations en regard
de certaines caractéristiques physicochimiques ou biologiques.
Afin de statuer sur l’état et l’évolution
du Saint-Laurent, les gestionnaires de
SLV 2000 ont confié à un groupe
de spécialistes, maintenant réunis au
sein du Comité de suivi de l’état du
Saint-Laurent, le mandat d’élaborer
un programme de suivi basé sur
des indicateurs crédibles sur le plan
scientifique. « Notre défi consiste à
définir, à l’intention des individus ou
des groupes préoccupés par la santé
du Saint-Laurent, des indicateurs à la
fois fiables et accessibles permettant
de juger objectivement de l’état de
cet écosystème », explique M. Marc
Provencher, coprésident de ce comité
pour le Canada.
L’exercice de consultation et de
concertation mené par le Comité a
permis d’identifier, à titre préliminaire,
une quinzaine d’indicateurs. Ceux-ci
consistent en des mesures ou des
statistiques qui fournissent de
l’information sur les variations de
certaines caractéristiques de l’état
du Saint-Laurent relatives à l’eau,
aux rives, au lit et aux ressources
biologiques.
Les données nécessaires pour bâtir
les indicateurs retenus sont
présentement récoltées à l’intérieur de
programmes de suivi d’Environnement
Canada, du ministère de
l’Environnement du Québec, de
Pêches et Océans Canada et de la
Société de la faune et des parcs
du Québec. « Notre objectif vise
à interpréter l’information disponible
afin d’illustrer l’état du Saint-Laurent,
précise M. Guy Demers, coprésident
pour le Québec du Comité de suivi
de l’état du Saint-Laurent. Nous
souhaitons vulgariser et diffuser les
données scientifiques afin de fournir,
en des termes aussi simples que
possible, de l’information concise et
crédible pouvant être facilement
comprise et utilisée par les décideurs
et les citoyens de tous les paliers de
la société. » Il sera aussi possible de
mettre les indicateurs en relation les
uns avec les autres, de façon à tenter
de dresser un portait global du SaintLaurent.
Les indicateurs fourniront aux
partenaires gouvernementaux, aux
scientifiques, aux consultants, aux
décideurs municipaux et aux
représentants des groupes
environnementaux des renseignements objectifs pouvant les aider dans la prise
de décisions. Quant aux collectivités riveraines, aux utilisateurs du fleuve et à la
population en général, ils seront à même de mieux comprendre l’état du SaintLaurent et de prendre conscience des gains environnementaux significatifs
découlant des nombreuses interventions menées au cours des vingt dernières
années.
Pour information :
Guy Demers, coprésident
Ministère de l’Environnement du Québec
Direction de l’état de l’environnement
Téléphone : (418) 521-3820, poste 4743
Courriel : guy.demers@menv.gouv.qc.ca
Marc Provencher, coprésident
Environnement Canada
Centre Saint-Laurent
Téléphone : (514) 283-3668
Courriel : marc.provencher@ec.gc.ca
Salle de pompage eau traitée
Salle de filtration d’eau
Salle de préparation pour l’ozone
Salle de production d’air ozonée
Photos : Françoise Lapointe
5 — LE FLEUVE, mars 2000
IMPLICATION COMMUNAUTAIRE
Le Comité ZIP AlmaJonquière
La rivière Bédard, une rivière qui renaît
Des berges verdoyantes, une eau fraîche et limpide, des frayères de nouveau
visitées par l’omble de fontaine… La rivière Bédard retrouve peu à peu ses
qualités écologiques, elle qui possédait, il y a une quinzaine d’années, le titre
peu enviable de rivière la plus polluée de la région du Lac-Saint-Jean. La
restauration de ce tributaire du Saguenay est au cœur des activités du Comité
ZIP Alma-Jonquière, qui a su rallier à sa cause plusieurs partenaires. L’expertise
du Comité est maintenant sollicitée en vue de la restauration d’autres rivières
dans cette région… mais aussi chez nos cousins français.
L
e territoire d’intervention du Comité ZIP Alma-Jonquière est situé à la
confluence du lac Saint-Jean et de la rivière Saguenay. En 1996, lors
des consultations menées en vue de la préparation du Plan d’action et
de réhabilitation écologique (PARE), les intervenants locaux ont soulevé
la nécessité de procéder à la restauration de la rivière Bédard. Celle-ci
subissait, depuis plusieurs dizaines d’années, diverses formes de pollution et
de dégradation : rejets d’eaux usées municipales et industrielles, apports de
pesticides et de fertilisants, érosion des berges, travaux de redressement et
drainage agricole. Le Comité ZIP a alors mis sur pied un comité de gestion de
la rivière, qui s’est penché sur les mesures possibles pour restaurer ce cours
d’eau qui traverse, sur une distance de 21 km, la plaine agricole de Saint-Bruno
et d’Hébertville-Station.
Tronçon après tronçon, la rivière Bédard revient à la vie
La première phase des travaux de restauration de la rivière Bédard a débuté en
1997, sur un tronçon de 1,5 km situé à proximité de sa source. Plusieurs tonnes
de débris de toutes sortes ont d’abord été retirées de la rivière. Puis, les berges
dégradées par l’érosion ont été stabilisées par des membranes géotextiles et
des enrochements ainsi que par la plantation d’arbres et d’arbustes, selon des
techniques de génie végétal. Des structures visant à ralentir le courant et à créer
de petites chutes ont aussi été aménagées, favorisant l’oxygénation de l’eau
et la création d’un habitat propice à la faune aquatique. Finalement, plusieurs
bassins ont été aménagés afin de recréer des zones de frai pour l’omble de
fontaine.
Cette première phase de restauration a permis de démontrer hors de tout doute
la mobilisation de la collectivité à l’égard de la rivière Bédard. C’est ce qui
explique qu’en 1998 et 1999, le Comité ZIP a pu compter sur le soutien financier
de plusieurs partenaires (parmi lesquels Environnement Canada, le ministère
de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation et le ministère des
Ressources naturelles du Québec ainsi que la MRC Lac-Saint-Jean Est)
pour entreprendre deux nouvelles phases de restauration. Près de 9 km de
6 — LE FLEUVE, mars 2000
Photo : Éric Gauthier, ZIP AlmaJonquière
berges, le long de la rivière Bédard et
de ses tributaires, ont ainsi retrouvé
leur qualité d’origine. La restauration
se poursuivra au printemps 2000, sur
une distance de 2,5 km.
Plus de 3 000 arbres et de 22 000
arbustes adaptés au milieu agricole
ont été plantés, jusqu’à maintenant,
aux abords des berges restaurées.
Les coûts liés aux travaux ont été
assumés par le milieu local et régional
dans une proportion de 70 p. 100.
« Le Comité a pu compter sur
l’appui de l’administration municipale
d’Hébertville-Station et sur
l’engagement de centaines de
bénévoles enthousiastes, dont les
membres du Club de chasse et de
pêche l’Éperlan, les élèves de l’école
primaire du Bon-Conseil, les scouts
et les guides ainsi que les membres
du club de l’âge d’or local », explique
M. Éric Gauthier, coordonnateur du
Comité ZIP Alma-Jonquière. Des
bénévoles qui parcourent la bande
riveraine de façon régulière, pour
s’assurer qu’elle demeure en santé,
constatent un retour progressif de la
faune dans cet habitat, notamment le
lièvre, l’ours noir, la sauvagine, le rat
musqué et le vison. L’amélioration de
la qualité de l’eau a aussi permis le
retour de l’omble de fontaine dans les
premières sections restaurées de la
rivière.
Les producteurs agricoles, des
partenaires importants
Les producteurs agricoles comptent
également au nombre des partenaires
majeurs du projet de restauration de
la rivière Bédard. « En plus d’accorder
aux bénévoles un droit de passage,
les propriétaires des lots longeant
la rivière Bédard ont accepté de
céder une importante portion de terre,
nécessaire à l’aménagement de la
bande riveraine », explique
M. Gauthier. Ils ont par la suite
consenti d’importants efforts, le long
des segments restaurés, pour corriger
certaines pratiques agricoles néfastes
pour le cours d’eau; par exemple,
des abreuvoirs permettent maintenant
au bétail de boire sans empiéter
dans la rivière. Des clôtures ont
aussi été construites, pour empêcher
les animaux d’atteindre les secteurs
nouvellement aménagés.
En échange, la bande riveraine
contribue à freiner l’érosion éolienne
et hydrique des terres agricoles.
L’augmentation de la diversité végétale
est aussi responsable d’un
accroissement de la quantité et la
diversité des oiseaux, prédateurs
naturels qui aident les producteurs
agricoles dans la lutte intégrée contre
les insectes ennemis des cultures. De
plus, les producteurs qui offrent des
services agrotouristiques sont fiers
de faire visiter leur exploitation et
de décrire les travaux effectués ainsi
que les conséquences directes qui en
découlent quant à la qualité de leurs
produits et à la qualité de vie dans leur
communauté.
« Le Comité ZIP souhaite inciter
davantage de producteurs agricoles
à l’adoption de pratiques
agroenvironnementales », poursuit
M. Gauthier. Ainsi, dans quelques
semaines, une formation en
agroenvironnement sera offerte à plus
de 200 producteurs. Ceux-ci
bénéficieront ensuite du soutien de
spécialistes du ministère de
l’Agriculture, des Pêcheries et de
l’Alimentation, de l’Union des
producteurs agricoles, du Centre de
recherche en développement agricole
et du Comité ZIP pour concevoir et
mettre en œuvre leur propre plan
agroenvironnemental.
Un projet qui fait du chemin
Le projet de restauration de la rivière
Bédard fait parler de lui et,
récemment, des producteurs agricoles
ont sollicité la collaboration du Comité
ZIP en vue de la restauration des
rivières Mistouk, Harts et Chicots,
situées au nord de la rivière
Saguenay. « Plus de cent personnes,
dont la moitié sont des producteurs
agricoles, se sont déplacées pour
assister à la première réunion
d’information », relate avec
enthousiasme M. Gauthier. En raison
du dynamisme manifesté par le milieu
local, le Comité ZIP a mis en place
un comité de bassin provisoire, qui
a supervisé la tenue d’inventaires et
énoncé, de façon détaillée, les travaux
à entreprendre; ceux-ci débuteront au
printemps prochain.
L’expertise du Comité ZIP AlmaJonquière est même mise à profit
outre-mer. En effet, l’Association
CŒUR (Comité opérationnel des élus
et des usagers de la Rance), en
Bretagne, a sollicité le soutien des
responsables du domaine
d’intervention Implication
communautaire de Saint-Laurent
Vision 2000 pour prendre
connaissance de l’approche
québécoise pour la restauration des
écosystèmes fluviaux. Compte tenu
des similitudes entre le territoire du
Comité ZIP Alma-Jonquière et celui
de l’Association CŒUR, M. Gauthier
s’est joint à Mme Yolaine SaintJacques, porte-parole du domaine
d’intervention Implication
communautaire, pour présenter
l’expérience menée sur les rives du
Saint-Laurent et du Saguenay. C’est
ainsi qu’en octobre 1999, M. Gauthier
a pu vanter les mérites de la
concertation et de l’engagement des
riverains, en réponse à un sentiment
d’appartenance retrouvé.
Selon M. Gauthier, l’approche
préconisée par l’Association CŒUR
était très politisée et laissait peu de
place à la communauté. « Toutefois,
lors de nos plus récents échanges
téléphoniques, les bénévoles de cette
région de la Bretagne nous ont dit
avoir réorganisé leur structure de
travail, et ils préparent, pour les
prochains mois, une démarche de
concertation. »
Dans toutes les régions agricoles
du Québec, des rivières attendent
cette prise en main collective qui
leur permettra de renaître… Une
vidéocassette réalisée par le Comité
ZIP Alma-Jonquière et ses
partenaires, portant sur la restauration
de rivières en milieu agricole et
sensibilisant les producteurs aux
approches agroenvironnementales,
pourra contribuer à initier cette
démarche.
Pour information :
Éric Gauthier, Ph. D.
Directeur général
Comité ZIP Alma-Jonquière
Téléphone : (418) 668-8181
Télécopieur : (418) 668-3466
Courriel : zipalma@digicom.qc.ca
7 — LE FLEUVE, mars 2000
BULLETIN D’INFORMATION
SAINT-LAURENT VISION 2000
Une invitation à Québec en mars 2000
Le Fleuve est publié par l’ensemble
des partenaires de Saint-Laurent
Vision 2000.
Les 13, 14 et 15 mars prochains, se tiendra, au Centre des congrès de
Québec, le 3 e congrès des responsables locaux de santé des Amériques.
Tenu une première fois en 1995, au Brésil et une deuxième fois, en 1997, à
Cuba, l’édition de cette année a pour thème principal « Santé et qualité de
vie : nos municipalités à l’heure de la mondialisation ».
Coordination :
Raymonde Goupil, Clément Dugas et
Suzanne Bourget
Ce congrès intéressera particulièrement ceux et celles qui oeuvrent dans les
services sociaux et de santé, notamment en santé publique, mais aussi en
environnement et aménagement du territoire. Il concerne également les élus
et les fonctionnaires municipaux, les organisations communautaires et les
chercheurs dans ces domaines. SLV 2000 sera présent !
Rédaction :
Gaétane Tardif, consultante
en environnement
Révision :
Josée Lecomte
Pour en savoir plus, communiquez avec le Secrétariat du congrès, au
numéro de téléphone (514) 395-1808 ou par courriel à l’adresse suivante :
info@opus3.com
Réalisation :
Françoise Lapointe, éditrice,
SLV 2000
Vous pouvez également consulter le site web du Congrès :
http://www.msss.gouv.qc.ca/congres_quebec
Le bulletin Le Fleuve est publié sur
le site Internet de SLV 2000 et peut
différer de cette version en raison
de l’espace restreint. Vous pouvez le
consulter à l’adresse suivante :
www.slv2000.qc.ec.gc.ca
La reproduction des textes est
autorisée à condition que la source
soit mentionnée.
ISSN 0847-5334
Dépôt légal :
Bibliothèque nationale du Canada,
Bibliothèque nationale du Québec
Volume 10, numéro 9.
Le Fleuve is also available in English.
8 — LE FLEUVE, mars 2000
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