Les textiles et les conditions ambiantes Introduction

Les textiles et les conditions ambiantes Introduction
Notes de l’ICC 13/1
Les textiles et les conditions ambiantes
Introduction
En raison de leur nature organique, les textiles figurent
parmi les objets les plus sensibles d’une collection
muséale. De nombreux agents de détérioration ont
une incidence sur leur conservation à long terme,
notamment la lumière, les organismes nuisibles, les
forces physiques directes, les polluants et contaminants,
les taux d’humidité relative contre-indiqués et les
températures contre-indiquées. Pour en savoir plus,
consulter le Plan de préservation en ligne de l’ICC
(www.cci-icc.gc.ca/tools/framework/index_f.aspx).
Lumière
Essentielle au visionnement et à l’appréciation des
textiles, la lumière est cependant l’un des agents de
détérioration les plus dommageables. La lumière –
ou rayonnement électromagnétique – est une forme
d’énergie. Le rayonnement visible s’étend de la partie
violette jusqu’à la partie rouge du spectre électromagnétique. Les longueurs d’onde au-delà de l’extrémité
violette du spectre visible – c.-à-d. ultraviolettes (UV) –
sont plus courtes, se produisent à une fréquence plus
élevée et sont plus nuisibles aux textiles que les
longueurs d’onde au-delà de la partie rouge – c.-à-d.
infrarouges (IR) – qui sont plus longues et de fréquence
inférieure. Le rayonnement UV et le rayonnement
visible sont susceptibles de causer des dommages
photochimiques, alors que le rayonnement IR produit
de la chaleur rayonnante. La dégradation des textiles
dépend de l’intensité de la lumière, du taux de
rayonnement ultraviolet et de la durée d’exposition. Le
rayonnement ultraviolet de la lumière du jour, de la
lumière du soleil et de certaines sources artificielles constitue une source principale de jaunissement et d’affaiblissement de fibres, de décoloration et de modification de
couleurs d’un grand nombre de colorants naturels et de
colorants artificiels de la première heure.
Atténuer les effets nocifs de la lumière
Les dommages que cause la lumière sont cumulatifs
et irréversibles. C’est l’exposition totale à la lumière
Patrimoine
canadien
Canadian
Heritage
qui est importante. L’exposition totale est égale à
l’éclairement lumineux (lux) x la durée d’exposition
(heures). On mesure l’éclairement lumineux, ou
intensité de la lumière, en lux (flux lumineux par
mètre carré). L’exposition d’un objet à une lumière
intense pendant une courte période occasionnera
une détérioration aussi importante que celle d’un
objet exposé à une faible lumière pendant une longue
période. Par exemple, une exposition à 100 lux pendant
400 heures entraînera une détérioration égale à celle
d’une exposition à 50 lux pendant 800 heures. En
diminuant de moitié le niveau d’éclairage (c.-à-d.
de 100 lux à 50 lux) ou la durée d’exposition à la
lumière, il est donc possible de réduire de moitié
la détérioration par la lumière.
En principe, les textiles ne doivent pas être exposés
au rayonnement ultraviolet provenant de la lumière
du jour ou de lampes sans filtre qui émettent des
rayons ultraviolets. S’il n’est pas possible de bloquer
ou d’éliminer la composante UV, le rayonnement
ultraviolet ne doit pas dépasser 75 µW/lm. Pour
l’exposition de textiles, il faut choisir la plus faible
intensité lumineuse qui permet une appréciation
esthétique de l’œuvre. Le point de référence habituel
de 50 lux convient bien au visionnement de détails
sur des objets de couleur claire, tant qu’il n’y a pas
d’éclairage intense à proximité, et tant que les visiteurs
peuvent s’ajuster à la lumière ambiante. En fonction de
la sensibilité des colorants utilisés sur les textiles, un
niveau d’éclairage supérieur, utilisé avec prudence
pendant de courtes périodes, permet aux personnes
ayant une déficience visuelle de mieux distinguer des
détails fins ou de faible contraste, ou encore des objets
de couleur foncée. Pour en savoir plus, voir Michalski
(1997). En augmentant l’intensité uniquement au besoin
et en la réduisant par la suite, il est possible de limiter
la détérioration cumulative causée par la lumière.
La vulnérabilité des colorants de textile à la lumière
varie. Pour réduire les effets nocifs de la lumière sur
des textiles, éviter toute exposition à la lumière extrême.
Couvrir les fenêtres dans les aires d’exposition et de
1030, chemin Innes, Ottawa ON K1A 0M5 Canada
Tél. : 613-998-3721 ou 1-866-998-3721 • Téléc. : 613-998-4721
mise en réserve pour éliminer la lumière naturelle qui
en provient. Soulignons qu’en utilisant sur les vitres
des pellicules transparentes absorbant le rayonnement
ultraviolet, on peut réduire la quantité de rayonnement
ultraviolet sans réduire la lumière visible. Il est important
de vérifier le rendement des filtres et des pellicules UV
avant d’en installer sur des lampes ou des fenêtres, et
d’en faire des vérifications périodiques par la suite.
Éteindre les lumières dans les aires d’exposition pendant
les heures de fermeture, faire la rotation des textiles et
limiter la durée de leur exposition, c.-à-d. une durée de
3 mois au plus. Utiliser des interrupteurs actionnés par
les visiteurs. Pour mieux régler l’intensité de la lumière,
utiliser des ampoules à faible puissance, installer des
gradateurs aux interrupteurs et augmenter la distance
entre la source de lumière et le textile. Consigner la
durée d’exposition du textile, l’intensité de la lumière
et les conditions environnementales, car ces données
aideront à déterminer les niveaux d’exposition annuelle.
En règle générale, il faut garder les lumières des
réserves éteintes. Toutefois, un éclairage à faible intensité
est acceptable si on y va pendant de courtes périodes. La
mise en réserve de textiles dans des armoires ou des
tiroirs fermés permet une protection accrue.
Il existe tout un salmigondis de lampes sur le marché,
chacune dotée de caractéristiques qui peuvent convenir
ou non à l’exposition en musée. Comme l’éclairage
des expositions est complexe, il faut examiner
soigneusement toutes les options.
Types de sources de lumière
L’éclairage incandescent offre de nombreuses options
pour les expositions dans les musées et les galeries. On
peut munir les projecteurs incandescents des systèmes
d’éclairage sur rails installés au plafond de gradateurs
ou de filtres. Pour en savoir plus, voir le no 2/3 des Notes
de l’ICC : Les projecteurs sur rail. L’utilisation de lampes à
faible puissance permet de réduire le niveau d’éclairage,
mais conserve la « blancheur » de la lumière. En réduisant
l’intensité lumineuse, on augmente la teinte jaune de la
lumière. On peut diminuer l’intensité lumineuse des
projecteurs à faisceau étroit, les filtrer, ou encore les
remplacer par des projecteurs à faisceau large, pour
un éclairage plus tamisé. Toutefois, les deux projecteurs
produisent la même quantité de lumière. Les lampes
incandescentes ont une production faible de rayons
ultraviolets, mais génèrent une chaleur rayonnante
(IR). Ainsi, il ne faut jamais les utiliser à l’intérieur
d’une vitrine d’exposition, il faut les accompagner d’un
filtre UV pour l’éclairage d’objets fragiles et, pour éviter
toute détérioration due à la chaleur, il faut les placer
à une distance raisonnable des textiles.
Dans la catégorie des lampes incandescentes, il y a
également les lampes à halogène, mais elles émettent
2
plus de lumière que les lampes incandescentes classiques,
et leur production de rayons ultraviolets est bien plus
élevée. L’enveloppe quartz de ces lampes ne filtre pas
les rayons ultraviolets de façon efficace. Il est donc
important de surveiller leur composante UV. S’il est
question d’éclairer des objets très sensibles, par exemple
des tissus colorés, il faut également s’assurer que les
lampes sont dotées de lentilles en vitre qui résistent à la
chaleur et qui permettent de filtrer les rayons ultraviolets.
Comme les lampes quartz-halogène produisent une
grande chaleur, il ne faut pas les utiliser à l’intérieur
de vitrines d’exposition. On les utilise souvent comme
source de lumière dans des applications à fibres optiques.
La consommation énergétique des lampes incandescentes
est supérieure à celle des lampes fluorescentes.
On peut diffuser une lumière ambiante dans des aires
d’exposition à l’aide de lampes fluorescentes, mais en
raison des rayons ultraviolets qu’elles émettent, il faut
les filtrer. Pour en savoir plus sur le filtrage de rayons
ultraviolets, voir le no 2/1 des Notes de l’ICC : Filtres
ultraviolets. Pour mieux régler l’intensité de la lumière,
on peut également utiliser des gradateurs compatibles
avec les lampes fluorescentes. Il faut choisir des lampes
ayant un indice de rendu de couleur (IRC) de 80 à 100
(l’échelle IRC ne dépasse pas 100). Pour les expositions
où l’on utilise des lampes dont l’indice IRC est élevé,
les visiteurs peuvent mieux voir les couleurs véritables.
Avant d’acheter des lampes fluorescentes, examiner
également la température de couleur proximale
attribuée aux ampoules particulières. À titre de
comparaison, sachez que la lumière du jour a une
température de couleur de 6 500 degrés kelvins (K).
À l’intérieur, dans un endroit où l’intensité de lumière
est faible, on choisit souvent un éclairage « tiède » avec
une teinte légèrement jaunâtre, qui correspond à une
température de couleur de 2 700 à 3 000 K. Pour des
zones fortement éclairées, on utilise plutôt une lumière
« fraîche » avec une teinte légèrement bleutée, qui
correspond à une température de couleur de
5 000 K ou plus.
Les lampes fluorescentes compactes peuvent également
être utiles à courtes distances. Tout comme les lampes
fluorescentes classiques, celles-ci émettent des rayons
ultraviolets et doivent être dotées d’un filtre ou d’un
couvert qui absorbe ces rayons. On peut se procurer
des lampes fluorescentes compactes de plusieurs
températures de couleur. Comme leur indice de rendu
de couleur se situe entre 80 et 100, elles se prêtent bien
à l’éclairage d’objets.
Les lampes à décharge à haute intensité (DHI)
produisent une lumière intense, ont un faible indice
IRC et un rendement polychrome variable. Ainsi, elles
ne conviennent peut-être pas aux expositions dans
des musées. Cependant, on utilise souvent les lampes
Notes de l’ICC 13/1
à halogénure métallisé pour des applications à fibres
optiques. Autre aspect problématique des lampes DHI :
elles émettent de la chaleur. Pour pallier ce problème,
on place normalement la source de lumière dans un
endroit distinct afin de dissiper la chaleur et, par
la suite, on éclaire les objets à l’aide de lampes à
fibres optiques, orientées séparément. Les systèmes
d’éclairage à fibres optiques conviennent très bien aux
expositions dans des musées, puisqu’il y a très peu de
rayons ultraviolets qui se rendent jusqu’à l’objet, et le
problème de chaleur rayonnante est éliminé.
Les lampes à diodes électroluminescentes (DEL)
varient grandement sur le plan de la boîte à lumière,
du coût, de la fiabilité, de la durée de vie et de l’IRC.
Comme leur production de rayons ultraviolets est
généralement faible, l’utilisation de filtres est inutile.
Les lampes DEL sont considérées comme des sources
de lumière froide et, par conséquent, elles peuvent
convenir à l’éclairage d’objets à de courtes distances.
Organismes nuisibles
Par organisme nuisible, on entend tout organisme
vivant – insecte, rongeur, moisissure – qui peut causer
des dégâts matériels.
On met souvent en réserve des collections de textiles
et de costumes dans des endroits tranquilles et obscurs,
qui peuvent constituer un environnement idéal pour
des insectes. Les larves de la mite et de l’anthrène
des tapis sont particulièrement néfastes, puisqu’elles
perforent et consomment des fibres protéiques cornées
telles que la laine. Elles s’attaquent à la soie, au coton et
aux synthétiques, s’ils sont sales, ou si l’étoffe empêche
l’accès à une source d’alimentation. Parmi les indices
de la présence d’insectes, il y a notamment les larves
elles-mêmes, leurs toiles et cocons (contenant souvent
des boulettes fécales, qui ont parfois la même couleur
que l’étoffe), les œufs et les insectes adultes. Les
poissons d’argent peuvent abîmer l’étoffe en se
dirigeant vers une source d’alimentation, telle
que l’encollage à l’amidon que comportent certains
cotons. Les rongeurs et autres animaux peuvent
ronger, déchiqueter et souiller des textiles.
Parmi les stratégies pour lutter contre les organismes
nuisibles dans les musées, il y a notamment des
mesures préventives, par exemple le nettoyage
et l’entretien de l’immeuble. Éviter de consommer,
d’emmagasiner ou de laisser des boissons ou des
denrées alimentaires dans des salles d’exposition ou
des réserves. Avant d’intégrer un nouvel objet ou un
objet emprunté dans une collection, il faut le mettre
en quarantaine, l’examiner et bien le surveiller. Le
personnel peut ainsi déceler la présence de
moisissure et d’insectes.
Notes de l’ICC 13/1
Une intervention rapide de lutte contre la moisissure
et les infestations d’insectes permettra d’empêcher
leur propagation. Mettre en œuvre un système de
lutte intégrée. Pour en savoir plus sur la lutte contre
les infestations, consulter les nos 3/1 : Stratégies de
lutte préventive contre les infestations et méthodes de
détection, 3/2 : Détection des infestations : inspection
des installations et liste de contrôle et 3/3 : Lutte contre
les insectes par exposition au froid des Notes de l’ICC,
Pinniger (2004), ainsi que Pinniger et Winsor (1998).
La moisissure et les bactéries figurent parmi les
microorganismes qui abîment les textiles. La moisissure
prend souvent l’apparence d’un accroissement velouté
blanchâtre et s’accompagne parfois d’une odeur de
moisi. Tant les textiles cellulosiques que les textiles
protéiques sont à risque. Les saletés, les taches, ou
les apprêts de tissu tels que l’amidon constituent une
alimentation attrayante pour les microorganismes. La
croissance de microorganismes provoque des taches
colorées qui sont souvent impossibles à enlever et
qui affaiblissent les fibres des textiles, parfois au
point d’entraîner leur désintégration.
Le maintien d’un environnement régulé contribuera
à empêcher le développement de moisissures. Pour
connaître des méthodes de lutte contre la moisissure,
consulter les publications suivantes de l’ICC : le
Bulletin technique no 26 : Prévention des moisissures
et récupération des collections : Lignes directrices pour
les collections du patrimoine, le no 13/15 des Notes
de l’ICC : Les moisissures et les textiles, ainsi que le
Bulletin technique no 12 : Le contrôle des moisissures
dans les musées.
Forces physiques directes
L’utilisation antérieure, les contraintes internes
inhérentes de l’objet et la manipulation peuvent
entraîner des déchirures, des pertes, des éclatements
et de l’usure. De profondes cassures le long des lignes
de plis sont susceptibles d’entraîner des éclatements,
parce que les fibres de ces endroits font l’objet d’une
tension considérable.
Certains dommages aux textiles peuvent être évités.
Malgré leur apparence étonnamment robuste et
résistante, les textiles anciens sont toutefois vulnérables,
non seulement en raison de leur histoire – âge, fragilité
ou composition, notamment des mélanges de matériaux
lourds et légers –, mais également parce qu’il s’agit
d’objets bien connus. La manipulation augmente les
risques de dommages aux costumes et aux textiles.
Limiter la manipulation de textiles et, dans la mesure
du possible, manipuler le cadre ou la monture au lieu
de l’objet lui-même. Pour en savoir plus, voir Robinson
et Pardoe (2000).
3
Les textiles et costumes exposés ou en réserve sans
support convenable peuvent subir des distorsions en
raison de la gravité. L’utilisation de mannequins sur
mesure pour l’exposition de costumes, ou de montures
matelassées pour leur mise en réserve contribue à éviter
des dommages liés aux forces physiques directes. Pour
en savoir plus, voir Barclay et coll. (2002), ainsi que
Brunn et White (2002). S’assurer de la stabilité des
mannequins en utilisant une base convenable ou une
base que l’on peut arrimer à la surface d’exposition.
Pour l’exposition et la mise en réserve de textiles de
grande taille tels que des tapisseries, il faut parfois
des supports sur mesure, ainsi qu’au moins deux
personnes pour leur transport ou leur installation.
Pendant le transit et l’expédition, des forces
physiques directes telles que les vibrations, les
impacts, les pressions, les abrasions ou les chocs
peuvent entraîner des dommages. S’assurer de bien
matelasser les textiles, de les attacher solidement à
leurs supports et de choisir un emballage convenable.
Pour en savoir plus, voir Robinson et Pardoe (2000).
Polluants et contaminants
Les gaz provenant d’émissions industrielles, automobiles
et d’autres sources provoquent des réactions chimiques
de dégradation, lesquelles ont des incidences sur les
propriétés des fibres. Certains produits dans les musées,
tels que le bois, les revêtements, le papier de soie acide
et autres objets anciens peuvent émettre des gaz nocifs.
Pour en savoir plus, voir Tétreault (2003). L’acidité des
fibres peut également provenir de la détérioration des
fibres elles-mêmes, tout comme des processus de
fabrication et de finition.
Les particules solides, telles que la poussière provenant
de vêtements et les saletés de l’environnement immédiat,
sont nuisibles parce qu’elles peuvent rester prises dans
les espaces à l’intérieur des fils et entre les fils, ainsi
que sur les surfaces irrégulières de fibres. Les particules
effilées et granuleuses de silice, que l’on trouve souvent
dans la poussière, peuvent trancher les fibres au
cours de la manipulation pendant la mise en réserve,
l’exposition ou le transit. Dans un milieu où les
températures et le taux d’humidité relative sont élevés,
de la poussière fine se soudera en peu de temps aux
fibres, et deviendra très difficile à enlever. Certaines
matières particulaires absorbent les polluants de
l’environnement, pouvant entraîner une réaction
chimique qui nuit aux fibres ou aux colorants si le
taux d’humidité est élevé. Certaines saletés constituent
des sources d’alimentation pour de la moisissure, des
insectes et d’autres activités biologiques nuisibles.
Avec le temps, les huiles laissées par une mauvaise
manipulation, des taches d’eau et de nourriture, ainsi
que par les saletés découlant de l’utilisation peuvent
4
s’oxyder et s’incruster, provoquant la défiguration,
l’affaiblissement et la désagrégation.
Garder les portes et fenêtres fermées en tout temps,
afin de réduire les problèmes liés aux polluants
atmosphériques. Toute ouverture vers l’extérieur doit
être bien scellée. On peut, dans une certaine mesure,
réguler les polluants atmosphériques à l’intérieur d’un
musée en utilisant des produits conseillés, p. ex. de la
peinture stable aux murs et de la moquette qui ne
produit pas de gaz nocifs, ainsi qu’en établissant une
politique interdisant de fumer. Les produits chimiques
tels que la peinture et les agents nettoyants doivent
être emmagasinés dans un endroit éloigné des aires
d’exposition et des réserves.
On n’insistera jamais assez sur l’importance d’un bon
entretien pour la conservation préventive des textiles.
Dans tous les musées, les aires d’exposition et les
réserves doivent faire l’objet d’inspections méthodiques
et minutieuses et être soigneusement nettoyées. Plus
les locaux sont propres, moins les textiles risquent
d’être endommagés par les moisissures, les insectes,
les produits chimiques et les abrasions. Les supports
servant à soutenir les objets dans les réserves doivent
être construits de matériaux stables. On peut protéger
les objets de la lumière et de la poussière en les couvrant
de façon temporaire lorsqu’ils ne sont pas utilisés.
Humidité relative et
température contre-indiquées
Dans le domaine de la conservation préventive,
l’importance de l’humidité relative (HR) et de la
température en tant qu’agents de détérioration
s’accroît si elles sont contre-indiquées. Des taux
d’humidité relative extrêmes, ainsi que des variations
importantes d’humidité relative en peu de temps,
peuvent endommager les collections de textiles. Les
variations de l’humidité relative se produisent de
façon saisonnière et quotidienne, ainsi que dans des
immeubles lorsque des ouvertures d’aération, des
radiateurs et des conduits d’air chaud sont en service.
Les fibres réagissent à ces variations ambiantes en
gonflant ou en rétrécissant quand ils absorbent ou
laissent échapper de la vapeur d’eau. Les fibres
vieillies et fragiles ne pourront peut-être pas résister à
de tels changements, qui entraîneront des dommages,
notamment des éclatements dans l’étoffe. La fabrication
même de l’objet, et la possibilité qu’ont certaines
composantes de se dilater et de se contracter au
rythme des variations d’humidité, rendent la
situation plus complexe encore.
Au cours des mois d’hiver, la chaleur que produisent
les systèmes de chauffage peut assécher l’air, entraînant
Notes de l’ICC 13/1
des taux d’HR peu élevés. Dans des conditions
ambiantes où l’HR est faible (inférieur à 20 %), les
textiles se dessèchent, devenant plus cassants et fragiles.
Pour les manipuler, il faut alors prendre encore plus
de précautions. Un autre extrême à éviter est celui
de l’humidité élevée (75 % et plus), qui accélère la
détérioration des matériaux organiques, en plus de
favoriser la prolifération de moisissures.
Pour les textiles, il est important de conserver un taux
d’HR aussi constant que possible dans les réserves, les
aires d’exposition et le transit, pourvu qu’il s’agisse d’une
valeur de consigne adaptée à la collection. En raison des
extrêmes de température du climat canadien, la tâche
peut s’avérer très difficile. Si un changement du taux
d’HR est inévitable, veiller à ce qu’il se produise aussi
graduellement que possible. Le maintien de taux d’HR
élevés en hiver peut poser des problèmes structurels
dans un immeuble chauffé. Il faut toutefois s’efforcer de
maintenir l’HR à une valeur de consigne allant de 40 à
60 %, ou près de la moyenne annuelle pour la collection.
On peut accepter des variations saisonnières et à court
terme de ±10 % HR, qui n’entraînent qu’un faible risque
pour la plupart des textiles. Comme les textiles ne
représentent normalement que l’un des divers genres
d’objets d’une collection, le plus difficile est souvent de
trouver le taux d’HR qui, au fil du temps, provoquera
le moins de dommages à l’ensemble de la collection.
Il n’existe peut-être pas de valeur exacte unique.
En l’absence d’une régulation complète des conditions
ambiantes que permet un immeuble à vocation
particulière, il est possible d’assurer un certain
niveau de protection au moyen d’humidificateurs
ou de déshumidificateurs portables et de ventilateurs.
Cependant, cette solution exige une connaissance
approfondie des niveaux saisonniers et des variations
dans chaque salle de l’immeuble, en plus d’une attention
méticuleuse à l’entretien de l’équipement et d’une
surveillance continue des conditions. Les mesures comme
celles de garder les portes et fenêtres fermées et d’éviter
l’exposition ou la mise en réserve près d’ouvertures
d’aération, de radiateurs, ou de murs extérieurs
d’un immeuble, permettront de réduire les effets des
variations d’HR. Dans le but d’assurer une uniformité
entre les musées prêteurs, il existe un consensus à
l’échelle nationale et internationale favorisant un taux
d’humidité relative constant de 50 %. Rappelons que
tout changement de température entraînera des variations
de l’humidité relative. Pour atténuer l’effet du séchage
associé au chauffage intérieur pendant les mois d’hiver,
on peut baisser la température afin de situer le taux
d’humidité relative à l’intérieur de normes acceptables.
Tout comme les autres agents, l’analyse de la
température effectuée séparément est une méthode
trop simpliste. Il a été démontré qu’une série de
Notes de l’ICC 13/1
facteurs, par exemple l’exposition à de la pollution,
des températures contre-indiquées et des taux
d’humidité contre-indiqués rendent des textiles
instables ou acides plus susceptibles à la détérioration.
En outre, comme c’est le cas pour l’HR, il n’existe
peut-être pas une température exacte qui permette de
diminuer les risques auxquels s’expose une collection,
ou encore de les réduire à néant. Il est cependant
possible d’analyser la question en examinant les
tendances des conditions ambiantes dans diverses
parties de l’immeuble, et ce, pendant une période
définie. Cela dit, les risques auxquels s’exposent les
collections de textiles sont moindres si l’on maintient
la température entre 15 et 25° C, en permettant une
variation de l’ordre de 5° C d’un côté comme de
l’autre, pour tenir compte des variations saisonnières.
Les variations saisonnières doivent se produire
graduellement. Les textiles placés dans des réserves
où la température est fraîche se conservent bien.
Les textiles exposés trop près d’une source de
chaleur (lampes, ensoleillement direct, radiateurs
et ouvertures d’aération) deviendront secs et fragiles.
Comme certains objets chimiquement instables
peuvent devenir plus susceptibles à la détérioration,
il faut faire preuve d’une extrême prudence lors de
leur manipulation. Les températures trop basses
rendent les fibres rigides et cassantes, ce qui peut
provoquer des dommages physiques. Les variations
peuvent également être problématiques pour des
collections de textiles.
Dans cette Note, on présente des idéaux qu’un
organisme peut viser à atteindre, en plus de
quelques lignes directrices pour améliorer les
conditions ambiantes des aires d’exposition et des
réserves où l’on trouve des textiles. Tout effort, si
minime qu’il soit, de réguler les agents de détérioration
les plus destructeurs pour les textiles – notamment la
lumière, les organismes nuisibles, les forces physiques
directes, les polluants et contaminants, l’humidité
relative contre-indiquée et la température contreindiquée – aura des incidences positives à long
terme sur les objets d’une collection.
Équipement de surveillance
La seule façon de bien connaître les conditions
ambiantes d’une aire d’exposition ou de réserve est
de les mesurer à l’aide d’instruments. Il est possible
d’emprunter à l’ICC des instruments de mesure
de la lumière, de la température et de l’humidité
(voir le no 2/4 des Notes de l’ICC : Les instruments de
mesure des conditions ambiantes). Nous recommandons
l’utilisation d’un thermohygrographe ou d’un
enregistreur chronologique pour vérifier
continuellement les variations d’HR et de
température au cours des cycles saisonniers.
5
Bibliographie
AMERICAN SOCIETY OF HEATING, REFRIGERATING,
AND AIR-CONDITIONING ENGINEERS, Inc. 2003 ASHRAE
Handbook – Heating, Ventilating, and Air-Conditioning
Applications, SI Edition. Atlanta (GA), 2003.
PINNIGER, D., et P. WINSOR. Integrated Pest Management –
Practical, Safe and Cost-effective Advice on the Prevention
and Control of Pests in Museums. Londres, Museums
and Galleries Commission, 1998.
ROBINSON, J., et T. PARDOE. An Illustrated Guide to the
Care of Costume and Textile Collections. Londres,
Museums and Galleries Commission, 2000.
BARCLAY, R., A. BERGERON, et C. DIGNARD. Supports
pour objets de musées : de la conception à la fabrication,
deuxième édition. Ottawa, Institut canadien
de conservation / Québec (Québec), Centre de
conservation du Québec, 2002.
SMITH, A.W. « An Introduction to Textile Materials:
Their Structure, Properties and Deterioration. » Journal
of the Society of Archivists 20, 1 (1999), pp. 25–39.
BOWERS, L.V. « Lighting for Preservation – Fiber
Optics in Museum Exhibits. » Fabric of an Exhibition:
An Interdisciplinary Approach – Preprints. Ottawa,
Canadian Conservation Institute, 1997.
TÉTREAULT, J. Polluants dans les musées et les archives :
évaluation des risques stratégies de contrôle et gestion
de la préservation. Ottawa, Institut canadien de
conservation, 2003.
BOGLE, M.M. Museum Lighting for Textiles. Textile
Conservation Center Notes No. 12. North Andover
(MA), Merrimack Valley Textile Museum, 1979.
BRUNN, M., et J. WHITE. Museum Mannequins – A Guide
for Creating the Perfect Fit. Edmonton, Alberta Regional
Group of Conservators (ARG!), 2002.
CHARTERED INSTITUTION OF BUILDING SERVICES ENGINEERS.
Lighting for Museums and Art Galleries. Londres,
Chartered Institution of Building Services Engineers,
1994.
CUTTLE, C. Light for Art’s Sake: Lighting for Artworks and
Museum Displays. Amsterdam & Boston, Butterworth –
Heinemann, 2007.
FINCH, K., et G. PUTNAM. Caring for Textiles. New York,
Watson Guptill Publications, 1977.
GUILD, S., et M. MACDONALD. Prévention des moisissures
et récupération des collections : Lignes directrices pour les
collections du patrimoine. Bulletin technique no 26,
Ottawa, Institut canadien de conservation, 2004.
MAILAND, H.F., et D.S. ALIG. Preserving Textiles:
A Guide for the Nonspecialist. Indianapolis,
Indianapolis Museum of Art, 1999.
MICHALSKI, S. « Décider de l’éclairage » (The Lighting
Decision), in L’étoffe d’une exposition : une approche
pluridisciplinaire – Prétirages. Ottawa, Institut
canadien de conservation, 1997, p. 97-104.
PINNIGER, D. Pest Management in Museums, Archives and
Historic Houses. Londres, Archetype Publications Ltd.,
2004.
6
STRANG, T.J.K., et J.E. DAWSON. Le contrôle des moisissures
dans les musées. Bulletin technique no 12. Ottawa,
Institut canadien de conservation, 1991.
THE NATIONAL TRUST. The National Trust Manual of
Housekeeping: The Care of Collections in Historic Houses
Open to the Public. Amsterdam: Elsevier, 2006. Voir
aussi « Preventive Conservation » sur le site Web
de National Trust.
Remerciements
Nous tenons à remercier Sandy Buchanan,
de Buchanan Lighting, Ottawa (Ontario) et
Christine Fagan, éclairagiste, Musée des beaux-arts
du Canada, Ottawa (Ontario) d’avoir examiné les
parties de la Note touchant la lumière.
Par le personnel du Laboratoire de textiles
de l’ICC.
Première date de publication : 1986
Révision : 1992, 2009
Also available in English.
Également publié en anglais.
© Ministre, Travaux publics et Services
gouvernementaux Canada, 2010
No de cat. : NM95-57/13-1-2010F
ISSN : 1191-7237
Imprimé au Canada
Notes de l’ICC 13/1
Was this manual useful for you? yes no
Thank you for your participation!

* Your assessment is very important for improving the work of artificial intelligence, which forms the content of this project

Download PDF

advertising