CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN

CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE
CANADIENNE DE DEMAIN
UNE PUBLICATION SUR LES OPÉRATIONS TERRESTRES 2021
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CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE
CANADIENNE DE DEMAIN
UNE PUBLICATION SUR LES OPÉRATIONS TERRESTRES 2021
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CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
UNE PUBLICATION SUR LES OPÉRATIONS TERRESTRES 2021
Direction — Concepts et schémas de la Force terrestre
Kingston (Ontario), 2011
Données au sujet de la publication
1. Concevoir l'Armée de terre canadienne de demain
Anglaise
IDDN—NDID B-GL-300-000/AG-001
Française
IDDN—NDID B-GL-300-000/AG-002
Publication — anglaise
Numéro de catalogue du governement du Canada — D2-282/2011E
ISBN—978-1-100-19275-8
Publication — française
Numéro de catalogue du governement du Canada — D2-282/2011F
ISBN—978-1-100-97945-8
Version — anglaise en-ligne
Numéro de catalogue du governement du Canada — D2-282/2011E-PDF
ISBN — 978-1-100-19276-5
Version — française en-ligne
Numéro de catalogue du governement du Canada — D2-282/2011F-PDF
ISBN — 978-1-100-97946-5
Ce document officiel est publié sous l’autorité du Le commandant de l’Armée canadienne.
Aucune partie ne peut en être reproduite ou publiée à nouveau ailleurs sans la permission expresse
du Directeur — Concepts et schémas de la Force terrestre (DCSFT) par l’entremise du ministère
de la Défense nationale.
© 2011 Ministère de la Défense nationale
Bureau d'édition de l'Armée de terre/Section des arts graphiques, Kingston (Ontario)
Documents photographiques © Caméra de combat
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AVANT‑PROPOS
En raison des conflits violents dans lesquels l’Armée de terre a évolué au
cours des 10 dernières années, sa faculté et sa capacité de persévérer,
de s’adapter et de réussir ont dépassé toutes les attentes. Les espaces
d’opérations complexes et instables qu’elle a affrontés auraient à peine
pu être imaginés il y a 10 ou 15 ans; or, en dépit de cette situation, nos
troupes ont su faire preuve de courage, de ténacité et d’une grande faculté
d’adaptation. Malheureusement, si les tendances se maintiennent au
chapitre de la sécurité mondiale, les conflits actuels indiquent que notre
avenir collectif s’inscrira dans un environnement mondial de plus en plus
instable et incertain où les dangers nous guetteront au quotidien.
Le monde continue de présenter des risques qui mettent directement
en péril les valeurs, les intérêts nationaux et la sécurité du Canada. Le
pays compte donc sur les Forces canadiennes et sur l’Armée de terre pour
assurer sa défense ainsi que celle des Canadiens et de ses intérêts dans
cet environnement de sécurité de l’avenir. Pour demeurer un instrument
de puissance nationale efficace, l’Armée de terre du Canada doit continuer
à innover et à s’adapter. L’ouvrage Opérations terrestres 2021 : opérations
adaptables et dispersées : le concept d’emploi de la force de l’Armée
de terre canadienne de demain constitue le cadre général qui permet
d’établir comment l’Armée de terre mènera ses opérations à bien dans
l’environnement opérationnel de l’avenir. Cette nouvelle publication,
Concevoir l’Armée de terre canadienne de demain, présente la philosophie,
les fondements, les principes et les caractéristiques de conception clés sur
lesquels notre Armée de terre de demain devrait se construire.
Le présent document constitue mon guide de conception pour
bâtir l’Armée de terre canadienne de demain. Il guidera les processus et
les activités de développement des capacités de l’Armée de terre dans
un avenir prévisible. Il est essentiel que le large éventail de structures,
d’équipements, de doctrines et d’instruction qui seront mis en place au
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3
cours de prochaines années demeure axé sur cette vision de l’Armée de
terre canadienne de demain. Pour y arriver, il faudra un leadership déterminé
à tous les niveaux afin d’orienter l’Armée de terre vers cette réalité, ce qui
exigera une approche rigoureuse à l’égard du processus de développement
des capacités ainsi qu’une aptitude à élaborer et à soutenir une culture
institutionnelle d’agilité. Nous sommes déjà sur la bonne voie pour mettre
sur pied l’Armée de terre de demain, et je suis convaincu que l’Armée de
terre du Canada continuera de répondre à toutes les exigences futures avec
le professionnalisme et l’excellence auxquels le peuple canadien s’attend
désormais de ses soldats.
P.J. Devlin
lieutenant-général
Le commandant de l’Armée canadienne
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«
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TABLE DES MATIÈRES
Avant‑propos
3
Table des matières
5
Introduction
7
Objet
7
Les fondements de la conception
9
Première partie — Le contexte
11
Le contexte stratégique
13
L’environnement de sécurité de l’avenir
15
Environnement de sécurité mondial
15
Environnement de sécurité national
17
L’environnement opérationnel de l’avenir
19
L’environnement opérationnel mondial
19
L’environnement opérationnel national
23
L’état de la technologie en 2021
24
La dimension humaine
26
Contexte
26
Caractéristiques humaines
26
Culture
27
Éthos
28
Confiance
28
Interface avec la technologie
29
Changement organisationnel
30
Normes et pratiques institutionnelles
31
L’Armée de terre de demain : concepts de doctrine durables
Le concept d’opération de l’Armée de terre de demain :
32
des opérations adaptables et dispersées
34
Développement des dapacités
36
Aperçu 36
Le Processus de développement des capacités de l’Armée de terre
38
Dossier du développement des capacités
38
Pilier 1 — Imaginer (Élaboration des concepts)
39
Pilier 2 — Concevoir (Conception des capacités)
40
Pilier 3 — Élaborer (Intégration des capacités)
40
Pilier 4 — Gérer (Gestion de la force)
41
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5
Deuxième partie — Concevoir L’Armée de terre de demain
43
45
Cadre conceptuel global
Introduction
45
Contraintes liées à la planification
46
L’Armée de terre de demain : survol
47
Compétences et principes de base
51
Changement perpétuel et rythme du changement
54
L’environnement en évolution
55
Éléments clés de la conception de l’Armée de terre de demain
56
Les soldats — Le coeur de l’Armée de terre
56
Former l’Armée de terre de demain — Préparer les soldats
57
L’Armée de terre de demain : Équipement — Habiliter les soldats
61
Une approche exhaustive des opérations — La mentalité
64
Le réseau — La cohésion
68
Le maintien en puissance — Le principe vital
70
Considérations nationales — La situation au pays
71
Facteurs en jeu à l’extérieur du Canada
76
L’Armée de terre de demain : capacités
Contexte
Définir la capacité de l’Armée de terre de demain :
76
76
les fonctions opérationnelles
78
L’Armée de terre de demain : fonctions
82
Philosophie fonctionnelle
82
Structures de mise en œuvre de l’Armée de terre de demain
83
Contexte
83
Personnel et organisations
84
Structures et souplesse organisationnelles
85
Concevoir la structure par l’intermédiaire du processus
de développement des capacités
Tendances et implications structurelles de l’Armée de terre de demain
La voie à suivre
86
87
95
Développement et expérimentation de concept
95
Les yeux tournés vers le futur
97
Risque
98
Conclusion
98
Glossaire
99
Ressources
101
6
«
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INTRODUCTION
OBJET
La conception d’une Armée de terre pour dissiper les incertitudes de l’avenir
est une entreprise difficile qui exige l’atteinte d’un équilibre entre de nombreux
éléments contradictoires. La présente publication vise à orienter la conception de
l’Armée de terre de demain en définissant la situation, en décrivant les tendances
et en proposant les grandes lignes des philosophies, des fondements, des principes
et des caractéristiques qui sont essentiels à la mise sur pied d’une force efficace et
viable. Elle fournit des conseils sur l’étude des facteurs les plus importants pour
le développement de la force. Ce document ne vise pas à remplacer la doctrine, la
terminologie ni les processus de développement des capacités existants, mais plutôt
à énoncer clairement les facteurs essentiels qui conditionneront le développement
de l’Armée de terre canadienne de demain.
Le présent document comporte deux parties principales :
>En premier lieu, il comporte une section de renseignements généraux qui
décrit le contexte dans lequel l’Armée de terre de demain sera mise sur pied
et employée. On y trouve une évaluation sommaire des environnements
opérationnels probables et de l’environnement de sécurité de l’avenir, l’impact
des progrès anticipés dans le domaine des sciences et des technologies sur
le développement des capacités, certaines observations pertinentes sur la
dimension humaine, un examen des concepts opérationnels permanents et
émergents ainsi qu’une brève description du processus de développement
des capacités de l’Armée de terre;
>En deuxième lieu, la section principale de ce document porte essentiellement
sur les philosophies, les fondements, les principes et les caractéristiques de
conception clés de l’Armée de terre de demain. Des paramètres et des attentes
réalistes y sont énoncés afin de décrire les éléments les plus importants de
la capacité opérationnelle ainsi que les moyens les plus efficaces pour mettre
sur pied la force requise pour répondre aux exigences de l’environnement
opérationnel de l’avenir. Une description des trois composantes principales
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CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
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de la capacité requise — soit les systèmes (véhicules, armes et équipement),
les concepts opérationnels (selon diverses fonctions) et les structures
(organisations et établissements de mise sur pied et d’emploi de la force) —,
y est également présentée de façon généralement prescriptive. Enfin, cette
section se termine par des propositions sur la manière de continuer à obtenir
les meilleurs résultats possible du processus de développement des capacités
de l’Armée de terre.
Le document Concevoir l’Armée de terre canadienne de demain est destiné à divers
lectorats. Les dirigeants de l’Armée de terre y trouveront un sommaire utile des
aspects les plus importants de l’analyse de l’environnement de sécurité de l’avenir
ainsi que des enjeux urgents liés au développement des concepts et des capacités
qui touchent les assisses de l’Armée de terre. Il offre à l’état‑major responsable du
développement des capacités de l’Armée de terre une meilleure compréhension et un
portrait plus clair des implications découlant de l’adoption du document Opérations
terrestres 2021 : opérations adaptables et dispersées : le concept d’emploi de la force de
l’Armée de terre canadienne de demain comme concept des Forces canadiennes pour les
opérations terrestres. Le présent ouvrage offre un niveau d’analyse supplémentaire
et de plus amples détails. Il vise ainsi à offrir suffisamment d’orientations pertinentes
et durables aux personnes qui participent au développement des capacités de
l’Armée de terre sans pour autant nuire à l’adaptabilité et à l’agilité du processus et
de l’état‑major dans un contexte stratégique qui, inévitablement, ne cesse d’évoluer.
Les Forces canadiennes ainsi que les instances de développement des capacités des
pays partenaires y trouveront des modèles utiles en raison de la maturité du processus
de développement des capacités de l’Armée de terre canadienne et de la rigueur des
recherches effectuées dans le cadre de ce processus. Enfin, pour les publics militaires
et gouvernementaux, ainsi que pour la population en général, le présent ouvrage
constituera peut-être un instrument d’initiation accessible pour comprendre le
processus de transformation des idées en capacités pertinentes. On espère que ce
processus permettra, à terme, de prendre de meilleures décisions quant à la façon
dont l’Armée de terre gère ses ressources précieuses.
8
«
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LES FONDEMENTS DE LA CONCEPTION
Le présent document repose sur un corpus important de travaux effectués
antérieurement. La documentation de la première partie s’appuie notamment sur des
recherches et des publications de la Direction — Concepts stratégiques (Opérations
terrestres), de la Direction — Concepts et schémas de la Force terrestre, des Forces
canadiennes, du ministère de la Défense nationale ainsi que du programme des
armées américaine, britannique, canadienne, australienne et néo‑zélandaise. Un
glossaire sur le développement des capacités ainsi qu’une sélection de documents de
référence utiles figurent également à la fin de la deuxième partie.
Le scénario d’opération expéditionnaire internationale présenté dans le cadre
de l’Expérience de l’Armée de terre 9B a été utilisé au cours de l’analyse à l’appui
du présent ouvrage pour représenter tant les types d’opérations les plus probables
que les types d’opérations les plus complexes et les plus exigeantes dans lesquelles
l’Armée de terre est susceptible d’être employée. Ce scénario vise principalement à
présenter un environnement en fonction duquel les concepts et les schémas peuvent
être évalués, harmonisés et précisés. D’autres scénarios représentant d’autres types
d’opérations, notamment une crise nationale ainsi que d’importantes opérations de
combat prolongées contre un adversaire ayant une grande armée de terre moderne
imposante, sont également utilisés pour mesurer les risques.
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CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
9
PREMIÈRE PARTIE
LE CONTEXTE
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«
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LE CONTEXTE STRATÉGIQUE
»Les Forces canadiennes constituent l’instrument militaire d’un État souverain.
»L’Armée de terre doit mener des opérations nationales et internationales efficacement.
»L’Armée de terre doit apporter une contribution valable dans le cadre d’une approche
exhaustive des opérations.
La sécurité et la prospérité futures du Canada sont tributaires d’un système
international stable et prévisible. « [N]ous devons intervenir au‑delà de nos frontières
pour protéger et promouvoir nos valeurs et nos intérêts1. » Les Forces canadiennes
continuent de jouer un rôle de premier plan qui permet au Canada de contribuer à
l’atteinte de cet objectif.
Le gouvernement du Canada considère les Forces canadiennes comme un
instrument de pouvoir et de politique nationaux. « Le rôle que jouent les Forces
canadiennes dans la protection des Canadiens, de leurs intérêts et de leurs valeurs
demeurera essentiel 2. » L’emploi efficace des Forces canadiennes est un facteur
important qui permet au Canada de démontrer qu’il est un membre responsable de
la communauté internationale, et qui l’aide à se faire respecter au sein d’organisations
et de coalitions internationales d’envergure.
La mission des Forces canadiennes découle de la politique de défense du
gouvernement du Canada, par l’entremise des orientations du ministère de la
Défense nationale. Assurer la défense et la sécurité du Canada et des intérêts des
Canadiens et contribuer de façon significative à la paix et à la sécurité dans le monde
continuent de constituer le mandat principal des Forces canadiennes. « Pour respecter
cet engagement, nous devons assurer la sécurité de nos concitoyens, défendre notre
souveraineté et faire en sorte que le Canada regagne, sur la scène internationale, sa
crédibilité et son influence, tout en étant disposé à faire sa part3. » La façon dont les
Forces canadiennes et l’Armée de terre remplissent cette obligation est décrite dans
les six missions principales de la Stratégie de défense — Le Canada d’abord (SDCD).
1. É
noncé de politique internationale du Canada — Fierté et influence : notre rôle dans le monde —
Survol, Ottawa, AECIC, 2005, avant‑propos.
2.Énoncé de politique internationale du Canada — Fierté et influence : notre rôle dans le monde —
Défense, Ottawa, MDN, 2005, p. 1.
3.Stratégie de défense — Le Canada d’abord, Ottawa, MDN, 2008, p. 1.
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»
13
Dans le cadre de son mandat, l’Armée de terre doit posséder la capacité de
produire suffisamment de forces terrestres polyvalentes et efficaces au combat pour
assumer sa responsabilité à l’égard des objectifs du Canada en matière de défense et
de sécurité. L’Armée de terre doit être prête à mener des missions expéditionnaires
et des missions nationales, et être parfaitement capable de mener des tâches de
combat, de stabilité ainsi que des tâches habilitantes. Par conséquent, l’Armée de
terre doit être pertinente sur le plan stratégique, capable de s’adapter sur le plan
opérationnel, et décisive sur le plan tactique. Ceci requiert une Armée de terre très
mobile, adaptable, réseautée et viable qui est capable d’agir avec efficacité dans un
contexte interarmées, interorganisationnel, multinational et public (IIMP)4.
Peu importe les défis que l’environnement de l’avenir comportera, les hypothèses
suivantes continueront d’avoir une grande incidence sur le développement des
capacités des Forces canadiennes et de l’Armée de terre :
>Pratiquement toutes les missions des Forces canadiennes et de l’Armée
de terre sont menées en tant qu’opérations interarmées et nécessitent une
collaboration avec d’autres organismes, notamment d’autres ministères,
des organisations internationales, des alliés et partenaires de défense, des
organisations non gouvernementales, des fournisseurs de services généraux
et des représentants publics, dans le cadre d’une approche exhaustive des
opérations. Il est peu probable que l’Armée de terre ou l’ensemble des
Forces canadiennes soit appelé à agir sans aide aucune à l’échelle nationale
ou internationale. Ils représentent une partie d’un éventail de ressources
nationales plus vaste consacré à l’atteinte des objectifs du Canada;
>La majorité des opérations nationales mettent à contribution les Forces
canadiennes et l’Armée de terre dans un rôle de soutien;
>La participation des Forces canadiennes et de l’Armée de terre aux
opérations expéditionnaires se produit généralement dans le cadre d’une
coalition internationale plus vaste;
>Les capacités militaires sont fonction des engagements et des ressources
du gouvernement du Canada, et elles sont définies par les priorités et
la capacité financière de ce dernier.
4.Voir La Stratégie de l’Armée de terre — Engagés, vers l’avant, Ottawa, CFT, 2002, et L’Armée de terre —
Engagés, vers l’avant, 2 e édition, Ottawa, CFT, 2009.
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L’ENVIRONNEMENT DE SÉCURITÉ DE L’AVENIR
»L’environnement de sécurité mondial continuera d’être incertain et volatile.
»Les tendances en matière de mondialisation, d’innovations technologiques, de changements
démographiques, de rareté des ressources et d’environnement physique continueront d’avoir
une incidence profonde sur l’environnement de sécurité de l’avenir.
»Les menaces et les défis futurs seront fort variés, complexes et hybrides.
»Les conflits directs entre les puissances importantes et émergentes demeureront
moins courants que les « petites guerres », mais la possibilité d’une guerre à grande échelle
opposant des États ne peut être écartée.
ENVIRONNEMENT DE SÉCURITÉ MONDIAL
L’environnement mondial de l’avenir devrait être de plus en plus complexe, instable
et incertain. Les tendances actuelles en matière de mondialisation, d’intégration
dans un système monétaire international, de changements démographiques, de
régionalisation émergente et d’actions déstabilisantes par des acteurs étatiques et
non étatiques façonnent l’environnement. Ces facteurs, combinés à la concrétisation
prévue de pénuries d’énergie et de ressources à l’échelle mondiale, aux effets des
changements climatiques qui se font sentir de plus en plus rapidement, à la rapidité
des innovations et des progrès scientifiques et technologiques et au rééquilibrage des
rapports de forces régionaux, devraient poser des défis de taille.
Les demandes concurrentielles pour accéder à des ressources et à de meilleures
conditions de vie provenant des populations connaissant une croissance rapide dans
le monde en développement continueront de se heurter au partage disproportionné
des richesses à l’échelle mondiale, régionale et locale. Les niveaux de ressources
décroissants et les répercussions des désastres naturels et causés par l’homme
augmenteront inévitablement la fragilité de grandes régions du monde et créeront de
nouvelles vulnérabilités dans d’autres régions. Les enjeux liés à la sécurité humaine
seront façonnés en grande partie par la pauvreté et les insécurités connexes —
notamment le manque d’accès à des vivres, à de l’eau potable, à des soins de santé
adéquats et à des sources d’énergie modernes —, le manque de saine gestion publique,
le sentiment d’injustice qui découle de la répartition inégale des richesses et la
polarisation artificielle sur les plans culturel, religieux ou ethnique.
En raison de la montée relative de sphères d’influence politiques et
économiques non occidentales (notamment le Brésil, la Russie, l’Inde et la
Chine), une restructuration de l’économie mondiale devra s’opérer, et il est peu
probable que ce changement se déroule sans un certain degré de perturbations.
Des récessions mondiales futures, un déséquilibre des devises, le resserrement du
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CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
15
marché international du crédit et le risque associé à l’insolvabilité des institutions
financières menacent la stabilité de l’économie mondiale; pour ces raisons, un
plus grand nombre d’États fragiles risquent de devenir des États en déroute. Les
finances mondiales devenant de plus en plus intégrées, interconnectées et exposées
à un éventail de plus en plus vaste d’influences, le risque que les crises économiques
échappent à tout contrôle est considérable.
Les différends idéologiques contribueront à une plus grande instabilité dans le
monde. Lorsque des États ou d’autres groupes de personnes constatent qu’il leur
est impossible d’influer sur leur sort par des moyens pacifiques ou des tactiques
traditionnelles, ils recourront à des guerres irrégulières et au terrorisme. Ces situations
engendreront des crises humanitaires plus graves, de l’instabilité sur le plan politique,
des troubles civils ainsi que des conflits intraétatiques et interétatiques violents.
Ces conflits seront caractérisés par diverses attaques physiques, cybernétiques,
économiques, de propagande et psychologiques simultanées et complémentaires
menées par des États, des factions interposées ainsi que des groupes terroristes et
criminels transnationaux. En raison de la prolifération continue d’armes meurtrières,
de la possibilité que des États dirigés par des régimes imprévisibles acquièrent l’arme
nucléaire, et de l’accroissement continu des armements dans des régions comme
l’Asie‑Pacifique, l’instabilité sur les plans régional et mondial risque de s’accentuer.
Alors que le pouvoir relatif des États fluctuera, la viabilité, l’importance et la
puissance de l’État en soi demeureront les considérations les plus importantes sur
les plans géopolitique et interne. Les citoyens continueront de s’en remettre aux
gouvernements nationaux pour assurer leur sécurité et préserver leur identité. Des
pressions internes continueront d’inciter les États à se livrer à des agressions armées
contre les populations voisines et nationales. La concurrence pour les ressources ainsi
que les efforts déployés pour augmenter la sécurité et l’influence s’intensifieront. Un
large éventail d’acteurs non étatiques comme des organisations internationales, des
organisations non gouvernementales, des intérêts commerciaux et des groupes du
crime organisé ont une influence de plus en plus marquée dans le domaine de la
défense et de la sécurité. Si les objectifs d’une grande partie de ces intervenants
resteront probablement bénins, voire bénéfiques, sur le plan de la sécurité, ceux
de certains autres constitueront des défis et des menaces. Tous compliqueront
l’environnement de sécurité émergente.
Il est certain que les conflits de l’avenir auront beaucoup de points en commun
avec ceux d’aujourd’hui. Toutefois, une différence importante réside dans le
fait que les adversaires éventuels seront probablement encore plus adaptables et
constitueront des menaces encore plus variées, multidimensionnelles et dangereuses.
Les changements technologiques exponentiels procureront aux intervenants la
16
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
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capacité d’avoir une influence et un accès jamais inégalés. Combinée à l’ingéniosité
de l’homme, cette capacité accrue de s’organiser et de présenter des défis importants
sur plusieurs fronts, grâce à un meilleur accès à une gamme de capacités habilitantes
— notamment les moyens de communications, les armes et la mobilité, le rayon
d’action et le pouvoir meurtrier de l’adversaire s’accroîtront considérablement.
Tout porte à croire que l’environnement de sécurité de l’avenir sera de plus en plus
complexe, incertain, instable et meurtrier.
ENVIRONNEMENT DE SÉCURITÉ NATIONAL
Les forces en présence sur la scène mondiale auront des conséquences à l’échelle
nationale en raison du chevauchement de plus en plus important entre les influences
et les intérêts nationaux et internationaux en matière de sécurité. Alors que certaines
caractéristiques fondamentales de l’État canadien et de la société canadienne
perdureront, comme l’étendue du territoire géographique, la faible densité de
population et la démocratie parlementaire, un éventail de forces modifieront le
paysage politique, économique et socioculturel du pays. Par exemple, la population
canadienne deviendra encore plus multiculturelle et cosmopolite qu’elle ne l’est
aujourd’hui. L’immigration sera responsable en grande partie de la croissance de la
population du Canada alors que la croissance naturelle de la population diminuera 5.
La société canadienne se concentrera de plus en plus dans les milieux urbains, et
les villes deviendront des centres de créativité et de dynamisme économique. Une
main‑d’œuvre scolarisée et compétente permettra au Canada de continuer à être
concurrentiel dans l’économie mondiale de demain. Les ressources naturelles
nombreuses du Canada continueront d’être une source de prospérité6. De plus,
puisque les changements climatiques mondiaux élèveront la température dans le Nord
du Canada, les occasions d’exploiter les ressources extractives — particulièrement le
pétrole et le gaz naturel —, et de favoriser le développement des communautés du
Nord devraient se multiplier. L’abondance d’eau douce au Canada permettra au pays
de se tailler une place fort enviable puisque l’eau douce est en passe de devenir une
ressource mondiale essentielle de plus en plus limitée.
Cela dit, la mondialisation aura des effets négatifs sur le Canada et les
Canadiens au pays. La facilité avec laquelle il est possible d’effectuer des voyages
outre‑mer accroîtra les menaces découlant des maladies infectieuses ainsi que les
risques de pandémies. L’exploitation intentionnelle des vulnérabilités sociétales et la
5.Projections démographiques pour le Canada, les provinces et les territoires, 2005–2031,
http://www.statcan.gc.ca/pub/91-520-x/00105/4095095-fra.htm.
6.Par exemple, le Canada devrait demeurer un exportateur net de pétrole jusqu’en 2030.
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CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
17
perturbation de la société canadienne sont les objectifs énoncés de nos adversaires les
plus résolus. L’infiltration de terroristes et les attaques armées, l’espionnage d’État
et industriel, les actes criminels tels que la traite de personnes, le trafic d’armes et
le trafic de stupéfiants, ainsi que les cyberattaques délibérées des infrastructures
financières représentent quelques‑unes des possibilités les plus graves.
Les gains découlant de la créativité et de la force économique de la société
du Canada, laquelle est avancée sur le plan technologique et de plus en plus
interconnectée et multiculturelle, risquent d’être atténués en raison des effets du
vieillissement de la population. Les risques que les pénuries de main‑d’œuvre
potentielles augmentent — risques qui ne sont atténués qu’en partie par la croissance
prévue due à l’immigration —, pourraient entraîner une diminution du produit
intérieur brut. Même aujourd’hui, les finances publiques subissent des pressions de
plus en plus importantes en raison de l’augmentation des prestations de retraite et
des coûts rattachés aux soins de santé.
Les changements qui se produisent dans l’environnement naturel comporteront
également leur lot de risques. Il est fort probable que la fréquence et la gravité des
effets des feux de forêt, des températures extrêmes et des inondations continueront
de s’accroître. Puisque l’accès au Nord canadien s’accroît, il en ira de même des
risques d’accidents écologiques et de dégradation de l’environnement, des intrusions
dans le territoire et la souveraineté du Canada, et de la conduite d’activités illégales
par ceux qui veulent exploiter la région arctique et les peuples qui l’habitent à des
fins personnelles.
L’Armée de terre, en tant qu’élément des Forces canadiennes, doit être en mesure
de contribuer à la défense du Canada et, aux côtés de ses partenaires continentaux,
à la défense de l’Amérique du Nord. L’Armée de terre jouera un rôle phare dans la
sécurité des Canadiens et dans l’affirmation de la souveraineté du pays. Elle doit
également être prête à assurer la sécurité publique en temps de crise. « L’atteinte de
l’excellence au pays exige de ses forces armées qu’elles soient avisées de tout ce qui
se passe sur le territoire ou à proximité, de dissuader la perpétration de tout acte qui
présente une menace à notre sécurité, sur le territoire ou à proximité, et de réagir de
façon appropriée aux événements qui se produisent n’importe où au pays7. »
7.Stratégie de défense — Le Canada d’abord, Ottawa, MDN, 2008, p. 7.
18
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
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L’ENVIRONNEMENT OPÉRATIONNEL DE L’AVENIR
»Les formations et les groupements tactiques de l’Armée de terre de demain
opéreront tant dans des environnements ruraux que dans des environnements urbains,
souvent simultanément, et pratiquement sur tous les types de terrains.
»Les opérations côtières en milieu urbain seront de plus en plus fréquentes et continueront
de constituer les plus grands défis en raison de leur complexité sur les plans humain,
environnemental et géographique.
»L’Arctique doit être considéré comme une nouvelle frontière qui nécessitera un engagement
accru de la part de l’Armée de terre.
»L’Armée de terre de demain continuera d’être définie par les capacités requises pour mener
des opérations expéditionnaires.
L’ENVIRONNEMENT OPÉR ATIONNEL MONDIAL
L’environnement de sécurité de l’avenir constitue un défi considérable pour les
planificateurs des capacités. Il est fort probable qu’au fil du temps, l’Armée de terre
soit appelée à participer à un large éventail d’opérations complexes dans des États
ou des régions fragiles du monde en développement mettant en jeu un large éventail
d’acteurs dans des contextes multidimensionnels. Plus de la moitié de la population
de la planète habite maintenant en ville, et 60 p. 100 de la population vit à 100
kilomètres ou moins d’un océan8. Dans ce contexte, c’est souvent dans des régions
urbaines que des conflits violents éclateront, et les adversaires tireront pleinement
parti de l’environnement physique, moral et informationnel complexe qui caractérise
les grandes villes densément peuplées.
La possibilité que des combats de grande ampleur force contre force surviennent
ne disparaîtra pas, mais des guerres irrégulières conduites par des adversaires
extrêmement adaptables et soutenus par une technologie de pointe, des États voyous
qui s’érigent contre le statu quo, et des organisations criminelles transnationales
continueront de constituer les menaces les plus probables à la défense et à la sécurité.
Tout en s’articulant principalement en vue des opérations de moyenne intensité dans
des environnements complexes — dans le cadre desquelles il y a un équilibre relatif
sur le plan des efforts entre les tâches de combat et de stabilité —, l’Armée de terre
doit demeurer capable d’effectuer une transition rapide afin de mener efficacement
des opérations de combat d’une grande intensité.
Les formations et les groupements tactiques de l’Armée de terre de demain
opéreront tant dans des environnements ruraux que dans des environnements
8. J oint Operating Environment: Trends & Challenges for the Future Joint Force Through 2030,
Norfolk, USJFCOM, 2007, p. 15–16.
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
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urbains, souvent simultanément, et sur pratiquement tous les types de terrains,
notamment le désert, les montagnes, la jungle, les forêts, la savane et l’Arctique.
Les opérations en milieu urbain devraient être de plus en plus fréquentes et elles
continueront de poser les plus grands défis en raison de leur complexité sur les plans
humain, environnemental et géographique. Il est probable que ces caractéristiques
accroissent le nombre d’incidents liés à la maladie, la pollution et l’exposition aux
dangers des déchets industriels, et qu’elles nuisent à notre capacité d’intervenir de
manière décisive et efficace.
Dans certaines situations, on s’attend à ce que les adversaires s’organisent
et opèrent en cellules et en groupes semi‑indépendants relativement dispersés et
intégrés au sein de la population. Selon le principe voulant que l’Armée de terre
évolue au sein d’une alliance ou d’une coalition solide avec une supériorité des
forces sur le plan physique, les opérations de façonnage devraient réduire les forces
d’opposition classiques à des niveaux maîtrisables. Selon un tel scénario, il est possible
que des éléments résiduels de véhicules de combat, de chars, de mortiers, d’artillerie
et de roquettes de l’infanterie pouvant atteindre la taille d’un groupe‑bataillon
soient présents dans le combat rapproché lorsque l’espace d’opérations aura été
façonné par des ressources interarmées multinationales. Il est peu probable que des
attaques d’avions à réaction hostiles surviennent dans l’environnement opérationnel
de l’avenir9; toutefois, des hélicoptères, des avions civils modifiés, des véhicules
téléguidés et des missiles de croisière improvisés pourraient être utilisés. Les mines et
les dispositifs explosifs de circonstance continueront d’être extrêmement dangereux,
allant des engins les plus simples (p. ex. des mines empilées, des kamikazes) jusqu’à
des engins extrêmement sophistiqués. Les grenades propulsées par fusée auront une
force de frappe améliorée qui mettra au défi nos avancées en matière de blindage
protectif et réactif et d’autres technologies de riposte. Il est également fort probable
qu’on utilise des produits commerciaux comme armes, notamment des matières
industrielles toxiques, quoique la capacité de l’adversaire d’utiliser ces matières
efficacement risque d’être irrégulière. Les technologies qui sont à la disposition de
l’adversaire comprennent les gilets de protection balistique, les dispositifs de vision
de nuit et les systèmes de communication protégés de pointe.
Il n’est pas aisé de classer les opérations de demain par catégorie puisqu’elles
ne deviendront claires que lorsqu’elles se dérouleront. Isolément, ces opérations
comprendront sans aucun doute quelques caractéristiques d’un ou de plusieurs
des thèmes suivants :
9.Voir le document Projection de la puissance : la Force aérienne du Canada en 2035, Trenton, CGAFC, 2009, p. 31–40.
20
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
>combat majeur caractérisé par des combats fréquents, dispersés et intenses
contre des adversaires employant des versions modernes des tactiques classiques;
>contre­insurrection caractérisée par la nature politique de la crise et le
besoin de façonner des facettes multiples de l’environnement dans lequel
les forces armées jouent un rôle de soutien clé pour la sécurité;
>opérations de soutien de la paix — y compris la prévention des conflits,
le rétablissement de la paix, l’imposition de la paix et la consolidation de
la paix — pour promouvoir la stabilité;
>intervention directe limitée ayant une portée et des objectifs précis;
>opérations nationales où la force militaire jouera un rôle de soutien pour
d’autres organismes gouvernementaux en raison de la nature de la crise.
En raison de la nature des conflits violents dans l’environnement opérationnel
de l’Armée de terre de demain, l’Armée de terre devra être capable d’employer des
stratégies, d’exécuter des opérations et d’exploiter des tactiques adaptables visant à :
>comprendre l’environnement social et culturel dans lequel les opérations
sont menées de manière à influencer adéquatement et efficacement le
comportement humain;
>miner la détermination et la volonté de l’adversaire;
>garder l’initiative dans la sphère physique10.
L’Armée de terre devra également être prête et apte à entreprendre des opérations
offensives, défensives et de stabilité dans un continuum allant de l’engagement
militaire en temps de paix au soutien de la paix, et de la contre‑insurrection au
combat majeur. L’Armée de terre doit par conséquent continuer à s’adapter aux
réalités d’environnements plus complexes, en s’assurant qu’elle possède tant des
capacités de feux que des capacités d’influence, et bénéficiant de l’appui des niveaux
appropriés de mobilité, de surviabilité, de viabilité et de compréhension commune,
10. V
oir le document Opérations terrestres 2021 : opérations adaptables et dispersées : le concept d’emploi de la force
de l’Armée de terre canadienne de demain, Kingston, DCSFT, 2007, p. 5–7.
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
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pour créer les effets désirés tout en assurant la protection des gens. Un bon équilibre
entre ces fonctions sera essentiel puisque la force devra participer à des opérations
de formation, d’unité et de sous-unité contre des adversaires qui seront sans doute
encore plus adaptables et aptes au combat que ceux qu’elle a affrontés à ce jour.
Toute mesure qui pourrait compromettre l’équilibre de la force accroîtra le risque
d’exploitation des faiblesses qui pourraient ainsi être créées.
Il existe d’autres implications importantes de la nature changeante des conflits
violents qui doivent guider la planification du positionnement de l’Armée de terre de
demain. En fonction des ressources dont ils disposeront, les adversaires de demain
auront inévitablement recours à un mélange de capacités, de stratégies et de tactiques
adaptables et personnalisées pour arriver à leurs fins.
Au lieu d’adversaires distincts ayant des approches fondamentalement
différentes (classiques, irrégulières ou terroristes), on peut s’attendre à
faire face à des adversaires qui emploieront toutes les formes de guerre,
notamment les actes criminels, et ce, peut‑être simultanément. Les conflits
mettront en jeu une gamme d’acteurs transnationaux, d’États, de groupes
et de personnes qui mèneront leurs activités tant à l’échelle mondiale qu’à
l’échelle locale […] Les [N]ations pourraient être témoins dans un même
temps de violence, de terrorisme, de sédition, de criminalité profonde et
de désordre généralisé intercommunaux. Les tactiques, les techniques et les
technologies continueront de se transformer alors que les adversaires s’adaptent
rapidement à la recherche d’avantages et d’influence, notamment par des
moyens économiques, financiers, juridiques et diplomatiques11. [Traduction]
Il est même possible que cette « menace hybride » incarne une coopération, du
moins à certains niveaux, entre un certain nombre d’adversaires non traditionnels
et des ennemis plutôt conventionnels, et qu’elle mène à une fusion des problèmes
de sécurité publique, de sécurité humaine et de sécurité nationale. L’engagement
de l’Armée de terre dans tous les types d’opérations doit être viable du point de vue
des lignes de communications stratégiques et de la capacité de mise sur pied d’une
force. La capacité de mener des opérations avec efficacité dépend de forces possédant
des fonctions opérationnelles équilibrées — commandement, détection, action,
protection et maintien en puissance — et qui ont la capacité intrinsèque de créer
les résultats souhaités. L’Armée de terre doit donc avoir à sa disposition les niveaux
11.ABCA Future Concept 2020–2030, rapport de l’ABCA numéro 088, Washington, ABCA, 2010, p. 10.
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«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
adéquats de mobilité, d’armement, de surviabilité, de viabilité et d’information sur
les plans tactique, opérationnel et stratégique. Toute mesure n’allant pas dans le sens
d’une force équilibrée, efficace et agile créera un risque inacceptable.
L’ENVIRONNEMENT OPÉR ATIONNEL NATIONAL
À la lumière de l’expérience acquise, on s’attend à ce que les opérations les plus
susceptibles de se produire à l’échelle nationale et mettant à contribution des forces
terrestres surviennent à la suite de catastrophes naturelles ou causées par l’homme.
La fréquence et la gravité de ces événements ont connu une croissance constante
au fil des ans et leurs répercussions devraient continuer de s’accroître puisque la
densité et la distribution de la population continuent de s’accroître également. L’effet
stabilisant sur les populations civiles attribuables au déploiement de soldats canadiens
en temps de crise est en règle générale positif et disproportionné par rapport aux
ressources mises à contribution. Le public canadien continue de s’attendre à ce que
les Forces canadiennes offrent de l’aide en temps de crise, et les gouvernements à
l’échelle du pays continuent de compter sur les forces militaires lorsqu’ils ne peuvent
répondre efficacement aux demandes liées aux événements locaux qui surviennent.
L’Armée de terre devra être prête à intervenir rapidement pour sauver des vies
et aider à rétablir le cours normal des choses.
Le Nord canadien sera une grande priorité du gouvernement pour l’avenir
prévisible. La Force aérienne et la Marine continueront d’assumer des responsabilités
nationales plus directes et routinières pour protéger les approches aériennes et
maritimes du Canada dans le cadre de leur mandat, mais les opérations nationales
mettant à contribution l’Armée de terre pour protéger la souveraineté et la sécurité
nationale demeureront des tâches essentielles. Bien que l’Armée de terre ait toujours eu
les capacités nécessaires pour mener des opérations dans le Nord, elle devra désormais
acquérir de nouvelles capacités, en plus d’accroître son potentiel et son engagement.
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
23
L’ÉTAT DE LA TECHNOLOGIE EN 2021
»Le monde vit actuellement une révolution technologique continue et de plus en plus rapide.
»Il y a convergence entre divers secteurs de la technologie comme la nanotechnologie
et la technologie des matériaux, la robotique, la biologie et la génétique, les technologies
de l’information et des communications et la neuroscience.
»L’organisation qui fait preuve de prévoyance, qui se prépare aux changements et qui réagit
bien à ces derniers sera celle qui prospérera.
Au sein des sociétés modernes et de leurs forces militaires, la technologie est
omniprésente. Malheureusement, malgré l’omniprésence de la technologie, un
grand nombre de personnes en ont une conception très étroite, croyant qu’elle ne
touche que les ordinateurs, l’électronique et Internet. Dans son sens le plus large,
la technologie est le processus par lequel l’humain modifie la nature pour répondre
à ses besoins et à ses désirs. La technologie ne se limite pas seulement qu’à des
produits et à des objets; elle englobe également les connaissances et les processus
requis pour créer de tels produits et les exploiter. Qui plus est, la technologie
comprend également l’intégralité de notre infrastructure matérielle12.
Le monde vit actuellement une révolution technologique mondiale sans
précédent dans tous les domaines convergents, notamment la nanotechnologie et
la technologie des matériaux, la biotechnologie et la génétique, les technologies de
l’information et des communications ainsi que la neuroscience. Cette convergence
donnera naissance à de nouvelles capacités qui n’ont à ce jour existé que dans le
domaine de la science-fiction. Il est probable que ces technologies convergentes
soient dirigées vers deux axes principaux. En premier lieu, elles seront orientées
vers l’intérieur afin de comprendre et d’améliorer l’esprit et le corps humain. En
deuxième lieu, elles seront orientées vers les technologies de robotique autonome ou,
en des termes plus généraux, vers l’automatisation intelligente de l’environnement. Il
y aura donc, dans ces deux secteurs d’intérêt, une émergence de nouvelles capacités
ainsi qu’une croissance exponentielle dans un éventail de disciplines connexes,
ce qui aura pour effet d’apporter des changements radicaux et imprévisibles dans
toutes les dimensions de la vie. Les systèmes social, économique et militaire seront
grandement touchés. Il est important de tenir compte des trajectoires que ces deux
disciplines convergentes pourraient prendre.
12.Greg Pearson et A. Thomas Young, éd., Technically Speaking: Why All Americans Need to Know More About
Technology, Committee on Technological Literacy, National Academy of Engineering, National Research Council,
Washington, National Academy Press, 2002.
24
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
L’anticipation technologique ainsi que la vitesse organisationnelle deviendront
des catalyseurs de plus en plus importants de la résilience institutionnelle. Des
techniques de prévision seront requises pour comprendre la nature et l’importance
des événements possibles avant qu’ils ne surviennent de manière à atténuer les
risques potentiels pour la sécurité du Canada. À cette fin, il faudra effectuer une
analyse active des nouvelles technologies et des signes précurseurs des nouvelles
utilisations des technologies existantes. L’expérience nous enseigne que les efforts
déployés pour effectuer des prévisions technologiques et stratégiques solides et
durables sont rentables.
L’ambiguïté liée à l’innovation future présentera un défi quant aux efforts déployés
actuellement pour le développement des capacités puisque la vitesse d’acquisition
a aujourd’hui plus d’importance qu’auparavant. Cela dit, les coûts aussi sont
importants. Il faudra donc s’attacher à trouver un équilibre entre ces deux facteurs.
À une époque où les changements s’opèrent avec une grande rapidité, l’organisation
qui réussira à tirer son épingle du jeu sera celle qui réussira le mieux à s’adapter aux
changements. Les efforts destinés au développement des capacités devront être axés
sur l’optimisation des capacités dans certains secteurs technologiques stratégiques
émergents. Ces efforts ne seront peut‑être pas centrés sur les armes, l’équipement et
les véhicules traditionnels, mais ces éléments bénéficieront également des nouvelles
avancées technologiques.
Les tendances technologiques vers la convergence, la miniaturisation,
l’intégration et la numérisation semblent toutes indiquer que les menaces se
manifesteront sur des supports de plus en plus petits avec une plus grande capacité
qu’auparavant. À titre d’exemple, un virus modifié par génie génétique représentera
à la fois un instrument de pouvoir ainsi qu’une menace disponible dans un format
microscopique. On s’attend également à ce que des agents logiciels intelligents
de pointe circulent dans le cyberespace. La projection de la puissance est rendue
possible grâce à l’utilisation d’information plutôt que par le seul déplacement des
forces. Ainsi, de petites entités hautement réseautées et collaboratives seront en
mesure de vaincre des organisations plus grandes et plus puissantes.
Les avancées importantes dans le domaine des technologies de miniaturisation
découleront en grande partie de la demande commerciale à l’échelle internationale
plutôt que des investissements propres au domaine militaire. Il faudra donc pouvoir
compter sur une communauté étendue dans le domaine des alertes technologiques
qui cherchera à comprendre et à prévoir les tendances dans ce domaine. Cette
communauté devrait être jumelée à une force axée sur les principes d’agilité et
d’adaptabilité organisationnelles capable de modifier ses fondements technologiques
rapidement. La souplesse, la résilience et la pertinence institutionnelles dépendent
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
25
donc de l’atteinte du bon équilibre entre l’efficacité et l’efficience au chapitre du
développement des capacités nationales.
Pour relever les défis que pose la technologie, il faudra déployer les efforts
nécessaires, y compris la reconnaissance par l’institution de l’importance et de
la nature essentielle de pratiques d’acquisition judicieuses. Il faudrait se détacher
de l’approche actuelle en matière de gestion de projets pour plutôt adopter le
développement en spirale ou des points d’insertion prévus de la technologie où
chaque module de développement est fondé sur une technologie éprouvée plutôt que
sur une technologie anticipée. Les méthodes actuelles augmentent les coûts, retardent
l’exécution des projets et compromettent les objectifs en matière de capacités.
LA DIMENSION HUMAINE
»Les gens continueront de constituer la ressource la plus importante de l’Armée de terre.
»La culture de l’Armée de terre sera inextricablement liée à la culture canadienne,
et deviendra de plus en plus diversifiée et représentative de la société.
»La confiance dans les confrères d’armes, le leadership et l’institution est à la base de la cohésion
au sein de l’Armée de terre.
»C’est grâce à un processus décisionnel amélioré que les gains les plus importants seront
obtenus quant aux applications militaires.
»La base de recrutement au sein de la société canadienne exigera une plus grande souplesse
professionnelle au sein de l’Armée de terre.
CONTE X TE
Les gens continueront de constituer le capital premier grâce auquel l’Armée de terre
existe, fonctionne, réussit et dure. L’Armée de terre recrute ses soldats à même la
société qu’elle se doit de protéger; par conséquent, sa force et son succès continu
dépendent directement de sa capacité d’être pertinente et rentable, et à comprendre
un échantillon représentatif de la population canadienne dynamique et qui ne cesse
d’évoluer. Pour continuer à atteindre ses objectifs, l’Armée de terre devra, en tant
qu’institution, reconnaître, cultiver, protéger et conserver certaines caractéristiques
permanentes au sein de son capital humain.
CAR AC TÉRISTIQUES HUMAINES
Peu d’éléments donnent à penser que la nature humaine subira de profonds
changements pendant l’ère de l’Armée de terre de demain. Les caractéristiques
humaines et les besoins de base qui ont façonné le développement de l’homme
26
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
par le passé demeureront une considération essentielle pour le développement des
capacités et des structures de l’Armée de terre. L’homme a besoin de faire partie
d’une organisation qui répond à ses besoins sur les plans physique, psychologique et
social, alors qu’il demeure primordial qu’elle lui confère un sentiment de respect et
d’accomplissement. Le désir d’appartenance et de respect, le lien spécial qui l’unit au
groupe ainsi que la confiance dans ses capacités et la cause qu’il sert sont les éléments
qui continueront d’inciter le soldat à servir efficacement — et même vaillamment —
au cours des opérations.
Alors que ces caractéristiques essentielles devraient demeurer inchangées,
a capacité et les préférences sociétales évolueront. La population canadienne
est vieillissante et le niveau moyen de forme physique continue de décroître.
La société canadienne devrait devenir de plus en plus dépendante des technologies,
des suppléments et des améliorations qui changeront la façon dont les gens
travaillent, communiquent, établissent des contacts, se comportent, se perçoivent et
perçoivent le monde. Alors que ces phénomènes tendent à améliorer le niveau de vie,
ils élèvent également le niveau de complexité au sein de la société. Par conséquent, il
faudra élever les niveaux de savoir et d’éducation individuels et collectifs au sein de
la population en général.
CULTURE
La culture de l’Armée de terre est intimement liée à la culture canadienne en général.
Elle se diversifie de plus en plus et représente de mieux en mieux la mosaïque que
constitue la population mondiale. Devenant de plus en plus urbaines, cosmopolites
et interdépendantes, les « cultures » canadiennes modifient profondément le profil
de la société canadienne. Alors que ces tendances constituent des défis pour le pays
et l’Armée de terre, elles offrent également des forces et possibilités.
La vitalité de l’Armée de terre et sa capacité de comprendre son rôle reposent
sur un lien efficace et intime avec la population canadienne. Il est important que
l’Armée de terre se mette à l’écoute de la culture et des valeurs les plus précieuses des
Canadiens, qu’elle les comprenne, les adopte et les représente. L’Armée de terre doit
se positionner et se présenter comme un instrument essentiel de puissance nationale
prêt à aider, à défendre et à protéger le peuple canadien ainsi que ses intérêts au pays
et à l’étranger. Pour y arriver, elle doit avoir recours à l’interaction — aux contacts
humains fréquents —, c’est‑à‑dire aux contacts qui ne peuvent être établis seulement
par des moyens virtuels, et qui ne reposent pas uniquement sur les bulletins de
nouvelles et les messages relayés par les médias de masse. L’Armée de terre se doit
d’être une partie visible et intégrante de la société canadienne, en s’établissant dans
les milieux de vie, de travail et d’apprentissage des Canadiens.
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
27
ÉTHOS
Les soldats canadiens continuent de provenir et d’être représentatifs d’un large
amalgame culturel de la société canadienne. Bien que cette diversité consolide
l’institution, il est également essentiel d’établir une Armée de terre cohésive fondée
sur un éthos et un ensemble de principes d’éthique communs. Le milieu diversifié,
complexe et de plus en plus transparent qui caractérise l’ère de l’Armée de terre de
demain est de plus en plus exigeant pour les fondements éthiques et moraux et la
force psychologique des soldats. Le précepte voulant qu’un bon soldat soit d’abord et
avant tout une bonne personne est encore plus pertinent. Un milieu éthique sain est
primordial pour assurer la légitimité et la réussite des opérations.
Puisque les processus militaires ont le potentiel de causer un grand préjudice tout
comme ils peuvent accomplir un grand bien, et puisque les soldats se sont engagés
à assumer une responsabilité illimitée envers l’État, il est primordial que tous les
soldats soient unis par le devoir et l’allégeance envers le Canada et qu’ils respectent la
chaîne de commandement, leurs pairs au sein de la chaîne de commandement ainsi
que leurs subordonnés. Il est essentiel que les soldats, tous grades confondus, fassent
preuve de courage pour agir comme ils le doivent, peu importe la difficulté physique
ou psychologique, les risques en jeu ou les répercussions négatives potentielles sur
l’avancement personnel ou la popularité.
CONFIANCE
La confiance envers les camarades, les dirigeants et l’institution demeure le lien
essentiel qui assure la cohésion de l’Armée de terre, puisqu’elle jette les bases de la
discipline et de l’efficacité, établit l’engagement personnel à l’égard de l’organisation
et des opérations et ouvre la voie à la réussite dans les conditions physiques les plus
ardues et les plus horribles sur le plan psychologique. Même si des motifs comme la
reconnaissance personnelle, les récompenses, la rémunération ou l’aventure attirent
certains au service militaire, ils ne suffisent pas à garder les soldats au sein de la force,
ou à les amener à poursuivre sans réserve des objectifs militaires. La conviction
des soldats que leur institution et leurs dirigeants, et que les personnes avec qui
ils mènent des opérations, interviendront de façon anticipée et appropriée à toute
situation et rempliront leurs promesses conformément aux valeurs et aux attentes
mutuelles, a une incidence directe sur leur disposition à mettre leur vie en danger.
Les soldats s’attendent à ce que toutes les causes pour lesquelles ils doivent travailler
soient justes et qu’ils soient eux‑mêmes reconnus et traités convenablement pour les
préjudices qu’ils subissent et les sacrifices qu’ils consentent.
De plus, il est également important d’établir et d’entretenir un lien de confiance
avec les familles de nos soldats. Ces familles s’attendent à ce qu’on leur accorde
28
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
l’estime, la compréhension, la reconnaissance, le respect et les soins qu’elles
méritent en raison des sacrifices que l’on attend d’elles. Elles insisteront pour que
les Forces canadiennes préparent les soldats canadiens correctement afin que ces
derniers puissent faire face aux difficultés qu’ils vivront lors des opérations, qu’elles
subviennent à tous leurs besoins pendant leur service en opérations et qu’elles
assurent leur réintégration dans la société canadienne à la fin des opérations.
Au fur et à mesure que la société canadienne évoluera, la réussite de l’Armée
de terre dépendra de sa capacité d’établir et de maintenir un lien de confiance avec
les Canadiens. On s’attend à ce que la conduite et les actes des soldats soient justes
et qu’ils respectent une norme morale élevée. Non seulement le peuple canadien
exige que ses représentants armés fassent les choses correctement, mais il s’attend
également à ce qu’ils fassent ce qui est bien.
INTERFACE AVEC L A TECHNOLOGIE
La supériorité technologique demeurera un atout précieux pour la réussite de
l’Armée de terre au cours des opérations. Les adversaires continueront de recourir à
divers moyens pour atteindre leurs objectifs, et certains d’entre eux auront la faculté
d’employer une technologie de pointe pour créer des brèches dans les capacités et
en tirer parti. Parallèlement, la technologie demeurera une partie importante de la
solution qui permettra d’habiliter et de protéger nos soldats.
Alors que les développements technologiques progressent à un rythme
exponentiel dans pratiquement tous les domaines, c’est dans le domaine de
l’enrichissement de la démarche décisionnelle que les gains technologiques devraient
être les plus profitables aux applications militaires. La surveillance continue et
omniprésente, la fusion et la présentation de données, la création de plans d’action et
d’outils d’analyse, ainsi que les communications facilitées par réseau seront requises
pour offrir les capacités que doivent posséder les commandants canadiens pour avoir
l’avantage sur leurs adversaires sur les plans tactique, opérationnel et stratégique.
Cela dit, pour atteindre cet objectif, il faudra améliorer l’interface homme‑machine.
Alors que la faculté innée de l’homme de synthétiser des problèmes quant à leur
nombre, leur profondeur, leur portée et leur complexité ne subira que peu de
changements, l’objectif de la capacité consistera à fusionner l’homme et la technologie
de manière à tirer parti des forces de l’homme en matière de synthèse, d’innovation
et de créativité tout en exploitant la rapidité et la réactivité des systèmes automatisés.
Alors que les innovations technologiques sont de plus en plus facilement
accessibles, il semble y avoir une séparation physique de plus en plus marquée entre
les soldats, les alliés, les parties neutres et les adversaires. Un équilibre doit exister
entre le besoin de protection et le besoin opérationnel d’influer sur l’environnement
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
29
humain grâce à des interactions personnelles. Dans certaines situations, la séparation
sera inévitable, mais puisque l’Armée de terre est une institution humaine et que
la réussite ou l’échec des opérations dépend de leurs effets sur l’homme, on doit
veiller à réduire au minimum le risque que la technologie fasse obstacle aux contacts
personnels et à l’établissement et au maintien de relations et de liens de confiance.
CHANGEMENT ORGANISATIONNEL
Les projections actuelles concernant l’influence des progrès technologiques sur
les structures organisationnelles militaires futures donnent souvent à penser qu’il
faudra modifier radicalement les organisations qui comportent un grand nombre
d’inefficacités et de niveaux hiérarchiques. Alors que les progrès technologiques,
surtout les outils d’aide à la décision et les communications réseautées, constituent
une aide et assurent l’efficacité dans ces secteurs, les limites innées des capacités de
l’homme continueront de définir la mesure dans laquelle un changement radical peut
être apporté. La capacité de synthèse, d’apprentissage et d’adaptation de l’homme
ainsi que ses préférences et ses besoins émotionnels et structuraux de base nécessitent
que des personnes occupent certains rôles et que des structures organisationnelles
familières et habilitantes restent en place. Ce sont là des considérations pragmatiques
qui constituent un argument solide en faveur de la perpétuation d’un système de
commandement hiérarchique.
Il y a lieu d’optimiser jusqu’à un certain point les structures et les organisations
existantes afin d’accroître l’efficacité globale et d’améliorer l’efficience institutionnelle.
Le fait d’apporter des changements par souci d’économie dans un domaine peut
souvent créer des besoins supplémentaires dans d’autres. Les organisations et
les spécialités dédiées aux secteurs où de nouvelles technologies ont remplacé de
vieilles méthodes ont des besoins moins nombreux en personnel à un endroit, mais
puisque les nouvelles technologies peuvent nécessiter plus d’attention et d’entretien,
elles peuvent par conséquent nécessiter plus de personnel ailleurs. Dans un avenir
rapproché, la technologie augmentera la nécessité d’établir des exigences liées à la
spécialisation, à l’instruction et à l’éducation. La systémique, qui vise à obtenir des
avantages en changeant les processus et les outils de façon synchronisée, pourrait
aider à atténuer ce problème.
La tension entre les exigences liées à des structures et à des processus optimisés
pour l’emploi de la force et celles liées à des structures et processus optimisés
pour le développement, la mise sur pied et le maintien en puissance de la force ne
s’estompera pas. La nécessité d’intégrer des spécialistes fonctionnels dans les unités
et les formations en opérations continuera d’exister, d’où la nécessité de fusionner
des entités diverses en un tout harmonieux. Il faudra continuer à s’organiser en
30
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
tant que hiérarchie et à utiliser les divisions fonctionnelles au sein des structures
et des organisations de carrière pour favoriser l’ordre et l’efficacité. En raison des
exigences physiques et cognitives des emplois et de tâches diverses, les catégories des
travailleurs et des gestionnaires devront être conservées. Les aptitudes, le potentiel et
les préférences continueront de constituer les critères de sélection clés dans l’avenir;
la structure devra donc être multidimensionnelle. La gestion des connaissances
continuera de prendre de plus en plus d’importance, et il en sera de même pour
l’expertise requise pour opérationnaliser les nouvelles capacités.
NORMES ET PR ATIQUES INSTITUTIONNELLES
Le désir personnel de performer efficacement au sein de l’Armée de terre sera, dans
bien des cas, le facteur déterminant de l’emploi et de l’avancement. Les déplacements
latéraux au sein de l’Armée de terre, des Forces canadiennes, de la fonction publique,
du monde universitaire et d’organisations non gouvernementales ou d’autres emplois
civils seront plutôt la règle que l’exception. La séparation traditionnelle entre la Force
régulière et la Force de réserve sera également redéfinie pour favoriser les options
viables d’emplois et des transferts rapides pour tous les Canadiens qui souhaitent
occuper des rôles différents, tout en offrant une plus grande marge de manœuvre
à l’organisation. L’Armée de terre devra utiliser des outils de sélection modernes et
objectifs, y compris l’établissement de profils psychométriques, afin d’optimiser la
sélection du personnel pour les spécialités, l’instruction, l’éducation, les équipes,
les promotions et le commandement.
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CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
31
L’ARMÉE DE TERRE DE DEMAIN :
CONCEPTS DE DOCTRINE DURABLES
»Une doctrine durable est la composante clé de la conception de l’Armée de terre de demain.
»La guerre de manœuvre se réalise en façonnant la compréhension, en attaquant et en érodant
la volonté, et en brisant la cohésion.
»La puissance militaire repose sur des composantes morale, physique et intellectuelle
et est générée par elles.
»Le commandement de mission habilite l’approche « manœuvrière » des opérations militaires.
La puissance militaire13 s’appuie sur ses diverses composantes, et est générée par
elles : la composante morale (plan psychologique, y compris le moral et la cohésion),
laquelle décrit la capacité et la volonté des soldats de livrer combat; la composante
physique (puissance sur le plan physique), qui constitue le moyen d’exécuter des
opérations; et la composante intellectuelle (les éléments conceptuels de la doctrine
et de l’éducation), qui est à la base de la compréhension de la situation et de la prise
de décisions. L’élaboration et la combinaison correctes de ces trois composantes sont
les bases de la création de la puissance militaire.
La puissance militaire est organisée et appliquée selon trois structures :
>Les éléments de la composante physique de la puissance militaire — soit les
forces, leurs activités et leur structure de commandement — sont organisés
dans le temps et l’espace au sein de l’environnement. Il s’agit de la structure
de l’espace d’opérations;
>La puissance militaire est ensuite appliquée au moyen de l’intégration
et de l’exécution synchronisée des capacités fonctionnelles, soit les cinq
fonctions opérationnelles et les fonctions centrales (trouver, fixer, frapper
et exploiter) par l’organisation des activités au sein de l’environnement
dans une « structure de manœuvre ». L’assignation d’activités tactiques est
effectuée au moyen d’un plan tactique;
>La puissance militaire est appliquée sur les plans physique et psychologique
au moyen d’activités assignées en vue de produire les effets désirés
13.La « puissance militaire » est désignée sous le nom de « puissance de guerre » dans le document
B‑GL‑300‑001/FP-002 Opérations terrestres, Kingston, DDAT, 2008, p. 4–1.
32
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
(c’est‑à‑dire les résultats). L’objet de ces effets, et les opérations conçues
pour les créer, sont les effets de façonnage, les effets décisifs et les effets de
maintien en puissance. L’agencement des différents effets, l’un par rapport
à l’autre, par rapport à l’objectif et en fonction de l’environnement constitue
la « structure des effets ».
La puissance militaire a traditionnellement été associée à l’idée d’une force
de destruction. Cependant, elle permet également de résoudre divers problèmes
pouvant survenir au cours d’une campagne qui nécessitent d’autres solutions.
Elle peut par exemple assurer la stabilité dans une région en conflit ou permettre
l’acheminement sécuritaire d’aide humanitaire ou le rétablissement de services
essentiels afin de protéger une population et de gagner son appui. Elle doit être
en mesure d’influencer la perception, la volonté et les actions d’un large éventail
d’acteurs dans l’espace d’opérations. La puissance militaire est donc utilisée pour
produire les effets désirés sur les plans physique et psychologique.
Le concept de guerre de manœuvre est défini comme « une approche des
opérations dans laquelle briser la cohésion globale de l’ennemi et sa volonté de
combattre est primordial14. » Elle s’accomplit en façonnant la compréhension,
en attaquant et en érodant la volonté, et en brisant la cohésion. Elle s’effectue
simultanément sur les plans physique et psychologique de manière complémentaire.
Le commandement de mission habilite une approche « manœuvrière » des
opérations qui s’applique aux activités sur les plans physique et psychologique. On peut
atteindre un objectif par des feux ou des activités d’influence, ou par une combinaison
des deux. Alors qu’on utilise couramment le terme « objectif » pour faire référence
à un objet physique contre lequel une action est exécutée, un objectif est souvent un
élément beaucoup plus abstrait, en particulier s’il se situe sur le plan psychologique
ou s’il s’agit d’un ensemble de circonstances ou de conditions à créer. Les effets
potentiels de deuxième et de troisième ordres sont des considérations importantes.
Le commandement de mission habilite l’approche manœuvrière par trois principes :
>l’importance de comprendre l’intention du commandant supérieur;
>la responsabilité claire des subordonnés de réaliser cette intention;
>la prise de décisions en temps opportun.
14.B‑GL‑300‑001/FP-002 Opérations terrestres, Kingston, DDAT, 2008, p. 5–69, citant la publication
interalliée interarmées (AJP) 3.2 : Allied Joint Doctrine for Land Operations (projet de ratification 2007).
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CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
33
LE CONCEPT D’OPÉRATION DE L’ARMÉE DE TERRE DE DEMAIN :
DES OPÉRATIONS ADAPTABLES ET DISPERSÉES
»Les opérations adaptables et dispersées sont fondées sur la théorie de la guerre de manœuvre.
»Les principes fondamentaux des opérations adaptables et dispersées sont élaborés à partir
des fonctions centrales consistant à trouver, fixer et frapper.
»Les opérations adaptables et dispersées appuient une approche exhaustive au sein d’un
environnement interarmées, interorganisationnel, multinational et public (IIMP) et, en retour,
cette approche les soutient.
»La capacité d’exécuter avec succès des opérations adaptables et dispersées est fondée
sur un leadership efficace à tous les niveaux.
»Les opérations facilitées par réseau constitueront le moyen clé de s’assurer que l’Armée de terre
est suffisamment adaptable, agile et apte au combat.
Pour faire suite à une analyse des environnements de sécurité et opérationnels de
l’avenir, l’Armée de terre a publié son concept d’opérations de l’Armée de terre de
demain, soit le document Opérations terrestres 2021 : opérations adaptables et dispersées
: le concept d’emploi de la force de l’Armée de terre canadienne de demain. Les opérations
adaptables et dispersées sont fondées sur la théorie de la guerre de manœuvre et
sur une approche manœuvrière des opérations militaires qui « vise à établir et à
maintenir l’avantage opérationnel sur des adversaires habiles et adaptables, grâce à
l’emploi de forces terrestres adaptables qui tour à tour se dispersent et se regroupent
dans l’ensemble de l’espace [d’opérations] multidimensionnel15. » Le but est de créer
et d’exploiter des occasions, de maîtriser la cadence des opérations et de confondre
l’adversaire dans sa compréhension. Essentiellement, les opérations adaptables et
dispersées permettent de mener des actions coordonnées et interdépendantes dans
l’ensemble du spectre, grâce à l’utilisation d’équipes très dispersées dans l’espace
d’opérations moral, physique et informationnel, et ordonnées et reliées à l’intérieur
d’un concept opérationnel élaboré pour atteindre un état final donné.
Les principes fondamentaux des opérations dispersées, élaborés à partir des
fonctions centrales consistant à trouver, fixer et frapper, consistent notamment à :
>définir les situations avant le contact, ou reprendre rapidement l’initiative
après le contact;
15.Opérations terrestres 2021 : opérations adaptables et dispersées : le concept d’emploi de la force de l’Armée de terre
canadienne de demain, Kingston, DCSFT, 2007, p. 20.
34
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
>manœuvrer pour gagner des positions avantageuses;
>agir sur l’adversaire au‑delà de sa capacité d’influer sur la situation avec
des feux et d’autres capacités;
>détruire la cohésion, la volonté et le soutien de l’ennemi, à l’aide de feux
de précision et de zone, létaux et non létaux;
>exécuter des combats et des engagements rapprochés au moment
et à l’endroit de notre choix;
>passer d’une opération à une autre sans perdre l’objectif de vue ni l’élan.
La dispersion, dans ce contexte, est fonction du temps (la décentralisation
du processus décisionnel par l’entremise du commandement de mission et d’une
connaissance de la situation facilitée par réseau), de l’espace (les forces tour à tour se
dispersent et se regroupent sur de grandes distances) et du but (opérations dans un
continuum qui englobe des actions offensives, défensives et de stabilisation). Étant donné
la nature complexe, multidimensionnelle et en constante évolution de l’environnement
opérationnel, les forces terrestres doivent être agiles, précises, habilitées par réseau,
polyvalentes et capables de mener des opérations dans l’ensemble du spectre.
Le niveau de complexité associé à l’environnement de sécurité de l’avenir
modifiera considérablement la façon dont l’Armée de terre abordera les conflits
futurs. La nature d’une menace « hybride » et le grand nombre d’interdépendances
de nature sociale, économique et politique au sein des États entraîneront des
situations imprévisibles et très difficiles. Même lorsqu’elle réussira à mener un
problème d’une telle complexité vers un état final, la force aura du mal à mesurer les
progrès accomplis. Les problèmes de sécurité complexes exigeront une collaboration
accrue avec des experts en la matière de l’extérieur de la sphère militaire. Le besoin
de réaliser une compréhension commune sera au cœur d’une telle collaboration.
En plus de favoriser les perspectives de coopération et de développement
d’objectifs communs chez les divers partenaires pour atteindre un état final
souhaité, la reconnaissance et la compréhension de l’environnement interarmées,
interorganisationnel, multinational et public (IIMP) facilitent une approche des
opérations où diverses ressources peuvent être utilisées plus efficacement pour créer les
résultats voulus. Une approche exhaustive des opérations cherche à mettre à contribution
des ressources diplomatiques, de défense, de développement et commerciales qui seront
harmonisées et coordonnées au sein d’un plan de campagne intégré.
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CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
35
Pour établir la collaboration interministérielle et multinationale nécessaire pour
résoudre les crises dans les États fragiles et les États en déroute, il faudra instaurer
une méthodologie comprise par tous qui permettra de résoudre des problèmes
complexes. Cette méthodologie devrait comprendre des discussions collaboratives
dynamiques et des représentations graphiques pour établir une image commune de
la situation opérationnelle ou créer un modèle du problème. Les échanges et leurs
résultats devront être mis à la disposition de tous les décideurs de tous les échelons à
l’échelle de la force pour atteindre l’unité de but grâce à une compréhension et une
intention communes.
Les opérations adaptables et dispersées exigent des décisions audacieuses prises
rapidement par les chefs subalternes en fonction des principes du commandement
de la mission. Les commandants de tous les niveaux doivent avoir confiance en la
capacité de leurs subordonnés de comprendre leur intention et de prendre rapidement
des mesures décisives dans le but d’atteindre l’état final souhaité. Bien que la confiance
d’un commandant en ses subordonnés repose en partie sur sa confiance en l’instruction
reçue par ces derniers, elle devra aussi reposer sur une culture du leadership qui
encourage la prise de décisions décentralisée et la planification concertée.
Les opérations facilitées par réseau seront un moyen clé de s’assurer que
l’Armée de terre est extrêmement adaptable, agile et efficace au combat au sein
de l’environnement IIMP. Ce concept suppose l’intégration d’un réseau de
forces tactiques et d’autres éléments appuyés par des capteurs, des feux directs et
indirects, le soutien logistique du combat, des activités d’influence et des systèmes
de commande et de contrôle reliés par des systèmes de transmission en phonie
et de données afin de créer une connaissance de la situation, une mobilité et un
soutien qui confondront l’adversaire dans sa compréhension de l’espace d’opérations
et excéderont ses capacités de réaction.
DÉVELOPPEMENT DES CAPACITÉS
»Un message cohérent lié au développement des capacités est essential pour réussir.
»Faute de complètement accepter le processus de développement des capacités est peu rentable.
APERÇU
Le vaste système dans lequel le développement des capacités de l’Armée de terre
canadienne s’inscrit comporte un grand nombre de défis. Ces derniers découlent des
changements que subissent le leadership, les finances, les technologies, les besoins
36
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
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CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
Figure 1 : Continuum du développement des capacités de la Force terrestre, Décembre 2009
»
37
fondés sur les contextes mondial et national en constante évolution, ainsi que d’un
système d’acquisition complexe et très long. Pour connaître du succès dans un tel
environnement, l’Armée de terre doit, dans son ensemble, offrir un message cohérent
reposant sur une approche pragmatique de ses aspirations liées au développement
des capacités. Pour y arriver, l’Armée de terre n’aura d’autres choix que d’adopter
pleinement son processus de développement des capacités existant, sans quoi des projets
inabordables et mal conçus continueront d’accaparer les ressources et le personnel de
l’Armée de terre en offrant aucun ou très peu de gains en matière de capacités utiles.
LE PROCESSUS DE DÉ VELOPPEMENT DES CAPACITÉS DE L’ARMÉE DE TERRE
Le Chef d’état‑major — Stratégie (Terre) (Directeur général — Développement
des capacités de la Force terrestre) supervise le développement des capacités au
nom du Chef d’état‑major adjoint de l’Armée de terre (ACEMAT). Intégré aux
pratiques et aux méthodologies du développement des forces (DF) gouvernées par
le Chef — Développement des Forces (CDP), et comme il est indiqué en détail
dans le Manuel de prise de décisions stratégiques de l’Armée, l’État‑major de l’Armée
de terre supervise le développement des capacités et la gestion des forces par son
engagement envers le continuum du développement des capacités de la Force
terrestre. Le continuum repose sur les quatre piliers suivants : imaginer, concevoir,
élaborer et gérer; le processus de développement des capacités est contenu dans les
trois premiers piliers. Un organisme chargé de gérer le processus, de diriger l’analyse
et de rédiger la documentation nécessaire pour guider la capacité jusqu’à l’étape
de sa réalisation est assigné à chacun des piliers. Le travail accompli sous chaque
pilier crée les fondements et les conditions nécessaires à la réalisation des activités
ultérieures. Voir figure 1 p. 37.
DOSSIER DU DÉ VELOPPEMENT DES CAPACITÉS
Le dossier de développement des capacités est une composante essentielle du
processus de développement des capacités de la Force terrestre. Sous l’égide du
Conseil de développement des capacités de l’Armée de terre (CDCAT)16, avec
l’appui du Conseil de recherche de l’Armée de terre et du Groupe de travail sur le
16.Le Conseil de développement des capacités de l’Armée de terre est composé des directeurs du Chef ’état‑major —
Stratégie (Terre), des directeurs de la doctrine et de l’instruction de l’Armée de terre, de conseillers armes et de
conseillers de branche, ainsi que de représentants de la communauté scientifique et technologique, et il bénéficie
de l’appui direct et de la collaboration d’autres directions de l’état‑major de l’Armée de terre et du Chef —
Développement des Forces. La composition du Conseil de recherche de l’Armée de terre est semblable à celle du
Conseil de développement des capacités de l’Armée de terre, mais elle exclut les conseillers armes et les conseillers
de branche. Elle comprend toutefois des représentants du domaine de la recherche et du développement ainsi que
du secteur de la science et de la technologie des cinq fonctions opérationnelles ainsi que l’Équipe de recherche
opérationnelle pour le développement des capacités terrestres.
38
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
développement de la Force terrestre, le dossier du développement des capacités est
un outil qui s’inscrit dans le processus visant à atteindre les objectifs de capacité
souhaités figurant dans le portefeuille des capacités de l’Armée de terre de demain.17
Le dossier de développement des capacités est le mécanisme dans le cadre duquel le
Chef d’état-major — Stratégie (Terre) réalise et consigne les travaux en cours sous
les piliers « Imaginer » et « Concevoir » et prépare les travaux qui seront réalisés par
la suite sous le pilier « Élaborer » par le Groupe de travail sur le développement de
la Force terrestre, le programme de projets d’immobilisations de l’Armée de terre et
les groupes de travail respectifs.
On considère que le dossier de développement des capacités a été mené à bien
lorsque le Conseil de développement des capacités de l’Armée de terre ou, au besoin,
le Conseil du programme de l’Armée de terre approuve l’aperçu de la doctrine (un
concept opérationnel pour obtenir les effets souhaités), la structure d’emploi de la
force, le projet d’équipement pertinent, ainsi que le plan de mise en œuvre principal
requis pour pleinement développer, intégrer et produire des capacités pertinentes.
Un dossier de développement des capacités sert de référence clé pour les activités qui
seront entreprises par la collectivité du pilier « Élaborer » (DDFT, DBRT, DCIT,
etc.), en vue d’y inclure la réalisation de l’analyse PRICIE18 par le Groupe de travail
sur le développement de la Force terrestre (GTDFT) ainsi qu’un énoncé clair des
lacunes sur le plan des capacités opérationnelles.
Il convient de noter que le développement des capacités, particulièrement celles
qui nécessitent des projets d’équipement d’envergure, dépend des phases de gestion
et des processus du Système de gestion de la Défense. De plus, il y a souvent lieu
d’examiner les projets à avancement rapide ou les besoins opérationnels non planifiés
(BONP) pour s’assurer qu’ils s’intègrent bien et qu’ils servent de complément au
concept opérationnel global.
Pilier 1 — Imaginer (Élaboration des concepts) Les objectifs du premier pilier
(Imaginer) consistent à énoncer un besoin ou une lacune liée aux capacités, à effectuer
une analyse PRICIE préliminaire pour examiner plus en détail les objectifs établis
en matière de capacités et à étudier les interdépendances fonctionnelles. De plus, les
priorités en matière de développement de concepts et d’expérimentation sont établies,
17. L es opérations terrestres en 2021 : un concept en devenir — Études à l’appui du concept d’emploi de la force
de l’Armée de terre de demain, Kingston, DCFST, 2009, Annexe B.
18.PRICIE est un acronyme qui décrit les éléments fonctionnels des Forces canadiennes en matière de capacités.
Une analyse complète permettra d’examiner tous les aspects d’une capacité, notamment : le personnel, l’instruction
individuelle et le leadership; la recherche, le développement, et la recherche opérationnelle; l’infrastructure,
l’environnement et l’organisation; les concepts, la doctrine et l’instruction collective; la gestion de l’information
et la technologie; ainsi que l’équipement et le soutien.
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CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
39
et il en va de même pour la confirmation de la recherche et du développement, de
la recherche opérationnelle, du Programme international de la Force terrestre, et
des priorités en matière de leçons retenues. Enfin, s’ils sont suffisamment évidents,
on tentera de placer des indicateurs pour les projets d’immobilisations dans le plan
d’investissement ministériel. Les résultats attendus du pilier 1 (Imaginer) sont les
suivants : un énoncé des lacunes relatives aux capacités, une ébauche du besoin, ainsi
qu’une analyse PRICIE préliminaire.
Pilier 2 — Concevoir (Conception des capacités) Les objectifs du deuxième pilier
(Concevoir) consistent à préciser l’analyse PRICIE et, plus précisément, à élaborer
un « modèle » de développement qui décrit les résultats qui doivent être obtenus
grâce à la capacité souhaitée. De plus, c’est sous ce pilier que les structures en
développement et la mise sur pied de la force d’emploi de la force sont conçues.
Les sous‑concepts pour les cinq fonctions opérationnelles ainsi que le capital social
sont élaborés pour aider à décrire les résultats souhaités.
En ce qui a trait aux besoins en équipement approuvés sous le pilier 1 (Imaginer),
la description des résultats souhaités permettra de remplir les sections Concept de
l’opération et Concept de soutien de l’Énoncé des besoins opérationnels (EBO). Dans
la même veine, conformément aux phases de gestion et aux processus du Système de
gestion de la Défense, la Feuille de synthèse (Identification) devrait être remplie aux
fins d’approbation par le Chef d’état‑major de l’Armée de terre et le besoin devrait
être consigné dans la Base de données des investissements pour les capacités et,
ensuite, dans le plan d’investissement. L’étape de « l’analyse des options », qui devra
comprendre la Charte de projet, le Profil de projet, l’évaluation des risques, l’EBO et
la Feuille de synthèse (Approbation préliminaire de projet), devrait être entreprise.
Enfin, le programme de campagne à l’appui de l’expérience sur le développement
des capacités est essentiel à la réalisation des cinq éléments de conception et à la
réussite de tous les dossiers de développement des capacités en cours tout au long des
piliers 1 (Imaginer) et 2 (Concevoir). Ce programme offre un appui à la simulation,
à l’expérimentation et à l’analyse des options pour le développement des concepts
et des schémas. De plus, ce programme est lié à ses contreparties nationales et
internationales et il bénéficie de l’appui direct du Centre d’expérimentation de
l’Armée de terre de la Direction — Environnements synthétiques de l’Armée de
terre (DESAT).
Pilier 3 — Élaborer (Intégration des capacités) L’objectif du pilier 3 (Élaborer)
est l’élaboration d’un plan de mise en œuvre principal qui permet d’atteindre les
capacités grâce à un état de préparation géré efficace. Par conséquent, par l’entremise
40
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
du Groupe de travail sur le développement de la Force terrestre, l’analyse PRICIE
doit être complétée. De plus, une stratégie d’instruction et une analyse des besoins
visant à répondre aux exigences du plan d’action pour la mise sur pied de la force
doivent être élaborées. Le Conseil de développement des capacités de l’Armée de
terre doit établir les priorités pour lesquelles il y a lieu de se pencher sur les lacunes
ou les excédents (effort et ressources de l’état‑major).
Conformément aux phases de gestion et aux processus du Système de gestion
de la Défense, les travaux seront menés à terme pour faire approuver la Feuille de
synthèse (Approbation préliminaire de projet) et la Feuille de synthèse (Approbation
définitive de projet) par le Comité supérieur de révision (CSR), le Conseil de
gestion du programme (CGP) et le Conseil du Trésor. Si de l’équipement est en jeu,
il faudra mettre à jour et présenter l’Énoncé des besoins opérationnels pertinent au
Chef d’état‑major de l’Armée de terre aux fins d’approbation. De plus, en fonction
de l’analyse PRICIE visant le concept opérationnel au sein du concept d’emploi de
la force, des plans d’action visant la mise sur pied de la force doivent être établis pour
offrir un éventail de solutions pour le concept opérationnel. Les solutions peuvent
varier sur les plans de la forme, de la structure, de l’équipement ou du temps, mais
elles doivent clairement indiquer comment elles permettent de bien pallier les
lacunes ou gérer les redondances en matière de capacités. Les résultats attendus du
pilier 3 (Élaborer) sont la production d’un rapport de décision du Groupe de travail
sur le développement de la Force terrestre pertinent et, ultimement, la production
d’un plan de mise en œuvre principal ou de directives semblables pour la réalisation
des capacités.
Pilier 4 — Gérer (Gestion de la force) Des plans de mise en œuvre principaux seront
élaborés pour mettre en œuvre les capacités sous le pilier 4 (Gérer) et pour confirmer les
attributions d’équipement et les priorités liées à la distribution aux fins de l’acquisition
et de la mise en service. La gestion de la force relève de lignes de gouvernance autres
que celles liées au développement des capacités. Elle comprend généralement tous les
processus et toutes les activités qui favorisent la gestion de l’état de préparation de l’Armée
de terre afin que cette dernière soit employée dans le cadre d’opérations à l’appui des
buts et des objectifs du gouvernement du Canada figurant dans la Stratégie de défense —
Le Canada d’abord.
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
41
DEUXIÈME PARTIE
CONCEVOIR
L’ARMÉE DE TERRE
DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
44
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CADRE CONCEPTUEL GLOBAL
INTRODUCTION
Les activités de l’Armée de terre de demain continueront d’être menées dans
des environnements terrestres, maritimes, aériens, spatiaux et cybernétiques
(y compris le spectre électromagnétique), et chaque environnement nécessitera
son propre éventail de capacités opérationnelles technologiques. Les activités
menées au sein de ces environnements se déroulent sur le plan physique, mais les
effets se font sentir sur les plans physique, informationnel et moral. C’est sur le
plan moral que les efforts produisent le plus de résultats durables puisque c’est à ce
niveau que la dimension humaine est influencée. C’est également à ce niveau que la
compréhension est façonnée, renforcée ou minée, et que la cohésion est consolidée
ou brisée. Enfin, c’est aussi sur le plan moral que reposent l’opinion nationale et la
légitimité opérationnelle, que s’installe la confiance au sein de l’approche exhaustive
et que sont gagnés ce qu’on appelle communément « les cœurs et les esprits ».
Les activités qui ont lieu dans les environnements physiques sont effectuées en vue
de produire un effet souhaité dans la dimension humaine.
La prolifération quasi omniprésente de dispositifs capables de saisir et de
diffuser de l’information et la capacité de plus en plus élaborée des adversaires
potentiels de manipuler cette information continueront de constituer des défis
importants pour les forces terrestres. Ces dernières doivent bénéficier d’une
perception de légitimité sur les plans local, national et mondial pour favoriser la
réalisation d’opérations et assurer leur maintien en puissance dans le temps pour
assurer la réussite des campagnes. Au sein de ce climat où l’information occupe
une place de plus en plus importante, il sera nécessaire d’accorder une plus grande
importance aux communications efficaces dans toutes les dimensions, notamment
à l’interne, avec les alliés, avec la population canadienne, à l’échelle internationale,
avec les populations dans le théâtre des opérations et avec les adversaires au besoin.
Alors que les populations de l’ère de l’Armée de terre de demain seront plus aptes
à discerner la crédibilité des sources d’information, leur inclination très humaine à
maintenir des notions préconçues concernant les tendances et la légitimité nécessitera
une dévotion inébranlable à l’égard d’un code d’éthique commun et une franchise
absolue en tout temps. L’exploitation efficace du plan informationnel jouera un rôle
clé pour produire l’effet souhaité dans la dimension humaine.
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
45
CONTRAINTES LIÉES À LA PLANIFICATION
L’Armée de terre de demain sera mise sur pied au sein du cadre des Forces
canadiennes et elle respectera entièrement sa vision.
Les Forces canadiennes, par l’entremise d’une plus grande intégration
de leurs forces navales, terrestres, aériennes et de leurs forces d’opérations
spéciales, renforceront la défense du Canada et la sécurité de l’Amérique
du Nord. De plus, elles deviendront plus pertinentes, réactives et
efficaces mondialement pour ainsi exercer une plus grande influence
dans le façonnement de l’environnement international, conformément
aux intérêts et aux valeurs des Canadiens 19. [Traduction]
L’Armée de terre de demain englobe la mission à long terme de l’Armée
de terre qui consiste à « mettre sur pied des forces terrestres polyvalentes et efficaces
au combat, afin d’atteindre les objectifs de la défense du Canada 20. » L’Armée
de terre doit continuer à être capable de soutenir le mandat plus large des Forces
canadiennes qui consiste à exécuter les six missions de sa Stratégie de défense —
Le Canada d’abord :
>exécuter des opérations quotidiennes nationales et continentales, y compris
dans l’Arctique et par l’entremise du Commandement de la défense
aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD);
>offrir leur soutien dans le cadre d’un évènement international important
au Canada, comme les Jeux olympiques de 2010;
>répondre à une attaque terroriste importante;
>appuyer les autorités civiles en cas de crise au Canada, par exemple
en cas de catastrophe naturelle;
>diriger et/ou exécuter une opération internationale importante durant
une période prolongée;
19.Concept opérationnel intégré des Forces canadiennes, ébauche, version 01, 18 mars 2005.
20. L’Armée de terre : engagés vers l’avant, 2 e édition, Ottawa, CFT, 2009, p. 15.
46
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
>déployer des forces en cas de crise à l’étranger pour une période de plus
courte durée21.
Tout en demeurant pleinement capable de mettre sur pied des éléments de force
qui seront employés au cours des missions clés, l’Armée de terre de demain sera
conçue pour mener principalement des opérations internationales. Ces opérations
constituent la mission la plus exigeante pour l’Armée de terre, et les capacités
requises pour mener avec succès ces opérations permettront de mener à bien toutes
les autres missions clés.
L’ARMÉE DE TERRE DE DEMAIN : SURVOL
L’engagement du Canada envers la sécurité et la stabilité sur la scène mondiale au
cours du dernier siècle est à la base du respect et de l’influence dont le Canada
continue de jouir en tant que pays développé. Le Canada est toujours intervenu
en temps d’instabilité internationale en mettant à contribution les forces requises
pour répondre aux menaces et aux défis auxquels il devait faire face dans un
environnement de sécurité mondial. Aujourd’hui, un grand nombre de facteurs
déstabilisants favorisent l’instabilité et l’incertitude. Un nombre inquiétant
d’États risquent inévitablement de devenir vulnérables, fragiles, fragmentés ou en
déroute. Des cas précis d’instabilité sont susceptibles d’occasionner un plus grand
nombre de conflits violents et déstabilisants. Le monde continue d’être touché
par divers degrés de conflits violents qui perdurent et qui sont caractérisés par
des adversaires extrêmement adaptables, difficiles à atteindre et soutenus par une
technologie de pointe. Ces adversaires continueront à avoir la faculté de produire
rapidement des forces aptes au combat, tant sur des terrains découverts que sur
des terrains complexes, tout en étant capables de se fondre parmi la population au
moment et à l’endroit qui leur convient. Le monde devrait demeurer dans un état
où des conflits soutenus et mondiaux de faible à moyenne intensité ont cours et
où la menace d’un conflit moderne entre États persiste. Dans cet environnement
de sécurité de l’avenir, le Canada ne sera pas à l’abri des répercussions d’un
conflit mondial et, en tant que membre responsable de la collectivité mondiale —
grandement tributaire du commerce international —, il mettra de toute évidence ses
forces à contribution chaque fois et partout où sa sécurité, ses valeurs et ses intérêts
seront directement menacés.
21.Stratégie de la défense — Le Canada d’abord, Ottawa, MDN, 2008, p. 3.
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CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
47
Pour connaître du succès dans ce nouvel environnement de sécurité, l’Armée
de terre de demain doit posséder les caractéristiques suivantes :
>Les processus de commandement de l’Armée de terre de demain doivent
répondre aux exigences des environnements complexes caractérisés par le
besoin de mener simultanément des missions de combat et de stabilité dans
le cadre d’une approche exhaustive;
>En raison de la nature complexe de l’environnement, les forces de l’Armée
de terre de demain doivent développer et maintenir une agilité intellectuelle
pour dominer des menaces extrêmement adaptables et difficiles à cerner.
Pour instaurer cette agilité, il faut propager dans l’ensemble de la force
une compréhension totale de l’environnement opérationnel. Cette image
commune de la situation opérationnelle — un modèle mental — devra être
élaborée, maintenue, partagée et mise à jour pour améliorer l’adaptabilité
de l’ensemble de la force;
>L’Armée de terre de demain doit être composée de structures modulaires
et interchangeables qui reposent sur les plus petits modules de capacités
efficaces afin d’offrir une marge de manœuvre pour la mise sur pied et
l’emploi de la force. L’Armée de terre de demain doit principalement être
axée sur le groupement tactique dans un contexte de formation interarmées.
Les formations devront offrir ces capacités qui sont limitées et devront
aussi posséder les ressources essentielles requises pour créer les conditions
propices au succès, mais qui ne peuvent être gérées entièrement par un
groupement tactique;
>L’Armée de terre de demain doit reconnaître la dimension humaine des conflits
et tenir compte des forces et des limites de la cohorte pouvant être recrutée;
>L’Armée de terre de demain doit se doter d’une structure pragmatique qui
produit avec efficacité et efficience les compétences spécialisées requises
pour avoir du succès en opérations. Cette structure devrait reposer sur la
connaissance du fait que les combats et les engagements rapprochés sont les
compétences de base de l’Armée de terre, et que les éléments responsables
d’offrir ces compétences constituent les assises de l’Armée de terre. La
conception des structures de mise sur pied et d’emploi de la force devrait
reposer sur le principe voulant que toutes les capacités requises pour mener
48
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
et réussir les combats et les engagements rapprochés doivent être établies au
sein des groupements tactiques chaque fois que cette mesure ne nuit pas à
la tenue à jour des compétences spécialisées ni à la mise sur pied de la force
à l’échelle de l’Armée de terre, ou qu’elle n’excède pas la capacité de gestion
efficace du groupement tactique;
>L’Armée de terre de demain doit posséder un effectif suffisant pour exécuter
efficacement des tâches de combats et d’engagements rapprochés, et pour assurer
sa viabilité. La possession de capacités en nombre suffisant, et de la plus grande
qualité possible, est souvent un gage de réussite. En se dotant de suffisamment
de soldats et de capacités, on peut ainsi réagir aux menaces imprévues;
>L’Armée de terre de demain doit protéger sa capacité institutionnelle
d’adaptation si elle désire demeurer efficace dans l’environnement
de sécurité mondiale en constante évolution;
>L’Armée de terre de demain doit, philosophiquement, être de taille
moyenne. Elle doit notamment être :
»capable d’exécuter des tâches de combat et de stabilité dans tout le
continuum des opérations;
»pertinente (efficace, rapide, déployable, viable);
»extrêmement mobile et agile;
»munie d’outils technologiques pour obtenir une efficacité maximale,
mais ne dépendant pas uniquement de la technologie;
»réseautée pour favoriser une compréhension commune, une
dispersion accrue, la création d’effets plus précis (quant au temps, à
l’espace et au but) ainsi qu’un meilleur soutien pour le regroupement
rapide des forces;
>L’Armée de terre de demain doit posséder un système d’instruction efficace,
efficient et intégré;
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
49
>L’Armée de terre de demain doit avoir une capacité de commandement et
de contrôle pour diriger des opérations internationales (c.‑à‑d. un quartier
général de formation déployable);
>L’Armée de terre de demain doit posséder le plus petit nombre de familles
de véhicules possible ayant la plus grande communité réalisable entre eux.
Elle a besoin du plus petit nombre de types de plates-formes possible à
l’appui du nombre de configurations fonctionnelles requis. Toutes les
plates‑formes d’équipement de base doivent posséder un nombre maximal
d’attributs en commun (p. ex. la configuration des postes de conducteur,
des pièces interchangeables), avoir un niveau élevé de modularité (p. ex.
« apte à recevoir, mais pas équipé »), et être facilement modifiables (p. ex.
architecture ouverte) pour atténuer rapidement les nouvelles faiblesses tout
en augmentant la souplesse et la durabilité de la plate‑forme.
L’Armée de terre de demain doit être efficace, souple, viable et efficiente tout
en étant capable de :
>mener avec succès un éventail d’opérations de combat et de stabilité dans
des conditions difficiles;
>diriger et maintenir en puissance des opérations terrestres complexes
pendant des périodes prolongées au pays et à l’étranger;
>répondre avec les forces appropriées, et rapidement, aux besoins nationaux
et internationaux.
Les missions tactiques attendues de l’Armée de terre de demain sont celles
décrites dans la doctrine des opérations terrestres.22 Alors que le cadre des tâches
peut changer au fil du temps, la manière dont les tâches diverses sont exécutées
et la fréquence de ces dernières devraient changer plus rapidement. C’est là un
élément important dont il faut tenir compte lorsque l’on conçoit l’Armée de terre
de demain puisqu’il s’agit d’une considération fondamentale liée au développement
de la profondeur et de la portée des capacités et de leurs structures correspondantes.
En fonction de l’environnement opérationnel de l’avenir, on s’attend à ce que l’Armée
22.B‑GL‑300‑001/FP-002 Opérations terrestres, Kingston, DDAT, 2008.
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CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
de terre de demain soit souvent appelée à participer à des opérations menées par des
compagnies et des équipes de combat, réparties entre des tâches de combat et de
stabilité, et souvent dans des endroits plutôt isolés. Bien qu’elles soient inévitables,
les opérations menées par des groupements tactiques et des formations seront moins
fréquentes. On devrait s’attendre à ce que toutes les tâches soient exécutées sur de
grandes régions géographiques et qu’elles impliquent fréquemment les populations
locales. Les activités d’influence seront omniprésentes.
Ces caractéristiques définissent le modèle de l’Armée de terre de demain.
L’Armée de terre de demain doit être une armée viable qui est pertinente sur le plan
stratégique, capable de s’adapter sur le plan opérationnel et décisive sur le plan tactique
dans l’ensemble du continuum des opérations. L’Armée de terre de demain doit être
optimisée pour atteindre un équilibre entre les tâches de combat et de stabilité dans
le contexte d’opérations avec des partenaires interarmées, interorganisationnels,
multinationaux et publics (IIMP) dans des environnements complexes.
COMPÉTENCES ET PRINCIPES DE BASE
Pour mener à bien les missions qui lui sont confiées pour remplir l’objectif des Forces
canadiennes qui consiste à défendre le Canada, ses habitants ainsi que les valeurs
canadiennes, l’Armée de terre ne peut se permettre d’être une force spécialisée ni
une force de créneau. Pour remplir ses missions de manière durable, l’Armée de
terre doit être une force polyvalente largement homogène, mais qui comprend les
éléments essentiels lui permettant de mener ses opérations avec succès dans les limites
extrêmes des opérations de combat et de stabilité. Le concept de l’Armée de terre
de demain se situe au point du continuum des opérations qui est le plus complexe
et le plus difficile, soit le point où les tâches de combat et de stabilité sont présentes
environ dans les mêmes proportions. Les forces terrestres doivent également être
capables de mener des tâches de combat et de stabilité, et être en mesure d’assurer la
transition des efforts requis en fonction des situations changeantes.
À l’extrémité supérieure du spectre, l’Armée de terre sera capable de se joindre
aux partenaires d’une coalition dans le cadre d’opérations de combat importantes
contre un ennemi traditionnel important. Il est possible que l’Armée de terre ne soit
pas capable d’exécuter toutes les tâches de façon autonome. À l’extrémité inférieure
du spectre, alors que l’Armée de terre sera compétente pour effectuer des tâches de
stabilité, elle sera relativement limitée par sa taille en ce qui a trait à l’ampleur des
opérations qu’elle peut entreprendre.
Compte tenu des restrictions des ressources prévues quant à la taille de l’Armée
de terre de demain, et des demandes continues dont elle fera l’objet, l’Armée
de terre ne sera pas en mesure de posséder des capacités de créneau spécialisées
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
51
Figure 2 : L’Armée de terre de demain — Une force terrestre viable, pertinente sur le plan stratégique, adaptable sur le plan
opérationnel et efficace dans l’ensemble du continuum des opérations.
pour des points précis du continuum. C’est donc dire que l’Armée de terre ne sera
pas suffisamment grande pour être hétérogène. Ainsi, pour avoir la profondeur
nécessaire pour se maintenir en puissance au cours des opérations, l’Armée de terre
de demain devra posséder une structure centrale homogène dotée des éléments de
combat et de stabilité appropriés pour créer les conditions essentielles pour réussir
dans l’ensemble du continuum des opérations. Voir figure 2 ci-dessus.
Des opérations ou des conflits précis peuvent exiger une orientation centrale
autre que celle choisie comme but de la conception de l’Armée de terre canadienne
de demain. Ce qui est à retenir de l’orientation centrale de la conception, c’est que
c’est à ce point du continuum que les opérations sont les plus complexes et qu’elles
exigent que l’Armée de terre possède la capacité de répondre aux initiatives de
l’adversaire à la fois au-dessous et en deçà de la zone de son orientation centrale.
Par exemple, si un adversaire devait lancer une opération de combat importante,
la force posséderait déjà la capacité de l’emporter, bien qu’il soit possible qu’elle ait
à compter sur les partenaires de la coalition pour obtenir des outils opérationnels
ou stratégiques précis essentiels au combat. L’Armée de terre de demain aura la
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«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
faculté d’employer des capacités technologiques à la fine pointe d’une plus grande
magnitude que les systèmes d’armes traditionnels qui sont davantage axés sur le
poids et la masse.
L’Armée de terre de demain s’appuiera sur sa capacité d’exercer ses compétences
de base. Toutes les capacités seront conçues pour exécuter des fonctions qui offrent
ou appuient ces compétences de base. Ces dernières sont les suivantes :
>la capacité de gagner les combats rapprochés;
>la capacité d’exécuter des engagements rapprochés (tâches de stabilité);
>la capacité d’établir les conditions essentielles pour assurer le succès lors des
combats et des engagements rapprochés.
L’Armée de terre doit être en mesure de mener ces opérations selon une approche
exhaustive dans un environnement IIMP.
Par conséquent, l’effort de conception de l’Armée de terre de demain doit être
axé sur l’imagination, la conception, l’élaboration et la gestion d’un noyau de forces
aptes aux combats et aux engagements rapprochés, ainsi que des outils habilitants
organiques de la stabilité et des combats terrestres, et des capacités essentielles
requises pour assurer le maintien en puissance de la force en opérations. L’Armée
de terre de demain ne doit ménager aucun effort pour continuer le développement
d’outils habilitants non organiques (c.‑à‑d. interarmées) qui demeurent importants
pour assurer, dans l’ensemble, le succès des missions.
Dans un avenir incertain, le succès de l’Armée de terre de demain dépendra
des principes de conception suivants :
>Taille. L’Armée de terre de demain doit avoir une étendue et une profondeur
suffisantes pour assurer la conduite réussie des opérations à l’appui de la
Stratégie de défense — Le Canada d’abord tout en exécutant des activités
liées à la mise sur pied de la force;
>Adaptabilité. L’Armée de terre de demain doit avoir une étendue, une
profondeur et une modularité suffisantes au sein des structures de mise
sur pied et d’emploi de la force pour offrir la capacité d’organisation et
de reconfiguration requise pour satisfaire aux exigences opérationnelles.
Ce degré de modularité sera important pour atteindre l’agilité requise pour
mener avec succès des opérations adaptables et dispersées;
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
53
>Viabilité. La structure de l’Armée de terre de demain (dont la profondeur et
la souplesse sont suffisantes) doit être abordable au fil du temps dans toutes
les catégories de ressources (p. ex. personnel, matériel, finances, temps
et instruction);
>Agilité. L’Armée de terre de demain doit posséder la force intellectuelle
inhérente, la culture de résilience, l’instruction et la doctrine nécessaires pour
s’adapter rapidement et répondre aux nouvelles demandes opérationnelles;
>Souplesse institutionnelle. L’Armée de terre de demain doit pouvoir maintenir
un état‑major suffisant et un accès à des ressources en capital suffisantes pour
être prête à se transformer facilement de manière à répondre aux exigences
de l’environnement de sécurité qui évolue de plus en plus rapidement.
CHANGEMENT PERPÉTUEL ET RY THME DU CHANGEMENT
La capacité décisionnelle de notre institution constituera un aspect essentiel de
la capacité de l’Armée de terre de vaincre des adversaires adaptables et élusifs.
La philosophie de la conception de l’Armée de terre de demain doit, de manière
délibérée et holistique, faciliter les changements rapides et efficaces requis d’elle
pour demeurer pertinente. Des forces homogènes, des forces modulaires, des
schémas d’équipement évolutifs ainsi qu’une culture du savoir et de souplesse sont
tous des exemples de composantes essentielles de cette capacité. La tentation de se
tourner vers l’ultra‑spécialisation doit être tempérée par la nécessité de protéger la
capacité de l’ensemble de changer rapidement.
Cela ne veut pas dire pour autant que le changement devrait se produire sans
le soutien d’une analyse rigoureuse, mais plutôt qu’il faut institutionnaliser un
processus qui cible, vérifie et favorise les changements cohérents perpétuels au sein
de la culture et des processus. Pour y arriver, il faudra trouver un équilibre entre
le besoin de s’adapter aux changements perpétuels et de plus en plus rapides et la
nécessité de s’assurer que les ressources sont utilisées efficacement.
Pour demeurer un instrument légitime de pouvoir national au XXIe siècle,
l’Armée de terre du Canada doit, en tant qu’institution, s’engager à développer une
culture profonde et durable d’innovation perpétuelle. À cette fin, il faudra investir
davantage dans les organisations intellectuelles et internes de l’Armée de terre de
manière à ce que ses concepts, ses schémas, ses tests et sa mise en œuvre respectent
entièrement les pratiques de gestion et d’ingénierie des systèmes. L’Armée de terre
de demain continuera de se manifester de plus en plus au cours des 10 prochaines
années et au‑delà de cette période, et une culture d’innovation perpétuelle fondée
54
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
sur une démarche rigoureuse à l’égard de l’ingénierie et de la gestion des systèmes
permettra à ses concepteurs de suivre le rythme des changements qui s’opèrent dans
d’autres domaines. De cette façon, l’Armée de terre pourra continuer à assurer la
production rapide de technologies et de procédés nouveaux et fiables en respectant
un budget prévisible.
La rapidité d’exécution continue d’être un élément clé dans le processus
d’acquisition des capacités du gouvernement. L’Armée de terre doit donc faire face
aux contraintes qui découlent de cette considération. Les investissements disciplinés
et durables effectués au cours des premières étapes du processus de développement
des capacités seront très rentables ultérieurement. En plus de réduire le temps total
requis pour réaliser un projet de sa conception à son déploiement, le respect des
principes de conception permet également à l’Armée de terre de saisir les occasions
d’acquisition plus rapidement lorsqu’il y a lieu.
L’ENVIRONNEMENT EN ÉVOLUTION
Les activités de l’Armée de terre de demain continueront d’être menées dans
des environnements terrestres, maritimes, aériens, spatiaux et cybernétiques
(y compris le spectre électromagnétique), et chaque environnement nécessitera
son propre éventail de capacités opérationnelles technologiques. Les activités
menées au sein de ces environnements se déroulent sur le plan physique, mais les
effets se font sentir sur les plans physique, informationnel et moral. C’est sur le
plan moral que les efforts produisent le plus de résultats durables puisque c’est à ce
niveau que la dimension humaine est influencée. C’est également à ce niveau que la
compréhension est façonnée, renforcée ou minée, et que la cohésion est consolidée
ou brisée. Enfin, c’est aussi sur le plan moral que reposent l’opinion nationale et la
légitimité opérationnelle, que s’installe la confiance au sein de l’approche exhaustive
et que sont gagnés ce qu’on appelle communément « les cœurs et les esprits ».
Les activités qui ont lieu dans les environnements physiques sont effectuées en vue
de produire un effet souhaité dans la dimension humaine.
La prolifération quasi omniprésente de dispositifs capables de saisir et de
diffuser de l’information et la capacité de plus en plus élaborée des adversaires
potentiels de manipuler cette information continueront de constituer des défis
importants pour les forces terrestres. Ces dernières doivent bénéficier d’une
perception de légitimité sur les plans local, national et mondial pour favoriser la
réalisation d’opérations et assurer leur maintien en puissance dans le temps pour
assurer la réussite des campagnes. Au sein de ce climat où l’information occupe
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
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55
une place de plus en plus importante, il sera nécessaire d’accorder une plus grande
importance aux communications efficaces dans toutes les dimensions, notamment
à l’interne, avec les alliés, avec la population canadienne, à l’échelle internationale,
avec les populations dans le théâtre des opérations et avec les adversaires au besoin.
Alors que les populations de l’ère de l’Armée de terre de demain seront plus aptes
à discerner la crédibilité des sources d’information, leur inclination très humaine à
maintenir des notions préconçues concernant les tendances et la légitimité nécessitera
une dévotion inébranlable à l’égard d’un code d’éthique commun et une franchise
absolue en tout temps. L’exploitation efficace du plan informationnel jouera un rôle
clé pour produire l’effet souhaité dans la dimension humaine.
ÉLÉMENTS CLÉS DE LA CONCEPTION DE L’ARMÉE
DE TERRE DE DEMAIN
LES SOLDATS — LE CŒUR DE L’ARMÉE DE TERRE
Il faudra tenter de comprendre et, si c’est possible, de prévoir les défis à venir au
sein de la dimension humaine pour parvenir à une planification efficace. Les études
anthropologiques récentes portant sur la base de recrutement traditionnelle de
l’Armée de terre ont relevé une tendance importante concernant les changements
d’attitude à l’égard de l’éthique, des institutions hiérarchiques et de la stabilité
professionnelle. Or, la taille de cette cohorte de plus en plus scolarisée et douée
sur le plan technologique est malheureusement en train de décroître; ainsi, d’ici
2021, l’environnement de recrutement sera farouchement concurrentiel dans tous
les secteurs économiques. En revanche, les progrès technologiques permettront aux
Canadiens de vivre plus longtemps et en meilleure santé, ce qui leur permettra du coup
de rester productifs plus longtemps. L’Armée de terre devra explorer de nouveaux
mécanismes de recrutement, de souplesse professionnelle et de nouvelles approches
visant le maintien de l’effectif afin de demeurer efficace dans l’environnement de
l’Armée de terre de demain. En effet, il y a lieu de réviser la législation, les politiques
et les salaires afin d’attirer et de conserver un nombre suffisant de Canadiens dans
la profession des armes.
Un aspect essentiel de ce problème grandissant lié à la mise sur pied de la force
exige une réévaluation du modèle traditionnel Force régulière — Première réserve,
où les réservistes sont principalement considérés comme une source de renforts pour
la Force régulière. Ce modèle doit être modifié si l’on souhaite atténuer les effets
négatifs des tendances actuelles en matière de recrutement et assurer le maintien
d’une capacité de défense crédible au Canada.
56
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
Depuis le XVIIe siècle, la défense du Canada a grandement été tributaire de
l’engagement des citoyens‑soldats à l’égard du service militaire, que ce soit à temps
partiel ou à temps plein. Ce système s’est avéré extrêmement précieux, surtout en
temps de guerre totale, lorsque le pays pouvait accroître ses forces régulières de
moins grande envergure en mettant à contribution les ressources très nombreuses
et la capacité de sa milice de taille beaucoup plus importante. Depuis la fin de la
guerre froide, l’Armée de terre canadienne a continué à dépendre fortement de sa
Force de réserve, tirant généralement plus de 20 p. 100 de sa force expéditionnaire
de cette communauté. Cette tendance reflète les attentes professionnelles et le mode
de vie changeants de tous les citoyens‑soldats du pays, ce qui met en évidence une
fois de plus le besoin de revoir et d’améliorer le modèle de service Force régulière —
Première réserve.
Afin de dissiper les pires effets de ces tendances qui perdurent, l’Armée
de terre canadienne doit s’engager à créer un concept nouveau et véritable d’une
seule Armée de terre où tous les membres s’enrôleront en fonction de conditions
de service, de modalités et d’obligations législatives et juridiques semblables, et
passeront harmonieusement du service à temps partiel au service à temps plein tout
au long de leur carrière. Ce changement nécessitera quelques modifications à la
législation, principalement dans les domaines de l’entente signée par les soldats, de
l’administration des carrières, de la solde, des avantages sociaux et de la pension.
On pourrait ainsi offrir un éventail de possibilités de carrière aux militaires, allant
de postes à temps plein à des postes à temps partiel, et même de postes liés au service
supplémentaire. De nouveaux parcours professionnels non linéaires — sans doute
autogérés, dans une certaine mesure — doivent devenir la nouvelle norme, ce qui
permettra aux professionnels de passer harmonieusement d’un poste à temps partiel
à un poste à temps plein et vice versa en fonction des besoins des Forces canadiennes
ainsi que de leur désir personnel de servir leur pays.
FORMER L’ARMÉE DE TERRE DE DEMAIN — PRÉPARER LES SOLDATS
La capacité de l’Armée de terre de mener des opérations efficacement dépend de sa
capacité de recruter, de former et de conserver son personnel. L’instruction vise à
développer la force morale, intellectuelle et physique des hommes et des femmes,
laquelle leur permet par la suite de former une force opérationnelle compétente,
cohésive, confiante et collectivement disciplinée. L’instruction est fondée sur
la doctrine, axée sur les opérations et bonifiée par des leçons qui sont tirées et
appliquées. En raison de la nature progressive de l’instruction, l’Armée de terre
doit continuer à former des unités et des formations au cours de périodes tour à
tour de faible et de grande préparation opérationnelle. L’efficacité et l’efficience de
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
57
l’instruction dépendent largement d’un niveau raisonnable de stabilité du personnel
et de niveaux viables d’instruction collective.
L’instruction peut être individuelle — pour produire des soldats capables
d’exécuter des fonctions précises au sein d’une entité collective —, ou encore
collective pour développer des capacités complètes. L’éducation, tant professionnelle
que générale, constitue l’assise sur laquelle l’instruction est offerte. L’expérience
et le perfectionnement personnel guidé servent à améliorer et à dynamiser les
connaissances, les compétences et l’attitude développées grâce à l’éducation et à
l’instruction. Une éducation générale liée à des études sociales et culturelles contribue
à la préparation générale des soldats en vue d’opérations dans l’ensemble du spectre
dans un environnement IIMP, alors qu’une grande partie de l’instruction est axée sur
la capacité de base de l’Armée de terre qui consiste à mener des combats rapprochés.
Les facteurs humains limitatifs — sur les plans physique et cognitif — devraient,
en grande partie, demeurer inchangés. Cette situation continuera de définir la
portion de l’instruction qui peut être transmise à une personne et retenue par cette
dernière au cours d’une période donnée. Alors que les tendances font état d’une
diminution des niveaux de condition physique au sein de la population canadienne
en général, le développement et le maintien de la force physique demeureront des
éléments importants de l’instruction en raison de ses avantages directs sur la santé
en général et sur la résilience mentale.
C’est dans le domaine intellectuel et cognitif que l’Armée de terre pourrait avoir
à relever les défis les plus importants, principalement en raison de deux exigences :
>La conduite d’opérations dans l’ensemble du continuum des opérations dans
un contexte IIMP — en s’attardant au point le plus complexe et exigeant
de ce continuum — fera en sorte que les commandants, du moins au plus
expérimenté, devront faire face à un volume et à une diversité d’information
qui exigeront des compétences solides et des niveaux d’aptitudes élevés
pour la comprendre, faire des associations holistiques et la gérer;
>L’instruction individuelle et l’instruction d’équipage sont intrinsèquement
liées à la technologie par l’entremise de l’équipement. L’instruction
collective repose largement sur l’emploi de capacités multiples et
complémentaires, lesquelles sont largement supportées par la technologie,
de façon cohérente. Même si on s’attend souvent à ce que la promotion des
progrès technologiques entraîne une diminution des besoins en matière
d’instruction, il a été prouvé qu’il s’agit d’un objectif illusoire. Alors
que les jeunes Canadiens vivent aujourd’hui dans un milieu hautement
58
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
technologique, et que leur développement s’effectue à l’unisson avec les
technologies en évolution, il sera difficile, même pour la cohorte la plus
talentueuse et la plus immergée dans ce milieu, de suivre le rythme des
changements technologiques exponentiels de l’avenir.
Pour effectuer la planification, contrôler le contenu et veiller au bon déroulement
de l’instruction, un système d’instruction cohérent est requis. Il devrait continuer à
regrouper des quartiers généraux, des établissements d’instruction ainsi que des champs
de tir et des secteurs d’entraînement, tous directement ou indirectement liés. Les quartiers
généraux assureront le commandement et le contrôle des établissements d’instruction
assignés et offriront des directives sur l’instruction dans trois secteurs fonctionnels :
le contrôle qualitatif, le contrôle quantitatif et la gestion des ressources23. En plus d’un
système consacré à l’instruction, les unités et les formations de campagne continueront
sans doute à tenir de nombreuses activités d’instruction individuelle et collective.
Les secteurs clés suivants requièrent une attention immédiate et continue :
>Sélection. L’instruction est une ressource précieuse qui doit être utilisée
judicieusement. Les sciences sociales doivent être exploitées pour mesurer
la pertinence des métiers et des rôles, y compris les aptitudes pour
le commandement;
>Érosion des compétences. Les connaissances, les compétences et les aptitudes
acquises au cours de l’instruction ont tendance à s’éroder au fil du
temps. Le besoin d’instruction continue et de recyclage doit être mesuré
empiriquement pour éviter la perte des compétences;
>Spécialisation et généralisation. La tension continuera d’exister entre
le besoin de spécialistes et le besoin de généralistes. En raison de
l’équipement complexe et des tâches faisant appel à des compétences qui
s’érodent rapidement, on aura besoin de soldats spécialisés, mais puisque
les opérations évoluent rapidement et qu’il faut maintenir les compétences
de base du soldat, on doit trouver un équilibre entre ces deux impératifs;
23.Le contrôle qualitatif renvoie au processus cyclique grâce auquel les objectifs de l’instruction sont analysés, conçus,
développés, réalisés, évalués et validés, et où les résultats des dernières phases sont intégrés dans la première.
Le contrôle quantitatif est le processus grâce auquel l’instruction est programmée par l’entremise des places sont
allouées dans les activités d’instruction individuelle officielles (cours) et des normes collectives d’aptitude au combat
assignées. L’allocation des ressources correspondant aux ressources d’instruction (temps, cadres d’instructeurs,
munitions, ressources de simulation, champs de tir et secteurs d’entraînement, etc.) accordées aux unités et aux
formations est conforme aux tâches d’instruction qui leur sont assignées.
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
59
>Interface homme‑machine. L’utilisation de l’équipement doit être intuitive,
pratique, adaptable aux préférences individuelles et aussi commune que
faire se peut, minimisant ainsi l’instruction de conversion entre les familles
d’équipements au fur et à mesure qu’elles sont achetées, converties ou
mises à niveau;
>Maximisation de l’expérience au cours de l’instruction. La prise de décisions
dans un environnement complexe sous la contrainte du temps contre un
adversaire intelligent et adaptable est plus efficace si elle est effectuée
intuitivement et à la lumière de l’expérience. L’expérience doit reposer
sur de multiples répétitions de tâches identiques, ou semblables, dans des
circonstances variées. La modélisation et la simulation comptent parmi les
outils les plus efficaces pour créer des expériences virtuelles, d’autant plus
qu’elles peuvent être adaptées à une variété de tâches opérationnelles et de
scénarios d’instruction;
>Gestion du risque. Le risque fait partie intégrante des opérations militaires.
On doit enseigner aux chefs et aux soldats comment évaluer un large
éventail de facteurs de risques, leur probabilité relative et leurs retombées,
et prendre les mesures d’atténuation qui s’imposent;
>Adaptation. Les opérations seront menées dans un environnement d’une
complexité sans précédent. De plus, le rythme de plus en plus rapide des
changements rendra difficile l’application directe dans les opérations
subséquentes des leçons retenues dans le cadre d’opérations antérieures.
L’instruction visant cet environnement doit mettre l’accent sur l’agilité
dans la prise de décisions fondée sur des principes généraux plutôt que sur
des procédures détaillées et prescriptives;
>Autonomie accrue. Compte tenu de la tendance historique vers la dispersion
géographique accrue, de plus petits éléments et leurs commandants seront
de plus en plus souvent séparés de leurs supérieurs dans le temps et l’espace.
Les chefs et les soldats devront posséder les compétences nécessaires pour
mieux comprendre leur environnement opérationnel en intégrant une
grande variété de capacités militaires et non militaires;
>Considérations éthiques. Alors que les opérations seront de plus en plus
axées sur les personnes plutôt que sur le terrain géographique, l’interaction
60
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
entre les soldats, les civils locaux, nationaux et étrangers, les adversaires
et les autorités ou les forces de sécurité du pays hôte seront de plus en plus
courantes. L’application judicieuse de la force, y compris les responsabilités
liées au maintien de l’ordre, exigera une certaine éducation et de l’instruction
pour orienter la conduite des soldats.
Par souci d’efficacité, la prestation de l’instruction doit précisément être
conforme aux grandes catégories d’opérations les plus susceptibles d’être menées.
Elle doit également demeurer suffisamment générale pour favoriser l’agilité et
l’efficience. Pour y arriver, il faut s’assurer de maintenir suffisamment de ressources
dédiées à l’instruction et de réduire au minimum la perte des compétences en
instruction grâce à une instruction continue et donnée au bon moment, et en passant
systématiquement et progressivement vers des niveaux de complexité plus élevés.
L’arrivée ou l’amélioration des technologies devrait rendre l’instruction plus facile,
et non le contraire.
L’ARMÉE DE TERRE DE DEMAIN : ÉQUIPEMENT — HABILITER LES SOLDATS
Le cadre de la famille des systèmes de combat terrestre (FSCT) n’est pas universel;
il a plutôt été élaboré pour aider à exposer clairement la complexité des systèmes
terrestres. Chaque domaine d’étude particulier est complexe en soi, mais ce
cadre devient un système complexe de systèmes lorsqu’on se penche sur les liens
étroits qui le composent. L’état-major a déployé beaucoup d’efforts pour effectuer
des études sur la FSCT en vue de fournir des conseils sur les besoins de l’Armée
de terre de demain en matière d’équipement. Ces conseils précis ne figurent pas
dans le présent document, mais les tendances et les thèmes ciblés y sont présentés.
Voir figure 3 p. 62.
Avant d’investir des ressources pour acquérir de l’équipement, il demeure essentiel
de déterminer si le rendement de l’équipement actuel nécessite l’investissement
requis pour le remplacer. En ayant des ressources relativement fixes, et lorsqu’une
pléthore d’acquisitions potentielles s’offre, le processus de sélection des capacités dans
lesquelles on investira est extrêmement important. Dans cet effort constant visant
à établir un équilibre entre les besoins, il est peu probable que les améliorations
graduelles touchant la technologie des systèmes d’armes offrent à l’Armée de terre
de demain des avantages quasi semblables à ceux d’un investissement pragmatique
et durable pour développer le réseau, des suites de capteurs et d’autres capacités qui
favorisent la connaissance de la situation et la supériorité sur le plan de l’information.
Des systèmes d’armes efficaces demeureront une composante essentielle de la force,
et la précision est un progrès technologique de plus en plus important. Cela dit,
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
61
Figure 3 : La famille des systèmes de combat terrestre (FSCT).
la plupart des armes que l’Armée de terre possède actuellement devraient sans doute
demeurer très efficaces contre les adversaires qu’elle risque d’affronter dans un avenir
prévisible. Notre plus grand défi consistera encore à trouver et à fixer nos ennemis
afin d’employer nos armes au moment et à l’endroit de notre choix. L’Armée de terre
qui voit, qui sait et qui comprend le mieux sera en mesure de tirer un meilleur parti de
ses ressources. L’Armée de terre possédant de meilleurs réseaux et des informations
plus précises sera plus efficace sur les plans physique et moral.
Chaque plate-forme est un compromis entre la puissance de feu ou la charge
utile (ce qu’on appelle les « effets »), la surviabilité, la mobilité, l’information et les
facteurs humains. En fonction d’une enveloppe budgétaire établie, le fait d’accorder
une trop grande importance à un aspect particulier entraîne généralement une
62
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
réduction dans un autre aspect. Le fait d’accorder trop d’importance à la protection
physique d’une plate‑forme contre une menace précise pourrait se traduire par des
systèmes trop dispendieux qui seront vulnérables à d’autres égards ou moins aptes
à mener la mission pour laquelle ils ont été acquis. Plus précisément, le fait de
déployer trop d’efforts pour résister aux dispositifs explosifs de circonstance (IED)
grâce à la masse du véhicule peut nuire à la mise au point de moyens plus efficaces
et généraux pour atténuer la menace. À long terme, la fascination exercée par un
nombre moins élevé de plates-formes plus dispendieuses et plus lourdes réduira
inévitablement la marge de manœuvre, l’agilité et l’adaptabilité de la force. Si un tel
scénario se produisait, d’autres éléments de la force seraient nécessairement dotés de
plates‑formes moins aptes au combat, ce qui accroîtrait la vulnérabilité globale de la
force. D’un point de vue réaliste, et dans la perspective de l’équipement prévu pour
l’Armée de terre de demain, une Armée de terre dotée principalement de véhicules
blindés légers III offrirait la souplesse, l’efficacité et l’efficience souhaitées.
Il est fort probable que les véhicules, les armes et l’équipement nouvellement
acquis demeureront dans l’inventaire de l’Armée de terre pendant une longue
période. Il est donc essentiel que les critères de sélection privilégient les architectures
ouvertes qui favorisent une évolution continue sur le plan technologique.
Ces critères doivent tenir compte de la transférabilité technologique afin de
maximiser la probabilité de la pertinence à long terme. Les acquisitions qui n’offrent
pas ces types d’améliorations ne devraient être envisagées que pour répondre aux
besoins urgents pour lesquels il n’existe aucune autre solution.
Les capacités de soutien rapproché requises pour établir les conditions
essentielles et façonner l’espace d’opérations en faveur de la réussite des combats et des
engagements rapprochés — sous la forme d’éléments de soutien de la force — doivent
être dotées de plates-formes ayant une mobilité et une protection semblables à celles
des forces appuyées. La vulnérabilité des capacités de soutien générales constitue
souvent le point faible des forces modernes, et ces capacités peuvent également être
la cible de menaces agressives. Les capacités de soutien intégré, rapproché et général
doivent faire l’objet d’autant d’attention que l’équipement de l’échelon F.
Par respect des principes de simplicité et d’économie, il faudrait, dans la mesure
du possible, réduire au minimum le nombre de familles de véhicules. On devrait
accorder une très grande importance à la communauté entre les familles de véhicules.
L’objectif ultime est un poste de conduite commun à toutes les familles de véhicules.
Bien qu’il s’agisse d’un objectif difficile à atteindre, la réduction de l’instruction
apporterait, à elle seule, un avantage énorme. Lorsque c’est possible, des ensembles
de capacités modulaires « aptes à recevoir, mais pas équipés », ainsi que des ensembles
fonctionnels configurés d’avance ou palettisés devraient constituer la norme.
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
63
Pour faciliter le maintien de la force et l’exploitation des ressources disponibles,
on doit continuer à déployer tous les efforts possibles pour réduire l’usure non
essentielle des familles de véhicules opérationnelles. L’utilisation de simulations, de
plates-formes de substitution, de surblindages et d’un programme d’instruction géré
continuera de constituer un aspect vital de la gestion de l’équipement de l’Armée de
terre de demain.
Pour que l’Armée de terre de demain soit pertinente sur le plan stratégique,
capable de s’adapter sur le plan opérationnel et décisive sur le plan tactique, la grande
majorité de ses véhicules, de ses armes et de ses suites d’équipement doit être de
taille moyenne. C’est donc dire qu’elle doit avoir des niveaux adéquats de protection,
de connectivité de réseaux, d’intégration de la dimension humaine, de puissance
de feu et de charge utile, ainsi qu’une excellente mobilité sur les plans stratégique,
opérationnel et tactique. La grande partie de sa famille de véhicules principale —
tant les véhicules blindés de combat que les véhicules de soutien logistique — devrait
tendre vers l’aérotransportabilité par moyens de transport stratégiques et tactiques.
Malgré la nature du système d’acquisition des capacités, les principes présentés
ici devront être respectés dans la mesure du possible afin de maintenir l’efficacité
globale de l’Armée de terre de demain grâce à l’acquisition des capacités les plus
appropriées. En raison de la complexité croissante de la FSCT, il faut tâcher
d’intégrer la simplicité partout où c’est possible. Le processus du développement
des capacités doit répondre à la demande fortement grandissante pour que la
force devienne plus souple, plus adaptable et plus agile lors de sa mise sur pied et de
son emploi.
UNE APPROCHE E XHAUSTIVE DES OPÉR ATIONS — L A MENTALITÉ
Dans l’environnement opérationnel de l’avenir, la puissance militaire ne pourra à
elle seule garantir le succès des interventions. Dans un monde où les problèmes liés
à la sécurité sont multidimensionnels, la capacité d’exploiter tous les instruments de
puissance et de pouvoir nationaux et multinationaux pour s’attaquer à un problème
d’une manière exhaustive, opportune et coordonnée sera essentielle pour obtenir des
résultats concrets. Il en va de même en ce qui concerne la capacité de répondre aux
perceptions et aux réactions du public, au pays comme à l’étranger, et à celles des
médias, et d’en tirer parti pour soutenir les opérations en cours.
L’Armée de terre canadienne utilise depuis longtemps une approche exhaustive
des opérations. Bien que les définitions du terme aient changé au fil du temps, des
travaux récents effectués par le groupe de travail interministériel sur l’approche
exhaustive indiquent que cette approche peut être définie de la façon suivante :
64
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
L’interaction entre un éventail d’acteurs divers effectuée de façon
coopérative, collaborative et constructive afin de rendre cohérentes
la planification, la mise en œuvre et l’évaluation des efforts
pour résoudre des problèmes complexes24. [Traduction]
L’adoption d’une approche exhaustive nécessitera une collaboration plus
étroite entre les organismes pour atteindre des objectifs de politique au niveau
stratégique. Elle exigera le développement de la capacité d’interagir avec divers
acteurs de manière coopérative et constructive. Ce faisant, les chances d’atteindre
une meilleure interopérabilité et une meilleure collaboration entre les principales
parties sur le plan opérationnel seront accrues, et il en sera de même pour la capacité
de développer les capacités et les compétences de réseautage requises pour atteindre
les objectifs nationaux dans l’environnement de sécurité de l’avenir.
Pour que l’Armée de terre soit en mesure de donner un nouvel élan à l’approche
exhaustive, elle devra mettre sur pied une force dotée d’une capacité IIMP.
Une force dotée d’une capacité IIMP peut interagir avec d’autres acteurs dans
quatre domaines :
>interarmées : d’autres éléments militaires et des organismes de soutien nationaux;
>interorganisationnel : d’autres ministères ou organismes gouvernementaux,
tant au Canada qu’à l’étranger (notamment, les ministères du pays
hôte, y compris les forces de sécurité, les ministères et les organismes
gouvernementaux des pays qui fournissent un soutien de même que les
organismes internationaux comme ceux de l’ONU);
>multinational : un ou plusieurs alliés ou partenaires de coalition internationale;
>public : différents éléments, notamment, le public national et international,
y compris la population du pays hôte, les médias, les organisations non
gouvernementales (ONG), les organisations publiques de bénévoles, les
organisations internationales, les intérêts commerciaux qui participent aux
programmes de reconstruction ou de développement, ainsi que les agences
privées de sécurité recrutées pour soutenir le gouvernement.
24.Voir le document du groupe de travail interministériel sur l’approche exhaustive : Strategic Level Concept —
The Comprehensive Approach (Expeditionary) Discussion Paper, 17 décembre 2009, p. 7.
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
65
La création d’une Armée de terre de demain dotée d’une capacité IIMP
nécessitera l’adoption d’une approche des opérations à jour, tant sur le plan national
qu’international, en permettant aux collaborateurs d’interagir plus efficacement
à tous les niveaux. Elle supposera également l’adoption d’une approche inclusive
et systémique à la résolution de problèmes qui repose sur un examen holistique et
sur la coordination entre toutes les parties intéressées. Elle nécessitera une capacité
d’interagir avec un large éventail d’organisations et de groupes en vue d’atteindre
des objectifs généraux communs.
Une Armée de terre efficace et dotée d’une capacité IIMP devra interagir avec
les organismes et organisations gouvernementaux, des groupes privés, le public et
des organisations non gouvernementales. Dans un environnement opérationnel
dans lequel les menaces hybrides continueront de surgir sans relâche et dans lequel
les médias internationaux s’assureront de plus en plus que les opérations se déroulent
devant un large public, il sera important de porter attention aux civils présents dans
l’espace d’opérations ainsi qu’aux aspects informationnels et moraux des opérations
pour connaître du succès. Il faudra donc continuer à améliorer la sensibilisation,
les communications et, si c’est possible, la coordination et la coopération avec les
partenaires IIMP.
La création d’une force dotée d’une capacité IIMP nécessitera les mesures suivantes :
>l’adoption d’une démarche « d’équipe » regroupant tous les organismes et
possiblement dirigée par des civils qui permettra d’élaborer un plan de
campagne intégré pour atteindre les objectifs opérationnels poursuivis
dans l’ensemble du spectre;
>l’utilisation de processus de planification plus accessibles pour le personnel
non militaire;
>une formation interorganismes plus fréquente;
>la nécessité de tenir compte des effets de deuxième et troisième
ordres — particulièrement dans la dimension humaine — durant le
processus de planification;
>la capacité pour tous les partenaires de se brancher aux systèmes interarmées
d’exploitation de l’espace de combat afin d’interopérer efficacement;
66
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
>la capacité d’établir une interopérabilité interorganisationnelle et
multinationale grâce à des occasions d’interaction, à de l’éducation
commune et à des détachements et affectations, ainsi qu’à des mécanismes
et à des protocoles de planification concertés;
>la capacité de connecter les organismes non gouvernementaux avec
l’architecture opérationnelle des FC et d’assurer la liaison afin d’aider ces
organismes et d’accepter leur soutien dans l’exécution de la mission;
>la capacité d’établir une communication efficace avec les organismes
interarmées et multinationaux, y compris les forces spéciales;
>la capacité d’accéder rapidement et efficacement à l’information clé et de
la recueillir, de la colliger, de l’évaluer, de l’analyser et de la gérer afin de
cerner les cibles qui doivent être attaquées et influencées et de déterminer
les ressources des partenaires requises pour les opérations;
>la capacité de communiquer clairement et efficacement à un public plus
vaste le rôle de l’Armée de terre lié dans l’atteinte des buts, la réalisation des
objectifs et l’exécution des actions de la mission;
>un quartier général de mission déployable doté d’une capacité IIMP.
L’atteinte de ces objectifs demandera temps et efforts. En raison de la diversité
des organismes susceptibles de caractériser l’environnement opérationnel de l’avenir
— chacun possédant une culture, une mentalité, des préjugés et des capacités qui
lui sont propres —, il est fort probable que la planification et les activités se heurtent
à de nombreuses contraintes et restrictions. L’échange d’informations entre les
organisations posera inévitablement des obstacles, surtout en ce qui a trait aux
préoccupations liées à la sécurité opérationnelle et à la protection des renseignements
personnels en fonction des concepts courants en matière de bien collectif. Il faudra
faire preuve de beaucoup de diplomatie et de compétences pour assurer une
coordination et une coopération efficaces entre les divers groupes, certains ayant des
programmes et des objectifs différents et contradictoires.
Les résultats potentiels d’une approche exhaustive des opérations
institutionnalisée sont essentiels. Une approche exhaustive soigneusement conçue
et appliquée permettra à l’armée et aux autres organisations concernées de mieux se
familiariser avec les exigences diverses et les contributions importantes que chacun
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
67
peut apporter à la résolution des problèmes dans l’environnement de sécurité de
l’avenir. Une telle démarche permettra de découvrir, de respecter et d’apprécier
davantage les ressources que les différents acteurs fournissent, et elle favorisera la
coopération entre ces acteurs quand la situation s’y prête et l’exige. Elle favorisera
un soutien élargi aux opérations futures provenant d’une large variété de sources.
La création d’une approche exhaustive des opérations est essentielle pour mettre
sur pied des solutions plus efficaces pour faire face aux menaces et aux défis de
plus en plus variés et multidimensionnels que l’environnement de sécurité présentera
inévitablement sur l’horizon de l’Armée de terre de demain.
LE RÉSE AU — L A COHÉSION
Lorsqu’on se penche sur la conception du réseau de l’avenir, il convient de répéter
que le commandement est une activité humaine fondée sur les qualités des personnes
qui assument les rôles clés dans le processus décisionnel, et sur les rapports entre
les commandants et leurs subordonnés. Par conséquent, la première exigence de
tout réseau de l’avenir sera de favoriser une interaction et un rendement humain
améliorés, puisque le facteur humain est essentiel.
Le développement d’un réseau de l’avenir constitue une évolution complexe
vers une technologie émergente des systèmes d’information qui devra habiliter
davantage les personnes, les organisations et les processus. En raison de la grande
importance de la fonction de commandement, le développement d’un réseau de
l’avenir doit progresser au même rythme que les personnes et les processus, au sein
d’un environnement intégré, multinational et civilo‑militaire, de la façon suivante :
>Transition de l’information améliorée. Pour améliorer la transition de
l’information, des efforts considérables doivent être déployés pour
comprendre la dimension humaine relative aux cheminements de
l’information et à l’échange d’information multidimensionnels qui donnent
lieu ultimement à une interface homme‑machine utilisable et améliorée qui
porte sur l’intégration fonctionnelle cognitive. Le mieux serait d’investir
dans des outils de visualisation des champs de bataille haute‑fidélité qui,
idéalement, intégreraient des caractéristiques de réalité amplifiée25 ou de
réalités virtuelles, destinées à améliorer l’affichage de l’information, le
rendement, la viabilité du système et l’intégration de la conception;
25.http://www.wired.com/gadgetlab/2009/08/augmented-reality/#more-22882
68
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
>Portée améliorée. En améliorant la portée, on cherche à élargir le public ou
les destinataires de l’information au sein du réseau. La capacité requise
la plus importante pour améliorer la portée prendra la forme d’un réseau
numérique d’information de tous les destinataires. Ce réseau devra être
caractérisé par un degré élevé de disponibilité et de redondance, offrant
une transmission multiprotocole, et permettant aux utilisateurs de
communiquer oralement, textuellement ou graphiquement;
>Capteurs en réseau. La liaison de plusieurs capteurs entre eux permettra le
partage des produits des capteurs, la répartition judicieuse des capteurs
ainsi que la collaboration machine‑machine;
>Couverture accrue. Le réseau de l’avenir doit offrir une meilleure couverture,
y compris la connectivité en mouvement. Il doit améliorer la couverture des
systèmes de communication en offrant des capacités d’élargissement de la
couverture telles que des aérostats de retransmission automatique;
>Collaboration améliorée. Le réseau de l’avenir doit permettre à l’utilisateur
de trouver et d’échanger de l’information dans divers dépôts, formats et
niveaux de sécurité. Des outils améliorés de planification et de soutien
en commun permettront aux commandants et aux états‑majors de mieux
comprendre la situation plus rapidement;
>Gestion de l’information. La gestion efficace et systémique de l’information
sera un facteur essentiel pour la réalisation de la valeur inhérente du
système. L’exactitude et la fiabilité de l’information sont primordiales, mais
l’information doit également être bien organisée. Cette capacité reposera
sur une gestion cohérente de l’information; sans celle‑ci, une surabondance
de données non reliées et peu fiables pourrait nuire à l’utilisation d’un
système qui pourrait habiliter la force en lui permettant d’accéder à la
bonne information, au bon moment et au bon endroit;
>Philosophie de commandement adaptable. Le réseau de l’avenir ne sera
pas dans une configuration permanente sur le champ de bataille. Ses
composants vont être plus ou moins nombreux au gré de la disponibilité
des ressources, de la topographie, des conditions atmosphériques et de la
tâche opérationnelle. Le commandant doit donc apprendre à adapter son
style de commandement pour être efficace dans un réseau bien développé
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
69
aussi bien que dans un réseau rudimentaire. Cette capacité d’adaptation
renforce la nécessité du commandement de mission dans l’avenir.
L’Armée de terre doit être réseautée, capable d’échanger de l’information
latéralement et verticalement entre les capteurs, les armes, les véhicules et les noeuds
de commandement et de contrôle, et de rendre l’information accessible à la bonne
personne et au bon moment. Le commandement de l’Armée de terre de demain
sera caractérisé par un rythme opérationnel accru dans de vastes zones de terrain
complexe. Le réseau de l’avenir, tout en cherchant à offrir une connaissance de la
situation en temps quasi réel, doit également faciliter des cycles de prise de décisions
plus rapides, encourager la prise de décisions à l’échelon le plus bas et permettre aux
commandants sur place de saisir les occasions qui se présentent. L’Armée de terre
continuera de mettre l’accent sur l’aspect humain du commandement, dans l’exercice
duquel une approche centrée sur le commandement et façonnée par les principes du
commandement de mission conduira à des actions décisives et à l’état final recherché.
La réussite de l’Armée de terre de demain dans la conduite d’opérations adaptables
et dispersées est tributaire d’un réseau solide doté de systèmes de secours et d’autres
mesures d’atténuation pour s’assurer que le réseau ne devient pas également sa plus
grande vulnérabilité.
LE MAINTIEN EN PUISSANCE — LE PRINCIPE VITAL
La nécessité pour l’Armée de terre de demain de fournir un soutien garanti à des
forces terrestres très dispersées exige une chaîne de maintien en puissance dont
le niveau d’intégration, de souplesse et d’adaptabilité est extrêmement élevé.
On présume qu’avec l’accroissement de la dispersion d’une force, la chaîne de
maintien en puissance passera d’un état principalement terrestre à un état davantage
axé sur le soutien aérien, bien qu’il soit fort probable que les activités de maintien
en puissance soient à la fois terrestres et aériennes dans la plupart des opérations.
La dépendance excessive d’une chaîne de maintien en puissance par voie terrestre
dans un environnement de sécurité non permissif risque de compromettre les
opérations tactiques.
Une capacité logistique ciblée contribuera à la pertinence, à l’agilité et au
caractère décisif de la force grâce à un soutien logistique du combat qui est assuré
avec le degré de certitude le plus élevé qui soit. Cette capacité logistique ciblée
permettra de fournir le soutien approprié au bon endroit et au bon moment. Elle
dépendra de la projection totale de capacités adaptées à toutes les tâches envisagées
et comprendra des capacités de gestion de l’information totale et de prestations de
services de précision à la fine pointe de la technologie, bien protégées, économiques
70
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
et viables. Elle mettra l’accent sur la vitesse au sein de la chaîne d’approvisionnement
plutôt que sur les réserves stratégiques et les entrepôts.
Des outils réseautés de planification du maintien en puissance et des méthodes de
prestation spécialisées sont le fondement d’une capacité logistique ciblée. L’assurance
du soutien est la caractéristique essentielle de la logistique ciblée et cette assurance sera
largement tributaire d’un système intégré, adaptable et souple, mais également résistant.
L’intégration est liée à l’habileté avec laquelle tous les éléments de la chaîne de maintien
en puissance fonctionnent à l’intérieur d’un système de prestation de services fiable,
unifié et bien coordonné. Pour cela, il faut un système technocentrique de gestion de
l’information sur le maintien en puissance ainsi qu’une mentalité profondément axée
sur le service au sein de l’état‑major et du personnel associés au maintien en puissance.
L’adaptabilité renvoie d’abord à la variabilité et à la souplesse des échelons qui s’adaptent
en fonction de la capacité précise dont la force soutenue a immédiatement besoin.
Cette adaptabilité ne concerne pas seulement l’arrangement de la taille des échelons
de l’organisation et des quantités de stocks en fonction de la tâche à accomplir, mais
également la capacité physique et mentale nécessaire pour s’accorder au rythme de
combat et aux conditions opérationnelles de la mission. La notion de souplesse repose
sur la capacité d’offrir à la force le choix des moyens et des méthodes de soutien grâce à
l’utilisation efficace d’une variété de plates-formes, à la visibilité globale des ressources
ainsi qu’au commandement et au contrôle grâce à de bons outils de planification
logistique intégrés. La robustesse exige que la chaîne de maintien soit dotée de ressources
adéquates à tous les niveaux, mais surtout aux niveaux tactiques les plus bas.
CONSIDÉR ATIONS NATIONALES — L A SITUATION AU PAYS
Opérations nationales
La Stratégie de défense — Le Canada d’abord présente une vision pour les opérations
futures qui oriente les Forces canadiennes afin qu’elles mènent à bien des opérations
au pays, qu’elles soient un partenaire clé en matière de défense continentale et qu’elles
assument un rôle de leader à l’étranger. Le titre Stratégie de défense — Le Canada
d’abord ne fait pas référence uniquement à la conduite d’opérations au Canada, mais
vise plutôt à habiliter les Forces canadiennes pour qu’elles défendent la souveraineté
du Canada, les Canadiens ainsi que les intérêts stratégiques du pays lorsqu’il y a
lieu, tant au pays qu’à l’étranger. Même si le Canada est indéniablement le point
central de cette stratégie, dans bien des cas, il sera plus efficient, efficace et nécessaire
d’exécuter des tâches de défense à l’étranger. Cela dit, la Stratégie de défense —
Le Canada d’abord signifie sans conteste que l’Armée de terre doit être bien préparée
pour participer rapidement et de façon décisive à la tâche indéfectible qui consiste à
défendre les Canadiens au pays.
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
71
Les capacités de l’Armée de terre de demain seront conçues, en règle générale,
en fonction des exigences associées à l’exécution d’opérations expéditionnaires.
Ce positionnement de la force ne dépend d’aucune priorité relative entre les
opérations nationales et les opérations expéditionnaires. En effet, il repose plutôt,
comme on l’a démontré à mainte fois au cours de l’histoire du Canada, sur la
possession des capacités nécessaires pour exécuter avec succès les tâches assignées
par le gouvernement du Canada; ainsi, nous devons être prêts à accomplir les tâches
les plus probables, les plus complexes et les plus difficiles. Pour mener à bien les
opérations de l’avenir, l’Armée de terre devra être en mesure d’exécuter des tâches
de combat et de stabilisation complexes, y compris un large éventail d’opérations
nationales. Ces opérations sont généralement bien exécutées à l’aide de capacités
conçues pour les opérations internationales et les missions de combat, mais dans
certains domaines particuliers, comme les opérations dans l’Arctique, certaines
capacités supplémentaires précises peuvent être requises. Un déploiement au
Canada peut constituer une aventure aussi titanesque que l’opération internationale
la plus difficile si l’on tient compte de l’étendue géographique, du climat aride et du
manque d’infrastructures dans la plupart des régions de notre pays. Au cours des
crises nationales importantes, toutes les ressources militaires disponibles seraient
mises à contribution au cours des opérations d’aide. Cela dit, contrairement aux
opérations de défense du Canada, l’Armée de terre n’est ni conçue ni équipée pour
agir à titre de force de dernier recours pour faire face aux catastrophes naturelles ou
causées par l’homme.
Répartition géographique des forces
On s’attend, et on continuera de s’attendre, à ce que les Forces canadiennes fournissent
de l’aide au cours des crises nationales. Lorsque des crises surviennent, elles peuvent
constituer des situations qui sont au‑delà de la capacité du premier répondant de
les gérer efficacement. L’Armée de terre sera alors sollicitée et elle devra intervenir
rapidement pour sauver des vies et pour réduire la douleur et la souffrance. Pour
établir les conditions requises pour le positionnement de l’Armée de terre afin qu’elle
mène à bien les opérations nationales, il faudra que les capacités appropriées soient
positionnées de façon à être utilisées au moment et à l’endroit où on en a besoin.
La réussite dans le théâtre d’opérations de déploiement au pays sera tributaire
de l’application uniforme du concept d’emploi de forces dans des opérations
adaptables et dispersées. L’Armée de terre de demain doit continuer à porter son
attention principalement sur le peuple canadien. Conformément à ce principe
fondamental, l’Armée de terre de demain devra s’établir là où elle peut créer un lien
avec la majorité de la population canadienne et la servir avec le plus d’efficience et
72
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
d’efficacité possible. Par conséquent, elle doit s’établir à proximité des endroits où
vivent la majorité des Canadiens, soit près des grands centres urbains. Pour servir
les Canadiens qui ne vivent pas près ou en périphérie de ces grands centres ou des
régions ayant une importance stratégique sur le plan national, l’Armée de terre
devra assurer une présence pour effectuer des tâches de liaison, de planification et
de connaissance de la situation et posséder une capacité de projection de la force à
disposition pour se rendre vers les populations du Canada ayant besoin d’aide et
pour mener des opérations à ces endroits.
La dégradation de l’environnement qui se produit en ce moment à l’échelle de
la planète et les pénuries de ressources imminentes entraîneront des risques accrus
à l’échelle du pays, mais particulièrement dans les régions côtières. En raison de
ces influences importantes et de l’intérêt accru à l’égard de la récolte de ressources
naturelles dans les régions côtières fragiles de l’Arctique, les menaces qui pèsent
sur le Nord du Canada s’accroîtront. Ces menaces se feront surtout sentir dans les
domaines de la sûreté publique et de la sécurité. Or, étant donné que les Forces
canadiennes jouent généralement un rôle de leader uniquement sur le plan de la
défense, et vu qu’il n’y a qu’une infime possibilité qu’une menace militaire terrestre
vise directement la souveraineté territoriale du Canada pendant l’ère de l’Armée de
terre de demain, le principe des opérations adaptables et dispersées qui consiste à se
positionner près des endroits où vivent la majorité des Canadiens et à effectuer des
déploiements au besoin dans les régions éloignées demeure valide. Il est fort probable
que l’Armée de terre jouera à l’occasion un rôle de soutien lors des opérations menées
dans le Nord du Canada. Ainsi, il sera important que l’Armée de terre acquière des
capacités à des niveaux appropriés d’état de préparation pour appuyer les opérations
d’autres ministères gouvernementaux à cet endroit. L’Armée de terre devra se
concentrer davantage sur l’instruction, l’équipement et l’état de préparation en vue
d’une utilisation dans diverses conditions propres à l’Arctique.
Une meilleure utilisation d’une base de recrutement élargie, un accès amélioré
aux établissements d’éducation et d’instruction, un positionnement visant une
meilleure intervention nationale et les influences géopolitiques sont tous des facteurs
qui pourraient orienter l’Armée de terre vers une plus grande décentralisation au
profit de l’efficacité. Il sera également important d’établir des liens avec la population
canadienne et d’être à son service de manière à répondre à ses attentes. La tendance
historique la plus récente est la centralisation par souci d’économie, de facilité
d’instruction et d’efficacité. Des gains sur le plan de l’efficience peuvent être réalisés
en limitant les biens immobiliers à ceux qui sont essentiels pour le positionnement,
l’instruction et le maintien en puissance. L’établissement d’un équilibre adéquat
entre l’efficacité et l’efficience lors du positionnement de l’Armée de terre à l’échelle
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
73
du Canada mérite qu’on lui accorde davantage de réflexion qu’on ne lui en a accordé
au cours des dernières années.
Commandement et contrôle
Lorsqu’on envisage la répartition des éléments de commandement et contrôle de
l’Armée de terre, on doit évaluer les influences politiques, culturelles, linguistiques
et géographiques dans leur globalité. Ainsi, il est impératif que la fonction de
commandement et contrôle de l’Armée de terre soit structurée et située de manière
à communiquer efficacement avec les centres stratégiques nationaux essentiels
(avant tout le Quartier général de la Défense nationale) et à établir des niveaux
de communication appropriés avec les six structures organisationnelles fédérales et
régionales du gouvernement du Canada. La mise sur pied du Quartier général de
la 1re Division du Canada apportera une capacité de commandement et contrôle
nouvelle et souhaitable à l’Armée de terre. Il devra non seulement refléter les besoins
auxquels il a été conçu pour répondre, mais devra être adapté au cadre élargi de la
structure de commandement et contrôle de l’Armée de terre.
Même si le commandement et contrôle de l’Armée de terre existera au sein
d’une structure évolutive des Forces canadiennes plus vaste, il doit aussi permettre
d’assurer un certain nombre de fonctions, peu importe les changements des
structures organisationnelles de plus haut niveau. Les sous­paragraphes qui suivent
décrivent brièvement certaines des fonctions de commandement et contrôle de base
de l’Armée de terre de demain. La hiérarchie est utilisée par souci de commodité et
ne vise pas à suggérer que ces fonctions doivent être ancrées dans les organisations
traditionnelles. Ce qui importe est que toute structure organisationnelle tienne
compte des limites inhérentes à l’étendue intellectuelle et physique du contrôle :
>Quartier général stratégique. L’état-major stratégique de l' Armée de terre
communique avec le gouvernement du Canada, le ministère de la Défense
nationale et les Forces canadiennes pour gérer et exécuter la planification
stratégique, les communications et l’intendance, et pour commander les
formations subordonnées d’instruction et d’éducation, de mise sur pied des
forces et d’infrastructures;
>Quartier général opérationnel de l’instruction et de l’éducation. Le quartier
général opérationnel de l’instruction et de l’éducation de l’Armée de
terre communique avec l'état-major stratégique de l'Armée de terre
ainsi qu’avec le quartier général régional de la mise sur pied des forces
afin de gérer et d’exécuter l’instruction collective à l’échelle de l’Armée
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«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
de terre, la planification de l’instruction individuelle et de l’éducation,
les communications et l’intendance, et de commander les formations et les
unités subordonnées d’instruction individuelle et d’éducation;
>Quartiers généraux opérationnels de mise sur pied des forces. Les quartiers
généraux régionaux de mise sur pied des forces de l'Armée de terre
interagissent avec l'état-major stratégique de l'Armée de terre ainsi
qu’avec le quartier général d'emploi des forces des Forces canadiennes, le
quartier général de la force opérationnelle, des organes fédéraux régionaux
du gouvernement du Canada pour gérer et exécuter la planification
opérationnelle, les communications et l’intendance, et commander les
formations et les unités subordonnées de mise sur pied des forces, en
mettant l’accent sur la gestion et la supervision de la mise sur pied des forces
au niveau de l’unité, l’administration du personnel et la gestion des carrières
de la Force de réserve;
>Quartiers généraux opérationnels des infrastructures. Les quartiers généraux
opérationnels des infrastructures de l’Armée de terre interagissent avec
d’autres quartiers généraux opérationnels ou en font partie intégrante,
et planifient et gèrent le soutien des infrastructures et de la logistique;
>Quartiers généraux tactiques. Les quartiers généraux tactiques interagissent
avec leurs quartiers généraux opérationnels supérieurs afin de gérer
et d’exécuter la planification tactique, les communications et l’intendance,
et de commander les unités subordonnées.
Il est important de souligner que quel que soit le nombre de niveaux des quartiers
généraux, on comptera le même nombre de tâches à réaliser. La variable réside dans
le degré de centralisation ou de décentralisation et la taille des quartiers généraux
concernés. Parmi les moyens s’étant avérés efficaces pour limiter la croissance inutile
des organisations, citons la rationalisation périodique des tâches et les réductions
connexes qui tiennent compte des secteurs connaissant un essor des activités de base
et coupent dans les secteurs devenus moins pertinents pour les activités de base ou
qui se sont développés en raison de la tendance naturelle des humains à développer
les bureaucraties. Ainsi, lorsqu’on rationalise la taille des quartiers généraux, on y
parvient non pas en diminuant ou en augmentant leur nombre, mais en régissant
rigoureusement leurs responsabilités et la taille de leur état-major.
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
75
Les facteurs suivants doivent être pris en considération en déterminant
les options d’emplacement des éléments de l’Armée de terre :
>la répartition de la population;
>les ressources nationales vitales (économiques et politiques);
>les contraintes géographiques (y compris les distances);
>le niveau actuel des infrastructures développées et leur accessibilité
(p. ex. l’accès aux secteurs d’entraînement);
>les considérations régionales, politiques, culturelles et linguistiques,
y compris l’établissement et le maintien de relations et de centres d’expertise
régionaux solides;
>l’amélioration de la rapidité d’intervention nationale.
FAC TEURS EN JEU À L’E X TÉRIEUR DU CANADA
Les Forces canadiennes combattent à l’extérieur du Canada comme elles mènent
des opérations nationales; par l’entremise d’un quartier général d’emploi des
forces et d’un quartier général de force opérationnelle, et en vertu d’une approche
pangouvernementale. Par contre, les contingents canadiens en opérations à l’extérieur
du Canada doivent être compatibles avec les structures de C2 de l’alliance ou de la
coalition en cause. Cela crée la nécessité pour le réseau de l’Armée de terre de demain
de pouvoir se brancher aux réseaux supérieurs de ladite alliance/coalition.
L’ARMÉE DE TERRE DE DEMAIN : CAPACITÉS
CONTE X TE
Mis à part le cas d’une menace existentielle perçue à l’égard du Canada, c’est-à-dire
une situation de guerre totale, le pays n’a jamais été en mesure de se payer une force
militaire permanente capable d’affronter toutes les menaces prévues. Par conséquent,
des forces permanentes de taille adéquate conçues pour répondre aux besoins de
défense du Canada et de sa politique étrangère doivent être souples, agiles et adaptables
pour parer rapidement aux menaces changeantes. La clé de cette capacité réside dans
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«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
la supériorité sur le plan de l’information, des soldats supérieurs, des vecteurs de
précision des feux et des activités d’influence et un réseau solide. Pour que ces forces
permanentes soient suffisamment agiles et de taille appropriée, il faudra faire une
analyse rigoureuse des besoins anticipés et un travail considérable en vue de parvenir
à l’équilibre optimal en diversité (quels types de force) et en profondeur (combien de
soldats) de la capacité dans la structure de nos forces. Une diversité suffisante est requise
pour répondre à l’éventail des besoins, et une profondeur adéquate est nécessaire pour
maintenir une masse appropriée et viable pour la mise sur pied et l’emploi des forces.
Au vu des exigences liées au maintien, à la projection et à la viabilité d’une capacité
abordable permettant d’affronter les menaces les plus probables et les plus dangereuses,
l’Armée de terre de demain ne devra pas être trop spécialisée, ni trop investir dans les
capacités de créneau offrant peu de possibilités d’emploi.
Chaque nouvel élément potentiel dans la structure et chaque nouvelle capacité
choisie dans le portefeuille doivent être étudiés dans le contexte de la construction
de l’Armée de terre de demain dans son ensemble, y compris les coûts d’achats, les
infrastructures, l’instruction, les opérations, la maintenance, les effets en cascade et
la capacité de modernisation. Même si au premier abord le coût d’introduction de
nouvelles capacités indépendantes peut sembler raisonnable, chaque introduction de
capacité doit être évaluée dans le cadre de la conception globale de la force. L’Armée
de terre doit acquérir la capacité de s’adapter rapidement pour pouvoir faire face à
des situations changeantes dans l’environnement de sécurité de l’avenir. Grâce à un
processus rigoureux de développement des capacités, l’Armée de terre est en mesure
de viser des objectifs réalistes en matière de conception de la force qui concordent
avec les tendances dans l’environnement opérationnel et sont pertinents pour
l’environnement de sécurité de l’avenir, tout en maintenant un potentiel d’adaptation
rapide en réserve. Le principe de création d’une force hétérogène comportant une
symétrie relative dans les structures de mise sur pied de la force et une prépondérance
de véhicules blindés légers III de poids moyen pour l’équiper, permet un meilleur
niveau de préparation, de déployabilité, de viabilité, de pertinence, d’efficacité et,
enfin, d’efficience. Ce type de force sera plus facile à gérer sur de longues périodes, et
ses coûts réels en argent, en ressources humaines et en temps seront plus prévisibles.
Il est reconnu que l’avenir se dévoilera de façons qui sont imprévisibles à ce jour
et qui mettront sans aucun doute la structure de notre force à l’épreuve. Cependant,
pour atténuer les risques d’un avenir imprévisible, l’Armée de terre devra établir une
structure de force équilibrée, viable et efficace au combat, qui permet une souplesse
institutionnelle maximale et une capacité de s’adapter rapidement et efficacement au
changement. L’Armée de terre doit revoir son analyse régulièrement pour s’assurer
que les changements dans l’environnement de sécurité sont bien pris en compte.
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
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77
DÉFINIR L A CAPACITÉ DE L’ARMÉE DE TERRE DE DEMAIN : LES FONC TIONS OPÉR ATIONNELLES
Les fonctions opérationnelles, notamment le commandement, la détection,
l’action, la protection et le maintien en puissance fournissent un cadre adéquat
aux fins du développement des capacités. L’un des objectifs du cadre des fonctions
opérationnelles est de s’assurer que toutes les capacités contribuent à la création
d’une puissance militaire d’une manière équilibrée et bien articulée. Les fonctions
opérationnelles n’ont jamais eu pour but de constituer simplement un autre moyen
de diviser les domaines de capacités dans des catégories bien distinctes pour faciliter
la gestion du développement des capacités. Les fonctions opérationnelles visent à
promouvoir une vision exhaustive de la capacité; chaque capacité intégrant dans une
certaine mesure des aspects de chaque autre fonction :
>Commandement. L’Armée de terre de demain exige un système de
commandement et contrôle qui appuie les commandants dans l’application
des principes du commandement de mission et de la guerre de manœuvre.
Ce système doit avoir les attributs de portée, de mobilité et de surviabilité,
et constituer la base d’une force numérisée et réseautée. Le quartier général
doit pouvoir être efficace dans les opérations nationales et expéditionnaires,
y compris pour assurer le rôle de pays chef de file, notamment par une
combinaison équilibrée de capacités de base et modulaires (échelonnables)
(appuyées par du personnel qualifié et de la formation en leadership).
Ces capacités doivent inclure les outils d’analyse, de planification et
d’opérations nécessaires pour planifier et coordonner les feux et la création
de résultats intégrés dans une zone d’opérations vaste et complexe. Ce
système doit pouvoir être configuré rapidement aux fins d’intégration et de
collaboration dans le cadre de coalitions et d’autres structures nationales de
commandement et contrôle;
>Détection. L’Armée de terre de demain a besoin d’un système intégré
de renseignement, de surveillance, d’acquisition des objectifs et de
reconnaissance (ISTAR) permettant de recueillir et d’analyser des données
pour appuyer la communication opportune de renseignements exacts et la
compréhension de l’espace d’opérations dans des conditions extrêmement
complexes. Ce système exige un ensemble diversifié de détecteurs,
notamment des véhicules aériens sans pilote, des systèmes autonomes au
sol et d’autres systèmes autonomes et semi-autonomes en réseau reliés à des
capacités de renseignement souples et à d’autres outils d’analyse. Des liens
capteur-tireur efficaces et adéquats doivent être disponibles, notamment
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CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
des dispositifs d’attaque autonomes munis de détecteurs appropriés et
combinés à des réseaux de commande et contrôle. L’environnement
opérationnel de l’avenir exigera également un accent accru sur des capacités
de collecte et d’analyse spécifiques comme celles qui sont offertes par une
capacité élargie de guerre électronique et de renseignement humain, et
nécessitera une meilleure capacité d’extraction des données à partir de
toutes les sources générales disponibles (p. ex. soldats, partenaires IIMP).
La capacité de détection dans le spectre électromagnétique constituera
une capacité essentielle dont la valeur augmentera dans l’avenir. Même si
l’aptitude à détecter dans des environnements complexes est essentielle,
le besoin d’une capacité de détection en terrain découvert et dans l’espace
aérien demeure;
>Action. L’Armée de terre nécessite un éventail de capacités permettant
de produire un certain nombre de résultats d’une manière synchronisée
contre divers objectifs et dans des circonstances très variées. Il sera
particulièrement important de produire ces résultats de façon précise en ne
touchant que l’objectif et en minimisant les dommages collatéraux :
»Tir direct. Les armes à tir direct de l’Armée de terre de demain
devront offrir un éventail de systèmes superposés, échelonnables,
souples (polyvalents) et complémentaires pour appuyer aussi bien
le soldat individuel que l’unité et la formation. Ce système inclura
nécessairement des systèmes embarqués et débarqués permettant aux
soldats de s’appuyer réciproquement face à la plupart des menaces;
»Tir indirect. La capacité de tir indirect requise comprend les
attributs de portée, d’interdiction de zone de haute précision, de
variabilité entre létale et non létale, de précision, de réactivité et
de fiabilité (garantie de fonctionnement). Il y a un besoin urgent
d’investissements plus importants dans les dispositifs d’attaque
autonomes liés au détecteur et aux réseaux de commandement et
contrôle appropriés, au sol ou dans les airs. Même s’il n’est pas
nécessaire d’intégrer toutes les ressources de tir indirect dans
l’Armée de terre, celles qui sont essentielles pour l’autodéfense
devront l’être. La capacité de tir indirect s’appuiera sur plusieurs
systèmes de guidage;
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
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»Activités d’influence. Pour un fonctionnement efficace face à la
complexité de l’environnement opérationnel de l’avenir, il sera
nécessaire de mettre l’accent sur la communication efficace sous
toutes ses dimensions, notamment à l’interne, avec les partenaires
IIMP, les Canadiens, la communauté internationale, les populations
dans le théâtre des opérations et l’ennemi. Les moyens de cibler
l’ennemi sur le plan moral et de communiquer avec les populations
pour influencer efficacement les gens dans l’espace d’opérations,
constitueront des outils importants pour mener des opérations dans
l’ensemble du spectre dans l’environnement de sécurité de l’avenir;
>Protection. L’Armée de terre de demain doit assurer la protection sur les plans
physique (y compris électromagnétique), informationnel et moral. Même si
la prépondérance des menaces physiques directes auxquelles l’Armée de terre
fera face ne sera pas nouvelle, l’accès facile par l’ennemi à des technologies
peu coûteuses, à des armes militaires classiques (p. ex. mines, explosifs,
grenades propulsées par fusée) et à des matières chimiques et biologiques,
combiné à son ingéniosité et à sa détermination, lui offriront des moyens de
plus en plus efficaces de s’attaquer à nos vulnérabilités. Parer à ces menaces
impliquera un processus évolutif qui sera fondé sur une approche souple et
agile, mais aussi structurée et rigoureuse du développement des capacités.
Le fait de trop se concentrer sur la protection physique de la plate-forme
pour contrer une menace particulière se traduira probablement par des
systèmes trop coûteux qui sont vulnérables sous d’autres aspects ou moins
aptes à réaliser la mission pour laquelle ils ont été acquis;
>Maintien en puissance. L’Armée de terre de demain aura besoin d’un système
de maintien en puissance moderne disposant de ressources adéquates pour
pouvoir fonctionner efficacement dans l’environnement non linéaire et non
contigu. Ainsi, tous les soldats du soutien logistique du combat doivent être
bien formés et bien équipés pour survivre dans l’environnement opérationnel
de l’avenir, en partant du niveau des sous‑unités à celui des plates-formes
individuelles. Le système de maintien en puissance doit être robuste,
intégré, modulaire et conteneurisé pour fournir la souplesse (options de
soutien), l’adaptabilité (variation de niveau) et l’agilité essentielles. Il doit,
en outre, comprendre des dispositifs de suivi et de visibilité des ressources
ainsi que des outils de gestion du maintien en puissance. Les capacités
de maintenance incluront une numérisation accrue de l’équipement pour
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«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
Figure 4 : Fonctions de l’AT de demain.
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
81
évaluer et corriger les problèmes avant que les pannes ne surviennent, ainsi
qu’une plate-forme de récupération protégée capable de récupérer tous types
de véhicules. L’Armée de terre de demain a également besoin de l’accès à un
système médical souple ayant une portée plus importante que les systèmes
existants et qui permettra aux blessés très dispersés de recevoir les soins
appropriés rapidement. Le futur système médical utilisera la numérisation
pour surveiller continuellement l’état et l’emplacement des blessés en temps
réel afin de garantir la meilleure intervention médicale possible.
L’ARMÉE DE TERRE DE DEMAIN : FONC TIONS
Même si les fonctions opérationnelles fournissent un cadre utile (dans un sens large)
pour le processus de développement des capacités de l’Armée de terre, le processus
de conception exige d’examiner de plus près chacune des fonctions de l’Armée de
terre de demain. L‘image suivante représente les principales fonctions nécessaires de
l’Armée de terre de demain. Voir figure 4 p. 81. Des capacités organiques et externes
seront requises à des niveaux différents pour permettre de mettre en œuvre chacune
de ces fonctions. Cette image ne se veut pas exhaustive, mais vise plutôt à illustrer
l’approche philosophique générale à adopter pour la conception de la force globale et
celle-ci est un point de départ pour d’autres développements.
PHILOSOPHIE FONC TIONNELLE
L’Armée de terre de demain efficace au combat et polyvalente doit se fonder sur
les capacités qui permettent de mener des combats et des engagements rapprochés
(tâches de stabilité). Les capacités qui fournissent ces fonctions doivent être
habilitées et maintenues par des éléments habilitants qui établissent les conditions
de réussite en situation de combat et d’engagement rapprochés. Ainsi, ces éléments
habilitants essentiels doivent constituer une partie importante de la force, mais
seulement par rapport aux capacités d’exécution des combats et engagements
rapprochés. Autrement dit, le modèle mathématique de l’Armée de terre de demain
est basé sur le nombre de capacités de combat et d’engagement rapprochés, et les
types et quantités d’éléments habilitants doivent être fonction de leur rôle d’appui
et de la taille des éléments appuyés. En utilisant cette approche proportionnelle,
la structure de l’Armée de terre de demain et sa capacité d’accomplir des missions
seront définies par les ressources (principalement humaines) qui sont appliquées.
Une fois les ressources connues, l’ampleur relative du combat et de l’engagement
rapprochés ainsi que des capacités habilitantes et de maintien en puissance pourront
être déterminées et, par conséquent, le nombre, la taille, les types et la viabilité
des lignes simultanées et consécutives d’opérations pourront être établis. À titre de
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CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
principe, compte tenu de la nature fermée de l’équation globale liée à l’Armée de
terre et de la vérité évidente que la réussite tactique est procurée par des forces de
combat et d’engagement rapprochés, on peut affirmer que la quantité des ressources
consacrées aux capacités habilitantes et de maintien en puissance doit être réduite au
niveau essentiel pour mettre en œuvre et maintenir la capacité de base.
Même si les capacités interarmées et de coalition, ainsi que celles d’autres
partenaires seront exploitées afin d’accroître l’efficacité de l’Armée de terre de demain,
notamment en ce qui a trait aux éléments habilitants opérationnels et stratégiques,
nos forces doivent posséder, intégralement et obligatoirement, les capacités qui sont
essentielles à leur autodéfense. Nos forces ne seront pas intentionnellement placées
dans des situations où elles n’ont pas les capacités requises pour garantir leur sécurité.
Le risque de lacunes de capacités importantes doit, par conséquent, être bien étudié
pour chaque opération et réduit au niveau pratique le plus bas.
STRUCTURES DE MISE EN ŒUVRE
DE L’ARMÉE DE TERRE DE DEMAIN
Les principaux domaines sur lesquels on doit se concentrer pour la transition vers
l'Armée de terre de demain :
»le capital social et intellectuel;
»la détection et l’interprétation;
»la compréhension partagée et l’intention commune;
»des méthodes collaboratives de résolution de problèmes complexes;
»l’harmonisation de cultures organisationnelles différentes;
»la précision;
»l'amélioration de l'interface humain-technologie face à l’environnement complexe.
CONTE X TE
Les quatre groupes sociaux dominants dans le développement des capacités sont
les soldats, les scientifiques, les gestionnaires et les administrateurs qui ont tous
une vision concurrentielle des priorités et de l’action. De façon caractéristique, les
soldats aiment l’action simultanée, tandis que les gestionnaires de projet préfèrent
l’exécution par phases. Les scientifiques préfèrent la réflexion collective, tandis que
les administrateurs sont plus à l’aise avec l’étoffement hiérarchique. La caricature
négative de la bureaucratie découle des impressions crées par ces cultures concurrentes.
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
83
Par conséquent, l’adoption de principes pour une conception disciplinée offrira la
meilleure opportunité de bien gérer les projets et les programmes avec un contrôle
des coûts efficace tout au long de leur élaboration. Il s’agit, en fait, de structures de
gestion et d’ingénierie des systèmes qui relient les divers éléments dans le contexte
élargi de résolution de problèmes militaires.
PERSONNEL ET ORGANISATIONS
Les structures et les traditions qui contribuent grandement à la force morale de
l’Armée de terre seront conservées lorsqu’il sera pratique de le faire. Un défi constant
qui continuera de frustrer la phase d’élaboration des capacités sera de créer une
souplesse adéquate au sein du personnel pour doter les éléments de force essentiels
(force de campagne) et le fondement de l’Armée de terre (la partie institutionnelle).
Pour créer cette souplesse, on doit continuer d’examiner attentivement la situation
pour réaffecter le personnel là où il est le plus nécessaire. Dans l’idéal, une immense
souplesse serait possible en inculquant toutes les compétences à tous les soldats,
sans définir de corps de métier distincts. Ce modèle idéal permettrait à des soldats
« généralistes » de réaliser toutes les tâches nécessaires, grâce à l’instruction et à
la technologie. Ce but ne sera jamais complètement atteint car il y aura toujours
des tâches nécessitant des compétences hautement spécialisées pour lesquelles des
capacités inhérentes et une instruction spéciale seront requises. Cependant, il est
important d’accepter que pour parvenir à une efficacité maximale, la tendance
doit être de minimiser le nombre de champs professionnels, en fonction seulement
du besoin de compétence et d’efficacité. On peut prévoir que certaines des
limites techniques qui ont empêché l’émergence de ce modèle seront franchies.
Compte tenu de cette évolution, on verra certains métiers se combiner, tandis
que d’autres évolueront pour en créer de nouveaux plus utiles. Dans ce contexte,
la tendance sera probablement que les corps et les branches harmoniseront leur
raison d’être avec une ou plusieurs des activités de combat rapproché, d’engagement
rapproché, de façonnage ou d’habilitation (établissement des conditions de réussite
du combat et de l’engagement rapprochés) ou le maintien en puissance de la force.
Les soldats de chaque métier doivent posséder suffisamment d’aptitudes de combat
et d’engagement rapprochés — afin de ne pas être une responsabilité à l’ensemble
de la force.
En plus d’améliorer la capacité des soldats ainsi que leur protection contre
des dangers particuliers, on doit s’intéresser activement aux technologies qui
offrent le potentiel de remplacer les soldats dans des environnements particuliers.
Par exemple, les appareils de communication modernes peuvent et doivent être
simples et intuitifs au point que peu ou pas d’instruction sera requise, ce qui
84
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
permettra de réduire le personnel et le temps nécessaires pour l’instruction et la
maintenance. Au fil des progrès technologiques dans l’horizon de l’Armée de terre
de demain, d’autres possibilités s’offriront, comme remplacer les conducteurs par des
robots dans les convois.
S’il existe un groupe de compétences et de fonctions distinctes qui ne peuvent
être maintenues de façon pratique par des soldats ou des organisations de combat ou
d’engagement rapprochés sans nuire à leur capacité de demeurer compétents dans leur
domaine d’expertise, un corps ou une branche distinct sera requis. À l’inverse, les
corps et les branches ne devraient exister que s’ils offrent des capacités fonctionnelles
uniques suffisantes ne pouvant être assurées viablement par les organisations de combat
et d’engagement rapprochés. Ces corps et branches devraient avoir pour but d’offrir les
capacités requises avec le moins de ressources possible, notamment humaines.
À l’image de la hiérarchie des compétences de base, les structures de l’Armée
de terre de demain mettront l’accent sur les capacités et les organisations de combat
et d’engagement rapprochés. En règle générale, toutes les ressources en personnel
qui ne sont pas essentielles pour soutenir, habiliter ou maintenir ces capacités
fonctionnelles seront utilisées pour développer la capacité dans ce domaine.
Ces ajustements augmenteront la profondeur, la souplesse et l’homogénéité
(p. ex. simplicité) au sein de la force, en garantissant que l’accent reste fermement
sur la mise sur pied, la projection, l’emploi et le maintien des compétences centrales.
STRUC TURES ET SOUPLESSE ORGANISATIONNELLES
Pour réduire les perturbations et les longs cycles d’instruction et faciliter la
cohésion, les principales fonctions requises pour mener les combats et engagements
rapprochés dans le cadre d’opérations de déploiement devraient être groupées
intégralement dans les unités et formations, si cela s’avère pratique. Les éléments
qui nuiraient à la capacité d’une unité ou d’une formation tactique de se concentrer
sur ses compétences centrales qui exigent une formation spécialisée prolongée ou
qui ne sont pas en nombre suffisant pour être mis sur pied efficacement de l’intérieur
de la structure de l’unité ou de la formation, seront mis sur pied en dehors de cette
structure et intégrés durant l’instruction préparatoire à la mission. Par exemple, un
groupement tactique d’infanterie avec des sous-spécialités intégrées, telles que des
pionniers d’assaut et des mortiers, constitue une organisation de mise sur pied d’une
force plus viable que celui qui comprendrait des éléments du génie et de l’artillerie
intégrés en permanence. Cette approche libère des capacités plus spécialisées et à
plus faible densité pour leur permettre de se concentrer sur leurs domaines d’expertise
et produit, à terme, un emploi plus efficace et efficient des forces. D’un autre côté,
posséder des capacités telles qu’un Centre de coordination ISTAR, un Centre
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
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de coordination des activités d’influence et une Équipe de soutien du renseignement
intégrés en permanence dans une unité améliore substantiellement la capacité
par comparaison à l’intégration de ces éléments en fonction de la tâche dans un
contexte de brigade.
Au sein de l’Armée de terre de demain, la pratique du groupement et du
regroupement, un principe fondamental de longue date au sein des opérations
terrestres, demeurera un mécanisme important pour la mise sur pied et l’emploi
d’une force. Pour habiliter ce mécanisme, les capacités doivent être développées
de manière à pouvoir être employées dans le plus petit élément capable de remplir
la fonction prévue, c’est-à-dire un module de capacité de base. Chaque module
de base doit être conçu de façon à pouvoir être directement combiné au sein
d’une structure déployable, telle qu’un groupement tactique, ou pour former des
structures plus grandes qui assurent la même fonction. La modularité fournira à
l’Armée de demain la souplesse requise pour déployer en opérations des capacités
adaptées à la tâche.
La structure optimale pour l’emploi dans des opérations devrait être basée sur un
groupement tactique (ou des groupements) déployé avec les capacités requises pour
exécuter et maintenir en puissance, au niveau tactique, les combats et engagements
rapprochés faisant partie intégrante de leur organisation, et ce, au sein d’une
structure de formation qui fournit les capacités requises pour créer les conditions
propices au succès, mais qui excèdent la capacité de gestion du groupement tactique.
Pour faciliter la planification, les groupements tactiques devraient avoir des éléments
de soutien logistique du combat identiquement structurés et conçus pour s’intégrer
aux structures de la formation. Dans les situations où un groupement tactique est
déployé pour des opérations à l’extérieur du contexte d’une formation canadienne,
il peut être nécessaire de transférer au groupement tactique certaines capacités
normalement propres au niveau de la formation, et d’augmenter la capacité intégrale
de commandement et contrôle du groupement tactique proportionnellement au
fardeau supplémentaire ajouté.
CONCE VOIR L A STRUC TURE PAR L’INTERMÉDIAIRE DU PROCESSUS
DE DÉ VELOPPEMENT DES CAPACITÉS
La conception d’une structure militaire est le procédé qui consiste à organiser des
capacités (groupes de personnes, processus, équipement et instruction) pour la
mise sur pied et l’emploi d’une force. Lorsque l’on parle de structure, on a tendance
à se concentrer sur l’aspect le plus visible de la capacité militaire, notamment le
capital structurel. Ce dernier correspond aux aspects physiques ou tangibles d’une
capacité, tels que l’équipement, l’infrastructure et l’instruction. Il existe également
86
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
des composantes moins visibles de ce modèle de capacité qui ont finalement
une influence plus importante sur la détermination de l’efficacité d’une capacité
militaire. Ses composantes clés sont le capital intellectuel et le capital social. Le
capital intellectuel comprend les concepts, l’éducation, la doctrine, les compétences
de base et l’expérience liés à une capacité particulière, tandis que le capital social
regroupe l’aspect moral de la culture organisationnelle, de l’identité, des relations,
du leadership, de la cohésion ainsi que la réputation d’une force26. Le plus grand
potentiel d’amélioration de la capacité militaire de l’Armée de terre de demain réside
déjà dans le capital structurel, intellectuel et social d’aujourd’hui.
Les structures de la doctrine reposent sur des principes éprouvés et constituent
la fondation à partir de laquelle l’Armée de terre s’adapte pour répondre aux
menaces perçues. Les structures de développement des capacités sont créées en
combinant des concepts nouveaux et émergents aux principes et organisations de
la doctrine. Les structures de développement des capacités qui en résultent sont
ensuite validées à l’aide d’expériences, de recherches et d’analyses opérationnelles et
d’essais pour éclairer le processus de transformation des capacités d’aujourd’hui en
celles de l’Armée de terre de demain. Durant la phase d’élaboration, les réalités des
contraintes touchant les ressources comme le personnel, les finances, le temps et les
infrastructures existantes sont prises en compte dans les solutions choisies.
TENDANCES ET IMPLICATIONS STRUC TURELLES DE L’ARMÉE DE TERRE DE DEMAIN
Le travail de perfectionnement de structures nouvelles et émergentes pour l’Armée
de terre de demain s’inscrit dans un processus continu de changement visant à
affronter les conflits violents de l’avenir en général, au lieu de se concentrer sur
un théâtre d’opérations particulier. Les changements jugés nécessaires découlent
d’observations, de recherches, d’expériences et d’analyses approfondies liées à
l’environnement de sécurité et à l’environnement opérationnel de l’avenir qui sont
décrits dans la partie I de ce manuel. Voici les facteurs majeurs dont l’Armée de terre
de demain devra tenir compte ainsi que les déductions et implications générales qui
en découlent.
On note trois tendances principales liées à l’environnement de sécurité de l’avenir
qui exigent de changer la façon dont l’Armée de terre opérera dans l’environnement
opérationnel de l’avenir :
26.Voir Nick Jans et David Schmidtchen, The Real C-Cubed: culture, careers and climate and how they affect capability,
Strategic Defence Studies Centre, Australian National University, Canberra, 2002.
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CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
87
>Un ennemi évolutif, polyvalent et insaisissable. L’ennemi formera un réseau
adaptable d’acteurs conventionnels, irréguliers, criminels et transnationaux.
Nombre de ces acteurs seront difficiles à repérer, et s’ils le sont, ils
auront la capacité de se fondre immédiatement dans la population. Son
repérage nécessitera de nouvelles méthodes de détection, de reconnaissance
et de marquage;
>Une appréciation accrue des complexités du conflit. L’appréciation accrue
par l’Armée de terre des complexités d’un conflit persistant au sein de la
population, et le réseau caché d’interdépendances connexe exigent un plus
haut niveau d’analyse et de compréhension de l’environnement afin de
parvenir à la réussite. Aucun instrument particulier de la puissance nationale
n’a l’expertise nécessaire pour s’attaquer à tous les aspects du conflit.
Ce genre de conflit exige une approche collaborative et intégrée impliquant
une expertise interarmées, organisationnelle, multinationale et publique;
>Une intolérance croissante pour un usage imprécis de la force. Les avancées
technologiques combinées aux reportages planétaires des médias et
au besoin de protéger les perceptions de légitimité ont entraîné une
augmentation des attentes de minimisation des dommages collatéraux.
L’intolérance mondiale croissante à l’égard des décès et de la destruction
inutiles, et les répercussions stratégiques connexes exigent l’emploi de
capacités de plus en plus précises et modulables en intensité.
Ces facteurs ne sont pas nouveaux dans les conflits. Cependant, chacun
représente un changement évolutif récent par rapport à l’environnement opérationnel
traditionnel de la guerre froide. L’évolution de ces trois facteurs évolutifs combinés
représente un défi significatif pour le maintien de l’efficacité militaire dans
l’environnement de sécurité de l’avenir. L’appréciation plus poussée de la multitude
d’interdépendances associées à un conflit violent depuis la fin de la guerre froide,
combinée à une plus grande intolérance mondiale à l’égard des décès et de la
destruction inutiles, exige une application précise et judicieuse de la force contre un
ennemi insaisissable et adaptable. À la lumière de ces tendances, l’Armée de terre de
demain devra s’appliquer à comprendre l’environnement dans lequel elle opère et à
s’y adapter rapidement et de nombreuses manières :
88
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
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>La fonction de renseignement. On confond souvent la fonction de
renseignement et la Direction générale du renseignement (un groupe de
personnes chargé de la coordination et de la gestion de la fonction de
renseignement au nom des décideurs des Forces canadiennes à tous les
niveaux). Pour acquérir une connaissance de la situation et comprendre
l’environnement opérationnel, la fonction de renseignement doit être
assurée par un groupe multidisciplinaire d’experts issus de l’ensemble
des Forces canadiennes, d’établissements universitaires, d’organismes du
gouvernement et d’autres organismes. La doctrine du renseignement doit
refléter le changement d’orientation d’un concept traditionnel de l’ennemi
en faveur d’une orientation basée sur l’environnement afin de s’adapter aux
complexités de l’environnement opérationnel de l’avenir. Ce changement
de perspective sera requis pour permettre aux décideurs d’avoir une
appréciation plus holistique de la situation et pour faciliter l’approche
exhaustive. Un tel changement nécessitera, en outre, une expertise
analytique plus large et plus approfondie, ainsi que de meilleures politiques
de partage de l’information entre les ministères et organismes nationaux et
multinationaux. La réussite exigera de passer d’une perspective de « besoin
de connaître » à une perspective de « besoin de partager ». Afin de faciliter
ce changement, un ensemble uniforme et intégré d’outils sera nécessaire
pour aider à coordonner et à discipliner la fonction analytique, et permettre
ainsi l’établissement d’un réseau virtuel partout dans le monde. Même si
une cellule toutes sources, un centre de renseignement toutes sources et
une cellule de renseignement nationale sont des capacités essentielles pour
l’appui des opérations de déploiement, une connectivité suffisante aiderait à
réduire la taille de la force dans le théâtre en ne déployant que le personnel
de la fonction de renseignement absolument requis sur place, auprès des
décideurs dans le théâtre, jusqu’au niveau des sous‑unités;
>La fonction de renseignement au niveau de l’unité tactique et aux niveaux
inférieurs. Les défis actuels liés à l’« alimentation » de la fonction de
renseignement, à la rapidité de production du renseignement et à
l’accessibilité aux renseignements, et à la culture organisationnelle de
l’opérateur par rapport à celle de l’analyste doivent être résolus pour établir
une force plus informée et adaptable. Même si les unités tactiques jouissent
de capacités de renseignement présentes au niveau des quartiers généraux
des unités statiques, les sous-unités déployées sont limitées dans leur
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
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89
capacité de transmettre des renseignements et informations importants et
d’y accéder en temps opportun. Offrir les services techniques et la largeur
de bande nécessaires au soldat individuel pour habiliter les opérations
adaptables et dispersées sera essentiel, mais ne relèvera qu’une partie du défi.
Créer la mentalité requise d’un opérateur chez l’analyste, et inversement
chez l’opérateur, est nécessaire pour améliorer la fonction de renseignement
au niveau de l’unité tactique et aux niveaux inférieurs. L’emploi d’analystes
du renseignement au niveau des sous‑unités et, inversement, un plus grand
nombre d’opérateurs dans la fonction d’analyse aux niveaux des unités et des
formations tactiques, constitueront la base de cette compréhension mutuelle
et aideront à résoudre les problèmes de rapidité et d’accessibilité. Une
méthode complémentaire d’amélioration de la fonction de renseignement
sera d’offrir aux opérateurs des sous-unités une formation sur les méthodes
d’analyse, et d’éduquer et de revigorer chaque soldat en tant que capteur par
le perfectionnement et la formation professionnels;
>Amélioration du leadership et de la prise de décisions. Les complexités des
opérations modernes ont dépassé notre capacité d’organiser l’information
nécessaire pour améliorer la prise de décisions. Il faudra disposer d’un
ensemble intégré d’outils du niveau de l’unité tactique à celui de la
formation comprenant, au minimum, les fonctions de renseignement et
de planification. Avec le développement supplémentaire de cet ensemble
d’outils, les fonctions de ciblage, de feux interarmées et d’opérations en cours
doivent aussi y être intégrées jusqu’au niveau du système individuel du soldat.
Cet ensemble d’outils devrait être basé sur un système des systèmes et sur
l’approche manœuvrière de manière à appuyer les principes fondamentaux
du commandement de mission dans l’Armée de terre de demain. Il devrait
également faciliter la collaboration avec tous les partenaires IIMP pour
réaliser l’intention de l’approche exhaustive. Un autre facteur plus important
que cet ensemble d’outils est le besoin d’éduquer les décideurs à tous les
niveaux sur les moyens de faire face aux complexités de l’environnement
opérationnel de l’avenir. La nature des problèmes complexes se distingue
de celle des problèmes tactiques précédemment rencontrés dans le contexte
des représentations traditionnelles d’un ennemi conventionnel. Il existe
un corpus important de connaissances dans ce domaine, principalement
dans les domaines de la reconnaissance des modèles, de la modélisation
graphique et des échanges collaboratifs. Au fur et à mesure que ce corpus
de connaissances évoluera, il devra conditionner le concept de l’ensemble
90
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CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
d’outils et la meilleure éducation et instruction à donner pour favoriser
de nouvelles approches de résolution de problèmes. Il est probable que les
leaders possédant certains traits de caractère et de personnalité particuliers
seront plus aptes à gérer ces complexités que d’autres. Des mécanismes plus
objectifs pour quantifier les qualités de leadership dans l’avenir devront être
incorporés dans les outils de sélection et les régimes de perfectionnement
professionnel. Par exemple, une combinaison de profilage psychométrique et
d’évaluation tous azimuts pourrait fournir une base de sélection et améliorer
le rendement de la sélection de candidats aux postes de commandement et
d’état-major. À la lumière du besoin accru de relations plus étroites avec des
ministères et des organismes gouvernementaux, dans le cadre d’une approche
exhaustive des opérations, ce modèle améliorerait la capacité de l’Armée de
terre de demain d’aligner son leadership sur des missions spécifiques;
>Gagner le combat rapproché. La nécessité de gagner le combat rapproché
précède tous les autres besoins de l’Armée de terre, aujourd’hui et demain.
Pour s’assurer de satisfaire cette nécessité, l’Armée de terre concevra et mettra
en service des capacités qui garantiront que nos unités tactiques disposent
du matériel, des armes et des tactiques requis pour vaincre n’importe quel
ennemi en combat rapproché, sans égard au terrain, à la saison ou aux
conditions climatiques. Les responsables de la conception de l’Armée de
terre de demain sont d’avis que la prochaine évolution en guerre terrestre
devra répondre à la nécessité pour les commandants de l’armée au niveau
tactique de dominer l’espace aérien immédiatement au-dessus de l’ennemi
présumé ou identifié. L’acquisition de véhicules aériens inhabités capables
de transporter des capacités de RSR, des missiles de tir direct et des relais
de communication — s’ils sont bien reliés aux commandants tactiques
au sol et capables de réagir à leurs demandes — constituera un progrès
prodigieux dans la capacité de l’Armée de terre de repérer précisément,
de fixer et de finir un ennemi. En combinant cette capacité à une capacité
améliorée de commandement et contrôle de l’insertion aéromobile et par
hélicoptère, l’Armée de terre de demain disposera du pouvoir réel de dominer
l’espace aérien et de priver l’ennemi de toutes options pour tenir le terrain
efficacement ou se disperser avant que nos ressources de combat rapproché
plus conventionnelles soient en mesure de l’engager;
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
»
91
>ISTAR. (renseignement, surveillance, acquisition d’objectifs et
reconnaissance). L’ISTAR est le processus qui synchronise la collecte, le
traitement et la diffusion de renseignements pour fournir la connaissance
de la situation et appuyer le ciblage et la prise de décisions. L’ISTAR
constitue l’aspect de détection et d’interprétation de la prise de décisions.
Pour favoriser le succès dans l’environnement opérationnel de l’avenir,
l’Armée de terre de demain aura besoin d’une éducation et d’une
instruction qui communiquent l’importance de la fonction de détection.
La reconnaissance et la surveillance ne seront pas uniquement liées à
des organisations particulières et spécialisées, mais bien à des tâches
que chaque soldat devra accomplir. Un niveau concerté de participation
et d’engagement sera nécessaire pour améliorer la vitesse et la capacité
de compréhension de l’Armée de terre des problèmes auxquels elle est
confrontée. La force devra être équipée, jusqu’au niveau du système du
soldat individuel, de technologies et de détecteurs portatifs de collecte
de données géoréférencées. Promouvoir une culture d’apprentissage à
large base dans l’ensemble de l’Armée de terre, sans doter cette dernière
des moyens d’exploiter son apprentissage et d’améliorer son rendement
revient à l’exposer systématiquement à l’échec et à la déception. Pour
améliorer l’efficacité opérationnelle et maximiser la protection des forces
sur l’horizon de l’Armée de terre de demain, le contrôle des détecteurs
et le filtrage des données devront être intégrés dans les unités jusqu’au
niveau des pelotons. La technologie ne sera pas une panacée à tous les
problèmes liés à l’environnement de sécurité de l’avenir; cependant, la clé
permettant de comprendre l’environnement sera une force bien informée et
mentalement agile qui adopte en permanence une culture d’apprentissage
et qui est habilitée par la technologie actuelle;
>Gestion de l’information et réseau technique. Quiconque possède la meilleure
information et celle qui est le plus à jour ainsi que les moyens et les
mécanismes pour l’exploiter efficacement aura un avantage certain dans
les opérations de l’avenir. La puissance des ordinateurs permettra de plus
en plus d’organiser et de présenter l’information d’une façon qui appuie
directement l’esprit humain dans la reconnaissance rapide des tendances,
la déduction de conclusions et la prise de décisions plus éclairées.
La gestion systémique de l’information et, en fin de compte, la gestion des
connaissances seront les principales clés qui permettront de tirer parti de
cet outil habilitant efficace. Pour exploiter pleinement ce potentiel, l’Armée
92
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
de terre de demain devra intégrer de nouveaux processus, structures et
procédures dans l’ensemble de la force. Ce système sera basé sur une base
de données opérationnelle bien organisée et constamment alimentée par
tous les niveaux de l’organisation. Le réseau de l’avenir doit garantir un
accès fiable au spectre électromagnétique;
>Développement d’outils habilitants d’activités d’influence par les forces.
Les opérations adaptables et dispersées seront plus axées sur les personnes
(le domaine humain) dans l’environnement opérationnel de l’avenir.
Les activités exécutées sur le plan physique devront l’être en vue de
produire les effets désirés sur le plan moral (c.-à-d., la dimension humaine).
Des capacités telles que la coopération civilo‑militaire (COCIM), les
opérations psychologiques, les opérations médiatiques et les affaires publiques
doivent être institutionnalisées au sein de l’Armée de terre de demain. Les
soldats auront besoin de formation et d’expérience dans ces fonctions;
>Approvisionnement des structures de soutien logistique du combat. La capacité
de l’Armée de terre de demain d’exécuter des opérations adaptables et
dispersées à rythme élevé dépendra de la capacité du système de soutien
logistique de la maintenir en puissance dans ses opérations et sera
limitée par elle. Si des éléments du système pourront être fournis par
des organisations de services de l’extérieur, les unités et les sous-unités
de manœuvre auront besoin d’éléments intégraux de soutien exclusifs.
Les groupements tactiques et les compagnies devront être suffisamment
sûrs que les ressources nécessaires seront disponibles pour que leur
attention ne soit pas détournée de leurs opérations tactiques. Le soutien
logistique sera projeté à l’extérieur de zones sûres grâce à des échelons
exclusifs adaptés à la tâche disposant d’une mobilité, d’une protection et
d’une connaissance de la situation équivalentes à celles des forces soutenues
et proportionnelles aux tâches prévues. Tous les lignes et niveaux de soutien
devront être conçus avec suffisamment de personnel, d’équipement et de
ressources de base, ainsi qu’avec une modularité adéquate pour desservir
toutes les unités et sous-unités simultanément. Les capacités de livraison
non traditionnelles, comme l’aérolargage de précision ou la livraison par
aéronefs constitueront une importante capacité d’appoint dans le système
de maintien en puissance. Bien qu’il puisse être difficile d’approvisionner
complètement la capacité de soutien logistique dans les structures de mise
sur pied des forces, il sera impératif de le faire pour conférer suffisamment
RETOUR À LA TABLE DES MATIÈRES
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
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93
de résilience aux forces en opérations. Les programmes de modernisation
doivent inclure la recherche dynamique de technologies habilitantes pour
faciliter la distribution, réduire la demande, améliorer la fiabilité, diminuer
l’entretien, améliorer les soins aux blessés et leur évacuation, et assurer
le maintien en bonne santé de nos soldats;
>Échelons. Les autorités d’approvisionnement, des services et de coordination
devront être organisées à l’aide d’une structure par échelons. La profondeur
et la diversité des capacités de maintien en puissance à tous les niveaux
seront ajustables par l’ajout ou le retranchement d’éléments de capacité
(modules de base). L’échelon sera composé de spécialistes et de soldats des
armes de combat, mais tout le personnel des échelons sera constitué de
soldats compétents et efficaces. La force exploitera pleinement une meilleure
connaissance de la situation ainsi que les avantages inhérents à un système
proactif basé sur la distribution. La précision en matière de planification et
d’exécution, combinée à la souplesse des moyens de prestation des services
et à une redondance adéquate, permettra d’abandonner les systèmes de
ravitaillement rigides;
>Le soldat débarqué. Un conflit violent est fondamentalement une activité
humaine et le soldat débarqué demeure la meilleure ressource de combat et
d’engagement rapprochés. Même si les soldats seront habilités et protégés
par les nouvelles technologies, ces dernières ne seront pas suffisantes pour
garantir le succès en opérations. Pour que les soldats soient bien préparés en
vue des conflits de l’avenir, il faudra leur offrir une éducation et une instruction
professionnelles rigoureuses. Dans le contexte de l’environnement de
sécurité de l’avenir et d’une approche exhaustive des opérations, les leaders
à tous les niveaux seront mieux préparés à réussir leurs missions grâce à une
meilleure compréhension ainsi qu’à une application et une mise en pratique
cohérentes des principes et fondements éprouvés du bon leadership;
>Développement et enrichissement de l’expertise au niveau de la formation
tactique. On prévoit que le Canada continuera de déployer des unités et
des formations tactiques pour intervenir dans les conflits violents sur la
scène internationale. L’Armée de terre de demain devra s’assurer que les
établissements d’éducation et d’instruction se concentrent sur la production
d’officiers d’état-major efficaces pour les quartiers généraux de groupement
tactique, de brigade et de division.
94
«
CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
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LA VOIE À SUIVRE
DÉVELOPPEMENT ET EXPÉRIMENTATION DE CONCEPTS
L’état-major de l’Armée de terre supervise le développement des capacités et la gestion
de la force par son engagement dans le continuum de développement des capacités de
la Force terrestre. Le développement des concepts pour l’Armée de terre du Canada
commence par une recherche continuelle sur l’environnement de sécurité de l’avenir,
et sur le sous­ensemble de ce dernier, l’environnement opérationnel de l’avenir,
dans lequel l’Armée de terre de demain doit être en mesure d’opérer efficacement.
Ces travaux constituent la base sur laquelle un concept d’emploi de la force dans
l’avenir est élaboré. Le document intitulé « Opérations terrestres 2021 : opérations
adaptables et dispersées : le concept d’emploi de la force de l’Armée de terre canadienne de
demain » a été publié en 2007 et « sert de guide au développement de la Force terrestre
jusqu’à l’an 2021 » 27. Il constitue un modèle conceptuel qui décrit de manière générale
la façon dont l’Armée de terre de demain devrait être en mesure d’opérer, mais ne
fournit pas, à lui seul, les détails requis pour orienter et habiliter le pilier Élaboration
du continuum de développement des capacités de la Force terrestre.
Les dossiers de développement des capacités sont le point central des travaux
liés aux piliers Imaginer et Concevoir d’une grande variété de domaines de capacités
reflétés en général par les composantes de la famille des systèmes de combats
terrestres et les structures d’emploi de la force en développement. Les concepts
des capacités de l’avenir et leurs concepts opérationnels envisagés constituent la
partie principale des dossiers de développement des capacités. L’objectif du travail
lié au pilier Conception consigné dans le dossier de développement des capacités
est d’inclure suffisamment de contexte, d’orientations et de directives pour assurer
la cohérence du travail lié au pilier Élaboration subséquent qui, en partie, a lieu
dans le cadre des processus de l’Armée de terre comme les groupes de travail
sur le développement de la Force terrestre et les projets de biens d’équipement.
En particulier, un énoncé clair des besoins ou lacunes de capacités opérationnelles doit être
inclus. La documentation doit s’appuyer sur un engagement ferme au sein de l’état27.Extrait de la préface du commandant du Commandement de la Force terrestre du document
Opérations terrestres 2021 : opérations adaptables et dispersées : le concept d’emploi de la force de l’Armée
de terre canadienne de demain.
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CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
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95
major de l’Armée de terre et du Chef du développement des Forces, ainsi que de la
part du personnel d’autres services afin de réaliser le passage du pilier Conception
au pilier Élaboration.
Afin de fournir les orientations nécessaires et suffisamment de détails pour
informer l’équipe d’élaboration, l’état-major de l’Armée de terre utilise un
programme d’expérimentation pour le développement des capacités. Ce programme
permet d’évaluer et de peaufiner de façon holistique les propositions de concepts,
de capacités et de structures prévues ou envisagées par l’Armée de terre de demain
et un examen supplémentaire des éléments PRICIE clés de la capacité future en
vertu d’une approche de système de systèmes. Le programme d’expérimentation
pour le développement des capacités s’exécutera dans le cadre des orientations et des
directives fournies par le Conseil de développement des capacités de l’Armée de terre
et le Conseil du programme de l’Armée de terre, et il inclura et exploitera d’autres
ressources des Forces canadiennes et du gouvernement du Canada, au besoin.
Ces orientations et directives sur le développement des concepts pour l’avenir et leur
expérimentation à l’appui du processus de développement des capacités se trouveront
dans le Plan opérationnel de l’Armée de terre.
Le programme d’expérimentation pour le développement des capacités inclura
des activités d’envergure et de portée diverses. L’activité centrale sera une expérience
intégrée de grande envergure à laquelle participeront tous les membres du Conseil de
développement des capacités de l’Armée de terre. Cette activité intégrée sera située
dans un contexte interarmées et sera normalement menée sur une base annuelle
ou bisannuelle. Des activités de plus petite envergure portant sur des domaines
de recherche précis, souvent avec des degrés de fidélité élevés, auront lieu entre
les activités intégrées de grande envergure afin de suivre des pistes de recherche
particulières ou en préparation de l’activité intégrée de grande envergure suivante.
Les activités peuvent être menées en tant qu’études, utiliser des environnements
synthétiques ou impliquer des unités et des soldats réels.
Le programme d’expérimentation pour le développement des capacités
abordera les questions de haut niveau les plus pressantes auxquelles doit faire face
la communauté de développement des capacités de l’Armée de terre. Avant tout,
le concept des opérations adaptables et dispersées fera l’objet d’examens continuels
des points de vue de l’applicabilité et de la pertinence, au fur et à mesure que notre
compréhension de l’environnement opérationnel de l’avenir évolue. En outre, les
systèmes de l’Armée de terre de demain, c’est­à­dire le programme d’équipement de
l’Armée de terre (actuel, planifié, prévu) et les futures structures organisationnelles
seront évalués et validés à la lumière des exigences sans cesse croissantes faites à
l’Armée de terre de s’entraîner en vue des opérations et de les exécuter avec succès.
96
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CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
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LES YEUX TOURNÉS VERS LE FUTUR
L’environnement de sécurité décrit dans la partie I suggère un avenir parsemé
d’un certain nombre de défis considérables. Il n’est pas nécessaire d’avoir beaucoup
d’imagination pour envisager les répercussions des pénuries de ressources,
notamment dans le domaine de l’énergie non renouvelable et de l’eau douce, de
même que le vaste éventail d’effets potentiels liés aux changements climatiques, pour
conclure que toute description précise de la nature, de l’emplacement et de la gravité
des menaces et des défis auxquels l’Armée de terre de demain fera face dans l’avenir
demeure difficile. Une conclusion sûre, tirée d’un examen de l’environnement de
sécurité de l’avenir, est que des changements rapides, une forte incertitude et une
grande volatilité seront très probablement au rendez-vous.
Les planificateurs et analystes de la défense continueront à surveiller
attentivement l’environnement de sécurité en évolution ainsi que les diverses
tendances qui le caractérisent, en portant une attention particulière aux répercussions
potentielles des tendances et de leur interaction et, plus important encore, aux
implications potentielles qu’elles ont pour le développement des forces de l’Armée
de terre de demain. C’est alors seulement qu’il nous sera possible de nous assurer
que nous sommes réellement capables d’atteindre le niveau d’adaptation requis pour
relever efficacement les défis que poseront certainement l’environnement de sécurité
de l’avenir et les environnements opérationnels.
Le changement technologique est et continuera d’être le facteur le plus
dynamique qui influencera l’environnement de sécurité de l’avenir. Les forces de la
mondialisation et de la commercialisation de la science et de la technologie donnent
aux ennemis actuels et futurs un accès facile à des technologies avancées ainsi que
les connaissances et l’expertise requises pour les exploiter28. Il existe une multitude
de technologies en évolution dont les avancées sont stimulées par les communautés
commerciales, mondiales, scientifiques et techniques. Les sociétés humaines ne se
mobilisent pas pour se battre à mains nues; elles préfèrent accroître leurs capacités
humaines naturelles avec des technologies. Ainsi, elles augmentent leur portée,
leur pouvoir de destruction et leurs chances de réussite. Même si la guerre demeure
fondamentalement une activité spécifiquement humaine, la conduite de la guerre est
indubitablement une activité humaine et technologique.
28.Ruth A. David, Avoiding Surprise in an Era of Global Technology Advances, Committee on Defense Intelligence
Agency Technology Forecasts and Reviews, National Research Council, THE NATIONAL ACADEMIES PRESS,
500 Fifth Street, N.W. Washington, DC 20001.
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CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
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97
RISQUE
Ce manuel vise à se préparer à affronter un avenir incertain. Étant donné que
les tendances décrites et les extrapolations faites seront certainement imprécises,
toutes conclusions et déductions particulières fondées sur ces prévisions seront aussi
imprécises. Par conséquent, le message clé est que l’Armée de terre doit élaborer des
forces adaptables et viables, mais surtout favoriser une culture de souplesse tout en
créant et en protégeant les moyens institutionnels d’apporter des changements.
CONCLUSION
Le monde entre dans une période de changement perpétuel et intense, ainsi que
d’instabilité accrue; le Canada, les Forces canadiennes et l’Armée de terre devront donc
faire face à d’importants défis dans cet environnement afin de défendre le Canada,
les Canadiens et les intérêts canadiens. Pour être efficace dans l’environnement
de sécurité de l’avenir, l’Armée de terre de demain devra évoluer plus rapidement
et plus profondément que jamais par le passé, hors des situations de guerre.
Ces changements toucheront tous les aspects de l’institution; cependant, aucun de
ces changements ne sera plus important ou plus difficile à faire que celui du capital
intellectuel et social de l’Armée de terre. Mais le changement est incontournable.
La communication de ce besoin pressant de changements et la conduite de l’Armée
de terre à travers les changements nécessaires pour parvenir à l’Armée de terre de
demain exigeront une vision globale, un plan cohérent et stable, et un leadership fort.
98
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CONCEVOIR L’ARMÉE DE TERRE CANADIENNE DE DEMAIN
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GLOSSAIRE
Lors de la rédaction du présent document, les définitions abrégées suivantes liées au
développement des capacités ont été utilisées.
Capacité. Faculté (pouvoir) d’accomplir quelque chose (composé de personnes,
de processus, d’équipement et d’instruction).
Fonction. Description de ce que la capacité est censée accomplir (l’objet).
Compétences de base (centrales, principales). Fonctions ou groupes de fonctions les plus
importantes qui définissent l’objectif fondamental de l’Armée de terre de demain.
Organisation ou structure. Regroupement de capacités.
Caractéristique ou attribut. Nature et qualités d’une chose.
Fondement ou principe. Base ou fondement.
Adaptabilité. Faculté d’adapter une capacité ou une organisation à une nouvelle fin.
Souplesse. Mesure et rapidité avec lesquelles une capacité ou une organisation peut
s’adapter (une mesure de l’efficacité du changement).
Agilité. Facilité d’adaptation (un critère d’efficacité du changement).
Les fonctions opérationnelles. L’Armée de terre utilise cinq fonctions opérationnelles
comme cadre d’élaboration des concepts et de développement des capacités.
L’importance des fonctions opérationnelles émane de l’intégration indivisible des
capacités et de l’inclusion des plans physique, moral et informationnel. Ces fonctions
conservent toute leur viabilité dans un continuum allant du niveau stratégique
jusqu’aux soldats :
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>Commandement intègre toutes les fonctions opérationnelles en un concept
unique et complet de niveau stratégique, opérationnel ou tactique. Elle
est le centre de toutes les activités et intègre toutes les autres fonctions
opérationnelles en vue de l’atteinte d’objectifs opérationnels précis. La
dimension humaine du commandement continuera d’être primordiale et
c’est ainsi que le commandement de mission façonnera une approche axée
sur le commandement;
>Détection intègre les capteurs et leurs capacités d’analyse en un seul concept.
Cette initiative brise le cloisonnement des capteurs et de leurs informations
et permet la fusion globale des capteurs et l’analyse des informations
de toutes sources au sein d’un système unique. Allant au‑delà de la
simple recherche de données ou d’informations, ce concept permet aux
commandants d’obtenir une connaissance pertinente en temps opportun;
>Action intègre la manœuvre, la puissance de feu et les opérations
d’information offensives en vue d’obtenir un effet souhaité et un état final
par l’application synchronisée de tout l’éventail des moyens disponibles,
aussi bien létaux que non létaux. Ce concept s’applique dans tout le
continuum des opérations, des missions nationales et humanitaires
jusqu’aux opérations de combat;
>Protection assure la protection de la capacité de survie et de la liberté d’action
d’une force. La protection est une fonction opérationnelle stratifiée,
intégrée et complète qui vise à éviter tout effet de nature physique, morale
et informationnelle qui pourrait nuire à la surviabilité ou la liberté d’action
des forces amies;
>Maintien en puissance intègre le soutien de niveau stratégique, opérationnel
et tactique afin de mettre une force sur pied et d’en entretenir les capacités.
Il s’agit ici d’un maintien en puissance sur les plans physique et moral,
c’est­à­dire du soutien en termes de matériel et de personnel nécessaire au
maintien de la puissance de combat. Tous les niveaux sont intégrés en vue
de la réalisation de cet objectif, et un lien est établi entre les activités de
combat et la base nationale.
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RESSOURCES
1.Canada. Directorate of Land Strategic Concepts. The Future Security Environment.
Kingston: Department of National Defence, 1999.
2.Canada. Directorate of Land Strategic Concepts. Future Army Capabilities.
Kingston: Department of National Defence, 2001.
3.Canada. Directorate of Land Strategic Planning. Advancing with Purpose:
The Army Strategy. Ottawa: Department of National Defence, 2002.
4.Canada. Directorate of Land Strategic Concepts. Future Force: Concepts for Future Army
Capabilities. Kingston: Department of National Defence, 2003.
5.Canada. Directorate of Army Doctrine. Purpose Defined: The Force Employment Concept
for the Army. Kingston: Department of National Defence, 2004.
6.American, British, Canadian, Australian and New Zealand Armies Program.
Strategic Assessment of the Security Environment. ABCA Report. Washington, 2004.
7.Canada. Directorate of Land Strategic Concepts. Crisis in Zefra. Kingston:
Department of National Defence, 2005.
8.American, British, Canadian, Australian and New Zealand Armies Program.
ABCA Future Concept 2015–2020. ABCA Report Number 017. Washington, 2006.
9.Canada. Directorate of Land Concepts and Designs. Land Operations 2021,
Adaptive dispersed Operations. Kingston: Department of National Defence, 2007
10.C anada. Canada First Defence Strategy. Ottawa: Department of National Defence, 2008.
11.C anada. Directorate of Army Doctrine. B-GL-300-001/FP-001 Land Operations.
Kingston: Department of National Defence, 2008.
12.American, British, Canadian, Australian and New Zealand Armies Program.
Strategic Assessment of the Security Environment 2008–2030. ABCA Report Number 048.
Washington, 2008.
13.C anada. Directorate of Land Strategic Planning. The Army: Advancing with Purpose,
2nd edition. Ottawa: Department of National Defence, 2009.
14.C anada. Directorate of Land Concepts and Designs. Toward Land Operations 2021.
Kingston: Department of National Defence, 2009.
15.American, British, Canadian, Australian and New Zealand Armies Program.
ABCA Future Concept 2020–2030. ABCA Report Number 088. Washington, 2010.
16.C anada. Directorate of Land Concepts and Designs. Army 2040, First Look.
Kingston: Department of National Defence, 2011.
17.C anada. Directorate of Land Concepts and Designs. Crisis in Urlia.
Kingston: Department of National Defence, Forthcoming (2011).
18.http://lfdts.kingston.mil.ca/dlcd-dcsft/default_e.asp
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La conception d’une Armée de terre apte à faire face aux incertitudes de l’avenir
est tout un défi, qui consiste à équilibrer un grand nombre de facteurs divergents.
La présente publication vise à orienter la conception de cette armée de demain
en balisant la situation, en décrivant les tendances et en énonçant à grands traits
les philosophies, les fondements, les principes et les caractéristiques qui doivent
essentiellement inspirer la construction d’une force efficace et viable. Elle servira de
guide dans l’examen des facteurs les plus importants dont il faut tenir compte dans
la genèse d’une force.
Concevoir l’Armée de terre de demain vise un lectorat diversifié. Les dirigeants
de l’Armée de terre y trouveront un instantané utile des aspects les plus importants
de l’analyse de l’environnement de sécurité de l’avenir et des problèmes urgents de
développement de concepts et capacités auxquels fait face l’institution de l’Armée
de terre. Les responsables du développement des capacités de l’Armée de terre
y percevront une image plus claire et mieux définie des conséquences de l’adoption des
orientations énoncées dans la publication Opérations terrestres 2021 — Opérations
adaptables et dispersées : Le concept d’emploi de la force de l’Armée de terre
canadienne de demain comme concept d’opérations terrestres des Forces canadiennes.
Leurs homologues des Forces canadiennes et des nations partenaires en tireront peutêtre des modèles utiles mis au point grâce au processus bien mûri de développement
des capacités de l’Armée de terre qui s’appuie sur des recherches rigoureuses. Du
point de vue plus général de la communauté militaire, du gouvernement et du public,
la présente publication vulgarise jusqu’à un certain point le processus qui préside
à la transformation d’idées en capacités pertinentes.
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