Le renseignement dans l’Armée de terre du Canada au XXI siècle

Le renseignement dans l’Armée de terre du Canada au XXI siècle
Publication no 5 de la collection JADEX
Le renseignement dans
l’Armée de terre du
Canada au XXIe siècle
PUBLICATION NO 5 DE LA COLLECTION JADEX
LE RENSEIGNEMENT DANS L’ARMÉE DE TERRE DU CANADA
AU XXIE SIÈCLE
« ÉTAYER LES OPÉRATIONS TERRESTRES »
Lieutenant-colonel j.A.E.K. Dowell
juillet 2011
Publication no 5 de la collection JADEX
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© 2011 Ministère de la Défense nationale
Le présent ouvrage est protégé par droit d’auteur
IDDN — B-GL-900-J01/JP-005
Publication — bilingue inversée
Numéro de catalogue du governement du Canada — D4-9/5-2011
ISBN — 978-1-100-53763-4
ISSN — 1915-2817
Version — anglaise en-ligne
Numéro de catalogue du governement du Canada — D4-9/5-2011E-PDF
ISBN — 978-1-100-19233-8
ISSN—1925-668X
Version — française en-ligne
Numéro de catalogue du governement du Canada — D4-9/5-2011F-PDF
ISBN — 978-1-100-97904-5
ISSN — 1925-6698
Collection des publications hors série de l’Armée de terre canadienne
Éditeur de la collection : Major Andrew B. Godefroy, CD, Ph. D., jrcsp
Publications hors série produites pour l’Armée de terre canadienne par la Direction —
Concepts et schémas de la Force terrestre. Ces publications servent à amorcer, à favoriser
et à guider les discussions et les débats professionnels touchant les concepts, la doctrine,
les capacités, les opérations modernes, l’histoire ainsi que d’autres sujets d’intérêt pour
l’Armée de terre canadienne et les Forces canadiennes. De par leur nature, ces publications
hors série ne se veulent pas des ouvrages définitifs; ils s’inscrivent plutôt dans un processus
itératif visant à créer un ensemble de connaissances qui aidera au développement
des capacités.
Nous vous invitons à faire parvenir vos commentaires sur la présente publication et sur la
collection hors série à l’adresse suivante :
CEMAT détachment de Kingston (Concepts et schémas de la Force terrestre)
Attn : DCSFT — rédacteur de la collection — Papiers JADEX de l’Armée canadienne
C.P. 17000 succ. Forces
BFC Kingston, Ontario
K7K 7B4
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Publication no 5 de la collection JADEX
“JADEX”
Le Général Jacques Alfred Dextraze
Ces articles occasionnels paraissent dans une
collection appelée JADEX en l’honneur du
légendaire Général Jacques Alfred Dextraze, CC,
CMM, CBE, DSO, CD, LL.D. de l’Armée canadienne,
que ses soldats appelaient affectueusement
‘Mad Jimmy’ et plus tard, simplement ‘JADEX’.
Né le 15 août 1919, Jacques Dextraze s’enrôle
comme simple soldat dans l’Armée canadienne
en 1940. Trente-sept ans plus tard, à la fin de sa
carrière militaire, il détiendra le grade de général
et occupera le poste de Chef de l’état-major
de la Défense.
Jacques Dextraze a fait ses études au Collège SaintJoseph de Berthierville (Qc) avant de devenir vendeur pour la Dominion Rubber Company.
Durant la Seconde Guerre mondiale, plus précisément en juillet 1940, juste après la
chute de la France, il quitte son emploi civil et s’enrôle comme simple soldat dans les
Fusiliers Mont-Royal (Fus MR). Grâce aux qualités de leadership qu’il manifeste durant
l’entraînement, il est promu sergent par intérim, mais sa première demande de commission
d’officier, au début de 1941, est refusée par le régiment. Malgré cela, il continue d’afficher
un leadership naturel et de démontrer une grande compétence, particulièrement dans la
formation des autres soldats. Il reçoit éventuellement sa commission d’officier au début de
1942 et se porte volontaire pour le service outre-mer dès la fin de sa formation d’officier.
Le Lieutenant Dextraze arrive en Angleterre en août 1942, juste après le raid de Dieppe.
Son unité ayant été décimée lors de cette attaque, c’est à lui et à d’autres nouveaux jeunes
officiers subalternes qu’incombera la tâche de la reconstruire et de la préparer à retourner
au combat. Débrouillard et dévoué, le jeune Dextraze se consacre corps et âme à cette
tâche, montrant un grand leadership de tous les instants. Lorsqu’arrive le mois de juin 1944,
Dextraze et les Fus MR sont prêts au combat.
Les Fus MR débarquent en France la première semaine de juillet au sein de la 6e Brigade
d’infanterie canadienne, 2e Division d’infanterie du Canada. Ils sont immédiatement lancés
dans l’action alors que la 1er Armée du Canada reçoit l’ordre d’attaquer et de détruire toutes
les forces allemandes résistant encore en Normandie, et de prendre certaines positions en
vue du combat d’exploitation qui va suivre.
Le 1er août 1944, le Major Dextraze commande la compagnie D lors de l’attaque exécutée
pour prendre l’église de Saint-Martin de Fontenay. Cette église, utilisée comme poste
d’observation par l’ennemi, contrôlait tout le secteur et menaçait les opérations subséquentes
de la 6e Brigade parce qu’elle dominait une colline qu’il fallait conquérir pour prendre
le contrôle du front. À cette occasion, la cie D subit de lourdes pertes dues au feu des
mitrailleuses et mortiers ennemis qui balayent les rues dégagées du village durant l’attaque.
Réalisant qu’il est vital de maintenir l’élan de l’attaque, le Major Dextraze se précipite vers
l’avant et, sans égard pour sa propre sécurité, mène personnellement l’assaut dans la cour
de l’église, parmi les grenades, les tirs de fusils et les rafales de mitrailleuses de l’ennemi.
Dans le violent combat corps à corps qui suit, le Major Dextraze « donne l’exemple »,
renverse l’ennemi et prend la position. La contre-attaque ennemie est immédiate, mais
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le Major Dextraze réorganise rapidement le
reste de sa compagnie et repousse toutes les
tentatives ennemies de reprendre la position.
En reconnaissance du leadership personnel
extraordinaire et de la bravoure dont il a fait
preuve au combat, l’Armée lui décerne l’Ordre
du service distingué (D.S.O.)1. C’est à cette
occasion que ses hommes lui donne le surnom de
« Mad Jimmy ».
En décembre 1944, le Major Dextraze est
promu au grade de lieutenant-colonel et nommé
commandant de son régiment. Il commandera
les Fus MR pendant tout le reste de la guerre
et recevra une deuxième D.S.O. pour le
leadership manifesté lors de la libération de la
ville de Groningen (Hollande), le 15 avril 1945.
La 6e Brigade d’infanterie canadienne avait reçu
la mission d’expulser l’ennemi du centre de
Groningen et les Fus MR avaient reçu l’ordre de dégager la moitié est de la ville. Un combat
maison par maison allait être nécessaire, car l’ennemi était déterminé à tenir la position à
tout prix.
Dans les premières phases de la bataille, les troupes de tête sont stoppées par des tirs
de mitrailleuses lourdes venant de positions judicieusement placées Le Lcol Dextraze
s’aperçoit rapidement que s’il ne fait rien pour changer la situation, tout le plan risque
d’échouer. Il se rend alors immédiatement à la compagnie de tête pour élaborer un plan en
vue de dégager les positions de mitrailleuses et dirigera personnellement leur destruction
finale. Lorsque le commandant de la compagnie sur le flanc droit se fait tuer, Dextraze se
précipite à travers les tirs ennemis pour aller prendre la relève, réorganiser la compagnie
et la conduire personnellement jusqu’à son objectif. Malgré l’intensité du tir ennemi, il
expulsera les Allemands de leurs positions défensives et obligera la garnison à se rendre.
Tout au long de cette action, le Lieutenant-colonel Dextraze a mené son bataillon à l’attaque
et lorsque celui-ci était ralenti par l’ennemi, il était là pour aider et encourager ses hommes
à atteindre leur objectif. Sa débrouillardise, son courage indomptable et son dévouement
à sa tâche ont non seulement été une grande source d’inspiration pour ses hommes, mais
ont joué un rôle déterminant dans la reddition finale de la garnison ennemie de Groningen
et dans la réussite du plan divisionnaire2.
Le Lieutenant-colonel Dextraze commande son unité jusqu’à la reddition finale de
l’Allemagne en 1945, puis se porte volontaire pour commander un bataillon de la division
d’infanterie du Canada qui est en train d’être constituée pour aller servir dans le Pacifique.
Le Japon se rend en août, avant que les unités canadiennes puissent se déployer et le
Lcol Dextraze décide alors de prendre sa ‘retraite’ et de s’inscrire sur la liste générale des
officiers de réserve, avant de retourner à la vie civile. Sa vie horsuniforme ne sera cependant
pas de longue durée, car dès 1950 il reprend le service actif à titre de commandant du
2e Bataillon, Royal 22e Régiment en Corée. Dextraze démontrera encore une fois sa ténacité
et son leadership dans la défense de la colline 355; alors que son unité est encerclée par
l’ennemi, il repousse toutes les attaques et refuse d’abandonner sa position. En 1952, le
Lcol Dextraze est fait officier de l’Ordre de l’Empire britannique (OBE) en reconnaissance
de son service.
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De retour de Corée, Dextraze est brièvement affecté au Collège d’état-major de l’Armée,
puis au Quartier-général de la région de l’Est de la Force terrestre. En 1954, il est promu au
grade de colonel et nommé chef d’état-major du commandement du Québec à Montréal.
Par la suite, il servira dans les écoles de combat de l’infanterie à Borden et à Valcartier, puis
reviendra commander la région du Québec à titre de brigadier-général en 1962. Il ne restera
cependant pas longtemps à ce poste, car dès l’année suivante il accepte le commandement
du contingent canadien au Congo et le poste de chef d’état-major de l’Opération des
Nations-Unies au Congo. Au début de 1964, il organise, coordonne et dirige une série de
missions portant le nom de code ‘JADEX’ pour sortir des non-combattants des zones de
conflit dans le théâtre; ces actions lui vaudront une promotion au rang de commandeur de
l’Ordre de l’Empire britannique, avec feuille de chêne pour bravoure devant l’ennemi3.
À son retour au Canada, Dextraze est nommé commandant de la 2e Brigade d’infanterie
canadienne; c’est à partir de ce moment que son attache de signature traditionnelle
‘JADEX’, qui apparaît sur toute sa correspondance officielle, devient son surnom. En 1966,
il est à nouveau promu au grade de major-général et nommé au poste de commandantadjoint du commandement de la Force mobile. En 1970, Dextraze est promu au grade
de lieutenant-général et nommé chef du personnel au Quartier-général de la Défense
nationale. Finalement, en 1972, le Lieutenant-général Jacques Alfred Dextraze est nommé
Chef de l’état-major de la Défense avec le grade de général et fait commandeur de l’Ordre
du mérite militaire. Il occupera ce poste jusqu’à sa retraite du service en 1977, près de
quatre décennies après son enrôlement comme simple soldat dans l’infanterie. En
reconnaissance de son service exceptionnel au sein des forces armées et pour son pays,
il est fait membre de l’Ordre du Canada en 1978. Lorsque Jacques Alfred Dextraze s’est
éteint paisiblement le 9 mai 1993, la nation a tristement salué le départ de l’un des plus
exceptionnels et légendaires soldats de son histoire.
Notes
1.
ecommandation d’attribution immédiate de la D.S.O. le 5 septembre 1944; recommandation approuvée par le
R
Lieutenant-général H.D.G. Crerar, officier général commandant en chef par intérim de la 1re Armée canadienne,
le 4 novembre 1944.
2.
ecommandation d’attribution immédiate d’une barrette à la D.S.O. le 17 avril 1945; recommandation appuyée
R
par le quartier-général de la 6e Brigade d’infanterie canadienne le 2 mai 1945 et acheminée le 30 mai 1945.
3.
ait commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique (OBE) avec feuille de chêne pour bravoure devant
F
l’ennemi, selon la Gazette du Canada du 3 octobre 1964 « Pour service au sein des forces des Nations-Unies
au Congo » à titre de commandant du contingent canadien dans le cadre de l’Opération des Nations Unies au
Congo (ONUC).
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DIRECTION — CONCEPTS ET SCHÉMAS DE LA FORCE TERRESTRE
La Direction — Concepts et schémas de la Force terrestre (DCSFT) a évolué de la
Direction — Concepts stratégiques (Opérations terrestres) (1997–2006) dans le cadre de
la transformation permanente de l’armée de terre et de la maturation du développement
des capacités de la force terrestre. À titre d’organisme de recherche principal de l’Armée
canadienne, la Direction a pour mission de conseiller le chef d’état-major de l’Armée de
terre en matière de l’environnement de sécurité de l’avenir (ESA), des capacités qui seront
nécessaires pour évoluer dans cet environnement et des concepts et technologies de
remplacement pour atteindre ces capacités. La DCSFT constitue un point focal de l’Armée
pour identifier, examiner et évaluer les facteurs et développements qui auront une incidence
sur l’Armée de terre de demain (ATdD) et sur l’Armée de l’avenir (AdA) ou, en termes plus
concrets, de 2016 et au-delà Pour exécuter son mandat, la Direction examine une vaste
gamme de questions comprenant les environnements mondial et national, les technologies
en émergence et les facteurs humains, ainsi que les développements au sein des forces
alliées et étrangères.
À PROPOS DE L’AUTEUR
Le présent travail a été rédigé par un stagiaire du Collège des Forces canadiennes pour
les besoins du programme d’études. Il s’agit d’un travail d’études; il relate donc des faits et
des opinions que seul l’auteur considère appropriés et pertinents, vu le sujet abordé. Ce
travail ne reflète pas nécessairement la politique ou l’opinion d’un organisme quelconque, y
compris le gouvernement du Canada et le ministère de la Défense nationale du Canada. Il
est défendu de diffuser, de citer ou de reproduire ce document sans la permission expresse
du ministère de la Défense nationale.
Déni de responsabilité
Les opinions exprimées dans le présent document sont celles de l’auteur et ne reflètent
pas nécessairement celles de l’Armée de terre canadienne, du ministère de la Défense
nationale ou du gouvernement du Canada.
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RÉSUMÉ
L’armée de terre du canada s’est dotée de services de renseignement il y a presque un
siècle, mais le truisme selon lequel « la façon dont nous définissons ce que nous pensons
être en train de faire quand nous recueillons des données de renseignement détermine
la façon dont nous nous y prenons » influe sur le genre de données de renseignement
dont elle dispose aujourd’hui. Le canada a d’abord utilisé un modèle britannique du
renseignement, où le renseignement constitue une forme particulière d’information, puis il
est passé à un modèle d’information américain, où l’information constitue une composante
particulière du renseignement. Cependant, la promesse des technologies de l’information
et la révolution dans les affaires militaires (ram) ont orienté l’armée de terre du canada dans
une autre direction au milieu des années 1990 : elle a alors subordonné le renseignement
aux opérations d’information et au concept istar (renseignement, surveillance, acquisition
d’objectifs et reconnaissance) dans sa pensée doctrinale. Par conséquent, une approche
du renseignement axée sur la gestion de l’information a dominé. En revanche, on a négligé
la dimension du renseignement se rapportant au savoir, plus particulièrement dans le
domaine du renseignement de base et dans celui de l’acquisition d’une expertise du théâtre
d’opérations par les analystes du renseignement.
Les expériences vécues par l’armée de terre du canada après la guerre froide ont entraîné
une série de nouveautés dans l’emploi du renseignement pour soutenir les opérations
terrestres et elles commencent à peine maintenant, au bout de 15 ans, à influer positivement
sur la structure du renseignement dans l’armée de terre. Cependant, à cause de l’absence
de solides fondements conceptuels, l’armée de terre s’est organisée conformément à sa
conception axée sur la gestion de l’information et elle a donc négligé de jeter les bases du
système de renseignement fondé sur les connaissances dont elle a besoin pour fonctionner
dans le cadre des opérations complexes qu’elle envisage de mener dans l’avenir. En se
concentrant sur une doctrine du renseignement expressément liée à l’emploi de la force,
l’armée de terre a écopé dans les domaines de la mise sur pied des forces et de la
préparation au déploiement dans le théâtre d’opérations.
Afin de s’orienter en fonction du xxie siècle, l’armée de terre doit, en matière de renseignement,
délaisser le modèle axé sur la gestion de l’information et en adopter un qui repose plutôt
sur la gestion du savoir, en mettant l’accent sur l’intégration dans un cadre interarmées,
interorganisationnel, multinational et public (iimp) pour fonctionner aux niveaux opérationnel
et tactique, et en s’appuyant sur les données de renseignement d’appréciation de base à
jour nécessaires pour favoriser non seulement l’emploi de la force mais aussi la mise sur
pied des forces et la préparation concernant le théâtre.
CHAPITRE UN — INTRODUCTION
Le tout premier rôle du Renseignement consiste à procurer au commandant tous
les renseignements dont il a besoin sur l’ennemi et à le tenir immédiatement au
courant de toute évolution des choses.
1st Canadian Army Final Intelligence Report, 19451
Dès les premières années du XXIe siècle, l’Armée de terre du Canada a rempli des missions
et déployé des troupes dans des régions fort différentes de celles qu’elles avaient connues
pendant la guerre froide et la décennie ultérieure. À l’aube du siècle actuel, l’Armée de
terre s’est retrouvée en train de livrer une guerre de contre­insurrection contre un adversaire
résolu, polyvalent et asymétrique très différent de celui qu’elle s’était préparée à affronter.
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Parallèlement, s’opérait dans le domaine des technologies de l’information une révolution
qui avait un effet grandissant sur la façon dont les opérations militaires étaient conçues et
exécutées. Jusqu’à très récemment, toutefois, bien peu a changé dans la manière dont
l’Armée de terre a structuré ses services du renseignement.
L’Armée de terre du Canada a eu recours avec succès au renseignement en temps
de guerre, mais en temps de paix, elle l’a négligé pendant presque un siècle. Avant la
Première Guerre mondiale, elle n’avait aucune architecture du renseignement et elle en
a conçu une au moment où elle déployait ses premières divisions2. Elle a adopté une
architecture typiquement canadienne qui s’éloignait de la structure normale d’un état­major
britannique au sein d’une division impériale, en ajoutant des officiers du renseignement
spécialisés aux niveaux de la division et de la brigade. Cette innovation a été suivie un an
plus tard par l’affectation d’officiers du renseignement dans chaque bataillon. La 1re Division
canadienne a été la première des 10 divisions de l’Armée britannique en France à publier
un exposé quotidien du renseignement3.
Les leçons apprises et la structure issues de la Grande Guerre n’ont pas survécu à la paix,
de sorte qu’au moment de la Seconde Guerre mondiale, l’Armée de terre du Canada a dû
refaire une expérience d’apprentissage semblable4 à la première. On a de nouveau créé une
structure élargie canadienne du renseignement et l’on y a ajouté un Service canadien des
renseignements en 1942 pour fournir des spécialistes du renseignement dûment formés
aux états-majors des armées, des corps d’armée, des divisions et des brigades5. Une fois
de plus, l’organisation canadienne du renseignement a évolué en fonction des combats et,
en 1945, elle s’est fractionnée, la paix revenue. Le Service canadien des renseignements a
subsisté tant bien que mal pendant deux décennies après la guerre, mais il n’a pu survivre
aux rigueurs de l’unification et a fusionné avec la Police militaire pour former une branche
interarmées de la sécurité en 19686.
Juste avant la fin de la guerre froide, on a assisté, au cours des années 1980, à la prochaine
vague de flux et de reflux pour le renseignement au sein de l’Armée de terre. La Branche
des services du renseignement a été créée en 1982, après une scission d’avec la Branche
de la sécurité7. Parallèlement, l’équipe chargée d’élaborer la doctrine de combat de l’Armée
de terre a lancé le concept de corps d’armée en 1986, qui s’inspirait de la réorganisation
américaine du renseignement après la guerre du Vietnam, pour le combat en Europe, afin
de créer des unités du renseignement aux niveaux de la brigade, de la division et du corps
d’armée8. Dans le cadre de la Stratégie de l’Armée de terre de 2002, on a élaboré une
architecture du renseignement pour l’Europe et le Canada en l’axant sur une architecture
globale du renseignement de la Force régulière et de la Réserve, afin de faire échec à ce
qui était perçu comme étant une menace soviétique grandissante9. Cependant, la fin de la
guerre froide a entraîné un ralentissement, et la fonction « Renseignement » dans l’Armée
de terre est de nouveau revenue au point mort. Cette fois, le recul n’a pas été aussi marqué
qu’à la fin des deux guerres mondiales, d’une part parce que la majorité des initiatives
prévues dans la Stratégie de l’Armée de terre de 2002 n’avaient pas encore été mises en
œuvre et, d’autre part, parce que les opérations de paix des années 1990 commençaient
à offrir des motifs de rechange pour conserver un certain service du renseignement dans
l’Armée de terre.
La récente guerre menée en Afghanistan a ravivé l’intérêt de l’Armée de terre du Canada
pour le renseignement, de sorte que celle-ci a lancé des initiatives pour se doter d’une
architecture du renseignement plus solide. Cette fois, cependant, la guerre terrestre n’est
plus le lot unique de l’Armée de terre : en effet, cette dernière demeure certes un intervenant
clé, mais elle doit partager la place avec de nombreux autres acteurs, les forces militaires
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conventionnelles et non conventionnelles travaillant ensemble avec des organismes civils
gouvernementaux et non gouvernementaux.
Dans le présent document, nous soutiendrons que l’Armée canadienne doit recadrer sa
conception du renseignement pour se concentrer sur les aspects de celui-ci qui sont axés
sur le savoir, et procéder à la réorganisation voulue pour soutenir efficacement les opérations
terrestres du Canada au XXIe siècle. Pour cela, nous examinerons les grands concepts du
renseignement dans le contexte de la guerre terrestre afin de comprendre, en songeant
à l’avenir, comment ils pourraient être appliqués, étant donné la nouvelle expérience du
Canada en matière d’opérations et de renseignement. Le document comporte trois parties.
Dans le premier chapitre, nous définissons le contexte et nous jetons les bases nécessaires
pour comprendre ce que l’on entend par « renseignement ». Nous étudierons la définition
du mot « renseignement », puis nous nous pencherons sur les questions qui en découlent et
sur des concepts tels que « opérations d’information (OI) » et « renseignement, surveillance,
acquisition d’objectifs et reconnaissance (ISTAR) » qui ont été formulés depuis la fin de
la guerre froide et qui s’inspirent de cette définition ou influent sur la façon dont elle est
perçue. Dans le deuxième chapitre, nous examinerons l’expérience acquise par le Canada
sur le plan opérationnel et dans le domaine du renseignement de la fin de la guerre froide
et à nos jours, afin de comprendre toute lacune éventuelle. Dans le troisième chapitre,
nous conclurons notre réflexion en étudiant comment cette expérience opérationnelle est
susceptible d’évoluer dans l’avenir et en proposant des concepts du renseignement qui
façonneront l’architecture du renseignement de l’Armée canadienne.
CHAPITRE DEUX
LES CONCEPTS CANADIENS DU RENSEIGNEMENT
Presque tous les membres du Service canadien du renseignement ont commencé
à partir de zéro dans leur poste. En associant l’apprentissage à l’action, nous en
sommes venus à miser sur des propositions générales.
1st Canadian Army Final Intelligence Report, 194510
Introduction
Avant d’aller plus loin, il serait utile de comprendre certains des concepts clés qui soustendent la discipline du renseignement. Dans le présent chapitre, nous commencerons par
voir le renseignement comme une discipline autonome, en examinant sa définition et ce
qui en découle. Par suite du débat engendré par la Révolution dans les affaires militaires
(RAM) au milieu des années 1990, divers concepts nouveaux sont apparus dans la doctrine
canadienne, tant au niveau de l’Armée de terre qu’au niveau interarmées; ils étaient issus
du désir d’exploiter les technologies de la détection et de l’information en devenir. Parmi ces
concepts figurent les suivants, notamment : les opérations d’information (OI), l’information
pertinente (IP), l’information et le renseignement (I2), le renseignement, la surveillance,
l’acquisition d’objectifs et la reconnaissance (ISTAR), et le renseignement, la surveillance et
la reconnaissance (RSR). En général, ces concepts n’ont pas éclipsé la définition acceptée
du renseignement, mais ils ont influé sur la façon dont elle est comprise; c’est pourquoi
nous en tiendrons compte également. Enfin, ce premier chapitre portera sur la manière dont
l’Armée de terre du Canada s’est organisée, du point de vue conceptuel, pour assurer des
services de renseignement.
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Qu’est-ce que le renseignement?
Qu’entend-on par « renseignement »? Plus précisément, que signifie ce mot pour le
Canada? Dans son traité sur les institutions et les concepts nationaux divergents relatifs
au renseignement, Philip Davies a écrit : « [...] la façon dont nous définissons ce que nous
pensons être en train de faire quand nous recueillons des données de renseignement
détermine la façon dont nous nous y prenons11. » Comme le concept n’est pas le fruit d’un
aboutissement naturel, la définition choisie en circonscrit énormément les limites. À l’heure
actuelle, le Canada utilise la définition de l’OTAN que l’on retrouve dans la Banque de
terminologie de la Défense (Forces canadiennes) et qui dit ce qui suit :
Résultat de l’exploitation des renseignements bruts concernant les nations
étrangères, les forces armées ennemies ou pouvant le devenir et les zones où
des opérations sont effectivement menées ou pourraient l’être. Le terme s’applique
aussi aux activités d’élaboration du renseignement et aux organismes qui
s’y consacrent12.
Les origines de cette définition ne sont pas nouvelles, car le professeur et spécialiste
américain du renseignement Sherman Kent en a cerné les principaux points il y a plus de
50 ans. Dans son livre, il structure ses chapitres de manière à envisager le renseignement
comme une sorte de savoir, comme une organisation qui produit des connaissances et
comme une activité que poursuit une organisation du renseignement13. Il se fonde sur ce
qu’il considérait comme étant les trois « éléments séparés et distincts » habituellement
évoqués quand le mot « renseignement » était employé. Il a utilisé des exemples tirés de
l’usage courant et les a présentés comme suit :
« Quels renseignements avez-vous recueillis sur la situation en Colombie? »
« Le Service du renseignement a pu fournir aux unités opérationnelles exactement
ce qu’elles voulaient. »
« Cette planification a dû nécessiter des travaux de renseignement intenses14. »
La définition américaine actuelle ressemble à celle de l’OTAN, mais elle remplace
« l’exploitation des renseignements bruts » par « la collecte, le traitement, l’intégration,
l’évaluation, l’analyse et l’interprétation des renseignements bruts disponibles »15.
Soulignons d’ailleurs que la définition canadienne du renseignement datant de 1965 et,
partant, d’avant l’intégration allait elle aussi au-delà de la simple exploitation, sans pour
autant avoir exactement la même étendue que la définition américaine16. Dans tous les cas,
il semble que, dans l’OTAN, au Canada et aux États-Unis, le mot « renseignement » soit
employé pour désigner un produit, un processus et une organisation.
Les spécialistes du renseignement actuels de l’Armée de terre du Canada comprennent
cette définition. Dans un article récent rédigé pour le Journal de l’Armée du Canada,
l’officier supérieur du renseignement de l’Armée de terre, le Lieutenant‑colonel Villeneuve,
a fait allusion à la définition de l’OTAN en la comparant à une définition d’un auteur civil,
pour conclure que « le renseignement militaire se résume à un organisme, un produit et
un processus »17.
Le renseignement en tant que produit — La connaissance
La définition du renseignement employée par l’OTAN implique que le renseignement est
issu du traitement d’information. Cette perception n’a pas toujours existé; il s’agit d’un
concept qui a évolué avec le temps. Avant la Première Guerre mondiale, le renseignement
était présenté uniquement comme étant un ensemble particulier d’éléments d’information18.
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À ce moment-là, on faisait peu de traitement au niveau du bataillon ou de la brigade et l’on
se contentait plutôt d’enregistrer les données et de les transmettre aux échelons supérieurs.
Cependant, au niveau de la division, les états-majors du renseignement diffusaient, tous
les dix jours environ, une « analyse du renseignement » qui traduisait une évaluation des
inclinations et de l’intention globales de l’ennemi19. Les contextes plus fluides de la Seconde
Guerre mondiale ont renforcé cette tendance plus grande à synthétiser l’information aux
niveaux de la division et du corps d’armée20.
Après la guerre, la doctrine de l’Armée canadienne a accentué ce concept du renseignement,
en disant que c’était une forme spécialisée d’éléments d’information. Dans les années 1960,
les commandants de bataillon d’infanterie n’avaient pas besoin de renseignement, mais
seulement d’« éléments d’information, précis et fournis à point nommé »21. Au niveau de la
brigade, les commandants misaient sur leur état-major du renseignement pour obtenir ces
éléments d’information sur l’ennemi22. Selon l’une des notions plus déroutantes au sujet de
ces éléments, « le mot information désigne des connaissances sur l’ennemi et la topographie
qui ne deviennent des données de renseignement qu’à un certain stade du processus du
renseignement où les faits sont comparés entre eux et des déductions, tirées »23.
Peu après cela, soit à partir de la fin des années 1960 et jusque dans les années 1980,
un changement a commencé à s’opérer, et l’on a vu les mots « connaissances » ou
« savoir » employés de plus en plus souvent. La notion de renseignement de combat a été
introduite dans le débat comme étant « les connaissances sur l’ennemi et les conditions
météorologiques et géographiques... »24. Par la suite au cours des années 1980, on a déclaré
que « le renseignement, dans le contexte militaire, est la somme de nos connaissances sur
la situation et de la façon dont nous la comprenons »25.
Bien qu’elle soit difficile à retracer, cette évolution canadienne de la perception de la façon
dont le renseignement est défini par rapport à l’information et aux connaissances est sans
doute due moins à un développement quelconque de la compréhension de la nature du
renseignement au Canada, après la guerre, qu’à une influence grandissante des Américains
sur le renseignement canadien dans son ensemble et à une diminution de l’influence
britannique en la matière. Davies a souligné que les origines différentes des systèmes
américain et britannique du renseignement ont déterminé la conception fondamentale des
limites du renseignement aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Selon lui, les points de
vue des deux pays se ressemblent beaucoup avant la Première Guerre mondiale, mais
les événements de Pearl Harbour ont orienté les Américains dans une nouvelle direction.
Avant cela, le renseignement était considéré comme un genre d’information particulier : les
éléments d’information secrets et difficiles à obtenir. Le fait que « l’échec du renseignement »
à Pearl Harbour n’a pas été dû à une insuffisance de ces « données de renseignement
brutes » a incité les Américains à se soucier de coordonner et d’analyser judicieusement
ces dernières afin d’obtenir un produit de renseignement fini, davantage propre à soutenir
les décideurs américains. C’est ainsi que les deux concepts du renseignement ont
commencé à diverger l’un de l’autre : il y avait d’abord le concept britannique, selon lequel
le renseignement était encore considéré comme un genre particulier d’information, puis le
concept américain voulant que l’information soit désormais perçue comme un volet précis
du renseignement26.
Par conséquent, quand Sherman Kent écrivait en 1949, il exprimait une perception moins
ambiguë du renseignement. La première partie de son livre Strategic Intelligence for
American World Policy s’intitulait « Intelligence is knowledge » (Le renseignement, c’est
la connaissance), et la première phrase de ce chapitre disait que « le renseignement
signifie savoir »27. Cinquante ans plus tard, dans son livre Knowledge Management in the
Intelligence Enterprise, Ed Waltz a proposé une approche plus nuancée suivant laquelle
Publication no 5 de la collection JADEX

11
les données, l’information et les connaissances correspondaient tout simplement à des
niveaux d’abstraction et que l’on pouvait les désigner toutes comme du renseignement à
divers stades de son développement, depuis les comptes rendus sommaires, ou « données
de renseignement brutes » jusqu’au produit de renseignement fini, définitif28.
Il y a toujours eu une certaine résistance lorsqu’il s’est agi de catégoriser le
renseignement du point de vue de l’utilisateur : était-ce un genre de connaissances
spécialisées, ou un genre d’éléments d’information particuliers? Sherman Kent en était
conscient quand il s’est exprimé sur le problème posé par un processus de renseignement
qui excluait l’utilisateur de ses rouages internes. Il a comparé ce processus à une situation
où l’on dirait au commandant : « Ne vous en faites pas : nous penserons pour vous. Nous
avons pris des mesures pour que vous n’ayez plus à réfléchir, en vous donnant un cerveau
extérieur que nous avons appelé renseignement29. » Prenant sans doute conscience de
cet état de fait et des compétences des commandants canadiens au cours de la Seconde
Guerre mondiale, l’officier supérieur canadien du renseignement de la 1re Armée canadienne
a pensé que le principal rôle du renseignement consistait à signaler tout d’abord les actions
de l’ennemi, en synthétisant les éléments d’information, puis (et seulement à ce momentlà) à estimer la conduite future de ce dernier, car de nombreux commandants sont mieux
placés pour ce faire en raison de leur développement professionnel et de leurs études30.
Pour élaborer le sous-ensemble de connaissances, Kent a imaginé un partenariat plutôt
qu’un monopole du renseignement.
Un demi-siècle après Pearl Harbour, ce concept du « renseignement s’assimilant au savoir »
a fait l’objet d’une autre remise en question. Au milieu des années 1990, dans le cadre
du débat élargi sur une révolution dans les affaires militaires (RAM), les forces armées
américaines ont commencé à chercher un moyen de reconceptualiser l’information en
raison de l’importance grandissante des technologies de l’information tant dans les milieux
militaires que dans ceux des affaires et de la politique. Cela a entraîné l’introduction de la
hiérarchie cognitive ou informationnelle dans la doctrine militaire américaine, à commencer
par celle de la Marine et des Marines, puis de l’Armée de terre. La hiérarchie envisageait
une construction mentale, représentée normalement par une pyramide, dans laquelle les
données franchissaient divers stades : elles devenaient d’abord des éléments d’information,
puis des éléments de connaissance pour passer enfin à l’étape de la compréhension d’une
situation donnée. Cette construction mentale a été empruntée aux écoles de gestion des
années 198031. Son créateur, Harlan Cleveland, dit l’avoir formulée à partir d’extraits du
poème « Le Roc » de T.S. Elliot. Il cite le passage suivant : « Où est la sagesse que
nous avons perdue dans la connaissance? Où est la connaissance que nous avons perdue
dans l’information32? »
L’Armée canadienne a grandement misé sur cette notion pour conceptualiser sa pensée
sur la connaissance de la situation (CS) et promouvoir le concept d’image commune de la
situation opérationnelle (ICSO). Cela a mené à une ICSO décrite comme étant un amalgame
de « couleurs de la CS » : une qui était rouge pour désigner l’adversaire et une autre
qui était brune pour décrire l’environnement. Malheureusement, cela a parfois entraîné un
certain laxisme lexical et des énoncés déclarant à la fois que la CS rouge « fournit de
l’information sur l’emplacement, les dispositifs, la situation et les intentions de l’ennemi » et
que « la CS rouge est le savoir de l’ennemi »33. En général, le mot « renseignement » en
tant que produit est devenu synonyme des termes « CS brune et rouge » dans l’usage de
l’Armée de terre.
Non seulement la relation entre le renseignement et la connaissance est devenue quelque
peu trouble en vertu de ce concept, mais elle s’est aussi restreinte jusqu’à un certain point.
12

Publication no 5 de la collection JADEX
Deux observations intéressantes ont été formulées pendant la même période que celle où la
RAM faisait l’objet de discussions. La première a été faite par David Kahn, en 1994, quand
il a fait valoir qu’il y avait essentiellement deux sortes de renseignement, différenciées entre
elles par la source, et non par la méthode de collecte. Le renseignement de la première
sorte était le fruit de la reconnaissance classique et concernait les aspects physiques de
l’objectif ou de la source. Il mettait l’accent sur des choses. Celui de la seconde sorte
provenait d’une source verbale. Kahn le décrivait comme des éléments d’information
émanant d’une source humaine (un plan volé, une conversation entendue par hasard,
ou un message radio intercepté, par exemple). Pour lui, le renseignement physique se
rapportait à la dimension physique de l’ennemi et mettait l’accent sur les capacités, tandis
que le renseignement verbal avait à voir avec la dimension psychologique de l’ennemi et
portait surtout sur l’intention34.
Quatre ans plus tard, Michael Herman a fait fond sur ce concept quand il a examiné la
relation entre la RAM et la pensée traditionnelle sur le renseignement. Il a proposé une
dualité du renseignement, axée sur le renseignement fruit de l’observation et de la mesure,
et sur le renseignement tiré de textes. La première catégorie cadrait raisonnablement
bien avec la discussion sur la RAM et avec des concepts tels que la CS et l’ICSO qui
permettaient de visualiser et de comprendre rapidement les aspects physiques de l’ennemi.
Cependant, tel n’était pas le cas de la deuxième catégorie. Comme le renseignement
verbal de Kahn, le renseignement tiré de textes se rapportait à des aspects mentaux tels
que l’intention, les attitudes et les pensées. Pour Herman, le renseignement tiré de textes
fournissait une troisième dimension nécessaire à la CS, mais il ne pouvait être intégré
dans l’ICSO. Cette exclusion gênait Herman, et il a fait une mise en garde contre l’adoption
précipitée d’un tel concept qui procurait des connaissances, plutôt que de simples éléments
d’information utiles35.
Nous reviendrons plus en profondeur plus tard sur les questions découlant de la réaction de
l’Armée canadienne à la RAM. Pour le moment, nous continuerons d’examiner la relation
entre la connaissance et le renseignement. Cependant, pour que notre réflexion sur ce plan
ait une valeur, il doit exister une différence pratique substantielle entre le renseignement
perçu comme étant la somme d’informations sur l’ennemi et le renseignement défini comme
étant l’éventail des connaissances acquises sur lui. Étant donné l’évolution des deux
disciplines complémentaires que sont la gestion de l’information (GI)36 et la gestion des
connaissances (GC)37, il y a lieu de croire que cette différentiation est valable. La principale
différence entre les deux disciplines réside dans la reconnaissance de l’importance de
la personne et dans la représentation de la connaissance dans la GC, tandis que la GI
tend à traiter l’information comme une entité physique à créer, entreposer et détruire. Si le
renseignement est un genre d’information, on mettra alors l’accent, au cours du processus,
sur la conception d’un système fondé sur le paradigme de la GI. Si le renseignement est
considéré comme un type de connaissances, alors le rôle de la personne devient important
et doit être examiné de plus près parallèlement à la façon dont on traite la représentation
physique des connaissances. Sherman Kent a reconnu cet élément humain et il a souligné
que toutes ses analyses sur la nature du renseignement reposaient sur :
l’être humain intelligent — la personne née avec tous les éléments du sens critique
et qui les a développés au maximum, qui, à la faveur d’une expérience directe et
de l’étude, a accumulé un bagage ordonné de connaissances et qui sait comment
poursuivre systématiquement son édification personnelle38. [Traduction]
Ed Waltz, dans son application des méthodes de GC à l’entreprise du renseignement, a vu
dans la GC l’action de composer avec des personnes, des processus et des technologies39.
Dans l’esprit de ces méthodes de GC, il perçoit les connaissances ou le savoir comme
Publication no 5 de la collection JADEX
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13
un objet en précisant que, sous cet angle, il existe deux catégories fondamentales de
connaissances40. Il y a d’abord les connaissances explicites, c’est-à-dire celles qui sont
saisies et codifiées, tangibles et extérieures à la personne; il est possible de les stocker,
de les répéter et de les enseigner. Ensuite, il y a les connaissances implicites qu’il définit
comme suit :
les connaissances intangibles, internes, expérientielles et intuitives qui ne sont
pas documentées et qui sont conservées dans le cerveau humain. Il s’agit des
connaissances personnelles contenues dans l’expérience humaine41. [Traduction]
Plus de 50 ans séparaient Kent de Waltz; ils ont tous deux reconnu et exprimé la valeur
de la personne en tant qu’élément du renseignement-produit, mais leur constat ne s’est
pas reflété dans la doctrine canadienne. Celle-ci a plutôt évolué dans l’esprit du modèle
de la GI. Par contraste, le tout dernier manuel fondamental de l’Armée américaine
(FM 3-0 Operations) parle de la GC et de la GI, bien qu’en tendant très distinctement
en faveur des connaissances explicites42. Dans ce manuel, l’Armée américaine souligne
toutefois l’importance du savoir tacite, bien qu’elle ne le désigne pas comme tel, en
précisant que les domaines de compétence constituent un élément de base essentiel pour
le professionnel du renseignement. Elle cite, à titre d’exemple, le Projet Foundry, dans
le cadre duquel des analystes du renseignement de l’Armée américaine en déploiement
travaillent avec des agences nationales de collecte du renseignement pendant une période
pouvant aller jusqu’à un an avant de se déployer, afin d’acquérir ainsi des compétences
dans un domaine particulier43. De même, le US Marine Corps utilise lui aussi le concept
d’un expert d’un domaine donné, dans sa doctrine sur le renseignement44.
En ce qui concerne le volet « connaissances explicites » du renseignement, on peut envisager
son existence en tant que produit divisé en niveaux et en types. La doctrine canadienne
du renseignement interarmées définit ces niveaux comme étant les niveaux stratégique,
opérationnel et tactique, en fonction des besoins des décideurs à ces niveaux, et non
d’après le niveau de ceux qui produisent ou réunissent les données de renseignement45.
L’introduction du niveau opérationnel est nouvelle, mais la pensée canadienne antérieure
avait fait la distinction entre le niveau stratégique et le niveau tactique (ou renseignement
de combat)46. Récemment, l’Armée de terre du Canada a rejeté ces catégories comme
étant révolues, de toute évidence mal à l’aise face à l’idée que, pour « déterminer le type
de renseignement qui avait le plus d’importance, on avait recours à des jugements de
valeur », étant donné l’état des technologies de l’information à ce moment-là47. Cette
attitude ne semble pas rendre justice aux besoins de l’utilisateur par rapport à l’importance
du producteur; en outre, étant donné la redécouverte par l’Armée du niveau opérationnel
de la guerre et de l’utilité et de la nécessité du plan de campagne, il conviendrait sans
doute de réexaminer cette attitude48. Signalons que la doctrine interarmées et la doctrine de
l’Armée des États-Unis font état des trois niveaux du renseignement, mais que la doctrine
interarmées américaine subdivise en outre le niveau stratégique en deux : le renseignement
stratégique national et le renseignement stratégique propre au théâtre49.
Sherman Kent parle des types de renseignement comme étant des « catégories », et
il a exprimé l’avis qu’il y en avait trois au niveau stratégique : « l’élément descriptif de
base », ou renseignement de base; « l’élément d’actualité », ou renseignement de situation;
« l’élément spéculatif-évaluatif », ou renseignement d’appréciation. Il a expressément cité
la prolifération des termes sur les genres de renseignement pour expliquer pourquoi il avait
voulu recadrer le concept.
Au Canada, les catégories de Kent deviennent des types, mais la confusion demeure quant
à leur nature. L’Armée de terre ne reconnaît que deux types, soit le renseignement de base
14

Publication no 5 de la collection JADEX
et le renseignement de situation50. L’OTAN en ajoute un troisième, soit le renseignement sur
l’objectif51. La doctrine canadienne du renseignement interarmées fait passer le total à cinq,
avec l’introduction du renseignement d’appréciation et du renseignement d’avertissement52.
Aspect intéressant, les Australiens ne reconnaissent l’existence que de quatre types, en
rejetant celui du renseignement sur l’objectif53. Les définitions de ces types figurent dans a
figure 1 ci-dessous54.
TYPE DE
RENSEIGNEMENT
DÉFINITION
ARMÉE
DE
TERRE
OTAN
INTERARMÉES
De base
Renseignement sur tout
sujet permettant d’établir une
documentation de référence
utilisable pour la planification
et le traitement de l’information
ou du renseignement obtenu
ultérieurement.
Oui
Oui
Oui
De situation
Renseignement qui décrit la
situation actuelle au niveau
stratégique ou tactique.
Oui
Oui
Oui
Sur l’objectif
Indication permettant de
caractériser et de localiser
un objectif ou un ensemble
d’objectifs et d’en connaître
la vulnérabilité et l’importance
relative.
Non55
Oui
Oui
D’appréciation
… est celui qui présente
l’évaluation prospective et le
jugement prédictif, et qui essaie
de projeter le futur probable en
examinant les développements
et les plans d’action des forces
étrangères, ainsi que leurs
répercussions.
Non56
D’avertissement
… informe de ce qui menace
les FC ou les intérêts nationaux
suffisamment d’avance
pour permettre de réagir
efficacement.
Oui
Oui
Figure 1 : Types de renseignement (Canada et OTAN)
Source : Canada, Le renseignement, p. 7. OTAN, AJP 2-0. Canada, La doctrine du renseignement interarmées,
p. 2–1 à 2–2.
Aux États-Unis, le US Marine Corps a conservé les trois catégories de renseignement de
Kent, mais en les remaniant un peu. Il possède un modèle qui fait la distinction entre les
connaissances du présent et du passé et celles de l’avenir. La première catégorie est désignée
comme correspondant au renseignement descriptif et elle regroupe le renseignement de
base et le renseignement de situation. La deuxième catégorie est celle du renseignement
d’appréciation. Waltz a employé une distinction semblable pour faire la différence entre la
connaissance et la prescience dans ses écrits57. Cette simplicité n’a pas été conservée
dans les doctrines américaines (celle de l’Armée et la doctrine interarmées), bien que l’on
puisse trouver les concepts généraux sous les titres « catégories de renseignement »58
ou « catégories de produits »59 au niveau de l’Armée et dans la doctrine interarmées,
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15
respectivement. Les concepts du renseignement de situation et du renseignement sur
l’objectif cadrent bien avec les autres, tandis que le renseignement de base devient le
renseignement militaire général et que le renseignement d’avertissement correspond
au renseignement d’indication et d’avertissement (I & A). Seule la doctrine interarmées
américaine reconnaît l’existence du renseignement d’appréciation. Elle introduit cependant
deux nouvelles catégories, soit celles du renseignement scientifique et technique et celle de
la contre-ingérence, que Kent avait rejetées en évoquant l’incohérence de leur signification.
Le renseignement, considéré comme une activité ou un processus
Il existe deux autres domaines où l’on trouve une certaine concordance entre la doctrine de
l’Armée et la doctrine interarmées : les huit principes du renseignement et les quatre étapes
du cycle du renseignement60. Par « cycle du renseignement », on entend le processus
employé pour obtenir l’information et la convertir en renseignement. Selon l’usage canadien
actuel (voir la Figure 2), ce cycle comporte quatre stades, étapes ou phases désignés
comme suit : l’orientation, la recherche, l’exploitation et la diffusion61.
ORIENTATION
DIFFUSION
RECHERCHE
EXPLOITATION
Figure 2 : Le cycle du renseignement
Source : Canada, La doctrine du renseignement interarmées, p. 2–4
Pendant l’étape de l’orientation, le commandant et son état-major prennent des mesures
pour orienter la recherche des données de renseignement. Cela comprend des activités
telles que l’analyse tactique graphique (ATG) et le plan de recherche de données de
renseignement. L’étape suivante, celle de la recherche, est celle où les services de recherche
même remplissent leurs missions. Au stade de l’exploitation, l’information recueillie
est transformée en renseignement grâce au regroupement, à l’évaluation, à l’analyse,
à l’intégration et à l’interprétation. Enfin, l’étape de la diffusion rend le renseignement
accessible aux utilisateurs, sous forme écrite, graphique ou verbale.
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Publication no 5 de la collection JADEX
Des concepts en contradiction — Les opérations d’information et autres
Au cours des années 1990, le débat sur la RAM a influé sur la doctrine canadienne, car
on a introduit divers concepts nouveaux pour essayer de mettre à profit les avantages
escomptés des technologies de détection et d’information en devenir. Par conséquent, en
un peu plus d’une décennie, le concept de l’Armée de terre concernant l’application de la
puissance de combat a subi trois grandes transformations62. Celles‑ci ont entraîné des
changements parfois subtils, parfois non, dans la perception du renseignement par l’Armée
de terre du Canada et dans ses pensées sur l’organisation du renseignement.
À la fin de la guerre froide, l’Armée de terre a adopté onze fonctions de combat, dont l’une
était le renseignement, mais en 1997, elle est passée à six fonctions de combat, dans
l’esprit de la philosophie américaine, et le renseignement a été intégré dans les opérations
d’information, parallèlement aux systèmes d’information et à la guerre électronique.
Cependant, elle n’a pas adopté le concept américain connexe des systèmes de combat
opérationnels (SCO), qui comprenaient le renseignement. À peine quatre ans plus tard,
soit en 2001, l’Armée a réduit à cinq le nombre de fonctions distinctes, désormais appelées
« fonctions opérationnelles » plutôt que « fonctions de combat ». Cela a entraîné l’absorption
du renseignement dans la fonction « Détection » (voir la Figure 3). À l’heure actuelle, la
majorité des manuels de doctrine publiés par l’Armée de terre sont axés sur les fonctions
qui existaient entre 1997 et 2001 et ils ne font que commencer à passer à la structure
postérieure à 2001.
AVANT 1997
DE 1997 À 2001
APRÈS 2001
FONCTIONS DE COMBAT
FONCTIONS DE COMBAT
FONCTIONS
OPÉRATIONNELLES
Commandement et contrôle
Commandement
Commandement
Systèmes d’information
Opérations d’information
Détection
Renseignement
Manœuvres
Action
Guerre électronique
Puissance de feu
Protection
Combat rapproché
Protection
Maintien en puissance
Aviation
Maintien en puissance
Appui-feu
Soutien technique
Guerre NBC
Défense aérienne
Soutien logistique du combat
Figure 3 : F
onctions de combat et fonctions opérationnelles de l’Armée de terre du Canada
après 1990
Source : Canada, MDN, Opérations terrestres, 2008, p. 4–20.
Par suite de l’adoption de la fonction « Opérations d’information » (OI), le renseignement
est devenu une sous-fonction. L’Armée canadienne a donc publié en 1999 son manuel
sur les OI qui était essentiellement une version modifiée du manuel FM 100-61 (1999) de
Publication no 5 de la collection JADEX
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17
l’Armée américaine sur les OI63. Cependant, l’incidence des deux manuels a été différente
dans chaque pays. La version ultérieure, le manuel FM 3-13 sur les OI, paru en 2003,
ne parlait en rien de la subordination du renseignement aux opérations d’information64.
En fait, quand on lit attentivement le manuel FM 100–6, on constate qu’il limite l’attention
accordée au renseignement plus que la version publiée par l’Armée canadienne. Dans son
document, celle-ci en a profité pour renforcer sensiblement le lien entre le renseignement
et les OI. Le premier paragraphe de chaque manuel diffère beaucoup de celui rédigé dans
l’autre, en ce sens que le manuel FM 100-6 présente le renseignement dans un texte rempli
de renvois aux concepts GCC, C2, GI et OI; en revanche, le manuel de l’Armée canadienne
est réécrit dans une perspective plus large et ne met pas autant l’accent sur ces concepts;
en fait, il les tait complètement65. Cette tendance se poursuit dans les parties ultérieures de
ce chapitre. La Figure 4 fait voir certaines de ces modifications.
SUJET
EXTRAIT [Traduction]
« La première mesure essentielle à prendre pour protéger les
ressources utilisées pour les OI consiste à cerner les menaces
réelles et éventuelles. » (É.-U.)
Évaluation des points
vulnérables des forces amies
« La première mesure essentielle à prendre pour protéger les
capacités consiste à cerner les menaces réelles et éventuelles
en demandant aux services de CI d’évaluer la situation. »
(Canada)
« L’efficacité d’une attaque C2 est fonction de ... » (É.-U.)
Compréhension de l’adversaire
Évaluation des dommages de
combat (EDC)
« L’efficacité des opérations offensives, y compris les OI, est
fonction de ... » (Canada)
« Le système du renseignement évalue constamment
l’efficacité des OI ... cela constitue un volet important de
l’information prise en compte dans l’EDC ... » (É.-U.)
« Le système du renseignement évalue constamment l’efficacité
de toutes les opérations de combat, y compris les OI ... car
cela constitue un volet important de l’EDC... » (Canada)
Figure 4 : C
omparaison entre le manuel de l’Armée de terre du Canada et celui de
l’Armée américaine sur les opérations d’information
Sources : MDN, Opérations d’information, p. 55–60, et É.-U., Information Operations, p. 4–4 à 4–7.
L’Armée canadienne a accepté les OI avec enthousiasme, mais le manuel américain a engendré
une vague d’intérêt qui s’est manifestée dans les écrits militaires aux États-Unis. Le Military
Intelligence Professional Bulletin et la publication Military Review ont consacré des numéros
aux opérations d’information66. Un an après la publication du manuel, le Major-général Thomas,
commandant du centre d’instruction des services du renseignement de l’Armée américaine, a
déclaré que cet ouvrage « constituait un bon point de départ, mais qu’il s’agissait essentiellement
d’un travail en devenir »67. L’année suivante, The Military Review a soulevé la question d’un
clivage entre la doctrine de l’Armée américaine sur les OI et une doctrine interarmées américaine
encore plus restrictive en la matière qui avait paru quatre mois plus tôt, à la fin de 1996; cette
doctrine limitait les OI à l’information même et aux systèmes d’information68. Quand le manuel des
OI interarmées, le JP 3-13, a été publié aux États-Unis en 1998, il reposait sur cette perspective
plus restrictive des choses, laquelle a ensuite influé sur le manuel FM 3-13 de l’Armée américaine
concernant les OI. Un examen de l’évolution de la doctrine américaine du renseignement entre
1996 et 2004, année de la publication du manuel FM 2-0 de l’Armée américaine intitulé
Intelligence, montre qu’il n’a aucunement influé sur la façon dont le renseignement dans son
ensemble était défini69.
18
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Publication no 5 de la collection JADEX
Pendant que le débat se poursuivait chez nos voisins du Sud, l’Armée canadienne a
poursuivi la mise en œuvre de la doctrine qu’elle avait adoptée. Elle a passé outre aux
discussions américaines sur la relation entre les OI et le renseignement, tout comme à
la publication d’un manuel canadien des OI interarmées en 1998 qui, lui aussi, faisait la
distinction entre les deux70. Dans l’Armée canadienne, on a continué de considérer le
renseignement comme étant une fonction subalterne des OI, au point que le rédacteur de
la doctrine du renseignement faisait partie de la section des OI.
Dans le cadre des OI, deux autres concepts ont introduit un fort degré de confusion dans
la pensée canadienne. Tout d’abord, il y avait celui de « l’information pertinente » (IP),
définie comme étant tous les éléments d’information présentant un intérêt aux fins du
processus décisionnel d’un commandant. Par conséquent, dans l’esprit du concept de l’IP,
on considérait le renseignement comme un sous-élément se rapportant à l’adversaire et
aux pays étrangers71. On revenait ainsi à la perception du renseignement qui existait avant
l’unification, quand on le considérait comme étant une forme particulière d’informations.
Comme Davies l’a souligné, c’était une dichotomie entre les philosophies britannique et
américaine qui a peut-être expliqué pourquoi les milieux américains du renseignement ont
rejeté ce concept.
Le deuxième concept était britannique et c’était celui de l’ISTAR72. L’Armée de terre du
Canada l’avait très bien accueilli, et elle y a donc consacré un chapitre entièrement nouveau
dans son manuel sur les OI. De la sorte, le renseignement a été bizarrement subordonné à
un concept de l’IP emprunté aux Américains et à une version anglo-canadienne du concept
ISTAR73. Ces concepts ont ultérieurement été traduits dans une série de manuels connexes,
soit deux versions d’un manuel sur le renseignement, la surveillance, l’acquisition d’objectifs
et la reconnaissance (2001 et 2004) et un manuel sur le renseignement (2001) figurant au
bas de la hiérarchie.
Avant cela, il était très clair que l’Armée de terre du Canada avait employé la définition de
l’OTAN, déjà introduite dans sa doctrine74. Cependant, l’adoption du concept de l’IP ajoutait
désormais à la complexité des choses en troublant une définition claire par suite d’une
inversion de la relation entre le renseignement et l’information. Ce brouillage des pistes
n’était pas le seul fait de l’Armée de terre, car les concepts tels que celui de l’information
et du renseignement (I2) étaient aussi exprimés au niveau interarmées et faisaient l’objet
d’articles publiés dans la Revue militaire canadienne75.
Dans les manuels qui portaient sur les OI, sur le concept ISTAR et sur le renseignement, la
définition du renseignement varie constamment. Dans le premier manuel (celui concernant
les OI), le concept du renseignement est tout d’abord bafoué du fait qu’il est présenté
avec une nouvelle définition issue d’une source inconnue, puis il l’est de nouveau dans la
définition de l’OTAN qui est réduite à sa première phrase, ce qui laisse tomber deux des
trois éléments distincts évoqués par Kent76.
L’édition de 2001 du deuxième manuel inclut la définition de l’OTAN dans une note de bas
de page, tandis que celle de 2004 la passe complètement sous silence77. L’ouvrage resitue
plutôt le renseignement au sein du concept ISTAR, de la façon suivante, à la page 104 :
Le renseignement comprend trois éléments : un produit, un processus et une
organisation. Les trois sont inclus dans le « I » de l’abréviation ISTAR. On trouve
au cœur de la capacité d’ISTAR des états-majors et des unités du renseignement
qui exploitent les données et l’information provenant de sources uniques et qui
élaborent le renseignement de toutes sources dont les commandants ont besoin
pour comprendre la situation et prendre des décisions éclairées78.
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19
Le troisième manuel, intitulé Le renseignement, traduit un malaise évident lorsqu’il s’agit
de définir le renseignement. Les auteurs y reconnaissent tout d’abord une dimension
fondamentale du concept ISTAR79. Puis, ils embrassent les définitions de l’OTAN concernant
l’information et le renseignement, avant d’apporter un bémol à ce dernier élément80 :
En intégrant la définition du renseignement de l’OTAN à la structure de la nouvelle
doctrine de l’Armée de terre du Canada, nous affirmons que le renseignement,
en tant que produit, est un sous-ensemble clé de l’IP qui permet de connaître
l’adversaire, les conditions météorologiques et le terrain.81
À ce stade-ci, il semble que l’Armée de terre du Canada risque de se perdre en méandres
cognitifs au lieu d’appliquer la hiérarchie cognitive décrite précédemment. Peu importe
qu’elle soit subordonnée à l’IP et au concept ISTAR, cette relation avec le savoir est répétée
dans tout le manuel intitulé Le renseignement.
L’Armée de terre est maintenant en train de passer de ce concept à un autre dans le cadre
duquel le renseignement sera subordonné à la fonction « Détection », qu’elle explique dans
son concept d’emploi de la force, dans un texte daté de 2004 :
Détecter. Cette fonction intègre dans un même concept les capacités de détection
et l’analyse des données recueillies. Elle élimine les cloisonnements qui existaient
auparavant entre la cueillette et l’information et offre la possibilité de fusionner
complètement la cueillette et l’analyse des données de toutes sources en un seul
système. Allant au-delà de la simple recherche de données ou de renseignements,
ce concept permet aux commandants d’obtenir toute la connaissance voulue en
temps opportun82.
Cependant, la fonction « détection » ne se distinguera pas nettement de la structure
antérieure. Elle conservera malgré tout le concept ISTAR, l’explication étant que « détecter
est le concept, et l’ISTAR, l’action »83. En définissant le genre de connaissances devant être
incluses dans la fonction « détection », les auteurs de l’ébauche du manuel Les opérations
terrestres préconisent que la fonction doit procurer « une base de connaissances vaste et
approfondie » au commandant, c’est-à-dire des notions qui vont bien au-delà des données
météorologiques et topographiques et qui doivent comprendre des renseignements
politiques, militaires, économiques, sociaux et infrastructurels84.
En contraste, la nouvelle doctrine américaine a remis l’accent sur le renseignement dans
son tout dernier cadre de pensée. Contrairement à la version antérieure du manuel FM 3-0
Operations, qui employait à la fois le concept des éléments de la puissance de combat et
celui des systèmes de combat opérationnels (SCO), la version de 2008 rejette ces derniers
et fait passer le renseignement dans une des six fonctions de combat.
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Publication no 5 de la collection JADEX
FM 3-0 OPERATIONS, VERSION DE 2001
FM 3-0 OPERATIONS, VERSION DE 2008
Manœuvre
Leadership
Puissance de feu
Information
Leadership
Fonctions de combat
Protection
• Mouvement et manœuvre
Information
• Renseignement
Systèmes de combat opérationnels (SCO)
Renseignement, Manœuvre, Tirs, Défense
aérienne, Mobilité et Contre-mobilité, Soutien
logistique au combat, Commandement
et contrôle.
• Tirs
• Maintien en puissance
• Commandement et contrôle
• Protection
Figure 5 : États-Unis : Éléments de la puissance de combat
Source : États-Unis, manuel FM 3-0, Operations, versions de 2001 et de 2008.
Au Canada, cependant, les effets successifs des concepts appelés OI, ISTAR et,
maintenant, détection semblent avoir perturbé l’élaboration d’une pensée cohérente sur
le renseignement. Le recours initial à une doctrine américaine timide, puis l’ajout d’un
concept ISTAR britannique et une rationalisation répétée par une série d’auteurs canadiens
ont divisé la doctrine de l’Armée de terre et la doctrine du renseignement interarmées.
En favorisant les concepts de gestion de l’information en tant que moyens d’utiliser les
capteurs principalement capables de faire des observations et des mesures pour connaître
les dimensions physiques de l’adversaire, on tend à écarter le problème intellectuel plus
nuancé consistant à employer des capteurs de données textuelles pour se renseigner sur
les caractéristiques morales, psychologiques ou intellectuelles de l’adversaire.
L’organisation du renseignement
Suivant l’argument de Davies disant que la façon dont une institution perçoit et définit ses
concepts du renseignement détermine l’organisation qui en résulte, le moment est maintenant
venu d’examiner comment l’Armée de terre du Canada a structuré ses organisations du
renseignement. Elle a eu tendance à intégrer sa fonction « renseignement » dans l’étatmajor du commandant. Tel a été le cas pendant les deux guerres mondiales, bien que
le rôle du commandant du peloton de reconnaissance du bataillon et celui de l’officier du
renseignement aient souvent été interchangeables. Quoique la formation d’un bataillon
du renseignement ait été recommandée à la fin de la Seconde Guerre mondiale, on
envisageait cette unité comme une réserve d’officiers du renseignement et non comme une
entité déployable85. L’exception digne de mention à cet égard a été le concept du peloton
du renseignement du groupe-brigade : il s’agissait d’une petite entité qui comprenait des
éléments de contre-espionnage, d’interrogation et de soutien pour l’exploitation des images
et qui existait dans la doctrine86 aussi bien que comme concept spontané au début du
déploiement du Canada à Chypre en 1964 et au cours de trois rotations ultérieures87.
Quand, dans son travail d’élaboration de la doctrine de combat, l’Armée de terre réfléchissait
au renseignement nécessaire pour soutenir les opérations en Europe contre l’Armée
soviétique, elle a de nouveau soulevé la notion des organisations du renseignement
déployables. Cette fois, cependant, l’organisation n’était pas simplement un entrepôt pour
les chercheurs spécialisés, mais aussi le carrefour de traitement du renseignement pour une
formation. Cela a débouché sur un concept en vertu duquel les pelotons, les compagnies
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et les bataillons du renseignement étaient inclus dans les groupes-brigades, les divisions
et les corps d’armée, en plus des états-majors du renseignement. Ces organisations
hiérarchiques devaient comprendre un élément de commandement, des ressources d’appui,
des chercheurs spécialisés et un centre de recherche et d’analyse du renseignement
(CRAR). On pouvait trouver ce concept dans les structures du renseignement du Corps
d’armée de 1986 et du Corps d’armée de 1996, et c’était un élément clé dans l’ébauche
du Manuel du renseignement de combat, datée de 198888. Dans la stratégie de l’armée de
terre, 2002, on envisageait de mettre ces structures en œuvre, mais par suite de la fin de
la guerre froide et du budget de 1989, seuls les éléments de la première année du plan ont
pu se concrétiser. Une compagnie du renseignement de 19 membres, axée sur un peloton
du CRAR à double quart de travail, a été mise sur pied à Kingston en 198989. Cette unité
a existé jusqu’en 2001, année où son personnel a quitté l’Armée de terre pour gagner le
Quartier général interarmées90.
La doctrine actuelle de l’Armée de terre est une fois de plus axée sur l’état-major du
renseignement. Toutefois, la subordination du renseignement au concept ISTAR se retrouve
dans le concept de la cellule toutes sources (CTS), entité très semblable au CRAR qui l’a
précédée91. La CTS est décrite comme étant un peloton, mais elle relevait du Centre de
coordination ISTAR (CC ISTAR) dans le manuel de doctrine sur l’ISTAR. En vertu de la
répartition des responsabilités, le CC ISTAR est « chargé d’appuyer les opérations menées
au niveau de la brigade et de l’unité en fournissant en temps utile un renseignement exact
et pertinent tiré d’un large spectre de sources fusionnées de manière à avoir un effet positif
sur les cycles de prise de décisions », tandis qu’il incombe à la CTS de « coordonner
l’analyse et la recherche au sein du système d’ISTAR [...] »92. C’est là tout un changement
par rapport au concept original de la CTS énoncé dans le manuel du renseignement de
2001, année où celle-ci a été présentée comme étant la remplaçante du CRAR, chargé de
la recherche et de l’exploitation. Ce manuel ne mentionnait le CC ISTAR que brièvement et
ne disait pas grand-chose sur la relation qui existait entre les deux93.
Cependant, parallèlement à la publication de cette doctrine avait lieu la mise en
service d’un centre du renseignement de toutes sources (CRTS) par le Directeur
général — Renseignement en 2003 (nous reviendrons plus en détail là-dessus dans le
prochain chapitre). Au départ, il s’agissait d’un concept national plutôt que d’un concept
de l’Armée de terre, mais l’élaboration de la doctrine sur le CRTS a été le fait des étatsmajors interarmées et de l’Armée de terre. Par ailleurs, un article récent du site « Les
Nouvelles de l’Armée », repris dans Le Journal de l’Armée du Canada sous la plume d’un
officier de la Direction — Doctrine de l’Armée de terre, décrit le CRTS comme l’équivalent
d’une compagnie du renseignement94. Dans un renvoi aux notions des années 1980
parlant d’une entité hiérarchique, le CRTS comprend un élément de commandement, une
CTS et d’autres fonctions du renseignement ou fonctions connexes, comme le montre la
figure 6 ci-dessous. Fait intéressant, l’article soutient que « cette cellule toutes sources est
un CRAR ».
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DIRECTION
DISSEMINATION
COLLECTION
PROCESSING
Figure 6 : Organisation du Centre du renseignement de toutes sources
Source : Ohlke, « Les Nouvelles de l’Armée » — Le Centre du renseignement de toutes sources,
Le Journal de l’Armée du Canada, vol. 10 no 3, automne 2007, p. 6
Avant de laisser le sujet de l’organisation du renseignement, il convient de s’interroger sur
la raison pour laquelle une telle organisation existe. Bien que l’on puisse expliquer, à un
certain niveau, qu’elle a pour objet de diriger le processus qui donne lieu au produit, il peut
aussi être avantageux de comprendre les rôles ou les fonctions qui lui sont confiés, dans
la doctrine, pour arriver ainsi à se faire une idée plus fidèle de ce que l’on attend d’elle.
Malheureusement, les perceptions actuelles du rôle d’une telle organisation, qu’elle soit
fonctionnelle ou hiérarchique, sont mixtes.
La doctrine du renseignement interarmées présente le rôle du renseignement et une liste
de fonctions du renseignement. Le rôle consiste à « aider le commandant à se faire une
image de l’espace de bataille interarmées » en atteignant les objectifs suivants : donner
l’avertissement; informer les décideurs au moyen de l’analyse prévisionnelle; aider à
connaître la situation; contrecarrer l’effort de renseignement de l’ennemi95. Les fonctions
sont les suivantes : indications et avertissements (définis comme constituant un système et
non un genre de renseignement); analyse tactique graphique (ATG); situation opérationnelle
commune (COP) et connaissance de la situation (CS); soutien au choix des objectifs;
protection de la force; contre-ingérence; gestion de l’effort de renseignement96.
La doctrine de l’Armée de terre définit le but du cycle du renseignement, aux niveaux
opérationnel et tactique, comme étant de produire le renseignement pour aider les
commandants à connaître la situation et à désigner les objectifs. Bien que cette doctrine
ne contienne aucune fonction qui équivaille à la protection de la force, des articles récents
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parus dans Le Journal de l’Armée du Canada ont parlé des tâches ou dimensions suivantes
du renseignement : connaissance de la situation, désignation des objectifs et protection
de la force97.
L’Armée américaine adopte un point de vue un peu plus large pour expliquer les tâches de
ses services du renseignement, lesquelles comprennent ce qui suit : soutenir la mise sur
pied des forces; aider à comprendre la situation; s’occuper des missions de RSR; soutenir
les unités désignant les objectifs et recueillant les informations98. Parmi ces tâches, attirons
l’attention sur la première (soutenir la mise sur pied des forces); c’est une activité qui n’a
pas directement lieu sur le champ de bataille. C’est là une nouvelle ligne de pensée pour
les Américains : en effet, si l’on examine la doctrine du renseignement antérieure qui axe
plutôt cette tâche sur « le soutien à la capacité stratégique de réagir », on observe un virage
fondamental dans la pensée99. Aucune tâche semblable exécutée en dehors du champ de
bataille n’est exposée dans la doctrine de l’Armée de terre du Canada ou dans la doctrine
interarmées de notre pays.
Discussion
L’Armée de terre du Canada semble avoir du mal à formuler ses concepts du renseignement
et elle continue d’essayer de comprendre la limite entre ce qu’est le renseignement et
ce qu’il n’est pas. Partant de l’élément fondamental du renseignement perçu comme
une sorte d’informations spécialisées, ce qui correspond à un modèle britannique selon
Davies, elle s’est mise à évoluer vers un modèle américain selon lequel l’information
était une composante particulière du renseignement. En cours de route, le concept de la
connaissance a commencé à se manifester dans la discussion, dans l’esprit du traité de
Sherman Kent sur le renseignement.
Cependant, il semble que les années 1990 aient perturbé divers aspects de cette façon
de penser, alors que l’Armée de terre adoptait une doctrine américaine sur les opérations
d’information (qui allait bientôt être abandonnée) pour la conjuguer avec une doctrine
ISTAR britannique. Cela a eu pour effet de réintroduire le concept du renseignement perçu
comme une sorte d’informations spécialisées, en le subordonnant au nouveau concept de
l’IP. Cette démarche a aussi redéfini les concepts organisationnels des années 1980, car le
concept ISTAR s’est finalement manifesté sous la forme d’une organisation, c’est-à-dire le
CC ISTAR chargé de fournir le renseignement. Le volet « renseignement » de ce concept,
c’est-à-dire la CTS, lui a été subordonné et a mis l’accent sur l’analyse et sur la coordination
de la recherche.
Cependant, l’influence extérieure que l’état-major interarmées a exercée en intégrant le
CRTS dans les opérations en 2004 semble ramener le concept des organisations déployées
du renseignement au modèle des années 1980, soit celui des organisations fonctionnelles
et hiérarchiques fonctionnant en dehors du concept doctrinal ISTAR. Il reste à voir comment
cette note doctrinale parue dans le Journal de l’Armée du Canada sera traduite en une
doctrine complète, dans le contexte encore plus englobant de la fonction « Détection » qui
est sur le point d’éclipser la fonction « opérations d’information ».
En cours de route, cependant, l’Armée de terre du Canada semble avoir soit perdu soit
omis d’élaborer à fond certains des concepts fondamentaux du renseignement qui sont
utiles pour définir ce que l’on entend par « renseignement » et ce que l’on attend du
renseignement. En outre, il semble y avoir un clivage entre la façon dont le renseignement
est perçu au niveau interarmées, d’une part, et au niveau de l’Armée de terre, d’autre part,
des désaccords existant sur des aspects fondamentaux tels que les fonctions et les tâches,
entre autres. Si Davies a raison, ce sont ces concepts fondamentaux qui détermineront ce
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que nous faisons quand nous pensons être en train de recueillir des renseignements et
la sorte d’organisation que nous adopterons pour le faire. Ces différences devraient donc
orienter dans des directions différentes la structure interarmées et celle de l’Armée de terre.
À cette fin, il convient donc de prendre note des contributions de Kahn et de Herman en
ce qui concerne les catégories du renseignement, à savoir les renseignements physiques
ou verbaux, et le renseignement textuel et axé sur les observations et les mesures. Cela
permettra de prendre en considération tant la complexité de la tâche consistant à illustrer
ou à décrire les deux genres de renseignements que la nécessité de réunir des données
sur les dimensions physiques et morales de l’adversaire.
Il faut aussi approfondir les catégories du renseignement dont parle Sherman Kent, peu
importe qu’elles soient décrites comme des catégories ou des types. Il y a lieu également
d’examiner davantage les concepts du renseignement sur l’objectif et du renseignement
d’avertissement qui ont été fondés sur sa triade originale, soit celle du renseignement
de base, de situation et d’appréciation. De même, il convient de réfléchir davantage au
concept de Kent faisant du renseignement une connaissance et un atout développé dans
les limites du concept de la gestion de la connaissance pour inclure les éléments tant
tacites qu’explicites, en raison de l’accent que ce concept met sur la création de domaine
d’expertise individuel concernant un adversaire ou un théâtre d’opérations.
Par ailleurs, il ne faut pas écarter le concept des niveaux stratégique, opérationnel et tactique
du renseignement uniquement en raison de la théorie selon laquelle les technologies de
l’information leur ont enlevé toute pertinence. Si le processus décisionnel a lieu grâce à
différentes contributions à ces niveaux et si un accent différent est mis sur un type ou une
catégorie de renseignement pour répondre aux besoins du décideur à son niveau, alors il est
utile de faire la distinction entre les niveaux. L’accent est mis sur la structuration du produit
à ce niveau décisionnel, et non sur le renseignement que les services de renseignement
peuvent produire au niveau en question.
Enfin, il faut décrire simplement les fonctions ou les tâches d’une organisation du
renseignement, qu’elle soit fonctionnelle ou hiérarchique. En outre, comme les Américains
ont inclus la mise sur pied des forces dans les tâches du renseignement, il convient de
souligner que, si les tâches ne se rapportent qu’au champ de bataille, il se peut que d’autres
aspects de la fonction soient négligés parce que l’on ne les a jamais définis clairement, peu
importe l’énormité de leurs effets.
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CHAPITRE TROIS
L’EXPÉRIENCE CANADIENNE — APRÈS LA GUERRE FROIDE
L’officier du renseignement a deux fonctions primordiales. Il doit d’abord communiquer ce que l’on sait sur l’ennemi; ensuite, il lui incombe d’utiliser les
ressources du Renseignement pour recueillir d’autres données. Ce sont là des
tâches à temps plein quand nous faisons face à un adversaire ingénieux. Toute
autre fonction empêche l’officier du renseignement de bien remplir son rôle et revêt donc un intérêt secondaire.
1st Canadian Army Final Intelligence Report, 1945100
Introduction
Au cours des années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, l’Armée de terre du
Canada s’est principalement préoccupée de livrer et de gagner une guerre terrestre en
Europe centrale, contre un ennemi doté de ressources considérables et conventionnelles.
Les concepts du renseignement formulés jusqu’à la fin de la guerre froide allaient dans le
même sens. Quand la guerre froide a pris fin, l’Armée s’est soudainement trouvée devant
toute une gamme de scénarios possibles quant à l’emploi de ses ressources. Il en est
résulté un engagement continu dans des opérations propres à toute la gamme des conflits
à partir de 1992. L’Armée a alors déployé des forces allant de la sous-unité (compagnie)
à la formation de taille minimale (groupe-brigade à effectifs réduits) employant diverses
structures de commandement et de contrôle. Dans le présent chapitre, nous examinerons
les opérations menées depuis 1990 et faisant intervenir une composante terrestre, afin de
définir ce qui suit : les genres d’opérations exécutées; la taille des déploiements; la durée
des déploiements; les caractéristiques du théâtre; les caractéristiques des adversaires101.
Nous ne prendrons en compte que les opérations au cours desquelles des éléments
de combat (infanterie, blindés ou reconnaissance) ont été déployés, par opposition aux
missions de soutien tactique ou logistique.
Ensuite, nous examinerons le soutien fourni par le Renseignement à ces opérations en
prenant en compte la taille et le genre des organisations déployées et en nous fondant
sur les textes qui ont commencé à être publiés à la fin des années 1990 sur l’expérience
canadienne en matière de renseignement après la guerre froide102.
L’EXPÉRIENCE OPÉRATIONNELLE
Les genres d’opérations
La gamme des conflits englobe toutes les situations allant de la paix totale à la guerre
absolue ou généralisée. Récemment, l’Armée de terre du Canada a décidé de catégoriser
en fonction de grands thèmes de campagne. Ces thèmes sont les suivants : combats
d’envergure; contre-insurrection; soutien de la paix; engagement militaire en temps de
paix; intervention limitée103. Comme les engagements militaires en temps de paix ont
principalement pour objet de développer des capacités dans ou avec des pays étrangers
amis, nous n’en parlerons pas davantage ici.
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Intervention limitée
combat
d’envergure
Contre-insurrection
Soutien de la paix
Engagement militaire
en temps de paix
Interaction
pacifique
SPECTRE D’INTESITÉ DES CONFLITS
Guerre
générale
Figure 7 : T
hèmes de campagne prédominants dans l’ensemble du spectre d’intensité
des conflits
Source : MDN, Opérations terrestres, p. 3–13.
Pendant la guerre froide, le thème des combats d’envergure a dominé l’entraînement et
la pensée de l’Armée de terre du Canada, mais celle-ci n’allait pas en faire grandement
expérience après cette période. Les Forces canadiennes dans leur ensemble ont pris part
à trois grandes opérations de combat depuis la fin de la guerre froide, mais ce n’est que
récemment que l’Armée de terre l’a fait104. Il s’agit du déploiement initial, en 2002, de soldats
canadiens à Kandahar, dans le cadre de l’Op APOLLO. Le déploiement initial s’est fait
contre les restes du gouvernement taliban, vaincu peu avant, mais les forces participantes
étaient en train de passer du stade des combats d’envergure à celui du soutien de la paix
ou de la contre-insurrection.
L’Armée de terre a acquis l’essentiel de son expérience, du moins au début, à l’autre
extrémité de la gamme des conflits, c’est-à-dire dans le domaine des opérations de
soutien de la paix. Certaines se sont apparentées raisonnablement à des missions de
paix traditionnelles des Nations Unies, par exemple l’Op ECLIPSE exécutée le long de
la frontière entre l’Éthiopie et l’Érythrée en 2000–2001 ou l’Op TOUCAN, dans le Timor
oriental, en 1999–2000, mais cela n’a pas toujours été le cas. Les missions accomplies
dans les Balkans, entre 1992 et 1995 (Op HARMONY, en Croatie, et Op CAVALIER, en
Bosnie) ont été beaucoup plus intenses, et nos troupes n’ont alors pas bénéficié de la
coopération des belligérants105. Cependant, l’Accord de Dayton a rétabli l’ordre dans une
certaine mesure, et le rôle du Canada dans les Balkans, après 1995, s’est de nouveau
situé dans la moitié inférieure de la gamme des opérations de soutien de la paix,
pendant les opérations ALLIANCE et PALLADIUM jusqu’à la conclusion éventuelle de
celle-ci en 2004106.
L’autre élément ajouté sous le thème de campagne « Soutien à la paix » a pris la forme
des opérations menées dans les états défaillants ou en déroute, l’objectif ayant alors été
de rétablir l’ordre et d’alléger la souffrance de la population. À titre d’exemple, citons le cas
du déploiement canadien en Somalie, en 1993 (Op DELIVERANCE). Il y a aussi eu les
opérations successives exécutées en Haïti, entre 1995 et 1997, soit les opérations PIVOT,
STANDARD, STABLE et CONSTABLE, puis l’opération HALO, en 2004.
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Par contraste avec le premier déploiement en Afghanistan, le deuxième, qui a eu lieu en
2003 à Kaboul (Op ATHENA) et qui a été classé sous le thème du soutien à la paix, a
revêtu plus d’aspects communs avec le thème de la contre-insurrection quand les insurgés
et les terroristes ont commencé à prendre les troupes à partie et que celles-ci se sont
mises à les combattre. Quand la base principale des opérations a déménagé de Kaboul
à Kandahar, en 2005, et que les opérations de combat ont commencé dans le cadre de
l’Op ARCHER, dans le contexte de l’Op ENDURING FREEDOM (OEF) dirigée par les
États-Unis, le thème de campagne est devenu la contre-insurrection, car les combats
sont alors devenus plus fréquents. L’opération s’est poursuivie, mais sous la gouverne
de l’OTAN à partir du milieu de 2006, moment où elle a repris le nom d’Op ATHENA107.
À l’heure actuelle, il semble que des troupes canadiennes participeront à l’opération
jusqu’en 2011108.
Des interventions limitées dans le contexte canadien ont comporté l’acheminement de
secours humanitaires par l’intermédiaire de l’Équipe d’intervention en cas de catastrophe
(EICC) quoique, comme l’a montré l’évacuation effectuée au Liban en 2006, une opération
d’évacuation de non-combattants demeure possible dans l’avenir et exigerait la participation
de l’Armée de terre et le soutien nécessaire en matière de renseignement pour garantir
l’extraction, en toute sécurité, des ressortissants canadiens présents dans les zones
de conflit.
La taille du déploiement
Dans les Forces canadiennes, les entités sont divisées en catégories : les sous-unités,
les unités ou les formations109. L’unité est d’habitude la plus petite entité capable d’agir
indépendamment; dans le contexte canadien, le bataillon d’infanterie ou le régiment blindé
en sont des exemples. En général, une sous-unité fonctionne au sein d’une unité plus
grande; elle ne possède pas les capacités de soutien ou de commandement nécessaires
pour agir seule. C’est pourquoi les sous-unités canadiennes se sont d’habitude déployées
au sein d’une unité multinationale. Il y a enfin la formation, qui regroupe diverses unités
et des atouts supplémentaires de commandement et de soutien qui la dotent d’une
autonomie considérable.
En général, le Canada a déployé des unités terrestres, bien qu’il se soit parfois agi d’unités
mixtes ou comptant un nombre réduit de sous-unités. Tel a été le cas des déploiements
en Haïti au cours desquels les opérations PIVOT, STANDARD, STABLE et CONSTABLE
ont fait intervenir un « petit bataillon de reconnaissance » composé de deux compagnies.
Dans les Balkans, ce sont des bataillons d’infanterie ou des régiments blindés qui se sont
déployés; ils se composaient d’une gamme de sous-unités diverses et, à mesure que
l’opération PALLADIUM a progressé, la taille du bataillon a été réduite à deux compagnies.
Au Kosovo, l’Op KINETIC a commencé par le déploiement d’une sous-unité, mais en moins
de deux mois, le Canada avait envoyé là-bas une unité qui comprenait une troupe de chars.
En Afghanistan, notre pays a d’abord déployé un bataillon d’infanterie légère à Kandahar, en
2002, et à Kaboul, en 2003, puis, quand les troupes ont déménagé au sud, à Kandahar, les
Forces canadiennes ont constitué des bataillons de véhicules légers (VBL) plus lourdement
blindés. Elles ont fini par aligner de véritables groupements tactiques, qui ont compris un
escadron de chars à partir de l’automne de 2006.
Quand des sous-unités ont été déployées, ce fut soit des compagnies d’infanterie, soit
des escadrons de reconnaissance : les opérations TOUCAN, ECLIPSE et HALO sont des
exemples du premier cas, et la dernière rotation de l’Op PALLADIUM, en 2004, et trois
rotations des troupes canadiennes à Kaboul, dans le cadre de l’Op ATHENA en 2004–2005,
illustrent le second.
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La nécessité de collaborer de plus près avec les éléments civils dans les opérations
de soutien de la paix et de contre-insurrection a entraîné l’adoption d’entités telles que
l’Équipe de reconstruction provinciale (ERP) dans le cadre des déploiements canadiens
en Afghanistan. À partir de l’été de 2005, cette entité, qui avait sans doute la taille d’une
compagnie, a assuré la première présence canadienne au sein de l’OEF dirigée par les
États-Unis. Elle est ensuite devenue une sous-unité d’un bataillon canadien et, plus tard,
une unité indépendante placée sous le commandement d’une formation canadienne, De
même, bien que ce fût probablement à un niveau inférieur à celui des sous-unités, le
Canada a participé à l’initiative des équipes d’observation et de liaison (EOL) en Bosnie, à
partir de 2004.
Le Canada n’a pas encore déployé une formation complète. Cependant, il a soit déployé un
quartier général complet de formation canadienne pour commander des unités de plusieurs
pays, soit participé à la dotation du quartier général d’une formation multinationale, ou
encore dirigé une telle activité. Pour illustrer le premier cas, citons les deux déploiements
exécutés en 1995 pendant l’Op ALLIANCE en Bosnie, au sein de la Force d’intervention
(IFOR). En se fondant sur les QG du 2 GBMC et du 5 GBMC, les Forces canadiennes ont
commandé un groupement de sous-unités canadiennes (une compagnie d’infanterie, un
escadron de reconnaissance et un escadron du génie) ainsi qu’un bataillon d’infanterie
mécanisée tchèque110.
Depuis l’automne de 2006, l’évolution du quartier général de la Force opérationnelle
interarmées en Afghanistan (FOI-Afg) a entraîné la création d’un nouveau quartier général
de formation canadien. Le QG FOI-Afg est passé de son rôle plus ou moins traditionnel en
tant qu’élément de commandement national (ECN) à celui d’un quartier général opérationnel
et national. À titre de QG opérationnel au sein de la structure de l’OTAN, il dirige la Force
opérationnelle Kandahar (FO Kandahar) et il exécute des opérations dans la province de
Kandahar avec les forces relevant de son commandement. On a dit du rôle qu’il exerce au
niveau opérationnel qu’il transformait la stratégie canadienne en activités tactiques; la force
prend alors le nom de FOI-Afg, mais on peut aussi y voir une organisation fonctionnant
juste au-dessus de la limite entre les domaines opérationnel et tactique, lorsqu’il s’agit
d’encadrer les activités tactiques dans la province. C’est alors le nom de FO Kandahar qui
s’applique, et celle-ci suit également, dans ce contexte, les directives du Commandement
régional — Sud (CR-S) et de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS)111.
C’était au départ un quartier général spécial, mais il a depuis puisé dans un quartier général
de brigade existant, à commencer par celui du 5 GBMC au cours de l’été de 2007.
L’autre modèle, en vertu duquel le quartier général de brigade canadien a servi de noyau
au quartier général multinational, a été créé à Kaboul, en Afghanistan, en 2003 : le
2 GBMC fournissait l’essentiel de l’état-major (64 p. 100) au quartier général de la Brigade
multinationale de Kaboul (BMNK), et le reste provenait de 15 autres pays112. Le 5 GBMC,
venu après, a fonctionné de façon semblable. Outre un groupe-bataillon canadien, ce
quartier général commandait toute une gamme de ressources propres à la brigade, telles
que des hélicoptères, des véhicules aériens non pilotés et des services de renseignement,
sans compter des bataillons français et allemands et une compagnie britannique113.
De même, quand le Canada a pris la direction du CR-S à Kandahar, en 2006, le quartier
général était axé sur le QG 1 GBMC et, là encore, un seul bataillon canadien relevait
de lui. Quand les choses sont passées sous le commandement de l’OTAN, des unités
britanniques, hollandaises, roumaines et américaines se sont ajoutées à cette structure.
Finalement, il y a eu moins de Canadiens dans ce quartier général (50 p. 100) que dans
celui de la BMNK; quand les Canadiens ont dirigé le QG pour la deuxième fois en 2008, ce
pourcentage est tombé à 25 p. 100.
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Ces quartiers généraux multinationaux présentent d’importants défis sur le plan du
renseignement. Le premier se manifeste lorsqu’il s’agit de partager les données de
renseignement, car, dans certains théâtres, les données de renseignement disponibles et
utiles tendent à être produites par des partenariats bilatéraux ou multilatéraux permanents,
plutôt que par la coalition qui forme le quartier général. Cela entraîne souvent un
sectionnement au sein de l’état-major114. Par ailleurs, il est plus difficile de constituer un
bassin d’experts du renseignement expérimentés pour ces états-majors, tout en soutenant
la contribution canadienne.
La durée des déploiements
L’Armée de terre a eu tendance à se déployer pour exécuter des missions qui ont duré plus
d’un an et ont nécessité une rotation des troupes. Dans certains cas, la taille du contingent
déployé a pu varier au fil du temps, ou une interruption provisoire du déploiement a pu
se produire. Les opérations TOUCAN, ECLIPSE et DELIVERANCE ont fait exception,
car elles ont toutes duré six mois. Elles ont toutes eu lieu dans des régions où des
troupes canadiennes ne s’étaient pas déployées auparavant et où elles ne se sont pas
déployées depuis.
Le Canada a exécuté de multiples opérations en Haïti, la première ayant eu lieu avant la
fin de la guerre froide : en effet, en 1987–1988, l’Op BANDIT, qui n’a pas abouti, avait pour
objectif de débarquer un bataillon d’infanterie chargé de mener à bien, au besoin, une
évacuation non autorisée. Par suite d’un besoin semblable survenu en 1993, le Canada a
planifié l’Op DIALOGUE pour laquelle une compagnie du Régiment aéroporté s’est tenue
en état d’alerte pendant un mois en vue de réaliser une autre évacuation de personnes
présentes en Haïti. Après le déploiement de 1995, cependant, le Canada est resté sur
place sans interruption pendant 33 mois, soit jusqu’en 1997. Six ans et demi plus tard, des
troupes canadiennes sont de nouveau entrées en Haïti pour y mener l’Op HALO, qui a
duré six mois.
Les opérations exécutées dans les Balkans comme tels se sont poursuivies pendant plus
de 10 ans, soit de 1992 à 2004, si l’on s’en tient aux déploiements d’unités et de sousunités conventionnelles, avant de passer au stade des équipes d’observation et de liaison
(EOL), qui ont été à pied d’œuvre de 2004 à 2007. Avant les accords de Dayton, signés en
1995, l’Op HARMONY a comporté sept rotations en Croatie, et l’Op CAVALIER, six autres
en Bosnie. Après ces accords, les deux rotations de l’Op ALLIANCE ont été suivies par
les 15 rotations de l’Op PALLADIUM dans la même zone d’opérations, pour ainsi dire. Les
EOL ont continué de travailler dans cette région pendant deux autres années et demie.
L’Op KINETIC, qui a comporté deux rotations au Kosovo, a dépassé quelque peu le cadre
des Balkans.
Le déploiement initial d’un bataillon d’infanterie en Afghanistan, en 2002, n’a duré que
six mois, mais après être retournée à Kaboul en 2003, l’Armée de terre du Canada est
restée dans ce pays sans interruption. Le déploiement à Kaboul a comporté cinq rotations
de 2003 à 2005, et celui fait à Kandahar, qui a commencé en 2005 et doit se terminer en
2011, pourrait bien en ajouter une dizaine d’autres.
Les caractéristiques du théâtre d’opérations
Les théâtres d’après la guerre froide ont été très différents de ceux que l’on avait envisagés
pour l’Armée de terre du Canada pendant la guerre froide. Outre que les déploiements ont
été plus longs, la taille des zones d’opérations a changé également. Pendant la guerre
froide, les bataillons étaient chargés chacun d’un secteur relativement petit pouvant mesurer
30

Publication no 5 de la collection JADEX
au maximum quatre kilomètres de largeur et dix kilomètres de profondeur, et les secteurs
étaient en général disposés de façon contiguë et dans un plan linéaire115. Les zones de
mission confiées aux unités canadiennes étaient beaucoup plus vastes et elles comportaient
des brèches, car les ressources ne suffisaient pas pour couvrir toutes les superficies à
surveiller. Cela a donné lieu à des zones de déploiement qui n’étaient pas linéaires et
qui étaient de moins en moins contiguës. Les compagnies déployées dans le cadre des
opérations TOUCAN et ECLIPSE s’occupaient de vastes zones s’étendant sur plus de
800 kilomètres carrés116 et 3 200 kilomètres carrés (40 km sur 80 km)117, respectivement.
De même, la zone confiée à chaque bataillon a commencé à prendre de l’ampleur pour
mesurer au maximum 900 kilomètres carrés d’abord, pendant l’Op CAVALIER118 et
englober finalement la moitié d’Haïti. Aujourd’hui, les opérations menées dans la province
de Kandahar le sont dans un territoire couvrant plus de 50 000 kilomètres carrés (à certains
endroits, il mesure 300 km sur 300 km); quand le 1 GBMC a pris le commandement de la
Brigade multinationale (Sud), sa zone d’opérations s’étendait dans six provinces dont les
dimensions étaient de 800 km sur 500 km.
Outre que les territoires sont désormais plus grands, les contacts avec la population civile
locale se sont multipliés, et certaines missions ont eu lieu dans des endroits comportant
de grands centres urbains. Port-au-Prince et Kaboul sont deux villes comptant plus de
deux millions d’habitants, si l’on tient compte de l’expansion tentaculaire, et la ville de
Kandahar en a quant à elle plus d’un demi-million. En Bosnie, les troupes canadiennes
n’ont en général pas fonctionné dans des zones urbaines aussi considérables, sauf
pendant l’Op HARMONY, à Sarajevo même en 1992; le nombre d’habitants était en général
inférieur à 50 000.
Compte tenu de la présence accrue des populations civiles dans les zones d’opérations,
les Forces canadiennes ont davantage mis l’accent sur les relations avec les autorités
locales. Dans le cadre des opérations de soutien de la paix plus traditionnelles, telles que
les Op ECLIPSE ou TOUCAN, les FC se devaient d’être perçues comme étant objectives.
En fait, cela a été un facteur déterminant quand elles ont décidé de limiter le déploiement
des unités de renseignement dans les Balkans, au début; c’était là une leçon retenue
de l’opération de paix menée à Chypre. C’est pourquoi les unités des FC déployées ont
cherché à demeurer indépendantes des autorités officielles, dans certaines régions.
Cependant, si la mission avait pour objet de soutenir ou d’encourager la reconstruction
de structures hiérarchiques locales, comme à Haïti ou en Bosnie au cours des dernières
années de l’Op PALLADIUM, la nature de la relation pouvait changer énormément119.
Fait intéressant, au début de l’Op HARMONY, les FC sont vite devenues la cible des
deux camps, bien que ce fût d’une façon non partisane. Quand l’opération se transforme en
une lutte anti-insurrectionnelle, comme c’est maintenant le cas en Afghanistan, la relation
avec les autorités locales commence à dominer la mission. À certains égards, le renforcement
des capacités d’éléments clés de la structure hiérarchique, par exemple les forces
armées et la police, peut devenir aussi important que les mesures prises contre l’ennemi,
sinon plus.
Enfin, après des années de préparation en vue de fonctionner dans le contexte de l’OTAN
aux côtés des forces allemandes ou américaines, les Canadiens ont plutôt fait partie
d’alliances diverses dont la gamme allait des coalitions onusiennes ou multilatérales
générales ayant exécuté les Op HARMONY et CAVALIER, par exemple, jusqu’à celle
qui, sous la direction des États-Unis, a mené l’opération ENDURING FREEDOM. Dans
le premier cas, la coalition tend à être limitée quant à sa capacité de fournir un soutien
supplémentaire à la composante terrestre du Canada. Dans le second, pareil soutien risque
de dépasser largement celui que les ressources canadiennes pourraient normalement offrir,
surtout dans les domaines tels que le renseignement et l’appui aérien.
Publication no 5 de la collection JADEX

31
Les caractéristiques de l’adversaire
L’Armée de terre caractérise les menaces ennemies comme étant le fait de forces
conventionnelles ou irrégulières120, mais dans le contexte des opérations dont nous parlons
ici, les genres d’adversaires peuvent être d’anciens belligérants, des belligérants luttant
activement l’un contre l’autre, des factions obstructionnistes (y compris les milices, les
seigneurs de guerre et les éléments criminels) et des ennemis ou d’autres parties s’opposant
à la mission. Les belligérants se composent essentiellement de forces conventionnelles,
bien que la présence de forces paramilitaires soit aussi possible.
L’Op ECLIPSE fournit un bon exemple de ce que sont d’anciens belligérants. Les forces
armées éthiopiennes et érythréennes ont collaboré avec la compagnie d’infanterie
canadienne pour atteindre les objectifs de la mission, bien qu’il y ait eu de part et d’autre
des tentatives pour acquérir un avantage ou conserver la supériorité sur l’adversaire, en
cas de reprise des hostilités121. En général, toutefois, les belligérants ont très peu menacé
de s’en prendre directement aux troupes canadiennes. L’exemple s’apparente aussi à celui
de la Bosnie, après les accords de Dayton, dans le contexte des opérations menées en
présence des anciennes factions opposées (les Croates, les Serbes, les Serbes de Bosnie,
les Croates bosniaques et les Bosniaques).
Avant les accords de Dayton, la situation qui existait en Bosnie correspondait beaucoup plus
à un cas où l’adversaire était encore en guerre contre son ennemi et résolu à poursuivre ses
objectifs par la force en violant les cessez-le-feu décrétés par l’ONU, voire en s’en prenant
aux casques bleus. Pour illustrer ce cas, citons la bataille déjà mentionnée qui a eu lieu
dans la poche de Medak, pendant l’Op HARMONY. Depuis 1996, le Canada a veillé à éviter
les situations où ses forces armées seraient déployées entre des belligérants n’ayant pas
encore cessé les hostilités.
Par « factions obstructionnistes », on désigne les éléments situés sous le niveau des
anciens belligérants, ou de ceux n’ayant pas cessé les hostilités. Ils peuvent coexister avec
les autres catégories d’adversaires. Ce sont en général des éléments à qui la réussite
de la mission ne procurera pas grand-chose, car elle restreindra leurs activités actuelles.
Mentionnons, par exemple, les gangs criminels en Haïti et les seigneurs de guerre en
Somalie. Certains éléments du même genre se sont aussi manifestés en Afghanistan dans
le contexte du commerce de l’opium et des structures hiérarchiques traditionnelles non
gouvernementales (sbires régionaux, seigneurs de guerre, etc.). Tout dépendant de la
façon dont les obstructionnistes sont traités, ils peuvent se transformer en alliés, ou en
éléments qui entraveront la mission.
Les ennemis ou les parties s’opposant à la mission lui font directement obstacle et souhaitent
plutôt en arriver à des fins radicalement différentes. Ce n’était pas la norme dans les années
1990, mais depuis 2002, les opérations menées en Afghanistan se sont heurtées à ce
genre d’adversaires tels que les talibans engagés dans une guerre insurrectionnelle contre
les troupes canadiennes.
L’EXPÉRIENCE DU RENSEIGNEMENT
L’organisation du renseignement de l’Armée de terre du Canada
Par contraste avec les nobles aspirations organisationnelles formulées pour les unités
du renseignement du Corps d’armée en 1986 et en 1996, l’Armée de terre du Canada
disposait en fait de services du renseignement tactique très limités en 1990. Exception faite
32

Publication no 5 de la collection JADEX
du Régiment aéroporté du Canada (RAC), toutes les unités de l’infanterie et des blindés
misaient sur des soldats des armes de combat ayant suivi des cours sur le renseignement
tactique pour doter leurs sections du renseignement. Il y avait un état-major du renseignement
(ou G2) dans chaque brigade ainsi qu’un état-major du renseignement de la garnison qui
appuyait le commandant de l’Armée de terre à Saint-Hubert. Il y avait par ailleurs un petit
service du renseignement de réserve qui comptait six sections du renseignement de la
milice installées avec les bataillons des services disséminés dans le pays.
Comme nous l’avons mentionné, la structure du renseignement de l’Armée de terre de 2002
s’inspirait beaucoup du modèle du Corps d’armée de 1986 pour ce qui était d’organiser
deux compagnies du renseignement destinées à servir en Europe et en Amérique du Nord
(80 et 105 membres, respectivement) et trois pelotons de renfort et d’intervention (chacun
comptait 28 soldats)122. Seulement deux volets de ce plan ont été mis en œuvre, par suite
du budget de 1989. Il y a d’abord eu la mise sur pied partielle de la 1re Compagnie du
renseignement, à Kingston. La constitution de l’unité s’est arrêtée après la première année,
de sorte qu’au lieu de compter 80 membres, elle n’en a aligné que 19 en tout123. Ensuite,
on a créé les compagnies d’instruction du renseignement de la Réserve, qui ont accru
considérablement les capacités de la Réserve sur ce plan.
Vers le milieu de la décennie, après le regroupement des chefs d’état-major des armées
à Ottawa, l’Armée de terre avait opté pour une structure qui prévoyait un personnel du
renseignement de la Force régulière moins nombreux qu’avant. La section d’état-major qui,
à Saint-Hubert, produisait le renseignement a disparu pendant le déménagement à Ottawa
et elle s’est dès lors réduite à quelques officiers d’état-major. Le plan de l’Armée de terre
de 1996 allait mettre l’accent sur ce qui suit : conserver l’état-major G2 dans toutes les
brigades, parallèlement au nouveau quartier général de secteur qui avait fait son apparition
au cours des années intermédiaires; conserver une unité déployable sous la forme de
la 1re Compagnie du renseignement; utiliser un peloton du renseignement de la Réserve
comme noyau de toute force d’urgence; utiliser les compagnies du renseignement de la
Réserve comme sources de renfort pour la 1re Compagnie, selon les besoins124.
Par suite de ce plan, il était rare que les spécialistes du renseignement fissent partie intégrante
des organisations avec lesquelles ils se déployaient, ce qui a entraîné un regroupement
important et la création d’organisations spéciales. En outre, comme le montre la Figure 4,
l’effectif global des membres de la Force régulière affectés au renseignement a diminué
entre 1992 et 2002, puis a commencé à augmenter de nouveau. Un des pires reculs s’est
produit quand la 1re Compagnie du renseignement a été démantelée en 2000 et que son
personnel a été muté en dehors de l’Armée de terre et envoyé tout d’abord au Quartier
général interarmées, puis à Ottawa, en 2006, pour former l’état-major du renseignement du
Commandement de la Force expéditionnaire du Canada (COMFEC)125. La Figure 8 montre
aussi que le personnel du renseignement a de plus en plus été appelé à se déployer. Il
convient de souligner que les chiffres se rapportent à tout le personnel du renseignement
de la Force régulière affectée à l’Armée de terre, y compris celui qui occupait des postes
dans les états-majors de secteur et dans l’état-major de la Force terrestre. Au niveau de
la brigade et aux niveaux inférieurs, le nombre de spécialistes du renseignement oscillait
entre 30 et 40. C’est en misant davantage sur ceux qui provenaient des compagnies du
renseignement de la Réserve que l’on a pu appuyer les déploiements126.
Publication no 5 de la collection JADEX

33
Renseignement de l'Armée de terre — Personnel déployé
Effectif
104
100
90
109
Personnel de la F rég
1 Cie Rens effectif nul
80
84
70
74
60
50
40
30
Personnel déployé
20
14
10
24
92
93
94
95
96
Op ARCHER
Op PALLADIUM
Op PALLADIUM
Op CAVALIER
Op MANDARIN Op STABLE
FORPRONU IFOR
38
33
28
Op PALLADIUM
98
Op APOLLO
Op KINETIC
SFOR
97
Op ATHENA
KFOR
99
00
Op ECLIPSE
01
02
FIAS
03
04
05
06
Figure 8 : Personnel du renseignement de l’Armée de terre — Déploiements et effectifs
Source : Villeneuve, Le Journal de l’Armée du Canada, vol. 9, no 2, été 2006, p. 28
Deux autres changements organisationnels importants ont influé sur le personnel du
renseignement déployé de l’Armée de terre : la transformation du Renseignement de
la Défense avec la nomination du Chef — Renseignement de la Défense (CRD) qui a
remplacé le Directeur général — Renseignement (DG Rens) en novembre 2004 (poste qui
existait depuis la fin de la guerre froide), et la mise sur pied du Commandement de la Force
expéditionnaire du Canada (COMFEC), en 2006127. L’organisation du CRD, qui regroupait
tous les services nationaux de recherche du renseignement dans une seule chaîne de
commandement, a permis de déployer de tels services de plus en plus solides à l’appui des
déploiements de l’Armée de terre.
Les cinq premières années postérieures à la guerre froide
Les premières opérations de soutien de la paix menées après la guerre froide ont
comporté d’importants obstacles au développement du renseignement dans l’Armée de
terre. Antérieurement, une composante considérable du renseignement avait fait partie de
certaines opérations de paix, mais les expériences récentes du Canada à Chypre et au
Moyen-Orient avaient établi une culture axée sur l’ouverture et fait de celle-ci un outil qui
favorisait l’exécution de la mission, de sorte que les activités du renseignement étaient
perçues comme gênant cette ouverture128.
Cependant, le Renseignement demeurait présent. Quand les bataillons se sont déployés
dans les Balkans et en Somalie, ils ont compté sur leurs sections du renseignement
intégrées. Ainsi, le Groupement tactique du Régiment aéroporté du Canada (GT RAC) s’est
déployé en Somalie avec une section du renseignement raisonnablement solide reposant
sur du personnel de la Branche des services du renseignement. Dans les Balkans toutefois,
on n’a suivi aucun modèle cohérent au début, le premier groupement tactique ayant déployé,
34

Publication no 5 de la collection JADEX
en 1992, une section de spécialistes du renseignement sous la direction d’un officier des
armes de combat. En général, cependant, on a misé sur le modèle de la guerre froide, en
vertu duquel des soldats des armes de combat, bénéficiant d’un service du renseignement
tactique toutes armes, étaient employés au niveau du bataillon, et le personnel de la
Branche des services du renseignement, à celui de la brigade et aux niveaux supérieurs129.
Cette dynamique a changé en 1993, pendant que le 12 RBC participait à l’Op CAVALIER :
en effet, un officier de cette branche a alors remplacé l’officier du renseignement des armes
de combat, et en 1995, cette pratique est devenue la norme130.
En amont des groupements tactiques canadiens dans les Balkans, la structure de
commandement et de contrôle des Nations Unies n’était pas dotée, au début, d’un
appareil efficace du renseignement au niveau de la FORPRONU131. Le commandant
d’un groupement tactique britannique a décrit la situation comme en étant une où le
renseignement circulait unilatéralement, de bas en haut132. On a modifié légèrement les
structures du renseignement dans les bataillons afin d’améliorer l’accès aux produits du
renseignement canadiens, de manière à favoriser la protection de la force133. À mesure
que la mission a progressé, des membres de la Branche des services du renseignement
du Canada ont été déployés auprès de la FORPRONU, puis, quand les technologies de
l’information se sont améliorées, on a créé une liaison-renseignement afin de soutenir un
commandant adjoint canadien de la FORPRONU en 1995134.
En Somalie, pendant que le GT RAC faisait partie de la 10th Mountain Division des
États-Unis, on a décidé de conserver un quartier général interarmées canadien dont le
GT RAC continuerait de relever. Un petit élément d’état-major du renseignement canadien
s’était déployé avec ce quartier général, mais il ne possédait aucun moyen de recherche,
de sorte que le GT RAC a été privé du renseignement tactique de niveau supérieur offert
par la division135. Quand la Commission d’enquête sur la Somalie a examiné le soutien
assuré à la mission au chapitre du renseignement, elle a conclu qu’au départ, les services
du renseignement s’étaient préoccupés à tort des factions armées, alors que la véritable
menace dans le théâtre résidait, pensait-on, dans le brigandage endémique136.
Quand le groupement tactique canadien s’est déployé en Haïti en 1995, le Canada a
assumé un rôle de chef dans le quartier général de la force; par la suite, la majorité du
personnel affecté au renseignement a travaillé à ce niveau, sans doute pour prévenir les
problèmes du genre de ceux que l’on avait observés dans les Balkans137.
Après les accords de Dayton, avec l’OTAN dans les Balkans
La force qui s’est déployée après les accords de Dayton reposait sur une structure de
l’OTAN, de sorte que personne ne s’est opposé à lui assurer un soutien en matière
de renseignement, du fait qu’il s’agissait d’une opération de paix. La première Force
d’intervention de l’OTAN (IFOR) comprenait une section du renseignement dans le quartier
général de la brigade canadienne. Comme à Haïti, le principal effort canadien en matière de
renseignement a été déployé à un niveau supérieur à celui du groupement tactique, pendant
le déploiement de l’IFOR. Quand celle-ci est devenue la Force de stabilisation de l’OTAN
(SFOR) un an plus tard, on n’a plus eu besoin d’un état-major du renseignement dans la
brigade, et le principal effort au chapitre du renseignement a été confié au groupement
tactique. Conformément aux méthodes adoptées plus tôt, le personnel du renseignement
allait dès lors être affecté au bataillon auquel la mission serait confiée, afin de former la
section du renseignement. En 2004, quand un escadron de reconnaissance a exécuté
la dernière rotation, on l’a renforcé d’une petite section du renseignement formée de
trois hommes138.
Publication no 5 de la collection JADEX

35
Conformément aux pratiques de l’OTAN, le Canada a établi pour la première fois une
cellule canadienne du renseignement national (CANIC) à Sarajevo. Elle disposait de
technologies de l’information protégées et elle était installée dans les locaux d’autres
cellules nationales de renseignement (NIC) de l’OTAN pour fournir des données de
renseignement à l’IFOR, transmettre au Canada des renseignements sur le théâtre
et soutenir le commandant du contingent canadien139. Comme elle relevait au début du
Directeur général — Renseignement, à Ottawa, elle favorisait les deux premières fonctions
avant la troisième. Cependant, on a modifié cette formule de commandement et de contrôle,
et la CANIC a été placée sous la direction du commandant du contingent et elle y est restée
jusqu’en 2002140. Le Canada a peu à peu emprunté la terminologie des NIC pour décrire
le soutien assuré à un commandant national canadien, qui était souvent employé dans un
quartier général multinational ou de l’ONU, au lieu de suivre le concept original de l’OTAN
qui préconisait un partage entre les organismes nationaux et ceux de l’OTAN141.
Au Kosovo, afin de fournir le soutien au chapitre du renseignement, on a mis encore plus
à profit ces expériences, et l’on a employé un état-major CANIC/J2 à double fonction dans
le contingent, une section du renseignement dans le groupement tactique et une petite
section de spécialistes du renseignement tactique dans l’escadron de reconnaissance142.
Les opérations des compagnies — Le Timor oriental, l’Éthiopie et l’Érythrée
C’est pendant l’opération menée au Timor oriental que l’on a pour la première fois renforcé
une compagnie d’infanterie avec une petite section du renseignement composée de deux
hommes et dirigée par un adjudant143. Cette compagnie relevait d’un bataillon d’infanterie
néo-zélandais. Le commandant du contingent avait l’appui d’une petite section du J2 et de
communications protégées pour le renseignement; la section a d’abord été installée à bord
d’un navire, mais elle a finalement déménagé à terre, avec la compagnie144.
La même démarche a été employée de nouveau, un an plus tard, en Éthiopie et en
Érythrée. En vertu du plan initial, on devait déployer dans la compagnie des spécialistes
du renseignement de combat appartenant à la section du renseignement du bataillon,
mais ce sont des membres de la Branche des services du renseignement qui sont venus
d’ailleurs pour répondre au besoin145. Cette fois, la compagnie a relevé d’un bataillon
hollandais. Ici encore, le commandant du contingent a bénéficié d’un petit état-major du
renseignement ayant accès à des communications protégées et d’un spécialiste canadien
du renseignement affecté au quartier général de la force, pour améliorer la liaison en
matière de renseignement146.
Le déploiement de 2004 en Haïti a eu lieu à un moment où des déploiements étaient aussi
effectués en Afghanistan et en Bosnie, de sorte que son architecture du renseignement
s’en est ressenti. Le quartier général du Groupe des opérations interarmées des Forces
canadiennes (GOIFC) a déployé le noyau d’un centre interarmées du renseignement (CIR)
en Haïti, renforcé par des spécialistes du renseignement venus de diverses parties du
Canada. Une fois à Haïti, le CIR a envoyé un officier de liaison pour le renseignement et
d’autres ressources à l’avant pour appuyer le groupe-compagnie canadien147.
Le renseignement en Afghanistan
Le bataillon déployé à Kandahar en 2002 comprenait une section du renseignement
composée de membres de la Branche des services du renseignement148 et rattachée à un
groupement tactique. Comme celui-ci devait fonctionner au sein d’une brigade américaine,
un officier de liaison pour le renseignement l’a accompagnée, mais la diffusion de produits
du renseignement américain ne pouvant être communiqués à des étrangers (NOFORN) a
36

Publication no 5 de la collection JADEX
fait problème pendant toute la période de service149. Aucun état-major du renseignement n’a
été déployé pour soutenir le commandant du contingent, mais des unités des transmissions
et du renseignement protégés l’ont été au lieu d’une CANIC, et le produit a été mis à la
disposition des commandants150.
Quand, l’année suivante, un bataillon s’est déployé à Kaboul, il disposait lui aussi
d’une section du renseignement pour groupement tactique; cette fois-là, la section était
dirigée par un officier du renseignement et elle se composait de membres des armes de
combat et de la Branche des services du renseignement151. Elle fonctionnait au sein du
mécanisme du renseignement d’une brigade multinationale, lequel, bien que celle-ci fût
sous le commandement d’un officier canadien, était dirigé par un état-major G2 allemand
appuyé par un commandant adjoint canadien152. Contrairement à ce qui avait été le cas de
déploiements antérieurs, la CANIC ou le J2 du contingent ont été remplacés par ce que
l’on a appelé un centre du renseignement toutes sources (CRTS). Celui-ci comprenait une
cellule du renseignement tirée du 2 GBMC et s’accompagnant d’une équipe de géomatique,
d’imagerie et de SIGINT (EGIS) composée de ressources nationales fournies par le Centre
d’imagerie interarmées des Forces canadiennes (CIIFC), par le Groupe des opérations
d’information des Forces canadiennes (GOIFC) et par le Service de cartographie. Grâce
à ses moyens protégés de communication du renseignement, le centre pouvait fournir un
officier de liaison au commandant de la Brigade multinationale de Kaboul (BMNK), tandis
que le gros des ressources était installé chez le groupement tactique et se concentrait sur
l’analyse et l’exploitation à long terme153. La relation entre le CRTS et le bataillon à Kaboul
était telle que celui-ci a créé ses propres moyens opérationnels distincts de désignation
des objectifs en se fiant aux capacités de recherche du CRTS, tout en comprenant que
les commandants opérationnels étaient à l’origine des capacités d’analyse des CRTS154.
Le CRTS travaillait pour le commandant canadien de la BMNK et recevait ses ordres par
l’intermédiaire du commandant adjoint du G2. La figure ci-dessous montre la structure telle
qu’elle existait en 2003.
QGDN/CCDN
QG Sud des Forces
alliées de l’OTAN
Cellule du
renseignement
toutes sources
G2 BMK
AUTRES
SCRS
GRC
CI
CRIMINT
HUMINT
FIAS
CC ISTAR
CAPTEURS
Équipe de
géomatique,
d’imagerie et de
SIGINT
Centre du SIGINT/des
opérations de guerre
électronique
Coyote
GE
SAOCB
UAV
Figure 9 : Structure canadienne du renseignement — Kaboul 2003
Source : Diagramme tiré de l’ouvrage de Cox, p. 165
Publication no 5 de la collection JADEX

37
En déployant ainsi un CRTS, on modifiait la façon dont les ressources nationales de recherche
et d’analyse pouvaient être intégrées pour soutenir le commandant d’une force tactique.
Auparavant, les systèmes et les organisations déployés pour soutenir les commandants
de contingent avaient principalement eu pour objet de fournir un moyen de communiquer
avec les entités nationales de production de renseignements stratégiques. L’évolution des
technologies et de l’organisation a créé la possibilité d’intégrer des ressources nationales
dans le combat tactique155.
Le CRTS a commencé à servir de plaque tournante pour les services canadiens du
renseignement à Kaboul. À mesure que la mission progressait, on a réorganisé certaines
ressources tactiques de recherche pour les faire relever de lui. Cela s’est produit en partie
par suite de la réduction de la taille de la mission après les deux premières rotations, ce
qui a ramené la force à la taille d’un escadron de reconnaissance, qui ne pouvait pas
gérer d’autres spécialistes de la recherche. Conformément au modèle établi dans le Timor
oriental et en Éthiopie et en Érythrée, l’escadron a effectivement employé une petite section
du renseignement composée de trois hommes, pour ses propres besoins. Un autre facteur
avait entraîné le changement : les problèmes de coordination qui avaient été observés
dès la première rotation entre les spécialistes nationaux et tactiques de la recherche. Les
ressources qui avaient été déployées séparément à l’origine, par exemple les équipes de
spécialistes du renseignement humain (HUMINT), les équipes de contre-ingérence (CI)
et les détachements de guerre électronique (GE), ont toutes été intégrées dans le CRTS.
Quand les opérations se sont transportées au sud, à Kandahar, on a commencé à ressentir
la tension due au déploiement de structures du renseignement de plus en plus lourdes.
Au début, il y avait seulement une ERP, pendant l’étape transitoire, puis à partir de 2006,
on a envisagé une structure du renseignement beaucoup plus grande pour soutenir les
opérations du groupement tactique et de la brigade dans le cadre de l’OEF. Quand, au stade
de la planification initiale, on a décidé de se limiter au personnel des armes de combat dans
le groupement tactique, tout en faisant appel au CRTS, les expériences de la décennie
antérieure ont abouti à l’utilisation de réservistes spécialistes du renseignement pour doter
la plupart des postes clés. Une petite cellule du renseignement composée de deux hommes
s’est déployée avec l’ERP.
Environ la moitié de l’état-major du renseignement dans le quartier général de la Brigade
multinationale était canadienne à l’origine, mais cette proportion a diminué au cours des
rotations ultérieures. Quand la Force opérationnelle interarmées en Afghanistan (FOI-Afg)
a été mise sur pied à l’automne de 2006, la structure a évolué également et elle a fini par
comprendre une section du renseignement dans la FOI même156.
Outre que les CRTS ont soutenu les opérations conventionnelles, ils ont eu pour clients les
forces d’opérations spéciales (FOS) du Canada en Afghanistan157. Celles-ci semblent avoir
déployé une structure semblable au CRTS pour appuyer leurs opérations dans ce pays, et
il se peut qu’elles aient utilisé une EGIS au cours des opérations ayant précédé l’arrivée du
2 GBMC à Kaboul, en 2003158. Les FOS peuvent porter différents noms, soit celui de Centre
du renseignement pour les opérations spéciales (CROS) dans le cas présent; contrairement
à ce qui a été le cas du CRTS de Kandahar, qui a éprouvé certains problèmes, le CROS a
été décrit comme étant particulièrement efficace dans son rôle qui consistait à fournir des
données de renseignement aux FOS159.
Au début, cette structure du renseignement a semblé elle aussi se heurter à des problèmes.
Un des points faibles, auquel on a remédié, était dû au fait qu’en raison de la dispersion
du groupement tactique, les opérations des compagnies étaient elles aussi dispersées
et exécutées à la lumière de données de renseignement issues de la base et obtenues
38

Publication no 5 de la collection JADEX
grâce à des contacts locaux et à la coopération avec les autorités afghanes locales160.
La synchronisation des ressources RSR dans le contexte des combats menés par les
compagnies a elle aussi présenté un défi, mais pour des raisons différentes. Un commandant
a précisé que, pendant le déploiement du 1er Bataillon en 2006, la situation était telle que
les ressources RSR n’étaient pas toujours disponibles, car elles étaient détournées au
profit d’autres troupes en contact avec l’ennemi, y compris les FOS, ou entravées dans
leur action par diverses sources de friction telles que des technologies incompatibles, des
problèmes de communications et des erreurs humaines, entre autres161. Cependant, le
prochain commandant du groupement tactique semble avoir bénéficié d’un meilleur soutien
RSR et il reconnaît que l’emploi combiné de moyens de guerre électronique et de véhicules
aériens sans pilote a créé des conditions qui lui ont permis de dominer la situation au niveau
tactique et de réagir avant que les talibans pussent exécuter leurs plans162. À l’issue des
deux premières périodes de service, d’aucuns ont affirmé que, dans l’ensemble, il y avait
eu un manque de spécialistes du renseignement au niveau des compagnies, ce qui avait
entraîné des problèmes quant à la planification et à l’intégration des ressources RSR163. En
outre, la transmission des données de renseignement aux échelons inférieurs semble avoir
fait problème, car on ne pouvait poursuivre les opérations dépendant du renseignement
avec « des sous-unités qui ne recevaient pas en quantité suffisante des données de
renseignement du genre et de la qualité dont elles estimaient avoir besoin »164. Le CRTS ne
semble pas avoir pu produire le renseignement opérationnel nécessaire pour comprendre
la pensée des talibans dans toute la province de Kandahar, car il concentrait plutôt son
attention sur les manœuvres tactiques de l’ennemi au niveau local165.
Discussion
Après la guerre froide, l’Armée de terre du Canada n’a pas fait grand-chose pour
restructurer ses services du renseignement. Elle a conservé une structure axée sur les
grands combats, le personnel chargé du renseignement tactique se situant au niveau de
la brigade; on supposait implicitement que quelqu’un d’autre fournirait le renseignement
de base nécessaire pour soutenir les opérations. Dans son plan de 1996, l’Armée de terre
confirmait un virage : elle cessait de mettre l’accent sur une guerre éventuelle en Europe
pour favoriser plutôt les opérations de soutien de la paix, mais elle comptait faire de la
1re Compagnie du renseignement un bassin centralisé de ressources à utiliser pour soutenir
les déploiements avec des renforts de la Réserve; aucune modification n’a été apportée
sous le niveau de la brigade166. Quand cette compagnie a été supprimée, tout espoir d’avoir
un bassin centralisé de spécialistes qui pourraient être chargés de fournir des données
de renseignement de base ou d’acquérir des compétences particulières dans tel ou tel
domaine a été anéanti.
En raison des besoins en renseignement dans le contexte des opérations de paix,
tout d’abord, puis des opérations de contre-ingérence, il a fallu déployer le personnel
du renseignement à des niveaux inférieurs à ceux prévus dans les plans antérieurs.
Malheureusement, la dispersion du personnel du renseignement dans les quartiers
généraux de secteur, pour soutenir les compagnies d’instruction du renseignement de la
Réserve, et la dissolution éventuelle de la 1re Compagnie du renseignement sont allées
à l’encontre de ce concept. Par conséquent, le soutien accordé aux unités et aux sousunités qui se déployaient et à divers quartiers généraux multinationaux est devenu de plus
en plus ponctuel, le personnel étant déplacé entre l’Armée de terre, les autres armées
et Ottawa pour créer des sections du renseignement qui étaient dissoutes à la fin de
chaque déploiement.
Comme on pouvait s’y attendre, cette démarche a rendu difficile l’apprentissage
organisationnel. Elle a aussi compliqué l’élaboration de méthodes normalisées du
Publication no 5 de la collection JADEX

39
renseignement et rendu problématique la création et la conservation de données de
renseignement de base au cours des multiples rotations qui ont caractérisé la plupart
des opérations167. En outre, en raison de la structure décentralisée du Renseignement de
l’Armée de terre en garnison, il a été difficile de produire des données de renseignement
de base pour appuyer les déploiements ultérieurs. Cela s’est soldé par un manque de
préparatifs communs au chapitre du renseignement, d’une rotation à l’autre, ce qui a
entraîné le déploiement de généralistes du renseignement au lieu d’analystes connaissant
bien le théâtre.
Malgré cela, la façon dont le renseignement est employé a subi un changement radical
après la guerre froide, même si cela n’a pas été le cas de sa structure. On peut dire que cet
emploi a évolué en quatre étapes.
En un premier temps, le renseignement est devenu acceptable aux yeux des commandants
qui partaient en déploiement et escomptés par eux. Moins de cinq ans après la fin de la
guerre froide, les commandants de bataillon en sont venus à s’attendre au renforcement
de leur section du renseignement de temps de paix pour leurs déploiements. Plus tard,
quand le déploiement d’unités d’une taille inférieure à celle du bataillon a commencé,
de plus petites sections du renseignement se sont déployées pour soutenir des
compagnies indépendantes.
En second lieu, dans les années 1990, les nouvelles technologies de l’information ont
commencé à avoir des effets, et la connectique propre au renseignement a peu à peu
relié Ottawa aux unités déployées, à mesure que celles-ci se dotaient des technologies de
l’information classifiées. Cela a permis de mettre à leur disposition les mêmes systèmes
classifiés que ceux dont disposaient les analystes du renseignement stratégique. D’abord
grâce au CANIC (Centre canadien du renseignement national) créé 1996, les commandants
canadiens ont eu accès aux mêmes produits du renseignement stratégique que leurs
homologues d’Ottawa.
À la troisième étape, l’amélioration des technologies de l’information a permis de déployer
vers l’avant des spécialistes de la recherche du renseignement stratégique, ce qui a entraîné
la formation du CRTS à Kaboul. Cela différait de ce qui s’était passé à la deuxième étape
en ce sens qu’au lieu de simplement partager la même information entre les niveaux, on a
pu charger ces spécialistes d’appuyer des missions tactiques, de sorte que les analystes
stratégiques et tactiques pouvaient dès lors collaborer entre eux pour produire des résultats.
La quatrième étape, qui se poursuit toujours, est davantage axée sur les changements
relatifs à la cible et aux utilisateurs du renseignement que sur l’évolution des technologies
de l’information. Le déménagement à Kandahar a débouché sur une lutte contre un ennemi
résolu dans le contexte d’une contre-insurrection, à un niveau dont les Canadiens n’avaient
jamais fait l’expérience auparavant. Parallèlement, les utilisateurs du renseignement se
sont divisés en deux camps, vu la structure adoptée dans la province de Kandahar. Dans le
premier camp, les commandants jusqu’au niveau de la compagnie réclament de plus en plus
des données de renseignement à jour pour soutenir leur lutte contre l’ennemi, tandis que,
dans le deuxième camp, la FO Kaboul exige maintenant des données de renseignement
opérationnelles pour planifier et ordonner les combats et les engagements. Cependant,
les deux camps ne semblent pas satisfaits de ce que font les services du renseignement
de l’Armée de terre pour obtenir les connaissances nécessaires au soutien de la
lutte anti-insurrectionnelle.
40
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Publication no 5 de la collection JADEX
À la lumière des commentaires exprimés pendant la Seconde Guerre mondiale dans le
Final Intelligence Report, il est intéressant de se demander pourquoi les commandants
canadiens réclamaient maintenant des connaissances immédiates et anticipées au lieu de
se contenter d’information sur les activités actuelles de leurs adversaires168. La raison est
sans doute double.
Tout d’abord, face à un adversaire menant une guerre symétrique, les contraintes
du contexte opérationnel sont à peu près semblables de part et d’autre. Étant donné
l’expérience (et l’on pourrait ajouter la compétence) des commandants dont le grade
est de deux ou trois niveaux plus élevé que celui des officiers du renseignement et qui
possèdent les connaissances et un jugement solide correspondants, on peut supposer
qu’ils sont en général mieux placés pour faire l’appréciation du renseignement. Cependant,
contre un adversaire asymétrique, il n’est pas facile de conserver cet avantage inhérent à
l’expérience, de sorte que le commandant fait face à une incertitude beaucoup plus grande.
Il risque donc de devoir recourir sensiblement plus à son personnel du renseignement pour
faire cette appréciation.
Ensuite, le prix de cette incertitude est plus élevé ou est perçu comme tel. Les commandants
ne prennent pas à la légère la perte de soldats canadiens, et la valeur du renseignement
n’est probablement pas perçue de la même manière pendant une mission de paix qu’au
cours d’une lutte anti-insurrectionnelle. En raison de ce changement dans la valeur ou dans
le degré d’importance, il se pourrait que les services du renseignement, jugés suffisants
antérieurement, soient désormais considérés comme étant incapables de répondre aux
besoins à cause de l’évolution des attentes.
CHAPITRE QUATRE
L’AVENIR : LES CONCEPTS ET LES ORGANISATIONS
L’organisation du renseignement dans l’Armée de terre doit être souple.
1st Canadian Army Final Intelligence Report, 1945169
Introduction
L’Armée de terre du Canada va de l’avant en mettant sur pied la structure de la
« Force 2011 », et une restructuration du Renseignement fait partie de cette évolution170. De
nouvelles organisations du renseignement sont créées pour les brigades, les groupements
tactiques et les escadrons de reconnaissance et elles seront dotées en personnel au
cours des cinq prochaines années. On remédie aux lacunes observées au cours de la
première étape de l’emploi des unités de renseignement après la guerre froide en créant
des sections du renseignement de dix hommes au niveau du bataillon, sections qui
comprennent sept spécialistes du renseignement et trois spécialistes du renseignement
de combat. Les leçons retenues au chapitre de la technologie pendant les deuxième et
troisième étapes susmentionnées débouchent sur le déploiement d’installations spéciales
des communications pour le Renseignement par l’Armée de terre, ce qui promet de
faciliter l’intégration des efforts avec ceux des agents nationaux de recherche du CRD171.
On s’occupe d’autres problèmes organisationnels relevés à la troisième étape en formant
trois pelotons du renseignement pour les brigades afin de fournir à celles-ci les fonctions de
base remplies par le CRTS en matière de commandement et d’analyse. Une fois totalement
exécuté, ce plan canadien aura presque triplé les effectifs du Renseignement qui comptera
dès lors environ 120 personnes. Cette augmentation du personnel s’apparente à celle
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
41
amorcée il y a quatre ans dans l’Armée américaine qui a doublé l’effectif des sections
du renseignement des bataillons (qui est passé de cinq à dix hommes) et triplé celui des
brigades (17 personnes), sans compter les renforts fournis d’office pendant les opérations
par le peloton d’analyse et d’intégration de la compagnie du renseignement militaire172.
Cependant, est-ce la structure qui appuiera le mieux l’Armée de terre au cours des opérations
qu’elle mènera au XXIe siècle? Les expériences vécues depuis la fin de la guerre froide ont
façonné cette évolution des choses, mais l’avenir comportera-t-il d’autres défis, ou ceux
que l’on connaît déjà continueront-ils de se transformer? Par ailleurs, l’examen fondamental
de la nature du renseignement donnera-t-il lieu à des concepts qui engendreraient d’autres
théories organisationnelles au lieu de renforcer celles formulées récemment? Dans le
présent chapitre, nous nous pencherons tout d’abord sur l’environnement opérationnel
de l’avenir, puis nous proposerons des changements à apporter aux concepts et aux
organisations du renseignement de la Force terrestre.
L’environnement opérationnel de l’avenir
Au cours des deux dernières décennies, l’Armée de terre du Canada s’est préparée à livrer
de grands combats, tout en exécutant des missions de soutien de la paix, tout d’abord, puis
des opérations de contre-insurrection. Que lui réserve l’avenir? Le défi consiste à trouver un
juste équilibre entre la probabilité et les effets. Dans le passé, l’Armée de terre du Canada a
choisi de mettre l’accent sur l’importance primordiale du maintien de la capacité de combat,
tout en entreprenant d’autres actions dans la gamme des opérations possibles. Le concept
de « la guerre à trois volets » a renforcé ce point de vue, car il présente le combat, le soutien
de la paix et l’aide humanitaire comme étant des interventions concomitantes, mais il est
employé pour souligner la nécessité de conserver « la capacité de combattre »173.
De même, les experts ne s’entendent pas, pour cette raison. D’une part, Colin Gray souligne
que la relation entre la guerre et la politique et les avantages de l’emploi de la force en
tant que choix stratégique constituent des réalités qui ne disparaîtront pas. Les erreurs de
calcul feront autant partie dans l’avenir de la gamme des facteurs susceptibles de causer
le déclenchement des guerres internationales que cela a été le cas dans le passé. Les
expériences des deux dernières décennies n’annulent pas l’histoire antérieure de l’humanité,
et elles ne prouvent pas indubitablement que la « grande guerre » ne se reproduira pas et
que seules des « petites guerres » auront lieu174. D’autre part, Martin van Creveld déclare
que l’ère des « grandes guerres » a pris fin le 6 août 1945 et que la guerre froide en a été la
dernière agonie. Il soutient que la technologie a rendu toute « grande guerre » impossible à
gagner, à cause de son coût, ou qu’elle a créé des situations où les probabilités favorisent
tellement le plus fort qu’elles obligent le plus faible à envisager d’autres méthodes
de conflit175.
Dans l’Armée de terre du Canada, l’opinion est en train de basculer. Cela s’explique
sans doute en partie par le fait qu’elle se trouve maintenant plus à droite dans la gamme
des conflits et qu’elle s’interroge sur le genre d’adversaires auxquels elle fera face au
lieu de se demander s’il y en aura un à combattre. Les auteurs de la doctrine provisoire
essaient encore d’évaluer les possibilités « à la Gray », mais ceux des écrits de l’Armée
de terre sur les concepts de l’avenir favorisent davantage la théorie de van Creveld et ils
citent notamment une déclaration du commandant de la Force terrestre selon qui « les
combats de grande ampleur force contre force s’éclipseront de plus en plus au profit de
guerres irrégulières ... »176.
L’Armée de terre doit aussi composer avec la complexité accrue de sa perception de la
gamme des conflits (spectre d’intensité des conflits), en formulant l’idée qu’il y aura un
42

Publication no 5 de la collection JADEX
éventail d’opérations tactiques dont l’ampleur variera en fonction du thème de campagne.
Les opérations offensives et défensives, les opérations de stabilité et les opérations
habilitantes se subdivisent en diverses activités et tâches tactiques. Chaque thème se
caractérise par différents aspects, dont le caractère du combat et le type de menaces.
À cela, on peut ajouter un autre facteur, à savoir la durée de l’action envisagée (thème
de campagne), durée qui est définie à la lumière de l’expérience177. La Figure 10 fait voir
ces différences.
ENGAGEMENT
MILITAIRE EN
TEMPS DE
PAIX
SOUTIEN
DE LA PAIX
CONTREINSURRECTION
COMBAT
D’ENVERGURE
INTERVENTION
LIMITÉE
PRÉVALENCE
DU COMBAT
Pas de combat
prévu
Incidents
localisés, peu
fréquents,
discrets
Localisée,
intermittente
Étendue,
continue
Le plan peut
comporter
des
combats ou
l’évitement
des
combats
ÉCHELLE DU
COMBAT
Autodéfense
Section et
peloton
Section,
peloton et
compagnie
Bataillon
et
échelons
supérieurs
Dépend du
plan
INTENSITÉ
DU COMBAT
Pas de combat
prévu
Faible;
élevée à
l’occasion
Moy/faible,
longue durée;
élevée à
l’occasion
Élevée
Potentiellement
élevée;
courte
durée
TYPE DE
MENACES
Aucune
Unités
formées et/ou
combattants
irréguliers
Irréguliers
Unités
formées
Unités
formées
et/ou
combattants
irréguliers
DURÉE
Courte
De moyenne
à longue
Longue
Courte
Courte
Figure 10 : Thèmes de campagne prédominants selon les critères sélectionnés
Source : Tableau du MDN tiré de la publication B-GL-300-001/FP-002 Opérations terrestres, p. 3–15, avec ajout de
la rangée « Durée ».
Signalons que l’échelle du combat dans le cadre de la contre-insurrection est inférieure
à celle d’un combat d’envergure. Conformément aux observations faites par le Canada
en Afghanistan, la sous-unité, ou la compagnie, l’emporte sur l’unité, ou le bataillon.
Parallèlement, les combats sont moins fréquents et plus localisés et ils se prolongent plus
longtemps. Par ailleurs, l’adversaire change : d’un adversaire irrégulier, on passe à un
ennemi conventionnel.
La réduction de l’échelle du combat entraîne-t-elle un changement correspondant dans le
moment où le stade opérationnel de la guerre commence? Le niveau établissant la limite
entre la tactique et « l’art opérationnel » baisse-t-il aussi? Cela oblige-t-il l’Armée de terre du
Canada à se demander si elle doit ou non se limiter à prendre en compte le renseignement
tactique plutôt qu’opérationnel?
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
43
La doctrine canadienne permet de ne pas lier le niveau opérationnel à un niveau de
commandement particulier et elle précise que le commandant d’une division, d’une brigade
ou d’un bataillon pourrait agir au niveau opérationnel, tout dépendant de la campagne et
de la situation178. Cela ressemble à la doctrine américaine qui cite en exemple le cas d’un
commandant de brigade appliquant l’art opérationnel en Iraq179. Une démarche consisterait
à chercher la ligne de démarcation entre les deux. Les unités tactiques livrent bataille et
participent à des engagements ou à des activités, tandis que, dans le secteur inférieur du
niveau opérationnel, les unités mettent l’accent sur l’opération d’envergure dans le cadre de
laquelle les combats ou les activités se succèdent180. Cela pourrait donner à penser que le
niveau opérationnel se situerait plus bas dans le cas d’une contre-insurrection.
Une autre démarche est exprimée dans l’idée américaine selon laquelle les changements
dans la complexité et l’ampleur du problème servent à définir les conditions en fonction
desquelles on préférera aborder le problème du point de vue tactique plutôt qu’opérationnel.
S’il s’agit d’un problème bien structuré, par exemple s’il faut exécuter une tâche définie
dans le paragraphe qui décrit la situation dans un ordre d’opérations, on a affaire à une
activité tactique. Cependant, si le problème est mal structuré ou n’est pas structuré du tout,
il est de plus en plus probable que le problème se pose au niveau opérationnel.
Le temps et l’espace sont deux dimensions qui accroissent la complexité. L’expérience
canadienne montre que la zone d’opérations s’est agrandie considérablement par rapport à
celle prévue dans le modèle de la guerre froide. Il se peut que la gestion à un niveau donné
de commandement ne soit pas plus compliquée en soi, mais l’agrandissement de la zone
d’opérations a compliqué les choses considérablement sur le plan social. À moins que les
forces n’exécutent que des tâches définies dans cette zone, par exemple l’accomplissement
de patrouilles d’affirmation de la présence entre d’anciens belligérants, il est probable que
les commandants seront obligés de passer au stade opérationnel plutôt que tactique, à un
seuil inférieur à ce qui était le cas auparavant.
La doctrine canadienne fait un virage important en reconnaissant que les limites entre les
actions militaires et non militaires se sont estompées; on est de plus en plus conscient du fait
qu’à elles seules, les forces militaires ne peuvent exécuter les opérations du genre de celles
qui sont nécessaires pour l’emporter. L’Armée de terre du Canada propose un cadre IIMP
(interarmées, interorganisationnel, multinational et public) en vertu duquel elle collaborera
non seulement avec d’autres forces armées, mais aussi avec d’autres ministères fédéraux
et des organisations internationales ou des organisations non gouvernementales (ONG)
afin d’aborder les opérations dans une perspective globale. Elle voit aussi dans les FOS un
partenaire dans son cadre IIMP181.
Les technologies de l’information de plus en plus rodées continueront sans doute à
jouer un rôle. À cet égard, l’Armée américaine est le chef de file, car la relation entre le
renseignement et les technologies de l’information est façonnée par les exigences de la
situation en Iraq et en Afghanistan, où un accès encore plus grand aux systèmes de collecte
de renseignement et aux bases de données s’impose. Par conséquent, elle est en train
de procurer le « système au sol commun réparti — Armée de terre » (SSCR-A) à ses
unités jusqu’au niveau du bataillon et aux unités postées aux États-Unis pour créer un
réseau du renseignement « horizontal »182. Le SSCR-A fournit des outils de géomatique
et de collaboration, il donne accès à plus de 200 bases de données et il comprendra dans
l’avenir des raccords à toutes les sources de collecte du renseignement. Le jumelage
d’analystes du renseignement revenus récemment d’un déploiement et d’analystes en
déploiement, grâce au SSCR-A, favorisera un partage accru des connaissances tacites.
La concrétisation de cette sorte de connectivité du renseignement dans l’Armée de terre
du Canada donnerait à tous les analystes accès aux renseignements voulus pour soutenir
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leurs activités; cela ne nécessitera peut-être pas une organisation spéciale qui regrouperait
les systèmes de communications des sources nationales de collecte du renseignement.
Cette « horizontalisation » de la diffusion et de la disponibilité du renseignement pourrait
bien être le rôle que la technologie jouera dans la définition de la cinquième étape du
développement du renseignement après la guerre froide.
Discussion — Les concepts du renseignement de l’avenir
Avant d’amorcer l’étude de l’organisation du renseignement, il conviendrait de revenir sur
les concepts du renseignement. À la lumière de l’exploration conceptuelle antérieure, de
l’expérience acquise par l’Armée de terre du Canada après la guerre froide et de l’avenir
probable envisagé, quels concepts devraient façonner le renseignement pour qu’il étaie les
opérations terrestres?
Tout d’abord, l’Armée de terre devrait adopter la notion que le renseignement, c’est la
connaissance, et que ce n’est pas une forme spécialisée d’information. La critique constante
selon laquelle les états-majors du renseignement n’ont pas pu fonctionner convenablement
avant un stade très avancé de leur période de service opérationnel tant en Bosnie qu’en
Afghanistan porte à croire que leur efficacité a grandi à mesure qu’ils se sont familiarisés avec
le théâtre183. Cela ne donne pas à penser que la gestion de l’information faisait problème,
mais plutôt que la connaissance tacite s’est développée normalement, comme Waltz l’a
compris. Comme nous l’avons déjà souligné, l’Armée américaine a exploité ce concept
pour mettre de l’avant son Projet Foundary en vertu duquel les analystes du renseignement
se préparant à un déploiement en Iraq et en Afghanistan passent d’abord une période
maximale d’un an à travailler avec les sources nationales de collecte du renseignement
pour « se familiariser» avec le théâtre184. Dans un même ordre d’idées, les Américains
recourent aussi aux technologies de l’information pour faire en sorte que les analystes
du renseignement récemment rentrés d’un théâtre actif soient disponibles pour travailler
en collaboration et participer à une « supervision tactique » depuis le territoire continental
des États-Unis185.
La plupart des missions canadiennes ont duré plus d’un an et, en général, assez longtemps
pour que l’expertise en matière de renseignement puisse être réinvestie dans le théâtre si
elle était gérée correctement. Cela signifie que l’Armée de terre du Canada doit gérer le
perfectionnement et le maintien en poste des analystes du renseignement affectés dans
un théâtre d’opérations donné pendant toute la période où elle y reste. Cependant, étant
donné la relation entre le CRD, le COMFEC, les FOS et l’Armée de terre lorsqu’il s’agit
de fournir les services de renseignement, il est probable qu’à cet égard, la gestion des
connaissances profiterait d’un certain degré de contrôle centralisé qui pourrait être exercé
depuis un endroit situé en dehors de l’Armée de terre même.
En second lieu, il est nécessaire que toutes les activités de renseignement reposent sur des
données de renseignement de base représentant non seulement la dimension tacite des
connaissances, mais aussi son volet explicite. Bien que l’on ne songe pas aussi souvent au
renseignement de base qu’aux autres genres, il constitue en fait le fondement des services
du renseignement186. Si l’on ne dispose pas d’une base solide pour formuler des déductions,
le renseignement de situation n’est plus qu’un récit terne des événements de la journée,
et le renseignement d’appréciation devient une conjecture mal comprise. Quand on parle
du renseignement de base, il importe de comprendre qu’il est créé et tenu à jour en temps
réel et mis à jour au fil du temps. Il ne s’agit pas simplement de données de renseignement
archivées ou d’anciennes données de renseignement de situation; au contraire, il peut être
aussi dynamique qu’un organigramme à jour ou l’ordre de bataille des insurgés.
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Comme l’utilisateur ne voit d’habitude pas le renseignement de base, celui-ci tend à ne
pas susciter beaucoup d’attention. Pendant la guerre froide, l’Armée de terre du Canada
a employé des données de renseignement de base américaines et britanniques pour
l’instruction, et c’était plutôt l’exception que la règle quand elle élaborait ses propres
données de renseignement de base187. Aux États-Unis, des organismes tels que le National
Ground Intelligence Centre (NGIC) continuent de fournir les banques de données de
renseignement nécessaires pour soutenir les opérations terrestres, mais le Canada ne
possède aucune entité de ce genre produisant des données de renseignement de base
aux fins de la tactique ou des opérations188. Celles qu’il produit pour soutenir la mise sur
pied des forces le sont au cas par cas par des états-majors du renseignement se démenant
pour se familiariser avec l’environnement opérationnel. À titre d’exemple illustrant cette
approche, mentionnons le manuel sur l’Afghanistan produit conjointement par les sections
du renseignement des régions de Toronto et de Montréal, manuel que les rotations
successives ont ensuite copiés189.
Cela signifie que l’Armée de terre doit s’assurer qu’il existe un processus pour créer et tenir
à jour le renseignement de base au cours des années que dure normalement la mission
canadienne typique dans un théâtre donné, et une organisation chargée de produire des
données de renseignement de base sur les questions tactiques et opérationnelles.
Troisièmement, les paramètres relatifs aux connaissances et au renseignement de base
exigent de l’Armée de terre qu’elle situe ses concepts du renseignement dans toute la
gamme des conflits, depuis le niveau de la garnison jusqu’à celui du déploiement,
pour s’assurer que le renseignement répondra aux besoins quant à la mise sur pied
et à l’emploi de la force. Reconnaître la nécessité du renseignement pour soutenir
l’entraînement tactique entraîne une question connexe : qui sera chargé de l’activité? Si
l’on pousse la réflexion un peu plus loin, on peut demander ce qui arrive quand il faut
soutenir la mise sur pied d’une force pour une nouvelle mission? Comment l’Armée de terre
procède-t-elle pour créer le renseignement de base sur les régions où elle s’apprête à se
rendre? Jusqu’où peut-elle aller dans sa démarche, vu le travail qu’il faut accomplir pour
produire les renseignements de base?
Quatrièmement, pour que les opérations terrestres soient efficaces, les commandants
doivent disposer des données de renseignement stratégiques, opérationnelles et tactiques;
en outre, les deux dernières catégories (les données de renseignement opérationnelles
et tactiques) seront sans doute produites dans le théâtre, car des problèmes complexes
forcent de plus en plus les commandants à intervenir dans le domaine opérationnel. Si
les commandants utilisent l’art opérationnel pour organiser les activités tactiques dans un
contexte temporel et spatial élargi, cela engendre un nouvel ensemble de demandes en
matière de renseignement.
En ce qui concerne les niveaux tactique et opérationnel, les principales différences du
point de vue du renseignement résident dans la complexité accrue et l’élargissement du
cadre temporel, sans oublier un changement dans l’objet primordial du renseignement. La
complexité de l’espace dont il s’agit rend encore plus difficile la délimitation du problème
et, même si le renseignement peut demeurer concentré uniquement sur un adversaire,
il faut comprendre une gamme plus large de questions afin de fournir du renseignement
utile aux commandants. Le prolongement de l’horizon temporel (Quel cadre temporel le
commandant opérationnel doit-il envisager?) changera les besoins de ce dernier en matière
de renseignement : devra-t-il s’en tenir à la compréhension des événements d’aujourd’hui
et y réagir, ou s’interroger sur l’incertitude de demain? Dans les combats d’envergure, cet
horizon temporel se mesure en heures et en jours, au niveau tactique, et en semaines et en
mois, au niveau opérationnel, et le laps de temps peut être encore plus long s’il s’agit d’une
46

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contre-insurrection190. Enfin, l’objet primordial du renseignement passe de l’emplacement
des éléments, au niveau tactique, aux capacités et aux intentions connexes, au
niveau opérationnel191.
Cinquièmement, le besoin de renseignement opérationnel entraînera le besoin de
renseignement d’appréciation. L’incertitude grandissante qui caractérise le contexte
opérationnel poussera les états-majors du renseignement opérationnel dans le domaine
spéculatif-évaluatif défini par Sherman Kent comme un élément clé de la théorie du
renseignement stratégique. Les commandants opérationnels miseront davantage sur le
renseignement d’appréciation que sur le renseignement de situation pour répondre à leurs
besoins, et les états-majors du renseignement opérationnel exigeront plutôt des données
de renseignement tirées de textes que des observations et des mesures pour emboîter
le pas à leurs commandants qui se désintéresseront de l’emplacement pour se soucier
plutôt des capacités et des intentions. Ce dernier virage favorisant le renseignement textuel
plutôt que celui fondé sur l’observation et la mesure présentera des difficultés pour les
initiatives ISTAR de l’Armée de terre axées sur la tactique et la détection. Comme Herman
l’a souligné, les hypothèses fondant le concept ISTAR ont fait qu’il appuie les opérations
tactiques contre un adversaire bien défini. Le problème consistera à faire en sorte que, pour
conserver leur pertinence, les activités tactiques appuyées par les systèmes ISTAR soient
menées dans un cadre opérationnel soutenu par le renseignement.
On ne peut pas répondre au besoin en renseignement d’appréciation en appliquant le
processus d’ATG de l’Armée de terre jusqu’au niveau opérationnel, car il devait constituer un
outil d’appréciation à court terme contre un adversaire symétrique dont on pouvait évaluer
les méthodes à l’aide d’une gamme bien conçue de produits du renseignement de base192.
L’ATG a appuyé la mise au point d’une solution à un problème donné raisonnablement
structuré; elle n’était pas conçue pour soutenir l’organisation d’une campagne destinée à
enrayer un problème mal défini. Limitée de la sorte, elle était construite comme un processus
que le personnel du renseignement pouvait reproduire dans une démarche générale, quel
que fût l’emplacement. Dans la réalité, quand le personnel du renseignement tactique s’est
heurté à des problèmes mal structurés, il n’a pas pu utiliser le processus; or, on ne lui en
avait procuré aucun autre193. Il est probable qu’il faudra plutôt un processus d’appréciation
plus ouvert qui nécessitera quant à lui des analystes qui répondront à la description de
« l’humain intelligent » décrit par Sherman Kent, ce qui s’accompagnera de toutes les
difficultés connexes à surmonter pour développer leur plein potentiel et faire en sorte
qu’ils incarnent « cette forme subtile du savoir issu de cellules cérébrales bien remplies et
bien ordonnées »194.
Il faut donc former, entraîner et perfectionner le personnel du renseignement qui doit aussi
être disponible pour travailler aux deux niveaux; en outre, les agents de recherche du
renseignement doivent être à même de répondre aux besoins en renseignement des deux
catégories, tout dépendant du théâtre.
Sixièmement, le renseignement de situation sera nécessaire à des niveaux de plus en plus
bas, mais il faudra aussi le partager largement pour synchroniser les activités tactiques
entre les niveaux de commandement. Il tend à représenter le volet passionnant et très en
vue de la fonction « renseignement », mais il charge malheureusement le personnel d’un
lourd fardeau si l’objectif consiste à assurer un soutien de jour et de nuit, jour après jour195.
Comme on l’a observé en Afghanistan, il faut de plus en plus exécuter des activités de
renseignement au niveau de la compagnie, tant pour coordonner les activités des services
RSR à l’appui des activités tactiques que pour favoriser l’exécution des opérations de
renseignement, dans une direction ascendante, dans le cadre d’une contre-insurrection196.
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
47
Enfin, il est probable que les concepts IIMP de l’Armée de terre influeront grandement sur
la cinquième étape qui s’amorce maintenant dans le cheminement visant à définir comment
le renseignement nécessaire pour soutenir l’Armée de terre évoluera dans le proche avenir,
où les structures de commandement telles que la FOI-Afg mettront probablement encore
plus l’accent sur l’intégration des FOS et d’autres ministères fédéraux dans les opérations
terrestres. Au stade de la mise sur pied des forces et pendant tout le déploiement, il faut
pouvoir combiner les agents du renseignement de l’Armée de terre et ceux d’autres entités.
Les structures actuelles du renseignement de l’Armée de terre et celles décrites dans le
document « Force 2011 » ne la placent pas bien pour ce faire. En fait, la décentralisation
du renseignement au sein de l’Armée de terre encourage une autre organisation des FC à
se proposer pour coordonner les activités du volet « renseignement » du concept IIMP. Le
CRD ou le COMFEC sont des candidats probables pour assumer ce rôle.
On peut aussi établir un lien entre le volet « renseignement » du concept IIMP et la façon
dont l’Armée de terre comprend ses rôles et ses responsabilités quant au renseignement
de base. Si les services du renseignement de l’Armée de terre acceptent de se charger du
renseignement de base, on peut envisager que le cadre IIMP produise des connaissances
explicites et tacites dans le théâtre et en dehors, de concert avec les partenaires de l’Armée
de terre dans le domaine du renseignement. En fournissant un point de coordination pour
la production du renseignement de base, l’Armée de terre pourrait s’assurer que tous les
partenaires agissent à la lumière d’une même compréhension du théâtre197.
Par exemple, si des éléments de l’Armée de terre et des FOS du Canada se déploient
dans la même zone d’opérations, ils doivent disposer d’architectures du renseignement
interopérables, peu importe les mesures de contrôle opérationnel employées pour les séparer
les uns des autres. Quand des unités opèrent dans un environnement terrestre contre un
adversaire commun, il importe de partager le renseignement de base bilatéralement. Le
principe de la coordination centrale régit la nécessité de faire en sorte que le renseignement
de base ne soit pas produit isolément et qu’il soit épuré pour les activités tactiques par les
éléments du renseignement tant de l’Armée de terre que des FOS. Lorsqu’il s’agit de créer
des connaissances tacites, il est utile de former des experts capables de participer aux
déploiements de l’AT et des FOS dans une zone donnée, au lieu d’en cloisonner l’emploi.
Discussion — Organisation du renseignement dans l’avenir
Comment l’Armée de terre du Canada devrait-elle envisager l’organisation de ses services
du renseignement, à la lumière des sept concepts examinés plus haut? Comme nous
l’avons mentionné dans le deuxième chapitre sur le renseignement, il semble que, dans
le passé, le renseignement ait favorisé la connaissance de la situation et la désignation
des objectifs et que l’on ait souvent ajouté la protection de la force à ces rôles. En faisant
un examen plus détaillé fondé sur les fonctions du renseignement (p. ex., l’ATG et l’EDC),
on risque de se concentrer sur le besoin d’exécuter certaines tâches au lieu de fournir une
capacité donnée.
À supposer que l’Armée de terre du Canada opérera aux niveaux opérationnel et tactique
dans l’avenir et qu’elle voudra assumer certaines responsabilités quant à la production de
renseignement de base pour appuyer les opérations terrestres, alors une gamme possible
de tâches pour le Renseignement de l’Armée de terre pourrait consister à :
a.
48

fournir le renseignement de base nécessaire pour soutenir la planification et
l’exécution des opérations, des activités tactiques et de la mise sur pied de
la force;
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b.
fournir le renseignement opérationnel nécessaire pour planifier et exécuter
les opérations;
c.
fournir le renseignement tactique nécessaire pour planifier et exécuter les
activités tactiques (y compris tous les aspects, cinétiques et non cinétiques).
Afin d’exécuter ces tâches, il faut comprendre qu’il existe un rapport entre l’Armée de
terre et le théâtre où elle agit. Ce rapport comporte deux volets : la nécessité de fournir
du renseignement de base pour la mise sur pied de la force, et la nécessité de fournir
les connaissances tacites grâce auxquelles on produira le renseignement de base et le
renseignement d’appréciation. Le Renseignement de l’Armée de terre a un lien non
seulement avec la force qui se déploie, mais aussi avec le théâtre et l’adversaire. Le
premier lien est pris en considération dans la vision du renseignement de l’AT exprimée
dans le concept de la « Force 2011 », mais le second ne l’est pas.
À partir de ces tâches, le cadre présenté ci-dessous intègre les concepts et les tâches
pour examiner comment il faudrait construire l’organisation du renseignement de l’Armée
de terre (voir la Figure 11). Dans l’esprit de la discussion conceptuelle, l’organisation doit
pouvoir fournir du renseignement opérationnel et tactique (les deux rangées) dans le
contexte des trois activités que sont l’emploi de la force, la mise sur pied de la force et la
préparation du théâtre (les trois colonnes). Dans ce cadre, elle doit pouvoir fournir ce qui
suit : le renseignement de base nécessaire à toutes les activités et aux deux niveaux; le
renseignement d’appréciation nécessaire pour situer les activités tactiques au stade de
l’emploi de la force; le renseignement de situation nécessaire pour exécuter les activités
tactiques à ce même stade. La superposition des trois plans représente les défis que
présentent les complexités du cadre IIMP de l’Armée de terre et l’intégration avec les
activités de renseignement des FOS et d’autres ministères fédéraux.
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Pr
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Em
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e
e
Rens
d’appréciation
Renseignement opérationnel
Renseignement tactique
Rens
de base
FOS
Rens
de situation
Autres
ministères
fédéraux
Connaissances tacites et explicites
Figure 11 : Cadre conceptuel proposé pour le Renseignement de l’Armée de terre
La structure du renseignement adoptée pour la « Force 2011 » prend en compte diverses
leçons tirées de l’expérience d’après la guerre froide, mais elle conserve un élément de
cette époque, à savoir la dispersion de l’architecture du renseignement de garnison dans
les brigades, les secteurs et les réserves, bien que les effectifs soient plus nombreux. On a
abandonné le plan directeur de développement de 1996 et l’idée de constituer des bassins
centralisés d’où l’on tirerait les capacités de renseignement et dont la création avait été
envisagée antérieurement dans la Stratégie de l’Armée de 2002. Ces bassins centralisés
auraient procuré à l’Armée de terre un point de départ pour l’élaboration du renseignement
de base, des connaissances tacites d’experts et du renseignement opérationnel. Or, la
structure du renseignement de la « Force 2011 » met plutôt l’accent sur la production du
renseignement de situation au niveau tactique, au stade de l’emploi de la force. Cette partie
du cadre serait représentée de la façon illustrée dans la Figure 12.
50

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fo
rc
e
la
Em
pl
oi
de
Renseignement tactique
Rens
de situation
Figure 12 : Cadre conceptuel actuel du Renseignement de l’Armée de terre
Il existe bien sûr une solution de rechange organisationnelle qui consisterait à poser
l’hypothèse fondamentale que le Renseignement de l’Armée de terre se limitera à appuyer
les activités tactiques et que les autres tâches seront remplies par d’autres éléments des
FC. Jusqu’ici, ces tâches ne l’ont pas été, mais on peut continuer de supposer que d’autres
éléments pourraient se charger de fournir les connaissances tacites d’experts, ainsi que les
spécialistes du renseignement de base et du renseignement opérationnel pour les opérations
terrestres. Le CRD pourrait être l’élément en question, mais les tensions qui surgiront
quand il s’agira de trouver un juste équilibre entre fournir le renseignement tactique, fournir
les agents nationaux de recherche du renseignement au Canada et à l’étranger, fournir le
renseignement de base opérationnel et tactique et produire des experts des connaissances
tacites dans le théâtre aux fins de la mise sur pied de la force risquent de ne pas toujours
avoir les meilleurs résultats pour les forces déployées. Le COMFEC constitue une autre
possibilité; il devrait créer une capacité de renseignement interarmées pour soutenir les
opérations partout dans le monde, et se charger au premier chef de fixer les normes du
renseignement pour les FOS et l’Armée de terre au moment des déploiements.
Délaissant les problèmes propres à la garnison pour se concentrer un peu plus sur ceux
du déploiement, la nouvelle organisation du renseignement de l’Armée de terre repose sur
l’hypothèse .... que les concepts actuels de l’emploi de la force aux fins du renseignement
s’avèrent efficaces198. Étant donné certains des problèmes observés en Afghanistan, il y a
sans doute lieu de remettre cette hypothèse en question. Comme nous l’avons décrit dans
le chapitre précédent, elle a engendré une architecture qui s’est développée en cinq ans,
dans deux endroits (à Kaboul et dans la province de Kandahar) et qui a servi des unités à
trois niveaux différents (bataillon, escadron de reconnaissance et FO Kaboul) dans le cadre
d’une campagne dont le principal objet, on peut le soutenir, est passé du soutien de la paix
à la contre-insurrection. Étant donné les observations faites dans le chapitre précédent par
certains chefs de combat au sujet du renseignement, il faut poser la question suivante : estce la structure du renseignement que l’Armée de terre souhaite perpétuer?
Un avertissement s’impose au sujet du démantèlement enthousiaste du concept actuel de
l’emploi de la force. Étant donné les problèmes relatifs à l’organisation du renseignement
de l’Armée de terre en fonction de la garnison, le défi que comporte la production de
connaissances sur le théâtre et la mise sur pied de la force au cas par cas actuellement,
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
51
il se peut que les problèmes qui se sont manifestés aient leurs racines au Canada plutôt
qu’en Afghanistan. Cependant, il est difficile de savoir à quel point la structure de théâtre
actuelle serait efficace si l’on réglait ces autres problèmes. Comme il faudra cinq ans pour
mettre en œuvre le plan du renseignement actuel de l’Armée de terre, il convient sans
doute encore d’examiner le concept de l’emploi de la force pour voir si des ajustements
ou des améliorations sont possibles qui favoriseraient l’adoption du cadre conceptuel du
renseignement proposé pour l’Armée de terre.
Un élément clé du concept de l’emploi de la force est le CRTS en tant qu’unité du
renseignement. C’est une continuation du Corps d’armée de 1986 qui possédait des
centres de traitement du renseignement dans les formations. Cependant, les CRTS
étaient perçus comme des moyens de fournir du renseignement de situation à une force
symétrique opérant dans un espace de combat contigu et faisant face à un adversaire
raisonnablement semblable à elle. On se souciait alors principalement d’intégrer, à la main
ou à l’aide des technologies de l’information, les mesures et les observations faites par
les capteurs techniques, pour que tout l’appareil soit reconnu et non pas seulement ses
éléments constituants. Cela n’est pas la norme dans une contre-insurrection : la complexité
de l’environnement engendre, aux fins du renseignement de situation, toute une série de
problèmes qui n’ont rien à voir les uns avec les autres et qui se produisent simultanément,
ce qui empêche l’intégration et la compréhension en temps réel. En outre, les organisations
canadiennes sont employées d’une façon asymétrique : un élément peut être en train
de combattre (le groupement tactique), un autre, en train de soutenir la reconstruction
(l’ERP), et un troisième, en train de soutenir l’instruction des forces locales ou de combattre
dans un autre endroit (l’ELMO), pendant que les FOS s’en prennent à des objectifs de
grande valeur.
Le CRTS original à Kaboul a exécuté des travaux d’analyse et d’exploitation à long terme
et il a fourni divers agents de recherche nationaux qui relevaient du Canada et non de
l’OTAN. On peut voir là un prolongement naturel du CANIC. L’évolution et la croissance
du CRTS au fil des rotations successives ont peut-être correspondu davantage à une
manifestation de la façon dont les organisations grandissent qu’à une évaluation réaliste
des besoins du théâtre en matière de renseignement199. La question fondamentale consiste
à savoir comment il faut organiser le traitement du renseignement et quelle doit être sa
relation avec les éléments de recherche intégrés dans le CRST. La centralisation des
capacités de recherche n’est pas mauvaise en soi si elle aboutit à un meilleur emploi de
ressources limitées.
D’un point de vue ascendant, le problème du renseignement devient rapidement très
localisé. La nature non contiguë et non linéaire de l’emploi de la force, parallèlement à la
prévalence, à l’échelle et à l’intensité du combat, a entraîné dans la province de Kandahar
des combats qui ne s’apparentaient pas aux accrochages distincts et directs survenus à
Kaboul. Les compagnies étaient plutôt déployées pendant des semaines à la fois, ce qui a
entraîné la demande grandissante de renseignements aux niveaux de la compagnie et du
bataillon. Sur ce plan, le concept du renseignement de l’Armée de terre exprimé dans le
document « Force 2011 » a bien réglé le problème.
Du point de vue des échelons supérieurs, le défi est quelque peu différent : le QG FO Kaboul
ne doit pas seulement être conscient de la situation de ses formations subalternes, mais il
doit aussi comprendre ce qui se passe dans les zones où elles ne sont pas présentes. Dans
le premier cas, il doit pouvoir acheminer le renseignement de situation dans les deux sens,
afin d’assurer une synchronisation suffisante pour soutenir les entités subalternes avec
des éléments habilitants de niveau supérieur, y compris les services de RSR ou l’appui
aérien. Dans le second cas, il doit non seulement demeurer conscient de cette situation
52

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grâce à la collecte et à la mise à jour de ses renseignements de base, mais aussi pouvoir,
quand il le faut, créer des renseignements assez détaillés pour soutenir de nouvelles
activités tactiques.
La réussite du renseignement réside dans la tenue à jour d’un modèle convenable
du renseignement de base dans toute la zone d’intérêt du commandant en matière de
renseignement; ce modèle doit favoriser l’alignement de toutes les activités relatives au
renseignement de situation et intégrer le renseignement tiré de textes nécessaire pour
permettre la projection du renseignement d’appréciation vers l’avant. Cependant, si l’on
ne croit pas à l’analyse sous-jacente au renseignement de base, tout le système du
renseignement devient accaparé par les possibilités éphémères offertes par le renseignement
de situation. La solution à adopter pour régler le problème relatif au renseignement de
base réside au Canada, où l’on peut normaliser le choix des responsables des processus
qui serviront à élaborer les « connaissances explicites » du renseignement de base et à
orchestrer la gestion du personnel qui s’occupera des connaissances tacites.
Si cela peut être exécuté aux échelons supérieurs, alors le système doit être intrinsèquement
souple pour permettre à la FO Kaboul de réorganiser son personnel d’analyse afin de
soutenir toute activité tactique ayant besoin d’un appui supplémentaire. Sur ce plan, il
serait sans doute utile d’examiner le SSCR-A en tant que « réseau horizontal » dans lequel
on pourrait affecter des analystes pour soutenir et assurer le « contrôle tactique » des
activités tactiques pour lesquelles ils auront aidé à jeter les bases du renseignement de
base; grâce à cette formule, on pourrait sans doute combler le fossé entre le renseignement
opérationnel et le renseignement tactique.
Cependant, la solution consistant à centraliser le renseignement au milieu, dans une unité
distincte, pour un combat asymétrique, ne semble pas permettre cette souplesse sans un
remaniement du commandement et du contrôle pour chaque activité tactique déléguée.
Il est intéressant de souligner l’expérience américaine relative au peloton d’analyse et
d’intégration et à l’affectation de ce dernier auprès de l’état-major G2 de la brigade pour le
renforcer. Il importe aussi de se rappeler que le QG FO Kaboul n’est pas un quartier général
multinational; la raison principale que le QG a invoquée pour isoler la fonction d’analyse et
conserver ainsi une chaîne du renseignement canadienne distincte plutôt qu’une chaîne
multinationale n’est pas en jeu. La question qu’il faut alors se poser dans le contexte
canadien est si l’élément d’analyse du CRTS serait plus efficace s’il faisait partie de l’étatmajor J2 de la FO Kaboul, ou si on l’y subordonnait tout en le laissant sous le contrôle
administratif du CRTS. Cela laisserait à ce dernier le soin de coordonner et de surveiller la
recherche du renseignement.
Quelle que soit la solution intéressant le commandement et le contrôle, le problème qui
existe en Afghanistan semble être l’inverse de celui observé au Canada. En campagne,
dans le contexte d’une contre-insurrection, la centralisation de l’analyse au milieu ne semble
pas procurer les avantages qu’il y aurait à confier cette dernière aux échelons supérieurs et
inférieurs dans le but d’aplatir la structure. Faute de la nécessité d’isoler le renseignement
en dehors d’une chaîne de commandement multinationale pour des raisons de sécurité, il y
a peut-être lieu de se demander pourquoi on continue encore dans cette veine.
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
53
CHAPITRE CINQ
CONCLUSION
En matière de renseignement, il faut faire preuve de souplesse dans sa réflexion.
1er Canadian Army Final Intelligence Report, Juin 1945200
Les expériences de l’Armée de terre du Canada après la guerre froide l’ont menée de
l’Allemagne à l’Afghanistan, mais le renseignement a été à la traîne pendant la majeure partie
du périple. Le combat (qu’il s’agisse d’un conflit d’envergure ou d’une contre-insurrection)
a pour effet de concentrer l’attention de l’Armée de terre sur son adversaire, et l’accent mis
sur le renseignement ressemble alors à celui observé pendant les deux guerres mondiales.
Or, comme Davies le signale, « la façon dont nous définissons ce que nous pensons être en
train de faire quand nous recueillons des données de renseignement détermine la façon dont
nous nous y prenons »201. Si la définition n’est pas claire, ou si son interprétation amène le
lecteur dans une direction autre que celle envisagée au départ, l’organisation et la pratique
du renseignement évoluent dans le même sens. L’Armée de terre du Canada semble avoir
emprunté cette voie dans sa doctrine, à partir de la fin des années 1990, la définition de son
cadre conceptuel du renseignement étant devenue de plus en plus ambiguë. L’adoption de
concepts du genre « opérations d’information » (OI) et ISTAR (renseignement, surveillance,
acquisition d’objectifs et reconnaissance) a joué un rôle important dans ce contexte, tout
comme les efforts plus vastes qu’il a fallu déployer pour accepter la révolution informatique.
La pensée canadienne sur le renseignement était passée du renseignement perçu comme
une catégorie particulière d’informations à un concept plus américain selon lequel l’information
était perçue comme une composante précise du renseignement, mais ce processus a reculé
quand on a abordé le renseignement sous l’angle de la gestion de l’information. On a vu
dans la montée des capteurs servant à faire des observations et des mesures, conjuguée
à la technologie de l’information, la réponse au dilemme consistant, d’une part, à faire du
renseignement un atout utilisable, et, d’autre part, à faciliter la destruction physique de
l’ennemi. On n’a pas accordé autant d’attention aux problèmes relatifs à l’intention, aux
attitudes et au moral de l’adversaire et au renseignement tiré de textes, moins facile à illustrer.
De la sorte, on a cessé de se concentrer sur la connaissance au profit de l’information. Quand
on a employé le mot « connaissance », on l’a situé dans le contexte de la hiérarchie cognitive,
et non dans celui de la gestion du savoir. On a reconnu implicitement la forme explicite
de la connaissance, mais non la forme tacite. Contre l’ennemi monolithique de la guerre
froide, cela ne faisait pas vraiment problème, car le personnel du renseignement pouvait
s’améliorer contre cette menace tout au long de sa carrière, comme les commandants l’ont
fait. Contre une menace changeante et asymétrique, ces mêmes commandants semblent
s’attendre à plus.
Après la guerre froide, on a vu les effectifs du renseignement croître dans le contexte des
missions de soutien de la paix, et la connectivité entre les niveaux national et tactique du
renseignement s’est accentuée. Auparavant, la fonction « renseignement » avait incombé à
la brigade et aux entités supérieures de la hiérarchie, mais elle était désormais assumée à
des niveaux de plus en plus bas. Au cours des dernières années, cette croissance et cette
connectivité se sont accélérées, et l’on a aussi assisté à l’introduction du quartier général
opérationnel déployé et au nouveau besoin de fournir des services de renseignement à ce
niveau de commandement.
54

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Au cours des dernières années également, nous avons vu l’Armée de terre livrer bataille à
un adversaire déterminé, dans le cadre d’une contre-insurrection. Ce genre de combat est
perçu comme étant le lot probable de l’Armée de terre du Canada dans l’avenir, alors que
l’accent sera mis sur les guerres irrégulières plus que sur les affrontements entre forces
de grande envergure. Cela engendrera, en matière de renseignement, des besoins à des
niveaux encore plus bas, soit à celui de la compagnie plutôt qu’à celui du bataillon, et mettra
en exergue la nécessité de disposer de renseignement opérationnel à des niveaux plus
bas également, en raison de l’obligation de situer en contexte les problèmes complexes.
En raison de cette complexité grandissante, les Forces canadiennes devront, pour être
efficaces, intégrer davantage leurs actions avec celles d’autres forces militaires, des FOS
et d’autres ministères fédéraux dans un cadre IIMP. Parallèlement, les technologies de
l’information continuent de promettre une connectivité accrue dans tout l’espace de combat
et la possibilité d’une « horizontalisation » plus poussée des réseaux du renseignement.
L’expérience vécue après la guerre froide a déterminé la façon dont le Renseignement de
l’Armée de terre a été employé, mais jusqu’à récemment, la guerre froide a déterminé celle
dont il était organisé. Même aujourd’hui, le Canada continue, comme pendant la guerre
froide, à ne pas mettre l’accent sur la production de son propre renseignement de base aux
niveaux tactique ou opérationnel, tandis que les nouvelles organisations sont structurées
pour opérer pendant qu’elles sont déployées. Il n’existe aucun système encourageant la
production du renseignement de base ou la mise sur pied et la tenue à jour d’une expertise
en matière de connaissances tacites. Il n’existe pas non plus de capacité inhérente à
soutenir les activités propres à la mise sur pied de la force avec le renseignement de base,
ou à aller de l’avant pour préparer ce renseignement au niveau tactique ou opérationnel
pour l’utiliser dans les théâtres probables de l’avenir. En outre, on continue d’avoir du mal
à intégrer le volet « renseignement » du concept IIMP au Canada, car il n’y a aucun point
central de regroupement de toutes les composantes du renseignement.
Si l’Armée de terre du Canada n’examine pas ses concepts fondamentaux du renseignement,
elle risque de continuer à situer ce dernier dans un contexte typique de la gestion de
l’information. L’attente qui découle de cette observation est la suivante : si l’on construit
les canalisations, le renseignement finira par y circuler. Relativement à la structure du
renseignement de l’Armée de terre du Canada, on peut évoquer l’analogie des tuyauteurs
qui attendent d’aller assembler le système. Malheureusement, comme l’expérience vécue
en Afghanistan le montre, il faut qu’il y ait au départ une certaine expertise dans le système;
il importe de créer la pression auparavant pour que le renseignement parvienne ainsi
jusqu’au théâtre, au lieu de monter tout le système sur place.
Si l’Armée de terre du Canada ne comprend pas que le renseignement, c’est la connaissance,
et qu’elle ne s’organise pas en conséquence, elle continuera de se demander pourquoi la
« pression » demeure faible dans ses canalisations du renseignement. Si elle n’amorce
pas la pompe avec des connaissances tacites et qu’elle ne veille pas à créer et à conserver
un réservoir de renseignement de base, les gargouillements qui viennent d’Afghanistan
continueront sans doute de se faire entendre et ils réapparaîtront probablement
dans l’avenir.
Par mesure de prévention, l’Armée de terre du Canada doit songer à intégrer davantage ses
efforts avec ceux du CRD, du COMFEC, du COMFOSCAN et des autres ministères fédéraux
pour construire une structure du renseignement axée sur la connaissance transposable du
Canada et au théâtre et capable de soutenir la préparation adaptée au théâtre et la mise
sur pied et l’emploi de la force et de fournir du renseignement de base, de situation et
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
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d’appréciation aux niveaux tactique et opérationnel. La première étape que l’Armée de terre
doit franchir pour ce faire consiste à recadrer son concept du renseignement de concert
avec ces partenaires et à préparer le terrain en s’assurant que tous songent au même type
de renseignement, avant qu’elle constate qu’elle n’obtient peut-être pas ce qu’elle veut,
mais plutôt ce qu’elle a défini.
56

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NOTES
1.
anada, Première Armée canadienne, 42-1-0/Rens — 1st Canadian Army Final Intelligence Report,
C
juillet 1945, p. 8.
2.
’expression « architecture du renseignement » désigne l’organisation, les communications ou les technologies
L
de l’information et les processus employés pour produire les renseignements.
3.
La 1re Division canadienne a commencé à publier un exposé quotidien vers 1915. Major J.E. Hahn,
The Intelligence Service within the Canadian Corps,1914–1918, Toronto, The MacMillan Company of Canada,
1930, p. xiii–xxii.
4.
ême si l’ouvrage du Major Hahn, intitulé The Intelligence Service within the Canadian Corps,
M
1914–1918, avait paru en 1930, il semble n’avoir refait surface qu’en 1942, quand il a été découvert
par l’École du renseignement, à Kingston, trois ans après le rétablissement des structures canadiennes
du renseignement. Major S.R. Elliot, Scarlet to Green, Toronto, Hunter Rose, 1981, p. 82.
5.
Ibid., p. 92–94.
6.
a fusion avait pour objet de réunir en une seule entité le personnel du renseignement et de la sécurité,
L
le personnel militaire et les équipes chargées de la sécurité des armes nucléaires. Parmi les avantages cités
à cet égard, on disait que la décision améliorerait le moral, qu’elle éliminerait les frictions entre les équipes
du renseignement, de la sécurité et de la police militaire et qu’elle rendrait l’entraînement moins coûteux.
Ministère de la Défense nationale, Report of the Study Piquet — Concerning Unification of Police, Security
and Intelligence in the Canadian Forces, Ottawa, Quartier général des Forces canadiennes, 24 mai 1967,
p. 21. Voir aussi Elliot, Scarlet to Green, p. 528–529.
7.
Harold A. Skaarup, Out of Darkness — Light, A History of the Canadian Military Intelligence —
Volume 1, Pre-Confederation to 1982, New York, iUniverse, Inc., 2005, p. 555–559.
8.
e concept de corps d’armée en 1986 correspondait à un modèle d’élaboration de la doctrine que les Forces
L
canadiennes employaient pour représenter ce à quoi une Force terrestre canadienne devait ressembler dans
le contexte d’un corps d’armée canadien. Le modèle n’était pas assujetti à des contraintes financières, mais
il était fonction des capacités que l’on estimait nécessaires pour livrer une guerre en Europe centrale contre
les Soviétiques. Il a fini par donner lieu à une série de publications doctrinales à la fin des années 1980 et au
début des années 1990 et par constituer un élément fondamental du Cours de commandement et d’état-major
de la force terrestre canadienne (CCEMFTC) à Kingston. Le modèle qui lui a succédé, « Le corps d’armée en
1996 », suivait le même axe quand il a subi les effets de la fin de la guerre froide; en outre, on a compris alors
qu’en raison des budgets postérieurs à la guerre froide, les Canadiens ne seraient pas obligés de penser au
niveau du corps d’armée. Ministère de la Défense nationale, Introduction to the Corps ‘86 Concept, Ottawa,
MDN Canada, 1986, Ottawa, MDN Canada, 1986, et Ministère de la Défense nationale,
System Study 1996–2005: Synopsis, Ottawa, MDN Canada, 1991.
9.
La Stratégie de l’Armée de terre de 2002 était une stratégie globale de l’Armée de terre devant permettre
à celle-ci de déployer des forces en Europe et au Canada, par suite de la parution du Livre blanc de 1987
signé par le gouvernement conservateur. Elle reposait sur une structure prévoyant une division pour l’Europe
et une force opérationnelle de la taille d’une division (composée de groupes-brigades et non de brigades)
pour assurer la défense du Canada. Capitaine W. Rennet, « Army Intelligence in 2002 »,
Intelligence Branch Journal, no 8, automne 1989, p. 11–16.
10. 1st Canadian Army Final Intelligence Report, p. 5.
11. P
hilip H.J. Davies, « Ideas of Intelligence: Divergent National Concepts and Institutions »,
Harvard International Review, Vol. 24, no 3, automne 2002, p. 66.
12. Banque de terminologie de la Défense (BTD), RED, http://terminology.mil.ca. Site consulté le 22 février 2008.
13. Sherman Kent, Strategic Intelligence for American World Policy, Princeton (New Jersey),
Princeton University Press, 1949, p. ix.
14. Ibid., p. ix.
15. L
e manuel du renseignement interarmées de 2007 contient la définition suivante et précise que la publication
sur la terminologie de la doctrine interarmées (Joint Doctrine Terminology) sera mise à jour en conséquence
[Traduction] : « Renseignement. Résultat de la collecte, du traitement, de l’intégration, de l’évaluation,
de l’analyse et de l’interprétation des renseignements bruts disponibles concernant les nations étrangères,
les forces armées ennemies ou pouvant le devenir, les zones où des opérations sont effectivement menées ou
pourraient l’être. Le terme s’applique aussi aux activités d’élaboration du renseignement et aux organismes qui
s’y consacrent. » États-Unis, président de l’Instance collégiale des chefs d’état-major, JP 2-0 Joint Intelligence,
Washington (D.C.), US Government Printing Office, 22 juin 2007, GL-11.
Publication no 5 de la collection JADEX

57
La définition précédente utilisée dans le manuel du renseignement FM 2-0 (2004) de l’Armée américaine
reprenait des éléments de la définition interarmées antérieure en disant [Traduction] : « 1. (interarmées)
Produit résultant de la collecte, du traitement, de l’intégration, de l’analyse, de l’évaluation et de l’interprétation
des renseignements bruts disponibles concernant des régions ou des pays étrangers. 2. Information
et connaissances sur un adversaire obtenues grâce à l’observation, aux enquêtes, à l’analyse ou à la
compréhension des choses. » États-Unis, Département de l’Armée, FM 2-0 Intelligence, Washington (D.C.),
Government Printing Office, 17 mai 2004, Glossaire–8.
16. R
enseignement — Produit résultant de la collecte, de l’évaluation, de l’analyse, de l’intégration et de
l’interprétation de tous les renseignements bruts disponibles concernant un ou plusieurs aspects de zones
d’opérations ou de pays étrangers et qui revêtent immédiatement ou pourraient revêtir un intérêt pour la
planification et les opérations militaires. Ministère de la Défense nationale, PFC 125, Glossaire des termes
militaires et définitions, Ottawa, MDN Canada, 1968, non paginé.
17. L
a définition civile était la suivante [Traduction] : « [...] la collecte, l’analyse et la diffusion
du renseignement, faites de façon systématique, planifiée et orientée vers un but (non aléatoire),
et basées sur des sources ouvertes ou secrètes. » Lloyd Hoffman, « Intelligence, Military »,
Brassey’s Encyclopedia of Land Forces and Warfare, imprimée aux États-Unis d’Amérique, 1996, p. 509,
et citée par le Lieutenant-colonel Daniel Villeneuve dans « Une étude sur le visage changeant du
Renseignement de l’Armée de terre canadienne », Journal de l’Armée du Canada, 9.2, été 2006, p. 24.
18. R
oyaume-Uni, War Office, No 7606/1344, Regulations for Intelligence Duties in the Field, Londres,
Eyre and Spottiswoode, 1904, p. 5.
19. Hahn, The Intelligence Service…, p. 185–198.
20. Elliot, Scarlet to Green, p. 179–218 et p. 252–313.
21. M
inistère de la Défense nationale, CAMT 7-84, The Infantry Battalion in Battle (Motorized),
Ottawa, Quartier général des Forces canadiennes, 1960, p. 6.
22. M
inistère de la Défense nationale, CAMT 1-8, The Infantry Brigade Group in Battle—Tactics,
Ottawa, Quartier général des Forces canadiennes, 1960, p. 46–48.
23. M
inistère de la Défense nationale, CAMT 1-36, Staff Procedures, Volume 3, Staff Duties in the Field,
Ottawa, Quartier général des Forces canadiennes, 1963, p. 323.
24. M
inistère de la Défense nationale, PFC 315(2), Sécurité et renseignement, Volume 2 — Les renseignements
militaires en campagne, Ottawa, MDN Canada, 1973, p. 1–2. Ministère de la Défense nationale, PFC 125
Glossaire des termes militaires et définitions, Ottawa, MDN, Canada, 1968, non paginé.
25. M
inistère de la Défense nationale, B-GL-315-002/FT-002 Le renseignement tactique (première ébauche),
Ottawa, MDN, Canada, 1988, p. 1–2.
26. Davies, « Ideas of Intelligence… », p. 64–65.
27. Kent, Strategic Intelligence…, p. 1–3.
28. Ed Waltz, Knowledge Management in the Intelligence Enterprise, Boston, Arctech House Inc., 2003, p. 3.
29. Kent, Strategic Intelligence…, p. 189.
30. 1st Canadian Army Final Intelligence Report, p. 3
31. F
ormulée à partir d’un poème de T.S. Elliot, la hiérarchie cognitive a évolué, sous la plume d’auteurs du monde
des affaires, pour finalement être employée tout d’abord par la Marine américaine, puis par le Corps des
Marines et enfin par l’Armée américaine. Voir à ce sujet l’article des Majors K. Dowell et H. Weigand intitulé
« Situational Awareness within a Battle Group » (mémoire rédigé pour le Programme d’état-major technique
de la Force terrestre, Collège militaire royal de Kingston, juin 2002), p. 2–7 à 2–9.
32. Cleveland, H., The Knowledge Executive: Leadership in an Information Society, New York,
Truman Talley Books, 1989, p. 22.
33. M
inistère de la Défense nationale, B-GL-352-001/FP-002 Renseignement, surveillance, acquisition d’objectifs
et reconnaissance, Ottawa, MDN, Canada, 2001, p. 22–24.
34. D
avid Kahn, « Toward a Theory of Intelligence », MHQ: Military History Quarterly, vol. 7, no 2, hiver 1994,
p. 93–95.
35. H
erman a d’abord décrit ces deux catégories de renseignement comme étant issues de l’observation
et s’apparentant à des messages dans son livre intitulé Intelligence Power in Peace and War, mais il a par
la suite modifié sa terminologie. Micheal Herman, Intelligence Power in Peace and War, Cambridge,Cambridge
University Press, 1996, p. 82–84. Voir aussi Michael Herman, « Where Hath Our Intelligence Been?
The Revolution in Military Affairs », RUSI Journal 143, no 6, déc. 1998), p. 65–67.
58

Publication no 5 de la collection JADEX
36. G
estion de l’information. « Discipline qui dirige et appuie la gestion efficace et efficiente de l’information
comme une ressource stratégique de valeur pour la Défense nationale et les Forces canadiennes.
Elle s’assure que la valeur de l’information est reconnue et pleinement exploitée. Nota : GI comprend
la planification, la coordination, et le contrôle de la création et l’acquisition, l’utilisation, l’analyse, le traitement,
l’intégration, la distribution, la protection, — la rétention et l’élimination de l’information. » BTD. RED.
http://terminology.mil.ca. Site consulté le 24 février 2008.
37. G
estion des connaissances. « Approche intégrée et systématique qui permet à l’organisation qui l’emploie
d’utiliser des informations opportunes, précises et pertinentes; cette approche permet également la découverte
d’informations et l’innovation, favorise le développement d’une organisation qui acquiert du savoir et accroît
la compréhension en intégrant toutes les sources d’information, ainsi que la connaissance et l’expérience
individuelle et collective. » BTD, RED http://terminology.mil.ca. Site consulté le 24 février 2008.
38. Kent, Strategic Intelligence…, p. xxi.
39. Waltz, Knowledge Management…, p. 56.
40. Waltz, Knowledge Management…, p. 63.
41. Ibid., p. 63.
42. É
tats-Unis, Quartier général de l’Armée, manuel FM 3-0 Operations, Washington (DC),
US Government Printing Office, 27 février 2008, p. 7–10 à 7–13.
43. Institute of Land Warfare, Association of the United States Army. Key Issues Relevant to Army Intelligence
Transformation—Torchbearer National Security Report, juillet 2007, p. 11. Voir le site http://www.ausa.org/
publications/ilw/torchbearercampaign/tnsr/Pages/default.aspx. Site Internet consulté le 19 avril 2008.
44. É
tats-Unis, Département de la Marine, MCDP 2 — Intelligence, Washington (DC),
US Government Printing Office, 7 juin 1997, p. 96.
45. M
inistère de la Défense nationale, B-GJ-005-200/FP-000 La doctrine du renseignement interarmées,
Ottawa, MDN, 21 mai 2003, p. 2–1.
46. L
es expressions figurent dans la PFC 125 du ministère de la Défense nationale intitulée
Glossaire des termes militaires et définitions, Ottawa, MDN Canada, 1965, non paginée.
47. M
inistère de la Défense nationale, B-GL-357-002/FP-002 Manuel de campagne —
Le renseignement, Ottawa, MDN, 2001, p. 3.
48. M
inistère de la Défense nationale, B-GL-300-001/FP-002 Opérations terrestres,
Ottawa, MDN, 2008, p. 3–2 à 3–5.
49. US, JP 2-0 Joint Intelligence, p. I–21 à 22.
50. MDN, Manuel de campagne — Le renseignement, p. 7.
51. O
rganisation du Traité de l’Atlantique Nord, AJP 2.0, Doctrine interarmées du renseignement,
de la contre-intelligence et de la sécurité, Bruxelles, OTAN, 2003, p. 1-2-3.
52. MDN, La doctrine du renseignement interarmées, p. 2–1 à 2–2.
53. P
our l’Australie, le renseignement sur l’objectif est une discipline, plutôt qu’un type ou une catégorie
du renseignement; elle fait donc la distinction entre les deux. Australie, ADDP 2.0, Intelligence and Security
Series — Intelligence, septembre 2006, p. 1–6.
54. T
outes les définitions sont tirées de la Doctrine du renseignement interarmées des FC; les trois premières
sont attribuées à l’OTAN, et les deux dernières (appréciation et avertissement) ne le sont pas. MDN,
La doctrine du renseignement interarmées, p. 2–1 à 2–2.
55. C
ependant, l’Armée de terre considère effectivement que le renseignement sur l’objectif constitue
une des 15 catégories du renseignement et elle fournit une définition semblable mais non identique. MDN,
Manuel de campagne — Le renseignement, p. 10.
56. T
outefois, la doctrine de l’Armée de terre et la doctrine interarmées font entrer l’analyse tactique graphique
(ATG) dans le processus de planification opérationnelle. L’ATG comprend une fonction d’appréciation, en ce
sens qu’au cours de sa dernière étape, elle cerne les plans d’action de l’ennemi. MDN,
Manuel de campagne — Le renseignement, p. 79–97.
57. Waltz, Knowledge Management…, p. 10–12.
58. US, FM 2-0 Intelligence, p. 2–5 à 2–7.
59. US, JP 2-0 Joint Intelligence, p. I–16 à I–19.
Publication no 5 de la collection JADEX

59
60. L
es huit principes du renseignement sont les suivants : un contrôle centralisé; rapidité de diffusion;
exploitation systématique; objectivité; accessibilité; rapidité de réaction; protection des sources; et révision
constante. MDN, Manuel de campagne — Le renseignement, p. 14–15.
61. MDN, La doctrine du renseignement interarmées, p. 2–3 à 2–16. MDN, Manuel de campagne, p. 29–31.
62. MDN, Opérations terrestres, 2008, p. 4–20.
63. S
i l’on compare le manuel des FC sur les OI à celui de l’Armée américaine (FM 100-5, Information Operations)
daté du 27 août 1996, on peut observer un degré étonnant de similitude entre les deux, la majorité du texte
ayant été repris tel quel. Le principal ajout réside dans l’inclusion d’un chapitre sur les opérations ISTAR, que le
document américain passe sous silence. Ministère de la Défense nationale, B-GL-300-001/FP-002 Opérations
d’information de la Force terrestre, Ottawa, MDN Canada, 1999, et États-Unis, Quartier général de l’Armée de
terre, FM 100-6, Information Operations, Washington (DC), U.S. Government Printing Office, 27 août 1996.
64. É
tats-Unis, Quartier général de l’Armée de terre, FM 3-13, Information Operations: Doctrine, Tactics,
Techniques and Procedures, Washington (DC), U.S. Government Printing Office, 28 novembre 2003.
65. US, FM 100-6, Information Operations, p. 4–3, et MDN, Opérations d’information de la Force terrestre, p. 55.
66. M
ilitary Intelligence Professional Bulletin, vol. 23, no 1, janvier–mars 1997. The Military Review,
vol. LXXVIII, no 5, septembre–novembre 1998.
67. M
ajor-General Charles W Thomas, « Vantage Point », Military Intelligence Professional Bulletin,
vol. 23, no 1, janvier–mars 1997, p. 2.
68. R
obert J. Bunker, « Information Operations and the Conduct of Land Warfare »,
The Military Review, vol. LXXVIII, no 5, septembre–novembre 1998, p. 4–17.
69. P
ar exemple, FM 34-8-2, The Intelligence Officers Handbook mentionne le manuel FM 100-6 dans sa
bibliographie, mais il ne mentionne aucunement les OI dans son contenu. États-Unis, Quartier général
de l’Armée de terre, FM 34-8-2, The Intelligence Officers Handbook, Washington (DC),
U.S. Government Printing Office, 1er mai 1998.
70. M
inistère de la Défense nationale, B-GG-005-004/AF-033 Opérations d’information des FC,
Ottawa, MDN, 15 avril 1998.
71. MDN, Opérations d’information de la Force terrestre, p. 51–52.
72. O
n avait d’abord exprimé le concept par les mots « Reconnaissance, renseignement, surveillance et
acquisition d’objectifs » (RISTA, en anglais), avant de passer au sigle ISTAR. Lieutenant-Colonel M.J. Cronin,
« Intelligence, Surveillance, Target Acquisition and Reconnaissance (ISTAR) support to Land Operations »,
UK Army Doctrine and Training News, no 7, mai 1997, p. 1–34 à 1–43.
73. L
e chapitre 4 concerne le concept de l’IP tiré du modèle américain, tandis que le chapitre 5 introduit le
concept de l’ISTAR. L’IP y était définie comme étant « l’information tirée de l’environnement militaire de
l’information (EMI) et influant sensiblement sur l’exécution de la mission opérationnelle, y contribuant ou s’y
rapportant ». Le concept ISTAR était défini comme suit : « Structure dans laquelle l’information recueillie grâce
à l’observation systématique est intégrée dans celle que l’on obtient grâce à des missions particulières et que
l’on traite afin de répondre aux besoins du commandant en renseignements. Elle permet aussi de détecter,
d’identifier et de localiser les objectifs avec assez de détails et en temps suffisamment opportun pour les
prendre à partie avec succès avec les systèmes d’armes. » La définition fait ensuite la distinction entre les
composantes de cette structure : capteurs, dispositifs de traitement, système de gestion de l’information et des
capteurs et système de communications reliant les ressources ISTAR au commandant. MDN,
Opérations d’information de la Force terrestre, p. 51–71.
74. MDN, Le renseignement tactique, p. 1–2.
75. «
Le processus du RSR intégrera les données non traitées des détecteurs et l’information et le renseignement
déjà traités », Capitaine de frégate Josh Barber, « Renseignement, surveillance et reconnaissance (RSR) :
une vision pour les Forces canadiennes », Revue militaire canadienne, vol. 2, no 4, hiver 2001–2002, p 43.
76. L
e mot renseignement est employé pour décrire tant les activités menées pour acquérir et traiter
l’information que le produit résultant de ces activités. Essentiellement, le renseignement équivaut aux
éléments d’information et aux connaissances sur un ennemi que l’on obtient grâce à l’observation,
à l’enquête, à l’analyse ou à la compréhension des données. Source inconnue. MDN,
Opérations d’information de la Force terrestre, p. 55 et 64.
77. MDN, Renseignement, surveillance, acquisition d’objectifs et reconnaissance, 2001, p. 4–5.
60

Publication no 5 de la collection JADEX
78. L
e concept ISTAR est lui aussi redéfini en ces termes dans le manuel : « [...] un groupement de ressources de
recherche, d’exploitation, de diffusion et de communication d’information qui sont conçues, structurées, reliées
et encadrées de manière à fournir la connaissance de la situation (CS), à appuyer le choix des objectifs et à
aider les commandants à prendre des décisions. » Ministère de la Défense nationale, B‑GL-352-001/FP-002
Renseignement, surveillance, acquisition d’objectifs et reconnaissance, Ottawa, MDN Canada, 2004,
p. 1, p. 104.
79. «
Le renseignement constitue la principale activité des opérations d’information (OI) et joue le rôle de
fonction coordonnatrice centrale du « ISTAR » (renseignement, surveillance, acquisition des objectifs et
reconnaissance), le système des systèmes. », MDN, Manuel de campagne — Le renseignement, p. 1.
80. MDN, Renseignement, surveillance, acquisition d’objectifs et reconnaissance, 2001, p. 4–5.
81. MDN, Manuel de campagne — Le renseignement, p. 2–3.
82. M
inistère de la Défense nationale, Le concept d’emploi de l’Armée de terre : une armée, une équipe,
une vision, Ottawa, MDN, 31 mars 2004, p. 15–16.
83. Ibid., p. 26.
84. MDN, Opérations terrestres, p. 4–21.
85. 1st Canadian Army Final Intelligence Report, p. 20–21.
86. MDN, CAMT 1-36, Procédures d’état-major …., p. 114.
87. Elliot, Scarlet to Green, p. 552–559.
88. MDN, Introduction au concept du Corps d’armée en 1986, p. 11–1 à 11–9. MDN,
Le renseignement tactique, p. 3–5 à 3–12.
89. Rennet, « Army Intelligence in 2002 », p. 11–16.
90. Harold A. Skaarup, Out of Darkness-Light: A History of Canadian Military Intelligence,
volume 3, 1998–2005, New York, iUniverse, Inc., 2005, p. 397.
91. M
DN, Manuel de campagne — le renseignement, p. 137–138. MDN, Renseignement, surveillance,
acquisition d’objectifs et reconnaissance, 2001, p. xxx. MDN, Renseignement, surveillance, acquisition
d’objectifs et reconnaissance, 2004, p. 9.
92. MDN, Renseignement, surveillance, acquisition d’objectifs et reconnaissance, 2004, p. 9.
93. MDN, Manuel de campagne — le renseignement, p. 137.
94. M
ajor Gordon Ohlke, « Le Centre du renseignement de toutes sources »,
Le Journal de l’Armée du Canada, vol. 10, no 3, automne 2007, p. 5–9.
95. MDN, La doctrine du renseignement interarmées, p. 1–1.
96. Ibid., p. 1–4 à 1–7.
97. V
illeneuve, « Une étude sur le visage changeant du renseignement de l’Armée de terre canadienne »,
p. 24. Ohlke, « Le Centre du renseignement de toutes sources », p. 8.
98. États-Unis, FM 3-0, Operations, 2008, p. 4–4.
99. États-Unis, FM 2-0, Intelligence, p. 1–3.
100.1st Canadian Army Final Intelligence Report, p. 3.
101.Nous avons consulté principalement trois sources pour réunir des détails sur les opérations en question.
La Division de la recherche opérationnelle a fait faire une étude sur les opérations menées par les Forces
canadiennes entre 1970 et 2000; l’étude couvre en fait la période allant jusqu’à 2003 en incluant la base
de données Five-W sur les opérations exécutées entre 1990 et 2003. L.A. Willner et S. Maloney, Canadian
Forces Operations 1970–2000, Ottawa, Division de la recherche opérationnelle, Directeur — Recherche
opérationnelle (Interarmées), 2002. Les données relatives à la période postérieure à cette date figurent dans
le site Internet consacré aux opérations des Forces canadiennes, Défense nationale et Forces canadiennes,
« Opérations », http://www.forces.gc.ca/site/operations/current-ops-courante-fra.asp (site consulté le
13 mars 2008), et dans le site Internet du Commandement de la Force expéditionnaire du Canada intitulé
« Opérations internationales », http://www.cefcom-comfec.forces.gc.ca/pa-ap/ops/index-fra.asp.
102.En 1997, le rapport d’enquête final sur la Somalie intitulé Un héritage déshonoré et le Journal de
l’infanterie décrivent tous deux les expériences vécues en Somalie et en Bosnie. Voir Martyn, « L’avenir du
renseignement dans l’infanterie canadienne », Journal de l’infanterie, no 32, hiver 1997, p. 16–24.
D’autres articles ont paru peu à peu dans Le Bulletin de doctrine et d’instruction de l’Armée de terre
(BDIAT), en 1998 et 2000, et dans Le Bulletin publié par le Centre des leçons retenues de l’Armée en 2001.
Publication no 5 de la collection JADEX

61
Il a fallu attendre que des forces soient déployées en Afghanistan pour que des documents deviennent
facilement accessibles, sous la forme d’autres articles publiés dans le Bulletin, le Journal de l’Armée du
Canada et la Revue militaire canadienne et sous celle de thèses universitaires telles que celle du
Brigadier-général (retraité) James Cox, « The Transformation of Canadian Defence Intelligence since the
End of the Cold War » (Thèse de maîtrise, Collège militaire royal du Canada, mai 2004).
Plus récemment, une trilogie sur la Branche des services du renseignement au Canada a été publiée à
titre privé par le Major Hal Skaarup, Out of Darkness — Light: A History of Military Intelligence,
Volumes 1–3. Ces ouvrages sont plutôt des albums de découpures que des textes historiques faisant
autorité, mais ils contiennent des extraits d’articles parus dans les bulletins et les revues internes de la
Branche des services du renseignement, articles qui ne sont normalement pas accessibles et qui donnent
donc un accès à des comptes rendus directs sur certains déploiements. Une critique faite dans le Journal
de l’Armée du Canada décrit ces ouvrages comme étant utiles, bien qu’ils ne cherchent pas à répondre à
quelque question que ce soit sur l’évolution de la Branche des services du renseignement au Canada. Voir
Bob Martyn, « Out of Darkness—Light: A History of Military Intelligence, Volumes 1–3 »
Le Journal de l’Armée du Canada, vol. 9, no 3, hiver 2006, p. 114–117.
103.L’Armée de terre du Canada a adopté le concept des thèmes de campagne pour décrire le caractère
des campagnes qui peut changer au fil du temps. Canada, Ministère de la Défense nationale,
B-GL-300-001/FP-002 Opérations terrestres, ÉBAUCHE 2007, p. 3–10 à 3–22.
104.Au cours des deux autres opérations de combat, on a fait appel à la Force aérienne du Canada pour lutter
contre un ennemi conventionnel en Iraq et au Kosovo. Une composante navale importante a pris part à la
Première guerre du Golfe, mais elle n’a pas affronté un ennemi conventionnel, étant donné la supériorité des
forces de la Coalition par rapport à celles de l’Iraq. Les forces terrestres qui se sont déployées dans le Golfe
en 1990–1991 avaient pour mission de protéger l’hôpital de campagne, le Quartier général interarmées et
l’aérodrome opérationnel utilisé par les CF18. Les autorités ont envisagé de déployer une brigade canadienne
dans le Golfe, mais cela ne s’est jamais produit. L’opération menée au Kosovo en 1999 a immédiatement été
suivie par une opération de paix axée sur les forces terrestres.
105.À un moment donné pendant l’Op HARMONY, en 1993, pour tenter de prévenir un nettoyage ethnique, des
éléments d’un groupement tactique canadien ont livré un combat prolongé contre des troupes croatiennes.
Michael Snider, « Firefight at Medak Pocket », Maclean’s Magazine, Toronto, le 2 septembre 2002, p. 44–47.
106. L
’Accord de Dayton a été signé le 14 décembre 1995 et a mis fin aux hostilités en Bosnie, ce qui a établi
les conditions de paix qui comportaient le retrait des troupes belligérantes sous la surveillance de l’OTAN.
Site Internet http://www.nato.int/ifor/gfa/gfa-home.htm, consulté le 17 mars 2008.
107. L
’Op ATHENA désignait l’intervention des troupes canadiennes sous la direction de l’OTAN, tandis que
l’Op ARCHER, celle de nos troupes dans le cadre de l’OEF. Les troupes canadiennes ont servi simultanément
dans le contexte des deux opérations, dans diverses positions, mais le principal effort de l’élément de combat
canadien a été déployé au sein de l’une ou l’autre des opérations.
108. L
e 4 avril 2008, le Premier ministre Harper a annoncé que les conditions préalables à l’emploi de troupes
canadiennes dans la province de Kandahar jusqu’en 2011 avaient été remplies. Cela comprenait le
déploiement de 1 000 autres soldats de l’OTAN dans la province et l’acquisition de véhicules aériens non
pilotés et d’hélicoptères de transport moyens pour appuyer les opérations. Steven Chase et Gloria Galloway,
« PM Leaves Door Open to Extend Afghan Mission », The Globe and Mail, 4 avril 2008, p. A12;
http://proquest.umi.com; Internet; site consulté le 17 avril 2008.
109.MDN, Opérations terrestres, p. 1–7.
110. Pour des raisons politiques, la taille et la composition de la contribution canadienne étaient limitées à
1 000 hommes. Lieutenant-colonel Robert S. Williams et Major Jim Godefroy, « Note au dossier — l’évolution
du soutien du renseignement au sein de l’IFOR », Le Journal de l’Armée du Canada, vol. 9, no 3, hiver 2006,
p. 103–107.
111. Les forces commandées ont d’habitude compris le Groupement tactique canadien, l’Équipe de reconstruction
provinciale (ERP) et d’autres éléments du niveau de la brigade ainsi que des unités ou des sous-unités
d’autres pays. Le Colonel Lewis, commandant adjoint de la FOI-Afg a fait l’observation concernant le rôle
national, lors de la première rotation. Colonel Fred A. Lewis, « Pouvoir renouveler notre façon de faire —
contre-insurrection et art opérationnel, Le Journal de l’Armée du Canada, vol. 9, no 3, hiver 2006, p. 19.
112. Major Dany Fortin, « Les défis d’un quartier-général multinational : la Brigade multinationale Kaboul »,
Le Bulletin (Le Centre des leçons retenues de l’Armée), vol. 11, no 3, avril 2005, p. 11–13.
113. Brigadier-général Peter Devlin, « Des soldats canadiens se déploient au sein de la Brigade multinationale de
Kaboul (BMNK) — juillet 2003 », Le Bulletin (Le Centre des leçons retenues de l’Armée), vol. 10, no 2,
juin 2004, p. 2.
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114. Exemple : dans le QG de la BMNK, le G2 était allemand et il n’avait donc pas accès au renseignement réservé
au Canada, aux Royaume-Uni et aux États-Unis (CANUKUS). De même, certains membres de l’état-major du
renseignement n’étaient pas des citoyens de pays de l’OTAN, et l’on ne pouvait donc pas leur communiquer
les données de renseignement de l’OTAN. Enfin, le commandant de la Brigade canadienne avait aussi accès
à de l’information exclusivement canadienne par l’intermédiaire des communications du Renseignement
canadien. Fortin, « Les défis d’un quartier général multinational… », p. 14.
115. Canada, Ministère de la Défense nationale, B-GL-301-002/FP-001 Le groupement tactique
au cours des opérations, Ottawa, MDN, 18 mars 1993, p. 4–23.
116. Adjudant J.M.A. Chartrand et Caporal-chef Eric J.M. Brillon, « Op TOUCAN — Int Ops with the
3rd Vandoo Airborne Company Group », Intelligence Branch Association Journal, numéro 2, 2000, p. 5–6,
cité dans Skaarup, Out of Darkness…, vol. 3, p. 7.
117. Adjudant M.R. Tracey, « Les opérations d’information — l’importance de l’HUMINT ou HUMINT —
qui connaît la vérité? », Le Bulletin (Le Centre des leçons retenues de l’Armée), vol. 8, no 2, août 2001, p. 2.
118. Major D. Villeneuve, « Le renseignement à l’appui des opérations : on récolte ce que l’on sème »,
Le Bulletin de doctrine et d’instruction de l’Armée de terre, vol. 3, no 1, printemps 2000, p. 45.
119. Cox, « The Transformation of Canadian Defence Intelligence… », p. 63–64.
120.MDN, Opérations terrestres, p. 2–3.
121.Tracey, « Les opérations d’information... », p. 3.
122.Le personnel comprenait des éléments de la Force régulière et de la Réserve tirés des cinq compagnies
d’instruction de la Réserve dont l’effectif allait être reconstitué dans tout le pays à même les sections existantes
du renseignement de la milice. Rennet, « Army Intelligence in 2002 », p. 11–16.
123.Expérience personnelle de l’auteur qui a fait partie de l’unité de 1989 à 1991.
124.Ministère de la Défense nationale, Intelligence & Surveillance Combat Function Master Development Plan—
Part A Intelligence (Janvier 1996), p. 3–2 et 3–3 et annexe A.
125.Skaarup, Out of Darkness…, volume 3…, p. 397.
126.Des réservistes allaient tôt ou tard occuper jusqu’à 40 p. 100 des postes dans les services du renseignement
de l’Armée de terre déployés en Afghanistan. Canada, Ministère de la Défense nationale, 3350-1 (CEM Ops),
« Directives destinées au renseignement de l’Armée de terre — 2008 », 13 mars 2008, p. 16
127.CRD, séance d’information tenue par le commandant, 28 février 2008.
128.Dorn, « The Cloak and the Blue Beret: Limitations on Intelligence in UN Peacekeeping »,
International Journal of Intelligence and Counter Intelligence, vol. 10, 1997.
129.Courriel du Lcol Jensen daté du 14 mars 2008. Le Lcol Jensen était officier du renseignement (plans)
dans la Direction générale — Renseignement qui a fait le débriefing de la section du renseignement revenant
au pays, en 1992.
130.Villeneuve affirme que cela s’est produit en 1994, avec le 12 RBC, mais cette unité s’est en fait déployée en
novembre 1993, selon la base de données FIVE-W. Villeneuve, « Une étude sur le visage changeant
du renseignement de l’Armée de terre canadienne », p. 31.
131.Cox, « The Transformation of Canadian Defence Intelligence… », p. 64.
132.Thomas Quiggan, « Response to: “ No Cloak and Dagger Required: Intelligence Support to UN
Peacekeeping ” », Intelligence and National Security, vol. 10, no 4, hiver 1998, p. 204.
133.Cox, « The Transformation of Canadian Defence Intelligence… », p. 98.
134.Ibid., p. 97.
135.Ibid., p. 72–77.
136.Canada, Un héritage déshonoré : les leçons de l’affaire somalienne : Volume 3, Ottawa,
La Commission d’enquête sur le déploiement des Forces canadiennes en Somalie, 1997, p. 992–1013.
137.Capitaine J. Daniel Villeneuve, « A Farewell to Haiti », The Intelligence Journal, vol. 1, numéro 1,
mars 1998, p. 2–5, cité dans Skaarup, Out of Darkness… Volume 3…, p. 420–423.
138.Expérience de l’auteur. L’auteur a été déployé en Bosnie à cette époque à titre de chef du G2 pour la Force
opérationnelle multinationale (Sud-Ouest).
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63
139.Capitaine Phil R. Berikoff, « The Gates of Madness », Sinister Sam’s Notebook, 1re Édition, 1996, p. 10–11,
cité dans Harold A. Skaarup, Out of Darkness-Light: A History of Canadian Military Intelligence — Volume 2,
1983–1997, New York, iUniverse, Inc., 2005, p. 327–329.
140.Major Mike Beauvais, « The Evolution of Intelligence Support to Canadian Military Operations »,
Thèse de maîtrise en études sur la guerre, Collège militaire royal, janvier 2004, p. 6–7.
141.Le Lieutenant-colonel Villeneuve a donné à entendre que cette pratique a commencé quand du personnel
et des communications ont été fournis à un élément de commandement canadien en 1992–1993, plutôt qu’au
moment du déploiement de 1995. Villeneuve, « Une étude sur le visage changeant du renseignement de
l’Armée de terre canadienne », p. 42.
142.Sergent Steve Mullins, « KFOR CANIC, Roto 1, Camp Donja Koretica Kosovo », Intelligence Branch
Association Journal, numéro 2, 2000, p. 8–10, cité dans Skaarup, Out of Darkness… Volume 3…, p. 73–75.
143.Adjudant J.M.A. Chartrand et Caporal-chef Eric J.M. Brillon, « Op TOUCAN — Int Ops with the
3rd Vandoo Airborne Company Group », Intelligence Branch Association Journal, numéro 2, 2000, p. 5–6,
cité dans Skaarup, Out of Darkness… Volume 3…, p. 70–73.
144.Contre-amiral Roger Girouard, « Aperçu de l’opération TOUCAN », dans Au péril de notre vie :
« Le responsable, c’est moi » : les commandements militaires supérieurs durant les opérations, Kingston,
Presse de l’Académie canadienne de la Défense, 2007, p. 36.
145.Tracey, « Les opérations d’information… », p. 3.
146.« Task Force East Africa », Intelligence Branch Association Journal, 1/2001, p. 9, cité dans Skaarup,
Out of Darkness… , Volume 3…, p. 92.
147.Capitaine de corvette Shawn P. Osborne, « Op HALO », Intelligence Branch Association Journal,
2004, p. 21–23, cité dans Skaarup Out of Darkness… Volume 3…, p. 268–271.
148.Capitaine Philip E.D. Nicholson, « SITREP from 3 PPCLI BG Intelligence Section in Kandahar »,
The Intelligence Branch Association Journal, 1/2002, p. 26–28, cité dans Skaarup, Out of Darkness…
Volume 3…, p. 141–143.
149.La désignation de sécurité américaine « NOFORN » (Ne pas diffuser auprès d’étrangers) risque
d’empêcher le partage des données de renseignement. Capitaine Philip E.D. Nicholson, « SITREP from … »,
cité dans Skaarup, Out of Darkness… Volume 3…, p. 141. Le commandant du bataillon a lui aussi
évoqué ce problème en déclarant « [Cela] nous a grandement empêchés d’obtenir du renseignement. »
Lieutenant‑colonel P. Stogran, « Le 3e Batallion, Princess Patricia’s Canadian Light Infantry en Afghanistan :
l’envol d’une force interarmées », Le Journal de l’Armée du Canada, vol. 7, nos 3 et 4,
automne–hiver 2004, p. 22.
150.Cox, « The Transformation of Canadian Defence Intelligence… », p. 163–164.
151.Capitaine Cody Sherman, « Battle Group Intelligence Section », The Bulletin
(Le Centre des leçons retenues de l’Armée), vol. 10, no 4, décembre 2004, p. 6–10.
152.Major L. LeBlanc, « Intelligence Op ATHENA Roto 0 », The Bulletin
(Le Centre des leçons retenues de l’Armée), vol. 10, no 4, décembre 2004, p. 10–13.
153.Capitaine Orest Babij, « ASIC/GIST Lessons Learned Op ATHENA Roto 0 », The Bulletin
(Le Centre des leçons retenues de l’Armée), vol. 10, no 4, décembre 2004, p. 1–4. Chose étrange,
on a attribué une autre réussite au CRTS dans le domaine de l’exploitation des sites sensibles et de la
documentation; ce sont là clairement des fonctions pratiques et non analytiques, étant donné que des
spécialistes de la contre-ingérence et de la collecte de renseignements humains ne faisaient pas partie du
CRTS au cours de cette rotation. Sherman, « Battalion Group Intelligence… », p. 8.
154.Sherman, « Battalion Group Intelligence… », p. 8.
155.Beauvais, « The Evolution of Intelligence… », p. 7–9.
156.Expérience de l’auteur. Celui-ci était officier du J2 — Plans, à Ottawa, à ce moment-là.
157.Un article paru dans le Journal de l’Armée du Canada précise que les clients du CRTS
à ce moment-là comprenaient « les détachements du Régiment d’opérations spéciales du Canada ».
Ohlke, « Le Centre du renseignement de toutes sources », p. 8.
158.On dit que l’EGIS a été déployée outre-mer en 2002, et des textes relatifs à la ROTO du 2 GBMC mentionnent
que la rotation de 2003 à Kaboul a été la première au cours de laquelle le CRTS et l’EGIS ont été employés.
Comme le bataillon déployé à Kandahar en 2002 n’a pas semblé utiliser ses ressources de cette manière, il est
probable que le CRTS et l’EGIS aient eu pour rôle de soutenir les FOS plutôt que les forces conventionnelles.
Major Louis-Henri Rémillard, « La méthode “de toutes sources”, une nouvelle façon de travailler : l’évolution du
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renseignement dans les opérations militaires modernes », Revue militaire canadienne,
vol. 8, no 3, automne 2007, p. 21–22.
159.J. Paul de B. Taillon, « Les forces d’opérations spéciales coalisées : renforcer les capacités des partenaires »,
Revue militaire canadienne, vol. 8, no 3, automne 2007, p. 54.
160.Major Jason T. Adair, « L’apprentissage par l’expérience : les mesures anti-insurrectionnelles au niveau
de la compagnie en Afghanistan », Le Journal de l’Armée du Canada, vol. 10, no 4, hiver 2008, p. 37–38.
161.Lieutenant-colonel Ian Hope, « Éditorial — collaboration spéciale », Le Journal de l’Armée du Canada,
vol. 10, no 1, printemps 2007, p. 6. Le Lieutenant-colonel Hope souligne aussi que les opérations des FOS
contre des objectifs de grande valeur, tels que les chefs talibans, avaient la priorité sur les opérations du
groupement tactique. Voir Lieutenant-colonel Ian Hope, « Réflexions sur l’Afghanistan : le commandement de
la Force opérationnelle Orion », dans Au péril de notre vie : « le responsable, c’est moi » — Les commandants
militaires supérieurs durant les opérations, Presse de l’Académie de la Défense, Kingston, 2007, p. 236.
162.Colonel Bernd Horn, « Dans la brèche : le commandement de combat du Lieutenant-colonel Omar Lavoie »,
dans Au péril de notre vie : « le responsable, c’est moi » — Les commandants militaires supérieurs durant les
opérations, Presse de l’Académie de la Défense, Kingston, 2007, p. 263.
163.Compte rendu après action, 2006–2007, p. 12–13.
164.Ibid., p. 12.
165.Ibid., p. 4. Le Lieutenant-colonel Hope précise aussi qu’il devait deviner quels étaient les objectifs
opérationnels de l’ennemi. Hope, « Éditorial — collaboration spéciale », p. 6.
166.MDN, Intelligence & Surveillance Combat Function Master Development Plan…, p. 3–1 à 3–3.
167.Lisa Elliott, « Trouver un juste équilibre : Une étude de l’approche de l’Armée
canadienne au sujet du renseignement humain dans un environnement asymétrique »
(Thèse de maîtrise au Collège militaire royal du Canada, avril 2005, p. 96.)
168.1st Canadian Army Final Intelligence Report, p. 3.
169.1st Canadian Army Final Intelligence Report, p. 10.
170.Canada, ministère de la Défense nationale, 3350-1 (CEM Ops), « Directives destinées au renseignement
de l’Armée de terre — 2008 », 13 mars 2008.
171.Major Bédard, G2 intérimaire de l’Armée de terre, présentation au Groupe de travail sur le développement
de la Force terrestre, « Le renseignement de l’Armée de terre », 3 avril 2008.
172.Michael Brake, « Brigade Combat Team Intelligence Operations », The Military Professional Bulletin,
Vol. 30, no 4, octobre–décembre 2004, p. 27–28. Major Bill Benson et Capitaine Sean Nowlan,
« Tactical Intelligence Shortcomings in Iraq: Restructuring Battalion Intelligence to Win », The Military
Professional Bulletin, Vol. 30, no 4, octobre–décembre 2004, p. 8–15.
173.Ministère de la Défense nationale, L’Armée provisoire : document de travail sur le concept d’emploi des forces,
Ottawa, MDN, 2 septembre 2003, p. B–4.
174.Colin S. Gray, Another Bloody Century, Londres, Orion Books Ltd., 2005, p. 382–388.
175.Martin van Creveld, The Changing Face of War, New York, Presido Press, 2006, p. 264–260.
176.Voir MDN, Opérations terrestres, p. 2–1 à 2–23 et Canada, ministère de la Défense nationale,
B‑GL-310-001/AG-002 Opérations terrestres 2021 : opérations adaptables et dispersées. Le concept d’emploi
de la force de l’Armée de terre canadienne de demain, 2007, p. 2.
177.L’Armée australienne emploie les facteurs de l’échelle, de l’intensité et de la durée pour catégoriser les conflits.
Le concept de la durée serait sans doute utile dans l’examen des thèmes de campagne canadiens. Australie,
Armée de terre australienne, Fundamentals of Land Warfare, Canberra : Doctrine, Australian Army, 2005,
chapitre 2. Voir le site http://www.defence.gov.au/ARMY/LWD1/LWD1sitemap.htm.
Site consulté le 20 avril 2008.
178.MDN, Opérations terrestres, p. 3–4.
179.États-Unis, Quartier général de l’Armée de terre, TRADOC Pam 525-5-500, Commanders Appreciation
and Campaign Design, Washington (DC), U.S. Government Printing Office, 28 janvier 2008, p. 8–17.
180.É.-U., FM 3-0, Opérations, 2008, p. 6–1 à 6–19.
181.Les FOS sont prises en considération à la p. 5–15 du cadre IIMP exposé dans l’ouvrage Opérations terrestres,
aux pages 5–14 à 5–20. On parle de la nécessité de la coopération et de la capacité d’agir de concert avec
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les FOS dans la publication B-GL-310-001/AG-001 Opérations terrrestres 2021 : Opérations adaptables et
dispersées — Le concept d’emploi de la force de l’Armée de terre canadienne de demain, Ottawa, MDN, 2007,
p. 28 et 33–34.
182.Institute of Land Warfare, Association of the United States Army, Key Issues Relevant to Actionable
Intelligence—Torchbearer National Security Report, juin 2005, p. 11–12. Institute of Land Warfare,
Association of the United States Army, Key Issues Relevant to Army Intelligence Transformation—
Torchbearer National Security Report, juillet 2007, p. 7–8. Voir le site
http://www.ausa.org/publications/ilw/torchbearercampaign/tnsr/Pages/default.aspx.
Site Internet consulté le 19 avril 2008.
183.Lisa Elliott parle des effets des déploiements de six mois en Bosnie sur l’analyse et la recherche du
renseignement, dans sa thèse sur le renseignement humain canadien. Lisa Elliott, « Finding a Balance… »,
p. 89–98. La même question est soulevée dans le document de l’Armée de terre intitulé
« After Action Review 2006/2007 » qui porte sur les opérations en Afghanistan. On y lit ce qui suit :
« Pour devenir efficaces, les analystes ont besoin de beaucoup de temps pour se familiariser avec la situation
particulière du renseignement. » Plus tôt dans le même rapport, on indique qu’il faut au moins trois mois
au personnel du renseignement pour devenir efficace, après être arrivé dans le théâtre. Comme solutions
possibles, on a proposé des rotations décalées ou une formation des agents de recherche opérationnels
par observation pendant un mois au Canada. AfterAction Review 2006/2007, p. 4 et 12. Dans le manuel sur
la doctrine COIN américaine, on lit que les analystes les plus efficaces se consacrent pendant plus d’un an à
un aspect particulier de la lutte anti-insurrectionnelle. FM 3-24/MCWP 3-33.5 COIN, p. 3–32 à 3–33.
184.AUSA, Key Issues Relevant to Army Intelligence Transformation…, p. 11–12.
185.AUSA, Key Issues Relevant to Actionable Intelligence…, p. 9–10.
186.Douglas H Dearth et Thomas R Gooden, Strategic Intelligence: Theory and Application, 2e édition, Carlisle
Barracks : United States Army War College, 1995, p. 54.
187.Mentionnons à titre d’exemple la série de manuels non classifiés FM 100-2 sur l’Armée soviétique; les Forces
canadiennes s’en sont servi aux fins de l’instruction pendant la guerre froide. Voir États-Unis, Département
de l’Armée, FM 100-2-1, The Soviet Army—Operations and Tactics, Washington (DC), 16 juillet 1984. ÉtatsUnis, Département de l’Armée, FM 100-2-2, The Soviet Army—Specialized Warfare and Rear Area Support,
Washington (DC), 16 juillet 1984. États-Unis, Département de l’Armée, FM 100-2-1, The Soviet Army—
Troops, Organization and Equipment, Washington (DC), 16 juillet 1984. Avant cela, les FC avaient employé le
document britannique intitulé Notes on the Soviet Ground Forces. Voir Royaume-Uni, Ministère de la Défense,
Code no 70735 de l’Armée de terre, Notes on the Soviet Ground Forces, 1979.
188.Jeffery Richelson, The U.S. Intelligence Community, Boulder (CO), Westview Press, 2008, p. 92.
189.Capitaine Cody Sherman, Briefing, « 3 RCR Battalion Group Intelligence Officer », 10 mai 2004.
190.M. Vego se penche sur les différences entre le renseignement stratégique, opérationnel et tactique.
Il met en lumière l’accroissement du cadre temporel et spatial ainsi que la nécessité d’examiner des facteurs
non quantifiables du point de vue moral comme étant d’importants paramètres de différentiation entre le
renseignement opérationnel et le renseignement tactique. Milan Vego, Operational Warfare, Newport (RI),
Naval War College, 2000, p. 203–220.
191.É.-U., JP-2 Joint Intelligence, p. I–21 à I–23.
192.Lieutenant-colonel Villeneuve, « Guessing What is on The Other Side of The Hill: A Review of Canada’s
Experience with IPB », Toronto, Cours de commandement et d’état-major interarmées, 2005, p. 63–65.
193.Ibid., p. 62. Le Lieutenant-colonel Villeneuve a interviewé onze officiers du renseignement ayant participé à
des opérations en Bosnie, en Haïti, au Kosovo, en Éthiopie/Érythrée, au Timor oriental et en Afghanistan pour
conclure que l’ATG n’est en général pas utilisée au cours des déploiements.
194.Kent, Strategic Intelligence…, p. xxi et 64–65.
195.Dearth and Gooden, Strategic Intelligence: Theory..., p. 52–54.
196.Lieutenant-colonel Villeneuve, « Savoir concentrer ses efforts : le renseignement et la contre-insurrection »,
Le Journal de l’Armée du Canada, vol. 10, no 4, hiver 2008, p. 75–78.
197.On a établi que la nécessité d’intégrer le personnel du renseignement civil et des services de sécurité dans les
CRTS constituait un objectif clé à long terme relativement à l’évolution de ces centres. Rémillard,
“ La méthode «de toutes sources”... », p. 25.
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198.Les « Directives destinées au Renseignement de l’Armée de terre — 2008 » disent fournir une structure pour
la mise sur pied de la force qui s’aligne plus étroitement sur notre concept actuel de l’emploi de la forceet que,
dans l’avenir, la mise sur pied de la force ne changera pas, à moins que l’architecture du renseignement de
théâtre en Afghanistan soit modifiée. MDN, « Directives destinées au Renseignement de l’Armée de terre —
2008 », p. 14 et 17 (version anglaise).
199.Lors de sa rotation initiale, le commandant de la BMNK a décrit le CRTS comme étant une structure de
20 hommes; le CRTS présenté récemment dans le Journal de l’Armée de terre du Canada compte plus
de 50 membres. Devlin, « Compte rendu de mi-parcours du commandant de la BMNK sur la Roto 0 de
l’Op ATHENA », Le Bulletin (Centre de leçons retenues de l’Armée de terre), vol. 10, no 2, juin 2004, p. 8,
et Ohlke, « Le Centre du renseignement de toutes sources », p. 6.
200.First Canadian Army Final Intelligence Report, p. 9.
201.Davies, « Ideas of Intelligence… », p. 66.
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SCHÉMAS DE LA FORCE TERRESTRE
Depuis 1997, la Direction des concepts et schémas de la Force terrestre et les organismes précédents ont publié
à des documents hors série, des résultats de recherche et des rapports pour aider au développement des
capacités de l’Armée de terre. La liste de publications suivantes est agencée par ordre chronologique selon
l’organisation qui l’a produite au départ. On peut trouver en version électronique des publications choisies sur
le site Web de la DCSFT.
Rapports et études publiés par la Direction — Concepts stratégiques (opérations terrestres) (1997–2002)
Non numéroté, sans auteur, Armour Combat Vehicle Concept Paper, 19 mai 1998.
RN9801, S. Friesen, Annotated Bibliography of the Future Security Environment, août 1998.
RN9802, S. Friesen, Some Recent Trends in Major Armed Conflicts, 1988–1997, octobre 1998.
RN9901, S. Friesen, éd, In the Arena: The Army and the Future Security Environment, janvier 1999.
Non numéroté, sans auteur. Plan d’élaboration de l’Armée de l’avenir, 8 mars 1999.
RN9902, R.L. Roy, F.W.P Cameron, Capt B. Chapman, I. Julien, Situational Awareness System Preliminary
User Trial Final Report, juin 1999.
RN9903, Shaye K. Friesen, Is Warfare Becoming more Barbaric, juin 1999.
RN 9906, Roger L. Roy, Shaye K. Friesen, Historical Uses of Antipersonnel Landmines:
Impact on Land Force Operations, octobre 1999.
Rapport numéro 99-2, L’environnement de sécurité de l’avenir, août 1999.
Rapport 9904, S. Friesen, Transforming An Army: Land Warfare Capabilities for the Future Army, juillet 1999.
Rapport 9905, S.M. Maloney, Un culte reconnaissable : l’évolution de l’étude et du développement
des méthodes de combat dans l’Armée canadienne, 1946–1965, août 1999.
Rapport 9906, Lcol J. Hamel et coll., Expérience de l’Armée de terre no 1 : ISTAR, décembre 1999.
Rapport 0001, Bgén E. Beno (à la retraite) et Col J. Joly (à la retraite), Capacités de maintien en puissance
de l’Armée de l’avenir, mars 2000.
RN0003, Zakia Bouayed, How to Generate Data Using EBB Suite Tools, mai 2000.
RN0004, Zakia Bouayed, The Multi-Container Loading Problem, juin 2000.
RN0101, Zakia Bouayed, Procedures for Updating Databases in the Electronic Battlebox, novembre 2001.
Rapport 01/01, non numéroté, sans auteur. Les capacités futures de l’Armée de terre :
commander, détecter, agir, protéger, maintenir en puissance, janvier 2001.
RN0102, S. Maloney, Homeland Defence, janvier 2001.
FOREX01, non numéroté, sans auteur. Expérience sur l’Armée de l’avenir :
les opérations dans l’espace de bataille élargi, juin 2001.
FOREX02, non numéroté, sans auteur. Expérience sur l’Armée de l’avenir :
les opérations dans l’espace de combat urbain, mai 2002.
Rapports parrainés par la DCSOT (2002)
PD DLPS, DLSC, DRDC, Toronto, Report of the Army Futures Seminar — Leadership held at the Canadian
Land Force Command and Staff College, Kingston, Ontario, 6–7 février 2002, février 2002.
Série de monographies de la DCSOT, 2003–2005
Lcol B. Horn et P. Gizewski, dir., Vers le meilleur des mondes :
l’Armée de terre canadienne au XXIe siècle, 2003.
DCSOT, La force de demain : vision conceptuelle des capacités de l’Armée de terre, 2003.
DCSOT, Objectif défini : le concept d’emploi de l’Armée de terre, Kingston, DCSOT, 31 mars 2004.
Lcol B. Horn, dir., Sur la brèche : perspectives sur le leadership dans l’Armée de terre d’aujourd’hui, 2004.
DCSOT, Crise à Zefra, 2005.
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Publication no 5 de la collection JADEX
Publications de la série sur l’Armée de terre de demain de la DCOT/DCSOT (2006–2007)
Godefroy, Maj. A.B., Canada’s Army of Tomorrow: Assessing Concepts and Capabilities. Kingston, Direction —
Concepts stratégiques (opérations terrestres), mai 2006.
Godefroy, Maj. A.B., The Army of Tomorrow Seminar Wargame Handbook, Kingston, Direction —
Concepts et schémas de la Force terrestre, septembre 2006.
Godefroy, Maj A.B., Opérations terrestres 2021 : opérations adaptables et dispersées —
Le concept d’emploi de la force de l’Armée de terre canadienne de demain, Kingston, Direction —
Concepts et schémas de la Force terrestre, juin 2007.
Série de documents JADEX (de 2007 à aujourd’hui)
No 1 Regan Reshke, Conflits armés : la prochaine génération — Technologies et tendances mondiales
en émergence, novembre 2007.
No 2 Major Sean Hackett, La modularité dans l’Armée de terre canadienne : dispersion, commandement,
et synthèse de toutes les parties, décembre 2007.
No 3 Major Tod Strickland, Des Boers aux talibans : le changement de la perception canadienne
de la guerre mars 2011.
No 4 Lieutenant-colonel David Lambert, Utiliser l’autorité de campagne comme cadre au cours
de la conception opérationnelle, avril 2011.
No 5 Lieutenant-colonel J.A.E.K. Dowell, Le renseignement dans l’Armée de terre du Canada
au XXIe siècle, juillet 2011.
Publication no 5 de la collection JADEX

73
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