Document de discussion Programme des publications de recherche d’Industrie Canada

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Programme des publications
de recherche d’Industrie Canada
Document de discussion
Programme des publications de recherche d’Industrie Canada
Le Programme des publications de recherche d’Industrie Canada fournit une tribune pour l’analyse des grands défis
micro-économiques auxquels est confrontée l’économie canadienne et favorise un débat public éclairé sur les grandes
questions d’actualité. Sous l’égide de la Direction générale de l’analyse de la politique micro-économique, la collection
des documents de recherche, qui s’inscrit dans le cadre de ce programme, englobe des documents de travail analytiques
révisés par des pairs et des documents de discussion rédigés par des spécialistes traitant de questions micro-économiques
d’importance primordiale.
Les opinions exprimées dans ces documents de recherche ne reflètent pas nécessairement celles d’Industrie Canada ou
du gouvernement fédéral.
LES DÉTERMINANTS DE LA CROISSANCE
DE LA PRODUCTIVITÉ CANADIENNE :
ENJEUX ET PERSPECTIVES
Document de discussion no 8
Décembre 1999
Par Richard G. Harris
Université Simon Fraser et
Institut canadien des recherches avancées
Also available in English
Données de catalogage avant publication (Canada)
Harris, Richard G.
Les déterminants de la croissance de la productivité canadienne : enjeux et perspectives
(Document de discussion ; n o 8)
Texte en français et en anglais disposé tête-bêche.
Titre de la p. de t. addit.: Determinants of Canadian Productivity Growth.
Comprend des références bibliographiques.
ISBN 0-662-64567-7
No de cat. C21-25/8-1999
1.
2.
3.
I.
II.
III.
IV.
Productivité – Canada.
Coût et niveau de la vie – Canada.
Canada – Conditions économiques, 1991- .
Canada. Industrie Canada.
Titre.
Titre : Determinants of Canadian Productivity Growth.
Coll. : Document de discussion (Canada. Industrie Canada)
HC79.I52H37 1999
328.'06'0971
C99-980437-5F
Vous trouverez, à la fin du présent ouvrage, des renseignements sur les documents publiés dans le cadre du
Programme des publications de recherche et sur la façon d'en obtenir des exemplaires. Des sommaires des
documents et cahiers de recherche publiés dans les diverses collections d'Industrie Canada, ainsi que le texte
intégral de notre bulletin trimestriel, MICRO, peuvent être consultés sur STRATEGIS, le service d'information
commerciale en direct du Ministère, à l'adresse http://strategis.ic.gc.ca.
Prière d'adresser tout commentaire à :
Someshwar Rao
Directeur
Analyse des investissements stratégiques
Analyse de la politique micro-économique
Industrie Canada
5e étage, tour Ouest
235, rue Queen
Ottawa (Ontario) K1A 0H5
Tél. : (613) 941-8187
Téléc. : (613) 991-1261
Courriel : rao.someshwar@ic.gc.ca
Cet exposé a été produit en vue d’être présenté à la conférence conjointe CSLS-Industrie Canada,
intitulée Le Canada au 21e siècle : le moment de faire preuve de vision, qui s’est déroulée à Ottawa le
17 septembre 1999. Ce texte est une version préliminaire et nous invitons les lecteurs à nous faire part de
leurs commentaires. Toute correspondance devrait être adressée à l’auteur à l’adresse rharrris@sfu.ca.
Je suis redevable aux membres du Programme sur la croissance économique et les politiques de l’Institut
canadien des recherches avancées pour les échanges que nous avons eus sur ces questions au cours des
dernières années. L’auteur demeure seul responsable des opinions exprimées dans ce document.
TABLE DES MATIÈRES
1. APERÇU.................................................................................................................................................1
2. LA CROISSANCE DE LA PRODUCTIVITÉ : POURQUOI NOUS PRÉOCCUPE-T-ELLE? ..........3
La mesure de la productivité......................................................................................................6
Indices de la productivité et du PIB réel par habitant................................................................7
Un peu plus de complexité : la productivité multifactorielle.....................................................8
En quoi le taux de croissance de la PMF est-il utile? ...............................................................9
PMF et changement technologique : Est-ce la même chose? .................................................10
Le débat sur les techniques de mesure.....................................................................................11
La façon dont nous mesurons la productivité importe-t-elle? .................................................12
3. FACTEURS ET LEVIERS DE LA PRODUCTIVITÉ ........................................................................15
Les trois grands facteurs de productivité .................................................................................15
Investissement en matériel et en outillage .......................................................................15
Éducation, formation et capital humain...........................................................................16
Ouverture au commerce et à l’investissement .................................................................17
Le contexte élargi de la croissance de la productivité .............................................................18
Innovation et diffusion de la technologie ........................................................................19
Échelle, urbanisation et agglomération............................................................................21
Technologies d’application générale ...............................................................................22
Dynamique de la productivité et hétérogénéité microéconomique .................................23
Macro-facteurs : chômage, demande globale et taux de change .....................................24
4. LA CROISSANCE DE LA PRODUCTIVITÉ AU 21e SIÈCLE .........................................................27
Le défi démographique ............................................................................................................27
Les arguments liés à la mondialisation ....................................................................................29
Ralentissement possible de la croissance dans l’économie mondiale .............................29
L’intégration nord-américaine et l’agglomération régionale...........................................30
Le marché mondial du capital humain.............................................................................31
Le débat sur la « nouvelle économie ».....................................................................................32
5. CONCLUSION : LE CADRE DE POLITIQUE ..................................................................................35
NOTES........................................................................................................................................................37
BIBLIOGRAPHIE ......................................................................................................................................41
PUBLICATIONS DE RECHERCHE D’INDUSTRIE CANADA.............................................................45
1. APERÇU
Le thème de cette conférence est l’avenir de l’économie canadienne. Le présent exposé aborde un aspect
particulier de cette vision — l’avenir de la croissance de la productivité au Canada. Compte tenu de
l’attention accordée au débat sur la productivité au cours de la dernière année, ce qui était auparavant un
sujet relativement étranger à la plupart des gens fait maintenant partie du quotidien et se retrouve en page
éditoriale et dans les chroniques d’affaires de nos journaux. Les débats sur la crise de la productivité et les
divers contrepoints à cet argument sont devenus chose courante. Dans cet exposé, je tenterai de prendre
un certain recul par rapport au débat actuel pour adopter une perspective plus large de ce que les
économistes savent, ou pensent savoir, au sujet de la croissance de la productivité et de la façon dont cette
connaissance pourrait façonner nos opinions sur la croissance économique future du Canada.
Manifestement, on ne peut savoir avec beaucoup de certitude ce que l’avenir nous réserve. Néanmoins,
nous pouvons identifier avec un peu plus de précision ce qui pourrait vraisemblablement constituer des
développements importants, positifs ou négatifs, pour la croissance de la productivité et, partant, le niveau
de vie au Canada. Nous commencerons par un revue de la théorie et des données empiriques, pour ensuite
faire un survol de la croissance de la productivité au Canada au cours des décennies à venir. Enfin, nous
exprimerons quelques opinions sur la façon dont les considérations relatives à la productivité devraient
entrer dans la formulation des politiques économiques.
L’exposé est structuré comme suit. Au chapitre 2, nous traitons de certaines questions
fondamentales liées à la théorie et à la mesure de la productivité, en faisant référence aux débats récents
sur la productivité au Canada et sur la scène internationale. Deux thèmes y sont abordés. Premièrement, le
lien entre la productivité et le niveau de vie. Ici, nous traçons les liens entre d’autres déterminants du
niveau de vie, par exemple l’évolution de la participation à la population active et des termes de
l’échange, en mettant plus particulièrement l’accent sur la croissance de la productivité comme
déterminant permanent et le plus important à long terme du niveau de vie. Deuxièmement, une analyse de
la relation entre théorie et mesure à la lumière de l’application généralisée de la notion de productivité
multifactorielle et, enfin, un examen du débat actuel sur la mesure de la productivité, en tentant de voir si
et jusqu’à quel point les économistes peuvent mesurer avec exactitude les intrants et les extrants. Le
chapitre 3 renferme un examen de la documentation empirique sur les « déterminants » ou les facteurs à
l’origine de la croissance de la productivité, et en particulier l’investissement, l’éducation et la formation,
l’innovation, la diffusion et le contexte plus général dans lequel s’inscrit la croissance de la productivité.
Le chapitre 4 traite des perspectives de croissance future de la productivité au Canada au cours des deux
prochaines décennies. Ce chapitre est de nature essentiellement spéculative, se référant aux
enseignements de la théorie économique et aux contributions récentes des travaux sur la croissance
endogène ou « nouvelle » croissance. Il renferme une analyse de certains faits externes et internes
importants au sein de l’économie canadienne et de l’économie mondiale. Enfin, le chapitre 5 conclut
l’exposé par un examen de la façon dont les politiques économiques classiques devraient tenir compte des
effets éventuels sur la productivité.
2. LA CROISSANCE DE LA PRODUCTIVITÉ :
POURQUOI NOUS PRÉOCCUPE-T-ELLE?
En gros, la productivité est une mesure de l’efficacité avec laquelle les ressources d’une économie sont
transformées en production de biens et de services. Sur de longues périodes, la productivité est le
déterminant le plus important du niveau de vie ou du niveau de revenu réel d’une nation. Cette relation est
illustrée pour un échantillon de pays au graphique 1, qui met en relation les salaires réels, une mesure
relativement classique du revenu réel, et la productivité du travail. Nous faisons une distinction entre le
niveau de productivité dans l’économie à un point donné dans le temps et les changements dans le niveau
de productivité, c’est-à-dire le taux de croissance de la productivité. Il est assez fréquent que l’on discute
de ces deux notions sans préciser clairement laquelle est en cause. Le niveau de productivité est lié au
niveau de vie d’un pays, tandis que le taux de croissance de la productivité est le principal déterminant du
taux d’augmentation du niveau de vie. Le graphique 2 fait voir les salaires réels et la productivité du
travail au Canada pour la période 1961-1998. Il est évident que les deux sont étroitement liés dans le
temps.
Graphique 1
Salaires et productivité dans différents pays,
1993
Graphique 2
Salaires et productivité au Canada,
1961-1998
Échelle logarithmique
(milliers de $US)
France
Allemagne
80
Salaires*
Italie
8
Canada
35
Japon
É.-U.
R.-U.
Égypte
Bulgarie
0,8
($ 1998 par heure)
25
Salaires*
(milliers de $ 1998 par année)
Pakistan
Indonésie
20
Productivité du travail*
Inde
2
Productivité
du travail
200
* Dans le secteur manufacturier.
Sources : Compilations d’Industrie Canada à l’aide de données tirées du
International Yearbook of Industrial Statistics, 1998; Rodrik, 1998.
15
1961 1966 1971 1976 1981 1986 1991
1998
* Rémunération réelle de la main-d’œuvre (salaires, traitements et avantages)
par travailleur.
Source : Compilations d’Industrie Canada à l’aide de données de Statistique
Canada.
La productivité, le niveau de vie et le revenu sont toutefois des notions légèrement différentes et
il est utile d’examiner plus attentivement comment elles sont liées les unes aux autres. Pour faire le lien
avec le niveau de vie, nous devons d’abord faire le lien entre le côté de la production dans l’économie et
la façon dont la production détermine le revenu. Dans la plupart des économies occidentales, le revenu est
déterminé sur les marchés de facteurs; c’est la valeur des services du travail et les gains réalisés sur les
éléments d’actif en conséquence de la fourniture de ces facteurs aux producteurs de biens et de services
(du secteur public ou du secteur privé). Les salaires et les bénéfices qui en découlent traduisent une
combinaison de : a) la valeur des biens et services produits et b) la productivité des facteurs qui entrent
dans la production de ces biens et services. Le revenu associé à une offre donnée de travail et de capital
peut augmenter parce que : a) la valeur des biens produits augmente, ou b) la productivité de ces facteurs
a augmenté. Une productivité plus élevée signifie que plus de biens et de services peuvent être produits à
partir des mêmes facteurs.
La croissance de la productivité : Pourquoi nous préoccupe-t-elle?
La distinction entre l’effet des prix sur le revenu des facteurs et l’effet de productivité prête
souvent à confusion. La croissance de la productivité au sens de produire davantage avec moins de
facteurs peut avoir un effet important sur les prix du marché étant donné que l’offre de biens produits
augmente; ces effets d’offre peuvent à leur tour influer sur les revenus et le pouvoir d’achat réel. Les
gains de productivité entraînent souvent un abaissement des prix, profitable aux consommateurs, mais qui
peut ou non contribuer à hausser les revenus de ceux qui produisent les biens en question. Dans une
économie comme celle du Canada, qui participe intensément au commerce international, cela signifie que
ce que nous produisons ne correspond généralement pas à ce que nous consommons. Par conséquent, si le
prix de ce que nous produisons diminue et le prix de ce que nous consommons augmente, notre niveau de
vie diminue, à productivité constante, mesurée de la façon habituelle.
Le niveau de vie a trait à la valeur réelle de la consommation permise par un niveau donné de
revenu réel. Les différences entre les activités de consommation et de production peuvent toutefois
engendrer certains problèmes au moment de faire le lien entre niveau de vie et revenu. Une économie où
le revenu est élevé mais où une bonne partie de ce revenu est consacrée à l’investissement engendrera un
niveau moins élevé de consommation qu’il n’en serait autrement. Je n’aborderai pas ces questions ici sauf
pour signaler que, lorsque nous examinons la croissance économique à long terme, il est possible que la
productivité varie en conséquence directe de la décision de consommer plutôt que d’investir. Souvent, la
décision d’être « plus productif » suppose qu’il faille reporter la consommation dans l’avenir. Dans ce
contexte, devenir plus productif peut coïncider avec une diminution du niveau de vie réel tel que mesuré
par ce que nous consommons. Clairement, la meilleure forme de croissance de la productivité est celle qui
ne nécessite pas un sacrifice de la consommation courante.
Les statistiques nationales sur la productivité sont généralement utilisées pour faire des
comparaisons internationales tant du niveau que du taux de croissance de la productivité. Au Canada, la
comparaison avec les États-Unis, notre voisin immédiat et plus important partenaire commercial, est l’une
des plus familières pour la plupart des gens. De façon générale, les taux de croissance de la productivité
au Canada ressemblent à ceux observés aux États-Unis. Néanmoins, il subsiste un écart de niveau de
productivité entre les deux pays, comme il ressort du graphique 3. Ce graphique montre également que
l’« écart de productivité » semble se creuser dans le secteur manufacturier. L’examen au graphique 4 des
niveaux de productivité de différents pays indique qu’en 1996, le Canada se situait au milieu du groupe de
l’OCDE, les États-Unis demeurant toujours le chef de file en ce domaine. Comme nous l’évoquons plus
loin dans l’exposé, il y a eu un certain nombre de débats sur l’interprétation de ces statistiques et les
théories expliquant ces « écarts », ainsi que sur les politiques qui pourraient contribuer à les réduire.
Graphique 3
Niveaux de productivité
Graphique 4
Niveaux de productivité*
Ensemble de l’économie, 1996
110
É.-U. = 100
100
90
Indice, É.-U. = 100
100,0
96,0
90,4
Ensemble de l’économie*
84,0
83,2
78,4
80
76,8
Secteur manufacturier**
70
80
82
84
86
88
90
92
94
96
98
* La productivité du travail est mesurée en fonction du PIB par heure en $ de 1998.
** La productivité du travail dans le secteur manufacturier est mesurée en fonction
du PIB par heure, à l’aide de la méthodologie du Centre d’étude du niveau de vie.
Source : Compilations d’Industrie Canada à l’aide de données de Statistique Canada
et du Bureau of Labour Statistics des États-Unis.
4
É.-U.
France
Italie
Canada
R.-U.
Allemagne
Japon
* Production par travailleur.
Source : OCDE, Perspectives de la science, de la technologie et
de l’industrie, 1998.
La croissance de la productivité : Pourquoi nous préoccupe-t-elle?
L’étude de la croissance de la productivité a tendance à se compartimenter en trois sousdisciplines distinctes ayant chacune sa propre perspective. L’une des plus familières aux non-économistes
est liée aux travaux d’historiens de l’économie tels que Nathan Rosenberg. Celle-ci repose sur une
approche systémique élargie en matière de productivité, où les marchés et les institutions jouent un rôle
clé et que l’on peut illustrer de la façon suivante :
Figure 1
Goûts
Technologie
Ressources
Prix-quantités
Marchés
+
Institutions
Connaissances
Revenus-emplois
Niveau de vie
Nouvelles connaissances
Diverses explications ont été mises de l’avant, allant du rôle d’institutions telles que la règle de
droit, à la santé publique, aux innovations en matière de transports et communications, aux innovations
industrielles et à l’intervention politique, à la recherche de rentes de la part des groupes d’intérêts, aux
différences culturelles et à de nombreux autres facteurs. Ces vastes représentations sont indéniablement
valables et importantes et elles se trouvent corroborées en partie par les données empiriques examinées ciaprès. Un second groupe d’universitaires adopte ce que l’on pourrait appeler une perspective de
croissance macroéconomique, comme il ressort notamment des travaux de Robert Solow et Paul Romer.
Cette approche s’appuie sur une modélisation plus formelle, l’analyse quantitative et, souvent, une vision
à moyen terme — autrement dit, ces chercheurs ont tendance à envisager la situation en termes de
décennies plutôt que de siècles. En outre, une bonne partie de ces études ne s’intéressent pas à la nature
des causes de la transition des économies pré-industrielles aux économies industrielles et font
généralement intervenir des explications de la croissance économique axées sur le modèle classique de
l’offre et de la demande, pertinent à une économie moderne mixte comportant des secteurs public et privé
importants. Les facteurs qui entrent dans cette analyse sont notamment :
A. Facteurs de croissance du côté de l’offre
1. Intrants primaires (travail, ressources)
2. Biens d’équipement reproductibles (capital matériel et humain)
3. Technologie / gestion / base de connaissances
4. Efficience des marchés à répartir les ressources / retombées externes
5. Avantage comparatif sur le plan international
6. Termes d’échange
7. Politiques publiques
B. Facteurs de croissance du côté de la demande
1. Accès aux marchés extérieurs
2. Cycle économique mondial
3. Politique macroéconomique intérieure.
La « productivité » ressort de l’intégration de l’offre et de la demande de diverses façons, mais en règle
générale nous pouvons envisager la productivité — c’est-à-dire l’efficience avec laquelle les intrants sont
transformés en extrants utiles — comme étant une statistique qui résume la performance de l’ensemble
5
La croissance de la productivité : Pourquoi nous préoccupe-t-elle?
du système. Toute analyse réalisée dans cette perspective comporte des conséquences sur le plan des
politiques publiques.
Un troisième groupe d’analystes met l’accent principalement la question de la mesure; ce groupe
est représenté notamment par des chercheurs tels qu’Erwin Diewert, de l’Université de la ColombieBritannique, et Zvi Griliches, de l’Université Harvard. Ces chercheurs se préoccupent de la façon dont les
intrants et les extrants sont mesurés, des erreurs de mesure possibles et des diverses façons dont les
statistiques sur la productivité peuvent être construites et comparées tant dans une perspective temporelle
qu’entre pays, industries et entreprises. De façon générale, l’école de la mesure de la productivité adopte
une approche principalement, sinon exclusivement, empirique et se sert d’un cadre fondé sur la fonction
de production néoclassique. Ses tenants ne visent pas à fournir des explications théoriques des
déterminants de la croissance de la productivité, ou des explications systémiques, d’équilibre général, ou
encore des explications institutionnelles de vaste portée de l’évolution de la productivité. Cependant, la
question de la mesure est extrêmement importante et nous abordons ci-après une analyse de la façon dont
les statistiques sur la productivité sont construites et utilisées dans ce débat.
La mesure de la productivité
Les statistiques sur la productivité sont des nombres-indices des ressources utilisées dans les activités de
production de l’économie par rapport à la production qui découle de ces activités. Nous définissons
habituellement cette relation par un ratio simple :
Quantité de production
Productivité =
Quantité d’intrants
Cette définition est rendue opérationnelle par les statisticiens de diverses façons. Aux niveaux tant de
l’entreprise individuelle que de l’économie, la mesure la plus courante de la productivité est la
productivité moyenne du travail. Ainsi, si X est une mesure de la production et LAB est une mesure de
l’intrant travail, la productivité moyenne du travail est donnée par :
Productivité moyenne du travail (ALP) = X/LAB.
Au niveau de chaque pays, la statistique de loin la plus utilisée dans les calculs sur la croissance
économique ou dans les comparaisons internationales est le PIB réel par habitant, qui est une mesure
analogue, au niveau de l’économie, à la notion de productivité moyenne du travail. Posons Y le PIB réel
(nous aborderons la question de la mesure de cette variable plus loin) et Pop, la population. Le PIB réel
par habitant est alors défini par :
r=
Y
Pop
En tant que mesure de la productivité, cette variable n’a pas beaucoup de sens parce que : a) la fraction de
la population que l’économie attribue à la production peut être sensiblement différente de la population
totale et b) il y a beaucoup de facteurs entrant dans la production autres que les « gens ». Dans bien des
cas, ce ratio est utilisé pour mesurer le niveau de vie. Il est utile de mentionner comment la productivité et
d’autres facteurs peuvent influer sur cette statistique couramment employée.
6
La croissance de la productivité : Pourquoi nous préoccupe-t-elle?
Indices de la productivité et du PIB réel par habitant
1. Participation à la population active. Une correction fréquente consiste à rajuster le chiffre de la
population en fonction du nombre de personnes employées. Posons e le ratio de l’emploi à la population,
égal à L/Pop, où L est la population active; alors, le PIB par travailleur est souvent représenté par la
relation suivante :
rW =
Y
Y
.
=
L ePop
À noter qu’en maintenant r constant, le PIB par travailleur changera en fonction des changements
observés dans le nombre de personnes employées ou, pour une population active donnée, avec le taux de
participation à la population active. Une participation plus élevée à la population active peut ou non être
une bonne chose dans l’optique du bien-être social.
Dans les comparaisons de la performance économique entre le Canada et les États-Unis, on fait
souvent valoir que l’écart observé dans le revenu réel par habitant est attribuable au chômage plus élevé
ou à un taux d’emploi moins élevé au Canada. Le graphique 5 montre cependant que la plus grande partie
de l’écart de revenu réel est attribuable aux différences observées dans la productivité plutôt qu’aux
différences de taux d’emploi.
Graphique 5
Sources de l’écart de revenu entre le Canada et les États-Unis
Composition de l’écart de revenu,
moyenne de la période 1989-1998
Taux d’emploi, 1989-1998
62,7 %
Productivité du
travail inférieure
96 %
59,5 %
Taux d’emploi
(effectif*) inférieur
4%
Canada
* Nombre total d’heures travaillées par habitant, selon une PPA = 0,85.
Sources : Compilations d’Industrie Canada à l’aide de données de Statistique
Canada, du Bureau of Economic Analysis des États-Unis et de l’OCDE.
États-Unis
Sources : Compilations d’Industrie Canada à l’aide de données de
Statistique Canada, du Bureau of Labour Statistics des États-Unis
et du Bureau of Economic Analysis des États-Unis.
2. Un raffinement supplémentaire consiste à faire une correction pour le nombre d’heures travaillées.
Cela est devenu plus fréquent avec l’important déplacement vers le travail à temps partiel et les écarts
internationaux notables dans le nombre moyen d’heures de travail. Posons H le nombre total d’heures
travaillées et h le nombre moyen d’heures de travail par personne employée. Puis, définissons le PIB par
heure à l’aide de la relation suivante :
rH =
Y
Y
=
.
H hL
7
La croissance de la productivité : Pourquoi nous préoccupe-t-elle?
Cet indice se rapproche beaucoup d’une mesure de la productivité moyenne du travail dans l’ensemble de
l’économie et reçoit donc beaucoup d’attention. À noter que le PIB par habitant peut augmenter si les
gens travaillent un plus grand nombre d’heures, mais à proprement parler, cela ne correspond pas à une
augmentation de la « productivité » telle que mesurée par rH. Tant la correction pour les heures que la
correction pour la participation à la population active faussent les comparaisons de la productivité entre
pays et sur de longues périodes. L’absence de bonnes données comparables force souvent les chercheurs à
recourir à la variable r, plus communément utilisée, qu’à un indice véritable de la productivité. L’histoire
de la croissance économique est marquée par une réduction du nombre d’heures de travail et cela est
généralement considéré comme une bonne chose. Dans de nombreuses comparaisons internationales, on
néglige d’apporter cette correction. Ainsi, les heures de travail sont plus longues aux États-Unis qu’en
Allemagne et, partant, les comparaisons du PIB par habitant entre l’Allemagne et les États-Unis font
paraître les États-Unis comme ayant un « revenu réel » plus élevé, tandis que les comparaisons de la
productivité font ressortir l’Allemagne comme étant très rapprochée des États-Unis et, selon certaines
mesures, dépassant même ce pays. Par ailleurs, la performance économique d’un pays est souvent jugée
en fonction de sa capacité de créer des emplois, mesurée par le nombre d’emplois ou le nombre d’heures
de travail. Comme nous le verrons, le lien entre la productivité et l’emploi est assez complexe et tant la
productivité que l’emploi sont des éléments endogènes du système économique. Une question
fondamentale est donc de savoir s’il y a un arbitrage à long terme entre l’emploi et la productivité ou,
présenté d’une autre façon, si une productivité plus élevée est nécessaire pour atteindre un niveau
d’emploi plus élevé.
Un peu plus de complexité : la productivité multifactorielle
On a reconnu depuis longtemps que la notion d’intrants doit aller au delà du simple facteur travail, bien
que la façon de le faire demeure l’une des questions les plus controversées en économique, parce qu’elle
est liée à la difficulté de traiter l’investissement et la technologie. Supposons qu’il y a deux facteurs de
production — les heures de travail, H, et un indice simple des biens d’équipement utilisés dans la
production, K. L’objectif est de définir un indice qui puisse mesurer quelle proportion de la croissance de
la production n’est pas attribuable aux changements observés dans H et K. Cet indice est appelé la
croissance de la productivité multifactorielle (PMF). Posons F (H, K), un indice des ressources utilisées
dans la production — il est d’importance critique que cet indice soit invariable dans le temps (ou
invariable dans l’espace si nous faisons des comparaisons spatiales). Le niveau de la productivité
multifactorielle est défini comme étant l’indice A, qui correspondant au ratio :
A≡
Y
.
F (H , K )
De nombreux économistes estiment que les changements observés dans A sont la mesure
« véritable » ou juste du changement de la productivité. Cette opinion repose sur la théorie néoclassique
de la production, selon laquelle la technologie est exogène à tout point donné dans le temps, en faisant
l’hypothèse que tous les marchés sont concurrentiels. Dans ce cas, F est identifié comme étant la partie
invariable dans le temps de la fonction de production d’une entreprise. Cette logique aboutit à la fameuse
équation de comptabilité de la croissance de Solow (élaborée, en réalité, par Tinbergen dans les
années 30) qui nous donne une équation du taux de croissance de la PMF (GMFP).
GMFP ≡
8
∆A ∆Y
∆H
∆K
=
−α
− (1 − α )
A
Y
H
K
La croissance de la productivité : Pourquoi nous préoccupe-t-elle?
où α est la part du coût total représentée par le travail, c’est-à-dire la part des salaires dans le revenu
national. Cette équation, l’une des plus fameuses en économique, est souvent appelée le « calcul résiduel
de Solow ». On peut l’exprimer verbalement ainsi :
Le taux de croissance de la PMF est égal au taux de croissance de la production moins une
somme pondérée des taux de croissance des intrants capital et travail, où les coefficients de
pondération de chaque facteur correspondent à leur part du coût de production de l’extrant Y.
Les statistiques sur la PMF sont aujourd’hui publiées couramment par les agences statistiques, dont
Statistique Canada. Historiquement, le taux de croissance annuel moyen de la PMF a varié entre 0 et
2 p. 100. L’interprétation de ces chiffres demeure toutefois controversée. Il est essentiel de se rappeler
que, comme mesure, GMFP est défini par un résidu — c’est-à-dire la partie de la croissance de la
production qui ne peut être expliquée par la croissance des intrants1.
En quoi le taux de croissance de la PMF est-il utile?
Un des motifs importants pour examiner la PMF plutôt que le taux de croissance de la productivité du
travail est le rôle essentiel de l’accumulation du capital dans l’économie. Posons G (x) pour désigner le
taux de croissance annuel de toute variable x. Le taux de croissance moyen de la productivité du travail
sous les « hypothèses habituelles » est donné par :
G (rH ) = G ( A) + α G ( K / H ) .
Ainsi, la production réelle par heure peut augmenter soit parce qu’il y a eu croissance de la PMF soit
parce que le capital par heure travaillée a augmenté. Il est important de noter que les hypothèses
habituelles englobent l’absence de retombées, c’est-à-dire qu’il y a correspondance parfaite entre les prix
du marché et les coûts sociaux.
En termes de mesure empirique, l’accumulation du capital aura tendance à être un facteur
d’autant plus important dans l’explication de la croissance de la productivité moyenne du travail que sera
élevée la part du « capital » représentée par le paramètre α. Pendant des années, on a identifié cette part à
celle des bénéfices dans le revenu national — environ le tiers dans la plupart des économies avancées.
Plus récemment, ceux qui préconisent l’inclusion du capital humain, qui peut aussi être accumulé à long
terme, ont mis en doute cette idée reçue, en faisant valoir que cette part atteint près des deux tiers2. Le
débat a une portée qui déborde les cercles académiques. Si la part du « capital » dans le revenu national
est très élevée, les variations du taux d’investissement peuvent avoir des effets durables à long terme sur
le taux de croissance de la productivité, même en l’absence de changement technologique. Cela contraste
nettement avec les économies où la part du capital est peu élevée; dans ces économies, la loi de la
productivité marginale décroissante limite rapidement les effets de croissance de tout investissement
supplémentaire. Un investissement plus élevé peut se traduire par des niveaux de revenu plus élevés mais
non par des taux de croissance plus élevés en permanence.
Si la part du capital est assez élevée, une faible croissance de la productivité pourrait être
attribuable soit à un faible taux de croissance de la PMF, soit au fait que l’investissement est
(globalement) trop faible. Ainsi, il y a eu un débat animé sur le rôle de l’infrastructure publique dans la
croissance de la productivité et sur la possibilité qu’une faible croissance de la productivité soit
attribuable à des taux peu élevés d’investissement dans les infrastructures publiques, comme les routes,
les ponts, les réseaux d’égouts, etc.
9
La croissance de la productivité : Pourquoi nous préoccupe-t-elle?
Dans de nombreux pays et à certaines périodes du développement industriel, l’« effet
d’accumulation du capital » a été jugé très important. La récente controverse sur l’Asie de l’Est en est un
bon exemple. Les travaux d’Alywn Young3 ont remis en question la vision selon laquelle les taux de
croissance observés en Asie représentaient des mises à niveau technologiques substantielles; le chercheur
a appuyé ces affirmations en démontrant qu’une bonne partie des taux de croissance élevés ont été
obtenus grâce à une augmentation de la quantité de capital par travailleur, associée à un taux
d’investissement élevé. Pour revenir à notre analyse de l’investissement par rapport à la consommation, si
une productivité élevée du travail provient d’un effet d’accumulation du capital, cela ne contribue pas
nécessairement à améliorer le bien-être parce que l’investissement ne peut se faire qu’aux dépens de la
consommation4.
Il s’ensuit que, dans les pays industrialisés, la plus grande partie du changement observé dans la
mesure de la productivité du travail semble étroitement liée au taux de croissance de la productivité totale
des facteurs (PTF). Le graphique 6 illustre la croissance de la productivité moyenne du travail et de la
PTF dans les pays du G-7 au cours de la période 1979-1997, telle que calculée par l’OCDE. Le graphique
révèle aussi le faible classement du Canada et des États-Unis en termes de croissance de la productivité
par rapport au Japon et aux pays européens. Les sources de cette divergence dans les statistiques sur la
productivité demeurent un sujet vivement débattu et, en partie, la controverse porte sur l’interprétation
que l’on fait des statistiques sur la PTF et sur des questions plus complexes de mesure.
Graphique 6
Croissance de la productivité dans les pays du G-7
Croissance de la productivité totale
des facteurs dans les pays du G-7
Croissance de la productivité du travail
dans les pays du G-7
(Secteur des entreprises, 1979-1997*)
1,5
% annuel
(Secteur des entreprises, 1979-1997*)
2,5
% annuel
2
1
1,5
1
0,5
0,5
0
Canada
Japon
É.-U.
Italie
France
R.-U.
Allemagne
*Ou la dernière année disponible : 1996 pour le Japon, la France, l’Italie et le Royaume-Uni.
Sources : OCDE, décembre 1998, et OCDE, Études économiques, Canada, 1999.
0
É.-U.
R.-U.
Canada
Allemagne
Japon
Italie
France
*Ou la dernière année disponible : 1996 pour le Japon, la France, l’Italie et le Royaume-Uni.
Sources : OCDE, décembre 1998, et OCDE, Études économiques, Canada, 1999.
PMF et changement technologique : Est-ce la même chose?
Nombreux sont ceux qui considèrent que la PMF n’est pas une mesure utile du changement technologique
parce que la technologie nouvelle est intégrée aux nouveaux biens et, ainsi, on ne peut identifier le
changement technologique indépendamment de la mesure de ces biens, soit comme intrants (par exemple
dans le cas d’un ordinateur) soit comme extrants (comme dans le cas d’un nouveau médicament). Dans
des travaux qui remontent à quelques années, on a tenté d’intégrer dans un cadre de changement
technologique exogène un « effet de génération » : si la nouvelle technologie est intégrée aux nouveaux
10
La croissance de la productivité : Pourquoi nous préoccupe-t-elle?
biens d’équipement, un taux d’investissement plus élevé sera alors généralement associé à un taux plus
élevé de changement de la productivité. Corriger le calcul de la PMF afin de tenir compte de l’effet de
génération est une affaire complexe. Une tentative a été faite récemment pour les données canadiennes
dans une étude de Gera, Gu et Lee (1998), réalisée pour Industrie Canada. Des travaux récents axés sur le
changement de qualité des ordinateurs et des autres biens d’équipement électriques et électroniques
fournissent un certain appui à l’hypothèse selon laquelle ces corrections sont très importantes au niveau
agrégé. Greenwood, Hercovitz et Krusell (1997) affirment ainsi qu’une bonne partie du fameux
ralentissement de la productivité est, en fait, un « problème de mesure » du côté des intrants et qu’une
bonne partie du ralentissement technologique postérieur à 1974, tel que mesuré par la lente croissance de
la PMF, pourrait s’expliquer par une mesure inadéquate du changement du capital, K.
Beaucoup de travaux ont été faits pour étendre le même type d’arguments aux intrants axés sur
les ressources humaines, sous la forme de ce que les économistes appellent le « capital humain ». La
croissance économique dans presque tous les pays s’est distinguée par une augmentation substantielle du
niveau de scolarité et des ressources consacrées à l’éducation et à la formation des travailleurs. Ainsi, on
fait valoir que H devrait être remplacé par un indice des services de main-d’œuvre, S = θH, où θ serait un
indice quelconque de la qualité moyenne des compétences appliqué au nombre d’heures de travail. Le
point important qui ressort de cet argument est que les politiques d’éducation et de formation comportent
des investissements en capital humain qui sont durables et, partant, qui ont des effets persistants.
Autrement dit, θ augmente lentement en conséquence des décisions qui sont prises consciemment en
matière de politiques et d’investissement. Lorsque ces corrections sont apportées, qu’arrive-t-il de la
croissance de la PMF? Comme on peut s’y attendre, la croissance attribuable à la PMF « pure » diminue
parallèlement au renforcement des compétences que l’on observe au sein de la population active. Mais
peut-on sérieusement adopter le point de vue selon lequel le relèvement des compétences ne constitue pas
une forme réelle de changement de niveau de productivité? Cela nous amène à notre prochain sujet.
Le débat sur les techniques de mesure
Dans cette section, la mesure revêt une importance capitale. Une bonne partie du désaccord sur les
« faits » découle tout simplement du fait que la mesure tant de la production que des facteurs devient de
plus en plus difficile au niveau conceptuel et pratique5. Dans ce débat, on a moins tendance à se limiter à
des « faits » indiscutables. Les problèmes de mesure du côté de la production sont liés à la fois aux
comparaisons faites dans le temps et dans l’espace. Du côté des services, notamment le commerce de
détail, on retrouve des problèmes biens connus soulevés par le fait que les marges ont constitué la mesure
classique de la production. Pourtant, nous savons que la concurrence accrue a entraîné une compression
de ces marges, mais toute observation raisonnable de la « production » dans le secteur du commerce de
détail ne fait pas ressortir un déclin. L’augmentation de la qualité et de la variété des marchandises a été
une importante source de croissance économique; pourtant, nous savons que ces aspects ne sont
généralement pas pris en compte dans les statistiques sur la production. Les comparaisons internationales
sont donc parsemées d’embûches, même dans les industries de biens entrant dans le commerce. Baily et
Gersbach (1996) montrent comment différentes combinaisons de produits des usines de différents pays
peuvent engendrer une distorsion importante des déflateurs de prix utilisés dans les classifications
industrielles passablement étroites. Quelle est l’importance de ce facteur? Pour situer le contexte, nous
pouvons faire intervenir l’argument de Nordhaus (1996) : en apportant des rajustements appropriés à
l’indice des prix à la consommation (IPC) pour tenir compte de la qualité des nouveaux biens, les salaires
réels au cours du dernier siècle auraient progressé de 40 à 190 fois plutôt que l’augmentation déclarée de
13 à 18 fois. D’autres affirment qu’en ce qui concerne le ralentissement de la productivité, une petite
fraction seulement peut s’expliquer par des problèmes de mesure — environ 0,2 point de pourcentage.
11
La croissance de la productivité : Pourquoi nous préoccupe-t-elle?
La question générale de la croissance économique fondée sur l’évolution de la qualité plutôt que
de la quantité soulève certains problèmes épineux pour les économistes de la croissance et les décideurs,
dont le moindre n’est pas que l’utilisation du niveau des prix comme mesure nominale devient de plus en
plus difficile à justifier. Le rajustement apporté au prix des ordinateurs par le Bureau of Labour Statistics
en 1986 constitue un bon exemple à cet égard. Soudain, la vision statistique officielle était que le prix des
ordinateurs avait diminué de 15 p. 100 par année, ce qui différait sensiblement des chiffres relativement
invariables publiés jusque-là. Cela a entraîné une révision en profondeur de toute une gamme d’autres
statistiques, changeant du même coup l’importance du ralentissement estimatif de la productivité. Alors
que nous évoluons vers l’économie du savoir, il est raisonnable de s’attendre à ce qu’une fraction
beaucoup plus importante de la croissance économique soit basée sur la qualité plutôt que sur la quantité.
Après tout, de combien de voitures ou d’ordinateurs, ou de pontages cardiaques avons-nous vraiment
besoin? À mesure que la croissance économique s’articule autour de la qualité, des notions telles que la
production potentielle deviendront de plus en plus difficiles à définir et à quantifier. Les responsables des
politiques disposeront d’une gamme beaucoup plus étendue d’estimations de la « croissance réelle de la
production », tant pour le passé que pour l’avenir.
En ignorant pour le moment la façon dont les nouveaux biens font leur apparition, nous savons
qu’une bonne partie du processus de la croissance économique est associée au lancement de nouveaux
biens, et les procédures statistiques visant à tenir compte de ces changements demeurent encore très
imparfaites, sinon inexistantes dans bien des cas. Le débat entourant les révisions apportées à l’IPC aux
États-Unis a porté principalement sur ces questions 6. Si le PIB est mal mesuré, et il y a de bonnes raisons
de penser qu’il l’est, la PMF sera faible. Ce problème est jugé particulièrement important dans les
industries de services, mais mon opinion personnelle est que le secteur de la fabrication est touché par une
bonne partie de ces problèmes, alors que la frontière entre la fabrication et les services devient de plus en
plus floue. Griliches (1992) a signalé que le secteur non mesuré (les services) représente maintenant la
plus grande partie de ce qui apparaît dans les comptes nationaux et que c’est ce secteur qui affiche la
croissance de la PMF la moins élevée. Selon lui, cela n’est pas une coïncidence.
Du côté des intrants, des problèmes semblables se posent, notamment en ce qui a trait au capital
humain et au capital matériel. Ici, les difficultés sont directement liées au débat visant à déterminer si la
PMF est une mesure utile du changement technologique. On compte beaucoup de critiques de la PMF,
dont Richard Lipsey (1996). Selon cet auteur, étant donné qu’une si grande partie de ce que nous
considérons comme le changement technologique suppose la transformation de la nature des intrants et
des extrants, le fait de mesurer ce phénomène par un calcul résiduel comme on le fait dans la comptabilité
de la PMF ne rime à rien7. Le bon sens semble certainement étayer ce point de vue, mais on peut
rétorquer que l’économique, par définition, regorge de problèmes liés à des nombres-indices et le
changement technologique n’en est qu’un parmi d’autres. On doit pouvoir mesurer une croissance de la
PMF pour qu’il y ait augmentation du niveau de vie réel et, en bonne partie, les données disponibles
semblent témoigner d’une corrélation étroite entre la PMF et les mesures du revenu réel. Cela incite à
penser que cette notion devrait être prise au sérieux.
La façon dont nous mesurons la productivité importe-t-elle?
Les travaux publiés sur la mesure de la productivité font ressortir une forte tension entre ceux qui
considèrent la croissance de la productivité comme étant le résultat de décisions rationnelles prises par les
entreprises et les particuliers en vue de maximiser le rendement de leur investissement et ceux qui croient
que l’évolution de la productivité découle principalement des changements endogènes qui se produisent
au niveau de la technologie, lesquels seraient à leur tour une conséquence de l’expansion des
connaissances. Le premier groupe est identifié à l’école de la mesure de la PTF de Jorgenson. De façon
générale, cette approche consiste à rajuster les intrants pour tenir compte de l’évolution de la qualité,
12
La croissance de la productivité : Pourquoi nous préoccupe-t-elle?
ce qui a pour effet de réduire la valeur du résidu. À titre d’exemple, si l’intrant travail est désagrégé en
main-d’œuvre qualifiée et non qualifiée, le relèvement des compétences qui se produit dans l’économie se
traduit alors par une augmentation de la part de la main-d’œuvre qualifiée et une diminution de la part de
la main-d’œuvre non qualifiée. Étant donné que les travailleurs qualifiés gagnent des salaires plus élevés,
la pondération des taux de croissance des facteurs à l’aide des parts de coût a pour effet de hausser le taux
mesuré de croissance globale des intrants et, partant, de réduire la valeur résiduelle de la PMF.
L’école de la croissance « non endogène » peut (généralement) être associée à l’opinion selon
laquelle une politique de non-intervention serait indiquée étant donné que, par définition, toutes les
marges ont été optimisées et qu’il n’y a pas d’« externalités » ou de retombées non internalisées. L’école
du changement technologique endogène soutient que les changements observés dans la PMF traduisent
toute une série de facteurs, dont le changement technologique. En soi, l’évolution de la qualité n’est qu’un
aspect du changement technologique. De plus, les marchés des nouvelles technologies sont considérés
comme peu fiables et caractérisés par une information imparfaite et des problèmes d’appropriabilité, ce
qui engendre un certain nombre de déficiences qui pourraient éventuellement être corrigées grâce à des
politiques appropriées. En ce sens, le modèle de la croissance endogène pourrait appuyer le recours à des
politiques interventionnistes visant à influer sur la croissance de la productivité, en invoquant les réserves
habituelles au sujet des limites de l’intervention gouvernementale. Les statistiques sur la PMF sont jugées
utiles par l’école de la croissance endogène, mais celle-ci demeure prudente à l’égard des correctifs à
apporter pour tenir compte de l’évolution de la qualité parce qu’une bonne partie de ce que ses partisans
considèrent comme le changement technologique n’est plus compté.
13
3. FACTEURS ET LEVIERS DE LA PRODUCTIVITÉ
Dans le dernier chapitre, nous avons examiné comment la productivité a été mesurée et comment le débat
sur la mesure de la productivité a défini en partie le contexte dans lequel sont analysées les « politiques »
en matière de productivité. Il existe une longue tradition empirique et théorique qui vise à expliquer les
causes de la productivité. Sur le plan empirique, on a procédé à des analyses transversales et
chronologiques des industries et des pays. Ayant mesuré la productivité d’une quelconque façon, d’autres
facteurs sont introduits en supposant qu’ils contribuent à expliquer, ou qu’ils sont la cause, de la
croissance de la productivité. Le modèle statistique de base employé dans ces études prend la forme d’une
analyse de régression où la productivité se retrouve du côté gauche de l’équation et les divers
« déterminants » X du côté droit. Ainsi,
(1)
∆A = β • X + γ Z ,
où X est un ensemble de facteurs tel que l’investissement ou l’innovation et Z est un ensemble de
variables de politique, tel que la fiscalité. Dans l’équation (1), les paramètres β sont considérés comme
des multiplicateurs de la productivité ou des « paramètres de retombées ». Les variables de politique
peuvent avoir un effet direct sur la productivité ou un effet indirect par le biais de leur influence sur X. À
noter que le changement de productivité du côté gauche est en soi une variable construite et, par
conséquent, la façon dont on mesure la productivité aura une incidence importante sur les résultats de
l’étude. L’un des plus influents groupes d’études réalisées dans cette veine est celui issu des travaux sur
les régressions de croissance transversales examinés par Temple (1999). Ce que l’on étudie ici n’est pas
directement la productivité, mais le taux de croissance du PIB réel par habitant pour un grand nombre de
pays au cours de la période d’après-guerre. En notant les réserves examinées précédemment au sujet du
lien entre ces deux variables, la plupart des chercheurs sont d’avis qu’au moins à long terme, les deux
variables affichent une corrélation élevée. Les données sur la croissance d’un échantillon de pays sont
donc considérées comme hautement pertinentes à ce que nous savons des déterminants de la croissance de
la productivité8. La disponibilité de ces données a profondément changé la façon dont les économistes
abordent la question de la croissance économique et les résultats obtenus ont largement appuyé la théorie
de la croissance endogène. Si la croissance du PIB par habitant n’équivaut pas, par exemple, à la PMF, un
certain nombre d’études montrent que les deux sont étroitement liées. Les résultats de ces études, ainsi
que d’une foule d’autres études consacrées à des pays en particulier, ont débouché sur ce que j’appellerais
une vision consensuelle des trois principaux corrélats de la croissance de la productivité nationale —
appelons-les « les trois grands ». Respectivement, il s’agit de l’investissement en matériel et en outillage,
du développement du capital humain et, enfin, de l’ouverture au commerce et à l’investissement. Dans
des centaines d’études, ces trois variables montrent une corrélation robuste et étroite avec la croissance de
la productivité ou la croissance du PIB par habitant. Examinons-les à tour de rôle.
Les trois grands facteurs de productivité
Investissement en matériel et en outillage
La croissance de la productivité affiche une corrélation robuste et élevée avec l’investissement en matériel
et outillage (M et O), mesuré en termes de part du PIB. Les pays qui ont des taux élevés d’investissement
en M et O par rapport à leur PIB ont aussi des taux de croissance élevés dans l’ensemble, après avoir
neutralisé l’effet de facteurs évidents tel que le niveau de revenu au début de la période. Ce rajustement
permet de corriger l’effet de ce que l’on appelle la convergence conditionnelle ou le « rattrapage »
Facteurs et leviers de la productivité
— toute chose égale par ailleurs, on peut s’attendre à ce qu’un pays pauvre connaisse une croissance plus
rapide qu’un pays riche9. Cette forte corrélation tient sur de longues périodes et, selon des données plus
récentes, elle vaut tant pour les pays développés que pour les pays en développement. Elle se prête à de
multiples interprétations. La vision traditionnelle est que l’investissement en M et O comporte
l’introduction de nouvelles technologies et de nouvelles idées qui se diffusent lentement dans l’économie
et qui, au bout du compte, contribuent à renforcer la croissance. De Long et Summers (1991) ont calculé
que le rendement social de l’investissement en M et O dépasse les rendements privés par une marge
importante. Les estimations situent le rendement social autour de 16 à 18 p. 100, tandis que les
rendements privés s’établissent habituellement autour de 6 p. 100, ce qui laisse penser que ces
investissements ont des retombées importantes (voir Masden, 1998, qui examine cet aspect). Cependant,
la question de la causalité ne fait pas l’unanimité. Certains chercheurs soulignent la difficulté de
démontrer que l’investissement engendre la croissance et certains affirment avoir observé l’opposé. Des
écrits connexes sur les effets de génération sont venus ajouter du poids à l’argument voulant que
l’investissement joue un rôle important dans la croissance économique. Greenwood, Hercovitz et Krusell
(1997) ont noté que le prix relatif du matériel avait chuté de façon continue à un taux annuel d’environ
4 p. 100 au cours des deux dernières décennies, ce qui incite fortement à penser que le changement
technologique récent est intégré aux nouveaux outillages — ce qu’ils appellent le changement
technologique propre à l’investissement. En ayant recours à un cadre de comptabilité plus approprié que
celui habituellement utilisé dans les calculs sur la croissance, ils ont estimé que 63 p. 100 de la croissance
de la production par travailleur aux États-Unis était attribuable à des progrès technologiques propres à des
investissements. Prises ensemble, ces données appuient fortement le rôle de l’investissement comme
cause probable de la croissance de la productivité. Si l’on pouvait établir une causalité inverse, cela
affaiblirait sensiblement la justification des politiques économiques ciblées sur l’investissement10. La
démonstration de la croissance économique suscitée par l’investissement est un thème persistant des
travaux sur la croissance endogène.
Éducation, formation et capital humain
Les travaux sur la croissance endogène ont accordé beaucoup d’importance au rôle de la formation du
capital humain dans le processus de croissance et ces variables trouvent un appui de taille dans les
diverses études consacrées à la croissance et à la productivité. Le capital humain semble constituer un
moteur de croissance de deux façons. Premièrement, il sert à faciliter les retombées de la connaissance,
qui contribuent à accroître la productivité de tous les facteurs. Ou, en des termes plus classiques, le fait
d’avoir des compétences plus élevées signifie qu’une personne aura une probabilité plus grande de
transmettre ce qu’elle sait aux autres, qui à leur tour feront de même. Deuxièmement, les compétences
plus poussées entrent directement dans la production de nouvelles technologies (innovations axées sur des
produits et des procédés) et sont nécessaires pour faciliter l’adoption de nouvelles technologies. En
d’autres termes, un ordinateur sans logiciel n’est pas très utile et n’a pas beaucoup de valeur si les
travailleurs ne savent pas comment le faire fonctionner. Au niveau agrégé, les travaux empiriques de
Barro et Lee (1994) sur les diverses variables instrumentales du capital humain et de la croissance arrivent
à la conclusion que ces éléments jouent un rôle de premier plan dans l’explication de la croissance d’un
vaste échantillon d’économies nationales au cours de la période 1970-1990. Malheureusement, une bonne
partie de ces travaux n’a pas beaucoup d’utilité lorsque l’on tente d’expliquer la performance du Canada
au chapitre de la PTF parce que les variables instrumentales utilisées pour le capital humain sont trop
rudimentaires pour que l’on puisse faire la distinction entre le Canada et divers autres pays avancés. En
outre, une bonne partie des données tirées des régressions sur la croissance entre pays sont influencées par
l’expérience des pays en développement. Les travaux de Benahib et Spiegel (1994) sur la croissance de la
PMF sont plus intéressants. Ces auteurs ont rejeté l’hypothèse classique selon laquelle le niveau de la
production dépend du stock de capital humain, comme le prédirait une analyse classique de la fonction de
production, mais le résultat appuie l’hypothèse de la croissance endogène, à savoir que le taux de
16
Facteurs et leviers de la productivité
changement de la PTF dépend du stock de capital humain. Par conséquent, le capital humain accroît le
taux auquel les connaissances se développent et sont utilisées. En outre, les auteurs ont obtenu des
résultats corroborant l’opinion selon laquelle cette forme de croissance est en interaction positive avec la
variable d’ouverture. Ces résultats sont manifestement très favorables pour les pays comme le Canada qui
ont un degré élevé d’ouverture et un niveau élevé de capital humain.
Si l’on tente de regarder au delà des résultats macroéconomiques, les choses s’embrouillent.
Comme il est bien connu, les travaux publiés sur la formation incitent à penser que les initiatives en ce
domaine ne semblent pas avoir beaucoup d’impact. L’apprentissage sur le tas a reçu des appuis croissants
dans un certain nombre d’études récentes11 qui indiquent que l’expérience acquise par les employés dans
le contexte de leur propre entreprise joue un rôle primordial. La formation sur le tas est en interaction
avec les variables démographiques en raison de l’expérience professionnelle des jeunes. Pour ce qui est
des comparaisons entre le Canada et les États-Unis, le capital humain contribue à la fois à faciliter et à
compliquer la solution du casse-tête. Comme l’ont signalé Murphy, Riddell et Romer (1998) en étudiant
la situation du Canada par rapport à celle des États-Unis, le Canada a connu une croissance sensiblement
plus élevée de son capital humain au cours des années 80, telle que mesurée par la scolarité dans les deux
pays. Dans le cadre de croissance endogène de Benahib-Spiegel, le taux de croissance relativement plus
élevé du capital humain au Canada devrait avoir engendré une croissance plus rapide de la PTF au
Canada qu’aux États-Unis, selon la mesure conventionnelle de cette variable12.
Ouverture au commerce et à l’investissement
Nous disposons d’un large éventail de données démontrant l’importance de l’ouverture au commerce et à
l’investissement pour la croissance de la productivité. Ce fait ressort d’études de cas détaillées comme
celle de Ben-David (1993) sur la convergence du revenu en Europe et des données de plusieurs pays; il y
a une longue liste d’études sur cet aspect, mais celle de Sachs et Warner (1995) est l’une des plus
influentes. Les preuves accumulées semblent maintenant incontestables, bien que pendant de nombreuses
années un doute considérable ait subsisté quant au lien causal possible entre le commerce et la croissance.
Si la corrélation est élevée entre l’ouverture et la croissance de la productivité, il existe toute une foule de
raisons pouvant expliquer cette relation. Parmi les principaux arguments invoqués pour expliquer
l’importance de ce lien, mentionnons les suivants :
•
•
•
•
Les faibles barrières commerciales encouragent une meilleure utilisation des ressources, selon
les arguments classiques axés sur l’avantage comparatif.
Pour les pays de petite taille, l’ouverture permet de profiter des économies d’échelle, qui sont
nécessaires dans le secteur manufacturier moderne mais inaccessibles si l’on dépend trop du
marché intérieur13.
Le commerce international facilite la diffusion, l’apprentissage et la transmission des idées et
de la technologie provenant de l’étranger. Beaucoup de données récentes viennent appuyer
l’hypothèse de l’importance des retombées internationales comme facteur stimulant la
croissance de la productivité. Cela est vrai tant à l’échelle internationale (Coe et Helpman,
1995) que dans l’espace canadien (Bernstein, 1994).
Des effets semblables peuvent être facilités grâce à l’investissement étranger direct (IED).
Outre de fournir du capital, l’IED entrant apporte de la technologie, renforce les compétences
et facilite l’accès au marché (peut-être de façon indirecte), parfois dans des industries où la
concentration mondiale est élevée (par exemple le marché des aéronefs commerciaux, où
nous vendons des pièces). L’IED sortant aide à étendre l’accès aux marchés (par exemple,
celui des États-Unis) et permet d’établir des liens durables entre des entreprises canadiennes
17
Facteurs et leviers de la productivité
•
et des réseaux internationaux — qui se traduisent par des emplois bien rémunérés pour les
Canadiens — et à forger des liens technologiques dans des pays étrangers.
L’ouverture signifie qu’une plus grande part de l’activité économique est liée à l’exportation
et des données indiquent que les entreprises exportatrices ont tendance à afficher une
croissance plus élevée de leur productivité que les entreprises qui évoluent sur le marché
intérieur ou qui font concurrence aux importations (Bernard et Jensen, 1999; Rao et Ahmad,
1997).
Le contexte élargi de la croissance de la productivité
Si l’on dispose de preuves empiriques incontestables au sujet des trois grands déterminants de la
productivité, il ne manque pas d’hypothèses sur ce qui pourrait expliquer la croissance de la productivité,
en particulier lorsque nous passons des déterminants directs aux liens indirects. La documentation
économique et les publications commerciales regorgent d’explications sur ce qui est à l’origine de la
croissance de la productivité. Cela ne devrait pas nous étonner parce que la question fondamentale —
celle de l’origine de la richesse des nations — demeure l’une des plus litigieuses et des plus fréquemment
débattues de nos jours. Afin de délimiter le débat qui nous intéresse, mentionnons certaines des
explications ayant quelque pertinence dans le contexte récent au Canada.
•
•
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L’innovation (tant au niveau des produits que des procédés)
La diffusion de la technologie (aux niveaux national et international)
L’agglomération spatiale (par exemple Silicon Valley)
Les économies d’échelle externes au niveau de l’industrie
La consommation gouvernementale (impact négatif)
Les méthodes de gestion
L’infrastructure publique (effet positif)
L’inégalité du revenu (effet négatif)
Une lourde fiscalité (effet négatif)
Les entreprises de petite taille (effet négatif)
La souplesse du marché du travail (effet positif)
La stabilité du taux de change (effet positif)
Une faible inflation (effet positif).
On trouve des études appuyant l’existence d’un lien entre l’une ou plusieurs de ces variables et la
productivité ou la croissance du PIB par habitant et, dans bien des cas, les données semblent confirmer
jusqu’à un certain point l’hypothèse d’une corrélation. Évidemment, un certain nombre de problèmes se
posent : 1) la causalité n’équivaut pas à la corrélation et la plupart de ces variables sont, de fait,
endogènes; 2) dans bien des cas, la période examinée ou la taille de l’échantillon est restreinte; 3) la
théorie économique est habituellement ambiguë quant à l’effet prévu sur la productivité. Pour presque
toutes ces variables, les données demeurent controversées. En outre, les délais entre l’application initiale
de tout instrument d’intervention et ses effets éventuels sur la productivité sont très longs et hautement
prévisibles, en raison de l’incertitude inhérente au processus de transmission. Enfin, les effets de
rétroaction qui relient ces divers facteurs pourraient être très importants, ce qui vient compliquer la
mesure dans laquelle une étude particulière peut déceler le sentier de causalité. Néanmoins, certaines de
ces variables pourraient avoir un effet plus important que les autres dans le débat sur la productivité au
cours du prochain siècle. Afin d’ajouter à ce débat, je voudrais centrer mes remarques sur quatre facteurs
qui figureront probablement en bonne place dans les discussions futures sur la productivité au Canada.
18
Facteurs et leviers de la productivité
Innovation et diffusion de la technologie
Dans la plus grande partie des travaux publiés sur la croissance endogène, on considère que les retombées
de la connaissance sont le véritable moteur de la croissance. Comme l’a souligné Paul Romer, les idées ne
sont pas assujetties à la loi des rendements décroissants. À mesure que les connaissances s’accumulent,
elles peuvent être accessibles à tous, à un coût très modique, et peuvent même engendrer un processus de
croissance endogène qui se renforce de lui-même. Cependant, les idées sous forme de technologie utile
sont élaborées par des personnes, des entreprises et des gouvernements dans le cadre d’un processus
imparfait. Dans le domaine de la politique industrielle au Canada, il existe une longue tradition qui nous
porte à examiner d’abord la faiblesse du processus d’innovation au pays. Ces préoccupations sont
partagées par presque toutes les petites économies industrialisées ouvertes et se présentent naturellement
lorsque : a) la plus grande partie des marchés pour de nouveaux produits sont situés à l’extérieur, b) une
bonne part du savoir mondial est engendrée à l’extérieur des frontières, et c) les multinationales
étrangères ont une présence importante dans l’économie du pays. Je ne passerai pas en revue les
nombreux travaux consacrés à ces questions de politique au Canada, sauf pour signaler que les chiffres
récents sur la productivité laissent penser que le Canada s’en tire relativement bien pour ce qui est des
innovations de procédés, mais qu’il a tendance à tirer de l’arrière quant aux innovations axées sur des
produits14. La diffusion internationale de la technologie par le jeu des retombées ou par l’adoption
explicite de technologies nouvelles figure au premier plan de toute explication probable de l’évolution de
la productivité au Canada. Sur la question de l’adoption de technologies, les données pour le Canada sont
ambiguës. Baldwin et Sabourin (1998) ont constaté que le principal désavantage auquel font face les
usines canadiennes dans l’adoption de technologies par rapport à celles des États-Unis est la petite taille
du marché canadien, outre les préoccupations découlant du manque de flexibilité du marché du travail.
Au delà de ces deux éléments, les obstacles à l’adoption de technologies dans les deux pays semblent
identiques.
La plupart des innovations découlent de tentatives délibérées et coûteuses de mettre au point de
nouveaux produits ou de nouvelles technologies. Cela engendre deux débats importants : a) Quels sont les
rendements privés et sociaux de l’innovation? et b) Dans quelle mesure le processus d’innovation est-il
exposé à des déficiences du marché ou à des « retombées »? La productivité et l’innovation sont liées
singulièrement de diverses façons. Certaines mesures de la PMF tentent d’internaliser les intrants dans
l’innovation en mesurant les ressources consacrées à la R-D en tant qu’intrants et en isolant les
changements observés dans la PMF après avoir établi le coût des intrants liés à la R-D. Dans ce cadre,
certains des rendements de l’innovation reviennent éventuellement à l’innovateur, comme pour toute
autre forme d’investissement. Les critiques affirment que le cadre statique de la fonction de production ne
permet pas de saisir la nature intrinsèquement risquée et non appropriable de la création de
connaissances.
De nombreux travaux empiriques récents vont au delà de cette approche pour mesurer l’effet des
dépenses de R-D sur la productivité à partir des changements observés dans la PMF du secteur privé qui
sont attribuables aux « retombées » de la R-D collective, tant au pays qu’à l’étranger, mais qui ne sont pas
directement saisis dans les intrants de la R-D. Coe et Helpman (1995) ont ouvert une nouvelle piste de
recherche en établissant un lien entre l’importance des retombées internationales de la R-D sur la
croissance de la PMF dans un pays et les échanges commerciaux. Le transfert international de
connaissances non appropriables dans les économies plus ouvertes au commerce et à l’investissement
international est l’une des hypothèses évoquées par de nombreux analystes. Dans leurs travaux de
recherche, Coe et Helpman font une distinction entre la R-D intérieure, la R-D mondiale et le rôle de
catalyseur du commerce. Pour le Canada, leurs résultats indiquent que la R-D mondiale est un facteur plus
important que la R-D intérieure, et que cette variable est en interaction avec le commerce, mesuré par la
part des importations, pour faciliter les transferts de connaissances. À titre d’exemple, Bayoumi,
19
Facteurs et leviers de la productivité
Coe et Helpman (1995) ont estimé l’effet cumulatif d’une augmentation permanente de 0,5 p. 100 de la
part du PIB consacré à la R-D dans certains pays, en suivant les effets macroéconomiques d’une telle
intervention sur une période de 75 ans. Dans le cas des États-Unis, cela représenterait une augmentation
d’environ 25 p. 100 des dépenses de R-D. Les simulations faites par les auteurs montrent que cela
entraînerait une augmentation de 9 p. 100 de la production potentielle aux États-Unis et une augmentation
de 6,8 p. 100 de la production canadienne. Examinant les retombées entre le Canada et les États-Unis, Jeff
Bernstein arrive à des conclusions semblables. Ces résultats indiquent que le Canada bénéficie beaucoup
des retombées de l’innovation aux États-Unis et ailleurs dans le monde, bien que la dynamique de ce
processus demeure mal expliquée.
À l’opposé de l’approche centrée sur les retombées, de nombreux économistes considèrent que la
R-D et les innovations qu’elle engendre sont entièrement « défrayées ». Ainsi, on suppose que le marché
attribue correctement un prix aux intrants et aux extrants de l’innovation, sans déficience identifiable du
marché. Les conséquences sur le plan des politiques de ces deux visions alternatives de l’innovation sont
très importantes et interviennent depuis longtemps dans le débat qui a cours au Canada sur la politique en
matière de R-D. Les économistes débattent toujours de la façon dont l’innovation se manifeste dans
l’économie15. On peut citer un certain nombre de canaux possibles — des prix moins élevés, des
rendements plus élevés sur les facteurs, une croissance plus rapide de la production, ou encore des
bénéfices plus élevés. Dans une économie fermée où, avec certaines réserves, la production doit être égale
à la consommation, la façon exacte dont se produit ce phénomène n’a pas d’importance au niveau agrégé.
Mais l’impact qu’auront les innovations sur les consommateurs par rapport aux producteurs et par rapport
aux travailleurs est une question primordiale dans une économie ouverte pour déterminer l’effet ultime
sur le niveau de vie.
De nombreux observateurs, dont je suis, accordent beaucoup de poids à l’interprétation
schumpétérienne selon laquelle l’innovation survient dans des industries imparfaitement concurrentielles
et, qu’à moyen terme, les rentes associées aux innovations sont un déterminant important de l’activité
entrepreneuriale. Ce processus se caractérise en outre par un risque élevé pour l’innovateur. Schumpeter
affirmait qu’une innovation réussie engendrait une « destruction créatrice » qui non seulement se
traduisait par de nouveaux biens ayant une valeur économique plus élevée mais, du même coup, détruisait
la valeur incorporée aux anciens biens ou industries en raison de leur désuétude. Si c’est là une
description exacte de la façon dont le changement technologique se produit, il en découle certaines
conséquences intéressantes. Premièrement, les politiques qui influent sur l’innovation dans le secteur
privé et, en particulier, les politiques axées sur les nouvelles entreprises et les entrepreneurs deviennent
d’importants « leviers de la productivité ». Deuxièmement, la croissance de la productivité mesurée à
posteriori dans les industries schumpétériennes peut être faussée à la baisse en raison d’une mesure
inexacte des intrants qui engloberait les ressources dorénavant désuètes. Troisièmement, il faut être
prudent au moment d’établir un lien étroit entre un taux élevé d’innovation et des politiques socialement
optimales. Il est tout à fait possible que les marchés privés puissent surinvestir en innovation par rapport
au niveau qui serait socialement juste, en raison de l’« effet de destruction » de l’innovation. Le calcul des
avantages et des coûts se complique encore du fait que les rentes associées à l’innovation qui résultent de
prix supérieurs au coût marginal ne constituent pas une perte d’efficience nationale si la majorité des
consommateurs sont situés à l’étranger. La perte des consommateurs dans les autres pays représente un
gain pour les producteurs et les travailleurs du pays qui détient un monopole temporaire en raison du
succès que connaît une innovation schumpétérienne. Le monopole de Microsoft pourrait ne pas avoir
profité aux consommateurs américains, mais il a certainement profité aux employés et aux actionnaires de
cette société.
20
Facteurs et leviers de la productivité
Échelle, urbanisation et agglomération
Un certain nombre de théories économiques insistent sur la notion (marshallienne) voulant que plus
grande est l’échelle d’un secteur d’activité par l’agglomération d’activités semblables dans une région
(p. ex. Silicon Valley) ou une ville, plus est élevé le niveau de productivité dans ce secteur d’activité. La
plupart de ces théories privilégient la mobilité spatiale des entreprises, mais d’autres s’intéressent aussi à
la mobilité des gens. La source exacte de ces gains de productivité demeure un sujet controversé :
retombées dynamiques de la connaissance, efficacité des communications, facilité d’apprentissage, etc.
Une bonne partie de ce courant est centré sur la corrélation apparente entre la croissance économique et
l’expansion des villes. Les économies de localisation et les externalités informationnelles sont considérées
comme des causes importantes de l’agglomération de l’activité économique dans les villes. Des études
récentes renferment un certain nombre de faits pertinents directement liés au processus de croissance au
Canada. Voici certains des plus intéressants16.
1. Il y a un consensus croissant au sujet de l’existence de fortes économies d’agglomération, à
tout le moins dans le secteur manufacturier. L’agglomération peut se produire au niveau
d’une ville ou d’une région. (Ellison et Glaeser, 1997).
2. De 1900 à 1950, la population moyenne des régions métropolitaines a triplé et le nombre de
régions métropolitaines a doublé aux États-Unis. En dépit de la croissance de la taille des
villes durant chaque décennie, le nombre de villes a aussi augmenté — la population
urbanisée est passée de 40 à 60 p. 100 de la population totale. Il faut noter aussi
l’augmentation significative du capital humain moyen, comme il ressort des taux de
scolarisation. (Black et Henderson, 1997).
3. Les villes sont soit diversifiées soit spécialisées selon une dimension économique, par
exemple les services financiers, les services aux entreprises ou la fabrication — avec des
différences significatives dans le niveau de scolarisation associé à ces types de ville. Les
villes diversifiées ont tendance à être de plus grande taille que les villes spécialisées.
4. Les données font ressortir que le taux de croissance des villes est étroitement lié au taux de
croissance du capital humain au sein des villes. (Black et Henderson, 1999).
5. La diversité au sein des villes et la concurrence locale ont tendance à favoriser l’expansion de
l’emploi urbain, tandis que la spécialisation semble avoir l’effet contraire (par conséquent, la
diversité pourrait être importante en vue d’attirer des secteurs nouveaux et en croissance).
6. La diversité a aussi tendance à promouvoir l’innovation. Feldman et Audretsch (1999) ont
constaté, dans un ensemble de données portant sur des innovations de produits aux États-Unis
en 1982, que 96 p. 100 de ces innovations sont apparues dans des régions métropolitaines qui
ne représentaient que 30 p. 100 de la population des États-Unis.
7. Les villes spécialisées possèdent certains atouts — des économies de localisation plus
grandes au sein du secteur de spécialisation et, ainsi, la capacité d’attirer des usines et
entreprises nouvelles qui entrent dans ce secteur d’activité, mais aussi des désavantages —
moins d’innovation et une plus grande vulnérabilité au risque, selon les hauts et les bas des
secteurs et des technologies spécifiques.
21
Facteurs et leviers de la productivité
La plupart de ces faits sont tirés d’études sur les États-Unis et les pays européens mais ils portent
à conséquence pour le Canada, un pays fortement urbanisé ne comptant que quatre grandes villes que l’on
pourrait considérer comme étant diversifiées. Compte tenu de l’importance de l’expansion des villes pour
le processus de croissance générale, il est étonnant que la plupart des comptes rendus de la performance
du Canada sur le plan de la productivité ne fassent que très peu mention du rôle des villes. Certaines de
ces analyses ont été étendues aux régions et, bien entendu, on se préoccupe depuis longtemps des
inégalités régionales au Canada et de leurs effets sur la croissance (Coulombe, 1997). La façon dont la
croissance des villes contribue à la croissance générale au Canada doit donc faire l’objet de recherches
plus poussées.
Technologies d’application générale
Un nouveau paradigme de l’évolution technologique est que la plus grande partie de ce que nous
observons est associée à d’importants mouvements d’échelle dans l’ensemble du système technologique :
l’apparition de la vapeur et des chemins de fer au siècle dernier, l’électrification au début du présent siècle
et, plus tard, le fordisme ou les méthodes de production de masse. La notion de technologie d’application
générale (TAG) a trait à une innovation majeure ayant de nombreuses applications au sein de l’économie
et dont l’apparition entraîne elle-même une transformation en profondeur des systèmes de production et
de distribution au fil des innovations concomitantes. Ce sujet a été exploré à fond à l’Institut canadien des
recherches avancées et l’ouvrage récent publié sous la direction de Elhanan Helpman (1998) traite du
sujet dans ses détails. L’apparition d’une TAG se caractérise par de longs délais entre la date d’apparition
de la technologie et les gains de productivité auxquels elle donne éventuellement lieu. Il y a aussi une
incertitude considérable au début quant aux effets éventuels d’une nouvelle TAG. La croissance fondée
sur une TAG doit être mise en contraste avec une innovation technologique de nature continue et
progressive. La révolution de la technologie de l’information grâce à l’informatisation et aux réseaux
électroniques à faible coût représente assurément une TAG classique. Du point de vue de la mesure du
phénomène, une TAG constitue un véritable casse-tête. La principale difficulté découle des longs délais
qui s’écoulent entre l’apparition initiale de l’innovation et son utilité éventuelle pour l’économie en raison
de toute une foule de problèmes. Les gens doivent apprendre la nouvelle technologie, il faut créer des
réseaux étendus et des infrastructures de facilitation, et de nombreux usages de la technologie ne voient le
jour que longtemps après sa première apparition. En outre, l’économie traverse une longue période
d’adaptation durant laquelle l’ancienne technologie est progressivement mise au rancart. La PMF mesurée
aura certainement tendance à chuter dans l’intervalle, tant parce que la croissance de la production
ralentira initialement que parce que l’on continue à mesurer les intrants rendus désuets par le changement
de technologie. La croissance économique se caractérise ainsi par des vagues de croissance lente ou
négative, qui peuvent durer jusqu’à deux décennies, suivies de périodes de croissance de plus en plus
rapide de la productivité. Le ralentissement de la productivité observé au cours des années 70 et des
années 80 pourrait être attribué à l’émergence de cette nouvelle TAG et, de même, la récente reprise de la
productivité pourrait s’expliquer par le fait que les avantages associés à la technologie apparaissent enfin
dans les données.
La notion de TAG suit en parallèle le débat sur la « nouvelle économie », dont nous traiterons
dans le prochain chapitre. Si une bonne partie du changement observé dans la productivité est attribuable
à une TAG en voie de maturation, cela soulève un certain nombre de questions. Premièrement, afin de
justifier une intervention au niveau des politiques, il faudrait savoir comment une TAG pourrait influer
sur le développement économique futur et, en particulier, déterminer la meilleure forme que pourrait
prendre l’innovation et l’infrastructure facilitatrice. Étant donné que les gouvernements n’ont pas une
capacité prévisionnelle parfaite, cette tâche est redoutable. Néanmoins, les gouvernements peuvent aider à
coordonner les attentes du marché à l’égard du cheminement probable d’une TAG et, en outre, fournir
l’infrastructure publique appropriée qui est souvent requise pour qu’une TAG atteigne son plein potentiel.
22
Facteurs et leviers de la productivité
Dynamique de la productivité et hétérogénéité microéconomique
La croissance mesurée de la productivité de presque tous les grands agrégats économiques, qu’il s’agisse
d’une industrie, d’une région ou d’un pays, traduit deux phénomènes qui se déroulent au niveau
microéconomique, c’est-à-dire dans les nombreux secteurs/activités/entreprises qui composent cet
agrégat. Le taux global de croissance de la productivité peut traduire soit un profil d’évolution
relativement uniforme de la productivité au sein des diverses unités microéconomiques, soit une
réaffectation des ressources entre ces micro-unités, assortie d’une hétérogénéité importante des niveaux et
des taux de croissance de la productivité. Nous disposons de données de plus en plus probantes indiquant
que le processus de croissance est fondamentalement animé par la réaffectation des ressources des
activités ayant une faible croissance de la productivité vers celles où la croissance de la productivité est
élevée, plutôt que par les limites à la disponibilité de la nouvelle technologie.
Les principales données qui sous-tendent cette observation portent sur l’hétérogénéité étonnante
qui ressort des statistiques sur la productivité au niveau microéconomique dans un grand nombre d’études
réalisées ces dernières années. En examinant un échantillon d’entreprises au sein d’une industrie ou un
ensemble d’industries dans un pays, ou encore les mêmes industries dans différents pays, nous pouvons
observer une hétérogénéité remarquable dans les niveaux et les taux de croissance mesurés de la
productivité. Il est assez fréquent de constater que les niveaux de productivité des usines diffèrent par un
facteur de deux à trois dans des industries étroitement définies et sur de courts intervalles de temps. En
outre, le manque de convergence des niveaux de productivité entre industries ressort avec une persistance
remarquable. Parmi les études importantes qui ont étayé ce point de vue, il y a celle de Baily et coll.
(1992), celle de Baldwin (1996) et celle de Dwyer (1995), et de nouvelles études sont apparues à une
fréquence croissante. Au niveau national, ce phénomène s’est manifesté par un renversement de la
tendance à la convergence des niveaux de productivité dans le secteur manufacturier entre les pays à
compter du milieu des années 80 (Bernard et Jones, 1996). Dans ce cas, l’hétérogénéité s’est prolongée au
niveau international.
Une question importante pour la recherche est de savoir pourquoi cette hétérogénéité est
persistante. Une explication possible est que les données traduisent simplement des effets de génération
— les entreprises plus âgées ont tendance à utiliser une technologie plus ancienne et, ainsi, à être moins
productives ou plus éloignées de la meilleure pratique. Les autres explications tournent autour de
l’observation selon laquelle la productivité peut dépendre d’éléments d’actif propres à l’entreprise, par
exemple l’emplacement ou les compétences des gestionnaires, qui ne peuvent être reproduits. Cette
dernière explication semble être plus importante dans certaines études17. La croissance de la productivité
semble aussi être un phénomène d’agrégation. Les nouvelles usines ont tendance à afficher des niveaux
de productivité plus élevés et cela, de façon relativement permanente. La croissance de la production dans
une industrie se produit grâce à l’entrée et à la sortie d’entreprises, et à l’expansion ou à la contraction de
la production au niveau de chaque usine. L’expansion et la contraction de la production semblent jouer un
rôle de premier plan dans l’explication de la croissance de la productivité. Il y a croissance de la
productivité à mesure que les usines plus productives prennent de l’expansion et que les moins
productives tombent en déclin.
L’abondance des données sur l’hétérogénéité des niveaux de productivité comporte un certain
nombre de conséquences. Premièrement, le processus de répartition des ressources est loin d’être parfait
dans la mesure où des ressources semblables ont des rendements (gains) différents dans différentes
activités. La croissance économique observée est attribuable en bonne partie à la réaffectation des
ressources des usages où elles ont peu de valeur à des usages où elles ont une plus grande valeur.
L’effet de productivité de toute politique dépendra donc en partie de la façon dont celle-ci retarde
23
Facteurs et leviers de la productivité
ou accélère la réaffectation des ressources des usages où elles ont peu de valeur à des usages où elles ont
une valeur élevée. Deuxièmement, les gains économiques potentiels de ces réaffectations seront
vraisemblablement plus importants au cours des périodes de progrès technologique rapide, parce que ce
dernier est aussi associé à une plus grande dispersion des niveaux observés de productivité au niveau
microéconomique. Plus la dispersion est élevée, plus sont importants les avantages découlant du
déplacement des ressources des usines ayant une faible productivité à des usines ayant une productivité
élevée.
Macro-facteurs : chômage, demande globale et taux de change
La plus grande partie du débat sur les changements de productivité est motivée soit par l’évolution
séculaire des taux de croissance mesurés, soit par les différences persistantes observées dans les niveaux
de vie, qui vont au delà des périodes généralement associées au cycle économique. Néanmoins, en
économique, on est depuis longtemps porté à considérer qu’une faible demande globale est une cause
possible de changement de productivité. Comme il est bien connu et comme l’a fait valoir avec beaucoup
de conviction Pierre Fortin (1994, 1996), la croissance de la production au Canada dans les années 90 a
été étonnamment faible. Fortin attribue cette faiblesse à des facteurs macroéconomiques du côté de la
demande globale. S’il y a un lien causal entre la demande globale et la croissance de la productivité à long
terme, celui-ci pourrait être un important facteur dans l’explication et la solution de certains des
problèmes de productivité au Canada. Presque tous les économistes reconnaîtraient qu’il y a des liens à
moyen terme entre la productivité et la croissance de la production; cependant, il y a une profonde
divergence sur la possibilité que les politiques de stabilisation économique, qu’elles soient de nature
budgétaire ou monétaire, aient un effet sur l’évolution à long terme de la productivité.
Dans les travaux publiés, on observe trois liens possibles entre la demande globale et la
croissance de la productivité :
1. Selon certaines théories, la faiblesse de la demande globale réduit la croissance de la
production pour une population active donnée. Une faible croissance de la production a
tendance à réduire directement la croissance de la productivité en raison des effets
dynamiques de l’apprentissage sur le tas ou de la présence d’économies d’échelle
dynamiques. Les entreprises qui ne sont pas en expansion n’apprennent pas et cela réduit leur
productivité. C’est ce que l’on appelle parfois l’« effet Verdooun ».
2. Selon d’autres théories, la réduction temporaire de la demande globale a un effet négatif
durable à long terme sur le chômage. Sur une période de quelques années, un taux de
chômage élevé peut engendrer, avec un certain décalage, des effets de productivité négatifs
sur la population active par une perte progressive de compétence — le fait d’être absent du
marché du travail pour une longue période entraîne une perte de compétence qui, elle-même,
se traduit par une productivité future inférieure.
3. Enfin, il y a ce que l’on pourrait appeler la « vision hétérodoxe » associée à l’école
autrichienne, selon laquelle les récessions ont un effet bénéfique. Selon l’hypothèse de la
« récession purificatrice », les replis cycliques facilitent la mise au rancart des anciennes
technologies et la réaffectation des ressources vers des usages nouveaux et plus productifs.
Essentiellement, les récessions sont des manifestations de la « destruction créatrice ».
24
Facteurs et leviers de la productivité
Si l’on adopte la vision keynésienne selon laquelle les économies auront tendance à revenir
naturellement à l’équilibre de plein emploi à long terme, alors les deux premières théories voudraient dire
que des périodes soutenues de faible croissance de la production pourraient réduire la productivité à plus
long terme. En outre, les politiques axées sur l’offre qui, par ailleurs, pourraient avoir un effet bénéfique
sur la productivité sont condamnées à l’échec à moins que la demande globale ne soit suffisamment
vigoureuse. Il est intéressant de noter que les comparaisons entre les pays européens et les États-Unis
n’ont pas été invoquées plus souvent dans le débat sur la productivité au Canada. L’Europe a un taux de
chômage élevé et une croissance de la productivité élevée par rapport aux États-Unis, même si elle a aussi
connu un ralentissement de la croissance de la productivité. L’explication habituelle de cet écart est que
les marchés du travail rigides en Europe ont incité les entreprises à substituer du capital au travail,
entraînant des pertes d’emploi et une augmentation de la productivité. C’est ce que l’on appelle parfois
l’« hypothèse de l’OCDE »; celle-ci a reçu beaucoup d’attention parmi les économistes du monde ouvrier
au Canada, dont tout récemment Craig Riddell (1999). Cependant, les mêmes données mettent en doute la
possibilité qu’une faible croissance de la production ou un chômage élevé ait nécessairement des effets à
long terme sur la productivité devant la bonne tenue des pays européens au chapitre de la productivité. La
reprise récente tant de la croissance de la production que de la croissance de la productivité aux ÉtatsUnis devrait toutefois contribuer à relancer le débat.
Un facteur qui a un lien macroéconomique avec la productivité est le taux de change. La
possibilité que le déclin du dollar canadien ait contribué aux faibles niveaux de productivité observés dans
le secteur manufacturier canadien par rapport à celui des États-Unis a récemment donné lieu à un débat
considérable. Cette hypothèse a été examinée attentivement par Tom Courchene et moi-même
(Courchene et Harris, 1999) et représente une dimension importante du débat sur les coûts et les
avantages d’une union monétaire nord-américaine. Un certain nombre de commentateurs ont souligné que
les mesures à court terme de la compétitivité sur le plan des coûts entre le Canada et les États-Unis ont été
favorables au Canada essentiellement en raison de la faiblesse du dollar canadien. Les niveaux de
productivité dans le secteur manufacturier canadien demeurent en deçà de ceux des États-Unis (voir
Sharpe, 1999). Parmi les divers arguments qui appuieraient l’existence d’un lien causal entre le taux de
change et la productivité, le plus simple serait que les entreprises nationales exposées à une monnaie qui
perd de la valeur pourraient tout simplement éviter d’apporter les améliorations nécessaires sur le plan de
la productivité pour soutenir la concurrence internationale. Une explication plus complexe fait intervenir
l’interaction concomitante entre une monnaie qui perd de la valeur au cours d’une période marquée par
une succession rapide d’innovations au niveau des produits aux États-Unis et la productivité. La faiblesse
du dollar a pour effet d’encourager les entreprises canadiennes à prendre de l’expansion dans des secteurs
où la compétitivité sur le plan des coûts représentait la plus grande valeur et à éviter de faire des
investissements dans la R-D axée sur les produits, dont le coût a augmenté en raison de l’utilisation de la
nouvelle technologie et d’une main-d’œuvre spécialisée dont le prix est établi en dollars US. Ces deux
explications nécessiteraient des recherches supplémentaires. Selon la théorie macroéconomique classique,
la tendance à la baisse de la croissance de la productivité dans les industries de biens manufacturiers
commercialisables par rapport à celle de nos partenaires commerciaux serait la cause de la détérioration
du taux de change réel, plutôt que l’inverse. Mais il est également vrai que les données sur le lien
traditionnel entre les deux est assez ténu18.
25
4. LA CROISSANCE DE LA PRODUCTIVITÉ AU 21e SIÈCLE
L’évaluation du dossier historique de la productivité suscite des divergences considérables. Il est évident
mais non moins important de noter que la tendance de la productivité au Canada suivra probablement
celle de l’économie mondiale. La remontée récente des chiffres sur la productivité, notamment aux ÉtatsUnis, a engendré des attentes considérables quant à la probabilité que cette tendance se manifeste aussi
ailleurs. Mais il faut être prudent avant d’extrapoler les tendances récentes, dans le temps comme d’un
pays à l’autre. Sur l’ensemble du cycle économique, il y a une très grande volatilité de la croissance
mesurée de la productivité du travail. Au cours de la période d’après-guerre, la durée des cycles
économiques a varié entre 5 et 36 trimestres — le cycle actuel est, bien entendu, particulièrement long.
Lors des reprises, la croissance de la productivité a varié entre 0 et 6 p. 100, avec une persistance
modérée. Un examen des données des divers pays fait ressortir deux particularités. Premièrement, il y a
une grande variation des taux de croissance entre les pays et, deuxièmement, en longue période, on
observe une persistance étonnamment faible des taux de croissance d’une période à l’autre. Dans la base
de données de Summer-Hestons, qui englobe 125 pays, les taux de croissance enregistrés au cours des 25
dernières années ont varié entre des valeurs négatives et 5 p. 100. Sur le plan de la persistance, la
corrélation entre les taux de croissance de la période 1962-1972 et ceux de la période 1975-1983 n’est que
de 0,1619. Il s’ensuit que l’expérience individuelle des divers pays ne peut probablement pas être
extrapolée, soit à d’autres pays soit dans l’avenir, avec un degré de certitude satisfaisant. Mais la bonne
nouvelle est qu’une piètre performance dans le passé au chapitre de la croissance n’équivaut pas à une
condamnation à vie. De bonnes politiques et un peu de chance peuvent faire toute la différence.
En dépit des problèmes inhérents aux « conjectures sur la productivité », nous devons adopter une
perspective tournée vers l’avenir. Quelles pourraient être les tendances importantes pour la croissance de
la productivité au Canada au cours des prochaines décennies? Mes remarques porteront sur trois éléments
clés :
•
•
•
la démographie,
la mondialisation et l’intégration économique en Amérique du Nord,
le débat sur la « nouvelle économie ».
Le défi démographique
Il est clair que l’un des développements les plus importants pour l’avenir, qui aura de lourdes
conséquences sur le plan de la productivité, est l’évolution de la démographie au Canada et, de fait, dans
la plupart des pays occidentaux industrialisés. La plupart des spécialistes en démographie s’entendent sur
les points suivants20 :
•
•
•
au cours des quatre prochaines décennies, l’âge médian des membres de la population active
passera d’environ 35 à 45 ans, alors qu’il n’était que de 25 ans il y a une trentaine d’années;
la part de la population représentée par les personnes de plus de 65 ans aura plus que doublé
d’ici l’an 2030;
après 2011, il y aura un ralentissement important de la croissance de la population active; en
maintenant constantes les tendances de l’immigration, le taux de croissance de la population
active sera bien en deçà de celui de la population, avec un nivellement de l’augmentation des
taux de participation des femmes et l’entrée de cohortes de jeunes plus restreintes.
La croissance de la productivité au 21e siècle
Si les tendances récentes de la productivité se maintiennent, le moins que l’on puisse dire est que
la situation s’annonce problématique — sur le plan tant de la politique publique que de la croissance
économique. La plupart des prévisionnistes notent qu’étant donné que les gouvernements ont tendance à
dépenser environ trois dollars pour les personnes âgées contre un dollar pour les jeunes, on assistera à une
hausse spectaculaire du ratio de dépendance des dépenses — c’est-à-dire les dépenses consacrées aux
personnes dépendantes en pourcentage du PIB. À défaut d’un changement de politique, le seul espoir
pour contrer cette tendance serait une augmentation spectaculaire de la croissance de la productivité du
travail. Selon la plupart des estimations, si la croissance de la productivité du travail passait à environ
2 p. 100, les programmes de dépenses actuels pourraient être maintenus sans hausse importante des
déficits budgétaires21. Quelle est la probabilité d’une telle hausse tendancielle de la croissance de la
productivité? Cela n’est peut-être pas impossible, comme nous le verrons. Cependant, le vieillissement de
la population comporte une autre conséquence. Les études des économistes du travail montrent qu’à
mesure que les travailleurs avancent en âge, notamment après le milieu de la quarantaine, leur
productivité a tendance à diminuer. Les principales données qui appuient cette hypothèse sont celles qui
proviennent des études sur les cohortes salariales. L’augmentation importante de l’âge médian de la
population active devrait donc être associée à une diminution du niveau moyen de productivité de cette
dernière. Autrement dit, une population caractérisée par une abondance de travailleurs âgés de 55 à 60 ans
produira beaucoup moins qu’une population active comptant une importante cohorte de travailleurs âgés
de 40 à 45 ans. Nous faisons donc face à un dilemme : non seulement est-il probable que les dépenses
liées à l’augmentation du ratio de dépendance augmenteront, mais la productivité moyenne de ceux qui
seront au travail diminuera vraisemblablement.
Y a-t-il une issue à ce scénario plutôt pessimiste? Au moins quatre phénomènes pourraient
contribuer à atténuer les tensions :
1. Substitution des machines à la force musculaire : L’histoire du changement technologique
représente une série d’innovations qui ont permis de substituer des machines à la force
musculaire. Les robots utilisés dans les usines ne sont qu’un exemple de ce phénomène. Étant
donné que la perte de force musculaire et d’agilité est un trait important du processus de
vieillissement, les innovations qui permettront de substituer des machines à la force
musculaire devraient demeurer un aspect important du changement technologique dans
l’avenir. Les exemples abondent et l’on en retrouve de plus en plus dans les industries de
services comme dans le secteur manufacturier : les distributrices automatiques d’aliments,
une meilleure technologie de manutention des bagages, et ainsi de suite.
2. Complémentarité machines-neurones : Les luddites modernes se préoccupent de la possibilité
que des machines intelligentes suppriment le besoin de recourir à l’intelligence humaine — la
substitution de puces aux neurones. Bien que, dans certains cas, il y ait remplacement direct
d’une personne par une machine (p. ex. les guichets automatiques), une bonne partie de la
technologie moderne élaborée autour de l’ordinateur vise à appuyer l’intelligence humaine —
autrement dit, elle est complémentaire de celle-ci. Les innovations dans cette veine
technologique contribueront vraisemblablement à aider une population active vieillissante à
maintenir sa productivité. Deux domaines d’une importance particulière en regard du
vieillissement viennent à l’esprit : la technologie visant à faciliter les tâches faisant largement
appel à la mémoire et les technologies visant à faciliter l’apprentissage des nouvelles
technologies. De la même façon qu’à l’ère industrielle la hausse des salaires a suscité des
innovations axées sur le remplacement de la force musculaire par des machines, nous
pouvons raisonnablement anticiper qu’avec le vieillissement de la population active,
d’importants stimulants économiques apparaîtront pour favoriser le développement
d’innovations axées sur la complémentarité neurones-machines.
28
La croissance de la productivité au 21e siècle
3. L’innovation médicale : Un secteur où il semble n’y avoir aucun ralentissement des
innovations est celui des sciences médicales. De nombreux progrès sont directement liés à la
prolongation de la capacité du corps humain vieillissant de fonctionner effectivement au-delà
de ce qui serait considéré comme le seuil normal de la retraite. On peut penser à la chirurgie
de réparation de l’os de la hanche, à la chirurgie corrective au laser pour les yeux, etc.
L’autre côté du piège démographique de la productivité est l’hypothèse voulant que les
travailleurs plus âgés continueront de prendre leur retraite au même âge, réduisant ainsi la
production et la croissance, ou même que la tendance à partir à la retraite à un âge plus
précoce ira en s’accélérant. Certaines raisons nous incitent à penser que cette tendance
pourrait se renverser22. Parmi les plus importantes, il y a certains changements de politiques
qui pourraient abaisser l’âge moyen de la retraite, une question qui a été examinée dans un
document récent de l’OCDE intitulé Maintaining Prosperity in an Ageing Society. Ces
tendances pourraient contribuer à hausser le niveau moyen de productivité de la population
active par rapport aux autres scénarios possibles si l’expérience et les compétences des
travailleurs qui prennent aujourd’hui leur retraite pouvaient continuer à servir dans le cadre
d’un travail utile pour quelques années supplémentaires. C’est indéniablement l’un des
principaux défis auxquels le Canada devra faire face au début du prochain siècle.
Les arguments liés à la mondialisation
La mondialisation est une tendance inexorable qui s’est amorcée il y a déjà longtemps, mais elle semble
s’être accélérée durant les années 80. La mondialisation comporte un certain nombre de conséquences
importantes, positives et négatives, pour la productivité au Canada. Trois aspects de la mondialisation
méritent notre attention pour ce qui est de l’évolution future de la productivité au Canada : le
ralentissement possible de l’expansion du commerce mondial et de l’investissement étranger, les
tendances à l’agglomération dans un marché nord-américain intégré et, enfin, l’émergence d’un marché
mondial pour les personnes hautement qualifiées.
Ralentissement possible de la croissance dans l’économie mondiale
Chad Jones de l’Université Stanford a écrit un essai l’an dernier dont le titre provocateur était « The
Coming Productivity Slowdown » (Le ralentissement prochain de la productivité)23. Sa thèse est en fait
assez simple. L’auteur fait valoir que certains des résultats les plus robustes des travaux empiriques
modernes sur la croissance appuient l’hypothèse d’une corrélation étroite entre la croissance économique
et les dépenses de R-D, le niveau de formation de capital humain et l’ouverture au commerce et à
l’investissement. Dans le cas du capital humain, il souligne qu’en 1940, moins d’un travailleur sur 20 au
sein de la population active avait complété une scolarité secondaire. En 1990, 80 p. 100 des travailleurs
avaient complété leurs études secondaires et plus de 20 p. 100 avaient acquis une forme quelconque
d’éducation supérieure. Au cours de la même période, les États-Unis se sont ouverts sensiblement au
commerce et à l’investissement international, le ratio d’ouverture de ce pays ayant presque triplé. Enfin,
le nombre de scientifiques et d’ingénieurs participant à des travaux de R-D aux États-Unis est passé de
0,25 p. 100 de la population active en 1950 à 0,75 p. 100 en 1990. L’auteur affirme ensuite que toutes ces
tendances connaissent actuellement un fléchissement, mais la progression rapide de ces variables depuis
quatre décennies est responsable en bonne partie de la croissance robuste enregistrée au cours de cette
période.
29
La croissance de la productivité au 21e siècle
L’argument selon lequel toutes ces tendances pourraient ralentir sensiblement est clairement de
nature spéculative. Le commerce mondial a crû de façon stable à un taux annuel d’environ 8 p. 100 — ce
qui est bien supérieur au taux de croissance du PIB mondial. Pendant combien de temps cette tendance
peut-elle se maintenir? Il n’est pas difficile de concevoir que la croissance du commerce international
observée au cours des deux dernières décennies devra éventuellement ralentir, pour un certain nombre de
raisons, dont la moindre n’est pas la simple constatation qu’à mesure que s’élève la part des services dans
l’économie, les échanges de biens perdent de l’importance. Ainsi, l’expansion des volumes d’échanges,
exprimés en pourcentage du PIB, se stabilisera éventuellement. Jones affirme que la croissance aux ÉtatsUnis résulte en bonne partie de l’expansion des échanges et qu’à mesure que cette croissance ralentira, il
en ira de même de la croissance de la productivité. L’investissement dans les innovations semble aussi
ralentir, comme en témoigne le nombre de scientifiques et d’ingénieurs participant à des travaux de R-D.
Enfin, la hausse rapide des taux de participation aux études supérieures aux États-Unis est une autre
tendance qui semble avoir ralenti. L’auteur soutient que si l’on prend au sérieux les travaux empiriques
publiés sur la croissance, les perspectives de croissance future de la productivité aux États-Unis sont
particulièrement sombres. Utilisant un modèle de croissance classique, il a calculé que le taux de
croissance du PIB par habitant aux États-Unis fléchira au début du prochain siècle pour ne plus
représenter que le quart de la moyenne enregistrée durant la période d’après-guerre.
Doit-on prendre au sérieux ces prédictions? Même si l’étude visait à provoquer, les points qu’on y
soulève méritent certainement qu’on y réfléchisse. Premièrement, les tendances examinées par l’auteur
sont observables dans la plupart des pays et elles ont certainement été propices à la croissance. On ne peut
nier qu’il est assez difficile de concevoir que ces tendances puissent persister indéfiniment. Le Canada a
énormément profité d’une ouverture accrue au commerce depuis la conclusion de l’ALE et de l’ALENA,
les exportations canadiennes étant passées d’environ 25 p. 100 à plus de 40 p. 100 du PIB. Si cette
tendance a eu un effet positif sur la croissance, le ralentissement de la croissance des exportations devrait
freiner la croissance de la productivité, même si les effets de niveau persistent. En outre, étant donné la
mesure dans laquelle le Canada compte sur les retombées technologiques en provenance des États-Unis,
tout ralentissement éventuel de la croissance dans ce pays aura de fortes répercussions négatives sur la
croissance économique au Canada, comme l’indiquent les résultats des études de Helpman et Coe et de
Bernstein sur les retombées. Sur une note plus positive, il se pourrait que la croissance attribuable à
l’ouverture de l’économie canadienne soit loin d’avoir épuisé son potentiel. D’autres petites économies
ouvertes d’Europe, par exemple la Belgique, les Pays-Bas et l’Autriche, ont des ratios d’ouverture
beaucoup plus élevés que le Canada — dans certains cas près de 100 p. 100. Si leur expérience présage du
cheminement que suivra le Canada, nous pourrions profiter d’un dividende lié à la croissance de la
productivité pendant encore quelques décennies à mesure que l’économie progresse dans cette voie. Cela
suppose, bien entendu, que les choses « aillent bien » aux États-Unis. Si l’hypothèse de Jones s’avère, et
que les États-Unis entrent dans une période de fléchissement de la productivité, les choses pourraient
alors être pires que nous l’imaginons.
L’intégration nord-américaine et l’agglomération régionale
En Europe, les écrits récents sur le commerce et la géographie ont ranimé les inquiétudes au sujet des
pôles de croissance régionaux et du développement asymétrique centre-périphérie au sein de l’Union
européenne, alors que les entreprises deviennent plus mobiles au sein d’une zone économique plus
étroitement intégrée. Ces questions commencent à retenir l’attention ici, à mesure qu’émerge une
économie nord-américaine intégrée. Certaines ou l’ensemble des régions du Canada deviendront-elles des
arrière-pays à mesure que les facteurs d’agglomération poussent les activités à forte valeur ajoutée vers
les pôles de croissance situés aux États-Unis? Théoriquement, tout cela est possible. Il faut se préoccuper
sincèrement de la possibilité que l’agglomération exerce une attraction telle qu’elle relègue le Canada à
une série de localités spécialisées mais participant moins aux activités innovatrices à grande
30
La croissance de la productivité au 21e siècle
valeur ajoutée. L’importance des villes, par exemple, laisse penser que le Canada doit posséder un
nombre suffisant de villes diversifiées à forte intensité de capital humain pour maintenir un taux élevé de
croissance de la productivité. Comme l’on affirmé Courchene et Telmer (1998), si le Canada est en voie
de s’intégrer selon un axe Nord-Sud, il se pourrait bien qu’au cours du prochain siècle les perspectives de
croissance soient devenues spécifiques aux diverses régions, la croissance de chaque région canadienne
reflétant celle de la région avoisinante au Sud. Une politique économique nationale pourrait lutter contre
ces tendances, mais compte tenu des liens étroits qui unissent les régions situées de part et d’autre de la
frontière, il est difficile d’imaginer comment une politique nationale pourrait freiner le déclin de la région
canadienne si la croissance de la région correspondante aux États-Unis subissait une baisse durable.
Ces préoccupations régionales ont leur contrepartie internationale — les effets d’agglomération
qui semblent jouer contre les petits pays — ces pays se désindustrialiseront, ils n’auront plus de villes de
calibre mondial, ils n’auront pas de Silicon Valley, etc. Selon ces arguments, la « petitesse » est la
garantie intrinsèque d’un faible niveau de productivité. Heureusement, je pense que ces arguments ont
une portée limitée et que leurs effets négatifs peuvent être évités par une intégration appropriée ou
l’exploitation des marchés mondiaux24. Les exemples abondent dans de petits pays qui enregistrent des
niveaux très élevés de productivité et de revenu — la Suisse, la Finlande, Singapour et les Pays-Bas, pour
ne citer que ceux-là. En outre, il n’y a pratiquement aucune preuve du fait que la croissance soit liée à la
taille d’un pays. Selon les études de cas et les données économétriques disponibles, il ne semble y avoir
aucune justification a priori de la notion selon laquelle le Canada sera littéralement « vidé » par une
intégration plus poussée du marché nord-américain.
Néanmoins, il est très important de comprendre comment les facteurs qui favorisent
l’agglomération — les économies de localisation, l’apprentissage sur le tas et les retombées des
connaissances — opèrent au niveau microéconomique pour pouvoir mettre en place des politiques
stratégiques appropriées en vue de contrer leurs effets. Un exemple simple : si de faibles taux
d’imposition des entreprises sont une condition nécessaire pour qu’un pays de petite taille puisse attirer
l’IED qu irait dans des régions économiques plus grandes en raison des effets d’agglomération, le fait
d’être concurrentiel sur le plan de la fiscalité applicable aux activités économiques mobiles sera une
condition essentielle de la croissance économique25.
Le marché mondial du capital humain
Étant donné que de plus en plus d’activités économiques sont fondées sur le capital humain, les avantages
découlant de l’agencement des compétences de la main-d’œuvre deviennent un important déterminant à
long terme de la structure industrielle d’une économie, tandis que les changements observés dans le
niveau d’investissement en capital humain auront tendance à influer davantage sur la croissance
économique que par le passé. De nombreuses activités de « haute technologie » sont essentiellement
mobiles (contrairement à l’agriculture ou aux industries de ressources) — les gens sont le seul « facteur
imparfaitement mobile ». Mais les gens qui « font ou défont » la réussite d’une entreprise sont les
gestionnaires et les employés très qualifiés; la mondialisation a haussé sensiblement les salaires réels de
ceux qui ont acquis des compétences d’importance critique. Les pénuries de compétences dans le secteur
de la technologie de l’information (TI) constituent un bon exemple à cet égard. Comme nous l’avons noté
précédemment, le Canada a un bon dossier sur le plan de la formation du capital humain, mais cela
pourrait se révéler insuffisant. La crainte de nombreux observateurs est que le marché du travail pour ces
personnes soit devenu véritablement mondial, laissant entrevoir la perspective d’une nouvelle catégorie
de travailleurs — le « col doré » mondial qui peut travailler dans n’importe quel pays et qui a peu
d’attaches nationales, comme celles que l’on avait attribuées jusque-là à la population active.
31
La croissance de la productivité au 21e siècle
Un marché mondial émergent pour les travailleurs hautement qualifiés influera clairement sur la
croissance de la productivité au Canada. Premièrement, ces travailleurs sont nécessaires au transfert de la
technologie internationale représentant la meilleure pratique, pour faciliter l’apprentissage des nouvelles
technologies et promouvoir l’innovation au Canada même. Deuxièmement, le capital humain est souvent
complémentaire du capital matériel — dans la course aux nouveaux investissements dans le monde, la
capacité d’attirer et de conserver un capital humain hautement qualifié sera une condition indispensable
de la croissance. Le point de vue opposé est que le marché mondial du capital humain est relativement
peu important — après tout, la plupart des travailleurs ne quittent jamais leur région d’origine, encore
moins leur pays, et les taux de migration internationale demeurent relativement modestes26. Comme il
ressort du débat actuel dans les médias sur l’« exode des cerveaux », les deux camps peuvent invoquer
des données pour appuyer leur thèse, de sorte que cette argumentation se poursuivra pendant encore un
certain temps. Si les partisans de l’hypothèse d’un marché mondial des « cols dorés » voient juste, et que
cette tendance va en s’accélérant, elle aura un impact sur tous les pays, et cela d’une foule de façons. Les
conséquences éventuelles sur la productivité sont énormes et, à ce stade, impossibles à quantifier.
Pourtant, une troisième perspective serait celle d’un « optimiste néoclassique » extrême qui soutiendrait
que la mobilité des travailleurs, qualifiés ou non qualifiés, est toujours une bonne chose. La mobilité
accrue contribue à hausser le revenu mondial et, grâce à la diffusion rapide des idées, l’emplacement
géographique d’un « cerveau » a peu d’importance. J’aimerais croire qu’il en est ainsi, mais les données
relatives à l’agglomération dans les profils de croissance laissent penser que cette vision est trop
optimiste. Il pourrait y avoir des seuils sous lesquels la viabilité d’une industrie dans une région
particulière devient incertaine.
Le débat sur la « nouvelle économie »
Les promesses d’un nouvel « âge doré » de forte croissance, mais peut-être non mesurée, de la
productivité remplissent les pages des quotidiens et ont recueilli des appuis considérables récemment,
notamment de la part de sommités telles qu’Alan Greenspan. Les données récentes sur l’économie
américaine sont certes impressionnantes. La productivité moyenne du travail a crû à un taux annualisé de
2,15 p. 100 entre 1995 et le premier trimestre de 1999, après avoir augmenté de seulement 1 p. 100 par
année entre 1972 et 1995. Cela signale-t-il le retour de l’ère dorée de la croissance de la productivité,
comme celle que nous avons connue entre les années 50 et les années 70, durant laquelle la productivité a
augmenté à un taux de plus de 2,5 p. 100? Le cas échéant, l’impact d’une telle tendance serait
remarquable, tant sur les revenus réels des travailleurs que sur la capacité des gouvernements de financer
leurs programmes de dépenses. Il y a toutefois des incrédules et leurs arguments sont impressionnants.
Robert Gordon (1999), de l’Université Northwestern, affirme que toute la reprise de la productivité se
rattache à un seul fait remarquable — la baisse significative des prix des ordinateurs ces dernières
années27. La croissance de la production d’ordinateurs a atteint le rythme époustouflant de 42 p. 100 entre
le quatrième trimestre de 1995 et le premier trimestre de 1999. Ce secteur a réussi à lui seul à hausser le
taux de croissance global, même si la fabrication des ordinateurs ne représente que 1,2 p. 100 de la
production totale aux États-Unis. La croissance de la productivité dans le secteur de la fabrication autre
que les ordinateurs (biens durables et non durables) a, de fait, fléchi entre 1995 et 1999, par rapport à la
période 1972-1995. Gordon affirme donc que la « nouvelle économie » n’est tout simplement pas une
réalité statistique et, qu’en outre, le ralentissement de la productivité dont nous avons tant parlé persiste
toujours. Comme il le décrit, la révolution de l’ordinateur n’a contribué jusqu’à maintenant à améliorer la
productivité que dans la mesure où elle a donné lieu à une production plus efficiente des ordinateurs. Les
avantages plus vastes des ordinateurs et des TI connexes ne ressortent toujours pas des données.
Il n’est pas clair où tout cela nous mènera. La position exprimée par Gordon peut être contrée
de deux façons. Premièrement, il y a les préoccupations traditionnelles de Griliches à l’égard des
gains de production non mesurés dans le secteur des services. Cela est vrai, mais les rajustements en
32
La croissance de la productivité au 21e siècle
ce sens, faits de façon appropriée, devraient remonter loin dans le temps et ne font ressortir aucune
preuve d’une reprise récente de la croissance de la productivité. Par ailleurs, certains travaux
effectués récemment à l’aide de données du marché boursier semblent démontrer l’existence de gains
de productivité et sont beaucoup plus optimistes. Greenwood et Jovanovic (1999) affirment que la
« nouvelle économie » est bien réelle et donnent en preuve la valeur des entreprises à coefficient élevé de
technologie sur le marché boursier, dont la plupart n’existaient même pas en 1972. Mais doit-on accorder
de la crédibilité à l’évaluation qu’accorde le marché boursier aux entreprises de technologie? Certes, sur
un marché boursier rationnel bénéficiant d’une capacité de prévisions parfaite, nous devrions nous
attendre à ce que le prix des actions traduisent la croissance future des gains qui, à son tour, reflète la
croissance de la productivité. Cependant, les « théoriciens de la bulle » ne sont pas impressionnés par ces
propos et, jusqu’à ce que la productivité ressorte clairement des statistiques habituelles, ils resteront sur
leur position. Bien entendu, si les ordinateurs et les TI représentent une véritable TAG au sens de LipseyHelpman, alors peut-être n’avons-nous qu’à attendre, vu les retards inhérents à l’évolution d’une nouvelle
TAG. S’il s’avère qu’il n’y a pas de « nouvelle économie », le prochain siècle nous servira en bonne
partie ce que nous avons connu dans le passé, bien que les préoccupations au sujet du retard éventuel du
Canada sur les États-Unis risquent d’être moins convaincantes.
Mais, à ce stade, il n’y a aucune raison de faire entièrement confiance aux optimistes. Les
données anecdotiques sont certes impressionnantes et les conséquences de l’hypothèse de la « nouvelle
économie » sur la croissance de la productivité au Canada sont évidemment considérables. Si elles se
confirment, on pourrait alors décrire la période actuelle comme étant marquée par une « accélération » de
la locomotive américaine28. Pourtant, si l’histoire se répète, le Canada devrait commencer à bénéficier de
l’effet de « rattrapage » et, avec des politiques appropriées, on pourrait faciliter une mutation structurelle
semblable dans l’économie. D’importantes questions de politique se poseront quant aux mesures qui
conviennent — subventions à l’infrastructure d’Internet, ressources supplémentaires consacrées à la
formation en TI, traitement fiscal favorable aux secteurs à coefficient élevé de TI, etc.
Il y a la question plus générale de savoir si Internet et la technologie connexe deviendront
l’épicentre de ces nouvelles technologies en raison de leur impact sur le coût de l’éloignement dans les
interactions économiques. Le Canada a été façonné par la géographie. Alors que la population s’urbanise
de plus en plus, on pourrait le décrire comme une économie renfermant quelques grandes villes où est
produit la plus grande partie du PIB, lesquelles sont séparées par de grandes distances. Internet pourrait
changer tout cela au cours du prochain siècle de façons encore difficiles à imaginer29. À titre d’exemple,
la croissance des villes de taille moyenne a été freinée par leur incapacité de compenser les avantages
d’agglomération que confèrent les économies de localisation aux grandes villes établies. Des réseaux
électroniques étroitement intégrés pourraient se substituer à la proximité matérielle et les retombées
pourraient provenir de liens virtuels plutôt que de liens géographiques et matériels. Dans un scénario
optimiste, cela pourrait favoriser la croissance des entreprises dans certaines villes canadiennes de taille
moyenne qui constituent des endroits attrayants où vivre. En un sens, c’est un scénario à somme nulle
étant donné qu’il faudrait détourner des activités des grandes villes, mais l’opération pourrait avoir un
effet favorable sur la productivité de deux façons. Premièrement, beaucoup de ces retombées pourraient
avoir une portée internationale. Les entreprises établies dans les petites villes pourraient profiter d’une
participation virtuelle aux réseaux nord-américains. Internet permet aux entreprises de gérer leur clientèle
et leurs fournisseurs de façons qui leur étaient inaccessibles jusqu’à récemment. Deuxièmement, au delà
d’un certain seuil, les grandes villes deviennent inefficientes en raison de la congestion qui les caractérise.
Le fait de transférer des activités vers des villes de plus petite taille, moins congestionnées, aurait un effet
bénéfique sur l’efficience. Troisièmement, on pourrait s’attendre à ce que progresse l’intégration
économique virtuelle au pays. Si le Canada a traditionnellement été un marché commun relativement bien
intégré, le fait est que le commerce interprovincial est en perte de vitesse : les échanges entre provinces
33
La croissance de la productivité au 21e siècle
représentent aujourd’hui moins de 20 p. 100 du PIB, alors qu’il y a une décennie la proportion était de
plus de 25 p. 10030. L’intégration du marché commun canadien a été entravée depuis des décennies par les
coûts associés à l’éloignement. Puisque Internet contribue à réduire ces coûts, il est maintenant possible
d’exploiter le potentiel plus grand d’un marché commun canadien virtuellement intégré, qui découle des
économies d’échelle plus importantes et des effets dynamiques de la concurrence accrue.
34
5. CONCLUSION : LE CADRE DE POLITIQUE
L’élaboration de politiques économiques susceptibles d’accroître les chances que le Canada améliore sa
productivité figure en tête de liste des priorités du secteur privé et du secteur public à l’heure actuelle. Il
subsiste toutefois un profond désaccord sur la façon de procéder. En partie, ce désaccord est d’origine
idéologique, mais il découle aussi en bonne partie de l’ambiguïté des données statistiques et historiques
sur la productivité. On s’entend généralement sur la façon de mesurer la productivité, mais on reconnaît
aussi les problèmes que soulève une telle entreprise. Il y a un consensus assez large sur le fait que la
croissance de la productivité a fléchi à partir du milieu des années 70, mais on ne s’entend toujours pas
sur les causes de ce phénomène. Dans une perspective plus vaste, on constate que le commerce,
l’investissement et la formation du capital humain sont les principaux déterminants des gains de
productivité, dans un contexte mondial où la création de connaissances est le moteur de la croissance. À
l’intérieur de ces paramètres, la nature des leviers à actionner pour engendrer une croissance plus forte de
la productivité suscite toujours un débat considérable.
Un bon exemple à cet égard est la politique publique en matière d’innovation. On observe une
tension entre ceux qui considèrent l’activité innovatrice comme étant à l’origine de la plus grande partie
des retombées non appropriables de la connaissance et ceux qui considèrent l’innovation comme le
produit d’un modèle de concurrence schumpétérien sur des marchés de produits et de facteurs imparfaits.
L’école des « retombées » est associée à l’inefficience du marché et à son corollaire, l’intervention
gouvernementale destinée à la corriger. Les membres de cette école de pensée cherchent à confirmer leur
vision des choses, à savoir que la création de connaissances est non appropriable et que les autorités
peuvent réellement préciser le point de divergence entre le bien social et le bien privé, avec une
incertitude réduite au niveau des paramètres. Par contre, si la croissance de la productivité est attribuable
aux innovations des entreprises qui sont prêtes à prendre des risques et à celles des entrepreneurs qui
cherchent à toucher temporairement des rentes monopolistiques, les innovations réussies créent un
monopole ex post et entraînent la disparition des rentes associées aux produits et procédés concurrents.
Dans ce contexte, une bonne politique viserait d’abord à favoriser l’émergence de nouveaux
entrepreneurs, en veillant à ce que le monopole temporaire ne devienne pas permanent et en aidant ceux
qui ont été délogés par le processus de destruction créatrice à se trouver un nouvel emploi. Entre ces deux
visions, il existe toute une gamme d’autres solutions correspondant à toute une gamme de théories sur la
façon dont se déroule le processus d’innovation. Il subsiste une incertitude qu’il nous est impossible de
dissiper quant à la vision du monde qui s’avère appropriée.
Le débat sur les « leviers de la productivité » se prête, presque à chaque tournant, à ce genre de
« modèle » ou à ce que nous appelons l’incertitude knightienne. Il s’agit de l’incertitude qui ne peut être
exprimée en termes de probabilité statistique simple, mais qui renvoie au fait indisputable que le
cheminement causal véritable entre la politique et les résultats est inconnu et pourrait le demeurer dans
l’espace temporel qui importe aux décideurs. Le fait d’encourager l’investissement dans des usines de
papier, des ponts ou des programmeurs de logiciel favorisera-t-il une croissance plus rapide dans l’avenir?
Doit-on le faire en abaissant les impôts ou en augmentant les subventions? Une question certes utile, mais
dont la réponse nous échappe. Devant l’incertitude knightienne entourant les liens causals passés entre
politiques et productivité et devant l’incertitude considérable qui subsiste quant au déroulement des
choses au cours du prochain siècle, comment aborder la réflexion sur les choix de politiques? Voici
quelques suggestions à l’intention des prudents décideurs canadiens :
a)
Soyez prudents : Tenez-vous en à des politiques dont ont sait que, dans l’ensemble, elles ont
un effet favorable sur la promotion des « trois grands » et méfiez-vous des politiques qui
Conclusion : le cadre de politique
prétendent solutionner un autre problème mais qui peuvent se révéler coûteuses pour
l’économie en termes de croissance de l’investissement, du commerce ou de la formation du
capital humain.
36
b)
Prêtez attention aux données nouvelles : En raison de la grande incertitude qui caractérise les
modèles courants, vous pourriez songer à accorder plus d’attention aux renseignements
nouveaux et inhabituels. Rappelez-vous que les anecdotes sont, en fait, des données
préliminaires. Un bon exemple à cet égard est le débat actuel sur l’« exode des cerveaux ».
Les preuves habituelles et la théorie nous incitent à penser que les mouvements de
travailleurs qualifiés sont peu importants par rapport aux stocks et qu’ils ne devraient pas trop
nous préoccuper. Mais les départs récents de travailleurs « hautement qualifiés » ont
déclenché des signaux d’alarme dans les milieux d’affaires. Ces derniers pourraient avoir
articulé un modèle encore incomplet de l’importance de la main-d’œuvre hautement
qualifiée, qu’aurait négligée les anciennes théories, mais ce modèle pourrait être plus
pertinent pour la réussite des entreprises et, partant, pour celle de l’économie canadienne.
c)
Ayez une vision réaliste mais d’envergure mondiale : Les politiques axées sur la productivité
doivent être abordées dans une vision réaliste de la répartition internationale des ressources
mobiles et de la position relative du Canada dans l’économie mondiale. À défaut d’offrir un
cadre de politique concurrentiel aux nouveaux investissements et aux personnes hautement
qualifiées et mobiles, les autres leviers de la productivité peuvent perdre toute pertinence.
NOTES
1
Une source classique de comptabilité de la croissance pour les pays de l’OCDE est Maddison (1995),
qui examine également l’historique du calcul « résiduel » de la croissance de la productivité.
2
Ce débat est passé en revue par Temple, 1999.
3
Voir Young, 1995.
4
Évidemment, il faut interpréter ce commentaire avec prudence dans le cas d’une économie ouverte.
Si l’investissement est financé par des étrangers, alors le fardeau de la dette associée à cet
investissement représente une déduction de la consommation future ayant des conséquences
négatives de même nature sur le plan du bien-être.
5
Voir Griliches (1992) et la série de documents sur la mesure de la production dans le secteur des
services, parue dans le numéro spécial de la Revue canadienne d’économique (1999).
6
Voir Griliches (1992) et la Commission Boskin (1996) sur l’IPC pour les États-Unis. Mes
commentaires dans ce chapitre sont inspirés de Harris (1998).
7
Plus loin dans l’étude, nous traitons de la notion de technologie d’application générale (TAG), dont
un bon exemple est l’ordinateur. Les travaux de Helpman et d’autres, parus dans Helpman (1998),
ont démontré qu’un changement technologique systémique engendré par l’adoption d’une nouvelle
TAG peut provoquer initialement une diminution de la PMF mesurée.
8
Certaines réserves s’appliquent à ce raisonnement dans le cas des pays en développement. Ainsi, les
taux de croissance de la productivité et du PIB par habitant peuvent diverger en raison d’importants
changements dans les taux de participation à la population active, à mesure que les pays gravissent
les échelons du développement.
9
Il y a une importante documentation sur la « convergence » en tant que facteur explicatif des taux de
croissance. La notion essentielle est que l’on peut s’attendre à une convergence des niveaux de
revenu si des facteurs communs déterminent la croissance économique, par exemple la technologie
et des politiques économiques semblables. Les données pertinentes à cette hypothèse sont peu
concluantes au niveau national, ce qui laisse penser qu’il y a amplement place pour d’autres
explications de la croissance économique et de la productivité, notamment celles qui sont propres à
chaque pays. Par ailleurs, certaines données montrent que la convergence à l’intérieur des pays est un
élément important de l’explication des écarts de taux de croissance entre régions. Dans le cas du
Canada, Coulombe (1997) a traité de cette question et passé en revue les données disponibles.
10
Voir Blomstrom et coll., 1996.
11 Voir Argotte et Epple (1990), et Bahk et Gort (1993).
12 Les données sur les écarts de croissance de la productivité entre le Canada et les États-Unis
demeurent controversées. Les données que nous avons consultées semblent indiquer que le Canada a
Notes
fait légèrement mieux sur le plan des taux de croissance, notamment lorsque nous excluons des
données sur les États-Unis le secteur de la fabrication du matériel informatique.
13 Les théories à l’appui de ce modèle sont parfois appelées théories de l’« envergure du marché ». Il y a
un autre ensemble de théories qui invoquent l’apprentissage sur le tas, selon lesquelles les pays de plus
petite taille, moins avancés, sont désavantagés par la mondialisation et la libéralisation des échanges,
qui les forcent à se spécialiser dans des gammes de produits moins poussés où l’apprentissage sur le tas
n’a pas une importance primordiale. Des données récentes d’Ades et Glaeser (1999) appuient
manifestement les théories de l’envergure du marché, ce qui laisse penser que la demande externe est
un facteur de limitation important de la croissance et que l’ouverture peut se substituer à un marché
intérieur de grande taille.
14 Treffler (1999) a présenté certaines données en ce sens.
15 Il est intéressant de noter qu’en presque deux décennies, les arguments mis de l’avant demeurent à
peu près les mêmes. Mon étude pour la Commission MacDonald (Harris, 1985) couvre une bonne
partie de ce territoire dans la perspective du début des années 80.
16 Une revue utile des travaux récents sur les villes, la croissance et l’agglomération est celle de
Duranto et Puga, 1999.
17 Dwyer (1995) constate que cela est vrai notamment dans une étude sur les usines de textiles aux
États-Unis.
18 C’est ce que l’on appelle l’hypothèse de Balassa-Samuelson.
19
Tel que rapporté dans Easterly et coll., 1993.
20
Denton et Spencer (1998) présentent une revue très utile des projections démographiques pour le
Canada et de leurs conséquences pour la croissance de la production.
21
Diverses projections sont présentées dans la Partie II de Courchene et Wilson, 1998.
22
Comme on l’a fait valoir, notamment, dans The Economist , numéro du 4 septembre 1999, p. 65-68.
23
Voir Jones, 1998.
24
Une étude récente d’Ades et Glaeser (1999) renferme des données sur la croissance qui appuient
clairement ce point de vue. Les résultats de ces auteurs laissent penser que même une région à faible
revenu peut atteindre un taux de croissance élevé si elle a un accès suffisant au marché extérieur,
pour compenser les limitations inhérentes à l’étroitesse de ses marchés régionaux.
25
C’est le message central que je tire du Comité Mintz sur la réforme de la fiscalité des entreprises.
26
Une étude récente de John Helliwell (1999) souligne ce point à l’aide de données comparatives sur le
Canada et les États-Unis.
27
Voir Gordon, 1999.
38
Notes
28
Le dossier historique sur les avances et les retards en matière de croissance est présenté en détail
dans Abramovitz, 1986.
29
Certaines de ces questions sont examinées dans Globerman et Harris, 1998.
30
Voir Grady et Macmillan, 1998.
39
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PUBLICATIONS DE RECHERCHE D’INDUSTRIE CANADA
COLLECTION DOCUMENTS DE TRAVAIL
No 1
L'intégration économique de l'Amérique du Nord : les tendances de l'investissement étranger direct
et les 1 000 entreprises les plus grandes, Industrie Canada, personnel de la Direction de l’analyse de la
politique micro-économique, notamment John Knubley, Marc Legault et P. Someshwar Rao, 1994.
No 2
Les multinationales canadiennes : analyse de leurs activités et résultats, Industrie Canada, personnel de
la Direction de l’analyse de la politique micro-économique, notamment P. Someshwar Rao, Marc Legault
et Ashfaq Ahmad, 1994.
No 3
Débordements transfrontaliers de R-D entre les industries du Canada et des États-Unis,
Jeffrey I. Bernstein, Université Carleton et National Bureau of Economic Research, dans le cadre d’un
contrat avec Industrie Canada, 1994.
No 4
L'impact économique des activités de fusion et d'acquisition sur les entreprises, Gilles Mcdougall,
Direction de l’analyse de la politique micro-économique, Industrie Canada, 1995.
No 5
La transition de l'université au monde du travail : analyse du cheminement de diplômés récents,
Ross Finnie, École d’administration publique, Université Carleton et Statistique Canada, 1995.
No 6
La mesure du coût d’observation lié aux dépenses fiscales : les stimulants à la recherchedéveloppement, Sally Gunz, Université de Waterloo, Alan Macnaughton, Université de Waterloo, et Karen
Wensley, Ernst & Young, Toronto, dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada, 1996.
No 7
Les structures de régie, la prise de décision et le rendement des entreprises en Amérique du Nord,
P. Someshwar Rao et Clifton R. Lee-Sing, Direction de l’analyse de la politique micro-économique,
Industrie Canada, 1996.
No 8
L’investissement étranger direct et l’intégration économique de la zone APEC, Ashfaq Ahmad,
P. Someshwar Rao et Colleen Barnes, Direction de l’analyse de la politique micro-économique, Industrie
Canada, 1996.
No 9
Les stratégies de mandat mondial des filiales canadiennes, Julian Birkinshaw, Institute of International
Business, Stockholm School of Economics, dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada, 1996.
No 10
R-D et croissance de la productivité dans le secteur manufacturier et l’industrie du matériel de
communications au Canada, Jeffrey I. Bernstein, Université Carleton et National Bureau of Economic
Research, dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada, 1996.
No 11
Évolution à long terme de la convergence régionale au Canada, Serge Coulombe, Département de
sciences économiques, Université d’Ottawa, et Frank C. Lee, Industrie Canada, 1996.
No 12
Les répercussions de la technologie et des importations sur l’emploi et les salaires au Canada,
Frank C. Lee, Industrie Canada, 1996.
No 13
La formation d’alliances stratégiques dans les industries canadiennes : une analyse
microéconomique, Sunder Magun, Applied International Economics, 1996.
No 14
Performance de l’emploi dans l’économie du savoir, Surendra Gera, Industrie Canada, et
Philippe Massé, Développement des ressources humaines Canada, 1997.
Publications de recherche d’Industrie Canada
No 15
L’économie du savoir et l’évolution de la production industrielle, Surendra Gera, Industrie Canada, et
Kurt Mang, ministère des Finances, 1997.
No 16
Stratégies commerciales des PME et des grandes entreprises au Canada, Gilles Mcdougall et
David Swimmer, Direction de l’analyse de la politique micro-économique, Industrie Canada, 1997.
No 17
Incidence sur l’économie mondiale des réformes en matière d’investissement étranger et de
commerce mises en oeuvre en Chine, Winnie Lam, Direction de l’analyse de la politique microéconomique, Industrie Canada, 1997.
No 18
Les disparités régionales au Canada : diagnostic, tendances et leçons pour la politique économique,
Serge Coulombe, Département de sciences économiques, Université d’Ottawa, 1997.
No 19
Retombées de la R-D entre industries et en provenance des États-Unis, production industrielle et
croissance de la productivité au Canada, Jeffrey I. Bernstein, Université Carleton et National Bureau of
Economic Research, dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada, 1998.
No 20
Technologie de l’information et croissance de la productivité du travail : analyse empirique de la
situation au Canada et aux États-Unis, Surendra Gera, Wulong Gu et Frank C. Lee, Direction de
l’analyse de la politique micro-économique, Industrie Canada, 1998.
No 21
Progrès technique incorporé au capital et ralentissement de la croissance de la productivité au
Canada, Surendra Gera, Wulong Gu et Frank C. Lee, Direction de l’analyse de la politique microéconomique, Industrie Canada, 1998.
No 23
La restructuration de l’industrie canadienne : analyse micro-économique, Sunder Magun, Applied
International Economics, dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada, 1998.
No 24
Les politiques du gouvernement canadien à l’égard de l’investissement étranger direct au Canada,
Steven Globerman, Université Simon Fraser et Université Western Washington, et Daniel Shapiro,
Université Simon Fraser, dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada, 1998.
No 25
Une évaluation structuraliste des politiques technologiques – Pertinence du modèle schumpétérien,
Richard G. Lipsey et Kenneth Carlaw, Université Simon Fraser, avec la collaboration de Davit D. Akman,
chercheur associé, dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada, 1998.
No 26
Commerce intrasociété des entreprises transnationales étrangères au Canada, Richard A. Cameron,
Direction de l’analyse de la politique micro-économique, Industrie Canada, 1998.
No 27
La hausse récente des demandes de brevets et la performance des principaux pays industrialisés sur
le plan de l’innovation – Tendances et explications, Mohammed Rafiquzzaman et Lori Whewell,
Direction de l’analyse de la politique micro-économique, Industrie Canada, 1998.
No 28
Technologie et demande de compétences : une analyse au niveau de l’industrie, Surendra Gera et
Wulong Gu, Industrie Canada, et Zhengxi Lin, Statistique Canada, 1999.
No 29
L’écart de productivité entre les entreprises canadiennes et américaines, Frank C. Lee et Jianmin
Tang, Direction de l’analyse de la politique micro-économique, Industrie Canada, 1999.
No 30
Investissement étranger direct et croissance de la productivité : l’expérience du Canada comme pays
d’accueil, Surendra Gera, Wulong Gu et Frank C. Lee, Direction de l’analyse de la politique microéconomique, Industrie Canada, 1999.
46
Publications de recherche d’Industrie Canada
COLLECTION DOCUMENTS DE DISCUSSION
No 1
Les multinationales comme agents du changement : définition d'une nouvelle politique canadienne en
matière d'investissement étranger direct, Lorraine Eden, Université Carleton, 1994.
No 2
Le changement technologique et les institutions économiques internationales, Sylvia Ostry, Centre for
International Studies, Université de Toronto, dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada, 1995.
No 3
La régie des sociétés au Canada et les choix sur le plan des politiques, Ronald J. Daniels, Faculté de
droit, Université de Toronto, et Randall Morck, Faculté d’administration des affaires, Université de
l’Alberta, 1996.
No 4
L’investissement étranger direct et les politiques d’encadrement du marché : réduire les frictions
dans les politiques axées sur la concurrence et la propriété intellectuelle au sein de l’APEC,
Ronald Hirshhorn, 1996.
No 5
La recherche d’Industrie Canada sur l’investissement étranger : enseignements et incidence sur les
politiques, Ronald Hirshhorn, 1997.
No 6
Rivalité sur les marchés internationaux et nouveaux enjeux pour l’Organisation mondiale du
commerce, Edward M. Graham, Institute for International Economics, Washington (DC), dans le cadre
d’un contrat avec Industrie Canada, 1998.
No 7
Conséquences des restrictions à la propriété étrangère pour l’économie canadienne – Une analyse
sectorielle, Steven Globerman, Université Western Washington, dans le cadre d’un contrat avec Industrie
Canada, 1999.
No 8
Les déterminants de la croissance de la productivité canadienne : enjeux et perspectives, Richard G.
Harris, Université Simon Fraser et Institut canadien des recherches avancées, dans le cadre d’un contrat
avec Industrie Canada, 1999.
COLLECTION DOCUMENTS HORS SÉRIE
No 1
Obstacles officiels et officieux à l'investissement dans les pays du G-7 : analyse par pays, Industrie
Canada, personnel de la Direction de l’analyse de la politique micro-économique, notamment
Ashfaq Ahmad, Colleen Barnes, John Knubley, Rosemary D. MacDonald et Christopher Wilkie, 1994.
Obstacles officiels et officieux à l'investissement dans les pays du G-7 : résumé et conclusions,
Industrie Canada, personnel de la Direction de l’analyse de la politique micro-économique, notamment
Ashfaq Ahmad, Colleen Barnes et John Knubley, 1994.
No 2
Les initiatives d'expansion commerciale dans les filiales de multinationales au Canada,
Julian Birkinshaw, Université Western Ontario, dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada, 1995.
No 3
Le rôle des consortiums de R-D dans le développement de la technologie, Vinod Kumar, Research
Centre for Technology Management, Université Carleton, et Sunder Magun, Centre de droit et de politique
commerciale, Université d’Ottawa et Université Carleton, dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada,
1995.
No 4
Écarts hommes/femmes dans les programmes universitaires, Sid Gilbert, Université de Guelph, et
Alan Pomfret, King’s College, Université Western Ontario, 1995.
No 5
La compétitivité : notions et mesures, Donald G. McFetridge, Département d’économique, Université
Carleton, 1995.
47
Publications de recherche d’Industrie Canada
No 6
Aspects institutionnels des stimulants fiscaux à la R-D : le crédit d'impôt à la RS&DE, G. Bruce
Doern, École d’administration publique, Université Carleton, 1995.
No 7
La politique de concurrence en tant que dimension de la politique économique : une analyse
comparative, Robert D. Anderson et S. Dev Khosla, Direction de l’économique et des affaires
internationales, Bureau de la politique de concurrence, Industrie Canada, 1995.
No 8
Mécanismes et pratiques d’évaluation des répercussions sociales et culturelles des sciences et de la
technologie, Liora Salter, Osgoode Hall Law School, Université de Toronto, dans le cadre d’un contrat
avec Industrie Canada, 1995.
No 9
Sciences et technologie : perspectives sur les politiques publiques, Donald G.McFetridge, Département
d’économique, Université Carleton, dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada, 1995.
No 10
Innovation endogène et croissance : conséquences du point de vue canadien, Pierre Fortin, Université
du Québec à Montréal et Institut canadien des recherches avancées, et Elhanan Helpman, Université de TelAviv et Institut canadien des recherches avancées, dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada, 1995.
No 11
Les rapports université-industrie en sciences et technologie, Jérôme Doutriaux, Université d’Ottawa, et
Margaret Barker, Meg Barker Consulting, dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada, 1995.
No 12
Technologie et économie : examen de certaines relations critiques, Michael Gibbons, Université de
Sussex, dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada, 1995.
No 13
Le perfectionnement des compétences des cadres au Canada, Keith Newton, Industrie Canada, 1995.
No 14
Le facteur humain dans le rendement des entreprises : stratégies de gestion axées sur la productivité
et la compétitivité dans l’économie du savoir, Keith Newton, Industrie Canada, 1996.
No 15
Les charges sociales et l’emploi : un examen de la documentation, Joni Baran, Industrie Canada, 1996.
No 16
Le développement durable : concepts, mesures et déficiences des marchés et des politiques au niveau
de l’économie ouverte, de l’industrie et de l’entreprise, Philippe Crabbé, Institut de recherche sur
l’environnement et l’économie, Université d’Ottawa, 1997.
No 17
La mesure du développement durable : étude des pratiques en vigueur, Peter Hardi et Stephan Barg,
avec la collaboration de Tony Hodge et Laszlo Pinter, Institut international du développement durable,
1997.
No 18
Réduction des obstacles réglementaires au commerce : leçons à tirer de l’expérience européenne pour
le Canada, Ramesh Chaitoo et Michael Hart, Centre de droit et de politique commerciale, Université
Carleton, 1997.
No 19
Analyse des mécanismes de règlement des différends commerciaux internationaux et conséquences
pour l’Accord canadien sur le commerce intérieur, E. Wayne Clendenning et Robert J. Clendenning,
E. Wayne Clendenning & Associates Inc., dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada, 1997.
No 20
Les entreprises autochtones : caractéristiques et stratégies de croissance, David Caldwell et Pamela
Hunt, Centre de conseils en gestion, dans le cadre d’un contrat avec Entreprise autochtone Canada, 1998.
48
Publications de recherche d’Industrie Canada
COLLECTION LE CANADA AU 21e SIÈCLE
No 1
Tendances mondiales : 1980-2015 et au delà, J. Bradford De Long, Université de la Californie, Berkeley,
dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada, 1998.
No 2
Libéralisation étendue axée sur les aspects fondamentaux : un cadre pour la politique commerciale
canadienne, Randy Wigle, Université Wilfrid Laurier, dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada,
1998.
No 3
L’intégration économique de l’Amérique du Nord : les 25 dernières années et les 25 prochaines
années, Gary C. Hufbauer et Jeffrey J. Schott, Institute for International Economics, Washington (DC),
dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada, 1998.
No 4
Les tendances démographiques au Canada, 1996-2006 : les répercussions sur les secteurs public et
privé, David K. Foot, Richard A. Loreto et Thomas W. McCormack, Madison Avenue Demographics
Group, dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada, 1998.
No 5
Investissement : les défis à relever au Canada, Ronald P. M. Giammarino, Université de la ColombieBritannique, dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada, 1998.
No 6
Visualiser le 21e siècle – Investissements en infrastructure pour la croissance économique, le bienêtre et le mieux-être des Canadiens, Christian DeBresson, Université du Québec à Montréal, et
Stéphanie Barker, Université de Montréal, dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada, 1998.
No 7
Les conséquences du changement technologique pour les politiques de main-d'oeuvre, Julian R. Betts,
Université de la Californie à San Diego, dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada, 1998.
No 8
L’économie et l’environnement : l’expérience récente du Canada et les perspectives d’avenir,
Brian R. Copeland, Université de la Colombie-Britannique, dans le cadre d’un contrat avec Industrie
Canada, 1998.
No 9
Réactions individuelles à l’évolution du marché du travail au Canada, Paul Beaudry et David
A. Green, Université de la Colombie-Britannique, dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada, 1998.
No 10
La réaction des entreprises – L’innovation à l’ère de l’information, Randall Morck, Université de
l’Alberta, et Bernard Yeung, Université du Michigan, dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada,
1998.
No 11
Institutions et croissance – Les politiques-cadres en tant qu’instrument de compétitivité, Ronald
J. Daniels, Université de Toronto, dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada, 1998.
COLLECTION PERSPECTIVES SUR LE LIBRE-ÉCHANGE NORD-AMÉRICAIN
No 1
La fabrication dans les pays de petite taille peut-elle survivre à la libéralisation du commerce?
L’expérience de l’Accord de libre-échange Canada-États-Unis, Keith Head et John Ries, Université de
la Colombie-Britannique, dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada, 1999.
No 2
Modélisation des liens entre le commerce et l’investissement étranger direct au Canada, Walid Hejazi
et A. Edward Safarian, Université de Toronto, dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada, 1999.
No 3
Libéralisation des échanges et migration de travailleurs qualifiés, Steven Globerman, Université
Western Washington et Université Simon Fraser, dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada, 1999.
49
Publications de recherche d’Industrie Canada
No 4
Évolution du profil sectoriel et professionnel du commerce international du Canada, Peter Dungan et
Steve Murphy, Institute for Policy Analysis, Université de Toronto, dans le cadre d’un contrat avec
Industrie Canada, 1999.
No 5
Incidence de l’Accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis sur le commerce
interprovincial, John F. Helliwell, Université de la Colombie-Britannique, Frank C. Lee, Industrie Canada,
et Hans Messinger, Statistique Canada, 1999.
No 6
L'essentiel sur l'accord de libre-échange Canada-États-Unis, Daniel Trefler, Université de Toronto,
dans le cadre d’un contrat avec Industrie Canada, 1999.
PUBLICATIONS CONJOINTES
Capital Budgeting in the Public Sector, en collaboration avec le John Deutsch Institute, sous la direction
de Jack Mintz et Ross S. Preston, 1994.
Infrastructure and Competitiveness, en collaboration avec le John Deutsch Institute, sous la direction de
Jack Mintz et Ross S. Preston, 1994.
Getting the Green Light: Environmental Regulation and Investment in Canada, en collaboration avec
l’Institut C. D. Howe, sous la direction de Jamie Benidickson, G. Bruce Doern et Nancy Olewiler, 1994.
Pour obtenir des exemplaires de l’un des documents publiés dans le cadre du Programme des publications de
recherche, veuillez communiquer avec le :
Responsable des publications
Analyse de la politique micro-économique
Industrie Canada
5e étage, tour Ouest
235, rue Queen
Ottawa (Ontario) K1A 0H5
Tél. : (613) 952-5704
Téléc. : (613) 991-1261
Courriel : mepa.apme@ic.gc.ca
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