Changer de vie

Changer de vie
Peut-on changer de vie ?
En l’absence de thème retenu ensemble (avant de se quitter ce soir, nous
allons proposer de nouveaux thèmes), je suis tombé sur celui du Philosophie
Magasine (Philo Mag n°41), qui consacre son dossier sur : Peut-on changer de
vie ?
Je n’avais jamais pensé, philosophiquement parlant, à une telle question.
Cependant c’est une question très largement posée, qui d’une part, fait l’objet de
nombreux livres, et pour citer quelques titres :
-
Changer de vie : se reconvertir mode d’emploi.
Changer de vie en 7 jours.
Le courage de changer sa vie.
Changer votre vie ! Petits exercices pour vous prendre
en main.
- 50 exercices pour changer de vie.
Et d’autre part, loin du côté racoleur des titres de ces bouquins pour têtes
de gondole de supermarché, la question : « Peut-on changer de vie ? » est une
question pleine d’intérêts, sur les plans : existentiel, psychologique et voire
littéraire.
En effet n’y a-t-il pas une part de rêve bien connu que nous faisons tous:
Si j’avais choisi de faire un autre métier…Si je partais vivre à l’étranger…Si je
ne m’étais pas marié… N’y a-t-il pas dans toutes ces hypothèses rêvées, une
fascination pour l’imprévu, pour l’ailleurs ? Qui n’a pas eu le désir de faire une
pause ? Ce que nous rêvons n’est-ce pas tout simplement notre désir d’ouvrir
nos possibles, de rester disponible ? Ne pouvons-nous pas craindre une vie
prédéterminée et figée ? Ces rêves ou ces désirs de changement de vie,
n’expriment-ils pas une certaine angoisse, un certain « ras-le-bol », l’angoisse
d’être piégé dans un destin de vie ? N’est-ce pas, par exemple, ce qui doit éclore
dans la tête d’un candidat à l’immigration ?
Mais il y a plus dans cette question : n’y a-t-il pas une visée existentielle
importante, dans cette recherche d’un accord avec soi-même ? Suis je bien
l’auteur de ma vie ? Ma vie est-elle la manifestation de ma pensée ? N’y a-t-il
pas dans cette quête, la voix d’une sagesse, que la sagesse philosophique de
l’Antiquité traduisait par une vertu première : « le souci de soi ». Ce « souci de
soi » c’est aussi une exigence de vérité. La vérité sur soi, c’est-à-dire être en
accord avec soi-même, sans se cacher dans des attitudes de mauvaise foi, des
postures toute faites, des rôles prédéfinis par le milieu social ou la famille. Il
faut faire des choix, prendre des décisions, ce qui est le propre de la liberté. Il
faut être attentif aux transformations silencieuses, aux opportunités. N’avons
nous pas la capacité à inventer notre existence ? Ne faut-il pas avoir le courage
de laisser s’exprimer un désir, et accepter le changement qui l’accompagne ?
Rester disponible et ouvert au changement, n’est-ce pas une grande qualité ?
Cependant « changer de vie » comme on change d’appartement, de
« look », ou même de conjoint, n’est-il pas illusoire ? Ne risquons nous pas de
tomber dans une éternelle insatisfaction et instabilité ? Ne peut-on pas craindre
ces voltes faces périlleuses et souvent décevantes ? Je pense à ce pauvre
Rimbaud qui abandonne la poésie pour une aventure exotique illusoire. N’est-ce
pas aussi un des traits de nos sociétés occidentales, qui consiste en un
mouvement d’agitations tourbillonnantes, qui conduit plus à une déstabilisation
qu’à un changement profitable ? La flexibilité est une disposition qui a la
capacité d’inventer et de progresser, mais elle peut être aussi un facteur
déstabilisant (voir cette fameuse flexibilité professionnelle !)
Toutefois, cette quête existentielle à la recherche de son authenticité, estelle si simple à réaliser ? Ne faut-il pas se réconcilier avec soi-même ? Changer
de vie, ne serait-ce pas en premier lieu consentir à cette vie, à ce chemin que
nous suivons ? Au bout du compte, la liberté n’est-elle pas dans l’acceptation
d’une certaine nécessité ? Non pas le destin infligé par la tutelle d’un autre, d’un
maître, d’un despote, mais celui que nous désirons ? Nietzsche parlait en ce sens
là, d’un consentement à son destin : « Amor fati » et d’ajouter « deviens ce que
tu es ! ». Notre liberté est-elle dans ces ruptures illusoires, brutales et sans
lendemain, mais n’est-elle pas dans ce sillon que nous traçons et que nous
aimons. Tout n’est-il pas dans la prudence de nos choix, cette grande vertu
grecque ? En effet, une rupture brutale influencée par la passion peut conduire
au désastre ( voir le mythe d’Er de la République, livre 10, de Platon).
Enfin, la sagesse ne consiste –t-elle pas dans un approfondissement de sa
propre voie (la sagesse du bouddhisme ou du Tao) ? Peut-être que le grand
changement pourrait venir de l’intérieur de nous-mêmes ? Pour parler encore
comme Nietzsche, ne faut-il pas tenir sa route et la magnifier ? Même si l’on ne
peut pas faire de sa vie une œuvre d’art, pour le moins ne peut-on pas, grâce à
l’art, à la poésie, à la littérature, au cinéma, au théâtre, aux arts plastiques,
enrichir notre vie ? Comme Victor Hugo le disait, la littérature a le pouvoir de
changer la vie, et pour le moins notre vie. J’ai connu un ami qui dans sa fin de
vie, vieux et malade, rayonnait à la lecture de milliers de pages de romans
historiques, qu’il appréciait particulièrement. Il est mort serein, au milieu des
héros romanesques du passé légendaire de notre histoire.
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