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Jean-Luc Moulène
Carré d’Art - Nîmes
28 janvier au 3 mai 2009
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Couverture : Cinq Concentrés Concentriques, 2007. Courtesy de l’artiste & Galerie Chantal Crousel, Paris.
Toutes œuvres © ADAGP Paris 2009
omment regarder la photographie ? Trop souvent trop
vite. Comme elle a été “prise” ? Voire. Toute la question est
là : cette image est-elle le fruit, sinon du hasard, du moins
d’un acte bref, pour se souvenir uniquement, but utilitaire
et peut-être premier de la photo. Ou constitue-t-elle le terme d’une
recherche aboutie, dans le rendu de laquelle entrent tant de paramètres, où la technique se met au service du regard instrumenté. Ou
inversement. La grande leçon des travaux de Jean-Luc Moulène
consiste dans le temps qu’il faut savoir consacrer à la lecture des
clichés. Temps qui nous ramènera à celui de la pose, cette gestion
anachronique du défilement temporel suivant un code a-normal. On
peut toujours passer devant les œuvres. Il sera dommage de se
contenter de défiler. Il faut, vraiment, aller au-delà. Et percer les structures. Et questionner, tant ce que l’on voit que soi-même. Tout est
alors possible ; des angles, des ombres, du visible et, peut-être plus
significatif : de l’invisible. En cela, ce que nous dit le photographe est
essentiel. Il convient “tout simplement” de s’offrir le temps - encore
et toujours lui - d’analyser ce qui nous est offert à voir. Les énigmes
résident aussi dans les photos, dont on pourrait penser qu’elles sont
d’une limpidité d’évidence. Pas de vérité révélée malgré la présence
libre au regard. Libre d’être aveugle ou d’entrer en communion.
Nous sommes reconnaissants à Jean-Luc Moulène de nous tendre ce
miroir de la réflexion, dans l’exercice intellectuel voire spirituel d’une
sorte d’au-delà des apparences. En cela, il nous ouvre de nouveaux
chemins de créativité.
C
5
Jean-Paul FOURNIER
Daniel J. VALADE
Sénateur du Gard
Maire de Nîmes
Président de Nîmes-Métropole
Adjoint au Maire de Nîmes
Délégué à la Culture
Président de Carré d’Art
© Florian Kleinefenn
Né en 1955, l’artiste Jean-Luc
Moulène est principalement
photographe. Depuis les années 1990, il s’attache
à déconstruire au travers de
scènes quotidiennes ou
d’images types (paysages, natures mortes, portraits…),
les paramètres sociaux et économiques qui encadrent toute production
d’images. Son
investigation prend aussi la forme de dessins,
objets, constructions variées.
Les dernières expositions de Moulène en France et à l’étranger avaient
mis l’accent sur les importantes séries produites depuis 2000.
Pour l’exposition de Nîmes, Jean-Luc Moulène a choisi une
approche singulière de l’œuvre.
Jean-Luc Moulène le remarque tout “objet photographique” est un
produit
, les expositions aussi. En appui sur la
trame
des espaces utilisée par l’architecte Norman Foster,
la présentation de Nîmes développe cette attention à l’exposition
comme
ensemble construit à partir de signes individuels.
Elle rassemble environ
quatre-vingts œuvres
de toutes techniques de 1991 à 2008.
SALLE 1
SALLE 2
PRÉAMBULE CONDITIONS
DE L’EXPOSITION
« LA QUANTITÉ
D’AUTRE EST FINIE »
3 standards
Le nœud coulant
« Il est certain que mon mode de connaissance principal est la photographie, que nous sommes dans une société saturée d’images photographiques. La photographie a innervé toutes les zones, les fonctions
et les manières de nos sociétés et ainsi je peux dire aujourd’hui que
tous les objets que je produis sont post-photographiques. » Regarder
autour de soi. Cette salle pose, autour du petit bonhomme générique
de Théâtre traversant l’espace, si proche des dessins de Le Corbusier,
l’environnement de l’homme urbain, celui qui prend la photo et celui
qui la regarde, pris entre les espaces normés de la maison à la niche
de 3 standards et l’architecture vernaculaire d’un jardin du XIXe
siècle en Corse, création anonyme.
Elle oppose également à la densité industrielle de la poutre d’acier
la croissance presque naturelle de la Bitte à fruits. « Si aujourd’hui
la plupart des commentateurs acceptent de placer la photographie
entre beaux-arts et médias, on peut dire que mes objets sont entre
sculpture/architecture et produits. »
Aux conditions de l’espace socialisé et construit succèdent les paramètres de la vie : la naissance, la mort, le sexe, la sensualité. Le Sphinx
et la Faucheuse reprennent les allégories immémoriales, minant dès
l’entrée de l’exposition la certitude que la photographie renvoie à
une approche factuelle. Pour l’une posée à l’atelier, pour l’autre saisie
à l’occasion d’une promenade entre amis, elles désignent l’origine
multiple de l’œuvre, venant tantôt de l’intérieur, tantôt de l’extérieur.
La nudité, la fragilité humaine sont transcrites dans la peau de l’orange
entraperçue entre deux emballages de jus d’orange.
Les trois boules renvoient aux matériaux de l’exposition dans leur
essence : le bois, le verre, l’acier. « Dans chaque salle il y a un
dessin programmatique (une sorte de mode d’emploi). Deux yeux,
un trait de crayon. Imaginez un élastique. Je tire sur l’élastique les
yeux se rapprochent, je le relâche, ils s’écartent. » Il n’y a pas d’autres possibles. Le champ des relations sociales qu’étudie Moulène est
un champ fini.
SALLE 2BIS
SALLE 3
YELLOWSTONES
OU LES DOUDURS
LES MACHINES
DE VISION
Yellowstones - Doudurs
Quelque chose généralisé
En réponse à la grille qui conditionne le placement de toutes les
œuvres de l’exposition au niveau + 3, Jean-Luc Moulène a souhaité
profiter de l’ouverture en loggia d’une salle de la collection permanente
pour travailler sur la dispersion, dispersion de neuf pierres dont sept fabriquées en béton, peintes en jaune, dédiées à huit personnalités décédées
en 2003-2004 : Marlon Brando, Maurice Blanchot, Jacques Derrida,
Christopher Reeve, Helmut Newton, Jean Rouch, Edward Saïd,
Françoise Sagan et à Marguerite Duras morte en 1996. Elles apparaissent comme une constellation avec tout ce que comporte ce mot de
hasard et de forme définie et parfaitement identifiable par tous.
Chacune des « pierres » s’accompagne d’une feuille de papier où se
sont déposées les traces de leur fabrication. Désignées par l’artiste
comme un tombeau portatif, elles sont à la fois un hommage et un
monument, une marque de souvenir rappelant l’origine de la sculpture
à la période archaïque dans le monument funéraire.
Les œuvres de Thomas Schutte, Pilot, une tête en terre vernissée sur un
haut trépied, et un double portrait de Suzanne Lafont, appartenant à la
collection du musée, sont invités comme des regards sur cette dispersion.
L’histoire de l’art occidental est liée à la mise en place du système
perspectif. Une partie du travail de Moulène réside dans la réalisation de formes qui évoquent de nouveaux systèmes d’appréhension, tels qu’ont pu les porter dans l’acception commune des mutations technologiques comme la macrophotographique, le laser,
l’holographie et procède de recherches autour des questions du
point de vue et des limites, de la relation du dedans et du dehors,
du présent et du caché.
« Si le doigt sert à montrer les choses, un doigt tendu dans le vide
indique l’infini. A partir de mes cinq doigts en les coupant et en les
retournant, je désigne le point fini qu’est l’œuvre. Si l’infini est la
condition de la pensée, l’œuvre, elle, est finie. »
Chaque image génère sa propre façon d’être regardée. Chaque
pièce présentée représente des possibilités de regards sur la même
chose : le point, la circulation qui peut se trouver dans le moirage
d’un carrelage, sur la vague optique, quelque chose comme l’explosante fixe des surréalistes.
SALLES 4-5
SALLE 6
LE NOIR
LE JAUNE
Poser une forme sur un fond,
c’est faire présence, c’est faire
corps. « Pour mes images, je
Manuel Joseph
ne veux pas d’absence de
fond ; ce fond doit être aussi présent que la figure. » Devant le
volume de la guérite qui a pour fonction d’abriter une personne
debout, ou dans le rapport frontal aux photos Manuel Joseph,
Nuquirit (Nu qui rit avec Jeanne Balibar), le visiteur est renvoyé à sa
position nécessaire, debout devant l’image, à égalité avec la personne
photographiée en dehors de tout spectaculaire. Cependant l’axe de
l’homme nu renvoie vers un point décentré et le Nuquirit explose de
rire déstabilisant la confrontation. La présence est moins une qu’il n’y
paraît, ce que confirment encore Asservi où le pédalier est maintenu
dans un rayon de 140 cm par un câble, ou les formes identiques de
Quelque chose noir et ombre où l’une tient l’autre.
La courte vidéo Soleil noir renvoie à la question de l’aveuglement
par l’extrême lumière, et à l’échange des contraires. Filmé avec un
téléphone portable de moyenne qualité et sans correction de la
surbrillance, elle visualise le retournement des contraires, du
blanc devenu noir.
Depuis 1990, Moulène est un
Croix jaune
acteur important de l’accession
de la photographie à la reconnaissance artistique. Un objet ou un corps
au milieu de l’image sur un fond uni est un dispositif fréquemment
choisi par Moulène. Il évoque pour le visiteur contemporain la peinture monochrome.
En 1988, il avait produit des monochromes photographiques. Il tente
ainsi de dépasser la représentation en photo comme le monochrome
peint visait à la dépasser en peinture dotant la surface peinte d’une
vraie réalité physique. La marche et la croix en utilisant des signes et
des objets communs illustrent la même question dans des volumes
simples. La croix dominant l’espace de l’atrium est un signe immédiatement reconnaissable. Elle renvoie l’architecture de Foster à la
fonction sacrale du musée. Sa matérialité – elle est construite sommairement à partir de deux morceaux de bois trouvés sur un chantier –,
sa couleur ouvrent le champ et déplacent l’attention de la simple
connotation religieuse vers un autre code, celui de la technique
picturale : la peinture à l’huile sur bois, l’une des premières de l’histoire de l’art occidental. Dans la lutte du signe et de la couleur, de
la croix et du jaune, qui l’emporte ?
SALLE 7
« LE CONTENU
DÉBORDE DE PARTOUT
LE CONTENANT »
plan construit à partir de triangles équilatéraux. La différence des
couleurs suit un plan qui matérialise le regard. Les autres pièces de
la salle rendent compte à leur façon de cet écart d’un entre-deux.
Mondex est un gyroscope. L’instrument scientifique qui a permis la
découverte de l’Amérique fait retour en Europe sous la forme des
bassines plastiques omniprésentes pour qui marche dans les rues
de Mexico. Chrome exprime la tension entre un « meilleur » le
chrome, métal précieux et le « pire » du fer à béton.
Mondex
« Ce qui m’intéresse, ce sont les fonctions de transformations.
Qu’est-ce qu’alors qu’une chose quelconque, quels ordres l’organisent, la construisent, la transforment ? » A la tentative de description réflexive du monde et de l’exposition illustrée dans la première
aile, suit un espace de prospective et de proposition. La question est
de se situer dans le monde. Les œuvres présentées dans cette salle
saisissent des tentatives d’organisation du monde : point de vue de
l’observation -04-08-96 montre une femme nue de dos assise, vue
dans la position de l’observation médicale, relation du contenant et
du contenu, prospection de nouveaux espaces. Bi-fixe photographie
la fluidité d’une bouteille en cohérence semble-t-il parfaite du
contenant et du contenu, mais dont le principe d’harmonie ne
résiste pas pour autant à la reproductibilité industrielle puisque la
forme est identique quelque soit la taille de la bouteille. 1000 litres
de jus allemand, cube recouvert de photo d’agrumes, met le dedans
dehors, superpose parfaitement contenant et contenu.
Model for Diving est un montage de trois séquences formelles, passage du monde clos de la sphère à l’espace ouvert en passant par le
SALLES 8-9
DESSINS
La première salle de dessin est
une suite construite d’exerBubu 1 er
cices graphiques : du nuage
au point, du point à la droite, de la droite à l’infini, de l’infini à la
droite infinie qui relie tous les points rejetés à l’infini constituant le
bord du monde. Cet exercice de description du monde tranche avec
le choix des dessins figuratifs de la deuxième salle qui questionnent
l’imaginaire et le grotesque.
SALLE 11
RETOUR AU RÉEL
n trous bleu
SALLE 10
RÉPARTITION ET PARTAGE
Cette salle pose la question du déplacement, du véhicule et de la
matière, ce qui transposé dans la photographie prend la forme de
l’image de type documentaire dont la réalité est la matière. La démarche constructive de la maquette d’espace n trous bleu se développe à
partir de bâtonnets en bois dont les extrémités sont reliées pour tracer
les plans qui déterminent la forme de résine bleue visible de la pièce.
Repercés, les trous font disparaître ces premiers éléments de bois, ne
laissant visibles que le véhicule qui comme la photo documentaire
transporte vers le spectateur une réalité déchiffrée et mise en ordre.
La dernière salle s’organise autour du retour au réel d’une prise de vue
directe (Easy Jet Girl) – l’appareil photo étant simplement posé sur le
rebord de mur sur lequel la jeune fille est assise – ce qui ne va pas sans
faire rentrer dans l’œuvre la violence et les tensions du monde. Le
monde à l’envers des clochards couchés sur une grille de métro, la
violence des coins de châtaignier assemblés à la masse pour construire
deux sphères avec une intersection ou l’opposition des deux scies de
Est-ouest, l’une européenne où l’on pousse pour découper, l’autre
japonaise où l’on tire pour le faire.
Il n’y a aucune dramatisation et
pourtant la photo n’est pas plate.
Objets et situations photographiés
visent le commun. Le très grand
format choisi les grandit sans viser
à une héroïsation du quotidien.
Même si certains des projets se
sont développés comme des
séries, la pratique de Moulène
n’entre jamais dans la suite et la
vision totalisante du reportage.
Chacune des œuvres dans la
diversité de sa technique et du
protocole appliqué porte à l’exisEasy Jet Girl
tence les fragments d’une vision.
INFORMATIONS GÉNÉRALES
Animations
Les photographies et les téléphones
portables ne sont pas autorisés
dans l’exposition.
Visites guidées
comprises dans
le droit d’entrée
Individuels :
- 16h30 les week-ends et jours fériés
- 16h30 du mardi au vendredi
pendant les vacances scolaires.
- Le premier dimanche de chaque
mois à 15h, 15h30, 16h et 16h30
Groupes :
sur rendez-vous du mardi au vendredi
Evénement - 21 & 22 mars
WEEK-END MUSEES TELERAMA
16h-19h : Rencontre en trois mouvements d’heure en heure, avec JeanLuc Moulène au cœur de son exposition, avec Pascale Berthelot, pièces
pour piano, concert de musique
contemporaine et le chorégraphe
Laurent Pichaud, visite de l’exposition
par la danse. Accès libre et gratuit pour les
porteurs du Pass Télérama
Horaires
De 10h à 18h
tous les jours sauf le lundi
Ateliers pour tous,
en famille ou seul
Dès 6 ans. Sans inscription
préalable. Gratuit pour tous.
Rendez-vous à l’atelier du musée
situé au 1er étage de Carré d’Art.
- De 14h à 16h les 11 & 18 février,
28 mars, 15 avril
Tarifs
Entrée : 5 €, tarif réduit : 3,70 €
Entrée gratuite pour tous le premier
dimanche de chaque mois.
Catalogue
172 pages
97 documents
couleur
Format 23 x 30 cm
Ouvrage broché
30 € pendant l’exposition; 34 € après
Place de la Maison Carrée - Nîmes
Tél. 04 66 76 35 70
Email : info@carreartmusee.com
Web : www.carreartmusee.nimes.fr
Ateliers pour les enfants
Visites accompagnées et ateliers d’expérimentation plastique pour découvrir, observer, partager et pratiquer ensemble pour les 6 à
14 ans. Gratuits jusqu’à 10 ans, 3,70 €
à partir de 11 ans.
Sur rendez-vous les mercredis et pendant les vacances scolaires du mardi au
vendredi.
Calendrier détaillé disponible à l’accueil du bâtiment et à la billetterie du
musée ou à demander par email.
Renseignements et inscriptions auprès
du Service Culturel du Musée :
Tél. 04 66 76 35 74
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