anciens de la section - Site des anciens de la Section Paloise

anciens de la section - Site des anciens de la Section Paloise
Capsaïcine chloroforme
DOLPYC
PRESENTATION
Baume; tube 35 g ; non remboursable.
Laboratoire Warner Welcome
COMPOSITION
Pour 100g
Extrait
de
solanacées
exprimé
Capsaïcine………………………..0,10 g
Chloroforme………………………2,50 g
en
INDICATIONS
Ce baume possède un effet révulsif et antalgique.
Il est utilisé localement dans le traitement des
douleurs et contusions musculaires et
ligamentaires.
CONTRE-INDICATIONS
Ce médicament ne doit pas être mis au contact
des muqueuses, des yeux, des organes ou des
plaies.
GROSSESSE,
ALLAITEMENT
ET
NOUVEAU-NE
L'effet de ce médicament pendant la grossesse ou
l'allaitement est mal connu. (Il faut dire qu’à
l’époque le Rugby féminin n’était même pas
embryonnaire) L'évaluation du risque éventuel
lie à son utilisation est individuelle : demandez
conseil à votre pharmacien ou à votre médecin.
MODE D'EMPLOI ET POSOLOGIE
Appliquer par un massage doux et prolongé
jusqu'à faire disparaître les traces de crème.
Posologie usuelle : plusieurs applications par
jour (recouvrez la crème d'une couche de coton
ou d'une compresse humide chaude pour
renforcer l'effet du médicament ).
Lavez-vous les mains après utilisation.
EFFETS INDESIRABLES POSSIBLES
Allergie cutanée (éruption de boutons,
démangeaisons...) imposant l'arrêt du traitement;
à ne pas confondre avec une rougeur au point
d'application due au médicament (Similaire à un
coup de pied au cul avec crampons à bout carré
des années 70
-1-
Préambule
Nul ne sait si l'on a les destins que l'on mérite ou
si le hasard n'est finalement que le seul maître
d’œuvre de notre éphémère passage. Quoiqu'il
en soit chacun d'entre nous, dans ce temps
privilégié qui recouvre enfance et jeunesse,
croise la route
d'une
infinité
d'autres
existences peu ou prou semblables à la sienne
et peut dès lors s'apercevoir, pour autant qu'il
fasse fonctionner sa matière grise, que
l'agglomérat de toutes ces vies frôlées, qu'il les
mette bout à bout ou qu'il les entasse pêlemêle, offre à ses yeux le spectacle sans cesse
répété du panel humain.
Ici le couard véloce, là le mesquin généreux,
là encore le gentil vindicatif, ici encore le
révolté poursuivant son rêve, tous héros de
romans de gare que l'on pense pouvoir oublier à
la première échéance d'importance dont on
charge la vie de nous pourvoir ou plutôt dont on
se persuade, qu'à travers elle , s'ouvre à nous
enfin le vrai monde des adultes, que tout ce qui a
précédé n'était que simple péripétie, puéril
enfantillage.
Puis le temps passe, bien sûr trop vite, bien sûr
trop loin, parfois nous engageant à jeter un
regard en arrière, juste pour nous laisser le
temps de nous emplir des orgueilleuses pensées
communes à toutes les grandes personnes et de
nous répéter ces sublimes mensonges que nous
savons si bien nous raconter. En un mot toiser de
haut son passé.
Mais survient à un moment bien précis
comme un impérieux besoin, et sans que l'on
puisse véritablement expliquer la cause de cette
sensation , votre regard s'arrête sur ces formes
floues que l'on devine dans l'écho lointain des
éclats de rire, des éclats de rire qui vous
parviennent certes assourdis, mais qui peu à
peu ne tardent pas à vous envahir. Et ces
silhouettes que l'on croyait avoir laissé comme
de vieilles peaux au bord du chemin, renaissent
en vous aussi vivantes que vous les aviez quittées
il y a tant d'années. Un peu comme les
fantômes de votre enfance dont vous ne pouvez
jamais vous débarrasser, ceux-ci vous ramènent
à ce temps tout aussi béni de cette insouciante
jeunesse où vivre n'était surtout qu'un jeu .
Voilà, voilà les êtres d'autrefois, voilà les
murs et les rues, voilà les portes des maisons
poussées, voilà la lumière des jours et des
saisons, voilà l'aube et voilà la nuit l'une et
l'autre uniques et à nulle autre pareilles.
Voilà. On peut choisir d'encore essayer de les
oublier pour mieux mourir à petit feu en tentant
d'abolir sa mémoire, ou choisir de s'y plonger
-2-
et périr alors peut-être de nostalgie, mais quoi
que l'on choisisse il nous faudra cependant
cheminer indéfiniment avec cette part d'espace
et de temps auxquelles nous sommes
enchaînés. Et tenter de s'y soustraire serait en
quelque sorte se mutiler inutilement...
Parce que ces éclats de rire, c'est la jubilatoire
mémoire du monde au moment du Big-Bang
qui résonne en nous. Parce que ce n'est ni la
maladie, ni la souffrance ni la mort qui par
réaction nous animent. Non, la seule force qui
nous conduise à pousser nos jours l'un après
l'autre comme on enfile des perles pour
combattre ces deux ou trois spectres occultes et
ne pas s'abandonner au désespoir, cette force là
n'est pas celle qui agite le squelette tremblant
aux rotules flageolantes dans un claquement de
castagnettes mais bien celle qui lui fait ouvrir
grande sa mâchoire et secouer ses côtes par
saccades. Le rire, le rire éclatant des enfants qui
regardent un simple papillon comme
ils
regarderaient un trésor et s'enivrent à le
poursuivre, le rire tonitruant qui nous envahit
lorsqu'on voit l'autre tel que nous croyons ne
pas être mais qui pourtant nous ressemble
tellement, couard certes mais généreux peutêtre? Injuste ou faux-cul mais plein de tellement
de rêves aussi ? Brutal encore certes mais le
cœur si grand, c'est sûr ? Gros, gras, trop grand,
muet, roublard, avare mais empli finalement
d'une humilité sans bornes ? Maladroit égoïste
mais l'âme si pure ?… Tous vos propres
clown, vous-même clown de tous ces autres.
Ces autres que vous avez cru si loin de vous
mais en réalité pourtant si proches, ces souvenirs
que vous avez voulu enfouir mais qui vous
habillent maintenant, ces lieux qui ont vécu et
dont il ne reste que des ruines que vous êtes le
seul à vouloir reconstruire , ces êtres, cet
espace et ce temps que vous portez toujours
à bout de bras pour ne pas dire au bout du cœur.
Oui, mais surtout ces putains de rires
interminables de cet âge où l'on pouvait se payer
le luxe de se moquer un peu des autres comme
on se moquait de soi-même. Les autres et soi
c'était la même chose, non ? …Puisqu'on avait le
même habit .
-3-
Loft Story 1
La prohibition ! La maudite prohibition !
L'interdit était grand, la frustration immense, on
ne se régalait que tous les dix huit ans, la bonne
cuite, la nuit blanche et le gang qui avait
chouravé à coups de pétards la camelote, cette
bande là qui lui avait permis d'enfin se taper la
cloche, la populace la portait au bout des bras
jusqu'au bout de la nuit. Le reste du temps c'était
ceinture, rien à se mettre derrière la luette, des
attaques foireuses à main désarmé où on se
retrouvait truffé de plomb, des déculottées
maison dans l'ombre flageolante de présidents
flambeurs qui passaient avec leurs soufflants à
sec sous leurs costars rayés, leurs pompes cirées
et le feutre sur l'œil poché, des demi-sels qu'on
oubliait à la moindre rafale qui les avaient
couchés sur le macadam.
La première bande qui tint le haut du pavé palois
et dont je me souvienne alors que j'étais encore
môme, c'était la bande à Albert dit « Pâque »
extrait de sa célèbre phrase : « Pâque si tu
mouilles pas le maillot y aura pas de fricot », lui
c'était le boss à l'ancienne, le dabe, un bureau
dans les bas-fonds de la ville, son frangin Théo
comme bras droit qui dirigeait les casses en
traction ou 4 CV, genre de petit mec excité qui
aboyait sans cesse mais qui ratait jamais sa cible.
Une copie de Napoléon sans le bicorne qui
comme lui gardait la main toujours dans sa
fouille mais pas pour se gratter les burnes. Au
fond du calbut y avait une crosse en bois à
laquelle était accolée un barillet de métal bleu
heureusement emplies le plus souvent de balles à
blanc. Il y aussi le caissier dit « Léon la dent en
or », brillantine et godasses tressées, celui qui
virait la paye derrière une porte vitrée de la rue
Castetnau . Tout en vendant des pneus, la thune
qu'il refilait dans une enveloppe avait une putain
d'odeur de caoutchouc sans en avoir hélas
l'élasticité, quand tu la lâchais elle revenait
jamais. Encore le banquier « La Gaspe » et son
chapeau verdâtre de chanteur tyrolien qui de sa
voix caverneuse conseillait sans cesse un jeune
sbire qui le suivait pas à pas ( Grigris dit «Le
lyonnais » que nous retrouverons plus tard
comme son pote Néné, hommes de main aussi
discrets qu'efficaces) : « Tu vois mon p'tit gars
… » dans le nuage de son magnum les phrases
commençaient toujours par ces cinq mots, puis
Paneuf le vieux parrain qui avait fait carrière
dans le carton, son job ? endormait la galerie,
emmenait ses victimes dont les lupanars, troquets
et tavernes , leur payait la mousse, ou le confit
cèpes, éructait quatre boniments balançait un
coup de louche baveuse dans leur dos, leur
-4-
tendait le stylo et les enrôlaient tels des marins
ivres dans un port de Macao, et pour finir un
mec sans âge au teint pâle d'hidalgo qui n'en était
qu'à ses premiers défouraillages, « Louisou La
Gomme » qui tenait les comptes dans l'ombre de
son repaire de la Place Royale, au
« Champagne » l'estanco où graillaient tous les
râteliers emperlousés du bled.
La bonne bande quoi, façon avant-guerre, des
quidams à qui il fallait pas la faire, un turbin
ronronnant où tout baignait dans l'huile même si
des fois elle n'était que de vidange, ça donnait
pas dans le sentiment, la main d'oeuvre on la
recrutait à la sauvage et la formation était
précaire façon « T"as deux couilles et deux
pétards, alors tu me ramènes l'oseille si tu veux
pas gerber du pré les pieds devant ». Et si par
malheur l'un de ces malheureux se trouvait
engrossé de quelques bastos mal placés dans le
buffet, il n'avait guère le choix, se traînait dans
l'officine de la maison d'en face, c'était pas
mieux, le meilleur toubib du clan dit « Plouv,
Plouv, bouge pas de là, reste allongé, me faut une
mèche de dix » vous recousait à la manière d'un
ravaudeur de voiles dans ce même port de
Macao, tellement duraille la séquence que
certains avant de franchir sa porte préféraient
plier les gaules et rendre le soufflant. C'te bande
là c'est en 64 qu'elle fit sauter la banque, Théo en
vieux vicieux avait concocté son plan « lacets de
la gare », personne avait misé sur cette
besogneuse procession de tacots essoufflés, le
gang des bitterois fut fauché par la rafale, le
stock de bibines changea de mains, dans la ville,
cette année là, on éclusa ferme…(…à suivre)
-5-
"Ceux de 64"
D'après Jacques Dulucq, demi de mêlée de
l'équipe des champions de France de 1964.
" C'est l'histoire d'une mayonnaise qui a pris. Les
ingrédients : quelques joueurs confirmés, une
pincée de jeunots insouciants et un zeste de vieux
briscards qui attendaient le TITRE depuis plus
d'une décennie. Venus d'horizons différents, de
la côte et de la montagne, de la ville et de la
campagne ils ont formé ce que l'on appelle
communément " une équipe soudée ". Le liant de
cette mayonnaise réussie ? l'amitié.
Albert Cazenave
Le " Big Boss ", redouté et respecté. Lorsque le
Président convoquait un joueur c'était rarement
pour le féliciter. La " remontée de bretelles "
était un mauvais moment à passer mais force est
de reconnaître que le "savon " était toujours
mérité et souvent bénéfique
Théo Cazenave
Une boule de volonté et d'énergie qui a su
transmettre à ses joueurs toute sa hargne et sa
confiance.
Henrique
Le soigneur fétiche de plusieurs générations de
sectionnistes. Avec son béret fixé sur la tête, un
seau d'eau dans une main, la " pharmacie " dans
l'autre, il était une figure de la Croix du Prince.
Son éponge magique y a accompli des miracles.
Ses mains calleuses d'ancien plâtrier, enduites du
célèbre révulsif " Dolpyc " étaient plus redoutées
que sollicitées.
André Abadie
Avec Jean-Pierre Saux, le grand ancien de
l'équipe. Un méticuleux, un comptable de ballons
perdus ou (le plus souvent) gagnés. Gare à son
demi de mêlée si son introduction provoquait la
perte d'un précieux ballon. Dédé a su faire
profiter ses deux jeunes piliers de toute son
expérience.
Eugène Ruiz
La force, la fougue, la puissance naturelle…
Cornaqué, comme Etché son alter égo, pat "
Dédé la science ", il a formé avec ses deux
compères une première ligne de choc.
Marc Etcheverry
Venu du foot, il a reçu son grand baptême du feu
à Agen face au célébrissime Amédée Domenech.
Première mêlée,
première (et dernière)
intimidation verbale du " Duc ". Réponse d'Etché
prévenu des talents de provocateur de son vis à
vis : mêlée relevée… explication musclée…Ce
fut le début d'une belle aventure pour la Section
et d'une belle carrière pour Etché.
-6-
Olivan
La Croix du Prince bondée est en effervescence,
les visiteurs sont de marque : les toulonnais d'
André Herrero. " Olive " est de la partie, chaud,
bouillant, huilé, vaseliné…Il est prêt ! Coup
d'envoi pour la Section; " Olive " s'élance,
Capendeguy l'ailier toulonnais réceptionne le
ballon, dégage… et reçoit " Olive " en position
d'obus sur sa jambe d'appui. Jambe brisée,
bagarre, promesses ( qui seront tenues ) de
chaude réception à Mayol…Après de longues
minutes de confusion, alors que le malheureux
Capendéguy est évacué sur une civière, notre
fougueux pilier expulsé, dépité, malheureux, se
retrouve aux vestiaires après quelques secondes
de match…Il honorera l'invitation des toulonnais
pour le match retour ( mais c'est une autre
histoire ).
Jean-Pierre Saux et Jean-Baptiste Doumecq
Des siamois, indissociables à la ville comme sur
le terrain. " Black !" hurlait l'un, " White !"
devait répondre illico le second. Ils étaient
pourtant plutôt adeptes du gros rouge bien de
chez nous que de la célèbre eau de vie écossaise.
Leur chant favori, leur crédo : " La santé ça n'a
pas de prix !".
François Moncla
Le CAPITAINE, sans peur et sans reproches, ses
troupes ont suivi avec enthousiasme son panache
qui n'était pas encore blanc…Il les emmenées
jusqu'au bout…
Bernard Vignette
Aussi doux dans la vie que rude sur le terrain. En
général celui qu'il percutait restait sur le carreau,
et " Nanard " réellement désolé ne manquait
jamais de le relever en se confondant en excuses
sincères.
Henri Cazabat
Le " Gavroche " palois, un pur produit labélisé
"Section Paloise ". Sa gouaille, sa véhémence,
son amour pour le club ne l'ont jamais quitté.
Jacky Michou
Un physique d'acteur de cinéma, de héros de
western. Mais Bizanos est bien loin d'Hollywood
et, tant pis pour le septième art, c'est sur les
terrains de rugby que le grand Jacky a exprimé
au mieux son tempérament de guerrier.
Nano Capdouze
Insouciant dans la vie, inspiré sur le terrain,
Nano a été le premier à nous quitter. Ses énormes
éclats de rire résonnent toujours dans nos têtes.
Kakou Clavé
Le " Titi Landais ". Arrivant d'Hagetmau pour
son premier entraînement à la Section, Kakou
remonta la rue Serviez en sens interdit. Mais par
la suite il s'est bien vite situé dans la ville et
surtout au sein de l'équipe.
-7-
Nino Lhandes
Le benjamin du groupe. Avec ses cheveux
blonds et bouclés, c'était le chérubin de l'équipe.
Jeannot Piqué
Célèbre pour ses plaquages destructeurs, il avait
une autre particularité moins connue, c'était celle
d'arriver
régulièrement
en
retard
aux
entraînements et de servir aussi régulièrement à
Théo qui n'était pas particulièrement réputé pour
sa patience et sa mansuétude : "Le passage à
niveau d'Artix était encore fermé ."
Christian Rouch
Un petit tour, le TITRE, et puis s'en va…Par ses
qualités d'homme et de joueur il s'est
naturellement imposé aux côtés de Jeannot Piqué
pour former avec lui une paire de centres
redoutée. Il est reparti vers son Lavaur natal
aussi discrètement qu'il était arrivé. Tout le
monde l'a regretté.
Robert Toyos
Demi-finale à Bordeaux, à cinq minutes du coup
d'envoi, le " banc " s'installe aux côtés de Théo,
d'Henrique et des remplaçants…Robert Toyos en
costume de ville qui salue joyeusement les
supporters palois médusés et dépités… A l'entrée
des équipes sur le terrain, surprise, Robert est là
avec son numéro quinze. Les supporters ont du
mal à comprendre ce dédoublement. Ils
ignoraient simplement que Robert avait un
parfait jumeau qui venait d'improviser cette farce
à leur intention. "
Nota bene(ton) : Nous avons choisi de débuter
notre ouvrage par ce texte-ci, ce n'est bien sûr
pas par hasard. Certes, chronologiquement,
cette génération est à l'origine de notre fresque,
et il était évident que nous ne pouvions la passer
sous silence. Mais dans ces premières pages
vous pouvez déjà, entre les lignes, avoir une idée
de tous les ingrédients contenus dans tout cet
ouvrage ; médisance, mauvaise foi, hypocrisie,
cynisme, basse moquerie, délation, irrespect
sous toutes leurs formes, sans compter bêtise et
méchanceté, enfin tous ces superbes sentiments
dont l'animal est hélas dépourvu et qui servent à
définir l'humanité dans sa plus grande
dimension.
Oh, bien sûr, il sera quelque lecteur pour
trouver qu' ici ou là, parfois perce un trait de
tendresse, flotte un relent de générosité,
s'énoncent quelques bribes de pitié ou de
commisération mais il s'agit de doses si
faiblardes qu'il serait déplacé de les mettre en
exergue de manière à lui laisser l'impression
qu'elles sont dominantes.
(La rédaction)
-8-
"Rhââââââ… Lovely"
"La Luna" fut de l'équipe des champions de
64, cette horde de "has beaners", cornaqués
par le stackanhoviste Théo, qui surgit de nulle
part pour coiffer les bitterrois sur le fil et se parer
du titre.
" La Luna " tenait plus du rongeur solitaire
que de l'anglo-arabe piaffant. Les canines au ras
du gazon et le râle perpétuel comme un rire de
fond de gorge, il n'avait pas son pareil pour
chaparder la gonfle en un clin d'oeil et s'enfuir,
furtif trotte menu, vers l'abri.
Sa carrière rugbystique achevée, que ce soit au
fond d'un court ou bien collé au filet du
trinquet de Beaumont, il n'eut de cesse de
pousser encore ses colères couinantes au bout
de rageuses glissades comme si on cherchait
sans cesse à lui chouraver son fromage,
soupçonnant immanquablement certains de ses
perfides partenaires de toujours lui tendre
quelque souricière au fond desquelles ils
auraient camouflé quelques vieilles croûtes
saupoudrées de mort au rhââââ !…
-9-
"P.S.F."
(Pharmacien sans frontière)
Cet enfoiré de gosse de riche, beau mec style
James Bond, resta toujours ce voyou classieux
que ne rebuta jamais quelque trait d'humour, ni,
à l'occasion, un bon coup de ligot direct in the
crâne of the big abruti. Tout cela avec cet air
faux-cul de vrai jean-foutre apte à leurrer
n'importe quelle bel'doche qui n'aurait cru voir
en lui qu'un gendre idéal alors qu'il ne prenait
son pied qu'au milieu d'un baston général.
Sur le tard et à près de quarante balais, il
s'installa pharmacien à Tahiti. Sans doute par
nostalgie, il s'en fut porter la bonne parole dans
les îles du Pacifique auprès des autochtones qui,
en matière guerrière, ne sont pas les derniers
venus, suffit pour cela de zieuter les
Tugamala, Teautifeuena, Matiu et consorts que
même quand ils rigolent te foutent la chair de
poule !
Là-bas, il fut cependant, d'après ses dires et en
montrant la pointe de sa chaussure, l'un des seuls
étrangers qu'ils respectèrent ! Non mais…
Si l'on considère que le crucifix est l'outil de
base de tout bon missionnaire, je vois pas
pourquoi une bonne paire de crampons à bout
dur ne ferait pas partie de la pharmacopée de tout
bon anesthésiste, hein ?
- 10 -
"Du pays des mousquetaires"
Tenait haut perchée sa voix fluette puis s'amenait
en tanguant sur ses cuisses d'haltéro, biceps et
pectoraux clinquants, l'homme d'Aramits, le fils
de « ségaïre ». Et il avait bien quelque chose de
sylvestre, le Nino.
Des arbres, il avait à la fois la rugosité des
troncs
et
la légèreté des branches,
l'ensouchement des immobiles racines et le
balancement des cimes, le râle sourd
des
entrailles de la terre et le chant enjôleur du
vent....
Toujours entre deux mondes, toujours entre
deux rêves, toujours entre deux paroles,
toujours entre deux échappées d'ailier, celle du
puncheur ou bien celle de jeune éphèbe, Nino
possédait la fragilité et la légèreté des nuages
aussi la permanence des rochers de la Pierre
Saint-Martin, là-haut, les merveilleux rochers ,
les nuages légers, là -haut...
Ce corps si fort et cette voix si légère, et ces
rêves si fragiles que le moindre vent emporte...
Que le moindre vent emporte...
- 11 -
"Chevalier du
ciel"
Lui, son coup préféré c'était « péter en bas »
comme on dit. Les dessoudait au ras de l'herbe
d'un coup de chalumeau.
Faut dire qu'il travaillait à « Turbo », alors faut
comprendre. Lorsqu'on trime dans une turne
qui fabrique des moteurs d'hélico on ne peut
pas se permettre de booster comme une
simple mobylette
Aussi quand il filait son coup d'overcraft, le
gonze en face n'avait guère le choix, soit se
filait à plat ventre terminant piétiné et lacéré,
soit choisissait une position de défense au corps
semi-oblique qui le renvoyait comme un crêpe
en arrière, rebond et service compris.
L'aurait pu être embauché à l'aérospatiale, dans
le service des trajectoires d'atterrissage comme
dans ceux des aiguillages, sans compter qu'il
n'aurait pas déparé davantage dans ceux qui
traitent des statistiques sur les crashs.
Un spectateur qui était fort bien informé sur
sa généalogie me confia un jour ceci :
- Tout est dans les gènes. Son père était agent
de ville, alors Jacky continue à assurer la
circulation. Supporte pas les embouteillages.
Alors les bouchons, tu parles s'il en fait son
affaire ?
- 12 -
"Héros
picaresque"
« Rollo » le laconique, le secret, l'hidalgo auquel
on aurait très bien pu confier le rôle
d'Edouardo confident de Zorro, en homme de
bon sens était l'adepte du « cinquantecinquante » : c'est le seul pourcentage qu'il
tolérait pour les balles talonnées en mêlée.
Lorsque sa moyenne se situait au-dessous, et
selon la règle en vigueur dans ce temps là, on
remontait, on relevait et « Rollo » n'était pas le
dernier Toujours sans dire mot ni maudire,
toujours dans ce silence sépulcral qui sied aux
majestueuses mouvances. Dignement quoi, Don
Romero ! Le sens du devoir, ce qui est dit est dit,
c'est à prendre ou à laisser, faut savoir ce qu'on
veut, pas de calcul sordide, le juste prix, ça coûte
ce que ça coûte : il ne cherchait jamais à se
hausser du col mais n'acceptait pas pour
autant qu'on lui marchât sur les pieds. Le sens
du sacrifice certes, mais auparavant choisir la
bête ainsi que l'arme et le terrain du combat !
Et s'il y avait offense on réglait proprement
cela face à face, les yeux dans les yeux, tronche
contre tronche, et la godasse prête à mouliner :
un duel sans histoire, une histoire sans paroles,
un duel sur parole . Parole !
Du « cinquante-cinquante », m’enfin !
- 13 -
"Travaux d'aiguille"
Il était l'un de ces costauds qu'enfante à
profusion, autant que ses rochers, la vallée d'
Ossau. Le troisième ligne à l'ancienne qui d'un
coup d'épaule pouvait te rentrer l'épigastre dans
la dure-mère. Et en parlant de mémère, parlonsen.
Toujours dans ces fameux temps anciens (que
l'on peut approximativement
chiffrer
aux
années 60), les déplacements
s'effectuaient
donc en trains couchettes, départ le samedi
soir, retour dans la nuit du dimanche au lundi.
Deux mille bornes plus le match, et le lundi à
dix plombes fallait être à son poste de travail.
Et si tu avais perdu y avait zéro balles ! Tout ça
pour vous aider à comprendre
que pour
adoucir les conditions nocturnes certains
pensaient à se ménager leur petit confort.
Ainsi en était-il de notre ami Yéyé qui, dès
qu'il avait posé le pied dans son compartiment
s'empressait de récupérer les deux rustiques
couvertures qui nous étaient allouées pour
passer la nuit, extirpait de son sac un délicat
nécessaire à couture avant de s'emparer d'une
aiguille qu'il enfilait comme une vraie cousette.
De ses gros doigts agiles, il vous confectionnait
alors un amour de sac de couchage surfilé au
fil noir made in Marinette Loustau épicière à
Louvie, une moelleuse couette que n'aurait pas
renié quelque vieille fille de Rébénacq ou Arudy
blaguottant au coin du feu.
Il ne lui restait plus qu'à
se
glisser
voluptueusement dedans, chose qu'il ne manquait
pas de faire en vous toisant du regard, vous
savez ce regard voilé qu'ont les enfants avant de
s'endormir lorsqu'ils repensent encore à
l'histoire que vient de leur lire leur chère
Môman !
Touchant, Yéyé, touchant…
- 14 -
"Au ras des talanquères"
- Aqueth, qu'ei lo hilh de Paquerette !
- Ouais ! Et Momon celui de Marguerite !
Aux 22 mètres, un groupe était posté, à peu de
choses près composé des mêmes énergumènes
d'un dimanche à l'autre, la claque à Dédé, Dédé
Pardaillan bien sûr. Presque à côté, entre les 22
et le couloir grillagé par où pénétraient les
joueurs, le clan de Lahouratate. Aux quarante
mètres, toujours côté grandes tribunes, les
frères Azens de Mazères, aux cinquante dans
l'axe la troupe de Bordes et de Boeilh-Bezing,
Lanette, Cassière, Lamazou. Plus loin encore
Manauté, Burette, Despaux, Castéra et leurs
fans. Et tout autour de ces groupes où les bons
mots fusaient comme des pétards de feu
d'artifice, les rieurs, les fins gourmets du verbe,
ceux qui écoutaient et regardaient le match et
qui en même temps se régalaient de la musique
des hommes. Derrière les poteaux étaient le
lieu de résidence de la pétanque Pasteur,Vivi
Allias, Victor et le nain Vicente qu'ils avaient
juché sur l'abri de béton, là on broyait de
l'homme en noir et Vicente, leur porte-voix,
était son oiseau de malheur !
La place me manque pour parler plus
longuement des Lamane et des Larquier de
Mazerolles, de Pétuya ou Arrozés de Monein,
de Joanlanne l'Arzacquois ou Laclotte de
Coarraze, fervents et fidèles puristes auxquels
rien n'échappait, aussi du magma bouillonnant
des populaires d'où se déversait l'amas grondant
issu des gorges rauques vers les fragiles ailiers.
Car si d'un côté on aimait le crochet fin et la
course fine de Penouilh, de
l'autre on
cherchait dans l'homme le battant, le solide
aux pieds agrippés au sol façon Pruède, tous
deux furent toujours les enfants chéris des
balustrades derrière lesquelles ces intarissables
aboyeurs faisaient leur numéro dans le cercle
des rieurs qui les cernaient.
- S'èran tots valentz com Penouilh et Pruède,
aquestes lascars que s'en tornaren a casa dab ua
cinquatena de punts.
- 15 -
- E lo mocader per dessus !
- 16 -
"Règlement de
compte à O.K. Corral"
Requiem pour les Pieds-Tendres et les Engels
Face ! Ici Terra Incognita, celui qui franchit le
rubicon c'est à Boule de Suif et Tranche de
Lard qu'il aura à faire et c'est à coups de casques
que se joue le quadrille ! Cloc , Cloc ! Avant
de te farcir les plaisirs de l'Ouest faudra
passer sur le bide des shériffs. Croix du Prince
City : terminus au tampon du croque-mort !
Suffit pas de courir vite, avant faut se sauver de
nos pognes et face à face sans voyeur, mordre
la poussière ou s'éclater la tronche dans la boue !
Toujours vomir le sang de sa peur !
La mêlée ensuite, la mêlée d'abord : Ahan !
On gagne sa place à l'impact des crânes ou on se
couche ! La conquête de l'Ouest ce sera pour
après le Saloon. De nous quatre il n'y en aura
plus que deux de vivants ! Dans l'odeur de la
poudre. Puis t'auras un grand silence , troué
soudain du claquement scandé de deux paires de
bottes avec la voix étouffée et tremblotante d' un
gamin dans la poussière de la rue , montrant du
doigt à son pote l'affiche clouée au mur l’image
Pène et Errea avec dans leur dos, l’ombre
massive (cela ne s’invente pas) d’un seconde
latte nommé Vivelespérance :
- T'as vu les Wanted ?
- 17 -
"El Luzano"
Il s'agit là d'un vénérable ancien, d'un rescapé
du titre de 64, un malin, du ballon plein les
doigts et des cannes de Basque faites pour danser
le fandango. Il ne le dansa jamais mais il
n'oublia jamais sur le terrain de nous délivrer
quelques entrechats.
Le mouvement le plus pur qu'il laissa dans
les mémoires c'est la volte. Connaissez pas la
volte ? Peux vous dire qu'en ce temps là, du
côté des populaires comme des tribunes
d'honneur d'ailleurs, on n'attendait que ça, qu'il
en fasse au moins une dans le match et alors
c'était le régal, les regards pétillants sous les
bérets et la bonne bouffée de gris qui répandait
le brouillard cinq mètres à la ronde. Leur avait
fait à ceux-là aussi !
Dérivée du mouvement de l'écarteur Landais, la
volte consistait donc lorsqu'il recevait une
chandelle à son poste d'arrière - chose fort
commune à cette époque puisque le droit de
charge était fortement recommandé - de mettre
dans le vent l'abruti adverse en feintant un
dégagement en touche et effectuant illico un
crochet (avec retournement ce qui faisait qu'un
bref instant il tournait le dos au dit abruti) dans la
direction inverse. Il pouvait donc y avoir la volte
à gauche (feinte du dégagement pied droit) et la
volte à droite (feinte de dégagement pied gauche)
qui elle était beaucoup plus risquée.
De toute façon le public saluait le tour du
même « Ollé ! » enthousiaste, juste un peu
plus prolongé et rigolard quand notre héros
s'était embroché sur une cornada (vous savez
quand la vache prend de plein fouet 1'écarteur).
- 18 -
"Le bal
des
vampires"
Ça sentait bon la Belle Epoque, les bas baissés,
short au genou, protège-tête de travers et
crampons coniques. Ça fleurait bon les packs
velus, l'huile camphrée, la vaseline en
grumeaux, ça fredonnait des airs désuets, trois
bonnes valses et deux bourrées…
Et à l'orchestre il y avait Caguél qui vous la
jouait solo a l'ancienne. Un coup de trombone
pour le lever de rideau, le saxo a la mi-temps et
percussions à tous moments, pas une touche de
violon, seulement un seul coup de grosse caisse
au final. les pieds en haut façon la Goulue et ça
crachait des dents…
- T'as pas vu Toulouse-Lautrec ?
- Non. Qui a gagné ?
On baladait longuement l'intrus le long de la
touche. Un dernier coup d'éponge humide
derrière le crâne et une sadique main complice le
renvoyait sur le pré.
Alors t'avais Caguel, un sourire aux lèvres qui
l'attendait et le toisait serein :
- Tu vois le ciel de quelle couleur ? T'as pas
envie d'en changer ?
Et finissant par lui lâcher d'une voix d'outre
tombe:
- T'en as pas eu assez ?
- 19 -
"I am a poor lonesome
cow-boy"
Faut-il croire que les créateurs quels qu'ils soient
trouvent l'inspiration en eux mêmes, dans un
gigantesque effort de concentration ?
Pour ma part, je pense que dans la majorité des
cas ils s'inspirent simplement de ce qu'ils voient
autour d'eux et que leur génie ne se situe donc
pas tant dans l'invention d'une chose inexistante
mais
plutôt dans le bon coup d'oeil pour
débusquer dans la réalité qui les entoure celle
qu'il
leur suffira de travestir, modeler,
agrémenter avant de la faire surgir au grand
jour...
- Bon, où veux-tu en venir ?
- Pour ma part je suis persuadé que Riquet,
par exemple, tu le coiffes d'un chapeau texan,
tu lui colles des boots, un jean, une chemise
jaune, un gilet noir...
- Et une goldo au coin des lèvres ?
- T'as pigé ? Tu crois pas que Goscinny ait
pu inventer comme ça le personnage de Lucky
Luke, hein ? Il était simplement dans les
tribunes de la finale de 64 et il a vu jouer Riquet,
c'est tout…
- Et le fait qu'il tire plus vite que son ombre ?
- Quelle ombre ? Tu l'as vu le Gensanne
pendant le match ? Riquet l'avait effacé depuis
longtemps.
Pas d'homme, pas d'ombre !
Supportait pas qu'on lui colle aux talons !
- 20 -
"Boulanger du bon Dieu"
Petit Nano, t'en es allé trop tôt victime d'un
mauvais rebond, Tant de tes exploits ont été
contés et tu as accompli tant de prouesses que
je trouve celle dont j'ai été le témoin peu digne
d'intérêt mais elle préfigurait toutes les autres
aussi je ne saurais la garder sous silence.
Lors d'un match à Bourgoin où nous étions à la
peine tu nous apportas la victoire d'un drop
incroyable : sur la ligne des vingt deux mètres,
en bord de touche, saisi par une jambe par un
troisième ligne berjalien, au moment ou tu
allais basculer en touche et un genou presque
déjà à terre tu parvins à expédier le ballon entre
les poteaux...3 à 0…
Une action digne des plus grands acrobates,
que dis-je, du plus génial des prestidigitateurs,
petit Nano, une victoire à l'étuvée remportée
d'une chiquenaude, d'un chapardage d'insolent
gamin, d'un pied
de nez au destin
impassible…
Tu nous racontais tout cela, encor et encor, dans
le train du retour avec l'innocence des anges et ce
rire claquant comme une bourrasque… A
décoiffer tous les cocus et les pisse-froid de la
terre…
- 21 -
"Jurassic
Park"
- Et maintenant, chez eux !
Dieu que cette phrase là en a fait jubiler des
coeurs du côté des tribunes populaires ! Car
c'était bien là, la phrase d'un preux surtout
lorsqu'elle ponctuait
l'une
de
ses
innombrables actions d'envergure. Un preux
qui s'en revenait le long des balustrades l'oeil
sombre posé sur la multitude, la main rageuse
qui retournait une manche dans le geste décidé
du plâtrier qui va se farcir un mur à la truelle.
- Et maintenant chez eux !
Personne ne s'y trompait, on savait qu'avec cet
homme là, l'équipe adverse n'avait qu'à bien se
tenir.
Mais, si par malheur, la meute ennemie s'abattait
sur lui le laissant pantelant au sol, le peuple
bon enfant grondait sourdement ne voyant là
qu'une maladresse insigne ou infâme traîtrise
d'un de ses minables compagnons, et jamais, ô
grand jamais, le fléchissement
possible de
cet antédiluvien brontosaure.
- 22 -
"Filet mignon"
Sans doute l'un des plus joueurs les plus
élégants de ces trente dernières années en Béarn,
une gestuelle pure, une course droite façon Boni,
le « cad'dé » le plus net, la passe tirée comme au
cordeau et ce plaquage à 1'ancienne, droit au
plexus.
Sans doute aussi, hélas, l'un des meilleurs
charcutiers des Halles. Entre ces deux destins il
fallait qu'il choisisse, c'est le jambon-pâté qui
l'emporta (contrairement à aujourd'hui, le
kilogramme de porc se vendant bien mieux que
celui de rugbyman, Coco avait vite fait le calcul).
A Lembeye comme à Pau si nul gastronome ne
se plaignit de ce choix puisqu'il continua à leur
livrer sur un plateau ses divines andouillettes
comme il offrait la balle à son ailier, par contre
de nombreux supporters de la Croix du Prince
regrettèrent ses superbes percées tranchées
comme de fines escalopes de veau élevé sous la
mère.
Ceux qui étaient à la fois gastronomes et
rugbyphiles n'eurent d'autre ressource que de
passer le weeck-end à Lembeye (le samedi sur
le marché et le dimanche au stade de l'Etoile)
pour s'en retourner repus.
- 23 -
"Animateur à la
S.N.C.F."
Du temps où l'équipe embarquait dans des
trains couchettes (de deuxième classe, s'entend)
où nous passions la nuit - je vous passe le
transfert en micheline du petit matin suivi d'une
dernière balade en car qui parfois s'ajoutaient au
voyage - en ce temps là donc, comme dirait le
prophète, nous traversions tellement de gares
qu'on ne cessait, tel l'ignare et absolument
humble chamelier de la caravane du même
prophète , qu'on ne cessait donc (bis) de se poser,
en vain, la question :
- Bordel de merde, j'arrive pas à dormir, c'est la
faute aux hyènes et chacaux ! On est où ?
Lorsque le train s'immobilisait, événement qui
se produisait quasiment dans chacune d'entre
elles, il en était un parmi nous que ne se
préoccupait aucunement de son positionnement
géographique. « La Tèque » passait toujours la
tête à la fenêtre du wagon pour hurler son cri
de guerre, à moins que ce soit un cri d'amour :
- Adieu trésorrrrr !
Et là, toute représentante de la gent féminine qui
se trouvait à déambuler sur le quai, vénérable
dame mûre encore comestible comme jeune
mère affublé d'un lardon, rutilante pucelle
comme péripatéticienne chevronnée, se trouvait
apostrophée de ce tonitruant message nocturne :
« Adieu trésorrrrrrrrrrrrrr ! ».
Paroles qu'elles recevaient comme une insulte
soit comme un compliment, c'était selon (aucune
enquête précise à ce sujet n'a été réalisée)...
La Tèque ne faiblissait que vers les deux ou
trois heures du matin, dans la vallée du Rhône
lorsqu'on roulait vers Lyon, ou dans le
Poitou lorsqu'on prenait la direction de Paris.
A partir de là on pouvait enfin, une heure ou
deux, dormir tranquille...
S'il est bien connu que les demis de mêlée
sont souvent de sacrés aboyeurs, le nôtre à lui
seul constituait toute une meute !
- 24 -
"Chronique rurale"
Un peu comme Bernard Palissy qui crama ses
meubles pour fixer l'émail sur une calebasse en
terre cuite, ou comme Pierre et Marie Curie qui
dans un vétuste hangar se mirent a touiller d'un
doigt émerveillé une marmite de radium, ce
chercheur-ci défraya lui aussi la chronique - ô
certes plus modestement - pour avoir, dans son
jardin de Boeilh-Bezing dressé des poteaux de
rugby.
C'est
donc, face à ces humbles perches
grossièrement rabotées à la hache qu'il peaufina
son coup de pied et lustra son drop sans répit, ce
qui en fit l'un des plus redoutables buteurs des
années 65. Pour ne rien vous cacher, si sa frappe
ne dépassa que rarement les 30 mètres, c'est en
raison de l'exiguïté du susdit jardin que limitait
le mur de la ferme des Lanette derrière lequel
meuglaient une vingtaine de vaches aux pis
gonflés tapant chacune leur double décalitre de
lait.
Oui, exactement, ces mêmes vaches qui vous
faisaient bien chier lorsqu'on les rencontrait sur
la route qui traversait le village : vous
maintenaient à deux à l'heure en vous obligeant
à slalomer sur un bon kilomètre pour éviter
leurs bouses. Elles se rendaient au champ de
Cassière, oui là où l'on construisit quelques
années plus tard une immense laiterie, laiterie
que vous pouvez d'ailleurs apercevoir de la
route entre Boeilh et Baudreix... Voyez pas ?. .
Mais si... Oui, juste avant la villa de Séville ...
Où en étais-je déjà ?... Ah oui ! Tout ça pour
vous dire que le Michel, l'avé ben eu du
mérite et un gros bon coeur, crénom de diou !
- 25 -
"Fantomas"
Dit Nonos. Pour la rage pittbullesque avec
laquelle, malgré de modestes mensurations pour
un pilier, il ne lâchait jamais le morceau ?
Pour la dureté proverbiale de son appendice
sous-ventral que prisait fort, disait-il, la gent
féminine ? Jamais su pourquoi on l'appelait
Nonos…
Nous, on l'observait comme vous observeriez
banalement un fourmilier géant qui aurait atterri
(je sais pas s'ils volent ?) dans votre jardin…Ou
un tatou… Enfin une bête quoi , qui vivrait à vos
côtés…Abrégeons…
Parfois, en le voyant agir, il nous arrivait de le
considérer
comme
le
fruit
d'un
accouplement monstrueux, celui d'un manteau
beige à denses épaulettes et d'un rustique
protège-tête blanchâtre, le premier accessoire
qu'il ne quittait qu'en sa chambre d'hôtel ou aux
vestiaires, à l'abri du regard indiscret de ses
adversaires que la vue de sa carrure civile, à son
arrivée, n'avait pu qu'impressionner, le
deuxième qu'il agençait sur sa face, barrée d'un
subit rictus, de trois ou quatre bons coups de
casque contre les cloisons de ces mêmes
vestiaires. Le premier de ces objets vous l'avez
compris remplaçant l'autre.
Et c'est précisément à l'instant où l'adversaire
entendait frapper ces fatidiques trois coups que
lui revenait
en
mémoire le mec aux
monstrueuses épaules aperçu juste avant...
Et qu'il commençait à claquer du mandibule,
frissonner de la guibolle et s'épaissir du globule .
Nonos !
- 26 -
Loft Story 2
…Les quatre années suivant le titre furent
comme un lendemain de bringue. Bide grouillant
et gueule de bois, la loi de l'abstinence, les
dimanches glauques et les canons refroidis, le
monde se la jouait saumâtre, gospel et mouron,
méga prohibition.
Alors mai 68 plomba la rue et ce fut un coup de
balai, la bande à Albert touchée par la limite
d'âge, artillerie dépassée, se gara des tractions et
mata d'un œil pas frais les nouveaux boss en DS
et BM remonter la rue du XV Juillet. Un coup de
jouvence, un pet de barre à gauche, le drapeau
rouge au rétroviseur, les pavés arrachés, bonjour
le bitume, devant marchait les nouveaux boss, El
Boché dit « Snif-snif » because se frottait le blair
de ses deux pognes comme s'il cherchait, tel un
primitif, à allumer un feu en frottant l'une contre
l'autre deux brindilles sèches, François le Transfo
(spécialiste des détournements électriques dit
aussi « Je mets six noms dans un chapeau, j'en
tire trois ») Loulou la Science, le seul à réfléchir
avant de cracher des pruneaux à la manière des
siciliens, en rafales courtes suivis de longs
silences, Gégé le Prof le seul à réfléchir après
avoir vidé son chargeur dans des gesticulations
de dresseur de fauves à la crinière blanche, tous
de fines gâchettes, tous neufs et pas usés par les
planques de nuit sur les trottoirs ou les bastons
dans les bouges à pépées. Pour tenir le crachoir,
dérouler le tapis rouge ou accomplir les travaux
de moindre ou basse besogne ils emmenèrent
avec eux, Georges de Paname (un rescapé de la
bande du Métro qui s'étaient faite décimer par le
gang de Billancourt et qui était venu se mettre au
vert en province, plus tard changera de nom se
fera appeler « Trois Bandes » car refourguait les
fringues de son pote Adi Dassler, un mastard
triplebandé d'Outre-Rhin ), fut chargé du matos,
de la grolle au pyjam', Jean-Pierre dit « Tea
Shop », grand organisateur des bouffes du gang,
saumon canadien de droite, caviar russe de
gauche, petits fours en plein au milieu, Tintin dit
« Casque Rose», pas un comme lui qui était
capable de vous guérir, au courant galvanique,
du torticolis du flingueur ( visqueuse infirmité du
métier, tronche oblique en sens inverse du coup
de latte), Tintin donc pour seconder à
l'ambulance le vieil Henrique courbé comme une
anse de seau, et lâcher avec délectation son
unique diagnostic : « C'est rien, juste une entorse
des ischios » . La bande comptait aussi dans ses
rangs Grigris « le Lyonnais » dont nous avons
déjà parlé secret comme une porte de banque,
Louisou « la Gomme » le secrétaire trimballant
la méfiance d'un descendant de Cortès mettant
pour la première fois son pied sur une plage
d'Amérique, aussi Nene le méthodique trésorier
- 27 -
- les réunions entre les trois hommes se limitaient
à de longs marmonnements ponctué de regards
sombres et silences lourds, il y avait enfin Emile
dit « Zapatero » qu'on imaginait, en matant ses
pompes, ex-danseur de claquettes dans une
posada mexicaine… et j'en oublie. Moi-même, à
cette époque là, j'entrais sur la pointe des pieds
dans leur antre par la petite porte de l'impasse
Roselyne, posais mon premier feutre sur des
cheveux
façon
Beatles,
enfilais
ces
accoutrements à la mode, falzes pat' d'éleph’,
chemises à cols pointus, aussi ce fameux blazer
vert bouteille, doublement fendu à l'arrière qui
vous faisait ressembler à un buisson de Tex
Avery. Je m'asseyais sur les bancs de bois des
vestiaires puant l'huile camphrée et comme la
trentaine de malfrats encostardés
qui
m'entouraient, écoutais pendant des plombes
Loulou la Science ou Gégé le Prof nous seriner
comment se faire le coffiot... Que nous ne nous
fîmes jamais. De bonnes traques, de sacrés coups
de mains ouais, plus d'une bande d'enfoirés rayés
des plaquettes, sûr, mais jamais le Jack-Pot. C'est
les gonzes de Bitterre qui avaient l'arme absolu,
ils raflèrent année après année tout le blé du
trafic. Le peuple grondait puis pardonnait, savait
peut-être qu'on manquait pas de cœur. Mais sans
une goutte de rhum, des fois le bateau tanguait,.
et rien de tel qu'un coup de came dans les
neurones pour vous aider à éviter la gamberge.
On eût beau quitter la crèche du « Champagne »
et se faire une meilleure planque à la Place de la
Monnaie, permuter les boss, un toubib peinard
« Denis Le Beau », un trafiquant de caisses « La
Broque » vénérable et classieux fourgueur de
bonnes occases, renforcer le service d'ordre avec
des anciens défroqués de la légion, « Le colonel
Pascal » qui s'avéra sans doute trop rose et à la
soie trop ridée et « Monsieur Jo » dit aussi
« l'adjudant », sûrement débauché d’Indochine,
embringuer le roi du scalpel « Lou Tachou »
capable des plus grandes performances
médicales telles que remettre sur pied illico un
amputé des membres supérieurs, se faire arroser
par les tenanciers de boîtes sombres, Gérard de
« l'Auberge du Moulin » à Soumoulou, Fernand
le Petit du « M3 » à Serres-Castet, nous faire
ouvrir a deux battants les portes des tavernes par
les bistroquets à « l'Europe » avec la mère
Lafage ou à « l'Henri IV » avec le père Laborde,
aussi la « Comédie » ou le « Calypso », trouver
table garnie « Chez Duverger » et ses anguilles
persillade, au « Printemps » avec le bon Gavin
son tablier crade sur lequel on pouvait consulter
le menu, encore chez « Tétiel » à « l'Etape » ou
chez le filiforme Olivier du « Berry », rien n'y
fit, rien de véritablement divin à écluser, la
prohibition perdurait toujours, bientôt dix huit
- 28 -
ans qu'on s'était pas fait le gros lot, les gosiers
n'étaientt plus qu'une rangée de tunnels du MontBlanc désaffectés… (à suivre)
- 29 -
"De cape et
d'épée"
Seulement son nom... Vous rappelle rien, son
nom ? Vous dites ? Rastignac, Sigognac, Cyrano
de Bergerac ? Exact !
Vous transportait à l'époque des bretteurs, la
rapière au côté, la cape sur l'épaule et le feutre
au plumet dansant, le cheval blanc lancé à la
rescousse d'une pucelle enlevée par des videgoussets retors. Tout chez lui, vous ramenait aux
mousquetairiennes épopées d'antan, où, tout
autant, se troussaient d'une main leste les robes à
paniers d'une Constance Bonacieu, qu'à coups
d'épées se lacéraient d'une main ferme les
soutanes froufroutantes des potes au Cardinal de
Richelieu ! Notre homme n'habitait-il à l'ombre
des tours du château de Coarraze, là où Henri
IV passa une partie de son enfance ? N'avait-il
pas aussi ce profil gascon, anguleux au nez
proéminent, cette maigreur de traîne sabre, de
tire-laine mal famé? Cet oeil vif de l'aspic des
bords du Gave ? Cette manière de courir partout
sans arrêt comme si le monde entier l'appelait à
son secours ?
"Aurignac, me voilà " …
Au XVIème siècle il eût été D'Artagnac, pardon,
d'Artagnan. Au XX ème il fut un foutu ratisseur
de champ de batailles, un fieffé détrousseur de
cadavres, v' savez ces formes hoquetantes
qu'une bonne rafale de mousqueton a soufflé d'un
coup d'épaule et couché pleurnichantes sur
l'herbe déjà rouge …
- 30 -
"L'équarrissage
pour tous"
Ambroise ! J'en ai connu qu'un, enfin quand je
dis connu, c'est plutôt un dont j'ai entendu
parler : Paré.
Parler ? Non, Paré, Ambroise Paré, le
premier touilleur de chair humaine, le premier
équarrisseur quoi !
Paré, notre Ambroise contemporain l'était tout
autant que son homonyme : la viande, la bidoche,
la carne, il connaissait. Quand il chargeait droit
devant et vous l'empalait de épaule, en un cinq
sept vous la livrait à domicile :
- Le 12 je vous le dépose à quelle table ? C'est
pour mettre au congédier ou bien coller au rayon
pâtée pour chiens ?
Comme l'aurait fait un fort des halles, il vous
débitait la longe en trois secondes ou vous la
dépieutait la carcasse en entier. Pas de quartier !
Pour la découpe, envoyez-moi le suivant !
Ambroise était
comme ça, un ancêtre
transporteur de menhirs sans doute, un forcené
du burin en os de renne qui se taillait l'assiette
dans une veine marbrière importée directo des
carrières d'Arudy ?
Un Ambroisyx Assurancetourix, quoi…
- 31 -
"Fait comme l'oiseau"
Regardez l'oiseau !
Drôle d'oiseau….
Pas un oiseau étranger mais tout de même
étrange.
D'ici mais quand même d' ailleurs.
Migrateur en été.
Ecoutez l'oiseau.
Son chant.
Pas de mauvaises augures, non!
Il ne porte que de bonnes nouvelles.
Un oiseau lire.
Dessinez l'oiseau.
Un oiseau aux plumes de toutes les couleurs.
Rouges comme un camion.
Blanches comme la page, Noires de Pau.
Vertes comme l'herbe les prés.
Ecrivez l'oiseau.
Avec un S en zig-zag qui cadre et déborde
rigolard Hi !Hi !Hi,
au milieu des Ah !de surprise, des Oh !
incrédules,
des Euhhh hésitants,
et des Hue! trop balourds.
Faites l'oiseau.
De chair, de sang, d'encre et de plume.
- 32 -
"Timide et Joyeux"
Faites donner la « Réserve » !
Etrange rassemblement que les hommes qui la
composaient. Elle contenait à la fois et l’espoir le
plus intense et la résignation la plus discrète,
surtout, et c’était sans doute son trésor, la
certitude de tenir entre ses mains une part de ce
qu’on appelle la pureté de l’âme.
Faites donner la Réserve ! N’étaient pas de
médiocres soldats les
ceusses
qui
la
composaient
! Que des braves, que des
gagneurs, pas un tire au flanc, ni Jean-Louis, ni
Gérard. Du coeur, ça oui ! Et silencieux,
toujours présents mais dans l'ombre de leur
humilité sans prétention. Les médailles ?
D'abord celle qui tape dessous, là dans la
poitrine. Si cela ne nous sourit pas, c'est la
faute à pas de chance et pas que l'on ne nous
aime pas. Puisqu'on aime tout le monde. Le jeu
est ainsi fait…
Mais faites donner la Réserve, c'est avec elle et
ses vieux grognards qu'un empereur enfonça
l'ennemi ! Chez eux, t'avais des larmes dans leurs
yeux mais on ne les voyaient même pas.
Le visage des humbles reste toujours dans
l'ombre.
- 33 -
"Minikeum"
Bibi n'avait qu'un défaut. Etre petit. Vraiment. Il
était vraiment petit. Enfin pas petit, petit, mais
petit quand même. Bien au-dessous de moyen,
quoi ! …
Honte à moi, double honte, triple honte,
flagellez-moi ! Je sais qu'il est vraiment
mesquin d'évoquer quelqu'un uniquement en
causant de sa taille, d'autant plus qu'il n'est
aucunement dans mes intentions d'en faire un
portrait restrictif….Reprenons.
Bon il était petit mais aussi râblé, bien râblé, pas
comme un boxer mais plus qu'un basset, je sais
pas si vous voyez, disons un torse de basset sur
des pattes de boxer, ouais, à peu près, quoique
plutôt de pattes de boxer sur…Bon…. Et rusé,
très rusé. Et tout blond comme la paille avec
un regard bleu, et une peau rose un peu
comme les anglais. Voilà, Bibi c'était comme
un petit anglais, sauf qu'il était béarnais, bien
béarnais. Et râleur et teigneux et bon joueur
aussi. Et gentil surtout, gentil vraiment…
N'empêche qu'il était petit, très petit. Pas petit,
petit mais petit quand même. Voyons petit
comme… comme… comme un demi de mêlée
qui pour introduire correctement le ballon serait
obligé de le tenir au-dessus de sa tête ainsi que
procèdent les footballeurs lorsqu'ils doivent
remettre en jeu un ballon sorti en touche, je ne
sais pas si vous voyez ? Et que des fois en faisant
ainsi il parvenait à leur toucher la cheville…
quoi, le genou ?… Arrêtez de déconner !
Pour résumer ma description je dirai donc que
Bibi était un sacré bon demi de mêlée, râblé
comme un fox-terrier, blond et rose comme un
anglais, avec cet oeil bleu des béarnais rusés.
Mais tout petit, quand même…
Voilà.
- 34 -
"Urgences"
Tant le bougre avait du chien, nul doute
qu'aujourd'hui il eût été à la une des magazines
for men, mannequin ou culturiste. Nul doute
qu'il ait été tout autant, et peut-être même
davantage, cité dans des revues de médecine tant
il avait eu a faire avec la scoumoune à moins
qu'il n'ait souffert d ' hypocondrie galopante.
Tellement qu'à l'entendre geindre et se plaindre
d'un Nième claquage, d'un mollet trop dur, abdo
froissé, cheville fragile, épaule bloquée, tendon
rotulien enflammé et achillien fibrosé, index
foulé et pouce non moins, isquial étiré et
quadriceps fatigué sans parler des sinus,
fessiers,
trapèzes, deltoïdes, vertèbres,
scaphoïdes qui, un jour ou l'autre et tôt ou tard,
ne manquaient pas de le contraindre à un repos
forcé, nous avions la désagréable impression de
jouer avec un rescapé de « Fort Alamo » qui
aurait enchaîné avec « Le pont de la rivière
Kwaï » !
Tellement aussi que ça finissait par nous
mettre réellement le moral en berne, et nous
faisait nous interroger sur l'état de notre
maigre, minable et tout aussi malheureux corps :
- Si, si, j'te jure. Je crois que j'ai un point de
contracture… Là !
- 35 -
"Aquèros mountagnos"
A notre montagnard de Buzy fallait pas lui en
conter des balivernes sur tout ce qui touchait à la
roche. De nombreux piliers de mêlée avaient
effectivement certifié, le pif en sang, que son
coup de cabelh était du meilleur granit. D'autres,
secondes lattes rustiques, soignés d'un poing
marboréen confirmèrent eux
aussi
qu'ils
pensaient s'être emplâtrés sur un menhir. Et pour
vous prouver qu'en matière lithique il était
comme qui dirait un « espécialiste », une
anecdote véridique vous fournira je l'espère,
l'irréfutable preuve…
Venu passer, avec l'équipe, quelques jours au
"Club Med" de Corfou, un matin le bus
n'attendait que lui pour aller visiter les ruines
de quelque temple grec. On envoya quelqu'un
aux nouvelles, lequel s'en revint en disant qu'il
faudrait partir sans lui.
Du fond de ses couvertures ne lui avait-il pas
marmonné :
- Cailhaus ? Qu'en i a pron à noste !
Ce qui, littéralement, peut se traduire par :
- De la roche ? Que non point ! N'y en a-t-il donc
pas suffisamment en notre chère patrie, que
nous devions nous abaisser à nous esbaudir de
l'indigène, fusse-t-elle
du père Socrate,
contemporaine ? "
Non, non, Bonbon, fallait pas lui en raconter
des balivernes sur les rochers : Il y avait ceux
de sa famille ... et puis il y avait les autres…
- 36 -
"Saut à l'élastique"
En partant derrière sa mêlée, personne n'aurait
pu dire s'il était de chair et d'os tant il parvenait
à élastiquer son corps dans une sauvage
sarabande de membres enfermant, on ne savait
comment, le ballon. Le pire à vivre n était
finalement pas pour ses adversaires qui,
haletant et désespérés, renonçaient tôt ou tard a
s efforcer de le saisir balle en main, il était
plutôt pour ses partenaires qui tremblaient et
craignaient pour sa vie à le voir slalomer ainsi
entre les monstres.
Il me souvient plus particulièrement d'un de
ses ouvreurs qui me confia qu'en une certaine
occasion il ne craignît de recevoir, avec la dite
balle, quelques bras ou jambes épars que, dans
un de ses mouvements déments et tant il
semblait écrasé par la moitié du pack, il aurait
précipitamment lâchés. Ce fut miracle que Tite
achève sa carrière entier.
Ainsi la fatalité épargne-t-elle heureusement
certains somptueux et généreux funambules…
- 37 -
"Autant en
emporte le
vent"
Les jours de grand vent, nous n'avions qu'un
seul souci : n'allait-on
pas
le
perdre
aujourd'hui, victime d'une bourrasque ? Ce n'était
pas qu'il manquait d'arrimage au sol (ses pieds
étaient normaux), c'était des haubans qu'il était
faible sans parler de la voilure bien trop haute
pour une coque si étroite, et c'est ce qui nous
faisait craindre le pire.
Nous ne le perdîmes heureusement pas.
Mais un jour de tramontane à Perpignan, sous
la rafale et étant un peu court sur une
chandelle de Porrical, il faillit bien pourtant
se muer en montgolfière. Il eût beau nous
dire que dans un dernier effort pour pousser le
ballon en touche et étant en grand écart il avait
subitement puisé en ses ultimes énergies pour
se re-propulser en l'air, nous n'en crûmes pas
un mot sans rien cependant lui répondre par
délicatesse.
Nous l'avions pourtant bien vu, jambe en avant,
se jeter sur la balle juste à l'instant où un
brusque coup de vent l'avait saisi par en-dessous,
soulevé de terre et envoyé dans les balustrades.
Mais cela, bien sûr, nous ne pouvions lui dire…
Non, nous ne pouvions le lui dire …
N'empêche que depuis ce jour, secrètement, il
plomba ses crampons, ce qui lui enleva, bien
sûr, un peu de sa vitesse, mais nous rassura à
jamais.
- 38 -
"Money is money"
Voilà deux troisième ligne qui furent,
phénomène mimétique sans doute, le dimanche
sur le pré l'écho de qu'ils avaient été durant
toute la semaine.
Discrets comme les coffres d'une chambre forte,
appliqués et sérieux comme de fauxmonnayeurs penchés sur leur planche à
billets, économes de leurs effets comme de
parfaits guichetiers, si l'on pouvait dire de
l'un qu'il se consacrait davantage au triage des
devises ne donnant jamais à ses clients de
chèque en blanc, l'autre n'était pas en reste et
ratissait large pourchassant le débiteur jusqu'au
fin fonds de son repaire.
Enfin tous deux s'efforçant de satisfaire la
clientèle la plus exigeante, vous pouviez sans
crainte leur confier votre magot. Mieux que des
convoyeurs de fonds ! Pas un malfrat qui
s'enfuyait avec un seul peso : collé au sol en
moins de temps qu'il ne faut pour le dire, il
rendait butin, armes et chicots, se jurant de ne
plus jamais y revenir !
Il y a toujours eu un rapport étroit , même à cette
époque là, entre la banque et le rugby, peut-être
la symbolique de la pièce de monnaie que l’on
glisse dans les tire-lires, celle des pauvres qui
économisent vainement, celle des riches qui
effectuent des placements risqués à fonds
souvent perdus…
Tout comme ce ballon qu’on introduit dans la
mêlée et qui jamais ne ressort en ayant fait des
petits.
- 39 -
"Bonux"
Aux vestiaires, si d'aucuns s'accoutraient du
premier short venu et enfournaient leurs
crampons merdeux, il s'en venait toiser le
gueux en méprisant tel équipage.
Lui, prônait les canons de l'esthétisme et
s'apprêtait jusqu'au dernier instant ne pénétrant
dans l'enceinte verte que tiré à quatre épingles
façon Balenciaga.
Là ne s'arrêtait pas son goût pour l'élégance, car
même au plus fort des combats d'hiver, fuyant
les jeux de boue et joignant en cela, disait-il,
l'utile à
l'agréable, il mettait un point
d'honneur à privilégier le jeu debout.
Et de mémoire de sectionniste, on n'avait jamais
à chercher où était le ballon, il était toujours tout
près d'un mec tout propre. Tant et si bien qu'un
supporter futé - on ne sait s'il le fit en référence
au titre d'un bouquin de Jack London ou bien
comme une allusion à la couleur du panache
d'Henri IV - qu'un supporter futé donc, le
surnomma avec délectation « Short Blanc » !
- 40 -
"E.S.B."
A l'heure où le boeuf était encore ce qu'il était et
non pas le féroce carnivore d'aujourd'hui, cet
homme là, s'il fit brouter dans l'herbe tendre
plus d'un vis-à-vis grâce à ses sabots vif-argent
qui ratissaient la balle en mêlée comme pas
deux, n'oublia pas pour autant de leur rendre
parfois la politesse en se vautrant dans cette
même herbe, meuglant, les bras en croix.
Ce n'était pas tant qu'une lâche ruade ennemie
lui ait emporté le mufle , non, non…Il mettait
simplement en oeuvre sa ruse de vieille carne
qui avait appris à faire le mort lorsqu'il sentait
que le combat risquait de tourner au carnage…
Il n'y a vraiment que les bouchers pour connaître
la rude réalité des abattoirs et sentir quand une
bête refuse qu'on l'envoie, sans ménagements, à
1'équarisseur.
- 41 -
"Zigue-zague"
Il fut le créateur d'un mouvement unique,
aujourd'hui hélas disparu, qui l'emmena parfois
dans l'en-but adverse.
Mouvement typique d'ailier qu'il avait rendu
indétectable et quasi totalement inexplicable, il
s'agissait d'un double-triple pieds croisés exécuté
à ras de terre, une alternance de piétinements
saccadés qui pouvait subitement conduire un
pied à chevaucher l'autre provoquant ainsi un
génial déséquilibre qui chez un autre sujet que
notre ami aurait été fatal. Mais grâce à ses
cuisses semi-lomuesques qui s'entrechoquaient
alors, par un effet de boomerang, le pied
récalcitrant rejoignait sa latérale trajectoire
propulsant l'autre en sens contraire.
Ceci répété trois à six fois avait la faculté de
désorienter totalement l'adversaire qui ne
pouvait, le cul dans l'herbe, que constater les
dégâts.
Pour ne rien vous cacher il faut dire que ce
mouvement unique et donc inimitable
pouvait, sur terrain gras ou glissant, se
transformer
en aplatissement rapide et
solitaire ... Mais sur les terrains secs de Juillet
ou d'Août, imparable !…
Quoi, on joue jamais au rugby en juillet ?… L'est
obtus çui-là, je te dis que Bébert, son truc, moi je
l’ai vu marcher…
- 42 -
"Maire de Mazerolles"
Il a traversé la Croix Du Prince comme un
gentlemen, sans bruit, tout en douceur en
marchant presque sur la pointe des pieds, avec
cette élégance d'ancien basketteur que le beau
geste et le sens de l'esthétique attiraient bien
plus que la brutalité des combats de chien. Il
n'insista pas et se dirigea vers d'autres cieux
pour mieux prendre son envol.
C'est chez les oloronais, de longues années
durant et comme un contrepoint aux rustiques
gestuelles qui sévirent plus ou moins en ces
lieux, qu'il choisit de porter la bonne parole et
fit admirer son style si fin, apportant enfin
quelques sublimes harmoniques pour ne pas
dire de rutilants points d'orgue aux sempiternels
et ennuyeux concerts de percussions boueuses
dont le public montagnard était si friand.
Jean Léon fit davantage je le pense pour l'éveil
a l'intelligence du «Chabann’s Clan » et du
«Raballo's Band » que vingt générations de
laborieux éduc's Régusiens !
- Ouais mais par la suite, dans les années 2000, y
a eu Paulo ?
- C'est bien ce que je disais…
- 43 -
"Tricoté au crochet"
Pouvait pas y avoir un humain davantage
arrimé au sol que celui-ci, excepté les
alpinistes et les spéléos bien sûr. Quoique...
Un ancêtre reptilien peut-être, style varan de
Komodo, les pattes écartées et des cuisses
d'enfer, la foulée courte au ras de l'herbe en
tricotage glissé façon Overcraft, le crâne haut
et l'oeil perçant, t'as un aperçu de l'animal.
N'empêche que quand il te claquait un crochet
en pleine course t'en venais à t'inquiéter
pour l'adversaire qui d'un coup prenait un
sacré vent. T'avais même des spectateurs
sensibles qui priaient pour qu'il n'officie pas
trop près de la touche et n'envoie l'adversaire
dans les publicités ou dans les poteaux de
ciment qui les soutenaient.
Car à la Croix du Prince ces derniers étaient si
redoutables que les mecs lorsqu'ils venaient
jouer à Pau, z'étaient pas fiers justement à
cause de ces fameux poteaux... et des cannes de
Nano bien sûr.
Sans compter le molard perdu mais pas pour
tout le monde, l'invective aussi tombant des
« populaires », ces superbes projections privées
qui n'avaient que peu de rivales dans le pays
( peut-être dans les fiefs ariégeois de Foix ou
Lavelanet où les autochtones maniaient cet art
en professionnels patentés ?... Les cannes de
Nano en moins, les cannes de Nano en moins…
Bien sûr…).
- 44 -
"Jeu de Mikado"
Ce sont deux enfants maigres aux jambes de
héron, deux êtres de silence qui aimaient à se
faire oublier sur l'aile.
L'aile…Pouvait-on trouver un nom plus beau que
celui-ci pour désigner l'extrémité de cet
animal étrange, hydre multi-crâne aux soixante
tentacules, une équipe ? Identiquement un nom
tout aussi beau pour désigner celui qui est juché
sur l'un de ses aériens appendices : l'ailier, celui
qui joue à l'aile, ce léger fils du vent qu'emporte
le moindre courant d'air.
Ils furent donc deux de ces oiseaux diaphanes
qui aspiraient l'espace, deux messagers porteurs
de trésors qui passaient au ras de la houle.. Et le
cri long de la foule était comme une rafale
qu'ils enfourchaient…
Plus de dix années les séparèrent mais ils
furent comme des jumeaux que le temps se
serait enfanté.
Pour se faire un écho sympa peut-être ? Pour
s'empêcher de vieillir et revenir juste en arrière
se coltiner sans nostalgie au sous-venir ou au revenir ?
- 45 -
"Lac de Tibériade"
Deogratias…Littéralement « Merci mon Dieu »
ou " « Dieu merci ». C'est comme on veut…
Etait-il donc sous divine protection ? On
pouvait parfois le croire lorsqu'il parvenait à
s'extirper d'amas glauques façon Dominici en
quatre appuis de feu qui en laissait plus d'un
pantelant dans la luzerne, les bras en croix
Sûr que dans ces moments là, quelqu'un lui
filait un coup de pouce. Oui, vraiment un éclair,
une véritable apparition, l'adversaire ne pouvait
que se prosterner. Dans son sillage il n'y avait
que des silhouettes agenouillées, tout juste si
elles ne joignaient pas leur main en signe de
prière. Elles ne pouvaient que contempler une
forme qui détalait comme si elle marchait sur
l'eau. Mais pas un Judas ni un Pilate pour la
culbuter…
Dans les travées, s'en fallait de peu que la foule
des fidèles n'entonne un « Veni Créator » , ce
qu'elle ne fit pas, Dieu merci ! L'aurait fini par
se prendre pour le Messie, notre Déo !
Mais si, mais si !
- 46 -
"Ite missa est"
Fallait pas trop se fier à sa mollesse de
gestes, sa blancheur d'albâtre, sa voix chaude
et chantante, ses airs en somme de jeune
séminariste qui s'en viendrait recevoir
l'ordination.
Car les dimanches après-midi, à l'heure des
vêpres, il avait tôt fait, aux quatre coins du
terrain, de traquer l'adversaire ainsi qu'il
l'aurait fait d'un damné de l'enfer qui en a
lourd sur la conscience, de lui filer un coup
d'ostensoir dans le buffet comme s'il voulait lui
faire cracher le moindre de ses péchés. Le
quidam qui sentait son souffle sur sa nuque,
effluve entre le soufre et l'encens, celui-là savait
aussitôt que la camarde s'apprêtait à le frapper:
même pas le temps de se fendre d'un signe de
croix. Torquemada au nom de l' Inquisition
s'abattait.
Pour finir de vous situer l'efficace confesseur
qu'il était, imaginez son crâne ceintré d'un
bandeau : et oui il en avait fait son auréole ! A
part cela, ou à cause de cela peut-être, passé
l'heure des vêpres, vers seize heures trente, il
redevenait l'homme le plus doux de la terre. Il
levait un calice ( pardon sa burette, que dis-je,
son verre ) et se faisait humble et discret comme
un jeune diacre.
- 47 -
"Hôpital Silence"
La parole pour lui ne pouvait être que l'annonce et encore fort mesurément - d'un acte imminent,
et en cela il se différenciait des " forts en gueule
", parti de ceux qui parlent sans agir et auquel
adhérent la majorité des humains. Cette
composante quasi mystique ajoutée à sa taille
réduite nous faisait nous demander souvent
avant de pénétrer sur le terrain si nous étions
bien quinze, et nous obligeait à nous recompter
jusqu'a ce que quelqu'un dise avec soulagement :
- On avait oublié Petit Bœuf !
Si je vous parle de la discrétion dont il faisait
preuve avant que d'agir, il ne faudrait pas
croire qu'il devenait davantage volubile par la
suite. Sur le corps de combien d'adversaires n'at-il pas limé ses crampons sans que jamais fut-ce au pire des moments, quand la victime
sanglante va jusqu'à glapir le nom de sa mère
- ne cillent ses paupières, n'ébauche un sourire
sa bouche et ne sorte d'entre ses lèvres le
moindre
commentaire
même
le
plus
hypocrite ?
Si Walt Disney l'avait choisi pour être l'un des
sept comparses de Blanche Neige, nul doute
qu'en lui collant de l'élastoplast sur les oreilles il
ne l'ait surnommé " Silencieux".
- 48 -
"Chef d'agence"
Le petit homme de Garlin laissa le souvenir
léger du visiteur poli qui semblait s'excuser
d'avoir frappé a votre porte pour vous proposer
quelque menu service, ou vous offrir quelque
amabilité de bon voisinage.
Etait-ce cette authenticité qui est l'apanage des
villages de campagne, la sérénité de ses
habitants qui ne parviennent à se défaire des
doux paysages qu'ils transportent, où qu'ils
aillent, avec eux.. Est-ce donc cet appel
profond qui l'amena à nous quitter bien vite et à
retourner vers ses coteaux du Vic-Bilh ?
A moins que, plus mesquinement, ayant
choisi de faire carrière dans la banque, il préféra
s'intéresser aux bas de laine qui nichent au fin
fond des armoires rustiques et qui, comme
chacun sait, sont plus faciles à débusquer que les
trompeurs magots des urbains ? Les deux peutêtre, le Denis étant parvenu ainsi à joindre l'utile
à l'agréable.
Sans doute laisse-t-il encore maintenant, le
souvenir léger du visiteur poli qui semble
s'excuser de frapper aux portes pour
proposer à ses hôtes quelques menues SICAV
ou actions typiquement boursières...
« …et s'en retourne à son logis
son attaché-case bien garni. »
(version moderne de la fable de La Fontaine « Le
rat des villes et le rat des champs »).
Sans rancune, Denis, hein ?…J’ai un petit
découvert en ce moment, faut qu’on parle.
- 49 -
"Opération Afflelou"
-Paul ? En voilà un qui tenait bien la route . Te
souviens de cette année où, au centre, il jouait
avec Patou ? Ça c'était des gabarits Blacks ou
Sud-Afs', 170 kilos à eux deux, en face ça
décantait !
-Paul ? Ouais, mais les gonfles ?...
-Paul ? Balancé comme un percheron, centre
ou troisième latte il te filait des caramels que
s'il en ratait un, rien qu’au courant d’air, t'étais
heureux de te souvenir que t'étais encore une
banale composante du genre humain et non pas
un élément géométrique d'un tableau de Picasso !
-Paul ? D'accord, oui mais les gonfles ?
-Paul ? Tu veux dire quoi avec ton " Oui,
mais les gonfles", hein ?
-Les gonfles les gaffait pas toujours, à ce qu'on
dit …
- Paul ? Pouvait tout de même pas jouer avec
des lunettes ? Je vais te dire que c'était au
temps d'avant les lentilles de contact, alors ?...
Tu les vois aujourd'hui les mecs, à quêter à
tâtons leur rondelle dans l'herbe avant de se la
recoller comme des pucelles qui se reponcent
le rimmel ? Paul aurait jamais supporté !
Plutôt rater dix ballons d'affilée que de se
retrouver à quatre pattes dans l'herbe à chercher
un truc de lopes !
Plutôt crever, oui…
- 50 -
"Don d'organes"
Imaginez ce fin joueur et non moins élégant
capteur de balle en touche, imaginez-le héros
d'un mouvement primitif que quelque esprit
dérangé avait concocté. Inspiré de la tactique du
bélier que l'on fracassait contre les portes des
châteaux médiévaux, cette prouesse technique dont Feliche était la figure de proue, hissé sur
les avant bras de sept bêtes rugissantes tel un
bouclier, de dos aux fous d'en face - avait pour
objectif de le propulser porteur du ballon dans
l'en but adverse. Bénéficiant de l'effet de
surprise, cette tactique fonctionna la première
fois, puis se transforma en « déquille-reins » les
fois suivantes pour le plus grand malheur de
l'homme marteau dont nous parlons…
Qui dit une fois pour toutes, qu'il fallait cesser ce
jeu débile ou bien que l'on cherche quelqu'un
d'autre pour jouer le rôle du bélier…
On ne reparla plus de cette invention sublime
qui s'en fut regagner l'ombre des tiroirs de
poussière où dorment de leur dernier sommeil les
élucubrations de tant de mauvais chercheurs.
Grâce te soit rendue, Féliche, d'avoir offert ton
corps à la science et ainsi contribué au
progrès humain.
- 51 -
"U.N.I.C.E.F"
Il aurait fait un malheur aujourd'hui dans le rôle
de l'immigré d'un tiers-monde affamé qui se
serait assis à un coin de rue, maigre et pâle avec
ces yeux clairs de fausse souffrance, et vous
aurait demande cent balles pour survivre. Vous
aurait même torpillé une liasse sans que n'ayez
trouvé à redire, et quand bien même il vous serait
venu à l'idée que vous vous étiez fait gruger, il
vous apparaissait rapidement inutile de tenter de
le poursuivre tant il était prompt à vous filer
sous le nez. Car il était vite le bougre, à se
demander en regardant ses jambes maigres d'où
il pouvait bien tirer une telle énergie
C'est ainsi qu'un jour il nous quitta, en un clin
d'oeil, et le lendemain il était en Thaïlande.
Pour vous dire si c'est un grand malin, même làbas dans le tiers-monde affamé, installé à un coin
de rue et sans pour autant faire la manche, il se
trouve toujours quelqu'un pour lui filer quelques
tunes. C'est sûr, à coups de cent balles, finira à
Miami sur l'île des milliardaires…
A moins qu'il ne rachète, perclus de nostalgie,
une agence du « Crédit Agricole » ? Celle de
Soumoulou ?
- Pourquoi, celle de Shou - Mouh - Lhou ?
- 52 -
"La ballade des Dalton"
Il n'osa jamais signer au Stade Montais de peur
que, rayé de jaune et noir, on ne le confonde
avec l'un des Dalton, pas Averel le grand mais
plutôt Joe le petit, le plus teigneux, le vicelard
mijotant toujours un mauvais coup.
Kéké chaussait pas très grand mais enfournait
des pompes trois pointures au-dessus : ce n’était
pas tant pour se mettre les orteils en bouquet de
violette, mais plutôt, à ce qu'on disait, pour
couvrir davantage de surface lorsqu'il marchait
sur les tronches.
Se limait les crampons en cône manière socs
de charrue, à croire qu'il avait passé commande
auprès d'un maréchal ferrant de ses amis : étaitce pour ne pas reculer en mêlée ? Où plutôt pour
mieux entendre les os craquer comme, bien sûr,
les mauvaises langues le propageaient ?
Et pourquoi ses paluches au bout de ses longs
bras traînaient au sol ?
Non, non, alors la vous poussez la curiosité trop
loin ! Pas un d'entre nous avait effectué d'études
anthropologiques !...
- 53 -
"O.G.M."
Avait-il des points communs avec cet ancien roi
carolingien dont le nom est à lui seul un
programme, je veux parler de Pépin le Bref qui
comme chacun le sait avait, tout comme lui, le
membre court ( locomoteur s'entend ), l'avantscène proéminente, le verbe haut et l'humeur
belliqueuse ? Sans nul doute, quoique son
apparente nonchalance aurait pu vous faire
douter de ce dernier trait de caractère.
Mais on devinait bien trop de malice dans son
oeil fureteur pour ne pas déceler en lui un maître
de guerre, un redoutable chef de meute auquel
obéissaient aveuglément ses comparses, pour ne
pas lui prêter une similitude plus noble encore
Il ne lui manqua que quelques centimètres en
hauteur pour qu'il n'aspire à la stature d'un
Charlemagne, car pour ce qui était de la
largeur, comme je l'ai laissé entendre ci-avant, il
n'avait pas son pareil pour, sous la mitraille,
se mettre en boule en faisant le dos rond. Et à ce
moment là je peux vous dire qu'il tenait sa place.
Pour
le
renverser, bernique, il
roulait
simplement, il roulait et certainement pas dans
la direction qu'aurait souhaitée les assaillants !
Tel le rocher de son lointain cousin Roland à
Roncevaux.
- Mais, l’a jamais roulé cui-là…
- Enfin, t’vois ce que je veux dire, non ?
-
- 54 -
"Fervex"
Avec lui, sur le terrain, à un moment donné de
la partie, il y avait toujours une corrélation
étrange entre deux événements quasi simultanés,
séparés d'à peine quelques secondes, et dont il
était l'unique acteur.
L'un de ces événements se soldait par le K.O.
d'un salopard d'en face, étendu le plus souvent
de la pointe de sa godasse, et l'autre se
manifestait par une
espèce d'expectoration
nasale brève, répétée quatre à cinq fois, l'index
posé sur la narine, comme un espèce de tic ou
une gène nerveuse d'origine sinusoïde (des sinus,
quoi !).
Toujours est-il que le dernier événement cidessus cité précédait toujours le premier sans
que l'on sache vraiment si le quelqu'un étendu
raide mort l’avait été en représailles ou en
prévention de la manifestation rhino-pharyngée
de notre ami Lacavale.
C'est en assistant à ce curieux phénomène que
nous comprîmes enfin cette expression populaire
qui dit de quelqu'un qu'on ne peut sentir, qu'on
l'a cependant dans le nez...
- 55 -
"Danse avec
les loups"
Que dire de ce somptueux apache qui a traversé
la vie comme on traverse une piste de danse, un
verre tenu d'une main et une cigarette de l'autre,
avec ce grand rire de jouisseur impénitent qui
secouait son grand corps de coursier ? Que dire...
Dire qu'il nous frôla telle une présence
éphémère, en un perpétuel évitement, une
rencontre toujours différée, une éternelle feinte
de passe à un adversaire qu'il était parfois le
seul à voir ? Dire justement qu'il endossa
toujours cet habit d'illusionniste de dimanches
glorieux qui le voyaient délivrer ces longs
gestes trompeurs au bout de bras lentement
balancés, avant de prendre la tangente, ainsi
que détalent les enfants chapardeurs de
devantures ayant joué un bon tour à quelque
sinistre épicier ?
Dire aussi que l'attendit bien vite la Camarde
aux doigts crochus, ce fantôme qu'il avait tant
de fois chassé d'un simple revers de main mais
qui ne lâcha jamais le morceau, la Camarde au
maillot noir qui ne mordait qu'à un seul geste,
fort différent de la feinte de passe, le signe de
croix ?
Et le signe de croix, Pingeon, c'était pas son
truc. Non c'était pas vraiment son truc...
Que dire encore...
- 56 -
"La truelle et la pala"
(colloque face nord du bar, chez Nanou à Gan)
-…Foutu comme il est, il pouvait qu'être
talonneur professionnel ou maçon …
- Je vois pas le rapport ..;
-…
- C'est pas grave, il a fait quoi ?
- Maçon tiens, des talonneurs professionnels t'en
as qu'un par région alors que des maçon, hein ?
…
- N'empêche que je vois pas pourquoi tu le
limites à deux jobs, l'aurait pu être pianiste,
marchand de légumes, mareyeur, gara…
-Je t'arrête. T'as déjà vu ses guibolles, ses épaules
et ses paluches, non… Alors, regarde les bien et
on en reparle. Si tu me trouve un métier où il
aurait pu retrousser les manches et se mettre en
short sans faire plier en deux la galerie ?…Et au
bout des brandillons t’as quoi, hein, t’as quoi ?
Qu’il joue à la pala ou qu’il taloche un mur, t’as
l’impression qu’il te fait ça à main nue, tu vois
plus l’outil. Pas sûr d’ailleurs qu’il se serve d’un
outil, pour être sûr faudrait le filmer au ralenti.
Pas croyable, je vois pas pourquoi on discute…
Et deux pastagas, deux !…
- Sur le plan humain, je ne suis pas d’accord sur
le fait que tu dégommes un gus, qui, quand
même, oui quand même……Bon, ces pastagas,
ça vient ?
- 57 -
"Tintin en ovalie"
Ainsi qu'un héros de B.D. que vous ne
cesseriez de rencontrer coincé entre deux pages
plié de rire - un de ces bons rires aux dents
blanches sur un visage rose - ainsi qu'un petit
personnage qui jouerait à cache-cache avec vous
et que vous n'attraperiez jamais, glissant
comme une anguille entre vos doigts, Fifi la
malice ne vous laissait, pour preuve de son
passage, que quelques rares cheveux entre la
couverture et la préface.
Vous
n'aviez de cesse, alors, que de le
poursuivre à perdre haleine jusqu'à la fin du
livre, cela en vain. D'une pirouette à une course
croisée, d'un ballon qu'on cherchait en haut
mais qu'il vous avait piraté par le bas, d'une de
ses grimaces de prestidigitateur que vous aviez
juste le temps d'entrevoir avant qu'il ne vous
montre ses semelles de vent, il finissait par vous
donner le tournis...
Trop de fantaisie ? Pas assez de rigueur ? Au
pays des revêches et réalistes penseurs, ce
héros sautillant détalait sous leur nez d'une bulle
à l'autre en délivrant à ses détracteurs, à chaque
image, un pied de nez.
Parvenus à la fin de l'album, les iconoclastes
cherchaient toujours le criminel..
- 58 -
"L'arrache-coeur"
- Plus gentil que
lui, tu meurs, c'est
vrai, tu meurs ! Aussi personne ne s'est jamais
risqué à essayer de le surpasser. Tellement gentil
que même lorsqu'il devait cueillir ses légumes
comme le voulait son métier de maraîcher, c'est
un peu de son coeur qu'il arrachait (à ce que
disait ses proches). Pouvait pas s'empêcher de
couler une larme.
- Là, tu me parles de l'homme, mais le joueur ?
- Généreux, ah oui, généreux. pas un fainéant,
pas un tire au flanc, pas un poireau. Quand tu
jouais à l'ouverture si tu l'avais pas devant,
t'étais sûr qu'il était en embuscade juste un peu
derrière toi, tu sais à cet endroit méga fragile
où le vicieux d'en face te balance parfois son
crochet maison et te projette dans un arrêt sur
image.
-Bon le joueur, O.K. ! Et le copain ? Bon
copain ?
-T'aurais filé sa chemise, le genre de mec
Tourtel, celui avec qui tu peux boire jusqu'au
bout de la nuit sans attraper la gueule de bois.
- Bon, O.K. Pour revenir au début, comme
maraîcher ? Dur avec ses portugais non ?
- Où t'as vu çà ? Jojo les traitais comme s'il
recevait des premiers cousins de Lisbonne,
c'est te dire. Mais à t'entendre, je me doute que
tu as une dent contre Jojo. Je me trompe ou pas ?
- Non, non j'ai rien contre lui. C'est juste une
enquête sur les expressions imagées du
vocabulaire rugbystique telles que « je lui ai
collé une tomate »,
« mis une pastèque »,
« foutu
une
patate », « bâti comme une
asperge », « avoir les oreilles en choux-fleur »
etc... Je me suis dit qu'un maraîcher pouvait être
à l'origine de…
- Alors là tu fais fausse route. Te fatigues
pas à chercher. Jojo n'a rien à voir avec tout çà.
Lui c'était plutôt l'inverse tellement il aimait ce
jeu. Il aurait plutôt
débaptisé une espèce
légumière pour lui donner le nom d'un joueur,
style une grosse aubergine qu'il aurait nommé
« Estève de Bèziers », ou un choux-fleur très
résistant « Paparemborde de Laruns ». Je sais pas
si tu vois le gentil ?
- 59 -
"De chez
Courbet à
chez Curon…"
Devant sa rondeur rassurante on lui aurait
aisément demandé d'endosser une blouse de
maquignon puis proposé de le conduire sur le
marché de Morlaas, enfin demandé de tâter les
bêtes, vérifier leur denture, discuter du prix et
toper là avant de s'en aller cbez Curon
« ta's beber un pinton » !
Bon comme le pain, matois et prudent, la parole
mesurée, l'enfant de Sévignacq c'est certain, si le
destin l'avait
vers l'art maquignonesque
conduit, aurait berné plus d'un de ses
congénères entre Luy et Gabas.
Car, Crénom, Boundiou comment il vous
gérait ses avants de la voix et du geste ainsi
qu'il l'avait fait d'un troupeau de génisses, tout
cela sans se servir de l'aiguillon ! Un vrai
bouvier de luxe, le Barychnikov des meuglants
je vous dit !
-« Va'm minjar entà Courbet ? Qu'a cuate
ceps ! ».
- 60 -
"Il Profesore"
Un théoricien, un analyste de première bourre
bien que troisième ligne, celui à qui rien
n'échappait et qui n'avait pas son pareil pour
disséquer la manière dont on s'était fait
baiser ! Pour vous dire, Descartes, ouais le
mec qu'a écrit (non rien sur la belote, est-il
ignare celui-là !) le « Discours de la méthode »,
et Kant celui qui a écrit « Critique de la Maison
Dure » (ou un truc comme ça, me souviens
plus très bien), les deux c'était comme ses
potes, vous en parlait presque comme de ses
voisins de palier.
Pour La Nouche, l'irrationnel, le fantastique, le
surnaturel, le Père Noêl et tutti quanti c'était pas
son truc, fallait aller voir ailleurs, pas de place
pour le délire.
- Quoi, le mec ? Regardes les choses en face. Il
te croise là, dans l'espace où le 7 et le 10
passent a vide. Tu piges ? Et t'as fait quoi ?...
Voilà, je ne te le fais pas dire...T'avais qu'une
solution, le prendre au départ, bien en bas et
bascule avant ! Simple, non ?
Avec La Nouche, c'était toujours simple, comme
les « Pensées » de Pascal (Pascal Laloo ? Non,
Pascal tout court, c'en est un autre, beaucoup
plus vieux, qui vivait à Port Royal...C'est rien,
La Nouche t'expliquera...).
- 61 -
"Garde à
vue"
Jekyll or Hyde ? Qui était-il ? That is the…
Bon ça va pour l'anglais. N'empêche on avait
du mal à le cataloguer: l'homme le plus doux
ou l'homme le plus féroce ? On dira un peu des
deux, cela dépendait simplement du contexte.
L'attitude, par exemple, qui était susceptible de
le muer en enragé prédateur, était la frime et la
flambe. Vous savez ces manières qu'ont certains
bonhommes de surfer sur la crête de la
suffisance teintée de l'écume merdeuse de
l'impertinence, enfin cette manière de vouloir se
montrer supérieur au commun des mortels en se
foutant bien de la gueule du bon peuple, tout
cela bien sûr sans en avoir véritablement les
moyens.
Celui qui s'amusa un jour à ce petit jeu avec
notre cher Alain, fut cet arrière d'Auch qui n'était
certes pas sans talent - il ne s'agit pas de
Brunel, juste de l'un de ses prédécesseurs!- mais
qui voulut, sous le nez de Jekill, en rajouter une
couche. Ayant récupéré un ballon dans son enbut, il faisait mine d'aplatir, puis détalait
quelques mètres plus loin recommençant son
manège et amenant bien sûr dans son sillage
notre docteur biface de seconde latte qui
appréciait de moins en moins le manège. Le
facétieux auscitain recommença son simulacre
une dizaine de fois, se résolvant enfin au bout
d'un long moment à aplatir.
Ce qu'il ne pouvait prévoir, c'est que Mister
Hyde n'en resta pas là.. Le pauvre arrière ne dut
son salut qu'à la décision spontanée de prendre
ses jambes à son cou et de déplier son grand
compas de lévrier sur un bon tour de terrain.
Il en fut quitte pour une grande peur, les copains
de Hyde ayant fini de le convaincre qu'il n'était
que ce brave Jekil.. Nul doute que, s'il l'avait
rattrapé, notre auscitain aurait été bon pour une
semaine de purée.
Vous avez déjà mangé un magret-cèpes passés
- 62 -
au robot Moulinex, vous ?
(Juste un mot sur les gersois, qui sont bien mois
laborieux de l’encéphale que les Landais comme
chacun le sait. Les gersois, au départ c'est de
braves mecs tellement près de la nature que ce
n'est que dans les dernières années du siècle - en
80 je crois,- qu'ils ont commencé à se poser des
questions pour résoudre le problème des
accidents aux carrefours et installé un premier
feu rouge… à l'essai….Alors moi je trouve que
c'est chouette de sa part de leur avoir laissé
manger, peinards, leur magret. Les gersois sont
de braves gens, et tellement simples !).
- 63 -
"Festival de cannes"
-« LinO-ô-ô-ô ! », se pâmaient les frangines.
Elles disaient « Linô-ô-ô-ô » comme elles
auraient dit « Aldô-ô-ô-ô ! » ainsi qu'en un
remake du film « L'aventure c'est l'aventure ».
La même manière de rouler sa caisse en jactant
avec l'accent d'Aldo Maccione, le même goût
pour le baston que Lino Ventura, notre fondu
déchaîné endossait souvent sur le terrain
l'habit de « L'ennemi public numéro un » ou
bien nous jouait le rôle principal d'« Un homme
à abattre », quand ce n'était pas celui de « Sept
balles pour un salopard » ou encore « Le
boucher ».
Car si au talonnage il s'enrhumait parfois
victime d'une panne de guibolle, il n'omettait
jamais, la mêlée relevée, de torcher la morve
jusqu'à l'oreille de son vis a vis d'une pointe de
godasse bien placée.
Tout ça pour vous dire que notre Lino à nous
était un réel artiste pour qui la danse comme
le cinéma n'avaient donc aucun secret, et
méritait bien les « Linô-ô-ô-ô….» énamourés
de ses ferventes admiratrices.
- 64 -
"Body
Space"
S'il fut un seigneur à qui l'on aurait du offrir une
tunique tricolore qu'hélas on ne lui proposa
jamais, s'il fut un seigneur au sens le plus large
du terme ce fut bien cet homme là.
La légende a retenu de lui qu'il n'était, en ce
temps là, pas d'assez habiles tailleurs pour
lui confectionner un tel habit, le quidam étant
fort ample du torse et non moins gonflé des
biceps. Que ne lui eût-on dit d'expirer
longuement un bon coup, le temps de prendre ses
mesures ?
- Mais, monsieur, cet homme là n'expirait
jamais ! Jamais, monsieur ! Et si par hasard,
vous vous trouviez à ses côtés un jour de
grosse chaleur, il vous faisait certes de l'ombre,
mais vous manquiez singulièrement
d'air,
monsieur ! C'était le Sahel, même pas la
moindre brise !
- Mais comment faisait-il pour sans cesse
inspirer et ne jamais vider ses poumons ?
- Ah ça, c'est un mystère, monsieur, c'est un
vrai grand mystère...!
- 65 -
"Tonton flingueur"
Tonton, ainsi
qu'on le surnommait, ne
connaissait en géométrie comme sur un terrain
que la ligne droite qui est, comme chacun sait, le
plus court chemin pour aller d'un point à un
autre. S'il avait été navigateur vous aurait
tracé le Vendée-Globe en rectangle et le tour
de Corse en carré. Au jeu d'échec il n aurait su
être qu'un morpion de première ligne qui avance
droit et jamais ne recule et de plus aurait nourri
le plus profond mépris pour les autres pièces
principalement le cavalier qu'il n'aurait
supporté.
Mais à choisir la ligne droite, si l'avantage en est
souvent évident et la plupart du temps profitable,
se pose parfois le big problème de voir venir en
face de soi un quidam partageant les mêmes
convictions mais pesant nettement plus lourd.
Je n'ai pas souvenir qu'il lui ait laissé malgré cela
le passage, je n'ai pas souvenir non plus qu'il ait
toujours empêché l'autre de poursuivre sa route.
Car si la ligne droite est bien le plus juste elle est
aussi le plus ingrat et le plus difficile des
chemins...
« Sa charge de soleil sur les épaules, sa charge de
salive aigre de la faim, son faix d’occultes
minéraux : paroles qu’il ne dit pas et que l’on
n’entends point, lourd de soleil et de silence, un
homme traverse le grand méridien »..
- 66 -
"E.P.O."
Au
sujet de cet
homme là on se demandait toujours quel avait
été l'enfant de salaud qui avait bien pu le torturer
dans son jeune âge au point de le contraindre
à balancer de tels coups de ligots dans le ballon
ainsi qu'on le ferait pour arracher la tête d'un
sadique géniteur. D'autant plus que rien ne
semblait
laisser soupçonner en lui une
enfance malheureuse, car à le regarder il vous
apparaissait bien vite qu'il avait conservé
l'embonpoint du nourrisson assouvi au sein de
mère et achevé au biberon tassé du père.
Si ce n'était dans ses tendres années qu'il fallait
chercher le secret de sa botte satanique était-ce
dans quelque breuvage interdit, anabolisants
ou amphétamines, qu'il puisait donc ses forces ?
Nul ne le savait et nul ne le saura jamais sans
doute. Cependant, d'aucuns fins observateur
ayant
noté scrupuleusement
toutes
les
distances auxquelles il enquillait ses points et
comparé entre elles toutes ses réussites,
affirmèrent que les plus nombreuses se situaient
à 45 et 51 mètres.
Ce qui fit bien sûr le régal des mauvaises
langues qui s'emparèrent de cet argument un
peu facile pour établir
un parallèle avec
certaines boissons jaunâtres et anisées dont le
nom renfermait ces mêmes nombres, et
pensèrent expliquer par ce biberonnage tardif,
le secret de sa potion magique.
Il va sans dire qu'il était vraiment malsain de
colporter de tels ragots et que moi-même, me
serais profondément méprisé d'en avoir cru ne
serait ce que l'amorce du quart d'un dixième d'un
seul mot…
- 67 -
"Adret et Ubac"
On lui fit longtemps un procès sur sa position
en mêlée, on l'accusa de pousser en biais. Il
ne m'appartient pas d'être juge en la matière
mais, pour sa défense, je voudrais porter à votre
connaissance des éléments qui prouvent qu'il
avait, en cette affaire, de sacrés circonstances
atténuantes. Tout remonte à son enfance de
montagnard, habitué qu'il était à cavaler sans
arrêt sur les pentes au-dessus de Laruns, tant et
si bien qu'il fut atteint, comme beaucoup des
habitants de ce pays, du syndrome du dahut, cet
animal bien connu des versants ossalois qui
offre la particularité, en raison justement de
son adaptabilité à l'oblique du terrain, de
posséder les pattes amont bien plus courtes que
les pattes aval. En grandissant notre homme
parvint certes à masquer ce déséquilibre,
excepté dans les situations de danger extrême où
son naturel revenait, hélas, au grand et
claudiquant galop.
Sa poussée en biais n'était donc pas une
volonté délibérée de tricher mais bien un
archaïsme, et il m'étonnerait fort, aujourd'hui
comme hier, qu'un jury
d'assises
puisse
condamner un prévenu pour une simple
malformation congénitale !…
Tout cela je l'ai écrit avant qu'il ne nous quitte.
J’sais qu’il l’aurait pas mal pris le gros, lui qui
disait que fallait rien que lui filer un tee-shirt et
un falze pour se tirer au bout du monde. Sûr que
pour lui qui en avait fait plusieurs fois le tour, le
monde était bien trop petit, restait plus que
l’infini…
Doit batailler ferme avec quelques personnages
habillés de blanc pour leur faire accepter ses
maillots rayés de vert ou de bleu, histoire de se
faire une mêlée enfoncée face à huit barbus, un
essai entre deux étoiles et la transformation entre
deux galaxies…
- 68 -
"Employé
de Buro's"
Lorsqu'il n'avait que vingt ans, au vu de sa
mine ronde et rose, on ne cessait de lui dire
en plaisantant, qu'il se devait de se lancer
en politique et d'obtenir tous les suffrages s'il
créait un parti de type « Au bon vivant » ou
bien « Au chapon fin », enfin tout sigle
fleurant bon l'étiquette de belle santé. C'est qu'il
nous crut, l'homme, et trône maintenant depuis
plus de vingt ans dans un bureau de maire.
S'arrêtera-t-il là ? Nul ne saurait le dire mais
m'est avis qu'aux bons plats, qu'aux fumets
délicats des tables que l'on dresse au-dessous
des cravates des Conseillers Régionaux ,
Généraux et autres députés, il ne sache résister.
D'avoir été, dans sa jeunesse, abonné aux
fauteuils d'orchestre vous donne parfois l'idée
d'enfiler, un jour ou l'autre, un tutu façon
« Baloo » pour s'essayer à danser « Le champ du
Cygne » sur la scène..
- 69 -
"Chanson
de gestes"
Il ne s'arrêtait de parler tout en faisant danser ses
mains que pour étendre ses jambes de héron
et se propulser tel un dératé aux quatre coins du
terrain.
Et vice versa.
On disait qu'en ses bons jours - mais peut-on
croire aveuglément la rumeur ? - on disait donc
qu'en ses bons jours il pouvait faire les deux :
jouer et en même temps disséquer et analyser le
pourquoi de chacune de ses actions.
On dit aussi qu'il aurait été à la base de
nombreuses vocations et particulièrement de
celle d'un enfant qui, ayant assisté par hasard
durant un match au fascinant spectacle de notre
Pétrus au sommet de son art, entrevit soudain
son avenir d'aventurier moderne. Cet enfant là
s'appelait Nicolas Hulot!
Pétrus fut bien un précurseur.
- 70 -
"Méthode globale"
Avant, bien avant qu'il n'endosse l'habit de
chercheur puis d'entraîneur, avant qu'il ne trace
les courbes et les diagrammes du paramètre
rebondissant livré dans l'espace exploratoire à
l'évaluation spontanée
et
la
réactivité
opératoire de ses occupants pour qui la lecture
analytique du « corpus ludicus » doit se
superposer sans cesse au champ global, bien
avant donc il avait été un sacré bon troisième
ligne
qui jouait au rugby sur un terrain
rectangulaire et poursuivait un ballon de forme
ovale ou bien des enfoirés d'adversaires, le tout
sans se poser trop de questions.
Mais c'était bien avant le temps des
paramètres rebondissants et de ces fameuses
intelligences situationnelles qui, comme chacun
sait sauf certains ignares irrécupérables, sont les
références du temps présent...
- 71 -
"Impôts, passe
et garde !"
Faisait partie de cette engeance d'avants rapaces
qui se
débrouillaient
pour
se trouver
toujours à l'endroit où était le ballon, pas un de
ces avants qui passaient leur temps à pousser,
plaquer ou brouter l'herbe sans se poser de
question existentielle sur la présence ou non
de ce même ballon sur le terrain et encore moins
dans leurs mains ( quelle idée ! ). Non lui c'était
plutôt le genre vicelard, sans cesse à fouiner un
bon coup, en pointe, en repli, en premier,
deuxième ou troisième rideau, toujours à tenter
de vous dérober l'objet de votre attente.
Parce qu'à cette époque là, monsieur, s'il y
avait bien un combat contre l'équipe adverse
( rien de plus normal ), il y en avait un autre
presque tout aussi important, celui entre avants
et trois-quarts de la même équipe au sujet
justement de l'utilisation de ces munitions que
sont les gonfles . Il était insupportable et
inconcevable que ce soit toujours l'autre qui se
régale, et vice versa : un vrai combat
démocratique que c'était, la véritable parité
républicaine dans toute sa splendeur guerrière !
Et Poeydo, dans ce combat, était le plus rat
des rats. Tellement malin qu'il cherchait parfois
à nous bluffer en s'affublant, ainsi qu'avaient
coutume de le faire les mules des fauteuils
d'orchestre - adipeux attelages qui, soit dit en
passant, parfois n'avaient rien de mélomanes,
pétomanes à la rigueur et encore il y en a c'était
pas brillant, juste capables d'un pet foireux - en
s'affublant donc d'un bandeau autour du crâne,
stratagème qui nous faisait sourire. On savait
bien qu'à lui le bandeau l'empêchait pas de
réfléchir ni de nous rafler le cuir.
- 72 -
"Saldaqui"
Qu'entends-tu, que
vois-tu, à
quoi
penses-tu ?
Quel
est
ce
monde qui s'agite
derrière ces veux
clairs ?
Je regarde passer ce
fauteuil lent, je
regarde ce corps
autrefois si fort se
recroqueviller, ces
jambes molles se balancer, ce pied traînant
qui parfois entrave l'avancée du chariot, ta mère
qui le replie sur son support comme on range
une poupée de chiffon. Je vois ces longues
mains blanches posées comme des serres, ce
crâne pâle qui s'incline et ces grands yeux
clairs...
Je vois aussi, de temps à autre, un sourire...
J'entends souvent un cri...
Je sais que ton monde n'est plus du tout le nôtre,
je sais que les images qui t'habitent depuis ce
fameux jour où tu t'allongeas sur l'herbe d'un
stade en murmurant ces mots : "je ne peux
plus bouger mes jambes", je sais que ces
images ne sont plus celles qui nous traversent.
Je sais que tu entends d'autres voix que les nôtres
ainsi qu'un enfant la nuit prêtant l'oreille aux
bruits étranges qu'il ne sait dire protecteurs ou
ennemis, je sais que tu entrevois de lourdes
ombres qui se meuvent autour de toi
et
t'encerclent et t'étouffent, je sais qu'alors tu
penses à une longue plaine douce où le jour et la
nuit dansent tels fauves en rut, comme deux
géants brassant l'air de leurs ailes de moulin et
l'eau de leur souffle de vent, à creuser les vagues
d'une étrange mer, je sais que tu enfermes ce
monde d'eau et de vent dans ta prison bien close,
que tu veilles bien à ne laisser s'échapper nul
fuyard entre ses barreaux, je sais que le sourire
qui strie passagèrement ton visage n'est pas pour
nous, gens de l'extérieur, mais pour tes hôtes du
dedans, je sais que le cri que tu pousses
soudain ne s'adresse pas davantage à nous les
humains, mais à tes mystérieux visiteurs peutêtre pour leur dire: - "Ne craignez rien, tout le
monde vous veut du mal, mais je suis là, je suis
toujours là, je veille sur vous..."
Oui, l'enfant, dans la nuit, est encore là, si loin et
si profond qu'il ne nous regarde plus...
Si loin et si profond qu'il nous a tous
abandonnés...
- 73 -
"Australian
Rules"
On ne comprit jamais pourquoi un tel
bonhomme, à l'intelligence si fine et au
bagage technique si complet, s'obstinait
à
effectuer ses passes en sautant, dans un
mouvement de balancier de haut en bas, geste
semblable au smash des volleyeurs qui
immanquablement n'offrait au partenaire que
la possibilité fort aléatoire de saisir la balle juste
après le rebond, au ras de ses propres chevilles.
De nombreux biographes pour ne pas dire
chercheurs, se penchèrent sur la question sans
pouvoir apporter de réponse véritable.
L'un d'eux émit l'hypothèse, qu'en grand
perfectionniste il recherchait le geste absolu,
l'arme fatale après laquelle courent tous les
profs de gym. Ceci est très plausible...
Un autre, plus moqueur ou davantage porté
sur l'ethno-zoo-anthropologie, supposa
que,
descendant d'une branche animale plus directe
que pour la plupart des autres êtres humains, il
possédait encore un des gènes, au moins, du
kangourou.
Mais là, je pense que c'est de la divagation
pure… Quoique ?...
- 74 -
"L'homme aux
semelles de vent"
En vérité, il n'y a que deux manières de courir
très vite ; pour constater cela il n'est que
d'observer quelques scènes animalières de nos
sous-bois ou de la savane. La première,
lorsqu'on poursuit une proie que l'on convoite
pour s'en nourrir, la deuxième son contraire
bien sûr, lorsque l'on est soi-même cette tranche
de steack dont un morfale désire fortement
faire son dîner. Les deux manières ne mettant
pas en jeu, vous l'avez compris, la même
motivation, cette dernière étant bien sûr de
meilleure qualité que l'autre, l'éloge de la fuite
reste bien supérieure à celle de la poursuite.
Tout cela pour vous dire que l'homme dont
nous parlons - on ne sait s'il l'avait choisie
délibérément ou bien y avait été contraint par les
aléas de la vie - en était le plus beau des
fleurons : " prendre les jambes à son cou",
"détaler ventre à terre ", " faire feu des quatre
fers ", " filer à l'anglaise " comme " cavaler à
perdre haleine ", " tailler la zone " ou " se faire
la valise ", rien de tout cela ne lui était
étranger…
Ne me faites pas dire ce que je ne veux pas dire,
hein ? Je vous vois venir avec vos grands sabots,
il n'est pas là question de
manque de
courage. Non, il est simplement
question
d'intelligence. Car moi-même qui ai connu la
situation similaire de gringalet confronté a
quelques hordes assoiffées de sang , j'ai
toujours fait davantage confiance à mes jambes
(aussi maigres soient-elles) qu'à mes vertus de
combattant hors pair.
Marc et moi-même, nous n'avons certes jamais
atteint l'héroïsme "sabroclair", mais sommes
restés entier. Ce qui, compte tenu de notre
handicap congénital, n'est déjà pas si mal, hein ?
- 75 -
"Germinal"
En
voilà un
gourmand, un gourmet disait-il, en voilà un qui
l'aimait sacrément le ballon. Il n'en finissait
de le suivre à la trace, de le tirer, traîner,
pousser, l'enfanter. Mais par dessus tout ce
qui fut sa caractéristique c'est y plonger dessus.
Le passer au voisin, ça pas trop, mais l'arracher,
l'extraire, le tirer et le garder contre soi, oui…
Je vous ai déjà parlé de celui-là que l'on
remarquait toujours à son short immaculé ?
Philippe c'était un peu son contraire, son alter
ego positivo-négatif celui qui se relevait en
dernier, après la demi-douzaine de masses
pesant leur quintal et dont l'agglomérat portait
le nom de maul écroulé, celui qui
restait
souvent au sol ( et vers lequel claudiquait
l'indestructible Henrique, ses mains comme des
pala, son seau et l'éponge qui est livrée avec),
celui qui reprenait toujours sa place en titubant.
Le soupçonnais d'en simuler quelques uns des
K.O. ? Moi, j'ai pris que de tout petits coups sur
la tête, des qui font quand même très mal et
que la fois d'après j'avais pas oublié, mais
Philippe c'était un autre guerrier, fait d'un autre
bois dont on ne fait pas les cercueils
Ouais mais des fois, moi qui me souviens bien
combien ça fait mal même un tout petit coup
sur la tête, je me dit que peut-être, mais rien que
des fois, ne me faites pas dire ce que je ne veux
pas dire hein ?, peut-être que des fois il faisait
semblant...
Ce que j'en dis c' est because Henrique - qui en
avait vu bien d'autres avant la guerre, de 40
bien sûr - lequel s'en revenait ( tractant donc
toujours son seau et son éponge, les mêmes
qu’à l’aller, l’eau en moins, ce qui fait qu’il
claudiquait moins et mettait donc moins de
temps sur ce retour, gain que l’on peut estimer
entre 13,5% et 23,8 % selon la blessure et la
quantité d’eau qu’il avait versée), s’en revenait
avec un petit sourire en coin et se rasseyait sur
le banc de touche dans un haussement les
épaules...
Des fois, rien que des fois, hein ? Hein ?… Hein,
Philippe ?
- 76 -
"Maule !"
Ils n'étaient pas nombreux les souletins à
venir tenter leur chance en sol béarnais. Ils
préféraient plutôt les clubs de la côte, ceux de
l'Aviron, de Saint-Jean ou du B.O.
A cette époque, le vieux S.A.M. côtoyait la
nationale et engendrait des joueurs à profusion.
Bien que Taffer fut son fer de lance, son toro de
fuego, son maquila d'honneur, le peuple Basque
accepta, sans gaieté de coeur certes, qu'il ne
suive l'exemple de ses aînés, il vint rejoindre,
pour notre plus grand plaisir, les rangs
sectionnistes.
A Taffer fallait pas lui en promettre, te crochait
de l'épaule et t'avais son tampon gravé : les
couleurs du Pays Basque tatouées sur le corps,
le rouge et le vert, le rouge d'une arcade
béante et le vert de l'herbe qu'il t'avait fait
mordre à pleines dents.
Il lui arrivait certes, parfois, de prendre le vent
du large et de manquer sa cible mais le peuple
Maule l'accompagnait par le même OUH-OUH !,
et frémissait de plaisir rien qu'à imaginer le
malheureux fuyard qui venait d'éviter le carnage.
Si Taffer l'avait attrapé ! C'est sûr, Taffer était
vraiment l'âme de la Soule Music !…
A ce sujet, un jour faudra que je vous dise un
mot sur les Basques, pas ceux de l’intérieur style
Taffer
(qui sont des voisins, presque des
potes à nous) mais ceux de la côte. Simplement
une question. S’ils ont fini au bout de l’Europe,
coincés entre la mer et la montagne, il doit bien y
avoir une raison ? Néandhertal, ça ne vous dit
rien ? Et non ils n’ont pas tous disparu, et non ils
n’ont pas tous été remplacés par Cro-Magnon..
La Science, y a que ça de vrai, sans elle on
aurait toujours parlé du mystère Basque. Mais de
ça, un jour, faudra que je vous en dise un mot …
- 77 -
"Tu loupes !"
Vous n'avez pas idée de l'importance que peut
avoir dans votre équipe le poste de contrebuteur. En quoi consiste-t-il ? Vous ne
connaissez pas ?
Il s'agit, lorsque le buteur adverse s'apprête à
frapper la balle - juste au moment de sa
concentration quand celui-ci balaye du
regard l'espace qui la sépare des poteaux - il
s'agit donc de se placer justement dans cet axe,
de rester bien immobile, les mains sur les
hanches, puis d'assurer un léger mouvement
subtil d'élévation sur la pointe des pieds suivi
d'un abaissement sur les talons, mouvement
répété jusqu'à ce que la balle s'élève.
L'homme dont nous parlons ici avait créé de
toute pièce ce rôle qu'il considérait comme
essentiel. Il n'y avait qu'à voir l'air narquois
qu'il jetait sur le malheureux qui avait raté sa
cible comme il le jetait
sur
nous, ses
partenaires, qu'il soupçonnait de ne pas croire en
son pouvoir.
Il
est heureux qu'à cette époque là les
statistiques n'en
aient
été
qu'à
leurs
balbutiements : nous n'aurions pas supporté,
nous les trois-quarts, qu'une idée originale ait pu
enfin germer dans la cervelle d'un avant.
Cela aurait été la porte ouverte à tous leurs
délires autarciques !
- 78 -
Loft Story 3
…On compta donc. 64+18= 82, 1982 devait être
la bonne année, fallait pas rater l'occase, c'était
presque le bouquin d'Orwell, sûr qu'il allait se
passer quelque chose, en dix huit ans on s'était
farci un inutile voyage sur la lune, élu un maire
de gauche, surmonté la crise pétrolière, s'il fallait
on foutrait un président de gauche au pouvoir en
81, s'il le fallait pour avoir enfin l'embellie. Les
cognes se faisaient moins vigilants, les bahuts
emplis de fraîche passaient sous les fenêtres, on
mit dans le coup de nouvelles premières lames,
la rondeur matoise de Touryves (prononcer
Touraïve) un ancien maître d'école qui badinait
pas avec l'orthographe et la belote, la même
rondeur de Baradatyves (prononcer Baradataïve)
qui avait plein de potes aux impôts, Francis dit "
le dentiste " un ancien manutentionnaire de la
maison qui commençait à se hausser du col avec
sa belle gueule de Western Spaghetti ( quand il
passait dans la rue Saint Louis et que par la porte
entrouverte du cinoche les notes à l'harmonica
d'Ennio Morricone vous parvenaient, suffisait de
le regarder marcher et vous économisiez deux
places) , manquait plus pour encadrer les loufiats
bas de gamme de bons contremaîtres, des
hommes de main ad'hocs. Riquet la gachette,
Kiki la roulette ne firent qu'un court passage
avant de se faire descendre dans un rade pourri,
moi-même dans la même embusque fut couché
comme un lapin et troquais la sulfateuse pour
deux béquilles et un rocking-chair. Ce fut «
Jean-Claude dit l'oloronnais » qui lui succéda
assisté de « Raymond
la Touchette » un
pharmacien reconverti, ainsi nommé pour
préparer ses gars en les faisant cavaler le torse
droit; les bras collés au corps, le flingue tenu à
deux mains puis slalomer sans se faire toucher
par des tirs à balles réelles entre deux rangées de
camélias, encore « Popaul oiseau des rêves »
(de Bizanos ) le spécialiste de la charge genoux
hauts façon foulées d'athlé, bonnard avec rien
dans les pognes mais casse-gueule avec les bras
chargés. Tout cela en vain, ça commençait à
gamberger dur sous les crânes chauves. Ça
sentait de plus en plus la poudre, pas un qui
pouvait pioncer en fermant les deux yeux, le
moindre pétard de fête foraine les faisaient
défourailler, le claquement d'un bulle de
chewing-gum à la bouche de leur moutard leur
montait le palpitant à trois cents. On sentait le
baston familial imminent, on matait son frangin
comme on aurait maté le dernier des enfoirés de
la turne poulaga. C'est à ce moment là, quand la
tension atteint son point culminant ( je pense
qu'il s'agit de Francis " le dentiste " qui n'était
- 79 -
-
pas à une idée de génie prêt ) que quelqu'un dit :
"Je crois que j'ai l'homme qu'il nous faut, un
malin qui se fait jamais choper par les gros bras,
un causeur qui connaît le métier et peut
t'endormir si tu lui laisse en aparté le plus infâme
des salopards, un qui tient du rital à sa manière
de parler avec les pognes, un qui cavale les
genoux hauts (qualité comme vous le votez alors
fort prisée) et qui possède le gène des gonzes qui
ont l'habitude de vivre au milieu des bombes…"
Si ce n'était pas un palestinien ni un irLandais
(chose rare en nos contrées) ce ne pouvait être
qu'un Basque ? Ce fut effectivement un Basque
qui fut chargé de mettre fin à cette maudite
prohibition , en l'occurrence " Pétrus l'essuieglace". En fait de glaces, ce fut plutôt les plâtres
qu'il essuya, 82 fut un cimetière comparable aux
années précédentes, le stock de bibines nous
échappa, on avait élu un président socialiste pour
que dalle, lequel nommé François lourda
d'ailleurs cette année là tous ses ministres
communistes qu'il jugeait trop suspendus à ses
Basques. Est-ce en représailles et pour rétablir
l'équilibre sur la balance que notre boss un autre
François ("Je mets six noms dans mon chapeau
etc..etc…") qui était plutôt communiste, lourda le
Basque?…Et que commença dès lors une
nouvelle traversée du désert, juste après l'horrible
époque des règlements de compte. Leur liste est
hélas fort longue, nous n'ajouterons pas à la
peine des familles en invoquant leur mémoire,
nous nous bornerons simplement à parler des
rescapés ce qui est bien plus réconfortant,
puisqu'il est prouvé que dans le long
cheminement du vivant toute malheureuse
disparition libère heureusement une place pour
un nouvel occupant, une niche écologique,
comme on dit aujourd'hui, ne restant jamais
inoccupée. On emporta le dernier, « Nonos les
bons tuyaux » l’adepte de la cerise sur le gâteau
vers de discrètes funérailles, avec comme
préposé aux cierges « Pierrot le calve » ,
balanceur d’ostensoir « JP de la Mondiale » en
pied de bénitier et Robert dit « La quincaille » à
l’harmonium !
Qui étaient-ils donc ceux qui durent reprendre les
rênes de ce cahotant attelage et continuer à
alimenter les espoirs et les rêves du peuple aux
abois? (…à suivre)
- 80 -
"Massey Ferguson"
A qui pouvait-on le comparer ou plutôt à quoi ?
On n'avait pas fini de se poser la question que
la réponse instantanément survenait : à un
engin tout terrain, tous climats, tout temps qui
trace direct sa route.
- A un tracteur ?
- Exactement, à un tracteur. Et quand je dis
tracteur faut pas vous imaginer un petit outil à
torcher les pelouses, un scarabée rougeâtre
que la moindre taupinière peut renverser, hein ?
H.C.L., c'était un bi - trisoc qui vous retournait
huit pas de terre sans frémir, passait en suivant
la herse et simultanément le semoir. Ça roulait
droit, enquillait les sillons comme des perles,
écrasait et l'insecte et la pierre sur son passage,
tout cela dans un nuage de fumée pétaradant, le
tout conduit de main de maître.
Et s'il faut pour terminer parler justement de
cette main, vous revenaient en la lui serrant, les
paroles de Cervantes dans Don Quichotte,
paroles qu'il aurait parfaitement pu alors vous
dire :
-" Prenez Monsieur cette main, ou pour mieux
dire, ce bourreau de tous les méchants de la
terre, prenez cette main vous dis-je.... Je ne
vous la donne pas afin que vous la baisiez, mais
seulement en intention que vous regardiez
l'entrelacement de ses nerfs, la liaison de ses
muscles, la largeur et l'épaisseur de ses veines;
d'où vous tirerez quelle doit être la force du
bras qui à une telle main."
- 81 -
"Bonhomme Michelin"
Merde, t'as des mecs commacko, un peu ronds,
un peu balourds, plutôt bouffis aux voix
grumeleuses, un tantinet acerbes, peut-être aigris
à moins qu'ils ne soient rebelles, des mecs qui
vous toisent en claironnant que la chienlit du
monde ne les empêchera pas tracer de leur route
et que la noblesse de l'âme ne se mesure pas au
tour de taille : Paulo était de ceux-là
S'il lui fallut passer sous les fourches caudines,
broyer du noir , brouter le gazon et se torsader
l'échine de bon pilier qu'il s'était résolu à
être, il conserva au coeur ce rêve, ô combien
inassouvi, de surgir au regard ébloui du monde
tel un danseur dans sa lumière.
Ainsi, t'as des mecs commako que l'on pourrait
croire trop lourds pour prendre ces ascenseurs
qui rejoignent les nuages, mais que stupéfait
l'on découvre s'envolant comme de rutilants
ballons rouges !
- Attention, Paulo, en haut ça peut péter !
- Te frappes pas, petit, te frappes pas. Paulo, il
maîtrise !
- 82 -
"Lingerie fine"
Nous ne savions pas très bien en entendant le
bon mot d'un spectateur qui s'était voulu
spirituel (si, si, un spectateur spirituel, ça peut
exister quand il a fini de glapir comme au sortir
du ventre de sa mère ), nous ne savions donc pas
si nous devions en rire ou en pleurer :
- A l'arrière, il me fait penser à une pince à
linge égarée dans l'herbe, une pince à linge qui
se serait décrochée de son fil .
Nous choisîmes d'en pleurer...
Quoique... A bien mater ses cannes , il y avait
quand même un peu de cet ustensile dans " le
Gège" , mais de là à dire qu'il semblait décroché
de son fil, je ne suis pas du tout d'accord. Moi
qui l'ai un peu connu, le beau linge, il savait ne
pas le négliger et ne le laissait pas souvent
s'échapper s'il avait le malheur de passer à
portée de pince...
De fil en aiguille, un autre élément que je
voudrais préciser à son sujet : quand bien
même il avait le jarret fin et la cuisse non
moins, il savait cependant vous tricoter de
superbes envolées. Et lorsqu'il mettait le grand
braquet, une maille à l'envers, une maille à
l'endroit, il en habillait plus d'un pour l'hiver,
comme on dit.
Et pour finir d'aiguille en fil, Gège intercalé en
bout de ligne - ou en bout de corde, c'est
comme vous voulez - les ennemis, c'est à celui
de l'épée qu'il les passait !
- 83 -
"Grand Prématuré"
Attention talent, attention génie, le style de mec
que quand, par inadvertance, tu marchais sur ses
godillots pouvait sans vergogne te dire :
- Passant, arrête ici ton pas. Sens pas que tu
foules un héros ?
Avant qu'il n'illumine de ses courses chaloupées
et de ses crochets courts tous les stades de la
planète du Cap à Sidney et de Twickenham à
Cordoba, il fit gicler auparavant l'herbe de
Croix du Prince.
Sauteur, passeur, puncheur, accélérateur à l'âge
où d'autres commencent tout juste à saisir que le
ballon n'est pas tout à fait rond, il possédait
déjà la panoplie du sérial killer of the stade et
toutes les stratégies du parfait comanchero qui
ne doute de rien, tous
les artifices de
l'enchanteur qui ponctue son chemin de tours
de passe-passe...
Quand la grâce ainsi s'incarne, ça vous file
comme un coup de mystique. Vous finissez par
vous convaincre qu'il est
d'insupportables,
insondables
mais
non
moins éclatants
mystères et qu'il ne sert à rien d'en vouloir
expliquer la cause...
Pourtant, Lolo, moi je connais son père et il
n'a jamais été charpentier ?
S'appelle pas
davantage Joseph…
Faudra que je regarde du côté de sa mère…
- 84 -
" Fais en cieux ce que tu fis sur terre..."
Féfé, t'es plus d'ici mais je t'écris quand même,
te l'envoies ma lettre tout en haut du haut, là où
t'es. C'est pour encore te faire rire, car sûr que
tu te marres toujours.
Tu t'en es allé en te couchant dans l'herbe, la
main sur le flanc, comme un enfant essoufflé
qui aurait trop joué, un enfant que tu avais
toujours été. Rouspéteur, râleur, tu
l'étais
sacrément petit prof. ! On ne t'aurais jamais
empêché de réussir ta giclette sur le côté, tes
échappées furtives entre deux ombres, de pousser
tes aboiements excédés afin d'obtenir ce jouet
que les avants confisquaient trop souvent. Ceuxlà, les gros, tu les aimais pourtant bien, mais
question spectacle tu trouvais qu'ils se la
jouaient trop souvent perso et monotone, hein ?
T'aimais trop la vie qui bouge et tu ne pouvais
la quitter que comme ces enfants qui jouent dans
un pré et se font la valise le ballon sous le bras
( pardon, aussi le majeur levé en matant ces gros
cyanosés qui les poursuivent), tu ne pouvais la
quitter que dans la grande et lourde ombre de
François, de Paulo, de Riton, debout comme de
grands couillons....
- 85 -
"Angel face"
Dans ces vestiaires un peu silencieux, de "
Gueule d'Ange " on ne pourrait garder que ce
sourire pâle, cette larme qui stagnait à la
paupière juste à la bordure
de l'émoi
innommable, cette interrogation du regard qui
quémandait un mot, un seul mot qui l'aurait
réconforté.
Instant rare, si rare : regrets ou remords ? Les
deux sans doute, l'après d'un geste qu'il n'avait
pas su offrir, d'un voyage qu'il avait peut-être eu
peur de faire, Philippe avait parfois de ces
peines d'enfant qui n'a pas atteint ce magique qui
fondait son âme : une rencontre où l'on avait
mal vécu, un match où son talent n'avait su
éclabousser de flammes vives l'espace, et c'était
comme une douleur là au fond du fond du bruit
de fond.
Un peu comme le vol d'un ange qui se serait
emmêlé les ailes, un ange malheureux qui
douterait de l'existence même d'un Dieu…
Ça arrive à tous les anges, vous savez…
- 86 -
"Ballon prisonnier"
Bon d'accord, il en ratissait suffisamment pour
se permettre d'en gâcher quelques uns, et
d'ailleurs pas un de ses coéquipiers ne se serait
permis de lui en faire grief.
Bon d'accord, chacun d'entre nous comprenions
bien que la fatigue aidant, la fébrilité le gagnant
dans les moments cruciaux, le manque
d'habitude aussi - car remuait plus de viande
que tous les fainéants réunis de chez Lahouratate
comme disait Jeannot Azens de Mazéres - qui
pouvait
occasionner
quelques en-avants
inopportuns, bon d'accord…
Mais quand même le "Nèche", des fois, il
faisait fort. Tellement qu'on se souvenait pas
depuis quel match il avait réussi à en attraper
un !
Bon d'accord, on comprenait bien que lorsqu'il
le tenait, il avait du mal a s'en séparer, que la
passe ne lui était ni affectivement ni
techniquement un geste aisé et que c'était
pour lui un véritable crève-cœur que de devoir
s'en séparer.
Tout cela expliquait donc que " Néche" ne
pouvait achever sa course que soit en
touche, soit dans l'en but-adverse, toujours
enfoui sous une palanquée d'adversaires.
Bon d'accord, on savait et on comprenait tout
cela. N'empêche, le "Nèche", parfois il faisait
fort avec le ballon !
-" Comment, sans ?…Ouais, sans le ballon, s'tu
veux… "
- 87 -
"Il profesore" (bis)
Pratiquer un sport lorsque l'on est soi-même
prof d’éducation physique offre bien sûr
l'avantage pour le pratiquant de ces deux
disciplines de savoir de quoi il parle et donc, sur
le plan théorique de dire beaucoup moins de
conneries que la majorité des adeptes de
l'une seulement de ces ceux disciplines. Par
contre sur le plan pratique, son savoir ne lui
est que de peu de secours, parce que, excepté
quelques contorsionistes de génie (voir à la
rubrique prof de gym, C. Pétrissans) qui
parviennent à agir tout en s'auto-analysant, la
plupart doivent comme tout un chacun
concentrer leur énergie à peaufiner le geste
technique, gestuelle que la théorie trop
souvent hélas est impuissante à rendre parfait
(voir à la même rubrique prof de gym,
A.Sarragné)
Cette entrée en matière me semblait
nécessaire pour mieux vous situer notre homme
susnommé qui n'échappe donc pas à la règle des
professeurs. A savoir, faites plutôt ce que je dit
que dire ce que je fais. Non qu'il n'ait été un
féroce agissant, un demi de mêlée robuste et
perforant, un animateur qui ne donnait pas sa
part au chien, mais la propension de sa fonction
civile à mener les hommes comme il menait
ses élèves en leur assénant les quatre vérités
du petit livre vert pouvait à certains moments, à
certains
moments seulement, le faire
ressembler à Claude Pétrissans, ce qui vous en
conviendrez revient à dire que l'auditoire était
condamné à simplement ouïr. Comment ?
Parfois il vous faisait penser aussi à Dédé
Sarragné quant à ses passes ? Et à Jean-Pierre
Peys pour le…
Non là, je pense que vous extrapolez. Cela
reviendrait donc à dire qu'il n'y a pas d'individu
unique ? Que n'importe quel prof de gym
possèderait les mêmes gènes que tous les autres
profs de gym ? Qu'il ne serait que les clones du
BruDeleplaceConquetVillepreuxtosaure ?
Au secours, Christian, j'ai fait un cauchemar !
- 88 -
"God save
the Queen"
"L'Anglais", ainsi qu'on le surnommait, avait il
est vrai un faux air du redoutable flanker
écossais Jeffrey, le requin blanc.
Osseux et blanchâtre tel un revenant des
Higlands, la course rustique avare de superflu,
genoux haut perchés et compas grand angle, le
torse raide comme un officier de la garde royale
qui aurait peur de perdre son bonnet, il ne se
départissait jamais de ce bon vieux flegme que
l'on prête aux rejetons d'Albion. Que tonne le
canon, que crépite la mitraille, l'oeil bleu audessus du carnage, il toisait la multitude ! Car
contrairement à son sosie écossais, notre "
Anglais " à nous se serait même pas sali le bout
de l'orteil, jamais se serait bleui la pogne pour
des querelles de chenapan.
Nous prîmes souvent son sublime mépris pour
les affrontements hors normes - qui était
pensions-nous, le fin du fin de la maîtrise de soi
- pour une de ces nobles attitudes qui
honorent l'humain et dont, par amitié interposée,
nous étions très fiers. Mais certains jaloux
chuchotèrent bientôt que la distance qu'il prenait
avec la violence trouvait banalement son
explication dans un déficit visuel.
- " L'Anglais, il a pas tout vu ", répétaient-il à
satiété, ce qui dans leur bouche sous entendait
que privé de ses lunettes celui-ci aurait erré sur le
terrain, cherchant vainement, guidé par le son, à
se rapprocher de l'action.
Etait-il donc possible que ce que nous avions
pour un détachement souverain et self control
higt quality, ne se soit révélé être qu'une
minable myopie héréditaire ?
Pas possible, pas possible...
- 89 -
"Interligne"
L'entraîneur :
- " Voyons Alain, je conçois que la ligne
droite... Oui, la ligne d'avantage... Okay, okay,
la ligne d'horizon, je vois.. Ouais bon, garder la
gonfle, pas la donner ... Je sais, la ligne droite...
La ligne d'avantage .. La ligne de flottaison...
La ligne de démarcation... Pourquoi pas la
ligne Maginot ? …Mais quand même des fois...
Pas donner ?. . D'accord, la ligne de vie... La
ligne de coeur... La ligne bleue des Vosges
aussi, non ...Oui mais des fois la ligne ment, hein
( Ouaf ! Ouaf Ouaf !)...
Trève de plaisanteries, Alain, Merde, ce ballon
tu devais le filer sur un pas, c'était un trois
contre un, je ne sais pas si tu vois ?... Quoi ?..
T'as vu la ligne blanche? ... Oui, la ligne de
but ?... Alors là, rien à dire...Moi, démission..
Moi pas comprendre…Moi plus entraîneur… Me
reste plus que la pêche à la ligne."
- 90 -
"Docker
Sètois"
Le cubique sètois offrait la rare particularité
d'être
plus costaud que méchant, même
bigrement plus costaud ( il l'était très) que
méchant ( il ne l'était pas du tout ! ), ce qui ne
lui posait aucun problème ayant parfaitement
fait cohabiter ces deux composantes sans
provoquer en son être profond de quelconques
états d'âme.
Il n'en était pas de même par contre d'autres
personnes qui étaient amenées à le côtoyer, à
commencer par les vénérables responsables du
club qui s'ils n'auraient supporté qu'il perde
quelques kilos ou centimètres, auraient par
contre vu d'un bon oeil le fait qu'il se transforme
sur le terrain plus souvent en ce personnage
des séries télévisées, l'incroyable homme vert,
Hulk pour ne pas le nommer, et répande ainsi
la terreur dans l'équipe adverse. Ils mirent du
temps à comprendre que ce rêve leur ne serait
jamais réalité...
D'autres encore qui eurent du mal à se remettre
de la fréquentation de notre " Grand Pacifique ",
certains de ses teigneux vis à vis, affreux
secondes lattes version
avant-guerre, qui
n'acceptèrent jamais que possédant une telle
masse il ne s'en serve pour les assommer, chose
que vainement ils tentèrent de provoquer sans
pouvoir obtenir en réponse autre chose qu'un
sourire désarmant. Un peu comme dans ces fêtes
foraines où l'inévitable punching-ball sur lequel
se défoncent abrutis punkoïdes percés, skins
rasés et rangerisés ou beaufs rigolards ayant
laissé leur doberman à la maison : l'engin
inusable, que même quand tu tapes dessus avec
une masse de cheminot poseur de rails, continue
de te larguer de sa voix caverneuse :
- "Même pas mal !"
T'as des mecs comme ça qui même en plein
hiver lorsqu'il gèle à pierre fendre se baladent
vêtus de leur seul calbuth en sifflotant "Y a
d'la joie, bonjour, bonjour les hirondelles, y a
d'a joie, partout y a d'la joie !".
- 91 -
"Visiteur
médical"
Difficile de trouver un défaut dans cette
cuirasse. Net, propre, réglo, bon copain, bon
équipier, bon joueur, plus tard bon époux et
bon père, Il fallait se lever de bonne heure pour
en extraire un travers. J'ai mille fois fait le
tour de l'individu sans parvenir â déceler la
moindre faille. Courageux sauteur ( sens large )
plus qu'honnête, manieur de gonfle satisfaisant (
pouce bandé à l'élastoplast), dur au mal ( les
genoux toujours enrubannés ), pas trop fainéant
au baston, le presque parfait seconde latte en
somme. S'empaquetait un peu trop dans des
velpos ? Manquait un peu de taille ? Non rien,
je ne trouvais rien. C'était le fils du Président ?
Coûtait cher en bandes collantes ? Et après...
Tout ça glissait sur lui comme la margarine sur
une Tefal, non rien à dire de foireux sur lui, je
vous jure. Il
y avait bien cette histoire
d'élastoplast... ? Louche ! Finalement, on savait
qu'il
y avait cette histoire d'élasto, mais
personne n'avait vraiment cherché à savoir.
Pourquoi ? Mystère ! Sûr qu'il avait quelque
chose à cacher ? Mais quoi ?...
M'est avis, qu'il faudrait rouvrir le dossier. Un
mec comme ça sur lequel on ne peut rien dire
de mal, même pas pouvoir se moquer un
chouïa, c'est pas normal, je vous dit, c'est pas
normal...
- 92 -
"Blouse blanche"
Ben v'la, c'était un parigot quoi Un Puciste en
plus, vieux déconneur, va Style shobizz,
Mesnel, Laffond en moins naze, et leur noeud
pap's là ou vous pensez, bien sûr.
Car Claude c'était quand même la taille bien
au-dessus, format XXL quand s'en venait en
bout de ligne. Chapeau l'artiste, passez beau
militaire, tiens voilà du boute en train !
Comme dans un jeu vidéo on matait cet homme
en blanc strier l’espace de sa course droite,
une évidence absolue enfoncée profond au
coeur des doutes minables et des mesquines
incertitudes, la fluidité d'une nuée enroulée de
soleil survolant la mitraille.
Sur le tard il frisa ses cheveux, on crut voir
renaître Mozart, avant qu'il ne se fende d'une
moustache de grognard napoléonien , c'était
Cambronne!
Vous dire le déconneur !
- 93 -
"Longues de comptoir"
Le plus génial inventeur de mouvements
collectifs issus d'un crâne qui n'était pas encore
chauve mais qui n'allait pas tarder à le
devenir, because ça phosphorait dru dedans :
Lépine à côté, c'était de la roupie de sansonnet !
L'avait pas son pareil pour vous concocter
des combines que même vous auriez mis six
mois durant le gang des spécialistes Bru,
Deleplace, Quilis, Conquet et Villepreux à se
pencher sur le problème y z 'auraient renoncé
avant de frôler l'overdose. Non, non
les
combines à Mimi c'était pas de la bibine, ça
fleurait bon le grand cru millésimé. Voulez
un exemple ?
Bon… Le 10 part droit, s'empare du ballon semilancé. A la réception il crochète extérieur et dans
le même mouvement passe à son centre, tout en
continuant sa course vers lui. Le centre se
bloque dos à l'adversaire, fait mine de donner
intérieur à l'ailier venu du côté fermé, sert le
10 qui l'a redoublé lequel poursuit sa course en
travers simule une croisée avec le deuxième
centre et va chercher tout au fond d'une longue
passe l'arrière venu à hauteur, etc…
Je ne me souviens plus de la fin. Ceci n 'était
bien sûr que le schéma de base qui comportait
une série de variantes qu'il mettait en pratique
selon les fluctuations du Q.I. de la ligne de
défense adverse.
Quand Mimi vous expliquait cela en tirant un
demi dans son troquet, fallait ni l'interrompre
ni le contrarier, sinon le demi, supposez que
vous le commandiez à huit heures, vous ne le
buviez qu'à minuit. C'est dire la complexité de
la combine …Et le risque que l'on prenait à
vouloir lui couper la parole. Combien
de
quidams a-t-on retrouvé exsangues au pied du
comptoir vers les six heures du mat' ( obligé
d'appeler le SAMU ! ) pour cause de
déshydratation sévère ? Disait que c'était pas sa
- 94 -
faute et même faisait mine de les pousser du
balai sur le trottoir argumentant qu'ils s'étaient
simplement enrhumés sur une vieille feinte de
passe.
Et que des mecs comme ça ils tenaient
vraiment pas la route, que même il en voudrait
en face de lui, sur le terrain, tous les
dimanches…
- 95 -
Bon anniversaire
pour une centenaire
Cent ans d'histoire pour les
verts et blancs
Près du château et de son roi bienveillant.
Cent ans d'histoire pour ces verts galants
Au pied de Jurançon et de son nectar blanc.
Cent ans d'histoire et de regards chantants
Sur ces Pyrénées et son long manteau blanc.
Cent ans sans guerre avec des Anglais avenants
Lorsqu'il découvrirent ce doux coin charmant
Pour y installer leur culture et le sport du
nouveau temps.
Au rythme de week-ends rayonnants
Naquit la Section et ses Princes blancs;
De balle ovale, le Béarnais devint un fervent,
Trois titres majeurs accompagnèrent cet
engouement.
En diverses sections elle se structura
patiemment,
Afin que le Beth Ceü de Paü la regarde
majestueusement.
La vie sportive s'écoula gracieusement,
Sur ce coin de France ou le béret se porte
délicatement
Pour rappeler qu'il y a ici un passé comme doux
présent
Et qe ce symbole on l'arbore fièrement.
De joutes sportives le Palois est friand
Ses héros, il les regarde tendrement
Pour scruter l'œil de ses chevaliers servants...
Alors Patou, Nano reposez tranquillement,
Le Bearn aime et contemple longuement.
Tes Princes n'ont jamais porté la croix longtemps
Préférant se réfugier dans le hameau de leurs
pensées d'antan,
En attendant curieusement le stade de leur Papa
brillant
Afin d’y voir éclore de nouveaux printemps.
Salut Section une partie de mon cœur d'enfant
T'accompagne avec passion, et croit encore dans
ses Princes blancs.
Texte de Mimi Agest.
- 96 -
"Le lièvre et la tortue"
Cui- là s'en serait revenu comme on dit au
pays tel l'enfant prodigue pour y couler son âge
d'homme. Aussi ne fit-il qu'une brève apparition
sous le maillot vert et blanc, suffisamment pour
nous gratifier de quelques sublimes gestes, de
ceux qui en firent un champion de France sous
la tunique bèglaise.
Heureux qu'il fût de jouer chez les damiers
avant que quelques fêlés de la tribu Rapetout
n'inventent la tortue, ce mouvement grégaire
d'étouffe-chrétien et déprime-trois quarts : je
doute qu'il n'eut goûté la chair de cet animal.
Car Coco c'était plutôt pointes de satin et tutu
collant, passes dans un fauteuil et roulettes pour
le confort, sourire Colgate, pas de protège
dents seulement les gencives Vademecum .
Plutôt une fugue de Chopin que la gross' charge
de Wagner, si vous voyez ce que je veux dire !
Faudrait pas croire pour autant qu'il vous tendait
la joue à chaque levée : c'était aussi oeil pour oeil
ou plutôt dent pour dent quand il fallait, mais
toujours dans le registre classieux comme vous
pouvez vous en douter. Une valise vite faite au
bout de ses jambes de héron et il vous remettait
le compteur à zéro : à son époque, chez les
bèglais, pas besoin d'appeler les gros et jouent
de leur tortue pour vous en retourner vaincus .
Tout cela a bien changé mon brave, tout cela a
bien changé !
- 97 -
"Camel Trophy"
La peau, le poil et l'oeil noir, il fixait l'horizon
tel un bédouin du haut de son chameau, le corps
bien droit, de dune en dune, et avalait l'espace
sans moufter : le Rit's vous aurait fait un
malheur dans "Lawrence d'Arabie", séquence
du tiercé entre deux oasis.
Mais trêve de racisme sordide, de xénophobie
primaire, de
discrimination abjecte et
repoussante, là n'est pas mon propos et loin de
moi le désir de me moquer de ceux qui ne nous
ressemblent pas.
Le Rit's, donc, c'était plutôt le style guide des
caravanes, les chacals aboient mais c'est kifkif, les scorpions je m'en tape et les rezzous
pillards pas moins, ce soir au bivouac on se
mate peinards la danse du ventre. Le Rit's
c'était la sérénité des grands déserts, la fluidité
du Simoun, la sobriété des camélidés...
Mais, pitain, pourquoi ji reviens sur ci sijet
scabreux…
Finissons-en Riton était bien de Gelos, rien à
voir avec l'Afrique du Nord, et c'était un sacré
lascar de troisième ligne tellement racé qu'on
aurait dit qu'il déambulait en babouches, burnous
et djellaba dans la Kasbha pendant que les
mouquères…
Voilà, ça me recommence…
- 98 -
*
"Ça plane pour moi"
Bubu, son
truc, c'était la touche. Là,
intouchable…
Le décollage ascensionnel chez lui ? Made
in Dassault, breveté Supercopter. Ooah ! c'est
quoi cette ombre qui plane là-haut ? Fallait
pas le chatouiller là-dessus, Valentin le
désossé ! Supportait pas qu'on puisse ne seraitce que supputer qu'il y avait une faille dans ses
sauts.
Aussi n'était-il pas rare d'apercevoir, certains
soirs d'après match, sur le trottoir, à la sortie
d'un bar ou d'un restau, un grand escogriffe à
la mèche blonde ( quelques années plus tard au
crâne poli ) expliquer à ses minables détracteurs
que sur ce sujet ils avaient tout à apprendre.
Quand on parlait de la touche, on parlait de la
touche !
- Ouais, mais si le mec saute en avançant ?
- De quoi en avançant ?
Trois heures du mat' : Bubu plaçait son
lanceur à cinq pas, s'installait fléchi les mains
sur les cuisses, attendant que s'inscrive dans le
ciel étoilé la trajectoire d'une simple boule de
papier...
Quatre heures du mat' : sans doute y eut-il
quelques vioques insomniaques qui, jetant un
oeil distrait par la fenêtre et au regard de ce
qu'elles virent, ne purent s'empêcher de réveiller
leur ronflant compagnon :
- Chéri, viens voir vite ! C'est quoi cette forme
accrochée à la lune ?
- Rendors toi ma mie, rendors-toi, tu as du faire
un cauchemar !
- 99 -
"Arsenal et
petites
dentelles"
Croire
qu'entre
pyrénéens existe une franche et solide solidarité
gémellaire est une grave erreur ethnologique, il
n'en était que d'observer les Tarbais, Lourdais
ou même Oloronais transportés de rage à l'idée
d'affronter les Palois. Ceux-ci d'ailleurs le leur
rendant bien, leurs
rencontres dominicales
faisant davantage penser aux génocides des
premiers temps qu'à des repas de première
communion.
Aussi lorsque l'un de ces joueurs du fief ennemi
s'en venait rejoindre la Section on avait tôt fait
de le regarder du coin de l'oeil en se demandant
si c'était de l'art ou du cochon ! Et ce tarbais-ci,
lui que le Stado avait confiné au poste d'ailier,
avait de plus la prétention de briguer une place
au centre ? On aurait bien voulu voir ça, un
bigourdan, un ailier bigourdan qui avait la
prétention de
s'imposer au centre ! Le
Bigourdan, en Béarn, on n'en utilisait qu'un,
c'était une espèce améliorée de poêle à bois fort
prisée au fin fond des campagnes, alors vous
pensez !
Trois mois après son arrivée la plupart des
méfiants regrettaient leur petitesse d'esprit, le
Tarbais étant vraiment un joueur de haute
lignée.
Mais subsistaient encore quelques irréductibles
grognons, quelques forcenés chauvinas qui ne
pouvaient, contre vents et marées, s'empêcher de
poursuivre leur diatribe :
- Trouvez pas qu'il a cette manière des Tarbais,
celle de sautiller comme des donzelles ? Et pour
- 100 -
plaquer, merci ! L'as pas du mettre souvent les
pieds à l'Arsenal!
Des cons, quoi !
Quoique pour la défense ?...
- 101 -
"Les trois frères"
Ici
il
faudrait conter l'histoire de trois
nourrissons que leur père il les aurait trempés
dès la naissance dans une potion composée
d'approximativement les ingrédients suivants :
- Huit litres de bouillon de sueur de huit gros
avants bien essorés et quelques maigres gouttes
de sept trois quarts à peine essoufflés.
- Une brassée d'herbe de Croix du Prince
(petite herbe merdeuse et tignouse qui n'a rien à
voir avec celle que l'on implante aujourd'hui
sur les stades comme cheveux sur un chauve)
- Une barde de cuir de boeuf taillée en ovale.
- Assaisonnements divers tels qu'Algipan,
Synthol, Dolpyc et huile camphrée à volonté.
En trempant le premier dans le mélange il le tint
tête et pied coincés entre pincettes, ce qui fit qu'il
fut un peu râblé mais bougrement bondissant.
Les deux autres, il les baigna en les prenant
simplement par les pieds ce qui fit qu'ils eurent
une silhouette plus efflanquée, avantage
morphologique qui leur permit plus tard de vous
filer entre les doigts telles des anguilles.
Toujours est-il que tout trois portèrent dignement
ce maillot vert et blanc dont la mère, c'est
certain les avait dès leur premier bain aussitôt
revêtus: de là à penser que c'était leur grandmère ou même arrière grand-mère qui, bien
avant qu'ils naissent, avaient tricoté la layette ?…
- 102 -
"Berde e bIu"
A l’époque où le Rugby n’était pas encore
professionnel, quand on jouait à la maison, on
avait le droit d’y dormir.
Ce n'est que quand le Rugby est devenu moderne
que nous sommes allés dormir à l'hôtel à 500m
de chez nous. Ça nous a permis de connaître
l'étrange sensation de jouer à l'extérieur à
domicile, ce qui vous en conviendrez n'est pas
banal.
Pour le reste, les week-ends à l'extérieur, on nous
conduisait dans des hôtels de zones industrielles
proche d’un péage d'autoroute. Comme ces
hôtels étaient généralement du même groupe ils
étaient tous semblables et comme on y mangeait
toujours le même repas (carotte, rôti sauce,
patate carrée, yaourt) on finissait par se sentir
chez soi à l'extérieur.
Il n'était pas rare à l'époque, d'amener avec le
groupe un tout jeune, un bleu. Le gag consistait à
lui faire partager la chambre d'un de nos
phénomènes, le plus souvent un terrible ronfleur,
ce qui faisait rire tout le monde quand le matin le
bleu arrivait avec une gueule de nuit blanche. Si
le jeune était 3/4 centre, il était habituel de lui
faire passer sa première nuit avec Castoche. Le
jeune y voyait une faveur, un quasi-parrainage.
Jusqu'au réveil.
A six heures du matin Castoche allumait la
lumière, ouvrait les fenêtre en grand (quel que
soit le temps) et commençait sa gym par de
profondes inspirations et éructations. Il s'en
suivait une série de mouvements, étirements,
postures, abdominaux, pompes etc... Castoche
n’a jamais été du style a s’impliquer à moitié ni
avant, ni pendant, ni après un match.
Combien de jeunes bleus ont-ils pensé qu'il était
nécessaire, pour faire une aussi brillante carrière
que la sienne, de réveiller son conjoint en
inspirant 5 litres d'air par une seule narine à 6h
du matin soit 9heures avant le match ? Et
combien ont du se sentir obligés de sortir de leur
lit douillet pour participer, toutes fenêtres
ouvertes, à une séance de gym collective ?
- 103 -
"Bruel"
Parler seulement du petit Michel n'est pas chose
facile tant il semblait n'être que le plus extrême
prolongement d'une famille toute entière
consacrée à l'exercice physique, d'une famille
dont on se plaisait à imaginer la crèche
encombrée de javelots piqués au mur, d'abat-jour
en disques d’athlé, de couloirs barrés tous les
trois mètres de haies de pentathlon, la cuisine
striée d'espaliers au milieu des casseroles, d’une
corde à grimper ou d’une perche pour accéder
aux chambres, sans parler du salon coupé en
deux, en haut par un filet de volley, en bas par
une barre de danse, du grenier toiledaraigné de
poids et poulies, du jardin cerné d'une mini piste
en tartan etc…avec le père, Popaul un chrono à
la main et la mère Janine un bloc sous le bras. A
leurs pieds, trois moutards en couches-culotte
lancés à quatre pattes vers un seul biberon…
Ce qui fit qu’à peine vingt ans, le deuxième de la
fratrie dans ses grands jours, ballon sous le bras à
la manière d’un discobole, pouvait en appuis
courts vous effectuer une relance de son en-but,
enchaîner douze foulées de hurdler
pour
atteindre la ligne médiane, feinter une passe
d’un ballon tenu à bout de bras façon lanceur de
javelot, continuer sa course en déployant le
compas d’un coureur de 400m et finir dans l’enbut adverse par un triple salto arrière. Il est je
pense inutile de vous décrire l’Etat Interrogatif
Mental (nommé parfois l’ E.I.M., à ne pas
confondre avec l’E.I. applicable uniquement aux
avants) de ses amis trois –quarts, figés cinquante
mètres en arrière.
Par contre, dans les tribunes il était quatre
visages épanouis, quatre silhouettes qui
hochaient la tête d’un air entendu.
- 104 -
"L'émule du pape"
On pourrait regretter que l'évolution de la vie
ne puisse faire
l'économie de cette
complexification toujours plus grande
de
chacune de ses composantes qui fait…qui fait…
qu'une chatte n'y retrouve plus ses petits ! Les
règles de ce jeu de rugby ne font pas exception
et les strates successives des nouveaux articles de
lois que les législateurs déposent dans les
missels du Board, recouvrent peu à peu jusqu'à
la faire disparaître, cette primitivité originelle
qui en faisait le charme
Aussi, avec " Pésou", était-il réconfortant de le
voir attaché viscéralement à cet archaïque
conservatisme des anciens temps et défendre
pied à pied - c'est bien ici le cas de le dire - ses
positions : avant lui il y avait eu la mêlée, avec
lui il y avait la mêlée et après lui il ferait tout
pour qu'il en soit de même.
Et quand on dit la mêlée, il s'agissait
vraiment de la mêlée, pas de cet assemblage
approximatif que l'on interdit aujourd'hui de
tomber,
tourner,
tirebouchonner,
vriller,
s'effondrer, relever, etc... tous ces verbes
d'action qu'une règle absurde et fort compliquée
réduit trop souvent au simple " pousser droit, les
épaules plus hautes que le bassin"!
Non, la mêlée devait vivre sa vie là où
l'impondérable, l'insondable, l'inégalité de ses
forces la conduisaient. Un exemple ? Avec
Pésou, même si ça tournait, il considérait qu'il
n'y avait aucune raison de stopper
le
mouvement, vu qu'à un moment donné, la
mêlée cesserait d'elle-même ce déplacement
incongru, que vidé de ses forces et atteint de
tournis, le pack adverse ne tarderait pas à fléchir
avant de s'abattre comme un château de cartes et
qu'à ce moment là " on les-z-y marcherait enfin
dessus pour commencer et qu'au prochain
effondrement c'est à coups de ligots et de la
pointe qu'on les achèveraient"! Il n'y avait donc
jamais aucune raison de ne pas laisser faire la
nature et d'appliquer simplement cette célèbre
maxime qu'un dignitaire de l’Eglise lâcha avant
- 105 -
la Saint Barthélémy (à moins que ce ne soit lors
du massacre des cathares à Montségur, je sais
plus) : " Tuez les tous et Dieu reconnaitra les
siens !" .
J'ai, bien
sûr
volontairement
exagéré
l'exemple, vous l'aurez compris, mais c'était
pour vous faire saisir que les règles autrefois, du
temps de "Pèsou" ou de " Bonbon" c'était quand
même autre chose . La mêlée ne pouvait être que
la mêlée et surtout pas une danse moderne
dérivée du sertaki qu'il est impossible d'arbitrer
sauf à posséder sextant, boussole, GPS… GPS ?
Ouais j'ai dit GPS … Pèsou, merde, ce n’est pas
le nom du pilier !
- 106 -
"Le coucou des
bois"
Avant lui il n'y avait que deux mauléonnais
qui avalent cherché à conquérir le Béarn et à y
être parvenus. Daniel Lamirand long comme
une chingare maigre mais généreux comme du
pain
blanc
et Jean-Louis Taffernaberry
l'oriflamme flamboyant qui vous collait son
sceau au creux du sternum.
« Scand » comme « Scud », et comme son
nom l'indique, possédait le plus fébrile et
intense piétinement qui se puisse imaginer. Vous
l'auriez collé danseur de flamenco équipé de
grolles ad'hoc dans une boite andalouse vous
aurait claqué des sévillanes comme le plus
pur des hidalgos. Frétillant donc, puis capable
d'enchaîner soudain un appui d'enfer qui
pouvait le propulser comme un ressort hors
d'atteinte du plus retors de ses défenseurs. Sans
doute bénéficiait-il de ce gène particulier aux
Basques que l'on nomme pour cela bondissants,
celui qui les rend si précis et si vifs lorsqu'ils se
laissent aller à la danse du verre.
Cette vivacité jointe à sa petite taille en fit durant
quelques années un ailier à la Lizarazu, un
insaisissable lutin des bords de touche qui régala
le peuple des bérets noirs accoudés à leur priedieu.
Juste un petit mot sur les Basques, tant que j'y
suis…Non, je vous en parlerai plus tard…
- 107 -
"Les sept messes basses"
L'esbrouffe ? Non,
Labruffe. Quoique
l'esbrouffe, il connaissait ! Quand il s'agissait de
se faire la malle derrière la mêlée, il ne
manquait jamais, quelques instants avant,
d'afficher une figure de circonstances, celle qui
vous laisse à penser qu'en lui il n'y avait aucune
intention belliqueuse. Le bel enfant sage, et poli
et bien coiffé, bien habillé, le bon petit enfant
de coeur servant de messe à qui on aurait donné
le bon dieu sans confession ! Mais au fond de
son âme ce n'était que conflits et conspirations,
coups d'états et
régicides, une horrible
noirceur que l'adversaire pour son malheur
découvrait bien trop tard : le faux-moine retors
avait sorti sa lame, tailladé le tronc et s'enfuyait
là-bas.
Le pire c'est qu'il reprenait son jeu en endossant à
nouveau sa mine
contrite
de
premier
communiant.
Et pas un qui voyait, derrière lui, sa queue de
diable qui traînait dans l'herbe ! Pas un !
- 108 -
" Festina"
Chez
Maubarthe il y avait un peu de Chaplin, vous
savez quand il lance un clin d'oeil au Kid et
file entre les doigts d'un gros policeman jouant à
cache-cache entre les maisons. Chez Laulhère,
c'était plutôt Buster Keaton, droit et raide,
l'attente sereine et figée, la fuite saccadée un
rien guindée. L'un c'était cent pour cent pur jus,
le courant alternatif AC DC, tu chopes la
décharge avant d'avoir bidouillé le bouton, son
cul au ras du foin le petit mec, ce n'est qu'à la
chevrotine qu'on pouvait l'arrêter, et l'autre
tenait plutôt de l'échassier Landais matant loin
là-bas au-dessus du brouillard surgis du fond des
marécages son maigre troupeau de moutons
faméliques.
Ceci est un aparté qui n'a pas grand chose à
voir avec Maumau et Laulau ( je les appelle
comme çà pour simplifier) mais je ne peux
m'empêcher de le lâcher. C'est au sujet des
dacquois qui vampirisent le devant de la scène
télégénique (Albaladéjo, Lacroix, Dourthe
père, fils et Maryse, Ibanez et Josette la fille
de Maryse, Magne et Lucette ou Mauricette la
sœur de Claude et Josette etc...), faut pas qu'ils
oublient quand même d'où ils viennent, hein ?
Sont pas sortis de la cuisse de Jupiter, mais
justement de deux générations d'individus parmi
les plus arriérés d'Aquitaine qui s'en furent
coloniser des marécages dont personne ne
voulait. Plus pouilleux qu'eux, y avait pas !
Paraît
même que c'est Louis Napoléon
Bonaparte qui au siècle dernier, ému de voir
l'état d'hygiène de ces contrées et l'aspect
particulièrement repoussant des autochtones
décida de bâtir à Dax puis à Eugénie , des bains
pour les laver. Alors quand on les voit
aujourd'hui se hausser du col pour nous
bassiner
de balnéothérapie, ergothérapie,
thalassothérapie,
sources fumantes
antirhumatoïdes (j'en connais un, le géniteur de la
tribu, Claude Dourthe, qui était bossu à 18 ans
- 109 -
- tellement qu'on l'avait surnommé le chameau et qui l'est resté), boues et argiles miraculeuses
etc... ça me fait doucement rigoler. Faut pas
oublier d'où ils viennent, hein, et surtout où ils
croient qu'ils sont arrivés, c'est bonnet blanc et
blanc bonnet. Comme les Basques, d'ailleurs,
c'est pas pour rien si on les a réunis dans le
même comité, hein ?
Excusez-moi, je n'ai pas pu m'en empêcher...
Sortons de nos échassiers et revenons à nos
moutons pour finir : Maubarthe et Laulhère vous
les mettiez côte à côte c'était comme les deux
aiguilles d'une horloge, celle des heures qui ne
bougeait que dans les grandes occasions et la
trotteuse sans cesse en
mouvement.
Me
souviens plus celui qui faisait l'aiguille des
minutes…
Peut-être un Landais ?…Ils sont partout.
- 110 -
"L' île aux enfants"
Casimir, pour les intimes : " Voici venu le temps
des rires et des champs, lala lalala, lalalala
lalala!" Hé oui, Casimir à cette époque là
écrasait
l'audimat
comme Costedoat
l'adversaire!
A vrai dire notre homme ne ressemblait guère à
la grosse peluche empotée qu'adoraient les
enfants. On pouvait davantage lui trouver une
ressemblance avec Richard Le Droff (pas celui
les cheminées mais un deuxième ligne d'Auch
des années 70), la barbe carolingienne, les bras
traînant au sol, lourdes massues prêtes à s'abattre
dans un "han!" de bucheron.
C'est sûr, il aurait pu tourner dans n'importe quel
film de costauds façon Schwartzenegger ou
Stallone, héros de situations extrêmes à la
lenteur inexorable traçant droit leur route entre
les champs de mine ou tirs de missiles sans pour
autant presser leur pas. Et qu'à la fin, lorsque le
héros a achevé sa mission, t'as un petit mec de
rien du tout qui lui tape sur l'épaule et le
remercie, et que lui, rougissant et grommelant, se
détourne humblement juste avant un dernier gros
plan sur ses épaules secouées d'un ricanement
sourd.
Ouais, Casi était un peu comme ça, un bon
Landais quoi.
Quoi ? Un Landais ? Je vous le répète, ils sont
partout. Vous ne les voyez pas mais ils sont
partout…
- 111 -
"Speedy"
Il est sûr que Lolo tapait droit, balançait sa petite
feinte de passe de poulbot frisé à l'oeil rieur.
Payait certes pas de mine mais il savait juger
l'occase véreuse comme le coup juteux
simplement d'un simple coup d'oeil, savait tout
autant vous refourguer un tas de ferraille en
argumentant
qu'il s'agissait d'une première
main ! Lolo, la mécanique, c'était vraiment son
domaine. Et sur le terrain, idem, cela devait
tourner rond comme s'il existait chez lui une
étrange similitude entre le joueur du dimanche et
la profession qu'il exerçait le reste de la
semaine.
Ainsi, tenait-il à la fois de la courroie de
transmission, de l'amortisseur et du feu de
position qui indique de quel côté doit s'orienter
le jeu. Il savait comme personne faire monter les
régimes et si parfois le carbu rendait l'âme ou
bien si l'allumage avait un peu de retard, c'est à
grands coups de gueule qu'il mettait tout le
monde au turbin dans l'atelier. Avec Lolo les
arpettes savaient toujours qui était le patron,
hein ?
- L'était pas plutôt carrossier, Lolo ?
-Carrossier ? C'est possible. Vrai qu'il avait une
drôle d'allure sur le terrain, comme déguingandé,
un peu bancal quoi, tu vois... Ouais, tu as
sürement raison ! Il devait être AUSSI carrossier
mais dans les Landes !
- Ça va !
- 112 -
"Adieu
Poulet"
-Oh ! Jean-Mi, on se les fait ces poulets ?
Au " Béarnais ", Amédée faisait table rase. Avec
"La Pomme" qui était le tenancier du lieu, deux
poulets de grain au casse-croûte entre deux vélos
de chez "Meffre" à réparer, c'était chose courante
! Elle tenait la route notre bête du Portugal à la
stature de hâleur de barquasses sur la plage de
Nazarée. Motivé, il pouvait vous emporter
n'importe quel pilier mais dans un mauvais jour
pouvait aussi somnoler de mêlée en mêlée. Le
Lusitanien est certes ombrageux mais ce que
l'on prenait chez lui pour de la mauvaise volonté
n'était souvent qu'un ras-le-bol légitime né
d'une malnutrition chronique : ce n'est pas parce
l'on a la force d'un Samson qu'il faut s'attendre à
chaque fois à ce qu'il pourchasse l'ennemi pour
lui faire cracher le nom de jeune fille de son
arrière-arrière-arrière grand-mère du coté de
son père. Cela de plus avec le ventre vide, le
steack purée du matin n'étant pour Amédée qu'un
aimable remplissage d’un creux de molaire.
- Hé, Jean-Mi, après ces volatiles, t'aurais pas
une petite entrecôte ? Dessus-dessous, hein, pas
crâmée surtout...
- Fais gaffe Amédée, dimanche tu te fais
Vaquerin !
- Geneu, te reste du fromage du pays ?
- 113 -
"Le maillot"
Chez Desper il y avait du gène de sectionniste
dans ce talonneur là. Le father, trente ans plus
tôt s'était fait le Brennus, pas étonnant que le
rejeton en ait pris plein les mirettes. Il déboula
en une saison comme un raz de marée,
s'imposant comme un dynamitero de haute
lignée. Bon sang ne pouvait mentir. Du cœur et
du muscle, c'était pas ce qu'il manquait, la santé
quoi, la putain de vigoureuse belle santé. Rien ne
semblait pouvoir l'arrêter.
Sauf les blessures absurdes de la vie, oui,
sauf les blessures
absurdes qui parfois
s'abattent, aveugles harpies qui s'attachent à
détourner le sens de certaines destinées. Lui,
comme
Marc Pouchou, un autre vivace
talonneur qui hélas aussi stoppa trop vite son
parcours, tous deux trimbalèrent comme pas un,
torse bombé, tête dressée, au grand défilé de
mode de La Croix, ce foutu écusson cousu sur
ce foutu maillot.
A croire que le père Desper, d’en haut envoyait
la musique :
« Car dans nos deux cœur
bien profondément
règnent deux couleurs
vert et blanc..
- 114 -
"Mickey Parade"
Rien
à voir
avec Disneyland, non, non. On l'appelait Mickey
mais sans Minnie. Là s'arrête l'analogie, notre
"Miquet" à nous n'aurait jamais osé faire dans le
spectaculaire, parade, orphéon et tutti-quanti.
Sobriété, rigueur, correction, voilà quelques
mots qui suffisent pour le résumer. Du
classique quoi ! Pas un foireux : l'introduction
nette entre les deux talonneurs, sans tricherie,
un départ au ras de temps en temps mais le torse
bien droit, le ballon apparent au bout des
doigts, pas comme certains vicieux qui se
contorsionnent de tous côtés et qui se
planquent avant de jouer les filles de l'air.
Miquet était adepte du jeu pur, clair sans
embrouille, juste un petit clin d'oeil parfois pour
indiquer qu'il allait essayer d'en faire une bien
bonne, un clin d'oeil et c'est tout. Quand
t'avais dans l'équipe Pesqué, Saux, Parteix et
Jouannet, tu ne risquais rien, une épine dorsale
où il n'y avait pas un mot plus haut que l'autre,
pas une anicroche, un rugby d'école, l’arbitre se
cirait les grolles ou se refaisait le chignon entre
touche et mêlée.
Sauf Mickey qui se dévergondait parfois, qui
lançait son clin d'oeil pour dire qu'on allait
ruser. C'est vrai quoi, ce clin d'oeil faisait un peu
désordre !
- 115 -
"L'assommoir"
Ils étaient cousins, certes, donc à priori ayant
quelques ressemblances. Quelques années ont
passé depuis qu'ils ne jouent plus. Les voici, un
matin assis côte à côte au P.M.U. à se mijoter
les bourrins ad'hoc. Bambi portait toujours son
quintal bien plombé et Octave avait conservé ses
brandillons terminés par des paluches traînant
quasiment au sol. Cela phosphorait dur sous
leur front penché. Il
fallait
voir
les
conciliabules qu'ils échangeaient
- Le 12, "Jasmin du Bocage" passe pas la
rampe, trop court ! Et le 6, "Eglantier de
Chambord", je le vois pas non plus, il s'est
ramassé à Vincennes...
- "Violette des prés", le 5, je m'en méfie, c'est
un vicelard...
Excepté ce thème fleuri, à peu de choses près les
paroles que dix ou quinze ans plus tôt, le pilar
qu' Octave était et le seconde latte qu'était
Bambi échangeaient avant d'entrer en mêlée,
juste avant la conclusion finale de Bambi,
quelque chose comme :
- Ecoute-moi. A "Bé": tu te prépares. A " Ziers":
tu me relèves tout. Je m'occupe du 5 ! T'as
compris : " Béziers " !
Octave avait compris. Aujourd'hui encore il
faisait confiance à Bambi. Il jouerait pas le 5,
c'est sûr ce cheval là devait être un vicelard !
- 116 -
"Duracell"
Je ne sais pas si vous vous souvenez de cette
publicité où un tas de lapins mécaniques tapent
sur un tambour jusqu'à épuisement de leurs
piles. Excepté l'un d'entre eux qui continue son
mouvement, évidemment puisqu'il est le seul à
être équipé des bonnes piles. Ben, Cholo et
Michou, c'était la même chose, sauf qu'ils
étaient deux à se mouvoir sans arrêt. Certes le
premier carburait davantage à
l'alcaline
Heineken que l'autre mais lorsqu'ils mettaient
en route le moulin de leurs petites guibolles
façon Dominici, c'était bonnet blanc et blanc
bonnet, sauf que le premier, il faut le dire,
s'empalait plus souvent sur un menhir au sortir
d'un déboulé ( sans doute l'effet tardif de la
Heineken ).
Ces deux gadgets, façon porte-clefs à Lomu,
étaient vous l'avez compris, de vrais poisons
pour les défenses capables de s'infiltrer dans
le chas d'une aiguille. Quelle chatte ? En plus
des chauds lapins ? Là, faudrait lancer un avis de
recherche...Il y avait bien cette petite poupée
jolie comme un cœur qui sortait comme d’un
rêve de pharmacie, juste à côté du Center, une
miniature qui arrivait justeà l’épaule de Cholo,
mais on sait pas comment ça a fini…
- 117 -
"Vice-Versa"
(entendu au damier, rapporté par un témoin
anonyme)
-Tu vois des mecs comme Plume et Claouette tu
leur filerai, je dis pas trente, je dis pas vingt…
- Bon, tu dis combien ?
- Et bé tu leur filerai disons dix..;
- Pour dix balles ou dix sacs, ils joueraient pareil,
hé. En réserve ils ont rien, mais..
- Je parle pas d'argent. Je voulais dire, s'ils
avaient eu dix kilos de plus ils auraient joué sans
problèmes en première. T'es pas d'accord ?
- T’as pas vu ce qui est arrivé aux dinosaures ?
Comme me le dit mon cousin qui est professeur,
si t'as pas une inéquation entre …
- Une adéquation, tu veux dire ?
- Ouais, s'tu veux, une équation entre la tête et
les muscles, t'as beau avoir des muscles, hein ?
hein ? Pas sûr que le cerveau y suive, et là
bonjour les dégâts…Faut se méfier des poussifs à
la …
- Des poncifs tu veux dire ?
- S'tu veux. Mais tu vas pas me reprendre à
chaque mot, non ? Je disais, faut se méfier des
poucifs à la con, ça peut t’amener à la
catastrophe humanitaire.
- Là t'es salaud, avec Plume et Claouette ! T’es
vraiment salaud.
- 118 -
Loft Story 4
…La perestroïka s’annonçait sur fond de newwave. Pour éviter le Clash on procéda donc à une
Cure d’amincissement. On régla le problème aux
chaises musicales. Les jeunes loups se chargèrent
d’encadrer le vote au plus près et de donner le
bon tempo aux licenciés pour obtenir le résultat
attendu. Une bonne purge qui laissa les anciens
devant Nouste Henric. Les avaient pas vu venir
les jeunes. Niqués par les Tapie verts les vieux.
Dans le années quatre-vingt, les jeunes loups
avaient coupé leurs cheveux longs en se laissant
pousser les dents. Fini le trois pièces de chez
Lapasserie c’est en costard Armani qu’on allait
maintenant diriger la boutique. Fallait entrer
dans les années de la grande consommation, de
l’image de marque. Et maintenant fini la honte.
Vive le pognon, le blé, le flouze. De la thune
bordel ! Disparues les enveloppes qui circulaient
dans les vestiaires. elles risquaient trop de
tomber. (La différence de bruit indiquait le statut
du joueur. Un biling diling ding indiquait un
joueur au forfait kilométrique, et un gros pof ! un
international…) C’est donc au R.I.B ou au
chéquier que tout allait maintenant se régler.
Pour ça, on pouvait lui faire confiance au
Francis. Un dangereux tortionnaire celui-là,
Docteur en thérapeutique du point sensible.
Sanglé sur son fauteuil vous vous laissiez
anesthésier en moins de deux, il vous hypnotisait
tel le python du livre de la jungle. S’appuyant sur
la grande distribution et la Politique Agricole
Commune on organisa une filière d’importation
gros demi-gros depuis le Marmandais. Mais le
sectionniste s’acclimata difficilement à la
méthode d’entrainement. Trop de diagonales
Cailhaou !! Cailhaou !! débarquèrent Charly.
Séduit par la nouvelle réforme de la PAC on
pensa valoriser la filière de production locale
(Génération 64 et affiliés). Michel et Noël furent
appelés aux affaires…Hélas le manque de
résultats dans le Top 20 eut raison de cette
nouvelle politique. On fit appel aux plus grands
penseurs pour définir le profil idéal du nouveau
meneur d’hommes qui fasse la synthèse des deux
dernières politiques. Le cahier des charges ainsi
défini désigna un sectionniste Marmandais, à
cheval sur la culture traditionnelle et la
modernité des grands penseurs, Voulem vivir al
Païs malgré une mondialisation naissante du
Rugby, symbolisée par l’apposition du trépan sur
notre maillot, en lieu et place de l’Ossau… Avec
JPP on crut un instant à la réouverture des
estaminets. Un jour de printemps on rameuta le
peuple vert et blanc pour une finale de
championnat de France. Oui mais de série B. Et
- 119 -
deux séries B ne font pas un Brennus. Faut pas
refiler de la came de seconde zone au prix du
caviar. On avait cru que le supporteur
consommerait le produit. Que nenni. L’inversion
du ratio (résultats x joueurs/ supporteur x
investissement = fiesta + backshish) eut pour
effet constant de durcir le bois dont on faisait les
chèques. Dans la plaine du hameau, un soir
d’octobre, le règlement des comptes laissa
Francis sur le carreau. Il était temps de tourner la
page. Fini les clubs de patronage, vive les clubs
du patronat ! Gilbert arriva aux affaires. L’allait
nous dépoussiérer tout ça. Un seul mot:
Entreprendre. Le retour sur investissement
s’annonçait profitable surtout avec la nouvelle
politique d’importation de produits en gros
tonnage de l’ex Europe de l’Est. Hélas le club ne
possédait plus la capacité d’autofinancement de
ses investissements et pensa s’en tirer par le
cession de l’essentiel de son capital, son stade…
Le dernier dimanche fut un dimanche comme les
autres. Le peuple vert et blanc s’assembla
comme d’habitude derrière les talanquères, sur
les travées de bois vermoulues. Y avait-il des
gosses assis sur le mur derrière les poteaux ? A-ton fait tinter des petites pièces de monnaie aux
pieds du poivrot du quartier ? Et le marchand de
cacahuète ! Et le soleil d’hiver qui faisait poser la
main en visière sous le béret ; on aurait dit une
tribune d’indiens. Est-ce qu’on a pris le temps de
parler avec les populaires ? Une dernière fois…
On ne connaît jamais assez l’importance de la
saveur d’un dernier moment.
On ne savait même pas que c’était la fin d’une
époque.
On était juste impatient de vivre le
commencement de la nouvelle.
- 120 -
"G.I G.M"
Les deux vieux, bérets en pointe, discutaient au
bord de la talanquère, devant les tribunes de la
croix
-« Comment veux-tu qu'un type petit et blond
comme lui soit le frère de l'autre grand et brun ?»
C'étaient les années 80. Il allait falloir quelques
années encore pour faire accepter aux anciens
qu'un garçon pouvait ne plus naître dans un
choux mais dans une éprouvette, que
l'association du poisson et de la tomate avait
d'autres enjeux que le thon piperade. Bref que
bientôt le maïs serait transgénique, plastique,
thérapeutique, élastique et quelques autres hic...
Nous sommes en 2003, prenez une éprouvette :
Versez-y 1/3 de Tintin au Tibet ou n'importe où
ailleurs parcourant (en courant) la planète.
Ajoutez-y 1/3 de goût du caramel (dans ta
gueule), un bon 1/3 de mental de guerrier,
menton carré, œil western spaghetti à la Clint
Eastwood, saupoudrez d'un temps d'avance dans
la préparation physique. Voilà ça y est.
Si le soir tard, (vers 2hOO du matin) vous
ajoutez 4,5% Vol, vous obtiendrez un modèle
optionnel qui parle anglais et roule à gauche.
Sensations garanties.
De toute façon, les vieux, à la Croix, il n'y ont
jamais rien compris, à la génétique:
-« Alors comme ça, François, c'est pas le fils de
Jean !?!»
- 121 -
"Le lagon vert"
Lorsqu'il débarqua en Béarn, on put penser que
ce serait comme tenter la greffe d'un bout de
cocotier tahitien sur un vieux châtaignier des
coteaux de Bosdarros, autant
dire mission
périlleuse, sortie mongolien.
Et pourtant le miracle eût lieu, si l'on en croit la
rumeur, paraît qu'il jure à présent en patois
aussi bien qu'un berger de Bielhe.
Vous me direz, vous me direz après avoir
bien réfléchi au fait que finalement vousmême n'êtes sûrement vous aussi que le
descendant d'un mec qui en avait rien à cirer du
pic du midi d'Ossau, vous vous direz donc
qu'entre le bermud des tahitiens et la braie des
gaulois il n'y a pas de kilomètres, juste le motif
qui change. Même que ces foutus gaulois se
gênaient pas pour s'emperlificoter le cou de
gerbes de gui, alors du gui ou des azalées ce
n'est qu'une banale différence de production
locale. Et pour finir les chants à la cithare
aigre que les bardes assénaient à la fin des
repas
valaient bien les soporifiques
larmoiement des youkoulélés insulaires.
Tout ça pour vous dire que le roi Richard
pouvait ne pas se sentir trop dépaysé en pays
gaulois.
C'est plutôt les autochtones qui en prirent plein
les yeux avec le jeu de notre homme, étincelant
comme un corail. Et les coraux en Béarn, ça ,
on connaissait pas ! On avait beau se mettre
un quart de stère de Jurançon entre la luette et le
tripou ( un stère est cette unité austère car simple
cubique d'un mètre sur un mètre de bouteilles
alignées couchées ), des coraux t'avais pas un
mec de la montagne comme de la vallée
d'ailleurs, même au plus fort des soirées
gazées, qui en avait vu un, même en
déconnant, traverser la route…
- 122 -
"Petit pucheu"
C'était un de ces dimanches d'hiver. Toulon était
venu à Pau avec son équipe championne de
France, pour la énième journée du Top 20.
Ce fut un match ragoût, gigot haricot, garbure.
Jean le brun avait été désossé dès la première
chandelle, et Jean Louis avait, en représailles,
fermé un œil au Tigre de la rade. L’œil qui lui
restait n'inspirait rien qui vaille...
Quittant son aile Lionel vint se placer à l'arrière.
Question gabarit c'était du double au simple. Les
gars de la rade ne s'y trompèrent pas et Gallion
commença à bombarder notre dernier rempart
comme un trébuchet une tour de Pavie.
Oui mais voilà. Sur la première ogive Lionel
était là et renvoya d'un magistral coup de tatane
la ballon imbibé pesant comme un boulet. Des
populaires, sous un béret jaillit:
- « Vas-y petit Pucheu !»
C'était un des clients du bar de son grand-père,
au pont du Soust, derrière la rue du XIV juillet.
Là, quand d'autres apprennent à jouer aux billes,
Yoyo avait appris à jouer aux dames, aux boules
et qu'après un 10, il n'y a pas toujours 11et 12
mais souvent valet, dame, roi et as qui font 100.
Lionel rattrapa tous ses ballons arrachant des
populaires des « vas-y petit Pucheu !» de plus en
plus nombreux.
Petit à petit nous sommes tous devenus des
«petits Pucheu ». Des gosses du quartier. Jouant
contre le champion de France.
Sur le seul ballon que nous lâchâmes, ils
marquèrent l'unique essai de leur victoire.
J'aimerai que toujours on puisse voir des gosses
du quartier jouer contre le champion de France.
Et perdre...
- 123 -
"Leader Maxi-mots"
Le visage des joueurs défilait sur l'écran du Stade
Charléty. Dans les tribunes les supporteurs les
découvraient couverts du béret béarnais. Un
béret noir comme un panache blanc, un cri de
ralliement.
Avec ce béret Jo avait quelque chose de
l'« Alcazar» Picaresque de Tintin, tentant de
renverser un général «Tapioca» parisien ou
corrézien, je ne sais plus... En tout cas c'était un
parvenu corrompu, ça c'est sûr.
Bref, sa gueule mal rasée d'aragonais des bords
du Gave apparut enfin. Le béret... L 'œil noir. ..
On aurait dit Le « Che ».
Il y a comme ça des hommes qui ont la capacité
de vous faire découvrir en vous des vertus que
vous ne soupçonniez pas. Leur sincérité, leur don
de soi au groupe les investit naturellement du
pouvoir de changer l'homme en joueur, l'époux et
le père en combattant. « Hasta la victoria
siempre ».
Ce jour là, le stade enneigé ne fut pas la «baie
des cochons» mais plutôt une cour à cochons
corréziens. Vous savez ce gros cochon au pelage
noir et blanc qui, tel un gros con de son espèce,
est capable de trouver une truffe en croyant
trouver une femelle, ou le contraire...
Qu'importe. Dans la chaleur de la nuit qui suivit,
notre Che trouva son hymne guerrier. Dans la
boîte qui nous accueillait, son autorité naturelle
obligea le Disc Jockey à la remettre bout à bout
pendant une heure... «Lili Drop »... Fallait peutêtre jouer plus au pied ?!
PS: Qui a dit: « J'aime le Rugby et dussais-je en
crever je continuerai d'y jouer.» ?
- 124 -
"Comediante, tragediante"
Le type même du trompe-l'œil, tu crois pousser
une porte tu te tapes le mur, cueillir une fleur tu
ne trouves que le vent, tu veux tremper le bout de
tes doigts dans le bénitier tu paluches le cureton,
le trompe-l'œil, c'est ce procédé décoratif qui fait
que ce que l'on regarde, loin de refléter la réalité,
n'est qu'un piège à couillons.
Tu matais donc le bonhomme et tu croyais dur
comme fer que l'habit faisait le moine, que ce
brave arrondi, était fatalement un clone d'une
espèce antédiluvienne, béarnaise certes mais non
velue du Panda qui aurait quitté sa branche,
cochon de lait doux et rose qu'on aurait offert en
cadeau chaque dimanche à quelque escapat du
temps des dinosaures au crâne barré de cicatrices
postdiluviennes certes
mais néanmoins
carabinées, mumuse-nounours et compagnie,
rigole, aujourd'hui c'est récré on t'a filé Racsou,
c'est comme des "couilles de de mamouth", tu
lèches et t'as que de la guimauve…
Racsou ? Picsou, oui ! Fallait pas longtemps au
dit cicatrisé pour se rendre compte qu'en face
c'était Allien, un mutant anté-antéBig-bang, un
truc qui tenait du poulpe jouant de la flûte à six
trous pour mieux t'endormir, aussi
du
suppositoire que tu crois bien avoir en main
avant de te rendre compte que tu l'as dans le cul,
une bestiole que même quand tu l'avais en ligne
de mire dans l'après-match, te racontais un truc
que tu comprenais plus du tout bien qu'y ayant
participé et que tu rentrais chez toi plus tôt que
prévu en te disant qu'il y avait des dimanches
totalement gluants qu'il fallait vite oublier et que
jamais plus il fallait offrir des peluches aux
enfants, c'était que des mensonges…
Le dernier paragraphe est merdique mais je vois
bien que vous me comprenez, je vois bien que
vous me comprenez….
N'allez pas croire qu'il n'ait contribué seulement
qu'à faire quitter le stade anal (tiens jamais joué
dans ce stade) à certains de ses vis à vis, il est
arrivé qu'il leur permette d'atteindre le stade oral
- 125 -
pour ne pas dire balbutier les prémisses de ce que
l'on peut nommer l'abstraction. Comment ?
Bref historique sur les piliers, je parle des vrais,
des qui ont le n° 1 dans le dos. Donc qui savent
compter jusqu'à 1, le 2 étant un gouffre, le 3
l'enfer ou la terre promise. Pour les vrais, les 1
(j'ai pas dit les huns), il y a d'abord, avant tout,
surtout et essentiellement le 1, ce qui est au-delà,
c'est l'au-delà, le 2 est louche c'est un demitraître et le 3 c'est l'autre autant dire un quasi
étranger ! Et si on va chercher plus loin, le 4 ou
le 5, c'est des ennemis potentiels, soit vos
pousseurs qui vous lâchent quand la mêlée
tangue, soit les métèques d'en face qui vous
empiffrent de rouge lorsque la mêlée recule. Si le
3 est l'âge de l'accès au symbolique, le 4 et le 5
sont les chiffres qui vous amènent à cette
frontière où abstraits et concrets se
chevauchent…. Passons...
Et bien Philippe (qui avait, vous l'avez compris
le n° 3 ) en plusieurs occasions permit à ces
spécimens du genre humain de franchir le
rugbicon. Suffisait qu'à l'heure du Ricard, on dise
au malheureux : - Tu vois le petit gros que t'a pas
attrapé, qui t'a filé entre les doigts comme un
suppositoire etc… etc…(voir plus haut), hein, tu
le vois ? hein ? hein ? Y avait quoi écrit derrière
comme pub ? Hein ? Hein ? (Pour certains il était
certes nécessaire de répéter le hein une dizaine
de fois, mais c'était fort rare)… Voilà.. Le ?… Le
?…Voilà, le 3…
Le 3, le mot était lâché et définitivement
acquis! Grâce à Racsou, de nombreux piliers
accèdèrent enfin et à jamais au troisième ciel !
C'est ainsi et pour en finir ( le mot est bien désuet
car en finira-t-on un jour ?) avec le personnage, à
force de se croire touché par la grâce ou grand
évangélsateur laïque, il finit par se persuader
qu'il avait un don pour l'enseignement et se fit
donc instituteur.
M'est avis qu'il n'en restera pas là et que -chassez
le naturel il revient au galop - il n'endosse bientôt
quelque autre habit ceintré de lumière.
Lesquels ? Dresseur de puce, avaleur de sabres,
cracheur de feu, tronçonneur de pulpeuses
blondasses, danseur étoile…
- Là, là je t'arrête, je vois pas trop le tutu…
- En short et maillot, c'était pareil, un trompe
l'œil, fais gaffe c'est un trompe l'œil, tu crois
pousser une porte tu te farcis le mur, tu crois
cueillir une fleur tu chopes que du vent, tu crois
tremper ta main dans le bénitier mais quand tu la
retires il y a une drôle d'odeur, tu te dis que t'a
mis la main au derche de l'abbé…etc…etc…Tu
penses mater Patrick Dupont sur la scène de
l'Opéra et t'es écrasé par un dolmen en collants
verts, l'incroyable Hulk !
- 126 -
"Les héritiers"
Etait-il possible de naître dans le 64 à Pau en
1964 date de notre dernière consécration
nationale et de ne pas jouer au Rugby ? Qu’en
aurait dit Pierre Bourdieu ?
De fait, on crut au regard des titres de 28,46 et 64
que l’histoire de la Section serait faite d’éternels
recommencements et que, par une filiation
miraculeuse, cette génération était promise, à
procurer au club une nouvelle consécration
nationale, en 1982 pour ses 18 ans
La génération était surveillée et couvée. A juste
titre car, la génération bénie rafla quasiment tout
ce qui passait à sa portée en tournois et
championnat de toute sorte, provoquant la joie
des éducateurs qui en avaient la charge. La joie
puis l’angoisse quand à la suite de leur victoire
en challenge Gauderman l’ensemble de la
génération eut tendance à cintrer des jambes.
Une telle épidémie de jambarquitte inquiéta au
plus haut point l’ensemble du staff technique qui
alerta l’ensemble du staff médical qui rassura
l’ensemble du club. Selon Le bon docteur
Tachot, cette épidémie de jambarquitte semblait
due à un surcroît de poids sur leur encore jeunes
épaules. Le poids de la victoire, le poids des
espérances de leurs aînés, le poids de leur grosse
tête… Tout cela ne tarderait pas à s’alléger et les
jambes à reprendre leur parfaire rectitude et leurs
propriétaires leurs courses vers le haut niveau.
Ce que firent avec bonheur Laloo, Brun, Laporte,
Cabannes, Bille, Cillufo, Tachoires, Arrateig qui
entrèrent tous sur un terrain de première division.
Impressionnant.
- 127 -
"Pyrénéen"
Dégustez le frappé... disait la pub.
Jean-louis lui, il avait anticipé la pub. C'est beau
vu que chez lui on ne regardait pas beaucoup la
télé. Planquée sous le napperon en dentelle, on
ne l'allumait qu'en de grandes occasions:
présidentielle, jeux olympiques, mariages
princiers, alunissage, c'est tout.
Bref, chez Louis on avait forcément autre chose
à faire: Faner en courant, apiter cinq cents
moellons, faire cinquante sacs de ciments dans la
matinée vu que l'après midi il faut rentrer 10
charrettes de paille avant d'aller à l'entraînement.
Pour ce qui est du rugby c'était pareil, il n'avait
pas le temps. Fallait qu'il fasse tout à «hum de
calhaous», tout le temps. Je ne l'ai jamais vu
fatigué. Alors forcément, vu qu'il avait pas le
temps, fallait pas l'emmerder. Si par hasard un
adversaire se trouvait sur sa trajectoire. Paf!
Dégustez le frappé. (Et en bagnole c'était pareil!)
Le Pyrénéen dedans c'est fondant, c'est gras.
Avec Jean Louis vous aviez la version dure.
Goût cambouis.
- 128 -
"Georges Albert "
Si un jour il a un moment de libre, ça serait bien
que Bruno se lance sur la trace de Georges
Albert.
Si je me rappelle bien il était convenu d'un
rendez-vous entre le 9 et le 13 ou le 15. Rendezvous qui n'a jamais eu lieu. Georges Albert avait
du prendre un raccourci. Je pense qu'il avait du
rencontrer David Vincent vu qu'il n'est jamais
arrivé. Ou alors, Georges Albert était un extra
terrestre, mi-homme mi-poulpe, avec des
tentacules à la place des bras. Jaillissant le plus
souvent de derrière un pack de huit, dans un
nuage de fumée, qui faisait que ses adversaires
n'y voyaient que du feu.
Le Poulpe. Incroyable qu'un garçon surnommé
«le poulpe» et qui a grandi dans un troquet,
puisse devenir enquêteur de police. Et je me dis,
s'il a un faible pour les coiffeuses, il y a plagiat.
Doit y avoir matière à fouiller. Non?
- 129 -
"Bug Bonni"
Jusque là on pensait tous qu'on savait jouer au
Rugby. Même les spectateurs pensaient y
connaître quelque chose. D'ailleurs ils ne se
gênaient pas pour nous le dire, vu qu'ils étaient
juste à côté de nous, derrière la talanquère. Oui,
mais il y a eu les «zannées80 ».
Au cri de , «Voulem vivir al Peys », le 2 contre 1
est devenu « intelligence situationnelle », le
ballon « paramètre rebondissant aléatoire » et
j'en passe. Bref dans les années 80 il fallait être
un sacré cerveau pour jouer. C'est devenu
tellement compliqué qu'il a même fallu que les
spectateurs s'éloignent et prennent de la hauteur.
Il a fallu changer de stade.
Heureusement, dans les « zannées80 ». un
nouveau type de joueur est apparu.
Mathématicien
de
génie
converti
à
l'informatique, Çarça, dit, Sachat le chat, (avec
deux « Ch » étonnant non ?!) a calculé plus de
trajectoires de ballon que la Nasa. A la main, au
pied, par-dessus, à hauteur, au ski, à la pelote, au
tarot, il calculait. Quelques méchantes langues
ont dit qu'en défense aussi il calculait. .. A ceux
qui ont raillé son démarrage et l'ont mis sur le
compte d'une absence de fessier, nous
répondrons qu'il s'agissait d'une simple lenteur
due à un système d'exploitation qui avait
tendance à se mettre très souvent en sommeil,
mais qui n'a connu qu'un seul Bug. Du genou
gauche.
- 130 -
"Pied de nez"
Chacun d'entre nous à son talon d'Achille.
Bon, pour ceux qui n'auraient pas eu le temps de
lire l'Iliade et l'Odyssée au fond du bus, je tiens à
rappeler que Achille n'était pas seulement un des
rubipèdes d'Iturria mais un Helléniste venu tenter
de reprendre quelque chose aux Troyens, une
fille, un bouclier ou tout autre trophée, peu
importe. Achille se croyait invincible parce que
sa mère l'avait trempé dans le Styx. Mais voilà,
sa mère le tenait par les talons qui restèrent
vulnérables. (Un peu comme si, pour devenir
moins cons, les dacquois décidaient de se mettre
de leur boue sur le crâne sans penser à enlever
leur béret). Les Troyens perdirent dans les arrêts
de jeu, sur un groupé pénétrant dans la boîte du
capitaine des Hellénistes, un certain Ulysse.
Christian, lui avait son talon d'Achille au milieu
de la figure. Môme, sa mère avait du le baigner
dans l'eau du gave en le tenant par le nas, ce qui
est beaucoup plus intelligent que la mère
d'Achille dans la mesure ou comme ça, l'eau
pouvait pas lui rentrer dans le nez. Et c'est encore
plus intelligent que les dacquois vu que la mère
de Christian avait du lui faire couler un bon bain
alors que les dacquois avec l'Adour et les sources
d'eau chaude ils n'ont jamais été foutus d'inventer
l'eau tiède. Revenons-y.
Ainsi à chaque match, invariablement, un
adversaire ou un partenaire lui collait le pif en
chou-fleur. Faut dire qu'il ne laissait pas sa part
au chien et que cette inéluctable fin n'a jamais
diminué l'enthousiasme de son engagement. Pour
ce qui est du pif, il finit par s'y faire.
Un jour que le coup était plus sévère que
d'habitude « Nas de guit » dit en se relevant:
«Çui-là, j'aurais pas eu le nez, je l'aurais pris
dans la gueule».
- 131 -
"Au cordeau !"
C'est jamais celui qui a construit l'édifice qui lui
donne son nom. C'est toujours un illustre pinfle
incapable d'assembler deux briques Légo qui se
retrouve associé au savoir-faire architectural de
l'ouvrier condamné à l'anonymat. Qu'il me soit
permis ici de rendre justice à l'un d'entre eux.
C'est en effet à la force du poignet de Pilou
Carrey que la salle de réception du« Jip » fut
construite. Avec l'aide précieuse d'Amédée (le
Lusitanien n'aurait jamais pu résister à l'appel
matinal d'une bétonnière) et de Jean Louis qui
avait un moment de repos pendant la messe (à
moins qu'il n'ait eu un problème de carrosserie
avec sa voiture.. .).
Donc, jeunes et vieux qui passez chez le Jip,
entrez dans la salle Pilou Carrey. Là, le dos au
mur, jetez un coup d'œil panoramique et
comprenez ce que « au cordeau» veut dire. Vous
aurez une représentation architecturale de la
course de Pilou dans le dos d'une défense ou en
débordement le long de la ligne. Si c'est un jour
d'automne, sortez dans le magnifique parc et
cherchez sur la ligne d'horizon un vol de
palombes. Suivez-les du regard, elles vous
mèneront peut-être droit jusqu'à Pilou.
- 132 -
"Les boites à Gan"
A Gan, les lieux importants sont le café
Labarthète, la scierie Bourdeu, l'entreprise de
matériaux Buchou, la boulangerie Chabat et la
Cave Coopérative que dirige Jean Pierre Bize,
cinq piliers du coin, cinq noms d'anciens
rugbymans. Pouvez chercher, il n'y a rien
d'autre de notable dans le village, du moins rien
qui n'ajoute à sa renommée alentours.
Aussi lorsqu'on est gantois on ne peut
échapper à son destin, Serge et Dédé pas plus
que les autres, d'autant plus que juste audessus, sur le coteau t'avais Nano Capdouze
qui veillait au grain. Comme Obélix qui était
tombé dedans, Serge et Dédé ne se posaient
donc plus la question, comme leurs frères
d'ailleurs : le rugby, le rugby d'abord, le rugby
encore et toujours !
Alors il ne fut pas rare durant quasiment deux
décennies de voir la ligne de trois-quarts
composée ainsi : à la mêlée un Laplace ou un
Vigneau, à l'ouverture idem, au centre et à l'aile
itou. On conservait quand même un ou deux
postes (arrière ou ailier) pour des " étrangers ",
je veux dire qui n'étaient ni un Laplace ni un
Vigneau
Et quels beaux joueurs, pas des causeurs,
hein ! S'emmerdaient pas à vous tailler des
analyses gonflantes, le rugby ça se jouait tout
simplement. Point. Et après on buvait un coup.
Re-point et voilà tout. Y avait du bon pain
(Chabat), y avait du bon vin (Bize), Y avait le
bistrot (Labarthète) et la maison était solide
(Buchou-Bourdeu). Que demander de plus ?
Si c'est pas le bonheur, ça !...
-Comment ? Y a plus la scierie Bourdeu ? Mais
elle a été rachetée par la Cave ? Je me disais
aussi…
- 133 -
"Baignol et Fargeons"
C'était une mine sèche. Un 2H. Le trait fin
parcourait l'espace et dessinait des figures de
style pas toujours exposables. Il avait dû tomber
sur un instit vicelard qui punissait les élèves en
les obligeant à affûter tous les crayons de la
classe à l'aiguïse-crayon. Je suis même certain
que le puni n'avait pas le droit d'utiliser le gros
aiguiz, posé sur le bureau. Une machine
merveilleuse qui vous aiguisait un crayon
impeccablement en trois tours de la petite
manivelle. Même que si on laissait le crayon
dedans elle l'aurait bouffé tout entier.
Je suis sûr que son instit obligeait le puni à
aiguiser toute sa boite de crayon avec un de ces
aiguiz minable en forme de mappemonde, qui
pètent la mine juste au moment ou on atteint pile
poil le bon profil, avec le bord qui dessine des
demi-cercles parfaits. Bernichan avait une réelle
aversion pour les crayons. Il avait dû être puni
souvent. Et quand il disait, avant chaque match :
«matez moi ces guignols! Ils sont foutus comme
un paquet de crayon », on sentait bien qu'il avait
l'intention d'aiguiser, avec ses gros crampons,
tous ceux qui n'étaient pas de sa couleur.
- 134 -
"Men in Black"
- Là, ça va pas être simple.
- Pourquoi?
- Men ln Black, ça fait référence au film. Si tu
l'as pas vu tu vas pas bien comprendre.
- Explique. On verra bien.
- Le Man ln Black, il voit des trucs que tu peux
pas voir toi. Des espaces temps, des portes
secrètes, des extra-terrestres, tout ça. . .
- Tu les as vus toi?
- Bien sur. Et si t'es pas un Man in Black tu peux
pas les voir tous ces trucs.
- Comment t'as fait? T'en est un toi Man in
Black?
- T'es con ou tu fais exprès !? C'est pas possible!
Je suis pas un Man in Black moi! C'est un film.
D'abord pour le devenir, il faut qu'un autre Man
in Black te fasse passer de l'autre côté.
- Le côté de quoi?
- L'autre côté! Là où il y a les trucs que toi tu
peux pas voir! Parce que t'en est pas un toi!
- Et toi oui? Tu les as vus?
- Putain! Tu fais exprès ou quoi!? Moi j'en
connais pas de Man in Black. Connard !!!
- Et le Tiac !? Tu le connais, non? Eh !!! Te
casse pas !!! Reviens...
- Qu'est-ce qu'il a à m'engueuler comme ça?
- C'est rien. A chaque fois qu'il repense à cet
essai du Tiac en finale de la Coupe, ça lui
reprend. Un extra-terrestre, qui voit des choses
qu'on peut pas voir, dans d'autres espace temps.
Et puis Nano avec ses trajectoires, ses piquets,
ses portes...Etc... Tiens, je t'en sers une. C'est la
mienne.
- Merci. Mais, heu, dis-moi...
- ???
- Nano... C'en était un Man in Black?
- !!!
- 135 -
"United ‘S Colors of Nay"
Tirer le portrait de Pierrot n’est pas chose facile.
Une photo ne saurait y suffire. Il serait bien plus
indiqué de recourir aux talents d’un artiste
flamand pour étaler la palette de couleurs qui
conviendrait parfaitement à un tel personnage.
Parce que chez Pierrot les couleurs c’est sacré,
d’abord c’est rouge et bleu (on est Nayais depuis
MCCCDXXX).
C’est aussi rouge et jaune. Pierrot c’est un
occitan.
Il y a ensuite bien sur le vert et le blanc qui lui
allèrent si bien au teint qu’il accrocha le bleu à
ses larges épaules.
Et puis il y a la somme de toutes ces couleurs, le
marron.
Le marron, c’est bourret châtaigne, c’est la forêt
de l’Estibette en automne. C’est chaud un
marron. Ça se serre dans la main, bien fort avant
de le coller dans la tronche d’un adversaire
quand on a décidé de Saint Barthélémiser à tout
va, quand on ventile, quand on disperse le pack
adverse aux quatre coins du terrain.
Et puis le marron c’est aussi pipi caca, comme un
gosse éternel qui joue de tout et tout le monde et
qui provoque les autres avec des mots.
C’est celui qui l’a dit :
-« Moi, je suis pour l’amateurisme…
…… marron.»
Qui l’ est.
- 136 -
"Gentil renard"
C'est fou tout ce qui s'écrit sur le Rugby. Plus
particulièrement sur son folklore et surtout la
troisième mi-temps.
Au lieu de dithyramber sur les rituels initiatiques
trans-générationnels intersexués des troisièmes
mi-temps, il serait utile que les intellos se
préoccupent d'écrire aussi sur les rituels
initiatiques des deux premières.
Que l'on commence par: « Que connaît-on du
Rugby si on n'a jamais joué à Lavelanet ? » Une
ébauche de réponse de ce vaste sujet de thèse de
troisième cycle fut un jour développé au Chota,
par Jordy, sous l'œil, souvent absent il faut dire,
de notre docteur Rugby de Sauvagnon. Jordy se
lança dans un long exposé conférence sur la
thèse: «Gentil Renard n'a qu'un œil». Cette
intervention faisait suite à un exposé sur la
conscience de l'existence présenté par son
assistant Frédo Duvert qui déclara: « mange du
fromage, tu ne sais pas qui te mangera ».
Un renard, du fromage, Lafontaine n'était pas
loin.
En effet, un peu plus tard, dans la soirée, le
thésard tenta de nous initier à un rituel initiatique
trans-générationnel, avec l'aide d'un renard au
fromage fourni en jet saccadé par son assistant.
Tous ceux qui sont passés à Lavelanet peuvent
témoigner à ceux qui y feront un jour le voyage,
il n'y a aucun renard borgne. Par contre on peut
trouver de l'excellent fromage à Peyrehorade.
- 137 -
"Légende celtique"
Il avait quelque chose du Troll ou plutôt du
Korrigan, l'un de ces féeriques personnages
dont on situe le repaire sous la terre et que ne
peuvent apercevoir que ceux qui ont gardé leur
âme d'enfant. Titi avait bien ce regard de
chérubin émerveillé et promenait sa silhouette
rondouillette au-dessus de laquelle un visage
rose ne cessait de sourire. Sans doute était-ce
donc ses amis souterrains qui lui donnaient un
coup de main au moment où il érigeait une
taupinière pour poser le ballon : dessous il y
avait le peuple des Korrigans qu'il avait donc
emmené du Gers (avec leur béret fait d'un pétale
de violette fanée, et leur fourche, deux épines
d'un chardon), ce minuscule peuple qui disait::
- Venez tous, Titi va avoir besoin de nous.
Venez tous !
Personne bien sûr ne les voyait. Titi était le seul
à les apercevoir entre deux touffes d'herbe.
Arcqueboutés contre le ballon, les petits
gnomes de l'ombre se tenaient prêts à le
propulser de leurs minuscules mains le plus
loin possible. Et si Titi prenait beaucoup de
temps avant que de buter, c'était juste pour leur
laisser le temps de se rassembler et de leur
chuchoter :
- Si je réussis cette pénalité, ce soir ce sera
double ration d'hydromel !...
Je suis sûr que vous ne me croyez pas ? Vous
n'avez donc jamais entendu ces petits cris de
souris joyeuses surgis de l'herbe lorsque son
ballon passait entre les barres ? Et à qui
croyez-vous qu'il adressait en repartant ce petit
clin d'oeil complice en souriant du coin des
lèvres, hein ?
- 138 -
"Gourzy vite"
C'était un match avec la B. Un match de phase
finale. Nous opposions l'enthousiasme de la
jeunesse de nos 20 ans aux débris d'un énième
Jurassic Pack grenoblois.
Les manches du maillot numéro 8 avaient
pourtant été coupées comme les autres, elles
tombaient encore au milieu des avants-bras
d’Alain.
Quand on voyait Alain et Christian côte à côte,
on se disait que petit, à la communale, Alain
devait partager son casse-croûte avec Christian.
Plus tard, dans les baloches de la vallée d'Ossau,
ce devait être la même chose.
Dans le couloir qui menait du vestiaire au terrain
nous vîmes tous que ce n°8 de poche faisait
sourire nos adversaires.
Ça nous a énervés. Dès lors ce ne serait plus
David contre Goliath. Ce serait les Pyrénées
contre les Alpes, l'Ossau contre le Mont Blanc,
l'Aubisque contre le Saint Gothard, l'Isard contre
le Chamois, le Brebis contre l'Emmental. L'Ours
avec nous.
Pensez que si je vous en parle c'est qu'on les a
torchés. Au deuxième voyage d’Alain sur 89,
leur sourire avait disparu. Il ne le touchèrent
jamais. Christian veillait au grain, au four et au
moulin. Un berger et son troupeau. Ce jour là, la
pâquerette ou le pissenlit rare de ce terrain pelé
était une orchidée sauvage ou une campanule et
le terrain avait l'air d'une estive quelque part audessus du Gourzy. Avec quinze Labrits au cul de
15 grosses vaches. Ce jour là, Alain fut grand.
Le soir, quand Christian entonna « Nous étions
deux amis », il nous sembla que le bar de chez
Alex à Noé, était un cayolar perdu quelque part
dans une estive de la vallée d'Ossau.
- 139 -
"Clos couvert"
Aujourd’hui, faut les voir les médecins, réciter la
liste des produits interdits de bouche, comme un
curé lit l'évangile, avec les « bibip », « bibip », «
bibip » des préparateurs physiques, en guise de
clochette de sacristain. A les entendre, avant eux,
il n'y avaient aucun rugbyman digne d'être
canonisé « athlète de haut niveau ». Attention
quand je parle de produits interdits, je ne parle
pas du sportif junkie accroc à sa piquouse. Non.
Moi je parle de manger des cèpes, du confit avec
un coup de rouge. La vie quoi. Si ça continue, les
joueurs n'auront plus le droit de manger ni de
boire. J'en ai connu qui nous interdisaient de
bouffer la peau grillée du poulet le midi mais qui
venaient avec nous le soir, boire un fût de bière.
C'est vrai qu'il n'était pas rare de voir, à la fin du
repas, les joueurs faire fondre 2 ou 3 morceaux
de sucre dans un grand verre de vin. Un savoirfaire ancestral. Aujourd'hui personne n'irait
verser du sucre dans le jus du petit manseng.
Faut dire que la pharmacopée de l'œnologue
(enzymes et levures) a bien avantageusement
remplacé celle du vigneron (sac Begin Say
5kg/hL).
Pour les bigots de modernité, qui disent que les
sportifs d'il y a quinze ans étaient moins
préparés, je tiens à leur préciser que, j'ai vu, de
mes yeux vu, (nous étions tous assis dans l'herbe,
ou j'étais couché peut-être) j'ai donc vu Popaul
notre préparateur physique, arrêter le «Luc léger
» après le palier 17 ou 18 au cri de « Bon allez,
ça suffit!» alors que Jean Marc Grussaute,
viticulteur Chemin de chapelle de Rousse Saint
Faust, semblait encore en parfait état de
course !!! Et chez Jean Marc, il n'y a jamais eu,
ni de sucre dans le vin, ni d'eau sur la table et je
voudrais voir un toubib expliquer à sa mère que
la peau de son poulet grillé n'est pas bonne.
Qu'on me le montre le préparateur physique qui
dirait non merci quand elle vous passe le plat de
champignons. Et pas des cèpes de Corrèze hein!
Du bolet de Saint Faust...
A moins que faire le Jurançon n'ait des vertus
dopantes. A le faire peut -être... A le boire
sûrement pas… C'est la seule excuse qui
expliquerait nos tentatives de cadrage débord sur
le chien de la ferme au sortir du chais de Jean
Marc, par une chaude journée de juillet.
- 140 -
"Ticket chic"
Ainsi Eric à toujours vécu sous le signe du ticket.
Ticket chic tant son physique avantageux
semblait provoquer de la part de la belle
engeance une série de tickets qui aurait fait palir
d'envie le poinçonneur des Lilas.
Ticket choc en défense s'il vous croisait un
adversaire, il se faisait un plaisir de vous
composter tout ça.
Ticket chic balle en main. Il n'était pas de ceux
qu'on croise en qu'on ne remarque pas.
L'impeyable de Sauvagnon lui envisagea même
une mutation de l'aile de la troisième ligne à l'aile
de l'attaque.
Ticket choc dans les regroupements ou il
s'occupait avec ardeur de débarquer manu
militari les resquilleurs.
Moi, je resquillerais le bus, sur que je me
méfierai du sourire chic du contrôleur me
demandant mon ticket.
- 141 -
"Le 5ème élément"
Qu'est-ce qui fait d'un garçon plutôt qu'un autre
un joueur de Rugby de première division?
Malgré toutes les batteries de test et la perfection
de leurs situations d'apprentissages, voilà une
question à laquelle les bien-penseurs fédéraux ne
sont pas prêts de répondre.
Les fées qui se sont penchées sur le berceau de
Thierry n'étaient pas quatre mais cinq. La
première donna le physique, la deuxième la
technique, la troisième lui donna le sens du
Rugby, la quatrième lui donna l'envie d'aller au
plus haut niveau. Personne ne sut ce qu'avait
donné la cinquième. Thierry mit donc un grand
nombre d'années à le trouver. La largesse des
dons des quatre premières le conduisirent
rapidement de Jurançon à la Section où il
continua de chercher son 5ème élément. Pour
être sûr de ne pas le perdre quand il le
retrouverait, il occupa le 5ème poste du cinq de
devant sautant, le plus souvent en 5ème position
dans
l'alignement.
C'est un joueur de Blagnac qui le trouva pour lui.
Ce jour là, va te savoir pourquoi, les avionneurs
s'étaient changés en avoineurs. Leur science de
l'usinage industriel et leur goût du travail bien
fait nous avait coûté le bûcheron du Gourzy et le
jeune Bruel. Perdu dans nos vestiaires nos deux
compagnons soliloquaient sur la date probable et
l'heure du début du match. (Nous en étions à la
deuxième mi-temps)
Au cours d'un bref conciliabule nous
exprimâmes à Thierry notre souhait de le voir
participer à cette discussion engagée, en leur
assénant un argument frappant.
C'est ainsi qu'un des piliers adverses découvrit le
5ème élément. Il n'en est pas revenu. La
cinquième fée, comme les quatre premières,
s'était, elle aussi, montrée généreuse.
- 142 -
"Tsoin Tsoin"
Il est temps de parler
d’une espèce en voie de
disparition.
Les
éponges !
Les
éponges
qui
flottaient au fond de nos
pauvres seaux étaient de celles qui astiquent le
tableau ou la voiture, de celles qui conviennent
aux mains musclées de plâtrier ou de kiné. Cette
éponge était de celles qui n’étaient pas faites
pour des mains de femme.
Elle ne servait qu’à projeter 30 à 50 cl d’eau
glacée sur le visage ou la nuque d’un endormi.
Le diagnostic ne tardait pas à suivre. Soit l’eau
vous redonnait la vie au fur et à mesure qu’elle
coulait sur votre visage ou l’arrière de votre
nuque, soit elle vous laissait sans réaction et vous
étiez promis à grimper beaucoup plus haut dans
la hiérarchie de la commission médicale.
Dans le premier cas, notre Tintin, nous
promettait une cure de jouvence avec un bain
chaud, ce qui après qu’il vous ait glacé les os
avec la dite éponge, s’apparentait a une torture
Suédoise. (Très méthode suédoise le Max)
Dans le deuxième cas vous étiez bon pour un
face à face avec le Dr Tachot.
Sa gentillesse poussait Philippe à nous inclure
dans des plannings déjà surchargés et notre
mauvaise fois transforma les impondérables
en : « Il a dû t’oublier dans le couloir ».
Chirurgien polyvalent il pouvait, entre une
appendicite et une vésicule, vous réparer le
genou, le doigt, la cheville ou l’épaule. S’il était
dans un jour calme, il pouvait vous en faire deux
pour le prix d’une seule anesthésie.
Avec l’anesthésie vous n’aviez plus que deux
sorties possibles, Dieu ou les anges. Ce fut
toujours les anges. Car il fallait qu’elles soient
des anges pour que les infirmières supportent
avec le sourire nos allées et venues, avec souvent
ravitaillement du malade en sandwich et bibines
depuis chez Pierrot du XV. Tout au plus, leur
lassitude se traduisait-elle par une absence de
visite.
Sorti de la clinique, Tintin se chargeait de la
remise en forme. Pour nous permettre de revenir
le plus vite possible, il inventa même le séjour en
altitude à domicile, en nous obligeant à rester 20
minutes devant un haut-parleur couplé à un
ventilateur qui était sensé nous envoyer des ions
comme à 3000 mètres (avec les Pyrénées à 30
minutes….)
Bientôt vous retrouveriez l’herbe verte. Vous ne
risquerez rien. Dans le seau, l’éponge miracle
vous guérirait de tous les mauvais coups.
- 143 -
"Heavy métal"
Il y a eu plusieurs manières d’aborder le Rugby.
Les angliches y trouvèrent l’occasion de former
leur élite qui était appelée à diriger l’empire. Les
gars du Sud-Ouest y trouvèrent un espace ou
exprimer leur tempérament gascon, en se foutant
« Cuate cops d’esclops viste heit ».
Nous nous y retrouvions, étudiant, maçon,
jardinier, vigneron, policier, ingénieur pour
occuper nos loisirs. Il est évident qu’à l’heure de
l’entraînement, nous n’arrivions pas avec la
même journée dans les jambes.
Didier lui, il était forgeron. Faut pas y voir que
des désavantages. Là où un bon nombre d’entre
nous avaient passé la journée à remuer leur stylo
ou à touiller une petite cuillère en parlant de
l’impact de la déforestation sur la couche
d’ozone (de préférence avec une étudiante de
première année), il avait façonné de ses mains, à
grands coups de marteau, plusieurs centaines de
kilo de métal.
Le soir, le ballon nous semblait peser son poids,
pour lui il était léger comme une plume.
Vous essaierez, vous de jouer au Rugby avec une
plume, de l’attraper et de la donner en pleine
course. On verra si vous êtes simplement capable
de l’effleurer du bout des doigts.
Mais par contre à l’heure de la grande
rémoulade, quand il venait vous sauver des
hordes ennemies, le forgeron retrouvait tout son
allant devant l’enclume, battant le fer tant qu’il
était chaud, brassant des centaines de kilo.
Et malgré toute la fonte que nous finîmes par
aller déplacer, nous eûmes toujours l’impression
de les toucher avec une plume.
- 144 -
"Préparateur en pharmacie"
« Tu vois, connard, le monde se coupe en deux
parties. »
En effet. Il y a ceux qui gèrent leur tube de
dentifrice en le roulant soigneusement au fur et à
mesure qu’il se vide et puis il y a ceux qui se
contentent de l’écraser entre leur grosse pogne et
vous compressent tout ça obligeant le dentifrice à
se trouver de nouveaux orifices et à vous
dégouliner sur les doigts.
Georges lui il roulait. Les tubes bien sur, mais
aussi les chaussettes, les shorts, les maillots. Il
est évident qu’avec la quantité d’équipes dont il
gérait équipements et pharmacies, il lui fallait
établir un ordre de priorité. Comme il était très à
la pointe de l’organisation du travail il appliqua,
dès 1964 environ, les principes stackanhovistes à
la gestion du matériel de l’ensemble du club. Il
partait donc de la pharmacie de l’équipe
première et vous roulait tout ça jusqu’à la plus
petite équipe de poussin. Si on y ajoute son sens
de la hiérarchie ça donnait les grands tubes neufs
pour la première par paquets de 12 et les roulures
en réserve…
Bref il en a roulé plus d’un Georges. Près de 25
présidents sont passés devant son échoppe sans
jamais l’en faire sortir. Des centaines de joueurs,
des milliers de maillots, de shorts, des tonnes de
pommade, des camions de crampons…
Ça valait bien une médaille. Champion
olympique des rouleurs de pommade le Georges.
« Tu vois, connard, Georges nous a pas
forcément fait devenir meilleur que les autres.
Nous a simplement fait voir plus beau. »
- 145 -
"Canal historique"
Il est difficile de définir
la véritable nature du
lien qui attache un joueur à son club. Pourquoi,
pratiquant la même activité choisit-on de se
consacrer ici plutôt qu’ailleurs… Est-ce lié à la
famille, au terroir, à la culture?
Nounours lui, c’est un condensé de tout ça.
Comment échapper à la Section quand sa famille
tient le Troquet qui de 1933 à 1978 fut le seul
autorisé à exploiter l’enceinte. Ce qui donnait
l’occasion à toute la famille de vivre les
commentaires pendant le match en y installant
des buvettes, avant le match puisque les joueurs
se retrouvaient au bar, après le match, puisqu’ils
allaient y boire un coup et toute la semaine
puisque tous les verts et blancs se retrouvaient
chez Gratien.
Aussi, là où la plupart d’entre nous évoque son
enfance en revivant, la larme au coin de l’œil, le
fondant du cake de sa grand-mère, Nounours ou
Dédé vous rappellent le pedigree de tel ou tel
joueur, et vous repassent sans fin le film de
plusieurs vies autour de la Croix du Prince.
Comme si, pour y avoir tenu toutes les places, du
banc de touche de la plus petite équipe à la table
du comité directeur, l’album de famille se
mélangeait avec celui du club..
Il est une photo qui manque au décor du
Fontenoy. Nounours en équipe première.
Nounours dans un cartel fabuleux dont les noms
s’étaleraient en une affiche unique, une équipe de
rêve : Patou, Riquet, Lino, Triep, Bubu, JeanFrançois, Cabannes, Loustaudine, Moncla, Théo,
Mantoulan, Capdouze, Piqué, Bernat-Salles,
Nicolas Brusque ...
« Sur l’écran noir de mes nuits blanches,
moi je me fais mon cinéma,
J'ai du cœur mais pas d'estomac
C'est pourquoi je prends ma revanche
Sur l'écran noir de mes nuits blanches
Où je me fais du cinéma.
Un mètre quatre-vingts, des biceps plein les
manches,
Je crève l'écran de mes nuits blanches
Où je me fais du cinéma »
- 146 -
"Pousse et saute"
Nous vivions, sans le savoir, les dernières années
d’un système qui permettait à un jeune,
amoureux du Rugby et de la Section paloise, de
jouer jusqu’en senior avec les copains avec qui il
avait fait l’école de Rugby, sans nécessairement
satisfaire la toise hasardeuse qui sépare les
joueurs de Nationale de leurs copains de clubs.
Pierrot et Jacques formaient l’attelage d’une de
ces réserves et ils illustraient au mieux ce qu’on
pouvait attendre d’une seconde ligne. Pousse et
saute. L’un était court et costaud, l’autre très
grand et trop fin. L’un avait un court passé de
boxeur et l’autre, déjà préoccupé des
responsabilités de l’exploitation familiale,
n’avait plus aucun avenir dans quelque sport qui
soit. Là où Jacques pouvait fermer un œil de
n’importe lequel de ses premières lignes, il
incrusta un jour un œuf de la taille d’une balle de
tennis sur le front de notre Nounours, l’autre
pouvait à tout moment vous écraser un pied ou
vous casser malencontreusement le nez d’un
coup de coude ou de genou. Vous ne risquiez pas
le coup de tête car le plus grand était adepte
d’une position de poussée dite « de voiture » qui
rendait inutile la pose du bandeau d’élastoplast
autour de ses oreilles.
Il était de toute façon illusoire de penser trouver
dans la trousse à pharmacie un morceau
d’élastoplast suffisamment grand pour en faire
un bandeau.
Ainsi, souvent, pour de nombreuses causes,
disgrâce, blessure, simple envie de jouer ou nuit
blanche, il était possible de se retrouver entre
copains le dimanche matin ou le samedi aprèsmidi sur un terrain du Béarn et d’y représenter la
Section Paloise. Junior 3 ou Réserve. Entourés
de futurs dirigeants et entraîneurs prêts à donner
à d’autres jeunes ce qu’eux même avaient reçu
du club, nous nous y sentions comme dans notre
maison.
- 147 -
"Le Centaure"
Jean
Le Preux ? Non, Jean Preux tout
simplement. Son nom faisait bien sûr penser à
l'un de ces rois des années mille, Robert le
pieux, Raymond le bègue, Charles le dégueu,
vous voyez ce que je veux dire. Et c'est vrai que
notre Preux à nous avait l'air altier comme on
dit, le port noble et la dégaine majestueuse.
L'ârîstôcrâte, quoâ !
Lorsqu'il courait son ballon tenu au bout des
doigts, vous auriez fait un montage vidéo avec
en haut son torse et en bas les pattes d'un
cheval, filé par-ci par-là un heaume ou une
armure, fait onduler quelques oriflammes, vous
auriez cru assister a la charge des lansquenets de
François Premier à Pavie, non plutôt à Marignan
parce qu'à Pavie on avait pris une belle branlée,
3 à O, alors qu'à Marignan on avait fait match
nul 15-15 sur une dernière volée au filet (de
Bayard si mes
souvenirs sont exacts).
Enfoirés d'italiens! Heureusement qu'on les a
tapés en 98 pour la Coupe du Monde, aux tirs
aux buts d'accord, et en 2000 en Coupe
d'Europe, au but en or, mais sont repartis à
Rimini ou Brindisi, à se rouler leurs spaghettis
et tutti quanti, mais si, mais si !
Revenons à notre ami. Vous auriez fait
l'inverse (pour le montage) avec ses guibolles en
bas (double exemplaire) et en haut la tête d'un
cheval mythique comme Bucéphale le cheval
d'Alexandre le Grand, sais pas si vous vous
rendez compte de la bête, vous auriez été
identiquement esbaudi, : un vrai tableau de
Delacroix !
Jean Preux c'était quelque chose quand il
enjambait la piétaille, l'aristocratie, quoâ !
- 148 -
"Démarcation"
« On est chez nous !! » Bon nombre de joueurs
ont repris à leur compte cette phrase historique
qui peut-être attribuée à Cro-magnon motivant
son clan à défendre la possession d’une caverne
du sud de la France face à une horde
d’envahisseur venus d’un quelconque ailleurs
(pas forcément loin, mais ailleurs). Il faut
préciser que cette notion de combat pour la
conquête ou la défense d’un territoire est bien
l’essentiel du jeu de Rugby. Je tiens à le préciser
car on a trop vu de soit disant connaisseurs se
moquer de ceux qui passaient leur temps à
combattre pour gagner centimètres après
centimètres au près, se pâmer devant les courses
folles de ceux qui n’en gagnaient pas un au large.
Jean Ber avait mieux que quiconque intégré cette
notion de territoire mais, était-ce son passé de
joueur d’Aire sur Adour, il avait toujours eu
tendance à se situer un peu au-delà des limites.
Je m’explique. Le joueur d’Aire sur Adour, tout
en étant immatriculé 40 fut situé au sud de la
ligne de démarcation, inclu dans le comité du
Béarn.
Vous conviendrez avec moi que cette notion de
territoire est plus compliquée quand on parle
d’Aire.
La décision de quitter son Aire fut pour Jean-Ber
un choix cornélien. Pour ceux qui auraient du
mal, je tiens à préciser que cornélien vient de Mr
Corneille qui ne fut pas international, ni à XV ni
à XIII, mais qui devint célèbre pour sa capacité à
exprimer avec force l’obstination des hommes à
choisir, en dépit de toute raison, de venger leur
honneur quoi qu’il en coûte. Quand il fallait
défendre un territoire, Jean-Ber était très
Cornélien.
Bref, il hésita longtemps entre l’Avenir Aturin,
La Section et le Stade Montois. Il choisit donc
les trois.
- 149 -
"CD-Rom"
-Bon, les roumains, quand il sont arrivés, ils ont
apporté quelque chose de nouveau. C’est
indéniable.
- Je nie pas. Bien que suite à leur victoire contre
l’équipe de France à Auch, ils soient arrivés un
peu en conquérants.
-C’est vrai. Mais peu après ils sont repartis en
bagnole.
- Ils ont quand même apportés une culture du
haut niveau, de la préparation physique, du jeu à
la All- black
-Ça pour sûr, le black ils connaissaient déjà. Il à
pas fallu leur faire un dessin. Pour ce qui est de
la préparation, tu pouvais rien reprocher à Harry.
Il plaisantait pas avec ça. Un vrai décathlonien.
Vu ce que faisait l’autre on peut même dire qu’il
s’entraînait pour deux.
- Et à l’entraînement. Ils devaient apporter leur
bagage technique et tactique.
- Dumi les bagages ils les a pas apportés
longtemps. Pour ce qui est des situations
d’entraînement tu sais avec les ordinateurs, tu
pouvais trouver tous les exercices que tu voulais
sur CD-Rom. Les Blacks te vendent le leur sur
internet.
-Ben merde alors. Tu vas quand même pas me
dire qu’on aurait pu se contenter de CD-Rom !
- 150 -
"G.O"
On n’a jamais fait mieux pour vous organiser un
rezzou. Il pouvait aussi bien vous faire traverser
le terrain avec un vieux ballon de récup, que
vous faire traverser la planète avec 36 bouteilles
de pseudo vin vieux.
Il suffisait de lui laisser les clés du camion pour
que vous vous retrouviez, les pieds en éventail à
Djerba, à Korfou ou Tananarive, à califourchon
sur un Raft au Canada, ou placé dans un
intervalle avec toute une meute d’adversaire aux
trousse. Tous les « Tintin » réunis en une seule
édition.
Avec, en plus un numéro inédit, Tintin au Pays
Basque. En effet, le soir, avec quelques verres de
Patxaran il se mettait soudain à hurler d’une voix
grave, les bras croisés des chansons follements
allègres à base de Txikitu, laïtu, marixtu et autres
Txistu ou autre variante à base de Herria, maïté,
et beaucoup de berri.
Tiens, qu’est-ce qu’il aurait trouvé au pays
Basque Tintin qu’il n’ait jamais trouvé ailleurs ?
Maïder évidemment.
- 151 -
"Périgord"
Ce ne fut pas facile de
l’arracher à son « pays », sa terre du périgord. N
°8 international avec le CAP, il avait ébloui la
Croix du Prince. Les dirigeants l’avaient alors
convaincu de venir respirer l’air du Béarn, d’y
découvrir une autre terre.
Mais voilà, c’est pas rien la terre du Périgord. Ça
fait 15000 ou 20000 ans qu’elle enfante et
façonne des hommes avec sa pierre. Des ocres de
Sarlat à la pierre blanche de Neuvic, des Rouges
du Bergeracois, aux verts du Nontronnais, elle a
développé, en quadrichromie s’il vous plaît, une
culture reconnue dans le monde entier., pour son
architecture, pour son art, pour sa table. La terre
de Dordogne est de celles, rares, qui fabrique en
son sein des diamants.
Dur d’y échapper, dur de s’en défaire.
Il finit donc par se languir et prit la décision de
retourner à sa terre.
Un jour, qu’il jouait avec le CAP, sa terre
l’appela plus fort encore. Il s’est couché sur elle,
pour ne plus se relever. Elle l’a englouti.
La terre du Périgord est de celles, rares, qui
gardent en leur sein des diamants.
- 152 -
"Agenais"
Pendant bon nombre d’années, il était convenu
de considérer qu’au Rugby, les avants devaient
gagner le ballon et le donner aux trois quarts
pour qu’ils s’amusent à le dépenser.
Celui qui n’a jamais ressenti, plongeant sur un
ballon, le plaisir que procure la caresse de ses
mains sur ses courbes de cuir, avant d’être
enseveli sous une tonne et demie de carcasse
huilée et camphrée cherchant tour à tour à vous
désosser ou à vous protéger, celui-là dis-je ne
pourra jamais admettre que les gros aient pris du
plaisir à gagner le ballon.
Quelle que soit la profondeur à laquelle il était
enterré sous un maul, Tonton Pichon ne rechigna
jamais au plaisir de l’extraction du précieux
minerai! Ce qu’il préférait, c’était vous entraîner
avec lui, bras dessus bras dessous, à la frontale,
dans une de ses descentes vertigineuses à – 1000.
Plus la partie avançait plus ça sentait les
remugles de sueurs d’entrecuisse, d’embrocation
sévère. Il s’y plongeait alors avec encore plus de
délectation.
C’est marrant parce que pour la fiesta c’était
exactement pareil. Ce qu’il préférait c’était vous
entraîner avec lui, bras dessus bras dessous…
Le blues en plus…
Notre nouveau sponsor décela tout de suite en
lui, la perle qui manquait à son organigramme et
l’embaucha. Il nous quitta et s’en alla extraire du
minerai beaucoup plus loin que le Béarn.
“Born to be wilde” Pichon.
- 153 -
"Pandore"
-Tu sais la boîte de pandore !
-De quoi ?
-Mais oui ! La boîte de pandore. Tu l’ouvres et
généralement il y a un petit diable qui te saute à
la figure, poussé au cul par un ressort.
-Ah ! Ouais … Des fois même c’est un gant de
boxe qui sort et te colle un bourre pif.
-Voilà. Et bien les Lopez c’était pareil.
-Comment ça ?
-Et bien t’avais Pépite enfermé dans la boite et
régulièrement il en sortait comme un beau diable.
Fallait même pas que Marc le pousse beaucoup.
-Qui c’est qui décidait d’ouvrir la boîte ?
-Des fois Pépite, des fois Marc, des fois les deux.
-Comment ça les deux ?
-T’sais, quand Marc ouvrait la boîte, des fois, on
savait pas sur qui ça pouvait tomber. La surprise
quoi.
-Ah oui. La boîte de pandore !
- 154 -
"A.F.P."
(Agence des Faiseurs de Phrases,
Agence des Faiseurs de Photos)
par Michel Julienne
Jean Bruno c'était : " Le ballon vole haut, haut, très
haut dans le ciel béarnais…comme les palombes." En
effet à travers cette phrase, il délivrait une publicité
déguisée pour son cher Béarn. Bruno c'était de sacrés
joutes avec Albert et Théo Cazenave, respectivement
président et entraîneur de la belle époque de la
Section. Bruno c'était le speaker officiel des courses
cyclistes de l'époque où il n'y avait pas un dimanche
sans qu'un quartier organise son épreuve. Grâce à lui
d'ailleurs le public a découvert les Cazala, Mastrotto,
Poutous, Gibanel, le Basque Marcel Quéheille qui ont
tous participé à le Grande Boucle, encore Arnaud
Geyre vice-champion olympique à Melbourne
derrière un certain Baldini, recordman de l'heure.
Bruno on l'aimait ou on ne l'aimait pas mais il avait la
considération de ses pairs et des puristes de quelque
discipline que ce soit. Il fut l'un des journalistes les
plus écoutés, lus et critiqués par rapport à ses prises
de position vis à vis de la Section.
René Hégoburu. Une sacrée figure que cet Hégo. Lui
qui ne se sentait bien que dans la région, avait été
courtisé par la presse parisienne et notamment "
L'Equpe ", mais son refus fut catégorique. Il nous
souvient une anecdote. Après un match international
France-Angleterre dans les années 60 où d'ailleurs nos
tricolores s'inclinèrent 0-3 et le sélectionneur unique
de l'époque Leroux fut drôlement conspué par la
foule, René Hégo avait fêté certaines retrouvailles et
avait perdu toutes ses notes lors de cette fameuse
troisième mi-temps. Heureusement pour lui, en gare
d'Austerlitz, un pigiste d'un journal local concurrent
passant par là lui rafraîchit sérieusement la mémoire
et le lendemain nous avions droit à une page entière
de l'envoyé spécial René Hégo. Ce fut aussi un grand
amateur de "canchas", il les connaissait toutes. Il
n'avait que des amis et le jour de sa disparition un très
grand vide a été ressenti dans le milieu journalistique
et sportif.
André Thierry. Autre figure sympathique de " La
République ", il était le roi de la petite reine, le
journaliste le plus discret de l'époque mais faisant son
métier avec une conscience professionnelle hors pair.
Il connaissait sur le bout des ongles le palmarès de
tous les champions cyclistes qui honoraient les "trois
B " sur le Tour. Lors des premiers Béarn-Aragon avec
les André Lapasserie, Pitche Betbeder l'oloronnais,
pionniers de cette épreuve, André faisait partie de
cette tribu qui aimait prolonger les soirées du côté de
Sarragosse ou Jaca. Les réveils étaient parfois
difficiles le lendemain. Le temps passe, les souvenirs
demeurent, surtout quand on pense à des gars de la
trempe d'André Thierry.
Il y avait aussi les chevaliers de la pellicule, de
- 155 -
l'instantané, tout d'abord celui qui nous a quitté aussi
trop tôt, Christian Rigaber. Jeunot il fit son
apprentissage chez un autre grand du noble art et
pigiste de l'Eclair, l'ami Léo. Ce fut pour Christian
une révélation, il serait photographe professionnel. "
Pellicule " ainsi que le nommaient ses intimes était un
poète de la photo, cherchait toujours l'insolite comme
photographier par exemple le passage d'un kart à
travers des lunettes de soleil réfléchissantes. Sa
brutale disparition fut une tragédie pour tous les amis
et les sportifs qui le côtoyèrent.
Gérard Lévêque ensuite. Toujours actif, celui qui fut
champion du monde cycliste des journalistes sportifs
aurait pu également briguer un titre dans son métier.
A ses débuts, le public de la Croix du Prince se
demandait qui était ce gamin qui courait aux quatre
coins du terrain, longeait les lignes de touche avec des
téléobjectifs aussi grands que lui. Depuis Gérard a fait
son bonhomme de chemin et nous sommes fiers de lui
adresser un message amical.
Marcel Maystre enfin. Il aimait son rôle de prof de
ces débutants, il avait été lui-même à la bonne école
avec son paternel avec lequel il avait travaillé du
temps de La IVème République. Le papa plutôt
discret, le fils plutôt fonceur, la famille Maystre était
connue aux quatre coins du Béarn.
Louis Bachoué, ah, Loulou, l’expert de la pellicule et
de l’instantané. Du rugby au foot, du cyclisme à la
course à pied, il était là où il fallait, au bon moment.
Des années devant, courant par vents et marées, avec
ses bottes (surtout l’hiver) ou ses mocassins, il était
présent sur tous les stades de la région et plus
particulièrement à la Croix du Prince pour fixer
l’essai tant attendu des verts et blancs. Le public le
connaissait bien et tout le monde l’appelait Loulou. Et
il le leur rendait bien avec son sourire et sa bonne
humeur légendaire… Mais il ne fallait pas lui marcher
sur les pieds.. . ou sur les bottes. Pas vrai, Loulou ?
Marcel, Gérard, Christian, Louis, quatre amoureux de
l'inédit, que l'on ne peut oublier.
- 156 -
PUB
Après tout ce n'était qu'un carré d'herbe
jaunâtre d'automne, s'arrachant par plaques
l'hiver et la faisant ressembler à quelque
cloaque d'une quelconque basse-cour de ferme.
Mais le printemps venu le faisait scintiller d'un
vert si tendre, que l'envie de s'y rouler dedans
vous prenait pour ne plus vous lâcher...
Après tout ce n'était qu'une enceinte de barres
de fer joignant des piquets de béton bon
marché sur lesquels on fixait des plaques de
ferraille peintes à l'honneur d'un quelconque
commerçant, Lévitan ou Galeries Modernes,
mais quand les grappes de bérets aux faces
rougeaudes s'y agrippaient pour mieux vous
pousser de leurs paroles aux accents roulants,
vous ne saviez qu'être étreint que par l'émotion
des conquérants qui ne sauraient jamais
renoncer...
Après tout ce n'était qu'un assemblage
grossier d'escaliers en bois couvertes d'un vert
pisseux, de piquets faméliques soutenant un
toit de tôles rouillées, mais quand bourdonnait
la foule serrée et dardaient ses milliers de
regards vers l'angle du terrain d'où n'allaient
pas tarder à surgir les deux équipes, vous, vous
humble bonhomme au maillot couleur d'herbe
de printemps, aviez la certitude que vous entriez
à votre tour dans la légende, que vous étiez l'un
de ces acteurs de ce petit théâtre où, depuis le
début du siècle et soumis à un scénario
toujours renouvelé, renaissait l'âme de la Croix
du Prince et battait le coeur du petit peuple
béarnais
Après tout, cela est bien peu de chose, mais le
peu est-il l'ennemi du bien ?
- 157 -
Dulucq
Bar the
L andhes
M ichou
Romér o
Vignette
Penouilh/Pr uéde
Er r ea/Pène
Toyos
Cazenave
Cazabat
Capdouze
Etchever r y
Casteilh
Ar r ateig
L ascabettes
Ber nos
Aur ignac
Bagès
Basly
Bégué/L oustau
Bir an
Blanc
Bonnemazou
Bosc
Br usque
Br èque/L ansalot
Camptor t
M oncassin
Car r èr e
Condér anne
Car mouze
Daudet/Geor gin
Déogr atias
Vignolo
Desclaux. da
Desclaux. de
Dutour
Félicès
Guillemot
Hour quet
I ber t
L acavaler ie
L acoste.M
L acoste.JP
L afitau
L annes
Gilber t
9
10
11
12
13
14
15
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18
19
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48
49
50
51
52
53
54
55
56
57
58
59
60
- 161 -
L anouguèr e
L assu
L entini
L oustaudine
M ar iné
Ollé
Papar embor de
Pesqué
Pétr issans
Peys
Pouyedomenge
Saldaqui
Sar r agné
Couar tou
Saux. Ph
Taffer naber r y
Tuloup
Couet-lannes
Dolié
Dufau
Cabannes
Fédencieux
L opez
Nér i
Or ditz
Par taix
Salsé
Sans
Saux
Sicr e
Agest
M alter r e
Bonnet
Bour bon
M ontagné
Desclaux.G.M .L
Castagnet
Br uel
Pees
Escande
L abr uffe
M aubar the/L aulhèr e
Costedoat
L ahet
M onteir o
Desper Basque/Pouchou
Jouannet
Nor denave/Cillufo
61
62
64
65
66
67
68
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103
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105
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108
109
111
112
113
114
115
116
- 162 -
Dubosc/L abor de
Claver ie/Fr avallo
Pr eux
M apuhi
Per e-escamps
Rey
Racz
L es 64’ s
Camsuzou
Cr ouzat
Çar çabal
Alias
Car r ey
L aplace/Vigneau
Ber nichan
Dantiac
Tr iep
Jor dana
Duces
Tisnér at/Cour tade
Gr ussaute
Salles
M entièr es
Boyer
Ter r aube
Par daillan
L auga/DaguesBié
Pr eux. J
Duplantier
Dumitr as/Dumitr escu
L aloo
Rongiér as
Capot
L opez. M et P
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150
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152
153
154
Merci :
La section paloise (joueurs et dirigeants)
La République, l'Eclair, Sud-Ouest, leurs
journalistes et photographes
France bleu Béarn
Pardaillan Dédé & Christophe (du Fontenoy)
Michel Julienne
Jacques Dulucq
- 163 -
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Thank you for your participation!

* Your assessment is very important for improving the work of artificial intelligence, which forms the content of this project

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