pour que leur premier emploi ne soit

pour que leur premier emploi ne soit
Prévention
au travail
Été 2000 | Volume 13, no 3
Le magazine Prévention au travail est publié
par les directions des communications de
la Commission de la santé et de la sécurité
du travail (CSST) et de l’Institut de recherche
en santé et en sécurité du travail (IRSST).
M o t
d e
l a
r é d a c t i o n
Pour que leur premier emploi
ne soit pas le dernier…
Des groupes de discussions tenus en mars 1999 auprès d’étudiants
de niveaux collégial et universitaire ont permis à la CSST de prendre
la température de la prévention dans ce milieu, si l’on peut dire.
Les 35 jeunes interrogés menaient de front des études à temps plein
et un travail à temps partiel. Voici quelques constatations : la santé
et la sécurité, ça comptera, pour eux, quand ils auront obtenu un
vrai emploi. D’ici là, s’ils ont un accident et que c’est leur faute,
ils ne se plaindront pas et ne mettront pas leur employeur dans
le « trouble ». Parler de santé et de sécurité au patron ? Pas question, de peur de perdre leur job ! Leurs principales préoccupations
au travail ? L’horaire, le salaire, la sécurité d’emploi, les relations
avec l’employeur. La prévention ? Pas encore au menu ! Signaler
un danger à l’employeur ? Pas encore un réflexe ! Voilà pourquoi
la CSST s’est donné comme priorité de cibler les jeunes et de
rallier les employeurs et les travailleurs d’expérience à cet objectif,
afin d’informer les jeunes pour que leur premier emploi ne soit
pas le dernier. Ce numéro d’été, nous l’avons voulu attrayant,
concret, hypernourrissant, afin qu’il agisse comme un engrais. Qu’il
fasse germer la prévention dans les milieux de travail et suscite des
actions de prévention destinées aux jeunes travailleurs, qu’il les
rende conscients des dangers présents dans leur milieu de travail
et les encourage à adopter des comportements de prudence. Pour
ne pas rater la cible, nous avons demandé à un tout jeune
journaliste de rédiger le dossier, de rencontrer des jeunes travailleurs et aussi des accidentés. Rien de mieux pour parler aux
jeunes — et les faire parler — qu’un autre jeune !
À lire aussi, dans ce numéro, l’excellent reportage sur le
« 35e Mondial des métiers ». Si vous l’avez raté, voilà une chance
de remonter le temps et de plonger au cœur de l’événement. Idem
avec le reportage sur le « Zoom sur les femmes et les métiers non
traditionnels ». L’IRSST et son bloc recherche est, comme d’habitude,
fidèle à son rendez-vous avec vous, page 17.
Une demande, en terminant. Nous comptons sur vous pour faire
lire notre numéro spécial par au moins un jeune de votre entourage, qu’il s’agisse d’un de vos enfants ou de vos étudiants, d’un
neveu, d’une voisine… ou de votre jeune employé pour la durée
des vacances ! Passez un bel été !
Président du conseil d’administration
et chef de la direction de la CSST,
et président de l’IRSST
Trefflé Lacombe
SECTION CSST
Directeur des communications
Pierre Benoit
Rédactrice en chef
Monique Legault Faucher
Adjointe à la rédactrice en chef
Suzanne Labrecque
Secrétaire de rédaction
Nicole Rivard
Collaborateurs
Danielle Brouard, Suzanne Cohen, Diane Mérineau,
François Messier, Hélène Savard, Claire Pouliot,
Marc Tison, Lyse Tremblay
Révision
Translatex communications + et Lucie Duhamel
SECTION IRSST
Directeur général de l’IRSST
Jean Yves Savoie
Directrice des communications
Françoise Cloutier
Rédactrice en chef
Marjolaine Thibeault
Collaborateurs
Mario Bélisle, Lucie Chartrand, Gil Jacques,
Isabelle Labarre, Bernard La Mothe, Danielle Massé,
Jean-Marc Papineau, Linda Savoie, Nicole Savoie,
Claire Thivierge
Direction artistique et production
Jean Frenette Design
Validation des photographies et des illustrations
Giovanni Chianetta, Laurent Desbois, Yvon Papin,
Charles Taschereau, André Turcot
Photo de la page couverture
Robert Etcheverry
Impression
Imprimerie Canada inc.
Comptabilité
Christian Léonard
Distribution
Serge Fradette et Lyse Tremblay
Abonnements
Abonnement Québec
525, rue Louis-Pasteur
Boucherville (Québec) J4B 8E7
Tél. 1 877 221-7046
© CSST-IRSST 2000
La reproduction des textes est autorisée
pourvu que la source en soit mentionnée
et qu’un exemplaire nous en soit adressé :
CSST
Direction des communications
1199, rue De Bleury, 11e étage
C. P. 6056
Succursale Centre-ville
Montréal (Québec) H3C 4E1
Tél. (514) 864-7974
Téléc. (514) 873-3991
Site Web : www.csst.qc.ca
IRSST
505, boulevard De Maisonneuve Ouest
Montréal (Québec) H3A 3C2
Tél. (514) 288-1551
Téléc. (514) 288-7636
Site Web : www.irsst.qc.ca
Dépôt légal
Bibliothèque nationale du Québec
ISSN 0840 7355
Mise en garde
Les photos publiées dans Prévention au travail
sont le plus conformes possible aux lois et
règlements sur la santé et la sécurité du travail.
Cependant nos lectrices et lecteurs comprendront
qu’il peut être difficile, pour des raisons
techniques, de représenter la situation idéale.
| Prévention au travail | Été 2000 |
3
Vient de paraître à la CSST
Rapport annuel d’activité
CSST 1999
DC 400-2031-7
Brochure, 24 cm x 24 cm
104 pages
Le rapport annuel décrit les
mandats et l’organisation de
la CSST, l’administration du
régime et les principales réalisations en 1999. Il présente
également le portrait de la situation financière de l’organisme.
Débroussaillage
DC 200-634
Brochure, 7,5 cm x 7 cm
80 pages
Produit en collaboration avec le
comité paritaire de prévention
du secteur forestier, ce guide de
prévention traite entre autres
des lésions causées par les projections d’éclats, des problèmes
musculaires associés à l’activité, des chutes pendant les
déplacements, des blessures
aux mains lors de l’entretien du
matériel. Un ouvrage de référence indispensable autant pour
le travailleur du secteur forestier que pour l’employeur.
Gaz de lisier et de fumier
Guide de prévention
des intoxications
DC 200-16192
Brochure, 21,75 cm x 28 cm
32 pages
Ce guide vise à aider les producteurs agricoles, les membres
de leur famille et leurs employés à mieux connaître les
dangers liés aux gaz de fermentation du lisier et du fumier
et à adopter les mesures préventives qui s’imposent. On
trouve, entre autres, des renseignements essentiels sur les
principaux gaz de fermentation
du lisier et du fumier et leurs
effets sur la santé humaine, les
structures d’entreposage et les
systèmes de manutention du
lisier et du fumier dans les
fermes porcines, laitières et
bovines, les principales situations de risque, les mesures
préventives à adopter et la
méthode de travail à suivre à
l’intérieur des préfosses.
Fibres minérales
artificielles
Secteur construction
DC 100-451
Dépliant, 21,5 cm x 9,5 cm
Numéro 1, mars 2000
DC 600-445
Bulletin, 27,5 cm x 21 cm
4
| Prévention au travail | Été 2000 |
Vol. 2, no 2, hiver 2000
DC 600-430-5
Vol. 2, no 3, printemps 2000
DC 600-430-6
Revue, 27,5 cm x 17,5 cm
12 pages
En plus de faire connaître les
différents types de fibres minérales artificielles présentes dans
les matériaux de construction,
ce dépliant aborde les effets sur
la santé des travailleurs des
corps de métiers les plus souvent exposés. Les principales
règles d’hygiène et de protection personnelle recommandées
y sont également décrites.
faut tenir compte pour faire
un diagnostic ainsi que sur
d’autres points touchant les
modes de traitement.
Le prélèvement
automatique
DC 100-1019-1 (français) et
DC 100-1019-1 A (anglais)
Dépliant, 21,5 cm x 9,5 cm
Ce dépliant comporte un formulaire d’inscription au service
de prélèvement automatique
destiné aux employeurs qui
optent pour le paiement de leur
prime annuelle en plusieurs
versements.
Fruit de la collaboration entre
la CSST et l’Association pour
la santé et la sécurité du travail, secteur affaires sociales
(ASSTSAS), cette revue, publiée quatre fois par année, traite
des préoccupations propres aux
services de garde. L’ASSTSAS,
organisme voué à la prévention,
y aborde des sujets comme les
lésions musculo-squelettiques,
le choix des équipements,
l’aménagement des locaux,
l’amélioration de la qualité de
l’air, et la réduction du bruit.
La revue est distribuée gratuitement aux centres de la petite
enfance, aux garderies, à leurs
regroupements, et aux associations syndicales et maisons
d’enseignement concernées.
La lombalgie aiguë chez
l’adulte : évaluation
et traitement – Guide
de consultation rapide à
l’usage du praticien (no 14)
Info-isocyanates
Le comité provincial sur les
isocyanates a été mis sur pied
en 1998 dans le but de traiter
les différents aspects de l’exposition aux isocyanates. Voici
le premier numéro d’un bulletin devant paraître à intervalle
variable en cours d’année.
Sans pépins
DC 400-1331
Brochure, 21,5 cm x 13,75 cm
26 pages
Ce guide à l’usage du praticien
est un condensé du Clinical
Pratice Guideline. Il s’agit d’un
guide de consultation rapide
servant au praticien dans ses
fonctions de tous les jours. Il
porte, entre autres, sur l’évaluation initiale de l’état du patient souffrant d’une lombalgie
aiguë, la reconnaissance des
signes de pathologies graves
sous-jacentes, les soins de départ, les examens complémentaires et les éléments dont il
Le Sommaire des sommes
portées à votre dossier
DC 100-1005-3 (français) et
DC 100-1005-3A (anglais)
Brochure, 21,5 cm x 9,5 cm
S’adressant aux employeurs
tarifés au taux de l’unité et
faiblement personnalisés, ce
dépliant explique ce que contient le formulaire qui leur est
expédié à intervalle régulier,
le Sommaire des sommes portées à votre dossier. Grâce à ce
sommaire, les employeurs sont
informés des indemnités et des
frais que la CSST doit payer
lorsqu’elle accepte une demande d’indemnisation pour
un accident du travail ou une
maladie professionnelle. Outil
de gestion facile à consulter, le
sommaire fournit sur une seule
page un résumé des sommes
inscrites à chaque dossier d’expérience de l’employeur.
Vous pouvez vous procurer ces
documents au bureau de la
CSST de votre région. O
Danielle Brouard et Lyse Tremblay
Cherchez l’erreur
La coupe et la friture
des pommes de terre
Des frites et encore des frites, chaudes et bien croustillantes !
Tous les clients en veulent. Dans la cuisine, chacun s’affaire. Nicolas, à la coupe,
et Jean-Marc, à la friteuse. Il faut faire vite ! Les commandes continuent d’arriver…
Oh ! Plus de pommes de terre dans le seau ! Érick vient à la rescousse.
Ça roule, certes, mais peut-être pas de façon sécuritaire.
Pouvez-vous repérer les erreurs simulées dans cette mise en scène ?
Photo Denis Bernier
Simulation
| Prévention au travail | Été 2000 |
5
Les erreurs
1
2 Est-ce bien le moment pour Érick
de changer le contenant de pommes
de terre ? Même en faisant vite, il
dérange Nicolas et le contraint à
faire une fausse manœuvre en tranchant les pommes de terre. À la
base de cette erreur, une mauvaise
organisation du travail.
3
5
Photos Denis Bernier
1 Jean-Marc s’y prend mal avec le
panier à frites. Il le soulève trop
et l’incline vers lui. Conséquence,
l’huile s’égoutte sur le plancher.
Quoi de plus glissant qu’une flaque
d’huile sous les pieds ?
2
4
3 Nicolas utilise bien mal le coupefrites. On dirait qu’il cherche à
par la suite qu’il utilise une
méthode de travail sécuritaire. Préparer les ingrédients à l’avance et mettre
les outils à proximité. Planifier une chaîne de travail
réglée au quart de tour pour
les périodes où le personnel doit agir vite et dans un
espace restreint. Éviter les
chassés-croisés qui favorisent les collisions, les encombrements et rompent
le rythme de travail. Prévoir
des moments pour le nettoyage et le remplissage des
contenants.
Les méthodes de travail
Les corrections
L’organisation du travail
Dans une cuisine de restaurant, la sécurité repose d’abord et avant tout sur une
bonne organisation du travail. On doit
prévoir le déroulement des activités ainsi
que les tâches de chaque travailleur,
surtout aux heures d’achalandage.
Voici quelques principes de base :
former chaque nouveau travailleur aux
tâches qu’il devra accomplir. S’assurer
6
| Prévention au travail | Été 2000 |
Comme c’est l’heure de
pointe, du coup de feu,
comme on dit en restauration, Nicolas a rapproché un
plein seau de pommes de
terre du coupe-frites avant
de commencer la coupe.
Évidemment, pas question
de planter des couteaux dans
les pommes de terre ! Ils ont
été rangés dans le porte-couteaux prévu
à cette fin sur le coupe-frites.
Nicolas utilise la méthode de travail
qu’il a apprise. Il glisse la pomme de
terre sous le bloc des couteaux et retire rapidement sa main avant de faire
redescendre le bloc. Lorsqu’il doit
exercer une pression sur le manche, il
prend garde de ne pas lever inutilement
le coude plus haut que les épaules.
Une autre solution à envisager serait
de faire l’acquisition d’un coupe-frites
tenir la pomme de terre en même
temps qu’il abaisse les lames, au
risque de se tailler les doigts.
4 Des couteaux plantés dans les
pommes de terre ? Gare à celui qui
glissera une main dans le seau
pour en prendre une !
5 Que font les déchets sur le plancher ? Les accidents par glissade
peuvent avoir toutes sortes de
conséquences ; la personne peut
tomber, entrer en collision avec un
collègue qui transporte quelque
chose de très chaud, ou même se
brûler en cherchant à se retenir
au gril, par exemple !
électrique, qui élimine les risques et
facilite la tâche.
À la friteuse, maintenant. Jean-Marc
prend d’abord un appui solide sur ses
jambes, légèrement écartées. Il soulève
le panier en sollicitant les muscles de
ses bras et en gardant le dos bien droit.
Puis il secoue le panier sans l’incliner,
en le maintenant directement au-dessus
de la friteuse.
Un plancher
sous surveillance constante !
La propreté des planchers de la cuisine
c’est, à chaque instant, l’affaire de tous.
Quoi faire ?
Autour des friteuses, laver souvent
le plancher à fond avec un dégraisseur
industriel et de l’eau bien chaude. Dans
les aires de préparation des aliments,
prévoir des poubelles faciles d’accès.
Ramasser immédiatement tout ce qui
tombe par terre et essuyer le plancher.
Finalement, comme il y a risque de
glissade, des souliers avec semelles
antidérapantes sont de mise. Voilà ! Ces
gestes simples suffisent à éliminer
plusieurs risques de glissades, de brûlures et de coupures. Maintenant que
tout est prêt, on vous sert une frite ? O
Claire Pouliot
Collaborateurs : Yvon Papin, chargé de projet
à la Vice-présidence à la programmation et
à l’expertise-conseil, et Francine Daoust, inspectrice à la Direction régionale de l’Île-deMontréal – 4.
Merci à la direction du restaurant Lafleur de
Pointe-Claire pour son accueil et sa grande collaboration. Nos comédiens : Jean-Marc Tessier,
gérant, Nicolas Lejour et Érick Nyuis.
ne soit pas
le dernier…
Par François Messier
Les jeunes travailleurs se blessent plus souvent
que leurs aînés. Pour des raisons multiples :
organisation du travail déficiente ou absente,
fatigue et stress causés par le cumul du travail
et des études, manque d’expérience, voire témérité
excessive. Portrait d’une jeunesse qui devrait
pouvoir travailler sans y laisser sa peau.
Photo Robert Etcheverry
Dossier
Pour que leur
premier emploi
Dossier
« J’étais
12 accidents du travail mortels dans le
groupe des jeunes Québécois de 24 ans
et moins.
La tendance se confirme depuis des
années : les jeunes travailleurs ont
un taux d’accident plus élevé que l’ensemble de la population active. En
1996, au Québec, les travailleurs âgés
de 15 à 24 ans subissaient 16,5 % des
accidents du travail, mais ne représentaient que 13,2 % des emplois. Évidemment, ces accidents surviennent là
où les jeunes travaillent en plus grand
nombre. En 1996 toujours, les secteurs
du commerce et des services enregistraient à eux seuls plus de 50 % des
accidents du travail subis par des jeunes
exerçant les métiers les plus divers :
vendeur, serveur, cuisinier, caissier,
emballeur, plongeur, garagiste, etc.
Ces emplois comportent sans aucun
doute des risques très différents.
Travailler et étudier,
un mode de vie
Les jeunes travailleurs ont souvent
deux points en commun. Ils étudient et
ils ont des horaires très irréguliers. Plus
qu’un phénomène social et économique
important, le travail rémunéré de la
population étudiante est devenu un
véritable mode de vie. Au niveau secondaire, 40 % des élèves sont déjà au
travail1. Au collège ou à l’université,
deux sur trois occupent un emploi à
temps partiel durant l’année scolaire.
Une étude du Conseil supérieur de
l’éducation2 montre que la multiplication des commerces et des services
a entraîné le « besoin d’une maind’œuvre aux horaires souples, relativement formée et disponible, à qui
on peut imposer des conditions de travail minimales : la main-d’œuvre étudiante offrait ce profil désiré. » Avec
les conséquences que l’on devine. Plus
de la moitié des étudiants consultés
jugeaient difficiles de concilier travail
et études, un mode de vie qui augmente
le stress et la fatigue.
Daniel Mercure, professeur de sociologie du travail à l’Université Laval,
président du comité d’organisation
du XVe congrès de l’Association internationale des sociologues de langue
Illustration Caroline Merola
grand et fort. Pour
moi, soulever un bac de 60 kg, ça ne
devait pas poser problème… », laisse
tomber Christian Matte. En juillet
1998, ce jeune père de famille de
21 ans a vu sa vie basculer. Manutentionnaire dans un abattoir de poulets
en banlieue de Québec, Christian a
subi une entorse lombaire en tentant de
déverser le contenu d’un bac dans une
grosse cuve ; un bon élan demandant
une torsion du dos a fait le travail, et
vlan ! Au fil du temps, sa blessure s’est
aggravée. Aujourd’hui, une hernie discale l’empêche de mener sa vie comme
il l’entend.
Si un tel accident est un drame pour
quiconque le subit, le sort semble particulièrement cruel pour celui ou celle
qui a l’avenir devant soi. « Ça fait deux
ans que je passe ma vie à ne rien
faire !, déplore Christian. Il m’est difficile de rester debout longtemps. Je ne
peux plus pratiquer de sport. Et je
dois faire attention quand je joue avec
mes enfants. »
Malheureusement, le cas de ce jeune
homme n’est pas unique. Les statistiques des rapports annuels d’activité
de 1998 et 1999 de la CSST révèlent
que 46 817 jeunes de 24 ans et moins
ont eu un accident du travail reconnu par la Commission. Toujours dans
la même tranche d’âge, 1 041 autres
jeunes ont souffert d’une maladie professionnelle.
Le phénomène est inquiétant et il
est difficile de l’expliquer. Chose certaine, la facture est salée. En 1999, en
effet, les blessures de ces jeunes, indemnisés en moyenne 22 jours par
année, ont entraîné des débours de
plus de 26 millions de dollars à la
CSST. Mais l’impact réel dans leur vie
ne se quantifie pas.
Si les blessures mineures n’entraînent que peu de jours perdus, d’autres,
plus graves, sur les plans physiologique et psychologique, laissent
des séquelles. Et puis, il y a les décès.
Chaque année, il survient en moyenne
8
| Prévention au travail | Été 2000 |
1
2
Étudier et travailler. Enquête auprès des élèves
du secondaire sur le travail rémunéré durant
l’année scolaire, MEQ, 1993.
Les nouvelles populations étudiantes des collèges et des universités : des enseignements à
tirer, MEQ, 1992.
française et du comité de recherche
Sociologie du travail3, confirme que
cette tendance dans l’organisation du
travail se maintient. « Les employeurs
demandent à leurs nouveaux employés
d’être plus polyvalents et flexibles
qu’auparavant. Il en résulte une surcharge mentale, propice à une baisse
d’attention, et donc à un plus grand
nombre d’erreurs. »
Pis encore, les horaires variables qui
caractérisent le travail à temps partiel
réduisent d’autant plus l’accessibilité
des jeunes à des formations sur les
mesures de sécurité au travail.
Entre l’inexpérience et la témérité
L’inexpérience peut, certes, expliquer
en partie l’accident dont a été victime
David Nadeau. En mai 1999, quatre
mois après avoir terminé son cours de
soudeur, il s’est coincé un doigt dans
un rouleau compresseur pour plaques
de métal. L’ouverture était de quelques
millimètres à peine et son auriculaire
droit y est passé. « Je n’avais pas
touché à cette machine depuis ma formation professionnelle, raconte-t-il. Je
ne faisais que souder. » Mais, ce soirlà, comme il manquait de personnel,
David a dû l’utiliser. « Une feuille de
métal s’est coincée dans le rouleau,
et j’ai voulu utiliser ma main pour la
déprendre. Mon gant a été happé par
la machine. J’aurais dû enlever mes
gants. On me l’avait appris et j’aurais
dû m’en souvenir », admet-il. Mais, du
même souffle, il ajoute : « Par contre,
une pancarte placée devant la machine
aurait dû rappeler cette mesure de sécurité. » Or, il n’y en avait pas, hélas !
Parce que David a raison, les affiches
3
Daniel Mercure est aussi l’auteur d’une
vingtaine de livres et de communications
scientifiques dont Les entreprises et l’emploi,
les nouvelles formes de qualification du travail, Les publications du Québec, 1998.
Photo Yves Beaulieu
François Meunier,
directeur des
affaires publiques
à l’Association
des restaurateurs
du Québec, fait
remarquer que « par
nature, les jeunes
sont convaincus
d’être surhumains ».
Ce sentiment
peut leur jouer,
éventuellement, de
bien vilains tours.
de prévention sont un excellent moyen
de signaler la présence d’un danger.
« Souvent, l’inexpérience peut créer
chez les jeunes une mauvaise évaluation des risques, explique Suzanne
Walsh, sociologue, chargée d’un cours
intitulé Jeunes et société à l’Université
du Québec à Montréal. Un jeune travailleur peut très bien avoir des méthodes de travail différentes qui, à ses
yeux, ne sont pas risquées. Il faudrait
vérifier le taux de fréquence chez les
travailleurs plus âgés, mais tout aussi
inexpérimentés, afin de déterminer si
c’est l’inexpérience ou la témérité qui
explique le plus grand nombre d’accidents du travail chez ces derniers. »
À l’Association des restaurateurs
du Québec (ARQ), le sentiment d’invulnérabilité ressenti par beaucoup de
jeunes ne fait aucun doute. « Ils ne
semblent pas accorder d’importance
aux méthodes de travail, observe
François Meunier, directeur des affaires
publiques. Par nature, ils sont convaincus d’être surhumains. »
Pstt ! Des questions pour votre employeur
Quand on demande à Christian Matte s’il a pris la peine de demander
à son patron la procédure et les règles de santé et de sécurité du
travail, sa réponse est limpide : « Au salaire minimum, ça ne valait
pas la peine ! Les employeurs reçoivent 2000 curriculum vitæ pour ces
emplois-là. Alors celui qui semble être un fauteur de troubles va se
ramasser au bas de la liste… »
David Nadeau non plus n’a pas posé de questions quand on l’a
embauché. « L’employeur savait que j’avais reçu une formation et
que les questions de santé-sécurité m’avaient été enseignées. »
Voilà des perceptions largement partagées par la plupart des jeunes
travailleurs ; ils ont peur de passer pour chipoteux, téteux, peur de ne
pas décrocher l’emploi, peur d’être congédiés. Et pourtant, il vaut la
peine de tester l’eau avant d’y plonger. Les programmes d’accueil
n’étant pas nécessairement monnaie courante, il convient de prendre
les choses en main. Poser des questions à propos de la politique de
santé et de sécurité du travail démontre que vous vous intéressez à
la nature de votre travail, au-delà des questions liées au salaire et à
l’horaire. Et, après tout, il en va de votre santé et aussi de celle de
l’entreprise ! Voici donc quelques suggestions de questions 4 :
• Quelles sont mes responsabilités en matière de santé et de sécurité ?
• À qui puis-je m’adresser pour obtenir des précisions sur la sécurité
de mon travail ?
• À qui devrais-je déclarer un incident ou une lacune en matière de
santé et de sécurité ?
• Qui est responsable des premiers secours dans l’établissement ?
• Où sont les extincteurs, les trousses de premiers soins ?
• Vais-je recevoir une formation sur la sécurité ? À quel moment ?
• Avez-vous un comité de santé et de sécurité ?
• Dois-je porter des équipements de protection ? Vais-je recevoir une
formation sur leur mode d’emploi ?
• Y a-t-il des risques généraux (charges lourdes à transporter, bruit,
produits chimiques) ?
• Quels sont les dangers reliés à mon poste de travail ou à mes
tâches ? O
4
Adaptation d’un texte publié par le Worker’s Compensation Board of B.C.
| Prévention au travail | Été 2000 |
9
La loi s’applique
à tous
Contrairement à ce que croient
beaucoup d’étudiants, il n’est
pas nécessaire d’avoir travaillé
un minimum d’heures pour être
protégé par la CSST. En fait, vous
êtes protégé par deux lois-cadres :
la Loi sur la santé et la sécurité
du travail (LSST) et la Loi sur les
accidents du travail et les maladies professionnelles (LATMP).
Peu importe que vous occupiez
un poste à temps plein ou partiel,
syndiqué ou non, vous êtes un
travailleur de plein droit. Si vous
faites un stage non rémunéré
dans le cadre de votre scolarité,
l’établissement scolaire sera considéré comme l’employeur.
Enfin, selon l’article 2 de la
LATMP, tout travailleur rémunéré, à l’exception, entre autres,
du travailleur autonome et du
domestique, est assuré contre les
risques d’accident et de maladie
professionnelle. En cas de lésion
professionnelle, vous aurez droit
à des indemnités de remplacement du revenu et à la réadaptation, s’il y a lieu. O
10
| Prévention au travail | Été 2000 |
Photo Johane Palasse, La Ronde, parc Jean-Drapeau
Dossier
Pas de dos de rechange
À la Société du parc Jean-Drapeau,
les nouveaux travailleurs embauchés
pour la saison estivale doivent suivre
une session d’intégration portant sur
plusieurs sujets. Par exemple, il y a un
volet consacré à la santé et à la sécurité du travail. En 1999, en dépit de
l’information fournie, les travailleurs
affectés aux manèges de La Ronde, à
l’accueil ou à la propreté, entre autres,
ont subi 18 accidents du travail entraînant 126 jours d’absence ; 59 incidents sont également survenus, sans
perte de temps, toutefois. Le siège le
plus fréquent des lésions ? Le dos.
Mona Landry, conseillère en
gestion des ressources humaines,
estime que les jeunes ne sont pas
Une employée de La Ronde aide des visiteurs à prendre place
dans le manège de l’île aux trésors. Comme tous les jeunes embauchés
par la Société du parc Jean-Drapeau, elle a reçu une formation
en santé et sécurité en fonction des tâches à accomplir.
suffisamment conscients des conséquences qui peuvent découler d’un
accident. « Je leur rappelle souvent que
des dos, il n’y en a pas sur les tablettes
des supermarchés ! Qu’une blessure
peut nuire à leur carrière. » Mais, visiblement, la santé et la sécurité au travail ne sont pas leur préoccupation
principale pendant leur emploi d’été.
Ils sont en réalité davantage préoccupés par d’autres aspects de leurs
conditions de travail : l’ambiance,
l’horaire, le nombre d’heures de travail, le salaire, etc. De plus, les boulots
qu’ils font au parc Jean-Drapeau ne
sont pas, pour la plupart, reliés au
domaine dans lequel ils étudient.
Enfin, plusieurs d’entre eux tentent de
cumuler deux emplois afin de payer
leurs études. Alors, pas étonnant que la
santé et la sécurité du travail soient
loin de leurs préoccupations.
Un constat renforcé par une étude
du ministère de l’Éducation réalisée
auprès de 6 000 élèves de niveau
secondaire5 : seulement 3 % des élèves
interrogés disaient avoir de mauvaises
conditions de travail.
Restauration :
la quadrature du cercle
Bon an mal an, le secteur de l’hébergement et de la restauration embauche
5
Étudier et travailler. Op. cit.
une forte proportion de jeunes. Un sur
trois y décroche son premier emploi.
Plongeur la fin de semaine, serveuse le
soir, aide de cuisine à temps partiel…
Pas surprenant si un grand nombre
d’accidents du travail surviennent dans
ce secteur !
Des blessures, il s’en produit par
centaines dans les restaurants du
Québec. Des coupures surtout, aux
causes multiples : un couteau, une
assiette brisée, la lame du coupeviande. Des brûlures aussi, subies en
touchant accidentellement une plaque
chauffante ; des éclaboussures reçues
en renversant des produits bouillants
ou en faisant frire des aliments. Et des
chutes causées par des dérapages sur
des planchers glissants. Selon une
étude menée en 1998 pour le compte
de l’ARQ, 50 % des accidents qui surviennent dans le secteur touchent des
travailleurs de moins de 30 ans.
Résoudre le problème nécessitera
beaucoup plus qu’une simple recette.
La restauration est une activité à multiples visages. Les conditions de travail varient, en effet, selon la taille
de l’établissement. Les grandes entreprises, souvent syndiquées, sont mieux
organisées. Quant aux travailleurs, ils
se divisent en deux groupes : ceux
fraîchement sortis des maisons d’enseignement et ceux apprenant « sur
le tas ».
Passer le message !
À l’ARQ, on se préoccupe du problème. L’association tente de concevoir des outils de promotion pour les
lieux de travail : affiches, autocollants,
vidéos. « On veut les diffuser le plus
largement possible. Évidemment, ce
n’est pas l’idéal, ça prendrait une forme
de coaching ou d’évaluation. Mais au
moins nous faisons de la sensibilisation », explique François Meunier en
étalant une panoplie de guides d’instruction et de vidéos de formation distribués aux restaurateurs québécois.
Pour l’heure, toutefois, la formation
en santé et sécurité du travail demeure
le plus souvent incorporée à l’initiation
à la tâche. Les risques reliés à un appareil particulièrement dangereux seront
donc évoqués lorsque viendra le moment de l’utiliser. « Notre secteur favorise davantage le compagnonnage au
détriment de la formation en institution, note M. Meunier. Mais il faudrait un contrôle ou une évaluation, ce
qui n’est pas forcément le cas. Nous
souhaitons mettre au point des grilles
de détermination des risques — une
fiche pour chaque appareil, énonçant
les risques et les règles de base — afin
de ne pas oublier des choses importantes. »
Mais, dans ces cuisines où l’on travaille souvent sous pression, le temps
réservé à la formation est limité. « Il
serait utopique de faire une tournée
dans tous les établissements avec un
programme de deux ou trois heures »,
estime M. Meunier.
« En matière de santé et de sécurité
du travail, l’industrie de la restauration a souvent été négligente, reconnaît Clifford Boyd. Il y a une vingtaine
Les obligations
de votre employeur
Illustration Benoît Laverdière
À l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ), près de
1 000 élèves sont inscrits à temps
plein. D’après Cliffort Boyd, coordonnateur des programmes, « les jeunes
débutants ne se rendent pas compte
du danger potentiel inhérent aux lieux
de travail. Par contre, ils sont de plus
en plus attentifs aux agresseurs qui
s’y trouvent. À la fin de leur formation,
les diplômés savent à quoi s’attendre
en arrivant dans la restauration ».
Isabelle Duval, diplômée d’un programme de formation professionnelle
à la polyvalente Calixa-Lavallée, est
d’accord : « Mes employeurs m’ont
toujours parlé de santé et de sécurité
du travail avant de m’embaucher. »
Heureusement ! Car depuis qu’elle
arpente les cuisines de deux restaurants, c’est le chaos : « Au boulot,
nous n’avons pas de formation. Pas le
temps. On court comme des fous ! »
Or, beaucoup de jeunes travailleurs
entrent directement dans un établissement, sans avoir reçu de formation
préalable. Ceux-là présentent à la fois
plus de risques et... sont plus difficiles
à atteindre et à sensibiliser par des
programmes de prévention.
En vertu de l’article 51 de la LSST,
l’employeur doit prendre les
mesures nécessaires pour protéger la santé et assurer la sécurité et l’intégrité physique de ses
salariés. L’enjeu est de taille. Il lui
faut informer, former, soutenir
son personnel. Ce faisant, il démontre que la santé et la sécurité,
ce n’est ni un luxe ni une utopie,
mais un devoir. S’il donne l’exemple, les jeunes comprendront le
message et ils se sentiront respectés dans leurs droits. Voici donc
un bref rappel de ses obligations :
• s’assurer que les établissements
sur lesquels il a autorité sont
équipés et aménagés de façon à
assurer la protection nécessaire ;
• désigner des membres de son
personnel chargés des questions de santé et de sécurité et
en afficher les noms dans des
endroits visibles et accessibles ;
• voir à la sécurité de l’organisation et des méthodes et techniques de travail pour qu’elles
ne portent pas atteinte à la
santé des travailleurs ;
• utiliser les méthodes et techniques visant à repérer, maîtriser et éliminer les risques
pouvant affecter la santé et la
sécurité ;
• fournir un matériel sécuritaire
et assurer son maintien en bon
état ;
• informer correctement les travailleurs des risques reliés à leur
travail et assurer la formation,
l’entraînement et la supervision
appropriés afin que chacun ait
l’habileté et les connaissances
nécessaires pour accomplir en
toute sécurité le travail qui lui
est confié ;
• fournir gratuitement tous les
moyens et équipements de protection individuelle ou collective
déterminés par règlement et
s’assurer qu’ils sont utilisés. O
| Prévention au travail | Été 2000 |
11
Dossier
Illustration Pierre Berthiaume
Vous avez des droits que vous
avez tout intérêt à connaître et à
faire respecter, certes, mais vous
avez également des obligations,
tout comme l’employeur qui a
également le droit de voir à ce
que vous les respectiez. En vertu
de l’article 49 de la LSST, vous
devez, notamment :
• prendre connaissance des mesures de prévention ;
• prendre les mesures nécessaires
pour protéger votre santé, votre
sécurité et votre intégrité physique ;
• veiller à ne pas mettre en
danger la santé, la sécurité ou
l’intégrité physique des personnes qui se trouvent sur
les lieux de travail ou à proximité ;
• participer à la détermination
et à l’élimination des risques
d’accidents du travail et de
maladies professionnelles sur
les lieux de travail. O
12
| Prévention au travail | Été 2000 |
Photo Pierre Charbonneau
Vos obligations
d’années, on avait l’impression qu’on
construisait un beau resto et que, s’il
restait un petit coin, on faisait une
cuisine !, blague-t-il. À l’époque, les
risques, ça faisait partie de la vie d’un
cuisinier, sans plus. »
Encore aujourd’hui, beaucoup de
restaurateurs sont rappelés à
l’ordre, pour le non-respect
de normes ergonomiques,
par exemple. « Dans certaines PME, poursuit
M. Boyd, il est fréquent
de trouver des cuisines
dont le plancher a plusieurs niveaux. Certaines
sont tellement petites que le
personnel ne peut ouvrir
les portes du réfrigérateur et
du four de la cuisinière en
même temps, les deux appareils étant placés l’un en
face de l’autre. Heureusement, certaines municipalités ont des normes très
sévères, entre autres, en ce
qui a trait au drainage des
eaux usées, à l’entreposage
des déchets, etc. Sans ces
normes, la situation serait
vraiment lamentable. »
Pourtant, dans l’ensemble, le portrait n’est pas si noir. « Aujourd’hui,
nous sommes capables de mettre le
doigt sur certains problèmes », fait
remarquer le coordonnateur de l’ITHQ.
Dans un souci de réduire le danger à la
source, par exemple, plusieurs appareils
traditionnels des cuisines subissent des
modifications heureuses. Les machines
Hobart6 sont maintenant équipées d’un
guide protecteur pour que personne ne
puisse s’y prendre le bras. Les friteuses
sont munies de filtres pour éviter les
éclaboussures. Les autoclaves peuvent
désormais être disposés de telle sorte
que les cuisiniers n’ont plus à les déplacer.
Mais, selon Clifford Boyd, en restauration, la situation économique des
PME est telle que l’employeur a peu
de ressources sur le plan financier.
« Bien sûr, le propriétaire souhaite que
son entreprise réponde aux normes,
qu’elle soit sûre et salubre. Mais,
quand on est petit, comment s’offrir ce
qu’il y a de mieux, exemple, un revêtement de sol de type Altro au lieu
d’un revêtement standard ? On n’en
a pas les moyens !
Dans les cuisines des grandes entreprises, la situation est différente.
Clifford Boyd est coordonnateur des
programmes à l’Institut de tourisme
et d’hôtellerie du Québec. Il connaît bien
le milieu de la restauration. Il estime
que des progrès réels ont été faits dans
ce secteur, au cours des dernières années.
Photo Jon Riley / Stone
Pour une entreprise,
consacrer du temps
à l’accueil et à la
formation des
jeunes travailleurs et
travailleuses est un
réel investissement.
Au Québec, des
employeurs le font, en
prenant les moyens
et le temps qu’il
faut, et ils sont très
satisfaits des résultats.
La direction subit des pressions, entre
autres des syndicats. Ce qui a pour
effet positif d’équiper les travailleurs
de manière appropriée. Cette pression
n’est pas nécessairement présente dans
les PME. »
La formation,
un bel investissement !
« À l’abattoir, on nous parlait d’hygiène. Mais de la formation en santé
et sécurité — comment utiliser les couteaux, transporter les bacs de viande —
il n’y en avait pas », relate, amer,
Christian Matte. « On ne m’a jamais dit
de ne pas exécuter une telle torsion en
soulevant le bac de viande. Si j’avais
su, mon accident aurait pu être évité… »
En effet, les employeurs sont légalement tenus de jouer un rôle dans
les conditions d’insertion des jeunes.
Ils doivent informer les nouveaux
arrivants des risques reliés à leur travail, les former et les initier. Pourtant,
seulement 41 % des travailleurs entre
15 et 29 ans disent avoir reçu cette
formation7.
L’importance de mettre sur pied
un programme d’accueil est pourtant
claire. Selon le Bureau of Labor
Statistics des États-Unis, près de 50 %
des accidents du travail touchent des
travailleurs occupant leur fonction
depuis moins d’un an. De plus, ceux
qui bénéficient d’un programme
6
7
Gros malaxeurs de 54,4 litres, sur lesquels on
branche divers appareils.
Travail & Santé, mars 1998.
d’accueil sont deux fois plus nombreux à demeurer dans l’entreprise
plus de deux ans 8. Par conséquent,
consacrer du temps à la formation est
un réel investissement.
Une tribune pour être écouté
À Boisbriand, la municipalité a compris le message. Les services des
Travaux publics et des Loisirs embauchent chaque année près d’une
centaine d’étudiants, tous âgés de
moins de 25 ans. Et on ne lésine pas
sur la formation. « Ici, les nouveaux ont
une journée complète d’intégration,
explique Diane Paquette, directrice du
développement des ressources humaines. D’anciens travailleurs ou des
contremaîtres viennent leur enseigner
les bonnes méthodes pour manipuler
Québec réglemente
le travail des enfants
Depuis le 1er février 2000, les enfants du Québec sont mieux protégés grâce à une nouvelle loi 9.
Cette loi s’ajoute à la législation
visant à protéger les travailleurs, notamment le Règlement
sur la santé et la sécurité du
travail dans les mines, le Règlement sur les établissements
industriels et commerciaux, le
Code de sécurité pour les travaux de construction. O
chacun des appareils qu’ils auront à
utiliser. Au service des Loisirs, les
jeunes reçoivent une fin de semaine
complète de formation. »
Les résultats de l’investissement
sont excellents. En 1999, aucun accident du travail ne s’est produit. Alors,
imprudents, les jeunes ? « Non. Je ne
crois pas, soutient Mme Paquette. Ils
posent des questions intéressantes, sensées. Il suffit de leur donner une tribune
pour qu’ils puissent s’exprimer. »
« Pour les jeunes, il est important de
mettre l’accent sur l’analyse des tâches,
la formation et la supervision », précise
Sylvie Mallette, directrice en santé et
sécurité au Centre patronal de santé et
sécurité du travail. Et de poursuivre :
« Il est primordial de faire ressortir
les dangers et les facteurs de risques.
Il faut aussi s’attendre à les former
davantage, et différemment. Une formation de type traditionnel ou magistral ne sera pas aussi efficace que des
exercices pratiques, des jeux de rôles
ou des présentations vidéos interactives. L’humour aussi est un atout. »
Le nourrissant trio AIE :
Accueil, Initiation, Entraînement
Au Centre patronal, on applaudit à cette
façon de faire. Un des récents numéros
de leur revue, Convergence, se prononçait en faveur de programmes d’accueil pour tous les nouveaux salariés
8
9
Training, mars 1998.
Consulter la rubrique « Droits et obligations »,
p. 32.
| Prévention au travail | Été 2000 |
13
François Messier
14
| Prévention au travail | Été 2000 |
Isabelle Lessard (à gauche), directrice information et formation en
santé et sécurité du travail, section entreprises, au Centre patronal
de santé et sécurité du travail du Québec, et Sylvie Mallette,
directrice en santé et sécurité au même organisme. Récemment,
le Centre a consacré tout un numéro de sa revue, Convergence,
aux programmes d’accueil pour tous les nouveaux employés.
250 millions !
La planète compte 250 millions de jeunes travailleurs âgés de 5 à
14 ans, dont la moitié travaille à plein temps, selon une estimation
du Bureau international du travail (BIT). Et comme on peut s’en
douter, les tâches qu’ils accomplissent sont insensées, dangereuses,
voire dégradantes.
Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) fait une
distinction entre le travail INTOLÉRABLE et le travail ACCEPTABLE des
enfants. « Le premier entrave son développement physique et
mental. Il participe à son exploitation économique et sociale. Il
viole son intégrité spirituelle et morale. Le second donne à l’enfant
qui contribue au revenu familial, assurance et fierté. Il lui fournit
une formation, voire un métier, même s’il ne préserve pas toujours
sa scolarité, son repos et ses loisirs. Il lui confère un statut et facilite son intégration au milieu. »
Selon l’UNICEF, les enfants se plaignent davantage des mauvais
traitements et des humiliations qu’on leur inflige que du fait de
devoir travailler. Les enquêtes sur le terrain ont permis de constater
que « la plupart du temps, les jeunes travailleurs maltraités sont
privés de nourriture ou de soins, il reçoivent fréquemment des
coups de pied, des coups de ceinture et sont parfois enfermés dans
des placards ou des caves. » Bourreaux d’enfants ! comme le clame
un célèbre humoriste français dans un de ses monologues. O
Monique Legault Faucher
Photo Pierre Charbonneau
Dossier
comprenant une séance d’initiation à
la tâche et une période d’entraînement
par compagnonnage (AIE). Un programme d’accueil complet devrait
s’appuyer sur ces bases.
Le trio accueil, initiation, entraînement est évidemment la solution
idéale. Mais il s’avère difficile, toutefois, de l’appliquer partout. « Ce type
de formation dépend souvent de la
taille de l’entreprise, reconnaît Isabelle
Lessard, directrice information et formation en santé et sécurité du travail, section entreprises. Les PME
n’ont pas les mêmes ressources que
les grandes entreprises. Dans celles en
croissance, il arrive souvent que le
contremaître soit informé seulement
le vendredi de l’arrivée d’un nouveau
travailleur le lundi suivant. »
Lorsqu’un nouvel employé est embauché, l’entreprise devrait idéalement lui présenter son engagement en
santé-sécurité du travail. Tout devrait
y passer : présentation du comité de
santé et de sécurité, règlements généraux de l’usine, premiers soins et premiers secours, politique en matière de
prévention (inspection, enquête, analyse), Système d’information sur les
matières dangereuses utilisées au travail (SIMDUT), etc. Les commentaires
du nouveau travailleur, essentiels pour
réévaluer le programme, devraient
être sollicités. Par la suite, le Centre
patronal recommande une période
d’initiation à la tâche. Une visite détaillée des lieux et du poste de travail
permet d’insister sur les règlements
en vigueur, le fonctionnement des
machines et du matériel à utiliser, les
consignes de sécurité, les méthodes
d’entretien et de réparation et l’utilisation de l’équipement de protection
individuelle et collective.
Une période d’entraînement est
souhaitable, par la suite. Le Centre
patronal préconise aussi le compagnonnage, un « parrain » travaille au
même poste qu’un nouveau pour la
durée nécessaire à l’apprentissage des
rudiments du métier. Un moniteur, en
quelque sorte. O
Santé et sécurité en images
Premier emploi :
la prévention, ça existe !
●■
Cote VC-000473 – Durée 15 minutes
Difficile de parler de prévention à des adolescents ? Parfois. Le malheur n’arrive qu’aux autres, pensent-ils trop
facilement. Cette vidéo, conçue pour des jeunes du niveau
secondaire, tente de les sensibiliser à la santé et à la
sécurité du travail. Elle met en vedette trois personnages
auxquels il leur sera facile de s’identifier : Annie, Robert
et Mico. Elle dépeint trois milieux avec lesquels les
jeunes sont familiers : une station-service, une épicerie
et une cuisine de cafétéria. La vidéo montre les réactions de jeunes dans des situations pouvant entraîner
des accidents. De plus, le scénario met en lumière les
comportements préventifs et les moyens concrets de
prévention des accidents qu’ils adoptent.
Un guide d’accompagnement à l’intention des
enseignantes et enseignants contient l’information
nécessaire pour répondre aux questions et animer
une séance de visionnement. Une production de
la CSST.
● Conduire un chariot élévateur
en sécurité dans des situations
dangereuses
Cote VC-001253 – Durée 17 minutes
La conduite d’un chariot élévateur présente plusieurs risques d’accidents :
déstabilisation de la charge, collision,
renversement. La vidéo montre les
règles de conduite permettant de négocier les surfaces glissantes ou irrégulières, de manœuvrer dans une zone
encombrée, d’éviter les piétons et les
autres véhicules. Elle aborde également
les dangers spécifiques de la conduite
sur les quais de chargement et sur les
rampes, ou lors du chargement de
camions-remorques. Et fait le tour des
règles de circulation, des méthodes de
chargement, sans oublier l’importance
du port de la ceinture de sécurité pour
le cariste. Produite par Coastal Training Technologies Corporation.
● Les accidents du travail
dans les cuisines et les restaurants
Cote VC 000486 – Durée 8 minutes
Travailler en restauration, ce n’est pas
toujours du gâteau. Heures longues,
rythme de production intense et offrant
peu de répit, roulement de personnel
appréciable, formation pas toujours
appropriée, atmosphère chaude et
humide, espace restreint, plancher
encombré ou glissant, matériel parfois bancal ou mal adapté à la tâche,
mauvais aménagement du poste de
travail sont autant d’ingrédients pouvant provoquer un accident.
La vidéo, extraite de l’émission
Comment ça va ? et produite par Idéacom
inc., en collaboration avec RadioCanada et la CSST, permet de repérer
les situations de danger et de les corriger, le plus souvent de façon très simple.
● ■ Sensibilisation des jeunes
au travail
Cotes VC-000960 et
VC-001246 (version anglaise)
La sécurité d’abord
Vidéocassette no 1 – Durée 10 minutes
Les témoignages percutants de jeunes
victimes d’accidents du travail mettent
en lumière l’importance de la sécurité, les droits et les responsabilités des
jeunes travailleurs en matière de santé
et de sécurité du travail.
Travaille avec ta tête
Vidéocassette no 2 – Durée 20 minutes
Cette vidéo pousse plus loin le message
de la première. Un manuel d’animation, un manuel de ressources pédagogiques, un guide du participant et
14 acétates accompagnent les vidéocassettes et en facilitent l’utilisation à
des fins de sensibilisation en milieu
scolaire. Ces documents sont une coproduction ontarienne du Centre de
santé et de sécurité des travailleurs et
travailleuses (CSSTT) et de l’Association pour la prévention des accidents
industriels (APAI). O
Suzanne Labrecque
Modalités d’emprunt à
l’audiovidéothèque de la CSST
Les documents vidéo sont prêtés gratuitement. Il suffit de remplir et de signer
une demande d’emprunt. Toute personne
peut venir chercher et rapporter les vidéocassettes, pendant les heures de bureau
— 8 h 30 à 16 h 30 —, du lundi au vendredi. Le visionnement peut se faire sur
place, moyennant réservation de la salle
(capacité de quatre personnes). L’audiovidéothèque peut aussi expédier les
documents à l’emprunteur ; la CSST paie
les frais d’expédition mais les frais de
retour sont à la charge de l’emprunteur.
Pour obtenir un formulaire de demande, pour réserver la salle de visionnement ou emprunter une vidéocassette :
Téléc. (514) 873-6593
Tél. (514) 873-2494
1 888 873-3160
1199, rue De Bleury, 4e étage
Montréal (Québec) H3B 3J1
● Information grand public
▲ Information spécialisée
■ Avec document ou guide
d’accompagnement
| Prévention au travail | Été 2000 |
15
Agenda
6 au 11 août 2000
Montréal (Québec)
19 au 21 septembre 2000
Banff (Alberta)
18 au 20 octobre 2000
Strasbourg (France)
Xe Symposium international
de victimologie
5e Colloque international sur la
surveillance biologique en hygiène
du travail et de l’environnement
2e Congrès européen des infirmiers
et infirmières du travail dans l’Union
européenne
Européens : soyons partenaires
de notre santé et de notre bien-être
au travail
Renseignements :
Xe Symposium international
de victimologie – JpdL
Bureau 500
1555, rue Peel
Montréal (Québec) H3A 3L8
Tél. (514) 287-1070
Téléc. (514) 287-1248
Courriel : info@victimology-2000.com
Site Web : www.victimology-2000.com
3 au 6 septembre 2000
Lausanne (Suisse)
25 au 27 septembre 2000
Bruxelles (Belgique)
5e Congrès français d’acoustique
Le travail sans limites ? Réorganiser
le travail et repenser la santé
des travailleurs
Renseignements :
Laboratoire d’acoustique
CFA 2000 (UMR-CNRS 6613)
IAM, Université du Maine 72085
Le Mans Cedex 9
SUISSE
Courriel : cfa2000@univ-lemans.fr
Site Web : cfa2000.univ-lemans.fr
3 au 8 septembre 2000
Perth (Australie)
Minesafe International 2000
5e Conférence sur la sécurité
et la santé dans l’industrie minière
mondiale
Renseignements :
Minesafe Secretariat
Locked Bag N984, Perth
Western Australia WA 6844
AUSTRALIE
Tél. 61 8 9325 2955
Téléc. 61 8 9325 5885
Courriel : chamber@mineralswa.asn.au
Site Web :
www.mineralswa.asn.au/minesafe
16
Renseignements :
Symposium Secretariat
Office of Continuing Education
University of Calgary
3330, Hospital Drive N.W.
Calgary (Alberta) T2N 4N1
Tél. (403) 220-7032
Téléc. (403) 270-2330
Courriel : isbm@ucalgary.ca
| Prévention au travail | Été 2000 |
Renseignements :
TUTB, Bd du Roi Albert II
5 bte 5, B-1210
Bruxelles (Belgique)
Tél. 32 2 224 05 60
Téléc. 32 2 224 05 61
Courriel : tutb@etuc.org
Renseignements :
Secrétariat logistique
Congrès Louis Pasteur
19, rue du Maréchal Lefèbvre
67100 Strasbourg
FRANCE
Tél. 03 88 79 15 00
Téléc. 03 88 39 53 18
Courriel : congres@adm-ulp.u-strasbg.fr
17 novembre 2000
Montréal (Québec)
Colloque
Travail, reconnaissance
et dignité humaine
27 au 29 septembre 2000
Vandœuvre-lès-Nancy (France)
Renseignements :
Christiane Blais
Université Laval
Faculté des sciences de l’administration
Pavillon Palasis-Prince
Québec (Québec) G1K 7P4
Tél. (418) 656-5213
Téléc. (418) 656-7028
37 e Journées nationales ANMTEPH
Médecine du travail du personnel
hospitalier
19 au 23 novembre 2000
Montréal (Québec)
Renseignements :
Dr Louis Lery
Hôpital cardiologique
59, boulevard Pinel, B.P. Lyon-Monchat
69365 Lyon Cedex 3
FRANCE
Tél. 04 72 35 78 32/34
1er Congrès international
des infirmières et infirmiers
de la francophonie
Vers un savoir infirmier
sans frontières
Renseignements :
Secrétariat du Congrès 2000
4200, boul. Dorchester Ouest
Westmount (Québec) H3Z 1V4
Tél. 1 800 363-6048 (du Québec) et
(514) 935-2501 (de l’extérieur du Québec)
Courriel : congres2000@oiiq.org
Site Web : congres2000.oiiq.org
Re c h e rc hàel’IRSST
Dans ce numéro
17 Excavation en milieu urbain
Un système d’étançonnement
qui contourne les obstacles
et s’adapte à tous les types
de sols québécois
20Gants de protection
Excavation
en milieu urbain
Un système d’étançonnement
qui contourne les obstacles et s’adapte
à tous les types
de sols québécois
Chaque année,
au Québec, au
moins un travailleur meurt enseveli
au fond d’une tranchée. Bien souvent,
les accidents surviennent en l’absence
d’étançonnement, lorsque la paroi de
l’excavation est presque verticale,
deux facteurs qui mènent à coup sûr,
à plus ou moins long terme, à l’effondrement de cette paroi. Les dispositifs
d’étançonnement qui existent ne sont
pas adéquats dans toutes les situations.
Les travaux menés par l’équipe que
dirigeait André Lan, du Programme
sécurité-ingénierie de l’IRSST, ont
abouti à la conception d’un prototype, le VM2, efficace jusqu’à une
profondeur de 3,7 mètres et apte à
contourner les obstacles tels que les
divers conduits fréquemment présents
sous terre.
Les dispositifs d’étançonnement
habituellement composés de panneaux
rigides sont lourds et difficiles à mettre
en place dans les tranchées de faible
envergure, comme c’est souvent le cas
en milieu urbain. Mais surtout, ils sont
inutilisables en présence de conduits
ou d’obstacles enfouis à moindre profondeur, comme les circuits de gaz ou
d’électricité qui sillonnent les sous-sols
citadins. Les travailleurs des municipalités se butent régulièrement à cette
situation, car ils exécutent fréquemment des travaux d’entretien et de
branchement de réseaux d’aqueduc et
d’égout. À la Ville de Montréal seulement, on compte 4 000 interventions
de ce genre annuellement.
Une recherche permet
de créer un modèle plus efficace,
d’élaborer une procédure
d’évaluation et d’établir
des spécifications de conception
24Échantillonne et compte !
Bilan positif du programme
de contrôle de la qualité
de la numération des fibres,
après huit ans d’existence
26Maux de dos
Quelles activités
économiques, quelles
professions sont les plus
touchées ?
28Boursière : Josée-Marie
Couture, Université
du Québec à Montréal
L'effet de l'informatisation
sur les activités d'entreposage
29Nouvelles publications
30Nouvelles recherches
| Prévention au travail | Été 2000 |
17
R e c h e r c h e à l’IRSST
Pour les excavations de deux mètres
et moins, la Ville de Montréal disposait déjà d’un système de protection
éprouvé, le VM1. Cependant, 10 % des
tranchées se situent au-delà de cette
profondeur. Elle s’était donc inspirée
du VM1 pour mettre au point un
dispositif d’étançonnement utilisable
jusqu’à 3,7 mètres. Il fallait cependant
valider ce prototype car, à cette profondeur, les pressions exercées sur la
structure s’accroissent considérablement. Pour ce faire, la Ville a recouru
à l’expertise de l’IRSST.
Point de départ
La Ville de Montréal voulait faire valider
un système d’étançonnement destiné
aux tranchées de moins de 3,7 mètres
de profondeur. Comme il n’existait aucun
système de protection valable à cette profondeur, pour les excavations à ciel ouvert
de faible envergure et traversées par
des obstacles, des tests ont été conduits
pour connaître l’efficacité de cet étançonnement dans les différents types de
sols qu’on trouve sur le territoire de l’ensemble des municipalités du Québec.
1
Responsables
André Lan1 et Jean Arteau2, du
Programme sécurité-ingénierie
de l’IRSST.
Partenaires
Martin Tremblay et Serge Gamelin
de la Ville de Montréal ; Denis
LeBoeuf et Omar Chaallal,
de l’École de technologie
supérieure ; Jean-Marc Dugré,
consultant, et Sylvie Poulin,
de l’Association paritaire –
Secteur Affaires municipales.
2
Résultat
Les tests ont démontré l’efficacité, pour
les tranchées à ciel ouvert, d’un système
d’étançonnement sécuritaire, qui permet
de contourner les obstacles souterrains
et qui convient à tous les types de sols
du Québec.
Utilisateurs potentiels
Les municipalités du Québec, les entrepreneurs et les entreprises privées qui
effectuent des excavations avec entraves, à ciel ouvert.
18
| Prévention au travail | Été 2000 |
Dans un premier temps, il fallait
donc vérifier la solidité du nouveau
système dans l’environnement caractéristique de la région métropolitaine.
Cette phase comportait une analyse
structurale et des tests en laboratoire.
« Si les tests s’avéraient
concluants, nous souhaitions
aussi, explique André Lan,
vérifier l’efficacité de ce système
en fonction des différents types
de sols qui constituent le territoire
de l’ensemble des municipalités
québécoises. » Depuis longtemps, l’Association paritaire
Secteur Affaires municipales
(APSAM ) avait manifesté le besoin d’un tel moyen de protection.
Première étape : Montréal
« La poussée des sols sur les écrans
flexibles ou semi-flexibles est complexe; il n’existe pas de mesures effectuées sur des blindages de cette nature
lorsque la pression est consécutive à
un éboulement ou à un glissement des
parois de l’excavation », précise André
Lan. Il fallait donc travailler à partir
d’hypothèses. Confiée à Jean-Marc
Dugré, ingénieur-conseil, l’analyse
structurale a servi à évaluer les sollicitations sur les membrures de la structure. Elle a également permis de préciser les dimensions requises pour les
La pression exercée sur le blindage étant
transmise directement aux moises, la
taille et le niveau de résistance de ces
poutres constituaient des contraintes
importantes. Il a donc été nécessaire de
sacrifier la légèreté en faveur de la résistance, en optant pour l’acier. Ce faisant,
le poids des moises oblige le recours
à une grue pour déplacer la structure.
composantes du système de même
que ses limites. Pour les besoins de
l’étude, seuls furent considérés, en
premier lieu, les matériaux représentant
les conditions les plus défavorables
pour la poussée des terres sur le territoire de la Ville de Montréal à la profondeur d’utilisation souhaitée, soit les
sols pulvérulents, drainés et de faible
compacité.
Sur la base des résultats obtenus, il
s’avérait nécessaire de renforcer la
structure initiale, une opération qui
aurait finalement requis tant de modifications qu’il a été jugé préférable
d’en fabriquer une nouvelle. Plusieurs
configurations ont alors été étudiées
en fonction de propriétés préalablement établies. « Ces critères visent en
quelque sorte l’élimination des risques
à la source », précise André Lan. Il
fallait que le système puisse être mis
en place sans que les travailleurs
descendent dans l’excavation. Il devait
aussi pouvoir s’ajuster à différentes
dimensions et être manœuvré manuellement. Enfin, il devait offrir la possibilité
de contourner facilement les obstacles.
Un modèle souple, résistant
et facile d’installation
Le prototype qui a résulté de ces travaux est composé de quatre cadres en
aluminium dans lesquels des madriers
ou des feuilles métalliques sont insérés
verticalement pour constituer le blindage. Sur chaque côté, reliées au cadre
au moyen d’étriers, deux poutrelles
télescopiques horizontales, situées l’une
sur la partie supérieure et l’autre sur la
partie inférieure, retiennent le blindage
et assurent la solidité de l’ensemble.
Dans sa version finale, le VM2 peut atteindre jusqu’à 2,44 mètres de longueur
et de largeur et jusqu’à 3,7 mètres de
profondeur.
La taille et la résistance des moises
représentaient d’importantes contraintes. Ces poutres sont les pièces de résistance de la charpente ; la pression
exercée sur le blindage leur est transmise directement. Elles doivent donc
l’absorber sans se briser et sont par
conséquent extrêmement sollicitées.
Dans un premier temps, il a fallu
sacrifier la légèreté en faveur de la
résistance, en optant pour l’acier. Ce
faisant, le poids des moises a définitivement compromis la possibilité
d’une manipulation manuelle. Dans
un second temps, il a été convenu de
restreindre la portée de l’étançonnement en largeur et en longueur. Malgré
tout, des difficultés attribuables à la
pesanteur des poutres ont été observées
lors d’un essai effectué avec un prototype. Une nouvelle hypothèse de
pression des sols a alors été retenue,
laquelle tient uniquement compte de la
charge exercée lorsqu’il y a rupture des
parois. Lorsque la terre s’affaisse, la
poussée diminue puisqu’une moins
grande surface entre en contact avec la
structure. En se basant sur cette donnée, il a finalement été possible de
réduire considérablement le poids des
poutres. Testées en laboratoires avec
des charges supérieures aux poussées
théoriques, les moises ont parfaitement
résisté.
Les composantes du VM2 s’assemblent à l’extérieur de l’excavation et
s’ajustent en fonction des dimensions
requises. Le dispositif est par la suite
Le nouveau système
d’étançonnement
a été soumis à
différents scénarios
comportant trois
types de sols. Des
instruments de mesure
permettaient d’évaluer
la poussée des terres
sur le blindage
et le comportement
des moises. Pour
mobiliser la pression
et reproduire une
situation d’affaissement, l’espace entre
l’excavation et
la structure a été
remblayé jusqu’à
la hauteur maximale.
déposé au fond de la tranchée au
moyen d’une grue mécanique. Déposé
en bordure de l’excavation, un cadre
formé de barres transversales sert
d’appui. En présence d’entraves, les
moises inférieures sont cependant
posées après la mise en place de l’étançonnement. Des madriers sont finalement disposés autour de l’échafaudage
pour combler le fossé entre la structure
et la paroi de terre.
Deuxième étape : le Québec
L’expérience ayant été concluante, il
restait alors à généraliser l’application du VM2 en évaluant son comportement dans des sols de différentes
natures. Selon André Lan et ses partenaires, « le meilleur moyen d’y parvenir consistait à procéder à un test
sur le terrain ; c’est le procédé le plus
rapide, le plus réaliste et les résultats
sont indiscutables. »
| Prévention au travail | Été 2000 |
19
R e c h e r c h e à l’IRSST
Placées sous la responsabilité de
l’École de technologie supérieure, les
expérimentations ont toutes eu lieu
dans la région de Montréal, en juin
1997. Bardé d’instruments de mesures destinés à évaluer la poussée
des terres sur le blindage et le comportement des moises, le nouveau
système d’étançonnement a été soumis à différents scénarios comportant trois types de sols : celui de la
carrière Francon, composé de matériaux hétérogènes, incluant des débris de toutes sortes, un sol largement
répandu sur l’île de Montréal, puis du
sable propre et du limon sablonneux.
Pour mobiliser la pression et reproduire une situation d’affaissement,
l’espace entre l’excavation et la structure a été remblayé jusqu’à la hauteur maximale.
Les composantes du VM2
s’assemblent à l’extérieur
de l’excavation et s’ajustent en fonction
des dimensions requises. Déposé en
bordure de l’excavation, un cadre formé
de barres transversales sert d’appui.
Des madriers sont disposés autour
de l’échafaudage pour combler le fossé
entre la structure et la paroi de la terre.
Des conditions extrêmes : le sable
C’est le second essai, réalisé avec le
sable, qui a servi à évaluer les possibilités d’utilisation du VM2 à l’échelle
du Québec puisque c’est la matière
qui, entre toutes, exerce la plus forte
pression. « On a sélectionné le type
de sol qui procure le plus de poussée.
Si le VM2 la supporte, il va donc supporter toutes les charges de moindre
intensité », précise André Lan. Pour
simuler l’affaissement du sol, deux
rangées de neuf blocs de béton ont
été par la suite disposées à proximité
de la paroi instrumentée, créant ainsi
une surcharge de 25 kilonewtons. « Ce
sont des situations extrêmes qui ne
se reproduiront jamais lors de travaux
municipaux courants », d’ajouter l’ingénieur. Soumis à ces sollicitations
exceptionnelles, le VM2 a joué son
rôle sans défaillance, ainsi que les
résultats le démontrent. Malgré le fait
que les conditions d’essais étaient plus
exigeantes que les hypothèses retenues pendant sa conception, le VM2
n’a montré aucun signe de rupture,
d’abandon de charges ou de déformation structurale excessive. André Lan
est formel : « Le VM2 est un système
d’étançonnement sécuritaire qui répond aux besoins pour lesquels il
a été conçu. » Il ne peut toutefois
convenir aux sols instables sujets à
de nombreux et fréquents glissements
de parois, des conditions qui ont
prévalu lors du troisième essai.
Des suites tangibles
La Ville de Montréal utilise déjà cinq
VM2 et elle a produit, en collaboration
avec l’APSAM, des vidéos sur l’utilisation d’équipements sécuritaires dans
les tranchées. Présentés l’an dernier à
un colloque de l’APSAM et à celui de
l’Association québécoise pour l’hygiène, la santé et la sécurité du travail,
ces travaux ont retenu non seulement
l’attention des municipalités mais aussi
celle des entreprises privées.
« Afin d’éviter des accidents graves
ou mortels, il est indispensable d’étançonner les tranchées, même pour des
ouvrages de courte durée, recommande André Lan. Des systèmes
éprouvés existent. Il faut s’efforcer de
trouver celui qui convient aux travaux à exécuter. » O
Danielle Massé
Pour en savoir plus
LAN, André, Jean ARTEAU,
Martin TREMBLAY, Serge GAMELIN
et Jean-Marc DUGRÉ. Conception d’un
étançonnement adapté au milieu urbain –
Phase 1, Rapport R-156, 27 pages, 4,50 $.
LAN, André, Jean ARTEAU,
Martin TREMBLAY, Serge GAMELIN,
Denis LEBOEUF, Omar CHAALLAL et
Jean-Marc DUGRÉ. Conception d’un
étançonnement adapté au milieu urbain –
Phase II, Rapport R-235, 120 pages,
10,70 $.
Voir bon de commande.
20
| Prévention au travail | Été 2000 |
Gants de protection
Point de départ
Près de 30 % des accidents recensés par
la CSST dans le secteur de la fabrication
de produits en métal et de produits électriques sont des lésions aux mains. Dans
plusieurs types d’entreprises, les travailleurs doivent se protéger des risques de
coupure, tout en effectuant des tâches
de précision et des manipulations fines.
L’Association paritaire – Secteur
1
Fabrication de produits en métal
et de produits électriques s’est
adressée à l’IRSST pour sélectionner ou concevoir un gant
de protection adéquat.
Responsables
Chantal Tellier1 et Jaime Lara2, du
Programme sécurité-ingénierie
de l’IRSST.
2
Partenaires
L’Association paritaire – Secteur
Fabrication de produits en métal
et de produits électriques, l’entreprise
CAMCO et Superior Gloves Works Ltd.
Résultats
La conception d’un gant de protection
confortable, maintenant offert sur le
marché, qui résiste aux coupures et qui
est adapté aux tâches exigeant une
très bonne dextérité. L’élaboration d’une
procédure pour évaluer différents gants
de protection en milieu de travail et
l’établissement de spécifications pour
concevoir des gants adaptés aux besoins
des travailleurs.
Utilisateurs potentiels
Les gestionnaires, les responsables de
la santé et de la sécurité du travail, les
responsables des achats d’équipements
de protection du secteur de la fabrication de produits en métal et d’autres
secteurs industriels ainsi que les concepteurs de gants de protection.
Comment
obtenir des
gants de protection qui résistent
à la coupure sans nuire à la
dextérité nécessaire à l’exécution
des tâches ? Des scientifiques,
un fabricant de gants et les travailleurs d’une entreprise de fabrication de
produits en métal ont uni leurs compétences pour mettre au point non seulement un nouveau gant de protection,
mais aussi une procédure servant à bien
cerner les besoins en matière de protection et y répondre adéquatement.
Les lésions aux mains constituent
un problème important chez les travailleurs du secteur de la fabrication
de produits en métal et de produits
électriques. Un gant de protection
adapté aux tâches effectuées en usine
permettrait de diminuer le nombre
élevé de blessures. Une étude a été
menée par Chantal Tellier, ingénieure,
et Jaime Lara, chercheur au Programme sécurité-ingénierie de l’IRSST,
suivant une demande de l’ASP métalélectrique, pour trouver une solution.
L’entreprise CAMCO, qui fabrique
des appareils électroménagers, a été
sélectionnée pour la réaliser. De plus,
Superior Gloves Ltd, un fabricant de
gants de protection, a accepté de
collaborer et de confectionner des
prototypes selon les spécifications de
l’IRSST.
Une recherche
permet de créer
un modèle
plus efficace,
d’élaborer
une procédure
d’évaluation
et d’établir
des spécifications
de conception
Plusieurs des 800 travailleurs de
CAMCO doivent manipuler des tôles
minces aux bordures tranchantes, tout
autant que des petites pièces en métal
ou en plastique, dont des vis. De plus,
comme ces employés travaillent sur des
lignes de montage, ils doivent maintenir un certain rythme et ne peuvent
se permettre de refaire plusieurs fois
le même mouvement. Des gants adéquats doivent donc résister à la coupure sans nuire à l’accomplissement de
leurs tâches, qui exigent beaucoup de
dextérité. Le projet a été réalisé en
deux grandes étapes : l’évaluation des
risques en milieu de travail et l’identification des caractéristiques que devaient avoir les gants ; la sélection de
modèles appropriés et des essais en
milieu de travail.
Les lacérations
vues sous tous les angles
Pour bien cerner le problème, Chantal
Tellier et Jaime Lara ont d’abord
analysé les accidents de lacérations
| Prévention au travail | Été 2000 |
21
R e c h e r c h e à l’IRSST
survenus entre 1991 et 1996, qu’ils
aient été indemnisés par la CSST
ou non, grâce à la base de données
informatisée de CAMCO. Il appert
que le nombre d’accidents ne cesse
d’augmenter depuis les cinq dernières années, pour atteindre près
de 1 000 cas de lacérations en 1996.
Le nombre de lésions nécessitant des
premiers soins et n’entraînant qu’un
arrêt de travail temporaire (entre
15 minutes et 1 heure) est 50 fois plus
important que le nombre de lésions
indemnisées. Les doigts en sont le
siège le plus fréquent, soit plus de
75 % de toutes les lésions, et ce, pour
tous les ateliers de l’usine. C’est à
l’atelier d’assemblage des sécheuses
que le risque de coupure est le plus
élevé (78 % des accidents).
Une analyse plus détaillée a été
faite par la sélection de 140 lacérations
accidentelles survenues pendant les
deux premiers mois de l’étude dans
les différentes sections des lignes de
montage des sécheuses, afin d’identifier les postes de travail où le risque
est le plus élevé. Les travailleurs
concernés ont été rencontrés moins
de deux jours après leur accident,
pendant qu’ils en avaient encore un
souvenir exact. Chacun d’eux devait
répondre à un questionnaire afin
de fournir des renseignements aussi
précis que possible. C’est aux six
postes des lignes d’assemblage
présentant le risque de coupure le plus
élevé que les gants sélectionnés ont
été testés.
Les chercheurs ont par ailleurs
observé que plusieurs ouvriers ne
portaient pas de gants pendant l’exécution de leurs tâches ou encore, qu’ils
les modifiaient. Interrogés à ce sujet,
les travailleurs ont dit considérer que
les gants n’étaient pas suffisamment
résistants à la coupure et qu’ils permettaient peu de dextérité. De plus, ils
devaient en changer plusieurs fois par
jour.
Enfin, pour déterminer à la fois
les niveaux de risque de coupure et
la dextérité requise aux postes les plus
à risque, le travail de 18 employés a
été observé et filmé. Ces travailleurs
ont également été interrogés sur leurs
tâches. Les données recueillies ont
permis d’établir les caractéristiques
auxquelles des gants de protection
devaient correspondre.
22
| Prévention au travail | Été 2000 |
Les caractéristiques des gants
Pour protéger adéquatement les travailleurs, les gants doivent être résistants à la coupure, tout en permettant une très bonne dextérité. De plus,
le matériau doit assurer une bonne
adhérence pendant la manipulation de
pièces de métal et avoir une certaine
capacité d’absorption, puisque ces
pièces, souvent enduites d’huile ou
de graisse, sont glissantes. Les gants
doivent également être particulièrement résistants entre le pouce et
l’index, car les pièces de métal sont
fréquemment prises à pleine main pour
être manipulées. Enfin, ils doivent être
confortables, c’est-à-dire très souples
et moulant bien la main. En fonction de
ces critères, 12 modèles offerts sur le
marché ont été sélectionnés. De plus,
deux prototypes ayant ces caractéristiques ont été conçus par Superior
Gloves Ltd. Ces 14 modèles ont été
évalués à l’aide de tests de dextérité et
de résistance à la coupure.
L’évaluation en laboratoire
La résistance des gants à la coupure
a été évaluée avec la méthode ISO
13997, mise au point lors d’une recherche précédente par une équipe de
l’IRSST dirigée par Jaime Lara, et qui
est devenue une norme internationale.
« Il s’agit, rappelle M. Lara, d’appliquer une force constante au point de
contact entre une lame de qualité contrôlée et un échantillon de matériau,
pouvant atteindre un centimètre d’épaisseur. On fait glisser la lame à
vitesse contrôlée sur l’échantillon et
on mesure la distance parcourue par
cette lame pour couper l’échantillon. »
Cette méthode permet de classifier les
matériaux des gants en fonction de leur
résistance à la coupure.
Par la suite, un test de dextérité a
été fait en laboratoire avec les divers
modèles de gants en simulant les gestes
que les travailleurs exécutent à leur
poste de travail et en manipulant des
pièces. En combinant les résultats des
tests de résistance à la coupure à ceux
des tests de dextérité, cinq modèles
de gants — trois offerts sur le marché
et deux prototypes — ont été retenus
pour être évalués par les travailleurs en
usine. Grâce à un système d’échanges
entre les chercheurs et Superior Gloves,
les prototypes ont été améliorés tout
au long du processus pour répondre
plus adéquatement aux besoins des
travailleurs.
L’évaluation en usine
Même si plusieurs tests de laboratoire
permettent d’évaluer le niveau de dextérité et la résistance à la coupure
des gants de protection, ils ne tiennent
pas compte des conditions d’utilisation
réelles. Pour bien cerner les besoins
des travailleurs, l’évaluation doit donc
se faire également dans leur milieu.
Vingt-cinq employés de CAMCO ont
accepté de participer à cette dernière
étape. Les cinq modèles de gants sélectionnés ont été évalués, pendant une
semaine chacun. À la fin de chaque
semaine, les travailleurs étaient interrogés à l’aide d’un questionnaire spécialement élaboré pour ce projet. Ce
dernier a permis d’évaluer leur perception quant au confort, à la dextérité, à la résistance à la coupure et à la
durabilité des gants. De plus, les gants
utilisés ont été recueillis et les chercheurs en ont évalué l’usure.
Un nouveau gant,
une nouvelle procédure
L’étude a démontré qu’aucun gant
existant n’était adapté aux besoins des
utilisateurs. Parmi les cinq modèles
testés, le prototype à pois transparents
(dots) de Superior Gloves, composé de
coton à l’intérieur et de Spectra et de
Lycra à l’extérieur, a été choisi comme
étant le meilleur gant de protection.
Photos Mario Bélisle
Le modèle de gant créé permet de manipuler
des tôles minces ayant des bordures
tranchantes, tout autant que des petites pièces
en métal ou en plastique, comme des vis.
Le Spectra est une fibre ayant une
grande résistance à la coupure, tandis
que le coton absorbe l’huile. Enfin, le
Lycra permet au gant d’être souple,
extensible et de bien mouler la main,
ce qui augmente le niveau de dextérité
et de confort. Ces gants résistent bien
à la coupure et ils sont en moyenne
13 fois plus durables que les modèles
utilisés auparavant. De plus, les travailleurs ont dit apprécier leur confort
et la dextérité qu’ils procurent.
L’étude a permis d’élaborer une
procédure non seulement pour évaluer des gants de protection dans des
conditions d’utilisation réelles, mais
également pour concevoir un modèle
adapté aux travailleurs. Cette procédure est originale en ce qu’elle permet de déterminer les besoins réels
de ces derniers et d’évaluer des gants
en usine. De plus, elle s’appuie sur la
collaboration d’expertises différentes,
soit celles des chercheurs, des utilisateurs et d’un fabricant de gants. La
participation de Superior Gloves tout
au long du processus a permis d’améliorer le prototype selon les besoins
des travailleurs.
Les gants ainsi créés sont aujourd’hui fabriqués en cinq grandeurs
pour s’adapter à la taille des mains de
divers utilisateurs et ne pas nuire à la
dextérité. Toutefois, cette caractéristique a exigé de la recherche et certains ajustements de la part du fabricant
puisque le procédé de confection utilisant trois fibres différentes est très
complexe et rend la taille du gant
difficile à contrôler. Cependant, un
problème subsistait : les travailleurs
hésitaient à réutiliser les gants qui,
étant blancs, demeuraient tachés
même après le lavage et semblaient
donc toujours sales. La compagnie a
accepté de fabriquer un modèle avec
la même composition de fibres, mais
de couleur grise cette fois. Les taches
sont ainsi moins apparentes et les
travailleurs acceptent à nouveau de
porter les gants.
Des études à long terme permettront
de vérifier si ce gant diminue le nombre
de blessures à la main chez les travailleurs du secteur des produits en métal et
des produits électriques. Des résultats
préliminaires suggèrent qu’il peut être
utile dans plusieurs autres types d’entreprises, par exemple celles de la fabrication de miroirs, de fenêtres, etc.
Outre la conception d’un nouveau
type de gant, cette recherche a permis
d’établir une procédure de mise en
commun du savoir-faire et des connaissances de différents spécialistes (scientifiques, fabricants, utilisateurs) pour
l’identification des besoins des utilisateurs et la mise au point d’un produit
qui y réponde. O
Pour en savoir plus
LARA, Jaime, Denis TURCOT,
Renaud DAIGLE et Jérôme BOUTIN.
La résistance des gants à la coupure –
Développement d’une méthode d’essai,
Rapport de recherche, Rapport R-092,
13 pages, 3 $.
TELLIER, Chantal, Jaime LARA
et Renaud DAIGLE. La sélection et
le développement de gants de protection
contre les lacérations dans le secteur
de la fabrication des produits en métal,
Rapport R-234, 45 pages, 6,50 $.
Voir bon de commande.
Lucie Chartrand
| Prévention au travail | Été 2000 |
23
R e c h e r c h e à l’IRSST
Maux de dos
Quelles activités économiques,
quelles professions
sont les plus touchées ?
Point de départ
Les maux de dos constituent une préoccupation importante pour l’IRSST. Il
s’avérait nécessaire d’avoir un portrait
global de la situation au Québec pour
orienter non seulement la recherche,
mais aussi les activités de pré1
vention. Ce profil statistique
devait permettre de cerner
les groupes auprès desquels
il faut intervenir en priorité.
Responsables
Patrice Duguay1 et Paul Massicotte2,
du Programme organisation du
travail de l’IRSST.
2
Résultats
La mise à jour des indicateurs
qui permettent de faire ressortir les activités économiques les
plus touchées par les maux de dos.
L’identification de 41 sous-secteurs
d’activité où la prévalence des blessures
est la plus élevée. Sur 1 000 travailleurs
de ces sous-secteurs, on en compte au
moins deux fois plus qui s’absentent
chaque jour en raison de maux de dos
indemnisés que dans l’ensemble du
Québec.
Utilisateurs
Les chercheurs et les gestionnaires de
la recherche en santé et en sécurité du
travail ainsi que les intervenants en
prévention.
24
| Prévention au travail | Été 2000 |
En tenant
compte des indicateurs de risque et de gravité les plus
élevés, les entrepreneurs spécialisés de
la construction, les CLSC, l’industrie
du meuble de maison, l’industrie des
boissons et les ateliers de réparation de
véhicules automobiles constituent des
activités économiques cibles importantes pour la prévention des
maux de dos.
C’est ce qui ressort d’une
étude statistique menée par Patrice
Duguay et Paul Massicotte, du
Programme organisation du travail de l’IRSST, qui cible 41 activités économiques au sein desquelles
on trouve, toutes proportions
gardées, deux fois plus de
personnes absentes du travail
chaque jour en raison de maux
de dos. À l’intérieur de ces
groupes, ce sont, entre autres, les
professions de manœuvre, de manutentionnaire, de soudeur, d’infirmière
et d’aide-infirmière qui sont touchées.
Entre 1990 et 1996, le nombre d’affections vertébrales indemnisées a
diminué, tout comme celui des lésions
professionnelles en général. Toutefois,
leur importance relative a augmenté de
1,5 % passant de 26,5 % de l’ensemble
des lésions en 1990 à 28 % en 1996.
Différentes données tirées des travaux
de MM. Duguay et Massicotte apportent des précisions sur les causes
et les effets des maux de dos chez les
travailleurs.
• Les efforts excessifs sont responsables de 58 % des affections
vertébrales. Viennent ensuite les
réactions de l’organisme à des
mouvements du corps, avec ou sans
charge, qui occasionnent 22 % des
lésions. Les chutes en causent un
autre 10 %.
• En moyenne, les travailleurs accidentés au dos s’absentent pour
une période de 61,5 jours ; dans la
moitié des cas, leur absence est de
13 jours ; dans 7 % des cas, elle se
prolonge après six mois.
• Plus de 50 % des blessures au dos
surviennent à la colonne lombaire ;
il s’agit le plus souvent d’entorses
ou de luxations.
• La fréquence des maux de dos est
plus élevée chez les jeunes, mais
ceux-ci nécessitent une période de
rétablissement plus courte.
L’importance relative des 41 sous-secteurs
d’activité économique ciblés
pour les maux de dos indemnisés
Catégorie
Travailleurs
Maux de dos
Jours indemnisés
Les 41 sous-secteurs ciblés
15 %
34 %
39 %
Les autres sous-secteurs
85 %
66 %
61 %
100 %
100 %
100 %
Total
Classement des sous-secteurs d’activité économique
selon le rang de prévalence, et diverses mesures et indicateurs annuels,
pour les affections vertébrales indemnisées (AVI) au Québec, entre 1994 et 1996
Sous-secteur d’activité économique,
selon le rang de prévalence
Cette étude s’inscrit dans le contexte
général des travaux menés sur les
troubles musculo-squelettiques, un des
six champs prioritaires de l’IRSST.
Il s’agissait de dresser un portrait
global des secteurs d’activité à risque
et d’identifier les professions les plus
touchées. L’étude présente un profil
statistique détaillé des sous-secteurs à
risque. Les chercheurs et les gestionnaires de la santé et de la sécurité du
travail de même que les intervenants en
prévention y trouveront de précieuses
informations concernant la durée de
l’absence, la gravité de l’atteinte et la
proportion des cas ayant nécessité un
programme de réadaptation individualisé. On y trouve aussi des renseignements sur le siège et la nature de la
lésion, le genre d’accident et l’agent
causal de la lésion.
« Nous sommes encore loin d’une
étude détaillée sur des postes de travail, mais nous sommes arrivés à des
résultats qui permettent de bien cerner
les groupes à risque. Nous avons pu
raffiner le découpage des secteurs
d’activité économique afin de cerner
les risques liés aux différents soussecteurs, explique Patrice Duguay. Ce
profil statistique aidera à orienter les
activités de recherche et d’intervention en milieu de travail. » O
L’ensemble des activités économiques du Québec
1.
2.
3.
4.
5.
6.
7.
8.
9.
10.
11.
12.
13.
14.
15.
16.
17.
18.
19.
20.
21.
22.
23.
24.
25.
Nicole Savoie
Pour en savoir plus
DUGUAY, Patrice et Paul MASSICOTTE.
Profil des affections vertébrales survenues
au Québec entre 1994 et 1996 et indemnisées par la CSST, Rapport R-228,
199 pages, 16 $.
Voir bon de commande.
26.
27.
28.
29.
30.
31.
32.
33.
34.
35.
36.
37.
38.
39.
40.
41.
Services relatifs à l’extraction minière
Autres produits en métal
Autres services d’hébergement n.c.a.
Autres services publics n.c.a.
Travaux de génie
Commerces de gros – accessoires
ménagers d’ameublement
Produits en métal d’architecture
et d’ornement
Services de soins de santé hors institution
et services connexes
Bois n.c.a.
Services forestiers
Exploitation forestière
Meubles de maison
Autre laminage, moulage et extrusion
de métaux
Meubles de bureau
Autres produits alimentaires
Commerce de gros – produits agricoles
Camionnage
Béton préparé
Carrières
Commerce de gros – produits alimentaires
Produits en béton
Entrepreneurs spécialisés
Services relatifs aux bâtiments
et aux habitations
Carrosseries de camions, d’autobus
et de remorques
Commerce de gros – métaux et produits
en métal
Produits de boulangerie-pâtisserie
Verre et articles de verre
Véhicules automobiles
Services relatifs au transport aérien
Autres établissements de santé
et de services sociaux
Promotion et construction résidentielle
Placages et contreplaqués
Produits en matière plastique
Scieries, rabotage et usines de bardeaux
Boissons
Portes, châssis et autres bois travaillés
Produits minéraux non métalliques n.c.a.
Fils et câbles électriques
et de communication
Commerce de détail – ateliers
de réparation de véhicules automobiles
Commerce de détail – magasins
de meubles de maison
Commerce de gros – boisson
Nombre
moyen
de salariés
%
d’AVI
Nombre
d’AVI
Prévalence
(0/00)
2 562 213
27,9
34 384
2,3
1 372
2 177
3 438
3 520
6 960
21,7
21,2
33,3
25,5
20,3
39
229
143
203
205
18,1
15,3
11,2
11,0
10,2
1 782
33,6
50
9,0
3 789
22,0
129
8,5
11 942
3 955
4 364
11 009
8 975
49,8
20,1
24,5
20,6
23,7
726
241
124
224
396
8,3
8,2
7,8
7,2
6,8
1 306
1 449
6 867
1 288
33 063
1 934
1 377
20 015
2 227
61 579
25,4
30,3
27,4
32,2
30,4
21,9
19,8
36,3
22,8
22,6
46
62
298
29
839
48
38
729
74
965
6,7
6,5
6,4
6,4
6,2
6,1
6,1
6,0
5,9
5,8
16 743
32,6
412
5,8
2 835
20,0
146
5,7
2 656
8 396
1 280
4 609
1 586
23,1
29,2
24,0
23,2
34,4
81
286
74
258
42
5,6
5,4
5,4
5,1
5,1
52 646
15 704
2 090
14 659
15 183
7 731
10 108
3 446
44,2
21,0
26,7
24,3
20,3
35,2
21,1
27,9
1 852
168
104
528
517
348
345
105
5,0
5,0
5,0
4,9
4,8
4,8
4,8
4,8
1 058
25,4
29
4,8
18 439
20,0
325
4,7
6 752
1 453
40,7
42,2
137
49
4,7
4,7
Notes : – n.c.a. : non classé ailleurs
– Les activités économiques en caractères gras sont celles où la gravité ou l’incidence sont élevées
et qui comptent plus de 300 affections vertébrales indemnisées par année.
| Prévention au travail | Été 2000 |
25
R e c h e r c h e à l’IRSST
Échantillonne
Bilan positif du programme de contrôle
de la qualité de la numération des fibres,
efforts d’harmonisation de la méthode
après huit ans d’existence
de numération a permis d’augmenter
Ce n’est pas le titre de la suite
de la célèbre télésérie, mais le résumé
du travail accompli par la cinquantaine d’analystes qui participent au programme de contrôle de la qualité de la
Point de départ
L’obligation légale d’effectuer régulièrement des prélèvements et des analyses
conformes aux critères de l’IRSST, ce qui
implique également la nécessité, pour
chaque compteur, de participer à un programme de contrôle de la qualité
1
afin d’assurer la fiabilité de ses
résultats.
Responsables
C h a n t a l D i o n 1, G a b r i e l l e
Chamberland et Julie McCabe,
du Programme hygiène et toxicologie, et Guy Perrault2, de la Direction des opérations, de l’IRSST.
2
Résultats
L’harmonisation des méthodes
d’échantillonnage et d’analyse
des fibres d’amiante et des fibres
minérales artificielles afin d’obtenir
des résultats fiables, grâce à l’instauration d’un contrôle de qualité interlaboratoires. Un bilan positif après huit ans
d’activité du programme de contrôle
de la qualité de la numération des fibres
dans l’air, et des recommandations
visant à le rendre encore plus efficace, à
répondre à la demande croissante dans ce
domaine et à promouvoir son utilisation
pour une plus grande variété de fibres.
Utilisateurs
Les participants au programme : les
mines, les laboratoires privés et publics,
les universités, et aussi les personnes qui
exercent la surveillance environnementale dans les milieux de travail, les hygiénistes et les techniciens industriels ainsi
que les inspecteurs de la CSST.
26
| Prévention au travail | Été 2000 |
numération des fibres dans l’air. Financé, élaboré et supervisé par l’IRSST
depuis sa création en mai 1992, ce
programme a fait l’objet d’un bilan en
novembre 1999. Il propose un certain
nombre de recommandations visant à le
rendre encore plus efficace et à répondre à la demande croissante et variée
en matière de types de fibres à analyser.
« Notre bilan démontre tant l’utilité
du programme que la nécessité de poursuivre le processus d’amélioration »,
résume Chantal Dion, chimiste au
Programme hygiène et toxicologie de
l’IRSST, responsable de l’équipe
qui s’occupe de ce dossier depuis
le départ.
Depuis le début des années
1990, le Règlement sur la qualité du milieu de travail et le
Code de sécurité pour les travaux
de construction exigent que des
prélèvements soient effectués
régulièrement, selon le Guide
d’échantillonnage des contaminants de l’air de l’IRSST, et
que les numérations soient faites
suivant la méthode de l’Institut
ou une autre reconnue équivalente.
Cette réglementation a donné naissance à plusieurs laboratoires privés
qui réalisent des analyses d’échantillons contenant les différents types
d’amiantes ou de fibres minérales artificielles, des échantillons provenant de
chantiers d’enlèvement ou des industries du textile, des mines et de la fabrication de produits de friction. À titre
de laboratoire de référence, l’IRSST a
assuré l’harmonisation des méthodes
d’échantillonnage et d’analyse des
fibres ainsi que l’obtention de résultats fiables grâce à l’instauration d’un
contrôle de qualité interlaboratoires.
« Nous sommes les seuls en Amérique du Nord à utiliser des échantillons réels prélevés dans les milieux
de travail plutôt que des échantillons
générés en laboratoire avec des fibres
pures, précise Chantal Dion. Et les
l’efficacité des compteurs, soit ceux qui
analysent les échantillons, ce qui a
aidé les hygiénistes industriels et les
inspecteurs de la CSST à assurer une
meilleure surveillance environnementale dans les milieux de travail. »
En pleine croissance
Le rayonnement du programme n’a
cessé de croître au fil des ans : le
nombre de participants est passé de
31 en mai 1992 à 49 en novembre
1998, pour un total de 99 membres qui
s’y sont inscrits au cours de cette période, dont près d’une dizaine provenant même de l’Ontario et des ÉtatsUnis. Ce groupe a beaucoup changé au
cours des dernières années. Le nombre
de compteurs à l’emploi des gouvernements, des universités et des mines est
demeuré relativement stable, tandis
que ceux des laboratoires privés sont
passés de 19 en mai 1995 à 32 en novembre 1998, et représentent maintenant 65 % des participants.
Une statistique a surpris l’équipe
de Chantal Dion : le taux d’assiduité
qui s’élève à 41 %, soit la proportion
de compteurs ayant régulièrement
expédié leurs résultats à l’IRSST à
compter de leur adhésion au programme. « Ce résultat apparaît faible à
première vue, convient Chantal Dion,
mais beaucoup moins quand on décortique les causes d’abandon, que ce soit
un changement de poste, une fermeture d’usine ou une cessation d’emploi,
une situation courante dans le secteur
des mines et des laboratoires privés au
cours des dernières années. »
Qualité contrôlée
Le contrôle de la qualité se fait sur le
mode continu : tous les trois mois, les
compteurs d’une vingtaine de laboratoires reçoivent quatre échantillons
de densités différentes prélevés par
l’IRSST dans des milieux de travail
québécois, qu’ils doivent analyser
dans un délai d’un mois. Puis, l’Institut traite statistiquement les résultats et
et compte !
les transmet aux participants, sur une
base individuelle, dès le mois suivant.
« Ce processus est rapide afin de permettre au compteur de valider la fiabilité de ses résultats », précise Chantal
Dion. Les compteurs reçoivent un
certificat de reconnaissance de leur
rendement lorsqu’ils ont réussi à satisfaire aux critères du programme après
trois séries d’analyse consécutives.
Fin 1998, la performance de 40 des
49 compteurs actifs, soit 81 % des
de cet exercice comparatif que le coefficient de variation des participants est
plus élevé que celui des compteurs du
groupe de référence et qu’il tend à
augmenter avec le temps. Ces variations s’échelonnent de 4,5 % à 13,7 %
entre les deux groupes, selon le type
d’échantillon analysé.
« Une telle situation s’explique
par l’inexpérience des compteurs,
particulièrement depuis 1995, alors
que 50 % d’entre eux avaient moins
Gabrielle
Chamberland
et Julie McCabe,
techniciennes
de laboratoire
au Programme
hygiène et
toxicologie de
l’IRSST, collaborent
étroitement au programme de contrôle
de la qualité de
la numération
des fibres dans l’air.
Photo Mario Bélisle
de deux ans
d’expérience,
et par le taux
de roulement fort
élevé, indique Chantal
Dion. La diminution de
la précision
des résultats
met en évidence la nécessité d’offrir un encadrement encore plus étroit aux
compteurs. »
L’IRSST leur offre déjà une aide
technique et scientifique pour valider
les procédures d’étalonnage du microscope et améliorer leurs pratiques
de numération générales. « Jusqu’ici,
il s’agissait d’une aide plutôt informelle que nous avons l’intention de
rendre plus systématique, affirme
Chantal Dion. À l’instar des analystes
du secteur des mines qui se rencontrent
deux fois par année afin d’échanger
participants, était ainsi été reconnue.
Et seulement 9 % des compteurs ont
perdu leur reconnaissance.
« La numération des fibres par
microscopie optique à contraste de
phase, la méthode utilisée par l’IRSST,
est une technique de comptage visuel
avec une variation supérieure à celle
des autres méthodes analytiques »,
explique Chantal Dion. Les résultats
individuels sont donc comparés avec
ceux d’un groupe de référence composé
de 12 compteurs expérimentés, recrutés dans des secteurs variés. Il ressort
sur l’évolution des techniques d’échantillonnage et de comptage, nous pensons organiser une réunion annuelle
avec tous les compteurs participant au
programme pour discuter des résultats,
cerner les points à améliorer et offrir
des sessions pratiques au microscope,
dans le but d’harmoniser davantage
les pratiques de tous et chacun. »
Selon Chantal Dion, le système de
prélèvement d’échantillons actuel a
atteint sa capacité maximale. « De nouveaux développements dans notre dispositif d’échantillonnage permettraient
de répondre à l’augmentation de la
demande qui se fait déjà sentir », ditelle. D’autant que, au cours des deux
dernières années, l’IRSST a reçu de la
part des ministères de l’Éducation et
de la Santé du Québec le mandat de
soutenir les commissions scolaires pour
qu’elles recensent l’amiante présente
dans les écoles. « Notre expertise en
santé du travail déborde du côté de la
santé publique », souligne Chantal
Dion. Et il y a les fibres de remplacement de l’amiante, comme la laine
minérale, la laine isolante et les nouveaux matériaux composites, qui vont
occuper de plus en plus les compteurs
du Québec. » O
Jean-Marc Papineau
Pour en savoir plus
DION, Chantal, Guy PERRAULT,
Gabrielle CHAMBERLAND et
Julie McCABE. Assurance-qualité de
la numération des fibres : poursuite du
programme d’échanges interlaboratoires,
Rapport R-240, 16 pages, 5,35 $.
Voir bon de commande.
| Prévention au travail | Été 2000 |
27
R e c h e r c h e à l’IRSST
Attribution du prix Antoine-Aumont
à M. Guy Perrault
Homme de science et
homme de cœur… soucieux
de rendre utiles les résultats
de la recherche pour les
travailleurs et travailleuses
de son dernier
congrès annuel, en mai dernier, que
l’Association pour l’hygiène, la santé
et la sécurité du travail du Québec
(AQHSST) remettait à M. Guy Perrault,
chercheur senior à l’IRSST, le prix
Antoine-Aumont, en reconnaissance
de sa contribution remarquable à la recherche en hygiène, en santé et en sécurité du travail.
Docteur en chimie organique,
M. Perrault a commencé sa carrière au
Centre de recherche et développement
de Val-Cartier du ministère de la Défense
nationale, où il a travaillé pendant plus
de 15 ans. Ses travaux portaient sur les
explosifs, les poudres propulsives et les
poudres pyrotechniques.
Près de 20 ans en SST
Lorsqu’il entre à l’IRSST en 1981, il
participe de près à la structuration
de l’organisme qui vient d’être créé,
principalement au développement des
laboratoires. Au fil des ans, son travail touche plusieurs domaines, dont la
chimie analytique, l’hygiène industrielle
et l’étude des maladies respiratoires
telles que le cancer, les pneumoconioses
et l’asthme. Ses recherches sont menées
en collaboration avec d’autres membres
du personnel de l’Institut mais aussi
avec des équipes du réseau de la santé
et du milieu universitaire, notamment
l’École de santé au travail de l’Université
McGill, où il est professeur adjoint, et
le Département de santé environnementale et santé au travail de l’Université de Montréal. Il siège à divers
comités de la CSST, notamment
ceux qui s’intéressent aux programmes
de santé pour les travailleurs exposés
à l’amiante et à la silice, au comité
28
| Prévention au travail | Été 2000 |
Photo Mario Bélisle
C’est lors
Health (NIOSH), à Cincinnati. Avec
la collaboration du ministère des Ressources naturelles du Québec (MRN),
du ministère des Relations internationales
(MRI) et du ministère
de la Santé et des Services sociaux(MSSS),
il a été responsable de
l’élaboration d’un programme international
de formation sur la prévention des pneumoconioses. Enfin, il est
conseiller scientifique
spécial du MRN dans
le dossier de l’amiante.
À ce jour, il a codirigé les travaux de
19 étudiants de maîtrise ou de doctorat.
Le nombre éloquent
de brevets, de publications scientifiques et de
conférences à son actif
rend compte de l’importance des travaux de
M. Guy Perrault. Les témoignages reçus
lors de l’attribution du prix AntoineAumont font foi de l’admiration et du
respect que lui portent les personnes,
scientifiques ou non, qui ont travaillé
avec lui. Tous s’entendent pour souligner
son talent de vulgarisateur, sa rigueur,
sa disponibilité et la patience dont il fait
preuve en toutes situations. O
M. Guy Perrault, chercheur
senior à l’IRSST et récipiendaire
du prix Antoine-Aumont de
l’AQHSST. Sur la plaque qui lui
a été remise est gravé : Homme
de science et homme de cœur…
soucieux de rendre utiles les
résultats de la recherche pour
les travailleurs et travailleuses.
technique sur l’Annexe A du Règlement
sur la qualité du milieu de travail. Il
est souvent amené par ses collègues de
toutes disciplines à donner son avis
sur des articles, des rapports, des projets de recherche, principalement sur la
méthodologie et le fondement scientifique des projets.
La renommée de M. Perrault dépasse
les frontières du Québec. Il a siégé au
comité scientifique du Centre d’étude
et de recherche sur les charbonnages
en France (CERCHAR) et s’associe
régulièrement à des équipes de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), à Nancy, et du National
Institute of Occupational Safety and
Marjolaine Thibeault
C’est la deuxième fois que l’honneur de recevoir le prix AntoineAumont rejaillit sur l’IRSST.
M. Guy Perrault a reçu cette
distinction à titre personnel. La
Direction des laboratoires l’avait
obtenu en 1992, pour l’excellence
de ses services d’analyses, son
rôle de référence et ses activités
de recherche et développement
en hygiène industrielle. O MT
Boursière
Josée-Marie Couture,
Département des sciences
biologiques de l’UQAM
L'effet de l'informatisation
sur les activités
d'entreposage
C’est
la jonction de deux parcours, ses études de musique et son
expérience de recherche à la Société
des alcools du Québec (SAQ), qui a
mené Josée-Marie Couture, étudiante
en maîtrise en ergonomie au Département des sciences biologiques de
l’UQAM, à s’intéresser à l’effet de
l’informatisation sur les activités d’entreposage des manutentionnaires de
la SAQ.
Son intérêt pour l’ergonomie lui
vient lorsqu’elle est étudiante au
Conservatoire de musique de Québec,
alors qu’elle constate à quel point les
instruments sont peu adaptés au confort des musiciens, qui les manient
pourtant durant de longues heures.
Pour acquérir des connaissances sur
les plans physiologique et musculosquelettique, ainsi que pour développer son sens de l’observation,
Josée-Marie Couture termine d’abord
un baccalauréat en ergothérapie et
effectue par la suite une analyse
de poste des travailleuses enceintes
dans les succursales de la SAQ, au
cours d’un travail d’été. À partir de là,
tout s’enchaîne. La recherche qu’elle
mène pour l’obtention de son diplôme
d’études supérieures en ergonomie
traite des stratégies et des modes
opératoires des manutentionnaires
de la SAQ. Pendant qu’elle est sur
les lieux, elle apprend qu’un projet
d’informatisation des activités d’entreposage soulève certaines appréhensions chez ces derniers. Lorsqu’elle
caresse l’idée de faire une maîtrise, le
sujet s’impose donc tout naturellement. Si elle a voulu poursuivre des
études de 2e cycle, c’est pour perfectionner ses outils d’intervention afin
de mieux cerner la réalité fort complexe de la santé et de la sécurité au
travail : « Lorsque tu travailles avec
la santé et la sécurité des gens, tu dois
être très rigoureuse, car les conséquences de tes recommandations sont
importantes. »
Faire autrement
En préparant son mémoire déposé
l’hiver dernier, Josée-Marie Couture
a créé un modèle incluant plusieurs
facteurs à considérer pour évaluer
l’effet d’un changement dans un
milieu de travail, qu’il soit d’ordre
technologique ou non. De fait, une
meilleure compréhension des objectifs et des besoins des travailleurs et
de l’entreprise, des moyens qu’ils
utilisent pour les atteindre de même
que des stratégies privilégiées par
les employés est indispensable pour
aider à prévenir les problèmes de
santé, de sécurité et de productivité.
« Il ne s’agit pas d’empêcher les
changements, dit-elle, mais plutôt
d’apprendre à les faire autrement
afin de préserver la productivité, tout
comme la santé et la sécurité. »
Pour l’heure, Josée-Marie Couture
travaille comme consultante, une activité qu’elle aime beaucoup en raison
du contact avec les gens et les milieux de travail. Mais la piqûre d’aider et d’outiller les entreprises et les
travailleurs à mieux vivre les changements technologiques ou autres
l’a atteinte et il n’est pas exclu qu’un
jour elle poursuive ses études en ce
sens. À suivre. O
Danielle Massé
Le programme
de bourses de l’IRSST
Josée-Marie Couture est une des
étudiantes bénéficiant du programme
de bourses de l’IRSST. Celui-ci vise
à former des chercheurs en santé
et en sécurité du travail au Québec.
Pour obtenir des informations sur
le programme de bourses de l’IRSST,
on peut téléphoner au (514) 288-1551,
ou écrire à bourses@irsst.qc.ca.
| Prévention au travail | Été 2000 |
29
R e c h e r c h e à l’IRSST
Nouvelles publications
Toutes ces publications
peuvent être commandées en utilisant le bon
de commande inséré
dans ces pages. Les prix
indiqués comprennent
les taxes et les frais
d’envoi. Elles sont
aussi disponibles en
version PDF sur le site
internet de l’IRSST.
Cliquez recherche
www.irsst.qc.ca
Mesure du monoxyde de
carbone dans l’échappement
des moteurs diesels
GRENIER, Michel, Rapport
R-221, 26 pages, 5 $.
CANMET a élaboré et évalué
une méthode simple et efficace
de mesure du monoxyde de carbone (CO), une source potentielle de contamination, dans
l’échappement des véhicules
fonctionnant au diesel en milieu
minier. Cette mesure pourrait
permettre d’identifier les moteurs qui nécessitent un entretien. Des tests en laboratoire ont
révélé des augmentations de
l’ordre de 300 % à 1 000 % des
concentrations de fumées de
diesel et des gaz d’échappement
provenant de moteurs mal entretenus. Les résultats indiquent
qu’en théorie, l’usage de tubes
colorimétriques, selon un protocole de mesure où le moteur est maintenu sous pression
dynamique, serait idéal. Ce protocole soulève plusieurs questions sur les effets sur la santé
et la sécurité des travailleurs
en raison des émissions, de la
chaleur et de l’immobilisation
du véhicule. Pour permettre
l’application immédiate de
ce processus en milieu minier,
le protocole sans charge a
été retenu. Le choix de tubes
colorimétriques ou d’appareils
à lecture directe, offrant des
résultats plus précis, est néanmoins laissé à la discrétion
des opérateurs miniers.
30
| Prévention au travail | Été 2000 |
Performance d’un instrument à lecture directe de la
concentration d’aérosols –
Essais en laboratoire
CLOUTIER, Yves, Rodrigue
GRAVEL et Bernard CARON,
Rapport R-219, 35 pages, 5,35 $.
Plusieurs instruments, comme
les Dust Trak récemment achetés par la CSST, permettent
d’obtenir des lectures directes
et instantanées de la concentration d’aérosols dans l’air ambiant. L’étude visait à évaluer
la réponse du Dust Trak utilisé
avec des poussières différentes
de celles avec lesquelles il a
été calibré, de vérifier les effets
de l’humidité sur la lecture et,
finalement, de comparer sa
réponse avec les critères relatifs
aux poussières respirables et
totales.
Les résultats obtenus confirment la possibilité d’utiliser
cet instrument pendant une démarche exploratoire pour, par
exemple, isoler les endroits où
les concentrations sont plus
élevées, telles que les fuites,
afin de suivre l’évolution de la
concentration en aérosols dans
le temps, ou encore pour estimer rapidement des taux
de poussières. L’humidité ne
semble pas nuire à la réponse
de l’appareil, à la condition
qu’elle se situe en deçà d’un
certain niveau. Tel que prévu
par la théorie, un facteur de correction unique pour l’ensemble
des poussières et de leurs fractions n’a pas pu être mis en
évidence. Toutefois, l’utilisation de certains facteurs de correction semble possible dans
une approche exploratoire, à
la condition que les résultats
fassent l’objet d’une interprétation guidée par l’expérience de
l’utilisateur et par des règles
visant à qualifier la réponse de
l’instrument.
Proposition et validation
de critères de détermination de délais de réentrée
pour les pesticides utilisés
en agriculture maraîchère
Phase I : Évaluation
de l’exposition des
travailleurs et validation
des critères
Rapport annuel 1999
Direction des communications,
48 pages, gratuit.
ONIL, Samuel, Louis SAINTLAURENT, Liliane A. FERRON,
Jean-Guy GUILLOT et JeanPhilippe WEBER, Rapport R-222,
67 pages, 7,50 $.
Plusieurs études démontrent
que les risques d’exposition
des travailleurs agricoles aux
produits antiparasitaires diminuent considérablement lorsqu’on respecte un certain délai
entre l’application de ces produits et le retour du personnel
sur les sites traités. Cependant,
il n’existe aucun outil de gestion des délais de réentrée
validé dans le contexte de la
culture maraîchère québécoise.
Cette information ne se trouve
pratiquement jamais sur les
étiquettes des produits antiparasitaires ni dans les documents
qui les accompagnent.
Le Centre de toxicologie
du Québec, avec l’appui de
l’Union des producteurs agricoles (UPA), a donc proposé
une étude sur la détermination
de délais de réentrée propres
à ce milieu, basée sur l’utilisation de critères de toxicité des
matières actives. Les résultats
démontrent que, lorsque les
délais prescrits sont respectés,
l’absorption d’antiparasitaires
est minime pour la majorité
des travailleurs et les risques
d’atteinte à la santé s’avèrent
très faibles. La prochaine étape
de cette étude consistera à
créer un outil efficace de gestion des délais de réentrée
grâce aux résultats obtenus.
Depuis sa création en 1980,
l’IRSST a maintes fois démontré l’importance de la recherche pour prévenir les accidents
du travail et les maladies professionnelles ainsi que pour
faciliter la réadaptation des
travailleurs qui en étaient victimes. Le Rapport annuel 1999
est un reflet de ces 20 dernières
années au cours desquelles
l’Institut a acquis une expérience considérable dans plusieurs secteurs de travail et
champs de recherche. Dans son
message, le directeur général
Jean Yves Savoie rappelle que
la recherche à l’IRSST est avant
tout possible grâce à la collaboration étroite et inestimable
de tous les milieux : CSST,
associations patronales et syndicales, régies régionales de la
santé et des services sociaux,
CLSC, associations sectorielles
paritaires et réseau de chercheurs dans les universités et
les centres de recherches. Les
projets présentés dans la première partie du document témoignent de toutes les étapes
franchies et des progrès accomplis pour faire de l’IRSST un
centre de recherche crédible,
reconnu au sein de la communauté scientifique canadienne
et internationale et dont les
résultats sont largement utilisés par les entreprises et les
travailleurs québécois.
Comme les années précédentes, le rapport contient
également une présentation de
tous les projets actifs en 1999
ainsi que la liste des publications et des communications
de l’année. O
Isabelle Labarre
Linda Savoie
Nouvelles recherches
Substances
chimiques et
agents biologiques
Contrôle des expositions
aux bioaérosols
chez les éboueurs
(098-057)
Certaines études européennes
ont constaté une incidence
élevée de problèmes pulmonaires, gastro-intestinaux et
cutanés chez les employés affectés à la collecte des déchets
domestiques. Ces problèmes
pourraient être associés à l’exposition à des agents biologiques aéroportés (bioaérosols),
tels que les bactéries et les moisissures. En l’absence d’études
complètes permettant de tirer
des conclusions nettes, il est
apparu important d’entreprendre, dans le contexte du Programme d’intervention intégré
sur les risques biologiques de
la CSST, une recherche sur
l’expositions des éboueurs aux
bioaérosols. Cette recherche
vise à caractériser les expositions de ces travailleurs aux
agents biologiques aéroportés,
en tenant compte des facteurs
qui peuvent influencer leurs
conditions de travail, et à proposer des mesures permettant
de contrôler ces expositions.
Ses résultats serviront notamment à l’établissement de programmes de santé dans les
entreprises.
Responsable : Jacques Lavoie,
IRSST
Pesticides en milieu
serricole : caractérisation
de l’exposition des
travailleurs et évaluation
des délais de réentrée
(099-015)
Cette activité de recherche vise
à répondre aux inquiétudes
manifestées par les travailleurs
du Jardin botanique et des
serres de la Ville de Montréal,
quant à l’exposition aux pesticides utilisés dans leur milieu
de travail. Ces employés effectuent leurs tâches dans des
milieux fermés où il est souvent
impossible d’assurer une bonne
ventilation et d’où sont absents
certains facteurs environnementaux favorisant la dégradation des pesticides. L’activité
cherchera donc d’abord à évaluer l’exposition de ces travailleurs aux pesticides, ainsi que
les risques à la santé qui pourraient en découler, en accordant
une attention particulière aux
risques d’exposition cutanée.
Elle visera ensuite à vérifier
l’applicabilité au milieu serricole de la méthode élaborée
dans les secteurs forestier et
maraîcher, qui permet de déterminer des délais de réentrée du
personnel sur des sites traités
aux pesticides, en fonction de la
toxicité des produits utilisés.
Responsables : Onil Samuel,
Liliane Ferron, Jean-Guy
Guillot, Centre de toxicologie
du Québec ; Jacques Robinson,
CLSC des Faubourg
Développement de
méthodes d’évaluation
d’appareils à lecture
directe pour la détermination des homopolymères
d’isocyanates dans l’air
et évaluation de différents
appareils commercialement
disponibles : préparation
d’un rapport pour les
clientèles en prévention
(099-038)
Les isocyanates, largement utilisés au Québec, constituent la
première cause du développement de l’asthme professionnel.
Plusieurs entreprises utilisent
des appareils à lecture directe
pour évaluer leurs concentrations dans l’air. Ces dispositifs
sont conçus pour estimer, en
temps réel, les concentrations
ambiantes, ce qui permet en
principe d’en détecter rapidement une augmentation, de
déterminer les sources d’émission et de réagir avec célérité
en situation d’urgence. Cependant, ils n’avaient jusqu’à tout
récemment jamais été évalués
et leur fiabilité n’était pas
documentée. En collaboration
avec l’Institut International des
Isocyanates (III), les chercheurs
de l’IRSST ont évalué les principaux appareils à lecture directe offerts sur le marché pour
différentes bases d’isocyanates,
et deux rapports sommaires
ont été produits en anglais.
Cette activité vise à intégrer
ces résultats et à les adapter
pour les rendre disponibles aux
clientèles de l’IRSST, permettant ainsi aux fabricants, aux
utilisateurs et aux intervenants
en prévention de connaître les
capacités et les limites réelles
de ces instruments.
Responsables : Jacques Lesage,
Claude Ostiguy, IRSST
Évaluation de l’exposition
des travailleurs lors de
l’application de peinture
dans des aires de préparation dans les ateliers
du secteur automobile
(099-039)
Les ateliers de peinture automobile constituent une cible
prioritaire pour la prévention
de l’asthme professionnel en
raison de l’exposition des travailleurs aux isocyanates. En
collaboration avec l’association sectorielle paritaire de ce
secteur, l’IRSST a déjà effectué
deux études dans ce domaine,
la première sur l’évaluation
des niveaux d’exposition aux
isocyanates et la seconde, sur
l’efficacité des cabines à peinture. Pour obtenir une vue
d’ensemble des niveaux d’exposition aux isocyanates dans
ces ateliers, il reste cependant
à documenter les postes de
travail situés à l’extérieur des
cabines, notamment dans les
nouvelles « aires de préparation » ventilées (Prep Stations),
utilisées depuis peu dans certains d’entre eux pour des
travaux d’application de peinture. Les niveaux d’exposition
potentiels et l’efficacité d’élimination des contaminants
présents dans l’air ambiant de
ces aires de préparation n’ont
jusqu’à présent pas été évalués.
La recherche tentera donc de
documenter l’efficacité des
mesures préventives dans cet
environnement ventilé, situé
hors de la cabine à peinture.
Responsables : Jacques Lesage,
Louis Lazure, IRSST
Évaluation du risque
de perte de confinement
des hottes de laboratoire
à débit d’air variable
(099-040)
Les hottes à débit d’air variable,
de plus en plus utilisées dans
les laboratoires, sont dotées
d’un mécanisme de régulation
du débit qui permet de maintenir une vitesse d’air constante
à l’entrée, quelle que soit l’ouverture de l’écran, afin d’assurer une meilleure protection
de l’utilisateur. Une expertise
réalisée en laboratoire à l’aide
d’un gaz traceur a cependant
démontré que la dépression
existant à l’intérieur d’une hotte
dont l’écran est abaissé peut
être insuffisante pour empêcher
la fuite des contaminants hors
de cette enceinte, ce qui peut
entraîner un risque de contamination important. L’activité
vise à évaluer, dans différents
laboratoires, les risques de perte
de confinement associés à la
fermeture de l’écran des hottes
à débit d’air variable et, le cas
échéant, à identifier les principaux paramètres qui influencent
cette perte. Différents types de
hottes seront évalués en fonction de leurs caractéristiques de
fabrication. Les résultats seront
diffusés auprès des concepteurs
et des fabricants de hottes, des
responsables de l’entretien
des systèmes de ventilation et
des intervenants en prévention.
Responsable : Louis Lazure,
IRSST O
Bernard La Mothe
| Prévention au travail | Été 2000 |
31
Droits et obligations
Le
travail
et les enfants
32
| Prévention au travail | Été 2000 |
La Loi interdit aussi à un employeur
d’imposer un travail de nuit (c’està-dire entre 23 heures et 6 heures
le lendemain) à un enfant, sauf s’il
n’est pas assujetti à l’obligation de
fréquenter l’école dans le cas de la
livraison de journaux, par exemple,
ou dans tout autre cas déterminé par
règlement (a.84.6)2.
Enfin, un employeur doit aménager
les heures de travail d’un enfant pour
qu’il puisse être chez ses parents, la
nuit, entre 23 heures et 6 heures le
lendemain, sauf exceptions (a.84.7).
Hélène Savard
1
2
La Loi modifiant la Loi sur les normes du travail et d’autres dispositions législatives concernant le travail des enfants a été sanctionnée
le 5 novembre 1999. Les articles 84.2 à 84.5 de
cette loi sont entrés en vigueur le 1er février
2000.
Le gouvernement a prépublié un projet de
règlement dans la Gazette officielle du Québec
du 16 février 2000, à la page 1129.
Illustration Jean-Paul Eid
Sollicité
pour vendre de
petits articles de diverse nature, Éric,
l2 ans, manifeste de l’intérêt et il en
parle à sa mère, Francine. Compte tenu
de l’âge de son fils, la jeune femme
communique avec la Commission des
normes du travail afin de vérifier s’il
existe des règles au sujet du travail des
enfants. Une préposée aux renseignements de l’organisme l’informe que le
gouvernement a effectivement adopté
des mesures en cette matière1.
L’une de ces mesures devrait plus
particulièrement rassurer Francine.
En effet, l’article 84.3 de la Loi interdit à un employeur de faire exécuter
un travail par un enfant de moins de
14 ans sans le consentement écrit de ses
parents.
La mère apprend également
qu’un employeur ne peut faire
exécuter par un enfant un travail disproportionné à ses
capacités, ou susceptible
de porter atteinte à son
éducation, à sa santé ou
à son développement
physique ou moral
(a.84.2).
En outre, la Loi
interdit l’emploi
d’un enfant durant
les heures de classe
(a.84.4) et oblige
un employeur à
aménager les
heures de travail
d’un jeune de façon qu’il puisse
être à l’école durant
ses heures de classe
(a.84.5).
Satisfaite et rassurée par tous ces
renseignements, Francine décide
de communiquer avec l’employeur
éventuel de son fils Éric, afin de discuter davantage de la nature et des
conditions de travail de ce dernier,
avant de donner son accord. On n’est
jamais trop prudent. O
Lu pour vous
Jour après jour, mois après
mois, le souci de la prévention
des accidents du travail et des
maladies professionnelles se
répand au Québec. Dans cette
chronique destinée à diffuser
l’information, Prévention au
travail vous propose de courts
extraits d’articles et de reportages, aussi variés que possible,
publiés par ses partenaires
dans des revues, magazines
ou bulletins de liaison.
Pitié pour les mains !
« Au Québec, on évalue à 40 000 le
nombre de travailleurs ou travailleuses qui se blessent aux mains chaque
année. […] Ouvertes, cousues et emprisonnées dans des pansements ou
immobilisées dans un plâtre, ces mains,
incapables de saisir un objet, devront
s’absenter du travail… avec leur propriétaire, bien entendu. […] Parmi ces
40 000 mains, certaines s’en tireront
avec un arrêt de travail temporaire ;
pour les autres, ce sera peut-être plus
dramatique : la perte de dextérité ou la
perte d’une main les forcera à envisager l’exercice d’un autre métier.
« […] La protection des mains passe
d’abord par l’élimination du danger à la
source. Beau principe, diront certains,
mais presque inapplicable sur un chantier de construction. […] Voici comment vous pouvez mettre ce principe
en application. Arracher les clous en
saillie avant de transporter des planches ;
débarrasser une aire de circulation des
débris qui en jonchent le sol ; réparer ou
cesser d’utiliser un outil défectueux qui
pourrait vous blesser ; ranger vos outils
plutôt que de les laisser traîner sur le
sol, faire usage d’outils pourvus d’un
protecteur, transporter des objets lourds,
encombrants et aux arêtes coupantes
au moyen d’un outil de manutention ;
vous servir d’un pistolet pour enduire
un matériau de colle plutôt que de l’appliquer avec les doigts. […] Réflexion
faite, l’élimination du danger à la
source, c’est peut-être aussi une question de réflexe à développer… »
Prévenir aussi, bulletin d’information
de l’Association paritaire pour la santé
et la sécurité du travail du secteur
de la construction, vol. 14, no 4,
Hiver 1999-2000, p. 7.
Une fleur pour Charlemagne
« Les jeunes sont de plus en plus
présents sur le marché du travail et ce,
de plus en plus tôt. Et bon an mal an,
environ 9 000 d’entre eux sont blessés
au travail. Peu importe l’emploi, travail
de fin de semaine, emplois d’été ou
premier emploi régulier, les jeunes
partagent un point commun ; ils sont
généralement inexpérimentés ! C’est
pourquoi la CSST s’intéresse à eux.
Son but à long terme est de faire en
sorte que les jeunes arrivent sur le
marché du travail avec une bonne culture en SST. […] Maintenant, elle
propose des activités visant les jeunes
dans l’ensemble du réseau scolaire.
[…] Si le XXe siècle a été celui au
cours duquel les actions en santé et
sécurité du travail ont été axées vers
l’amélioration des milieux de travail,
le XXIe sera celui où elles viseront
l’amélioration des comportements. Et
peut-on penser à un meilleur moyen
d’inculquer de bonnes habitudes de
prévention et de créer une culture en
SST que de la faire entrer dans les
écoles ? Probablement pas ! À moins
de trouver un gène… »
Convergence, revue de gestion de la santésécurité du Centre patronal de santé et
sécurité du travail du Québec, vol. 16, no 1,
janvier 2000, p. 17.
Violence au travail, tolérance zéro !
« Les comités de condition féminine et
de santé-sécurité du travail de la FTQ
doivent travailler plus étroitement sur
des projets communs pour arriver à une
solution globale pour contrer la violence. Voilà, en gros, les conclusions
qui se dégagent des discussions en ateliers lors de la réunion conjointe des
deux comités, le 10 décembre 1999.
[…] Les participants et participantes
ont identifié plusieurs pistes. […] Tout
d’abord, établir un climat de confiance
entre la victime et la représentante ou
le représentant syndical lorsqu’il y a
une plainte. Un engagement politique
clair de tolérance zéro et l’assignation
de ce dossier à une personne bien formée et formellement reconnue par
l’employeur et le syndicat sont des
moyens d’encourager les victimes à
prendre des procédures. Il faut aussi
encourager les femmes à tenir un journal de bord de chaque détail et événement lorsque se présente une situation
de violence au travail. Cet outil peut
s’avérer précieux quand vient le temps
de monter un dossier et de porter
plainte. »
Le monde ouvrier, bulletin d’information
de la Fédération des travailleurs et
travailleuses du Québec (FTQ), no 35,
février 2000, p. 10.
Couple infernal !
« Si le feu et l’eau ne font pas bon
ménage, c’est loin d’être le cas du feu
et de l’essence. À un point tel que, si
vous voyez un jour le feu danser sur
une flaque d’essence, vous aurez beau
y jeter de l’eau… rien n’y fera, l’eau
ne pourra éteindre les flammes. C’est
que plusieurs propriétés physicochimiques font de l’essence une des
meilleures matières inflammables !
Voici ce qu’il faut retenir de ces propriétés. La notion de base : le point
d’éclair. La première chose que l’on
peut dire, c’est que l’essence a des
vapeurs dangereuses ! En effet, ce
sont ses vapeurs qui s’enflamment, et
non le liquide lui-même. Le problème,
avec l’essence, c’est que son point
d’éclair — c’est-à-dire la température
à laquelle un produit émet suffisamment de vapeurs pour former un mélange inflammable avec l’air — est
très bas. Ainsi, par une froide journée
d’hiver de –50 ºC, l’essence pourra
dégager suffisamment de vapeurs pour
créer une atmosphère inflammable !
On doit donc s’en méfier par tous les
temps ! »
Auto prévention, Association sectorielle
services automobiles, vol. 14, no 1,
mars 2000, p. 4. O
| Prévention au travail | Été 2000 |
33
e
Le 35 Mondial des métiers :
Cent fois sur le métier…
Photo Denis Bernier
Du 11 au 14 novembre 1999,
au Stade olympique de Montréal,
des centaines de jeunes du monde
entier ont rivalisé d’adresse dans
une compétition de métiers et
techniques. Un festival d’habileté
et de compétence !
Jeudi 11 novembre, 8 h 40
Du haut de l’escalier qui descend jusque
sur l’aire de jeu, un étonnant panorama se déploie. Le terrain, théâtre des
exploits — modestes — des Expos, est
divisé en enclos. Au milieu de l’un
d’eux, une vingtaine de tours numériques sont soigneusement alignés.
Plus loin, des voitures en attente d’être
auscultées sont déjà installées sur des
monte-charges. Sous les gradins, des
salons de coiffure, parfaitement aménagés, des cuisines complètes avec
fours au gaz, frigos, et même un restaurant d’une vingtaine de tables !
Dans quelques minutes commencera le
35e Mondial des métiers, une première
au Canada. L’événement rassemble
près de 600 concurrents et concurrentes
de 22 ans et moins, en provenance de
35 pays. Tous chercheront à décrocher
l’une des trois médailles décernées dans
les 36 disciplines officielles et les cinq
en démonstration. Organisé depuis 1950
sous l’égide de l’International Vocational Training Organisation (IVTO),
le Mondial des métiers a pour objectif
de promouvoir l’excellence et de valoriser les métiers et techniques auprès
des jeunes. C’est la quatrième fois que
le Canada participe à ces compétitions
organisées tous les deux ans. Lors du
34e Mondial, qui a eu lieu en Suisse
en 1997, le pays avait délégué 24 participants qui avaient décroché deux
médailles de bronze. Cette fois-ci,
40 jeunes gonflés à bloc espèrent que
leurs efforts seront récompensés.
34
| Prévention au travail | Été 2000 |
Vendredi 12 novembre, 8 h 45
L’épreuve commence dans 15 minutes.
La tension se lit sur les visages des
participants. Silencieux, ils attendent
derrière les barrières délimitant les aires
de compétition. Dans la section de
la construction métallique en acier,
Martin Grenon, un grand brun frisé
de Chicoutimi, fume une cigarette. Nerveux ? « Non, ça va. » Martin est prêt.
Tout en travaillant comme soudeur pour
un atelier du Saguenay, il se perfectionne
depuis plus d’un an sous la supervision
d’un professeur du Centre de formation
en métallurgie. Depuis quatre mois, il
s’exerce à plein temps à tailler des pièces
d’acier et à les assembler par soudage.
« On travaille seulement au chalumeau
coupeur. Il faut atteindre une précision
de plus ou moins un millimètre ! Au
début, je trouvais ça assez difficile, mais
avec l’apprentissage, on y arrive ! »
C’est justement parce que toute son
attention est accordée à la précision que
Martin doit prendre de strictes mesures
pour se protéger. « La sécurité, c’est très
important, affirme-t-il. Ça prend des
chaussures et des lunettes de sécurité,
une chemise, des gants, pour se protéger des brûlures et des projections de
particules. Il faut absolument être prudent dans ce qu’on fait, parce qu’on
joue avec des grosses machines ! »
Les concurrents en construction
métallique occuperont chacun un
stand carré, délimité par des bâches
de plastique transparent, qui comprend un établi, une table de travail,
un chalumeau relié à deux bonbonnes
de gaz, un bac pour le soudage. Au
centre de l’enclos, des meules et des
ponceuses sont mises à la disposition
de tous les concurrents.
Pour chacune des disciplines, les Services techniques ont dressé un devis du
matériel indispensable, et ils ont dessiné
les plans d’aménagement de l’aire de
compétition. Il a fallu tenir compte des
normes et des législations en vigueur
dans les différents pays participants.
« Les plombiers ne travaillent pas exactement de la même façon en France et
au Canada, explique Nadine Lalonde,
ingénieure et responsable des Services
techniques pour le 35 e Mondial des
métiers. Il a aussi fallu tenir compte
de l’essence de chaque métier, des méthodes de travail en vigueur dans chaque
pays, ainsi que des tâches à accomplir. »
Cette opération se solde par un total de
1 650 chaises et tabourets, 950 tables,
550 établis, 160 ordinateurs et tout le
matériel spécialisé spécifique de chacun
des métiers. Il a fallu assembler 30 cuisines complètes et créer un restaurant de
76 places ! Grâce à la contribution de
plus de 150 entreprises et organismes, un
matériel d’une valeur estimée à 20 millions $ a été rassemblé. « Nous avions
besoin de 36 fraiseuses et tours CNC
(à commande numérique par calculateur), relate Nadine Lalonde. Mais pas
question d’utiliser des appareils d’occasion, car tous les participants doivent
utiliser un matériel identique. Le gouvernement du Québec a donc accepté
de prendre en charge l’achat de tours et
de fraiseuses pour les prêter à l’organisation du 35e Mondial. Par la suite, ces
outils ont été remis à des centres de
formation professionnelle.
Photos Denis Bernier
Déjà 8 h 55. Plus que cinq minutes.
Dans le secteur de la menuiserie, Henri
Lachance se tient debout dans le couloir, attendant le signal de l’entrée dans
les stands. Le jeune homme vient de la
petite ville de Guy, en Alberta. Plutôt
taciturne, ce garçon brillant a d’excellents résultats scolaires. Il a remporté
plusieurs bourses et prix et il est, de
surcroît, excellent pianiste. Mais sa
véritable passion est le travail du bois.
Il est au service d’une entreprise de
fabrication d’armoires de cuisine située
au nord de l’Alberta. Dans cette région,
les distances sont longues. Son moniteur
habitant à quatre heures de voiture,
Henri a donc fait seul, la plupart du
temps, les exercices qu’il lui a prescrits.
Perfectionniste, il espère obtenir de bons
résultats, mais ce n’est pas son premier
objectif. « Je participe pour moi-même,
pour acquérir de nouvelles connaissances et, peut-être, de meilleures habitudes de travail. Je cherche aussi à
apprendre de meilleures techniques de
9 h, c’est parti…
Une trompette retentit, elle signale le
début de la compétition. Les concurrents
se réunissent au centre de leur enclos.
Les juges-experts et le chef d’atelier
leur donnent enfin la description de
l’ouvrage à exécuter. En quatre jours,
de 9 h à 16 h 30, ils devront réaliser
un grand projet, tel un aménagement
paysager complet avec bassin, sentier,
pelouse et arbustes, plusieurs tâches
spécifiques comme les diverses réparations de moteurs ou de freins en mécanique automobile, ou encore, fabriquer
un objet unique, comme le pilastre en
coin que les tailleurs de pierre devront
faire surgir d’un bloc brut.
relaxation, pour améliorer ce que nous
avons appris pendant nos quelques sessions de formation psychosociale. »
Une formation psychosociale ?
Denis Laroche est l’un des deux chefs
d’équipe du Canada. Tout au long du
Mondial, il s’occupe du bien-être et du
moral des concurrents canadiens. « Je
fais le baby-sitter durant toute la durée
de l’événement, commente-t-il en souriant, parce que les concurrents sont
séparés de leurs experts. » Dans les
mois qui ont précédé la compétition, il a
conçu un programme de formation mentale et de gestion du stress qui constitue
une part importante de la préparation des
concurrents. Les participants canadiens
se sont réunis à trois reprises, pour des
séances de trois ou quatre jours. « Nous
avons travaillé la concentration, la
relaxation, la motivation, la psychologie de la réussite. Et beaucoup l’esprit
d’équipe, par exemple en les faisant participer à des jeux et à des sports. »
Photos Denis Bernier
Martin Grenon,
concurrent dans
la catégorie
construction
métallique, s’est
perfectionné sous
la supervision
d’un professeur du
Centre de formation
en métallurgie.
Penché sur sa table,
il étudie le plan du
bidule à fabriquer.
Henri Lachance,
concurrent dans la
catégorie menuiserie,
a participé
à la compétition,
non par ambition,
mais dans l’espoir
d’acquérir de nouvelles
connaissances et de
meilleures habitudes
de travail.
9 h 30, équipements de sécurité !
Henri Lachance vérifie l’équerrage de
ses pièces de bois. Il vient de recevoir le
dessin de la fenêtre à construire. Surprise ! Elle comporte un œil-de-bœuf
— ouverture ronde — dans sa partie
supérieure. Henri a revêtu une combinaison grise et mis ses chaussures de
sécurité. Ce sont deux des pièces d’équipement prescrites dans le devis technique de la compétition de menuiserie.
Le devis mentionne encore des gants de
manutention, des lunettes de sécurité, un
masque antipoussière et des protecteurs
auditifs. « J’essaie habituellement de
faire attention à la sécurité, dit-il. À
Kitchener, par exemple, lors de la sélection nationale, je me suis aperçu que
ma vigilance faiblissait, alors je me
suis arrêté quelques minutes, je me suis
concentré, et je suis revenu à ma première tâche. Le danger vient surtout de
la répétition d’une même opération, ainsi
que de la fatigue; on pense moins à ce
qu’on fait et c’est alors qu’un accident
peut survenir. »
En collaboration avec la CSST, les
Services techniques ont établi un devis
de l’équipement de sécurité nécessaire
pour chacune des disciplines, en fonction des normes, des règlements et des
risques du métier. La liste préliminaire
des exigences générales et les devis
spécifiques des différents métiers ont
été fournis un an et demi à l’avance à
l’ensemble des organisations étrangères,
puis elle a été tenue à jour sur le Web.
« Ce qui m’a inquiétée, confie Nadine
Lalonde, c’est que les pays étrangers
pensaient que nous tentions de leur
nuire, alors que c’était uniquement pour
| Prévention au travail | Été 2000 |
35
Yannick Dupuis, concurrent
dans la catégorie pâtisserieconfiserie, met la dernière
main à la création de petits
animaux en pâte d’amande.
Un gâteau de noces suivra,
orné de fleurs en sucre soufflé.
Le rôle de Christophe Néchaouni, chef
d’atelier pour la pâtisserie-confiserie ?
Voir, comme tous ses collègues,
au bon déroulement de la compétition
et de l’atelier dont il est responsable.
a aussi fallu trouver les ingrédients et les
aliments dont les participants auraient
besoin, et dont ils avaient envoyé la liste
par courrier électronique. « Le candidat
autrichien m’a demandé un alcool inconnu. Il a fallu que la Société des alcools
du Québec fasse une recherche. » Le
chef d’atelier ne juge pas les concurrents. Cette prérogative est réservée aux
juges-experts, un par pays participant.
« Chaque juge note tous les concurrents,
sauf celui de son propre pays, explique
M. Néchaouni. Mais ils n’ont pas le
droit de parler à leur candidat. »
11 h, tournée des inspecteurs
Henri Lachance est penché sur son
établi. Avec un té, des équerres et un
compas, il trace sur un panneau de bois
les contours de la fenêtre à construire.
Ce tracé servira de référence à toutes les
pièces qu’il taillera au cours des quatre
prochains jours. Son jeune voisin coréen
dessine nerveusement, à gestes vifs,
des traits qu’il corrige avec une gomme
à effacer.
Depuis le début de l’aménagement
des lieux et de la mise en place du
matériel, quatre jours avant le début
des compétitions, les inspecteurs de la
CSST parcourent les allées, donnent des
conseils et prennent des notes qu’ils
transmettent à la responsable des Services techniques. « La participation de
l’inspecteur consiste à offrir des conseils
sur l’aspect sécurité de l’aménagement
des postes, tant pour leur organisation
que sur les méthodes de travail utilisées
durant l’aménagement, spécifie Gilles
Dutilly, à l’époque directeur de la Direction régionale de l’Île-de-Montréal – 1
de la CSST. Nous avons donné aux
gens du 35 e Mondial une séance de
formation-information d’une heure sur
le rôle de nos inspecteurs et sur les notions générales de sécurité dans les aires
d’activités. Nous avons aussi demandé
aux inspecteurs de faire une évaluation
visuelle des méthodes de travail des candidats, parce que la Commission veut
présenter un bilan sur la santé et la sécurité à partir des observations qui auront
été faites à Montréal. C’est la première
fois qu’un organisme comme le nôtre
s’engage à fond de cette façon. »
Les inspecteurs de la CSST ne sont
pas présents en vain. « La première
journée d’installation a été un demienfer, avoue Giovanni Chianetta. Mais,
après une première tournée et quelques
Photos Denis Bernier
10 h 45, la grande bouffe
Derrière le cordon les séparant des
visiteurs, huit pâtissiers et pâtissières
façonnent de petites figurines en pâte
d’amande. Il s’agit de la première
épreuve de la compétition de pâtisserieconfiserie. Une toque blanche calée sur
ses cheveux blonds, Yannick Dupuis, le
représentant canadien, roule entre ses
doigts de petits cylindres bruns. Originaire de Rivière-du-Loup, Yannick est
à Montréal depuis le mois d’août pour
s’initier en compagnie de quatre experts
qui travaillent dans de réputées pâtisseries montréalaises, chacun spécialisé dans une technique particulière. Le
jeune homme a appris les secrets du
sucre tiré et soufflé, qui se travaille à la
façon du verre d’art ! « C’est très difficile à manier. J’en fais depuis trois mois
et je commence à peine à connaître mon
sucre. Je le maîtrise, mais pas plus. »
La sécurité fait également partie de
l’apprentissage : « Il y a plusieurs précautions à prendre. On travaille beaucoup avec le propane, il faut faire
attention à l’eau et à l’électricité. Et
être prudent avec les couteaux ; je
me suis suffisamment coupé pour que
maintenant, j’aie compris qu’il faut
faire attention. »
En pâtisserie-confiserie, les concurrents disposent d’un comptoir stratifié,
d’une table de travail en bois, d’une
table de présentation, d’un grand frigo
à porte transparente et d’un malaxeur
commercial. Chacun apporte son matériel personnel, dont la teneur est laissée
à la discrétion du candidat. « Ils peuvent
amener une semi-remorque s’ils le
désirent, lance Christophe Néchaouni,
chef d’atelier pour la pâtisserie-confiserie. Le concurrent britannique est arrivé avec une petite valise, mais certains
ont apporté quatre caisses. » Le chef
d’atelier doit voir au bon déroulement
de la compétition : « Ma responsabilité
consiste à mettre l’atelier en fonction »,
explique Christophe. Il doit s’assurer,
par exemple, que les huit concurrents
aient accès à un des quatre fours au moment voulu. Avant la compétition, il lui
Photos Denis Bernier
des raisons de santé et sécurité. Mais,
malgré quelques réticences, nos demandes ont finalement été bien acceptées. »
36
| Prévention au travail | Été 2000 |
Photos Denis Bernier
recommandations, les choses se sont beaucoup améliorées. Les conduites d’air de
l’atelier de modelage, par exemple, passaient n’importe comment. Maintenant,
elles sont regroupées et attachées en périphérie. Dès la deuxième journée, tout
le monde a reçu le message que la CSST
serait présente et que tout serait scruté à
la loupe. On nous reconnaît et on nous
demande des conseils. Nous sommes
très bien perçus, et les chefs d’ateliers
nous posent beaucoup de questions. »
Un peu plus tôt dans la journée, un
chef d’atelier a demandé à M. Chianetta
si les chaussures de travail sont obligatoires au Québec. « Je lui ai répondu
“ Oui ”. Le chef d’atelier a expliqué à ses
experts internationaux qu’au Québec, il
est recommandé de porter des chaussures de sécurité. Résultat : demain, tout
le monde en portera dans son atelier.
Ces gens vont retourner chez eux en
disant : “ Hé ! Au Québec, on exige des
chaussures de sécurité. Ça serait bien
d’avoir ça ici aussi. ” »
12 h, bidule en gestation
Dans son stand du secteur construction
métallique en acier, Martin Grenon est
penché sur le plan du… bidule qu’il doit
fabriquer. Il n’y a pas d’autres mots. Le
dessin représente un assemblage hétéroclite de plaques, de cornières et de tubes
au sein duquel un élément articulé est
suspendu. Ça ne ressemble à rien de
connu, mais ça doit être impeccablement
reproduit. Dans l’étau, la première pièce
du casse-tête commence à prendre
1
Photo Denis Bernier
Convaincre au long cours
La CSST est un partenaire financier du
Secrétariat des Olympiades pour ce qui
est des compétitions québécoises et un
des commanditaires du 35 e Mondial.
Outre le respect des exigences de santé
et de sécurité au cours des préparatifs
et pendant les compétitions, elle a des
objectifs à plus long terme. « Notre rôle,
explique Juliette P. Bailly, vice-présidente aux relations avec les clientèles
et les partenaires, c’est de promouvoir la santé et la sécurité auprès des
jeunes, afin que les travailleurs et les
employeurs de demain soient toujours
à l’affût de la santé et de la sécurité du
travail. Depuis plusieurs années, nous
travaillons avec le ministère de l’Éducation du Québec à l’intégration des
notions de santé et de sécurité dans la
formation. Notre objectif est de faire accepter ces notions de prévention. Quand
les jeunes arriveront sur le marché du
travail, ils seront attentifs à la santé et à
la sécurité. Il nous faut les sensibiliser
tôt, dès leurs premiers emplois d’été ou
de fin de semaine, afin qu’ils n’aient pas
d’accident. Le 35e Mondial est donc un
tremplin pour la CSST. »
La présence de délégations étrangères
offre, en outre, une belle occasion de
favoriser la jonction entre santé-sécurité
et formation professionnelle. « Plusieurs
activités sont organisées en marge du
Mondial, notamment pour les jeunes et
les délégués des différents pays participants qui proviennent du milieu de
l’éducation, poursuit Mme Bailly. Outre
notre stand d’information au Stade
olympique, nous avons organisé, de
concert avec le ministère de l’Éducation
du Québec, un séminaire s’adressant
aux délégations internationales. Ce fut
l’occasion, pour les conférenciers représentant différents pays participants,
d’échanger leurs vues sur leurs expériences en matière d’intégration de la
santé et de la sécurité du travail dans les
programmes de formation professionnelle et technique. » À plus long terme,
la CSST souhaite que la santé et la
sécurité jouent un rôle plus important au
sein même des compétitions du Mondial
des métiers : « Nous voulons que les
participants soient jugés là-dessus,
déclare la vice-présidente. Lors des
Olympiades québécoises1, cinq métiers
seront ainsi évalués sur la santé et la
sécurité et des prix seront décernés
par la Commission. »
L’événement s’est déroulé à Québec, en
juin 2000.
forme; une cornière a été pliée et soudée
pour former un grand « U ». Martin
prend quelques mesures et réfléchit,
l’air concentré, presque préoccupé.
Pause-dîner. Plus que trois jours et demi.
21 h, repos !
Tous les concurrents canadiens sont
réunis, à raison de deux par chambre,
dans un petit hôtel à proximité du Stade
olympique. Au programme : bilan de la
journée, préparation du lendemain et relaxation. Pour Henri, le projet de fenêtre
avec œil-de-bœuf a été une surprise.
« C’est quelque chose que je ne faisais
pas au travail, et que je n’ai pas tellement pris le temps de pratiquer pendant
mon entraînement. Le plus difficile, c’est
l’ordre des opérations pour la fabrication
des joints. » Plongé dans l’inconnu, le
jeune homme n’est pas certain de réussir à terminer le travail dans les délais.
De son côté, après deux jours de compétition, Yannick Dupuis est optimiste :
« Je suis très satisfait, ça va mieux que
prévu. J’ai présenté mes pâtes d’amande
ce matin, et mes entremets glacés cet
après-midi. Je pense que c’est bon parce
que les juges sont venus me voir tout de
suite après. Le juge autrichien m’a fait
un clin d’œil. C’est bon signe ! » À miparcours, la tentation est forte de rêver
un peu : « Je visais une cinquième place,
mais j’espère une médaille ! »
Dimanche 14 novembre, 9 h 15
Henri Lachance a assemblé le cadre de
sa fenêtre. Il lui reste encore à terminer
le battant ; les meneaux se rencontrent à
des angles étranges, sa partie supérieure
comporte un demi-cercle ouvert vers le
bas, qui devra s’encastrer parfaitement
sous l’œil-de-bœuf du cadre. Yannick
Dupuis, pour sa part, a commencé son
Giovanni Chianetta,
un des cinq inspecteurs de la CSST à
parcourir le stade
dès le début de
la compétition,
c’est-à-dire dès
la mise en place des
aires de compétition
et du matériel,
a pris beaucoup de
notes et a apprécié
l’expérience.
| Prévention au travail | Été 2000 |
37
2
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Fondant commercial aussi connu sous le nom
de Regal Ice.
| Prévention au travail | Été 2000 |
de Rivière-du-Loup pour l’encourager :
« Je suis très fier de lui. Il est parti
de loin ! ». Attroupement au stand du
concurrent français qui vient de terminer une œuvre spectaculaire en orange,
rouge et brun, sur laquelle sont fichés
des éléments triangulaires. Les concurrents de Yannick ont créé des interprétations très libres du gâteau de noce, où
éclatent les couleurs vives et les effets
de styles. Seuls le Canada et la GrandeBretagne ont réalisé des gâteaux traditionnels.
15 h 58. Sur le dernier étage de son
gâteau, Yannick dispose sa fleur, ses
feuilles dentelées, sa boule irisée en
sucre soufflé. Le chef d’atelier s’approche : « C’est fini ? Yannick fait
signe que oui. Il dépose son œuvre
sur la table de présentation. Il sourit,
soupire, et serre la main de sa jeune
voisine allemande. Puis il lance à la
ronde : « Je suis crevé. Quelqu’un va me
chercher une bière ? »
Dimanche 14 novembre, 16 h 10
Henri a réussi à terminer sa fenêtre.
Satisfait ? « Dans les circonstances, oui.
Mais avec plus de temps, j’aurais fait
mieux. » Dès son retour au travail, il
compte mettre à profit son expérience :
« Je ramène des idées d’améliorations
et des trucs pour moins me fatiguer. »
Le bidule de Martin est déposé sur une
table aux côtés de ceux de ses concurrents. Les bandes de métal sont en
place, mais imparfaitement assemblées.
« Je suis content, annonce-t-il. Ça aurait pu être mieux, mais il me manquait
10 minutes ! » Il montre son avant-bras
où apparaît une brûlure. « La vitesse,
c’est important, mais la sécurité aussi.
On n’est pas maso ! »
Mercredi 17 novembre, 19 h,
cérémonie de clôture
Un gros globe terrestre occupe une
partie de la scène aménagée à une
extrémité de l’aréna Maurice-Richard.
Au programme, des prestations musicales de Jorane, de Dubmatique et la
cérémonie de remise des médailles. La
patinoire est envahie par les jeunes
concurrents et leurs accompagnateurs.
Dans les estrades, où les membres des
délégations sont venus encourager les
leurs, les clairons français répondent
aux cymbales de Taipeh. La Suisse,
l’Allemagne, l’Autriche et certains
pays asiatiques décrochent le plus
de médailles. Le Canada est appelé
trois fois : Robert Waite remporte le
bronze en Installation électrique,
Karine Desroches, le bronze en Service
de restauration, et Jessika Lessard, l’or
en Soins esthétiques. En Pâtisserieconfiserie, la victoire est enlevée par la
voisine allemande de Yannick Dupuis.
Rien pour lui. « Je suis très déçu,
avoue-t-il. J’espérais une médaille.
J’ignore ce qui s’est passé. Je vais voir
avec mon expert. » Son gâteau de
mariage, très classique, a-t-il fait la
différence ? « C’est possible. »
Il y a des déceptions, mais aussi
des joies, comme celle, rayonnante, de
Karine Desroches : « Je suis fière mais
surprise !, lance l’étudiante en technique de gestion hôtelière. Tout le
monde était excellent. Pendant la
deuxième journée, je ne me sentais
pas vraiment dedans. Mais lors des
troisième et quatrième journées, tout
allait bien, j’étais confiante. » Les deux
médaillées du Québec ont gagné un
voyage en France offert par l’Office
franco-québécois pour la jeunesse. Les
autres repartent avec leurs connaissances, leur confiance en l’avenir et
leurs souvenirs. « Je suis satisfait de
moi et de mon apprentissage, conclut
Martin Grenon à la fin de la cérémonie.
Je vais continuer à donner des conseils
aux autres candidats. C’est une très
belle expérience, et j’ai beaucoup
appris. J’ai vu plein de choses que
je n’avais jamais vues… et que je ne
reverrai probablement jamais ! » O
Marc Tison
Photos Denis Bernier
gâteau de mariage, l’épreuve de la journée. Le premier étage est déposé sur
un plateau tournant. D’un geste vif et
précis, il applique une glace couleur
amande, qu’il lisse parfaitement. « C’est
de la régalice2, comme les cigarettes
Popeye », expliquent tour à tour deux
jeunes filles, Vickie et Karine, qui commentent ses moindres gestes. Elles sont
étudiantes en pâtisserie, et elles ont rencontré Yannick à la polyvalente JacquesRousseau, de Longueuil, où il fait son
apprentissage depuis septembre. Karine
est devenue sa petite amie.
15 h 20. Plus que 40 minutes. Le
bidule de Martin Grenon a pris forme,
si l’on peut dire, mais n’est pas encore
terminé. Il reste deux bandes à couper,
plier, assembler et souder. La tension
et la fatigue se lisent sur son visage.
Martin allume son chalumeau, abaisse
son masque d’un coup de tête et amorce
une découpe.
15 h 25. Henri Lachance insère le
battant dans le cadre de la fenêtre. Il ne
s’ajuste pas parfaitement. D’un calme
olympien, il le retire et regarde sa montre.
15 h 32. Yannick festonne son gâteau
de cordons rose pâle. Sa voisine allemande chauffe au sèche-cheveux une
décoration de sucre soufflé représentant une coupe de cristal d’un surprenant réalisme. Dans la foule de curieux
et de gourmands, se trouve Stéphane
Brunelet, le moniteur de Yannick pour
les gâteaux de noce et le sucre tiré. « Ça
va très bien, estime-t-il. Yannick est le
seul qui démontre les techniques de travail au cornet et de glace royale. »
15 h 45. C’est le sprint final. Yannick
allume son chalumeau au propane, pour
assembler de délicates fleurs aux pétales nacrés en sucre soufflé — les
fleurs sont des éléments imposés. Roger
Bérubé, son premier moniteur, est venu
Photo Denis Bernier
Juliette P. Bailly
(à gauche),
vice-présidente
aux relations
avec les clientèles
et les partenaires
de la CSST, et Diane
Lemieux, ministre
d’État au Travail
et à l’Emploi,
ministre du Travail
et ministre responsable de l’Emploi.
ELLES piquent toute une jase,
au colloque
Photo Yves Beaulieu
Zoom sur les femmes
et les métiers non traditionnels
Novembre
1999. Dans un
grand hôtel du centre-ville de Montréal,
450 femmes — on en attendait 300 —
de 17 pays, dont la France, la Belgique
et la Côte-d’Ivoire, ont témoigné, trois
jours durant, des écueils à surmonter
pour pouvoir participer davantage à l’activité économique de leur pays. Elles ont
aussi échangé moult réflexions sur la
formation, sur les aléas du travail quotidien dans un univers masculin, sur la
santé et la sécurité du travail et sur certains mythes et préjugés qui ont la vie
dure dans l’esprit des hommes… et des
femmes. Le colloque, une première en
Amérique du Nord, était organisé par
le ministère de l’Éducation et EmploiQuébec, et il s’est déroulé en marge du
35e Mondial des métiers. Dans le cadre
du colloque, la CSST, en collaboration
avec la Confédération des syndicats
nationaux (CSN) et Auto prévention,
association sectorielle paritaire du secteur des services automobiles, a organisé un atelier intitulé « La santé et la
sécurité au travail : mythes et réalités ».
Juliette P. Bailly, vice-présidente aux
relations avec les clientèles et les partenaires, en a fait l’ouverture, et elle a
campé les grandes lignes de son orientation. Prévention au travail a choisi de
diriger ses antennes curieuses sur les
aspects santé et sécurité du travail.
Les participantes en ont eu pour
leur déplacement : des stands d’information animés par des représentants de
nos grands syndicats et d’organismes
travaillant avec et pour les femmes ;
20 ateliers, quatre tables rondes, des
De gauche à droite, Micheline Boucher, ergonome à la CSN, Anne Morisset,
cadreuse à TQS, Juliette P. Bailly, vice-présidente aux relations avec les clientèles
et les partenaires à la CSST, Andrée Dupont, chargée de projet à la même
vice-présidence, Lisette Lapointe, directrice générale d’Auto prévention,
et Johanne Daly, mécanicienne et propriétaire du garage La clé de contact.
conférences, un grand débat et une
vidéo. Pour donner une idée de la diversité des métiers et des professions exercés par les femmes inscrites au colloque,
allons-y d’une énumération non exhaustive : menuisière, soudeuse, chauffeuse
de camion, ingénieure en génie civil et
en aéronautique, postière, débardeuse,
ambulancière, peintre en bâtiment, électricienne, mécanicienne, plombière,
technicienne de service en gaz, jardinière, soudeuse-monteuse, pompière,
éboueuse, etc.
Au Québec, les femmes sont présentes dans quatre des 21 secteurs de la
formation professionnelle et technique.
C’est peu. Le problème, c’est que trop
de personnes des deux sexes croient
encore que les métiers dits d’hommes
ne conviennent pas aux femmes. Parce
qu’ils sont trop durs sur le plan physique, trop salissants, trop exigeants,
trop dangereux. Lisette Lapointe, directrice générale d’Auto prévention, a évoqué avec fierté la percée réussie dans
le secteur des services automobiles. Il
y a une quinzaine d’années, il fallait
être fort, endurant et pas trop regardant
rayon propreté pour travailler dans un
garage. Le plus souvent, l’air ambiant
était vicié, les locaux insalubres, le cambouis et l’huile omniprésents. « Quand
Auto prévention a été créée, en 1983, il
survenait 12 000 accidents par année
dans le secteur, rappelle Mme Lapointe.
En 1997, ce chiffre est passé sous la
barre des 5 000. Cette baisse donne une
idée du progrès accompli depuis et de la
volonté d’agir des travailleurs et des employeurs, sur le plan de la prévention.
Les métiers de l’automobile ont énormément évolué et ils sont devenus très intéressants pour les hommes et pour les
femmes. Ils sont valorisants et bien rémunérés. » Auto prévention a d’ailleurs produit, en collaboration avec la CSST, une
vidéo, La passion du métier, dans le but
d’inciter jeunes gens et jeunes filles à
opter pour la mécanique ou la carrosserie.
Johanne Daly, mécanicienne et propriétaire du garage La clé de contact,
est convaincue que les femmes peuvent
aider à transformer un milieu de travail,
à le rendre plus sûr : « Lorsque j’étais
employée et que j’étais sous un véhicule,
en train de faire une réparation avec
un collègue qui n’avait pas cru bon de
protéger ses yeux, je lui demandais :
“ Ça ne te tente pas de protéger tes
yeux ? ” J’ai souvent insisté pour que les
règles de sécurité soient respectées. »
Mme Daly, qui croit au travail d’équipe,
poursuit : « Dans mon garage, 80 % du
personnel est féminin. Une de mes employées est grosse comme une puce,
pourtant elle peut faire tout ce qu’un
homme fait. Mais elle utilise de bonnes
méthodes pour ne pas se blesser, pour
| Prévention au travail | Été 2000 |
39
Mme Morisset en convient. « Il faut être
en forme, avoir une bonne alimentation,
prendre suffisamment de repos. Mais
les progrès technologiques ont changé
la donne. Depuis août 1999, TQS a
renouvelé sa collection de caméras et
remplacé les grosses Bétacam par
des modèles numériques plus petits et
plus légers. L’appareil et ses accessoires
pèsent maintenant environ 7 kilos. » Et
puisque le verglas est un des ennemis
des cadreurs et des cadreuses, l’employeur, à la demande du syndicat, a
fourni des bottes à crampons.
ne pas faire d’efforts excessifs. L’imagination, l’ingéniosité des femmes permettent une meilleure organisation du
travail. »
Le mythe de l’homme moyen
Quantité de postes, d’outils et d’équipements de protection ont été conçus en
fonction de l’homme de taille moyenne
et de la femme de taille moyenne.
« Mais ils n’existent pas, dans les faits !
soutient Micheline Boucher, ergonome
à la Confédération des syndicats nationaux (CSN). La taille moyenne d’un
Québécois est de 1 mètre 75. Sauf que
ceux qui ont cette taille n’ont pas nécessairement ce qui devrait aller avec : un
poids moyen, une longueur moyenne de
bras et de jambes, etc. Même chose pour
la force. Tout comme certains hommes
sont plus petits que la moyenne des
femmes, certaines femmes sont plus
fortes que la moyenne des hommes. »
Alors, que devrait-on faire si l’on
veut favoriser l’entrée des femmes dans
des secteurs non traditionnels ? Les
propositions de Mme Boucher sont nombreuses. « D’abord, tenir compte des
différences biologiques, ne serait-ce
que de la fonction de reproduction.
Ne pas oublier que le pourcentage
des tissus adipeux est plus important
chez les femmes. On sait que certaines
substances toxiques s’accumulent plus
facilement dans ces tissus, ce qui fait
que dans certaines situations, elles présentent plus de risque, et le niveau
d’exposition doit donc être ajusté. Créer
des outils qui s’adaptent bien au corps
des femmes, entre autres à leurs mains,
pour qu’elles puissent appliquer toute
40
| Prévention au travail | Été 2000 |
Photo Yves Beaulieu
Mécanicienne
et propriétaire
de son garage,
Johanne Daly
est convaincue
que les femmes
peuvent rendre
un milieu
de travail
plus sûr.
la force dont elles sont capables. Favoriser la mise en place de plans de travail,
d’outils et d’appareils réglables plutôt
que fixes. Concevoir des lunettes, des
chaussures et des gants convenant à la
morphologie des femmes, ce qui avantagera aussi les hommes plus petits que
la moyenne. Réduire les efforts excessifs en prévoyant des aides mécaniques
et en encourageant le travail d’équipe.
Prévoir une période d’apprentissage favorisant la transmission et la maîtrise
des ficelles du métier. Permettre aux
femmes d’avoir recours à des façons
différentes de travailler. Un exemple :
j’ai été postière pendant 12 ans. Je me
souviens que je ne portais pas mon sac
comme mes collègues masculins. Le
métier me permettait d’organiser mon
travail autrement. » Mme Boucher termine en rappelant qu’un travail trop
dur pour une femme est aussi trop dur
pour un homme ! Et que la concertation
employeurs, travailleurs, travailleuses
et syndicats est essentielle si l’on veut
maintenir des femmes dans des postes
dits non traditionnels et améliorer la
santé et la sécurité de tout le monde.
Caméra à l’épaule
Depuis 10 ans, Anne Morisset est cadreuse (camerawoman, dans le jargon
du métier), au service des nouvelles de
TQS. Il n’y a pas encore beaucoup de
femmes dans ce secteur traditionnellement réservé aux hommes. À RadioCanada, par exemple, les femmes
représentent moins de 10 % du personnel dans les services techniques. Courir
la nouvelle par tous les temps avec un
appareil pesant 15 kilos n’est pas facile,
Une femme forte
D’origine belge, Anne Nyssen a 32 ans
et elle travaille comme soudeuse. Elle
se souvient de ses débuts : « Je me suis
retrouvée dans un monde d’hommes.
Rien n’avait été préparé pour mon accueil et mon apprentissage. » Le plus
important, pour cette jeune femme qui
a accordé une entrevue exclusive au
magazine, a été d’apprendre à s’exprimer sans pour autant confronter ses
collègues. « Ce que j’ai trouvé et que
je trouve encore difficile, c’est de faire
admettre que je veux bien performer
dans mon travail, mais pas comme les
hommes. Je veux aussi que l’on reconnaisse que je suis plus qu’une soudeuse.
J’entretiens l’atelier, je veille à la sécurité, je gère les rapports humains, et
pour tout ça, je ne suis pas payée. C’est
un acquis de la sphère domestique que
j’intègre à mon travail et qui est rarement respecté, valorisé. Je ne veux pas
y renoncer, je ne travaille pas pour
gagner ma paye, mais pour acquérir des
compétences et trouver un certain épanouissement. »
Anne a fait des études de nature universitaire, elle aime la philosophie, la
psychanalyse, les arts, mais au plus profond de son être, c’est une manuelle.
Petite, elle a beaucoup travaillé avec
ses oncles qui étaient presque tous des
manuels. « J’étais en quelque sorte le
prolongement de leurs mains. On trouve
du pouvoir dans ce genre de travail, attention, pas sur les autres, mais sur la
matière. C’est une façon de s’énergiser,
de s’exprimer. » Plusieurs femmes, dans
leur témoignage, ont insisté sur la passion qu’elles éprouvent pour le travail
manuel. Certaines ont ajouté qu’elles
aiment travailler au milieu d’hommes,
en dépit des difficultés qu’elles doivent
surmonter pour être acceptées et respectées, sur le plan professionnel.
À l’aide d’une rectifieuse,
Anne Nyssen, soudeuse
professionnelle, ébarbe
l’excédent de soudure
d’une pièce métallique.
Photo Patrick Sanfaçon
forage, mais je n’y arrive pas. Les employeurs me refusent un poste parce
que la promiscuité qu’engendre le milieu
de travail ne leur permet pas d’intégrer
des femmes. On a encore du chemin
à faire ! »
Anne Morisset, cadreuse à TQS,
court la nouvelle, caméra
à l’épaule. Peu de femmes au Québec,
pour l’instant, exercent ce métier.
Si les femmes se heurtent à un plafond de verre dans le travail de bureau
et dans les postes d’administration, il en
va de même dans le milieu ouvrier, soutient Anne Nyssen. « Je voudrais progresser, devenir soudeuse-plongeuse ou
encore soudeuse sur une plate-forme de
Comment changer un homme ?
Il est très difficile de faire comprendre
aux collègues masculins qu’en dehors
des impératifs du boulot, il y a une
façon différente d’envisager le travail.
Là-dessus aussi, les témoignages entendus étaient unanimes. Comment s’y
prendre ? Des travailleuses québécoises
ont posé la question à Anne Nyssen. La
jeune femme a expliqué qu’elle utilise
de préférence la pause du midi pour faire
passer ses messages. « Quand on mange
ensemble, qu’ils lisent leur journal au
lieu de se parler, de me parler, ça me
fâche. Souvent, ces hommes qui travaillent ensemble depuis des années ignorent la situation familiale de chacun. Ils
ne savent pas si untel a des enfants, une
petite amie, s’il fait face à des difficultés,
etc. Toutes choses qui sont pour moi
fondamentales, parce que je travaille
avec eux, et que s’ils sont préoccupés par ce qui survient dans leur sphère
familiale, il y aura des répercussions
sur leur travail. Je leur explique et ils
découvrent ça, petit à petit. » Les
blagues sexistes fournissent aussi à
Anne une autre occasion d’intervenir.
« J’ai essayé des tactiques variées et
une, la sincérité, a marché : “ Écoute, ce
que tu viens de dire me blesse vraiment ! ” Même la plus épaisse des brutes
finit par comprendre, je vous assure…
C’est comme l’entretien des machines.
On est sensé le faire ensemble. Mais
c’est toujours moi qui écope. Alors je
leur demande : C’est pas possible, les
mecs, vous ne savez donc pas tenir un
aspirateur ? »
Pourquoi la perception de la prévention est-elle différente, selon qu’on est
homme ou femme ? « Il y a plusieurs
raisons à ça, croit Anne. Les femmes
ont une vision plus holistique. Elles ne
fragmentent pas les choses, elles les
voient dans un ensemble. Exemple :
quand je travaille, je suis toujours très
attentive aux mouvements de mes collègues. À là où ils sont. Je ne tronçonne
jamais dans leur direction. Eux, ils
tronçonnent presque toujours dans la
mienne. Et je me ramasse toutes les particules en fusion ! C’est quelque chose
qui est lié à l’organisation spatiale, au
corps et, en tant que femmes, c’est l’éducation qui nous astreint à développer
ce type de sensibilité. Il est possible de
rendre les hommes conscients de ces
choses, mais c’est un travail énorme. »
À force d’observer ses collègues, Anne
a constaté que les hommes n’ont pas non
plus la même conception de l’espace
physique que les femmes. « Ils prennent
tellement de place qu’ils me gênent dans
ma tâche — on se retrouve parfois à deux
dans un diamètre de 2 m 50. Alors il faut
leur expliquer ces choses, en douceur, si
l’on veut qu’ils changent. » Lui arrivet-il de devoir hausser le ton ? « Oui, une
fois, il y avait un ouvrier très bruyant
qui passait son temps à jeter ses clés par
terre, ce qui me mettait les nerfs à vif.
Un jour, le mec a délibérément tapé sur
la pièce qu’un collègue et moi étions en
train de souder. Je suis sortie de mes
gonds, j’ai pris un marteau et je suis
allée taper sur le banc du type en l’avertissant : “ Tu ne le fais plus jamais,
JAMAIS ! La prochaine fois, tu le prends
dans la gueule ! ” Il y a des fois où il faut
parler de manière à faire comprendre
qu’il n’y a pas de discussion possible.
C’est important de se faire respecter,
de faire savoir au collègue qu’il y a des
points sur lesquels, c’est bien dommage,
on ne changera pas d’avis ! La sécurité,
| Prévention au travail | Été 2000 |
41
entre autres. Moi, je ne veux pas risquer
ma vie ! Parfois, certains me font peur
et je les avertis : “ Arrête, ça me rend
malade de te voir travailler comme ça ! ”
Je suis incapable de bosser à côté de
quelqu’un qui risque de se faire couper
la main ou de me blesser par simple
négligence des règles les plus élémentaires de prévention ! »
La jeune soudeuse n’hésite pas à
parler à un collègue lorsque son comportement porte atteinte à sa sécurité.
« En général, ça se passe assez bien.
Je dis toujours les choses gentiment,
quand je peux. Mais si je suis vraiment
très effrayée, alors là, ils m’entendent !
Comme je suis toujours très calme, très
conciliante, ils sont assez surpris de
ma réaction. Au début, ils me font des
réponses bêtes parce qu’ils sont mal
à l’aise, et ça aussi il faut savoir l’accepter. À force de travailler avec les
mecs, j’ai appris que ce n’est pas la
peine d’insister quand le courant est
coupé. Et qu’il ne faut pas les coincer en
discutant, ne jamais s’imposer dans un
rapport de force. Donc, quand quelque
chose de difficile est arrivé, j’essaie
toujours d’en reparler le lendemain. Ça
veut dire savoir s’excuser d’avoir été un
peu trop vive, d’abord, et vérifier si le
courant passe ou pas… »
Des femmes, pour changer
Anne Nyssen a travaillé sur des chantiers à l’étranger : « En Allemagne et
en Angleterre, les normes de sécurité sont beaucoup mieux suivies qu’en
Belgique. Chez nous, il y a des normes
de sécurité, mais elles sont peu respectées. Dans certaines entreprises, il y a
une personne payée pour veiller à la
sécurité du chantier. Elle fait son travail,
mais elle n’a pas de moyen de pression
direct pour contraindre l’employeur ou
le travailleur. Il y a aussi un manque
d’information, une ignorance des règles
du milieu. Les ouvriers ont une façon de
communiquer entre eux qui est beaucoup plus directe que celle des employés
de bureau, par exemple. Il y a des aspects négatifs à ça. Si les ouvriers ne
comprennent pas ce que l’employeur
met en place, en guise de réaction, ils
peuvent faire barrage, envers et contre
tout bon sens. Quand on veut imposer la
sécurité, c’est beaucoup mieux de travailler à partir de l’atelier, petit à petit,
42
| Prévention au travail | Été 2000 |
Photo Alain Comtois
Sylvie Richer, dite la Star,
l’une des vedettes du film 5 pieds 2,
80 000 livres, a été victime d’un grave
accident qui aurait pu être évité
si l’employeur l’avait écoutée.
de trouver une façon d’intéresser les
ouvriers à l’information.
Certains travailleurs ne respectent
pas les mesures de sécurité parce qu’ils
se sentent frustrés de n’être pas respectés, écoutés, ajoute Anne en terminant.
« Alors ils adoptent un comportement
autodestructeur. Je ne sais pas très bien
comment on peut lutter contre, mais je
pense qu’en intégrant une plus grande
mixité dans les milieux de travail, on y
arrivera plus facilement. »
Juliette P. Bailly, vice-présidente aux
relations avec les clientèles et les partenaires à la CSST, en est convaincue.
Après avoir rappelé que la Commission
travaille avec plusieurs de ses partenaires pour faciliter, justement, l’accès
des femmes aux métiers non traditionnels, elle a déclaré que leur arrivée dans
plusieurs secteurs a été source d’innovations : « Elles ont fait avancer bien des
choses. Par leurs interventions, elles ont
prouvé que le temps de la valorisation
de la force physique au détriment de la
santé et de la sécurité est révolu. Leur
contribution a permis, sans l’ombre d’un
doute, d’améliorer les conditions de
travail de tout le monde. »
5 pieds 2,
80 000 livres
Au Québec, 605 femmes conduisent des
poids lourds. La réalisatrice Nathalie
Trépanier leur a consacré un film qui
plonge le spectateur dans un univers très
particulier habité par la Star, l’Ange
blanc, le P’tit microbe, la Grenouille,
etc., des camionneuses amoureuses de
leur métier, de la route et de la nature.
Pour ne pas gâcher le plaisir de celles et
ceux qui n’auraient pas encore vu ce
document produit par l’Office national
du film du Canada, allons directement
à la séquence de l’accident survenu à
Sylvie Richer, dite la Star. Un matin, elle
constate que les freins de la remorque
qu’un client lui a demandé de conduire
en ville sont malades. Elle lui téléphone
et lui suggère d’arrêter pour faire réparer.
« Pas question, répond le client. Tu t’en
vas en ville direct. » Ce qui devait arriver arriva : les freins ont manqué et le
camion a versé. Sylvie a failli perdre la
vie. Deux ans de réadaptation. Quant
à son camion, il n’a pas survécu. Et tout
l’univers de la Star a basculé.
Après la projection, une camionneuse
a déclaré que dans l’industrie du camionnage, de plus en plus d’employeurs commencent à se rendre compte que les
femmes sont plus attentives à la sécurité
routière, qu’elles sont aussi plus calmes
et plus fiables. Dommage que l’imprudent client de la Star n’ait pas été là.
La filière danoise
Pourquoi les femmes entrepreneures
danoises doivent-elles être hors du
commun ? « Parce qu’elles le sont ! », a
affirmé Nete Svennekjaer, conseillère
en équité en emploi au Danish Public
Employment Service. « Pendant longtemps, les femmes de notre pays qui
devenaient veuves devaient se remarier
si elles voulaient continuer à travailler
pour une entreprise. Les modèles de gestion étaient essentiellement masculins.
Heureusement, les mentalités commencent à changer grâce à des sondages
commandés par le gouvernement danois.
Ils ont montré que les femmes ne travaillent pas comme les hommes et
qu’elles n’ont pas les mêmes ambitions.
Les banquiers
préfèrent les hommes
De manière générale, les femmes qui se
lancent en affaires ont du mal à obtenir
la confiance des banquiers. Elles sont
accueillies avec méfiance parce qu’elles
sont prudentes et réclament de petites
sommes, pour commencer. Si tout va
bien, elles demandent un nouveau prêt.
C’est une erreur de planification, soutiennent les banquiers. « Pourtant, les
femmes entrepreneures prennent des
décisions sages, elles sont tout à fait
capables de faire ce que les hommes
font, mais autrement », souligne la
conférencière. Restait à convaincre les
Danoises qui avaient une piètre opinion
de leurs capacités. « Pour y parvenir,
nous avons décidé de concevoir pour
elles de nouveaux modèles et de changer les règles du jeu. »
C’est ainsi qu’est née KIN Caravan,
financée en partie par l’Union européenne. Il s’agit d’une exposition-vente
sous la tente de produits fabriqués par
des femmes entrepreneures. « Nous avons
organisé une première grande tournée
européenne avec 90 entrepreneures de
plusieurs pays. KIN Caravan s’est arrêtée à Paris, Bruxelles, Copenhague
et Berlin. Boulangères, joaillières,
artisanes, traiteures, etc., ont échangé
leurs idées, comparé leur façon de
faire. » Un autre projet a vu le jour : la
maison de commerce KIN, conçue par
une architecte. Il s’agit d’un lieu de
réunion animé par des femmes pour les
entrepreneures. « KIN est un formidable
creuset à idées, estime Mme Svennekjaer,
et le ministère du Commerce de notre
pays s’intéresse beaucoup à ce qui s’y
passe. Tellement, que le personnel de
soutien de la maison a une ligne téléphonique directe avec le ministre du
Commerce ! »
Un formidable flair
Les femmes ont des idées que les
banquiers qualifient de bizarres et de
surréalistes, déplore Mme Svennekjaer.
Exemple : une infirmière décide de
changer de métier. Elle veut devenir
photographe de… chevaux de course.
Elle explique son idée au banquier qui
lui refuse le prêt, jugeant son projet
insensé. La femme se débrouille, suit
un cours de photographie et ouvre un
petit studio. Elle court les tournois et
les compétitions équestres. Elle finit par
se faire un nom et aujourd’hui, elle est
connue à travers toute l’Europe comme
LA spécialiste des photos de compétition équestre, féline et canine. « Les
femmes ont du flair, de l’intuition, elles
repèrent vite les besoins d’un milieu,
elles sont aussi débrouillardes et tenaces,
croit Mme Svennekjaer. D’ailleurs, les
statistiques le montrent clairement, en
affaires, trois femmes pour sept hommes
échouent. En outre, les femmes remboursent davantage leur prêt et leur
entreprise dure plus longtemps. » O
Photo Yves Beaulieu
Monique Legault Faucher
« Les femmes sont tout à fait
capables de faire ce que les
hommes font, mais autrement »,
d’expliquer Nete Svennekjaer,
conseillère en équité en emploi
au Danish Public Employment
Service.
Photo KIN
ILS s’intéressent à la production de
biens, tandis qu’ELLES sont davantage
attirées par le secteur des services. ILS
voient gros lorsqu’ils se lancent en affaires. ELLES voient petit. ILS font
passer les problèmes financiers en premier. ELLES croient que les problèmes
familiaux sont prioritaires.
KIN Caravan est une grande exposition,
sous la tente, de produits fabriqués
par des femmes entrepreneures.
Paris, Bruxelles, Berlin et Copenhague
l’ont accueillie.
Quelques références
FRONT
(Femmes regroupées en option
non traditionnelle)
Site Web : www.front.qc.ca
Formation’Elle
Programme d’orientation et d’intégration
dans les métiers non traditionnels
du Centre des femmes de Montréal
Tél. (514) 842-4776, téléc. (514) 842-7897
Le réseau national WITT, Canada
Site Web : www.wittnn.com/
Auto prévention
Association sectorielle services automobiles
Site Web : www.autoprevention.qc.ca
Office national du film du Canada
Site Web : www.onf.ca/camionneuses
Pour en savoir plus
Numéro spécial de Prévention au travail
« Femmes au travail », vol. 12, no 3,
été 1999.
« Sur la route des non-trads — Pourquoi
les métiers qui offrent les meilleures
perspectives d’avenir rebutent-ils toujours
les filles ? », La Gazette des femmes,
vol. 21, no 4, novembre-décembre 1999.
Entendu…
« Les femmes veulent la même
chose, partout : montrer qu’elles
sont capables d’intégrer les
métiers non traditionnels. Mais
les entreprises ne font pas leur
travail. C’est leur responsabilité
de voir à ce que nous ne soyons
pas blessées, harcelées, poussées
à donner notre démission. »
(Une participante du Québec).
| Prévention au travail | Été 2000 |
43
En raccourci
Les vacances approchent et vous frétillez à l’idée
d’aller taquiner le poisson ? Voici quelques
conseils de sécurité à respecter, afin que
ni vous ni votre périple ne tombiez à
l’eau, car la prévention a sa place, même
en vacances :
1 Planifiez : avertissez quelqu’un de votre
destination et du moment de votre retour.
2 Portez toujours votre gilet de sauvetage.
3 Apportez des vêtements chauds, portez
plusieurs épaisseurs de vêtements et
munissez-vous d’un blouson imperméable.
4 Réduisez votre consommation d’alcool
au minimum.
5 Vérifiez les prévisions du temps.
En cas de tempête, réfugiez-vous à
terre, dans un bâtiment ou une voiture.
En cas d’orage, quittez le lac et votre
embarcation.
6 N’abandonnez pas votre embarcation,
si elle est inondée, restez près d’elle.
D’ordinaire, les embarcations restent
à la surface et dérivent jusqu’au rivage.
7 Emportez une trousse de premiers soins.
8 Protégez-vous des coups de soleil.
Morale : ne laissez pas le plus petit péché
gâcher une si agréable activité… O FM
Source : Le Point Santé – Clinique Mayo.
Asthme professionnel
Un nouveau réseau de référence
médecin conseil à la Régie régionale de la Montérégie,
réunira une vingtaine de médecins du réseau de la
Vous avez entendu parler du programme provincial santé publique. Grâce à leur situation privilégiée, ces
isocyanates (PPI), une priorité à la CSST. Vous savez praticiens pourront orienter correctement le travailleur
également que cette substance est le premier des sen- et s’assurer que les examens pulmonaires nécessaires
sibilisants respiratoires. Mais ce que vous ignorez seront faits. Dans ce contexte, ils pourront également
probablement, c’est qu’un tout nouveau réseau de consulter des pneumologues experts de l’hôpital
référence pour l’asthme professionnel causé par les iso- du Sacré-Cœur de Montréal, les Drs André Cartier,
cyanates est en train de prendre racines, au Québec, et Jean-Luc Malo, Manon Labrecque et Alain Desjardins,
qu’il sera très précieux pour le réseau de la santé du soit pour obtenir des précisions, soit pour avoir un
travail… et pour les travailleurs et les travailleuses. deuxième avis. Bref, tout le monde y trouvera son
L’asthme causé par les isocyanates est une maladie compte, les travailleurs réellement atteints pourront
professionnelle. Mais encore faut-il que la personne être dirigés plus rapidement vers les instances médiatteinte soit consciente qu’il existe un lien entre ses trou- cales les plus appropriées, vers le médecin généraliste,
bles de santé et son milieu de travail, et qu’elle se décide un spécialiste, et au besoin vers la CSST. Les médecins,
à consulter un médecin. Ce dernier devra tenir compte pour leur part, pourront éventuellement améliorer le
de plusieurs facteurs confondants : température habi- pronostic de la maladie en dépistant plus rapidement
tuelle au poste de travail, sensibilité individuelle, etc. les travailleurs atteints. Le travail et les retombées du
Le nouveau réseau de référence mis sur pied par réseau de référence seront évalués par la Dre Manon
Jules Turcot, conseiller à la Direction de la prévention- Labrecque. On sait que ce sera un plus, mais on veut
inspection de Québec de la CSST, et Daniel Nadeau, savoir à quel point ! O MLF
44
| Prévention au travail | Été 2000 |
Illustration Benoît Laverdière
Les huit (!) péchés capitaux
Les tâches reliées au soudage et
au coupage comportent plusieurs
risques pour la santé et la sécurité
du travail. Voilà pourquoi l’Association paritaire pour la santé et la
sécurité du travail — secteur fabrication de produits en métal et de
produits électriques — a publié un
guide pour les entreprises de son
secteur. Le document de 120 pages
s’adresse aux travailleurs exerçant
des activités de soudage et de coupage, à leurs superviseurs et aux
membres des comités de santé et de
sécurité.
Abondamment illustré, le guide
décrit de façon claire les risques
physiques et chimiques présents
dans l’environnement du soudeur et
du coupeur. Et, bien sûr, les moyens
de prévention leur permettant de les
éliminer, de les diminuer, à tout le
moins de les maîtriser. Pour faciliter la consultation du document,
les auteurs ont abordé les risques
avec méthode, en fonction des
quatre classes des procédés les plus
connus et les plus courants : procédés à l’arc électrique, par résistance, par faisceau laser et enfin
procédés oxygaz. Pour plus de renseignements, communiquer avec
l’Association paritaire pour la santé
et la sécurité du travail — secteur
fabrication de produits en métal et
de produits électriques : tél. (514)
253-5549, ou (418) 652-7682, téléc.
(514) 253-8193 ou (418) 652-9348.
Site Web : www.aspme.org. O MLF
Photo Gilles Fortier
Soudage et coupage
Suivez le guide…
Une 100e pour un comité baraqué !
La rencontre fait désormais partie de l’histoire. En mars 2000, le comité de
révision du Code de sécurité pour les travaux de construction s’est réuni pour
la centième fois. Ses membres en ont abattu de la besogne, depuis la première
réunion, le 1er septembre 1981, sous l’égide de la CSST. Il y a eu des centaines d’heures de réflexion et de discussion, des travaux en sous-comités sur
des questions costaudes : l’amiante, les grues, les pompes à béton, la norme
BNQ, la soudure, les engins élévateurs à nacelle, etc. Une contribution soutenue,
à l’enseigne du partenariat, pour le plus grand bien des travailleurs et des
employeurs du Québec. Les « centenaires » ont célébré l’événement et notre
photographe en a profité pour immortaliser la fête sur pellicule.
Première rangée, de gauche à droite : Paul-André Loiselle, Direction des
relations avec les partenaires, CSST ; Luc Boily, Association des constructeurs
de routes et grands travaux du Québec ; Viviane Beauvais, Direction de la
prévention-inspection, CSST ; André Guénette, entreprise Gastier, Olivier
Lemieux, CSN-Construction ; Lorraine Harvey, Direction des relations avec les
partenaires, CSST ; Richard Goyette, Conseil conjoint de la FTQ-Construction
et international. Deuxième rangée : Gaétan Morneau, Montage d’acier international inc. ; Sylvain Parisien, Association de la construction du Québec ;
Jean-Guy Martel, Recherche sécurité et ingénierie, IRSST ; Pierre Bouchard,
Direction de la prévention-inspection, secteur Construction CSST ; François
Voisine, Construction DJL. inc. ; Jacques Moisan, Ordre des ingénieurs. O MLF
Formation en toxicologie
et santé au travail
Depuis 1983, l’Université de Montréal offre un programme d’études de
2e cycle dans le domaine de la toxicologie, sanctionné par un diplôme
d’études supérieures spécialisées (DESS). Deux options sont offertes :
toxicologie générale et analyse du risque.
Les objectifs généraux du programme : former des scientifiques possédant une connaissance des principes et de la méthodologie propres
à la toxicologie, et qui seront capables de reconnaître les problèmes
causés par l’exposition à des agents chimiques, d’évaluer les propriétés
toxiques de ces agents, de prévoir la portée d’un risque et d’intervenir
utilement dans la solution des problèmes d’ordre toxicologique.
Le programme s’adresse à des candidats possédant déjà un champ
d’activités spécialisées (professionnels des sciences de la santé humaine
ou animale, chercheurs en sciences biomédicales ou en sciences naturelles), ou en voie d’acquérir une formation spécialisée. Il leur permet
d’enrichir leurs connaissances en toxicologie pour d’éventuelles applications dans leur spécialité respective. Pour plusieurs candidats, l’admission au programme peut réorienter leur carrière vers la toxicologie.
En outre, le programme de DESS en toxicologie et analyse du risque
permet le passage à la maîtrise en santé environnementale et santé au
travail offerte par le Département de médecine du travail et d’hygiène
du milieu de l’Université de Montréal. Pour plus de renseignements sur
ce programme d’études, tél. (514) 343-2280, ou téléc. (514) 343-6668. O
| Prévention au travail | Été 2000 |
45
Perspectives
L’AQHSST
La passion de la santé
et de la sécurité du travail
Qu’est-ce qui caractérise les membres de l’Association québécoise pour l’hygiène, la santé et la sécurité du travail (AQHSST) ?
« La passion du métier et le sens de l’entraide ! », répondent en
chœur Sylvie Boucher, présidente de l’AQHSST et directrice
santé-sécurité chez Paccar, et Christian Millet, vice-président
de l’AQHSST 1 et directeur général de l’Association paritaire pour
la santé et la sécurité du travail du secteur de l’habillement.
Cette passion et cette solidarité sont d’ailleurs évidentes, tout
au long de l’interview pendant laquelle les phrases commencées
par l’un… sont terminées avec enthousiasme par l’autre.
Prévention au travail O
Qu’est-ce que l’Association
québécoise pour l’hygiène, la santé
et la sécurité du travail (AQHSST) ?
SB et CM O Fondée en 1978, l’association se consacre à la promotion des
connaissances relatives à la santé et la
sécurité du travail. Elle compte actuellement 700 membres provenant de
milieux divers : entreprises, syndicats,
universités, régies régionales de la
santé et des services sociaux, associations sectorielles paritaires, CSST et
IRSST. C’est, en fait, la plus grande
association de professionnels en santé
et sécurité du Canada, et la plus grande
association francophone du monde
dans ce domaine. Il ne s’agit pas d’une
association professionnelle, mais plutôt d’une association de spécialistes
de la santé et de la sécurité.
PT O Pourquoi n’êtes-vous pas
une association professionnelle ?
1
46
Au moment où l’entretien a eu lieu.
| Prévention au travail | Été 2000 |
SB et CM O L’hygiène industrielle
et la santé et sécurité du travail constituent un champ de compétences
multidisciplinaires. Il n’existe donc
pas, actuellement, de formation unique
pour exercer dans ce domaine d’intervention. Nous avons toutefois bon
espoir d’assister, d’ici peu, à la création de programmes universitaires
en gestion de la santé et de la sécurité du travail. Ceci n’empêche pas
notre métier d’être très exigeant et de
demander des connaissances très étendues dans des domaines complémentaires comme la physique, la chimie,
la physiologie, la toxicologie, la médecine, le génie, le droit et la gestion
des ressources humaines. Nos membres ont donc une formation dans
des disciplines variées qui allient les
sciences à divers autres domaines.
Bien qu’il leur soit impossible d’être
des spécialistes dans toutes ces disciplines, leur particularité est d’avoir
une excellente vue d’ensemble du
domaine, en plus de leur spécialité
respective.
PT O Comment l’AQHSST établitelle un lien entre ces compétences ?
SB et CM O Notre association est
unique en son genre, en ce sens qu’elle
met à profit l’impressionnante compétence collective de ses membres.
L’AQHSST constitue, en effet, un
réseau d’entraide où chacun apporte le
meilleur des disciplines qu’il pratique.
Nos membres savent qu’il est capital de
travailler ensemble. Ils savent qu’ils
peuvent compter les uns sur les autres
pour obtenir l’information qui leur
permet de maîtriser avec efficacité tous
les problèmes de santé et de sécurité,
quelle que soit leur nature. Grâce à ce
réseautage, ils sont forts non seulement
de leur propre compétence, mais aussi
de celle de leurs collègues.
Plusieurs membres de l’AQHSST, exerçant
diverses disciplines, ont participé à la
production de ce guide, avec le soutien
technique de la CSST. But visé : contribuer
à assurer la salubrité de l’air dans les
locaux de services de garde préscolaire.
Sylvie Boucher, présidente de l’AQHSST
et directrice santé-sécurité chez Paccar,
et Christian Millet, vice-président de
l’AQHSST au moment de l’entrevue,
et directeur général de l’Association
paritaire pour la santé et la sécurité
du travail du secteur de l’habillement.
constant, car cela ne peut pas marcher
si les employeurs et les travailleurs ne
travaillent pas ensemble. Nos spécialistes jouent donc le rôle d’interface
entre ces derniers, les ressources humaines et le syndicat. Ce rôle de maître
d’œuvre en santé et en sécurité, c’est
notre spécialité et nous la défendons
avec passion.
PT O Encore la passion !
Photo Pierre Charbonneau
SB et CM O Oui, la passion fait
PT O En pratique, comment cela
se passe-t-il ?
SB et CM O Nos membres établissent
entre eux des contacts privilégiés lors
des diverses activités organisées par
l’association. Cela fait partie de nos
habitudes d’avoir le réflexe de consulter, s’il y a lieu, un collègue pour
obtenir les renseignements complémentaires à la fine pointe du savoir
dont nous avons besoin pour régler les
problèmes. Axé sur la recherche de
solutions, le forum de discussion de
notre site Web est également très achalandé. Celui-ci permet d’obtenir des
informations sur des questions pointues ou d’actualité toute récente. C’est
un excellent moyen, par exemple, de
se mettre au courant des risques d’exposition à un produit chimique nouveau sur le marché.
PT O L’échange est donc capital dans
l’exercice de votre métier ?
SB et CM O Oui. Et tous les moyens
sont bons pour favoriser cet échange et
assurer la mise à jour continuelle des
connaissances. Nous sommes branchés sur l’actualité et nous nous servons
de multiples véhicules pour diffuser
l’information : bulletins, congrès, colloques, activités de formation et site
Web. Lancé en janvier 1999, notre site
est le premier centre virtuel francophone d’information en santé et sécurité du travail. Il contient, de plus, des
liens vers d’autres sites majeurs dans le
domaine. C’est aussi notre fenêtre sur
le monde, car des spécialistes d’autres
pays le fréquentent de plus en plus.
PT O Donc, vous êtes vraiment
au cœur de l’action, avec des forces
vives à orchestrer ?
SB et CM O En tant que gestionnaires
de la SST, nous sommes en mesure de
réunir les personnes compétentes pour
résoudre un problème, de rendre possible le fonctionnement d’une équipe
multidisciplinaire, et de tirer parti de
la compétence de tous.
PT O Le paritarisme, vous y croyez
très fort ?
SB et CM O La SST a aussi un côté
humain. Pour exercer leur rôle, les responsables de la santé et de la sécurité
du travail se fondent sur un paritarisme
vivre notre association qui compte sur
le bénévolat pour fonctionner. Nous
sommes tous des volontaires, nous
n’avons pas de directeur général rémunéré, et tous nos comités chargés de
faire avancer les dossiers sont composés de bénévoles. Le congrès de l’Association, qui réunit chaque année tant
de congressistes qu’il est nécessaire de
réserver des locaux trois ans à l’avance,
est aussi entièrement organisé par des
membres bénévoles. C’est un bon indicateur de passion pour le métier !
PT O Quels genres de problèmes
risquent d’être sur la sellette
au cours des prochaines années ?
SB et CM O Les problèmes d’ergonomie, de stress, et de violence en
milieu de travail. Il y a aussi le vieillissement de la main-d’œuvre, qui nous
obligera à avoir recours à de nouvelles
méthodes de travail pour diminuer les
contraintes. En outre, nous chercherons
de plus en plus à sensibiliser les travailleurs et les employeurs aux coûts
liés aux accidents et aux maladies
professionnelles et à la rentabilité qui
découle de la mise en œuvre de mesures de santé et de sécurité bien adaptées. Nous croyons, en effet, qu’il est
rentable d’investir en SST et nous ferons en sorte de le faire savoir... avec
passion ! O
Site Web : www.aqhsst.qc.ca
Suzanne Cohen
| Prévention au travail | Été 2000 |
47
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