Collections, volume 1, numéro 5

Collections, volume 1, numéro 5
COLLECTIONS
LA REVUE DE LA LITTÉRATURE D’ICI
POUR LES BIBLIOTHÈQUES D’ICI
SEPTEMBRE 2014 | VOL. 1, NUMÉRO 5
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>
Drôle de vie que voilà!
YVES BRETON
Pulsions
>
de la pédagogie
978-1-77120-179-7
978-1897918-62-0
978-1-77120-176-6
À la découverte du Canada français
La voix de Radio-Canada
dans le Sud de l'Ontario
À l'école de mes élèves
SERGE CHAM
Journal d'un enseignant passionné
PAUL-FRANÇOIS SYLVESTRE
Les 50 ans de CJBC
Éditions du Vermillon
Éditions du Vermillon
Éditions du GREF
978-2-89597-276-1
978-2-89611-249-4
ef
978-2-89597-274-7
Entre fleuve et rivière
Prendre sa place
Entre fleuve et rivière
Une goutte d'eau à la fois...
MEGAN COTNAM et
SYLVIE A. LAMOUREUX
Parcours et trajectoires identitaires
en Ontario français
GABRIELLE ROY et
MARGARET LAURENCE
Correspondance
LISE PAIEMENT
Vers un modèle pédagogique de
responsabilisation et de leadership
culturel en milieu minoritaire
Éditions des Plaines
Éditions David
Éditions David
Avoslivres.ca une littérature
< unique >
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Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Nom deavez
l’auteur
Vous
dit « Essai » ?
Essai ? Vous avez dit « essai » ? Ah ! La belle affaire ! Vous
m’auriez dit poésie que je me serais mis à vibrer. Théâtre ?
Mon imagination aurait galopé. Roman ? Sitôt prononcé,
je me serais engouffré dans un monde où tout est possible. Mais essai… Un mot qui a des allures de petit pasfini, un tronc d’arbre à peine dégrossi, la pierre attaquée
à coups de massue. Essai : un mot qui hésite lui-même à
se définir, pourtant choisi pour circonscrire un genre
impossible à contenir. Essai… Qu’a-t-on fait aux dieux de
l’écriture pour qu’ils nous accablent ainsi d’une appellation si peu en phase avec l’affect ? Voudrait-on passer inaperçu qu’on n’aurait pas mieux choisi. Comme si la vie
intellectuelle ne méritait pas une étiquette plus sexy.
Et puis, tant mieux. Dans une société où la culture est
toujours soumise aux pressions consuméristes et au
diktat du plaisir à portée de main, il convient de rappeler
que le divertissement n’est pas tout. Que la culture, c’est
aussi et avant tout la capacité de comprendre, de réfléchir,
de faire des liens, de projeter… C’est cette vie de l’esprit
qui dit notre manière singulière d’être au monde, sur ce
bout de terre du continent.
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Les nombreux essais publiés chaque année par les éditeurs d’ici manifestent la richesse de notre identité. Ils
contribuent aussi à la façonner. Au-delà de l’opinion
momentanée, ils obligent à entrer plus à fond dans l’intelligence des choses. Ils cassent les faux-semblants et
convoquent les évidences suspectes au tribunal de l’analyse. Ils troublent les bonnes consciences et lèvent le voile
sur ce qui est maintenu à la marge. C’est l’antidote à
paresse, à la démagogie et au prêt-à-penser. Le contrepied de la distraction qui, si on s’y complaît, risque de
distraire de l’essentiel. Pour tout dire, en poussant le lecteur à la réflexion, l’essai est ferment de démocratie.
Dans ce numéro de Collections consacré à l’essai, vous
retrouverez les grands classiques de notre jeune tradition,
mais aussi un grand nombre d’œuvres méconnues qui
donnent à penser, à vivre et à agir. On ne peut guère imaginer meilleur lieu d’éducation populaire que les bibliothèques publiques pour les faire mieux connaître. Dans
cette optique, le mot n’est pas trop fort : ensemble, nous
faisons œuvre d’utilité publique.
Jean-François Bouchard
Président
Association nationale des éditeurs de livres
Ce symbole, que vous trouverez un peu partout dans le numéro, indique la disponibilité des titres en format numérique.
Table
des
matières
Les essayistes sont des éclaireurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
Le Québec engagé, ou des essais politiques qui « tiennent tête » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
Essais pas tranquilles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
L’essai historique, un genre en expansion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
Gardien de la pensée critique : un entretien avec Normand Baillargeon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
Un œil critique sur la production médiatique et culturelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
Analyser et réfléchir : les essais sur la religion et la philosophie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
Sciences et environnement : documenter l’urgence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
Réfléchir avec la littérature . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
Collections est une publication bimestrielle
(6 parutions par an) de l’Association nationale
des éditeurs de livres (ANEL), 2514, boul. Rosemont,
Montréal (Québec), H1Y 1K4.
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anel.qc.ca
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du Québec (Bibliothèques membres de l’Association des
bibliothèques publiques du Québec (ABPQ)
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Éditrice déléguée : Audrey PERREAULT
Équipe de rédaction : Raymond BERTIN, François COUTURE,
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Caroline R. PAQUETTE, Audrey PERREAULT
Correction d’épreuves : Gilbert DION
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Dépôt légal : Bibliothèque et Archives nationales
du Québec / Bibliothèque et Archives Canada /
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par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour ce projet.
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ISSN de la version numérique : 2292-1486
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No. 40026940
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Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
François COUTURE
essayistes
Les
sont des
éclaireurs
Entretien avec
Yvan Lamonde
5
Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Membre de l’Académie des Lettres du Québec et de l’Académie des arts, des lettres et des sciences
du Canada, Yvan Lamonde est historien des idées au Québec. Spécialiste de l’essai, il croit que nos essayistes
québécois ont fait davantage que commenter et analyser les mutations sociales et culturelles du Québec :
ils ont aidé à les provoquer, même s’ils sont de plus en plus marginalisés……
Collections :
Comme vous avez passé toute votre carrière
universitaire sur cette question, j’aimerais d’entrée de jeu
que vous nous donniez votre propre définition de l’essai.
Collections :
YL : C’est vrai qu’il est important de la préciser, car elle
YL : Voilà une excellente question, sur laquelle je me suis
penché pendant douze ans, en plus de diriger de nombreux travaux d’étudiants. Il y a eu toutes sortes de commencements, mais pour être clair et énoncer un propos
plutôt incontestable, je me servirais de la création d’une
collection intitulée « Constantes », lancée en 1961 aux Éditions Hurtubise HMH. À partir de cette date, on peut réellement parler d’un décollage irréversible, car on trouve
dans « Constantes » des essais d’une qualité constante. Il
faut rappeler que Claude Hurtubise, qui crée Hurtubise
HMH au début des années 1960, est l’un des fondateurs
et directeurs de la revue La Relève entre 1934 et 1948,
dans laquelle on pouvait lire des textes d’opinion sur des
questions sociales, politiques et culturelles.
varie souvent d’un auteur à l’autre. Moi, j’aime beaucoup
la définition qu’en ont donné Jean Marcel et Robert
Vigneault, dans leur ouvrage L’écriture de l’essai (Hexagone, 1994). Ils affirment que l’essai littéraire est un genre
où sont requises deux constantes : il faut qu’il y ait d’abord
un souci de l’écriture et il faut que cette écriture soit portée par une forme de subjectivité contenue. Cette définition permet de distinguer l’essai de l’autobiographie, des
mémoires, de la monographie, de la thèse, etc. À travers
des propos subjectifs, l’auteur essaie de nommer quelque
chose qui lui tient à cœur. Si l’on n’a pas cette définition-là,
l’essai peut inclure pratiquement toutes les formes d’écriture en prose.
Selon vous, à quel moment de l’histoire du
Québec peut-on situer l’apparition de l’essai comme genre
littéraire distinct ?
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Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Cela dit, bien qu’il y ait eu un mouvement irréversible dès
1961, on a connu dans les années 1930 plusieurs véritables
percées, mais qui n’ont pas été continues.
Y a-t-il une raison particulière pour laquelle on
assiste à cette éclosion d’essayistes ?
Collections :
YL : C’est que la Crise de 1929 n’a pas été que financière,
sociale et politique ; elle a aussi été intellectuelle, spirituelle et religieuse. C’est véritablement là qu’on assiste à
la création des essayistes, à ces auteurs qui ont poussé
plus loin l’idée de l’essai littéraire dans des revues (comme
La Relève) et des journaux (comme Le Canada). Les premiers livres publiés par des essayistes consistent donc en
des recueils de textes déjà publiés. Il en était déjà ainsi
dans la seconde moitié du XIXe siècle, avec des penseurs
comme Louis-Antoine Dessaules, Arthur Buies ou
Edmond de Nevers, trois écrivains qui ont été surtout
journalistes. On pourrait dire pour conclure que l’émergence de l’essai au Québec s’est effectuée de façon lente
et progressive.
Est-ce qu’il y a des événements historiques qui
ont favorisé cette progression ? La Révolution tranquille,
par exemple ?
Collections :
YL : Non, car les essayistes n’ont pas attendu l’élection de
Jean Lesage, le 22 juin 1960, pour critiquer le duplessisme
et la société traditionnelle. Un penseur comme Gérard
Pelletier, maître-d’œuvre de la revue Cité libre, animait
l’émission Idées à la télé de Radio-Canada dès septembre
1952. Il y analysait, énonçait et souhaitait des changements sociaux et politiques qui ne sont survenus que plusieurs années après. Plus que des commentateurs, les
essayistes sont de vrais agents de changement. Ils
agissent comme des éclaireurs. Ce sont eux qui partent
en avant de tous pour aller faire la reconnaissance du territoire inconnu et décrire ce qui s’y passe.
Collections : Quelles sont les thématiques abordées par ces
précurseurs de l’essai québécois ?
YL : Elles sont diverses, mais si l’on voulait donner quelques
exemples : la dénonciation d’une certaine religiosité ; la
place des femmes dans la société québécoise ; et la critique du nationalisme. Maurice Blain, dans son recueil
Approximations (« Constantes », Hurtubise HMH, 1967),
procède quant à lui à une grande critique du cléricalisme
et fait la promotion de la laïcité.
Collections : Je me trompe ou l’on peut considérer que
l’essai est un genre plutôt marginal ici ?
YL : Cela dépend de quel point de vue on se place. C’est vrai
qu’au Québec, nous avons une conscience historique
quelque peu défaillante, ce qui peut défavoriser la popularité de l’essai. Mais d’un autre côté, et pardonnez la comparaison, quand on a des cubes d’agneau sur un comptoir
de boucher, on ne se rend pas toujours compte qu’on peut
en faire une brochette. Il existe bon nombre d’essayistes
au Québec, mais on ne les perçoit pas comme tels ou on
ne les regroupe tout simplement pas. Un écrivain comme
Joseph Facal, par exemple, pourrait réunir un certain
nombre de textes publiés dans Le Journal de Montréal et
en faire un recueil d’essais. Il en va de même pour
Lise Bissonnette ou Denise Bombardier.
Il faut aussi se rendre compte que, de nos jours, notamment avec les médias sociaux, tout le monde a une opinion et a la possibilité de la diffuser très facilement. Les
écrits, comme les paroles d’antan, s’envolent, phagocytés
par l’exigence de l’actualité. La réflexion sur un même
sujet, étendue sur un bon laps de temps, n’est plus très,
très à la mode.
Collections : Seriez-vous d’accord pour dire qu’aujourd’hui,
les chroniqueurs ont remplacé les essayistes ?
YL : Je pense que non. Les columnistes sont eux aussi
captifs de l’actualité de très courte durée. Par contre, si un
Pierre Foglia relisait ses textes des dernières années et
sélectionnait les plus pertinents pour en faire un bouquin,
il pourrait être considéré comme un essayiste.
Pour terminer, quels sont les auteurs incontournables que devrait posséder toute bonne bibliothèque
dans son fonds ?
Collections :
YL : Spontanément, j’irais avec Pierre Vadeboncœur,
Jean Lemoyne, Jacques Godbout, André Belleau, Fernand
Dumont et Daniel Jacques.
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Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Caroline R. PAQUETTE
Le Québec engagé,
ou des essais politiques
qui « tiennent tête »
Des thèmes récurrents traversent – et caractérisent
– les essais politiques publiés au Québec, voire au
Canada français. La domination du clergé (avant
la Révolution tranquille), le système d’éducation,
la place des femmes dans la société, la souveraineté figurent sans contredit parmi les sujets ayant
suscité le plus de débats et de réflexions.
Le Printemps québécois a aussi donné lieu à un
nombre prodigieux d’essais ; il fallait s’arrêter, tenter de comprendre, organiser les souvenirs, préparer l’avenir, peut-être. D’ailleurs, dans la foulée des
événements de 2012, la lutte pour le bien commun s’est tissée en filigrane – ou s’est carrément
imposée – dans de nombreux ouvrages, bien commun qui s’incarne par exemple dans notre système
de santé actuel, vigoureusement défendu par
Alain Vadeboncœur (Privé de soins).
L’indignation et l’engagement constituent les fils
conducteurs de la plupart des essais présentés
dans cet article. C’est qu’il en faut, des convictions, pour s’opposer au silence des élus, pour
ouvrir le chemin, pour faire entendre sa voix, et
d’autant plus si elle est discordante. Arthur Buies,
ce « révolutionnaire éclairé1 », l’a fait dans les
années 1860, en dénonçant la misère intellectuelle dans laquelle était plongé le peuple
canadien-français, sous l’emprise du clergé.
Jean-Paul Desbiens s’en est indigné aussi, 100 ans
plus tard, dans ses « insolences » vendues à plus
d’une centaine de milliers d’exemplaires, électrochoc à la fois politique et littéraire.
1. Mailhot, Laurent. L’essai québécois depuis 1845. Étude et anthologie,
coll. « Cahiers du Québec », Montréal, Hurtubise HMH, 2005, p. 26.
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Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
La déclinaison d’essais politiques suggérée ici ne prétend à rien d’autre qu’à donner un aperçu de la production québécoise, surtout récente. On y trouvera tant des essais costauds que des recueils de chroniques, ces
textes qui, détachés des circonstances dans lesquelles ils ont été écrits, forment néanmoins un tout cohérent,
permettant d’appréhender les enjeux politiques autrement.
Des maisons d’édition engagées que sont Lux et Écosociété à la fameuse collection « Papiers collés » du
Boréal, la production d’essais politiques au Québec est plurielle et riche ; elle témoigne des secousses, des
espoirs, des chaînes, parfois, de notre société. À nous de saisir ces points de vue multiples pour nourrir notre
propre réflexion…
Le
Printemps québécois
Impossible de passer sous
silence ce solide essai de
GABRIEL NADEAU-DUBOIS ,
dans lequel l’ancien porte-parole de la CLASSE revient sur
les événements du printemps
2012. Tenir tête est une plongée
dans les coulisses de la grève
étudiante, une occasion pour
l’auteur de rectifier certains
faits, certaines injustices ; c’est
aussi la déconstruction fulgurante d’un modèle économique
qui ne tient plus. La crise, faut-il
le rappeler, s’étendait bien au-delà de l’enjeu de la hausse
des frais de scolarité. À lire pour se souvenir, mais pas
comme on se recueillerait : plutôt comme on se donnerait
envie de continuer la lutte.
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(Lux, 2013, 224 p., 19,95 $, 978-2-89596-175-8.)
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Quel rôle ont joué les femmes
pendant la grève de 2012 ? Comment l’ont-elles vécue ? Elles
aussi ont marché, se sont organisées, ont fait du bruit, se sont
révoltées. Elles ont créé leurs
propres mouvements, comme
en témoigne celui des Mères en
colère et solidaires. L’essai Les
femmes changent la lutte, collectif
hétéroclite sous la direction de
MARIE-ÈVE SURPRENANT et de MYLÈNE BIGAOUETTE,
présente des points de vue bien peu relayés, margina­
lisés, et pourtant centraux. De la portée politique des
casseroles à l’expérimentation intime de la brutalité policière, la grève se décline, dans cet ouvrage, en une multitude de visages et de récits, auxquels il est impératif de
tendre l’oreille.
(Remue-Ménage, 2013, 330 p., 24,95 $, 978-2-89091-462-9.)
Plus de 4500 arrestations ont eu
lieu au Québec en lien avec le
Printemps québécois, soulignet-on sur la quatrième de couverture de cet ouvrage dirigé par
FRANCIS DUPUIS-DÉRI. Abordant plus largement la question
de la répression policière en
Occident – due, selon lui, au
profilage politique, et non pas à
la violence des mouvements
sociaux qui la subissent –, À qui
la rue ? propose entre autres un texte fort éclairant sur les
événements de 2012. Ce collectif constitue une lecture costaude, révoltante, qui pose des questions pertinentes sur
notre droit réel à la manifestation.
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(Écosociété, 2013, 280 p., 25 $, 978-2-89719-057-6.)
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Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Le fil de leurs pensées :
des recueils de chroniques
Le quatrième et dernier tome des Écrits polémiques de
PIERRE BOURGAULT porte bien son nom : La résistance.
Réunissant des chroniques parues dans le Journal de
Montréal, ce recueil couvre large, à l’image de ce grand
communicateur dont l’opinion tranchante n’épargnait
aucun sujet : l’indépendance du Québec, bien entendu, le
syndicalisme, la culture, l’éducation… On le lit pour (re)
découvrir un homme extrêmement politisé, combatif,
intègre ; un oiseau rare dans notre paysage médiatique.
Et on salue sa franchise, qui est devenue sa signature au
fil des années et qu’il a su défendre jusqu’au bout.
(VLB éditeur, coll. « Partis pris », 1999, 448 p., 29,95 $,
978-2-89005-723-4.)
Figure incontournable de
l’histoire du Québec, LISE
PAYETTE a fait de l’engagement la pierre angulaire de
sa vie, engagement qui s’est
notamment exprimé dans la
politique et l’écriture. Le mal
du pays, récipiendaire du
Prix Pierre-Vadeboncœur
2012, rassemble justement
des chroniques publiées
entre 2007 et 2012 dans le
journal Le Devoir. Ce qu’on
retient de cet ouvrage préfacé par l’inspirante
JOSÉE BOILEAU ? Les valeurs inébranlables qui le
Sur la
traversent, pour la cause des femmes et celle de l’indépendance politique, entre autres. Ce qu’on en retire ? Une
admiration profonde pour cette femme qui, décidément,
a du cran.
(Lux, 2012, 240 p., 16,95 $, 978-2-89596-142-0.)
Non, il ne fait pas l’unanimité. Sa verve et son sens
de la répartie lapidaire en
agacent plus d’un. Pourtant,
force est de constater que
MATHIEU BOCK-CÔTÉ, con­
ser vateur et souverainiste
convaincu, s’impose de plus
en plus dans le milieu intellectuel et médiatique au
Québec. Ses Exercices politiques rassemblent les meilleurs billets qu’il a fait
paraître sur son blogue du
Journal de Montréal depuis
le début de 2012. S’y expriment notamment, dans le style
foisonnant qu’on lui connaît, ses positions sur le multiculturalisme, la langue et la laïcité – une société vient avec
une histoire qu’on ne peut nier, estime-t-il. À peine un an
après le débat houleux sur la charte, non, les propos de
« MBC » ne laissent personne indifférent…
NUM
NUM
(VLB éditeur, 2013, 384 p., 27,95 $, 978-2-89649-535-1.)
NUM
pensée souverainiste
Publié à la fin des années 1980,
ce recueil de JEAN LAROSE
rassemble 13 textes qui jettent
un regard pour le moins critique sur la situation du français au Québec, l’enseignement
au collégial et la souveraineté,
notamment. Avec la franchise
et la prose acerbe qu’on lui
connaît, l’auteur brise le silence
post-référendaire et tente
d’expliquer l’échec cuisant de 1980. La petite noirceur
a brassé la cabane à sa sortie – l’auteur n’y soutenait-il pas
que la modernité n’excluait pas la noirceur, au sens
pré-Révolution tranquille du terme ? – et remporté le Prix
du Gouverneur général en 1987.
(Boréal, coll. « Papiers collés », 1987, 206 p., 19,95 $,
978-2-89052-182-7.)
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Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Couronné par le prix Pierre-Vadeboncœur 2013,
cet essai de ROGER et JEAN-FRANÇOIS PAYETTE in­jecte
une bonne dose de concret à la question indépendantiste,
en soutenant par exemple que la souveraineté doit aussi
être pensée sous l’angle de l’économie. Voilà qui devrait
intéresser les citoyens – et lecteurs ! – de toutes allégeances. Les Québécois se sont résignés au « suicide
politique », estiment les auteurs, qui s’attachent à creuser
les raisons de ce comportement. Non, père et fils ne
mâchent pas leurs mots : ils évoquent littéralement la
« louisianisation » de la population québécoise, vouée à disparaître si elle ne prend pas
son destin en main. Fataliste,
Ce peuple qui ne fut jamais souverain ? Percutant et mobilisant,
plutôt.
(Fides, 2013, 280 p., 27,95 $,
NUM
NUM
NUM
978-2-76213-610-4.)
essais politiques
qui ont fait l’histoire
Des
Petite bombe lancée à
l’aube de la Révolution
tranquille, dont elle
annonce en quelques sorte
les bouleversements, Les
insolences du Frère Untel est
un livre charnière, devenu
un classique dans les
cégeps et universités.
Domination malsaine du
clergé, système d’éducation inadéquat, laisser-aller
linguistique, tout y passe ;
frondeur, JEAN-PAUL DESBIENS questionne les fondements même de la société québécoise. La parution de cet
essai, en 1960, a été un événement politique, certes,
mais aussi un événement littéraire : vendu à plus de
100 000 exemplaires en six mois, l’ouvrage mérite le titre
de tout premier best-seller québécois.
Dans ses Lettres sur le Canada,
publiées dans les années
1860, ARTHUR BUIES
dé­
n on­
c e la tyrannie du
clergé, qui tient ses compatriotes dans l’ignorance et la
servilité, au détriment des
choses de l’esprit. Menée à
son retour de France, cette
charge audacieuse contre
l’ordre conser vateur en
place cherche précisément à
le faire vaciller – mails il faudra plus qu’un cavalier solitaire, même brillant, pour y
arriver. Avant-gardiste et
lucide, cet essai trouve néanmoins une forte résonnance
à notre époque où l’obscurantisme a simplement changé
de visage.
(Éditions de l’Homme, 2000, 258 p., 24,95 $,
NUM
NUM
NUM
978-2-76191-584-4.)
(Lux, 2001, 88 p., 7,95 $, 978-2-92249-461-7.)
L’ÉMEUTE INVENTÉE
Lettres d’exil, 1837-1842
LUDGER DUVERNAY
de Sherbrooke de 1971
se et française, il a fait
De la France au Québec,
action des communautés religieuses s’est déployée dans de
nombreuses directions au Québec. Missions, éducation, hôpitaux, œuvres sociales : au-delà du domaine spirituel, ces milliers
de femmes et d’hommes ont contribué à façonner la société en
profondeur durant plus de quatre siècles.
Or, le Québec moderne s’est sécularisé, et ce changement profond se traduit dans les chiffres. D’un sommet de 60 000 membres
en 1961, les effectifs des quelque 200 communautés catholiques
sont passés à environ 15 000 en 2010, et continuent de décroître
– tout comme les connaissances collectives à leur sujet tendent à
s’estomper.
Cette synthèse accessible de Guy Laperrière arrive donc à point
nommé. On y trouvera, pour la première fois, une histoire complète
des communautés religieuses depuis la Nouvelle-France ; on découvrira la grande variété de leurs rôles et de leurs parcours, des communautés les plus engagées socialement aux ordres contemplatifs ;
et l’on envisagera, sans éluder les problèmes, la réalité actuelle d’une
institution à l’influence considérable.
james jackson a été professeur à l’Université de Sherbrooke de 1971 à 2011.
Spécialiste de l’histoire religieuse québécoise et française, il a fait paraître,
en trois tomes, Les congrégations religieuses. De la France au Québec, 1880-1914
(PUL, 1999-2005).
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Lettres d’exil, 1837-1842
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ISBN 978-2-89649-301-2
232 pages • 28,95$
En librairie le 1er octobre
ISBN 978-2-89649-301-2
248 pages • 29,95$
En librairie le 24 septembre
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bulletin d histoire politique
bulletin
Le RIN, parti indépendantiste,
1963-1968
Deuxième dossier : Le débat sur l’enseignement de l’histoire
Les historiens et les didacticiens qui signent ce dossier du BHP coordonné par
Julien Prud’homme se proposent d’élargir le débat sur l’enseignement de
l’histoire nationale du Québec et de proposer des solutions. Des assises
scientifiques de la réforme scolaire au témoignage des manuels d’histoire en
passant par l’évocation des controverses sur l’histoire omniprésentes aux quatre
coins de la planète, les contributeurs précisent leurs visions, parfois contrastées,
de ce qui devrait être au cœur d’un véritable cours d’histoire.
Avec les textes de Clotaire Assoume-Mendene, Éric Bédard, Gérald Boutin, JeanFrançois Cardin, Catherine Côté, Michèle Dagenais, François-Xavier Delorme,
Marc-André Éthier, Clermont Gauthier, Christian Laville, David Lefrançois, Olivier
Lemieux, Julien Prud’homme et Denis Vaugeois.
Également dans ce numéro : l’éditorial de Robert Comeau, les articles de Martin Roy, Jacques
Gagnon et Robert Aird, les textes d’idées d’Yves Gingras, Louis Gill et Martin Roy, une note de
recherche de Jacques Rouillard, les recensions de Marc-André Robert, Pascale Dufour, Martin
Roy, Johanne Daigle, Henri Goulet, Michel Bock, Greg Robinson, Lucille Beaudry et Michel
Sarra-Bournet, et la compilation des parutions récentes par Sébastien Vincent.
En couverture : Affiche électorale du RIN (1966). Société du patrimoine politique du
Québec, fonds Denis Monière.
160 pages • 18,95$
En librairie le 15 octobre
ISBN 978-2-89649-586-3
ISBN 978-2-89649-586-3
ISSN 1201-0421
24,95 $
Vol. 22, n° 3, printemps - été 2014
Avec les textes d’Andrée Ferretti, Janie Normand, Nino Gabrielli, Denis Monière,
Réjean Pelletier, Claude Cardinal et Mathieu Arsenault, sous la direction de
Robert Comeau, Ivan Carel et Michel Martin.
Les années 1960 : Quand le
Québec s’ouvrait sur le monde
Quand le Québec s’ouvrait au monde
Fondé à l’automne 1960 comme groupe de pression indépendantiste, le
Rassemblement pour l’indépendance nationale sera étroitement associé aux
bouleversements politiques et sociaux de la Révolution tranquille. Deux ans et
demi plus tard, le RIN choisira de se lancer dans la joute électorale. C’est ainsi
qu’il y a cinquante ans, le 3 mars 1963, naissait le premier parti indépendantiste
officiel du Québec ; il se sabordera en 1968, au profit du tout nouveau Parti
québécois. Ces décisions ne se prirent pas sans heurts ni déchirements, mais
elles balisent la riche existence d’un parti politique original tant par son projet
fondateur que par son mode de fonctionnement et ses orientations idéologiques.
320 pages • 24,95$
En librairie le 15 octobre
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Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Le cinquantenaire de la très engagée revue Liberté a donné
lieu à une anthologie regroupant les essais les plus marquants parus entre 1959, année de sa fondation, et 2009. S’y
succèdent les idées ayant jalonné l’histoire récente du Québec, sous la plume de nos poètes, essayistes et écrivains ;
HUBERT AQUIN, LISE BISSONNETTE, JACQUES GODBOUT,
YVON RIVARD, notamment, y signent des textes. S’il y a
une chose qui caractérise
cette revue essentielle, c’est
bien ce savant entrelacement du politique et du littéraire par lequel elle en arrive
toujours à proposer une
réflexion pertinente. L’anthologie Liberté : l’écrivain
dans la cité en témoigne,
pour notre plus grand plaisir.
(Le Quartanier, coll. « Série QR »,
2011, 474 p., 32,95 $,
978-2-92340-081-5.)
La politique
Ce n’est pas un essai sur l’indépendance, du moins pas
seulement. Sorte de mode d’emploi pour le redressement
du Québec, oscillant entre
découragement et espoir,
Quelque chose comme un grand
peuple réfléchit sur les dossiers jugés prioritaires par
l’auteur. La souveraineté,
bien sûr, et les raisons fondamentales et intemporelles
de la vouloir ; l’éducation,
dans laquelle il faut impérativement investir ; le multi­
culturalisme, sur lequel il tire
à boulets rouges. Cet essai
limpide de JOSEPH FACAL ne
ralliera pas tout le monde,
c’est certain ; il pose néanmoins des constats – et des questions ! – desquels on peut difficilement se détourner.
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(Boréal, 2010, 320 p., 25,95 $, 978-2-76462-000-7.)
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dans tous les sens
Alain Vadeboncoeur est un homme passionné par son
métier ; la médecine, croit-il, doit être au service des
citoyens et du bien commun. Or le spectre de la
privatisation (encouragée
par nul autre que Philippe
Couillard à l’épo­que) se fait
de plus en plus insistant.
Dans Privé de soins, l’auteur
cherche non seulement à
défendre et à améliorer
notre système de santé
actuel, mais il décons­truit
aussi les idées reçues voulant que le privé soit la solution à privilégier. Un essai
fort instructif sur le rôle
déterminant des décisions politiques dans la façon dont
nous définissons nos valeurs, collectivement.
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(Lux, 2012, 304 p., 22,95 $, 978-2-89596-144-4.
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L’essai Paradis fiscaux : la filière canadienne,
d’ALAIN DENEAULT, a bénéficié d’une grande visibilité
médiatique. Heureusement,
d’ailleurs : l’auteur y dévoile,
avec sa rigueur et son esprit
d’analyse habituels, le rôle
déterminant du Canada dans
la création des paradis fiscaux depuis les années
1950. Le nombre d’actions
concrètes posées, encore
aujourd’hui, par de puissants
Canadiens – politiciens, banquiers, etc. – pour séduire
ceux qui détiennent la fortune donne le tournis. Ce
livre, à l’instar des ouvrages précédents de Deneault,
devait s’écrire… et il doit se lire, car nous faisons tous les
frais de ces stratégies douteuses.
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(Écosociété, 2014, 392 p., 34 $, 978-2-89719-120-7.)
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Annabelle MOREAU
Essais
pas
tranquilles
L’essayiste est une drôle de bibitte. Est-ce un universitaire, une journaliste, un militant, une politicienne,
un médecin ou une simple citoyenne ? Comment
considère-t-on qu’une personne a la crédibilité ou
l’expertise nécessaire lorsqu’il est question d’écrire
sur la société, l’éducation, la famille ou la sexualité ?
Publier un essai sociologique ou littéraire, c’est
d’abord et avant tout prendre la parole sur un sujet
donné, soit avec un point de vue bien défini, soit avec
une sensibilité ou des accointances particulières.
Est-ce que l’essayiste est un écrivain comme les
autres ou simplement un spécialiste qui se penche
sur un sujet X à un moment Y ? Dans l’Histoire de la
littérature québécoise1, les auteurs expliquent à propos de leur sélection d’œuvres que l’appartenance
du genre de l’essai à la littérature ne va pas toujours
de soi. S’ils veulent « distinguer l’essai littéraire du
vaste domaine de la prose d’idées qui lui est souvent
associé », ils notent par ailleurs que « que de nombreux textes ne revendiquant pas, au départ, une
visée littéraire soient aujourd’hui ceux qu’on relit
avec le plus d’intérêt d’un point de vue littéraire ».
1. BIRON, Michel, François DUMONT, et Élisabeth NARDOUTLAFARGE. Histoire de la littérature québécoise, Montréal, Boréal,
2007, 700 p.
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Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Si des essayistes étaient actifs au Québec dès la fin des années 1920, c’est à la suite de la Révolution tranquille que le genre de l’essai a réellement trouvé ses lettres de noblesse. Il y avait là un contexte intellectuel
et politique plus que propice pour son expansion. Certains des plus illustres essayistes québécois, notamment
Fernand Dumont, Pierre Vadeboncœur, Jean Le Moyne et Maurice Blain, ont publié des essais dans les années
1960. Sans compter que des romanciers et poètes se laissent aussi tenter par le genre. C’est le cas de
Gaston Miron, Jacques Brault, Hubert Aquin ou Jacques Godbout.
Ce n’est pas un hasard si Jacques Godbout est l’un des auteurs qui figurent parmi la vingtaine d’ouvrages
répertoriés ici. Depuis les années 1960, le cinéaste et romancier est aussi devenu un essayiste redoutable.
Dans son dernier opus, Le tour du jardin, il dialogue avec un autre essayiste, le sociologue Mathieu Bock-Côté.
Comme quoi la prise de parole n’est pas près de se tarir au Québec.
Prendre la parole suscite souvent la controverse et la polémique. D’ailleurs, ne serait-ce pas là l’une des
caractéristiques du genre, sortir des sentiers battus ? Débattre tout haut, écrire ce que certains pensent tout
bas ? N’oublions pas que le débat sur l’éducation et le joual qui a fait rage dans les années 1960 a pour
origine les lettres publiées dans Le Devoir par Jean-Paul Desbiens, alias le frère Untel, puis rassemblé dans
un essai en 1960, Les Insolences du Frère Untel, où était décriée la dégradation de la langue française dans
la province. Il n’y a pas à dire, les essais peuvent faire bouger les choses et engendrer des débats fructueux.
Société et
réflexions
Ils ont près de 50 ans de différen­
ce, mais un intérêt
commun pour la conversation. Dans Le tour du jardin.
Entretiens avec Mathieu BockCôté, le cinéaste et écrivain
JACQUES GODBOUT dialogue avec son cadet sociologue et chroniqueur. « Il
s’agissait de rendre publics
nos échanges, de leur donner un écho, parce que
j’avais la conviction que
Jacques Godbout n’avait pas
tout dit », écrit Bock-Côté dans la préface. Sans être des
mémoires, l’ouvrage dresse le portrait de la carrière de
Godbout, et si les deux hommes discutent culture, religion
ou politique, c’est surtout le Québec des 60 dernières
années qui nous est donné à lire.
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(Boréal, 2014, 240 p., 24,95 $, 978-2-76462-296-4.)
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Vous pouvez le lire dans Le
Devoir ou l’entendre sur les
ondes de Radio-Canada.
Il a signé les biographies
Bourgault et Adrien Arcand,
führer canadien, pour la­
quelle il a remporté en 2011
le prix Richard-Arès du
meilleur essai. L’historien
JEAN-FRANÇOIS NADEAU
revient en force avec Un peu
de sang avant la guerre. Les
textes écrits entre 1998 et
2013, et parus dans divers médias, mais aussi quelques
inédits, laissent à voir la perspicacité de l’essayiste et le
talent de conteur de l’auteur. Les guerres, petites et
grandes, ne sont pas qu’un prétexte à la réflexion, mais
une manière d’analyser le monde.
(Lux éditeur, coll. « Lettres libres », 2013, 184 p., 16,95 $,
NUM
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978-2-89596-158-1.)
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Depuis le début de son émission hebdomadaire en 2006 à
Télé-Québec, MARIE-FRANCE BAZZO a pris l’habitude
de demander à ses invités
« De quoi le Québec a-t-il
besoin ? ». En 2011, la pétillante animatrice et deux de
ses collaborateurs réguliers,
l’écrivain Jean Barbe et le
journaliste politique Vincent
Marissal, font paraître De
quoi le Québec a-t-il besoin ?
Fragments d’un discours essentiel où ils donnent à entendre
une trentaine de personnalités, penseurs, artistes ou
politiciens – notamment
Dany Laferrière, Kim Thuy,
Michaël Fortier et Luc Ferrandez – sur les obstacles à
surmonter et l’avenir de la province. Parfois défaitistes,
parfois utopistes, les réponses sont toujours surprenantes.
(Leméac, 2011, 184 p., 16,95 $, 978-2-7609-1215-1.)
« Je crois que David possède la meilleure plume parmi les
chroniqueurs de sa génération » écrit Patrick Lagacé dans
la préface de Le cœur est une valeur mobilière. Il est vrai que
DAVID DESJARDINS, rédacteur en chef de l’hebdomadaire
Voir de Québec pendant
10 ans, et chroniqueur
depuis au Devoir et à L’actualité, n’a pas son pareil
pour sublimer ses semblables. Si les chroniques
rassemblées traitent d’actualité, elles s’en distancient par leurs nombreuses
références littéraires et
ré­
flexions puissantes sur
l’être humain, sujet de prédilection de Desjardins.
Organisé en trois thèmes
évocateurs : « Culture et
éducation », « Politique et société », « Le rien », l’ouvrage
est à méditer sans réserve.
(Somme toute, coll. « Écrits chroniques », 2013, 288 p., 25,95 $,
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978-2-924283-04-2.)
Du 1er au 5 février 2010 était diffusée sur la Première
Chaîne de Radio-Canada, la superbe série documentaire
Vivre jusqu’au bout qui s’intéressait à la mort (ou à l’absence de discours sur la mort) dans notre société. Le
réalisateur MARIO PROULX a voulu poursuivre la
réflexion avec la publication
d’un ouvrage rassemblant une
douzaine de la soixante de
grandes entrevues réalisées
pour la série. Vivre jusqu’au
bout, le livre, inclut également
une dizaine de textes sur la
mort écrits par des personnalités et que l’on a pu entendre
lors de la dif fusion radio,
notamment Josée Blanchette,
Clémence Desrochers et
Jim Corcoran.
(Bayard, coll. « Société Radio-Canada », 2010, 312 p., 29,95 $,
978-2-89579-294-9.)
L’ouvrage de JONATHAN LIVERNOIS, professeur de littérature au cégep Édouard-Montpetit, s’ouvre sur un graffiti
exécuté durant les manifestations étudiantes de 2012 :
« Duplessis, reviens ! T’as
oublié tes chiens ! » Dans
Remettre à demain : Essai sur la
permanence tranquille au Québec,
l’essayiste brillant s’attarde à
décrire le perpétuel retour en
arrière et la condamnation à
l’inachèvement des Québécois, qui par manque de
volonté ou d’audace, font toujours tout avorter, notamment la souveraineté. À la
frontière de l’essai sociologique et littéraire, l’ouvrage
s’attarde sur trois moments inachevés de notre histoire :
1837-1838, l’indépendance nationale et le Printemps
érable.
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(Boréal, 2014, 152 p., 19,95 $, 978-2-76462-319-0.)
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Grand spécialiste de Gabrielle
Roy, FRANÇOIS RICARD a pris
sa retraite en 2009 après une
longue carrière d’enseignement à l’Université McGill.
Pour faire suite à Chroniques
d’un temps loufoque paru en
2006, l’écrivain revient avec
Mœurs de province où il continue d’éclairer de son humour
caustique les travers et
bévues de la société québécoise contemporaine. La
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trentaine de textes, déjà publiés ailleurs, mais retravaillés
pour l’occasion, s’entretiennent autant du milieu littéraire,
d’accommodements religieux, que d’Internet ou de
tabagisme. Le résultat est un essai dans le plus pur sens
du terme, c’est-à-dire qu’il critique et s’interroge sur l’absurdité du monde, et ce, dans une langue magnifique.
Deuxième ville multiculturelle en Amérique du Nord selon le
Conseil de l’Europe, Montréal – et avec elle le Québec – n’est pas
encore remise de l’onde de choc provoquée par la Commission
emongo • white
Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Bouchard-Taylor. Pour preuve, les virulents débats récemment
soulevés par la Charte des valeurs québécoises, qui divise autant
qu’elle remet en question les idées reçues.
Quels sont les problèmes et les enjeux liés à l’interculturel
québécois ? Quels en sont ses fondements théoriques, son histoire
et son avenir ? Dans ce livre, les textes de vulgarisation scientifique s’entremêlent aux témoignages et aux analyses de fond,
anthropologique des chercheurs émérites qu’il réunit.
(Boréal, coll. « Papiers collés », 2014, 232 p., 22,95 $,
NUM
NUM
NUM
978-2-76462-291-9.)
Les directeurs de publication
Lomomba Emongo et Bob W. White, directeur du Laboratoire de recherche
en relations interculturelles, sont tous deux professeurs au Département
d’anthropologie de l’Université de Montréal.
Avec la collaboration de :
Pierre Anctil, Charles Blattberg, Jorge Frozzini, Danielle Gratton,
Joseph Josy Lévy et François Rocher.
Professeurs au Départment d’anthropologie de l’Université de Montréal, LOMOMBA EMONGO et BOB W. WHITE,
également directeur du Laboratoire de recherche en relations interculturelles, ont rassemblé sept chercheurs
pour la publication de L’interculturel au Québec : rencontres
historiques et enjeux politiques. Les spécialistes se posent la
question de l’interculturalité et, plus particulièrement, la
L’interculturel au Québec
selon les perspectives historique, philosophique, politique ou
Sous la direction de
LIBRE ACCÈS
Lomomba Emongo et Bob W. White
Projet pilote réalisé
en collaboration avec
la Direction des
bibliothèques
de l’UdeM.
19,95 $ • 18 e
LIBRE ACCÈS
isbn 978-2-7606-3358-2
Illustration : © Mylène Ebacher
Disponible gratuitement en version numérique
www.pum.umontreal.ca
PUM-Intercultura-couv+C4-final copy.indd 1
portée de ce concept dans le
contexte montréalais –
deuxième ville interculturelle en Amérique du Nord.
Mêlant témoignages, analyses et vulgarisations scientifiques, les textes scrutent
L’interculturel
l’interculturalité sous l’angle
au Québec
de l’anthropologie, de la
Rencontres historiques et enjeux politiques
sociologie, de l’histoire, de
la politique et de la philosophie. Pour continuer de
réfléchir aux remous provoqués par la commission Bouchard-Taylor.
PUM
Les Presses de l’Université de Montréal
Projet pilote réalisé
en collaboration avec
la Direction des
bibliothèques
de l’UdeM.
14-04-08 14:33
(Presses de l’Université de Montréal, coll. « PUM », 2014, 258 p.,
NUM
NUM
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19,95 $, 978-2-76063-358-2.)
Santé et famille
Compagnies pharmaceutiques
multimilliardaires, consommation d’antidépresseurs en explosion, multiplication expo­nen­tielle
des troubles mentaux répertoriés : ces sujets reviennent de
plus en plus souvent dans l’actualité. J.-CLAUDE ST-ONGE, professeur de philosophie à la
retraite, s’attaque, dans Tous
fous ? L’influence de l’industrie pharmaceutique sur la psychiatrie, à la
surmédicamentation des patients et à la toute-puissance de
l’industrie pharmaceutique sur la psychiatrie. Il critique,
entre autres, la sous-estimation des effets secondaires des
antidépresseurs, la médicalisation des événements difficiles du quotidien, l’exploitation du mal-être ou la chasse
aux maladies, même chez les enfants. Comment sommesnous arrivés à cette « épidémie des maladies mentales »,
se demande St-Onge. Troublant.
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(Éditions Écosociété, 2013, 372 p., 25 $, 978-2-89719-042-2.)
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Doctorante en sociologie et maman de trois adolescents,
ANNIE CLOUTIER publie son premier essai après avoir fait
paraître trois romans aux Éditions Triptyque. Dans Aimer,
materner, jubiler. L’impensé féministe au Québec, Cloutier s’interroge sur la place accordée à la maternité dans la société
québécoise. Ayant fait le choix de rester à la maison,
l’essayiste remet en question
de manière éclairée les politiques familiales québécoises,
mais surtout un certain discours féministe encourageant
les femmes à exercer un travail rémunéré et dévalorisant
celles qui font le choix de ne
pas travailler à l’extérieur.
Mêlant recherches fouillées
et anecdotes personnelles,
l’essai est inspirant et la question qu’il pose, brûlante.
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(VLB éditeur, 2014, 232 p., 24,95 $, 978-2-89649-529-0.)
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On le sait, la population vieillit ! Il n’y a plus trois générations qui cohabitent, mais
bien quatre : les traditionnels,
les baby-boomers, la génération X et les petits derniers,
les Y ! Dans La cohabitation des
générations, JOSÉE GARCEAU
va au-delà du « fossé des générations » pour faire face à
l’incompréhension. Elle offre
des pistes de solution pour
faire cœxister les valeurs des
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Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
différentes générations, au travail ou à la maison, car selon
elle, nous ne sommes pas si différents, que l’on ait 25, 50
ou 75 ans ! Pour ceux qui souhaitent améliorer leurs relations avec leurs cadets ou leurs aînés.
(Éditions La Presse, 2012, 168 p., 24,95 $, 978-2-89705-089-4.)
La maternité a été auscultée, décortiquée, remaniée, mais
le débat ne semble jamais se tarir, tant le sujet est riche et
fécond. Les tranchées : maternité, ambigüité et féminisme en
fragments, écrit par la talentueuse dramaturge et traductrice FANNY BRITT, fait inter­agir huit femmes – artistes,
écrivaines ou journalistes – notamment Annie Desrochers,
Geneviève Pettersen et Madeleine Allard – sur l’épineux
sujet de la maternité et des
enfants. Accompagné des
magnifiques illustrations
d’Isabelle Arsenault (Jane, le
renard & moi, La Pastèque),
l’ouvrage sonde avec puissance et doigté les profondeurs de la maternité et de
la féminité. Essentiel pour
toutes les femmes... et tous les
hommes.
(Atelier 10, coll. « Documents », 2013, 104 pages, 10,95 $,
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978-2-924275-09-2.)
Pour le 50e anniversaire de leur unité, les professeurs de
l’École de psychologie de l’Université de Laval ont voulu
offrir au grand public une porte d’entrée aux développements et discours psychologiques d’aujourd’hui. Sous la
direction de SIMON GRONDIN, La psychologie au quotidien
rassemble 18 chercheurs sur des sujets aussi variés et
utiles que le stress et l’anxiété, la thérapie de couple, l’insomnie ou la démence afin d’offrir une grille de départ
pour l’analyse des problèmes
psychologiques les plus courants, mais sur tout pour
savoir s’il est nécessaire
d’aller chercher de l’aide professionnelle. La psychologie
pour les nuls, ou presque,
mais faite par des professionnels chevronnés.
(Presses de l’Université Laval, 2012,
248 p., 29,95 $,
NUM
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978-2-7637-9845-5.)
Quoi de mieux que l’humour
pour aborder un sujet aussi
sérieux que le mariage ? La journaliste OLIVIA LÉVY partage son
histoire personnelle et ses
réflexions sur l’union matrimoniale dans Oui, je le veux ! Le mariage
d’amour, une affaire de raison. Il est
vrai que les Québécois sont
parmi les pires sur la planète
quand vient le temps de passer la
bague au doigt. D’après le préfacier, l’humoriste Pierre Brassard,
également témoin au mariage de l’essayiste, Lévy « part
en croisade et bouscule nos idées préconçues face à ce
que nous estimions être une institution un peu dépassée ».
Veux-tu m’épouser ?
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(Stanké, 2011, 192 p., 22,95 $, 978-2-76041-070-1.)
NUM
Depuis 1987, MICHEL DORAIS,
professeur titulaire et chercheur
à l’École de ser vice social de
l’Université Laval, a fait paraître
une quinzaine d’ouvrages sociologiques sur sexualité, notamment sur les travailleurs du sexe,
la prostitution et la diversité
sexuelle. Son dernier opus, La
sexualité spectacle, fait le lien entre
l’art du cirque et la sexualité telle
qu’elle nous est présentée
aujourd’hui. Dans cette brillante radiographie des phénomènes contemporains liés à la sexualité, il est question de
la surenchère du spectacle et de la mise en scène du sexe
alors que Michel Dorais décrit surtout une société qui à
force de censure a perdu tout lien avec ses propres désirs.
(VLB éditeur, coll. « Sexualités et sociétés », 2012, 144 p., 19,95 $,
NUM
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978-2-89649-278-7.)
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Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Éducation
À la base de l’essai Je me souviens. Le passé du Québec dans
la conscience de sa jeunesse, il y a une colossale collecte de
données effectuée par JOCELYN LÉTOURNEAU. Dès 2003,
le titulaire de la Chaire de
recherche du Canada en
histoire du Québec con­
temporain a demandé à des
milliers d’étudiants du
secondaire et du cégep une
phrase ou une formule pour
résumer l’histoire du Québec. Le but du chercheur
était de sonder la conscience
historique des jeunes de la
Belle Province et de s’éloigner de la sempiternelle
ritournelle qui en fait des ignorants et des amnésiques en
la ma­tière. À contre-courant des idées reçues, le chercheur avançe qu’en plus d’être intéressés et de posséder
une vision de l’histoire du Québec, ils ont des choses à
en dire !
NUM
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(Fides, 2014, 256 p., 19,95 $, 978-2-76213-718-7.)
NUM
Il y a ce que l’on voudrait transmettre à nos enfants, et ce
que l’on transmet en réalité souvent à notre insu, explique
en entrevue MYRIAM JÉZÉQUEL, l’une des coauteurs de
Les transmissions familiales aujourd’hui. De quoi vont hériter
nos enfants ? aussi chercheuse invitée au Centre
Urbanisation Culture Société de l’INRS. Écrit avec
Françoise-Romaine Ouellette, professeur titulaire au
même centre, l’ouvrage rassemble près de 20 chercheurs
et compile plusieurs récits de
vie de personnalités québécoises, afin de s’interroger sur
la transmission et l’héritage
patrimonial, mais s’attarde aussi
à décrire la perte de repères
depuis l’apparition de nouveaux
modèles familiaux ces 30 dernières années.
(Fides, 2013, 292 p., 27,95 $,
NUM
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978-2-76213-607-4.)
Avant les manifestations étudiantes du printemps 2012,
deux chercheurs s’étaient attaqués au discours politique
selon lequel il est essentiel d’augmenter les frais de scolarité au Québec si l’on souhaite garantir un enseignement
de qualité, sauver les université de la faillite et permettre
à tous d’accéder à l’éducation supérieure. ERIC MARTIN,
chercheur à l’IRIS, et MAXIME OUELLET, chercheur à
l’École des médias de
l’UQAM, s’attaquent aussi,
dans Université inc. Des mythes
sur la hausse des frais de scolarité
et l’économie du savoir, au virage
entrepris pour arrimer par les
formations aux besoins des
entreprises.
(Lux éditeur, coll. « Lettres libres »,
2011, 156 p., 14,95 $,
NUM
NUM
NUM
978-2-89596-126-0.)
Fort d’une longue expérience
dans l’éducation, notamment
comme commissaire scolaire
et directeur du défunt Centre
de formation sur l’enseignement en milieux défavorisés de
l’UQAM, ROBERT CADOTTE se
fait médecin (il est psychologue de formation) et tente
d’offrir ses diagnostics et traitements au système d’éducation qui, dit-il, est au bord de la
dépression. Son essai, Lettres
aux enseignantEs : L’école publique va mal ! Les solutions dont on
ne veut pas parler, tente de trouver la source du bobo et
critique vertement la formation des maîtres en milieux
défavorisés, sans compter que selon lui, le système d’éducation est trop élitiste. Essai éclairant sur un milieu en
déroute.
(M éditeur, coll. « Mobilisations », 2012, 248 p.,
NUM
NUM
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978-2-923986-14-2.)
19
Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Sophie IMBEAULT
L’essai
historique,
un genre
en expansion
Dans l’histoire de la littérature québécoise, l’essai
historique émerge à la mi-XIXe siècle, et, fait intéressant, à la même époque que le roman historique. La
première grande synthèse historique québécoise est
l’œuvre de François-Xavier Garneau. Dans la foulée
d’événements menaçant la survie des Canadiens
français, à savoir l’après-Rébellion des patriotes, le
rapport Durham et l’Acte d’Union, il publie à partir de
1845, en quatre tomes, l’Histoire du Canada depuis
sa découverte jusqu’à nos jours (éditeur : Napoléon
Aubin). Au fil des ans, sept éditions de l’ouvrage
seront réalisées au Québec et en France et six réimpressions, dont une chez Bibliothèque Québécoise.
Garneau impose un courant historiographique qui
perdurera jusqu’aux années 1950 et qui influencera
plusieurs générations d’auteurs. Afin d’éveiller une
conscience nationale chez ses contemporains, il
accorde une large place aux événements et aux
personnages.
20
Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Les années 1950 sont dominées par l’école clériconationaliste, tournée vers le passé, qui utilise l’histoire à
des fins patriotiques. Personne n’a mieux incarné cela
que le prêtre et historien Lionel Groulx. Il laisse une
production littéraire immense, où il fait ressortir la tradition française et catholique de la « race » canadienne-française, parmi laquelle figure son Histoire du
Canada français depuis la découverte (L’Action nationale). Groulx influencera l’école de Montréal et aura
entre autres pour protégé Guy Frégault, qui fait partie
de la première génération d’historiens professionnels au
Québec. Reconnu encore aujourd’hui pour son grand
talent d’écrivain, ce dernier se concentre sur des personnages tels d’Iberville, Vaudreuil et Bigot qui ont bâti la
Nouvelle-France. Frégault voit la Conquête comme un
événement déterminant dans la trame historique du
Canada français. Son ouvrage La Guerre de la Conquête,
publié en 1955, devient vite un classique1.
Un nom domine cette période, Maurice Séguin, même
s’il ne publie qu’un seul essai, La Nation « canadienne »
et l’agriculture (1760-1850) (Boréal). Par sa carrière de
professeur à l’Université de Montréal, il offre à ses étudiants, dont plusieurs militants indépendantistes, une
réinterprétation majeure du passé à travers ses Normes.
Tête dirigeante de l’école historique de Montréal aux
côtés de Michel Brunet et de Guy Frégault, il explique
l’infériorité économique des Canadiens français par une
cause structurelle, la Conquête. Pour l’école de Laval
(qui s’appuie sur la pensée du père Georges-Henri
Lévesque et sur des professeurs de l’Université Laval
tels que Marcel Trudel, Jean Hamelin et Fernand
Ouellet) le Régime britannique est au contraire avantageux, particulièrement du point de vue économique.
C’est la Conquête providentielle. Nombreux sont les
essais produits au cours de ces années et des décennies
suivantes qui se réclament de l’une ou de l’autre de
ces écoles.
Dans les années 1960, l’historien-écrivain – ce qu’incarnait parfaitement Guy Frégault – laisse la place à l’historien-sociologue. Le récit n’est plus prisé, pas plus que les
personnages et les événements. C’est l’histoire récente
qui parsème les essais. Ces derniers sont très influencés
dans la forme et le fond par les sciences sociales et économiques. C’est le cas par exemple de Fernand Ouellet
(Histoire économique et sociale du Québec, 1760-1850.
Structures et conjonctures, Fides). Dans le contexte de la
Révolution tranquille, les historiens cherchent à percevoir quand et de quelle façon le Québec est entré dans
la modernité. La question nationale est aussi au cœur de
nombre d’études.
1. L’auteure de cet article a utilisé l’ouvrage d’Éric Bédard, Recours aux
sources. Essais sur notre rapport au passé, Montréal, Boréal, 2011.
FERNAND OUELLET, Histoire économique
et sociale du Québec, 1760-1850.
Structures et conjonctures, 639 p.,
1966. Épuisé.
ALAIN BEAULIEU, Les autochtones du
Québec. Des premières alliances aux
revendications contemporaines, Fides et
Musée de la civilisation du Québec, coll.
« Images de sociétés », 184 p., 1997. Épuisé.
OLIVE PATRICIA DICKASON, Premières
Nations du Canada. Histoire
des peuples fondateurs depuis
les temps les plus lointains,
Septentrion, 512 p., 1996, 25,99 $,
NUM
NUM
NUM
978-2-89448-052-6.
GASTON DESCHÊNES et
DENIS VAUGEOIS, dir., Vivre la
Conquête. À travers plus
de 25 parcours individuels, deux tomes, Septentrion, 264 p. et 320 p., 2013
NUM
NUM
NUM
et 2014,
27,95 $.
RONALD RUDIN, L’Acadie entre le souvenir et l’oubli. Un historien sur les
chemins de la mémoire collective,
Boréal, 448 p., 2014, 29,95 $,
NUM
NUM
NUM
978-2-76462-292-6.
JACQUES LACOURSIÈRE,
Histoire populaire du
Québec, 5 tomes,
Septentrion, 416 p.
à 696 p., 1996 à 2013,
NUM
NUM
29,00 $NUMà 34,95 $.
21
Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
L’École des Annales, un courant historique porté par les
Français Lucien Febvre et Marc Bloch, a eu des échos
au Québec dans les années 1970-1980. Pensons à Louise
Dechêne et à son livre-phare, Habitants et marchands de
Montréal au XVIIe siècle (Boréal). Le Québec contemporain est préféré à la Nouvelle-France ou au Régime britannique par les historiens et cela se reflète dans leurs
essais. La société québécoise est étudiée dans sa relation
avec la modernité, plus précisément d’un angle marxiste,
par les rapports de classes, l’industrialisation, l’urbanisation et les luttes ouvrières. En cela, elle n’est pas différente des autres sociétés occidentales.
Le culturel prend le pas sur l’histoire politique dans les
essais des années 1990. Les historiens se tournent vers
l’Autre, par exemple les immigrants (Bruno Ramirez, Les
Premiers Italiens de Montréal, au Boréal), en particulier
les Juifs (voir les ouvrages dirigés par Pierre Anctil au
Septentrion), les Irlandais, les Amérindiens (leur relation avec les Canadiens et les Français fait l’objet des
essais d’Alain Beaulieu, Les autochtones du Québec. Des
premières alliances aux revendications contemporaines
chez Fides ou d’Olive Patricia Dickason qui dresse un
portrait de l’ensemble des nations dans Premières nations
du Canada au Septentrion), et non plus seulement les
Canadiens français. Les historiens de cette période
préfèrent les idéologies aux événements, travaillent sur
le libéralisme et la différence comme l’identité sexuelle
ou la criminalité, très influencés par Michel Foucault.
Enfin, pour la période plus récente, certains historiens,
comme Denis Vaugeois, renouent avec les événements,
les personnages (Gaston Deschênes et Denis Vaugeois,
Vivre la Conquête, deux tomes), et les biographies et préconisent un retour à l’histoire politique et à la trame événementielle. La mémoire est aussi étudiée par les
historiens, comme Ronald Rudin dans L’Acadie entre le
souvenir et l’oubli. Un historien sur les chemins de la
mémoire collective. Les synthèses historiques se font
quant à elles plus rares, au profit des études spécialisées
ou locales.
Le genre a donc beaucoup évolué au fil des décennies
et connaît une grande expansion par le nombre
d’études publiées et par sa popularité auprès d’un vaste
auditoire. Il a même été au cœur de débats sur l’enseignement de l’histoire au secondaire et au collégial ces
dernières années. L’essai historique prend diverses
formes, la monographie spécialisée, la synthèse, le collectif. Il a été porté par plusieurs maisons québécoises
et canadiennes-françaises. Ces essais s’adressent tantôt à un public spécialisé, tantôt au plus grand nombre.
On n’a qu’à penser à l’immense succès de la série en
Septentrion
25 ans et toujours la référence en histoire au Québec !
Aussi disponibles en numérique
www.septentrion.qc.ca
22
Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
cinq tomes Histoire populaire du Québec de Jacques
Lacoursière (Septentrion).
Fides est une maison d’édition de 77 ans remarquable
par la richesse de son fonds en essais historiques. En
fait, celui-ci reflète les grandes tendances et les changements dans l’historiographie évoqués précédemment.
Remarquons, par exemple, Hélène-Andrée Bizier, qui a
connu un grand succès avec ses trois ouvrages offrant
un point de vue inédit de l’histoire à travers l’icsonographie (Une Histoire des Québécoises en photos, Une Histoire
du Québec en photos, Une Histoire des hommes québécois
en photos).
Fondée en 1963 notamment par les historiens Jacques
Lacoursière et Denis Vaugeois, Boréal joue un rôle de
premier plan dans le monde de l’essai historique. La maison est reconnue pour son volet littéraire tout en demeurant fidèle à sa ligne éditoriale d’origine. Elle compte les
plus éminents historiens dans son catalogue. La synthèse y occupe une place prépondérante. La collection
« Boréal express » y est même consacrée. On pense, par
exemple, à l’ouvrage de Lucia Ferretti, Brève histoire de
l’Église catholique.
Parmi les essais du Boréal qui ont marqué le genre,
celui de Fernand Dumont, Genèse de la société québécoise dans lequel l’auteur tente de comprendre le Québec contemporain en creusant son passé, ce qui a
construit la société, forgé son identité. Allan Greer
amène une relecture de la période 1837-1838 dans Habitants et patriotes : la rébellion de 1837 dans les campagnes du Bas-Canada où il analyse ce qui a conduit aux
événements et la population rurale, alors que plusieurs
essais s’attardaient jusqu’alors aux dirigeants.
L’après-Rébellions est scrutée dans La petite loterie.
Comment la Couronne a obtenu la collaboration du
Canada français après 1837 de Stéphane Kelly. La population d’une région précise est étudiée dans Quelques
arpents d’Amérique. Population, économie, famille au
Saguenay, 1838-1971 de Gérard Bouchard, alors qu’une
autre est examinée sous l’angle de l’urbanisation et l’industrialisation dans Familles ouvrières à Montréal. Âge,
genre et survie quotidienne pendant la phase d’industrialisation de Bettina Bradbury. Le catalogue compte une
œuvre de synthèse sur un aspect de la culture québécoise, la littérature, à savoir Histoire de la littérature
québécoise de Michel Biron, François Dumont et Élisabeth Nardout-Lafarge. Parmi les plus récents titres qui
participent à un retour de l’histoire politique et de la
narration, notons Les Réformistes d’Éric Bédard.
Au Septentrion, l’essai historique occupe la majeure partie de la production. Denis Vaugeois a fondé la maison il
y a 25 ans et elle est devenue la référence. Les synthèses
sont nombreuses, comme celles de Gilles Boulet,
Jacques Lacoursière et Denis Vaugeois, Le Boréal
HÉLÈNE-ANDRÉE BIZIER, Une Histoire
des Québécoises en photos, Fides,
336 p., 2007, 39,95 $,
978-2-7612-792-8.
HÉLÈNEANDRÉE BIZIER,
Une Histoire
du Québec en photos, Fides, 320 p.,
2006, 39,95 $, 978-2-76212-678-5.
HÉLÈNE-ANDRÉE BIZIER, Une Histoire
des hommes québécois en photos,
Fides, 288 p., 2008, 39,95 $,
978-2-7612-873-4.
LUCIA FERRETTI,
Brève histoire de l’Église catholique,
Boréal, 208 p., 1999, 14,95 $,
978-2-8905-2978-6.
FERNAND DUMONT, Genèse de
la société québécoise, Boréal, 400 p.,
1993, 29,95 $, 978-2-89052-580-0-1.
Aussi disponible en Boréal compact.
ALLAN GREER,
Habitants et patriotes : la rébellion
de 1837 dans les campagnes du
Bas-Canada, Boréal, 386 p., 1997,
39,95 $, 978-2-89052-855-0.
ÉRIC BÉDARD,
Les Réformistes. Une génération
canadienne-française au milieu du
XIXe siècle, Boréal, 416 p., 2009,
27,05 $, 978-2-76460-669-8.
NUM
NUM
NUM
Aussi disponible en Boréal
compact.
DONALD FYSON, Magistrats, police
et société : la justice criminelle ordinaire au Québec et au Bas-Canada,
Hurtubise, coll. « Cahiers du Québec :
Histoire », 592 p., 2010, 32,95 $,
NUM
NUM
NUM
978-2-289647-273-4.
23
Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Express. Journal d’histoire du Canada, et de John A.
Dickinson et Brian Young, Brève histoire socio-économique du Québec.
Des périodes sont prisées, telles que la Nouvelle-France.
Robert Lahaise s’intéresse pour sa part à la relation
entre les colonies française et anglaise d’Amérique dans
Nouvelle-France-English Colonies. L’impossible cœxistence alors que Catherine Ferland s’attarde à un aspect
de la vie quotidienne, la consommation d’alcool, dans
Bacchus en Canada. Boissons, buveurs et ivresse en
Nouvelle-France. La guerre de la Conquête et la fin du
Régime français sont notamment analysées dans l’ouvrage dirigé par Sophie Imbeault, Denis Vaugeois et
Laurent Veyssière, 1763. Le traité de Paris bouleverse
l’Amérique. Les rébellions des Patriotes font l’objet
d’une trentaine d’ouvrages.
Des thèmes sont également exploités. C’est le cas de la
présence française en Amérique pendant la période coloniale, l’immigration de milliers de Canadiens français à
la fin du XIXe siècle et les traces de cette présence partout sur le territoire. Ce territoire imprègne d’ailleurs
fortement le catalogue de la maison. On n’a qu’à penser
aux ouvrages de belle facture de Stéfano Biondo,
Louis-Edmond Hamelin et Joë Bouchard, L’Apparition
du Nord selon Gérard Mercator ; de Raymonde Litalien,
Presses
de l’Université
du Québec
Alors que les utilisateurs alimentent le Web en contenus, les
entreprises propriétaires des plateformes du Web social accumulent ces contributions bénévoles dans des bases de données
afin de générer de la valeur économique. Comment interpréter
ce phénomène paradoxal ?
LA CONTRIBUTION EN LIGNE
Pratiques participatives à l’ère du capitalisme informationnel
Sous la direction de Serge Proulx, José Luis Garcia
et Lorna Heaton
2014
28$
PAPIER
2099$
PDF
EPUB
Jean-François Palomino et Denis Vaugeois, La Mesure
d’un continent. Atlas historique de l’Amérique du Nord et
de Marjolaine Saint-Pierre, Joseph-Elzéar Bernier, Capitaine et coureur des mers. L’histoire politique relativement récente, dont les années 1940-1960, n’a pas été
négligée. La période duplessiste est prisée par plusieurs
auteurs et la Révolution tranquille. La médecine est enfin
traitée dans les ouvrages de synthèse de Rénald Lessard,
Au temps de la petite vérole, entre autres.
Hurtubise poursuit une longue tradition en matière d’essais historiques, plus particulièrement dans sa collection
« Cahiers du Québec ». Parmi les titres marquants, on
retrouve des ouvrages de Lorraine Gadoury, spécialiste
de l’élite canadienne du XVIIIe siècle (La noblesse de Nouvelle-France : familles et alliances), de Jean-Pierre Wallot
et Gilles Paquet (Un Québec moderne, 1760-1840) ainsi
que de Marcel Trudel (Mythes et réalités dans l’histoire
du Québec et Deux siècles d’esclavage au Québec). Récemment, deux essais sont venus enrichir le catalogue. Ceux
de Donald Fyson, Magistrats, police et société : la justice
criminelle ordinaire au Québec et au Bas-Canada et
d’Éric Bédard et Xavier Gélinas, Chroniques politiques de
René Lévesque tome 1 : les années 1966-70.
Quand on pense aux essais historiques, on ne peut passer sous silence le travail des Éditions VLB. Des thèmes
On a tous besoin de savoir
POUR DÉBATTRE
Que se passe-t-il réellement derrière les murs des écoles privées religieuses ? Dépassant les idées préconçues, Stéphanie
Tremblay braque les projecteurs sur trois écoles religieuses
de Montréal.
LES ÉCOLES JUIVES, MUSULMANES ET STEINER
Pluralité des voies éducatives
Stéphanie Tremblay
2014
30$
PAPIER
2199$
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EPUB
Afin d’élargir l’horizon vers des pratiques et des expériences
diverses qui sont porteuses de sens.
LA COOPÉRATION INTERNATIONALE SOLIDAIRE
Plus pertinente que jamais
Paul Cliche
2014
24$
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1799$
PDF
EPUB
24
Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
ressortent, tels que le nationalisme et les relations entre
l’individu et l’État. Parmi les ouvrages à retenir, mentionnons Les prisonniers politiques au Québec, de
Jean-Philippe Warren et le collectif Dix journées qui ont
fait le Québec, mais aussi les incontournables Histoire
intellectuelle de l’indépendantisme québécois en deux
tomes, de Robert Comeau, Charles-Philippe Courtois et
Denis Monière, Le passé composé. De Ouellet à Rudin,
de Serge Gagnon, La liberté du pauvre de Jean-Marie
Fecteau, Le Québec et la crise de la conscription, 19171918, d’Elizabeth Armstrong, Histoire des communautés
religieuses au Québec de Guy Laperrière, Histoire des
relations internationales du Québec, de Stéphane Paquin
et Louise Beaudoin.
Chez Lux Éditeur, une place importante est accordée
à l’individu dans l’histoire et aux personnages. Il y
a ainsi les deux tomes de Serge Bouchard et
Marie-Christine Lévesque, Elles ont fait l’Amérique,
De remarquables oubliés et Ils ont couru l’Amérique, De
remarquables oubliés.
Un large espace est accordé à l’histoire des femmes, à
l’histoire du féminisme et aux femmes dans l’histoire aux
éditions du Remue-ménage. Trois auteures se
démarquent par le nombre de leurs publications et leur
impact dans la production historiographique : Micheline
Dumont (Pas d’histoire, les femmes ! Réflexions d’une historienne indignée, etc.), Andrée Lévesque (La norme et les
déviantes. Des femmes au Québec pendant l’entre-deuxguerres) et Denyse Baillargeon (Un Québec en mal d’enfants. La médicalisation de la maternité, 1910-1970, et
Ménagères au temps de la crise).
Aux Éditions Sylvain Harvey, la ville de Québec est à
l’honneur. L’iconographie est omniprésente dans le catalogue de cette maison. C’est le cas d’une de ses nouveautés, Le Séminaire de Québec, un patrimoine exceptionnel
signé David Mendel. Parmi les titres incontournables,
très bien accueillis du public, soulignons de Louisa Blair,
Les Anglos : La face cachée de Québec en deux tomes.
Les Presses de l’Université Laval sont parmi les presses
universitaires les plus actives dans le domaine avec plus
de 200 titres. Leur catalogue renferme les essais désormais classiques de Jacques Mathieu, La Nouvelle-France.
Les Français en Amérique du Nord. XVIe-XVIIIe siècles et
de Serge Gagnon, Mariage et Famille au temps de Papineau. Comme pour beaucoup de maisons, les Amérindiens et la période des Rébellions font l’objet de plusieurs
recherches, parmi lesquelles Les rébellions canadiennes
de 1837 et 1838 vues de Paris, d’Aurélio Alaya et Françoise
Le Jeune, qui traite des événements du point de vue de la
presse française. La religion et les communautés religieuses sont également étudiées par nombre d’auteurs.
Le contexte entourant la démission de l’archevêque de
Montréal en 1950 est ainsi analysé par Denise Robillard
ÉRIC BÉDARD et XAVIER GÉLINAS, Chroniques politiques de René Lévesque
tome 1 : les années 1966-70, Hurtubise, coll. « Cahiers du Québec : Science
politique », 756 p., 2014, 49,95 $,
NUM
NUM
NUM
978-2-89723-369-3.
Collectif, Dix journées qui ont fait
le Québec, VLB éditeur, 264 p., 2013,
49,95 $, 978-2-89649-455-2.
ROBERT COMEAU, CHARLES-PHILIPPE
COURTOIS et DENIS MONIÈRE, VLB éditeur,
coll. « Études Québécoises », Histoire
intellectuelle de l’indépendantisme
québécois, 2 tomes, 288 p. et 376 p.,
NUM
NUM
2010 et 2012, 32,95 $NUM
et 29,95 $.
SERGE BOUCHARD et MARIE-CHRISTINE
LÉVESQUE, Elles ont fait l’Amérique,
De remarquables oubliés,
Lux éditeur, 448 p., 2011, 27,95 $,
978-2-89596-097-3.
MICHELINE DUMONT, Pas d’histoire, les
femmes ! Réflexions d’une historienne indignée, Remue-ménage,
223 p., 2013, 21,95 $,
978-2-89091-447-6.
DAVID MENDEL, Le Séminaire de
Québec, un patrimoine exceptionnel,
Sylvain Harvey, 160 p., 2013, 19,95 $,
978-2-92379-455-6.
AURÉLIO ALAYA et FRANÇOISE LE JEUNE,
Les rébellions canadiennes de 1837
et 1838 vues de Paris, coll. « Cultures
québécoises », Presses de l’Université
Laval, 218 p., 2011, 24,95 $,
NUM
NUM
NUM
978-2-7637-9488-4.
25
Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
dans Monseigneur Joseph Charbonneau. Bouc émissaire
d’une lutte de pouvoir. Remarquons enfin les histoires
régionales à travers la collection « Les régions du Québec… histoire en bref » et la collection « Autour de l’événement », dirigée par Michel De Waele et Martin Pâquet,
qui publie des études liées à cet angle de recherche.
Les Presses de l’Université du Québec ne sont pas en
reste, avec les essais de Danielle Gauvreau, Québec. Une
ville et sa population au temps de la Nouvelle-France et
plus récemment de Maude Flamand-Hubert, Louis
Bertrand à L’Isle-Verte (1811-1871), Propriété foncière et
exploitation des ressources. Les Presses de l’Université de
Montréal se sont quant à elles démarquées avec l’essai
de Simon Jolivet, Le vert et le bleu (couronné de plusieurs
prix), Histoire du livre et de l’imprimé au Canada en trois
volumes et Naissance d’une population. Les Français établis au Canada au XVIIe siècle, sous la direction d’Hubert
Charbonneau, André Guillemette, Jacques Légaré,
Bertrand Desjardins, Yves Landry et François Nault.
Parmi les titres à retenir chez les autres maisons d’édition, notons L’Ontario français, quatre siècles d’histoire de
Paul-François Sylvestre (Éditions David), Maurice
Duplessis de Conrad Black, Histoire du crime organisé à
Montréal de 1900 à 1980 de Pierre De Champlain, Québec éternelle de Michel Lessard (Éditions de l’Homme) et
enfin Vivre à la ville en Nouvelle-France et Vivre, aimer
et mourir. Juger et punir en Nouvelle-France d’André
Lachance (Stanké et Libre Expression).
Des maisons qu’on n’associerait pas d’emblée à l’essai
historique en publient pourtant. C’est le cas de MultiMondes, une maison spécialisée en sciences. Elle compte
29 titres dans la catégorie Histoire, patrimoine et généalogie, parmi lesquels quelques essais sur la ville de Québec (Le Carnaval de Québec. La grande fête de l’hiver
signé Jean Provencher, Le Parlement de Québec. Histoire,
anecdotes et légendes de Gaston Deschênes et Québec de
roc et de pierres. La capitale en architecture, de Luc
Noppen et Lucie K. Morisset), sur la ville de Montréal
(Le Vieux-Montréal, un « quartier de l’histoire » ?, coordonné par Joanne Burgess et Paul-André Linteau) et des
ouvrages plus spécialisés comme Les Porteurs de lumières.
L’Histoire de la distribution de l’électricité au Québec de
Jean Louis Fleury. Des essais figurent également ailleurs
dans son catalogue, tels que 150 ans de relations
France-Québec. Le Consulat général de France à Québec
(1859-2009) de la Commission franco-québécoise sur les
lieux de mémoire communs.
26
Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
MAUDE FLAMAND-HUBERT, Louis
BERTRAND à L’Isle-Verte (18111871), Propriété foncière et exploitation des ressources, Presse de
l’Université du Québec, 176 p., 2012,
NUM
NUM
NUM
20,00 $, 978-2-76053-351-6.
FIONA A. BLACK, CAROLE GERSON,
PATRICIA FLEMING, GILLES
GALLICHAN, YVAN LAMONDE, et
JACQUES MICHON, dir., Histoire du
livre et de l’imprimé au Canada,
3 vol., Presses de l’Université de
Montréal, 570 p. à 694 p., 2004 à
NUM
NUM
2007, 75,00 $NUMà 85,00 $.
PAUL-FRANÇOIS SYLVESTRE, L’Ontario
français, quatre siècles d’histoire,
Éditions David, 218 p., 2013, 25,95 $,
978-2-89597-367-6.
PIERRE DE CHAMPLAIN, Histoire du
crime organisé à Montréal de 1900
à 1980, Éditions de l’Homme,
coll. « Méchantes Lectures », 512 p., 2014,
NUM
NUM
NUM
29,95 $, 978-2-76194-026-9.
ANDRÉ LACHANCE, Vivre à la ville en
Nouvelle-France, Stanké, coll. « 10 sur 10 »,
288 p., 2010, 16,95 $, 978-2-92366-235-0.
NUM
NUM
NUM
JEAN LOUIS FLEURY, Les Porteurs de
lumières. L’Histoire de la distribution
de l’électricité au Québec, Éditions
Multimondes, 512 p., 2004, 39,95 $,
NUM
NUM
NUM
978-2-89544-058-1.
Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Caroline R. PAQUETTE
Gardien
de la pensée
critique
Un entretien avec
Normand Baillargeon
Il est derrière le jubilatoire Petit cours d’autodéfense intellectuelle, qui a fracassé des records de ventes d’essais au Québec
et en France. Il croit fermement que la démocratie repose sur des
citoyens éclairés et se fait un devoir de traquer les absurdités.
Essayiste prolifique, professeur dévoué, chroniqueur et fin observateur des médias, Normand Baillargeon a répondu à nos questions avec générosité et enthousiasme.
27
28
Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Collections : Le Printemps québécois a donné lieu à la
publication d’une multitude d’essais sur le sujet. On
a senti un besoin flagrant de répondre et de réfléchir
à ce mouvement social. Quel est, selon vous, le rôle
de l’essai ? Quelles sont les tendances actuelles en
la matière au Québec ?
NB : Bonne question. Je pense qu’un grand nombre des
essais qui sont publiés peuvent entrer dans l’une – ou plusieurs ! – des trois catégories suivantes. Les essais d’un
genre didactique ou pédagogique diffusent au public une
information sur un sujet important. Les livres de
Normand Mousseau sur l’énergie, le pétrole, les gaz de
schiste en incarnent pour moi des exemples typiques. Ce
sont des essais dans lesquels l’auteur se met en retrait,
subjectivement – bien sûr, il a des positions, c’est inévitable –, et tente de faire une synthèse accessible du savoir
indispensable aux citoyens.
Les essais personnels ou idiosyncratiques, quant à eux,
expriment la position de l’auteur sur un sujet donné.
Celui-ci peut se fonder sur son expérience personnelle,
raconter son histoire pour développer une idée : dans
Le pouvoir ? Connais pas !, Lise Payette fait le bilan de ses
années au Parti québécois. Ce n’est pas une autobiographie ; elle raconte ce qu’elle a vécu pour alimenter la
réflexion des autres. Je pense aussi aux gens qui réunissent
des chroniques dans un recueil. Pierre Bourgault, avec ses
Écrits polémiques, en est un exemple : que pouvait-il penser
du débat sur la langue, de René Lévesque, du PQ ? Ce sont
des essais intéressants, parce qu’ils proviennent souvent de
personnalités connues du public, ayant une pensée forte.
Enfin, il y a les essais qui défendent une thèse. Ils peuvent
réagir à une situation, comme le Printemps québécois, et
se prononcer sur ce qui s’est passé, sur l’influence des
événements sur l’avenir. En littérature, on retrouve plusieurs essais du genre : récemment, on a publié un ouvrage
[Le naufragé du Vaisseau d’or, par Yvette Francoli] qui
soutient que beaucoup des textes attribués à Nelligan ont
en fait été retravaillés, parfois substantiellement, par
Louis Dantin. Parmi les essais à thèse, on peut distinguer
une sous-catégorie : celle des essais polémiques, dont
ferait partie Libérez-nous des syndicats ! d’Éric Duhaime.
Collections : Si un essai peut en quelque sorte épouser ou
accompagner un mouvement social, peut-il aussi en être
l’instigateur ?
NB : Il arrive que des livres, miraculeusement, cristallisent
leur époque, traduisent la pensée, les angoisses, les aspirations d’une génération et, pour cela, deviennent un peu
mythiques. Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale,
Jean-Paul Sartre a publié L’existentialisme est un
humanisme, un essai à saveur philosophique. Je pense
que beaucoup de gens de cette génération se sont retrouvés dans les idées qui y étaient exprimées. Au Québec,
quand le Refus global est sorti en 1948, il a été soit passé
sous silence, soit dépeint comme le fait de gens cinglés.
Mais très vite, on s’est rendu compte qu’il était annonciateur de transformations sociales.
Collections : Est-ce qu’on a des exemples récents d’essais
à l’avant-garde ?
NB : Le problème, c’est qu’on ne peut pas le savoir encore !
(rires) Lors des célébrations pour le 50e anniversaire du
Refus global, en 1998, on a beaucoup insisté sur le fait que
ce texte-là était prémonitoire, mais qu’on ne le voyait pas
alors. Si on me forçait – et c’est subjectif, je peux me
tromper ! –, je dirais que l’œuvre de Noam Chomsky saisit
bien notre époque.
Collections : Dans Petit cours d’autodéfense intellectuelle, paru
en 2005, vous mentionnez qu’exercer son autodéfense
intellectuelle est un acte citoyen. Est-ce qu’écrire cet essai
constituait pour vous une forme d’engagement ?
NB : Oui, je l’ai tout à fait écrit dans cet esprit-là. Deux pré-
occupations m’ont amené à rédiger ce livre. D’abord, je
me réclame très ouvertement du rationalisme, du siècle
des Lumières ; je crois qu’une démocratie implique des
gens informés, capables de débattre. J’ai été très influencé
par les mouvements sceptiques contemporains. À cause
de mes sympathies pour les mouvements anarchiste et
libertaire, je suis aussi très inquiet de la domination des
médias dans notre société, du fait qu’il y a un nombre
restreint de propriétaires, et que ce sont souvent des
entreprises. Je suis au courant du rôle que jouent les relations publiques dans nos vies démocratiques. J’ai donc
combiné ces deux éléments-là pour essayer de diffuser
des idées qui pouvaient être utiles aux citoyens dans
l’exercice de leur autodéfense intellectuelle.
Vous êtes un auteur très prolifique, et vous
touchez de surcroît à une multitude de domaines : l’éducation, bien sûr, les mathématiques, le langage, les
médias… Comment choisissez-vous ce dont vous allez
parler ? Avez-vous des commandes, ou est-ce que vos livres
découlent toujours d’une motivation profonde ?
Collections :
NB : Je n’ai presque jamais de commandes de textes, j’écris
pour toutes sortes de raisons. Je me sens parfois le devoir
de produire des essais qui interviennent dans le débat
public. Depuis plusieurs années, je suis très préoccupé
par ce qui se passe en éducation ; je rappelle qu’il y aurait
49 % d’analphabètes fonctionnels au Québec. Considérant
les idéaux que je défends, comme une citoyenneté active
29
Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
et informée, c’est troublant. J’ai beaucoup écrit pour
démentir des idées fausses, nuisibles, aberrantes qui circulent dans le milieu de l’éducation. Il faut s’en distancier,
fonder nos pratiques pédagogiques sur les choses les
mieux établies scientifiquement.
Je ne vous cache pas que j’écris parfois avec un petit sentiment de culpabilité, quand je rédige des essais pour me
faire plaisir ! Des traductions de poètes, par exemple, des
essais comme L’arche de Socrate, sans projet d’intervention
publique ou politique derrière... Il y a tellement de choses
importantes à dire, je me sens un peu coupable ! (rires)
Collections : Vous êtes aussi professeur à l’UQAM depuis plus
de 25 ans. L’enseignement incarne-t-il une autre voie par
laquelle accomplir ce qui vous tient à cœur, à savoir libérer
le citoyen de l’ignorance, de la superstition ?
NB : C’est une des tâches très, très importantes d’un universitaire que l’enseignement. J’insiste depuis le début de ma
carrière pour enseigner aux étudiants de premier cycle.
Les préoccupations que j’ai en tant qu’essayiste m’amènent
à voir l’éducation d’un point de vue très vaste, philosophique, culturel, et pas du tout de celui d’un professeur
d’université qui fait de la recherche subven­tionnée sur des
Quoi de
neuf au
sie ?
archambault-sie.ca
objets pointus. Dans un essai, on tente d’aborder les problèmes avec un grand angle, d’adopter une perspective
large. C’est ce que je veux transmettre à mes étudiants :
dans mes cours, on parle de l’histoire de la pédagogie,
on relit les classiques comme Rousseau et Platon, ce qui
se fait très peu maintenant à l’université. C’est terrible.
Les fonctions de professeur et d’essayiste sont
donc très proches…
Collections :
NB : Oui ! Beaucoup de mes essais en éducation ont d’ail-
leurs été nourris par mon enseignement.
Collections : Dans Légendes pédagogiques, publié l’automne
dernier, vous déboulonnez des mythes tenaces, des idées
reçues extrêmement répandues dans le milieu de l’éducation et dans la société en général.
NB : Intellectuellement, c’est une très belle chose de pou-
voir dire : je me suis trompé, je ne savais pas. Récemment,
un conseiller pédagogique m’a écrit pour me dire qu’il
croyait et diffusait certains des mythes présentés dans
mon livre, et qu’il était content d’avoir eu l’heure juste.
Tout le monde se trompe, moi le premier.
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en français et en anglais : Anjou • Brossard • Laval • Sherbrooke • Sainte-Foy
en français : Montréal (angle Berri/Sainte-Catherine) • Boucherville • Chicoutimi • Complexe La Capitale à Québec
Saint-Georges de Beauce • Sainte-Dorothée • Trois-Rivières • Gatineau
30
Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Collections : Une phrase en particulier, que vous avez aussi
reprise ici et là, m’a intriguée : « il faut du savoir pour
apprendre. » Qu’entendez-vous par là, concrètement ?
NB : Si je vous mets devant les yeux un texte sur la mécanique quantique, et que vous n’y connaissez rien, vous ne
comprendrez pas grand-chose. Pour lire, pour comprendre, il faut déjà savoir…. Platon avait vu ça il y a
2400 ans. Les sciences cognitives le confirment. C’est
paradoxal, hein ? Si on ne transmet pas systématiquement
du savoir aux gens, ils seront incapables de lire, d’apprendre et de comprendre. C’est l’une des causes de
l’analphabétisme : on peut déchiffrer les mots, mais on ne
peut tirer le sens d’un énoncé.
Collections : À votre avis, qu’est-ce qui manque sur les
tablettes des librairies en matière d’essais ?
NB : Je trouve qu’on publie beaucoup d’essais intéressants
et variés au Québec, dans un éventail idéologique assez
large. D’un côté, une maison comme Accent grave produit
des essais de nature conservatrice et de droite, de l’autre,
Lux ou Écosociété publient des ouvrages qui tendent vers
la gauche.
Les anglophones, eux, produisent beaucoup d’essais à
mi-chemin entre l’ouvrage académique et l’ouvrage de
vulgarisation pure, cartonnés, abondamment illustrés,
colorés, avec un grand soin apporté à la finition ; je pense
par exemple à An Appetite for Wonder, de Richard Dawkins,
ou à Cosmos, de Carl Sagan, qui vulgarise l’histoire des
sciences de manière extraordinaire. On ne trouve pas
vraiment d’équivalent au Québec, probablement parce
que ces livres coûtent trop cher à produire – les essais,
typiquement, se vendent très peu – et qu’ils nécessitent
l’appui d’une grande équipe.
Collections : Comme vous l’avez mentionné plus tôt, vous vous
inquiétez de l’état des grands médias, qui ne jouent pas le
rôle qu’ils devraient jouer dans la « conversation démocratique », à savoir informer le citoyen. Incidemment, que
pensez-vous de la couverture médiatique des essais ?
Trouvez-vous qu’ils ont la place qui leur revient ?
NB : On parle peu de livres, c’est extrêmement dommage.
Ce que vous rapportez est exact : je fais en effet une critique assez sévère du rôle des médias. Je crois qu’il y a
beaucoup à améliorer… On vit dans le règne de l’« opinionite » : les journaux présentent peu d’enquêtes, peu de
travail de terrain. En ce moment, Radio-Canada est littéralement massacrée sans que ça ne soulève d’indignation.
Les raisons de s’inquiéter sont donc nombreuses et je les
maintiens. Pour moi, ceci est extrêmement important :
dans le cas de la littérature et des essais, nous devrions
penser dans une logique de proposition d’une offre, plutôt
que de réponse à une demande. C’est absolument crucial.
Des institutions indépendantes comme Le Devoir peuvent
penser dans ces termes-là, peuvent faire des propositions
– on verra comment les gens vont réagir, mais essayons
peu à peu de les éduquer, de les amener vers autre chose.
Si on se contente de répondre à leurs demandes, on ne
parlera jamais d’essais ! Nécessairement, un espace
médiatique occupé par des entreprises qui ont un souci
de rentabilité à court terme entre en contradiction avec
une logique pédagogique. Des efforts sont faits, à ARTV
par exemple, et il faut certes les appuyer. Je pense comme
Aristote : on devient ce qu’on fait. Pour moi, Brassens est
un des plus grands de la chanson. Si tu n’as jamais
entendu Brassens, tu ne peux pas savoir que t’aimes ça !
C’est la mission de Radio-Canada que de faire des propositions, mais elle s’en éloigne. C’est extrêmement triste.
Collections : On se tourne beaucoup vers Internet pour commenter, critiquer la littérature maintenant.
NB : Oui, les livres sont commentés sur des blogues, même
par des citoyens ! C’est encourageant, ça crée un nouvel
espace de diffusion des idées.
Si vous aviez trois suggestions d’essais à nous
faire, quelles seraient-elles ?
Collections :
NB : Le cimetière des humanités, de Pierre-Luc Brisson
(Poètes de brousse) : un salutaire rappel de l’importance
des classiques.
Parti Pris. Une anthologie (Lux) : un moment fort du militantisme et de la théorie sociale et politique superbement
présenté par Jacques Pelletier.
L’Empire du libre-échange, de Claude Vaillancourt
(M éditeur) : une présentation accessible d’un sujet brûlant qui devrait intéresser tout le monde, tant il a de
l’incidence sur nos vies.
Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Audrey PERREAULT
Un œil critique
sur la
production
médiatique
et culturelle
Aucun sujet n’est exclu lorsqu’il est question d’essais ! Il n’est donc pas surprenant de voir les
essayistes québécois réfléchir à tous les aspects de
notre société, les médias et la culture ne faisant pas
exception.
D’un côté, l’univers médiatique, souvent appelé le
« quatrième pouvoir », donne lieu à de nombreux
ouvrages quelque part entre la réflexion et le manuel
pratique pour développer ou préserver précieusement un regard critique sur ce qui nous est proposé,
mais aussi pour nous doter d’habitudes saines pour
mieux analyser le contenu. De l’autre, les essais
culturels foisonnent d’idées sur la création littéraire
et artistique, sur la réception critique, sur les nouvelles perspectives que la culture peut offrir et sur les
mutations auxquelles elle fait perpétuellement face.
Loin de représenter une liste exhaustive des ouvrages
en la matière, les titres qui suivent sont avant tout une
manière d’ouvrir la réflexion et de se lancer à visiter
ou à revisiter ou encore à raturer et à réinventer.
31
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Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Médias
Un Québec polémique. Éthique de la discussion dans les débats
publics de DOMINIQUE GARAND, PHILIPPE ARCHAMBAULT
et LAURENCE DAIGNEAULT DESROSIERS tente de comprendre ce qui guide nos
paroles et prises de positions
lors de discussions à caractère polémique. Le tout, en
illustrant son propos à travers
plusieurs analyses et événements ayant suscité un débat
public dans les années 1990.
Quelles sont nos motivations ?
Est-ce le bien commun ou nos
intérêts ? L’enjeu réel est-il le
pouvoir ou la vérité ? Selon la
réponse, peut-on créer une
éthique de discussion pour
faciliter la communication humaine ? Alors que les médias
sociaux sont souvent la scène de telles discussions, l’essai
amène à réfléchir sur les diverses prises de parole dont
nous sommes le spectateur ou encore l’acteur principal.
Illusions. Petit manuel pour une critique des médias de SIMON
TREMBLAY-PEPIN publié chez Lux en 2013 se base sur
(Hurtubise, coll. « Cahiers Québec » 452 p., 2014, 44,95 $,
NUM
NUM
NUM
978-2-89723-048-7.)
Dans cette réédition de l’essai
Lire le Québec au quotidien,
LOUIS CORNELLIER, chroniqueur au journal Le Devoir,
auteur de plusieurs essais et
enseignant au Cégep de
Joliette, propose un mélange
entre le texte d’opinion et l’outil pédagogique. Le but de
l’ouvrage : contribuer à développer une lecture éclairante
des quotidiens québécois.
Comment ? En se basant
sur les propos de spécialistes
du sujet, soit Jacques Guay, Pier re Sormany et
Pierre Bourgault, en analysant en profondeur les journaux d’ici et, aussi, les journalistes vedettes. À la fois intéressant et formateur !
Mutations de l’univers médiatique : médias traditionnels et
nouveaux, sous la direction de
NORMAND BAILLARGEON, est
une réflexion sur l’avenir des
médias et des technologies de
l’information. Avec les profondes mutations auxquelles
on assiste actuellement, les
médias traditionnels sont-ils
appelés à disparaître ? Quel
rôle viennent jouer les prises
de position et les publications
citoyennes où chacun peut s’exprimer et diffuser ses
idées ? L’essai propose de réfléchir à ce sujet d’actualité en
compagnie de plusieurs personnalités du milieu médiatique : Stéphane Baillargeon (Le Devoir), Florent Daudens
(Radio-Canada), Philippe de Grosbois (À bâbord !),
Chantal Francœur, Anne Goldenberg, Isabelle Gusse,
Simon Jodoin (Voir), ainsi que des mem­bres du groupe
Guet.
(Typo, coll. « Essais et livres de référence », 160 p., 2013, 13,95 $,
NUM
NUM
NUM
978-2-89295-396-1.)
(M Éditeur, coll. « Magazine À bâbord », 148 p., 2014, 15,95 $,
NUM
NUM
NUM
978-2-923986-97-5.)
plusieurs pensées différentes pour amener le lecteur à se
questionner sur l’information
médiatique qui lui est proposée. En effet, l’ouvrage utilise
une formule en cinq étapes
permettant au lecteur de développer un regard complet, l’auteur le guidant pas à pas dans
son cheminement. Alors que
l’information prend davantage
la forme du spectacle avec le
sensationnalisme, la pression
de la rentabilité, le mimétisme… Comment s’y retrouver ? Avec un bon esprit de
vulgarisation et de synthèse, Simon Tremblay-Pepin ne
donne pas de réponses, mais sait faire réfléchir.
(Lux éditeur, coll. « Lettres libres », 150 p., 2013, 14,95 $,
978-2-89596-170-3.)
33
Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Définissant d’emblée le populisme, PHILIPPE BERNIER ARCAND
traite de la montée de ce phénomène en Europe, aux États-Unis et
au Québec avec un regard critique. Traitant autant des personnalités populistes (on pense ici,
notamment, à Éric Duhaime, Jean
Tremblay, etc.) que des réflexes
populistes des partis politiques
(on y écorche au passage certaines pratiques des libéraux
de Jean Charest durant la crise étudiante, mais aussi
l’ADQ, le PQ, la CAQ), l’auteur propose, dans une écriture
efficace, un large éventail d’exemples. La dérive populiste
permet d’analyser des procédés qui viennent nuire à
l’exercice démocratique. Cette pratique étant, pour le
moment, plus subtile au Québec qu’ailleurs, n’est-il pas
le temps de sonner l’alarme avant qu’il soit trop tard ?
(Poètes de Brousse, 170 p., 2013, 20 $, 978-2-92333-862-0.)
Culture
Faisant suite à son essai, Après le printemps, PIERRE-LUC
BRISSON poursuit sa réflexion dans Le cimetière des humanités. Reprenant le fil de son premier livre, il traite des enjeux
périphériques de la crise étudiante : le contenu des études
et la marchandisation de celles-ci. La transmission de la
culture et l’éducation étant deux sujets indissociables, il se
questionne sur le rôle politique de l’enseignement. Quelles
sont les conséquences de la méconnaissance de notre
héritage ? Ainsi, dans ce plaidoyer
pour un retour des enseignements
des humanités, l’auteur invite à
réfléchir sur la vision que nous
avons de l’éducation et la vocation
que nous voulons lui donner.
(Poètes de Brousse, coll. « Essai libre »,
102 p., 2014, 18 $, 978-2-92333-872-9)
34
Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Musique
Entre l’essai et le témoignage, La musique
autiste. Vivre et composer avec le syndrome d’Asperger d’ANTOINE OUELLETTE est une réflexion
sur la place de l’autisme dans la société, sur la
création et sur l’éthique sociale. Mettant en
parallèle son expérience personnelle et son
processus de création de compositeur, le livre
se veut surtout un message d’espoir pour
nuancer les propos souvent pessimistes reliés
aux différentes formes d’autisme. Retraçant
les événements de sa vie, de l’enfance à
aujourd’hui, l’auteur expose ce que représente la vie quotidienne d’une personne
atteinte d’autisme. C’est à l’écriture de ce livre
que l’auteur a décelé dans ses compositions
des caractéristiques propres à son syndrome.
À la fois une histoire touchante et une
réflexion profonde sur la société et la création, l’auteur nous propose un essai envoûtant
et lumineux.
(Éditions Triptyque, 313 p., 2011, 25 $,
978-2-89031-729-1.)
Littérature
Auteure d’Écrire dans la maison du père et professeure à
l’Université de Carleton, PATRICIA SMART revient avec
De Marie de l’Incarnation à Nelly
Arcan – Se dire, se faire par l’écriture
intime. Cet ouvrage est né d’un
désir d’analyser les parcours des
femmes qui ont pris part à l’évolution de la société québécoise
depuis la Nouvelle-France en
s’impliquant dans des événements marquants. Alors que
nous avons souvent eu accès à
une analyse des personnalités
publiques, peu d’auteurs se sont penchés sur la sphère
intime de ces protagonistes qui se révèle dans leurs écrits.
C’est donc cet accès privilégié que nous offre Patricia
Smart en nous proposant de découvrir beaucoup plus que
de simples témoignages de réalités sociales.
(Boréal, coll. « Essais et Documents », 448 p., 2014, 29,95 $,
978-2-76462-345-9.)
Dans son essai D’un monde à
l’autre : tracées des littératures francophones, LISE GAUVIN, critique
littéraire, écrivaine et essayiste
québécoise, nous propose de
découvrir ses coups de cœur littéraires à travers toute la fran­
cophonie, brisant ainsi les
frontières sous la forme de chroniques. L’essayiste nous ac­com­
pagne donc dans un voyage
inspirant dans le monde des mots, mais aussi des odeurs,
des paysages et des sonorités avec comme seul point d’ancrage les textes d’auteurs de talent.
(Mémoire d’encrier, coll. « Essais », 456 p., 2014, 29,95 $,
NUM
NUM
NUM
978-2-89712-090-0.)
Bien connu pour sa première
publication, Arvida, un recueil
de nouvelles paru en 2011,
SAMUEL ARCHIBALD est aussi
professeur de littérature et de
cinéma. Il publiait d’ailleurs, en
2009, une réflexion sur les nouvelles formes de textes apparus
depuis les vingt-cinq dernières
années, toujours au Quartanier,
dans la collection « Erre Essais »,
sous le titre de Le texte et la technique. La lecture à l’heure des
médias numériques. S’efforçant de proposer des manières
d’analyser les nouvelles pratiques de lectures pour suivre
les récentes évolutions, l’essai d’un peu plus de 300 pages
propose d’abord une approche plus théorique pour
ensuite entrer plus concrètement dans les différentes
techniques. Le tout, en définissant au passage le texte
dont la portée se complexifie avec l’avènement du numérique. Une réflexion toujours actuelle d’un auteur de
grand talent !
(Quartanier, coll. « Erre Essais », 312 p., 2009, 29,95 $,
978-2-923400-55-6.)
La Vitrine de l’Entrepôt du livre numérique
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36
Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Cinéma
Cinéma québécois, de l’artisanat à l’industrie
de GILLES MARSOLAIS présente en plusieurs textes un panorama du cinéma
québécois : d’abord avec une mise en
contexte d’ordre culturel et historique,
puis à travers des chapitres sur les importants cinéastes et leur production. Les
textes retravaillés ou adaptés étaient initialement publiés dans la revue 24 images.
L’ensemble de l’ouvrage gravite autour
du moment où le cinéma québécois est
passé du stade artisanal à l’in­dus­trialisation. Se
concentrant sur les points de vue, les textes se
veulent avant tout accessibles. L’essai constitue
en ce sens une exploration, une introduction à
la recherche de significations et d’analyse de la
production cinématographique d’ici. Une lecture que l’on peut faire en continu ou de manière
désordonnée pour les cinéphiles ou simplement
pour les curieux !
(Éditions Triptyque, 318 p., 2011, 30 $,
978-2-89031-727-7.)
Art Le Sabord
Dans une formule bilingue et
abordant une thématique différente à chaque numéro, la
revue Esse offre à son lectorat
un regard approfondi sur les
œuvres d’actualité et sur des
problématiques artistiques en
offrant des essais sur la relation de l’art avec son con­­
texte. Mélangeant portfolios,
articles traitant de la scène
culturelle internationale, comptes rendus d’expositions et
publications, le tout dans un cadre graphique dynamique,
Esse est un incontournable en matière d’art.
Revue hybride mélangeant la
création littéraire et la création visuelle, Art Le Sabord est
une revue qui a maintes fois
été récompensée par des prix.
Se concentrant principalement sur la poésie et l’art
contemporain, la revue réunit
trois fois par année des écrivains d’ici et des artistes de
partout.
98
CANADA 9,95 $
USA $10
EUROPE 10€
Esse
Détournement
Revues
Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Annabelle MOREAU
Analyser et réfléchir
les essais
religion
philosophie
sur la
et la
Neutralité, laïcité, crucifix ou patrimoine religieux
sont des vocables que les Québécois ont beaucoup
entendus ces dernières années, et surtout au cours
des douze derniers mois. Ce n’est donc pas un
hasard si plusieurs des essais rassemblés ici ont
comme point commun le débat qui fait rage au
Québec depuis la tenue de la commission BouchardTaylor en 2007 ou l’un de ses résultats, la Charte des
valeurs québécoises déposée par le Parti québécois
au mois de novembre 2013.
Le projet de loi 60 a surtout été critiqué parce qu’il
proposait de proscrire le port de signes religieux
ostentatoires pour certains employés de l’État,
notamment dans les hôpitaux ou les centres de la
petite enfance (CPE). Mais si, à la suite de la défaite
des péquistes aux élections d’avril 2014, il ne voit
finalement pas le jour, il n’en demeure pas moins
qu’il continuera à faire couler beaucoup d’encre et à
alimenter de nombreuses tribunes téléphoniques.
37
38
Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Les divers « camps » — les pro-charte, les inclusifs, les Janettes, les opposants — se sont lancé la balle et
accusés mutuellement de manipuler le passé, triturer le présent, revenir en arrière, isoler certains groupes, et
j’en passe. Le débat est complexe, certes, mais justement, pour le comprendre, et pour pouvoir analyser de
tels enjeux, il faut posséder certains outils ou aller les chercher ailleurs. Normand Baillargeon, dans Petit
cours d’autodéfense intellectuelle décrit cette nécessité d’une pensée critique :
« Mais s’il est vrai, comme je le pense, qu’à chacune des avancées de l’irrationalisme, de la bêtise, de la
propagande et de la manipulation, on peut toujours opposer une pensée critique et un recul réflexif, alors
on peut, sans s’illusionner, trouver un certain réconfort dans la diffusion de la pensée critique. Exercer son
autodéfense intellectuelle dans cette perspective est un acte citoyen. »
çu de la variété et de la complexité
é étatique pluraliste avec des études
s espaces nationaux et des analyses
umaines et juridiques.
au Département de sociologie de l’Unie la Chaire de recherche du Canada en
la Faculté de théologie et d’études relioke et titulaire de la Chaire de recherche
ncée.
Trajectoires de la neutralité
rte des valeurs de la laïcité, qui ont
avril 2014, la neutralité de l’État en
itions de sa mise en œuvre ont été
ont les enjeux autour desquels se
ées par l’application du principe de
aïques en matière de régulation de la
r des régimes de « reconnaissance »
action entre acteurs religieux et État
iques où ce principe est directement
ns ne se posent pas uniquement au
aires ont lieu dans d’autres contextes
pective de l’idée du Québec comme
amir aux • koussens
Si lire des essais, développer son esprit critique et apprendre à se défendre intellectuellement peut nous aider
à élever le débat sur la laïcité et être de meilleurs citoyens, qu’attendons-nous ?
Les professeurs VALÉRIE AMIRAUX (sociologie, Université de Montréal) et DAVID KOUSSENS (théologie, Uni­
versité de Sherbrooke) ont combiné leurs expertises
pour créer Trajectoires de la
neutralité. Ils ont convié une
douzaine de chercheurs européens et nord-américains à
réfléchir sur la neutralité de
l’État et sa mise en application. Avec des exemples du
Trajectoires
passé et du présent, du Quéde la neutralité
bec et d’ailleurs, notamment
de la France et de la Pologne,
l’ouvrage est extrêmement
per tinent pour ceux qui
veulent comprendre les
enjeux autour du projet de Charte des valeurs de la laïcité
et les âpres débats – notamment à propos du crucifx de
l’Assemblée nationale ou du port du voile – qu’il a
alimentés.
Sous la direction de
Valérie A mir au x
isbn 978-2-7606-3348-3
PUM
et
Dav id Koussens
Les Presses de l’Université de Montréal
14-04-17 11:30
(Presses de l’Université de Montréal, coll. « PUM », 2014, 192 p.,
NUM
NUM
NUM
34,95 $, 978-2760633-483.)
Professeur au Département d’éducation et de pédagogie de l’UQAM,
mais aussi essayiste et blogueur
prolifique, un brin anarchiste,
NORMAND BAILLARGEON est de
toutes les tribunes. Si plusieurs de
ses publications devraient être
obligatoires, tant elles sont pertinentes pour les cerveaux en formation, Petit cours d’autofdéfense
intellectuelle, paru en 2005, est l’ultime initation à la pensée
critique publiée ces dernières années. Le manuel, illustré
par Charb, dépeint avec juste ce qu’il faut de sérieux et
d’humour les outils intellectuels pour comprendre les
informations qui nous submergent. La rhétorique comme
vous ne l’avez jamais vue.
(Lux éditeur, coll. « Instinct de liberté », 2005, 344 p., 21,95 $,
978-2-89596-044-7.)
Même si Socrate n’a laissé aucun écrit, le célèbre philosophe
grec fait encore couler beaucoup d’encre. ROBERT AIRD,
historien de l’humour, et YVES TROTTIER, auteur et philosophe, ont interrogé l’un des mentors de Platon sur des
questions drôlement actuelles, notamment les gaz de
schiste, le Printemps érable et
la corruption et la collusion.
Dans Qu’en dis-tu Socrate ?, l’inventeur de la philosophie
morale dialogue sur le mode
de la parodie avec des personnages fictifs et loufoques,
mais non moins pertinents,
comme Xenophobite, Alar­
gentos ou Ploutocratos. L’humour comme remède au
cynisme.
(VLB éditeur, 2014, 160 p., 19,95 $,
NUM
NUM
NUM
978-2-89649-533-7.)
39
Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Qui a dit que la philosophie était ardue ? BARRY LŒWER,
professeur à la Rutgers University au Nouveau-Brunswick,
a fait le pari d’en démystifier certains aspects en moins
d’une minute. Philosophies en 30 secondes présente une cinquantaine de concepts, de philosophes et de momentsclés (la caverne de Platon, « je pense donc je suis » de
Kant, le matérialisme historique de Marx, l’énigme d’Épicure, entre autres), dé­partagés en grandes sections où se
greffent des glossaires thématiques par ­ti­culièrement
astucieux. Sans compter
que les illustrations qui
accompagnent les textes
font autant rire que réfléchir.
(Hurtubise, coll. « Livres pratiques », 2011, 160 p., 21,95 $,
NUM
978-2-89647-527-8.)
La statue de Jésus mise en danger par un marteau qui
semble vouloir la réduire en pièces donne le ton du collectif Le Québec en quête de laïcité. JEAN-MARC PIOTTE et
NORMAND BAILLARGEON ont scruté la laïcité et rassemblé une quinzaine de chercheurs aux points de vue différents autour de quatre grands thèmes : le modèle de
laïcité pour le Québec, la religion dans l’espace public,
l’école et la religion, et enfin
le port du voile et la question
des femmes. Une réflexion
tout indiquée pour mieux
comprendre le Québec postrapport Bouchard-Taylor.
(Écosociété, coll. « Actuels », 2011,
144 p., 17 $, 978-2-923165-77-6.)
NUM
NUM
Revivre, réfléchir et repenser le Québec
CHRONIQUES POLITIQUES
Tome 1 • 1966-1970
René Lévesque
UN QUÉBEC POLÉMIQUE
Dominique Garand
Laurence Daigneault Desrosiers
Philippe Archambault
IL ÉTAIT UNE FOIS DES USINES
Jacques Houle
[À paraître le 16 octobre]
Également disponibles
en version numérique
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Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
La laïcité n’est pas simplement un modèle de société
pour DJEMILA BENHABIB ,
c’est surtout un mode de vie.
En 2009, elle publiait Ma vie à
contre-coran et dénonçait
l’amalgame fait durant la commission Bouchard-Taylor
entre musulmans et islamistes. Femme de tête et
essayiste brillante, elle fait
paraître, en 2011, Les soldats
d’Allah à l’assaut de l’Occident
où elle déplore avec virulence les relations entre les islamistes et la gauche occidentale. Son plaidoyer vibrant
permet du même souffle de revenir sur l’histoire des
peuples de culture musulmane afin de mieux disséquer
les dérives de l’islam politique.
(VLB éditeur, coll. « Partis pris », 2011, 304 p., 27,95 $,
NUM
NUM
NUM
978-2-89649-313-5.)
Il peut être pertinent de faire
un détour par le passé pour
comprendre le présent. Pourquoi je ne suis pas chrétien de
NUM
NUM
BERTRAND RUSSELL (18721970) plonge dans la pensée de
ce grand mathématicien et philosophe agnostique. Préfacé
par Normand Baillargeon, l’essai rassemble trois textes polémiques du Britannique, qui était
également romancier (prix
Nobel de littérature 1950). L’auteur réfute les preuves de
l’existence de Dieu et rejette les religions (bouddhisme
ou islamisme compris), ces institutions qui ont à maintes
reprises fait obstacle au progrès, qu’il soit intellectuel ou
moral. L’éthique, oui, mais sans « religiosité », écrit
Russell.
(Lux éditeur, coll. « Instincts de liberté », 2011, 206 p., 14,95 $,
978-2-89596-111-6.)
Si pour certains la Révolution
tranquille a fait souffler un vent
de modernité sur le Québec,
PAUL-ÉMILE ROY pense tout le
contraire. L’auteur de La crise
spirituelle au Québec croit plutôt
que nous sommes maintenant
aveuglés par la consommation,
le spectacle et l’insignifiance, et
que nous n’avons plus de
morale ou d’éthique. Souverainiste convaincu, Roy dresse un
sombre portrait de ses semblables : en crise et désenchantés, car ils n’ont plus la religion pour les guider. Déprimant
parfois, le point de vue de l’essayiste permet toutefois de
faire le pont entre le Québec d’antan et d’aujourd’hui.
(Fides, coll. « L’essentiel », 2012, 180 p., 21,95 $, 978-2-92369-4-306.)
NUM
Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Raymond BERTIN
Sciences et environnement
documenter
l’urgence
Il y a maintenant des décennies que les premières
alertes étaient lancées par les scientifiques : si
l’exploi­tation et le gaspillage des ressources naturelles par l’homme se poursuivaient au même rythme,
tôt ou tard la planète, notre mère la Terre ne pourrait
plus le supporter. Dire qu’ils n’ont pas été entendus
serait sans doute un peu exagéré. Les nombreux cris
d’alarme et des études scientifiques menées dans
tous les domaines ont permis de mettre les questions
de protection de l’environnement au cœur des préoccupations de l’ensemble des sociétés civiles, du
moins en Occident. On a vu de grandes organisations
mobilisées dans des discussions internationales et la
signature d’ententes qui devaient freiner la pollution
inhérente à la croissance économique exponentielle,
si dommageable pour la nature. Le Protocole de
Kyoto représente le succès emblématique de ces
années de prise de conscience. Son abandon, notamment par le Canada, a retardé de façon importante
les avancées en matière de lutte contre les changements climatiques.
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Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Au fil des ans et des décennies, les méfaits combinés de l’industrialisation de l’agriculture et de la mondialisation du commerce, puis de la modernisation de plusieurs pays en émergence, se sont multipliés. Et ce,
malgré les raffinements technologiques qui, en théorie, devraient aider les humains à minimiser leur empreinte
sur le monde naturel. Les chercheurs et chroniqueurs scientifiques ont poursuivi leurs publications, multipliant
les titres chocs, souhaitant éveiller les consciences devant des faits de plus en plus inquiétants. Le Québec a vu
naître quelques penseurs et vulgarisateurs d’envergure, tels Fernand Seguin, Hubert Reeves, Pierre Dansereau,
Frédéric Bach, ou Steven Guilbeault et Laure Waridel plus récemment, hommes et femmes engagés dans
différentes causes dites environnementales, qui en réalité se recoupent, se rejoignent, tout étant lié dans cet
univers fragile auquel nous appartenons. La lecture de quelques ouvrages parus ces dernières années nous
en convainc d’emblée.
À titre d’initiation aux divers
sujets que regroupe ce grand
thème des sciences et de l’environnement, on plongera
avec ravissement dans l’ouvrage collectif Les meilleurs blogues de science en français,
sélection 2014, dirigé et présenté par PASCAL LAPOINTE,
rédacteur en chef de l’Agence
Science-Presse. Divertissant
par sa variété thématique, attrayant par la qualité des
plumes qu’on peut y lire – 50 textes choisis par un jury
parmi 282 soumis –, le recueil répond à des questions ou
déboulonne des mythes à propos des hamburgers de
McDo, des téléphones intelligents, des femmes cosmonautes, de la fluoration de l’eau, du nucléaire, de l’alimentation et de la culture du riz en Afrique, etc. L’intérêt des
blogues, c’est que les auteurs, non liés à un média traditionnel, ont une totale liberté de penser et d’écrire.
(Éditions Multimondes, 318 p., 2014, 27,95 $,
978-2-89544-470-1.)
Actualité passagère, pertinence durable
On pourrait craindre que les ouvrages traitant de sciences
et d’environnement perdent rapidement de leur actualité,
car le monde change, à trop grande vitesse si on songe
aux perturbations climatiques de plus en plus imprévisibles et violentes. Pourtant, la plupart de ces livres
demeurent pertinents même quelques années après leur
parution : ils tracent le portrait d’une situation, d’un problème, d’un phénomène à un moment donné de l’histoire
et constituent de solides aide-mémoire permettant de saisir les choses dans leur processus évolutif. Bien des
auteurs récidivent, développent un thème, creusent une
question, procédant à des mises à jour dans de nouveaux
bouquins, qui s’ajoutent aux précédents pour former une
œuvre parfois imposante. Le biais scientifique obligeant,
on y trouve généralement des mines d’informations
fiables, appuyées sur les recherches et les observations
d’experts, ainsi que les sources que les auteurs se font un
devoir de citer. Des gens comme Claude Villeneuve, Alain
Deneault ou le Canadien David Suzuki, parmi les plus
reconnus, ont à leur actif de nombreux ouvrages qu’on a
intérêt à lire et à relire.
Dans son livre Est-il trop tard ?, le
biologiste CLAUDE VILLENEUVE,
figure connue de la télévision où il
intervient souvent sur des questions d’environnement, a voulu
faire le point sur les changements
climatiques. À cette question stressante que plusieurs se posent, il
élabore une réponse nuancée
après une démonstration minutieuse, accompagnée de nombreux
graphiques, qui prennent en compte tous les facteurs
influençant le réchauffement planétaire qui nous menace.
Dimension historique, sciences du climat, prévisions des
experts et impacts sur les océans, biodiversité, gestion de
l’eau potable et de l’alimentation humaine, rien n’est laissé
au hasard. Selon lui, on ne peut revenir en arrière : il faut
à présent envisager les moyens de s’adapter au monde
nouveau dans lequel nous allons vivre. Mais pour y arriver, une nouvelle façon de voir les choses doit s’imposer,
ce qui est encore loin d’être fait.
(Éditions Multimondes, 312 p., 2013, 29,95 $, 978-2-89544-461-9.)
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Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Dans Le Prochain Virage, qu’il
cosigne avec l’environnementaliste FRANÇOIS TANGUAY,
STEVEN GUILBEAULT , le
co­fon­dateur, porte-parole et
directeur principal d’Équiterre, revient sur l’ensemble
des causes et des impacts des
changements climatiques,
multipliant les révélations
chocs, chiffres à l’appui, sur
l’exploitation des sables bitumineux et l’argent investi
dans l’énergie fossile. Tablant sur les atouts et les avancées du Québec en matière d’énergie durable et renouvelable, il tente de dégager des pistes d’avenir pour notre
province, qui peut ainsi se démarquer de l’ensemble du
Canada. Sur un ton engagé et convaincu, il exhorte les
gouvernants, comme ses concitoyens, à adopter rapidement de nouvelles attitudes, éthiques et responsables.
Cela pour le mieux-être de tous, et en particulier pour
ceux qui viendront après nous.
(Éditions Druide, 300 p., 2014, 24,95 $, 978-2-89711-099-4.)
La Californienne d’origine
française BÉA JOHNSON
apporte, avec Zéro Déchet, la
preuve qu’on peut changer
ses façons de faire et agir à
petite échelle. Constatant un
jour la futilité du confort à
l’américaine, où l’on court
pour posséder toujours plus,
en consommant sans se préoccuper des conséquences
sur l’environnement et sur sa
propre santé, l’auteure et sa
famille ont pris le virage radical de produire le moins de
déchets possible. Un objectif qu’une multitude de petits
gestes quotidiens permettent de viser. Son ouvrage, où
elle témoigne de ses prises de conscience successives, est
aussi plein de trucs que chacun peut adopter ou adapter
à sa réalité. Elle y fait le tour des pièces de la maison et
des occasions de consommation à repenser. Instructif et
pratique, le livre est une adaptation de l’œuvre originale
et offre de nombreuses ressources québécoises pour
nous aider à réduire notre empreinte écologique.
(Éditions Transcontinental, 400 p., 2014, 24,95 $, 978-2-89472-940-3.)
Les
livres
de votre
automne
editions-homme.com
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Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Science…
politique
Les scientifiques ont souvent la réputation de se tenir
au-dessus de la mêlée, s’attachant avant tout à la véracité
des faits, loin des débats publics et de toute prise de position politique. Les temps changent sur ce plan aussi. À
force de se voir contester par les pseudo-experts à la solde
des grandes industries, de se faire manipuler ou carrément museler par des élus peu scrupuleux, plusieurs ont
choisi, au nom de la vérité qu’ils chérissent, de monter au
créneau pour se faire entendre. Pas étonnant que la plupart des essais traitant de sciences et d’environnement
reflètent des engagements citoyens, quels que soient
leurs auteurs, à une époque que plusieurs considèrent
comme un moment charnière dans l’histoire de l’humanité. Rien de moins.
La parole des experts permet
d’éclairer certains débats et
de soutenir un mouvement
citoyen face aux décisions
controversées d’un gouvernement. Les journalistes
PHILIPPE-VINCENT FOISY et
JULIEN MCEVOY ont mené
l’enquête sur le cafouillis
entourant la question de l’exploration des gaz de schiste
au Québec. Leur très instructif ouvrage, Le scandale du gaz
de schiste, quoique bref, ne manque pas de pertinence et
de leçons à retenir. Mettant en évidence les dangers de
cette exploration et l’incroyable impunité dont jouissent
les compagnies minières, ce livre éclaire aussi l’improvisation, voire l’irresponsabilité du gouvernement Charest
dans ce dossier. Il montre comment la mobilisation
citoyenne peut changer les choses, même devant les lois
iniques dont les multinationales d’exploitation savent tirer
profit, et de gros profits !
(VLB éditeur, coll. « Partis pris actuels », 160 p., 2011, 14,95 $,
978-2-89649-354-8.)
Diplômé de philosophie, de théologie, d’histoire et de
sciences politiques, ROMÉO BOUCHARD a été journaliste,
agriculteur biologique, enseignant et cofondateur de
l’Union paysanne, qu’il a présidée pendant plusieurs
années. Comme le titre de
son livre, Les champs de
bataille, le laisse entendre, il
précise d’entrée de jeu :
« Mon propos n’est pas technique ni scientifique, mais
politique et engagé. » Il se
révèle fort bien documenté, à
l’instar de ses précédents
ouvrages. Son discours s’appuie sur une longue expérience du terrain. Refaisant l’histoire de l’agriculture biologique au Québec, l’auteur en
démontre aussi les défis. Il constate que la présence du
bio sur nos marchés reste mitigée, l’industrie agroalimentaire, essentiellement le fait de multinationales, demeurant reine de nos assiettes. L’auteur croit cependant que
nous n’aurons pas le choix de revenir à la petite agriculture pour assurer notre avenir.
(Éditions Écosociété, 132 p., 2014, 19,00 $, 978-2-89719-129-0.)
Noir Canada
Les auteurs qui s’attaquent aux grandes compagnies soutenues par nos gouvernements deviennent fréquemment,
à leur tour, la cible d’attaques bien orchestrées. Un
exemple probant est le cas de l’essayiste Alain Deneault,
dont le livre Noir Canada, sur les crimes perpétrés par les
compagnies minières canadiennes en Afrique, lui a attiré,
ainsi qu’à son éditeur, Écosociété, des poursuites-baillons
mémorables et hautement médiatisées. On peut penser
que ce dernier avait visé très juste quand on voit l’évolution conflictuelle des relations entre le gouvernement
Harper et les scientifiques et experts de tous horizons.
À en juger par ce qu’est à présent devenu l’état des relations, ou l’absence de relations, entre le gouvernement
Harper et les scientifiques de tous horizons, on peut penser que ce dernier avait assurément visé juste.
Pour s’en convaincre, il faut lire l’édifiant ouvrage Science,
on coupe !, du journaliste albertain Chris Turner. D’emblée,
celui-ci relate l’étonnante « marche des blouses blanches »,
qui a vu déferler sur la colline parlementaire à Ottawa, en
Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
2012, quelques milliers de
chercheurs, dont d’éminents
professeurs d’université protestant contre la guerre que
leur a déclarée le gouvernement Harper. S’appuyant sur
des sources minutieusement
répertoriées, le journaliste
énumère les décisions hostiles
à la science de nos dirigeants
canadiens : fermeture de bases
scientifiques dans l’Arctique,
où on va forer des puits de
pétrole, dérèglementation de la pêche et coupes budgétaires dans les recherches océanographiques, musèlement des scientifiques à l’emploi de l’État, compressions
draconiennes dans tous les services de protection de l’environnement, etc. Ce sont les bases mêmes de la démocratie qu’on sape, en s’attaquant ainsi à l’esprit des
Lumières, croit-il.
(Éditions du Boréal, 228 p., 2014, 22,95 $, 978-2-7646-2321-3.)
Après la saga judiciaire entourant son ouvrage Noir
Canada, finalement retiré de la vente, ALAIN DENEAULT,
docteur en philosophie de l’Université de Paris-VIII et professeur de « pensée critique » à l’Université de Montréal,
n’a pas cessé de publier. Le livre Paradis sous terre, qu’il
cosigne avec WILLIAM SACHER, s’intéresse à nouveau aux
compagnies minières de partout qui profitent du système
législatif du Canada et de sa
complaisance diplomatique.
Les auteurs révèlent que nos
lois favorisent et soutiennent
les projets d’extraction dans
les pays les plus vulnérables,
en se lavant les mains des
conséquences néfastes pour
les populations et la nature.
La Bourse de Toronto apparaît comme la plaque tournante d’un système de spéculation minière mondial. Les
opérations douteuses de pillage des ressources, d’expropriations violentes et de pollution à grande échelle
demeurent impunies, malgré les preuves documentées
par de nombreuses sources.
Saviez-vous?
Il existe de l’aide financière
pour la publication et la
traduction de livres savants
Grâce au programme
Prix d’auteurs pour
l’édition savante (PAES)
Qui offre chaque année
• 180 subventions de publication de
8 000 $
• 5 subventions de traduction de
12 000 $
Aucune date de limite — les demandes
sont acceptées tout au long de l’année.
Pour en connaître davantage :
www.idees-ideas.ca/paes
Le PAES est un programme de la
(Éditions Écosociété, 188 p., 2012, 23 $, 978-2-89719-006-4.)
Le PAES est financé par
le Conseil de recherches en
sciences humaines du Canada
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Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
À l’échelle de la
planète
À l’instar d’un Hubert Reeves, l’homme de science, biologiste et amoureux de la
nature DAVID SUZUKI s’exprime avec la force des mots
d’un poète. Sa pensée
englobe toutes les facettes de
la condition humaine, intrinsèquement liée à la nature :
« …il n’y a pas d’environnement “là autour”, séparé de
nous ; j’ai fini par comprendre
que nous sommes l’environnement », écrit-il. La crise écologique que nous vivons, il la
qualifie de crise humaine, car nous en sommes la cause
et les victimes. Dans ce grand petit livre, Ma dernière conférence : la planète en héritage, il résume sa pensée sur l’urgence pour l’humanité de changer ses façons d’agir, afin
de stopper les dommages irrémédiables que nous
sommes en train d’infliger à la Terre, donc à nous-mêmes.
Une lecture à mettre entre toutes les mains.
(Éditions du Boréal, 134 p., 2010, 14,95 $, 978-2-7646-2063-2)
L’astronaute CHRIS HADFIELD s’est rendu célèbre lors de
sa dernière mission comme commandant de la Station
spatiale internationale en
2013, notamment par son utilisation des réseaux sociaux
et la diffusion d’une vidéo où
il chantait en apesanteur la
chanson Space Oddity de
David Bowie, en s’accompagnant à la guitare. La personnalité singulière et attachante
de cet astronaute canadien
au parcours remarquable,
marqué par sa détermination
à atteindre son but, ressort
dans son récit autobiographique, Guide d’un astronaute pour
la vie sur Terre. Il y détaille les entraînements et les changements qu’il a dû opérer en lui-même pour arriver à ses
fins, et démontre ainsi l’étendue des possibilités d’adaptation et de réalisation de l’homme. Il y livre une belle leçon
d’humanité : son message en est un d’humilité devant la
grandeur de notre planète et de l’univers.
(Éditions Libre Expression, 320 p., 2014, 32,95 $,
978-2-7648-1028-6.)
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Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Audrey PERREAULT
Livres jeunesse
Réfléchiravec la
littérature
La littérature n’est-elle pas propice à stimuler la
réflexion chez les jeunes ? Que ce soit sous la forme
de documentaires ou de fictions, les livres jeunesse
peuvent non seulement permettre aux enfants et aux
adolescents de développer leur intérêt sur une multitude de sujets, mais aussi éveiller leur sens critique
et les sensibiliser à des enjeux sociaux auxquels ils
seront tôt au tard confrontés. Alors, bien que l’essai
à proprement dit ne soit pas un genre exploité en
littérature jeunesse, Collections a choisi de présenter
des titres qui sauront, sans aucun doute, ouvrir les
jeunes lecteurs à différents horizons.
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Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Science et environnement
Constamment au cœur de l’actualité, l’environnement et
la science présentent des enjeux importants auxquels il
n’est jamais trop tôt de se sensibiliser. Voici quelques
titres pour les futurs environnementalistes, scientifiques
ou, simplement, pour les jeunes amoureux de la nature.
À la fois porteur d’une réflexion sur l’environnement
et sur la réalité des communautés autochtones, Mon île
blessée, écrit par JACQUES PASQUET et illustré par
MARION ARBONA , met en scène une jeune fille,
Imarvaluk, qui doit, avec sa famille et sa communauté,
trouver un nouvel endroit où s’établir. Pourquoi ? Alors
que la protagoniste explique qu’une méduse géante
engloutira bientôt son village, s’amusant au dépens de ses
habitants, c’est en réalité la pollution et la
fonte des glaciers qui
rongent Imarvaluk et
les siens. Les îles disparaissent partout dans
le monde et les terres
ancestrales, loin d’être
épargnées, sont peu à
peu submergées. Où
pourront-ils habiter ?
L’album présente de
manière poétique, à travers le regard lucide et touchant
d’une enfant, les conséquences des changements
climatiques.
(Éditions Isatis, coll. « Tourne-Pierre », 32 p., 2009, 13,95 $,
NUM
NUM
NUM
978-2-923234-54-0.)
Le ciel peut-il nous tomber sur la tête ? de
JEAN-PIERRE URBAIN, publié aux Éditions MultiMondes,
est riche d’éléments théoriques et d’activités pratiques. Il
propose aussi un cahier d’observation téléchargeable gratuitement. Composé de graphiques, d’illustrations et de
photographies, le livre propose d’explorer les mystères du
ciel avec deux compagnons
de voyage : Bou, le hibou
curieux, et Polaris, l’étoile.
Ainsi, satellites, comètes et
astéroïdes ne seront plus
des mystères et l’astronomie sera assurément un
sujet stimulant à approfondir. Un documentaire à la
fois complet et sympathique
qui saura ouvrir les horizons des lecteurs d’essais scientifiques en devenir !
(Éditions MultiMondes, 84 p., 2013, 14,95 $, 978-2-89544-458-9.)
L’Environnement – Comprendre le
fragile équilibre de la vie sur terre
est un ouvrage collectif de
nature documentaire destiné
aux enfants de 10 ans et plus.
Excellent point de départ pour
une prise de conscience en
matière d’environnement ou
pour des activités faire à à la
maison ou en classe, le livre
richement illustré est un
guide utile qui traite de plusieurs notions, de la plus
simple à la plus complexe. On y aborde les différents
climats, les écosystèmes, les animaux de l’océan ou du
froid, mais aussi les changements climatiques, la pollution
de l’eau, la couche d’ozone, l’effet de serre et bien plus
encore. Un ouvrage pour toute la famille qui deviendra
rapidement un point de repère pour se familiariser avec le
monde qui nous entoure !
(Québec Amérique, coll. « Ouvrage de référence », 96 p., 2006,
NUM
NUM
NUM
19,95 $, 978-2-7644-0845-2.)
Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Avec l’accessibilité grandissante aux médias et à l’Internet, les jeunes lecteurs peuvent aisément obtenir beaucoup d’informations en seulement quelques clics. Cette
nouvelle réalité vient avec un souci de donner, dès le
jeune âge, des outils servant à développer un regard critique sur ce que l’on nous présente, afin de se poser les
bonnes questions, le tout sans dicter quoi faire ou ne pas
faire. Et pourquoi ne pas lancer cette discussion en utilisant la littérature ?
La dédicace de l’album en dit long : « Aux enfants dont
on prend la photo quand la guerre leur a déjà tout pris ;
aux photographes sans lesquels le reste du monde ignorerait leur existence. » Tu me prends en photo de
MARIE-FRANCINE HÉBERT et illustré par Jean-Luc Trudel
est l’histoire d’une jeune fille
qui, en temps de guerre,
tente de venir en aide à un
autre enfant. Un photographe prend alors un cliché
d’elle et c’est à ce moment
que les questions la submergent : pourquoi ne lui vient-il
pas lui apporter son aide ?
Qu’adviendra-t-il d’elle maintenant qu’elle se retrouve
seule, alors que personne
n’est témoin de sa détresse ? Traitant à la fois du rapport
entre le photographe et son sujet et de la place des médias
et de leur rôle dans les drames tels que la guerre, l’album
amène indirectement l’enfant à se questionner sur les différents points de vus possibles lorsque l’on parle de l’approche médiatique d’un événement.
(Les 400 coups, coll. « Carré blanc », 32 p., 2012, 16,95 $,
978-2-89540-524-5.)
Société
Vivre en société, c’est inévitablement être confronté à plusieurs réalités. Voici donc un ensemble de titres qui sauront sensibiliser les tout-petits et les adolescents à
plusieurs questions de société : le travail des enfants dans
les pays défavorisés, le handicap intellectuel, la mort,
l’homosexualité, la maladie, etc.
BONJOUR L’HISTOIRE
Médias
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Collections | Septembre 2014 | vol.1, Numéro 5
Pablo trouve un trésor, écrit par ANDRÉE POULIN et illustré
par ISABELLE MALENFANT, permet d’ouvrir la discussion
sur une réalité très loin de
la situation des jeunes Québécois : celle des enfants
qui doivent travailler pour
assurer la survie de leurs
proches. Mettant en scène
deux enfants chiffonniers
vivant dans un bidonville
d’Amérique du Sud, l’album
raconte un quotidien bien
différent de l’école. Pablo et
sa sœur Sofia trouvent dans
les déchets de leur ville une
chaîne en or. Que feront-ils de celle-ci ? Achèteront-ils des
bonbons ? Des livres ? Mais, surtout, qu’adviendra-t-il
demain quand tout sera à recommencer ? Dans une écriture efficace, dépourvue de sensationnalisme et accompagnée d’illustrations sobres (dans les teintes de gris et de
beige avec quelques touches de couleur) représentant,
sans exagération, la réalité de ces enfants, le livre saura
amorcer une réflexion intéressante sur des questions
internationales et sur l’Autre.
(Les 400 coups, coll. « Carré blanc », 32 p., 2014, 17,95 $,
NUM
NUM
NUM
978-2-89540-640-2.)
Gagnant du Grand Prix Lux 2012 dans la catégorie « livre »
et finaliste pour plusieurs autres prix, Quand j’étais chien,
de LOUISE BOMBARDIER et illustré par KATY MAURAY,
aborde les thèmes de la
déficience intellectuelle, de
la mort et de l’abandon. Difficile de ne pas verser une
larme en découvrant l’univers de Toto, un enfant
dans le corps d’un adulte
de vingt-cinq ans, qui se
retrouve seul et sans ressource à la suite de la mort
de sa mère et de la disparition de son frère. Toto
décide de vivre avec son
chien, comme s’il était lui-même un animal. Il nous raconte
son histoire, simplement, avec ses mots, dans une écriture habile, empreinte d’une lucidité touchante. Le texte,
soutenu d’illustrations reprenant la naïveté du propos,
saura sensibiliser petits et grands à la réalité de la déficience intellectuelle.
(La courte échelle, coll. « Hors collection », 88 p., 2012, 24,95 $,
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978-2-89651-813-5.)
Issus de la collection « Tabou » des Éditions de Mortagne
qui vise à parler de situations difficiles auxquels les adolescents peuvent faire face, Le placard et Coming out, de
KIM MESSIER, traitent d’un thème bien peu abordé dans
la littérature pour adolescents : l’homosexualité féminine.
Les deux tomes nous permettent de suivre l’histoire de
Léa qui, à douze ans, découvre son homosexualité.
Effrayée par le regard des autres, elle refoulera cette partie d’elle-même, allant même jusqu’à renoncer à l’amour
pour éviter de s’afficher. Confrontée aux regards de ses
amis, de ses parents, Léa saura-t-elle assumer qui elle est ?
Alors que notre société est perçue comme ouverte à
l’homosexualité, est-ce malgré tout complexe, encore
aujourd’hui, d’assumer sa différence ?
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(Éditions de Mortagne, coll. « Tabou », 288 p.,
16,95 $.)
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Avec une préface de la Fondation Rêves d’enfants, L’envolée d’Antoine, de l’auteure prolifique KATIA CANDIANI et
illustré par FÉLIX GIRARD, aborde lui aussi un sujet sensible : la maladie. Le
jeune lecteur rencontre
Antoine, un petit garçon affaibli par la maladie, dont l’histoire
demeure, néanmoins,
remplie d’espoir. C’est
que le jeune Antoine,
malgré les épreuves, a
préser vé sa capacité
de rêver. De son lit
d’hôpital, il rêve de
voler, et c’est ce qu’il fera en devenant un aviateur d’un
jour. Bien plus qu’un livre sur la maladie, c’est un livre sur
l’importance de réaliser ses rêves, et tout ce que cette
concrétisation peut apporter de positif et de magique. Le
tout, avec une douceur infinie qui prend place autant dans
les illustrations que dans les textes.
(Éditions Isatis, coll. « Tourne-Pierre », 32 p., 2014, 17,95 $,
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978-2-924309-07-0.)
écosociété fait peau neuve...
7 octobre – 34 $
Collection Guides Pratiques
26 août – 21 $
2 septembre – 22 $
À travers une critique de
l’institutionnalisation de
l’éducation, Thierry Pardo
analyse les différentes formes
d’école marginales : à la
maison, en voyage, au sein des
sociétés traditionnelles…
Ces vibrants plaidoyers pour la
gratuité scolaire sont un antidote
au discours ambiant d’austérité.
Un pavé dans la marre pour
choisir, comme société, de s’offrir
une éducation émancipatrice et
porteuse d’avenir.
Traiter la terre comme un
héritage collectif et encourager
la propriété de terrains pour
ceux et celles qui sont prêts
à y vivre et à l’utiliser, voilà
le but des fiducies foncières
communautaires.
Retrouvez les auteurs dans le cadre du mois de
l’éducation, organisé en partenariat avec Liberté.
... et lance une
nouvelle collection
« Parcours »
Deni BécharD inaugure la
collection Parcours avec
brio dans ce voyage au
cœur du Congo, croisant
le récit, le reportage,
l’analyse politique, les
portrait de personnage
hauts en couleur et la
réfexion philosophique.
En se concentrant sur
l’histoire toute particulière
des bonobos, il offre une
histoire universelle sur
notre humanité.
16 septembre – 25 $
Collection Théorie
La crise actuelle du capitalisme s’accompagne d’une
crise de l’anticapitalisme,
prenant la forme d’une
carence théorique. Ou
comment relire Marx et
sortir de la domination
fétichiste du travail.
7 octobre – 34 $
448 pages
ecosociete.org
Pub-Collections.indd 1
2014-08-14 09:51
Lire la société...
autrement
DEMAIN, IL SERA
TROP TARD, MON FILS
Lucie Pagé
BIENVENUE DANS LE
SIÈCLE DE LA DIVERSITÉ
Jean-Louis Roy
Une conversation entre
la journaliste et son fils,
ponctuée de réflexions de
son mari, ex-ministre sous le
gouvernement de Mandela,
à travers des thèmes tels
que l’injustice, la cupidité,
l’environnement, la nutrition,
la religion, la spiritualité,
les valeurs et le rôle des
jeunes. Ce qui en émerge est
une jeunesse exaspérée par
notre cécité, et qu’il faudrait
peut-être écouter avant qu’il
soit trop tard.
Tel un cartographe, l’auteur
amasse les données, qu’il
mesure pour dessiner cette
nouvelle carte culturelle
mondiale qui émerge et qui
témoigne des changements
massifs transformant
l’humanité à l’heure actuelle.
LES ACCENTS
CIRCOMPLEXES
Jean-Benoît Nadeau
UN HÉRITAGE
CONTAMINÉ ?
Olga Prin
Chroniques quotidiennes
et humoristiques dans
lesquelles l’auteur observe
ses compatriotes ontariens et
québécois. Après un séjour à
Paris, il s’installe tout d’abord
à Toronto, où l’attend le
syndicat des ratons laveurs.
Le contrechoc culturel sera
shocking. Réalisant qu’il s’est
trompé de bercail, il revient
à Montréal, où l’attend le
syndicat des voleurs de vélos.
Re-contrechoc culturel.
Un nombre croissant
d’enfants souffrent d’allergies
graves et d’autres affections
difficilement explicables.
Cet essai, rigoureux et
bien documenté, dresse
l’état des lieux et prône
l’engagement individuel
envers l’environnement.
Disponibles en
format numérique
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