Guide de bonnes pratiques pour avocats

Guide de bonnes pratiques pour avocats
La défense de
condamnés à mort :
Guide de bonnes
pratiques à l’usage
des avocats
©
Rédigé par
DEATH PENALTY WORLDWIDE
Un projet en association avec le Center for International Human Rights, Northwestern
University School of Law et le cabinet d'avocats Fredrikson & Byron, P.A.
Copyright © Death Penalty Worldwide, 2013. Tous droits réservés.
REMERCIEMENTS
Ce manuel est le fruit d'une longue et fructueuse collaboration entre diverses structures et
individus : Death Penalty Worldwide, projet dirigé par le professeur Sandra Babcock du Center for
International Human Rights de l’Ecole de droit de la Northwestern University ; le cabinet d’avocats
Fredrikson & Byron, P.A. ; la Coalition mondiale contre la peine de mort ; des avocats en exercice
dans au moins 15 pays ; des étudiants en droit qui suivent les cours de plaidoyer des droits de l’homme
du Professeur Babcock.
Nous tenons à souligner, en particulier, pour leur participation à la rédaction de ce manuel : Sophie
Colmant, Maribeth Gainard, Samantha Higgins, Inês Horta Pinto, Rachel Lindner, Jillian Rupnow,
Ellen Wight, et l'équipe de Fredrikson & Byron, y compris les avocats, et les graphistes. Un
remerciement plus spécial est dû à Pamela Wandzel, en charge de l’activité Pro bono chez Fredrikson
& Byron, pour la gestion des principales étapes de la production du manuel, et pour les rôles multiples
qu’elle a joués en tant que rédactrice, graphiste et assistante technique. Aurélie Plaçais de la Coalition
mondiale contre la peine de mort a supervisé la traduction et l’adaptation de la version française et a
recruté de nombreux bénévoles venus du monde entier pour relire et commenter les premières versions
du manuel. Nous sommes également très reconnaissants envers les praticiens et les ONG qui ont pris
le temps de consulter le manuel et de partager leurs expériences, notamment: Ja'afaru Adamu, Kamran
Arif, Sarah Belal, Florence Bellivier, Teng Biao, Avocats Sans Frontières France, David Bruck,
Center for Constitutional Rights, Marcel Green, Denny LeBoeuf, Doreen Lubowa, Nicola Macbean,
Robin Maher, Joseph Middleton, Nestor Toko Monkam, Chino Obiagwu, Reprieve, Richard Sédillot,
Navkiran Singh, Labila Michel Sonomu, Anne Souleliac, Cora Valery et Taiwan Alliance to End the
Death Penalty.
Ce manuel est également disponible en anglais et sera traduit en arabe et en chinois d'ici fin 2013.
Nous sommes reconnaissants du soutien financier apporté par Bluhm Legal Clinic, Northwestern
University School of Law, l'Union européenne, le cabinet d'avocats de Fredrikson & Byron,
l'Ambassade de France en Chine et le Barreau de Paris.
Publié en avril 2013, pour la deuxième édition.
Ce manuel peut être photocopié et distribué librement. Toutefois, aucune modification du texte ou de
la mise en page ne peut être faite sans l'autorisation expresse de Death Penalty Worldwide.
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TABLE DES MATIERES
Page
CHAPITRE 1:
INTRODUCTION ........................................................................................................... 7
I.
Mode d’emploi du manuel ...................................................................................................... 7
A.
Un guide par étapes pour défendre les personnes passibles de la peine de mort ........ 7
B.
Le droit et les ressources disponibles dans votre pays ................................................ 7
II.
Qu’est-ce que le droit international? ....................................................................................... 7
CHAPITRE 2:
FAIRE RESPECTER LE DEVOIR DE FOURNIR UNE ASSISTANCE
EFFICACE : QUE FERAIT UN « BON AVOCAT » ? ....................................... 10
I.
Le droit a une assistance juridique efficace .......................................................................... 10
A.
Pourquoi ai-je le devoir de représenter mon client de façon efficace ? .................... 10
B.
Dans les dossiers peine de mort, mes devoirs à l’égard de mon client sont-ils
différents ? ................................................................................................................. 10
C.
Qu’implique exactement le droit à un avocat ? ......................................................... 10
D.
Objectif de la représentation .................................................................................... 11
II.
Représentation juridique et état de droit ............................................................................... 12
A.
Droit à un procès équitable ....................................................................................... 12
B.
Comment être certain que j’ai « le temps et les moyens » de préparer ma défense ?
................................................................................................................................... 12
C.
Comment obtenir le personnel et les ressources nécessaires ? ................................. 13
D.
De quelles ressources ai-je besoin ? .......................................................................... 14
III.
La relation avocat/client ........................................................................................................ 15
A.
Comment établir une relation constructive et de confiance avec mon client ? ......... 16
B.
Traiter les conflits d’intérêt ....................................................................................... 18
CHAPITRE 3:
DETENTION PROVISOIRE ET LIBERTE SOUS CAUTION.............................................. 20
I.
Droit à la liberté / liberté sous caution ................................................................................. 20
A.
Droit à une audience visant à statuer sur la détention provisoire .............................. 20
B.
Droit à la libération avec les conditions les moins restrictives ................................. 21
II.
Santé et bien-être du client .................................................................................................... 22
A.
Aide médicale et alimentaire ..................................................................................... 23
B.
Traitement cruel, inhumain ou dégradant et torture .................................................. 23
CHAPITRE 4:
ENQUETE ET AUTRES OUTILS DE
PREPARATION PREALABLES AU PROCES ............ 25
I.
Introduction ........................................................................................................................... 25
II.
Que doit chercher l'avocat ? .................................................................................................. 26
A.
Le crime .................................................................................................................... 26
B.
Les événements liés à l'arrestation ............................................................................ 29
C.
Défenses possibles .................................................................................................... 29
D.
Infractions liées au crime .......................................................................................... 31
E.
Antécédents criminels et d'autres mauvaises conduites préalables ........................... 31
F.
Éligibilité à la peine capitale ..................................................................................... 31
G.
Circonstances atténuantes ......................................................................................... 32
III.
La recherche d’informations ................................................................................................. 32
A.
Quand devrait débuter la recherche ? ........................................................................ 32
B.
C.
IV.
Qui est responsable de l'enquête ?............................................................................. 33
Sources d'informations .............................................................................................. 33
Les experts ............................................................................................................................ 36
CHAPITRE 5:
DEFENDRE DES PERSONNES VULNERABLES ............................................................. 38
I.
Certains clients requièrent des soins particuliers .................................................................. 38
II.
Qui sont ces clients ? ............................................................................................................. 38
A.
Les femmes enceintes ou allaitant leurs enfants ....................................................... 38
B.
Les mineurs et les personnes âgées ........................................................................... 39
C.
Les personnes souffrant de troubles mentaux ........................................................... 41
D.
Ressortissants étrangers ............................................................................................ 45
CHAPITRE 6:
REQUETES PRELIMINAIRES ET NEGOCIATIONS ...................................................... 47
I.
Négociations de réduction de peine ...................................................................................... 47
II.
Requêtes préliminaires .......................................................................................................... 49
A.
Demande d’informations relatives au dossier de l’accusation .................................. 50
B.
Demandes visant à exclure des éléments de preuve.................................................. 51
C.
Requêtes visant à contester la peine de mort ............................................................ 52
D.
Requête aux fins de bénéficier d’un procès rapide ................................................... 52
E.
Requête visant à obtenir une modification du lieu du procès ................................... 53
F.
Requête aux fins d’obtenir une aide financière ......................................................... 53
G.
Requête aux fins d’éviter le préjudice produit par la jonction des causes ................ 53
H.
Requête aux fins d’apposer un scellé au dossier du tribunal .................................... 53
CHAPITRE 7:
DROITS DE L’ACCUSE DURANT LE PROCES ET STRATEGIE ...................................... 54
I.
Procès equitable et droits de votre client............................................................................... 54
A.
Le droit à un procès équitable devant un tribunal impartial...................................... 54
B.
La présomption d’innocence ..................................................................................... 56
C.
Le droit d’être présent au procès ............................................................................... 56
D.
Le droit à être mis en présence des témoins et à les interroger ................................. 57
E.
Le droit de connaître le fondement de la décision du tribunal .................................. 58
II.
La stratégie à adopter durant le procès .................................................................................. 58
A.
Développer une thèse relative à l’affaire ................................................................. 59
B.
Identification des témoins que vous appellerez à comparaître.................................. 60
C.
Identification des preuves et des pièces à conviction à intégrer ............................... 62
D.
Sélection du jury ....................................................................................................... 62
E.
L’interrogatoire des témoins ..................................................................................... 64
F.
Présenter des preuves et s’opposer à la présentation d’autres preuves ..................... 65
G.
Introduction et conclusion ......................................................................................... 67
CHAPITRE 8:
LA DETERMINATION DE LA PEINE ............................................................................ 69
I.
Introduction ........................................................................................................................... 69
II.
Les circonstances atténuantes ............................................................................................... 70
A.
Les circonstances du crime ....................................................................................... 70
B.
L’état mental de l’accusé .......................................................................................... 71
C.
L’histoire personnelle et sociale de l’accusé............................................................. 72
D.
Les preuves de la moralité de l’accusé ...................................................................... 73
E.
Les éléments de preuve encourageant le tribunal à manifester de l’indulgence ....... 73
III.
D’autres arguments contestant la condamnation à la peine de mort ..................................... 75
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CHAPITRE 9:
APPELS ET RECOURS APRÈS CONDAMNATION ........................................ 76
I.
Introduction ........................................................................................................................... 76
II.
Defendre les droits de votre client apres sa condamnation ................................................... 76
A.
Votre client a le droit de faire appel de sa condamnation et de sa peine .................. 76
B.
Conseils pratiques ..................................................................................................... 77
C.
Votre client peut-il être physiquement présent lors des audiences en appel ? .......... 81
D.
Quels sont les recours ? ............................................................................................. 82
III.
Remise en cause de la peine de mort .................................................................................... 82
A.
La peine de mort obligatoire ..................................................................................... 82
B.
La peine de mort peut uniquement être appliquée aux auteurs des « crimes les
plus graves ».......................................................................................................................... 84
C.
Syndrome du couloir de la mort ................................................................................ 84
D.
Catégories de la population exclues de la peine de mort .......................................... 85
E.
Votre client ne peut pas être exécuté s’il souffre d’une maladie mentale grave ....... 85
F.
Assistance inefficace d'un avocat .............................................................................. 86
G.
Ressortissants étrangers privés de droits consulaires ................................................ 86
H.
Absence de rétroactivité ............................................................................................ 87
I.
Votre client a été condamné à mort après un procès inéquitable .............................. 87
J.
Questions de fait à prendre en considération ............................................................ 88
IV.
Demande de grâce ................................................................................................................. 89
A.
Votre client à le droit de solliciter la grâce ou la commutation de sa peine ............. 89
B.
Vos devoirs en tant qu’avocat présentant une demande de grâce ............................. 90
C.
Le droit à une suspension de l’exécution .................................................................. 90
V.
Le « tribunal de l’opinion publique ».................................................................................... 91
A.
Rendre publique l’affaire de votre client .................................................................. 91
B.
Les médias traditionnels ............................................................................................ 92
C.
Les réseaux sociaux................................................................................................... 92
CHAPITRE 10: PLAIDER DEVANT LES INSTANCES INTERNATIONALES ....................... 94
I.
Quand dois-je porter une affaire devant un organe international des droits de l’homme ? .. 94
A.
Quels sont les droits de votre client qui ont été violés ? ........................................... 94
B.
Préparation de votre dossier ...................................................................................... 95
C.
Avez-vous épuisé les recours nationaux ? ................................................................ 95
II.
Où déposer votre requête ...................................................................................................... 96
A.
Facteurs à prendre en compte.................................................................................... 96
B.
Instruments relatifs aux droits de l'homme ............................................................... 97
C.
Mécanismes des Nations unies.................................................................................. 97
D.
Autres mécanismes des Nations unies ...................................................................... 98
E.
Mécanismes régionaux relatifs aux droits de l’homme........................................... 100
III.
Forces et faiblesses de la jurisprudence des organismes internationaux............................. 102
IV.
Mesures provisoires ............................................................................................................ 102
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
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CHAPITRE 11: ANNEXES.............................................................................................................. 103
I.
Ressources ........................................................................................................................... 103
II.
Modèles ............................................................................................................................... 103
A.
Formulaires types pour les procédures de plaintes de l’ONU................................. 103
III.
Liste de sigles ...................................................................................................................... 103
IV.
Liste d’ONG, d’Université de droit, et d’autres organisations qui peuvent vous aider a
présenter des plaintes auprès des organismes des droits de l’homme et à faire connaitre
votre affaire ......................................................................................................................... 104
A.
Centre des droits de l’homme ................................................................................. 104
B.
ONG ........................................................................................................................ 104
V.
Liste de circonstances attenuantes ...................................................................................... 104
CHAPITRE 12: NOTES ..................................................................................................................... 108
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CHAPITRE 1:
INTRODUCTION
Ce guide a été rédigé par Death Penalty
Worldwide, un projet en association avec le
Center for International Human Rights de la
Northwestern University School of Law
(Université de droit de Northwestern), et le
cabinet d’avocats Fredrikson & Byron, P.A.
L’objectif poursuivi par ce manuel est d’apporter
un soutien juridique et stratégique aux avocats
assurant la représentation de personnes
condamnées à la peine de mort partout dans le
monde. Ce manuel, qui se fonde sur l’expérience
d’avocats du monde entier, les principes
fondamentaux en matière de droits de l’homme,
ainsi que sur la jurisprudence des tribunaux
nationaux et internationaux, met en lumière les
bonnes pratiques dans le cadre de la défense des
personnes passibles de la peine de mort. Nous
espérons qu’il vous sera utile.
I.
MODE D’EMPLOI DU
MANUEL
A.
UN GUIDE PAR ÉTAPES POUR
DÉFENDRE LES PERSONNES
PASSIBLES DE LA PEINE DE MORT
Ce manuel aborde les enjeux de la
représentation d’individus passibles de la peine
de mort, depuis leur arrestation jusqu’à la
demande de grâce. Etape par étape, ce manuel va
vous guider à travers les différentes phases de
l’enquête, les requêtes et négociations préalables
au procès, le procès, la condamnation et les
recours auprès des instances nationales ou
internationales. Ce manuel n’a pas vocation à
donner un aperçu général du droit ou des normes
qui peuvent s’appliquer aux cas impliquant la
peine de mort dans votre pays, mais plutôt de
jouer le rôle de guide de bonnes pratiques, étape
par étape, dans le cadre de la représentation
d’une personne passible de la peine de mort.
Vous trouverez plus d’informations sur
l’application de la peine de mort dans le monde
dans la base de données de Death Penalty
Worldwide : www.deathpenaltyworldwide.org.
B.
LE DROIT ET LES RESSOURCES
DISPONIBLES DANS VOTRE PAYS
Ce manuel s’adresse aux avocats exerçant dans
différentes régions du monde. Par conséquent,
selon votre pratique professionnelle, certaines
parties vous sembleront sûrement plus
pertinentes que d’autres. C’est le cas par exemple
pour les stratégies et les recherches préliminaires
effectuées avant le procès qui sont très
différentes selon le système juridique (droit
codifié -Civil Law- ou droit coutumier –Common
Law). Cependant, la plupart des principes et
stratégies exposés dans les chapitres qui suivent
sont universellement applicables. Si ces pratiques
ne sont pas encore mises en oeuvre dans votre
pays, juges et avocats peuvent bénéficier de
programmes de formation permettant de traiter
de la pertinence des normes internationales
concernant l’application de la peine de mort.
Malgré tout, il vous sera peut-être difficile de
convaincre vos collègues et les tribunaux
d’appliquer les principes exposés dans cet
ouvrage.
Ce manuel envisage également le recours aux
experts, enquêteurs et autres ressources qui ne
sont peut-être pas disponibles dans votre lieu
d’exercice. Par exemple, pour la quasi-totalité
des personnes passibles de la peine de mort, nous
conseillons de consulter un expert en santé
mentale mais nous sommes conscients des
grandes disparités en termes de ressources à
disposition des plaignants dans les dossiers peine
de mort. Nous proposons donc, aussi souvent que
possible, des stratégies destinées à surmonter ces
contraintes de ressources et à fournir la meilleure
assistance juridique, en toutes circonstances.
II.
QU’EST-CE QUE LE DROIT
INTERNATIONAL?
Tout au long de ce manuel, nous allons utiliser
de nombreux concepts, termes et acronymes qui
ne vous sont peut-être pas familiers. Dans ce cas,
nous vous recommandons de lire, préalablement
au reste, ce court aperçu relatif au droit
international, en particulier si vous comptez
utiliser ce dernier pour éviter que la peine de
mort ne soit prononcée et appliquée dans les
dossiers dont vous êtes en charge. Il vous sera
également utile de consulter la liste des
définitions et acronymes proposée en annexe de
ce manuel.
Le droit international, et plus précisément le
« droit international public » fait référence aux
différentes normes du droit qui régissent les
rapports entre États. Au sein de ces normes, le
droit international des droits de l’homme régit les
rapports entre États et individus, et des individus
entre eux.
Le droit international n’est pas l’œuvre d’un
organe international. En général les États et
organisations intergouvernementales sont les
« premiers acteurs » de la création du droit
international. L’article 38 (1) du Statut de la
Cour internationale de Justice énumère les
sources du droit international qui sont au nombre
de quatre : les traités, le droit coutumier
international, les principes généraux du droit
international (jus cogens), et les décisions de
justice ainsi que les enseignements tirés des
experts internationaux les plus qualifiés.
Les traités sont la première source du droit
international public. Ils peuvent être bilatéraux
(entre deux pays) ou multilatéraux (entre trois
pays ou plus). Les accords internationaux et les
traités ne sont contraignants que pour les pays
qui ont choisi de les ratifier. Les traités
internationaux relatifs aux droits de l’homme
cités dans ce manuel et qui sont les plus
pertinents pour défendre une personne passible
de la peine de mort sont, entre autres : le Pacte
international relatif aux droits civils et
politiques ; la Convention contre la torture et
autres peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants ; la Convention internationale sur
l'élimination de toutes les formes de
discrimination raciale ; et la Convention relative
aux droits de l'enfant. De plus, selon la région du
monde où vous exercez, d’autres traités sont
applicables comme la Charte Africaine des
Droits de l’Homme et des Peuples, la Convention
américaine des droits de l’homme, et la
Convention européenne de sauvegarde des droits
de l’homme et des libertés fondamentales, ainsi
que d’autres instruments régionaux portant sur
les droits de l’homme.
La deuxième source de droit international est le
droit coutumier que l’on peut définir comme la
preuve d’une pratique générale acceptée comme
étant le droit. Pour qu’une pratique entre dans le
droit coutumier, il faut que deux conditions
soient remplies. Tout d’abord un élément
matériel et objectif, c’est-à-dire une pratique
générale, un acte répété par un certain nombre
d'États, constant dans le temps et uniforme.
Ensuite, un élément psychologique et subjectif,
en vertu duquel les États qui adhérent à la
pratique doivent le faire avec la conviction
d’observer une règle de droit
La troisième source du droit international est
l’ensemble des principes que l’on appelle normes
impératives ou jus cogens, et auquel aucun traité
ou accord ne peut déroger. Par exemple,
l’interdiction de l’esclavage, du génocide et de la
torture fait partie du jus cogens : aucun pays, en
aucun cas, ne peut prétendre que ces pratiques
sont acceptables.
Les décisions de justice et les enseignements des
experts constituent la quatrième source du droit
international. A vrai dire, la Cour internationale
de Justice les considère comme sources de droit
« subsidiaire » ou secondaire. En d’autres
termes, elles ne sont utilisées que pour interpréter
les trois principales sources du droit
international. Cependant en pratique, les
tribunaux internationaux ont tendance à donner
une valeur normative aux décisions de justice.
Il est particulièrement important que les avocats
qui défendent des personnes passibles de la peine
de mort comprennent le droit international et la
façon dont il s’intègre et s’applique dans leurs
pays respectifs. En effet, les constitutions de
nombreux pays établissent expressément qu’il
faut tenir compte du droit international,
notamment du droit international des droits de
l’homme lorsque l’on interprète les droits des
MES NOTES:
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GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
individus. Les traités relatifs aux droits de
l’homme et les décisions des organes
internationaux peuvent ainsi être des outils très
utiles pour restreindre l’application de la peine
capitale, voire permettre à votre client de garder
la vie sauve.
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
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CHAPITRE 2:
FAIRE RESPECTER LE DEVOIR DE
FOURNIR UNE ASSISTANCE
EFFICACE : QUE FERAIT UN « BON
AVOCAT » ?
I.
LE DROIT A UNE
ASSISTANCE JURIDIQUE
EFFICACE
A.
POURQUOI AI-JE LE DEVOIR DE
REPRÉSENTER MON CLIENT DE
FAÇON EFFICACE ?
En tant qu’avocat de la défense, a fortiori dans
une affaire mettant en jeu la peine de mort,
vous devez fournir une assistance juridique de
qualité, ce qui implique plusieurs pré-requis
essentiels. Comme toujours, mais plus encore,
vous devez être indépendant et libre de
défendre vos clients avec tout le
professionnalisme requis. Vous devez avoir
« une expérience et des compétences
suffisantes au vu de la nature de l'infraction »1.
Vous devez vous limiter à un nombre de clients
vous permettant de fournir une représentation
de qualité, et vous devez recevoir des
ressources suffisantes pour assurer une défense
éclairée.
Les devoirs des avocats commis d’office sont
les mêmes que ceux de tous les avocats. Ce
chapitre décrit l’étendue de vos devoirs, fournit
des conseils sur l’utilisation efficace des
ressources et du personnel durant votre
représentation, et propose des outils pratiques
pour faire de vous un avocat encore meilleur.
Ce chapitre a aussi pour objectif de vous
fournir des arguments que vous pouvez
présenter aux tribunaux concernant votre
obligation de fournir une assistance juridique
efficace.
B.
DANS LES DOSSIERS PEINE DE
MORT, MES DEVOIRS À L’ÉGARD
DE MON CLIENT SONT-ILS
DIFFÉRENTS ?
Dans toute affaire pénale, votre client bénéficie
de certains droits dont découlent pour vous des
devoirs. Lorsque la vie de votre client est en
jeu, il vous incombe de mener une enquête
approfondie sur le crime comme sur le passé de
votre client afin de tenter de convaincre le juge
que votre client ne mérite pas la peine de mort
(et ce même s’il est coupable)2. Le Conseil
économique et social des Nations unies
(ECOSOC) a demandé aux gouvernements de
fournir « une protection spéciale à tous les
stades de la procédure, cette protection devant
aller au-delà de celle qui est accordée aux
personnes qui ne sont pas passibles de la peine
capitale » 3. Ainsi, le droit international prévoit
que dans toute affaire où l’accusé encourt la
peine de mort, ses droits à une procédure
régulière doivent être rigoureusement
respectés. En tant qu’avocat de votre client, il
vous incombe de vous assurer que les
tribunaux respectent et appliquent ces droits.
C.
QU’IMPLIQUE EXACTEMENT LE
DROIT À UN AVOCAT ?
Le droit à une aide judiciaire est indispensable
pour garantir un procès équitable4. Le droit
international établit que toute personne, même
indigente, accusée d’un crime passible de la
peine de mort, a droit à une assistance
juridique5. De plus, le droit international
prévoit que l’accusé doit avoir le temps et les
moyens de préparer sa défense, ce qui implique
au minimum le droit à une assistance juridique
efficace6. Les États doivent également
rémunérer les avocats nommés pour
représenter les accusés démunis7. Il en découle
pour les avocats l’obligation de coopérer pour
que ces services puissent être fournis. Enfin les
acteurs du procès, notamment les avocats et
les juges, ont pour devoir de faire en sorte que
l’aide judiciaire soit efficace8. Ainsi, dans
l’affaire Artico c. Italie, la Cour européenne
des droits de l’homme a estimé que le simple
fait de commettre un avocat d’office ne suffit
pas à remplir l’obligation de l’État de fournir
une aide judiciaire « car l’avocat d’office peut
mourir, tomber gravement malade, avoir un
empêchement durable ou se dérober à ses
devoirs. Si elles en sont averties, les autorités
doivent le remplacer ou l’obliger à s’acquitter
de sa tâche »9.
D.
OBJECTIF
DE LA
REPRÉSENTATION
Une assistance juridique efficace ne se limite
pas à la phase du procès. En tant qu’avocat,
vous devez essayer d’être présent et engagé le
plus tôt possible dans la procédure. Cela inclut,
le cas échéant, la garde à vue, la détention
provisoire, les audiences visant à statuer sur la
prolongation de la détention provisoire et les
négociations relatives à la réduction de peine.
Le chapitre 3 évoque plus en détail vos devoirs
pendant la phase de la procédure préalable au
procès. On peut également vous demander de
vous charger de divers actes de procédure liés à
cette affaire au nom de votre client, comme sa
demande de libération sous caution ou la
contestation des conditions de sa détention ou
des limites imposées à la communication avec
le reste du monde. Votre client a également le
droit d’être assisté de son avocat lors des
recours et de bénéficier de l’aide judiciaire
gratuite à cette occasion10. Dans l’hypothèse où
vous ne représenteriez plus votre client lors de
l’appel de sa condamnation, vous devez
impérativement le prévenir de tous les délais
applicables pour former un recours et informer
immédiatement l’avocat qui vous succédera de
l’évolution de l’affaire en cours, notamment si
une demande d’appel a été déposée11.
Exemple de réussite
• Etablir des normes pour garantir la
qualité de la défense de condamnés à
mort en Chine
« En 2010, trois barreaux régionaux des
provinces chinoises du Shandong, Henan, et
Guizhou ont publié des directives officielles
portant sur la représentation des condamnés à
la peine de mort. Les barreaux prennent
maintenant des mesures pour garantir que les
directives concernant la représentation sont
bien mises en œuvre afin d’améliorer la
qualité de la défense pénale dans les affaires
impliquant la peine de mort.
Le programme Death Penalty Representation
Project (Projet peine de mort et
représentation) de l’American Bar Association
(ABA, Barreau américain), et le programme
chinois de l’ABA Rule of Law Initiative
(Initiative sur l'état de droit du Barreau
américain) travaillent, depuis 2003, à ces
directives sur la représentation, en étroite
collaboration avec l’association All China
Lawyers (ACLA, Association des avocats de
Chine) et des universitaires chinois. En tant
qu’auteur des Directives pour la désignation et
la réussite des avocats de la défense dans les
dossiers peine de mort, appelées « ABA
Guidelines », adoptées par l’organisation en
1989 et révisées en 2003, l’ABA bénéficie
d’une expérience unique dans ce domaine.
Aux États-Unis, les ABA Guidelines sont
actuellement une référence concernant le
traitement de la défense pénale dans les
dossiers peine de mort.
En Chine, des associations d’avocats utilisent
maintenant des normes de pratique
professionnelle pour uniformiser et améliorer
la qualité de la défense pénale dans les
dossiers peine de mort. Les associations
novatrices d’avocats dans les provinces du
Shandong, Guizhou, et Henan ont étudié
comment les ABA Guidelines ont été
progressivement acceptées aux États-Unis,
ainsi que leur utilisation afin de fournir une
meilleure protection aux accusés ainsi qu’à
leurs avocats. Cette expérience témoigne de
l’importance pour les avocats de travailler
ensemble au-delà des frontières pour
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
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améliorer les normes de représentation
juridique dans les dossiers peine de mort. »
- Robin Maher, Directeur, Projet peine de mort et
représentation du Barreau américain
II.
A.
REPRÉSENTATION
JURIDIQUE ET ÉTAT DE
DROIT
DROIT À UN PROCÈS ÉQUITABLE
Votre client a droit à un procès équitable,
respectant les droits de la défense et mené dans
un délai raisonnable. Il s’agit d’un droit
fondamental clairement énoncé dans le droit
international et dont il vous incombe de
contribuer au respect autant que possible et en
utilisant au mieux vos ressources. Tous les
instruments régionaux et internationaux des
droits de l’homme garantissent le droit à un
procès équitable et plusieurs arguments
juridiques internationaux peuvent être utilisés
pour défendre le droit à un procès juste pour
votre client.12 Par exemple, l’article 14(1) du
PIDCP établit que toute personne a droit « à ce
que sa cause soit entendue équitablement et
publiquement par un tribunal compétent,
indépendant et impartial, établi par la loi ». Les
traités régionaux des droits de l’homme
contiennent des dispositions similaires.
L’article 9 du PIDCP établit également que
tout individu doit être jugé dans un délai
raisonnable.
B.
COMMENT ÊTRE CERTAIN QUE
J’AI « LE TEMPS ET LES MOYENS »
DE PRÉPARER MA DÉFENSE ?
L’article 14 du PIDCP établit que « Toute
personne a le droit de disposer du temps et des
facilités nécessaires à la préparation de sa
défense »13. Le droit de votre client au temps
nécessaire à la préparation de sa défense
s’applique également à vous, en tant qu’avocat
de la défense dans un dossier peine de mort. En
d’autres termes, vous avez droit au temps et
aux moyens suffisants pour défendre votre
client, non seulement pendant le procès mais
également durant les audiences préalables, les
négociations relatives à la réduction de peine,
les audiences statuant sur la condamnation
ainsi que les recours. Il vous incombe de faire
valoir ces droits à chacune de ces étapes.
Par exemple, si vous êtes nommé seulement
quelques jours ou semaines avant la date à
laquelle le procès d’un client passible de la
peine capitale doit commencer, il vous faudra
sans doute demander le report du procès pour
pouvoir interroger votre client, faire des
recherches sur la défense envisageable, et
préparer le procès. Si la cour s’y oppose, vous
pourrez rassembler toutes les preuves de cette
violation du droit et, entre autres, déposer une
requête écrite ou former une objection dans
laquelle vous mentionnerez le peu de temps
dont vous avez disposé pour préparer l’affaire ;
vous y décrirez les obligations que vous n’avez
pas pu remplir en raison précisément du
manque de temps. Il faut rappeler que même si
vous ne parvenez pas à convaincre la cour de
faire droit à votre requête, votre tentative pour
apporter la preuve de cette violation du droit de
votre client pourrait permettre de voir aboutir
votre appel, le cas échéant. Le fait de
rassembler les preuves de la violation des
droits de votre client est aussi, parmi les
moyens à votre disposition, le premier pas en
vue d’un éventuel recours auprès d’un organe
international.
Le « temps nécessaire » varie pour chaque
affaire selon les faits, la complexité des sujets
et la disponibilité des preuves14. Le Comité
des droits de l’homme de l’ONU a estimé qu’il
y avait violation du PIDCP lorsqu’un avocat
n’avait que quelques minutes ou heures pour
préparer une affaire15. Dans les mêmes
affaires, il a été estimé que le temps de
préparation est « inadéquat » lorsque l’avocat
ne peut s’entretenir que brièvement avec son
client avant le procès16.
MES NOTES:
Page | 12
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Surmonter les obstacles
• J’ai été nommé pour représenter un
Conseil pratique
• Vous ne rencontrez votre client que le
client au moment même du procès et n’ai
pas eu l’occasion de le rencontrer
auparavant. Que dois-je faire ?
jour du procès
Dans certains pays, les avocats ne
rencontrent leurs clients que le jour du
procès. Le Comité des droits de l’homme de
l’ONU a estimé que cela constituait une
violation des droits de l’accusé au temps et
aux ressources nécessaires pour préparer sa
défense. Par exemple, dans l’affaire Little c.
Jamaïque, le requérant n’a eu que 30 minutes
pour consulter son avocat avant le procès, et
à peu près le même temps pendant le procès.
Le Comité a considéré ici que le temps de
consultation ne permettait pas de garantir une
préparation adéquate de la défense pour le
procès et l’appel, estimant que : « Le droit
d'un accusé de disposer de suffisamment de
temps et de moyens pour préparer sa défense
est un élément important de la garantie d'un
procès équitable et un corollaire du principe
de l'égalité des armes. Dans les cas où la
peine capitale peut être prononcée à
l'encontre de l'accusé, il va de soi qu'il faut
lui accorder, ainsi qu'à son avocat,
suffisamment de temps pour préparer sa
défense ; cette condition s'applique à toutes
les étapes d'une procédure judiciaire » ¶ 8.3,
Communication No. 283/l988, Doc. ONU
CCPR/C/43/D/283/l988, HRC (1er
novembre 1991)
Il vous faut tout d’abord demander plus de
temps au juge/à la cour. Votre client a le
droit à un temps de préparation adéquat pour
préparer sa défense en vertu de principes
établis du droit international. Si vos
arguments n’ont pas d’effet, il vous faut
impérativement rassembler les preuves de
votre objection, par écrit si possible. Vous
devez expliquer combien de temps vous avez
eu pour vous préparer et fournir la liste de
tout ce que vous n’avez pas eu le temps de
faire. Cette précaution remplit une double
fonction : sensibiliser la cour au temps qui
vous était nécessaire et vous permettre de
voir aboutir un éventuel appel.
Afin de respecter le droit à la tenue d’un procès
dans des délais raisonnables, certaines lois
nationales peuvent imposer des limites quant à
la durée maximale pouvant s’écouler avant le
début d’un procès. Dans l’intérêt de la défense
de votre client, il peut être opportun de lui
demander de renoncer à son droit à un procès
rapide dans les limites légales afin de vous
donner le temps de préparer le procès avec tout
le professionnalisme nécessaire.
Il est important de vous rappeler que le droit à
un temps de préparation suffisant s’applique
également aux procédures d’appel. En tant
qu’avocat de la défense dans un dossier peine
de mort, vous avez le droit, entre la date de la
condamnation et la date prévue, le cas échéant,
pour l’exécution, à un délai suffisant pour
préparer et présenter les recours, notamment
les demandes de grâce17.
C.
COMMENT OBTENIR LE
PERSONNEL ET LES RESSOURCES
NÉCESSAIRES ?
Dans les affaires où l’accusé encourt la peine
de mort, les avocats commis d’office peuvent
être en difficulté lorsqu’ils essayent de
respecter leur obligation de fournir une
représentation de qualité. Dans ce manuel nous
indiquons une grande partie de ces obstacles et
nous vous engageons vivement à mettre en
cause votre système juridique quand celui-ci ne
permet pas de garantir le droit de votre client à
un procès équitable.
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 13
Par exemple, lorsque les avocats sont nommés
le jour même du procès, il ne faut pas hésiter à
soulever auprès des autorités judiciaires
internationales citées dans ce guide les
objections et arguments qui s’imposent. Vous
pouvez parfois utiliser ces obstacles pour
sensibiliser les autres acteurs du système
juridique de votre pays et œuvrer en faveur
d’un changement à l’échelle du système dans
son ensemble.
Surmonter les obstacles
• Que se passe t-il si un gardien de prison,
un employé du palais de justice ou tout
autre personne refuse de me laisser voir
mon client ?
Essayez de garder votre calme et de ne pas
élever la voix. Il est souvent inutile de
s’emporter contre un employé qui peut vous
aider. D’abord essayez de le raisonner. Au
lieu de mettre votre interlocuteur en cause («
Pourquoi vous ne me laissez pas voir mon
client ? »), essayez de faire une distinction
entre la personne et le problème (« Je sais
que ce n’est pas de votre faute, mais j’ai
beaucoup de mal à voir mon client »).
Si cela ne fonctionne pas, essayez de parler
au supérieur. S’il n’est pas disponible, notez
son nom et comment le contacter et repartez
dans le calme. Notez bien la date et l’heure
de votre visite, ainsi que les noms des
personnes à qui vous vous êtes adressé. Si
vous pouvez attendre que la personne
suivante prenne son service, peut-être aurez
vous plus de chance avec un autre employé.
Si vous n’arrivez toujours pas à parler à votre
client, essayez de demander une ordonnance
judiciaire ou de contacter une organisation
qui propose de l’aide judiciaire. En dernier
recours, vous pourrez déposer une plainte
devant les tribunaux nationaux et, si ce
recours échoue, devant les tribunaux
internationaux.
D.
DE QUELLES RESSOURCES AI-JE
BESOIN ?
EXPERTS ET ENQUETEURS : Pour garantir une
assistance juridique efficace, vous devez
travailler avec les enquêteurs et des experts
comme les psychologues ou les travailleurs
sociaux. Le Barreau américain (ABA) souligne
l’importance de créer une « équipe » pour la
défense, composée d’au moins deux avocats,
mais aussi d’experts, d’enquêteurs et de
« spécialistes des circonstances atténuantes »18.
Ce n’est pas réalisable ni utile dans tous les
pays, mais le concept d’équipe de la défense
est souvent pertinent. Les assistants juridiques,
les étudiants en droit ou les organisations non
gouvernementales peuvent vous apporter une
aide appréciable lorsque des enquêteurs ne sont
pas disponibles. De même, vous pouvez peut
être avoir recours à des infirmiers ou toute
autre personne compétente en matière de santé
mentale lorsque vous n’avez pas accès aux
psychiatres.
INTERPRETES : Il ne faut pas sous-estimer
l’importance du niveau de maîtrise par votre
client de la langue du pays dans lequel il est
accusé. Votre client peut sembler parler
couramment une langue qui n’est pas sa langue
maternelle, alors qu’en réalité il ne s’exprime
qu’imparfaitement dans cette langue ou ne
saisit pas les arcanes de tel langage technique.
Vous avez l’obligation de contribuer au respect
du droit de tout accusé à être informé des
accusations portées contre lui dans une langue
qu’il comprend, et à être assisté d’un interprète
durant le procès19. En dépit de l’existence de
normes internationales concernant les
interprètes, les interprètes assermentés ou
qualifiés ne sont pas toujours disponibles. Dans
ce cas, vous devez rédiger des conclusions
décrivant le manque de qualification de
l’interprète et son incapacité à traduire la
procédure concernant votre client. Si votre
témoin ou client dépose dans une langue
étrangère, l’interprétation revêt une importance
toute particulière.
MES NOTES:
Page | 14
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Surmonter les obstacles
• Que faire si je ne parle pas la langue de
mon client ?
Essayez de trouver un interprète qui parle la
langue dans laquelle votre client est le plus à
l’aise, et pas simplement une langue qu’il
comprend en gros. Les informations dont
vous aurez à faire part à votre client sont déjà
complexes dans sa langue maternelle ;
ajouter à cela la barrière de la langue
l’empêchera de bien s’exprimer, de
comprendre vos conseils, et provoquera peutêtre des malentendus aux conséquences
graves.
Si aucun interprète officiel n’est disponible,
essayez de trouver quelqu’un qui parle
couramment la langue de votre client. Ne
recourez jamais à des membres de la famille
du client ou à des témoins comme
interprètes, car ils ont naturellement un parti
pris, pouvant avoir des répercussions sur
l’objectivité et la qualité de leur
interprétation.
III.
LA RELATION
AVOCAT/CLIENT
Pour fournir une représentation de qualité, vous
devez créer et entretenir une relation
avocat/client efficace. Cela revêt une
importance toute particulière dans les dossiers
peine de mort20. La qualité de votre relation
avec votre client peut contribuer à lui sauver la
vie. Une communication efficace vous aidera à
élaborer une stratégie concernant notamment
les circonstances atténuantes. Etablir une
relation de qualité avec une personne passible
de la peine de mort peut vous sembler délicat.
De nombreux gouvernements isolent les
accusés passibles de la peine de mort des autres
détenus, de leur famille et de leurs amis. Il se
peut donc que vous soyez le seul lien de
l’accusé avec le monde extérieur. Dans ce
contexte, il peut vous sembler ardu de gagner
la confiance de votre client. Mais si vous
communiquez avec lui de manière régulière,
Exemple de réussite
• L’affaire Ahmed Khan
« Ahmed (nom d’emprunt) a été accusé de
blasphème au Pakistan, pays où ce crime est
passible de la peine de mort. Lorsqu’on nous
a confié cette affaire, la première chose que
nous avons faite a été d’organiser une visite
en prison pour le rencontrer. Même s’il
devrait s’agir d’une pratique juridique
habituelle, il est rare dans ce pays qu’un
avocat rende visite à son client. Cette simple
visite nous a permis d’entrer en contact avec
le directeur de l’établissement qui est devenu
un allié de taille. Nous avons maintenant
librement accès à notre client et nous
pouvons le voir sans surveillance, à tout
moment de la journée, et aussi longtemps
que nécessaire, ce qui est inhabituel au
Pakistan.
Nos entretiens réguliers en prison avec notre
client nous ont beaucoup aidés :
1. Nous avons découvert qu’il souffrait depuis
longtemps d’une maladie mentale qui n’avait
jamais été diagnostiquée et qui n’aurait pas
été perceptible pour quelqu’un qui ne l’avait
vu qu’une ou deux fois ;
2. Nous avons été autorisés à faire venir notre
expert médical à la prison pour examiner le
client. Les résultats de cet examen ont
ensuite été présentés à la cour et validés par
les médecins locaux ;
3. Grâce aux recherches sur la famille
d’Ahmed, nous avons réussi à rassembler des
traces de son histoire sociale et à remonter
aux origines de sa maladie mentale.
Cette affaire nous a montré à quel point des
ressources simples peuvent être efficaces :
des experts régionaux et internationaux
attestent maintenant que notre client est
atteint d’une maladie mentale, ce qui
contribue grandement à démontrer que notre
client est irresponsable juridiquement. »
-
Sarah Belal, Directrice, Justice Project
Pakistan (Projet Justice au Pakistan)
si vous faites preuve de respect et de
professionnalisme à son égard, si vous
défendez ses droits avec zèle, vous
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 15
développerez une meilleure relation de travail,
plus productive.
A.
COMMENT ÉTABLIR UNE
RELATION CONSTRUCTIVE ET DE
CONFIANCE AVEC MON CLIENT ?
Pour établir une relation fructueuse avec votre
client, il est important que vos contacts soient
réguliers et que vous informiez votre client du
stade où en est l’affaire et des avancées
substantielles de la procédure. Vous devez
prévoir de rendre régulièrement visite à votre
client. Il est crucial de respecter le droit de
votre client à la confidentialité, et d’éviter les
conflits d’intérêt21. Garantissez-lui que tout ce
qu’il vous dira restera confidentiel, à moins
qu’il ne permette qu’une information soit
communiquée dans le cadre de la stratégie mise
en place pour le procès.
Vous devez répondre à ses courriers dans des
délais raisonnables, prendre ses appels (dans
les pays où les détenus ont accès au téléphone),
communiquer avec sa famille et ses amis
lorsque vous le jugerez pertinent. Votre client
risque d’être de plus en plus anxieux au fur et à
mesure que l’affaire avancera ; c’est une
réaction normale face aux retards inhérents à
toute procédure juridique. Si vous n’arrivez pas
à voir votre client aussi souvent que vous le
souhaiteriez, envisagez de recruter une
personne qualifiée pour garder avec lui un
contact régulier. Les assistants juridiques sont
très utiles pour faciliter une communication
régulière.
Vos entretiens avec votre client seront plus
productifs si vous avez établi avec lui une
relation de confiance. Ce n’est que si votre
client vous fait confiance qu’il vous donnera
des informations personnelles, parfois
douloureuses (comme son rôle dans le crime le
cas échéant) mais indispensables à
l’élaboration d’une défense efficace. Par
exemple, si vous ne rencontrez votre client que
10 minutes avant le procès, il pourra être tenté
de vous dire qu’il n’était pas là et qu’il ne sait
pas ce qui s’est produit. Mais s’il vous fait
confiance, il pourra vous confier qu’il a tué la
victime pour se défendre, ce qui pourra
constituer une défense plus valable à la lumière
des preuves de l’accusation.
Surmonter les obstacles
• Que faire si je n’arrive pas à voir mon
client ?
Il est important de déterminer pourquoi vous
n’arrivez pas à voir votre client. Les
problèmes de transport ou de charge de
travail sont des obstacles que vous arriverez
généralement à surmonter. Il est important de
différencier les véritables obstacles de ceux
qui vous compliquent la tâche. Cependant,
s’il vous est véritablement impossible de
rencontrer votre client, vous devez essayer de
communiquer avec lui par téléphone ou par
email. Ces moyens de communication ne
sont pas les meilleurs car ils peuvent être
soumis à la surveillance du personnel de la
prison. Si vous n’arrivez pas à communiquer
avec votre client, essayez de rencontrer sa
famille et ses amis, car ils peuvent vous
fournir des informations cruciales pour votre
défense.
La confiance est également essentielle pour
prendre connaissance de faits qui seront très
importants dans la deuxième partie du procès
qui, dans certains systèmes juridiques,
détermine la peine, et durant laquelle il vous
incombe de présenter votre client sous ses
aspects les plus personnels en mettant en
lumière des circonstances atténuantes ou des
causes d’irresponsabilité22. Elles peuvent
inclure la preuve de l’impulsivité de l’accusé,
son incapacité à porter un jugement sur la
situation, son jeune âge et sa capacité à se
laisser impressionner, son retard mental ou de
développement, son incapacité mentale, les
violences sexuelles et physiques subies durant
l’enfance, la dépendance à différentes
substances, et sa capacité à s’adapter au milieu
carcéral.23 Les accusés hésitent souvent à
transmettre certaines informations à leurs
MES NOTES:
Page | 16
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
avocats, même si elles peuvent être utilisées
comme circonstances atténuantes. Par exemple,
lorsqu’on les interroge sur d’éventuels sévices
sexuels, physiques ou psychologiques, les
accusés peuvent être sur la défensive, avoir
honte ou vouloir protéger les membres de leur
famille24. Dans certaines cultures, les maladies
mentales sont un sujet tabou, et dans de
nombreuses régions du monde elles sont liées à
des croyances comme la sorcellerie ou autres
pouvoirs surnaturels. Il faut du temps, de la
persévérance, et une certaine sensibilité
culturelle pour trouver des circonstances
atténuantes. Le chapitre 4 fournit un aperçu
détaillé des recherches nécessaires pour
rassembler les preuves des circonstances
atténuantes qui seront déterminantes dans la
condamnation de votre client à la mort ou à une
sentence mois grave ; le chapitre 8 propose des
méthodes pour bien présenter ces preuves lors
de l’audience qui déterminera sa peine.
Il se peut qu’il soit moins aisé de développer
une relation avec certains clients qu’avec
d’autres. Lorsque vous représentez un client
avec lequel vous êtes moins à l’aise, il faut
garder à l’esprit que les raisons qui rendent la
relation difficile peuvent être les mêmes que
celles qui justifieraient des circonstances
atténuantes. Par exemple si votre client est
atteint d’une maladie mentale, il aura plus de
mal à communiquer avec vous. Le cas échéant,
il est nécessaire que vous passiez assez de
temps avec lui pour prendre conscience de sa
maladie et obtenir l’aide d’un expert pour
évaluer l’état mental de votre client. Les
chapitres suivants expliquent plus en détail que
la maladie des personnes souffrant de
problèmes mentaux peut expliquer leur
conduite au moment du crime (même s’ils
n’étaient pas juridiquement parlant incapables
au moment des faits). Cela peut être une preuve
très utile de circonstances atténuantes mais la
plupart des avocats ne sont pas assez attentifs
aux signes et symptômes des maladies
mentales pour savoir utiliser ces preuves sans
l’aide d’un expert. Or, il faudra d’abord que
vous évaluiez la portée de l’incapacité mentale
de votre client avant de soutenir devant un juge
ou un jury que cette incapacité justifie une
peine moins sévère.
Conseil pratique
• Circonstances atténuantes courantes (les
chapitres 5 et 8 proposent une analyse
plus détaillée des circonstances
atténuantes)
Age à l’époque des faits
Rôle peu important dans les faits commis
Absence de préméditation
Provocation à l’origine de l’infraction
Remords
Coupable ayant agi sous la menace, la peur
de violences à son égard ou celui de sa
famille, ou sous l’emprise d’une personne
ayant de l’influence sur lui
Dépendance à une drogue
État mental du coupable
Violences physiques ou sexuelles
Extrême pauvreté
Preuve de bonne moralité
Absence d’antécédents criminels
Bonne conduite en prison
Coopération avec les autorités
Liens familiaux
Situation professionnelle stable
Après le crime, le coupable a réparé (ou fait
des efforts visibles pour réparer) les
conséquences du crime, ou a proposé une
compensation à la victime ou sa famille sous
quelque forme que ce soit
Réhabilitation significative après avoir
commis le crime (surtout si bien plus tard)
Enfin, la création d’une relation positive et de
confiance avec votre client peut avoir un
impact sur la façon dont le jury ou le juge
perçoit ce dernier. Quand un jury ou un juge
détermine la peine appropriée à un accusé, la
personnalité de l’accusé est un point important.
Si votre relation avec votre client est
chaleureuse et cordiale, elle permettra de
rendre votre client « plus humain » aux yeux de
la cour. Si vous parvenez à faire ressortir la
dignité de votre client, vous remplissez le
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 17
principal de vos devoirs en tant qu’avocat de la
défense25.
B.
TRAITER LES CONFLITS
D’INTÉRÊT
En tant qu’avocat diligent de votre client, vous
devez toujours faire passer ses intérêts avant
les vôtres26. En tant qu’avocat impartial de
votre client, il est important d’identifier tout
conflit d’intérêt éventuel, déjà existant ou sur
le point de voir le jour durant votre
représentation27. Cela advient fréquemment
lorsque l’on demande aux avocats de
représenter plusieurs coaccusés d’une même
affaire pénale. Dans la plupart des cas, le
simple fait de représenter des coaccusés crée
un conflit d’intérêt. Par exemple, un procureur
peut souhaiter négocier une moindre peine avec
un des coaccusés si celui-ci accepte de plaider
coupable et/ou de témoigner contre les autres
coaccusés. Les coaccusés peuvent alors avoir
des défenses différentes et ne pas avoir le
même degré de culpabilité28.
Lors de la préparation du réquisitoire final on
voit bien quels problèmes pratiques peuvent se
poser si un même avocat représente plusieurs
coaccusés. Si vous ne représentez qu’un accusé
dans une affaire qui en compte plusieurs, vous
pouvez librement arguer que les preuves
démontrent la culpabilité des autres accusés,
mais pas de votre client.29 Cependant si vous
représentez plusieurs accusés vous avez
l’obligation de représenter chacun de vos
clients de façon compétente et sans égards pour
les autres accusés. Si vous soutenez que le
client A est moins coupable que le client B,
vous enfreignez vos obligations éthiques
envers le client B. Mais si vous évitez de
souligner que les preuves indiquent que le
client B est coupable, et non le client A, vous
enfreignez vos obligations éthiques envers le
client A. Plus les preuves de l’accusation
contre chaque accusé diffèrent, plus le conflit
d’intérêt qui vous empêche de représenter
efficacement vos clients est important. Dans
certaines affaires pénales, les coaccusés
peuvent avoir une ligne de défense identique
qui vous permettra d’en représenter plusieurs.
Le rôle peu important joué par l’un des
coaccusés peut alors constituer une
circonstance atténuante. Vous pouvez vous
trouver face à un choix cornélien : si vous
minorez le rôle de l’un, vous risquez
d’accroître la responsabilité de l’autre, alors
que vous devez assurer la défense des deux.
Surmonter les obstacles
• Je suis avocat commis d’office et l’on
m’a assigné la défense de plusieurs
clients dans une même affaire. Que doisje faire ?
De nombreux tribunaux ont un grand nombre
d’affaires à traiter et vous pouvez avoir
l’impression que vous ne pouvez pas vous
récuser. Cependant, en tant qu’avocat, il vous
incombe de refuser de représenter un client
en cas de conflit d’intérêt. Même si dans le
tribunal à la compétence duquel vous êtes
soumis il est courant que des avocats
défendent plusieurs coaccusés d’une même
affaire, cette pratique n’est pas justifiée, et
vous ne devez pas vous y soumettre sans
présenter d’objection.
Si vous ne pouvez pas vous récuser, vous
devez signaler le conflit d’intérêt à la cour et
exposer pourquoi vous ne pouvez pas vous
récuser. Vous devez déposer une requête
lorsque c’est possible, car cela pourra être
utile en cas d’appel. (Les appels sont traités
au chapitre 9).
Ainsi, dans l’hypothèse où vous seriez nommé
avocat de plusieurs coaccusés, votre premier
réflexe doit être d’évaluer l’existence d’un
risque de conflit d’intérêt. Dans la plupart des
cas, vous devrez demander à ce que soient
nommés des avocats supplémentaires. Si cela
vous est refusé, vous devez déposer une
requête par écrit, ou suivre les procédures en
vigueur dans votre pays afin de rassembler tous
les éléments nécessaires à votre objection, car
cela pourra contribuer à faire annuler la
condamnation d’un client en appel. Vous devez
ensuite informer vos clients que vous avez été
MES NOTES:
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GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
nommé pour les représenter même s’ils sont
coaccusés dans la même affaire. N’hésitez pas
à faire valoir que vos clients ne doivent pas être
condamnés à la peine de mort étant donné que
la cour n’a pas respecté leur droit à une
assistance juridique efficace et impartiale.
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
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CHAPITRE 3:
DETENTION PROVISOIRE ET LIBERTE
SOUS CAUTION
La situation de votre client est l’un des points
principaux avant le procès : votre client sera-til en détention provisoire ou en liberté
conditionnelle ? Même si votre client est
présumé innocent jusqu’à ce que sa culpabilité
ait été établie30, et ne doit pas être sanctionné
avant d’avoir été condamné, il peut être
emprisonné avant le procès car on estime que,
s’il était en liberté, il pourrait blesser
quelqu’un, prendre la fuite pour éviter les
poursuites, communiquer avec des complices,
etc. Si la partie adverse ou la cour souhaite que
votre client soit placé en détention avant et
pendant le procès, votre client risque d’être
l’objet de sanctions injustifiées. Que la défense
de votre client finisse par le faire acquitter ou
non, s’il est placé en détention pendant le
procès, il sera exposé aux épreuves physiques
et psychologiques de la détention, il aura moins
facilement accès à son avocat pour préparer sa
défense ; de plus, si ses proches dépendent
économiquement de lui, ils peuvent aussi être
dans une situation difficile. A cette étape, votre
rôle est essentiel : vous avez le devoir de
protéger les droits de votre client en vous
opposant à la détention provisoire et en
demandant sa libération avec le moins de
conditions restrictives possibles. Si la détention
provisoire est inévitable, vous devez essayer de
minimiser l’impact de la détention sur votre
client et sur sa défense.
I.
pouvoir d’appréciation pour décider si votre
client sera mis en liberté ou en détention dans
l’attente du procès33.
Surmonter les obstacles
• Il y a une grande différence de niveau
social entre mon client et moi, et je pense
que cela peut poser problème. Que dois-je
faire ?
Il est fréquent qu’il y ait une différence de
niveau social entre les avocats et leurs
clients, surtout dans les affaires impliquant
une possible condamnation à mort.
L’approche adéquate dépendra de la culture
locale mais quelques principes généraux sont
toujours applicables.
Essayez de mettre votre client à l’aise.
Commencez par parler de la pluie et du beau
temps, et assurez-vous que votre attitude est
détendue, que vous avez un ton amical. Le
cas échéant, demandez à votre client s’il est
bien installé. Lorsque c’est possible, apportez
quelque chose à boire et à manger à partager
avec votre client, utilisez un langage courant,
habillez-vous de façon à mettre votre client à
l’aise, et faites preuve d’empathie.
Demandez à votre client d’expliquer sa
vision des faits, dites lui ce qu’il ne sait pas,
pensez à lui demander s’il a des questions à
poser.
N’évitez pas de traiter des questions
importantes même si vous êtes conscient de
votre différence de niveau social. Si vous
êtes respectueux et essayez de ne pas
offenser votre client, le fait d’être direct et
honnête vous aidera à établir la vérité.
DROIT À LA LIBERTÉ
/ LIBERTÉ SOUS CAUTION
Les traités relatifs aux droits de l’homme ainsi
que de nombreuses constitutions nationales
établissent clairement que les individus ne
doivent pas être punis avant que leur
culpabilité ne soit établie31. Or, lorsque votre
client est placé en détention provisoire avant
son procès, cette règle est enfreinte32. Le
principe est donc celui de la liberté de l’accusé
lorsqu’il est dans l'attente du procès, mais bien
évidemment, la cour a le droit d’utiliser son
A.
DROIT À UNE AUDIENCE VISANT À
STATUER SUR LA DÉTENTION
PROVISOIRE
Dans certains cas, votre client peut être arrêté
par la police ou les autorités sans avoir eu droit
à une audience visant à statuer sur la détention
provisoire. Cette pratique enfreint le droit du
client à être présumé innocent tant que sa
culpabilité n’a pas été établie34. Si votre client
a été détenu pendant plusieurs jours sans
audience préliminaire, vous devez demander à
ce qu’une audience se tienne aussi vite que
possible35.
Votre client doit pouvoir rapidement être
présenté à un juge pour demander sa libération
dans l’attente du procès36, et ce dans les jours
qui suivent son arrestation, de façon à ce que,
si la libération lui est accordée, il ne soit pas
détenu inutilement pendant trop longtemps37.
Lors de cette audience, votre client a le droit de
demander à ce que vous le représentiez, de
produire des preuves démontrant qu’il ne doit
pas être placé en détention durant la phase
d’avant-procès, de présenter des témoins, et de
contester les preuves de l’accusation en contreinterrogeant les témoins de l’accusation.
Il est important de préparer dûment le dossier
avant l’audience visant à statuer sur la
détention provisoire. Pour ce faire, vous aurez
peu de temps et un travail intense à fournir
dans un bref délai. Vous devez tout d’abord
évaluer s’il y a assez de preuves (dans certains
pays on parle de « cause probable »)
incriminant votre client. Si ce n’est pas le cas,
votre client doit être libéré. Pour évaluer ces
preuves, vous devez utiliser votre droit d’accès
au dossier38. Vous devez aussi trouver des
témoins qui témoigneront en faveur de la
libération de votre client (assurant par exemple
qu’il ne représente pas une menace ou qu’il ne
risque pas de prendre la fuite). Les proches de
votre client ou des membres de son entourage,
son employeur ou toute personne ayant
travaillé avec lui peuvent témoigner.
B.
DROIT À LA LIBÉRATION AVEC LES
CONDITIONS LES MOINS
RESTRICTIVES
La cour peut tenir compte de différents facteurs
pour déterminer si votre client doit être libéré,
et peut utiliser son pouvoir d’appréciation pour
prendre sa décision. La cour doit partir du
principe que la libération est la meilleure
solution. A l’audience, c’est à l’accusation de
démontrer que votre client ne doit pas rester
libre dans l’attente du procès39. La plupart des
tribunaux tiendront également compte des
facteurs suivants :
•
La probabilité que votre client se
présente aux audiences préalables au
procès et au procès ;
•
Le besoin de protéger les membres de
son entourage si votre client représente
une menace pour eux, notamment les
victimes présumées et les témoins
potentiels.
Dans tous les cas le tribunal doit prendre la
décision qui pénalise le moins votre client, tout
en préservant l’ordre public. La plupart des
tribunaux ont les moyens nécessaires pour
permettre la libération de votre client tout en
ménageant les intérêts de la société.
Vous devez être prêt à argumenter en faveur de
la libération de votre client avec le moins de
conditions restrictives possibles. Pour y
parvenir, il vous faut produire des preuves
démontrant à la cour que sans conditions, ou
avec des conditions faciles à remplir, votre
client sera présent aux prochaines audiences et
au procès, et qu’il ne représente pas une
menace pour autrui. Pour ce faire, montrez
que :
•
Votre client a des liens avec son
entourage (et donc qu’il est peu probable
qu’il prenne la fuite) ;
•
Votre client a une famille ;
•
Votre client a un emploi ;
•
Votre client a un domicile ;
•
Votre client est de bonne moralité ;
•
Des témoins peuvent attester sa bonne
moralité (en témoignant ou en
présentant des déclarations sous
serment).
Il vous faudra peut-être aussi obtenir des
déclarations de témoins s’engageant à jouer le
rôle de caution, c’est-à-dire de se porter garant
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 21
que le client se rendra bien aux audiences. Le
cas échéant vous pouvez aussi demander à la
cour de faire prescrire à votre client un
traitement médical, un programme de suivi
médico-psychologique, de lui imposer un
programme d’insertion professionnelle ou
autre.
La cour peut décider de la libération de votre
client à certaines conditions, qui visent à
garantir qu’il sera présent au procès. Ces
conditions peuvent notamment prévoir que
votre client se présente à certaines réunions
avec des organismes de préparation du procès,
qu’il se présente régulièrement au
commissariat de police, ou qu’il règle une
somme correspondant à sa libération sous
caution. Dans certaines situations, la cour peut
limiter ses mouvements ou lui demander de se
soumettre à une surveillance ou un
enfermement partiel.
Il vous incombe de vous assurer que votre
client a bien compris toutes ces restrictions
avant sa libération afin d’éviter autant que
possible qu’il soit de nouveau arrêté. Si la
caution demandée est trop élevée pour votre
client, ou si ce dernier est soumis à des
obligations qu’il aura du mal à satisfaire, son
droit à ne pas être sanctionné avant d’être jugé
coupable peut être compromis. Souvent, les
détenus les plus démunis, ne peuvent pas régler
la caution. Si la cour considère qu’une
obligation financière suffira à garantir que
votre client sera présent aux autres audiences
préalables au procès et au procès, et que votre
client n’a pas les moyens de régler la caution,
vous devez demander une révision du montant
de la caution et soutenir que l’incapacité de
votre client à payer la caution n’est pas une
raison suffisante pour le garder en détention.
Vous devez souligner que même si votre client
n’a pas les ressources financières nécessaires, il
ne risque pas de prendre la fuite avant le procès
et qu’il est disposé à se présenter aux autorités
aussi fréquemment que nécessaire.
II.
SANTÉ ET BIEN-ÊTRE DU
CLIENT
Toute personne a le droit d’être traitée de façon
humaine, même si elle est accusée d’avoir
commis un crime40. Les seules épreuves
auxquelles votre client doit être soumis s’il est
placé en détention avant le procès sont celles
découlant directement de la privation de
liberté41. Concrètement, la santé mentale et
physique de votre client est menacée : il est
isolé de sa famille et des autres réseaux de
soutien, et peut éventuellement subir des
mauvais traitements de la part des gardiens ou
des autres détenus. Vous avez le devoir de
protéger les droits de votre client, et vous êtes
probablement la seule personne pouvant lui
éviter les mauvais traitements et autres
épreuves.
Votre client est titulaire de plusieurs séries de
droits :
•
Le droit à l’intégrité physique et à ne pas
être soumis à la torture ou a des
traitements cruels, inhumains ou
dégradants, y compris à l'isolement
prolongé42 ;
•
Le droit à être détenu séparément des
personnes déjà condamnées43 ;
•
Le droit à être détenu séparément des
personnes de l’autre sexe44 ;
•
Pour les mineurs, le droit à être détenu
séparément des adultes45 ;
•
Le droit à être logé de façon décente,
notamment concernant le couchage et les
installations sanitaires46 ;
•
Le droit à des conditions de travail
décentes47 ;
•
Le droit à profiter d’installations
récréatives adaptées48 ;
•
Le droit à des services médicaux49 ;
•
Le droit à une alimentation ayant une
valeur nutritive suffisante, et préparée
MES NOTES:
Page | 22
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
de façon à permettre ou conserver une
bonne santé mentale et physique50 ;
•
Le droit à ne pas subir de discrimination
quelle qu’elle soit, notamment le droit à
pratiquer sa religion51 ;
•
Le droit à maintenir des contacts avec les
membres de sa famille et/ou ses amis52 ;
et
•
Le droit à des contacts confidentiels avec
son avocat53.
Si votre client doit être placé en détention, ce
doit être dans des conditions et un lieu qui
permettent le mieux possible le respect de
chacun des droits précités. Malheureusement, il
se peut que vous ayez très peu d’influence sur
les conditions de détention de votre client.
Dans de nombreux pays, les établissements
pénitentiaires sont surpeuplés, vétustes, et se
voient allouer des budgets insuffisants. Dans
les commissariats de police, où certains sont
détenus plusieurs jours, semaines, ou mois
avant d’être transférés dans les maisons d’arrêt,
les conditions de détention sont souvent bien
pires. Les policiers ou gardiens de prison
peuvent, pour différentes raisons, ne pas être
bienveillants envers votre client et être prêts à
lui rendre la vie désagréable voire
insupportable. Si les droits de votre client sont
enfreints (que ce soit par la police, le personnel
de la prison ou les autres détenus, de façon
volontaire ou par une négligence intolérable),
vous devez prendre les mesures nécessaires.
A.
AIDE MÉDICALE ET ALIMENTAIRE
Les facultés de votre client et sa capacité à
communiquer avec vous peuvent être affectées
par un manque de médicaments ou d’aliments.
Si votre client ne reçoit pas la quantité de
médicaments ou d’aliments nécessaires, vous
devez en témoigner auprès de la cour, et porter
plainte au sujet des conditions générales et des
infrastructures de détention54.
Surmonter les obstacles
• Que dois-je faire si j’ai l’impression que
mon client est analphabète ?
Dès le début de la relation avec votre client,
il est important de déterminer s’il sait lire et
écrire. Dans certains pays, l’analphabétisme
est si courant que votre client reconnaîtra
qu’il ne sait pas lire ou écrire. Mais dans les
pays où le taux d’alphabétisation est élevé,
votre client peut avoir honte de sa situation.
Abordez le sujet en douceur, et quand vous
soupçonnez que votre client vous dit qu’il
sait lire alors qu’il semble ne pas en être
capable, prenez des mesures pour déterminer
sa capacité à comprendre des documents
écrits. C’est tout particulièrement important
dans les affaires où votre client a
prétendument signé des aveux.
Proposez à votre client de lire les documents.
Demandez lui de vous expliquer des
informations contenues dans des documents
qu’il dit avoir lus afin d’évaluer son niveau
de compréhension.
Demandez-vous si les difficultés de votre
client révèlent en réalité un problème de
capacité juridique ou autre (voir chapitre 4
pour plus d’informations)
B.
TRAITEMENT CRUEL, INHUMAIN
OU DÉGRADANT ET TORTURE
Si votre client est soumis à des traitements
inhumains ou à des actes de torture, la première
chose à faire est de déterminer qui est
compétent pour traiter le problème, et quelles
preuves vous devez apporter. Généralement
vous allez d’abord porter plainte auprès de
l’administration pénitentiaire, mais vous devez
vous demander si cela ne va pas mettre votre
client encore plus en danger. Il pourra être utile
de demander de l’aide aux organisations
locales des droits de l’homme, à la commission
nationale des droits de l’homme si elle existe
ou à tout tribunal compétent dans le domaine
de la surveillance des prisons. Dans les cas
graves et urgents, vous pouvez demander aux
organes internationaux des droits de l’homme
de mettre en place des mesures de protection
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 23
« temporaires » ou « provisoires » pour éviter
que les mauvais traitements se poursuivent
(rapportez-vous au chapitre 10 pour plus
d’informations sur les organes internationaux).
Même si votre pays n’est partie à aucun traité
relatif aux droits de l’homme, vous pouvez
demander au Rapporteur spécial de l’ONU sur
la torture de publier une déclaration demandant
à votre pays de respecter les droits de votre
client. Vous pouvez également donner un écho
à ces mauvais traitements et éviter qu’ils se
reproduisent en alertant les médias.
Dans certains cas (par exemple, si votre client
est exposé à des représailles de la part des
autres prisonniers, gardiens ou policiers), il
peut être nécessaire de faire placer votre client
en milieu protégé. Dans ce cas vous devez
pouvoir présenter à la cour ou à la prison des
preuves des risques auxquels votre client est
exposé, et être prêt à réclamer les conditions de
détention les plus appropriées.
MES NOTES:
Page | 24
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
CHAPITRE 4:
ENQUETE ET AUTRES OUTILS DE
PREPARATION PREALABLES AU
PROCES
I.
INTRODUCTION
L'un de vos devoirs essentiels en tant qu'avocat
dans le cadre d'une affaire où la peine de mort
peut être prononcée est d'enquêter sur les
origines de l'accusé ainsi que sur les faits qui
lui sont reprochés. Les avocats ne faisant pas
de recherche approfondie ont plus de chances
de perdre le procès et leurs clients courent plus
de risques d'être condamnés à mort. Comme
nous l'expliquons plus en détails ci-dessous,
l'enquête révèle souvent les failles de
l'accusation et permet à l'avocat de la défense
de présenter une stratégie qui pourra être
couronnée de succès lors du procès. Une
enquête est par ailleurs essentielle lorsque l'on
cherche à éviter une condamnation à mort car il
faut rassembler des preuves et circonstances
atténuantes qui vous aideront à persuader le
juge ou le jury d'épargner la vie de votre client.
Enfin, une telle recherche est nécessaire pour
déterminer si votre client est, ou non, passible
de la peine de mort, une éventualité que nous
expliquons plus loin dans ce chapitre.
Les évolutions dans le domaine juridique
qu'ont connues de nombreux pays au cours des
dix dernières années ont conféré une
importance sans précédent aux recherches sur
les circonstances personnelles et l'éligibilité de
votre client à la peine de mort. Le recours à la
peine capitale a peu à peu diminué à travers le
monde. Différentes catégories de personnes
sont devenues inéligibles à la peine de mort,
principalement les personnes frappées
d'aliénation mentale, les femmes enceintes et
les personnes âgées de moins de 18 ans au
moment des faits55. Ceux souffrant de troubles
mentaux ou d'un handicap peuvent également
échapper à l'exécution56. Qui plus est, même
lorsqu'une personne est passible de la peine de
mort, dans de nombreux pays, les tribunaux ont
reconnu que les juges et les jurés devraient se
pencher de façon minutieuse sur la situation
personnelle de l'accusé avant de décider si sa
culpabilité est suffisante pour mériter la peine
capitale57. Ces tendances vous donnent de
nouvelles chances de soutenir qu'une
condamnation à mort est inadmissible ou
injustifiée dans le cas de votre client et
d'exhorter la cour à faire preuve d’indulgence
vis-à-vis de ce dernier. Cependant, elles vous
contraignent également à mener une enquête
approfondie afin de pouvoir tirer profit au
maximum de ces possibilités.
Surmonter les obstacles
•
Je crois que mon client me ment. Que
dois-je faire ?
Parfois, les clients ne racontent pas l'entière
vérité à leurs avocats. Il est souvent plus
judicieux, plutôt que de se sentir offensé, de
réfléchir à leurs motivations à agir de la
sorte. En premier lieu, il ne faut pas partir du
principe que votre client vous a délibérément
menti ; ce n'était peut-être qu’un simple
malentendu. Et même si votre client vous a
volontairement menti, il ne pensait pas
nécessairement à mal en faisant cela. Il a
peut-être menti afin de protéger quelqu'un ou
d'éviter une situation embarrassante. Il faut
du temps avant qu'un client ne fasse
confiance à son avocat et, parfois, il sera
amené à mentir s'il ne croit pas que celui-ci
soit réellement prêt à travailler dur en son
nom. Beaucoup d'accusés pensent que leur
avocat ne les aidera que s'ils sont innocents.
Si vous pensez que votre client a menti à
propos des faits qui lui sont reprochés,
demandez-lui une explication sans que cela
ne sonne pour autant comme une accusation.
Avant de poser votre question, expliquez-lui
que ses réponses sont essentielles pour son
dossier et rassurez-le en insistant sur le fait
que vous continuerez à vous battre pour lui
en dépit de ce qu'il vous dira. Faites preuve
d'empathie vis-à-vis de lui (dites-lui par
exemple que vous comprenez qu'il soit
difficile d'être totalement transparent
s’agissant d'informations pouvant le faire
souffrir ou lui causer du chagrin).
Ceci souligne à nouveau combien il est
important de tisser des liens avec son client
avant de l'interroger sur les faits relatifs à son
dossier. Il faut idéalement vous entretenir
avec votre client plusieurs fois avant de lui
poser des questions délicates à propos de son
rôle potentiel dans le crime qu'il est accusé
d'avoir commis. Créez des rapports cordiaux
en apprenant à connaître votre client, en lui
parlant, le cas échéant, de sa famille, de son
travail et de ses loisirs. Gagnez sa confiance
en prenant le temps de lui expliquer les
aspects procéduraux de son dossier.
L'enquête et la présentation de preuves et
circonstances atténuantes sont des éléments
cruciaux du travail de la défense dans un
procès où l'accusé risque la peine capitale.
Elles offrent aux avocats de la défense la
possibilité de fournir à la cour des preuves
pouvant faire pencher la balance de leur côté
face à des circonstances aggravantes. Vous
pouvez faciliter le processus de collecte des
informations en développant une relation de
confiance avec votre client. Ce sera d’autant
plus utile que vous exercez dans un pays où il
ne vous est pas permis d'interroger les témoins
de l’accusation. Les circonstances atténuantes
concernent normalement tout renseignement à
propos du tempérament et du casier de l'accusé
pouvant servir à persuader la cour que ce
dernier ne devrait pas être condamné à mort.
Elles peuvent inclure des preuves de
l'impulsivité, du jugement altéré, de déficience
ou de retard de développement psychomoteur,
d'antécédents d'abus sexuels ou physiques, de
dépendance à différentes substances, de la
jeunesse, de l'influençabilité, et de la capacité à
s’adapter au milieu carcéral58. Les accusés
hésitent souvent à faire certaines révélations à
leur avocat, même lorsque celles-ci pourraient
être utilisées comme circonstances atténuantes.
Ils peuvent par exemple rester sur la défensive
ou éprouver de la honte à parler des mauvais
traitements physiques ou psychologiques
infligés par des proches59. Néanmoins, bon
nombre d'accusés partageront des informations
douloureuses en réponse aux efforts continus
de leur avocat de tisser un lien fort avec eux60.
II.
QUE DOIT CHERCHER
L'AVOCAT ?
Lors d'une recherche sur un dossier impliquant
la peine de capitale, il faut étudier les faits qui
sont non seulement pertinents du point de vue
de la culpabilité de votre client pour un crime
donné mais aussi, s’il est reconnu coupable, du
point de vue de son éventuelle condamnation à
la peine de mort. Pour ce faire, il vous faut
enquêter sur chacun des points suivants :
A.
LE CRIME
1.
Identifier et enquêter sur les témoins
de l'accusation
Durant votre recherche sur les faits reprochés,
vous devez minutieusement examiner les
témoins potentiels que pourrait faire appeler le
procureur, si votre système juridique vous le
permet, voire les interroger si cela est possible.
Sondez leur milieu et leurs origines ainsi que
leur relation avec le prévenu. Voici certains
aspects sur lesquels devrait plus
particulièrement porter votre recherche:
•
Ont-ils bel et bien assisté au crime ou
leur témoignage est-il uniquement fondé
sur le ouï-dire ?
•
Comment ont-ils pu observer ce qui était
en train de se produire et y a-t-il des
raisons de remettre en doute la fiabilité
de leurs observations ? Étaient-ils par
exemple sous l'emprise d'une substance
quelconque ou les conditions d'éclairage
ou de visibilité étaient-elles mauvaises ?
•
Pourraient-ils manquer d'objectivité visà-vis de l'accusé ? Ainsi, les témoins qui
sont eux-mêmes impliqués dans le crime
peuvent avoir tout intérêt à faire en faire
porter l’entière responsabilité par les
MES NOTES:
Page | 26
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
autres afin de se dédouaner
complètement.
•
La police ou d'autres individus les ont-ils
poussés à faire une déclaration
particulière ?
•
Avaient-ils une raison quelconque de
fabriquer leur témoignage ? S’ils sont
eux-mêmes suspects ou accusés, leur a-ton par exemple proposé une peine moins
lourde ou d’autres avantages en échange
d'informations « utiles » ? Y a-t-il eu
dans le passé des tensions avec l'accusé?
2.
preuves de son immoralité. Lorsque vous
interrogez des témoins qui ne parlent pas votre
langue, gardez à l'esprit les principes décrits
dans le chapitre 2 concernant la nécessité de
travailler avec des interprètes.
Surmonter les obstacles
• Comment savoir à quels témoins parler si
les rapports de la police n'identifient
aucun témoin oculaire ?
Tout d'abord, vous devez vous entretenir
avec votre client. Il est possible qu'il sache si
quelqu'un a assisté à l'incident ayant conduit
à sa détention. Votre client peut également
vous fournir des informations utiles
concernant le manque d'objectivité potentiel
des témoins susceptibles d'être appelés par
l’accusation.
Si cela est possible, vous devez également
vous rendre sur la scène de crime et essayer
de trouver quelqu'un ayant pu fréquenter ce
secteur. Demandez de l'aide aux personnes
influentes de son entourage, tels que le chef
du village, les guides religieux ou autres, afin
de localiser des témoins. Les amis et
membres de la famille peuvent également
fournir de précieux renseignements, sans
parler des circonstances atténuantes
pertinentes du point de vue de la
condamnation.
Identifier et enquêter sur les témoins
de la défense
Vous devez par ailleurs chercher des preuves
supplémentaires, y compris d’autres
témoignages, afin de contester la version des
faits décrite par l’accusation et de corroborer le
récit du prévenu. Par exemple, si votre client
certifie avoir agi en état de légitime défense,
vous devez déterminer si des témoins
pourraient attester du comportement agressif de
son assaillant. Si votre client affirme avoir un
alibi, et si la loi applicable vous y autorise, il
est essentiel que vous localisiez et interrogiez
des personnes susceptibles de confirmer son
propos afin d'évaluer la solidité de la défense
de cet alibi. Certains systèmes juridiques
toutefois ne vous autorisent pas à entendre les
témoins avant l’audience. Il s’agit notamment
des systèmes dits de droit codifié (Civil Law).
Il vous appartiendra de les faire citer devant le
tribunal saisi afin qu’ils soient interrogés par
les juges et les parties. Si les preuves de
moralité sont admissibles au sein de votre
système juridique et que vous avez le sentiment
que présenter de telles preuves pourrait être
utile à votre client, vous devez tenter
d'identifier et de localiser des témoins de
moralité. Gardez à l'esprit que les preuves de
moralité ne doivent être utilisées qu'avec une
extrême vigilance. Dans certains systèmes
juridiques, la présentation de preuves
soulignant la moralité de l'accusé autorise
l’accusation à répondre en présentant des
3.
Le recours aux preuves médicolégales
Bien trop souvent, les accusés sont condamnés
sur la base de preuves médico-légales erronées
ou de témoignages d'experts en balistique le
cas échéant douteux. Aux États-Unis, par
exemple, des condamnations ont été annulées à
cause du manque de fiabilité d'éléments de
preuve essentiels, tels que la comparaison de
cheveux et de marques de morsure, ou des
probabilités « d'experts » sur les chances qu'un
accusé tue à nouveau en ne se fondant sur rien
d'autre que la lecture d'un dossier ou un court
entretien avec ce dernier.61 Ainsi, au Soudan,
certaines condamnations ont été obtenues
presque uniquement grâce à des empreintes de
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 27
pied censées correspondre à celles de
l'accusé62.
Afin d'éviter des condamnations aux
fondements aussi fragiles, vous devez vous
évertuer à obtenir et remettre en question les
preuves dont dispose l'accusation ou la police.
Si l'accusation cherche à présenter des preuves
médico-légales, vous devez vous renseigner sur
les qualifications des experts auxquels elle fera
appel lors du procès. Ont-ils été correctement
formés pour évaluer les preuves ? Qui plus est,
vous devez déterminer si les preuves ont
convenablement été testées en ayant recours à
la meilleure technologie disponible ou si
d'autres analyses médico-légales sont possibles.
Vous serez peut-être en mesure de démontrer
que des défaillances liées à la préservation des
preuves de l'accusation ou à la méthodologie
des examens menés les rendent peu fiables.
4.
Exemple de réussite
• Utilisation de rapports médicaux pour
contester la théorie de l'accusation en
Guinée
« Dans une affaire impliquant sept
gendarmes accusés d'avoir battu à mort un
voleur, j'ai utilisé les rapports médicaux pour
contester avec succès la théorie de
l'accusation. Lorsque la victime a été
transportée à l'hôpital, les médecins n'ont pas
déterminé si la mort était due aux coups
reçus ou à une maladie quelconque
antérieure. Leur omission est
particulièrement importante dans ce cas,
puisque d'autres éléments de preuve
soutenaient l'état maladif du défunt.
En l'absence de toute expertise par un
médecin légiste, j'ai fait valoir que
l'accusation ne pouvait pas prouver que les
gendarmes étaient responsables de la mort de
la victime. J'ai demandé au tribunal
d'ordonner l'exhumation du corps de la
victime afin qu'elle puisse être correctement
examinée par un expert approprié. Or, voyant
que cela ne pouvait être fait, le tribunal a été
convaincu par mes arguments. Deux des
accusés ont été acquittés purement et
simplement, quatre ont reçu une
condamnation avec sursis de deux ans, et le
commandant a été condamné à une peine de
prison de 15 ans. »
Cause de la mort
Dans les affaires d'homicide, vous devez
essayer d'obtenir le rapport d'examen post
mortem sur la victime afin de pouvoir analyser
la cause du décès. Ce rapport peut révéler des
informations cruciales : la victime pourrait être
morte de causes naturelles ! Prêtez une
attention toute particulière aux détails tels que
l'emplacement des blessures. Lorsque les
témoins de l’accusation décriront leur version
de l'incident ayant conduit au décès de la
victime, vous aurez peut-être la possibilité de
contester leurs dires durant le contreinterrogatoire en soulignant les incohérences
entre leur récit et le rapport post-mortem. Ces
informations vous aideront peut-être également
à préparer votre plaidoirie. Enfin, vous devez
enquêter sur les qualifications de l'individu
ayant effectué l'examen post-mortem car vous
pourriez trouver matière à attaquer la fiabilité
de ses conclusions.
-
Labila Michel SONOMOU, président
d'Avocats Sans Frontières Guinée
Surmonter les obstacles
• Le domicile des témoins se trouve très
loin de là où je réside et exerce ma
profession, or je ne dispose d'aucun
moyen de transport. Comment puis-je les
localiser et les rencontrer ?
Si les transports en commun ne sont pas
disponibles, vous pouvez demander à la
famille et aux amis de votre client ainsi
MES NOTES:
Page | 28
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
qu'aux membres influents de son entourage,
tels que le chef du village ou les guides
religieux, de vous aider à rassembler les
témoins dans un lieu qui vous sera
accessible.
Vous devez également pleinement profiter
des éventuelles ressources offertes par les
ONG, les associations d'assistance juridique
et les facultés de droit. Les étudiants en droit
et les centres de consultation juridique
peuvent ainsi se montrer prêts à vous assister
dans votre recherche en échange d'un
encadrement et d'une formation. Au Malawi,
des étudiants en droit ont apporté leur aide
pour interroger les membres de la famille et
récolter dans des villages isolés divers
témoignages utiles à la démonstration de
circonstances atténuantes. Ils ont également
permis de retrouver certains dossiers perdus.
Si un entretien physique ne peut être arrangé,
essayez d'interroger les témoins par
téléphone.
B.
LES ÉVÉNEMENTS LIÉS À
L'ARRESTATION
Il est fréquent que les individus accusés d'avoir
commis un crime fassent des déclarations à la
police lors de leur arrestation. Votre travail
consiste à déterminer si les déclarations de
votre client ont été faites librement, de son
plein gré et conformément aux lois en vigueur,
qui s’entendent comme comprenant la loi
nationale, la constitution ainsi que le droit
international des droits de l'homme.
N’hésitez pas à remettre en cause les preuves
« douteuses » ayant été obtenues en violation
des droits de l'accusé. Aux États-Unis, par
exemple, de telles preuves sont soumises à la
règle d'exclusion, ce qui signifie qu'elles ne
peuvent être produites lors du procès. En
Europe, divers mécanismes sont utilisés. Par
exemple, en Allemagne, la règle d'exclusion ne
s'applique pas automatiquement mais des
éléments de preuve peuvent être exclus s'ils ont
été obtenus en violation des droits de l’homme
protégés par la Constitution.
Prêtez une attention particulière à la possibilité
que votre client ait pu faire ses déclarations
MES NOTES:
sous la contrainte ou contre son gré. Si celui-ci
a signé une déclaration, assurez-vous qu'il
savait réellement ce qu'elle contenait. Lui a-ton donné le temps de la relire ? Avait-il le
niveau d'instruction nécessaire pour la
comprendre ? Était-elle écrite dans sa langue
maternelle ?
Si un accusé souffre d'un trouble mental ou de
tout autre handicap, il a pu subir l'influence
d'autres personnes et pourrait avoir été plus à
même de confesser un crime. Des études
montrent que les individus présentant des
troubles mentaux sont particulièrement enclins
à faire de faux aveux. Il est possible que ces
personnes ne comprennent pas leur droit à ne
pas répondre aux questions qui leur sont posées
ou à faire appel à un avocat. La police peut
aisément les orienter dans leur récit pour
chaque étape du crime et leur suggérer des
réponses qui les incrimineraient. Passer en
revue les transcriptions des interrogatoires des
forces de l'ordre peut révéler que votre client
ne faisait en réalité que répéter les informations
que lui donnaient les policiers.
Un aveu peut également avoir été obtenu sous
la contrainte pouvant impliquer l'usage de
sévices physiques, de moyens de pression ou
de menaces. Si vous soupçonnez que votre
client s'est fait malmener durant sa garde-àvue, il vous faudra sans doute solliciter un
examen médical afin d'aider à établir qu'il a été
battu ou torturé. L'accusé pouvait par ailleurs
avoir été très affaibli et donc incapable de
résister à la pression exercée par la police si on
a refusé de lui fournir de la nourriture ou le
traitement médical dont il avait besoin. Il peut
avoir aussi eu peur pour la sécurité de sa
famille ou la sienne. N’étant pas volontaires,
les déclarations doivent pouvoir être
contestées.
C.
DÉFENSES POSSIBLES
En tant qu'avocat de la défense, vous avez pour
obligation d'enquêter sur tous les moyens de
défense que votre client pourrait opposer à
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 29
l’accusation63. Les moyens de défense liés à la
responsabilité peuvent inclure la légitime
défense, des facultés amoindries ou le fait
d'être sous l'emprise d'une substance
quelconque.
De manière générale, toute personne craignant
pour la sécurité d'un tiers ou la sienne est
autorisée à avoir recours de façon
proportionnée à la force face à un assaillant. Si
votre client affirme avoir commis un homicide
en état de légitime défense, vous devez faire
tout votre possible pour prouver que sa peur de
la victime était raisonnable. Repassez
scrupuleusement en revue les raisons pour
lesquelles votre client se croyait en danger.
Tentez de trouver des témoins de leur entrevue
pouvant attester de son récit. Vous serez peutêtre capable de présenter des preuves
confirmant que la victime était connue pour
son comportement violent, ce qui vous aidera à
démontrer que la peur du prévenu était
justifiée.
Les conditions requises pour plaider la
démence, parfois appelée aliénation mentale,
comme défense varient selon les pays.
Cependant, de manière générale, un avocat doit
prouver non seulement que son client souffre
de troubles mentaux mais aussi, qu'au moment
du crime, en raison de ces troubles, le prévenu
était incapable de distinguer le bien du mal ou
de contrôler ses réactions. Même si le prévenu
ne souffre pas d'une maladie mentale de façon
permanente, il peut, au moment du crime, avoir
été déconnecté de la réalité ou avoir agi sous
l'influence de substances toxiques administrées
involontairement.
Bien qu'une défense plaidant la démence soit
rarement couronnée de succès, il vous sera
peut-être possible de soutenir que le prévenu a
commis le crime alors que ses capacités
intellectuelles étaient amoindries. Cet argument
ne représente généralement pas l'intégralité de
la défense mais peut constituer une
circonstance atténuante. S'il est présenté de
manière convaincante, la gravité des charges
peut être réduite ou la condamnation peut être
plus légère.
Exemple de réussite
• Gagner un procès grâce à vos recherches
Dans une affaire de meurtre au Malawi,
l'équipe de juristes a pu corroborer grâce à
leurs recherches les affirmations de leur
client qui disait avoir eu recours à la légitime
défense. Aucun des rapports de police
n'indiquait que l'accusé avait agi en état de
légitime défense. Cette information n’avait
pas été intégrée à la déclaration faite par
l'accusé aux forces de l'ordre. Néanmoins
l'accusé a insisté sur le fait qu'il avait été
attaqué par la « victime » présumée. Il jurait
que lors de son arrestation, il présentait des
entailles à l'arrière de son crâne et de ses
bras. Il a montré les cicatrices à ses avocats.
Armés de cette information, les avocats se
sont lancés à la recherche de l'officier de
police qui l'avait arrêté. Un assistant
juridique de la région connaissait l'officier et
l'a retrouvé à un barrage routier. Durant son
interrogatoire, le policier a confirmé que
l'accusé avait d'importantes et profondes
blessures au moment de son arrestation.
Lors du procès, l'officier de police a été forcé
de dire la vérité à propos des blessures de
l'accusé. Ce dernier a également témoigné
pour sa propre défense. Après avoir entendu
toutes les preuves, la cour a acquitté l'accusé
de toutes les charges retenues contre lui.
Vous devez vous pencher sur les différentes
raisons pour lesquelles les capacités de votre
client peuvent avoir été amoindries au moment
des faits. Une maladie ou déficience mentales
peuvent affecter le jugement et le
comportement d'un client, même lorsqu'elles ne
correspondent pas à l'acception juridique de
« démence ». Le fait d'être sous l'emprise d'une
substance quelconque s'avère être un autre
facteur pouvant conduire à une condamnation
moins sévère dans certains pays. Enfin, vous
serez peut -être en mesure d'affirmer que votre
client n'était pas entièrement responsable de ses
MES NOTES:
Page | 30
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
actes parce qu'il a été provoqué ou ressentait un
stress immense, voire une émotion ou un
désespoir intenses au moment du crime.
à tous les faits en rapport avec le crime
principal.
E.
Surmonter les obstacles
• Que dois-je faire si les amis ou la famille
du témoin refusent que j'interroge ce
dernier en tête à tête ?
S'entretenir individuellement avec chacun
des témoins est la meilleure façon de vous
assurer que leurs déclarations ne seront pas
polluées par les opinions d'autres membres
de leur famille ou de leur entourage. C’est
particulièrement important lorsque la victime
présumée réside au sein de la même
communauté ou qu'un témoin habite en zone
rurale ou dans un village où les rumeurs
courant sur l'incident ont créé une version
acceptée de la vérité qui ne coïncide peutêtre pas avec les faits. Cependant, il arrive
que les témoins soient peu favorables à un
entretien à l'écart des leurs amis et parents
proches. Dans ce genre de situation, tentez de
repérer et dissiper leurs craintes. Dans
certaines cultures, il peut par exemple
sembler déplacé qu'un homme reste seul avec
une femme si celle-ci n'est ni son épouse ni
un parent proche. Dans ce cas, il serait
judicieux de vous assurer que des
représentants des deux sexes fassent partie de
votre équipe d'investigation.
Si vous ne pouvez éviter la présence de tiers
durant l'interrogatoire, essayez de limiter le
nombre de participants, particulièrement si
leur présence peut gêner ou freiner les
révélations du témoin. Demandez également
à ce que les présents ne répondent pas à la
place du témoin ni ne fassent de
commentaire pouvant affecter ses
déclarations.
D.
INFRACTIONS LIÉES AU CRIME
Dans certaines affaires, être jugé coupable
d'une infraction, telle qu'un viol ou un
cambriolage, pourrait conduire à une
condamnation à mort. En tant qu'avocat de la
défense, vous devez étendre votre investigation
ANTÉCÉDENTS CRIMINELS ET
D'AUTRES MAUVAISES CONDUITES
PRÉALABLES
Si le prévenu a des antécédents criminels,
l'accusation cherchera peut-être à fournir des
preuves des condamnations précédentes au
soutien de la demande de condamnation à la
peine capitale. Vous devez étudier ces
infractions antérieures et être préparé à
contester leur admission. Si celles-ci sont
admises, vous devez être capable d'expliquer la
conduite de votre client et réfuter les arguments
de l’accusation affirmant que les antécédents
criminels de votre client impliquent qu'il est
incapable de changer.
F.
ÉLIGIBILITÉ À LA PEINE CAPITALE
Votre recherche doit vérifier que votre client ne
fait partie d'aucune des catégories le rendant
inéligible à la peine de mort. Par exemple, les
personnes âgées de moins de 18 ans sont
exclues de la peine capitale64. Néanmoins, dans
de nombreuses cultures, beaucoup d'individus
ne possèdent pas d'acte de naissance et ne
connaissent pas nécessairement leur âge. Afin
de déterminer l'âge de votre client, il vous
faudra peut-être parler avec ses parents, ses
proches, ses professeurs ou d'autres personnes
qui pourraient se rappeler du mois et de l'année
de sa naissance par rapport à d'autres
événements, tels qu'une importante sécheresse,
une élection ou le décès d'une éminente
personnalité (voir chapitre 5). L'avocat peut
également arguer que des conditions telles
qu'une grossesse ou un âge avancé devraient
exclure le client d'une condamnation à mort.
Ainsi la Convention américaine relative aux
droits de l’homme interdit-elle l'application de
la peine capitale pour cette catégorie de
personnes65.
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 31
G.
CIRCONSTANCES ATTÉNUANTES
Les circonstances atténuantes sont destinées à
humaniser l'accusé et à expliquer son
comportement au jury ou au juge. En
présentant de telles preuves, votre objectif n'est
pas d'excuser le crime de votre client mais
plutôt de susciter l’indulgence, de montrer qu'il
n'est pas aussi coupable qu'il n'y paraît et qu'il
mérite une peine moins lourde. Les
circonstances atténuantes peuvent inclure tous
les aspects du tempérament ou des origines du
prévenu pouvant contribuer à obtenir une peine
plus légère que la peine de mort, tels que sa
fragilité d'esprit, sa capacité à se repentir, le
fait qu'il ne représente pas de danger futur ainsi
que ses qualités ou bonnes actions. Dans la
mesure où les circonstances atténuantes
représentent un aspect essentiel de la défense
dans un dossier peine de mort, le chapitre 8
traite en détail de leur utilisation et
présentation.
III.
LA RECHERCHE
D’INFORMATIONS
A.
QUAND DEVRAIT DÉBUTER LA
RECHERCHE ?
Exemple de réussite
• L'affaire Shabbir Zaib (Pakistan)
« Shabbir Zaib était un Britannicopakistanais accusé du meurtre de sa femme
en 2009. La femme de Shabbir a été tuée au
cours d'une intrusion dans son domicile par
un gang de criminels (connus sous le nom de
« dacoity » au Pakistan). Les cambrioleurs
sont entrés chez elle, ont attaché Shabbir et
sa famille et, lorsque sa femme a refusé de se
taire, lui ont tiré une balle mortelle dans la
tête. Peu après cet incident, la belle-mère de
Shabbir (sur ordre de ses fils) changea la
déclaration originale qu'elle avait faite à la
police et accusa Shabbir d'avoir tiré sur sa
femme.
Ayant la double nationalité, Shabbir était
considéré comme relativement aisé dans son
village et, comme la plupart des
ressortissants étrangers d'origine pakistanaise
n'ayant aucun véritable lien avec les gens du
village ou la police, il fut une cible
d'extorsion facile. En faisant porter les
soupçons sur Shabbir pour le meurtre de sa
femme, sa belle-famille cherchait à prendre
le contrôle de sa propriété.
Grâce à une recherche active sur l'affaire et
des entretiens avec chacune des personnes
qui y étaient liées, nous avons été capables
d'exercer une forte pression sur le plaignant.
A chaque voyage de notre équipe
d'investigation dans le village, le bruit s'est
répandu que l'équipe en charge de la défense
de Shabbir posait de nombreuses questions.
Peu de temps après, les témoins de
l’accusation commencèrent à tellement
craindre que la vérité n'éclate et qu'on ne les
juge coupable de parjure qu'ils choisirent de
retirer leurs déclarations accusant Shabbir de
meurtre et de résoudre l'affaire
conformément à la Shariah.
Cette affaire démontre comment une
recherche rigoureuse peut renverser la donne
en faveur de l'accusé et finalement conduire à
son acquittement. »
Vous devez commencer à enquêter le plus tôt
possible, idéalement peu de temps après
l'arrestation du prévenu. D'importantes preuves
pourraient ne plus être accessibles si votre
enquête est remise à plus tard.
Vous devez également vous mettre à
rassembler les preuves de circonstances
atténuantes en rapport avec les origines du
prévenu. Dans les systèmes juridiques où
l'accusation peut choisir de ne pas requérir la
peine de mort, de telles preuves pourront
contribuer à persuader l’accusation que la peine
capitale n'est pas méritée.
-
Sarah Belal, Directrice, Justice Project
Pakistan (Projet Justice Pakistan)
MES NOTES:
Page | 32
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
B.
QUI EST RESPONSABLE DE
L'ENQUÊTE ?
Dans les pays appliquant le droit coutumier
(Common Law), les avocats de la défense ou
l'équipe en charge de la défense sont censés
mener une enquête approfondie sur les
circonstances du crime et la situation du
prévenu. L'avocat doit enquêter de manière
indépendante sur les faits et informations
fournies à la fois par le client, l'accusation et la
police (procédure accusatoire).
Au contraire, dans un système inquisitoire, très
répandu dans les systèmes régis par le droit
codifié (Civil Law), le devoir d'investigation est
principalement attribué à un magistrat. Pour
autant, cela ne signifie pas que l'avocat de la
défense se trouve exempt de toute
responsabilité en la matière et ne puisse pas
prendre part à l'enquête. En tant qu'avocat de la
défense, votre responsabilité de faire des
recherches est entière quel que soit votre
système juridique, droit codifié (Civil Law) ou
droit coutumier (Common Law).
En France, par exemple, même si le système
pénal repose sur la direction de l'enquête par un
juge d’instruction ou par un magistrat du
parquet, un prévenu peut rassembler des
preuves et demander au juge d'effectuer des
recherches dans son intérêt. Il peut notamment
demander au juge d’instruction de convoquer
des témoins, de les entendre, de désigner une
expert et de lui confier une mission d’ordre
technique (expertise médicale, graphologique,
recherche d’ADN, expertise balistique….).
Cette demande doit être faite par écrit et doit
être motivée, pour obliger le juge d’instruction
à y répondre par décision également motivée.
L'avocat de la défense doit de ce fait étudier le
dossier tout au long de l'enquête préliminaire et
réclamer que tel ou tel point soit examiné s'il a
le sentiment que c'est dans l'intérêt du prévenu.
Le juge doit traiter les requêtes de l'avocat,
tout refus de sa part pouvant donner lieu à un
recours66.
Si vous êtes avocat et exercez dans un pays
n'ayant que peu de ressources, il vous faudra
peut-être trouver des moyens inventifs
d'enquêter sur une affaire. Dans certains pays,
par exemple, les assistants juridiques ayant
reçu une formation adéquate aident à accomplir
bon nombre des tâches nécessaires à la
préparation d'une affaire, telles qu'interroger le
prévenu, retrouver et interroger les témoins de
la défense, des membres de la famille, des
voisins et même des victimes.
C.
SOURCES D'INFORMATIONS
1.
Le rôle du client dans l'enquête
Votre client sera vraisemblablement le point de
départ de votre recherche et sera peut-être en
mesure de vous aider à identifier de nouveaux
témoins et sources de preuves à décharge ou de
circonstances atténuantes.
Comme nous l'avons expliqué dans le chapitre
2, il vous faudra développer une relation de
confiance avec votre client. Tisser des liens
avec son client dans une affaire où il encourt la
peine de mort peut s'avérer ardu. Il peut être
particulièrement difficile d'obtenir de lui des
informations pouvant potentiellement servir de
circonstances atténuantes. Beaucoup de
prévenus risquant la peine de mort souffrent
d'anxiété, de dépression, de maladies mentales,
de troubles de la personnalité ou de déficience
cognitive freinant la communication et la
confiance. Des troubles psychiatriques peuvent
embarrasser votre client. Il se peut qu'il soit
réticent à partager des informations le
dépeignant comme un « fou ». De la même
manière, les clients peuvent hésiter à fournir
des renseignements sur des mauvais
traitements subis durant leur enfance ou dans le
cadre de leur mariage. Vous devrez peut-être
vous entretenir plusieurs fois avec votre client
avant qu'il ne soit suffisamment à l'aise pour
divulguer certaines informations pouvant
constituer des circonstances atténuantes
essentielles. Votre client peut carrément refuser
de dévoiler des renseignements. Vous devez
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 33
alors lui poser des questions factuelles qui vous
aideront à déterminer certains thèmes sur
lesquels bâtir les circonstances atténuantes.
Prêtez attention aux signes de déficience
intellectuelle, comme lorsque votre client
semble avoir des difficultés à comprendre sa
situation ou à communiquer des détails.
Conseil pratique
• Comment découvrir si votre client souffre
d'une maladie mentale ?
Les questions que vous poserez varieront
selon le contexte culturel et le niveau
d'instruction de votre client. Voici certaines
des questions à poser aux prévenus, jugées
utiles par leurs avocats :
1. A-t-il déjà été blessé à la tête ?
2. A-t-il déjà eu un accident ?
3. A-t-il déjà perdu connaissance ?
4. A-t-il déjà été hospitalisé ?
5. A-t-il déjà eu recours à un guérisseur
traditionnel pour quelque raison que ce soit ?
6. Lui a-t-on déjà prescrit des remèdes
traditionnels pour quelque maladie que ce
soit ?
7. A-t-il déjà eu des convulsions ?
8. A-t-il déjà vécu des moments durant lesquels
il perdait toute notion du temps et « se
réveillait » plus tard ?
9. A-t-il déjà ressenti des accès de fureur
inexplicables ?
10. S'est-il déjà senti possédé ou « ensorcelé » ?
11. Y a-t-il des personnes dans sa famille
souffrant de problèmes mentaux ?
12. Lui a-t-on déjà prescrit des médicaments
pour un problème mental quel qu'il soit ?
Prenez soin de ne pas vous reposer uniquement
sur les informations fournies par votre client.
Vous devez au lieu de cela étudier les faits
indépendamment de ce que vous raconte
l’accusé. Même si celui-ci souhaite plaider
coupable, vous devez mener une recherche
approfondie. Sans une telle recherche, vous ne
pouvez être certain qu'il est apte et capable de
prendre une décision éclairée sur sa défense67.
Par ailleurs, vous ne devez pas uniquement
compter sur votre client pour révéler les faits
ayant trait à sa défense ou aux circonstances
atténuantes. Ce dernier pourrait non seulement
se montrer réticent à dévoiler de lui-même des
informations potentiellement embarrassantes,
mais aussi ne pas comprendre pourquoi
certains aspects de sa vie personnelle auraient
un impact sur la condamnation. Il se peut aussi
qu'il ne puisse plus se souvenir ou soit
incapable d'expliquer certains événements
cruciaux. Les personnes ayant souffert d'une
blessure grave à la tête peuvent n'avoir que peu
de souvenirs de cette blessure. Un client aux
capacités intellectuelles limitées ne sera peutêtre pas en mesure de raconter l'histoire de sa
vie à son avocat. Gardez également à l'esprit
qu'un client peut faire semblant de comprendre
des choses qu'en réalité il ne comprend pas. En
raison de ces limites, il vous faudra
vraisemblablement chercher les réponses à
certaines questions concernant l'histoire de
votre client auprès de membres de sa famille,
dans ses dossiers scolaires et médicaux ou
auprès de personnes connaissant votre client et
ses proches.
2.
La famille
Une véritable recherche requerra généralement
plusieurs entretiens avec la famille de l'accusé.
Sa famille peut également se révéler être une
importante source de circonstances atténuantes.
Il est possible que vous deviez rendre
différentes visites aux membres de la famille
afin de les convaincre du fait que l'histoire
intime de leur foyer qu'ils vous dévoileront ne
fera porter le blâme sur aucun d'eux, mais
pourrait en revanche contribuer à sauver la vie
de l'accusé68. La mère du prévenu peut par
exemple rechigner à admettre avoir bu pendant
sa grossesse, or cette preuve pourrait être
déterminante pour étayer le fait que le
syndrome d'alcoolisation fœtale a causé des
lésions cérébrales permanentes chez le
prévenu. Les membres de la famille peuvent
par ailleurs expliquer en quoi l'exécution de
MES NOTES:
Page | 34
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
votre client les affecterait négativement, ce qui
peut conduire la cour à faire preuve
d’indulgence.
Exemple de réussite
• Gagner un procès grâce à des recherches
imaginatives
Navrikan Singh, un avocat indien, a un jour
représenté un client accusé d'avoir tué sa
femme. Grâce à son enquête, Navrikan a
découvert que plusieurs des parents de
l'épouse s'étaient suicidés, ce qui confirmait
sa théorie que celle-ci avait mis fin à ses
jours. Il est parvenu, en discutant avec les
membres de la famille, à les convaincre de
lui remettre le journal intime de l'épouse, qui
a renforcé la théorie de la défense, à savoir
que celle-ci s'était suicidée.
Afin de trouver des témoins pour une affaire
engageant la peine capitale, l'avocat
thaïlandais Yi Fan a travaillé avec une
famille qui réalisait des prospectus et les
distribuait dans la rue.
Enfin, dans une affaire impliquant un
prévenu mexicain aux États-Unis, les avocats
ont obtenu l'aide du consulat mexicain pour
retrouver un témoin à l'aide de messages
diffusés à la radio.
3.
Autres connaissances et
professionnels
Vous devez également interroger les amis,
voisins, chefs traditionnels, enseignants,
membres du clergé, entraîneurs sportifs,
collègues de travail, médecins, travailleurs
sociaux et thérapeutes. Toutes ces personnes
seront peut-être à même de vous aider à
compléter le récit de la vie du prévenu ou
connaîtront parfois des détails que la famille et
l'accusé ont été réticents à divulguer. Ils
pourront parfois partager des éléments relatifs à
des traumatismes, des épreuves ou des
événements passés prouvant que le client est
quelqu'un de charitable, serviable et
d'attentionné.
4.
Preuves écrites
Vous devez toujours chercher des documents
venant corroborer les circonstances
atténuantes, comme des capacités
intellectuelles limitées et une bonne moralité.
Bien que les comptes rendus et archives ne
soient pas disponibles dans tous les pays, ceuxci s'avèrent être des biens inestimables
lorsqu'ils existent.
Dossiers scolaires
Les preuves de troubles mentaux ne sont pas
toujours repérables grâce à une simple
conversation avec le client. La plupart de ces
troubles ne sont pas tout de suite apparents
pour un observateur non averti et certains
clients font d'énormes efforts afin de dissimuler
un handicap en raison des stigmates liés aux
maladies ou retards mentaux. Si vous parvenez
à les obtenir, les dossiers scolaires du prévenu
pourront révéler des troubles de l'apprentissage
ou des perturbations durant l’enfance de
l'accusé.
Dossiers médicaux
Les documents prénataux ou de naissance
peuvent montrer que la mère souffrait de
malnutrition ou consommait de la drogue ou de
l'alcool durant la grossesse. Les dossiers
médicaux peuvent également révéler des
incidents ayant conduit à des traumatismes
physiques, des épisodes durant lesquels le
prévenu a pu souffrir de maladies ou troubles
mentaux.
Autres documents
Les photos, les lettres de recommandation, les
récompenses et certificats scolaires,
professionnels ou militaires aident à brosser un
portrait positif du client et à appuyer les
preuves de sa moralité.
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 35
5.
Personnel pénitentiaire
Des entretiens avec le personnel de la prison
peuvent vous fournir de précieuses
informations concernant le comportement du
prévenu en milieu carcéral, notamment à
propos des cours, formations ou traitements
qu'il a éventuellement suivis.
6.
La famille de la victime
Dans certains pays, le fait que l'avocat de la
défense rende visite à la famille de la victime
peut être important. À Taïwan, par exemple, la
cour permettra à la famille de la victime de
donner son opinion sur la peine qu'elle juge
appropriée. L'avocat de la défense devrait par
conséquent sonder les sentiments des membres
de la famille vis-à-vis de l'accusé. Dans
certains cas, l'avocat de la défense aura peutêtre la possibilité de trouver un accord aux
termes duquel le prévenu fera un don à la
famille ou à une association caritative en
échange de son pardon. Ceci est plus facile à
faire, bien sûr, lorsque l'accusé a les moyens
d'offrir une compensation à la famille. Dans
d'autres cas, il arrive que l'avocat travaille avec
des intermédiaires, tels que des membres du
clergé ou des travailleurs sociaux, afin de
sonder la famille pour savoir si elle serait
favorable à une condamnation moins lourde.
n'atteignent pas le niveau de la démence, cause
d’irresponsabilité.
Dans certains systèmes juridiques, votre client
aura peut-être droit à une évaluation
psychiatrique si l'avocat de la défense découvre
des preuves d'une éventuelle pathologie. Par
exemple, dans l'affaire Dacosta Cadogan c.
Barbade, la Cour interaméricaine des droits de
l’homme a affirmé que la Barbade avait violé
le droit du prévenu à un procès équitable car
celui-ci n'avait pas été informé que, comme il
encourait la peine de mort, il avait droit à une
évaluation psychiatrique conduite par un
psychiatre employé par l'État69.
Dans la plupart des pays dont le droit est
inspiré du droit français, le juge d’instruction
désignera un expert psychiatre et un expert
psychologue, aux frais de l’État, afin de mieux
cerner la personnalité de votre client.
Cependant, vous ne devez pas dépendre de la
cour pour déterminer si une évaluation de la
santé mentale de votre client est nécessaire. En
effet, si un client souffre d'une pathologie non
détectable au premier coup d'œil, telle qu'une
grave dépression, vous serez peut-être le seul
en mesure d'identifier ce trouble éventuel et de
demander son évaluation.
IV.
7.
Évaluations psychiatriques
Dans tous vos dossiers, vous devez considérer
la possibilité d’engager un spécialiste de la
santé mentale afin d'évaluer celle de votre
client au moyen d’examens et entretiens
cliniques. Dans beaucoup de pays, la cour
désignera gratuitement un spécialiste de la
santé mentale s'il existe de vrais doutes sur les
capacités ou l'équilibre psychologique du
prévenu. La nécessité d'avoir recours à une
évaluation psychologique va cependant au-delà
de ces questions fondamentales. Comme nous
l'avons décrit ci-dessus, les troubles mentaux
peuvent susciter l’indulgence lors de la
condamnation et ce même lorsqu'ils
MES NOTES:
Page | 36
LES EXPERTS
Il est, dans la plupart des cas, essentiel
d'identifier et d'engager des spécialistes durant
la phase d'investigation de l'affaire. L'expert
peut apporter son témoignage devant la cour ou
se cantonner au rôle de consultant sans être
appelé à témoigner. Les experts peuvent
s'avérer utiles pour évaluer les arguments lors
de la phase de détermination de la culpabilité et
de la peine durant le procès. Par exemple, si
des preuves matérielles apparaissent comme
étant décisives dans l'affaire, un expert devrait
être engagé pour pratiquer des examens et les
évaluer. Diverses catégories d'experts peuvent
être requises selon les circonstances du crime,
le genre de preuves qui sera mis en avant afin
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
de prouver la culpabilité du prévenu et le type
de circonstances atténuantes pouvant être
présenté. Dans l’hypothèse d'un faux aveu, par
exemple, il serait important d'engager un
spécialiste de la santé mentale afin d'examiner
le client et de proposer, en guise de
témoignage, une opinion professionnelle sur la
condition psychologique de ce dernier. On
pourrait demander au même spécialiste
d'évaluer l'état d'esprit du client au moment du
crime et les conséquences d'une enfance
tumultueuse afin d'expliquer les raisons pour
lesquelles la vie du client devrait être épargnée.
Un expert doit être reconnu comme faisant
autorité dans son domaine. De manière
générale, les règles applicables en matière de
preuves dicteront les champs d'expertise sur
lesquels un spécialiste peut témoigner et
exigeront que le spécialiste soit reconnu en tant
que tel. Identifier les bons experts peut se
révéler compliqué. Les universités ou facultés
locales peuvent constituer un endroit utile pour
trouver un expert car elles regorgent de
professionnels reconnus dans leur champ
d'activité. On peut également trouver un expert
grâce à des recherches effectuées sur un point
particulier. Se pencher sur les articles parus
dans des revues et magazines spécialisés
peuvent également fournir une source
potentielle d'experts. Les Barreaux et autres
organisations juridiques conservent par ailleurs
des liste d'experts pouvant être consultées. Ces
organisations pourront peut-être être en mesure
d'allouer des fonds pour payer les honoraires
demandés par les spécialistes.
travail fourni par la défense. Consulter un
spécialiste se forgeant une opinion allant à
l'encontre de l'intérêt du prévenu pourrait avoir
des conséquences désastreuses si le point de
vue de ce professionnel était découvert et
utilisé par l'accusation contre votre client. Dans
certains systèmes, par exemple, l'avocat de
l’accusation ne peut prétendre à ce qu'on lui
communique l’ébauche d'un rapport d'expert.
Dans ces systèmes, les avocats de la défense
ont la possibilité de réviser la première version
du rapport d'expert et de demander à ce dernier
de ne pas achever son compte rendu s'il s'avère
préjudiciable pour l'accusé.
Surmonter les obstacles
• Que dois-je faire si les tribunaux dont je
dépends n'autorisent généralement pas
les témoignages d'experts ?
Il ne faut pas partir du principe qu'ils le
refuseront pour votre dossier. Il y a une
première fois pour tout. Navrikan Singh,
avocat en Inde, a raconté avoir travaillé sur
une affaire pour laquelle, contre toute attente,
la cour l'a autorisé à présenter le rapport d’un
expert capable d’expliquer les tendances
suicidaires de la femme de son client, que ce
dernier était accusé d'avoir tuée.
Devant les juridictions de droit codifié (Civil
Law), certains experts sont agréés par les
tribunaux. S’ils n’ont pas été désignés par le
juge d’instruction ou par le procureur à
l’occasion de la procédure entamée à l’encontre
de votre client, vous pourrez les solliciter.
Lorsqu'il collabore avec un expert, l'avocat doit
toujours rester soucieux de faire respecter
toutes les règles protégeant les résultats du
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 37
CHAPITRE 5:
DEFENDRE DES PERSONNES
VULNERABLES
I.
CERTAINS CLIENTS
REQUIÈRENT DES SOINS
PARTICULIERS
Au fil des ans, le droit international a mis en
lumière certaines catégories de prévenus
nécessitant une protection spécifique au sein du
système de justice pénale. Au cours de votre
carrière, vous allez très certainement
représenter des prévenus qui entrent dans l’une
ou plusieurs de ces catégories. De ce fait, il est
essentiel que vous identifiiez chacune de ces
catégories ainsi que les droits spécifiques
qu'elles offrent à votre client70.
Dans certains cas, le droit international interdit
l'exécution de toute une catégorie d'accusés.
Les mécanismes internationaux de protection
des droits de l’homme ont ainsi exclu de la
peine capitale : les individus âgés de moins de
18 ans à l'époque où le crime a été commis71,
les femmes enceintes72, les personnes âgées73,
les femmes ayant de jeunes enfants ou des
nourrissons74, les femmes ayant des enfants en
bas âge75, et les malades mentaux76. Dans
d'autres situations, le droit international donne
la possibilité à certaines catégories de
prisonniers de bénéficier de procédures
juridiques spécifiques, c’est le cas des
ressortissants étrangers. Enfin, certaines
catégories d'accusés présentent des
caractéristiques, telles que des troubles
mentaux, qui sont largement reconnues au
cours du processus de condamnation comme
étant des circonstances atténuantes majeures.
Que ces normes internationales excluent votre
client de la peine capitale ou non, qu'elles
obligent ou pas les États à agir avec une
extrême prudence ou qu’elles ne fassent que
fournir des critères pouvant alléger la peine du
prévenu, votre connaissance de ces catégories
et de ce qu'elles impliquent fera toute la
différence pour votre client face au système de
justice pénale.
II.
QUI SONT CES CLIENTS ?
A.
LES FEMMES ENCEINTES OU
ALLAITANT LEURS ENFANTS
1.
La grossesse : quelles implications ?
Lorsque votre client est une femme, il est
important de vérifier si elle attend ou non un
enfant. La communauté internationale
condamne de façon quasi universelle
l'exécution de femmes enceintes et le Pacte
international relatif aux droits civils et
politiques (PIDCP) rejette explicitement ce
genre de pratique77. De ce fait, si votre cliente
est enceinte, vous devez en avertir la cour et
demander que celle-ci ne soit pas exécutée.
Malheureusement, l’état de grossesse de votre
cliente ne pourra éviter que temporairement à
votre cliente d'être exécutée, jusqu'à ce qu'elle
ait accouché78. Par conséquent, il est essentiel
que vous vérifiiez les normes locales afin de
déterminer exactement combien de temps après
sa grossesse votre cliente peut rester inéligible
à une condamnation à mort.
2.
Ce chapitre traite de chacune de ces catégories
d'accusés. Il a été conçu pour vous aider à
comprendre les critères qui définissent ces
catégories, pour vous orienter à travers les
droits offerts à votre client s'il remplit ces
critères, et pour vous suggérer des méthodes
utiles qu'il vous faudra peut-être appliquer afin
de faire respecter au mieux ces droits.
L’allaitement et l’accouchement :
quelles implications ?
De la même manière, il est important de
déterminer le statut parental de votre cliente, le
fait que celle-ci ait récemment accouché ou
qu’elle allaite, pouvant avoir un impact sur le
fait qu’elle soit passible ou non de la peine de
mort.
L'impact de ce statut sur l'éligibilité de votre
cliente varie grandement selon la manière dont
sont interprétées les normes internationales
dans votre pays. Ainsi, certaines interprétations
du PIDCP considèrent que l’exécution d'une
femme pendant un certain temps après son
accouchement est interdite, alors que d'autres
sont en désaccord79. On retrouve la même
ambiguïté avec la Convention américaine
relative aux droits de l’homme et le Protocole à
la Charte africaine relatif aux droits des
femmes. Cependant, certains mécanismes
régionaux offrent plus de clarté : la version
révisée de la Charte arabe déclare par exemple
que les mères allaitant leur enfant sont exclues
de la peine capitale sur une période pouvant
aller jusqu’à deux ans, voire plus s'il est prouvé
que cela est « dans le meilleur intérêt de
l'enfant »80.
Après avoir établi que votre cliente a
récemment accouché ou qu'elle allaite un
enfant, il vous faut déterminer comment, dans
le système juridique dont vous relevez, cette
situation affecte son éligibilité à l'application
de la peine capitale : vous devez vous
renseigner à la fois sur les normes nationales,
régionales et internationales afin de savoir
comment ce phénomène a été traité dans le
passé. Vous pouvez trouver des informations
en effectuant une recherche sur la base de
données de Death Penalty Worldwide à
l'adresse suivante :
www.deathpenaltyworldwide.org
B.
LES MINEURS ET LES PERSONNES
ÂGÉES
1.
En quoi l'âge de mon client est-il un
critère ?
Selon l’endroit où vous exercez, l'âge de votre
client (son âge réel aujourd’hui ou celui qu'il
avait au moment où le crime a été commis)
peut l'exclure de l’application de la peine
capitale. Si ce n'est pas le cas, vous pouvez
néanmoins envisager d'utiliser la jeunesse ou la
vieillesse de l'accusé comme circonstance
atténuante au regard de la peine qui lui sera
attribuée.
Mineurs
Si votre client est mineur ou était mineur à
l'époque des faits, toute une série de normes
internationales existe pour vous guider dans sa
représentation.
En vertu du droit international, l'âge de la
majorité, ou âge en dessous duquel votre client
est considéré comme un mineur, est fixé à 18
ans et ce à moins que les lois de votre pays
n’en disposent autrement81. Les tribunaux ne
peuvent violer cette norme de droit
international, y compris si dans le cas d’espèce
il y a hésitation sur la majorité. En 2006, par
exemple, le Comité créé pour faire respecter la
Convention des droits de l'enfant a sanctionné
l'Arabie Saoudite pour avoir autorisé des juges
à décider du point de savoir si un prévenu avait
atteint la majorité avant d'avoir eu 18 ans82.
Si votre client était mineur au moment où le
crime en question a été commis, il ne peut être
condamné à mort. En effet, la communauté
internationale interdit l'exécution d'individus
âgés de moins de 18 ans à l'époque des faits83,
et en 2002, la Commission interaméricaine des
droits de l’homme a établi que cette règle
constituait une norme de jus cogens84. Par
conséquent, si vous savez que votre client était
mineur à l'époque où les faits qui lui sont
reprochés ont été commis, vous devez porter
son âge à l'attention de la cour.
Si votre client est encore mineur, le droit
international prévoit une protection particulière
tout au long de la procédure. Étant son avocat,
vous devez reconnaître la vulnérabilité
particulière découlant de son âge dans un tel
contexte, et vous référer aux directives
internationales pour vous aider à le protéger
des dangers qui en résultent.
Les normes internationales contraignent les
États à ne pas incarcérer de mineurs, sauf en
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 39
dernier recours. Ainsi, vous devez vous assurer
que votre client n’est pas placé en détention
préventive. Si un tribunal détermine que la
détention préventive s'avère nécessaire, vous
devez vous assurer que votre client est détenu
dans un établissement réservé aux mineurs ou,
tout du moins, qu'il n'est pas incarcéré avec des
adultes.
Il est par ailleurs possible que les mineurs ne
comprennent pas leurs droits aussi bien que les
adultes. Vous devez prendre soin de leur
expliquer les procédures et la protection qui
leur sont offertes par la loi. Dans la mesure où
les clients mineurs peuvent ne pas comprendre
leur droit à communiquer avec leur avocat,
vous devez constamment vous efforcer d'établir
un contact avec eux en planifiant des entretiens
réguliers et fréquents.
Les personnes âgées
Si votre client vous semble arrivé à un âge
inhabituellement avancé, cela peut avoir des
conséquences similaires du point de vue de sa
responsabilité pénale. Malheureusement, la
communauté internationale commence tout
juste à se pencher sur la situation des personnes
âgées au sein du système de justice pénale. Elle
ne prodigue donc pas autant de normes et
lignes directrices en la matière qu'en ce qui
concerne les mineurs.
Néanmoins, il est important que vous
effectuiez des recherches sur les normes locales
pertinentes afin d'établir si l'âge de votre client
peut l'exclure de la peine capitale. La
Convention américaine relative aux droits de
l’homme instaure une limite haute en ce qui
concerne les condamnations à mort : elle
interdit l'exécution d'individus âgés de plus de
70 ans à l'époque où le crime a été commis85.
En Biélorussie, les personnes de 65 ans ou plus
sont exclues de l'application de la peine
capitale86. La limite d'âge haute pourrait à
l'avenir devenir plus répandue : dans une
résolution sur l'application des Garanties, le
Conseil économique et social des Nations unies
(ECOSOC) a demandé l'instauration d'un âge
limite maximum87.
Même si l'âge de votre client ne l'exclut pas de
l'application de la peine de mort, cette
circonstance peut jouer un rôle atténuant, lors
de la décision relative à la peine.
Surmonter les obstacles
• Que dois-je faire s'il est difficile d'établir
précisément l’âge de mon client ?
Généralement, l'âge de votre client au
moment des faits est facile à déterminer. En
vertu du droit international, les États ont
l'obligation de fournir un système efficace
d'enregistrement des naissances88, et
l'établissement d'un acte de naissance devrait
vous apporter les renseignements adéquats
pour déterminer l'âge de votre client.
Cependant, les pays en développement ou
ceux sortant récemment d'un conflit sont
souvent incapables d'offrir un système
d'enregistrement des naissances satisfaisant.
Dans les cas où l'âge d'un enfant impliqué
dans une procédure judiciaire demeure
inconnu, le Conseil économique et social de
l’ONU impose aux États de prendre des
mesures afin de faire en sorte que l'âge
« véritable de l'enfant soit défini grâce à une
évaluation indépendante et objective »89. Qui
plus est, les normes internationales suggèrent
qu'une fois émise la possibilité que votre
client soit mineur, l'État doit prouver le fait
qu'il est majeur avant que celui-ci ne puisse
être traité comme un adulte au sein du
système de justice pénale90.
Néanmoins, en tant que représentant de votre
client, vous devez tout mettre en œuvre afin
de prouver que ce dernier est mineur si vous
pensez que cela est le cas. Vous avez la
possibilité d'entreprendre différentes
démarches afin de définir l'âge de votre client
lorsque les registres nationaux officiels ne
sont pas disponibles.
Les mécanismes régionaux existant afin
d'enregistrer les naissances peuvent s'avérer
utiles pour obtenir des justificatifs
MES NOTES:
Page | 40
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
concernant l'âge de votre client. Ainsi, en
Éthiopie, l'Unicef a contacté les
communautés religieuses afin d'obtenir les
certificats établis lors de baptêmes ou
d'entrées dans une communauté musulmane
afin de définir l'âge des personnes n'ayant
pas été enregistrées. Au Sierra Leone,
l'Unicef est entrée en contact avec des tribus
locales afin de tenir des registres similaires91.
Vous devez commencer par interroger la
famille afin de vérifier si, dans le cas de
votre client, la communauté locale possède
des coutumes approchantes.
Si vous ne parvenez pas à obtenir de
documents sur l'âge de votre client grâce aux
mécanismes traditionnels décrits plus haut,
vous pouvez également demander à un
médecin de vous éclairer92. Les médecins
sont parfois en mesure d'établir un âge
approximatif grâce à des radiographies
dentaires ou des os du poignet93. Cependant,
il faut faire preuve de prudence si vous
décidez d'avoir recours à ces méthodes.
Celles-ci ne peuvent fournir qu'une
estimation de l'âge de votre client. De ce fait,
vous devez prendre garde à bien souligner la
nature spéculative de ce genre de procédures
et à vous assurer qu'une vague approximation
ne prive pas votre client de la protection dont
il pourrait autrement jouir en tant que
mineur94.
Enfin, il vous sera peut-être possible
d'estimer l'âge de votre client par vos propres
moyens en discutant avec les membres de sa
famille. Beaucoup de familles sont capables
de relier la naissance de votre client à un
événement historique marquant, comme un
tremblement de terre ou un conflit, même si
elles ne parviennent pas à se souvenir de la
date exacte. Cela devrait vous donner une
idée de l'âge de votre client95.
C.
LES PERSONNES SOUFFRANT DE
TROUBLES MENTAUX
1.
Que signifie pour mon client le fait de
souffrir d'un trouble mental ?
Selon le type de pathologie dont souffre votre
client et le système de droit applicable, il se
peut que ses troubles mentaux le déchargent de
toute responsabilité sur le plan pénal, l'excluent
de la peine de mort ou puissent être utilisés
comme circonstances atténuantes. Il est
souvent extrêmement difficile pour les avocats
de déterminer si leur client souffre d'une
pathologie mentale. Cela s'avère même
impossible si vous ne prenez pas le temps de
vous entretenir avec votre client de façon
régulière. Comme nous l'avons souligné
ailleurs dans ce manuel, il est essentiel que
vous passiez du temps avec votre client afin de
développer une relation de confiance,
d'identifier les circonstances atténuantes liées
au dossier, et ce afin de présenter une défense
efficace.
Surmonter les obstacles
• Il n'y a que très peu de psychiatres
qualifiés dans la région où j'exerce.
Comment puis-je obtenir une évaluation
de la santé mentale de mon client qui soit
de qualité ?
Même s'il n'y a aucun psychiatre qualifié
dans votre région, la plupart des pays ont mis
au point une méthode grâce à laquelle il est
possible d'évaluer la santé mentale d'un
prévenu. Les examens psychiatriques sont
parfois réalisés par des infirmières qualifiées
ou des individus ayant suivi une formation
médico-légale, même s'ils ne sont pas
officiellement agréés. Si vous pensez que
votre client souffre d'une déficience
intellectuelle ou d'une maladie mentale, la
cour renverra le plus souvent le prévenu vers
une clinique ou un hôpital psychiatrique où
l'examen sera réalisé.
Dans les régions où des professionnels
qualifiés de la santé mentale sont une denrée
rare, le niveau des examens médico-légaux
peut être relativement bas. Parce que la santé
mentale de votre client joue un rôle crucial
pour l’établissement de sa culpabilité et de sa
peine, vous devez faire tout votre possible
pour vous entretenir avec la personne qui
effectuera l'examen, et ce pour trois raisons.
Tout d'abord, il se peut que vous déteniez des
informations contextuelles déterminantes en
rapport direct avec l'état de santé mentale de
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 41
votre client. Si votre client ne communique
pas et se montre réticent à fournir des
informations sur sa maladie, la personne en
charge de l'examen pourrait à tort en
conclure qu'il ne souffre d'aucun trouble
mental. Ensuite, si vous tentez par la suite de
contester les conclusions de l'examen,
médico-légal (par exemple si vous mettez au
point une défense plaidant la démence et que
l'évaluation affirme que votre client est sain
d'esprit) vous devez en apprendre le
maximum sur le temps que l'expert médicolégal a passé avec votre client, les méthodes
qu'il a utilisées ainsi que sur ses
qualifications et les formations qu'il a
suivies. En dernier lieu, en rencontrant
l'expert médico-légal, vous serez à-même de
l'informer de la portée de son examen dans
un contexte juridique. Ce sera
particulièrement important lorsque vous
tenterez de prouver que votre client souffre
de troubles mentaux pouvant jouer sur sa
condamnation (pour plus d'informations, voir
le chapitre 8 portant sur l'utilisation des
circonstances atténuantes pour la
condamnation).
2.
Quels genres de troubles mentaux
sont concernés ?
L’expression « troubles mentaux » fait
référence à un grand éventail de déficiences96.
De ce fait, la santé mentale de votre client peut
avoir bien des incidences sur l’issue de
l'affaire. S'il vous est possible de vérifier que
votre client n'était pas sain d'esprit au moment
où le crime en question a été commis, vous
serez peut-être en mesure d'empêcher qu'un
procès n'ait lieu. En effet, dans la plupart des
systèmes judiciaires, la maladie mentale est un
motif suffisant pour supprimer toute mise en
cause de la responsabilité pénale. Si votre
client présente une déficience intellectuelle
importante, vous pourrez arguer qu'il n'est pas
éligible à l'application de la peine capitale,
puisque le droit international proscrit
l’exécution des déficients mentaux97. Et même
dans l’hypothèse où les troubles mentaux de
votre client ne seraient pas graves ou seraient
insuffisants pour l'exclure de l’application de la
peine de mort, ils peuvent faire office de
circonstances atténuantes pour la détermination
de la peine. Dans les systèmes de droit codifié
(Civil Law), les questions posées à l’expert
psychiatre permettent de savoir si le client était
atteint, au moment des faits, d’un trouble
mental ayant aboli ou altéré son discernement.
3.
L'importance d'un examen de la
santé mentale du client
La preuve la plus décisive que vous puissiez
produire afin de soutenir que votre client
souffre de troubles mentaux est un examen
officiel réalisé par un expert de la santé
mentale. Beaucoup de tribunaux affirment que
les accusés ont droit à un examen de leur santé
mentale avant d'être condamnés à mort98. Vous
devez faire tout votre possible pour que cet
examen soit pratiqué selon le plus haut niveau
d'exigence professionnelle.
Qui doit réaliser l'examen ?
Bien qu'il soit recommandé de demander l'aide
d'un psychiatre pour pratiquer cet examen, si
aucun n'est disponible, des professionnels du
champ médical ayant suivi une formation en
psychologie ou des travailleurs sociaux
peuvent vous aider à déterminer si votre client
souffre d'un trouble mental.
Quelles normes doit suivre cet examen ?
Il n'existe aucune norme universelle dictant la
marche à suivre pour une évaluation de la santé
mentale d'un individu à des fins juridiques.
Cependant, le Manuel diagnostique et
statistique des troubles mentaux (DSM IV-TR)
est une référence largement utilisée99. Publié
par l'American Psychiatric Association
(Association américaine de psychiatrie), il
catalogue les troubles de la santé mentale chez
les enfants et les adultes et est utilisé dans de
nombreux pays en dehors des États-Unis.
Cependant, le DSM est en grande partie un
produit de la recherche menée aux États-Unis,
et ses critères peuvent ne pas être pertinents
MES NOTES:
Page | 42
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
dans tous les pays. L'évaluation de la santé
mentale de votre client ne devrait donc pas se
limiter aux troubles décrits par le DSM-IV-TR
ni du reste à ceux pouvant éventuellement
décharger le prévenu de toute responsabilité
pénale ou l'exclure de la peine capitale.
Comment utiliser l’examen psychiatrique de
votre client ?
Vous pourrez peut-être utiliser l'examen
psychiatrique de votre client à différentes
phases de la procédure. Même si le client n'est
pas reconnu comme souffrant de troubles
mentaux le rendant juridiquement
irresponsable, d'autres caractéristiques
psychiatriques peuvent faire office de
circonstances atténuantes utiles et contribuer à
ce qu’il soit condamné à une peine moins
lourde.
L'affaire Ouganda c. Bwenge Patrick est une
parfaite illustration de l'utilisation des troubles
mentaux du client comme circonstances
atténuantes lors de la détermination de la
peine100. Dans cette affaire, la Haute Cour de
l'Ouganda a révisé la condamnation d'un
détenu qui avait été condamné à mort et
incarcéré pendant dix-sept ans. La Cour a
accordé une importance particulière aux
preuves concernant l'état mental déficient de
l'accusé à l'époque du crime, ses antécédents
d'alcoolisme, le fait qu'il ait conservé des liens
forts avec sa famille tout au long de son
emprisonnement, ses bonnes relations avec les
autres détenus, ses remords ainsi que les
longues années déjà passées en prison101. En se
fondant sur ces circonstances atténuantes, la
Haute Cour a déclaré que l'accusé ne méritait
pas la peine capitale et a changé sa peine, le
condamnant aux dix-sept ans années
d'emprisonnement qu'il avait déjà purgées
complétés par une année supplémentaire de
prison et un an de probation102.
Surmonter les obstacles
• Que dois-je faire si je n'ai pas les fonds
pour engager un expert ?
Demandez d’abord des fonds au tribunal.
Dans de nombreux systèmes, les avocats
présentent des requêtes écrites afin de
demander des fonds à la cour pour obtenir
l'aide nécessaire d'un expert. Souvenez-vous
que si vous avez besoin de l'aide d'un expert
pour défendre efficacement votre client, il est
essentiel de conserver une trace écrite de
votre incapacité à pouvoir en engager un.
Votre client a droit à une défense de qualité
et si vous manquez du financement
nécessaire parce que votre client est indigent,
ses droits à un procès et à une protection
équitables dans le respect de la loi sont en
péril. Dans les systèmes de droit codifié
(Civil Law), l’expert sera désigné par le juge
d’instruction, aux frais de l’État.
Si aucun financement n'est disponible,
envisagez, s’il en existe, de contacter les
universités enseignant les procédures
d'examens médico-légaux et psychologiques.
Vous serez peut-être également en mesure de
trouver des personnes capables de réaliser cet
examen gracieusement.
A titre subsidiaire, vous pouvez chercher des
personnes qualifiées qui ne soient pas
nécessairement agréées mais pourront peutêtre vous fournir de précieux renseignements
sur votre client. Si elles ont rencontré le
prévenu avant son arrestation et peuvent
apporter leur témoignage quant à son état
psychologique, leurs déclarations resteront
utiles non seulement pour que la cour évalue
la culpabilité de l'accusé mais aussi rende son
verdict sur la peine.
En dernier recours, certains sites Internet
offrent des informations que vous ne pourrez
pas forcément exploiter devant le tribunal
mais qui peuvent d'ores et déjà vous orienter.
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 43
4.
Quels sont mes autres devoirs à
l'égard d'un client souffrant de
troubles mentaux ?
Les troubles mentaux de votre client peuvent le
rendre plus vulnérable aux complications du
système judiciaire et aux dangers liés à
l'incarcération. De ce fait, des responsabilités
particulières vous incombent afin de faire en
sorte qu'il comprenne ses droits en toutes
circonstances et qu'il soit traité conformément
à son état durant son incarcération.
Faire en sorte que votre client comprenne ses
droits
Les individus souffrant de troubles mentaux
peuvent faire face à des difficultés de
compréhension quant au déroulement de la
procédure pénale qui les concerne103. Vous
devez vous assurer que votre client comprend
ses droits et les procédures qu'il doit affronter.
Il vous faudra éventuellement prendre des
mesures spéciales afin de vous entretenir
régulièrement avec lui, étant donné que ce
dernier ne sera pas nécessairement capable
d'exprimer son désir de vous voir ou ne
comprendra pas toujours comment demander
une entrevue avec vous.
Faire en sorte que votre client reçoive un
traitement
Vous devez également prendre des mesures
afin de vous assurer que votre client reçoive un
traitement approprié durant son incarcération.
Presque tous les mécanismes internationaux de
défense des droits de l’homme prévoient le
droit à des conditions de vie décente et à des
soins de santé appropriés. L'ensemble de règles
minima de l’ONU pour le traitement des
détenus exige que les normes définies par ces
mécanismes soient appliquées en milieu
carcéral. Vous devez faire en sorte que votre
client soit examiné par un professionnel de la
santé mentale dès son admission en prison104.
Cela permettra au personnel médical non
seulement d'identifier toute pathologie
MES NOTES:
Page | 44
préexistante afin de pouvoir la traiter
convenablement, de repérer les handicaps ou
blessures pouvant se développer ou avoir été
infligées durant la phase initiale de détention,
mais aussi d'analyser l'état psychologique du
détenu et d'apporter un soutien adéquat à ceux
qui manifestent un risque d'automutilation105. Il
faut vous assurer que votre client bénéficie
d’examens réguliers, voire quotidiens s'il se
plaint d'être malade.
Surmonter les obstacles
• Que dois-je faire si je crois que mon client
ne consentira pas à un examen de son état
psychologique ?
Tout d'abord, soyez-en sûr. Adressez-vous
directement à votre client et faites-lui savoir
pourquoi vous pensez qu'un examen serait
utile dans son cas. Il existe dans de
nombreuses cultures des tabous concernant
les troubles mentaux. Montrez-vous
respectueux et évitez de lui donner
l'impression que vous pensez que quelque
chose « ne tourne pas rond » chez lui. Une
fois de plus, être honnête et franc tout en
restant courtois et respectueux devrait vous
permettre de faciliter cette conversation entre
vous et votre client. Si ce dernier ne change
pas d'avis, il vous faudra prendre une
décision difficile. Si vous êtes intimement
persuadé qu'il est dans son intérêt de passer
cet examen, vous parviendrez peut-être à
obtenir une ordonnance de la cour l'obligeant
à s'y soumettre. Cependant votre relation et
la confiance mutuelle que vous vous
témoignez risquent d’en pâtir. Vous devez
rester prudent et prendre en considération un
certain nombre de facteurs contradictoires :
l’étendue du trouble dont souffre votre client,
le risque réel qu’il puisse être condamné à
mort si aucune preuve de son état n'est
présentée, et l'existence d'autres stratégies de
défense. Dans beaucoup d'affaires, vous vous
rendrez compte que la nécessité de faire subir
cet examen à votre client prévaut sur les
dommages que pourrait subir votre relation
client-avocat.
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Développement de troubles psychologiques au
cours de l'incarcération
2.
Si votre client développe une pathologie
mentale durant son emprisonnement, vous
devez soulever le problème à chaque étape de
la procédure car le droit international interdit
l'exécution d'individus souffrant de troubles
mentaux majeurs. Vous devez par ailleurs
prendre soin d'informer les membres de sa
famille de tout changement notable affectant sa
santé mentale106. Si un client a été déclaré
juridiquement irresponsable, vous devez aussi
vous assurer que celui-ci quitte la prison et ait
accès à un traitement approprié107.
Le consulat concerné sera peut-être en mesure
de fournir un large éventail de services, et
notamment une aide financière ou judiciaire.
Les consulats peuvent également faciliter
certaines étapes déterminantes de l'enquête
préalable au procès, tels que la prise de contact
avec les membres de la famille ou l’élaboration
de l'histoire sociale du client. Ils sont par
ailleurs capables de jouer un rôle d'avocat
unique pour leurs ressortissants, en leur offrant
une assistance diplomatique et l'accès à des
tribunaux internationaux. Le gouvernement
mexicain a ainsi fait valoir les droits de ses
ressortissants ayant été condamnés à la peine
capitale sans avoir été informés de leur droit de
notification et d'accès consulaire et obtenu des
décisions favorables de la Cour interaméricaine
des droits de l’homme et de la Cour
internationale de Justice110.
D.
RESSORTISSANTS ÉTRANGERS
1.
Que signifie pour mon client le fait
d'être citoyen d'un autre État ?
Si votre client est un ressortissant étranger, il a
normalement droit à une assistance juridique et
diplomatique supplémentaires ainsi qu'à l'aide
d'un expert, et ce tout au long de la
procédure108. Aux termes de l'article 36 (1)(b)
de la Convention de Vienne sur les relations
consulaires, les autorités sont dans l'obligation
d'informer sans attendre les ressortissants
étrangers incarcérés de leur droit d'aviser leurs
représentants consulaires de leur détention.
Les ressortissants étrangers incarcérés sont
également autorisés à communiquer librement
avec le personnel du consulat. Vous devez
donc toujours tenter de déterminer si un pays
étranger quel qu'il soit considérerait votre
client comme l'un de ses citoyens. Si vous vous
apercevez que votre client est un ressortissant
étranger, vous devez immédiatement l'informer
de son droit à communiquer avec son consulat
et, s'il le souhaite, devez contacter le consulat
au plus vite afin de le prévenir de la situation
de votre client109.
Que peut faire le consulat de l’Etat
dont mon client est ressortissant ?
Le consulat peut aussi constituer un relai
efficace entre les autorités du pays d’origine de
votre client et les autorités du pays dans lequel
se tient le procès.
Si les autorités pénitentiaires n'informent pas
votre client de ses droits consulaires, ou si elles
l'empêchent de communiquer avec son
consulat, vous devez adresser une requête à la
cour afin de trouver une solution appropriée. Si
votre client est en détention préventive, vous
devez envisager de solliciter une ordonnance
de la cour pour obliger les autorités
pénitentiaires à lui garantir l’accès consulaire.
Si les autorités pénitentiaires ont noté ses
déclarations sans l'informer au préalable de ses
droits consulaires, envisagez d'introduire une
demande dans le but d'exclure ses propos111. Si
votre client a été condamné à la peine capitale
sans avoir eu la possibilité de contacter son
consulat, vous devez demander à ce que sa
condamnation et sa peine soient annulées112.
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 45
3.
Obtenir l'accord de votre client pour
contacter le consulat
Il est essentiel que vous obteniez le
consentement de votre client avant de contacter
son consulat. Il existe différents contextes dans
lesquels un client peut préférer qu’un tel
contact ne se produise pas. Par exemple, si
votre client est un dissident politique, il est
possible qu'informer son consulat n'ait que des
conséquences négatives pour lui ou sa
famille113.
4.
Autres considérations
Il existe un éventail d'obstacles particuliers
auxquels un ressortissant étranger devra
éventuellement faire face tout au long de la
procédure. Un client peut ne pas parler
suffisamment bien la langue pour comprendre
le vocabulaire complexe employé par le
système judiciaire. De ce fait, il est crucial de
lui offrir un interprète, en dépit des capacités
linguistiques qu'il peut sembler avoir. Si le
client accepte les services d'un interprète, vous
devez vous assurer que celui-ci sera présent
lors de toutes les étapes de la procédure et
entretiens juridiques.
De la même manière, un client peut ne pas
comprendre les conventions juridiques du pays
dans lequel il est incarcéré. Vous devez prendre
grand soin de lui expliquer les droits dont il
dispose ainsi que les procédures auxquelles il
devra se conformer. Certains consulats peuvent
même fournir des ressources culturelles
appropriées afin d'expliquer le fonctionnement
des systèmes juridiques étrangers à leurs
ressortissants114.
MES NOTES:
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GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
CHAPITRE 6:
REQUETES PRELIMINAIRES ET
NEGOCIATIONS
I.
NÉGOCIATIONS DE
RÉDUCTION DE PEINE
Dans certains systèmes juridiques, il est
possible d’engager des négociations de
réduction de peine avec le procureur avant (et
parfois même après) le procès115. Dans les
États où cette pratique est acceptée,
l’accusation peut proposer de réduire les chefs
d’inculpation ou la peine prononcée si, en
échange, votre client accepte de plaider
coupable. Cette négociation se caractérise par
l’échange apparent ou réel d’une réduction de
peine de la part du gouvernement contre
l’acceptation de plaider coupable de la part
d’une personne accusée d’avoir commis une
infraction. Lorsqu’une telle négociation est
bien menée, elle permet d’apprécier les
éléments de preuve produits tant par
l’accusation que par l’avocat de la défense116.
En tant qu’avocat de la défense dans un dossier
peine de mort, vous êtes tenu d’étudier cette
possibilité et de présenter toute proposition
allant en ce sens avec l’accord de votre
client117.
Les négociations de réduction de peine sont
plus répandues dans un système juridique
reposant sur le droit coutumier (Common Law)
que sur le droit codifié (Civil Law). Certaines
juridictions de droit codifié (Civil Law) ont
complètement interdit les accords de réduction
de peine alors que d’autres y recourent de
façon modérée. Les accords de réduction de
peine peuvent revêtir de nombreuses formes,
les trois plus courants étant les suivantes : les
réquisitions relatives à la peine, la procédure
d’aveu pour un chef d’inculpation moins grave,
ainsi que l’abandon de certaines accusations en
échange d’un aveu de culpabilité pour une
autre accusation118. Ces différentes modalités
peuvent finalement être divisées en deux
catégories d’accords de réduction de peine : les
accords relatifs à la peine, qui comprennent une
réquisition de peine plus clémente adressée au
juge par le procureur ; les accords relatifs aux
accusations, qui entraînent l’aveu d’une
infraction moins grave, par exemple pour
homicide involontaire plutôt que pour
homicide volontaire, et l’abandon de chefs
d’inculpations supplémentaires lorsqu’en
échange l’accusé plaide coupable pour l’une
des multiples accusations portées contre lui.
Conseil pratique
• Résolution des affaires avec la famille des
victimes selon la Charia
« Il est possible, dans certains pays où la loi
de la Charia est appliquée, d’éviter d’infliger
la peine de mort si l’accusation (ou les
parents de la victime) « pardonnent » à
l’accusé. Au Pakistan, par exemple, les
héritiers légaux de la victime ont le pouvoir
d’exempter l’accusé de toute responsabilité
pénale, tout simplement en lui pardonnant
son crime. Il s’agit d’aboutir à un
compromis.
Il arrive parfois, durant l’instruction, que la
volonté des héritiers de la victime change au
point d’aboutir à un compromis. Dans l’un
des cas que nous avons traités, notre équipe
d’enquêteurs a découvert des éléments de
preuve cruciaux indiquant que nos clients
avaient été torturés. Nous avons également
localisé des victimes qui ont attesté que nos
clients avaient un alibi sérieux pour leur
défense. En conséquence, les accusateurs ont
fait savoir qu’ils désiraient aboutir à un
compromis.
Les procès ont tendance à durer entre 4 et 7
ans, c’est pourquoi il est presque toujours
conseillé d’accepter le compromis s’il est
établi dans des conditions acceptables. Une
fois que le compromis a été notifié à la cour,
nos clients sont disculpés de toute accusation
au pénal. »
-
Sarah Belal, Directrice de Justice Project
Pakistan (Projet Justice au Pakistan).
Avant d’engager des négociations relatives à la
réduction de peine, il convient de connaître de
manière approfondie le dossier de l’accusation.
Vous devez avoir recherché tous les éléments
de preuve à décharge dont pourrait bénéficier
votre client afin de les faire valoir face aux
preuves à charge de l’accusation.
Recommander à votre client de plaider
coupable pour un chef d’inculpation sans vous
être vous-même familiarisé avec les éléments
de preuve de l’accusation et sans avoir
déterminé quel poids pouvait avoir tout moyen
de défense dont disposerait l’accusé est non
seulement imprudent mais pourrait également
constituer un manquement à vos obligations
déontologiques.
Votre client est en droit d’accepter
l’arrangement ou de laisser le procès suivre son
cours, et il se tournera probablement vers vous
pour être conseillé. De nombreux clients seront
réticents à plaider coupable même si cela doit
empêcher qu’ils soient exécutés. Ils ne seront
pas prêts à accepter un règlement de l’affaire
par le biais de négociations si cela implique de
devoir passer une période de temps
considérable derrière les barreaux. Ils
n’accepteront la négociation que s’ils vous font
confiance pour représenter au mieux leurs
intérêts. D’où l’importance, maintes fois
soulignée de créer une relation de confiance
avec votre client dès les premières étapes de
votre représentation. Vous pouvez encourager
la confiance et le respect mutuel entre vous et
votre client en le rencontrant fréquemment, en
lui indiquant que vous luttez pour défendre ses
droits, et en le maintenant informé de
l’avancement de l’affaire.
L’avantage de la reconnaissance de culpabilité
découlant de négociations dépend de différents
facteurs y compris des probabilités pour que
votre client soit condamné s’il est jugé, des
conditions de détention après le verdict, et des
probabilités d’exécution de votre client s’il est
condamné. Vous devez lui exposer
soigneusement ces facteurs afin qu’il puisse
faire un choix éclairé.
Vous êtes dans l’obligation d’expliquer à votre
client de manière détaillée la nature de chaque
chef d’inculpation pour lequel il plaide
coupable, et les droits auxquels il renonce s’il
décide de plaider coupable. Il conviendrait
d’aborder les points suivants dans un langage
compréhensible :
•
Le droit de plaider non coupable, ou si
l’on a déjà plaidé non coupable, le droit
de maintenir une telle défense.
•
Le droit à un procès (par un juge ou, s’il
y a lieu, par un jury).
•
Le droit d’être représenté par un avocat
durant le procès et à toute autre étape de
la procédure.
•
Le droit, lors du procès, d’être confronté
aux témoins à charge et de les interroger,
d’avoir la garantie de ne pas être
contraint de témoigner contre soi-même,
de témoigner et de présenter des
éléments de preuve, et d’exiger la
comparution de témoins.
Vous devriez expliquer à votre client les
avantages qu’il y a à plaider coupable lorsque
les preuves de culpabilité sont accablantes.
Signalez-lui toutefois qu’il ne devrait pas se
sentir contraint de plaider coupable. Si votre
client envisage de plaider coupable, assurezvous qu’il existe suffisamment de preuves de
culpabilité ou que l’accusation est prête à
engager des poursuites. Existe-t-il des éléments
de preuve matériels établissant la culpabilité de
votre client ? L’accusation peut-elle s’appuyer
sur des témoins rapidement disponibles et prêts
à témoigner ? Si la réponse à cette question est
négative votre client ne devrait probablement
pas plaider coupable.
MES NOTES:
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GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
II.
REQUÊTES
PRELIMINAIRES
Comme leur nom l’indique, les requêtes
préliminaires, sont déposées avant le procès.
Vous devriez songer à en soumettre dès lors
que vous pensez que le recours que vous
sollicitez peut être bénéfique pour votre client,
qu’il s’agisse d’une question de droit, d’une
question de procédure, ou les deux. La forme,
les délais et la procédure selon lesquels ces
questions peuvent être soulevées dépendra du
code de procédure pénale de votre système
juridique. Certaines des questions les plus
communes que vous pourriez soulever dans vos
requêtes préalables au procès comprennent :
•
•
•
•
•
•
•
•
L’abus de pouvoir discrétionnaire du
procureur cherchant à obtenir la
peine capitale
L’accès aux ressources qui
pourraient s’avérer nécessaires dans
le cadre de l’affaire
Des délais et des moyens appropriés
pour préparer la défense de votre
client (voir chapitre 2)
Le droit de votre client à une
procédure contradictoire, impliquant
le droit de contester les accusations
Le droit de votre client à la libération
sous caution ou à la liberté
conditionnelle jusqu’au procès (voir
chapitre 3)
La citation des témoins et leur
audition, c’est-à-dire le droit de votre
client à fonder sa défense sur des
preuves, y compris en citant des
témoins et en interrogeant les
témoins à charge.
Le droit de contester la
condamnation à la peine de mort
(voir chapitre 10)
Le changement de lieu du procès
•
La constitutionnalité des lois en
vigueur applicables au litige
•
Les incidents intervenus au cours de
la procédure d’accusation
•
Les obligations de divulgation de
pièces par le procureur ou la
demande d’accès au dossier
•
Une assistance juridique efficace
dans une affaire où l’accusé risque la
peine de mort
•
L’exclusion d’aveux obtenus sous la
contrainte
•
L’exclusion de preuves obtenues
illicitement
•
L’exclusion des preuves par ouï-dire
•
L’exclusion des témoignages relatifs
aux répercussions du crime pour les
victimes
•
La gratuité des services
d’interprétation et de traduction
•
La gratuité des services d’un avocat
si votre client est démuni
•
Un traitement humain
•
Le droit pour votre client d’avoir
accès à des services d’aide judiciaire
et de choisir l’avocat de son choix.
•
Des questions afférentes à la
procédure régissant le procès et
notamment l’audience
•
La notification des accusations dans
une langue comprise par votre client
•
La présentation d’une réfutation
fondée sur des éléments de preuve,
c’est-à-dire le droit à apporter ses
preuves après la présentation de
celles de l’accusation
•
Les échanges privés et confidentiels
avec les avocats
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
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•
L’interdiction de la double
incrimination (être jugé deux fois
pour la même infraction)
•
La légitimité et les préjudices
découlant de la jonction de plusieurs
instances ou de la jonction des chefs
d’inculpation dans les documents à
charge
•
Le caractère public du jugement,
c’est-à-dire le droit de bénéficier
d’un procès public plutôt que d’être
jugé à huis-clos
•
Le droit à recevoir des décisions
motivées concernant les questions
préalables au procès
•
La révocation d’un juge en raison de
son manque d’impartialité ou de
conflits d’intérêts
•
La demande de délai supplémentaire
aux fins de se préparer de manière
appropriée (voir chapitre 2)
•
La révision ou le rejet de requêtes
préliminaires par un tribunal d’un
ordre supérieur
•
Le droit d’avoir accès au dossier y
compris aux éléments de preuve
récemment découverts si l’enquête
est encore en cours
•
Le droit à un procès effectué dans les
meilleurs délais
•
Le droit d’être présent au procès
•
Le droit de contester les preuves
apportées par l’accusation
•
Le fait que l’acte d’accusation
comporte ou non les éléments
suffisants pour engager un procès
•
La suppression de preuves
•
Le fait que le procès se tienne devant
des tribunaux ordinaires selon les
procédures légales établies
•
Le fait que le procès se tienne devant
un tribunal indépendant et impartial
La décision de soulever certaines de ces
questions, la totalité ou aucune d’entre elles
dépend des circonstances particulière de
l’affaire touchant votre client, et des décisions
stratégiques qu’il convient de prendre. Une
partie de ces requêtes sont abordées de façon
plus détaillée ci-dessous.
A.
DEMANDE D’INFORMATIONS
RELATIVES AU DOSSIER DE
L’ACCUSATION
Dans le cadre de votre rôle de représentation et
en vue de la préparation du procès, vous devez
vous assurer que vous avez recueilli le
maximum d’informations possible concernant
la ou les accusations qui pèsent contre votre
client et que les renseignements dont vous
disposez sont exacts. Vous pouvez par exemple
demander l’accès aux informations détenues
par l’accusation. Si le procureur refuse de vous
transmettre les éléments demandés, il
conviendra de déposer une requête pour les
exiger, que l’on appelle parfois requête pour
ordonner la divulgation des preuves. Même si
le système juridique de votre pays n’emploie
pas le terme de « divulgation », vous devriez
néanmoins demander une clarification de l’acte
d’accusation et des chefs d’inculpation ainsi
que la production des éléments de preuve et des
informations pertinentes pour le procès119.
Au sein des juridictions relevant du droit
codifié (Civil Law), vous devriez être en
mesure d’obtenir l’accès au dossier et de le
copier avant le procès. Vous devez absolument
réaliser ce travail le plus tôt possible.
1.
Communication des éléments de
preuve
Il vous faut solliciter l’accès aux éléments de
preuve recueillis ou établis par la police et de
demander s’ils peuvent faire l’objet de tests
scientifiques réalisés par des experts. Même si
les experts de l’accusation ont examiné les
MES NOTES:
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GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
éléments de preuve, vous devriez, dans la
mesure du possible, obtenir l’avis d’experts
indépendants.
Vous devriez par ailleurs demander à être
informé des éléments apportés par les
complices déposant comme témoins à charge.
Vous devriez plus précisément demander la
divulgation des facteurs aggravants et des
informations relatives aux circonstances
atténuantes.
2.
Révélation de l’identité des témoins
Assurez-vous d’avoir demandé les noms des
témoins que l’accusation a l’intention de faire
citer à comparaître, ainsi que les noms de tout
témoin que l’accusation a pu entendre lors
d’une phase préalable aux poursuites (tels que
les témoins devant le grand jury)120. Il est
également important de connaître les noms des
témoins récusables, étant donné que
l’accusation pourrait avoir identifié des
témoins pouvant faire des déclarations
favorables à votre client et choisir de ne pas les
entendre.
B.
DEMANDES VISANT À EXCLURE
DES ÉLÉMENTS DE PREUVE
Il arrive souvent que durant le procès,
l’accusation tente d’utiliser des éléments de
preuve qui, selon la défense, ne devraient pas
être retenus pour preuve. Par exemple, vous
pourriez estimer qu’on a fait usage des aveux
de votre client en violation du droit national ou
international. Aux termes de l’article 14 3) g)
du PIDCP, de l’article 8 2) g) de la Convention
américaine relative aux droits de l’homme, et
de l’article 55 1) a) du Statut de la Cour pénale
internationale, votre client est en droit de ne
pas témoigner contre lui-même et de garder le
silence. En outre, les violences policières à
l’égard des suspects sont monnaie courante et
vous devriez toujours chercher à savoir si la
déclaration de votre client n’a pas été effectuée
sous la contrainte121. L’article 15 de la
Convention contre la torture prohibe
l’utilisation de déclarations obtenues par la
torture et autres traitements cruels, inhumains
ou dégradants dans le cadre de poursuites
pénales. Enfin, l’article 8 3) de la Convention
américaine relative aux droits de l’homme
dispose que l’aveu de l'accusé ne sera valable
que s'il est fait sans coercition d'aucune
sorte122.
Conseil pratique
• Droit d’être protégé contre la torture
Les actes de torture sont universellement et
absolument interdits et les États parties à la
Convention contre la torture doivent
« exerce[r] une surveillance systématique sur
les règles, instructions, méthodes et pratiques
d'interrogatoire et sur les dispositions
concernant la garde et le traitement des
personnes [privées de leur liberté] de quelque
façon que ce soit »123. Si votre client a été
interrogé, procurez-vous une copie de tout
enregistrement éventuel qui aurait été réalisé
ou conservé par l’accusation.
Une victime présumée de torture a « le droit
de porter plainte devant les autorités
compétentes (…) qui procéderont
immédiatement et impartialement à l'examen
de sa cause »124.
Afin de déterminer si votre pays est partie à
la Convention contre la torture, consultez le
site de l’ONU à l’adresse suivante :
http://treaties.un.org/Pages/ViewDetails.aspx
?src=TREATY&mtdsg_no=IV9&chapter=4&lang=fr&clang=_fr.
Normalement, un juge a le pouvoir d’examiner
une allégation de coercition ou de torture
quelle que soit la phase de la procédure.
Certains systèmes juridiques ne permettent pas
à l’accusé de faire exclure des éléments de
preuve lors du procès, malgré les circonstances
douteuses dans lesquelles ces preuves ont pu
être obtenues. Si vous vous trouvez dans cette
situation, vous devez décider s’il convient ou
non de présenter une requête aux fins d’écarter
des éléments de preuve ou de conserver cette
question pour la phase d’appel, et vous assurer
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
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que vous avez épuisé tous les recours internes
si vous souhaitez former un recours auprès
d’un organisme international.
On trouve d’autres types de requêtes visant à
supprimer des éléments de preuve telles que :
1) une requête aux fins d’exclure des moyens
de preuve obtenus de manière illicite ou
injuste, par exemple durant la détention
arbitraire ou l’arrestation illégale de votre
client, ou lors de perquisitions sans mandat ; 2)
une requête aux fins d’exclure toute
information préjudiciable à votre client,
incluant par exemple des déclarations de la
victime sur les répercussions de l’infraction,
des preuves d’antécédents criminels (en
particulier la mention d’infractions pour
lesquelles l’accusé n’a pas été reconnu
coupable), et des circonstances aggravantes ; et
3) une requête aux fins de supprimer les
photographies choquantes de la scène du crime
ou d’autres scènes. Cependant, dans de
nombreux pays, votre client pourrait se voir
contraint de remettre des documents recueillis
en vertu d’un mandat, ainsi que des
échantillons d'haleine (alcootest) et d'urine, des
prélèvements sanguins et de tissus corporels,
en vue d'une analyse de l'ADN125.
C.
REQUÊTES VISANT À CONTESTER
LA PEINE DE MORT
Lorsque votre client a été accusé d’un crime
passible de peine capitale, il convient
d’envisager de contester au plus vite la
condamnation à la peine de mort. Même s’il est
peu probable que vous puissiez obtenir gain de
cause, vous devriez malgré tout former une
requête en ce sens. Cela pourrait s’avérer utile
si votre client déposait ultérieurement un
recours auprès d’un organisme international
(voir chapitre 9 « Appels et recours après
condamnation »).
D.
REQUÊTE AUX FINS DE
BÉNÉFICIER D’UN PROCÈS RAPIDE
Le droit international prévoit également que les
individus puissent être jugés dans les meilleurs
délais126. Votre client a droit à ce que sa cause
soit entendue dans un délai raisonnable, qui
commence à courir lorsqu’il est accusé et qui
prend fin avec la décision finale rendue par les
tribunaux nationaux127. Dans les affaires
pénales, le délai à prendre en considération
commence lorsqu’une accusation est portée
devant le tribunal. Ce délai prend fin par le
prononcé, au plus haut niveau, d’un jugement
devenu définitif. La définition d’un retard
« excessif » dépendra des circonstances
particulières de votre cause, à savoir sa
complexité, le comportement des parties, le fait
que l’accusé soit détenu ou non, etc128.
Les retards excessifs sont un problème
récurrent et de taille dans de nombreux pays en
raison du nombre élevé de prisonniers en
attente de jugement et des contraintes de toute
sorte pesant sur la magistrature pour traiter les
affaires de manière efficace. Si vous
représentez un client détenu sans procès durant
des années, vous devriez sérieusement
envisager d’adresser une demande aux
tribunaux pour que votre client soit
immédiatement libéré en vertu de dispositions
du droit interne et de la Constitution129. Si ce
moyen échouait, vous devriez envisager un
recours auprès de l’un des organismes
internationaux dont il est question au chapitre
10.
En outre, votre client ne devrait pas être soumis
à une procédure judiciaire qui dure inutilement.
Ces droits ne sont pas subordonnés à la requête
que formulerait l’accusé aux fins d’être jugé
sans retard excessif et dans des délais
raisonnables.
MES NOTES:
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GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
E.
REQUÊTE VISANT À OBTENIR UNE
MODIFICATION DU LIEU DU
PROCÈS
Si le procès de votre client se déroule devant
un jury, vous devez décider si un changement
de lieu s’avère nécessaire ou non. Si un jury
désigné dans la circonscription où votre client
sera jugé est susceptible d’avoir des préjugés
envers celui-ci, vous devriez solliciter une
délocalisation du procès. Votre client a en effet
le droit d’être jugé par un jury impartial.
F.
droit, en pleine égalité, au moins aux garanties
suivantes : interroger ou faire interroger les
témoins à charge et à obtenir la comparution et
l'interrogatoire des témoins à décharge dans les
mêmes conditions que les témoins à charge ».
Stricto sensu, l’article 6 3) de la Convention
européenne s’applique aux témoins, ce qui
dans un système de Commun Law peut
recouvrir les experts.
G.
REQUÊTE AUX FINS D’OBTENIR
UNE AIDE FINANCIÈRE
Si votre client n’a pas les moyens de couvrir
les frais entraînés par sa défense, vous devriez
formuler une demande d’aide auprès du
tribunal. Cela inclut l’exemption de frais
judiciaires, ainsi que l’obtention de fonds pour
procéder à un examen psychologique et
psychiatrique et recourir à d’autres experts130,
si le tribunal n’a pas déjà fourni de tels
examens et si vous les jugez nécessaires131.
L’article 14 3) e) du Pacte international relatif
aux droits civils et politiques ainsi que
l’article 6 3) de la Convention européenne des
droits de l’homme prévoient que « [t]oute
personne accusée d'une infraction pénale [ait]
REQUÊTE AUX FINS D’ÉVITER LE
PRÉJUDICE PRODUIT PAR LA
JONCTION DES CAUSES
Si votre client est jugé en même temps que
d’autres accusés, vous devez envisager de
contester la décision de jonction de leurs
causes au motif du préjudice que cela peut
entraîner pour votre client.
H.
REQUÊTE AUX FINS D’APPOSER UN
SCELLÉ AU DOSSIER DU TRIBUNAL
Vous devriez songer à demander qu’un scellé
soit apposé au dossier du tribunal en vue
d’écarter son accès aux médias et éviter ainsi
des retombées médiatiques négatives afin de
garantir un procès équitable à votre client. Ce
sera particulièrement vrai si votre client est
jugé par un jury.
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
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CHAPITRE 7: DROITS DE L’ACCUSE
DURANT LE PROCES ET STRATEGIE
I.
PROCÈS EQUITABLE ET
DROITS DE VOTRE CLIENT
En vertu du droit international, tous les
individus ont droit à une procédure régulière et
sont égaux devant la loi132. Ces deux droits
fondamentaux comportent de multiples
facettes : le droit à un procès équitable
devant un tribunal impartial, le droit à être jugé
sans retard excessif et dans un délai
raisonnable, le droit d’être présent au procès et
d’y participer de façon significative, le droit à
la présomption d’innocence, et le droit de
ne pas témoigner contre soi-même.
A.
LE DROIT À UN PROCÈS
ÉQUITABLE DEVANT UN TRIBUNAL
IMPARTIAL
Votre client a droit à ce que sa cause soit
entendue équitablement devant un tribunal
indépendant, impartial et dans un délai
raisonnable à partir du moment où il a été
accusé ou placé en détention. Ce droit est
fondamental et figure dans de nombreux
documents relevant du droit international133.
En tant qu’avocat de la défense dans un dossier
peine de mort, il vous incombe de garantir, le
mieux possible et en fonction des ressources
dont vous disposez, que soit respecté le droit de
votre client à un procès impartial.
1.
Quels sont les éléments constitutifs
du droit à un procès équitable et
public ?
Tous les instruments généraux
internationaux et régionaux en matière de
droits de l’homme garantissent le droit à un
procès équitable134. Certaines des garanties
fondamentales édictées par ces sources sont :
•
le principe d’« égalité des armes »
entre l’accusation et la défense ;
•
le droit à une procédure
contradictoire ;
•
le droit de recevoir sans délai
des informations compréhensibles et
détaillées relatives aux motifs de
l’accusation ; et
•
des délais et des moyens appropriés
pour préparer la défense135.
Selon le Lawyers Committee for Human Rights
(Comité de juristes pour les droits de
l’homme),
s’agissant d’évaluer l’équité d’un procès, le
critère le plus important est le respect du
principe d’égalité des armes entre la défense et
l’accusation. L’égalité des armes, qui doit être
observée tout au long du procès, signifie que les
deux parties sont traitées de façon à assurer leur
égalité du point de vue procédural, au cours
d’un procès [Traduction non officielle]136.
Il est impossible d’identifier toutes les
situations qui constitueraient une violation de
ce principe, de l’exclusion de l’accusé ou de
son avocat d’une audience en présence du
procureur, jusqu’au refus d’accorder à l’accusé
ou à son avocat, le temps suffisant pour
préparer sa défense ou avoir accès aux
informations pertinentes. Ce principe
comprend l’accès au dossier de l’accusation
dans la mesure où c’est nécessaire pour réfuter
les faits reprochés et préparer la défense de
votre client. Soyez attentif à ce type de
situation et, lorsqu’elles se manifestent, formez
opposition de manière appropriée devant le
tribunal.
Le droit de votre client à un procès équitable
couvre un autre aspect qui comprend le droit à
MES NOTES:
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GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
un procès public, permettant d’assurer que les
droits de votre client en matière de procédure
soient respectés durant le procès. Malgré
l’exclusion du public de la procédure judiciaire
dans certaines circonstances, l’audience devrait
être publique au moins lorsque le jugement est
prononcé. Aux termes de l’article 14 1) du
PIDCP, tout jugement « sera public » sauf
lorsque l'intérêt de mineurs exige qu'il en soit
autrement ou si le procès porte sur des matières
telles que des différends matrimoniaux ou sur
la tutelle des enfants137.
2.
Quelle importance revêtent
l’indépendance et l’impartialité d’un
tribunal ?
L’indépendance et l’impartialité sont
essentielles à la conduite d’un procès équitable.
Les juges et, de la même manière, les jurés, ne
doivent avoir aucun intérêt personnel dans une
affaire particulière, ne doivent pas avoir
d’opinion formée d’avance sur l’issue d’un
procès, et doivent être protégés d’éventuelles
ingérences, pressions ou influences
inappropriées provenant de tout organe du
gouvernement ou de toute autre source138. En
l’absence de tels obstacles, le tribunal peut
rendre les décisions relatives aux questions
dont il est saisi en s’appuyant sur les faits et
dans le respect de la loi. Ce droit garantit
également la désignation des juges
principalement en raison de leur expertise
juridique. Le tribunal doit être indépendant non
seulement vis-à-vis de l’exécutif mais aussi des
parties139.
La présence de personnes qualifiées du point
de vue judiciaire ou juridique au sein d’un
tribunal est un des signes de son
indépendance140. Vous devriez songer aux
questions ci-après au moment de défendre le
droit de votre client à être jugé par un tribunal
indépendant :
•
La pratique de la nomination des juges
dans le tribunal dont vous relevez est-elle
satisfaisante dans son ensemble en ce qui
concerne l’implication et le contrôle
qu’exerce le pouvoir exécutif ?
•
Est-ce que la composition du tribunal en
charge du procès de votre client a été
suspecte ? En d’autres termes, une telle
composition a-t-elle été entachée de
motifs qui tendraient à influencer l’issue
de la procédure ?
•
Le tribunal a-t-il la compétence pour
rendre une décision contraignante et non
susceptible d’être modifiée par une
autorité non judiciaire ?
Si vous-même ou votre client sentez qu’un ou
plusieurs membres du tribunal ne sont pas en
mesure de rendre un arrêt impartial et objectif,
il conviendra peut-être d’avoir recours à une
autorité d’un ordre supérieur, conformément à
ce que prévoit le droit interne. Pour observer si
un juge manque d’objectivité, le tribunal peut
mettre en place une procédure destinée à
examiner le comportement apparent du juge
dont est remise en cause l’objectivité. Si le
tribunal applique un examen subjectif où sont
évalués les motifs réels et les partis pris du
juge, il sera plus difficile de faire aboutir la
contestation déposée. On présume
habituellement l’impartialité d’un juge désigné
selon les normes requises et il vous faudra
apporter des éléments de preuve solides de
partialité pour que affaire cause soit retirée au
juge. Avant de contester l’impartialité du
tribunal, il serait préférable que vous ayez des
preuves à l’appui démontrant qu’au moins un
fonctionnaire de la justice a pris part à la
procédure en amont, qu’il est en lien avec les
parties ou que l’issue de la procédure le touche
personnellement. Vous devriez pouvoir, à titre
subsidiaire, démontrer que le fonctionnaire en
question avait des opinions préformées qui
influencent ses décisions ou qu’il existe
d’autres raisons qui justifient que l’on se
préoccupe sérieusement de son impartialité141.
Avant de formuler des allégations de partialité
à l’encontre d’un magistrat, vous devez étudier
le droit interne pour identifier d’éventuelles
normes qui vous permettraient de contester
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 55
librement la compétence d’un fonctionnaire de
la justice participant au procès (c’est-à-dire
vous opposer à ladite personne sans avoir à
afficher vos raisons).
B.
LA PRÉSOMPTION D’INNOCENCE
En vertu du droit international, votre client a
droit à la présomption d’innocence142. Selon
l’article 14 2) du PIDCP : « Toute personne
accusée d'une infraction pénale est présumée
innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été
légalement établie ». Bien que l’article 14 2) ne
fournisse pas de détails au sujet des exigences
requises en matière de preuve, on admet
généralement que la culpabilité doit être établie
« sur la base de l’intime conviction des juges,
soit au-delà d’un doute raisonnable, selon le
système qui assure la plus grande protection au
principe de la présomption d’innocence en
droit national »143.
Cette présomption s’applique-t-elle à la
stratégie de défense de votre client pour le
procès ? Pas nécessairement. Par exemple,
l’article 6 2) de la Convention européenne des
droits de l’homme n’interdit pas les
présomptions de fait ou de droit, mais elle
indique que toute norme faisant peser la charge
de la preuve sur la défense doit être enserrée
dans des « limites raisonnables prenant en
compte la gravité de l’enjeu et préservant les
droits de la défense »144. À partir du moment
où la charge d’établir la preuve de la culpabilité
incombe dans son ensemble à l’accusation, la
présomption d’innocence n’interdit
généralement pas l’existence de normes ou de
règles qui, dans les circonstances particulières
d’une affaire, transfèrent à votre client la
capacité de prouver son innocence afin qu’il
puisse établir sa défense. Par conséquent, si
votre client avance qu’il a agi en état de
légitime défense ou sous la contrainte, il est
possible que la charge de la preuve pèse sur
vous aux fins de démontrer que l’excuse que
vous alléguez est valable.
Les fonctionnaires judiciaires, les juges, ainsi
que toutes les autorités publiques ont le devoir
de préserver la présomption d’innocence et de
« s’abstenir de préjuger de l’issue d’un
procès »145. Vous devriez être particulièrement
attentif à la comparution de votre client durant
le procès en vue de préserver la présomption
d’innocence. Vous devriez par exemple vous
préparer à soulever des objections pour les cas
où le tribunal imposerait à votre client, sans
justification raisonnable, de porter des
menottes, d’être enchaîné, ou de porter un
uniforme de prison dans la salle d’audience.
C.
LE DROIT D’ÊTRE PRÉSENT AU
PROCÈS
Afin de convenablement conduire la défense
dans une affaire où votre client encourt la peine
de mort, vous aurez besoin de pouvoir
immédiatement rencontrer votre client en
audience publique en vue de communiquer,
entre autres, au sujet des preuves et des
témoignages. C’est pourquoi votre client doit
être présent au procès pour prendre part à sa
propre défense146. Pour que la participation de
votre client à sa défense ait un sens, il lui
faudra comprendre ce qui se produit durant la
procédure. Le droit international prévoit que
tout individu ait droit à « se faire assister
gratuitement d’un interprète, s’il ne comprend
pas ou ne parle pas la langue employée à
l’audience »147 (voir chap. 2). Assurez-vous
que l’interprète mis à disposition par le tribunal
est compétent et a suffisamment d’expérience,
et intervenez à chaque fois que vous
remarquerez que l’interprète n’a pas transmis
correctement une information. D’une manière
générale, le droit de bénéficier des services
d’un interprète inclut également la traduction
de tous les documents pertinents148.
L’assistance d’un interprète que votre client est
en droit de recevoir est généralement gratuite et
l’on ne saurait restreindre ce droit en
demandant à votre client, lors de son éventuelle
condamnation, de rembourser les frais engagés.
MES NOTES:
Page | 56
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Surmonter les obstacles
• Que dois-je faire si mon client ne veut
plus de mes services ?
Il n’est pas rare que les clients disent vouloir
se passer de vous. Souvent ils ne maîtrisent
rien dans leur vie : ce qu’ils mangent, à qui
ils parlent, quand ils dorment, s’ils se rasent
ou non le matin. Congédier leur avocat est
pour eux une occasion rare d’exercer une
forme de contrôle de leur vie.
Il faut souligner que cette décision est
souvent la conséquence d’une rupture de la
relation avocat/client. La première étape
permettant d’instaurer une relation de
confiance, qui est essentielle pour que votre
client vous permette de présenter une défense
la plus efficace possible, consiste à passer du
temps avec lui. Une communication
transparente peut être bénéfique pour votre
client au-delà de sa relation avec vous, et lui
permettre de se sentir mieux.
Essayez, si possible, de traiter les causes de
cette décision du client. Il est important que
vous lui fassiez comprendre qu’il est votre
allié pour sa défense et que vous allez être à
l’écoute de ses préoccupations et ses envies.
Prenez le temps de lui expliquer les avancées
récentes de l’affaire ou de répondre à ses
inquiétudes au sujet du manque de
progression de son dossier.
D.
LE DROIT À ÊTRE MIS EN
PRÉSENCE DES TÉMOINS ET À LES
INTERROGER
Votre client a le droit d’interroger les témoins à
charge ainsi qu’à obtenir la comparution de
témoins à décharge149. Selon le principe
général appliqué par la plupart des tribunaux,
les individus accusés d’une infraction doivent
pouvoir appeler et interroger tout témoin dont
ils considèrent que le témoignage est pertinent
pour leur cause. Ils doivent de même pouvoir
interroger tout témoin appelé à témoigner ou
tout témoin ayant apporté des éléments de
preuve sur lesquels s’appuie le procureur.
Plusieurs autres droits découlent de ces
principes fondamentaux. Tout d’abord, le
même traitement devrait être réservé à
l’accusation et à la défense pour l’introduction
de preuves par le biais de l’interrogation des
témoins. Ensuite, l’accusation doit vous
transmettre les noms des témoins qu’elle
entend appeler à la barre dans un délai
raisonnable avant le procès afin que vous
disposiez du temps suffisant pour préparer la
défense de votre client. Enfin, celui-ci est
également en droit d’être présent durant la
déposition d’un témoin et un tel droit ne peut
être restreint que dans des circonstances
exceptionnelles, par exemple lorsque le témoin
a des raisons de craindre des représailles de la
part de l’accusé.
Afin de prévenir toute violation du droit d’un
accusé à interroger et à faire interroger les
témoins à charge, vous devez inciter le tribunal
à examiner de près toute allégation de
l’accusation concernant le risque éventuel de
représailles. Le retrait de la salle d’audience de
l’accusé ou des coaccusés ne devrait avoir lieu
que dans des circonstances valables. Lorsqu’un
témoin a été interrogé en l’absence de l’accusé
ainsi que de son avocat, vous devez
immédiatement soulever une objection. De
même, l’utilisation de dépositions de témoins
anonymes durant le procès ne peut
généralement pas être admise étant donné
qu’elle constitue une violation du droit de
l’accusé à interroger ou à faire interroger les
témoins à charge.
En outre, la Cour européenne des droits de
l’homme a considéré que le droit à un procès
équitable dans le cadre d’affaires pénales
incluait le « droit pour tout accusé … de se
taire et de ne point contribuer à sa propre
incrimination »150. Dans l’affaire Saunders c.
Royaume-Uni, la Cour a expliqué que, même
s’il n’était pas explicitement énoncé dans
l’article 6 de la Convention européenne des
droits de l’homme, le droit à garder le silence
et le droit à ne pas témoigner contre soi-même
étaient « des normes internationales
généralement reconnues qui sont au cœur de la
notion de procès équitable consacrée par ledit
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 57
article (art. 6) »151. Ces droits existent en vue
de protéger l’accusé de pressions inappropriées
de la part de certaines autorités, y compris la
coercition, qu’elle soit directe ou indirecte,
physique ou mentale, que ce soit avant ou
durant le procès, et de tout ce qui pourrait être
utilisé pour forcer votre client à témoigner
contre lui-même ou à avouer sa culpabilité. Le
droit à ne pas témoigner contre soi-même
présuppose en particulier que, dans une affaire
pénale, l’accusation puisse prouver le bienfondé de ses allégations sans recourir aux
preuves qui auraient été obtenues au moyen de
méthodes de coercition ou d’oppression au
mépris de la volonté de l’accusé. Ainsi, le droit
en question est étroitement lié à la présomption
d’innocence, tel que l’article 6 2) de la
Convention européenne des droits de l’homme
la prévoit.
Ce droit signifie que votre client pourrait
choisir de garder le silence et de ne pas
témoigner durant le procès152. De manière
générale, le silence de l’accusé ne saurait être
utilisé comme preuve de sa culpabilité et
aucune conséquence défavorable ne devrait
pouvoir en découler.
E.
LE DROIT DE CONNAÎTRE LE
FONDEMENT DE LA DÉCISION DU
TRIBUNAL
Vous devez défendre le droit de votre client à
obtenir dans les meilleurs délais un avis motivé
et écrit du tribunal. Ce droit est inhérent au
droit à un procès équitable et il constitue la
base de l’appel qui pourra être formé par votre
client. Si le tribunal ne fournit pas
automatiquement de jugement écrit, vous
devriez l’inciter à transmettre le document en
question.
L’article 6 de la Convention européenne des
droits de l’homme prévoit que les tribunaux
européens doivent motiver leurs arrêts relatifs à
des affaires pénales. Bien qu’un tribunal ne se
trouve pas dans l’obligation de donner des
explications détaillées quant à chacun des
aspects de sa décision, il doit néanmoins
aborder toutes les questions cruciales pour
l’issue de l’affaire153. La Recommandation du
Conseil de l’Europe relative à la cohérence
dans le prononcé des peines aborde de manière
spécifique la nécessité de donner des motifs
lorsqu’on inflige une peine154. De même,
l’article 74 5) du Statut de la Cour pénale
internationale indique qu’une décision de la
Chambre de première instance « est présentée
par écrit. Elle contient l'exposé complet et
motivé des constatations de la Chambre de
première instance sur les preuves et les
conclusions ».
Il arrive fréquemment que les verdicts rendus
par des jurys dans les pays qui relèvent du droit
coutumier (Common Law) ne soient
accompagnés par aucune sorte d’écrit visant à
expliquer les raisons de la décision rendue155. Il
serait approprié que vous puissiez faire des
recherches relatives aux procédures internes
concernant les procès par jury. Soyez
particulièrement attentif aux questions ou aux
consignes adressées au jury par le juge, vérifiez
si elles sont précises, si elles ne portent pas à
confusion, si elles comprennent des questions
correspondant à la thèse adoptée du point de
vue de la défense, et si nécessaire, exercez
votre droit à les contester ou demandez au juge
d’ajouter ou de modifier certaines questions.
De même, si vous en avez l’autorisation, il
conviendrait de demander aux membres du jury
de répondre individuellement au sujet de leur
verdict lorsque le jury se prononce. Vous
devriez également demander au juge
l’autorisation de parler avec les membres du
jury une fois que le procès est parvenu à son
terme.
II.
LA STRATÉGIE À ADOPTER
DURANT LE PROCÈS
Pour défendre votre client de manière efficace
lors du procès, il vous faut porter une attention
particulière à la manière dont vous
développerez votre stratégie judiciaire. Cela
MES NOTES:
Page | 58
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
implique tout d’abord, de développer une thèse
qui constituera l’ensemble de votre défense.
Cette thèse devra servir à vous guider dans le
choix des preuves que vous envisagez de
traiter, y compris dans votre sélection des
témoins et des pièces à conviction. Vous devez
pouvoir vous appuyer sur une thèse solide
durant toutes les phases du procès, y compris
lors de la sélection du jury, l’audition des
témoins et les déclarations liminaires et finales.
Ce manuel a pour objectif de présenter
quelques règles générales pour élaborer une
stratégie à adopter durant le procès. Certaines
de ces règles, comme le développement d'une
thèse relative à l'affaire, ont une application
universelle. D'autres, comme la sélection du
jury, ne s'appliquent que dans certains pays.
Par ailleurs, la stratégie à adopter durant le
procès sera aussi déterminée par les règles et la
culture de votre pays et par votre évaluation de
la façon dont le juge (juge professionnel ou
jury) répondra aux tactiques que vous
employez.
A.
DÉVELOPPER UNE THÈSE
RELATIVE À L’AFFAIRE
Les procès consistent souvent à confronter
deux versions des faits : la version fournie par
l’accusation et celle fournie par la défense. Il
est nécessaire de se doter d’une stratégie
relative à l’affaire afin de s’assurer que
l’argumentation présentée par la défense est
cohérente et crédible. La théorie que vous
adopterez peut également constituer un guide
pour vos recherches d’information afin
d’assurer une bonne défense. Par exemple,
votre stratégie peut consister à dire que votre
client a agi en état de légitime défense lorsqu’il
a tué la personne décédée. Vous pouvez
également vous trouver face à une affaire où
une erreur a été commise sur l’identité de la
personne et où votre client n’a commis aucun
crime. Quel que soit votre choix, il vous faudra
mettre en avant des preuves cohérentes à
l’appui de votre thèse et apporter des
explications eu égard aux éléments de preuve
qui semblent la décrédibiliser.
1.
Une thèse globale
Pour fonctionner, une stratégie doit être
complète. Votre thèse doit relier entre eux tous
les faits différents de l’affaire pour en faire un
récit unique et unifié. Une thèse adoptée dans
le cadre de l’affaire dépasse la simple défense
judiciaire. Une bonne thèse doit être facile à
comprendre pour toute personne, tout en
présentant un récit tenant compte de chaque
élément de preuve susceptible d’être présenté
durant l’affaire. Vous devrez analyser tous les
faits et tous les arguments juridiques que vous
pourriez être amené à présenter, et sélectionner
la stratégie qui fait le mieux ressortir tous les
éléments.
2.
Une thèse cohérente
Pour que le jury ou le juge soit convaincu par
la thèse que vous avez adoptée, celle-ci doit
être cohérente. Dans un procès pouvant aboutir
à la peine capitale, vous devez être attentif à la
phase d’inculpation et à la phase précédant le
verdict. En effet, pendant la phase
d’inculpation, la thèse que vous défendez ne
doit pas être contradictoire avec la thèse que
vous soutiendrez au moment de la phase
préalable à la condamnation pendant laquelle
vous présenterez les circonstances atténuantes.
Le risque, si vous adoptez des positions qui se
contredisent durant la phase déterminant la
culpabilité ou l’innocence et la phase précédant
le verdict, est de perdre toute crédibilité auprès
du juge et du jury. Vous devez donc veiller à
formuler une thèse unique et cohérente qui sera
renforcée durant chacune des deux phases.
Certains avocats peuvent être tentés d’avancer
toutes les thèses envisageables afin de contester
chaque élément de preuve. Le danger est bien
évidemment que toutes ces thèses puissent se
contredire entre elles. Vous devez éviter de
commettre une telle erreur qui pourrait aboutir
à perdre le jury ou le juge. Concentrez-vous au
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 59
contraire sur une thèse unique et liez-la de
façon cohérente avec votre présentation des
preuves.
3.
Une thèse tenue en permanence
Les juges et les jurés commencent à se former
une opinion relative à chaque affaire très tôt
durant la procédure. C’est pourquoi il faut vous
préparer à présenter la thèse que vous aurez
retenue, à chaque étape de la procédure, y
compris lors de la sélection des jurés, la
préparation des témoins, le dépôt de requêtes
préliminaires, les observations liminaires, la
présentation des preuves et la conclusion de
l’affaire.
Vous devrez également vous assurer d’évoquer
le plus tôt possible les éléments déterminants
pour la phase précédant le verdict. Par
exemple, si les questions de santé mentale font
partie de votre stratégie pour la phase
conduisant à la condamnation, vous devrez
introduire des éléments de preuves afférents à
la santé mentale dès la phase déterminant la
culpabilité. Si vous travaillez dans un pays où
les affaires sont jugées devant un jury et si
vous en avez la possibilité, vous devez poser
des questions aux jurés potentiels. Celles-ci
permettront de donner plus de force aux thèmes
dont les jurés entendront parler lors de la
présentation des preuves.
4.
Une thèse concise
Même dans le cadre d’affaires complexes, vous
devrez pouvoir présenter la thèse que vous
avancerez de manière concise, souvent en une
phrase ou deux. Une présentation simple et
claire de votre sujet peut être répétée tout au
long du procès, lors de vos observations et de
votre présentation des preuves. La répétition
d’un seul et même thème aidera le juge ou le
jury à se souvenir de votre stratégie.
B.
IDENTIFICATION DES TÉMOINS
QUE VOUS APPELLEREZ À
COMPARAÎTRE
1.
Quels témoins devrais-je appeler ?
Le nombre et le type de témoins qu’il convient
d’appeler varie grandement en fonction du
crime dont votre client est accusé, de la solidité
du dossier de l’accusation et des ressources
dont vous et votre client disposez. Il se
pourrait, dans de rares circonstances, que votre
client ait intérêt à n’appeler aucun témoin et
qu’il convienne alors de consacrer sa défense à
mettre en évidence l’incapacité de l’accusation
à s’acquitter de la charge de la preuve pour
chaque élément constitutif du crime que votre
client est accusé d’avoir commis. Cependant,
dans la plupart des cas, il est nécessaire pour la
défense de votre client d’appeler à témoigner et
d’interroger des témoins. Il convient de décider
avec votre client quel type et quel nombre de
témoins appeler à la barre.
2.
Les témoins des faits
Les témoins des faits, dont il est question au
chapitre 4, sont souvent cruciaux pour la
réussite de la stratégie de la défense. Les
témoins qui se trouvaient avec votre client au
moment du crime peuvent déterminer la
véracité de l’alibi de votre client (et donc par là
même, établir son innocence). Les témoins
présents sur la scène du crime peuvent être en
mesure de témoigner qu’ils ne l’ont pas vu, que
quelqu’un d’autre a commis le crime ou que
votre client a agi en état de légitime défense.
De même, les témoins qui se trouvaient avec
votre client au moment de son arrestation
peuvent souvent apporter des informations
précieuses au sujet de son attitude et du
comportement de la police.
3.
Les témoins de moralité
Les membres de la famille de votre client ou
les témoins qui le connaissent depuis
longtemps peuvent vous apporter des
MES NOTES:
Page | 60
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
témoignages favorables concernant le caractère
de votre client ou des éléments rendant votre
client plus humain. Dans les communautés
rurales africaines, les chefs de villages peuvent
être des témoins de moralité très persuasifs. De
même, les anciens employeurs, les chefs
religieux et les professeurs peuvent également
apporter des témoignages très convaincants en
ce qui concerne le caractère de votre client.
contre-interrogatoire serré il est peut-être
préférable, dans son intérêt, de le maintenir en
dehors de la barre des témoins. La décision de
témoigner ou non incombe à votre client.
Cependant, vous devez l’assister en l’informant
de la manière dont son témoignage pourrait
appuyer ou desservir l’ensemble de sa défense
et de son incidence sur la stratégie adoptée.
6.
4.
Les experts
Que faire si un témoin refuse de
coopérer ?
Lorsqu’il est possible d’obtenir des fonds, il est
important d’envisager de faire appel à des
experts qui pourront donner leur opinion au
sujet de la fiabilité des techniques d’enquête et
des preuves médico-légales de l’accusation, y
compris le rapport d’autopsie indiquant les
causes du décès, les séances d’identification
des suspects (ou présentations des suspects à
des témoins), la balistique, les preuves
génétiques et les empreintes digitales. Ces
témoins sont évoqués en détail aux chapitres 4
et 5. Si les témoignages des experts sont
essentiels pour votre dossier, votre client a le
droit de s’assurer qu’un tel témoignage pourra
être apporté156. Avant de faire appel à un expert
ou de demander au tribunal d’en désigner un,
vérifiez que les antécédents de l’expert
attestent de son expérience et que celle-ci
permet de considérer qu’il s’agit bien d’un
expert, conformément aux normes en vigueur.
Si vous identifiez un témoin qui pourrait
appuyer la cause de votre client, mais que
celui-ci refuse de coopérer, vous pouvez tenter
d’exiger qu’il prenne part à la procédure. Dans
de nombreux systèmes, le tribunal peut délivrer
une assignation à comparaître en vue d’obliger
un témoin à participer. Assurez-vous de bien
connaître les mécanismes qui existent pour
contraindre ce type de témoin à comparaître
lors des procédures judiciaires. Gardez à
l’esprit que le Comité des droits de l’homme
des Nations unies a averti que le droit de
contraindre un témoin à être présent, au moins
en vertu de l’article 14 3) e), se limite aux
situations où l’absence d’une telle comparution
constituerait une violation du principe d’égalité
des armes158.
5.
Une fois que vous avez décidé quels sont les
témoins que vous souhaitez appeler, il vous
appartient de vous assurer qu’ils sont prêts à
témoigner et qu’ils ont les moyens de se rendre
au tribunal. Vous devez les informer de la
tenue et du comportement qu’il convient
d’adopter en salle d’audience. De même, vous
devez vérifier que votre témoin connaît la date
et le lieu des audiences et prendre toutes les
mesures pour garantir sa présence durant les
audiences lorsqu’elle est nécessaire. Dans les
zones rurales où les routes sont en mauvais
état, les témoins peuvent avoir besoin d’un jour
ou plus pour voyager jusqu’au tribunal. Il faut
Mon client doit-il témoigner?
Votre client a le droit de ne pas témoigner
contre lui-même et de garder le silence157. Par
conséquent, dans un dossier peine de mort,
l’une des décisions les plus fondamentales à
prendre est celle de déterminer si votre client
témoignera ou non. Le fait de permettre à un
accusé de proclamer ouvertement son
innocence et de raconter sa version des faits
peut s’avérer être un moyen de défense
efficace. À l’inverse, si votre client n’a pas la
capacité de témoigner de façon convaincante,
ou s’il n’a pas les moyens de supporter un
7.
Que faire après avoir sélectionné mes
témoins ?
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 61
donc les prévenir bien à l’avance. Le transport
représente souvent un défi à relever. Si vous
n’êtes pas en mesure de fournir un moyen de
transport vous-même, songez à présenter une
requête aux fins d’obtenir les fonds nécessaires
pour verser une compensation aux témoins, en
vue de couvrir les frais de transport, de
logement et les repas. Si un témoin ne peut pas
être présent lors d’une audience où il aurait dû
témoigner, il est important d’en faire part au
tribunal immédiatement et de demander un
ajournement de l’audience. Si le tribunal rejette
votre demande, il vous incombe de soulever
formellement une objection.
Les témoins doivent également comprendre ce
qui est attendu d’eux à l’audience. Dans
certains systèmes, en vue d’éviter la
subornation des témoins, il existe des limites
très strictes au temps alloué aux avocats pour
qu’ils rencontrent les témoins avant le procès.
Cependant, si au sein du tribunal compétent
pour juger votre affaire il est permis de les
rencontrer, le fait de présenter à un témoin un
aperçu de la façon dont son témoignage
s’imbrique dans votre stratégie et les thèmes
afférents à l’affaire peut souvent aboutir à un
témoignage plus convaincant et plus utile. Si
cela est possible, vous devez permettre aux
témoins d’examiner les preuves matérielles et
les pièces à conviction au sujet desquelles vous
les interrogerez. Il est également conseillé
d’informer les témoins des questions qui, selon
vous, pourraient leur être posées durant le
contre-interrogatoire. Lorsque vous préparez
un témoin, vous êtes dans l’obligation de
l’aider à présenter sa propre version des faits et
non pas le témoignage que vous ou votre client
préférez.
C.
IDENTIFICATION DES PREUVES ET
DES PIÈCES À CONVICTION À
INTÉGRER
Les preuves matérielles et les pièces à
conviction peuvent avoir un impact persuasif
sans commune mesure auprès d’un juge ou un
jury. Rien ne saurait être aussi efficace que de
permettre à un tribunal ou à un jury de tirer ses
propres conclusions après avoir vu, touché,
senti ou écouté une pièce à conviction. Par
exemple, les déclarations d’un témoin
concernant une scène de crime deviennent plus
probantes et crédibles si elles peuvent être
accompagnées d’une photographie qui appuie
le témoignage.
Bien que les spécificités de chaque affaire vous
imposent d’introduire un type de preuve et de
pièce à conviction, vous devez examiner s’il
existe des preuves matérielles qui pourraient
disculper votre client. Les rapports favorables
réalisés par des experts dans les domaines
criminalistiques, tels que la balistique, les
preuves génétiques ou les empreintes digitales,
doivent être soumis au juge ou au jury pour
être examinés. De la même manière, si vous
disposez de rapports ou de lettres d’experts qui
exposent l’état psychologique de votre client,
vous devez songer à les intégrer à vos preuves.
Dans la mesure où votre droit l’autorise, vous
pourriez également avoir intérêt à introduire
des preuves matérielles qui présentent votre
client sous un jour favorable (telles que des
prix, des trophées, des médailles militaires)
ainsi que des preuves servant à l’humaniser
(telles que des photographies de famille).
D.
SÉLECTION DU JURY
Dans les systèmes juridiques qui relèvent du
droit coutumier (Common Law), le procès par
jury est un phénomène commun et il est
également de plus en plus fréquent dans les
juridictions de droit codifié (Civil Law). La
sélection du jury constitue l’un de vos rôles
essentiels en tant qu’avocat de la défense dans
le cadre d’un dossier peine de mort. Votre
client a le droit d’être jugé par un jury impartial
qui a la volonté d’examiner les moyens de
défense que vous présentez. Vous devez vous
assurer, du mieux que vous le pouvez et
conformément aux normes du tribunal à la
compétence duquel vous êtes soumis, que le
banc des jurés soit composé de personnes qui
MES NOTES:
Page | 62
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
examineront la cause de votre client de façon
équitable.
Assurez-vous de bien connaître les normes qui
s’appliquent aux questions et les contestations
adressées à certains jurés. Afin d’éviter les
comportements partiaux, la plupart des
juridictions relevant du droit coutumier
(Common Law) disposeront de normes pouvant
être appliquées à tout dossier, visant à poser
des questions et à formuler des contestations
aux jurés. De plus, certaines normes spéciales
ne s’appliquant qu’aux dossiers peine de mort
peuvent exister, par exemple des normes
relatives à la réticence d’un juré à imposer la
peine de mort comme sanction pénale.
Vous devez avoir trois questions principales à
l’esprit lors de la sélection d’un juré dans le
cadre d’un dossier peine de mort :
1.
Le juré en question sera-t-il en
mesure d’examiner toutes les preuves
de manière équitable ?
Vous devez poser des questions visant à
dévoiler la volonté ou le refus de chaque juré
d’admettre la présentation des preuves de
manière équitable, sans parti pris ni préjugé. Il
vous faut également vérifier qu’aucun juré
n’est mal disposé envers votre client pour des
raisons raciales, de sexe, religieuses ou d’autres
appartenances à un groupe social. De même,
vous avez intérêt à poser des questions visant à
déterminer si chaque juré a la volonté ou non
d’étudier véritablement les circonstances
atténuantes (et ce d’autant plus que le jury joue
un rôle dans le processus de détermination de
la peine). Ces questions vous offrent également
l’opportunité d’introduire des thèmes et une
thèse relative à l’affaire que vous développerez
tout au long du procès. Par exemple, si vous
présentez des preuves des problèmes de santé
mentale dont souffre l’accusé, il vous convient
de poser des questions visant à vérifier que
chaque juré est prêt à examiner les preuves
afférentes à la santé mentale lors des
délibérations du jury. Vous pourrez ainsi
atteindre deux objectifs : découvrir et contester
l’opinion de tout juré qui serait mal disposé
envers ces éléments de preuve ; indiquer très
tôt dans la procédure que les questions de santé
mentale joueront un rôle dans la version des
faits que vous avez l’intention de présenter.
2.
Le juré en question aidera-t-il mon
client durant les délibérations du
jury ?
En raison de leur origine ou de leur expérience,
certains jurés pourraient se montrer assez bien
disposés à l’égard de votre client, de vos
arguments, de la culpabilité, de la personnalité
et du passé de votre client. Vous aurez intérêt,
dans la mesure du possible, à adresser vos
questions de telle sorte que la sélection desdits
jurés soit probable.
Pour atteindre un tel objectif, il faudra le plus
souvent que la manière de poser vos questions
complique la contestation juridique de
l’opinion des jurés par l’accusation. Par
exemple, l’accusation pourrait vouloir exclure
un juré qui exprimerait sa réticence à participer
à un procès où l’accusé encourt la peine de
mort. Si vous pensez que cette personne
pourrait être un bon juré sensible à vos
arguments, vous devriez chercher à prouver, à
travers vos questions, que le juré sera juste
dans sa décision et examinera toutes les
preuves. Par exemple, vous pourriez lui
demander : « Vous suivrez la loi et les
instructions du juge, n'est-ce pas ? »
3.
Le juré en question aura-t-il la
volonté de voter pour une peine autre
que la peine de mort ?
Enfin, dans un petit nombre de pays,
notamment au États-Unis, où les jurés ont le
pouvoir de déterminer la peine, vous devez
vous assurer que chaque juré a la volonté
d’envisager des peines alternatives à la peine
de mort. Vous devez penser à poser des
questions visant à rendre visible le penchant de
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 63
tel ou tel juré pour la peine de mort
immédiatement après le verdict de culpabilité,
quelles que soit les circonstances atténuantes
ou autres circonstances.
E.
L’INTERROGATOIRE DES TÉMOINS
1.
Interrogatoire direct
L’interrogatoire direct ou l’interrogatoire
principal représente pour vous l’opportunité de
présenter la ligne de défense de votre client.
L’interrogatoire principal doit servir à
approfondir votre stratégie et à développer la
thèse que vous avez adoptée pour l’affaire. Si
votre client veut mener une défense en faisant
valoir une excuse, en invoquant par exemple
des capacités mentales diminuées, il vous
faudra obtenir des témoignages permettant de
de prouver une telle affirmation. Au sein des
juridictions relevant du droit coutumier
(Common Law), il peut également être
nécessaire de vous appuyer sur vos témoins
pour que leurs déclarations servent de base à la
présentation les pièces à conviction que vous
avez l’intention d’intégrer à vos preuves. Vous
devez élaborer un plan d’interrogatoire pour
chacun de vos témoins à décharge potentiels.
Pour chacun d’eux, posez-vous les questions
suivantes :
•
Qu’est ce que je veux prouver ou réfuter
avec ce témoin ?
•
De quelle manière la déposition de ce
témoin complète-t-elle la thèse que j’ai
développée ?
•
Ce témoin peut-il affaiblir un élément de
preuve du crime pour lequel mon client
est poursuivi ?
•
Ce témoin peut-il renforcer ou faire
chanceler la crédibilité d’autres
témoins ?
•
Puis-je m’appuyer sur ce témoin pour
présenter l’une des pièces à conviction
que j’ai l’intention d’utiliser ?
Évitez la tentation qui consiste à essayer de
prouver trop d’éléments grâce à un seul témoin.
Si vous vous appuyez trop sur un témoin, et
que celui-ci ne semble pas crédible aux yeux
du juge ou du jury ou que ces derniers ne
l’apprécient pas, votre stratégie deviendra
moins convaincante.
L’interrogatoire principal vous permet
également d’étayer la crédibilité de vos
témoins. Au moment opportun, vous devrez
leur poser des questions qui leur permettront de
faire des déclarations concernant leur
connaissance des faits, leur capacité à observer
l’incident dont ils rendent compte et leur
impartialité ainsi que l’absence d’intérêt
personnel quant à l’issue du procès de votre
client. En ce qui concerne les témoins experts,
il est important de les aider à présenter leur
expertise dans le domaine au sujet duquel ils
témoignent.
2.
Contre-interrogatoire
Le contre-interrogatoire vous donne
l’opportunité d’affaiblir les témoins de
l’accusation. En vue de vous préparer
convenablement à un contre-interrogatoire,
vous devez réfléchir aux déclarations que vous
attendez de la part des témoins de l’accusation
et vous demander s’il sera nécessaire de
contester les informations apportées.
Si le tribunal dont relève votre affaire le
permet, votre contre-interrogatoire doit se
concentrer sur des questions qui appellent une
réponse par oui ou non. Vous ne devez jamais
poser une question dont vous ne connaissez pas
la réponse, à moins qu'il n'y ait aucun risque
que cette réponse puisse nuire à votre défense.
Vos questions doivent toujours concerner un
seul point à la fois (par exemple, « Vous avez
dit qu'il était 19 heures quand vous avez vu
l'incident ? » « Le soleil se couche bien à 18
heures ? » « Il n'y avait pas de lampadaires ? »
« Vous étiez à 50 mètres ? ») Ne soyez PAS
tenté de poser la question suivante : « Vous
MES NOTES:
Page | 64
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
n'avez donc pas pu voir ce qui se passait ? » En
posant cette dernière question, vous invitez le
témoin à insister sur le fait qu'il pouvait voir de
là où il était, et vous détruisez l'effet de votre
contre-interrogatoire soigneusement préparé
jusqu'à ce point.
Les questions suivantes pourraient vous être
utiles pour préparer un contre-interrogatoire
efficace :
•
Le témoin est-il partial/ hostile ou a-t-il
des motifs pour témoigner contre votre
client et en faveur de l’accusation ?
•
Existe-t-il des parties qui se contredisent
dans le témoignage?
•
Les déclarations du témoin ne
contredisent-t-elles pas ses propres
déclarations antérieures sur le même
sujet ?
•
Est-ce que des faits supplémentaires qui
atténueraient l’impact de
l’interrogatoire direct du témoin
peuvent-être soulevés ?
•
Si un témoin a exagéré sa connaissance
relative à un élément, pouvez-vous le
pousser à se rétracter ou à revenir sur
son témoignage ?
•
Le témoin a-t-il déjà été accusé de mentir
sous serment ?
•
Le témoin a-t-il déjà été condamné pour
un crime ? (Vous devez enquêter sur le
casier judiciaire de tous les témoins et
demander à recevoir de la part de
l’accusation les casiers judiciaires dont
elle dispose).
•
Le témoin a-t-il tenté de présenter des
preuves qui devraient être soumises à
une expertise ?
•
Pouvez-vous identifier des incohérences
entre les déclarations du témoin et un
témoignage précédent ?
•
Le témoin est-t-il un expert dont la
compétence, la formation ou l’expérience
pourraient être contestées ?
•
Le témoin se trouvait-il en mesure
d’observer l’incident au sujet duquel il
témoigne ?
•
•
Le témoin peut-il vous aider à établir des
faits qui affaibliraient certains aspects de
la thèse de l’accusation ?
L’expert au service de l’accusation a-t-il
un profil qui respecte les exigences
imposées par le tribunal dont vous
relevez pour être qualifié d’expert ?
•
•
Le témoin peut-il vous aider à établir des
faits utiles pour votre stratégie ou pour
les thèmes que vous abordez ?
Êtes-vous en mesure de minimiser ou de
discréditer un témoignage qui serait
apporté durant le contre-interrogatoire ?
•
Pouvez-vous pousser le témoin à se
rétracter ou à discréditer son propre
témoignage ?
•
Pouvez-vous pousser le témoin à
admettre qu’il n’a pas de certitude au
sujet d’une question qu’il aurait
évoquée ?
Vous devez préparer tous les documents et
pièces à convictions que vous avez l’intention
d’utiliser durant votre contre-interrogatoire.
F.
PRÉSENTER DES PREUVES ET
S’OPPOSER À LA PRÉSENTATION
D’AUTRES PREUVES
1.
Présentation des preuves
Dans la plupart des cas, avant de pouvoir
demander au tribunal d’examiner un élément
de preuve, vous devez vous en justifier auprès
du tribunal pour qu’il détermine si la preuve en
question est pertinente, authentique et si elle
respecte les normes propres à la compétence du
tribunal en matière de preuve. Les exigences en
la matière dépendront des normes propres au
tribunal compétent, de la nature des preuves, et
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 65
de l’objet que vous invoquerez. Toutefois, en
vue de établir l’authenticité d’une preuve, vous
devrez habituellement recourir à un témoin qui
peut attester qu’il connaît l’élément de preuve
que vous cherchez à présenter et qu’un tel
élément correspond bien à la définition que
vous lui attribuez. De même, on considère de
manière générale que la preuve que vous
cherchez à présenter doit rendre un fait
controversé plus ou moins crédible (question
de pertinence). Afin de bien vous préparer au
procès, vous devez non seulement déterminer
quels éléments de preuve vous souhaitez
présenter, mais également vous assurer que les
preuves sont admissibles et que vous pouvez
faire intervenir un témoin susceptible de vous
aider à préparer la présentation des preuves.
2.
S’opposer à la présentation de
preuves inappropriées ou fondées sur
des ouï-dire
Chaque système impose ses propres restrictions
quant au type de preuves qui peuvent être
présentées et au but pour lequel elles peuvent
être admises. Bien qu’il soit impossible
d’établir une liste de tous les types de preuves
qui pourraient être exclues et des exceptions à
ces exclusions, il est important que vous
connaissiez plusieurs arguments communs. Par
exemple, de nombreux systèmes empêchent
l’accusation d’utiliser des preuves concernant
le mauvais caractère ou la mauvaise réputation
de votre client pour prouver sa culpabilité. De
même, vous devriez pouvoir être en mesure
d’empêcher l’accusation de présenter des
preuves de crimes antérieurs commis par votre
client. Il est également probable que les
preuves obtenues de manière illicite ou abusive
soient fréquemment exclues d’un procès (voir
chapitre 6). Il arrive que des éléments
extrêmement préjudiciables, tels que des
clichés d’une scène du crime, soient
contestables si leur valeur probante est
mineure. Vous devez pouvoir remettre en cause
un témoignage lorsque le témoin spécule ou
devine ou lorsqu’il ne remplit pas les exigences
nécessaires pour être considéré comme un
expert et qu’il essaie d’avancer ses propres
opinions ou conclusions. Enfin, vous devez
soulever une objection si l’accusation essaie de
présenter un document ou un objet matériel en
tant que preuve sans avoir démontré au
préalable que l’élément présenté correspondait
bien à ce que l’accusation prétendait qu’il fût.
L’objection la plus importante à garder à
l’esprit est celle des preuves par ouï-dire.
Habituellement, seules les déclarations
prononcées lors d’un procès ou d’une audience
peuvent être avancées comme preuve en vue de
prouver la véracité de l’allégation au sujet de
laquelle on témoigne. La raison sous-jacente à
cette règle est la tenue d’un procès équitable
pour lequel il convient d’« accorder à l’accusé
une occasion adéquate et suffisante de
contester un témoignage à charge et d’en
interroger l’auteur, au moment de la déposition
ou plus tard … »159. Bien que cela puisse
sembler évident, l’application d’une telle règle
peut entraîner des difficultés dans la pratique.
Par exemple, les procureurs tentent très
souvent de présenter des déclarations réalisées
par les témoins auprès des fonctionnaires de
police. Si les témoins en question ne
comparaissent pas durant le procès et que vous
n’avez pas eu, par ailleurs, l’opportunité de les
soumettre à un interrogatoire contradictoire,
vous devez formuler une objection et alléguer
que leurs déclarations antérieures au procès
étaient inexactes et qu’elles ne devraient pas
être prises en considération par le tribunal160.
Soyez vigilant vis-à-vis des tentatives de
contournement du droit de votre client à
soumettre les témoins à un contreinterrogatoire et former opposition lorsque les
tribunaux acceptent d’admettre le type de
déclarations en question en tant qu’élément de
preuve.
Dans tous les cas, souvenez-vous que vos
oppositions aux preuves de l’accusation
doivent être déterminées d’une part par ce qui
est autorisé ou non par le règlement appliqué
MES NOTES:
Page | 66
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
au sein de votre tribunal, et d’autre part par
votre vision stratégique permettant de
déterminer si les preuves affaiblissent ou
renforcent votre défense. Autrement dit, vous
pouvez décider de ne pas former opposition à
certaines preuves qui ne devraient pas être
admises si celles-ci vous permettent d’étayer la
stratégie de défense que vous avez adoptée. Par
exemple, il convient de ne pas vous opposer à
l’admission de preuves de crimes antérieurs
commis par votre client, si les circonstances
des crimes en question vous permettent de
renforcer la thèse selon laquelle il souffre
d’une maladie mentale.
G.
INTRODUCTION ET CONCLUSION
Les introductions et conclusions représentent
des opportunités cruciales pour la défense.
Votre introduction est votre première chance de
présenter la thèse adoptée dans son ensemble à
un juge ou à un jury. De la même manière, la
déclaration prononcée lors de la conclusion du
procès constitue votre dernière chance de
donner des explications concernant les
éléments de preuve et de convaincre le juge ou
le jury de l’innocence de votre client ou de
l’existence de circonstances atténuantes.
Vous devez consacrer du temps à préparer et à
répéter ce que vous allez dire en introduction et
en conclusion. Cela vous aidera à avoir une
attitude convaincante et crédible.
1.
Introduction
Votre introduction doit être de nature factuelle.
Vous devez exposer au jury le récit
correspondant à la thèse que vous aurez
adoptée dans le cadre de l’affaire. Il n’est pas
nécessaire de couvrir tous les faits durant votre
première déclaration, mais vous devez vous
assurer, dans votre version des faits, de couvrir
les aspects les plus importants de l’affaire.
Vous devez raconter une histoire convaincante
et crédible et s’appuyant sur des preuves.
Vous devez débuter par une phrase ou deux qui
résumeront votre thèse de manière simple et
concise. Vous devez ensuite construire un récit
des faits visant à communiquer au jury l’idée
que votre client est innocent ou que sa
culpabilité est limitée. En ce qui concerne
toutes les étapes du procès, vous devez faire
attention à lier entre eux des thèmes qui
s’appliquent tant à la phase déterminant la
culpabilité ou l’innocence de l’accusé qu’à la
phase précédant la condamnation.
Cette introduction n’est pas le bon moment
pour expliquer au jury ou au juge ce qu’est un
procès, quelle procédure devrait être suivies, ou
encore pour expliquer à qui incombe la charge
de la preuve. Vous devez plutôt vous centrer
sur le récit des faits et donner au jury ou au
juge suffisamment d’informations pour qu’il
comprenne le rôle de chaque personne-clé dans
votre thèse et qu’il suive les événements tels
que les témoignages les reflèteront.
Utilisez un langage qui puisse être compris de
tous. Évitez d’utiliser des termes du jargon
juridique. Les meilleures introductions sont
courtes et simples.
2.
Conclusion du procès
Votre déclaration finale constitue votre
dernière opportunité de marquer le juge ou le
jury. C’est l’occasion de résumer les preuves
et, surtout, d’expliquer ce qu’elles signifient et
comment le tout s’imbrique dans votre thèse
générale.
Votre plaidoyer doit se limiter aux preuves et,
dans une limite raisonnable, aux éléments
extérieurs qui peuvent être dégagés à partir de
ces preuves. Mieux vaut ne pas tenir de propos
incendiaires, ou donner votre opinion
personnelle quant à la véracité ou au manque
de véracité des éléments de preuve présentés.
Vous devez au contraire indiquer au juge ou au
jury quelles conclusions devraient être tirées
des différents éléments de preuve présentés.
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 67
Une fois encore, dans le cadre d’un dossier
peine de mort, vous pourrez avoir l’opportunité
de prononcer deux plaidoyers finaux (le
premier à la fin de la phase déterminant la
culpabilité ou l’innocence, et le second à la fin
de la phase déterminant la condamnation). Ces
déclarations doivent être cohérentes et se
renforcer mutuellement. Veillez à ne pas
avancer d’arguments qui se contrediraient entre
ces deux phases. Au contraire, profitez de
l’occasion que vous offre le plaidoyer final de
la phase déterminant la culpabilité ou
l’innocence de l’accusé pour réintroduire les
thèmes que vous continuerez à développer
durant la phase déterminant la condamnation.
Au sein de certains tribunaux, l’accusé a la
possibilité de faire une déclaration finale après
les plaidoiries de l’accusation et de l’avocat de
la défense. Lorsque cette possibilité existe, et si
votre client souhaite en profiter, vous devez
travailler ensemble en vue préparer le contenu
de sa déclaration ainsi que la manière dont il
prononcera cette déclaration.
MES NOTES:
Page | 68
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
CHAPITRE 8:
LA DETERMINATION DE LA PEINE
I.
INTRODUCTION
Les avocats de la défense doivent profiter de
toute occasion qui se présente pour argumenter
contre la condamnation à la peine de mort de
leur client, et ce à chaque étape de la
procédure. Dans les pays où la phase
déterminant la condamnation de la peine est
séparée du reste de la procédure, le but premier
d’une telle argumentation est de présenter ce
que l’on appelle les circonstances atténuantes.
Vous devez commencer par enquêter et
préparer les preuves relatives aux circonstances
atténuantes le plus tôt possible à partir du
moment où vous représentez votre client161,
étant donné que la stratégie que vous aurez
adoptée quant aux circonstances atténuantes
doit être cohérente avec la thèse adoptée durant
la phase du procès précédant la condamnation
(voir chapitre 7 pour davantage d’éléments au
sujet de la thèse adoptée dans le cadre de
l’affaire). C’est particulièrement vrai dans les
pays où la phase relative à la peine n’est pas
séparée du reste de la procédure. Au Pakistan,
par exemple, les avocats de la défense doivent
présenter toutes les preuves afférentes à la
culpabilité ainsi qu’à la peine lors d’une
audience unique.
La Comité des droits de l’homme de l’ONU, le
Privy Council au Royaume-Uni, entre autres,
exigent que, dans les dossiers peine de mort,
les tribunaux chargés de déterminer la peine
examinent les éléments de preuve établissant
des circonstances atténuantes. De plus, dans de
nombreux pays, en particulier ceux ayant
récemment aboli l’imposition automatique de
la peine de mort, les avocats de la défense ont
de nouvelles opportunités et davantage de
possibilités pour présenter des éléments de
preuve établissant des circonstances
atténuantes. Par exemple, en 2009, la Cour
MES NOTES:
suprême de l'Ouganda a statué qu’un
délinquant devait avoir la possibilité de
présenter des éléments de preuve relatifs à son
caractère et à son histoire, aux fins de
déterminer quelle était la peine la plus
appropriée162. Le tribunal ougandais a observé :
Tous les homicides ne sont pas commis dans les
mêmes circonstances et tous les assassins n’ont
pas nécessairement le même caractère. Certains
peuvent avoir agi pour la première fois, et le
meurtre peut avoir été commis dans des
circonstances que la personne accusée regrette
profondément et vis-à-vis desquelles elle a
beaucoup de remords. Nous ne voyons aucune
raison de ne pas soumettre l’existence de ces
facteurs devant la Cour avant que la peine
ultime ne soit rendue [Traduction non
officielle]163.
La jurisprudence des tribunaux indiens illustre
elle aussi la manière dont lesdites circonstances
peuvent jouer. Dans l’affaire Mulla et al. c.
État d’Uttar Pradesh, la Cour suprême de
l’Inde a indiqué que les circonstances
pouvaient avoir un poids important dans
l’imposition d’une peine, y compris les
troubles mentaux ou émotionnels de l’accusé,
son âge, le risque que l’accusé commette
d’autres actes de violences, son potentiel de
réinsertion sociale, le sens moral, la contrainte,
l’existence d’une déficience mentale, et le
statut socio-économique164. La Cour suprême a
également souligné qu’il incombait à
l’accusation de prouver qu’un criminel ne
pourrait jamais s’amender. Après avoir
considéré ces facteurs, la Cour en charge de
l’affaire Mulla a refusé de condamner à mort
des criminels extrêmement pauvres qui
n’avaient pas d’antécédents criminels165.
La Cour suprême des États-Unis a, quant à elle,
reconnu comme circonstances atténuantes les
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 69
abus et privations durant l’enfance, les
déficiences mentales et la bonne conduite en
prison. Les preuves de troubles mentaux ou de
maladie mentale, bien qu’insuffisantes pour
appuyer une défense fondée sur la
responsabilité atténuée, influencent fortement
la possibilité d’être condamné à la peine de
mort166. La Commission des droits de l’homme
des Nations unies a exhorté les pays à ne pas
exécuter les personnes atteintes de troubles
mentaux ou de déficience mentale. En 2002, la
Cour suprême des États-Unis a cité un
consensus international selon lequel « de
manière catégorique, les criminels souffrant
d’une déficience mentale sont moins coupables
qu’un criminel moyen » [Traduction non
officielle]167.
• Traquer les circonstances atténuantes en
Il faut malgré tout bien voir que les
circonstances atténuantes ne constituent pas
une excuse légale ou une justification du crime.
Il est au contraire utile d’expliquer le
comportement de l’accusé et de susciter
l’indulgence de la personne en charge de
déterminer sa peine.
Dans de nombreux pays, les remords sont un
facteur d’atténuation puissant. Soyez conscient
du fait qu’un « remord » peut avoir une
apparence différente de celle à laquelle vous
vous attendez : les normes culturelles tout
autant que la maladie mentale agissent sur la
manière dont sont exprimés les remords. Par
exemple, les individus qui ont subi des
expériences traumatisantes peuvent avoir des
difficultés à exprimer leurs émotions. Il est
néanmoins fondamental que vous trouviez un
moyen de transmettre l’acceptation personnelle
de votre client de sa responsabilité et
l’affliction provoquée chez lui par la mort ou le
tort causé aux victimes.
II.
LES CIRCONSTANCES
ATTÉNUANTES
Les circonstances atténuantes incluent à la fois
les faits en lien avec le crime et le caractère de
l’auteur du crime. Vous devez chercher
plusieurs types de circonstances atténuantes à
présenter au nom de votre client, y compris : 1)
des preuves afférentes aux faits relatifs au
crime ; 2) des preuves afférentes à l’état mental
de l’accusé ; 3) des preuves afférentes à
l’histoire personnelle et sociale de l’accusé ; 4)
des preuves démontrant le bon caractère et la
bonne moralité de l’accusé ; et 5) d’autres
facteurs susceptibles d’encourager le tribunal à
faire preuve d’indulgence.
Exemple de réussite
Ouganda
« En Ouganda, la Foundation for Human
Rights Initiative (Fondation pour l’Initiative
en faveur des droits de l'homme-FHRI) aide
les avocats commis d’office dans le cadre des
enquêtes pour les dossiers peine de mort.
Constatant que les avocats commis d’office
n’ont souvent pas les moyens de faire des
recherches poussées avant le procès, FRHI
rencontre les prisonniers, rassemble les
informations concernant les circonstances
atténuantes et transmet le dossier complet
aux avocats chargés de représenter l'accusé
devant le tribunal. »
-
A.
Doreen Lubowa, Fondation pour l'Initiative en
faveur des droits de l'homme
LES CIRCONSTANCES DU CRIME
Dans un premier temps, analysez les faits
relatifs à l’affaire en eux-mêmes. Selon
l’article 6 2) du PIDCP, « une sentence de mort
ne peut être prononcée que pour les crimes les
plus graves » que le Comité des droits de
l’homme définit comme les crimes entraînant
la mort168. Le Rapporteur spécial de l’ONU sur
les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou
arbitraires a par ailleurs conclu « la peine
capitale ne peut être imposée que lorsque
l’intention de tuer est démontrée et a entraîné la
mort »169. Il s’ensuit que la condamnation à la
MES NOTES:
Page | 70
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
peine de mort pour des crimes économiques,
pour trafic de drogue, pour cambriolage, pour
vol ou pour d’autres crimes qui n’impliquent
pas la mort d’autrui, constituerait une violation
du droit international. De même, les homicides
involontaires ou non prémédités (par exemple
une mort accidentelle lors d’une rixe dans un
bar) ne méritent pas la peine de mort. La peine
capitale ne devrait pas non plus être prononcée
alors que l’accusé n’aurait fait que prendre part
à un crime ayant entraîné la mort mais sans
avoir tué personne ou sans avoir eu l’intention
de le faire.
On admet généralement que même dans des
cas d’homicide volontaire, la peine de mort ne
devrait être prononcée que dans les affaires les
plus graves. La Cour suprême d’Inde réserve
cette peine aux « cas les plus rares où une autre
option serait absolument exclue [Traduction
non officielle] »170. En d’autres termes, la peine
de mort est une exception et la peine conseillée
pour tout crime passible de la peine de mort
reste la prison à perpétuité ou des peines
d’incarcération de plusieurs années – y compris
dans les cas les plus sérieux de meurtre
aggravé171. En février 2012, la Cour suprême
indienne a commué la peine de mort d’un
homme à une peine de 21 ans d’incarcération
parce que le crime (l’assassinat de son épouse
et de leurs trois enfants) n’avait pas été
prémédité et que les circonstances suggéraient
que l’accusé était mentalement déséquilibré172.
De même, avant d’abolir totalement la peine de
mort, l’Afrique du Sud ne l’appliquait que
lorsqu’il n’y avait aucune perspective de
réformation de la conduite des accusés et
lorsque les objectifs de la peine ne pouvaient
être atteints en imposant une peine
alternative173. Ainsi, si le crime pour lequel
votre client est accusé n’était pas prémédité et
qu’il n’a impliqué aucun acte de torture ou
autre acte aggravant, vous pouvez défendre
l’idée qu’il ne mérite pas cette sanction ultime
qu’est la peine de mort.
Vous devez également pouvoir avancer que le
rôle de votre client dans le crime est
relativement mineur et que, par conséquent, il
mérite une peine moins lourde que les
principaux responsables. Il est également
possible que votre client ait été provoqué ou
qu’il ait agi en étant soumis à un stress extrême
au moment du crime. Par exemple, dans le
cadre d’une affaire impliquant un acte de
terrorisme perpétré par des musulmans, un juge
de district indien a conclu que la culpabilité des
accusés était réduite car ils avaient agi en
réaction au massacre d’autres musulmans. Aux
yeux du juge, une telle provocation amenuisait
la culpabilité des accusés.
Dans d’autres cas, le client pourrait avoir pensé
qu’il agissait en état de légitime défense ou en
défense d’une tierce personne, même si son
raisonnement était erroné. Une fois encore, cela
pourrait démontrer le caractère moindre de sa
culpabilité pour un tel crime. Par exemple, il
pourrait avoir agi en vue de mettre fin aux
mauvais traitements infligés par un conjoint ou
un parent à un membre de sa famille. Même
dans l’éventualité où l’accusé serait reconnu
coupable, vous devez avancer que des
circonstances aussi particulières devraient
entraîner l’indulgence au moment de
déterminer sa peine.
B.
L’ÉTAT MENTAL DE L’ACCUSÉ
Un accusé qui n’aurait pas été identifié comme
étant atteint de démence, tel que susmentionné,
peut néanmoins souffrir d’une déficience
mentale qui le rend moins coupable du crime
qu’il a commis. Les troubles pathologiques en
question incluent par exemple un faible
quotient intellectuel, les troubles de stress posttraumatique, la schizophrénie, les troubles
bipolaires, l’arriération mentale, le syndrome
d'alcoolisation fœtale, l’empoisonnement par
pesticides ou par le plomb, ou un traumatisme
cranio-encéphalique provoqué par des
accidents ou des coups. Des tests et examens
psychiatriques pourraient s’avérer nécessaires
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 71
pour établir si l’accusé est affecté de l’une de
ces pathologies.
Les preuves relatives à la santé mentale
peuvent démontrer que le jugement de l’accusé
était affaibli et qu’il souffrait de troubles de
contrôle des pulsions, qu’il était vulnérable aux
changements d’humeur et aux explosions de
colère, ou encore qu’il a des difficultés à
comprendre et à communiquer avec son
entourage. Aucun de ces facteurs ne saurait
avoir les mêmes effets qu’une défense
invoquant l’aliénation mentale qui excuserait
complètement le crime, mais ils peuvent vous
aider à expliquer les circonstances du crime et
à inspirer de l’indulgence envers l’accusé.
C.
L’HISTOIRE PERSONNELLE ET
SOCIALE DE L’ACCUSÉ
Que les tests et les examens révèlent ou non
une maladie ou une déficience mentale grave,
vous devez faire des recherches au sujet de
l’histoire personnelle de votre client afin de
trouver des pistes pour expliquer son
comportement. Les éléments constitutifs de son
histoire peuvent comprendre des mauvais
traitements sexuels ou physiques, la négligence
pendant l’enfance, l’extrême pauvreté, tout
autre traumatisme, des expériences de
discrimination raciale, religieuse, ethnique, ou
fondée sur le sexe, des troubles
d’apprentissage, des antécédents de
toxicomanie ou d'abus d'alcool, ou des relations
familiales difficiles.
Même si l’on ne saurait fonder sa défense sur
le fait qu’un individu ne devrait pas être tenu
entièrement responsable d’un crime, les
preuves d’un passé difficile, de traumatismes
subis, du manque de maturité de votre client,
de sa jeunesse ou de sa vulnérabilité, peuvent
non seulement aider les juges à expliquer le
crime mais peuvent également rendre votre
client plus sympathique.
Conseil pratique
• Comprendre en quoi des déficiences
mentales peuvent constituer des
circonstances atténuantes
Il n’est pas toujours aisé, pour les avocats et
les juges, de saisir la valeur atténuante des
déficiences mentales qui ne correspondent
pas tout à fait aux définitions juridiques de la
« démence » ou de l’« incapacité ». Le cas de
Joseph Kamanga* au Malawi illustre ce
point. M. Kamanga a été inculpé et
condamné à la peine de mort en 2009 pour
avoir tué la femme de ménage de son oncle
en la frappant à la tête avec un repose-pied.
M. Kamanga a soutenu que la mort de la
victime n’était pas intentionnelle. D’après
son témoignage, il souffrait de maux de tête
violents et débilitants. Sa mère et sa tante ont
témoigné du fait qu’il avait souffert de maux
de tête et de colères inexpliquées depuis un
certain temps, bien qu’il ait essayé de se faire
soigner par guérisseur traditionnel.
L’avocat commis d'office de M. Kamanga a
avancé qu’il était dément au moment du
crime mais n’a pas réussi à étayer sa défense
à l’aide d’un témoignage d’expert. Le
tribunal a rejeté la thèse de la défense et a
reconnu M. Kamanga coupable de meurtre.
La défense n’a pas réussi à soutenir que la
déficience mentale de M. Kamanga aurait dû
être examinée en tant que circonstance
atténuante, et elle a limité sa présentation
relative aux circonstances atténuantes aux
arguments selon lesquels M. Kamanga était
jeune et qu’il n’avait aucun antécédent
criminel. Le tribunal a condamné M.
Kamanga à la peine de mort sans débattre au
sujet d’aucune circonstance atténuante. Cet
exemple montre bien que les avocats peuvent
échouer à démontrer le lien entre les
déficiences mentales de leur client et sa
culpabilité morale. Il illustre également le
fait que de nombreux juges ne saisissent pas
le concept d’atténuation.
* Le nom de l'accusé a été changé pour protéger
sa vie privée.
MES NOTES:
Page | 72
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Vous devez essayer de présenter une histoire
qui montre au tribunal ou au jury comment les
circonstances difficiles de l’histoire de
l’inculpé ont pu le pousser à commettre le
crime.
D.
LES PREUVES DE LA MORALITÉ DE
L’ACCUSÉ
Vous devez également vous efforcer de
dépeindre le caractère de votre client sous un
jour favorable. Vous pouvez signaler la
participation mineure de votre client dans un
crime et indiquer qu’il ne saurait être une
personne dangereuse à l’avenir. Si un client est
accusé d’une infraction pour la première fois,
n’hésitez pas à souligner ce fait.
Vous pouvez également démontrer que votre
client éprouve des remords. Il peut s’avérer
utile de montrer que le client a volontairement
confessé le crime ou qu’il a tenté de réparer
son tort auprès de la famille de la victime.
Inspirez-vous, par exemple, de cette
description de l’avocat Yi Fan originaire de
Taïwan, dans une affaire où les remords de son
client ont démontré que son crime ne méritait
pas la peine de mort :
Le client est rentré chez lui et a vu son épouse
le tromper avec quelqu’un d’autre. Il l’a tuée
alors qu’il était pris d’une colère soudaine.
Mais son attitude après avoir commis le crime
démontre qu’il éprouvait des remords. Il n’a
pas essayé de cacher le corps et il est allé se
rendre à la police.
D’autres preuves de la bonne moralité peuvent
également comprendre des éléments tels que le
mariage de l’accusé ou une relation de longue
durée, la responsabilité parentale, un emploi
stable, le service militaire, des activités
communautaires, la fréquentation de l’église,
des engagements éducatifs, ou la participation
à des programmes de désintoxication pour les
toxicomanes ou les alcooliques.
La bonne conduite de votre client en prison et
ses relations positives avec le personnel
pénitentiaire et les autres prisonniers peuvent
également être des éléments évoqués en sa
faveur. Par exemple, au Malawi, de nombreux
prisonniers condamnés à la peine de mort ont
continué à étudier depuis la prison. Certains ont
appris à lire, d’autres ont achevé leurs études
secondaires et d’autres ont acquis des
connaissances et savoir-faire utiles en couture,
menuiserie, soudage ou mécanique. De telles
activités démontrent qu’un délinquant peut
s’amender. L’accès à des activités de service
ou à des postes à responsabilité au sein de la
prison fournit des sources supplémentaires
d’atténuation éventuelle. Les activités
religieuses sont communes parmi les
prisonniers Malawiens qui officient souvent en
tant que prêtres ou membres du conseil au sein
des églises pénitentiaires. Le personnel
pénitentiaire malawien désigne également
certains prisonniers pour qu’ils fassent office
de superviseurs ou de surveillants de leurs
codétenus. Pour pouvoir accéder à ce type de
poste, un prisonnier doit avoir obtenu le respect
du personnel mais également celui des
codétenus. Lorsque la responsabilité d’un tel
rôle est confiée à un prisonnier, cela démontre
qu’il s’est amendé et qu’il ne présente a priori
plus de danger particulier pour la société.
E.
LES ÉLÉMENTS DE PREUVE
ENCOURAGEANT LE TRIBUNAL À
MANIFESTER DE L’INDULGENCE
La majorité des facteurs susmentionnés
peuvent inspirer l’indulgence. En outre, vous
devez envisager de présenter des preuves
indiquant que l’accusé souffre de problèmes de
santé ou qu’il a enduré des conditions de
détention difficiles. Par exemple, un criminel
atteint du VIH peut attirer la sympathie du
tribunal. Les criminels les plus âgés qui ont
plus de difficultés à résister à la dureté de la vie
en prison pourraient également mériter
l’indulgence. En effet, certaines instances
internationales ont estimé qu’il était
extrêmement cruel d’exécuter une personne
âgée.
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 73
Le temps passé en prison dans des conditions
difficiles peut constituer un autre facteur qui
inspire l’indulgence. Des tribunaux de
différents pays et des juridictions
internationales ont estimé qu’une longue
période passée dans le couloir de la mort
pouvait constituer une peine cruelle et
inhabituelle174. Dans l’affaire La Reine c.
Patrick Reyes, la Cour suprême du Belize a
noté que la détention d’un criminel dans le
couloir de la mort durant une période de plus
de trois ans constituait en elle-même un cas de
force majeur pour justifier la commutation de
la peine de mort175. De même vous serez peutêtre en mesure de soutenir qu’une longue
période de temps passée en détention
provisoire ou préventive justifie l’imposition
d’une peine moins élevée, étant donné que le
criminel aura déjà été sévèrement puni pour
son crime. Les prisons surpeuplées, le manque
de nourriture, l’exposition aux maladies
infectieuses, le manque d’activités et
l’impossibilité d’être en contact avec sa famille
sont des facteurs qui alourdissent tous la peine
endurée par un criminel pour son crime.
Conseil pratique
• Voici les aspects qui pourraient être
pertinents pour la phase de détermination
de la peine ou comme circonstances
atténuantes
1) Les antécédents médicaux (y compris les
hospitalisations, les maladies mentales ou
physiques ou les lésions, la consommation
d’alcool et de drogues, les traumatismes
avant la naissance ou survenus à la
naissance, les problèmes de malnutrition, les
retards de développement, et les troubles
neurologiques) ;
2) l’histoire sociale et familiale (y compris les
mauvais traitements physiques, sexuels ou
émotionnels ; les antécédents familiaux de
maladies mentales, les déficiences
cognitives, les problèmes de toxicomanie ou
de violence familiale ; la pauvreté,
l’instabilité familiale, l’environnement direct
3)
4)
5)
6)
et l’influence des pairs) ; d’autres
événements traumatisants tels que
l’exposition à la violence criminelle, la perte
d’êtres chers ou les catastrophes naturelles ;
les discriminations raciales, sociales ou
ethniques ; les influences culturelles ou
religieuses ; les échecs du gouvernement ou
les échecs d’intervention sociale (par
exemple, l’incapacité à intervenir ou à
fournir les services nécessaires, le placement
dans un foyer médiocre ou dans un
établissement de détention des mineurs
inadapté) ;
La formation (y compris les réussites, les
résultats, le comportement, et les activités),
les besoins éducatifs spéciaux (y compris les
limitations cognitives et les troubles
d’apprentissage) et les opportunités ou le
manque d’opportunités, ainsi que les
activités réalisées ;
Le service militaire (y compris la durée et le
type de service, la conduite pendant ce
dernier, les entraînements spécifiques,
l’exposition au combat, les services de santé
et de santé mentale) ;
L’emploi et la formation professionnelle (y
compris les compétences et les résultats
obtenus, et les obstacles à l’emploi) ; ainsi
que
Des antécédents d’expérience correctionnelle
en tant que mineur ou en tant qu’adulte (y
compris la conduite durant les séjours au sein
d’institutions éducatives, de formation
professionnelle ou lors d’hospitalisations)176.
La famille de la victime est la dernière source
possible d’atténuation. Dans certains pays, un
avocat de la défense peut essayer de négocier
une conciliation ou un arrangement entre
l’accusé et la famille de la victime. Lorsque
c’est possible, une déclaration de la famille de
la victime indiquant qu’elle n’est pas en faveur
de la peine de mort peut avoir un impact
possible sur la détermination de la peine.
MES NOTES:
Page | 74
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
III.
D’AUTRES ARGUMENTS
CONTESTANT LA
CONDAMNATION A LA
PEINE DE MORT
En plus des circonstances atténuantes visant à
démontrer que la peine de mort ne devrait pas
être prononcée, vous devez également
envisager de contester en elle-même
l’imposition de la peine de mort à votre client.
Les contestations relatives à l’imposition de la
peine de mort dans le cadre d’une affaire
peuvent généralement être formulées à trois
moments durant un procès : tout d’abord avant
celui-ci par le biais d’une requête ou d’une
demande ; deuxièmement, durant la phase
déterminant la condamnation, tel qu’évoqué
dans la présente section ; et troisièmement, si la
peine de mort est imposée, dans le cadre d’un
appel (voir chapitres 6 et 9). Ces arguments
sont abordés avec davantage de précision au
chapitre 9 qui traite des appels faisant suite à la
condamnation.
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 75
CHAPITRE 9:
APPELS ET RECOURS APRÈS
CONDAMNATION
I.
INTRODUCTION
Dans ce chapitre, nous indiquons comment
assurer efficacement le devoir de
représentation lors d’un recours afin de garantir
le respect du droit de votre client à un procès
équitable. Vous êtes également invité à
réfléchir à la remise en cause de l’existence de
la peine de mort dans votre pays et à la légalité
de son application à votre client.
II.
DEFENDRE LES DROITS DE
VOTRE CLIENT APRES SA
CONDAMNATION
A.
VOTRE CLIENT A LE DROIT DE
FAIRE APPEL DE SA
CONDAMNATION ET DE SA PEINE
Le droit de faire appel d’une condamnation à
mort est généralement garanti par la législation
nationale d’un pays ou par sa constitution. De
même, nombre d’instruments internationaux
des droits de l’homme prévoient le droit de
faire appel177. Par exemple, dans son
Commentaire général 32, le Comité des droits
de l’homme de l’ONU souligne que le droit de
faire appel revêt une importance particulière
dans les affaires où l'accusé encourt la peine de
mort178. En outre, tout État doit fournir une
aide judiciaire gratuite en appel si le prisonnier
ne peut se permettre d’engager son propre
avocat179.
Le champ d’application du droit de réexamen
par une juridiction supérieure de la
condamnation ou de la peine d’un accusé varie
d’un instrument international à l’autre,
notamment lorsqu’il s’agit de définir les
conditions de recevabilité de ce recours. Tandis
que la Convention européenne des droits de
l’homme admet que, dans certains cas, le
réexamen peut être restreint à des questions de
droit180, le Comité des droits de l’homme a
affirmé que le réexamen doit inclure aussi bien
l’aspect juridique que la nature factuelle de la
condamnation et de la peine de l’accusé181.
Dans de nombreux pays, la loi prévoit qu’un
prisonnier doit pouvoir présenter de nouvelles
preuves en appel. Il s’agit potentiellement
d’une occasion cruciale de présenter de
nouvelles preuves d’innocence, de
manquements de la part du parquet ou de la
police, ainsi que des circonstances atténuantes
que l’avocat du procès n’avait pu mettre au
jour. Dans l’affaire Benedetto c. La Reine, le
Comité judiciaire du Privy Council, dernière
cour d’appel pour nombre d’États du
Commonwealth, a considéré que l’appréciation
souveraine de la recevabilité de nouvelles
preuves constitue une garantie potentiellement
majeure contre la possibilité d’injustice. Certes,
il est toujours pertinent d’estimer que des
preuves que l’on souhaite présenter en appel
auraient déjà pu être citées lors du procès en
première instance, mais la cour d’appel peut
conclure qu’il convient, dans l’intérêt de la
justice, de considérer comme recevables de
telles preuves et d’en tenir compte. Un accusé
doit être puni pour les crimes qu’il a commis et
non en raison de l’incapacité de ceux qui le
représentent d’assurer comme il se doit sa
défense182.
Quoi qu’il en soit, le consensus général veut
que le droit de faire appel soit reconnu comme
un droit fondamental, notamment dans les
affaires où l’accusé encourt la peine de mort, et
il est essentiel que votre client ait l’occasion de
contester la légalité de sa condamnation et de
sa peine devant une juridiction supérieure.
Certains pays imposent toutefois des limites au
droit de demander un réexamen. Pour être
considérées comme raisonnables, les limites
doivent avoir un objectif légitime et ne doivent
pas enfreindre l’essence même du droit de faire
appel. Les limites non raisonnables, comme un
laps de temps excessivement court pour
demander le réexamen, sont celles qui rendent
le droit d’appel illusoire et elles doivent
pouvoir être contestées. Par exemple, en mars
2012, la Cour d’appel des Caraïbes orientales a
considéré qu’un délai de 14 jours pour déposer
un recours contre une condamnation à mort
constituait une limite non raisonnable et
arbitraire au droit d’un condamné à mort de
faire appel183. Dans cette affaire, le prisonnier
avait déposé son appel deux jours après le délai
imparti. La Cour a clairement précisé que, bien
que les États aient le droit d’appliquer les
règles gouvernant la procédure d’appel, ces
limites « ne doivent pas restreindre ou réduire
l’accès de l’individu de manière ou dans une
mesure telles que l’essence même du droit en
est altérée »184.
Votre client a le droit de voir son appel instruit
dans un délai raisonnable, principe réaffirmé à
plusieurs reprises par le Comité des droits de
l’homme de l’ONU185.
Surmonter les obstacles
• Que dois-je faire si la législation de mon
pays ne prévoit pas le droit de faire
appel ?
S’il existe une juridiction supérieure (cour
d’appel ou cour suprême) dont l’accès vous
est refusé en raison de la nature de votre
affaire (par exemple, si votre client a été
condamné par un tribunal militaire), déposez
malgré tout un appel, et soutenez que cette
procédure est conforme, en vous appuyant
sur le droit de votre client à présenter un
recours en droit international, et en faisant
référence aux sources mentionnées ci-dessus.
Si une telle juridiction n’existe pas à
l’échelle nationale, examinez la possibilité de
présenter une communication ou un recours
auprès d’une instance internationale (voir
chapitre 10). Dans tous les cas, vous devez
vous préparer à présenter une demande de
sursis d’exécution ou de grâce.
B.
CONSEILS PRATIQUES
1.
Rencontrez votre client dès que
possible
Vous devez rencontrer votre client dès lors que
vous êtes chargé de le représenter, même si
vous avez été contacté par sa famille. Assurezvous qu’il comprenne le processus d’appel et
sa chronologie. Parfois, le personnel carcéral
ou d’autres prisonniers sont susceptibles de
conseiller à votre client de faire promptement
appel une fois le verdict prononcé ; avertissezle de ne déposer aucune demande sans en avoir
au préalable discuté avec vous. Expliquez-lui
comment vous compter contester sa
condamnation. Il doit comprendre qu’il est
encore possible d’agir, et que vous vous battez
en sa faveur. S’il ne comprend pas la situation,
il risque de passer par une phase de dépression
et de ne pas coopérer.
L’impact psychologique d’une condamnation à
mort est considérable et il est parfois accentué
par des conditions carcérales difficiles. Ces
deux facteurs peuvent affaiblir l’état de santé
de votre client et le rendre peu enclin ou peu
apte à vous aider dans la préparation de sa
défense en appel. Essayez de lui rendre visite
régulièrement, surtout si vous êtes la seule
personne disposant d’un accès autorisé à la
prison. Soyez attentif aux conditions de
détention et intercédez si nécessaire auprès du
responsable de l’administration pénitentiaire
pour déposer d’éventuelles plaintes.
L'isolement cellulaire, en particulier, peut avoir
des conséquences dévastatrices pour l'état
mental d'un prisonnier. Vous devez toujours
faire en sorte que votre client puisse recevoir
des visites, ait accès aux autres prisonniers,
éventuellement au travail et ait des possibilités
de suivre des cours au sein de la prison.
Bien entendu, il n’est jamais possible de
prédire l’issue d’un procès ou d’un appel, ne
soyez donc ni excessivement positif, ni trop
négatif à ce sujet avec votre client. Celui-ci
doit être conscient des conséquences juridiques
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 77
potentielles des actions qu’il entreprend
(comme de décider de se défendre lui-même
lors de la procédure d'appel). Votre client a
besoin également d’être conseillé quant aux
démarches qu’il doit entreprendre
personnellement, conformément à la législation
nationale ; par exemple, le fait de devoir
déposer une demande pour obtenir une aide
judiciaire. Vous devez lui faire connaître de
manière transparente les démarches à
entreprendre et les délais à respecter.
Consultez le Chapitre 2 pour obtenir d’autres
informations sur l’obligation de représenter de
manière effective le client et sur la relation
avocat-client.
2.
Obtenez les dossiers judiciaires et la
transcription du procès
Où qu’ils soient conservés, vous devez obtenir
l’accès aux pièces du dossier et à la
transcription du procès, et pouvoir faire une
copie de l’intégralité du dossier. L’accès aux
dossiers du procès initial ne peut vous être
refusé186 car il est inhérent au droit à un procès
équitable et au principe corrélatif de l’égalité
des armes187.
Surmonter les obstacles
• À quelle occasion le droit de mon client
de présenter un recours peut-il lui être
refusé ?
Deux situations différentes peuvent se
présenter. Soit la législation de votre pays ne
prévoit pas la possibilité que votre client
fasse appel de son jugement, soit le droit de
faire appel est prévu par la législation
nationale mais on vous empêche de l’exercer.
3.
Procurez-vous une copie du dossier
conservé par l’avocat précédent
Contactez l’avocat du procès initial afin de
vous procurer son dossier. Profitez-en pour
discuter avec lui de sa relation avec votre
client, des difficultés procédurales ou factuelles
rencontrées ainsi que des décisions stratégiques
prises avant, pendant et après le procès. Une
telle discussion vous permettra non seulement
de mieux cerner le comportement de votre
client, mais aussi d’évaluer les problématiques
à soulever en appel.
4.
Etudiez les motifs qui ont abouti à la
culpabilité et à la condamnation de
votre client
Dans l’hypothèse où, conformément au droit en
vigueur, le tribunal accepte que de nouvelles
preuves soient présentées en appel, examinez
toujours s’il s’agit de nouvelles pistes pour
l’enquête qui n’auraient pas été prises en
compte jusque-là. Par exemple, si les avocats
du procès n’ont pas été en mesure de présenter
des circonstances atténuantes mais que vous
êtes convaincu que votre client est atteint d’un
handicap mental grave, vous pouvez souhaiter
présenter des rapports psychiatriques ou des
dépositions émanant de témoins oculaires et
déterminant la nature de son handicap ainsi que
la mesure dans laquelle cela affecte son
jugement et son comportement.
Par exemple, dans l’affaire Pitman c. l’État, le
Comité judiciaire du Privy Council a considéré
recevables deux rapports psychologiques
d’experts ainsi que de multiples attestations
émanant de parents du requérant et évoquant
ses capacités mentales diminuées188. La Cour a
admis ces preuves après avoir estimé qu’elles
étaient crédibles, qu’il s’agissait d’éléments
prouvant que le handicap intellectuel du
requérant était élevé et qu’il nécessitait une
enquête adéquate de la part de la Cour ; enfin,
celle-ci a estimé que la défense avait apporté
une explication raisonnable à l’absence
présentation de preuves médicales lors du
premier procès.
De même, dans l’affaire Solomon c. l’État, le
Privy Council a considéré recevables de
nouvelles preuves indiquant que le requérant,
MES NOTES:
Page | 78
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
condamné pour meurtre, était atteint « ou tout
du moins était potentiellement atteint » d’une
maladie dépressive au moment des faits. Lors
du procès, la dépression du requérant fut certes
mentionnée, mais sans enquête ultérieure sur
son état mental ou sans témoignage médical.
Après le procès et une fois de nouvelles
preuves soumises, attestant que le requérant
avait été hospitalisé pour dépression avant les
faits, qu’il avait effectué une tentative de
suicide après son arrestation et qu’une
dépression lui avait été diagnostiquée un an
après les faits, le Privy Council a suspendu la
condamnation et renvoyé l’affaire devant la
Cour d’appel de Trinité-et-Tobago afin que les
problématiques liées à l’état mental du
demandeur en pourvoi soient examinées189.
Nombre de juridictions reposant sur le droit
coutumier (Common Law) ou sur le droit
codifié (Civil Law) autorisent la présentation de
recours après condamnation, parfois appelés
recours en habeas corpus, permettant que de
nouvelles preuves soient présentées. Aux ÉtatsUnis, lors du recours après condamnation, les
avocats mènent généralement une enquête
exhaustive sur le crime et sur les facteurs
pertinents. Les avocats en charge du dossier
après la condamnation obtiennent le soutien de
nombreux experts, enquêteurs, et autres
« spécialistes des circonstances atténuantes »
dont l’objectif est de dévoiler des preuves leur
permettant d’attaquer la validité de la
condamnation et de la peine. Aux États-Unis,
la procédure après condamnation a constitué
une garantie décisive afin d’éviter des
condamnations et exécutions expéditives, et a
mené à de nouveaux procès (ou peines
d’emprisonnement à perpétuité) pour un
nombre élevé de prisonniers.
5.
Maîtrisez les règles de procédure et la
jurisprudence relative aux cas où
l’accusé encourt la peine de mort
Echéances
Soyez très attentifs aux échéances et aux
conditions requises pour déposer un appel.
Dans de nombreuses affaires, les appels ont été
rejetés car les avocats n’avaient pas respecté le
délai légal pour faire appel.
Surmonter les obstacles
• Est-il vraiment trop tard ? Que puis-je
faire si un client me consulte après
l’échéance pour déposer un appel ?
Comprenez pourquoi aucun appel n’a été
déposé en temps et en heure :
1) Votre client n’était pas assisté par un avocat
et ne savait pas qu’il avait le droit de faire
appel ou qu’il devait respecter une échéance
pour ce faire.
Le droit de votre client à un procès équitable
inclut à chaque étape le droit à une
représentation juridique. Présentez l’appel et
expliquez que le retard du dépôt est justifié
car votre client était privé de son droit à être
assisté par un avocat en appel.
2) Votre client était assisté par un avocat mais
le délai était très court pour déposer un appel
efficace.
Présentez un nouvel appel, le motivant par le
fait que le droit de votre client à un procès
équitable inclut une période de temps
adéquate afin de préparer sa défense ainsi
que le droit d’accès à la cour, qui doit être
effectif et non théorique.
3) Le retard est dû à la négligence de l’avocat
précédent.
Dans ce cas, des motifs tirés de l’équité
peuvent être invoqués afin d’excuser l’erreur
de procédure. Vous pouvez faire valoir
qu’une erreur de l’avocat, ayant mené à
l’échec du dépôt d’un appel en temps voulu,
ne peut être retenue contre le client,
notamment si ce dernier peut prouver qu’il
n’a pas autorisé un appel ne respectant pas
l’échéance ou qu’il n’a même pas été
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 79
consulté. Une erreur émanant de l’avocat
peut vous permettre de soutenir que celui-ci
n’était pas compétent et que, par conséquent,
votre client s’est vu privé de son droit de
consulter un avocat. Nombre de pays ont
développé une jurisprudence à ce sujet, il
vous convient de la consulter. Vous pouvez
également vous appuyer sur les principes
internationaux qui prévoient une assistance
juridique efficace et le droit de faire appel.
Surmonter les obstacles
• Que dois-je faire si les règles de
procédure pénale de mon pays ne
prévoient pas de moyens de réexamen
spécifiques me permettant d’expliquer
pourquoi mon client n’a pas présenté son
recours en temps voulu ?
Etudiez les possibilités suivantes :
1) Présentez malgré tout un recours, et
soutenez qu’il est admissible, en vous
appuyant sur les arguments présenté
dans l’encadré ci-dessus.
2) Dans nombre de pays, en cas d’erreur
judiciaire, des mécanismes permettent
de présenter un recours extraordinaire.
L’Habeas Corpus, quand il existe, est
une autre voie à prendre en compte pour
accéder aux tribunaux.
3) Présentez une demande de grâce.
Tribunal compétent
Assurez-vous de savoir quelle est la cour
compétente concernant votre affaire, et vérifiez
où le recours doit être déposé. Soyez également
informé de la forme officielle que doit revêtir
votre recours : est-ce une simple déclaration
qui sera enregistrée, ou devez-vous soumettre
un document écrit et détaillé ? Ces
préoccupations sont liées à la précédente : vous
encourez le risque de vous rendre compte que
l’échéance pour déposer votre recours est
passée lorsque vous vous apercevez (ou lorsque
l’on vous communique) que le recours que
vous avez déposé n’est pas recevable.
Jurisprudence
Il est essentiel de posséder des connaissances
approfondies de la jurisprudence liée à la peine
de mort dans votre pays, notamment les
décisions rendues par les cours supérieures,
comme les cours d’appel ou constitutionnelle
ayant fait jurisprudence. Si les décisions
judiciaires relatives à la peine de mort ne sont
pas faciles d’accès dans votre pays, vous
souhaiterez peut-être échanger et partager vos
expériences avec d’autres avocats défendant
des affaires où l’accusé encourt la peine de
mort ainsi qu’avec des ONG spécialisées dans
la justice pénale ou luttant contre la peine de
mort dans votre pays.
Recours internationaux
Une connaissance du droit international
régissant les dossiers peine de mort est
également essentielle, notamment si la
législation dans votre pays ne correspond pas
aux normes internationales et que le droit
international garantit à votre client une
protection renforcée. Vous souhaiterez peutêtre également faire référence, le cas échéant,
à la jurisprudence progressiste des pays
voisins. Dans ce manuel, vous trouverez une
liste des affaires où l’accusé encourait la peine
de mort ayant fait jurisprudence aux niveaux
national et international. Les principaux
arguments qui peuvent être invoqués pour
contester l’existence de la peine de mort ou son
application sont abordés ci-dessous.
Surmonter les obstacles
• Que dois-je faire si la législation de mon
pays prévoit le droit de faire appel, mais
que je ne réussis pas à obtenir une date
d’audience auprès de la cour ?
En premier lieu, vous devez déterminer si le
délai est préjudiciable à votre client ou pas.
Parfois, les délais se révèlent utiles. Si la
culpabilité de votre client est avérée, que le
meurtre est aggravé et que les preuves contre
MES NOTES:
Page | 80
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
lui sont solides, vous ne devriez pas
nécessairement inciter la cour à accélérer son
examen de l’appel. Dans de telles affaires, le
temps peut vous être favorable. Ces délais
peuvent prolonger la vie de votre client et
ouvrir de nouvelles pistes pour présenter un
recours, par exemple dans l’hypothèse où la
cour suprême rend une décision limitant le
champ d’application de la peine de mort.
Si vous avez une motivation stratégique pour
accélérer l’appel, par exemple si vous
disposez de preuves solides de l’innocence
de votre client ou si ce dernier est gravement
malade, vous pouvez examiner la possibilité
de contacter le procureur, qui donnera peutêtre son accord pour accélérer le recours.
Une autre option envisageable est d’adresser
un courrier au juge ou président de la cour
et/ou au greffier des appels. Votre demande
d’une audience rapide doit faire état de la
violation possible du droit d’accès à un
tribunal de votre client et au droit d’être
traduit en justice dans un délai raisonnable.
Une autre option, si celle-ci est disponible
dans votre pays, est de déposer une requête
pour l’émission d’une ordonnance de
mandamus. En substance, une telle
ordonnance émane d’une instance supérieure,
obligeant un tribunal inférieur à exécuter, en
vertu de la loi, une obligation qu’il avait
préalablement refusée.
Si cette requête est infructueuse, vous pouvez
examiner la possibilité de déposer une
communication auprès d'une organisation
internationale (voir Chapitre 10).
6.
Réexaminez le jugement du tribunal
Dans les pays où un juge (ou un tribunal) est
compétent pour établir la culpabilité de votre
client et prononcer un verdict, soyez
particulièrement attentif aux arguments du
verdict du tribunal. Le droit de votre client à
faire appel inclut le droit de savoir pourquoi il
a été condamné afin d’être en mesure de
présenter des arguments en appel. C’est
pourquoi les accusés ont droit à un jugement
motivé qui vous aidera également à
comprendre si le dossier de votre client a été
instruit de manière juste et équitable. Le droit à
un jugement motivé n’est pas mentionné de
manière explicite dans les traités des droits de
l’homme majeurs, mais est considéré comme
un élément du droit à un procès équitable190.
Les lois nationales de nombreux États
prévoient que l'accusé a le droit à un jugement
motivé. Au Cameroun, par exemple, les juges
sont tenus par la loi de préciser les faits et les
articles de loi motivant leurs décisions191. La
Cour suprême du Cameroun a jugé que tous les
jugements en matière pénale par les tribunaux
de première instance doivent inclure une
explication claire et détaillée des faits - y
compris des circonstances aggravantes et
atténuantes - pour que la Cour suprême puisse
effectivement examiner la décision du tribunal
de première instance192. Dans d’autres
systèmes, notamment les systèmes issus du
code napoléonien (par exemple les systèmes
français et belge), les cours d’assises,
composées d’une majorité de jurés et de trois
magistrats professionnels, ne sont pas tenues de
motiver leur jugement.
Le droit à un jugement motivé a été invoqué
dans une affaire présentée devant le Comité des
droits de l’homme de l’ONU concernant des
prisonniers dans le couloir de la mort en
Jamaïque, incapables d’obtenir une copie du
jugement de la cour, dont ils avaient besoin
pour préparer leurs appels. Le Comité des
droits de l’homme a déclaré qu’étant donné
l’incapacité de la cour jamaïquaine à fournir un
jugement motivés écrit, les droits des accusés
avaient été violés, en vertu de l’article 14 du
PIDCP, incluant notamment le droit à un
procès équitable, le droit d’être traduit en
justice sans délai non justifié, et le droit de voir
le jugement réexaminé par une juridiction
supérieure, conformément à la loi193.
C.
VOTRE CLIENT PEUT-IL ÊTRE
PHYSIQUEMENT PRÉSENT LORS
DES AUDIENCES EN APPEL ?
La réponse varie en fonction des pays. Dans
certains pays, comme au Cameroun, l’accusé
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 81
condamné a le droit d’être présent lors de la
présentation des arguments en appel.
Néanmoins, et conformément au droit
international, si la cour ne se penche que sur
des motifs juridiques sans réexaminer les faits,
la présence de votre client n’est pas requise194.
D.
QUELS SONT LES RECOURS ?
Le type d’assistance que vous pouvez solliciter
dépend de la nature de la défense ainsi que des
règles de procédure et de la jurisprudence
nationales.
Par exemple, si votre client fait partie d’une
catégorie d’accusés qui ne peuvent pas être
condamnés à mort, il est alors susceptible
d’être condamné à toute autre peine prévue en
vertu de la loi nationale, sauf la peine de mort,
pour l’infraction commise. Si des erreurs ont
été commises lors de la phase de culpabilité du
procès qui remet en question la légitimité du
verdict, votre client a droit à un nouveau procès
afin de déterminer sa culpabilité et sa peine.
Dans les cas où l’erreur affecte uniquement la
phase de la condamnation, comme par exemple
dans les affaires liées au phénomène du couloir
de la mort (expliqué plus en détails page 84), la
solution pourrait être l’emprisonnement à
perpétuité ou une commutation en peine
d’emprisonnement de plusieurs années.
III.
directives, vous devez mettre en avant leur
valeur persuasive. En outre, vous devez puiser
dans la jurisprudence d'autres tribunaux
nationaux de votre région pour établir qu'ils se
sont appuyés sur des décisions d’organes
internationaux afin de déterminer le champ
d'application acceptable de la peine de mort.
REMISE EN CAUSE DE LA
PEINE DE MORT
Evoquer tous les arguments juridiques qui
peuvent être soulevés en appel sort du cadre de
ce manuel. De nombreux arguments seront
fondés sur des principes du droit national qui
varient d’un pays à l’autre. Il existe toutefois
une série d’arguments juridiques internationaux
qui ont été invoqués avec succès à peu près
partout dans le monde. Tel que cela a été
mentionné au Chapitre 1, vous devez examiner
la constitution et les lois de votre pays afin de
déterminer si le tribunal doit tenir compte du
droit international. Dans l’hypothèse où le
tribunal n’est pas lié par ces règlements ou
A.
LA PEINE DE MORT OBLIGATOIRE
La peine de mort obligatoire est en recul dans
le monde, notamment en raison des obstacles
juridiques associés à son application. Depuis
l’année 2000, au moins dix-huit nations ont
mis un terme à la peine de mort obligatoire. En
1976, la Cour suprême des États-Unis a été
l’une des premières à invalider la peine de mort
obligatoire en argumentant qu'il s'agissait d'une
pratique à la fois arbitraire et inhumaine qui
était en violation du huitième amendement de
la Constitution des États-Unis195. La Cour
souligne que le respect fondamental de
l’humanité qui sous-tend le huitième
amendement requiert de prendre en
considération les faits ou la personnalité des
personnes jugées ainsi que les circonstances de
l’infraction en question lors d’une
condamnation à la peine capitale196. En 1983,
la Cour suprême de l’Inde a également soutenu
que la peine de mort obligatoire était
inconstitutionnelle197. Elle a souligné que
Le pouvoir législatif ne peut faire en sorte que
des circonstances pertinentes ne le soient plus, il
ne peut priver les tribunaux de leur droit
légitime d'exercer leur pouvoir d’appréciation
pour ne pas infliger la peine de mort dans des
cas appropriés, les obliger à fermer les yeux
devant les circonstances atténuantes ou leur
imposer le devoir douteux et déraisonnable de
prononcer une condamnation à mort réglée
d'avance [Traduction non officielle]198.
La gravité de l'infraction « détermine la peine »
et si elle est appliquée sans tenir compte des
circonstances dans lesquelles l'infraction a été
commise, la peine de mort est irrationnelle199.
MES NOTES:
Page | 82
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
À compter de 2000, une série de décisions
rendues par le Comité judiciaire du Privy
Council et la Cour d’appel des Caraïbes
orientales ont écarté la peine de mort
obligatoire dans plusieurs pays des Caraïbes ;
la peine de mort a été abrogée par la loi dans
d’autres200. Il en résulte que seuls deux pays
des Caraïbes continuent à appliquer la peine de
mort obligatoirement : la Barbade et Trinité-etTobago. Trois pays africains (le Malawi,
l’Ouganda et le Kenya) ont également rejeté la
peine de mort obligatoire, bien que pour des
raisons différentes. Au Malawi, la Haute Cour
a déclaré la peine de mort obligatoire
inconstitutionnelle, car en tant que châtiment
disproportionné, elle entraîne un traitement
inhumain et en tant que condamnation non
susceptible de contrôle judiciaire, elle viole les
droits à un procès équitable et à un accès à la
justice201. En Ouganda, la Cour suprême a
estimé que l’interdiction d’exercer le pouvoir
judiciaire d’appréciation lorsque la vie est en
jeu viole le droit à une égale protection de la loi
car elle pèse de manière indiscriminée sur tous
les crimes et les accusés considérés comme
présentant le même degré de gravité ou de
culpabilité et parce qu’elle représente une
discrimination entre les prévenus passibles de
peine de mort et ceux qui ne le sont pas et qui
ont le droit de présenter des circonstances
atténuantes dans le cadre de leur défense202. En
outre, la Cour a estimé que la peine de mort
obligatoire violait le principe de séparation des
pouvoirs, en autorisant le Parlement à lier les
mains du pouvoir judiciaire dans l'exécution de
ses fonctions d'administration de la justice203.
L’impact du droit international et l'élan suscité
par cette série de décisions sont
particulièrement clairs au Kenya où la Cour
d'appel a invalidé la peine de mort obligatoire
en argumentant qu’elle était inhumaine, qu’elle
violait le droit à un procès équitable et en
raison de son caractère non discrétionnaire204.
La Cour d’appel a longuement cité le
raisonnement tenu dans l’affaire Kigula et les
affaires Reyes et Hughes du Privy Council,
signalant que les lois examinées dans ces
décisions ont été « largement influencées
par, et dans certains cas, citaient mot pour mot
des instruments internationaux que le Kenya
avait ratifiés »205.
Les tribunaux internationaux ont également
condamné la peine de mort obligatoire. Dans
une série de décisions prises entre 2000 et
2001, la Commission interaméricaine des droits
de l’homme a estimé que la peine de mort
obligatoire violait le droit à la vie, le droit à un
traitement ou un châtiment humain et le droit à
un procès équitable206. Dans l’affaire Boyce v.
Barbados, la Cour interaméricaine des droits
de l’homme a affirmé que les lois qui
interdisaient une condamnation individualisée
étaient fondamentalement arbitraires :
Une peine de mort obligatoire approuvée par la
loi peut être arbitraire lorsque la loi ne fait pas la
distinction entre différents degrés possibles de
culpabilité de l'accusé et ne prend pas en
considération les circonstances particulières du
crime de manière individuelle » [Traduction non
officielle] 207.
Dans l'affaire Thompson c. St Vincent & Les
Grenadines, le Comité des droits de l’homme
de l’ONU est également parvenu à cette la
conclusion208. Dans l’affaire Interights (Bosch)
c. Botswana, la Cour africaine des droits de
l’homme et des peuples a reconnu que les cours
étaient tenues de prendre en considération les
circonstances du crime et la personnalité des
personnes jugées avant d’imposer une
condamnation à la peine de mort209.
Quelques pays, comme Singapour ou la
Malaisie, maintiennent la peine de mort
obligatoire malgré des actions en
inconstitutionnalité récurrentes. La Cour
d’appel de Singapour a rejeté les arguments
selon lesquels la peine de mort obligatoire était
inconstitutionnelle en considérant qu’il existe
un lien logique avec l’objectif de réduction de
la criminalité et de dissuasion d’auteurs
potentiels de crimes210.
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 83
B.
LA PEINE DE MORT PEUT
UNIQUEMENT ÊTRE APPLIQUÉE
AUX AUTEURS DES « CRIMES LES
PLUS GRAVES »
L’article 6 (2) du Pacte international relatif aux
droits civils et politiques stipule qu’une
condamnation à mort ne peut être prononcée
que « pour les crimes les plus graves »211. Le
Comité des droits de l’homme estime que
l'expression doit être « interprétée d'une
manière restrictive », comme signifiant que la
peine capitale doit être une mesure tout à fait
exceptionnelle212. Le Comité des droits de
l’homme a établi que l’imposition de la peine
de mort pour un crime n’ayant pas entraîné le
décès de la victime constitue une violation de
l’article 6 (2) du PIDCP213.
En 1984, le Conseil économique et social des
Nations unies a restreint davantage la définition
des « crimes les plus graves » dans ses
garanties pour la protection des droits des
personnes passibles de la peine de mort214. Ces
garanties, qui ont été entérinée par l'Assemblée
générale des Nations unies, stipulent que la
peine de mort peut uniquement être appliquée
aux crimes intentionnels ayant des
conséquences fatales ou d'autres conséquences
extrêmement graves. Le Rapporteur spécial sur
les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou
arbitraires est d'avis qu' « intentionnel » veut
dire prémédité et désigne un acte procédant
d'une intention délibérée de tuer215.
Conformément à ces principes, les tribunaux de
certaines juridictions relevant du droit
coutumier (Common Law) ont écarté la peine
de mort imposée à des prévenus accusés de
complicité qui n’avaient pas agi dans une
intention de tuer216. Par exemple, la Cour
d’appel de Trinité-et-Tobago a écarté une
condamnation à mort prononcée
conformément à une loi qui n'exigeait pas de
déterminer si l'accusé avait l'intention de
tuer217. De même, la Cour suprême de l’Inde a
considéré que la peine de mort devait
uniquement être appliquée dans les cas les plus
graves d’extrême culpabilité218.
La Cour interaméricaine des droits de l’homme
a conclu à une violation de l’Article 4.2 de la
CADH, qui stipule l’obligation de restreindre
la peine de mort aux crimes les plus graves,
dans une affaire où un accusé avait été
condamné à la peine capitale pour enlèvement
d’un mineur n’entraînant pas la mort219.
Ces exemples viennent conforter l’argument
selon lequel la restriction de la peine de mort
aux crimes intentionnels ayant des
conséquences létales fait désormais partie du
droit international coutumier.
C.
SYNDROME DU COULOIR DE LA
MORT
L’Article 7 du PIDCP stipule que « Nul ne sera
soumis à la torture ni à des peines ou
traitements cruels, inhumains ou
dégradants »220. D’autres traités relatifs aux
droits de l’homme utilisent un langage
similaire221.
Au cours des deux dernières décennies, un
corps de décisions jurisprudentielles s’est
étoffé concernant l’allongement des périodes
de détention dans les couloirs de la mort,
surnommé « syndrome du couloir de la mort »,
qui constitue un traitement cruel, inhumain ou
dégradant222. Ces décisions ont donné lieu à
une profusion d’articles de commentateurs
juridiques et de spécialistes de la santé mentale.
Dans l’affaire Pratt & Morgan, le Privy
Council a soutenu qu’une période de 14 ans
entre la condamnation et l’exécution de la
peine de mort dans le cas d’un prisonnier
Jamaïcain constituait un châtiment
inhumain223. Le Privy Council a par ailleurs
conclu que dans tous les cas où une exécution
avait lieu plus de cinq ans après la
condamnation, il existait de solides raisons
pour considérer que ce délai constituait un
châtiment inhumain ou dégradant224.
MES NOTES:
Page | 84
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Dans l’affaire Soering c. Le Royaume-Uni, la
Cour européenne des droits de l’homme a mis
en lumière le fait que les prisonniers de
Virginie avaient passé une moyenne de six à
huit ans dans le couloir de la mort avant leur
exécution225. La Cour a estimé que
en dépit de la bonne intention voire de l’effet
potentiellement bénéfique de la disposition
relative aux procédures complexes ultérieures à
la condamnation en Virginie, il en résulte que le
prisonnier condamné doit subir, pendant
plusieurs années, les conditions du couloir de la
mort, l'angoisse et la tension de plus en plus
insoutenable de vivre dans l’ombre de la mort
[Traduction non officielle]226.
Plus récemment, dans le cadre de l’examen de
la légalité de l’extradition de deux
ressortissants des États-Unis condamnés à la
peine de mort, la Cour suprême du Canada a
considéré comme une preuve le fait que ces
détenus condamnés à la peine de mort dans
l’État de Washington (États-Unis) avaient dû
attendre, en moyenne, 11,2 années pour que la
révision de leur condamnation à l’échelon de
l’État puis au niveau fédéral soit menée à
bien227. La Cour a énoncé que la finalité de la
peine de mort, associée à la détermination du
système de justice pénale à ne pas commettre
d’erreur judiciaire, semblait conduire
inévitablement à un allongement des délais,
associé à un traumatisme psychologique228.
S’appuyant en partie sur cette preuve, la Cour a
estimé que la Charte canadienne des droits et
libertés empêchait l’extradition des accusés
vers les États-Unis si ces derniers n’apportaient
aucune garantie de ne pas appliquer la peine de
mort229.
La Cour suprême de l'Ouganda a également eu
recours à ces arguments, estimant qu'un délai
de plus de trois ans entre la confirmation de la
condamnation d'un prisonnier à la peine de
mort en appel et l’exécution constitue un
traitement cruel, inhumain ou dégradant ou un
châtiment en violation de sa constitution
nationale230. La Cour suprême du Zimbabwe a
estimé que des délais de 52 et 72 mois entre la
condamnation à la peine de mort et l’exécution
constituent un châtiment inhumain231. En 2010,
la Cour européenne des droits de l’homme a
étendu la solution qu’elle avait apportée à
l’affaire Soering dans Al Saadoon & Mufdhi c.
Royaume Uni. Dans cet arrêt, la Cour a jugé
que le Royaume-Uni avait violé ses obligations
conformément à l'article 3 de la Convention
européenne, par le simple fait d'exposer les
accusés à la menace de la peine capitale232.
Ces exemples démontrent que désormais,
l’interdiction d’un confinement prolongé dans
le couloir de la mort, en raison du traitement
cruel, inhumain ou dégradant qu’il représente,
revêt une force obligatoire dans le cadre du
droit international coutumier233.
D.
CATÉGORIES DE LA POPULATION
EXCLUES DE LA PEINE DE MORT
Tel qu’abordé plus haut, le droit international
interdit catégoriquement l’exécution de
certaines catégories d’auteurs de délits. Ces
dernières ont été abordées plus haut, dans les
chapitres 4 et 5.
E.
VOTRE CLIENT NE PEUT PAS ÊTRE
EXÉCUTÉ S’IL SOUFFRE D’UNE
MALADIE MENTALE GRAVE
Votre client peut avoir développé une maladie
mentale grave après sa condamnation à mort.
Les Garanties pour la protection des droits des
personnes passibles de la peine de mort des
Nations unies, qui ont reçu un soutien unanime
des États membres de l’ONU, interdisent
l’exécution de la peine de mort dans le cas de
« personnes frappées d'aliénation mentale »234.
En 1989, le Conseil économique et social a
élargi cette protection pour englober les
« personnes dont les capacités mentales étaient
extrêmement limitées, tant au stade de la
condamnation qu’à celui de l’exécution »235.
La Commission des droits de l’homme de
l'ONU a également demandé aux pays
rétentionnistes « de ne pas prononcer la peine
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 85
de mort dans le cas de personnes atteintes d'une
quelconque forme de maladie mentale, ni
d'exécuter un condamné atteint de maladie
mentale »236. Pour sa part, l’Union européenne
a déclaré que l’exécution des personnes
souffrant de toute forme de trouble mental est
contraire aux normes relatives aux droits de
l’homme reconnues à l’échelle internationale et
viole la dignité et la valeur de la personne
humaine237.
d’étayer cet argument conformément au droit
international et national.
Surmonter les obstacles
• Comment puis-je invoquer une assistance
inefficace de l’avocat en appel alors que
j’étais l’avocat de l’accusé lors du procès?
Souvent, l'avocat chargé du dossier lors du
procès sera également chargé du dossier en
appel. Même lorsque l’avocat est une
personne différente, il est probable qu’il
s’agisse d’un collègue proche de l’avocat en
charge du procès. De telles situations
peuvent créer un conflit d’intérêts si vous
pensez que l’avocat chargé d’assister le
client lors du procès n’a pas respecté ses
obligations envers ce dernier. Comment
pouvez-vous aborder la question délicate
d’une assistance inefficace de l’avocat alors
que c’est de vous, ou d’un collègue dont il
s’agit ? Êtes-vous tenu de le faire ?
La réponse à cette question est affirmative.
Vous devez le faire car votre devoir est de
défendre votre client et non vous-même ou
votre collègue. Vous devez toutefois en
parler avec votre supérieur et votre collègue
pour vous assurer qu’ils comprennent la
raison pour laquelle vous considérez qu’il est
nécessaire de soulever cet argument. Si vous
étiez l'avocat lors du procès et que vous
pensez avoir commis de graves erreurs, vous
devez demander à votre supérieur ou à la
cour de nommer un nouvel avocat en appel.
Le droit international n’exige pas que votre
client soit formellement reconnu comme ayant
une maladie mentale pour que cette interdiction
puisse s’appliquer. Dans l’affaire Francis c.
Jamaïque, le Comité des droits de l’homme a
soutenu que le fait de délivrer un mandat
d’exécution à une personne souffrant de
troubles mentaux mais qui n’a pas été reconnu
comme souffrant « d'aliénation mentale » après
examen constituait un traitement cruel,
inhumain ou dégradant en violation de
l’article 7 du PIDCP238.
Si vous pensez que la santé mentale de votre
client s’est détériorée pendant son séjour dans
le couloir de la mort, vous devez demander que
l’exécution de votre client soit suspendue et
faire appel à un professionnel de la santé
mentale qualifié (voir Chapitre 5).
F.
ASSISTANCE INEFFICACE D'UN
AVOCAT
Comme on l’a vu au chapitre 2, votre client a
droit à une représentation efficace par un
avocat en première instance et en appel. Si
l’avocat qui a défendu votre client pendant le
procès n’a pas rempli son obligation de lui
apporter une assistance effective, c’est une
question qui doit être soulevée en appel pour
demander un nouveau procès ou verdict. Aux
États-Unis, les tribunaux ont annulé plusieurs
décisions de peine capitale pour cause
d’assistance inefficace d'un avocat239.
Reportez-vous aux affaires citées au Chapitre 2
pour connaître d’autres références permettant
G.
RESSORTISSANTS ÉTRANGERS
PRIVÉS DE DROITS CONSULAIRES
Si votre client est un ressortissant étranger, il a
le droit d'avertir et de communiquer avec son
représentant consulaire conformément à
l’Article 36(1)(b) de la Convention de Vienne
sur les relations consulaires et au droit
international coutumier240. Il est également
possible que son pays d'origine ait conclu un
traité consulaire bilatéral avec le pays dans
lequel il a été condamné à mort. Vous devriez
chercher à savoir si les autorités judiciaires lui
ont notifié son droit d’avertir son consulat de
MES NOTES:
Page | 86
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
son arrestation. Avec son consentement, vous
devez également contacter les autorités
consulaires de son pays d’origine pour vérifier
si elles sont disposées à vous assister dans la
défense de votre client.
La Cour interaméricaine des droits de l’homme
a jugé que l’exécution d’un ressortissant
étranger dont le droit de notification consulaire
a été violé constitue une privation arbitraire de
la vie en violation du droit international241. En
outre, dans l’affaire Avena & Autres
ressortissants mexicains (Mexique c. ÉtatsUnis), la Cour internationale de Justice a
considéré que lorsqu’un ressortissant étranger a
été condamné à une « peine grave » ou à une
« incarcération prolongée » après avoir été
privé de ses droits consulaires, il est en droit de
demander un « réexamen et une révision » de
sa condamnation et de la peine de mort
prononcée242.
H.
ABSENCE DE RÉTROACTIVITÉ
Votre client ne peut pas faire l’objet du
châtiment capital si cette condamnation a été
prononcée conformément à une loi qui
n’existait pas lorsque le crime a été commis.
De telles sanctions rétroactives sont interdites
par plusieurs traités internationaux relatifs aux
droits de l'homme. L’Article 11, paragraphe 2
de la Déclaration universelle des droits de
l’homme dispose « Nul ne sera condamné pour
des actions ou omissions qui, au moment où
elles ont été commises, ne constituaient pas un
acte délictueux »243. Le PIDCP, la Charte
africaine des droits de l’homme et des peuples,
la Convention européenne des droits de
l’homme, la Charte des droits fondamentaux de
l'Union européenne et la Charte arabe des
droits de l’homme contiennent des articles
similaires244. De façon symétrique inverse, le
PIDCP précise qu’un changement de la loi,
prévoyant une peine plus légère que la loi
précédente pour un crime donné, s’applique
rétroactivement aux personnes ayant commis
l’infraction en question245.
Les sanctions rétroactives étant proscrites, vous
devez examiner l’historique juridique de
l’infraction pour laquelle votre client a été
condamné. Si la loi interdisant le
comportement de votre client n'était pas en
vigueur lorsque votre client a commis le crime,
vous devez argumenter que sa condamnation a
été prononcée en violation du droit
international. De même, étant donné que
certains traités internationaux exigent que les
États modifient leurs verdicts si une
modification de la loi prévoit une peine plus
légère, vous devez examiner quelles sont les
sanctions actuelles pour cette infraction. Si,
conformément à la législation nationale,
l’infraction ne constitue plus une justification
nécessaire pour la peine de mort vous devez
rappeler que le PIDCP requiert que la peine de
votre client soit réduite246.
I.
VOTRE CLIENT A ÉTÉ CONDAMNÉ
À MORT APRÈS UN PROCÈS
INÉQUITABLE
L’un des principaux défis auxquels sont
confrontés avocats et juristes dans les États
rétentionnistes est l’absence de garanties
suffisantes d’une procédure régulière. Le
concept de procédure régulière est très vaste,
mais de manière générale, il fait référence aux
protections procédurales nécessaires pour
s'assurer que l'accusé bénéficie d’un procès
équitable. Le concept d’égalité des armes est
également essentiel dans cette définition : la
défense doit bénéficier d’indépendance, de
confidentialité, du pouvoir de contester la
version de l’accusation et de moyens
appropriés au moins équivalents à ceux fournis
à l’accusation pour examiner les chefs
d'inculpation et préparer une défense.
De nombreux États rétentionnistes ne
garantissent même pas les protections
procédurales de base qui sont essentielles à un
procès équitable. Certaines des principales
garanties d’une procédure régulière sont
définies à l’article 14 du PIDCP et sont décrites
plus haut dans le Chapitre 7.
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 87
Les accords internationaux protègent le droit de
l’accusé à un procès équitable même lorsque la
législation nationale ne le fait pas. L’article 6
du PIDCP stipule que la peine de mort peut
uniquement être prononcée lorsque ces normes
sont respectées. Le Comité des droits de
l’homme a estimé que lorsqu’un État viole le
droit d’une personne à une procédure régulière
conformément au PIDCP, il est possible de ne
pas exécuter la sentence de mort247.
J.
QUESTIONS DE FAIT À PRENDRE EN
CONSIDÉRATION
1.
Réexaminez attentivement les
preuves qui ont permis la
condamnation de votre client à la
peine de mort. Qu’est-ce qui a
convaincu le premier tribunal de sa
culpabilité ?
Au cours des dernières décennies, des
centaines de personnes ont été acquittées après
avoir été condamnées à la peine de mort pour
des crimes qu’elles n’avaient pas commis. Aux
États-Unis, au premier août 2012, environ 140
personnes qui avaient été arrêtées à tort et
condamnés à la peine de mort ont été acquittées
au motif qu’elles étaient innocentes.
Même lorsque les preuves contre votre client
sont accablantes, vous devez réexaminer les
données factuelles de sa condamnation. Bien
que de nouvelles preuves ne soient pas toujours
bien accueillies par les cours d'appel, dans
certains cas, la présentation de nouvelles
preuves est autorisée. Par exemple, la Cour
suprême des États-Unis a déclaré que bien que
le recours en Habeas Corpus ne soit
généralement pas ouvert à ceux qui clament
leur innocence sur la base de nouvelles
preuves, « une démonstration réellement
convaincante de l’innocence, intervenant après
le procès rendrait inconstitutionnelle
l’exécution de l’accusé »248. De même, la Cour
d’appel du Royaume-Uni admet de nouvelles
preuves « si elle le juge nécessaire ou opportun
dans l'intérêt de la justice »249. Les tribunaux
MES NOTES:
Page | 88
internationaux peuvent également accepter de
nouvelles preuves dans certaines
circonstances250.
La liste qui suit comprend des causes courantes
de condamnations à mort erronées251 :
Identifications par témoin oculaire erronées
Les identifications par témoin oculaire erronées
ont conduit à un nombre incalculable de
condamnations de personnes innocentes.
L’avocat chargé de l’appel et de la procédure
suivant la condamnation devrait réinterroger
les témoins pour vérifier la véracité de leur
témoignage pendant le procès. Voir le
Chapitre 4 : « Enquête et autres outils de
préparation préalables au procès ».
Faux aveux
Les faux aveux sont bien plus courants qu’on
ne le pense. Le recours à la coercition pendant
l'interrogatoire conduit souvent les personnes à
avouer des crimes qu'elles n'ont pas commis
même lorsque la police ne leur inflige pas de
sévices physiques. Des questions erronées,
allusives ou trompeuses posées par la police
peuvent également induire de faux aveux. Les
suspects présentant une déficience
intellectuelle ou toute autre vulnérabilité sont
les plus exposés à un faux aveu.
Conseil pratique
• Faux aveux : l’histoire de Chiang Kuo-
ching
Parfois, on découvre trop tard que des aveux
étaient faux. En octobre 1996, Chiang Kuoching, un Taïwanais qui faisait son service
dans l’Armée de l’Air, était arrêté pour viol
et meurtre d’une fillette de cinq ans. Après
avoir fait l’objet d’un interrogatoire brutal,
au cours duquel il fut menacé avec des
aiguillons électriques, privé de sommeil et
contraint de regarder la vidéo de l’autopsie
de la victime, Chiang Kuo-ching avoua le
meurtre. Il fut exécuté en 1997 peu après sa
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
condamnation.
Après l'exécution de Chiang Kuo-ching, les
preuves qui l’accablaient du crime ont été
abandonnées. Les experts légistes ont
découvert que les preuves matérielles ne
pouvaient pas établir la culpabilité de Chiang
Kuo-ching, que ses aveux étaient reconnus
comme non fiables et qu’il existait un autre
suspect. En réponse à ce manque de preuves
contre Chiang Kuo-ching, le Bureau
Suprême des procureurs a déposé un appel à
titre posthume auprès de la Cour suprême
militaire en 2010. L’année suivante, lors
d’un nouveau procès post mortem, la Cour a
acquitté Chiang Kuo-ching et a conclu que
ses aveux avaient été obtenus contre sa
volonté.
Le Ministère de la défense nationale a
annoncé qu’il aiderait la famille de Chiang
Kuo-ching à demander une indemnité pour le
dommage subi.
Témoignage de dénonciateurs incarcérés
Une stratégie courante de la police pendant le
procès consiste à utiliser le témoignage d’un
autre détenu qui, typiquement, déclarera
qu’alors qu’ils étaient codétenus, votre client a
admis sa culpabilité ou a fait des déclarations
incriminantes. Par exemple, votre client aurait
dit des choses que seul l’auteur du crime
pouvait savoir. Parfois, un codétenu est
spécialement placé en détention pour obtenir
des aveux.
Il est connu que les « informateurs sous garde »
ne sont pas fiables, en grande partie car la
police ou l’accusation promet souvent un
traitement de faveur à ces informateurs en
échange de leur témoignage. Vous devez
toujours enquêter minutieusement sur les
avantages dont ils ont bénéficié en échange de
leur témoignage252.
Fausses preuves médico-légales
L’utilisation de méthodes médico-légales
douteuses ou frauduleuses ou le recours à des
experts incompétents ont également conduit à
des condamnations prononcées à tort. Vous
devez toujours examiner avec la plus grande
attention les fondements du rapport de tout
expert ainsi que les compétences de tout expert
ayant déposé pendant la procédure
d’inculpation. Si possible, vous devez faire
appel à un expert compétent pour évaluer la
méthodologie des experts qui se sont exprimés
pendant le procès. Vous devez également tenir
compte des nouvelles technologies dont on ne
disposait pas à l’époque où l’enquête initiale a
été menée et qui pourraient constituer des
preuves disculpatoires.
Faute de l’accusation
Parfois, la police et les procureurs suppriment
des preuves disculpatoires ou commettent
d’autres fautes professionnelles, telles que des
pressions exercées sur des témoins. Ils peuvent
également décider de se focaliser sur un
suspect en particulier et exclure toutes les
preuves qui ne corroborent pas leur théorie sur
la manière dont le crime a été commis. C’est
l’une des raisons pour lesquelles, si vous
exercez dans un système de droit qui vous
l’autorise, vous devez interviewer à nouveau
tous les témoins, en chercher de nouveaux et
examiner minutieusement le dossier de
l'accusation pour vérifier qu'aucune preuve
disculpatoire n'a été dissimulée.
IV.
DEMANDE DE GRÂCE
A.
VOTRE CLIENT À LE DROIT DE
SOLLICITER LA GRÂCE OU LA
COMMUTATION DE SA PEINE
Plusieurs instruments internationaux
garantissent le droit de solliciter la grâce ou
une commutation de la peine de mort, ce qui
doit être respecté dans tous les cas de peine
capitale253. Les procédures permettant
d’envisager une amnistie, une grâce dans des
dossiers peine de mort doivent fournir aux
accusés condamnés une possibilité effective et
adéquate de recourir à la procédure de recours
en grâce254. Les garanties essentielles d’une
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 89
procédure régulière incluent le droit de
« présenter, recevoir et contester les preuves
prises en compte » par l’autorité chargée
d’étudier le recours en grâce au cours d’une
période raisonnable précédant l’exécution255.
En outre, les demandes de grâce individuelles
peuvent être sujettes à un contrôle judiciaire et
le droit de grâce doit être exercé de manière
juste et appropriée256. Autrement dit, selon la
Cour interaméricaine des droits de l’homme,
il ne suffit pas d'être capable de présenter une
requête ; la requête doit également traitée
conformément aux normes procédurales qui
rendent ce droit effectif (…) l’État a le devoir de
garantir une procédure équitable et transparente
par laquelle l’accusé condamné à la peine de
mort peut utiliser toutes les preuves en sa faveur
jugées pertinentes pour l’attribution de la grâce
[Traduction non officielle]257.
•
Des raisons humanitaires, telles qu’une
maladie grave ;
•
Un procès inéquitable ;
•
La personnalité de votre client (jeunesse,
âge avancé, maladie mentale, violence
subie pendant l'enfance et privation) ;
•
Comportement depuis le délit ;
•
Réinsertion ou remords ou
•
Soutien de la famille de la victime.
Vous devez également évaluer la possibilité et
la faisabilité d’obtenir une opposition publique
à l'exécution de votre client en mobilisant les
ONG locales et internationales, des
personnalités politiques, des personnalités
publiques, la famille de la victime ainsi que des
leaders religieux ou d'autres communautés.
C.
Selon la Cour, la peine de mort au Guatemala
viole l'article 4.6 de la CADH car elle ne
prévoit aucune procédure de grâce, elle
considère en conséquence que le Guatemala
doit adopter une procédure de grâce qui
garantisse à toutes les personnes condamnées à
mort le droit de présenter et d’obtenir une
décision pour une demande de grâce. La
condamnation ne devrait pas être exécutée
avant que la demande ait fait l’objet d’une
décision258.
B.
VOS DEVOIRS EN TANT
QU’AVOCAT PRÉSENTANT UNE
DEMANDE DE GRÂCE
Si vous représentez une personne confrontée à
un risque réel d’exécution, vous devez
connaître les procédures et les éventuelles
contraintes en termes de délais pour présenter
une demande de grâce. Vous devez également
déterminer les facteurs que les autorités
chargées d’examiner la demande de grâce
trouvent généralement convaincants. Par
exemple :
•
De nouvelles preuves prouvant
l'innocence ;
LE DROIT À UNE SUSPENSION DE
L’EXÉCUTION
En vertu du droit international, votre client ne
peut pas être exécuté tant que son cas est en
cours d’examen, que ce soit par un organisme
national ou international, en appel ou dans le
cadre d’un recours en grâce.
La Convention américaine des droits de
l’homme et les Garanties relatives à la peine de
mort de l’ONU établissent ce droit à l’échelle
nationale259. Dans sa résolution 2001/68, la
Commission des droits de l’homme des
Nations unies demandait quant à elle à tous les
États « De ne pas exécuter une personne tant
qu’une procédure juridique la concernant est en
cours, au niveau international ou national. »
Pour sa part, le Comité des droits de l’homme
de l’ONU a également décidé que l’exécution
d’un prisonnier alors que sa condamnation est
en cours de révision dans un État partie au
PIDCP, aurait lieu en violation des dispositions
relatives au droit à la vie de l'article 6260. Dans
l’affaire Ashby c. Trinité et Tobago, le Comité
a conclu que l’État de Trinité et Tobago n'avait
pas respecté ses obligations en vertu du
premier Protocole se rapportant au Pacte
MES NOTES:
Page | 90
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
international relatif aux droits civils et
politiques en exécutant Monsieur Ashby avant
que le Comité n’ait pu formuler son point
vue261. Comme l’indique Roger Hood dans son
ouvrage précurseur sur la peine de mort dans le
monde,
pour qu’un droit ait un sens, il faut pouvoir en
bénéficier. De ce fait, il pourrait être implicite
dans le [PIDCP] que le droit de faire appel
stipulé dans l’article 6, conjointement avec
l’article 14 et le droit exprès de solliciter la
grâce ou une commutation de la peine de
l’article 6, implique également l'obligation pour
les gouvernements de ne pas exécuter une
condamnation à mort en attente d'une décision
sur un recours ou une demande [Traduction non
officielle]262.
V.
LE « TRIBUNAL DE
L’OPINION PUBLIQUE »
A.
RENDRE PUBLIQUE L’AFFAIRE DE
VOTRE CLIENT
Pendant que vous représentez votre client, vous
devez examiner attentivement s’il pourrait
profiter d’une couverture médiatique. Souvent,
une telle couverture ainsi que des campagnes
internationales peuvent renverser la situation.
Certes, des juges ou d’autres autorités en
charge de prendre les décisions qui auraient pu
pencher vers une commutation de la peine de
mort de votre client peuvent être poussés par
l'opinion à maintenir leur verdict ; travailler
avec les médias peut être risqué pour les
défenseurs des droits de l'homme dans certains
pays, nous vous encourageons donc à envisager
attentivement toutes les répercussions possibles
avant de parler publiquement du cas de votre
client.
Malgré ces réserves, la couverture médiatique
s'est révélée être un outil efficace dans de
nombreux cas. Comme cela a été dit plus haut,
grâce aux avancées technologiques, telles que
le réseau internet, il est désormais assez facile
de créer une telle publicité dans les médias
traditionnels et les réseaux sociaux.
Le temps est un facteur crucial dans les
campagnes médiatiques. Les campagnes
médiatiques à forte visibilité sont les plus
fréquentes lorsque l'exécution est imminente.
Une fois qu’une demande de grâce a été
déposée, la pression extérieure peut influencer
la décision de l’exécutif sur cette requête,
notamment lorsqu’il s’agit d’un gouvernement
élu démocratiquement qui se soucie de la
réputation que son pays peut avoir sur la scène
internationale. Amnesty International cherchera
souvent à s’associer à des défenseurs locaux
pour attirer l'attention des médias et le soutien
international afin d'obtenir une suspension de
l'exécution. Cependant, la couverture
médiatique peut aussi être utile plus tôt dans la
procédure.
Il est plus difficile de décider s’il est dans
l’intérêt de votre client que vous lanciez une
campagne médiatique ainsi que le moment le
plus pertinent pour le faire lorsque l’affaire est
encore en cours d’examen par les tribunaux.
Vous devez décider si le risque de vous aliéner
le tribunal (voire l'exécutif, qui pourrait être
amené à examiner une demande de grâce) vaut
la peine d'être pris en raison des bénéfices
potentiels d’une pression externe. Cette
décision devrait être prise en collaboration avec
des membres expérimentés du barreau du pays.
Beaucoup de journalistes sont simplement en
quête d’une histoire accrocheuse pour rédiger
leurs articles. N’oubliez pas que lorsque vous
travaillez avec les médias, vous devez savoir
quelle est la stratégie adoptée (voir Chapitre 7)
et vous devez être en mesure de raconter une
histoire convaincante qui justifie soit une
commutation de la peine de mort de votre
client, soit son acquittement. De nombreuses
requêtes dans des dossiers peine de mort ont un
intérêt médiatique, notamment dans les cas où
est invoquée une erreur judiciaire. Mais vous
ne devez pas ignorer les requêtes pour faute de
l'accusation, discrimination ou travail
d’enquête erroné, ainsi que l’histoire de votre
client.
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 91
d’appel de Malaisie a accepté la requête de
Noor d’ajouter de nouvelles preuves au
dossier et de réexaminer sa condamnation.
La Cour a finalement accepté de réduire le
chef d'accusation de trafic à possession et de
commuer la condamnation à la peine de mort
à 12 ans d'emprisonnement. Après plusieurs
années d'incarcération, Noor espère pouvoir
à nouveau rejoindre sa fille en 2017.
Exemple de réussite
• L’utilisation des réseaux sociaux en
Malaisie : le cas de Noor Atiqah
Noor Atiqah et ses défenseurs ont réussi à
utiliser les réseaux sociaux pour raconter son
histoire. Cela a permis de lever des fonds et
d'établir des contacts avec des organisations
de plaidoyer. Finalement, le recours de Noor
Atiqah a réussi et sa condamnation à la peine
de mort a été commuée en peine de prison.
Noor Atiqah, qui élève seule ses enfants, se
battait pour trouver un travail. Elle a
commencé à fréquenter un homme qui lui
avait promis de l'aider à lancer une petite
entreprise dans le textile. Malheureusement,
cet homme devenu son compagnon n’avait
aucune intention de l’aider dans son
entreprise. Bien au contraire, il avait pour
objectif de l'utiliser comme mule pour
transporter de la drogue. En 2007, le
compagnon de Noor lui demande de partir en
voyage d’affaires à Singapour avec une
valise préparée par l’un de ses amis. Les
autorités malaisiennes découvrent une
enveloppe contenant de l’héroïne et des
drogues dérivées dans la valise. Quoique
dans l’ignorance du contenu de la valise,
Noor a été jugée pour trafic de drogue et
condamnée à la peine de mort conformément
à la loi malaisienne.
Après la condamnation de Noor, ses amis et
sa famille se sont lancés dans une campagne
en ligne agressive pour faire connaître son
histoire et lever des fonds. Une page
Facebook active et plusieurs blogs
décrivaient la situation de Noor et
demandaient des dons. À l'aide de ces forums
en ligne, les partisans de Noor ont réussi à
vendre de l'artisanat fait à la main pour
contribuer à payer les frais du recours de
Noor et apporter un soutien à sa fille et sa
mère, déjà âgée, pendant son incarcération.
Ces efforts ont rapporté plus de 50 000 $. La
page Facebook et les blogs ont également
permis aux partisans de Noor de prendre
contact avec des organisations de plaidoyer
reconnues, telles que la Campagne de lutte
contre la peine de mort à Singapour.
Face à la pression de l’opinion, la Cour
B.
LES MÉDIAS TRADITIONNELS
Auparavant, la seule source de publicité dans
un dossier peine de mort était la presse locale,
nationale ou internationale. Souvent, les
journaux locaux ou nationaux font mention du
crime, de l’enquête et du procès. Avant
d’envisager une couverture médiatique, vous
devez enquêter sur l’infraction, l’enquête et le
procès, pour mettre au point une stratégie de
communication. Une manière d’obtenir une
couverture médiatique favorable consiste à
« former » un journaliste en l'autorisant à
accéder aux actes de procédure. De nombreux
journalistes voudront interviewer votre client
mais il s’agit d’une étape très risquée. Vous
devez minutieusement déterminer si votre
client peut dire quelque chose qui puisse
réduire ses chances de commutation ou
d’acquittement. Parfois, les accusés ont un
faible niveau d’éducation et peuvent être
facilement manipulés. Vous devez donc garder
au maximum le contrôle sur l’entretien.
Insistez pour être présent. Demandez une liste
des questions à l’avance et parcourez-la avec
votre client. Vous devez également être
conscient qu'une fois que le journaliste a accès
à votre client, vous n'aurez qu'un contrôle
limité sur la communication qui s'ensuivra.
C.
LES RÉSEAUX SOCIAUX
Les récentes avancées technologiques ont
transformé la possibilité de communiquer sur
une affaire, et ce aussi bien dans le bon sens
que dans le mauvais. Comme nous l’avons
mentionné plus haut, le parcours traditionnel
pour communiquer est de passer par un
journaliste des grands médias, par exemple, un
MES NOTES:
Page | 92
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
journal, une revue, la télévision. Désormais,
ces médias traditionnels sont complétés, voire
remplacés par des appels lancés au public (et
indirectement au gouvernement) par le biais
d’Internet.
La défense doit penser à utiliser Facebook,
Twitter, YouTube et d'autres formes de réseaux
sociaux pour accroître la sensibilisation
concernant la situation de votre client. En
outre, vous devez contacter les groupes de lutte
contre la peine de mort à l'échelle nationale et
internationale pour voir s'ils peuvent vous aider
à communiquer sur votre affaire, par le biais
des médias traditionnels ou de leur site
Web/liste de diffusion.
Les arguments juridiques, moraux ou
personnels en faveur de votre client peuvent
être publiés sur Internet pour que tout le monde
puisse les consulter. Vous pouvez envisager de
publier certaines de vos requêtes ou arguments
écrits, ainsi qu’une explication du dossier et de
la situation de votre client. Vous pouvez
également informer ceux qui soutiennent votre
client des endroits où ils peuvent exprimer
leurs préoccupations ou leur désaccord
concernant le procès du client ou le traitement
qu'il a reçu de la part des tribunaux ou du
gouvernement. Les réseaux sociaux peuvent
être particulièrement utiles pour faire pression
sur l'exécutif qui décidera s'il accorde ou refuse
la grâce.
Enfin, les réseaux sociaux peuvent être un outil
efficace pour entrer en contact avec d'autres
avocats impliqués dans la défense de personnes
condamnées à mort et avec des défenseurs des
droits de l'homme. Ceci est particulièrement
vrai pour les avocats exerçant dans les zones
rurales, où l'accès aux lois, à la jurisprudence et
aux instruments relatifs aux droits de l'homme
peut être difficile.
Exemple de réussite
• Le cas de Hafez Ibrahim au Yemen
En 2005, un juge yéménite a condamné
Hafez Ibrahim à la peine de mort pour un
meurtre perpétré alors qu’il était âgé de 16
ans. Le juge aurait non seulement refusé
d’entendre les témoins et la défense, mais
également nié à Ibrahim le droit de faire
appel. Deux ans plus tard, Ibrahim a pu se
procurer un téléphone portable et avertir
Amnesty International, membre de la
Coalition mondiale contre la peine de mort,
de son exécution imminente. Après une
longue campagne, Ibrahim a fini par être
libéré en 2007. Il s’est depuis lancé dans des
études de droit et a décidé de consacrer sa vie
à « militer contre la peine de mort et
sensibiliser l'opinion publique aux droits de
l’homme ». L’exécution d’un jeune accusé
est interdite par le Pacte international relatif
aux droits civils et politiques.
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 93
CHAPITRE 10:
PLAIDER DEVANT LES INSTANCES
INTERNATIONALES
I.
QUAND DOIS-JE PORTER
UNE AFFAIRE DEVANT UN
ORGANE INTERNATIONAL
DES DROITS DE L’HOMME ?
Au cours des dernières décennies, les instances
internationales des droits de l’homme ont de
plus en plus fréquemment réexaminé des
plaintes pour violation des droits de l’homme
dans des affaires pénales. Il existe un certain
nombre de situations où il convient d’examiner
les bénéfices potentiels d’un recours auprès
d’une instance internationale. Les recours
internationaux sont souvent déposés lorsque les
avocats estiment ne plus avoir de recours
auprès des tribunaux nationaux. En effet, la
majorité des instances internationales exige de
la part des requérants d’avoir épuisé tous les
recours à l’échelon nationale avant de
demander un examen au niveau international.
Dans la pratique, cela signifie que vous ne
pouvez pas saisir une instance internationale
avant d’avoir sollicité un recours auprès d’une
cour interne ou auprès d’une instance
administrative compétente.
Les recours internationaux peuvent être
déposés pour des clients individuels,
s’appuyant sur les problèmes d’ordre juridique
présents dans leur dossier, ou au nom de
plusieurs individus se trouvant dans une même
situation. Aux États-Unis par exemple, des
avocats ont saisi la Commission
interaméricaine des droits de l’homme au nom
de plusieurs personnes détenues dans le camp
de Guantanamo (Cuba), et ce dans le cadre de
ce que l’on a dénommé la « guerre contre la
terreur » menée par les États-Unis.
Les juristes spécialistes élaborent
soigneusement leur stratégie avant de présenter
une affaire devant une instance internationale.
Vous devez prendre en considération les
décisions précédemment rendues par l’instance
en question, la probabilité d’un résultat
favorable et l’utilité d’une décision en faveur
de votre client. La décision internationale
pourra-t-elle être appliquée ? Provoquera-t-elle
une réaction négative ? Ou incitera-t-elle à une
évolution positive des politiques du
gouvernement ?
A.
QUELS SONT LES DROITS DE
VOTRE CLIENT QUI ONT ÉTÉ
VIOLÉS ?
Avant de saisir une instance internationale,
vous devez identifier les droits de votre client
qui ont été violés. Ainsi, vous pourrez décider
quels arguments développer, et quelle instance
internationale il vous convient de saisir. Le
Chapitre 9, ci-dessus, propose une liste des
arguments juridiques internationaux les plus
fréquemment invoqués concernant
l’application de la peine de mort. Vous pouvez
en outre invoquer toute violation du droit de
votre client à un procès équitable, comme
décrit au chapitre 7. Enfin, vous pouvez
invoquer des violations du droit de votre client
à être traité avec humanité, de son droit à être
jugé dans un délai raisonnable et d’autres droits
de votre client au cours de la procédure
précédant le procès, décrits au chapitre 3. De
plus, nous avons intégré en Annexe une liste
plus complète des traités pertinents aux affaires
où la peine de mort est encourue.
MES NOTES:
Page | 94
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
B.
PRÉPARATION DE VOTRE DOSSIER
Une fois que vous avez, dans le cadre de votre
dossier, identifié les droits de votre client qui
ont été violés à travers l’action de l’État, vous
devez identifier les instruments (traités ou
autres documents) qui prévoient ces droits.
Vous pouvez commencer par la liste des traités
incluse en Annexe et abordés tout au long de ce
manuel. L’ouvrage Pour des procès
équitables d’Amnesty International, disponible
en ligne, constitue une autre source
d’excellente qualité263.
Une fois que vous avez identifié les traités et
autres instruments pertinents, vous devez
établir (1) que votre pays est partie aux traités
que vous avez identifiés, et (2) que ce traité (ou
autre instrument) prévoit un mécanisme vous
permettant de présenter une plainte au nom de
votre client. Vous pouvez rapidement vérifier
si votre pays est partie à un traité en particulier
en consultant le site internet du HautCommissariat aux droits de l’homme, ou
d’autres ressources sur internet comme la base
de données de Death Penalty Worldwide sur
www.deathpenaltyworldwide.org264.
Néanmoins, cela ne vous dit pas si vous êtes ou
non autorisé à déposer une plainte auprès d’une
instance internationale au nom d’un individu.
Nous aborderons ce point plus en détails cidessous, lorsque nous décrirons les procédures
d’appel auprès des organes des droits de
l’homme qui prennent en compte les requêtes
émanant d’individus.
Réunissez tout le matériel dont vous avez
besoin pour la préparation de votre requête.
Identifiez clairement les règles de procédure
qui régissent la présentation d’une requête en
consultant le site internet de l’instance
internationale mettant en œuvre l’instrument en
question. Les sites internet de nombreuses
organisations internationales des droits de
l’homme proposent un accès libre aux cas dont
elles traitent et au texte des instruments
pertinents.
Si la charge de travail est trop lourde pour
vous, sollicitez l’aide d’ONG et de centres
d’assistance juridique affiliés à une faculté de
droit. Nombre de facultés de droit font preuve
d’enthousiasme lorsque l’occasion d’assister
des avocats locaux dans des affaires portées
devant les instances des droits de l’homme se
présente à elles. Une liste de ces organisations
et des centres juridiques est proposée en
Annexe. Examinez la possibilité de solliciter
une assistance auprès de barreaux d’avocats ou
de commissions nationales des droits de
l’homme.
C.
AVEZ-VOUS ÉPUISÉ LES RECOURS
NATIONAUX ?
La majorité des mécanismes internationaux
exigent que tous les recours nationaux aient été
épuisés avant de déposer votre requête. Parfois,
cela signifie non seulement que vous devez
déposer votre recours auprès de toutes les
instances nationales pertinentes, mais aussi que
vous soulevez à l’échelon international les
mêmes arguments juridiques que ceux que
vous avez abordés à l’échelon national. Mieux
vaut souvent pécher par excès de prudence et
ce manuel mentionne à plusieurs reprises des
arguments qui doivent être invoqués dès le
début afin de les préserver pour l’appel.
Cependant, il existe d’importantes exceptions à
la clause prévoyant d’avoir épuisé les recours à
l’échelle nationale. De plus, il n’est pas requis
d’avoir épuisé ces recours pour saisir la Cour
de Justice de la Communauté économique des
États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).
En outre, les recours nationaux ne doivent pas
nécessairement être épuisés si les recours
locaux ne sont pas disponibles ou inaccessibles
(par exemple en cas de négation du droit de
faire appel ou d’absence d’aide judiciaire). En
effet, conformément à la jurisprudence du
Comité des droits de l’homme de l’ONU, un
recours doit également être effectif, et non
simplement disponible265. En d’autres termes,
les recours nationaux ne doivent pas avoir été
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 95
épuisés s’ils sont inaccessibles ou s’ils ne sont
pas effectifs (c’est-à-dire s’ils sont accessibles
mais peu propices à donner la possibilité d’un
véritable recours). Par exemple, la Cour
interaméricaine des droits de l’homme a
observé, dans une affaire, que les recours
nationaux n’étaient pas suffisants pour protéger
les détenus du couloir de la mort contre une
« exécution illégale », en partie car les États
exécutaient les détenus alors que leur dossier
était encore en cours d’examen par le
tribunal266.
De même, conformément à la Convention
contre la torture, les recours nationaux ne
doivent pas forcément être épuisés lorsque
« les procédures de recours excèdent des délais
raisonnables »267.
Les communications peuvent être envoyées
aux rapporteurs spéciaux ainsi qu’à des
groupes de travail même si les recours locaux
n’ont pas été épuisés. En effet, ces mécanismes
sont censés intervenir pour les affaires
urgentes. Vous pourrez peut être également
demander des mesures de protection
provisoires sans pour autant épuiser les recours
nationaux.
La Cour internationale de Justice a décidé que
les États pouvaient déroger à ce critère de
l’épuisement des voies de recours268.
La majorité des instances internationales ne
prendra pas en compte une requête si le
problème en question a déjà été présenté auprès
d’une autre instance internationale. Il s’agit de
la règle dite de non-redondance des procédures.
Cela signifie que dans la majeure partie des
cas, votre recours pourra seulement être déposé
auprès d’un tribunal international, bien que
vous ayez techniquement accès à plusieurs
instances internationales des droits de
l’homme.
Enfin, les instances internationales ont
l’habitude d’imposer des délais pour le dépôt
des plaintes. Prenez connaissance de ces règles
MES NOTES:
Page | 96
afin de déposer votre requête dans les délais
impartis.
II.
OÙ DÉPOSER VOTRE
REQUÊTE
A.
FACTEURS À PRENDRE EN COMPTE
Certaines considérations doivent être prises en
compte lorsque vous décidez où présenter votre
requête. En premier lieu, votre gouvernement
est-il enclin à respecter une décision prononcée
en votre faveur ? Cela dépendra de plusieurs
facteurs qui vont au-delà de la portée de ce
manuel. Surtout, vous devez savoir si les
décisions prises par les instances
internationales sont considérées comme
contraignantes en vertu du droit national, et si
votre gouvernement sera réceptif d’un point de
vue politique à l’application de la décision
même si cette dernière n’est pas contraignante.
En deuxième lieu, vous devez savoir si
l’organisation en question est susceptible de se
prononcer en votre faveur. Certes, le résultat
peut être difficile à prédire mais nombre
d’instances internationales ont auparavant
rendu des décisions qui peuvent vous aider à
vous orienter.
En troisième lieu, il convient de voir comment
la décision rendue par une instance
internationale s’intègre à votre stratégie
nationale de plaidoyer. Parfois, les décisions
des cours internationales peuvent provoquer
une réaction négative de la part du
gouvernement ou du public. À d’autres
occasions, elles permettent de galvaniser les
tribunaux ou les autorités, en les incitant à se
pencher sur des violations des droits de
l’homme qu’ils avaient auparavant ignoré. Ces
deux hypothèses peuvent du reste coexister !
Enfin, il est essentiel de reconnaître que
nombre d’instances internationales ont le
pouvoir de prendre des « mesures
provisoires », également connues comme
« mesures conservatoires » ou « mesures de
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
précaution ». Ces mesures sont analogues à une
injonction ou à un ordre de suspension
temporaire. Dans les cas encourant la peine de
mort, elles sont d’une importance majeure,
étant donné que l’instance est susceptible
d’orienter votre gouvernement afin de
l’empêcher de mener à bien l’exécution de
votre client ou tout autre comportement
préjudiciable à son égard pendant que
l’instance examine la validité de votre plainte.
Une fois que vous avez décidé si vous avez
intérêt à déposer une plainte et où le faire, vous
devez étudier les règles du forum choisi. Les
organes chargés de surveiller le respect des
droits de l'homme utilisent des termes
différents pour définir les plaintes déposées, et
ces termes sont utilisés de manière
interchangeable. Ces termes incluent
notamment « communication », « plainte »,
« demande » et « requête ». De même, les
décisions rendues par ces institutions portent
une série de noms tels « opinion », « avis » et
« conclusions ». Nous utilisons également ces
termes de manière interchangeable. La présente
section est organisée selon les instances
internationales et instruments prévoyant une
procédure d’audition des requêtes
individuelles, et contient aussi des informations
de base concernant l’instance qui met en
application et fait respecter le traité en
question.
B.
INSTRUMENTS RELATIFS AUX
DROITS DE L'HOMME
La quasi-totalité des principaux traités relatifs
aux droits de l’homme prévoient la création
d'un organe de traité ou comité d'experts
habilité à examiner l’application du traité par
l’État partie et à recevoir et étudier des requêtes
de personnes invoquant des violations de leurs
droits en vertu du traité. Toutefois, le droit de
soumettre des requêtes individuelles n’est pas
automatique. Dans certains cas, le
gouvernement devra ratifier un traité distinct,
ou « protocole », qui prévoit le droit de
présenter une requête individuelle. Dans
d’autres cas, le droit de présenter une requête
est prévu dans le traité lui-même, mais le
gouvernement peut émettre des réserves
concernant cet article.
Ce qui suit est un bref résumé des organismes
internationaux dont le travail concerne
l’application de la peine de mort. Les
informations concernant chacun de ces
organismes sont facilement accessibles sur
internet. C'est pourquoi nous ne prétendons pas
fournir des informations détaillées sur les
procédures à suivre pour déposer une plainte.
C.
MÉCANISMES DES NATIONS UNIES
1.
Pacte international relatif aux droits
civils et politiques (PIDCP)
Conditions :
•
Votre pays est un État partie au
PIDCP
•
Votre État reconnaît la compétence du
Comité des droits de l’homme de
l’ONU pour recevoir des plaintes (en
ratifiant le premier Protocole
facultatif se rapportant au PIDCP).
Compétence :
Le Comité des droits de l’homme de l’ONU est
composé de 18 membres qui siègent à titre
individuel269. Conformément au1er Protocole
facultatif se rapportant au Pacte international
relatif aux droits civils et politiques (PIDCP),
« le Comité a compétence pour recevoir et
examiner des communications émanant
d’individus relevant de sa juridiction qui
prétendent être victimes d'une violation de l'un
des droits énoncés dans le Pacte, par un État
partie »270. Il est crucial de déterminer si votre
gouvernement a adhéré au Protocole facultatif,
puisque l’adhésion ou la ratification est une
condition préalable pour déposer une plainte à
titre individuel auprès du Comité des droits de
l’homme.
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 97
Procédure générale :
Compétence :
Si une communication soulève un problème
grave en vertu de la convention, le Comité le
soumet à l’État concerné, qui a six mois pour
apporter une réponse écrite. Dans les affaires
où l’accusé encourt la peine capitale, le Comité
répond généralement en l’espace de quelques
jours à une requête de mesures provisoires. Le
Comité ne tient pas d’audiences ; toutes les
communications se font exclusivement par
écrit et les délibérations du Comité sur les
communications se font à huit clos.271 Après
avoir étudié la communication, le Comité
adopte son « point de vue », qu’il envoie à
l’État et aux parties concernées.272 En raison du
grand nombre d’affaires concernées par le
Protocole facultatif, il se peut que le Comité
mette plusieurs années à rendre une décision.
Les règles de procédure du Comité sont
disponibles en ligne.273
Le Comité contre la torture est un organe,
composé de dix experts indépendants274. Il est
compétent pour recevoir et examiner des
communications individuelles. Les personnes
n’ont pas besoin d’avoir épuisé tous les recours
à l'échelle nationale lorsque « les procédures de
recours excèdent les délais raisonnables ou
dans les cas où il est peu probable que les
procédures de recours donneraient satisfaction
à la personne qui est la victime »275. Bien que
les documents et procédures relatives aux
communications de la personne soient
confidentiels, il n’en va pas de même pour les
avis du Comité qui sont à la disposition des
parties concernées et du public276.
Dans les affaires de peine capitale :
Dans des affaires impliquant des personnes
condamnées à mort, le Comité peut
recommander la tenue d'un nouveau procès
(culpabilité ou peine). Il peut également
demander l’allocation de réparations
financières.
2.
Convention contre la torture et
autres peines ou traitements cruels,
inhumains ou dégradants (1984)
(CAT)
Conditions :
•
Votre pays est partie à la Convention
contre la torture
•
Votre État reconnaît la compétence du
Comité pour recevoir des plaintes
individuelles (en faisant une
déclaration à cet effet en vertu de
l’article 22 de la CAT)
Procédure :
L’article 20 de la CAT énonce la procédure à
suivre si le Comité reçoit des renseignements
crédibles qui lui semblent contenir des
indications bien fondées selon lesquelles la
torture est pratiquée systématiquement277. Le
Comité invite l’État à coopérer dans l'examen
des renseignements et à lui faire part de ses
observations à ce sujet278. Toutefois, chaque
État pourra, au moment où il signera ou
ratifiera la Convention ou y adhérera, déclarer
qu'il ne reconnaît pas la compétence accordée
au Comité279.
Le Comité contre la torture n’a pas autant de
retard dans l’examen des rapports et requêtes
soumises que le Comité des droits de l’homme
et son nombre de cas à traiter diminue. En fait,
les affaires sont généralement conclues en
l'espace d'un ou deux ans à compter de leur
enregistrement et les décisions limitées à la
recevabilité sont même conclues plus tôt.
D.
AUTRES MÉCANISMES DES
NATIONS UNIES
Des procédures spéciales sont établies par le
Conseil des droits de l’homme pour traiter des
problèmes spécifiques à certains domaines ou
MES NOTES:
Page | 98
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
questions dans le monde. Elles sont traitées soit
par un individu, tel qu'un rapporteur spécial,
soit par un groupe de travail. Les groupes de
travail sont généralement composés de 5
personnes (une de chaque région du monde).
La plupart des procédures spéciales reçoivent
des informations sur des violations des droits
de l’homme spécifiques et envoient des
communications au gouvernement, telles que
des appels ou des lettres urgentes. Les
représentants se rendent également dans des
pays spécifiques et élaborent des rapports.
Vous pourrez obtenir davantage d’informations
sur les procédures spéciales sur le site Web du
Haut-Commissaire aux droits de l’homme des
Nations unies280.
1.
Haut-Commissaire aux droits de
l’homme des Nations unies
Le Haut-Commissaire aux droits de l’homme
des Nations unies a le pouvoir de faire des
déclarations pressant les gouvernements à
prendre certaines mesures relatives à des
affaires individuelles et dans le cadre de
problèmes systémiques relatifs à l’application
de la peine de mort. En 2007, le HautCommissaire a présenté un exposé à titre
d’Amicus Curiae pour apporter son soutien à
un prisonnier en Irak, en argumentant que son
exécution constituerait une violation de
plusieurs principes du droit international281.
Dans ce cas, le Haut-Commissaire a argué que
le pays n’ayant pas respecté le droit à un procès
équitable du requérant, il ne pouvait pas être
exécuté. En outre, le Haut-Commissaire a
soutenu que la pendaison, pratiquée en Irak,
constituait un traitement cruel, inhumain ou
dégradant en violation de l’Article 7 du PIDCP.
2.
Groupe de travail sur la détention
arbitraire
Le Groupe de travail sur la détention arbitraire
est un organisme mandaté par l'ONU
regroupant des experts indépendants des droits
de l’homme qui enquêtent sur certains types
MES NOTES:
d'arrestation criminelle et administrative qui
peuvent être commis en violation du droit
international des droits de l'homme, notamment
de la législation relative au droit à un procès
équitable. Le Groupe de travail examine les
plaintes individuelles de ressortissants de tout
État et ces dernières peuvent être présentées à
titre urgent. Si le Groupe de travail conclut à
une violation de la législation applicable, il
envoie un avis à l'État concerné et peut
présenter d'autres recours auprès de l'État par
voie diplomatique.
3.
Rapporteur Spécial sur les exécutions
extrajudiciaires, sommaires ou
arbitraires
Le Rapporteur Spécial sur les exécutions
extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires est
un expert des Nations unies qui a pour mission
d’enquêter et de présenter des rapports sur les
exécutions menées sans qu’il existe des
garanties juridiques ou avec des garanties
juridiques insuffisantes. Le Rapporteur spécial
fournit un modèle de questionnaire pour la
soumission des plaintes individuelles, qui
peuvent être formulées par des individus dans
n’importe quel État. Le Rapporteur spécial peut
adresser des requêtes urgentes aux
gouvernements concernant une affaire en
instance, demander l’autorisation d'effectuer
une visite sur place et engager un dialogue
confidentiel avec le gouvernement sur les
affaires ou les problèmes systémiques associés
à l'application de la peine de mort.
4.
Rapporteur spécial sur la torture et
autres peines ou traitements cruels,
inhumains ou dégradants
Le Rapporteur spécial sur la torture et autres
peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants est un expert des Nations unies qui
a pour mission d’enquêter et d’élaborer des
rapports sur des peines qui relèvent de la
torture ou qui constituent une violation du droit
international applicable. Le Rapporteur spécial
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 99
fournit un modèle de questionnaire pour la
soumission des plaintes individuelles, qui
peuvent être formulées par des individus dans
n’importe quel État. Son mandat est semblable
à celui décrit pour le Rapporteur spécial sur les
exécutions extrajudiciaires, sommaires ou
arbitraires.
E.
MÉCANISMES RÉGIONAUX
RELATIFS AUX DROITS DE
L’HOMME
1.
La Cour et la Commission africaine
des droits de l’homme et des peuples
(1981)
Compétence de la Cour :
La Cour africaine des droits de l’homme et des
peuples est compétente pour interpréter la
Charte Africaine ainsi que d’autres instruments
ratifiés par l’État concerné. Le délai de
prescription est souple et requiert que l’affaire
soit présentée dans un délai raisonnable.
Conditions relatives à la Cour africaine:
• Votre État a ratifié le Protocole sur la
création d'une Cour africaine des droits de
l’homme et des peuples (en faisant la
déclaration nécessaire en vertu de l’Article
5(3))
• Remarque : les individus et les ONG
peuvent accéder à la Cour de plein droit
uniquement si leur État a fait la déclaration
autorisant les individus et ONG à avoir un
accès direct à la Cour conformément à
l’article 34(6) du Protocole.
• Conformément à l’Article 5 du Protocole,
ont qualité pour saisir la Cour de plein
droit :
1. La Commission africaine ;
4. l’État partie dont le ressortissant est
victime d’une violation des droits de
l’homme ;
5. les organisations intergouvernementales
africaines.
Compétence et procédure de la Commission
africaine :
La Commission africaine des droits de
l’homme et des peuples se compose de onze
membres qui siègent à titre individuel (art. 31
de la Charte africaine des droits de l’homme et
des peuples). Elle est compétente pour
examiner des communications émanant
d’autres sources que ces États parties,
interprétées comme s'appliquant à des
individus.
La quasi totalité du règlement interne de la
Commission est accessible sur Internet282.
Dans l’affaire Lawyers of Human Rights c.
Swaziland, la Commission a déclaré que même
si tous les recours locaux n’ont pas été épuisés,
la plainte sera considérée comme admissible si
« la probabilité de chance pour le plaignant de
voir réparer la situation faisant l’objet de la
plainte est minime au point de devenir
indisponible et par conséquent ineffective »283.
La Commission a également déclaré que l’Art
56(5) de la Charte africaine des droits de
l’homme et des peuples devait être interprétée
à la lumière de son devoir de protéger les droits
de l’homme et des peuples prévus par la
Charte. En conséquence, la Commission ne
considère pas que la condition d'épuisement
des voies de recours internes s'applique
littéralement surtout lorsqu'il s'agit de cas où il
n'est « ni pratique ni souhaitable » pour les
plaignants ou les victimes de saisir les
juridictions internes pour chaque cas de
violation des droits de l’homme. C’est le cas
lorsque les victimes sont nombreuses284.
2. l’État partie qui a saisi la Commission ;
3. l’État partie contre lequel une plainte a
été introduite ;
MES NOTES:
Page | 100
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
2.
La Cour de Justice de la
Communauté économique des États
de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO)
La Cour de Justice de la CEDEAO siège à
Lagos, Nigeria, mais elle peut également siéger
dans d'autres pays si nécessaire285.
Après l’adoption du Protocole additionnel en
2005, les parties civiles et ONG peuvent
déposer des plaintes contre des États membres
de la CEDEAO invoquant des violations des
droits de l’homme, indépendamment du fait
que le plaignant ait épuisé tous les recours à
l’échelon national286. Cela fait la spécificité de
la Cour de la CEDEAO parmi les tribunaux qui
traitent des questions relatives aux droits de
l’homme. En septembre 2012, la Cour de la
CEDEAO n’avait encore jamais émis une
décision portant sur l’application de la peine de
mort mais une plainte relative à l’exécution de
plusieurs prisonniers dans le couloir de la mort
en Gambie (août 2012) était en cours
d’examen.
Les décisions de la Cour sont contraignantes
pour les États membres de la CEDEAO.
3.
Système interaméricain
Compétence :
La Cour interaméricaine des droits de l’homme
se compose de 7 membres qui siègent à titre
individuel.287
Les individus peuvent présenter des requêtes
invoquant des violations de la CADH ou
relatives aux États membres de l’OEA qui
n’ont pas encore ratifié la Convention
américaine des droits de l’homme ou la
Déclaration américaine des droits et des
devoirs de l'homme288.
Procédure :
Pour obtenir un ensemble complet relatif au
dépôt de plaintes, vous devez consulter le site
internet de la Commission289. Comme d’autres
organes chargés de surveiller le respect des
droits de l'homme, la Commission exige que la
plainte soit déposée dans les délais (six mois à
compter du verdict final290), que les recours à
l’échelon national aient été épuisés, et que la
requête ne reprenne pas des procédures déjà
présentées auprès d’autres organisations
internationales des droits de l’homme. Il existe
toutefois plusieurs exceptions qui permettent
de saisir la Commission sans avoir épuisé tous
les recours à l'échelon national. Par exemple,
lorsque la législation nationale « ne garantit pas
la régularité de la procédure permettant de
protéger le ou les droits dénoncés comme ayant
été violés », la victime présumée s'est vue
refuser l'accès aux recours disponibles à
l'échelon national ; ou lorsqu'il y a eu un
« délai injustifié avant que le verdict final soit
rendu »291.
La Cour interaméricaine des droits de l’homme
peut également recevoir des requêtes portées
par des individus des États parties à la CADH
ayant reconnu la compétence obligatoire de la
Cour interaméricaine des droits de l’homme
conformément à l’article 62. Elle peut
uniquement examiner les affaires ayant
« achevé la procédure auprès de la
Commission »292. La Cour est également
compétente pour adopter des mesures
provisoires « dans les cas d'extrême gravité et
d'urgence »293. Même si elle n’a pas d’affaire
en cours pertinente, la Cour peut adopter de
telles mesures à la demande de la
Commission294. Les décisions de la Cour sont
définitives. Les États parties doivent respecter
les décisions rendues dans toute affaire qui les
concerne295.
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 101
III.
FORCES ET FAIBLESSES DE
LA JURISPRUDENCE DES
ORGANISMES
INTERNATIONAUX
L’une des principales difficultés en matière de
droit international relatif aux droits de l’homme
est qu’il est très difficile à appliquer. Les
décisions de nombreux organes des droits de
l’homme internationaux ne sont pas
contraignantes et certains pays sont prêts à
contester une décision ou un ordre d'une
organisation internationale, même lorsqu'ils en
ont reconnu les compétences. Même si une
décision n’est pas applicable, vous pouvez
argumenter qu’elle a une force de persuasion.
Vous pouvez également avoir recours aux
décisions des organisations internationales pour
faire pression sur le pouvoir exécutif pour
commuer la peine de mort de votre client296.
Exemple de réussite
• Affaire Pratt & Morgan c. Jamaïque297
Dans l’affaire Pratt and Morgan c.
Jamaïque, le Comité des droits de l’homme
de l’ONU a accordé des mesures provisoires
de protection demandant à ce que la
Jamaïque n’exécute pas une décision de
condamnation à mort jusqu’à ce que le
Comité ait terminé d’examiner l’affaire. La
Jamaïque a accepté de suspendre l’exécution.
Ultérieurement, le Comité a obtenu des
centaines de suspensions d'exécution dans
différents pays des Caraïbes du
Commonwealth. Dans très peu de cas, l’État
a procédé à l’exécution.
En outre, la mesure dans laquelle un État
respecte ces décisions dépend de nombreux
facteurs spécifiques à chaque pays. Certains
incluent l’orientation politique du
gouvernement et le statut du droit international
en droit interne. Connaître ces éléments peut
vous aider à mieux planifier votre stratégie de
défense. Par exemple, s’il y a un changement
de gouvernement pendant la période au cours
de laquelle vous pouvez déposer une requête,
vous pouvez essayer de présenter celle-ci
rapidement ou d'attendre (sans perdre de vue
les délais applicables au dépôt d’une requête) si
vous pensez que la transition politique pourrait
avoir un impact sur la manière dont le
gouvernement répondra à votre requête.
IV.
MESURES PROVISOIRES
Chaque comité a autorité pour agir dans des cas
d’urgence lorsque le requérant est confronté à
un risque de préjudice irréparable. Dans de
telles situations, le comité adresse
généralement une requête de « mesures
provisoires » à l’État partie pour éviter un
préjudice irréparable et préserver le statu quo.
Ces requêtes sont souvent présentées dans des
affaires où l’accusé a été condamné à mort et
prennent la forme d’une requête adressée à
l'exécutif pour l'empêcher d'exécuter le
requérant298. Il se peut que vous n’ayez pas
l’obligation d’épuiser tous les recours
nationaux pour demander des mesures
provisoires. Vous devez consulter le règlement
de chaque organe pour vérifier si une telle
condition est requise ou non.
MES NOTES:
Page | 102
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
CHAPITRE 11: ANNEXES
I.
RESSOURCES
Pour savoir à quel traité international des droits
de l’homme votre pays est partie, consulter la
Collection des Traités des Nations unies :
http://treaties.un.org/pages/Treaties.aspx?id=4&s
ubid=A&lang=fr&clang=_fr
Pour savoir à quel traité régional des droits de
l’homme votre pays est partie, consulter les sites
suivants :
• Haut Commissariat aux droits de l’homme des
Nations unies, Traités régionaux des droits de
l’homme
http://www.ohchr.org/EN/Issues/ESCR/Pages/
RegionalHRTreaties.aspx
• Organisation des États américains, Traités :
signatures et ratifications
http://www.oas.org/DIL/treaties_signatories_r
atifications_subject.htm
Vous pouvez aussi consulter Death Penalty
Worldwide (la peine de mort dans le monde), un
site Internet et une base de données sur
l’application de la peine de mort dans le monde
en droit et dans la pratique :
www.deathpenaltyworldwide.org
II.
MODÈLES
A.
FORMULAIRES TYPES POUR LES
PROCÉDURES DE PLAINTES DE
L’ONU
Formulaire type pour la présentation de requêtes
au titre du Protocole facultatif se rapportant au
PIDCP, CAT et CERD
http://www.ohchr.org/Documents/AboutUs/Civil
Society/Chapter8_fr.pdf
Questionnaires types pour les procédures de
communications et plaintes,
http://www2.ohchr.org/french/bodies/question.ht
m
Anne F. Bayefsky, How to Complain to the UN
Human Rights Treaty System (Comment porter
plainte auprès des organes de traités des droits de
l’homme de l’ONU), Kluwer Law Int’l (2003),
disponible en anglais :
http://www.bayefsky.com/tree.php/area/complai
n
Formulaire en ligne pour le PIDCP, CAT,
CEDAW, et CERD :
http://www.bayefsky.com/unts/login/index.php.
III.
LISTE DE SIGLES
•
ACRWC - Charte africaine des droits et
bien-être de l'enfant
•
BPPAPAFDI - Ensemble de principes
pour la protection de toutes les personnes
soumises à une forme quelconque de
détention ou d'emprisonnement
•
BPTP - Principes fondamentaux relatifs
au traitement des détenus
•
CADH - Convention américaine des
droits de l’homme
•
CADHP - Charte Africaine des Droits de
l’homme et des Peuples
•
CAT - Convention contre la torture et
autres peines ou traitements cruels,
inhumains ou dégradants
•
CEDAW - Convention sur l’élimination
de toutes les formes de discrimination à
l’égard des femmes
•
CEDH - Convention européenne de
sauvegarde des droits de l’homme et des
libertés fondamentales
•
CERD - Convention internationale sur
l'élimination de toutes les formes de
discrimination raciale
•
CRPD - Convention relative aux droits
des personnes handicapées
•
CRC - Convention internationale des
droits de l'enfant
•
DDDH — Déclaration sur les défenseurs
des droits de l'homme
•
DEAFIDBRB - Déclaration sur
l'élimination de toutes les formes
d'intolérance et de discrimination fondées
sur la religion ou la conviction
•
IACPPEVW - Convention
interaméricaine pour la prévention, la
sanction et l’éradication de la violence
contre les femmes
•
•
•
IV.
A.
IACPPT - Convention interaméricaine
pour la prévention et la répression de la
torture
PIDCP- Pacte international relatif aux
droits civils et politiques
PIDESC - Pacte international relatif aux
droits économiques, sociaux et culturels
LISTE D’ONG, D’UNIVERSITÉ
DE DROIT, ET D’AUTRES
ORGANISATIONS QUI
PEUVENT VOUS AIDER A
PRÉSENTER DES PLAINTES
AUPRÈS DES ORGANISMES
DES DROITS DE L’HOMME
ET À FAIRE CONNAITRE
VOTRE AFFAIRE
CENTRE DES DROITS DE L’HOMME
• Center for International Human Rights,
Northwestern University School of Law
(Centre pour les droits de l’homme
internationaux de la faculté de droit de
l’Université Northwestern)
Contact : Sandra Babcock
s-babcock@law.northwestern.edu
B.
ONG
• Amicus
http://www.amicusalj.org/about_amicus/contact.php
Tel: +44-207 072 5603 / 31
• Amnesty International
http://www.amnesty.org/en/contact
Tel: +44-20-74135500
• Anti-Death Penalty Asia Network
http://adpan.net/contact/
• Death Penalty Project
http://www.deathpenaltyproject.org/c
ontact/
Tel: +44-203-2062748
• Ensemble contre la peine de mort
http://www.abolition.fr/
Tel: +33(0)-1-57-63-03-57
• Fédération internationale des droits de
l’homme
http://www.fidh.org/-SecretariatinternationalTel: +33-1-43-55-25-18
• Interights
http://www.interights.org/contactus/index.html
Tel: + 44(0)-20-7264 3989
• Reprieve
http://www.reprieve.org.uk/about/
Tel: 020 7553 8140
V.
LISTE DE CIRCONSTANCES
ATTENUANTES
Pensez à interroger les témoins du passé de
votre client : les membres de sa famille (sa
mère, son père, ses frères et sœurs, ses oncles et
tantes, ses neveux et nièces), le chef du village,
ses voisins, les chefs religieux, ses enseignants,
les infirmières, les policiers, les gardiens de
prison, ses enfants.
Remarque : Selon les faits reprochés, certaines
personnes dans l’entourage du prisonnier
peuvent être perturbées à l’idée qu’il puisse être
libéré. Dans certaines communautés rurales
africaines, il peut être nécessaire de contacter en
premier le chef du village pour l'informer de vos
intentions avant d'interroger les témoins. Votre
présence risque de perturber la famille et les
proches pour différentes raisons : il peut s’être
écoulé beaucoup de temps entre le moment où le
MES NOTES:
Page | 104
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
crime a été commis et votre visite ; le crime
commis peut avoir choqué par sa nature ; la
relation entre votre client et sa famille et son
entourage peuvent être aussi en cause. Vous
devez expliquer que vous essayez de faire en
sorte que votre client bénéficie d'un procès
équitable, et que vous voulez être sûr que vous
avez des informations exactes sur sa vie et la
nature de l'infraction. Si cela vous semble
pertinent, vous pouvez expliquer que votre
travail consiste à lui sauver la vie et à lui
épargner une condamnation à mort, mais qu'il y a
peu de chance qu'il soit libéré de prison.
Avant de commencer à interroger les témoins,
présentez-vous et expliquez comment vous aidez
votre client dans sa défense. Si l'affaire en est à
l’appel, expliquez que vous l’aidez pour la
procédure d'appel. Demander au témoin si il ou
elle a eu des contacts avec votre client et quand
ils se sont vus/parlés pour la dernière fois.
Expliquez qu'il est toujours en prison et donnezleur des informations sur son état de santé, son
état général et l’avancement du procès.
Demandez-leur s'ils ont un message à transmettre
à votre client.
Avant de poser des questions, expliquez aux
témoins que vous allez leurs poser de
nombreuses questions, dont certaines peuvent
sembler étranges, et qui peuvent porter sur des
renseignements très privés. Assurez-leur que
même si les informations que vous leur
demandez semblent néfastes pour votre client,
vous ne les utiliserez que dans son intérêt. Le
plus important est d'être honnête. Tout ce que
vous dites doit rester confidentiel. Expliquez que
vous n'êtes pas là pour juger, mais pour
comprendre. Expliquez qu'il est important pour
vous de poser toutes ces questions car elles vous
donnent une image plus complète de la vie de
votre client et peuvent peut-être expliquer son
comportement et contribuer à préparer sa
défense.
Questions à poser pour reconstituer l'arbre
généalogique du prisonnier :
•
Pouvez-vous me parler un peu de [nom
du prisonnier] ? Comment était-il en tant
que [frère / enfant / père] ?
•
Avait-il des responsabilités au sein du
village ?
•
Quelle était sa réputation dans le village /
son entourage ?
•
Avait-il un emploi ? Que faisait-il ? À
quel âge a-t-il commencé à travailler ?
Quel genre de travail faisait-il enfant (en
supposant qu'il travaillait enfant).
•
Allait-il à l'église / mosquée ? Avait-il un
rôle particulier ? Avez-vous remarqué un
changement dans sa pratique religieuse ?
•
Scolarisation : Où est-il allé à l'école,
jusqu’où est-il allé, pourquoi s'est-il
arrêté ?
•
A-t-il appris à lire et à écrire ? Comment
s’en est-il sorti par rapport à ses frères et
sœurs ou à d’autres membres de sa
famille ? Avait-il des difficultés
d’apprentissage ?
Questions afin d’identifier d’éventuelles
maladies mentales ou troubles mentaux :
•
Quel était son état de santé quand il était
nourrisson, enfant et adolescent ? A-t-il
déjà souffrent de maladies graves comme
le paludisme, la tuberculose, ou d'autres
maladies ?
•
A-t-il déjà été blessé à la tête ?
(Demandez des détails sur les causes, son
âge, témoins, hospitalisation ?)
•
A-t-il déjà perdu conscience, a-t-il déjà eu
des absences ? (Demandez des détails : à
quel âge, pendant combien de temps,
combien de fois, quels témoins)
•
Souffre-t-il de maux de tête ?
•
A-t-il déjà eu des convulsions ?
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
Page | 105
•
•
•
•
•
Quel genre de remèdes traditionnels, le
cas échéant, a-t-il reçu pour d’éventuelles
difficultés mentales ? Est-il déjà allé
consulter un médecin ?
Y a-t-il des éléments indiquant que le
prisonnier aurait été victime d'abus
sexuels ou de violences sexuelles par un
membre de sa famille ou de son
entourage ?
•
Est-ce que [nom] a déjà été sujet à des
crises de rage, ou à des attaques de
panique ?
•
[Si la réponse est oui] : Qu'est-ce qui les
déclenche? Arrive-t-il à se maîtriser ?
•
Que se passe-t-il quand il ne se maîtrise
pas ?
•
À quel âge ce comportement a-t-il
commencé ?
•
Avez-vous remarqué quelque chose
d’autre d’inhabituel dans le
comportement du prisonnier ?
Avez-vous déjà remarqué quelque chose
d'inhabituel chez lui par rapport à d'autres
[frères / enfants / personnes dans votre
famille / personnes dans votre
entourage] ?
Sa consommation d'alcool était-elle
courante ? Combien en buvait-il, à quelle
fréquence ?
•
La consommation d'alcool était-elle
courante dans sa famille ?
•
Ses parents consommaient-il de l'alcool ?
Plus ou moins que d'autres dans leur
entourage ?
•
Comment se comportaient-ils quand ils
étaient ivres ?
•
et sœurs ? S’attirerait-il souvent des
ennuis dans sa jeune enfance ?
L’avez-vous, vous ou quelqu'un d’autre
de votre famille, déjà emmené chez un
guérisseur traditionnel ? Pourquoi ?
(Demandez des détails : à quel âge,
pendant combien de temps, combien de
fois, quels témoins)
Comment était la relation entre ses
parents ? Se battaient-ils ? Leurs disputes
étaient-elle verbales uniquement ou aussi
physiques ? Pouvez-vous décrire
certaines de ces disputes ? Votre client
avait-il déjà essayé d’intervenir pour
arrêter ces disputes ?
•
Votre client a-t-il déjà été victime de
violence de la part d'un membre de sa
famille ? Quelle en était la gravité ?
•
A-t-il déjà été témoin d’autres formes de
violence au sein de sa famille ou dans son
entourage ?
•
Comment était-il puni enfant quand il se
conduisait mal ? Avait-il un
comportement plus difficile que ses frères
Questions au sujet de sa santé pré et
postnatale (à sa mère en particulier, mais
aussi à ses frères et sœurs aînés, ses tantes et
son père) :
•
Expliquez que la santé prénatale et
postnatale peut avoir des effets à long
terme sur la croissance physique, le
développement cognitif, la capacité
d'apprentissage, les performances
scolaires, les résultats scolaires et le
rendement au travail.
•
Lorsque vous étiez enceinte de [nom],
avez-vous souffert de malnutrition sévère
? Y avait-il des périodes où il n'y avait
pas de nourriture du tout ? Y a-t-il eu des
périodes de sécheresse pendant la
grossesse ? Demandez des détails :
quand, à quelle fréquence. Comment
pouviez-vous obtenir de la nourriture
supplémentaire ? Quelle était votre
alimentation pendant la grossesse ?
•
Y a-t-il d’autres détails sur la période de
grossesse et la naissance de votre client?
MES NOTES:
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GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
•
Y a-t-il eu des complications pendant la
grossesse? (Demander des détails)
•
Y a-t-il eu des complications lors de
l'accouchement ? (Demander des détails)
Comment s’est passé l’accouchement de
[nom] par rapport à vos autres enfants ?
Avez-vous accouché dans un hôpital ou
chez vous ? Qui était présent avec vous ?
•
Y a-t-il eu des moments où votre enfant
[le prisonnier] a souffert de malnutrition
sévère ? Des moments où il n'y avait pas
de nourriture du tout ? En raison de la
sécheresse ? En raison de période de
chômage du responsable légal ?
Demander des détails : quand, à quelle
fréquence. Comment réussissiez-vous à
vous procurer de la nourriture
supplémentaire ?
•
Comment s’est passé le développement
de [nom] par rapport à vos autres enfants
? À quel âge a-t-il appris à marcher, à
parler, à quel âge a-t-il été propre ? Étaitce plus tôt ou plus tard que vos autres
enfants ?
Conclure l’entretien :
Remerciez-les pour leur temps. Dites-leur
combien vous appréciez d’avoir eu l'occasion de
parler avec eux. Donnez-leur une idée de la durée
que prendra le procès / la procédure d’appel.
Dites-leur que vous ferez de votre mieux pour
aider [prisonnier], mais que vous ne pouvez pas
faire de promesses ou même prédire l’issue du
procès. Si vous en êtes au stade de l'appel,
expliquez que vous essayez de faire en sorte qu'il
ne soit pas exécuté, qu’il obtienne les soins
médicaux et psychologiques dont il a besoin, et
que sa peine d’emprisonnement soit réduite.
MES NOTES:
GUIDE DE BONNES PRATIQUES POUR LES AVOCATS DEFENDANTS DES CONDAMNÉS À MORT
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CHAPITRE 12: NOTES
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Principes de base relatifs au rôle du barreau, adoptés par le huitième Congrès des Nations unies pour la prévention du
crime et le traitement des délinquants, La Havane, 27 août au 7 septembre 1990, ONU Doc A/CONF.144/28/Rev.1
p.118 (1990)
Dans les pays où la peine de mort obligatoire est appliquée, les tribunaux ne peuvent pas toujours tenir compte de ces
facteurs pour prononcer une condamnation pour certains crimes. Cependant, il reste capital d’enquêter sur le passé de
votre client. Même dans les pays où la peine de mort obligatoire est appliquée les procureurs peuvent faire usage de
leur pouvoir de discrétion pour inculper votre client d’un crime moins grave qui ne serait pas nécessairement passible
de la peine de mort. Vous pouvez contribuer à convaincre les procureurs d’utiliser leur pouvoir de discrétion pour éviter
la peine de mort en leur présentant des preuves attestant que votre client est atteint d’une maladie mentale, a été objet
de violences, ou autres.
ECOSOC Res. 1989/64, ¶ 1(a).
« La Cour rappelle que le droit pour un accusé à pouvoir, dans certains cas, être assisté d’un avocat commis d’office
constitue un élément, parmi d’autres, de la notion de procès équitable en matière pénale » Quaranta c. Suisse, App.
N°12744/87, ¶ 27, CEDH (24 mai 1991). Voir aussi Artico c. Italie, App. N°6694/74, ¶ 33, CEDH (13 mai 1980). Les
affaires de la CEDH sont disponibles sur le site : www.CEDH.coe.int/hudoc.
PIDCIP Art. 14; Taylor c. Jamaïque, ¶ 8.2, Communication N°707/1996, Doc. ONU CCPR/C/60/D/707/1996, HCDH
(14 juin 1996) (« …toute personne accusée d'une infraction pénale a droit à avoir l'assistance d'un défenseur de son
choix; si elle n'a pas de défenseur, à être informée de son droit d'en avoir un, et, chaque fois que l'intérêt de la justice
l'exige, à se voir attribuer d'office un défenseur, sans frais, si elle n'a pas les moyens de le rémunérer »)
Dans l’affaire Moreno Ramos c. États-Unis, affaire 12.430, Rapport N°1/05, OEA/Ser.L./V/II.124, Doc. 5, CIDH
(2005), la CIDH a établi que les États-Unis ont violé le principe d’équité, les garanties procédurales et le principe de
procès équitable prévus par les articles II, XVIII et XXVI de la Déclaration américaine, ce qui inclut le droit à une
assistance juridique compétente, car l’avocat de M. Morenos Ramos durant le procès n’a pas réussi à présenter des
preuves de circonstances atténuantes durant la partie du procès déterminant la condamnation, et n’a pas tenté de
convaincre le jury de le condamner à la prison à vie. Voir aussi Medellín, Ramírez Cárdenas & Leal García c. ÉtatsUnis, affaire 12.644, Report N°90/09, OEA/Ser.L./V/II.135, Doc. 37, CIDH (7 août 2009) (qui a estimé que les ÉtatsUnis avaient violé le droit des requérants à des garanties procédurales et à un procès équitable en vertu des articles
XVIII et XXVI de la Déclaration américaine en fournissant un avocat de la défense incompétent dans une affaire de
peine de mort). De plus, l’article 6(3)(c) de la CEDH impose aux autorités nationales d’intervenir (prendre des mesures
positives) si l’incapacité à fournir une assistance juridique effective est manifeste ou suffisamment portée à leur
attention d’une autre façon. Voir Artico c. Italie, App. N°6694/74, CEDH (13 mai 1980); Kamasinski c. Autriche, (App.
N°9783/82, CEDH, 19 décembre 1989); Imbrioscia c. Suisse, App. N°13972/88, CEDH (24 novembre 1993); Czekalla
c. Portugal, App. N°38830/97, CEDH (10 octobre 2002); Sannino c. Italie, App. N°30961/03, CEDH (27 avril 2006);
Panasenko c. Portugal, App. N°10418/03, CEDH (22 juillet 2008). Il existe des dispositions similaires dans la
législation nationale de nombreux pays, notamment aux États-Unis et au Portugal. Voir, par ex., Strickland c.
Washington, 466 U.S. 668 (1984); Portugal Estatuto da Ordem dos Advogados, art. 93 § 2, art. 95 §§ 1, 2, loi N°15 (26
janvier 2005, dernière modification en 2010) (décrivant l’obligation d’un avocat de refuser une affaire s’il sait qu’il
n’aura pas les compétences ou la disponibilité nécessaire pour la préparer et s’engager avec zèle dans la représentation,
et d’informer le client des progrès de l’affaire).
Principes de base relatifs au rôle du barreau, ¶ 3. « Les pouvoirs publics prévoient des fonds et autres ressources
suffisantes permettant d'offrir des services juridiques aux personnes les plus démunies et, le cas échéant, à d'autres
personnes défavorisées. Les associations professionnelles d'avocats doivent collaborer à l'organisation et à la fourniture
des services, moyens et ressources pertinents » Dans Reid c. Jamaïque, le Comité a estimé que « lorsqu'il s'agit en
particulier de procès pouvant entraîner la peine capitale, l'assistance juridictionnelle devrait permettre à l'avocat de
préparer la défense de son client dans des conditions propres à assurer que justice sera faite, et devrait comprendre
notamment une rémunération adéquate de ses services » ¶ 13, Communication N°250/1987, Doc. ONU
CCPR/C/39/D/250/1987 (1990)
Robinson c. Jamaïque, 241, Communication N°223/1987, Doc. ONU Supp. No 40 (A/44/40) p. 41 (1989) (les États
parties sont dans l’obligation de fournir une représentation effective par un avocat dans les affaires de peine de mort
même si le fait de fournir une assistance juridique obligerait à ajourner la procédure); ECOSOC Res. 1989/64
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(demande aux États membres d’apporter « une protection spéciale aux personnes inculpées de crimes passibles de la
peine de mort, en leur accordant du temps et des facilités pour préparer leur défense, notamment l’aide d’un avocat à
toutes les étapes de la procédure, une protection spéciale à tous les stades de la procédure, cette protection devant aller
au-delà de celle qui est accordée aux personnes qui ne sont pas passibles de la peine capitale»); Kamasinski c. Autriche,
App. N°9783/82, ¶ 65, CEDH (19 décembre 1989) (« L’inégalité des parties devant la cour peut aisément produire une
erreur judiciaire. Lorsque l’avocat de la défense ne fournit pas une représentation efficace, les autorités doivent soit le
remplacer soit obliger l’avocat à remplir ses obligations » [Traduction non-officielle]).
Artico c. Italie, App. N°6694/74, ¶ 33, CEDH (13 mai 1980).
Les Principes de base relatifs au rôle du barreau de l’ONU établissent que « Toute personne peut faire appel à un avocat
de son choix pour protéger et faire valoir ses droits et pour la défendre à tous les stades d'une procédure pénale ». Les
Garanties pour la protection des droits des personnes passibles de la peine de mort de l’ONU établissent que « la peine
capitale ne peut être exécutée qu'en vertu d'un jugement final rendu par un tribunal compétent après une procédure
juridique offrant toutes les garanties possibles pour assurer un procès équitable, garanties égales au moins à celles
énoncées à l'article 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, y compris le droit de toute personne
suspectée ou accusée d'un crime passible de la peine de mort de bénéficier d'une assistance judiciaire appropriée à tous
les stades de la procédure. » (25 mai 1984). http://www2.ohchr.org/french/law/garantie_dp.htm
Voir ABA Guidelines for the Appointment and Performance of Defense Counsel in Death Penalty Cases (Directives de
l'ABA pour la désignation et la réussite des avocats de la défense dans les dossiers peine de mort), Directive 10.14,
« Duties of Trial Counsel After Conviction » (« Devoirs de l’avocat du procès après la condamnation ») (Février 2003),
http://www.americanbar.org/content/dam/aba/migrated/2011_build/death_penalty_representation/2003guidelines.authc
heckdam.pdf (lien en anglais) (« L’avocat du procès en première instance doit garantir que le statut juridique du client
n’est pas affecté durant la période de transition d’avocat. L’avocat du procès doit … faire tout ce qui est en son pouvoir
pour garantir que cette période sera aussi courte que possible. Dans tous les cas, l’avocat du procès doit continuer de
fournir ses services au client tant que la relève n’a pas été prise. » [Traduction non-officielle] )
Commission internationale des juristes, International Principles on the Independence and Accountability of Judges,
Lawyers, and Prosecutors (Principes internationaux sur l’indépendance et la responsabilité des juges, avocats et
procureurs), Guide pratique N°1, p. 5 (2007), http://www.icj.org
PIDCP art. 14(3)(b) ; CEDH art. 6(3)(b) ; CADH art. 8(2)(c) ; ACHPR ¶ 2(E)(1) ; Statuts TPIY art. 21(4)(b), Statuts
TPIR art. 20(4)(b), Statuts CPI art. 67(1)(d).
PIDCP Cmt. 13 : « Quel est le «temps nécessaire» dépend des circonstances de chaque cas, mais les facilités doivent
comprendre l'accès aux documents et autres éléments de preuve dont l'accusé a besoin pour préparer sa défense, ainsi
que la possibilité de participer et de communiquer avec son avocat. » Voir aussi Pedersen & Baadsgaard c. Danemark,
App. N°49017/99, CEDH (17 décembre 2004).
Smith c. Jamaïque, Communication N°282/1988, Doc. ONU CCPR/C/47/D/282/1988, (31 mars, 1993) ; Reid c.
Jamaïque, Communication N°355/1989, Doc. ONU CCPR/C/51/D/355/1989, (8 juillet 1994). (M. Reid, l’accusé, n’a
rencontré son avocat que 10 minutes avant le procès. Cela ne constitue pas un temps de préparation suffisant)
Voir aussi Chaparro Álvarez et Lapo Iñiguez c. Equateur, IACtHR (21 novembre 2007); Gordillo, Raúl Hilario, Expte:
G.445.XXI, Fallos: 310 :1934, CSJN (29 septembre 1987) (Cour suprême d’Argentine); Goddi c. Italie, App.
N°8966/80, CEDH (9 avril 1984) ; Daud c. Portugal, App. N°22600/93, CEDH (21 avril 1998) ; Bogumil c. Portugal,
App. N°35228/03, CEDH (7 octobre 2008); Öcalan c. Turquie, App. N°46221/99, CEDH (12 mars 2003, première
partie), (5 mai 2005, Grande chambre).
ECOSOC Res. 1996/15 (adoptée le 23 juillet 1996).
Voir ABA Guidelines for the Appointment and Performance of Defense Counsel in Death Penalty Cases (Directives de
l'ABA pour la désignation et la réussite des avocats de la défense dans les dossiers peine de mort), directive 4.1,
« L’équipe de la défense et les services d’aide » (février 2003)
PIDCP art.14(3)(f). art. 6(3)(e) de la CEDH, art. 8(2)(a) de la CADH, et les articles 20(4)(f) et 21(4)(f) respectivement,
des statuts du Tribunal pénal international pour le Rwanda et l’ex-Yougoslavie quant au droit de l’accusé à l’aide
gratuite d’un interprète lorsque l’accusé ne comprend ou ne parle pas la langue de la cour.
Bradley A. Maclean, Effective Capital Defense Representation and the Difficult Client (La représentation effective de
la défense dans les affaires de peine de mort et les clients difficiles), 76 TENNESSEE LAW REVIEW 661, 674 (2009)
(« Dans les affaires de peine de mort, lorsque la vie du client est en jeu, plus qu’en toute autre circonstances, la relation
de proximité et de confiance entre l’avocat et son client est capitale » Traduction non-officielle).
Voir Model Rules of Professional Conduct (Règles modèles de conduite professionnelle) (2010),
http://www.abanet.org/cpr/mrpc/mrpc_toc. html. (Texte en anglais).
MES NOTES:
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Maclean, Effective Capital Defense Representation (Représentation effective de la défense), p. 674.
Leona D. Jochnowitz, Missed Mitigation: Counsel’s Evolving Duty to Assess and Present Mitigation at Death Penalty
(Circonstances atténuantes manquées : évolution du devoir de l’avocat d’évaluer et de présenter des circonstances
atténuantes dans les affaires de peine de mort), 43 N°1 CRIMINAL LAW BULLETIN Art. 5 (2007).
24
Maclean, Effective Capital Defense Representation (Représentation effective de la défense), p. 670.
25
Id. p 676.
26
Voir le Code de conduite professionnelle des conseils de la Cour pénale internationale (décembre 2006).
27
La plupart des codes de conduite des avocats tiennent compte des règles portant sur les conflits d’intérêt. Voir par ex.,
Conseil des barreaux européens, Code de déontologie des avocats européens, Art. 3.2,1.
http://www.ccbe.eu/fileadmin/user_upload/NTCdocument/FR_Code_de_deontolog2_1306748216.pdf (1988, dernier
amendement en 2006) (« L’avocat ne doit être ni le conseil, ni le représentant ou le défenseur de plus d’un client dans
une même affaire, s’il y a conflit entre les intérêts de ces clients ou un risque sérieux d’un tel conflit. 3.2.2. L’avocat
doit s’abstenir de s’occuper des affaires de deux ou de tous les clients concernés lorsque surgit entre eux un conflit
d’intérêts, lorsque le secret professionnel risque d’être violé ou lorsque son indépendance risque de ne plus être entière.
3.2.3. L’avocat ne peut accepter l’affaire d’un nouveau client si le secret des informations données par un ancien client
risque d’être violé ou lorsque la connaissance par l’avocat des affaires de l’ancien client favoriserait le nouveau client
de façon injustifiée. »); Statut des avocats portugais, Art. 94 (Estatuto da Ordem dos Advogados, loi N°15/2005 du 26
janvier, dernier amendement en 2010); Code d’éthique des avocats argentins, Art. 19(g) (Código de Ética de los
Abogados, Colegio Público de Abogados de la Capital Federal, 1987). Le Code de procédure pénale, Art. 106(§4-bis)
(Codice di Procedura Penale, de 1988), établit que la défense de plusieurs accusés ne peut pas être confiée à un seul et
même avocat si les accusés ont réalisé des déclarations sur la responsabilité d’un autre accusé dans la même affaire ou
dans une affaire conjointe ou liée à la première. Le commentaire de la Règle V du Code de déontologie des avocats
(Haïti) fournit une définition concrète des conflits d’intérêt : « Il y a conflit d’intérêts lorsque les intérêts en présence
sont tels que le jugement et la loyauté de l’avocat envers son client (ou envers un client éventuel) peuvent en être
défavorablement affectés. »
28
John Stewart Geer, Representation of Multiple Criminal Defendants: Conflicts of Interest and the Professional
Responsibilities of the Defense Attorney (Représentation de plusieurs accusés au pénal : conflits d’intérêt et
responsabilité professionnelles de l’avocat de la défense), 62 MINNESOTA LAW REVIEW 119, 126-31 (1997-1998).
29
Gary T. Lowenthal, Joint Representation in Criminal Cases: A Critical Appraisal (Représentation conjointe dans les
affaires pénales : une évaluation capitale) , 64 VIRGINIA LAW REVIEW 939, 944 (1978). Voir aussi Gary T.
Lowenthal, Why Representing Multiple Defendants is a Bad Idea (Almost Always) (Pourquoi, dans la plupart des cas,
il ne vaut mieux pas représenter plusieurs accusés), 3 CRIMINAL JUSTICE 7 (1998-1999).
30
PIDCP Art. 14(2) ; CADHP art. (7)(1)(b) ; CADH art. 8(2) ; CEDH art. 6(2) ; Constitution du Pérou, Art. 2, ¶ 24(e) ;
Constitution de la République des Philippines, art. III, § 14(2) ; Constitution de l’Ouganda, Ch. 4, art. 28(3)(a).
31
CADHP Art. 6 ; CEDH art. 5(1) ; CADHP, Constitutional Rights Project and Civil Liberties Organisation v. Nigeria
(Organisation pour un projet de droits constitutionnels et libertés civiles c. Nigeria), Communication N°102/93,
ACommHPR (31 octobre 1998).
32
Constitution du Pakistan, Part II, Ch. 1, § 10(4) ; Constitution de la République des Philippines, art. III, § 13 ;
Constitution de l’Ouganda, Ch. 4, art. 23(6).
33
Constitution d’Oman art. 24; Constitution du royaume de Thaïlande, Part 4, § 40(7).
34
PIDCP art. 9(3); CEDH art. 5(3); CADH, art. 7(5) ; Michael & Brian Hill c. Espagne, p. 17, ¶ 12.3, Communication
N°526/1993, Doc. ONU CCPR/C/59/D/526/1993, HRC (2 avril 1997).
35
Stephens c. Jamaïque, p. 9, ¶ 9.6, Communication N°373/1989, Doc. ONU CCPR/C/55/D/373/1989, HRC (18 octobre
1995) (explique que la durée entre l’arrestation de votre client et sa première comparution devant le juge « ne doit pas
dépasser quelques jours »); Constitution du Pérou, art. 2, ¶ 24(f).
36
PIDCP Part II, art. 9(3)-(4); CADH art. 7(6); CEDH, art. 5(3); CADH, art. 7(4)-(7).
37
Constitution de l’Ouganda, Ch. 4, § 23(4).
38
Ce droit est traité au Chapitre 6, II, 1.
39
HRC observation générale N°13 (12 mai 2004),
http://www1.umn.edu/humanrts/gencomm/french/f-HRC-comment13.htm [Traduction non-officielle]
40
PIDCP art. 10(1); Constitution de la République des Philippines, art. III, § 12(2).
41
Id.
42
HRC, observation générale N°15; Ensemble de principes pour la protection de toutes personnes soumises à une forme
quelconque de détention ou d'emprisonnement de l’ONU, Principe 23 (9 décembre1988),
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http://www.un.org/french/documents/view_doc.asp?symbol=A/RES/43/173&Lang=F ; Code de conduite pour les
responsables de l’application des lois de l’Assemblée générale de l’ONU, art. 5 (17 décembre 1979), http://daccessdds-ny.un.org/doc/RESOLUTION/GEN/NR0/380/30/IMG/NR038030.pdf?OpenElement ; Constitution du Pérou, art.
2, ¶ 24(h).
Règles pénitentiaires européennes, règle 18.8(a), Recommandation du Comité des Ministres aux États membres N°
2006(2) (11 janvier2006).
Règles pénitentiaires européennes, règle 18.8(b).
Règles pénitentiaires européennes, règle 18.8(c).
Règles pénitentiaires européennes, règle 18.
Règles pénitentiaires européennes, règle 26.
Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus de l’ONU, règle 21 (13 mai 1977),
http://www2.ohchr.org/french/law/detenus.htm ; Règles pénitentiaires européennes, règle 27.
Règles pénitentiaires européennes, règles 39 à 48 ; Constitution du Pérou, art. 2, ¶ 24(h) ; Constitution de l’Ouganda,
Ch. 4, art. 23(5)(b)-(c).
Règles pénitentiaires européennes, règle 22.
Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus de l’ONU, règles 6(1), 41, 42 ; Ensemble de principes pour
la protection de toutes personnes soumises à une forme quelconque de détention ou d'emprisonnement de l’ONU,
Principe (5)1 ; Règles pénitentiaires européennes, règles 13, 29.
Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus de l’ONU, Règle 6(1), 41, 42 ; Ensemble de principes pour
la protection de toutes personnes soumises à une forme quelconque de détention ou d'emprisonnement de l’ONU,
Principe (5)1 ; Règles pénitentiaires européennes, règles 13, 29.
Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus de l’ONU, règle 93 ; Ensemble de principes pour la
protection de toutes personnes soumises à une forme quelconque de détention ou d'emprisonnement de l’ONU, Principe
18 ; Règles pénitentiaires européennes, Règle 23.4 ; Règles de détention du Tribunal pénal international pour l’exYougoslavie, règle 67(D) ; Constitution de l’Ouganda, Ch. 4, art. 23(5)(b).
L’article 12 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels affirme que toute personne a le
droit à la santé mentale et physique (3 janvier 1976),
http://www.un.org/french/documents/view_doc.asp?symbol=A/RES/2200(XXI)&Lang=F
Voir Garanties des Nations unies pour la protection des droits des personnes passibles de la peine de mort, § 3 (25 mai
1984) http://www2.ohchr.org/english/law/protection.htm, C.E.S. Res. 1984/50, annexe, 1984 ONU CES Supp. (N°1) p.
33, ONU Doc. E/1984/84 (1984).
ECOSOC a mis en évidence le fait que la Section 3 des Garanties de l'ONU interdit également l'application de la peine
de mort sur des « personnes souffrant de déficience intellectuelle ou ne possédant des capacités intellectuelles
qu'extrêmement limitées qu'on en soit au stade de la condamnation ou de l'exécution » Res. 1989/64, 51 ¶ 1(d), ONU.
Doc. E/1989/91 (1989). Le HCR a également demandé aux pays d'éviter d'exécuter toute personne souffrant de
déficience ou de troubles mentaux quels qu'ils soient. Question de la peine de mort, ONU Doc. E/CN.4/2005/L.77
(2005). Voir également Rapport sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, ¶ 116, ONU. Doc.
E/CN.4/1997/60 (1996) (demandant aux États condamnant des malades mentaux à la peine capitale de « rendre leur
législation nationale conforme aux normes internationales »).
Voir par ex., Reyes c. La Reine, UKPC, 2 AC 235, 241 (2002) (appel Belize) ; Coard c. Ministère Public. [2007]
UKPC 7 (appel Grenade) ; Dacosta Cadogan c. Barbade, Cour interaméricaine des droits de l'homme (24 septembre
2009) ; Kigula & Autres c. Ministère Public, 2006 Cour suprême. Appel constitutionnel N°03 (Ouganda 2009) ;
Woodson c. Caroline du Nord, 428 États-Unis. 280 (États-Unis 1976) ; Mithu c. Punjab, 2 SCR (Rapport de la Cour
suprême) 690 (Inde 1983).
Leona D. Jochnowitz, Missed Mitigation: Counsel’s Evolving Duty to Assess and Present Mitigation at Death Penalty
(Les circonstances atténuantes manquées : l'évolution du devoir de l'avocat d'évaluer et de présenter des circonstances
atténuantes pour une peine capitale), 43 N°1 CRIMINAL LAW BULLETIN (Bulletin de droit pénal) Art. 5 (2007).
[Traduction non officielle]
Bradley A. Maclean, Effective Capital Defense Representation and the Difficult Client (Clients difficiles et
représentation efficace de la défense dans les affaires de peine capitale), 76 TENNESSEE LAW REVIEW (REVUE
JURIDIQUE DU TENNESSEE) 661, 670 (2009). [Traduction non officielle]
Id. 671
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Voir par ex. Allen P. Wilkinson & Ronald M. Gerughty, Bite Mark Evidence: Its Admissibility is Hard to Swallow, (La
preuve d'une marque de morsure, son admissibilité est difficile à avaler) [Traduction non officielle] 12 WESTERN STATE
UNIVERSITY LAW REVIEW (Revue judiciaire de l'université de Western State) 519, 560 (1985).
62
Entretien avec Ameir Mohamed Suleiman, African Center for Justice and Peace Studies (Centre africain d'études sur la
justice et la paix) (24 février 2010).
63
Dans l'affaire Strickland c. Washington, 466 U.S. 668 (1984), la Cour suprême des États-Unis a maintenu que dans le
cadre d'une affaire de peine capitale, l'avocat de la défense a pour devoir de mener une enquête raisonnable sur les
défenses potentielles pouvant être utilisées ou de déterminer de façon raisonnable qu'une telle enquête s'avère inutile.
64
Voir le PIDCP, Art. 6¶5 ; ONU. Garanties § 3. L'article 37 de la Convention relative aux droits de l’enfant dispose
également qu'il faut veiller à ce que « nul enfant ne soit soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels,
inhumains ou dégradants. Ni la peine capitale ni l'emprisonnement à vie sans possibilité de libération ne doivent être
prononcés pour les infractions commises par des personnes âgées de moins de dix-huit ans ».
65
Voir par ex. Convention américaine relative aux droits de l'homme Art. 4(5), 1144 U.N.T.S. (Recueil des Traités des
Nations unies) 146 (22 novembre 1969) (« La peine de mort ne peut être infligée aux personnes qui, au moment où le
crime a été commis, étaient âgées de moins de 18 ans ou de plus de 70 ans; de même elle ne peut être appliquée aux
femmes enceintes. »)
66
J.Y. McKee, Criminal Justice Systems in Europe and North America: France (Les systèmes de justice pénale et
Europe et en Amérique du Nord : France) 6.1.1(b), HEUNI, l'Institut européen pour la prévention du crime et la lutte
contre la délinquance, affilié à l’ONU (2001).
67
Voir ABA Guidelines for the Appointment and Performance of Defense Counsel in Death Penalty Cases (Directives de
l'ABA pour la désignation et la réussite des avocats de la défense dans les dossiers peine de mort), § 10.7,
“Investigation” (février 2003),
http://www.americanbar.org/content/dam/aba/migrated/2011_build/death_penalty_representation/2003guidelines.authc
heckdam.pdf.
68
Daniel Payne, Building the Case for Life: A Mitigation Specialist as a Necessity and a Matter of Right (Bâtir un dossier
en faveur de la Vie : Un spécialiste des circonstances atténuantes est une nécessité et une question de droit), 16
CAPITAL DEFENSE JOURNAL 43 (2003).
69
Dacosta Cadogan c. Barbade, ¶¶ 80-88, Cour intéraméricaine des droits de l’homme-CIDH (24 septembre 2009). De
la même manière, le Privy Council a affirmé, et les tribunaux des Caraïbes ont reconnu que l'État doit fournir une
enquête sociale et des rapports d'évaluation psychiatrique pour tous les prisonniers pouvant être condamnés à mort.
Pipersburgh c. R [2008] 72 WIR 108 (PC) (« C'est la nécessité de considérer les circonstances individuelles et
personnelles du condamné et, notamment, la possibilité qu'il puisse changer et se réadapter dans la société, qui rendent
les enquêtes sociales et les rapports d'évaluation psychiatrique nécessaires pour de telles audiences de détermination de
la peine. ») [Traduction non officielle] ; voir également DPP c. Che Gregory Spencer [2009] Cour suprême de la
Caraïbe orientale, Haute Cour de justice, Fédération de Saint-Christophe-et-Niévès, para 3 (« Il est désormais aussi
courant que l'État fournisse un Rapport d'enquête sociale ainsi qu'un Rapport d'évaluation psychiatrique »).
70
Les Règles de Brasilia sur l'accès à la justice des personnes vulnérables stipulent que les facteurs suivants peuvent être
considérés comme une vulnérabilité : l'âge, le handicap, l'appartenance à une minorité ou une communauté indigène, la
victimisation, la migration, la pauvreté, le sexe ou la privation de liberté. Les Règles de Brasilia soulignent également
l'importance des politiques publiques et d'une assistance juridique qualifiées pour ces personnes jugées vulnérables.
« 100 Regras de Brasilia sobre Acceso a la Justicia de las Personas en condición de Vulnerabilidad » furent
approuvées par le14ème Sommet Judiciaire Latino-américain (2008), www.cumbrejudicial.org/web/guest/110.
71
PIDCP Art. 6 ¶ 5.
72
Id.
73
Convention américaine relative aux Droits de l'Homme Art. 5 § 4.
74
Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant, Art. 30(e) ; Charte arabe des Droits de l'Homme, Art. 12.
75
Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant, Art. 30(e) ; Charte arabe des Droits de l'Homme, Art. 12.
76
Commission des droits de l'homme des Nations unies, Rapport présenté par le Rapporteur spécial à la Commission des
droits de l'homme, S. Amos Wako, 6 février 1989, E/CN.4/1989/25, para 279-283.
77
Voir The Treatment of Prisoners Under International Law (Le traitement des prisonniers en droit international), 322,
324 (Oxford Univ. Press 2008).
78
Id. (« La différence de formulation entre le vocabulaire employé à propos des personnes âgées de moins de 18 ans (« ne
doit être imposé ») et celui employé à propos des femmes enceintes (« ne doit être mené à bien ») suggère l'idée
répugnante qu'une fois l'accouchement passé, le femme pourra éventuellement être exécutée. »).
MES NOTES:
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Id. p 324
Id.
CRC Art. 1.1.
Observations finales du Comité des droits de l'enfant, Arabie saoudite, Doc. CRC/C/SAU/CO/2 (2006).
Voir The Treatment of Prisoners Under International Law (Le traitement des prisonniers en droit international), p. 322.
Michael Domingues c. États-Unis, affaire 12.285, rapport N°62/02, CIDH (2002). Voir également Thomas c. ÉtatUnis, affaire 12.240, rapport N°100/03, CIDH (2003) (« Les preuves accablantes de l'exercice d'un état global…
démontrent une attitude constante et générale de la part des États du globe indiquant que la communauté internationale
considère l'exécution de prévenus âgés de moins de 18 ans à l'époque de leur crime comme allant à l'encontre des
normes morales prédominantes. La Commission considère par conséquent qu'une norme de droit coutumier
international a vu le jour, interdisant l'exécution de prévenus âgés de moins de 18 au moment des faits. »). [Traduction
non officielle]
Convention américaine relative aux Droits de l'homme Art. 4(5).
Code pénal de la République de Biélorussie, Art. 59.2(3) (2009).
Voir Rodley, The Treatment of Prisoners Under International Law (Le traitement des prisonniers en droit international),
p. 325.
Voir PIDCP Art. 24(2), CRC Art. 7.
Directives relatives aux enfants dans le système de justice pénale, Rés ECOSOC 1997/30, ¶ 12 (23 juillet 1996).
CRC, Observation générale 10 ¶¶ 31, 39.
UNICEF, Innocenti Insight: Birth Registration and Armed Conflict (Publication d'Innocenti Insight : Enregistrement
des naissances et conflits armés) [Traduction non officielle] (2007),
http://www.unicef.org/protection/birth_registration_and_armed_conflict%281%29.pdf
ONU. Haut Commissariat pour les réfugiés, Refugee Children: Guidelines on Protection and Care (Enfants réfugiés :
Principes directeurs sur la protection et l'assistance) (1994) http://www.unhcr.org/refworld/docid/3ae6b3470.html
Id. 44
Id.
Id.
Le Rapporteur spécial sur la santé a observé que le terme « personnes déficientes mentales » englobe un immense
éventail d'invalidités et de conditions allant de la déficience intellectuelle à de graves troubles psychiatriques. Rapport
du Rapporteur spécial sur le droit à la santé, E/CN.4/2005/51 (11 février 2005), ¶ 19.
Le Comité des droits de l’homme de l’ONU a également découvert que la lecture d'un mandant demandant l'exécution
d'une personne dont les troubles mentaux la rendent juridiquement irresponsable violait l'article 7 du PIDCP. En 1984,
ECOSOC s'est penché pour la première fois sur ce problème et a conclu que la peine capitale ne peut être appliquée sur
des personnes aliénées. Dans sa résolution sur la mise en œuvre des Garanties, ECOSOC propose de ne pas exécuter
les personnes souffrant de déficience intellectuelle ou de capacités intellectuelles extrêmement limitées. RODLEY, THE
TREATMENT OF PRISONERS UNDER INTERNATIONAL LAW (Le traitement des prisonniers en droit international)
[Traduction non officielle], p. 325.
Voir par exemple Pipersburgh c. R, 72 WIR 108, ¶ 33 (2008) (« C'est la nécessité de considérer les circonstances
individuelles et personnelles du condamné et, notamment, la possibilité qu'il puisse changer et se réadapter dans la
société, qui rendent les enquêtes sociales et les rapports d'évaluation psychiatrique nécessaires pour de telles audiences
de détermination de la peine. ») [Traduction non officielle] Voir également DPP Spencer c. Che Gregory, E. Carib.
Cour Suprême, Haute Cour de justice (2009), Fédération de Saint-Christophe-et-Niévès, ¶ 3 (« Il est désormais aussi
courant que l'État fournisse un Rapport d'enquête sociale ainsi qu'un Rapport d'évaluation psychiatrique »).
La prochaine édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, le DSM V, a été développée et sera
publiée en 2012.
Ouganda c. Bwenge, HCT-03-CR-SC-190/1996 (2009).
Id. 5
Id. 15
Bureau des Nations unies contre la drogue et le crime, Manuel sur les prisonniers ayant des besoins particuliers, p. 12
(2009), www.unodc.org/documents/justice-and-prison-reform/Prisoners-with-special-needs.pdf
Ensemble de règles minima, ¶ 24, (1977) ONU. Doc. A/CONF/611, annexe I.
Centre international d'études pénitentiaires, A Human Rights Approach to Prison Management (La gestion pénitentiaire
selon une approche fondée sur les Droits de l'Homme) [Traduction non officielle], p. 50, www.prisonstudies.org
Ensemble de règles minima, ¶ 44.
MES NOTES:
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Id. ¶ 82.
La Convention de Vienne sur les relations consulaires et le Protocole de signature facultative concernant le règlement
obligatoire des différends, disponibles à l'adresse suivante http://www.state.gov/documents/organization/17843.pdf,
prévoient toute une série de droits applicables si l'avocat découvre qu'un de ses clients est un ressortissant étranger. Par
exemple, l'article 36 de la Convention prévoit le droit à une assistance consulaire et, par conséquent, les autorité locales
se doivent d'informer les ressortissants étrangers qui sont incarcérés ou arrêtés de leur droit de communiquer avec leur
consulat.
109
Les Guidelines for the Appointment and Performance of Defense Counsel in Death Penalty Cases de l'American Bar
Association (Directives de l'ABA pour la désignation et la réussite des avocats de la défense dans les dossiers peine de
mort [Traduction non officielle]), directive 10.6, prévoit que les avocats ont pour devoir d'informer les prévenus
ressortissants de pays étrangers de leur droit à contacter le consulat et de prévenir, s'ils le désirent, le consulat de leur
détention. Voir également RODLEY, THE TREATMENT OF PRISONERS UNDER INTERNATIONAL LAW (Le traitement des
prisonniers en droit international) [Traduction non officielle], p. 1012.
110
Voir OC-16/99, Cour interaméricaine des Droits de l’Homme (1 octobre 1999); Avena et autres ressortissants
mexicains (Mex. c. États-Unis), 2004 Cour internationale de Justice 128 (31 mars).
111
Voir Tan Seng Kiah c. R [2002] NTCCA 1 (Cour d'appel pénale du Territoire du Nord en Australie) (suppression des
déclarations lorsque le prévenu a été privé de la possibilité de requérir une assistance consulaire).
112
Dans l'affaire Avena et autres ressortissants mexicains, la Cour internationale de Justice a affirmé que, aux États-Unis,
51 citoyens mexicains qui avaient été condamnés à la peine capitale sans avoir été sur-le-champ informés de leurs
droits consulaires pouvaient voir leur condamnation et leur peine examinées de novo afin d'établir à quel point ils
avaient été lésés par ces violations. 2004 C.I.J. 128 (31 mars). La condamnation à mort d'un citoyen mexicain a été
renversée des suites directes de la décision de la CIJ. Voir Torres c. État, 120 P.3d 1184, 1188 (Oklahoma, Appel
constitutionnel 2005). Des tribunaux en dehors des États-Unis ont également appliqué la décision de la CIJ. Voir
BVerfG, 2 BvR 2115/01 vom 19.9.2006, Absatz-Nr. (1 - 77), ¶¶60-61 (Cour constitutionnelle fédérale d'Allemagne),
http://www.bverfg.de/entscheidungen/rk20060919_2bvr211501.html.
113
Id. 1014
114
Id.
115
La négociation de réduction de peine est un instrument établi au sein du système de procédure pénale aux États-Unis.
On retrouve les éléments constitutifs d’une telle négociation au sein de nombreux systèmes juridiques du monde entier
et ils relèvent également de la compétence de certains tribunaux pénaux internationaux. Voir de manière générale
Dominick R. Vetri, Guilty Plea Bargaining: Compromises by Prosecutors to Secure Guilty Pleas (Négociation de
réduction de peine et procédure d’aveux : les compromis consentis par les procureurs aux fins d’obtenir des aveux de
culpabilité) 112 UNIVERSITY OF PENNSYLVANIA LAW REVIEW 865, 866 (1964) (traitant une large gamme d’accords de
réduction de peine qu’ont utilisé des procureurs aux États-Unis). Voir également Nancy Amoury Combs, Copping a
Plea to Genocide: The Plea Bargaining of International Crimes (Négociation de réduction de peine pour génocide : la
négociation de réduction de peine pour des crimes internationaux), 151 UNIVERSITY OF PENNSYLVANIA LAW REVIEW 1
(2002) (traitant de l’utilisation de la négociation de réduction de peine en Europe continentale, au Royaume-Uni, en
Israël et au sein des tribunaux pénaux internationaux) ; Penal Reform International, Rapport de la Recherche sur la
Gacaca-PRI Rapport IV : La procédure d’aveux, pierre angulaire de la justice rwandaise, p. 3 (2003),
http://www.penalreform.org/resources/rep-ga4-2003-guilty-plea-fr.pdf (traitant de la procédure d’aveux au sein des
tribunaux Gacaca pour les personnes accusées de génocide, visant à plaider coupable en échange d’une peine réduite et
de la possibilité d’effectuer des travaux communautaires pour la seconde moitié de la peine).
116
Combs, Copping a Plea to Genocide (Négociation de réduction de peine pour génocide), p. 142.
117
Voir Missouri v. Frye (Missouri c. Frye), 132 S. Ct. 1399 (2012) (devoir de communiquer au client toute proposition
d’accord de réduction de peine présentée par l’accusation).
118
Voir par exemple, Vetri, Guilty Plea Bargaining (Négociation de réduction de peine et aveu de culpabilité), p. 866.
119
Les juridictions qui n’emploient pas le terme de « divulgation », peuvent avoir comme équivalent le droit de prendre
connaissance des accusations et le droit d’avoir accès au dossier de l’accusation/dossier de l’affaire. Au Portugal, par
exemple, une fois qu’une enquête a pris fin (parfois même avant), les parties ont la possibilité d’avoir accès au dossier
de l’accusation, de le lire ou de le copier. Il n’existe pas de requête de « divulgation » ou de « communication »
d’éléments de preuve particuliers étant donné que les informations détenues par l’accusation seront présentes dans le
dossier de l’affaire (Code de procédure pénale du Portugal, Art. 89 (Código de Processo Penal de1987, tel qu’amendé
en 2010). La jurisprudence de la CEDH indique que l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme
englobe l’accès au dossier de l’affaire dans la mesure nécessaire pour prendre connaissance des accusations et les
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réfuter ainsi que pour préparer la défense. Cela ne signifie pas que l’accès au dossier ne connaît aucune limite, cela
signifie que les accusés doivent avoir accès aux éléments nécessaires pour exercer leur défense de manière adéquate
(voir Jespers c. Belgique, 27 DR 61, Commission européenne des droits de l'homme (1981) ; Lamy c. Belgique, requête
n°10444/83, CEDH (30 mars 1989); Foucher c. France, requête n°22209/93, CEDH (18 mars 1997) ; Nikolova c.
Bulgarie, requête n°31195/96, CEDH (25 mars 1999) ; Rowe et Davis c. Royaume-Uni, requête n°28901/95, CEDH (16
février 2000) ; Mattoccia c. Italie, requête n°23969/94, CEDH (25 juillet 2000) ; Garcia Alva c. Allemagne, requête
n°23541/94, CEDH (13 février 2001) ; Lietzow c. Allemagne, requête n°24479/94, CEDH (13 février 2001) ; Schöps c.
Allemagne, requête n°25116/94, CEDH (13 février 2001) ; Öcalan c. Turquie, requête n°46221/99, CEDH (12 mars
2003) (Première Section), 12 mai 2005 (Grande Chambre)).
Au sein de certaines juridictions une telle requête ne sera pas nécessaire car les preuves à charge et l’acte d’accusation
incluent la liste des preuves qui seront produites et des témoins qui comparaîtront durant le procès, à l’appui de
l’accusation.
Procureur c. Kabligi, ¶ 21, ICTR (n°ICTR-98-41-T) (19 octobre 2006) (« Il est difficile d’imaginer qu’une déclaration
qui constituerait une violation d’un droit fondamental … n’exige pas qu’on l’exclue aux termes de l’article 95 en raison
de son caractère contraire à l’éthique, et parce qu’elle porterait gravement atteinte à l’intégrité de la procédure
[Traduction non officielle]»).
Voir le rapport annuel de la CIDH, Affaire 9850 (Argentine) (4 octobre 1990).
CAT, Art. 11.
CAT Art. 13.
Saunders c.Royaume-Uni, ¶¶ 68-69, CEDH (17 décembre 1996).
Voir le PIDCP articles 9 et 14 3) c). L’interprétation de ces dispositions indique que l’accusé a le droit de bénéficier
d’un procès se concluant par un jugement, et le cas échéant par une condamnation, sans retard excessif. Le délai à
respecter « commence à courir lorsque le suspect (l’accusé, le défendeur) est informé par les autorités que des mesures
spécifiques sont prises pour intenter un procès contre lui [Traduction non officielle] ». Le Comité international de la
Croix-Rouge a compilé une longue liste de dispositions relevant du droit international et de pays où sont abordées les
questions relatives au droit à un procès régulier et rapide. Voir CICR, Customary IHL database,
http://www.icrc.org/customary-ihl/eng/docs/v2_cha_chapter32_rule100_sectionf .
Collins c. Jamaïque, communication n°240/1987, Doc. ONU CCPR/C/43/D/240/1987, Comité des droits de l’homme
(1er novembre 1991) (Le Comité des droits de l’homme a rappelé que « dans toutes les affaires, et surtout dans les
affaires de condamnation à mort, les accusés ont le droit d’être jugés et de se pourvoir en appel sans retard excessif,
quelle que soit l’issue de ces procédures judiciaires ».) ; Frederic Edel, La durée des procédures civiles et pénales dans
la jurisprudence de la Convention européenne des Droits de l’Homme, Éditions du Conseil de l’Europe, Dossiers sur
les droits de l’homme n° 16 (2007). Au Portugal et dans certains autres pays, il est possible de déposer une requête aux
fins d’« accélérer » la procédure si les délais autorisés pour chacune de ses phases sont dépassés.
Pedersen et Baadsgaard c. Danemark, requête n°49017/99, CEDH (17 décembre 2004). Voir également H. c. France,
50, 58, CEDH (24 octobre 1989).
Le Comité des droits de l’homme a estimé que lorsqu’un État viole les droits à un procès régulier aux termes du
PIDCP, il est possible qu’il n’applique pas l’exécution prévue de l’accusé. Voir, par exemple, Johnson c.
Jamaïque, 8.9, communication n°588/1994, Comité des droits de l’homme (1996) (où s’est produit un délai d’attente de
51 mois entre la condamnation et le rejet du recours en appel, ce qui constitue une violation des paragraphes 3 c) et 5 de
l’article 14 du PIDCP et où le Comité a rappelé que l’imposition de la peine de mort est interdite dans les affaires où les
dispositions du PIDCP n’ont pas été respectées).
Ake v. Oklahoma (Ake c. Oklahoma), 470 U.S. 68 (1985) ; voir également Pipersburgh v. R (Pipersburgh c. R )[2008]
72 WIR 108 (PC) (« C’est la nécessité de considérer les circonstances personnelles et individuelles de la personne
inculpée et en particulier la possibilité qu’il offre de se corriger et de se réinsérer à la société qui rend l’enquête sociale
et les rapports psychiatriques indispensables pour toutes les audiences relatives à la détermination de la
peine [Traduction non officielle] ») ; voir également DPP v. Che Gregory Spencer (DPP c. Che Gregory Spencer
)[2009] Cour suprême de la Caraïbe orientale, Haute Cour de justice, Fédération de Saint-Kitts-et-Nevis ¶ 3 (« Il est à
présent habituel pour l’accusation de fournir un rapport d’enquête relatif aux conditions sociales ainsi qu’un rapport
psychiatrique »).
Pour davantage d’informations, voir Fuenzalida c. Équateur, communication n°480/1991, Doc. ONU
CCPR/C/57/480/1991, PIDCP, ¶ 9.5, n°480/91 (12 juillet 1996) (Après avoir examiné le rejet de la cour d’ordonner le
témoignage d’un expert dont l’importance était cruciale pour l’affaire, le Comité des droits de l’homme a conclu qu’un
tel refus constituait une violation des articles 14 3) e) et 14 5) du PIDCP).
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Voir, par exemple, Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH), articles 7, 10 ; PIDCP, articles 2 1), 3, 26 ;
Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes, articles 2, 15 ; Convention internationale sur
l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale) articles 2, 5, 7 ; CADHP articles 2, 3 ; CADH, articles 1,
8 2), 24 ; CEDH, articles 6,14 ; Déclaration américaine des droits et des devoirs de l’homme, articles II, XVIII.
Voir DUDH, Art. 10 ; PIDCP, Art. 14 1) ; CADH, articles 8 1) et 27 2) ; ADHR (Déclaration de l’ASEAN sur les droits
de l’homme) Art. XXVI ; CEDH Art. 6 1) ; CADHP, articles 7 1), 26. Voir également Principes fondamentaux relatifs
à l’indépendance de la magistrature, 1-2. Le Comité des droits de l'homme a considéré que « le droit d’être jugé par un
tribunal indépendant et impartial était tellement fondamental qu’il s’agissait d’un droit absolu ne pouvant souffrir
aucune exception ». Gonzales del Rio c. Pérou, 5.2, communication n°263/1987 (1992). En outre, en l’affaire Richards
c. Jamaïque, 7.2, communication n°535/1993 (1997), le Comité des droits de l’homme a identifié une violation de
l’article 14 dans une affaire capitale impliquant une large publicité faite au procès avant qu’il ne débute, et il a statué
que la Jamaïque ne pourrait pas exécuter le condamné de manière légale. Id.
Par exemple, les Principes fondamentaux relatifs à l’indépendance de la magistrature, 5, prévoient : « [c]hacun a le
droit d'être jugé par les juridictions ordinaires selon les procédures légales établies ». Le droit à un procès équitable
correspond au minimum à ce qui est établi par l’article 14) 1) du PIDCP, qui contient les garanties procédurales et
d’autres garanties énoncées aux paragraphes 2 et 7 de l’article 14 et l’article 15. Mais en réalité, les droits d’un accusé à
un procès équitable ont un champ d’application plus large, étant donné que l’article 14 3) fait mention des droits
spécifiques énumérés en indiquant que l’accusé a droit « au moins aux garanties » en question. Par conséquent, un
procès pourrait ne pas satisfaire les normes prévues à l’article 14 1) même lorsque la procédure respecte les
paragraphes 2 et 7 et les dispositions de l’article 15 d’un point de vue technique.
Le droit de votre client à une procédure contradictoire, à être informé des accusations qui pèsent contre lui et à disposer
du temps et des moyens appropriés pour préparer sa défense, tel que cela est abordé au chapitre 2.
Lawyers Committee for Human Rights, WHAT IS A FAIR TRIAL? A Basic Guide to Legal Standards and Practice
(Comment définir un procès équitable ? Un guide élémentaire relatif aux normes et aux pratiques juridiques), p. 12,
mars 2000 [ci-après, Manuel du LCHR relatif au procès équitable].
Manuel du LCHR relatif au procès équitable, p. 3.
Voir les Principes fondamentaux relatifs à l’indépendance de la magistrature, principe 2 : « Les magistrats règlent les
affaires dont ils sont saisis impartialement, d'après les faits et conformément à la loi, sans restrictions et sans être l'objet
d'influences, incitations, pressions, menaces ou interventions indues, directes ou indirectes, de la part de qui que ce soit
ou pour quelque raison que ce soit ». S’agissant de décider si un tribunal est indépendant, la Cour européenne des droits
de l’homme examine 1) la manière dont ses membres ont été nommés ; ) la durée de leur mandat ; 3) l’existence de
garanties les protégeant de pressions externes ; et 4) la question de savoir si l’instance en question semble ou non
indépendante. Voir, par exemple, Campbell et Fell c. Royaume-Uni, requête n°7819/77, 7878/77, ¶ 78, CEDH (28 juin
1984).
Ringeisen c. Autriche, requête n°2614/65, 95, CEDH (16 juillet 1971).
Le Compte, Van Leuven et De Meyere c. Belgique, requête n°6878/75, 7238/75, 57, CEDH, (23 juin 1981). Voir
également Commission internationale des juristes, International Principles on the Independence and Accountability of
Judges, Lawyers, and Prosecutors, Practitioners’ Guide (Principes internationaux d’indépendance et la responsabilité
des juges, des avocats et des procureurs, guide à l'intention des praticiens) n°1, p. 5 (2007).
Manuel du LCHR relatif au procès équitable, pages 13-14.
Voir, par exemple, CEDH, Art. 6 2) ; PIDCP, Art. 14 2). Voir également CADH Art. 8 2).
Voir Projet de troisième protocole facultatif se rapportant au PIDCP visant à garantir en toutes circonstances le droit à
un procès équitable et à un recours, Annexe I : « l’administration de la justice et des droits de l’homme des détenus, Le
droit à un procès équitable : reconnaissance actuelle et mesures nécessaires pour renforcer cette reconnaissance »,
rapport final, Commission des droits de l’homme, Sous-Commission de la lutte contre les mesures discriminatoires et
de la protection des minorités, 46ème Session, E/CN.4/Sub.2/1994/24, p. 76, n.10 (3 juin 1994) [ci-après « le rapport
final »].
Salabiaku c. France, requête n°10519/83, 28, CEDH (7 octobre 1988).
CEDH Art. 5 2); Comité des droits de l’homme Observation générale n° 13 (Art. 14), 7 (12 avril 1984).
PIDCP Art. 14 3) d) ; Statut du TPIY Art. 21 4) d) ; Statut du TPIR Art. 20 4) d) ; Statut de la CPI Art. 67 1) d). Bien
que le droit d’être présent au procès ne soit pas expressément mentionné dans la Convention européenne des droits de
l’homme, la Cour européenne des droits de l’homme a déclaré que l’objet et le but de l’article 6 était de signifier
qu’une personne accusée d’une infraction criminelle était en droit de prendre part aux audiences d’un procès. Voir
Colozza et Rubinat, requête n° 9024/80, 9317/81, ¶ 27, CEDH (12 février 1985).
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Voir Art. 14 3) f).
La Commission interaméricaine des droits de l'homme considère par exemple que le droit à la traduction des documents
est fondamental pour respecter une procédure régulière. Voir Report on the Situation of Human Rights of a Segment of
the Nicaraguan Population of Miskito Origin (Rapport sur la situation des droits de l’homme pour un segment de la
population du Nicaragua d’origine Miskito), OEA/Ser.L/V/11.62, Doc.10, rev. 3, Cour interaméricaine des droits de
l’homme (1983).
149
CEDH, Art. 6 3) d; PIDCP, Art. 14 3) e). L’article 8 2) f) de La CADH reconnaît le droit des accusés à interroger les
témoins à charge ainsi que les témoins à décharge, dans les mêmes conditions que l’accusation et aux fins de se
défendre.
150
Funke c. France, requête n°1/256-A, ¶ 44, CEDH (25 février 1993).
151
Saunders c. Royaume-Uni, requête n°43/1994/490/572, 68-69, CEDH (17 décembre 1996).
152
Voir, par exemple., Case of López-Álvarez v. Honduras (Affaire López-Álvarez c. Honduras), affaire n°146 I/A,
Ser./C/141, `155, Cour interaméricaine des droits de l’homme (1er février 2006).
153
Voir, par exemple Hadjianastassiou c. Grèce, requête n°12945/87, CEDH (16 décembre 1992) (« Les juges doivent
cependant indiquer avec une clarté suffisante les motifs sur lesquels ils se fondent. C’est ainsi, par exemple, qu’un
accusé peut exercer utilement les recours existants »). http://www.echr.coe.int/echr/fr/hudoc/
154
Recommandation n°R (92)17du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe aux États membres, relative à la
cohérence dans le prononcé des peines, annexe E (19 octobre 1992) : « Obligation de motiver les peines. 1. Les
tribunaux devraient, en général, motiver concrètement leurs décisions. Ils devraient notamment donner des motifs
spécifiques lorsqu'ils prononcent une peine d'emprisonnement. Lorsqu'il existe des orientations ou des points de départ,
il est recommandé que les tribunaux motivent leurs décisions lorsqu'elles sortent de la fourchette de peines indiquée.
2. Un «motif» est une motivation qui établit un lien entre la peine en question et l'éventail normal des peines
applicables au type de crime ou de délit considéré, et le(s) principe(s) de base du prononcé des peines ».
155
En l’affaire R. c. Belgique, requête n°15957/90, CEDH (30 mars 1992) et Planka c. Autriche, requête n°25852/94,
CEDH (15 mai 1996), la Cour européenne des droits de l’homme a rejeté les requêtes, estimant qu’il n’y avait aucune
violation de l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme dans le cadre d’affaires où le juge avait
transmis des questions précises au jury et où les parties avaient la possibilité de demander la modification des questions
ou pouvaient les contester. Pour la Cour, ces caractéristiques permettaient de compenser le manque de raisons
(« compenser adéquatement les réponses laconiques du jury »).
156
J. L. García Fuenzalida c. Équateur, ¶ 9.5, communication n°480/1991, Doc. ONU GAOR/A/51/40/vol. II, Comité des
droits de l’homme (12 juillet 1996) (où sont évoquées des violations des articles 14 3) e) et 5) dans des cas de figure où
le tribunal a refusé d’ordonner un tel témoignage d’expert).
157
Voir, par exemple, Affaire López-Álvarez c. Honduras, affaire n°146 I/A, Ser./C/141, ¶ `155, Cour interaméricaine des
droits de l'homme (1er février 2006); PIDCP Art. 14 3) g) ; CADH Art. 8 2) g) ; et Statut de la CPI Art. 55 1) a).
158
D. Gordon c. Jamaïque, 6.3, communication n°237/1987, Doc. ONU GAOR/A/48/40 (vol. II), (5 novembre 1992).
159
Affaire Delta c. France, ¶ 36, Série A, n°191-A, CEDH (19 décembre 1990) (analysant les droits conférés par l’article
6 3) d) de la Convention européenne des droits de l’homme). Voir également Affaire Castillo Petruzzi et al. c. Pérou
¶ 154, Série C n°52, Cour interaméricaine des droits de l'homme (30 mai 1999) (« L’un des droit dont bénéficie
l’accusé doit être la possibilité d’interroger ou de faire interroger les témoins à charge ainsi que d’obtenir la présence et
la possibilité d’interroger les témoins à décharge dans les mêmes conditions que pour les témoins à charge [Traduction
non officielle] »).
160
Affaire Delta c. France, ¶ 37, Série A, n°191-A, CEDH (19 décembre 1990) (le droit à un procès équitable aux termes
des articles 6 1) et 3 d) de la CEDH a été violé lorsqu’une partie a été condamnée sur la base de déclarations de témoins
que l’accusation s’était procurées alors que l’accusé et son avocat n’ont pas obtenu la possibilité de contester la
crédibilité desdits témoins).
161
Voir, de manière générale, American Bar Association (Association américaine du barreau), ABA Guidelines for the
Appointment and Performance of Defense Counsel in Death Penalty Cases (Directives de l'ABA pour la désignation et
la réussite des avocats de la défense dans les dossiers peine de mort) (éd. rév. Février 2003), 31 HOFSTRA L. REV. 913
(2003), disponible en anglais sur :
http://www.abanet.org/legalservices/downloads/sclaid/deathpenaltyguidelines2003.pdf.
162
Kigula et al. c. le Procureur général, 2006 S. Ct. Const. App. n°03 (Ouganda, 2009).
163
Id. par. 43.
164
Mulla et al. c. État d’Uttar Pradesh, Crim. App. n°396, 2008, par. 53-59 (Inde, 2010).
165
Id. p. 65.
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182
Comme exemples de circonstances atténuantes considérées comme étant pertinentes par les tribunaux s’agissant de
décider de l’imposition ou non de la peine de mort, voir Williams c. Taylor, 529 U.S. 362 (2000) ; Wiggins c. Smith,
539 U.S. 510 (2003) ; Porter c. McCollum, 130 S. Ct. 447 (2009); Manohar Lal alias Mannu at al. c. État, 2 SRC 92
(Inde 2000) ; Mulla et al. c. État d’Uttar Pradesh, Crim. App. n°396, 2008 (Inde, 2010) ; Reyes c. La Reine, UKPC, 2
AC 235, Judgment on Sentencing (arrêt relatif à la peine) (2002) (appel du Belize) ; Pipersburgh c. R., UKPC, ¶ 33, 72
WIR 108 (2008) (appel du Belize) ; DPP c. Wycliffe Liburd, Suit n° SKBHCR 2009/0007, (Cour suprême de la Caraïbe
orientale, Saint-Kitts-et-Nevis, Crim.Cir. 2009) ; George c. La Reine, Suit n° HCRAP 2009/005 (Cour suprême de la
Caraïbe orientale, Cour d’appel de Sainte-Lucie, 2011).
Atkins c. Virginia 536 U.S. 304, 316 n.21 (2002).
Observations finales du Comité des droits de l’homme, République islamique d'Iran, Doc ONU. CCPR/C/79/Add.25
(1993) ; Lubuto c. Zambie, ¶ 7.2, communication n°390/1990, Comité des droits de l’homme (31 octobre 1995)
(l’imposition de la peine de mort obligatoire pour un vol à main armée n’ayant pas entraîné la mort constituait une
violation de l’article 6 2)). De la même manière, la Cour interaméricaine des droits de l'homme a conclu que les crimes
n’entraînant pas la mort n’appartenaient pas à la catégorie des « crimes les plus graves » en vertu de l’article 4 2)
CADH. Voir également Raxcacó-Reyes c. Guatemala, 56, 71, n°133, Cour interaméricaine des droits de l’homme (15
septembre 2005).
Rapport du Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, ¶ 65, Doc. ONU
A/HRC/4/20/2007/18 (29 janvier 2007).
Bachan Singh c. État du Punjab, 2 SCC 684 (Inde, 1980). En février 2010, La Cour suprême indienne a réitéré que la
peine de mort ne pouvait être imposée que dans les cas de « culpabilité extrême [Traduction non officielle] ». Mulla et
al. c. État d’Uttar Pradesh, Crim. App. n°396, 2008, par. 49 (Inde, 2010).
Voir, par exemple, Manohar Lal alias Mannu at al. c. État, 2 SCC 92 (Inde, 2000) (Dans cette affaire, la peine de mort
pour le meurtre de quatre adolescents devant leur mère a été écartée parce que les accusés s’étaient adonnés à des
« actes de violence aveugle provoqués par l’assassinat d’Indira Ghandi, et qu’ils avaient complètement perdu la raison).
Press Trust of India, SC saves man who murdered wife, 3 kids from the gallows (La Cour Suprême sauve de la potence
un homme ayant assassiné son épouse et leurs trois enfants) Times of India, 29 février 2012,
http://timesofindia.indiatimes.com/city/delhi/SC-saves-man-who-murdered-wife-3-kids-from-thegallows/articleshow/12085626.cms.
S. c. Makwanyane, 46, 3 SA 391 (Afrique du Sud, 1995).
Voir, par exemple, Kigula et al. c. Le Procureur général, 2006 S. Ct. Const. App. n°03, par. 56-57 (Ouganda 2009) ;
Pratt c. Jamaïque, communication n°210/1986 et n°225/1987, Doc. ONU A/44/40, 222, Comité des droits de l’homme
(1989) ; Soering c. Royaume-Uni, ¶ 111, requête n°14038/88, 11 CEDH (1989).
Reyes c. La Reine, UKPC, 2 AC 235, Judgment on Sentencing (arrêt relatif à la peine) (2002) (appel du Belize).
American Bar Association (Association américaine du barreau), ABA Guidelines for the Appointment and
Performance of Defense Counsel in Death Penalty Cases (Directives de l'ABA pour la désignation et la réussite des
avocats de la défense dans les dossiers peine de mort), directive 10.7, “Investigation” (Enquêtes) (février 2003).
Voir par exemple, PIDCP Art. 14(5) ; ACHPR Art. 7(1)(a) ; CADH Art. 8(2)(h) ; Garanties des Nations unies, ¶ 6,
ESC. Res. 1984/50, annexe, Doc. ONU. E/1984/84 (25 mai 1984) ; Charte arabe des droits de l’Homme, Art. 16(7) (22
mai 2004) (réimprimé dans 18 numéros de la Revue Universelle des Droits de l'Homme 151 (1997)) ; Protocole Nº. 7
de la CEDH Art. 2(1) ; ACHPR N.10(b) (2003), http://www.pogar.org/publications/arabniaba/hr/rabat/accused-lewisanthony-e.pdf
Comité des droits de l’homme de l’ONU, Commentaire général. 32, ¶ 51, U.N. Doc. CCPR/C/GC/32 (26 juillet 2007).
LaVende c. l’État, 30 WIR 460 (Trinité et Tobago) (1979) ; LaVende c. Trinité et Tobago (No. 554/1993), Doc. ONU.
CCPR/C/61/D/554/1993 (11 novembre 1997).
Rapport explicatif du Protocole Nº 7 à la Convention européenne des droits de l'homme, Art. 2(18), 22 novembre 1984,
Europ. T.S. No. 117, disponible à l’adresse http://conventions.coe.int/treaty/en/Reports/Html/117.htm (notant que la
législation procédurale de l´État membre peut limiter la révision de certaines affaires à des questions de droit).
Voir Vázquez c. Espagne (Nº 701/1996), Doc. ONU CCPR/C/69/D/701/1996 (11 août 2000) (indiquant que l’auteur
s’était vu refuser certains droits procéduraux garantis par le PIDCP car la révision en appel était « limitée aux aspects
formels et juridiques des condamnations ») ; Domukovsky et autres c. Georgie (Nº. 623/1995, 624/1995, 627/1995),
Doc. ONU CCPR/C/62/D/623 (6 avril 1998) (indiquant qu’une « évaluation complète des éléments de preuve et la
conduite du procès » est requise).
Benedetto c. La Reine, Privy Council, [2003] UKPC 27, 1 WLR 1545, 1569-70.
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Isaac, Cannonier, Williams & Gardiner c. La Reine, Crim Apps n°2 datant de 2008, n°19, 20, 21, 22 datant de 2008,
Cour suprême de la Caraïbe orientale (Cour d’appel) (21 mars 2012) (appel interjeté par Saint-Kitts-et-Nevis).
184
Id. à ¶32.
185
Johnson c. Jamaïque, (n°588/1994), Doc. ONU, CCPR/C/56/D/588/1994 (22 mars 1996) (estimant qu’un retard de
quatre ans et trois mois pour le jugement en appel dans le cadre d’une affaire capitale était, sauf dans des circonstances
exceptionnelles, excessivement long et incompatible avec le droit à un procès équitable) ; McLawrence c. Jamaïque,
(n°702/1996), Doc. ONU, CCPR/C/60/D/702/1996 (18 juillet 1997) (estimant que le retard de 31 mois entre la
condamnation et l’appel constituait une violation de l’article 14 du PIDCP) ; Ashby c. Trinité-et-Tobago, (n°580/1994),
Doc. ONU, CCPR/C/74/D/580/1994 (21 mars 2002) (estimant qu’un retard de quatre ans et demi dans l’examen de
l’appel constituait une violation de l’article du PIDCP et soulignant en particulier que le manque de personnel judiciaire
ou les retards administratifs généraux ne sauraient être des arguments suffisant pour justifier le retard).
186
Voir Huitème congrès des Nations unies pour la prévention du crime et le traitement des délinquants, 27 août au 7
septembre, 1990, Principes de base sur le rôle des avocats, ¶ 21, Doc. ONU A/CONF.144/28/Rev.1 (« Il est du devoir
des autorités compétentes de veiller à ce que les avocats aient accès aux informations, dossiers et documents en leur
possession ou sous leur contrôle, dans un délai suffisant pour permettre aux avocats d’apporter une assistance juridique
efficace à leurs clients » [Traduction non officielle]).
187
Voir id.; Amnesty Internationale, The International Criminal Court: Making the Right Choices Part II—Organizing the
Court and Ensuring a Fair Trial 53–54 (Document de position Nº 2 IOR 40/011/1997) (« Un élément essentiel du
principe d’égalité de moyens est que les droits de procédure, tels que l’inspection des dossiers ou la présentation de
preuves, doit être traitée de manière égale pour les deux parties » (citation interne omise) [Traduction non officielle]).
188
Pitman c. l’État, Privy Council, [2008] UKPC 16, paras. 26-32.
189
Solomon c. l’État, Privy Council, [1998] 2 LR 50, 54-5.
190
Voir supra, Chap. 7(I)(e) (Droit de savoir quels sont les arguments de la décision du Tribunal).
191
Cameroun, Loi No. 2006/015, 29 décembre 2006.
192
Cour suprême du Cameroun, MATIP Etienne C/Societé SOSUCAM, 31 janvier 1980.
193
Voir par exemple, Collins c. Jamaïque (No. 356/1989), Doc. ONU CCPR/C/47/D/356/1989 (30 mars 1993) ; Hamilton
c. Jamaïque, Communication Nº 616/1995, Doc. ONU CCPR/C/66/D/616/1995 (18 juillet 1999).
194
Voir Henry c. Jamaïque (Nº 230/1987), ¶ 8.3, U.N. Doc. CCPR/C/43/D/1987 (1er novembre 1991) (indiquant que « une
fois que l’auteur a opté pour une représentation par un avocat de son choix, toute décision de l’avocat concernant la
procédure d’appel, y compris la décision… de ne pas demander que l’auteur soit présent… relève de la responsabilité
de l’auteur » et ne constitue pas une violation du PIDCP [Traduction non officielle]).
195
Woodson c. Caroline du Nord, 428 États-Unis. 280 (1976).
196
Id. paragraphe 304.
197
Mithu c. État du Punjab, 1983 SCR (2) 690, Cour suprême de l’Inde, 1983.
198
Id. paragraphe 704.
199
Id. paragraphes 704-705.
200
Pour une description de cette affaire, consulter Brian D. Tittemore, The Mandatory Death Penalty in the
Commonwealth Caribbean and the Inter-American Human Rights System: An Evolution in the Development and
Implementation of International Human Rights Protections, 13 WM. & MARY BILL RTS. J. 455 (2004).
201
Kafantayeni c. Malawi, Affaire constitutionnelle Nº 12 de 2005, Haute cour du Malawi, 27 avril 2007.
202
Procureur général c. Kigula, recours en appel au tribunal pénal Nº 3 de 2006, Cour suprême de l’Ouganda, 21 janvier
2009 (révision et confirmation Kigula c. Procureur général, requête constitutionnelle Nº 6 de 2003, Cour
constitutionnelle de l’Ouganda, 10 juin 2005).
203
Id.
204
Mutiso c. Republic, paras. 33-34, 36, recours en appel au tribunal pénal Nº 17 de 2008, Cour d’appel du Kenya, 30
juillet 2010.
205
Id. paragraphe 32.
206
Voir Baptiste c. Grenade, Cour interaméricaine des droits de l’Homme, Rapport Nº 38/00 (2000) ; McKenzie c.
Jamaïque, affaire 12.023, Cour interaméricaine des droits de l’Homme, Rapport Nº 41/00 (2000) ; Knights c. Grenade,
affaire 12.028, Cour interaméricaine des droits de l’Homme, Rapport Nº 47/01 (2001) ; Edwards c. Bahamas, affaire
12.067, Cour interaméricaine des droits de l’Homme, Rapport Nº 4801 (2001) ; Raxcacó-Reyes c. Guatemala, Rapport
Nº 49/03, affaire No. 12.402, Cour interaméricaine des droits de l’Homme, 2005.
207
Boyce c. Barbade, Ser. C Nº 169, paras. 57-63, CIDH, Nov. 20, 2007. Également, dans Raxcacó Reyes c. Guatemala
(arrêt du 15 septembre 2005, Part XIV, Série C, Nº 133, CIDH, 2005), la Cour interaméricaine des droits de l’Homme a
MES NOTES:
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---- End Notes Continued ---déclaré que les Articles 4.1 et 4.2 de la CADH ont été violés car la peine de mort était obligatoire pour l’enlèvement et
que le tribunal chargé de prononcer la peine n’était pas autorisé à prendre en considération les circonstances de
l’affaire.
208
Communication Nº 806/1998, ONU CCPR Comité des droits de l’Homme, Doc. ONU. CCPR/C/70/D/806/1998, 5
décembre 2000.)
209
Communication 240/2001, Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, novembre 2003.
210
Voir par exemple, Yong Vui Kong c. Procureur de la République, recours en appel au tribunal pénal Nº 13 de 2008,
Cour d’appel de Singapour, 14 mai 2010.
211
PIDCP, art. 6(2).
212
Comité des droits de l’Homme, Commentaire général 6(16), para. 7.
213
Voir par exemple, Chisanga c. Zambie, Communication Nº 1132/2002, para. 5.4.
214
ECOSOC, Résolution 1984/50 ; Résolution de l’Assemblée générale de l’ONU 39/118.
215
ONU, Rapport du Rapporteur Spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, Doc. ONU.
CCPR/C/79/Add.85, 19 novembre 1997, para. 13.
216
Voir par exemple, Ram Anup Singh & Ors. c. État du Bihar, 2002(3) RCR pénal 7856 (Cour suprême de l’Inde).
217
Haroon Khan c. l’État, (Trinidad-et-Tobago) recours en appel devant le Privy Council Nº 28 de 2003, Arrêt du 20
novembre 2003, UKPC (2003)
218
Machhi Singh c. État du Punjab 1983 3 SCC 470 (Cour suprême de l’Inde) ; voir également Vaillancourt c La Reine
(1987) 47 DLR 399, (4e) 415-417 et R. c Martineau [1990] 2 SCR 633, 646-647 (loi canadienne relative au meurtre
concomitant d'un crime qui ne requiert pas l’établissement de l’intention de tuer et qui va à l’encontre des principes
fondamentaux de la justice).
219
Raxcacó Reyes c. Guatemala, Part XIV, Série C, Nº 133, CIDH (15 septembre 2005).
220
PIDCP, art.7.
221
Voir par exemple, CEDH, art. 3; CADH, art. 5; CADHP, art. 5 ; CAT, art. 16.
222
Voir par exemple, Pratt et Morgan c. le Procureur général de Jamaïque [1993], 3 SLR 995, 2 AC 1, 4 All ER 769
(P.C.) (en banc) ; Soering c. Royaume-Uni, 11 EHRR (ser. A) 439 (1989).
223
2 A.C. at 33.
224
Id.
225
Soering c. Royaume-Uni, 11 EHRR (ser. A) 439 (1989).
226
161 CEDH (ser. A) para. 42 (1989).
227
Ministère de la justice c. Burns et Rafay, 2001 SCC 7 (Cour Suprême du Canada, 22 mars 2001) (para. 122)
228
Id.
229
Id.
230
Kigula et Autres c. Procureur général., 2006 S. Cour d'appel constitutionnelle Nº 03, paras. 56-57 (Ouganda 2009).
231
Commission catholique Justice et Paix Zimbabwe c. Procureur général, Nº S.C. 73/93 (Zimb. 24 juin 1993 (publié dans
14 numéros de la Revue Universelle des Droits de l'Homme (RUDH) 323 (1993)) (disponible à l’adresse
http://www.unhcr.org/refworld/country,,ZWE_SC,,ZWE,,3ae6b6c0f,0.html).
232
Al-Saadoon & Mufdhi c. le Royaume-Uni, [2010], No. 61498/08, 51 EHRR 9.
233
Voir Proclamation de Téhéran, l'Acte final de la Conférence internationale des droits de l'homme, Téhéran, du 22 avril
au 13 mai 1968, 23 GAOR, Doc. ONU. A/CONF. 32/41, à 4 (13 mai 1968) (faisant le point sur la Déclaration
universelle des droits de l'homme, incluant l’interdiction de tout traitement cruel, inhumain ou dégradant dans le droit
international coutumier). Accord. De Sanchez c. Banco Central de Nicaragua, 770 F.2d 1385, 1397 (5e Cir. 1985)
(indiquant que le droit à ne pas être soumis à un traitement cruel, inhumain et dégradant relève du droit international
universellement accepté).
234
Garanties pour la protection des droits des personnes passibles de la peine de mort des Nations unies, ¶ 3 (disponible à
l’adresse http://www2.ohchr.org/french/law/garantie_dp.htm).
235
Conseil économique et social de l'ONU, Application des Garanties pour la protection des droits des personnes passibles
de la peine de mort, p. 51, para. 1(d), Doc. ONU. E/1989/91, 24 mai 1989.
236
Voir par exemple, Commission des droits de l'homme de l'ONU, Question de la peine de mort, E/CN.4/RES/2003/67,
25 avril 2003.
237
Mémorandum de l'Union européenne sur la peine de mort (25 février 2000).
238
Francis c. Jamaïque (Nº 606/1994), Doc. ONU. CCPR/C/54/D/606/1994 (3 août 1995).
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Voir par exemple, Williams c. Taylor, 529 U.S. 362 (2000) ; Wiggins c. Smith, 539 U.S. 510 (2003) ; Rompilla c.
Beard, 545 U.S. 374 (2005) ; Porter c. McCollum, 130 Cour suprême 447 (2009) ; Sears c. Upton, 130 Cour suprême
3259 (2010).
Article 36(1)(b) de la Convention de Vienne sur les relations consulaires
(OC-16/99, 1 octobre 1999)
2004 Cour internationale de Justice 12 (2004)
DUDH, art. 11 ¶ 2.
PIDCP, art. 15(1); Commission Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples, art. 7(2) ; CEDH, art. 7(1) ; Charte des
droits fondamentaux de l'Union européenne, art. 49(1) ; Charte arabe des droits de l'homme, art. 6.
PIDCP, art. 15(1) (« Si, postérieurement à cette infraction, la loi prévoit l'application d'une peine plus légère, le
délinquant doit en bénéficier. » Cette même disposition est présente dans la Charte des droits fondamentaux de l'Union
européenne, art. 49(1).
Un autre argument de droit international pouvant être invoqué, du moins dans un pays partie à la CADH, est que
l’Article 4.2 de la CADH interdit l’application de la peine capitale aux crimes auxquels elle ne s’appliquait pas au
moment où le pays a adhéré à la Convention. Dans l'affaire Raxcacó Reyes c. Guatemala, où les accusés avaient été
condamnés à la peine de mort pour enlèvement n’entraînant pas la mort, la CIDH a conclu a une violation de l’Article
4.2 de la CADH car à l’époque où le Guatemala a ratifié la Convention, l’enlèvement n’entraînant pas la mort n’était
pas passible de la peine capitale (seul l’enlèvement entraînant la mort l’était). Part XIV, Séries C, Nº 133, CIDH (15
septembre 2005). La législation qui augmentait le nombre de crimes punis par la peine de mort avait été amendée après
la ratification de la CADH par le Guatemala. La Cour a décrété que le Guatemala devrait veiller à ce qu’aucun crime
soit passible de la peine de mort s’il ne l’était pas à l’époque où le pays à adhéré à la Convention. Ainsi, si le crime
n’était pas puni par la peine de mort à l’époque où la Convention a été ratifiée par l’État partie, condamner un accusé à
la peine de mort violerait le droit international (la CADH).
Voir par exemple, Johnson c. Jamaïque, Nº 588/1994, Comité des droits de l’homme de l’ONU para. 8.9 (1996) (qui
conclut qu’un délai de 51 mois entre la condamnation et le rejet de l’acte d’appel constitue une violation du PIDCP art.
14, para. 3(c) et 5, et rappelle que la prononciation d’une peine de mort est interdite lorsque les dispositions du PIDCP
n’ont pas été observées) ; Reid c. Jamaïque, Nº 250/1987, Comité des droits de l’homme de l’ONU. para. 11.5
(« prononcer la peine capitale à l’issue d’un procès au cours duquel les dispositions du Pacte n’ont pas été respectées
constitue une violation de l’article 6 du Pacte ») ; McLawrence c. Jamaïque, Nº 702/1996, Comité des droits de
l’homme de l’ONU. para. 5.13 (1997) (même) ; OC-16/99, para. 135, CIDH (1er octobre 1999) (« les États qui
continuent d’appliquer la peine de mort doivent, sans exception, exercer le contrôle le plus rigoureux concernant le
respect des garanties judiciaires dans ces affaires » [traduction non officielle] ; Rapport du Comité des droits de
l’Homme, GAOR, 45e Session, Supplément Nº 40, Vol. II (1990), Annexe IX, J, para. 12.2, réimprimé dans 11
numéros de la Revue Universelle des Droits de l'Homme 321 (1990) (« lorsque la peine de mort est encourue, le devoir
des États parties de respecter scrupuleusement toutes les garanties requises pour un procès équitable. . . est plus que
jamais impératif » [traduction non officielle]) ; Résolution AG 35/172, 15 décembre 1980 (les États membres doivent
« le cas échéant, de modifier leur législation et leur pratique judiciaire de manière à assurer l'application des procédures
légales les plus scrupuleuses et les plus grandes garanties possibles à toute personne accusée d’un crime passible de la
peine de mort »). Voir également William Schabas, The Abolition of the Death Penalty in International Law
(L’Abolition de la peine de mort en droit international) 108-09 (1997) ; Öcalan c. Turquie, Application Nº 46221/99,
CEDH (2003), §IIA, disponible à l’adresse http://hudoc.echr.coe.int.
Herrera c. Collins, 605 U.S. 390, 417 (1993).
Recours en appel au tribunal pénal Act, 1968, c. 19, § 23(1) (Royaume-Uni).
Voir Isaac, Cannonier, Williams & Gardiner c. La Reine, Crim Apps Nº 2 of 2008, Nº 19, 20, 21, 22 de 2008, Cour
suprême de la Caraïbe orientale (21 mars 2012) (appel de St. Christopher and Nevis) (permettant l’introduction de
nouvelles preuves associées à l’état mental de l’accusé).
Voir par exemple, Welsh S. White, Litigating in the Shadow of Death: Defense Attorneys in Capital Cases (Plaider
dans l’ombre de la mort : les avocats de la défense dans les procès de peine de mort), Univ. Mich. Press, 2006. James
S. Liebman, et al., A Broken System: Error Rates in Capital Cases(Un système cassé : le taux d’erreur dans les affaires
de peine de mort), 1973-1995, Part II (1995).
Brady c. Maryland, 373 États-Unis 83 (1963) ; Giglio c. États-Unis, 405 États-Unis 150 (1972)
CADH, art. 4(6) ; PIDCP, art. 6(4) ; Conseil économique et social de l’ONU, Garanties pour la protection des droits des
personnes passibles de la peine de mort, principe 7, Résolution 1996/15, 23 juillet 1996 disponible à l’adresse
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---- End Notes Continued ---http://www2.ohchr.org/english/law/protection.htm ; Charte arabe des droits de l’homme, art. 6, 18 numéros de la Revue
Universelle des Droits de l'Homme. 151, 15 septembre 1994.
254
Rudolph Baptiste c. Grenade, Affaire 11.743, Rapport Nº 38/00 (13 avril 2000), RAPPORT ANNUEL DE LA CIDH
1999, para. 120.
255
Id. paragraphes 118, 121.
256
Dans les observations finales sur le Yémen, le Comité constate que les infractions passibles de la peine de mort d’après
la législation yéménite ne sont pas conformes aux exigences du Pacte, et que le droit de solliciter la grâce n’est pas
garanti à tous, sur un pied d’égalité. Le Comité a rappelé « le rôle prépondérant de la famille de la victime dans
l’exécution ou non de la peine sur la base d’une compensation financière est également contraire aux articles 6, 14 et 26
du Pacte. Comité des droits de l’Homme de l’ONU : Observations finales du Comité des droits de l’homme,
CCPR/CO/75/YEM (12 août 2002)
257
CIDH, Affaire Hilaire, Constantine y Benjamin et autres c. Trinité et Tobago, (Arrèt du 21 juin 2002), paras. 186-188.
258
Fermín Ramírez c. Guatemala, Part X, Série C, Nº 126, CIDH (2005) ; Raxcacó Reyes c. Guatemala, Part XIV, Série
C, Nº 133, CIDH (15 septembre 2005).
259
CADH, art. 4(6) ; Conseil économique et social des Nations unies, Garanties pour la protection des droits des personnes
passibles de la peine de mort, principe 8, Résolution 1996/15, 23 juillet 1996, disponible à l’adresse
http://www2.ohchr.org/english/law/protection.htm.
260
AG de l’ONU. Résolution 2393, 1(a)(ii), 26 novembre 1968 : « Aucune condamnation à la peine capitale ne sera
exécutée avant que les voies de recours et, selon le cas, les possibilités de grâce aient été épuisées. » Ashby c. Trinité-etTobago, (580/1994), Comité des droits de l’homme de l’ONU, 2002, disponible à l’adresse
http://www.bayefsky.com/pdf/trinidad_t5_iccpr_580_1994.pdf
261
Ashby c. Trinité-et-Tobago, (580/1994), Comité des droits de l’homme de l’ONU, 2002, disponible à l’adresse
http://www.bayefsky.com/pdf/trinidad_t5_iccpr_580_1994.pdf
262
Roger Hood, The Death Penalty: Beyond Abolition (la Peine de mort : Au-delà de l’abolition), Conseil de l’Europe, p.
147.
263
Ce manuel est disponible à l’adresse http://www.amnesty.org/en/library/asset/POL30/002/1998/ru/9dab229f-d9b111dd-af2b-b1f6023af0c5/pol300021998fra.pdf.
264
Une ressource facile à utiliser disponible à l’adresse http://www.mineaction.org/hr_treaties_form.asp.
265
Hamilton c. Jamaïque, Communication Nº 616/1995, Doc. ONU. CCPR/C/66/D/616/1995 (18 juillet 1999).
266
Medellin, Ramirez Cardenaz & Leal Garcia c. États-Unis, ¶ 68, Affaire 12.644, Rapport Nº 90/09, CIDH (7 août
2009).
267
CAT Art. 22(5)(b).
268
Voir De Wilde, Ooms & Versyp c. Belgique, 1 EHRR. 373, CEDH (18 juin 1971).
269
PIDCP Art. 28.
270
Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, Art. 1
(1966).
271
Id. Arts. 4-5.
272
Id. Art. 5(4). Voir également Chapter 2 : The Major Universal Human Rights Instruments and the Mechanisms for
Their Implementation, in A MANUAL ON HUMAN RIGHTS IN THE ADMINISTRATION OF JUSTICE: A MANUAL ON HUMAN
RIGHTS FOR JUDGES, PROSECUTORS AND LAWYERS (Chapitre 2 : les principaux instruments relatifs aux droits de
l’Homme et les mécanismes pour leur mise en œuvre, dans UN MANUEL SUR LES DROITS DE L’HOMME POUR
L’ADMINISTRATION DE LA JUSTICE : UN MANUEL SUR LES DROITS DE L’HOMME A L’INTENTION DES JUGES, DES
PROCUREURS ET DES AVOCATS), 38 (2003), http://www.ohchr.org/Documents/Publications/training9chapter2en.pdf.
273
Les règles de procédure du Comité des droits de l’homme de l’ONU sont disponibles dans la colonne de droite, à
l’adresse http://www2.ohchr.org/french/bodies/hrc/
274
CAT Art. 17(1).
275
Id. Art. 22(5)(b).
276
MANUEL DE L’ONU CH. 2, à 53.
277
CAT Art. 20(1).
278
Id.
279
Id. Art. 28(1). Voir également MANUEL DE L’ONU CH. 2, à 56-57.
280
Le site Web du Haut-Commissariat aux droits de l'homme des Nations unies est disponible à l’adresse
http://www.ohchr.org/FR/Pages/WelcomePage.aspx.
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Exposé en qualité d'amicus curiae présenté par Louise Arbour, Haute-Commissaire aux droits de l'homme des Nations
unies, dans l’affaire de la condamnation de Taha Yassin Ramadan, 8 février 2007.
Pour le règlement intérieur, à partir de l’article 102, voir http://www.achpr.org/files/instruments/rules-of-procedure2010/rules_of_procedure_2010_fr.pdf. Pour la procédure de communications et les lignes directrices, voir
http://www.achpr.org/english/_info/communications _procedure_en.html.
Lawyers for Human Rights c. Swaziland, Commission Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples, Comm. Nº
251/2002- 18e Rapport d’activité annuel (200) ¶ 27.
Malawi African Association and Others c. Mauritanie, Commission Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples,
Comm. Nº. 54/91, 61/91, 98/93, 164/97 à 196/97 et 210/98 (2000) ¶ 85.
Cours et tribunaux internationaux africains, Cour de justice de la Communauté économique des États de l'Afrique de
l'Ouest, http://www.aict-ctia.org/courts_subreg/ecowas/ecowas_home.html (dernière révision du 26 septembre 2012).
Protocole additionnel A/SP.1/01/05 portant amendement du Préambule et des Articles 1,2, 9 et 30 du Protocole
A/P.1/7/91 relatif à la Cour de Justice de la communauté ainsi que de l’Article 4 Paragraphe 1 de la version anglaise
dudit Protocole (disponible à l’adresse http://www.aictctia.org/courts_subreg/ecowas/documents/ECOWASsupplementary_protocol.pdf).
CADH Arts. 34, 36(1).
Id. Art. 44. Voir également le MANUEL DE L’ONU CH. 2, à 88 (« Le droit de saisir la Commission pour une affaire
individuelle est obligatoire en vertu de la Convention, d’après laquelle « toute personne ou groupe de personnes, ou
toute organisation non gouvernementale reconnue sur le plan juridique dans un ou plusieurs des États membres de
l’Organisation [des États Américains] peut présenter une requête… contenant des dénonciations ou des plaintes pour
violation de la Convention par un État partie » [traduction non officielle]).
Le site Web de la Commission est disponible à l’adresse http://www.cidh.oas.org/DefaultE.htm. Il comporte
notamment des décisions sur la valeur et l’admissibilité, ainsi que des rapports de la Commission.
http://www.cidh.oas.org/what.htm (« Si les recours à l’échelle nationale ont été épuisés, la requête doit être présentée
dans un délai de six mois à compter de la décision finale prise dans le cadre des procédures nationales. Si les recours à
l’échelle nationale n’ont pas été épuisés, la requête doit être présentée dans un délai raisonnable à compter de la date à
laquelle les événements faisant l’objet de la plainte se sont produits » [traduction non officielle]).
Commission interaméricaine des droits de l’Homme, Art. 31 (2), Règles de procédure ; CADH Art. 46(2).
Id. Art. 61(2).
Id. Art. 63(2).
Id.
Id. Arts. 67, 68(1). Voir également MANUEL DE L’ONU CH. 2, à 89.
Voir Anne F. Bayefsky, How to Complain to the UN Human Rights Treaty System (Comment porter plainte auprès du
système de contrôle des traités de l’ONU), p. 33., Kluwer Law Int’l (2003).
Pratt and Morgan c. Le procureur générale de Jamaïque, UKPC, Recours Nº 10 de 1993, 3 SLR 995, 2 AC 1 (1993)
(en banc) (recours dans l’affaire Jamaïque).
Bureau du Haut-commissariat aux droits de l’homme des Nations unies. Procedure for Complaints by Individuals
Under the Human Rights Treaties (Procédure de dépôt de plaintes par des individus en vertu des traités des droits de
l’homme), http://www2.ohchr.org/english/bodies/petitions/individual.htm.
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