- Konrad-Adenauer

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Colloque
Plaidoyer pour le dialogue interreligieux
IV
« Religion, paix et développement »
Colloque de la Fondation Konrad Adenauer,
13 – 14 novembre 2012
Table des matières
Programme ..............................................................................................1
Allocutions, Contributions et Ateliers
Allocution de la Représentante Résidente de la FKA Andrea Kolb............................................................................................ 3
Les travaux du comité scientifique sur le dialogue interreligieux en 2011/2012 Ute G. Bocandé ....................................................................................... 6
Diagnostic de la cohabitation religieuse au Sénégal - Terrciel Prosper
Akolin’Gadzania ..................................................................................... 9
Atelier - Terrciel Prosper Akolin’Gadzania ...............................................17
La crise malienne - Bakary Sambe ............................................................18
Atelier - Alioune Diop. .............................................................................27
Genèse et évolution du mouvement islamique du Sénégal –
Mohammed Barro ..................................................................................30
Atelier – Souleyman Ba ...........................................................................48
Comment les religions sont-elles traitées dans la presse - Mamadou Kassé.....49
Atelier - Omar Diouf. ...............................................................................53
Le rôle des religions dans la construction de la nation, la promotion de la
citoyenneté, de la paix et du développement - Eli Sommer............................56
Roles des leaders religieux ! – Adama Diouf ...............................................103
Impacts des valeurs et des religions traditionnelles dans la promotion de la
citoyenneté – Pierre Boubane ..................................................................111
Clôture – Andrea Kolb .............................................................................119
Cérémonie de clôture – Nonce Apostolique................................................122
Rapports
Synthèse – Sidy Dieng.............................................................................124
Rapport final – Souleymane Ba.................................................................126
Articles de presse
APS ........................................................................................................145
Le Soleil ..................................................................................................152
Nouvel Horizon ........................................................................................153
Contributions après le colloque
Esquisse sur la loi de laïcité et du dialogue interreligieux au Sénégal –
Terrciel Prosper Akolin’Gadzania ...........................................................158
Pourquoi dialoguer et avec qui ? - Issa Laye Thiaw .....................................160
Religion, vecteur de paix ou de discorde ? - Moïse Takougang ......................168
Le rôle de la Communication dans la construction de ponts de Compréhension,
de Dialogue et de Coopération entre adeptes de toutes les religions - Albert
Kabamba ...............................................................................................173
Ambassade d’Israël
Colloque
Plaidoyer pour le dialogue interreligieux IV
« Religion, paix et développement »
13 – 14 novembre 2012
Lieu : Fondation Konrad Adenauer
(Stèle Mermoz, Dakar)
Programme
13 novembre 2012
8h30
Installation des invités et des participants
9h00
Allocution de bienvenue (Représentante Résidente FKA Mme Kolb)
Introduction de la thématique (Mme Bocandé)
Présentation de l’évaluation du questionnaire sur la cohabitation interreligieuse (Terreciel Akoli)
9h 30
Pause café
Panel 1
Géopolitique, menace islamiste sur le Sahel, impact des média
10h00
La crise au Mali et ses répercussions dans la région du Sahel (Bakary
Sambe)
10h30
Débat (Modération : Abderrahmane Ngaïdé)
11h00
L’évolution du mouvement islamique au Sénégal (Mouhamed Barro)
11h30
Débat (Modération : Pape Beye)
12h00
Le traitement des religions dans les médias (Mamadou Kassé)
12h30
Débat (Modération : Fanta Diallo)
13h00
Déjeuner
15h00
Ateliers
17h00
Présentation des résultats des ateliers, échanges, préparation des rapports
14 novembre 2012
Panel 2
Le rôle des religions dans la construction de la nation, la promotion de citoyenneté, de la paix et du développement
9h00
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société (Elie Sommer)
9h30
Débat (Modération : Abdoul Aziz Kébé)
10h00
Pause café
10h30
L’impact des valeurs et des religions traditionnelles dans la promotion
de la citoyenneté (Pierre Boubane)
11h00
Débat (Modération : Abbé Dominique Mendy)
11h30
Le rôle des religieux dans la promotion de la paix et du développement.
Exemple concret (Pasteur Adama Diouf)
12h00
Débat (Modération : Selly Ba)
12h30
Pause déjeuner et échanges
Durant la pause, les rapporteurs rédigeront la première version du rapport qu’ils présenteront pendant la cérémonie de clôture.
15h30
Cérémonie de clôture
Synthèse des travaux, lecture du rapport et des conclusions
Présidence : Ministre de l’Intérieur
Allocutions
Sénateur Sidy Dieng avec la lecture du rapport et des conclusions
Andrea Kolb
Recteur UCAD
Ambassadeur Israël
Nonce Apostolique
Ministre
16h30
Cocktail
Dialogue Interreligieux IV - Dakar / Senegal 2012
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Enracinement et ouverture IV
Plaidoyer pour le dialogue interreligieux
Religions, paix et développement
Dakar, le 13 et 14 novembre 2012
Allocution de la Représentante Résidente de la FKA
Andrea Kolb
Excellence, Monsieur le Représentant du Nonce Apostolique de Dakar,
Honorable Sénateur Sidy Dieng,
Honorables Députés,
Monsieur le Professeur Abdoul Aziz Kébé, Représentant du Recteur de l’Université Cheikh
Anta Diop,
Chers collaborateurs de l’Ambassade d’Israel à Dakar,
Eminents conférenciers,
Messieurs les représentants des communautés, congrégations et confréries religieuses du
Sénégal,
Honorables invités,
Chers participants,
Au nom de la Fondation Konrad Adenauer, je vous souhaite la bienvenue au colloque international « Enracinement et ouverture Plaidoyer pour le dialogue interreligieux, quatrième édition».
Je vous remercie d‘avoir répondu à notre invitation au dialogue interreligieux. Mes remerciements sincères s’adressent à nos partenaires, l’Ambassade d’Israël, L’Université de
Dakar et ASECOD, ainsi qu’à tous les membres du comité scientifique de préparation du
colloque.
Je remercie particulièrement ma collègue Ute Bocandé, c’est grâce à elle que ce dialogue
a pris une telle dynamique et continuité. Un très grand merci s’adresse à notre expert
venu d’Israel, le Dr. Elis Sommer, qui a bien voulu faire des milliers de kilomètres pour
participer à nos travaux.
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La plupart de nos invités connaissent bien la Fondation Konrad Adenauer qui est une fondation politique allemande. Elle porte le nom de Konrad Adenauer, le premier chancelier
de la République Fédérale d’Allemagne qui fut un des politiciens les plus marquants et
importants de son époque. Elle a été fondée après la seconde guerre mondiale avec
l’objectif de promouvoir la démocratie, les droits de l’homme, la liberté et l’état de droit.
Dans le contexte de la coopération internationale, elle soutient aujourd’hui des projets
dans plus de 120 pays du monde.
C’est avec une grande joie que nous organisons ce dialogue interreligieux avec nos partenaires. Ce colloque reflète clairement une des priorités de la Fondation Konrad Adenauer et du Gouvernement du Sénégal : le dialogue et la communication entre les différentes religions et cultures.
Le Sénégal est connu comme étant un pays modèle de dialogue interreligieux. Il existe,
dans la société actuelle, une multitude d’initiatives pour promouvoir le dialogue entre les
religions. La Fondation Konrad Adenauer s’inscrit dans cette dynamique en organisant
des fora, des formations et des publications. Au Sénégal, Dieu merci !, les religions ne
sont aucunement facteur de division, bien au contraire.
Le Sénégal est un des rares pays dans notre monde actuel que l’on met toujours en
avant pour prouver qu’une cohabitation harmonieuse et fructueuse entre les peuples et
entre les fidèles de différentes religions est possible.
Les Sénégalais de tous bords vivent dans une parfaite communion, ceci est visible par
exemple lors des fêtes religieuses auxquelles les fidèles des autres religions sont toujours
associés d’une manière ou d’une autre. Cependant, le Sénégal n’est pas une île dans les
mouvances du temps, et il n’est pas exclu que certaines tendances néfastes, existantes
sous d’autres cieux, prennent pied au Sénégal.
Il est d’une extrême importance d’être vigilant et de prendre les devants afin que le Sénégal ne connaisse jamais des situations comme certains pays de la sous région !
Depuis plusieurs mois, le Mali vit dans la tourmente. La partie nord est tombée entre les
mains des islamistes, les institutions sont déstabilisées, les populations vivent dans une
précarité et angoisse extrêmes.
Au Nigéria, régulièrement nous entendons des confrontations interreligieuses, d’ailleurs
également dans d’autres pays du continent. Nous avons l’impression que le monde est
devenu plus fragile. La mondialisation a rapproché les hommes, mais les a éloignés aus-
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si. La recherche d’identité des différentes cultures peut amener à une division entre
communautés, et cela peut même amener à des guerres.
Il est donc urgent de pousser la réflexion, par exemple dans ce cadre de notre série de
colloques sur le dialogue interreligieux. Pour paraphraser Senghor que nous appelons
« Apôtre du dialogue entre les religions et les cultures », il faut être enraciné dans sa
propre culture et religion afin de pouvoir s’ouvrir librement et sans préjugés à la religion
et à la culture de l’autre.
Le sujet de notre colloque de cette année est « Religions, paix et développement ». En
effet, les religions, au lieu d’être facteurs de division, doivent se faire artisans de la paix.
Et la paix est le préalable de tout développement. C’est ainsi que nous allons, dans une
première partie, parler des problèmes actuels du continent africain, particulièrement de
la menace islamiste émanant du Mali et le risque de contamination du Sénégal.
Dans la seconde partie, aujourd’hui, nous allons passer au rôle des médias : commet
traitent-ils les religions ? Demain sera la journée qui montrera comment et en quelle mesure les religions peuvent contribuer à instaurer un climat de paix, à promouvoir la démocratie et la citoyenneté.
Je suis heureux de pouvoir souhaiter la bienvenue aujourd’hui à des éminentes personnalités venues, particulièrement le professeur Elie Sommer venu d’Israel. Je remercie
très cordialement aussi le professeur Bakary Sambe qui nous parlera de la crise au Mali,
Monsieur Barro qui fera l’état des lieux des mouvements islamistes au Sénégal et le professeur Kassé qui introduira le sujet du traitement des religions dans les médias.
Tous mes remerciements vont à nos partenaires et amis, l’Ambassade d’Israel et ses collaborateurs, le diocèse de Dakar, l’université de Dakar représenté par le chef du département d’Arabe M. Abdoul Aziz Kébé, l’Asecod avec le Sénateur Sidy Dieng.
J’espère que je n’ai oublié personne, sinon je
voudrais vous remercier tous qui êtes venus ce
matin de participer au dialogue interreligieux
quatrième édition qui jettera les jalons d’une
nouvelle vision du dialogue et de la cohabitation
interreligieuse en Afrique, nous l’espérons.
Que Dieu bénisse cette rencontre.
Je vous remercie de votre attention.
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Les travaux du comité scientifique sur le dialogue interreligieux en
2011/2012
Chers participants, chers invites,
Au nom du comité scientifique qui a préparé le colloque sur le dialogue interreligieux,
je vous souhaite la bienvenue ce matin.
Cette année, nous avons changé légèrement de méthode. En effet, à l’issue du colloque de la dernière année, Abbé Léon Diouf nous avait suggéré de former plusieurs
groupes de travail pour préparer le colloque de cette année. Nous avions demandé
aux participants intéressés à s’inscrire dans les listes et avons commencé les travaux. Finalement, les quatre groupes se sont fondus en un seul, pour des raisons de
temps et d’organisation, et ce groupe se constitue de quelques anciens, comme je
les appelle, comme le Sénateur Sidy Dieng, Abbé Dominique Mendy, le professeur
Abdoul Aziz Kébé, Pape Beye, Daniel Diyombo, Thomas Garrick, Albert Kabamba,
Maire-Louise Djandy et moi-même. Ensuite, nous avons une dizaine de jeunes membres très motivés et engagés.
Au début de nos travaux, nous nous sommes posé la question à savoir quel est l’état
réel de la cohabitation religieuse au Sénégal, pays de la Teranga et réputé pour sa
cohabitation paisible et harmonieuse des communautés. Cependant, déjà au cours
de nos derniers colloques, nous avions constaté que tout ne baigne pas dans l’huile,
qu’il existe quand-même de petits et des fois même de grands problèmes dans la
cohabitation.
C’est ainsi que nos jeunes membres ont proposé d’établir un questionnaire sur le
dialogue interreligieux et tout le monde était partant. L’élaboration de ce questionnaire fut un travail assez difficile, car seul Hubert Mendy – notre collaborateur – maî-
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trisait le programme Sphinx approprié à élaborer et à évaluer des questionnaires.
Heureusement qu’il nous a établi le questionnaire avant son départ en Casamance où
il était affecté. Nous nous félicitions aussi de l’initiative de Pape Beye qui a conçu un
« vademedum », un mode d’emploi destiné aux utilisateurs du questionnaire, qui a
beaucoup facilité la tâche aux enquêteurs. Finalement, ce sont les membres du comité scientifique qui ont fait circuler et remplir les questionnaires dans les régions du
pays.
L’exploitation proprement dite fut faite par Terreciel Acoli que Hubert avait initié dans
la technique de l’évaluation du questionnaire, et il va le présenter tout à l’heure.
Nous remercions vivement Terreciel qui a sacrifié une bonne partie de ses vacances
pour venir tous les jours au bureau de la FKA exploiter et évaluer les questionnaires,
un travail de titan. Et bien entendu, nous remercions très cordialement tous les enquêteurs membres du comité ou partenaires qui ont pris sur eux la tâche de faire
remplir les questionnaires, souvent dans des conditions pas trop faciles.
Au cours des travaux du comité, nous avons ébauché petit à petit le thème et le déroulement de notre colloque de cette année. Bien entendu, c’est l’actualité qui nous a
inspirés à mettre au centre de nos réflexions la Paix, car c’est surtout quand on
manque de quelque chose qu’on s’en languit. La situation au Mali est plus que préoccupante, et le risque de contamination du Sénégal et des autres pays limitrophes
n’est pas à exclure. C’est dans cette perspective que nous avons consacré la première journée de notre colloque aux problèmes actuels : la crise au Mali, le mouvement islamiste au Sénégal, le traitement des religions par les médias.
Les ateliers dans la soirée sont destinés à approfondir les réflexions émises dans les
panels et à préparer la journée de demain, à réfléchir sur une implication plus intensive des fidèles des différentes religions dans la recherche de la paix.
Demain matin, nous aurons le plaisir d’entendre trois communications qui nous présenteront des exemples assez concrets pour répondre à l’interrogation si et dans
quelle mesure les religions peuvent servir de vivier d’idées et de valeurs afin de renforcer la démocratie, la citoyenneté voire la nation.
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Nous tenons à remercier très cordialement tous les membres du comité scientifique
qui, tout au long de l’année, ont abattu un travail considérable, un travail qui a
conduit au colloque sur le dialogue interreligieux 4ème édition. Nous remercions également les éminentes personnalités qui ont soutenu notre comité scientifique de près
et de loin, comme les honorables députés Samba Diouldé Thiam et Sekou Sambou,
Abbé Léon Diouf et particulièrement Monseigneur Montemayor, le Nonce Apostolique
du Sénégal qui nous accompagne depuis la première édition du colloque avec ses
précieux conseils et la collaboration de la Nonciature.
Nous espérons que les travaux de cette année seront fructueux, à l’instar des autres
colloques, et jetteront les jalons d’une réflexion sereine et porteuse d’espoir sur les
crises actuelles et leur solution.
A présent, je donne la parole à Terrciel Acoli qui présentera les résultats de notre
enquête sur la cohabitation religieuse au Sénégal.
Je vous remercie de votre aimable attention.
Dr. Ute Gierczynski-Bocandé
Pour le comité scientifique
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DIAGNOSTIC DE LA COHABITATION RELIGIEUSE AU SENEGAL
Mai – Juin 2012 – Fondation Konrad Adenauer de Dakar
Ce présent diagnostic à été initié par le comité scientifique de suivi du dialogue interreligieux pour
établir une cartographie du dialogue interreligieux au Sénégal. Les résultats sont basés sur
l’évaluation de 670 questionnaires remplis dans les différentes régions du pays.
VOYEZ-VOUS LA NECESSITE DE FAIRE UN DIALOGUE INTERRELIGIEUX
Région x Voyez-vous la necéssité de faire un dial : Dakar
27
5
Non réponse
Oui
Non
199
AVEZ-VOUS PERSONNELLEMENT VECU LE DIALOGUE INTERRELIGIEUX
Région x Avez-vous personnellement véçu le dialog : Dakar
7
Non réponse
66
Oui
Non
158
9
SI OUI ? COMMENT A ETE VOTRE EXPERIENCE ?
Région x Si oui, comment a été votre expérience? : Dakar
12
Non réponse
63
Positive
Négative
156
VOUS ARRIVE-T-IL DE PRIER ENSEMBLE AVEC LES ADEPTES D’UNE AUTRE RELIGION
Religion x Vous arrive-t-il de prier ensemble avec : Islam
19
Non réponse
Oui
Non
196
166
10
SI OUI, QUELLE EST LA FREQUENCE ?
Région x Si oui, quelle est la fréquence? : Dakar
Non réponse
Une seule fois
79
Assez souvent
Rarement
112
13
27
QUEL SONT LES ATOUTS DONT DISPOSE LA COMMUNAUTE POUR UNE
BONNE COHABITATION RELIGIEUSE ?
Les valeurs ci dessous sont les pourcentages en ligne établi sur 670 citations à choix multiple :
La cohabitation par le biais de la religion, famille, et l’ethnie est à 18,8%. Le respect d’autrui est à
plus de 18,8%. L’unité du peuple via la culture, la religion, l’histoire, valeurs universelles et un
avenir commun est à 12%. La tolérance mutuelle est à plus de 10,8%. La solidarité pendant les
fêtes religieuses, décès, funérailles, baptêmes et autre est de 10%.
Le dialogue est à plus de
7,8%. Le mariage mixte est à plus de 7,4%. Le cousinage à plaisanterie est à plus de 4,6%. La
cohésion sociale est à plus de 4,4%. Les relations de bon voisinage est à plus de 3%. L’entente est
à plus de 3%. L’acceptation de l’autre est à plus de 2,4%. La laïcité est à plus de 1,8%.
Voici le taux des atouts dont dispose la communauté pour une bonne cohabitation religieuse.
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AVEZ-VOUS VECU UNE SITUATION
COHABITATION RELIGIEUSE ?
CONFLICTUELLE
LIEE
A
LA
Région x Avez-vous véçu une situation conflictuel : Dakar
18
20
Non réponse
Oui
Non
193
SI OUI, QUELLE ETAIT L’EMPLEUR DE CE CONFLIT ?
Région x Si oui, quelle était l'ampleur de ce con : Dakar
2 5
6
7
Non réponse
Très grave
Assez grave
Peu grave
Pas du tout grave
211
12
QUELLE ETAIT LA FREQUENCE DE CE CONFLIT ?
Région x Quelle était la fréquence de ce conflit : Dakar
16
21 3
Non réponse
Rarement
Occasionnellement
Assez souvent
Très souvent
209
DONNEZ LES FAITS
Les échanges qui finissent par des discordances au sujet de Jésus et de Mahomet sont à plus de
28%.
Mariage interreligieux (divorce, refus d’union, l’avenir religieux des enfants) est à plus de 11,3%.
Animaux errants (l’incursion des porcs dans les champs et maison de musulmans) est à plus de
7%. Le partage de la cour commune entre musulmans et chrétiens est source de problème à plus
de 7%.
Les constructions et les saccages des églises est source de conflit à plus de 7%.
Achat et consommation des boissons alcoolisées est sujet des disputes et querelles à 2,8%.
En
outre,
ont
peut
citer :
les
nuisances
sonores
pendants
les
activités
religieuses,
l’incompréhension au sujet des religions sont des réel problèmes au sein de la société.
QUELLES ONT ETE LES PRINCIPALES CAUSES DE CE CONFLIT ?
L’incompréhension et l’imposition d’une religion aux enfants est source des disputes à plus de
35,6%.
Divagation des porcs et le refus d’échange des ustensiles de cuisines est à plus de 14,8%.
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La discrimination religieuse qui conduit même au refus de certaine enfants aux établissements
scolaires est à plus de 6,4%.
Le manque de dialogue est à plus de 6,4%.
La construction et l’inauguration des églises est source de conflit à plus de 4,8%.
Les aliments sont sujet des querelles dans les familles et des cours communes à plus de 4,8%. La
consommation d’alcool et la nuisance sonore. Une confrontation au sein de musulman suite à la
date de Korité. Les disciples de la religion traditionnelle demandaient un cimetière pour eux.
QUELLES ONT ETE LES CONSEQUENCES
Rupture de la relation; Le locataire à été mit dehors ; Des pertes des biens matériels ; Séparation
avec la personne ; Mécontentement de la communauté chrétienne ; Absence de dialogue ; Les
animaux sont souvent blessés ; Un conflit long entre les deux communautés ; Division dans la
famille; méfiance, haine et agressivité ; conflits et débat entre les parents d'élèves et le collège ;
Dislocation des quartiers chrétiens vers un autre site ; Abandon et l'arrêt de notre relation ; Une
bagarre entre les chefs de famille.
COMMENT AVEZ-VOUS VECU CE CONFLIT ?
Difficile ; Tristement ; Abstinence par mépris ; Très mal ; Pas normal ; Affecté, j'ai pleuré sans
avoir la solution d'autant que c'était une amie proche ; Malaise, peine et meurtri ; Mal à l'aise ; très
gêné ; Très déçu ; douloureux ; Très difficile ; passivement ; Dans la honte et le découragement.
QUELLES LECONS AVEZ-VOUS TIREES DE CE CONFLIT ?
Certains ne comprennent pas que nous partageons beaucoup de valeurs (Religions révélées) ; La
question ethnique est hypersensible ; Il faut d'abord avoir une forte connaissance de sa religion ;
beaucoup prier pour renforcer sa Foi ; Respect d'autrui ; Mieux discuter avec la personne de
religion différente ; La nécessité d'une bonne cohabitation religieuse ; Ne plus faire deux fêtes de
Korité ; Non respect des croyances de l'autre ; Disfonctionnement social ; Les chrétiens sont
méprisés dans ce pays ; Nécessité d'un dialogue franc et sincère entre les deux religions ; Besoin
de mieux apprendre et comprendre les points fondamentaux de la doctrine chrétienne ; Ne jamais
agir avec violence, il faut toujours communiqué ; Éviter de parler de la religion de l'autre. La
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lecture des documents qui parle des autres religions ; La retenue ; La sagesse de la communauté
chrétienne qui à renoncé à l'inauguration de l'église transformée en CEM ; Ne plus discuter des
thèmes délicats ; Que chaque personne garde sa propre religion ; Dialogue ; Les soulèvements et
les discutions ne résout jamais des problèmes ; Le respect est important dans une relation ;
Manque de civilisation ; Le regret ; La religion est relative ; Bonne cohabitation, manque de
civisme ; Sensibilisation, manque d'implication des autorités et des chefs religieux ; Un problème
non traité reste un conflit. On devait se respecter et éviter les critiques religieuses ; L'union entre
les religions.
QUELLES SOLUTION PRECONISEZ-VOUS ?
Renforcer et pérenniser le dialogue interreligieux. Accepter la différence.
La solution réside dans le respect des croyances de son voisin. Dialogue interreligieux. Organiser
des activités religieuses pour promouvoir la foi en sa religion. Il faut que les leaders religieux
éduquent leurs partisans et disciples sur le respect de la foi des autres. Associer tous les
musulman, afin d'avoir une seule fête de Korité et d'informer tous le monde au même moment.
Multiplier les rencontres interculturelles et favoriser la connaissance mutuelle et le respect des
différences. Que les porcs soient parqués loin des habitations. Que les animaux ne soient pas
caillasses car ce sont des êtres innocents.
S'il y a conflit, la seule solution c'est le dialogue car le Sénégal est un pays de dialogue. On trouve
toujours dans ce cas une solution.
Une connaissance approfondie de la religion; un dialogue
interreligieux permanant. Préservation de la paix; peut être laisser à l'autre le soin de le faire. Que
chacun vive sa religion en acceptant l'autre. Compréhension de l'autre, l'acceptation et le respect
des cultes de l'autre. Communication. Instaurer un dialogue interreligieux permanant. Créant des
associations pour promouvoir le dialogue interreligieux. Le respect de tout un chacun et la liberté
des cultes. Créant des clubs de sensibilisation qui regroupent en son sein les membres de toutes
les religions pour une bonne sensibilisation. Dialogue, respect, solidarité. Les personnes qui
sensibilisent les citoyens à croire à Dieu et au Prophète, doivent aussi aider le citoyen à vivre bien
avec son voisin. Respect des pratiques culturelles et religieuses. Cultiver les esprits pour éradiquer
les conflits. Sensibiliser les citoyens. Sensibilisation sur le bon voisinage, dialogue interreligieux
avec implication des anciens. Être seulement solidaire. Se mettre autour d’une table de
négociation. Des réflexions, des sensibilisations. Raffermir les rapports, unissant les personnes de
religion différente; renforcer la fraternité. Cultiver les esprits de parenté, voisinage. Il est
primordial que les différentes communautés communiquent entre elles; apprennent à se connaître
à débattre, à prier ensemble pour les mêmes sujets. Le dialogue et les conseils au sujet de la
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morale. Échange culturel et acceptation des différences. Le respect mutuel, la compréhension. Et
essayer de nourrir un esprit de paix et de tolérance. Que les parents laissent leurs enfants
fréquenter les amis qui sont membres une autre religion. Des rencontres entre les chefs religieux
de toutes les obédiences. Sensibilisations de la population. Le dialogue interreligieux et la liberté de
choisir sa religion. La politique étatique. Trouver les lieux de prières décents dans les quartiers afin
de ne plus déranger les autres. Il faut leur trouver un cimetière pour les religieux traditionnalistes
Africaine (RTA). Faire une projection des religions qui existent dans un territoire afin qu'on puisse
parler" de cohabitation. Organisations des conférences interreligieuses au niveau des lieux
éducatifs. Une politique de sensibilisation sur la tolérance, la solidarité, le pardon. Approfondir les
études Bibliques et Coraniques, car tous ces conflits sont dus à l'ignorance des principes des
religions révélées. Acceptation de l'homme en tant que l'homme avant même d'être religieux.
Cultiver l'esprit de la laïcité et le pardon. Il faut revoir certaines pratiques religieuses quand on vit
dans une communauté dont les membres ne partagent pas la même religion.
Propos rassemblés par Terreciel Acoli
16
Rapport Atelier sur les enquêtes
Terreciel Prosper AKOLI N’GADZANIA
Rapporteur et Membre du comité Scientifique.
Pouvoir2010@gmail.com
Tél. : (221) 77 433 95 69.
Réflexion sur l’emploi du mot tolérance, de quelle tolérance s’agit-il dans le cas d’espèce?
Dans certain cas d’espèce ; A la 1ere vue : le genre humain est égale à la reconnaissance
de la dignité. Le respect de la diversité signifie reconnaitre que l’autre à quelque chose de
bon. Et cela nous épargneraient des frustrations. Tout en précision que la tolérance c’est
pratiquer sa foi sans pour autant chercher à plaire ou déplaire à qui que ce soit. En outre
la chrétienté n’admet pas le mot tolérance.
La famille est le fondement premier du dialogue entre l’Islam, Religion Traditionnelle
Africaine (RTA), et le Christianisme car l’éducation famille est le socle d’une bonne
cohabitation religieuse. Ainsi que les acteurs politiques qui par ailleurs doivent faire
attention à leurs propos tenus en public, leurs rôle dans la cohabitation religieuse est de
taille.
Le prophète Mohamed (PSL) s’était réfugié dans un monastère lorsqu’il a été poursuivi
par ses détracteurs. Il avait dit : traiter les chrétien avec respect et parler leur de la
meilleure manière qui soit. Cela nous renseigne sur la cohabitation religieuse prônée par
nos patriarches spirituels dont nous devons suivent l’exemple.
L’ignorance source de tous les conflits interreligieux. Or le brassage interculturel et
religieux dans les familles, le dogme de l’unicité en Dieu, et la laïcité de la Nation
Sénégalaise sont les trois (3) fondements d’une bonne cohabitation religieuse.
Cependant, la thèse de l’exception Sénégalais en matière du dialogue interreligieux est
erronée, car il existe aussi ailleurs en Afrique (Gambie, Mali etc.) une bonne cohabitation
religieuse.
En outre, l’existence d’une sécularisation ; renforce le concept Etat-Nation et la
démocratie.
Ebauche de Solution : mettre de côté le débat sur les doctrines religieuses mais
favoriser plutôt l’affection mutuelle, l’amour, le respect, les valeurs sociale.
Ne pas utiliser la religion comme un moyen pour combattre l’autre. Ne pas discuter sur
les dogmes ; et ne pas les remettre en question. S’atteler à construire un Etat-Nation.
Laisser chacun s’exprimer librement dans sa religion et l’accepter au tant que tel
(exemple de la viande sacrifié et le porc).
Les populations sont principalement acteurs, il ne faut pas tout attendre de l’Etat ou des
autorités.
Au sujet du dialogue interreligieux, le mieux s’est l’observation ; plutôt que parler de
dialogue d’acteurs religieux car les religions ne dialogue pas entre elles, elles ont leurs
dogmes. Ce sont les gens des religions qui dialoguent.
17
Crise malienne : origines, développements et répercussions dans la sous-région
Dr. Bakary Sambe, Enseignant-Chercheur Université Gaston Berger,
(Senegal), Senor Fellow, European Foundation for Democracy (Brussels)
Saint-Louis
La crise malienne est très complexe dans le sens où elle est entourée d’ambiguïtés. Elle a
une dimension interne et affecte la souveraineté du Mali dont la cohésion territoriale est
menacée mais elle fait aussi planer des inquiétudes sur une bonne partie du Sahel et de
l’Afrique de l’Ouest. C’est donc une crise à double facette : une dimension institutionnelle
depuis le coup d’Etat ayant provoqué la chute du Président Amadou Toumani Touré
aggravée par la prise du Nord du pays par le Mouvement National pour la Libération de
l’Azawad (MNLA). Mais cette crise est rendue plus difficile à résoudre par la multiplicité
des acteurs et des groupes qui y sont impliqués notamment les éléments d’AQMI (AlQaida au Maghreb islamique). Récemment, la naissance du MUJAO (mouvement pour
l’unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest) donna au conflit une dimension sous-régionale
nourrissant toutes les craintes d’instabilité en Afrique de l’Ouest.
Mais la problématique centrale qui reviendra dans tous les aspects et angles d’approche
du conflit reste la viabilité de l’Etat africain ainsi que le choc entre le principe de
souveraineté et la transnationalité des acteurs non institutionnels. C’est pour cela, une
analyse politique de la situation malienne ne serait complète sans une prise en compte
de cette dimension ainsi que des nouvelles interrogations qu’elle repose notamment en
termes de sécurité humaine et de prospective sur la stabilité sous régionale.
Après un état des lieux synthétique, un rappel des faits et du contexte socio-politique
ayant abouti à un tel drame, nous reviendrons sur les difficultés liées au règlement d’un
tel conflit avant de nous pencher sur l’analyse des éventuelles répercussions dans la
sous-région.
I- Etat des lieu : Une situation politico-sécuritaire confuse
La crise malienne est marquée par la manière dont l’Etat central a été vite anéanti. C’est
le 17 janvier 2012, qu’une rébellion armée a réussi à chasser les forces maliennes du
Nord du pays. Un coup d’Etat déposait le président Amadou Toumani Touré (ATT) dès le
22 mars. La conjonction de ces deux évènements a enfoncé le Mali dans une profonde
crise menaçant les équilibres politiques à l’interne mais aussi la sécurité dans la région.
Dès le déclenchement de la crise malienne s’est posée la question d’une intervention
armée extérieure avec ses risques et incertitudes. Pour certains analystes, la
communauté internationale devait privilégier le dialogue pour une éventuelle sortie de
crise. Pour d’autres, il reviendrait à la Communauté économique des Etats d’Afrique de
l’Ouest (Cedeao) de mener une médiation, prenant en compte les équilibres sociaux pour
ne pas creuser les divergences de la société malienne. L’objectif premier a d’abord été de
crédibiliser les institutions politiques pour une transition pouvant restaurer l’Etat et ses
forces de sécurité rudement éprouvées par le coup d’Etat et l’occupation du Nord. Pour
une bonne partie des décideurs ouest-africains, des mesures sécuritaires concertées au
niveau continental doivent être prises pour que le Nord-Mali ne devienne pas, sous l’effet
d’actions de groupes armés ou terroristes, un nouvel épicentre de la guerre contre le
terrorisme.
Le cadre de transition mis en place par la CEDEAO à la suite d’âpres négociations avec la
junte militaire dirigée par le capitaine Amadou Haya Sanogo n’a jusqu’ici permis d’arriver
à un ordre politique faisant l’unanimité. Pendant ce temps, la junte militaire commence à
s’attirer la sympathie de certaines couches sociales en surfant sur le mécontentement de
la population envers le régime d’Amadou Toumani Touré. Même l’actuel Président de
transition a du mal à se départir de l’image négative du régime de Touré qui lui colle,
paradoxalement, à la peau. En fait, le président intérimaire Dioncounda Traoré, était
jusqu’au coup d’Etat de mars dernier, à la tête de l’Assemblée nationale. D’ailleurs, le 21
mai 2012, ce dernier a fait l’objet d’une agression physique, attribuée aux partisans des
putschistes dans l’enceinte même du Palais présidentiel sur la colline de Koulouba et fut
18
transféré en France pour raisons médicales. L’appareil militaire a tellement été
déstructuré dans un contexte où, en même temps, les autorités civiles de transition
incarnées par le gouvernement du Premier ministre Cheick Modibo Diarra se sont
affaiblies. Une telle situation confuse ne permet pas d’envisager une restauration de
l’intégrité territoriale par les forces malienne. Tous les experts militaires de la région
s'accordent sur le fait qu’une telle restructuration serait un facteur de risques qui
peuvent dépasser le territoire malien pour s’enliser en touchant toute la sous-région et
ses fragiles équilibres.
Dans le nord du pays, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), n’a
presque plus d’existence politique et est largement dépassé par un groupe armé
islamiste, Ançar Dine, sous l’égide d’un nommé Iyad Ag Ghali, un chef touareg voulant se
venger de sa marginalisation lors de la constitution du MNLA. Rappelons aussi,
paradoxalement, que c’est le Président Amadou Toumani Touré, déchu, qui, en 2009 le
nommait vice-consul du Mali à Djeddah. Rappelons qu’Iyad Ag Ghali est un ancien leader
de la rébellion touareg au Mali dans les années 90. Il s’est, peu à peu, tourné vers la
religion avec une pratique de plus en plus fondamentaliste. Agé d’une cinquantaine
d’année, il est issu de la tribu des Iforas, dans la région de Kidal. Il s’appuiera sur des
éléments d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) pour prendre la ville de Tombouctou.
En s’imposant au Nord, son mouvement, Ançar Dine. Dès le 3 avril l’un des chefs connus
d’AQMI, Mokhtar Belmokhtar (dit le borgne) aurait été aperçu dans la ville. Des rumeurs,
démenties, à l’époque, par un responsable religieux de Tombouctou, évoquent une
rencontre entre les principaux chefs d’AQMI au Sahel (Abou Zeid, Belmokhtar et Yayah
Abou Al-Hamman) et les imams des trois grandes mosquées de la ville.
En effet, pour consolider son ancrage, Iyad Ag Ghali s’est vite rapproché des imams de la
ville pour leur demander de l’aider à instaurer la charia. La stratégie d’Ançar Dine n’est
pas sans rappeler celles des Talibans afghans. Les milices d’Ag Ghali se sont empressés
de ramener l’ordre, et avec l’aide d’AQMI, de distribuer des vivres à la population pour
paraître comme les nouveaux « sauveurs » d’un Nord du Mali, longtemps victime de
marginalisation.
C’est ainsi que le chef d’Ançar Dine a pu établir un pacte, avec une variété d’acteurs
armés préexistants : des milices arabes et touareg soutenues, par le passé, par le régime
de Bamako et, surtout, avec la nébuleuse Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), auteur
de multiples enlèvements et assassinats d’Occidentaux en Mauritanie au Mali et au Niger.
En plus des attaques répétées perpétrées conte les armées régulières de la région, les
éléments d’Al-Qaida au Maghreb islamique sont notamment impliqués dans les trafics en
tous genres et les actes criminels transfrontaliers.
C’est dans ce sens que nombre d’observateurs voient le Nord-Mali comme un vaste
espace potentiellement propice à l’accueil de combattants djihadistes de toutes
nationalités. Il est vrai que la déliquescence du pouvoir malien après le putsch ayant
renversé ATT facilite ce projet. D’autant que l’embargo décidé par la CEDEAO pourrait
placer rapidement les forces armées régulières en situation de pénurie, alors que les
équipes d’Ançar Dine pourraient bénéficier des filières logistiques d’AQMI pour conserver
leur mobilité. Des sources sécuritaires évoquent plusieurs cas d’étrangers, ouestafricains, déjà présent sur les camps d’entraînement djihadistes dans le Nord du Mali.
Malgré une certaine accalmie au mois de juillet, l’on semble évoquer, à nouveau, le
projet islamiste d’une prise intégrale du Mali. La situation actuelle avec des forces
maliennes ayant déserté le Nord reposent avec acuité la menace AQMI pour des pays
limitrophes. Rappelons que durant l’été 2011, des affrontements entre AQMI et des
troupes malienne et mauritanienne semblaient avoir contraints AQMI à se replier dans
ses sanctuaires sahéliens (notamment vers l’Adrar des Iforas). La situation actuelle leur
redonne des marges de manœuvres pour frapper en Mauritanie ; un objectif toujours en
bonne position dans les actions d’AQMI-Sahel. La prise de l’ensemble du pays par Ançar
Dine permettrait à ses alliés de disposer de bases-arrières pour frapper le Sénégal, le
Burkina Faso ou la Côte d’Ivoire.
19
Cette situation confuse qui risque de déstabiliser la sous-région est due à plusieurs
facteurs historiques et politiques endogènes qu’il serait important, d’analyser avant d’en
arriver aux répercussions imprévisibles.
II- Aux origines de la faiblesse politique de l’Etat malien
Comme tous les pays anciennement colonisés, l’Etat malien a hérité de réalités politiques
non favorables à une cohérence de son ensemble territorial. Il faudra y ajouter le facteur
ethnique qui n’a pu faciliter l’intégration harmonieuse de toutes les composantes de
l’Etat.
a-
L’éternelle question nomade :
Le Mali se trouve ainsi confronté au problème de l’homogénéisation que doit imposer la
forme politique de l’Etat- Nation, une création conceptuelle de l’Europe du 19ème siècle.
Le principe de la construction d’une citoyenneté désincarnée n’a pu fonctionner surtout
avec les conséquences des perturbations antérieures (esclavage, colonisation etc) et de
la déstructuration socio-économique consécutive aux nouvelles frontières artificielles. A
leur indépendance les pays africains ont adopté le principe de « l’intangibilité des
frontières héritées de la colonisation ». Dans la manière dont les frontières ont été
dessinées, les Etats africains n’avaient donc pas pris en compte la question de la gestion
des populations dans leur diversité et leurs différentes réalités socio-politiques. Lorsque,
dans les années 70, les séries de sécheresse frappèrent la région sahélienne dont le Mali,
les populations des zones les plus exposées à ce fléau se considérèrent comme
marginalisées et non assistées par l’Etat central.
Au Mali, ce sont les populations dites Touarègues qui se retrouveront dans cette
situation. De plus, ces catégories nomades ne s’accommodant pas de frontières
« artificielles » se trouvent sur aire de peuplement s’étendant au-delà des limites
formelles de l’Etat. Ce facteur de dissémination sur plusieurs Etats voisins n’a pas été
pris en compte dans le processus de la mise en place de l’administration centrale du Mali
indépendant. En effet, cet état, a, depuis le début péché par l’incapacité d’instaurer un
modèle socio-économique capable d’une gestion rationnelle des différences et d’une
réponse adéquate aux demandes différenciées des multiples composantes de la
population malienne. Les conjonctures de l’économie mondiale conjuguées aux
différentes politiques d’ajustement imposées par les bailleurs de fonds ont aggravé cette
situation. Déjà, dans les années 60, une vague de contestation avait secoué les régions
du Nord peuplées par les Touarègues jouant sur la proximité ethnique avec des
populations frontalières comme celles du Niger et de Libye. Ce dernier pays, sous
Kadhafi, avait beaucoup encouragé de telles manifestations et revendications
irrédentistes. Ces mouvements transfrontaliers ont davantage affaibli les Etats concernés
et instauré des zones de non droit échappant aux différents ordres étatiques (Mali, Niger,
Mauritanie). Mais la situation du Mali sera rendue plus complexe avec une certaine
instabilité politique aux effets sporadiques malgré l’espoir d’une démocratie qui cherche
encore ses marques.
b-
Mali : Crises et contradictions d’une « démocratie » en gestation :
En 1991, le dictateur Moussa Traoré est évincé du pouvoir par un général du nom
d’Amadou Toumani Touré plus connu par ses initiales : ATT. Il sera l’auteur d’une
transition démocratique exemplaire sur tout le continent africain. A la suite de cette
transition, et des élections auxquelles ATT s’abstint de participer, Alpha Oumar Konaré
arrive démocratiquement au pouvoir, effectuera deux mandats avant de quitter, à son
tour, la tête de l’Etat de l’Etat malien. Ce fut la période où le Mali figurait sur la liste
restreinte des Etats africains démocratiques.
C’est en 2002 qu’ATT revient au pouvoir par la voie des urnes après un retrait volontaire
salué, à l’époque, par le monde entier. ATT instaura alors une politique de
décentralisation, autonomise un peu plus certaines régions et signa des accords de paix
20
avec les structures représentatives des populations touarègues. Des contestations
persistent et ce, malgré les différents accords, notamment, celui sur l’intégration des
« rebelles » touareg qui avaient été désarmés dans un climat de confiance assez
satisfaisant pour toutes les parties.
Par la suite, la situation commença à se détériorer et des facteurs exogènes sont venus
se greffer aux difficultés politiques internes. Les difficultés liées au contrôle d’un vaste
ensemble territorial refont rapidement surface, cette fois-ci aggravées par les désertions
de Touaregs antérieurement incorporés dans l’armée malienne.
La guerre de Libye qui éclata dans un contexte de troubles n’arrangera pas les choses si
l’on garde présent à l’esprit que la Libye fut toujours considérés comme une zone de
refuge naturel pour les combattants du MNLA. C’est d’ailleurs ce qui expliqua
l’engagement des éléments Touaregs auprès des troupes fidèles à Mouammar Kadhafi. Il
faut noter, à ce sujet, que le retour des combattants Touaregs au Mali a été interprété
par nombre d’analystes comme un signe de faiblesse du pouvoir d’ATT. Mais d’un autre
côté, il faut comprendre que le président malien voulait jouer à l’apaisement et de la
conciliation. Mais il n’avait pas prévu tous les effets de cette situation où son armée se
retrouvera rapidement en face de combattants Touaregs surarmés et mieux équipés.
Tous ces éléments viennent s’ajouter à ce qui semble être une mauvaise gestion de la
question Touareg notamment l’absence notoire d’investissements publics majeurs dans le
Nord (au contraire du Niger par exemple)
A partir de ce moment, s’affiche au grand jour les faiblesses d’une armée malienne
« déséquilibrée » : une véritable « armée mexicaine » sous ATT avec, d’une part, une
cinquantaine d’officiers généraux embourgeoisés et ignorant les réalités du terrain et de
l’autre, des hommes de troupes livrés à eux-mêmes, sous équipés (ou du moins avec des
armes inadaptées au vaste territoire).
Voilà qui explique, en grande partie, la déroute militaire face aux rebelles du MNLA. ATT
avait-il négligé ces éléments lorsqu’il laissait revenir triomphalement au Mali tous les
vétérans de la guerre de Libye alors que, paradoxalement, des pays sahéliens frontaliers
de la Libye comme le Niger et le Tchad ont réussi le désarmement des troupes
lourdement armées en repli. Toutefois, on pourrait retenir à la décharge de ATT, le
contexte de fin de mandat qui expliquerait, peut-être, l’absence évidente de prospective
notée. Mais le rôle de l’armée malienne reste la question centrale dans cette crise aux
lourdes conséquences et qui n’est qu’à ses débuts.
II- Un conflit aux lourdes conséquences sur la sécurité humaine dans
le Sahel
Avec la défaite de l’armée malienne dans le Nord du pays, c’est toute le Sahel qui sera
confronté à l’accentuation des menaces en tous genres. Déjà, une immense zone de
trafics et de contrebandes s’étendait à partir du Nord Mali pour toucher toute l’Afrique de
l’Ouest jusqu’au Maroc voire l’Egypte. Rappelons l’avion, en provenance d’Amérique du
Sud, dénommé, désormais, « Air Cocaïne » qui atterrissait sur une piste aménagée au
Mali en 2009. Cet évènement surprenant remit à l’ordre du jour la question de
l’impossible contrôle du territoire malien par l’Etat central. Aussi bien les groupes
islamistes que les narcotrafiquants trouvent là un no man’s land favorable aux trafics, à
la prise d’otages et aux entraînements de djihadistes. Pour Hacem Ould Labett dans
« Généalogie de d’Al-Qaida au Maghreb islamique », la porosité des frontières ajoutée à
la coopération entre islamistes radicaux et narcotrafiquants aboutira à la naissance d’une
« zone grise » dans cette vaste étendue du Sahel. Les faits récents comme le rapt
d’otages, les assassinats ainsi que les attentats en Mauritanie montrent déjà une
organisation sophistiquée de la part de ces groupes incontrôlés. Pendant ce temps les
problèmes liés à la sécurité humaine comme la sécheresse et son corollaire, la crise
alimentaire, restent sans solution.
Les observateurs sont unanimes : si cette crise perdure avec une opération militaire à
l’issue incertaine on risque d’assister à l’accentuation de la crise alimentaire dans toute la
sous-région. A titre d’exemple, l’ONU a estimé récemment que près d’un million de
21
Sénégalais sont menacés par la crise alimentaire au Sahel. Les réfugiés ont pour le
moment convergé vers d’autres pays comme le Niger et la Mauritanie avec les
conséquences sur les équilibres politiques des pays respectifs.
On ne peut, pour le moment, mesurer les conséquences du rôle joué par le Sénégal
voisin, notamment, avec exfiltration et l’accueil ATT. Avantages ou craintes pour l’axe
Bamako-Dakar ? Tout dépendra du sort qui sera réservé, dans la durée, à la Junte
militaire.
Sur le plan diplomatique, déjà des « effets indirect » de cette crise du Sahel qui coïncide
avec le retour en force de la Côte d’Ivoire sur la scène sous-régionale. En concurrence
avec le Sénégal pour le leadership. Ces rivalités qui se dessinent dans le processus de
règlement du conflit reposent avec acuité la capacité ou non de la CEDEAO à mener à
bien sa mission dans ce conflit multidimensionnel.
a- Crise malienne et enjeux sécuritaires de la radicalisation islamique dans
le Sahel
La région du Sahel a la spécificité d’être à la lisière du monde arabe et de l’Afrique
subsaharienne. Elle est naturellement soumise aux influences arabes surtout que par le
biais de l’islam, les connexions sont facilitées par un certain nombre de facteurs avec une
particulière manipulation du facteur religieux à tous les desseins (Sambe, 2003 : 28).
L’illusion longtemps entretenue d’une région subsaharienne en dehors des influences et
des courants traversant les mondes arabe et musulman est contredite aussi bien par
l’histoire mais aussi les évènements auxquels nous assistons depuis la fin de la guerre
froide. En fait le Sahara n’a jamais été une barrière infranchissable mais une « mer
intérieure qui a toujours invité à passer d’un rivage à un autre », comme disait Henri
Labouret.
Lorsque le phénomène AQMI s’est déclaré dans les sociétés maghrébines, il fallait
aussitôt s’attendre à son extension au sud du Sahara. S’y ajoute qu’une certaine
reconfiguration géopolitique a fait de cette région du Sahel une zone très convoitée aussi
bien sur le plan stratégique qu’économique, au regard des richesses minières et
énergétiques dont elle regorge. Pour dire qu’une confrontation des intérêts divergents va
irrémédiablement y occasionner des troubles. Aussi, la lutte d’influences idéologique sur
fond de chocs de modèles religieux va-t-elle s’y accentuer. Les nombreuses alertes sur
l’enjeu d’une telle confrontation idéologique n’ont commencé à faire écho qu’avec
l’apparition des groupes islamistes radicaux et, surtout, les actions terroristes et les
prises d’otages dans cette vaste zone aux frontières poreuses.
2- Au-delà d’AQMI au Mali : un vieux projet de zone wahhabite dans le Sahel
Il y a une véritable stratégie de conquête développée par l’Arabie Saoudite avec la
multiplication d’organismes spécialisés financés par elle et qui essayent de coordonner
les actions de prédication sous différentes formes. Ces organismes essayent de prendre
la forme d’organisations internationales avec une certaine représentativité afin d’acquérir
la respectabilité et surtout le statut privilégié des ONG sur la scène internationale où les
rapports se privatisent de plus en plus.
Ainsi, des mouvements de différentes natures vont se multiplier et vont s’imposer
comme la courroie de transmission de l’idéologie wahhabite surfant sur la contestation de
l’islam confrérique ou traditionnel tel que connu dans plusieurs régions du Sahel (Sambe,
2005 : 18).
Les tenants du wahhabisme international ont longtemps travaillé sur un projet de zone
d’influence wahhabite en Afrique. Pourtant, les nombreuses alertes n’ont jamais poussé à
des mesures préventives face à un phénomène qui inquiète aujourd’hui tous les pays du
Sahel. Cette zone d’influence d’un islam radical est clairement identifiable aujourd’hui. Il
s’agit de la ligne Erythrée, Khartoum encerclant l’Ethiopie « chrétienne » en passant par
Ndjaména et traverserait, les actuelles provinces du Nord Nigeria appliquant la
22
« Sharî‘a », le Niger et le Mali, sous effervescence islamiste, pour aboutir au Sénégal,
seul pays d’Afrique noire ayant accueilli par deux fois le Sommet de l’OCI et siège
régional de la Ligue islamique mondiale entre autres. Jusqu’ici, l’action des mouvements
islamiques soutenues par des bailleurs du monde arabe se limitait à une concurrence
aux Etats dans les domaines de l’Education et des œuvres sociales au regard des
difficultés des gouvernements respectifs à satisfaire les besoins des populations.
Mais avec les récents bouleversements dans la sous-région et les conséquences
découlant de l’alliance entre les groupes djihadistes (comme AQMI anciennement GSPC)
et la nébuleuse Al-Qaeda, ces mouvements commencent à être des sources
d’inquiétudes. L’idéologie salafiste et wahhabite avec ses penchants djihadistes et
violents étant bien ancrée dans la sous-région, il peut arriver, à tout moment que des
éléments incontrôlés passent de la pensée à l’action.
III-
Prospective : Au-delà du
naturelles du terrorisme
Mali,
les
pays
du
Sahel
cibles
Comme souligné plus haut, AQMI vise à atteindre les intérêts occidentaux dans la zone
du Sahel. Le Sénégal qui quelques similitudes avec le Mali, présente une certaine
particularité dans ce contexte. Tout en symbolisant la profondeur africaine des pays et
organisations arabes et islamiques (OCI, ISESCO, Ligue islamique mondiale, Appel
Mondial Islamique, libyen), il demeure un allié traditionnel des puissances occidentales.
On pourrait dire la même chose de la Mauritanie, mais aussi du Tchad comme du Niger.
Ces pays du Sahel présentent, de ce fait, beaucoup de similitudes avec les pays arabes
(Arabie Saoudite, Emirats du Golfe, Maroc, Egypte, Tunisie en pleine transition politique
etc.) visés par Al-Qaeda qui les considère comme des « agents » de l’Occident.
De plus, les actes posés, par ces pays, sur le plan diplomatique ne semblent pas
accompagnés de dispositions nécessaires sur les plans sécuritaire et du renseignement
intérieur et militaire. Il est sûr que la nature des menaces comme celle de l’AQMI et des
groupes transnationaux (Constantin, 1994 : 154) avec une nouvelle conception des
espaces territoriaux, exige une expertise pluridisciplinaire et non plus seulement
sécuritaire.
Cette expertise devra nécessairement prendre en compte, non seulement, les aspects
géopolitiques, mais la dimension idéologique et sociologique d’un phénomène multiforme.
Il ne semble pas en être le cas, pour le moment, au sein des services de sécurité des
pays sahéliens alors qu’on peut s’interroger les l’existence éventuelle d’un terrain
favorable au déploiement de groupes comme l’AQMI. Il y aurait, à notre sens, assez
d’éléments pour qu’émergent à tout moment, dans les différents pays sahéliens, deux
types de relais : idéologique et éventuellement, opérationnel et ce, malgré les
assurances d’un système confrérique ou d’un islam traditionnel aujourd’hui cible des
islamistes (Tombouctou) et qui étaient considérés comme paravents et remparts plus ou
moins durable contre la radicalisation.
Les spécialistes français de l’islam africain, sont, pour beaucoup, restés sur une scission
binaire du champ religieux sénégalais : un islam confrérique concurrencé ou contesté par
des mouvements réformistes proches des Frères Musulmans ou d’obédience salafiste
wahhabite d’émanation saoudienne. Sous certains aspects, ils n’ont pas tenu compte de
l’évolution de ce champ ainsi que l’interpénétration des courants comme des itinéraires
mixtes des acteurs.
Le Sahel : un terrain idéologiquement déjà conquis ?
Selon cette configuration, beaucoup croient encore en un islam confrérique soufi en tant
que rempart contre l’extrémisme islamiste. Cette force des confréries, notée dans des
pays comme le Sénégal ne fait plus le poids au Mali ou encore au Niger où est implantée
l’Université islamique du Sahel sous contrôle idéologique wahhabite.
Il est vrai que des leviers de médiation comme les marabouts, au Sénégal, et autres
chefs religieux existent qui limitent l’impact de l’assaut idéologique wahhabite avec ses
pétrodollars par le biais du travail social des associations islamiques. Ces dernières
23
investissent les domaines où se manifestent le plus une carence de l’Etat-providence ;
l’éducation et le social. Les ressources financières commencent, certes, à se raréfier suite
aux attentats du 11 septembre2001 et la surveillance accrue doublée d’un gel important
des avoirs de certains organismes bailleurs, notamment du Golfe (Arabie Saoudite,
Emirats etc).
Mais on oublie, très souvent, que suite à l’émergence d’une élite arabophone (Niger, Mali,
Sénégal, Tchad) issue des universités arabes et/ou islamiques contestant l’hégémonie
des cadres francophones désignés comme responsables de la faillite des pays depuis
l’indépendance, il y a le mythe de la « conscience islamique » traversant toutes les
sphères y compris confrériques. Ce mythe s’est érigé en un véritable courant politique
captant les idéologies exogènes : salafisme, wahhabisme, chiisme balbutiant, voire
djihadisme. S’y ajoute que les déçus du courant confrérique d’obédience soufie, trop
marqué par ses accointances répétitives avec le pouvoir politique, conformément à
l’héritage colonial, se dirigent, de plus en plus, vers un islam dit « rationalisé » recrutant
de plus en plus dans l’élite intellectuelle même francophone. Cela aurait conduit,
paradoxalement, avec une « élitisation » de l’extrémisme, vers une sorte d’islam des
« ingénieurs » comme en Algérie ou au Moyen-Orient (Frères Musulmans en Egypte,
Tunisie et récemment au Maroc).
Ce courant transversal, à travers tous les pays du Sahel, est manifestement sensible aux
revendications de l’islamisme mondialisé (cause palestinienne, anti-américanisme etc).
Cette frange est largement renforcée par les laissés pour compte des systèmes sociaux
et économiques, habités par une misère sociale et exposés aux rudes conséquences de la
crise socio-économique aggravée par le fossé grandissant entre classes dirigeantes et
populations paupérisées. Ensemble, ils constituent un relais sociologique et idéologique
de groupes comme AQMI.
De tels relais existent dans les milieux associatifs islamiques sans surveillance
particulière (Mali, Sénégal) et dont les activités se déploient dans le domaine social et
éducatif. De nombreux pays du Sahel souffrent toujours d’une dualité de son système
éducatif avec l’école « officielle » francophone et la multiplication d’écoles « arabes » ou
« coraniques ». Cela représente un grand danger pour ce qui est de la cohésion nationale
dans le processus de la construction de l’Etat sous sa forme jacobine.
Les Etats sahéliens ne semblent pas saisir les enjeux d’une telle dynamique et n’ont
jamais intégré cette dimension du religieux dans le cadre global d’une politique de
sécurité. De temps à autre, ce sont les puissances occidentales alliés qui tirent la
sonnette d’alarme. Les experts sont, aujourd’hui, nombreux qui attirent l’attention sur le
danger d’un système éducatif dual avec un enseignement institutionnel géré par l’Etat et
un autre parallèle qui lui échappe et qui s’ouvre aux influences saoudiennes, iraniennes
et récemment turques. Ce fait est non seulement source de troubles à moyen terme mais
d’une fracture sociale donnant lieu à des Etats-Nations sans ciment national. La crise
malienne a, en fait, soulevé de nombreuses interrogations sur la viabilité des Etats et
leur prise en charge des citoyens et de leur sécurité de manière générale.
De ce fait le règlement de la crise malienne est perçu comme une nécessité dans laquelle
sont impliqués tous les Etats voisins. Malgré les rivalités diplomatiques et les
positionnements en termes de leadership, les Etats de la sous-région semblent se
préoccuper d’une sortie de crise rapide et concertée, même si elle est encore
problématique.
IV-
Le règlement de la crise malienne : l’énigme diplomatique de la
CEDEAO ?
Le pouvoir confié à la CEDEAO dans cette crise l’est en vertu du principe de la
subsidiarité. En fait, les Organisations Internationales et Régionales sont les premiers
responsables de la prévention, du règlement et la gestion des crises et conflits qui
interviennent dans leurs zones d’influence conformément à une solide jurisprudence en
Afrique de l’Ouest avec l’ECOMOG au Libéria et en Sierra Leone. Mais, il apparaît, dans la
gestion de cette crise, le constat général d’un cafouillage ou d’un manque évident de
stratégie de la CEDEAO avant et pendant la crise.
24
Avant la crise : Il n’y a pas eu d’actions préventives à l’appui de l’armée malienne depuis
l’incursion des « envahisseurs » alors que la CEDEAO est théoriquement dotée d’une
unité d’alerte précoce pour les crises.
Toutefois, on pourrait concéder, à la décharge de la CEDEAO, le fait que le Mali ait tardé
(le 3 septembre) à faire appel à une intervention militaire concertée (certainement par
orgueil). Encore que cet appel émane de l’autorité de transition et non de la junte
militaire plus mitigée sur cette question.
Durant toute la crise, il y a eu de nombreux Sommets tenus au plus haut niveau sans
résultats palpables ; constat de l’absence d’une officine pour élaborer des stratégies
adéquates au niveau de la CEDEAO.
Des précédents sont là pour illustrer cette absence de stratégie. La question de la
reconnaissance de la junte militaire du Capitaine Sanogho reste très problématique. La
saisine du Conseil de Sécurité pour faire endosser par la communauté l’intervention
militaire programmée montre une l’impréparation notoire. Le dossier sera d’ailleurs
renvoyé par le Conseil de Sécurité pour « absence d’une stratégie militaire claire de la
CEDEAO ». La question sensible des armes destinées au Mali et détenues dans quelques
capitales des pays membres de la CEDEAO. Est-ce une stratégie voulue ou une simple
improvisation ? La question de l’implication souhaitée des troupes tchadiennes pour leur
connaissance de l’environnement désertique est jusqu’ici très mal gérée par la CEDEAO.
Il est à déplorer que le Tchad qui est observateur de la CEDEAO n’ait jamais été impliqué
dans les consultations officielles au niveau de l’organisation sous-régionale; d’où son
refus actuel de s’impliquer ; signe d’une crise profonde confiance mutuelle.
Le dossier du règlement de la crise malienne est jusqu’ici mal géré sous plusieurs
aspects. Néanmoins, la CEDEAO a encore la possibilité de redorer son blason en cas
d’intervention militaire réussie. Ce qui reste encore problématique avec le facteur
algérien à prendre en compte. Sans l’appui logistique de ce pays, on ne peut garantir la
réussite d’une opération militaire dans le Nord du Mali. Rappelons que c’est l’Algérie qui a
pu empêcher, pendant des décennies, que Khadhafi s’installe dans le Nord du Mali. On
pourrait trouver, néanmoins, des excuses à la CEDEAO, si on tient compte du fait que la
récente crise institutionnelle qui a secoué cette organisation a eu un impact négatif sur la
gestion de ce dossier. Finalement, c’est, seulement, avec l’appui des partenaires
stratégiques (USA, France, ONU, UA et UE), que la CEDEAO pourrait néanmoins s’en
sortir et peut-être sauver la face. On est loin de l’épilogue d’une crise
multidimensionnelle aux conséquences lourdes de danger pour la stabilité de toute
l’Afrique de l’Ouest.
Conclusion
La situation politique et sécuritaire demeure plus que confuse au Mali. Elle est rendue
plus complexe par l’imbrication entre une situation politique à Bamako marquée par un
certain flou institutionnel et une crise dans le Nord occupé représentant tout de même les
deux tiers du territoire malien. Cette crise est, d’une certaine manière, la résultante de la
faiblesse politique de l’Etat malien et africain en général. D’aucuns y voient l’expression
des contradictions d’une « démocratie » en gestation. Mais cette crise qui perdure a la
particularité d’avoir des répercussions sur la sécurité humaine dans tout le Sahel au
regard de la porosité des frontières et de la transnationalité des acteurs. Ces derniers
éléments semblent en faveur de la propagation du phénomène djihadiste dans le Sahel.
La sous-région n’est pas, totalement, à l’abri d’une telle propagation idéologique ;
l’opérationnalité étant, elle, une question de circonstances. Combinés aux données
stratégiques et à l’aggravation des phénomènes liés au trafic de drogue, à la prise
d’otages, ces éléments impliquent une nécessaire prise en compte globale de la
problématique « sécurité humaine » dans le Sahel.
Les errements diplomatiques dans la sous-région ajoutés au dysfonctionnement de
certains services de renseignements récemment illustrés par le trafic des armes
25
iraniennes (Sénégal-Gambie) et l’installation d’instructeurs djihadistes étrangers au Nord
Mali montrent que les pays du Sahel n’ont qu’une emprise limitée sur l’évolution de la
situation. L’ancrage de nombreux Etats sahéliens concernés dans le camp occidental
(USA, France) et surtout la présence d’intérêt français importants en Afrique francophone
font de la région du Sahel une cible naturelle. Il faudra ajouter à cela, un terrain
idéologiquement favorable et des relais non surveillés sur fond de crise économique et
sociale que ne manqueraient pas d’exploiter des groupes jihadistes comme AQMI, Ansaru
Dine et le tout nouveau mouvement, (MUJAO), le Mouvement unifié pour le Jihad en
Afrique de l’Ouest.
Pour toutes ces raisons, nous sommes en présence d’une situation géopolitique qui doit
conduire à revisiter les paradigmes sécuritaires et de l’approche de la viabilité des
espaces politiques : le choc entre le principe de souveraineté des Etats et la
transnationalité d’acteurs défiant toutes les conceptions préétablies de l’Etat-Nation.
Bibliographie indicative :
Al-Bichri, T., 1982 : "Mouvement national
méditerranéens, 21, octobre-décembre 1982
et
mouvement
islamiste",
Peuples
Constantin, F. 1994 : De l’individu à l’Etat, in Les individus dans la politique
internationale, (sous dir. Michel Girard), p.154
Ngaidé,
Abderrahmane.,
2008 :
Continuités
culturelles
et
tentatives
d’homogénéisation, les périphéries étatiques à l’épreuve du 21ème siècle, Annales FLSH,
n°38B , pp. 221-232.
Otayek, R, 2000 : Identité et démocratie dans un monde global, Presse de Sciences Po,
p. 164.
Sambe, B, 2003 : L’islam dans les relations arabo-africaines,(Thèse de doctorat, IEP
Lyon,
Sambe, B, 2005 : Pour une ré-étude de l’islam au Sud du Sahara, in Prologues, revue
maghrébine du livre, n° 34, Eté 2005
Sambe, B, 2011 : Islam et diplomatie, la politique africaine du Maroc, 266 p
26
COLLOQUE
Plaidoyer pour le dialogue interreligieux IV
« Religion, paix et développement »
13-14 novembre 2012, Fondation Konrad ADENAUER
Dakar SENEGAL
RAPPORT DE L’ATELIER SUR « LA CRISE MALIENNE »
Président de l’atelier : Monsieur Alioune DIOP
Dans l’après-midi du mardi, nous sous sommes retrouvés en groupe pour
approfondir cette question à partir de la communication faite par le Dr.
Bakary SAMBE
Un rappel historique nous a été fait sur la constitution des différents
gouvernements en République du Mali qui ont été souvent hétérogène et
non mono ethnique. Dans son approche pour rallier les populations de
Tombouctou, Iyad AGALI a échoué. Il s’est replié sur Gao et Kidal. La
chute de l’armée malienne est due au retrait tactique demandé par le
Président de la République qui est le Chef suprême des armées.
Les armes récupérées par les rebelles après le repli stratégique de l’armée
malienne sont plus importantes qui celles ramenées de la Lybie. La place
de la France doit être reconsidérée car les déclarations d’indépendance
des mouvements du Nord ont été faites sur France 24 et TV5. Le premier
embargo de la CEDEAO a été décrié par la population car elle affaiblissait
le Sud par rapport au Nord qui avait la possibilité de se ravitailler en
armes par l’Algérie, la Mauritanie et le Niger.
ATT a été à l’origine de cette crise parce qu’il a habitué les organisations
du Nord à des financements, et lorsque cette argent été terminé, ils
reprenaient les armes. Un rappel sur le contact arabo-africain nous a été
faite à la suite de la présentation de la pénétration arabique en Afrique en
252 après l’Hégire. Sur le continent lors que l’Islam a été présenté, les
Africains n’ont pas posé les questions opportunes par rapport aux
engagements qu’exigeait cette foi. Des atrocités ont été faites par les
musulmans afin de convertir les Africains. Les jihadistes ont détruit les
empires en Afrique de l’Ouest, du Nord et de l’Est.
27
Une note forte a été faite pour nous rappeler que la crise au Mali n’est pas
une crise malienne mais une crise sous-régionale et transfrontalière.
Sur l’intervention armée les positions étaient différentes. Certains ne sont
pas d’accord avec un appui logistique de la France à cette intervention.
D’autres appellent à aider le Mali et l’invite à accepter l’aide militaire de
ses amis.
Les autorités religieuses se sont de tout temps pleinement engagées dans
les questions sociales et aussi dans la crise. Elles ont été les premières à
aller voir le capitaine Sanogo pour lui demander quel fût le sens de son
action.
Une lecture économique nous a
été faite de la crise en affirmant
que celui qui contrôle notre
économie nous contrôle en
rappelant notre monnaie qui est
le
Franc
des
Colonies
Françaises
d’Afrique
(CFA).
L’affaiblissement
de
l’Etat
sahélien
a
fragilisé
les
économies locales ce qui a
conduit
les
populations
a
accepté toutes formes d’aide
sans comprendre les contreparties que cela leur imposaient.
Un fait historique a été porté à notre connaissance. Depuis le coup d’Etat
de 1968, l’armée n’était pas en odeur de sainteté avec la population.
L’armée s’est aussi senti trahie par les populations de Gao. Depuis 20 ans,
la démocratie a été de façade au Mali. La force d’un Etat ce sont ses
renseignements généraux et depuis longtemps ses services sont
démembres sans en refaire un redéploiement stratégique.
La question des minorités ethniques au Mali avait été prise en charge par
la loi de la décentralisation.
Questions
Ne devons nous pas approfondir l’étude des Agendas arabes pour l’Afrique
et particulièrement les agendas Iranien et Qatari?
Que faut-il à l’armée malienne pour mieux combattre le terrorisme ?
28
Pourquoi le putsh à quelques jours de l’organisation des élections
présidentielles ?
N’est elle pas une crise due à des problématiques de ressources ?
Qu’elle est la part de la crise libyenne, dans le déclenchement de la crise
malienne ?
N’est elle pas due à la réactualisation de l’empire mourabique ?
Recommandations
 Les leaders religieux doivent accompagner leurs fidèles afin qu’ils ne
se laissent pas séduire pas les théories « islamistes ».
 Le rôle des leaders religieux doit être revisité afin d’apporter une
solution durable non seulement pour le Mali mais aussi pour qu’un
tel cas ne se produise plus dans la sous-région.
 Une union forte des Etats afin de résoudre une fois pour toute le
problème malien avec une forte participation de l’Algérie et être
même radical s’il le faut.
 Une rencontre des leaders religieux sous régionaux à Bamako pour
traiter de la crise malienne.
Etienne TSHISHIMBI
Membre du comité scientifique de suivi du colloque
interreligieux
Fondation Konrad ADENAUER
Tél : +221774087480
E-mail : mbistef@yahoo.fr
29
Présentation :
Mouhamadou Barro
Coordonnateur du Réseau des
Journalistes pour l’Information
Religieuse (REJIR)
mouhametbarro@yahoo.fr
Colloque
Plaidoyer pour le dialogue interreligieux
« Religion, paix et développement »
13-14 Novembre 2012
Lieu : Fondation Konrad Adenauer Dakar
Panel 2 Géopolitique : Menace islamiste sur le Sahel et le rôle des
médias dans le traitement de l’information
Thème: Genèse et évolution du mouvement islamique du Sénégal
Introduction
Le mouvement islamique réformiste est né au Sénégal dans les années 50. Des «
arabisants » qui sont revenus pour la plupart, des universités islamiques de Tunis et d’Al
Azhar en Egypte, ont jeté les bases d’une nouvelle forme de prédication et
d’organisation, inspirée de la mouvance des grands réformistes musulmans. Ce vent du
réformisme qui souffle au Sénégal est inspiré par l’association des Oulémas de l’Imam
Ben Badis d’Algérie et du mouvement des Frères Musulmans de l’Imam Hassan Al Banna
d’Egypte. C’est dans cette dynamique que L’Union Culturelle Musulmane(UCM) a été créé
par des lettrés arabisants, formés en grand nombre dans les sciences religieuses.
Cette nouvelle tendance islamique élabore un type de discours de rupture par rapport à
un islam traditionnel, incarné par les familles maraboutiques(Tarihas).
Ce souffle de renouveau s’est fondé sur trois objectifs majeurs :
- purifier l’islam des déformations et abus qui l’ont défiguré
- réformer l’enseignement et diffuser la langue arabe
- lutter contre les influences européennes et chrétiennes
Ces lettrés arabisants promeuvent l’enseignement de la langue arabe, le retour à un
islam authentique (salafia) qui combat les « déviations » et le traditionalisme ambiant
30
dans la pratique de la religion. C’est ainsi que le nouveau discours islamique s’est attaqué
aux pratiques d’innovation de l’islam(Bida) et même au système d’enseignement
traditionnel de l’islam.
Le réformisme que proposent ces lettrés, décline une autre manière de pratiquer l’islam.
Les musulmans devraient ainsi s’affranchir de la mainmise du pouvoir maraboutique
grâce à la maitrise des textes islamiques et une approche sans intercession et sans
intermédiaire dans la relation avec le Seigneur. Le discours et les actions du mouvement
islamique se sont opposés au colonisateur, à l’élite qui allait lui succéder après les
indépendances, et aux marabouts. Cet islam militant ou rectificateur, se pose ainsi
comme alternative au système confrérique.
L’attractivité du mouvement réformiste a été renforcée dans la fin des années 70 par la
réussite de la révolution islamique Iranienne(1979). Le mouvement islamique qui est
élitiste dès ses premières heures, s’est inscrit dans une dynamique de massification
dans les années 80 avec une base associative islamique qui s’élargie dans tout le
pays et intègre toutes les catégories sociales.
Au début des années 80, le pays est en effet secoué par des crises multiformes
(sécheresse, crise de l’éducation, élections présidentielles contestées) etc… qui ont eu
des conséquences désastreuses sur le plan économique et social. C’est ainsi que le
« réveil islamique » a vu le jour au Sénégal dans un contexte de faillite de l’Etat social et
des nombreuses privations provoquées par les Plans d’Ajustement Structurel (PAS)
initiées par les institutions de bretton woods (la Banque Mondiale et le FMI (Fonds
Monétaire International).
Dans les années 1980 et 1990, la thématique de « l’état islamique » était au centre des
revendications politique du mouvement islamique Sénégalais. Cette revendication qui
était la principale source de mobilisation, à côté de celle de la question Palestinienne, a
été laissée en rade au fil du temps au profit d’un discours plus réaliste et adapté au
nouveau contexte géopolitique.
Le mouvement islamique s’est aussi illustré
dans le combat contre la laïcité de l’Etat. La
création du Groupe d’Initiative pour le
Référendum sur l’Application de la Loi Islamique
au Sénégal (GIPRALIS), est une preuve
évidente de l’engagement des acteurs islamique
pour ce combat. L’objectif principal du
(GIPRALIS) était en effet de lutter contre le
caractère laïc de la constitution du Sénégal.
Pour rappel le Président Abdoulaye avait décidé
de satisfaire cette revendication du GIPRALIS
avant de se rétracter finalement à cause de la
levée de bouclier de certaines forces sociales et politiques. C’est dans cette dynamique
qu’il faut aussi inscrire la mise sur pied en 2002-2003, du Comité Islamique pour la
Réforme du Code de la Famille au Sénégal (CIRCOFS). Ce Comité, dirigé par l’ancien
leader marxiste du PLP (Parti pour la Libération du peuple), Maître Babacar Niang, existe
en réalité depuis 1996. C’est un comité spécial crée par le collectif des associations
islamiques du Sénégal qui a bénéficié du soutien des confréries.
31
Le but du Comité est de rédiger un code alternatif à celui de 1972 et qui soit plus
islamique. Ce projet de nouveau code est présenté en octobre 2002 lors d’une
conférence. Il a été envoyé à toutes les autorités du pays (le Président, le Premier
ministre, le Président de l’Assemblée nationale, les Ministres, les Députés et Groupes
parlementaires). Le CIRCOFS a milité pour l’adoption de ce nouveau code, véritablement
islamique qui ne régirait que les musulmans. Les autres communautés religieuses
devront décider entre eux, s’ils veulent continuer à être régi par le code existant ou par
un nouveau texte plus respectueux de leurs convictions.
Le mouvement islamique sénégalais a connu depuis sa naissance des mutations
profondes, aussi bien sur le discours que sur les méthodes d’actions. Ce mouvement qui
a toujours gardé ses liens avec les courants étrangers, a développé ces dernières années
un nouveau type de discours qui intègre, l’héritage des figures historiques musulmanes.
Le mouvement islamique s’est beaucoup accommodé avec le nouveau contexte national
et international même si certaines tendances vivent encore dans la marginalité.
I - LES TENDANCES DU MOUVEMENT ISLAMIQUE
Loin de se présenter sous un seul visage, le mouvement sénégalais est partagé entre
plusieurs tendances. Les divergences idéologiques et de méthode d’action existent entre
ces tendances même si elles partagent toutes la même source d’inspiration qu’est le
coran et la tradition du prophète Mouhamet.
Ainsi, pour bien appréhender le mouvement islamique sénégalais, il est nécessaire de le
configurer avec ses différentes tendances.
1 - La tendance globalisante.
Elle part du principe que l’islam est une religion qui embrasse toutes les dimensions de
la vie. Elle considère que son action doit être multidimensionnelle et doit par conséquent
prendre en charge les aspirations du peuple. Cette tendance intègre la dimension
évolutive des relations sociales(Ijtihad), contrairement au dogme qui demeure
inchangeable.
Union Culturelle Musulmane UCM :
L’UCM est créée le 06 septembre 1953 sous l’impulsion de Cheikh Touré avec un petit
groupe de militant de la même mouvance. L’UCM inscrit son action sur trois axes
essentiels : celui de la lutte pour la promotion de la langue arabe, la relecture et de
l’enseignement rénové de l’Islam(Ijtihad), celui de la lutte pour l’indépendance. A sa
création, l’UCM était plus anticolonialiste que sounite. L’action de l’UCM était surtout
dirigée contre les colons et leurs alliés au premier rang desquels, les confréries…L’UCM a
été le premier à réclamer l’indépendance avec le Parti Africain pour l’Indépendance (PAI),
et ce, dès 1957.
Cheikh Touré fut le fondateur et l’idéologue de l’UCM, il est né en 1925 à Fass Touré,
célèbre foyer islamique. C'est dans ce milieu confrérique conservateur qu'il fut été élevé
par son oncle, le réputé Serigne Hady Touré, un fidèle compagnon de El hadj Malick Sy.
Il a fréquenté l’Institut des Etudes Islamiques de Boutlimit, en Mauritanie en 1949. En
1952, il se rend à l’Institut Ben Badis de Constantine en Algérie, c’est là où il s’imprègne
de la pensée réformiste et de l’action du Front de libération nationale (FLN) ». Inspiré par
32
le modèle organisationnel du mouvement islamique algérien de la « Jama'atoul -Ulama »
il quitte ce pays dès 1953, sous la pression coloniale et crée l'UCM.
Sur le plan politique l’UCM était proche des idéaux de l’ancien président du conseil
Mamadou Dia. La prise de position de l’UCM lors de la crise politique qui a opposé
Mamadou Dia au président Senghor en décembre 1962 était un secret de polichinelle. Le
président Senghor qui n’a jamais pardonné à l’UCM sa proximité avec Mamadou Dia,
déclenche les hostilités contre son président Cheickh Touré. Dans son combat contre
l’UCM, le président Senghor a été renforcé par certains marabouts influents qui se sont
opposés ouvertement au projet de Cheikh Touré. Des membres de l’UCM qui ont choisi le
camp de Senghor décident en effet de défendre au sein de l’organisation ses idéaux et
ses mots d’ordre. Cette campagne de caporalisation de l’UCM planifiée par Senghor a
finalement provoqué l’implosion de la structure. La rupture fut consommée quand cette
tendance favorable à Senghor a décidé d’organiser en Juillet 1977 la semaine culturelle
en hommage à Cheikh Ahmadou Bamba. La branche radicale qui a soutenu qu’il ne fallait
pas favoriser une famille religieuse au détriment d’une autre au sein de l’UCM, a décidé
de s’opposer à l’organisation de cette manifestation. Un autre évènement est venu
accentuer les divergences internes, il s’agit de la décision de participer à la célébration
du 70e anniversaire du président Senghor. Le groupe qui a considéré que cette nouvelle
démarche était contraire à la philosophie qui a fondé la création de la structure, a décidé
de quitter définitivement l’UCM en 1977 pour créer la Jamatou Ibadou Rahmane.
L’UCM continue tout de même d’exister et de collaborer avec les tenants du pouvoir. Ses
dirigeants qui sont beaucoup plus proche des familles religieuses du Sénégal, inscrive
leur action uniquement dans le domaine culturel. L’UCM est dirigé actuellement par
Mourchid Iyane Thiam, très proche de la famille Omarienne et président de la
commission nationale pour le croissant lunaire.
La Jama’atou Ibadou Rahmane
Jama’atou Ibadou Rahmane
(JIR), expression coranique signifiant littéralement «
communauté des serviteurs du Tout Miséricordieux » est une association Islamique créée
le 30 janvier 1979 à Thiès et reconnue par le récépissé 3470 DAGAT du Ministère de
l'Intérieur de la République du Sénégal. La JIR a son siège social national au centre
Islamique BILAL de Thiès.
L’orientation générale de la JIR est de « Se conformer partout et toujours au Coran et à
la Sunna, ainsi qu’à l’ensemble des sources juridiques adoptées par les rites sounites ».
Son objectif général est de « Contribuer à l'instauration d'une société véritablement
islamique au Sénégal »
La JIR fonde son action sur cinq (5) principes directeurs :
Ar Rabbaniyya,
C’est l’attitude du croyant (ou du groupe) à situer toutes ses actions en lien permanent
avec le souvenir des recommandations divines. Ce qui signifie la conformité des finalités,
objectifs, références et moyens de la JIR aux enseignements divins.
As Shumulia,
33
Il suggère que l’Islam est une conception globale qu’il faut prendre dans sa globalité ;
Dieu ne peut être exclu des quatre domaines sur lesquels repose la religion musulmane :
le dogme, les cultes, les relations sociales et la morale.
 As Shura,
C’est ce mécanisme que le Coran et la Sunna mettent à la disposition des musulmans
pour gérer leurs affaires, tout en laissant les formes de son actualisation à leur
appréciation. Ainsi, au sein de la JIR, le choix des hommes (dirigeants, responsables,..)
et les prises de décisions font l’objet d’une Shura (concertation) à l’occasion des
instances régulières du mouvement (Congrès, Majlis Shura, Réunions de Bureau…)
Al Marhaliyya,
Qui veut que les choses se réalisent étape par étape, car tout ne peut se faire d’un seul
coup ! Donc la JIR, consciente de l’impossibilité d’asseoir dans l’immédiat cette société
véritablement Islamique qu’elle veut au Sénégal, consacre toutes ses actions, toutes ses
forces aux exigences de chaque étape, aux priorités de chaque moment.
Al Wassatiya wat Tawazoun,
Qui est ce désir que l’Islam a toujours eu pour l’équilibre et le juste milieu. En fait,
l’Islam est cette religion qui a libéré l’homme d’une part de la servitude et des
contraintes excessives et d’autre part des turpitudes de la vie et de l’emprise débordante
des passions. Cela pour un épanouissement global de l’être dans sa totalité. Il s’agit donc
pour « l’Ibadou » de réaliser l’harmonie requise entre la foi qui gouverne sa vie spirituelle
et morale, et les réalités de cette vie sociale, qu’il mène au sein de sa famille, au sein de
son mouvement et au sein de la société. Et c’est ainsi que les fondateurs de la JIR
présentent leur association: « Jamaatou signifie groupe de personnes; Ibadou est le
pluriel de abdou, c'est-à-dire serviteur, Arrahmane signifie le Miséricordieux absolu, un
des noms-attributs de Dieu. Jammatou Ibadou Arrahmane veut donc dire: un groupe
d'individus reconnaissants la suprématie de leur créateur et désireux de figurer parmi ses
véritables serviteurs ». Avec eux, il n’est plus seulement question de retourner à l’islam
authentique et de vivre à l’image des pieux devanciers, mais l’heure est venue de
s’engager dans les affaires du monde, de fonder une société islamique.
A ses débuts et jusque dans les années 90, la JIR était particulièrement bien implantée
dans les milieux scolaires et universitaires. Elle a aussi réalisé une percée incontestable
dans les milieux intellectuels de la classe moyenne pieuse.
La JIR bannie toute forme de violence comme méthode d’action, elle promeut la
dynamique de la wassatiya (juste milieu). La JIR et le RIS AL wahda sont membres de la
structure internationale qui prône la wassatiya comme méthode de prédication. Cette
structure est dirigée par l’érudit Youssouf Gardhawi.
Le Rassemblement Islamique du Sénégal (RIS ALWAHDA)
Créé les 11 et 12 avril 2009, le Rassemblement Islamique du Sénégal (RIS-Alwahda) est
un mouvement qui regroupe des organisations islamiques qui ont une longue expérience
de terrain au niveau national. Le RIS est né dans un contexte particulier caractérisé par
une dispersion des forces islamiques. Il regroupe en son sein des organisations sounites
et celles proches des autres familles religieuses du Sénégal. Le RIS qui considère que le
projet du mouvement islamique ne saurait exclure les tarihas, a développé un nouveau
34
type de discours islamique qui s’inspire aussi de la pensée et de héritage des figures
islamiques comme Cheikh Ahmadou Bamba, El Hadj Malick Sy, Cheikh Omar Foutiyou et
des Imams du Fouta.
Les missions essentielles du Rassemblement Islamique du Sénégal sont de :
1-Promouvoir la saine pratique de l’Islam
2-Créer et développer une forte conscience islamique ;
3-Créer un cadre unifié fort et représentatif ;
4-Répondre aux aspirations légitimes des populations.
Le Rassemblement Islamique du Sénégal intervient dans plusieurs domaines à travers
des structures spécialisées :
Le groupe MECIS Millenium compagnie Islamique du Sénégal qui développe une
expérience novatrice dans la promotion de la finance islamique et du développement
durable au Sénégal et en Afrique. La structure finance des micros projets de
développement et encadre des initiatives privées. L’Association des Elèves et Etudiants
Musulmans du Sénégal(AEEMS), membre fondateur du RIS al Wahda, est pionnier de la
finance islamique au Sénégal, il développe cette expérience dans ce domaine depuis
2002.
Le Réseau Femme Active (REFAC) est engagé dans la lutte contre la féminisation
de la pauvreté par le renforcement des capacités des femmes sénégalaises en général et
en particulier la femme rurale. Il s’active aussi dans la défense des droits des femmes. Le
REFAC s’est investi depuis sa création, dans le financement des micros projets de
femme, dans les programmes de renforcement de capacité et la sensibilisation contre les
maladies et les fléaux sociaux.
Dans le domaine social le RIS Alwahda a initié plusieurs actions et projets pour appuyer
les couches de la population les plus vulnérables. Plusieurs dizaines de millions ont été
investi pour l’achat de matériels médicaux pour les structures de santé, l’organisation de
campagnes de consultations médicales gratuites et des dons de médicaments, l’achat de
moulins à mil et le fonçage de puits pour l’allégement des travaux des populations
rurales.
Dans le domaine de l’Appui à la petite enfance, le RIS Alwahda a initié depuis des années
un système efficace d’encadrement et d’éducation citoyenne. Les activités annuelles de
colonies de vacance qui sont organisées chaque année à travers le Sénégal.
Le Ris Alwahda regroupe les élèves et les étudiants regroupés autour de
l’Association des Elèves et Etudiants Musulmans du Sénégal (A AEEMS).
Depuis 1993, l’AEEMS demeure très actif dans la promotion de l’excellence et le
développement harmonieux de la jeunesse. La structure s’est imposée comme l’un des
acteurs incontournable dans le tissu associatif sénégalais. En effet, les années
d’expériences ajoutées au nombre sans cesse croissant de ses adhérents font d’elle une
structure mature qui joue de grands rôles. L’A.E.E.M.S s’est massifiée, s’installant
progressivement dans toutes les régions du pays. En effet, dans chaque département,
35
des sections ont été créées qui regroupent les sous sections présentes dans les différents
établissements scolaires. Des sections universitaires organisent le travail dans les
universités et centres universitaires, alors que les groupements de professionnels se
chargent de l’accompagnement des sections dans l’animation des structures. Au niveau
international, des sections ont été mises en place dans les pays à forte présence
d’étudiants sénégalais (France, USA...).
L’AEEMS contrôle la gestion de la grande mosquée de l’Université Gaston Berger. Des
thématiques sur l’islam et les questions d’actualité y sont traitées chaque pendant la
prière du vendredi. Créée officiellement par la loi n° 90-03 du 2 janvier 1990, l'UGB
accueille sa première cohorte d'étudiants (600) le 17 décembre 1990. Déjà au début de
l’année 1991 un groupe de jeunes étudiants ont érigé une mosquée de fortune (en paille)
pour y prier les vendredis. C’est seulement en 2000 sous le magistère du ministre de
l’enseignement supérieur Madior Diouf que l’autorisation de construire de la mosquée a
été délivré. Il est a signalé que le régime du Parti Socialiste(PS) s’est toujours opposé à
l’érection d’une mosquée à l’UGB pour ne pas reproduire l’expérience de la mosquée de
l’UCAD qu’il considère comme un haut lieu de propagation de l’islamisme. C’est en 2005
que la mosquée l’UGB est construite en dur grâce à un financement de l’ONG islamique
Al Hanafia basée à Louga. La mosquée sera inaugurée en 2007. L’AEEMS a fait face à
une forte résistance de la communauté estudiantine de la confrérie Tidiane qui ne voulait
pas que le contrôle de la mosquée ne lui échappe.
Le RIS Alwahda est engagé pour un islam du juste milieu qui combat toute forme de
pratique de la violence. La structure s’implique dans le débat politique et citoyen et
inscrit son action dans le respect des règles démocratiques. L’AEEMS participe depuis
2000 dans les élections au Sénégal soit en tant que souteneur, ou en coalition avec
l’opposition. Depuis sa création, le RIS Alwahda s’inscrit dans une même dynamique de
contre-pouvoir. Lors des élections de 2012 le Ris Alwahda a voté contre le régime
d’Abdoulaye Wade, avant de se coaliser avec le MRDS lors des élections législatives.
L’Association des Etudiants Musulmans de Dakar AEEMUD
L’Association des Etudiants Musulmans de Dakar (AEMUD) est créée en Mai 1984 sous
l’impulsion de la Jama’atou Ibadou Rahmane. Très rapidement la jeune association prend
de l’ampleur et décide de son indépendance vis-à-vis de la JIR.
En 1986, l’Association des Elèves Musulmans de Dakar (AEMD) fut créée. Une fusion
entre ces deux structures (protocole d’accord du 17 juillet 1997) a donné naissance à la
Fédération Islamique des Elèves et Etudiants de Dakar (FIEED), dont l’AEMUD est la
section universitaire et l’AEMD est la section scolaire. La FIEED a été formalisée le 13
Mars 2005.
L’AEMUD érige la mosquée de l’UCAD en (1987), elle contrôle aussi la mosquée de
l’ESP qui n’est pas encore construite en dur. La structure édite le journal « L’ETUDIANT
MUSULMAN » depuis 1988. Les thèmes développés dans les sermons de la prière du
vendredi prennent en charge les questions islamiques et l’actualité.
Les principes de base de l’AEMUD sont les enseignements du Coran et de la sunna du
prophète. A cet effet, l’Assemblée Générale annuelle de l’AEMUD du 05 Mai 1991 a
adopté la ligne de conduite des Ahloul Sounnah wal jama’a et la ligne du juste milieu.
Le Mouvement de la Réforme pour le Développement Social (MRDS)
36
Le MRDS est né en Octobre 2000. Le MRDS a été créé par des acteurs issus des
organisations du mouvement islamique surtout des anciens de l’AEMUD et des dissidents
de la JIR. Le MRDS qui se refuse d’être officiellement un parti islamique, recrute
principalement dans le milieu sounite même s’il gagne de plus en plus le cœur de
militants issus des autres familles religieuses du pays. Le discours du parti prend en
compte toutes les préoccupations des populations mais avec une forte coloration morale
et religieuse. Le parti est présent à l’assemblé depuis 2002. Le MRDS est membre de la
coalition Macky 2012, le MRDS a fait tout de même cavalier seul aux dernières élections
législatives de 2012 et se retrouve avec deux(2) députés à l’assemblée nationale. Imam
Mbaye Niang a préféré démissionné de son poste de ministre conseiller chargé des
affaires religieuses pour, dit-il mieux prendre en charge les préoccupations des
populations au parlement. Les résultats honorables obtenus par le MRDS lors de ces
élections législatives ont été favorisé par l’implication du RIS Alwahda et des
personnalités religieuses comme le prédicateur Oustaz Alioune Sall de Sud Fm.
La trajectoire de l’Imam Mbaye Niang
Il est coordonnateur du parti depuis sa création. Il est né en 1954 dans une famille
mouride et fait ses études primaires dans une école arabe de Diourbel puis il est parti au
Maroc pour des études secondaires scientifiques. Parallèlement à ses études, il apprenait
le Coran et le droit musulman. A son retour au Sénégal, il travaille à partir de 1980
comme cadre technique de maintenance à l’Asecna (Agence pour la sécurité de la
navigation aérienne), où il officie aussi en tant qu’Imam de la Mosquée inachevée ou
mosquée de l’Aéroport. Cette mosquée était jusqu’à la fin année 90, un haut lieu de
rassemblement et de débat des acteurs du mouvement islamique. Les conférences qui y
étaient organisées pendant les mois de ramadan réunissaient l’ensemble des
composantes du mouvement qui venaient de toutes les régions du pays. Les services de
renseignements de la police surveiller de près ce qui faisait dans ce lieu de culte. Imam
Mbaye Niang a été convoqué à deux reprises à la Division des Investigations Criminelles
(DIC) suite à ses discours en 1994 contre la laïcité et en 1998 contre la planification
imposée par les bailleurs. Il est l’un des membres fondateurs du CIRCOFS et président du
Comité de suivi pour l’instauration du projet de statut personnel.
La tendance des « frères musulmans »
La confrérie des frères musulmans a toujours eu comme objectif, l’internationalisation de
sa pensée et de son organisation. Au Sénégal, bon nombre d’acteurs épousent l’idéologie
de l’association des frères musulmans. Ces derniers qui sont liés organisationnelle ment
à cette tendance mènent diverses activités sur le terrain et se massifient de plus en plus.
Cette tendance comme partout où elle existe dans le monde, s’identifie par l’allégeance
de ses membres à la ligne et aux méthodes de prédication de la confrérie mais aussi à
leur attachement, au programme continue d’éducation spirituelle de la confrérie. Cette
tendance qui rejette l’utilisation de la violence comme méthode de prédication au
Sénégal, participe à la vie sociale et politique du pays.
La tendance shiite
L’épopée de Ahmath Khalifa Niass
Le chiisme a connu un regain d'intérêt au Sénégal avec la Révolution Islamique d’Iran
sous la direction de l'Imam Khomeiny en 1979. Dès 1979, Ahmed Khalifa Niasse,
marabout de la branche Niassène des Tidianes voulut suivre cet exemple et soulever les
37
forces musulmanes contre le gouvernement. Au début de l’année 1979, il lança une
revue mensuelle luxueuse, « Allahou Akbar » (Dieu est grand). Le premier numéro
portait un titre évocateur : « Pour ou contre la république islamique au Sénégal ».
Quelques mois plus tard, il tente de créer un parti, le Hizboulahi (le parti de Dieu) qui
sera interdit. Il crée un éphémère Front Islamique de Libération qui se fixait pour objectif
« de renverser les gouvernants par la violence et d’instaurer au Sénégal, une république
islamique calquée sur le modèle iranien ». Menacé d’arrestation, il se réfugie d’abord à
Paris puis accueilli par la Libye de Khadafi qui ambitionnait de réunir sous sa bannière,
les pays musulmans sahéliens. Mais une telle stratégie mettait en cause l’unité nationale
de plusieurs pays riverains du Sahara. Le 1e juillet 1980, on apprit que le gouvernement
de Dakar rompait ses relations diplomatiques avec Libye « à la suite de la plainte de dixsept de ses ressortissants, recrutés par l’intermédiaire d’un ‘marabout’ sénégalais, M.
Ahmed Niasse, surnommé l’Ayatollah de Kaolack et forcé de participer contre leur gré à
un entraînement militaire libyen visant à les transformer en militants subversifs. Ces
citoyens sénégalais s’étaient enfuis d’un camp d’entraînement et réfugiés à l’ambassade
de leur pays, d’où la Libye ne les autorisait pas à sortir pour regagner Dakar. A l’occasion
de cet événement, le Président Senghor a accusé Tripoli de mettre sur pied une armée
de cinq mille hommes destinés à déstabiliser divers pays, dont le sien. Ensuite c’était le
gouvernement gambien qui rompait à son tour ses relations diplomatiques avec la Libye.
En outre, la Mauritanie dénonçait un complot libyen sur son territoire et expulsait les
diplomates de Tripoli ainsi qu’Ahmed Niasse, lieutenant de Khadafi, en décembre 1980 ».
On arrêta ce dernier en avril 1981, au Niger -alors qu’il revenait du Nigeria- sous
l’inculpation d’actions subversives en Afrique de l’Ouest. Il est emprisonné pendant
plusieurs mois. Libéré contre la promesse d’arrêter toute action subversive, Ahmed
Khalifa Niasse reste pourtant au centre de l’attention publique : « en Mai 1982, lors de la
visite du président F. Mitterrand au Sénégal, Ahmed K. Niass brûle le drapeau français en
plein centre de Dakar pour protester contre la présence de « troupes d’occupation »
françaises au Sénégal ». La conférence de presse qu’il avait organisée dans une salle
décorée de banderoles sur lesquelles on pouvait lire : « Hier l’Iran, aujourd’hui le
Sénégal. L’islam vaincra » est interdite et il est de nouveau arrêté avec trois de ses
frères.
L'Association pour le développement humain durable Ali Yacine
La communauté chiite du Sénégal est polycéphale, en plus de la communauté chiite
libanaise qui a, à sa tête un cheikh, Cheikh Abdul Monem Zein par ailleurs patron de
l'Institut islamique sociale et Khalifatoul Ahlou Baity Rassoul (Khalife de la famille du
prophète Mohamed SAWS) au Sénégal. La Communauté Chiite Sénégalaise est
disséminée dans l’ensemble du territoire national du pays. Elle est plus présente dans
les Régions de Dakar, Thiès, Kaolack, Kolda, Ziguinchor. La plupart d’entre eux imite les
Source de Références d’Iran et d’Irak. Ils sont présents dans tous les secteurs de la vie
particulièrement dans l’éducation et le commerce. Ils sont également dans des projets de
développement.
L'Association pour le développement humain durable Ali Yacine dirigé par Cherif Mbalo
organise chaque année à l’occasion de l’anniversaire de la naissance de Fatima Zahra
des journées de consultations médicales gratuites. La structure travaille en étroite
collaboration avec tous les services de l'Etat et entretient des relations fraternelles avec
toutes les autres communautés musulmanes et des autres religions. A l'université, les
étudiants chiites n’ont pas pu s’épanouir même si l'imam était un des leurs. Ce dernier et
ses camarades ont été exclus de la direction de la mosquée du campus en septembre
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1989. En fin de compte, cette première communauté chiite universitaire s'est dispersée à
cause d’une campagne menée contre elle par la communauté sounite.
En ce qui concerne la communauté libanaise au Sénégal, elle ne joue pas un rôle
conséquent dans la diffusion de la pensée chiite à côté de leurs activités commerciales.
Leur présence au Sénégal, prend ses racines pendant la colonisation. Ils étaient les
supplétifs du colon français dans le commerce de l’arachide ou de la cire. En fait, pour
empêcher l’émergence d’une classe moyenne, le colon français les avait fait venir afin
qu’ils servent de couche tampon entre lui et les autochtones.
Il y a aussi la communauté Mozdahir composé de disciple sénégalais et africain, dirigé
par le cherif Mouhamed Ali Aidara. Cette communauté qui investit beaucoup dans le
social est présente surtout dans les localités comme Dakar, Dahra Diollof, Kolda,
Ziguinchor, le Saloum et Vélingara ou on retrouve le projet pilote Institut Mozdahir
International(IMI). Cette organisation s’active dans les domaines de l’éducation de la
santé et du développement en général.
2- La tendance salafite
Pour mieux comprendre cette tendance il est utile de revisiter l’école de pensée qui est à
la base de sa création.
Les Hanbalites, rite ultra-orthodoxe, qui a accouché au XVIII siècle d'une école : le
wahabisme que l'on retrouve principalement en Arabie Saoudite et dans la péninsule
arabique. D'ailleurs leur première action a été de raser les tombes du Prophète et de sa
petite fille Zahra, les jugeant non conforme à l'idée qu'ils se faisaient de la religion.
Contrairement aux
Malékites qui sont principalement au Maghreb (Maroc, Algérie
Tunisie). Rite orthodoxe, mais qui a laissé prospérer l'Islam des Saints (Marabouts). Ces
écoles se reconnaissent mutuellement et officiellement constituant ainsi le Sunnisme.
Le wahhabisme a été fondé dans la péninsule Arabique, au XVIIIe siècle, par Muhammad
ibn Abd al-Wahhab. Il représente un courant traditionnel qui se distingue par une lecture
littérale de l'islam et par son aspect rigoriste et puritain. Il condamne en particulier toute
innovation par rapport à l'enseignement originel de l'islam et considère que l'Etat doit
fonctionner exclusivement selon la loi religieuse. Le pacte entre Ibn Abd al-Wahhab et
Ibn Séoud, le fondateur de l'Arabie saoudite, fera de ce pays le berceau du wahhabisme.
Le wahabisme, secte salafite a réussi, depuis trente ans à coup de centaines de millions
de pétrodollars à s'imposer et propager sa vision d'un islam puritain. Pour mémoire :
Oussama Ben Laden, était un pur produit du whabisme.
Au Sénégal, la tendance salafite à son origine a été incarnée par le mouvement Al Falah
qui refuse toute incursion dans le domaine politique et serait fermée à toute alternance
dans sa direction. Malgré son ancienneté - parce qu’il est virtuellement né en 1946 avec
Mamadou BA Djéoul bien que sa création officielle date de 1975 sous la dénomination de
mouvement Al Falah pour la culture et l’éducation Islamique As Salafiya -, ses réussites
sur le plan de l’assainissement des mœurs et la clarification du dogme musulman, ce
mouvement a beaucoup recruté dans les milieux de commerçants (surtout pular et
soninké), d’arabisants formés dans ses écoles.
Le salafisme, né à la fin du XIXe siècle, est un courant très proche du wahhabisme,
auquel il peut pratiquement être assimilé dans sa version la plus conservatrice. La
principale divergence entre les deux écoles porte sur le thème de l'Etat islamique: le
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wahhabisme se satisfait d'un dirigeant local - un roi, par exemple - s'il respecte et fait
respecter la charia, tandis que le salafisme souhaite revenir au califat pour l'ensemble
des croyants, même si la plupart d'entre eux acceptent l'idée d'un émir local pour
quelque temps. Il tire son nom du mot salaf, qui désigne le premier compagnon du
Prophète. Dans les années 1980 naît dans les camps de Peshawar, au Pakistan,
sur fond de guerre en Afghanistan, le «salafisme jihadiste», une version
radicale qui va séduire de nombreux jeunes musulmans, y compris en Europe.
Les salafistes appellent surtout à purifier l'islam de toute trace culturelle
étrangère.
Le salafisme a connu son plein essor au Sénégal avec le discours d’Ahmet Lo mais
avant lui il y a eu l’influence de l’enseignement d’Alioune Gueye. Les premiers
recrutements de cette tendance ont été effectué dans le groupe appelé jadis
‘‘indépendantiste’’. Il s’agit pour la plupart des jeunes isolés surtout dans la banlieue de
Dakar et qui considéraient désormais les mouvements ou associations islamiques dont ils
sont issus, comme des innovations en islam. Ce phénomène de replie et de
regroupement a été constaté après le retour au Sénégal de Alioune Guèye.
Alioune Guèye et le salifisme
Alioune Gueye est né le 22 Octobre 1967 à Rufisque il eut une maîtrise en science des
hadiths à l'Université de Médine en 1992. Il était versé dans les sciences islamiques. Il
était un spécialiste du Hadith et s’est illustré par son exigence pour les références (daliil)
islamiques. Alioune Guèye qui était un excellent communicateur a grandement participé à
propager le salafisme au Sénégal. Il anima plusieurs émissions islamiques à la radio
dounya (tafsir al Quran al karim, Minhajou Sounna an-nabayi, mourtada-islamyia) où il
fut directeur des émissions islamiques 1995-97. Il faisait le tour des quartiers et des
régions pour donner des cours islamiques. Il s’était illustré dans l’enseignement du
livre « Boulough Al Marram » qui compile des hadiths authentiques du prophète
Mouhamet. Alioune Gueye fut membre de l’association des Imams et Oulémas du
Sénégal (1997), membre de la commission nationale pour le croissant lunaire (1998),
fondateur d'une école pour enfant Daral Hadith (1998). Son influence était réelle surtout
dans la banlieue de Dakar. Cet infatigable prêcheur décéda le 23 avril 2001.
Ahmet Lo et le salafisme
Originaire du Baol, précisément à Ndam, il est de la famille maraboutique de Touba de
par sa mère (son père est aussi un proche compagnon de Serigne Touba). Né en 1955
dans la capitale du Mouridisme, Ahmet Lô est titulaire d’un doctorat d’Etat après un
séjour de 17 ans en Arabie Saoudite. Après le baccalauréat, il quitte le Sénégal pour la
Mecque en 1983/84. Il obtient sa maîtrise puis son magister (équivalent de doctorat
troisième cycle) et son doctorat d’Etat successivement en 1988, 1993 et 1996.
En 1997, il décide de revenir au Sénégal et crée l’école supérieure africaine d’études
islamiques située à Pikine. Ce maître à penser du salafisme dans sa version saoudienne
a ouvert cette faculté de théologie en 2004. L’ouverture de cette faculté participe à la
vulgarisation rapide du salafisme au Sénégal surtout dans la frange jeune. Son
enseignement a aussi beaucoup influencé le discours des actuels imams et responsables
de la mosquée de l’université de Dakar qui sont pour la plupart ses disciples.
Il s’investit dans le social grâce à l’appui financier qu’il reçoit de l’Arabie Saoudite. Il a
même récemment crée un fond pour la zakat qui commence à développer des activités
40
de soutien aux couches vulnérables. Il offre chaque année des centaines de billet pour le
pèlerinage de la Mecque. Il est le principal partenaire non étatique des autorités
Saoudiennes au Sénégal. Le numéro 2 de l’ambassade d’Arabie Saoudite était présent
lors de l’inauguration de son complexe.
Ahmet Lo se défend d’être un homme qui prêche la paix, en Arabie Saoudite et à Madrid,
il a participé à plusieurs conférences contre le terrorisme et pour le dialogue entre l’Islam
et les autres religions. Elu président des oulémas d’Afrique, il a présenté, en 2004, la
meilleure recherche sur le terrorisme parmi 350 chercheurs à travers le monde. Ce qui lui
a valu d’être reçu par le roi Abdalah d’Arabie Saoudite. Il recrute beaucoup chez les
jeunes dont le plus grand nombre ont déserté les anciennes organisations structurées et
hiérarchisées telles que la JIR, Al Fallah ou l’AEMUD.
Il faut signaler que des groupes de jeunes qui ont fréquenté Ahmat Lo et les autres
idéologues du salafisme se sont démarqués et ont décidé de créer une autre tendance
plus radicale. Ces groupes encore très marginaux rompent le lien avec Ahmet Lo qu’il
juge trop conciliant. Une tendance de ses groupes a épousé l’idéologie du(HIJR). Les
partisans du hijr qui signifie (rupture) appliquent le principe de « la calama wala salama
» envers une grande partie des autres sounites. Il s’agit d’une méthode d’exclusion que
les membres de cette tendance utilisent à l’encontre de toute personne qu’ils jugent
opposée à leur interprétation de textes. En vertu de ce principe, ce groupe n’adresse «
ni parole ni salutation » (la calama wala salama) à ceux qui ne font pas allégeance au
pouvoir en place. Ce groupe se fonde sur une interprétation d’un hadith qui parle de
l’allégeance que les musulmans doivent faire à l’endroit du guide des croyants dans une
société islamique.
3-La tendance « tablig »
Le Tablīghī djamā'at ou la Djamā'at al-tablīgh, c'est-à-dire en français, l'Association pour
la prédication, est un mouvement religieux musulman revivaliste. De nature apolitique, il
est fondé à la fin des années 1920 dans la province indienne de Mewat. L'activité
missionnaire de ce mouvement vise à faire revivre la foi des musulmans du monde
entier, dans le cadre d'une interprétation littéraliste de celle-ci. Son héritage mystique,
fort discuté, nous semble indéniable surtout si l’on se réfère aux pratiques de méditation,
al dhikr ou encore celles de la retraite spirituelle, al i’tikaf. Son fondateur, Muhammad
Ilyas, fut un soufi de renom, descendant lui-même d’un grand lignage de mystiques. Cet
aspect est souvent omis. Rappelons également que ce mouvement s’articule autour de
six points centraux (appelés aussi les six qualités) que tout disciples apprend par cœur
et se doit d’appliquer durant sa vie :
1) La croyance en un Dieu unique, Allah (Shahada wa kalimat al Iman)
2) La prière avec concertation et dévotion (salat)
3) La science et le rappel perpétuel de Dieu (al Ilm wa al Zikhr)
4) L’amour et la générosité envers toutes les créatures (Ikram al Muslimin)
5) Le bien et l’intention sincère (Taslah al niya)
6) La prédication et la mission (da’wa illalah wa al khourouge fi sabillilah).
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Le développement de cette tendance est plutôt marginal. Elle est incarnée par des
groupes en majorité sans grande culture islamique, sous l’emprise du zèle et de la
passion.
Les fidèles de cette tendance sont identifiés au premier regard par leur accoutrement. Ils
portent l’habit pakistanais traditionnel (khamiss) ou plus généralement des tuniques
blanches (djellabas) qui descendent jusqu’à leurs chevilles, un bonnet sur la tête. Ils sont
très mobiles et peuvent passés des nuits dans les mosquées et font le tour des maisons
et des rues pour appeler les fidèles à la prière et à l’islam. Il arrive qu’ils organisent des
sorties de prêche pendant plusieurs semaines à l’intérieur du pays et même à l’étranger.
Ce mouvement qui s’est développé jusque dans les années 90, a perdu son dynamisme.
Ce mouvement s’interdit catégoriquement de parler de la politique et des problèmes de
la société. Le seul discours qui vaille pour cette tendance est un discours sur la grandeur
de Dieu, ses prophètes et leurs compagnons. La tendance tablig a beaucoup perdu de
son aura au Sénégal, elle a été minée par une affaire d’infiltration de la police au plus
haut niveau.
4-La tendance jihadiste
Même si aucun groupe organisé ou de camp d’entrainement de djihadiste n’est connu au
Sénégal, il est a constaté qu’il y a quelques velléités qu’il faudrait surveiller de près. Il
faut signaler qu’il y a toujours eu une des militants sénégalais qui ont épousé les idées
de Djihad et certains parmi eux seraient même repérés dans certains théâtres
d’opérations comme en Afghanistan.
Le cas de l'Imam Mamour Fall Fall
Expulsé d'Italie pour ses liens présumés avec Oussama Ben Laden, l'Imam Mamour Fall
avait suscité la controverse à la fin de l’année 2003 pour ses déclarations provocatrices
dans les médias. Le disciple du chef d'Al Qaïda qui a été auditionné par la Sûreté
urbaine avait annoncé en son temps que "Quelqu'un qui s'est frotté avec les polices
américaines et européennes ne peut pas être inquiété par la police sénégalaise".
Pour l'imam de Carmagnola, il n'est pas question de se taire ou de baisser la garde
devant ce qu'il appelle "l'agression de l'Islam". Martelant avec force son attachement aux
valeurs de la religion musulmane, il dit être prêt à toutes les formes de sacrifices pour
son triomphe. Et comme pour convaincre définitivement sur son option idéologique,
l'Imam Fall cite Ben Laden comme sa référence.
L’imam Mamour Fall, affirme avoir rencontré à trois reprises Oussama ben Laden, le chef
d’Al-Qaïda, entre 1993 et 1996 au Soudan, rapporte le quotidien arabe Asharq Al-Awsat.
Il déclare dans son Blog (Parti Islamique Sénégalais (vendredi 24 juillet 2009)
« Je peux apporter un modeste témoignage sur le Sénégal et les pays alentours
également (Mali, Nigéria, Guinée...), bien que je réside pour le moment en Mauritanie
mais al Hamdoulillah, l'islam dans ce pays est plutôt préservé et très pratiqué par la
masse. « Concernant le Sénégal, L’imam Fall déclare que le shirk(associationnisme) y est
partout, dans les rues, les voitures, les magasins (portraits des marabout tawaghit un
peu partout ), " Le Sénégal c'est pire que la France ! ». La propagande de Mamour Fall
continue certes surtout sur internet mais son discours n’a jamais eu un écho favorable au
Sénégal.
La menace djihadiste à partir de la Mauritanie
42
Au mois de décembre 2007, après avoir tué des touristes français à Aleg (250 km à l'est
de Nouakchott), deux des assassins s’étaient enfuis en direction du Sénégal. Plus tard,
on découvrira qu’ils étaient proches d'un groupe terroriste islamiste affilié au réseau AlQaïda, selon les autorités mauritaniennes.
En Août 2009, Nouakchott, a été une nouvelle fois le théâtre d’un attentat kamikaze. Le
kamikaze serait déjà répertorié comme étant un élément dangereux et proche d’Al Qaida,
toujours selon les services de lutte antiterroriste de la Sûreté mauritanienne.
Mais ce qu’il faut surtout noter, c’est que l’attentat kamikaze marque un tournant décisif
dans le mode opératoire des groupuscules terroristes qui sévissent en Mauritanie depuis
2005. Désormais, Al Qaîda au Maghreb islamique a déjà choisi son camp. Et si l’attentat
porte la griffe du mouvement djihadiste, il ne doit pas occulter la féroce lutte de clans qui
fait actuellement rage en Mauritanie, maillon faible de la chaîne maghrébine, mais
également élément constituant de la proximité avec notre pays qui en est son
prolongement naturel.
La plus grande inquiétude pour le Sénégal réside dans le fait que les jeunes qui vont de
plus en plus étudier les sciences islamiques en Mauritanie peuvent être enrôlés par cette
mouvance Djihadiste. En plus de cette mobilité géographique, ces jeunes peuvent être en
contact avec cette mouvance Djihadiste à travers les Technologies de l’Information et de
Communication(TIC). L’internet est aujourd’hui un puissant moyen de propagande utilisé
par les réseaux terroristes.
Conlusion
Il est vrai que le mouvement islamique sénégalais, dans la réalité des faits, n’inscrit pas
son discours et son action dans une logique de confrontation et de violence mais il n’en
demeure pas moins que des efforts doivent être faits par tous les acteurs, pour que cela
perdure. Le Sénégal est situé dans une région qui est désormais sous la menace du
terrorisme. Bien que le Sénégal n’ait pas encore directement fait l’objet d’une attaque
terroriste, le terrorisme demeure une cause majeure de préoccupation dans la région.
Les voisins immédiats du Sénégal comme la Mauritanie et le Mali sont victimes de la
menace djihadiste, pendant qu’en Casamance, en Guinée Bissau, et en Gambie, l’on
constate à des situations de crises politiques et sécuritaires aigues qui ont des
conséquences directes sur le Sénégal. A cet effet, L’état du Sénégal, les communautés
religieuses, la société civile, les organisations sous régionales et internationales et les
forces politiques doivent ensemble travailler à mettre sur pied un dispositif de veille,
pour parer à toute éventualité. La lutte contre le terrorisme exige nécessairement la
compréhension de ses causes profondes, pour la recherche de remèdes durables.
Autrement dit, la lutte contre le terrorisme doit, pour être efficace, se placer sur le
terrain de la prévention et de la lutte contre ses causes sous-jacentes. La lutte contre la
radicalisation violente de la société doit mobiliser toutes les énergies surtout dans un
contexte de crises multiformes qui assaillent nos pays. Le Sénégal doit développer un
mécanisme harmonisé et institutionnalisé qui permettra un échange fonctionnel
et pratique des priorités et méthodes entre tous les acteurs concernés, pour lutter
contre les menaces terroristes.
La lutte contre le terrorisme doit être inscrite dans la politique globale de nos états et
des institutions régionale et sous régionales. Les programmes de développement
économique et social dans nos pays, ne seront jamais viables, si la paix et sécurité sont
43
menacées. La prévention et la lutte contre le terrorisme doivent être prises en compte
dans l’ensemble de nos politiques et stratégies de développement durable. Par ailleurs,
l’état du Sénégal doit développer une approche intégrée permettant à la fois de prévenir
et de répondre aux menaces sécuritaires. Les nombreux défis, auxquels nous devons
faire face, nécessitent un cadre de concertation et d'échanges, une tribune pour renforcer
la solidarité, l'unité d'action et une certaine cohésion dans la lutte que les Etats mènent
contre la menace du terrorisme. Cela suppose la mise sur pied d’une véritable politique
de prévention qui exige un réel travail d’anticipation et de la planification dont la finalité
est
d’annihiler toutes les menaces de propagation du terrorisme. Les actions de
prévention et de lutte contre le terrorisme doivent s’appuyer sur des résultats de
recherches et d’études fiables qui sont les seuls gages d’une intervention efficace et
efficiente. Il s'agit aussi de faire participer le parlement, le secteur
privé, les
organisations communautaires et professionnelles, tous les citoyens sénégalais à
l’élaboration et à la mise en œuvre d'outils efficaces de lutte contre ce fléau. Si ces
actions s’appuient sur des études et des renseignements fiables, cela éviterait à coup sûr
la stigmatisation, les amalgames et la provocation contre des mouvements religieux qui
ne sont aucunement lié au terrorisme. La politique de prévention contre la violence
et le terrorisme doit être prise en compte dans le programme scolaire et celui
des médias. L’éducation à la paix serait beaucoup plus efficace, si dès le bas âge, les
enfants y sont initiés à l’école. L’utilisation des armes et des scènes de brutalité dans nos
médias participent aussi à développer malheureusement une culture de la violence dans
la société. La circulation des armes légères et même des jouets (armes), doit
être réglementée ou interdite comme dans certains pays.
Un dialogue permanent doit être instauré entre le gouvernement et les communautés
et organisations religieuses pour mieux harmoniser la lutte contre le terrorisme. Pour ce
faire l’état du Sénégal, les représentants des familles religieux et les leaders du
mouvement islamique doivent favoriser la mise sur pied d’un cadre consensuel de
concertation (comme le Haut Conseil Islamique) afin de développer une réelle dynamique
de préservation de la paix. Ce genre de cadre unitaire devrait créer un consensus fort
entre les leaders religieux musulmans qui pourraient légitimement offrir, des réponses
islamiques consensuelles, aux préoccupations de la communauté. Cette dynamique
unitaire des leaders religieux doit aussi être promue à l’échelle régionale et sous
régionale. Cela éviterait surtout aux jeunes de recourir aux oulémas et idéologues
étrangers qui offrent souvent des réponses islamiques qui font fie à nos réalités,
sociologiques, économiques et politiques.
L’implication des acteurs de la société dans la lutte contre le terrorisme, est une
démarche très usitée au niveau internationale. Suite aux attentats qui ont touché Madrid
en mars 2004, l'Union européenne (UE) a décidé d’intensifier et d’améliorer sa lutte
contre le terrorisme. Dans cette optique, la Commission européenne a décidé d'impliquer
davantage les communautés afin de mieux les protéger. La Commission a proposé
également d'agir de manière préventive afin d'éviter les attaques terroristes tout en se
préparant à y répondre efficacement. Pour ce faire, elle a intégré la lutte contre le
terrorisme dans la politique globale de l'UE.
Dans le domaine de l’enseignement l’état du Sénégal doit rapidement corriger les
nombreux dysfonctionnements qui gangrènent le système d’enseignement islamique et
de la langue arabe. Les milliers de jeunes qui fréquentent les écoles franco- arabe, sont
obligés de quitter très tôt le Sénégal, pour les pays de la Oumma afin de poursuivre leurs
études secondaires et universitaires. Ces jeunes qui fréquentent ces universités arabes,
44
reviennent au Sénégal certes avec des connaissances solides en sciences islamiques
mais aussi avec des idées, des expériences et une culture qui n’est pas toujours, dans
une certaine mesure, en adéquation avec nos réalités et préoccupations. Cependant, Il
est devenu urgent de concevoir une bonne politique de l’enseignement islamique afin de
proposer à notre jeunesse un système éducatif consensuel qui répond à une vision
correcte de l’islam et à un besoin de développement harmonieux de la nation. L’état du
Sénégal doit trouver une solution idoine aux problèmes du financement de
l’enseignement religieux. Le non financement de l’enseignement islamique par le l’état à
travers le budget national, pose un réel problème d’équité et de souveraineté. L’état s’est
vu presque dénié toute la légitimité de réglementer ce système, en faveur des pays
arabes qui assurent le financement et l’appui didactique de l’enseignement islamique au
Sénégal.
Au niveau politique l’état du Sénégal doit nécessairement identifier et développer un
partenariat sincère avec les organisations islamiques qui s’investissent dans le respect
des lois et des règles du jeu démocratique. Il est à signaler que les mouvements qui se
déploient en toute transparence dans le domaine politique, et socio-économique au
Sénégal et dans le monde, sont les premiers remparts contre les mouvements
terroristes. Le respect de la pluralité politique et des libertés individuelles et collectives
doit être promu dans nos pays, pour éviter les cas d’exclusions et de privations dont
souffrent nos populations vulnérables.
Sur le plan sécuritaire, un cadre permanent de veille stratégique adéquat, doit être
mis en place afin de contrôler et de freiner, toute action susceptible de favoriser
l’implantation et la propagation de l’idéologie « djihadiste » au Sénégal. Même si ce
travail est dévolu traditionnellement aux forces de sécurité et de sûreté, l’état doit
favoriser, l’implication de tous les acteurs civils susceptibles de contribuer à une bonne
dynamique de gestion des conflits. Cette approche intégrée de la lutte,
doit
accompagner la coopération policière et judiciaire dans la politique globale sécuritaire à
tous les niveaux (national, sous régionale, régionale et internationale). À ce titre il s'agit
aussi, d'utiliser les outils juridiques existants et éventuellement d'en créer des nouveaux
pour la prévention et répondre au mieux à la répression. Le Sénégal doit mettre au point
un système d'alerte rapide et un dispositif de prévention efficace qui intègre la politique
de protection civile. La de création d’une structure centrale comme des centres de
contrôle et des cellules de crises nationales et régionales, pourrait optimiser et renforcer
notre politique de protection civile.
Cette mission doit être menée en parfaite symbiose avec les acteurs des pays
frontaliers. La forte mobilité de nos populations et les liens sociologiques qui existent
entre les pays de la sous-région doivent être prises en compte pour une meilleure
efficacité dans la lutte et la prévention contre le terrorisme. Un des aspects important de
cette stratégie, consiste à sécuriser les régions frontalières, les domaines des transports
et de l'énergie, aussi bien au Sénégal que dans les pays voisins.
La crise de la Casamance doit faire l’objet d’une attention particulière dans la
lutte contre le terrorisme. Une connexion entre les forces de la rébellion et des
groupes terroristes, pourrait être fatale pour le Sénégal. Le Sénégal peine encore à
mettre fin à cette crise qui n’a que trop durer, au moment où l’implication de certains
combattants étrangers auprès des forces du MFDC est encore réelle. Cela est une raison
suffisante que le Sénégal doit éviter la contagion de la crise au nord du mali à partir la
partie sud du pays. L’implication d’un religieux (Abbé Diamacoune Senghor), dès le début
45
du conflit, montre que la religion a toujours été une donnée à intégrer dans la gestion
globale de la crise.
Une politique communication et de sensibilisation cohérente et efficace, doit être
adoptée pour prévenir le phénomène du terrorisme dans nos pays. L’état du Sénégal qui
doit initier cette politique devra impliquer l’ensemble des acteurs (politique, société civile,
organisations internationales, les médias, les leaders d’opinion et les communautés
religieuses. Les médias, devront être un maillon fort, dans l’élaboration et la mise en
œuvre de cette politique de communication et de sensibilisation. Disposer d'un système
efficace de communication et d'information est nécessaire pour prévenir le Sénégal,
d'éventuelles menaces. Détecter, analyser les menaces, peuvent permettre de minimiser
la
prolifération des idéologies du terrorisme. Le renforcement de
capacités des
journalistes permettra une meilleure maîtrise de la problématique du terrorisme dans le
monde. Les acteurs des médias pourraient mieux aborder les questions liées au
phénomène et comprendre davantage les méthodes de déploiement de ces organisations
terroristes qui utilisent tous les canaux de communications pour leur propagande. Pour
mieux se faire connaître auprès du public et recruter de nouveaux adhérents, les
organisations terroristes, diffusent des vidéos, des cassettes audio et des fascicules.
L'utilisation d’internet (cybercriminalité), permet à ces derniers, de recruter, de faire de
la propagande, et de transférer des fonds.
L’utilisation abusive de certains concepts et de qualificatifs (Djihad, Charia, Salafite,
islamiste etc.…) pour désigner les groupes religieux musulmans, participe dans une
certaine mesure à renforcer la stigmatisation ou à légitimer certaines attitudes de
mouvements fanatiques. Ces termes qu’on utilise tout le temps, pour désigner des
groupes terroristes sont cependant,
des notions islamiques dont le glissement
sémantique est réel, selon le contexte dans lequel elles sont utilisées.
Le plus grand chantier dans la prévention contre le terrorisme semble être la lutte
contre le sous-développement. La pauvreté, le désœuvrement, le chômage,
l’analphabétisme et l’ignorance sont des facteurs qui favorisent l’enrôlement des jeunes
par les mouvements terroristes. Une vision prospective et intégrée de la lutte contre le
terrorisme nécessite ipso facto, la prise en compte du développement durable de nos
pays.
Le respect de la bonne gouvernance, l’épanouissement et l’adoption d’une
démarche globale, cohérente, autocentrée et harmonieuse d’un projet de société,
permettra à coup sûr de faire face aux nombreuses menaces qui guettent notre nation.
La lutte contre les injustices ainsi que le développement de la démocratie dans nos
pays permettront sans nul doute, de prévenir les menaces. La lutte contre les
discriminations, les privations de liberté et l’accaparement des richesses doivent
mobiliser toutes les énergies pour l’instauration d’une paix durable.
La défense des intérêts géostratégiques et économiques des puissances
occidentales ne doivent pas être des prétextes fallacieux pour déclencher ou entretenir
des conflits armées au nom de la lutte contre le terrorisme. La recherche de nouveaux
marchés de pétrole et de matières premières dans nos pays, ne saurait justifier de la
part des pays occidentaux, la manipulation des groupes terroristes et les attitudes de
prédations.
46
Il est important aussi à cette phase de la réflexion de nous interroger sur l’approche qu’il
faut adopter dans la lutte contre le phénomène du terrorisme. Il me semble illusoire
de croire que la guerre est toujours une bonne solution. Non seulement la guerre
n'apporte pas souvent une réponse au terrorisme mais elle empêche la recherche d'une
solution durable. Les Nations Unies et les organisations régionales doivent prendre des
initiatives diplomatiques fortes pour créer une dynamique de paix dont la finalité est de
construire les fondements d'une sécurité commune pour les peuples. Il est urgent
qu'une nouvelle coalition s'organise et fasse montre de la même détermination pour
construire la paix. Sans quoi, la fièvre mortelle et contagieuse de la violence risquera
fort, de s'étendre dans le monde entier. Dans la même dynamique la communauté
internationale doit faire montre de sa volonté politique de s’attaquer à la montée de
l’islamophobie.
L’Organisation de la Coopération Islamique(OCI) qui possède une délégation
permanente aux Nations Unies avec ses 57 Etats membres doit jouer un rôle beaucoup
plus dynamique et efficace dans la lutte contre le terrorisme islamiste. L’OCI doit ainsi
mieux promouvoir les valeurs de paix et de tolérance de l’islam. Le Sénégal doit
développer le dialogue culturel avec la Oumma islamique tout en s'attaquant aux facteurs
sous-jacents du terrorisme et en examinant les liens entre la criminalité organisée
internationale et le terrorisme.
Enfin le dialogue interreligieux au Sénégal qui ne doit pas être uniquement une affaire
des élites religieuses, doit répondre au réel besoin de promotion du respect et de la
promotion de la paix entre les communautés et les croyances.
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Atelier 2 : Mouvement Islamique
Paix et Développement
L’atelier est de quelques faits historiques que le Sénégal a connus. A cet effet, il a tenté
de tiré au clair l’image de l’islam.
Est-ce que la réalité maraboutique reflète la réalité islamique ? C’est quoi la charia ?
L’Afrique a connu les colonisations arabe, française, portugaise, hollandaise, espagnole.
Au Sénégal, l’éducation de l’enfant est confiée à la mère et à l’oncle.
Islam c’est la paix. Respecter l’autre comme égal (l’altérité)
Ce qui se passe au Mali (c'est-à-dire ce conflit religieux et politique) peut se passer au
Sénégal. Comment mobiliser les intellectuels pour ne pas connaître ces dérives ?
L’instrumentalisation de l’Islam contre la paix. L’organisation d’un organisme qui puisse
prendre en charge toutes ces organisations islamiques et islamistes.
En Tunisie et en Egypte, les premiers ennemis du mouvement islamiste ce sont les
salafites.
Mr Barro, lors de sa communication du panel a fustigé le manque d’organisation de la
société. Pour les solutions :
-il faut promouvoir la bonne gouvernance et prévoir les conflits
-faire la promotion du dialogue interreligieux. Le mouvement islamique peut participer à
la promotion du développement. Education- équité- dialogue interreligieux- justicebonne gouvernance
-Le rôle du mouvement al Fallah dans le développement : domaine de l’éducation et de la
santé.
-Identifier et encadrer les courants dits marginaux :
-Tabligh- l’arrestation des personnes à Dagana
-Organiser un cadre de dialogue
-Stigmatisation et marginalisation
-Religion paix et développement apprendre et s’informer pour pouvoir dialoguer
-Quels sont les liens entre la massification du mouvement islamique et la laïcité. Revoir le
caractère laïc du Sénégal
-L’Islam enseigne la tolérance le dialogue et l’altérité.
Développement : Autorités religieuses, Media, Autorités étatiques ; Perpétuer l’exemple
mouride ; Structurer la collecte de la zakat ; La Communication est importante ans la
promotion de la paix ; Cibler et distribuer ; La voix des marabouts
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Présentation des religions dans les médias
COMMENT LES RELIGIONS SONT-ELLES TRAITEES DANS LA PRESSE
Prof. Mamadou Kassé
Situé en Afrique de l’Ouest et peuplé d’environ 13 millions d’habitants, le
Sénégal est un pays qui jouit d’une longue stabilité politique et sociale. Alors
que la plupart des pays africains étaient régis par des partis uniques sous des dictatures
militaires ou civiles à partir de 1960 (année des Indépendances) et n’ont opéré des
réformes politiques que dans les années 1990, les autorités sénégalaises avaient déjà
anticipé les revendications démocratiques en ouvrant le pays au multipartisme à partir de
1974. Ce choix politique vaut au Sénégal d’être régulièrement cité en exemple en
matière de démocratie et de respect des droits de l’Homme et de liberté de presse sur la
scène internationale.
A l’instar du système politique, le système médiatique sénégalais est devenu
pluraliste après quelques années de monopole de l’Etat sur les médias. Il
compte, aujourd’hui, 13 chaînes de télévision dont 2 religieuses, 1 radio publique avec
ses stations régionales, une vingtaine de radios privées commerciales, une soixantaine
de radios communautaires, 20 quotidiens dont Le Soleil (média public), de nombreux
périodiques et plusieurs journaux en ligne.
L’espace médiatique sénégalais est également ouvert sur la toile mondiale avec de
multiples chaînes de radios et de télévisions.
A noter que cette dynamique médiatique est allée de pair avec la mise en place
de groupes de presse privés qui sont devenus de véritables entreprises dont Sud
Communication, Futurs Médias, Wal Fadjri, Avenir Communication, DMedia…
Tolérance, de compréhension mutuelle
La vie religieuse au Sénégal est caractérisée par l’esprit de tolérance et de
compréhension mutuelle entre les différentes communautés religieuses que sont
l‘Islam, le Christianisme, les religions traditionnelles et les autres cultes plus ou moins
importants dans notre pays. Cet esprit de tolérance se reflète jusque dans les cimetières
communes comme à Joal et Ziguinchor où musulmans et chrétiens dorment ensemble
pour le repos éternel.
La façon dont les deux principales religions ont été introduites au Sénégal,
c'est-à-dire sans violence (même si le christianisme est arrivé avec les Colons) est
sans doute pour beaucoup dans la pacification de la vie religieuse. Comme on le sait, le
Sénégal est l’un des rares pays au monde qui n’a pas connu de Jihad (guerre sainte).
De nombreuses familles sénégalaises vivent aujourd’hui ce syncrétisme, partagées
qu’elles sont entre ces deux religions. Aujourd'hui, la cohabitation entre chrétiens et
musulmans se fait sous le sceau du respect mutuel voire de la fraternité et ce n’est plus
une exception que les deux confessions soient représentées à l'intérieur d'une même
famille.
Mgr Hyacinthe Thiandoum, premier Archevêque de Dakar est originaire de Popenguine où
il compte lui-même des parents musulmans. Musulmans et Chrétiens n'hésitent d'ailleurs
pas à participer, sous une forme ou sous une autre, à l'organisation de toutes les
cérémonies religieuses catholiques ou musulmanes d'importance comme le pèlerinage
annuel de Popenguine, le Magal de Touba, le Gamou de Tivaouane. Ce fut le cas lors du
séjour historique du Pape Jean Paul II en 1992 à l’occasion duquel le sanctuaire marial
fut béni. Les fêtes religieuses musulmanes comme chrétiennes sont célébrées dans la
communion la plus parfaite sans nuire à l’orthodoxie cultuelle de l’une ou de l’autre
religion.
Le Sénégal compte 95% de musulmans, mais l’esprit de tolérance s’est très tôt manifesté
sur le plan institutionnel par l’élection de 1960 à 1980, d’un président chrétien en la
personne de Léopold Sédar Senghor.
Cette même tolérance et cette compréhension se retrouvent au niveau des confréries qui
se réfèrent toutes à l’Islam Soufi,(sunite) dont, les plus importantes sont la tidjaniyya, le
49
mouridisme, la quadriyya, première confrérie en Afrique de l’Ouest. Tant par leur
naissance, que par leur évolution, les confréries ont toujours été, au-delà du foyer
religieux, des espaces d’éducation à la paix, à la tolérance et au respect mutuel. En cela,
la confrérie a hérité de la forme d’initiation traditionnelle où le Diom (dignité), le Ngor
(honneur) et la kersa (étique) étaient dispensés dans une perspective de façonner un
« être social ou sociable ». C’est en cela que les confréries ont toujours été considérées
comme le complément nécessaire à une chaine de valeurs
qui fondent l’homo
senegalensis.
LA RELIGION DANS LES MEDIAS
La religion a toujours occupé une place de choix dans les programmes des
médias au Sénégal (radios et télévisions). Les grilles de programmes des chaines
sénégalaises intègrent en général les émissions religieuses, qu’elles soient musulmanes
ou chrétiennes. Les grands événements religieux, magal de Touba et Gamou de
Tivaouane, pèlerinage de Popenguine, sont largement couverts ainsi que les autres
événements de moindre importance. « Manhar Al Islam » de Elhadj Cheikh Gassama et
l’émission catholique le « jour du Seigneur » sur l’ORTS sont des œuvres pionnières qui
ont marqué les premiers pas des émissions religieuses dans la presse.
A partir des années 90, les médias privés emboîtant le pas aux médias publics
commencèrent à recruter des prédicateurs formés d’abord dans les daaras
sénégalais comme Touba, Tivaouane, Pire, Ndiassane, Médina Baye, ensuite, quelques
années plus tard, dans les universités du Maghreb et d’Egypte.
Ils s’évertuaient à développer un discours axé sur le sacré en puisant dans les sources
livresques les éléments de leurs prêches. (Exaltation et glorification du fait religieux,
rappel des hauts faits des chefs religieux). Leur radicalisme, si on peut l’appeler ainsi, se
manifeste dans le traitement des rapports sociaux, basés notamment sur le genre, la
position de l’homme dans l’Islam, la femme dans sa vie de jeune fille et d’épouse,
l’image de la femme, voilée ou non, La question de la sexualité, des rapports dans le
ménage, le rôle du marabout etc…
Quant aux sermons des imams, ils font souvent allusion à la vie et à l’œuvre du Prophète
et à ses compagnons et se focalisent sur des rappels historiques. Ces sermons sont en
général des invites à se conformer aux préceptes de l’Islam et à la charia. Ces prêches
sont repris dans les radios et télévisions dans des émissions dédiées.
La question des rapports entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, des
rapports entre l’homme et son prochain,
entre l’homme et l’au-delà est
également traitée par les religieux dans des émissions en langues nationales.
L’utilisation des langues nationales dans les émissions religieuses nous semble
une option stratégique qui a permis de capter le maximum d’auditeurs et de
téléspectateurs tout en permettant à des arabisants d’occuper leur temps d’antenne.
L’irruption des Arabisants
L’impact du Moyen Orient
L’Islam face à la Mondialisation
Naissance des chaines confessionnelles
Aujourd’hui,
les
émissions
religieuses
musulmanes et chrétiennes occupent toutes
les chaines et peuplent les grilles des
programmes et les prêcheurs sont parmi les
animateurs les plus en vue. Leurs prêches sont
sollicités même dans les conférences religieuses,
en particulier pendant le Ramadan.
Les
émissions interactives sont utilisées pour non
seulement capter la clientèle mais aussi se faire
de l’argent par le biais des serveurs vocaux.
C’est dire que les chaines y compris les nouvelles chaines confessionnelles, sont en
compétition permanente pour élargir leur audience et les sermons et prêches prennent
des allures de show médiatiques. Cet intérêt prononcé vers les émissions religieuses est
dicté par trois facteurs : l’ouverture des universités arabes aux jeunes sénégalais qui, de
50
retour, choisissent l’enseignement et la prêche comme activité principale ; le conflit au
Moyen Orient qui a conduit beaucoup de Sénégalais à s’intéresser à l’Islam et à la vie
religieuse ; la place de l’Islam dans la mondialisation perçue non plus comme espace de
dialogue et d’échange mais surtout comme champ de confrontation et de guerre
idéologique.
Point essentiel autour duquel ces animateurs se retrouvent, le terme Jihad que
beaucoup interprètent non plus comme la guerre sainte mais plutôt comme une
guerre contre son moi, ses instincts animaux et ses pulsions. La Jihad ul nafsu est en
opposition à l’intégrisme religieux qui vous met en opposition avec celui qui n’épouse pas
les mêmes idées que vous. C’est là que le terrorisme et le radicalise religieux sont
renvoyés dans le registre des prises de positions politiques et non religieuses. Mais si la
lutte contre ses propres instincts tranche avec le radicalisme religieux, elle pose le
problème de la passiveté voire du fatalisme face à un environnement dont la
transformation demande l’intervention de l’homme. Ni ascétisme ni agressivité, tels
semblent être les deux pôles des discours religieux.
Mais, ces discours sont-ils bien perçus par les publics ? Utilise-t-on les meilleurs
supports et les meilleurs créneaux pour faire passer les messages ?
Quel impact ces discours du religieux ont-ils sur les populations ? Ceux à qui ces
émissions sont confiées, ont-ils la formation requise pour la diffusion du message ?
Maitrisent-ils les contenus et les modalités de transmission du message de l’émetteur au
récepteur ? En somme, sont-ils des personnes averties à défaut d’être des journalistes
spécialisés ? La réponse à toutes ces questions nous renvoie à la nécessité de repenser
les formats de ces émissions et le profil des hommes qui les animent.
« La guerre prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des
hommes qu’il faut cultiver les armes de la paix ».
La promotion de la paix par l’éducation fait partie des missions des hommes de médias.
Cela, nul n’est mieux placé que la presse pour en tirer profit. C’est dire, l’intérêt
primordial accordé à toutes les initiatives œuvrant pour la promotion de la paix. La
culture de la paix est en effet d’une brûlante actualité face aux mutations et aux
bouleversements dans nos sociétés et qui parfois constituent des pôles de cristallisation
de conflits aux motivations diverses et souvent même saugrenues.
Parler à la radio et à la télévision requiert donc des aptitudes et des compétences
particulières. En effet, le métier de journaliste ou d’animateur est sans aucun doute l'un
des plus difficiles et des plus exigeants qui soient en raison des nombreuses contraintes
liées à la bonne maîtrise des contenus et à la bonne gestion du contenant dans un
l'espace public qui est, par excellence, le domaine de toutes les libertés et de toutes les
sensibilités.
Relais indispensables dans la communication sociale, les médias sont des outils
incontournables dans la promotion d’une culture de la paix tout comme ils
peuvent être des instruments diaboliques dans la culture de la haine. L’exemple
de la radio mille collines au Rwanda est là pour le démontrer. Dans un contexte de
démocratie totale consacrée par le pluralisme sous toutes ses formes, le journaliste ou
l’animateur se trouve tous les jours interpellé par sa propre conscience. Dans ce
domaine, la plus petite erreur, la faute la plus anodine se paie cash car elle ne se
rattrape guère. C’est encore plus grave quand il s’agit de la religion qui, comme chacun
le sait, charrie des passions. Nous l’avons tous constaté à travers les informations
qui nous parviennent du monde où la stigmatisation, la diabolisation et le rejet
font le lit de l’intolérance et de la violence aveugle.
Dans le contexte sénégalais marqué par ce qu’on peut appeler une pluralité de chapelles,
une telle vérité nous renvoie à la diversité et la pluralité des sources. Dans le discours
51
religieux c’est plutôt la contradiction des faits relatés qui peut faire perdre totalement
son caractère sacré. Sur ce terrain, les prêcheurs sénégalais sont encore dans les normes
si l’on en juge par la fiabilité de leurs sources et de leurs références.
Il faut cependant reconnaître que parfois, certains Sénégalais sont désorientés, et agacés
par la manière dont les passages des livres saints sont relatés et souvent même
fabriqués par des prêcheurs qui ne disposent d’aucune compétence pour exercer ce
métier ni du point de vue du niveau de base ni du point de vue de la maîtrise des
techniques de collecte et de traitement encore moins des règles éthiques et
déontologiques.
Il va de soi que de tels comportements font perdre toute crédibilité, ce qui rejaillit
forcément sur l’appréciation d’ensemble que les populations font de tel ou tel média. En
effet, quand les mauvaises interprétations se substituent aux faits, quand le virtuel prend
la place du réel, quand les suppositions occupent le champ de la vérité, c’est la porte
ouverte à tous les dérapages et la mort de toute expression crédible.
Hélas, avec le développement exponentiel des chaines de radios et télé, le
risque est grand de voir ce genre de situations prospérer avec des risques de
dérapages préjudiciables à l’harmonie de la nation.
C’est en cela qu’il faut veiller à ce que l’éducation à la vie religieuse réponde
davantage aux objectifs que l’Etat assigne à toutes ses composantes : la paix, la
concorde et l’harmonie de la société. A cet égard, il convient de situer les rôles
et responsabilités de l’Etat dans la préservation de cette harmonie, même si son
caractère laïc et équidistant de toutes les confessions lui assigne une mission
d’observateur avisé de la vie religieuse. Il va sans dire qu’il doit veiller à tous les
équilibres qui fondent la stabilité de la société, notamment la laïcité de l’état et de ses
institutions, les droits et devoirs de chacun (homme, femme, enfant) dans la société, la
question des minorités et des forces émergentes, celle de l’intégrisme sous toutes ses
formes en particulier.
Au demeurant, il est heureux de constater que le fondamentalisme religieux a des
difficultés à s’implanter et à s’incruster dans des espaces déjà bien occupés depuis par
les confréries à la fois fortes et bien enracinées. C’est en cela que les messages politicoreligieux tels qu’ils sont émis et diffusés sous d’autres cieux ne sont ni acceptés ni tolérés
dans les médias sénégalais, même si sur ce point important une vigilance s’impose face à
la menace de l’intégrisme international.
A l’opposé des Etats islamiques où l’Islam est la religion d’état, au Sénégal, c’est plutôt la
laïcité qui devrait garantir une parfaite communion des religions, promouvoir l’égal accès
à l’éducation de qualité, à la formation qualifiante; partant, favoriser l’émancipation de la
femme par le biais de l’acquisition du savoir au même titre que l’homme. L’éducation à la
citoyenneté semble être le meilleur garant et le plus efficace rempart contre les
injustices, la discrimination, l’intolérance d’où qu’elle vienne.
A cet égard, les médias doivent exercer leur droit d’informer de la véracité des faits, tout
en évitant de tomber dans le piège d’une instrumentalisation consciente ou inconsciente
de forces centrifuges dont l’objectif est de détruire les bases qui fondent la vie de notre
société.
En somme, l’Islam a largement contribué par ses enseignements à la stabilisation sociale
de la société sénégalaise à y promouvoir les valeurs de paix, de respects des droits
humains et de la coexistence pacifique entre les communautés religieuses. Ces dernières
y ont souvent joué un important rôle de médiateur dans les situations de crises politiques
et sociales.
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Dakar, le 14 novembre 2012
Rapport de l’atelier sur « Le traitement des religions dans les médias ».
Conférencier : Pr. Mamadou KASSE
Modération : Fanta DIALLO
Président de l’atelier : Omar DIOUF, Président Club FKA, Membre du Comité Scientifique
Rapporteur : Joseph DIEDHIOU, Journaliste
Ont pris part à l’atelier (Cf. Liste de présence ci-dessous)
Dans les échanges entre les différents membres de l’équipe, il a été noté que les
médias, en tant que quatrième pouvoir et outils de transmission des informations,
notamment religieuses, jouent un rôle très important. Les journalistes doivent donc
bénéficier d’une formation très solide pour véhiculer les messages de ce secteur qui est
très sensible.
En effet, des constats amers et autres critiques ont été formulés à l’endroit des
journalistes, des patrons de presse, des prédicateurs, des leaders politiques, de l’Etat ou
le Gouvernement et des différents supports et manières dont les messages religieux sont
retransmis.
La responsabilité de chacun est
engagée dans cette « noble » mission
d’édification et d’éducation à la foi des croyants et de promotion du dialogue
interreligieux et islamo-chrétien.
Ainsi, constat a été fait sur la manière dont les médias transmettent ou
retransmettent les informations et autres enseignements religieux, laissant entrevoir des
connaissances lapidaires sur les confréries Tidiane, Mouride, etc., sur les églises
chrétiennes catholiques ou évangéliques… Et ce, parce qu’on n’a pas souvent, la bonne
information.
Cela est du, en grande partie, au manque de formation des journalistes, à la
malveillance des patrons ou responsables de presse qui privilégient le sensationnel, et la
recherche de l’argent au lieux de privilégier l’aspect édification de la foi des croyants.
Si tant est que les médias constituent des relais entres les guides religieux, les
imams, les prêtres, les pasteurs ou autres spécialistes en la matière et le commun des
fidèles croyants, le constat, au vu de ce qui est publié, révèle plutôt un manque de veille
des patrons de presse sur les articles qui sont publiés. Beaucoup de titres orientés vers le
sensationnel, qui heurtent les sensibilités et incitent même parfois à vouloir réagir de
façon virulente, en disent long.
En matière de retransmission de l’information religieuse, il s’agit notamment,
d’aller vers l’inconnu. Ce qui est assez complexe et délicat comme démarche. Une fois de
plus, le relayeur ou journaliste doit donc être bien formé.
Aussi, malgré le constat des mauvaises informations qui sont souvent véhiculés,
on ne sens pas de censures faites à la presse. L’Etat ne joue pas pleinement sont rôle
pour l’application de la loi.
Les normes d’éthique et de déontologie qui doivent être le soubassement de tout
traitement journalistique sont souvent foulées au pied. Et parfois, dans les rédactions, la
parole n’est pas donnée à ceux qui sont bien formés.
A cela s’ajoute l’impacte négatif de certains films (Westerne) sur la foi des enfants
ou jeunes qui les suivent…
Les intervenants de l’atelier ont aussi signalé le manque de journalistes spécialisés
et bien formés en matière de religions. Ceux qui animent des émissions religieuses ne
sont pas tous des journalistes formés, mais des gens qui apprennent sur le tas.
Aussi, sur base de la ligne éditoriale d’un organe de presse, le titre du contenu de
l’article d’un reporter est souvent sciemment changé par son responsable à une fin
purement sensationnel ou d’appât de gain. Ce qui, souvent, n’est pas en adéquation avec
les aspirations profondes du journaliste, auteur du travail, qui est obligé de subir
l’autorité de son supérieur hiérarchique de presse au risque même d’avoir un choc
culturel selon qu’il vient d’un pays comme le Gabon ou autre, et exerce au Sénégal…
53
Un titre comme « Sacré-Cœur viole », serait plus porté à heurter la sensibilité
d’une religieuses ou d’un religieux qui partage la spiritualité du cœur sacré de Jésus…
En tout cas, la façon d’écrire des articles par certains journalistes laisse vraiment
à désirer, ont fustigé les membres de l’atelier sur « le traitement des religions dans les
médias ».
Par ailleurs, l’autorité ne met pas souvent en œuvre une bonne politique de
régulation de l’espace médiatique.
En effet, l’on note une prolifération des médias, les journalistes sont souvent
manipulés et sont confrontés à un manque de liberté d’expression dans le traitement des
questions de religions.
La diffusion des émissions religieuses se fait souvent à des heures qui ne
conviennent pas aux adeptes de ladite religion qui devraient les suivre. En général, cela
se passe au moment où ils vont à la prière ou à d’autres occupations religieuses…
Il se pose également un problème de méconnaissance de la religion de l’autre
qu’on finit par assimiler à une secte. Ce qui à une connotation péjorative et entraine des
actes de saccages à l’instar de ceux perpétrés, le 29 juin 2011 à Dakar.
Toutes ces remarques ont été
suivies par des propositions et autres
réaffirmation de positions allant dans le
sens
de
promouvoir
un
meilleur
traitement des religions dans les médias.
Ainsi, les membres de l’atelier
insistent sur la formation des journalistes.
Le journaliste est un communicateur mais
par n’importe quel communicateur. Il
requiert donc de veiller sur sa formation
surtout en matière de religion.
Ce qui se fait déjà au Centre des
Etudes des Sciences et Techniques de
l’Information (CESTI). L’essentiel, c’est à
lui le journaliste d’appliquer les règles
journalistiques qui lui ont été enseignées à l’école. Et il n’y aura pas de problème…
La presse doit jouer son rôle de délivrer la bonne information aux lecteurs et
auditeurs selon les règles de l’art journalistique, dans le respect de l’éthique et de la
déontologie ; et en mettant surtout l’accent sur l’éducation et l’édification de la foi.
Pour ce faire, il faut intégrer un module religieux dans la formation des
journalistes et y impliquer même les patrons de presse.
Les journalistes doivent intégrer les réseaux pour l’information religieux,
véritables cadres de formations.
Il faut veiller sur le contenu des articles dans chaque journal et censurer certains
faits divers (Scandales, question de sexualité, etc.)
Il faut bannir les attaques dans les émissions. Les émissions c’est pour édifier…
Il faut déployer toutes les stratégies de communication allant dans le sens de
mieux connaître la religion de l’autre et éviter d’attaquer dans une émission.
Aussi il serait important que les journalistes se spécialisent en matière de religion
pour bien transmettre ce qu’ils prennent auprès des prédicateurs qui doivent à leur tour
bien prêcher…
Il faut aussi veiller à l’usage de certains mots comme « tolérance » dans le sens
d’une même connotation entre l’émetteur et le récepteur…
Au Mali, par exemple, il y a un bon fonctionnement entre le Haut Conseil
Islamique, l’église catholique et l’église protestante. Et ce, parce que tout simplement
l’Etat a créé un département ministériel des affaires religieux et du culte pour réguler la
pagaille née de la prolifération des médias et des journalistes qui sont manipulés,
notamment en ce qui concerne les questions religieuse. Il s’agite là d’un exemple à
imiter…
54
Une autre idée à promouvoir aussi, c’est la création de ciber presse et de maison
de la presse dans toutes les régions pour permettre aux réseaux de journalistes de
s’imprégner et de traiter de religions dans les médias…
En somme, il ressort de notre atelier qu’il est important de se rééduquer pour
sortir des carcans religieux, instaurer une bonne cohabitation, valoriser l’éducation dans
les médias, cultiver plus d’ouverture vers les autres religions.
Les leaders doivent éviter de se dédire dans leur propos sur les religions et mettre
l’accent sur un discours de développement.
Bref, il s’agit, dans le traitement des religions dans les médias, de mettre en
valeur les valeurs spirituelles pour sauvegarder l’intégrité et l’authenticité religieuse à
travers une connaissance profonde de soi et de sa religion d’abord, et ensuite de l’autre,
afin que l’information ou le message religieux soit agréable à recevoir comme cela se
faisait dans les anciens journaux à l’instar de « Dakar matin ».
Se pose alors la question : pourquoi ne pas confier carrément la communication
des messages aux prêtres, religieuses et religieux, imams, pasteurs, etc., qui sont les
voix les plus autorisées ? Réponse : ils ne peuvent pas être partout et tout le temps…
Il s’agit, en somme, de veiller à traiter des religions, de manière juste et vraie,
dans les médias. Cela relève de la responsabilité de tout croyant !
Liste de présence
1. Daniel Diyombo
2. Firmin Mancabou
3. Sœur Jeannine Sane
4. Sœur Anne Michel Sarr
5. Angélique Mendy Diadhiou
6. Marguerite Ndiaye Corréa
7. Pasteur Jean pierre Niackar Diouf
8. Awa Cheikh Faye
9. Daniel Coulibaly
10. Arielle Audrey Lengue
11. Omar Diouf
12. Dibor Fatou Ndour
13. Renate Tdiy
14. Marguerite Gomis Diouf
15. Aïda Diop
16. Sandra Bassabame
17. Mansour Sow
18. Adama Djitonne Diatta
19. Fanta Diallo
20. Mbaye Seye
21. François Kama
22. Joseph Diedhiou
55
Religion, Paix
et
Développement
Elie Sommer
Dakar 14.11.2012
Le rôle des religions dans la
construction de la nation, la
promotion de la citoyenneté, de la
paix et du développement
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une
nation, d’une société
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
‫• והיה ברכה‬
‫ִברְכוּ ְב ָך כֹּל‬
ְ ‫וּמ ַק ֶלּ ְל ָך אָאֹר וְנ‬
ְ ‫ַא ָב ֲרכָה ְמ ָב ְרכֶי ָך‬
ֲ‫• ו‬
‫ָמה‬
ָ ‫שׁ ְפּחֹת ָה ֲאד‬
ְ ‫ִמ‬
• Dieu dit à Abraham : Je te ferai devenir une grande nation, je te bénirai, je rendrai ton nom glorieux et tu seras une source de bénédiction.
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
‫ִברְכוּ ְב ָך כֹּל‬
ְ ‫וּמ ַק ֶלּ ְל ָך אָאֹר וְנ‬
ְ ‫ַא ָב ֲרכָה ְמ ָב ְרכֶי ָך‬
ֲ‫• ו‬
‫ָמה‬
ָ ‫שׁ ְפּחֹת ָה ֲאד‬
ְ ‫ִמ‬
• Je bénirai ceux qui te béniront, et qui t’outragera je le maudirai, et par toi seront heureuses tous les peuples de la Terre
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
‫אַחרָיו‬
ֲ ‫ְאת ֵבּיתוֹ‬
ֶ ‫שׁר יְַצוֶּה ֶאת ָבּנָיו ו‬
ֶ ‫ְמעַן ֲא‬
ַ ‫ְתּיו ל‬
ִ ‫• כִּי יְ ַדע‬
‫שׁ ָפּט‬
ְ ‫וּמ‬
ִ ‫ָקה‬
ָ ‫ְשׁ ְמרוּ ֶדּ ֶר ְך יְהוָה ַלעֲשׂוֹת ְצד‬
ָ‫ו‬
• Si je l’ai distingué, c’est pour qu’il prescrive à
ses fils et à sa maison après lui d’observer la voie de l’Eternel en pratiquant la vertu et la justice.
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
• La ‫עקידה‬. C’est le “sacrifice d’Isaac” ou plutot
la ligature d’Isaac
• Ces volets ont créé l’identité juive pour toutes les générations, jusqu'à ce jour.
• une épreuve qui consacrera pour Abraham et ses descendances l’acceptation du royaume divin dans ce Monde.
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
• L’identité de ce Peuple est son Livre, • ses livres, • ses érudits, • sa volonté indescriptible d’être juif.
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
• Toujours et partout minoritaire, poursuivi, pogromes, rôle prépondérant de l’Eglise, Philippe le Bel, St. Louis et la rouelle, chapeau jaune en Europe et pays musulmans [étoile jaune]
• "Les Croisades”
• expulsion des juifs d’Angleterre en 1290, de France (3 fois au 14e siècle)…
• d’Espagne et du Portugal en 1492, l’Inquisition.... La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
• Acquisition de la citoyenneté appelée émancipation seulement à partir de la Révolution Française – 1791.
• Hollande 1834, Suisse 1856, Russie 1917…
• L’Abbé Grégoire
• Napoléon, le grand Sanhédrin
• Le Consistoire
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
belles périodes fécondes en création philosophiques, littéraires et religieuses (Espagne, Provence, Pologne…)
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
• Création de l’Etat d’Israel !
• 65 ans de lutte, journalière…
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
• Comment la religion a‐t-elle permis de construire la nation juive ? • Nation virtuelle pendant 2000 ans, • Nation physique et politique depuis le 20e
siècle.
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
• Obligation pour les juifs d’être eux‐mêmes.
• De se singulariser ou de disparaitre.
• Comment la religion soutient et approfondit les valeurs humaines
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
• Les 7 lois des enfants de Noé:
L’établissement d’une structure juridique, de lois
Reconnaître l’existence de Dieu
S’éloigner du paganisme
L’interdiction des relations sexuelles dans la famille
immédiate
• L’interdiction de tout homicide, toute violence physique
• L’interdiction de tout vol
• L’interdiction de manger une viande vive, crue
•
•
•
•
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• Achad Haam (début 20e siècle): « Plus que les juifs ont observé le chabbat, le chabbat a préservé les juifs”…
• Comment conserver une identité dans un Monde global ? • Jean Friedman: Fin du peuple juif ?
• Dans le monde de l’internet ? • Faut‐il le faire ?
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
• La phrase bien connue de Léopold Sédar Senghor prônant enracinement
et
ouverture
convient tout à fait aux juifs du monde entier.
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
• L’intégrisme existe aussi chez les juifs, comme chez les musulmans, • il est un refus, une révolte contre la modernité.
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
• Le Professeur Paul Fenton ici même il y a 2
ans: “il appartient aux religieux d’initier une nouvelle voie pluraliste qui réponde à la situation de la société postmoderne, à
l’heure de la globalisation ».
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
• En Israel:
• Etudes juives : la révolution des études juives chez les jeunes filles et les femmes.
• L’ouverture des ultra‐orthodoxes aux études universitaires, d’abord les jeunes femmes, et ensuite les hommes. • D’une situation de pauvreté fermée sur elle‐
même, à une participation à la société
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
Après la CHOA, et immédiatement dans un pays ou presque tous les pays voisins s’opposent et font une guerre incessante.
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
• Chaque famille en Israel doit construire, à ses frais, un mamad, c'est‐à‐dire un abri en béton armé dans son appartement. • Dans la région d’Israel, autour de Gaza (l’une de mes sœurs…) toutes les écoles sont « blindées ». • Les autobus de transport scolaire sont protégés…
• Il n’y a presque pas de jour ou de nuit sans que des roquettes tombent en Israel…
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
• Et malgré tout cela, le sentiment de base chez tous les juifs d’Israel et du Monde est la Paix, le CHALOM.
‫שלום‬
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
• Le rabbin Chimeone bar Yohai (fin du 1er
siecle) dit: • La paix est tellement grande que tous les bénédictions y sont incluses: Comme il est écrit dans le psaume 29: La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
"‫• ה' עוז לעמו יתן ה' יברך את עמו בשלום‬
• Que l’Eternel donne la force à son peuple. Que l’Eternel bénisse son peuple par la Paix.
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
• La paix entre l’homme et son prochain
• La paix entre l’homme et son conjoint
• La paix entre les peuples
• La paix entre l’homme et Dieu
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
Souphisme et Judaisme ?
Bahya Ibn Paquda, Andalousie 11 siècle
Les devoirs du coeur “'Hovot halevavot”
“pratiques extérieures” <‐> “obligations morales intérieures”
• La Volonté et la Joie
• Influences du souphisme, méditations, kabbale juive (Abraham Aboulafia – 13e)
•
•
•
•
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
• Les kabbalistes de Safed – mystiques soufistes
• Sabtai Tsvi ?
• Un cercle de juifs aujourd’hui à Jérusalem qui étudient les poèmes de Roumi (poète 13è siècle) qui sont célèbres jusqu’aux Etats Unis !
• Chassidut …Liens avec Chabbad ? Cheikh Shamil ?
• Rabbi Na’chman de Breslav en Ukraine ?
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
Une forme de MESSIANISME ?
“on attend le Messie… et on ne fait rien!”
“on attend le Messie… et on travaille pour activer sa venue !”
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• Le sabbat = le repos hebdomadaire le samedi
Est une facon de travailler moins ? (comme le pensaient les Romains)
Ou, se ressourcer, “recharger les batteries”
Etudier, penser. Se reposer, la famille ?
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
• Pourquoi Abraham veut-il acquérir un caveau?
• Un hôte ne peut faire des “opérations immobilières”…
• Il pense à toute sa famille, aux générations à
venir
• Dans le judaisme, on ne vit pas au jour le jour, mais pour ses enfants et petits enfants
• Le long terme engage à investir !
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
• Pourquoi Abraham envoie‐t‐il son serviteur
pour trouver une fiancée pour son fils Isaac, qui a déjà 40 ans…
• 600 km AR, 10 chameaux !
• Il cherche à donner à son fils une femme, Rébecca, d’une carrure, de qualités humaines, dévouée, de sa culture.
• C’est ce qu’on appelle ‫“ אשת חיל‬une femme vaillante”
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
• 'Honi Hameagel (le traceur de cercles) 1er siècle avant
l’ère chrétienne
• Le Talmud “Traité Taanit 23‐a”: Il voit un homme âgé qui plante un arbre: Pourquoi le faire ? Un caroubier ne donne des fruits qu’après 70 ans !
L’homme répond: c’est pour les prochaines
générations ! De même que mes aieux ont planté
pour moi, je plante pour ma descendance !
• Confiance dans l’avenir … Patience…
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
• “Si tu as un plant dans ta main, et qu’on
t’annonce que le Messie arrive…
•D’abord, plante ! Et ensuite, va l’acceuillir…
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
• Henri Bergson ‐ philosophe juif français 20è
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
150 rabbins et imams
réunion à Bruxelles sous
l’égide de l’UNESCO
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
YAD SARAH
JERUSALEM
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
L'hopital de Tsahal
A HAITI
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
Le rabbin FROMAN
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
• Qui pense au jours à venir, sème des blés
• Qui pense aux années à venir, plante des arbres
• Qui pense aux générations prochaines, éduquera
les jeunes
• Janusz Korczak Varsovie, 1878 – 1942. Assassiné à Tréblinka avec ses "enfants"
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
• Le but de l’éducation doit être:
• Des hommes qui se distinguent par leurs
pensées indépendantes.
• Non seulement pensées, mais aussi voyant
dans l’action pour la Société le but de leur vie
Albert EINSTEIN
La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société
• Aujourd’hui…
• Dix‐sept imams de France en visite officielle en Israel, conduits par Marek Halter
• Une visite de 6 jours
• UNE PREMIERE !
• Avec Shimon Pérès et Mahmoud Abbas
• Prière à El Aqsa
• Visite au mémorial de la Shoah, YAD VASHEM
• Initiative historique…
PAIX ET DEVELOPPEMENT :
ROLES DES LEADERS RELIGIEUX !
(CAS PRATIQUES DE WV EN AFRIQUE DE L’OUEST)
Draft
Adama Diouf :
Formation : Théologie Evangélique &
Développement International
Introduction,
La cartographie des conflits courants, potentiels, et la souffrance qui en résulte,
méritent de la part des leaders religieux et politique un regard courageux. En effet en
Afrique, comme partout ailleurs dans les pays du Sud, les jeunes générations réclament
de comprendre pourquoi il y’a tant de conflits couteux ? Elles se demandent pourquoi la
paix durable semble être si difficile à construire. Et enfin pourquoi, depuis des
décennies, l’essentiel des conflits se concentrent dans les pays du Sud qui pourtant ont
tant besoin de paix pour se construire un véritable développement ? Elles méritent
d’avoir une réponse, mieux des actions qui encouragent.
On le sait, l’histoire a très peu gardé en mémoire le souvenir de paix durable dans
l’économie des relations entre les états et les peuples. De sorte qu’un simple regard sur
la longue marche de l’humanité nous permet de comprendre que les conflits et les
maladies ont considérablement retardé les progrès des peuples et déstructuré les cartes
de possibilités du genre humain1.
La géopolitique actuelle porte encore des stigmates de notre histoire trouble : ancienne
et récente. Sur ce fond, la crainte de choc de civilisations est pour certains du domaine
du possible. Et ceci d’autant que, du nord au Sud, nous assistons depuis quelques
années à des mouvements de radicalisme de doctrines économiques2, politiques et
religieux.
Aussi le sujet de la paix en rapport avec le développement humain et le rôle des leaders
religieux est un sujet à la fois actuel et éminemment pertinent. La contribution des
leaders religieux pour le bien être et la paix dans les communautés est, en effet,
stratégique et déterminante.
Nous abordons donc cette problématique avec la ferme conviction que Religion et Paix,
Justice et Economie, Foi et Développement, Diversité et Célébration devraient être au
cœur du champ de l’activité théologique dans les pays du Sud maintenant et dans les
prochaines décennies.
Dieu, comme par le passé, ne cherche t-il pas des voix autorisées, des prophètes, des
femmes et des hommes pour dire, pour attirer l’attention, pour plaider et pour agir
envers ceux qui gémissent dans les prisons de la pauvreté ? Il faut qu’il ait des
prophètes pour transporter l’espérance dans le Sahel affamés, inondé et meurtri. Des
1
Ralph Winter “The Kingdom strikes back: Ten epochs of redemptive history” (WCIU, Pasadena, 2002) P.1‐2. Le radicalisme économique est souvent oublié à l’affiche en comparaison avec le radicalisme religieux qui occupe considérablement l’espace médiatique. Pourtant, combinées aux jeux spéculatifs de la finance internationale, les formes de radicalisme économique font bien plus de victimes et de foyers de tensions dans le monde. 2
103
prophètes pour rencontrer et ne pas simplement croiser les milliers d’enfants qui
s’éteignent en silence dans l’errance des villes de l’Afrique de l’Ouest.
Notre exposé cherche à donner ici quelques perspectives de l’expérience interreligieuse à
travers l’action de World Vision en rapport avec le concept de paix et de développement.
Mais au préalable, qu’il nous soit permis de préciser notre antécédent historique d’une
part, et théologique d’autres part. En effet, sur le plan technique, l’approche
interreligieuse de World vision en matière de développement est intimement liée à ces
deux antécédents.
I. Cadre Historique de l’intervention de World Vision
Le Fondateur, Bob Pierce, un jeune pasteur américain, visite la chine en 1947. Il est
frappé par la misère et le nombre d’enfants orphelins. Les affres de la deuxième guerre
mondiale étaient encore visibles.
Rien dans la vie de Pierce ne semblait l’avoir préparé à voir une telle souffrance
humaine en Chine d’abord puis en Corée du Sud de l’après Guerre Mondiale. Choqué et
interpellé, il entra dans sa chambre d’hôtel et prie : « Que tout ce qui brise le cœur
de Dieu, brise aussi mon cœur »3. Alors en 1950 WV est né avec son premier bureau
à Portland, Oregon USA. Pierce plaide aux près des églises, mobilise des fonds et lance
le parrainage d’enfants, les orphelinats, les centres de santé, les secours d’urgences, le
plaidoyer et les efforts de restauration pour un développement transformationnel.
World Vision était donc né des cendres encore chauds de la deuxième Guerre pour
répondre aux pires dégradations de la dignité humaine et surtout des enfants. De sorte
que, pour World Vision, la prise en compte de la dimension paix et réconciliation peut
être considérée comme une réalité congénitale !
La souffrance et l’accompagnement des pauvres a été et reste un lieu de mission et de
vocation. Depuis sa création WV veut rester « un témoin de l’amour de Christ au près
des pauvres et des opprimés » et ceci sans tenir compte des aspects relatifs à la race, à
l’ethnie et à la religion.
Pendant plus de 60 ans WVI a travaillé dans près de 100 pays en Asie, en Afrique, en
Amérique latine, au Moyen Orient et en Europe. Les détresses humaines nous ont
interpellés à travailler avec et au service des communautés Bouddhistes, Hindouistes,
Musulmanes Chrétiennes, etc.
Un parcours qui a permis à l’organisation d’apprendre énormément au près des
communautés. La dynamique d’apprentissage continue au fur et à mesure que le
ministère s’étend à différents terrains et contextes. On est, en retour, profondément
enrichi par la diversité, et la générosité des partenaires dans les villages les plus reculés
de notre planète.
Le sommaire des cas pratiques que nous partageons dans cet atelier sont issus des
leçons de cet apprentissage.
3
Marilee PIERCE DUNKER Man of Vision (Thomas Nelson Publisher, 2010) p.1 104
II. Eléments de notre théologie pour la paix et le développement
transformationnel !
Principe I De la signification du concept de paix!
La paix n’est certainement pas une période, où un morceau de temps, entre deux
guerres. Du point de vue biblique la paix est bien plus que l’absence de conflits où de
guerres, encore moins un traité, où un cessez le feu4.
En effet, pas de paix quand les enfants vont au lit sans manger, quand dans la
communauté des femmes meurent en donnant la vie.
Pas de paix quand le SIDA tue les jeunes gens et brise tant de rêves de familles et de
villages entiers
Pas certainement de paix quand, dans les maisons, le paludisme fauche et tue chaque
jour près 3,000 enfants en Afrique Sub saharienne.
Pas de Paix et de réels projets d’avenir quand chaque année des millions d’enfants
meurent avant qu’ils aient atteint même l’âge de 5 ans.
Pas de paix quand les jeunes filles et garçons sont victimes des violences physiques,
verbales, sexuel et psychologique ?
Pas surtout de paix lorsque plus de 3/5 de la population mondiale reste à la périphérie et
se batte pour les libertés économiques primaires. Une distorsion, grave, bien connue au
sein de l’OMC. Joseph STIGLITZ5 , prix Nobel d’économie, s’en émeut impuissamment !
Nous croyons que quand Jésus dit : « Je vous donne ma paix 6» il s’agit précisaiment
de la Paix résultante d’une praxis d’amour et de justice authentique comme signe de
son Royaume et consigne de son programme. Lequel programme il a publiquement
annoncé lors de son message inaugural dans son propre village, à Nazareth. Ce jour là,
dans la synagogue, il prit le livre d’Esaï et dit :
«L’Esprit du seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour annoncer une bonne
nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé,
pour proclamer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la
vue, Pour envoyer libre les opprimés, Pour publier une année de grâce du
Seigneur. »7
Le message et les objectifs programmatiques sont clairs. Notre exégèse les situe en 7
points. Il parle de pauvres, de guérison et de cœur brisé. Il parle aussi de liberté,
d’oppression, et de vue. Enfin il parle de Bonne Nouvelle et de Grace qui,
respectivement ouvrent et projettent le tout dans un mouvement d’Espérance.
Le chantier que le Christ ouvre ainsi est immense et toujours actuel. A travers ce
discours inaugural de Nazareth, l’Eglise, aujourd’hui, comprend de mieux en mieux que
l’Evangile où qu’un programme de promotion de la paix resterait impertinent s’il ne
4
On peut être d’accord donc avec le président F. H. Boigny pour dire que « la paix n’est pas un vain mot. » Cf. Joseph E. Stiglitz et Andrew Charlton Pour un commerce mondial plus juste, (Fayard, 2007) p7‐13. 6
Evangile de Jean14 :27 7
Evangile de Luc 4 :18‐19 5
105
s’adresse pas sérieusement à la question de la pauvreté, c’est-à-dire de la justice. Le
rapport de Lausanne8 1974 insiste très précisaiment sur la dimension humaine, et social
de la responsabilité de la mission chrétienne.
Puisqu’il ya toujours, et même davantage, des pauvres, de cœurs brisés, de graves
problèmes des libertés les plus élémentaires. On comprend à World Vision que nos
cadres logiques, nos programmes, nos plans d’actions et stratégies soient interpellés à
garder, toujours quelque part, des échos du message de Nazareth, de celui qui a dit :
« comme le père m’a envoyé, moi aussi je vous en envoie. »9 Parce que là où là
dignité humaine et la justice sont menacées, là aussi est menacée la Paix de Dieu et
celle des hommes.
La paix donc c’est prendre soin, c’est un cheminement avec tous : forts et faibles,
oppresseurs et opprimés pour découvrir ce que nous avons en partage : une terre, un
destin humain, et un Dieu.
Principe II : Paix, Développement et «Missio Dei » !
WV n’est pas une église, mais elle se donne une mission qui, je l’espère, est un affluent
important de la Missio Dei. Autrement dit, les composantes stratégiques de la mission de
World Vision pour la lutte contre la pauvreté et l’injustice devraient être une fonction
contributive majeure de l’action de Dieu pour le monde. Mais quel est donc l’essence de
la Mission Dei ?
L’ange qui était venus annoncer la naissance du Christ aux bergers de Bethlehem avait
vu se joindre à lui une véritable chorale d’anges du ciel qui chantaient à cette heureuse
occasion. Il est à remarqué que la chanson des anges portait sur le thème de la paix. Ils
disaient:
« Gloire à Dieu dan le Ciel
Paix parmi les hommes sur la terre »10
Dieu se défini lui-même comme le Prince de
la Paix. Le mot paix revient 250 dans la
Bible. La paix sur terre est une
préoccupation constante pour Dieu. Aussi
l’effort de construction de la paix est au
cœur de la Missio Dei, et devrait être
transversale pour toutes missions
chrétiennes à travers l’église et son monde
ONG.
World Vision se définit comme une
« expression de l’Eglise » et consciente de
son rôle dans l’économie de la mission globale. Mais elle se singularise dans l’approche
holistique, c’est-à-dire une prise en compte de l’homme dans sa dimension globale. La
8
John Stott, Christian Mission in the modern world, (1975) Pour la version française, Mission chrétienne dans le monde moderne (Editions G.M., Neuchâtel, 1977). Voir le point 5 de la Déclaration de Lausanne, p.180, Juillet 1974 9
Evangile de Jean 10
Evangile de Luc : 2 106
missiologie de WV est solidaire aux orientations de Lausanne qui permirent donc en 74
de renouveler la compréhension et l’engagement sans réserve vis-à-vis des pauvres, de
la paix, et de la justice.
Dans cette perspective le champ missiologique et programmatique de WV est définie
dans l’espace d’intersection entre l’identité christocentrique, l’approche communautaire
et l’engagement pour le bien être des enfants.
C’est là, précisaiment, le lieu où World Vision International mène ces programmes qui
s’articulent autour du parrainage, le secours d’urgences, l’éducation, le plaidoyer, l’accès
à l’eau potable, etc.
Nous ciblons de toucher environ 4 millions d’enfants en Afrique de l’Ouest d’ici 2015. On
s’efforce sans relâche à intégrer Paix, Justice et Développement
III. Cadre Pratique: Engagement dans l’Approche Interreligieuse
Notre référentiel sera, dans ce chapitre, le contexte du ministère en Afrique de l’Ouest
où World Vision travaille essentiellement dans 7 pays à savoir : le Mali, le Tchad, le
Ghana, le Sénégal, la Mauritanie, le Niger, et Sierra Leone. Une présence donc justifiée
par les besoins et défis considérables.
1. La réalité du terrain :
Les sécheresses des années 70, et les crises alimentaires successives qui en résultent
depuis, ont amené World Vision à s’installer en Afrique de l’Ouest au près des
populations pour, d’une part, contribuer à reconstruire les mécanismes de résilience
sérieusement érodés par des chocs successifs, et d’autres parts aider à jeter les bases
d’un développement communautaire durable.
Comparée à l’Asie, l’Amérique Latine et même de l’Afrique de l’Est où World Vision avait
déjà une expérience certaine, l’Afrique de l’Ouest a été et reste un terrain particulier à
plus d’un titre. En effet, les sévères conditions climatiques, la diversité ethnolinguistique,
le pluralisme religieux et les péripéties d’une démocratie naissante aller s’inviter dans les
activités, programmes et modes d’actions de World vision aussi bien dans les opérations
de secours d’urgences que dans l’approche de développement transformationnelle.
Pour la première fois, dans une région continentale entière, nos investissements et
ministères étaient destinés à des communautés de 70% de Musulman et à peine de 16%
de Chrétiens.
Naturellement, il fallait gérer à la fois le poids de soupçons et les méfiances de toutes
sortes. Nos pionniers, il faut le préciser, ont eu à faire un travail de fondation
remarquable. Ils ont trouvé la formule sacrée : « pour eux, avec eux, et par eux
même 11» ! Les théories de l’inculturation venaient de donner la clef à une approche de
développement. Les autorités coutumières, religieuses et étatiques ont été non
seulement consultées, mais impliqué comme acteurs au niveau de la communauté pour
appuyer les programmes de sensibilisations, de secours d’urgences, de réconciliations,
de parrainage, etc. Depuis les années 80 ce mode local organisationnel d’appropriation
11
Par là les ressources humaines communautaires, et donc les leaders coutumiers, étatiques, et religieux, ne sont pas simplement impliqués mais des acteurs et des partenaires au sens plénier du mot. 107
se renforce de mieux en mieux avec l’émergence des compétences locales. Car le
développement est essentiellement une entreprise endogène.
En Avril 2009, après presque 30 années d’intervention, en Afrique de l’Ouest une
enquête interne a été menée pour nous aider à capitaliser les leçons interreligieuses
apprises.
2. Leçons apprises
La contribution des leaders religieux à été globalement considérable. Toutes fois dans
nos zones d’interventions l’impact a été fondamental à quatre niveaux :
i. Changement de Comportement : Il était impossible pour nos agents et techniciens
de communiquer efficacement avec les populations cibles sur les questions relatives à
l’excision, aux pratiques de FGM, au mariage précoce, aux pratiques traditionnelles
d’interdits alimentaires, etc. sans le concours dynamiques des pasteurs, prêtres et
surtout des Imams, toutes confréries confondues, et aux chefs de villages. Le fait d’avoir
des homélies et des khouthbas, de plus en plus écrits et prêchés sur ces questions,
ont permis une évolution des mentalités. Avec un tel engagement bientôt la guerre sera
gagnée. Mais il y’a encore des batailles importantes à mener ensemble.
ii. Etat civile : Des progrès remarquables sont en train d’être enregistrés dans nos
zones d’intervention. Des chiffres sont doublés, voir même triplés en moins de 10 ans.
Là aussi avec le soutien des religieux dans toute la région pour que chaque enfant ait un
acte de naissance et existe en tant que citoyen.
iii. Education et Santé: Le relèvement du taux de scolarisation depuis 97 et surtout
celui des jeunes filles est aujourd’hui une réalité quasi générale dans les ADP12s de WV.
Pendant ce temps le taux de prévalence du VIH/SIDA a connu un recul. Des
programmes dénommés le « carton rouges », CoH13, etc. ont été implémentés avec
beaucoup d’engagement des religieux pour la lutte contre SIDA. Le même effort continue
et s’étend contre le paludisme et aussi pour sortir les enfants des rues ! Le plaidoyer
pour l’éducation et la santé embrasse et soutien l’idée que la place des enfants n’est pas
dans les rues mais dans les salles de classes. Sur ce terrain délicat, la contribution des
leaders religieux à côté de l’effort du pouvoir publique est irremplaçable. Dans cet esprit,
un programme précis dénommé VITALIS entre WV Sénégal et un réseau de leaders
religieux a donné beaucoup de satisfaction et semble montrer le chemin.
iv. Emergence d’espaces de rencontres interreligieux14: L’extrême pauvreté est
une interpellation qui a permis aux leaders religieux de se rencontrer pour une lutte
commune. C’est vers 1995 que les rencontres interreligieuses pour le développement
social ont pris une forme intentionnelle et organisationnelle avancée, d’abord autour de
l’argumentaire pour la lutte contre le VIH/SIDA, puis pour le plaidoyer en faveur du
droit de l’enfant et du respect de l’intégrité du corps de la jeune fille. Depuis, sur le
terrain social neutre, des milliers de leaders et dignitaires Coutumiers, Musulmans, et
Chrétiens se retrouvent, réfléchissent, apprennent les uns des autres, et agissent pour
les causes d’intérêts communs. Il faut le reconnaître, un tel succès aurait été plus
12
ADP= area Development Program ou en français, zone de développement intégré. 13
CoH = ou Chanel of Hope, canaux de l’espoir : un programme de lutte contre sida animé par des Imams et de leaders d’église. 14
Nous avons sciemment choisi d’éviter le mot dialogue qui pour certains théologiens est très chargé. 108
difficile, voir utopique sur le terrain purement théologique en ces moments de l’évolution
mentale interreligieuse. Le socle de la culture locale de paix y est pour beaucoup.
L’existence, même fragile, de ces espaces permet de fonder un réel espoir pour des
lendemains meilleurs dans la sous région.
Tous ces combats pour le développement et la paix ont permis, provisoirement, de
retenir quelques leçons importantes :
Leçon I : Il n’y a pas de Paix durable sans Justice et Développement durable. Il y’a
malheureusement trop d’exemples dans nos pays qui illustrent ce principe de bon sens.
Leçon II : Les efforts de développement doivent être menés en bonne intelligence
avec toutes les forces et ressources de la communauté. Les leaders religieux,
Coutumiers, Musulmans et Chrétiens sont une force que l’effort de développement n’a le
droit d’ignorer !
Leçon III : Le développement communautaire n’est pas essentiellement une
question d’investissement massif d’argent. L’enjeu est plus précisaiment d’ordre mental,
de changement de comportement et d’acquisition de savoir faire. Bref, c’est d’un shift
qu’il s’agit. Un idéal de développement qui doit d’abord émerger vers un mouvement
cohérant. Un mouvement donc purement endogène qui ne peut se réaliser qu’avec le
déterminisme des pôles d’influences locales. World Vision veut accompagner de tels
mouvements communautaires qui, du reste, sont le soubassement de cohésions sociales.
3. Une directive majeure :
Le 2 Avril 2009 le Conseil International de WV signe une politique spécifique aux aspects
interreligieuse du ministère. Ce qui donne une base opérationnelle et des opportunités
plus accrues dans la collaboration interreligieuse pour le travail développement et le bien
être des enfants. En Afrique de l’Ouest cette directive est venue corroborer et confirmer
des convictions et des pratiques.
4. Esquisse de la nouvelle approche interreligieuse
Avec l’arrivée de la nouvelle directive interreligieuse, tous nos bureaux nationaux et le
bureau régional devaient coopérer pour l’implémenter. Cinq étapes sont définies à cet
effet :
1. Formation du personnel : en amont comme en aval dans chaque pays.
2. Définition de stratégies interreligieuses contextuelles,
3. Renforcement des capacités des partenaires religieux,
4. Mise en place de réseaux nationaux et internationaux,
5. Développement des outils pour le plaidoyer en faveur de la Paix et le bienêtre des
enfants.
6. Animations d’ateliers communautaires de sensibilisation et d’information sur le
paludisme, la protection des enfants, eaux hygiènes et assainissement, etc.
5. Définition de l’espace d’Action :
109
Le travail interreligieux est un travail important, efficace mais sensible. Il faut être
d’accord, dès le départ, que l’exigence n’est pas d’être toujours d’accord.
L’engagement et la collaboration sont alors définis sur le terrain social de la paix et du
plaidoyer pour les enfants. Ce qui, du reste, donne de réels motifs de satisfaction à tous
les représentants des religions dites révélées. La théologique sociale est la dimension
technique qui sous tend l’accompagne de l’engagement interreligieux. A ce jour World
Vision travaille directement avec 3,000 leaders religieux dans la région.
Conclusion
La Paix est bien plus étendue que les conflits et la misère car elle est dans le cœur de
tous. Nous croyons que c’est la paix et ses acteurs qui auront le dernier mot sur terre.
« Heureux ceux qui procure la paix car ils seront appelés fils de Dieu15 !»
Pendant que nous travaillons à vaincre la bataille du paludisme, du sida, des famines,
du phénomène des enfants de la rue, etc., il nous faut ne pas oublier l’essentiel. Celui
d’encourager chaque communauté d’apprendre à « prendre son propre poisson dans son
marigot »16. C’est-à-dire à réduire la main tendue et la dépendance. C’est-à-dire passer
du système d’aide au statut de savoir faire valorisant, à tous égards, les ressources
locales. En effet, le marigot existe et regorge de poissons !
Dieu n’avait-il pas dit à Moise : « qu’il ya t-il entre tes mains ?17 ». Moise n’avait
qu’un bâton. Pourtant l’enjeu était titanesque puisque qu’il s’agissait de libérer un peuple
entier. Cela avait suffit avec l’appui de Dieu. La paix et le développement de nos nations
sont du domaine du possible. Ils se feront par ce que nous avons entre nos mains. C’est
là, précisaiment, le kérygme de l’interpellation sociale du discours interreligieux africain.
Que Dieu nous aide d’en être des prophètes actifs.
15
Matthieu 5 :9 Proverbe africain ! 17
Voir: La Bible, Ancien Testament, Exode 4 :2 16
110
Colloque :
« Plaidoyer pour le dialogue interreligieux IV :
Religion, paix et développement », les 13 et 14
novembre 2012 à la Fondation Konrad Adenauer,
Dakar - Sénégal
Thème : Impacts des valeurs et des religions
traditionnelles dans la promotion de la citoyenneté.
PAR PIERRE GNANGA BOUBANE
Sommaire :
I-
Introduction
II-
Clarification des concepts
1- La religion traditionnelle africaine (RTA)
2- La citoyenneté
3- La crise de la citoyenneté
III-
Les valeurs de la religion traditionnelle africaine (RTA) et leurs impacts
dans la formation du citoyen
1) La vie
2) La famille
3) Education traditionnelle en milieu Bassari
4) La solidarité et l’hospitalité
5) La réconciliation
6) La prière et le sacrifice
7) Les valeurs d’ordre économique
IV-
Résultats attendus
V-
Perspectives
VI-
Conclusion
111
I. Introduction
L’une des conclusions du colloque tenu à Lagos en 1977, lors du 2ème Festival Mondial
des Arts négro africains peut servir d’introduction à ma communication : « les
civilisations africaines sont des civilisations spirituelles ». Cette assertion peut
aisément se vérifier dans chacune des familles ethniques du Sénégal. Mais elle se
réalise à l’évidence dans l’une de ces familles qui a sans doute le mieux conservé son
héritage, il s’agit de la famille ethnique Bassari. Tout au long de notre exposé nous
allons tenter de montrer comment les aspects religieux de ces valeurs traditionnelles
entrainent la cohésion sociale.
II. Clarification des concepts
1- La religion traditionnelle africaine (RTA)
Elle se définit comme l’ensemble des croyances et des pratiques religieuses
traditionnelles par lesquels les africains se relient à Dieu et à la communauté, formé
par les morts-vivants et les vivants d’ici bas. Elle est une réalité vécue et sentie.
L’africain sait, à la lumière de sa tradition que sa vie lui vient de Dieu en passant par
les ancêtres et les parents. Il sait aussi que cette vie lui est garantie par sa
communauté, guidée par les ancêtres. C’est ici qu’il faut trouver l’attachement de
l’africain à la tradition ancestrale. Tout au long de sa vie il s’efforce à maintenir cette
chaine de relations dans le but de bien vivre ici bas et être bien accueilli après son
pèlerinage terrestre dans les cieux. Manquer à ce rendez vous serait pour lui un grand
malheur.
2- La citoyenneté
C’est le fait pour une personne, pour une famille ou pour un groupe d’être reconnu
comme membre d’une cité (aujourd’hui d’un Etat). C’est la manifestation d’une
identité commune. Sur le plan juridique, la citoyenneté se définit par la possession de
la nationalité et cela permet à l’individu de participer à la vie de la cité sans obligation.
Le citoyen actif exerce son droit de vote et se fait élire. Il participe ainsi aux grandes
décisions qui orientent la politique nationale. Le citoyen peut, s’il le désire, exercer
d’autres activités citoyennes telles qu’adhérer à une association, à un syndicat ou à un
parti politique. Il peut également avoir des attitudes de politesse, de respect des biens
publics.
3- La crise de la citoyenneté
Keling et Wilson ont défini l’incivilité en 1970. «C‘est l’ensemble des nuisances
sociales qui ne blessent pas physiquement la personne mais bousculent les règles
élémentaires de la vie sociale (crachat sur les murs, urines, dégradation des biens
publics, attroupement d’individus menaçants, bruit dans les immeubles d’habitation,
insultes, manque de respect envers les personne âgées). Les incivilités remettent en
cause le bon fonctionnement de notre société voire de nos états. Les incivilités son
perçues comme un défi à l’ordre public.
112
III. Les valeurs de la religion traditionnelle africaine (RTA) et leurs impacts
dans la formation du citoyen
1) La vie
La vie est un concept qui domine la mentalité africaine. La vie d’ici bas est un drame
qui met en scène deux forces : la vie et la mort. Quelque soient ses richesses sur
terre, l’Africain se sent toujours menacé, ses biens ne pouvant lui assurer sa victoire
sur la mort. Il n’a qu’une possibilité pour le triomphe de la vie : le recours aux
ancêtres et à Dieu « Kahanu » chez les Bassari.
Jean Paul II a dit : « Les fils et le filles de l’Afrique aiment la vie. De cet amour de la
vie découle leur grande vénération pour leurs ancêtres ».
Pour le Bassari, la vie est un don de Dieu et une responsabilité qui l’engage à la
respecter et à la protéger, la développer dans sa fidélité à « Kahanu » (Dieu).
Impact de cette valeur sur la vie des citoyens respectueux de leurs propres vies
et de celle des autres citoyens. Elle élimine le crime et le suicide.
2) La famille
La famille africaine est différente de la famille européenne (famille nucléaire). Elle est
une structure sociale où la parenté joue un rôle fondamental et déterminant. Tous
ceux qui se réclament du même ancêtre sont liés par le sang. Elle se compose des
vivants d’ici bas, des ancêtres (morts-vivants) et des générations futures.
Formation et éducation de familles unie, sens des responsabilités des cellules
de bases forte, capables de se développer.
3) Education traditionnelle en milieu Bassari
Elle se fait tout au long de la vie. Ce n’est que dans sa maturité que l’homme s’élève à
la connaissance des réalités de l’univers et des vraies valeurs de la vie. Lorsque ses
forces corporelles déclinent, il accède à la sagesse.
Un exemple d’intégration et formation chez les Bassari
Dès sa naissance, des rites symbolisent et réalisent l’intégration et la protection de
l’enfant dans sa communauté : présentation de l’enfant aux fétiches protecteurs, aux
ancêtres.
a) L’enfant à un nom ordinal
Ordre
1
2
3
4
5
6
7
8
Après les 8,
Prénoms
masculins
Tiara
Tama
Kaly
Indéga
Yéra
Pata
Mami
Chaby
l’enfant portera
Prénoms
féminins
Thiera
Kema
Péna
Tacky
Metenang
Niary
Mathia
Yafou
le nom voulu par
ses parents
113
b) Les classes d’âge chez les garçons
Déno
minati
on
Age
Odin-gta
Ode-meta
odug
opalug
odiar
opidor
Ognepalang
beharek
6-7 ans
8-15
ans
16-22
23-29
ans
30-36
ans
37-43
ans
44-50
ans
51
ans et
plus
Education
reçue
Servir à
la maison
Etre
serviabl
e
Respect
des personnes
âgées
Commis
-sions
Apprentiss
age de la
vie
Courage
Responsabilité
Sagesse
confirmé
Comporte
ment
sage
Sagess
e
Conseil
ler
confir
mé
Parents
Odemeta
Parents
Odug,
ainés
des
odemeta
Parents
Opalug,
ainés des
odug
Serviteur
de
la
communa
uté
Organisation
des différentes
cérémonies
Parents
Opidor,
ainés des
odiar
Conseille
rs
Respect
Sagesse
Respon
sables
Courage
Sens de
l’organisa
tion
Danse
des rites
initiatique
s
Services
corvés
Parents
Oiar,
ainés des
opalug
Parents
beharek,
ainés
des
opidor
Parents
Onepalug
Beharek
Beharek
b) Les classes d’âge chez les filles
Dénominati
on
Odolug
Odopalug
Ododiar
Odébathia
Odseb
ébatia
Odoyeul
Odépéka
Age
10-13 ans
14-19
ans
20-25
ans
26-31 ans
32-38
ans
39-45
ans
46-51
ans
Education
reçue
Services
Pilage
Préparation
des repas
Sens
des
responsabili
tés
Séparati
on avec
les
hommes
Mariage
possible
Service
confirmé
Services
Préparation
aux
sens
des
responsabili
tés
Service
s
Vie
commu
ne
Maitrise
de soi
Préparati
on
aux
services
publics
Corvées
services
Servic
es de
la
société
fémini
ne
odépéka
Responsabl
es
Parents
odug
Ainé de
même
classe
Services
Préparati
on
des
repas
Respect
des ainés
Educatio
n à la
maitrise
de soi
Parents
Opalug
Ainées
filles
Parents
Odiar
Mari
Parents
Od seb
batia
Mari
Beharek
Odo
yeul
Odépéka
Behare
k
la
et
Cette forme d’éducation traditionnelle crée une forte socialisation et une grande
solidarité entre les individus d’une même clase d’âge. L’autre avantage c’est qu’il n’y a
pas de possibilité d’échapper à cette forme d’éducation et que tous les détenteurs du
savoir interviennent.
114
La diversité d’intervention permet d’obtenir de bons résultats à l’issue des années de
formation. L’éducation se poursuit durant toute la durée de vie de l’individu.
4) La solidarité et l’hospitalité
L’Africain vit dans le faisceau de la relation avec son sens de la fraternité clanique,
l’ouverture à l’esprit d’entraide et d’hospitalité comme l’ont voulu les ancêtres.
- La solidarité africaine
Chez le Bassari comme ailleurs en Afrique, le sang de l’ancêtre commun constitue le
ciment de la parenté. Ce sang les oblige à être solidaires entre eux, en développant la
générosité, l’entraide et en cultivant le sens du donner et du recevoir.
L’avarice et l’égoïsme son considérés comme de grands défauts dans la société.
- L’hospitalité africaine
L’hospitalité africaine a un caractère universel. Elle réserve un bon accueil aux
personnes étrangères. Dans la tradition Bassari, seuls les étrangers mangeaient le riz
qui était une denrée rare.
L’ancêtre a prôné l’ouverture tout en appelant à la prudence. L’hôte doit faire mesure
de sincérité et de bonnes intentions pour prouver qu’il ne présente pas de menace à la
paix de la famille et de l’ethnie.
5) La réconciliation
Les séances de réconciliation sont restauratrices de la paix intérieure et de la cohésion
au sein de la communauté Bassari. Elles se font sous forme de rituels. Une offrande
sacrificielle intervient à la fin de la cérémonie
a- les circonstances
Conflits, maladies graves, malheurs successifs, insuccès social ou économique,
jalousie, mésentente. Le menacé ou son parent porte plainte chez l’ainé de la
parentèle. Ce dernier convoque l’assemblée de réconciliation.
b- l’offrande
Du vin de représentation pour concrétiser le repentir du vin en premier est versé pour
la réconciliation avec les ancêtres.
c- le procès
Le procès par l’interrogatoire et les proverbes a contribué jusqu’à ce que le coupable
reconnaisse sa faute.
d- l’acceptation de sa culpabilité
Il prend conscience de sa faute et demande pardon à l’intéressé et à l’assemblée
réunie à cette occasion.
115
e- L’amende
Le coupable offre de la boisson et paie un coq, une chèvre ou autre chose que
l’assemblée monnayera dans l’ambiance de fête, en signe de réconciliation.
6) La prière et le sacrifice
La prière est un dialogue entre l’homme et son créateur. L’homme est la seule
créature qui a le privilège d’entrer en communication avec son créateur (Kahanu).
Chez les Bassari, il se fait par l’intermédiaire des ancêtres.
Les sacrifices en milieu Bassari on quatre fonctions :
-
Divinatoire quand ils veulent interpréter un acte passé
Identitaire quand ils aident à établir des liaisons entre le monde des hommes et
celui des ancêtres et des esprits
Purificatrice quand ils nettoient l’individu des souillures, des fautes et des
interdits « kathiékoun », purification de la famille
Les rites de passage lors des initiations
7) Les valeurs d’ordre économiques
-
La noblesse du travail de la terre
Les rites des premières semailles
Les puissances spirituelles – respect de la nature
La valeur de la conscience professionnelle et du respect des biens des autres
L’honnêteté
Le fondement de toutes ces valeurs est la croyance religieuse.
IV. Résultats attendus (impacts attendus)
Un individu qui a reçu une bonne éducation traditionnelle présente nécessairement les
valeurs attachées à la citoyenneté telle la civilité, le civisme et la solidarité.
116
La civilité
C’est une attitude de respect de la foi à l’égard des autres citoyens (politesse) mais
aussi à l’égard de bâtiments et lieu de l’espace public (transport en commun). C’est
aussi la reconnaissance et la tolérance mutuelle des individus entre eux, au nom du
respect de la dignité de la personne humaine qui permet une plus grande harmonie de
la société.
Le civisme
Il consiste à titre individuel à respecter et à faire respecter les lois et règles en vigueur
mais aussi à avoir une conscience de ses devoirs envers la société. Le civisme est lié à
un comportement actif du citoyen dans la vie quotidienne et publique. C’est agir pour
que l’intérêt public l’emporte sur l’intérêt individuel.
La solidarité
Elle est importante. En effet, elle suppose que les citoyens dans une communauté
dans une conception classique ne sont pas de simples individus juxtaposés mais un
ensemble d’hommes et de femmes attachés à un projet commun. Elle correspond à
une attitude d’ouverture aux autres qui illustrent les principes républicains de
fraternité. Dans ces conditions, la solidarité consiste à venir en aide aux plus démunis,
directement ou par le biais des politiques publiques (exemple : impôts redistribution).
V. Recommandations
Pour une insertion des valeurs sénégalaises :
Chercher à répondre aux aspirations des jeunes
Répertorier toutes les valeurs sénégalaises d’hier, d’aujourd’hui pour les réintégrer
Associer les familles
Les valeurs sociales
Les valeurs économiques (travail, technologie, progrès)
Les valeurs écologiques (noblesse du travail, respect de la nature)
Les valeurs dites personnelles
Les valeurs d’homme social (solidarité et paix)
Respecter ce qu’est la religion
Conclusion
La RTA, avec ses principes égalitaires applique aujourd’hui certaines valeurs telles :
- la parité : Pour la société Bassari, l’avis des femmes est important dans la prise de
décision concernant la communauté.
- L’égalité des chances entre tous les individus : en fait il n’y a pas d’exclu donc pas
désœuvrement.
- La justice : tout le monde est soumis aux mêmes droits et aux mêmes devoirs.
Notre pays, le Sénégal, compte environ 90 % de musulmans, 5% de chrétiens, les
adeptes de la RTA et autres partagent le reste. Cependant 95% de la population a un
pied dans le christianisme ou l’islam et l’autre dans la religion traditionnelle. Ceci
explique en partie la stabilité de notre pays, car tout le monde se retrouve autour de
117
ces valeurs. Aujourd’hui il est important de revisiter le passé religieux de nos
différentes sociétés pour maintenir et renforcer les acquis.
Journée culturelle à Salémata mai 2011
Avec la participation du représentant du Nonce apostolique
Une contribution au dialogue interculturel et interreligieux
118
Fondation Konrad Adenauer
32 Stèle Mermoz, Route de la Pyrotechnie
B.P. 5740 Dakar-Fann / Sénégal
Tél: +221 33 869 77 78
Fax: +221 33 860 24 30
Email: Buero.dakar@kas.de
Enracinement et ouverture IV
Plaidoyer pour le dialogue interreligieux
Religions, paix et développement
Dakar, le 13 et 14 novembre 2012
Cérémonie de clôture
Allocation de la Représentante Résidente de la FKA
Andrea Kolb
Excellence, Monsieur le Représentant du Ministre de l’Intérieur,
Excellence, Monsieur le Nonce Apostolique de Dakar,
Excellence, Monsieur l’Ambassadeur d’Israël,
Honorable Sénateur Sidy Dieng,
Honorables Députés,
Monsieur le Représentant du Recteur de l’Université Cheikh Anta Diop,
Chers collaborateurs de l’Ambassade d’Israël à Dakar,
Eminents conférenciers,
Messieurs les représentants des communautés, congrégations et confréries religieuses du
Sénégal,
Honorables invités,
Chers participants,
Au nom de la Fondation Konrad Adenauer, je vous remercie d’avoir répondu à notre invitation au colloque international « Enracinement et ouverture Plaidoyer pour le dialogue
interreligieux, quatrième édition». Je vous remercie d’avoir participé, deux jours durant,
aux panels et aux débats en vue d’ébaucher des pistes de réflexion et d’action afin que
les religions soient un véritable vecteur de paix et de développement, comme le libellé du
colloque l’indique.
Mes vifs remerciements s’adressent au Ministre de l’intérieur qui a bien voulu présider la
cérémonie de clôture de notre colloque. Un grand merci au Recteur de l’Université Cheikh
Anta Diop et à tous nos partenaires dans cette initiative : Monsieur l’Ambassadeur
d’Israel, Monsieur Eli Ben Tura, nous vous remercions d’avoir fait venir d’Israel l’éminent
expert, le professeur Elie Sommer. Nous disons merci aussi au Sénateur Sidy Dieng Président de ASECOD, pour sa constante et fructueuse collaboration depuis près de 15 ans.
Bien sûr nous remercions cordialement aussi le professeur Abdou Aziz Kébé et son équipe
de l’UCAD. Je voudrais exprimer ma grande gratitude au Nonce Apostolique de Dakar qui
accompagne notre démarche de dialogue interreligieux, depuis maintenant 4 ans, avec
ses précieux conseils et contributions.
Le comité scientifique qui a préparé, durant une année, ce colloque, mérite des félicitations, et je remercie chaque membre de sa participation assidue, engagée et fructueuse
qui nous a permis d’organiser ce colloque. Dans ce cadre, je voudrais adresser mes remerciements avec mention spéciale à Daniel Diyombo qui a fait venir au colloque une
quinzaine de guides religieux de tout le Sénégal et du Mali. Cette initiative a enrichi les
débats et nous a offert l’opportunité de nouer des contacts et des relations.
Je suis contente de constater que la thématique du dialogue interreligieux suscite toujours le même intérêt et le même engouement. Il me semble que la nécessité du dialogue s’est accentuée ces derniers mois, avec la crise au Mali et d’autres crises et problè-
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Fondation Konrad Adenauer
32 Stèle Mermoz, Route de la Pyrotechnie
B.P. 5740 Dakar-Fann / Sénégal
Tél: +221 33 869 77 78
Fax: +221 33 860 24 30
Email: Buero.dakar@kas.de
mes qui secouent la sous région. Je suis contente aussi de voir ici parmi les participants
engagés et motivés nos partenaires de toujours, comme j’aimerais les appeler : ADPBS,
ANEEB, Amnesty International, ASECOD, CNP, CUDAFCS, GRAIF, JEC, MALAO, Mouvement Citoyen, TAATAAN. Je me réjouis de voir d’éminentes nouvelles têtes, comme le
Père Joseph Ndong, le directeur du Centre Saint Augustin et Abbé Georges Diouf, le Directeur du Séminaire de Ngazobil. Et je me félicite de la participation des experts des
différentes religions avec comme Monsieur Ouattara venu de Ziguinchor et notre Doyen
Issa Laye Thiaw, des représentants du monde politique et de la société civile, des représentants des médias qui ont un rôle important à jouer quand on parle de religions vecteurs de paix.
Tous mes remerciements les plus cordiaux s’adressent aux conférenciers, modérateurs et
rapporteurs. En effet, certains ont fait de grands déplacements, en premier lieu le professeur Elie Sommer de Jérusalem, et aussi le Pasteur Adama Diouf et sa délégation de Bamako et le professeur Pierre Boubane de Salémata. Je tiens à souligner que parmi les
modérateurs, nous avons deux de nos anciennes boursières, Fanta et Selly, et nous
sommes heureux de constater qu’elles ont pris leur envol. Ceci sont juste quelques
exemples, car je pourrai continuer
La plupart de nos invités connaissent bien la Fondation Konrad Adenauer qui est une fondation politique allemande. Elle porte le nom de Konrad Adenauer, le premier chancelier
de la République Fédérale d’Allemagne qui fut un des politiciens les plus marquants et
importants de son époque. Elle a été fondée après la seconde guerre mondiale avec
l’objectif de promouvoir la démocratie, les droits de l’homme, la liberté et l’état de droit.
Dans le contexte de la coopération internationale, elle soutient aujourd’hui des projets
dans plus de 120 pays du monde.
C’est avec une grande joie que nous organisons ce dialogue interreligieux avec nos partenaires. Ce colloque reflète clairement une des priorités de la Fondation Konrad Adenauer et du Gouvernement du Sénégal : le dialogue et la communication entre les différentes religions et cultures.
Le Sénégal est connu comme étant un pays modèle de dialogue interreligieux. Il existe,
dans la société actuelle, une multitude d’initiatives pour promouvoir le dialogue entre les
religions. La Fondation Konrad Adenauer s’inscrit dans cette dynamique en organisant
des fora, des formations et des publications. Au Sénégal, Dieu merci !, les religions ne
sont aucunement facteur de division, bien au contraire. Le Sénégal est un des rares pays
dans notre monde actuel que l’on met toujours en avant pour prouver qu’une cohabitation harmonieuse et fructueuse entre les peuples et entre les fidèles de différentes religions est possible.
Les Sénégalais de tous bords vivent dans une parfaite communion, ceci est visible par
exemple lors des fêtes religieuses auxquelles les fidèles des autres religions sont toujours
associés d’une manière ou d’une autre. Cependant, le Sénégal n’est pas une île dans les
mouvances du temps, et il n’est pas exclu que certaines tendances néfastes, existantes
sous d’autres cieux, prennent pied au Sénégal. Il est d’une extrême importance d’être
vigilant et de prendre les devants afin que le Sénégal ne connaisse jamais des situations
comme certains pays de la sous région, comme au Mali ou au Nigéria.
Le sujet de notre colloque de cette année était « Religions, paix et développement ». En
effet, les religions, au lieu d’être facteurs de division, doivent se faire artisans de la paix.
Et la paix est le préalable de tout développement. C’est ainsi que nous avons discuté, sur
120
Fondation Konrad Adenauer
32 Stèle Mermoz, Route de la Pyrotechnie
B.P. 5740 Dakar-Fann / Sénégal
Tél: +221 33 869 77 78
Fax: +221 33 860 24 30
Email: Buero.dakar@kas.de
la base des exposés du professeur Bakary Sambe et de Monsieur Barro, des problèmes
actuels du continent africain, particulièrement de la menace islamiste émanant du Mali et
le risque de contamination du Sénégal. Avec le professeur Kassé, nous avons parlé du
rôle des médias dans le traitement des religions. Aujourd’hui, nous avons été gratifié des
exposés des professeur Elie Sommer, Pierre Boubane et du pasteur Adama Diouf qui ont
ébauché des possibilités comment les religions peuvent concrètement être vecteur de
développement et de paix. En effet, les valeurs véhiculées par les religions, qu’elles
soient traditionnelles ou révélées, sont souvent des valeurs universelles, transversales.
Chaque communauté a sa manière de les transmettre et de les transformer aussi pour
les rendre plus praticables dans le contexte actuel.
Nous allons conclure sur une note optimiste. Vu la crise au Mali ainsi que les crises multiples dont nous avons parlé tout au long de ce colloque, que ce soient des conflits armés,
des mouvements irrédentistes, la crise des institutions, des valeurs, de la citoyenneté,
nous pensons que les religions peuvent apporter des voies de solution. Nous avons, le
deuxième jour du colloque, entendu comment les religions peuvent agir comme vecteur
de paix et de développement, et nous espérons que le message des religions, à travers
les religieux et les fidèles laics, sera entendu.
Je remercie encore tout le monde d’avoir assisté, avec tant d’assiduité, d’engagement et
de motivation à notre colloque et vous dis déjà maintenant Au revoir l’année prochaine
pour notre cinquième édition du colloque Plaidoyer pour le dialogue interreligieux.
Je vous remercie de votre attention.
121
ADRESSE DU NONCE APOSTOLIOUE - Cérémonie de clôture
ExcellenceMr le Ministre de I'Intérieur,
Illustres Autorités Civiles, Religieuseset Académiquesici présentes;
Distingués P qnelisteset Modérateurs,
Chers invités, chers amis,
Je remercie vivement le Comité Organisateur pour son invitation à
participer à la Quatrième édition du Colloque <<Plaidoyerpour le dialogue
interreligieux>,mis en place, comme d'habitude,par les efforts conjuguésde la
Fondation Konrad Adenauer Sttftung, l'Ambassade d'Israël au Sénégal,
I'Université Cheikh Anta Diop, et I'Association Sénégalaisede Coopération
Décentralisée(ASECOD).
Permettez-moide vous dire ma satisfactionpour la participation à ce
Colloque d'une paneliste qui représente Ia tradition culturelle juive, le
ProfesseurElie Sommer.Avec sa présence,nous revenons,heureusement,à la
tradition initiée par les remarquablesinterventionsdu Rabbin Dov Maimon et du
ProfesseurPaul Fenton,lors de deux Premièreséditonsdu Colloque.
Le sujet choisi: <<R.eligion,
paix et dé,;eloppe,"nemt
>>,atrlecdes implicaticns
très osées,mais aussi très actuelles,comme celles de la situation géopolitique
dans le Sahel,ou le rôle des religions dans la constructionde la nation, nous a
permis, encore une fois, d'enrichir nos perspectivessur des problèmes très
concrets concernantle domaine sociopolitique grâce aux contributions à la
réfl exion éthiquedes differentestraditionsreligieuses(Judaïsme,Christianisme,
Islam et ReligionsAfr icainesTraditionnelles).
En poursuivant le chemin et en guise de contribution aux efforts
renouvelésen faveur de la paix en Casamance,pour laquelle le Présidentde la
République,Monsieur Macky Sall, nous a convoquésrécemment,permettezmoi de vous proposerun passaged'un discoursdu PapeBenoit XVI, lors de sa
récentevisite au Liban, queje trouve très actuelpour nous aussi,au Sénégal:
<<Nousdevonsêtre bien conscientsque le mal n'est pas uneforce anonymequi
agit dans le monde de façon impersonnelleou déterministe. Le mal, le démon,
passepar la liberté humaine,par I'orage de notre liberté. Il cherche un allié,
I'homme.Le mal a besoin de lui pour se déployer. C'est ainsi qu'ayant offensé
Ie ]er commandement,I'amour de Dieu, il en vient à pervertir le second,
I'amour du prochain. Avec lui, I'Amour du prochain disparaît au profit du
mensonge et de I'envie, de la haine et de la mort. Mais il est possible de ne pas
se laisser vaincre par le mal et d'être vainqueur du mal par le bien ç"yRm12,2t).
C'est à cette conversion du cæur'que nous sommes appelés" Sans elle, les
'libérations'humaines si désiréesdéçoiventcar elles se meuventdans I'espace
réduit concédépaLrl'étroitesse d'esprit de I'homme, sa dureté, sesintolërances,
se.s favoritismes, .res désirs de revanche et ses pulsions de mort. La
transformation en profondeur de l'esprit et du cæur est nécessaire paur
retrouver une certaine clairvoyance et une certaine impartialité, le sensprofond
de la justice et celui du bien commun. (Jn regard nouveau et plus .libre rendra
capable d'analyser et de remettre en causedes systèmeshumains qui conduisent
à des impasses,afin d'avancer en tenant compte du p;qst6 pour ne plus le
répéter avec sesffits dévastateurs.Cette conversion demahdéeest exaltqnte
car elle ouvre despossibilités enfaisant appel au)cressourcesinnombrables qui
habitent le cæur de tant d'hommes et de femmes désireux de vivre en paix et
prêts à s'engager pour la paix. Or elle est particulièrement exigeante: il s'agit
de dire non à la vengeance,de reconnaître sestorts, d'accepter les excusessans
les rechercher,et enfin de pardonner. Car seul le pardon donné et reçupose les
12,I6b.Is).
fondementsdurables de la réconciliation et de la paix pour tous 1c7Rrr(Source:Discoursdu PapeBenoit XVI au PalaisPrésidentiel,Baabda"Beyrouth.RENCONTREAVEC LES
AVEC LE coRPS
MEMBRES ou couvÈRNEMENT, DES TNSTITUTIoNq DE LA nÉeueLtque,
DU MONDE DE LA CULTURE.
DIPLoMATIQUE, LES cHEFS RELIGIEUX ET LES REPRI1SENTANTS
2012)
I5 septembre
f-e Saint Pèrcparlâit aux fuiem'oresdu Gouv-erneinei:'t,les Chefr religieux
du monde de la culture, de la société libanaise,mais c'est
et les Représentants
évident que ses mots s'appliquent aussi à la situation actuelle du conflit en
Casamance,qui n'a que trop duré.
Chers participants au Colloque, en terminant cette adresse,qui voudrait
à poursuivreles réflexionset les échanges,je tiens à vous
être un encouragement
assurer de I'accompagnement de ma prière pour que vos travaux portent des
fruits abondants.
Je.vousremerciepour votre aimableattention!
t***tF{<{<**tF{<,F:t<{<**t<*{<t<**{<*:k******,k**:t(**(**{<*,F*:f,f*****:l€****
Synthèse et conclusion
Colloque interreligieux 4ième édition
Enracinement et Ouverture,
Plaidoyer pour le Dialogue interreligieux.
Religion, Paix et Développement, c’est le thème que la Fondation Konrad
Adenauer, en collaboration avec l’Ambassade d’Israël, l’ASECOD et l’UCAD, a
donné à la quatrième édition du colloque sur le Dialogue interreligieux.
Cette thématique a permis d’identifier des pistes de réflexion ayant trait à la
tolérance religieux, au mouvement islamique et au mouvement islamiste. Dans
ce contexte, le premier panel a sur la Géopolitique, menace islamiste sur le Sahel
impact des média. A ce sujet, les participants ont «échangé avec le Paneliste
Bakary Sambe sur la crise au Mali et ses répercussions dans la région du Sahel.
Le colloque considère qu’il faudrait, pour répondre la question malienne, un
dialogue qui implique toutes les organisations de la sous-région. Les participants
ont déploré la situation actuelle des forces maliennes qui ont déserté le nord au
cœur la question qui menace dangereusement la stabilité de cette région. Ils
estiment que la question du Mali regorge de nombreux enjeux sociaux,
politiques, économiques et que cette crise est une alerte pour les pays de
l’Afrique de l’Ouest.
Certains participants ont relevé à cet égard, les conséquences d’une démocratie
en gestation, le wahhabisme qui gagne du témoin au Mali et qui pourrait avoir
cette région comme zone d’influence. C’est pour toutes ces raison que les leaders
religieux devront accompagner leurs fidèles afin qu’ils ne se laissent pas séduire
par les théories islamistes. Les participants estiment qu’une rencontre des
leaders religieux sous régionaux devrait se tenir à Bamako pour traiter de la crise
malienne, avec une présence algérienne. Ils estiment que le Sahara devient un
enjeu stratégique et qu’en raison des questions d’ordre sécuritaire, il engage la
responsabilité de tous les acteurs, gouvernements, religieux, société civile.
S’agissant de l’évolutions du mouvement islamique au Sénégal, le panéliste
Mohamed Barro a fait l’historique depuis les années 50, à travers l’Union
culturelle musulmane , la Famatu ibaduy Rahmane jusqu’au Rassemblement
islamique né en 1993. Il a rappelé que l’Arabie Saoudite a un impact effectif sur
l’évolution du mouvement islamique au Sénégal. Le colloque recommande que le
Sénégal organise et développe un mécanisme harmonisé pour s’armer contre la
menace islamiste, tout en faisant la différence entre le mouvement islamique et
le mouvement islamiste.
Pour « le traitement des religions dans les médias », dans les échanges avec le
Panéliste Mamadou Kassé, le colloque estime que les journalistes doivent
bénéficier d’une formation très solide pour véhiculer les messages du secteur
religieux qui est très sensible. Les participants ont déploré la malveillance de
certains patrons de presse ou responsables de rédactions qui privilégient le
sensationnel et la recherche de l’argent au détriment de l’aspect religieux, de
l’éducation et de la promotion du dialogue interreligieux.
Le deuxième panel sur le rôle des religions dans la construction de la nation, la
promotion de la citoyenneté, de la paix et du développement a permis de traiter
124
de la religion comme base de valeurs dans la constructions et le développement
d’une nation, d’une société. Le panéliste Eli Sommer, expert venu d’Israël a
échangé avec les participants sur la paix par rapport à l’intégrisme qui existe
chez les musulmans et du reste chez les juifs aussi, l’enracinement et l’ouverture
enseigné par Léopold Sédar Senghor.
Le soufisme et la patience ont également retenu l’attente du colloque.
D’autres questions ont porté sur la conservation de l’identité dans un monde
global, sur le nouveau type sénégalaise « NTS » que le Professeur Sommer a
donné en exemple, au hasard d’un article de presse qu’il a lu à l’occasion de son
présent séjour. Sur la situation palestinienne avec Israël, le conférencier a
estimé qu’il faut nécessairement un compromis pour une paix définitive et
durable. Pour le rôle des religieux dans la promotion de la paix et du
développement, le panéliste Pasteur Adama Diouf a échangé avec les
participants sur l’implication des leaders religieux dans tous les programmes de
développement communautaire pour le bien être des populations.
Il a encouragé les leaders religieux de différentes confessions de travailler
ensemble pour relever les défis de la pauvreté en Afrique.
Le paneliste Pierre Ganga Boubane a brossé le tableau des valeurs traditionnelles
prônées et pratiquées dans les religions africaines tout en se basant sur le
système de l’éducation traditionnelle. En effet, l’apport de ces valeurs encore
enseignées et vécues à la construction de la nation et de la citoyenneté est
considérable, quand on retient seulement les notions de service, solidarité et
responsabilité de l’individu par rapport à la communauté. Une meilleure mise en
valeur de ces enseignements anciens pourrait aider à améliorer la relation entre
individu et état de nos jours.
En conclusion, la représentante résidente de la FKA, Mme Kolb, l’ambassadeur
d’Israël et le Nonce Apostolique au Sénégal ont souligné l’importance des
religions en tant que relai et vecteur de paix, indispensable au développement.
Synthèse et conclusions
du Sénateur Sidy Dieng
Président ASECOD
125
Rapport final
4ème édition du colloque interreligieux
Enracinement et ouverture, Plaidoyer pour le dialogue interreligieux IV
« Religion, paix et développement »
13-14 Novembre 2012
Fondation Konrad Adenauer
Allocution de bienvenue par André Kolb
Religion, paix et développement, c’est le thème que la Fondation Konrad Adenauer choisit
pour le colloque qu’elle organise les 13 et 14 novembre 2012, en collaboration avec
l’Ambassade d’Israël, l’ASECOD et l’Université Anta Diop de Dakar/UCAD.
Pour commencer, la représentante résidente, Andrea Kolb a présenté la Fondation
Konrad Adenauer qui est une fondation politique allemande. Elle porte le nom de Konrad
Adenauer, le premier chancelier de la République Fédérale d’Allemagne après la
Deuxième Guerre Mondiale. La Fondation Konrad Adenauer a été fondée avec l’objectif
de promouvoir la démocratie, les droits de l’homme, la liberté et l’Etat de droit. Dans le
contexte de la coopération internationale, elle soutient aujourd’hui des projets dans plus
de 120 pays du monde. Les bases de ses activités sont les idéaux et convictions de la
démocratie chrétienne : solidarité, liberté de l’individu, justice sociale, droits de l’homme,
démocratie. Il va de soi que la doctrine sociale de l’église a largement inspiré le
programme politique de la démocratie chrétienne en Allemagne. Au Sénégal, la
Fondation est installée en 1976.
Toujours
dans
son
discours
de
bienvenue, Mme Andrea Kolb fait l’état
des lieux, campe le sujet et définit la
situation. Mme Kolb définit les valeurs
politiques et humaines. « La politique
doit être basée sur un fondement de
valeurs. Une politique met en place
centrale la dignité de l’homme, la
solidarité et la justice. Les quatre
principes de la doctrine sociale de
Eli Sommer et Andrea Kolb
l’Eglise (la dignité de la personne
126
humaine, le bien commun, la solidarité et la subsidiarité) illustrent bien un tel fondement
pour une politique motivée par le sens de responsabilité chrétienne.»
Mme Andrea Kolb affirme que le choix du thème n’est pas un hasard, il découle de la
préoccupation de la FKA. En outre, ce choix est aussi guidé par l’actualité qui place au
cœur de la scène médiatique le dialogue des religions. Dans la foulée, elle salue les
partenaires de la fondation, à savoir le professeur Abdoul Aziz Kébé, représentant du
Recteur de l’UCAD, l’Ambassadeur d’Israël, le sénateur Sidy Dieng, président de
l'Association Sénégalaise de Coopération Décentralisée (ASECOD), les conférenciers et
les honorables invités.
Elle rappelle le caractère exemplaire du Sénégal dans le cadre de la cohabitation
religieuse. Elle salue et félicite les membres du comité scientifique et les panélistes. Elle
rappelle le thème général et les sous-thèmes qui seront débattus en guise d’état des
lieux des régions touchées de plein fouet par le problème de dialogue interreligieux
comme c’est le cas au Mali.
Introduction de la thématique par Mme Ute Bocandé
Mme Bocandé exprime d’abord sa dette de reconnaissance à tous les acteurs du dialogue
interreligieux et à tous les membres du comité scientifique. Elle présente l’état actuel du
Sénégal, pays considéré comme modèle et dont l’exemple doit être exporté comme l’a
affirmé son Excellence Gidéon Béhar, ancien ambassadeur d’Israël à Dakar, lors de la
deuxième édition de ce colloque.
Elle remercie le comité scientifique et rappelle que c’est l’actualité qui a guidé le choix
des thèmes, après avoir félicité et remercié Terreciel Akoli qui a consacré toutes ses
vacances à exploiter les résultats du questionnaire sur la cohabitation interreligieuse. En
effet, le comité scientifique avait élaboré et distribué ce questionnaire en vue de la
préparation du colloque de 2012, et les résultats seront une base de travail pour rendre
le dialogue entre les religions au Sénégal plus solide et plus varié.
Présentation des résultats de l’enquête sur la cohabitation religieuse au Sénégal
par Terreciel Akoli
Terreciel présente les résultats de l’exploitation des fiches de l’enquête portant sur la
cohabitation religieuse au Sénégal. Il donne des chiffres en termes de pourcentage. Les
résultats montrent clairement que la religion n’est source de conflits au Sénégal. Elle est
plutôt un moyen de connaître le sens de la cohabitation. Ainsi, après avoir exploité tous
les questionnaires remplis par les fidèles musulmans, chrétiens et adhérents des religions
africaines, il en est sorti que la religion elle-même est plutôt considérée comme source
127
d’harmonie et de cohabitation. Cependant,
certaines
personnes
évoqué
des
exemple
le
interrogées
problèmes,
manque
de
comme
lieu
de
ont
par
culte
chrétien dans certaines villes du Sénégal.
Dans ces cas et sur le plan du bon
voisinage, c’est la responsabilité de l’Etat
qui est engagée. Ce que le Pr Kébé,
représentant
Terreciel Akoli
du
recteur
de
l’UCAD,
confirme dans son intervention. Pour sa
part, le Pr Abdoul Aziz Kébé soutient que si les religions qui sont articulées autour de la
paix et de la solidarité, deviennent des facteurs de conflits, c’est qu’il y a quelque part
des éléments extérieurs à la religion qui sont manipulés et qui sont instrumentalisés.
Autrement dit, il y a une transformation des principes dogmatiques en outils politiques.
Abdoul Aziz Kébé a estimé qu’il était pertinent de revenir sur ces ressources de paix dans
les religions et de ne pas faire des religions des secteurs marginaux, mais d’en faire des
ressources à intégrer dans nos moyens et dans nos outils pour construire la solidarité
sociale, la paix sociale et même le développement économique.
Selon Terreciel Akoli, la communauté sénégalaise dispose d’un certain nombre d’atouts
lui permettant de promouvoir la cohabitation religieuse.
La religion, la famille et l’ethnie sont des éléments promoteurs de la cohabitation
intergroupe. L’altérité c'est-à-dire le respect d’autrui en est une nécessité. Le respect de
l’unité du peuple via la culture, la religion, l’histoire, et les valeurs universelles
constituent un gage pour un avenir meilleur. Pour cela la tolérance mutuelle doit être de
mise.
La solidarité pendant les fêtes religieuses, décès, funérailles, baptêmes etc.
renforcent cette idée de communion. Le mariage mixte et les liens de cousinage à
plaisanterie rendent conviviale la vie quotidienne et la cohésion sociale. Ce sont ces
relations de bon voisinage qui favorisent l’entente et participent à la construction d’un
Etat-nation.
Panel 1 : Géopolitique, menace islamiste sur le Sahel, impact des medias
1.
La crise au Mali et ses répercussions dans la région du Sahel
Panéliste: Bakary Sambe, Modérateur : Abderrahmane Ngaïdé
Selon le conférencier, la crise au Mali est une crise à double facette. Il précise que
Ansardine de Iyag Ag Ghali n’est pas le même que le Ansardine de Imam Madani Aïdara
128
qui est un mouvement réunificateur. Pour régler la question du Mali, il faut un dialogue
qui implique toutes les organisations de la sous région. La CEDEAO a mis sur pied un
cadre de négociation. Il rappelle le manque de pouvoir du président intérimaire
Dionkounda Traoré. Pour M. Bakary Sambe, le pouvoir est plutôt géré par le militaire
Amadou Sanogo et non par Traoré. Le Mouvement National de Libération de l’Azawad
(MNLA) des Touareg est dépassé
par Ansardine. Ag Aghali courtise les imams de
Bamako pour qu’on l’aide à instaurer la charia au Mali. Ansardine signe un pacte avec de
nombreux acteurs. La situation actuelle est aussi caractérisée au nord du pays par la
désertion des forces de défense et de sécurité maliennes combinée à la faiblesse
politique de l’Etat. Ces questions conflictuelles menacent la phase de démocratisation des
pays de l’Afrique. Le Mali illustre cette analyse depuis l’éviction de Moussa Traoré en
1990.
La question de la Lybie a aggravé la
situation du Mali. C’est pour dire que les
«printemps» ont continué jusqu’au-delà
des
frontières
des
pays
arabes.
La
question du Mali regorge de nombreux
enjeux
sociaux,
politiques
et
surtout
économiques. Le caractère économique
des enjeux est corroboré par l’avion de
drogue
abandonné
en
2009
en
plein
désert. Le Sahara n’a jamais été une
barrière
infranchissable.
Abderrahmane Ngaïdé
Une
reconfiguration géopolitique vient s’y ajouter, vu l’importance géostratégique de cette
région sahélienne. Le Wahhabisme gagne du terrain au Mali avec les manipulations de
l’Arabie dans cette région. Le Wahhabisme pourrait faire de cette zone une zone
d’influence. Comment doit s’armer le Sénégal pour éviter que la menace islamiste entre
aussi dans son territoire ? La force du Sénégal est qu’il vit un Islam soufi qui domine,
même s’il y a la présence d’autres versions islamiques. La crise du Mali est une alerte
pour les pays de l’Afrique de l’Ouest. Pour certains, ce sont les conséquences d’une
démocratie en gestation encore fragile et vulnérable. Le MUJAO (Mouvement pour
l’unification du Jihad en Afrique de l’Ouest) pour qui le Mali a une importance particulière,
compte beaucoup d’éléments qui viennent de pays différents à savoir le Tchad, le Niger,
la Mauritanie etc.
Le modérateur Abderrahmane Ngaïdé rappelle les éléments importants de la
crise : l’implication de l’Algérie et le rôle de l’ONU sur cette question. Une partie de l’aile
129
politique du MNLA est en Mauritanie, et pour cela le Sénégal n’est pas à l’abri. Pour
Abderrahmane Ngaïdé, l’ONU n’est à la hauteur de la question
Intervenants
-Mme
Penda
Mbow,
présidente
du
Mouvement Citoyen, félicite d’abord la FKA
et rappelle que c’est l’un des rares endroits
où on peut discuter de certaines questions.
La
question
stratégique
d’ordre
doit
responsabilités.
sécuritaire
engager
Le
toutes
Sahara
devient
et
nos
un
enjeu stratégique pour l’Afrique.
-Mame
Mme Penda Mbow
classiques.
Elle
revient
sur
Marie
Seck,
présidente
de
l’Association des professeurs de lettres
la
thématique
et
affirme
que
c’est
l’ignorance
et
l’obscurantisme qui sont à la base du fanatisme. Un débat interreligieux fait penser aux
deux grandes religions (Islam et Christianisme). Est-ce que le problème au sein des
religions, individuellement prises, est réglé d’abord ?
-Mr. Issa laye Thiaw, expert en religions africaines. Les événements du Mali ont été
préparés en Alger depuis 1990. Pour les Arabes, le Sahara et l’Espagne leur
appartiennent. La solution n’est pas militaire, mais plutôt culturelle.
-Pape Bèye, économiste. Le concept de recomposition des Etats. La civilisation des
Touaregs est touchée par le monde négro-africain.
-Abdoul Aziz Kébé remercie la FKA pour sa contribution dans la promotion du dialogue
intrerreligieux.
1ère question : qu’est-ce qui fait la faiblesse de l’Etat africain ?
2ème question : est-ce que les frontières sont nos frontières ?
3ème question : est-ce que les frontières sont des zones de cloison ou de transit ?
-L’imam malien Traoré donne des précisions sur certaines idées avancées par les
différents intervenants. Pour lui, c’est le repli tactique qui a fait échouer l’armée malienne
à cause de la montée en puissance d’Ansardine, du MNLA et du MUJAO. Questions : quel
est le rôle de Sarkozy dans le dossier ? Quel est le rôle du Qatar avec les accords
d’Alger ?
Modérateur : L’origine réelle de la faiblesse de nos Etats
L’exemple du Mali doit nous réveiller. Il donne des indications sur le caractère
démocratique du président malien déchu, Amadou Toumani Touré (appelé ATT) : « il
130
aime la démocratie, mais il n’est pas démocrate ». La faiblesse de nos Etats relève de
nous citoyens. Le sens du civisme et la conscience citoyenne manquent à nos Etats.
Bakary Sambe, conférencier, répond aux questions
Débat intra-religieux ? La raison est à la
base de tout. Il faut sortir de l’antagonisme
pour pouvoir dialoguer.
Il
‐
La faiblesse des Etats africains
‐
L’intangibilité des frontières
‐
La laïcité
remercie
l’imam
malien
Traoré
pour
l’avoir rectifié. Pour la question sur le rôle
du Qatar dans le dossier ; il dit qu’il ya deux
Qatar : le Qatar de l’Emir et le Qatar
politique.
Imam Traroé de Mali
2. L’évolution du mouvement islamique au Sénégal
Panéliste : Mouhamed Barro
Modérateur : Pape Bèye
L’évolution du mouvement islamique
Le Mouvement islamique est créé pendant les années 1950, par d’anciens étudiants
arabisants venus des universités d’Al Azhar et de Tunis. L’Islam sénégalais est en général
maraboutique. Les discours et les actions du mouvement islamique se sont opposés à la
politique coloniale. Le mouvement islamique a été dès le début un mouvement élitiste.
Ce mouvement est né dans un contexte de crise. Le mouvement, sur le principe des
discours, a évolué. Il rappelle des conférences tenues par le mouvement islamique,
comme celle tenue à l’aéroport Léopold Sédar Senghor, par Cheikh Touré. Le mouvement
s’est massifié dans bien des contextes. Le mouvement islamique est composé de
plusieurs tendances : la 1ère est globalisante : l’Islam embrassant toutes les dimensions
de la vie. Elle favorise l’éducation et la culture. Par ex. Cheikh Touré est né d’une famille
maraboutique de Hady Touré, contemporain de El Hadj Malick Sy. Cheikh Touré a fondé
UCM (Union Culturelle Musulmane). L’UCM donne naissance à la Jama’atou Ibadou
Rahmane en 1979. Le rassemblement islamique l’AEEMS contrôle les mosquées de
l’UCAD et de l’UGB. L’AEEMS a eu d’énormes problèmes pour avoir l’autorisation de
construire une mosquée à l’UGB. A partir des années 1990, beaucoup d’étudiants sont
revenus de l’Arabie Saoudite. Alioune Guèye et Ahmed Lo sont en train de faire la
promotion de l’idéologie saoudienne. Dans le groupe d’Ahmed Lo, certains jeunes se sont
131
radicalisés et ont quitté son mouvement. Le Sénégal doit développer un mécanisme
harmonisé pour s’armer contre la menace islamiste, dégager
une approche intégrée
dans la politique d’action.
Le modérateur Pape Bèye revient sur la communication de Barro. Il rappelle que l’Arabie
Saoudite a eu un impact effectif sur l’évolution du mouvement islamique.
Intervenants
-Issa Thiaw Laye. L’Union Culturelle Musulmane
a eu des problèmes. C’est feu Saliou Kandji qui
avait rédigé le statut de l’UCM. Cette union a
été gérée par de grands cadres. Il salue la
bravoure d’Ahmed Lo dont Barro a fait mention.
- Mouhamed Lamine Thiam. Professeur de
Biologie
en
retraite,
à
l’UCAD :
Un
autre
mouvement islamique est né dans les années
1980, pour dire que l’Islam n’est pas un frein
au développement, mais plutôt un facteur qui
Issa Laye Thiaw
promeut celui-ci.
-
Abdoul Aziz Kébé remercie le panéliste Mohamed Barro et laisse entendre que le
mouvement islamique ne peut pas exclure les confréries. Selon le professeur Abdoul Aziz
Kébé, les confréries font partie du mouvement islamique. Il tente de donner une idée sur
le rapport qu’il y a entre le mouvement islamiste et le mouvement islamique. A cet effet,
il rappelle la proposition de l’ancien président Abdoulaye Wade d’ériger les écoles
coraniques en écoles publiques, car le bac arabe sénégalais n’est pas un bac selon les
autorités étatiques. Question : Le mouvement chiite fait-il partie du mouvement
islamique ?
-M. Amadou Ba. Le mouvement islamique a eu des écueils. Il rappelle la relation entre le
président Senghor et Serigne Fallou. L’excellente relation entre ces deux hommes a réglé
le problème du mouvement islamique.
-Joséphine Ndione attire l’attention sur le problème de la confusion entre les différentes
confréries concernant l’apparition du croissant lunaire. Est-ce qu’on peut faire des états
généraux pour l’observation du croissant ?
-Moïse Takougang. Terrorisme et Jihad. Ben Laden n’est pas un vrai jihadiste, propos
qu’il prête au Professeur A A Kébé, tenus dans les antennes d’une chaîne de télé. Mais
132
Kébé n’a pas manqué d’apporter des éclaircissements sur ses propos de façon plus
précise. On ne peut pas lutter contre le terrorisme avec les armes.
-Mohamed Barro répond.
Le mouvement islamique est un mouvement révolutionnaire. Il salue l’attitude de l’Union
Européenne dans la lutte contre le terrorisme. Elle fustige cette sorte de jihad qui n’est
pas un vrai jihad, car on tue beaucoup de personnes en le menant. Il rappelle qu’Ahmed
Lô a combattu le terrorisme. Il affirme qu’il a manqué d’insister sur le rôle des confréries
par pédagogie, cela pour répondre à la question du professeur A A Kébé. Le mouvement
chiite est mis dans la tendance globalisante.
Pour la question du croissant lunaire, le problème se pose sur la légitimité de la
commission.
Mme Bocandé clôture ce panel et félicite tous les intervenants.
Le traitement des religions dans les média
Conférencier : Mamadou Kassé
Modératrice : Fanta Diallo
L’espace médiatique sénégalais est ouvert sur la toile mondiale. Le Sénégal est l’un des
rares pays au monde où l’Islam est introduit sans violence. Il rappelle l’exemple de la
coexistence des musulmans et des chrétiens dans une même famille. La célébration des
fêtes religieuses se fait en commun et en paix. L’Islam n’a pas trouvé au Sénégal une
société sans valeurs. Les valeurs dont dispose la société étaient le Jom (responsabilité)Kersa (dignité)- Ngor (sincérité). La RTS (Radio Télévision Sénégalaise) est le pivot de la
vulgarisation médiatique des valeurs. Les émissions « Manar Islam » de Tahir Doucouré
et « Le jour du Seigneur » de la RTS en sont une parfaite illustration. L’utilisation de la
langue est importante dans la transmission des messages. Beaucoup de discours ont été
tenus en Moyen-Orient sur cette question avec le rôle de la langue arabe comme langue
de communication. Les chaînes médiatiques sont en compétition permanente pour élargir
leur audience. Le conflit au Moyen-Orient pousse les Sénégalais à s’intéresser à la
religion.
-La perception du discours par le public
-Les médias sont un outil incontournable dans la promotion de la paix. Mais ils peuvent
aussi jouer un rôle néfaste car ils peuvent transmettre des messages de haine, a dit M.
Kassé avec une allusion au rôle de la « Radio des mille collines » au Rwanda au cours du
génocide. Les médias sont importants dans les relations entre les hommes et la société.
133
Modératrice. Le fondamentalisme religieux a du chemin à faire. Elle répète les propos de
Mr Ngaïdé : « ne dormons pas sur nos lauriers », la menace est là. Elle rappelle les
événements du 23 Juin et du 29 Juin, et se dit choquée par le manque d’intérêt sur les
attaques de certains lieux de culte des chrétiens au Sénégal (églises de protestants).
Intervenants
-Mr Bèye. Le médium wolof est important. La
prolifération
des
médias
n’est-elle
pas
meilleure que l’accès libre à l’internet ?
-Mame Marie Ndiaye Seck : -Les attaques des
temples, -Le film Ceddo d’Ousmane Sembène
quelle lecture ?
-Pasteur Adama Diouf : -La profanation des
cimetières. -Est-ce que les journalistes ont
une assise leur permettant de faire l’analyse
Pape Beye
de certains enjeux sociaux ?
-Joseph Diédhiou : Le Sénégal est exactement comme le Mali. Ce qui fait la différence
c’est l’espace géographique. C’est cela qui a exposé le Mali, comme premier, à la menace
terroriste.
-Imam Traoré de Bamako : L’Islam a pénétré au Mali sans problème comme au Sénégal.
Il y a quatorze chaînes de télé au Sénégal dont deux religieuses islamiques, est-ce qu’il y
a des chaînes chrétiennes ? Ou bien les chrétiens peuvent-ils s’en servir ?
-Le directeur de la Revue Islamique Périodique : Il contribue avec deux feuilles
d’information pour les participants et prie pour que la paix reste au Sénégal.
Mr Issa Laye Thiaw : Comme dans sa posture habituelle, il apporte des corrections et des
précisions
Le Conférencier Mamadou Kassé répond :
Il insiste sur la nécessité d’acquérir une connaissance avérée pour pouvoir décrypter
certaines questions à fond. L’essentiel pour un journalisme de qualité est la qualité de la
formation des journalistes, formation technique certes, mais surtout par rapport à
l’éthique. A cet effet, il rappelle les notions de Ngor, de Kersa et de Jom comme support
de l’éthique et de la déontologie. Il insiste aussi sur le caractère paisible du Sénégal en
tant que pays de la « téranga » ou pays de dialogue comme l’appellent affectueusement
les Sénégalais et les touristes, et l’importance de son exemplarité.
La modératrice Fanta Diallo donne un petit résumé en ces termes :
Une rencontre entre les médias et les religions est nécessaire et exige un respect
réciproque.
134
Dans la soirée, les participants se sont retrouvés dans quatre ateliers pour discuter plus
profondément les thèmes traités dans les quatre communications du matin et pour
émettre des recommandations.
Résultats des ateliers
Atelier 1 : « Le traitement des religions dans les médias ».
Dans cet atelier, l’accent est mis sur le rôle que jouent les médias, en tant que quatrième
pouvoir, dans la transmission des informations, notamment religieuses.
A cet effet, les journalistes doivent donc bénéficier d’une formation très solide pour
véhiculer les messages de ce secteur qui est très sensible.
La responsabilité de chacun est
engagée dans cette « noble » mission d’édification et
d’éducation à la foi des croyants et de promotion du dialogue interreligieux et islamochrétien. Ainsi, un constat a été fait sur la manière dont les médias transmettent ou
retransmettent les informations et autres enseignements religieux, laissant entrevoir des
connaissances lapidaires sur les confréries Tidiane, Mouride, etc., sur les églises
chrétiennes catholiques ou évangéliques… Et ce, parce qu’on n’a pas souvent la bonne
information.
Si tant est que les médias constituent des
relais
entre
les
guides
religieux,
les
imams, les prêtres, les pasteurs ou autres
spécialistes en la matière et le commun
des fidèles croyants, le constat, au vu de
ce qui est publié, révèle plutôt un manque
de vigilance des patrons de presse sur les
articles qui sont publiés. Beaucoup de
titres sont orientés vers le sensationnel et
Hubert Mendy
heurtent les sensibilités, ils incitent même
parfois à vouloir réagir de façon virulente.
En matière de retransmission de l’information religieuse, il s’agit notamment, d’aller vers
l’inconnu. Ce qui est assez complexe et délicat comme démarche. Une fois de plus, le
relayeur ou journaliste doit donc être bien formé.
Les normes d’éthique et de déontologie étant le soubassement de tout traitement
journalistique doivent être respectées. Les intervenants de l’atelier ont aussi signalé le
manque de journalistes spécialisés et bien formés en matière de religions. Ceux qui
animent des émissions religieuses ne sont pas tous des journalistes formés. Toutes ces
135
remarques ont été suivies par des propositions et autres réaffirmations de positions
allant dans le sens de promouvoir un meilleur traitement des religions dans les médias.
En somme, il ressort de l’atelier qu’il est important de se rééduquer pour sortir des
carcans religieux, instaurer une bonne cohabitation, valoriser l’éducation dans les
médias, cultiver plus d’ouverture vers les autres religions.
Atelier 2 : « Mouvement Islamique. Paix et Développement »
Dans cet atelier, d’importantes questions sont soulevées, sur lesquelles on a attiré
l’attention du public. On a passé en revue les problèmes sociaux et préconisé des
solutions permettant d’y remédier.
Respecter l’autre comme égal (l’altérité)
-Ce qui se passe au Mali (c'est-à-dire ce conflit religieux et politique) peut se passer au
Sénégal. Comment mobiliser les intellectuels pour ne pas connaître ces dérives ?
L’instrumentalisation de l’Islam contre la paix.
-L’organisation d’un organisme qui puisse prendre en charge toutes ces organisations
islamiques et islamistes.
-Il faut promouvoir la bonne gouvernance et prévoir les conflits
-Faire la promotion du dialogue interreligieux. Le mouvement islamique peut participer à
la promotion du développement. Education- équité- dialogue interreligieux- justicebonne gouvernance
-Identifier et encadrer les courants dits marginaux :
-Organiser un cadre de dialogue
-Fustiger la stigmatisation et la marginalisation
-Religion, paix et développement exige d’apprendre et de s’informer pour pouvoir
dialoguer.
Atelier 3 : « Présentation de l’évaluation du questionnaire sur la cohabitation
interreligieuse »
Dans cet atelier, on a tenté de définir la notion de dialogue dans ces différentes
connotations. Le dialogue interreligieux est différent de dialogue d’acteurs religieux car
les religions ne dialoguent pas entre elles, elles ont leurs dogmes. Ce sont les gens des
religions qui dialoguent
La famille est le premier fondement du dialogue entre l’Islam et le Christianisme, on
accepte les autres dans leur religion parce qu’ils ont la même famille en tant que cadre
de vie.
L’exception sénégalaise en matière de dialogue interreligieux est à saluer, cela existe
aussi ailleurs en Afrique (Gambie, Mali etc.)
136
Le rôle joué par les parents : l’éducation de base dans la famille.
Rôle des acteurs politiques : faire attention à leur propos tenus en matière de religion
(exemple des vols de crucifix aux cimetières Sain Lazare et Bel Air).
L’ignorance est source de beaucoup de conflits interreligieux.
Le Prophète Mouhamed (PSL) s’était réfugié dans un monastère lorsqu’il a été poursuivi
par ses détracteurs. Il aurait dit : traitez les chrétiens avec respect et parlez-leur de la
meilleure manière qui soit.
Le respect de la religion, l’affection mutuelle, l’amour et le respect des valeurs sociales
favorisent une bonne cohabitation interreligieuse.
Solutions :
‐
Ne pas utiliser la religion comme un moyen pour combattre l’autre
‐
Ne pas discuter sur les dogmes, ne pas les remettre en cause
‐
S’atteler à construire un Etat-nation ?
‐
Financement : renforcement de la démocratie et du concept d’Etat-nation
Atelier 4 : « La question de la crise du Mali »
La question malienne a été approfondie à partir de la communication faite par le Dr
Bakary SAMBE. Un rappel historique a été fait sur la constitution des différents
gouvernements en République du Mali qui étaient souvent hétérogènes et non mono
ethniques. La chute de l’armée malienne est due au retrait tactique demandé par l’ancien
Président de la République, Amadou Toumani Touré (dit ATT) qui est le Chef suprême
des armées.
La place de la France doit être reconsidérée car les déclarations d’indépendance des
mouvements du Nord ont été faites sur France 24 et TV5. Le premier embargo de la
CEDEAO a été décrié par la population car elle affaiblissait le Sud par rapport au Nord qui
avait la possibilité de se ravitailler en armes par l’Algérie, la Mauritanie et le Niger.
ATT aurait en partie été à l’origine de cette crise parce qu’il avait habitué les
organisations du Nord à des financements, et lorsque ce soutien s’est arrêté, ils ont
repris les armes. Le contact arabo-africain est fait à la suite de la présentation de la
pénétration arabique en Afrique en 252 après l’Hégire. Sur le continent, lorsque l’Islam
s’est installé, les Africains n’ont pas hésité à y adhérer.
Les musulmans ont mené un
jihad afin de convertir les populations africaines. Les jihadistes ont détruit les empires en
Afrique de l’Ouest, du Nord et de l’Est.
Une note forte a été faite pour rappeler que la crise au Mali n’est pas une crise malienne
mais une crise sous-régionale et transfrontalière.
137
Sur l’intervention armée, les positions étaient divergentes. Certains ne sont pas d’accord
avec un appui logistique de la France à cette intervention. D’autres appellent à aider le
Mali et l’invite à accepter l’aide militaire de ses amis.
Les enjeux économiques du conflit ont été analysés. L’affaiblissement de l’Etat sahélien a
fragilisé les économies locales, ce qui a conduit les populations à accepter toutes formes
d’aide sans comprendre les contreparties que cela peut occasionner.
Depuis le coup d’Etat de 1968, l’armée n’était pas en odeur de sainteté avec la
population. L’armée s’est aussi sentie trahie par les populations de Gao. Depuis 20 ans,
la démocratie a été de façade au Mali.
Recommandations
- Les leaders religieux doivent accompagner leurs fidèles afin qu’ils ne se laissent
séduire par les théories « islamistes ».
- Le rôle des leaders religieux doit être revisité afin d’apporter une solution durable non
seulement pour le Mali mais aussi pour qu’un tel cas ne se produise plus dans la sousrégion.
- Une union forte des Etats afin de résoudre une fois pour toute, le problème malien avec
l’implication de l’Algérie.
Panel 2 : Le rôle des religions dans la construction de la nation, la promotion de
la citoyenneté, de la paix et du développement
Conférencier : Elie Sommer, Modérateur : Abbé Dominique Mendy
« La religion comme base de valeurs dans la construction et le développement
d’une nation, d’une société »
En guise d’introduction, le conférencier a
expliqué la notion de Kibboutz qui est une
sorte
de
modèle
de
vie
sociale
et
économique en Israël et qui a une base
religieuse.
L’identité juive est religieuse : son peuple
s’identifie par son livre, ses livres, ses
érudits, « sa volonté indescriptible d’être
juif » (Sommer).
L’expulsion des juifs d’Angleterre en 1290,
Abbé Dominique Mendy et Eli Sommer
de
France
(3
fois
au
14ème
siècle),
d’Espagne et de Portugal en 1492. Les « croisades »
138
Acquisition de la citoyenneté appelée émancipation seulement à partir de la Révolution
française en 1791.
Fin Avril de chaque année marque la commémoration au souvenir de la SHOAH.
Création de l’Etat d’Israël est intervenue après 65 ans de lutte journalière.
Comment la religion a-t-elle permis la construction de la nation juive, une nation virtuelle
pendant bien des années (4000 ans) ?
Les juifs ont l’obligation d’être eux-mêmes.
Comment la religion soutient et approfondit-elle les valeurs humaines ?
Les 7 lois des enfants de Noé
L’établissement d’une structure juridique, de lois.
Reconnaître l’existence de Dieu.
Enracinement et Ouverture, cette célèbre phrase de L. S. Senghor, convient tout à fait
aux juifs du monde entier.
L’intégrisme en tant que refus contre la modernité, existe aussi chez les juifs, comme
chez les musulmans.La réunion des 150 rabbins et imams organisée à Bruxelles sous
l’égide de l’Unesco est une bonne initiative pour lever certaines ambigüités religieuses.
Intervenants :
Mme Mama Marie Seck :
C’est quoi l’exception juive ? Est-ce que
les
juifs
s’intéressent
au
mouvement
rastafari ?
Amadou Bâ
Après
la
phrase
de
Senghor
« enracinement et ouverture », il y a eu
des problèmes. C’est quoi le mot « juif » ?
Abdoul Aziz Kébé
Il
remercie
le
conférencier
d’avoir
Mme Marie Seck
enseigné dans sa communication l’histoire
du peuple juif. L’Etat d’Israël est sur une posture de revanchard. Kébé appelle le peuple
juif à se ressaisir.
Issa Laye Thiaw
‐
Expliquer l’histoire des Falachas
‐
Renforcer les relations entre les familles
‐
Les questions de citoyenneté ne sont pas reconnues par les religions.
Père Armel : souligne l’importance du rapport entre religion et politique : C’est le spirituel
et le temporel.
139
« Le rôle des religions dans la promotion de la paix et du développement »
Conférencier : Pasteur Adama Diouf de World Vision
Modérateur : Selly Ba
La religion est un puissant moyen qui permet aux gens de se rencontrer pour construire
ensemble un espace convivial. La paix est définie comme un morceau de temps entre
deux guerres.
A World vision, on considère qu’il n ya pas de paix quand il ya divers
problèmes qui gangrènent la société.
-Promouvoir la paix et le développement ; être aux côtés des personnes affligées ;
promouvoir la valeur humaine etc. constituent la mission de Jésus.
-Le travail interreligieux. World vision étant une organisation chrétienne, travaille de
concert avec les musulmans dans le cadre du développement en Afrique de l’Ouest
touchée de plein fouet par la sécheresse des années 1970 ; lutte contre certaines
pratiques habituelles : mutilations génitales, mariage précoce ; l’intervention dans le
domaine de la santé, lutte contre le VIH Sida.
Etudes interreligieuse : un documentaire est fait au Nigéria avec le titre « Imam et
Pasteur »
« Pas de développement durable sans paix durable »
La particularité de l’approche de World Vision et la mise en commun des guides religieux
des différentes religions. Ainsi, les prêtres, pasteurs et imams sont formés ensemble
pour être des relais auprès de leurs communautés en matière de prévention de maladies,
d’ancrage de comportements citoyens et de promotion de paix et de développement.
Intervenants :
Ousmane Ba remercie le Pasteur Adama Diouf et salue le rôle de World vision, mais lui
demande de faire aussi une typologie du développement, après avoir donné une
typologie de la pauvreté.
Papis Bâ : World vision n’est pas la seule organisation de promotion de la paix, il y a la
communauté Sant ’Egidio et d’autres.
Mme Joséphine Ndione remercie le pasteur pour sa bonne contribution et pose deux questions : le rôle des religieux dans le développement ?, le renforcement de la capacité des femmes?
Père Joseph remercie le Pasteur pour sa thèse dans l’intervention. Cependant, en venant
en aide aux pauvres, on risque de se servir de leur pauvreté.
Mr Ouattara part de l’exemple d’un verset du Coran. L’importance du dialogue
interreligieux au Sénégal donne un intérêt à la paix au Sénégal. L’exemple du voyage de
l’ancien président du Nigéria, Obassanjo à Kaolack pour demander au Khalife général des
Niassènes d’intervenir sur le conflit entre musulmans et chrétiens au Nigéria.
140
Mme Madeleine Bassène demande à ce que le Pasteur Diouf soit le porte parole des
femmes du diocèse de Dakar à World vision.
Amadou Ba insiste sur l’intérêt des sermons des imams et reproche aux religieux certains
discours.
Le conférencier répond : Le Sénégal confirme toujours son exemplarité de dialogue
interreligieux. Cependant le Sénégal peut avoir beaucoup de choses à apprendre du Mali,
à savoir le rôle des religieux dans l’atténuation du conflit malien.
Le risque est permanent pour ce qui concerne l’instrumentalisation de la pauvreté.
« L’impact des valeurs des religions traditionnelles dans la promotion de la
citoyenneté »
Conférencier : Pierre Boubane
Modérateur : Abdoul Aziz Kébé
Les civilisations africaines sont des civilisations spirituelles. C’est l’exemple de la
civilisation et de la religion traditionnelle bassari.
La citoyenneté est définie par la détention de la nationalité. La religion traditionnelle joue
un rôle dans la formation de la citoyenneté. L’exemple d’intégration et de formation pour
l’enfant en est une illustration.
La formation graduelle de la personne dans son évolution lui permet d’atteindre certaines
valeurs humaines et de sagesse. Cette qualité d’éducation entraîne la personne à une
sociabilité, à une solidarité et à une hospitalité. A cet effet,
L’éducation se fait par classes d’âge, chaque classe comprend 6 ans et a des buts précis
à atteindre. En toile de fond figure la valeur du « service », du service envers la société.
C’est ainsi qu’on prône l’entraide et fustige l’avarice et l’égoïsme. Le maître mot est la
responsabilité de l’individu pour la communauté.
Les notions d’enracinement et d’ouverture sont bien existantes en société bassari.
La réconciliation se fait par une assemblée de réconciliation. Les discours qui se tiennent
à cette assemblée ne doivent vexer personne parmi les opposants. Les jugements se font
dans un tribunal traditionnel.
Boubane souligne que les valeurs sociales et économiques de la société bassari sont une
base de développement. Par exemple, la parité est de mise dans la société bassari qui
est une société égalitaire, donc elle présente de bonnes conditions pour une démocratie à
la base.
Ainsi, une conservation et application créative des valeurs anciennes peut être d’un
apport considérable aux notions de démocratie, de responsabilité et de citoyenneté et de
la conception de la nation de nos jours et contribuer efficacement au développement de
la société et de l’économie.
141
Intervention du Modérateur
La
naissance
des
valeurs-concept
de
citoyenneté
La mondialisation des valeurs
A
quoi
sont
opposées
les
religions
Mendy
souligne
traditionnelles ?
Intervenants :
Abbé
Dominique
Stanislas
Abdoul Aziz Bébé
l’importance des valeurs traditionnelles pour le
développement de la nation.
Mame Marie Seck
-Le premier acte de citoyenneté c’est de se conformer aux normes et lois de base.
-Pourquoi y a t-il des mosquées dans tous les lycées ?
-Les humanistes n’ont pas de problèmes entre homme et femme
Pasteur Adama Diouf demande à Pierre Boubane d’expliquer les chiffres avancés
La religion traditionnelle est très liée à la terre. Comment motiver les jeunes par rapport
à la culture traditionnelle ?
Gérémy Kaly Bianquinch soutient que les Bassari ont
le devoir d’être eux-mêmes comme l’a dit Elie
Sommer dans la communication concernant les juifs.
L’enracinement
est
l’ouverture
aussi.
d’abandon
de
effectif
en
Cependant,
il
la
culture
par
milieu
y
les
a
un
bassari,
risque
jeunes
qui
grandissent à Dakar et dans les grandes villes. Que
peuvent faire les Bassari afin que leur langue et
culture soient conservés et puissent ainsi contribuer
au développement de leur région et du Sénégal ?
Soeur Anne Michel Sarr : l’éducation et le respect
Gérémy Bianquinch
entre les époux doit être mutuels.
Issa
Laye
Thiaw :
L’éducation
bassari
a
des
similitudes avec l’éducation sérère.
El Hadj Malick Sy Camara : Comment se fait la conversion religieuse dans la société
bassari ?
142
Cérémonie de clôture
Lors de la cérémonie de clôture, Mme Andrea Kolb a rappelé le thème du colloque:
« Religions, paix et développement ». Elle réaffirme que les religions, au lieu d’être
facteurs de division, doivent se faire artisans de la paix. Et la paix est le préalable de tout
développement. C’est ainsi qu’ont été discutés, sur la base des exposés du professeur
Bakary Sambe et de Monsieur Barro, des problèmes actuels du continent africain,
particulièrement de la menace islamiste émanant du Mali et le risque de contamination
du Sénégal. Avec le professeur Kassé, nous avons parlé du rôle des médias dans le
traitement des religions. Mme Kolb, s’est félicitée des exposés des professeur Elie
Sommer, Pierre Boubane et du pasteur Adama Diouf qui ont ébauché des voies et
moyens montrant comment les religions peuvent concrètement être vecteur de
développement et de paix. En effet, les valeurs véhiculées par les religions, qu’elles
soient traditionnelles ou révélées, sont souvent des valeurs universelles, transversales.
Il est ressorti clairement des travaux comment et combien les religions peuvent agir
comme vecteur de paix et de développement, et la Fondation Konrad Adenauer espère
que le message des religions, à travers les religieux et les fidèles laïcs, sera entendu.
Mme Andrea Kolb a donné rendez-vous, l’année prochaine pour notre cinquième édition
du colloque Plaidoyer pour le dialogue interreligieux.
L’Ambassadeur d’Israël à Dakar, le Dr. Elie Ben Tura, a remercié la FKA, ASECOD et
l’Université de Dakar de la fructueuse coopération dans le cadre du dialogue
interreligieux. Il a souhaité continuer cette collaboration pour organiser l’an prochain un
nouveau colloque.
Mgr Louis Mariano Montemayor, le Nonce Apostolique de Dakar, a également exprimé ses
félicitations et ses remerciements aux partenaires qui ont organisé ce colloque. Il a été
particulièrement satisfait de la participation d’un paneliste qui a présenté la tradition
culturelle juive, en la personne du professeur Elie Sommer. Le Nonce Apostolique
a
souligné que les contributions à la réflexion éthique des différentes traditions religieuses
(Judaisme, Christianisme, Islam et Religions Africaines Traditionnelles) en enrichi nos
perspectives sur des problèmes très concrets dans le domaine sociopolitique. Pour
conclure, il a cité le Pape Benoît XVI lors de sa visite au Liban, qui a insinué que l’abus de
la liberté que Dieu a donné à l’homme le conduit à l’offense des deux premiers
commandements : l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Il faut un regard nouveau,
une véritable conversion et surtout la volonté de pardonner, afin que la paix s’installe
définitivement et puisse être la base d’un développement durable.
Le colloque « Plaidoyer pour le dialogue interreligieux. Religion, paix et développement »
s’est terminé, à l’instar des colloques précédents, par une prière œcuménique dite par un
représentant de la religion africaine traditionnelle, Issa Laye Thiaw, de la religion juive
143
avec le professeur Elie Sommer, de la religion chrétienne par le Père Joseph Ndong,
directeur du Centre Saint Augustin, et un Imam du Mali. Cette prière commune qui
préfigure la paix entre toutes les religions et les cultures au Sénégal et dans le monde a
inspiré des gestes d’émotion, de solidarité et de convivialité exprimées lors du cocktail
d’au revoir – en 2013.
Souleymane BA
Doctorant en histoire
A l’ETHOS/FLSH/UCAD
Spécialistes en Histoire des
Relations Internationales et Stratégiques (HIRIS)
144
Mercredi, 14 Novembre 2012 15:48
SENEGAL. Ouverture d'un colloque sur le dialogue inter-religieux, mardi
Dakar (APS) - Un colloque international se tient mardi et mercredi à Dakar, sur le thème : "Plaidoyer pour le dialogue inter-religieux IV.
Religion, paix et développement".
Cette rencontre est à l'initiative de la Fondation Konrad Adenauer, de l'ambassade d'Israël au Sénégal, de l'Université
Cheikh Anta Diop de Dakar et de l'ASECOD, indique un communiqué transmis à l'APS.
Prendront part au colloque les représentants des religions (Judaïsme, Christianisme, Islam, Religions africaines traditionnelles) et des
experts responsables d'organisations de la société civile, de la vie politique, économique, et des médias.
''Ce colloque s'inscrit dans la dynamique des colloques: "Plaidoyer pour le dialogue interreligieux", des années précédentes, et a
pour objectif de faire communiquer les responsables et les adhérents des différentes religions, afin de rendre encore plus solide la
cohabitation religieuse au Sénégal'', rappelle le texte.
Il s'agit aussi de déceler d'éventuels dangers émanant, parmi d'autres, du contexte géopolitique assez tendu dans la sous-région et de
renforcer l'échange entre les acteurs des différents domaines de la société, soulignent les organisateurs.
SAB/DND
145
SENEGAL-AFRIQUE-SOCIETE
Les religions doivent œuvrer pour la paix, selon Andréa Kolb
2012-11-13 15:59:11 GMT
Dakar, 13 nov (APS) - Les hommes de religions doivent se faire les artisans de la
paix, préalable de tout développement, au lieu de semer la division entre les
communautés humaines, selon la représentante-résidente de la Fondation Konrad
Adenauer (FKA), Andréa Kolb.
‘’Les religions au lieu d’être facteurs de division, doivent se faire artisans de la paix
et la paix est le préalable de tout développement’’, a-t-elle dit, mardi, lors de la
première journée de la quatrième édition du colloque international sur :
‘’Enracinement et ouverture : plaidoyer pour le dialogue interreligieux’’.
Mme Kolb a indiqué qu’il était ‘’urgent de développer une réflexion, dans le cadre
des séries de colloques sur le dialogue interreligieux’’. ‘’Il est d’une extrême
importance d’être vigilant et de prendre les devants afin que le Sénégal ne
connaisse jamais des situations comme certains pays de la sous-région.’’
‘’Depuis plusieurs mois, a-t-elle rappelé, le Mali vit dans une tourmente. La partie
nord est tombée entre les mains des islamistes, les institutions sont déstabilisées,
les populations vivent dans une précarité et angoisse extrêmes.’’
Mme Kolb a signalé qu’‘’au Nigéria, il y avait régulièrement des confrontations
interreligieuses, d’ailleurs également dans d’autres pays du continent’’. ‘’Si la
recherche d’identité des différentes cultures peut amener à une division entre
communautés, et cela peut même amener à des guerres’’, a-t-elle poursuivi.
‘’Si des religions qui sont articulées autour de la paix et de la solidarité deviennent
des facteurs de conflits, c’est qu’il y a quelque part des éléments extérieurs à la
religion qui sont manipulés et qui sont instrumentalisés au niveau de ces religionslà’’, a déclaré Pr. Abdou Aziz Kébé, représentant du recteur de l’Université Cheikh
Anta Diop de Dakar (UCAD).
Pr. Kébé a estimé qu’il était ‘’pertinent de revenir sur ces ressources de paix dans
les religions et de ne pas faire des religions des secteurs marginaux, mais d’en
faire des ressources à intégrer dans nos moyens et dans nos outils pour construire
la solidarité sociale, la paix sociale et même le développement économique’’.
Pour sa part, Ute Bocandé, membre du comité scientifique du colloque, a rappelé
que ‘’c’est l’actualité qui (les) a inspirés à mettre au centre des réflexions la paix’’.
‘’C’est surtout quand on manque de quelque chose, on s’en languit’’, a-t-elle dit.
‘’La situation est plus que préoccupante et le risque de contamination du Sénégal
et d’autres pays limitrophes n’est pas à exclure’’, a ajouté Mme Bocandé, qui est
aussi la représentante résidente adjointe de la Fondation Konrad Adenauer au
Sénégal.
FD/SAB
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146
SENEGAL-SECURITE
Le coordonnateur du REJIR préconise ''un cadre de veille
stratégique'' pour freiner le djihadisme
2012-11-14 18:53:26 GMT
Dakar, 14 nov (APS) - Le coordonnateur du Réseau
des journalistes pour l'information religieuse, pour la
paix et le dialogue inter-religieux (REJIR),
Mouhamadou Barro, préconise la mise en place d’un
cadre permanent de veille stratégique adéquate, pour
freiner la propagation de l’idéologie djihadiste au
Sénégal.
‘’Sur le plan sécuritaire, un cadre permanent de veille
stratégique adéquat doit être mis en place, afin de
contrôler et de freiner toute action susceptible de
favoriser l’implantation et la propagation de
l’idéologie djihadiste au Sénégal’’, a-t-il dit, mercredi
à Dakar, dans sa communication axée sur ''l’évolution du mouvement islamiste au Sénégal’’.
M. Barro co-animait le premier panel : ‘’Géopolitique, menace islamiste sur le Sahel : impact
des médias’’, à l’occasion de la quatrième édition du colloque international ''plaidoyer pour le
dialogue inter-religieux'' organisé sur deux jours par la Fondation Konrad Adenauer.
Il a estimé que ‘’même si ce travail est dévolu traditionnellement aux forces de sécurité et de
sûreté, l’Etat doit favoriser l’implication de tous les acteurs civils susceptibles de contribuer à
une bonne dynamique de gestion des conflits’’.
‘’Le mouvement islamique sénégalais, dans la réalité des faits, n’inscrit pas son discours et
son action dans une logique de confrontation et de violence mais il n’en demeure pas moins
que des efforts doivent être faits par tous les acteurs, pour que cela perdure’’, a-t-il fait dit.
‘’Le Sénégal est situé dans une région qui est désormais sous la menace du terrorisme. Bien
que le Sénégal n’ait pas encore directement fait l’objet d’une attaque terroriste, le terrorisme
demeure une cause majeure de préoccupation dans la région’’, a-t-il fait remarquer.
Barro a par ailleurs indiqué que ‘’la crise de la Casamance doit faire l’objet d’une attention
particulière dans la lutte contre le terrorisme. Une connexion entre les forces de la rébellion et
des groupes terroristes, pourrait être fatale pour le Sénégal’’.
Le coordonnateur du REJIR a souligné que le ‘’Sénégal peine encore à mettre fin à cette crise
qui n’a que trop duré, au moment où l’implication de certains combattants étrangers auprès
des forces du MFDC (Mouvement des forces démocratiques de la Casamance) est encore
réelle''.
''Cela est une raison suffisante le Sénégal d'éviter la contagion de la crise du Nord du Mali à
partir la partie sud du pays’’, a-t-il fait observer.
Il a cependant opté pour ‘’une politique communication et de sensibilisation cohérente et
147
efficace doit être adoptée pour prévenir le phénomène du terrorisme dans nos pays''.
L’Etat du Sénégal, qui doit initier cette politique, devra impliquer l’ensemble des acteurs
(politique, société civile, organisations internationales, les médias, les leaders d’opinion et les
communautés religieuses’’.
FD/AD
148
SENEGAL-RELIGION
Dans un monde globalisé, on a intérêt à s'affirmer pour ne pas disparaître (paneliste)
2012-11-14 21:01:05 GMT
Dakar, 14 nov (APS) - Dans un monde globalisé, où les cultures d'un bout du monde croisent
celles de l'autre, chaque peuple a intérêt à affirmer son identité culturelle s'il ne veut pas
disparaître, a indiqué, mercredi à Dakar, l'Israélien Elie Sommer.
''[...] Dans un monde globalisé, pour la conservation de son identité, il faut se singulariser ou
disparaitre'', a déclaré M. Sommer au second jour d'un colloque international organisé par la
Fondation Konrad Adenauer, sur le thème : ''Religion, paix et développement''.
Il a par ailleurs estimé qu'il faut ''nécessairement trouver un compromis pour une paix
définitive et durable'' entre Israéliens et Palestiniens. Au colloque, le quatrième du genre
qu'organisait la fondation allemande, Elie Sommier a animé un panel sur ''la religion comme
base de valeurs dans la construction et le développement d’une nation, d’une société''.
Le pasteur Adama Diouf de l'ONG américaine World Vision a mis l’accent sur le rôle que
doivent jouer les leaders religieux dans tous les programmes de développement, pour le bienêtre des populations. Il a présenté un exposé sur ''le rôle des religieux dans la promotion de la
paix et du développement''.
M. Diouf a encouragé les leaders religieux africains, de toutes confessions confondues, à
travailler ensemble pour relever les défis liés à la pauvreté en Afrique. ''La collaboration interreligieuse marche dans le domaine du développement. Il n’y a pas de développement durable
sans paix durable. Les leaders religieux doivent aider au changement des mentalités'', a-t-il
dit.
Pierre Boubane, président de l’Association pour le développement du Pays bassari (dans le
Sud-est du Sénégal), estime que les hommes ont intérêt à revisiter le passé et les traditions qui
peuvent, selon lui, aider à construire une ''citoyenneté exemplaire''. ''Impact des valeurs et des
religions traditionnelles dans la promotion de la citoyenneté'' est l'intitulé de la
communication présentée par M. Boubane.
Ont pris part au colloque plusieurs personnalités, dont l'ancien sénateur sénégalais Sidy
Dieng, l’ambassadeur d’Israël au Sénégal, Ely Bentura, le nonce apostolique au Sénégal
(l'ambassadeur du Vatican), Mgr Louis Mariano Montemayor.
FD/ESF
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SENEGAL-CULTURE
Projection du film-documentaire : ''L'imam et le pasteur'' d'Alan Channer, jeudi
2012-11-28 14:31:24 GMT
Dakar, 28 nov (APS) - La Fondation Konrad Adenauer projette, jeudi à 18 heures,
''L’Imam et le Pasteur'', le film-documentaire du réalisateur britannique, Alan
Channer, sur le dialogue inter-religieux.
''Ce film-documentaire, avec son message de dialogue, de pardon, de
réconciliation et d’implication dans les milieux de conflits, s’avère un outil pertinent
et puissant dans la société actuelle'', indique un communiqué de la Fondation.
Cette production, qui met en scène les relations conflictuelles entre Chrétiens et
Musulmans au Nigeria, montre comment des ennemis jurés sont devenus des
partenaires pour construire la paix, par-delà les épreuves personnelles et les
forces de la haine autour d'eux, explique la même source.
''Deux Nigerians témoignent en duo. Anciens ennemis, ils viennent de Kaduna, au
nord du Nigeria, une région qui s’est rendue tristement célèbre depuis plusieurs
années, du fait de conflits ethniques et religieux meurtriers et répétés'', rapporte le
communiqué.
L'Imam Muhammad Nurayn Ashafa et le Pasteur James Movel Wuye sont
aujourd'hui co-Directeurs du Centre inter-religieux de médiation de la ville de
Kaduna, selon le texte.
Malgré un passé marqué par la violence, ils se décrivent comme "des activistes
religieux militants", qui avaient été "programmés pour se haïr tout en évangélisant
et en islamisant à tout prix''.
Le britannique Alan Channer a reçu en octobre 2007 le Premier prix de la catégorie
court métrage de l'Africa World Documentary Film Festival, dans le Missouri (EtatsUnis d'Amérique).
MF/ESF/DND
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SENEGAL-MEDIAS
Les journalistes doivent être formés en traitement de l'information religieuse (rapport)
2012-11-14 19:20:06 GMT
Dakar, 14 nov (APS) - Les journalistes doivent être spécialisés ou bien formés en matière de
traitement de l’information religieuse, afin d'éviter de ''heurter la sensibilité des croyants'',
indique le rapport de l’atelier sur le traitement des religions dans les médias.
‘’Les médias en tant que quatrième pouvoir et outil de transmission des informations,
notamment religieuses, jouent un rôle très important. Les journalistes doivent donc bénéficier
d’une formation très solide pour véhiculer les messages de ce secteur qui est très sensible’’,
selon le document remis à la presse.
L'atelier sur le traitement des religions dans les médias a été animé par le Mamadou Kassé,
enseignant au Centre d'études sciences et techniques de l'information (CESTI).
Il rentre dans le cadre de la quatrième édition du colloque international ''Plaidoyer pour le
dialogue inter-religieux''. Le thème de cette année est : ‘’Religion, paix et développement’’.
La manifestation est organisée par la Fondation Konrad Adenauer.
Selon le document, ‘’des constats amers et autres critiques ont été formulés à l’endroit des
journalistes, des patrons de presse, des prédicateurs, des leaders politiques, de l’Etat ou du
gouvernement et des différents supports sur la manière dont les messages religieux sont
retransmis’’.
‘’La responsabilité de chacun est engagée dans cette noble mission d’édification et
d’éducation à la foi des croyants et de promotion du dialogue inter-religieux et islamochrétien’’, indique le texte.
‘’Malgré le constat des mauvaises informations qui sont souvent véhiculées, on ne sent pas de
censure faite à la presse. L’Etat ne joue pas pleinement son rôle pour l’application de la loi'',
note le document.
Il ajoute : ''les normes d’éthique et de déontologie qui doivent être le soubassement de tout
traitement journalistique sont souvent foulées au pied. Et parfois, dans les rédactions, la
parole n’est pas donnée à ceux qui sont bien formés’’.
Les auteurs du rapport ont déploré ''le manque de journalistes spécialisés et bien formés en
matière de religion’’.
‘’La diffusion des émissions religieuses se fait souvent à des heures qui ne conviennent pas
aux adeptes de ladite religion qui devraient les suivre’’, ont-il encore relevé.
FD/AD
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Sénégal: Dialogue interreligieux - Les acteurs optent pour la
consolidation des acquis
PAR TATA SANE, 14 NOVEMBRE 2012
Religion, paix et développement ». Tel est le thème du colloque axé sur le dialogue
interreligieux ouvert, hier, à la Fondation Konrad Adenauer.
Le colloque s'inscrit dans une dynamique de consolidation de la cohabitation religieuse au
Sénégal.
« Le Sénégal est l'un des rares pays où le dialogue interreligieux est une réalité.
Cependant, il ne constitue pas une île dans les mouvances du
temps. Toutefois, il n'est pas exclu que certaines tendances néfastes existantes sous
d'autres cieux prennent pied à partir de ce beau pays »,
s'est exprimé, hier, à l'ouverture de la cérémonie officielle du colloque, la représentante
résidente de la Fondation Konrad Adenauer (Fka) Andréa
Kolb.
Dans la même dynamique, Mme Kolb affirme que les Sénégalais de tous bords vivent
dans une parfaite communion. « Ceci est visible lors des
fêtes religieuses auxquelles les fidèles des autres religions sont toujours associés. C'est
pourquoi il est urgent de prendre les devants afin que le
Sénégal ne connaisse jamais des situations que vivent certains pays de la sous-région »,
a expliqué la représentante de la Fondation.
Andréa Kolb a aussi déploré la situation au nord du Mali. Pour le Pr. Abdoul Aziz Kébé,
chef du département d'Arabe de l'Ucad, il est pertinent de
s'appuyer sur ces ressorts de paix pour consolider la stabilité dans la sous-région. Pour
l'islamologue, il serait convenable d'explorer les
opportunités offertes par les religions pour renforcer la stabilité sociale et le
développement économique », a soutenu le Pr. Abdoul Aziz Kébé. Il
ajoute : « toutes les religions révélées sont des ressources de paix. C'est tout le sens de
ce colloque.
Il nous permet de développer une réflexion allant dans le sens de consolider les acquis
pour que les atouts ne soient pas menacés par des
influences extérieures », a-t-il affirmé.
Cette 4ème édition du colloque international portant sur « enracinement et ouverture :
plaidoyer pour le dialogue interreligieux », a réuni diverses
personnalités telles que les religieux musulmans et chrétiens, la société civile et une forte
délégation malienne.
Pour sa part, Terrciel Acoli, membre du comité scientifique, a rapporté que l'enquête
préparatoire de ce colloque a révélé une diversité spécifique
de difficultés par région. « Le constat est que la réalité est plus marquée dans le
département de Kédougou », a indiqué M. Acoli.
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Fondation Konrad Adenauer
Comité scientifique du groupe de suivi du dialogue interreligieux
Esquisse sur la loi de laïcité et du dialogue interreligieux au Sénégal
Article premier
La République du Sénégal est laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant
la loi de tous les citoyens, sans distinction d'origine, de race, de sexe, de religion. Elle
respecte toutes les croyances.
I- D’abord qu’est-ce que la laïcité ?
Si par prudence on se reporte au dictionnaire on note ce qui suit. L’adjectif laïc
désigne, ce qui n’est pas ecclésiastique, ce qui n’est pas religieux. Cette première
définition montre que le mot a évolué. En effet dans le vocabulaire de l’Eglise catholique
par exemple, laïc s’oppose à clerc dans le cadre d’une même religion. De là on est passé
à un autre sens puisque laïc va s’opposer à religieux. En ce sens l’Etat laïc, c’est un Etat
qui n’est pas religieux, c’est-à-dire qui se situe en dehors de la religion. D’où l’idée que
l’on peut imaginer un conflit entre la société laïque représentée par l’Etat et la société
religieuse. Le petit Larousse (Edition de 1970) nous renseigne sur le sens du mot
laïcité en ces termes : « laïcité - système qui exclut les Eglises de l’exercice du pouvoir
politique ou administratif, et en particulier de l’organisation de l’enseignement ».
Mais il apparaît que la tendance générale à l’heure actuelle est de distinguer radicalement
entre les manifestations de l’activité étatique et celles de l’activité religieuse. En ce sens
l’esprit de laïcité est un esprit de liberté qui s’oppose à tout dogme imposé par l’Etat,
aussi bien à un athéisme officiel qu’à l’autorité d’une confession religieuse quelconque.
On aboutit à ce résultat que la laïcité de l’Etat, c’est la neutralité spirituelle de l’Etat, qui
selon la formule de Briand, n’est ni religieux, ni irréligieux, mais a-religieux.
Autrement dit, au regard de l’Etat, le seul titre de la religion c’est la liberté individuelle
qui en matière spirituelle se traduit par la liberté de conscience, la liberté de croire ou de
ne pas croire. Bien évidemment cette conception de la laïcité de l’Etat se heurte à des
résistances de la part des Eglises et des confessions qui sont porteuses d’une vérité
révélée, et qui n’admettent pas la neutralité confessionnelle de l’Etat.
Tout d’abord la Constitution du Sénégal, dans son préambule proclame le respect et la
garantie intangibles des droits et des libertés de la personne humaine, de la famille ;
des libertés philosophiques et religieuses, sans oublier les libertés politiques.
Au Sénégal : la grande majorité des citoyens se réclame de croyances religieuses. Le
peuple-masse est directement concerné par la religion. L’Etat laïque sénégalais devait en
tirer
les
conséquences.
C’est pourquoi l’article Premier, tout en déclarant l’Etat laïque et démocratique, devait
ajouter le respect de toutes les croyances comme un corollaire de l’idée de liberté.
L’article 4 qui traite des partis politiques ne manque pas de souligner que la diversité
des options et courants politiques ne peut pas se fonder sur la religion. L’article 5 à son
tour stipule que la discrimination religieuse est interdite. L’article 8 met l’accent sur la
liberté religieuse. Toute atteinte aux libertés et toute entrave volontaire à l'exercice d'une
liberté
sont
punies
par
la
loi
(article9).
Les institutions et les communautés religieuses ou non religieuses sont également
reconnues comme moyens d'éducation (Article 22). Ce qui conduit tout naturellement
l’Etat à une conception de l’éducation des jeunes gens qui met sur le même pied les
écoles publiques et les écoles privées avec une mention particulière pour les Institutions
et
les
communautés
religieuses.
Dans le contexte sénégalais, la liberté de conscience, les libertés et les pratiques
religieuses ou cultuelles, la profession d'éducateur religieux sont garanties à tous sous
réserve de l'ordre public. Les institutions et les communautés religieuses ont le droit de
se développer sans entrave. Elles sont dégagées de la tutelle de l'Etat. Elles règlent et
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administrent leurs affaires d'une manière autonome (article 24). Et la neutralité
religieuse de l’Etat s’interprète comme donnant libre cours au développement sans
entraves des Institutions et Communautés religieuses. C’est pourquoi la loi du 3 juin
1971, dite « Loi d’orientation de l’Education nationale » ne fait qu’expliquer dans
un
domaine
important
la
laïcité
de
l’Etat.
En effet, il est dit dans la Loi que l’éducation nationale a notamment pour objet de
« former des hommes et des femmes libres, capables de créer les conditions de leur
épanouissement à tous les « niveaux ». Dans cette perspective « l’initiative privée,
individuelle ou collective, peut, dans les conditions définies par la loi, concourir à la
réalisation de cette œuvre ». Et l’article 2 conclut : « l’égalité des citoyens dans la
diversité des origines et des croyances fait, de la liberté et de la tolérance, les traits
essentiels de l’éducation nationale. Elle en fonde aussi la laïcité.
On peut d’abord dire que non seulement l’Etat n’ignore pas la religion, mais entretient
des relations normales avec les Eglises et les Confréries musulmanes. Il suffit de
quelques
exemples
pour
illustrer
l’assertion.
a) Les autorités de l’Etat participent volontiers aux manifestations religieuses les plus
solennelles qu’elles soient musulmanes ou catholiques, pour ne prendre que ces deux
confessions :
Tabaski,
Magal,
Pèlerinage
(à
la
Mecque,
à
Rome).
b) L’Etat par ses représentants participe à certaines activités culturelles inspirées
directement par la religion. Citons : l’Union culturelle musulmane et la Semaine
consacrée à El Hadji Oumar Foutiyou, pour ne parler que de la manifestation la plus
récente.
Mieux : l’Etat subventionne les Ecoles privées et la part essentielle de cette aide va
aux Ecoles privées catholiques. Le colloque national de l’Enseignement privé catholique
du Sénégal tenu à Dakar les 24 et 25 avril 1976 ne conteste pas le fait, même si les
participants ont pu insister sur la nécessité pour l’Etat de faire davantage.
Enfin, il faudrait faire un inventaire de toutes les manifestations religieuses qui par le
canal de la radio et de la télévision d’Etat sont directement mises en communication avec
les
fidèles
des
différentes
communautés.
En somme la laïcité sénégalaise peut être définie comme une laïcité compréhensive, loin
de la laïcité de type français telle que nous l’a léguée l’histoire constitutionnelle des
Républiques successive. D’où le problème final : la laïcité est-elle conforme aux traditions
sénégalaises ?
A l’âge de 10 ans l’enfant commencera sa formation intellectuelle qui ira de pair avec la
formation religieuse sous la forme de cours spéciaux dans les cycles primaire et
secondaire. Cette prise en charge s’explique parce que la majorité de la collectivité
nationale est d’obédience islamique. Mais par esprit de tolérance, les autres confessions
pourront également bénéficier de la prise en charge de l’Etat, en accord avec leurs chefs
spirituels. Enfin il est prévu, pour couronner l’édifice, des universités islamiques à côté
d’universités classiques, avec les mêmes prérogatives et franchises.
En conclusion le Sénégal est un pays d’obédience laïc, mais modéré parce que l’Etat
accorde une grande importance et entretienne des bonnes relations avec les religions,
surtout dans le domaine de l’éducation. Cela est encore la preuve de croire que un
dialogue interreligieux est d’intérêt capital du moins pour l’éducation sociale. Le chef de
l'Etat sénégalais, Abdoulaye Wade, estime que le dialogue interreligieux peut servir de
socle au dialogue des civilisations mais surtout une entente harmonieuse entre
communautés confessionnelles dans les pays. Jusqu’ici, Il n’y a aucun texte ni de loi
garantissant le dialogue interreligieux au Sénégal.
Prosper Terreciel AKOLI N’GADZANIA
159
Pourquoi dialoguer et avec qui ?
Le dialogue interreligieux est un devoir qui s’impose à tout le Monde. Dialoguer c’est
essayer de connaître l’autre en vue de créer un climat d’entente et d’amitié durable.
On se demande si le dialogue islamo-chrétien a un effet dans les esprits des adeptes des
religions eschatologique ?
Je crois que tout effort peut produire des effets salutaires, ou négatifs. Le dialogue
islamo-chrétien n’échappe pas à cette règle. Moi, personnellement, je ne suis pas
partisan d’un dialogue limité entre ces deux religions étrangères au dépend de leur hôte.
J’opte plutôt pour un dialogue interreligieux, qui donnera une occasion à chacune des
communautés religieuses d’exprimer librement les principes fondamentaux de sa religion.
Cela ; permettra à chaque individu de retrouver son héritage spirituel et culturel bafoué
des siècles durant. Je souscris parfaitement à l’idée émise par Paul Card MARELLA : « Les
Religions de l’Afrique appartiennent à l’humanité. Et non seulement en tant que
patrimoine spirituel développé par le génie des populations de ce continent aux cous de
son histoire harcelée par de cruelles alternatives, mais en tant que manifestation
éclatante d’un apanage religieux inhérent à la nature humaine » A la rencontre des
religions Africaines.
Pour mieux préciser mes points de vue sur le dialogue des religions, je propose à
l’auditoire le plan suivant : emprise des poètes chrétiens sur la littérature préislamique ;
les conditions posées par le Prophète Mohammed (p.s.l.) et les réponses de l’Evêque de
Najerân, je ferai une sommaire étude comparée entre les sources religieuses. Ma
conclusion sera axée sur les positions des uns et des autres sur le dialogue interreligieux.
Bien avant l’avènement de l’islam, le Judaïsme et le Christianisme étaient solidement
implantés dans l’étendue de l’Arabie. Comme l’explique Tor ANDRAE : « les Arabes ne
doivent pas avoir de si mauvaises pensées envers les Chrétiens ». « Ces Arabes »
n’évitent pas seulement de combattre le Christianisme, ils recommandent même notre
religion et font des présent aux couvents étaux églises » (les Origines de l’Islam et le
Christianisme p.26).
On peut observer l’entente qui régnait entre les chrétiens et les arabes païens dans les
poèmes des hanafites. Je cite :
- ZUHAIR (ne vers 530) est considéré comme un des plus dévoués à la cause divine.
Comme l’illustre ces vers : Ne cachez pas à Allah ce qui est dans vos
cœurs, pour que cela reste ignoré : Car Allah
connait tout ce qui est caché. C’est remis à plus tard
(yu’akhar) et écrit dans un livre, et mis en
réserve pour le jour de la reddition des comptes,
et ce sera puni sans retard (aw, yu’ajjal).
Ces poèmes renvoient à Saint Mathieu :
Ne les craignez donc point ; car il n’y a rien de caché
qui ne doive être connu. (Math :10, 26)
- Nabigha (540-604 ?) Il fut un grand poète mystique, mais moins dévoué que zouhair.
Ses poèmes sont pleines de sagesses et de dévouements en vers Dieu. Elles sentent une
odeur égypto-chrétienne :
« Tu es désobéissant en vers Allah, bien que tu
donnes des témoignages d’amour. Il est étrange de le
dire avec ta vie. Si ton amour pour lui était sincère. »
Le poète fait sana doute allusion aux versets suivants : « Mais je sais que vous n’avez
point en vous l’amour de Dieu ». (Jean. 5,41).
« Car le Père lui-même vous aime, parce que vous m’avez aimé, et que vous avez cru
que je suis sorti de Dieu » (Jean. 5,41).
Nabigha regardait la mort avec des yeux chrétiens. Fasciné par la grandeur des rois
Ghassanites, le poète évoque la mort en ce sens :
« Ils ont une libéralité que Dieu n’a accordée à
personne d’autre
Leur esprit ne les abandonne jamais.
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Le lieu où ils séjournent appartient à Dieu.
Leur religion est fermé (dinuhum qawim), ils ne
s’attendent qu’à la vie future » ;
Le poète veut bénéficier la largesse des rois chrétiens, il ne croit pas à la résurrection des
morts.
- ADI ben Zayd ( ) était un chrétien très dévoué et jalousement attaché à la religion
chrétienne. On peut affirmer sans être démenti que ses « vers ne sont qu’une Bible
versifiée ». Non seulement Adi connaissait parfaitement le contenu de la Bible, mais il
était un chrétien pieux et sincère. Comme le montre les poèmes suivantes :
Par Allah – qu’il accepte mon serment – je suis comme le moine qui, aussi souvent qu’il
prie Dieu en larmes, pousse de grands cris, le cœur saisi de crainte… Le sujet de la mort
préoccupait constamment les poètes chrétiens de l’Arabie préislamique.
Adi ben Zayd représente cette catégorie de génies dévoués : Je n’ai jamais rien vu de
pareil à la jeunesse. Grâce au mensonge des jours, elle oublie leur dévouement ; elle la
lice et les frères, et comment ils ont supporté les attaques (du sort). Qu’espèrent donc
les hommes, quand ils ont le bonheur, quand l’amour de la vie est leur unique souci ? Ils
croient que les coups du sort ne les atteindront pas et pourtant la malignité du destin les
atteint… (op.cit.52).
Il faut rendre un grand hommage au Père Louis Cheickou, qui a réuni les poèmes des
poètes chrétiens dans un livre, intitulé : Anasrànyatu bayanal arabil – Jahilyati. (1914 –
1919).
Voila, une vue rapide suer la communauté chrétienne que dirigeait l’Evêque de Najeràn ;
qui avait entamé le premier dialogue islamo-chrétien.
DIALOGUE PRECURSEUR :
Il ressort de ce qui précède que le Christianisme était très répandu en Arabie
préislamique. En dépit des guerres qui inquiétaient la tranquillité de la région, il y avait
une certaine liberté des croyances religieuses. Comme l’explique RIMA Ismaïl : « Tout au
long de plusieurs siècles successifs, chacun des deux opposants (Romains et Perses)
portait à la religion de l’autre un certain respect, engendrant ainsi une barrière morale à
la place de la barrière naturelle du passé. Il incombait dans ce cas, que chaque parti
converge ses efforts et ses conquêtes spirituelles vers son côté sans pensé à exhorter
l’autre parti à embrasser sa foi ou à agréer sa civilisation tout au long qui les opposèrent
durant des siècles » (La vie du Prophete.p.19)
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Ce passage nous fait comprendre que la liberté de culte était un acquis bien respecté
avant l’avènement de l’islam. Le pacte singé entre l’Evêque de Najeràn et le prophète
Mohammad n’était donc pas une chose nouvelle.
D’après Ibn Sa’d, l’auteur de la Tabaqat (1,2,35) Mohamed écrivit aux habitants de
Najeràn et leur accorda contre un présent annuel, dont l’essentiel consistait en deux mille
vêtements, la protection de Dieu et de son prophète « Pour eux, leur religion, leur pays,
leurs églises et leurs services divins aucun évêque, aucun moine ; aucun ermite ne doit
être contraint à renoncer à son état »(p.28)
Les sources arabo-musulmanes précisent encore : « Ce pacte de paix et de bon voisinage
a été négocié par les hommes de l’Eglise. La délégation était composée de 60 personnes,
parmi lesquelles 14 Seigneurs dont Abdoul Masih, surnommé Al-Aquib, Al-Aïhm
surnommé Al-Sayyid : Seigneur, Abdoul Haritha, as ben Haritha, Zayd, Khuwaylid, Amru
Qasa, Yazid, Khalid, Abdoullah et Mouhsin. Arrivée à la maison du prophète, Mohammad
n’avait autorisé à entrer que trois hautes personnalités pour participer à la discussion. Il
s’agit d’Al-Aquib, le chef de la délégation et leur porte parole. Rien ne peut être décidé
sans son avis. Quant à Zayd, il était leur érudit et responsable de leurs Ecoles. C’était un
arabe qui appartenait à la tribu de Bakr ben Wa’Il, qui s’était converti au christianisme. Il
était très respecté par les souverains Romains, qui lui construisirent une cathédrale, en
raison de sa piété et de son dévouement à la chrétienté. Même après sa rencontre
historique avec le prophète Mohammad, il n’avait pas abdiqué du christianisme au profit
de l’islam.
Le lieu et l’heure de la rencontre ont été précisés par les sources arabes. Sur ce, Ibn
Ishaq a rapporté que Mohammad ben Diafar, ben Zouberr a dit : « Le prophète les avait
reçu dans sa Mosquée, à la Médine après la prière de Al-Asr (5h). Ils portaient des jolis
dioubba et des pagnes. Les compagnes du prophète qui les avaient vus disaient
d’eux : « Ils étaient beaux. On n’a jamais vu une délégation pareille. Lors que l’heure de
la prière arriva, ils se mètrent en rang bien soigné pour prier. Des musulmans tentèrent
de les en empêcher. Le messager d’Allah leur dit « da’ohum » : « laissez-les prier ». Les
sources musulmanes mentionnent un dialogue intéressant et embarrassant en même
temps entre l’envoyer de Dieu et ses visiteurs exceptionnels. A l’adresse des deux
prêtres, le prophète leur dit : « Aslamà » (Convertissez-vous). Ils lui répondirent :
« Nous nous sommes convertis depuis fort longtemps. » (Père juste, le monde ne t’a
point connu ; mais moi je t’ai connu, et ceux-ci ont connu que tu m’as envoyé ». (Jean,
17, 25).
Aussitôt, le messager d’Allah se répliqua : « Non, ce n’est pas vrais » Ce qui vous
empêche de vous convertir, c’est votre prétention que Jésus est un fils de Dieu, votre
dévouement à la Croix et votre goût démesuré de manger la viande de porc…
Ils lui demandèrent : qui est son père ? Le Prophète de l’islam n’a pas voulu répondre
immédiatement à la question posée.
Quelques temps après, Allah le tout puissant, fait descendre plus de 80 versets
coraniques consacré à Jésus et à Marie, sa mère. Puis, le prophète leur dit : « Allah m’a
ordonné de vous inviter à une profération de malédiction (Al-mubàhalatu). Ils avaient
répondu au prophète : « oh Père de Qàsim, nous retournons au pays pour une
consultation, puis, nous reviendrons pour vous voir… »
Ibn Abas, à rapporté que « parmi les membres de la délégation huit évêques
retournèrent à Médine pour se convertir à l’islam. Ce sont : Aquib, Al-sayyd etc… Cette
information n’a pas été confirmée des sources indépendantes.
Le jour fixé pour la profération, le prophète s’était rendu avec sa fille Fatima et ses deux
enfants : Al-Assane et Houseyne et leur dit : « Si je prie, dites vous : Amine ! Les
chrétiens de Najeràn refusèrent la profération et proposèrent un pacte de paix et
acceptèrent de donner chaque année une capitation ». (D’après Ibn Sa’d, 1, 2, 35)
(Minbarul islam, N° 5.7.1973. p.267)
Ces passages du Coran s’adressent non seulement aux habitants de Najeràn, mais ils
visent à une forte communauté chrétienne de l’Arabe antéislamique et notamment les
habitants de Hirat qui habitait plus de vingt paroisses à cette époque. Voici les versets
indexés le plus haut :
162
« Dis : O gens du Livre !
Venez à une parole commune entre nous et vous :
Nous n’adorons que Dieu ;
Nous ne lui associons rien ;
Nul parmi nous ne se donne de Seigneur,
En dehors de Dieu » (S.3-V.64)
« Oui, il en est de Jésus comme d’Adam auprès de Dieu : Dieu l’a crée de terre puis il lui
a dit ‘sois’ et il est.
La vérité émane de ton Seigneur.
Ne sois pas au nombre de ceux qui doutent.
Si quelqu’un te contredit après ce que
Tu as reçu en fait de science,
Dis : Venez,
Appelons nos fils et vos fils,
Nos femmes et vos femmes,
Nous-mêmes et vous-mêmes ;
Nous ferons alors une exécration réciproque
En appelant une malédiction de Dieu
Sur les menteurs.
Voilà le récit, la vérité : Il n’y a de Dieu
Que Dieu.
Dieu est puissant,
S’ils se détournèrent
Qu’ils sachent que Dieu connaît
Les corrupteurs.
Fondée sur l’amour réciproque imprégnée de la religion Isiaque, il serait difficile, voir
impossible à un représentant de l’Eglise de prier Dieu pour faire mal à quelqu’un : ‘ Ne
crie pas contre qui t’offense, et ne lui réponds pas toi-même’ ‘Si tu désires que ta
conduite soit bonne, détourne-toi du mal’ (Mérikarêvers XXIIe siècle av. J ; - C. op. cit.
p. 285).
« Et remets-nous nos péchés, car nous-mêmes remettons à quiconque nous doit » (Luc,
11 / 4) ».
Le premier dialogue entamé par le messager d’Allah résulte de la conclusion d’un pacte
de bon voisinage entre les musulmans et la communauté chrétienne de l’Arabie. Ce pacte
de non agression a été strictement respecté par le prophète lui-même et par son premier
successeur, Abu Bakr. Mais dés qu’Umar lui succéda, il forgea un hadith lui permettant
d’exclure tous les non musulmans de la presqu’île d’Arabie : « Deux religions ne
cohabiteront pas dans la presqu’île arabique. »
Je pense que l’Evêque de Najeràn a pris une attitude sage et responsable ; en préférant
la signature d’un pacte de paix que de faire face à un islam rampant.
DIALOGUE DES SOURCES
Il est plus facile d’unir les textes des religions eschatologiques que d’unir les cœurs des
fidèles. Pour un dialogue sincère et fructueux il faut rompre définitivement avec la
méthode d’ « Apologie combative » qui consiste à imposer ses idées à son interlocuteur.
C'est-à-dire, vouloir avoir toujours la vérité. Celui qui veut chercher la vérité d’où qu’elle
vienne doit appliquer le conseil de l’ami de Louis GARDET : « Moi, je n’ai pas la vérité,
c’est la vérité qui m’a ».
Le dialogue islamo-chrétien a commencé depuis la rencontre historique de l’évêque de
Najeràn avec le prophète (p.s.l.), depuis lors on n’a pas observé une bonne entente entre
les deux communautés rivales. Ce dialogue ressemble à une séance de lutte opposa deux
champions ; chacun désire de renverser son adversaire. Les supporters eux aussi ne
souhaitent que voir leur protégé jeter à terre son rival. Celui qui veut dialoguer doit
« s’armer de la séance jusqu’aux dents et de l’avoir de lucidité » comme disait Saliw
163
KANDJ. Le dialogue, comme la foi : « La foi me dépend pas de désirs, mais elle est ce qui
est implanté dans le cœur et prouvé par les actes ». C'est-à-dire, accepter l’opinion de
l’autre si elle est juste. En commentant ce hadith, Mohammad Abdouhou (un grand
réformiste) précise : « L’absence de mise en pratique est la cause ou l’effet de l’absence
de lucidité en matière de religion : C’est ne pas comprendre sa nature et ses réalités
intimes » (Commentaire coranique du Manàr in : Islamo-Christiana N° 3, 53. – 1977).
Sans ces intentions dissimulées, il serait possible de rapprocher les adeptes de toutes les
religions dites « révélées ». En lisant les écritures « saintes » on y trouve des
convergences plus importantes que des divergences. Par exemple, le nom de chameau
est mentionné dans l’Evangile de Luc : « Car il est plus facile à un chameau de passer
par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu » (Luc. 18, 25,
26).
Le Saint Coran a employé la même expression pour fustiger le comportement insolent
des infidèles : « Ils n’entreront au paradis que quand le chameau pénètre dans le trou de
l’aiguille ».
LES BIENFAISSANCES
Le thème des bienfaisances est bien mentionné dans les textes égyptiens : « J’ai satisfait
deus par ce qu’il aime : j’ai donné du pain à l’affamé, de l’eau à l’altère, des vêtements à
celui qui n’en avait pas… (Livre de la sortie à la Lumière. Ch.1-25, p. 69).
Ces motions ont été reprises textuellement par Mathieu : « J’ai eu faim et vous m’avez
donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous
m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu… (Math. 25, 23, 40).
Un Hadith Al-qodsî attribué au prophète a repris la même notion de bienfaisance dans un
langage poétique : « O Fils d’Adam j’étais malade tu ne m’as pas visité…
La confession de l’âme.
En Egypte ancienne, le mort devait se justifier de : Ne pas avoir commis de péché contre
les hommes… de n’avoir point tué ni ordonné de tuer, ni causé de souffrance à
personne…
On a trouvé les mêmes enseignements dans la Bible : « Honore ton père et ta mère. Tu
ne tueras point. Tu ne commettras point d’adultère…
Quelques siècles plu tard, Allah révéla à son Messager les dix commandements que
voici : « Ne lui associez rien ; et soyez bienfaisant en vers vos pères et mères. Ne tuez
pas vos enfants. N’approchez pas des turpitudes » (S. 6.v.151 - ?).
Les Mille Commandements de Roog Seen.
Avant de quitter l’enclos d’initiés, le Grand Maître (Kumax) dispensait aux circoncis des
conseils utiles qui résument les principes moraux et éthiques de la société ancienne. A
titre d’exemple :
« O Circoncis, écoute-moi bien,
O Circoncis Njaay. O Ngaan Njaay !
Sais-tu que tu es fils de Seereer ?
Alors sache que le Seereer dit :
Celui qui a le même âge que ton père est ton père
Celle qui a le même âge que ta mère est ta mère
L’ami de ton grand frère est ton grand frère.
Ne touche pas au bien d’autrui.
Evites de faire du mal au fils
De qui que ce soit.
Ne touches pas à la femme d’autrui.
La femme provoque des histoires.
Les histoires attirent Satan.
164
C’est Satan qui entraîne le désaccord.
C’est le désaccord qui pervertit le Monde.
Oui, pervertir le monde
N’est pas une bonne chose. »
La Fatiha viendrait-elle des hymnes dédiés aux pères créateurs ?
Il y a une similitude frappante entre le « Chemin de Vie » égyptien d’une part et Notre
Père des Chrétiens et la Fatiha des musulmans d’autre part. La « Voie de Dieu » est une
invention égyptienne. La version Mericare (XXIIe siècle av. J.-C.) est plus ancienne que
toutes les autres. C’est l’avis de S. Anis AL-Assiouty : « Le sage Ptah-hotep, au XXVIe
siècle av. J.-C. enseigne : Si tu désires que ta conduite soit bonne, détournes-toi du
mal :
« Je vous guiderai vers la voie de vie.
La bonne voie de celui qui obéit à Dieu,
Heureux celui que son cœur conduit cers elle.
Celui dont le cœur est ferme sur la voie de Dieu,
Affermie est son existence sur la terre.
Celui qui a dans l’âme une grande crainte de Dieu,
Grande est sa félicité sur la terre.
- Il a fallu attendre plusieurs siècles pour retrouver les notions morales de l’Égypte
Pharaonique dans les écritures « Célestes ».
- Le Notre Père selon l’Evangile de Mathieu :
Notre Père qui est dans les Cieux,
Que ton Nom soit sanctifié,
Que ton Règne vienne,
Que ta volonté soit faite sur la terre
Comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien.
Remets-nous nos dettes
Comme nous-mêmes avons remis à nos débiteurs.
Et ne nous soumets pas à la tentation,
Mais délivre-nous du mauvais.
-Cinq siècles après Jésus, Allah envoya son ange Gabriel pour qu’il apprenne à
Mohammad, la Fatiha ou le Notre Père des Musulmans :
Au nom d’Allah, le Clément, le Miséricordieux.
Louange à Allah, Seigneur des hommes.
Le Clément, le Miséricordieux.
Souverain du jour du jugement.
C’est toi que nous adorons, toi
Dont nous demandons l’aide.
Conduis-nous dans la voie droite,
La voie de ceux à qui tu as donné
Tes bienfaits, qui ne son nit l’objet
De ton courroux ni les Egarés.
La Prière négro-africaine :
L’Afrique Noire a ses propres prières qui ont été plagiées et altérées par d’autres. Le
« xed » en seh-seh ou « kiim » en saafi-saafi, sont les termes qui désignent la prière, la
demande ou la sollicitation. Ignorant l’esclavage, la plupart de ses prières sont des
prières utilitaires et non pas adoratives.
Le Notre Père des Galla ou prière du matin chez les Galla :
O Dieu ! C’est en paix que je me suis reposé ;
Fais que je passe en paix cette journée
Tu as préparé en paix le chemin que je suivrai (aujourd’hui)
165
Fais que, sur ce chemin je marche droit /
Si je parle, enlève de mes lèvres la calomnie ;
Si j’ai faim, arrache de moi le murmure ;
Si je suis dans l’abondance, détruis en moi l’orgueil /
Que je passe cette journée en t’invoquant
Toi, Maître, qui ne connais pas d’autre Maître.
Cite par L.V. Thomas : Les Rel. D’ar. Noire, p.38).
-Notre Père chez les Seereer du Sénégal :
Dieu, Notre Maître, l’omniprésent,
Et son Messager Hamat Seem.
Nous ne suivons que le Sentier
Que Dieu a tracé :
Car nous n’avons ni pouvoir ni savoir,
Nous ne faisons que demander à Dieu
Et à son Messager Hamat Seen.
Dieu seul a le pouvoir de faire.
Que le Miséricordieux, nous donne la paix.
Qu’il nous protège,
Nous et notre famille.
Dans le cadre du dialogue interreligieux, l’Afrique Noire a accueilli sur son sol deux
religions expansionnistes (islam et christianisme) avec lesquelles une discussion de fond
s’impose pour trouver un terrain d’entente.
Le Christianisme et les religions d’Afrique Noire :
On ne connaît pas avec certitude la date de la pénétration du Christianisme en Afrique
Noire « Né l’an 19 av. notre ère » en Palestine. Selon S. A. Al-Assiouty : « Jésus serait
resté en Egypte une quinzaine d’années « (Origine Egyptiennes du Christianisme et de
l’Islam. T.3.p.50). L’auteur précise encore : « Jésus a travaillé en Egypte durant son âge
mûr : C’est là qu’il apprit toute la science de l’Egypte… » (idem p.50)
Il ne faut pas oublier mon plus que Carthage était un Centre du rayonnement du
Christianisme. La présence chrétienne en Afrique Noire à partir de 347, est connue.
Il est vrai que l’Eglise a fait beaucoup d’efforts pour soulager les souffrances des
paysans ; il lui reste beaucoup de chose à faire encore, surtout, dans le domaine social
(mariage, divorce etc.…).
Jadis, les responsables de l’Eglise ne voulaient pas écouter les paysans, ils pratiquaient la
politique « table rase ». Il y a moins de 60 ans, le prêtre blanc disait à ses disciples :
« Qu’est-ce qui reste du Satan ? Toutes les valeurs culturelles et spirituelles de l’Afrique
Noire étaient condamnées et assimilées au diable par des missionnaires blancs.
L’avenir du Christianisme en Afrique dépend de la réponse de cette question brûlante :
Comment peut-on être Catholique Romain tout en demeurant fidèle aux valeurs
spirituelles et culturelles de l’Afrique Noire ? Louis Gardet, lui, aussi, un partisan fervent
de dialogue des religions, il recommande vivement l’Eglise Catholique de dialoguer avec
les fidèles des religions négro-africaines : « Ces grandes religions ou cultures que nous
connaissons mal, et que l’on peut établir un dialogue en profondeur avec les hommes qui
en vivent, sans aucune compromission de part et d’autre » (Dans : Revue,
Islamochristiana N° 3, année 1977.p.24)
Dès les années 50, le Père H. Gravrand, avait posé les premiers jalons du dialogue utile
entre le Christianisme et le Panlogisme. Sur ce, il écrit : « Pour les Seereer Roog Seen
n’est pas une notion purement philosophique, mais bien une réalité vivante et présente.
En plus des noms propres à Dieu (Roog) ils emploient couramment des surnoms et
épithètes qui indiquent d’une façon plus spéciale l’une ou l’autre qualité de l’être
suprême. Non seulement Dieu donne à tout ; il est encore régulateur de tout. Comme
Roog n’a pas de corps, les Seereer ne font de lui aucune représentation. Il ne connait ni
image, ni statuette » (cahier des religions africaines. 2ième année 1968. vol.2.p.60).
L’Islam et les religions d’Afrique Noire :
166
L’Islam aurait fait son apparition en Afrique Noire vers l’an 734, comme le note Felix
Brigaud : « En 734, Habib ben Ubaïda, par son incursion au Soudan (il était parti du
sous), établit le premier contact entre le Monde Arabe et l’Afrique Noire » (Etudes
Sénégalaises, fasc., 9. Connaissance du Sénégal. intr. p. VIII).
L’absence de dialogue intellectuel entre l’Islam et les religions d’Afrique Noire a affaiblit
progressivement les religions du terroir. On a constaté que les sociétés africaines
islamisées de longue date ont tout perdu de leur religion traditionnelle, en revanche,
celle-ci reste toujours vivace et animées dans les sociétés réfractaires à la pénétration
des Arabes, telles que : « Seereer, Joola, Bassari, Baynungk etc... » L’islamisation
ressentie de ces populations a été favorisée par l’Administration coloniale, comme
l’atteste Henri Deschamps : « La colonisation européenne, tout en arrêtant la conquête
brutale de l’Islam, a singulièrement facilité son expansion pacifique »(Les religions
d’Afrique Noire.p.85)
Délirés par la pénétration victorieuse de la civilisation arabo-musulmane en Afrique
Noire, certains historiens arabes n’hésitent pas à coller aux africains noirs des clichés
d’images détestables et des qualifications haineuses et non fondées.
En lisant les écrits des défenseurs zélés de l’Islam arabe, sur les religions africaines, on
perd complètement l’espoir de trouver un terrain d’entente avec nos voisins belliqueux. A
titre d’exemple, Dr. Ahmed Chalaby (un égyptien ; spécialiste en étude comparée des
religions) qui écrit : « l’animisme est le courant dominant en Afrique Noire, les habitants
adorent des arbres ; des pierres, des étoiles, des héros et des esprits ancestraux. En
général ; ils son nus. Ils n’ont ni une loi, ni une civilisation. Lors que l’Islam pénétra
seulement en Afrique Noire que les habitants ont connu lumière de la connaissance. C’est
ainsi que l’Islam a posé les règles de la vie saine » (Revue-Minbarul-Islam : Tribune de
l’Islam N° 3, année 1973, p.116).
Cette affirmation gratuite et insensée ne reflète pas du tout, le système de pensée
religieuse en Afrique Noire.
Fait à Dakar, le 26 Mai 2009
ISSA LAYE TIAW : Chercheur traditionnaliste, indépendant.
167
Colloque
Plaidoyer pour le dialogue interreligieux IV
« Religion, paix et développement »
Contribution de M. Moïse Takougang Religion, vecteur de paix ou de discorde ? Approche du contexte actuel à la lumière de l’œuvre de Gotthold Ephraim Lessing « Nathan der Weise » Introduction La divergence dans la pratique religieuse a toujours été un sujet sensible dans le monde depuis sa création. On se souvient des deux fils d’Adam et Eve (Cain et Abel) donc l’un agriculteur et l’autre berger n’ont pas pu s’entendre sur un style unique d’offrir les sacrifices au Seigneur, l’histoire se terminera par l’assassinat de ce dernier par son frère Cain (Gn 4, 1‐16). Nous nous rappelons également de toutes les difficultés qu’a rencontrer Moïse et le peuple hébreux dans le désert parce qu’ils n’étaient pas sur la même longueur d’onde ; le prophète Eli et le roi Achab ; Jésus face aux dignitaires du judaïsme de son époque et aujourd’hui les conflits, attentats qui fusent de partout, particulièrement sur le continent africain. Si la religion, terme venant du grec « Religere » qui signifie « Lier » ou encore « faire un lien », est conçue comme un lien entre Dieu et les hommes, elle facilite la liaison entre les humains en leur donnant l’occasion de travailler, prier et vivre ensemble, de communier et d’œuvrer pour la paix et la justice. Comment expliquer qu’elle soit devenue au fil du temps l’une des grandes causes de division, de déchirements dans le monde ? La religion est devenu ainsi un sujet préoccupant chez de nombreux savants, philosophes, sociologues, économistes, politiciens, écrivains parmi les quels le très célèbre écrivain allemand Gotthold Ephraim Lessing. L’œuvre et l’Auteur De prime abord, qu’il me soit permis de dire deux ou trois mots sur cet Auteur de haute facture. Gotthold Ephraim Lessing, né le 22 janvier 1729 à Kamenz en Saxe et mort le15 février 1781 dans la capitale de la principauté de Brunswick, est un écrivain, critique et dramaturge allemand. Fils d’un célèbre pasteur et théologien de Lusace, Lessing est l’aîné de dix garçons, il fit ses humanités dans la Fürstenschule (école des nobles) de Saint Afra de Meissen où il apprit le grec, le latin et l’hébreu avant de faire de brillantes études de théologie à l’université de Leipzig, mais avec beaucoup d’intérêt pour la littérature, la philosophie et l’art. Initiateur du Sturn und Drang, écrivain de la Aufklärung et faisant parti des auteurs du Classicisme allemand (Deutsche Klassiker), il publia plusieurs œuvres dont les plus célèbres sont Kleinigkeiten‐ Damon, oder die wahre Freundschaft‐ Die Juden ‐ Der Schatz ‐ Emilia Religion, vecteur de paix ou de discorde ? Approche du contexte actuel à la lumière de l’œuvre de Gotthold Ephraim 168
Lessing « Nathan der Weise » Moïse Takougang. Galotti ‐ Nathan der Weise. « Nathan der Weise » paru en 1779 est une pièce de theatre composée de 4 actes et 6 personnages principaux à savoir : Nathan, riche commerçant juif de Jérusalem ; Recha, sa fille adoptive. Jeune chrétienne orpheline ; Saladin, sultan et grand monarque musulman éclairé ; Sittah, sa sœur, très intelligente et cultivé, elle est une des conseillères les plus écouter de Saladin ; Le Templier, demi‐frère de Recha et neveu de Saladin, il est la force guerrière de l’Eglise et Daja, la servante chrétienne du juif Nathan. A ce tableau s’ajouterait le Patriarche catholique, anti thèse de la lumière et le Frère lai, moine totalement dévoué au patriarche à qui il obéit à la lettre sans toutefois se poser de questions. L’action se déroule à Jérusalem à l’époque des croisades. Le marchand juif Nathan apprend au retour d’un voyage d’affaires que sa fille adoptive, Recha, a été sauvée du feu par un chevalier de l’ordre du Temple. Ce chrétien est lui‐même un rescapé, seul survivant d’un groupe de chevaliers de l’ordre mis à mort par les Sarrazins. Le sultan musulman, Saladin, lui a accordé sa grâce, ému par sa ressemblance avec son frère défunt, Assad. Le chrétien refuse les remerciements de Nathan, il n’a fait que son devoir. Saladin a des soucis d’argent et convoque Nathan sous prétexte d’éprouver sa sagesse. Il lui demande ce qu’il croit être la vraie religion espérant que la fidélité avouée de Nathan au judaïsme lui permettra de séquestrer ses biens. Mais Nathan lui donne une réponse sous forme de parabole, la parabole de l’anneau, bouleversant la perspective de Saladin sur les trois religions monothéistes. Frappé par la réponse de Nathan, le sultan sollicite son amitié. Il est ravi de se voir offrir un prêt sans avoir eu besoin de le demander.Cependant, l’amour étant plus fort que les préjugés religieux, le chevalier chrétien amoureux de Recha, souhaite l’épouser. Nathan semble très réservé sur ce projet de mariage. Apprenant de la servante chrétienne Daja que Recha n’est que la fille adoptive de Nathan et que ses parents étaient chrétiens, le Templier consulte le patriarche de Jérusalem. Bien que le Templier ait présenté le problème d’une façon toute hypothétique, le patriarche réclame à grands cris qu’on lui amène "ce juif", coupable d’avoir élevé une chrétienne dans la fausse religion, et qu’il aille au bûcher car selon lui : « Tut nichts ! der Jude wird verbrannt ! denn besser, es wäre hier im Elend umgekommen, als dass zu seinem ewigen verderben es so gerettet ward. Zudem, was hat der Jude Gott denn vorzugreifen ? Gott kann, wen er retten will, schon ohne ihn retten / IL n’importe! Le Juif sera brûlé. Il eût mieux valu pour elle périr ici‐bas misérablement, plutôt qu’avoir été sauvée ainsi, pour sa perdition éternelle. Et puis, que prend‐il à ce Juif d’anticiper sur les décisions de Dieu ? Dieu n’a pas besoin d’aide quand il décide de sauver quelqu’un ». Mais un bon frère apporte alors la preuve que Recha, élevée par le juif, est en fait la sœur du chevalier chrétien et que tous deux sont les enfants d’Assad, frère de Saladin converti au christianisme. Ainsi la pièce illustre‐t‐elle non seulement l’étroite parenté des trois religions mais le fait que tous les hommes sont frères et que la vérité se trouve bien dans ces liens fraternels qui unissent les hommes, alors qu’elle est absente de leurs querelles. Religion, vecteur de paix ou de discorde ? Approche du contexte actuel à la lumière de l’œuvre de Gotthold Ephraim 169
Lessing « Nathan der Weise » Moïse Takougang. Lessing ne porte pas au hasard son choix sur Jérusalem, c’est une ville symbolique pour les 3 religions révélées. C’est à Jérusalem que se trouve le tombeau du Christ pour le christianisme, c’est là qu’est situé le mur de la lamentation pour le Judaïsme et c’est également là qu’est situé La mosquée al‐Aqsa qui fait partie, avec le Dôme du Rocher, d'un ensemble de bâtiments religieux construit sur l'esplanade des Mosquées (Haram al‐Sharif) qui est le troisième lieu saint de l'islam, après La Mecque et Médine. Vous avez compris, la tolérance est donc le thème principal de son œuvre. En effet, il ne se passe plus une journée sans qu’on entende attentat par ci, fusillades par‐là, Aqmi, Boko haram, Schebab, mais aussi parfois l’acharnement des medias avec la caricature du prophète Mohamed, des exemplaires du coran brûlés, la réalisation des films polémiques tel que « l’innocence des musulmans », « The Last Temptation of Christ » ou encore le roman et film documentaire « Da Vinci code » présentant l’homosexualité du christ ect… A en croire que la meilleur façon de défendre sa religion, sa croyance ou même sa non croyance consisterait à s’attaquer à la croyance des autres, en se livrant à la provocation ou en versant le sang de celui qui ne partage pas ses convictions. Au vu de l’actualité, nous remarquons parfois que la société dans laquelle nous vivons est composé de véritable Moi, un Moi qui a du mal à s’affirmer et qui se laisse facilement entrainer dans une soumission presque aveugle à une espèce de Gourou social, économique et religieux. Mais il peut arriver parfois que le Moi se révolte en considérant uniquement l’aspect négatif de sa personne et à se dire « le Moi n’est pas beau, il est orgueilleux, egocentrique, détestable… » Et ainsi tenté parfois, pour s’extérioriser, de produire des actes préjudiciables juste dans le but de se faire valoir, se faisant ainsi rejeter par la société et ensuite se cacher derrière ce rejet pour justifier son état. Ceci dit, dans la très grande majorité des cas, les réactions émotives négatives font des ravages chez les personnes seulement lorsqu'elles ont une piètre opinion d’elles mêmes. Une image de soi qui laisse à désirer peut agir comme une loupe et transformer une faute sans importance ou une imperfection en preuve inéluctable d’une lacune de sa personnalité et c’est ce qui est parfois à l’origine des actes anti citoyens posés au nom de Dieu. Nous nous souvenons de ce qui s’est passé à Dakar le 22 octobre 2012. « Il n’ya pas de paix sans justice, il n’ya pas de justice sans pardon » déclarait le pape Jean Paul II à l’occasion des JMJ (Journées Mondiales des Jeunes » en 2002. En effet, aucune religion ne peut fonctionner en marge du pardon, gage de la véritable justice et de la paix. Lorsqu’on est atteint dans son intégrité physique, morale ou spirituelle, quelque chose d’important se produit en soi. Une partie de notre être est touchée, nous sommes meurtrie, souillée et violée, comme si la méchanceté de l’offenseur avait rejoint le moi intime. Là, on est porté de se montrer méchant à son tour, non seulement envers son offenseur, mais envers soi‐même quelques fois, les autres et particulièrement ses amis. Or un croyant qui refuse de pardonner parvient difficilement à vivre le moment présent. Il reste accroché au passé et, par le fait même se condamne à rater son présent, en plus de bloquer son avenir. Dieu dit dans la bible « Ne vous souvenez plus du passé, voici que je vais faire pour toi une chose nouvelle, et déjà elle est proche » Isaïe43, 18. L’homme n’est pas un êtres de répétition, sinon son existence n’aurait pas de sens. L’islam est très rigoureux en matière de pardon, en effet, nous pouvons lire dans le coran : «fasabbih bihamdi rabbika wa‐s‐tagfirh.’innahû kâna tawwâba : alors, par la louange, célèbre la gloire de ton Seigneur et implore Son pardon. Car c'est Lui le grand Accueillant au repentir » Sourate 110, 3. D’ailleurs, l’islam a toujours prôné la tolérance, je dirais l’acceptation de Religion, vecteur de paix ou de discorde ? Approche du contexte actuel à la lumière de l’œuvre de Gotthold Ephraim 170
Lessing « Nathan der Weise » Moïse Takougang. la religion de l’autre et la cohabitation pacifique avec les adeptes d’autres religions. La première hégire qui est souvent oublié a eu lieu en 631 lors des premières heures de l’ISLAM. En effet, menacé par les souverains de la Mecque, le prophète Mohammed (psl) envoya ses adeptes trouver protection en Abyssinie, actuel Ethiopie auprès du souverain chretien Négus ( Al NAJASHI). D’ailleurs, dans le coran nous pouvons lire « qul yâ’ayyuha‐l‐kâfirûn lâ’a’budu mâ ta’budûn wa lâ’antum ‘âbidûna ma ‘a’bud. Wa lâ ‘anâ ‘abidu –m‐mâ ‘aba _t‐tum wa lâ ‘antum ‘abidûma ma ‘a’bud. Lakum dînukum wa liya dîn / Ô vous les dénégateurs ! Je n’adore pas ce que vous adorez. Et vous n’êtes pas adorateur de ce que j’adore. Je ne suis pas adorateur de ce que vous adorez et vous n’êtes pas adorateur de ce que j’adore. A vous votre religion, et à moi ma religion » Sourate 109, 1‐6. La Parabole de l’anneau La partie clé de notre pièce est sans doute l’acte III, scène 7 où Nathan raconte à Saladin la parabole de l’anneau. Compte tenu de la longueur du texte, qu’il me soit permis de donner ici juste un petit résumé en français. Un homme se fait faire un anneau qui détient le pouvoir de susciter l’amour pour celui qui le porte et qu’il lègue à son fils préféré en lui enjoignant de faire de même. L’anneau est transmis ainsi de père en fils, de générations en générations jusqu’au jour où il échoit à un père très attaché à ses trois fils. Près à mourir, il fait faire deux anneaux neufs par un spécialiste, et remet un anneau en secret à chacun de ses fils. Le père mort, les trois fils se disputent l’héritage, chacun persuadé de détenir l’anneau véritable. Ne trouvant pas de compromis possible, puisque chacun détient la vérité de la bouche de son père et qu’il ne peut donc la remettre en question sans accuser ce père bien‐aimé de lui avoir menti, les frères demandent au juge un arbitrage. Le juge remarque que l’anneau a la réputation de susciter l’amour de Dieu et des hommes, et qu’il suffit d’attendre pour voir quel anneau est efficace, à moins que le père n’ait fait fabriquer trois anneaux neufs et que l’anneau originel ne soit perdu. Il invite donc les frères à travailler pour l’avenir en s’efforçant de rendre les générations à venir plus vertueuses que possible. Dans cette parabole on peut voir le père comme une représentation de Dieu, les trois fils étant les trois religions monothéistes, judaïsme, christianisme et Islam. Comme le père aime également ses trois fils, Dieu aime également les trois religions alors que celles‐ci se disputent et prétendent chacune détenir la vérité au lieu d’imiter l’amour dont le père a témoigné à leur égard. Dans l’hypothèse où les trois anneaux seraient neufs le père apparaît comme le représentant d’une religion originelle ou idéale désormais perdue, et les fils comme trois religions révélées, historiques, également proches ou éloignées de la vérité première. Dans cette dernière perspective le juge représente Dieu qui recommande aux hommes de se préoccuper de l’éducation de leurs propres enfants au lieu de leur donner l’exemple détestable de ces querelles. Nathan finira cette histoire ainsi « Und wenn sich dann der Steine Kräfte Bei euern Kindes‐Kindeskindern äußern: So lad ich über tausend tausend Jahre Sie wiederum vor diesen Stuhl. Da wird Ein weisrer Mann auf diesem Stuhle sitzen Als ich; und sprechen. Geht!‐‐So sagte der Bescheidne Richter / « Et si ensuite la vertu des pierres se manifeste chez les Religion, vecteur de paix ou de discorde ? Approche du contexte actuel à la lumière de l’œuvre de Gotthold Ephraim 171
Lessing « Nathan der Weise » Moïse Takougang. enfants des enfants de vos enfants, je vous convoquerai à nouveau dans mille fois mille ans devant ce tribunal. Alors siègera ici un homme plus sage que moi : il jugera ‐‐. Allez ! » Ainsi parla le juge plein de modestie ». Conclusion Alors à la question de savoir du christianisme, judaïsme, Islam et RTA (Religion Traditionnelle Africain), laquelle est la vrais, je répondrais avec le juge de la parabole: « celle des quatre religions qui apportera le véritable anneau détenant le pouvoir de susciter l’Amour pour celui qui le porte sera à mon avis la vraie religion » et en attendant que s’écoule les mille fois mille ans, Chrétiens, musulmans, Juifs, Adeptes des RTA, « Que chacun, de tout son zèle, imite cet amour pur et loin de tout préjugé ! Que chacun rivalise pour parer sa bague de la vertu de la pierre ! Qu’il seconde cette vertu par la douceur, par un cœur tolérant, par des bienfaits et par un profond attachement à Dieu ! ». Je vous remercie Bibliographie ‐
Lessing, Gotthold Ephraim. Nathan der Weise.1779.102 pages ‐
La Bible de Jérusalem. Cerf ‐
Le Saint Coran ‐ Edition bilingue, grand format ‐
Inhaltsangabe ‐ www.inhaltsangabe.de (19/10/2012) ‐
Interpretation der Ringparabel – Nathan der Weise. www. hausaufgabenscout.de (19/10/2012) Moïse TAKOUGANG, Mitglied des Wissenschaftlichen Komitee zum interreligiösen Dialog KAS / Student in der Deutsche Abteilung UCAD Membre du comité scientifique pour le dialogue inter religieux FKA Etudiant au département d’allemand UCAD Religion, vecteur de paix ou de discorde ? Approche du contexte actuel à la lumière de l’œuvre de Gotthold Ephraim 172
Lessing « Nathan der Weise » Moïse Takougang. Plaidoyer pour le dialogue interreligieux
IV Colloque 13 et 14 Novembre 2012
THEME
« Religion, paix et développement »
Le rôle de la Communication dans la construction de ponts de Compréhension, de Dialogue et de Coopération entre adeptes de toutes les religions Madame
la Représentante Résidente,
Distingués Invités,
Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs
Chers Participants.
Nous voici une fois encore réunis, après trois Colloques sur le dialogue interreligieux,
dans cette même place, ici, à la Fondation Konrad Adénauer.
C’est avec une joie et un réel plaisir que je prends la parole à l’occasion de ce quatrième
Colloque qui a pour Thème : Religion, paix et développement.
Bien entendu le Thème « Religion, paix et développement » ne peut pas à lui tout seul
situer tout le Dialogue interreligieux mais il a en microcosme l’inévitable démarcation
entre les peuples du monde, différents par la culture et les impératifs géographiques,
qui attendent de la Religion la révélation d’une réponse aux énigmes cachées de la paix
et du développement, mieux de la condition humaine.
.
La coïncidence n’est certainement pas fortuite et implique aussi que l’on fasse de la
déficience de la paix et du développement dans le monde l’inspirateur d’un Projet de
Communication entre adeptes de différentes Religions. C’est pourquoi, au Sénégal et en
Afrique, l’occasion de ce Colloque peut nous conduire à une réflexion approfondie sur la
nécessité de promouvoir une Communication concertée et unie dans la perspective d’un
développement de la Compréhension, du Dialogue sincère, de la Coopération, de la
Solidarité et de la Fraternité entre adeptes de différentes Religions. Le développement
de toutes ses virtuosités chez les Juifs, Chrétiens, Musulmans et autres Croyants en
Dieu en Afrique, doit être soutenu par un fond commun d’initiatives clairement insérés
dans une vaste Communication à l’échelle du monde.
Je m’exprime ainsi dans la mesure où le Dialogue interreligieux n’est pas une essence
mystérieuse, ni un savoir ésotérique, ni même une configuration caractérielle. Il est
aussi une vaste Communication à l’échelle du monde et inclut : Opinions que l’on peut
avoir et diffuser sur d’autres Religions ; Renseignements que l’on peut trouver et
diffuser sur d’autres Religions ; Messages que l’on peut transmettre et diffuser sur
d’autres Religions ; Arts et Œuvres exprimant une sensibilité et une disposition que l’on
peut réaliser et diffuser sur d’autres Religions ; Cultures et Manifestations exprimant
une conviction et une manière de voir que l’on peut produire et diffuser sur d’autres
Religions. Il semble que c’est tout cela qui peut développer la Compréhension, le
Dialogue plus sincère, la Coopération, la Solidarité et la Fraternité entre adeptes de
différentes Religions, pour des relations dites équilibrées au niveau des Droits des
Libertés et du Bien être de chacun et de tous.
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Les relations entre Juifs, Chrétiens, Musulmans et autres Croyants en Dieu ont déjà une
longue histoire en Afrique. Elles s’insèrent depuis longtemps dans une grande diversité
de contextes (Politiques, diplomatiques, Juridiques linguistiques, ethniques) si bien
qu’on ne saurait réduire l’actuel Dialogue à la seule relation entre leurs différents
mondes. Il s’agit désormais d’un phénomène mondial qui revêt, en chaque continent et
en chaque pays, des dimensions spécifiques qui ne sont pas sans exercer une influence
sur la globalisation de ce même Dialogue. Juifs, Chrétiens, Musulmans et autres
Croyants en Dieu se trouvent vivre ensemble partout sur la planète, dans des continents
comme dans des pays, ont diverses relations et en auront d’avantage dans l’avenir.
Mais dans la cadre de cette définition de relations primordiales entres Juifs, Chrétiens,
Musulmans et autres Croyants en Dieu, il convient bien aussi de s’interroger sur
l’actuelle pratique des Droits de l’homme dans les pays concernés où ils vivent, tels
qu’ils ont été définis en 1948 par la Déclaration universelle des Droits de l’homme.
Il faut savoir à ce sujet, ce qu’en affirment réellement la TORAH, les Droits du point de
vue de la BIBLE, La Déclaration des Droits en Islam, la Déclaration des Droits du Conseil
Islamique pour l’Europe de 1981, la déclaration des Droits de l’homme de l’OCI de 1990
ou la Charte Arabe des Droits de l’homme de 1994, ce qu’enfin revendiquent les
diverses Ligues ou Associations nationales pour la défense des Droits de l’homme. Dans
les relations entre Juifs, Chrétiens, Musulmans et autres Croyants en Dieu, après les
Droits de l’homme, on peut s’interroger aussi sur d’autres questions, au regard des
Saintes Ecritures et Croyances :
Après les Droits de l’homme, que disent les Saintes Ecritures et Croyances exactement
des libertés de pensée et d’expression ainsi que d’association et de participation à la vie
publique pour défendre une cause ?
Que disent concrètement les Saintes Ecritures et Croyances du bien être social et de la
réduction des déficiences de l’ordre social. ?
Que disent les Saintes Ecritures et Croyances précisément du bien être économique et
de la réduction des disparités entre riches et pauvres ?
Que disent les Saintes Ecritures et Croyances du bien être environnemental et de la
réduction des éléments naturels et artificiels contre la vie dans tous ses états ?
Sur toutes ces grandes questions essentielles aux grands équilibres de l’homme, un
premier bilan serait nécessaire pour en mesurer équitablement les interprétations
diversifiées et les applications particularisées à d’autres Croyants. Les interprétations
équitables peuvent être révélées et diffusées en commun par tous les Croyants et
apparaitre dans les Opinions, les Renseignements, les Messages, les Arts et les Cultures
des uns et des autres, développer des relations dites équilibrées au niveau des Droits,
des Libertés et du Bien être de chacun et de tous.
La Communication concertée et unie peut minimiser les nombreuses dissensions et
inimitiés qui se sont manifestées au cours des siècles entre Juifs, Chrétiens, Musulmans
et autres Croyants en Dieu. Elle peut aider à exhorter à oublier le passé de gloires et de
déboires des uns et des autres, à s’efforcer en toute sincérité à la Compréhension
mutuelle, au Dialogue plus sincère, à la Coopération, à la Solidarité et à la Fraternité.
C’est à l’aune de la Communication concertée et unie, sur les grandes questions
essentielles aux grands équilibres de l’homme, dans un vaste mouvement d’adaptation
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et de diffusion, dans l’espace et dans le temps, qu’il faut situer les opinions publiques
favorables à trouver une réponse aux énigmes cachées de la paix et du développement
dans le monde, mieux de la condition humaine par le Religion.
On ne peut pas le nier, les opinions publiques, dans les pays, se retrouvent souvent
enfermées avec leurs peurs et leurs fantasmes, leurs préjugés et leurs malentendus,
leurs généralisations indues et leurs rejets de l’autre, dans des perceptions
globalisantes.
Dans la mondialisation actuelle, il est difficile d’ignorer les effets du discours sur la
confrontation vaste mondiale qui oppose le Judaïsme et le Christianisme à l’Islam et aux
autres Religions. Effets de discours dont les échos se propagent partout dans le monde,
dans la Communication mondiale et sur tous les modes, codes et canaux classiques de
transmission. A l’ère de la communication mondiale et des migrations universelles, les
effets de ce discours, quand ils sont hostiles pour les Croyances et Convictions
religieuses des uns et des autres, font émerger des perceptions globalisantes qui
favorisent les antagonismes, les tensions et les conflits.
Tout semble, en effet, se passer comme si le mouvement de mondialisation, de
rapprochement des distances et de convergences des intérêts, s’accompagne d’une
exacerbation des identités historiques et culturelles.
Au Sud comme au Nord, bon nombre de peuples du monde succombent à la grande
tentation du repli sur soi, de l’ignorance de l’autre et de l’isolement dans ce qu’ils
considèrent comme étant le fondement de leurs identités historiques et culturelles.
A une époque où le genre humain devient de jour en jour étroitement uni et où les
relations entre tous les peuples, nations, Etats, augmentent et se multiplient, les
Croyants en Dieu peuvent très bien imaginer plus attentivement les relations qu’ils
peuvent avoir entre eux.
A une époque où d’importantes transformations sociales, culturelles et scientifiques
s’accélèrent et bouleversent autant la vie collective qu’individuelle, les Croyants en Dieu
peuvent aussi imaginer ce qu’ils ont en commun et qui peuvent les pousser à s’unir.
A une époque où l’on pourrait espérer beaucoup grâce à l’avancée scientifique et
technologique et que l’on constate des iniquités, des inégalités, des pauvretés, des
souffrances et des violences croissantes au sein de l’humanité, les Croyants en Dieu
peuvent être appelés à vivre ensemble leur destinées et leurs cheminements vers Dieu.
Toutes ces raisons devraient engager Juifs, Chrétiens, Musulmans et autres Croyants
en Dieu, plus que jamais, à reprendre et à continuer dans la qualité tous les efforts de
Dialogue déjà organisés et déployés dans leurs relations.
Il est donc important qu’ils continuent à explorer ensemble des voies, des
cheminements, des processus, pour parvenir, lentement mais surement, à présenter
leurs Religions non pas en Opposition, comme cela est advenu trop souvent par le
passé, mais en Partenariat pour le bien de la famille humaine.
Juifs, Chrétiens, Musulmans et autres Croyants en Dieu en Afrique doivent surtout
apprendre, par des voies, cheminements et processus, que leurs Religions ne sont pas
des blocs monolithiques qui doivent s’affronter mais se comprendre, dialoguer
,coopérer, se solidariser, se fraterniser.
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C’est dans l’espoir partagé de manifester par la conviction et l’action, toute la
beauté universelle des Saintes Ecritures et Croyances, que nous pensons
qu’une CONVENTION DE COMMUNICATION, entre les Religions Juives,
Chrétienne et Musulmane, est nécessaire, pour soutenir le rôle de la
Communication dans la construction de ponts de Compréhension, de Dialogue
sincère, de Coopération, de Solidarité et de Fraternité entre adeptes de toutes
les religions.
La convention sera d’abord nationale puis régionale et mondiale, élaborée par les laïcs
des confessions religieuses, signée par les différents Guides et l’Etat ou les Etats,
validée par des Organismes et Institutions. Elle sera applicable par les Acteurs religieux,
civils, culturels, sociaux et politiques aux Avis, Opinions, Informations, Renseignements,
Symposiums, Colloques, Séminaires, Messages, Arts, Cultures etc...
Il est crucial d’ouvrir une perspective permettant d’aller à l’encontre de toutes les voies,
cheminements et processus, qui tendent à mondialiser des antagonismes, tensions et
conflits passés ou qui demeurent enfuis dans les consciences et dans les imaginaires
collectifs et individuels.
Il est primordial de dé-mondialiser dans les consciences et imaginaires collectifs et
individuels les antagonismes, tensions et conflits. Il faut dépasser les séquences
temporelles et renouveler la lecture que l’on peut faire des relations entre Juifs,
Chrétiens et Musulmans.
Il est maintenant capital de témoigner de la vraie grandeur de Dieu et de la dignité de
sa créature « l’homme », pour le bien de l’homme et de la cité terrestre.
L’attention qu’il convient de porter à la communication concertée et unie contribuera à
rechercher des solutions que l’on trouvera dans les interprétations équitables aux
grandes questions essentielles :
- Des droits de l’homme ;
- Des libertés d’opinion et d’expression, d’association et de participation à la vie ;
- Du bien être social et de la réduction des déficiences plurielles de l’ordre social ;
- Du bien être économique et de la réduction des disparités entre riches et pauvres ;
- Du bien être environnemental et de la réduction des éléments et facteurs contre la vie.
En agissant avant tout sur les interprétations équitables des grandes questions
essentielles aux grands équilibres de l’homme et au niveau des causes locales
d’antagonismes, de tensions et conflits à résonances et à réminiscences mondiales, les
Religions pourront alors constituer le fondement d’un engagement critique contre les
faiblesses et les défaillances humaines, pour une quête commune des Droits et des
Libertés ainsi que du Bien être de tous, de la Dignité, de la Justice et de la Paix .
176
Je vous encourage à la discussion et à la réflexion et vous remercie de votre attention.
Albert KABAMBA
Tel : 76 837 89 40 /33 868 53 90
Centre Keur Espérance Abbé Jacques SECK
Membre du Comité Scientifique por le Dialogue interreligieux de la Fondation
Konrad Adénauer KAS
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