Camaraderie n°280

Camaraderie n°280
p. 7 AGIR : MODE D’EMPLOI Devenir réalisateur !
p. 8 Formation L’animation : un secteur ouvert à tous !
`YaU[Un]bY
XYgZfUbWUg
^Ubj"aUfg b”&,$
&$$,
s
De
ur
po
és
cl
la musi
qu
e,
la
ch
anso
n... cultu
e
a
u
M
r
e
z
t
n
le s
o
ndre
compre
!
on
ce
ntr
e de loisirs !
`YaU[Un]bY
XYgZfUbWUg
SOMMAIRE
^Ubj"aUfg b”&,$
&$$,
n 2004, au Congrès de Nantes, nous avons réaffirmé la laïcité comme
l’une des valeurs qui fondent l’action de notre Mouvement : « La laïcité
est une valeur liée au respect mutuel. Elle va au-delà de la tolérance et
invite non seulement à admettre mais à comprendre l’autre, son histoire,
sa culture… Elle implique donc de lutter contre toute atteinte à l’intégrité
et à la dignité des personnes, contre toute idéologie contraire aux Droits de
l’homme et aux Droits de l’enfant. »
3
Questions de principe
4
Initiatives
6
Paroles de pionniers
7
Agir : mode d’emploi
8
Formation
Depuis, mouvement d’éducation, mouvements d’éducateurs, nous avons
multiplié les initiatives pour que ce principe de laïcité, ferment de la cohésion
sociale, se mette en vie dans tous les espaces éducatifs, au centre de loisirs, à
l’école, au collège... Pour ce, nous avons multiplié les ressources, CD-ROM,
Camaraderie n°272, le site commun réalisé avec les CEMEA et la Ligue de
l’Enseignement : la Laïcité à l’usage des éducateurs. Notre volonté éducatrice
était alors de vivre plus nombreux la laïcité, de la comprendre, de la partager,
pour qu’elle contribue à plus de lien social, à mieux vivre ensemble.
9
Des clés pour comprendre
Aujourd’hui, nous nous devons de constater que le principe de laïcité est remis
en cause.
17
Les 3 questions de Claire Legrand
En amont du forume Éduquer pour demain
Un terrain à reconquérir
Devenir réalisateur !
L’animation : un secteur ouvert à tous !
La musique, la chanson... culture au centre de loisirs !
On en parle encore !
Citoyens du Monde
18 Naissance d’un partenariat
Partenaires : Jugendwerk der Arbeiterwohlfahrt
20
Web Tour
qui crée du lien et donne à voir
23
Aujourd’hui, nous nous devons de constater que le plus haut niveau de l’État
porte atteinte à la Laïcité de la République, République indivisible, démocratique,
laïque et sociale selon l’article 1 de la Constitution.
Aujourd’hui, nous nous devons de SAUVEGARDER LA LAÏCITE DE LA
RÉPUBLIQUE en signant l’appel laïque sur www.appel-laique.org.
n La rédaction
Zooms sur vous
22 Une écriture ouverte à la mode de Wikipédia
Couverture : © D. Lefilleul
ÉDITO
C’est à vous
Portrait
24 Roger Sue. L’important c’est ce qu’on a dans le ventre !
le magazine des Francas n° 280
Directeur de la publication : Philippe Deplanque – Responsable du
magazine : Didier Jacquemain (djacquemain@francas.asso.fr) – Animatrice de
la rédaction : Nadia Astruc (nastruc@francas.asso.fr) – Ont contribué aux
rubriques générales : Aurélie Aiello, Nadia Astruc, Michèle Ayme, Olivier
Baldomero, Pierre Barbier, Laurent Bodereau, Majid Bougria, Thierry Bourgis, Michel Briand, Chemsi Chairat, Victor
Culit, Saint Lois Djafri, Betty Dupeyron, Marc Epron, Alexandra Gache, Ghislain Ghiglia, Xavier Lafleur, Amélie Le
Formal, Florence Macon, Max Maheux, Patrick Marcel, Sara Mieth, Romain Piron, Christophe Piroue, Benoît Prigent,
Rachid Rettib, Amine Mohamed Sebkhi, Myriam Seid, Roger Sue – Maquette : Chromatiques – 47/49, avenue
du Docteur Arnold-Netter – 75012 Paris – www.chromatiques.fr – Impression : Paton Imprimeur – 71, avenue
du Maréchal-Leclerc – 10120 Saint-André-les-Vergers – Les Francas : 10-14, rue Tolain – 75980 Paris Cedex 20
– Tél. : 01 44 64 21 53 – Fax : 01 44 64 21 11 Camaraderie n° 280 Janvier-Mars 2008 – Trimestriel –
Abonnement : 4 n°/an : 7,62 n – Numéro de commission paritaire n°1009 G 79149 – ISSN n°0397-5266 –
www.francas.asso.fr
QUESTIONS DE PRINCIPE
Les 3 questions
de Claire Legrand
Pour beaucoup de jeunes, aller au musée n’est pas
un acte régulier ou évident. Alors quand en plus
il s’agit de découvrir des œuvres d’art contemporain,
la démarche est encore moins facile.
Claire Legrand est responsable du service au public
au sein du FRAC (Fond Régional d’Art Contemporain)
de Bourgogne à Dijon depuis huit ans maintenant.
Elle a accueilli treize jeunes stagiaires en session
d’approfondissement au Brevet d’Aptitudes
aux Fonctions d’Animateur, option patrimoine et
muséographie. L’exposition de Matthew Buckingham
Play the story les a inspiré…
Claire Legrand : Avant tout,
pourriez-vous me dire quelle est
votre propre expérience de visites
d’expositions ou de musées d’art
contemporain ?
Claire Legrand : Il est important
d’apprendre à regarder. Bien que
dans nos sociétés l’image soit omniprésente, on ne sait pas regarder.
En plus d’un peu de vocabulaire
plastique, il faut se faire confiance :
par rapport à notre environnement
et nos connaissances, nous pouvons
Groupe de jeunes : Oui mais en
général la différence fait peur. Bien
sûr tout dépend de son éducation,
de ses valeurs et de son ouverture
d’esprit. Mais comme c’est différent,
on ne sait pas comment faire. (…)
Avec une explication on est rassuré.
Du coup on s’ouvre plus facilement
à l’exposition et on oublie l’inconfort
du début. (…) C’est un peu comme
avec les livres ou le cinéma : ce n’est
pas parce qu’on n’a pas aimé que l’on
va définitivement arrêter de lire un
ouvrage ou d’aller au cinéma. Il faut
persévérer et former son regard.
Claire Legrand : Quelles sont vos
impressions sur cette exposition ?
Groupe de jeunes : Pour la première
c’est déstabilisant, on perd nos repères. (…) La femme se confond dans le
décor. On dirait un fantôme. (…) Pour
la salle où l’on peut lire un texte et
visionner en même temps des diapositives d’un avion, j’ai l’impression que
l’on ne présente une fois de plus que
le côté négatif de l’Allemagne et de la
Seconde guerre mondiale. Je ne pense
pas que ce soit adapté pour des
enfants. (…) Dans l’actualité on parle
beaucoup du devoir de mémoire et
je suis contre. Pour moi il y a des
moments et des manières pour en
parler et en centre de loisirs, ce n’est
pas le bon lieu. (…) Je ne pense pas
qu’il y ait que l’Allemagne qui soit
visée. Pour moi c’est plus l’intolérance
en général. (…) L’artiste oriente notre
façon de voir la réalité, l’actualité grâce
à sa mise en forme. Il fait le rapport
entre le passé et le présent. (…) Les
enfants ne verraient peut-être pas les
mêmes choses et ne comprendraient
pas l’œuvre comme nous car ils n’ont
pas les mêmes connaissances ou
références.
n Propos recueillis par Nadia Astruc
© Nadia Astruc
EN SAVOIR PLU S
i
les FRAC sont des structures
associatives nées d’une
volonté politique dans
les années 1980. Le but :
décentraliser et démocratiser
la culture. Ils n’ont pas
vocation à être des lieux
permanents d’exposition
donc ils présentent toute
l’année des auteurs différents. Les FRAC ont trois
missions principales :
acheter des œuvres
d’artistes, travailler avec
des partenaires désirant
accueillir ces œuvres dans
leurs locaux (collectivités
territoriales, associations…)
et accompagner les œuvres
en facilitant leur compréhension par le biais d’outils,
de rencontres…
L’exposition actuellement
visible présente la condition
des femmes vue par
l’auteur, à travers trois
époques : le XVIIIe, le XIXe
et le XXe siècle.
Groupe de jeunes : Je n’ai pas
de grandes connaissances des arts
visuels. Mais j’ai de bons souvenirs
de musées vus à Lyon. J’ai un a priori
favorable. (…) J’ai adoré visiter le
musée des Beaux-Arts de Dijon. Je
pensais que je n’aimais que les impressionnistes et j’ai découvert d’autres
œuvres… qui m’ont séduites. J’ai
envie de poursuivre. (…) J’ai vu quelques expositions quand j’étais au lycée
notamment. Je pense qu’avec un
guide c’est intéressant car il nous
apporte des anecdotes. Mais quand je
suis seule, j’accroche moins. (…)
Quand je vais dans un musée, je n’ai
pas forcément de réel intérêt à la
base. J’y vais pour être surpris. J’aime
les mélanges étonnants. (…) C’est un
moyen de m’ouvrir des pistes. (…) Je
n’accroche pas du tout à l’art contemporain. On dirait que ça ne représente
rien. En tout cas, ça ne me parle pas,
même avec des explications. Il faut
être très imaginatif. Je préfère les
« vieux » tableaux. Quand ça ressemble
à quelque chose, que le tableau raconte
une histoire, on a l’impression de vivre
avec. (…) J’ai un peu de mal aussi à
rentrer dedans. Je pense que je cherche trop à comprendre. (…) J’ai été
dans peu de musées car l’occasion ne
s’est pas présentée. Quand je peux
interpréter ce que je vois, ça va. Mais
un tableau blanc avec un point… ça
ne me parle pas. Je reste ouvert néanmoins. (…) Selon les expositions, j’accroche ou pas. Mais une chaise avec
un pied en moins et une ampoule dessus, pour moi ce n’est pas de l’art !
(…) Ce que j’aimerais c’est savoir
comment intéresser les enfants. (…)
Parfois je ne vois pas où l’artiste veut
en venir. (…) Appeler un carré blanc
de l’art, c’est abuser ! Mais j’aime bien
car cela délivre un message sur la
société actuelle. C’est intéressant de
s’amuser à essayer de comprendre,
même si seule, c’est plus difficile !
tous comprendre les œuvres contemporaines.
le magazine des Francas n° 280
initiatives
D
Entre newsletter
et logistique…
ans les régions, les
différentes actions
éducatives mises en
place commencent à
se faire entendre et
avant d’être présentées au Forum dans le
cadre de l’agora des projets, trouvent
déjà écho dans la newsletter. Cette
lettre d’information qui paraît toutes les
deux à trois semaines depuis novembre
dernier, donne un avant-goût du
Forum. On y trouve des informations
générales sur la manifestation : fonctionnement des ateliers, de l’agora
des projets, thématiques des conférences (rubrique « Juin 2008 ! »), mais
aussi des projets repérés au local en
direction des enfants et des adolescents
ou à leur initiative, en lien avec les
familles ou l’école, ou bien proposant
une pratique culturelle innovante
(rubrique « Agora des projets »).
propose quant à elle de mettre en
avant les partenaires des Francas qui
feront le déplacement à Tours pour ce
grand événement.
Pour recevoir la newsletter du Forum
« Éduquer pour demain », inscrivez-vous
sur le site. www.eduquerpourdemain.fr.
Une organisation bien pensée
Du côté de l’organisation, outre le
travail de la Fédération nationale et de
son groupe d’appui « Forum », un
premier rassemblement des militantsbénévoles a eu lieu le 2 février dernier
à Tours, avec repérage sur le site du
Parc des expositions, présentation du
Forum, de ses objectifs et de ses
enjeux à tous les niveaux. De toute la
région Centre, ils sont venus proposer
leurs compétences pour tel ou tel
Depuis quelques
mois déjà,
le Forum « Éduquer
pour demain »
se prépare,
aussi bien du côté
des participants
que de celui
des organisateurs !
domaine afin d’offrir un accueil
chaleureux aux participants, aux
conférenciers et aux partenaires. À
partir d’une séance de brainstorming,
toutes les équipes ont été passées en
revue : accueil en gare, transports, lieux
de convivialité sur le site, sécurité,
régie matériel, organisation de la soirée
tourangelle, etc.
Le groupe d’appui national se charge
de mettre en place les conférences, les
ateliers et l’agora des projets (recherche
des conférenciers et travail préparatoire, logistique du site…) et organise
la restauration, l’hébergement, la
scénographie…
Pour être prêts le 28 juin, la mobilisation est générale !
n Amélie Le Formal
aleformal@francas.asso.fr
forum-eduquer-pour-demain@
francas.asso.fr
D’autres rubriques telles que la « Boîte
à outils » et « Forum International »
qui sont publiées alternativement,
permettent aux futurs participants de
s’approprier le Forum : annonce de la
sortie d’un programme, de la mise en
place d’un forum internet permettant
de prendre connaissance et de réagir
aux problématiques des ateliers, mais
aussi de proposer de nouveaux sujets.
Des informations sur Tours et sa région
sont également publiées dans ce cadre.
La rubrique « Forum International » se
l
© D. Lefilleu
le magazine des Francas n° 280
© AD 93
Envie de lire,
besoin de savoir
D
urant les vacances d’été
2007, chaque stagiaire a été
invité à lire un livre de son
choix (roman, revue spécialisée de sports, livre d’histoire, épopée,
livre interactif…) afin de le présenter
aux autres. En septembre, nous avons
constitué un jury littéraire. Chaque
lecteur a reçu une fiche d’appréciations
à renseigner permettant de mettre
en valeur la publication : qualités
Une note était attribuée par chaque
participant pour chacun des ouvrages
présentés… avec emphase, solennité,
passion, pointe d’humour, émotion...
selon la personnalité du lecteur !
Les quatre livres les mieux notés ont
fait ensuite l’objet de débats ardus,
convaincants, entre les stagiaires. Ce
qui primait à ce stade était la qualité
de l’écriture, l’intérêt, les connaissances que le support élu apporterait à
la promotion de « Bpjessiens ».
« And the winner is… »
Nous avons retenu L’Épopée d’or et
de sang de Kaya Daouds. Lors de sa
présentation, Madjid nous a captivés
en racontant l’histoire de son pays
d’origine, le Maroc.
Le livre raconte l’histoire vraie d’un
homme dont les valeurs humaines
Des artistes et des droits
l’amènent à combattre l’armée espagnole pour la liberté de son pays. Il
décrit cette guerre (de 1921 à 1926) où
s’affrontent l’armée espagnole très
organisée, et un homme déterminé,
Abdel Krimm, entouré d’une poignée
de paysans. Pour l’amour de leur pays,
grâce à leur ruse, sans arme et malgré
leur infériorité, les Marocains repoussent cette armée innombrable.
L’auteur relate une histoire souvent
oubliée : celle des colonisations où le
courage des hommes et leur résistance,
ont permis à des peuples d’exister. Il
décrit des faits réels, basés sur des
témoignages recueillis patiemment.
Ce livre permet de découvrir des
horizons nouveaux, de s’enrichir
culturellement. Des larmes, du courage,
de la peur, du sang, des valeurs, de
l’amour, une histoire forte, merveilleuse,
à ne pas manquer.
n Aurélie, Chemsi,
Christophe, Ghislain,
Madjid, Max, Mohamed, Myriam,
Rachid, Saint Lois, Soufiane,
Thierry, Victor, Xavier
© AD 80
Dans le cadre de la formation BPJEPS
(Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l’Éducation
Populaire et du Sport) en Seine-Saint-Denis,
Philippe Walquemane conduit des ateliers de lecture
et d’écriture pour mettre en confiance face aux différents
écrits à réaliser. Différents modes d’expressions
permettent de s’y familiariser. Certains jeunes ayant
suivi la formation s’expriment à ce sujet.
d’expression, présentation de l’auteur,
accroches de la lecture, registre de
langue, mots pour décrire les situations, histoire... Ces critères précis ont
permis à huit d’entre nous de faire
partager oralement aux autres notre
nouvelle passion.
Pour Faradjidine, Fatima, Noémie, Guillaume, Marine et Anaïs,
élèves de l’école Georges-Brassens, dans le quartier d’Étouvie à Amiens,
le concours d’affiches « Agis pour tes droits » est important.
«
O
n a cherché des idées, un slogan,
regardé des agendas. On a réfléchi
aux conditions de vie des enfants
dans le monde. On a travaillé en
classe un thème qui nous plaisait.
On s’aperçoit qu’il ne faut pas trop se plaindre. On
veut montrer le respect de l’environnement. C’est
parfois difficile de vivre dans le quartier, mais on
s’aperçoit qu’on prend trop vite l’habitude de se
plaindre.
On voulait faire une affiche avec le globe, mais
on s’est aperçu que tout le monde le faisait, alors
on a choisi un arbre. C’est un symbole de paix et
c’est grâce à lui qu’on respire. On a dessiné, moi j’ai
fait le cœur parce que l’arbre a besoin d’être aimé.
On aimerait le refaire au collège l’an prochain. »
Pour Nathalie Hartz, leur enseignante, ce concours
permet de travailler à l’évolution des représentations.
Les enfants pensent spontanément au tiers-monde
et leurs propos sur les droits évoquent les images
qu’ils ont reçues, notamment des pays d’Afrique. Il
faut un certain temps de dialogue pour pouvoir
aborder des situations qui les touchent de plus
près.
« C’est la troisième année que j’organise le
concours dans ma classe de CM2. Les élèves y
trouvent une possibilité d’activités de communication
autour de thèmes me paraissant incontournables.
J’utilise des outils simplifiés pour aborder la portée
de la convention car le texte intégral demeure
difficile pour des élèves de cycle 3. Je commence
par la découverte des productions de l’année
précédente. C’est un projet collectif dans lequel
s’intègrent les contributions de chacun. Les sujets
abordés permettent de faire émerger des questions qui
seront travaillées à un autre moment de l’année. »
Un agenda pour tous
Lors de la remise des agendas 2008 qui se
déroulait au Conseil général de la Somme, plusieurs
centres de loisirs ou classes étaient présents. Nathalie
Berne, enseignante en cours préparatoire à l’école
Georges-Brassens participait pour la première fois.
« En CP c’est très particulier. Il faut passer par l’oral
et je me suis appuyée sur l’affiche de promotion du
concours. Nous avons utilisé tous les prénoms des
élèves, réalisé un trombinoscope et joué avec les
couleurs pour modifier les photos. Pour des enfants
qui entrent en primaire, le concours arrive trop tôt
dans l’année, mais c’est une façon de lancer des
sujets que j’approfondirai plus tard : l’interculturel,
les origines. »
La soixantaine d’enfants qui composait le groupe
n’a à aucun moment montré d’indifférence ou de
mépris pour les réalisations des autres groupes.
C’est un signe révélateur du travail effectué par les
différents éducateurs qui ont mis en vie cette action
dans les groupes scolaires et les centres de loisirs.
n francas80@wanadoo.fr
1 – Organisé dans 49 départements, à l’initiative de près de
40 associations départementales
le magazine des Francas n° 280
PAROLES DE PIONNIERS
Un terrain
à reconquérir
Quand on écoute parler
Michèle Ayme, on se dit
que faire partie des Francas,
c’est remplir sa vie
d’expériences multiples…
’
C
est par hasard que j’ai
rencontré les Francas alors
que j’avais 15-16 ans. Je
cherchais un travail estival
et une amie m’a indiqué
les patronages.
Comme cela me plaisait, je me suis
inscrite assez vite à un stage dit de
première année pour être animatrice.
C’était en 1958 et c’était avec les
Francas. J’ai eu la chance d’avoir encore,
lors du stage de deuxième année en
1960, Pierre de Rosa pour formateur.
Ensuite j’ai enchaîné les formations :
en 1962 pour être meneur de jeux,
en 1963 avec un stage d’instructrice,
en 1966 pour les activités musicales
et pour être moi-même formatrice… Le
parcours typique des militants Francas !
Mon but était d’acquérir le maximum
de connaissances pour en faire profiter
les enfants, tout en restant en lien avec
le terrain.
Des responsabilités variées
En plus d’avoir été directrice d’un
centre pendant vingt-cinq ans et d’avoir
créé des centres de loisirs dans la région,
j’ai participé dans l’Allier à la mise en
place de la première « Ruche ». Il s’agissait de mettre au point des animations
dans le milieu rural. À l’époque c’était
nouveau : on partait du principe que
les enfants vivant à la campagne
n’avaient pas besoin de loisirs puisqu’ils avaient la nature autour d’eux !
Au fur et à mesure que l’on pratiquait
dans les centres de loisirs il fallait voir
concrètement la cohérence avec le
projet. Son élaboration permettait
À l’époque c’était nouveau : on partait
du principe que les enfants vivant
à la campagne n’avaient pas besoin de loisirs
puisqu’ils avaient la nature autour d’eux !
d’avancer, non seulement sur le terrain
mais dans nos têtes. Nous avons, par
exemple, créé un conseil d’enfants en
1966 afin de les écouter et de les
responsabiliser de façon officielle.
© DR
Pour ce qui est de mon engagement
au sein des Francas, j’ai été pendant
dix ans présidente de l’association
départementale du Puy-de-Dôme dans
les années 1980 et présidente de la
région Auvergne-Limousin pendant
quatre ans. Aujourd’hui je suis viceprésidente de l’association départementale. Si je devais retenir de grands
moments dans mes présidences ce
seraient ceux de l’accueil de l’assemblée
générale à Clermont-Ferrand en 2006,
et l’affiliation de la ville de ClermontFerrand au Mouvement.
Pourquoi les Francas ?
Ce qui m’a plu chez les Francas ? Leurs
valeurs, qui sont les miennes aussi. Le
bagage qui est apporté en terme d’animation : réflexions, analyses, méthodes
de travail, outils, arguments importants
pour aller à la rencontre des élus… Ce
le magazine des Francas n° 280
n’était pas toujours facile mais tellement
enrichissant !
Il y a aussi toutes les rencontres que
l’on fait, notamment les « ténors » des
Francas, qui avaient une grande personnalité mais qui étaient à l’écoute, qui
prenaient en considération les personnes
et qui les aidaient.
Les Francas m’ont apporté les relations humaines. Aujourd’hui je pense
que c’est plus dur à ressentir car les gens
ont plus de mal à être disponibles. Le
rythme de la vie fait que les individus
sont plus mobiles, font des études
longues... C’est pour cela que la relève
est difficile à trouver, que les jeunes sont
moins mobilisés. Ils veulent bien venir
mais ponctuellement, moins longtemps. Le milieu associatif en souffre.
De mon côté, modestement, je souhaite aussi avoir été utile aux Francas,
et pas que dans le nombre de structures
ou d’associations adhérentes ! J’espère
avoir fait reconnaître les objectifs et
les valeurs du Mouvement, avoir su
expliquer aux élus ce que l’on faisait,
avoir permis de reconnaître le travail
du secteur de l’animation…
Aujourd’hui…
Dans mon département, nous devons
dépasser quelques difficultés. Il y a une
multitude de structures qui se montent
pour faire tout et n’importe quoi. Les
centres de loisirs recherchent peut-être
davantage des activités de consommation… Je ne sais pas. Mais comme
nous effectuons un travail de fond, de
réflexions… nous sommes peut-être
moins à l’écoute des élus, qui euxmêmes, de ce fait, nous écoutent
moins. Nous devrions nous investir
différemment, revoir nos marges de
manœuvres, reprendre notre bâton de
pèlerin, retourner à nos sources.
Pourquoi ne pas constituer un réseau de
directeurs, affiliés ou pas, pour parler
spontanément de nos problèmes, de
nos réussites ? On doit revenir au
concret car on est trop dans la réflexion.
Il faut faire ensemble, soutenir les gens
du terrain grâce à nos savoir-faire.
J’aimerais finir par un proverbe japonais qui explique, s’il en est encore
besoin, pourquoi je reste aux Francas :
« On commence à vieillir quand on
finit d’apprendre ». Et moi, j’ai encore
soif d’apprendre et de rencontrer les
gens.
n Propos recueillis
par Nadia Astruc
chose pour la bande son avec en plus
une phase de recherche d’éléments
pouvant servir (musiques, bruitages,
dialogues, narration…).
Comme pour tout projet utilisant le
disque dur d’un ordinateur, il ne faut
pas hésiter à ranger les éléments dont
on aura besoin dans des dossiers et
sous-dossiers.
Enfin, comme toute production
artistique, la valorisation des réalisations est importante, une œuvre est
faite pour être partagée.
© Benoît Prigent
Aller, je me lance aussi !
AGIR : MODE D’EMPLOI
Devenir réalisateur !
Prendre en compte l’influence des médias constitue un des axes de travail du projet
des Francas des Côtes-d’Armor. Ceux-ci s’attèlent à cette tâche et souhaitent favoriser
l’émergence d’activités au cours desquelles les enfants s’approprient le langage
audiovisuel en transmettant, en communiquant une idée simple.
Que faut-il ?
• Un appareil photo numérique avec
son câble et son logiciel, et un trépied,
• plusieurs petits spots,
• un ordinateur avec logiciel ad hoc
(par exemple Windows Movie Maker
fourni avec Windows XP, ou autre),
• un microphone,
• de quoi donner libre cours à l’imagination pour les personnages, le décor…
Comment s’y prendre ?
• L’animateur motive les enfants en
leur montrant un exemple de film
d’animation fait à partir de marionnettes,
de personnages en pâte à modeler.
• Il leur permet de découvrir comment
une impression de mouvement est donnée à partir de plusieurs images fixes.
• Par petits groupes de trois ou quatre
enfants, les enfants trouvent le scénario,
il doit être simple, le film ne dure que
quelques secondes.
• Ils construisent le décor et les personnages.
• Ils prennent les photos.
• Ils créent l’animation sur l’ordinateur
en important les photos, ajoutent les
génériques.
• Ils créent la bande son : création de
la musique ou choix de la musique,
enregistrement des dialogues, de la
narration.
• On regarde le film et en fonction des
constats et des interrogations, chaque
groupe reprend les points nécessaires
et on fait un nouvel essai.
n Benoît Prigent
bprigent@francasbzh.asso.fr
Quelques petits conseils
Il faut prévoir du temps, chaque
seconde de film nécessite huit prises de
vue. Il faut également avoir en tête qu’à
partir des constats et des interrogations
qui seront faits, suite à la première
lecture du film, des ajustements seront
sans doute nécessaires. C’est une des
richesses de cette activité : il va falloir
discuter, faire des choix, essayer, se
mettre d’accord, voir les effets que
les modifications produisent… prendre
du recul par rapport à la propre réalisation. Tous ces moments sont autant
d’occasions de s’enrichir mutuellement,
d’aiguiser son esprit critique, de vivre
une coopération au sein d’une équipe.
Cette expérience vécue par les enfants
dans le cadre de leurs loisirs ne sera pas
sans effet sur la façon dont ils percevront
les œuvres audiovisuelles.
L’éclairage naturel varie durant la
journée et peut donc varier durant la
séance de prise de vue. Mieux vaut donc
prévoir un éclairage artificiel à l’aide
des petits spots et attirer l’attention des
enfants sur les ombres qu’eux-mêmes
peuvent engendrer.
L’importation des images sera plus
facile si on a respecté la chronologie du
film lors des prises de vue. C’est la même
© Benoît Prigent
S
oucieux d’utiliser un
matériel répandu et
d’utilisation aisée, la
réalisation d’un film
d’animation d’une
dizaine de secondes
réunit toutes les conditions permettant aux animateurs
d’acquérir rapidement des savoir-faire
en la matière et donc un développement de cette activité. La décision des
Francas des Côtes-d’Armor fut donc
d’organiser une formation des formateurs BAFA (Brevet d’Aptitudes aux
Fonctions d’Animateur) sur ce type de
projet.
À ce stade, il manque encore quelques
éléments pour se familiariser avec le
logiciel de montage et la démarche
pédagogique. Deux sources permettent
de se former : le fichier TV vidéo produit
par les Francas et les CEMEA, ainsi qu’un
site internet destiné aux écoles du canton
du Jura et de la partie francophone du
Jura Bernois qui participent au festival du
film ultra-court.
Ce site, www.educlasse.ch/ultracourt/
cours.php regorge d’outils, en particulier
des diaporamas qui permettent d’apprendre à utiliser différents logiciels de
montage en quelques clics. Les Francas
des Côtes-d’Armor peuvent également
vous faire parvenir par courrier électronique le petit dossier pratique qu’ils
ont réalisé pour leur formation.
Dernier point, faire une petite réalisation personnelle permet de voir
l’ensemble du projet et d’anticiper
pour la conduite de l’activité. N’hésitez
donc pas !
le magazine des Francas n° 280
L’animation :
un secteur ouvert à tous !
Formation
Deux centres de loisirs, engagés depuis le début dans le projet
départemental visant à favoriser l’intégration des enfants en situation
de handicap dans les centres de loisirs du département,
signataires de la charte nationale de déontologie, ont franchi une étape
en accueillant dans leurs équipes des jeunes handicapées.
es initiatives se sont
notamment nourries de
la réflexion de la CCAS/
EDF (comité d’entreprise
d’EDF) et d’interventions
de professionnels lors des assises
départementales que les Francas des
Pyrénées-Orientales ont organisées.
Camaraderie a eu envie de faire le
point sur ces expériences humaines.
© D. Lefilleul
Marion : être aide-animatrice
Marion, jeune trisomique, venait de
temps à autre quand elle était petite
au centre de loisirs de Montescot.
Ayant grandi, elle n’a pas pu s’intégrer aux activités proposées par le
Point Jeunes. En effet, la souplesse de
l’accueil ne répondait pas à la demande
des parents qui voulaient un accueil à
la journée complète.
C’est à partir de cette situation
qu’est venue l’idée pour l’équipe des
responsables du centre de loisirs de
proposer à la maman de Marion de
l’accueillir sous le statut d’animatrice
assistante. Cette idée a séduit la maman
car elle permettait à sa fille de se
trouver en situation de responsabilité.
Ceci étant posé, l’équipe pédagogique
a travaillé sur le rôle et le statut de
Marion dans le projet d’animation.
Tout d’abord l’équipe a choisi de
confier à Marion, en fonction de son
handicap, des temps où elle pouvait
pleinement exercer une fonction se
répétant tous les jours, au même
moment. Il s’agissait de participer à
l’organisation et au service du petitdéjeuner. La deuxième étape a visé
l’accompagnement des animateurs
dans les activités. Marion participait à
la mise en place matérielle, pouvait
aider les enfants et les surveiller quand
l’animateur ou l’animatrice devait
s’absenter pour un court moment.
Cette aventure n’a posé aucun
problème à l’équipe qui connaissait
Marion pour l’avoir accueillie quand
elle était plus jeune. Du côté des
enfants, habitués à jouer avec des
camarades en situation de handicap,
la présence de Marion ne les a pas
inquiétés.
Ces deux
expériences
ont démontré
qu’avant tout
accueil d’un pair,
il faut que l’équipe
fasse un travail
d’acceptation
du handicap.
Envisager le BAFA
pour Aurélie
Aurélie a une déficience auditive
profonde. Elle a vécu une première
expérience d’animation à l’âge de 16 ans
le magazine des Francas n° 280
en tant qu’animatrice assistante au
centre de loisirs de Saint-Estève. Elle
était accompagnée par Evelyne,
directrice chargée, pour la commune,
du suivi de la mise en vie de la charte
nationale de déontologie.
C’est tout naturellement, après cette
expérience, qu’elle décide de s’inscrire
sur la session de formation générale
du Brevet d’Aptitude aux Fonctions
d’Animateur, organisée par les Francas
sur sa commune. Pour la réussite de
son parcours, les formateurs se sont
entourés des compétences de l’association pour l’intégration des déficients
auditifs des Pyrénées-Orientales
(APIDA).
L’équipe de formateurs de ce stage
a construit les contenus de la session
en prenant en compte Aurélie. Avec
l’APIDA il a été décidé que, dès le
début du stage, une intervention
serait effectuée auprès des stagiaires
pour expliquer ce qu’est la surdité et
les comportements à adopter pour se
faire comprendre d’un malentendant
(quelques signes clés, parler en articulant, accepter de soutenir le regard de
la personne sourde, apprendre à écrire
des mots-clés, ne pas hésiter à utiliser
le mime, associer son prénom à un
signe…). Ensuite, chaque jour, l’interprète de l’association participait à
des temps de synthèse, pour traduire
en langage des signes le contenu. Il
participait aussi aux temps d’évaluations individuelles où Aurélie pouvait
exprimer ses ressentis sur le stage, ses
difficultés, et ce qu’elle avait compris
ou pas. Avec elle les formateurs ont pu
construire son parcours de formation,
et avec les stagiaires, ils sont parvenus
à instaurer la solidarité nécessaire
pour qu’Aurélie réussisse pleinement
son stage.
Ces deux expériences ont démontré
qu’avant tout accueil d’un pair, il faut
que l’équipe fasse un travail d’acceptation du handicap. Cette démarche
passe par la rencontre des institutions
et des personnes ressources pour
écarter tout a priori, toute crainte.
Une équipe sereine est la condition de
réussite de l’intégration. Il lui reste
ensuite à adapter ses formes de travail
collectif en prenant en compte le handicap du (ou de la) collègue, à mettre
en place les solidarités nécessaires
permettant la prise de responsabilités
et, suivant le handicap, décider de
l’organisation d’un accompagnement
permettant la prise d’initiatives de
l’animateur accueilli.
n Patrick Marcel
francas.despo@wanadoo.fr
francas66.handicap@wanadoo.fr
p.10 Chanter et pratiquer des activités musicales.
Trouvons du plaisir à exprimer ce que nous sommes !
p.12 Jeunes et rap : s’exprimer dans les textes et la musique
p.13 La musique à l’honneur à « Bonnierland » !
p.14 Troubadours pour Troubateuf
p.15 Connaissez-vous le « dogorien » ?
p.16 Un été en musique avec les « mômes en zik’ »
s
De
ur
po
és
cl
la musi
qu
e,
la
ch
anso
n... cult
u
M
u
r
e
a
e
t
n
o z le s
ndre
compre
!
on
ce
ntr
e de loisirs !
© D. Lefilleul
Ont contribué à ce dossier :
Michel Cassé, Dominique Fouchard, Yvan Godard, Caroline Lecapitaine,
Mickaël Parfouru, François Popinel, Hélène Siméon, Hervé Suhubiette,
Sandrine Thorel-Plessier, Frank Tordjman.
le magazine des Francas n° 280
Répétition du
spectacle musical
Dogora, à la Maison
de la culture d’Amiens
(cf. article p.15).
© D. Fouchard
Chanter et pratiquer
des activités musicales,
trouvons du plaisir à exprimer
ce que nous sommes !
N
Spectacles, ateliers
polyphoniques,
festivals, CD…
Hervé Suhubiette et son
association Voix Express
proposent toute l’année
de nombreuses occasions
de connaître, comprendre
ou s’exercer à la musique.
Pour en savoir plus :
www.voixexpress.com ou
contact@voixexpress.com
QUI EST-CE ?
Chanter, comme pratiquer des activités musicales, c’est oser sortir de soi, aller au-devant de l’autre en exprimant
quelque chose de profond, de l’ordre de l’intime. Mais comment ce lien entre individuel et collectif, cette alchimie
entre l’autre et moi, se mettent-ils en place ? Comment ce mode de communication peut-il être un sujet de plaisir tout
en étant objet d’apprentissage ? Comment cette pratique peut-elle s’organiser dans nos centres de loisirs éducatifs ?
‘l
a musique existe depuis les débuts de
l’humanité. Dès leurs premiers pas sur la
Terre, nos ancêtres ont certainement
chanté, frappé des mains, tapé sur un bout
de bois ou soufflé dans un roseau. »
De toutes les pratiques éducatives offertes
aux enfants et aux adolescents, elle est la seule qui soit
universellement partagée, qui résonne en chacun, qu’on soit
auditeur, pratiquant, créateur... Ce média particulier, véhicule
de nos émotions, se suffit à lui-même pour donner l’envie. Tout
le monde chante et écoute de la musique, à tous les âges.
Dans un monde totalement médiatisé dans lequel les
modes sont créées et diffusées de plus en plus rapidement,
il existe sûrement une place pour les pratiques musicales,
au-delà de la seule consommation des « tubes ». Les
enfants, les adolescents et les adultes peuvent distinguer
ce qui sort de l’ordinaire. La rencontre avec les artistes
constitue, au-delà des découvertes qu’elle génère, un
moment précieux, porteur d’émotions, d’échanges, qui
donne l’envie de se lancer à son tour dans l’usage de ces
modes de communication.
– Introduction à la musique ; Gullivore, les Francas, septembre
1993.
le magazine des Francas n° 280
10
Notre regard sur la musique n’est pas celui véhiculé par
le consumérisme. Les enfants, comme les adultes, utilisent
ce que l’environnement met à leur disposition. Mais quand
l’envie de voir autrement est présente, comment la cultiver,
comment donner les moyens d’aller plus loin ? C’est en
soi un élément essentiel et complexe de la conquête de
l’autonomie, qui nécessite de s’interroger sur le sens de
l’action, sur la formation des éducateurs et sur la technicité
des pratiques .
Quelle horreur ! On ne pratique plus !
« En musique, je ne sais rien faire. Comment vais-je donner
aux enfants l’envie de faire ensemble ? »
L’examen de nombreux objets pédagogiques doit nous
interpeller. On a souvent des difficultés à trouver une référence explicite aux activités musicales autrement que sous
la forme d’un adjectif au milieu d’une énumération. Du
coup, on peut légitimement se demander quelle est la
valeur que revêtent ces pratiques pour les équipes.
– Ces questions sont déjà posées dans Camaraderie dans un
dossier consacré aux « activités musicales » en 1978 !
Le Groupe Rézistance en pleine création (cf. article p.12). © AD 14
Plusieurs raisons peuvent expliquer cette difficulté à passer
de l’intention à la pratique : choix des sujets, coût des
matériels, rigueur que ces pratiques nécessitent... Chanter,
c’est aussi accepter d’apprendre, répéter ensemble, s’écouter,
être à l’unisson. Peut-être avons-nous déconsidéré ce type
d’apprentissage ?
Avant le collège, on est moins inhibé devant cette forme
de communication, probablement parce qu’à cet âge on
a moins le sentiment de se livrer à l’autre. En grandissant,
le refus de chanter ne serait-il pas la conséquence d’un
sexisme refoulé ?
Mais peut-être est-ce la spontanéité qui fait défaut.
Notre époque trop technique s’en remet à des experts et
nous avons du mal à percevoir les enjeux des actes simples.
Il est plus facile de s’en remettre à un intervenant extérieur
plutôt que de former une équipe.
Et puis, ces équipes elles-mêmes, comment les a-t-on
initiées à ces activités ? Force est de constater que la
formation BAFA/BAFD (Brevet d’Aptitude aux Fonctions
d’Animateurs/de Directeurs) élargit régulièrement le champ
de ce qu’elle traite, et que les pratiques musicales, qui
étaient à l’honneur, sont maintenant réduites. Quant aux
formations professionnelles, hormis des modules spécifiques,
elles ne laissent que rarement la possibilité de pratiquer.
Intégrer la dimension plaisir,
c’est créer des situations courtes
avec le son, la musique, des situations
informelles, spontanées ; c’est faire jouer
avec des objets, des évocations
musicales, comme on joue pour jouer.
Et si pratiquer c’était (se) faire plaisir ?
Au centre de loisirs, les pratiques dépendent de la
sensibilité des animateurs. Écoute individuelle, chant,
chorale ne sont pas les seules situations imaginables. Le
projet de création avec des publics quels qu’ils soient fait
apparaître tout un panel de situations qui vont faciliter
l’usage du langage commun : à deux, à plusieurs, par
petits groupes. La réalisation d’un projet collectif s’appuie
aussi sur des effets de valorisation des individus.
Musique à « Bonnierland » (cf. article p.13). © AD 27
Intégrer la dimension plaisir, c’est créer des situations
courtes avec le son, la musique, des situations informelles,
spontanées ; c’est faire jouer avec des objets, des évocations
musicales, comme on joue pour jouer.
Ce qu’il ne faut pas négliger dans l’approche, c’est la
curiosité, l’envie de construire. Il faut partir de ce qui existe,
de ce qui est connu, des supports basiques qui peuvent
devenir ludiques, de ce qui peut déclencher le besoin de
communiquer : disques, photos, bouts de textes… tout
comme dans les jeux d’écriture ou les jeux chantés . Il faut
aussi se centrer sur un thème qui parle aux enfants, aux
adolescents, qui peut les amener à fournir l’indispensable
petit effort individuel et collectif. Ensuite, si nécessaire,
l’intervention de l’artiste, créateur, musicien, aide à passer
à la phase de mise en forme.
Les animateurs eux aussi ont davantage de possibilités
de pratiquer : meilleure accessibilité des sources, des
instruments, démocratisation des pratiques et des lieux de
diffusion, de formation. Ils doivent se persuader qu’ils sont
des « passeurs d’envies », qu’ils participent à démystifier la
musique auprès des enfants, à rendre accessibles des modes
de communication, à construire des formes d’expression.
Leur action renforce l’intérêt de rencontrer des artistes,
fréquenter des salles, connaître de la musique, au-delà de
ce qu’en laissent trop souvent voir les médias.
C’est dans la pratique d’activités génératrices de plaisir
que chaque enfant et adolescent construit et développe sa
personnalité. Dans ce cadre, les activités musicales, le
chant, tiennent une place particulière car ils jouent à la fois
sur l’individu, par l’émotion et la satisfaction individuelle
qu’ils apportent, et sur le collectif, en tant que vecteurs
privilégiés du vivre ensemble, de la vie collective construite
sur des instants privilégiés. n
– Voir les fichiers de la collection Viens jouer !
11
le magazine des Francas n° 280
Jeunes et rap : s’exprimer
dans les textes et la musique
Ils sont trois. Leurs pseudonymes :
Kaly, Swich et Mossad.
Leur groupe : La Rézistance.
Ce jeune groupe de rap vient
d’enregistrer son premier disque.
Guillaume Desloges, alias Kaly, est le président de cette
association et il a accepté de nous en dire un peu plus sur
son projet.
Comment t’est venue l’envie de rapper ?
Au début, c’était juste un passe-temps. J’avais 15-16 ans
et avec des potes on écrivait des textes. Et puis aussi, à force
d’écouter de la musique rap, j’ai eu envie d’en faire.
Est-ce que tu as fait des rencontres de professionnels
du milieu rap qui t’ont marqué ?
Oui, des rappeurs plus ou moins connus dans la région
caennaise comme par exemple Da-one et K-phar. Ce qui
m’a le plus marqué c’est leur simplicité, leur disponibilité.
Ils ont su rester eux-mêmes.
Qu’est-ce que le rap t’apporte ?
Ça me permet de revendiquer des choses, et de réunir
des jeunes qui ont la même passion.
Qu’est-ce que tu penses des gens qui ont en tête des
clichés simplistes du monde du rap ?
Ceux qui ont des clichés sur le rap sont ceux qui, en
général, ne connaissent pas les fondements de la culture
hip-hop. Ils ne voient que l’aspect commercial qu’une
minorité de personnes a détourné et développé pour son
profit personnel.
Donc toi tu n’as pas envie d’être célèbre ?
Comme tout le monde j’ai envie d’être reconnu pour ce
que je fais mais ça n’est pas mon objectif premier.
le magazine des Francas n° 280
© D. Lefilleul d’après AD 14
c’
est dans les murs du Projet Jeunes d’If,
organisé par les Francas du Calvados qu’ils
se rencontraient toutes les semaines,
dans le cadre du projet « Musiques
actuelles ». Les trois membres de la formation se sont vus proposer de suivre,
comme onze autres de leurs camarades, une semaine de
stage MAO (Musique assistée par ordinateur) à la nouvelle
salle de spectacle caennaise, le Cargö. C’est comme cela
qu’ils ont tous pu découvrir et se familiariser avec des
moyens techniques professionnels, mais aussi enregistrer
leur première maquette en fin de semaine. Ces jeunes
étaient répartis en trois groupes : La Rézistance, Lassos
(cinq participants), et un groupe de six préadolescents
amateurs.
Cette nouvelle expérience a donné de larges envies à
tous les participants. Ainsi deux d’entre eux, récemment
majeurs, ont décidé de se lancer dans une nouvelle aventure.
Ils ont créé une association loi 1901 « Replik », pour développer la culture hip-hop. Cela leur a donné la possibilité
d’être, à leur tour, intervenants spécialisés pour animer des
ateliers de découverte et d’initiation de rap et de graff
auprès de jeunes. Ils envisagent également de créer des
événementiels festifs autour de cette pratique culturelle.
Ceux qui ont des clichés
sur le rap sont ceux qui,
en général, ne connaissent
pas les fondements
de la culture hip-hop.
Pourquoi cette association ?
Pour pouvoir développer la culture hip-hop sur Caen.
Montrer aux jeunes ce qu’est vraiment cette pratique
culturelle et pouvoir réunir fréquemment tous les acteurs
passionnés par cette pratique.
C’est quoi les fondamentaux de la culture hip-hop ?
À la base ça part d’un slogan des années 1970 « Peace,
love and unity ». C’est venu des noirs américains du Bronx
qui faisaient les premiers raps et qui avaient comme thème
de prédilection la négritude.
Qu’est-ce que la culture hip-hop et donc le rap peut
apporter à la société ?
Lui renvoyer sa propre image. En plus ça peut servir à se
créer une ligne de conduite établie sur le respect et la
solidarité sans qu’on ait constamment besoin de règles et
de lois dictées par les gouvernements. Ça permet aussi aux
jeunes d’utiliser un autre mode de communication pour
pouvoir s’exprimer et parfois canaliser des énergies.
Il ne nous reste plus qu’à vous souhaiter bonne chance
et bon courage pour la suite de vos projets !
n Caroline Lecapitaine
et Mickaël Parfouru
Animateurs du projet Jeunes d’Ifs
ad14@francasnormandie.fr
12
X
Enfance et musique
Cette association existe
depuis vingt-sept ans.
À travers ses choix de disques
et de publications, son but
est de promouvoir la place de
l’art et de la culture vivante
dans la vie familiale et sociale
des enfants. Ses compétences
ne sont plus à démontrer.
Elle est d’ailleurs soutenue
par plusieurs ministères
et fondations tels que
le ministère de la Culture et
de la Communication, celui
de la Santé, de la Jeunesse
et des Sports, la Fondation
de France…
Son public est divers : des
professionnels de l’enfance,
de la santé, des bibliothécaires,
des artistes, des parents…
Elle est également engagée
dans la création musicale,
la diffusion de spectacles très
jeune public, et son implication
dans des réseaux de partenaires
publics et associatifs est
importante. Enfin, elle a mis au
point un centre de formation
à l’éveil artistique.
Pour plus d’informations :
Tél. : 01 48 10 30 00
www.enfancemusique.asso.fr
p
Cet été, la musique
a été omniprésente
dans les centres de loisirs
de la ville de Bonnièressur-Seine, aussi bien
chez les maternels
que chez les primaires.
La musique
à l’honneur
à « Bonnierland » !
our les enfants de trois à six ans, les
animateurs ont trouvé intéressant de leur
faire découvrir l’ambiance musicale des
années 1960–1970. La musique étant
très présente et représentative de cette
période, l’équipe a fourmillé d’idées. Tout
d’abord une approche de la danse par le madison, qui a
été très fédérateur à son époque et qui est très amusant !
Ensuite la réalisation de banderoles psychédéliques pour
décorer le centre à la mode disco. Les parents étaient ravis !
La découverte de l’ambiance des années 1960–1970
s’est prolongée avec des séances de coiffures adaptées et
des déguisements. La chanson de l’été de la chanteuse
Sheila, Vous les copains, a été remise au goût du jour,
animée par les animateurs et apprise par les enfants, qui
en ont fait un véritable hymne : « Vous les copains, je ne
vous oublierai jamais ! Di doua di di doua di dam di di dou.
Toute la vie, nous serons toujours des amis. Di doua di di
doua di dam di di dou ! » C’était vraiment intéressant de
voir les enfants s’éclater sur des rythmes et des thèmes qui
ont fait la jeunesse de leurs parents, voire de leurs grandsparents ! Ce mélange de générations grâce en partie à la
musique et à la danse, a été vraiment très riche et plein
d’émotions… Que de la bonne humeur !
© AD 27
Et les instruments ?
Les bouts de chou maternels ont pu également participer
à la réalisation de tam-tams, de maracasses et autres
instruments de percussions, ce qu’ils ont beaucoup
appréciée… mais nos oreilles un peu moins !
Un concert a été mis en scène devant les autres enfants
de la ville et les parents, plus que motivés, grâce à l’accompagnement de plusieurs musiciens professionnels. Les
enfants ont réalisé les contraintes de la représentation
publique, ce qui a donné des scènes plutôt rigolotes. Il leur a
fallu apprendre à se partager de façon égale les temps de
passage de chacun, etc. Le résultat était super, l’expérience
sera à refaire dès que possible !
Au centre de loisirs nous avons également mis en place
un karaoké sur ordinateur, grâce à un logiciel adapté : des
chansons pour tous étaient proposées sur notre playlist
quotidienne musicale. Improvisation et chorégraphie
obligent, bonne humeur et fous rires garantis !
En ce qui concerne le secteur primaire, le thème de la
musique a été abordé de manière plus générale. Nous ne
nous sommes pas concentrés sur une période précise, mais
nous avons envisagé la musique au sens large du terme,
sous toutes ses facettes. Les enfants ont pu fabriquer un
grand nombre d’instruments de musique de toutes sortes,
principalement avec du matériel de récupération. Merci aux
parents pour tous ces tubes, bouchons, ficelles et boîtes de
conserves ! L’utilisation des différentes matières recyclées,
mais aussi de l’eau ou du sable, a été appréciée par les
enfants qui se sont bien amusés avec toutes ces expérimentations ! La décoration puis l’exposition de ces différents
instruments a permis à chacun de découvrir l’imagination de
ses camarades. Un rallye musical a été également organisé
sur un après-midi avec les six-douze ans. Les équipes devaient
progressivement répondre à des questions diverses et
variées sur la musique : des différentes familles d’instruments aux chanteurs actuels, en passant par les paroles de
chansons, ce moment fut riche en notions musicales et en
chants !
Entre les banderoles pour le festival, les instruments, les
peintures et autres décorations musicales, le centre fut
retapissé aux couleurs de la musique. Tout était mis en
place pour attiser notre curiosité musicale !
n Hélène Siméon
hsimeon.ad27@orange.fr
Sandrine Thorel-Plessier, Animatrice
Sans oublier le festival !
© AD 27
Nous avons aussi participé au festival « Enfant Chant’Eure »
à Évreux, organisé par les Francas de l’Eure. Ce fut pour
nous l’occasion de découvrir plein de choses : le groupe
jeune public « Lucien et les arpettes » était fort sympathique
et rigolo et nous a fait danser tout l’après-midi avec mille
enfants venus des autres centres de loisirs. Quel bonheur
de les voir s’amuser comme ça sur de la musique de
qualité, différente de celle de la radio et de la télévision
qu’ils entendent tous les jours. Pendant la matinée du
festival, nous avons pu participer à des ateliers musicaux
encadrés par des professionnels : les petits ont pu
pratiquer les percussions, l’accordéon, les instruments
à vent ou encore les danses africaines et le hip-hop.
Beaucoup de bons souvenirs et de belles photos !
13
le magazine des Francas n° 280
déposer de la poussière sur une culture qui se veut vivante.
Et cela d’autant moins qu’il s’agissait avant tout de parler
aux enfants et aux jeunes pour en faire les « fabuleux
troubadours » de Dordogne.
Animations en tout genre
© Frank Tordjman
Nous avons proposé à un ensemble de professionnels de
technique artistique d’intervenir, autour de ces thématiques,
dans les centres de loisirs et accueils de jeunes pour préparer,
lors d’une série d’ateliers, quelque chose de présentable à
un large public. Le projet prévoyait au mois de mai ou juin,
un festival appelé « Troubateuf » , dans une commune du
Périgord Vert différente chaque année, mais aussi des
petits événements locaux au plus proche des familles et des
habitants des territoires de chaque centre de loisirs.
Troubadours
pour Troubateuf
Dans ce joli coin de Dordogne, nulle grotte pour faire venir
le touriste, nul terroir de vin pour amener l’amateur.
Par contre, le Pays Périgord Vert, fort de ses quinze cantons et
de ses quatre vingt mille habitants, est un endroit où l’art de vivre
se déguste au quotidien depuis si longtemps. Dès le XIe siècle,
quelques-uns des plus fameux troubadours y naquirent.
Être accompagné
Les gouayssous (comprenez les enfants) d’aujourd’hui,
très troublés par des conditions de vie assez rustiques et
des modèles venant d’ailleurs mais censés incarner la
modernité, manquaient de fierté, oublieux d’une culture
pourtant encore proche (les grands-parents parlent et
vivent l’occitan) mais écrasée par une mondialisation
uniformisatrice.
Sous l’impulsion d’un programme européen « Leader »,
les Francas de Dordogne ont mis en place un ensemble
d’actions pour permettre aux enfants des centres de loisirs
et des accueils de jeunes de connaître et de reconnaître
l’histoire des troubadours et de leur culture occitane. Mais
il n’était nullement question de fabriquer un musée ou de
Pour les ateliers et jusqu’à la présentation
en public, les professionnels intervenaient
dans les centres de loisirs au cours d’une série
de mercredis. Ils y apportaient, sous forme
ludique, leurs compétences tant
techniques que sur la culture occitane.
14
Pour les ateliers et jusqu’à la présentation en public, les
professionnels intervenaient dans les centres de loisirs au
cours d’une série de mercredis. Ils y apportaient, sous forme
ludique, leurs compétences tant techniques que sur la
culture occitane. Nous les avons également choisis pour
leurs valeurs humanistes et leurs capacités à communiquer
à différents publics. L’animateur du centre de loisirs devait
obligatoirement suivre le groupe du début à la fin en
participant à toutes les activités.
Cette sensibilisation a permis aux enfants et aux jeunes
de construire ensemble, autour d’objets concrets à présenter
devant un public. L’encadrement et la présence des groupes
les ont rassurés. Le sérieux du travail accompli et le professionnalisme de tous les acteurs ont permis d’accompagner les
enfants et cette expérience vers la réussite.
À l’issue des trois ans, ce projet a été suivi par une prise de
position du Conseil général de Dordogne sur un programme
d’actions favorisant la reconnaissance de la culture occitane
au sein du Pays Périgord Vert. Cet axe a également contribué à l’identité définie par celui-ci lors de sa création.
n Frank Tordjman
francas24@perigord.tm.fr
© Frank Tordjman
l
oin du simple baladin visible dans les
« lucarnes » modernes, ils étaient manants
ou châtelains, tout à la fois poètes, musiciens, chanteurs, jongleurs, dessinateurs,
bons vivants et intellectuels, aventureux
et voyageurs. Mais ils étaient surtout, les
deux pieds dans leurs racines, ouverts au monde et aux
autres, sûrs de la richesse de leur culture occitane.
le magazine des Francas n° 280
À chaque fois, la mise en place de conditions professionnelles de représentation était requise car l’objectif était la
valorisation du travail mené. D’où l’idée de mettre en parallèle
des présentations d’enfants et des moments de spectacle
professionnel ou amateur.
En trois années « Les troubadours de toujours » ont
essaimé non seulement la joie de vivre, mais aussi des
valeurs. Ils ont permis des rencontres chaleureuses, des
moments de partage et finalement peu de choses sur la
langue même ! Grâce à eux, le Périgord Vert a vécu de façon
intense tout ce qui était proposé : un comité de pilotage,
des partenariats et des aides multiples, des transferts de
connaissances et de savoir-faire, des reconnaissances de
compétences entre générations, des rencontres, des moments
de vivre ensemble conviviaux, des concerts (Bombes de bal,
Moussu T, La famille Artus, etc.), du théâtre, du cirque, des
créations d’enluminures par ordinateur, du hip-hop occitan,
des chants et de la danse, des jeux de pistes, de la toponymie,
du conte, des arts plastiques, des marionnettes géantes,
de la vidéo, beaucoup de musique… et sans doute d’autres
moments que je n’ai pas cités !
Connaissez-vous le « dogorien » ?
Soukia, Tou toeshtake, kiatche Tchekania, shtakie, ces mots vous
disent-ils quelque chose ? Assurément non ! Et pourtant à Amiens,
pendant l’année scolaire 2006-2007, les élèves des écoles élémentaires
de cycle 3 et de sixième du Réseau Ambition Réussite Guy-Mareschal,
ont chanté le « dogorien » deux fois par semaine dans les locaux
de l’orchestre de Picardie. Retour sur une expérience inoubliable…
l
e « dogorien » est un langage imaginaire,
inventé par Étienne Perruchon, compositeur à qui l’on doit la musique des Bronzés 3
mais également celles d’œuvres plus
magistrales dont fait partie Dogora.
La collaboration du compositeur avec
Patrice Leconte date de plusieurs années. C’est par les organisateurs des Jeux Olympiques de Pékin que le cinéaste a été
invité, avec Oliver Stone et Pedro Almodovar, pour réaliser
un court-métrage en introduction de cette manifestation.
Étienne Perruchon signera la musique de ce film.
Place aux enfants !
La rentrée 2006 obligeait les collèges retenus dans le
cadre de « l’ambition réussite » à définir un pôle d’excellence
afin de modifier l’image ou les représentations négatives
de ces établissements scolaires situés en zone d’éducation
prioritaire. Après plusieurs semaines de réflexions au sein du
collège Guy-Mareschal, Michèle Vilatte, professeur de musique
et amie personnelle du compositeur, a proposé l’idée
d’adapter l’œuvre d’Étienne Perruchon.
En novembre 2006, sous son impulsion et celle de Bruno
Sicaud, intervenant culturel, les élèves ont été réunis pour la
mise en place d’une pièce chorale dirigée par Béatrice
Warcollier. Cette production collective basée sur l’étude et
l’exploitation de la musique du film Dogora a agrégé au fil
du temps les chœurs d’adultes de différentes chorales, celle
notamment de la MGEN (Mutuelle Générale de l’Éducation
Nationale) de la Somme. Puis ce fut au tour de l’orchestre
de cuivres d’Amiens de prêter son concours.
Le jeudi 28 juin, tout était prêt pour assister, en soirée,
dans la grande salle de la Maison de la culture d’Amiens, au
spectacle Chantons Dogora. Sur la scène, deux cents élèves,
Sur la scène,
deux cents élèves,
cinquante choristes et vingt
musiciens ont interprété,
pendant quarante-cinq
minutes, les dix morceaux
de cette pièce chorale. […]
Étienne Perruchon est venu
saluer les élèves pour
les encourager dans
la voie de l’excellence.
Étienne Perruchon (à gauche),
et Patrice Leconte (à droite)
respectivement compositeur
et réalisateur du film Dogora.
© www.etienne-perruchon.com
Lorsque Dogora est sorti en salle en 2004, il n’a pas connu
un grand succès. L’œuvre originale mêlant chœurs et orchestre
symphonique, d’une durée de vingt minutes, a été développée
pour atteindre plus d’une heure vingt minutes et correspondre
au format des films commerciaux. Entièrement musical, ce
film sans dialogue, est un hymne à la vie impressionniste et
constitue une première en France. Les images et la musique
ne racontent pas une seule histoire linéaire, mais donnent
naissance à une foule d’émotions qui interpellent les souvenirs
et l’expérience de chacun. En misant sur l’image, la musique
et le son, le réalisateur laisse une place infinie aux réflexions
de chacun. Ce film est un véritable voyage intérieur à la
découverte du monde.
L’originalité de l’œuvre (des séquences successives illustrant
la vie quotidienne des Cambodgiens), une musique et des
chants envoûtants, auraient dû séduire les spectateurs ; tel
n’a pas été le cas.
Il a fallu attendre quelques mois pour que l’œuvre musicale
d’Étienne Perruchon fasse son chemin et connaisse la notoriété. Aujourd’hui on peut entendre Dogora dans un film
publicitaire : la musique accompagne des centaines de
personnages qui, en s’agglutinant, forment les arcades d’un
pont humain pour vanter les qualités d’une entreprise
renommée pour ses nombreux parkings.
15
cinquante choristes et vingt musiciens ont interprété, pendant quarante-cinq minutes, les dix morceaux de cette pièce
chorale. Entre-temps, Étienne Perruchon est venu saluer les
élèves pour les encourager dans la voie de l’excellence.
Dès le début de cette entreprise, les Francas de la Somme
ont été sollicits pour étayer le projet dans ses aspects
pédagogique, financier et administratif : recherche de
financeurs, établissement de conventions, relations avec
les différents partenaires.
Il a fallu, dès que le projet a pris forme, convaincre les
collectivités impliquées dans la mise en place du CUCS
(Contrat Urbain de Cohésion Social) et le ministère de l’Éducation nationale, de l’intérêt qu’une telle entreprise pouvait
représenter.
Aujourd’hui Dogora poursuit son aventure dans le monde
entier. De nombreux sites sur la toile lui sont consacrés.
Pour les élèves impliqués dans ce projet, il restera les
souvenirs d’une émotion : un millier de personnes debout
à la fin de la représentation, pour les applaudir… et des
rappels interminables.
n Dominique Fouchard
francas80@wanadoo.fr
le magazine des Francas n° 280
Un été en musique avec
les mômes en zik’
Depuis plusieurs années l’association des centres de loisirs
du Migennois propose durant l’été des projets à dominante
culturelle au sein des trois structures de loisirs fonctionnant
pendant cette période.
p
B
Chef d’orchestre !
L’ouvrage L’orchestre,
des instruments à la musique,
a été publié en partenariat
avec l’Orchestre national de
Lyon, Les petits Débrouillards
et les éditions Albin Michel.
C’est par des explications
et des expériences simples
et claires qu’il se propose de
répondre à vingt questions.
L’objectif est de permettre
aux enfants de découvrir
l’orchestre, les instruments,
les sons, les salles
de concert…
L’orchestre, des instruments
à la musique
Éditions Albin Michel –
56 pages – à partir de 8 ans –
8,90 e
our l’été 2005, l’association a choisi
d’aborder la musique dans une logique
de démocratisation d’accès à la culture
pour les deux cent cinquante enfants et
jeunes fréquentant ses centres de loisirs.
Rapidement s’est imposée l’idée qu’un
projet de cette nature devait, pour être complet, permettre
à la fois aux enfants et jeunes de côtoyer des artistes mais
aussi leur permettre d’être en situation de création, afin
d’appréhender le travail nécessaire aux artistes.
En même temps, nous avons cherché à développer à
l’échelon de la Communauté de communes un maximum
d’événements de proximité dans une logique d’irrigation
culturelle de ce territoire rural.
cadeau pour tous les enfants et partenaires investis dans
cette aventure.
Quant au spectacle, il a permis à chacun d’y trouver son
compte, que ce soit sur scène ou dans la création des
costumes, affiches, décors et autres accessoires.
Et quand la presse et la radio locales font de nos jeunes
et enfants des artistes en herbe dignes des honneurs cela ne
peut que galvaniser la troupe accompagnée par un groupe de
musiciens professionnels pour les dernières représentations.
L’équipe de direction s’est mobilisée pour que ce projet
soit aussi ressource pour l’équipe d’animateurs volontaires.
Plusieurs soirées chant ont été proposées, et l’équipe pédagogique a donc aussi pu se frotter aux joies du micro pour
repartir fin août avec un CD d’une vingtaine de chansons
pour enfants. Des fiches pédagogiques ont aussi été réalisées
et des soirées de formation ont permis à chacun de développer avec ses compétences des animations liées au projet :
création d’instruments de musique (je ne parle bien évidemment pas du traditionnel pot de yaourt rempli de quelques
graines), de décors, ateliers percussions, danse…
En voulant couvrir un maximum
d’esthétiques et l’ensemble des groupes
d’âges, nous avons diversifié les ateliers
grâce à de multiples partenariats.
Entre les percussions africaines ou
du Brésil, la découverte de l’instrumentarium Baschet, la harpe, le jazz afro, un
atelier de création électro-acoustique, le
rap, un groupe de rock lycéen tout juste
sorti d’un garage, l’été a été riche en
rencontres et échanges. Sans oublier un
groupe de musiciens traditionnels tout
droit venu du proche Morvan, la visite
chez des luthiers, les spectacles des
Trublions, de l’Oiseau Lyre, de Didier Super
ou la création des Magiciens de Musique…
Le projet a bel et bien porté ses fruits sur
un point : je crois que l’on n’a jamais
entendu autant chanter les enfants tout au
long de la journée !
Cela aurait été un cliché de dire que les
adolescents du Passeport Jeunes ne s’intéresseraient pas aux musiques qui leur étaient
proposées. Mais qui aurait cru qu’ils nous
demanderaient de prolonger la journée passée
sur le festival « Chalon dans la Rue » ?
Salle comble pour
les « mômes en zik’ » !
Parallèlement à ces multiples résidences,
interventions, spectacles et sorties, l’équipe a
proposé aux enfants et jeunes de s’investir
sur la durée par la création complète d’un
spectacle musical qui serait enregistré fin juillet sur CD,
puis mis en scène pour trois représentations à la fin du
mois d’août.
Après avoir mis sur pied l’histoire d’un groupe d’enfants
cherchant à rétablir sur Terre les indispensables saisons que
l’ogre Verprintono et la sorcière Aspirelle avaient fait disparaître, le plus intéressant arrivait : créer les mélodies, inviter
des musiciens, enregistrer les voix des enfants dans une
salle réaménagée en studio. Mais sortir un disque en moins
d’un mois n’est pas une mince affaire ! Arrangements et
mixages finis en dix jours et quelques nuits, montage de
jaquette avec les dessins des enfants… Le disque arrivait en
mille exemplaires dans la dernière semaine d’août. Un beau
le magazine des Francas n° 280
16
Les directeurs et animateurs ont organisé plus de
dix spectacles pendant l’été, aménagé et équipé les salles
polyvalentes pour les représentations, organisé la présence
et l’hébergement sur site de la trentaine d’artistes qui se
sont succédés…
Ce projet n’était sans doute pas parfait, mais, s’il fallait
encore le prouver, il démontre une fois de plus qu’avec un
peu de créativité et beaucoup d’engagement, les projets de
nos structures de loisirs peuvent réellement participer à
l’éducation des citoyens de demain.
n Yvan Godard
y.godard@reseauenscene.fr
www.reseauenscene.fr
« Comment on fait les bébés ?... »
On en parle encore !
Un parc pour
le développement durable
L
es parcs à thèmes, tout le monde connaît. Que ce soit sur
le thème de l’image, de la mer ou des volcans, les enfants
comme les adultes peuvent trouver des lieux d’apprentissage mêlant l’information et le ludique.
Le parc Eana n’est pas différent. Situé en Normandie
près du Havre, il sera ouvert toute l’année à partir du
12 juillet 2008. Il proposera aux éducateurs des parcours et des
propositions pédagogiques intéressantes.
Son nom vient de Laponie et signifie « terre nourricière ». L’objectif
du parc est de permettre aux visiteurs de voyager des origines de
notre planète jusqu’en 2050. Dans les jardins, il sera possible de
déambuler et de découvrir l’évolution des plantes, de comprendre
l’eau, la fabrication du textile, ou de profiter des expositions présentant des métiers d’art. Tout le long du parc, les enfants pourront
toucher, sentir, ressentir, comprendre et s’amuser. La grande halle
proposera un parcours fondé sur le jeu et l’échange. Chacun pourra
également y évaluer l’impact de ses comportements sur l’environnement. Et pour finir, des spectacles seront joués dans le théâtre de
verdure et l’abbaye du site pourra être visitée.
S’
il est un sujet toujours un peu difficile à aborder
avec les enfants c’est bien celui de la sexualité. Le
bonheur de la vie est un dessin animé à destination des
enfants. Son but est de faciliter les réponses aux questions
les plus intimes, souvent embarrassantes, qu’ils posent aux
adultes. L’ambition est bien d’informer, sans se positionner
comme étant un support à l’éducation sexuelle. Vingt
sujets sont abordés parmi lesquels on peut citer l’anatomie,
la puberté, le fonctionnement de la sexualité, la procréation, la prévention, la
grossesse, les jumeaux…
Le bonheur de la vie – Folimage – DVD de 80 minutes – dès 6 ans –
17,90 e
Une base de données pour l’environnement
I
l existe sur internet une base de données
référençant un millier d’outils d’éducation à
l’environnement et au développement durable.
Elle a été réalisée dans le cadre d’un projet
« Interreg » visant le développement d’échanges
franco-belges sur l’information, la documentation et l’évaluation en matière
d’éducation relative à l’environnement. La recherche peut se faire par le
biais de thèmes (déchet, solidarité…), d’âge et de public, « d’approche » (jeu,
information, expériences…) ou par support. Chaque outil est présenté sous
forme de fiches (description, objectifs pédagogiques, critiques des utilisateurs…) éditées sous format papier et téléchargeables sur le site. Il existe
aussi des mallettes pédagogiques sur l’alimentation, l’eau ou l’énergie
pouvant être empruntée auprès notamment, de la Maison régionale de
l’environnement et des solidarités de Lille.
Plus d’informations : www.envirodoc.org et www.mnelille.org
Se raconter des histoires…
J
eux de mots, jeux nouveaux est un ouvrage
présentant des jeux autour des mots et des
histoires à raconter. Il reprend les principes du
pédagogue Gianni Rodari qui estime que l’imagination a besoin de contraintes ludiques pour
s’exprimer pleinement. Avec l’aide d’un illustrateur, cinq pistes de jeux sont expliquées aux
enfants. Que ce soit former un titre d’histoire en
puisant des idées entre deux groupes de mots de
deux listes différentes, ou inventer l’histoire
contraire au titre (exemple : le livreur de pizzas – le délivreur de pizzas), les
enfants et les adultes devront faire preuve de réactivité et d’imagination !
Jeux de mots, jeux nouveaux – Édition Rue du monde – 36 pages
à partir de 6 ans – 13 e
Comprendre en jouant
Q
Des idées de visites pédagogiques
Afin d’appréhender et de comprendre toutes les dimensions du
développement durable, les éducateurs pourront s’inscrire à des
ateliers ou à des parcours pensés en fonction du thème choisi et
de l’âge des enfants : « à bord de la planète Terre », « notre
empreinte sur la Terre » et « l’avenir entre nos mains ». Des fiches
téléchargeables sur le site internet du parc permettent d’organiser
la visite et d’approfondir le sujet. Sur place, des animations, des
expériences ainsi que des ateliers en intérieur ou en extérieur seront
proposés.
Le parc Eana – Plus d’informations sur www.eana.fr
uoi de mieux que des jeux pour comprendre les enjeux et le fonctionnement du commerce équitable ? C’est le constat qu’ont fait les
créateurs des jeux Négocito et Négocio. Pensés et fabriqués selon les règles
du commerce équitable, leur conception a mobilisé trois personnes au
Pérou et deux en Europe. Négocio convient à toute la famille. En partant
sur les traces de la route du café, les joueurs vont découvrir le métier de
négociateur de café. Ils devront réunir les cinq valeurs
du commerce équitable (respect des droits de
l’homme, qualité…). Les questions sont adaptées
aux tranches d’âges. Négocito s’adresse aux
enfants dès quatre ans. Il s’agit de voyager sur
un bateau à la recherche des trésors de la terre
et de les rapporter, après avoir effectué des
échanges de denrées, sur son île. Chacun son
pion et c’est parti !
Jeux Négocito et Négocio
66 e frais de port inclus
Renseignements :
www.lenegocio.com
© D. Lefilleul
Naissance
d’un partenariat
CITOYENS DU MONDE
L’Aude et le Liban deux territoires différents mais reliés aujourd’hui par des
initiatives locales. Les distances entre ce département et notre partenaire TWT
(Tadamoun Wa Tanmia – Solidarité et Développement) se sont largement
réduites depuis qu’Élodie, directrice, a décidé de mettre en place un projet
commun d’échanges et de correspondances avec le pays du cèdre.
est en participant à l’organisation logistique du
séminaire interculturel
sur la thématique du
handicap, qui s’est tenu
à Carcassonne au mois
de mai 2007, qu’Élodie a
rencontré les membres de TWT .
Chargée de la relation aux partenaires, elle a pu découvrir le quotidien
et les souffrances que subissent les
1 - Voir Camaraderie n°271
Ils ont décidé
de mettre en ligne un blog
et une correspondance papier
avec les enfants du Liban.
le magazine des Francas n° 280
enfants de ce pays. Souhaitant
construire une collaboration dans la
durée, une comédie musicale a été
mise en place sur les temps du centre
de loisirs associé à l’école (CLAE) du
Minervois au Cabardès.
L’aide des technologies
pour se connaître
Construit sur l’éducation à la différence, ce projet va amener les enfants
à découvrir la culture de ce pays, ainsi
qu’à dialoguer et à échanger avec les
enfants fréquentant les structures de
notre partenaire. Car Élodie ne se lance
pas seulement dans un projet de comédie musicale en temps périscolaire.
Avec son équipe, ils ont décidé de mettre en ligne un blog et une correspondance papier avec les enfants du Liban.
La correspondance sera un lien pour
18
découvrir l’autre. Une découverte à la
fois des personnes elles-mêmes, mais
aussi de la culture et du quotidien de
chacun. Le blog permettra aux enfants
libanais de voir l’avancée de la comédie
musicale (photos, décors, répétition…),
et ouvrira un autre espace de dialogue
plus réactif.
Le Forum « Éduquer pour demain »
sera l’occasion pour les Francas de
l’Aude d’accueillir, en partenariat avec
les Francas d’Île-de-France, nos amis
libanais et de construire de futurs
projets donnant lieu, pourquoi pas, à
des séjours communs.
n Laurent Bodereau
deleguee11@wanadoo.fr
Élodie Manchon
Directrice CLAE, Conques-sur-Orbeil
Permettre aux enfants du CLAE (Centre de
Loisirs Associé à l’École) de l’école maternelle
du Courbet à Foix d’envoyer une lettre aux
enfants du CP de Tsoundzou à Mayotte, tel était
le souhait de Caroline Caujolle, la directrice.
Elle nous explique sa démarche.
J’
ai toujours eu envie de mettre en place une
correspondance avec les enfants d’un
autre pays. Quand je suis arrivée au CLAE
l’année dernière, j’en ai discuté avec Cyril, un animateur, qui était très intéressé. Comme nous commencions à travailler sur la communication et les
médias, cela nous a paru un bon moyen d’impliquer les maternelles.
La responsable pédagogique de ma structure
m’a alors parlé de Josy, une ancienne directrice de
CLAE qui était partie enseigner à Mayotte. On a
d’abord envisagé de communiquer par internet,
mais l’école de Tsoundzou n’avait pas d’ordinateur.
On a alors envoyé une lettre en janvier 2007.
Une vingtaine d’enfants ont participé à cette
activité dans notre CLAE et une classe entière à
Mayotte, soit 25 enfants. L’institutrice voulait que
cela serve de support pour son cours de français,
mais la correspondance a dû s’arrêter là puisqu’elle
a dû rentrer en France plus tôt que prévu.
Heureusement nous avons trouvé une autre
possibilité avec une classe en Polynésie française,
à Raïatea. La correspondance a pu se faire grâce
à Dominique, une animatrice du CLAE qui a vécu
en Polynésie. Cette fois, c’est parti pour durer ! On
a envoyé une première lettre avant Noël et ils nous
ont déjà répondu !
n Propos recueillis par Olivier Baldomero
olivier.baldomero@libertysurf.fr
© Josy Eychenne
Patience…
Les enfants ont écrit et ils ont mis une photo du
CLAE sous la neige. Nous les avons emmenés
poster la lettre et ils ont même choisi les timbres.
Le problème c’est qu’après, ils ont attendu la
réponse très longtemps… La lettre n’est arrivée
qu’en juin ! L’institutrice nous a expliqué qu’il y
avait eu des grèves très importantes dans le pays
et notamment à l’école. Dans la lettre, il y avait
des photos et des explications sur la façon de vivre
à Mayotte. Les enfants ont été interpellés par
les différences qui existaient entre les deux modes
de vie. Cela leur a permis d’élargir leur vision du
monde.
Se retrouver pour échanger
À Vichy, dans l’Allier, les Francas du département et ceux de la région Auvergne-Limousin,
ont convié les organisateurs d’activités jeunesse
à échanger sur l’interculturel.
Ce sont près de cinquante personnes, représentantes de services municipaux, d’associations
ainsi que des militants intéressés qui ont assisté
à cette journée le 7 février.
A
près les interventions de la Fédération
nationale des Francas, du service
Coopération décentralisée du Conseil
général et de la direction départementale du
ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports,
des exemples concrets issus d’un lycée agricole
public, d’un organisme culturel du milieu rural et
d’un acteur d’un projet soutenu dans le cadre des
initiatives « Envie d’agir » ont permis d’illustrer ce
que les Francas veulent dynamiser sur ce territoire.
Les conclusions de cette journée sont simples :
les Francas ont ouvert des perspectives en
proposant aux participants de créer un groupe
départemental, ou plus large si d’autres associations départementales y sont parties prenantes,
pour échanger, témoigner sur les pratiques, se
former à l’ingénierie de ces dossiers souvent perçus
comme complexes, et développer au plus près
des publics enfants et adolescents des initiatives
ayant comme horizons l’Europe, voire le monde...
P artenaires
Correspondre pour se connaître
JUGENDWERK DER
ARBEITERWOHLFAHRT
Le Jugendwerk der
Arbeiterwohlfahrt est une association
pour les enfants et les jeunes
organisée par les jeunes et
les enfants, au sein de l’AWO,
l’une des plus grandes organisations
de tradition sociale et ouvrière
en Allemagne. AWO est le sigle
de Arbeiterwohlfahrt, qui peut se
traduire en français par « syndicat
pour le bien-être de l’ouvrier ».
Les membres du Jugendwerk
der Arbeiterwohlfahrt (JW)
sont des jeunes et des enfants
qui s’engagent pour leurs intérêts
ainsi que pour l’organisation de
leurs loisirs selon leurs visions,
leurs idéaux et les valeurs de base
du JW qui sont la liberté, l’égalité,
la tolérance et la solidarité. Ceci
se traduit par un combat pour une
société juste, démocratique
et solidaire.
Le JW s’implique
partout où
l’on trouve
des inégalités
sociales et
où des êtres
humains sont
défavorisés.
Ses activités sont très variées :
séminaires, sport, jeux, colonies
de vacances… Elles sont toutes
organisées bénévolement et de
façon autonome par les jeunes
et pour les jeunes !
Comme toute organisation de ce
genre, la JW a une représentation
nationale grâce au
Bundesjugendwerk der AWO.
Depuis quelque temps les Francas
travaillent en partenariat avec le
Jugendwerk sur différentes actions
comme les échanges de jeunes,
des séminaires et des rencontres
d’animateurs destinées à réfléchir
ensemble sur nos pratiques
et sur des projets à mener.
n Marc Epron
■ Pour plus d’information :
Bundesjugendwerk der
Arbeiterwohlfahrt
Markgrafenstraße 11
10969 Berlin
Allemagne
Tél. : (0049) (0)30 2592728-50
E-mail :
info@bundesjugendwerk.de
infos: www.einer-fehlt-noch.de
et www.bundesjugendwerk.de
Les trois ateliers qui ont suivi avaient pour
thèmes les échanges de jeunes, le franco-allemand
et les projets de solidarité internationale. Ils
ont favorisé les discussions sur l’objet même de
l’interculturel et de la mise en œuvre des activités
diverses que cette notion recouvre.
19
le magazine des Francas n° 280
ZOOMS sur vous
PYRÉNÉES-ORIENTALES
Forum en plusieurs actes
Le 26 janvier 2008, au centre de loisirs de Baho, dans les Pyrénées-Orientales,
le comité départemental « Éduquer pour demain » se réunit pour la deuxième fois.
P
our les Francas du département, l’animation de cette nouvelle instance relève d’un double défi : le premier posé par Olivier David, président de la Fédération nationale : « structurer notre Mouvement en
imaginant des espaces d’échanges et d’investissement à côté des comités directeurs, en créant des
passerelles entre ces différents collectifs et réseaux, pour permettre aux individus de construire leur propre
parcours » ; le second, contribuer à la réussite du premier Forum des acteurs de l’éducation en accompagnant
cinquante participants à Tours. Une dynamique en deux actes…
Acte 2 : Les petits-déjeuners débat
Scène 1 : Ne pas être simple spectateur
Pour se préparer à intervenir dans les débats pendant le Forum,
une autre dynamique se met en place. À partir des propos
introductifs des ateliers soumis à réactions en ligne sur le site
www.eduquerpourdemain.fr, des acteurs vont tenter de contribuer collectivement un lundi par quinzaine, autour d’un petitdéjeuner.
Scène 2 : Agir pour partager
On se prépare à aller plus loin en décidant de présenter, mettre
en débat des initiatives telles que « Ça me dit les samedis »
ou comment aller chercher les publics éloignés des offres
éducatives, le « Passeport BAFA » ou comment donner envie de
s’engager, « L’accompagnement à la scolarité » ou comment
aider à mieux vivre sa scolarité, « Inventer et mettre en œuvre
des propositions alternatives » ou comment adapter le fonctionnement des structures prenant en compte le territoire de vie des
enfants, leurs conditions de vie. Reste à travailler les présentations.
… Sans oublier maintenant l’écriture du troisième acte, voire
des suivants, d’ici à juin !
© D. Lefilleul
Acte 1 : Un comité départemental « Éduquer pour demain »
Scène 1 : Mobiliser des acteurs locaux
Des jeunes, des parents, des enseignants, des professionnels de l’animation sont conviés par les directeurs
des structures, membres de la fédération, qu’ils côtoient de façon quotidienne. Pour constituer un collectif
permanent, il est demandé à chacun d’être présent, de faciliter la prise de parole par une information en
amont de la réunion, de donner envie de revenir, l’objectif annoncé étant de rassembler plus de trente
participants à chaque rencontre.
Scène 2 : Choisir un thème de rencontre
En lien avec le projet de l’association, après s’être rassemblés autour des questions de l’accessibilité, les participants sont invités à réfléchir sur « la participation et l’implication des parents ». La rencontre du mois de
mars a parlé de la participation des enfants et des jeunes, de l’accompagnement dans leurs projets.
Scène 3 : Trouver des formes d’animation participative
Les rencontres sont fixées le samedi matin car on pense que les participants sont plus disponibles que le soir.
Il a été choisi d’organiser le deuxième rendez-vous autour d’ateliers se terminant par une mini-conférence
s’appuyant sur les synthèses. Aujourd’hui on est satisfait car on a pu appréhender, croiser des informations,
des points de vue à travers sa propre expérience, son vécu.
Scène 4 : Et Tours dans tout ça ?
Trois inscriptions étaient confirmées lors de la seconde rencontre : une jeune, une enseignante, un professionnel ;
vingt-cinq le sont aujourd’hui et vingt-cinq autres les rejoindront prochainement !
n Les Francas des Pyrénées-Orientales
3, avenue de Belfort – 66 000 Perpignan
Tél. : 04 68 54 60 44 – E-mail : francas.despo@wanadoo.fr
le magazine des Francas n° 280
20
Pyrénées-Atlantiques
Théâtre et mobilisation
L’
association départementale de la
Réunion a organisé une aprèsmidi de discussion et d’échange
autour du thème : « Éduquer pour
Demain : les enjeux de l’Éducation
Populaire dans le vivre ensemble ».
Le constat : la société réunionnaise fait
face à un individualisme et un repli sur
soi. L’Éducation Populaire, donc notre
Mouvement, peut apporter des solutions afin d’éviter que ce phénomène se
propage. C’est pourquoi cette rencontre
a eu lieu, sous forme de théâtre forum.
Tout d’abord, des animateurs ont développé des saynètes sur ce thème mettant
en évidence des problèmes de communication ou d’individualisme.
Puis M. Raoul Lucas, sociologue, nous a
tracé un portrait de la société réunionnaise et de ses déviances actuelles. Suite
aux réactions du public, les animateurs
ont joué de nouveau les saynètes en
y incluant des actions d’éducation
populaire pour montrer ce qu’elle peut
apporter face à ce repli sur soi.
Les Francas de la Réunion
1ter cité Ah-Soune
38, Boulevard Lancastel – BP 942
97478 Saint-Denis CEDEX
Tél. : 02 62 21 20 06
E-mail : francas974@voila.fr
© AD 974
L
Saône-et-Loire
la Réunion
Festival du film Nature
et Environnement
© AD 71
C’
est au centre culturel et social
de Cuiseaux, du 10 au 13
octobre 2007, que cette
deuxième édition, soutenue et accompagnée par l’association départementale des Francas de Saône-et-Loire, a
débuté par l’accueil de 130 enfants
issus des centres de loisirs de Blanzy,
Louhans, Sanvignes, Montret, SaintRémy, Saint-Germain-du-Plain et
Cuiseaux.
Différents pôles d’activités étaient proposés par des animateurs et des bénévoles : reconstituer un paysage avec des
puzzles, se confronter à des réalités écologiques à travers l’outil informatique
multimédia, découvrir des histoires
enchanteresses sur le développement
durable, fabriquer une mini- station
météo et assister à la projection du film
Les Bons conseils de Saturnin.
Fort de ce succès, l’équipe se penche sur
les suites à donner à cette opération et
la mise en place de malles pédagogiques et ludiques sur le thème de l’environnement.
Les Francas de Saône-et-Loire
47, rue du Concours
71000 Macôn
Tél. : 03 85 72 71 27
E-mail : francas.71@wanadoo.fr
21
Tous à Tours !
es Francas du département souhaitent informer, motiver, argumenter, se retrouver, rechercher des
moyens financiers pour que tous les
enthousiastes ne soient pas bloqués par
les finances…
Plusieurs stratégies sont mises en parallèles pour impliquer le Mouvement,
mobiliser l’ensemble des publics visés et
accroître la participation : les élus sont
informés en permanence de l’avancée
des préparatifs, les jeunes sont mobilisés autour des pratiques culturelles et
de la lutte contre le racisme (découverte d’un lieu historique chargé d’une histoire douloureuse et construction de
messages artistiques), de l’environnement (défis pour la terre…). Les parents
sont visés par une journée débat-forum
autour de la coéducation. Des rendezvous ont permis aux professionnels et
aux organisateurs locaux d’activités
d’échanger sur le contenu du Forum, de
faire le lien avec les initiatives qu’ils
prennent au niveau local et de s’interroger sur la valorisation du projet.
Les Francas
des Pyrénées-Atlantiques
Rue Aristide Briand
64000 Pau
Tél. : 05 59 84 01 01
E-mail : francas64@wanadoo.fr
Accompagner l’engagement
D
ans le cadre de leur partenariat
avec le CADEF (Comité d’animation départemental enfance
famille), antenne de la Caisse d’Allocations Familiales, les Francas des
Deux-Sèvres animent des modules
d’accompagnement des bénévoles.
Ces bénévoles encadrent les enfants
bénéficiant des CLAS (Contrats locaux
d’accompagnement à la scolarité). Des
soirées d’échanges et de rencontres
sur l’ensemble du département sont
organisées pour amener les bénévoles
à affiner leurs engagements et leurs
rôles. Ces modules leur permettent
d’avoir une présence active sur le territoire. Ils sont, pour eux, force de liens
et de propositions avec les bénévoles
sensibles à la réussite des enfants en
difficulté. Ils doivent permettre des
pratiques différentes.
Les Francas des Deux-Sèvres
Hôtel de la Vie associative
12, rue Joseph-Cugnot
79000 Niort
Tél. : 05 49 09 03 83
E-mail : francas79@wanadoo.fr
DEUX-SÈVRES
le magazine des Francas n° 280
Une écriture ouverte
à la mode de Wikipédia
qui crée du lien et donne à voir
web tour
arti d’une page blanche
en 2006, Wiki-brest
(http://www.wiki-brest.
net) utopie d’une écriture
ouverte à tous s’enrichit
au fil des mois de centaines de pages reflet de
la diversité de la vie des habitants d’un
territoire local. Wiki-brest est directement inspiré de Wikipédia : c’est un
espace d’écriture collaborative qui s’enrichit progressivement sans gestion
centralisée, sans maître du web en
charge de la mise en forme des contenus. À la différence de la visée encyclopédique de Wikipédia, Wiki-brest
concerne le vivre ensemble des habitants d’un territoire : histoires de lieux,
de personnes, de travail, géographie,
cartes postales, chansons, articles
encyclopédiques…
Aujourd’hui on entend parler des wiki tous les jours.
Mais qu’est-ce que c’est ? Concrètement un wiki
est un système de gestion de contenu de site web qui
rend les pages web librement et également modifiables
par tous les visiteurs autorisés. On utilise les wikis
pour faciliter l’écriture collaborative de documents
avec un minimum de contraintes.
Le wiki a été inventé en 1995 par Ward Cunningham.
L’avantage de ce genre de site est qu’il ne nécessite
pas de connaissances très poussées au préalable.
Que ce soit de façon personnelle ou au sein d’un centre
de loisirs, une fois créé, tout le monde peut l’alimenter.
La mairie de Brest a mis en place un wiki fonctionnant
parfaitement. L’un de ses responsables nous en parle.
Chacun peut s’exprimer
Wiki-brest s’est construit au carrefour
d’écritures mélangeant les pages
d’histoires, la vie au quotidien, le vécu
de personnes, les articles sur le patrimoine, la vie dans les communes et les
quartiers, les articles plus « encyclopédiques », les multiples liens vers les
musiques actuelles…
Les milliers de visites montrent qu’il
y a un lectorat intéressé pour revoir
l’école de quartier, l’histoire d’un
patronage laïc, etc. Que ce soit la
parole recueillie dans une résidence
La quinzaine
d’ateliers
organisés chaque
mois invite
de nouvelles
personnes à partager
des contenus :
atelier d’écriture
de quartier,
exposition...
de personnes âgées, la deuxième vie
donnée aux articles des journaux de
quartier, l’écriture intergénérationnelle
avec les jeunes du dispositif relais de
Kerbonne, le groupe de travail du
conseil de quartier de Bellevue, tous
témoignent de la multiplicité des
modes d’écriture qui font sens, créent
du lien et participent à la reconnaissance des personnes, à la reconquête de
l’estime de soi.
Il faut bien comprendre qu’au départ
du projet nous avions une envie de faire sans bien savoir où nous allions,
comment, avec qui et quels seraient les
contenus déposés. C’est au fur et à
mesure de l’avancée concrète du projet que nous inventons la structure du
site, l’accompagnement, les moments
de rencontre qui font vivre et grandir
le projet.
Les blogs pour resserrer
une communauté
Après une première année d’expérimentation nous sommes entrés en
septembre 2007 dans une phase de
diffusion du projet avec un millier
d’articles publiés, un million de pages
vues et 600 contributeurs.
Wiki-brest s’appuie maintenant sur
une animatrice du service démocratie
locale et citoyenneté de la ville de Brest
et le soutien de Jean-François Gaffard
qui nous fait bénéficier de ses années
de pratique au sein de Wikipédia
France.
Le site s’est ainsi structuré : mise
en place d’un album présentant les
quatre-vingt-dix points d’accès publics
à internet de la ville, guide le lecteur...
Les catégories indexent l’information
dans plusieurs thématiques, une
nécessité lorsque les articles deviennent abondants (trente à cinquante
nouveaux articles par semaine).
Chaque nouveau contributeur est
accueilli individuellement et « le bistrot
du port », à l’image du bistrot de
Wikipédia, facilite la discussion autour
des questions qui se posent.
Et le projet aussi s’anime. La quinzaine d’ateliers organisés chaque
mois invite de nouvelles personnes
à partager des contenus : atelier
d’écriture de quartier, exposition... La
mise en place de wiki-apéro où nous
invitons une dizaine de personnes à
lire leurs articles, met en valeur la
richesse des écritures, fait se rencontrer
des personnes et crée une dynamique
conviviale du projet. Les collectes
thématiques ou « wiki-journées »,
élargissent l’écriture.
Aujourd’hui Wiki-brest est un
projet bien vivant où nous apprenons
ensemble, en prêtant attention aux
personnes et avec l’ambition de créer
du lien, de favoriser la reconquête de
l’estime de soi de personnes ordinaires
qui ont comme chacun(e) d’entre nous
des choses à dire.
n Michel Briand
Adjoint au maire de Brest
et élu du pays de Brest
contact@wiki-brest.net
le magazine des Francas n° 280
22
Une chose
est sûre :
nous n’irons pas
que pour prendre
mais aussi
pour donner !
C’est à vous
© DR
Sur les quelques
2 500 personnes
attendues au Forum
qui aura lieu à Tours
du 28 juin au 1er juillet,
il sera possible
de croiser et de parler avec Romain et Alexandra.
Originaires tous les deux de la Sarthe,
Camaraderie les a interrogés sur les raisons
de leur présence à ce grand rendez-vous.
23 ans, Romain est un
jeune directeur, encore
stagiaire. Mais il a déjà
des idées claires de ce
qu’il fait et de ce qu’il
projette de faire.
« Je n’ai pas encore beaucoup
d’informations précises sur le Forum
et ma décision est récente mais j’y
serai. Je suis toujours motivé pour ce
genre d’action ! (…) J’ai fait le choix
d’y aller suite à ce que j’ai vécu au
centre que j’ai dirigé l’été dernier.
Nous avions un projet pédagogique
tourné sur l’aménagement de l’espace
et sur le développement durable. La
situation du centre est particulière
car il dépend d’une communauté de
communes. Pour les locaux, nous
tournons sur trois écoles. Je ne voulais
pas que les enfants reconnaissent
les bâtiments ; ils doivent avoir une
véritable coupure avec l’année scolaire.
C’est pourquoi nous avons travaillé sur
l’aménagement des salles, des couloirs,
de la cour… Nous voulions changer
les habitudes de déplacement. Entre
les pyramides d’Égypte et le labyrinthe
dans l’école, les repères étaient différents ! (…) Pour ce qui est de l’éducation à l’environnement nous avons
mis en place des toilettes sèches ainsi
qu’un jardin, et nous avons travaillé
sur l’eau. (…) C’est de cela que j’ai
envie de parler au Forum. J’ai envie de
partager mon expérience avec
d’autres directeurs. J’ai conscience de
n’être qu’un jeune directeur et c’est
pourquoi j’espère qu’à leur tour ils me
donneront de nouvelles idées. (…)
J’espère qu’il sera possible de trouver,
avec d’autres, des moyens d’amener
les questions environnementales aux
enfants des centres de loisirs sans que
ce soit trop scolaire. (…) Pour moi, ces
trois jours seront synonymes d’échange
d’informations, de partage. (…) Je
compte amener mon expérience, en
toute modestie, pas plus, pas moins. »
© DR
Je compte
amener
mon expérien
ce,
en toute mod
estie,
pas plus,
pas moins.
Animatrice socioculturelle dans
une communauté de communes,
Alexandra va tenter d’être présente
au Forum pendant les quatre jours.
Elle fera le maximum pour être là ;
ce genre d’opportunité, cela ne se
manque pas !
« Avec mes collègues, nous avons
demandé à notre supérieur de pouvoir
aller au Forum car nous pensons que
c’est une bonne initiative et il a accepté.
(…) Notre décision est motivée, entre
autres, par la volonté de rencontrer
d’autres animateurs, de voir d’autres
fonctionnements, d’aller “ à la pêche
aux informations ” ! L’endroit où je
travaille est en milieu rural ce qui
fait que nous n’avons pas de réseau
d’animateurs. Et pour progresser,
nous avons besoin de connaître ce qui
se fait ailleurs. (…) Le Forum sera un
lieu de discussions. Même si nous
sommes un peu à l’écart dans notre
petite ruralité, nous faisons aussi
des choses ! Mais on n’a pas encore
vraiment eu le temps de réfléchir à ce
que l’on allait apporter concrètement
lors du Forum. (…) Je pense que nous
avons des spécificités. Nous travaillons
avec les 10-17 ans et l’on a mis en
place un système particulier avec des
tickets sport qui touchent aussi aux
côtés culture, activités manuelles. Et
puis nous avons aussi les projets de
jeunes, les séjours… (…) Le problème
c’est que nous manquons un peu
d’informations sur les rencontres en
elles-mêmes. Le préprogramme n’est
pas suffisant. Et puis nous ne sommes
qu’au mois de février. Cela ne fait pas
partie de nos priorités de penser à ce
que l’on pourra apporter aux personnes présentes à Tours. (…) Une chose
est sûre : nous n’irons pas que pour
prendre mais aussi pour donner ! »
n Propos recueillis
par Nadia Astruc
23
le magazine des Francas n° 280
Portrait
Roger Sue
L’important c’est ce qu’on a
dans le ventre !
Roger Sue est sociologue. Son parcours personnel a très vite été tourné
vers le monde associatif, ce qui a ensuite influencé ses choix personnels
et professionnels. C’est avec beaucoup de gentillesse qu’il a accepté
d’en parler à Camaraderie.
L’
un des éléments les plus significatifs
dans mon parcours c’est d’être passé
dans ma jeunesse par des quantités
de centres de vacances. J’ai ensuite
voulu rendre ce que l’on m’avait donné.
C’est pour cela que j’ai été aide-moniteur dès
l’âge de 16 ans, au sein de divers centres de
vacances.
Aimant particulièrement le sport, je me
destinais à une carrière de professeur d’éducation physique. J’ai réussi à mêler l’animation
et le sport en étant moniteur de ski et de voile.
Le ski exige beaucoup de pédagogie avec les
enfants qui ont peur de descendre une pente.
Je me sentais très bien dans cette fonction.
Ayant eu moi-même des difficultés dans mon
enfance, j’avais envie de voir l’autre réussir, de
lui apporter quelque chose. C’est un peu un
plaisir narcissique !
Ma rencontre avec Joffre Dumazedier m’a
beaucoup marqué. Pour résumer son travail, je
dirai que c’est le père moderne de l’éducation
populaire. Il a également été directeur de
recherche au Centre National de la Recherche
Scientifique (CNRS) en sociologie. Au-delà de
la contingence professionnelle, je me suis
retrouvé dans cet homme. Même si j’ai ensuite
fait quantité de choses, j’ai toujours gardé le
contact avec lui et son équipe de recherche.
En somme, les choix que j’ai fait dans ma vie
peuvent en partie s’expliquer par ces éléments
déterminants : une enfance assez difficile, les
centres de vacances et ce que j’y ai vécu, ce que
j’ai pu en restituer avec le sport et l’exercice
de la pédagogie in vivo sur le terrain et une
rencontre importante.
© D. Lefilleul d’après DR
Déclic philosophique
J’ai eu une scolarité détestable, avec des
bulletins scolaires qui en témoignent ! J’avais
le choix entre partir à l’usine ou intégrer une
école de formation dans le sport professionnel.
Heureusement ma famille a eu le réflexe de
m’emmener voir un psychologue scolaire. Ma
chance a été qu’il leur dise de ne pas s’inquiéter,
que j’avais autre chose en tête, mais que ça
irait. Et il avait raison ! J’ai eu le déclic en
terminale, avec la philosophie. Elle permet
de se comprendre, de parler de soi-même,
d’appréhender les savoirs différemment. Nous
étions dans les années 1968, mon professeur
était un peu révolutionnaire… Cette combinaison
de faits a apporté des éléments sociaux, concrets
et philosophiques à ma révolte personnelle et
intérieure. C’est ce qui m’a motivé à faire des
études supérieures.
L’important pour moi c’est ce qu’on a dans
le ventre. Je le répète souvent à mes élèves. La
tête permet de communiquer avec l’autre, mais
avant tout, il faut avoir envie de communiquer.
De toute façon, la tête suivra. Il n’y a pas de
raison de ne pas faire ce que l’on a envie. C’est
pour cela que je refuse les sélections précoces.
C’est la personne qui importe, pas son curriculum
vitae. C’est la façon dont elle s’impose, dont
elle va au bout d’elle-même. Il est dommage de
voir que cette dimension est peu développée
aujourd’hui. Alors éliminer des enfants dès
14 ans, ce n’est pas uniquement les éloigner
des diplômes, c’est aussi les détruire. Un enfant
ne peut pas échouer, ou sinon c’est provisoire.
C’est en ce sens que la question associative est
précieuse.
Étudier les loisirs
Durant mes études, j’ai pris appui sur les
travaux de J. Dumazedier et j’ai rédigé une
thèse sur l’émergence de la société de loisirs.
Selon lui, le temps hors du travail peut avoir
une importance sur la structuration de la
personne. La société actuelle lui donne raison
notamment par le développement des multiples
activités. Ce qui m’a différencié de ses recherches,
et qui n’est pas encore très bien compris
aujourd’hui, c’est que je trouve que la question
du temps hors travail est aussi une question
économique. C’est un temps de consommation, durant lequel les gens font d’avantage de
choses, peuvent monter en compétences, ont
besoin de plus en plus de services. C’est ce qui
m’a conduit à me focaliser sur les associations et
leur rôle décisif sur ces services. La formation ou
le capital humain sont devenus des déterminants
essentiels de la croissance. Les compétences
transversales deviennent incontournables dans
l’économie marchande actuelle. Le travail n’est
plus un critère pertinent de la performance. On
demande du talent, de l’innovation… et cela
ne se mesure pas. Les associations ont un rôle
leader dans cette construction individuelle et
identitaire.
n Propos recueillis par Nadia Astruc
Was this manual useful for you? yes no
Thank you for your participation!

* Your assessment is very important for improving the work of artificial intelligence, which forms the content of this project

Download PDF

advertising