PSEUDO-SYNONYMES EN LANGUE DE SPECIALITE

PSEUDO-SYNONYMES EN LANGUE DE SPECIALITE
PSEUDO-SYNONYMES EN
LANGUE DE SPECIALITE
Christine DURIEUX
C.I.E.L.,
Université de Caen
S'il y avait des synonymes parfaits, il y
aurait deux langues dans une même langue.
César Chesneau, Sieur du Marsais
Des tropes ou des différents sens dans
lesquels on peut prendre un même mot dans
une même langue , 1730.
INTRODUCTION
Ce thème de recherche, qui s'inscrit dans une relation entre la
description de la langue, en particulier du lexique, et son application à la
traduction a été motivé par l'observation d'erreurs de traduction
imputables à la pseudo-synonymie, et cela tant en milieu pédagogique
que dans le cadre de la traduction professionnelle.
Or, précisément dans les langues de spécialité, l'idée même de
synonymie - fut-elle pseudo - semble d'emblée être exclue. En effet, les
langues de spécialité font largement appel à des nomenclatures dont les
éléments ont pour caractéristique majeure d'être monoréférentiels.
Toutefois, bien que la notion même de langue de spécialité semble
concerner exclusivement la traduction technique, à cet égard, il serait
bien imprudent d'exclure la traduction littéraire. En effet, le texte
littéraire n'est pas forme pure. En littérature romanesque, par exemple, le
texte raconte une histoire, il met en scène des personnages qui évoluent
dans un décor qui, même s'il est fictif, évoque des réalités relevant de
diverses disciplines, empruntant ainsi constamment à différentes langues
de spécialité.
A ce propos, introduire une typologie des textes, et notamment une
distinction entre texte technique et texte littéraire, est tout à fait
inapproprié, le critère de dichotomie étant très incertain, approximatif et
Cahier du CIEL 1996-1997
flou. C'est pourquoi, le présent développement se situe dans le cadre de
l'application à la traduction, lui conférant une validité pour tous les types
de textes.
Dans l'énoncé ci-dessus, la qualification de la césure entre texte
technique et texte littéraire fait appel aux adjectifs incertain,
approximatif et flou, auxquels d'ailleurs il serait possible d'ajouter
brouillé, indistinct, nébuleux, vaporeux, confus, indéfini, indiscernable,
précaire, etc. ; en effet, ces synonymes proposés par les dictionnaires
pourraient s'appliquer "presque" indifféremment.
1. DEFINITIONS
1.1. Langue de spécialité
"Sous-système linguistique qui utilise une terminologie et d'autres
moyens linguistiques et qui vise la non-ambiguïté de la communication
dans un domaine particulier" (AFNOR, Norme ISO 1087, 1990).
"On appelle langue de spécialité un sous-système linguistique tel
qu'il rassemble les spécificités linguistiques d'un domaine particulier. En
fait, la terminologie, à l'origine de ce concept, se satisfait très
généralement de relever les notions et les termes considérés comme
propres à ce domaine. Sous cet angle, il y a donc abus à parler de langue
de spécialité, et vocabulaire spécialisé convient mieux" (Dubois, 1994 :
440).
C'est cette dernière position qu'adopte P. Lerat (1995) qui considère
qu'il ne peut exister à proprement parler des langues de spécialité parce
que les activités humaines ne sont pas strictement cloisonnées ni
cloisonnables. Rejetant de même la notion de technolecte, il suggère qu'il
y aurait avantage à parler de langue spécialisée. Néanmoins, il précise :
"Une langue spécialisée ne se réduit pas à une terminologie : elle utilise
des dénominations spécialisées (les termes), y compris des symboles non
linguistiques, dans des énoncés mobilisant les ressources ordinaires d'une
langue donnée. On peut donc la définir comme l'usage d'une langue
naturelle pour rendre compte techniquement de connaissances
spécialisées" (1995 : 21).
Quoi qu'il en soit, spécialisée ou de spécialité, il s'agit d'une langue
servant à véhiculer des connaissances spécialisées. A ce titre, elle peut
être opposée à la langue usuelle. Toutefois, il semble que, dans une
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C. DURIEUX - Pseudo-synonymie
taxinomie des discours, il n'y ait pas opposition mais plutôt coexistence
dans la continuité.
Aux fins de la présente étude, il importe de positionner la notion de
langue de spécialité par rapport à la langue usuelle. Il apparaît pertinent
ici de distinguer, à l'intérieur de la langue usuelle, entre langue commune
normalement partagée par tous les membres de la communauté
linguistique et langue courante enrichie d'emprunts à des champs
d'expérience spécialisés et utilisée surtout par les classes socioprofessionnelles favorisées (Galisson, 1979) ou les plus cultivées. Une
présentation schématique en strates superposées semble bien convenir
pour le présent développement.
langue spécialisée
Spécifique
de vulgarisation
banalisée
zone mixte
langue usuelle
courante
commune
Cette représentation graphique est nécessairement heurtée pour
montrer les principaux niveaux de langue. De fait, ni la langue usuelle, ni
les langues de spécialité ne sont des ensembles homogènes bien
délimités. Dans chacun d'eux, il existe plusieurs niveaux et registres. En
réalité, il s'agit d'un continuum avec l'existence d'une zone mixte
intermédiaire, passage obligé de l'injection de termes et de
phraséologismes spécialisés dans la langue courante et de l'aspiration de
termes appartenant à la langue usuelle dans des langues de spécialité, de
même que du retour dans la langue courante de termes initialement
empruntés à la langue usuelle par des domaines spécialisés, après
transformations résultant de leur emploi dans une ou plusieurs langues de
spécialité.
On observe que les mouvements entre langue usuelle et langue
spécialisée se font à double sens. Or, le transit des unités lexicales ne se
fait pas par sauts quantiques et il n'existe pas de bande interdite entre les
niveaux de langue comme celle qui sépare la bande de valence de la
bande de conduction d'un atome. Au contraire, les migrations
terminologiques se font en continu, passant de la langue usuelle à la
langue spécialisée et inversement par une zone mixte où des unités de la
langue usuelle se chargent de valeurs spécialisées et où des unités d'une
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Cahier du CIEL 1996-1997
langue spécialisée, étant devenues tellement banalisées, sont prêtes à
s'intégrer à la langue courante.
De plus, cette zone mixte intermédiaire subit une évolution dans le
temps. Elle peut d'abord se démarquer de la langue spécialisée, d'une
part, et de la langue usuelle, d'autre part, acquérant un statut indépendant
parfois éphémère mais qui, en tout état de cause, n'a pas pour mission de
perdurer. Ensuite, elle assure la transition entre langue spécialisée et
langue usuelle avant d'être l'agent support de l'intersection entre les deux.
On observe finalement un recouvrement partiel de la langue usuelle
courante par la langue spécialisée banalisée au point qu'il soit impossible
de distinguer l'une de l'autre, sinon dans la nuance de tel ou tel usage.
Ce phénomène de fusion diachronique garantit, en quelque sorte,
l'existence d'un continuum dans l'échelle des niveaux de langue.
1.2. Synonyme
Etymologie grecque : sun (avec) + onoma (nom).
1
Chez Aristote , la notion de synonyme est appliquée aux noms
(onoma) dont la signification est liée (sun) dans le cadre d'une structure
générique commune, mais qui dénotent des réalités - qui peuvent être des
objets concrets ou abstraits - différentes. Ainsi, vert et rouge étaient
considérés, en logique, comme synonymes par rapport au concept de
couleur. A l'heure actuelle, pour désigner cette relation d'intersection des
sèmes génériques des noms, on parle d'hétéronymie.
"On trouve souvent des mots de la même espèce, qui semblent
exprimer la même idée fondamentale et le même point de vue analytique
de l'esprit : on donne à ces mots la qualification de synonymes, pour faire
entendre qu'ils ont précisément la même signification ; et on appelle
synonymie la propriété qui les fait ainsi qualifier" (Encyclopédie de
Diderot et d'Alembert, art. Grammaire, 1751-1772).
"Mot qui a la même signification qu'un autre mot, ou une
signification presque semblable" (Vocabulaire françois, 1771).
"On est convenu d'appeler synonymes des mots dont le sens a plus
de rapports que de différence" (Boissonade, 1806).
1
Aristote, qu'on ne peut considérer comme ayant fait œuvre de linguiste, a
néanmoins contribué aux sciences du langage en étudiant en profondeur la
logique. Le recueil des traités d'Aristote sur la logique, appelé Organon, comprend
six parties. La cinquième, intitulée Topiques, se compose de huit livres consacrés
à l'étude du raisonnement dialectique. Dans le Livre I des Topiques, il traite le
problème de l'analyse des signes lexicaux et, en particulier, de l'analyse du
contenu des mots.
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C. DURIEUX - Pseudo-synonymie
Dans son célèbre Cours de linguistique générale, F. de Saussure
(1916) traite la synonymie en termes d'opposition. "Dans l'intérieur d'une
même langue, tous les mots qui expriment des idées voisines se limitent
réciproquement : des synonymes comme redouter, craindre, avoir peur
n'ont de valeur propre que par leur opposition ; si redouter n'existait pas,
tout son contenu irait à ses concurrents."
"On appelle synonymes des termes de même sens ou plus
exactement de sens équivalent, c'est-à-dire substituables dans certains
contextes. On ne trouve pas de synonymes parfaits appartenant à la même
classe, ayant la même distribution, donc interchangeables dans n'importe
quels contextes. La synonymie parfaite ou totale serait un luxe inutile du
langage, en contradiction avec la loi d'économie" (Galisson, 1976 : 543).
"Désignations de même langue qui représentent la même notion"
(AFNOR, 1990).
"Désignation parfaitement substituable qui jouit de conditions
d'utilisation totalement identiques" (Gouadec, 1990).
"Sont dites synonymiques, deux entités dont les valeurs sont
rigoureusement identiques. Ces deux entités ont une même valeur de
référenciation et des conditions d'utilisation rigoureusement identiques.
Elles sont donc en tout point substituables l'une à l'autre" (Gouadec, 1993
: 69).
"L'idée de synonymie repose sur au moins deux critères, à savoir
l'identité de contenu et la cosubstituabilité dans certains contextes"
(Gentilhomme, 1994 : 391).
"Sont synonymes des mots de même sens, ou approximativement de
même sens, et de formes différentes ... La synonymie peut avoir deux
acceptions différentes : ou bien deux termes sont dits synonymes quand
ils ont la possibilité de se substituer l'un à l'autre dans un seul énoncé
isolé (pour un mot donné, la liste des synonymes est alors importante) ;
ou bien deux termes sont dits synonymes (synonymie absolue) quand ils
sont interchangeables dans tous les contextes, et alors il n'y a
pratiquement plus de véritable synonyme sinon entre deux langues
fonctionnelles (par exemple, en français, en zoologie, la nomenclature
scientifique et la nomenclature populaire offrent de nombreux exemples
de synonymie absolue)" (Dubois, 1994 : 465).
"Deux dénominations sont synonymes dès lors qu'elles désignent la
même notion et qu'elles peuvent être décrites par une même définition"
(Otman, 1996 : 111).
Cette dernière affirmation porte en elle-même un problème qui
justifierait à lui seul une étude approfondie : quelle même définition ?
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Cahier du CIEL 1996-1997
Peut-on considérer que deux termes sont synonymes par le simple
fait qu'ils désignent une réalité répondant à une même définition ? Une
telle prise de position paraîtrait bien hardie et conduirait à admettre
comme synonymes des termes appartenant à différents registres de langue
(enfant et gosse, par exemple) ou niveaux de vulgarisation (globule rouge
et erythrocyte, par exemple), relevant de zones géographiques différentes
(chicon et endive, par exemple), en usage à des époques différentes
(acide prussique et acide cyanhydrique, par exemple), intervenant dans
des situations différentes (porc et cochon, par exemple), s'inscrivant dans
des environnements commerciaux différents (barre d'outils et barre
d'icônes, par exemple), faisant intervenir un sigle (ONU et Organisation
des Nations-Unies, par exemple), ou une abréviation (ado et adolescent,
par exemple), propres à des écoles de pensée (morphème et monème, par
exemple), résultant d'efforts de normalisation (marketing et mercatique,
par exemple), etc.
A cet égard, Y. Gentilhomme (1994) établit une distinction entre
synonymie linguistique et synonymie terminologique. Cet ancien
professeur de mathématiques devenu linguiste aime à emprunter ses
exemples à sa discipline de prédilection. "Ainsi, cercle de neuf points
(cercle passant par les pieds des hauteurs, par celui des médianes et trois
autres points remarquables du triangle) et cercle d'Euler (cercle étudié
particulièrement par le mathématicien suisse Euler) ont le même référent
et sont de parfaits synonymes terminologiques. Ils ne le sont pas
nécessairement du point de vue linguistique, car porteurs de sens
différents : pour le nommer, on se réfère, d'une part à un personnage
historique, Euler ; d'autre part, à des éléments géométriques, neuf points "
(Gentilhomme, 1994 : 392).
Pour le présent développement, on retiendra les deux critères
fondamentaux de la synonymie : sémantisme identique, usage identique.
On notera avec amusement que le Dictionnaire des synonymes de la
série Les Usuels du Robert (1979) fait figurer l'adjectif synonyme dans la
liste des synonymes proposés à l'entrée approchant, au côté de analogue,
approximatif, comparable, égal à, équivalent, proche, ressemblant,
semblable, tangent, voisin ainsi qu'à l'entrée pareil, parmi adéquat,
comparable, égal, équivalent, identique, jumeaux, même, parallèle,
semblable, tel. Dans ce même dictionnaire, synonyme en tant que
substantif figure en terme d'entrée avec pour synonymes : à peu près,
approchant, équivalent, remplaçant, similitude, substitut. Il est clair que
la notion de synonyme qui a présidé à l'élaboration de ce dictionnaire ne
répond à aucune des définitions de la synonymie indiquées ci-dessus. En
effet, il est aisé d'imaginer une multitude d'énoncés dans lesquels ces
différents vocables ne sont, bien entendu, pas substituables pour exprimer
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C. DURIEUX - Pseudo-synonymie
un même vouloir-dire. Dans son avant-propos, l'auteur de ce Dictionnaire
précise son objectif, qui est de répondre aux besoins de tous ceux qui
écrivent : "employer le mot exact ; éviter les répétitions".
1.3. Quasi-synonyme
Quasi : mot latin signifiant presque, à peu près.
Robert Dubuc (1992) parle de quasi-synonymie lorsque des
désignations renvoient au même signifié mais ne sont pas
systématiquement interchangeables dans le discours ; lorsqu'elles
partagent les mêmes traits sémantiques mais se distinguent par des
disparités d'usage.
"On parle de quasi-synonymes quand deux unités d'une langue ont
une part considérable de leur signifié en commun, mais correspondent à
des niveaux de langue différents ou sont utilisés dans des conditions
discursives différentes. On parlera de quasi-synonymes de niveau pour des
couples comme maux d'estomac / gastralgie pour autant que c'est le
niveau de compétence qui détermine le choix du mot; de quasisynonymie dialectale ou géographique pour les couples débarbouillette
(Québec) / gant de toilette (France) ; de quasi-synonymie de concurrence
quand il n'y a pas standardisation et que des intérêts techniques ou
commerciaux sont en jeu : pompe à chaleur / pompe thermique /
thermopompe" (Dubois, 1994 : 393).
A propos de l'exemple de couple de quasi-synonymie dialectale ou
géographique cité ci-dessus - débarbouillette (Québec) / gant de toilette
(France) - il convient de remarquer que, dans ce cas, la différenciation
n'est pas seulement linguistique. Certes, l'objet ainsi désigné a un même
usage des deux côtés de l'Atlantique, mais sa forme diffère selon qu'il
s'agit d'un gant de toilette à l'intérieur duquel on glisse la main ou d'une
débarbouillette qui est un carré de tissu éponge sans couture.
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Cahier du CIEL 1996-1997
1.4. Parasynonyme
Para- : préfixe emprunté au grec para, signifiant à côté de ; dans la
terminologie médicale, par exemple, ce préfixe signifie non intégral,
défectueux ou perturbé.
"On appelle parasynonyme un terme qui est presque synonyme d'un
autre, c'est-à-dire qui présente une grande partie de traits pertinents en
commun mais dont la distribution et/ou le registre d'emploi n'est pas
exactement identique; ainsi bois et forêt sont des parasynonymes l'un de
l'autre, la différence étant celle de "grandeur"" (Dubois, 1994 : 344).
"On appelle parasynonymes des termes qui peuvent être considérés
comme de même sens mais dont les distributions ne sont pas exactement
équivalentes. Parasynonyme se distinguerait ainsi de synonyme, appliqué
à des termes ayant même sens et même distribution (usage), c'est-à-dire
commutables dans n'importe quels contextes et en toutes situations.
Comme on ne trouve pas de synonymes parfaits, mieux vaudrait ne parler
que de parasynonymes" (Galisson, 1976 : 399).
Cette idée n'est pas neuve. Elle fut déjà exprimée en leur temps par
l'Abbé Girard - "La ressemblance que produit l'idée générale fait donc les
mots synonymes ; et la différence qui vient de l'idée particulière qui
accompagne la générale, fait qu'ils ne le sont pas parfaitement, et qu'on
les distingue comme les diverses nuances d'une même couleur" - dans La
Justesse de la langue françoise ou les Différentes significations des mots qui
passent pour être synonymes (1718), ainsi que par Fénelon - "Quand on
examine de près la signification des termes, on remarque qu'il n'y en a
presque point qui soient entièrement synonymes entre eux" - dans Trois
dialogues sur l'éloquence (1718).
1.5. Pseudo-synonyme
Pseudo- : racine provenant du mot grec pseudos, signifiant mensonge
délibéré ou par erreur (trompeur), d'où l'idée de faux ou de faussement
appelé, s'appliquant au lexème ainsi préfixé.
Ce préfixe a été choisi pour la notion de "trompeur" qu'il véhicule.
De fait, avec les pseudo-synonymes, on est en présence d'une illusion de
synonymie, de nature à induire le traducteur en erreur.
Dans la terminologie de la traductologie, un pseudo-synonyme est un
faux synonyme ou plutôt une unité lexicale faussement considérée
comme synonyme, en ce sens qu'il ne présente pas toutes les
caractéristiques d'un synonyme. En particulier, dans le présent
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C. DURIEUX - Pseudo-synonymie
développement, il s'en distingue par le fait qu'il est substituable à une
autre unité lexicale dans certains énoncés, mais pas dans d'autres, avec
la particularité que la césure se fait à un point de passage à un niveau de
spécialisation plus élevé de la langue. Ce point de passage peut se situer
entre le niveau de la langue courante et celui de la langue spécialisée
banalisée, ou à l'intérieur d'une langue de spécialité entre un niveau
d'emploi banalisé et un niveau plus finement spécialisé.
Dans ses travaux, Y. Gentilhomme (1994 : 387) appelle "termes
larvés ... des mots qui, à première vue, semblent appartenir au vocabulaire
commun, mais qui, dans la discipline considérée, acquièrent un contenu
particulier, non explicitement défini ; on ne le saisit qu'à la suite d'une
pratique plus ou moins prolongée de la discipline". Pour illustrer son
propos, il développe, comme à son habitude, un exemple concernant les
mathématiques et s'intéresse en particulier au triangle. Qu'est-ce qu'un
triangle quelconque ? "Veut-on dire que le triangle n'est ni isocèle, ni
rectangle ? Ou bien cela signifie-t-il qu'il ne faudra pas tenir compte dans
les démonstrations de ses particularités, même s'il est isocèle ou
rectangle ?" Et de poursuivre avec l'évocation des points remarquables
d'un triangle. Il apparaît alors clairement que l'antonymie entre
quelconque et remarquable n'a pas la même portée en langue usuelle et
lorsque ces adjectifs sont appliqués à des entités mathématiques, par
exemple.
De même, l'introduction du présent article rappelle que le critère de
distinction entre texte technique et texte littéraire est notamment
qualifiable d'incertain, approximatif et flou. Mais il ne faudrait pas s'y
tromper, on est ici en présence de termes larvés évoqués ci-dessus, ou de
pseudo-synonymes pour le traducteur. En effet, en intelligence artificielle,
par exemple, il y a lieu d'établir une distinction rigoureuse entre ces trois
adjectifs. "Une connaissance incertaine est une connaissance pour
laquelle l'information concernant l'un des attributs est inconnue (exemple
: la cause de la disparition des dinosaures). Une connaissance
a p p r o x i m a t i v e est une connaissance pour laquelle l'information
concernant l'un des attributs est connue mais seulement de manière
approximative (exemple : la datation de la disparition des dinosaures). Un
prédicat flou est un prédicat qui peut fournir des valeurs de vérité autres
que "vrai" ou "faux" (c'est-à-dire allant du vrai au faux en passant par le
quasiment vrai, le presque vrai, l'assez vrai, le plus vrai que faux, le ni
vrai ni faux, le plus faux que vrai, l'assez faux, le presque faux et le
quasiment faux" (Otman, 1996 : 116).
97
Cahier du CIEL 1996-1997
2. PSEUDO-SYNONYMES ET TRADUCTION
Les pseudo-synonymes ainsi définis posent un problème particulier
en traduction. En effet, le traducteur, qui peut être familiarisé avec une
discipline technique mais dont on ne peut s'attendre qu'il soit expert de
cette discipline, risque de ne pas être en alerte et de voir une synonymie,
habituelle dans la langue usuelle, là où il y a différenciation, voire
opposition, en langue de spécialité.
2.1. En langue usuelle
Des unités lexicales appartenant à la langue usuelle sont très
fréquemment employées comme synonymes dans les actes langagiers de
la vie de tous les jours. D'ailleurs, les dictionnaires de langue contribuent
à encourager cette synonymie. Ils proposent en effet des convergences
(assimilations) lexicales en donnant des listes de mots indiqués comme
synonymes et ne signalent que rarement les divergences (dissimilations)
lexicales qui, pourtant, seraient utiles, et n'attirent pas l'attention du
lecteur sur les risques de confusion.
Or, ces prétendus synonymes, souvent très approximatifs, renforcent
l'idée que plusieurs mots peuvent s'employer indifféremment pour dire une
même chose.
C'est le cas, par exemple, des adjectifs complexe et compliqué,
pour lesquels on peut lire :
Dictionnaire Le Robert C OMPLEXE , adj. (XVIe s., du latin complexus, p.p. de complecti,
embrasser, contenir). Qui contient, qui réunit plusieurs éléments
différents. V. Compliqué, trouble.
Ant. Simple, clair, distinct.
COMPLIQUE , adj. (XIVe s., du latin complicatus de complicare, lier
ensemble). Qui possède de nombreux éléments dont l'assemblage est
difficile à comprendre. V. Complexe, confus, obscur.
Ant. Clair, distinct, enfantin, simple, sobre.
Grand Dictionnaire Larousse Encyclopédique C OMPLEXE , adj. (Lat. complexus ; de complecti, embrasser). Qui
contient plusieurs parties ou plusieurs éléments combinés d'une
manière qui n'est pas immédiatement claire pour l'esprit.
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C. DURIEUX - Pseudo-synonymie
Syn. : Compliqué, embrouillé, emmêlé.
COMPLIQUE , adj. Difficile à comprendre ou à exécuter par suite du
grand nombre et de la diversité des éléments composants ou des
opérations nécessaires.
Syn. : Ardu, confus, difficile, embrouillé.
Dans Le Robert, il y a un renvoi croisé entre les deux adjectifs ; en
outre, bien que les antonymes proposés - simple, clair, distinct - se
retrouvent pour les deux termes, il apparaît d'emblée que l'on n'est pas en
présence de synonymes absolus au sens où l'entendent D. Gouadec et R.
Dubuc. Dans Larousse, on relève une absence de symétrie, car si
compliqué est donné en synonyme de complexe, complexe ne figure pas
dans la liste des synonymes de compliqué. Toutefois, on retrouve
l'adjectif embrouillé dans les listes de synonymes de ces deux termes
vedettes. Dans le Dictionnaire des synonymes de la série Les Usuels du
Robert, la confusion est encore plus grande puisque le terme vedette
complexe, adj, renvoie uniquement au terme vedette compliqué, ce
dernier donnant lieu à la liste de synonymes suivante : alambiqué,
apprêté, complexe, composé, confus, contourné, difficile, embarrassé,
emberlificoté (fam.), embrouillé, entortillé, obscur, quintescencié, raffiné,
savant, subtil, touffu, tourmenté, trouble.
Cet amalgame lexicographique, dont l'objectif est de satisfaire à
l'exigence propre à la langue française qui est d'éviter les répétitions,
cultive l'illusion de synonymie et encourage l'abus de langage. En effet,
ces deux adjectifs ont une couverture sémantique bien distincte. De fait,
est complexe ce qu'on ne peut appréhender spontanément et dont on ne
peut retracer le parcours. Par exemple, si l'on égoutte des spaghettis cuits
et qu'on les verse sur un plat, on est en présence de complexité, car on ne
peut faire faire aux spaghettis le parcours inverse exact entre la passoire
et le plat, et on ne peut pas non plus le calculer : on ne peut pas
décomposer le mouvement, on ne peut ni le prédire ni le prévoir. En
revanche, est compliqué ce qui peut être résolu méthodiquement même si
cela prend du temps. Par exemple, le tableau de bord d'un Airbus est un
montage compliqué. Certes il faut du temps pour le démonter et le
remonter, mais en opérant méthodiquement avec un outillage approprié,
2
la tâche est réalisable .
2
Cette illustration simpliste de l'illusion de synonymie entre compliqué et
complexe a l'avantage de la clarté, et permet de positionner l'un par rapport à
l'autre. Cette mise en perspective de chacun de ces deux adjectifs par rapport à
l'autre vaut pour des considérations usuelles mais aussi pour des raisonnements
spécialisés, comme en Science des systèmes, par exemple. Dans L'Organisation
biologique et la théorie de l'information, Hermann, Paris, 1972, Henri Atlan établit
99
Cahier du CIEL 1996-1997
2.2. Passage de langue usuelle à langue de spécialité
Plus le domaine de spécialité est proche des préoccupations
quotidiennes du grand public, plus le sous-domaine touche à la vie
courante, et plus le danger est grand pour le traducteur de ne pas
reconnaître dans des unités lexicales appartenant à la langue usuelle
l'emploi de véritables termes relevant d'une langue de spécialité. C'est le
cas, par exemple, du domaine de l'écologie, sous-domaine de la gestion
des déchets, dans lequel les informations sont abondantes, récurrentes,
d'accès facile parce que concrètes et ayant trait à des aspects de la vie
de tous les jours. En outre, la langue de spécialité emprunte de nombreux
éléments du lexique de la langue usuelle, ce qui accroît la difficulté de
discerner entre (1) unités lexicales courantes avec les acceptions
approximatives et polysémiques habituelles et (2) termes spécifiques
avec la couverture conceptuelle strictement bornée correspondante
tendant vers la monoréférentialité.
En tant que membre d'une communauté cultivée et informée, le
traducteur croit pouvoir gagner du temps en faisant l'économie d'une
recherche documentaire rigoureuse. Il se sent en confiance et se contente
de mobiliser les connaissances thématiques dont il dispose. Il risque alors
de considérer comme étant interchangeables des termes tels que réemploi
et réutilisation. De fait, en langue courante, on est tenté de voir là un cas
type de synonymie, tentation d'ailleurs renforcée par une éventuelle étude
étymologique. En effet, dans les deux cas, la morphologie est de même
type : préfixe ré indiquant une réitération devant un déverbal usuel emploi
et utilisation.
En outre, le dictionnaire Larousse donne, pour ces deux substantifs,
les définitions suivantes :
EMPLOI : Action ou manière d'employer ; utilisation d'une chose.
UTILISATION : Action d'utiliser.
De prime abord, on est tenté de relever une grande similitude entre
les deux substantifs, l'un figurant même (comme synonyme ?) dans la
définition de l'autre.
En revanche, si réutilisation n'est pas répertorié en entrée des
dictionnaires de langue tels que Robert et Larousse, on y trouve réemploi
et sa variante remploi avec pour définition : Achat d'un bien avec le
une distinction capitale entre la complication des organisations artificielles, dont
les finalités sont déterminées d'avance par leur concepteur et dont la description
algorithmique peut éventuellement être longue et la complexité des organismes
vivants, dont la finalité est a priori inconnue de l'observateur.
100
C. DURIEUX - Pseudo-synonymie
produit de la vente ou de l'indemnisation de la perte d'un autre bien. Ce
terme est attesté dès 1577 dans sa forme r e m p l o i pour désigner
l'acquisition de biens mobiliers ou immobiliers avec les fonds provenant
de la cession d'un bien dotal.
Ainsi donc, ces deux substantifs apparemment assimilables l'un à
l'autre dans la langue usuelle actuelle ont déjà fait l'objet d'usages
divergents. Ils procèdent de voies diachroniques radicalement différentes.
Remploi, avec son appartenance à une langue de spécialité - celle du
droit dotal - a une grande antériorité par rapport à réemploi qui n'apparaît
qu'en 1945. Quant à réutilisation, ce mot est de formation encore plus
récente.
Dans la langue usuelle, réemploi peut concerner aussi bien un objet
inanimé qu'une personne, alors que réutilisation porte seulement sur des
objets inanimés, sauf usage métaphorique.
1577
Remploi
Réemploi
1945
1950
Réutilisation
1990
langue de
spécialité
langue
usuelle
langue de
spécialité
Aujourd'hui, dans la langue spécialisée de la valorisation des
déchets, ces deux termes ont des significations très nettement distinctes,
voire opposées.
- le réemploi prolonge la durée de vie d'un produit par un second
emploi analogue au premier. Par exemple, consignées, les bouteilles
peuvent être à nouveau remplies après nettoyage.
- la réutilisation consiste à affecter un déchet à un usage différent de
son usage initial ou à l'inclure dans la fabrication d'un nouveau
101
Cahier du CIEL 1996-1997
produit. Par exemple, les pneus de voiture usagés peuvent servir à
protéger la coque des bateaux.
Cette illusion de synonymie, liée à la carence des connaissances
thématiques du traducteur, est fréquente et peut se manifester chaque fois
qu'une langue de spécialité aspire des unités lexicales de la langue
courante et, en les absorbant, en précise ou en modifie la surface
conceptuelle correspondante. Alors que ce processus tend à conférer un
caractère monoréférentiel aux termes ainsi intégrés dans les langues de
spécialité, qui réfèrent à des réalités (ou realia) particulières et
exclusives, le traducteur risque de ne pas en prendre conscience et de
s'en tenir à ce qu'il sait des contenus polyvalents et des emplois variables
de ces unités lexicales en langue usuelle. Les conséquences dans la
production de traductions peuvent être extrêmement lourdes, puisque
cette illusion peut donner lieu à de graves contre-sens.
2.3. En langue de spécialité
En langue de spécialité, dans un domaine strictement borné, sans
aucune référence à la langue usuelle, une pseudo-synonymie peut se
manifester et poser des problèmes de traduction en fonction du niveau de
spécialisation du texte. Plus ce niveau est élevé, plus la différenciation
des termes est fine et significative. En outre, plus le domaine de
spécialité progresse et acquiert une maturité, plus sa terminologie se
précise et se différencie, tendant ainsi vers la monoréférentialité.
"La terminologie de la théorie de E. Wüster affirme la
monoréférentialité du terme scientifique ou technique ; c'est-à-dire que,
dans un domaine étroitement défini, le terme ne désigne qu'une classe
d'objets, de qualités ou de procès : le référent est unique, par
l'intermédiaire de la notion, insérée dans un système notionnel" (Dubois,
1994 : 309).
Par exemple, dans le domaine de la communication d'entreprise, qui
résulte d'une prise de conscience relativement récente des entreprises et
qui, de ce fait, donne lieu à des activités nouvelles et en constante
évolution, la terminologie se développe parallèlement, générant une
pseudo-synonymie.
A côté de la réclame du milieu de ce siècle, qui s'est commuée en
publicité, avec ses règles et ses codes, sont apparues de nouvelles formes
de communication par lesquelles l'entreprise fait valoir son image et
renforce sa notoriété : le mécénat, le parrainage, le patronage et le
sponsoring.
Depuis 1973, la BNP fait figurer son logo sur les bâches de fond de
court tout au long du tournoi de tennis de Roland-Garros. Ce faisant, la
102
C. DURIEUX - Pseudo-synonymie
banque fait-elle oeuvre de mécène, parraine-t-elle le tournoi, le patronnet-elle ou le sponsorise-t-elle ? Ou encore, s'inscrit-elle dans un
partenariat ? Ces différents termes sont-ils interchangeables, c'est-à-dire
sont-ils synonymes, ou bien sont-ils seulement quasi-synonymes, parasynonymes, ou sont-ils pseudo-synonymes ?
Seule une étude rigoureuse de l'emploi de ces termes par les
spécialistes de la discipline peut permettre d'apporter une réponse à cette
question. De fait, la consultation de dictionnaires n'apporte aucun
éclaircissement.
Grand Dictionnaire Larousse Encyclopédique MÉCÉNAT - Protection accordée aux lettres, aux arts et aux sciences
en qualité de mécène.
M ÉCÈNE - (du nom du favori de l'empereur Auguste, Mécène). Celui
qui protège des lettrés, des savants, des artistes, en les aidant par de
puissants moyens financiers.
PARRAINAGE - Action de parrainer, qualité, relations, fonctions de
parrain.
PARRAINER - Servir de parrain à.
P ATRONAGE - Protection exercée par un patron, par un personnage
puissant.
Il est inutile de chercher à multiplier les définitions puisées dans des
dictionnaires de langue ; toutefois, la consultation du Dictionnaire
historique de la langue française peut permettre d'aider à mieux cerner la
valeur actuelle de ces termes en se référant à leur origine.
M ÉCÈNE - est tiré (1626) du latin Maecenas, nom d'un chevalier
romain du Ier siècle avant J.C., descendant d'une noble famille étrusque,
conseiller d'Auguste et protecteur des belles lettres (en particulier de
Virgile et d'Horace). Naturellement, dans l'Antiquité comme en France, il
existait des mécènes et un mécénat avant la lettre, pratiqué par les
ème
souverains, les prêtres puis, à partir des XIII-XIV
siècle par des laïcs ...
Depuis la première guerre mondiale, il convient de souligner le rôle des
grands collectionneurs, notamment américains, et le rôle de l'Etat et de
l'industrie.
MÉCÉNAT - (1867) D'abord terme d'Antiquité, a suivi l'évolution de
mécène. L'usage de la commandite publicitaire, le succès de
l'américanisme sponsor et de ses dérivés donne à mécène et à mécénat la
possibilité de nouveaux emplois.
P ARRAINAGE - (1200) D'abord écrit parrinnaige, a remplacé
ème
compérage. Le mot a été repris sous sa forme moderne au XIX
siècle
103
Cahier du CIEL 1996-1997
pour désigner la qualité, la fonction de parrain ... Parrainage correspond à
l'appui moral prêté par une personne d'autorité à une oeuvre (1935) ...
Parrainage et parrainer, en relation avec mécénat et mécène, ont été
proposés récemment pour remplacer l'anglicisme sponsor et ses dérivés.
ème
P ATRONAGE - Depuis le début du XIV
siècle, patronage est
employé au sens général de "protection" et, par une métonymie
ultérieure, il désigne l'organisation qui apporte une aide à des personnes
démunies (1859).
P ATRONNER - (1501) "Couvrir de son crédit, de sa protection", n'est
ème
plus attesté avant 1611, puis semble disparaître. Il est repris au XIX
siècle (1839).
ème
SPONSOR - Est un emprunt (1954) à un mot anglais (XVII
siècle)
signifiant "parrain", "répondant, caution", qui a pris aux Etats-Unis le sens
de "bailleur de fonds" (1931), "commanditaire d'émissions de radio, de
télévision". Le mot est emprunté au latin classique sponsor "répondant,
caution" et en latin ecclésiastique "parrain d'un néophyte".
Employé d'abord dans le domaine des sports, cet anglicisme désigne
une personne ou un organisme qui soutient financièrement une entreprise
ou un club sportif, équivalent du français commanditaire ou, avec d'autres
connotations, de mécène.
SPONSORING - (1972) A surtout cours dans le monde du sport. Il est
concurrencé en français par sponsorisation (1980). Critiquée, cette série
d'anglicismes est d'usage fréquent, mais parrainage semble concurrencer
sponsorisation.
L'étude diachronique de la langue tend à mettre en évidence une
convergence entre ces quatre termes en signalant des possibilités de
substitution entre sponsor et mécène, entre parrainage et parrainer,
mécénat et mécène, et sponsor, entre parrainage et sponsorisation. En
outre, dans les définitions de ces quatre termes, on retrouve un lien
isotopique assuré, notamment, par les termes protecteur, protection,
parrain. Il semble donc qu'il y ait bien un chevauchement entre les
surfaces conceptuelles de ces quatre termes, chevauchement qui
d'ailleurs justifie leur appartenance à un même sous-sous-domaine appelé
la publicité par l'événement (Decaudin, 1995) encore dénommée
communication institutionnelle d'entreprise (Dambron, 1993).
On pourrait déjà présenter un premier réseau sémantique avec la
relation sorte de. Les quatre termes étudiés se trouvent en relation
d'isonymie, c'est-à-dire à un même niveau d'hyponomie par rapport au
générique, communication par l'événement. On peut dire également que
ces quatre termes sont cohyponymes.
104
C. DURIEUX - Pseudo-synonymie
Mécénat
Parrainage
Communication
par l'événement
Patronage
Sponsoring
Au seul niveau linguistique, c'est-à-dire sans consulter les
spécialistes du domaine, le terme sponsoring considéré comme un
anglicisme ou comme un américanisme est d'emblée dénoncé et, en
dehors de toute analyse sémique ou componentielle, il est a priori
envisagé de le remplacer par des termes à consonance jugée plus
exclusivement française tels que parrainage, par exemple. Lors de la
première Université d'automne en terminologie (Rennes 2 - 1992), Loïc
Depecker, de la Délégation générale à la langue française, déclarait :
"Pour le terme sponsor, nous trouvons les termes parrain et parraineur ;
nous pensons qu'ils peuvent fonctionner et les imposer. Je trouve très bien
le fait que, si ces termes ne plaisent pas au public, ou s'ils ne
conviennent pas au message à faire passer, on voit arriver des
périphrases, des phraséologismes tels que : avec le soutien de, partenaire
officiel de, etc.". L'inconvénient de ce type de raisonnement est qu'il porte
uniquement sur les dénominations, sans référence aux réalités ainsi
dénommées.
Après avoir vu les convergences, chevauchements et recoupements
proposés par les lexicographes, qui laissent une impression générale
d'amalgame et de substituabilité, il n'est pas inutile de voir ce qu'en
disent les spécialistes du domaine à cet égard. On constate qu'ils utilisent
ces quatre termes pour désigner des réalités qui, certes, gravitent dans le
même champ d'activité - la communication d'entreprise par l'événement mais qui désignent des actions radicalement différentes dans leurs
objectifs, leurs intentions, leurs cibles, leur champ d'application, la durée
de l'action, la rationalité de la démarche et le mode de mise en valeur
(Dambron, 1993).
La confusion terminologique est telle, dans ce domaine, que P.
Dambron (1993) juge opportun de consacrer la première partie de son
ouvrage sur le mécénat et le sponsoring à préciser les définitions des
termes mécénat, sponsoring, parrainage, patronage et partenariat et à
expliquer ce qui les différencie. Nous retiendrons donc les définitions
auxquelles il apporte sa caution.
105
Cahier du CIEL 1996-1997
MÉCÉNAT : N.m. (du lat. Maecenas, Ministre d'Auguste) Protection
accordée aux lettres, aux sciences et aux arts.
S P O N S O R I N G : N.m. (de l'angl. to sponsor : cautionner). Aide
financière apportée à un sport, à des fins publicitaires, par une firme ou
un secteur commercial.
Le terme mécénat semble correspondre à un concept connu, défini et
cerné de longue date. Toutefois, avec l'arrivée des nouvelles formes
d'action de communication d'entreprise, le mécénat en vient à désigner
"une forme d'expression, une rencontre, une proposition de dialogue :
manière d'exprimer sa prise de responsabilité civique, communautaire,
culturelle" (Vescia, 1987 : 34). Ainsi, le mécénat d'entreprise oeuvre pour
le développement d'activités artistiques, et permet en quelque sorte à
l'entreprise de s'acquitter de ses devoirs à l'égard du grand public. Bien
sûr, l'entreprise cherche à faire parler d'elle, mais il n'y a pas dans
l'action de mécénat la recherche de retombées commerciales directes
comme dans une action publicitaire ou une action de sponsoring. Par
ailleurs, le mécénat intervient dans le domaine culturel ou humanitaire
alors que le sponsoring intervient principalement dans le domaine sportif.
"Le sponsoring est un outil de communication permettant de lier
directement une marque ou une société avec un événement (sportif)
attractif pour un public donné" (Sahnoun, 1986 : 18). Décaudin (1995)
propose un autre type de différenciation entre ces deux termes.
Le sponsoring qualifie une action de publicité par l'événement à
connotation commerciale dont l'effet est attendu à court terme ; ceci
implique une présence voyante sur l'événement et dans son exploitation
médiatique ; le mécénat qualifie une action de publicité par l'événement
orientée vers une amélioration d'image dont l'effet est attendu à moyen
(ou long) terme ; ceci implique une présence discrète sur l'événement et
dans son exploitation médiatique.
Les critères de différenciation de ces deux notions portent ici
principalement sur le délai de manifestation attendue des retombées et
l'exposition publicitaire de l'entreprise.
Face à ces deux notions, manifestement bien différenciées, le
parrainage apparaît comme une forme de sponsoring appliqué à un
événement le plus souvent créé par l'entreprise à cet effet.
"Le terme de patronage, "protection accordée par un homme
puissant à un homme d'état inférieur" traduit l'inégalité de puissance entre
les contractants. La notion de parrainage ne véhicule pas ce déséquilibre
et se limite à traduire la promotion d'un événement permise par
l'intervention de l'annonceur." (Grégory, 1984 : 168). Le patronage serait
donc une action visant à apporter un appui à une personne, à une
institution ou à un événement, sous forme d'encouragement sans qu'il y
106
C. DURIEUX - Pseudo-synonymie
ait nécessairement soutien financier. D'une manière générale, le
patronage intervient pour soutenir des manifestations culturelles ou liées à
des grandes causes. Il n'y a pas de création d'événement, mais plutôt un
appui discret apporté à un événement déjà existant.
Simon Loutrel (1985 : 43) établit une distinction entre ces quatre
termes selon que l'entreprise crée l'événement ou au contraire utilise
l'événement par l'intermédiaire duquel elle souhaite communiquer.
D'après ce qui précède, il est possible de positionner ces quatre termes,
non plus en fonction de leur étymologie et de leur dynamique
diachronique, mais en fonction du contenu sémantique que leur confèrent
les spécialistes du domaine. Les critères de différenciation sont alors
multiples.
Communication "partagée" Communication "individualisée"
communication de type publicitaire
axée sur le PRODUIT
ou sur la MARQUE
communication de
type institutionnel
axée sur l'ENTREPRISE
CREATION D'EVENEMENT
PARRAINAGE
(Trophée Lancôme)
MECENAT
(Festival d'Avoriaz,
Fondation Cartier)
RECHERCHE
DE NOTORIETE
RECHERCHE
D'IMAGE
SPONSORING
(Benetton en Formule 1,
course de voiliers)
PATRONAGE
(espaces publicitaires offerts
à Médecins sans frontières)
UTILISATION D'EVENEMENT
La consultation d'ouvrages (et il sont nombreux !) publiés par les
spécialistes du sujet a donc permis déjà de positionner ces quatre termes
les uns par rapport aux autres. En outre, cette recherche documentaire a
permis de mettre en évidence un autre niveau de différenciation. En effet,
il existe diverses formes de mécénat comme il existe diverses formes de
107
Cahier du CIEL 1996-1997
sponsoring, l'apparition de ces sous-catégories suivant des critères
différents. Il est ainsi possible de tracer de nouveaux réseaux sémantiques.
En fonction de ses objectifs :
de bienfaisance
Mécénat
d'engagement
d'intention
En fonction de son champ d'application :
culturel
Mécénat
humanitaire
Toutefois, les cooccurrents de mécénat ne se limitent pas à ces
quelques termes. La recherche documentaire permet de relever d'autres
collocations. Par exemple :
Le mécénat associé consiste à faire participer les salariés à une
action le plus souvent humanitaire pouvant être identifiée comme une
action de l'entreprise, en les associant aux choix de l'opération et en les
faisant coopérer. Il s'agit, en fait, d'un mécénat de proximité (Dambron,
1993). Pour comprendre ce dont il s'agit, il est bien inutile d'analyser les
composants lexicaux de ces termes, c'est-à-dire de s'intéresser à l'amont ;
il est beaucoup plus efficace de s'intéresser à l'aval avec un exemple
d'application sur le terrain. A cet égard, on peut citer notamment le cas
de la société Apple qui a équipé d'ordinateurs Macintosh l'hôpital des
enfants malades de Garches, afin de permettre aux enfants de travailler,
de se distraire et de réaliser un journal interne. Des cadres informaticiens
de la société viennent les former gracieusement. Pour que l'opération
fonctionne, le constructeur fournit les ordinateurs et les programmes
adaptés, et indique les coordonnées d'un technicien bénévole qui pourra
intervenir en cas d'éventuels problèmes. Il est clair que c'est la
connaissance de la réalité qui permet de comprendre et d'utiliser le
terme, et non l'analyse de la motivation de celui-ci.
Il est possible de procéder de même pour le sponsoring. D'après les
spécialistes de la communication d'entreprise, il y a effectivement lieu de
108
C. DURIEUX - Pseudo-synonymie
distinguer entre le sponsoring institutionnel, qui s'inscrit dans le cadre
d'une communication institutionnelle, et le sponsoring promotionnel qui
relève davantage d'actions de marketing. En outre, à l'intérieur du
sponsoring institutionnel, on relève une forme de communication externe
censée avoir des répercussions sur la perception à l'extérieur de l'activité
de l'entreprise, de ses produits et de ses services, et la communication
interne ciblée sur son propre personnel. A l'intérieur des opérations de
sponsoring promotionnel, il y a lieu de distinguer entre sponsoring
traditionnel, c'est-à-dire qui est passé dans les habitudes et dans l'usage,
sponsoring technologique, sponsoring humanitaire et sponsoring
audiovisuel. Le sponsoring technologique - par exemple, Elf en Formule 1
- est presque une forme de transfert de technologie. L'entreprise développe
un produit de pointe et le fait intervenir dans son action de sponsoring : on
parle alors de sponsoring de la preuve directe. L'entreprise sponsor peut
aussi faire bénéficier le sponsorisé des techniques qu'elle a mises au point
et qu'elle continue à affiner, bénéficiant elle-même ainsi par son action
d'un effet de laboratoire : c'est ce qu'on appelle le sponsoring de la preuve
indirecte. Le sponsoring humanitaire est une forme d'action publicitaire
associée à une opération caritative. C'est le cas par exemple d'Evian qui
faisait figurer sur ses bouteilles d'eau minérale son engagement à verser,
pour chaque bouteille vendue, une certaine somme à la Croix Rouge. Le
sponsoring audiovisuel se définit le plus généralement par la présence
notoire à la télévision d'une entreprise, de sa marque ou de ses produits
en dehors des écrans publicitaires normalement programmés. C'est un
mode d'action surtout utilisé par les entreprises qui n'ont pas le droit de
faire des spots télévisés classiques : chaînes de distribution, par exemple.
Bien entendu, le sponsoring audiovisuel regroupe le sponsoring télévisé et
le sponsoring radiophonique. A l'heure actuelle, le sponsoring télévisé est
le plus répandu ; il est aussi multiforme : sponsoring de diffusion avec
présence du nom de l'entreprise dans le programme, dans le générique ou
dans les bandes annonces, coproduction d'émissions et coproduction des
programmes, l'entreprise étant partenaire dans le financement d'émissions
et de programmes et, à ce titre, figurant non seulement au générique mais
éventuellement à l'intérieur même de l'émission, et bartering, c'est-à-dire
troc, consistant pour l'entreprise à proposer à une chaîne de télévision un
programme tout fait en échange d'écrans publicitaires. C'est ce dernier
type d'opérations qui a motivé la formation du terme anglais soap-opera,
apparu aux Etats-Unis dans les années 60 quand les fabricants de lessive
Procter & Gamble et Unilever ont proposé des feuilletons à des chaînes
de télévision en échange d'écrans publicitaires. Ce rapide balayage
documentaire peut donner lieu au réseau sémantique suivant :
109
Cahier du CIEL 1996-1997
de communication externe
institutionnel
primaire
créatif
de communication interne
Sponsoring
traditionnel
technologique
de la preuve directe
de la preuve indirecte
promotionnel
humanitaire
radiophonique
de diffusion
audiovisuel
télévisé
coproduction
d'émissions ou
de programmes
bartering
Dans ce réseau, à tous les niveaux, la relation est forme de.
Ce réseau ne saurait être considéré comme exhaustif quant aux
cooccurrents du terme sponsoring. En effet, selon le degré d'implication
de l'entreprise dans l'opération de sponsoring, il y a lieu de distinguer
entre sponsoring primaire qui consiste pour l'entreprise à acheter de
l'espace publicitaire en faisant figurer son nom sur un voilier, une
automobile, le maillot ou le dossard d'un joueur, etc. et le sponsoring
créatif qui consiste pour l'entreprise à apporter sa contribution au
développement d'une activité sportive, culturelle, ou autre.
CONCLUSION
Il apparaît clairement qu'une approche linguistique de la
terminologie ne permet pas de rendre compte du contenu "technique" des
termes en présence. On remarque que c'est moins la définition qui permet
de comprendre la réalité désignée que l'exemple de manifestation
110
C. DURIEUX - Pseudo-synonymie
réalisée qui permet d'inférer les caractéristiques et traits distinctifs des
différents concepts. A l'issue de ce rapide tour d'horizon, il paraît bien
dérisoire de s'acharner contre le terme sponsoring. Le Journal Officiel de
la République Française du 3 avril 1982 précise que ce terme est à
proscrire et à remplacer par parrainage avec la définition suivante :
P ARRAINAGE : (N.m.) Soutien financier apporté par un
commanditaire en contrepartie du surcroît de notoriété qu'il en escompte.
Anglais : sponsoring.
Dans son communiqué du 13 juin 1985, l'Académie française stipule
à propos de sponsoriser : "Cet anglicisme est à éviter et doit être
remplacé par les verbes : patronner, financer, parrainer, commanditer. On
dira commanditaire à la place de sponsor, et parrainage à la place de
3
sponsorisation ou de sponsoring" .
Cette lutte désespérée, et résolument contre-productive, ne contribue
manifestement qu'à accroître la confusion et à nuire à la communication.
En effet, en recommandant la substitution d'un terme par un autre, elle
crée une convergence lexicale là où les spécialistes du domaine voient
une différenciation et elle renforce la pseudo-synonymie, source de tant
d'erreurs en traduction. En outre, en allant à l'encontre de l'usage, elle ne
peut que nuire à la clarté et à l'efficacité de la communication. Elle vise
à détruire le consensus, pourtant indispensable, sur lequel les spécialistes
d'une discipline peuvent fonder une communication efficace et
économique, tant entre eux que dans les relations entre spécialistes et
non-spécialistes.
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langage , Larousse, Paris.
3
Il est rare que les termes imposés par des autorités extérieures aux disciplines
dans lesquelles ils doivent être utilisés soient effectivement adoptés. Perçus
comme des unités exogènes, ils ne sont généralement pas repris par les
spécialistes. En revanche, ces derniers n'hésitent pas à faire preuve d'imagination,
comme en témoigne la prolifération d'appellations largement diffusées à propos de
la Coupe du Monde de Football qui aura lieu en France en 1998 : La Poste,
opérateur officiel ; Manpower, réseau officiel ; Eurocard-Mastercard, carte
officielle ; SFR, partenaire officiel ; Danone, fournisseur officiel du Mondial 98.
111
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Cahier du CIEL 1996-1997
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