n°261 - avril 2011

n°261 - avril 2011
Sur le stand Rhône-Alpes au Salon du livre, à Paris (voir p.2).
Quelles bonnes nouvelles !
Les participants au concours
Quelles nouvelles ?, concours
de nouvelles organisé par
l’Espace Pandora en collaboration avec la Drac Rhône-Alpes,
ont jusqu’au 30 avril pour adresser leur texte au comité de sélection. Quelles nouvelles ?, c’est une
possibilité offerte aux jeunes
auteurs de 15 à 40 ans de publier
leur travail aux Éditions La Passe
du vent, mais aussi d’être suivis
et conseillés par un écrivain
confirmé. Parmi les auteurs passés par Quelles nouvelles ?, on
trouve Brigitte Giraud, François
Beaune, Alain Turgeon, Pierre
Ducrozet…
http://espacepandora.free.fr
premier plan/p.3 poésie/p.11
Jacques Ancet, poète et
traducteur
Prix Apollinaire 2009 pour
L’Identité obscure, Jacques Ancet
poursuit son œuvre de poète
et de traducteur avec
les parutions d’un nouveau
recueil et d’une traduction
des sonnets de Francisco
de Quevedo.
Numérique et politique
culturelle
Après plusieurs mois de concertation,
la Région Rhône-Alpes précise
ses nouvelles priorités pour
une politique culturelle adaptée
aux mutations en cours.
Du nouveau aussi pour le livre
et la lecture.
de A à Z/p.6
Prix des lycéens. Saison 3
Suite de notre série sur le Prix
littéraire des lycéens et apprentis
rhônalpins à la Cité scolaire Élie
Vignal, à Caluire. Une rencontre au
sommet avec Jean-Pierre Spilmont.
© Jean-Pierre Ducher
Je suis venue dans le Nord, vers ses
plaines et son suaire de brume, l’humidité de sa terre qui est plus qu’une odeur
entêtée dans la nuit. Venue avec le
paquet de feuilles épais dans ma valise,
toutes ces pages à passer infiniment dans
le tamis de la patience pour pouvoir en
finir. Depuis cinq ans, le livre fraie sans
retenue dans les sillons les plus intimes
de ma vie, cinq ans à le porter comme une
dette, celle que l’écriture essaye toujours
de payer à la vie pour avoir le droit d’être.
Enfermée à la Villa Marguerite Yourcenar,
résidence d’écrivains européens, je mesure
une fois encore la nécessité de s’exiler du
monde pour qu’un fragment de celui-ci
puisse être saisi dans la langue.
Dans le livre d’or de la Villa, une résidente
rapporte les propos de François Cheng qui
était alors contemporain du même espace.
- Vous avez de la chance, lui dit-elle, vos
théories sont claires.
- La première chose à laquelle je crois,
répond-il, c’est le don pour la vie.
Pour le reste, je doute aussi, croyez-le. Et plus
tard d’ajouter :
- Il faut aimer et se brûler ou bien créer et
vivre.
Je me souviens de mes vingt ans et de mon
refus à choisir. Je voulais tout : et aimer et
brûler et créer parce qu’alors c’était vivre.
Je le crois toujours. Mais je sais exactement
ce que Cheng dit là. D’où il parle et ce qu’il
en coûte d’introduire la conjonction de
coordination. Aimer et se brûler et créer
et vivre. C’est tout mon rapport à l’écriture qui s’inscrit dans ces deux lettres
minuscules. Supporter l’abstraction du
verbe et l’incarnation du corps au même
instant. De temps en temps, l’un prend le
pas sur l’autre. Bien sûr. Une écrivain roumaine me dit qu’elle a choisi de vivre seule
et de ne pas faire d’enfant pour se consacrer à l’écriture. J’ai toujours voulu tout et
plus encore. C’est l’hiver dans la campagne
française. Les nuits sont mates et fraîches.
Le verbe me tient éveillée tard dans la nuit.
Mon corps attend le printemps. Les enfants
me manquent. Lorette Nobécourt
© Brigitte Chartreux / Laurent Bonzon
Et, et, et...
n°261 - avril 2011
Principaux et
accessoires
concours
les écrivains à leur place
le mensuel du livre en Rhône-Alpes
Ça se précise donc du côté des
revenus artistiques principaux et des
revenus des activités accessoires des
auteurs… La nouvelle circulaire du
16 février 2011 sur ces revenus a été
publiée en mars par la direction de
la Sécurité sociale (à retrouver sur
www.arald.org). Après trois ans de
négociations, ce texte permet enfin
de préciser les conditions de rattachement des activités accessoires
(rencontres scolaires, ateliers
d’écriture…) à l’activité principale
de l’auteur. On reviendra sur ce dossier très important dans les prochains
numéros de Livre & Lire. En attendant,
on plongera peu à peu dans le printemps des manifestations littéraires
qui s’annonce, et on se demandera
notamment avec la Fête du livre
jeunesse de Villeurbanne, les 16 et
17 avril, pourquoi « Filles & Garçons
naissent égaux, certains plus que
d’autres »… L. B.
! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! !
Passeurs de Mémoire
C’est le titre de l’exposition
du musée Chintreuil, qui propose à une dizaine de grands calligraphes
français de rendre hommage à Jacques Le
Roux, maître de l’écriture à la plume, scribe
et calligraphe de renom. L’occasion de
découvrir une œuvre, mais aussi des calligraphies arabe, chinoise, tibétaine ou latine.
Musée Chintreuil. Pont-de-Vaux (01)
Exposition du 1er avril au 28 août
en + + + + + + + + +
Les Rencontres nationales de la Librairie
se déroulent à Lyon les 15 et 16 mai.
Un événement ouvert à tous les professionnels du livre qui sera l’occasion de réunir
le monde de la librairie et ses partenaires
autour des grands enjeux du métier de
libraire, dans un contexte culturel et
commercial en pleine mutation. Tables
rondes, débats, espace d’exposition…,
on peut se faire une idée du programme
et d’ores et déjà s’inscrire sur le site
www.lesrencontresnationalesdelalibrairie.fr
> www.arald.org
© Brigitte Chartreux / Laurent Bonzon
salon du livre 2011
180 000 visiteurs en quatre jours pour cette
édition 2011, la version écourtée du Salon du livre
est reconduite pour 2012, avec quelques doutes
cependant sur la nocturne du vendredi, qui ne semble pas avoir conquis le public. Côté Rhône-Alpes,
on a apprécié le stand plus ouvert et l’accès mieux
partagé des éditeurs aux allées de passage. On
retiendra aussi le 3e Prix Rhône-Alpes de l’adaptation cinématographique décerné au roman de
René Belletto, Le Revenant, par Farida Boudaoud,
Vice-Présidente déléguée à la Culture, et Claude
Mourieras, réalisateur et président du jury, en
présence de l’éditeur Paul Otchakovsky-Laurens.
Un événement organisé avec Rhône-Alpes Cinéma.
2
premier plan
© Arald / L. B.
Une concertation pour tisser des liens entre le numérique, l’immatériel et le territoire
Nourrir la diversité
Après trois séminaires de réflexion et d’échanges sur les pratiques et les enjeux
du numérique, entre octobre 2010 et février 2011, la Région Rhône-Alpes a conclu
cette étape de concertation en proposant de nouveaux axes pour une politique
culturelle qui souhaite s’adapter aux mutations en cours. Aperçu.
à ces mutations ; les
questions de médiation et de formation,
de nouvelles compétences et de nouveaux métiers ; les
bouleversements
économiques qui en
sont attendus et les modèles à inventer ; la
constitution de nouveaux réseaux et le rapport
entre culture numérique et lien social... En bref,
il s’est agi de saisir les enjeux culturels et de
politique publique liés au numérique, afin
d’intégrer cette nouvelle dimension au sein de
la politique de la culture.
En effet, la dimension numérique entraîne aussi
bien l’apparition de nouveaux acteurs que des
ruptures dans les frontières entre les disciplines,
dans les oppositions traditionnelles comme celles
du public et du privé, des amateurs et des professionnels, de la culture et des loisirs...
Pour accompagner ce mouvement de fond, le
Conseil régional propose donc dix mesures (voir
encadré) qui se sont dégagées de ces quelques mois
de concertation et tracent trois voies importantes :
l’aide à l’accès au numérique et au développement de nouvelles formes de médiaDix mesures pour le numérique
tion et d’éducation artistiques ; le soutien
• Créer un nouvel avantage pour les lycéens détenteurs
aux créateurs, aux arts numériques et
de la carte M’RA, qui pourront télécharger dix titres
à l’innovation ; l’accompagnement des
de musique sur une plateforme régionale.
professionnels et des entreprises dans
• Innover en matière d’action culturelle et de médiation
les mutations en cours.
à travers l’intégration de nouvelles propositions dans
repères
Un plan d’action sur trois ans avec dix grandes
orientations, c’est ce qu’a proposé le Président
de la Région Jean-Jack Queyranne lors de la
séance de conclusion de la concertation régionale sur le numérique, le 14 mars dernier. « Prendre
en compte les dimensions du numérique dans les
politiques de la culture » et dessiner de nouvelles
perspectives pour les acteurs culturels du territoire, tel est le sens de ces propositions qui ne se
veulent pas figées mais bien plutôt ouvertes aux
évolutions qui viendront encore.
Au cours des différentes étapes de cette concertation au long cours – « Face au numérique, qui
impose son rythme, souvent celui de l’instantanéité, il y a besoin de susciter des contre-feux, de
créer des espaces de réflexion distanciés », dira
Jean-Pierre Saez, le directeur de l’Observatoire
des politiques culturelles, qui a apporté son
concours à ce véritable état des lieux –, on aura
abordé tout un ensemble de questions : les changements impliqués par le numérique dans les
pratiques artistiques et culturelles ; l’apparition
de nouvelles logiques de création ; la recomposition du rapport à la culture et des publics de
la culture ; la situation des professionnels face
l’appel à projets Soprano et dans celui du Fiacre.
• Mettre en place un fonds spécifique d’aide à la création
artistique numérique.
• Créer des aides pour les œuvres audiovisuelles
multi-supports.
• Identifier et soutenir des lieux et des espaces de diffusion
pour les arts numériques.
• Soutenir l’équipement numérique des salles de cinéma.
• Proposer un plan de formation pour les acteurs culturels
ainsi qu’un réseau d’expertise et de conseil.
• Encourager l’innovation et la mutation des entreprises.
• Valoriser par le numérique des ressources culturelles
et patrimoniales régionales.
• Accompagner la création et la structuration
des plateformes culturelles collectives sur Internet.
Budget
700 K€ par an sur trois ans.
3 M€ pour le passage au numérique des salles de cinéma.
Et le livre dans tout ça ?
Mais la logique de ce nouveau plan d’action ne vient pas pour autant mettre à mal
le soutien de la Région aux différents secteurs de la culture tel qu’il s’est construit
au fil des années. Plus particulièrement
depuis 2008, en faveur du livre et de la lecture. Dans ce secteur, Farida Boudaoud,
Vice-Présidente de la Culture, l’a rappelé,
« la Région doit accompagner les acteurs
professionnels vers ces évolutions technologiques sans renoncer évidemment à les
aider dans leur économie actuelle, compte
tenu de leur fragilité ». Il s’agit donc de
proposer des évolutions qui prennent en
compte les récentes mutations. Le fonds
d’aide aux auteurs pourra ainsi intégrer la
dimension numérique (projets multidisciplinaires), tout autant que l’aide aux résidences,
qui permettra désormais aux écrivains d’être
accueillis sur un site Internet ou une plateforme
leur permettant de susciter de nouveaux processus collaboratifs. Côté éditeurs, les aides de
la Région prendront désormais en compte la
publication des livres et des revues numériques,
c’est-à-dire des ouvrages et des revues enrichis
et pas seulement numérisés. Enfin, pour ce
qui est de la librairie indépendante, « la Région
adaptera son dispositif d’aide, afin de permettre
aux libraires d’adhérer aux portails indépendants, de former leurs équipes et d’animer leur
site Internet. »
Réagissant à ces propositions, Françoise
Benhamou insistait non seulement sur la profondeur et la violence des changements en
cours, mais aussi sur l’absolue nécessité de la
formation – et de la formation des formateurs... –,
dans un contexte difficile où « les usages précoces ne seront probablement pas les usages
futurs ». Par ailleurs, évoquant plus précisément
le monde du livre, dernier arrivé au numérique,
l’universitaire mettait en garde une fois de plus
sur la situation de la librairie, qui « aura à dialoguer avec le numérique », mais restera exposée à « un changement violent et difficile qui
l’obligera peut-être à diversifier ses activités ».
Une façon de dire que les professionnels du livre
n’accompagneront pas les changements qui sont
d’ores et déjà en cours sans changer eux-mêmes.
Une logique qu’on voit déjà à l’œuvre dans les
bibliothèques, qui ont largement entamé la
mutation de leurs services auprès des publics,
ou encore à travers les travaux de numérisation et de valorisation des ressources artistiques
et culturelles menés par ces institutions.
En tout cas, les conclusions de cette concertation montrent que, d’une façon ou d’une autre,
il y a urgence à tisser les liens entre le numérique, l’immatériel et le territoire. Le travail a
commencé. L. B.
3
rendez-vous
actualités / édition
Jarjille Éditions, une maison où ça fourmille !
Jarjille Éditions
22, rue Émile Littré
42100 Saint-Étienne
Tél. 04 77 25 24 11
www.jarjille.net
/ bibliothèques
www.salondulivre.ch/fr
Lectures solidaires
4
étrangère, policiers,
livres d’histoire,
bandes dessinées,
dictionnaires...
« Nous cherchons à constituer une
bibliothèque de qualité avec un choix
varié pour des lecteurs différents.
Il y a trois jours, par exemple, un
ancien ambassadeur s’est réjoui
d’emprunter un essai politique »,
précise Francine Blondin. La bibliothèque solidaire est désormais
connue des bénéficiaires de l’aide
alimentaire, souvent privés d’accès
à la culture par manque de papiers
ou de logement. Ici, aucun justificatif n’est demandé et l’emprunt
est gratuit. Pas de durée limitée,
© Croix-Rouge française
Depuis juin dernier, la Croix-Rouge accumule les cartons
de livres. Pourquoi ? Pour qui ? Naissance à Lyon d’une
bibliothèque solidaire.
« C’est un premier don de 200 livres,
il y a un peu plus d’un an, qui a tout
déclenché », se souvient Francine
Blondin, vice-présidente de la délégation lyonnaise de la Croix-Rouge.
Une bibliothèque ! C’est bien ce qui
manque à l’association. Habiller,
nourrir, soigner restent les priorités,
mais pourquoi pas également lire,
apprendre, découvrir ?
La bibliothèque possède aujourd’hui très exactement 5 054 livres.
Réseaux de connaissances et dons
de la bibliothèque de Lyon ont
permis de constituer ce fonds.
Minutieusement classés, les ouvrages
s’alignent dans des armoires de récupération. Littérature française ou
Du nouveau au Salon de Genève,
qui fête cette année ses 25 ans
et se tient du 29 avril au 3 mai à
Palexpo, avec comme hôtes d’honneur
l’Arménie et l’Office fédéral de la
culture. Patrick Ferla, journaliste à la
Radio suisse romande, a pris la présidence de la manifestation, succédant
à son fondateur, l’éditeur Pierre-Marcel
Favre. Fidèle à la tradition, cette édition marque toutefois un tournant en
mettant résolument l’écriture et l’édition de création au premier plan.
Du nouveau aussi pour le stand RhôneAlpes, qui change de format et réduit
sa surface à un îlot de 70 m² pour
accueillir onze maisons d’édition dans
des domaines aussi variés que la jeunesse, la musique, la science-fiction
ou encore les sciences humaines et
sociales. Cette année, les éditeurs assureront eux-mêmes la vente de leurs
ouvrages, en collaboration avec l’Arald.
Mais pourquoi tous ces changements
et un stand plus petit ? La Région et
l’Arald ont décidé en 2011 de participer aux deux grandes manifestations
francophones du livre, à Bruxelles en
février et à Genève en avril, et ce avec
le budget jusqu’alors exclusivement
dédié à la représentation des éditeurs
rhônalpins en Suisse. Les dix maisons
d’édition ayant participé à la Foire du
livre de Bruxelles en février en ont
dressé un bilan très positif. Gageons
que le Salon international du livre et
de la presse de Genève leur sera aussi
profitable ! M.-H. B.
l’essentiel est que le livre soit lu.
Pour la centaine de demandeurs
d’asile qui apprennent le français,
la bibliothèque est devenue un outil
de travail. Pas suffisant. La responsable a maintenant d’autres projets.
Elle imagine un coin lecture, plus
d’espace et plus de livres ! Alors,
à vos dons ? Julie Banos
Croix-Rouge française
Délégation locale de Lyon
61, rue de Créqui - 69006 Lyon
Tél. 04 72 43 59 09
www.croix-rouge.fr
publication
réseau de diffusion, et leurs
livres sont actuellement distribués dans 150 librairies en
France, en Belgique et en Suisse.
Le catalogue, aujourd’hui riche
d’une trentaine de titres,
s’étoffe « en abordant de nombreux domaines de la création
graphique et littéraire », et
même si la bande dessinée reste
leur domaine de prédilection,
on trouve aussi chez Jarjille
quelques titres de littérature jeunesse. Dernièrement, la maison
d’édition a développé une collection de petits formats carrés
« BN² », composés de 12 pages
en noir et blanc, sur le thème
de l’enfance. En tout, dix-huit
titres ont déjà paru au rythme
de quatre par trimestre, signés
par des auteurs débutants et
confirmés. Les gourmands l’auront
compris, ces « BN² » sont là pour
permettre au lecteur de « goûter »
un auteur ! Marie-Hélène Boulanger
© Alep / Deloupy / Jarjille Éditions
C’est en 2004 que les Éditions Jarjille
élisent domicile à Saint-Étienne, et
pour mieux ancrer la maison dans
la cité stéphanoise, dont deux des
fondateurs et auteurs sont originaires, ils lui donnent le nom de
« jarjille » qui signifie « taquin » en
patois. Facétieuse, disait-on, la maison d’édition associative n’a pas été
créée tout à fait intentionnellement…
À l’origine, il y a trois auteurs et illustrateurs : Alain Brechbuhl, Serge
Prud’homme alias Deloupy et
Michel Jacquet alias Alep, qui décident de publier eux-mêmes deux
ouvrages qui leur tiennent à cœur ;
c’est seulement ensuite, avec le
succès, qu’ils embrasseront aussi le
métier d’éditeur. Pour les trois partenaires, être éditeur veut dire
« rester libre pour pouvoir défendre
et promouvoir des auteurs ayant
une véritable démarche graphique
et artistique ». Spécialisée dans la
bande dessinée, les Éditions Jarjille
ont elles-mêmes développé leur
© Damien Vidal / Jarjille Éditions
À Saint-Étienne, une maison d’édition spécialisée dans la bande
dessinée et la littérature jeunesse.
Février en
Belgique,
avril en Suisse
Nouvel outil de
travail contre
l’illettrisme
L’agence nationale de lutte
contre l’illettrisme (ANLCI) a
imaginé un nouveau « Kit du praticien ». Proposé par l’atelier régional
du Nord-Pas-de-Calais, il vient enrichir une collection de 25 titres publiés
par l’organisme. L’Album Jeunesse :
une littérature pour tous les publics
est un guide mode d’emploi à destination des professionnels. Il se propose d’accompagner les actions de
prévention qui s’appuient sur la lecture à voix haute d’albums jeunesse.
Un concentré de réponses pratiques
qui répond aux objectifs de l’association : la prévention, l’insertion des
jeunes et l’évolution professionnelle.
Le guide est téléchargeable sur le site
de l’ANCLI. J. B.
www.anlci.gouv.fr
Un air de saison
Dans l’agglomération grenobloise, le Printemps
du livre ressemble à une course de fond. On s’élance
en janvier, on sprinte en avril, pour fêter l’événement, et on déroule en mai, histoire de garder un peu
plus longtemps la sensation du plaisir de la rencontre
littéraire. Tour de chauffe.
/ librairie
Ouverture
en Cours
La librairie du Cours s’est ouverte
dans le quartier de Montchat, à Lyon,
le 8 décembre dernier. Littérature,
jeunesse, sciences humaines, bandes
dessinées, livres d’art…Un vaste choix
et des portes grandes ouvertes.
Emmanuelle Barbier-Maître est une
libraire enthousiaste. Sa librairie
n’a ouvert que depuis quatre mois,
mais l’idée et surtout l’envie sont
là depuis longtemps. Pour cette
ancienne chargée de mission en
développement social à la Ville de
Lyon, les livres, la lecture et donc la
librairie étaient un rêve un peu flou.
Un tournant dans sa vie personnelle
et un grand désir de changement
ont finalement fait d’elle une toute
nouvelle libraire, consciente des difficultés mais heureuse de ses premiers
résultats : « Je me suis beaucoup renseignée avant de lancer ce projet. J’ai
fait un stage à l’Institut de formation
de la librairie, j’ai rencontré beaucoup
dans la programmation, même
si la maîtrise
reste aux mains
de la direction
assumée par
Carine D’Inca,
en binôme avec Annie Brigant depuis
2008, mais aussi plusieurs rencontres
« décentralisées » dans les bibliothèques de l’agglomération.
Pour mobiliser ce réseau et lancer
la réflexion autour du thème – cette
année : « En quête d’origines » –,
une série de rencontres est organisée entre janvier et avril. Pour Carine
D’Inca, « l’idée est de tenir le fil »,
en construisant un
socle pour l’événement, mais aussi de
« maintenir le plaisir des rencontres »
après la manifestation. Deux rendezvous avec Mona
Ozouf et François
Bégaudeau auront
lieu en mai.
Quarante auteurs sont invités pour
ce neuvième Printemps : parmi eux,
Jeanne Benameur, Jean-Noël Blanc,
Robert Bober, Vincent Borel, Lionel
Duroy, Annie Ernaux, Dominique
Fabre, Alain Fleischer, Philippe Forest...
Plusieurs écrivains étrangers comme
John Burnside, David Toscana,
Eduardo Antonio Parra... Mais aussi
des auteurs et illustrateurs jeunesse
de libraires,
qui m’ont
ouvert leurs
comptes.
J’ai découvert leur
quotidien et
leur savoirfaire ». Une
Librairie du Cours
Au bonheur des ogres
83, cours du Docteur Long
4, quai de la pêcherie
formation
69003 Lyon
69001 Lyon
et des conseils qui lui
Tél. 04 72 12 16 08
Tél. 09 51 72 10 71
ont permis de découvrir
www.aubonheurdesogres.com
l’aspect technique et
commercial du métier : « J’ai compris que j’aimais le travail de gestion des stocks, de comptabilité».
Emmanuelle Barbier-Maître tenait à
ouvrir une librairie, « un lieu de rencontre accessible à tous », dans le
Jérôme Béziat est libraire à plus d’un
quartier où elle vit depuis vingt ans
titre… Après le quartier de Vaise,
et connaît bien le réseau associatif.
où il a ouvert Au bonheur des ogres
Plusieurs animations sont d’ores et
en 2006, il prend la suite d’une
déjà au programme dans les 60 m2
librairie bien connue sur les bords
de son magasin, où elle travaille avec
de Saône et crée un deuxième
une libraire de métier et dispose
magasin lyonnais sous la même
d’environ 6 000 références. La
enseigne.
Librairie du Cours a sollicité l’acIl y a eu à cette adresse L’Imaginaire,
compagnement à la création de
À plus d’un titre et c’est maintenant
la Drac Rhône-Alpes et de la
Au bonheur des ogres… Un quai de
Région. Une belle histoire qui suit
Saône, côté presqu’île, hanté depuis
son cours…J. B.
longtemps par le livre, les librairies,
© Emmanuelle Barbier-Maître
C’est la neuvième édition du
Printemps du livre, et on sent une certaine sérénité. Du côté des responsables, de la programmation, et au
cœur de la dynamique du projet, dont
la responsabilité est partagée avec le
réseau des bibliothèques de Grenoble
depuis 2008. Un profil singulier pour
une manifestation qui a su trouver son
équilibre, à la fois dans la conception
et la mise en œuvre de l’événement.
Le Printemps du livre est donc
devenu un axe important de la programmation des bibliothèques, dont
on sait à Grenoble qu’elle est exceptionnellement riche. Un projet partagé,
c’est-à-dire une démarche collective
tels Lionel Le Neouanic,
Rémi Courgeon, Ghislaine
Herbera... Rencontres en
solo ou croisées, projections de films, expositions, ce sont près de cent
cinquante rendez-vous
proposés aux différents publics, y
compris scolaires.
Et l’avenir ? Carine D’Inca ne le voit
pas forcément en plus grand. Il est vrai
que, ici comme ailleurs, les perspectives budgétaires ne sont pas grisantes.
« Il s’agit de continuer à faire aussi bien
avec nos propres forces, de miser sur
l’esprit du Printemps et sa convivialité.
Nous souhaitons aussi faire vivre de plus
en plus la manifestation tout au long
de l’année, permettre au public de
découvrir les autres talents des écrivains », bref continuer à creuser un
beau sillon littéraire en plein cœur
de la ville de Grenoble. L. B.
Public : 17 000 spectateurs
(en 2010)
Budget : 250 000 €
Ville de Grenoble, Drac
Rhône-Alpes, Région RhôneAlpes, Conseil général de l’Isère.
Au bonheur
des ogres II
Printemps du livre de Grenoble
du 13 au 17 avril
Grenoble Ville-lecture - Appartement Stendhal
14, rue Jean-Jacques Rousseau
38000 Grenoble
http://printempsdulivre2011.bm-grenoble.fr
les bouquinistes.
Après plusieurs
semaines de travaux, Jérôme
Béziat a ouvert
sa librairie début
décembre, en sollicitant l’accompagnement à la
création de la
Drac Rhône-Alpes et de la Région.
Nouveaux rayonnages, nouvel
éclairage, un grand coup de neuf
dans ce bel espace de 96 m2, où l’on
trouve un peu plus de 9 000 titres.
D’autres projets de rénovation sont
en réflexion pour la salle de 60 m2
qui se trouve à l’arrière du magasin, futur espace réservé aux animations. Un fonds généraliste, un point
fort en polar et l’envie de développer les rayons consacrés à la photographie et au cinéma, mais aussi
la poésie ainsi que tout ce qui
touche à l’écologie. « Offrir quelque
chose en plus », c’est ce que souhaite
Jérôme Béziat, qui prévoit déjà des
rencontres avec des écrivains qui
pourraient attirer du monde. Une
librairie pour faire le bonheur des
ogres, même le dimanche. L. B.
© Arald / L. B.
9e édition du Printemps du livre de Grenoble
repères
actualités / manifestations
5
de A à Z / prix des lycéens
Sébastien, quand
tu nous tiens…
Après Maximilien Le Roy, c’est Jean-Pierre
Spilmont qui est accueilli dans la classe de
seconde de la Cité scolaire Élie Vignal, à
Caluire*. Un peu moins de timidité du côté
des élèves, et l’écrivain en maître de cérémonie épatant. Une rencontre forcément
comme on les aime.
L’auteur est arrivé à la Cité scolaire un peu plus
tôt pour se mettre dans l’ambiance. Une bonne
chose. Accueil simple et chaleureux des professeurs (Blandine Ray, Laurence Bossy, pour le français, Ronald Abribacht pour l’histoire) et du documentaliste Jean-Pierre Ducher. On s’assied, on
cause. Contrairement à ce qu’on s’était laissé
dire, une salle des profs peut être un lieu
accueillant. Il est presque dix heures, on ne s’attarde pas car les élèves sont impatients. Ça tombe
bien, Jean-Pierre Spilmont aussi.
On prend les mêmes, ou presque, mais on ne
recommence pas. C’est tout l’intérêt de ces rencontres avec des écrivains en milieu scolaire. On
ne sait jamais si on sera profondément déçu ou
totalement transporté, s’il se passera quelque
chose plutôt que rien. En fait, c’est une sorte de
« performance », et tous les acteurs sont importants. Chacun son rôle. Les élèves sont moteurs,
mais il aura fallu tous les efforts des professeurs
pour qu’ils soient chauds le jour J. À Élie Vignal,
on comprend vite que tout le monde se sent
concerné. Et c’est irremplaçable. Il y a aussi les
intervenants extérieurs, qui doivent rester à leur
place. Aujourd’hui, Maya Flandin, libraire partenaire et experte en discrétion. Et puis l’écrivain, bien sûr. Là non plus, aucune évidence.
Car on peut aimer un livre et détester la personnalité de son auteur. En l’occurrence, difficile de faire plus ouvert et plus attentif que
Jean-Pierre Spilmont. Et l’attention des uns
et des autres, des uns à l’égard des autres, c’est
aussi essentiel.
Beaucoup de Jean-Pierre dans Sébastien ?
On entre donc en frottement par le biais des rapports entre la réalité et la fiction. Y a-t-il beaucoup de Jean-Pierre dans Sébastien ? La question s’impose lorsqu’on a lu le roman. Et tout le
monde a lu le roman… L’auteur ne se cache pas,
explique les liens entre sa propre enfance, sa
propre souffrance, l’écriture et la force de l’imagination. Une belle alchimie quand elle prend.
On appelle ça la littérature. Les mots de l’écrivain sont simples, les gestes pleins de chaleur.
6
« Moi aussi, je suis parti en Algérie, confie
l’écrivain. J’ai été instituteur dans un
village de Kabylie. J’y ai vu des choses
très belles et des choses horribles. J’en suis
revenu empli d’un grand silence, sachant
au fond de moi que je n’étais pas un
saint. » Jean-Pierre Spilmont évoque
avec pudeur les marques que l’on porte
en soi, les charges trop lourdes dont il
faut un jour ou l’autre se débarrasser.
Il est un peu plus de onze heures quand
on entend le grand et beau silence des
mots qui accomplissent leur chemin singulier jusqu’à ces élèves, qui s’y connaissent en épreuves. « Pour moi, Sébastien,
c’est un livre qui parle de l’injustice que
les enfants subissent, et ce n’est pas
permis ! » Jean-Pierre Spilmont est
ému. Tout le monde est ému.
Lorsqu’on passe aux extraits choisis et
commentés par les élèves – quelle
bonne idée, franchement, quelle bonne
idée ! –, Victor dira pourquoi il a sélectionné, dans la vie de Sébastien, ce petit
moment heureux lié à l’odeur des peaux
d’oranges sur le poêle. « On a tous connu
des moments difficiles, dit-il, impeccable,
et on voit dans le livre qu’il y a aussi des
moments réconfortants. Et d’autres qui
sont durs. » C’est aussi ce que dit Nour,
à sa manière, quand elle évoque, dans
un vertigineux mouvement de bascule,
l’histoire de son arrière grand-père du
FLN « tué par les soldats français ». On
souffle. Et Jean-Brice de conclure, pour
répondre à Jean-Pierre Spilmont qui
demande aux élèves s’ils ont échangé
entre eux à propos de Sébastien : « On
a plutôt gardé nos avis pour nous. C’est trop
personnel. » Laurent Bonzon
© Jean-Pierre Ducher
Troisième épisode : un écrivain à la Cité scolaire
Élie Vignal
À peine quelques minutes et l’on sait déjà que
ce sera un « vrai » moment. D’autant que les
élèves enchaînent sur la Guerre d’Algérie.
Plusieurs ont travaillé sur le sujet avec leurs
professeurs d’histoire et de français.
Le point de vue des élèves
Un cri contre le silence
Le 24 janvier 2011, la classe de Seconde du lycée Élie
Vignal a reçu Jean-Pierre Spilmont, auteur de théâtre,
de poésies et de romans. L’auteur de Sébastien nous a
présenté son œuvre. Nous avions préparé des questions
que nous lui avons posées. Il nous a gentiment répondu
et nous a fait partager son expérience professionnelle
et personnelle pour pouvoir mieux comprendre son récit.
Sébastien, c’est l’histoire d’un jeune garçon différent,
ballotté entre son école pour « déficients mentaux » et
la maison de ses grands-parents, où la présence de son
grand-père est rassurante. C’est la seule personne qu’il
aime, qu’il respecte et qui l’aide à tenir dans ce monde
fait d’injustices. Et Sébastien ne supporte pas l’injustice. Mais cette relation privilégiée va hélas basculer quand
le grand-père l’emmène à Paris retrouver ses copains,
anciens combattants de la Guerre d’Algérie.
* La Cité scolaire Élie Vignal, à Caluire, accueille des élèves
handicapés et en rupture scolaire, de la Sixième à la Terminale.
Au fil de la discussion, nous avons pu faire la distinction
entre la fiction et le réel, entre l’autobiographie et l’imaginaire. Jean-Pierre Spilmont nous a par exemple parlé
de son expérience d’appelé du contingent au moment
de la Guerre d’Algérie et de son ressenti. Nous le remercions de nous avoir fait partager sa sensibilité avec
sincérité. Cette rencontre a changé notre regard sur la
manière d’écrire. Jean-Pierre Spilmont s’inspire de son
vécu : comme Sébastien, il a été interne de nombreuses
années et, comme le grand-père, il a été appelé du
contingent en Algérie.
La thématique de l’Algérie reste en filigrane, et c’est ce
qui fait la force de ce roman. Sébastien aborde un sujet
sensible, tout aussi sensible que ce jeune garçon. L’histoire
de Sébastien lui tenait tellement à cœur que l’auteur n’a
mis que trois semaines pour l’écrire. Cette histoire, il la
portait depuis longtemps comme un cri contre le silence !
Maëlle et Nour (Classe de seconde de la Cité scolaire Élie
Vignal, Caluire, février 2011)
livres & lectures / jeunesse
Le nouveau roman de Jean-Claude Mourlevat
Sur la route de
Campagne
Surprise
© Éditions Thierry Magnier
de Nadia Roman et
Jean-Pierre Blanpain
Avec la beauté des couleurs
(noir, rouge, jaune et bleu) de
Jean-Pierre Blanpain, Nadia
Roman nous offre une
histoire drôle et émouvante.
Dans Surprise, les grandes
sœurs devinent les histoires d’amour
plus vite que les petits frères, pendant
que les grands-mères se teignent les
cheveux et reçoivent des SMS. La
métamorphose d’une mamie en
femme amoureuse est racontée par
la voix d’un enfant. Plus secrète,
plus rêveuse et plus coquette, cette
grand-mère surprend son petit-fils.
Pourquoi apprendre à se servir d’un
ordinateur, pourquoi est-elle désormais toujours pressée ? Dans cet
album réjouissant, pas de clichés sur
le troisième âge, pas de personnes
âgées malades ou oubliées, ni de
mamies d’antan accrochées à leurs
fourneaux. Pas de tabous non plus.
L’univers original du peintre JeanPierre Blanpain ajoute à cette vitalité. Avec de larges traits noirs et des
dessins naïfs ou ironiques, il croque
des personnages
pleins d’humour.
Ses illustrations
sont jalonnées de
clins d’œil, de détails.
Surprise, c’est une
mamie qui s’épanouit, un
petit-fils qui grandit et une
sœur qui se moque… Une
belle histoire de famille ! J. B.
Éditions Thierry Magnier, album non paginé
15 €, ISBN 978-2-84420-875-0
La Princesse
parfaite
de Frédéric Kessler
et Valérie Dumas
Le monde de La Princesse
parfaite est un vrai conte de
fées. Palais luxuriants, robes
incroyables, chevelures démesurées,
carrosses et tapis rouges. Dans ce
décor créé par l’illustratrice Valérie
Dumas, le regard se perd dans les
illustrations plus baroques les unes
que les autres. Chatoiement des
robes, finitions des chapeaux,
mélanges de pois, de rayures et de
© C. Helie / Gallimard
pour leur plaisir personnel. La sœur
d’Anne fait partie des malheureuses
élues.
La référence à Barbe Bleue
est affichée – Anne, ma
sœur Anne… Un vieil écrivain, Monsieur Virgil, accepte
de rejoindre Anne pour
l’aider. Virgile, le voyage
d’Énée en enfer. Mais c’est
bien sûr ! Et l’enfer, pour
Monsieur Virgil, est assurément au bout du voyage.
Myriam Gallot
Jean-Claude
Mourlevat
Terrienne
Gallimard Jeunesse
386 p., 16 €
ISBN 978-2-07-063723-2
Papa, on les
double !
couleurs n’empêchent ni l’humour
ni l’ironie. Les images sont souvent
anachroniques et moqueuses dans
cette histoire de princesse sans clichés. Il est vrai que l’héroïne parfaite
a besoin d’une bonne dose de personnalité pour s’affirmer. L’histoire
imaginée par Frédéric Kessler revisite les contes classiques pour
créer un personnage plein de
caractère. Douée de perfection
grâce à une fée, la princesse
apprend de sa mère, le jour
de sa mort, que ce don est
une malédiction. Elle doit, le jour de
ses 16 ans, apprendre à savoir ce
qu’elle désire pour elle-même et non
pour les autres. C’est sans compter
sur la perfide Margareth qui séduit
son père et veut imposer sa loi. Qui
va gagner ? Va-t-elle se libérer ? J. B.
Le dernier livre de Martin Viot pourrait égayer vos prochains départs en
vacances familiaux. L’histoire de la
famille Martin sur la route de la plage
nous plonge au cœur des embouteillages. Le dessin réaliste permet de
s’identifier aux personnages qui tour
à tour s’ennuient, écoutent de la
musique, chantent, se chamaillent.
En suivant les péripéties de la famille,
on s’amuse à retrouver la voiture bleue,
alignée parmi les autres. Martin Viot,
dessinateur et bédéiste lyonnais, sait
saisir les situations sur le vif, à travers
les conversations parfois lasses des
parents avec leurs enfants. Alors, Papa
on les double !, un bon remède contre
le « c’est quand qu’on arrive ? »... J. B.
Éditions Thierry Magnier, album non paginé
15,50 €, ISBN 978-2-84420-872-9
Seuil Jeunesse, 32 p., 11,50 €
ISBN 987-2-02-103978-8
© Éditions Thierry Magnier
La route bien connue de la plaine
entre Saint-Étienne et Montbrison.
On s’en doute, le « bien connu » ne
va pas tarder à dérailler. Et ça ne
manque pas. Nous voici projetés
avec Anne, une jeune fille à la
recherche de sa sœur disparue, dans
la ville de Campagne (!), à laquelle
on accède par cette fameuse route.
Les habitants ressemblent aux
humains sauf qu’ils ne respirent pas.
Ils ne connaissent ni le vent, ni
© Seuil Jeunesse
Un nouveau roman de JeanClaude Mourlevat, l’auteur à
succès du Combat d’hiver et de
L’Enfant Océan, est un événement
qu’on ne saurait manquer. Voici
Terrienne, ou le fantastique ancré
dans le terroir forézien.
les pleurs,
ni les animaux, ni la
musique,
ni l’argent.
Ni sentiments, ni
émotions
non plus.
Leur violence est comme leur vie,
d’une précision chirurgicale.
Dans ce monde parallèle à la
« poésie froide », les pensées vont en
« ligne droite » et les êtres naissent
en laboratoire, nimbés de propreté
et de silence. Ils ignorent la souffrance. Un monde un peu trop idéal,
sans doute. Les terriens les dégoûtent, avec leur sueur et leurs quiches
puantes, et pourtant les terriennes
les attirent, au point que de hauts
dignitaires en font enlever certaines
Une mise en abyme du romancier
curieux et bienveillant, un peu trop
humain, avec ses cheveux longs et
sa vieille bagnole. Jean-Claude
Mourlevat, à travers lui, s’amuse des
attentes de ses fans et se joue du
fil ténu entre réel et imaginaire.
Terrienne se dévore d’une traite,
presque sans respirer. Un gros
roman d’évasion bien ficelé
mêlant amour et action, humour
et suspense, capable sans doute
d’hypnotiser un adolescent des
heures durant. Son sens ultime
emprunte au Meilleur des mondes
de Huxley : l’imperfection est ce
que les humains
ont de plus beau.
de Martin Viot
7
livres & lectures / littérature
Alexandre Bergamini : un kaléidoscope entre autofiction,
pamphlet et récit de vie
Les liens du sang
Avec Sang damné, Alexandre Bergamini donne un livre d’une
maturité nouvelle. À la fois récit autobiographique, chronique
sociale et roman politique, il touche par sa lucidité intellectuelle, son inventivité formelle et son extrême sensibilité.
d’Alexandre Bergamini est
de lier ce tragique destin
individuel à une vision
beaucoup plus globale sur
les dimensions sociales et
politiques de la sexualité en
général, de l’homosexualité
en particulier, mais aussi
de l’« histoire » du Sida en
France et dans le monde.
On (re)découvre ainsi la barbarie des régimes nazis à l’encontre
des homosexuels, la violence de la
société française des années 80
(et ce n’est sans doute pas fini !)
vis-à-vis des séropositifs, le cynisme
des économies modernes et des
laboratoires pharmaceutiques – les
pages consacrées au « scandale »
du sang contaminé sont à ce titre
édifiantes.
© Hermance Triay / Seuil
Auteur jusque-là de courts textes
poétiques et fulgurants, comme
Retourner l’infâme ou Cargo
Mélancolie, Alexandre Bergamini se
plonge avec Sang damné dans un
projet plus vaste, plus ambitieux,
qui cherche à relier le destin individuel et l’histoire collective.
Point de fiction, semble-t-il, dans le
récit écorché d’une enfance blessée
par le suicide d’un frère aîné, d’une
jeunesse marginalisée (familialement et socialement) par l’affirmation de son homosexualité, puis
d’une vie brisée par l’épidémie du
Sida, l’hécatombe des proches, la
cohabitation avec la maladie. Son
écriture, resserrée jusqu’à l’os, ausculte la souffrance, la solitude ou
le désespoir amoureux avec force
et singularité. Mais la grande réussite
Composé de divers
matériaux – notes,
récits, poèmes, citations –, Sang damné
est un kaléidoscope
de très courts paragraphes, qui oscille
entre l’autofiction et
le pamphlet, le récit
de vie et la chronique
Lettre d’amour,
amour des lettres
Une vague de
liberté
8
On devrait se méfier quand on croise
la route d’un écrivain. Surtout si on
exerce un métier à risque, contrôleur
des impôts par exemple, et qu’en
plus on prétend « contrôler » l’auteur
en question. Car celui-ci s’appelant
Françoise Rey, l’affaire est bien
partie pour perdre, apparemment
du moins, tout contrôle.
À partir d’une très administrative
lettre, d’un prénom et d’une initiale –
Marielle F. –, voici que Françoise Rey
trousse un bel objet littéraire. À sa
Chère Marielle, elle prouve que, si ladite
contrôleuse a la loi pour elle, l’auteur,
lui, a tous les droits. D’abord faire d’elle
une femme de papier, et, non contente
Tina face à cet homme la révèle
à sa révolte intérieure, ouvre
la porte aux souvenirs. Voici
que remontent les éclats d’une vie
faite de domination, de renoncement, et où l’on cesse vite d’être une
femme. Tina retrouve l’enfance
napolitaine, la brûlure de son amour
de la mer, et la mémoire l’emporte
dans un grand vent libérateur. Un
beau portrait de vieille dame
indigne, que l’écriture retient au
bord du banal. Danielle Maurel
Yann Nicol
Alexandre Bergamini
Sang damné
Seuil
236 p., 17 €
ISBN 978-2-02-103495-0
de l’avoir couchée sur les lignes dans
ses habits de personnage, de tripler la
mise. Car le lecteur se trouve en effet
aux prises avec trois Marielle, toutes
adolescentes plus que compliquées,
un pauvre docteur Roy à qui tout cela
donne la migraine, une juge Foutu (sic)
qui met tout le monde à cran, et bien
des péripéties qu’on passera ici sous
silence. Sauf peut-être le beau rêve érotique dont, vers la fin, l’auteur gratifie
son pauvre médecin parvenu au bout
du rouleau : manière de prouver que,
si elle aspire à s’affranchir d’une littérature où elle a régné en maîtresse,
Françoise Rey n’a pas perdu la main,
tenant le crayon avec assurance.
Chère Marielle est une pépite drôle
et brillante, un éloge du pouvoir des
mots, un exercice de vertige, mais
aussi une réflexion sur
la création, çà et là un
brin mélancolique. D. M.
Laura Desprein
Avec des encres de Marianne K. Leroux
Fleur d’août
L’Atelier du Grand Tétras
120 p., 14 €
ISBN 978-2-911648-36-6
© Arald / L.B.
La fleur d’août est
un cadeau tardif
du ciel et de la
terre, un bonheur
qu’on n’attendait
plus. C’est bien
une fleur de ce
genre qui pousse
dans la vie de Tina,
plus que sexagénaire, dont le corps
et l’esprit sont devenus « une pièce
d’eau tranquille où frissonne le
vent ». Comment le frisson se transforme en tempête, c’est toute la
matière de ce livre intimiste et
vivace à la fois, ode à la toute-puissance du désir. Tina aurait pu rester cette « petite Italienne parvenue », cette femme divorcée, mariée
puis veuve. Mais voici que sa fille
Cécile fait entrer dans son cercle
d’ennui et de résignation son amoureux, le beau Samir, semblable « à un
dieu des mers ». Le trouble qu’éprouve
sociale, avec beaucoup de justesse
et de fluidité. On y retrouve la
langue dépouillée et poétique
d’Alexandre Bergamini, dans des
pages magnifiques sur la mort du
frère, la rupture paternelle, l’exclusion sociale, mais aussi sur le long
cheminement que constitue l’acceptation de la maladie.
Dans l’ombre de grands créateurs
terrassés par le virus (Foucault,
Koltès, Guibert), on découvre un
écrivain plus mûr, capable de transcender cette histoire personnelle en
une parabole universelle qui parle
de désir, de mort, de quête initiatique et de rédemption. Car malgré
le sang damné et le destin maudit,
l’histoire de ce livre entre ombre(s)
et lumière est aussi (avant tout ?)
celle d’un homme qui
finit par renaître à la vie,
comme le prouve la troisième partie du livre, intitulée Primum tempus.
Françoise Rey
Chère Marielle
Éditions La Rumeur libre
234 p., 19 €
ISBN 978-2-35577-014-2
Jean-Pierre Martin : portrait de l’écrivain en hérétique
Lésions littéraires
Les Écrivains face à la doxa, une réflexion pugnace de Jean-Pierre
Martin sur la littérature comme manière de vivre et de penser.
Ce n’est pas vraiment un essai, plutôt une façon de donner de la voix.
Rentrer dedans. Vitupérer. Il y aurait
d’un côté homo academicus, le professeur qui répète le texte qu’on lui
a appris, le critique qui vénère
l’œuvre ou l’auteur déjà vénéré, le
théoricien qui use d’anciens outils
usés, bref le littéraire qui n’en a que
l’air… et de l’autre, homo litterarius,
le romancier célibataire qui vit avec
sa ligne d’écriture, l’insulaire poète
qui habite les mots du monde,
l’essayiste qui se risque à dire Je,
trois manières, entre quelques
autres, de désigner un seul et même
individu : l’écrivain. Entre les premiers et le second, l’écart se creuse,
l’oxygène se raréfie, le vide guette.
En cause, selon Jean-Pierre Martin,
la doxa, l’insidieuse « opinion courante, le sens répété, comme si de
rien n’était » (Barthes).
La doxa littéraire nous guette tous,
et quand elle nous habite, c’est
presque comme une maladie de
langueur. Il faut faire avec parce que
l’on ne peut faire sans. Elle nous
enjoint de préférer les lieux communs aux chemins de traverse, les
images éculées aux idées neuves.
Ainsi du « livre sur rien » de
Flaubert, mille fois asséné. Ainsi de
« la mort de l’auteur » qui permet
de ne pas parler biographie. Plutôt
fétichiser le semblable que réfléchir
l’autre… L’institution scolaire et universitaire en prend pour son grade,
avec son univers techniciste et doctrinaire qui empêcherait toute parole
vraie, un lieu de savoir d’où plaisir et
désir seraient quasiment exclus.
Poids plume : plume de choix ! On
sait bien que Jean-Pierre Martin
pense comme d’autres boxent. Que
l’uppercut est son mode d’approche,
images
livres & lectures / essais
Le goût des
lettres
Un artiste invité, un
livre comme le lieu de
l’œuvre, tels sont les principes de cette collection de
livres d’artistes signée
Capture Éditions, maison
fondée à Valence en 2008
par Valérie Cudel. Après les magnifiques
ouvrages de William Kentridge (Everyone
their Own Projector, 2008) et Matt
Mullican (Notating the Cosmology,
1973-2008, 2009), ABC Taste, de Jessica
Stockholder, artiste américaine, est une
création ébouriffante qui revisite le
concept d’abécédaire, dans l’explosion
des mots (H comme Hip, High, Hero,
Hemmed, Hounds Tooth and Highly ; K
comme Kiss, Kitsch, Kindling, Key, King, Kick
Ass, Kow Tow...) et des couleurs (vives, tranchantes, crayonnées, révélant l’espace).
Ce livre au format presque carré est percé
d’un cercle (une lune ? un diaphragme ?),
qui s’agrandit et se rétrécit, faisant apparaître la superposition des rythmes imposés par les couleurs, avant de se refermer
le KO sa façon de poser des jalons.
Mais si ses offensives peuvent parfois offenser, elles ne sont pourtant
jamais « gratuites ». Les Écrivains
face à la doxa ne serait qu’un pamphlet de plus dans le
marécage littéraire s’il
ne brossait d’abord et
avant tout un salutaire
portrait (autoportrait ?)
de l’écrivain en hérétique plus que singulier : « engagé, dégagé,
rengagé, déserteur » !
sur l’énorme soleil de la lettre Z (comme
Zest et Zone). Entre-temps, on s’est amusé
à suivre l’opposition joyeuse entre les
lettres et les mots, d’un côté, les couleurs
et les coups de feutres et de pastels, de
l’autre. Et puis de A à Z, traversant l’espace-temps du livre, un énigmatique
poème, With The Perfect Guest, en lettres
dorées, qui dit l’assemblage et la
recherche, des mots ou des images qui
parlent de la vie. L. B.
Jessica Stockholder
ABC Taste
Captures Éditions
Format 26 X 24 cm, 56 p., 46 €
ISBN 978-2-9533912-2-0
www.captures-editions.com
Ils s’appellent Michaux, Gracq,
Duras, Péguy, Gombrowicz… Tous
noms qui sonnent comme autant
d’invitations à traverser autrement
le continent littérature, redécouvrir
le plaisir et l’inquiétude des
sens, ne plus séparer la ligne
d’écriture de celle de la vie.
Roger-Yves Roche
Jean-Pierre Martin
Les Écrivains face à la doxa
Du génie hérétique de la littérature
Éditions José Corti
242 p., 22 €
ISBN 978-2-7143-1056-9
nouveautés des éditeurs
LA PENSÉE SAUVAGE
L’École face au
traumatisme et
à la violence
d’Hélène Romano et
Thierry Baubet
Les auteurs donnent ici
des clefs pour faire face
aux situations violentes
(suicide, pédophilie,
agression…) auxquelles
peuvent être confrontés les
enfants et les professionnels
de l’école. Dans un langage
clair, l’ouvrage pose
des bases théoriques
nécessaires pour évaluer
et intervenir, que ce soit
sur le plan psychologique,
juridique ou médical.
240 p., 23 €
ISBN 978-2-85919-264-8
de Marie-Paule Richard
recréant « le sourd
tambourinement du sens ».
Comme des respirations
silencieuses, deux triptyques
de l’artiste René Schlosser
se sont glissés au milieu
des poèmes.
de Chenavard, Marilhat,
Ingres, ou encore les
représentations de Schiller,
Lessing et Goethe. Cette
édition illustrée du texte de
l’écrivain est accompagnée
d’une préface et de notes
critiques.
80 p., 25 €
ISBN 978-2-914543-21-7
304 p., 25 €
ISBN 978-2-84975-201-1
FAGE ÉDITIONS
ATELIER DU HANNETON
Théophile Gautier.
L’Art moderne
À la rencontre du matin
Édition établie par
Corinne Bayle et
Olivier Schefer
Paru en 1856, L’Art moderne
rassemble plusieurs articles
de Théophile Gautier sur
la peinture et le théâtre,
où il examine les œuvres
de Kay Borowsky, traduction
Marie-Paule Richard
Dans ce recueil bilingue,
la langue sobre, presque
dépouillée, du poète de
Tübingen est magnifiquement
rendue par la traduction
MOSQUITO
Les Pixels et les Robots
de Marc Wasterlain
Après Les Pixels, Chasseurs
de monstres, Marc Wasterlain
revient avec son trait nerveux
et son imagination débridée.
Dans ce deuxième épisode,
les Pixels se retrouvent
embarqués dans une guerre
où s’affrontent deux armées
de robots. Pour sauver le
monde, Zebra, Arno et Kevin
n’hésiteront pas à s’armer
des gadgets électroniques
les plus épatants.
collection « Lily Mosquito »
56 p., 13 €
ISBN 978-2-35283-050-8
Sélection des nouveautés des
éditeurs de Rhône-Alpes réalisée
par Marie-Hélène Boulanger
9
regard
chronique
Géraldine Kosiak
20 /
Chaque mois, retrouvez Géraldine Kosiak, en texte et
en image, pour un regard singulier, graphique, tendre
et impertinent sur l'univers des livres, des lectures et
des écrivains...
Le 4 décembre 2009, la machine à écrire trouve preneur.
Estimée entre 15 000 et 20 000 dollars, elle
s’est vendue 254 500 dollars. En prime,
l’acquéreur a déjeuné avec le romancier
à Santa Fe (Nouveau-Mexique).
Pour ceux qui se demandent comment McCarthy écrit aujourd’hui,
la réponse a été trouvée par son
ami John H. Miller. Quelques
semaines après la vente, il lui a
offert la même Olivetti bleue pâle,
trouvée sur Ebay pour 11 dollars.
Au travail
Signes de fatigue
Je me pose la question : quel livre m’a le plus impressionnée ces dernières années ?
Le premier roman qui m’arrive en tête est La Route de
Cormac McCarthy, publié en 2006 aux États-Unis.
Je l’ai lu en juillet 2009, dans les Cévennes au bord d’une
piscine, il faisait chaud. Les enfants jouaient dans l’eau,
le paysage était magnifique. Je n’avais jamais ressenti
une telle émotion en lisant. Je pense encore régulièrement
à cette histoire apocalyptique.
McCarthy a écrit La Route sur son Olivetti bleue pâle modèle lettra 32,
achetée en 1958, 50 dollars, dans une brocante de Knoxville (Tennessee).
Il l’a choisie pour sa légèreté (5,2 kg).
Début 2009, la machine à écrire montrant quelques signes de fatigue,
McCarthy se résigne à s’en séparer. Après une longue hésitation entre
la poubelle et une vente aux enchères, il préfère la deuxième solution.
Dans une lettre d’authentification accompagnant l’objet chez Christie’s,
il certifie : « Elle n’a jamais été réparée ou nettoyée autrement qu’en
soufflant pour enlever la poussière. J’ai rédigé sur cette machine tous
les livres que j’ai écrits, y compris trois ouvrages non publiés. Ainsi que
mes brouillons et toute ma correspondance. Tout cela doit faire à peu
près cinq millions de mots sur une période de cinquante ans. »
ROUGE INSIDE
ÉDITIONS JÉRÔME
MILLON
L’Homme qui avait été
amoureux de Bette Davis Le Livre sans titre
Les Conséquences fatales
d’Angel Vasquez,
de la masturbation
traduction Selim Cherief
Cormac McCarthy
La Route
Éditions de l’Olivier
CENTRE
INTERNATIONAL
D’ÉTUDE DU
XVIIIe SIÈCLE
ÉDITIONS DU LAMPION
Kanak
Voltaire dans la
culture russe
Ce recueil rassemble
des nouvelles, inédites
en français, d’un écrivain
espagnol à la voix forte et
singulière. Selim Cherief,
son traducteur, a obtenu
le prix Rhône-Alpes de
la traduction en 2010.
Inscrivant son projet
littéraire au cœur de la ville
de Tanger, l’auteur, dont
on connaît l’art de sonder
les âmes, donne à voir et
à entendre un monde
vivant et fascinant.
Édition présentée par
Alexandre Wenger
Objet de littérature licencieuse
paru en 1830, Le Livre sans
titre se dissimule pour mieux
parler de ça. De ce crime
abominable connu pour être
« le mal », de ces habitudes
« funestes » ou « solitaires »,
de ce « vice qui nous tue » :
la masturbation. Au fil des
pages, les portraits d’un jeune
homme et de sa déchéance
illustrent les conséquences
fatales de cet acte prohibé.
de Piotr Zaborov
Voltaire occupe une place
tout à fait exceptionnelle
dans l’histoire de la société
et de la culture russes.
Cette étude du grand
spécialiste russe de l’œuvre
de Voltaire suit la
réputation et l’influence
du grand philosophe
des Lumières dans la
Russie du XVIIIe siècle
jusqu’à la fin de l’époque
soviétique.
de Patrice Salsa
Qui est donc ce mystérieux
joueur de théorbe que croit
reconnaître le narrateur ? Et
comment expliquer que son
image ne puisse s’imprimer
sur une photographie ? Avec ce
court et étrange récit, l’auteur
de La Signora Wilson nous
transporte à la frontière où
se confondent rêve et réalité.
128 p., 14 €
ISBN 978-2-918226-07-9
148 p., 17 €
ISBN 978-2-84137-262-1
352 p., 40 €
ISBN 978-2-84559-052-6
42 p., 13 €
ISBN 978-2-914839-42-6
10
URDLA
Le Joueur de théorbe
Première et deuxième
chroniques
de Thiosse, illustrations
Juliet C
Ces deux premiers volumes
des chroniques calédoniennes
de Georges Baudoux, alias
Thiosse, relatent les péripéties
de différentes tribus canaques
avant l’arrivée des colons.
Parues entre 1919 et 1921
dans les journaux locaux,
les nouvelles illustrées nous
plongent dans un univers
tribal parfois cruel.
112 p., 12,90 €
ISBN 978-2-917976-16-6
livres & lectures / poésie
Jacques Ancet, poète et traducteur
Je et un autre
PUG
Jours de la Cinquième
République
de Philippe Teillet
L’auteur choisit dans ce livre
de revenir sur neuf journées
qui ont fait la Cinquième
République, entre le 18
janvier 1959 et le 6 juin
2000. À travers des épisodes
recontextualisés et mis
en perspective, il présente
les caractéristiques du jeu
politique « à la française ».
176 p., 17 €
ISBN 978-2-7061-1634-6
ÉLLUG
(ÉDITIONS LITTÉRAIRES
ET LINGUISTIQUES DE
L’UNIVERSITÉ DE GRENOBLE)
« Bizarre », bizarrerie
de Constant à Proust
de Régine Borderie
À l’origine de cet essai,
un mot, « bizarre », qui ne
signifie pas seulement
singulier ou bigarré, mais qui
prend le sens au XIXe siècle
d’inexpliqué. L’auteur étudie
les formes et les enjeux
de ce mot dans le roman
psychologique, le récit
fantastique, la critique
littéraire et d’autres
genres encore.
252 p., 25 €
ISBN 978-2-84310-178-6
ISSN 1294-0658
beauté du monde et son inexorable – mais
enivrante – fragilité. Quant aux sonnets satiriques et burlesques, ils nous touchent moins,
même s’ils prouvent une extraordinaire inventivité formelle, une constante recherche dans
le langage, un goût pour les jeux de mots et
une forme d’espièglerie intellectuelle particulièrement stimulante…
Le monde du silence
Le nouveau recueil de Jacques Ancet,
Chroniques d’un égarement, se rapproche de
l’univers poétique du maître espagnol dans
sa propension à embrasser le monde dans sa
complexité – et son ambigüité –, mais s’en
démarque par le choix d’une poésie en prose,
libre du carcan formel du poème, du sonnet,
ou de la rime. De l’instant fugace d’un « égarement au monde », d’un léger décalage avec
extrait
On sait depuis de nombreuses années que Jacques
Ancet est capable de faire cohabiter son œuvre poétique personnelle avec la traduction de certaines
des plus grandes voix de la littérature hispanophone,
comme Saint Jean de la Croix, Juan Gelman ou
Antonio Gamoneda. On est malgré tout impressionné
par la parution simultanée de Chronique d’un
égarement, magnifique recueil de prose poétique,
et de Les Furies et les peines, une anthologie
bilingue des plus grands sonnets de Francisco de
Quevedo (1580-1645), choisis, présentés et traduits
par Jacques Ancet, qui nous fait là un cadeau inestimable en (re)mettant au jour cette œuvre poétique
– majeure – injustement méconnue.
On découvre dans ce recueil les tendances principales de l’écriture poétique de Quevedo. Les sonnets métaphysiques, philosophiques, religieux et
moraux sondent, dans une langue d’une grande simplicité, l’énigme centrale de nos vies, à savoir la finitude de nos existences et la conscience aigüe de notre
mort : « Et chaque instant de cette vie humaine / est
une exécution qui dit combien / elle est fragile et
pauvre, et combien vaine. » Une conscience que l’on
retrouve en contrepoint de l’exaltation et de la passion qui sont au cœur des sonnets amoureux, sans
doute les plus beaux poèmes de Quevedo, où l’on
retrouve l’oscillation chère à Jacques Ancet entre la
© Valerio Nardoni
Prix Apollinaire 2009 pour L’Identité obscure,
Jacques Ancet poursuit son œuvre de poète et
de traducteur avec les parutions d’un nouveau
recueil, Chronique d’un égarement, et d’une
traduction des sonnets de l’écrivain espagnol
Francisco de Quevedo.
Dans les cloîtres de l’âme, la blessure
muette gît, mais consume la vie,
puisque sa faim en mes veines nourrit
une flamme dans ma moelle qui dure.
Hydropique ma vie boit la brûlure,
et déjà cendre amoureuse et pâlie,
montre, cadavre en ce bel incendie,
son feu défunt, fumée et nuit obscure.
Je fuis les gens, j’ai le jour en horreur ;
et vers la mer, sourde à ma peine ardente,
je lance en de longs cris de sombres pleurs.
Aux soupirs j’ai donné ma voix qui chante ;
la confusion a submergé mon cœur ;
mon âme est un royaume d’épouvante.
la réalité et la linéarité du temps, le
poète tire une méditation profonde sur
l’énigme de vivre et
la difficulté à dire la
présence au monde :
« C’est pourquoi le
monde est, pour moi,
toujours prononcé –
une sorte de phrase
silencieuse où j’avance,
qui m’enveloppe mais
que je ne peux pas
comprendre ». Car si
l’on retrouve ici les grandes interrogations
introspectives et métaphysiques liées à la solitude, à l’ennui, à la conscience du corps, aux
facettes du désir, au mystère de l’altérité, aux
affres de l’amour ou à l’(in)existence du bonheur, Chronique d’un égarement est avant tout
un recueil qui parle du langage, et dans lequel
le graal de l’écriture poétique n’est autre que
l’éblouissement du présent et la quête du
silence : « Maintenant je vais me taire, je le sais.
Je vois une fois encore, invisible, ce qui vient et
s’en va. C’est là, dans le minuscule : une brindille, une fourmi, un noyau d’olive, un bout de
crayon sans mine. Dans cet intervalle, aussi,
où les choses naissent et s’effacent. Dans cette
parole que je comprends mal, qui malgré moi
me sort de la bouche. Elle fait le bruit – cri de
corneille, vitres cassées –, le silence. Je regarde.
Il y a dans mon regard ce que je n’ai pas dit.
Je m’arrête. Je me tais – Je vais me taire. » On
attend pourtant avec impatience que Jacques
Ancet reprenne la parole. Y. N.
Jacques Ancet
Chronique d’un égarement
Éditions Lettres vives
144 p., 18 €
ISBN 978-2-914577-47-2
Francisco de Quevedo
Les Furies et
les Peines
Poèmes choisis,
présentés et traduits
par Jacques Ancet
Édition bilingue
Poésie Gallimard
304 p., 8.90 €
ISBN 978-2-070435-96-8
Francisco de Quevedo, Sonnets à Lisi, in Les Furies
et les Peines. Traduction de Jacques Ancet
+ + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + http://auteurs.arald.org
consultez le site des écrivains, des auteurs et illustrateurs jeunesse de Rhône-Alpes
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correspondance
Biélorussie, dictature fantôme
© Franck Pavloff
(toujours ce sigle en Biélorussie).
Exactement où ? on ne sait pas.
Combien des sept candidats sur les neuf
qui ont été arrêtés sont encore détenus ?
on ne sait pas. Que fait en ce moment
le président Alexandre Loukachenko,
dont le Conseil de l’Europe et l’OSCE
contestent l’élection ? on ne sait pas.
De sa vie privée, de ses fils, l’un à la
tête des forces de répression, l’autre
« homme d’affaires », on ne sait pas
grand chose. Qui a tué Vassili Grodnikov,
journaliste du quotidien Narordnaïa
Volia, qui critiquait le régime néo-communiste ? on ne sait pas. Qui a poignardé
Veronika Cherkasova, journaliste au quotidien indépendant Solidarnost ? on ne
sait pas. En Biélorussie, la dictature se
pare de redoutables livrées fantômes
qui habillent les tristes matins rouges.
Ceux qui me parlent en cachette n’ont pas été torturés,
ni blessés par balle, ils sont seulement étouffés par le
terrible bâillon des « on ne sait pas », comme si le
brouillard givrant qui plombe la ville ce matin sous ses
moins 20 degrés, s’engouffrait dans leurs bouches, muselait leurs consciences, et suffisait à présent à maintenir
l’ordre dans le pays. C’est un régime autoritaire, une autocratie, un État policier, qu’importe les termes. Les élections sont truquées, pour la liberté de la presse, Reporters
sans frontière classe la Biélorussie 154e sur 178 pays, le
KGB tout puissant et la police enferment et condamnent
les opposants, les éliminent parfois, le système est rôdé.
Sans éclat, la dictature fantôme s’est imposée.
C’est pour eux que j’écris, et pour Svetlana, cette
jeune femme dont je change le prénom, qui par deux
fois m‘a fait rencontrer ses amis de « Zubr », et dont la
détermination me rappelle celle qui brillait dans le
regard des opposants à Ben Ali et à Moubarak. Ils savent
bien que nous n’avons d’yeux que pour les événements
du sud en ce moment, que l’information internationale s’emballe, mais me disent-ils, vu l’éloignement de
la Biélorussie et de la Libye ce n’est pas l’effet domino
annoncé que nous attendons, mais un effet papillon,
parce que les ailes de la liberté se moquent des distances. Mais qui s’intéresse aujourd’hui à la Biélorussie,
pourtant à la porte de l’Europe ?
Par contre pour s’en désintéresser et s’en laver les mains,
on trouve en première ligne un eurodéputé français
qui avec son groupe n’a pas voté la résolution du
Parlement européen condamnant les agissements
de Loukachenko. Le réflexe communiste fonctionne
La femme emmitouflée dans un manteau bleu pâle
parle vite, la traductrice a du mal à suivre le flot de
mots dans lequel surnagent ceux de « merci », « vous
avez écrit pour nous », « votre livre, je vais le faire passer à Anatoly qui est toujours incarcéré », « mon fils a
été arrêté aussi », « il faut dire tout ça quand vous
rentrerez ». Le temps d’une dédicace, elle se fond dans
les rayonnages du stand, disparaît.
En Biélorussie, même les opposants sont des ombres.
Invité au Salon du livre de Minsk pour la traduction en
russe de ce petit livre Matin brun, qui fait le tour du
monde, j’ai la chance d’avoir tous les jours une rencontre publique, avec l’aide des services culturels de
l’ambassade de France. Jamais les propos de cette nouvelle n’ont trouvé autant d’échos immédiats. Le texte
semble avoir été écrit spécialement pour dénoncer la
situation politique qui étouffe la Biélorussie où s’est
installée, lentement, irrésistiblement, une dictature
qui bâillonne les journaux, les livres, la radio, parfois
Internet, avec le point d’orgue du 19 décembre dernier
où les candidats à l’élection présidentielle ont été
arrêtés au cours d’une manifestation sur la place de
l’indépendance, avec de nombreux autres opposants.
Ce matin, une jeune femme de l’organisation « Zubr »,
« le Bison », est venue me dire, toujours avec la discrétion qui s’impose en ce moment à Minsk, que Vassili
Parfenkov, vingt-huit ans, un gars de l’équipe du candidat d‘opposition Vladimir Neklaïev, vient d’être
condamné à quatre ans de détention pour « trouble
manifeste à l’ordre public ». On ne sait pas où ils
l’ont amené, certainement dans une prison du KGB
nous écrire > > > > livreetlire@arald.org
12
© Franck Pavloff
Il y a peu, Franck Pavloff voyageait en Biélorussie, invité notamment au Salon du livre de Minsk.
Après son séjour, occasionné par la traduction en russe de Matin Brun, il nous a envoyé ce texte.
toujours avec autant de subtilité.
On ne condamne pas un pays
comme la Biélorussie, ex-république
soviétique, sous prétexte que l’économie biélorusse s’est assez bien
tirée de la crise, et que ses amis sont
l’Iran, le Venezuela, Cuba (dont les
stands de livres sont en face du
mien). C’est dans l’air du temps, on
ne condamnait pas la Tunisie parce
qu’elle avait réussi à repousser les
islamistes et à créer une classe
moyenne dynamique, ni l’Égypte,
pion nécessaire pour maintenir la
paix dans l’échiquier explosif du
Moyen-Orient, ni la tyrannie de
Kadhafi au portefeuille bourré de
pétrodollars. Mieux vaut des dictatures que des bouleversements non
maîtrisés, n’est-ce pas ?
Les copains de Svetlana me disent
cela sans haine, ils n’insultent pas
ceux qui s’empêtrent dans une dialectique honteuse et mériteraient
leur mépris, ils sont jeunes, déjà
ailleurs, les poncifs du vieux monde
sont derrière eux, ils luttent pour
libérer leur pays où les mots et
la vie sont muselés par la pensée
unique d’une dictature fantôme. Et
si mes mots d’écrivain les aident un
tant soit peu dans leur combat, ce
sera un beau cadeau. Franck Pavloff
Livre & Lire : journal mensuel, supplément régional à Livres
Hebdo et Livres de France, publié par l'Agence Rhône-Alpes
pour le livre et la documentation.
Directeur de la publication :
Geneviève Dalbin
Rédacteur en chef :
Laurent Bonzon
Assistante de rédaction :
Julie Banos
Ont participé à ce numéro :
Marie-Hélène Boulanger,
Brigitte Chartreux, Myriam
Gallot, Géraldine Kosiak,
Danielle Maurel, Yann Nicol,
Lorette Nobécourt,
Franck Pavloff et
Roger-Yves Roche.
Livre & Lire / Arald
25, rue Chazière - 69004 Lyon
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fax 04 78 39 57 46
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Ferréol (Imprim'Vert).
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ISSN 1626-1321
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