LogemeNT sociaL waLLoN :

LogemeNT sociaL waLLoN :
n°363
17e année – Bimensuel
sauf juillet, août et
décembre : 1 parution/
mois – N° d’agréation :
P402024
28 juin 2013
www.alterechos.be
Rebondir sur l’innovation sociale
Numéro spécial
Belgique – België
P.P.
Charleroi X
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Logement
social wallon :
pas à pas,
les référents sociaux
tracent leur voie
Ont collaboré
à ce numéro
Gilda Benjamin
Philippe Laperche
Philippe Van Lil
Logement social wallon :
pas à pas, les référents
sociaux tracent leur voie
Depuis deux ans en Wallonie, les 68
sociétés de logement de service public
(SLSP) se dotent l’une après l’autre
d’un référent social, en quelque sorte
un coordinateur social de la gestion
locative. Alter Echos dresse le portrait
de ce dispositif qui se construit pas
à pas, et continuera à mûrir. C’est
que les acteurs sociaux que ce
nouveau métier pourrait mobiliser
sont très nombreux. Pour répondre
aux multiples problématiques des
locataires, il faut aller à la rencontre
de l’insertion socioprofessionnelle,
des CPAS, de la jeunesse, de l’aide
aux personnes âgées, de la santé
et de la santé mentale, etc. Il s’agit
aussi de témoigner de la diversité des
situations locales et de montrer les
défis que relève ce nouveau métier
du social qui amène chaque jour
de nouvelles réponses à une vieille
question : comment travailler avec les
habitants des logements sociaux ?
Alter Echos est une publication de
Administration
Aurélie Grimberghs
Direction
Aude Garelly
Thomas Lemaigre
Céline Remy
Graphisme
Cécile Crivellaro
Françoise Walthéry (fwalt.be)
numéro spécial
Des pratiques au métier
4
Rencontre
Gaëlle Mejias : « Je ne suis pas
là pour surveiller, mais pour
aider »
6
Rencontre
Katia Maryniak : « On touche
au toit, on touche à tout ! »
8
le dispositif
De l’accompagnement social
aux référents sociaux
Mobiliser le réseau
12
Insertion sociale et
professionnelle
Ce numéro spécial d’Alter Echos
a été réalisé avec le soutien
de la Wallonie (DGO4 Aménagement
du Territoire, du Logement du
Patrimoine et de l’Energie)
Les régies des quartiers,
espaces actifs entre logement
et insertion
14
Santé mentale
Locataires et souffrance
psychique : la fin des réponses
introuvables ?
16
Jeunesse
Entre la glande et les conflits
de voisinage, des espaces de
projets
18
Alter Échos est
membre de l’Union de
la Presse Périodique
2
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Equipe de rédaction
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Arnaud Grégoire
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Cédric Vallet
Sandrine Warsztacki
Julien Winkel
20 Surendettement
Lutte contre les impayés :
une nécessité et une priorité
Diversités et défis
22 Accueil des candidats
et admissions
Une porte d’entrée sur
mesure pour les nouveaux
locataires
24 Pivert et Cie
Opérations de rénovation :
que deviennent les
locataires ?
26 Directions
Pare-choc ou courroie de
transmission avec le bailleur
social ?
28 CCLP
Consultation des locataires :
une révolution en marche
30 conclusion
Clic !
30 Focus sur les images
DiversCité, une expo
et un livre
Personnes âgées
Cohésion intergénérationnelle
à tous les étages
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Edito
Pas à pas, les référents sociaux
tracent leur voie
par thomas lemaigre
D
epuis deux ans en Wallonie, les sociétés de logement
de service public (SLSP) se dotent toutes d’un référent
social, en quelque sorte un coordinateur social de la
gestion locative. Un programme régional les y incite
par appels à projets successifs, et la Société wallonne du
logement (SWL) encadre et anime le réseau de ces nouveaux
professionnels. Un dispositif qui se construit pas à pas, et qui
continuera encore à mûrir.
C’est donc un work in progress dont nous allons ici dresser
le portrait. Mais y a-t-il vraiment de quoi y consacrer un
numéro tout entier ?
L’accompagnement social dans le logement est issu de pratiques associatives apparues dans les années 80. Un de ses
points forts est le fait de nouer des collaborations avec des
tas d’acteurs du social – insertion, jeunesse, CPAS, surendettement, santé, éducation permanente, ou associations pour
le droit au logement. Ce sera notre premier angle : décoder
comment se monte ce travail en réseau, ce qu’il permet, etc.,
sachant que les objectifs sur papier sont ambitieux et qu’ils
contacts,
Mode d’emploi
n°363 – 28 juin 2013
reposent tous sur la tête d’une personne par société de logement – deux dans les plus grosses.
Le dispositif référent social, ce sont aussi 68 dynamiques
locales, toutes singulières, toutes en tension entre enthousiasme et obstacles à surmonter. Car si les premiers bilans
semblent très positifs, les défis sont nombreux, allant de la
stabilisation des personnes en poste à la prise en compte
de leur action, et des problèmes et demandes qu’ils ne
manquent pas de faire remonter, par les autres services des
sociétés. Cette diversité – dans le rapport avec les locataires,
dans les « cultures » des sociétés, la manière dont elles se sont
appropriées les réformes successives du secteur, etc. –, vous
la découvrirez avec nous.
Ce n’est donc pas moins de 18 référents sociaux que vous
vous apprêtez à rencontrer. Ecoutez-les, ils sont en train
de transformer le logement public en un acteur social à
part entière, place indispensable que tant d’organisations
de terrain, parfois depuis bien longtemps, le supplient
d’occuper.
¡
Dans Alter Echos, nous donnons les coordonnées des personnes que nous invitons à s’exprimer.
Comme nous avons interrogé beaucoup de monde dans les SLSP pour ce numéro, et pas seulement
des référents sociaux, nous invitons le lecteur qui veut aller plus loin à retrouver leurs coordonnées
sur le site de la SWL (onglet Contacter une société), www.swl.be
3
des pratiques au métier _ rencontre
Gaëlle Mejias :
« Je ne suis pas là pour surveiller, mais pour aider »
Cela fait trois ans que Gaëlle Mejias est arrivée à l’Habitation jemeppienne comme
assistante sociale. Engagée à plein temps sur fonds propres, pour remplacer l’assistante
sociale qui partait à la retraite, Gaëlle a investi cette fonction de manière très active et
couvert les différents axes prévus dans l’appel à projets lancé par le ministre wallon du
Logement, Jean-Marc Nollet (Ecolo), pour la mise en œuvre d’un accompagnement social
dans les SLSP. Un appel à projets dans lequel l’Habitation jemeppienne s’est insérée en 2013,
Gaëlle Mejias rejoignant ainsi le pool des référents sociaux. par nathalie cobbaut
C
oncrètement, la toute jeune
assistante sociale a, depuis son
engagement en 2010, travaillé
à l’accueil des nouveaux locataires, mais aussi à la mise en place d’un
accompagnement et d’un suivi social
de l’ensemble des habitants de l’Habitation jemeppienne qui se monte à 1380
logements, tous situés à proximité des
bureaux de la société de logement. Elle a
également travaillé à l’organisation d’actions communautaires visant à assurer
une cohésion sociale plus forte au sein
des différents blocs d’habitations.
Un dispositif d’accueil encadrant
Pour le volet « Accueil des nouveaux
locataires », Gaëlle Mejias explique :
« J’ai mis sur pied un dispositif qui me
semble assez soutenant à l’occasion de
l’arrivée de nouveaux venus. La première visite lors de l’entrée dans le
logement avec les nouveaux locataires
me permet de nouer le contact, de
leur expliquer qu’ils peuvent m’appeler quand ils ont un problème et que
je suis là pour les aider. Je suis souvent
confrontée à des jeunes dont c’est le premier logement et qui ne savent pas comment s’y prendre. Par exemple, avec la
libéralisation du marché de l’énergie, le
4
choix de son fournisseur est beaucoup
plus complexe qu’avant. Je les aide à
bien comprendre les mécanismes. »
La référente sociale de l’Habitation
jemeppienne a également mis sur pied
une réunion d’information le mois qui
suit l’arrivée de nouveaux locataires,
lors de laquelle elle aborde toute une
série de questions relatives à la pédagogie de l’habiter : « On parle des économies d’énergie, de l’entretien du logement, de l’obligation de prendre une
assurance-incendie, du changement
d’adresse qui doit être effectué rapidement. Je leur parle aussi de la nécessité d’honorer ses factures de loyer en
temps et en heure. A cet égard, je travaille en collaboration étroite avec la
juriste de la société de logement social :
c’est elle qui gère le contentieux, mon
rôle est de bien expliquer les conséquences d’un défaut de paiement et les
différentes étapes qui vont se succéder
s’ils ne paient pas : courrier d’avocat,
mise en demeure, et finalement expulsion si aucun arrangement n’a pu être
dégagé. J’attire aussi leur attention sur
le fait que je peux les orienter vers la
cellule énergie du CPAS ou encore vers
un service de médiation de dettes si la
situation est plus grave. »
Ce deuxième contact, Gaëlle Mejias le
reconnaît, n’est pas toujours concluant
car les locataires ne se déplacent pas
forcément à cette réunion, « ce qui
est dommage car cela permet de faire
connaissance avec leur environnement, leurs voisins eux aussi arrivés il
y a peu, et de partager les expériences
de chacun en matière de logement :
c’est toujours intéressant de pouvoir
se confronter aux avis des uns et des
autres et cela crée du lien, une certaine
forme d’entraide qui pourra se prolonger dans la vie de tous les jours. Cela
étant, lors de la réunion du mois passé,
ils étaient quatre couples à s’être déplacés et la réunion a été très dynamique. »
Dernier maillon de ce dispositif d’accueil et de suivi des locataires : une
visite de bienvenue, trois mois après
l’arrivée. Gaëlle Mejias leur propose
une date et se rend dans les logements
pour compléter ce dispositif d’accueil :
« Si la date ne convient pas, on trouve
un autre moment, mais les locataires
sont vraiment preneurs de cette rencontre. De mon côté cela me permet
de voir s’ils sont bien installés, si le
logement est bien entretenu, de recadrer certaines choses si je vois qu’il y
a certaines situations à améliorer. »
www.alterechos.be
Une mise en réseau pour
enrichir les pratiques
Pour Gaëlle Mejias, le fait d’avoir carte blanche de la part de la direction est une source
de satisfaction. © Agence Alter/Nathalie Cobbaut
La première visite chez les nouveaux
locataires lors de l’entrée dans le
logement me permet de nouer le
contact, de leur expliquer qu’ils peuvent
m’appeler quand ils ont un problème.
Au-delà de ces trois rendez-vous,
l’assistante sociale reste à la disposition des locataires. Elle peut également être interpellée par les agents du
service technique s’ils constatent des
dégâts particuliers, par les aides familiales ou l’assistante sociale du CPAS
qui suivent certains habitants et qui
peuvent attirer son attention lorsqu’un
locataire semble avoir besoin d’aide.
Des activités pour créer
de la cohésion sociale
Depuis 2010, dans la droite ligne de la
philosophie propre au travail de référent social, Gaëlle Mejias a mis sur pied
un projet qui s’intitule « Mon logement j’y participe », auquel collaborent
le comité consultatif des locataires et
des propriétaires (CCLP) de l’Habitation jemeppienne, l’assistante sociale
de la Régie de quartier et l’assistante
sociale du Plan de cohésion sociale de
Seraing, dont dépend Jemeppe-surMeuse. « Il s’agit d’un projet sur le
long terme qui se développe quartier
n°363 – 28 juin 2013
par quartier, à raison d’un à deux ans
de travail pour créer une dynamique
entre les habitants. On débute par un
travail de porte-à-porte auprès des
locataires. On leur soumet un questionnaire sur l’ambiance au sein de
leur immeuble, leurs envies, leurs
attentes en termes d’animation. Cela
permet de prendre le pouls du quartier et ensuite de proposer de mettre
sur pied certaines activités, comme
un concours de balcons fleuris, une
fête des voisins, l’organisation de rencontres par les locataires déjà installés à l’attention des nouveaux venus.
Cela permet parfois de désamorcer
des conflits de voisinage, de parler des
difficultés relatives au vivre ensemble,
comme le bruit, la propreté… mais
surtout de créer un climat chaleureux
et d’entente entre tous les habitants. »
Le premier programme qui a été mené
en 2011 et 2012 a été très concluant et
elle entame cette initiative sur un nouveau quartier depuis le début de cette
année.
¡
La jeune fille fourmille d’idées,
comme le fait d’impliquer davantage
les concierges, qui sont ses yeux
et ses oreilles sur le terrain. Son
enthousiasme est palpable et le
choix de travailler dans le secteur
du logement n’a pas été un hasard
puisqu’elle avait effectué ses stages
dans ce domaine. Le fait d’avoir carte
blanche de la part de la direction
pour envisager de nouvelles actions,
dans le respect des compétences
et des interventions de chacun de
services de la SLSP est également
une source de satisfaction. Pour
enrichir sa pratique, Gaëlle a
également participé à une réunion
avec tous les référents sociaux
actifs sur la province de Liège :
une première réunion a eu lieu
en avril dernier, une seconde est
prévue en juillet. Ces plateformes
sont organisées à l’initiative de la
SWL (voir pages 10 et 11) « Lors de
la rencontre d’avril, nous étions
une douzaine de référents sociaux
présents et nous avons partagé nos
expériences respectives, présenté
nos projets et échangé sur les points
positifs et les aspects plus difficiles
de ce travail de terrain. Il y a vraiment
des approches assez diverses avec
des mises en oeuvre spécifiques en
fonction des besoins, mais qui restent
bien sûr dans la philosophie de cet
accompagnement social pour les
locataires. »
5
des pratiques au métier _ rencontre
Katia Maryniak :
« On touche au toit,
A
vec son parc de plus de 5500
logements, Toit et moi est l’une
des plus grosses SLSP wallonnes,
la seule à opérer sur Mons et les
communes avoisinantes. En tant que
référente sociale à temps plein depuis
un an et demi, Katia Maryniak positionne son intervention par rapport
à la deuxième ligne, ainsi que celle de
sa collègue, référente sociale entrée en
poste en avril, et qui suit les problématiques des candidats locataires.
Déployer des antennes
de proximité
Toit et moi développe depuis l’automne
dernier une formule originale de présence sur le terrain. Le parc est divisé
en six secteurs et pour chacun de ces
secteurs, la société a constitué une
équipe mixte composée d’une travailleuse sociale et d’un technicien et
active pour 850 à 900 logements. Ces
« antennes de proximité » sont ouvertes
pratiquement toute la semaine, avec
des permanences ou sur rendez-vous,
et constituent le premier point de
contact pour tout type de question ou
de problème.
« Mon rôle est d’accompagner ces
équipes de terrain, explique Katia
Maryniak. L’objectif est de les positionner comme de véritables antennes,
pas juste des permanences. A ce jour
les choses prennent forme : dans une
grosse société comme la nôtre, la
gestion locative comporte un volume
important de travail administratif, qui
repose en bonne partie sur les travailleurs sociaux. La volonté de l’actuelle
direction est de faire évoluer les priorités pour que notre équipe sociale mette
plus d’énergie sur le travail social que
sur l’aspect administratif.
Nous nous attelons actuellement à la
pédagogie de l’habiter, continue Katia
Maryniak (NDLR un des trois volets
de la mission des référents sociaux), la
bonne utilisation des équipements, la
prévention des charges, etc. Bien sûr,
tout cela existait déjà. Mais notre travail de proximité est désormais plus
pointu : nos équipes rendent visite, en
binôme, à tous les nouveaux locataires
Maurage, rue d’Italie
6
www.alterechos.be
Le travail social, Katia Maryniak connaît, elle en est à quelque 35 ans de carrière chez Toit et moi,
d’abord comme assistante sociale de secteur, puis dans les opérations de rénovation en site occupé.
« C’est une affaire de terrain, de bonne connaissance des familles. Une attention qui existe depuis
toujours dans notre société, mais l’an dernier, les subventions «Référents sociaux» ont permis de
renforcer d’une unité l’équipe sociale. » Par Thomas Lemaigre
on touche à tout ! »
dans les six mois qui suivent leur installation pour voir si tout se passe bien
et pour orienter les familles en cas de
besoin : en effet, chez les habitants, on
trouve des problèmes de tous ordres :
financiers, éducatifs, de santé et de
santé mentale, de couple, d’isolement...
On veut pouvoir intervenir avant que
les gens se trouvent en danger vis-àvis de leur toit. Si cela arrive, et que
la société doit expulser, il n’y a plus
grand-chose à faire : il y a une procédure prévue et il faut l’appliquer. Mais
pour nous, travailleurs sociaux, c’est
un échec complet ! »
© anne claes, étudiante arts et métiers de la louvière
En deuxième ligne
« Mon rôle de référente est d’intervenir pour coordonner les équipes, pour
dynamiser le travail. Développer les
partenariats, c’est la seconde grande
étape de ma mission. On a beaucoup
plus de besoins que de solutions, en
tous cas pour le moment. On doit donc
pouvoir faire appel au réseau social.
Par exemple pour aider au maintien
des gens dans leur logement, nous travaillons régulièrement avec les CPAS. »
Il s’agit bien de dépasser les passages
de relais ponctuels. Si le référent social
incarne les missions sociales de la SLSP
vis-à-vis des locataires, il joue aussi
le rôle de porte d’entrée sociale pour
l’extérieur, avec le CPAS, le service de
prévention de la Ville, avec le secteur
associatif, etc.
« Le logement public a ses réalités particulières, nous avons donc besoin de
faire comprendre nos modes de fonctionnement aux autres secteurs. Et
puis on découvre parfois des organisations qu’on ne soupçonnait pas. Nous
avons par exemple dans la région une
équipe médicale volante, qui comprend
un psychiatre : ils sont extrêmement
n°363 – 28 juin 2013
précieux dans certaines situations
où nous nous sentons complètement
impuissants. Prenez l’exemple de cette
dame seule avec une enfant lourdement handicapée. Elle refusait tout
contact avec l’extérieur. S’il arrive quoi
que ce soit, on se retrouve seuls face à
une catastrophe pour laquelle nous ne
sommes pas armés. »
« Les problèmes d’argent sont omniprésents, continue Katia Maryniak. Sous
forme de surendettement notamment.
Le poids des charges locatives sur le
budget des familles est considérable, et
ça oblige les gens à faire des choix difficiles. Face à une situation de ce type,
nous commençons toujours par essayer
de comprendre où sont exactement les
problèmes. Ensuite, on cherche les
solutions, soit nous-mêmes, soit avec
un relais extérieur : une administration
de biens, une guidance budgétaire, une
médiation de dettes, parfois même une
aide alimentaire. »
Katia Maryniak est aussi une « ambassadrice sociale » de Toit et moi dans
différentes dynamiques locales : « Nous
sommes partie prenante de l’axe logement du Plan de cohésion sociale. Nous
participons également à de l’Observatoire de l’habitat lancé par la Ville de
Mons, etc. »
Chercher de nouvelles réponses
L’émergence de la fonction de référent social est-elle liée à une évolution tendancielle des publics du logement social ? « Chez Toit et moi, il y a
toujours eu des travailleurs sociaux.
Concernant l’évolution des publics, je
tiens toujours à préciser que tout notre
public n’a pas des besoins sociaux, heureusement. Mais hormis les problèmes
liés à la baisse du pouvoir d’achat, la
provenance des nouveaux locataires a
évolué. Elle est liée à l’introduction du
formulaire de candidature unique, qui
amène une nouvelle problématique, je
dirais, d’adaptation régionale. Entre la
capitale et le Borinage, la vie n’est pas
la même… »
Et de commencer à envisager des
actions collectives. « Nous préparons
une nouvelle expérience : des séances
collectives d’information des nouveaux
locataires sur toutes les ressources de
leur quartier, les écoles, les crèches, les
médecins, les grandes surfaces. Une
approche liée à cet élargissement de la
provenance de nos locataires. Jusqu’ici,
l’accueil était centralisé au siège administratif et portait presque uniquement
sur les aspects locatifs au sens strict. »
Une offre qui pourrait aussi intéresser
une partie des locataires plus anciens...
« Des projets collectifs, on en a besoin.
On a déjà des collaborations avec certains partenaires, mais on veut aller
vers de vraies initiatives communes,
par exemple avec la Régie de quartier ».
D’où la question : deux ETP référent
social pour plus de 5000 logements,
est-ce suffisant ? « Aujourd’hui, ça va,
mais comme on veut continuer à diversifier nos actions, on verra... »
La question se posera. Le pari de Toit
et moi est de coupler le déploiement de
son action de terrain sous forme d’antennes de proximité avec le programme
régional des référents sociaux. Il en
ressort un modèle maison original, en
phase de maturation : « L’important
est de voir le terrain différemment :
concrètement et globalement. Quand
je participe aux activités sur le terrain,
je trouve que ça a déjà un impact, je
vois que les gens connaissent leurs personnes de référence, qui constituent le
lien entre eux et «la grosse machine
société» »
¡
7
des pratiques au métier _ Le dispositif
De l’accompagnement
social aux référents
sociaux
Derrière le concept de référent
social, il y a celui de l’accompagnement social, déjà développé par de
nombreux acteurs du logement.
L’accompagnement social des
locataires se révèle intéressant sur
le plan collectif afin de travailler
la cohésion et la mixité sociales. Il
semble également indispensable
sur le plan individuel, qu’il s’agisse
d’accueillir le locataire, de l’aider à
s’intégrer ou d’éviter le non-paiement de loyers. Et pour ce faire,
le référent social sera au centre
des réseaux et partenariats à
développer. par thomas lemaigre et
baudouin massart
E
n février 2010, le ministre wallon
du Logement, Jean-Marc Nollet
(Ecolo), lance les Chantiers du
logement public. Impliquant les
acteurs du secteur, cette consultation
aborde l’organisation du logement
public wallon, la gestion immobilière,
la gestion financière et la gestion locative. Les discussions relatives à cette
dernière mettent en avant l’importance
de l’accompagnement social des locataires. « Un certain nombre d’acteurs
étaient présents lors des ces chantiers
et ont attiré l’attention sur l’humain,
explique Laurence Di Nunzio, chargée à la SWL de la coordination des
référents sociaux, et à l’époque responsable du Service social au Logis
châtelettain depuis octobre 2012.
L’accompagnement social existait dans
les sociétés, mais il n’était pas défini,
même s’il avait déjà fait son apparition dans les contrats d’objectifs des
sociétés. » Et d’ajouter que les Régies
des quartiers, créées en 1993, travaillaient aussi cette question. Nombre
8
de sociétés avaient déjà investi les
matières sociales : parfois de manière
individuelle, parfois de manière transversale et multidimensionnelle. Bref,
un accompagnement était déjà pratiqué localement par certaines sociétés
de logement, avec des effets positifs en
termes de vivre ensemble, de respect du
logement par le locataire, d’opérations
de relogement réussies dans le cadre de
rénovations lourdes et de la prévention
des loyers impayés.
Aussi, cette notion d’accompagnement
social est-elle rapidement inscrite dans
le projet de réforme du Code wallon
du logement et de l’habitat durable. Le
texte prévoit de mieux accompagner
les locataires avec un référent social
par société. Celui-ci, précise l’article
131 bis du Code, sera chargé « d’assurer
le lien avec les acteurs sociaux locaux
pour offrir un accompagnement social
aux locataires de logements sociaux,
adaptés ou adaptables, d’insertion et de
transit, en veillant particulièrement à ce
que l’accompagnement des personnes
en transition entre les modes d’hébergement et le logement social accompagné soit assuré ». Pour Laurence Di
Nunzio, « Cela va permettre l’organisation de ce travail social et de le généraliser aux sociétés. Le Code permet de
donner une structure et une définition
communes, même pour les personnes
qui bossent sur ces questions depuis
plusieurs années, pour parler le même
langage. On travaille désormais avec
cette dénomination pour fédérer cette
mission, sans porter préjudice à ce qui
existait déjà. »
Les appels à projets
En juillet 2011, le gouvernement lance
un premier appel à projets : « Le référent
social au cœur de l’accompagnement
social dans les SLSP. » L’idée est d’accorder des moyens supplémentaires
aux SLSP, sous forme de points APE, et
Diversités
Le référent social n’est pas a priori
juste un assistant social de première
ligne : ses missions le positionnent
sur le montage d’outils, de projets,
de partenariats, etc. Mais la réalité
locale est extrêmement diverse. D’un
côté, dans des sociétés qui gèrent un
petit parc de 180 ou 200 logements,
la Région subventionne un référent
social à mi-temps, qui pourra garder
ses missions de première ligne sur
son autre mi-temps. De l’autre, dans
des sociétés qui gèrent plusieurs milliers de logements, le référent social
jouera complètement en deuxième
ligne, en soutien d’une équipe plus ou
moins étoffée de travailleurs sociaux.
Le dispositif et son mode d’animation
doivent permettre d’intégrer toutes
ces formes de complexité. Il est
d’ailleurs toujours en construction :
le gouvernement wallon attend en
particulier un arrêté qui doit fixer certains points, par exemple en matière
de recrutement des référents, et
créer le concept de « Ménage spécifique accompagné ».
www.alterechos.be
© paolo jannone, étudiant arts et métiers de la louvière
Histoires de relogement
Saint-Vaast, rue d’Houdeng
donc d’emplois supplémentaires, pour
préparer la mise en place réglementaire de l’accompagnement social dans
les SLSP. Au total, 43 projets voient le
jour en 2012 qui sert d’année expérimentale. Ils sont répartis sur 46 sociétés, certaines ayant rentré un projet
commun. « L’objectif, précise l’appel à
projets, est l’autonomie de la personne
dans la prise en charge de sa situation
de logement et qu’elle soit en capacité
de : respecter les règles de vie en collectivité et assurer l’entretien de son logement ; payer son loyer et ses charges
de manière régulière, gérer l’ensemble
de ses ressources ; faire les démarches
administratives lui permettant d’obtenir les aides auxquelles elle a droit de
manière régulière et de défendre ses
droits en tant qu’occupant. »
Un second appel à projets est lancé en
novembre 2012 et 62 projets arrivent à la
SWL. Un montant global de 2 277 952
euros est affecté à la programmation
2013. « Les subsides sont attribués aux
SLSP en fonction principalement du
nombre de logements et du nombre
de communes affiliées. Il s’agit encore
d’une année transitoire en attendant
2014 où la réglementation sera achevée.
On travaille en ce moment sur l’arrêté. »
Six SLSP n’ont toutefois pas encore
introduit de projet, mais des contacts
n°363 – 28 juin 2013
ont été pris. Elles devraient rejoindre le
programme pour 2014.
Trois axes pour une philosophie
Tous les projets « référents sociaux »
reposent sur trois types de prestation
ou trois axes : « la «pédagogie de l’habiter» pour émanciper et responsabiliser
les locataires ; une procédure claire
pour les impayés incluant un accompagnement social tenant compte de la
situation globale des locataires ; et un
accompagnement social en amont de
tout relogement, notamment dans le
cadre du PEI (Plan exceptionnel d’investissement, qui permet aux sociétés
de programmer des travaux) ». « La
philosophie du dispositif tourne autour
de ces trois missions, décrit Laurence
Di Nunzio. En même temps, il faut
être attentifs à l’approche individuelle
et collective, et au développement du
partenariat local et extralocal. Il faut
également avoir une bonne analyse institutionnelle de la société, une analyse
du profil des locataires et tirer le bilan
des besoins détectés sur le territoire.
Il faut mettre en place des modalités
d’intervention en lien avec les trois
axes, ce qui est possible avec le développement du partenariat. Il faut travailler en réseau pour être le plus efficace complet et prendre l’ensemble des
Spécifique au
logement social,
le relogement de
personnes constitue
une opération des
plus délicates. Elle
s’inscrit dans un
contexte de « rénovation » qui implique une destruction du bâti, d’un quartier, de liens
sociaux... Les personnes chargées de
reloger les habitants ont fort à faire.
C’est ce que démontre l’ouvrage
« Histoires de relogement. Paroles
d’habitants, regards de professionnels ». L’action se situe en région
Rhône-Alpes, mais les situations ne
sont pas sans rappeler celles vécues
en Belgique.
Web+ :
Alter Echos n° 240 du 19.11.2007 :
Le relogement : une rencontre,
des choix, une nouvelle vie
problématiques en compte. » Un cahier
des charges ambitieux, donc.
De l’individu à la communauté
L’analyse des projets a permis d’identifier des actions concrètes, des missions prioritaires attribuées au référent
social. Beaucoup mettent le focus sur
9
des pratiques au métier _ Le dispositif
Des emplois
supplémentaires
pour généraliser
une nouvelle
fonction
l’accueil des nouveaux locataires. Pour
Laurence Di Nunzio, les entretiens personnalisés constituent un bel outil de
prévention pour pouvoir détecter des
problématiques de façon précoce. Par
exemple, si une famille parle de son
enfant en décrochage, cela peut être
important de parler de l’opération « Eté
solidaire » dès l’accueil. « Cela étant, je
n’aime pas trop la casquette d’expert,
il faut laisser la parole aux habitants.
C’est important de se situer dans une
relation à construire, de partir de ce
que le locataire va mettre sur la table.
Il faut vraiment partir de l’habitant et
de ses besoins. Sinon, on se contente de
distribuer de l’information et des brochures. Nombre de référents sociaux
travaillent sur des outils de communication interne et externe, d’autres
sur la procédure de récupération des
impayés, ou le règlement d’ordre intérieur, qui établissent des grilles d’évaluation des visites domiciliaires, qui
élaborent des «Packs-Welcome»... »
Dès lors que le locataire est vu autrement qu’un numéro de dossier,
une multiplicité de problématiques
deviennent importantes : l’entretien
du logement, les plaintes de voisinage,
l’aide au déménagement, l’accompagnement lors d’une filière logement
(maison d’accueil, transit, insertion...),
jusqu’à la problématique de la santé
mentale. La mobilisation d’un réseau
social local devient donc déterminante
pour le référent social.
Tout comme le passage de l’individuel
au collectif, un exercice beaucoup plus
délicat. « La participation, ce n’est pas
facile à mettre en place, souligne notre
interlocutrice. Cela ne vient pas du jour
au lendemain. Il y a un beau travail de
collaboration à mettre en place avec
les CPAS, les Régies des quartiers et
d’autres partenaires encore. Les actions
collectives sont également un bel outil
de prévention pour l’appropriation du
Trois missions
Pédagogie de l’habiter
Compte tenu de la grande diversité des publics, « Il s’agit d’impliquer activement
les familles dans la démarche, poursuit Laurence Di Nunzio, d’aller chercher
les compétences des locataires pour qu’ils soient de véritables partenaires. Le
but n’est pas de faire de l’assistanat. L’accompagnement doit aussi pouvoir se
terminer à un moment donné. Il faut dès lors travailler à la notion d’habitant-relais
dans le collectif, l’individuel et le communautaire. Il y a par exemple des salles
communautaires autogérées par les habitants. »
Lutte contre les impayés
C’est un peu le métier de base traditionnel de l’assistant social dans le logement
social. C’est l’aspect auquel le plus de temps est encore souvent consacré, l’enjeu
étant désormais de développer une approche globale, y compris préventive, pour
casser les spirales qui mènent à l’expulsion.
Soutien au relogement
L’idée principale est souvent ici d’accompagner les habitants lors des rénovations.
10
Laurence Di Nunzio, locomotive des référents
sociaux © Laurence Di Nunzio
logement et de son environnement,
pour rappeler le coût des incivilités (la détérioration des communs et
leur rénovation ont un impact sur les
charges). Actuellement, les groupes se
développent, mais c’est un travail qui
prend du temps. »
Ici aussi, la situation idéale serait que les
habitants-relais deviennent proactifs
par rapport à ces thématiques. Le dispositif mise beaucoup sur l’apprentissage par les pairs via les CCLP (conseils
consultatifs de locataires et propriétaires). Et d’évoquer un exemple : « Les
habitants qui ont eu des rénovations de
logement.
Des actions communautaires vont un
cran plus loin que les actions collectives et ciblent davantage un quartier,
une thématique, un public spécifique.
Elles sont plus larges, accessibles à
tous et s’inscrivent dans une démarche
d’éducation permanente. Elles peuvent
être la prolongation d’une action collective. Ainsi, le projet de création
d’une aire de jeux peut résulter d’une
réunion collective. Son entretien et sa
gestion s’inscriront davantage dans
une optique d’action communautaire.
Les plates-formes
Sur le terrain, le référent social développe donc une logique de travail en
réseau, de décloisonnement. « Il ne va
pas dire : ça, je ne peux pas faire, donc
on ne le fait pas. C’est le fait de travailler ensemble qui permet de mettre les
choses en place et chacun va venir avec
sa spécificité. La richesse du dispositif
est d’orchestrer des actions », explique
la coordinatrice.
www.alterechos.be
En savoir plus
¡¡ Laurence Di Nunzio, tél. : 071/200.348,
l.dinunzio@swl.be
¡¡ Approche méthodologique des pratiques
d’action communautaire en milieu HLM,
rapport de recherche réalisé par la Société
d’Habitation du Québec, 2007
www.habitation.gouv.qc.ca
Web+ gratuit
¡¡ Supplément à Alter Echos
n° 315 de mai 2011 :
Le logement social est
mort, vive le logement
public ! n°363 – 28 juin 2013
© giuseppe calabrese, étudiant arts et métiers de la louvière
La question-clé : une fois en poste, comment faire tout cela tout seul ? Laurence
Di Nunzio étant pour le moment seule
à piloter 70 personnes, elle anime les
référents sociaux dans une logique de
groupes de pairs provinciaux. Des réunions de plates-formes provinciales se
tiennent plusieurs fois par an. Et un
référent social par province a la casquette de chef de réseau. Une circulation des idées et des questions se met
ainsi en place entre la SWL et chaque
société. « Nous avons par exemple travaillé sur la thématique « Comment
habiter un logement social ? », nous dit
Laurence Di Nunzio, ou encore sur un
outil d’accompagnement en matière
d’habitat durable. Moi-même, je dispatche de l’information vers ces dernières. Comme ce colloque organisé
le 9 septembre, par le Relais social de
Namur : « Le relogement dans tous ses
états : perspectives de prise en charge
pour les grands précarisés ». On partage tout ce qui est important en termes
de formations. On incite à s’inscrire à
ce type de colloques, ce qui pousse
ensuite à concrétiser des actions sur le
terrain. »
Et de conclure : « En fait, le travail n’est
pas nouveau, c’est la dénomination qui
est nouvelle, ainsi que l’extension de
l’accompagnement social à tout le secteur. » Ainsi que son animation !
¡
Haine-Saint-Paul, Clos de l’Age d’Or
L’accompagnement social
La notion d’accompagnement social n’est pas spécifique au secteur du logement.
On la retrouve dans nombre de secteurs de l’action sociale : insertion socioprofessionnelle, aide à la jeunesse, santé, etc. Dans le logement, elle a d’abord été le
fait d’initiatives associatives. Les appels à projets « référent social » ont permis
de structurer un dispositif global et d’adapter l’accompagnement aux réalités du
terrain.
Mais définir n’est pas simple, il suffit de se replonger dans la lecture de l’avis
n° 18 du Conseil supérieur du logement pour en mesurer toute la complexité.
Dès l’introduction, le ton est donné : « Lorsque l’on s’intéresse à la question de
l’accompagnement social, un premier élément à relever est la difficulté de cerner
et de définir ce que l’on entend par ces termes. La difficulté tient principalement à
la nature de la démarche qui, parce qu’elle touche aux aspects humains fondamentalement immatériels, échappe à l’emprise des mots. »
Pourtant, l’accompagnement social existe depuis longtemps dans le secteur du
logement. Dès 1982, le Fonds du logement wallon, en créant sa branche « Aide
locative », souhaite mettre en place une démarche « d’accompagnement technicosocial personnalisé » pour des familles précarisées en décrochage social. Les associations de promotion du logement (APL) et les agences immobilières sociales
(AIS) sont également confrontées à ce type de public, qu’il s’agisse de familles ou
de personnes seules. A Bruxelles, le secteur du logement public a, pour sa part,
mis en place un service d’accompagnement social des locataires sociaux (SASLS)
à l’échelle régionale.
Enfin, il convient de citer aussi quelques expériences étrangères, telles que les
« Housing Associations » au Royaume-Uni, l’accompagnement social instauré en
France par une loi dès 1990, ou encore les pratiques d’action communautaire très
développées en milieu HLM au Québec.
11
Mobiliser le réseau _ Insertion sociale et professionnelle
Les régies
des quartiers,
L
e logement social peut-il servir
d’écrin à un travail de (ré)insertion,
qu’elle soit sociale ou professionnelle ? A vue de nez, la réponse est à
tous les coups positive, même si la situation n’a pas toujours été aussi évidente.
Anne Jadin est responsable du service
prévention et accompagnement des
locataires de l’Immobilière publique du
centre et de l’est du Brabant wallon (IPB).
Elle est aussi référente sociale pour l’IPB
depuis janvier 2013. Et lorsqu’elle débuta
en 1985 son parcours professionnel en
tant que travailleuse sociale (date qui
marque la création d’un « pôle » social au
sein de la société), ce type de démarche
n’allait pas de soit. « A l’époque le focus
était mis sur les «briques», et pas sur le
social », nous explique-t-elle.
Néanmoins, avec les années, la situation évolue... de même que celle des
locataires des logements sociaux, porteurs de problèmes de plus en plus
variés. Une évolution qui continue
d’ailleurs encore à l’heure actuelle
puisque Anne Jadin dit constater,
depuis une dizaine d’années, un « malêtre » qui augmente, lié au manque
d’emploi, d’activités, avec des questions
relatives à la santé mentale de plus en
plus prégnantes. « Cette évolution nous
a poussés à bouger. Nous ne pouvions
plus seulement gérer le patrimoine. »
espaces actifs
entre logement
et insertion
Que peuvent faire les référents sociaux en matière d’insertion
socioprofessionnelle ? Les Régie des quartiers (RDQ) constituent une
bonne piste de collaboration... qui ne date cependant pas d’hier.
par julien winkel
dont la RDQ de Châtelet, rattachée
à l’époque à la société de logement
« L’habitation moderne » avant que
celle-ci ne fusionne en 2005 avec deux
autres sociétés (actives sur Bouffioulx
et Châtelineau) pour former « Le
Logis Châtelettain ». Car rappelonsle, les RDQ pouvaient être considérées comme un service des sociétés de
logement jusqu’en 2004, moment où
un arrêté du gouvernement wallon les
1995, l’année des Régies
des quartiers
Beaucoup de gens
n’ont plus l’énergie
pour faire une
demande.
En 1995, en réponse à cette évolution, c’est donc elle qui porte le projet
de création d’une Régie des quartiers
(voir encadré), implantée aujourd’hui à
Céroux-Mousty, et qui est active sur les
quartiers de logements publics d’IPB
sur le territoire d’Ottignies-Louvainla-Neuve et de Court-Saint-Etienne.
1995, c’est aussi l’année de la création d’autres Régies des quartiers,
invita à se constituer en asbl. « Le travail social a été initié il y a 18 ans par
l’implantation d’une Régie des quartiers au sein des quartiers d’habitations
sociales de Châtelet. Le service social
du Logis Châtelettain, initié en 2005,
trouve donc sa genèse dans cette initiative », retrace Dorothée Minot, cheffe
12
de service du service social du Logis et
référente sociale depuis octobre 2012.
On le voit, aussi bien du côté du Brabant
wallon que du Hainaut, on n’a pas
attendu la mise en place des référents
sociaux pour s’intéresser aux questions
d’ISP, créer un service social au sein
des sociétés de logement, et une Régie
dans certains quartiers d’habitations.
Quelles relations ?
Comment les relations entre le référent
social et la Régie des quartiers s’articulent-elles ? L’arrêté wallon de 2004
prévoit que les Régies des quartiers
soient dirigées par un comité restreint
dont le rôle est notamment de choisir
les chantiers formatifs et d’effectuer le
suivi et l’évaluation individuelle des
stagiaires. « Ce comité s’occupe de la
gestion quotidienne. J’en fais partie »,
explique Anne Jadin. Il s’agit donc d’un
bon endroit pour coordonner l’action
de la société de logement et de la Régie,
pour faire remonter des pistes de travail
pour celle-ci, que ce soit en termes d’insertion socioprofessionnelle ou d’action
de redynamisation des quartiers.
Même situation et même constat du
côté du Logis Châtelettain où on note
www.alterechos.be
Régie des quartiers
Des espaces d’insertion
© RDQ Ottignies Louvain-la-Neuve
que « La Régie participe à l’aménagement des espaces communs des cités
de logements, à l’aménagement des
aires de convivialité ». Concrètement,
la société de logement donne l’opportunité aux stagiaires de la Régie de
travailler à l’aménagement des espaces
communs des logements en guise de
chantiers formatifs dans le domaine
des métiers du bâtiment.
Sur les deux sites, il s’agit donc d’une
logique qui permet aux stagiaires
d’« être valorisés en travaillant dans
leur quartier, pour leurs voisins, leurs
enfants », d’après Candice Frères,
coordinatrice pédagogique de la Régie
des quartiers de Châtelet. Un point
important si l’on veut bien envisager les (autres) missions des Régies,
comme l’insertion sociale mais aussi
la redynamisation des quartiers. Dans
cette optique, plusieurs événements
sont organisés avec les habitants des
quartiers, comme la fête des voisins.
Les habitants peuvent également faire
« remonter » certaines suggestions
(que ce soit en termes d’aménagement
des espaces communs ou d’activités
à mettre en place) notamment par le
biais des Régies. Enfin, l’ensemble des
intervenants insiste également sur
n°363 – 28 juin 2013
l’importance des contacts informels
entre les référents sociaux et les Régies.
Quels enjeux ?
Au rayon des priorités futures pour les
référents sociaux dans le domaine de
l’ISP, Dorothée Minot note que « L’enjeu
majeur est de travailler de manière globale les problématiques rencontrées par
les habitants. Il faut travailler l’insertion par le logement ». Néanmoins, pour
Anne Jadin, il est à l’heure actuelle de
plus en plus compliqué de faire remonter
les demandes des familles. « Beaucoup
de gens n’ont plus l’énergie de faire
une demande, note-t-elle. Je constate
à l’heure actuelle un plus grand repli
des familles sur elles-mêmes. » Et dans
ce contexte, les deux travailleuses s’accordent sur un point : le travail avec
un réseau de partenaires efficaces est
important. Les Régies des quartiers en
font définitivement partie...
¡
Web+ gratuit
¡¡ Alter Echos n° 326 du 15 novembre 2011
Une régie les mains dans la terre
¡¡ Alter Echos n °336 du 29 avril 2012
La Régie des quartiers de Tubize
met la main à la pâte
Une Régie des quartiers est une asbl
active sur des quartiers d’habitations
sociales et/ou de rénovation urbaine.
Deux missions lui sont dévolues : le
développement de la dynamique
de quartier et l’accompagnement à
l’insertion socioprofessionnelle. Pour
s’acquitter de cette dernière mission,
elle met notamment en place des
chantiers formatifs, principalement
dans le domaine des métiers du
bâtiment. Les stagiaires, qui doivent
être demandeurs d’emploi et résidents
sur la zone couverte par la RDQ, sont
actifs à la Régie par périodes de trois
mois, renouvelables trois fois (pour
une présence maximum d’un an,
donc).
En ce qui concerne la Régie des quartiers de Châtelet, deux services d’activités citoyennes sont actifs, chacun
pour dix stagiaires. Outre celle concernant le bâtiment et les espaces verts,
la Régie a développé d’autres filières
comme l’« animation d’enfants » 3-12
ans, le nettoyage en titres-services,
magasinier, aide auxiliaire polyvalente
ou les travaux de bureau. Pour la
Régie des quartiers d’Ottignies-Louvain-la-Neuve, en plus de la section
bâtiments/espaces verts, une section
bureautique a également été mise en
place pour un total de 20 stagiaires en
2012 pour les deux sections.
Il est à noter que pour les deux
Régies, le taux de sortie positif (mise
à l’emploi ou accès à une formation
qualifiante) oscille entre 60 et 75 %.
13
Locataires et
souffrance psychique :
la fin des réponses
introuvables ?
Détresse sociale et souffrance psychique vont de pair, c’est un lieu commun. A Liège comme à CourtSaint-Etienne, deux sociétés de logements sociaux ont, chacune à leur manière et sans attendre la
mise sur pied de la fonction de référent social, décidé de s’attaquer aux problématiques de santé
mentale de leurs locataires. par marinette mormont
M
aria, enseignante, vient d’être
pensionnée. Elle vit seule. Suite
à la perte de son frère dont elle
était très proche, elle perd pied.
Ses voisins se plaignent d’odeurs nauséabondes. « Quand on s’est rendu à
son domicile, explique une travailleuse
sociale, on a découvert des excréments
sur les murs, de la vaisselle qui s’amoncelait de tous côtés, des médicaments
éparpillés sur le sol... » Trois mois plus
tard, suite à la visite d’un technicien
pour un problème de chaudière, le
constat est sans équivoque : la situation
s’est aggravée. Mais Maria refuse toute
aide extérieure... Une situation délicate
qui se clôture malheureusement par
l’expulsion de la locataire. Ailleurs,
14
dans une tour de logements, on interpelle le technicien parce qu’une femme
bloque l’ascenseur afin de l’exorciser...
Plaintes de voisins, interpellations du
service technique, incapacité à entretenir son logement « en bon père de
famille », retards prolongés dans le
payement de loyers... : c’est souvent un
tiers qui amène le travailleur social à
détecter un problème de santé mentale chez un locataire. « Ces personnes
en souffrance psychique sont souvent dans le déni », précise Thomas
Michaux, assistant social à la Maison
Liégeoise depuis 2009, qui a pris à brasle-corps la question de la santé mentale des locataires des deux tours qui
bordent la Meuse.
Face aux problèmes de santé mentale,
les travailleurs sociaux se sentent souvent démunis. Le constat n’est pas neuf.
« Il y a autant de situations que de personnes, ce n’est pas évident de créer
une méthode, une sorte de jurisprudence, nous confie Thomas Michaux.
C’est parfois difficile de faire la part des
choses. L’avis d’un professionnel de la
santé nous permet d’y voir plus clair, de
nous déresponsabiliser par rapport à ce
qui peut éventuellement arriver. » Face
aux questions, classiques mais tenaces,
des limites du travail social – quand
passer le relais ? quels sont les mandats
de chacun ? comment gérer une situation urgente ? – la plupart des sociétés
de logement public, à l’instar de ce
www.alterechos.be
© Françoise Walthéry
suivre _ surtitre
Mobiliser le réseau _ santé mentale
qu’elles font traditionnellement avec
leurs partenaires des secteurs sociaux,
activent de manière plus ou moins
construite leur réseau de structures de
santé : maisons médicales, médecins
traitants, services de santé mentale...
L’enjeu étant, selon le point vue adopté,
de tendre vers l’application par les
locataires de leurs obligations, ou plus
largement, de parvenir à un équilibre
entre intérêt individuel (le locataire),
collectif (le voisinage), et celui de la
société de logement.
Logements sales et déni de soi
A l’IPB (Immobilière publique du
centre et de l’est du Brabant wallon),
on a attaqué le problème par un angle
bien particulier : l’hygiène. « Derrière
le manque d’hygiène, il y a toujours
quelque chose qui se cache, nous
explique Anne Jadin, qui travaille
dans la société publique depuis 1985
et qui a pris récemment la casquette
de référente sociale. Mais ce n’est pas
anodin d’oser en parler, beaucoup de
travailleurs sociaux ont des freins par
rapport à cela. Inversement, un logement mal entretenu a un impact sur le
moral », continue-t-elle. Vivre dans la
crasse : une façon de s’auto-exclure de
la société. Un comportement que l’on
appelle syndrome de Diogène : « Suite à
un décès ou à une grande souffrance,
on accumule ses déchets à l’intérieur de
son logement, explicite la travailleuse
sociale. Il y a même des personnes qui
vont au parc à conteneurs chercher des
déchets pour les ramener chez eux... »
A l’évidence, une façon de s’abandonner soi-même.
En 2012, l’équipe sociale de l’IPB s’est
donc formée avec l’association des
Infirmiers de Rue, bien connue pour
son travail avec les sans-abri dans les
rues de la capitale. « L’idée était d’apprendre à parler de ce sujet sans fauxfuyants, raconte Anne Jadin. Avec
pour objectif de réussir à travailler
leur motivation au changement avec
n°363 – 28 juin 2013
Ailleurs, dans une tour de logements,
on interpelle le technicien parce qu’une
femme bloque l’ascenseur afin de
l’exorciser...
les locataires : voir quels sont les avantages et les inconvénients à entamer un
changement ou, au contraire, à perdurer dans le statu quo. »
A Liège, c’est une tout autre piste qui
a été suivie. On a sauté sur l’opportunité créée par la réforme des soins de
santé mentale (psy107) pour s’efforcer de trouver de nouvelles réponses.
« Dans le cadre de la réforme, on a reçu
une invitation de Fusion Liège (NDLR
projet pilote mené depuis 2011 : via la
mise en place d’un réseau, il vise à favoriser la prise en charge dans le milieu
de vie et ainsi à proposer une alternative à l’hospitalisation). Nous avons
un grand intérêt à participer à ces
réunions : pour avoir plus de contacts,
plus d’outils, de partenaires, explique
Thomas Michaux. C’est le bon outil
pour pénétrer dans la sphère psychomédicale, et pour que ces acteurs euxmêmes aient une démarche d’ouverture vers les autres secteurs. »
Outre la réalisation d’outils communs (cartographie des acteurs, outils
de communication...), l’ouverture
mutuelle entre les deux secteurs permet de faciliter le maintien dans le
logement social de personnes avec des
troubles psychiatriques. Elle a aussi
pour but d’aider à la réhabilitation
dans le logement de personnes sortant
d’institutions (habitations protégées,
centres hospitaliers...) via un dispositif
de bail glissant (NDLR dans un premier temps, c’est l’institution qui est
signataire et responsable du bail, qui est
ensuite repris, au bout de trois ans, par
le locataire). Le réseau peut également
être mobilisé dans des situations d’urgence grâce à l’intervention d’équipes
ambulatoires rapidement accessibles :
l’équipe mobile INUK (accompagnement thérapeutique dans le milieu de
vie), l’ETAC (Equipe de traitement
ambulatoire de crise) et le SPADI (Soins
psychiatriques à domicile intégrés). Ce
projet est encore en phase de construction, mais les contacts suscités ont déjà
permis de stabiliser quelques situations
individuelles, s’enthousiasme l’assistant social.
Combattre la solitude
« La souffrance mentale et la solitude sont beaucoup plus présentes
qu’avant », constate Anne Jadin. Un
constat dont les travailleurs sociaux,
tous secteurs confondus, se font régulièrement l’écho. « Mais quelle est la
frontière entre troubles psychiques et
maladie mentale ? s’interroge Thomas
Michaux. La souffrance psychique est
souvent due à la solitude, à l’ennui, voire
aux troubles de voisinage qui rendent
les gens paranoïaques. » D’où la nécessité de ne pas catégoriser ces personnes,
de prendre en compte leurs conditions
d’existence et d’envisager un accompagnement holistique. Thomas Michaux
souligne aussi l’importance de travailler le développement communautaire,
l’action collective et la participation :
« Il faut faire en sorte que les gens
se connaissent, se mélangent. » Une
conclusion que partage Anne Jadin.
A Liège comme à Court-Saint-Etienne,
on le voit, les équipes d’accompagnement social n’ont pas attendu la mise en
place de la fonction de référent social
pour entamer un travail de seconde
ligne qui répond aux problématiques
de santé mentale. Une manière comme
une autre de constater que le travail
social dans les logements sociaux est
avant tout... du travail social.
¡
Web+ gratuit
¡¡ Cahier Labiso n° 114, 2011
Donnez de la voie ! Synthèse de
l’e-colloque Travailleurs
psychosociaux : de la dérive au
gouvernail ? www.labiso.be/
?page=VisualiserContenuOuvrage&Id=2097
15
Saint-Vaast, cité Jardin,
Fête des Voisins (mois de mai)
suivre
Mobiliser
_ surtitre
le réseau _ jeunesse
© Léane Dersonne, étudiant/e Arts et Métiers de La Louvière
Entre la glande et les
conflits de voisinage,
des espaces de projets
En logement social, il n’est pas rare que des tensions
émergent autour des jeunes. Le référent social, en lien
avec le réseau associatif local, peut intervenir pour
favoriser le vivre-ensemble. Illustrations concrètes à
Luttre et à Binche. par Cédric Vallet
G
eoffrey Piétrons est un référent
social qui n’hésite pas à aller au
contact. Depuis le mois de septembre, il s’est lancé dans du
« travail de rue » dans deux cités de
logements sociaux, à Familleureux et à
Mellet. Il envisage de s’attaquer bientôt
au gros morceau : la cité des Trieux, à
Seneffe, « où l’on rencontre des problématiques lourdes, de trafic de drogue
et de loi du silence », lâche-t-il, prêt à
relever le défi. En déambulant entre
les habitations, Geoffrey Piétrons souhaite s’immerger dans la réalité de la
vie quotidienne des habitants. Il souhaite qu’on l’identifie, sans pour autant
16
qu’on l’associe à celui « qui ne vient que
quand il y a un souci ». Le travail de
rue, une vieille habitude que ce référent
social a « attrapée » lorsqu’il travaillait
dans le secteur de l’Aide à la jeunesse,
en service d’aide en milieu ouvert. De
là lui vient certainement ce tropisme
pour les problématiques « jeunes », qui
sont à l’origine de certaines frictions
dans les cités sociales.
Référent social des Jardins de Wallonie,
SLSP qui gère 1174 logements dans le
Hainaut, autour des communes de
Seneffe, Luttre ou encore Pont-à-Celles,
Geoffrey Piétrons est bien placé pour
observer les difficultés que traversent
les jeunes en logements sociaux. Il
voit des jeunes « sans emploi, sans formation, sans rien », dont la vie quotidienne est marquée par « l’oisiveté ». Il
constate aussi des formes « d’abandon
parental ». Si les 8-12 ans sont encore
touchés par le tissu associatif local,
bien implanté dans la plupart de ces
sites de logements sociaux, les plus
âgés sont difficiles à toucher.
Gérer la « zone »
Dans ce contexte, se développe ce que
le référent social nomme une « problématique des cités ». Des jeunes qui
« zonent » dans les halls d’entrée ou
dans les plaines de jeux. Quelques
joints et cannettes qui traînent par
terre et un peu de bruit, voire des
dégradations. « Globalement, rien
de bien méchant », affirme Geoffrey
Piétrons. Mais générateur de « tensions » entre habitants.
www.alterechos.be
Deux blocs se font face. L’entrée est souvent vandalisée, sale.
Nous avons commencé par concerter, en partenariat avec les
éducateurs du PCS, les jeunes de la cité. Une consultation qui
aboutit à la création d’une maison de jeunes.
Dès lors, quel peut être le rôle d’un
référent social ? Outre des interventions individuelles, il peut faire le
lien avec d’autres services, créer des
partenariats. « Je travaille en réseau »,
dit Geoffrey Piétrons. Concernant les
jeunes, ce réseau est constitué d’éducateurs de rue du Plan de cohésion
sociale (PCS), de services d’aide en
milieu ouvert, d’écoles de devoirs,
de maisons de jeunes. Un exemple de
sollicitation ? Récemment à Mellet,
Geoffrey Piétrons a demandé à l’AMO
Pavillon J « d’investir le territoire »
des logements sociaux. « Il y a des
besoins. Une dizaine de jeunes de 13
à 18 ans traînent près de la rivière,
font de petites conneries. La police y
est souvent appelée, mais ne sait pas
trop quoi faire. » L’AMO a donc fait
son apparition à Mellet, grâce au « bus
des quartiers » de la Cité de l’enfance
de Charleroi. A son bord : le référent
social et l’équipe de l’AMO. Un premier contact ponctué de « quelques
insultes ». « Un bon signe » relève
Geoffrey Piétrons, « ça veut dire que ça
mord ».
Recréer du lien entre habitants
Il n’y a pas qu’aux Jardins de Wallonie
qu’on travaille avec les jeunes.
Christophe Van Der Goten, référent
social de l’immobilière « Entre Sambre
et Haine », tente d’impliquer les locataires dans la vie de leur quartier.
A Anderlues, en partenariat avec
le PCS, il a initié des réunions de
quartiers. Certaines ne sont adressées qu’aux jeunes. Certes, ils ne sont
qu’une poignée à s’impliquer dans ces
concertations, « mais cela a permis de
constater que les préoccupations des
jeunes sont les mêmes que celles des
plus âgés », explique le référent social.
« Que la cité soit propre, pas abîmée,
qu’il y ait davantage de plaines de
jeux », énumère-t-il.
A la cité du Fief, des dégradations sont
l’occasion d’un travail collectif avec
n°363 – 28 juin 2013
les jeunes du quartier. Christophe Van
Der Goten : « Deux blocs se font face.
L’entrée est souvent vandalisée, sale.
Nous avons commencé par concerter, en partenariat avec les éducateurs
du PCS, les jeunes de la cité. » Une
consultation qui aboutit à la création
d’une maison de jeunes et d’un projet
de valorisation des halls d’entrée des
deux immeubles, avec fresque de graffitis au programme. Les éducateurs
du PCS vont essayer d’attirer davantage de jeunes via un atelier créatif.
Le tout devant permettre une « appropriation du lieu » par les habitants,
tout en « créant des liens autour d’un
projet commun ». Un projet qui, selon
Christophe Van der Goten, « s’appuie
sur l’associatif existant ».
Travailler le sentiment d’insécurité
Il est également aux premières loges
face aux difficultés des locataires. Il
le constate, les jeunes sont souvent
empêtrés dans du « décrochage scolaire », dans des « excès de consommation d’alcool ». Selon lui, ces jeunes
sont désabusés car ils constatent « que
la notion d’ascenseur social ne fonctionne plus tellement ». Il estime que
beaucoup d’entre eux vivent dans le
culte de « l’immédiateté ».
Ces problèmes de fond, le référent social est bien impuissant à les
résoudre. Par contre, face au sentiment
d’insécurité qui émerge chez certains
habitants devant des regroupements
de jeunes, souvent inoffensifs, le référent social est armé pour « recréer du
lien », pour que les « habitants réapprennent à se connaître » et fassent
tomber les préjugés. Fêtes des voisins,
ouverture de locaux jeunes, comités
de quartiers, été solidaire… : pas de
recettes miracles, mais quelques outils
que le référent social peut utiliser pour
tenter d’améliorer le quotidien des
habitants. ¡
Eté solidaire, moment clé de la vie des cités
Comme chaque été, de nombreuses sociétés de logement public vont participer à l’opération « Eté solidaire ». L’occasion d’embaucher de jeunes habitants des cités pour de
« petits travaux d’utilité publique ». Belle opération qui permet d’améliorer le cadre de
vie, tout en donnant une expérience professionnelle – et un peu d’argent – à ces jeunes.
Des petits boulots qui ont pour vertu de valoriser leur image au sein de leur quartier.
A Hornu, cinq jeunes s’apprêtent à participer au projet imaginé par la référente sociale
Véronique D’Hooge, en partenariat avec la régie des quartiers. Vu les « difficultés
d’orientation et de fléchage » dans l’un des sites gérés par la SLSP BH-P, les jeunes
jobistes vont rencontrer les locataires, munis d’un questionnaire afin d’aller à la pêche
aux idées. Que faudrait-il faire pour améliorer l’orientation sur le site ? « C’est aussi une
occasion de nous faire connaître et d’entendre les demandes des locataires », ajoute
Véronique D’Hooge. A la fin de l’enquête, les jeunes auront la charge de mettre en place
la solution retenue.
L’Eté solidaire est un moment phare de la vie des logements sociaux. Mais certaines
règles ont changé. Ce que regrette Geoffrey Piétrons, référent social aux Jardins
de Wallonie : « Avant, le nombre de jobistes était attribué en fonction de la taille des
communes. Maintenant, c’est calculé en fonction du nombre de logements gérés par la
société. L’an passé, nous pouvions embaucher 26 jeunes. Cette année, seulement cinq »
17
Haine-St-Pierre, cité Bellez
suivre
Mobiliser
_ surtitre
le réseau _ générations
© Giuseppe Calabrese, étudiant Arts et Métiers de La Louvière
Cohésion
intergénérationnelle
à tous les étages
Les locataires des logements sociaux vieillissent, c’est l’un des défis
majeurs du secteur. Certaines sociétés de logement ont décidé de
prendre la question à bras le corps et mettent en place des projets pour
ce public particulièrement vulnérable et, forcément, de plus en plus
nombreux. Exemples à Châtelet et à Liège. par Sandrine Warsztacki
E
ntre la baisse du taux de natalité,
l'augmentation de l'espérance
de vie et l'avancée en âge de la
génération Babyboom, la population belge vieillit à la vitesse grand
V. D'après les projections d'Eurostat,
d'ici 2060, un Belge sur quatre aura
soufflé ses 65 bougies et plus. Dans le
logement social, ce vieillissement de la
population pose question, à la fois en
termes d'adaptation des appartements
aux besoins de ces aînés démunis face
aux surcoûts engendrés par le vieillissement, ou de cohésion intergénérationnelle au sein des quartiers.
A titre d'exemple, sur les quelque 4
500 locataires du Logis Châtelettain,
dans la région de Charleroi, un millier environ est âgé de plus de 60 ans.
Progressivement, la société de logement public tente de rénover une partie
de son parc immobilier pour proposer
18
des logements mieux adaptés aux
seniors en y plaçant des rampes, des
douches de plain-pied, etc. Les aménagements sont réalisés dans le cadre
des chantiers formatifs solidaires de
la Régie des Quartiers de Châtelet.
Les locataires voient ainsi leur facture
allégée du prix de la main d’œuvre. Le
service social du Logis Châtelettain
s'inscrit également dans un partenariat avec les CPAS, une coordination
de soins à domicile, les maisons médicales, l'Awiph, de façon à favoriser le
maintien des aînés à domicile.
En bon voisin'âge
A côté de l'accompagnement individuel, le Logis Châtelettain a choisi de
travailler sur le collectif en proposant
des activités intergénérationnelles,
comme une chorale où chantent à
l'unisson aussi bien des personnes
âgées que de jeunes adolescents. Un
beau défi quand on pense à l'image un
brin poussiéreuse que revêt ce genre de
loisirs. « Depuis que l'on organise l'opération « Immeuble en fête », on a vu des
liens se recréer entre les habitants. Des
covoiturages s'organisent. D'autres
proposent à leurs voisins plus âgés de
faire leurs courses, observe aussi la
référente sociale Delphine Minot. Cela
peut avoir l'air simple comme ça, mais
recréer de la cohésion ne se fait pas du
jour au lendemain. Tout cela est possible aujourd'hui, parce que, en amont,
un travail de long terme sur les mentalités a été mené par la Régie des quartiers pour que les habitants deviennent
acteurs de leur quartier. »
La dimension intergénérationnelle a
aussi primé dans le cadre de l'opération « Eté solidaire », mise en place
avec le soutien de la Région wallonne
pour permettre aux jeunes d'exercer
un job étudiant tout en s'investissant
dans la rénovation de leur quartier.
Histoire de faire tomber les clichés de
www.alterechos.be
Là où il était courant d’occuper un logement social à vie,
aujourd’hui, les locataires sont amenés à déménager
au gré de l’évolution de leur situation familiale.
part et d'autre. « Les personnes âgées
ont vu que les jeunes s'investissaient
dans l'amélioration de leur quartier.
Ils leur ont ouvert leurs portes pour
boire un verre d'eau, leur ont préparé
des crêpes… Et les jeunes ont vu que les
personnes âgées ne sont pas renfermées
sur elles-mêmes, qu'elles ne passent pas
leur temps à tout critiquer », poursuit
Delphine Minot.
Résidence services à Liège
logements trop grands, qui pourraient
combler des familles plus nombreuses.
Il s'agit autant de veiller au besoin d'un
public particulièrement vulnérable
que, plus prosaïquement, d'assurer une
gestion optimale du parc immobilier.
La nouvelle réglementation sur les
conditions d'accès au logement public,
d'application depuis le premier janvier
de cette année, introduit un changement de philosophie à cet égard. Là où
il était courant d'occuper un logement
social à vie, aujourd'hui, les locataires
sont amenés à déménager au gré de
l'évolution de leur situation familiale.
Comment faire déménager des personnes âgées vers des logements plus
adaptés et libérer de la place pour
d'autres, sans pour autant les déraciner
du quartier où elles ont vécu depuis
toujours et tissé des liens de solidarité ?
L'alchimie est complexe. ¡
Autre lieu, autre projet, le Logis social
de Liège 2 a développé un projet de
résidence services pour ses locataires
seniors, en partenariat avec IsoSL,
l'intercommunale de soins spécialisés
de Liège. La résidence, qui comptera de
10 à 20 appartements, sera construite
sur un terrain de la société de logements situé à l'arrière de la maison de
repos Les Orchidées, à Chênée. A tout
moment, les locataires de la résidence
pourront tirer la sonnette d'alarme
reliée à la maison de repos, ou demander le passage d'un infirmer, d'un kiné,
etc. Si les appartements de la résidence
services seront loués un petit peu plus
cher que dans le reste du Logis, on
restera bien en dessous de ce qui est
pratiqué dans les résidences services
classiques, ou le loyer peut aisément
atteindre les 1 500 euros par mois.
« L'idée est de permettre à des personnes qui n'ont pas les moyens d'aller
en maison de repos d'accéder à cette
forme d'aide et, pour nous, de libérer
les appartements qu'ils occupent », se
réjouit Delphine Bawin, la référente
sociale du Logis social de Liège.
A ce stade, l'architecte a été désigné,
mais le lancement du chantier a pris
un peu de retard. En cause, la complexité de coordonner les législations
qui relèvent du logement et de la santé.
Déménager sans déraciner
Pour les sociétés de logement, l'enjeu
du vieillissement est double. Les personnes âgées occupent souvent des
n°363 – 28 juin 2013
19
Mobiliser le réseau _ Surendettement
Lutte contre les
impayés: une nécessité et Une des missions des référents
sociaux consiste à mettre en place
un accompagnement social en
matière de lutte contre les loyers
impayés. Cette problématique n’est
pas neuve dans le secteur du logement public, mais elle
semble être prise à bras le corps
aujourd’hui. Et le référent social y contribue, pour prévenir l’ultime
sanction : l’expulsion.
par Nathalie Cobbaut
2
une priorité
3,39 millions d’euros de loyers
impayés ou en retard de paiement
dans le logement public wallon,
au 1er janvier 2011. Un chiffre
impressionnant, qui reflète avant tout
les difficultés sociales et financières que
rencontrent les locataires de ce type de
logements. Mais peut-être aussi une
passivité dans le chef de certaines SLSP
pour récupérer ces sommes et, il faut
le dire, de la mauvaise volonté dans le
chef de certains locataires. Un chiffre
pourtant en baisse, pour la première fois
depuis 2005 (en 2009, un record avait
été atteint avec 26,443 millions d’euros).
Une baisse assez remarquable puisque,
avec la crise, le surendettement des particuliers a pour sa part augmenté de
manière assez sensible. En attestent les
chiffres du fichier négatif de la Centrale
des crédits aux particuliers et les locataires du logement public, fragiles « par
nature », n’ont sûrement pas été épargnés
par ce phénomène. Cette baisse des
retards et des impayés de loyers est donc
très probablement liée à une politique
plus active menée au sein des SLSP en
matière de recouvrement, aidées en cela
par de nouveaux outils réglementaires et
méthodologiques, mais aussi par le biais
d’un accompagnement social approprié,
piloté par les référents sociaux.
Sur le terrain
BH-P Logements est une SLSP active sur
le territoire des communes de Boussu,
Quiévrain, Hensies et Honnelles
(Hainaut). C’est un parc de 2000 logements que cette société est amenée à
gérer et autant de ménages locataires.
Comme dans toutes les SLSP, la question des arriérés de loyers est une préoccupation. Pour Stéphane Dierick,
directeur-gérant, « cette question des
impayés (NDLR dont on n’a pas pu avoir
les chiffres) nécessite des interventions
La Louvière, cité Reine Astrid,
rue Camille Deberghe
© Laurence Rodrique, étudiante Arts et Métiers de La Louvière
« La volonté est d’éviter un maximum les
expulsions qui arrivent pourtant, mais qui
restent paradoxales pour des locataires
de logement public. »
de plusieurs types : une réaction rapide
du service juridique dès le premier
retard. La réglementation nous enjoint
de mettre en place un suivi serré des
locataires endettés, notamment si des
dettes sont préexistantes à l’arrivée dans
la SLSP. Mais une intervention de type
social est également indispensable afin
d’accompagner les locataires en difficulté. L’arrivée de la référente psychosociale, en 2012, a permis de créer un pôle
social, avec les deux travailleurs sociaux
déjà actifs au sein de la société. Cette
question du travail social en lien avec les
impayés fait clairement partie de leurs
prérogatives. La volonté est d’éviter un
maximum les expulsions qui arrivent
pourtant, mais qui restent paradoxales
pour des locataires de logement public. »
C’est précisément pour éviter ces expulsions que le service juridique de la SLSP
réagit dès le premier impayé. Comme
l’explique Stéphanie Dangreau, chargée
du contentieux, « depuis un an et demi,
nous sommes devenus très interventionnistes à propos des loyers impayés,
mais en privilégiant des arrangements
amiables, plutôt que les procédures en
justice. » Dès le premier retard, un courrier de rappel est envoyé. S’il n’y a pas de
réaction, un deuxième rappel part avec
une proposition de plan de paiement. Si
le locataire accepte la proposition, le plan
de paiement est homologué par le juge
de paix. « Si, en revanche, après les deux
rappels, nous n’avons pas de réaction,
nous contactons les personnes en direct,
pour leur expliquer la situation, tenter
d’entamer le dialogue et les responsabiliser. Contact est également pris avec les
AS et la référente sociale. Si aucun arrangement n’est trouvé, je suis bien obligée
de contacter l’avocat pour introduire
une procédure, mais je sais que cela
risque d’être difficile : vu la hauteur de
leurs revenus, ceux-ci sont insaisissables.
n°363 – 28 juin 2013
Reste alors l’expulsion, mais dans ce cas,
je ne reverrai certainement pas l’argent
dû. De telles procédures représentent des coûts non négligeables et cela
constitue un échec. Depuis la mise en
œuvre de cette procédure de suivi serré,
nous avons réduit considérablement
le nombre d’expulsions. Cinq en 2012,
dont seulement deux effectives (dans les
trois autres cas, les locataires avaient déjà
quitté leur logement) ».
La place du référent social
Il est clair que cette approche administrative et juridique, indispensable, ne
suffit pas et que l’accompagnement social
est indispensable pour tenter de juguler
ces impayés. Pour la référente sociale de
BH-P Logements, Véronique D’Hooge,
« le pool social au sein de la société est
clairement sensibilisé à cette question et
dans nos contacts avec les locataires (que
ce soit au moment de l’admission et par
la suite), les deux AS peuvent les aider
de manière directe par rapport aux problèmes d’endettement. Nous disposons
de grilles budgétaires permettant d’aider les ménages à apprendre à gérer
les dépenses du ménage avec plus de
clairvoyance. Nous attirons leur attention sur les frais d’énergie qui peuvent
aussi entraîner des coûts importants :
cela concerne directement la pédagogie
de l’habiter, qui fait aussi partie de nos
missions. En tant que référente sociale,
mon travail est d’alimenter les assistants
sociaux en outils, de créer des contacts
avec des partenaires extérieurs, mais
aussi d’essayer de prévenir les besoins
des locataires, notamment en travaillant
avec le comité consultatif des locataires
et propriétaires. Dans certains cas, il est
nécessaire de renseigner des services
extérieurs pour aider les locataires (voir
encadré). Souvent la présence de dettes
de loyer cache en effet d’autres dettes
qui nécessitent une prise en charge plus
globale. »
Il est clair que c’est la combinaison des
différents éléments de prise en charge,
préventifs et curatifs, juridiques et
sociaux, qui sont susceptibles de produire des résultats positifs en la matière.
Une approche pluridisciplinaire à
laquelle le référent social apporte sa spécificité.
¡
La médiation de dettes à la rescousse
Autre piste envisagée chez BH-P Logements, pour aider un locataire en difficulté :
renseigner la possibilité de se faire aider par un service de médiation de dettes (SMD).
Il en existe plusieurs dans la région, mais la proximité géographique et historique de
l’asbl Fees avec BH-P Logement en a fait un partenaire privilégié. De facto, insiste
Muriel Barbieux, médiatrice de dettes : « nous travaillons de manière indépendante,
sommes tenus au secret professionnel et BH-P Logements est un créancier parmi
d’autres. Mais il est vrai que nous tenons des permanences chaque lundi, ouvertes à
tous, dans les locaux de la SLSP et les locataires y ont accès facilement. » Le travail
des SMD est de proposer à la personne en difficulté une médiation amiable de dettes
ou, si la situation le nécessite, l’introduction d’une requête devant le juge du travail
pour une gestion globale et encadrée du surendettement, au travers d’une procédure de règlement collectif de dettes. Selon la situation de la personne, l’une ou
l’autre piste pourra être envisagée, mais comme le précise Anne Jespers, également
médiatrice à Fees, « il faut que la personne soit partie prenante et aie la volonté de
s’engager dans un processus d’apurement des dettes. »
21
Diversités et défis _ Accueil des candidats et admissions
Une porte d’entrée
sur mesure
pour les nouveaux locataires Les sociétés de logement public peuvent désormais compter sur l’aide précieuse des
référents sociaux pour accueillir des nouveaux locataires. Certaines SLSP ont élaboré
de véritables outils d’encadrement. par Gilda Benjamin
D
epuis la dynamique initiée il
y a deux ans par l’appel à projets «Référents sociaux», l’intérêt pour ce nouveau maillon
ne fait que croître dans les structures
qui reconnaissent leur grande utilité.
Parmi leurs missions prioritaires, l’accueil et l’accompagnement des locataires entrants s’imposent comme des
évidences.
La Société régionale du logement de
Herstal (SRL) a poussé la réflexion plus
loin en réalisant une farde de bienvenue très détaillée, véritable outil pédagogique et pratique. Audrey Burette,
référent social pour la SRL et responsable du service clientèle, loue les qualités de la farde élaborée par son prédécesseur. « Cette brochure est l’œuvre
du référent social, monsieur Bini, qui
a travaillé chez nous durant un an et
dont la mission était de développer
des outils par rapport à l’éducation
au logement. Elle s’intègre dans toute
une politique d’accueil que nous avons
mise en place : elle a été inaugurée fin
mars avec des premières réactions très
positives. Elle comporte d’ailleurs un
formulaire d’évaluation à remplir par
les locataires, toujours dans ce souci de
nous améliorer. »
« En tant que référent social, je ne fais
pas les visites à domicile, explique
Audrey Burette, c’est l’assistant social
en interne qui me fait un compterendu. Beaucoup de nos locataires
22
sont familiers des logements sociaux
mais d’autres arrivent novices, ne
connaissent parfois pas la langue et
ont besoin d’un maximum d’informations pratiques. En fonction de la personne, nous insistons sur tels ou tels
aspects de la farde. » Numéros utiles,
démarches à faire, conseils pratiques
et astuces, table des matières par mots,
papiers à conserver et à classer… Bref,
une aide précieuse.
Comme l’explique Audrey Burette,
« de manière plus générale, nous avons
instauré un service clientèle pour
que chaque locataire ait sa chargée
de clientèle qui le suivra à partir de
la signature du bail, moment-clé où
on lui explique toutes les modalités
administratives avec remise de la farde
d’accueil. Nous mettons l’accent sur
l’ensemble des démarches à effectuer
avant et à l’entrée dans le logement.
Dans les trois mois qui suivent, une de
nos collaboratrices effectue une visite
d’accueil et, là encore, la farde d’accueil est un outil précieux. »
Mettez votre nom sur la sonnette !
Rien n’est laissé au hasard et des points
qui peuvent sembler anodins ou évidents sont bons à rappeler comme de
mettre son nom sur la sonnette ou de
meubler ou éclairer correctement le
logement. « Dès le premier contact,
nous pouvons évaluer la manière dont
le locataire est à même de s’intégrer
dans son logement, son quartier…
A chaque fois, l’assistante sociale me
fait un compte-rendu. Comme elle
détecte les situations qui pourraient
devenir à risques, elle peut m’en parler. Le locataire est au centre de toutes
nos démarches. Mon rôle de référente sociale permet d’avoir du recul
et d’analyser la situation dans son
ensemble pour, si besoin est, s’adresser
à un assistant social qui prend le relais
sur le terrain. Quand une société de
logement dispose, comme chez nous,
d’un binôme référent social/assistant
social, cela permet de mettre en place
des outils, des partenariats, des relais
sur le quartier et un suivi individuel de
la personne avec un conseil adapté. »
Et ce désir de perfectionner l’accueil
des locataires ne faiblit pas : « Nous
avons développé une grille d’analyse de l’entretien des logements
suivant des critères objectifs et précis afin de détecter les situations de
détérioration. »
Autres points très importants : le travail en réseau et la participation à la
plateforme provinciale des référents
sociaux : « Je représente la société de
logement au plan de cohésion sociale
de la ville afin de créer les partenariats possibles avec les acteurs locaux.
Quant à la plateforme des référents
sociaux, elle permet d’échanger, au
niveau provincial, nos expériences et
nos vécus. »
www.alterechos.be
© SRL Herstal
L’humain au centre
des négociations
Anne-Catherine Rizzo de Relogeas,
association de promotion du logement (APL) à Charleroi (Monceausur-Sambre) qui propose du logement
d’insertion et de transit à des ménages
très précarisés, insiste sur l’importance des référents sociaux des SLSP :
« Pour le public le plus précaire, il est
important d’être accompagné, surtout
au niveau du logement, révélateur de
toute une série de problèmes : finances,
santé, problèmes familiaux, éducation… Au sein de Relogeas, nous avons
une trentaine de logements et quatre
assistants sociaux. Lorsque certains
de nos locataires quittent Relogeas et
trouvent à se loger dans une société
de logement public, le référent social
sert d’interface avec tous les services
sociaux. Nous pouvons par exemple
travailler en collaboration à l’obtention
de points supplémentaires pour accélérer l’admission de certains candidats-locataires. Prenons un exemple :
une famille a un enfant handicapé et
perd son logement tout près de la seule
école adaptée à l’enfant. Il est donc
important que cette famille soit relogée dans ce quartier afin de préserver
toute la dynamique familiale. L’idée
est de donner des points de priorité
à cette famille pour répondre à une
situation particulière : en l’occurrence,
n°363 – 28 juin 2013
Une farde qui fait des émules
La farde de bienvenue de la SRL de Herstal s’est inspirée d’un outil d’accueil édité par
le Home familial bruxellois. Des outils amenés à faire des petits… Audrey Burette le précise : « Nous avons voulu un outil rédigé dans un langage simple mais pas infantilisant !
Depuis, nous avons créé deux modules sur le site, deux maisons interactives centrées
sur deux axes différents : l’une consacrée aux «Droits, devoirs et entretien» et l’autre
aux «Economies d’énergie et Habiter en santé». Et nous avons comme autre projet de
mettre en place une maison témoin, grandeur nature, pour sensibiliser les nouveaux
locataires. Depuis dix ans, nous sommes dans un processus d’amélioration continue,
que ce soit pour les locataires, mais aussi nos services, dont les équipes techniques.
Des ouvriers qui travaillent dans des logements qui ne sont pas en état, des locataires
expulsés pour manque d’entretien : autant de situations qui nous ont poussés à mettre
des groupes de travail et de réflexion en place. »
ces points sont attribués en fonction
d’un objectif de cohésion sociale. Là,
le référent social a vraiment un rôle à
jouer pour attirer l’attention sur ce cas.
Nous avons de très bons contacts avec
le référent social du Foyer Marcinellois
qui participe aux réunions du Groupe
Partenariat Logement et fait office de
relais, de passerelle avec le logement
de service public. Le référent social
est devenu un interlocuteur nécessaire
pour replacer l’humain au sein des
négociations. Dernier exemple : nous
devions reloger une très grande famille
avec enfants et le référent social du
Logis Châtelettain est intervenu efficacement. Le dialogue est désormais plus
ouvert. Il ne faut pas oublier qu’auparavant certaines sociétés de logement
travaillaient sans assistant social… »¡
en savoir plus
¡¡ Relogeas asbl :
rue de Monceau-Fontaine, 42/1 à 6031
Monceau-sur-Sambre, tél. 071/31 40 07,
fax : 071/27 05 49,
annecatherine.rizzo@relogeas.be
web+
¡¡ « Relogeas à Charleroi, un laboratoire
d’innovations sociales dans le secteur
du logement », Cahier Labiso n° 110, 2010.
http://www.labiso.be/?page=VisualiserCont
enuOuvrage&Id=1766
23
Diversités et défis _ Pivert et Cie
La Louvière, rue Camille Deberghe
© Paolo Jannone, étudiant Arts et Métiers de La Louvière
Opérations
de rénovation : que deviennent
les locataires ?
Rénovation, mise aux normes énergétiques… : des travaux pas évidents à
supporter. Et certainement pas pour les locataires de logements sociaux. Dans le
pire des cas, ceux-ci seront relogés ailleurs, le temps de la rénovation ou même
de la reconstruction de leur habitation. Les « référents sociaux » s’occuperont de
coordonner les différentes équipes de terrain afin d’accompagner au mieux les
locataires dans ces moments difficiles. par Philippe Laperche
L
e rôle des référents sociaux est
notamment d’accompagner
les locataires avant, pendant
et après des travaux de rénovation », explique Laurence Di Nunzio,
experte à la Direction de la gestion
locative et de l’action sociale de la SWL.
La période des travaux est une période
perturbée pour les locataires, c’est à ce
moment que l’accompagnement des
«
24
personnes les plus fragilisées prend
tout son sens. « Les travaux de rénovation sont une porte d’entrée dans la vie
des familles », continue Laurence Di
Nunzio. « Et c’est à l’occasion de ce type
de travaux que l’on découvre parfois la
détresse humaine ». Le référent social
en sera le premier témoin et il pourra
alors développer tout l’arsenal d’accompagnement social, en coopération
avec les autres acteurs sociaux déjà
actifs sur le terrain (assistants sociaux,
médiateur de dettes, etc.).
« Lors d’un déménagement forcé suite à
des travaux lourds de rénovation, nous
réalisons un gros travail administratif, mais aussi un travail plus humain
d’écoute et de présence », témoigne
Véronique Hermel, référente sociale
chez Centr’Habitat à La Louvière.
www.alterechos.be
« Car à côté des démarches concrètes
que doivent réaliser toutes les personnes qui déménagent (transfert des
compteurs, appel à des déménageurs,
préparation du déménagement, etc.),
les personnes concernées peuvent
éprouver des difficultés émotionnelles.
Les personnes âgées, par exemple,
qui habitent le même appartement ou
Par exemple, ils aideront les locataires
à comprendre l’utilisation des vannes
thermostatiques, des thermostats
d’ambiance, des grilles d’aérations,
etc. Car quand on sait que les charges
locatives atteignent, dans certains cas,
les trois quarts du montant du loyer,
on comprend mieux l’importance
des économies d’énergie. Apprendre
« Les personnes âgées qui doivent
quitter leur appartement ou leur
maison qu’ils habitent depuis
20 ou 30 ans peuvent se retrouver
particulièrement déboussolées. »
Véronique Hermel, référente sociale chez Centr’Habitat à La Louvière.
la même maison depuis 20 ou 30 ans
peuvent se retrouver particulièrement
déboussolées. Dans la mesure du possible, on essaie de reloger ces personnes
au plus près de leur habitation d’origine et de leurs points de repère ».
A contrario, pour certaines personnes,
ces transferts peuvent être considérés
comme une aubaine. Une famille qui
s’est agrandie avec le temps pourrait
se voir attribuer un logement plus en
conformité avec sa nouvelle situation.
Ou encore, une personne seule dans un
appartement quatre chambres pourrait avoir intérêt à occuper un logement plus petit, moins coûteux et plus
simple à entretenir. Ces transferts sont
parfois définitifs, en concertation avec
les personnes.
L’accent sur la pédagogie
de l’habiter
Après les travaux, les référents sociaux
s’occuperont ensuite d’aider les
familles à comprendre l’importance de
la bonne utilisation de leur logement.
n°363 – 28 juin 2013
des gestes simples peut jouer un rôle
important sur la consommation
d’énergie et sur la santé financière des
ménages concernés.
Un grand nombre de travaux de rénovation ont été initiés sous l’impulsion
du Plan Pivert. Ce plan lancé par le
gouvernement wallon en 2011 permet
la rénovation des logements les plus
anciens et les plus inefficaces au niveau
énergétique. Avec ce plan de plus de
425 millions d’euros, la Wallonie
veut s’attaquer au gaspillage énergétique. L’isolation des toits, les doubles
vitrages, les installations de chauffage,
etc. sont particulièrement visés. La
salubrité des logements sociaux également. Ces deux axes de développement
participeront à l’amélioration de la
situation des familles.
Pour atteindre leurs objectifs, les
référents sociaux n’agissent pas
seuls. Ils travaillent en coopération
avec les différents services sociaux
(CPAS, AIS…). Grâce à une approche
globale et transversale, ils agiront
comme de véritables chefs d’orchestre.
Le but est de tenir compte des personnes et des familles occupantes des
logements sociaux dans leur globalité.
C’est en effet en voyant le cumul des
difficultés (financières, de santé, d’emploi, d’isolement…) d’une personne ou
d’une famille que les référents sociaux
pourront agir au mieux.
¡
Rénovations :
plusieurs cas de figure
Lors d’opérations de rénovation,
plusieurs cas de figure se présentent :
certains chantiers sont réalisés sur
sites occupés, ce qui demande un
accompagnement social important
car les travaux sont de nature à
entraîner de sérieux désagréments
dans le chef des occupants maintenus
dans les lieux. Les entrepreneurs sont
contraints de prendre cet élément
en compte lors de la réalisation des
travaux, comme le maintien d’un
point d’électricité, d’un point d’eau
ou encore d’un sanitaire dans le
logement.
Deuxième cas de figure : les opérations tiroirs pour des travaux lourds.
Les logements sont vidés pour y
effectuer les rénovations. Pendant
ce temps, les locataires sont relogés
provisoirement et ils réintègrent en
fin de chantier leur logement initial.
Enfin, dans d’autres cas encore, les
locataires sont déménagés vers de
nouveaux logements dans lesquels
ils resteront, évitant ainsi un double
déménagement et permettant une
meilleure adéquation entre le profil
des occupants et les logements ainsi
intégrés, mais ce qui créée parfois des
tensions.
25
Diversités et défis _ Directions
Pare-choc ou courroie de transmission avec le bailleur social ?
Le principe du référent social est bien accepté par les
directions des sociétés de logement. Le rôle qui leur est
assigné varie toutefois d’une société à l’autre, avec une
tension entre l’intervention individuelle de terrain et le
travail de mise en réseau . PAR Arnaud Grégoire
C
omment les directions des sociétés de logement ont-elles reçu la
volonté du gouvernement wallon
de les doter d'un référent social ?
Plutôt bien ! Le fait que le dispositif prévoit un soutien pour financer une partie
du salaire de la nouvelle recrue n'est sans
doute pas étranger à l'accueil positif qui
a été réservé à cette nouvelle fonction.
Certains regrettent que l'idée initiale de
subsidier entièrement le salaire du référent n'ait pas pu être mise en place. Mais
ils concèdent qu'en ces temps difficiles,
le soutien même partiel est louable.
L'arrivée de ce référent social représente
surtout, pour les directions des sociétés
de logement, une véritable reconnaissance de leur rôle social qui mine de
rien, met du baume au cœur des personnes en charge de la gestion de ces
organismes de logement aux missions
spécifiques. Mais cette reconnaissance
ne fait souvent qu'entériner une situation de fait où des travailleurs étaient
déjà chargés de missions sociales ou
socio-techniques.
Renforcer le pôle social
« Nous rencontrons de nombreuses
difficultés liées aux incivilités, à
l'éducation des personnes qui bénéficient des logements sociaux », relève
26
Olivier Dechenne, directeur-gérant
de Centr'Habitat à La Louvière, soulignant la nécessité de disposer dans
son équipe de collaborateurs qui
développent un contact direct avec les
locataires.
« Nous avions déjà une équipe de travailleurs de proximité, » expliquet-il. « Ce personnel avait des tâches
telles que la «prévisite» des logements
lorsqu'un départ est prévu, de façon
à éviter trop de frais au moment de
remettre les clés du bien. Nous avons
engagé deux référents sociaux et avons
pu améliorer et élargir les missions
confiées à cette équipe », poursuit
Olivier Dechenne.
De fait, l'équipe est maintenant constituée de quatre travailleurs sociaux de
terrain. Les travailleurs de proximité
sont des personnes qui, sans être assistants sociaux diplômés, ont une grande
expérience du terrain. Ils sont donc
encadrés par un des deux référents
sociaux – assistant social – l'autre référent étant chargé de l'activation et de
la dynamisation des partenariats avec
des interlocuteurs, tels que le CPAS et
le tissu associatif concerné.
Le projet déployé par Centr'Habitat est
exemplaire de la dynamique à l’œuvre
dans l'implémentation du rôle des
référents sociaux au sein des sociétés de
logement. Il illustre cet équilibre délicat à trouver par les directions, entre
travail de terrain avec les bénéficiaires
et rôle de relais avec les CPAS et associations pour développer une action
collective. Cette tension entre le rôle de
« pare-choc » des sociétés de logement
social, indispensable pour limiter les
contentieux, les loyers impayés et la
dégradation des logements, et celle de
courroie de transmission nécessaire
pour établir une collaboration efficace
entre intervenants sociaux. Car il ne
s'agit bien sûr pas de se substituer aux
CPAS, ainsi que le soulignent les directeurs et directrices de sociétés de logement interviewés.
Ici, la taille de la société de logement
est un élément déterminant. Avec un
patrimoine de plus de 5 500 logements
en gestion, Centr'Habitat est une des
plus grosses sociétés de Wallonie.
Elle dispose d'un personnel en conséquence : 93 collaborateurs, dont une
cellule de quatre personnes dédiée aux
relations, sur le terrain, avec les locataires. Cellule maintenant augmentée
de deux référents sociaux.
A la rencontre des locataires
Pour une société de plus petite taille,
par contre, les enjeux sont différents.
Pour l'Habitat du Pays Vert, à Ath,
avec ses 1400 logements et 28 collaborateurs, la situation est différente.
« Le regret formulé par notre conseil
www.alterechos.be
© Paolo Jannone, étudiant Arts et Métiers de La Louvière
d'administration, lors du premier appel
à projets, était que la mission devait être
collective, alors que les besoins de la
société se traduisaient par des actions
individuelles. Le deuxième appel à projets a heureusement autorisé les missions de terrain, individuelles, dans
la mesure où elles contribuent à développer un travail collectif », détaille
Valérie Dupont, directrice. Un travail
de terrain, à la rencontre des locataires,
pour les accueillir, leur expliquer le
fonctionnement de la société de logement, voilà, entre autres, ce dont a
besoin l'Habitat du Pays Vert.
A la société de Logements du Plateau
(un peu plus de 1700 logements), à
Ans, Jean-Pierre Bousmanne va dans
le même sens. Il souligne les problématiques liées au public du logement
social : une population diversifiée que
la société de logement ne choisit plus
elle-même, comme c'était le cas auparavant. Et qu'il faut pourtant gérer. Le
directeur de cette société a toutefois mis
en place un projet qui place le référent
social au centre du travail collectif avec
les associations environnantes – une
attention spécifique a par exemple été
n°363 – 28 juin 2013
portée sur la coordination en matière
de santé mentale – et permet dans le
même temps d'avoir plus de collaborateurs en contact avec les locataires.
« Quand il y a plus de monde sur le terrain, la discussion, le lien social est plus
facile », note Jean-Pierre Bousmanne,
soulignant qu'il est en constante
recherche de nouvelles façons de communiquer avec les locataires.
Un rôle de plaque tournante
Mais la taille de la société n'est pas le
seul élément déterminant des missions qui seront confiées au référent
social. Le nombre d'interlocuteurs
est aussi prépondérant. Ainsi, une
grosse société de logement implanté
dans une ville aura un seul Centre
public d'aide sociale face à elle, tandis
qu'une petite société implantée dans
une zone plus rurale aura à traiter
avec plusieurs CPAS. « Nous avons six
communes à gérer, » explique Michel
Van Hooydonck, directeur adjoint de
Haute Senne Logement , à Soignies.
« Avoir une personne qui fait le pont
entre ces six services sociaux, cela
va nous aider », poursuit-il. Car les
collaborations avec les différents intervenants ne sont pas toujours faciles.
Au Home Ougréen, Louis Ponet
confirme : « Il ne s'agit pas de prendre
le locataire par la main. Par contre
il faut pouvoir analyser la problématique des locataires et les mettre en
contact avec les personnes ad hoc, qu'il
s'agisse des CPAS, d'une association
pour les femmes battues ou les enfants
maltraités. »
« Cette fonction de plaque tournante
n'est finalement pas si neuve », relève
Louis Ponet. « Avant on appelait cela
un médiateur, maintenant c'est un référent social, mais la fonction est assez
semblable. Il doit être une plaque tournante entre la société de logement, les
locataires et les services sociaux. « Ce
qui est nouveau ici – et c'est une bonne
chose –, c'est la généralisation du système à toutes les sociétés », conclut
Louis Ponet.
¡
27
La Louvière, rue Camille Deberghe
© Paolo Jannone, étudiant Arts et Métiers de La Louvière
Diversités et défis _ CCLP
Consultation
des locataires : une révolution
en
MARCHE
Développer les partenariats
Avec la réforme du Code wallon du Logement et de l’Habitat durable,
la mission d’accompagnement social des SLSP est devenue une
obligation. L’entrée en fonction des référents sociaux (RS), permet enfin
de consolider, d’organiser et de développer cette mission au sein de
l’ensemble du parc public wallon. Elle est aussi synonyme d’une véritable
révolution dans les relations entre SLSP et comités consultatifs de
locataires et de propriétaires (CCLP). par Philippe Van Lil
P
our Marie-Claire Brancart, présidente depuis 2003 de l’Association wallonne des comités
consultatifs de locataires et de
propriétaires (AWCCLP) et par ailleurs présidente du Comité consultatif
de l’Immobilière publique du centre
et de l’est du Brabant wallon (IPB), la
structuration de l’accompagnement
social dans le logement social est une
aubaine : « La mise en place du poste de
référent social est le plus beau cadeau
de la réforme du ministre Nollet ! Cela
fait des années que nous demandions
28
l’instauration d’un accompagnement
social avec un réel suivi. Ce référent
est désormais la personne relais pour
les CCLP. Là où il n’y avait pas de service social, il était souvent difficile
pour les comités de locataires d’entrer
en contact avec leurs sociétés de logements. Or, pour effectuer un travail de
qualité, ce partenariat est indispensable. La création du poste de RS permet notamment de mieux accueillir
les nouveaux locataires. des SLSP car
les membres des CCLP ne sont pas des
professionnels de l’accueil. »
Anne Jadin, référente sociale depuis
un janvier et responsable du service
Prévention et Accompagnement au
sein cette même société, partage l’enthousiasme de Marie-Claire Brancart :
« Je suis assistante sociale depuis 1985.
Notre SLSP a toujours travaillé sur les
trois axes définis pour les référents par
la Région (voir pages 8 et 9). Ce qui a
changé, c’est d’abord la reconnaissance
légale de ces missions dans le Code
wallon du Logement, qui soutient
et renforce notre travail. Au départ,
dans les années 80, les SLSP avaient
été invitées à engager des AS, mais
sans aucune obligation. La crise économique aidant, notre mission était
alors surtout la récupération des loyers
impayés. Ensuite, dans les années ‘90,
nous avons développé des partenariats avec les régies des quartiers sur
les douze communes que nous couvrons, par exemple pour l’organisation de brocantes ou d’événements
sportifs. Aujourd’hui, nous pouvons,
www.alterechos.be
en plus, beaucoup mieux travailler sur
l’accompagnement individuel, notamment l’accueil des nouveaux locataires.
Si la personne rencontre des problèmes
financiers, on relaye l‘information
vers des services comme les CPAS,
les médiateurs de dettes, les administrateurs provisoires de biens. Notre
rôle est de pouvoir aborder toutes les
matières de manière transversale. »
Marine Piron, référente sociale depuis
2011 et agent technico-sociale au sein
de la SLSP La Famennoise confirme ce
rôle de chef d’orchestre mais aussi ce
meilleur accompagnement individuel :
« Nous avons la possibilité d’être plus
à l’écoute des demandes et d’apporter
des solutions de manière permanente
en orientant vers différents parte-
Vers un changement
des mentalités
Bien qu’apparue il y a deux ans, la
fonction de référent social ne commencera à déployer ses premiers effets sur
le terrain que dans un proche avenir.
Marine Piron explique par exemple
que sur les cinq référents prévus pour
sa province, deux doivent encore être
engagés. En outre, tous les référents
sociaux ne sont pas logés à la même
enseigne ; certaines SLSP ont une
culture de l’accompagnement social,
d’autres moins, voire pas du tout.
Marie-Claire Brancart : « Aujourd’hui,
on est dans une phase où référents
et CCLP doivent apprendre à se
connaitre mutuellement et à dresser des plans d’action communs. Des
« Le logement social, ce n’est pas que
gérer des briques. C’est aussi y installer
un accompagnement social ! »
naires. Sur 950 logements que nous
gérons, je suis amenée à suivre plus
particulièrement 150 personnes dans
des dossiers plus délicats. Au niveau
des actions individuelles également,
j’accompagne par exemple les candidats locataires pour remplir leur
dossier et les nouveaux locataires au
moment d’entrer dans leur logement, je
traite les plaintes de voisinage, comme
les incivilités, que je transmets à un
médiateur. Mais le RS n’est pas un travailleur social de première ligne. Mon
action principale est surtout collective
et communautaire : je rencontre les
CCLP tous les trois mois, je participe à
de nombreux partenariats avec le Plan
de cohésion sociale, les éducateurs de
rue, les Plans d’habitat permanent, la
police, etc. Concrètement, depuis que
je suis RS, je me suis aussi investie
dans la création et l’organisation de la
fête des voisins. D’autres actions sont
prévues pour l’avenir. »
n°363 – 28 juin 2013
formations démarrent en ce moment
dans toute la Wallonie pour présenter aux CCLP les missions des référents, en collaboration avec la Société
wallonne de logements (SWL). Des
groupes de travail seront ensuite mis
sur pied, dès septembre prochain, où
les CCLP seront invités à émettre leurs
propositions en matière de collaboration avec les référents. On identifiera
différentes thématiques, de telle sorte
à obtenir un canevas plus ou moins
semblable d’une SLSP à l’autre. Les
référents devront en outre aussi développer des collaborations très étroites
avec les services sociaux, les services
techniques des SLSP, etc. »
Marine Piron confirme cette évolution
imminente : « Grâce aux réunions de
plateformes qui auront désormais lieu
entre référents tous les 2 ou 3 mois et
grâce à l’onglet dédicacé de l’extranet
du site Web de la SWL, nous pourrons davantage échanger des idées de
bonnes pratiques et des outils entre
nous. » Marie-Claire Brancart nourrit
de très grands espoirs sur l’évolution
et le rôle prépondérant des référents :
« Ils doivent créer des synergies avec
les CCLP et les partenaires locaux –
tels que CPAS, comités de quartier,
régies de quartier, centres de prévention, centres de médiation de dettes
– en déterminant qui fait quoi et comment. S’il fait bien sa mission, le référent changera à terme les mentalités
mêmes des employés des SLSP, pour
autant qu’il puisse rester indépendant
et impartial. Il ne faudrait pas que le
rééfrent ne serve qu’à la récupération
d’arriérés de loyers, mais bien – surtout – à accompagner les locataires
en difficultés. Les CCLP, eux aussi,
devront faire preuve d’ouverture visà-vis des référents, en acceptant les
missions de ceux-ci. A l’avenir, on
verra très distinctement les CCLP qui
seront boostés par l’entrée en fonction
du référent et ceux qui ne voudront pas
coopérer. » La mentalité parfois un peu
trop « syndicale » de certains CCLP
devra sans doute, il est vrai, évoluer
vers un meilleur sens du dialogue. ¡
Les CCLP en Wallonie
La Wallonie compte 62 CCLP sur 68
sociétés de logement. Leurs membres,
élus, dont le nombre varie de 3 à 15
selon les CCLP, exercent bénévolement leur mandat sur une base
volontaire et sont généralement assez
âgés. Là où il n’y a pas de CCLP, c’est
bien souvent faute de candidats. Un
membre de chaque CCLP – et deux à
partir de septembre – est présent au
sein du CA des SLSP.
en savoir plus
¡¡ AWCCLP, clos Marie Doudouye, 15 à
1340 Ottignies, 010/40 12 41,
mc.brancart@awcclp.be
29
Diversités et défis _ conclusion
Clic!
par l’Agence Alter
C
omment
conclure
mieux
qu’avec des images ? Pas juste
des images de comm’, pas juste
du formaté pour emballer un
produit et le mettre en vitrine. Non,
des images qui sont de vrais regards,
portés par une volonté de changer
notre manière de voir la réalité. Et
donc, des regards qui peuvent aider à
la transformer…
Pour illustrer ce numéro, nous avons en
bonne partie eu la chance de pouvoir
nous appuyer sur le travail remarquable
des étudiants de Véronique Vercheval
aux Arts et Métiers de La Louvière.
Pendant un an, ils ont exercé leurs yeux
et leurs focales dans leur ville, leurs
quartiers, avec l’aide de leurs amis,
familles et voisins. Sans angélisme et
sans misérabilisme, ils donnent à regarder le logement social dans son environnement, dans ses ambiances, dans
les manières qu’on a d’y vivre.
Des regards en complètement en
résonance avec l’action locale de
ces «nouveaux» acteurs que sont les
référents sociaux, et tous ceux qui
portent à tous les niveaux d’action
cette préoccupation d’un logement
public à la fois soucieux de chaque
locataire/habitant dans ses singularités, et correcteur des inégalités
socioéconomiques.
Si vous n’avez pas la possibilité de
visiter cette exposition de photos
tout cet été à la Médiathèque de La
Louvière, et si vous ne pouvez pas
non plus vous procurer le livre édité
à cette occasion, prenez quelques
minutes au calme pour refeuilleter ce
numéro d’Alter Échos et vous arrêter
un instant sur chaque image. Vous
en sortirez, nous l’espérons, avec une
vision un peu plus incarnée de l’un
des fils rouges de notre propos ici : pas
à pas, le logement social est en train
de devenir un acteur à part entière du
maillage social wallon.
¡
« C’est en avril 2012 que la société Centr’Habitat est venue nous voir, raconte
Véronique Vercheval, professeure de
photo. Ils voulaient des images pour
améliorer leur communication. Ici, on est
en école de promotion sociale, avec des
étudiants adultes de toutes sortes, certains
avec un projet professionnel, d’autres pas.
Mais tous habitent dans les environs et
connaissent La Louvière, le terrain où on
les a fait travailler. Or dans la formation,
on réfléchit avec eux sur le rôle social de
l’image. Maintenant qu’on est au bout du
processus, je crois que Centr’Habitat a
été surprise du résultat. Mais cela montre
aussi leur grande ouverture, leur vision a
évolué au fil du projet. »
Olivier Dechenne, directeur-gérant, ne dit
pas autre chose : « Les photos montrent
une très grande diversité, et au bout du
compte, elles donnent une idée à la fois
positive et très nuancée de notre réalité
quotidienne. Dès le début, avec la classe de
Madame Vercheval, on avait la volonté de
relever un défi : une expo en juin 2013. » Le
résultat est là, l’exposition a été inaugurée
ce 22 juin. « On a déjà des réactions et
ça ne va pas s’arrêter. Centr’Habitat gère
5 400 logements sur une ville de 80 000
habitants. 7 000 logements si on ajoute
ceux qu’on a construits, revendus, etc.
Donc presque tout le monde à La Louvière
peut reconnaître son quartier, voire sa
rue. »
DiversCité, une expo et un livre
30
en savoir plus
¡¡ La Médiathèque, rue Albert 1er, 36 à
7100 La Louvière, tél. : 064/22 62 93,
mediatheque@centreindigo.org
Mardi, mercredi et vendredi de 12 h à 18 h ;
samedi de 10 h à 18 h.
Le livre DiversCité peut être commandé
auprès de Centr’Habitat.
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sauf avril, juillet, août
et décembre.
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