ECA 361 - Enseignement catholique

ECA 361 - Enseignement catholique
361 Couvs OK:- 08/07/14 17:41 Page1
Enseignement catholique
N°361, juin-juillet 2014, 5,50 €
actualités
www.enseignement-catholique.fr
ENQUÊTE :
Ces établissements
qui restent ouverts l’été
Portrait
Hugues
Minguet,
moine et
consultant
Actualités
Le 18 congrès de l’Apel
e
Gestion
La
restauration
scolaire,
un enjeu
vital
Initiatives
Culture
Saint-Jo
met
le turbo
Balade au clair
de lune /
La tapisserie,
trésor de
Beauvais
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L’enseignement catholique se laisse bousculer
par l’arrivée du numérique dans ses classes.
Réflexions et exemples de terrain
sont présentés dans ce hors-série.
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2 Enseignement catholique actualités N° 361, juiN-juillet 2014
361 p3-5 som-édito OK:- 08/07/14 17:42 Page3
So m m aIr e
ÉDITORIAL p. 5
SUR LE PODIUM
ENQUÊTE
Ouverts 365 jours par an…
ou presque
p. 38
p. 6
ACTUALITÉS
Enseignement catholique p. 7
Éducation
p. 18
Repenser l’homme
Une femme en chaire
p. 26
Boire et déboires
28
p. 27
Saint-Jo met le turbo /
Un regard positif sur soi et
les autres / Place au grand
chambardement /
pp. 28-33
CULTURE
LIVRES /
38
PORTRAIT
pp. 48-51
MULTIMÉDIA
INFOS +
p. 52
UN JOUR, UN PROF
Marielle Jovine :
« Elle nous bousculait,
nous faisait réfléchir »
p. 34
PRATIQUE
PAROLES D’ÉLÈVES
« Ils ont donné leur vie pour
que la nôtre soit belle » p. 36
p. 45
Balade au clair de lune /
La tapisserie, trésor de
Beauvais
pp. 46-47
INITIATIVES
Hugues Minguet :
moine et consultant
p.42
PLANÈTE JEUNES
GESTION
La restauration :
un enjeu vital
p. 40
IMAGES PARLANTES
FORMATION
S’ouvrir aux familles
les plus pauvres
RÉFLEXION
8
p. 53
p. 54
46
Couverture : D.R., École Jeanne-d'Arc de Vitré, J.-C. Domenech /MNHN. Sommaire : S. Louis /Apel, M. Broussous, D. R., F.-G. Grandin /MNHN.
Votre numéro de juin-juillet est allégé et ne comporte pas de dossier.
Le dossier de notre numéro de rentrée aura pour thème : « Qui sont les nouveaux profs ? »
Vous trouverez, en plus de ce numéro, le hors-série « La morale à l’école ».
La rédaction d'Enseignement catholique actualités vous souhaite un très bel été.
N° 361, juiN-juillet 2014 Enseignement catholique actualités
3
361 p3-5 som-édito OK:- 08/07/14 17:42 Page4
Deux hors-séries pour interroger
votre projet d’établissement
Vient
de
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paraîtr
« Il n’y a pas d’éducation
sans éducation morale. »
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rs
jou
... et tou
« L’enseignement catholique n’a plus de sens
s’il n’éduque pas à l’intériorité. »
« ÉVEILLER À L’INTÉRIORITÉ »
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Enseignement catholique
www.enseignement-catholique.fr
actualités
Publication officielle
du Secrétariat général
de l'enseignement catholique
(SGEC)
Directeur de la publication >
Pascal Balmand
Rédacteur en chef >
Aurélie Colas
Rédacteur en chef adjoint >
Sylvie Horguelin
Ont participé à la rédaction
de ce numéro >
Claude Berruer,
François Bœspflug,
Mireille Broussous,
Joséphine Casso,
Laurence Estival,
Noémie Fossey-Sergent,
Agathe le Bescond,
Stève Lepleux,
Virginie Leray,
Maria Meria,
Marie-Odile Plançon
Nathalie Pollet
Nicole Priou,
Marie-Camille Raffin
Aurélie Sobocinski,
Florence Watine.
Édition > Dominique Wasmer
(rédacteur-graphiste),
Maxime Mianat
(secrétaire de rédaction).
Diffusion et publicité >
Dominique Wasmer, avec
Géraldine Brouillet-Wane,
Leslie Ben Guigui,
Jean-Noël Ravolet,
Marianne Sarkissian.
Rédaction, administration
et abonnements >
277 rue Saint-Jacques,
75240 Paris Cedex 05.
Tél. : 01 53 73 73 71.
Fax : 01 46 34 72 79.
eca@enseignement-catholique.fr
Abonnement > 45 €/an.
Numéro CPPAP > 0416 G 79858.
Numéro ISSN > 1241-4301.
Imprimeur >
Vincent Imprimeries,
26 avenue Charles-Bedaux,
BP 4229, 37042 Tours Cedex 1.
D. R.
édItorIal
Une communauté
en mouvement
PASCAL BALMAND
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L’ENSEIGNEMENT CATHOLIQUE
’un beau livre de Claire-Anne Baudin intitulé Le
soin du monde1 (quel titre magnifique !), je tire
ces quelques lignes : « Le beau mot de recueillement indique l’acte qui rassemble les éléments. Indique aussi le dépôt de ce qui
est rassemblé : le fait d’engranger, de mettre les fruits sur claies, d’accrocher
les noix au plafond pour que les souris ne les fauchent pas, de sécher le tilleul.
Tout ceci est recueillir, un redoublement de la cueille afin de l’héberger et de
l’honorer selon son espèce. […] Si nous ne construisons pas le récit de ce qui
advient, nous perdons dans les actes la visée qu’ils espèrent. Il nous faut non
seulement cueillir les fruits de nos jours, mais encore les recueillir, les adopter
pour qu’ils n’errent pas orphelins. »
En ce début d’été, certains s’apprêtent à tourner la
« L’École
page de leur engagement professionnel au sein de
catholique n’est
l’enseignement catholique ; d’autres se préparent à le
vivre en de nouveaux lieux, parfois sous des formes
pas parfaite :
elles-mêmes différentes ; pour tous enfin sonne
elle est vivante.
l’heure des vacances. N’est-ce pas précisément là le
[...] elle s’efforce
moment de « recueillir » ?... Il ne s’agit pas de narcisd’apporter un
sisme, mais de relecture et de discernement. Dire et se
dire ce qui s’est vécu, dans tout ce qui a été riche et véritable service. »
fécond comme dans ce qui s’est avéré décevant, difficile ou douloureux. Prendre un peu de recul pour analyser et penser à demain.
Remercier, rendre grâce.
Durant l’année qui s’achève, j’ai pour ma part eu la chance de faire connaissance avec de très nombreux acteurs de notre École catholique, comme celle de
découvrir des réalités, des initiatives, des aventures toutes plus motivantes les
unes que les autres. Et, sans occulter tel ou tel sujet de préoccupation, telle ou
telle pesanteur, telle ou telle tension ou telle ou telle fragilité, je peux vraiment
témoigner de la dynamique d’une communauté en mouvement, qui ajuste ses
pratiques et qui souhaite réellement aller de l’avant dans la mise en œuvre de sa
mission éducative.
L’École catholique n’est pas parfaite : elle est vivante. Portée par l’investissement de ses acteurs, nourrie par toute son histoire et rassemblée par son projet
d’éducation, elle s’efforce d’apporter un véritable service.
Merci à toutes celles et tous ceux qui contribuent à son action, dans la diversité
et la richesse de ce qu’ils sont. À chacune et à chacun, je souhaite un bel été, et je
demande de revenir à la rentrée habités par mille aspirations et mille projets !
D
1. Le soin du monde – Accompagner la vie des autres, Bayard, 2008, pp. 46-47.
N° 361, juiN-juillet 2014 Enseignement catholique actualités
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sur le podIum
L’enseignement catholique s’investit au quotidien dans des initiatives
étonnantes. Dans chaque numéro, nous braquons nos projecteurs sur des
établissements primés.
MAXIME MIANAT
Les Cours
Saint-Joseph –
Notre-Dame
Rouen (76)
e
Collèg larté
C
-la
ND-de d (56)
Bau
ÉLOGE DE LA FOLIE
JEU DES SEPT
FAMILLES
D. R.
© Amélie Billon
École
La Mache
Lyon (69)
D. R.
COURS EN INDUSTRIE
D
S
ur une photo, un collégien en
blouse blanche étudie au microscope le mot « s’enlivrer ». Une
façon inédite de se pencher sur le
sens de ce néologisme, créé à partir
« d’enivrer ». Dans ce laboratoire
bizarre, les jeunes se sont improvisés chercheurs dans le cadre du
concours « Dis-moi dix mots »,
piloté par le ministère de l’Éducation nationale, qui proposait aux
participants de réfléchir autour du
champ lexical de la folie. Et c’est
notamment grâce à cette expérience un peu timbrée, consignée
sur le carnet de bord de leur professeur de français Amélie Billon,
que la classe du collège NotreDame-de-la-Clarté de Baud (Morbihan) a reçu le premier prix. « Cela
nous a permis de jouer avec la
langue française », ont expliqué
deux des lauréats, le 15 mai 2014,
lors d’une cérémonie organisée à
l’Académie française. Les mots préférés de ces collégiens ? « S’enlivrer
et charivari. » Leur travail se décline
aussi sous forme de photos et de
réflexions sur le surréalisme et le
dadaïsme.
L
es échanges entre l’école et l’entreprise nécessitent d’être renforcés. C’est dans ce cadre que
s’inscrivent les « Prix de l’industrie »
décernés par l’institut Confluences
de Lyon, qui a récompensé l’école
La Mache dans la catégorie « Intégration jeunes », début avril. En
janvier 2014, les lycéens de première STI2D (sciences et technologies de l’industrie et du développement durable) avaient passé une
semaine sur le site lyonnais de
Renault Trucks. Ils avaient suivi des
cours calqués sur leur emploi du
temps habituel et dispensés par les
salariés de l’entreprise. « Cette initiative leur a permis de donner un
sens à leurs études et d’appréhender leur avenir de manière plus
concrète. Ils découvrent les métiers
et carrières des salariés de Renault
Trucks, la diversité des métiers de
l’industrie… Ils avancent sur le long
chemin de l’orientation ! », se félicite Paul Charlois, enseignant en
sciences physiques.
ans la famille Rouen, je
demande la fontaine SainteMarie. Ou bien le jardin des
plantes, peut-être ? À vrai dire, le
choix est large : en créant ce jeu
des sept familles sur Rouen, les
collégiens de Saint-Joseph –
Notre-Dame n’ont négligé aucun
monument de la ville. Les parcs,
les ponts, les églises, les musées,
les évènements et les personnages marquants de la cité (Gustave Flaubert, Jeanne d’Arc ou
Pierre Corneille) complètent le
jeu Mémoville, récompensé d’un
prix lors du 6e salon régional des
mini-entreprises, le 29 mars 2014
à Rouen (Seine-Maritime).
Chaque carte est composée
d’une photo, d’un bref historique et d’un repère servant à
identifier le lieu sur un plan.
Commercialisé au prix de 8,90 €,
il peut permettre, aux 400 000
touristes annuels, de découvrir
une partie du patrimoine tout en
mobilisant l’intérêt de leurs
enfants sur la lecture des cartes.
Vous pouvez nous signaler les prix reçus
par vos établissements à l’adresse :
z
rédaction@enseignement-catholique.fr
6 Enseignement catholique actualités N° 361, juiN-juillet 2014
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Act us/ enseignement catholique
UgSel : il vA y Avoir dU Sport
L’Ugsel, la fédération sportive éducative de l’enseignement catholique, multiplie les projets :
réorganisation de ses unions, lancement d’une nouvelle campagne pour l’accompagnement éducatif
et Coupe du monde de rugby sont au programme.
ESSAI TRANSFORMÉ POUR
« RUGBY SCHOOL »
« Cela va être un grand feu ! », se réjouit
Denis Chazeaud, secrétaire général de
l’Ugsel. Des outils pédagogiques seront
’ouvrir à une autre culture, développer mis à disposition en ligne à la rentrée
la transversalité entre les disciplines 2014. Ready for the match ? Alors… tous
et les classes de la maternelle au à vos crampons ! AS
lycée, faire équipe autour d’un projet aussi u Inscriptions jusqu’en novembre 2014
grand que celui de participer à la Coupe sur www.ugsel.org/rugbyschool
du monde de rugby 2015, en Angleterre…
1. Cahier des charges à télécharger sur le site « Rugby
C’est à ce programme d’ampleur que School ».
l’Ugsel, fédération sportive éducative de
l’enseignement catholique, invite tout au
long de l’année 2014-2015 les établissements du 1er et 2d degrés, adhérents ou
non. Le projet « Rugby School » se décline
en trois niveaux : à travers des animations
valorisant la pratique du rugby et celle
de la langue anglaise dans un cadre sportif
et éducatif, par la création de partenariats
avec des établissements et des clubs d’outre-Manche, l’animation de temps forts
interclasses...
Au niveau départemental et régional ensuite, l’Ugsel proposera de nombreuses
rencontres interétablissements. Au niveau
national, 1 000 billets seront à gagner
pour les élèves et leurs enseignants du 1er
et du 2d degré, via respectivement un
appel à projets et un concours1. L’occasion
de vivre un séjour linguistique et culturel
unique à Londres en septembre 2015.
© Ugsel
S
UN NOUVEAU STATUT POUR UNE TRIPLE IDENTITÉ
Q
uelle est la différence entre un adhérent et un licencié ? C’est notamment à
cette question centrale que le nouveau statut de l’Ugsel, voté à une large
majorité le 13 juin dernier (78 % pour, 22 % d’abstention), souhaite
apporter des clarifications décisives. « Il y a aujourd’hui une triple identité de
l’Ugsel, explique Denis Chazeaud, son secrétaire général. Elle est liée à la fois à
son statut de fédération sportive membre du CNOSF (Comité national olympique et sportif français), à celui de fédération scolaire de l’enseignement
catholique, dont le fonctionnement repose sur l’adhésion d’établissements
volontaires, et enfin à celui d’organisme national d’animation au service de tous
les établissements de l’enseignement catholique, conformément au nouveau
Statut. Nous avons souhaité mettre à plat ces trois dimensions essentielles. »
Avec cette refonte, s’annonce aussi d’ici à deux ans toute une réorganisation
territoriale de l’Ugsel et des missions de chaque échelon dans le sens « d’une
lisibilité accrue et d’un partage des responsabilités ». AS
L’ACCOMPAGNEMENT
ÉDUCATIF, UN SOUFFLE POUR
LES ÉTABLISSEMENTS
vec pour objectif de contribuer à
l’égalité des chances en offrant à
chacun les conditions pour une scolarité réussie, le dispositif « Accompagnement éducatif » connaît un succès
croissant. Pour la campagne
2013-2014, cette tendance à la
hausse s’est confirmée avec
7 518 projets à destination de
plus de 328 000 collégiens,
selon l’Ugsel. « C’est une
affaire qui tourne et séduit les
équipes sur la durée par l’approche différente, extrêmement motrice, qu’elle permet
avec les élèves ! », se réjouit
Bruno Sourice, son responsable éducatif et sportif pour le
2d degré.
Au total, 79 % des collèges
ainsi que des lycées potentiellement concernés (ayant des
DP6) y ont participé, soit
1 476 établissements. S’agissant de la nature des propositions, 52 % relèvent de
projets culturels et artistiques, 18 %
du domaine sportif, 16 % de l’aide
aux devoirs et 7 % ont trait respectivement à la pratique orale des
langues vivantes et à la prévention et
secours civiques (PSC1). La campagne 2014-2015 sera lancée en septembre. « Les bases de son financement seront précisées dans le projet de loi de finances 2015 »,
explique Yann Diraison, délégué
général du Sgec. En point d’orgue de
cette nouvelle édition, l’opération
des Trophées sera reconduite pour
récompenser les initiatives les plus
originales et innovantes au printemps prochain. AS
A
N° 361, juiN-juillet 2014 Enseignement catholique actualités
7
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Photos : HELHa
A ct us/ enseignement catholique
pArentS d’élèveS,
créAteUrS de poSSibleS
arent d’élève, d’abord,
est-ce un métier ?
Non, répond fermement la jeune Paola, devant
la caméra d’Yves Mariani,
responsable des observatoires de pédagogie au
Sgec. « Un métier, ça s’arrête. Mais quand tu es parent, tu n’es jamais à la
retraite ! » Le ton du
congrès est donné : franc
et résolument optimiste.
En témoigne l’intervention
décapante de Jean-Paul
Delevoye, président du
Conseil économique social
et environnemental : « Un enfant, c’est un futur d’homme
qui sera, par nature, imprévisible. » D’où la nécessité de
trouver la bonne distance. « Les parents n’ont jamais fait
partie du même monde que leurs enfants mais les coupures
se sont accentuées avec le Web et le numérique », a complété
le philosophe Yves Michaud. Sophie Vayssettes, analyste à
l’OCDE, recommande de recréer des espaces de dialogue et
d’ouvrir la discussion à la maison sur d’autres sujets que
l’école.
Photos : S. Louis / APEL
À Strasbourg, pendant trois jours, les quelque 1 500 participants au 18e congrès de l’Apel nationale
ont approfondi et questionné le « métier » complexe de parent d’élève.
P
Éloigner l’école de la maison
Même écho du côté du chercheur américain Marc Prensky :
« La chose la plus importante est de faire découvrir aux
enfants la passion. » En somme, éloigner un peu l’école de
la maison pour permettre aux enfants de mieux investir le
champ scolaire. Dans ces
conditions, faut-il être
moins parent d’élève et
plus parent tout court ?
Oui, a répondu Pascal Balmand, secrétaire général
de l’enseignement catholique : « Vous êtes des parents avant tout. Parents
avant d’être parents
d’élèves. (…) On nous dit
qu’il faut préparer nos
jeunes à maîtriser les compétences nécessaires pour
demain. Je n’en suis pas
sûr. Il y a dix ans, étions-
Le statut des
parents d’élèves fut
l’un des thèmes
abordés lors du
congrès de l’Apel
des 16, 17 et 18
mai 2014.
nous capables d’identifier les compétences nécessaires pour
aujourd’hui ? Plutôt que de chercher à transmettre à nos enfants
ce qui est supposé être utile pour demain, notre mission est de
leur transmettre ce qui est vital pour toujours. »
De nombreux ateliers et temps de rencontres ont permis aux
participants de creuser ces pistes d’avenir. Ac
LE POIDS DE LA RÉUSSITE SCOLAIRE
’apprentissage de la vie en
société et du respect des autres,
l’esprit critique, la capacité à collaborer et même l’audace et la créativité… Voici les qualités susceptibles
d’aider les enfants à réussir leur vie,
selon les parents d’élèves interrogés
pour un sondage Apel-OpinionWay
réalisé en avril. Pour autant, l’école
L
8 Enseignement catholique actualités N° 361, juiN-juillet 2014
continue de peser lourd. Pour 88 %
des parents, les résultats scolaires
occupent une place importante dans
les discussions avec leur enfant et font
même l’objet de disputes fréquentes
pour 21 % d’entre eux (34 % au
collège).
Plus révélateur encore de la pression
familiale et sociale liée à la réussite
scolaire, celle-ci impacte l’appréciation des qualités d’un jeune, pour
84 % des parents et 85 % des 18-24
ans interrogés.
Dans ce contexte de survalorisation de
l’évaluation scolaire, de nombreux
parents éprouvent des difficultés à
adopter l’attitude adéquate pour
accompagner leurs enfants (27 %), à
Photos : S. Louis / APEL
361 actus p6-16 OK:- 09/07/14 15:28 Page9
Plusieurs interventions, dont celle de Jean-Paul Delevoye, président du Conseil économique social et environnemental, ont rythmé le congrès, clôturé par Pascal Balmand.
POUR UN « CONTRAT ÉDUCATIF
DE CONFIANCE »
éélue pour deux ans avec 88 % des
voix aux côtés de son vice-président
Jean-François Hillaire, Caroline Saliou
a défendu la continuité d’un engagement
soucieux de préserver « l’unité de la fédération et de la fidélité au mouvement
des Apel ». Dans sa profession de foi, la
présidente de l’Apel a souhaité que l’association « soit reconnue comme force de
proposition » et aide à « rapprocher les
familles les plus éloignées de l’école ».
congrès. Parmi elles, renforcer la formation
initiale et continue des professeurs à la relation avec les parents, et proposer un
« contrat éducatif de confiance » liant les
familles et l’équipe éducative de l’établissement lors de l’inscription de l’enfant.
R
© S. Louis / APEL
Liberté de choix
Caroline Saliou et Jean-François Hillaire.
Des objectifs partagés par l’enseignement
catholique, avec lequel se construit « un
véritable partenariat éducatif ». Et ce sont
ainsi dix propositions que l’Apel nationale
a souhaité diffuser à l’occasion de son 18e
les aider dans leur travail (21 %) et
même à les encourager (18 %). La
majorité des parents (61 %) s’estiment mal préparés au métier de parent
d’élèves et ne se sentent pas assez
écoutés (50 %), ni consultés (58 %)
par les enseignants. Logiquement, les
sondés plébiscitent donc des lieux de
dialogue avec les enseignants et
l’école (85 %), un guide pratique
Autres pistes de travail : une meilleure
coopération entre parents et enseignants
sur les devoirs et une sensibilisation plus
forte des parents aux objectifs de l’année
scolaire ; enfin, une importance croissante
accordée aux rencontres parents-enseignants. Des préoccupations éducatives
réaffirmées avec, en arrière-plan, le souci
de préserver la liberté de choix des familles
dans le contexte de la réforme des collectivités territoriales : « Nous devons
être des veilleurs. L’État se décharge sur
les collectivités locales, mais cela ne doit
pas se faire au détriment de l’éducation
de nos enfants. On ne peut pas toujours
compter indéfiniment sur le portefeuille
des familles ! », a martelé Caroline Saliou
sous un tonnerre d’applaudissements. Ac
aidant à mieux accompagner les
enfants dans leur scolarité, des journées de formation (68 %)… Une
attente aiguisée par les nouvelles
technologies : transformant la parentalité comme le métier d’enseignant,
elles impliqueraient, selon les interviewés, un accompagnement des
parents plus important, sans pour
autant les rapprocher de l’école. vl
PARENT CORRESPONDANT,
MODE D’EMPLOI
P
armi les fonctions
pour lesquelles
les parents sont sollicités, il en est une,
essentielle pour la vie
de l’établissement,
celle de parent correspondant », affirme le
texte adopté par la Commission permanente du 14 février 2014. Ce document de
dix pages, élaboré par le Sgec en lien
avec l’Apel, précise la nature de cette
fonction et ses modalités de mise en
œuvre. On y rappelle qu’ils représentent
les parents d’élèves d’une classe et contribuent à instaurer des liens entre les
parents, d’une part, et les enseignants et
les éducateurs, d’autre part. Leurs modalités de désignation varient selon les établissements : ici, l’on considère que les
représentants élus de l’Apel peuvent les
nommer sur la base du volontariat ; là, un
vote est organisé au sein de chaque
classe. Les compétences attendues sont
principalement une bonne connaissance
institutionnelle et un certain savoir-faire
relationnel. Ces diverses dimensions de la
fonction doivent faire l’objet d’une formation, précise le document. Proposée en
concertation entre l’Apel et le chef d’établissement, la formation sera suivie dans
l’établissement, avec des modules complémentaires élaborés par l’Apel au
niveau départemental ou régional. Le
texte se conclut sur le rôle crucial du chef
d’établissement grâce auquel les parents
correspondants peuvent assumer pleinement leur fonction. SH
z Le parent correspondant, Sgec, mars
2014, 3 €. Bon de commande p. 55.
N° 361, juiN-juillet 2014 Enseignement catholique actualités
9
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A ct us/ enseignement catholique
Réunis le 23 mai dernier au Sgec, les
référents diocésains EARS (éducation
affective relationnelle et sexuelle) se
sont interrogés sur la posture à
privilégier pour mieux accompagner
les élèves. Dans l’écoute, sans
injonction ni jugement.
st-ce que c’est beau, un spermatozoïde ? Peut-on naître dans de
petites boîtes ? À quel âge peut-on
faire l’amour ? Qu’est-ce qui pousse à
l’infidélité ? » C’est Maëlle ChallanBelval, conseillère conjugale, qui a
recueilli ce florilège d’interpellations
d’élèves au cours des séances qu’elle
anime dans les établissements pour
démontrer combien ce dialogue, nécessaire, peut ouvrir sur des questionnements éthiques et existentiels. Aux
antipodes d’austères « cours de plomberie sexuelle » rythmés d’injonctions
voire de menaces, elle conçoit l’EARS
comme « une formation au discernement et à l’usage raisonné de la liberté,
à la construction de choix épanouissants ». En quête de pistes pour échanger avec les jeunes autour de leurs
questions, quelque quatre-vingt infirmières, chefs d’établissement, enseignants, animateurs en pastorale,
psychologues, chargés de mission ou
parents d’élèves ont assisté, le 23 mai, à
la première journée dédiée à l’éducation
affective, relationnelle et sexuelle
(EARS) organisée par le Sgec.
E
Se laisser bousculer
Écouter, faire équipe, oser une parole
personnelle sur ces sujets délicats…
nombre des clés livrées par Maëlle
Challan-Belval pour informer, éduquer
et prévenir, ont fait écho au regard et au
chemin d’accompagnement proposés
par Pierre Panel, gynécologue 1 . Les
intervenants se sont notamment rejoints
sur l’importance d’ouvrir précocement
une possibilité d’échange sur ces sujets
et d’accepter de se laisser bousculer. Le
tout au service d’une « pédagogique de
l’invitation et de l’émerveillement »,
selon les termes de Marie-Odile
10 Enseignement catholique actualités N° 361, juiN-juillet 2014
© V. Leray
eArS : leS motS poUr en pArler
constitue un défi éducatif majeur, alors que
« la rupture anthropologique profonde de
la maîtrise de la fertilité » fragilise les
jeunes en les plaçant
devant des choix
complexes, a expliqué Pierre Panel.
D’où l’enjeu de travailler la dimension
Maëlle Challan-Belval, conseillère conjugale, à gauche, et Marie-Odile Plançon, du Sgec.
morale de l’EARS,
Plançon, organisatrice de la journée également pointé par Claude Berruer.
pour le département Éducation du Sgec. L’adjoint au secrétaire général de l’en« Accompagner sans juger » ou « favo- seignement catholique a aussi invité
riser des attitudes sans en passer par la l’assemblée à « affirmer l’importance de
contrainte qui empêche d’intérioriser la différentiation » ou « de la durée, dans
les règles et pousse à la transgression » un monde d’obsolescence programmé ».
Sans hésiter à s’appuyer sur le Cantique
des Cantiques pour libérer de toute
fausse pudeur une parole chrétienne. vl
De la nécessité de
travailler en réseau
1. Auteur de La sexualité, les jeunes et leurs parents,
Table ronde et autres échanges de pratiques,
Desclée de Brouwer, 2010.
réflexion collective sur les indispensables
outils de formation, rencontres avec les
partenaires (Cler, Sésame ou Médiaclap)…
Cette première journée dédiée à l’éducation
affective, relationnelle et sexuelle pourrait
amorcer la constitution d’un réseau. En
effet, si toute la communauté éducative
est concernée par ces questions et si les
comités d’éducation à la santé et à la citoyenneté constituent des leviers efficaces
pour s’en saisir localement, les échanges
avec les élèves peuvent être biaisés lorsqu’ils
sont exclusivement conduits par des adultes
de leur établissement. De même, si les
animateurs en pastorale scolaire se retrouvent dépositaires de ces sujets, ils ne
sont pas toujours formés pour les traiter.
D’où l’importance de la mutualisation et
du travail interétablissements. Au Sgec,
Joseph Herveau, responsable des questions
pastorales, pilote désormais le dossier
EARS avec Marie-Odile Plançon, de manière L’arbre de vie : les racines, les leviers et les fruits des responsables EARS !
à « articuler la diversité des postures de chacun
u Sur www.enseignement-catholique.fr :
[…] au service du projet de formation intégrale
« L’éducation affective, relationnelle et sexuelle dans les
de la personne ».
zwww.cler.net ; www.sesame-educ.org ;
www.editions-mediaclap.fr
établissements catholiques d’enseignement », hors-série,
mai 2010, téléchargeable dans la rubrique « Tous les ECA
et hors-séries » ; ressources supplémentaires dans l’onglet
« EARS » de la rubrique « Département Éducation ».
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LES JÉSUITES REGARDENT VERS LES PÉRIPHÉRIES
Dans chacun des quatorze établissements du réseau Ignace de Loyola éducation,
on compte désormais un délégué « Jeunesse défavorisée ». Leur objectif : bâtir un projet pour lui venir en aide.
de fond qui va perdurer. »
es établissements jésuites scolaÀ titre d’exemple, le
risent aujourd’hui dans le
Mi©rolycée de Bordeaux
monde plus d’élèves issus de
ouvrira à Saint-Josephfamilles pauvres que de milieux
de-Tivoli (cf. encadré cifavorisés », déclare Thierry Lamdessous). À Marseille,
boley, s.j., tutelle pour le réseau
l’établissement jésuite
Ignace de Loyola éducation. Un
Provence travaille désorchoix déterminé par l’histoire.
mais avec les lycées de
Dans ses Constitutions, saint
Tour-Sainte et de NotreIgnace affirme le caractère gratuit
Dame-de-la-Viste, situés
de l’éducation. Fondés par les
dans des quartiers diffivilles, ses collèges sont
ciles, pour encourager
ouverts à tous et finanL’établissement Provence de Marseille.
certains élèves de 1 r e à
cés par les notables.
Mais en 1773, la Compaentreprendre des études de médecine. Une session de trois
gnie est supprimée.
jours a déjà eu lieu lors des dernières vacances de février. À
Quand elle est rétablie en
Saint-Etienne, l’AFEP, une école de production du réseau,
1814, les Jésuites fondent
accueille une quarantaine de décrocheurs auxquels elle
de nouveaux collèges.
apprend un métier. À Toulouse enfin, au Caousou, « cinq
Mais faute de donateur, ils
bourses seront attribuées à des élèves qui ont un bon niveau
se voient contraints de
mais ne peuvent pas accéder à l’internat à la rentrée prodemander aux familles des frais de scolarité. « Les collèges chaine », expose Jérôme Gué, s.j., tutelle de l’établissement.
d’aujourd’hui sont ceux de la deuxième Compagnie, « Nous devons lutter contre la demande d’entre soi de cerexplique Thierry Lamboley. Il nous faut retrouver l’intuition taines familles. Comment faire pour qu’un établissement favode la première Compagnie. » C’est chose faite un peu partout risé arrive à une vraie ouverture ? C’est un défi énorme »,
dans le monde, mais pas encore en France. D’où le chantier reconnaît-il. SH
« Jeunesse défavorisée », lancé en novembre 2012 lors de
Voir le dossier « L’éducation aux marges du monde » de la revue jésuite Promotio
l’assemblée générale du réseau. À chaque établissement, il 1.
Iustitiae, sur : http://www.sjweb.info/sjs/pj/index.cfm?PubTextId=14026
revient à présent de bâtir un projet avec l’aide de sa propre
commission « Jeunesse défavorisée » animée par un délégué.
« On s’est bien gardé de donner des échéances, précise
Thierry Lamboley. Nous avons mis en route une dynamique
D. R.
Photos : D. R.
L
UN MI©ROLYCÉE CONTRE LE DÉCROCHAGE
S
aint-Joseph-de-Tivoli, l’établissement jésuite de Bordeaux, accueillera
à la rentrée quinze décrocheurs dans les murs d’un tout nouveau
Mi©rolycée – le premier de l’enseignement catholique ! Bonita Dubreuil, le
Saint-Joseph-de-Tivol
chef d’établissement, parle de cette ouverture avec un enthousiasme
i à Bordeaux.
contagieux : « Le projet est né d’un brainstorming avec l’équipe. Nous voulions répondre à
l’appel de notre tutelle de nous ouvrir à la jeunesse défavorisée. Et puis, nous avions dans l’établissement des décrocheurs auxquels nous n’apportions pas de réponse satisfaisante. D’où l’idée de créer un Mi©rolycée dont la formule permet d’offrir un accompagnement et un emploi du temps personnalisés, qui consonnent bien avec la pédagogie ignatienne. » Tivoli a reçu un agrément,
dans le cadre du plan Égalité des chances, pour une classe de 1re, ouverte à des élèves déscolarisés issus du privé ou du public,
ayant entre 16 et 25 ans. Pour l’intégrer, il faut avoir décroché pendant six mois environ pour raisons de santé, familiales… Les professeurs qui y interviendront enseignent déjà au collège ou au lycée et sont volontaires. « Si tout va bien, nous ouvrirons une terminale à la rentrée 2015 », note Bonita Dubreuil. L’objectif est en effet de présenter ces élèves au bac en deux ou trois ans. Originalité
de ce Mi©rolycée : des temps d’inclusion en classes ordinaires, dans les séries qui intéressent les lycéens, seront possibles. SH
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11
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... en
direct des diocèses ... en direct des diocèses ... en direct des diocèses ... en direc
A ct us/ enseignement catholique
Essonnes, au sein de la zone du « Carré Sénart ». Dans ce
secteur en plein développement économique de l’Est parisien,
qui devrait accueillir 120 000 nouveaux habitants d’ici 2017,
la préoccupation de l’évêque était grande de pouvoir installer
un établissement. Annexe de l’ensemble scolaire Saint-LéonSaint-Spire à Corbeille-Essonnes, le collège ouvrira deux classes
de 6e en septembre. À terme, seize classes sont prévues. Doté
d’un budget de huit millions d’euros, le projet est financé en
partie sur les fonds propres de l’ensemble Saint-Léon-SaintSpire et bénéficie également de trois postes dans le cadre du
plan national de l’école catholique « pour les réussites ». AS
BACHELOR : PARIS S’UNIT
À MANCHESTER
la rentrée 2015, l’Institut supérieur Clorivière (ISC), situé
dans le xIIe arrondissement de Paris, ouvrira une classe
pour trente étudiants détenteurs d’un BTS ou d’un DUT.
Ils formeront la première promotion du Bachelor Sustainable
Management, créé en partenariat avec l’Université de Manchester
(Manchester Metropolitan University – MMU). En fin d’année,
ils obtiendront un diplôme appelé « Top Up », qui correspond
à la troisième année d’un bachelor anglais. Centré sur le management et le développement durable, ce diplôme « vise à
former de futurs responsables qui auront à intégrer la responsabilité sociétale et environnementale », explique Cyrille Niol,
chef d’établissement de l’ISC. Ces étudiants se formeront dans
une démarche pédagogique britannique, en langue anglaise,
en bénéficiant de certains professeurs de MMU qui assureront
des sessions de formation dans les murs de Clorivière. « Depuis
plusieurs années, nos étudiants vont suivre des études de troisième
année à l’étranger, principalement au Royaume-Uni, précise
Cyrille Niol. J’ai voulu aller au-delà d’une simple relation de
placement d’étudiants dans un établissement de formation
étranger. » Ces jeunes seront donc des étudiants de MMU en
plein cœur de Paris, avec une semaine d’immersion en fin de
parcours sur le campus du Cheshire. Avec une différence de
taille qui porte sur les frais de scolarité : environ 10 000 euros
par an en Grande-Bretagne contre 4 700 euros à Paris. SH
z Site : www.cloriviere.org
À
LA MOSELLE
A GAGNÉ SON
BOL D’OR
’heure est au bilan à la direction diocésaine de Metz.
Sœur Jacqueline Jespère, responsable de la pastorale pour
la Moselle, se réjouit de la réussite de l’opération « Bol
d’or » qu’elle a lancée cette année. « Treize établissements
sur vingt-deux ont participé. Les prêtres des paroisses ont
pour la plupart joué le jeu ; certains ont même été très actifs
dans la mise en œuvre », explique-t-elle. Car l’objectif de
cette proposition était bien de « resserrer les liens entre les
établissements et les paroisses », rappelle Dominique Chambat,
le directeur diocésain.
D. R.
L
ESSONNE : UN NOUVEAU COLLÈGE
AU CŒUR DE LA DIVERSITÉ
D. R.
C
e sera l’un des petits nouveaux de la rentrée. L’enseignement
catholique d’Essonne inaugurera en septembre un collège
à Saint-Pierre-du-Perray (91), en périphérie de Corbeille-
Le futur collège Saint-Pierre-du-Perray.
12 Enseignement catholique actualités N° 361, juiN-juillet 2014
Travaux en groupes au lycée Saint-Joseph-La-Providence de Forbach.
Ce fut le cas à Forbach où l’ensemble scolaire Saint-JosephLa-Providence s’est rapproché de la paroisse Saint-Rémi. Et
pour sensibiliser à la solidarité, divers supports avaient été
mis à la disposition de tous : sets de table sur lesquels figuraient
le conte La soupe aux cailloux1, dépliants, CD, documents en
enseignement religieux. « Des petits groupes mélangés se sont
demandés comment agir dans des situations qui semblent sans
issue, après la lecture du conte », précise Sœur Jacqueline.
Ailleurs, l’opération « Bol d’or » a été associée au Bol de riz
annuel pour collecter de l’argent remis au Secours catholique,
CCFD, Secours populaire… « Avez-vous d’autres idées pour
renforcer les liens avec la paroisse ? », a lancé Sœur Jacqueline
aux membres de son réseau. Rendez-vous à la rentrée ! SH
1. Voir aussi ECA n° 359, février/mars 2014, p. 17.
361 actus p6-16 OK:- 09/07/14 15:28 Page13
À TOURS, L’AVENIR
EST À LA MICRO-CRÈCHE
D. R.
en direct des diocèses ... en direct des diocèses ... en direct des diocèses ... en direct des diocèses ...
partir de la rentrée, l’institution Notre-Dame-LaRiche de Tours devrait accueillir un nouveau public
âgé de 4 mois à 2 ans. Ceci grâce à la création d’une
micro-crèche, en partenariat avec un prestataire (Kangourou Kids). L’idée de départ, formulée par des parents de
l’école bien en peine de trouver des solutions de garde pour
leurs plus jeunes enfants, a fait mouche auprès du nouveau
chef d’établissement, Benoît Visse. « Notre souhait est de
privilégier les fratries et de pouvoir apporter une solution
éducative pour tous les âges de la vie, à même de faciliter la
vie des familles et de les fidéliser », explique-t-il.
À
Ensemble pour « développer les compétences ».
D. R.
une école qui favorise les relations fraternelles et pratique
tant la relecture que la médiation ; une école pour ouvrir sur
le monde et une école enfin pour cultiver sa vie intérieure.
« Si pour les deux diocèses, le texte est identique, chaque
évêque a souhaité rédiger son introduction : un projet pour
tous, des chemins pour chacun ! », souligne Anne-Marie
Cavé, directrice diocésaine de Meurthe-et-Moselle et de
Meuse. Elle insiste sur la symbolique des galets retenue pour
ce texte, autant de nouvelles pierres avec lesquelles les équipes
vont pouvoir continuer le chemin, bâtir et édifier... AS
UN FORUM AUX OUTILS
PÉDAGOGIQUES EN BOURGOGNE
Ce mur séparera l’école de la future micro-crèche.
L’attente est réelle : plus de trente demandes avaient déjà
afflué début juin pour les onze places à temps plein, soit une
vingtaine d’enfants accueillis. « On est en train de vivre une
expérience qui pourrait intéresser ailleurs en France. Il faut,
c’est vrai, avoir quelques moyens au départ – les travaux
engagés représentent 200 000 euros – mais in fine l’opération sera blanche. La location au prestataire amortit l’emprunt pour les travaux, et ça n’est pas si compliqué à faire ! »,
affirme Benoît Visse. AS
evant le constat fait par de nombreux chefs d’établissement de la difficulté croissante à pouvoir rencontrer
les maisons d’édition pour le choix des manuels, les
chargés de mission des diocèses de Bourgogne, en lien avec
l’observatoire de pédagogie Bourgogne – Franche-Comté,
ont initié un forum aux outils pédagogiques. Deux journées,
l’une à Dijon en mars et l’autre à Autun en avril, ont permis
de regrouper un panel diversifié d’éditeurs et surtout de proposer une mutualisation d’expériences pédagogiques autour
de la lecture, de la différenciation, de la pastorale et de l’innovation. Avec plus de 150 participants à chaque édition,
l’événement interdiocésain a impulsé de nouveaux axes de
réflexion au sein des équipes en vue de la rentrée. Il devrait
être reconduit chaque année. AS
D
l n’y a d’avenir que les uns avec les autres, dans une
solidarité renforcée. Nul dans nos établissements ne doit
se sentir en dehors de la communauté éducative. » C’est
fort de cette espérance que les diocèses de Nancy-Toul et
de Verdun ont promulgué leurs nouvelles orientations, respectivement les 26 février et 23 avril 2014, en référence au
nouveau Statut de l’enseignement catholique.
À partir d’un travail de relecture de projet et de conception
initié depuis deux ans avec les établissements, quatre axes
majeurs ont été mis en exergue par l’équipe de pilotage,
accompagnée par Pierre Robitaille : une école qui développe
des compétences et permette à chacun de donner du sens ;
I
D. R.
NANCY – VERDUN :
« UNE SOLIDARITÉ RENFORCÉE »
Les forums aux outils pédagogiques ont permis d’attirer plusieurs éditeurs.
N° 361, juiN-juillet 2014 Enseignement catholique actualités
13
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...
en direct des diocèses ... en direct des diocèses ... en direct des diocèses ...
PREMIÈRES ASSISES DE
L’APPRENTISSAGE EN PACA
onner ses lettres de noblesse à l’apprentissage, encore
trop souvent perçu comme une voie marginale. Voilà
l’objectif des assises de l’apprentissage, organisées le
16 avril 2014 par le comité régional de l’enseignement catholique de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Au lycée agricole
Provence-Verte de Saint-Maximin, la manifestation a attiré
70 personnes venues découvrir les filières offertes dans l’enseignement privé à quelque 600 apprentis. « Une audience
encore modeste, mais cette première initiative traduit aussi
l’intérêt que porte à nos formations le Crec, instance de l’enseignement catholique en charge des relations avec la région,
qui a déposé deux demandes d’ouverture pour 2015. Un
signal encourageant dans cette période d’inquiétude », se
félicite Jean-François Bessières, coordinateur régional au
sein de Renapec, réseau national de l’apprentissage de l’enseignement catholique. Son animateur pour le Sgec, JeanMarc Petit, présent à Saint-Maximin, a aussi évoqué les défis
de la mixité des publics et des parcours, d’une véritable éducation à l’orientation, la nécessaire innovation en matière de
formation continue et de lutte contre le décrochage ou
l’impératif d’encore resserrer les liens avec le monde professionnel. virginie leray
TOURCOING :
17 OGEC
D. R.
D
SOLIDARISÉES
e son passé industriel, Tourcoing
Notre-Dame-des-Petits rénovée à Tourcoing.
(Nord) a hérité d’un
dense maillage de petites écoles, préservé grâce à une solide
tradition d’entraide. Ainsi, le comité tourquennois de l’enseignement catholique (Cotec), né après-guerre, solidarise aujourd’hui dix-sept structures scolarisant 4 100 élèves. Fort de
cinq salariés, ce Cotec emploie les chefs d’établissement, les
aides-maternelles et le personnel administratif, se charge de
la comptabilité et assure la gestion des ressources humaines,
D
14 Enseignement catholique actualités N° 361, juiN-juillet 2014
en lien avec chaque chef d’établissement. Il perçoit le forfait
communal et 90 % des scolarités versées par les familles,
qu’il redistribue aux écoles. Les administrateurs bénévoles du
Cotec assurent le lien avec les Ogec des écoles qui n’ont pas
fusionné. « La gestion de la cantine et du personnel d’entretien
reste de leur responsabilité et les chefs d’établissement continuent
de bénéficier de l’accompagnement de proximité des Ogec »,
détaille Serge Rossit, secrétaire général du Cotec.
Le comité tourquennois priorise et finance également les
travaux d’entretien. Adossé à une association foncière, il
vient d’achever la réhabilitation de la maternelle NotreDame-des-Petits pour un montant d’1,7 million d’euros. Dès
la rentrée, il s’attellera à la mise en conformité des contrats
de travail des personnels Ogec avec la nouvelle loi sur le
temps partiel. vl
À RENNES, UN SERVICE SUIT
LES COLLÉGIENS DÉCROCHEURS
réé voilà quatorze ans, le service « accompagnement et
médiation » de la direction diocésaine de Rennes est monté
en puissance et a vu ses missions, axées sur la rescolarisation
de collégiens en difficulté, s’élargir. « Un élève en souffrance,
cela impacte les
équipes et les familles, génère des
situations de crispations. Nous sommes donc amenées
à restaurer du lien,
renouer le dialogue,
travailler sur les
Clotilde Georgeault et Christine Khan.
postures éducatives,
impulser une réflexion autour de la notion de sanction ou
accompagner des procédures de signalement d’enfants en danger.
Autant de cas de figure dans lesquels la médiation offre un levier
efficace et de mieux en mieux reconnu », témoignent Clotilde
Georgeault et Christine Khan, en charge du service et qui ont
toutes deux validé un master dans ce domaine.
Chaque année, elles suivent 200 à 250 élèves décrocheurs
ou sous le coup d’une exclusion disciplinaire, tout en aidant
les équipes à analyser les situations et à trouver des
réponses. Parmi elles, la médiation institutionnelle peut
servir à accompagner les familles, notamment lors de
conflits avec les équipes, ou à résoudre des différends entre
élèves. Le plus souvent sur sollicitation des chefs d’établissement mais parfois aussi de l’Apel départemental ou des
services académiques, elles interviennent pour lever les
incompréhensions, corriger les interprétations erronées,
croiser les regards. La médiation contribue aussi à développer des attitudes bienveillantes et constructives, propices à
l’émergence de solidarités nouvelles. Un travail tout en
questionnement et en empathie, qui permet souvent de
récréer du sens et du lien en évitant le recours judiciaire. vl
C
D. R.
D. R.
A ct us/ enseignement catholique
361 actus p6-16 OK:- 09/07/14 15:28 Page15
...
L‘HISTOIRE
Bénévoles de nuit
laborer et voter de nouveaux
droits pour les jeunes, c’est
l’expérience que vivront 300
membres de Jeunesse ouvrière
chrétienne (JOC), réunis en
assemblée nationale à Jambville
(Yvelines) du 10 au 14 juillet 2014.
Le tout en présence de représentants syndicaux et de membres du
gouvernement. « Il s’agit de leur
faire vivre les institutions pour
qu’ils reprennent goût au politique », explique Gwendal
Ropars, de la JOC, qui prolonge ainsi son opération « Impose
ta voix » menée lors des dernières campagnes électorales.
Durant cette période, le mouvement a organisé des rencontres
avec des candidats, parfois interpellés par des jocistes comme
à Asnières ou Évreux, ainsi que de nombreux débats autour
des programmes. Malgré cette effervescence, l’initiative a
aussi révélé un profond rejet du politique par la jeunesse.
Également soucieuse de combler ce fossé grandissant, l’association catholique La politique, une bonne nouvelle réédite,
du 17 au 24 août 2014, à Aix-en-Provence, sa session estivale
de réflexion citoyenne. vl
É
u www.politiquebonnenouvelle.eu
D. R.
u www.joc.asso.fr
SCOUT TOUJOURS !
ivre une aventure de partage », « Expérimenter le
sens du mot solidarité », « Aider des plus petits à
grandir et apprendre d’eux »… Quelque 6 000 témoignages d’anciens scouts figurent déjà sur www.sgdf.fr,
le site lancé lors de la dernière journée mondiale du scoutisme,
le 22 février 2014. Avec quarante millions de scouts et guides
dans le monde, 110 000 adhérents en France et un million
d’anciens, ce livre d’or en ligne devrait encore s’étoffer.
Une preuve de la vitalité de l’association des Scouts et guides
de France, qui a aussi fêté, en juin dernier, les quarante ans
des Vents du large, opération à destination d’adultes en
situation de handicap. Présente à la dernière assemblée
générale du mouvement d’éducation populaire, Najat Vallaud-Belkacem, ministre de la Jeunesse, a salué sa contribution
« au combat contre le désenchantement démocratique ». vl
V
Plusieurs fois par mois, des lycéens de Lorient partent
à la rencontre des sans-abris de la ville.
D. R.
RÉCONCILIER JEUNESSE ET POLITIQUE
Élodie a commencé les maraudes en septembre 2013.
Même lors des vacances scolaires, ils sont fidèles au poste,
les mardis soirs, dans les rues de Lorient. Depuis qu’ils
apportent leur aide aux sans-abris, les élèves de seconde
du lycée Saint-Joseph-La-Salle de Lorient se sentent plus
utiles que jamais. Plus responsables, aussi. « Le plus court
chemin pour accéder au bonheur est d’aider les autres »,
soutient leur responsable en pastorale, Dominique
Boulc’h, à l’origine de ces maraudes. En décembre 2012,
ce dernier a demandé à son chef d’établissement,
Philippe Le Bérigot, de former un groupe d’élèves
internes et d’adultes accompagnateurs. Après six mois de
réflexion, le directeur a donné son accord, faisant de
Saint-Joseph-La-Salle l’un des rares établissements scolaires à proposer cette démarche.
Après les cours, à 19 heures 30, trois adultes accompagnent trois jeunes âgés d’au moins 16 ans, équipés de
couvertures, de vêtements, de boissons et de nourriture.
Les couvertures sont récupérées dans un hôpital de la
région. Tous ensemble, ils montent dans un camion qui
balaie plusieurs zones de la ville, à la rencontre de ceux
qui ont besoin de soutien et de chaleur humaine. Jusqu’à
22 heures 30, les bénévoles laissent parler leur cœur.
« Quand on a fini la maraude, on a envie de les revoir »,
confie Élodie, 16 ans.
« Ça ne coûte rien de leur sourire »
Le projet fonctionne car les consignes adressées aux
lycéens sont claires : prendre des initiatives. « Les gens
meurent autant du froid que de l’indifférence. Les jeunes
ne doivent pas discuter entre eux mais entrer en relation.
Ça ne coûte rien de leur sourire et de plaisanter avec eux.
Ils sont émerveillés par la gentillesse des sans-abris ! »,
rappelle Dominique Boulc’h, fier de ses troupes. Pour
eux, l’épanouissement est dans le don de soi.
Maxime Mianat
Vous pouvez nous communiquer vos « histoires » sur :
redaction@enseignement-catholique.fr
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A ct us/ enseignement catholique
Ensemble, on va plus loin
VOUS AVEZ DIT
PASTORALE ?
tomber les préjugés, salue Isabelle Beyrouthy, chargée de pastorale pour les personnes handicapées au diocèse de
Strasbourg. Le fait d’avoir mobilisé les
parents permet que la communication
sur le sujet se prolonge en famille. »
L’envie de s’investir des élèves
s’explique en partie par l’ouverture
et le dynamisme de l’équipe pases derniers touristes viennent
torale. L’aumônerie, rebaptisée en
de sortir de la cathédrale de
« Cap » (Centre d’animation de
Strasbourg. Pour deux heures,
la pastorale) pour ne pas décourager
l’immense édifice n’appartiendra
certains de pousser la porte, met
qu’aux 1 200 jeunes de l’institution
à disposition de tous ses canapés
La Providence et du collège de
et ses tisanes. « Ici, on est dans le
Vendenheim qui lui est rattaché.
partage, la réflexion, on ne nous
Aurélia Fuchs, responsable pasraconte pas la vie de Jésus », extorale, et David Bugne, son bras
Les élèves de La Providence se sont rassemblés pour une photo de groupe.
plique Alexandre. Une approche
droit, s’activent. Aujourd’hui, c’est
qui attire élèves croyants et nonpour eux le dernier temps fort
croyants. « J’ai été baptisée, fait
d’une année de travail. Cette céma première communion mais je
lébration de la Parole doit retracer
me considère comme athée, confie
les moments clés d’une année plaNoëlle, en 3e. Je me replonge en
cée sous le thème « Tout seul on
va plus vite, ensemble on va plus
ce moment dans les textes sacrés.
loin ». Un enseignant de mathéCe que j’aime dans la pastorale,
c’est qu’on ne parle pas de mermatiques rejoue la légende de
veilleux et de paysages d’arcs-enSessa1 avec un professeur de culciel. On sort de notre cocon, on
ture religieuse pour donner tout
s’éveille, on trouve des sources
son sens à l’opération « bol de
d’engagement. »
riz » réalisée par les élèves. Des
16 h 30. La cathédrale de Strasenfants de CM2 égrènent au micro
Une cérémonie de la Parole a réuni 1 200 jeunes dans la cathédrale.
bourg se vide. Gérard Masson, le
les moments charnières de l’année. Chaque classe apporte une case de montré à 1 000 enfants du CE2 à la 3e et chef d’établissement, peut souffler : « On
l’échiquier qu’elle a décorée selon sa dé- 70 adultes, dont beaucoup de parents. À est arrivé à ce que je voulais. La pastorale
finition de la fraternité. Ce qui surprend l’issue de la projection, des élèves de 3e est devenue la clé de voûte de l’établissedans cet établissement, c’est moins le se répartissent dans des groupes de 6e ment, elle y a créé un esprit. Un lieu scolaire
choix du thème, somme toute assez cou- pour amorcer une réflexion. « Ne pas faire doit aussi être un lieu d’intériorité. »
rant, que la façon dont il a été investi par pour mais faire avec, c’est important »,
tous : direction, personnel, élèves et confie Aurélia qui a vite compris qu’une 1. Sessa, inventeur du jeu d’échecs, aurait demandé
même parents.
pastorale qui fonctionne est une pastorale comme récompense au roi des Indes qu’il lui offre un
grain de riz sur la première case de son équichier… en
Exemple avec le premier temps fort, dé- qui responsabilise les élèves. « C’est avec doublant ensuite sur chaque case le nombre de grains
cliné en janvier. Une maman d’élève souf- ce genre de projet qu’on arrive à faire présents sur la précédente.
L
fle l’idée à l’établissement de se rapprocher
de l’émission Le Jour du seigneur pour
réfléchir sur le handicap. Son documentaire
L’enfant-rêve, sur la vie de Jérémy, jeune
québécois atteint d’une maladie qui met
toute son énergie à devenir chanteur, est
Photos : N. Fossey-Sergent
À Strasbourg, la pastorale est devenue
la clé de voûte de l’institution La
Providence. Tout au long de l’année,
direction, personnel, élèves et parents
ont célébré la fraternité. Avec un point
d’orgue qui a réuni 1 200 jeunes à la
cathédrale.
LE JOUR DU SEIGNEUR : UNE MINE DE SUPPORTS PÉDAGOGIQUES
M
arine de Vanssay, chargée, au Jour du Seigneur, des relations avec les réseaux ecclésiaux et associatifs : « J’étais là le jour de la projection
de L’enfant-rêve à Strasbourg (voir ci-dessus). J’ai trouvé l’implication des jeunes extraordinaire. J’ai été impressionnée par leur capacité
à échanger ensuite. On sentait que ce film avait des résonances dans leur vie. Nous développons les collaborations avec les scolaires. En
ce moment, nous proposons le film Un prêtre sous la mitraille, sur le père Ceyrac, qui parle de la culture du don. » nFS
zCatalogue en ligne sur www.lejourduseigneur.com. Comptez 20 € par documentaire. Rens. : m.devanssay@lejourduseigneur.com
16 Enseignement catholique actualités N° 361, juiN-juillet 2014
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REVUE DE PRESSE
À la une des publications de l’enseignement catholique
TAXE D’APPRENTISSAGE :
PRÉVISIONS CHIFFRÉES
L’inquiétude sur l’impact financier de la réforme de la taxe d’apprentissage sur les
établissements techniques et professionnels
privés grandit. Alors que le gouvernement
annonçait une baisse de 50 millions d’euros
de recette, la collecte pourrait être amputée
au moins du double, selon une simulation
réalisée par l’ASP, « Au service de la profession », organisme collecteur de la taxe. L’Unetp, qui relaie cette projection alarmante,
invite ses adhérents à anticiper ce manque à gagner dans leurs
prévisions budgétaires et à le limiter en sensibilisant à la situation
leur réseau d’entreprises partenaires.
Le Michelet, n° 036, 11 mai 2014, pp. 6-7.
CES ENFANTS EXTRAORDINAIRES
Témoignages d’éducateurs, palette d’outils
et récits d’initiatives, éclairages sur l’apport
du numérique ou de la théorie des intelligences
multiples… La revue de l’Airap-Mouvement
pédagogique Pierre Faure s’intéresse à la
prise en charge des élèves à besoins éducatifs
particuliers, « ces mal-aimés de l’existence »
auquel l’initiateur de ce courant dédiait son
action. Individualiser les apprentissages, les rendre progressifs et
utiliser le levier de la coopération pour motiver : autant de clés pédagogiques susceptibles d’ouvrir plus largement encore les portes
de l’inclusion.
La Revue de l’Airap, n° 22-23, mars 2014, pp. I-XXVIII.
AUTREMENT DIT
À l’occasion des dix ans de la mort de Xavier
Thévenot, grand théologien salésien engagé
dans l’accompagnement des personnes homosexuelles, quatre de ses anciens étudiants
rendent hommage à son héritage spirituel.
Le père Philippe Bordeyne, recteur de l’Institut
catholique de Paris, et deux de ses professeurs
de théologie morale, les sœurs Geneviève
Medevielle et Catherine Fino, dressent le portrait d’un passeur d’humanité, soucieux de la complexité du réel
comme des chrétiens des frontières. Mgr Hervé Giraud, évêque
de Soissons, revient sur sa pédagogie de « l’autrement dit », qui
l’aidait à transmettre des vérités pastorales, même à ceux qui
étaient les plus éloignés de l’Église.
Don Bosco aujourd’hui, n° 978, avril 2014, pp. 4-7.
EN CAMPAGNE
« Donnez de la voix à votre voix. » C’est le slogan de la FEP-Cfdt,
pour préparer les élections professionnelles de novembre 2014.
Intégré pour la première fois au scrutin de la fonction publique, ce
vote, désormais électronique, détermine la
composition des CCM, ces instances qui donnent leur avis sur la carrière et le mouvement
des enseignants. Autre enjeu de taille : les
électeurs choisiront aussi leurs représentants
au tout nouveau comité consultatif ministériel
des maîtres de l’enseignement privé, lieu de
dialogue direct de dialogue entre l’État et les
enseignants d’établissements sous contrat.
Cfdt : FEP magazine, n° 402, avril 2014, pp. 8-11.
ÉDUCATION AUX MÉDIAS
Pour étrenner sa nouvelle maquette et en lien avec la 25e semaine
de la presse à l’école, tenue en mars dernier, Présence Mariste
propose un dossier sur l’éducation aux médias. Des gazouillis du
tweet aux fondements de la cybercitoyenneté, en passant par les journaux lycéens
et autres blogs de classe, ces pages se demandent comment le numérique transforme
le rapport à l’information. Dans un univers
de communication à flux tendu, le magazine
invite à la prise de recul, notamment en
consacrant une double page à une analyse
de tableaux : des sources d’information
précieuses pour leur époque.
Présence Mariste, n° 279, avril 2014, pp. 9-20.
Virginie Leray
SUR LA TOILE
LE SITE DE L’ÉGLISE CATHOLIQUE FAIT PEAU NEUVE. En
1996, le pape Jean-Paul II lançait, lors de sa venue à Tours, le
premier site portail de la Conférence des évêques de France,
appelé www.cef.fr. Devenu eglise.catholique.fr quelques années
plus tard, le portail vient de faire l’objet d’une refonte. Avec un
angle éditorial réaffirmé, un graphisme modernisé et une meilleure
visibilité des contenus, cette nouvelle version répond à une
volonté de rendre l’information relative à
l’Église catholique de France plus lisible.
Elle offre une consultation optimale tant
depuis un ordinateur qu’une tablette ou
un smartphone. Porte-parole de l’Église
de France, ce portail est également un
relais pour les sites des services nationaux
(dont l’enseignement catholique), pour
une centaine de sites diocésains et pour
les 800 sites du réseau des Tisserands
qui tissent la toile de la Bonne Nouvelle
sur le Web. MCR
zwww.eglise.catholique.fr
N° 361, juiN-juillet 2014 Enseignement catholique actualités
17
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A ctu s/ éducation
REVIVRE LE DÉBARQUEMENT
juin 1944, 5 000 navires transportant 250 000 hommes
à l’assaut des plages de Normandie. Préparée
Ldanssee 6lelancent
plus grand secret, l’opération Neptune signe le début
D. R.
de la victoire des Alliés sur les troupes nazies. À l’occasion
des 70 ans du Débarquement, le réseau Canopé a lancé la
plateforme D-Day. Elle s’appuie sur un documentaire composé
d’archives et de reconstitutions en images en synthèse d’épaves
englouties en baie de Seine. Canopé a ainsi créé un ensemble
de scénarios pédagogiques qui reprennent les points-clés des
programmes de la troisième à la terminale, dans plusieurs
matières, en mettant à disposition des enseignants des images
inédites et des ressources complémentaires.
leurs animaux de compagnie.
« Plus les citoyens sont éduqués tôt au respect de l’animal, plus les futurs décideurs
seront sensibles à la protection des espèces et au respect
de l’environnement. » En
plus de la cause animale, le
programme revêt un caractère social : « Il existe une
corrélation prouvée entre la
cruauté envers les animaux
et la violence envers les personnes, note Julie Landry.
Les études montrent qu’en intégrant l’éducation aux comportements humains en classe, on peut obtenir une réduction de la violence et du harcèlement à l’école. Le travail sur
le mode de vie des animaux y concourt particulièrement, car
les enfants sont enclins à l’empathie. »
zhttp://www.ifaw.org/france/notre-travail/education
UN VOYAGE LOIN DES CLICHÉS
e « Visa pour le voyage » du CCFD-Terre solidaire existe
désormais en version numérique. Il est destiné aux accomLpagnateurs
de groupes de jeunes désirant préparer un voyage
zhttp://jurys.commondatastorage.googleapis.com/Gold_V3_
PLUS HUMAIN AVEC LES BÊTES
près les éléphants et les tigres, IFAW, le Fonds international
pour la protection des animaux, a lancé le programme éduA
catif « Les chiens, les chats et nous », destiné aux enfants de 5 à
14 ans et constitué d’un film accompagné d’un livret pédagogique. « Le but est de montrer aux enfants comment bien agir
avec les animaux et de comprendre leurs besoins fondamentaux
en dehors de toute vision anthropomorphique », explique Julie
Landry, responsable de la communication d’IFAW France.
Les enfants sont sensibilisés au bien-être animal, mais également à la manière dont les hommes doivent interagir avec
18 Enseignement catholique actualités N° 361, juiN-juillet 2014
solidaire. « L’une des missions du CCFD est l’éducation au
développement et à la solidarité internationale, explique
Alice Idrac, chargée de mission en éducation au développement. Ainsi, nous voyons le voyage, non pas comme une fin
en soi, mais comme une étape dans la construction d’un
engagement citoyen sur le long terme. »
Adapté à tous les types de voyages (chantiers, rencontres
interculturelles, collectes ou fournitures), ce guide présente cinq étapes : identifier les
motivations, ouvrir à la notion
de solidarité internationale, se
préparer à la rencontre internationale, construire un partenariat et s’engager au retour. Il
incite à la réflexion pour « ne
pas garder en tête des clichés
et favoriser l’analyse plutôt
que rester sur des choses ressenties ». Très dense et complet, le « Visa pour le voyage »
propose nombre de fiches
pédagogiques. Afin de mieux préparer les
accompagnateurs à s’en servir, le CCFD propose deux sessions de formation par an. La prochaine aura lieu les 27 et
28 septembre 2014 à Paris. JC
D. R.
« Nous avons été associés à la production du documentaire
dès le départ, ce qui nous a permis de lui donner une valeur
pédagogique et de construire un vrai projet numérique »,
explique Jean-Marc Merriaux, directeur général du réseau
Canopé. Ses équipes ont également « fait le pari d’introduire
la dimension jeu dans la pédagogie » avec un « doc
game » (2,69 € sur l’App Store et Google Play), dans
lequel le joueur se met dans la peau d’un archéologue
sous-marin chargé de localiser, identifier et reconstituer
des épaves de l’opération Neptune, afin de constituer son
propre musée du D-Day. Joséphine Casso
zhttp://www.visapourlevoyage.org/
D. R.
boîte à outils
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Actus
MEN
UNE RENTRÉE SOUS LE SIGNE DE LA BIENVEILLANCE
PROPOS RECUEILLIS PAR
AURÉLIE SOBOCINSKI
Quels sont les points saillants de la
circulaire de rentrée 2014, parue au
BO du 22 mai dernier ?
Claude Berruer : Sa volonté d’exhaustivité autour de tous les chantiers concernant l’éducation. Les chantiers proposés
– l’évaluation, les rythmes scolaires,
l’orientation professionnelle, la refonte
de l’éducation prioritaire... – s’inscrivent
tous dans une certaine continuité. Le
plus nouveau à mes yeux est cette volonté de promouvoir une école à la fois
exigeante et bienveillante, une dernière
notion dans laquelle il faut voir sans
doute une façon française de traduire
le care anglo-saxon.
Qu’en est-il des moyens proposés
pour relever ces ambitions affichées
pour l’École ?
C. B. : Les moyens développés me semblent un peu en-deçà de ce que l’on
souhaiterait pour que se réalise cette
école souhaitée, à la fois exigeante et
bienveillante. Du côté de l’exigence,
la circulaire insiste surtout sur la formation civique : on n’aperçoit pas la
dimension morale, pourtant réintroduite
par la loi de refondation. Pour ce qui
est de la bienveillance, on n’y parle
guère que de l’éducation à la santé. Il
y a bien une ouverture intéressante sur
les aspects de formation personnelle,
formation sociale, de climat scolaire et
de regard à porter sur les élèves, mais
face aux champs d’investigation à mener
en la matière, cela semble un peu court.
Traditionnellement les circulaires
de rentrée cadraient davantage
la mise en œuvre des dispositifs.
Est-ce à regretter ?
C. B. : Les fiches annexes restent
nombreuses (une vingtaine, ndlr). Et
D. R.
La circulaire de rentrée promeut une école exigeante et bienveillante.
Relecture avec Claude Berruer, adjoint au secrétaire général de l’enseignement catholique.
en leur sein, les renvois sont nombreux là-aussi, notamment sur Éduscol1 où des outils sont proposés. Cette
approche qui consiste à proposer aux
enseignants un site de ressources
offertes à leur liberté, plutôt qu’un
texte-cadre un peu contraignant, me
paraît vraiment intéressante.
Observez-vous des manques
singuliers ?
C. B. : Je suis déçu par la place curieuse
accordée au numérique dans ce texte.
Rien n’est dit à son sujet dans la première
partie consacrée à l’accompagnement
des élèves dans leur apprentissage ! Il
n’apparaît qu’à la septième page dans
le cadre de la formation et de l’accompagnement des équipes… Quand on
sait l’importance de la révolution numérique et son impact sur les jeunes de
tout âge, la question me semble sousestimée.
1. http://eduscol.education.fr
LES GRANDES ORIENTATIONS DE LA CIRCULAIRE
d CHANGER LES PRATIQUES D’ÉVALUATION. « L’évaluation des élèves doit faire
l’objet d’une réflexion accrue des équipes pédagogiques », pour ne pas être vécue
comme « un moyen de classement, de sanction, ou bien réduite à la seule notation »,
mais servir à indiquer les faiblesses et les progressions des élèves. Des « fiches
repères » seront mises en ligne « à la fin du printemps » pour accompagner les
enseignants dans cette voie.
d REFONDRE LES PROGRAMMES. Les professeurs seront consultés à deux reprises
sur la base des propositions du Conseil supérieur des programmes : à l’automne
2014 sur la maternelle, l’enseignement moral et civique et le socle commun ; au
premier semestre 2015 sur l’élémentaire et le collège.
d COMBATTRE LES INÉGALITÉS SOCIALES ET TERRITORIALES. La refonte de l’éducation prioritaire sera engagée avec les 102 nouveaux « REP+ » qui concentreront
les moyens. La recherche de la mixité sociale sera également prise en compte dans
la définition de nouveaux secteurs communs à plusieurs collèges et dans le cadre
de l’élaboration de la carte des formations des lycées généraux, technologiques et
professionnels.
d GÉNÉRALISER LA RÉFORME DES RYTHMES SCOLAIRES. La semaine de quatre
jours et demi sera étendue à toutes les écoles publiques en septembre. Si les cinq
matinées de classe hebdomadaires restent obligatoires, les écoles peuvent
regrouper sur un après-midi les trois heures prévues d’activités périscolaires.
N° 361, juiN-juillet 2014 Enseignement catholique actualités
19
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Ac tu s/ éducation
Actus
MEN
LE pLan auTismE prÉparE sa rEnTrÉE
2017. Sa circulaire d’application a été publiée le 13 février
2014, dix jours après l’annonce de la condamnation de la
France par le Conseil de l’Europe pour non-respect du droit
des enfants autistes à recevoir une éducation. Mais, si
ces UE autisme répondent au déficit de proposition
éducative des établissements spécialisés critiqué par
le Conseil de l’Europe, elles ne satisfont pas à l’effort d’inclusion scolaire qu’il avait déjà réclamé à la
France en 2003 : seuls 20 % des enfants autistes de
l’Hexagone fréquentent en effet une classe ordinaire.
D. R.
D’ici à 2017, 700 places en classes adaptées devraient
ouvrir dans des maternelles, dans le cadre d’un
partenariat entre l’Éducation nationale et le secteur
médicosocial.
ne trentaine d’unités d’enseignement
(UE) autisme devraient ouvrir à la rentrée,
soit une dans chaque académie. Organisées en
concertation par l’Agence
régionale de santé, le rectorat et la MDPH (maisons départementales pour le handicap), ces structures
médicosociales s’implanteront dans des maternelles et pourront
accueillir sept enfants âgés de 3 à 6 ans. Des équipes pluridisciplinaires y privilégieront les méthodes comportementales
recommandées par la haute autorité sanitaire. Ces équipes
comporteront un enseignant ASH – prioritairement titulaire
de l’option D du CAPA-SH – et auront été formées au fonctionnement spécifique de ce dispositif.
Il s’agit de la déclinaison scolaire du 3e plan autisme qui prévoit ainsi la création de 700 places en classes adaptées d’ici à
U
Tremplin vers une scolarité classique ?
À moins que ces UE ne servent de tremplin vers une
scolarité classique ? C’est le but poursuivi par la classe
Soleil, expérimentée depuis quatre ans à l’institution SaintDominique à Neuilly-sur-Seine, en partenariat avec le service de psychopathologie de l’hôpital Debré. À Hasparren
(64), une collaboration avec l’association Chrysalide permet à cinq enfants autistes fréquentant une classe ordinaire
de bénéficier de temps d’accompagnement avec des éducateurs spécialisés. L’une des nombreuses contributions de
l’enseignement catholique à l’inclusion des enfants autistes.
Virginie Leray
Les progrès en CP contredits en CE2
n apparente contradiction avec les progrès en prélecture, écriture et numération enregistrés chez les
enfants sortant de maternelle en 2011, les résultats de
ces mêmes élèves, à leur entrée en CE2 en 2013, affichent
certaines régressions. Avec un accroissement des écarts de
performance entre les élèves les plus fragiles et les autres.
C’est le constat dressé par la note n° 19 de la DEEP parue
en mai 2014. Si les niveaux en lecture et en dénombrement
se maintiennent, les
acquis en orthographe,
vocabulaire ainsi qu’en
résolution de problème
ont nettement chuté en
quinze ans.
Parmi les explications
avancées : les compétences évaluées en CP,
relevant du décodage et
du numérotage, sont
« nécessaires mais insuffisantes pour la réussite
scolaire future ». Un
désaveu pour la primarisation des programmes
20 Enseignement catholique actualités N° 361, juiN-juillet 2014
D. R.
E
de maternelle, recentrés sur les fondamentaux depuis 2008.
Il semblerait en effet qu’un apprentissage anticipé du
comptage et du décodage graphique porte exclusivement
des fruits à court terme, au détriment d’une entrée par le
sens et d’une réelle appropriation des concepts, plus déterminantes en terme de capacité de compréhension ultérieure. La démonstration de l’ambivalence des effets
d’une entrée trop précoce dans les codes devrait donc
conforter le projet ministériel de sanctuariser la maternelle, en rééquilibrant préapprentissage et épanouissement de l’enfant.
Selon la note de la DEEP, cela conduit aussi « à interroger
la fonction des classes de CP et de CE1 dans la construction
des apprentissages au cours de l’école élémentaire ». VL
LE CHIFFRE CLÉ
18 %
C’est la proportion des financements alloués au décrochage scolaire consacrés à la prévention par an (136
sur 740 millions), selon un rapport d’évaluation partenariale
du 28 mars 2014. Croisement des approches (Éducation nationale/Secrétariat
pour la modernisation de la fonction publique) et éclairages européens
enrichissent ce diagnostic qui pointe notamment l’empilement de
dispositifs et un défaut de coordination. VL
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L’ILLETTRISME DÉTECTÉ PAR L’ARMÉE
scolarisés détectés en
difficulté de lecture. »
Le Secrétariat général
de l’enseignement catholique (Sgec), qui fait
partie de l’Agence nationale de lutte contre
l’illettrisme, contribue
à jouer un rôle de relais.
« L’armée rebascule
les résultats des tests
vers les chefs d’établissement et les directeurs diocésains, explique
Françoise Maine,
du département
Éducation du Sgec.
À partir de là, un
travail doit être enclenché par l’établissement. Nous,
nous essayons de les
aider en proposant
des dispositifs. »
Pour l’année 2013,
le pourcentage de jeunes rencontrant
des difficultés en lecture a d’ailleurs
légèrement diminué, passant de 9,9 %
en 2012 à 9,6 % en 2013. C’est un
point de moins qu’en 2009. Idem pour
la proportion de jeunes considérés
comme illettrés : 4,4 % en 2012, 4,1 %
en 2013. « C’est une bonne nouvelle,
salue Françoise Maine, mais il reste du
travail. Pour un pays qui a inventé le
dictionnaire et L’Encyclopédie, cela
reste beaucoup ! »
noémie Fossey-sergent
© S. Isern / BFA-CNE
Obligatoire pour tous
les jeunes Français à
partir de 17 ans, la
Journée défense et
citoyenneté (JDC)
a été repensée.
Depuis février,
elle est recentrée
sur la défense, mais
conserve sa mission
de détection de
l’illettrisme.
epuis 1998, un
« parcours de la
citoyenneté »
Depuis plus de quinze ans, environ dix millions de lycéens
remplace le service
ont passé les tests de détection de l’illettrisme.
militaire obligatoire.
Décliné en trois étapes, il comprend temps d’information sur les
« un enseignement de défense » déli- dons et les volontariats. Les
vré dans les établissements secon- 8 000 animateurs de cette
daires, le « recensement » et une journée ont été formés à cette
« journée d’appel » organisée par la nouvelle pédagogie.
direction du service national (minisPallier la disparition
tère de la Défense).
Chaque année, 760 000 jeunes partici- du service militaire
pent à cette journée. « Le 11 mars 2012, Mais tout ne change pas. La JDC, on le
François Hollande, alors candidat à la sait, reste l’un des moyens les plus
présidentielle, prononçait un discours efficaces de détecter les problèmes de
au cours duquel il appelait de ses vœux lecture des jeunes Français. Depuis plus
une JDC recentrée sur la défense, rap- de quinze ans, environ dix millions d’enpelle le lieutenant-colonel François- tre eux se sont soumis à ces tests. Les
Xavier de Pommery, chargé de mission résultats servent de référence nationale
à la direction du service national. Nous pour mener la lutte contre l’illettrisme.
avons dès lors travaillé à un retour de « La détection des jeunes en difficulté
la JDC vers sa vocation première de de lecture est maintenue en l’état, sourenforcement de l’esprit de défense ligne François-Xavier de Pommery. Nos
chez les jeunes, afin de pallier la sus- centres continueront d’adresser aux dipension du service militaire. »
rections diocésaines la liste des jeunes
Concrètement, les animations pédagogiques (vidéos et fiches) ont été refonE CALCUL AUSSI DANS LA LIGNE DE MIRE
dues. Le thème de la défense est
maintenant décliné en trois animations
utre nouveauté de la JDC : 56 000 participants ont été évalués
d’une cinquantaine de minutes chaen numératie (l’utilisation des mathématiques de la vie
cune, qui rythment la journée. Elles
quotidienne) en 2013. « Dans les centres, où cette évaluation
abordent trois sujets : l’instabilité de
a été menée à titre expérimental, on retrouve les mêmes problèmes
notre monde, le besoin d’une défense
qu’en français », explique Françoise Maine, du Sgec. Selon les
pour s’en protéger, le rôle que chacun
résultats des tests, publiés le 25 avril 2014, 9,7 % des participants
peut y jouer. Les notions de citoyenprésentent « des difficultés pour conduire un calcul dans des
neté ne font plus l’objet d’un temps
situations simples », souligne la DEPP, le service statistique du
précis mais apparaissent en filigrane
ministère de l’Éducation nationale. La moitié d’entre eux (4,8 %) se
dans l’initiation au secourisme, les
trouve en « situation d’innumérisme ».
D
L
A
N° 361, juiN-juillet 2014 Enseignement catholique actualités
21
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Ac tu s/ éducation
UN PETIT LAROUSSE COLLECTOR
urprise ! Pour fêter ses 110 ans, le Petit
Larousse illustré 2015 a été habillé par
Jean-Charles de Castelbajac. Sur la
couverture, un ange mutin regarde les lettres prendre leur envol. Avec une phrase
choisie par le styliste : « La connaissance
donne des ailes. » Les pages de garde évoquent son univers d’enfance plein de poésie, tandis que chaque lettrine est entourée
de dessins naïfs et charmants : une alvéole,
un ange, une abeille… pour le A. « C’est le
premier ouvrage qui m’a fait rêver, la seule
encyclopédie, boîte à mystères, que j’avais
en pension lorsque j’étais enfant »,
explique le créateur.
Autre découverte, cinquante personnalités
entrent dans le dictionnaire, comme JeanCharles de Castelbajac en 2014. On saluera
l’entrée tardive de la romancière Irène
Némirovsky, morte à Auschwitz en 1942,
dont la notoriété va croissant depuis la
publication posthume de Suite française en
2004. 150 mots nouveaux intègrent Le Petit
Larousse. Le plus horripilant : « psychoter »
(« S’angoisser exagérément… »). Le plus
glamour : « stiletto » (« Chaussure de femme
à talon aiguille d’au moins 10 cm… »). Le
plus relaxant : « zénitude » (« État de tranquillité »). sH
z Le Petit Larousse illustré 2015, 29,90 €.
S
Le défi d’entreprendre
ensemble
LE SECTEUR PRIVÉ ENTRE DANS LE
FINANCEMENT DE L’ÉDUCATION
a mission de l’école comme celle des chefs d’entreprise
est de préparer l’avenir », martelait à l’automne dernier
l’ex-ministre de l’Éducation nationale Vincent Peillon, à
l’occasion de l’installation du nouveau Conseil national éducation-économie. Mais comment école et entreprise œuvrentelles ensemble à faire réussir tous les élèves ? La revue n° 141
de l’AFAE égrène les dispositifs déployés aujourd’hui : les
commissions professionnelles, les CLEE (comités locaux
éducation-économie), la semaine école-entreprise, les programmes enseignants-entreprises, les ingénieurs pour l’école.
Le tout sur un ton plutôt optimiste. « La méfiance réciproque
s’est atténuée, explique Jean-Claude Rouanet, IA-DSDEN
honoraire, co-coordonnateur du numéro. Malgré le constat
qu’elles ne sont pas soumises aux mêmes obligations de résultat – l’éducation d’un côté, la performance et la rentabilité de
l’autre –, les deux pôles, plus
interdépendants, voient tous les
jours l’intérêt de leur rapprochement dans une action qui s’inscrit
dans le long terme. » Ce terrain
commun d’action reste pourtant
encore largement à consolider,
nuancent les auteurs, en généralisant les stages en entreprise des
enseignants, en clarifiant les statuts des stages de 3e et également
en reconnaissant l’action du tissu d’associations qui mettent
en relation des jeunes avec les entreprises. as
z Revue de l’association française des acteurs de l’éducation, « Les entreprises et l’école », n° 141, mars 2014.
ace à la croissance des effectifs et des contraintes budgétaires, les ressources d’éducation se diversifient, incluant davantage de financement privé.
C’est le constat tiré par la Revue
de Sèvres à partir de l’analyse d’une
dizaine de systèmes éducatifs européens. Si les moyens alloués au
primaire et au secondaire proviennent toujours majoritairement de
fonds public, l’enseignement
supérieur multiplie les partenariats
avec le secteur privé et les frais de scolarité s’y alourdissent.
Cas extrême, ceux des étudiants britanniques ont été multipliés
par neuf en vingt ans.
En France, la décentralisation et l’essor du nouveau management public n’ont pas provoqué de désengagement de l’État,
même si la stabilité des budgets cache parfois une baisse des
dépenses de fonctionnement et d’investissement. Mais plus
que l’intensité des moyens, c’est leur répartition au service
d’un objectif d’égalité de traitement qui paraît efficiente.
Ainsi, les rééquilibrages en cours en faveur du primaire et du
supérieur vont dans le bon sens. En revanche, l’article questionne l’effet redistributif de la politique d’éducation prioritaire et l’absence de volontarisme pour aplanir les inégalités
territoriales. Quant à la performance au mérite, quasi inexistante dans l’enseignement scolaire, elle semble porter des
résultats mitigés dans le supérieur. VL
z Revue internationale d’éducation Sèvres, « Le Financement de l’éducation », n° 65, avril 2014
L
22 Enseignement catholique actualités N° 361, juiN-juillet 2014
F
361 actus p17-26 OK 2:- 09/07/14 15:41 Page23
Ce professeur de physique-chimie met ses élèves de 1re S
dans la peau d’apprentis-chercheurs. Les exercices qu’elle
leur soumet s’inspirent de situations concrètes. Pour les résoudre, les élèves piochent dans leur « couteau-suisse du
physicien » (méthodologie avec vocabulaire et outils) et
dans les cours vidéo postés par l’enseignante (sur le principe
de la classe inversée). L’élève réalise une autocorrection. Il
choisit, pour moitié, sa note et peut l’améliorer en reprenant
son devoir. Si l’enseignante n’est pas d’accord, il passe en
commission devant ses camarades qui tranchent.
Ç
© N. F.-S.
Nicolas Olivier, collège Sainte-Geneviève
à Saint-Jory (31).
Frustré de ne pas pouvoir consacrer assez de
temps à la pratique instrumentale dans ses cours,
ce professeur de musique est passé à la classe
inversée en postant aux élèves des vidéos où il
se met lui-même en scène, suivi d’un questionnaire à faire chez soi. Un vrai gain de temps qui
permet aux élèves d’apprendre en cours à mixer
comme un DJ sur une tablette ou de monter une
vidéo pour présenter un compositeur.
Jean-Philippe Abgrall, collège Saint-Joseph au Guilvinec (29).
Cet enseignant de technologie a créé une « sixième
innovante » qui repose sur l’étroite collaboration des professeurs. Objectif : optimiser la mémorisation des élèves
et les aider à structurer leur pensée. Chaque matin, le premier
enseignant de la journée prend trente minutes pour faire
un point avec les élèves sur les cours de la veille. Tout au
long de la journée, les enseignants préparent ainsi le cours
suivant en demandant aux élèves de se souvenir des notions
dont ils vont avoir besoin. Le projet associe également
cours inversés, évaluations par compétences, recours aux
tablettes… Deux collèges voisins vont se lancer en septembre dans le projet.
© N. F.-S.
a fourmille dans les allées de l’hôtel de région de Bordeaux. Les professeurs installent l’affiche de
présentation de leur projet. La raison de
leur présence tient dans ce bout de papier
d’un mètre sur deux. Y sont exposés une
pédagogie qu’ils ont testée, un projet
dont ils sont fiers, une innovation qu’ils
veulent partager. « C’est très stimulant,
lâche dans un sourire Nicolas Olivier,
professeur de musique de 28 ans. Je
découvre des projets menés dans des
matières différentes que je pourrais très
bien transposer. »
Sur 200 candidatures, une centaine
d’enseignants et seize associations professionnelles ont été sélectionnés par le
Café pédagogique. Parmi ces derniers,
on trouve six professeurs de l’enseignement catholique, déjà remarqués, pour
trois d’entre eux, par notre magazine qui
a présenté leur projet : le jeu vidéo sur
L’Odyssée d’Ulysse d’Oliva Assemat,
du collège Saint-Thomas d’Aquin à
Saint-Jean-de-Luz (ECA n° 359, p. 6) ;
l’utilisation de Twitter autour des maladies génétiques de Julien Cabioch, du
collège Saint-Joseph à Bain-deBretagne (ECA hors-série juillet 2013,
p. 22) ; l’autoévaluation en 1 re S de
Marie-Camille Coudert, du lycée Fénelon – Sainte-Marie à Paris (ECA 356,
pp. 32-33).
Pour François Jarraud, rédacteur en
chef du Café pédagogique, l’édition
2014 est un très bon cru : « On l’a vu à
la qualité des ateliers de réflexion, à la
fois distanciés et drôles. Cette année, il
y a beaucoup de projets autour de la
classe inversée, de l’usage des smartphones et des réseaux sociaux. »
noémie Fossey-sergent
Marie-Camille Coudert, prix de la création pédagogique,
lycée Fénelon Sainte-Marie à Paris.
David Guilloteau, collège Saint-Joseph
à Nozay (91).
© N. F.-S.
Les 16 et 17 mai derniers
à Bordeaux, une centaine
d’enseignants se sont retrouvés
pour le 7e Forum des enseignants
innovants organisé par le Café
pédagogique. Parmi eux, six
professeurs de l’enseignement
catholique, remarqués pour la
qualité de leur projet.
© N. F.-S.
AU FORUM DES IDÉES
Cet enseignant de SVT a donné envie à
78 élèves de 3e de se mobiliser pour la biodiversité locale. Répartis en équipe, choisissant
leur thématique, ils ont mené des actions
concrètes autour de chez eux : construction
d’hôtels à insectes, de mangeoires à oiseaux,
campagne d’arrachage de plantes nuisibles...
N° 361, juiN-juillet 2014 Enseignement catholique actualités
23
fhsrt
361 actus p17-26 OK 2:- 09/07/14 15:41 Page24
Act us/ éducation
« Autorité : les enfants ont-ils pris
le pouvoir ? » Le 21 mai à l’IFP
d’Arras, trois professionnels du
monde médical, juridique et
enseignant ont présenté le fruit
de leurs réflexions devant 125
éducateurs et formateurs.
configurations de la famille, les choses
se compliquent. « Les contextes de
séparation vont souvent de paire avec
une volonté d’appropriation de l’enfant par les parents. Les enfants sont
parfois victimes d’arrangements
toxiques entre parents. Or les besoins
primordiaux de l’enfant ne vont pas
forcément avec l’égalité entre les
parents. »
À l’école, les figures de l’autorité sont
elles aussi chahutées. Eirick Prairat a
réfléchi à l’érosion de l’autorité professoral. L’autorité qui n’est « pas de l’ordre
de la contrainte mais de l’ordre de l’influence est le moyen de l’éducation »,
a-t-il rappelé. Il voit trois causes à cette
érosion : la perte de confiance en l’école,
« la pénétration de valeurs qui affaiblissent l’autorité éducative » et, enfin,
l’omniprésence du présent. « Quand le
présent devient l’ultime référence, alors
la culture des pères et mères cède le
pas à la culture des pairs. » La solution
se trouve dans une voie mêlant « attitudes individuelles, engagement collectif
et affirmation politique », dit-il. « Il
n’y a d’autorité pour le chef d’établissement ou l’enseignant que dans l’at-
a question d’une éventuelle crise de
l’autorité n’est pas nouvelle. Platon
et Socrate y faisaient déjà allusion
dans leurs témoignages. Trois spécialistes,
le pédopsychiatre Frédéric Kochman,
la juriste Françoise Dekeuwer-Defossez
et le professeur en sciences de l’éducation
Eirick Prairat ont tenté d’y apporter une
réponse nouvelle à l’Institut de formation
pédagogique (IFP) d’Arras, devant des
enseignants, des chefs d’établissement
ou encore des formateurs.
Le docteur Kochman a abordé la question sous l’angle scientifique. Il a montré
le lien chez l’enfant entre le développement du cortex frontal – cette partie
L
leur cortex frontal ». Cela passe par
une nécessaire autorité et une éducation
mêlant « affection et fermeté, c’est-àdire beaucoup d’amour, d’attention et
de présence, mais des cadres posés ».
Quels droits pour les enfants ?
D. R.
D. R.
Françoise Dekeuwer-Defossez, spécialiste du droit de la famille, s’est penchée
sur l’aspect juridique de la question
« En quoi l’autorité parentale est-elle
D. R.
C
Crise de l’autorité :
regards experts
D. R.
QUE
OLLO
De g. à d. : le Dr Frédéric Kochman, Françoise Dekeuwer-Defossez, spécialiste du droit de la famille, et Eirick Prairat, professeur en sciences de l’éducation.
du cerveau qui nous permet de gérer
frustrations, agressivité, déceptions,
colères... – et son équilibre mental. Plus
le cortex frontal est développé, plus
l’enfant parvient à gérer ses émotions.
Moins il est développé, plus il est intolérant à ces mêmes sentiments, développe des pensées négatives et peut
tomber dans la dépression. C’est le
profil d’un enfant-roi. Le problème est
d’autant plus préoccupant que le phénomène des enfants-rois est « entretenu
par notre société de consommation ».
Pour Frédéric Kochman, « les parents
doivent aider leurs enfants à construire
24 Enseignement catholique actualités N° 361, juiN-juillet 2014
mise à l’épreuve par les droits des
enfants ? ». « Dans les textes, rappelle la
juriste, l’enfant est une personne à part
entière avec ses droits et ses devoirs,
mais nullement un prolongement de ses
parents. Parmi ses droits, il a celui
d’être élevé par ses parents sans être
séparé d’eux. » Avec les nouvelles
tachement visible et ostentatoire à de
grands principes moraux, dans la promotion de formes collectives de travail
attestant d’une solidarité professorale,
et dans la réaffirmation d’une utilité
publique déclarée de l’importance de
l’acte d’enseigner. »
noémie Fossey-sergent
Pour aller plus loin...
Mi-magazine, mi-book, le nouveau semestriel chrétien La Boussole consacre le dossier de son premier numéro
à l’autorité positive. Journalistes et illustrateurs décryptent la question sous tous ses angles (autorité dans le
couple, à l’école, dans le monde professionnel, en politique...). On y trouve 130 pages d’analyses, de témoignages,
de récits illustrés, de carnet de bord à quatre mains et même de tests à effectuer chez soi. Histoire d’allier la
théorie à la pratique. z La Boussole, « L’autorité positive », éditions du Cerf, mai 2014, 224 p., 15 €.
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LA RÉVOLUTION NUMÉRIQUE
a conviction qui traverse l’ouvrage d’Emmanuel
Davidenkoff rejoint l’un des scénarios mis en
Lrelief
par le sociologue suisse Hutmacher dans un
rapport de 2001 commandité par l’OCDE : « L’éducation nationale, telle qu’on la connaît, va disparaître beaucoup plus rapidement qu’on veut bien
le croire. » Les causes ? L’incapacité du mammouth
à sortir d’un fonctionnement fortement hiérarchisé,
le corporatisme des syndicats, le défaut d’anticipation face au tsunami numérique. Or, si l’éducation
nationale rate le virage du numérique, elle sera désertée au
profit d’une offre privée hors contrat, concurrentielle et
performante. Les Moocs (cours ouverts en ligne et massifs)
bouleversent déjà la donne au niveau du supérieur ; les
« fab lab » (laboratoires de fabrication ouverts au public) remettent à l’honneur le
learning by doing.
L’auteur, sous l’influence de sa participation à la learning expedition d’Éducpros
dans la Silicon Valley, souligne avec
enthousiasme les multiples effets bénéfiques de la révolution numérique : émergence d’une école plus collaborative, plus
ouverte, plus inventive ; enseignants libérés
des tâches répétitives et davantage centrés
sur leur cœur de métier. « Donner des raisons d’apprendre, insuffler de l’envie, aider à se projeter
dans un avenir individuel et collectif. » Les années à venir
lui donneront-elles raison ? nicole priou
hEmmanuel Davidenkoff, Le Tsunami numérique, Stock, 195 p., 18 €.
CES ÉLÈVES INGÉRABLES
autant de fils à tirer pour tisser la relation…
Un ouvrage centré sur une approche systémique, partenariale, où la classe mais aussi
l’établissement scolaire ne sont pas oubliés
dans la nécessaire remise en question des
pratiques. marie-Odile plançon
n livre-repère qui permet à l’enseignant de
prendre de la distance pour comprendre les problèmes de comportement. La souffrance de l’élève
devient rapidement celle de l’enseignant s’il se
sent démuni ! Comprendre l’organisation réactionnelle de l’élève, organiser le cadre de façon
adéquate, réfléchir autour de situations, construire
une progressivité pour rejoindre ces enfants ou
ces jeunes dont le comportement nous trouble,
U
hMarc Chevallier, Koffi Gagbé, Ottilie Freymond,
Tiphaine Lenfant, Problèmes de comportement à
l’école : comprendre pour agir, Chronique sociale,
206 p., 15,90 €.
L’ÉCOLE DES TRANSMISSIONS CLANDESTINES
ransmettre, apprendre. « Si l’opposition des termes a eu
du sens, la tâche de la pédagogie de l’avenir sera de les
Tarticuler.
» Marie-Claude Blais, Marcel Gauchet et
Dominique Ottavi nous invitent, à leur manière, à une
refondation de l’école. C’est le passage – dans le mouvement même de l’avènement de la modernité où les
hommes ambitionnent de se gouverner eux-mêmes
– d’une « société de tradition » à une « société de la
connaissance » qui, pour les auteurs, explique la crise
de l’école. Pourtant, si l’école renonce à transmettre,
des transmissions « clandestines » – psychiques, morales, cognitives – continuent à opérer en dehors du
contrôle de l’institution, perturbant son fonctionnement.
Et si elle « échoue à réduire les inégalités, c’est
qu’elle achoppe sur la puissance des transmissions
informelles ».
Un ouvrage dense et consistant qui proclame peut-être un
peu vite le triomphe à l’école de l’univers de l’apprendre sur
celui de la transmission. Les pratiques enseignantes auraientelles été à ce point massivement orientées par le souci de
faire apprendre plutôt que de transmettre ?
D’autre part, si les auteurs insistent avec
raison sur la « transcendance » des objets
de savoir, « dont il est donc par avance
exclu qu’un sujet puisse les constituer d’emblée et entièrement par soi-même », n’estce pas ce que bien des travaux en sciences
de l’éducation soulignent depuis plus de 25
ans ? Si on a besoin « de passeurs qui font
le pont avec cette autre rive qui semble inaccessible », on a surtout besoin que ces actions
ne relèvent pas d’initiatives individuelles mais
participent d’une œuvre collective au sein
d’une institution au clair sur ses missions. np
hMarie-Claude Blais, Marcel Gauchet, Dominique Ottavi, Transmettre,
apprendre, Stock, 251 p., 19 €.
N° 361, juiN-juillet 2014 Enseignement catholique actualités
25
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FormatIon
S’ouvrir aux familles les plus pauvres
© L. Estival
quoi certains parents ne
nous regardaient pas
quand on les recevait pour
nous entretenir de leurs
enfants. Les militantes
d’ATD Quart Monde
m’ont répondu qu’il fallait
que je le leur demande car
d’elles-mêmes, elles ne lèvent pas les yeux de peur
d’être jugées… »
« La bonne volonté ne
LAURENCE ESTIVAL
suffit pas. On s’aperçoit
qu’en dehors même de la
connaissance des codes,
i le nouveau Statut de
il faut du temps pour
l’enseignement cathoengager un véritable
lique rappelle dans
Partage et échanges entre enseignants et personnes en situation de faiblesse.
dialogue », reconnaît
plusieurs articles que les établissements doivent s’ouvrir à tous les ou ne vérifient pas si le message a Agnès Pasquier. « Ce qui suppose de
élèves, comment passer de la théorie à bien été compris. De leur coté, les redonner la priorité au sens sur l’acla pratique ? Tel est le point de départ militantes d’ATD Quart Monde tion », insiste Nathalie Charlier,
d’un projet mené par la direction dio- n’osent pas demander de répéter ce directrice de l’école Saint-Joseph à
césaine du Calvados avec le mouvement qui vient d’être dit, développer leurs Deauville. « Au terme de cette formaATD Quart Monde. Du 8 au 11 avril argumentations ou encore se faire tion, il y a moins d’incompréhension
2014, trois groupes homogènes – un de accompagner par une tierce personne car nous avons osé la confrontation »,
conclut Frédérique Ygouf, directrice
professeurs, l’autre de directeurs, le troi- en cas de besoin.
sième de femmes en grande précarité – « Même avec toute notre bienveillance, de l’école et collège Saint-Michel à
ont travaillé sur leurs représentations nous faisons des erreurs car nous ne Hérouville-Saint-Clair, transformée
mutuelles en utilisant la technique du maîtrisons pas les codes, ajoute Béatrice par cette expérience qu’elle souhaite
croisement des savoirs (cf. encadré). Ils Josse, directrice de l’école Saint-Joseph partager dès son retour avec l’ensemont ensuite confronté leurs réponses et à Livarot. Je ne comprenais pas pour- ble de son équipe…
ont essayé de comprendre comment se
rapprocher les uns des autres, tant les
malentendus sont importants… « Derrière
les mêmes mots, nous ne mettons pas les
mêmes choses, explique Agnès Pasquier,
Le croisement des savoirs est une technique de coformation innovante où
enseignante référante pour l’accueil
des groupes de participants homogènes apprennent les uns des autres en
d’élèves en situation de handicap au
partageant leur point de vue. « Il est nécessaire de créer des groupes de
collège Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle
pairs car pour aller vers l’autre, il faut déjà être au clair sur ce qu’on est »,
de Lisieux. Nous parlons par exemple
indique Joseph Terrien, chargé de mission à la direction diocésaine du
de personnes en situation de faiblesse.
Calvados. Dans ce projet, les uns et les autres ont pu aller au bout de la
Ces dernières refusent le terme et préfèrent
démarche et s’initier à la compréhension réciproque, tous unis pour
mettre en avant le courage dont elles font
défricher les codes de l’autre et trouver les meilleurs mots et postures. Une
preuve pour sortir de la pauvreté. »
sorte d’entraînement avant de pouvoir appliquer ces nouveaux savoirs dans
La direction diocésaine
de Caen a organisé avec
ATD Quart Monde
une formation pour
les enseignants, les chefs
d’établissement et les
personnes vivant dans
l’extrême pauvreté.
Objectif : se connaître
pour mieux ouvrir
l’école à tous.
S
Le croisement des savoirs
Oser la confrontation
Nombre d’exercices ont par ailleurs
mis l’accent sur les comportements et
postures. Trop souvent les enseignants et chefs d’établissement finissent les phrases à la place des parents
26 Enseignement catholique actualités N° 361, juiN-juillet 2014
la vraie vie, où les risques sont autrement plus importants… « Pour ces
parents, la réussite de leurs enfants est une question de vie ou de mort. Ils
ont touché du doigt les conséquences de l’échec scolaire et placent un
espoir énorme en l’école pour éviter que leurs enfants connaissent les
mêmes problèmes », rappelle Martine Lecorre, animatrice régionale du
réseau d’ATD Quart Monde. LE
361 26-27 Formation Gestion (Corr1):- 08/07/14 17:45 Page27
Gestion
La prise en charge
de la restauration est
cruciale pour ouvrir
l’enseignement
catholique à tous.
Zoom sur l’Ille-etVilaine qui a su
impliquer ses
communes.
© École Jeanne d'arc de Vitré
La restauration : un enjeu vital
AURÉLIE SOBOCINSKI
oixante pour cent.
C’est la part des écoles
catholiques du diocèse d’Ille-et-Vilaine – environ 150 sur 260 au total – dont la restauration scolaire est prise en charge par
la commune. Pour les 40 % d’écoles où
cette prise en charge est privée, rares sont
les établissements qui ne bénéficient pas
d’une subvention forfaitaire par repas
(entre 0,5 et 1 €). L’Udogec 35 espère
amplifier cette réussite qui fait pâlir bien
des diocèses, dans un contexte budgétaire
de plus en plus contraint. « Nous allons
vers un transfert de l’ensemble des écoles
aux communes, de la charge de ce périscolaire », explique Jean-Yves Pigrée,
secrétaire général de cette Udogec.
L’enjeu est vital, souligne Jean-Loup
Leber, le directeur diocésain : « La restauration est par définition pratiquement toujours déficitaire et constitue,
dans un réseau majoritairement rural
comme le nôtre, l’élément le plus discriminant en matière d’accessibilité à
l’enseignement catholique, loin devant
les contributions des familles. » Alors
qu’elle représente en moyenne un budget annuel pour les familles françaises
de 300 € par enfant, elle se situe en
moyenne à 174 € par élève et par an
dans le diocèse.
Sur le terrain, l’intervention de la commune en matière de restauration scolaire revêt plusieurs formes. « Il faut se
montrer très ouvert et créatif sur les
solutions possibles, car en de nombreux endroits, le fait d’évoquer une
S
cantine municipale avec locaux et personnels propres apparaît tout simplement hors de portée », insiste
Jean-Yves Pigrée.
Effort municipal
Aujourd’hui, trois scénarios se distinguent en Ille-et-Vilaine. Le plus courant est la restauration assurée dans
des locaux municipaux dédiés (hors
des locaux scolaires privés et publics)
par du personnel municipal. Toujours
dans le cadre d’une gestion en régie
par la commune, une autre configuration réside dans la restauration assurée
dans les locaux de l’école privée, avec
des personnels publics ou privés.
« La participation financière
demandée aux familles
constitue un obstacle au
recrutement. »
Dernière option : la délégation de
gestion à l’Ogec, où la commune
assure la responsabilité et la charge
du temps méridien mais laisse le chef
d’établissement gérer les personnels
Ogec. « Dans tous les cas, il est
important de donner un cadre juridique à cette pratique, de signer une
convention avec la municipalité
concernant la mise à disposition
de locaux et de personnels par
l’Ogec le cas échéant,
et d’en référer à la
préfecture », indique
Jean-Yves Pigrée.
Ce pourcentage de 60 %
est le fruit d’une histoire
singulière, celle du
maillage de l’enseignement catholique dans
l’Ouest et d’une symétrie presque systématique dans chaque
commune entre une
école publique et une
école privée. « Dans
cette tradition, la prise
en compte à parité des deux écoles par
la collectivité sur la question sociale,
et en particulier en matière de restauration, s’est souvent installée de fait »,
observe Jean-Loup Leber. La politique
permanente de déploiement et d’entretien des relations avec les communes
engagée par l’Udogec depuis vingt ans
a consolidé fermement l’édifice.
Dans la négociation avec les élus, l’un
des arguments porteur est la capacité
pour l’établissement d’assurer le relais
d’information auprès des familles
concernant l’effort municipal consenti
pour la restauration. Une fois le choix
politique acté, le risque de retour en
arrière est rare : la question des nouveaux rythmes n’y a rien changé.
Côté enseignement catholique, ces dispositifs inscrivent davantage encore
les écoles dans le paysage local comme
un partenaire naturel de l’effort de la
collectivité. Ils constituent un facteur
d’attractivité « décisif », confirme JeanLoup Leber. « On voit très clairement
la différence, en particulier avec les
collèges où les aides des collectivités
sont très faibles. La participation
financière demandée aujourd’hui aux
familles pour les repas des collégiens
– facturés entre 4,5 et 5 € contre 2,75
à 3 € dans le public – constitue un véritable obstacle au recrutement de nos
établissements. »
N° 361, juiN-juillet 2014 Enseignement catholique actualités
27
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InItIatIves / lycée
© M. Broussous
Saint-Jo met le turbo
électriques
radiocommandées,
conçues et pilotées
par les élèves.
Un projet qui
passionne
les lycéens et
développe leur
esprit d’équipe.
À Saint-MartinBoulogne (Pas-deCalais), tous les
ans, en mai,
la vie du lycée
est suspendue
aux « 24 heures
de Saint-Jo », une
course de voitures
MIREILLE BROUSSOUS
D
Descamps, responsable de cet établissement de 1 200 élèves, est bien sûr présent de même que la trentaine
d’enseignants (un quart des effectifs)
directement impliqués. Les petits
bolides démarrent en trombe. Parmi les
vingt voitures électriques, une star est
l’objet de toutes les attentions : une voiture à hydrogène très innovante, mise
au point par des élèves de 1 re STI2D
(sciences et technologies industrielles
et du développement durable). « C’est
la troisième année que nous faisons
concourir ce type de modèle », explique
Daniel Kern, enseignant en ingénierie
et instigateur de cette course avec
Thierry Maison, professeur de génie
mécanique. « L’hydrogène est obtenu
par électrolyse, l’électricité, elle, provient de panneaux solaires. C’est une voiture propre ». L’écoconception donne
tout son sens à ce projet d’établissement
qui a vu le jour en 2003.
Afin de compenser l’aluminium et l’acier
nécessaires pour la fabrication des voitures,
60 000 canettes de métal ont été collectées
par les élèves en vue d’être recyclées, et
l’argent récupéré a été remis à une association caritative. Tous les fils utilisés sont
ceux de vieux ordinateurs destinés à la
casse. Chaque année, un nouveau défi
environnemental est relevé : ainsi, par
rapport à l’édition 2013, les voitures
de la cuvée 2014 doivent réduire leur
consommation d’énergie de 20 %.
Dans les stands, une dizaine d’élèves sont
mobilisés pour faire tourner les bolides.
Ils ne sont pas tous aussi complexes et
performants les uns que les autres. En fait,
il existe trois catégories de voitures. La
catégorie LP3 correspond à des engins
achetés dans le commerce et pilotés par
Photos : M. Broussous
ans le Boulonnais, les « 24
heures de Saint-Jo » (entendez
du lycée général et technologique Saint-Joseph de SaintMartin-Boulogne) sont sans doute aussi
connues que les 24 heures du Mans. Le
16 mai 2014, la presse locale couvre
l’événement : une course de vingt voitures radiocommandées construites et
pilotées par les élèves de l’établissement. Sur un circuit de quatre-vingt-dix
mètres installé dans le gymnase, elles
doivent parcourir plus de 200 kilomètres. La sono, qui diffuse du rap, ajoute à
l’excitation du départ tout proche. Dans
les stands, les équipes techniques procèdent aux derniers réglages. Les pilotes,
en surplomb par rapport à la piste sont
déjà dans les starting-blocks ; ils se
relaieront toutes les deux heures.
12 h 30 : le départ est donné. Philippe
De gauche à droite : Élisa et son équipe, le chef d’établissement Philippe Descamps, et des élèves de 1re STI2D participants aux « 24 heures de Saint-Jo ».
28 Enseignement catholique actualités N° 361, juiN-juillet 2014
361 p29-33 Inits OK:- 08/07/14 17:46 Page29
© M. Broussous
des élèves de 3e venant de quatre collèges quels que soient leurs résultats scolaires, nous rend aussi très polyvalents, elle nous
avoisinants. Objectif des enseignants de contribuent au projet. Il ne laisse personne apprend à nous débrouiller. Nous travaillons
Saint-Jo : valoriser la filière technique sur la touche », affirme Philippe Des- sur un projet, à l’instar de ce qui se fait
auprès des collégiens. Les voitures de ca- camps.
dans les entreprises industrielles. Cela
tégorie LP2 sont, elles, construites par les
nous fait grandir. » Si cette course passionne
élèves de 2de, mais aucun défi particulier Une dimension militante
tant les lycéens, c’est aussi parce qu’elle
ne leur est imposé hormis celui de réduire Pour Thierry Maison, passionné par son suscite de belles émotions. « La nuit, on
au maximum leur consommation énergé- métier, les 24 heures ont aussi une dimension sent la fatigue mais c’est aussi le moment
tique. Les voitures LP1, construites par militante. « En STI2D, il n’y a plus de réa- le plus intéressant. Il y a des jeux de lumière,
des élèves de 1re STI2D, pivots
les voitures ont leurs phares
de la course, sont les plus soallumés. C’est une autre amphistiquées. « Ce sont de vraies
biance », poursuit la jeune fille.
créations, explique François
Certains anciens du lycée lâChevalier, élève de 1re STI2D
chent leur travail pour venir
et chef d’équipe. D’abord, nous
donner un coup de main.
faisons des recherches sur pa« C’est grâce à eux que nous
pier, ensuite nous dessinons les
parvenons à créer cet événevoitures puis les pièces en CAO
ment car les lycéens doivent
3D et nous les usinons. En fin
être guidés. Ils sont trop jeunes
d’année, nous procédons à
pour se prendre vraiment en
l’assemblage. » Cinq prix
charge », indique Thierry Maidifférents sont remis : innovason. L’objectif est maintenant
tion, énergétique, design, end’aller encore plus loin pour
vironnement et organisation
transformer les 24 heures boudes stands. Après la course,
lonnaises en événement intertous les véhicules sont démonnational. « Ce que nous
Thierry Maison (au centre) et ses élèves révisent leur bolide.
tés, analysés en vue d’être amésouhaiterions, c’est qu’un lycée
liorés l’année suivante. Au niveau lisations concrètes. La simulation sur or- d’un autre pays européen organise lui aussi
dinateur a remplacé le travail manuel », une course du même type », indique le propédagogique aussi, rien ne se perd…
regrette-t-il. La course vient remettre une fesseur de génie mécanique. Pour l’année
Du concret dans la formation bonne dose de concret dans la formation. prochaine, les projets ne manquent pas.
Dans les classes de terminales — bacca- Les voitures doivent être conçues, usinées, Un bateau de pêche muni d’un système à
lauréat oblige — seuls les volontaires par- perfectionnées d’une année sur l’autre. hydrogène sera fabriqué et exposé lors des
ticipent à la course. « Au sein de la classe, « Les élèves doivent aussi apprendre à or- 24 heures. « Cette course a lieu depuis
nous nous sommes répartis le travail par ganiser le travail, à trouver leur place dans plus de dix ans, mais chaque année, c’est
spécialités : panneaux solaires, télécom- l’équipe », insiste-t-il.
un nouveau chantier qui se met en place
mande, voiture, explique Élisa, la seule C’est justement cet esprit d’équipe qu’ap- parce que les défis technologiques se refille de sa terminale STI2D. Sur notre précie Élisa. « L’esprit d’équipe l’emporte nouvellent en permanence », conclut Phivoiture, il y a un double accumulateur, sur l’esprit de compétition. Cette course lippe Descamps.
qui lui donne une autonomie de quatre
heures. Cela nous oblige à travailler sur
la répartition des masses et le centre de
gravité de la voiture. »
l’extérieur du gymnase où se déroulent les « 24 heures de Saint-Jo », les entreprises
Les élèves en BTS section IRIST (inforpartenaires sont toutes là. Il est possible de tester le dernier modèle hybride du
matique et réseaux pour l’industrie et les
constructeur sud-coréen Kia ou les vélos à assistance électrique commercialisés par
services techniques) sont eux aussi solNorauto — ce que ne manquent pas de faire les lycéens. Des représentants de GRDF et
licités. Cette année, ils ont mis au point
d’Horizon Fuel Cell International sont également présents. « Nous sponsorisons l’événeun système de comptage des tours réalisés
ment et sommes également fournisseurs de la pile à combustible utilisée sur la voiture à
par chacune des voitures et s’assurent
hydrogène », indique Vadim Oleg, responsable Europe d’Horizon Fuel Cell International.
grâce à un contrôle technique très précis
Cette entreprise fondée par des Européens, mais basée à Singapour, produit des piles à
que celles-ci soient bien conformes au
hydrogène servant à propulser des drones ou à créer de l’énergie « portative » permetrèglement de la course. « Grâce aux 24
tant d’éclairer notamment chantiers ou tunnels en construction. Plus étonnant, l’entreheures, il y a un véritable décloisonnement
prise propose également aux écoles des kits scientifiques afin de familiariser les enfants
entre les différents niveaux d’études. En
avec cette énergie d’avenir. « La France est notre premier marché pour ces produits pédaoutre, ce projet permet aux enseignants
gogiques », ajoute Vadim Oleg, ravi par l’enthousiasme des lycéens de Saint-Jo. MB
d’être aux côtés de leurs élèves. Les notes
n’ont aucune importance, tous les lycéens
DES SPONSORS TRÈS IMPLIQUÉS
À
N° 361, juiN-juillet 2014 Enseignement catholique actualités
29
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InItIatIves / collège
© N. Pollet
Un regard positif sur soi et les autres
Après un film de sensibilisation sur le harcèlement à l’école, Maritza Desjonquères-Añasco encourage les élèves à s’exprimer sur le sujet.
Le collège Notre-Dame de Billom,
au cœur du Puy-de-Dôme, a lancé
une action éducative et citoyenne
pour favoriser un meilleur climat
entre les élèves. Au programme :
sensibiliser les collégiens au
respect d’eux-mêmes.
NATHALIE POLLET
n se moque souvent de moi car
je suis petit. Ça me vexe. Mais
j’ai compris qu’il fallait fermer
la porte aux remarques des
autres et ne pas se laisser abattre », confie
ce jeune collégien de 5e à la sortie de la
séance animée par Maritza DesjonquèresAñasco, coach et consultante en image
intervenant au collège Notre-Dame. L’établissement scolaire est situé au centre du
patrimoine historique de Billom, petite
cité médiévale, dans la grande agglomération clermontoise. Depuis mi-avril, un
projet éducatif est mis en place, en partenariat avec l’Apel et la direction de
O
30 Enseignement catholique actualités N° 361, juiN-juillet 2014
l’établissement, pour accroître le respect,
la convivialité entre les élèves et favoriser
ainsi de meilleures conditions d’apprentissage. À l’origine de l’intervention, des
conflits entre collégiens. « Des paroles
blessantes, dégénérant en bagarres,
étaient parfois constatées », précise
Corinne Lambert, présidente de l’Apel
de l’école maternelle, primaire et collège
Notre-Dame de Billom.
Pour Laurent Friaud, directeur de l’établissement scolaire, le projet de l’enseignement catholique est avant tout
d’aider chaque élève à se sentir bien à
l’école, première condition pour
apprendre. « Nous avons souhaité
intervenir en amont pour veiller à un
bon climat de travail. Nous avons été
sensibles à cette approche éducative
car elle répond aux besoins des collégiens issus de milieux sociaux différents : être moins dans le jugement,
changer le regard sur eux et sur les
autres, pour grandir en estime d’euxmêmes. » La formation s’articule
autour de trois thèmes : image de soi,
empathie et communication positive.
Elle s’adresse à tous les collégiens, de
la 6e à la 3e, et se veut une alternance
d’enseignements théoriques et de
mises en situations pratiques à l’aide de
vidéos, dessins, ou d’exercices de comportement.
Mécanismes de défense
Ce vendredi 23 mai, à 14 h 30, se
déroule le deuxième atelier pour les
classes de 5e. Les trois quarts des élèves
sont présents, soit vingt-huit élèves de
deux classes, tandis que leurs camarades sont en soutien ou en pastorale.
Suivront ensuite les 4 e . Au premier
étage, un film de sensibilisation sur le
harcèlement à l’école est projeté dans
la salle vidéo. La scène se déroule dans
le hall d’un lycée, montrant une jeune
fille noire victime de bousculades et de
moqueries de la part d’un groupe
d’élèves. « À votre avis, que ressent
361 p29-33 Inits OK:- 08/07/14 17:46 Page31
© N. Pollet
cette jeune fille ? » interroge la coach
pour sensibiliser les élèves à l’empathie. « De l’angoisse, de la souffrance »
répondent spontanément quelques-uns.
Puis une question est posée de manière
anonyme et confidentielle : « Est-ce que
j’ai subi des moqueries à l’école ou
dans ma vie ? » Silence dans la classe.
Chacun griffonne sur un bout de papier
et remet son billet à l’intervenante.
« Je suis timide.
On vient m’insulter
à l’arrêt du bus »
« Mettre en mots des situations qui ont pu
être douloureuses peut soulager des
élèves », explique Maritza DesjonquèresAñasco. Quand viendra le tour des 4e,
plaisanteries et ricanements seront plus
fréquents durant la séance. « Ils sont plus
cyniques que les 5e et ne se laissent pas
convaincre facilement. Il faut du temps
pour qu’ils accordent leur confiance »,
reconnaît Philippe Chevant, professeur
de mathématiques. « C’est aussi un âge
où les mécanismes de défense sont plus
marqués. Et ils sont sensibles au regard
des autres », observe la conseillère en
image qui envisage de séparer filles et
garçons lors d’une prochaine intervention. Quelques collégiennes sont pourtant venues se confier à la fin de la
séance. « On se moque de moi parce que
je suis trop ronde », dira l’une. « Je suis
timide. On vient m’insulter à l’arrêt du
bus », confie une autre. Pour cette professionnelle, les moqueries subies par
un jeune sont souvent liées à l’image
qu’il présente. Et la différence peut être
stigmatisée : des cheveux roux, une
apparence fragile, etc.
Acceptation du corps
Du côté de l’adolescent oppresseur,
l’agressivité exprime souvent un malêtre qui se décharge sur un plus faible.
Dans les deux cas, le jeune souffre
d’une mauvaise estime de lui-même.
Comment lui redonner confiance ? « En
lui permettant de se connaître, de se
respecter pour être mieux préparé à
aimer et à respecter les autres », soutient Maritza Desjonquères-Añasco,
présidente d’AICI France (association
internationale des consultants en
Tendre la main, un geste simple mais nécessaire.
image) et responsable de la campagne
éducative en France intitulée « beauté
responsable », qu’elle a initiée et qui
sous-tend cette démarche. Le projet est
ambitieux puisque quinze pays y sont
associés. La vraie beauté, selon la
consultante en image, consiste à être en
cohérence avec soi-même, sans se
conformer aux canons de beauté
véhiculés par les médias qui rendent
difficile l’acceptation du corps à l’adolescence. « Comment prendre soin de
moi ? » demande l’animatrice aux
élèves. Elle poursuit : « En m’appuyant
sur mes cinq sens, je peux décider de
détourner mon regard d’images choquantes, préserver mon espace intime,
ma bouche d’un excès de nourriture ou
l’inverse. »
Infirmière de formation, Maritza
Desjonquères-Añasco s’est formée au
coaching et a animé pendant plusieurs
années des ateliers d’adultes puis
d’adolescents au Chili, pour s’installer
ensuite à Clermont-Ferrand avec son
mari et ses deux enfants. « En arrivant
en France, j’ai été frappée par le jugement peu gratifiant des ados sur euxmêmes et sur les autres. Ils sont soumis
à de telles exigences de réussite qu’ils
peuvent les vivre comme un fardeau
s’ils ne trouvent pas en face d’eux des
adultes qui les écoutent et les soutiennent. » L’objectif de ses ateliers est de
leur apporter des outils pour se connaître, s’ouvrir à la différence, communi-
quer de manière bienveillante et surtout
rester en cohérence avec soi. « Il est
important d’être en lien avec sa personnalité pour soigner son image,
insiste la coach. La beauté, c’est aussi
une manière d’être vis-à-vis de soimême et des autres. »
Un atelier sur le comportement en société
et un autre sur des conseils en matière
d’hygiène sont également proposés. Ces
deux ateliers s’ajouteront au programme
renouvelé à la rentrée de septembre
auprès des collégiens de Billom. Ceux
du collège de Riom et de Massillon, à
Clermont-Ferrand, ont déjà suivi la démarche. Un projet est en réflexion auprès
des CM2 à but préventif. L’Auvergne
est la région pilote de cette campagne
d’éducation, qui a pour finalité d’aider
les jeunes à grandir en beauté et à accueillir leurs différences pour apprendre
plus sereinement à l’école.
« S’appuyer sur les atouts
plutôt que sur les manques »
Marie-Odile Plançon, en charge du dossier Éducation
affective, relationnelle et sexuelle (EARS) au Sgec.
Notre mission vise à la formation
intégrale de la personne. Le désir
profond de tout être est de tisser des
liens. L’adolescent, particulièrement, est
désireux d’investir des relations avec
d’autres jeunes de son âge. C’est en renforçant l’estime qu’il a de lui-même, qu’il
pourra le mieux aller à la rencontre de
ses pairs. Il y a urgence à faire comprendre aux jeunes l’importance de leur
« beauté intérieure », en apprenant à se
connaître, à définir leurs points d’appui
tout en les aidant à accepter leurs fragilités. Chacun est différent et unique. D’où
la nécessité de leur proposer des temps
de réflexion, d’intériorité et d’échanges
pour mettre en mots leurs ressentis et
leurs difficultés du moment. Une étape
indispensable qui permettra aux adolescents de prendre plus de distance par
rapport aux exigences de performances
induites par la société. L’action éducative menée par cet établissement est
intéressante car elle propose aux collégiens de s’appuyer plutôt sur leurs atouts
que sur leurs manques et d’adopter des
valeurs positives favorables au
mieux vivre ensemble.
Propos recueillis par NP
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31
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InItIatIves /école
D. R.
Place au grand chambardement
Avec les jeux
de construction,
des élèves sont
responsabilisés
et conseillent
leurs camarades.
Une autre école est possible : ouverte à tous, sans note, sans emploi du temps ni groupes-classes figés.
La preuve se trouve à Saint-Joseph, dans la commune auvergnate de Saint-Paulien. Déstabilisant !
lle est toute petite avec ses quatre
classes, de la petite section au CM2,
nichée dans l’arrière-cour de la
maison des sœurs de Saint-Paulien
(Haute-Loire). Mais cette école n’a rien
à envier aux grandes. Depuis quatre ans
à Saint-Joseph, s’imagine et s’élabore
une école « différente », au cœur de laquelle différenciation et collaboration
ont toute leur place. Une démarche distinguée au dernier forum mondial des
enseignants innovants organisé par
Microsoft à Barcelone en mars 2014.
La métamorphose a commencé en 2008,
au retour d’une formation Escholia suivie
dans le cadre de la mise en place du socle
commun par l’une des enseignantes de
l’école, puis très rapidement par toute
l’équipe. « Nous étions déjà dans un
projet d’attention à l’élève et de différenciation, convaincues que tout enfant
peut apprendre. Mais nous n’avions pas
encore trouvé les réponses pour une véritable mise en pratique », explique Valérie
Giraud, directrice et enseignante en CE1CE2, moteur dans la déclinaison de ce
modèle pédagogique centré sur l’élève.
E
32 Enseignement catholique actualités N° 361, juiN-juillet 2014
AURÉLIE SOBOCINSKI
Exit la journée saucissonnée en heures
de français, de sciences ou de maths, fini
le groupe-classe inamovible, les notes…
« C’est tout un état d’esprit qui a été modifié dans la manière de préparer la
classe, d’évaluer, de gérer les interactions
avec les élèves, et progressivement de
lâcher prise pour les laisser réellement
construire leurs savoirs », décrit-elle.
Semaine de 4,5 jours
Concrètement, l’organisation du temps a
été profondément bousculée. « On a reconstruit les progressions pour pouvoir
travailler en modules et aménager un
continuum d’apprentissage entre les cycles,
ce qui n’existait pas auparavant », détaille
Valérie Giraud. L’essentiel du travail des
enseignantes se concentre ainsi sur l’identification des obstacles que peuvent rencontrer les élèves dans leur parcours et
sur la création d’une panoplie de situations
variées – un problème à résoudre, par
exemple – pour les aider à maîtriser les
connaissances et aptitudes attendues en
fin de cycle. « In fine, toutes les notions
inscrites au programme et au socle sont
abordées avec les élèves, via une répartition
optimisée du temps qui permet d’insister
sur les points décisifs », explique Patricia
Sigaud, qui pilote la petite et moyenne
section.
Les journées sont bâties en fonction des
rythmes chronobiologiques des enfants :
les récréations ont été notamment avancées
pour laisser place aux apprentissages fondamentaux lors des pics de vigilance identifiés par les scientifiques, de 10 h à midi
et de 15 h à 17 h. « En vue de proposer
un projet plus cohérent encore », l’école
a également pris la décision de passer
en septembre prochain à la semaine de
4,5 jours, en optant pour le samedi matin.
Un cas unique en Haute-Loire, public
et privé confondus.
Pour cerner le niveau de chaque élève,
des évaluations diagnostiques sont
construites par l’équipe. « On propose des
exercices, on observe les enfants en train
d’agir et on les invite aussi à s’autoévaluer
pour les rendre réellement partenaires de
leurs apprentissages », développe la di-
361 p29-33 Inits OK:- 08/07/14 17:46 Page33
Mise en danger permanente
Une telle posture implique un ajustement
permanent. : « On ne réfléchit plus au
fonctionnement de sa classe de la même
manière. On avance à partir de ce que les
élèves produisent, de ce qu’ils savent ou
ne savent pas faire, en étant proches d’eux,
prêts à rebondir. S’il manque des points
que je souhaite les voir aborder, je leur
propose une nouvelle situation-problème.
L’objectif est de leur donner une leçon
qu’ils ont eux-mêmes construit », déclare
Patricia Sigaud. La mise en danger est
réelle pour les professionnelles. « Impossible de se cramponner à sa jolie
fiche, il faut non seulement accepter
l’imprévu mais être prêt à le réinvestir.
C’est très déstabilisant au départ »,
D. R.
la communication a toujours
constitué un axe fort du projet.
« Dans le rapport à l’école
et au travail, le comportement
de mes enfants a été transformé dans le bon sens : ils
ont appris à apprendre et y
ont trouvé goût. Ils ont reçu
une vraie méthodologie qui
fait d’eux aujourd’hui de très
bons collégiens », témoigne
Bernard Bouquet, président
de l’Ogec.
L’inspecteur d’académie luimême a marqué son soutien
à l’équipe de Saint-Joseph en
l’autorisant à utiliser les
soixante heures initialement
prévues au soutien pour le
travail de concertation et de régulation
des apprentissages. En six ans, l’école
est passée de 77 à 104 élèves, de tous
profils. « Saint-Joseph a une réputation
de pilote dans le diocèse, souligne JeanPaul Laval, le directeur diocésain. Les
gens y viennent avec l’idée que c’est différent. » Cette différence, Valérie Giraud
et son équipe la rêvent contagieuse :
« Il est temps de dépasser les peurs et
de sortir le périscope ! »
Travail sur la gestion des déchets.
témoigne Christine Gallien, qui exerce
en grande section-CP. La belle et exigeante dynamique ne pourrait avoir lieu
sans le processus d’autoformation continue que l’équipe vit au sein d’Escholab,
dont Valérie Giraud est l’un des sept pilotes. Dans cette salle des profs virtuelle,
les enseignantes de St-Joseph retrouvent
le soir et les week-ends une soixantaine
de collègues issus de toute la France. Ils
approfondissent leur réflexion autour
d’objets d’apprentissage qu’ils choisissent,
échangent des informations, partagent
A DYNAMIQUE
des outils, alimentent le blog commun.
SCHOLAB
« Nous n’inventons rien. On s’appuie sur
nitiée par Marie Courbon, ancienne enseiles didacticiens et sur l’évolution des neugnante aujourd’hui formatrice, Escholab
rosciences, sans se laisser enfermer dans
est une plateforme collaborative et autoaucune chapelle. » Les enfants apprécient.
« Faire des chantiers et changer de groupes formative. Fondée sur le volontariat et la
réflexivité, elle regroupe une
nous responsabilise
soixantaine d’enseignants et
et nous autonomise,
propose une communauté de
observe avec une
réflexion à partir d’un modèle
solide maturité Capédagogique centré sur
mille, en CM2. Les
l’élève, qui réorganise les
petits et les plus
apprentissages en « noyaux »
grands se mélande connaissances et pratique
gent et s’aident.
une pédagogie de chantier
Chacun peut donainsi qu’une évaluation posiner son idée et, au
tive et différenciée. En amont
final, on met tout
de ce dispositif, l’association
en commun : cela
Escholia propose des journées
ne donne peut-être
de formation aux enseignants
pas quelque chose
et organise chaque année
de parfait, mais au
une université d’été. Pour
moins tout le
Valérie Giraud, pilote d’Escholab.
2014, elle se tiendra à Marmonde participe. »
Même enthousiasme du côté de l’insti- seille du 7 au 9 juillet 2014.
tution et des familles, auprès desquels z www.escholia.com
L
E
I
D. R.
rectrice. « L’équipe travaille en
décloisonnant au maximum »,
souligne Patricia Montavi, enseignante en cycle 3 (CM1CM2). « Des groupes sont créés
en fonction des besoins. Jeux,
manipulations et exercices permettent de franchir un obstacle
précis, indique Valérie Giraud.
Certains élèves peuvent devenir
chefs d’atelier et expliquer leurs
stratégies aux copains, ou se
voir proposer des activités différentes. Si toute la classe est
concernée, tout le monde travaille sur le même point. »
Du côté des enseignantes, ce
nouveau fonctionnement a
généré un réel chambardement dans les pratiques. « La grande
différence tient dans le travail collaboratif et autoformatif intense qui se vit
désormais. On échange sur la préparation de nos cours, on cherche ensemble
des situations pédagogiques propices
aux progrès des élèves. Il y a réellement
un moteur collectif dans l’exercice du
métier », insiste Patricia Montavi. Une
synergie qui se ressent dans le parcours
de l’élève : « Le regard sur l’enfant
s’installe dans une continuité. La responsabilité ne s’arrête pas à notre
classe, on le suit avant et après », poursuit l’enseignante. Une force toutefois
fragile : si parmi l’équipe, un enseignant refuse cette façon de travailler,
c’est tout le projet pédagogique de
l’école qui est en péril.
N° 361, juiN-juillet 2014 Enseignement catholique actualités
33
361 p34-35 portrait OK:- 08/07/14 17:47 Page34
PortraIt
Hugues Minguet
D. R.
Moine et consultant
Moine bénédictin,
Hugues Minguet
accompagne cadres
et dirigeants dans
leur quête de sens.
Ils apprécient cet ancien
conseil juridique au ton
libre qui pratique
avec brio l’art de
la maïeutique.
LAURENCE ESTIVAL
D
ix heures du matin,
près de la gare de
Lyon. Cartable à la
main et sac en bandoulière, Hugues Minguet,
61 ans, entre dans une des
brasseries les plus animées
du quartier. Les regards portés sur cet étrange visiteur
tout de noir vêtu ne semblent pas le troubler.
L’homme en a vu d’autres.
« Imaginez un moine chez Mickey ! »,
sourit-il, d’une voix douce et posée,
racontant un séminaire où cet ancien
conseil juridique, ordonné prêtre en
1985, est intervenu devant les cadres
d’Eurodisney. « J’ai même donné une
conférence devant les salariés de la
Société des Bains de Mer de Monaco,
qui abrite un casino ! »
Le fondateur du monastère bénédictin
de Sereys, près du Puy-en-Velay, en
2000, n’a rien perdu de l’esprit de sa
jeunesse avec ses blagues et son sens de
l’humour. Cela remonte aux années
34 Enseignement catholique actualités N° 361, juiN-juillet 2014
1970, avant sa retraite à Hautecombe,
au bord du lac du Bourget. « À l’époque,
je pensais me fiancer. J’avais devant moi
la perspective d’une belle carrière.
Passé par la Jeunesse étudiante chrétienne, je m’occupais aussi d’associations d’insertion et j’accompagnais
notamment des jeunes drogués. L’idée
de faire une pause m’intéressait mais je
n’avais pas l’idée de devenir un homme
d’église. » Ces cinq jours au vert dans ce
lieu paradisiaque se transforment en un
parcours initiatique sous l’égide du
prieur de la communauté. Accumulation
de signes troublants,
réflexions tous azimuts.
Neuf mois plus tard, à
Pâques 1978, il retourne
sur place et décide de
consacrer sa vie à Dieu. Ni
la tristesse de son amie, ni
l’incompréhension de ses
collègues ne font dévier sa
trajectoire. Novice, puis
ordonné prêtre huit ans
plus tard, il entreprend des
études de philosophie et de
théologie. Il étudie avec
son maître et confrère, le
moine Marc-François
Lacan, frère du célèbre
psychanalyste.
« Il savait chercher la vérité
partout où elle parle, comme
il savait souligner les
erreurs et les faiblesses »,
lance cet esprit curieux.
Étant moine, il est théoriquement encore plus coupé
de la société qu’un prêtre.
Pourtant, il a une ouverture d’esprit fantastique ! », pointe, admiratif, Jean-François de Lavison, ami de plus de dix ans
et fondateur d’Ahimsa Partners, un cabinet
qui conseille les entreprises dans leur politique de responsabilité sociale (RSE).
Accoucheur des cadres
et dirigeants
Intellectuel, Hugues Minguet est aussi
un homme d’action. Au tournant des
années 1990, il prend en charge, à la
demande des moines, la recherche de
361 p34-35 portrait OK:- 08/07/14 17:47 Page35
Pas un « one moine show »
Cette boîte à outils, fruit d’un travail initié
par l’Institut sens et croissance, un think
tank co-créé à la fin des années 1980 par
Hugues Minguet, des grands patrons et
des syndicalistes, fait un tabac auprès des
entreprises. À Ganagobie, comme aujourd’hui à Seyres, on croise les PDG de
Lafarge, d’Eurotunnel, de la Poste ou un
des principaux responsables de la Banque
mondiale. Guest star des comités de direction, il va aussi sur le terrain prêcher
la bonne parole. « Son intervention lors
de notre assemblée générale, il y a quatre ans, a été un des mo-ments forts de
ma carrière, se souvient Dominique
Ferré, un des trois directeurs du cabinet
de droit social Fidal, où travailla Hugues
Minguet. Dans un milieu où les ego
sont puissants, il parlait de dimension
collective. Il avait un charisme incroyable ! Au point que même les avocats,
au départ un peu inquiets par l’idée
d’accueillir un moine, ont laissé tomber
leurs préventions ! »
L’intéressé joue d’ailleurs de son statut
pour adopter une certaine liberté de ton.
« Quand on est moine, on peut déclarer
Amoureux de la beauté
arisien de naissance, élevé dans une famille d’entrepreneurs et amateur de littérature – son père a été le directeur des Nouvelles littéraires –, Hugues Minguet
cultive un amour de la beauté. C’est d’ailleurs pour découvrir une grange batelière
du xiie siècle dont il avait vu des photos, qu’il s’est rendu en 1977 à Hautecombe pour suivre une retraite,
synonyme d’un nouveau départ…
Amateur de vieilles pierres, il a aussi
appris à enjamber les siècles, du
Moyen Âge à l’art contemporain.
« Connaissez-vous le peintre Kim En
Joong, un dominicain d’origine
coréenne ?, lance-t-il tout de go à son
interlocuteur. Ses vitraux sont
superbes ! » À ceux qui sont un peu
surpris par l’éclectisme de ses choix,
La grange batelière de Hautecombe (Savoie).
le moine répond : « La force des
Bénédictins est d’avoir toujours su dialoguer avec leur temps. » En d’autres termes,
pour Hugues Minguet, la tradition ne peut pas être une photocopie de l’histoire. LE
P
D. R.
fonds pour financer la restauration du
monastère de Ganagobie, près de Sisteron, où la communauté souhaitait
emménager afin d’avoir plus d’espace.
Grâce à son carnet d’adresses, il rencontre plusieurs grands patrons et
découvre que comme lui,
nombre d’entre eux sont à la
recherche de sens.
« Mon supérieur m’a alors
demandé de réfléchir à des
formations pour ces dirigeants », se souvient-il. En
bon disciple de Socrate, le
moine questionne sans
relâche et pousse cadres et
dirigeants dans leurs retranchements. Il leur propose
ensuite une grille de lecture
s’appuyant sur un « triangle
d’or » pour les inciter à réfléchir sur de
nouvelles méthodes de management.
« À la base, la liberté et la conscience,
au sommet, la vérité. On voit bien que
les décisions doivent osciller entre ces
trois éléments. »
des choses qu’aucun consultant ne pour- organisé autour de temps de prière auxquels
rait dire ! » En conclure qu’il serait une Hugues Minguet convie qui veut à l’acsorte de gourou serait aller un peu vite compagner, la profondeur des échanges…
en besogne… « Nous n’imposons rien, Arrivé après un sérieux burn-out profesj’ai horreur du prosélytisme. Un bon sé- sionnel et encore convalescent, je suis reminaire est celui où l’on repart avec plus parti ressourcé. Tout est superbe. Y compris
de questions. Mes interventions n’ont par les soirées et surtout les repas conviviaux,
ailleurs rien à voir avec un “one moine faits de très bons plats et de franches rishow” », se défend Hugues Minguet. Il golades ! »
met en avant le dévouement
Derrière son sérieux et sa pres« J’ai même
des amis-collaborateurs
tance, Hugues Minguet est en
l’épaulant dans nombre de
effet un bon vivant… « J’aime
donné une
ses interventions… à
la vie », reconnaît-il volontiers.
conférence sur Entre ses cinq heures de prière
l’image de Jean-François
de Lavison qui anime avec l’éthique devant quotidiennes, ses interventions
lui le séminaire « Éthique
les salariés de en entreprise et la recherche
et performance » organisé
d’une stratégie à moyen terme
la
Société
des
pour les participants du
pour assurer l’équilibre finanMBA de HEC, de futurs cacier de son monastère – il s’est
Bains de Mer
dres dirigeants : « Je me
mis en tête de faire de Seyres
de Monaco,
souviens d’une jeune chiun centre de vente de produits
qui abrite un
noise, très critique sur l’apbio, avec des producteurs de
port d’un moine à sa
la région –, il trouve encore
casino ! »
réflexion, qui a fini par éclale temps d’entretenir des reter en sanglots et a même demandé à lations suivies avec ceux qui font un bout
Hugues Minguet d’être le parrain de l’en- de chemin avec lui. « J’ai une existence
fant qu’elle attendait ! »
aussi riche que si je m’étais marié. Ce
Hamassala-David Dicko, pilote de ligne n’était pas ma vocation et je n’aurais jafaisant partie de la dernière promotion, mais pu avoir autant d’enfants. Il faut
ne tarit pas non plus d’éloges sur ces ins- écouter l’esprit saint ! », lance-t-il avant
tants « magiques ». « Le lieu, le travail de reprendre son train.
N° 361, juiN-juillet 2014 Enseignement catholique actualités
35
3661 p36-37 paroles OK:- 08/07/14 17:48 Page36
paroles d’élèves
« Ils ont donné leur vie pou
NOÉMIE FOSSEY-SERGENT
e diocèse du Calvados a proposé
aux établissements qui le souhaitaient de décliner un projet autour
du 70e anniversaire du Débarquement. L’école du Sacré-Cœur à Ouistreham a fait partie des volontaires. « Vu
notre situation géographique (Sword
beach, située en partie sur la commune
de Ouistreham, fut l’une des cinq plages
choisies par les Alliés pour débarquer
en France), nous avions de toute façon
prévu de travailler sur la Libération »,
explique Catherine Lelong, directrice de
l’école.
Cette année, son équipe a décidé
d’aborder ce moment historique non
pas à travers les combats mais sous
l’angle d’un univers familier aux
élèves : l’école. Via des appels lancés
dans les journaux et des circulaires aux
parents, l’équipe éducative a ainsi
retrouvé d’anciens écoliers du SacréCœur, comtemporains de l’événement,
et a pu faire bénéficier tous les niveaux
de leurs précieux témoignages. Il a
fallu cependant adapter voire élargir le
sujet pour qu’il convienne à chaque
tranche d’âge. « L’idée était aussi de
redécouvrir l’histoire de notre patrimoine et de notre ville, même avant la
Seconde Guerre mondiale », poursuit
Catherine Lelong.
Il en a résulté un projet foisonnant. Les
classes de maternelle ont travaillé sur la
paix et réalisé un livre numérique. Les
élèves de cycle 2 ont réfléchi sur ce
qu’était l’école autrefois (fabrication de
bonnets d’âne, prise de photos à la
Doisneau, écriture à la plume). Les
élèves de cycle 3 ont plus spécifiquement travaillé sur ce pan de l’histoire en
jouant les journalistes auprès de leurs
L
36 Enseignement catholique actualités N° 361, juiN-juillet 2014
LES ÉCOLIERS DU SACRÉ-CŒUR À OUISTREHAM ONT
Sur l’école d’autrefois
Zoé, CE1 : « Ma grand-mère nous a
prêté une vieille voiture à pédales qui
ressemblait à celle d’une photo de
Doisneau. »
Maxime, CE1: « On a essayé de
refaire la photo. »
Camille, CM2 : « On a appris à fabriquer nos propres osselets à partir de
pieds de cochons. »
Brice, maternelle : « Des papys et
mamies sont venus. Ils nous ont dit
que dans leur école, il n’y avait pas de
garçons mélangés avec des filles. »
François-Valentin, CM2 : « Eux, leur
trousse, ils l’avaient pour toute leur
scolarité. Nous, on change. »
Sur le témoignage d’un ancien
élève, aujourd’hui âgé de 82 ans
Hugo, CM2 : « Désiré DajonLamarre, qui était élève dans notre
école en 1944, nous a dit que la
guerre était dure à voir et à entendre.
Mais il n’était pas en colère contre les
Allemands. Il a même passé un Noël
avec eux. »
Victor, CM2 : « Il s’était fait ami avec
des Italiens mais aussi des Allemands. Il ne pouvait pas dormir à
cause des obus et il avait beaucoup
maigri car il n’avait pas beaucoup à
manger. Il a aussi dit qu’à la rentrée,
le maître a fait l’appel et il manquait
beaucoup de copains à lui. »
arrières grands-parents pour garder
trace de leurs souvenirs de l’Occupation. « Cela a permis à certains enfants
de parler de ce sujet pour la première
fois avec leur famille », confie Catherine Lelong. De son côté, l’équipe éducative a fouillé les archives municipales
pour l’histoire de l’établissement et
découvrir qu’il avait été bombardé le
1er juin 1944. Les cycles 3 ont compilé
le travail de toute l’école sur un blog
consultable sur le site de la direction
T
© N. F.ossey-Sergent
Quarante-six établissements du
diocèse du Calvados ont mené un
travail de mémoire cette année
autour du Débarquement. Une
plongée dans l’histoire émouvante
pour les élèves qui ont pu ainsi
découvrir la Guerre autrement, au
contact de témoins de l’événement.
Les photos de Doisneau ont inspiré la classe de CE1 et ont ap
Sur leur propre famille
François-Valentin : « J’ai appris que
mon arrière grand-père avait été capturé par les nazis et qu’il a sauté d’un
pont pour s’échapper. Il a survécu et il
a choisi d’appeler toute sa descendance Marie. »
Hugo : « Je savais que mon arrière
grand-mère avait vécu la guerre.
Mais en faisant le questionnaire, j’ai
appris que sa maison avait été
détruite et qu’elle, sa sœur et sa mère
diocésaine1. Pour ce travail, ils ont pu,
entre autres, bénéficier de visites adaptées au Mémorial de Caen, refaire les
10 km de marche du commando Kieffer
(les seuls Français qui participèrent au
Débarquement) et rencontrer, grâce à
l’association Les liens de l’histoire,
Désiré Dajon-Lamarre, 82 ans aujourd’hui, simple écolier ouistrehamais en
1944. Une façon de découvrir la grande
histoire sous un angle local.
Les élèves habitant Ouistreham ont
3661 p36-37 paroles OK:- 08/07/14 17:48 Page37
our que la nôtre soit belle »
TRAVAILLÉ SUR L’ANNIVERSAIRE DE DÉBARQUEMENT.
Sur la commémoration
Victor : « À la commémoration du
6 juin, on a vu Obama, Poutine et la
reine Élizabeth. On se sentait un peu
comme des VIP. »
Alix : « C’est important de connaître
ce qu’il s’est passé, car c’était chez
nous et en plus c’était mondial. »
Stéphane, CM2 : « À 15 h, François
Hollande est arrivé. Il y avait une fanfare. Puis les autres chefs d’État ont
suivi. Tout le monde criait et tapait des
pieds. »Ò
Hugo : « Le discours de François Hollande, je l’ai trouvé beau et émouvant. Il disait que les gens étaient
morts pour notre liberté. Ils ont donné
leur vie pour que la nôtre soit belle. »
CE1 et ont apporté aux enfants une vision de l’école d’autrefois.
se sont réfugiées à Escoville dans
une cabane pour cochons. Ce n’était
pas facile quand elle en parlait. Elle
pleurait presque. »
Victor : « Moi j’ai interviewé Michel, le
frère de mon papy. Il n’était pas trop
à l’aise d’en parler mais il m’a dit que
pendant deux ans, à Hermanvillesur-Mer, il n’a pas eu école et que
tous les matins et soirs, les Allemands défilaient dans la rue principale. »
Sur la reconstitution de la marche
du commando Kieffer
Lucie, CM2 : « On a marché avec
Léon Gauthier qui a 91 ans et est un
vétéran du commando Kieffer. »
Zoé : « On a refait les 10 km qu’il
avait effectués avec ses hommes. On
l’a fait avec les fusiliers marins commandos de Lorient. Ils nous ont
même prêté leurs bérets ! »
Alix : « C’était surtout émouvant
lorsqu’on a traversé le pont Pégasus. »
Camille : « C’est le moment que j’ai
préféré de tout ce qu’on a fait dans
l’année. »
Propos recueillis par
Noémie Fossey-Sergent
1. Le travail de tous les établissements est à découvrir sur
le site de la direction diocésaine du Calvados :
http://www.ddec14.fr (Explorations éducatives).
Une course de l’espérance
à Omaha Beach
élèves de primaire et collège du
Calvados ont couru près de
3 km, le 22 mai 2014, sur la plage d’Omaha Beach,
en mémoire des soldats morts lors du Débarquement.
La journée, organisée par l’Ugsel, leur a ensuite
permis de visiter le site, avant de prendre part à un
temps de prière au cimetière américain de Collevillesur-Mer. Ailleurs en Normandie, dans la Manche,
1 600 collégiens de l’enseignement catholique
se sont eux aussi mobilisés. Répartis dans cinq
lieux autour de Coutances, ils ont formé le mot
« paix » avec leurs corps avant d’assister
à un concert de gospel. NFS
3 600
également eu la chance d’être invités
par François Hollande à la commémoration internationale du 6 juin, qui avait
lieu dans leur ville, et à laquelle étaient
conviés les chefs d’États.
Les témoignages ont permis à ces jeunes
de mieux comprendre la complexité de
cette période et de saisir les moments de
fraternité vécus malgré la dureté de la
guerre. À souligner également : la
démarche qui a consisté à mettre les plus
grands dans la peau d’enquêteurs afin de
D. R.
NT
les rendre acteurs de cette mémoire et
non simple « receveurs ». « Nous voulions lancer un travail d’exploration
éducative sur un temps long, détaille
Dominique Desrues, directeur diocésain du Calvados. L’idée était de travailler sur l’histoire mais aussi de façon
plus générale sur la mémoire. Grâce à
notre partenariat avec le Mémorial de
Caen, les enseignants ont pu bénéficier
de conseils et de ressources. Nous avons
pu intégrer le Comité de pilotage public
du 70e anniversaire du Débarquement,
ce qui nous a donné une vraie légitimité
tout au long de l’année. Il y a eu un vrai
enthousiasme sur ce projet qui était
basé sur le volontariat. Chaque établissement a développé des projets de fond
qui ont permis de tisser de nouveaux
liens intergénérationnels. »
N° 361, juiN-juillet 2014 Enseignement catholique actualités
37
361 p38-39 enquête Corr1:- 08/07/14 17:48 Page38
Photos : D. R.
E nq uêt e
f
Au lycée de Combloux, l’été, place à la montagne...
... et aux stages de musique.
Les colonies de vacances investissent Briacé.
Ouverts 365 jours par an… ou p
de groupes d’adultes. « Nous participons ainsi à notre mission d’animation du territoire », note Gwenaëlle
Guillard, directrice du collège et lycée
de Briacé, en Loire-Atlantique. Le parc
dans lequel se situe l’établissement est
l’objet de bien des convoitises…
Depuis plusieurs années, des colonies
de vacances y ont élu domicile, utiliExpéditions en montagne
sant par ailleurs l’internat, le réfecLAURENCE ESTIVAL
Cette collaboration entre le collège et toire et les salles de cours,
l’association organisatrice du Festival transformés pour l’occasion en
n Avignon, les trois coups vien- Off a commencé il y a 25 ans. Répon- espaces de jeux ou en bases de repli
nent de retentir… dans les salles dant à l’époque à la demande de troupes en cas de mauvais temps… À Parayde classe, sous le préau et dans la à la recherche de lieux pour présenter le-Monial (Saône-et-Loire), les pèlecour du collège Saint-Jean- leurs mises en scène, le collège a rins du monde entier ont pris
Baptiste-de-La-Salle, où ont été instal- accepté de louer ses locaux inoccupés à l’habitude de faire escale à l’ensemlés tréteaux et rideaux rouges. Situé à cette période de l’année. Cet exemple a ble scolaire La-Salle, loué par la comquelques enjambées du Palais des depuis fait des émules : nombre d’éta- munauté de l’Emmanuel à des prix
papes, l’établissement est l’un des par- blissements restent ouverts l’été pour bien plus attractifs que les hôtels
tenaires du Festival Off qui se déroule répondre aux sollicitations d’associa- environnants…
parallèlement au Festival officiel d’Avi- tions en quête de points de chute pour L’ensemble scolaire regroupant le
gnon. Du 5 au 27 juillet, une cinquan- organiser activités sportives, cultu- collège de l’Assomption de Sainttaine de spectacles créés pour le jeune relles, colonies de vacances ou accueil Gervais et le lycée agricole de Compublic ou pour les adultes
bloux, en Haute-Savoie,
amoureux des planches vont
n’est pas en reste. Sa situase succéder à un rythme
tion, au pied du mont Blanc,
endiablé. Des contes pour
en fait une destination de
enfants à la reprise de grands
choix pour un public hétéroclassiques en passant par des
clite : enfants originaires des
comédies musicales, la diverquatre coins de l’Hexagone,
sité des représentations attire
membres de comités d’en30 000 visiteurs chaque
treprise, participants à des
année. Une vitrine qui a de
stages de musique appréquoi faire des jaloux. « C’est
cient les visites et les expédipour nous l’occasion d’actions en montagne imacroître notre notoriété auprès
ginées pour eux par la jeune
de potentiels élèves et de leurs
étudiante en BTS tourisme
familles. Mais c’est aussi un
en contrat de professionnalimoyen de rappeler l’impor- La ferme pédagogique du lycée agricole de Tourville-sur-Pont−Audemer (Eure). sation recrutée pour déveColonies de vacances, stages pour
adultes, manifestations artistiques…
Louant salles de cours et internats,
nombre d’établissements ne ferment
pas leurs portes l’été, fidèles à leur
volonté d’ouverture à tous et à leur
mission d’acteurs du territoire. Une
occasion aussi de dégager quelques
subsides dont bénéficient les élèves.
tance que nous accordons à la dimension culturelle dans l’éducation des
jeunes, y compris dans un établissement comme le nôtre, plutôt orienté
vers les matières scientifiques et technologiques », reconnaît le directeur,
Frédéric Moureaux.
D. R.
E
38 Enseignement catholique actualités N° 361, juiN-juillet 2014
361 p38-39 enquête Corr1:- 08/07/14 17:48 Page39
f
u presque
lopper ce type de prestations. « Notre
tutelle a fait de l’écologie une de ses
priorités. Nous sommes la tête de pont
du réseau pour sensibiliser petits et
grands au développement durable »,
souligne le directeur Pierre Chavand,
qui réfléchit à la création de produits
touristiques clés en mains afin d’élargir
sa cible. Pour lui, pas question de
délaisser pour autant les publics les
plus démunis, l’ouverture à tous étant
une autre des missions des établissements.
Sur ce terrain, le lycée Horace-Bénédict-de Saussure de Combloux a déjà
pris ses marques. « Nous sommes un
des rares endroits
de la région à pro- « Les colonies
poser des activités de vacances
handisports »,
génèrent
rappelle-t-il. Des
groupes d’adultes
un chiffre
de milieux défavorisés profitent d’affaire de
aussi, grâce à des 100 000 €. »
séjours organisés
par le Secours catholiques, des lits disponibles dans les dortoirs, désertés en
juillet par les élèves pour l’air frais des
Alpes ! L’établissement organise par
ailleurs des chantiers d’insertion en
collaboration avec le conseil régional.
Chômeurs de longue durée et bénéficiaires du RSA viennent reprendre
pied et s’initier aux métiers de l’accueil et de la restauration, y compris
pendant l’été.
Au lycée agricole de Tourville-sur-PontAudemer (Eure), l’ouverture à tous est
le fil conducteur des activités organisées
Atelier pâtisserie à Tourville.
en période estivale. « Nous mettons par
exemple l’accent sur l’accueil de jeunes
de la banlieue parisienne. Le lundi,
quand ils arrivent, la plupart sont très
excités. Ce n’est pas évident pour eux
de se retrouver à la campagne. Mais
quand ils repartent cinq jours plus tard,
certains ont les larmes aux yeux grâce
aux activités organisées dans notre
ferme pédagogique », pointe le directeur
Philippe Bréant.
Des retombées financières
Acteurs du territoire et ouverts à tous,
les établissements voient dans l’accueil
de groupes l’occasion de retombées financières. « Sans ces apports financiers,
nous n’aurions pas pu embaucher autant
de salariés à temps complet pour nos
activités de restauration », mentionne
Gwenaëlle Guillard. « Les colonies de
L’école avant l’école
Le collège La-Salle, partenaire du Festival d’Avignon.
vacances génèrent un chiffre d’affaire
de 100 000 euros. Ces recettes nous permettent de rentabiliser nos investissements », ne cache pas pour sa part
Philippe Bréant. Mais nous devons rester
vigilants et ne pas faire n’importe quoi.
La réglementation impose d’ailleurs un
certain nombre de garde-fous. » Premier
d’entre eux : les établissements doivent
éviter des démarches trop agressives et
ne pas faire ombrage aux professionnels
de l’accueil et de l’animation si l’un de
leurs centres est situé à proximité.
Deuxième clause : cette manne financière
doit être réinvestie dans la formation et
donc profiter aux élèves qui au final
sont les principaux bénéficiaires du développement de ces propositions. Une
aubaine en ces temps de disette pour
faire du soutien scolaire, initier des
voyages d’études ou encore améliorer
le bien-être quotidien…
D. R.
Où se loger l’été ? À l’ensemble scolaire de Paray-le-Monial !
Même s’ils sont minoritaires, quelques établissements
organisent aussi des activités pour leurs élèves pendant
les grandes vacances. C’est notamment le cas de
plusieurs écoles du diocèse de l’Oise où la dernière
semaine d’août est utilisée pour proposer aux CM1 et
CM2 des cours de remise à niveau. « Gratuites pour les
familles, ces prestations rencontrent un certain succès.
Par petits groupes de cinq ou six, les élèves bénéficient
d’un accompagnement en maths et en français de la part
d’enseignants volontaires rémunérés en heures
Vacances studieuses...
supplémentaires », détaille Catherine Desaille, la directrice de
l’école Sainte-Bernadette à Beauvais. Au collège Saint-Mauront de Marseille, une
préparation est également offerte aux élèves qui entrent en 6e fin août. Le collège
organise aussi des mini-stages centrés sur la préparation du Brevet des collèges ou
l’organisation d’activités à la fois éducatives et ludiques (informatique, initiation à la
vidéo…) pendant les vacances d’hiver et de printemps. « L’été, il n’y a pas de demandes.
De toute façon, nos fonds propres, dans lesquels nous puisons pour mettre en place ces
activités, ne seraient pas suffisants ! », constate le directeur Jacques Le Loup. LE
N° 361, juiN-juillet 2014 Enseignement catholique actualités
39
361 p40-41 Réflexion (corr 1):- 08/07/14 17:49 Page40
Réflexion
Repenser l’homme
SYLVIE HORGUELIN
© S. Horguelin
Les mutations de la société bousculent les chrétiens dans leur compréhension de l’homme.
Tel fut le constat posé lors du congrès des directeurs diocésains. Retour sur ce temps
de réflexion très dense qui s’est tenu à Nantes, les 12 et 13 mai derniers.
de la nature ». Dans son
livre L’animal est l’ave’est au groupe
nir de l’homme, le philode recherche en
sophe Dominique Lestel
anthropologie
évoque « le manque de
chrétienne de l’Institut
pertinence de la particucatholique de Paris,
larité humaine du vivant
coordonné par le père
et la violence du comHenri-Jérôme Gagey,
portement humain face
qu’avait été confié le
à l’animal ». Le judéotemps de réflexion prochristianisme est ainsi
posé aux directeurs diomis au banc des accusés,
césains lors de leur
relève Joël Molinario,
dernier congrès. Plucar il a institué une dissieurs universitaires se
tinction orgueilleuse de
sont frottés à tour de rôle
l’homme fait à l’image
au thème de ces deux
de Dieu et dominant les
jours : « La vision chréanimaux. Enfin, le raptienne de l’anthropoloport homme /machine
gie, interrogée par les
s’estompe avec le dévemutations contempoAmbiance conviviale entre deux interventions pour les directeurs diocésains et le secrétaire général.
loppement des sciences
raines. Quelles conséquences pour l’engagement éducatif construction humaine », dont le prototype technologiques et notamment de la
aujourd’hui ? ».
est Marcel Duchamp ; les génocides du robotique. Nombreux sont les chercheurs
Manon des Closières a commencé par xx e siècle qui avaient « pour projet qui annoncent « le relèvement de l’humarappeler les fondamentaux de la foi chré- politique la négation de l’humain » ; ou nité moderne par des êtres d’un genre
tienne dans sa conception de l’humain, encore la philosophie contemporaine, nouveau, héritiers des cyborgs, permetavant que Joël Molinario ne démontre « Heidegger et tous les déconstructivistes, tant d’abolir les finitudes les plus élémencombien ces évidences sont aujourd’hui tels Derrida ou Foucault ». Désormais, taires : naissance, maladie, mort ».
remises en question... Pour le chrétien, ce qui était réservé à quelques structua exposé la jeune femme en s’appuyant ralistes des années 60 est passé dans la Dominer la technologie
sur la constitution pastorale Gaudium culture ordinaire – littérature, théâtre, Ce mouvement de déconstruction de
et Spes, « le mystère de l’homme ne médecine, manières de vivre –, a souligné l’humanisme conduit à remettre en
s’éclaire que dans le mystère du Christ, Joël Molinario.
cause deux héritages : le corps n’est
vrai homme et vrai Dieu ». Avec une
plus reçu mais conçu comme un objet à
« L’homme est en passe
triple conviction : « L’homme est créé,
refaire, et ses limitations structurelles
de se détruire
appelé à la vie éternelle avec Dieu et il
sont comprises comme des obstacles ;
est sauvé. » Ainsi, résume-t-elle,
la notion de nature humaine a tendance
lui-même »
« l’homme est une créature issue d’une
à disparaître. L’homme est en passe de
volonté aimante qui comprend sa part Ces mutations touchent trois structures se détruire lui-même. Il peut influencer
de mystère ». Cette anthropologie est à anthropologiques fondamentales : la dif- le climat, jouer sur la nature… Faut-il
présent mise à mal « et avec elle la notion férence sexuelle, le rapport homme/ani- s’en alarmer ? Oui, répond l’universimême d’être humain et d’humanisme », mal et le rapport homme / machine. Pour taire, car ces changements touchent les
a poursuivi Joël Molinario. Différents la première, on se référera aux travaux de chrétiens de plein fouet. « Comment
facteurs ont fait voler en éclats le consen- Judith Butler qui défend l’idée « du parler de la résurrection de la chair si
sus humaniste. Parmi eux, on compte caractère infondé de la différence le corps est construit avec des pro« les artistes, sismographes de la dé- sexuelle, au regard de toute philosophie thèses électroniques ? », s’est interrogé
C
40 Enseignement catholique actualités N° 361, juiN-juillet 2014
361 p40-41 Réflexion OK:- 09/07/14 14:39 Page41
désir de ralentir le monde. L’homme est
à la recherche aujourd’hui d’« oasis de
décélération ».
logien. D’où l’importance de l’identité
narrative, chère à Paul Ricoeur. « Pour
comprendre qui est Albert, on ne peut
que raconter son histoire. » Voilà qui
Vérificateurs de sens
explique pourquoi les enfants et les adoDans ce contexte, comment donner un lescents sont avides de récits !
sens à sa vie ?, s’est demandé enfin « La Bible est une école pour apprendre
Henri-Jérôme Gagey. Selon lui, le sens à raconter sa vie et à se la jouer », rappelle-t-il. Henri-Jérôme
Gagey incite, avec
Dietrich Bonhoeffer, à
« ne pas couper l’Ancien
du Nouveau Testament,
sans quoi on présente un
moralisme insupportable. Si vous n’avez pas
reconnu ce que vous êtes
dans l’Ancien Testament, le Nouveau Testament ne pourra rien
pour vous ! », a-t-il lancé
à l’assemblée attentive.
Et de conclure : « Les
institutions dont vous
Visite de la cathédrale de Nantes pour les congressistes.
avez la charge sont
ne se donne pas. « Il se reçoit et on le appuyées sur des récits fondateurs qui
reprend de façon critique. » Ainsi, la permettent d’initier ceux qui entrent
Bible décrit-elle une vision du monde dans l’histoire. » De quoi conforter les
avant de raconter toutes les désillusions éducateurs et les enseignants qui prenqui s’en sont suivies. « Nous ne sommes nent en compte le fait religieux, tout
pas des chercheurs de sens mais des comme l’éducation morale, dans leurs
vérificateurs de sens », a avancé le théo- disciplines ou activités.
BIENVENUE DANS LA POSTMODERNITÉ !
P
our le théologien Henri-Jérôme Gagey, « nous sommes tout à la fois des traditionalistes,
des modernes et des postmodernes ». Le monde de la tradition est un monde stable où des
sages indiquent à chacun sa place. Le monde moderne remet tout en cause. Il s’est édifié dans
une critique constante de la tradition. Le monde de la postmodernité, quant à lui,
« c’est le monde dans lequel l’esprit critique a remporté une victoire totale sur la tradition », a-til poursuivi lors du congrès des directeurs diocésains (voir ci-contre).
Dans la postmodernité, tout bouge tout le temps. La terre est une biosphère à l’équilibre instable. Et nous savons qu’une catastrophe est possible si nous ne prenons pas soin de la planète.
Le poids de cette responsabilité est énorme et peut engendrer « la fatigue d’être soi ». « Nous
voudrions du dur et le dur fait défaut ! », a souligné le théologien. « Cette situation est-elle nouHenri-Jérôme Gagey.
velle dans l’histoire de l’humanité ? » a interrogé Jérôme Brunet, directeur diocésain de Blois.
« L’histoire ne se répète pas mais nous avons déjà connu des périodes de grand désarroi », a répondu le philosophe Ronan
Sharkey. Ce fut le cas lors de la Réforme qui a marqué l’effondrement d’un univers unifié. « La postmodernité est pleine de promesses mais a un aspect inquiétant », a souligné ce dernier. Pour Henri-Jérôme Gagey, c’est une crise sans précédent car
toutes les populations du monde sont touchées. Devant le vertige suscité par ces bouleversements, « le sujet postmoderne est
condamné à la mystique ». Chacun est ainsi placé devant « la nécessité d’inventer des conditions viables pour l’épanouissement du Logos créateur ». SH
N° 361, juiN-juillet 2014 Enseignement catholique actualités
© S. Horguelin
© S. Horguelin
Joël Molinario. À nous de discerner ce
qui est négation de l’humain et ce qui
est positif, ce qui touche au mieux être
et ce qui relève de la dérive. Tandis que
domine l’utilitarisme, il revient donc
aux chrétiens de s’emparer de ces
questions pour élaborer une éthique
dans ce nouveau contexte, en prenant
de l’avance sur la technologie.
Le philosophe anglais Ronan
Sharkey s’est attaché, pour sa
part, à définir ce qui caractérise
l’homme moderne : l’individualisation de ses conduites et le
désenchantement de sa raison. Et
de citer le philosophe Sigmund
Bergmann : « Les conduites des
individus sont à ce point individuelles, que les institutions
solides (banques, États…) sont
devenues liquides. Les individus
sont instables à l’image de la
société. Une instabilité qui
marque les jeunes au fer rouge. »
Dominent l’impression de l’accélération du temps et un épuisement
de l’être humain dans tous les
domaines. « Les technologies devaient
nous faire gagner du temps, c’est le
contraire qui s’est produit », a noté
Ronan Sharkey. Nous subissons une
accélération exponentielle. D’où le
41
361 p42-43 Images Corr1:- 08/07/14 17:50 Page42
Images parlantes
Vous avez à présenter l’année liturgique à travers cinq images. Vous choisissez lesquelles ? Vous les
commentez comment ? François Bœspflug, dominicain, professeur émérite à l’université de Strasbourg,
relève le défi. Voici la cinquième et dernière image, pour le temps d’après la Pentecôte et les mois d’été.
D. R.
Une femme en chaire
Marie-Madeleine prêchant aux Marseillais, huile sur panneau de bois, 70 x 80 cm, 1513, copie d’un tableau de la fin du XVe siècle,
peut-être peint par Antoine Ronzen, actif en Provence de 1508 à 1525 - Musée du Vieux-Marseille1.
Un panneau peint conservé dans
la cité phocéenne se fait l’écho
de la croyance selon laquelle
Marie-Madeleine, après avoir
accosté au Vieux-Port, aurait prêché
l’Évangile aux Marseillais.
FRANÇOIS BŒSPFLUG
42 Enseignement catholique actualités N° 361, juiN-juillet 2014
e 22 juillet, jour de la fête de sainte
Marie-Madeleine, la tradition veut
que son éloge soit prononcé du haut
de la chaire de la basilique SainteMarie-Madeleine de Saint-Maximinla-Sainte-Baume (Var). Le signataire se
souvient d’avoir été invité à le faire
dans les années 1970, ce qu’il fit volon-
L
tiers, en jeune dominicain zélé, devant
un grand concours de peuple. Avec le
recul, il ose s’avouer qu’il aurait peutêtre dû y réfléchir à deux fois. Car à ses
yeux d’aujourd’hui, il serait plus
logique que ce soit une femme, non un
clerc ordonné, qui s’acquitte de cette
tâche, surtout en ce lieu, et reproduise
361 p42-43 Images Corr1:- 08/07/14 17:50 Page43
ce que fait Marie-Madeleine sur ce
tableau restauré en 2005 : prêcher.
La prédication de Marie-Madeleine fut
considérée durant tout le Moyen Age
comme un fait historique avéré. La
Légende dorée rapporte en effet que quatorze ans après la Passion, les disciples se
dispersèrent pour semer la parole de
Dieu parmi les païens. Saint Pierre avait
recommandé Marie-Madeleine à saint
Maximin, l’un des soixante-douze disciples (Lc 10, 1 : « Après cela, le Seigneur
désigna soixante-douze autres disciples
et les envoya deux par deux… »).
Soixante-douze ou soixante-dix fut le
nombre chargé de dire celui des nations
païennes. « Au moment de cette dispersion, Maximin, Marie-Madeleine,
Lazare son frère, Marthe sa sœur et
Martille, suivante de Marthe, et enfin le
bienheureux Cédonius, l’aveugle-né
guéri par le Seigneur, furent mis par les
infidèles sur un vaisseau […] et abandonnés en mer sans aucun pilote […]
Dieu permit qu’ils abordassent à Marseille. N’ayant trouvé personne qui voulût les recevoir, ils restaient sous le
portique d’un temple élevé à la divinité
du pays. Or, comme sainte Marie-Madeleine voyait le peuple accourir pour
sacrifier aux dieux, elle se leva avec le
visage tranquille, le regard serein et par
des discours fort adroits, elle le détournait du culte des idoles et lui prêchait
sans cesse Jésus-Christ. Tous étaient
dans l’admiration pour ses manières
fort distinguées, pour sa facilité à parler,
et pour le charme de son éloquence. Ce
n’était pas merveille si une bouche qui
avait embrassé avec autant de piété et de
tendresse les pieds du Sauveur eût
conservé mieux que les autres le parfum
de la parole de Dieu. »
Cette explication ne manque pas de
charme. La composition du panneau
paraît néanmoins inspirée, plutôt que
de la Légende dorée elle-même, de
deux des strophes d’un chant populaire
racontant les épisodes de la vie de la
sainte, la Cantinella de la Santa Maria
Magdalena. Juchée de manière quelque
peu inconfortable en haut d’une volée
de marches étroites, « le dos au mur »,
Marie-Madeleine porte un voile et le
peintre l’a dotée d’un nimbe. D’après la
Légende, c’est seulement au terme de
sa vie d’ermite dans la grotte (la
« baume », du gaulois balma, « caverne
d’ermite ») au-dessus de Saint-Maximin, que la pénitente aurait accédé à la
sainteté. Qu’importe : le tableau anticipe sur la fin de l’histoire.
« Marie-Madeleine évangélisa
les apôtres et les devança
dans le témoignage
en faveur du Christ
Ressuscité. »
L’auditoire est fait de personnes assises
au premier rang, des femmes avant
tout, mais aussi, sur un siège plus haut,
un couple de têtes couronnées aux vêtements sombres et luxueux (sans doute
Charles III du Maine, dernier comte de
Provence avant le rattachement à la
France en 1481, et son épouse Isabelle
de Lorraine : le tableau choisit l’anachronisme pour souligner que l’annonce de la sainte est toujours
d’actualité).
Derrière, un second rang, peut-être un
troisième, d’auditeurs debout, parmi
lesquels des hommes en chapeau. Au
premier plan sur la gauche, collée contre
la muraille, une longue silhouette. En
arrière fond, le Vieux-Port, dont ce
serait une des toutes premières représentations en peinture, avec des bateaux
dans la rade. À l’arrière-plan, les rétines
marseillaises peuvent reconnaître le
couvent de Saint-Victor et la colline de
la Garde. À son sommet, on distingue le
poste de vigie et à son pied l’anse du
Pharo. Sur la rive nord, on peut identifier de même l'église Saint-Laurent, les
Accoules, la Butte des Moulins dominant la ville et au premier plan le fort
Saint-Jean. Dans le coin inférieur droit,
une embarcation, dont rien n’interdit de
penser que c’est celle qui a conduit la
sainte jusqu’à Marseille.
Apôtre des apôtres
Les Marseillais qui l’écoutent paraissent attentifs et ne semblent pas émettre
d’objection. Que durant l’homélie
qu’un clerc adresse aux adultes, une
femme prêche aux enfants conduits à la
sacristie ou à la salle paroissiale, sem-
ble à tous normal. Mais qu’elle prêche
avec autorité aux adultes, de plein droit
et au cœur de la liturgie, juste après la
proclamation liturgique de l’évangile...
Pourtant, on ne voit pas ce qui pourrait
s’y opposer, sinon la pesanteur des
habitudes, renforcée par le cléricalisme. La réflexion des historiens et des
théologiens n’y verrait au contraire que
la conséquence légitime du double fait
que Jésus a toujours traité les femmes
en égales et que l’une des premières
personnes qui aient annoncé la résurrection aux apôtres enfermés au cénacle
par peur des Juifs fut une femme, Marie
de Magdala précisément.
Elle reconnut Jésus ressuscité au seul
timbre de sa voix prononçant son prénom. Jésus lui-même l’envoya la première en mission : « Va trouver mes
frères, et dis-leur que je monte vers
mon Père qui est votre Père, vers mon
Dieu qui est votre Dieu. » (Jn 20, 17b).
Marie de Magdala vint donc annoncer
aux disciples : « J’ai vu le Seigneur, et
voilà ce qu’il m’a dit » (Jn 20, 18).
Dans l’Évangile de Luc, ce sont trois
femmes voire plus, non une seule, qui
annoncent le tombeau vide et le message de la résurrection aux Onze, qui
restent sceptiques (Lc 24,9-11). Une
chose est claire, en tout cas : cette
femme, ou ces femmes, méritent sans
conteste le titre d’apôtre des apôtres
(apostola apostolorum), et des théologiens de notre temps, non des moindres, s’accordent sur ce point avec la
théologie médiévale, la Légende dorée
et le bon sens.
1. Musée du Vieux-Marseille : Maison Diamantée,
2 rue de la Prison, 13002 Marseille.
http://orbes.mobi/grpmt-innovision_extnummhm_plateforme-hm
zBiBliographie.
Jacques de
Voragine, La Légende dorée, trad.
de J. roze, paris, garnier-Flammarion, t. 1,
1967, p. 456 et suiv., sp. 468 ; éd. sous la
dir. d’a. Boureau, paris, gallimard,
« Bibliothèque de la pléiade », 2004, p. 512 ;
e. et J. Moltmann, Dieu, homme et femme,
paris, Éditions du Cerf, 1984 ; J.-p. gavardperret, notice sur ce tableau ; J.-Cl. gaudin,
D. giraudy, La Prédication de MarieMadeleine, Musée de Marseille, 2006.
N° 361, juiN-juillet 2014 Enseignement catholique actualités
43
361 p(44)-45 Planète Ok:- 09/07/14 15:08 Page44
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44 Enseignement catholique actualités N° 361, juiN-juillet 2014
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Boire et déboires
Sur Internet, les adolescents se
lancent des défis dangereux comme
boire de grandes quantités d’alcool.
Pour contrer cette mode, des jeunes
et des associations la déplacent sur
le terrain du caritatif.
MAXIME MIANAT
Gueule de bois chez les ados. Selon
une enquête Ipsos Santé publiée en
juin, plus de la moitié des garçons et
des filles de dix-sept ans déclaraient
avoir vécu, dans le mois écoulé, une
alcoolisation ponctuelle importante.
De cette consommation régulière (le
binge drinking) découle le succès de
la Neknomination, pratique consistant
à se filmer saoul puis à partager la
vidéo sur Internet. Le même mois,
dans le Morbihan, un jeune
homme de dix-neuf ans a trouvé
la mort en se jetant dans un
fleuve, un vélo attaché à la
jambe. Sa noyade est le résultat
tragique d’un autre pari, « À
l’eau ou au resto », actuellement
très en vogue sur les réseaux
sociaux. Il consiste à défier ses
contacts en leur laissant le choix de
se jeter à l’eau ou bien de leur offrir
un dîner au restaurant. Se filmer en
train d’essayer de dépasser ses limites
est devenu un jeu social dont les adolescents et jeunes adultes ne saisissent
pas toujours le danger.
« Sur Facebook, l’audimat intime devient important. Ainsi, un défi relevé
acquiert de la valeur parce qu’il est
relayé. Même lorsqu’il s’agit de montrer une photo de soi enfant, le but est
de rassembler un audimat. Il y a la
volonté de se montrer », décrypte le
psychanalyste Michael Stora, interrogé
par Francetv info. La notoriété du
Français Rémi Gaillard, dont les défis
filmés obtiennent parfois jusqu’à trente
millions de vues, peut également pousser à la surenchère ceux qui rêvent de
lui ressembler. Sur le Web, tout est bon
pour accroître la viralité d’une vidéo.
Se mouiller
pour la bonne cause
Déconcerté par le phénomène, un
jeune photographe bordelais, Julien
Voinson, a contre-attaqué en lançant
un mouvement appelé Smart nomination. Le principe : effectuer un acte
Une course pour la bonne cause,
le 6 juin à Berck.
D.
R.
caricatif devant la caméra (aider des
sans-abris, donner son sang…) puis
demander à trois de ses contacts
Facebook d’en faire autant. Sa première
vidéo, mise en ligne en février, a depuis
été vue 900 000 fois. « Elle n’avait à
la base aucun but spécifique, hormis
répondre à ma nomination et stopper
tout simplement la chaîne de vidéos
d’alcool », explique-t-il. Riche de
15 000 fans, la page Facebook officielle
du mouvement1 prouve qu’une réponse
citoyenne et intelligente à des défis
primaires est possible.
Si beaucoup de paris « À l’eau ou au
resto » continuent de polluer nos murs,
de plus en plus d’initiatives les détournent de leur vocation première.
Le 31 mai dernier, 800 personnes
se sont réunies sur la plage du
Portel, dans le Pas-de-Calais,
dans une ambiance festive et
conviviale… avant de se jeter à
l’eau. Les fonds récoltés ont permis d’offrir un fauteuil roulant de
compétition à un enfant handicapé
âgé de neuf ans qui ambitionne de
devenir athlète professionnel. Réussite
similaire le 6 juin, sur la plage de
Berck, pour l’association « Le Monde
de Martin », du prénom d’un garçon
atteint d’une paralysie cérébrale. À
Calais, c’est la lutte en faveur de La
ligue contre le cancer qui a mobilisé
utilisateurs de Facebook et bénévoles,
le 8 juin 2014, autour d’un bain dans
la mer du Nord. Ou comment se mouiller pour la bonne cause.
1. https://www.facebook.com/SmartNomination
D. R.
Planète
Jeunes
MAIS QUE FAIT LA POLICE ?
Face aux dangers de la Neknomination et de ses dérivés, la police nationale utilise les codes du Web
pour mettre en garde les internautes. Sur son compte
Twitter, elle a publié par exemple un comic strip
mettant en scène deux oiseaux perchés sur un fil, dont l’un a été nominé par un défi. « Ne vous laissez pas influencer par un
stupide phénomène de mode », ajoute la police nationale, qui rappelle les problèmes d’e-réputation que peuvent engendrer
les traces laissées par ce genre de comportement.
z Des sites de prévention de l’alcool : http://portail-sante-jeunes.fr/inpes-alcool.html et http://jeunes.alcool-info-service.fr
N° 361, juiN-juillet 2014 Enseignement catholique actualités
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361 p46-47 culture Corr 2:- 08/07/14 17:59 Page46
Expositions
© Nasa
Culture /
Balade au clair de lune
À Paris, l’exposition « Nuit » du Muséum national d’histoire naturelle explore
cet univers scientifique et onirique : des astres du système solaire à la vie
des animaux nocturnes, en passant par le sommeil et les mythes.
350 animaux nocturnes
© A. Brecht
Sous le regard écarquillé de lémuriens et sur fond de hululements,
la promenade se poursuit dans une forêt dont l’obscurité exhale
les odeurs et les bruissements, dispositifs sensoriels interactifs à
l’appui. Quelque 350 animaux empaillés peuplent ce sous-bois
qui met en scène les stratégies d’adaptation à la vie nocturne :
écholocalisation des chauves-souris, bioluminescence des lucioles,
capteurs thermiques des reptiles, oreilles mobiles ou yeux
© MNHN-JC-Domenech
- B. Faye
T
nyctalopes des mammifères.
Le parcours étudie ensuite
l’influence majeure du
rythme circadien sur la reproduction, l’alimentation et
l’hibernation. Autant de processus perturbés par les pollutions lumineuses qui nous
privent de surcroît du spectacle magnifique de la voie
lactée. La mécanique des
rêves et les bizarreries du
sommeil animal sont abordées : le flamand rose qui
dort sur une patte, le sterne qui
ne s’accorde que des micro-sommeils tout en planant pour ne pas
ralentir sa migration ou les cétacés
qui reposent leur cerveau par demihémisphère sans s’arrêter de nager… Le final est dédié aux
monstres de la nuit avec des loupsgarous, vampires et autres croquemitaines, à l’honneur dans les visites
contées proposées au jeune public.
Des frissons vite oubliés dans une
dernière salle où des ombres chinoises rendent à la nuit un
visage ludique et créatif moins inquiétant. Virginie Leray
© MNHN
out en clair-obscur, l’exposition « Nuit » du Muséum national d’histoire
naturelle propose une plongée
dans la pénombre, les murmures
et les mystères nocturnes. Sous
un ciel étoilé, le parcours débute
par une approche astronomique
de l’alternance du jour et de la
nuit. Suspendus au plafond, des
mobiles figurant la course de la
Terre autour du soleil font écho
aux bornes interactives qui mettent la galaxie à portée de doigt.
Une visite ludique dans le monde
Les apports scientifiques sur les
merveilleux de la nuit.
équinoxes, éclipses et le cycle
de la lune n’en occultent pas moins la dimension symbolique.
Ainsi, placé à côté d’un échantillon de roche lunaire prêté par
la Nasa, un papyrus égyptien représente la déesse Nout. Celle
qui avale le soleil chaque soir pour lui redonner naissance à
l’aube, offre une bonne illustration des mythes imaginés par
les civilisations croyant habiter une Terre plate.
z« Nuit ». Jusqu’au 3 nov. 2014, à la Grande Galerie de l’évolution, 36
rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris. Visite enquête pour collégiens et
contes pour les primaires.
UN ZOO CONSERVATOIRE
Après six années de travaux colossaux, le parc zoologique de Paris, installé à Vincennes et propriété du Muséum national d’histoire naturelle, a rouvert ses portes au
public en avril dernier. Et le site, vieux de 80 ans, offre un tout nouveau visage, proposant aux visiteurs de découvrir 180 espèces animales en explorant leurs biotopes d’origine, à travers la Patagonie, le Sahel, les forêts européennes, les tropiques et
Madagascar. Non plus systématiquement offerts aux regards, les spécimens évoluent
dans de vastes enclos préservant leur bien-être. Une exigence d’authenticité qui
requiert un peu de patience aux observateurs, le zoo se voulant à la fois lieu de distraction et espace de sensibilisation à la biodiversité
et à l’écologie. Pour les scolaires, des ateliers et parcours de visite guidée, articulés avec les attentes des programmes scolaires, abordent la classification, l’équilibre des écosystèmes, la chaîne alimentaire, le rôle des parcs dans la conservation des espèces en voie de
disparition. Ils peuvent prendre la forme originale d’une promenade dans les coulisses du zoo, de la réalisation d’un enclos, voire d’une
enquête policière mimant l’investigation scientifique. zwww.parczoologiquedeparis.fr - pedagogie.pzp@mnhn.fr
46 Enseignement catholique actualités N° 361, juiN-juillet 2014
361 p46-47 culture OK:- 09/07/14 15:06 Page47
La tapisserie, trésor de Beauvais
LA CATHÉDRALE
INFINIE DE SKERTZò
l’adaptation de tableaux de
Raoul Dufy et de Matisse, qui
correspondent à la période de
renouveau qu’a connu la
tapisserie au xxe siècle.
Prouesse technique
Cette exposition est l’occasion de se plonger dans l’histoire de la manufacture et de
ses dirigeants successifs, ses
heures de gloire et ses périodes noires (bombardements et incendie), mais
aussi l’histoire de la ville
et surtout l’incroyable travail des lissiers. « La
plupart du temps,
l’auteur de l’œuvre
qui va être transformée en tapisserie n’attend pas
d’eux qu’ils copient le tableau,
mais bien qu’ils se
l’approprient et le réinterprètent », confie
Pierre Bureau, chef
d’atelier. « À partir du
xxe siècle, le lissier n’est
plus un artisan, c’est
un artiste », confirme
Gérald Rémy.
Au-delà de la
prouesse technique,
on découvre ce passionnant travail de
composition, à travers
lequel les lissiers mettent
cette technique traditionnelle au service de la création d’œuvres contemporaines.
Noémie Fossey-Sergent
Les tapisseries ne seraient rien sans le
travail des lissières (en haut), rappelle
Pierre Bureau, chef d’atelier (en blanc).
z« Beauvais 350 ans – Portraits d’une manufacture », jusqu’au 24 août 2014,
à la Galerie nationale de la tapisserie, 22 rue Saint-Pierre à Beauvais. Entrée libre.
Jusqu’au 21 septembre 2014 à
Beauvais, plusieurs soirs par
semaine, Skertzò orchestre un
superbe spectacle sons et
lumières de trente minutes,
projeté sur la façade du
transept sud de la cathédrale
et sur la Galerie nationale de la
tapisserie. Il retrace les grandes
heures de l’histoire de la ville et
rend hommage aux gestes des
lissiers. NFS
LA MALADRERIE
SAINT-LAZARE,
900 ANS D’HISTOIRE
© N. Fossey-Sergent
O
Photos : N. Fossey-Sergent
n retrouve ses
créations à
l’Élysée, dans
les ambassades et les
ministères. Comme sa
grande sœur des Gobelins, la manufacture
de Beauvais, créée par
Colbert en 1664, fournit
toujours aujourd’hui la
décoration de l’État.
Pour satisfaire ses prestigieux – et uniques –
clients, les petites mains
de la manufacture jouent
du grattoir, de la flûte,
du peigne et du poinçon
pendant des mois voire des années. C’est
en pensant à ces lissiers, héritiers d’une
technique qui a traversé les siècles,
que Gérald Rémy, le commissaire de
l’exposition, a travaillé. « J’ai voulu
recréer un parcours initiatique à partir
des âges de la vie, de l’enfance à l’âge
viril, et mettre en lumière ces générations
de lissiers. »
Quatre-vingt-dix
œuvres (tentures
murales, paravents,
mobilier) dialoguent
entre elles sur des
thèmes variés : l’animal et le végétal, la
guerre, les jeux
d’enfants, les relations amoureuses...
Des sièges d’époque
tissés de fleurs (la spécialité de Beauvais)
côtoient des tentures
contemporaines représentant un match de
foot déstructuré, un jet
de peinture noir
incroyablement bien
rendu, un monochrome à relief ou des voitures filant dans un
flou de grisaille. À admirer également :
© N. Fossey-Sergent
À Beauvais, la Galerie nationale de la tapisserie retrace, en partenariat
avec le Mobilier national, 350 ans d’une histoire bien vivante. L’occasion
de renouveler son regard sur cet art qu’on aurait pu croire, à tort, poussiéreux.
À quelques minutes en voiture
du centre-ville de Beauvais,
cette léproserie des XIIe et XIIIe
siècle comprend un logis qui
accueillait les religieux, une
chapelle romane et une grange
dotée d’une charpente
d’époque. Une quinzaine de
lépreux y logeaient. C’est l’un
des rares vestiges aussi bien
conservés des maladreries
d’Europe. Aujourd’hui les
Beauvaisiens viennent y
bouquiner sur des transats. Le
site, entièrement classé, vaut
le détour. NFS
Maladrerie Saint-Lazare, 203 rue de Paris.
Tél : 03 44 15 67 62.
N° 361, juiN-juillet 2014 Enseignement catholique actualités
47
361 p48-51 livres OK:- 08/07/14 18:00 Page48
LIvres
RIRE AUX ANGES
Tout juste décédé, Ariel Auvinen passe un
z
séminaire de formation des anges gardiens
dans une église de la Finlande. Malgré des exercices
religion, transformant par exemple l’ange Gabriel en
formateur zélé. De sa plume facétieuse, il rappelle que
« choisir le droit chemin est souvent d’une difficulté
pratiques peu concluants en raison de sa maladresse, insurmontable pour les hommes, et parfois même
il se voit attribuer la protection d’un mortel, Aaro Korho- pour les anges ». Maxime Mianat
nen. Pour ce dernier, commence alors le début des
ennuis : accident de voiture, hospitalisation, pro- Arto Paasilinna
blèmes sentimentaux… Avec sa verve humoristique Les mille et une gaffes de l’ange gardien Ariel Auvinen
habituelle, l’auteur finnois Arto Paasilinna, célèbre Denoël
pour son Lièvre de Vatanen, joue sur les codes de la 210 p., 20,50 €.
L’ÉNIGME
STAR DE LA TOILE
Modèle préféré de Manet,
d
Olympia est cantonnée
aux tableaux des « Refusés ».
DU MAL
TOUT SUR LE
BRÉSIL
Le Brésil n’est pas qu’une
terre de football ! La Coupe
du monde 2014 est l’occasion
d’évoquer plus en profondeur cet
immense pays d’Amérique du Sud
à travers un album illustré, destiné
aux adolescents. Les thématiques
balayent les questions économiques, sociétales et politiques
mais s’attardent aussi longuement
sur la culture et les spécialités
locales. Plus grande nation catholique du monde (125 millions de
citoyens, soit 64 % de la population), elle doit actuellement faire
face à une grave crise provoquée
par la corruption des élites et les
dépenses faramineuses (plus de
11 milliards de dollars) engagées
pour l’accueil du mondial. Derrière
le sable fin et les buts, une autre
réalité se cache. MM
Or, elle rêve d'être la star d'une
toile célèbre, de poser pour le
clan des « Officiels ». Dans un
musée d'Orsay transformé en
gigantesque plateau de cinéma,
elle court les castings, avide de
gloire. Mais Vénus semble indétrônable et n'est pas du tout prête
à se laisser voler la vedette. Et
l'histoire d'amour entre Olympia
et un Romain du clan adverse ne
simplifie pas les choses... Avec
Moderne Olympia, Catherine
Meurisse signe un formidable
voyage dans l'histoire de l’art du
xixe siècle, sur fond de West Side
Story. Le lecteur s'amuse à
retrouver tous les tableaux dans
lesquels se promène Olympia et
il n'a qu'un envie en refermant le
livre : courir au musée d'Orsay.
Joséphine Casso
La reine du polar suédois
revient avec une nouvelle
aventure d’Érika Falck. Ebba a
été retrouvée seule, toute jeune
enfant, dans l’internat dirigé par
son père sur l’île de Valö, alors
que toute sa famille a soudainement disparu. Le mystère est
resté entier. Elle y revient des
dizaines d’années plus tard, avec
son mari, alors qu’ils viennent de
perdre leur fils unique. Ressurgit
alors le passé, avec sa succession de drames et de douleurs.
Une narration haletante entrecroise les époques, où se posent
sans cesse les mêmes questions
sur l’énigme du mal. Dérives personnelles liées à des traumatismes anciens et dérives
politiques dans un environnement séduit par les extrémismes.
Claude Berruer
d
d
Catherine Meurisse
Moderne Olympia
Futuropolis
Camilla Läckberg
La faiseuse d’anges
Actes Sud
Adriana Brandao, Patrick
Straumann
Aujourd’hui, le Brésil
Casterman
BD, 72 p., 17 €.
448 p., 23,50 €.
48 Enseignement catholique actualités N° 361, juiN-juillet 2014
144 p., 18,50 €.
IMPERIUM
Tels les Hébreux dans le
désert regrettaient l’esclavage en Égypte, de nombreux
Russes évoquent avec nostalgie
l’ex-URSS, dans ce livre de Svetlana Alexievitch. L’auteur de La
Supplication donne la parole à
toutes les classes sociales et
générations pour dire le grand
désastre d’un pays livré aux affairistes sans scrupules. Dans ce
recueil de témoignages incandescents, on découvre que l’accès
aux biens matériels n’a pas
étouffé le rêve d’une société égalitaire qui donnait sens à la vie. Et
ce, malgré les souffrances endurées – déportations, relégations,
populations affamées… – racontées sans concessions par ces
témoins anonymes. Au-delà de
l’histoire d’un pays, c’est la nature
humaine qui est ici interrogée.
Magistral. Sylvie Horguelin
d
Svetlana Alexievitch
La Fin de l’homme rouge – ou
le temps du désenchantement
Actes sud
544 p., 24,80 €.
361 p48-51 livres OK:- 08/07/14 18:00 Page49
MAUPASSANT EN BANDE DESSINÉE
Le narrateur mène une vie paisible en Norz
mandie à contempler les bateaux sur la Seine,
jusqu'au jour où il a la sensation qu'une force invisible
tente de l'étouffer pendant son sommeil. Malgré des
tentatives de rationalisation, la sensation se transforme en conviction. Comment échapper à son pouvoir malfaisant ? Guillaume Sorel adapte en bande
dessinée Le Horla, la célèbre nouvelle fantastique de
Guy de Maupassant. Folie ou véritable manifestation
d'un être surnaturel ? L’auteur introduit une figure d'un
chat auquel le narrateur confie ses peurs, mais dont la
présence renforce le malaise ressenti par le lecteur.
Mais si les thèmes abordés (l'angoisse, la peur de l'invisible, les tentatations mortifères) sont très noirs, le
dessin, lui, est extrêmement lumineux. JC
Guillaume Sorel
Le Horla
Rue de Sèvres
BD, 62 p., 15 €.
LES COULISSES
TOUT UN
CROIRE
DU FOOTBALL
CINÉMA
AU DIALOGUE
il y a les strass, l’or et les paillettes, et puis il y a la vraie
vie et les vrais gens… C’est ainsi
qu’on peut résumer ce roman détonnant, écrit par notre collaborateur.
Kevin, jeune footballeur dans un
petit club amateur, se retrouve engagé dans un grand club de la capitale, le Qatar Football Club. ll va
certes côtoyer des stars du ballon
rond, mais aussi découvrir l’envers
du décor. Une fois le rideau tombé,
on rencontre des personnages haut
en couleurs, souvent « patibulaires
mais presque », mais aussi un système hors-norme corrompu par l’argent. il n’y a pas de place pour les
faibles dans cette société « où la violence n’est qu’une réponse à une
question posée et la gentillesse une
valeur périmée ». Pour le héros, sortir
de cette nasse devient alors une
question de survie. Stève Lepleux
d
Maxime Mianat
Micmac Football Club
City
320 p., 17,90 €.
MANAGEMENT
ES-TU LÀ ?
Dans le cadre d’entretiens
Saul Karoo gagne sa vie
Étienne Perrot, jésuite, veut
d
en réécrivant des scripts davec Marc Leboucher, Paul daider les managers à mobilisouvent brillants afin de les cali- Valadier revient sur les nombreux ser les ressources ignatiennes.
brer aux canons hollywoodiens.
Cela donne généralement des
films médiocres. il ment pour
plaire, se comporte en goujat
avec les femmes, boit. Pas de
place pour les sentiments chez
ce personnage cynique…
jusqu’au jour où il rencontre une
jeune actrice débutante avec
laquelle il partage un secret inavouable. Dans ce roman posthume, Steve Tesich décrit
l’arrière-boutique du cinéma
avec justesse et ironie, inspiré
par sa propre expérience malheureuse de scénariste. Du Bret
Easton Ellis en plus adulte, et
parfois du Woody Allen pour l’humour, absurde. MM
Steve Tesich
Karoo
Points
600 p., 8,60 €.
thèmes qu’il ne cesse de travailler.
Le dialogue foi et raison, puisque
si « la foi éclaire l’intelligence,
elle ne dispense pas de son exercice ». Le dialogue Église et société,
ainsi que le refus de toute tentative
d’édifier une contreculture chrétienne,
puisque « c’est la pâte humaine
qu’il faut faire lever, et non pas chercher à former de petits groupes
d’élus heureux ». Plutôt que de
chercher à combattre ou à séparer,
cherchons l’unité qui est la marque
de la vie chrétienne : « Jamais l’un
sans l’autre. Jamais Dieu sans
l’homme, jamais l’homme sans Dieu,
en Christ d’abord, mais en chacun
de nous ensuite. […] » De grandes
questions abordées dans un style
simple et stimulant. CB
Les exercices spirituels se veulent
un « entraînement » à l’image des
exercices physiques. Pour le
manager, il s’agit donc d’oser suspendre son activité pour reconquérir la liberté. La vie spirituelle est
fondée sur le désir et réponse à un
appel à vivre. Elle est aussi disponibilité à l’inédit, à la créativité, à
l’interpellation de l’autre ou de
l’événement. « Cette vulnérabilité
aux êtres et aux événements transforme son pouvoir en autorité. » Et
pour s’entraîner à cette posture,
l’auteur nous propose études de
cas, citations scripturaires à méditer et scènes bibliques à contempler. Des exercices à pratiquer
sans modération. CB
Paul Valadier
L’intelligence de croire
Salvator
Étienne Perrot
Exercices spirituels pour
managers
Desclée de Brouwer
248 p., 22 €.
227 p., 17,90 €.
N° 361, juiN-juillet 2014 Enseignement catholique actualités
49
361 p48-51 livres OK:- 08/07/14 18:00 Page50
JEUNESSE
CRAYONS PAS CONTENTS !
Et si on se mettait dans la peau d’un
crayon de couleur, de ces crayons que les
enfants usent sans leur prêter attention ? Dans cet
album, chacun d’eux écrit une lettre au petit
dessinateur Duncan. il y a crayon rouge, crayon
bleu ou crayon vert, privilégiés mais fatigués, usés
de tant servir. Puis il y a les délaissés, crayon noir,
crayon rose ou crayon blanc, les jaloux comme
crayon jaune et crayon orange. Chacun y va de
son enthousiasme et/ou de ses récriminations,
z
À L’OUEST,
DU NOUVEAU
?
Pleines d’audace, deux
d
jeunes américaines
s’élancent vers l’Ouest à bord
d’une camionnette. Leur projet ?
Sauver de l’abattage un très
vieux cheval et lui rendre sa
liberté, en même temps qu’elles
tenteront de conquérir la leur.
Sans facilités d’écriture et sans
complaisance, l’auteur nous fait
partager les rires, les émois, les
inquiétudes et les douces folies
des deux adolescentes. il
permet en chemin au jeune
lecteur de découvrir à la fois les
relations familiales à la mode
américaine et le monde singulier
des grands espaces ruraux
made in USA. De familiarité en
étrangeté, on se laisse porter par
ce très bon roman, bien caché
sous une couverture
décourageante.
À partir de treize ans. M. Meria
Joseph Monninger
Sur la route de Blue Earth
Flammarion
254 p., 15,50 €.
dans une double page illustrée de dessins
enfantins. Heureusement, Duncan les réconcilie
dans un feu d’artifice de couleurs où chacun
trouve sa place. À partir de cinq ans. Maria Meria
Drew Daywalt (texte),
Oliver Jeffers (illustrations)
Rébellion chez les crayons
Kaléidoscope
40 p., 13 €.
UNE HÉROÏQUE
LE PARTAGE
POISSONS D’ÉTÉ
PRUDENCE
DES MOTS
Pour fêter l’arrivée du
d
soleil, le magazine Pomme
d’Api a concocté pour ses petits
Christian Oster adore
d
les personnages de
conte, qui doivent bien le lui
rendre. Car ils sortent
revigorés de ces histoires qui
se jouent des codes du genre.
Ainsi le prince Prudent doit-il,
comme tout prince, faire la
guerre et surtout se marier à
une princesse qu’il aura
préalablement arrachée aux
griffes d’un géant… malgré la
prudence maladive qui le
guide. Voici pourtant que ses
perpétuelles et ridicules
précautions, heureusement
balancées par un courage
digne de son statut, rendent
possible l’exploit ! La
princesse est sauvée et le
lecteur ravi. À partir de sept
ans. M. Meria
Christian Oster (texte),
Adrien Albert (illustrations)
Le principal problème du
prince Prudent
L’école des loisirs
52 p., 7,50 €.
50 Enseignement catholique actualités N° 361, juiN-juillet 2014
Les toutes jeunes
d
éditions Cépages
proposent des contes inspirés
d’histoires vraies, de
rencontres qui changent la vie.
Dans ce premier album grand
format, plein de couleurs, on
suit les pas d’un jeune
orphelin mauritanien, petit-fils
d’une griotte. Sidi, la tête
pleine de contes et d’envie
d’apprendre, part tenter sa
chance dans la capitale, où il
doit assurer sa survie. C’est làbas qu’il fait la connaissance
d’une famille de coopérants :
il leur transmettra les trésors
de la tradition orale, ils lui
offriront les clés de l’écrit.
Une vision généreuse de
l’échange entre les cultures.
À partir de sept ans.
M. Meria
Annick Combier (texte),
Bénédicte Némo (illustrations)
Le conte de Sidi
Cépages
40 p., 15 €.
lecteurs (3-7 ans) un numéro de
juillet sur les vacances d’été.
L’occasion pour les enfants de
retrouver les aventures de leurs
héros préférés à la plage :
« SamSam et le bain de
crapouille » et « Petit Ours Brun
se baigne dans la mer ».
Pomme d’Api propose
également aux enfants de
découvrir les différents poissons
que l’on peut trouver dans les
fonds marins grâce à un imagier
bien détaillé. Ainsi, ils
connaîtront leurs particularités et
découvriront quel est le plus gros
poisson du monde. Ce numéro
permet aussi aux 3-7 ans de
s’amuser autour du thème des
pirates à travers sept pages de
mini-jeux. Florence Watine
Pomme d’Api, mensuel,
juillet 2014, 5,95 €.
Abonnement sur :
www.bayard-jeunesse.com
361 p48-51 livres OK:- 08/07/14 18:00 Page51
MultImedIa
CD
GRANDE MUSIQUE POUR PETITES OREILLES
L’éditeur de musique Naïve a tout
z
compris. Les oreilles des petits sont trop
sensibles pour écouter de la musique
Jean-François Alexandre
Fées Do Do « Les cuivres »
Naïve. 12 €.
LIVRE-CD
SECRET
DE FAMILLE
WEB
© JDS
© Musée national de la Marine/ A.Fux
symphonique. il a une fois de plus fait appel à
Jean-François Alexandre, compositeur et
pédagogue, pour leur proposer de subtils
arrangements d’œuvres majeures. Des airs
extraits du Prince Igor de Borodine, de Nabucco
de Verdi, de Tosca de Puccini, du Songe d’une
nuit d’été de Mendelssohn, des Tableaux d’une
exposition de Moussorgski… sont ainsi adaptés
à un drôle de quatuor composé de trompette,
cor, trombone et tuba. Et les adultes de
redécouvrir, eux aussi, la douceur infinie de ces
instruments à vent et le plaisir de la lenteur.
Mireille Broussous
TV
TV
LARGUEZ LES
AMARRES !
CHEZ MÈRE
TERESA
en passant par les galères,
la marine nationale met en
ligne 1 300 pièces
remarquables, agrémentées
de commentaires, de mises
en perspective historiques et
de vidéos. Aux collections
conservées à Paris vont
bientôt s’adjoindre celles des
musées de Brest, PortLouis, Rochefort et Toulon
ainsi que des objets fragiles
ne supportant pas
l’exposition. On pourra
trouver encore des
reportages multimédias sur
des campagnes de
restauration exceptionnelles.
Pour une navigation au gré
de 300 ans d’histoire et de
culture marine !
Virginie Leray
redécouvrir cet été de grandes
figures chrétiennes, à travers
des reportages plébiscités par
les téléspectateurs.
Le 20 juillet, à 11 h 30, Mère
Teresa est ainsi à l’honneur
dans un documentaire baptisé
La révélation de Calcutta.
Son souvenir est lié à cette ville
où elle a œuvré durant soixante
ans. Là-bas, son effigie est
partout, aussi bien dans les
devantures des magasins que
dans le cœur des habitants,
qu’ils soient musulmans,
hindous ou chrétiens. Des
hommes d’Église poursuivent
son action, à l’image du père
François Laborde, présent à
Calcutta depuis 1965. Un film
de Delphine Prunault.
Émilie Ropert
congrès international des Pueri
Cantores, du 9 au 13 juillet
2014. Le samedi 12 juillet à 18 h
en la cathédrale Notre-Dame
de Paris, le cardinal André
Vingt-Trois présidera la messe
solennelle du rassemblement à
suivre en direct sur KTO. Tous
les chœurs présents
interpréteront à cette occasion
la Messe romane de Thierry
Escaich. Ce congrès parisien
est placé sur le thème du retour
aux sources. C’est en effet à
Paris que Monseigneur Fernand
Maillet, directeur des Petits
chanteurs à la croix de bois, eut
l’idée dès 1947 de fédérer des
chœurs en France puis dans le
monde pour donner au chant
choral une valeur éducative.
Agathe le Bescond
www.musee-marine.fr
www.lejourduseigneur.com
www.ktotv.com
PUERI CANTORES
À PARIS
Pour ses 65 ans,
Nul besoin de présenter
Avis aux amoureux de
5 000 jeunes chanteurs
d
aux enseignants Le Secret
d
la mer et des bateaux ! dl’émission dominicale Le
d
venus du monde entier se
de grand-père, ce classique de la
Des frégates aux cuirassées Jour du Seigneur propose de
réuniront à Paris pour le 39
e
littérature pour la jeunesse, écrit
par le britannique Michael
Morpurgo. Les éditions Gallimard
éditent année après année les
meilleurs ouvrages de cet auteur
prolixe et viennent de sortir en
livre audio, dans la collection
« écoutez/lire », ce roman déjà
publié dans la collection Folio
Cadet. Aucune musique et
aucun effet sonore ne vient
accompagner la lecture qu’en fait
Frédéric Dimnet. Et l’on se dit
que la sobriété convient très bien
à cette belle histoire de complicité
entre un grand-père et son petitfils, dans laquelle s’emboîtent
d’autres histoires de parentèle
aussi poignantes les unes que les
autres. MB
Michael Morpurgo, Frédéric Dimnet
Le secret de grand-père
Gallimard
CD et livret illustré, 12 €.
N° 361, juiN-juillet 2014 Enseignement catholique actualités
51
361 p52-54 (inf-jour-prat) OK:- 09/07/14 15:14 Page52
Infos +
Accueillez un lycéen étranger
à la rentrée !
AFS Vivre Sans Frontière, association sans but lucratif,
recherche des familles d’accueil bénévoles pour des
lycéens étrangers à partir de septembre 2014.
Ils ont entre 15 et 18 ans, viennent des cinq continents
et vont passer jusqu’à une année scolaire dans nos
régions. Leur défi ? S’intégrer dans leur famille
d’accueil et au lycée pour découvrir la culture
française de l’intérieur ! Toute famille – urbaine ou
rurale, avec ou sans enfants, active ou retraitée – peut
accueillir l’un de ces lycéens, qui sera scolarisé dans un
établissement proche du domicile familial.
l CROIRE l COMPRENDRE l ÉCHANGER
Le Centre
d'intelligence pour la
foi (CIF) propose un
parcours de deux ans
sur la foi chrétienne.
Cette formation
conçue pour les
diocèses d'Île-deFrance est adaptée
aux contraintes de
la vie professionelle :
les deux heures de
cours hebdomadaires
peuvent être suivies
l'après-midi ou le soir.
En complément, un
cheminement
en petit groupe est
proposé.
Pour plus d’informations, contactez l’association
au 01 45 14 03 10 ou rendez-vous son site Internet :
www.afs-fr.org.
Contact : CIF, 3 place Saint-Thomas d'Aquin,
75007 Paris. Tél. : 01 45 44 36 82 et 06 42 23 76 09.
Un calendrier pour l’année scolaire
Bienvenue sur l’île de Saint-Honorat !
Créé en 2006, le calendrier « Apprendre à être » s’adresse
aux jeunes des classes du 1er et du 2d degré dans le but
de les éveiller aux valeurs essentielles d’un monde fraternel
et solidaire. Pour Claude Berruer, adjoint au secrétaire
général de l’enseignement catholique :
« L’échange et le dialogue, autour d’un visuel simple et
beau, se font pour tous chemin de croissance. »
Le calendrier « Apprendre à être » (août 2014-juillet 2015)
a été réalisé en partenariat avec l’enseignement catholique et
l’Apel. Prix unitaire : 7,50 € (à partir de 5 ex).
Autres renseignements :
Éditions Paroles de Sagesse – contact@parolesdesagesse.com
Bon de commande téléchargeable sur www.parolesdesagesse.com
52 Enseignement catholique actualités N° 361, juiN-juillet 2014
Vous avez entre 20 et 28 ans et l’idée vous séduit
de vivre avec de jeunes chrétiens et chrétiennes
dans la proximité d’une communauté monastique,
tout en aidant à l’accueil des visiteurs.
Dans le cadre de ce service bénévole, l’abbaye
Notre-Dame-de-Lérins, située sur l’île
de Saint-Honorat, non loin de Cannes,
vous propose de passer cet été dix-huit jours
dans une équipe de huit ou dix jeunes
(sessions du 6 juillet au 18 septembre 2014).
Contact : Frère Antoine, Abbaye Notre-Dame-de-Lérins, CS 10040
06414 Cannes Cedex. Tél. : 04 92 99 54 06.
Mail : secretaire.abbe@abbayedelerins.com
361 p52-54 (inf-jour-prat) OK:- 08/07/14 18:01 Page53
Un jour, un prof
Un enseignant a croisé leur route, et leur vie en a été transformée.
Ils nous racontent cette rencontre décisive.
Marielle Jovine
« Elle nous bousculait, nous faisait réfléchir »
etite, j’avais juste remarqué qu’elle avait les cheveux rouges… ce qui
m’intriguait beaucoup. Avec
le recul, je me suis rendu
compte combien Dominique
Pufal cultivait un petit côté
décalé qui avait le don de
nous accrocher, nous, ses
élèves de CE2 de l’école
Saint-Augustin de Carnouxen-Provence (13). Je la
revois, toujours le sourire
aux lèvres, souvent en train
de chanter. Elle saisissait
le moindre prétexte pour
Du Caramantran de l’éco
le...
nous raconter des histoires
extraordinaires qui nous captivaient et avait l’art de
mettre en scène ses cours. Finalement, c’était une enseignante
très théâtrale... jusqu’à son style vestimentaire : elle se drapait
dans de longues tuniques très colorées, souvent très asymétriques, portait d’improbables colliers de ferraille…
Malgré cela, elle savait nous mettre au travail et nous
recadrer en moins de deux lorsqu’il le fallait. Mais elle
faisait régner un climat de bonne humeur, dédramatisant
les difficultés, désamorçant les petites chamailleries en
un tour de main. « C’est de la faute des trolls ! » lançaitelle pour couper court à une dispute et nous faire passer à
autre chose. Ça n’a l’air de rien, mais c’était drôlement
efficace !
P
Mini-bio
s1989 : naissance à Marseille.
s1996 : rentrée en CE1 à SaintAugustin, à Carnoux-en-Provence,
et première expérience théâtrale.
s2008 : entrée au cours Florent,
dont elle sort diplômée en 2011.
s2011 : comédie musicale Il était
une fois… au théâtre du Marsoulan.
s2012 : Sur la corde raide, comédie
musicale salésienne adaptée en film.
s2013 : spectacle musical Tête
d’œuf (www.tetedoeuf.eu).
s2014 : Un air de famille au Brady
et festival d’Avignon avec Tête d’œuf.
Bananes de
Papouasie
En CE2, on introduisait le
vouvoiement des maîtresses, mais on se sentait
très proches d’elle qui
nous donnait tout un tas de
surnoms loufoques et
affectueux… C’est vrai
que de temps à autre, ses
réparties déconcertantes
nous déstabilisaient un
peu. Quand on lui demandait le pourquoi des choses
à n’en plus finir, elle met-
tait parfois le holà par un « C’est pour la culture des
bananes en Papouasie ! » qui nous laissait coi ! Ou quand
on demandait pour la énième fois où il fallait écrire ci ou
ça, elle était capable de rétorquer : « Et bien, sur ta table
que tu mettras ensuite
dans ton cartable ! » Ça nous
bousculait, nous
faisait réfléchir,
et puis, à force,
nous responsabilisait. Finalement, toute son
attitude était une
invitation à être
soi, à prendre du
plaisir à ce que
l’on fait, à suivre
ses passions, sa
nature profonde.
C’est peut-être ce
message d’elle qui
m’a le plus accompagnée, moi qui ai
longtemps rêvé de
me lancer pour de
... au festival d’Avignon
!
bon dans le théâtre,
sans oser sauter le pas.
Lorsque nous avons cherché des points de chute pour
faire tourner Tête d’œuf, spectacle musical jeune public
de notre compagnie Du bonheur dans l’air, j’ai tout naturellement pensé à mon ancienne école qui propose aux
élèves une vraie ouverture culturelle et artistique. C’est
d’ailleurs là que j’ai pris goût à aller
« Elle portait au spectacle et vécu mon premier
d’improbables atelier théâtre. Jouer là-bas a été
très émouvant pour moi. En plus de
colliers de
son très bon accueil, Dominique
ferraille. »
Pufal a exploité les prolongements
pédagogiques que nous proposons
pour engager un travail sur la tolérance et nous a prodigué félicitations et encouragements.
Et puis, nous avons joué le jour du carnaval. Comme
dans mon enfance, le Caramantran, monstre en papier
mâché, a été jugé puis brûlé sur la place publique au
milieu des enfants déguisés. Petite fille, c’était un
moment très fort pour moi. J’ai pu constater que Dominique Dufal était toujours la première à se déguiser. Cette
fois-ci en une sorte de petit chaperon rouge, avec des
bottes écarlates auxquelles elle avait accroché d’extravagantes fleurs roses... Fidèle à elle-même !
Propos recueillis par Virginie Leray
Photos : D. R.
Jeune comédienne prometteuse qui joue à Avignon cet
été, Marielle Jovine a été marquée par le style théâtral
et le sens de l’humour de son enseignante de CE2.
Elle relit ses extravagances d’antan comme une
invitation à assumer sa singularité, à oser être soi.
N° 361, juiN-juillet 2014 Enseignement catholique actualités
53
361 p52-54 (inf-jour-prat) OK:- 08/07/14 18:01 Page54
pratIque
AGENDA
PREMIÈRE UNIVERSITÉ D’ÉTÉ
FRANCISCAINE
s
du 10 au 14 juillet 2014.
BRIVE-LA-GAILLARDE (19)
La première université d’été franciscaine,
du 10 au 14 juillet 2014, organisée à
Brive-la-Gaillarde, s’intéressera aux
mutations que connaît notre monde.
Comment est-il affecté par les crises ? Les
intervenants invitent les visiteurs à ouvrir
les yeux sur cette réalité nouvelle pour
réfléchir à de nouveaux modes de vie plus
respectueux de l’équilibre environnemental et humain. La parole sera aussi
donnée aux acteurs de terrain qui présenteront leurs initiatives dans les domaines
social, économique ou religieux. Des animations spécifiques sont prévues pour les
enfants et les jeunes.
http://www.franciscain.net
s
CRAP : LE PLEIN
DE PÉDAGOGIE
milieu du XIX e siècle. La présentation des clichés
exposés est complétée par une
évocation de l'enseignement dispensé actuellement dans les
écoles chrétiennes
de Terre sainte, en
lien avec le Réseau
Barnabé de l’enseignement catholique.
Un parcours pédagogique est proposé
aux plus jeunes.
Diocèse de Paris, 76 rue des Saints-Pères,
75006 Paris.
SÉJOURS
VACANCES SPIRITUELLES ET
ARTISTIQUES
s
Du 3 au 30 août 2014
VOSGES
Du 19 au 25 août 2014
AISNE
SOLIDARITÉ
L’INDISPENSABLE
DE LA RENTRÉE
s
Pratique, le Kit Plio de Handicap International, composé de dix feuilles transparentes, permet de couvrir facilement dix
livres et cahiers en un temps record. Idéal
pour la rentrée
scolaire ! La campagne 2014, du
1 e r août au 15
septembre, est
une nouvelle fois
placée sous le
signe de la solidarité. L'association agit et milite
en faveur des
personnes en
situation de handicap et des populations les plus vulnérables depuis maintenant 30 ans dans plus
de 60 pays.
Disponible dans toutes les grandes surfaces
alimentaires et spécialisées, librairies et
papeteries. 5 €. 1 € reversé à des
programmes humanitaires.
ATELIERS
DES SÉQUENCES
ARTISTIQUES
s
« L’école : des changements, pour quoi
faire ? ». Ce sera le thème des rencontres
d’été du CRAP-Cahiers Pédagogiques, du
mardi 19 au lundi 25 août dans les MFR de
Lacapelle et de Clairefontaine, dans
l’Aisne. Réservez votre semaine pour
faire le plein de pédagogie. « Langages et
apprentissages », « apprendre à communiquer en classe » et « enseigner avec
l’image » sont quelques-uns des ateliers
proposés.
http://www.cahiers-pedagogiques.com/
s
CHRÉTIENS
D’ORIENT
Du 10 septembre au 10 octobre 2014
PARIS
L’exposition « Regards sur l’éducation
chez les chrétiens d’Orient à travers le
fonds photographique de l’École
biblique et archéologique française de
Jérusalem » est présentée au siège parisien de la direction diocésaine de Paris.
Elle est axée sur l’enseignement et l’éducation donnés aux populations du
Moyen-Orient par les institutions catholiques européennes venues s’y installer au
54 Enseignement catholique actualités N° 361, juiN-juillet 2014
Un village situé aux sources de la Saône.
Une vie au grand air, dans une ferme du
XVIIIe siècle au coeur d’un parc d’un hectare et demi. Des partages bibliques et
théologiques… et même des cours,
facultatifs, de théâtre de clown. Philippe
Rousseaux, enseignant à l’Université de
Lorraine, comédien, propose des
vacances différentes, dans un esprit
d’ouverture. Pour souffler et reprendre
des forces avant la rentrée 2014.
Location pour le mois : 280 € par personne.
http://lacroixvosgienne.cabanova.com/
BeauxArts.fr a élaboré, en concertation
avec des artistes et des animateurs partenaires, un ensemble d’ateliers de découvertes de l’art à destination des écoles
primaires, des centres aérés ou encore
des établissements EPSM.
sAUBERGES
ET VACANCES
FRANCE
Soif d’aventure ? La Fédération unie des
auberges de jeunesse (FUAJ) propose
une multitude de séjours sportifs (parapente, plongée, accrobranche), culturels
(découverte du patrimoine de Carcassonne) ou insolites (la vie dans une
ancienne abbaye) dans l’une de ses 120
auberges réparties dans toute la France.
Le site de la FUAJ a sélectionné différents
séjours, en ville, à la mer, et même dans
un ancien manoir.
www.hifrance.org
Ces ateliers sont organisés en séquences
modulables selon l’organisation retenue, et accompagnés de guides pour les
animateurs et d’un kit de matériel prêt à
l’emploi. Chaque kit contient le matériel
nécessaire pour la réalisation d’une activité artistique pour un groupe de 14 personnes. Collage d’images, peinture
abstraite, calligraphie, gravure, bande
dessinée… Des ateliers à mettre entre
toutes les mains !
www.beauxarts.fr
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Fidèlement à l’enseignement
de l’Église, le statut de
l’enseignement catholique
réaffirme la spécificité
de la place des parents
comme premiers et ultimes
éducateurs de leurs enfants.
BON DE COMMANDE
« LE PARENT CORRESPONDANT » : 3 € l’exemplaire
Prix unitaire : 3 € (frais de port compris) - 2 € l’ex. à partir de 100 ex. (frais de port non compris).
Nom /Établissement : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Adresse : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Code postal : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ville : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Souhaite recevoir : . . . . . . . . . . . . . . . . . exemplaires. Ci-joint la somme de : . . . . . . . . . . . . . . . € à l’ordre de Sgec Publications,
277 rue Saint-Jacques - 75240 Paris Cedex 05. Tél. : 01 53 73 73 71 - Fax : 01 46 34 72 79.
À l’attention des cadres de l’enseignement catholiqUe
comment réorganiser la vie scolaire,
agir face à un personnel de service
en difficulté ou reprendre
un établissement ?
« Tous ceux qui exercent des responsabilités
d’encadrement du personnel veillent à vivre
l’enseignement social de l’Église et réfléchissent
ensemble à ses implications concrètes. »
Statut de l’Enseignement catholique
La communauté éducative au défi de la pensée sociale de l’Église
10 € (port compris)
Prix unitaire : 3 € (frais de port compris) - 8 € l’ex. à partir de 50 ex. (frais de port non compris).
Nom /Établissement : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Adresse : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Code postal/Ville : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Souhaite recevoir : . . . . . . . . . . . . . . . . . exemplaires. Ci-joint la somme de : . . . . . . . . . . . . . . . € à l’ordre de Sgec Publications,
277 rue Saint-Jacques - 75240 Paris Cedex 05. Tél. : 01 53 73 73 71 - Fax : 01 46 34 72 79.
N° 361, juiN-juillet 2014 Enseignement catholique actualités
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