Prévention au travail, été 2001

Prévention au travail, été 2001
Prévention
au travail
Été 2001 | Volume 14, no 3
Le magazine Prévention au travail est publié
par les directions des communications de la
Commission de la santé et de la sécurité du travail
(CSST) et de l’Institut de recherche Robert-Sauvé
en santé et en sécurité du travail (IRSST).
M o t
d e
l a
r é d a c t i o n
Quand l’ennemi est invisible…
Le dossier de ce numéro s’attaque à un redoutable quatuor de virus
dont l’identité est bien connue : VIH, VHA, VHB, VHC. Des lettres
dont la signification et l’évocation donnent des sueurs froides. Parce
que contracter l’hépatite A, B ou C ou le virus du sida, c’est grave !
Or, des travailleuses et des travailleurs sont exposés à ces maladies,
auxquelles il faut ajouter la tuberculose et le tétanos, dans le cadre
de leurs activités quotidiennes. Et pourtant, ils ne font pas partie
du grand réseau de la santé. Ils sont pompiers, policiers, agents
des services correctionnels, égoutiers ou éboueurs. Le plan global de
prévention préparé à leur intention, par un comité regroupant
des représentants de la CSST et plusieurs partenaires, arrive donc
à point nommé. Baptisé « Plan intégré d’intervention pour la prévention des risques biologiques » (PII), cette grande stratégie, taillée
sur mesure pour les besoins de chaque secteur visé en fonction de
diverses situations et d’agents pathogènes, permettra aux employeurs
et aux travailleurs de gérer convenablement les risques biologiques.
Le travail de déploiement du PII se poursuivra pendant deux ou
trois ans et atteindra les ennemis invisibles là où ils pourraient
faire des ravages.
Dans la section « Reportages », un autre ennemi invisible, le bruit,
fait l’objet d’un texte passionnant. Chez Ouellet Canada, entreprise
fabriquant des appareils de chauffage électrique, il existe une philosophie de gestion et de prise en charge des risques et des dangers.
Employeurs et travailleurs, avec le soutien d’un spécialiste du CLSC
de la MRC de Montmagny, ont affronté ensemble les « monstres
bruyants » que sont les presses mécaniques, les poinçonneuses, etc.
Ils ont trouvé des moyens efficaces d’étouffer les bruits. L’entreprise
fait la démonstration que la prise en charge de la santé et de la
sécurité par le milieu n’est pas un frein à la production, mais une
initiative qui enrichit.
Fidèle au poste, en page 17, le sommaire de la recherche à l’IRSST
propose plusieurs sujets, dont un article intitulé « Une attaque en
règle contre les solvants : des exemples de solutions concrètes. » De
quoi démarrer l’été, bien visible, lui, en beauté !
Président du conseil d’administration
et chef de la direction de la CSST,
et président de l’IRSST
Trefflé Lacombe
SECTION CSST
Directeur des communications
Pierre Benoit
Rédactrice en chef
Monique Legault Faucher
Adjointe à la rédactrice en chef
Julie Mélançon
Secrétaire de rédaction
Nicole Rivard
Collaborateurs
Danielle Brouard, Suzanne Cohen, Serge Fradette,
Claire Pouliot, Maeva Rahmani, Hélène Savard,
Marc Tison, Lyse Tremblay
Révision
Translatex communications + et Lucie Duhamel
SECTION IRSST
Directeur général de l’IRSST
Jean Yves Savoie
Directrice des communications
Françoise Cloutier
Rédactrice en chef
Marjolaine Thibeault
Collaborateurs
Mario Bélisle, Isabelle Labarre, Danielle Massé,
Jean-Marc Papineau, Guy Prévost, Anita Rowan,
Linda Savoie, Claire Thivierge
Direction artistique et production
Jean Frenette Design
Validation des photographies et des illustrations
Cécile Collinge, Pierre Jobin, Daniel McLeod,
Nicolas Panet-Raymond, Yvon Papin, Michel Saucier,
Jules Turcot, Linda Themens
Photo de la page couverture
Hans Gelderblom / Stone
Impression
Imprimeries Transcontinental inc.
Comptabilité
Danielle Lalonde
Distribution
Lyse Tremblay
Abonnements
Abonnement Québec
525, rue Louis-Pasteur
Boucherville (Québec) J4B 8E7
Tél. 1 877 221-7046
© CSST-IRSST 2001
La reproduction des textes est autorisée
pourvu que la source en soit mentionnée
et qu’un exemplaire nous en soit adressé :
CSST
1199, rue De Bleury
C. P. 6056
Succursale Centre-ville
Montréal (Québec) H3C 4E1
Tél. (514) 906-3061, poste 2198
Téléc. (514) 906-3016
Site Web : www.csst.qc.ca
IRSST
505, boulevard De Maisonneuve Ouest
Montréal (Québec) H3A 3C2
Tél. (514) 288-1551
Téléc. (514) 288-7636
Site Web : www.irsst.qc.ca
Dépôt légal
Bibliothèque nationale du Québec
ISSN 0840 7355
Mise en garde
Les photos publiées dans Prévention au travail
sont le plus conformes possible aux lois et
règlements sur la santé et la sécurité du travail.
Cependant nos lectrices et lecteurs comprendront
qu’il peut être difficile, pour des raisons
techniques, de représenter la situation idéale.
| Prévention au travail | Été 2001 |
3
Vient de paraître à la CSST
Rapport annuel
d’activité – 2000
DC 400-2031-8
Brochure, 23,5 cm x 29,5 cm
109 pages
Le rapport annuel décrit les
mandats et l’organisation de
la CSST, l’administration du
régime et les principales réalisations en 2000. Il présente
également le portrait de la situation financière de l’organisation.
l’indemnité. Enfin, la section 2
précise de quelle façon est déterminé le salaire brut (selon
la nature du contrat de travail,
le mode de rémunération, un
statut particulier ou la situation
particulière) d’un travailleur.
Est joint à cette publication un encart cartonné qui permettra au lecteur de connaître,
année après année, le revenu
brut maximum annuel assurable
(51 500 $ en 2001) ainsi que le
montant correspondant pour la
période des 14 premiers jours
(1 975,45 $ en 2001).
Mutuelles de prévention
La prévention donne le ton
Guide du nouvel adhérent
DC 200-1432
Brochure, 13,75 cm x 21,5 cm
8 pages
Guide de calcul
de l’indemnité
de remplacement
du revenu pour
les 14 premiers jours
DC 200-6232
Brochure, 21,5 cm x 28 cm
28 pages
DC 100-1166
Encart, 9 cm x 15,5 cm
Cette nouvelle présentation et
mise à jour de l’édition de 1994
explique aux employeurs le
calcul du montant de l’indemnité de remplacement du revenu à verser aux travailleurs
victimes de lésions professionnelles pendant les 14 premiers
jours suivant un arrêt de travail. Le guide se présente ainsi :
une courte introduction donne
des précisions quant au mode
d’indemnisation prévu par la
Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles. La section 1 permet à
l’employeur de se familiariser
grâce à des exemples concrets,
avec les étapes de calcul de
4
| Prévention au travail | Été 2001 |
De format pratique et rédigé
dans un style simple, ce guide
contient des renseignements
indispensables à tout employeur désireux de faire partie
d’une mutuelle de prévention.
Grâce à ce regroupement, les
employeurs qui choisissent de
s’engager dans une démarche
afin de favoriser la prévention
des lésions professionnelles, la
réadaptation et le retour en emploi des travailleurs accidentés
peuvent bénéficier d’une tarification qui reflète leurs efforts.
On y apprend, entre autres,
de quelle façon se forment les
mutuelles, quels en sont les
critères d’admissibilité, comment présenter le projet de regroupement et quelles sont les
obligations de la mutuelle et
de l’employeur, sans oublier la
nature du contrat qui doit être
signé et son renouvellement.
La collecte des ordures
ménagères : un risque
d’accidents de circulation
DC 100-1320
Fiche pratique de sécurité,
21,5 cm x 28 cm
Produite en collaboration avec
les associations sectorielles paritaires des secteurs affaires
sociales et transport et entreposage, la fiche décrit un accident mortel qui montre bien la
dangerosité de l’enlèvement des
ordures ménagères. Puis, le document expose une méthode de
travail sûre pour l’enlèvement
unilatéral (zones urbaines et rurales) et bilatéral (zone rurale)
de même que les mesures de prévention exigées en zone rurale.
Mode d’emploi – Système
d’avertisseur sonore
et visuel obligatoire
pour tout ramassage
bilatéral des ordures
DC 100-1321
Affichette, 28 cm x 21,5 cm
Modifications au Code de
sécurité pour les travaux
de construction
En vigueur le 15 février 2001
DC 100-1230-156
Brochure, 21,5 cm x 28 cm
16 pages
Ce document présente le contenu du Règlement modifiant le
Code de sécurité pour les travaux de construction en ce qui
a trait aux points suivants :
l’utilisation d’un échafaudage
mobile à proximité des lignes
électriques sous tension, la
protection contre les chutes de
hauteur, le plancher d’échafaudage, l’installation de dispositifs de protection contre la
surcharge et contre la situation
de palan fermé sur les grues
mobiles et le mur de protection.
Pour chacun de ces points,
le document offre une explication sommaire de la modification adoptée ainsi que le texte
réglementaire du Code modifié
le 20 mai 1999.
Réimpressions
et rééditions
Le Sommaire des sommes
portées à votre dossier
DC 100-1005-5, dépliant
Ce que vous devez savoir
sur nous
DC 200-383-4, dépliant
Cherchez les erreurs
à la ferme
DC 900-974-1, affichette
Message mystère
DC 900-807, affichette
Premiers secours
DC 900-801, affichette
Le document rappelle, avec illustrations à l’appui, où doivent se
trouver le bouton poussoir de
mise en marche, l’avertisseur
visuel du gyrophare, le dispositif intermittent TRIDON et
l’avertisseur sonore du klaxon.
La fiche et l’affichette s’adressent aux éboueurs travaillant dans les zones urbaines et
rurales, aux employeurs de ces
derniers et aux municipalités.
Récupérateur de solvant
DC 900-806-1, affichette
Vous pouvez vous procurer ces
documents au bureau de la
CSST de votre région. O
Danielle Brouard
Cherchez l’erreur
L’installation d’une double roue
Jacques remet en place les roues qu’il a dû retirer pour changer
les joints d’étanchéité. Auparavant, il verse de l’huile sur le plancher
pour le rendre glissant et hop ! il pousse la pièce, en tentant de l’aligner
sur le moyeu. Même le client donne un coup de main.
Voilà une méthode pour le moins dangereuse, surtout quand la double
roue pèse entre 180 et 205 kg. Fort heureusement, c’est une mise en scène !
À vous de trouver les erreurs.
Photo Pierre Charbonneau
Simulation
| Prévention au travail | Été 2001 |
5
Les erreurs
1 Faire glisser la double roue ne facilite pas vraiment la tâche.
Jacques force de manière excessive. Des accidents peuvent
survenir : lésion au dos, glissade sur le sol, écrasement des
doigts, des pieds et des chevilles.
2 La charge est trop lourde pour être manipulée sans appareil
de levage. C’est une méthode de travail très risquée.
3
4
3 Personne ne devrait donner un coup de main sans connaître
la façon de faire et sans protection.
1
5
Photos Pierre Charbonneau
2
4 Les roues peuvent contenir du gravier, des clous, des éclats
de bois ou de verre. Or, Jacques ne porte ni gants ni lunettes.
Et puis, quelle idée de porter des chaussures de sport dans un
garage !
5 Le désordre autour du camion peut causer des chutes, des
glissades.
Une fois celle-ci installée dans l’appareil, Jacques n’a pour ainsi dire plus
d’efforts à fournir pour l’aligner sur le
moyeu. Il peut faire rouler le chariot
dans la position désirée et, à l’aide du
cric, faire des réglages en hauteur de
manière très précise. Il s’assure ainsi de
faire un bon alignement et, par conséquent, de ne pas endommager le joint
d’étanchéité.
Les risques de blessures au dos, par
glissade, ou par écrasement des doigts,
sont maintenant éliminés.
Jacques porte ses équipements de
protection individuelle : lunettes de
sécurité, gants renforcés et chaussures
à embout d’acier.
Les déchets ont été enlevés et les
lieux sont propres en tout temps.
Quant au client… il patiente dans la
salle d’attente ! O
Claire Pouliot
Les solutions
Jacques ne se risquerait jamais à
pousser, à lever ou à déplacer une
charge lourde sans utiliser un appareil de levage ou de manutention.
Et, fort heureusement, il en existe une
grande variété.
6
| Prévention au travail | Été 2001 |
Quand il doit manipuler une double
roue, Jacques utilise un chariot conçu
spécialement pour réduire les efforts
qu’exige ce travail. L’appareil est en
forme de U et comporte deux sections : un châssis à roulettes, pour faciliter les déplacements, et un autre
dans lequel on enserre la double roue.
Nous remercions Camions Excellence Peterbilt
où la photo a été prise : Sylvie Lussier, directrice
administrative, Patrick Tiernan, directeur du service, Marie-Josée Ferron, coordonnatrice aux
services généraux, et Alain John Pinard, coordonnateur du marketing et de la publicité. Et les
comédiens : Jacques Bélanger, mécanicien, et
Réjean St-Pierre, responsable de l’équipe de préparation de véhicules neufs.
Nos personnes-ressources : Gérald Gauthier,
conseiller en prévention, et Jocelyn Jargot, tous
deux d’Auto Prévention, Yvon Papin, conseiller
à la Direction de la prévention-inspection, et
Michel Saucier, inspecteur à la Direction régionale de Longueuil, de la CSST.
Dossier
Alerte aux risques
biologiques !
Par Suzanne Cohen
Photo Hans Gelderblom / Stone
VIH, hépatite A, B, C… Ces
quelques lettres désignent
des virus redoutables.
Des pompiers, des
policiers, des agents
des services
correctionnels,
des égoutiers et
des éboueurs peuvent
y être exposés dans
l’exercice de leur métier.
8
| Prévention au travail | Été 2001 |
Photo Service de prévention des incendies de Montréal
Les policiers
Au Québec, on compte près de 9 000 policiers provinciaux et municipaux.
Ils interviennent souvent auprès de
consommateurs de drogue injectable,
de prostitués, de personnes ayant de
multiples partenaires sexuels et de prisonniers. Ils manipulent aussi, à l’occasion, des accidentés et des cadavres.
Aux États-Unis, on estime que 60 à
90 % des utilisateurs de drogue injectable ont déjà été infectés par le virus
de l’hépatite B, que 3 à 10 % d’entre
eux sont actuellement contaminés et
risquent donc de transmettre la maladie. Quant aux détenus américains, de
1 à 8 % d’entre eux seraient infectés
par ce virus. La situation pourrait suivre
la même tendance au Canada. Lors
d’altercations ou de fouilles de lieux
et de prévenus, les policiers risquent
d’être blessés et d’entrer en contact
avec le sang d’une personne blessée.
L’exposition est dite « significative »,
ou à risque, quand elle est percutanée,
c’est-à-dire quand le sang ou un liquide
biologique contaminé avec du sang
provenant d’une personne touche une
plaie, une éraflure, une abrasion ou une
gerçure d’une autre personne. Ce genre
d’exposition ouvre la porte à la pénétration de sang étranger dans le corps
Photos Service de prévention des incendies de Montréal
Dossier
Emprisonnée
dans l’habitacle de sa voiture aux tôles tordues,
une femme donne signe de vie. Les
pompiers accourent avec leur matériel de désincarcération. La manœuvre
est délicate. En même temps, il leur
faut faire vite et user de force. Un
dernier effort pour libérer la victime
et, soudain, un morceau de tôle couverte de sang traverse le gant d’un
pompier et lui entaille la peau. Non
loin de là, un policier fouille un suspect et se pique à une seringue souillée dissimulée dans ses vêtements.
Quelques heures plus tard, dans le
même quartier, un égoutier s’affaire à nettoyer le réseau d’égout au
moyen d’un boyau à jet sous pression, et vlan !, il est éclaboussé par des
eaux usées. Au même instant, dans
une prison, un détenu tuberculeux
contagieux tousse dans une pièce où
se trouvent des détenus et une agente
des services correctionnels.
Malgré des contextes de travail très
différents, les pompiers, les policiers,
les agents de services correctionnels,
les travailleurs affectés au traitement
des eaux usées, les éboueurs risquent
d’être exposés, dans l’exercice de
leurs fonctions, à des agents biologiques. Selon les cas, certains peuvent
être exposés au VIH, à l’hépatite A, B
ou C, au tétanos, à la tuberculose,
etc. Contrairement aux employés du
réseau de la santé, ces travailleurs
n’avaient pas nécessairement été invités à participer à des activités systématiques de prévention. Difficile,
en effet, d’évaluer avec précision les
risques d’exposition dans ces métiers.
Le Dr Denis Laliberté, de la Direction régionale de la santé publique
de Québec, fait remarquer que les
risques encourus sont tout de même
très présents. Un comité composé de
représentants de la CSST, du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), des CLSC, de l’Institut
de recherche Robert-Sauvé en santé
et en sécurité du travail (IRSST) et
des associations paritaires des secteurs Affaires municipales (APSAM),
Transport et entreposage (ASTE) et
Administration provinciale (APSSAP)
a donc été formé pour se pencher sur
la question. Depuis trois ans, celui-ci
travaille à la mise sur pied d’un Programme intégré d’intervention pour
la prévention des risques biologiques
(PII). Jules Turcot, conseiller à la
Direction de la prévention-inspection
de la CSST, chargé de projet et coordonnateur des travaux du comité,
commente : « Notre travail est particulièrement complexe en raison du
nombre de corps d’emploi touchés et
de la grande variété des problèmes
associés aux divers agents biologiques. À ce jour, nous avons réussi
à cerner les problèmes particuliers
de chaque situation et à déterminer
les objectifs du programme. » Le
Dr Laliberté, coprésident du comité,
ajoute : « Il s’agit de maladies évitables. Mais il nous faut davantage
travailler dans une perspective de gestion du risque infectieux que dans une
optique de prévention de la maladie,
pour intervenir précocement contre
tous les risques d’exposition. » Le PII,
qui sera étalé sur plusieurs années,
vise à informer les milieux de travail
concernés des risques biologiques qui
les guettent et des moyens à mettre
en place pour y faire face.
de cette dernière. Même si la prévalence du sida et des hépatites est plus
faible en région, plus de 1 000 policiers
québécois y exercent aussi, parfois,
des fonctions de pompier ou d’ambulancier. Autant d’occasions supplémentaires d’être exposés de façon
« significative » à du sang et à d’autres
liquides biologiques.
Les morsures sont également une
source de préoccupation, dans ces milieux. Aucun cas documenté ne semble
toutefois avoir été à l’origine d’une infection au VIH. En fait, c’est plutôt
l’hépatite B qui est à craindre. Des
études menées ailleurs dans le monde
semblent néanmoins indiquer que la
prévalence des maladies causées par
les virus de l’hépatite B (VHB), de
l’hépatite C (VHC) et par le VIH n’est
pas supérieure, chez les policiers,
à celle de la population en général.
On sait cependant que, depuis 1988,
20 % des policiers patrouilleurs du
Service de police de la Communauté
urbaine de Montréal (SPCUM) ont
reçu des vaccins prophylactiques postexposition contre l’hépatite B. Ceux
qui se blessent doivent aussi se méfier
du tétanos dans les cas où de la terre
ou du métal rouillé viennent en contact
avec une plaie.
Les pompiers
Ces travaileurs sont, eux aussi, exposés
à des risques biologiques similaires à
ceux que les policiers côtoient. Et ils le
seront davantage puisque l’on envisage
de leur confier aussi le mandat de premiers répondants. En 1998, il y avait au
Québec environ 24 000 pompiers, dont
16 000 étaient volontaires ou travailleurs à temps partiel. Pour eux, pour
les policiers et les agents des services
correctionnels, la sensibilisation aux
risques biologiques se fera principalement à l’aide d’une vidéo produite
par la CSST en partenariat avec le
Service de prévention des incendies
de Montréal (SPIM). Le document est
intitulé Les risques de contamination
par le sang au travail.
Les pompiers portent souvent secours à des personnes qui se coupent
en passant à travers des vitres pour
échapper au feu, à des grands brûlés
dont la peau part en lambeaux, ou à
des accidentés couverts de sang qu’il
leur faut dégager à l’aide de matériel de désincarcération. En situation
d’urgence, le SPIM met ses pompiers
en garde contre le risque de succomber à la vision télescopique, d’être
hypnotisés par le drame au point de
faire fi des règles de sécurité les plus
élémentaires. En fonçant pour sauver
des personnes qui saignent, ils risquent
d’oublier d’utiliser tous les moyens de
prévention et de porter tous les équipements de protection individuelle
mis à leur disposition par l’employeur.
En se précipitant pour faire une réanimation bouche-à-bouche quand les
services ambulanciers ne sont pas encore sur les lieux, ils peuvent oublier
d’utiliser un masque de réanimation
à soupape unidirectionnelle. Serge
Giguère, chef des opérations à la
Division de la santé et de la sécurité au travail du SPIM, résume les
préoccupations de son service : « Il y a
20 ans, au Québec, on commençait à
s’inquiéter à propos du VIH et du VHB
— le VHC était alors inconnu. Aujourd’hui, on sait qu’une personne
sur 20 a déjà été infectée par le VHB,
une sur 100 par le VHC (la majorité
est guérie) ; enfin, 2 sur 1 000 sont
actuellement infectées par le VIH.
Ces proportions sont probablement
beaucoup plus élevées à Montréal.
Jusqu’à récemment, l’importance des
expositions à ces risques était minimisée chez les pompiers. Depuis
quelques années, nous prenons ce problème très au sérieux. Au cours de
1999 et 2000, 15 pompiers du SPIM
ont subi des expositions à risques déclarées avec des agents biologiques, et
quelques autres ont fait du boucheà-bouche sans protection. »
Les agents des services
correctionnels
On en compte environ 2 000, au
Québec, dont 1 300 sont des employés
permanents et 700 occasionnels. La
majorité de ces agents travaillent dans
des centres de détention. Ils assurent
la surveillance des détenus, ou leur
déplacement d’un endroit à un autre.
Quand ils interviennent pour maîtriser
une bagarre, une situation de crise ou
pour effectuer des fouilles, ils peuvent
s’exposer à des risques similaires à ceux
qui guettent les policiers. La population
des détenus est en effet fortement infectée par le VIH. Dans les centres de
détention de la Colombie-Britannique,
28 % des détenus présentent des marqueurs du VHB et du VHC. Dans ceux
de l’Ontario, la prévalence de l’infection au VIH s’élèverait à 7,7 % chez
les femmes et à 4,7 % chez les hommes.
La tuberculose menace également
les agents des services correctionnels.
L’incidence de cette maladie chez les
détenus est environ quatre fois plus
grande que dans la population. Cela
s’explique, en partie, par le fait que les
détenus, dont le système immunitaire
est affaibli par l’infection au VIH ou au
sida, courent plus le risque de contracter le bacille. Le risque d’infection augmente avec le nombre d’heures passées
| Prévention au travail | Été 2001 |
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| Prévention au travail | Été 2001 |
Photo Service de prévention des incendies de Montréal
Les policiers
Au Québec, on compte près de 9 000 policiers provinciaux et municipaux.
Ils interviennent souvent auprès de
consommateurs de drogue injectable,
de prostitués, de personnes ayant de
multiples partenaires sexuels et de prisonniers. Ils manipulent aussi, à l’occasion, des accidentés et des cadavres.
Aux États-Unis, on estime que 60 à
90 % des utilisateurs de drogue injectable ont déjà été infectés par le virus
de l’hépatite B, que 3 à 10 % d’entre
eux sont actuellement contaminés et
risquent donc de transmettre la maladie. Quant aux détenus américains, de
1 à 8 % d’entre eux seraient infectés
par ce virus. La situation pourrait suivre
la même tendance au Canada. Lors
d’altercations ou de fouilles de lieux
et de prévenus, les policiers risquent
d’être blessés et d’entrer en contact
avec le sang d’une personne blessée.
L’exposition est dite « significative »,
ou à risque, quand elle est percutanée,
c’est-à-dire quand le sang ou un liquide
biologique contaminé avec du sang
provenant d’une personne touche une
plaie, une éraflure, une abrasion ou une
gerçure d’une autre personne. Ce genre
d’exposition ouvre la porte à la pénétration de sang étranger dans le corps
Photos Service de prévention des incendies de Montréal
Dossier
Emprisonnée
dans l’habitacle de sa voiture aux tôles tordues,
une femme donne signe de vie. Les
pompiers accourent avec leur matériel de désincarcération. La manœuvre
est délicate. En même temps, il leur
faut faire vite et user de force. Un
dernier effort pour libérer la victime
et, soudain, un morceau de tôle couverte de sang traverse le gant d’un
pompier et lui entaille la peau. Non
loin de là, un policier fouille un suspect et se pique à une seringue souillée dissimulée dans ses vêtements.
Quelques heures plus tard, dans le
même quartier, un égoutier s’affaire à nettoyer le réseau d’égout au
moyen d’un boyau à jet sous pression, et vlan !, il est éclaboussé par des
eaux usées. Au même instant, dans
une prison, un détenu tuberculeux
contagieux tousse dans une pièce où
se trouvent des détenus et une agente
des services correctionnels.
Malgré des contextes de travail très
différents, les pompiers, les policiers,
les agents de services correctionnels,
les travailleurs affectés au traitement
des eaux usées, les éboueurs risquent
d’être exposés, dans l’exercice de
leurs fonctions, à des agents biologiques. Selon les cas, certains peuvent
être exposés au VIH, à l’hépatite A, B
ou C, au tétanos, à la tuberculose,
etc. Contrairement aux employés du
réseau de la santé, ces travailleurs
n’avaient pas nécessairement été invités à participer à des activités systématiques de prévention. Difficile,
en effet, d’évaluer avec précision les
risques d’exposition dans ces métiers.
Le Dr Denis Laliberté, de la Direction régionale de la santé publique
de Québec, fait remarquer que les
risques encourus sont tout de même
très présents. Un comité composé de
représentants de la CSST, du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), des CLSC, de l’Institut
de recherche Robert-Sauvé en santé
et en sécurité du travail (IRSST) et
des associations paritaires des secteurs Affaires municipales (APSAM),
Transport et entreposage (ASTE) et
Administration provinciale (APSSAP)
a donc été formé pour se pencher sur
la question. Depuis trois ans, celui-ci
travaille à la mise sur pied d’un Programme intégré d’intervention pour
la prévention des risques biologiques
(PII). Jules Turcot, conseiller à la
Direction de la prévention-inspection
de la CSST, chargé de projet et coordonnateur des travaux du comité,
commente : « Notre travail est particulièrement complexe en raison du
nombre de corps d’emploi touchés et
de la grande variété des problèmes
associés aux divers agents biologiques. À ce jour, nous avons réussi
à cerner les problèmes particuliers
de chaque situation et à déterminer
les objectifs du programme. » Le
Dr Laliberté, coprésident du comité,
ajoute : « Il s’agit de maladies évitables. Mais il nous faut davantage
travailler dans une perspective de gestion du risque infectieux que dans une
optique de prévention de la maladie,
pour intervenir précocement contre
tous les risques d’exposition. » Le PII,
qui sera étalé sur plusieurs années,
vise à informer les milieux de travail
concernés des risques biologiques qui
les guettent et des moyens à mettre
en place pour y faire face.
de cette dernière. Même si la prévalence du sida et des hépatites est plus
faible en région, plus de 1 000 policiers
québécois y exercent aussi, parfois,
des fonctions de pompier ou d’ambulancier. Autant d’occasions supplémentaires d’être exposés de façon
« significative » à du sang et à d’autres
liquides biologiques.
Les morsures sont également une
source de préoccupation, dans ces milieux. Aucun cas documenté ne semble
toutefois avoir été à l’origine d’une infection au VIH. En fait, c’est plutôt
l’hépatite B qui est à craindre. Des
études menées ailleurs dans le monde
semblent néanmoins indiquer que la
prévalence des maladies causées par
les virus de l’hépatite B (VHB), de
l’hépatite C (VHC) et par le VIH n’est
pas supérieure, chez les policiers,
à celle de la population en général.
On sait cependant que, depuis 1988,
20 % des policiers patrouilleurs du
Service de police de la Communauté
urbaine de Montréal (SPCUM) ont
reçu des vaccins prophylactiques postexposition contre l’hépatite B. Ceux
qui se blessent doivent aussi se méfier
du tétanos dans les cas où de la terre
ou du métal rouillé viennent en contact
avec une plaie.
Les pompiers
Ces travaileurs sont, eux aussi, exposés
à des risques biologiques similaires à
ceux que les policiers côtoient. Et ils le
seront davantage puisque l’on envisage
de leur confier aussi le mandat de premiers répondants. En 1998, il y avait au
Québec environ 24 000 pompiers, dont
16 000 étaient volontaires ou travailleurs à temps partiel. Pour eux, pour
les policiers et les agents des services
correctionnels, la sensibilisation aux
risques biologiques se fera principalement à l’aide d’une vidéo produite
par la CSST en partenariat avec le
Service de prévention des incendies
de Montréal (SPIM). Le document est
intitulé Les risques de contamination
par le sang au travail.
Les pompiers portent souvent secours à des personnes qui se coupent
en passant à travers des vitres pour
échapper au feu, à des grands brûlés
dont la peau part en lambeaux, ou à
des accidentés couverts de sang qu’il
leur faut dégager à l’aide de matériel de désincarcération. En situation
d’urgence, le SPIM met ses pompiers
en garde contre le risque de succomber à la vision télescopique, d’être
hypnotisés par le drame au point de
faire fi des règles de sécurité les plus
élémentaires. En fonçant pour sauver
des personnes qui saignent, ils risquent
d’oublier d’utiliser tous les moyens de
prévention et de porter tous les équipements de protection individuelle
mis à leur disposition par l’employeur.
En se précipitant pour faire une réanimation bouche-à-bouche quand les
services ambulanciers ne sont pas encore sur les lieux, ils peuvent oublier
d’utiliser un masque de réanimation
à soupape unidirectionnelle. Serge
Giguère, chef des opérations à la
Division de la santé et de la sécurité au travail du SPIM, résume les
préoccupations de son service : « Il y a
20 ans, au Québec, on commençait à
s’inquiéter à propos du VIH et du VHB
— le VHC était alors inconnu. Aujourd’hui, on sait qu’une personne
sur 20 a déjà été infectée par le VHB,
une sur 100 par le VHC (la majorité
est guérie) ; enfin, 2 sur 1 000 sont
actuellement infectées par le VIH.
Ces proportions sont probablement
beaucoup plus élevées à Montréal.
Jusqu’à récemment, l’importance des
expositions à ces risques était minimisée chez les pompiers. Depuis
quelques années, nous prenons ce problème très au sérieux. Au cours de
1999 et 2000, 15 pompiers du SPIM
ont subi des expositions à risques déclarées avec des agents biologiques, et
quelques autres ont fait du boucheà-bouche sans protection. »
Les agents des services
correctionnels
On en compte environ 2 000, au
Québec, dont 1 300 sont des employés
permanents et 700 occasionnels. La
majorité de ces agents travaillent dans
des centres de détention. Ils assurent
la surveillance des détenus, ou leur
déplacement d’un endroit à un autre.
Quand ils interviennent pour maîtriser
une bagarre, une situation de crise ou
pour effectuer des fouilles, ils peuvent
s’exposer à des risques similaires à ceux
qui guettent les policiers. La population
des détenus est en effet fortement infectée par le VIH. Dans les centres de
détention de la Colombie-Britannique,
28 % des détenus présentent des marqueurs du VHB et du VHC. Dans ceux
de l’Ontario, la prévalence de l’infection au VIH s’élèverait à 7,7 % chez
les femmes et à 4,7 % chez les hommes.
La tuberculose menace également
les agents des services correctionnels.
L’incidence de cette maladie chez les
détenus est environ quatre fois plus
grande que dans la population. Cela
s’explique, en partie, par le fait que les
détenus, dont le système immunitaire
est affaibli par l’infection au VIH ou au
sida, courent plus le risque de contracter le bacille. Le risque d’infection augmente avec le nombre d’heures passées
| Prévention au travail | Été 2001 |
9
Photo Mario Bélisle
dans un espace intérieur avec une personne infectée, au cours de la période
où elle est contagieuse. La tuberculose
est, en effet, transmissible uniquement
pendant la phase active de la maladie.
Elle est alors généralement accompagnée de toux. Il n’existe pas, pour le
moment, de statistiques sur la fréquence
des maladies professionnelles associées aux agents biologiques chez les
agents des services correctionnels. Certains d’entre eux sont également préoccupés par les risques de contracter le
tétanos et la gale, d’être infectés par
des champignons et des poux.
Les travailleurs affectés
au traitement des eaux usées
Les eaux usées contiennent des agents
pathogènes et infectieux provenant, notamment, des excréments acheminés
dans les égouts, qui peuvent infecter
les travailleurs affectés à l’exploitation
et à l’entretien des canalisations, aux
travaux de vidange ou à l’assainissement des eaux usées. Parmi eux, il y a
des électriciens, des maçons, des plombiers, des mécaniciens et des opérateurs
de machines. En plus de contenir des
virus et des bactéries, ces eaux peuvent
renfermer des champignons, des vers
et d’autres parasites. Sans oublier les
rats, porteurs d’agents infectieux. Les
micro-organismes pathogènes proliférant dans les eaux usées peuvent être
transmis de diverses manières. Par le
contact avec une peau coupée, éraflée,
abîmée, ou avec une muqueuse (yeux,
10
| Prévention au travail | Été 2001 |
narines, intérieur de la bouche) et par
inhalation des aérosols présents dans
les infrastructures d’égouts ou de traitement des eaux. Ces infections peuvent
également se propager par l’ingestion
de micro-organismes quand une main,
un objet, une cigarette ou de la nourriture contaminés sont en contact avec
la bouche ou le nez. Elles peuvent aussi
se transmettre lors de blessures, pendant la manipulation d’objets coupants
ou de seringues. Rendant la propagation encore plus efficace, bactéries,
moisissures et poussières organiques
se fixent aux mains, aux vêtements,
aux cheveux. Le risque menace le travailleur et aussi les personnes qu’il
fréquente, s’il ne prend pas les précautions appropriées.
Au Québec, il y aurait entre 5 000
et 6 000 personnes travaillant dans
le secteur des eaux usées. On croit observer chez elles un taux de troubles
gastro-intestinaux plus élevé que dans
l’ensemble de la population. Leur
risque d’être en contact avec des
micro-organismes pouvant causer des
maladies infectieuses, en particulier
l’hépatite A, est également plus élevé,
surtout en cas d’éclaboussures. Un
certain pourcentage des employés en
contact avec des eaux usées soupçonnent l’existence de ces risques. Ce
que confirme Lorraine LeBlanc, de la
Direction régionale de la Côte-Nord
de la CSST : « Des travailleurs affectés à la réfection d’une station de pompage se sont inquiétés de la salubrité
Les éboueurs et les employés
des centres de tri
Au Québec, plus de 2 500 éboueurs et
chauffeurs assurent l’enlèvement des
déchets domestiques. Environ 250
d’entre eux sont au service de cinq
municipalités. Les autres, soit près de
90 % de l’ensemble des éboueurs, travaillent pour 350 entreprises concurrentes et appelées à disparaître ou
apparaître, au gré de l’attribution des
contrats municipaux. De plus, le taux
de roulement du personnel est très
élevé dans ce métier. Il s’agit donc
d’une population difficile à joindre.
Chaque année, dans ce secteur, deux
travailleurs sur trois se blessent et
courent, par le fait même, le risque
d’être contaminés par des virus ou
des bactéries. Il faut comprendre qu’il
leur est pratiquement impossible de
maîtriser la salubrité de leur environnement. Comme ils manipulent, à l’occasion, des déchets pouvant contenir des
rejets en provenance de cliniques médicales, dentaires ou vétérinaires, le
risque de contact d’une plaie ouverte
avec du sang est possible. Les situations de risque les plus fréquentes concernent toutefois le tétanos. Chez les
éboueurs, on observe aussi un taux particulièrement élevé de troubles respiratoires de type allergique et de troubles
gastro-intestinaux, notamment des diarrhées et des nausées. Une surexposition
à des agents biologiques (poussières organiques, bactéries, moisissures) pourrait en être la cause.
Une telle variété
de milieux, de situations et d’agents
pathogènes exige
l’élaboration de stratégies sur mesure.
C’est là un défi que
le comité responsable
du PII, pour ces corps
de métiers, ne pourra
relever qu’avec la
collaboration des
équipes de santé et
de sécurité au travail du réseau de la
santé, des ASP et de
la CSST. O
On a parfois tendance à associer les dangers relatifs au VIH
et aux VHB et C à la région de Montréal. Même si l’incidence
et la prévalence des infections liées à ces virus sont moins
élevées en région que dans la zone métropolitaine,
ce serait faire preuve d’inconscience que de négliger
l’importance de ces virus dans le reste du Québec.
Les équipes de santé au tra-
vail de la Mauricie appartenant au
réseau de la santé ont agi de façon proactive. Elles ont fait circuler un questionnaire portant sur divers problèmes
de santé et de sécurité susceptibles d’affecter les employés municipaux. Les
équipes avaient cerné, parmi les problèmes, les risques biologiques, notamment chez les pompiers et les policiers.
C’est dans la région du Centre de la
Mauricie que le questionnaire a été
utilisé, principalement dans de petites
municipalités à caractère rural et semiurbain.
Cette démarche a permis de constater que 70 % des employeurs des services de polices de cette sous-région,
reconnaissent que leurs agents sont
exposés à des risques biologiques. En
corrélation parfaite, 70 % d’entre eux
fournissent une vaccination préventive
contre l’hépatite B et des gants jetables
à leur personnel. Et 30 % mettent à leur
disposition des masques de réanimation à valve unidirectionnelle. Il est à
noter, toutefois, qu’un certain nombre
des policiers ont refusé le vaccin1. En
outre, depuis plusieurs années, l’APSAM,
les équipes de santé au travail du réseau
public et l’École nationale de la police
du Québec donnent une certaine formation sur les risques biologiques, et leur
travail commence à porter fruit.
Pour leur part, les policiers de cette
sous-région ne semblent pas encore
tous conscients des risques biologiques,
puisque seulement 50 % de ceux qui
ne sont pas vaccinés reconnaissent
leur existence. Par comparaison et de
façon surprenante, la négation des
risques est encore plus élevée chez les
policiers vaccinés ; seulement 30 %
reconnaissent pouvoir y être exposés.
Chantal Bertrand, qui travaille au
sein de l’équipe de santé au travail du
CLSC du Centre-de-la-Mauricie et qui
est membre du comité du PII, émet une
hypothèse pour expliquer ces résultats :
1
Lire à ce sujet l’article de Michèle Tremblay,
de la Direction régionale de la santé publique
de Montréal, publié dans la revue Objectif
prévention, volume 23, no 1, 2000. L’auteure
fait un survol de l’aspect juridique de la vaccination, des droits et obligations des travailleurs
ainsi que de ceux des établissements.
Photos Service de prévention des incendies de Montréal
Dossier
de leur milieu de travail. Ils voulaient savoir s’ils avaient besoin d’être
vaccinés. Le fait, pour moi, de faire
partie du PII m’a permis d’approfondir le sujet. »
La perception des risques biologiques
chez les policiers et les pompiers « Ceci pourrait vouloir dire que la majorité des policiers vaccinés dans cette
sous-région estiment être immunisés
contre les maladies liées aux risques
biologiques, et pas seulement contre le
VHB, sans se rendre compte qu’aucun
vaccin ne peut les protéger contre le
VIH et le virus de l’hépatite C. »
Le même sondage indique pourtant
que 99 % de ces policiers estiment être
entrés en contact avec du sang ou des
liquides biologiques. La fréquence de
ces contacts s’élèverait à 12 par année
par policier, mais ils n’étaient cependant pas nécessairement sources de
risque. Par ailleurs, les policiers de
cette sous-région se sont dits majoritairement en faveur de la vaccination
préventive et de l’utilisation de gants et
de masques de réanimation à valve unidirectionnelle. Ils aimeraient aussi
avoir davantage d’information et des
cours de réanimation cardiorespiratoire.
La situation est complètement différente pour ce qui est des pompiers
de cette même sous-région. Pour ce
corps d’emploi, ce sont surtout les employeurs qui ont du mal à reconnaître
l’existence des risques biologiques qui
guettent leurs employés affectés à la
prévention des incendies. En effet,
seulement 20 % des employeurs de la
région du Centre-de-la-Mauricie admettent la réalité de ces risques. Ils
estiment, en effet, que leurs pompiers
entrent rarement en contact avec des
liquides biologiques (de 0 à 5 fois par
année, chacun). Selon eux, ces contacts
se produiraient principalement lors
de l’utilisation de matériel de désincarcération. Pour leur part, 50 % des
pompiers interrogés, dans le cadre du
sondage, sont conscients qu’ils courent
certains risques biologiques : ils sont
donc nettement plus sensibilisés que
leurs patrons. Par contre, seulement la
moitié de ces 50 % se rendent compte
qu’ils risquent d’être exposés au VIH
et à d’autres virus dans l’exercice de
leurs fonctions. Pourtant, 36 % des
pompiers volontaires sondés disent être
entrés en contact, à un moment ou à
un autre, avec du sang ou des liquides
biologiques. Même si les réponses au
questionnaire ne peuvent être valables
pour tout le Québec, elles montrent
qu’il y a encore du chemin à parcourir pour sensibiliser l’ensemble des
policiers, des pompiers, et leurs employeurs. O
| Prévention au travail | Été 2001 |
11
Photo Mario Bélisle
dans un espace intérieur avec une personne infectée, au cours de la période
où elle est contagieuse. La tuberculose
est, en effet, transmissible uniquement
pendant la phase active de la maladie.
Elle est alors généralement accompagnée de toux. Il n’existe pas, pour le
moment, de statistiques sur la fréquence
des maladies professionnelles associées aux agents biologiques chez les
agents des services correctionnels. Certains d’entre eux sont également préoccupés par les risques de contracter le
tétanos et la gale, d’être infectés par
des champignons et des poux.
Les travailleurs affectés
au traitement des eaux usées
Les eaux usées contiennent des agents
pathogènes et infectieux provenant, notamment, des excréments acheminés
dans les égouts, qui peuvent infecter
les travailleurs affectés à l’exploitation
et à l’entretien des canalisations, aux
travaux de vidange ou à l’assainissement des eaux usées. Parmi eux, il y a
des électriciens, des maçons, des plombiers, des mécaniciens et des opérateurs
de machines. En plus de contenir des
virus et des bactéries, ces eaux peuvent
renfermer des champignons, des vers
et d’autres parasites. Sans oublier les
rats, porteurs d’agents infectieux. Les
micro-organismes pathogènes proliférant dans les eaux usées peuvent être
transmis de diverses manières. Par le
contact avec une peau coupée, éraflée,
abîmée, ou avec une muqueuse (yeux,
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| Prévention au travail | Été 2001 |
narines, intérieur de la bouche) et par
inhalation des aérosols présents dans
les infrastructures d’égouts ou de traitement des eaux. Ces infections peuvent
également se propager par l’ingestion
de micro-organismes quand une main,
un objet, une cigarette ou de la nourriture contaminés sont en contact avec
la bouche ou le nez. Elles peuvent aussi
se transmettre lors de blessures, pendant la manipulation d’objets coupants
ou de seringues. Rendant la propagation encore plus efficace, bactéries,
moisissures et poussières organiques
se fixent aux mains, aux vêtements,
aux cheveux. Le risque menace le travailleur et aussi les personnes qu’il
fréquente, s’il ne prend pas les précautions appropriées.
Au Québec, il y aurait entre 5 000
et 6 000 personnes travaillant dans
le secteur des eaux usées. On croit observer chez elles un taux de troubles
gastro-intestinaux plus élevé que dans
l’ensemble de la population. Leur
risque d’être en contact avec des
micro-organismes pouvant causer des
maladies infectieuses, en particulier
l’hépatite A, est également plus élevé,
surtout en cas d’éclaboussures. Un
certain pourcentage des employés en
contact avec des eaux usées soupçonnent l’existence de ces risques. Ce
que confirme Lorraine LeBlanc, de la
Direction régionale de la Côte-Nord
de la CSST : « Des travailleurs affectés à la réfection d’une station de pompage se sont inquiétés de la salubrité
Les éboueurs et les employés
des centres de tri
Au Québec, plus de 2 500 éboueurs et
chauffeurs assurent l’enlèvement des
déchets domestiques. Environ 250
d’entre eux sont au service de cinq
municipalités. Les autres, soit près de
90 % de l’ensemble des éboueurs, travaillent pour 350 entreprises concurrentes et appelées à disparaître ou
apparaître, au gré de l’attribution des
contrats municipaux. De plus, le taux
de roulement du personnel est très
élevé dans ce métier. Il s’agit donc
d’une population difficile à joindre.
Chaque année, dans ce secteur, deux
travailleurs sur trois se blessent et
courent, par le fait même, le risque
d’être contaminés par des virus ou
des bactéries. Il faut comprendre qu’il
leur est pratiquement impossible de
maîtriser la salubrité de leur environnement. Comme ils manipulent, à l’occasion, des déchets pouvant contenir des
rejets en provenance de cliniques médicales, dentaires ou vétérinaires, le
risque de contact d’une plaie ouverte
avec du sang est possible. Les situations de risque les plus fréquentes concernent toutefois le tétanos. Chez les
éboueurs, on observe aussi un taux particulièrement élevé de troubles respiratoires de type allergique et de troubles
gastro-intestinaux, notamment des diarrhées et des nausées. Une surexposition
à des agents biologiques (poussières organiques, bactéries, moisissures) pourrait en être la cause.
Une telle variété
de milieux, de situations et d’agents
pathogènes exige
l’élaboration de stratégies sur mesure.
C’est là un défi que
le comité responsable
du PII, pour ces corps
de métiers, ne pourra
relever qu’avec la
collaboration des
équipes de santé et
de sécurité au travail du réseau de la
santé, des ASP et de
la CSST. O
On a parfois tendance à associer les dangers relatifs au VIH
et aux VHB et C à la région de Montréal. Même si l’incidence
et la prévalence des infections liées à ces virus sont moins
élevées en région que dans la zone métropolitaine,
ce serait faire preuve d’inconscience que de négliger
l’importance de ces virus dans le reste du Québec.
Les équipes de santé au tra-
vail de la Mauricie appartenant au
réseau de la santé ont agi de façon proactive. Elles ont fait circuler un questionnaire portant sur divers problèmes
de santé et de sécurité susceptibles d’affecter les employés municipaux. Les
équipes avaient cerné, parmi les problèmes, les risques biologiques, notamment chez les pompiers et les policiers.
C’est dans la région du Centre de la
Mauricie que le questionnaire a été
utilisé, principalement dans de petites
municipalités à caractère rural et semiurbain.
Cette démarche a permis de constater que 70 % des employeurs des services de polices de cette sous-région,
reconnaissent que leurs agents sont
exposés à des risques biologiques. En
corrélation parfaite, 70 % d’entre eux
fournissent une vaccination préventive
contre l’hépatite B et des gants jetables
à leur personnel. Et 30 % mettent à leur
disposition des masques de réanimation à valve unidirectionnelle. Il est à
noter, toutefois, qu’un certain nombre
des policiers ont refusé le vaccin1. En
outre, depuis plusieurs années, l’APSAM,
les équipes de santé au travail du réseau
public et l’École nationale de la police
du Québec donnent une certaine formation sur les risques biologiques, et leur
travail commence à porter fruit.
Pour leur part, les policiers de cette
sous-région ne semblent pas encore
tous conscients des risques biologiques,
puisque seulement 50 % de ceux qui
ne sont pas vaccinés reconnaissent
leur existence. Par comparaison et de
façon surprenante, la négation des
risques est encore plus élevée chez les
policiers vaccinés ; seulement 30 %
reconnaissent pouvoir y être exposés.
Chantal Bertrand, qui travaille au
sein de l’équipe de santé au travail du
CLSC du Centre-de-la-Mauricie et qui
est membre du comité du PII, émet une
hypothèse pour expliquer ces résultats :
1
Lire à ce sujet l’article de Michèle Tremblay,
de la Direction régionale de la santé publique
de Montréal, publié dans la revue Objectif
prévention, volume 23, no 1, 2000. L’auteure
fait un survol de l’aspect juridique de la vaccination, des droits et obligations des travailleurs
ainsi que de ceux des établissements.
Photos Service de prévention des incendies de Montréal
Dossier
de leur milieu de travail. Ils voulaient savoir s’ils avaient besoin d’être
vaccinés. Le fait, pour moi, de faire
partie du PII m’a permis d’approfondir le sujet. »
La perception des risques biologiques
chez les policiers et les pompiers « Ceci pourrait vouloir dire que la majorité des policiers vaccinés dans cette
sous-région estiment être immunisés
contre les maladies liées aux risques
biologiques, et pas seulement contre le
VHB, sans se rendre compte qu’aucun
vaccin ne peut les protéger contre le
VIH et le virus de l’hépatite C. »
Le même sondage indique pourtant
que 99 % de ces policiers estiment être
entrés en contact avec du sang ou des
liquides biologiques. La fréquence de
ces contacts s’élèverait à 12 par année
par policier, mais ils n’étaient cependant pas nécessairement sources de
risque. Par ailleurs, les policiers de
cette sous-région se sont dits majoritairement en faveur de la vaccination
préventive et de l’utilisation de gants et
de masques de réanimation à valve unidirectionnelle. Ils aimeraient aussi
avoir davantage d’information et des
cours de réanimation cardiorespiratoire.
La situation est complètement différente pour ce qui est des pompiers
de cette même sous-région. Pour ce
corps d’emploi, ce sont surtout les employeurs qui ont du mal à reconnaître
l’existence des risques biologiques qui
guettent leurs employés affectés à la
prévention des incendies. En effet,
seulement 20 % des employeurs de la
région du Centre-de-la-Mauricie admettent la réalité de ces risques. Ils
estiment, en effet, que leurs pompiers
entrent rarement en contact avec des
liquides biologiques (de 0 à 5 fois par
année, chacun). Selon eux, ces contacts
se produiraient principalement lors
de l’utilisation de matériel de désincarcération. Pour leur part, 50 % des
pompiers interrogés, dans le cadre du
sondage, sont conscients qu’ils courent
certains risques biologiques : ils sont
donc nettement plus sensibilisés que
leurs patrons. Par contre, seulement la
moitié de ces 50 % se rendent compte
qu’ils risquent d’être exposés au VIH
et à d’autres virus dans l’exercice de
leurs fonctions. Pourtant, 36 % des
pompiers volontaires sondés disent être
entrés en contact, à un moment ou à
un autre, avec du sang ou des liquides
biologiques. Même si les réponses au
questionnaire ne peuvent être valables
pour tout le Québec, elles montrent
qu’il y a encore du chemin à parcourir pour sensibiliser l’ensemble des
policiers, des pompiers, et leurs employeurs. O
| Prévention au travail | Été 2001 |
11
C’est
justement le but visé par
le PII, prévoir non seulement des mécanismes pour la formation des intervenants, qui auront pour rôle de
susciter la prise en charge de la gestion des risques biologiques par les
milieux concernés, mais aussi des outils nécessaires à cette prise en charge.
L’instrument central de la vaste panoplie d’outils pratiques et didactiques
sera, sans conteste, le Guide de gestion
des risques biologiques qui s’adresse
aux employeurs ayant à gérer de tels
risques. La méthode de gestion proposée compte six grands chapitres :
L’organisation en santé et sécurité ;
Les méthodes de travail sécuritaires ;
Les moyens et les équipements de
protection ; L’information et la formation ; La vaccination préventive ; et
L’intervention post-exposition.
Dans le deuxième chapitre, par
exemple, on aborde les notions d’hygiène personnelle et collective : le
lavage minutieux des mains (au
moins 30 secondes) est, assurément, un
moyen de prévention des maladies
infectieuses transmissibles à appliquer
de façon systématique. Ne pas fumer,
boire ou manger sur les lieux de travail. Dans certains contextes, prendre
une douche après le travail et voir à la
décontamination des vêtements constituent d’autres mesures d’hygiène prescrites. Les pratiques de base regroupent
l’ensemble des façons de travailler
qu’un milieu doit se donner avec un
maximum de sécurité, auparavant appelées mesures universelles de précaution (MUP) et les protections barrières,
comme les gants, les masques, les
cirés, etc. sont également analysées.
Contacts avec du sang
Le seul vaccin que l’on puisse utiliser
contre les contacts à risque avec du
sang, ou avec des liquides biologiques
12
| Prévention au travail | Été 2001 |
contaminés par du sang, est celui
contre l’hépatite B. Le protocole d’immunisation du Québec en préconise
d’ailleurs l’administration à toutes les
personnes intervenant en situation
d’urgence. Les pompiers et les policiers qui sont les premiers à arriver
sur les lieux, ainsi que certains agents
des services correctionnels en contact
avec du sang dans l’exercice de leurs
fonctions auraient donc fortement avantage à être vaccinés. Une personne qui
n’a pas encore été vaccinée contre l’hépatite B au moment d’une exposition à
risque peut toutefois recevoir une prophylaxie post-exposition efficace.
Il n’existe malheureusement aucun
vaccin pour se protéger contre le VIH
et le VHC, présents dans le sang d’un
pourcentage non négligeable de victimes à qui les policiers et les pompiers viennent en aide, et mortels à
moyen terme. Il existe cependant, pour
l’hépatite B et le VIH, un traitement
ment être administré le plus tôt possible, dans les deux heures suivant
l’exposition. Pour le moment, ce traitement n’est pas encore systématiquement disponible dans toutes les
régions. Dans ce contexte de risques
mortels, il convient de mettre en
œuvre une gestion draconienne des
risques de contact avec le sang dans
tous les milieux de travail concernés.
La précaution la plus élémentaire ?
Éviter tout contact avec le sang d’autrui. Le port de gants jetables lors
de la manipulation de personnes ou
d’objets couverts de sang constitue
une précaution de base automatique
et obligatoire. Pour éviter les contacts
avec des muqueuses pouvant être contaminées par du sang lors de la réanimation bouche-à-bouche, l’utilisation
d’un masque de réanimation à valve
unidirectionnelle est indispensable.
D’autres mesures préventives nécessitent une organisation du travail en
fonction de ces risques : entre autres,
l’acquisition d’habitudes de lavage des
mains, la révision des procédures de
fouille des prévenus, la modification
des méthodes de manipulation des
accidentés et des objets piquants ou
tranchants et l’élaboration de stratégies d’intervention réduisant les risques
d’exposition. Par exemple, au lieu de
fouiller les poches d’un prévenu, les
policiers peuvent demander à celui-ci
de les retourner lui-même.
De gauche à droite,
Quang Bach Pham,
conseiller à la Direction
de la préventioninspection de la CSST et
le Dr Denis Laliberté,
de la Direction régionale
de la santé publique
de Québec, coprésidents
du comité du PII,
et Jules Turcot, conseiller
à la Direction de la
prévention-inspection de
la CSST, et coordonnateur
des travaux du comité.
Photo Robert Etcheverry
Quang Bach Pham, conseiller à la Direction
de la prévention-inspection de la CSST, chargé de projet,
et coprésident du comité responsable du PII, campe
le problème : « Quand une exposition à risque se produit,
tout le monde est surpris, et personne ne sait quoi faire.
Il faut cesser de réagir en urgence et planifier les actions. »
Photos Service de prévention des incendies de Montréal
Dossier
La gestion
des risques biologiques post-exposition, mais il doit absolu-
Les équipes de santé au travail du
réseau de la santé du Québec, de même
que les inspecteurs de la CSST, seront
bientôt formées et aptes à donner, à
leur tour, de la formation aux employés
et aux employeurs de ces secteurs
d’activité. Les équipes de santé au travail pourront également aider les employeurs à mettre au point un ensemble
satisfaisant de mesures de gestion des
risques. Ces mesures ne pourront toutefois pas garantir à 100 % l’évitement
de contacts à risque avec du sang,
en particulier lors d’interventions urgentes et dangereuses. Les équipes de
santé au travail du réseau de la santé
s’informeront, au cours des prochains
mois, de la présence d’établissements de
santé, dans chaque région du Québec,
aptes à offrir des services d’urgence
en post-exposition et un suivi approprié
des travailleurs exposés. Elles verront à
ce que les employeurs soient informés
des endroits où diriger leurs employés
en cas d’exposition à risque.
Serge Giguère précise : « Tous nos
pompiers ont été formés pour faire
face aux risques d’exposition “ significative ” à du sang. En outre, nous leur
avons fait prendre conscience des conséquences potentielles d’un tel accident,
ce qui ne va pas sans déclencher un
choc émotif grave. Nous voyons donc
à ce que les pompiers confrontés à
ce type de situation reçoivent rapidement non seulement le traitement médical nécessaire, mais aussi un soutien
psychologique pour passer à travers
l’épreuve, en attendant les résultats
définitifs des analyses, qui peuvent
prendre jusqu’à six mois, dans le cas
du VIH. De plus, il est important de
relever l’identité des victimes avec
qui les pompiers ont eu des contacts
sanguins afin de procéder, avec l’autorisation de ces dernières, à des tests
de dépistage. »
Les éboueurs, les égoutiers, les préposés au traitement des eaux usées et
les travailleurs de centres de tri peuvent
à l’occasion, eux aussi, quoique beaucoup plus rarement, avoir des contacts
à risque avec du sang en se piquant
avec des seringues, ou en manipulant
par accident des déchets souillés de
sang. Des mesures appropriées devront
donc également être prises pour ces
corps de métier. Dans leur cas, la
vaccination systématique contre l’hépatite B n’est pas nécessaire. C’est
plutôt le recours à la vaccination après
l’exposition qui est l’option recommandée pour ces travailleurs. En plus
de disposer de dépliants portant sur
la vaccination contre l’hépatite B,
la prophylaxie post-exposition et les
premiers soins, les intervenants et
les milieux de travail concernés par les
contacts à risque avec du sang pourront
se servir de nombreux outils. Entre
autres, de fiches techniques sur la gestion de la vaccination et sur les méthodes de nettoyage des objets et des
tenues d’intervention souillées de sang ;
de cartes de vaccination ; de questionnaires pré-immunisation et d’affiches.
Des formulaires d’évaluation sommaire
des expositions à risque seront aussi
produits. On prévoit qu’ils pourront
être glissés dans les trousses de secours,
remplis en route vers les urgences en
cas d’exposition à risque, puis remis
au médecin qui s’occupera du cas.
Expositions prolongées
à la tuberculose
Ce sont les agents de services correctionnels qui risquent le plus d’être
exposés à la bactérie de la tuberculose 2 (mycobactérium tuberculosis).
Une bonne aération des locaux des établissements pénitenciers pour disperser
les contaminants en suspension dans
l’air, ainsi qu’une excellente hygiène
personnelle comptent parmi les mesures
à privilégier pour réduire ce risque. Le
dépistage systématique de la tuberculose grâce à l’administration de tests à
la tuberculine PPD revêt aussi une importance toute spéciale pour ce corps
de métier. Le comité du PII prévoit
d’ailleurs, à cette fin, la production de
carnets de résultats de dépistage. Au
cours des prochains mois, les équipes
de santé au travail du réseau de la santé
commenceront à sensibiliser les responsables des établissements de détention
et les agents affectés à la surveillance
des détenus.
Contact à risque
avec des eaux usées
L’hépatite A est principalement à
craindre pour les travailleurs régulièrement à risque d’être éclaboussés au
visage par des eaux usées. Pour eux,
l’accent sera mis sur la vaccination.
Seront aussi privilégiés l’hygiène personnelle, les équipements barrières et
la décontamination des vêtements pour
éviter que les virus et les bactéries se
propagent sur les lieux et dans les
véhicules de travail tout comme à la
maison. Il serait sage aussi de prévoir
des endroits où ces employés pourraient se doucher après chaque quart
de travail au cours duquel il y a eu
un contact avec des eaux usées. Les
équipes du réseau de la santé et
l’APSAM ont déjà réalisé un certain
travail de sensibilisation auprès des travailleurs municipaux, mais le secteur
privé n’a pas encore été vraiment couvert de façon systématique. Le comité
du PII prévoit divers outils pour soutenir
2
Bacille de Koch.
| Prévention au travail | Été 2001 |
13
C’est
justement le but visé par
le PII, prévoir non seulement des mécanismes pour la formation des intervenants, qui auront pour rôle de
susciter la prise en charge de la gestion des risques biologiques par les
milieux concernés, mais aussi des outils nécessaires à cette prise en charge.
L’instrument central de la vaste panoplie d’outils pratiques et didactiques
sera, sans conteste, le Guide de gestion
des risques biologiques qui s’adresse
aux employeurs ayant à gérer de tels
risques. La méthode de gestion proposée compte six grands chapitres :
L’organisation en santé et sécurité ;
Les méthodes de travail sécuritaires ;
Les moyens et les équipements de
protection ; L’information et la formation ; La vaccination préventive ; et
L’intervention post-exposition.
Dans le deuxième chapitre, par
exemple, on aborde les notions d’hygiène personnelle et collective : le
lavage minutieux des mains (au
moins 30 secondes) est, assurément, un
moyen de prévention des maladies
infectieuses transmissibles à appliquer
de façon systématique. Ne pas fumer,
boire ou manger sur les lieux de travail. Dans certains contextes, prendre
une douche après le travail et voir à la
décontamination des vêtements constituent d’autres mesures d’hygiène prescrites. Les pratiques de base regroupent
l’ensemble des façons de travailler
qu’un milieu doit se donner avec un
maximum de sécurité, auparavant appelées mesures universelles de précaution (MUP) et les protections barrières,
comme les gants, les masques, les
cirés, etc. sont également analysées.
Contacts avec du sang
Le seul vaccin que l’on puisse utiliser
contre les contacts à risque avec du
sang, ou avec des liquides biologiques
12
| Prévention au travail | Été 2001 |
contaminés par du sang, est celui
contre l’hépatite B. Le protocole d’immunisation du Québec en préconise
d’ailleurs l’administration à toutes les
personnes intervenant en situation
d’urgence. Les pompiers et les policiers qui sont les premiers à arriver
sur les lieux, ainsi que certains agents
des services correctionnels en contact
avec du sang dans l’exercice de leurs
fonctions auraient donc fortement avantage à être vaccinés. Une personne qui
n’a pas encore été vaccinée contre l’hépatite B au moment d’une exposition à
risque peut toutefois recevoir une prophylaxie post-exposition efficace.
Il n’existe malheureusement aucun
vaccin pour se protéger contre le VIH
et le VHC, présents dans le sang d’un
pourcentage non négligeable de victimes à qui les policiers et les pompiers viennent en aide, et mortels à
moyen terme. Il existe cependant, pour
l’hépatite B et le VIH, un traitement
ment être administré le plus tôt possible, dans les deux heures suivant
l’exposition. Pour le moment, ce traitement n’est pas encore systématiquement disponible dans toutes les
régions. Dans ce contexte de risques
mortels, il convient de mettre en
œuvre une gestion draconienne des
risques de contact avec le sang dans
tous les milieux de travail concernés.
La précaution la plus élémentaire ?
Éviter tout contact avec le sang d’autrui. Le port de gants jetables lors
de la manipulation de personnes ou
d’objets couverts de sang constitue
une précaution de base automatique
et obligatoire. Pour éviter les contacts
avec des muqueuses pouvant être contaminées par du sang lors de la réanimation bouche-à-bouche, l’utilisation
d’un masque de réanimation à valve
unidirectionnelle est indispensable.
D’autres mesures préventives nécessitent une organisation du travail en
fonction de ces risques : entre autres,
l’acquisition d’habitudes de lavage des
mains, la révision des procédures de
fouille des prévenus, la modification
des méthodes de manipulation des
accidentés et des objets piquants ou
tranchants et l’élaboration de stratégies d’intervention réduisant les risques
d’exposition. Par exemple, au lieu de
fouiller les poches d’un prévenu, les
policiers peuvent demander à celui-ci
de les retourner lui-même.
De gauche à droite,
Quang Bach Pham,
conseiller à la Direction
de la préventioninspection de la CSST et
le Dr Denis Laliberté,
de la Direction régionale
de la santé publique
de Québec, coprésidents
du comité du PII,
et Jules Turcot, conseiller
à la Direction de la
prévention-inspection de
la CSST, et coordonnateur
des travaux du comité.
Photo Robert Etcheverry
Quang Bach Pham, conseiller à la Direction
de la prévention-inspection de la CSST, chargé de projet,
et coprésident du comité responsable du PII, campe
le problème : « Quand une exposition à risque se produit,
tout le monde est surpris, et personne ne sait quoi faire.
Il faut cesser de réagir en urgence et planifier les actions. »
Photos Service de prévention des incendies de Montréal
Dossier
La gestion
des risques biologiques post-exposition, mais il doit absolu-
Les équipes de santé au travail du
réseau de la santé du Québec, de même
que les inspecteurs de la CSST, seront
bientôt formées et aptes à donner, à
leur tour, de la formation aux employés
et aux employeurs de ces secteurs
d’activité. Les équipes de santé au travail pourront également aider les employeurs à mettre au point un ensemble
satisfaisant de mesures de gestion des
risques. Ces mesures ne pourront toutefois pas garantir à 100 % l’évitement
de contacts à risque avec du sang,
en particulier lors d’interventions urgentes et dangereuses. Les équipes de
santé au travail du réseau de la santé
s’informeront, au cours des prochains
mois, de la présence d’établissements de
santé, dans chaque région du Québec,
aptes à offrir des services d’urgence
en post-exposition et un suivi approprié
des travailleurs exposés. Elles verront à
ce que les employeurs soient informés
des endroits où diriger leurs employés
en cas d’exposition à risque.
Serge Giguère précise : « Tous nos
pompiers ont été formés pour faire
face aux risques d’exposition “ significative ” à du sang. En outre, nous leur
avons fait prendre conscience des conséquences potentielles d’un tel accident,
ce qui ne va pas sans déclencher un
choc émotif grave. Nous voyons donc
à ce que les pompiers confrontés à
ce type de situation reçoivent rapidement non seulement le traitement médical nécessaire, mais aussi un soutien
psychologique pour passer à travers
l’épreuve, en attendant les résultats
définitifs des analyses, qui peuvent
prendre jusqu’à six mois, dans le cas
du VIH. De plus, il est important de
relever l’identité des victimes avec
qui les pompiers ont eu des contacts
sanguins afin de procéder, avec l’autorisation de ces dernières, à des tests
de dépistage. »
Les éboueurs, les égoutiers, les préposés au traitement des eaux usées et
les travailleurs de centres de tri peuvent
à l’occasion, eux aussi, quoique beaucoup plus rarement, avoir des contacts
à risque avec du sang en se piquant
avec des seringues, ou en manipulant
par accident des déchets souillés de
sang. Des mesures appropriées devront
donc également être prises pour ces
corps de métier. Dans leur cas, la
vaccination systématique contre l’hépatite B n’est pas nécessaire. C’est
plutôt le recours à la vaccination après
l’exposition qui est l’option recommandée pour ces travailleurs. En plus
de disposer de dépliants portant sur
la vaccination contre l’hépatite B,
la prophylaxie post-exposition et les
premiers soins, les intervenants et
les milieux de travail concernés par les
contacts à risque avec du sang pourront
se servir de nombreux outils. Entre
autres, de fiches techniques sur la gestion de la vaccination et sur les méthodes de nettoyage des objets et des
tenues d’intervention souillées de sang ;
de cartes de vaccination ; de questionnaires pré-immunisation et d’affiches.
Des formulaires d’évaluation sommaire
des expositions à risque seront aussi
produits. On prévoit qu’ils pourront
être glissés dans les trousses de secours,
remplis en route vers les urgences en
cas d’exposition à risque, puis remis
au médecin qui s’occupera du cas.
Expositions prolongées
à la tuberculose
Ce sont les agents de services correctionnels qui risquent le plus d’être
exposés à la bactérie de la tuberculose 2 (mycobactérium tuberculosis).
Une bonne aération des locaux des établissements pénitenciers pour disperser
les contaminants en suspension dans
l’air, ainsi qu’une excellente hygiène
personnelle comptent parmi les mesures
à privilégier pour réduire ce risque. Le
dépistage systématique de la tuberculose grâce à l’administration de tests à
la tuberculine PPD revêt aussi une importance toute spéciale pour ce corps
de métier. Le comité du PII prévoit
d’ailleurs, à cette fin, la production de
carnets de résultats de dépistage. Au
cours des prochains mois, les équipes
de santé au travail du réseau de la santé
commenceront à sensibiliser les responsables des établissements de détention
et les agents affectés à la surveillance
des détenus.
Contact à risque
avec des eaux usées
L’hépatite A est principalement à
craindre pour les travailleurs régulièrement à risque d’être éclaboussés au
visage par des eaux usées. Pour eux,
l’accent sera mis sur la vaccination.
Seront aussi privilégiés l’hygiène personnelle, les équipements barrières et
la décontamination des vêtements pour
éviter que les virus et les bactéries se
propagent sur les lieux et dans les
véhicules de travail tout comme à la
maison. Il serait sage aussi de prévoir
des endroits où ces employés pourraient se doucher après chaque quart
de travail au cours duquel il y a eu
un contact avec des eaux usées. Les
équipes du réseau de la santé et
l’APSAM ont déjà réalisé un certain
travail de sensibilisation auprès des travailleurs municipaux, mais le secteur
privé n’a pas encore été vraiment couvert de façon systématique. Le comité
du PII prévoit divers outils pour soutenir
2
Bacille de Koch.
| Prévention au travail | Été 2001 |
13
Dossier
les interventions auprès de ces personnes, notamment des dépliants sur
la vaccination contre l’hépatite A, sur
le lavage des mains et les mesures
d’hygiène personnelle ; une carte de
vaccination et une grille d’inspection
des stations d’épuration pour les inspecteurs de la CSST.
Le SIMDUT (Système d’information
sur les matières dangereuses
utilisées au travail) répartit les
matières dangereuses en six catégories principales définies en fonction des dangers que chacune peut
représenter. Il identifie les matières
infectieuses à l’aide de ce symbole.
les travailleurs pouvant être en contact
avec les eaux usées, et pour ceux des
centres de tri. Il faudra toutefois éviter
la survaccination : le vaccin contre le
tétanos est en fait valable pour dix ans.
Un dépliant sur la vaccination contre le
Photo Mario Bélisle
Tétanos
Les travailleurs de tous les corps de
métiers déjà cités peuvent, à l’occasion, se blesser avec du métal rouillé,
ou encore avoir une plaie dans laquelle pénètre de la terre : il faut alors
craindre le tétanos. La mise à jour de
la vaccination contre cette maladie est
recommandée pour tous les citoyens,
et particulièrement pour les éboueurs et
tétanos sera bientôt disponible, dans
le cadre du PII, ainsi que des cartes
permettant de consigner le « statut vaccinal » des travailleurs.
14
| Prévention au travail | Été 2001 |
Poussières, moisissures
et bactéries
L’enlèvement des déchets, le travail en
présence d’eaux usées, le traitement
du compost et le tri de matières recyclables exposent les travailleurs affectés à ces tâches à un niveau très élevé
de poussières, de moisissures et de
bactéries. Tous doivent avoir une hygiène personnelle rigoureuse : lavage
fréquent des mains, douche à la fin de
la journée, entreposage des vêtements
de travail et de ville dans des cases
différentes, etc.3 Ils devraient porter
des gants en tout temps et, s’il y a lieu,
un masque jetable. Leurs vêtements
de protection devraient être lavés par
l’employeur. Et l’aération des égouts
devrait faire l’objet d’une certaine attention. Ce sont surtout les inspecteurs de la CSST qui interviendront
dans ces milieux. En plus d’une formation appropriée, ils disposeront de
plusieurs outils : des fiches techniques
portant sur l’enlèvement des ordures,
les travailleurs mobiles, et l’aménagement et l’entretien des centres de tri.
Enfin, ils pourront se servir de dépliants
sur le lavage des mains sans eau (pour
ceux qui travaillent sur la route) et sur
les mesures d’hygiène personnelle.
Les travaux du PII se poursuivront
pendant deux ou trois autres années,
car l’inventaire de tous les moyens
de prévention contre les risques biologiques et de toutes les interventions prévues pour que les milieux se
prennent en charge n’est pas encore
complet. On envisage toutefois, dès
l’automne 2001, un grand coup d’envoi
de ces importantes opérations de prise
en charge. La Dre Michèle Tremblay,
de la Direction de la santé publique
de Montréal-Centre, conclut : « L’approche systématique adoptée pour
la mise en œuvre de ce plan fera en
sorte que les travailleurs exposés à
des risques biologiques pourront très
bientôt avoir accès à des services appropriés et de bonne qualité. » O
3
Voir l’article portant sur les travaux de Jacques
Lavoie, hygiéniste au Programme soutien analytique de l’IRSST : « Éboueurs, l’exposition
aux bioaérosols peut être évitée, simplement »,
Prévention au travail, hiver 2001, volume 14,
no 1.
Droits et obligations
Une re-naissance
attendue…
soucis d’une production plus efficace et
plus concurrentielle. Les travailleurs
sont par conséquent confrontés à de
nouveaux dangers, et plusieurs normes
du REIC sont périmées ou inappropriées, sur le plan de la santé et de la
sécurité du travail.
En 1991, un comité paritaire technique a été mandaté par le conseil
d’administration de la CSST pour
réviser le contenu du REIC. Parallèlement aux travaux de ce comité, un
autre groupe de travail paritaire était
chargé d’examiner certaines dispositions du Règlement sur la qualité
du milieu de travail (RQMT), plus
particulièrement les valeurs admissibles d’exposition à certains contaminants.
En 1998, le Règlement sur la santé
et la sécurité du travail (RSST) a fait
l’objet d’une prépublication à la
Gazette officielle du Québec. Les
comités paritaires techniques se sont
remis à la tâche afin d’analyser les
commentaires reçus à la suite de cette
publication, et d’apporter des modifications au règlement, histoire de tenir
compte des besoins exprimés.
Le RSST est donc le fruit d’un
consensus entre les parties syndicale et
patronale au sein des comités paritaires
techniques de la CSST. Ce règlement
constitue le produit de la fusion et de
la mise à jour des dispositions prévues
au REIC et au RQMT.
Son contenu est varié. Il s’applique
de façon plus spécifique à tout établissement, au sens de la LSST, et il vise
l’ensemble des travailleurs et des travailleuses, quel que soit le secteur dans
lequel ils évoluent. Il établit des normes
générales en vue d’assurer leur santé,
leur sécurité et leur intégrité physique.
Le règlement prescrit, entre autres, des
normes applicables quant à la qualité de
l’air, à certaines matières dangereuses,
à la ventilation, aux machines, à l’aménagement des lieux de travail et à certains travaux à risque élevé, tels ceux
nécessitant l’usage d’explosifs ou ceux
exécutés dans un espace clos.
Quelques dernières étapes devront
être franchies avant son entrée en
vigueur. Une re-naissance très attendue ! O
Illustration Benoît Laverdière
Le
15 février 2001, le conseil d’administration de la CSST adoptait à
l’unanimité le Règlement sur la santé
et la sécurité du travail (RSST). Ce
n’est pas la première fois que la CSST
fait un tel geste. Comment expliquer,
alors, la joie et le contentement ressentis par toutes les personnes associées de près ou de loin à ce projet ?
Les explications sont multiples et
trouvent leur source dans le passé.
Faisons un bref retour en arrière.
En 1973, le Règlement sur les établissements industriels et commerciaux
(REIC) était adopté en vertu de la
Loi sur les établissements industriels
et commerciaux. En 1979, le REIC est
maintenu en vertu de la Loi sur la santé
et la sécurité du travail (LSST) et il
constitue, depuis, une pièce maîtresse
de la réglementation en matière de
santé et de sécurité du travail. Or,
depuis son adoption, il y a près de
30 ans, le règlement n’avait subi aucune révision majeure malgré un environnement de travail en perpétuel
changement. Le matériel de production
et les méthodes de travail ont évolué,
les machines sont de plus en plus complexes, les normes techniques se raffinent sans cesse et les méthodes de
travail doivent désormais répondre aux
Hélène Savard
| Prévention au travail | Été 2001 |
15
Agenda
5 au 10 août 2001
Nouvelle-Orléans (États-Unis)
10 au 13 septembre 2001
Hayama (Japon)
18 et 19 octobre 2001
Jonquière (Québec)
Conférence
HCI International 2001
9 e conférence internationale
sur l’interaction homme-ordinateur
Colloque
15 e colloque international sur
le travail de nuit et le travail posté
Salon et colloque
17 e colloque de la santé et de
la sécurité du travail du Saguenay–
Lac-Saint-Jean, Chibougamau, Chapais
Renseignements
Myrna R. Kasdorf
Dept. Of Industrial engineering
University of Wisconsin-Madison
1513 University Avenue
Madison WI 53706
ÉTATS-UNIS
Tél. (608) 263-4025
Téléc. (608) 262-8454
Renseignements
The Institute for Science of Labor
2-8-14, Sugao
Miyamae-ku
Kawasaki 216-8501
JAPON
Tél. 81 44 977 2121
Téléc. 81 44 976 8659
Courriel : jim@isl.or.jp
Site Web : www.isl.or.jp/symp2001.htm
19 au 22 août 2001
Bisbane (Australie)
10 au 14 septembre 2001
Lille (France)
Conférence
VIV9 – 9 e conférence internationale
sur la vision à bord des véhicules
IHM-HCI 2001
Renseignements
VIV9
Institute of Behavioural Sciences
University of Derby
Kingsway House, Kingsway
Derby DE22 3HL (Royaume-Uni)
AUSTRALIE
Tél. et téléc. 44 1332 593 131
Courriel : ibs@derby.ac.uk
Site Web : www.ibs.derby.ac.uk/viv9
20 au 22 août 2001
Copenhague (Danemark)
Colloque
15 e colloque sur l’épidémiologie
en santé au travail. Travail et santé :
le rôle de l’épidémiologie
Renseignements
Ole Teller
Ramsingsvej 7
DK-2500 Valby
DANEMARK
Tél. 45 36 14 31 62
Téléc. 45 36 14 31 80
Courriel :
icoh.workandhealth@osh-council.dk
Site Web : www.osh-council.dk
16
| Prévention au travail | Été 2001 |
Renseignements
SELF
Faculté de médecine
CHU Côte de Nacre
14032 Caen Cedex
FRANCE
Tél. 02 31 06 82 14
Téléc. 02 31 06 82 19
Site Web : www.ihm-hci2001.org
3 au 5 octobre 2001
Montréal (Québec)
Congrès
SELF-ACE – Les transformations
du travail : enjeux pour l’ergonomie
Renseignements
SELF-ACE 2001
IRSST
505, boul. de Maisonneuve Ouest
10e étage
Montréal (Québec) H3A 3C2
Tél. (514) 288-1551
Téléc. (514) 288-7446
Courriel : self-ace2001@irsst.qc.ca
Site Web : ergonomie-self.org
ou ace-ergocanada.ca
Renseignements
André Résendes
CSST Direction régionale
du Saguenay–Lac-Saint-Jean
Tél. (418) 696-5223
Courriel : andres.resendes@csst.qc.ca
30 octobre 2001
Trois-Rivières (Québec)
Colloque
Carrefour de la santé
et de la sécurité du travail
de la Mauricie–Centre-du-Québec
Renseignements
Louis Brault
CSST Direction régionale
de la Mauricie et du Centre-du-Québec
Tél. 1 800 668-6210, poste 3404
Courriel : louis.brault@csst.qc.ca
6 novembre 2001
Québec (Québec)
Colloque sur la santé
et la sécurité du travail
Chaudière-Appalaches et Québec
Renseignements
Isabelle Gosselin
CSST Direction régionale
de la Chaudière-Appalaches
Tél. (418) 839-2577
Courriel : isabelle.gosselin@csst.qc.ca
Luc Jacques
CSST Direction régionale de Québec
Tél. (418) 266-4158
Courriel : luc.jacques@csst.qc.ca
7 et 8 novembre 2001
Saint-Hyacinthe (Québec)
Conférence
La gestion des risques chimiques
Renseignements
Département de santé environnementale
et de santé au travail de l’Université
de Montréal
Tél. (514) 343-6134
Site Web : www.mdtrav.umontreal.ca
Recherche
à l’IRSST
Dans ce numéro
17 Une attaque en règle
contre les solvants
Des exemples de solutions
concrètes
20Changements
Une attaque
en règle
contre les solvants
Des exemples
de solutions
concrètes
Photo Mario Bélisle
L’industrie
fait une large
consommation de solvants : au Québec,
plus de 200 000 travailleurs y sont
exposés. Depuis le garage du coin
jusqu’au fabricant de peintures,
ces produits se trouvent à peu près
partout. Or, ce sont souvent des matières dangereuses à la fois pour
l’environnement et pour la santé. Une
tendance se profile donc à l’échelle
mondiale : la substitution de ces matières dangereuses par des substances
ou des procédés moins nocifs. Un tel
changement n’est pas simple. Denis
Bégin et Michel Gérin, respectivement
agent de recherche et professeur au
organisationnels
Une terre fertile pour
l’amélioration des conditions
de santé et de sécurité du
travail dans les entreprises
22Troubles
musculo-squelettiques
Deux ergonomes racontent
l’ implantation et l’évaluation
de mesures de prévention
dès la conception de situations
de travail
24Stabilité
Département de santé environnementale et santé au travail de l’Université
de Montréal, viennent tout juste de valider, en milieu industriel, une procédure
de substitution en neuf étapes qui constitue une approche pragmatique.
La recherche, financée par l’IRSST,
s’est déroulée sur une période de deux
ans. Dans sept entreprises, elle a permis de tester une démarche inspirée
à la fois des travaux des Danois et
des Américains. Il faut toutefois comprendre que la substitution n’est pas
toujours possible, bien qu’elle soit la
voie privilégiée pour résoudre le problème que posent les solvants. Dans
de telles situations, les mécanismes
de prévention sont à revoir. Dans les
deux cas pour lesquels il n’y avait pas
de substance de remplacement acceptable, des recommandations ont pu
toutefois être faites.
des excavations minières
Une recette de base adaptable
à chaque remblai
26L’évolution de la recherche
fait l’objet d’un colloque
28Boursier : Michel Déry,
Université Laval
L’identification des moisissures
et autres bioaérosols
par la spectroscopie
29Nouvelles publications
30Nouvelles recherches
| Prévention au travail | Été 2001 |
17
De l’avis des deux scientifiques, les
résultats de la recherche sont probants.
La méthode peut s’appliquer à l’ensemble de l’industrie parce qu’elle a été
testée dans une variété de secteurs utilisant des solvants, soit le nettoyage de
taches sur des tissus, le collage de la
Point de départ
En raison des dangers que représentent
les solvants pour la santé des travailleurs,
du public en général et de l’environnement, les entreprises sont amenées à
remplacer plusieurs des produits organiques actuellement en usage. Une étude
préalable avait démontré la nécessité
d’adopter une approche globale en
matière de substitution des solvants.
1
Comment donc concrétiser cette
approche et la rendre opérationnelle ?
Responsables
Michel Gérin1 et Denis Bégin2,
respectivement professeur et
agent de recherche au Département de santé environnementale
et de santé au travail de l’Université de Montréal.
2
Partenaires
• Les associations paritaires des
secteurs du textile (Préventex),
de la fabrication de produits en métal
et de produits électriques (ASPME), de la
fabrication d’équipements de transport et de machines (ASFETM) et de
l’habillement.
• Le ministère de l’Environnement du
Québec.
• Les CLSC des Seigneuries, du Centrede-la-Mauricie, Jean-Olivier-Chénier,
Lac-Saint-Louis, Pointe-aux-Trembles/
Montréal-Est.
Résultats
• La validation d’une démarche de substitution en neuf étapes.
• La résolution de cas concrets dans des
entreprises québécoises.
• Un répertoire de ressources documentaires et professionnelles sur le sujet.
Utilisateurs potentiels
Les hygiénistes industriels et les responsables de la santé et de la sécurité du travail, ainsi que les responsables du dossier
de l’environnement dans les entreprises.
18
| Prévention au travail | Été 2001 |
mousse de polyuréthanne lors de
sa fabrication et de son utilisation,
le détachage de revêtements dans la
fabrication de peintures et de circuits
imprimés.
Pour être efficace, le processus de
substitution nécessite l’adoption d’une
approche globale. Le respect de l’environnement ainsi que de la santé et
de la sécurité des travailleurs sont évidemment des points importants dans ce
dossier, mais la faisabilité technique
et financière de même que les aspects
humains et organisationnels doivent
aussi être pris en compte.
C’est pour mettre au point cette
approche globale que MM. Bégin
et Gérin ont réalisé cette recherche.
« Nous avons voulu combiner la stratégie des Danois et celle des Américains », disent-ils. Les premiers
se préoccupent surtout de santé
et de sécurité au travail, les
seconds s’attaquent principalement à l’aspect environnemental. Le résultat : une démarche en
neuf temps qui se prête davantage
au contexte québécois.
Les neuf temps
de la substitution
Une démarche de substitution
suppose du temps et des ressources. C’est un travail d’équipe.
À tous les stades, l’appui de la haute
direction représente un gage de succès.
Un mandat clair, des responsabilités
bien définies, des ressources adéquates
vont garantir l’aboutissement du projet à l’intérieur de délais raisonnables.
Sur ce point, MM. Bégin et Gérin sont
formels : « Lorsque la direction approuve sans ambiguïté le travail du
comité, la démarche a plus de chance
de se concrétiser efficacement et plus
rapidement. » Ils vont jusqu’à évoquer, ici, une différence de plusieurs
mois, voire d’une année.
Après la première étape, soit
l’identification du problème, un comité de substitution est mis en place.
La procédure requiert l’apport de
spécialistes de plusieurs disciplines.
S’il est naturel d’intégrer les responsables de la santé et de la sécurité du
travail, les ingénieurs et les hygiénistes industriels dans ce groupe, il
ne faut pas oublier la contribution
des analystes financiers, car l’évaluation de la rentabilité est cruciale.
« Si les produits de substitution se
Aux postes d’encollage de mousse
de polyuréthanne, chez Domfoam,
à Saint-Léonard, on utilisait
auparavant un adhésif contenant
un solvant toxique, le dichlorométhane. Celui-ci a été remplacé par
un adhésif à base d’eau.
vendent généralement plus cher, ils
ont d’autres propriétés qui peuvent
les rendre moins coûteux à l’usage »,
précise M. Gérin. Ainsi, une des entreprises participantes a pu diminuer
ses frais de chauffage puisqu’elle
n’avait plus besoin d’évacuer l’air
vicié à l’extérieur. Cette même entreprise a profité d’un accroissement
de ses ventes à la suite de l’assainissement de ses moyens de production.
Vient ensuite le temps de procéder
à une analyse détaillée de la situation.
Bien comprendre les procédures de
travail, les modalités d’utilisation et la
finalité du produit vont mener à l’établissement des critères devant présider
à la sélection de la nouvelle substance.
Cette étape est importante et rien ne
doit être négligé. Les scientifiques
ont constaté que certaines solutions
peuvent se situer loin en amont du processus de production habituel.
Photo Mario Bélisle
R e c h e r c h e à l’IRSST
Pour réaliser la quatrième étape,
c’est-à-dire l’inventaire des options de
rechange, il existe une panoplie d’outils
que la recherche a permis de recenser.
Sur le Web, notamment, se trouve un
ensemble de ressources utiles, soit des
bases de données, des groupes de
discussion, des sites et des répertoires
de spécialistes. Bref, les moyens pour
répertorier les procédés et les produits
potentiellement intéressants sont à la
disposition de ceux qui savent naviguer dans l’espace virtuel.
Avant de faire l’évaluation de
chacune des options trouvées, les
chercheurs suggèrent de les tester
en laboratoire, à petite échelle, afin de
sélectionner uniquement les plus valables en regard des critères formulés.
Originale par rapport aux approches
danoise et américaine, cette proposition a le mérite d’économiser un temps
précieux à l’étape suivante. L’évaluation consiste à documenter les effets
potentiels des solutions retenues. Là
encore, les ressources documentaires
et professionnelles s’avèrent utiles. Les
fournisseurs de solvants ont également
été mis à contribution.
Le moment de comparer les options et de faire les choix appropriés
arrive. Chaque solution comporte des
avantages et des inconvénients, et la
décision ultime est souvent affaire
de compromis. « Il n’y a pas de produit de remplacement idéal », précise
M. Gérin.
L’implantation se fait de manière
graduelle. Le changement a d’abord
lieu sur un poste de travail avant
de toucher l’ensemble du procédé.
Pareille modification du processus
de production ne va pas sans provoquer des bouleversements. « Il faut
se doter d’un nouvel équipement,
modifier l’aménagement du poste
de travail, former les employés,
notent les chercheurs. Cela demande
un effort certain de la part de l’entreprise ».
C’est à ce stade surtout que les
aspects humains interviennent. « Les
travailleurs, habitués à leurs façons
de faire, expriment quelquefois des
réticences », ont observé les chercheurs. Si le produit ou le procédé de
substitution nécessite plus d’efforts
de leur part, ils ne comprennent pas
nécessairement la pertinence de ce
changement. « Au Québec, précise
M. Bégin, certaines maladies professionnelles reliées à l’exposition
chronique aux solvants ne sont pas
reconnues ; c’est pourquoi il est essentiel de convaincre les intéressés du
bien-fondé de la modification. »
Dernière étape mais non la moindre,
l’évaluation de l’implantation devra
tenir compte des nouveaux effets sur
la santé et la sécurité. « On a pu observer, par exemple, dans un cas, que
le transport de récipients plus lourds
que ceux qui étaient auparavant en
usage pouvait causer des problèmes »,
précise Michel Gérin. La vigilance
s’impose donc, afin de ne pas introduire de nouveaux risques.
Une recherche en plusieurs volets
Le questionnement sur la substitution
des solvants n’en est pas à ses débuts.
En 1995, une première étude, effectuée à la demande d’un groupe d’hygiénistes industriels, avait entre autres
choses démontré l’absence d’information pertinente sur les molécules de
rechange offertes sur le marché. Pour
pallier cette lacune, MM. Bégin et
Gérin avaient alors entrepris la réalisation de trois monographies publiées
en 1999. Ce travail se poursuit par
la rédaction de trois nouvelles monographies.
La recherche actuelle fait la preuve
que la substitution est possible dans
certains secteurs et elle en fournit le
mode d’emploi. Les diverses solutions
appliquées dans le courant de cette
étude suscitent d’ailleurs un grand
intérêt, notamment en ce qui concerne
la possibilité de remplacer les colles
à base de solvants par des adhésifs à
base d’eau. Pareilles retombées pourraient faire tache d’huile. O
Danielle Massé
Pour en savoir plus
BÉGIN, Denis et Michel GÉRIN.
Substitution des solvants — Études de cas
d’implantation, Rapport R-269, 167 pages,
15 $.
GÉRIN, Michel, Denis BÉGIN, Josée
GOUPIL, René GARNEAU et Steven
SACKS. La substitution des solvants en
milieu de travail — Élaboration d’un outil
pour l’intervention, Rapport R-098,
375 pages, 25 $.
BÉGIN, Denis et Michel GÉRIN. La
substitution des solvants par les esters
d’acides dicarboxyliques (dbe) : Adipate
diméthylique, Glutarate diméthylique,
Succinate diméthylique, Rapport B-056,
42 pages, 6 $.
BÉGIN, Denis et Michel GÉRIN. La
substitution des solvants par le d-limonène,
Rapport B-057, 38 pages, 6 $.
BÉGIN, Denis et Michel GÉRIN. La
substitution des solvants par la N-méthyl-2pyrrolidone, Rapport B-058, 60 pages, 6 $.
Téléchargeables gratuitement à
www.irsst.qc.ca.
| Prévention au travail | Été 2001 |
19
De l’avis des deux scientifiques, les
résultats de la recherche sont probants.
La méthode peut s’appliquer à l’ensemble de l’industrie parce qu’elle a été
testée dans une variété de secteurs utilisant des solvants, soit le nettoyage de
taches sur des tissus, le collage de la
Point de départ
En raison des dangers que représentent
les solvants pour la santé des travailleurs,
du public en général et de l’environnement, les entreprises sont amenées à
remplacer plusieurs des produits organiques actuellement en usage. Une étude
préalable avait démontré la nécessité
d’adopter une approche globale en
matière de substitution des solvants.
1
Comment donc concrétiser cette
approche et la rendre opérationnelle ?
Responsables
Michel Gérin1 et Denis Bégin2,
respectivement professeur et
agent de recherche au Département de santé environnementale
et de santé au travail de l’Université de Montréal.
2
Partenaires
• Les associations paritaires des
secteurs du textile (Préventex),
de la fabrication de produits en métal
et de produits électriques (ASPME), de la
fabrication d’équipements de transport et de machines (ASFETM) et de
l’habillement.
• Le ministère de l’Environnement du
Québec.
• Les CLSC des Seigneuries, du Centrede-la-Mauricie, Jean-Olivier-Chénier,
Lac-Saint-Louis, Pointe-aux-Trembles/
Montréal-Est.
Résultats
• La validation d’une démarche de substitution en neuf étapes.
• La résolution de cas concrets dans des
entreprises québécoises.
• Un répertoire de ressources documentaires et professionnelles sur le sujet.
Utilisateurs potentiels
Les hygiénistes industriels et les responsables de la santé et de la sécurité du travail, ainsi que les responsables du dossier
de l’environnement dans les entreprises.
18
| Prévention au travail | Été 2001 |
mousse de polyuréthanne lors de
sa fabrication et de son utilisation,
le détachage de revêtements dans la
fabrication de peintures et de circuits
imprimés.
Pour être efficace, le processus de
substitution nécessite l’adoption d’une
approche globale. Le respect de l’environnement ainsi que de la santé et
de la sécurité des travailleurs sont évidemment des points importants dans ce
dossier, mais la faisabilité technique
et financière de même que les aspects
humains et organisationnels doivent
aussi être pris en compte.
C’est pour mettre au point cette
approche globale que MM. Bégin
et Gérin ont réalisé cette recherche.
« Nous avons voulu combiner la stratégie des Danois et celle des Américains », disent-ils. Les premiers
se préoccupent surtout de santé
et de sécurité au travail, les
seconds s’attaquent principalement à l’aspect environnemental. Le résultat : une démarche en
neuf temps qui se prête davantage
au contexte québécois.
Les neuf temps
de la substitution
Une démarche de substitution
suppose du temps et des ressources. C’est un travail d’équipe.
À tous les stades, l’appui de la haute
direction représente un gage de succès.
Un mandat clair, des responsabilités
bien définies, des ressources adéquates
vont garantir l’aboutissement du projet à l’intérieur de délais raisonnables.
Sur ce point, MM. Bégin et Gérin sont
formels : « Lorsque la direction approuve sans ambiguïté le travail du
comité, la démarche a plus de chance
de se concrétiser efficacement et plus
rapidement. » Ils vont jusqu’à évoquer, ici, une différence de plusieurs
mois, voire d’une année.
Après la première étape, soit
l’identification du problème, un comité de substitution est mis en place.
La procédure requiert l’apport de
spécialistes de plusieurs disciplines.
S’il est naturel d’intégrer les responsables de la santé et de la sécurité du
travail, les ingénieurs et les hygiénistes industriels dans ce groupe, il
ne faut pas oublier la contribution
des analystes financiers, car l’évaluation de la rentabilité est cruciale.
« Si les produits de substitution se
Aux postes d’encollage de mousse
de polyuréthanne, chez Domfoam,
à Saint-Léonard, on utilisait
auparavant un adhésif contenant
un solvant toxique, le dichlorométhane. Celui-ci a été remplacé par
un adhésif à base d’eau.
vendent généralement plus cher, ils
ont d’autres propriétés qui peuvent
les rendre moins coûteux à l’usage »,
précise M. Gérin. Ainsi, une des entreprises participantes a pu diminuer
ses frais de chauffage puisqu’elle
n’avait plus besoin d’évacuer l’air
vicié à l’extérieur. Cette même entreprise a profité d’un accroissement
de ses ventes à la suite de l’assainissement de ses moyens de production.
Vient ensuite le temps de procéder
à une analyse détaillée de la situation.
Bien comprendre les procédures de
travail, les modalités d’utilisation et la
finalité du produit vont mener à l’établissement des critères devant présider
à la sélection de la nouvelle substance.
Cette étape est importante et rien ne
doit être négligé. Les scientifiques
ont constaté que certaines solutions
peuvent se situer loin en amont du processus de production habituel.
Photo Mario Bélisle
R e c h e r c h e à l’IRSST
Pour réaliser la quatrième étape,
c’est-à-dire l’inventaire des options de
rechange, il existe une panoplie d’outils
que la recherche a permis de recenser.
Sur le Web, notamment, se trouve un
ensemble de ressources utiles, soit des
bases de données, des groupes de
discussion, des sites et des répertoires
de spécialistes. Bref, les moyens pour
répertorier les procédés et les produits
potentiellement intéressants sont à la
disposition de ceux qui savent naviguer dans l’espace virtuel.
Avant de faire l’évaluation de
chacune des options trouvées, les
chercheurs suggèrent de les tester
en laboratoire, à petite échelle, afin de
sélectionner uniquement les plus valables en regard des critères formulés.
Originale par rapport aux approches
danoise et américaine, cette proposition a le mérite d’économiser un temps
précieux à l’étape suivante. L’évaluation consiste à documenter les effets
potentiels des solutions retenues. Là
encore, les ressources documentaires
et professionnelles s’avèrent utiles. Les
fournisseurs de solvants ont également
été mis à contribution.
Le moment de comparer les options et de faire les choix appropriés
arrive. Chaque solution comporte des
avantages et des inconvénients, et la
décision ultime est souvent affaire
de compromis. « Il n’y a pas de produit de remplacement idéal », précise
M. Gérin.
L’implantation se fait de manière
graduelle. Le changement a d’abord
lieu sur un poste de travail avant
de toucher l’ensemble du procédé.
Pareille modification du processus
de production ne va pas sans provoquer des bouleversements. « Il faut
se doter d’un nouvel équipement,
modifier l’aménagement du poste
de travail, former les employés,
notent les chercheurs. Cela demande
un effort certain de la part de l’entreprise ».
C’est à ce stade surtout que les
aspects humains interviennent. « Les
travailleurs, habitués à leurs façons
de faire, expriment quelquefois des
réticences », ont observé les chercheurs. Si le produit ou le procédé de
substitution nécessite plus d’efforts
de leur part, ils ne comprennent pas
nécessairement la pertinence de ce
changement. « Au Québec, précise
M. Bégin, certaines maladies professionnelles reliées à l’exposition
chronique aux solvants ne sont pas
reconnues ; c’est pourquoi il est essentiel de convaincre les intéressés du
bien-fondé de la modification. »
Dernière étape mais non la moindre,
l’évaluation de l’implantation devra
tenir compte des nouveaux effets sur
la santé et la sécurité. « On a pu observer, par exemple, dans un cas, que
le transport de récipients plus lourds
que ceux qui étaient auparavant en
usage pouvait causer des problèmes »,
précise Michel Gérin. La vigilance
s’impose donc, afin de ne pas introduire de nouveaux risques.
Une recherche en plusieurs volets
Le questionnement sur la substitution
des solvants n’en est pas à ses débuts.
En 1995, une première étude, effectuée à la demande d’un groupe d’hygiénistes industriels, avait entre autres
choses démontré l’absence d’information pertinente sur les molécules de
rechange offertes sur le marché. Pour
pallier cette lacune, MM. Bégin et
Gérin avaient alors entrepris la réalisation de trois monographies publiées
en 1999. Ce travail se poursuit par
la rédaction de trois nouvelles monographies.
La recherche actuelle fait la preuve
que la substitution est possible dans
certains secteurs et elle en fournit le
mode d’emploi. Les diverses solutions
appliquées dans le courant de cette
étude suscitent d’ailleurs un grand
intérêt, notamment en ce qui concerne
la possibilité de remplacer les colles
à base de solvants par des adhésifs à
base d’eau. Pareilles retombées pourraient faire tache d’huile. O
Danielle Massé
Pour en savoir plus
BÉGIN, Denis et Michel GÉRIN.
Substitution des solvants — Études de cas
d’implantation, Rapport R-269, 167 pages,
15 $.
GÉRIN, Michel, Denis BÉGIN, Josée
GOUPIL, René GARNEAU et Steven
SACKS. La substitution des solvants en
milieu de travail — Élaboration d’un outil
pour l’intervention, Rapport R-098,
375 pages, 25 $.
BÉGIN, Denis et Michel GÉRIN. La
substitution des solvants par les esters
d’acides dicarboxyliques (dbe) : Adipate
diméthylique, Glutarate diméthylique,
Succinate diméthylique, Rapport B-056,
42 pages, 6 $.
BÉGIN, Denis et Michel GÉRIN. La
substitution des solvants par le d-limonène,
Rapport B-057, 38 pages, 6 $.
BÉGIN, Denis et Michel GÉRIN. La
substitution des solvants par la N-méthyl-2pyrrolidone, Rapport B-058, 60 pages, 6 $.
Téléchargeables gratuitement à
www.irsst.qc.ca.
| Prévention au travail | Été 2001 |
19
R e c h e r c h e à l’IRSST
Changements organisationnels
Une terre fertile pour l’amélioration des conditions
de santé et de sécurité du travail dans les entreprises
Responsable
Normand Laplante, anthropologue et professeur au Département de relations industrielles
de l’Université du Québec à Hull.
Partenaire
L’Association sectorielle paritaire du
textile (Préventex).
Résultats
Une étroite relation a pu être établie
entre le mode de gestion de la santé et
de la sécurité du travail et son intégration
au changement organisationnel : gestion
moderne et forte intégration vont de pair,
tout comme le font gestion traditionnelle
et faible intégration.
Utilisateurs potentiels
Les gestionnaires, les préventionnistes et
les travailleurs de tous les secteurs.
Normand
Laplante, anthropologue et professeur à l’Université du
Québec à Hull, réalisait, il y a quelques
années, une recherche sur les processus
d’implantation d’innovations organisationnelles au sein d’établissements du
secteur manufacturier, en collaboration
avec Denis Harrisson. Les résultats de
cette étude lui ont permis de constater
que les questions de santé et de sécurité du travail étaient traitées de façon
fort différente d’un établissement à
l’autre, tout en représentant un enjeu
important pour tous. « Parce qu’ils
remettent plusieurs aspects du travail
20
| Prévention au travail | Été 2001 |
en question, les processus d’innovations organisationnelles peuvent
devenir des sources importantes de
conflits à l’intérieur des entreprises,
mais, ce que Denis Harrisson et moi
avons constaté, c’est que la reconnaissance de l’importance d’un enjeu
comme la santé et la sécurité du travail
réussissait plus souvent qu’autrement,
dans un tel contexte, à rallier les
parties patronale et syndicale. »
Ont émergé de ce constat
les questions suivantes : Quelle
relation existe-t-il entre la réorganisation du travail et la gestion de la santé et de la sécurité
dans les entreprises ? Et, surtout, quel
effet les changements organisationnels
peuvent-ils avoir sur cette gestion ?
Pour répondre à ces interrogations et en
arriver à dégager les stratégies d’implantation de transformations organisationnelles les plus efficaces quant à la
santé et à la sécurité du travail, le chercheur s’est penché sur le cas de sept
établissements du secteur du textile
ayant effectué de tels changements au
cours des cinq dernières années.
Le textile : un secteur à haut risque
Le choix de se tourner vers des entreprises manufacturières s’explique par la
fréquence élevée des accidents dans
ce secteur, considéré à haut risque. De
plus, tout comme l’ensemble de la communauté des affaires, le domaine du textile, également soumis à de nouveaux
impératifs économiques, technologiques
et sociaux, doit repenser ses façons de
faire. Enfin, la sélection d’un seul type
d’entreprise visait à obtenir une meilleure représentativité et donc à limiter
la variabilité pouvant nuire à l’analyse
(marchés, produits, techniques et processus de production, etc.).
Aucun aspect n’a été négligé : les
données recueillies proviennent de
77 entrevues individuelles effectuées
auprès des chefs de direction, des responsables syndicaux, des membres de
différents comités, dont les comités de
santé et de sécurité du travail, et du
personnel régulier des établissements
sélectionnés. Ces entrevues ont été
complétées par l’analyse de 1 500 dossiers internes de lésions professionnelles
et par l’information tirée de visites
d’usines, de la consultation de différents
documents internes, etc. Le choix de
faire appel aux rapports d’enquête et
d’analyse d’accidents des entreprises,
plutôt qu’aux fichiers de lésions compensables de la CSST, a permis d’accéder à de l’information plus complète,
en tenant compte de tous les cas, incluant les assignations temporaires, une
pratique de plus en plus répandue.
Une gestion intégrée et gagnante
La tendance générale observée depuis
quelques années au Québec par rapport
aux résultats en matière de santé et de
sécurité du travail se confirme en ce qui
concerne les entreprises observées :
l’évolution des statistiques des lésions
professionnelles reflète une nette amélioration de la situation. Pour la période
étudiée (1992-1993 à 1996-1997), on
constate une réduction substantielle des
taux de cotisation à la CSST, alors que
l’on note une diminution importante
de la fréquence (37 %) et de la gravité
(41 %) des lésions professionnelles, et
ce, même en tenant compte des assignations temporaires.
Ce constat en cache un deuxième,
tout aussi important. Autant un contexte
de restructuration peut s’avérer positif
pour la santé et la sécurité dans une entreprise, autant son effet peut se révéler
négatif lorsque ces préoccupations ne
sont pas prises en compte dans les
stratégies d’implantation des changements organisationnels. Ces derniers
peuvent alors devenir une source importante d’inquiétude et générer de
nouveaux risques pour la santé et la
sécurité des travailleurs.
Ainsi, il est possible que les succès
obtenus dans les établissements observés ne soient pas spécifiques au contexte
de changement organisationnel, mais
qu’ils découlent plutôt de l’intégration
Sept entreprises de fabrication
de matière textile ont participé à l’étude.
Toutes avaient introduit des innovations
organisationnelles dans leur milieu
au cours des dernières années.
des préoccupations à l’égard de la santé
et de la sécurité dans le processus de
transformation ainsi que du mode de
gestion de la santé et de la sécurité
du travail adopté. C’est précisément
là où nous mènent les résultats de
cette recherche. La diminution de la
fréquence et de la gravité des lésions
professionnelles ainsi que la réduction des taux de cotisations payées à la
CSST ont été plus marquées au sein
des entreprises qui ont adopté une gestion dite moderne de la santé et de la
sécurité du travail.
« Ces dernières s’attaquent à la
source des accidents du travail », explique Normand Laplante. Leur gestion est orientée sur une approche
préventive, mettant de l’avant des
mesures diversifiées et décentralisées,
invitant ainsi les travailleurs à participer directement à l’identification et à
la résolution des problèmes. Par opposition, une gestion traditionnelle est
davantage axée sur une approche corrective et administrative des accidents
du travail, plus centrée sur leur cause
immédiate. La responsabilité de la
Photo Mario Bélisle
Point de départ
Bien que les recherches sur la réorganisation du travail soient nombreuses, tant
des points de vue économique, administratif et sociologique que psychologique, peu d’entre elles se sont attardées
à l’effet de l’implantation de nouvelles
formes d’organisation du travail sur
la santé et la sécurité.
du travail devraient tôt ou
tard atteindre un certain
plateau. Une amélioration
subséquente de ce dossier
dans ces entreprises pourrait
passer par une transformation de leurs pratiques de
gestion. »
Les entreprises devraient
donc profiter des résultats
positifs des dernières années
pour maintenir leurs efforts
en santé et en sécurité, par
exemple en adoptant une
politique de déclaration systématique des lésions professionnelles, où tous les
cas doivent être rapportés,
y compris les assignations
temporaires. Ainsi, loin
d’avoir la prétention d’offrir
des solutions miracles aux
problèmes de gestion à ce
chapitre, le chercheur souhaite que les résultats de
son étude favorisent et facilitent l’adoption d’une gestion plus moderne de la santé et de la
sécurité, en fournissant aux entreprises
qui le souhaitent des balises ouvertes à
la réalité de chaque milieu. O
gestion de la santé et de la sécurité du
travail est alors confiée à un nombre
limité d’individus (la direction, le personnel spécialisé et, dans une certaine
limite, le comité de santé et de sécurité), qui demandent simplement aux
travailleurs de faire preuve de prudence
et de suivre les consignes déjà établies.
Il subsiste donc une étroite relation
entre le mode de gestion de la santé et
de la sécurité du travail et son intégration au changement organisationnel :
gestion moderne et forte intégration
vont de pair, tout comme le font gestion traditionnelle et faible intégration.
Le grand défi des entreprises
Un danger subsiste, particulièrement
pour les entreprises qui affichent une
gestion plus traditionnelle de la santé
et de la sécurité. En effet, ces dernières
pourraient se contenter des succès obtenus, ne percevant pas l’intérêt de
s’ouvrir à un mode de gestion plus
moderne, de façon à éviter la stagnation de leur efficacité. Normand
Lapante précise : « Cela demeure une
hypothèse, mais les résultats positifs
obtenus grâce à une gestion traditionnelle de la santé et de la sécurité
Isabelle Labarre
Pour en savoir plus
LAPLANTE, Normand. Innovations
organisationnelles et sécurité du travail
dans le secteur du textile, Rapport R-247,
70 pages, 7,50 $.
Téléchargeable gratuitement à
www.irsst.qc.ca.
| Prévention au travail | Été 2001 |
21
R e c h e r c h e à l’IRSST
Changements organisationnels
Une terre fertile pour l’amélioration des conditions
de santé et de sécurité du travail dans les entreprises
Responsable
Normand Laplante, anthropologue et professeur au Département de relations industrielles
de l’Université du Québec à Hull.
Partenaire
L’Association sectorielle paritaire du
textile (Préventex).
Résultats
Une étroite relation a pu être établie
entre le mode de gestion de la santé et
de la sécurité du travail et son intégration
au changement organisationnel : gestion
moderne et forte intégration vont de pair,
tout comme le font gestion traditionnelle
et faible intégration.
Utilisateurs potentiels
Les gestionnaires, les préventionnistes et
les travailleurs de tous les secteurs.
Normand
Laplante, anthropologue et professeur à l’Université du
Québec à Hull, réalisait, il y a quelques
années, une recherche sur les processus
d’implantation d’innovations organisationnelles au sein d’établissements du
secteur manufacturier, en collaboration
avec Denis Harrisson. Les résultats de
cette étude lui ont permis de constater
que les questions de santé et de sécurité du travail étaient traitées de façon
fort différente d’un établissement à
l’autre, tout en représentant un enjeu
important pour tous. « Parce qu’ils
remettent plusieurs aspects du travail
20
| Prévention au travail | Été 2001 |
en question, les processus d’innovations organisationnelles peuvent
devenir des sources importantes de
conflits à l’intérieur des entreprises,
mais, ce que Denis Harrisson et moi
avons constaté, c’est que la reconnaissance de l’importance d’un enjeu
comme la santé et la sécurité du travail
réussissait plus souvent qu’autrement,
dans un tel contexte, à rallier les
parties patronale et syndicale. »
Ont émergé de ce constat
les questions suivantes : Quelle
relation existe-t-il entre la réorganisation du travail et la gestion de la santé et de la sécurité
dans les entreprises ? Et, surtout, quel
effet les changements organisationnels
peuvent-ils avoir sur cette gestion ?
Pour répondre à ces interrogations et en
arriver à dégager les stratégies d’implantation de transformations organisationnelles les plus efficaces quant à la
santé et à la sécurité du travail, le chercheur s’est penché sur le cas de sept
établissements du secteur du textile
ayant effectué de tels changements au
cours des cinq dernières années.
Le textile : un secteur à haut risque
Le choix de se tourner vers des entreprises manufacturières s’explique par la
fréquence élevée des accidents dans
ce secteur, considéré à haut risque. De
plus, tout comme l’ensemble de la communauté des affaires, le domaine du textile, également soumis à de nouveaux
impératifs économiques, technologiques
et sociaux, doit repenser ses façons de
faire. Enfin, la sélection d’un seul type
d’entreprise visait à obtenir une meilleure représentativité et donc à limiter
la variabilité pouvant nuire à l’analyse
(marchés, produits, techniques et processus de production, etc.).
Aucun aspect n’a été négligé : les
données recueillies proviennent de
77 entrevues individuelles effectuées
auprès des chefs de direction, des responsables syndicaux, des membres de
différents comités, dont les comités de
santé et de sécurité du travail, et du
personnel régulier des établissements
sélectionnés. Ces entrevues ont été
complétées par l’analyse de 1 500 dossiers internes de lésions professionnelles
et par l’information tirée de visites
d’usines, de la consultation de différents
documents internes, etc. Le choix de
faire appel aux rapports d’enquête et
d’analyse d’accidents des entreprises,
plutôt qu’aux fichiers de lésions compensables de la CSST, a permis d’accéder à de l’information plus complète,
en tenant compte de tous les cas, incluant les assignations temporaires, une
pratique de plus en plus répandue.
Une gestion intégrée et gagnante
La tendance générale observée depuis
quelques années au Québec par rapport
aux résultats en matière de santé et de
sécurité du travail se confirme en ce qui
concerne les entreprises observées :
l’évolution des statistiques des lésions
professionnelles reflète une nette amélioration de la situation. Pour la période
étudiée (1992-1993 à 1996-1997), on
constate une réduction substantielle des
taux de cotisation à la CSST, alors que
l’on note une diminution importante
de la fréquence (37 %) et de la gravité
(41 %) des lésions professionnelles, et
ce, même en tenant compte des assignations temporaires.
Ce constat en cache un deuxième,
tout aussi important. Autant un contexte
de restructuration peut s’avérer positif
pour la santé et la sécurité dans une entreprise, autant son effet peut se révéler
négatif lorsque ces préoccupations ne
sont pas prises en compte dans les
stratégies d’implantation des changements organisationnels. Ces derniers
peuvent alors devenir une source importante d’inquiétude et générer de
nouveaux risques pour la santé et la
sécurité des travailleurs.
Ainsi, il est possible que les succès
obtenus dans les établissements observés ne soient pas spécifiques au contexte
de changement organisationnel, mais
qu’ils découlent plutôt de l’intégration
Sept entreprises de fabrication
de matière textile ont participé à l’étude.
Toutes avaient introduit des innovations
organisationnelles dans leur milieu
au cours des dernières années.
des préoccupations à l’égard de la santé
et de la sécurité dans le processus de
transformation ainsi que du mode de
gestion de la santé et de la sécurité
du travail adopté. C’est précisément
là où nous mènent les résultats de
cette recherche. La diminution de la
fréquence et de la gravité des lésions
professionnelles ainsi que la réduction des taux de cotisations payées à la
CSST ont été plus marquées au sein
des entreprises qui ont adopté une gestion dite moderne de la santé et de la
sécurité du travail.
« Ces dernières s’attaquent à la
source des accidents du travail », explique Normand Laplante. Leur gestion est orientée sur une approche
préventive, mettant de l’avant des
mesures diversifiées et décentralisées,
invitant ainsi les travailleurs à participer directement à l’identification et à
la résolution des problèmes. Par opposition, une gestion traditionnelle est
davantage axée sur une approche corrective et administrative des accidents
du travail, plus centrée sur leur cause
immédiate. La responsabilité de la
Photo Mario Bélisle
Point de départ
Bien que les recherches sur la réorganisation du travail soient nombreuses, tant
des points de vue économique, administratif et sociologique que psychologique, peu d’entre elles se sont attardées
à l’effet de l’implantation de nouvelles
formes d’organisation du travail sur
la santé et la sécurité.
du travail devraient tôt ou
tard atteindre un certain
plateau. Une amélioration
subséquente de ce dossier
dans ces entreprises pourrait
passer par une transformation de leurs pratiques de
gestion. »
Les entreprises devraient
donc profiter des résultats
positifs des dernières années
pour maintenir leurs efforts
en santé et en sécurité, par
exemple en adoptant une
politique de déclaration systématique des lésions professionnelles, où tous les
cas doivent être rapportés,
y compris les assignations
temporaires. Ainsi, loin
d’avoir la prétention d’offrir
des solutions miracles aux
problèmes de gestion à ce
chapitre, le chercheur souhaite que les résultats de
son étude favorisent et facilitent l’adoption d’une gestion plus moderne de la santé et de la
sécurité, en fournissant aux entreprises
qui le souhaitent des balises ouvertes à
la réalité de chaque milieu. O
gestion de la santé et de la sécurité du
travail est alors confiée à un nombre
limité d’individus (la direction, le personnel spécialisé et, dans une certaine
limite, le comité de santé et de sécurité), qui demandent simplement aux
travailleurs de faire preuve de prudence
et de suivre les consignes déjà établies.
Il subsiste donc une étroite relation
entre le mode de gestion de la santé et
de la sécurité du travail et son intégration au changement organisationnel :
gestion moderne et forte intégration
vont de pair, tout comme le font gestion traditionnelle et faible intégration.
Le grand défi des entreprises
Un danger subsiste, particulièrement
pour les entreprises qui affichent une
gestion plus traditionnelle de la santé
et de la sécurité. En effet, ces dernières
pourraient se contenter des succès obtenus, ne percevant pas l’intérêt de
s’ouvrir à un mode de gestion plus
moderne, de façon à éviter la stagnation de leur efficacité. Normand
Lapante précise : « Cela demeure une
hypothèse, mais les résultats positifs
obtenus grâce à une gestion traditionnelle de la santé et de la sécurité
Isabelle Labarre
Pour en savoir plus
LAPLANTE, Normand. Innovations
organisationnelles et sécurité du travail
dans le secteur du textile, Rapport R-247,
70 pages, 7,50 $.
Téléchargeable gratuitement à
www.irsst.qc.ca.
| Prévention au travail | Été 2001 |
21
R e c h e r c h e à l’IRSST
NP O La direction a été surprise de
Troubles musculo-squelettiques
constater que les employés avaient
trouvé des solutions à la fois simples,
efficaces et peu coûteuses.
PT O Les résultats de la recherche
Deux ergonomes racontent
l’implantation et l’évaluation de mesures
de prévention dès la conception
de situations de travail
pourront-ils être généralisés aux
autres usines d’Alcan ?
NP O C’est notre plus grand défi
De septembre
Prévention au travail O
Est-ce la première fois que ce type
de recherche est mené au Québec ?
Marie Bellemare O Il y a eu
plusieurs recherches-actions sur les
TMS, notamment en ergonomie participative. Ici, nous avons mis l’accent
sur la transmission d’outils et de concepts pour aider les acteurs des milieux
de travail à intégrer la prévention des
TMS à leurs projets de transformation.
Nous avons procédé à une évaluation
des résultats et nous nous sommes également intéressés à l’évaluation du
processus, afin de comprendre comment la démarche que nous proposions
s’implantait dans différents contextes.
Nathalie Perron O Une autre
nouveauté a été la création de groupes
d’ergonomie qui ont participé à des
projets de conception.
MB O En effet, cinq groupes, réu-
nissant 27 employés du Centre de
coulée d’Arvida et de l’usine d’Alcan
à Shawinigan, ont reçu une formation
en ergonomie et ils sont intervenus
dans des projets de modification ou de
conception de l’entreprise. Ces groupes
hétérogènes, composés notamment de
22
| Prévention au travail | Été 2001 |
superviseurs, d’opérateurs de production, de mécaniciens d’entretien,
d’ingénieurs et de techniciens chargés
de projet, ont reçu une formation de
45 heures. L’accent a été mis sur la
transformation des situations de travail et sur des moyens d’intervention
en cours de projet, comme les simulations ou les visites de sites.
PT O Quelles raisons ont incité
Alcan à solliciter l’aide de l’IRSST
pour mener à bien cette démarche ?
NP O La collaboration en ergonomie avec l’IRSST date de 1995. Il y a
déjà eu d’autres projets avant celui-ci
et chaque fois, on essaie d’aller un peu
plus loin dans le développement de nos
connaissances et de notre savoir-faire
pour éliminer les TMS. Nos statistiques
indiquent que ceux-ci représentent le
problème numéro un quant à la gravité
des blessures dans nos usines. C’est un
sujet face auquel les travailleurs et les
gestionnaires se sentent plutôt démunis.
Un projet comme celui-ci nous permet
de les aider en leur démontrant qu’il
est possible de prévenir les TMS et de
réduire les facteurs de risque de façon
significative.
PT O Quel a été l’aspect le plus
Nathalie
Perron,
ergonome
chez Alcan.
Marie
Bellemare,
ergonome,
chercheure
à l’IRSST.
il nous a incités à modifier substantiellement les moyens d’intervention
prévus dans le programme. Nous tenions à ce que les employés acquièrent
des notions et des habiletés en ergonomie de façon à pouvoir identifier
les facteurs de risque et en analyser
les causes. Nous nous sommes rendu
compte que l’enjeu majeur pour les
travailleurs était les transformations
concrètes qui en découleraient. Ils voulaient des résultats visibles. Au total,
nous avons mené 186 activités, que ce
soient des rencontres de groupe, des
suivis de projet ou de la formation,
touchant quelque 90 intervenants clés
dans les deux usines, notamment les
membres des groupes d’ergonomie.
difficile de la recherche ?
PT O Et le scepticisme a été vaincu ?
MB O Il était important non seulement
NP O Oh oui, quand nous retournons
de travailler avec les groupes d’ergonomie, mais aussi de mobiliser tout
le personnel des usines. Nous avions
prévu distribuer des dépliants d’information sur la recherche, mais le
représentant du personnel du Centre
de coulée d’Arvida nous a plutôt suggéré de rencontrer chacun des quelque
300 travailleurs au début de leur quart
de travail. Le scepticisme qui régnait
dans le milieu a été un grand choc, et
à ces usines aujourd’hui, nous constatons que le scepticisme a disparu au
profit d’une impressionnante participation des travailleurs. Ils sont maintenant capables de faire des actions
concrètes qui ont un effet positif sur
leur travail. Neuf situations de travail ont été étudiées et elles ont donné
naissance à 40 projets, dont 23 étaient
réalisés 18 mois après le début de l’intervention. On peut mentionner deux
Photo Mario Bélisle
1997 à
avril 1999, une équipe de scientifiques a mené une recherche dans
deux usines québécoises de la compagnie Alcan, qui consistait à implanter
un programme inédit d’intervention
ergonomique pour la prévention des
troubles musculo-squelettiques (TMS)
en agissant au cours de la conception
des situations de travail. Comme le démontre l’évaluation de l’implantation,
les résultats ont dépassé tous les espoirs. Les ergonomes Marie Bellemare,
du Programme sécurité-ergonomie de
l’IRSST, et Nathalie Perron, d’Alcan,
nous parlent de cette recherche.
projets majeurs : l’aménagement de la
cabine d’un nouveau pont roulant et la
modification de la cabine d’un véhicule
de transport avec l’aide des groupes
d’ergonomie. Par exemple, ceux-ci ont
suggéré aux chargés de projet d’Alcan
une quarantaine de changements pour
la cabine du pont roulant, lesquels se
sont tous avérés pertinents. D’autres
situations de travail, comme le poste
à la sortie des lingots, ont fait l’objet
de transformations de moindre envergure, mais il s’agissait d’améliorations
significatives aux yeux des travailleurs
concernés.
PT O Vous avez constaté d’autres
transformations de situations de
travail que celles qui ont été étudiées
en cours de recherche. Il y a donc eu
un effet boule de neige ?
NP O Oui, cela a ouvert les yeux aux
gens qui, dans leur travail, font des modifications tous les jours. Il en est résulté une grande ébullition d’idées et
beaucoup d’enthousiasme durant et
après le projet. Je le constate encore aujourd’hui quand je vais dans ces usines.
J’ai été très contente de voir jusqu’où
les employés pouvaient s’investir.
MB O Les groupes d’ergonomie présentaient leurs diagnostics devant ce
que nous avons appelé le comité de
pilotage, qui jouait le rôle d’instance
de concertation, et je me rappelle que
le surintendant de l’usine nous a dit
combien il était impressionné par le
réalisme des transformations proposées.
Par exemple, les travailleurs avaient
intégré les restrictions budgétaires de
l’entreprise dans leur réflexion.
actuellement. Nous travaillons à exporter les résultats et à mobiliser nos autres
installations autour de la question.
On doit ressortir ce qui est généralisable et le formuler pour que nos autres
usines puissent en profiter. Un autre
défi important est de maintenir en vie
les groupes ergo qui ont été formés
pour le projet. Ces groupes ont eu le
soutien étroit d’une importante équipe
d’ergonomes de l’IRSST ; ils doivent
maintenant être un peu plus autonomes,
et ce, malgré tout l’appui que nous pouvons leur offrir à l’interne.
Depuis la fin du projet, il y a eu
des développements dans ce sens.
Par exemple, une proposition d’un
des groupes d’ergonomie de l’usine de
Shawinigan a été réutilisée pour transformer et rendre plus sécuritaire une
situation de travail, celle du cassage de
la croûte d’aluminium, dans d’autres
usines. J’ai bon espoir que les résultats
de la recherche s’étendront à toutes les
installations d’Alcan.
PT O Celles du Québec ?
NP O Celles du Québec, et même à
l’extérieur. Par exemple, après le projet de transformation de la conception
du pont roulant au Centre de coulée d’Arvida, il y a eu un projet dans
une usine en Colombie-Britannique,
où beaucoup de travail effectué
à Arvida a été repris. L’expérience
accumulée grâce à la recherche de
l’IRSST peut être exportée dans les
installations d’Alcan partout dans le
monde.
PT O Peut-on quantifier la diminu-
tion des TMS découlant de ces projets
de transformation ?
NP O C’est difficile à dire, mais on
peut quand même affirmer que les
transformations réalisées ont permis de
diminuer les facteurs de risque de TMS
dans huit des neuf situations de travail
étudiées. Dans certains cas, ces transformations ont également entraîné une
baisse du risque pour la sécurité —
moins de chutes ou de brûlures, par
exemple — et une baisse du risque
pour la santé. On a même constaté que
des projets de transformations ont eu
des répercussions sur la qualité de la
production.
M B O Il est difficile d’évaluer
l’effet de nos interventions, puisque
les TMS sont des affections qui
se développent lentement. Mais on
estime que, si les facteurs de risque
sont diminués, il va y avoir des gains à
long terme.
PT O Les résultats pourront-ils être
utilisés par d’autres entreprises
qu’Alcan ?
NP O Les connaissances acquises, par
L’équipe
Étaient responsables du projet Implantation et évaluation d’un programme
d’intervention ergonomique pour
la prévention des troubles musculosquelettiques dès la conception des
situations de travail :
• Marie Bellemare, IRSST
• Sylvie Montreuil, Université Laval
• Denis Allard, Direction de la santé
publique de Montréal-Centre
• Micheline Marier et Johane Prévost,
Université Laval
exemple dans la conception de véhicules industriels, peuvent facilement
être étendues à d’autres entreprises.
Les connaissances sur le processus
de conception ainsi que sur les techniques de simulation de l’activité future peuvent également être exportées
et transmises aux ergonomes et aux
concepteurs du Québec.
MB O Le projet d’Alcan a débouché sur la conception de deux cabines
de véhicules et on veut poursuivre dans
cette voie. De façon générale, tous
ceux qui sont engagés dans la conception pourront s’inspirer des résultats
de cette recherche. O
Jean-Marc Papineau
| Prévention au travail | Été 2001 |
23
R e c h e r c h e à l’IRSST
NP O La direction a été surprise de
Troubles musculo-squelettiques
constater que les employés avaient
trouvé des solutions à la fois simples,
efficaces et peu coûteuses.
PT O Les résultats de la recherche
Deux ergonomes racontent
l’implantation et l’évaluation de mesures
de prévention dès la conception
de situations de travail
pourront-ils être généralisés aux
autres usines d’Alcan ?
NP O C’est notre plus grand défi
De septembre
Prévention au travail O
Est-ce la première fois que ce type
de recherche est mené au Québec ?
Marie Bellemare O Il y a eu
plusieurs recherches-actions sur les
TMS, notamment en ergonomie participative. Ici, nous avons mis l’accent
sur la transmission d’outils et de concepts pour aider les acteurs des milieux
de travail à intégrer la prévention des
TMS à leurs projets de transformation.
Nous avons procédé à une évaluation
des résultats et nous nous sommes également intéressés à l’évaluation du
processus, afin de comprendre comment la démarche que nous proposions
s’implantait dans différents contextes.
Nathalie Perron O Une autre
nouveauté a été la création de groupes
d’ergonomie qui ont participé à des
projets de conception.
MB O En effet, cinq groupes, réu-
nissant 27 employés du Centre de
coulée d’Arvida et de l’usine d’Alcan
à Shawinigan, ont reçu une formation
en ergonomie et ils sont intervenus
dans des projets de modification ou de
conception de l’entreprise. Ces groupes
hétérogènes, composés notamment de
22
| Prévention au travail | Été 2001 |
superviseurs, d’opérateurs de production, de mécaniciens d’entretien,
d’ingénieurs et de techniciens chargés
de projet, ont reçu une formation de
45 heures. L’accent a été mis sur la
transformation des situations de travail et sur des moyens d’intervention
en cours de projet, comme les simulations ou les visites de sites.
PT O Quelles raisons ont incité
Alcan à solliciter l’aide de l’IRSST
pour mener à bien cette démarche ?
NP O La collaboration en ergonomie avec l’IRSST date de 1995. Il y a
déjà eu d’autres projets avant celui-ci
et chaque fois, on essaie d’aller un peu
plus loin dans le développement de nos
connaissances et de notre savoir-faire
pour éliminer les TMS. Nos statistiques
indiquent que ceux-ci représentent le
problème numéro un quant à la gravité
des blessures dans nos usines. C’est un
sujet face auquel les travailleurs et les
gestionnaires se sentent plutôt démunis.
Un projet comme celui-ci nous permet
de les aider en leur démontrant qu’il
est possible de prévenir les TMS et de
réduire les facteurs de risque de façon
significative.
PT O Quel a été l’aspect le plus
Nathalie
Perron,
ergonome
chez Alcan.
Marie
Bellemare,
ergonome,
chercheure
à l’IRSST.
il nous a incités à modifier substantiellement les moyens d’intervention
prévus dans le programme. Nous tenions à ce que les employés acquièrent
des notions et des habiletés en ergonomie de façon à pouvoir identifier
les facteurs de risque et en analyser
les causes. Nous nous sommes rendu
compte que l’enjeu majeur pour les
travailleurs était les transformations
concrètes qui en découleraient. Ils voulaient des résultats visibles. Au total,
nous avons mené 186 activités, que ce
soient des rencontres de groupe, des
suivis de projet ou de la formation,
touchant quelque 90 intervenants clés
dans les deux usines, notamment les
membres des groupes d’ergonomie.
difficile de la recherche ?
PT O Et le scepticisme a été vaincu ?
MB O Il était important non seulement
NP O Oh oui, quand nous retournons
de travailler avec les groupes d’ergonomie, mais aussi de mobiliser tout
le personnel des usines. Nous avions
prévu distribuer des dépliants d’information sur la recherche, mais le
représentant du personnel du Centre
de coulée d’Arvida nous a plutôt suggéré de rencontrer chacun des quelque
300 travailleurs au début de leur quart
de travail. Le scepticisme qui régnait
dans le milieu a été un grand choc, et
à ces usines aujourd’hui, nous constatons que le scepticisme a disparu au
profit d’une impressionnante participation des travailleurs. Ils sont maintenant capables de faire des actions
concrètes qui ont un effet positif sur
leur travail. Neuf situations de travail ont été étudiées et elles ont donné
naissance à 40 projets, dont 23 étaient
réalisés 18 mois après le début de l’intervention. On peut mentionner deux
Photo Mario Bélisle
1997 à
avril 1999, une équipe de scientifiques a mené une recherche dans
deux usines québécoises de la compagnie Alcan, qui consistait à implanter
un programme inédit d’intervention
ergonomique pour la prévention des
troubles musculo-squelettiques (TMS)
en agissant au cours de la conception
des situations de travail. Comme le démontre l’évaluation de l’implantation,
les résultats ont dépassé tous les espoirs. Les ergonomes Marie Bellemare,
du Programme sécurité-ergonomie de
l’IRSST, et Nathalie Perron, d’Alcan,
nous parlent de cette recherche.
projets majeurs : l’aménagement de la
cabine d’un nouveau pont roulant et la
modification de la cabine d’un véhicule
de transport avec l’aide des groupes
d’ergonomie. Par exemple, ceux-ci ont
suggéré aux chargés de projet d’Alcan
une quarantaine de changements pour
la cabine du pont roulant, lesquels se
sont tous avérés pertinents. D’autres
situations de travail, comme le poste
à la sortie des lingots, ont fait l’objet
de transformations de moindre envergure, mais il s’agissait d’améliorations
significatives aux yeux des travailleurs
concernés.
PT O Vous avez constaté d’autres
transformations de situations de
travail que celles qui ont été étudiées
en cours de recherche. Il y a donc eu
un effet boule de neige ?
NP O Oui, cela a ouvert les yeux aux
gens qui, dans leur travail, font des modifications tous les jours. Il en est résulté une grande ébullition d’idées et
beaucoup d’enthousiasme durant et
après le projet. Je le constate encore aujourd’hui quand je vais dans ces usines.
J’ai été très contente de voir jusqu’où
les employés pouvaient s’investir.
MB O Les groupes d’ergonomie présentaient leurs diagnostics devant ce
que nous avons appelé le comité de
pilotage, qui jouait le rôle d’instance
de concertation, et je me rappelle que
le surintendant de l’usine nous a dit
combien il était impressionné par le
réalisme des transformations proposées.
Par exemple, les travailleurs avaient
intégré les restrictions budgétaires de
l’entreprise dans leur réflexion.
actuellement. Nous travaillons à exporter les résultats et à mobiliser nos autres
installations autour de la question.
On doit ressortir ce qui est généralisable et le formuler pour que nos autres
usines puissent en profiter. Un autre
défi important est de maintenir en vie
les groupes ergo qui ont été formés
pour le projet. Ces groupes ont eu le
soutien étroit d’une importante équipe
d’ergonomes de l’IRSST ; ils doivent
maintenant être un peu plus autonomes,
et ce, malgré tout l’appui que nous pouvons leur offrir à l’interne.
Depuis la fin du projet, il y a eu
des développements dans ce sens.
Par exemple, une proposition d’un
des groupes d’ergonomie de l’usine de
Shawinigan a été réutilisée pour transformer et rendre plus sécuritaire une
situation de travail, celle du cassage de
la croûte d’aluminium, dans d’autres
usines. J’ai bon espoir que les résultats
de la recherche s’étendront à toutes les
installations d’Alcan.
PT O Celles du Québec ?
NP O Celles du Québec, et même à
l’extérieur. Par exemple, après le projet de transformation de la conception
du pont roulant au Centre de coulée d’Arvida, il y a eu un projet dans
une usine en Colombie-Britannique,
où beaucoup de travail effectué
à Arvida a été repris. L’expérience
accumulée grâce à la recherche de
l’IRSST peut être exportée dans les
installations d’Alcan partout dans le
monde.
PT O Peut-on quantifier la diminu-
tion des TMS découlant de ces projets
de transformation ?
NP O C’est difficile à dire, mais on
peut quand même affirmer que les
transformations réalisées ont permis de
diminuer les facteurs de risque de TMS
dans huit des neuf situations de travail
étudiées. Dans certains cas, ces transformations ont également entraîné une
baisse du risque pour la sécurité —
moins de chutes ou de brûlures, par
exemple — et une baisse du risque
pour la santé. On a même constaté que
des projets de transformations ont eu
des répercussions sur la qualité de la
production.
M B O Il est difficile d’évaluer
l’effet de nos interventions, puisque
les TMS sont des affections qui
se développent lentement. Mais on
estime que, si les facteurs de risque
sont diminués, il va y avoir des gains à
long terme.
PT O Les résultats pourront-ils être
utilisés par d’autres entreprises
qu’Alcan ?
NP O Les connaissances acquises, par
L’équipe
Étaient responsables du projet Implantation et évaluation d’un programme
d’intervention ergonomique pour
la prévention des troubles musculosquelettiques dès la conception des
situations de travail :
• Marie Bellemare, IRSST
• Sylvie Montreuil, Université Laval
• Denis Allard, Direction de la santé
publique de Montréal-Centre
• Micheline Marier et Johane Prévost,
Université Laval
exemple dans la conception de véhicules industriels, peuvent facilement
être étendues à d’autres entreprises.
Les connaissances sur le processus
de conception ainsi que sur les techniques de simulation de l’activité future peuvent également être exportées
et transmises aux ergonomes et aux
concepteurs du Québec.
MB O Le projet d’Alcan a débouché sur la conception de deux cabines
de véhicules et on veut poursuivre dans
cette voie. De façon générale, tous
ceux qui sont engagés dans la conception pourront s’inspirer des résultats
de cette recherche. O
Jean-Marc Papineau
| Prévention au travail | Été 2001 |
23
R e c h e r c h e à l’IRSST
Stabilité des excavations minières
Benzaazoua, Tikou
Belem et l’animateur de l’émission culinaire Les pieds dans les plats, Daniel
Pinard, ne se rencontreront sans doute
jamais, bien que, durant un an, les deux
premiers aient testé et élaboré une
Point de départ
De plus en plus privilégié par les exploitants miniers québécois pour fournir le
support nécessaire à la stabilisation des
excavations souterraines, le remblai en
pâte peut, avec le temps, perdre sa
1
résistance mécanique en raison
d’une altération chimique. C’est
pourquoi il était nécessaire de
caractériser les paramètres
contrôlant le choix des agents
liants et leurs proportions, ainsi
que de définir des recettes de
2
mélange optimisées permettant
une utilisation plus sécuritaire
de cette technique.
Responsables
Mostafa Benzaazoua1 et Tikou
Belem 2 , chercheurs, et Darcy
Jolette 3, technicien au Département des sciences appliquées
de l’Université du Québec en
Abitibi-Témiscamingue.
3
Partenaires
Trois entreprises minières du
Nord-Ouest québécois et de
l’Ontario, dont la mine Louvicourt de
Ressources Aur et la division Laronde
des mines Agnico-Eagle.
Résultats
De façon globale, il a été prouvé que la résistance mécanique d’un remblai en pâte
dépend à la fois de la chimie des résidus
miniers utilisés et de l’eau de gâchage
(délayage) ainsi que de ses propriétés
physiques. Des recettes ont été mises
au point et adaptées au type de remblai
utilisé par chacun des partenaires.
Utilisateurs potentiels
Les ingénieurs en mécanique des roches
qui travaillent dans les mines.
24
| Prévention au travail | Été 2001 |
Une recette de base
adaptable à chaque remblai
bonne trentaine de recettes du terroir
de l’Abitibi-Témiscamingue. Celles-ci
sont pourtant fort prisées, non pas des
« cuistots », mais des opérateurs miniers,
pour leurs vertus de stabilité chimique
et de résistance mécanique.
À l’emploi de l’Unité de recherche
et de service en technologie minérale (URSTM) du Département des
sciences appliquées de l’Université du
Québec en Abitibi-Témiscamingue,
Mostafa Benzaazoua et Tikou
Belem ont mené, de novembre
1998 à novembre 1999, une
étude inédite sur les propriétés
chimiques du remblai en pâte, une
technique fort courante en Afrique
du Sud depuis les années 1980, que les
entreprises minières ont commencé
à introduire au Québec à compter
du début des années 1990.
L’un des défis que doivent
relever les exploitants d’un gisement en profondeur est de fabriquer un remblai capable de fournir
le support nécessaire à la stabilisation des excavations souterraines.
Longtemps, les mines québécoises ont utilisé un remblai hydraulique fait de résidus miniers
non toxiques. Les contraintes économiques et les normes environnementales grandissantes aidant,
elles privilégient désormais le remblai
en pâte, une technique qui présente
le double avantage de récupérer les
tonnes de résidus miniers en surface,
tout en assurant une meilleure exploitation des gisements. « Ces résidus,
le plus souvent sulfureux, sont enfouis
après avoir été mélangés à un agent liant
afin d’assurer une résistance mécanique
aux effondrements, explique Mostafa
Benzaazoua. Ils remplissent les cavités
souterraines, ce qui crée un support de
terrain permettant d’exploiter des zones
qui autrement ne le seraient pas. »
Le remblai en pâte est toutefois
un composite fort complexe qui, avec
le temps, peut perdre sa résistance
mécanique en raison de l’altération
chimique. Constatant que les mines
de l’Abitibi-Témiscamingue, qui représentent 20 % de l’exploitation minière
au Canada, éprouvaient différents problèmes dans l’utilisation de cette technique, Mostafa Benzaazoua et Tikou
Belem ont pris l’initiative de proposer à
leurs exploitants et à l’IRSST d’entreprendre une recherche afin de caractériser les paramètres déterminant le
choix des agents liants et leurs proportions, ainsi que de définir des recettes
de mélange optimisées permettant une
utilisation plus sécuritaire des remblais
en pâte. « La présence de sulfures dans
les résidus miniers ne fait manifestement pas bon ménage avec un agent
liant comme le ciment ; il en résulte des
réactions chimiques inexpliquées qui
limitent la résistance des remblais », dit
Mostafa Benzaazoua.
Avec des résidus de différentes teneurs en soufre (5 %, 16 % et 32 %) provenant de trois mines du Nord-Ouest
québécois et de l’Ontario, Mostafa
Benzaazoua et Tikou Belem ont concocté 33 recettes de mélange, en fonction de paramètres représentatifs : quatre
types d’agents liants à base de ciment
Portland, de cendres volantes et de laitier
(matières issues des hauts fourneaux)
utilisés dans trois proportions différentes
(3 %, 4,5 % et 6 % de la masse totale du
résidu sec) et à la même teneur en eau
de mise en place (28 %). Les résidus ont
été échantillonnés à la sortie des usines
de traitement, juste avant leur malaxage
avec le ciment, et l’eau de procédé de
chaque mine a aussi été échantillonnée
afin de servir comme eau de gâchage
pour hydrater le ciment et faciliter le
transport de la pâte. Les moules fabriqués ont ensuite été conservés dans une
Dans leur laboratoire, Mostafa
Benzaazoua et Tikou Belem ont
concocté 33 recettes de mélange, en
utilisant des résidus de différentes
teneurs en soufre provenant de
trois mines du Nord-Ouest québécois.
Photos Guy Prévost
Mostafa
chambre humide durant des périodes
de 14, 28, 56 et 91 jours. À chacune de
ces échéances, les moules de remblai ont
été soumis à des essais de caractérisation chimique, géochimique, physique,
microstructurale et mécanique.
Les résultats de la recherche ont
été à la hauteur de la curiosité des
chercheurs. « Nous avons le sentiment
d’avoir parcouru un grand chemin vers
une meilleure compréhension du remblai en pâte, qui demeure un matériau
relativement méconnu au Québec, dit
Mostafa Benzaazoua. Nous avons principalement découvert que la présence de
certains composés chimiques, les sulfates en particulier, pouvait freiner l’hydratation du remblai au cours des deux
premiers mois de son durcissement, car
nous avons maintenant une meilleure
idée de la vitesse de réaction de différentes combinaisons d’agents liants.
Et globalement, nous avons prouvé que
l’acquisition de la résistance mécanique
par le remblai en pâte dépend à la fois
de la chimie des résidus et de l’eau de
gâchage, ainsi que de ses propriétés
physiques. »
Les chercheurs espèrent que les résultats de leur recherche influenceront
l’utilisation future des remblais en pâte.
« Jusqu’ici, les entreprises minières
fonctionnaient par tâtonnement dans
l’élaboration d’une recette, rappelle
Mostafa Benzaazoua. La solution qui
consiste à prendre une recette qui a
fonctionné pour une mine et à l’appliquer à une autre mine est une démarche
qui n’est plus à envisager, car cela pourrait s’avérer très dangereux pour la
sécurité des travailleurs miniers. »
« Nous avons défini des recettes optimales adaptées au type de remblai utilisé par les trois mines qui ont participé
à la recherche, renchérit Tikou Belem.
Toute mine présentant des caractéristiques physiques et chimiques similaires
peut s’inspirer de nos résultats pour
mettre au point ses propres formules.
Mais il est évident qu’il n’existe aucune
recette miracle pour l’ensemble des
mines. Chaque exploitant doit élaborer
son propre mélange par une simple
étude d’optimisation en laboratoire,
moins coûteuse et dangereuse que des
essais sur le terrain. »
Pour Agnico-Eagle, l’exploitant de la
division Laronde, dont il extrait de l’or,
de l’argent, du cuivre, du zinc et des
résidus très sulfureux, la recherche de
l’URSTM est arrivée à point nommé,
puisque cette mine souterraine utilise le
remblai en pâte depuis septembre 2000.
« Nous devions avoir recours à ce type
de remblai pour les gisements de grande
profondeur », dit Luc Bourguignon, ingénieur en mécanique des roches de la
division Laronde, laquelle compte trois
puits, dont l’un est le plus profond en
Amérique du Nord. À la lumière des
résultats de l’étude, Luc Bourguignon
n’a pas hésité à modifier la recette suggérée précédemment par un consultant.
Au moment de l’entrevue, en février
dernier, il s’apprêtait à commencer des
essais in situ pour vérifier à grande
échelle les propriétés des compositions
des mélanges optimisées en laboratoire
afin d’établir des paramètres de mesure
et de contrôle.
Dans la deuxième phase de leur
recherche, qui a démarré en janvier
2001, les chercheurs visent maintenant
à élaborer d’ici deux ans un outil de
portée plus universelle, soit un outil
automatique d’aide à la conception
et à l’optimisation des remblais, en utilisant des modèles de régression tirés
de l’ensemble des résultats des deux
phases de leur recherche.
Les résultats de la première phase
ont été diffusés aux exploitants miniers
et aux groupes-conseils intéressés à la
mise au point des remblais miniers au
cours d’un séminaire que l’Institut canadien des mines (ICM) a organisé dans
la région de l’Abitibi-Témiscamingue.
Ils le seront également au prochain
colloque de l’Association minière du
Québec, à l’automne 2001. « Tous les
intervenants de l’industrie minière
doivent être conscients de l’importance
de la caractérisation chimique avant
de faire des recettes de remblai, d’autant plus que pour l’instant, il n’y a
pas beaucoup de groupes qui peuvent
proposer des recettes optimales », souligne Denis Bois, membre de l’ICM et
directeur de l’URSTM. O
Jean-Marc Papineau
Pour en savoir plus
BENZAAZOUA, Mostafa, Tikou BELEM
et Darcy JOLETTE. Investigation de
la stabilité chimique et son impact sur
la qualité des remblais miniers cimentés,
Rapport R-260, 156 pages, 15 $ ; Résumé
RR-260, 16 pages, gratuit.
Téléchargeables gratuitement à
www.irsst.qc.ca.
| Prévention au travail | Été 2001 |
25
R e c h e r c h e à l’IRSST
Stabilité des excavations minières
Benzaazoua, Tikou
Belem et l’animateur de l’émission culinaire Les pieds dans les plats, Daniel
Pinard, ne se rencontreront sans doute
jamais, bien que, durant un an, les deux
premiers aient testé et élaboré une
Point de départ
De plus en plus privilégié par les exploitants miniers québécois pour fournir le
support nécessaire à la stabilisation des
excavations souterraines, le remblai en
pâte peut, avec le temps, perdre sa
1
résistance mécanique en raison
d’une altération chimique. C’est
pourquoi il était nécessaire de
caractériser les paramètres
contrôlant le choix des agents
liants et leurs proportions, ainsi
que de définir des recettes de
2
mélange optimisées permettant
une utilisation plus sécuritaire
de cette technique.
Responsables
Mostafa Benzaazoua1 et Tikou
Belem 2 , chercheurs, et Darcy
Jolette 3, technicien au Département des sciences appliquées
de l’Université du Québec en
Abitibi-Témiscamingue.
3
Partenaires
Trois entreprises minières du
Nord-Ouest québécois et de
l’Ontario, dont la mine Louvicourt de
Ressources Aur et la division Laronde
des mines Agnico-Eagle.
Résultats
De façon globale, il a été prouvé que la résistance mécanique d’un remblai en pâte
dépend à la fois de la chimie des résidus
miniers utilisés et de l’eau de gâchage
(délayage) ainsi que de ses propriétés
physiques. Des recettes ont été mises
au point et adaptées au type de remblai
utilisé par chacun des partenaires.
Utilisateurs potentiels
Les ingénieurs en mécanique des roches
qui travaillent dans les mines.
24
| Prévention au travail | Été 2001 |
Une recette de base
adaptable à chaque remblai
bonne trentaine de recettes du terroir
de l’Abitibi-Témiscamingue. Celles-ci
sont pourtant fort prisées, non pas des
« cuistots », mais des opérateurs miniers,
pour leurs vertus de stabilité chimique
et de résistance mécanique.
À l’emploi de l’Unité de recherche
et de service en technologie minérale (URSTM) du Département des
sciences appliquées de l’Université du
Québec en Abitibi-Témiscamingue,
Mostafa Benzaazoua et Tikou
Belem ont mené, de novembre
1998 à novembre 1999, une
étude inédite sur les propriétés
chimiques du remblai en pâte, une
technique fort courante en Afrique
du Sud depuis les années 1980, que les
entreprises minières ont commencé
à introduire au Québec à compter
du début des années 1990.
L’un des défis que doivent
relever les exploitants d’un gisement en profondeur est de fabriquer un remblai capable de fournir
le support nécessaire à la stabilisation des excavations souterraines.
Longtemps, les mines québécoises ont utilisé un remblai hydraulique fait de résidus miniers
non toxiques. Les contraintes économiques et les normes environnementales grandissantes aidant,
elles privilégient désormais le remblai
en pâte, une technique qui présente
le double avantage de récupérer les
tonnes de résidus miniers en surface,
tout en assurant une meilleure exploitation des gisements. « Ces résidus,
le plus souvent sulfureux, sont enfouis
après avoir été mélangés à un agent liant
afin d’assurer une résistance mécanique
aux effondrements, explique Mostafa
Benzaazoua. Ils remplissent les cavités
souterraines, ce qui crée un support de
terrain permettant d’exploiter des zones
qui autrement ne le seraient pas. »
Le remblai en pâte est toutefois
un composite fort complexe qui, avec
le temps, peut perdre sa résistance
mécanique en raison de l’altération
chimique. Constatant que les mines
de l’Abitibi-Témiscamingue, qui représentent 20 % de l’exploitation minière
au Canada, éprouvaient différents problèmes dans l’utilisation de cette technique, Mostafa Benzaazoua et Tikou
Belem ont pris l’initiative de proposer à
leurs exploitants et à l’IRSST d’entreprendre une recherche afin de caractériser les paramètres déterminant le
choix des agents liants et leurs proportions, ainsi que de définir des recettes
de mélange optimisées permettant une
utilisation plus sécuritaire des remblais
en pâte. « La présence de sulfures dans
les résidus miniers ne fait manifestement pas bon ménage avec un agent
liant comme le ciment ; il en résulte des
réactions chimiques inexpliquées qui
limitent la résistance des remblais », dit
Mostafa Benzaazoua.
Avec des résidus de différentes teneurs en soufre (5 %, 16 % et 32 %) provenant de trois mines du Nord-Ouest
québécois et de l’Ontario, Mostafa
Benzaazoua et Tikou Belem ont concocté 33 recettes de mélange, en fonction de paramètres représentatifs : quatre
types d’agents liants à base de ciment
Portland, de cendres volantes et de laitier
(matières issues des hauts fourneaux)
utilisés dans trois proportions différentes
(3 %, 4,5 % et 6 % de la masse totale du
résidu sec) et à la même teneur en eau
de mise en place (28 %). Les résidus ont
été échantillonnés à la sortie des usines
de traitement, juste avant leur malaxage
avec le ciment, et l’eau de procédé de
chaque mine a aussi été échantillonnée
afin de servir comme eau de gâchage
pour hydrater le ciment et faciliter le
transport de la pâte. Les moules fabriqués ont ensuite été conservés dans une
Dans leur laboratoire, Mostafa
Benzaazoua et Tikou Belem ont
concocté 33 recettes de mélange, en
utilisant des résidus de différentes
teneurs en soufre provenant de
trois mines du Nord-Ouest québécois.
Photos Guy Prévost
Mostafa
chambre humide durant des périodes
de 14, 28, 56 et 91 jours. À chacune de
ces échéances, les moules de remblai ont
été soumis à des essais de caractérisation chimique, géochimique, physique,
microstructurale et mécanique.
Les résultats de la recherche ont
été à la hauteur de la curiosité des
chercheurs. « Nous avons le sentiment
d’avoir parcouru un grand chemin vers
une meilleure compréhension du remblai en pâte, qui demeure un matériau
relativement méconnu au Québec, dit
Mostafa Benzaazoua. Nous avons principalement découvert que la présence de
certains composés chimiques, les sulfates en particulier, pouvait freiner l’hydratation du remblai au cours des deux
premiers mois de son durcissement, car
nous avons maintenant une meilleure
idée de la vitesse de réaction de différentes combinaisons d’agents liants.
Et globalement, nous avons prouvé que
l’acquisition de la résistance mécanique
par le remblai en pâte dépend à la fois
de la chimie des résidus et de l’eau de
gâchage, ainsi que de ses propriétés
physiques. »
Les chercheurs espèrent que les résultats de leur recherche influenceront
l’utilisation future des remblais en pâte.
« Jusqu’ici, les entreprises minières
fonctionnaient par tâtonnement dans
l’élaboration d’une recette, rappelle
Mostafa Benzaazoua. La solution qui
consiste à prendre une recette qui a
fonctionné pour une mine et à l’appliquer à une autre mine est une démarche
qui n’est plus à envisager, car cela pourrait s’avérer très dangereux pour la
sécurité des travailleurs miniers. »
« Nous avons défini des recettes optimales adaptées au type de remblai utilisé par les trois mines qui ont participé
à la recherche, renchérit Tikou Belem.
Toute mine présentant des caractéristiques physiques et chimiques similaires
peut s’inspirer de nos résultats pour
mettre au point ses propres formules.
Mais il est évident qu’il n’existe aucune
recette miracle pour l’ensemble des
mines. Chaque exploitant doit élaborer
son propre mélange par une simple
étude d’optimisation en laboratoire,
moins coûteuse et dangereuse que des
essais sur le terrain. »
Pour Agnico-Eagle, l’exploitant de la
division Laronde, dont il extrait de l’or,
de l’argent, du cuivre, du zinc et des
résidus très sulfureux, la recherche de
l’URSTM est arrivée à point nommé,
puisque cette mine souterraine utilise le
remblai en pâte depuis septembre 2000.
« Nous devions avoir recours à ce type
de remblai pour les gisements de grande
profondeur », dit Luc Bourguignon, ingénieur en mécanique des roches de la
division Laronde, laquelle compte trois
puits, dont l’un est le plus profond en
Amérique du Nord. À la lumière des
résultats de l’étude, Luc Bourguignon
n’a pas hésité à modifier la recette suggérée précédemment par un consultant.
Au moment de l’entrevue, en février
dernier, il s’apprêtait à commencer des
essais in situ pour vérifier à grande
échelle les propriétés des compositions
des mélanges optimisées en laboratoire
afin d’établir des paramètres de mesure
et de contrôle.
Dans la deuxième phase de leur
recherche, qui a démarré en janvier
2001, les chercheurs visent maintenant
à élaborer d’ici deux ans un outil de
portée plus universelle, soit un outil
automatique d’aide à la conception
et à l’optimisation des remblais, en utilisant des modèles de régression tirés
de l’ensemble des résultats des deux
phases de leur recherche.
Les résultats de la première phase
ont été diffusés aux exploitants miniers
et aux groupes-conseils intéressés à la
mise au point des remblais miniers au
cours d’un séminaire que l’Institut canadien des mines (ICM) a organisé dans
la région de l’Abitibi-Témiscamingue.
Ils le seront également au prochain
colloque de l’Association minière du
Québec, à l’automne 2001. « Tous les
intervenants de l’industrie minière
doivent être conscients de l’importance
de la caractérisation chimique avant
de faire des recettes de remblai, d’autant plus que pour l’instant, il n’y a
pas beaucoup de groupes qui peuvent
proposer des recettes optimales », souligne Denis Bois, membre de l’ICM et
directeur de l’URSTM. O
Jean-Marc Papineau
Pour en savoir plus
BENZAAZOUA, Mostafa, Tikou BELEM
et Darcy JOLETTE. Investigation de
la stabilité chimique et son impact sur
la qualité des remblais miniers cimentés,
Rapport R-260, 156 pages, 15 $ ; Résumé
RR-260, 16 pages, gratuit.
Téléchargeables gratuitement à
www.irsst.qc.ca.
| Prévention au travail | Été 2001 |
25
R e c h e r c h e à l’IRSST
L’évolution de la recherche
fait l’objet d’un colloque
À la fin des années 1970, au Québec, les rares
activités de recherche en santé et en sécurité du travail
étaient de petite envergure en raison d’un manque
de financement chronique. Aujourd’hui, les recherches
dans ce domaine très vaste abondent, dans un contexte
de mouvance sociale, de transformations accélérées
des milieux de travail et de complexité croissante des
problèmes. Ces réalités obligent les chercheurs à réévaluer,
adapter, voire modifier leurs approches continuellement.
Voilà le message qu’a livré d’emblée le directeur général
de l’IRSST, Jean Yves Savoie, aux quelque 200 participants
du colloque Mutations des milieux de travail et changements
de paradigme dans la recherche en santé et en sécurité
du travail. Cet événement s’est déroulé à Montréal, en
avril dernier, pour souligner le 20e anniversaire de l’IRSST.
Il réunissait des chercheurs qui collaborent avec l’Institut
et des intervenants de divers organismes du réseau. C’était
l’occasion de mesurer le chemin parcouru en deux décennies
et de se pencher sur les défis qui attendent les chercheurs
en santé et en sécurité du travail, dans leurs différents
secteurs de compétence. M. Savoie a par ailleurs profité de
cette tribune pour annoncer l’initiative de créer un réseau
québécois de chercheurs en santé et en sécurité du travail.
L’avantage de la jeunesse
« Vous avez une chance extraordinaire, c’est que vous avez
20 ans. C’est bien, parce que ça permet d’avoir un peu de
recul, d’être presque majeur et d’avoir encore de grands
enthousiasmes. Nous, nous avons déjà 54 ans », a lancé le
directeur scientifique de l’Institut national de recherche sur la
santé (INRS) de France, Jean-Claude André. Au cours de son
exposé ponctué d’humour, M. André a longuement insisté sur
les préoccupations communes en matière de santé et de sécurité du travail, des deux côtés de l’Atlantique. Il a notamment
mis l’accent sur la nécessité de revoir les domaines d’action
et de développer des coopérations accrues, des réseaux, des
affinités conjointes avec les partenaires des milieux de travail.
Un monde en mutation
Les nombreuses mutations du travail observées au cours des
dernières années, par exemple le vieillissement de la population en général, et des travailleurs en particulier, un phénomène amplifié par l’entrée tardive des jeunes sur le marché
du travail, et la féminisation de la main-d’œuvre, engendrent
des répercussions majeures sur les enjeux de la santé et de la
sécurité. D’autre part, l’apparition de nouvelles formes d’organisation du travail pour faire face à la concurrence découlant
26
| Prévention au travail | Été 2001 |
de la mondialisation des marchés occasionnent entre autres
la multiplication des tâches, les horaires atypiques et l’intensification du travail. Par ailleurs, l’essor de nouvelles technologies liées à l’informatisation et à l’automatisation impose
de nouvelles contraintes dans les milieux de travail et introduit de nouveaux facteurs de risque pour la santé ou la sécurité
des travailleurs.
Selon Esther Cloutier, chercheure au Programme organisation du travail de l’IRSST, toutes ces mutations exigent
de mettre au point de nouveaux indicateurs, d’amasser des
données originales, de redéfinir des groupes cibles et des
problématiques de recherche de nature plus complexes et
multifactorielles ainsi que de favoriser des collaborations
interdisciplinaires et une recherche plus étroite sur le terrain
avec les intervenants du milieu.
Du problème ponctuel à la vue d’ensemble
Sur le plan de l’ingénierie, les approches de recherche ont
aussi beaucoup évolué en 20 ans, comme l’a rappelé René
Benoît, chercheur au Programme sécurité-ingénierie de
l’IRSST. Les premiers projets de recherche, qui ont vu le
jour en 1983 dans ce domaine, répondaient à des besoins
ponctuels et à des problématiques relativement simples, avec
une approche résolument centrée sur la machine. Aujourd’hui,
la complexité des équipements et du capital de production
a engendré une transformation marquée des interventions
d’ingénierie.
Au départ, les ingénieurs de l’IRSST fonctionnaient selon
un modèle séquentiel, c’est-à-dire l’identification des problèmes, la conception et l’élaboration de solutions, la validation et l’évaluation des correctifs. La nouvelle façon de faire
à partir du début des années 1990 a imposé plutôt une approche
s’inspirant de l’ingénierie simultanée, basée sur un travail
d’équipe réunissant des spécialistes de multiples disciplines.
Cette approche moderne s’attaque de façon parallèle à des
problématiques plus difficiles à résoudre relativement au bruit,
à la sécurité, aux équipements de protection et à l’ergonomie.
Elle a permis de régler notamment l’inconvénient majeur du
modèle séquentiel soit « d’imposer des solutions qui n’étaient
pas toujours celles souhaitées par les travailleurs », a souligné
René Benoît. Elle a également fait ressortir l’importance d’agir
dès la conception des équipements.
Les ingénieurs de l’IRSST ont maintenant amorcé un virage
important afin de tenir compte de la sophistication des systèmes
de production automatisés, avec des configurations en continuelle évolution, une croissance exponentielle du nombre de
composantes, une grande variété des contextes d’application
et leurs interactions avec les travailleurs. L’objectif est d’améliorer et de transformer les façons de faire des concepteurs. Pour
citer un participant au colloque « des erreurs humaines dorment
dans les systèmes de production, parfois pendant des années…
où plusieurs facteurs de risque agissent simultanément pour
produire l’événement dramatique ».
Le travail comme thérapie
Depuis la création de l’IRSST, les maux de dos constituent un
problème omniprésent et persistant qui représente aujourd’hui
pas moins de 30 % des lésions compensées par la CSST. Mais
la façon d’appréhender les problèmes de santé et de sécurité
au travail qui en découlent a beaucoup changé depuis les années 1980, a indiqué Patrick Loisel, professeur titulaire à la
faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke. À cette
époque, la recherche était centrée sur la compréhension de la
maladie et son traitement.
De nos jours, on ne perçoit plus le mal de dos comme le
principal problème de santé. Les chercheurs doivent maintenant composer avec ses conséquences possibles, soit une
intolérance à l’activité ou au travail et même, dans une minorité de cas, une incapacité prolongée. Des recherches ont
démontré que l’activité, et même le retour au travail, ne sont
pas néfastes pour le mal au dos, puisque le mouvement est
plus bénéfique pour la machine humaine que l’immobilisation. « Bien qu’il ne soit pas une activité naturelle, le travail
pourrait être un outil thérapeutique au bout du compte. Nous
sommes passés d’un modèle explicatif de la maladie à un
modèle d’incapacité qui débouche sur un nouveau paradigme,
une approche de réadaptation qui, sur le plan organisationnel,
doit considérer tous les acteurs pouvant contribuer à favoriser
le retour au travail », a conclu Patrick Loisel.
La recherche de la solution concrète
Le financement des projets de toxicologie industrielle s’est
profondément métamorphosé en l’espace de deux décennies.
« Au début, on finançait des projets expérimentaux sur la toxicité des produits. Aujourd’hui, on cherche davantage à financer
des projets dont les résultats peuvent être rapidement appliqués
et fournir des solutions à des problèmes, a indiqué Claude Viau,
directeur du Département de santé environnementale et santé
au travail de l’Université de Montréal. La compétence des chercheurs et leur capacité à contribuer à la gestion des risques
toxicologiques, ce qui constitue l’objectif ultime des applications dans ce domaine, est tributaire de leur capacité à contribuer aux diverses facettes de cette science. » M. Viau a par
ailleurs rappelé l’importance de la dimension éthique de toute
recherche, les chercheurs devant sans cesse s’interroger sur
les conséquences de leurs travaux.
Un modèle interdisciplinaire
Danièle Champoux a fait part du bilan d’une quinzaine d’années de recherches et de pratique interdisciplinaire dans le cadre
du Programme organisation du travail de l’IRSST, et de la réflexion en cours sur les orientations futures de celui-ci. Dans la
foulée des premiers travaux, un modèle d’analyse globale a été
conçu pour comprendre et décrire les multiples facettes de situations de travail complexes. Cette conception multifactorielle,
qui s’appuie sur une interprétation multicausale des accidents
du travail, a servi de toile de fond aux recherches subséquentes.
L’analyse globale est basée sur différents principes, comme
la hiérarchie des risques, l’engagement en faveur de la prévention à la source et la priorité accordée aux mesures de
prévention collectives. Elle permet de planifier la prévention
comme un ensemble cohérent qui intègre les effets simultanés
de plusieurs facteurs, que ce soient la technologie, les conditions de travail ou les caractéristiques de la main-d’œuvre. Elle
tient compte des facteurs de risque tant de nature structurelle
que de situation, à des lieux ou à des moments variés de l’organisation. Une telle approche requiert des compétences multiples et la collaboration de plusieurs disciplines largement
basées sur les sciences sociales. Ce caractère interdisciplinaire
distingue d’ailleurs les travaux du Programme organisation du
travail depuis ses débuts. « Dans nos discussions actuelles, a
confié Mme Champoux, nous cherchons à mieux cerner les
limites de notre modèle pour l’élargir de façon à tenir compte, par
exemple, des enjeux associés à la réinsertion professionnelle. »
De l’évidence à l’application
Huitième et dernier exposé de la journée : la valorisation des
résultats des recherches. Le titre de la présentation de Laurent
Gratton, conseiller en valorisation à l’IRSST, reflète parfaitement l’évolution de l’Institut à cet égard : de la recherche
appliquée à l’application pratique de la recherche. Après avoir
cité des études montrant que l’évidence scientifique n’est pas
le seul élément qui conduit à l’utilisation des solutions dans
le milieu, en prenant pour exemple le lien entre la cigarette
et le cancer qui a été établi dès 1950, M. Gratton a énuméré
une série de conditions gagnantes pour réussir un transfert de
connaissances.
« Le capital relationnel est certainement la variable la plus
significative, a-t-il affirmé. La difficulté de passer de la connaissance scientifique à l’application pratique est directement proportionnelle à l’existence du fossé entre les chercheurs et les
utilisateurs. Il importe d’associer les utilisateurs de résultats
dès le début du processus de création des connaissances, et de
les transformer dans un langage qui soit accessible et adapté à
une clientèle variée. On a beau avoir les meilleurs résultats, si
la recherche ne vise pas le réseau approprié et n’arrive pas en
temps opportun, l’effort est vain. Depuis 20 ans, l’IRSST a
parcouru beaucoup de chemin et nous visons maintenant à
parfaire notre approche dans la valorisation des recherches, en
incluant même la formation des relayeurs. »
L’importance du relayeur
Une table ronde fort animée, portant sur la recherche et son
utilité face au monde du travail, a clos cette dense journée de
réflexion. Le directeur de l’Association paritaire du secteur
affaires municipales, M. Alain Langlois, a rappelé que les
recherches se font souvent par l’intermédiaire d’associations
comme la sienne, qui jouent le rôle de relayeur des connaissances acquises. Il a souligné que celles qui s’étaient avérées
utiles dans son secteur étaient celles qui avaient répondu exactement aux conditions gagnantes énoncées plus tôt.
Les participants s’entendent pour dire que ce colloque aura
été une belle occasion d’échanges sur les défis à relever et les
exigences de chacun à concilier, notamment sur les modes de
fonctionnement propres aux milieux de travail et à celui de la
recherche. O
Jean-Marc Papineau
| Prévention au travail | Été 2001 |
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R e c h e r c h e à l’IRSST
L’évolution de la recherche
fait l’objet d’un colloque
À la fin des années 1970, au Québec, les rares
activités de recherche en santé et en sécurité du travail
étaient de petite envergure en raison d’un manque
de financement chronique. Aujourd’hui, les recherches
dans ce domaine très vaste abondent, dans un contexte
de mouvance sociale, de transformations accélérées
des milieux de travail et de complexité croissante des
problèmes. Ces réalités obligent les chercheurs à réévaluer,
adapter, voire modifier leurs approches continuellement.
Voilà le message qu’a livré d’emblée le directeur général
de l’IRSST, Jean Yves Savoie, aux quelque 200 participants
du colloque Mutations des milieux de travail et changements
de paradigme dans la recherche en santé et en sécurité
du travail. Cet événement s’est déroulé à Montréal, en
avril dernier, pour souligner le 20e anniversaire de l’IRSST.
Il réunissait des chercheurs qui collaborent avec l’Institut
et des intervenants de divers organismes du réseau. C’était
l’occasion de mesurer le chemin parcouru en deux décennies
et de se pencher sur les défis qui attendent les chercheurs
en santé et en sécurité du travail, dans leurs différents
secteurs de compétence. M. Savoie a par ailleurs profité de
cette tribune pour annoncer l’initiative de créer un réseau
québécois de chercheurs en santé et en sécurité du travail.
L’avantage de la jeunesse
« Vous avez une chance extraordinaire, c’est que vous avez
20 ans. C’est bien, parce que ça permet d’avoir un peu de
recul, d’être presque majeur et d’avoir encore de grands
enthousiasmes. Nous, nous avons déjà 54 ans », a lancé le
directeur scientifique de l’Institut national de recherche sur la
santé (INRS) de France, Jean-Claude André. Au cours de son
exposé ponctué d’humour, M. André a longuement insisté sur
les préoccupations communes en matière de santé et de sécurité du travail, des deux côtés de l’Atlantique. Il a notamment
mis l’accent sur la nécessité de revoir les domaines d’action
et de développer des coopérations accrues, des réseaux, des
affinités conjointes avec les partenaires des milieux de travail.
Un monde en mutation
Les nombreuses mutations du travail observées au cours des
dernières années, par exemple le vieillissement de la population en général, et des travailleurs en particulier, un phénomène amplifié par l’entrée tardive des jeunes sur le marché
du travail, et la féminisation de la main-d’œuvre, engendrent
des répercussions majeures sur les enjeux de la santé et de la
sécurité. D’autre part, l’apparition de nouvelles formes d’organisation du travail pour faire face à la concurrence découlant
26
| Prévention au travail | Été 2001 |
de la mondialisation des marchés occasionnent entre autres
la multiplication des tâches, les horaires atypiques et l’intensification du travail. Par ailleurs, l’essor de nouvelles technologies liées à l’informatisation et à l’automatisation impose
de nouvelles contraintes dans les milieux de travail et introduit de nouveaux facteurs de risque pour la santé ou la sécurité
des travailleurs.
Selon Esther Cloutier, chercheure au Programme organisation du travail de l’IRSST, toutes ces mutations exigent
de mettre au point de nouveaux indicateurs, d’amasser des
données originales, de redéfinir des groupes cibles et des
problématiques de recherche de nature plus complexes et
multifactorielles ainsi que de favoriser des collaborations
interdisciplinaires et une recherche plus étroite sur le terrain
avec les intervenants du milieu.
Du problème ponctuel à la vue d’ensemble
Sur le plan de l’ingénierie, les approches de recherche ont
aussi beaucoup évolué en 20 ans, comme l’a rappelé René
Benoît, chercheur au Programme sécurité-ingénierie de
l’IRSST. Les premiers projets de recherche, qui ont vu le
jour en 1983 dans ce domaine, répondaient à des besoins
ponctuels et à des problématiques relativement simples, avec
une approche résolument centrée sur la machine. Aujourd’hui,
la complexité des équipements et du capital de production
a engendré une transformation marquée des interventions
d’ingénierie.
Au départ, les ingénieurs de l’IRSST fonctionnaient selon
un modèle séquentiel, c’est-à-dire l’identification des problèmes, la conception et l’élaboration de solutions, la validation et l’évaluation des correctifs. La nouvelle façon de faire
à partir du début des années 1990 a imposé plutôt une approche
s’inspirant de l’ingénierie simultanée, basée sur un travail
d’équipe réunissant des spécialistes de multiples disciplines.
Cette approche moderne s’attaque de façon parallèle à des
problématiques plus difficiles à résoudre relativement au bruit,
à la sécurité, aux équipements de protection et à l’ergonomie.
Elle a permis de régler notamment l’inconvénient majeur du
modèle séquentiel soit « d’imposer des solutions qui n’étaient
pas toujours celles souhaitées par les travailleurs », a souligné
René Benoît. Elle a également fait ressortir l’importance d’agir
dès la conception des équipements.
Les ingénieurs de l’IRSST ont maintenant amorcé un virage
important afin de tenir compte de la sophistication des systèmes
de production automatisés, avec des configurations en continuelle évolution, une croissance exponentielle du nombre de
composantes, une grande variété des contextes d’application
et leurs interactions avec les travailleurs. L’objectif est d’améliorer et de transformer les façons de faire des concepteurs. Pour
citer un participant au colloque « des erreurs humaines dorment
dans les systèmes de production, parfois pendant des années…
où plusieurs facteurs de risque agissent simultanément pour
produire l’événement dramatique ».
Le travail comme thérapie
Depuis la création de l’IRSST, les maux de dos constituent un
problème omniprésent et persistant qui représente aujourd’hui
pas moins de 30 % des lésions compensées par la CSST. Mais
la façon d’appréhender les problèmes de santé et de sécurité
au travail qui en découlent a beaucoup changé depuis les années 1980, a indiqué Patrick Loisel, professeur titulaire à la
faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke. À cette
époque, la recherche était centrée sur la compréhension de la
maladie et son traitement.
De nos jours, on ne perçoit plus le mal de dos comme le
principal problème de santé. Les chercheurs doivent maintenant composer avec ses conséquences possibles, soit une
intolérance à l’activité ou au travail et même, dans une minorité de cas, une incapacité prolongée. Des recherches ont
démontré que l’activité, et même le retour au travail, ne sont
pas néfastes pour le mal au dos, puisque le mouvement est
plus bénéfique pour la machine humaine que l’immobilisation. « Bien qu’il ne soit pas une activité naturelle, le travail
pourrait être un outil thérapeutique au bout du compte. Nous
sommes passés d’un modèle explicatif de la maladie à un
modèle d’incapacité qui débouche sur un nouveau paradigme,
une approche de réadaptation qui, sur le plan organisationnel,
doit considérer tous les acteurs pouvant contribuer à favoriser
le retour au travail », a conclu Patrick Loisel.
La recherche de la solution concrète
Le financement des projets de toxicologie industrielle s’est
profondément métamorphosé en l’espace de deux décennies.
« Au début, on finançait des projets expérimentaux sur la toxicité des produits. Aujourd’hui, on cherche davantage à financer
des projets dont les résultats peuvent être rapidement appliqués
et fournir des solutions à des problèmes, a indiqué Claude Viau,
directeur du Département de santé environnementale et santé
au travail de l’Université de Montréal. La compétence des chercheurs et leur capacité à contribuer à la gestion des risques
toxicologiques, ce qui constitue l’objectif ultime des applications dans ce domaine, est tributaire de leur capacité à contribuer aux diverses facettes de cette science. » M. Viau a par
ailleurs rappelé l’importance de la dimension éthique de toute
recherche, les chercheurs devant sans cesse s’interroger sur
les conséquences de leurs travaux.
Un modèle interdisciplinaire
Danièle Champoux a fait part du bilan d’une quinzaine d’années de recherches et de pratique interdisciplinaire dans le cadre
du Programme organisation du travail de l’IRSST, et de la réflexion en cours sur les orientations futures de celui-ci. Dans la
foulée des premiers travaux, un modèle d’analyse globale a été
conçu pour comprendre et décrire les multiples facettes de situations de travail complexes. Cette conception multifactorielle,
qui s’appuie sur une interprétation multicausale des accidents
du travail, a servi de toile de fond aux recherches subséquentes.
L’analyse globale est basée sur différents principes, comme
la hiérarchie des risques, l’engagement en faveur de la prévention à la source et la priorité accordée aux mesures de
prévention collectives. Elle permet de planifier la prévention
comme un ensemble cohérent qui intègre les effets simultanés
de plusieurs facteurs, que ce soient la technologie, les conditions de travail ou les caractéristiques de la main-d’œuvre. Elle
tient compte des facteurs de risque tant de nature structurelle
que de situation, à des lieux ou à des moments variés de l’organisation. Une telle approche requiert des compétences multiples et la collaboration de plusieurs disciplines largement
basées sur les sciences sociales. Ce caractère interdisciplinaire
distingue d’ailleurs les travaux du Programme organisation du
travail depuis ses débuts. « Dans nos discussions actuelles, a
confié Mme Champoux, nous cherchons à mieux cerner les
limites de notre modèle pour l’élargir de façon à tenir compte, par
exemple, des enjeux associés à la réinsertion professionnelle. »
De l’évidence à l’application
Huitième et dernier exposé de la journée : la valorisation des
résultats des recherches. Le titre de la présentation de Laurent
Gratton, conseiller en valorisation à l’IRSST, reflète parfaitement l’évolution de l’Institut à cet égard : de la recherche
appliquée à l’application pratique de la recherche. Après avoir
cité des études montrant que l’évidence scientifique n’est pas
le seul élément qui conduit à l’utilisation des solutions dans
le milieu, en prenant pour exemple le lien entre la cigarette
et le cancer qui a été établi dès 1950, M. Gratton a énuméré
une série de conditions gagnantes pour réussir un transfert de
connaissances.
« Le capital relationnel est certainement la variable la plus
significative, a-t-il affirmé. La difficulté de passer de la connaissance scientifique à l’application pratique est directement proportionnelle à l’existence du fossé entre les chercheurs et les
utilisateurs. Il importe d’associer les utilisateurs de résultats
dès le début du processus de création des connaissances, et de
les transformer dans un langage qui soit accessible et adapté à
une clientèle variée. On a beau avoir les meilleurs résultats, si
la recherche ne vise pas le réseau approprié et n’arrive pas en
temps opportun, l’effort est vain. Depuis 20 ans, l’IRSST a
parcouru beaucoup de chemin et nous visons maintenant à
parfaire notre approche dans la valorisation des recherches, en
incluant même la formation des relayeurs. »
L’importance du relayeur
Une table ronde fort animée, portant sur la recherche et son
utilité face au monde du travail, a clos cette dense journée de
réflexion. Le directeur de l’Association paritaire du secteur
affaires municipales, M. Alain Langlois, a rappelé que les
recherches se font souvent par l’intermédiaire d’associations
comme la sienne, qui jouent le rôle de relayeur des connaissances acquises. Il a souligné que celles qui s’étaient avérées
utiles dans son secteur étaient celles qui avaient répondu exactement aux conditions gagnantes énoncées plus tôt.
Les participants s’entendent pour dire que ce colloque aura
été une belle occasion d’échanges sur les défis à relever et les
exigences de chacun à concilier, notamment sur les modes de
fonctionnement propres aux milieux de travail et à celui de la
recherche. O
Jean-Marc Papineau
| Prévention au travail | Été 2001 |
27
R e c h e r c h e à l’IRSST
Boursier
Michel Déry
Département de physique
de l’Université Laval
L’identification
des moisissures et autres
bioaérosols par la spectroscopie
Si
c’est un peu le hasard qui a mené
Michel Déry à la recherche en santé
et en sécurité du travail, il en parle avec
passion. Détenteur d’un doctorat en
biophysique de l’Université du Québec
à Trois-Rivières, il effectue présentement un stage postdoctoral avec
Marcel Baril, professeur-chercheur au
Département de physique de l’Université Laval : « Je m’intéresse à la spectroscopie et à la photochimie depuis
le début de mes études supérieures, au
cours desquelles j’ai eu l’occasion de
travailler avec l’équipe de l’Université
Laval. »
Sa demande de bourse à l’IRSST
faisait d’ailleurs suite à un travail exploratoire effectué par Pierre Picard,
sous la direction de Marcel Baril, qui
portait sur l’identification de bioaérosols (pollen, bactéries, moisissures,
etc.) grâce à différents types d’appareils, dont un spectrophotomètre à
infrarouge muni d’une cellule photoacoustique. Ce type d’instrument
fournit de l’information sur la structure
moléculaire des bioaérosols. « Son utilisation a laissé entrevoir la possibilité
d’analyser des spectres, la signature
des bioaérosols, immédiatement après
leur cueillette, en quelques minutes et
avec beaucoup de fiabilité », explique
Michel Déry.
28
| Prévention au travail | Été 2001 |
L’identification des champignons :
un réel défi
C’est un mycologue du Centre canadien de foresterie (CFL), Serge Sokolski,
qui a convaincu M. Déry de l’importance d’élaborer une méthode formelle d’identification des champignons
avant de s’intéresser aux autres types
de bioaérosols, et ce, pour diverses
raisons. Premièrement, certaines moisissures ont des effets néfastes sur la
santé, notamment de type allergique.
Deuxièmement, la méthode d’identification conventionnelle se limite à
des observations visuelles des échantillons ; elle est donc soumise à la
défaillance humaine (niveau d’expérience et d’expertise, etc.). « L’analyse
des champignons est un art. Un bon
mycologue peut prendre des années
avant d’être en mesure d’identifier
avec certitude certaines espèces », précise Michel Déry. Finalement, tout
comme l’ensemble des bioaérosols, les
champignons, parce qu’ils sont vivants,
sont susceptibles de se transformer
selon leur environnement, ce qui en
complique l’identification.
Comme toute recherche, celle de
Michel Déry lui a réservé quelques
surprises : « Le spectrophotomètre à
infrarouge n’étant plus disponible au
moment où j’ai amorcé mes travaux,
j’ai choisi de travailler avec un spectrophotomètre simple, celui de Camille
Chapados de l’UQTR. » L’absence
d’un appareil photoacoustique a obligé
le chercheur à se creuser un peu plus
les méninges afin de trouver une façon
de contourner différents problèmes,
dont la présence de gel de culture et
l’absorption des infrarouges par l’eau,
qui biaisent les résultats d’analyse. Il
s’est donc tourné vers une autre technique, celle de la réflectance diffuse,
qui permet de recueillir la lumière sur
un miroir concave après sa réflexion sur
les échantillons. Michel Déry a également dû trouver une autre astuce, soit
faire pousser les champignons sur des
filtres, puis les faire sécher sur des supports avant de mesurer leur spectre :
« Et ça fonctionne très bien ! »
Jusqu’où raffiner l’identification ?
Quelle sera la limite ? C’est la question que se pose actuellement le chercheur. Sera-t-il possible d’identifier
l’ensemble des familles, des espèces et
même des variétés ? Si, pour l’instant,
aucune économie de temps n’est réalisée, la mise au point d’un système
expert informatisé, capable d’analyser
et d’identifier les spectres qui lui sont
soumis, pourrait changer complètement
la donne.
Économie de temps et d’argent, fiabilité des analyses, utilisation à court
terme des résultats dans différents
secteurs (industriel, privé, scientifique),
application de la méthode d’identification aux autres bioaérosols : les possibilités que laisse entrevoir la suite de
la recherche que mène actuellement
Michel Déry sont nombreuses. O
Isabelle Labarre
Le programme
de bourses de l’IRSST
Marc Déry est un des étudiants
bénéficiant du programme de bourses
de l’IRSST. Celui-ci vise à former des
chercheurs en santé et en sécurité
du travail au Québec.
Pour obtenir des informations sur
le programme de bourses de l’IRSST,
on peut téléphoner au (514) 288-1551,
ou écrire à bourses@irsst.qc.ca.
Nouvelles publications
Toutes ces publications
peuvent être commandées par la poste. Les
prix indiqués comprennent la taxe et
les frais d’envoi. Elles
sont aussi disponibles
gratuitement en version PDF dans notre
site Internet.
Chronomètre d’arrêt
et de fermeture des presses
mécaniques
Rapport d’activités 2000
de l’IRSST
Direction des
communications, gratuit.
TURCOT, Denis, Jérôme
BOUTIN et Serge MASSÉ,
Guide technique RG-265,
33 pages, 5,35 $ ;
Rapport R-265, 35 pages, 5,35 $.
Sécurité des treuils miniers
commandés par systèmes
programmables
PAQUES, Joseph-Jean, Louis
GERMAIN, Ghislain FORTIN,
Réal BOURBONNIÈRE,
François TRUDEL, Normand
DIONNE et Gilles GAGNON,
Fiche technique RF-267,
22 pages, 4,50 $.
Cliquez recherche
www.irsst.qc.ca
Étude de cas d’amélioration ergonomique
des outils présentant
des risques d’atteintes
musculo-squelettiques
TOULOUSE, Georges et
Yves BEAUCHAMP, Rapport
R-266, 39 pages, 5,35 $.
L’amélioration ergonomique
des outils manuels pour réduire
les risques de troubles musculosquelettiques (TMS) dans les
entreprises de taille moyenne a
été très peu étudiée.
Ce rapport de recherche
traite d’un cas de modification
d’outils manuels dans une poterie industrielle. La méthode
utilisée s’appuie sur un protocole de modifications ergonomiques de tels outils intégrant
les démarches de conception et
d’ergonomie. La publication
fait état du processus d’application du protocole qui a conduit à la conception d’outils
simples et opérationnels éliminant les facteurs de risque de
TMS associés au design des
objets sélectionnés. Son application est examinée quant à
ses limites pour la prévention
des TMS et à l’intégration de
l’ergonomie dans la démarche
de conception ainsi qu’au processus social nécessaire à sa
mise en œuvre.
Un des moyens les plus répandus pour augmenter la sécurité des presses à métal est
l’éloignement des commandes
bimanuelles. Pour s’assurer de
l’efficacité de cette mesure, il
est cependant essentiel d’évaluer le temps d’arrêt ou de fermeture, selon le type de presse,
et ainsi déterminer l’éloignement minimal. Il existe un
chronomètre portatif servant
à mesurer ces paramètres et
dont l’installation n’entraîne
pas de modification aux machines. Un système de capteurs
permet de détecter l’activation
et le freinage de la presse, de
mesurer le déplacement du
coulisseau ainsi que les temps
d’arrêt et de fermeture. Le
guide présente cet appareil de
mesure, ses principales caractéristiques ainsi que l’intégration d’un logiciel permettant
de traiter, d’analyser et d’enregistrer les données obtenues.
Les utilisateurs du chronomètre
peuvent ainsi mieux comprendre son fonctionnement et
donc, l’utiliser de façon plus
efficace et sécuritaire.
L’IRSST a modifié son nom en
l’an 2000, mais il maintient
plus fermement que jamais
son engagement à réaliser des
recherches qui répondent aux
besoins des milieux de travail.
Son rapport d’activités de l’année en fait une démonstration
éloquente.
Une des priorités de l’Institut était de privilégier la recherche, et c’est ce qu’il a fait
de plusieurs manières. Tout
d’abord, de nombreux efforts
ont été investis afin d’augmenter significativement la production scientifique. Comme en
témoigne le rapport du directeur général, Jean Yves Savoie,
ces efforts ont porté fruits et
c’est avec un carnet de commandes de nouvelles recherches exceptionnellement bien
rempli que l’Institut a commencé l’année 2001.
C’est aussi avec succès que
l’IRSST a approfondi ses liens
avec des partenaires et des collaborateurs dans des réseaux
de recherche provinciaux et
nationaux. Ainsi, guidé par la
vision dont il s’est doté il y a
déjà trois ans, l’Institut a consolidé sa position comme organisme de recherche utile à ses
clients et s’est acquis une crédibilité désormais reconnue.
En plus des principaux faits
saillants, ce rapport d’activités
présente également la liste des
publications scientifiques et institutionnelles de l’organisme.
Une version anglaise du
Rapport d’activités 2000 est
également disponible.
La sécurité des treuils miniers
utilisés pour le transport des
travailleurs et des matériaux est
soumise à une réglementation.
De plus, la CSST a produit un
guide sur l’utilisation, l’entretien et la vérification périodique
de ces équipements. Cependant, depuis quelques années,
l’évolution des nouvelles technologies favorise l’implantation
progressive de systèmes de
commande programmables
dans la plupart des mines du
Québec. Il est alors difficile
d’appliquer la réglementation
actuelle, notamment en ce qui a
trait à la vérification périodique
des treuils, puisqu’elle ne tient
pas compte de cette évolution.
Une fiche technique a donc été
rédigée pour maintenir la sécurité des travailleurs affectés aux
opérations d’extraction minière.
Elle fournit des recommandations sur la façon de concevoir,
d’utiliser et d’entretenir des
treuils miniers commandés par
ordinateur. Les informations
qu’elle contient sont complémentaires à la réglementation et
au guide existants. O
Anita Rowan
Linda Savoie
| Prévention au travail | Été 2001 |
29
R e c h e r c h e à l’IRSST
Nouvelles recherches
Accidents
La réinsertion au travail de
victimes d’un stress posttraumatique faisant suite
à des épisodes de violence
sur les lieux de travail
(099-049)
Les épisodes de violence au travail, tels que vols à main armée
et agressions physiques, sont en
nombre croissant. Au Québec,
depuis le début des années 1990,
la CSST indemnise annuellement une moyenne de 520 travailleurs pour des troubles de
stress posttraumatique (TSPT).
Les secteurs les plus touchés
sont les transports, les finances,
le commerce, l’administration
publique, les services médicaux
et sociaux. Si les causes et les
symptômes du TSPT sont bien
connus, cela n’est pas le cas
des variables qui influencent
la réinsertion des victimes au
travail. Cette recherche tentera
donc d’identifier comment la
perception qu’ont ces travailleurs du climat de l’organisation, des acteurs qui y évoluent
et du soutien qu’ils y trouvent
influe sur leur retour au travail.
La connaissance de cette représentation permettra de cibler
des éléments utiles pour le
développement de réseaux de
soutien au sein des milieux de
travail.
Responsable : Hélène Cardu,
Université Laval
Étude de cas sur le coût
et l’apport de différentes
méthodes de recueil
de données pour la
réalisation d’une étude
ergonomique
(099-096)
Bien que des recherches aient
étudié l’utilité des différentes
méthodes de recueil de données
en ergonomie, aucune n’a jusqu’à présent déterminé leur
contribution à la réalisation
d’une intervention ergonomique
efficace et leur coût respectif.
30
| Prévention au travail | Été 2001 |
Cette activité, menée en parallèle avec un projet d’intervention ergonomique, évaluera de
façon critique les diverses méthodes de cueillette de données.
Elle évaluera le coût, les avantages, les limites et l’apport
d’information de chacune, ainsi
que sa contribution à l’établissement d’un diagnostic, à
l’élaboration de solutions et
à la compréhension des facteurs de risque et des difficultés
auxquelles les travailleurs sont
soumis. Les chercheurs en dégageront un cadre méthodologique d’analyse critique des
méthodes de recueil de données
en ergonomie, lequel pourra
servir à d’autres disciplines. Les
résultats permettront d’optimiser le coût et la qualité des
études futures.
Responsables : Marie St-Vincent,
François Ouellet, Alain Delisle
et Sylvie Beaugrand, IRSST ;
Denys Denis, consultant ;
Daniel Imbeau, École
Polytechnique de Montréal
Bruit et vibrations
Évaluation interlaboratoires de gants destinés
à réduire l’exposition
aux vibrations main-bras
(099-100)
Les gants dits « antivibratiles »
constituent un des moyens possibles pour réduire l’exposition
des travailleurs aux vibrations
main-bras. Or, la publication
en 1996 de la norme internationale ISO 10819 définissant une
méthode d’évaluation en laboratoire a fait ressortir des problèmes de reproductibilité des
mesures de gants identiques.
En 1998, le Health and Safety
Laboratory (HSL) d’Angleterre
lançait un programme d’évaluation interlaboratoires pour
identifier l’origine de ces variations et pour modifier la norme,
s’il y a lieu. L’IRSST est un des
sept laboratoires européens et
nord-américains à collaborer à
ce programme. Le projet consistera à évaluer quatre types de
gants selon la méthode prescrite
par la norme, puis à faire des
essais additionnels en y introduisant des variations. En plus
de contribuer à l’amélioration
de la norme, cette étude positionnera l’Institut parmi les
laboratoires habilités à effectuer les essais d’efficacité des
gants antivibratiles.
Responsable : Paul-Émile
Boileau, IRSST
Conception d’une poignée
anti-vibratile de foreuse
à béquille
(099-001)
Les foreuses utilisées dans
les mines produisent d’importants niveaux de vibrations, qui
peuvent nuire à la santé des
travailleurs. Il existe pourtant
des poignées de foreuses recouvertes d’un matériau antivibratile, mais elles s’avèrent
inefficaces. Cette étude a pour
objectif de concevoir un prototype de poignée de foreuse
antivibratile, robuste et fiable,
susceptible d’être reproduite
en série sur des machines pneumatiques classiques et, ultérieurement, sur des foreuses
hydrauliques. Pour ce faire, les
chercheurs comptent sur le soutien technique d’un ergonome,
d’un fabricant de foreuses et de
travailleurs miniers. Une telle
poignée réduirait la transmission des vibrations à la main et
au corps des travailleurs, diminuant ainsi la prévalence du
syndrome de Raynaud chez les
utilisateurs de ces outils.
Responsables : Yvan Champoux,
Rémy Oddo et André
L’Espérance, Université de
Sherbrooke ; Marcel Laflamme,
CANMET
Troubles musculosquelettiques
Étude cinématique
de diverses méthodes de
manipulation de la souris
d’ordinateur
(099-131)
Depuis maintenant plus d’une
décennie, les ordinateurs personnels prolifèrent dans l’ensemble des milieux de travail.
Or, le fonctionnement des logiciels d’application requiert
l’emploi d’une souris, ce qui
expose les utilisateurs à
des postures contraignantes,
causes de troubles musculosquelettiques (TMS). Pour
contrer ce problème, une importante entreprise québécoise
incite son personnel à situer
la souris à gauche du clavier
plutôt qu’à sa droite. Peu
d’études s’étant intéressées
aux conséquences physiques
de l’usage de cet outil, cette
activité se penchera sur les
effets de son positionnement,
tant à droite qu’à gauche. Elle
générera de nouvelles connaissances sur la manipulation de
la souris d’ordinateur et pourra
valider les avantages et les inconvénients pour les membres
supérieurs des différentes façons de la manier. Considérant
le grand nombre d’utilisateurs
de souris, les solutions proposées pourraient contribuer à
améliorer la posture de travail
et, par conséquent, à réduire les
TMS de nombreux travailleurs.
Responsables : Alain Delisle et
Christian Larue, IRSST ; Daniel
Imbeau, École Polytechnique
de Montréal
Équipements
de protection
Développement et
validation d’une méthode
d’évaluation des gardecorps fabriqués et installés
à pied d’œuvre
sur les chantiers
(099-030)
Les chutes de hauteur sont une
des principales causes d’accidents du travail, surtout dans le
secteur de la construction où,
de 1995 à 1998, elles constituaient 19 % des lésions graves ou
mortelles. La réglementation
stipule pourtant que les travailleurs exposés à un tel risque
doivent être protégés. Pour le
travail sur un plancher, les
garde-corps constituent le
moyen de protection collectif
le plus approprié, mais il est
cependant difficile de vérifier
leur sécurité, puisqu’ils sont
fabriqués et installés sur place.
Pour évaluer leur résistance,
leur efficacité et leur fiabilité,
les chercheurs testeront en laboratoire des garde-corps de bois
et des cadres métalliques reliés
à des étais, selon les conditions
observées sur le terrain. Cela
permettra de valider une méthode reproductible et pratique
pour vérifier la sécurité et la
conformité aux normes et aux
règlements des garde-corps
fabriqués et installés sur les
chantiers de construction.
Responsables : André Lan,
Jean Arteau et Renaud Daigle,
IRSST ; Richard Roux, École
Polytechnique de Montréal
Sécurité des outils,
des machines et des
procédés industriels
Modélisation de l’influence
du contrepoids pneumatique sur le temps d’arrêt
du coulisseau des presses
à friction et méthode
d’équilibrage
(099-121)
De nombreux accidents chez
les utilisateurs de presses à métaux à embrayage à friction sont
causés par l’entrée de leur main
dans la zone dangereuse avant
l’arrêt du coulisseau de la machine, que celle-ci fonctionne
en mode manuel ou continu. Un
mauvais réglage du contrepoids
pneumatique est une des principales causes de l’arrêt tardif
du coulisseau. Cette recherche
vise à concevoir une méthode
simple pour régler le contrepoids et ainsi obtenir l’arrêt
plus précis du coulisseau en
fonction du poids de la matrice.
Elle consistera à modéliser la
phase de freinage d’une presse
à métal à embrayage à friction,
à adapter le chronomètre d’arrêt
préalablement conçu à l’IRSST,
à faire des mesures en laboratoire et en usine, puis à analyser
les données ainsi recueillies.
Les résultats seront transférés
aux associations sectorielles
paritaires, qui disposeront alors
d’un moyen simple pour réduire
les accidents sur les machines
de ce type.
Mise au point d’un outil
d’aide à la fabrication
optimale des remblais
en pâte
(099-085)
Dans les mines souterraines,
on utilise couramment des remblais en pâte comme support de
terrain temporaire. On ne possède cependant pas de guide
pour choisir des recettes du
mélange — composé de rejets
humides, d’eau et de liant —, et
les connaissances sur son comportement à plus ou moins long
terme sont limitées. Pour qu’un
tel remblai soit stable et ne
menace pas la sécurité des travailleurs, il doit présenter une
résistance mécanique donnée.
Ce projet évaluera le comportement mécanique à court et
à long termes des remblais en
pâte. Il permettra ainsi d’approfondir les connaissances sur
les phénomènes de cimentation
en fonction de la granulométrie
des résidus ainsi que de leur
minéralogie, de la chimie du
liant et de l’eau de gâchage. Il
mènera également à la mise
au point d’un progiciel pour
faciliter la fabrication optimale de tels remblais, selon
les exigences du design et les
contraintes du milieu minier.
Responsables : Mostafa
Benzaazoua et Tikou Belem,
Université du Québec en
Abitibi-Témiscamingue
Établissement d’une liste
de fournisseurs des
dispositifs de protection
associés aux machines
et procédés dangereux
(099-110)
Au Québec, le marché des dispositifs de protection servant
à améliorer la sécurité des machines et des procédés dangereux est en pleine émergence.
On y trouve en effet un nombre
croissant de produits, dont certains étaient jusqu’à tout récemment réservés à l’Europe. Or, il
est difficile pour les acheteurs
potentiels québécois de ces
dispositifs de faire des choix,
compte tenu du peu d’information dont ils disposent. Cette
recherche consistera à créer une
base de données qui regroupera
les informations sur la disponibilité des dispositifs de protection offerts sur le marché
québécois. Publiée sur le site
Internet de l’IRSST, elle permettra aux concepteurs de machines et de procédés ainsi
qu’aux intervenants en santé et
sécurité du travail de disposer
de données sur les fournisseurs,
les dépositaires et les fabricants
des produits recensés.
Responsable : Réal
Bourbonnière, IRSST
Substances
chimiques et agents
biologiques
Évaluation de l’impact
d’un abaissement
des valeurs d’exposition
admissibles pour
le formaldéhyde
(099-011)
Dans le contexte de la révision
de l’annexe A du Règlement
sur la qualité du milieu de travail, et faisant suite à une étude
préliminaire, cette recherche
vise à évaluer les effets d’une
diminution de 2 ppm à une des
valeurs de 1, 0,75 ou 0,3 ppm
des valeurs d’exposition admissibles (VEA) au formaldéhyde.
Grâce à la participation de six
équipes de chercheurs, elle en
évaluera les répercussions sur
la compétitivité des entreprises
et sur la santé des travailleurs.
En adoptant une approche
mixte qui combine expertise et
démarche d’hygiène industrielle classique, les chercheurs
produiront une matrice reliant
les secteurs d’activité économique et les niveaux d’exposition au formaldéhyde. L’ajout
de données sur les postes de
travail permettra de consolider
les résultats obtenus selon le
secteur, l’effectif et la distribution des travailleurs exposés.
Cette activité permettra l’acquisition de connaissances et d’une
expertise sur l’évaluation d’impact en santé et en sécurité du
travail.
Responsables : Guy Perrault,
Laurent Gratton, Nicole Goyer,
Patrice Duguay, François
Hébert et Paul Massicotte,
IRSST ; Michel Gérin et Gaétan
Carrier, Université de Montréal ;
Pierre Lefebvre et Stéphane J.
Pallage, Université du Québec
à Montréal
Évaluation de la production de monoxyde
de carbone à la suite
de travaux de dynamitage
(099-111)
Les explosifs utilisés dans des
activités de génie civil comme
le dynamitage de tranchées et
d’excavations peuvent générer d’importants volumes de
monoxyde de carbone (CO).
Selon le type de terrain, ce gaz
inodore mais très toxique peut,
suivant un dynamitage, se propager sur des distances appréciables et infiltrer des espaces
clos, tels que des égouts, des
trous d’homme et des sous-sols.
Cette recherche explorera le
comportement du CO et de
l’oxyde d’azote (NOx) dans le
roc fracturé pour mieux comprendre les paramètres en
cause. Elle permettra d’obtenir
des données essentielles pour
prévenir les risques liés à ce
type de travaux, de faire des
recommandations aux instances
réglementaires concernées sur
les mesures à prendre pour
améliorer les pratiques et d’informer les boutefeux sur les
dangers potentiels subséquents
au dynamitage.
Responsables : Richard Martel,
INRS-Géoressources ; Benoît
Lévesque, Institut national
de santé publique du Québec ;
Louise Galarneau, Régie
régionale de la santé et des
services sociaux de l’Estrie O
Claire Thivierge
Responsables : Laurent Giraud,
Serge Massé et Denis Turcot,
IRSST ; Daouad Ait-Kadi,
Université Laval
| Prévention au travail | Été 2001 |
31
R e c h e r c h e à l’IRSST
Nouvelles recherches
Accidents
La réinsertion au travail de
victimes d’un stress posttraumatique faisant suite
à des épisodes de violence
sur les lieux de travail
(099-049)
Les épisodes de violence au travail, tels que vols à main armée
et agressions physiques, sont en
nombre croissant. Au Québec,
depuis le début des années 1990,
la CSST indemnise annuellement une moyenne de 520 travailleurs pour des troubles de
stress posttraumatique (TSPT).
Les secteurs les plus touchés
sont les transports, les finances,
le commerce, l’administration
publique, les services médicaux
et sociaux. Si les causes et les
symptômes du TSPT sont bien
connus, cela n’est pas le cas
des variables qui influencent
la réinsertion des victimes au
travail. Cette recherche tentera
donc d’identifier comment la
perception qu’ont ces travailleurs du climat de l’organisation, des acteurs qui y évoluent
et du soutien qu’ils y trouvent
influe sur leur retour au travail.
La connaissance de cette représentation permettra de cibler
des éléments utiles pour le
développement de réseaux de
soutien au sein des milieux de
travail.
Responsable : Hélène Cardu,
Université Laval
Étude de cas sur le coût
et l’apport de différentes
méthodes de recueil
de données pour la
réalisation d’une étude
ergonomique
(099-096)
Bien que des recherches aient
étudié l’utilité des différentes
méthodes de recueil de données
en ergonomie, aucune n’a jusqu’à présent déterminé leur
contribution à la réalisation
d’une intervention ergonomique
efficace et leur coût respectif.
30
| Prévention au travail | Été 2001 |
Cette activité, menée en parallèle avec un projet d’intervention ergonomique, évaluera de
façon critique les diverses méthodes de cueillette de données.
Elle évaluera le coût, les avantages, les limites et l’apport
d’information de chacune, ainsi
que sa contribution à l’établissement d’un diagnostic, à
l’élaboration de solutions et
à la compréhension des facteurs de risque et des difficultés
auxquelles les travailleurs sont
soumis. Les chercheurs en dégageront un cadre méthodologique d’analyse critique des
méthodes de recueil de données
en ergonomie, lequel pourra
servir à d’autres disciplines. Les
résultats permettront d’optimiser le coût et la qualité des
études futures.
Responsables : Marie St-Vincent,
François Ouellet, Alain Delisle
et Sylvie Beaugrand, IRSST ;
Denys Denis, consultant ;
Daniel Imbeau, École
Polytechnique de Montréal
Bruit et vibrations
Évaluation interlaboratoires de gants destinés
à réduire l’exposition
aux vibrations main-bras
(099-100)
Les gants dits « antivibratiles »
constituent un des moyens possibles pour réduire l’exposition
des travailleurs aux vibrations
main-bras. Or, la publication
en 1996 de la norme internationale ISO 10819 définissant une
méthode d’évaluation en laboratoire a fait ressortir des problèmes de reproductibilité des
mesures de gants identiques.
En 1998, le Health and Safety
Laboratory (HSL) d’Angleterre
lançait un programme d’évaluation interlaboratoires pour
identifier l’origine de ces variations et pour modifier la norme,
s’il y a lieu. L’IRSST est un des
sept laboratoires européens et
nord-américains à collaborer à
ce programme. Le projet consistera à évaluer quatre types de
gants selon la méthode prescrite
par la norme, puis à faire des
essais additionnels en y introduisant des variations. En plus
de contribuer à l’amélioration
de la norme, cette étude positionnera l’Institut parmi les
laboratoires habilités à effectuer les essais d’efficacité des
gants antivibratiles.
Responsable : Paul-Émile
Boileau, IRSST
Conception d’une poignée
anti-vibratile de foreuse
à béquille
(099-001)
Les foreuses utilisées dans
les mines produisent d’importants niveaux de vibrations, qui
peuvent nuire à la santé des
travailleurs. Il existe pourtant
des poignées de foreuses recouvertes d’un matériau antivibratile, mais elles s’avèrent
inefficaces. Cette étude a pour
objectif de concevoir un prototype de poignée de foreuse
antivibratile, robuste et fiable,
susceptible d’être reproduite
en série sur des machines pneumatiques classiques et, ultérieurement, sur des foreuses
hydrauliques. Pour ce faire, les
chercheurs comptent sur le soutien technique d’un ergonome,
d’un fabricant de foreuses et de
travailleurs miniers. Une telle
poignée réduirait la transmission des vibrations à la main et
au corps des travailleurs, diminuant ainsi la prévalence du
syndrome de Raynaud chez les
utilisateurs de ces outils.
Responsables : Yvan Champoux,
Rémy Oddo et André
L’Espérance, Université de
Sherbrooke ; Marcel Laflamme,
CANMET
Troubles musculosquelettiques
Étude cinématique
de diverses méthodes de
manipulation de la souris
d’ordinateur
(099-131)
Depuis maintenant plus d’une
décennie, les ordinateurs personnels prolifèrent dans l’ensemble des milieux de travail.
Or, le fonctionnement des logiciels d’application requiert
l’emploi d’une souris, ce qui
expose les utilisateurs à
des postures contraignantes,
causes de troubles musculosquelettiques (TMS). Pour
contrer ce problème, une importante entreprise québécoise
incite son personnel à situer
la souris à gauche du clavier
plutôt qu’à sa droite. Peu
d’études s’étant intéressées
aux conséquences physiques
de l’usage de cet outil, cette
activité se penchera sur les
effets de son positionnement,
tant à droite qu’à gauche. Elle
générera de nouvelles connaissances sur la manipulation de
la souris d’ordinateur et pourra
valider les avantages et les inconvénients pour les membres
supérieurs des différentes façons de la manier. Considérant
le grand nombre d’utilisateurs
de souris, les solutions proposées pourraient contribuer à
améliorer la posture de travail
et, par conséquent, à réduire les
TMS de nombreux travailleurs.
Responsables : Alain Delisle et
Christian Larue, IRSST ; Daniel
Imbeau, École Polytechnique
de Montréal
Équipements
de protection
Développement et
validation d’une méthode
d’évaluation des gardecorps fabriqués et installés
à pied d’œuvre
sur les chantiers
(099-030)
Les chutes de hauteur sont une
des principales causes d’accidents du travail, surtout dans le
secteur de la construction où,
de 1995 à 1998, elles constituaient 19 % des lésions graves ou
mortelles. La réglementation
stipule pourtant que les travailleurs exposés à un tel risque
doivent être protégés. Pour le
travail sur un plancher, les
garde-corps constituent le
moyen de protection collectif
le plus approprié, mais il est
cependant difficile de vérifier
leur sécurité, puisqu’ils sont
fabriqués et installés sur place.
Pour évaluer leur résistance,
leur efficacité et leur fiabilité,
les chercheurs testeront en laboratoire des garde-corps de bois
et des cadres métalliques reliés
à des étais, selon les conditions
observées sur le terrain. Cela
permettra de valider une méthode reproductible et pratique
pour vérifier la sécurité et la
conformité aux normes et aux
règlements des garde-corps
fabriqués et installés sur les
chantiers de construction.
Responsables : André Lan,
Jean Arteau et Renaud Daigle,
IRSST ; Richard Roux, École
Polytechnique de Montréal
Sécurité des outils,
des machines et des
procédés industriels
Modélisation de l’influence
du contrepoids pneumatique sur le temps d’arrêt
du coulisseau des presses
à friction et méthode
d’équilibrage
(099-121)
De nombreux accidents chez
les utilisateurs de presses à métaux à embrayage à friction sont
causés par l’entrée de leur main
dans la zone dangereuse avant
l’arrêt du coulisseau de la machine, que celle-ci fonctionne
en mode manuel ou continu. Un
mauvais réglage du contrepoids
pneumatique est une des principales causes de l’arrêt tardif
du coulisseau. Cette recherche
vise à concevoir une méthode
simple pour régler le contrepoids et ainsi obtenir l’arrêt
plus précis du coulisseau en
fonction du poids de la matrice.
Elle consistera à modéliser la
phase de freinage d’une presse
à métal à embrayage à friction,
à adapter le chronomètre d’arrêt
préalablement conçu à l’IRSST,
à faire des mesures en laboratoire et en usine, puis à analyser
les données ainsi recueillies.
Les résultats seront transférés
aux associations sectorielles
paritaires, qui disposeront alors
d’un moyen simple pour réduire
les accidents sur les machines
de ce type.
Mise au point d’un outil
d’aide à la fabrication
optimale des remblais
en pâte
(099-085)
Dans les mines souterraines,
on utilise couramment des remblais en pâte comme support de
terrain temporaire. On ne possède cependant pas de guide
pour choisir des recettes du
mélange — composé de rejets
humides, d’eau et de liant —, et
les connaissances sur son comportement à plus ou moins long
terme sont limitées. Pour qu’un
tel remblai soit stable et ne
menace pas la sécurité des travailleurs, il doit présenter une
résistance mécanique donnée.
Ce projet évaluera le comportement mécanique à court et
à long termes des remblais en
pâte. Il permettra ainsi d’approfondir les connaissances sur
les phénomènes de cimentation
en fonction de la granulométrie
des résidus ainsi que de leur
minéralogie, de la chimie du
liant et de l’eau de gâchage. Il
mènera également à la mise
au point d’un progiciel pour
faciliter la fabrication optimale de tels remblais, selon
les exigences du design et les
contraintes du milieu minier.
Responsables : Mostafa
Benzaazoua et Tikou Belem,
Université du Québec en
Abitibi-Témiscamingue
Établissement d’une liste
de fournisseurs des
dispositifs de protection
associés aux machines
et procédés dangereux
(099-110)
Au Québec, le marché des dispositifs de protection servant
à améliorer la sécurité des machines et des procédés dangereux est en pleine émergence.
On y trouve en effet un nombre
croissant de produits, dont certains étaient jusqu’à tout récemment réservés à l’Europe. Or, il
est difficile pour les acheteurs
potentiels québécois de ces
dispositifs de faire des choix,
compte tenu du peu d’information dont ils disposent. Cette
recherche consistera à créer une
base de données qui regroupera
les informations sur la disponibilité des dispositifs de protection offerts sur le marché
québécois. Publiée sur le site
Internet de l’IRSST, elle permettra aux concepteurs de machines et de procédés ainsi
qu’aux intervenants en santé et
sécurité du travail de disposer
de données sur les fournisseurs,
les dépositaires et les fabricants
des produits recensés.
Responsable : Réal
Bourbonnière, IRSST
Substances
chimiques et agents
biologiques
Évaluation de l’impact
d’un abaissement
des valeurs d’exposition
admissibles pour
le formaldéhyde
(099-011)
Dans le contexte de la révision
de l’annexe A du Règlement
sur la qualité du milieu de travail, et faisant suite à une étude
préliminaire, cette recherche
vise à évaluer les effets d’une
diminution de 2 ppm à une des
valeurs de 1, 0,75 ou 0,3 ppm
des valeurs d’exposition admissibles (VEA) au formaldéhyde.
Grâce à la participation de six
équipes de chercheurs, elle en
évaluera les répercussions sur
la compétitivité des entreprises
et sur la santé des travailleurs.
En adoptant une approche
mixte qui combine expertise et
démarche d’hygiène industrielle classique, les chercheurs
produiront une matrice reliant
les secteurs d’activité économique et les niveaux d’exposition au formaldéhyde. L’ajout
de données sur les postes de
travail permettra de consolider
les résultats obtenus selon le
secteur, l’effectif et la distribution des travailleurs exposés.
Cette activité permettra l’acquisition de connaissances et d’une
expertise sur l’évaluation d’impact en santé et en sécurité du
travail.
Responsables : Guy Perrault,
Laurent Gratton, Nicole Goyer,
Patrice Duguay, François
Hébert et Paul Massicotte,
IRSST ; Michel Gérin et Gaétan
Carrier, Université de Montréal ;
Pierre Lefebvre et Stéphane J.
Pallage, Université du Québec
à Montréal
Évaluation de la production de monoxyde
de carbone à la suite
de travaux de dynamitage
(099-111)
Les explosifs utilisés dans des
activités de génie civil comme
le dynamitage de tranchées et
d’excavations peuvent générer d’importants volumes de
monoxyde de carbone (CO).
Selon le type de terrain, ce gaz
inodore mais très toxique peut,
suivant un dynamitage, se propager sur des distances appréciables et infiltrer des espaces
clos, tels que des égouts, des
trous d’homme et des sous-sols.
Cette recherche explorera le
comportement du CO et de
l’oxyde d’azote (NOx) dans le
roc fracturé pour mieux comprendre les paramètres en
cause. Elle permettra d’obtenir
des données essentielles pour
prévenir les risques liés à ce
type de travaux, de faire des
recommandations aux instances
réglementaires concernées sur
les mesures à prendre pour
améliorer les pratiques et d’informer les boutefeux sur les
dangers potentiels subséquents
au dynamitage.
Responsables : Richard Martel,
INRS-Géoressources ; Benoît
Lévesque, Institut national
de santé publique du Québec ;
Louise Galarneau, Régie
régionale de la santé et des
services sociaux de l’Estrie O
Claire Thivierge
Responsables : Laurent Giraud,
Serge Massé et Denis Turcot,
IRSST ; Daouad Ait-Kadi,
Université Laval
| Prévention au travail | Été 2001 |
31
Les accidents
nous parlent…
Un choc fatal !
Illustration Ronald Du Repos
Un travailleur est
électrocuté sous
une tension de 347 volts
et un autre est électrisé
en tentant de lui
porter secours.
Que s’est-il passé ?
Une conserverie se spécialise dans la
préparation de mets cuisinés : viandes,
légumes et sauces. Cette journée-là,
l’employeur installe un convoyeur acheminant des boîtes de conserve à une
étiqueteuse située sur une mezzanine.
À cette fin, on utilise une machine à
souder et une rallonge électrique que
l’on branche sur une prise murale de
600 volts située au rez-de-chaussée.
Pour ne pas obstruer l’escalier, une partie de la rallonge et du câble d’alimentation de la machine est installée sur la
rampe de l’escalier fixée au mur de ciment. Le mauvais branchement d’un fil
à l’intérieur de la fiche femelle de la rallonge a provoqué la mise sous tension
des boîtiers métalliques de la prise de la
rallonge. La rampe métallique fixée au
mur de ciment se trouve également sous
tension, puisqu’elle est en contact avec
les boîtiers métalliques. Comme elle
n’est pas mise à la terre, le courant électrique ne circule pas. L’autre rampe de
l’escalier est mise à la terre. Le superviseur des travaux, un jeune homme
dans la vingtaine, monte l’escalier donnant accès à la mezzanine où l’on doit
exécuter les travaux. Il agrippe les deux
rampes de l’escalier. Le courant passe
d’une main à l’autre. Il est électrocuté
sous une tension de 347 volts et tombe,
inerte, sur le palier. Triste fin pour un
32
| Prévention au travail | Été 2001 |
ingénieur stagiaire dont la vie s’annonçait pleine de promesses. Un autre
travailleur est électrisé au même endroit en tentant de lui porter secours. Il
aura besoin de plusieurs mois pour se
remettre de ce choc.
Qu’aurait-il fallu faire ?
Trois semaines auparavant, plusieurs
travailleurs s’étaient plaints du mauvais fonctionnement de la machine à
souder. Entre-temps, aucune mesure
n’avait été prise pour découvrir la
source du problème. Un appareil défectueux ne doit jamais être utilisé
tant et aussi longtemps que la cause de
son mauvais fonctionnement n’est pas
établie et qu’il n’a pas été réparé.
Si une inspection avait été menée
par du personnel qualifié, on aurait
découvert le mauvais branchement
dans le montage électrique. Plusieurs
incidents révélant une défectuosité
électrique, dont des courts-circuits,
s’étaient produits avant l’accident et
auraient dû alerter une personne qualifiée. En tout temps, les travaux d’entretien ou d’installation du matériel
électrique doivent être exécutés par
des travailleurs possédant un certificat
de compétence.
Par ailleurs, un programme d’entretien préventif des appareils électriques
aurait conduit au remplacement du
cavalier de jonction de la fiche femelle
de la rallonge électrique, absent au moment de l’accident. Il est également
recommandé d’utiliser des rallonges,
ainsi que leurs boîtiers de protection,
entièrement fabriqués en matériel isolant, lorsque l’équipement le permet.
Conclusion : il faut que les règles de
sécurité en matière d’électricité soient
mises en application, diffusées dans
l’entreprise et connues de tous. O
Julie Mélançon
Nos personnes-ressources : Yvon Papin, conseiller, Johanne Paquette, ing., et André Turcot, ing.,
tous trois de la Direction de la préventioninspection de la CSST.
Santé et sécurité en images
▲
Les risques de contamination
par le sang au travail
Cote VC-001364 – Durée 16 minutes
Les intervenants d’urgence peuvent entrer en contact avec
du sang ou tout autre liquide biologique contaminés, dans
l’exercice de leurs fonctions. Cette vidéocassette cherche
à les sensibiliser au danger d’être contaminé par l’hépatite B, l’hépatite C et le virus du sida. Certaines
pratiques élémentaires peuvent éliminer ce risque.
Exemple : le port de gants chirurgicaux, l’utilisation
de masques avec valves unidirectionnelles, etc. Il
existe également un vaccin préventif contre l’hépatite B. Différentes mises en scène illustrent diverses
situations dans lesquelles les intervenants d’urgence
peuvent se trouver. Le spectateur est alors invité à
juger s’il s’agit d’un risque « significatif ». Si tel
est le cas, plusieurs mesures peuvent êtres prises
pour contrer ce risque, entre autres faire saigner
la plaie, la laver, aller à l’hôpital, commencer
la médication, obtenir les coordonnées de la personne à la source de la contamination, etc.
Le document est produit par le Service de
protection des incendies de Montréal en collaboration avec la CSST.
● Le bruit
Cote VC-900732 – Durée 18 minutes
Cette vidéo vise à sensibiliser les travailleurs aux risques et aux effets du
bruit. Il ne fait pas qu’endommager
l’ouïe, il entraîne d’autres problèmes
comme le stress et la fatigue auditive.
Il peut également être une source de
distraction et par conséquent, un facteur
supplémentaire de risque d’accident. Il
faut distinguer les bruits continus de
ceux dits d’impact, par exemple un
marteau pneumatique. Les effets du
bruit dépendent du niveau sonore, du
volume, de la fréquence, etc. Produite
par Vidéo L. M. Inc.
de brûlures, de troubles des voies respiratoires, etc. Certaines règles doivent
être respectées lors de leur manutention,
leur entreposage, leur utilisation, leur
élimination et leur déversement. C’est
également une industrie où le port de
protecteurs auditifs, de chaussures et de
lunettes de sécurité sont de mise. Cette
vidéocassette, produite par Prévention
Formation SST, en collaboration avec
la CSST, aborde toutes ces questions et
s’adresse particulièrement aux travailleurs de ce secteur.
▲ Introduction à la sécurité
dans les opérations forestières
Cote VC-001356 – Durée 23 minutes
▲ La santé, sécurité
dans l’industrie du meuble
Cote VC-001359 – Durée 24 minutes
L’industrie du meuble doit jongler
avec plusieurs problèmes de santé et de
sécurité au travail. Ainsi, la manutention
fréquente des matériaux peut occasionner des maux de dos. À moins d’utiliser
des techniques et des méthodes efficaces. Quant aux chariots élévateurs
employés au quotidien, ils doivent faire
l’objet d’une conduite préventive. Par
ailleurs, plusieurs produits dangereux
comportent des risques d’intoxications,
Les accidents en forêt sont souvent liés
à un manque de formation, à la pression
exercée par les impératifs de productivité élevée et à l’absence d’équipements de protection individuelle. C’est
le constat que fait ce document, produit
par l’École des gardes forestiers des
Maritimes au Nouveau-Brunswick. Il
traite notamment de l’abattage d’arbres,
du treuillage, des équipements de protection individuelle, des dispositifs de
sécurité des scies à chaîne, des techniques de coupe, etc. O
Julie Mélançon
Modalités d’emprunt à
l’audiovidéothèque de la CSST
Les documents vidéo sont prêtés gratuitement. Il suffit de remplir et de signer
une demande d’emprunt. Toute personne
peut venir chercher et rapporter les vidéocassettes, pendant les heures de bureau
— 8 h 30 à 16 h 30 —, du lundi au vendredi. Le visionnement peut se faire sur
place, moyennant réservation de la salle
(capacité de quatre personnes). L’audiovidéothèque peut aussi expédier les
documents à l’emprunteur ; la CSST paie
les frais d’expédition mais les frais de
retour sont à la charge de l’emprunteur.
Pour obtenir un formulaire de demande, pour réserver la salle de visionnement ou emprunter une vidéocassette :
Téléc. (514) 906-3024
Tél. (514) 906-3085
1 888 873-3160
Courriel : audiovideotheque@csst.qc.ca
1199, rue De Bleury, 4e étage
Montréal (Québec) H3B 3J1
● Information grand public
▲ Information spécialisée
■ Avec document ou guide
d’accompagnement
| Prévention au travail | Été 2001 |
33
Centre de la petite enfance Les Ateliers
La santé
et la sécurité
pour mode de vie
Nous sommes attentifs aux besoins
ponctuels des autres. Chaque éducatrice doit en effet pouvoir dire : “ Hé !
J’ai besoin d’aide, ça ne va pas ! ”
Quand un enfant est en larmes, elle doit
pouvoir trouver le moyen de s’asseoir
de façon ergonomique et de l’attirer
dans ses bras pour le consoler, ce qui
est mieux que de le soulever à bout de
bras. Ceci demande toutefois la collaboration d’une autre éducatrice pour la
prise en charge temporaire des autres
enfants du groupe. »
Depuis quelques années, au Québec, bon
Chut !
Le bruit est, au même titre que les
contraintes ergonomiques, un facteur
sérieux de risque dans les CPE. Pas
nécessairement sur le plan auditif,
mais plutôt sur le plan du stress psychologique. « Pour résoudre ce problème, nous fonctionnons par atelier,
commentent Michel et Anne-Marie. À
l’intérieur des pièces réservées aux
groupes, nous créons différents coins
de jeux ou ateliers, qui accueillent
chacun deux enfants. Ainsi, il y a
moins de bruit, moins de conflits et
les enfants sont plus calmes. »
Une place pour chaque chose
« Les moyens mis en œuvre au centre
facilitent vraiment le travail des éducatrices. Tout a été repensé. Ainsi, le
mobilier n’est pas seulement adapté
aux besoins des enfants, mais aussi
à ceux des éducatrices. « Nous avons
des chaises basses conçues pour convenir aux adultes. Les espaces de rangement ont également été revus. Dans
nombre de centres de la petite enfance (CPE)
Il n’est jamais trop tôt pour responsabiliser les enfants. La
période de lecture est terminée et les petits savent qu’ils
doivent ranger leur livre dans le bac. Sans cette coopération, l’éducatrice devrait se pencher pour ramasser les
livres un par un. Pour ménager son dos, elle utilise aussi
un siège à dossier quand elle reste longtemps assise par
terre. Parfait aussi pour la supervision des siestes !
s’intéressent énormément aux questions de
santé et de sécurité au travail. Ainsi, le CPE Les
Ateliers s’est retroussé les manches et a plongé
dans la potion de la prévention, dont les effets
sont parfois magiques…
Une brève
visite des lieux
et l’on est convaincu. Tout a été passé
en revue, sous toutes les coutures :
suggestions pour l’aménagement des
locaux, conception du mobilier et
mise au point de méthodes de travail, participation active des éducatrices, collaboration de la direction,
responsabilisation des enfants.
Michel Desrosiers, coordonnateur
du centre, témoigne : « Nous croyons
à la gestion participative. Par conséquent, nous abordons les questions
de santé et de sécurité en équipe, et
les suggestions transmises au conseil
d’administration sont non seulement
bien accueillies, mais elles sont aussi
mises en pratique. »
Anne-Marie Lapointe, éducatrice au
centre depuis cinq ans, ajoute : « Nous
avons la chance, ici, d’avoir une bonne
communication avec les gestionnaires.
Après une journée à la garderie où je
travaillais auparavant, je rentrais à la
maison avec des maux de dos. Je ne
voulais plus entendre le moindre son,
même pas celui du téléviseur ! Aux
Ateliers, le message que je reçois,
c’est que mon travail est tellement important qu’on va me donner ce qu’il
faut pour que je reste longtemps. Je me
rends compte également, en vieillis34
| Prévention au travail | Été 2001 |
sant, que je dois adopter des attitudes
qui me permettront de travailler pendant de nombreuses années. Je sais
maintenant qu’il est essentiel de faire
attention à moi et de trouver des solutions. »
Les enfants au parfum
Enthousiaste, Anne-Marie Lapointe
poursuit : « La santé et la sécurité au
travail, c’est un état d’esprit, et ça ne
coûte pas nécessairement cher. Parmi
les moyens qui ne coûtent rien, il y a
la responsabilisation des enfants, la
coopération entre les éducatrices et la
gestion du bruit dans les locaux. »
Attrapant la phrase de l’un au bond
et la terminant, Michel et Anne-Marie
précisent ce qu’ils entendent par là :
« Il est capital de responsabiliser les
enfants. Ils sont capables d’en faire
beaucoup plus qu’on ne l’imagine ! »
Et de fournir des exemples : « On s’est
arrangé pour que les espaces de rangement soient à la hauteur des tout-petits
afin qu’ils puissent participer au rangement. On a aussi prévu des cases
verticales pour les matelas, qui sont
légers, les jeunes sont donc capables
de les y ranger. Même chose pour les
couvertures qui sont pliées et rangées
dans des bacs individuels. Il faut aussi
Huit enfants qui enlèvent et remettent
leurs chaussures plusieurs fois par
jour, cela représente un nombre
considérable de lacets à nouer ! Pour
éviter les maux de dos, les éducatrices
s’assoient sur une chaise basse pour
adultes et obtiennent la collaboration des enfants ; assis en face d’elles,
ils tendent leurs pieds et les posent
en appui pour le laçage. Voilà, le
tour est joué.
apprendre aux petits cocos comment
nous aborder et leur faire comprendre
qu’ils peuvent nous faire mal en sautant sur nous. » Les enfants ont, en
effet, compris l’astuce. Désormais, ils
attendent que les éducatrices soient
bien assises pour monter sur leurs
genoux. Ils sont également habitués
à coopérer pour le laçage des chaussures et pour le transport des jouets au
parc. Quant aux plus petits, ils savent
monter eux-mêmes sur la table à langer qui a été modifiée et est maintenant
munie d’un marche-pied. »
Le partage !
Michel et Anne-Marie insistent : « Il y
a une grande ouverture chez les éducatrices pour toutes les questions de santé
et de sécurité. Nous en parlons entre
nous et nous échangeons des conseils.
Photos Pierre Charbonneau
Par Suzanne Cohen
Quel athlète pourrait se permettre de soulever
à bout de bras sept ou huit bambins trois
ou quatre fois par jour pour les installer sur
la table à langer ? C’est tellement plus simple
quand bébé prend plaisir à grimper les marches
escamotables pour monter sur la table.
| Prévention au travail | Été 2001 |
35
Centre de la petite enfance Les Ateliers
La santé
et la sécurité
pour mode de vie
Nous sommes attentifs aux besoins
ponctuels des autres. Chaque éducatrice doit en effet pouvoir dire : “ Hé !
J’ai besoin d’aide, ça ne va pas ! ”
Quand un enfant est en larmes, elle doit
pouvoir trouver le moyen de s’asseoir
de façon ergonomique et de l’attirer
dans ses bras pour le consoler, ce qui
est mieux que de le soulever à bout de
bras. Ceci demande toutefois la collaboration d’une autre éducatrice pour la
prise en charge temporaire des autres
enfants du groupe. »
Depuis quelques années, au Québec, bon
Chut !
Le bruit est, au même titre que les
contraintes ergonomiques, un facteur
sérieux de risque dans les CPE. Pas
nécessairement sur le plan auditif,
mais plutôt sur le plan du stress psychologique. « Pour résoudre ce problème, nous fonctionnons par atelier,
commentent Michel et Anne-Marie. À
l’intérieur des pièces réservées aux
groupes, nous créons différents coins
de jeux ou ateliers, qui accueillent
chacun deux enfants. Ainsi, il y a
moins de bruit, moins de conflits et
les enfants sont plus calmes. »
Une place pour chaque chose
« Les moyens mis en œuvre au centre
facilitent vraiment le travail des éducatrices. Tout a été repensé. Ainsi, le
mobilier n’est pas seulement adapté
aux besoins des enfants, mais aussi
à ceux des éducatrices. « Nous avons
des chaises basses conçues pour convenir aux adultes. Les espaces de rangement ont également été revus. Dans
nombre de centres de la petite enfance (CPE)
Il n’est jamais trop tôt pour responsabiliser les enfants. La
période de lecture est terminée et les petits savent qu’ils
doivent ranger leur livre dans le bac. Sans cette coopération, l’éducatrice devrait se pencher pour ramasser les
livres un par un. Pour ménager son dos, elle utilise aussi
un siège à dossier quand elle reste longtemps assise par
terre. Parfait aussi pour la supervision des siestes !
s’intéressent énormément aux questions de
santé et de sécurité au travail. Ainsi, le CPE Les
Ateliers s’est retroussé les manches et a plongé
dans la potion de la prévention, dont les effets
sont parfois magiques…
Une brève
visite des lieux
et l’on est convaincu. Tout a été passé
en revue, sous toutes les coutures :
suggestions pour l’aménagement des
locaux, conception du mobilier et
mise au point de méthodes de travail, participation active des éducatrices, collaboration de la direction,
responsabilisation des enfants.
Michel Desrosiers, coordonnateur
du centre, témoigne : « Nous croyons
à la gestion participative. Par conséquent, nous abordons les questions
de santé et de sécurité en équipe, et
les suggestions transmises au conseil
d’administration sont non seulement
bien accueillies, mais elles sont aussi
mises en pratique. »
Anne-Marie Lapointe, éducatrice au
centre depuis cinq ans, ajoute : « Nous
avons la chance, ici, d’avoir une bonne
communication avec les gestionnaires.
Après une journée à la garderie où je
travaillais auparavant, je rentrais à la
maison avec des maux de dos. Je ne
voulais plus entendre le moindre son,
même pas celui du téléviseur ! Aux
Ateliers, le message que je reçois,
c’est que mon travail est tellement important qu’on va me donner ce qu’il
faut pour que je reste longtemps. Je me
rends compte également, en vieillis34
| Prévention au travail | Été 2001 |
sant, que je dois adopter des attitudes
qui me permettront de travailler pendant de nombreuses années. Je sais
maintenant qu’il est essentiel de faire
attention à moi et de trouver des solutions. »
Les enfants au parfum
Enthousiaste, Anne-Marie Lapointe
poursuit : « La santé et la sécurité au
travail, c’est un état d’esprit, et ça ne
coûte pas nécessairement cher. Parmi
les moyens qui ne coûtent rien, il y a
la responsabilisation des enfants, la
coopération entre les éducatrices et la
gestion du bruit dans les locaux. »
Attrapant la phrase de l’un au bond
et la terminant, Michel et Anne-Marie
précisent ce qu’ils entendent par là :
« Il est capital de responsabiliser les
enfants. Ils sont capables d’en faire
beaucoup plus qu’on ne l’imagine ! »
Et de fournir des exemples : « On s’est
arrangé pour que les espaces de rangement soient à la hauteur des tout-petits
afin qu’ils puissent participer au rangement. On a aussi prévu des cases
verticales pour les matelas, qui sont
légers, les jeunes sont donc capables
de les y ranger. Même chose pour les
couvertures qui sont pliées et rangées
dans des bacs individuels. Il faut aussi
Huit enfants qui enlèvent et remettent
leurs chaussures plusieurs fois par
jour, cela représente un nombre
considérable de lacets à nouer ! Pour
éviter les maux de dos, les éducatrices
s’assoient sur une chaise basse pour
adultes et obtiennent la collaboration des enfants ; assis en face d’elles,
ils tendent leurs pieds et les posent
en appui pour le laçage. Voilà, le
tour est joué.
apprendre aux petits cocos comment
nous aborder et leur faire comprendre
qu’ils peuvent nous faire mal en sautant sur nous. » Les enfants ont, en
effet, compris l’astuce. Désormais, ils
attendent que les éducatrices soient
bien assises pour monter sur leurs
genoux. Ils sont également habitués
à coopérer pour le laçage des chaussures et pour le transport des jouets au
parc. Quant aux plus petits, ils savent
monter eux-mêmes sur la table à langer qui a été modifiée et est maintenant
munie d’un marche-pied. »
Le partage !
Michel et Anne-Marie insistent : « Il y
a une grande ouverture chez les éducatrices pour toutes les questions de santé
et de sécurité. Nous en parlons entre
nous et nous échangeons des conseils.
Photos Pierre Charbonneau
Par Suzanne Cohen
Quel athlète pourrait se permettre de soulever
à bout de bras sept ou huit bambins trois
ou quatre fois par jour pour les installer sur
la table à langer ? C’est tellement plus simple
quand bébé prend plaisir à grimper les marches
escamotables pour monter sur la table.
| Prévention au travail | Été 2001 |
35
les armoires, les objets les plus lourds
sont placés en bas. Dans l’entrée, nous
avons installé une barre pour accrocher
les poussettes afin qu’elles ne soient plus
dans le chemin. Nous avons aménagé la
cuisine en ayant le souci de la sécurité.
Et demandé à un fabricant de modifier le
module de jeu qu’il nous avait vendu,
pour en améliorer la sécurité. Et puis
nous avons trouvé des bacs sur roulettes
pour transporter les jouets au parc. »
Bref, tous les aspects du fonctionnement du centre ont été examinés sous
la « loupe » de la santé et de la sécurité. Bien sûr, certains aménagements
sont plus coûteux que d’autres. Mais il
y a toujours moyen de moyenner. « Pour
les réaliser, nous nous servons, entre
autres, des crédits accordés par le ministère de la Famille et de l’Enfance pour
l’entretien des locaux. À mesure que
nous faisons des changements, nous
tenons compte de la santé et de la sécurité. Nous trouvons aussi plus économique d’acheter du matériel industriel
plus cher, mais plus durable. Désormais,
nous ne misons pas sur le court terme,
ce qui nous permet de mieux planifier
nos économies et de projeter des investissements à long terme pour améliorer
la santé et la sécurité. »
Convaincus ? Une fois la prévention
sur les rails, ça roule, et comme le dit un
certain adage, petit train va loin… O
Photo Pierre Charbonneau
Les tables sont une cause d’accident en garderie parce qu’elles
sont lourdes et qu’il faut les
déplacer souvent. Solution
adoptée : des tables hydrauliques
fixées au mur et qu’on peut
facilement relever, ce qui règle
à la fois les problèmes d’espace
et de manipulation. Quant à
l’encombrant rouleau de papier
à dessin, il est désormais déplacé
à l’aide d’un support sur
roulettes, arrangement suggéré
par une éducatrice. Plus besoin
de se casser le dos pour le
transporter.
Pour en savoir plus
Sans pépins, revue qui fourmille d’idées en
matière de santé et de sécurité. Publiée
quatre fois par année par l’Association pour
la santé et la sécurité du travail, secteur
affaires sociales (ASSTSAS). Chaque numéro propose de nombreux articles abondamment illustrés sur la santé et la sécurité
dans les centres de la petite enfance (CPE).
On y trouve une foule d’idées séduisantes
réalisées par les garderies avant-gardistes
dans ce domaine. Un véritable catalogue qui
donne le goût de passer de la lecture aux
actes. Cette publication, qui a bénéficié
d’un soutien financier de la CSST pendant
deux ans, est distribuée en trois exemplaires
dans tous les CPE du Québec. Pour s’abonner ou obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser à la rédaction de la revue
(514) 253-6871 ou 1 800 361-4528.
« La qualité de l’air dans les services de
garde préscolaires ». Ce guide d’intervention a été produit par plusieurs membres de
l’Association québécoise pour l’hygiène, la
santé et la sécurité du travail (AQHSST),
avec le soutien technique de la CSST. Il
passe en revue, notamment, les contaminants dans les services de garde (contaminants chimiques et micro-organismes). Une
section est également consacrée à l’entretien ménager des immeubles et des locaux
qui accueillent de jeunes enfants.
Disponible au bureau de la CSST de votre
région.
36
| Prévention au travail | Été 2001 |
OUELLET Canada
Une chasse au bruit
sans répit
Sans tapage, mais avec obstination et
ingéniosité, l’entreprise, qui fabrique des appareils
de chauffage électrique,
à L’Islet, s’est attaquée au bruit. à haute vitesse — 275 coups/minute —
par quelques-uns des 27 poinçons que
Un éclatant succès. porte la tourelle de l’appareil totaPar Marc Tison
La presse
mécanique
(AMADA), moderne et propre, n’a
pourtant pas l’air bien méchante.
À droite, un bras mobile se déplace
selon deux axes sur une table grise garnie de billes de roulement. À gauche,
un boîtier rouge renferme l’organe mécanique, laissant à peine paraître une
large tourelle d’acier d’environ 60 cm
de diamètre, suspendue au-dessus de la
table de travail. La bête est cependant
en cage, enfermée dans une enceinte
qui l’enclôt complètement, sauf sur sa
partie frontale où une large ouverture
permet à son gardien de lui donner sa
pitance de feuilles d’acier, des plaques
de 70 sur 95 cm. À intervalle régulier,
le bras surgit, agrippe la feuille qu’on
lui tend et l’attire dans l’antre, où elle
est amenée sous la tourelle avec des
mouvements saccadés et précis. Un
staccato de mitraillette éclate alors pendant que la feuille est taillée en pièces ;
taillée, en fait, en une seule pièce
ciselée avec précision, parcourue de
fines ouvertures et dont le pourtour
complexe ne tient plus au centre du
rectangle original que par quelques
lambeaux de métal. Elle a été découpée
lement informatisé. Une fois que le
monstre a recraché la plaque d’acier,
l’opérateur n’a plus qu’à trancher à
la cisaille les quelques ligaments qui
retiennent la pièce soigneusement découpée, appelée à devenir la plaque
arrière d’un convecteur.
C’est pour en assourdir les rugissements que cette poinçonneuse a été
confinée dans son énorme enceinte,
un petit local en lui-même, d’environ
6,7 m de largeur, 4,3 m de profondeur
et d’une hauteur de 3,7 m. Le plafond
est garni de 20 cm de laine isolante
en fibres de verre et recouvert d’une
double paroi de placoplâtre de 1,6 cm
d’épaisseur à l’extérieur. Les murs
sont, pour leur part, rembourrés d’un
isolant de fibres de verre de 15 cm, sauf
à certains endroits où l’épaisseur critique des parois exigeait un isolant
acoustique de 5 cm d’épaisseur. Devant
l’ouverture frontale, des lattes transparentes en PVC souple se chevauchant
sont suspendues. Ce qui permet le passage à l’intérieur de l’enceinte de la
presse. Pour alimenter facilement l’appareil en feuilles d’acier, ce rideau de
lattes comporte une section coulissante
d’environ 1,2 m de largeur, qui dégage
l’accès à la table de la machine grâce
à l’action d’un cylindre pneumatique
commandé par l’opérateur. L’enceinte
est ventilée par un aérateur électrique
fixé au plafond. Ce n’est là qu’une des
nombreuses réalisations réussies de
lutte contre le bruit qu’on trouve dans
l’usine.
La tête dans un seau…
L’usine de Ouellet Canada est installée à L’Islet, sur la rive sud du SaintLaurent. Du stationnement, on peut
apercevoir à travers les arbres les montagnes bleutées de Charlevoix, de
l’autre côté du fleuve. Près de 150 travailleurs s’affairent dans l’usine où
trônent de nombreuses machines-outils
qui coupent, forment, poinçonnent les
diverses feuilles de métal entrant dans
la fabrication des plinthes électriques,
convecteurs et autres radiateurs résidentiels, commerciaux ou industriels.
Le travail du métal, qui exige des
appareils puissants, est une activité
particulièrement bruyante. Quand plusieurs machines-outils fonctionnent de
concert — façon de parler ! — dans le
même local, le bruit qui se répercute
sur les parois d’acier peut atteindre
des niveaux très élevés. Réjean-Paul
Normand, opérateur de presse-plieuse
et spécialiste autodidacte responsable
de l’équipe du département des presses,
l’exprime de façon imagée : « C’est
comme travailler la tête dans un seau. »
Chez Ouellet Canada, on en est
conscient depuis longtemps. Au début
des années 90, des premières mesures
| Prévention au travail | Été 2001 |
37
fait peu de progrès. Si bien qu’on a
décidé de construire les enceintes insonorisantes pour encapsuler chacune
des deux machines. La large ouverture
frontale permet toutefois au bruit de
s’échapper et de se réverbérer sur le
mur d’en face. On y suspend donc une
série de lattes transparentes de PVC.
Réjean-Paul Normand est le principal maître d’œuvre de l’ouvrage. C’est
lui qui a eu, notamment, l’idée du
rideau de lattes coulissant, dont il a
assuré la réalisation avec l’aide de
son compagnon de travail, l’ouvrier
d’entretien Jean Deschênes. Les principes qu’ils ont mis en pratique proviennent en partie d’une rencontre de
formation donnée par Phat Nguyen, ingénieur en mécanique et expert reconnu,
au tournant de 1997, au bénéfice de
toutes les entreprises de MontmagnyL’Islet. « La formation de M. Nguyen
nous a fourni de bons éléments, souligne Réjean-Paul Normand. Pour nous,
il était important de régler le problème
tout en sauvegardant la souplesse
d’utilisation de la poinçonneuse. Finalement, le plus long dans tout ça, c’est
de réfléchir aux solutions. »
De 92 décibels qu’il était, le niveau
du bruit des poinçonneuses numériques a été abaissé à 87 dB, ce qui,
sur cette échelle logarithmique, constitue un gain très appréciable : chaque
baisse de 3 dB réduit de moitié l’énergie acoustique.
Des relations de travail
chaleureuses
La fierté et la satisfaction de RéjeanPaul Normand et de Jean Deschênes
sont palpables. Leur démarche est manifestement encouragée par la direction. « Une partie des gains réalisés
en réduction de primes versées à la
CSST sont réinvestis dans des projets
La presse
mécanique est
enfermée dans
une enceinte,
sauf sur sa partie
frontale. Une
large ouverture
permet à l’opérateur de glisser les
feuilles d’acier
à découper. Le
rideau de lattes se
chevauchant est
doté d’une section
coulissante
qui dégage l’accès
à la table grâce
à l’action
d’un cylindre
pneumatique.
de sécurité qui sortent de l’ordinaire »,
mentionne Marc Riel, directeur des
ressources humaines.
La réduction du bruit fait maintenant partie des objectifs permanents
de l’entreprise. On a mis sur pied un
comité de réduction du bruit, formé du
directeur de l’usine, du chef d’équipe
Réjean-Paul Normand, de l’ouvrier de
maintenance Jean Deschênes et de
l’opérateur de l’appareil qui fait l’objet
de l’attention du groupe. Au printemps
1999, Éric Larouche, technicien en
hygiène du travail du CLSC de la
MRC1 de Montmagny, est venu donner une formation en insonorisation
aux membres du comité pour s’assurer,
explique-t-il, « qu’ils aient les mêmes
éléments de base et qu’ils parlent le
même langage ». On choisit alors la
prochaine cible : la presse 122. Un test
fait en février 1999 avait démontré
qu’elle dépassait les limites réglementaires des niveaux de bruit.
Le monstre
La machine 122 se dresse au milieu de
la section des presses mécaniques et
culmine à près de 6 m. Une tour de
1,5 m de profondeur et de 2,4 m de
largeur, percée à hauteur d’homme
d’une large ouverture rectangulaire qui
la traverse de part en part. C’est dans
ce logement que le travail du métal se
fait. Propulsée par l’organe mécanique
situé au-dessus, une matrice s’abaisse
et vient former une plaque d’acier
contre une matrice inverse, en exerçant une violente et subite pression de
250 tonnes. Au moment de la visite,
l’opérateur André Deschênes produisait
des couvercles d’aérothermes commerciaux muraux. Il s’agit d’une plaque
d’acier rectangulaire d’environ 51 sur
71 cm, qu’on glisse par la fenêtre de
la machine, entre les mâchoires du
monstre. En une première mordée, le
contour est découpé et les rebords sont
repliés. André Deschênes déplace alors
la pièce sur une seconde matrice placée
à côté de la première. Deuxième coup
de mâchoire; cette fois, les grilles d’aération sont incisées et inclinées.
Il y a quelques mois, le choc du
métal contre le métal aurait provoqué
un formidable claquement sec frappant
de plein fouet les oreilles de l’utilisateur — 250 tonnes qui tonnent, ça résonne ! —, auquel se serait encore ajouté
1
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| Prévention au travail | Été 2001 |
Municipalité régionale de comté.
À gauche, RéjeanPaul Normand,
opérateur de
presse-plieuse
et responsable
de l’équipe
du département
des presses, et
Jean Deschênes,
ouvrier
d’entretien.
Marc Riel, directeur des
ressources humaines, fait remarquer qu’« une partie des gains
réalisés en réduction de primes
versées à la CSST sont réinvestis
dans des projets de sécurité ».
le bruit strident des organes internes
de la machine en plein labeur. « Le
dessus de la presse était ouvert. Le bruit
se répercutait au plafond et retombait aussi sur les opérateurs. C’était
terrible ! », s’exclame l’ouvrier d’entretien Jean Deschênes. En raison de
la hauteur de la presse, il n’était pas
question d’utiliser la stratégie de l’enceinte complète, le pont roulant circulant au plafond n’aurait pu avoir
le dégagement nécessaire pour exécuter ses déplacements. Fort des enseignements de Phat Nguyen et d’Éric
Larouche, Réjean-Paul Normand prend
le taureau — beuglant — par les cornes.
Il consulte l’opérateur sur ses habitudes
de travail, le fait filmer en pleine action
par Éric Larouche et il adopte, cette fois,
une autre stratégie. Plutôt que d’enfermer la bête, il lui met un bâillon. La
technique consiste à boucher les ouvertures par lesquelles le bruit s’échappe et
à corriger ses composantes bruyantes.
Le sommet de la machine est donc
À gauche, Éric Larouche, technicien
en hygiène du travail au CLSC
de la MRC de Montmagny,
et Daniel Mac Leod, inspecteur
de la CSST à la Direction régionale
de la Chaudière-Appalaches.
recouvert par des panneaux métalliques
dont l’intérieur est garni d’une couche
de 5 cm d’isolant acoustique. Cet isolant
a été revêtu d’une pellicule plastique
pour le protéger des projections d’huile,
et on a aussi ajouté un treillis métallique
pour le prémunir des chocs.
La grande ouverture centrale a été
fermée sur l’arrière par quatre panneaux de conception semblable. Les
deux panneaux supérieurs sont vissés,
tandis que les deux inférieurs sont
montés sur charnière pour faciliter
les travaux d’entretien. Leurs rebords
comportent une languette — elle aussi
garnie d’isolant acoustique — qui vient
recouvrir et obturer parfaitement la
jonction des panneaux, empêchant ainsi
le bruit de s’en échapper. L’ouverture
correspondante sur l’avant de la presse
ne pouvait pas être traitée de la même
façon, car l’opérateur doit constamment insérer, déposer, puis ressortir les
plaques d’acier à poinçonner. On a
plutôt fermé sa moitié supérieure par
Photos Denis Bernier
Photos Denis Bernier
de bruit ont été prises en collaboration
avec l’Association sectorielle paritaire,
secteur fabrication de produits en métal et de produits électriques. En 1995,
au moment de l’agrandissement de
l’usine, on a tenté un deuxième effort.
Les deux poinçonneuses numériques
ont été placées côte à côte, ce qui amplifiait encore le rayonnement du bruit.
On a élevé un mur insonorisant sur les
deux tiers de la hauteur de la salle pour
isoler la section des presses. Les autres
ouvriers s’en sont trouvés mieux, mais
le sort des opérateurs eux-mêmes avait
| Prévention au travail | Été 2001 |
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fait peu de progrès. Si bien qu’on a
décidé de construire les enceintes insonorisantes pour encapsuler chacune
des deux machines. La large ouverture
frontale permet toutefois au bruit de
s’échapper et de se réverbérer sur le
mur d’en face. On y suspend donc une
série de lattes transparentes de PVC.
Réjean-Paul Normand est le principal maître d’œuvre de l’ouvrage. C’est
lui qui a eu, notamment, l’idée du
rideau de lattes coulissant, dont il a
assuré la réalisation avec l’aide de
son compagnon de travail, l’ouvrier
d’entretien Jean Deschênes. Les principes qu’ils ont mis en pratique proviennent en partie d’une rencontre de
formation donnée par Phat Nguyen, ingénieur en mécanique et expert reconnu,
au tournant de 1997, au bénéfice de
toutes les entreprises de MontmagnyL’Islet. « La formation de M. Nguyen
nous a fourni de bons éléments, souligne Réjean-Paul Normand. Pour nous,
il était important de régler le problème
tout en sauvegardant la souplesse
d’utilisation de la poinçonneuse. Finalement, le plus long dans tout ça, c’est
de réfléchir aux solutions. »
De 92 décibels qu’il était, le niveau
du bruit des poinçonneuses numériques a été abaissé à 87 dB, ce qui,
sur cette échelle logarithmique, constitue un gain très appréciable : chaque
baisse de 3 dB réduit de moitié l’énergie acoustique.
Des relations de travail
chaleureuses
La fierté et la satisfaction de RéjeanPaul Normand et de Jean Deschênes
sont palpables. Leur démarche est manifestement encouragée par la direction. « Une partie des gains réalisés
en réduction de primes versées à la
CSST sont réinvestis dans des projets
La presse
mécanique est
enfermée dans
une enceinte,
sauf sur sa partie
frontale. Une
large ouverture
permet à l’opérateur de glisser les
feuilles d’acier
à découper. Le
rideau de lattes se
chevauchant est
doté d’une section
coulissante
qui dégage l’accès
à la table grâce
à l’action
d’un cylindre
pneumatique.
de sécurité qui sortent de l’ordinaire »,
mentionne Marc Riel, directeur des
ressources humaines.
La réduction du bruit fait maintenant partie des objectifs permanents
de l’entreprise. On a mis sur pied un
comité de réduction du bruit, formé du
directeur de l’usine, du chef d’équipe
Réjean-Paul Normand, de l’ouvrier de
maintenance Jean Deschênes et de
l’opérateur de l’appareil qui fait l’objet
de l’attention du groupe. Au printemps
1999, Éric Larouche, technicien en
hygiène du travail du CLSC de la
MRC1 de Montmagny, est venu donner une formation en insonorisation
aux membres du comité pour s’assurer,
explique-t-il, « qu’ils aient les mêmes
éléments de base et qu’ils parlent le
même langage ». On choisit alors la
prochaine cible : la presse 122. Un test
fait en février 1999 avait démontré
qu’elle dépassait les limites réglementaires des niveaux de bruit.
Le monstre
La machine 122 se dresse au milieu de
la section des presses mécaniques et
culmine à près de 6 m. Une tour de
1,5 m de profondeur et de 2,4 m de
largeur, percée à hauteur d’homme
d’une large ouverture rectangulaire qui
la traverse de part en part. C’est dans
ce logement que le travail du métal se
fait. Propulsée par l’organe mécanique
situé au-dessus, une matrice s’abaisse
et vient former une plaque d’acier
contre une matrice inverse, en exerçant une violente et subite pression de
250 tonnes. Au moment de la visite,
l’opérateur André Deschênes produisait
des couvercles d’aérothermes commerciaux muraux. Il s’agit d’une plaque
d’acier rectangulaire d’environ 51 sur
71 cm, qu’on glisse par la fenêtre de
la machine, entre les mâchoires du
monstre. En une première mordée, le
contour est découpé et les rebords sont
repliés. André Deschênes déplace alors
la pièce sur une seconde matrice placée
à côté de la première. Deuxième coup
de mâchoire; cette fois, les grilles d’aération sont incisées et inclinées.
Il y a quelques mois, le choc du
métal contre le métal aurait provoqué
un formidable claquement sec frappant
de plein fouet les oreilles de l’utilisateur — 250 tonnes qui tonnent, ça résonne ! —, auquel se serait encore ajouté
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| Prévention au travail | Été 2001 |
Municipalité régionale de comté.
À gauche, RéjeanPaul Normand,
opérateur de
presse-plieuse
et responsable
de l’équipe
du département
des presses, et
Jean Deschênes,
ouvrier
d’entretien.
Marc Riel, directeur des
ressources humaines, fait remarquer qu’« une partie des gains
réalisés en réduction de primes
versées à la CSST sont réinvestis
dans des projets de sécurité ».
le bruit strident des organes internes
de la machine en plein labeur. « Le
dessus de la presse était ouvert. Le bruit
se répercutait au plafond et retombait aussi sur les opérateurs. C’était
terrible ! », s’exclame l’ouvrier d’entretien Jean Deschênes. En raison de
la hauteur de la presse, il n’était pas
question d’utiliser la stratégie de l’enceinte complète, le pont roulant circulant au plafond n’aurait pu avoir
le dégagement nécessaire pour exécuter ses déplacements. Fort des enseignements de Phat Nguyen et d’Éric
Larouche, Réjean-Paul Normand prend
le taureau — beuglant — par les cornes.
Il consulte l’opérateur sur ses habitudes
de travail, le fait filmer en pleine action
par Éric Larouche et il adopte, cette fois,
une autre stratégie. Plutôt que d’enfermer la bête, il lui met un bâillon. La
technique consiste à boucher les ouvertures par lesquelles le bruit s’échappe et
à corriger ses composantes bruyantes.
Le sommet de la machine est donc
À gauche, Éric Larouche, technicien
en hygiène du travail au CLSC
de la MRC de Montmagny,
et Daniel Mac Leod, inspecteur
de la CSST à la Direction régionale
de la Chaudière-Appalaches.
recouvert par des panneaux métalliques
dont l’intérieur est garni d’une couche
de 5 cm d’isolant acoustique. Cet isolant
a été revêtu d’une pellicule plastique
pour le protéger des projections d’huile,
et on a aussi ajouté un treillis métallique
pour le prémunir des chocs.
La grande ouverture centrale a été
fermée sur l’arrière par quatre panneaux de conception semblable. Les
deux panneaux supérieurs sont vissés,
tandis que les deux inférieurs sont
montés sur charnière pour faciliter
les travaux d’entretien. Leurs rebords
comportent une languette — elle aussi
garnie d’isolant acoustique — qui vient
recouvrir et obturer parfaitement la
jonction des panneaux, empêchant ainsi
le bruit de s’en échapper. L’ouverture
correspondante sur l’avant de la presse
ne pouvait pas être traitée de la même
façon, car l’opérateur doit constamment insérer, déposer, puis ressortir les
plaques d’acier à poinçonner. On a
plutôt fermé sa moitié supérieure par
Photos Denis Bernier
Photos Denis Bernier
de bruit ont été prises en collaboration
avec l’Association sectorielle paritaire,
secteur fabrication de produits en métal et de produits électriques. En 1995,
au moment de l’agrandissement de
l’usine, on a tenté un deuxième effort.
Les deux poinçonneuses numériques
ont été placées côte à côte, ce qui amplifiait encore le rayonnement du bruit.
On a élevé un mur insonorisant sur les
deux tiers de la hauteur de la salle pour
isoler la section des presses. Les autres
ouvriers s’en sont trouvés mieux, mais
le sort des opérateurs eux-mêmes avait
| Prévention au travail | Été 2001 |
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2
1
La presse 122, vue de devant
et de derrière, avec toutes
ses composantes.
6
1 Moteur d’entraînement
2 Frein à disque
3 Rideau double en lamelles
4
de PVC qui se chevauchent
4 Lampe infrarouge
3
5 Bouton de commande qui
4
déclenche le mécanisme de
descente du rideau
6 Bras pneumatique
Photos Denis Bernier
5
40
| Prévention au travail | Été 2001 |
deux panneaux fixes, alors que la partie inférieure est close par un rideau
de lattes en PVC souple et transparent,
qui s’élève et s’abaisse sous l’action
d’un cylindre pneumatique. Puisque
l’ouverture arrière se trouvait bouchée,
on a compensé la perte de lumière en
ajoutant un éclairage fluorescent. Au
surplus, on a installé devant l’ouverture
de la presse un détecteur infrarouge
qui arrête la machine dès qu’une main
franchit cette fenêtre virtuelle.
Les autres organes mécaniques
bruyants ont, eux aussi, reçu l’attention
de l’expert-maison. Le dispositif de
freinage — un ensemble de disques
brinquebalants et grinçants — a été
coiffé d’un couvercle insonorisé ; cette
seule précaution a réduit le niveau
sonore de 1 dB. L’intérieur du carter
du moteur a été recouvert d’une laine
isolante de 1,9 cm pour amortir les vibrations. Même les conduites pneumatiques ont été recouvertes, à l’endroit où
elles émergent dans la machine, d’un
manchon isolé avec une laine acoustique
compacte de 1,3 cm d’épaisseur, pour
éviter qu’elles transmettent à l’extérieur la vibration des engrenages.
Grâce à tous ces aménagements,
le niveau de bruit des impacts, de 135 dB
qu’il était (135 dB linéaires valeur de
crête, a tenu à préciser Éric Larouche),
a été ramené à 127 dB. À 135 dB,
le Règlement sur la qualité du milieu
de travail autorise un maximum de
316 impacts en huit heures. À 127 dB,
cette limite est haussée à 1995 impacts,
largement au-delà des 500 à 600 impacts produits par la presse 122 durant
une période de travail.
La conception et la réalisation,
faites à temps perdu par Réjean-Paul
Normand et Jean Deschênes, se sont
étendues sur environ six mois. Il en
a coûté près de 3000 $ en temps et
matériaux, plus 3000 $ pour le dispositif de détection infrarouge.
Concertation et détermination…
Éric Larouche admet avoir été impressionné par l’ingéniosité de RéjeanPaul Normand et Jean Deschênes :
« C’est le processus qui est intéressant.
Il y a eu concertation entre les personnes et une belle détermination en
vue d’obtenir des résultats. Au fil des
essais, il y a eu des erreurs, mais après
la formation à Montmagny et les notions de base reçues en insonorisation,
ils sont devenus autonomes. C’est vraiment une prise en charge du milieu,
dans l’esprit de la Loi sur la santé et la
sécurité du travail. »
Daniel Mac Leod, inspecteur de la
CSST à la Direction régionale de la
Chaudière-Appalaches, a eu connaissance des travaux lors d’une visite de
routine. « C’est tout à fait exceptionnel.
Des presses mécaniques comme celleslà, on en voit partout, mais c’est la première fois que j’en vois une insonorisée
avec succès. Il ne faut pas que ça passe
Gros plan du panneau
de commande, en fait, le cœur
de la presse. On y trouve toutes
les composantes électriques
qui permettent à la machine
de fonctionner.
Plus de sécurité et… moins
de bruit ! L’opérateur contrôle
le mécanisme d’ouverture et
de fermeture du rideau à l’aide
d’un bouton. Le mécanisme est
parfaitement synchronisé : le
couteau s’abat sur la matrice
après la chute du rideau.
Si, par inadvertance, le travailleur glissait sa main, tout
s’arrêterait automatiquement.
sous silence ! », s’exclame-t-il. Dans
cet esprit, il a donc invité Ouellet
Canada à faire connaître ses réalisations au cours d’un colloque organisé
par la CSST. À tout seigneur tout honneur, c’est Réjean-Paul Normand qui
a été appelé à faire la présentation, accompagné du directeur des ressources
humaines, Marc Riel. Celui-ci y voit
un symbole de la philosophie de l’entreprise et du climat — tant coopératif
que sonore — qui existe dans l’usine :
« Pourquoi nous asseyons-nous avec
le syndicat et négocions-nous une
convention collective sans la présence
d’avocats à la table ? Ça ne s’explique
pas, c’est un cheminement. Et puis, sur
un plan plus concret, trop de bruit, c’est
tannant. Ce n’est pas respectueux ! »
En 1978, Ouellet Canada comptait
20 travailleurs. Aujourd’hui, il sont
près de 150. Comme quoi la prise en
charge de la santé et de la sécurité au
travail par le milieu n’est pas un frein
à la production, mais un état d’esprit
qui enrichit. O
| Prévention au travail | Été 2001 |
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2
1
La presse 122, vue de devant
et de derrière, avec toutes
ses composantes.
6
1 Moteur d’entraînement
2 Frein à disque
3 Rideau double en lamelles
4
de PVC qui se chevauchent
4 Lampe infrarouge
3
5 Bouton de commande qui
4
déclenche le mécanisme de
descente du rideau
6 Bras pneumatique
Photos Denis Bernier
5
40
| Prévention au travail | Été 2001 |
deux panneaux fixes, alors que la partie inférieure est close par un rideau
de lattes en PVC souple et transparent,
qui s’élève et s’abaisse sous l’action
d’un cylindre pneumatique. Puisque
l’ouverture arrière se trouvait bouchée,
on a compensé la perte de lumière en
ajoutant un éclairage fluorescent. Au
surplus, on a installé devant l’ouverture
de la presse un détecteur infrarouge
qui arrête la machine dès qu’une main
franchit cette fenêtre virtuelle.
Les autres organes mécaniques
bruyants ont, eux aussi, reçu l’attention
de l’expert-maison. Le dispositif de
freinage — un ensemble de disques
brinquebalants et grinçants — a été
coiffé d’un couvercle insonorisé ; cette
seule précaution a réduit le niveau
sonore de 1 dB. L’intérieur du carter
du moteur a été recouvert d’une laine
isolante de 1,9 cm pour amortir les vibrations. Même les conduites pneumatiques ont été recouvertes, à l’endroit où
elles émergent dans la machine, d’un
manchon isolé avec une laine acoustique
compacte de 1,3 cm d’épaisseur, pour
éviter qu’elles transmettent à l’extérieur la vibration des engrenages.
Grâce à tous ces aménagements,
le niveau de bruit des impacts, de 135 dB
qu’il était (135 dB linéaires valeur de
crête, a tenu à préciser Éric Larouche),
a été ramené à 127 dB. À 135 dB,
le Règlement sur la qualité du milieu
de travail autorise un maximum de
316 impacts en huit heures. À 127 dB,
cette limite est haussée à 1995 impacts,
largement au-delà des 500 à 600 impacts produits par la presse 122 durant
une période de travail.
La conception et la réalisation,
faites à temps perdu par Réjean-Paul
Normand et Jean Deschênes, se sont
étendues sur environ six mois. Il en
a coûté près de 3000 $ en temps et
matériaux, plus 3000 $ pour le dispositif de détection infrarouge.
Concertation et détermination…
Éric Larouche admet avoir été impressionné par l’ingéniosité de RéjeanPaul Normand et Jean Deschênes :
« C’est le processus qui est intéressant.
Il y a eu concertation entre les personnes et une belle détermination en
vue d’obtenir des résultats. Au fil des
essais, il y a eu des erreurs, mais après
la formation à Montmagny et les notions de base reçues en insonorisation,
ils sont devenus autonomes. C’est vraiment une prise en charge du milieu,
dans l’esprit de la Loi sur la santé et la
sécurité du travail. »
Daniel Mac Leod, inspecteur de la
CSST à la Direction régionale de la
Chaudière-Appalaches, a eu connaissance des travaux lors d’une visite de
routine. « C’est tout à fait exceptionnel.
Des presses mécaniques comme celleslà, on en voit partout, mais c’est la première fois que j’en vois une insonorisée
avec succès. Il ne faut pas que ça passe
Gros plan du panneau
de commande, en fait, le cœur
de la presse. On y trouve toutes
les composantes électriques
qui permettent à la machine
de fonctionner.
Plus de sécurité et… moins
de bruit ! L’opérateur contrôle
le mécanisme d’ouverture et
de fermeture du rideau à l’aide
d’un bouton. Le mécanisme est
parfaitement synchronisé : le
couteau s’abat sur la matrice
après la chute du rideau.
Si, par inadvertance, le travailleur glissait sa main, tout
s’arrêterait automatiquement.
sous silence ! », s’exclame-t-il. Dans
cet esprit, il a donc invité Ouellet
Canada à faire connaître ses réalisations au cours d’un colloque organisé
par la CSST. À tout seigneur tout honneur, c’est Réjean-Paul Normand qui
a été appelé à faire la présentation, accompagné du directeur des ressources
humaines, Marc Riel. Celui-ci y voit
un symbole de la philosophie de l’entreprise et du climat — tant coopératif
que sonore — qui existe dans l’usine :
« Pourquoi nous asseyons-nous avec
le syndicat et négocions-nous une
convention collective sans la présence
d’avocats à la table ? Ça ne s’explique
pas, c’est un cheminement. Et puis, sur
un plan plus concret, trop de bruit, c’est
tannant. Ce n’est pas respectueux ! »
En 1978, Ouellet Canada comptait
20 travailleurs. Aujourd’hui, il sont
près de 150. Comme quoi la prise en
charge de la santé et de la sécurité au
travail par le milieu n’est pas un frein
à la production, mais un état d’esprit
qui enrichit. O
| Prévention au travail | Été 2001 |
41
SARGIM
Une pépinière de projets
Photo Jean Guénette
La culture des plants
de conifères exige
qu’on s’y penche,
longtemps et
souvent. Mais, à la
pépinière forestière
SARGIM, on ne s’est
pas incliné devant
la difficulté.
Par Marc Tison
L’entreprise,
copropriété
du Syndicat des producteurs de bois
de la Gaspésie et de la coopérative des
travailleurs, est spécialisée dans la culture de plants de conifères — épinettes
blanches, noires ou de Norvège — destinés au reboisement. L’exploitation est
située à New Richmond, près de la Baiedes-Chaleurs. Sur le terrain, 18 abris
hémicylindriques, faits d’une armature
d’acier recouverte d’une pellicule de
plastique, sont alignés. À l’intérieur de
chacun de ces « tunnels », comme les
appelle le technicien forestier Denis
Bujold, 75 000 plants sont attentivement
maternés. Les nouveaux semis naissent
au tout début du printemps. On place
des récipients alvéolaires de 25 plants
sur des supports à 15 cm du sol. À
l’automne, on les met en terre directement, pour éviter que l’air froid gèle
les racines. Dès le printemps suivant, on
les transportera dans les aires de culture
extérieures et on les placera de nouveau
sur des supports. À l’automne, ils seront
déposés directement dans le sol pour
leur dernier hiver à la pépinière.
Selon la saison et les travaux, l’entreprise emploie de 14 à 40 travailleurs. Leur tâche est ardue. Chaque
récipient, pesant environ 8 kg, est
déplacé à la main. Au moment des
grandes manœuvres, au printemps
et à l’automne, certains travailleurs
42
| Prévention au travail | Été 2001 |
peuvent en manutentionner de 4 000
à 4 500 par jour.
En 1995, une équipe de spécialistes
en santé et sécurité du CLSC-CHSLD
Baie-des-Chaleurs (point de service de
Caplan) est venue offrir ses services
à SARGIM. Christine Michaud, technicienne en hygiène industrielle, et
Pierrette Leblanc, infirmière, ont été
accueillies à bras ouverts — et endoloris ! Un comité paritaire a été rapidement formé, composé de Denis Bujold
et de deux travailleurs. Après une formation accélérée sur les risques du
travail répétitif et les lésions musculosquelettiques, le comité s’est attaqué
aux problèmes concrets. « Les journaliers ont demandé que la sortie des
plants soit ciblée en priorité, raconte
Denis Bujold, car de nouveaux récipients étaient utilisés et la méthode en
place n’était plus valable. » La séquence
en détail : pour transférer les plants des
tunnels aux champs, on approche une
remorque tirée par un tracteur. Les travailleurs prennent les récipients sur le
sol, traversent les flancs du tunnel dont
la jupe de plastique a été canaillement
relevée, et vont les déposer sur des
supports métalliques installés sur la remorque. Les récipients sont glissés à la
file sur les supports, le dernier poussant
les précédents. Les maux de dos sont
fréquents parmi les manutentionnaires.
en sécurité
Christine Michaud et Pierrette
Leblanc ont d’abord filmé les opérations. Au fil des rencontres, le comité a
repéré les problèmes, puis s’est mis en
quête de solutions. Pour éviter que la
même personne s’incline vers le sol du
matin au soir, on a institué une rotation
de postes au sein d’équipes de quatre
travailleurs formant une chaîne, qui se
passent les récipients de main en main
jusqu’à la remorque. Quand vient son
tour, la personne qui ramasse les récipients sur le sol varie les techniques
— dos incliné, deux genoux fléchis, un
genou au sol — pour réduire la répétition du même mouvement. Sur la remorque, on a abaissé les supports de
trois à deux étages, pour qu’on n’ait
pas à soulever les bacs au-dessus des
épaules. On a même nivelé le sol autour
des serres. « Tout est venu du comité
paritaire, rappelle M me Michaud. On
lui a fourni des idées, mais c’est lui
qui a trouvé la solution. Pour réduire la
friction sur les supports, par exemple,
on a proposé du plexiglas ou du teflon,
mais il a jugé que les repeindre chaque
année était plus efficace. » Pour quelques
centaines de dollars, les conditions de
travail se sont améliorées de façon marquée : « C’est une petite affaire qui fait
une grosse différence, affirme MarieRose Poirier, travailleuse et membre du
comité de santé-sécurité. Auparavant, ce
poste demandait un gros effort physique.
C’était difficile ! Depuis trois ou quatre
ans, l’amélioration du travail est incroyable. Maintenant, à la fin de ma journée, il me reste encore de l’énergie. »
SARGIM ne s’est pas arrêtée en si
bonne voie. Les projets se succèdent et
les problèmes sont résolus les uns après
les autres. Pour déplacer les bacs dans
les serres, les travailleurs utilisent maintenant des tiges assez semblables à ces
cannes spéciales qui se prolongent sur
l’avant-bras. Elles sont munies à leur extrémité d’un crochet qui se glisse sous le
bac. Avec un de ces engins dans chaque
main, les travailleurs n’ont plus à se
pencher : « Une amélioration de 99 % »,
estime Mme Poirier. Voilà ce qui s’appelle redresser une situation. O
Lu pour vous
Jour après jour, mois après
mois, le souci de la prévention
des accidents du travail et des
maladies professionnelles se
répand au Québec. Dans cette
chronique destinée à diffuser
l’information, Prévention au
travail vous propose de courts
extraits d’articles et de reportages, aussi variés que possible,
publiés par ses partenaires
dans des revues, magazines
ou bulletins de liaison.
Des semelles à crampons
« Chez Postes Canada, l’analyse des
statistiques de 1998-1999 a révélé que
60 % des accidents dont étaient victimes les facteurs au Québec survenaient sur la route. Ils étaient dus aux
chutes et glissades sur le trottoir, dans
un escalier, chez un commerçant ou
dans la rue. Ce constat a mené à un
projet pilote de prévention développé
et mis sur pied en collaboration avec
le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes. Le projet a d’abord
été mis à l’essai à Beauport. Il a permis de réduire de moitié les accidents,
dès le premier hiver. [… ] Le programme appliqué à Beauport a été
adapté. Il comprend trois activités
principales : des sorties avec des facteurs pour observer leurs habitudes
de travail et attirer leur attention sur
les risques à surveiller ; la fourniture
d’équipements personnels telles des
semelles antidérapantes et des chaînettes à fixer aux bottes.
« [… ] La sécurité des facteurs passe
aussi par la sensibilisation et la collaboration de la clientèle. “ Par exemple,
explique le surveillant André Paquette,
j’en profite pour demander à un client
de poser un tapis sur une surface glissante dans un centre commercial, de
nettoyer un passage de la rue à la maison, de rendre la boîte aux lettres
disponible à l’extérieur de l’abri d’auto
ou même de tenir l’animal domestique
attaché. Le facteur n’est pas obligé de
risquer sa vie tous les jours parce qu’il
livre le courrier. ” »
Le monde ouvrier, bulletin d’information
de la Fédération des travailleurs
et travailleuses du Québec (FTQ),
janvier-février 2001, no 41, p. 8.
Filez, filez… navires
« Après consultation du Conseil
consultatif maritime canadien (CCMC)
qui représente les employeurs et les
employés touchés, une quatorzième
partie a été ajoutée au Règlement sur la
sécurité et la santé du travail. Cette
nouvelle partie permet au secteur maritime de s’aligner sur les autres secteurs
du domaine des transports, à savoir le
transport ferroviaire, le transport aérien
et le transport routier.
La partie XlV, intitulée « Enquête
enregistrement et rapport – situations
comportant des risques », oblige les
employeurs du secteur maritime à
présenter, au Programme du travail
de Développement des ressources
humaines Canada, des rapports annuels sur les situations comportant des
risques, et, à la Direction de la sécurité
maritime du ministère des Transports,
des rapports sur les accidents.
Les nouvelles dispositions visent la
réduction du nombre et de la gravité
des accidents du travail. Les données
recueillies devraient être utiles pour
l’identification des causes d’accidents
ainsi que pour une meilleure application de la loi. »
L’INFOAQHSST, bulletin d’information
de l’Association québécoise pour l’hygiène,
la santé et la sécurité du travail, vol. 7, no 1,
janvier 2001, p. 7.
On n’est jamais trop prudent
« Pour vous, gestionnaire de la santésécurité, conclure un contrat de service
n’est pas nécessairement une option
sans tracas. La prudence, ça vous dit
quelque chose ? Bien sûr, la prudence a
sa place dans l’adoption de méthodes
de travail sécuritaires, mais aussi dans
vos processus de gestion.
« Vous prévoyez des travaux de
rénovation ? Savez-vous qu’il est possible que vous soyez identifié comme
étant le maître d’œuvre des travaux,
au sens de la Loi sur la santé et la
sécurité du travail ? Vous envisagez
d’accueillir des étudiants stagiaires ?
Savez-vous que, suivant certaines
conditions, ils pourraient être considérés à votre emploi par la CSST
advenant qu’ils se blessent dans votre
établissement ? Au moment où vous
lisez ces lignes, des entrepreneurs exécutent probablement toutes sortes de
travaux dans vos locaux : entretien du
système de chauffage, peinture, lavage
des tapis, enlèvement de la neige,
etc. Ont-ils tous payé leur cotisation
à la CSST ? Et le personnel en place,
connaît-il vos règles de sécurité ? Les
respecte-t-il ? »
Convergence, revue de gestion de la
santé-sécurité du Centre patronal de santé
et sécurité du travail du Québec, vol 17, no 1,
janvier 2001, p. 3.
Bonne utilité, bonne sécurité
« Les blessures aux doigts sont parmi
les lésions fréquemment indemnisées
dans notre secteur. [… ] Le rapport statistique 1998 de la CSST mentionne
que près de 90 % des blessures aux
mains et aux doigts chez les pressiers
et les manutentionnaires sont des coupures ou des lacérations. On peut
facilement associer ces coupures aux
couteaux utilisés dans notre secteur.
C’est pourquoi l’Association a décidé
de se pencher sur la question. Sous la
supervision du conseiller en prévention
Marcel Deschesne, nous avons répertorié une série de couteaux qui peuvent
occasionner des blessures aux doigts.
M. Duchesne a consulté de nombreux
pressiers et employés de la finition afin
de connaître l’utilité de chaque couteau
et de quelle façon ils les utilisent. La
fiche technique créée à partir de ces
rencontres vous informe de la méthode
sécuritaire à adopter lorsqu’on les
emploie. »
Graphiprévention, bulletin de l’Association
paritaire de santé et de sécurité du travail
secteur imprimerie et activités connexes,
vol. 17, no 1, février 2002, p. 1. O
| Prévention au travail | Été 2001 |
43
En raccourci
Brochet récalcitrant
Paroles de lecteurs
Vous êtes une ou un amateur de pêche ? Vous avez attrapé un
superbe brochet ? Alors prudence au moment de le décrocher
de l’hameçon. Ce poisson réputé vorace, agressif, tenace
et nanti d’une solide denture (qu’il perd en partie au mois
de juillet et retrouve en août) pourrait bien avoir un sursaut de
vigueur et vous infliger de vilaines blessures. Il est recommandé
d’utiliser une épuisette et de porter un gant pour éviter de faire
connaissance avec les hameçons et les épines qui recouvrent les
arcs branchiaux de ce carnassier d’eau douce. O MLF
Au début de l’été 2000, les deux rédactions en chef de
Prévention au travail (CSST et IRSST) ont commandé un
sondage afin de savoir ce que les lectrices et lecteurs pensaient du magazine, ce qu’ils aimaient, ce qui les agaçait,
etc. Quatre groupes de discussion réunissant une trentaine
d’abonnés ont été réunis. La satisfaction moyenne des lectrices et lecteurs ayant participé aux rencontres, en chiffres :
7,4 sur 10.
Bien sûr, les rédactions en chef ont étudié les opinions
formulées, décortiqué les commentaires recueillis, généraux
et particuliers, pris bonne note des compliments, des critiques
et des suggestions. Au fil des deux derniers numéros, Prévention au travail a tenté — et continuera ! — d’améliorer
son contenant et son contenu. Plutôt que de tout chambarder, le magazine a opté pour l’amélioration continue.
Peut-être l’avez-vous remarqué, le cartouche de la une et
les têtes de rubriques ont été rafraîchis. Autre nouveauté :
désormais, le bloc de la recherche à l’IRSST possède un
sommaire bien à lui. Ainsi, le lecteur en quête de résultats
de recherches peut se rendre illico à la page 17. Dans la
mesure du possible, un bloc intitulé « Pour en savoir plus »
est offert à la fin des articles. Rayon mise en pages, on
favorise les harmonies de couleurs, on concocte des couvertures toniques illustrant de façon aussi concrète que
possible le sujet abordé dans le dossier. Et pour rendre la
lecture agréable, on utilise des « dispositifs de ventilation » :
titraille vivante, chapeaux de présentation, insertions de
sous-titres aussi appelés intertitres, légendes, et… humour,
lorsque le sujet s’y prête, bien sûr.
Source : Vigilance, magazine trimestriel de prévention d’EDF et de Gaz de France.
MBA en gestion de la santé
et de la sécurité du travail
Activité et actimètre
Kino-Québec, un organisme gouvernemental faisant la promotion de l’activité
physique au Québec, a conçu un logiciel,
l’Actimètre, qui permet de mesurer le
niveau de pratique d’activité physique.
Le logiciel répond aux besoins des professionnels de la santé et des intervenants
en activité physique en milieu de travail.
À l’aide de questions portant sur le transport, les loisirs et le travail, ces spécialistes peuvent évaluer la forme des
employés rencontrés, uniquement à leur
demande, bien sûr ! Le logiciel tient également compte du sexe, de l’âge, du poids
et de la taille de l’employé. Il calcule aussi
son indice de masse corporelle (IMC).
Selon les informations recueillies, la
personne recevra différentes recommandations et elle aura accès à d’autres
renseignements sous la forme de trucs
et astuces. Comme le questionnaire est
rapide à remplir, environ trois à cinq
minutes par personne, il peut être utilisé
lors d’activités de sensibilisation à l’importance d’être actif. Pour plus d’information, consulter le site de Kino-Québec :
www.kino-quebec.qc.ca. O JM
La Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval
offre, depuis l’automne 2000, un MBA en gestion de la santé
et de la sécurité du travail (SST). Pour mieux répondre aux
exigences des entreprises, ce programme de deuxième cycle
forme des gestionnaires de haut niveau qui maîtriseront
les nouveaux modes de gestion de la SST.
« Les nombreux changements dans notre environnement
socio-économique affectent considérablement les organisations et les modes de gestion de la SST », souligne Jean-Pierre
Brun, titulaire de la Chaire en gestion de la SST dans les organisations et responsable de ce MBA. « Ce nouveau programme
a comme particularité de mieux définir les modalités de gestion de la SST et aussi de mieux l’intégrer dans la gestion
d’ensemble des entreprises. »
Alors qu’auparavant la gestion de la SST était confiée à des
personnes issues du milieu de la production, les organisations
sont de plus en plus à la recherche d’hommes et de femmes
qualifiés possédant une compétence reconnue en gestion de
la SST. « Les futurs gestionnaires que nous formons sont une
denrée rare sur le marché de l’emploi », poursuit le professeur Brun.
Ce MBA s’adresse à deux clientèles : les spécialistes en SST
qui désirent perfectionner leur formation afin d’occuper des
postes de gestion, et les bacheliers en administration, relations industrielles et autres disciplines connexes à la SST.
La formation est offerte à Québec et à Montréal. Pour plus
de renseignements, s’adresser à la Faculté des sciences de
l’administration de l’Université Laval. Tél. (418) 656-7325.
Site Web : http//www.fsa.ulaval.ca/formation O
Unfortunately…
Dans la rubrique
« En raccourci » (page 45)
du numéro du printemps
2001 de Prévention au
travail, nous évoquions
l’offensive ergo lancée par
nos voisins américains.
Or, le 20 mars 2001, le
nouveau président des
États-Unis, George W.
Bush, ratifiait le rappel
44
| Prévention au travail | Été 2001 |
sectorielles paritaires et aussi aux diplômés qui souhaitent
approfondir leurs connaissances dans ce domaine.
Les cours sont donnés par des ergonomes qualifiés,
reconnus par leurs pairs et qui répondent aux exigences du
Conseil canadien de certification des praticiens en ergonomie. Pour plus de renseignements, Université du Québec
à Montréal, Département des sciences biologiques, case
postale 8888, succursale A, Montréal (Québec) H3C 3P8.
Tél. (514) 987-6567, téléc. (514) 987-4647. O MR
Illustration Pierre Berthiaume
Un DESS en intervention ergo
L’Université du Québec à Montréal (UQAM) offre un
diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) visant à
former des spécialistes capables d’utiliser des connaissances
et des méthodes susceptibles d’améliorer les conditions de
travail. Le programme (un an à temps plein) se partage
entre des cours théoriques et un stage d’étude ergonomique.
Il s’adresse aux personnes déjà sur le marché du travail,
souvent confrontées à des problèmes d’ordre ergonomique ;
à celles travaillant en milieu industriel, aux associations
Une nouvelle rubrique, « Les accidents nous parlent »
a vu le jour dans le numéro du printemps 2001. La chronique 0 a été testée sur le terrain, et ses responsables ont
rectifié le tir, à la lumière des commentaires recueillis.
Les deux rédactions en chef, très soucieuses de fournir
une information étoffée et rigoureuse, respectent systématiquement un protocole de validation. Photos et illustrations
sont également validées. Bref, tout est fait pour permettre
au magazine de poursuivre son « apostolat », parole de
rédactions en chef. O MLF
de la norme en
ergonomie de l’OSHA,
promulguée le
16 janvier 2001.
No comments. O
Gazon maudit…
Qui dit plaisir d’été dit gazon bien vert et…
tondeuse. Or, cette activité apparemment
anodine comporte son lot de risques. Des
coupures sont toujours possibles, sans
compter les blessures infligées par des projectiles (caillou, branche, etc.). Il est préférable
de tondre la pelouse par temps sec, après
avoir revêtu un pantalon, et enfilé des gants
et des chaussures résistantes — surtout pas
de sandales ! Les propriétaires d’une tondeuse
électrique doivent toujours prendre le temps
de vérifier l’état du câble et des prises avant
de passer à l’attaque, histoire de prévenir
décharge électrique et électrocution. Et
surtout, comme le recommande instamment
le magazine français Vigilance 1, ne jamais
soulever une tondeuse lorsqu’elle est en
marche. À moins de vouloir à tout prix donner
son pouce vert à la machine… O FM
1
Publié par le service Prévention et Sécurité EDF GDF.
| Prévention au travail | Été 2001 |
45
En raccourci
Brochet récalcitrant
Paroles de lecteurs
Vous êtes une ou un amateur de pêche ? Vous avez attrapé un
superbe brochet ? Alors prudence au moment de le décrocher
de l’hameçon. Ce poisson réputé vorace, agressif, tenace
et nanti d’une solide denture (qu’il perd en partie au mois
de juillet et retrouve en août) pourrait bien avoir un sursaut de
vigueur et vous infliger de vilaines blessures. Il est recommandé
d’utiliser une épuisette et de porter un gant pour éviter de faire
connaissance avec les hameçons et les épines qui recouvrent les
arcs branchiaux de ce carnassier d’eau douce. O MLF
Au début de l’été 2000, les deux rédactions en chef de
Prévention au travail (CSST et IRSST) ont commandé un
sondage afin de savoir ce que les lectrices et lecteurs pensaient du magazine, ce qu’ils aimaient, ce qui les agaçait,
etc. Quatre groupes de discussion réunissant une trentaine
d’abonnés ont été réunis. La satisfaction moyenne des lectrices et lecteurs ayant participé aux rencontres, en chiffres :
7,4 sur 10.
Bien sûr, les rédactions en chef ont étudié les opinions
formulées, décortiqué les commentaires recueillis, généraux
et particuliers, pris bonne note des compliments, des critiques
et des suggestions. Au fil des deux derniers numéros, Prévention au travail a tenté — et continuera ! — d’améliorer
son contenant et son contenu. Plutôt que de tout chambarder, le magazine a opté pour l’amélioration continue.
Peut-être l’avez-vous remarqué, le cartouche de la une et
les têtes de rubriques ont été rafraîchis. Autre nouveauté :
désormais, le bloc de la recherche à l’IRSST possède un
sommaire bien à lui. Ainsi, le lecteur en quête de résultats
de recherches peut se rendre illico à la page 17. Dans la
mesure du possible, un bloc intitulé « Pour en savoir plus »
est offert à la fin des articles. Rayon mise en pages, on
favorise les harmonies de couleurs, on concocte des couvertures toniques illustrant de façon aussi concrète que
possible le sujet abordé dans le dossier. Et pour rendre la
lecture agréable, on utilise des « dispositifs de ventilation » :
titraille vivante, chapeaux de présentation, insertions de
sous-titres aussi appelés intertitres, légendes, et… humour,
lorsque le sujet s’y prête, bien sûr.
Source : Vigilance, magazine trimestriel de prévention d’EDF et de Gaz de France.
MBA en gestion de la santé
et de la sécurité du travail
Activité et actimètre
Kino-Québec, un organisme gouvernemental faisant la promotion de l’activité
physique au Québec, a conçu un logiciel,
l’Actimètre, qui permet de mesurer le
niveau de pratique d’activité physique.
Le logiciel répond aux besoins des professionnels de la santé et des intervenants
en activité physique en milieu de travail.
À l’aide de questions portant sur le transport, les loisirs et le travail, ces spécialistes peuvent évaluer la forme des
employés rencontrés, uniquement à leur
demande, bien sûr ! Le logiciel tient également compte du sexe, de l’âge, du poids
et de la taille de l’employé. Il calcule aussi
son indice de masse corporelle (IMC).
Selon les informations recueillies, la
personne recevra différentes recommandations et elle aura accès à d’autres
renseignements sous la forme de trucs
et astuces. Comme le questionnaire est
rapide à remplir, environ trois à cinq
minutes par personne, il peut être utilisé
lors d’activités de sensibilisation à l’importance d’être actif. Pour plus d’information, consulter le site de Kino-Québec :
www.kino-quebec.qc.ca. O JM
La Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval
offre, depuis l’automne 2000, un MBA en gestion de la santé
et de la sécurité du travail (SST). Pour mieux répondre aux
exigences des entreprises, ce programme de deuxième cycle
forme des gestionnaires de haut niveau qui maîtriseront
les nouveaux modes de gestion de la SST.
« Les nombreux changements dans notre environnement
socio-économique affectent considérablement les organisations et les modes de gestion de la SST », souligne Jean-Pierre
Brun, titulaire de la Chaire en gestion de la SST dans les organisations et responsable de ce MBA. « Ce nouveau programme
a comme particularité de mieux définir les modalités de gestion de la SST et aussi de mieux l’intégrer dans la gestion
d’ensemble des entreprises. »
Alors qu’auparavant la gestion de la SST était confiée à des
personnes issues du milieu de la production, les organisations
sont de plus en plus à la recherche d’hommes et de femmes
qualifiés possédant une compétence reconnue en gestion de
la SST. « Les futurs gestionnaires que nous formons sont une
denrée rare sur le marché de l’emploi », poursuit le professeur Brun.
Ce MBA s’adresse à deux clientèles : les spécialistes en SST
qui désirent perfectionner leur formation afin d’occuper des
postes de gestion, et les bacheliers en administration, relations industrielles et autres disciplines connexes à la SST.
La formation est offerte à Québec et à Montréal. Pour plus
de renseignements, s’adresser à la Faculté des sciences de
l’administration de l’Université Laval. Tél. (418) 656-7325.
Site Web : http//www.fsa.ulaval.ca/formation O
Unfortunately…
Dans la rubrique
« En raccourci » (page 45)
du numéro du printemps
2001 de Prévention au
travail, nous évoquions
l’offensive ergo lancée par
nos voisins américains.
Or, le 20 mars 2001, le
nouveau président des
États-Unis, George W.
Bush, ratifiait le rappel
44
| Prévention au travail | Été 2001 |
sectorielles paritaires et aussi aux diplômés qui souhaitent
approfondir leurs connaissances dans ce domaine.
Les cours sont donnés par des ergonomes qualifiés,
reconnus par leurs pairs et qui répondent aux exigences du
Conseil canadien de certification des praticiens en ergonomie. Pour plus de renseignements, Université du Québec
à Montréal, Département des sciences biologiques, case
postale 8888, succursale A, Montréal (Québec) H3C 3P8.
Tél. (514) 987-6567, téléc. (514) 987-4647. O MR
Illustration Pierre Berthiaume
Un DESS en intervention ergo
L’Université du Québec à Montréal (UQAM) offre un
diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) visant à
former des spécialistes capables d’utiliser des connaissances
et des méthodes susceptibles d’améliorer les conditions de
travail. Le programme (un an à temps plein) se partage
entre des cours théoriques et un stage d’étude ergonomique.
Il s’adresse aux personnes déjà sur le marché du travail,
souvent confrontées à des problèmes d’ordre ergonomique ;
à celles travaillant en milieu industriel, aux associations
Une nouvelle rubrique, « Les accidents nous parlent »
a vu le jour dans le numéro du printemps 2001. La chronique 0 a été testée sur le terrain, et ses responsables ont
rectifié le tir, à la lumière des commentaires recueillis.
Les deux rédactions en chef, très soucieuses de fournir
une information étoffée et rigoureuse, respectent systématiquement un protocole de validation. Photos et illustrations
sont également validées. Bref, tout est fait pour permettre
au magazine de poursuivre son « apostolat », parole de
rédactions en chef. O MLF
de la norme en
ergonomie de l’OSHA,
promulguée le
16 janvier 2001.
No comments. O
Gazon maudit…
Qui dit plaisir d’été dit gazon bien vert et…
tondeuse. Or, cette activité apparemment
anodine comporte son lot de risques. Des
coupures sont toujours possibles, sans
compter les blessures infligées par des projectiles (caillou, branche, etc.). Il est préférable
de tondre la pelouse par temps sec, après
avoir revêtu un pantalon, et enfilé des gants
et des chaussures résistantes — surtout pas
de sandales ! Les propriétaires d’une tondeuse
électrique doivent toujours prendre le temps
de vérifier l’état du câble et des prises avant
de passer à l’attaque, histoire de prévenir
décharge électrique et électrocution. Et
surtout, comme le recommande instamment
le magazine français Vigilance 1, ne jamais
soulever une tondeuse lorsqu’elle est en
marche. À moins de vouloir à tout prix donner
son pouce vert à la machine… O FM
1
Publié par le service Prévention et Sécurité EDF GDF.
| Prévention au travail | Été 2001 |
45
Perspectives
Les mutuelles de prévention
Un excellent départ
Ce mode de regroupement d’entreprises tend à favoriser
la prévention des lésions professionnelles, la réadaptation et
le retour en emploi afin de permettre aux employeurs de verser
des cotisations qui reflètent leurs efforts en matière de santé et
de sécurité du travail. Gérard Bibeau, vice-président aux opérations,
fait le bilan des mutuelles après plus de trois ans d’existence.
Prévention au travail O
En 1998, la CSST lançait les mutuelles
de prévention ayant pour objectif
d’inciter les employeurs de PME
à prendre des mesures concrètes
de prévention. Peut-on dire mission
accomplie ?
46
| Prévention au travail | Été 2001 |
PT O L’adhésion à une mutuelle de
prévention signifie-t-elle toujours une
diminution de la prime versée à la
CSST ?
GB O Dans la majorité des cas, oui.
Les économies réalisées par les employeurs mutualistes sont estimées à
29 millions de dollars en 2000, ce qui
représente une diminution moyenne
de l’ordre de 25 %. Lorsqu’une PME
ne fait pas partie d’une mutuelle, sa
prime est calculée selon la moyenne
obtenue par l’ensemble des entreprises du même secteur d’activité, sans
tenir compte de sa performance individuelle en matière de santé et de sécurité. Elle n’a donc aucun incitatif qui
la ferait investir dans la prévention et
la sécurité. Lorsque des entreprises se
regroupent en mutuelle, elles obtiennent
un taux de prime personnalisé qui prend
en considération les efforts de prévention. Le groupe a un intérêt financier à
ce qu’il ne se produise pas d’accident.
Et, le cas échéant, à ce que le retour
au travail se fasse le plus rapidement
possible pour le travailleur accidenté.
PT O Puisque les employeurs regrou-
Photo Yves Beaulieu
Gérard Bibeau O Le bilan est
très positif. L’opération de vérification
des employeurs en mutuelle permet
de s’assurer que les programmes de
prévention sont bien implantés. En
2000, plus de 500 établissements ont
été visités par des inspecteurs. Ces derniers se posent alors certaines questions : le programme de prévention
a-t-il été bien conçu ? Dans 90 % des
cas, la réponse est oui, ce qui signifie
une amélioration de 8 % par rapport à
1999. Le programme a-t-il été affiché ?
27 % plus d’entreprises cette année ont
rempli cette exigence, soit 82 %. Des
dangers particuliers ont-ils été déterminés ? Oui, dans 86 % des entreprises,
soit une augmentation de 26 %. Des
moyens d’enrayer ces dangers ont-ils
été prévus ? Encore une fois, oui, dans
87 % des cas, une amélioration de 25 %.
Existe-t-il des moyens de contrôle ?
Oui, dans 79 % des établissements visités, une progression de 17 %. Le programme de prévention a-t-il été mis
en application ? La réponse est affirmative pour 80 % des entreprises, une
amélioration de 20 % par rapport à
1999. L’avis a-t-il été affiché ? Oui,
dans 91 % des entreprises, comparativement à 85 % l’année précédente.
Des activités de promotion et d’information ont-elles été tenues ? Oui, dans
78 % des cas. Et, finalement, est-ce
que les travailleurs participent ? Il y a
encore amélioration en 2000, puisqu’il
y avait 67 % des entreprises dont les
travailleurs participent contre 53 % en
1999. Bref, les résultats sont encourageants. Une trentaine d’employeurs
ont été exclus de leur mutuelle pour
ne pas en avoir respecté les exigences.
Parce que adhérer à une mutuelle est
un privilège et non un droit acquis.
anticipés sont non seulement atteints,
mais dépassés. Actuellement, elles
regroupent 15 000 employeurs. Il
nous faudra trouver des formules
aussi gagnantes pour les très petits
employeurs dont les bénéfices sont
moins évidents.
Pour Gérard Bibeau, vice-président
aux opérations, « le vrai défi pour les
entreprises regroupées en mutuelles
de prévention ne fait que commencer ».
De plus, même si la masse salariale
a augmenté de 36 %, les débours sont
assez identiques depuis la mise en
place du produit.
PT O Le produit ne devrait donc pas
radicalement changer au cours des
prochaines années…
GB O Quant au produit lui-même,
nous ne voyons pas de changement
dans un avenir rapproché. Au cours
des quelques années qu’il a fallu pour
l’implanter, il n’a pas présenté de vice
de forme ou de fond. Les mutuelles
de prévention sont un produit moderne, souple et efficace. Nos résultats
pés en mutuelle ont intérêt à ce qu’il
n’y ait pas de demande d’indemnisation à la CSST, est-ce que le nombre
de contestations des demandes
d’indemnisation de travailleurs
a augmenté ?
GB O Il y a effectivement une hausse
des contestations de la part des employeurs mutualistes, ce qui nous
démontre que les PME portent une
attention particulière à leur dossier
d’accidents du travail, autant dans un
souci de prévention que d’équité du
régime. Mais si l’on compare avec les
gros employeurs tarifiés selon le mode
rétrospectif, les employeurs membres
de mutuelles ont un taux de contestation moitié moindre.
PT O Les travailleurs sont alors
perdants…
GB O Si l’on met en parallèle la situation actuelle avec celle qui existait
avant l’implantation des mutuelles,
les travailleurs sortent gagnants. Maintenant, 15 000 employeurs possèdent
un programme de prévention en santé
et sécurité au travail, ce qui n’était pas
le cas auparavant. Il y a donc environ
220 000 travailleurs qui bénéficient
d’un programme de prévention bien
souvent élaboré conjointement par
l’employeur et les travailleurs. Il faut se
réjouir de ce qui se fait actuellement,
même si ce n’est pas encore parfait.
Une mentalité axée sur la prévention
ne s’implante pas du jour au lendemain,
mais se développe et s’enracine graduellement.
PT O Quelles sont donc les possibilités d’amélioration ?
GB O À l’interne, nous voulons que
nos directions régionales s’approprient
davantage le produit et soient en mesure de mieux informer les adhérents.
À cette fin, un gestionnaire est responsable des mutuelles dans chacune
des directions régionales. Il doit s’assurer que l’administration intègre le
produit à sa gestion quotidienne. Notre
personnel doit aussi être davantage
en mesure de soutenir les mutuelles
autogérées. Lorsqu’il n’y a pas de
firme de consultant comme mandataire, c’est un des employeurs qui
assure la gestion de la mutuelle. Autant nous croyons à ce mode de gestion, autant nous croyons que les
mutuelles autogérées ont absolument
besoin de notre soutien pour réaliser
leur objectif.
Nous croyons également qu’il faut
renforcer l’adhésion de certains de nos
partenaires qui ont pour but d’aider les
entreprises et qui sont subventionnées
pour le faire. Je pense, entre autres,
aux ASP qui ont fait un travail merveilleux dans certaines mutuelles,
comme par exemple celle des concessionnaires d’automobiles ou celle du
secteur de la forêt. Nous devons encourager ces réalisations.
Nous voulons intensifier nos relations avec les mandataires de mutuelles pour en faire des acteurs encore
plus significatifs dans la promotion
de la prévention des lésions professionnelles.
PT O En conclusion, quels sont
les défis que devront relever les employeurs regroupés en mutuelle, dans
les prochaines années ?
GB O Les mutuelles de prévention
vont bien, le produit s’implante à un
bon rythme, les employeurs et les travailleurs y trouvent leur compte et
une prise en charge de la prévention
semble s’opérer progressivement. En
fait, le vrai défi pour les entreprises
mutualistes ne fait que commencer.
Les accidents les plus faciles à éliminer l’ont été. Le maintien des bénéfices maintenant acquis par les
employeurs en mutuelle ne pourra
se poursuivre sans l’élimination des
dangers dans les entreprises. Si des
accidents surviennent, les employeurs
devront trouver une façon de réintégrer les travailleurs accidentés. Les
employeurs regroupés en mutuelle
ont du pain sur la planche s’ils veulent conserver leurs gains et améliorer
leur performance. Au programme,
s’inscrivent la réelle prévention et
la réinsertion des travailleurs accidentés. O
Julie Mélançon
| Prévention au travail | Été 2001 |
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Perspectives
Les mutuelles de prévention
Un excellent départ
Ce mode de regroupement d’entreprises tend à favoriser
la prévention des lésions professionnelles, la réadaptation et
le retour en emploi afin de permettre aux employeurs de verser
des cotisations qui reflètent leurs efforts en matière de santé et
de sécurité du travail. Gérard Bibeau, vice-président aux opérations,
fait le bilan des mutuelles après plus de trois ans d’existence.
Prévention au travail O
En 1998, la CSST lançait les mutuelles
de prévention ayant pour objectif
d’inciter les employeurs de PME
à prendre des mesures concrètes
de prévention. Peut-on dire mission
accomplie ?
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| Prévention au travail | Été 2001 |
PT O L’adhésion à une mutuelle de
prévention signifie-t-elle toujours une
diminution de la prime versée à la
CSST ?
GB O Dans la majorité des cas, oui.
Les économies réalisées par les employeurs mutualistes sont estimées à
29 millions de dollars en 2000, ce qui
représente une diminution moyenne
de l’ordre de 25 %. Lorsqu’une PME
ne fait pas partie d’une mutuelle, sa
prime est calculée selon la moyenne
obtenue par l’ensemble des entreprises du même secteur d’activité, sans
tenir compte de sa performance individuelle en matière de santé et de sécurité. Elle n’a donc aucun incitatif qui
la ferait investir dans la prévention et
la sécurité. Lorsque des entreprises se
regroupent en mutuelle, elles obtiennent
un taux de prime personnalisé qui prend
en considération les efforts de prévention. Le groupe a un intérêt financier à
ce qu’il ne se produise pas d’accident.
Et, le cas échéant, à ce que le retour
au travail se fasse le plus rapidement
possible pour le travailleur accidenté.
PT O Puisque les employeurs regrou-
Photo Yves Beaulieu
Gérard Bibeau O Le bilan est
très positif. L’opération de vérification
des employeurs en mutuelle permet
de s’assurer que les programmes de
prévention sont bien implantés. En
2000, plus de 500 établissements ont
été visités par des inspecteurs. Ces derniers se posent alors certaines questions : le programme de prévention
a-t-il été bien conçu ? Dans 90 % des
cas, la réponse est oui, ce qui signifie
une amélioration de 8 % par rapport à
1999. Le programme a-t-il été affiché ?
27 % plus d’entreprises cette année ont
rempli cette exigence, soit 82 %. Des
dangers particuliers ont-ils été déterminés ? Oui, dans 86 % des entreprises,
soit une augmentation de 26 %. Des
moyens d’enrayer ces dangers ont-ils
été prévus ? Encore une fois, oui, dans
87 % des cas, une amélioration de 25 %.
Existe-t-il des moyens de contrôle ?
Oui, dans 79 % des établissements visités, une progression de 17 %. Le programme de prévention a-t-il été mis
en application ? La réponse est affirmative pour 80 % des entreprises, une
amélioration de 20 % par rapport à
1999. L’avis a-t-il été affiché ? Oui,
dans 91 % des entreprises, comparativement à 85 % l’année précédente.
Des activités de promotion et d’information ont-elles été tenues ? Oui, dans
78 % des cas. Et, finalement, est-ce
que les travailleurs participent ? Il y a
encore amélioration en 2000, puisqu’il
y avait 67 % des entreprises dont les
travailleurs participent contre 53 % en
1999. Bref, les résultats sont encourageants. Une trentaine d’employeurs
ont été exclus de leur mutuelle pour
ne pas en avoir respecté les exigences.
Parce que adhérer à une mutuelle est
un privilège et non un droit acquis.
anticipés sont non seulement atteints,
mais dépassés. Actuellement, elles
regroupent 15 000 employeurs. Il
nous faudra trouver des formules
aussi gagnantes pour les très petits
employeurs dont les bénéfices sont
moins évidents.
Pour Gérard Bibeau, vice-président
aux opérations, « le vrai défi pour les
entreprises regroupées en mutuelles
de prévention ne fait que commencer ».
De plus, même si la masse salariale
a augmenté de 36 %, les débours sont
assez identiques depuis la mise en
place du produit.
PT O Le produit ne devrait donc pas
radicalement changer au cours des
prochaines années…
GB O Quant au produit lui-même,
nous ne voyons pas de changement
dans un avenir rapproché. Au cours
des quelques années qu’il a fallu pour
l’implanter, il n’a pas présenté de vice
de forme ou de fond. Les mutuelles
de prévention sont un produit moderne, souple et efficace. Nos résultats
pés en mutuelle ont intérêt à ce qu’il
n’y ait pas de demande d’indemnisation à la CSST, est-ce que le nombre
de contestations des demandes
d’indemnisation de travailleurs
a augmenté ?
GB O Il y a effectivement une hausse
des contestations de la part des employeurs mutualistes, ce qui nous
démontre que les PME portent une
attention particulière à leur dossier
d’accidents du travail, autant dans un
souci de prévention que d’équité du
régime. Mais si l’on compare avec les
gros employeurs tarifiés selon le mode
rétrospectif, les employeurs membres
de mutuelles ont un taux de contestation moitié moindre.
PT O Les travailleurs sont alors
perdants…
GB O Si l’on met en parallèle la situation actuelle avec celle qui existait
avant l’implantation des mutuelles,
les travailleurs sortent gagnants. Maintenant, 15 000 employeurs possèdent
un programme de prévention en santé
et sécurité au travail, ce qui n’était pas
le cas auparavant. Il y a donc environ
220 000 travailleurs qui bénéficient
d’un programme de prévention bien
souvent élaboré conjointement par
l’employeur et les travailleurs. Il faut se
réjouir de ce qui se fait actuellement,
même si ce n’est pas encore parfait.
Une mentalité axée sur la prévention
ne s’implante pas du jour au lendemain,
mais se développe et s’enracine graduellement.
PT O Quelles sont donc les possibilités d’amélioration ?
GB O À l’interne, nous voulons que
nos directions régionales s’approprient
davantage le produit et soient en mesure de mieux informer les adhérents.
À cette fin, un gestionnaire est responsable des mutuelles dans chacune
des directions régionales. Il doit s’assurer que l’administration intègre le
produit à sa gestion quotidienne. Notre
personnel doit aussi être davantage
en mesure de soutenir les mutuelles
autogérées. Lorsqu’il n’y a pas de
firme de consultant comme mandataire, c’est un des employeurs qui
assure la gestion de la mutuelle. Autant nous croyons à ce mode de gestion, autant nous croyons que les
mutuelles autogérées ont absolument
besoin de notre soutien pour réaliser
leur objectif.
Nous croyons également qu’il faut
renforcer l’adhésion de certains de nos
partenaires qui ont pour but d’aider les
entreprises et qui sont subventionnées
pour le faire. Je pense, entre autres,
aux ASP qui ont fait un travail merveilleux dans certaines mutuelles,
comme par exemple celle des concessionnaires d’automobiles ou celle du
secteur de la forêt. Nous devons encourager ces réalisations.
Nous voulons intensifier nos relations avec les mandataires de mutuelles pour en faire des acteurs encore
plus significatifs dans la promotion
de la prévention des lésions professionnelles.
PT O En conclusion, quels sont
les défis que devront relever les employeurs regroupés en mutuelle, dans
les prochaines années ?
GB O Les mutuelles de prévention
vont bien, le produit s’implante à un
bon rythme, les employeurs et les travailleurs y trouvent leur compte et
une prise en charge de la prévention
semble s’opérer progressivement. En
fait, le vrai défi pour les entreprises
mutualistes ne fait que commencer.
Les accidents les plus faciles à éliminer l’ont été. Le maintien des bénéfices maintenant acquis par les
employeurs en mutuelle ne pourra
se poursuivre sans l’élimination des
dangers dans les entreprises. Si des
accidents surviennent, les employeurs
devront trouver une façon de réintégrer les travailleurs accidentés. Les
employeurs regroupés en mutuelle
ont du pain sur la planche s’ils veulent conserver leurs gains et améliorer
leur performance. Au programme,
s’inscrivent la réelle prévention et
la réinsertion des travailleurs accidentés. O
Julie Mélançon
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