Dossier - Centre Reine Fabiola

Dossier - Centre Reine Fabiola
Centre Reine Fabiola
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2 Emergences
mergences
Centre Reine Fabiola
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SOMMAIRE
Editorial
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Tous droits réservés. Toute reproduction totale ou partielle du contenu de la présente revue est interdite sans l’autorisation expresse et préalable du Centre Reine Fabiola de Neufvilles.
18ème année
Coordination : Christine VAN HAUWAERT
Assistante : Mélissa PIZZOLON
avec la collaboration de Jérémie MATHIEU
Infographie : Frédéric OSELE
Photographies : Tommy MORIAU
Couverture : Sérigraphie de Fabien LASSOIE
et son équipe.
Infos et contact
communication@crfneufvilles.org
Emergences 3
Changement de look !
En ce
mer la
gences,
formule
sur le
printemps 2011, pour entadix-huitième année d’Emernous vous proposons une
totalement nouvelle, tant
fond que sur la forme !
En lieu et place d’un sujet unique illustré par de nombreux articles et courant
sur l’ensemble du numéro, nous développerons dorénavant une thématique
qui fera l’objet d’un dossier abordé
de manière fouillée et concrète mais
en un nombre plus limité de pages.
Aux côtés de celui-ci, d’autres rubriques
et différents types d’articles viendront
rythmer votre lecture et nous permettront d’aborder des sujets plus variés :
des reportages teintés d’ambiances et
de témoignages, un zoom sur un foyer
d’hébergement et un atelier de jour selon un angle de vue inédit, une carte
blanche laissant la place à l’expression
de membres du personnel sur une thématique pédagogique, un espace dédié
au dialogue entre bénéficiaires sur un
sujet précis, un portfolio…
Vous, lecteurs, aurez aussi votre mot à
dire avec la rubrique « courrier des lecteurs ». Nous comptons sur votre participation !
Cette nouvelle formule, nous l’avons
voulue plus vivante, avec une mise en
page et une écriture plus dynamiques.
Nous espérons qu’elle répondra à vos
attentes.
Pour l’équipe de rédaction,
Christine VAN HAUWAERT
Responsable du service Communication
www.centrereinefabiola.be
Abonnement pour 4 numéros :
De Belgique : 12,50 €
sur le compte 270-0476510-02
de l’asbl Institut Reine Fabiola
De France : 12,50 € par chèque
barré « I.R.F. Emergences » ou sur
le compte 30027-00003-644905-46
« I.R.F. »
Reportages
Courrier
des
lecteurs
Vous allez découvrir une
nouvelle version d’Emergences. Nous sommes certains que le contenu ne
manquera pas de susciter
chez vous des réflexions,
des commentaires, des interrogations. Peut-être aurez-vous envie de les partager avec d’autres lecteurs ?
Exprimez votre opinion
auprès de la rédaction.
Par courrier : Service communication – courrier des
lecteurs 455, rue de Neufvilles 7063 Neufvilles ou
par mail communication@
crfneufvilles.org.
4
Sommaire
Dialogues
croisés
Rencontre
44 à la Bergerie
Zoom
40
Se déplacer, Au pays des
tout un art ! contes
Dossier
8
48
Question de Une équipe
qui fait
regards
briller
L'accompagnement
des aînés
12
Portfolio
36 Groupe de sensibilisation
au tabagisme
Mars 2011
4 Emergences
Reportage
Se déplacer,
tout un art !
Le Parkour fait appel à toutes les aptitudes
naturelles du corps humain.
Emergences 5
Reportage
Y
amakazi, Banlieue 13, Casino Royale, ces films ont
un point commun. Lequel ?
Dans chacun, on retrouve
des scènes de Parkour. Du
Parkour, d’accord.
Mais de quoi parle-t-on
au juste ?
P
our faire simple, nous dirons que
c’est le fait de se déplacer d’un
point à un autre de la manière la plus
rapide et la plus fluide. Très populaire
dans les banlieues parisiennes, cet art
du déplacement se pratique à l’origine dans un environnement urbain.
Courir, sauter, grimper, le Parkour
est accessible à tous car il fait appel
à toutes les aptitudes naturelles du
corps humain.
Mickaël Surain, animateur au Club, a
voulu faire découvrir cette discipline
sportive à quelques résidants motivés
par le défi. Il la pratiquait déjà depuis
plusieurs années avec des adolescents
en tant qu’éducateur de rue. C’est une
activité tout à fait accessible aux personnes handicapées, même celles qui
sont moins à l’aise avec leur corps.
La pratique se fait en salle, dans un
environnement sécurisé. Alexandre et
Patrice sont impatients. Le Parkour,
ils connaissent et se voient déjà exécuter des figures « comme dans les
films ».
C’
est en janvier 2011, dans la
salle de sport d’une école de
Mons que les personnes handicapées
vont s’essayer au Parkour pour la première fois. Je trouve intéressant d’aller pratiquer à l’extérieur de l’institution. Déjà, pour les résidants, c’est
une sortie. Ensuite, des ados avec qui
j’ai travaillé étaient présents et s’entrainaient de leur côté tout en servant
de modèles.
Rapidement, le groupe se scinde en
deux. Les uns s’axent sur la prise de
conscience de leur corps et ses limites
ainsi que sur la découverte de sensa-
Mars 2011
6 Emergences
Reportage
tions. Lorsqu’ils essaient la poutre
pour la première fois, c’est l’occasion de savoir s’ils se sentent à l’aise
ou pas avec la hauteur. S’ils ont peur,
je n’insiste pas et je leur propose un
déplacement au sol.
Les autres vont travailler les mouvements de base du Parkour, comme le
saut du chat, l’équilibre en hauteur, le
déplacement à quatre pattes. Le tout
de la manière la plus fluide et la plus
rapide possible.
Mine de rien, en s’amusant, chaque
participant améliore son équilibre, sa
motricité, sa coordination des mouvements. On ajoute une touche de ludique avec des situations inventées.
Je leur dis, par exemple, d’imaginer
qu’ils sautent au-dessus d’une rivière. Et, pour ceux qui veulent, une
petite touche d’adrénaline avec le
trampoline.
Pratiquer le Parkour ne concerne pas
que le physique car la discipline véhicule aussi des valeurs : le respect
de soi, notamment à travers l’hygiène
corporelle, le respect du matériel et
le respect des autres. Pas question de
se moquer de son « confrère » qui est
tombé ou a mal roulé. Au contraire,
Michaël demande aux participants de
s’applaudir après chaque prestation,
soucieux de renforcer leur image de
soi et de ne pas venir renforcer des
craintes ou des complexes. Je mets
aussi l’accent sur l’entraide et ça
fonctionne bien !
C
oup d’essai, coup de maître :
l’activité a marqué les esprits.
Beaucoup m’en reparlent lorsqu’ils
me croisent. Il faudra plusieurs
séances pour que les nouveaux apprentissages se concrétisent mais ils
ont l’air partant !
Mélissa PIZZOLON
Assistante en communication
Emergences 7
Reportage
Mars 2011
8 Emergences
Zoom
Question de
regards
L
a Villa est le dernier foyer d’hébergement qui a ouvert ses portes, en 2005. Il accueille des jeunes ayant peu d’autonomie, ayant besoin d’une prise en charge relativement importante, d’une stimulation permanente et d’un encadrement spécifique
répondant à des objectifs individualisés. Les axes de travail sont principalement le
bien-être, le maintien des acquis et l’ouverture à de nouveaux apprentissages.
J
e rencontre l’équipe éducative
de la Villa pour déterminer le fil
conducteur de cet article dont l’objectif est de refléter ce qu’elle a envie de
communiquer à propos de son travail.
Les pistes de thématiques à développer sont multiples. Un aspect particulier de la pédagogie ? Une tranche
de vie durant un temps délimité dans
le déroulement d’une soirée ou d’un
week-end ? Le récit d’une sortie ?...
Au départ de l’idée de parler des activités de loisir, les échanges s’orientent
vers une préoccupation qui semble
commune à toute l’équipe : quelle
perception a-t-on, au sein même du
Centre Reine Fabiola, du travail d’accompagnement qui se vit au quotidien
à la Villa ?
Un travail dont une part importante
est axée sur l’hygiène ? Au sein d’un
groupe bruyant ?
L
es éducateurs de la Villa aiment
leur travail dans ce foyer, avec
les personnes qu’ils accompagnent,
et confirment tous qu’il leur apporte
beaucoup de satisfactions.
Forts des échanges qu’ils ont eu avec
des éducateurs venus effectuer un
remplacement durant quelques mois
ou ayant simplement participé à une
activité ponctuelle au sein du foyer en
compagnie de ses habitants, ils savent
que lorsqu’on a un contact proche et
privilégié avec les habitants de la
Villa, le regard que l’on porte sur eux
change et surtout se nuance.
Emergences 9
Zoom
L’
idée proposée est donc d’interroger Antoine Quenon et Elodie
Thiels, deux éducateurs qui ont effectué un remplacement à la Villa ainsi
que Jonathan Buxant, un éducateur
qui a travaillé à l’atelier Eveil, qui
accueille en journée la même population. Et de leur demander ce qu’ils ont
découvert au contact de ces personnes
et en quoi leur regard a pu se modifier
à la suite de cette expérience.
C’est très gratifiant de travailler à la
Villa, me confie Antoine, car les habitants de ce foyer ont vraiment besoin
de nous pour beaucoup de choses ! On
est utile, on a toujours quelque chose
à faire pour leur venir en aide. Dès
qu’ils font un effort ou montrent une
évolution dans leur comportement ou
leur savoir-faire, cela représente un
bond en avant. C’est le bonheur pour
l’équipe et c’est très gratifiant pour
l’éducateur.
Pourtant, plusieurs fois, j’ai eu l’impression de revenir de loin lorsque
d’autres éducateurs me posaient des
questions sur mon passage au sein de
la Villa !
E
n s’exprimant chacun avec leurs
propres mots, ce sont principalement les mêmes découvertes qu’Antoine, Jonathan et Elodie mettent en
avant. Ils soulèvent en premier lieu la
qualité de la relation qu’ils ont pu développer avec les habitants de la Villa.
Antoine : L’hygiène occupe une
grande part de notre travail, puisque
ces personnes handicapées sont moins
autonomes. Mais cela nous amène
dans une sphère d’intimité qui renforce la relation que nous avons avec
elles. Elles manifestent leur bien-être
par des gestes ou des sourires et cela
les rend très attachantes.
Elodie : Avant de travailler là, on se
dit qu’il y aura une grande part de
nursing mais on se rend vite compte
que le lien avec ces personnes est très
fort. Elles s’expriment peu verbalement et c’est en les observant que nous
apprenons à interpréter leurs comportements. A travers les regards et par le
toucher, c’est une relation parfois très
profonde qui s’installe avec le temps.
Il y a aussi des moments privilégiés :
ces personnes vont dormir très tôt, et
nous pouvons prendre le temps de leur
dire « bonne nuit ». C’est un moment
magique !
Mars 2011
10 Emergences
Zoom
La relation est aussi très vraie :
lorsqu’une personne de la Villa manifeste qu’elle n’a pas envie de te voir,
tu sais qu’elle a vraiment besoin de
tranquillité !
Jonathan : La relation avec eux est
importante et nous avons un contact
privilégié. Quoi qu’on leur propose
comme activité, ils sont vite heureux
et nous le disent par un sourire. Il est
important d’être ouvert mais de ne pas
arriver avec de grands objectifs ni de
placer la barre trop haut. Pour communiquer ce qu’ils ressentent, ils pleurent, sourient, réagissent ou affichent
un grand calme…
Un autre point commun soulevé par
les trois éducateurs est la bonne cohésion au sein de l’équipe éducative et la
bonne ambiance de travail.
Antoine : L’équipe est très soudée et
on sent qu’on est dans le même bateau !
Elodie : On peut compter les uns sur
les autres et même parfois se décharger sur les autres si on se sent moins
bien ou si on rencontre un problème
que l’on a plus de difficultés à gérer.
Les habitants de la Villa sont très réceptifs à ce que nous ressentons et il
faut parfois pouvoir passer le relais si
c’est nécessaire.
T
out n’est pas rose, bien entendu,
comme dans tout travail, mais les
points plus négatifs passent au second
plan pour les trois éducateurs.
Antoine : Ces personnes dérangent
souvent ceux qui les connaissent peu ;
il y en a qui crient, d’autres qui vont
souvent aux toilettes. Les regards sont
souvent très critiques.
Il est vrai que nous avons parfois des
difficultés à les canaliser même si nous
avons beaucoup d’astuces… C’est
surtout en apprenant à les connaître
que nous arrivons à déceler leur état
d’esprit et même parfois à anticiper
leurs réactions. Cela demande une
attention constante et une grande vigilance.
Elodie : Ce qui est parfois pesant,
c’est le volume sonore ! Après un
week-end entier de travail à la Villa,
j’étais incapable de sortir ou de faire
une activité le dimanche soir. Ce qui
n’est plus le cas depuis que je travaille
dans un autre foyer d’hébergement.
Jonathan : Leurs comportements et
leurs réactions peuvent surprendre !
Ils ressentent souvent les choses différemment et en tout cas l’expriment
différemment.
C
e qui semble certain, c’est que ce
travail a représenté une étape importante pour ces éducateurs. Je pense
que tout éducateur devrait passer par
là, conclut Elodie. J’ai quitté la Villa
car mon contrat de remplacement
se terminait, mais je pense que mon
temps n’était pas fini. J’ai eu beaucoup de mal à partir car je n’avais
pas tout exploré, pas tout exploité.
On dit que c’est un travail répétitif
mais chaque jour est différent. Il y a
des personnes qu’on cerne vite mais
d’autres avec qui la relation était encore friable quand je suis partie !
Ce sont à peu près les mêmes propos
que tient Antoine : J’ai effectué un
remplacement de six mois mais c’est
trop juste. Je commençais seulement à
mieux connaître les habitants et à travailler en vue de leur permettre d’acquérir un peu plus d’autonomie.
Christine VAN HAUWAERT
Responsable du service Communication
Emergences 11
Zoom
Mars 2011
12 Emergences
Dossier
L’accompagnement
des aînés
Le temps de la vieillesse
P
arce que les personnes handicapées mentales sont
encore trop souvent considérées
comme des enfants ou des adultes
pas tout à fait accomplis, nous avons
parfois du mal à les imaginer vieillir.
Pourtant, la réalité le rappelle tous
les jours, ces adultes avec une déficience mentale atteignent aujourd’hui des âges plus que respectables. Quel accompagnement spécifique proposer à ces aînés ? Quel
projet de vie proposer aux retraités ? Comment préserver l’intégrité
et la dignité dans la vieillisse ? Comment accompagner la fin de vie ?
Emergences 13
Dossier
Les personnes handicapées
vieillissent aussi
A
ujourd’hui, et bien plus qu’avant, les personnes handicapées vieillissent. Leur
espérance de vie a fait un bond considérable à la faveur des progrès de la médecine, d’une meilleure hygiène de vie et d’une plus grande stimulation. Faire de la
vieillesse une étape de la vie dont le bien-être, le plaisir et la joie ne sont pas absents,
voilà les véritables défis d’aujourd’hui !
L
éon a 72 ans et, hormis quelques
petits soucis de santé, il est en
forme. Il n’est pas le seul dans ce cas.
Pour la majorité de la population accueillie dans l’institution, je dirais
que le processus de vieillissement suit
un cours normal. Des maladies cardiaques, pulmonaires, des pertes au
niveau de l’ouïe ou l’audition peuvent
apparaître mais tout cela n’est pas
différent de ce que l’on observe dans
la population en général, souligne
Marie-France Rustin, responsable du
Service médical. Si un handicap physique est associé au handicap mental,
on peut aussi noter une perte d’autonomie liée au problème physique
existant.
A la Reverdie, la prise en charge des
personnes handicapées vieillissantes
requiert la présence de deux infirmières qui accomplissent les gestes
plus spécifiques en matière d’hygiène
et de soins. Un médecin se rend également une fois par semaine au foyer
pour les consultations.
signes est parfois la dépression.
Michel Bock, responsable du foyer
La Reverdie, a acquis, à force de côtoyer les résidants vieillissants du
foyer, une certaine expérience en
la matière : L’équipe éducative et
moi-même avons pu remarquer que
le vieillissement des personnes porteuses de trisomie suivait généralement le même modèle : un déclin peu
perceptible au début puis une rupture
et une chute brutale des facultés.
S’ensuivent des hauts et des bas, toujours plus marqués jusqu’au décès lié
à un épuisement physique généralisé
ou à un problème majeur spécifique.
Le vieillissement des personnes trisomiques est un phénomène récent pour
la simple et bonne raison qu’il y a cinquante ans, leur espérance de vie était
de vingt ans. Aujourd’hui, elle est de
plus de soixante ans ! Les progrès de
la médecine y sont pour beaucoup.
On sait désormais traiter les affections cardiaques, digestives ou encore
urinaires associées à la trisomie 21.
Le « bien vieillir »
S
i la majorité des résidants connaît
un vieillissement harmonieux, il
semble que les personnes handicapées porteuses de trisomie 21 soient
plus exposées à un vieillissement
pathologique et à un risque de démence sénile. Le vieillissement est
qualifié de pathologique lorsqu’il ne
s’agit plus d’un simple émoussement
des facultés physiques et cognitives.
L’évolution peut alors prendre la voie
d’une démence dont un des premiers
Mars 2011
14 Emergences
Dossier
Le grand âge,
c’est aussi
l’expérience,
un autre regard
sur la vie,
les souvenirs.
A
vec l’allongement de la durée de
vie des personnes trisomiques est
apparue la question du vieillir et, surtout, du bien vieillir. Leur processus
de vieillissement s’accompagne de divers désagréments comme une grande
sécheresse cutanée, des problèmes de
circulation sanguine et de déglutition.
Massages, applications fréquentes
d’une crème hydratante, alimentation
adaptée sont quelques-unes des solutions apportées. Les repas sont un
moment où nous sommes particulièrement attentifs à la consistance et la
quantité des aliments mis en bouche
pour éviter les risques d’étouffement,
explique Nathalie Lefebvre, éducatrice à la Reverdie.
Sortir la tête du guidon
P
our estimer le vieillissement
d’une personne handicapée,
les équipes pédagogiques disposent
d’une grille d’observation élaborée
par le service de psychologie. Elle
permet de faire une « photographie »
de l’état d’un résidant à un moment x
en observant différents aspects de son
comportement : sa capacité d’attention, son orientation, son humeur, ses
fonctions sociales, etc.
1
Service de formation permanente
C
et outil a pour but d’amener un
éducateur à se questionner sur
l’évolution d’une personne handicapée. Car, à force de la suivre au quotidien, il procède, sans s’en rendre
compte, à de micro-adaptations face
aux capacités de cette personne. Avec
cette grille, il peut « sortir la tête du
guidon », explique Bénédicte Defossez, psychologue. La grille va aussi
permettre de comparer son état physique et mental à différents moments
de sa vie. Je pense qu’il ne faut pas
enfermer les êtres humains dans des
schémas tout faits. D’autant que ça
pourrait tronquer l’interprétation de
certains symptômes, estime Magali
Moulin, psychologue.
S
i l’avancée en âge
apporte son lot de
désagréments et de problèmes de santé, elle
ne doit pas être perçue
uniquement de manière
négative. Le grand âge,
c’est aussi l’expérience,
un autre regard sur la
vie, les souvenirs. Aider les personnes handicapées à accepter le
vieillissement comme
un passage inévitable et
qui possède ses propres
richesses, c’est une piste
que Bénédicte Defossez,
psychologue, aimerait
creuser. Par exemple,
le groupe Parcours au
Sefope1 propose aux
résidants accueillis depuis plus de 30 ans de
se retrouver pour retracer leur trajet, leurs
souvenirs inscrits dans
l’histoire du village, du
Centre Reine Fabiola, de la société.
Ça permet de donner un sens à leur
vie passée ici.
C’est peut-être toute l’image que nous
avons de la vieillesse et des aînés qui
est à revoir. Il serait important de valoriser le rôle d’ancien pour ne pas
l’associer uniquement à la perte du
travail, de l’autonomie…
Mélissa PIZZOLON
Assistante en communication
Emergences 15
Dossier
En chiffres...
Q
uel que soit l’angle des études menées sur l’espérance de vie, on observe une
augmentation partout et pour tous. C’est la conséquence d’immenses progrès
réalisés dans les domaines économique, médical, culturel et social.
D
ans Handicap congénital et
vieillissement1, Serge Dalla
Piazza souligne la surprise qu’a pu
engendrer le vieillissement des personnes handicapées mentales : Les
personnes porteuses d’une ou de
plusieurs déficiences, congénitales
ou acquises, ont toujours eu une
espérance de vie réduite. Les voilà
devenues vieilles, les voilà vieillissantes. Notre surprise est totale.
Leur situation rattrape les professionnels et les pouvoirs publics, dépasse et accentue le désespoir des
parents qui voient leur enfant leur
survivre de plus en plus souvent.
(…) L’exemple le plus simple
concerne les personnes porteuses
d’une trisomie 21. Leur espérance
de vie ne dépassait pas la trentaine
dans les années 60-70. Elle rejoint
actuellement celle des personnes
valides et il n’est pas rare de voir
ces personnes atteindre et dépasser
les 60 ans.
L’Institut national démographique
français précise que l’espérance
de vie a quasi doublé au cours
du vingtième siècle. En 2009, en
Belgique et en France, elle est de 77
ans à la naissance pour les hommes
et de 83 et 84 ans pour les femmes.
L’évolution prend des proportions
encore plus importantes pour
les personnes porteuses d’une
déficience intellectuelle, comme
le précise Serge Dalla Piazza : En
1930, l’espérance moyenne de vie
- qui tient compte des décès en bas
âge - est de 20 ans et en 1980, de
près de 60 ans.
Une personne trisomique avait une
espérance de vie de 9 ans en 1930
et de 55 ans en 1990.
1
A
u Centre Reine Fabiola, en 1982,
à l’ouverture du Garnisteau,
premier foyer d’hébergement adapté
à des personnes plus dépendantes, la
moyenne d’âge des résidants est de
28 ans. En 1999 peu après l’ouverture
de la Reverdie, foyer d’hébergement
destiné entre autres à accueillir les
aînés, cette moyenne est passée à 39
ans.
Et si en 1999, les personnes de plus
de 40 ans sont au nombre de 165,
les projections faites à l’époque pour
2009 donnent un nombre de 298
personnes. De quoi réfléchir… et
anticiper…
Quelques chiffres de la situation actuelle,
au 31 mars 2011
Populationdu
CentreReineFabiola
500
Sur467personnesaccueillies
91,4%
1,3%
400
7,3%
300
Population
200
100
0
91,4%
7,3%
1,3%
Plusde70
ans
Entre60et Moinsde60
69ans
ans
FoyerleGarnisteau
35
30
25
20
15
10
5
0
FoyerlaReverdie
Sur49habitants
Foyerle
Garnisteau
Plusde60 Entre50et Moinsde50
ans
59ans
ans
25
20
15
10
5
0
Sur40habitants
Foyerla
Reverdie
Plusde60 Entre50et Moinsde
ans
59ans
50ans
Handicap congénital et vieillissement, Serge Dalla Piazza, Collection « Questions de personne », Editions de boeck, 2005
Mars 2011
16 Emergences
Dossier
Une autonomie adaptée
L
e Hameau est une cité de huit maisons qui regroupe des habitants
vivant seuls, en couple ou en petits
groupes. La plupart d’entre eux y habitent depuis de nombreuses années et
font preuve d’une certaine autonomie
dans les actes de la vie quotidienne.
L’équipe éducative travaille surtout
au départ d’entretiens individuels et
dispense un accompagnement stimulant : aide pour entreprendre des démarches personnelles, prise en charge
de la vie de la cité, établissement de
contacts sociaux, activités de loisirs...
Les habitants du Hameau ont toujours
eu à cœur de vivre leurs droits de citoyens.
Aujourd’hui, le Hameau accueille
vingt-cinq résidants. Onze d’entre
eux ont entre 50 et 59 ans, et trois ont
entre 60 et 69 ans. Les habitants de
ce foyer prennent tout doucement de
l’âge…
C
e sont des personnes vieillissantes qui ont toujours eu beaucoup d’autonomie et qui aiment bouger, explique Myriam Popperl, Responsable du Hameau. Leurs activités
favorites sont par exemple le bowling, les balades nature, le cinéma, la
flânerie dans les magasins de déco.
La cité du Hameau est « leur » cité
puisque la plupart y ont habité une
grande partie de leur vie. Ils ont eu
aussi la possibilité de s’investir dans
la décoration de leur maison, dans
l’achat de meubles à leur goût, dans
le choix et la pose du papier peint de
leurs pièces de vie. Car tout cela faisait partie du projet pédagogique de
ce foyer.
Aujourd’hui, ils entament tout doucement un processus de vieillissement
normal, avec des diminutions d’énergie ou de vitalité, des problèmes de
santé liés à leur âge…
L
a question s’est posée, il y a
quelque temps, de savoir si les
habitants du Hameau rejoindraient
un jour les structures d’hébergement
adaptées au vieillissement, telles que
le Garnisteau et la Reverdie. Force
est de constater que leur besoin d’indépendance ne correspond pas à celui des résidants accueillis dans ces
structures. Et que si déménagement il
devait y avoir, celui-ci représenterait
pour eux un déracinement particulièrement difficile à vivre. Je ne veux
pas aller vivre à la Reverdie, confirme
Fernand qui vit au Hameau depuis
l’ouverture du foyer, il y a trente ans.
J’ai envie de finir ma vie ici ! Je me
plais, j’ai des amis et je n’aime pas
être en groupe. J’aime avoir ma liberté, vivre dans mon studio… Et puis
ici, je suis tranquille pour écrire mes
histoires !
Emergences 17
Dossier
Un peu
de folie…
I
l a donc été décidé d’offrir aux habitants du Hameau la possibilité de
continuer à vivre chez eux le plus harmonieusement possible, si leur état de
santé le leur permet.
Nous avons réécrit les axes de notre
projet pédagogique en partant des besoins actuels des habitants de la cité,
poursuit Myriam. Nous avons dégagé
deux pistes principales.
La première est de mettre en place
des aides « à la carte » un peu comme
dans les « résidences-services » où
vivent des personnes âgées qui ont
encore de l’autonomie pour certaines
choses mais moins pour d’autres : un
renfort pour le nettoyage des maisons
que les habitants entretiennent euxmêmes, la possibilité de porter leur
linge à la Buanderie, un passage de
la Zone verte pour la tonte de leurs
pelouses, un accompagnement des
éducateurs au moment du lever le
matin…
La seconde piste de notre travail éducatif consiste à renforcer la solidarité
entre les habitants de la cité qui ont
toujours vécu de manière assez indépendante. Car il sera de plus en plus
important dans l’avenir qu’ils puissent compter les uns sur les autres
et nous voulons les préparer à cela.
Ainsi, en fin de journée, au retour du
travail, nous proposons aux habitants
de prendre un café ensemble avant de
rejoindre leurs maisons et le vendredi
soir, nous organisons un repas commun auquel chacun est libre de s’associer ou pas.
I
l n’est pas facile pour ces résidants
de se rendre compte qu’ils vieillissent d’autant que la plupart ont mené
une vie bien remplie et ont consacré
une part importante de leur énergie
pour parvenir à se débrouiller. Je ne
fais pas la sieste mais je ferme les
yeux pour me reposer, explique Quentin. Ici au Hameau, on ne fait plus les
mêmes activités qu’avant car tout le
monde vieillit. C’est dommage ! Je
n’aime pas rester à rien faire et je veux
être actif, alors je fais des activités à
l’extérieur. Avant, on avait aussi notre
comité de quartier mais cela n’existe
plus, et cela fait un grand vide. J’ai
voulu déménager et aller habiter à
Soignies aux Appartements Supervisés mais je me suis rendu compte que
la route à vélo jusqu’à mon travail
serait trop longue, surtout en hiver. Et
puis ici, je suis près de tout.
Je fais partie des jeunes éducateurs de l’équipe du Hameau.
J’ai 32 ans et je suis beaucoup
plus jeune que les personnes que
j’accompagne.
Certains habitants ont vieilli mais
veulent rester jeunes et « au goût
du jour ». Je leur apporte un peu
de folie… des bêtises qu’on peut
faire à 30 ans, qu’ils ne font plus
mais qui leur rappellent leur jeunesse. On apporte aussi une ouverture d’esprit pour qu’ils ne se
renferment pas au Hameau. J’ai
été deux fois avec eux à Bruxelles
leur montrer la Bourse, la rue des
Pittas… Ils ont adoré. La plupart sont en demande de ce genre
d’activités. On projette d’aller
une journée à Bruges. On essaye
de mettre en place une dynamique
de motivation et de découvertes.
Par rapport aux activités, j’ai
cependant des craintes pour certains habitants car nous devons
nous battre parfois avec eux pour
qu’ils acceptent de bouger. On
pensait acheter un rétro projecteur pour faire des séances de cinéma mais je me demande si c’est
une bonne chose ou si cela risque
de constituer un frein à bouger et
sortir…
M
yriam conclut : Notre travail
aujourd’hui consiste aussi à
les accompagner dans l’acceptation
des limites auxquelles ils se sentent
confrontés. Ils ont malheureusement
parfois peur du jugement et du regard
des autres…C’est en douceur, en leur
laissant toujours le choix, que nous
leur permettons d’intégrer les changements, en fonction des besoins qui
apparaissent à différentes vitesses
pour chacun.
Christine VAN HAUWAERT
Responsable du service Communication
Laurent DUFOUR
Educateur au Hameau
Mars 2011
18 Emergences
Dossier
La retraite :
1
mode d’emploi…
L
e « travail » fait partie intégrante du
projet pédagogique du Centre Reine
Fabiola, parce qu’il est le vecteur essentiel
par lequel la personne handicapée peut se
prendre en charge, affirmer son autonomie, accéder au statut de « travailleur »
et, donc, d’adulte responsable. C’est
plus que la notion d’« occupation », trop
réductrice, que développent les équipes
éducatives au sein des ateliers. Elles tentent à travers les activités qu’elles propo-
J
usqu’en 2009, peu de résidants
ont demandé à accéder à la « pension », terme qui a été choisi dans le
souci de se rapprocher le plus possible
de la terminologie employée dans le
sent de répondre aux besoins qu’ont les
bénéficiaires de reconnaissance, d’estime
de soi et d’estime des autres.
Il est donc tout naturel qu’arrivés à un
certain âge, comme dans la société, certains demandent un aménagement de
leur rythme de vie ou de leur occupation,
voire, à leurs yeux, un statut de « pensionnés ».
monde du travail.
Nous parlons de « droit » à la pension tout en sachant à quel point des
adultes handicapés mentaux peuvent
avoir besoin de rester en mouvement.
On sait aussi qu’il est important de
leur proposer des activités diversifiées et qu’il est peu judicieux, pour
la plupart d’entre eux, de les laisser
livrés à eux-mêmes. La réalité insti-
1
Même si ce terme se rapporte au monde du travail et pas à celui d’ateliers occupationnels qui accueillent des adultes handicapés mentaux, il est néanmoins
très important aux yeux des résidants. Nous l’utilisons donc ici dans un sens élargi. Il s’applique par contre dans son sens premier aux ouvriers de Nekto,
Entreprise de Travail Adapté du Centre Reine Fabiola.
Emergences 19
Dossier
tutionnelle ne permet pas de réaliser
pour chacun un programme « à la
carte », ce qui serait bien sûr idéal.
Mais en s’appuyant sur la logistique
existante, les équipes tentent de
mettre au point un programme personnalisé tenant compte des centres
d’intérêt, des compétences et des capacités physiques individuelles.
Il est difficile voire impossible de déterminer un âge auquel ce droit pourrait s’appliquer à tous, le processus de
vieillissement survenant de manière
tellement différente d’une personne à
une autre.
De plus en plus de
demandes
J
usqu’à présent, la pension concernait des personnes qui devaient
arrêter leur activité à la suite d’une
accélération du processus de vieillissement, quel que soit leur âge, et
d’autres qui demandaient une adaptation de leur rythme de vie, se sentant plus vite fatigués face à certaines
contraintes. Depuis quelques années
des résidants qui conservent de nombreuses compétences et l’envie de
rester actifs désirent « lever le pied »
et aborder un nouveau tournant dans
leur vie. Cela demande aujourd’hui
aux équipes la mise en place de réponses adaptées à ces différentes
requêtes. Face à ces changements et
à l’augmentation importante de demandes d’aménagement du temps de
travail, un groupe de réflexion a été
constitué récemment dans l’optique
d’établir des repères et balises pour
l’avenir.
Une étape importante : formuler ses
motivations
A
ctuellement, s’il est capable
d’exprimer ses souhaits, celui
ou celle qui désire réduire ou aménager son temps de travail écrit un
courrier en expliquant ses difficultés
et motivations, avec l’aide d’un éducateur si nécessaire. Pour d’autres,
ce seront les équipes éducatives ou
pédagogiques qui, par leurs observations quotidiennes, mettront en avant
d’éventuelles difficultés pour certains
à assumer leur rythme de vie.
Ainsi, Arthur (prénom d’emprunt) at-il adressé un courrier à la Responsable de la Coordination des milieux
de vie pour motiver sa demande :
Chère Antoinette, je t’écris cette lettre
pour te dire que j’envisage de prendre
ma prépension et d’aller travailler
tous les matins, car en avril j’aurai 60
ans d’âge. Tous les après-midi, je me
promènerai pour voir les personnes
âgées et aussi mon ancien atelier.
Je termine cette lettre en te disant à
bientôt.
Des activités spécifiques et des
aménagements du
temps individualisés
C
oncrètement, en termes d’accompagnement, la Reverdie est
un foyer d’hébergement ouvert en
journée. À l’Oasis sont organisées
en journée des activités destinées à
des personnes handicapées ayant besoin d’un rythme de vie différent et
adapté. Elles y reçoivent un accom-
1
Les Milieux de vie regroupent les trois espaces de vie des résidants : les foyers d’hébergement, les ateliers de jour et les loisirs
Mars 2011
20 Emergences
Dossier
pagnement spécifique : confort, plaisir et bien-être, proximité éducative,
maintien des acquis, valorisation des
compétences, continuité du contact
avec l’extérieur, respect du rythme de
chacun….
Le Garnisteau, quant à lui, compte
la Venelle. Dans le même esprit que
l’Oasis, des éducateurs y proposent
aussi des activités mais uniquement
les après-midi.
Georges habite à la Reverdie. Il se
rend tous les matins dans un atelier
et passe ses après-midi à l’Oasis. Il
témoigne du changement de rythme
qui lui convient beaucoup mieux
maintenant : Mon boulot, c’était à la
Menuiserie. J’ai demandé à arrêter
car je n’en pouvais plus. En 2010, je
me sentais bien et puis tout d’un coup,
j’ai tout lâché. Un jour, j’ai failli tomber dans les pommes et j’ai dû aller
à la clinique. J’ai déménagé et maintenant j’habite à la Reverdie. J’aime
bien parce qu’on voit du monde et
qu’on peut donner des coups de main.
Le matin, je me lève à 07h00 et je vais
à l’atelier où je fabrique des sacs en
papier. L’après-midi, je vais à l’Oasis. Soit je dors, soit je regarde la télé.
De temps en temps je fais des dessins.
Le lundi, on me fait un massage. Tout
ça me convient bien car avant j’avais
mal au dos et l’après-midi souvent, je
me sens fatigué.
O
utre la possibilité de profiter,
en tout ou partie, des activités
de l’Oasis et de la Venelle, les amé-
nagements possibles du temps de
travail sont multiples et l’occupation
du temps restant libre peut prendre
diverses formes.
Ainsi, François, qui se rendait quotidiennement au Ceriseau, continuet-il de fréquenter aujourd’hui cet
atelier quatre journées par semaine,
avec la possibilité de réduire l’énergie qu’il y consacre en se reposant
lorsqu’il en ressent la nécessité. Les
autres personnes de l’atelier respectent et acceptent cette adaptation de
rythme. Le vendredi, assez autonome
dans ses occupations, il reste dans son
foyer d’hébergement où des éducateurs sont présents tout au long de la
journée pour d’autres raisons que sa
présence.
M
arie travaille depuis de nombreuses années dans l’Entreprise
de Travail Adapté Nekto. Elle a demandé à conserver son activité quatre
jours par semaine.
Marie se sent valorisée dès qu’elle
peut apporter de l’aide à autrui. Il
lui a donc été proposé, le cinquième
jour, de rejoindre un atelier de jour
qui accueille des personnes moins autonomes, et de passer la journée auprès d’elles, ce qu’elle fait avec grand
plaisir : J’aime bien les personnes qui
sont à l’Eveil et elles m’aiment bien
aussi. Je les aide à ne pas crier tout le
temps en leur disant poliment d’être
calmes et elles m’écoutent. Je parle
avec ceux qui savent parler, je leur
demande si la journée se passe bien…
Et puis, j’aime surtout sortir avec
eux, faire des promenades. J’aime
bien marcher ! Cet après-midi, je
vais leur faire des gaufres ; Renée va
m’aider pour faire la pâte et puis je
cuirai les gaufres. Parfois je fais de
la mousse au chocolat ou de la crème
moka. Elle conclut fièrement : Je fais
tout pour eux !
Jusqu’au bout…
N’
oublions pas d’évoquer, pour
terminer, les irréductibles inconditionnels du travail qui manifestent le désir de poursuivre leur activité le plus longtemps possible. Cela
aussi est envisageable avec, s’il le
faut, des adaptations dans les tâches
qu’ils accomplissent.
J’ai soixante dix ans, explique Paulette. Cela fait 29 ans que je travaille
à la Pizzeria. Je n’ai pas envie de
prendre ma pension ! Ca me fait un
passe-temps et puis les jeunes ne savent ni compter ni peser la farine !
En venant travailler, je vois d’autres
personnes et l’après-midi, à la pause,
Patrick vient me voir ! Ceux qui restent chez eux parce qu’ils sont à la
pension ne font rien, ils regardent la
télé et font des dessins !
Christine VAN HAUWAERT
Sur base d’un échange avec Antoinette NALLI
Adjointe de Direction
Responsable de la coordination des Milieux de vie
Emergences 21
Dossier
Vivre le temps
autrement
S
i elles le souhaitent ou
si leur état de santé le
demande, les personnes
handicapées accueillies au
Centre Reine Fabiola peuvent « lever le pied » dans
leur activité occupationnelle. Un peu, beaucoup
ou complètement... Mais
cela ne signifie pas la fin
de toute activité, des relations sociales et des stimulations. Un programme
adapté à leur nouveau
rythme de vie leur est proposé.
U
ne après-midi comme tant
d’autres à la Venelle, dans le
foyer d’hébergement le Garnisteau…
Jusqu’à 15h, c’est le temps du repos.
Certains optent pour une sieste dans
leur lit, d’autres se créent un petit coin
douillet dans le salon. Après avoir été
occupés en atelier toute la matinée,
ces aînés ont besoin d’un moment
pour se reposer. Cela fait, ils ont aussi
besoin d’être stimulés. Beaucoup,
s’ils n’étaient pas pris en charge,
pourraient facilement passer l’aprèsmidi devant la télevision. Alors, après
le goûter, une activité leur est proposée : bricolage, cuisine, musique, jeux
de société et sortie par beau temps.
Ou piscine, le mercredi.
On ne peut pas leur demander d’être
attentifs pendant deux ou trois heures,
ils sont là avant tout pour se reposer,
mais une heure d’activité, c’est une
bonne moyenne, explique Dominique
Bertoux, éducatrice.
Pas d’occupation
à tout prix
D
ans le groupe, tout le monde n’a
pas toutes les mêmes aptitudes, il
faut donc trouver des occupations accessibles à chacun, au risque de faire
des insatisfaits. Yvan ne s’en cache
pas : Bricolage, cuisine, pas mon
truc ! J’aurais préféré la dactylographie ou la poésie. Mais la majorité
« accroche » bien et participe avec
plaisir.
Beaucoup sont ici parce qu’ils ont
avant tout besoin de souffler, comme
Gérard : Ça me fait du bien de venir
ici, ça me détend, ça me rend cool. Je
fais moitié-moitié entre ici et l’atelier.
Il n’est pas rare que le programme de
l’après-midi soit bousculé si l’un ou
l’autre résidant n’est pas en forme et
doit être pris en charge plus personnellement par un des deux éducateurs
présents. L’activité est alors mise de
côté et chacun s’occupe dans son
coin : Pol dessine, Yvan lit le journal
et Daniel des revues. Pour la plupart,
ce ne sont pas des passions apparues
soudainement mais des centres d’intérêt déjà existants auxquels ils ont
désormais plus de temps à consacrer.
Il y a les inconditionnels de la télé et
ceux qui y jettent un œil distrait. Nous
sommes obligés de nous adapter
chaque jour à leur état de forme, souligne Dominique, l’éducatrice. Une
souplesse obligatoire et, parfois, des
moments de flottement qui, vus de
l’extérieur, peuvent décontenancer.
Mais l’occupation à tout prix n’est
pas l’objectif…
La retraite à temps complet, certains y
pensent : À ce moment-là, je ne ferai
plus rien. Ce sera mon stop du travail. Je mettrai peut-être des photos
sous cadre pour m’occuper et j’écouterai mes CDs de Johnny Halliday et
France Gall, imagine Gérard. Annie
envisage l’avenir avec prudence : Je
n’ai que 62 ans, ce n’est pas tellement vieux mais je m’endors parfois
comme ça. J’ai des fatigues. J’arrêterai de travailler quand je ne le sentirai plus du tout. Mais pour l’instant,
ça va encore.
A 16h30, le groupe prend la direction du bar du foyer pour rejoindre
les autres habitants du Garnisteau qui
ont terminé leur journée en atelier.
Mars 2011
22 Emergences
Dossier
Rythmer les
journées
L’
Certains acceptent mal de
devoir partager l’espace
avec d’autres plus dépendants qu’eux.
1
Oasis est le lieu d’activité de journée du foyer
la Reverdie, qui accueille
spécifiquement des aînés et
des résidants avec un handicap physique. Ceux qui sont
ici ont en commun le besoin
d’un rythme de vie différent
et adapté, qu’ils résident ou
non à la Reverdie, qu’ils aient
atteint ou non atteint l’âge de
la retraite. L’endroit peut aussi
accueillir pour un moment des
convalescents.
L’équipe a testé plusieurs
formules d’activités avant
d’aboutir au projet actuel, luimême en constante évolution.
À une époque, différents ateliers venaient jusqu’ici et proposaient une animation. Mais
on s’est rendu compte que les
personnes handicapées étaient
de moins en moins participatives. Nous avons donc adapté
le programme pour qu’il réponde plus aux besoins des
aînés, explique Nathalie, éducatrice.
Des activités avec différents
groupes sont encore proposées : le lundi, le Service de
Formation Permanente pro-
Service qui gère les activités de loisir (sport, vacances, animations socio-culturelles…).
pose des exercices pour faire
travailler la mémoire ; le jeudi,
c’est un animateur du Club1
qui réunit tout le monde pour
des exercices de psychomotricité et le vendredi, une kinésithérapeute dérouille les articulations avec la gym douce. Ce
sont aussi des petites choses
toutes simples qui occupent
le temps : comme l’apéritif
du mardi où on sort les boissons pétillantes et les petits
biscuits salés. Inévitablement,
les repas, les collations et le
sacro-saint café rythment la
journée… On se rend compte
de plus en plus que de petites
choses toutes simples sont
parfois plus suivies que des
animations.
Faire appel
à tous les sens
P
as simple de répondre
aux demandes de bénéficiaires aux degrés d’autonomie divers.
Robin (prénom d’emprunt) est
encore en bonne forme physique mais, depuis quelques
mois, il présente une certaine
confusion mentale, perd ses
repères et se met en danger
lors de ses déplacements. Les
éducateurs doivent donc être
particulièrement vigilants à ce
qu’il ne sorte plus seul. Difficile pour lui de ne plus pouvoir aller et venir comme bon
lui semble : Je veux bien habiter ici mais pas beaucoup.
Je ne suis pas né ici. Même
cas de figure pour Alain : Ce
que je n’aime pas à l’Oasis,
c’est qu’on m’interdit parfois
de sortir et moi je voudrais
voir des gens de l’extérieur.
Le reste, je ne réponds pas,
c’est ma vie privée ! Jean, lui,
se trouve très bien à l’Oasis :
Je fais mes bouquins de jeux
tranquillement et je parle
avec les gens. Michel, septuagénaire encore fringant, se
rend régulièrement à Soignies
Emergences 23
Dossier
en bus. La petite sortie n’est pas
très longue, juste le temps de
prendre un café et de rentrer.
Si certains aiment aller se balader en ville, faire des mots croisés, il y a aussi des personnes
handicapées qu’une dégradation
accélérée a rendues totalement
dépendantes et qui ne formulent
pas ou plus de désirs. Ce n’est
pas pour autant qu’on doit se
contenter de leur donner à manger et les laisser dans leur fauteuil, souligne Nathalie. On peut
leur masser les mains, les faire
marcher un peu, faire appel à
leurs sens. Dans les moments de
mal-être, en dépit de ce qui est
fait pour améliorer leur confort
de vie, elles peuvent gémir,
crier ou marteler la table avec
le poing. Pour les autres, le bruit
est parfois source d’agacement.
Certains acceptent mal de devoir
partager l’espace avec d’autres
plus dépendants qu’eux. Ça peut
être angoissant pour elles de
voir quelqu’un se dégrader mais
je pense qu’elles peuvent aussi
être rassurées de voir comment
il est entouré et pris en charge,
estime Nathalie.
Les activités de bien-être restent très demandées par les personnes vieillissantes de l’Oasis et c’est un axe que l’équipe
compte développer à l’avenir en
proposant des massages aussi
le week-end, des bains aux essences relaxantes, de la manucure, de la pédicure, des soins
de cheveux, du maquillage, de
l’épilation… Le point commun à
toutes ces activités, c’est d’offrir
un moment rien qu’à soi avec
l’éducateur, un moment où l’on
peut discuter, se livrer dans une
ambiance intimiste. Si on prend
le fait de couper les ongles par
exemple, il y a une grande différence entre le faire dans une
pièce avec du monde autour et
s’isoler avec la personne handicapée, lui permettre de se
confier et avoir un réel échange.
Mélissa PIZZOLON
Assistante en communication
L’amour à l’épreuve, les preuves de l’amour
Q
uand les deux partenaires d’un
couple ne vieillissent pas au
même rythme, quand l’un des deux
perd en autonomie et que son lieu de
vie n’est plus adapté, comment agir
au mieux pour chacun d’eux ? Fautil maintenir la vie commune à n’importe quel prix ? Faut-il envisager un
déménagement dans un foyer d’hébergement adapté ? Pour l’un seulement ? Ou pour les deux ?
D
ans ce type de situation, deux valeurs s’entrechoquent : la force de
l’engagement pris par les deux partenaires et la préservation de l’intégrité
physique et morale de chacun.
Aux équipes éducatives de prendre une
décision, la plus juste possible avec le
risque de se tromper. Opération délicate... Les personnes handicapées n’ont
pas toutes les mêmes ressources intellectuelles ou morales pour faire face à la
maladie ou au vieillissement. L’histoire
de chaque couple est faite de sentiments,
d’enjeux et d’émotions parfois bien enfouis qui déterminent la manière dont
chacun des partenaires affrontera ces
épreuves. Reste alors à encourager la
parole et l’expression…
Parfois, laisser le couple vivre ensemble
le plus longtemps possible risquerait de
se faire au détriment des intérêts légitimes de l’un des deux partenaires. Mais
séparer ceux qui ont été réunis si longtemps peut aussi faire des dégâts.
Q
uand un malheur s’invite dans la
vie d’un couple, les effets ne sont
pas toujours ceux auxquels on s’attend.
Ces moments ne sont pas toujours vécus
comme dramatiques par les personnes
handicapées. Les équipes éducatives ont
pu être surprises par le climat d’acceptation voire de sérénité qui entourait ces
passages. Le couple est soudain mis en
lumière et re-légitimé, le conjoint plus
valide peut endosser un rôle valorisant.
Le couple renoue avec une version idéalisée de lui-même où chacun se fait plus
attentif, plus aimant.
L’amour permettra de digérer les difficiles perturbations que sont la vieillesse
et la mort.
L’amour, encore lui, rendra intolérable
la vision de l’autre dégradé.
L’amour, toujours lui, accomplira des
miracles et fera mentir les pronostics
médicaux les plus pessimistes.
Mélissa PIZZOLON, Assistante en communication
Et Efren MORALES, Adjoint de Direction
Responsable pédagogique
Mars 2011
24 Emergences
Dossier
De l'importance
de se former...
L
e travail d’éducateur au sein de la
Reverdie a connu de
nombreuses évolutions
depuis l’ouverture de ce
foyer d’hébergement en
1998. Celles-ci sont dues,
en grande partie, au
vieillissement, progressif mais radical, de ses
habitants. Les réunions
d’équipe, les échanges
pluridisciplinaires, les
contacts interpersonnels
ont permis aux membres
de cette équipe de faire
face à de nouvelles dimensions dans leur travail. Mais ils ont aussi
ressenti la nécessité, à
plusieurs reprises, de
puiser des ressources
dans des formations
prodiguées par des professionnels
extérieurs
au Centre Reine Fabiola. Trois formations
les ont particulièrement
marqués. Pour chacune
d’elles, un des membres
de l’équipe a synthétisé
les points abordés et les
principaux
apprentissages découverts.
Emergences 25
Dossier
2002 :
Soins palliatifs
L’
équipe de la Reverdie a demandé une formation en soins
palliatifs après avoir été confrontée
au premier décès, en 2001, au sein
du foyer, d’un habitant accompagné dans ses derniers jours par une
équipe spécialisée venant de l’extérieur.
Des soins palliatifs se mettent en
place lorsqu’il n’y a plus de traitement curatif possible. A partir de ce
moment-là, la mort fait partie de la
vie de tous les jours. Elle est considérée comme un processus normal et
nous ne pouvons que laisser ce processus suivre son cours. C’est la personne qui décide, avec l’aide de sa
famille si nécessaire, si elle préfère
rester au sein de son foyer d’hébergement ou être hospitalisée. Elle est
au centre de notre démarche et c’est
d’elle que nous récoltons les informations qui nous serviront à la soutenir le mieux possible. Nous sommes
aussi à l’écoute de ses demandes et
de ses désirs même si satisfaire ceuxci comporte certains risques pour sa
santé.
Il est important de s’appuyer sur les
capacités et les potentialités restantes
de la personne en fin de vie : intelligence, écoute, envie de vivre… Le
passé peut avoir aussi son importance
et ce sont souvent les contacts avec la
famille qui nous permettront de compléter ce que nous savons ou d’éclairer les zones d’ombre.
Les échanges au sein de l’équipe accompagnante sont importants car souvent, le patient ne communique pas les
mêmes informations à tous. Chaque
intervenant a sa spécificité et il est important que chacun ait confiance dans
les compétences des autres.
Même si l’on parvient à soulager la
douleur physique, il ne faut pas négliger l’aspect psychologique. Nous
avons appris pour cela une technique d’évaluation, basée sur l’observation, qui nous permet de trouver
la position de la personne que l’on
soigne sur une échelle de la douleur.
Nous avons aussi appris à être avec
lui dans un « silence habité » : être en
silence avec la personne en fin de vie
tout en lui manifestant une certaine
présence.
Catherine SCAUFLAIRE
2003 : La dyspnée,
la douleur ainsi que
l’alimentation et
l’hydratation du patient en fin de vie
L
a dyspnée est une sensation
subjective de gêne respiratoire.
Notre expérience nous a montré que
cette sensation entraîne de l’angoisse
autant pour la personne que pour les
professionnels qui se trouvent à ses
côtés. Elle apparaît surtout dans les
derniers jours ou les dernières heures
de la vie.
Pour la soulager, il existe un traitement médicamenteux géré par le
corps médical mais d’autres mesures
peuvent être prises par les éducateurs
présents qui ont un rôle important à
jouer : écouter la personne handicapée, la rassurer, la mettre dans une
position semi-assise, aérer la pièce…
La douleur que ressent la personne
est souvent insuffisamment traitée à
cause de la difficulté d’évaluer son
degré. Nous avons appris qu’il existait des échelles d’évaluation (comme
par exemple l’échelle de Doloplus-2)
permettant l’utilisation d’un langage
commun à toute l’équipe et constituant un support précis et cohérent
pour transmettre des informations au
médecin et aux infirmières afin d’optimaliser le traitement.
En fin de vie, nous sommes souvent
confrontés aux problèmes d’alimentation et d’hydratation de la personne. Faut-il apporter un supplément alimentaire ? Hydrater artificiellement ? À ces questions, il n’y
a que des réponses individuelles qui
émergent des échanges entre le résidant, sa famille, l’équipe éducative
et le corps médical. Lors de cette
formation, on nous a rappelé qu’un
malade, dans ces circonstances, ne
mourait pas faute d’alimentation ou
d’hydratation mais bien à cause de
sa maladie.
Frédérique PAVART
Responsable d’Unité Pédagogique à la Reverdie
Mars 2011
26 Emergences
Dossier
2005 : Soins Relationnels de la Personne Agée, basée
sur le principe de la
validation
N
ous désirions recevoir une formation sur l’approche d’une
personne handicapée présentant des
signes de démence ; une approche qui
nous aiderait à entrer en contact avec
une personne que l’on ne comprend
pas, à réagir de la meilleure manière
possible en cas d’opposition...
Pourquoi certaines personnes âgées,
souffrant de démence, ont-elles des
comportements que l’on pense aberrants ? On parle de démence mais en
fait, la personne âgée réalise tout un
travail dans sa tête et revoit tout son
passé. Ce qui nous paraît aberrant à
nous, spectateurs, a du sens pour elle.
Avant de mourir, elle résout certains
épisodes de son passé, revit certaines
émotions, remet de l’ordre et fait une
sorte de bilan de sa vie. Nous nous
demandions, par exemple, pourquoi
une personne de la Reverdie imitait
le cheval. Nous avons appris que,
quand elle était jeune, elle vivait dans
une propriété où il y avait beaucoup
de chevaux.
Durant cette formation, nous avons
abordé différentes attitudes à adopter le plus souvent possible dans le
contact avec une personne qui présente des signes de démence : être
disponible et partager un moment
pour l’autre ; pour cela, prendre
d’abord un temps pour soi et faire le
vide de ses propres soucis pour entrer en communication avec empathie, sans objectif concret et précis ;
écouter l’autre en accueillant ce qu’il
dit sans interpréter, juger ou donner
des conseils car cela risquerait de
briser la confiance établie ; avoir
une attitude physique d’ouverture et
d’intérêt montrant à l’autre qu’on est
là juste pour lui ; observer les émotions que l’on peut lire sur son visage
de manière à décoder l’état d’esprit
dans lequel il se trouve même s’il ne
s’exprime pas par la parole ; reformuler et poser des questions non pas
pour en savoir plus mais pour aider
l’autre à exprimer ce qu’il ressent ;
apprendre donc à poser des questions
ouvertes, commençant par qui, que,
quand, comment... .
Nous avons ainsi compris, à travers
cette formation, qu’il était intéressant, concrètement, de faire avec
chaque résidant ainsi qu’avec sa famille un arbre généalogique reprenant la structure familiale et les événements les plus importants de sa vie.
Nathalie LEFEBVRE, Educatrice à la Reverdie
L
es éducateurs de la Reverdie ont
pu aussi profiter d’autres formations plus concrètes : « Lutte contre
le feu », « Ecole du dos », « Manutention du corps humain »…
Si on leur demande aujourd’hui
quelles sont les formations qu’ils aimeraient encore suivre, ils parlent
d’approche par le toucher, de secourisme, d’attitudes adéquates par rapport à la démence et d’une remise à
niveaux par rapport à la manutention du corps humain. Tout un programme !
Christine VAN HAUWAERT
Responsable du service Communication
S’enrichir d’échanges
D
epuis longtemps le Centre
Reine Fabiola entretient des
relations avec la Maison Marie
Immaculée, une maison de repos
neufvilloise. A la faveur de l’ouverture du foyer d’hébergement la
Reverdie en 1998, et des différents
questionnements liés à ce projet,
des échanges se sont concrétisés à
plusieurs reprises.
La Maison Marie Immaculée située
elle aussi dans le village de Neufvilles
répond aux besoins, aux attentes et
aux sollicitations de personnes âgées,
handicapées ou en fin de vie.
Elle compte deux unités pour personnes désorientées ainsi qu’une
Unité hospitalière de Soins Palliatifs
(USP) qui comporte six lits.
En fait, nos structures sont complémentaires car elles n’ont pas la même
vocation au départ, explique Michel
Bock, Responsable de la Reverdie.
La Maison Marie Immaculée compte
des équipes qui sont à 95 % paramédicales et, voulant créer des activités,
elles ont commencé à intégrer des
éducateurs. Tandis qu’à la Reverdie,
les infirmières ont parfois du mal à
créer leur place au sein d’une équipe
éducative. Les échanges sur nos expériences sont donc très bénéfiques.
A plusieurs reprises, le responsable et
des éducateurs de la Reverdie se sont
aussi rendus à la Maison Marie Immaculée pour voir le matériel spécifique
que les infirmières et aides-soignants
utilisaient : bus adapté pour le transport de personnes vieillissantes, matériel adapté à l’accompagnement en
soins palliatifs…
En 2008, ils y ont aussi assisté à une
journée d’étude sur le thème de « l’humanitude » durant laquelle ils ont pu
visiter une toute nouvelle unité spé-
Emergences 27
Dossier
cialisée dans l’accueil de personnes
désorientées.
Frédérique Pavart, Responsable
d’Unité pédagogique à la Reverdie,
explique les apports des réflexions
abordées ce jour-là : L’objectif de
cette journée était de déterminer des
pistes de travail pour une nouvelle
approche de la personne désorientée
et un nouveau rôle pour les professionnels. Une infirmière nous y a présenté le concept de « l’humanitude ».
Il s’agit d’une philosophie qui amène
le soignant à améliorer ou maintenir
la santé de la personne désorientée
et lorsque la fin de vie approche, de
l’accompagner vers la mort. Les piliers fondamentaux de ce concept
sont le regard, le toucher et la parole.
Etant donné que les personnes désorientées ne sont plus capables de
s’adapter à leur environnement, nous
devons nous adapter à elles. En essayant et en réessayant d’entrer en
contact avec elles et de pénétrer leur
bulle, en captant ne fut-ce qu’un petit sourcillement, une lueur dans leur
regard ou un sourire, ce qui nous
permet d’être pour un bref moment
en communication avec elles. Une
phrase m’a particulièrement mar-
quée : « Tous les soins doivent être
habillés d’une relation même s’ils
comportent des actes techniques ».
Christine VAN HAUWAERT
Responsable du service Communication
Lignes de vie
I
l y a une dizaine d’années, une
formation intitulée « Parcours »
a vu le jour au Service de Formation Permanente. Elle s’adresse aux
résidants qui sont entrés au Centre
Reine Fabiola depuis au moins
trente ans. Objectif : retracer les
moments importants de leur vie.
Etalée sur plusieurs années, cette formation reprend les étapes historiques
les plus importantes concernant le
Centre Reine Fabiola, les grands faits
de l’actualité, le village de Neufvilles
et l’histoire personnelle de chaque
participant. Pour ce dernier aspect, les
formateurs recherchent au préalable,
dans les archives, les événements principaux de la vie des personnes inscrites
à la formation. À chaque séance, ces
différents aspects sont évoqués année
par année en commençant en 1963,
année de création de l’institution. Les
groupes sont constitués d’environ sept
personnes et depuis la création de cette
formation, les formateurs en sont au
cinquième groupe.
La partie « actualité » est adaptée
aux centres d’intérêt des membres du
groupe, plus axée par exemple sur le
sport ou les découvertes scientifiques.
Quant à la partie consacrée à l’histoire
personnelle, elle évoque les éléments
importants avant l’entrée au Centre
Reine Fabiola puis balaie les années
une à une en se construisant sur base
d’échanges de souvenirs, de la découverte de photos… Tout cela est rassemblé dans un album personnel qui
reprend des textes et des photos.
Les intérêts de cette formation sont
multiples pour les participants: entretien de la mémoire, ouverture sur
le monde qui les entoure, structuration dans le temps… Ils sont aussi
liés à chaque personnalité. Le fait de
se raconter déclenche parfois l’envie
de renouer avec une famille que l’on
a perdue de vue, provoque des réflexions sur le sens de sa vie… Finalement, j’en ai fait des choses depuis
que je suis ici !, conclut parfois l’un
ou l’autre participant. Lorsqu’une personne raconte au groupe une partie de
son histoire, l’un des formateurs prend
note et relit ensuite le texte qu’il a rédigé. Il n’est pas rare de constater que
certains participants, au moment de la
lecture, se réapproprient leur histoire
et renforcent leur identité, prenant
conscience que, malgré une longue vie
au sein d’une communauté, ils sont des
individus avec une histoire propre !
Christine VAN HAUWAERT,
Responsable du service Communication
Et Suzanne ROOSENS, Formatrice au Sefope
Mars 2011
28 Emergences
Dossier
« Tout ce qu’il reste à faire
quand il n’y a plus
1
rien à faire »
L
orsque l’état général d’une personne
handicapée se dégrade
inexorablement et que
les fonctions vitales sont
atteintes, les médecins
décident alors ce qu’on
appelle couramment « le
1
passage en soins palliatifs ». C’est l’arrêt des
traitements curatifs ; un
autre accompagnement
commence... Ces soins
palliatifs sont destinés à
la personne en fin de vie
et visent à assurer l’ac-
Extrait du Rapport d’information 207 (98-99) - Commission des Affaires sociales du Sénat français
compagnement global du
patient et de son entourage, tant au niveau de
la gestion des symptômes
physiques et de la douleur
que d’un soutien psychologique ou spirituel.
Emergences 29
Dossier
ntoine2 est une personne atteinte
de trisomie 21. À l’âge de 55
ans, il commence à présenter des
pertes de mémoire et d’orientation.
Rapidement, il est sujet à des crises
d’épilepsie à répétition qui ont provoqué des dommages cérébraux irréversibles. Petit à petit, il perd l’usage
de la parole, a de plus en plus de
difficultés à se déplacer et à s’alimenter seul. Antoine connait aussi
des moments de lucidité. C’est un
phénomène fréquemment rapporté
par l’équipe éducative de la Reverdie : Je me rappellerai toujours de
cette résidante qui ne bougeait plus
de son fauteuil roulant, qui ne disait
plus rien. Nous avions mis de la musique et il s’est passé quelque chose
dans ses yeux, une étincelle. Ça a été
un moment merveilleux, se souvient
Frédérique Pavart, Responsable
d’Unité Pédagogique à la Reverdie.
Durant cette période de grande dépendance, l’accent est mis sur le
confort de vie du résidant. Au moment où la parole n’est plus présente,
c’est le corps qui prend le relais. Il
faut alors être encore plus attentif au
langage non-verbal, aux mimiques
qui peuvent exprimer la douleur ou
des moments de conscience, explique
Frédérique Pavart. La dimension relationnelle dans les soins apportés
prend alors une importance capitale.
C’est essentiel de continuer à dialoguer avec la personne handicapée et
de lui expliquer : je vais te brosser
les cheveux, je vais te relever du lit.
On peut aussi mettre une musique
qu’elle aime dans la pièce.
Antoine va parfois un peu mieux,
puis de moins en moins bien jusqu’à
ce qu’il ne devienne incapable de
s’alimenter. Il s’affaiblit et la machine s’enraye inexorablement : des
problèmes cardiaques et pulmonaires
apparaissent. Son corps ne répond
plus aux traitements curatifs, le passage en soins palliatifs est alors la
dernière étape. À partir de ce moment, on axe exclusivement sur la
gestion de la douleur et le confort de
fin de vie.
Lorsque le médecin prend cette décision, la famille est bien évidemment
A
2
informée et va le rencontrer ainsi
que les représentants de l’institution.
Une équipe d’infirmières extérieures
vient également en soutien afin d’assurer un suivi 24 heures sur 24.
Bien qu’alité, le résidant ne perd pas
tout contact avec ce qui faisait sa
vie : Les autres habitants du foyer
peuvent venir lui rendre visite. C’est
parfois très surprenant d’entendre ce
qu’ils ont à lui dire.
Lorsque la fin semble proche,
l’équipe contacte la famille d’Antoine qui arrivera à temps pour accompagner ses derniers moments.
L’équipe de la Reverdie opère un
suivi en soins palliatifs et s’est formée à cet accompagnement. Après
le décès d’Antoine, tous les éducateurs et les infirmières se réunissent
pour un débriefing. Parfois, ce sont
des émotions qu’on a besoin d’ex-
primer ; parfois, on se dit qu’on a
fait un « beau » travail et que la personne s’est éteinte aussi sereinement
que possible.
Cet accompagnement jusqu’à la fin
bouleverse inévitablement, malgré
la volonté de rester professionnel. Il
peut d’ailleurs arriver qu’un membre
de l’équipe s’implique moins dans
un suivi de fin de vie car il connaît,
dans sa vie privée, une situation similaire.
Frédérique Pavart le constate :
Lorsque nous rencontrons ce genre
de situation forte en émotions, nous
sommes tous centrés autour de la
personne handicapée. On se serre
les coudes et ça retisse un lien entre
nous.
Mélissa PIZZOLON
Assistante en communication
Cas fictif inspiré de situations rencontrées au fil des années au Centre Reine Fabiola.
Mars 2011
30 Emergences
Dossier
La
Gradine
un nouveau foyer d'hébergement
L
a Gradine ouvrira ses portes
en mars 2012. Comme la Reverdie, ce nouveau foyer d’hébergement accueillera des personnes
vieillissantes et sera particulièrement
adapté à celles qui présentent des
troubles particuliers ou risqueraient
de se mettre en danger. Les deux projets seront donc similaires, travaillant
en synergie et sur un principe de solidarité.
Quant au Garnisteau, de par son infrastructure, il accueillera des personnes vieillissantes ne présentant
pas de problématiques particulières et
pouvant rester libres de leurs mouvements sans danger aucun.
Plus concrètement…
La Gradine sera composée de trois
unités de 11 personnes. L’infrastructure sera de plain pied, permettant ainsi d’accueillir des personnes à mobilité réduite dans chaque unité (ce qui
est aussi le cas du rez-de-chaussée de
la Reverdie). Comme à la Reverdie, la
propriété sera clôturée et certains habitants auront une clé leur permettant
d’aller et venir à leur guise.
Vers un nouveau modèle
d’équipe
Depuis trois ans, le modèle d’équipe
de la Reverdie s’est quelque peu distingué de celui qui est habituellement
en place au sein des foyers d’hébergement. L’équipe s’est formée, au fur et
à mesure des situations, à la problématique de la gériatrie ainsi qu’à celle
de l’accompagnement de fin de vie.
Pour l’aider dans ce travail, deux infirmières mi-temps ont été détachées
du service médical pour rejoindre la
Reverdie. Le week-end, il y a également un passage infirmier. Le médecin généraliste consulte sur place un
soir par semaine et passe en réunion
d’équipe une fois par mois pour débattre des questions médicales.
Cela nous amène aujourd’hui, à la
veille de la création de la Gradine, à
utiliser le fruit de ce travail pour l’élaboration du nouveau modèle d’équipe
qui conjuguerait l’aspect éducatif avec
le suivi médical. L’équipe serait dès
lors constituée d’éducateurs, d’aidessoignants, d’infirmières, voire d’autre
personnel paramédical.
Emergences 31
Dossier
Un groupe « historique »
au Garnisteau
Depuis le 10 janvier dernier, la Sabbatine, une des unités de vie du Garnisteau, accueille un groupe de dix
résidants qui rejoindront la Gradine
lorsqu’elle ouvrira ses portes. En attendant leur installation au sein du
nouveau bâtiment, ils découvrent
petit à petit le nouveau projet et visiteront les lieux au fur et à mesure
de leur construction. Les éducateurs
qui accompagnent actuellement ces
personnes à la Sabbatine rejoindront
aussi le nouveau projet.
Elsa NEPOTSCHELOWITSCH
Adjointe de Direction
Responsable de l’Espace des Sources
Mars 2011
32 Emergences
Dossier
Une approche progressive
dans le temps
L
a création de l’institution en 1963
répondait déjà à un important besoin, au sein de la société : assurer
une suite logique à l’accompagnement
d’enfants handicapés mentaux en accueillant des adultes qu’ils devenaient.
Très vite se sont posées deux questions : celle de la mixité et celle de savoir « jusqu’où irait l’institution » dans
l’accompagnement de ces adultes qui,
un jour, deviendraient des personnes
vieillissantes.
plus dépendantes : une cité composée
de petites unités, de plain pied, avec de
larges couloirs très lumineux…
Le phénomène du vieillissement des
personnes handicapées mentales n’est
pas bien connu à l’époque et peu
d’études existent sur le sujet. On pense
que plus le handicap est lourd et la physiologie fragile, plus le vieillissement
est rapide… L’avenir révèlera que les
choses ne sont pas aussi simples.
Un accompagnement
jusqu’en fin de vie
Evolution d’une réflexion
sur l’accompagnement
des aînés
C’
P
est en 1977 que la notion
d’« aînés » est abordée en tant
que telle pour la première fois au
Centre Reine Fabiola. Une étude,
ayant pour thème « les vieillissants »,
est alors entamée par un groupe de
travail qui rassemble des informations
sur les hôpitaux gériatriques de référence et sur le vieillissement.
Il est alors décidé d’accompagner les
personnes accueillies au Centre Reine
Fabiola jusqu’à la fin de leur vie.
Le Garnisteau : premier
foyer d’hébergement
adapté
C
e point-là étant clarifié, l’institution envisage alors la création
d’un foyer d’hébergement adapté.
C’est ainsi qu’est posée en 1980 la
première pierre du Garnisteau, qui ouvrira ses portes deux ans plus tard. Sa
conception est adaptée à des personnes
ar la suite et jusqu’en 1990, différentes étapes vont permettre aux
équipes pédagogiques et éducatives
d’évoluer dans leur réflexion sur l’accompagnement des personnes vieillissantes.
En 1980, le Service de Formation Permanente, face à une période d’admissions importantes, met en place une
grille d’évaluation systématique des
capacités des personnes récemment
accueillies. Celle-ci est importante car
elle sera un des outils d’analyse quand
il y aura suspicion de déclin.
Il évoque de plus en plus la notion
d’« entretien des acquis ». Des supports didactiques sont créés et mis à
la disposition des résidants sur leurs
lieux de vie.
En 1985-1986, on fixe le cadre de réunions appelées « rencontres-bilan ».
Celles-ci font le point sur le travail
réalisé et à réaliser avec une personne
handicapée mentale et renforcent l’as-
pect pluridisciplinaire : échange des
points de vue des différents intervenants, harmonisation des objectifs
et des interventions, création d’un
consensus et d’un contrôle par le biais
d’évaluations.
Une journée d’étude sur
le vieillissement
E
n 1989, un travail de rechercheaction commencé en 1986 est
présenté lors d’une journée d’étude
organisée au Centre Reine Fabiola.
Ce travail, « Age et vieillissement »,
définit différentes pistes de travail à
mettre en œuvre : évaluer les raisons
qui amènent à penser qu’un résidant
est vieillissant (les symptômes présentés peuvent être parfois les mêmes que
lors de processus dépressifs) ; accentuer l’éducation à l’hygiène de vie (alcool, tabac, alimentation…) ; évaluer
les pertes d’acquis ; se plonger dans
l’histoire personnelle des bénéficiaires
pour tenter de mieux comprendre leur
situation ; se préparer à accompagner
conjointement des personnes qui vont
vers une plus grande autonomie et
d’autres qui connaissent un processus
d’involution (de déclin).
Le premier « retraité »
À
l’époque, des réflexions sont
aussi menées sur le droit à la « retraite » : reconnaître qu’à un certain
âge, les résidants ont droit au repos, à
une occupation différente du temps…
André est le premier à atteindre l’âge
Emergences 33
Dossier
de 65 ans en 1990. Il accède au statut
de « retraité ».
Le groupe Mival
E
n juillet 1992, Xavier décède à
l’âge de 45 ans. Il n’est pas très
âgé mais les graves dégradations
physiques qu’il a connues durant les
deux dernières années de sa vie et
les réflexions et ajustements qu’elles
ont suscités ont donné aux équipes
des pistes de travail pour l’accompagnement des personnes vieillissantes.
Après une hospitalisation, il est accueilli à la Maison Marie Immaculée1
à Neufvilles, son besoin de soins médicaux adaptés ne lui permettant pas de
revenir au Centre Reine Fabiola. Cela
lui a toutefois permis de rester à Neufvilles et de garder un contact avec les
personnes handicapées et les membres
du personnel qui lui rendaient visite
régulièrement.
lier : réintroduire dans les discours et
les actions quotidiennes une éthique
relationnelle, se centrer sur sa puissance d’être humain compétent faisant
du mieux qu’il peut dans une situation
où il est appelé sans cesse à se surpasser.
Le Relais : un foyer d’hébergement ouvert en journée
E
n 1993, le Relais, foyer d’hébergement ouvert en journée, est une
des premières réponses à la difficulté
des équipes à assumer les maladies ou
convalescences de personnes ne pouvant rejoindre temporairement leur
atelier de jour ou ayant besoin de repères plus stables. Certaines personnes
vieillissantes peuvent y être orientées.
La Reverdie : premier
foyer d’hébergement
adapté aux personnes
a même année est créé le groupe
Mival2 et, en 1993, les membres vieillissantes
L
du groupe rassemblent leurs réflexions
dans un document intitulé : « Vers un
accompagnement de l’incertitude face
aux personnes vivant une dégradation
physique importante ». Ce travail part
de l’hypothèse que la confrontation à
la destruction et à la mort soulève les
paradoxes et les limites de l’institution sécuritaire que veut être, envers
et contre tout, le Centre Reine Fabiola.
« Plus l’institution est sécurisante,
plus elle aura des difficultés à accepter des phénomènes qu’elle ne peut
contrôler ni de près, ni de loin et qui
vont à l’encontre de son désir inavoué
de puissance illimitée », peut-on lire
dans l’introduction de ce travail qui
sera déterminant pour les équipes éducatives. Car il s’attache à redéfinir le
rôle valorisant que peuvent adopter les
éducateurs qui se trouvent confrontés
« en première ligne » aux souffrances
et dégradations de résidants, et au phénomène de vieillissement en particu-
1
2
Maison de repos pour personnes âgées.
« Minus Validos » : moins valides.
A
u fil du temps, sur base de l’évolution des personnes accueillies,
force est de constater que les dépendances liées à l’âge concernent de plus
en plus de résidants et que la structure
éclatée du Garnisteau n’est pas aussi
pratique et sécurisante qu’on ne le
pensait. Il s’avère alors nécessaire de
créer une nouvelle structure adaptée
à l’accueil de personnes vieillissantes
jusqu’à la fin de leur vie, ouverte
vingt-quatre heures sur vingt-quatre
et à l’année longue. C’est ainsi que
le projet de la Reverdie est conçu par
toute une équipe de travail. Située à
l’arrière de la Bergerie, cette infrastructure ouvre ses portes en 1998.
Elle est destinée à accueillir les aînés
du Centre Reine Fabiola ainsi que des
personnes handicapées nécessitant, de
manière permanente ou temporaire,
une référence éducative unique. Répondant à des besoins de confort, de
sécurité et de proximité des services
du Centre Reine Fabiola, ce foyer permet aussi de maintenir une vie active
adaptée au rythme de chacun de ses
habitants.
E
n mars 2012 sera inaugurée la
Gradine, un nouveau foyer d’hébergement similaire à la Reverdie, destiné lui aussi à l’accueil de personnes
vieillissantes et adapté à celles qui présentent des troubles particuliers.
Points de repère
1963 : création du Centre Reine Fabiola.
1977 : création d’un premier groupe de
travail autour de la thématique du vieillissement.
1980 : ouverture du Garnisteau, foyer
d’hébergement adapté à des personnes
handicapées plus dépendantes ;
création, au Service de Formation Permanente, d’une grille d’évaluation des capacités.
1985 : développement du travail pluridisciplinaire.
1989 : « Âge et vieillissement », journée
d’étude organisée au Centre Reine Fabiola.
1990 : le premier résidant à atteindre l’âge
de 65 ans accède au statut de « retraité ».
1992 : création du groupe Mival : redéfinition des rôles valorisant que peuvent adopter
les éducateurs qui se trouvent confrontés aux
souffrances et dégradations de résidants.
1993 : le foyer d’hébergement le Relais est
ouvert en journée.
1998 : ouverture de la Reverdie, foyer
d’hébergement conçu pour les personnes
vieillissantes
2012 : ouverture de la Gradine
Mars 2011
34 Emergences
Du côté des médias...
Presse écrite
Grégory de « Top Chef »
soutient les personnes handicapées
L
e talentueux cuistot de l’émission de RTL-TVI, Grégory
Cuilleron, né avec un bras atrophié, est très actif au sein de l’Association de Gestion du Fonds pour
l’Insertion professionnelle des Personnes handicapées, mentales et
physiques (AGEFIPH). « Je me suis
rendu compte que j’avais vraiment
un petit rôle d’ambassadeur auprès
des handicapés et de leurs familles.
J’étais représentatif de quelque
chose », confie le belge dans le Parisien.
La Province, 15 janvier 2011
« Libres de poésie »
I
Le Soir, 13 mars 2011
Julien Doré
personnes
handicapées
à Peruwelz
rencontre des
A
lors que le chanteur, Julien Doré,
tournait son clip tiré de
son nouvel album, Bichon, à Peruwelz, il a
accepté de rendre visite
aux résidants du « Défi », foyer pour adultes handicapés mentaux. Il a même fait mieux en les invitant le lendemain sur le
lieu du tournage. Les résidents, dont certains avaient suivi la
Nouvelle Star, étaient enchantés de l’invitation de la star. « Les
résidents étaient encore plus contents de la découverte du tournage le lendemain que de la visite de Julien Doré au centre.
C’est ce qui les a le plus marqués », précise Lionel Bataille,
directeur du centre « Le Défi ».
Le Soir, 4 mars 2011
Des personnes
handicapées
mentales ouvrent
leur restaurant
E
milia Dalben, éducatrice au
service d’accueil de jour du
centre pour adultes handicapés
mentaux ou sensoriels « Les Liserons », coordonne aujourd’hui
une équipe de personnes dans la
région de Mons. Ils ont lancé un
restaurant à Ghlin, « Les Gour-
mands Disent », ouvert les mardi et vendredi à midi. « Chacun
travaille en fonction de ses capacités. Aurore, par exemple, qui
a de grosses difficultés motrices, se débrouille pour compter.
Elle est donc chargée de préparer les assiettes en suffisance.
Maryline, je peux la laisser travailler seule en pâtisserie.»,
explique l’animatrice Emilia. Selon le centre, cette initiative
a également pour objectif d’encourager les échanges entre les
résidants et le monde extérieur.
ls sont 35 handicapés
mentaux ou personnes
souffrant de troubles psychiatriques à fréquenter
chaque jour les Ateliers
du 94, à Houdeng-Gœgnies. C’est là qu’est
née l’édition d’un coffret
contenant des « Libres de
poésie », œuvres associant
textes et dessins de huit personnes handicapées mentales, encadrées par deux artistes. Avec Sandra de Boerdère de l’ASBL
montoise « Dérives », ils peuvent aussi prendre part à un atelier
mensuel de théâtre qui se tient dans les locaux de l’association.
« Ce que j’y entendais était si insolite que je prenais des notes.
Sur la base d’une même image, d’un moment à l’autre, les personnes qui fréquentent les Ateliers du 94, peuvent raconter une
autre histoire », explique Sandra de Boerdère.
Informations : http://libres-de-poesie.over-blog.com/
Le Soir, 7 janvier 2011
Démythifier le handicap
H
andy Days, c’est le nom
donné au projet de sensibilisation au handicap au sein
des Hautes écoles en province
de Hainaut. Des journées de
« démythification » du handicap sont organisées dans les
établissements scolaires de la
Province. « Le handicap reste
un sujet qui engendre une peur
ou un malaise au sein d’une
société », précise Serge Van
Brakel, président de l’ASBL
Horizon 2000. Cette initiative
permet de confronter les étudiants aux personnes handicapées,
afin que la sensibilisation s’effectue à la base. « Pour sensibiliser les professionnels de demain, il faut aller à la rencontre des
jeunes qui deviendront professeurs ou chefs d’entreprise.» Ce
projet est ouvert à tous les étudiants qui désirent en faire partie.
La Libre Belgique, 15 février 2011
Emergences 35
Du côté des médias
Sites Web
Evénements
L’animal
dans le soin
Rencontres Internationales
du CREAHM
L
D
e 2 juillet 2011, à l’Université
de Paris, le CEPIHA (Cercle
d’Etudes Pluridisciplinaires des
Interventions
Homme-Animal),
organise un colloque sur le thème :
« L’animal dans le soin : entre théories et pratiques ». Il a pour objectif
de montrer que les activités associant l’animal à visée thérapeutique
connaissent un vif engouement auprès des professionnels de
la santé humaine (psychologues, thérapeutes, etc.) et de l’animal (éthologues, vétérinaires, etc.). De nombreux spécialistes
s’accordent à dire que des personnes handicapées mentales parviennent à retrouver une certaine autonomie et de la confiance
grâce, par exemple, à l’équithérapie (thérapie par le cheval) ou
encore à la delphinothérapie (thérapie par les dauphins).
u 26 mars au 2 avril
2011, au Hangar B9 à
l’Institut Saint Luc à Liège,
a eu lieu la quatrième édition
des rencontres internationales
du CREAHM (Créativité et
Handicap Mental), ASBL
qui valorise les productions
culturelles de personnes handicapées mentales. Des spectacles
de danse, de cirque et de théâtre ont été organisés avec des artistes issus d’horizons très divers. Un des objectifs est de chercher à sensibiliser, à interpeller, le public mais aussi les opérateurs
culturels qui tissent le lien indispensable entre les créateurs et les
spectateurs. Les Rencontres Internationales du CREHAM proposent également des moments d’échanges concrets : ateliers, tables
rondes, rencontres entre compagnies et soirées festives.
http://www.animauxetcompagnies.com, le 4 février 2011
Informations : http://www.creahm.be
Littérature
H i p p o t h é r a p i e Conjuguer
santé mentale
à Louvain-la-Neuve
E
ntre septembre et décembre, durant quatre
week-ends, la ferme équestre
de Louvain-la-Neuve propose
un séminaire en hippothérapie,
destiné à toute personne désireuse d’explorer les richesses
de la relation homme-cheval et
de les prolonger dans une démarche thérapeutique. Par ailleurs,
la ferme équestre propose, durant toute l’année, des séances
d’hippothérapie ouvertes notamment aux personnes handicapées mentales. La thérapie se base sur la relation et l’interaction
entre la personne, le cheval et l’hippothérapeute.
Informations : http://www.ferme-equestre.be
Guide sur
et handicap mental
E
n juin 2010, l’IWSM (Institut Wallon de Santé Mentale) a sorti le
24ème numéro de sa revue, Confluences.
A raison de 3 publications par an,
Confluences se fait l’écho de l’actualité et des réflexions dans le secteur du
handicap mental. Le dossier spécial de
cette édition est : conjuguer santé mentale et handicap mental. Nous pouvons
y découvrir des portraits, articles de
fond, brèves, comptes-rendus et infos pratiques sur ce thème. Ce
dossier vise à encourager le dialogue entre points de vue, s’intéresser aux questions éthiques et aux enjeux soulevés.
Informations : http://iwsm.be
le handicap mental
L
e magazine français d’information sur le handicap, Déclic a sorti
un ouvrage qui s’attache aux causes
du handicap mental : Mon enfant a
un retard mental. Dans ce guide, nous
pouvons retrouver des reportages
photo qui donnent des pistes d’accompagnement, des conseils
de professionnels pour suivre la santé d’un enfant handicapé,
faire progresser sa motricité et développer ses apprentissages.
De plus, nous y trouvons des idées pour lui apprendre les relations sociales, comprendre et gérer l’intimité, les émotions, les
sentiments et de nombreux témoignages de parents d’enfants
porteurs d’un handicap mental.
Informations : http://www.magazine-declic.com/
L’enfant parallèle
L
uc Vanden Driessche, psychologue et psychanalyste à Saint-Brieuc, en France, a publié un ouvrage sur les représentations parentales dans l’éducation d’un enfant handicapé :
L’enfant parallèle. Il part du constat suivant :
pour continuer à vivre et élever un enfant dès
lors que celui-ci est handicapé, les parents
sont poussés à développer un intense travail
psychique. Par conséquent, dans leurs représentations, se dessine le portrait d’un « enfant
parallèle ». L’approche de ce livre amène à interroger, les notions
de « déni du handicap », de « deuil de l’enfant imaginaire » et d’
« enfant réparateur ». L’auteur consacre une partie de son travail aux
personnes en situation de handicap, de l’enfance à l’âge adulte.
Contact : maximilien.lejeune@anahm.be
Mars 2011
36 Emergences
Portfolio
Groupe de sensibilisation
au tabagisme
Emergences 37
Portfolio
D
epuis 2002, le Groupe de sensibilisation au tabagisme
propose une aide aux personnes handicapées qui
souhaitent arrêter de fumer. Il mène également des actions de
sensibilisation aux méfaits du tabagisme. Il est composé de
représentants des ateliers de jour, des foyers d’hébergement,
du service de psychologie, du service médical, du Service de
formation permanente et de personnes handicapées membres
du Conseil des Usagers.
Ce groupe de travail est le seul de l’institution à réunir membres
du personnel et bénéficiaires.
À la demande du groupe, le service Communication a créé ces
affiches avec la complicité des acteurs du Théâtre du Plantin.
Mars 2011
38 Emergences
Portfolio
Groupe
p de sensibilisation
au tabagisme
Emergences 39
Portfolio
Groupe
p de sensibilisation
au tabagisme
Mars 2011
40 Emergences
Reportage
Au pays des
contes
D
e tous temps, l’homme a aimé les
récits merveilleux et extraordinaires.
Contes, légendes, épopées, mythes,
fables, paraboles… Les genres qui se
sont développés au fil du temps sont
multiples et revêtent chacun des caractéristiques particulières.
Le pouvoir
des histoires
Q
u’elles s’adressent à des enfants
ou des adultes, les histoires
racontées divertissent, stimulent
l’imagination, font appel à des émo-
Les épopées étaient de longs récits
d’exploits hors du commun réalisés
par des personnages historiques ou légendaires. Petit à petit, le conteur prit
comme sujets pour ses récits des événements de la vie réelle, transformés
au gré de sa fantaisie.
tions et peuvent constituer un apport
pour l’accès au langage de l’évocation. Citons quelques exemples
d’objectifs qui sont poursuivis par
les conteurs dans leurs interactions
avec le public auquel ils s’adressent.
D
ans son article « Contes et médiation, réflexion sur un certain apport », Rogo Koffi Fiangor,
conteur professionnel africain, pose
une réflexion sur le rôle de médiation que peut jouer le conte. Il définit la médiation comme un mode
Emergences 41
Reportage
alternatif de résolution des
conflits, qu’ils soient intérieurs (de soi à soi) ou extérieurs. Il situe l’origine de sa
réflexion dans une intervention en aparté d’une dame
après l’un de ses spectacles :
Vous venez de me donner
les clés pour régler un problème qui me torture l’esprit
depuis de longs mois !
L
e conte peut aussi être
un allié thérapeutique, utilisé
par différents praticiens. Dans « La
psychanalyse des contes de fées »,
Bruno Bettelheim parle de la valeur psychanalytique des nombreux
éléments symboliques du conte, qui
agissent, par métaphores, sur l’inconscient. Les contes de fées nous
parlent au niveau préconscient de
nos angoisses et nous permettent de
mieux les affronter.
D
ans la collection « Apprentis
philosophes », Claudine Leleux
et Jan Lantier proposent « Discussions à visée philosophique à partir de contes pour les 5 à 14 ans ».
Ce livre se compose d’une série de
contes, écrits par l’un des auteurs.
Ils constituent des supports pédago-
à chaque fois convaincu et
attentif.
U
giques pour initier des discussions
philosophiques au départ d’une
question : « Doit-on dire la vérité ? », « Devons-nous préserver ce
que la nature nous offre ? », « Que
serions-nous sans les autres ? »…
Un outil qui veut offrir des histoires,
contes, fables ou légendes pour entrer de manière critique dans un patrimoine commun de pensée et de
savoir-vivre.
De multiples
initiatives
A
u Centre Reine Fabiola, il y a
des moments et des endroits où
l’on aime raconter des histoires, pour
différentes raisons, devant un public
n peu avant les vacances
de Noël, le Perron organise, depuis quelques années
déjà, une soirée « contes et
chansons » qui rassemble
tous les habitants du foyer
autour d’un moment chaleureux et convivial. Sous
une lumière tamisée et au
coin d’un feu de bois, des
conteurs ou conteuses charment les
oreilles des participants. Et en deuxième partie de soirée, un éducateur vient avec sa guitare interpréter
quelques chansons et entraîner les
spectateurs dans son sillage. C’est la
création d’une ambiance paisible et
chaleureuse qui fait la force de cette
soirée à laquelle sont attachés tous
les habitants.
D
epuis deux ans, Philippe Sautois,
animateur du groupe Agora, organise une marche baptisée « À l’écoute
de mon chemin », suivie d’animations
et d’échanges. L’objectif est de déterminer et de préciser les besoins des
bénéficiaires en matière de spiritualité, de pratiques religieuses, de questionnement existentiel.
Mars 2011
42 Emergences
Reportage
Les éducateurs qui accompagnent les
participants sont invités à interroger
les bénéficiaires au sujet de leur éducation, de leurs expériences, de leurs
désirs, de leurs besoins en matière de
religion et de recherche spirituelle.
L’exercice n’est guère facile dans les
débuts, mais au fur et à mesure de la
promenade, la confiance s’installe et
les langues se délient.
Des contes jalonnent la balade et
permettent un autre type d’échange
et de réflexion.
L’objectif poursuivi en évoquant des
contes est de faire passer des messages et de poser une réflexion sur
certaines valeurs, explique Philippe
Sautois. Les histoires racontées interpellent souvent les participants et
constituent pour eux un bon moyen
mnémotechnique pour retenir les
réflexions que nous essayons de susciter. L’écoute permet aussi de développer et d’entretenir la concentration et l’attention. En s’identifiant
aux personnages, les spectateurs
peuvent aussi s’approprier plus facilement les valeurs que ceux-ci véhiculent !
Ainsi cette magnifique histoire de
deux libellules qui traversent la galaxie à la recherche d’un ciel idéal
sans jamais le trouver et qui s’émer-
veillent en (re)découvrant la terre,
sans se rendre compte qu’elles l’ont
quittée pour partir à la recherche du
bonheur.
Cette histoire montre que parfois,
nous croyons le bonheur ailleurs et
pour demain, alors qu’il nous faut le
chercher ici et maintenant dans notre
environnement immédiat, conclut
Philippe à l’attention de ceux qui
l’ont écouté d’une oreille attentive.
D
epuis septembre dernier une
nouvelle activité hebdomadaire a vu le jour au Club, intitulée
« Contes et légendes ». Créée principalement pour les personnes vieillissantes, celle-ci accueille aussi aujourd’hui parmi ses participants un
groupe de l’Eveil1.
Chaque mardi après-midi, ce sont
ainsi plusieurs histoires qui sont
racontées devant un public d’une
vingtaine de participants : un conte
connu, un ou deux contes étrangers
(indiens, brésiliens, africains…) et
une légende ayant un rapport avec
l’actualité ou la région.
L’objectif de cette activité est double,
explique Joël Saint Ghislain, un des
animateurs. Nous tentons de faire
appel à la mémoire des participants
et à leurs souvenirs d’enfance et de
1
L’Eveil est un atelier
de jour destiné à des résidants
ayant besoin d’activités axées
principalement sur la stimulation des sens et permettant
des apprentissages utiles dans
la vie de tous les jours ainsi
que des travaux d’artisanat.
permettre un débat qui met en lumière des corrélations entre les histoires et leur vie actuelle ou passée.
Les contes étrangers, issus souvent
de pays plus pauvres, sont moins
idéalistes que nos histoires de princesses nous transportant dans un
monde de féérie. Les rêves et les espoirs qu’ils nourrissent sont en rapport avec des besoins vitaux tels que
la quête d’eau ou de nourriture. Ce
qui peut donner lieu à d’autres types
de réflexions
Des animations plus participatives
sont parfois proposées, comme, par
exemple, inviter chacun à transposer
sur une toile, avec de la gouache, les
émotions ressenties lors de la lecture.
Sept personnes de l’Eveil participent
à cette activité, explique Godefroid
Deconinck, l’éducateur qui les accompagne. Elles ont toutes accès
au langage. L’intérêt est multiple :
rester attentif le temps de la narration, s’exprimer librement sur un
thème précis, parler de soi et de son
histoire, répondre à des questions…
Une bonne manière d’entretenir la
mémoire et la concentration, pour
autant que les histoires ne soient pas
trop compliquées à comprendre.
C’est aussi un moment où on prend
Emergences 43
Reportage
le temps de s’asseoir ensemble et
d’échanger avec d’autres résidants.
Tous les participants de mon groupe
attendent cette activité avec impatience et souvent en reparlent le lendemain…
L
es initiatives sont multiples et
nous n’avons probablement pas
connaissance de tout. Ainsi, la Bergerie, qui a invité à plusieurs reprises un berger conteur pour animer
sa traditionnelle fête des bergers, ou
encore cette demande d’une résidante, lors de promenades axées sur
la découverte de la nature, d’égayer
la pause de midi en racontant ou en
inventant même des histoires à se raconter…
À chaque expérience, le même
constat est posé par les éducateurs :
les histoires captent l’attention, suscitent le silence et offrent une parenthèse ouverte sur l’imagination et
l’échange.
Bibliographie
Rogo KOFI FIANGOR.
Conte et médiation,
2006, numéro de la revue la Parole.
Bruno BETTELHEIM.
Psychanalyse des contes de fées,
1976, Robert Laffont, Paris.
Claudine LELEUX et Jan LANTIER,
Discussions à visée philosophique à
partir de contes pour les 5 à 14 ans,
2010, Editions de boeck,
Collection Apprentis philosophes.
Chloé COLLIN et Marlène GAUDILLERE,
Année universitaire 2007/2008,
Le conte, Université de Limoges,
Faculté des Lettres et des Sciences
humaines.
http://feeclochette.chez.com/
Christine VAN HAUWAERT
Responsable du service Communication
Mars 2011
44 Emergences
Dialogues croisés
Rencontre à
A
utour de la table, deux générations de bergers. D’un côté, les « anciens », Fernand
Malhomme et Fernand Willems ; de l’autre les « jeunes », David Casimir et Patrice
Moulin. Le boulot, le choc des générations et les biscotos, chacun a son mot à dire !
Quel est le moment de la journée que vous préférez ?
Fernand Willems : On va laisser la
place aux jeunes. Comme ça, nous les
vieux, on peut réfléchir à ce qu’on va
dire.
David : Moi c’est faire le tour de la
prairie, donner à manger aux moutons
et mettre le foin dans les fourragères.
Fernand M. : Avant on n’était que 20,
maintenant on est 30. Les nouveaux
s’amusent, ils se bagarrent.
Fernand W. : On va essayer d’apprendre aux nouveaux à traire. JeanLuc Verny, c’est moi qui lui ai appris.
(À Patrice) Toi, je te prendrai tout seul
parce qu’avec lui (en montrant David
de la tête), tu fais le con ! Tout s’apprend. Moi, il m’a fallu un an pour apprendre à traire.
Patrice : Couper les betteraves.
Fernand W. : C’est pas toi qui le fais,
c’est Thierry !
Patrice : Une fois, je l’ai pas fait parce
que j’avais mal au dos. Il y en a un qui
coupe et moi je ramasse et je mets dans
la manne.
Fernand Malhomme : Moi, le
meilleur moment c’est à 01h00 de
l’après-midi. Je suis dans le calme. Les
autres vont manger au self et au bar.
Moi, je reviens plus tôt pour être au
calme. Sinon, ce que je préfère, ce sont
les agnelages et les traites.
Fernand W. : Moi, c’est un peu tout :
les agnelages, les traites. Pour l’instant,
je suis plus à la Fromagerie. J’aime
bien le week-end et les vacances,
quand il n’y a personne ici parce que le
reste du temps, ça gueule ici !
David : Oui c’est vrai que c’est
bruyant, y en a qui disent des gros
mots. Et les éducateurs crient parce
qu’ils en ont marre.
Fernand W. : J’aime bien faire mon
travail sans personne qui crie autour.
Avant ce n’était pas comme ça mais
maintenant il n’y a presque que des
nouveaux.
David : Fernand va m’apprendre à
traire avec les mamelles pour faire venir le lait. Plus tard, je pourrai le faire
tout seul.
Fernand W. : Pas maintenant !
David : Non, j’ai dit « plus tard » !
Fernand W. : Le jour où Fernand et
moi on sera à la retraite.
Fernand M. : L’année passée, quand
t’as trait avec moi, tu es resté 2 minutes
et tu es parti !
David : Ce jour-là, je n’étais pas bien,
j’étais énervé.
Fernand M. : Oui mais le foyer et ici,
ce n’est pas le même !
Fernand W. : On oublie ce qui ne va
pas au foyer quand on est ici ! On est
au travail, on ne s’énerve pas ici. Si ça
ne va pas au foyer, tu vas voir l’éducateur et tu lui expliques.
Qu’y a-t-il de bien à avoir des
travailleurs plus anciens ici ?
David : Ils nous apprennent à travailler, ils font travailler les jeunes.
Patrice : Ils sont costauds.
Emergences 45
Dialogues croisés
à la Bergerie
David : Il n’y a pas qu’eux ! Moi
aussi je sais prendre des ballots !
Patrice, il dit qu’il est petit, qu’il
n’a pas de force et qu’il ne sait pas
soulever les ballots. Et Fernand, il
dit qu’il doit travailler même s’il
n’a pas de force.
Mais tu es un adulte. Tu dois essayer avant de dire que tu ne sais
pas !
Fernand W. : C’est quand on
fait les ballots qu’on attrape de la
force.
David : Il faut travailler. Moi,
j’aime bien Fernand. Willems et
Malhomme, les deux. Parfois,
Fernand Malhomme, il joue avec
moi.
Qu’y a-t-il de bien à avoir des
travailleurs plus jeunes ici ?
Fernand M. : Avec les jeunes, au
moins, ce ne sont pas toujours les
mêmes qui travaillent.
Fernand W. : Et nous, on pourra
prendre notre retraite bientôt.
Fernand M. : Mais les jeunes
n’écoutent pas. Il leur faudra encore bien 10 ans pour faire tout ce
qu’on fait. Quand on était jeunes,
on était pire.
Fernand W. : Personne ne voulait
de moi dans les ateliers parce que
j’étais insupportable.
Fernand M. : On l’appelait le
cow-boy avec son chapeau et son
foulard.
Fernand M. : Patrice, il écoute ce
qu’on lui dit et il le fait. Il ne faut
pas crier.
Fernand M. : Je joue 2 ou 3 minutes moi et, après, j’arrête.
Fernand W. : Dans une entreprise, c’est différent. Tu n’as pas le
temps de t’amuser !
Pour conclure, quel est votre
souhait pour l’avenir ?
Fernand W. : Je souhaite que les
jeunes fassent un peu d’effort pour
travailler et ne pas se comporter
comme des enfants.
David : Moi, je souhaite qu’il n’y
ait plus de gros mots, que ça ne
crie plus à la Bergerie.
Patrice : Je me sens bien mais
parfois je dois apprendre à grandir.
Devenir grand et costaud.
Fernand W. : Quand Dricot1 était
ici, c’était comme ça et pas autrement ! Maintenant, c’est comme
s’ils étaient en vacances ! Ils travaillent mais à leur aise.
Fernand W. : Si tu veux, je peux
te faire faire des exercices, comme
porter des ballots.
Mais c’est normal ! Patrice a
de tout petits bras !
Patrice : Quand je suis arrivé à la
Bergerie, quelqu’un m’a dit d’aller porter un ballot mais j’avais
mal, je n’avais pas de gants !
David : C’est parce qu’il ne
mange pas assez d’épinards.
Fernand W. à Patrice : Tu en
es capable mais, dans ta tête, tu
penses que tu es encore un gamin.
2
Michel Dricot, ancien responsable de la Bergerie.
Fernand M. : Je souhaite que
ça continue comme ça. Il y a des
hauts et des bas comme partout.
Propos recueillis par Christine VAN HAUWAERT et Mélissa PIZZOLON
Mars 2011
46 Emergences
Carte blanche pédagogique
Lien et distance d
entre art et scien
L
e rapport entre lien
et distance est au
cœur du travail éducatif et
suscite des débats depuis
des dizaines d’années. Le
lien a toujours été considéré
comme primordial pour l’être
humain. Déjà, dans les années
40, Abraham Maslow plaçait,
dans sa pyramide des besoins,
le besoin de sécurité et d’attachement en deuxième position. Dans la même optique,
John Bowlby, en 1958, considérait l’attachement comme
étant un besoin primaire. En
effet, il permet de trouver sécurité et réconfort par un lien
privilégié avec une personne
adulte. Pour susciter cet attachement, les être humains
doivent se rejoindre autour
de références communes. Il
est à voir comme l’apaisement issu de la confiance, de
la sécurité de base et va se
développer, dès la naissance,
grâce au toucher et à la vue.
Le lien entre les personnes
est donc fondamental pour
le développement humain
et les figures d’attachement
permettent la construction
psychique en toute sécurité.
Aussi, les chercheurs s’accordent à dire que le manque
d’attachement entraîne une
baisse de la confiance en soi
et, parfois, un effondrement
de la personnalité.
D
ans le travail éducatif, plus particulièrement dans l’accompagnement de personnes handicapées mentales, le lien et
l’attachement sont bien sûr
fondamentaux. Cependant,
la prise de distance l’est tout
autant. Le rapport entre ces
deux opposés est à réinventer
perpétuellement. Dans cette
optique, la « juste distance »
permet un processus éducatif
efficace. Le contact et l’engagement avec les personnes
handicapées sont nécessaires,
mais la relation fusionnelle,
voire symbiotique est à éviter.
Selon Efren Morales, Adjoint
de Direction, Responsable
pédagogique au Centre Reine
Fabiola, « prendre la bonne
distance, c’est faire du lien.
Ce sont deux pôles qui forment une continuité, l’opposition entre retrait et fusion.
La juste distance est en per-
pétuelle évolution, en fonction du moment, de la personne. » En effet, d’une part,
un éducateur est confronté à
des choix éducatifs importants dans l’accompagnement
des personnes handicapées et
doit faire preuve d’un regard
professionnel, d’une prise
de distance. D’autre part, le
personnel éducatif doit pouvoir faire preuve de chaleur
et de familiarité dans certains
cas. Par conséquent, l’empathie est une qualité de base
dans un processus d’éducation. « Le travail des éducateurs est de s’attacher aux
personnes et de susciter les
manières de s’attacher, c’est
indispensable de créer du
lien. Etre humain, c’est être
en relation », insiste Efren
Morales.
E
n élargissant le
cadre de notre propos, nous pouvons constater
que, pour certains, il existe
une « carence en attachement » dans l’éducation scolaire. Ainsi, si un professeur
crée du lien avec ses élèves
il va pouvoir retenir leur at-
tention et enseigner de manière efficace. Le principe du
« juste attachement » serait,
pour Efren Morales, un principe universel. Nous rejoignons donc l’idée de la juste
distance à instaurer dans le
travail éducatif. Nous avons
vu que celle-ci est en perpétuelle évolution en fonction
du contexte. Néanmoins, une
variable supplémentaire est
à ajouter : la diversité des
personnes. « Un éducateur
doit pouvoir s’occuper de
plusieurs personnes handicapées en même temps. Il doit
donc adapter sa relation à
chacune d’entre elles. Cela
est instinctif, pas seulement
intellectuel. »
C
ette oscillation
entre lien et distance peut également être
appliquée au comportement
de la personne handicapée
elle-même. Celle-ci se comporte parfois de manière extrême et oscille, par rapport
à l’éducateur auquel elle est
attachée, son référent, entre
fusion et rejet. Le travail éducatif est également à élaborer
Emergences 47
Carte blanche pédagogique
dans l’éducation,
nce
en fonction de chaque personne. L’éducation est donc
un processus d’influences
réciproques. Efren Morales
insiste également sur l’importance du conflit dans la relation éducative : « L’instauration du lien n’est pas forcément synonyme de travail
efficace. Le conflit est aussi
fondamental pour recadrer
la relation en permanence.
Nous pouvons comparer cela
au processus d’apprentissage
qui ne se réalise que quand il
y a conflit cognitif. Cette notion de conflit est bénéfique. »
N
ous avons vu l’importance de l’instauration d’une relation de
confiance entre les éducateurs
et la personne handicapée.
Pour Camillo Centorame,
éducateur au Masy, foyer
d’hébergement du Centre
Reine Fabiola, « la relation
entre lien et distance se base
sur la connaissance du résidant ». Il identifie trois paliers de lien qui fluctuent en
fonction de la proximité avec
le résidant : le lien entre la
personne handicapée et l’édu-
cateur au sein du foyer, au
sein de l’unité dans laquelle
elle vit et avec l’éducateur
référent. L’éducateur référent
doit donc individualiser son
travail : « Etant donné que
nous sommes référents, nous
élaborons des projets et nous
écoutons la personne. Nous
faisons preuve d’empathie
dans ce cas. » De plus, pour
Camillo Centorame, le lien
entraîne la distance. En effet,
l’attachement avec le résidant
amène une prise de recul.
« L’écoute entraîne la compréhension et un regard éducatif. Cependant, il y a une
distance à établir car il faut
protéger la personne handicapée mais aussi se protéger. » Ce rapport, au centre du
débat, cet éducateur le traduit
en notions « d’attachement et
détachement ». « Dans notre
jargon, nous disons souvent
qu’il y a le mètre de distance
à faire respecter mais c’est
difficile à instaurer car le lien
se renforce au fil du temps. Il
faut une bonne connaissance
de soi et de la personne.
C’est cela qui va permettre
de s’adapter en fonction des
évènements et des caractéristiques de chacun. » De nouveau, l’accent est mis sur le
caractère évolutif du processus éducatif.
U
n autre aspect important de ce débat
porte sur le travail en équipe.
Le regard extérieur d’un collègue peut se révéler pertinent
dans certaines situations. Aussi, le personnel peut être amené à changer de poste de travail
ou d’équipe et cela peut être
déstabilisant pour le résidant.
« Nous devons pouvoir passer
le relais à un autre éducateur
dans un souci de protection.
Les personnes handicapées
ont un besoin d’exclusivité,
elles veulent s’accaparer leur
éducateur référent. Il faut savoir dire stop, mettre de la distance et les sentiments personnels entre parenthèses. Avoir
une attitude trop paternaliste
n’est pas forcément une bonne
chose. Même si les personnes
ont parfois des comportements enfantins, il est nécessaire de les responsabiliser »,
conclut Camillo Centorame.
E
n guise de conclusion temporaire de
notre réflexion, Efren Morales souligne la place de
l’instinct dans le travail éducatif : « l’éducation est un
art plus qu’une science, il y
a de l’instinct dans ce travail.
C’est une façon d’exercer
une pensée philosophique, de
trouver le juste milieu entre
lien, cadre, normes et valeurs. »
Jérémie MATHIEU
Service Communication
Mars 2011
48 Emergences
Zoom
Une équipe qui
fait
U
briller
ne « odeur de propre » saisit
les narines en arrivant.
Les sols sont mouillés et
Richard et Alain s’affairent avec leur
raclette. Marie-Claude traverse la cour
une lavette à la main. Dans la grande
cuisine des Résidences, la radio envoie
une musique sur-rythmée à plein
volume.
Cette équipe des nettoyeurs fait partie
du Lavandin, un atelier basé sur le
service à la communauté par l’entretien
ménager. Chacun a une série de
tâches à accomplir : nettoyage des
sols, des salles de bains, des miroirs,
époussetage. Marianne, l’éducatrice,
guide, supervise et contrôle.
Emergences 49
Zoom
D
emander à Richard pourquoi
son travail lui plaît, c’est s’exposer à recevoir une réponse invariable et définitive : J’aime bien
nettoyer. Mais il reconnaît aussi une
raison plus pragmatique : Tu dois
travailler sinon tu n’es pas payé sauf
quand t’as congé.
Quand on lui demande si ce n’est
pas parfois un peu décourageant de
devoir nettoyer les mêmes endroits
encore et encore, il répond lucide, tel
un Sisyphe de la propreté : Je sais
que le lendemain, ce sera toujours
pareil, ce sera encore sale mais le
lendemain, c’est le lendemain.
Marie-Claude, qui, en plus d’y travailler, vit aux Résidences, préfère
ménager ses efforts. Après avoir effectué une tâche, elle s’accorde une
pause dans le petit salon du foyer. Et
observe d’un œil averti Richard qui
nettoie le sol. Pour Marie-Claude,
l’apprentissage du métier ne s’est
pas fait du jour au lendemain. Elle
a parfois eu des difficultés à comprendre pourquoi elle ne pouvait pas
aller se reposer dans sa chambre pendant la journée alors qu’elle était sur
place. Acquérir la bonne technique
pour nettoyer les miroirs lui a pris un
peu de temps aussi : cinq ans, estime
Marianne. C’est raisonnable…
L
a relation travailleur/personne
handicapée est ici familiale, un
peu protectrice et en tous cas très
proche. Dans mon travail, j’ai tendance à fonctionner un peu comme
une mère de famille. Je les considère
comme des personnes qu’il faut aider, explique Marianne. On a tous
appris à se connaître et eux ont découvert petit à petit mon humour.
Les résidants y trouvent leur
compte ; Marie-Rose qui travaille
au Lavandin depuis quelques mois
seulement aime son travail et ne
veut plus en changer. Elle est pour-
Mars 2011
50 Emergences
Zoom
phone pour lui dire un petit coucou.
Chacun travaille de manière relativement autonome, en différents
endroits du foyer, mais il est un moment incontournable de la journée :
le café ! A tour de rôle, avec l’argent
de la cagnotte, les résidants vont au
supermarché du coin choisir une
douceur de leur choix qui accompagnera le breuvage. Chacun a sa petite
préférence : des gaufres pour l’une,
du pain d’épices ou des cakes pour
l’autre. C’est comme à la maison ou
presque, dit Marianne. Que le lieu du
travail soit un foyer d’hébergement
contribue aussi à cette atmosphère
douce et familiale.
tant réputée pour être plutôt taciturne
et solitaire mais elle dit sans hésiter
qu’elle s’entend bien avec Giovanna,
son éducatrice. Richard ne tarit pas
d’éloges sur elle, il trouve que c’est
une femme charmante et qu’elle travaille parfaitement.
Sur Marianne aussi, il a des choses à
dire ! Avec elle, on se marre. Pendant
les vacances d’été, quand on ne se
voit pas, je lui passe un coup de télé-
L
oin de l’agitation, alors que la
journée de travail s’achève, certains éprouvent le besoin de se retrouver au calme. Assis seul à une
table de la grande cuisine, Alain boit
son café. A petites gorgées,
le regard au loin. Face à lui,
Marianne explique qu’à 67
ans, Alain veut continuer à
travailler. Elle le trouve parfois fatigué en fin de journée
mais fait aussi remarquer
qu’il a conservé toute sa
souplesse et qu’il arrive toujours à
passer sa serpillière dans des recoins
difficiles d’accès. Alain ne contredit ni ne confirme. Il pose les yeux
quelques secondes sur Marianne
avant de continuer à siroter son café.
Mélissa PIZZOLON
Assistante en communication
Emergences 51
Zoom
Une équipe qui
fait
briller
Mars 2011
52 Emergences
Infos Neufvilles
Serge Delaunay se frotte
à la bande dessinée
pas des tropiques) que résidants et membres du personnel ont
partagé un agréable moment. Échanger ses meilleurs souhaits
pour 2011 dans cette ambiance, c’est, déjà, bien commencer
l’année !
C
réé en 2005, avec pour
objectif principal le développement d’actions culturelles et artistiques en faveur
des personnes handicapées ou
de leur accès aux arts et à la
culture, l’association l’Hippocampe organise chaque année
un concours de bande dessinée
pour jeunes et adultes handicapés, dans le cadre du Festival International de la Bande Dessinée
d’Angoulême.
Cette année, le thème proposé était « Si j’étais… Raconte en BD ». Serge Delaunay, artiste de Campagn’art, atelier d’art du Centre
Reine Fabiola, a tenté l’exercice et le moins que l’on
puisse dire, c’est que le résultat est impressionnant.
Notons que Focus, le supplément culture du Vif L’Express a
choisi d’illustrer son numéro de janvier avec des œuvres issues
d’art & marges musée, du Créahm, de La Pommeraie, de la
Clairière et de Campagn’Art. Ce sont les dessins de Serge Delaunay qui parsèment les pages du magazine.
« Portraits de face- Face to face »
D
u 14 janvier au 27 mars
2011, art & marges musée
(la nouvelle dénomination d’Art
en marge) a proposé l’exposition « Portraits de face- Face to
face ». Des artistes belges, italiens, hollandais y proposaient
deux lectures du portrait : l’intériorité et le repliement sur soi
d’une part, le dialogue et la
curiosité d’autrui d’autre part. Dans
certains portraits, l’œuvre est le reflet de véritables fascinations pour le
personnage représenté, dans d’autres
c’est le visage dans son anonymat,
une image trouvée dans un magazine.
Yves Jules (Yves Fleuri pour les noninitiés), de l’atelier d’art du Centre
Reine Fabiola, Campagn’Art, a fait
partie des artistes exposants.
Carte blanche à 2011
B
ourrasques de bises et avalanches de bons vœux, un puissant anticyclone réchauffait l’atmosphère de la salle récréative ce matin du mardi 4 janvier 2011 ! L’échange des vœux a,
comme d’habitude, marqué le coup d’envoi officiel de l’année
nouvelle. L’équipe du Club assurait le service d’un petit déjeuner sucré-salé gargantuesque. Et c’est sous les sunlights (mais
Souper Tartiflette
au Mouligneau
L’
édition 2011 du souper Tartiflette du Mouligneau a connu
un vif succès et un nouveau record d’affluence avec pas
moins de 190 participants. Ce n’est pas une pluie diluvienne
qui a eu raison de l’ambiance montagnarde. Par tradition, le
vin chaud suivi de l’incontournable tartiflette et la délicieuse
bûche glacée font de
ce repas l’activité qui
clôture les fêtes de
fin d’année au Centre
Reine Fabiola. Une
fois encore, l’équipe
du Mouligneau s’est
dépensée sans compter pour faire de cette
soirée un réel moment
de plaisir et de convivialité.
De la visite au Ceriseau
L
es petits élèves de l’école maternelle de la Régence à Soignies étaient en visite au Ceriseau en décembre dernier.
Découverte du site de la Ramée, brossage et pansage des ânes
avant une petite balade sur leur dos et, l’après midi, pour se
réchauffer, goûter et coloriage, toujours sur le thème des ânes.
Les petits loups étaient emmitouflés de la tête aux pieds car la
température était clairement
glaciale à cette période. Les
travailleurs du Ceriseau,
quant à eux, étaient ravis de
partager leur amour des animaux avec les enfants et très
fiers de montrer leur savoir
faire.
Emergences 53
Infos Neufvilles
Solidarité
J
eudi 20 janvier a eu lieu aux
Résidences une réunion-bilan de l’Opération 11.11.11,
en présence des organisateurs
extérieurs. Pour rappel, les Appartements Supervisés, les Résidences, la Motte et la Maladrée
ont vendu, en novembre dernier,
lors d’un week-end affichant une
météo très pluvieuse, crayons,
calendriers, cartes postales au
profit de l’action « Avec le Sud pour ne pas perdre le Nord ».
Le chiffre de la récolte se monte pour l’année 2010 à 5221 €.
Un autre élan de solidarité a eu lieu du 15 au 17 février. Une
équipe de bénévoles du Centre Reine Fabiola s’est relayée à
l’étal, au Menuet, à la Griotte et à la Ramée pour récolter des
dons pour une action en faveur de la banque alimentaire de
Soignies.
Journée des
Nouvelles Familles
S
amedi 12 février a eu lieu la Journée des Nouvelles Familles. Parents, frères, sœurs et membres du personnel
étaient réunis dans la douce atmosphère de l’Oasis, à la Reverdie, pour échanger points de vue et interrogations. Les discussions ont beaucoup tourné autour de la difficulté pour les
parents de confier leur enfant, de ce sentiment de dépossession
qu’ils peuvent ressentir. Pour ces familles, ce fut l’occasion de
poser les questions qu’elles souhaitaient ou, simplement, de
parler de leur enfant.
Sites Web
L
e site Internet du Centre Reine Fabiola est désormais en
ligne dans la langue de Shakespeare, pour une meilleure
visibilité internationale de l’institution : http://www.centrereinefabiola.be/EN/index.html.
Notons également
que le site de la
Parapette (www.
laparapette.com)
dispose désormais
d’un nouveau look.
Une présentation
plus
dynamique
des réalisations, de
nouvelles photos,
un catalogue encore
plus agréable à parcourir, tous ces « plus » sont à découvrir sans tarder ! Retrouvez-y aussi les infos pratiques dont vous avez besoin (horaires,
plan d’accès…) et les nouveautés réalisées par les artisans de
la Parapette.
Valentine’s day Nekto rejoint l’accord
L
a journée du vendredi 11 février fut placée sous le signe de
la Saint Valentin. Le Bajenrieux avait concocté, pour le petit
marché, un décor en forme de… cœur ! Et distribuait aux passants
des chips en forme de… cœur. Etaient aussi présents l’Eveil, le
Ceriseau, le Plantin, la Carrière et le Fourneau. La Saint Valentin
a remporté un franc succès cette année puisque pas moins de 61
couples d’amoureux y ont participé ! Le thème choisi était « Les
amours d’hiver » et il avait été demandé à chacun d’avoir une petite touche de blanc sur lui : foulard, chemisier, collier, tee-shirt…
Certains avaient une magnifique rose blanche à
la boutonnière ! Toujours
autant de succès pour la
soirée dansante où des
slows langoureux se sont
succédés, entrecoupés de
rythmes plus endiablés.
de branche de Fedustria
N
ekto, l’Entreprise de Travail
Adapté du Centre Reine Fabiola, située à Neufvilles, occupant plus de 180 personnes et active dans la fabrication de palettes,
la menuiserie, le (re)conditionnement de produits, l’entretien
de parcs et jardins, a rejoint l’accord de branche de Fedustria.
Dans le cadre de cet accord de branche, des entreprises du
secteur du textile, du bois et de l’ameublement se sont engagées à améliorer leur efficience énergétique à l’horizon 2012.
En échange de leur engagement et d’un suivi annuel de leurs
performances énergétiques, les entreprises peuvent obtenir, en
fonction de leurs consommations, un allègement de charges
pour l’électricité « verte » ainsi que des diminutions de taxes et
accises pour le gaz, le fuel, etc. Nekto s’attache depuis maintenant quelques années à lancer des actions en matière d’économie d’énergies et de souci environnemental.
Mars 2011
54 Emergences
Du côté du Club
Special O
le compte à rebours est lancé !
Le programme de loisirs développé en faveur des personnes
handicapées accueillies au
Centre Reine Fabiola est
réalisé grâce au soutien de :
Rue du nouveau monde, 17a
Mons - Boulevard Dolez 15
7060 Soignies
Tél : 065 40 17 20 Fax : 065 40 17 30
www.cl-management.be
La Louvière - Place Communale, 20
Tél.:071/82.30.40 - Fax: 071/82.30.41
Tél : 064 23 80 80 Fax : 064 23 80 81
Chaussée de Bruxelles 103 - 6211 MELLET
067/33.16.72
Emergences 55
Du côté du Club
Olympics :
L
es 5 et 6 février, les futurs athlètes qui représenteront le Centre Reine Fabiola aux
Special Olympics 2011 à Hasselt et Genk
étaient rassemblés pour un week-end de préparation. Booster l’esprit d’équipe et faire découvrir les différentes disciplines, voilà le menu !
D’où l’intérêt de se réunir sous la houlette des
animateurs du Club pour travailler tous ces aspects à travers la pratique de l’athlétisme, du
badminton, du tennis de table, de l’équitation,
de l’activité physique adaptée et d’autres disciplines encore. Ces week-ends préparatoires
sont aussi une formidable « machine d’intégration » pour les personnes handicapées récemment accueillies dans l’institution. Le prochain
week-end de ce genre est déjà planifié les 7 et
8 mai 2011 avant le grand rassemblement des
Special Olympics du 1er au 4 juin 2011.
Le programme de loisirs développé en faveur des personnes
handicapées accueillies au
Centre Reine Fabiola est
réalisé grâce au soutien de :
Chauffage, Air Conditionné,
Sanitaire, Electricité
Tel. +32(0)81 40.31.13
info.naninne.be@imtech.be
Viande et charcuteries
Quai Dumon, 4
750 0 TOURNAI
Tél : 069 25 22 47
en gros pour collectivités
069/77.23.73
Mars 2011
56 Emergences
Du côté du Club
« Rave party »
pour le carnaval
L’
édition du carnaval 2011 a encore
remporté un franc succès au Centre
Reine Fabiola. Samedi 5 mars, les
animateurs du Club et les éducateurs
ont mis l’ambiance lors des soumonces
en passant en groupe de foyer en foyer
sur le thème de la « rave party ». Les
déguisements étaient au rendez-vous
et les participants et éducateurs ont
pu montrer leurs plus beaux pas de
danse. Lundi 7 mars, le mystère était
à l’honneur, les participants devaient
trouver eux-mêmes le lieu de la fête en
résolvant un rébus et c’est finalement au
Garnisteau qu’ils se sont rejoints pour
faire la fête. Les résidants ont pu profiter
des maquillages hauts en couleur mais
aussi d’une ambiance « dancefloor »
et d’un goûter. Pour Bruno Floreani,
animateur du Club, il s’agit d’un moment
Le programme de loisirs développé en faveur des personnes
handicapées accueillies au
Centre Reine Fabiola est
réalisé grâce au soutien de :
Travaux publics et privés
Rue des Mineurs, 25
7134 - Péronnes-les-Binche
Tél. 064/ 31 12 12 - Fax. 064/36 94 88
E.Mail : info@wanty.be
Consultez notre site :
http://www.wanty.be
Entreprises Electrotechniques
VANDER PUTTEN sprl
Tél. 054/414926
info@agvdp.be
Herenveld 20
9500 Grammont
clé pour les résidants : « Ils ont besoin
du carnaval autant que nous. Quand
ils finissent une activité, ils attendent la
suivante. »
Emergences 57
Du côté du Club
Le programme de loisirs développé en faveur des personnes
handicapées accueillies au
Centre Reine Fabiola est
réalisé grâce au soutien de :
Entretien et gestion
d’installations techniques
rue Chanoine Scarmure, 36
B-7060 Soignies
Tél. 067/33 56 41
www.laparapette.com
Rue du Cerisier, 48
6001 Marcinelle
Tél. (071)43.39.00
Fax (071)43.85.34
Entreprise de Travail Adapté
Menuiserie
Tout produit en bois :
- vitrines, présentoirs... - caisses spéciales, chevalets... - échantillonnage Rue du Clypot 3, B- 7063 Neufvilles
Tél.: 067/33 32 72 - Fax : 067/33 63 88
www.nekto.be
Fromagerie
de la Bergerie
a sbl M
a
aisons Occupa tionnelles Reine Fabiol
067/33.58.42
www.bergerie-neufvilles.be
Mars 2011
mergences
Centre Reine Fabiola
E
58 Emergences
1
Mars 1993............. (numéro épuisé)
2
Juin 1993 .............. (numéro épuisé)
Septembre 1993 ... Spécial 30ème anniversaire
3
4
Décembre 1993
1
Mars 1994 ............ Des hommes et des femmes
2
Juin 1994 .............. Droit de cité
Septembre 1994 ... Carrefour des parents
3
4
Décembre 1994 .... (numéro épuisé)
Mars 1995
1
2
Juin 1995 .............. Image et estime de soi
DVD : « Les traces dans le miroir » (19’)
3
Septembre 1995 ... Carrefour des parents
Décembre 1995 .... Spécial fête
4
13 Mars 1996............. Les passions
14 Juin 1996 .............. Droits et devoirs
DVD : « Je peux, tu dois, nous avons des droits » (28’)
15 Septembre 1996 ... Carrefour des parents
16 Décembre 1996 .... Voisins, voisines
17 Mars 1997............. La formation
DVD : « Le champ des possibles » (31’)
18 Juin 1997 .............. Les loisirs
19 Septembre 1997 ... Carrefour des parents
20 Décembre 1997 .... L’art de la fête
21 Mars 1998............. Vive les vacances
22 Juin 1998 .............. De la demande à l’accueil
23 Septembre 1998 ... Carrefour des parents
24 Décembre 1998 .... De l’accueil à l’intégration
25 Mars 1999............. Les signes du lien (1) (amours, mixités)
26 Juin 1999 .............. Les signes du lien (2) (parcours à deux)
DVD : « Les signes du lien » (37’)
27 Septembre 1999 ... Carrefour des parents
28 Décembre 1999 .... Temps composés
29 Mars 2000............. Le Centre Reine Fabiola de Neufvilles
30 Juin 2000 .............. Expressions
31 Septembre 2000 ... Carrefour des parents
32 Décembre 2000 .... Campagn’Art
33 Mars 2001............. La conquête de l’espace
34 Juin 2001 .............. Numéro vert
35 Septembre 2001 ... L’accompagnement de aînés (1)
36 Décembre 2001 .....L’accompagnement de aînés (2)
37 Mars 2002............. Raisons d’être
38 Juin 2002 .............. Un mental de vainqueur
39 Septembre 2002 ... Petit traité de l’art d’être bien en sept leçons
40 Décembre 2002 .... Spécial Baléares
41 Mars 2003............. Le Centre Reine Fabiola de Neufvilles
42 Juin 2003 .............. Sens dessus dessous
43 Septembre 2003 ... Petit traité de navigation en eaux profondes
............................... de rêve et de réalité
44 Décembre 2003 .... En route ! déplacements et mobilité
45 Mars 2004............. La Fratrie a 18 ans
46 Juin 2004 .............. Je suis moi
Hors-série Août 2004 ... Le Centre Reine Fabiola de Neufvilles
47 Septembre 2004 ... Petit traité d’exploration du monde
48 Décembre 2004 .... Actualités
49 Mars 2005............. Bâtir un projet pas à pas
50 Juin 2005 .............. Question de savoir-faire
51 Septembre 2005 ... Le bonheur dans tout ses états
52 Décembre 2005 .... L’Atelier Reine Fabiola
53 Mars 2006............. Violences, si on en parlait ?
54 Juin 2006 .............. Vivre le quotidien
55 Septembre 2006 ... Une bruine de paix
56 Décembre 2006 .... Familles et professionnels : quel partenariat?
57 Mars 2007............. Droits et Devoirs
58 Juin 2007 .............. L’intégration : Là où on se sent bien
59 Septembre 2007 ... L’intégration : Passer inaperçu
............................... tout en étant remarqué
60 Décembre 2007 .... Sciure d’étoile
61 Mars 2008............. Campagn’Art
62 Juin 2008 .............. Les chemins de l’inattendu : Devenir parent
............................... d’un enfant handicapé
63 Septembre 2008 ... Le désir des autres
64 Décembre 2008 .... Sans mots pour le dire
65 Mars 2009............. Nourrir l’action - La réflexion à la source du
............................... travail pédagogique
66 Juin 2009 .............. Les Coulisses
67 Septembre 2009 ... Délits d’humain
68 Décembre 2009 .... Entre affection, désir et amour ...
69
70
71
72
Mars 2010
Juin 2010
Septembre 2010
Décembre 2010
Agora - Animation
philosophique et
religieuse
Le champ des possibles - A propos
de formation
L’établi des jours
De la demande
à l’accueil
Créé en 1963 au coeur du petit
village de Neufvilles, dans l’entité
de Soignies, en Belgique, le Centre
Reine Fabiola accueille à l’année
longue plus de 450 personnes adultes
handicapées mentales, d’âges et
de niveaux d’autonomie variés.
Pour accompagner ces hommes
et ces femmes dans leur projet
de vie, quatre cents membres du
personnel environ, dont plus des
deux tiers orientés vers l’action
éducative, collaborent au quotidien dans le souci d’offrir à
chacun une qualité de vie optimale.
Elaborés en concertation pluridisciplinaire, les principes essentiels
qui guident notre travail se fondent
sur le développement personnel,
la socialisation et l’intégration, la
valorisation de l’image de soi, la
reconnaissance de toute personne
handicapée comme citoyen, comme
être de droits et de devoirs, mais
aussi comme homme ou femme
à part entière, sujet de relation
ouvert à l’amour et à la tendresse.
Cet accompagnement fait l’objet
d’évaluations régulières, élaborées
en concertation avec les équipes
éducatives et pédagogiques, la personne handicapée elle-même et sa
famille ou son représentant légal.
Dans un habitat disséminé en zone
rurale ou urbaine se retrouvent
aujourd’hui une quinzaine de
structures d’hébergement, dont
chacune développe un projet spé-
cifique et adapté aux besoins des
habitants : maisons communautaires, cités, appartements supervisés, studios individuels ou de
couple, foyers orientés vers l’accompagnement de personnes plus
dépendantes ou vieillissantes...
En journée, sur une dizaine de
lieux différents, une cinquantaine d’activités sont accessibles.
Celles-ci sont variées, diversifiées et adaptées au rythme et aux
compétences de chaque personne
handicapée. Reconnu comme travailleur à part entière, chaque
individu donne dans son atelier
toute la mesure de sa compétence.
Le Club, enfin, spécialisé dans
l’animation des temps libres, offre
à chacun la possibilité de s’adonner
à des activités de loisirs, dans
les domaines sportif et culturel.
Il offre également un large
éventail de formules de vacances
individuelles ou de groupe.
Aux côtés de ces trois milieux
de vie que sont le foyer d’hébergement, l’atelier de jour et le Club,
des équipes pluridisciplinaires
complètent
l’accompagnement
proposé : on y retrouve le service
social, le service de psychologie,
le service de formation permanente, le service médical, le service
de suite, le service d’Animation
philosophique et religieuse, le
groupe des conseillers de couple.
Si vous désirez vous procurer un ancien numéro de la revue Emergences (3,50 euros) ou un DVD (12,50 euros), envoyer votre commande par courrier à
Christine Van Hauwaert - Service Communication du Centre Reine Fabiola - 455 rue de Neufvilles - B 7063 Neufvilles
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