Guide pour la conduite des diagnostics pour les entreprises

Guide pour la conduite des diagnostics pour les entreprises
Ministère de l'aménagement du
territoire et de l'environnement
Direction
de
des pollutions
la
prévention
et des risques
Sous-direction de la prévention des
risques majeurs
Guide pour la Conduite des
Diagnostics des Vulnérabilités
aux Inondations
pour les Entreprises Industrielles
Version définitive provisoire – janvier 2000
Bruno Ledoux Consultants
risques & territoires
Société d'Assistance à la gestion des Risques
Diagnostic
Inondation
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SOMMAIRE
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Préambule
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Introduction
I
Qu'est ce qu'un Diagnostic inondation ?
Un Diagnostic : Pour Quoi Faire ?
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Première partie
Diagnostic, Mode d'emploi
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Etape 1
1.1 Connaissance de l'aléa
15
1.1.1.Avertissement
1.1.2.Sources d'information
1.1.3.Contexte de survenance des inondation
1.1.4.Choix des scénarios de référence
1.2 Critères hydrauliques influençant les dommages
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1.2.1 La zone inondable
1.2.2 Hauteur de submersion
1.2.3 Vitesse du courant
1.2.4 Turbidité
1.2.5 Durée de submersion
1.2.6 Vitesse de montée des eaux
1.2.7 Période de survenance
1.3 Connaissance des conditions de gestion de crise
37
1.3.1 Existence d'un service d'annonce de crue
1.3.2 L'environnement du site
1.4 Préparation de la visite du site
1
40
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Etape 2
41
2.1 Rappel sur le déroulement de la visite
2.2 Caractériser la Vulnérabilité de l'entreprise
2.2.1 La méthode
2.2.2 L'analyse historique du site par rapport
aux inondations
2.2.3 L'analyse fonctionnelle de l'entreprise
2.2.4 L'évaluation des conséquences d'une
inondation
Etape 3
79
3.1 Formuler des Recommandations pour la
Réduction des Vulnérabilités
3.1.1 Le rôle du consultant
3.1.2 Des mesures techniques
3.1.3 Evaluation du coût des recommandations
3.1.4 Mise en place des mesures et suivi
Seconde partie
Guide pour la collecte des Informations
nécessaires au Diagnostic inondation
97
Rappel des principales étapes du diagnostic inondation 99
Check list
103
Troisième partie
2
Diagnostic
Inondation
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Annexes
Couverture du risque inondation par l'assurance
Prise en compte du risque inondation dans les
systèmes de management environnemental
(ISO 14000, SMEA...)
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115
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Diagnostic
Inondation
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PREAMBULE
R
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A
M
A qui s’adresse ce guide ?
B
Ce guide est un outil à destination de ceux qui doivent conduire l’analyse
de la vulnérabilité de sites industriels vis à vis du risque d’inondation, pour
aboutir à des recommandations.
Le consultant peut être interne, c’est à dire membre du personnel de
l’entreprise, ou externe. Dans tous les cas, il devra être familier avec le
monde de l’entreprise. Il devra également avoir été dûment mandaté par la
direction pour réaliser le diagnostic.
Les connaissances nécessaires dans le domaine de l'aléa inondation sont en
grande partie abordées dans ce guide. Dans des cas particuliers, le
consultant devra faire appel à un expert hydraulicien, pour un complément
d’analyse.
Portée et limites du guide
Ce guide n’a aucune prétention à l’exhaustivité, mais cherche à être le plus
complet et le plus pédagogique possible.
Il fournit d’abord un cadre général de conduite du diagnostic. Le consultant
devra toujours adapter son contenu aux spécificités du site, que celles-ci
relèvent des conditions de survenance de l’inondation, des installations ou
des activités industrielles étudiées.
Il ne fournit pas la liste et la description de toutes les recommandations
possibles pour réduire la vulnérabilité d’un site industriel vis-à-vis des
inondations. Il propose une démarche pour aboutir aux recommandations
les plus pertinentes ainsi que des exemples de telles recommandations.
Mais celles-ci sont pour une grande part à élaborer de manière spécifique
sur chaque site.
Ce guide ne remplace donc en aucune façon la capacité d’expertise et
l’expérience du consultant.
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Contenu du guide
Le guide est constitué de trois parties.
Première partie : elle correspond à la description complète de la méthode
du diagnostic. Elle fournit une série d’informations facilitant le travail du
consultant : objectif de chaque question à poser ou information à collecter,
exemples et illustrations du thème traité (description de sinistres)
permettant à la fois de mieux comprendre l’intérêt des informations
recherchées et d’être un argumentaire vis-à-vis du chef d’entreprise.
Seconde partie : il s’agit d'une liste d'informations que le consultant doit
recueillir et de questions qu’il doit poser à ses interlocuteurs, dirigeants et
personnel de l’entreprise, éventuellement experts extérieurs. Cette check
list constitue une aide de terrain à la collecte des données.
Annexes : Les annexes portent sur des points particuliers, non pas relatifs à
la conduite du diagnostic mais à des éléments de contexte général
(l’assurance, la certification). De nouvelles annexes pourront être rajoutées
dans l’avenir.
Un guide évolutif
Ce guide a vocation à s’enrichir au fur et à mesure que l’expertise dans ce
domaine va se développer.
Le consultant est donc invité à faire bénéficier de son expérience cette
évolution, tant en ce qui concerne la conduite même de l’analyse de
vulnérabilité que les préconisations possibles, lorsque celles-ci peuvent être
extrapolées à d’autres sites. (s’adresser à la Sous-Direction de la Prévention
des Risques Majeurs du Ministère de l'Aménagement du Territoire et de
l'Environnement).
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Diagnostic
Inondation
INTRODUCTION
Qu’est ce qu’un Diagnostic Inondation ?
Un Diagnostic : Pour Quoi Faire ?
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Objectifs du diagnostic
L’inondation d’une entreprise peut avoir pour conséquence d’une part de
provoquer une cessation temporaire de l’activité et, d’autre part
d’engendrer des dommages. Ces dommages sont d’abord directs
(dégradation ou destruction des biens) mais aussi indirects (perte
d’exploitation, perte de clientèle, image affectée...).
L’étude des inondations récentes survenues en France montre que le poids
des dommages imputables aux activités pèse très lourd ; il dépasse
globalement la moitié du coût total des dommages. Le retour d’expérience
montre également que les conséquences pour les entreprises peuvent être
très importantes et conduire parfois à leur disparition.
En même temps, il ressort de l’expérience qu’une anticipation de la part de
l’entreprise permet de réduire, souvent de manière significative, l’ampleur
des dommages et donc les conséquences négatives pour l’entreprise.
Le diagnostic a pour objectifs, vis-à-vis du chef d’entreprise :
-
de le convaincre de la réalité du risque d’une part, de l’importance de la
prévention et de la préparation d’autre part.
-
de l’éclairer sur la vulnérabilité de son entreprise aux inondations et sur
les moyens à utiliser pour réduire cette vulnérabilité.
-
de le conseiller sur les meilleures mesures à adopter pour réduire cette
vulnérabilité.
De plus, le diagnostic, tel qu’il est conçu, fournit aux responsables une
vision de la vulnérabilité de l'activité quelle que soit la source potentielle
du sinistre.
Cette politique volontariste de connaissance du risque et de stratégie de sa
réduction par l’entreprise doit pouvoir servir son image, dans un contexte
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où la connaissance des zones inondables est de plus en plus affichée par les
pouvoirs publics.
Nature du diagnostic
Un tel diagnostic n’a pas de caractère obligatoire : il est de la seule
initiative du chef d’entreprise. Il s’agit d’un engagement volontaire de
l’établissement industriel.
Aucune obligation spécifique ne pèse sur l’entreprise de respecter des
prescriptions techniques ou des normes, sauf si il s'agit d'un site Seveso ou
d'une installation classée, pour laquelle l'étude de danger impose
réglementairement de s'intéresser au risque inondation, ou si les
installations sont réglementées par un document de type Plan de Prévention
des Risques naturels (PPR)*.
Il n’y a pas de normalisation en matière de diagnostic ou de mesures de
réduction du risque.
*Existence d’un Plan de Prévention des Risques inondations
Dans l’hypothèse où un Plan de Prévention des Risques a été approuvé
ultérieurement à la construction des bâtiments, l'entreprise est tenue de
réaliser les mesures de prévention imposées par le règlement du PPR,
dans la limite de 10% de la valeur vénale des biens et dans un délai de
5 ans à compter de la publication de l’acte approuvant ce plan.
Les mesures imposées par les PPR sur les biens existants sont en
général en petit nombre et d’une portée limitée.
Pour les installations futures (nouveaux bâtiments, extensions) ou les
rénovations, le PPR impose par-contre des mesures qui peuvent être
contraignantes (construction des rez-de-chaussée au-dessus d’une cote
de référence) mais efficaces en terme de réduction de la vulnérabilité.
Un exemple de pratique administrative peut cependant être signalé : dans
l’Essonne, un arrêté préfectoral impose aux entreprises soumises à
autorisation et situées en zone inondable, de dresser une check-list des
opérations qu’elles mettront en œuvre au moment de l’inondation. Des
mises en demeures sont émises lorsque le chef d’établissement ne se
conforme pas à l’arrêté préfectoral et des sanctions administratives et
pénales sont possibles.
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Diagnostic
Inondation
Le rôle du consultant et les conditions de l’expertise
Le consultant doit être un spécialiste du monde de l’entreprise. Il peut être
un membre du personnel du site étudié, et effectuer le diagnostic en interne.
Il est préférable qu’il s’agisse d’un expert extérieur, car cette position
permet le plus souvent d’apporter un regard neuf sur l’activité et ses
vulnérabilités.
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Dans les deux cas, il est impératif que la direction générale de l’entreprise
soit largement mobilisée, afin d’introduire le consultant auprès des
différentes personnes ressources du site, pour légitimer son travail et
faciliter l’accès à l’information. Le diagnostic doit être réalisé en
coopération avec les intéressés.
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Le consultant, et tout particulièrement le consultant externe, doit s’engager
formellement à respecter la confidentialité des données recueillies et des
résultats du diagnostic.
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Il doit maîtriser la pratique des analyses de risques, et présenter un
minimum de compétences techniques et de connaissance des contraintes de
l’industrie. Ces dispositions lui permettront de formuler des
recommandations adaptées et réalistes dans leur application.
La démarche générale
Le diagnostic inondation se déroule en trois grandes étapes.
- La première est une étape de préparation de la visite du site, visant
notamment le recueil d’informations générales relatives à
l’environnement de l’entreprise : aléa, système d’annonce des crues,
situation géographique du site, etc.
- La seconde correspond à la visite du site proprement dite et procède à
l’évaluation de la vulnérabilité.
- La troisième consiste à préconiser une série de recommandations visant à
réduire la vulnérabilité de l'entreprise. Le rapport final présente de
manière claire et didactique les résultats des différentes étapes.
L’investissement du chef d’entreprise, surtout au démarrage de l'étude de
vulnérabilité, est essentiel, notamment pour s’assurer de la participation la
plus constructive possible du personnel. La consultation des différents
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responsables est faite au cours d’une réunion préparatoire, puis par des
entretiens ciblés ou au cours de la visite.
La visite de site nécessite de pouvoir mobiliser les interlocuteurs idoines,
pour chaque secteur : stocks, production, laboratoire, ateliers, etc.
Il est préconisé, moyennant un coût plus élevé du diagnostic, d'envisager, à
partir d’un pré-rapport, de faire réagir la direction de l’entreprise pour
valider, corriger ou compléter les analyses issues de la seconde étape.
Les résultats attendus
Le premier correspond d'une part à une synthèse précise des
caractéristiques des aléas auxquels sont exposés l'entreprise et, d'autre part,
à une analyse, descriptive et si possible quantifiée, des dommages et
dysfonctionnements que pourrait enregistrer l’entreprise si elle subissait
l’aléa - ou les aléas - inondation qui la menace, en l’état actuel
d’aménagement du site et du niveau de préparation du personnel.
Cette analyse débouche sur une série de recommandations permettant de
réduire les conséquences par des mesures techniques et organisationnelles.
Celles-ci sont mises en regard de la réduction (efficacité) attendue et de
leurs coûts pour proposer un ou des scénarios de prévention.
Le diagnostic fournit également une évaluation de la vulnérabilité globale
de l’entreprise, quelle que soit la source du sinistre potentiel. Cette
évaluation peut permettre une première réflexion sur une stratégie de
gestion des risques au sein du site.
Les difficultés du diagnostic
Les deux principales difficultés possibles susceptibles de contrarier
significativement le déroulement du diagnostic et la qualité des résultats
sont les suivants :
-
Manque d’implication de la direction. Cet obstacle doit être levé au plus
vite, faute de voir le diagnostic s’éterniser ou ne pas aboutir à des
résultats probants. Mais le consultant a aussi pour mission de
convaincre l’entreprise de la réalité du risque.
-
Insuffisance des données. Soit cette insuffisance est liée à une rétention
d’information ou à une collaboration imparfaite du personnel ; cette
situation sera liée à la première difficulté, le chef d’entreprise étant peu
impliqué ou n’ayant pas introduit correctement le consultant auprès de
ses collaborateurs. Soit elle est intrinsèque : l’information n’existe pas
(sur certains paramètres de l’aléa par exemple) ou elle nécessite des
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Diagnostic
Inondation
investigations
spécifiques,
longues
et
coûteuses
(relevés
topographiques, évaluations monétaires par des sous-traitants ou des
fournisseurs...). Les résultats devront alors être présentés avec des
indications sur leurs limites de validité et il sera précisé à quoi ces
limites sont imputables.
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Diagnostic
Inondation
PREMIERE PARTIE
DIAGNOSTIC, MODE D'EMPLOI
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Diagnostic
Inondation
ETAPE 1
1.1 Connaissance de l’aléa
1.1.1 Avertissement
Ce volet du guide a pour objectifs :
-
de décrire les sources d’information où il est possible de se procurer les
données nécessaires.
-
de décrire les principaux contextes de survenance des inondations.
-
d’indiquer les paramètres hydrauliques qu’il faut prendre en compte
pour analyser la vulnérabilité de l’entreprise au risque d'inondation et
d’expliquer pourquoi et comment ces paramètres conditionnent la
nature et l’ampleur des dommages.
-
de préciser la notion de scénario d'inondation de référence.
Au terme de cette recherche, le consultant jugera si les informations
recueillies sont suffisantes pour réaliser le diagnostic dans son intégralité
ou si une étude hydraulique spécifique est nécessaire.
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1.1.2 Sources d’information
Les informations relatives aux inondations susceptibles de se produire sur
le site étudié doivent en premier lieu être recherchées auprès des services
de l’Etat compétents.
La Direction Départementale de l’Equipement comprend toujours un
service ou une cellule hydraulique qui dispose des études existantes ou est
susceptible d’indiquer quels organismes doivent être sollicités : Service de
la Navigation, Direction Départementale de l’Agriculture, Direction
Régionale de l'Environnement. Si elle n’assure pas elle-même cette
fonction, la DDE indiquera également les coordonnées du service
d’annonce des crues quand un tel service existe.
Si une cartographie réglementaire a été réalisée sur la commune - type plan
de prévention des risques, consultable en mairie - il conviendra de chercher
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1
à se procurer le volet des études préliminaires relatif aux aléas. Les
cartographies des crues historiques, lorsqu’elles existent, sont également
précieuses.
Parmi les autres documents qui peuvent être consultés avec profit, on
signalera les atlas des zones inondables (vérifier leur existence auprès de la
DIREN) et des dossiers communaux synthétiques (vérifier leur existence
auprès des services de la préfecture ou de la mairie).
La commune où est implantée l'entreprise est susceptible de disposer
d’informations si elle a fait réaliser des études particulières, à l’occasion
par exemple de l’aménagement d’une zone d’activité. Les services
techniques de la commune sont également susceptibles de fournir des
renseignements sur les réseaux d'assainissement extérieurs au site et les
points de raccordement avec le site.
Il convient de prêter attention à la date de réalisation des études : si cellesci sont antérieures à la construction des bâtiments, il faudra estimer si les
résultats au droit du site sont toujours valables ou si l’aménagement est
susceptible d’avoir modifié localement les conditions d’inondation.
1.1.3 Contexte de survenance des inondations
L’inondation d’un site donné traitée ici correspond à la submersion par de
l’eau d’origine autre que le réseau d’eau potable ou que les eaux
d'assainissement dans le cadre d'un fonctionnement normal du réseau.
La provenance des eaux peut donc être :
-
eaux de débordement d’un cours d’eau en crue, qui franchit les limites
naturelles de son lit ou les protections élaborées par les hommes ;
-
eaux en provenance du réseau d’assainissement, lui-même inondé par la
montée des eaux d’une rivière en crue ;
-
eaux de ruissellement sur les terrains avoisinant le site étudié ;
-
eaux en provenance de la remontée de la nappe phréatique.
-
cas rare mais grave de la rupture d’un endiguement soit sous la poussée
des glaces lors d’une embâcle, soit lors d’une débâcle de glace qui
emporterait la levée.
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Diagnostic
Inondation
L’inondation se caractérise par :
-
la nature des phénomènes à l’origine de la submersion,
-
la période de retour de ces phénomènes,
-
et parfois des phénomènes aggravants le déroulement théorique de la
crue.
1.1.3.1 Phénomènes
l’inondation
météorologiques
à
l’origine
de
On distingue classiquement deux grands types de phénomènes à l’origine
des débordements directs :
-
-
Les crues océaniques, provoquées par des précipitations
abondantes réparties sur plusieurs jours ou semaines, gonflent les
cours d’eau pendant de longues période et provoquent un
débordement lent. On parle alors d’inondations fluviales.
Cependant, sur les petits affluents des grands fleuves ou dans les
parties les plus en amont du cours, les montées d’eau sont
susceptibles d’être plus rapides.
Les crues torrentielles, provoquées par des précipitations
abondantes réparties sur quelques heures ou une ou deux journées,
d’origine orageuse, caractéristiques des petits cours d’eau.
Ces catégories sont très générales : les temps de propagation, les
difficultés de prévision (et donc d’alerte), la violence des phénomènes ne
sont pas toujours identiques pour chaque catégorie. Etre en climat
océanique ne signifie pas inévitablement que les inondations menaçant le
site étudié surviennent très lentement et sans violence. Il est donc
important de chercher à apprécier les caractéristiques locales de la
submersion le plus précisément possible.
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• Inondation par débordement direct d’un cours d’eau
Les sites en bordure de cours d’eau sont généralement inondés par un
débordement direct. La proximité du cours éveille généralement
l’attention du propriétaire du site.
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1
En bordure de certains affluents, parfois même de très petite dimension,
on peut craindre des inondations importantes du fait d’une crue du fleuve
majeur qui, en crue, viendra s’épandre dans la zone de confluence avec
ses affluents. L’eau pénètre alors en marche arrière, à contre-courant. Ce
type d’inondation présente des risques importants lors de la décrue, car
celle-ci est généralement rapide et peut provoquer des mises en vitesse
de l’eau localement importantes.
En montagne, dans certaines configurations, les torrents sont
susceptibles de provoquer des crues violentes et rapides, avec de très
grandes capacités de cônes de déjection , de transporter des graviers ou
du sable, mais aussi de les “ laisser tomber ”, au sens propre du terme,
dès qu’un obstacle quelconque, comme une confluence avec un autre
torrent ou un pont, freine ou perturbe l’écoulement. Ces sites,
traditionnellement non habités, ont vu l’installation fréquente de zones
d’activités au cours des dernières décennies.
• Inondation par rupture d’une protection
Dans le cas des rivières endiguées, l’inondation survient brutalement soit
par surverse (débordement au dessus de la digue), soit par rupture de
digue.
La prévision de la rupture d’un ouvrage de protection est un exercice très
délicat, empreint d’une grande incertitude, ce qui rend la protection
contre ce type d’accident particulièrement difficile. L’inondation
consécutive à une rupture est un phénomène très brutal et d’autant plus
dommageable que le site étudié est proche de la digue.
Une rupture d’endiguement peut provoquer l’entrée d’un mur d’eau de
plusieurs mètres de haut, progressant à l’intérieur de la zone endiguée à
une vitesse de l’ordre de 3 à 4 km/h, ce qui ne laisse généralement aucun
délai d’intervention, sinon éventuellement pour évacuer in extremis la
population.
• Inondation par débordement indirect
Deux types de phénomènes sont susceptibles de provoquer l’inondation
d’un site industriel par débordement indirect :
-
la remontée de la nappe.
18
Diagnostic
Inondation
-
la remontée d’eau par les différents réseaux d’assainissement :
l’inondation peut être le fait des eaux usées qui n’arrivent plus à
s’écouler dans une rivière en crue et qui débordent du réseau ; elle
peut aussi provenir de l’entrée de la crue elle-même dans les
réseaux. Les eaux n’ont pas la même composition dans les deux
cas.
Il s’agit de phénomènes difficiles à prévoir, surtout lorsqu’ils découlent
du mauvais fonctionnement du réseau en période de crue :
dysfonctionnement ou dimensionnement insuffisant des moyens de
relevage des eaux usées vers la rivière en crue ; absence ou
fonctionnement défectueux des ouvrages empêchant l’intrusion des crues
dans le réseau. Ils sont surtout connus lorsque le site les a subis par le
passé.
• Inondation par ruissellement
La submersion peut être provoquée par le ruissellement des eaux de
pluies d’orages violents et les insuffisances de capacité d’évacuation des
exutoires (réseaux d’assainissement ou milieu naturel). C’est un
phénomène extrêmement localisé, intense, rapide et éphémère
(45 minutes de submersion à la suite de l’orage du 27 juin 1990 à Paris),
mais les eaux accumulées dans les points bas peuvent stagner plus
longtemps.
Ce phénomène s’observe dans le cas de configurations particulières :
versants à forte pente et/ou très imperméabilisés, petits cours d’eau très
artificialisés, réseau d’assainissement sous-dimensionné et/ou
topographie plane ou en cuvette, sol gelé, etc.
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Le cas de Nîmes est exemplaire d’un contexte urbain propice à ce
phénomène : ruisseaux à forte pente habituellement à sec, traversant
l’agglomération et mis en souterrain par l’urbanisation des espaces
consacrés à l’écoulement des eaux. Faute d’un événement historique de
référence, ces phénomènes sont difficiles à décrire a priori avec
précision, leur déroulement étant fortement aléatoire. L'aménagement
urbain peut les rendre plus graves, une même pluie provoquant plus de
dégâts si elle peut moins bien s'infiltrer ou s'acheminer vers l'exutoire.
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Les inondations par pluies d’orages en milieu urbain et climat océanique
sont moins violentes. Leur localisation et leurs caractéristiques sont
mieux connues. Elles peuvent apparaître de manière assez fréquente,
c’est le cas de la Seine-Saint-Denis par exemple.
• Conclusion : les différents aléas* possibles
*Le terme d’aléa s’applique au phénomène physique à l’origine du
sinistre, ici l’inondation. Il se caractérise par plusieurs paramètres
hydrauliques qui expliquent la capacité plus ou moins destructrice
de l’inondation. Il se caractérise également par sa probabilité
d’apparition appelée aussi période de retour.
Du point de vue du ou des aléas qui seront retenus comme référence pour
le diagnostic, il est donc possible de distinguer trois grands types :
-
L’inondation avec des hauteurs d’eau moyennes de quelques
dizaines de centimètres, pouvant localement dans des points bas
ou des lieux d’accumulation, atteindre ou dépasser le mètre. Cette
inondation provient soit d’un débordement de faible ampleur, soit
d’un refoulement ou dysfonctionnement de réseau, soit d’une
remontée de nappe. Son apparition n’est pas brutale ; elle se
déroule sans vitesse de courant marquée, sinon parfois lors de la
décrue pour les débordements de cours d’eau.
-
L’inondation de plaine avec des hauteurs d’eau supérieures ou
égales au mètre : les eaux arrivent plutôt lentement, la crue a été
prévue et la zone inondable peut être appréciée ; les hauteurs de
submersion peuvent atteindre plusieurs mètres dans les cas les plus
graves et la durée de submersion peut dépasser plusieurs jours. La
vitesse peut être marquée dans les zones basses qui servent
d’exutoire naturel.
-
L’inondation rapide par crues torrentielles, par ruissellement
pluvial urbain en site à forte pente, par rupture d’ouvrage proche
du site : les eaux arrivent brutalement sur le site, avec de grandes
capacités de destruction en raison des vitesses du courant et du
transport solide que ces vitesses permettent ; les hauteurs d'eau
20
Diagnostic
Inondation
peuvent être très variables ; la prévision est difficile ou impossible.
Le comportement des flux est souvent aléatoire.
1.1.3.2 Période de retour (ou fréquence)
L’aléa inondation peut se caractériser par sa fréquence, ou l’inverse, son
temps de retour. La fréquence se définit comme la probabilité qu’un
événement a d’apparaître chaque année ou comme le nombre moyen
d’événements similaires se produisant pendant une période donnée à un
endroit donné. La période de retour est l’intervalle moyen de temps
séparant des événements similaires, lorsqu’on observe les événements à
l’échelle de plusieurs siècles. On entend par événements similaires des
crues d'intensité comparable, en débits ou hauteurs, ou en couple débithauteur.
En un lieu donné et pour les inondations par débordements de cours
d'eau, la valeur des différents paramètres caractéristiques de l’inondation
varie en fonction de la fréquence de la crue. Sur le site étudié, la crue
centennale donnera alors des hauteurs de submersion, et probablement
des vitesses, supérieures à la crue décennale.
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Il faut remarquer qu'une crue décennale de printemps n'est pas forcement
la même que la crue décennale de l'année.
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Deux valeurs sont importantes pour le diagnostic :
-
La fréquence de la crue à partir de laquelle le site est touché. Cette
valeur sert de borne inférieure au scénario de l'inondation.
-
La fréquence de l’événement maximal retenu pour étudier le
risque du site concerné, qui correspondra à la borne supérieure du
scénario.
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Pour les cours d’eau importants, soumis aux précipitations océaniques, la
fréquence des inondations est assez bien connue, ce qui n'est pas toujours
le cas pour les cours d'eau moins importants ou pour les aléas de type
ruissellement.
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1.1.3.4 Phénomènes aggravants
Le déroulement de la crue et de l’inondation peut être perturbé par des
phénomènes plus ou moins artificiels et souvent aléatoires, qui sont
d’autant plus gênants qu’ils viendront aggraver l’aléa, en augmentant les
hauteurs et durée de submersion ou les vitesses. Lorsque c’est possible, il
convient d’apprécier les circonstances particulières susceptibles
d’aggraver les effets de la submersion.
Les phénomènes évoqués ci-dessous ne constituent pas une liste
exhaustive. Il convient donc de s’interroger sur les particularités du site
étudié et de son environnement pour évaluer la potentialité de tels
phénomènes aggravants.
• Nature du sol pouvant entraîner des désordres dans les fondations
En fonction de la nature des matériaux du sous-sol (naturel ou remblais)
et de la vitesse du courant, il peut y avoir affouillement au droit des
fondations des bâtiments. Dans les cas extrêmes, ces affouillements
peuvent provoquer l’écroulement d’une partie des murs.
Par le jeu des sous-pressions hydrostatiques (remontée de la nappe) ou
par l’entraînement des fines (lié aux écoulements sous la dalle,
notamment au moment du retrait des eaux), le plancher du niveau 0 peut
être déformé, voire cassé.
Il n’est pas possible de proposer des règles générales vis-à-vis de ces
risques. Plus les matériaux sont meubles, non consolidés, et plus le
risque d’affouillement ou d’entraînement des fines, avec affaissement,
est grand et ce d’autant plus que les vitesses du courant sont fortes.
Dans l’hypothèse où les conditions sont requises pour que le risque soit
sérieux et dans les cas où une déformation de la dalle pourrait entraîner
au niveau de l’entreprise des conséquences graves, une évaluation plus
précise est possible, à partir de l’expertise d’un géotechnicien ou d’un
hydraulicien.
On peut aussi préconiser l’expertise dans les situations où la moindre
perturbation millimétrique ou centimétrique du niveau de la dalle du
plancher du niveau 0 aurait des conséquences graves sur l’activité.
Il faut aussi prendre en considération le cas des entreprises construites
sur remblai en zone inondable. Une inondation qui viendrait entourer et
22
Diagnostic
Inondation
partiellement noyer le remblai peut y induire des perturbations
importantes, sans que l’entreprise ne soit touchée par l’inondation. Celleci pourrait donc subir des dommages indirects sans être inondée et donc
sans être indemnisée.
• Phénomènes d’embâcles et de débâcles
Sur certaines rivières et/ou dans certaines configurations, il peut se
produire des embâcles : amoncellement de matériels (arbres déracinés,
voitures emportées...), au niveau d’un ouvrage ou d’un rétrécissement du
cours d’eau, qui provoque momentanément une retenue d’eau à l’amont.
Lorsque ces embâcles cèdent, la rupture provoque la décharge violente
d’une grande quantité d’eau et de corps flottants. A l’aval, les
caractéristiques de l’inondation changent alors brutalement (accélération
du courant, brusque montée des eaux, transport solide), et ceci de
manière difficilement prévisible.
Les dommages les plus graves lors des inondations provoquées par de
petits cours d’eau à forte pente ou par du ruissellement pluvial urbain
sont souvent imputables à ces phénomènes. Malheureusement, les études
hydrauliques ne les prennent jamais en compte, faute de pouvoir
correctement estimer leurs modalités d’apparition.
Le risque peut donc être apprécié - mais non quantifié - soit par le retour
d’expérience si le phénomène a déjà été observé, soit par une analyse du
site par un hydraulicien.
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• Risque de pollution par l’environnement du site
T
L’agressivité des eaux de submersion sur le site étudié est étroitement
liée aux produits déversés pendant l’inondation à proximité immédiate
du site, plus particulièrement à l’amont, ou sur le site lui-même.
A
Des dépôts de produits chimiques (engrais, ....) peuvent se trouver sur
des sites voisins, être déversés au moment du sinistre et être à l’origine
d’une pollution localisée affectant le site étudié.
Lors de la crue de la Meuse en 95, l’inondation d’un stock d’engrais a
provoqué une pollution des eaux qui, devenues très acides, ont
aggravé les dommages dans les entreprises situées à l’aval immédiat.
23
P
E
1
Il convient donc de se renseigner autant que faire se peut sur la nature
des activités proches.
Il convient également de s’intéresser aux autres matériaux stockés en
extérieur sur les sites proches, matériaux susceptibles lors du sinistre
d’être entraînés par le courant et de provoquer des dégâts sur le site
étudié.
Des cas d’entraînement de stocks de bois sont fréquemment évoqués
lors des inondations. Les billes de bois, lorsqu’elles sont entraînées
par un courant violent, sont susceptibles de provoquer de graves
dommages aux bâtiments.
Lors de la catastrophe de Puisserguier (Hérault, 1997), ce sont des
camions citernes qui, déplacés par un très fort ruissellement, ont
défoncé des mur de bâtiments.
1.1.4 Choix des scénarios de référence
Si un seul type d’inondation menace le site
Ce cas simple correspond à un site exposé à un seul type d’inondation.
Il convient dans ce cas de définir l’événement le plus important qui sera
retenu comme référence pour étudier le risque, caractérisé par une valeur
maximale pour chaque paramètre disponible : hauteur de submersion,
vitesse de montée des eaux, durée de submersion.
Dans le cas d’une inondation par débordement direct d’un cours d’eau,
l’événement maximal de référence retenu peut être celui utilisé par la
cartographie réglementaire lorsqu’elle existe (crue centennale modélisée ou
plus forte crue historique connue).
Mais dans ce cas, le phénomène d'inondation est également caractérisé par
des fréquences d’événements (décennale, cinquantennale, centennale...) et
un continuum de la valeur de certains paramètres, en particulier de la
hauteur d’eau.
Il peut être possible alors de retenir une gamme d’aléas sélectionnés en
référence au site : le premier aléa dommageable, l’aléa déjà vécu, l’aléa
centennal, l’aléa majeur...
24
Diagnostic
Inondation
Si plusieurs types d’inondation menacent le site
Généralement, le site étudié risque d’être exposé à plusieurs types
d’inondation :
-
soit qu’ils soient tous d’origine naturelle, comme une inondation par
remontée de la nappe et une inondation par débordement direct d’un
cours d’eau, ou une inondation par remous du cours majeur et une
inondation d’orage torrentielle provenant d’un affluent d’un coteau ;
-
soit qu’ils combinent un risque naturel et un risque découlant d’un
comportement imprévisible provenant d’une artificialisation du cours
d’eau, comme une inondation par remontée de la nappe et une rupture
de levée dans un secteur endigué, ou une inondation par débordement
direct d’un cours d’eau et une inondation par refoulement de réseau
ou rupture d’une embâcle à l’amont.
La saisonnalité peut également introduire deux scénarios : les crues les plus
fréquentes peuvent survenir à un moment critique de la production et les
moins fréquentes à une saison de faible activité, ou inversement.
M
E
Dans ces cas, il convient de retenir deux scénarios d’inondation, trois
maximum.
H
La règle sera de retenir plutôt les scénarios les plus pénalisants - a priori pour l’entreprise, tout en prenant en compte leur probabilité de survenance
(ou leur vraisemblance). Les situations les plus rares ou les plus aléatoires
pourront être négligées, sans que ceci constitue une règle.
D
Il ne faudra pas faire l’impasse sur des phénomènes qui peuvent être
fréquents, comme la remontée de nappe ou le dysfonctionnement d’un
réseau, même s’ils n’induisent pas des dégâts très importants. C’est en effet
l’accumulation de ces situations qui peut s’avérer pénalisante.
Ce choix n’est pas forcément définitif. Il doit être discuté avec le chef
d’entreprise, sur la base d’un argumentaire hydraulique le plus complet
possible. Il est possible que le chef d’entreprise choisisse in fine une
stratégie de prévention vis-à-vis d’un seul scénario, sur la base de sa
probabilité de survenance ou sur ses capacités à financer les mesures de
protections. (cf. le chapitre sur l’évaluation des conséquences 2.2.4)
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1
Il revient au chef d’entreprise de choisir, surtout lorsque la prévention n’est
pas une obligation légale :
−
l’événement ou les événements contre lesquels il souhaite se prémunir,
−
le risque résiduel qui lui semble acceptable.
26
Diagnostic
Inondation
1.2 Critères hydrauliques influençant les dommages
L’inondation d’un site donné est une submersion, plus ou moins rapide et
longue, par une quantité d’eau plus ou moins importante et plus ou moins
chargée en matériaux solides.
Plusieurs paramètres hydrauliques, décrivant les conditions de cette
submersion, influencent la nature et l’ampleur des dommages.
Les principaux paramètres, essentiellement hydrauliques, nécessaires au
diagnostic sont au nombre de six :
-
La hauteur de submersion.
-
La vitesse du courant.
-
La turbidité, ou de manière plus générale ce que l’eau est capable de
transporter, que ce soit en suspension, en charriage ou en dilution.
-
La durée de submersion.
-
La vitesse de montée des eaux et le délai d’alerte ou d’intervention, qui
peut ne pas être un critère hydraulique et s’avère un critère différent de
celui de vitesse de montée.
-
La période de survenance des crues.
On peut également citer comme paramètres importants : la présence ou non
d’endiguement, de confluence, de cours d’eau ayant un comportement
torrentiel, le risque de mise en vitesse lors de la décrue
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1.2.1 Effet de seuil
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Ces paramètres n’influencent pas de manière continue l’apparition des
dommages. Au contraire, il existe des effets de seuils, variables d’un
paramètre à l’autre mais surtout d’un site à l’autre. De part et d’autre de ces
seuils, la nature des dommages et la gravité des conséquences changent de
manière déterminante. C’est pourquoi il est important de chercher à
apprécier ces seuils sur le site étudié.
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1
1.2.2 La zone inondable
Il est rare que le champ d’inondation ne soit pas cartographié dans les sites
urbains ou périurbains où sont en général implantées les entreprises.
Dans certains cas, les zones inondables ont été déterminées par projection
des plus hautes eaux connues sur la topographie actuelle (région parisienne
par exemple). Dans d’autres, le zonage est issu d’une modélisation
mathématique.
Il n'est pas rare - situation observée notamment en région parisienne - qu'il
existe plusieurs cartographies des zones inondables. Il conviendra de
choisir un zonage de référence sur la base d'au moins deux critères : la date
d'élaboration de la cartographie (la plus récente possible) et son utilisation
dans d'éventuels documents à valeur réglementaire.
1.2.3 Hauteur de submersion
La hauteur de submersion constitue le paramètre le plus fréquemment
utilisé et le plus aisé à obtenir pour apprécier les dommages potentiels. Il
constitue parfois la principale variable pour estimer les dommages. Les
conditions de gestion de la pré-crise et de la crise dépendent fortement mais
sont aussi fortement conditionnées par d’autres paramètres.
Il s’agit de la mesure de la hauteur d’eau que peut atteindre, sur le site
étudié, la crue de référence.
• Sources d’information
Les études hydrauliques fournissent, le plus souvent par modélisation, des
lignes d’eau dans le lit majeur pour différents débits (donc pour différentes
occurrences de crue). Les cotes des lignes d’eau sont exprimées en NGF*.
Il est donc nécessaire de croiser ces cotes avec celles du terrain naturel*
pour connaître les hauteurs de submersion au droit du site.
Les études hydrauliques disponibles ne fourniront pas souvent la hauteur de
submersion exactement au droit du site. Lorsque le site sera situé entre
deux profils en travers, il faudra extrapoler la cote.
Les études fournissent en général la cote de la crue, définie à une échelle de
référence du service d'annonce de crue. La hauteur de submersion s’obtient
par calcul de la différence entre cette cote de crue et une cote de référence :
28
Diagnostic
Inondation
soit le niveau du terrain naturel, soit le niveau du sol de l’usine. Ces deux
hauteurs doivent être calculées. Les hauteurs d’eau à l’intérieur du site
varient en fonction des éventuelles différences de topographie, du terrain
naturel ou des différentes unités.
Il faut être conscient qu’il sera généralement difficile de disposer de la
hauteur d’eau précise sur le site, si celui-ci n’a jamais été inondé ou si
aucun repère de crues historiques n’est présent sur un bâtiment proche. En
effet, on trouvera facilement une cote de "plus hautes eaux connues"
(PHEC) à une échelle, mais celle-ci n’est pas souvent située au droit du site
et il faudrait envisager un report topographique pour l’exploiter localement.
Sinon on pourra disposer d’une cote correspondant aux PHEC localement
ou, mieux encore, d’une cote produite par un modèle numérique de
propagation des crues. Encore faut-il disposer d’une cote au sein de
l’établissement pour exploiter l’information et en tirer une hauteur d’eau.
Enfin, les résultats produits par les modèles numériques seront pris avec
précaution, puisque ces résultats sont donnés à une précision de 25 à 50 cm
près.
* Une cote NGF ou altitude NGF est, en France continentale, une
altitude qui a pour origine le niveau moyen de la mer déterminé à l'issue
d'observations marégraphiques obtenues au marégraphe de Marseille du
1er février 1885 au 1er janvier 1897 par le service du Nivellement
Général de la France (NGF) chargé en 1884 d'établir un réseau de
nivellement sur l'ensemble du territoire dont les altitudes de type
orthométrique sont calculées avec des valeurs de pesanteur théorique. Ce
réseau est appelé NGF-Lallemand (du nom de son créateur, Charles
Lallemand). Ce réseau s'étant dégradé, l'IGN décidait la remise en état du
1er ordre de 1962 à 1969, en conservant l'origine du réseau NGFLallemand, les altitudes étant du type normal calculées suivant un
modèle utilisant des mesures de pesanteur réelle. Ce réseau est appelé
NGF-IGN69 (pour la France continentale) et NGF-IGN78 (pour la
Corse, l'origine étant alors le niveau moyen de la mer à Ajaccio).
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1
* Le terrain naturel, pour une étude hydraulique, correspond à la
topographie existante au moment de l’étude. Si l’entreprise est construite
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sur un terrain remblayé et si l’étude est postérieure à ce remblai, le
terrain dit naturel correspond en fait au remblai et non au sol initial.
La cote du terrain naturel correspond rarement à la cote plancher de
l’entreprise, celle-ci étant en général supérieure.
- Précision des hauteurs de submersion et effet de seuil
La précision avec laquelle sont fournies les cotes est très variable, en
fonction du modèle utilisé et surtout de la topographie disponible pour le
réaliser. En l’absence d’information sur ce sujet, et sauf cas particulier, on
considérera que les hauteurs de submersion sur le site, par rapport au
terrain naturel, sont précises au mieux à 30 cm près.
Les effets de seuil liés à la hauteur sont souvent très marqués.
Lors d'une enquête - exercice théorique demandé à des industries - en
région parisienne, les effets de seuil suivants avaient été estimés :
-
entreprises de construction automobile : une différence d'un mètre
d'eau fait passer le coût total des dommages directs de 5 à 40 MF ;
-
entreprises pharmaceutiques : le passage de la cote + 2.05 à + 2.15
m par rapport au terrain naturel conduit le coût total de 8 à 128 MF.
-
entreprises aéronautiques : à la cote +50 cm, les dommages sont de
65 MF, à la cote +1 m de 165 MF et à partir de +1.25 m de 210 MF.
Ils ne varient plus au-delà, même à la cote +3 m.
- Cas d’une entreprise implantée sur remblais postérieurement à l’étude
hydraulique
Lorsque le site étudié est implanté sur un remblai postérieur à l’étude
hydraulique disponible, l’incidence sur la hauteur de submersion est
fonction de la surface de l’entreprise et de sa position dans le lit majeur.
Dans les zones à faible écoulement, la ligne d’eau est peu perturbée par la
construction d’un nouveau remblai. On peut considérer que l’incidence
maximale est de 10 à 20 cm. Ce n’est que dans des cas très particuliers que
cette incidence sera plus forte (site barrant le lit majeur, par exemple).
Dans le doute, et dans des configurations simples, cette influence sur la
ligne d’eau peut être appréciée par un hydraulicien par simple visite du site.
30
Diagnostic
Inondation
• Influence sur les dommages
- La hauteur de submersion atteinte à l’extérieur immédiat des bâtiments
conditionne les capacités des moyens de secours à intervenir.
Par exemple, la limite d’intervention des engins terrestres des services
de secours est de 60 à 70 cm de hauteur de submersion.
- La hauteur d’eau atteinte à l’intérieur des bâtiments conditionne
l’ampleur et la gravité des dommages directs (biens détruits ou
détériorés).
1.2.4 Vitesse du courant
• Sources d’information
Pour les vitesses, en période de crue, il n’existe presque jamais de mesures
fiables et suffisantes.
Si l’étude hydraulique a donné lieu à une modélisation, la vitesse du
courant est fournie au niveau de chaque profil en travers (la vitesse est
fonction de la section de la zone inondée et du débit).
Il s’agit toujours d’une valeur moyenne, car la vitesse du courant est
variable en tout point du lit majeur. En général, cette vitesse est la plus
forte près du lit mineur ou sur tout ce qui peut servir d’axe d’écoulement ;
elle diminue lorsque l’on se rapproche de la limite de la zone inondable.
Mais la présence d’un obstacle - un bâtiment par exemple - a pour effet
d’accélérer localement les vitesses.
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Si la ligne d’eau a été définie par une laisse de crue (cotes des plus hautes
eaux observées lors d’une crue historique), la vitesse n’est pas disponible,
sauf à calculer la section au droit du site.
A
Il faut de plus se méfier des mises en vitesse en milieu urbain, due à la
répartition des bâtiments ou à des variations locales de la topographie.
E
• Influence sur les dommages
1
Ce critère est déterminant pour la vulnérabilité humaine, à l’extérieur du
site: au-delà d’un certain seuil, il y a entraînement des personnes. On
considère généralement qu’une personne ne peut plus se déplacer sans
31
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risquer de chuter dès que l’eau atteint ses genoux (soit de l’ordre de 50 cm
de hauteur) et qu’elle coule avec une vitesse marquée supérieure à 25 à
50 cm/s. Les véhicules peuvent également être entraînés, au-delà d’une
hauteur d’eau de 50 cm.
Les dommages aux constructions sont également fonction de la vitesse du
courant. La force du courant a des capacités d’arrachage et de transport. Le
courant peut provoquer des érosions, des affouillements des fondations.
Associé à de forts volumes d’eau, ce paramètre peut provoquer des
destructions. Ces dernières peuvent également être provoquées par des
objets transportés en raison du courant.
1.2.5 Turbidité
Le transport solide peut, lors d’une inondation, influencer la nature et
l’importance des dommages.
Le charriage, qui est le mécanisme par lequel l’écoulement déplace des
blocs de taille supérieure à 5 ou 10 cm, en les poussant ou les tractant sur le
sol, sans vraiment les soulever, est spécifique à certains cours d’eau, où les
pentes sont fortes et où de tels matériaux existent. C’est le cas des zones de
montagne, des talus de colline mais aussi des rivières endiguées dont le lit
est constitué en partie de matériaux gravillonnaires (cas de la Loire). Dans
ce dernier cas, la rupture accidentelle d’un endiguement peut provoquer des
mises en vitesse qui induisent du charriage.
Pour un site implanté sur un cône de déjection par exemple, il est possible
d’assister au transport de blocs rocheux et même au déplacement du lit de
la rivière. Ces phénomènes peuvent provoquer la destruction des bâtiments.
Ces situations, rares, sont en général bien identifiables et les informations
sur ce risque particulier seront accessibles au consultant par enquête auprès
des experts locaux (services de l’Etat).
Le transport de matières en suspension est très fréquent lors des crues.
Celles-ci se déposent dès que l’onde de crue ne coule plus avec une énergie
suffisante pour les transporter, c’est-à-dire dans les zones d’eau mortes et
en particulier dans les zones de remous et apparaissent au moment du
retrait des eaux (décrue). Les crues de la Durance par exemple provoquent
le dépôt de plusieurs centimètres de boue.
32
Diagnostic
Inondation
Outre qu’elles nécessitent un nettoyage important, ces boues, lorsqu’elles
pénètrent dans les machines, aggravent les dommages.
Dans le cas des grosses rivières ou des fleuves, la turbidité des eaux est en
général faible, mais les matières en suspension sont très fines et donc plutôt
argileuses ou limoneuses. Elles possèdent une forte capacité d’adhésion aux
supports sur lesquels elles se déposent. La turbidité sur les petits cours
d’eau comprend, selon la vitesse du courant, des éléments plus grossiers,
limons et sables. Ces petits cours d’eau, lorsqu’ils sont affluents d’une
rivière importante, lui apportent leurs matières en suspension.
On peut donc considérer que les eaux de submersion ne correspondent
jamais à de l’eau claire (cas d’un dégât des eaux par infiltration de pluie ou
rupture de canalisation d’eau courante), que la présence de cette boue rend
le nettoyage du site et des biens submergés plus long d’une part, et qu’elle
détériore davantage les outils de production d’autre part.
M
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1.2.6 Durée de submersion
Sur le site étudié, la durée de submersion correspond au temps écoulé entre
la montée des eaux, leur stagnation et leur retrait.
Elle dépend donc avant tout de la nature de la crue. Les crues océaniques
sont en général longues - plusieurs jours à plusieurs semaines - alors que
les crues méditerranéennes ou consécutives à des orages localisés durent
quelques heures.
Mais selon la configuration du site, cette durée peut être plus ou moins
longue, les situations de cuvette conduisant à piéger les eaux, qui ne
peuvent se retirer que par pompage ou par infiltration, et certaine nature de
sous-sols freinant l’infiltration des eaux accumulées.
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• Sources d’information
E
Cette information est difficile à estimer, sauf si le site a déjà été inondé. Sa
valeur précise dépend en effet beaucoup de la manière dont l’inondation se
propagera dans la plaine et des variations locales du relief, qui peuvent
créer lieux de stagnation difficiles à discerner à l’œil nu. On peut par contre
assez facilement disposer d’ordres de grandeur, en dehors de complication
due à la topographie locale : quelques heures à une ou deux journées pour
33
1
des crues méditerranéennes ou des crues d’orage, quelques jours à plusieurs
semaines dans des crues de plaine.
Néanmoins, au droit d’un site donné, c’est une information souvent obtenue
par enquête auprès d’habitants proches, lorsque les crues historiques ne
sont pas trop anciennes.
• Influence sur les dommages
La durée de submersion conditionne :
- le temps pendant lequel les biens sont inondés : plus ce temps est long et
plus les dommages seront importants.
- l’importance du taux d’humidité dans les parties supérieures, hors d’eau.
Cette humidité détériore non seulement certains biens, certains
constituants fragiles comme les commandes électroniques mais aussi
certains conditionnements de stocks de produits finis et de matière
première.
Par exemple, l’humidité peut détériorer des emballages cartons qui, en
s’affaissant, vont provoquer l’endommagement des objets emballés.
- la durée d’incapacité d’intervention, lorsque le seuil “ hauteur d’eau ”
autorisant cette intervention est dépassé.
- en partie, la durée d’interruption de l’activité.
1.2.7 Vitesse de montée des eaux
Le temps de montée des eaux correspond à la durée nécessaire à la crue
pour atteindre son maximum (“ crête ” de la crue). Plus ce temps est court
et plus la vitesse de montée des eaux est grande.
Les crues extrêmes en zone de montagne ou dans la partie sommitale
des bassins versants ainsi que les crues localisées consécutives à des
orages peuvent atteindre leur pic en quelques heures (6 heures pour la
Siagne, 15 heures pour l’Ouvèze, 24 heures pour la Durance par
exemple). Sur les rivières de plaine, l’eau peut “ monter ” pendant
plusieurs jours (5 à 10 jours pour la Meuse ou la Moselle).
34
Diagnostic
Inondation
Ce paramètre influence indirectement les dommages : il conditionne la
capacité à pouvoir prendre ou non des mesures efficaces pour réduire les
dommages. Mais le temps de montée des eaux et le délai de prévision et
d'alerte ne coïncident pas, ce dernier pouvant être supérieur.
A Gien par exemple, on peut avertir les gens de l’ordre de trois jours à
l’avance de l’arrivée d’un événement majeur de la Loire. Quand celui-ci
survient et que l’eau vient à monter, la Loire s’élève à une vitesse
impressionnante de l’ordre de 5 à 7 cm par heure, et passe d’un débit
proche de l’étiage à son débit maximum en un à deux jours, sachant que
les hauteurs d’eau atteintes douze à vingt-quatre heures après le début de
la crue rendent vite impossible la défense des biens exposés. Les chefs
d’entreprises locaux disposeraient donc de deux à trois jours pour
s’organiser, s’ils veulent bien croire et prendre en compte les
informations qui leur seront délivrées et n’auront plus que une demijournée s’ils attendent de voir l’eau monter
Attention : on observe parfois plusieurs pics de crue successifs,
correspondant à des apports des affluents décalés dans le temps ou à une
série d’épisodes pluvieux assez proches. Ceci est d’autant plus vrai qu’on
se situe dans la partie amont des bassins versants, où les apports de
différents affluents sont souvent équivalents et où le fleuve n’a pas encore
la taille qui lui permet de gommer l’apport d’affluents de moindre
importance. On retrouve aussi de telles situations plus en aval, à proximité
de confluences avec des affluents importants dont les crues n’ont pas
toujours la même origine et surviennent avec quelques heures ou quelques
jours de décalage. De telles configurations doivent être prises en compte
dans la gestion de la crise.
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1.2.8 Période de survenance
P
Ce critère est important à connaître dans le cas des entreprises ayant une
activité à caractère saisonnier. La vulnérabilité de l’entreprise est donc forte
lorsque les crues coïncident soit avec la période de plus forte activité, soit
avec la période où l’entreprise entrepose des stocks de grande valeur et de
grande sensibilité à l’inondation.
En général, sur une rivière donnée, l’essentiel des crues se produit à une
époque déterminée (crues de printemps, crues d’automne). Mais il existe
35
E
1
toujours des crues, moins fréquentes, susceptibles de survenir à une autre
période de l’année, soit sur une période déterminée, soit de manière plus
exceptionnelle.
Il convient donc d'apprécier les conséquences de l'inondation pour les
phénomènes les plus fréquents et les cas plus rares.
36
Diagnostic
Inondation
1.3 Connaissance des conditions de gestion de crise
Les dommages potentiels à l’entreprise sont imputables en premier lieu à la
nature et aux caractéristiques de l’aléa.
Ils dépendent en second lieu de la façon dont l’entreprise va réagir face à
cet aléa.
Les réactions de l’entreprise face au risque de submersion sont tributaires
d’informations provenant de l’extérieur au moment de la pré-crise, c’est-àdire avant que la rivière ne déborde sur place alors qu’elle a déjà débordé
en amont et durant la crise c’est-à-dire pendant l’inondation. La capacité
d’intervention de l’entreprise dépend aussi des moyens mis à disposition
par les pouvoirs publics, ainsi que des procédures mises en place dans le
cadre de la gestion de crise, en particulier les réglementations concernant
les déplacements ou d’accès aux ponts. Le chef d’entreprise qui
s’organiserait trop tard pourrait se voir confronter à des interdictions de
déplacement.
Cette gestion de crise est également dépendante de caractéristiques
d’implantation du site dans son environnement immédiat et vis à vis du
reste du territoire inondé (infrastructures de transports pouvant être coupées
par exemple).
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1.3.1 Existence d’une annonce de crue
La surveillance, la prévision et l’alerte conditionnent étroitement
l’efficacité des réactions de l’entreprise face au risque de la montée des
eaux.
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En France, l’annonce de crue - réseau de surveillance, de prévision et
d’alerte - concerne une partie seulement du réseau hydrologique, ce n’est
pas un service obligatoire. Il sert à l’alerte des autorités publiques en charge
des secours et à l’alerte des populations.
A
Lorsque le site est concerné, le consultant cherchera à se procurer
l’organigramme de l’organisation de cette annonce, notamment la chaîne
d’alerte, afin de déterminer les modalités de l’alerte, au niveau de la
commune et au niveau du site.
1
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C’est au maire qu'il revient de prévenir les chefs d’entreprises et non
directement au préfet.
Les industriels, sauf les installations classées, font rarement l’objet d’une
information très formalisée dans le dispositif d’alerte. C’est pourquoi il
convient de chercher à connaître les pratiques plus ou moins informelles,
lorsque celles-ci existent.
En absence d’annonce de crue, il s’agit également de savoir si des
procédures informelles existent et comment les industriels en profitent ou
pas. Par exemple, sur certaines rivières, lorsque la situation est menaçante,
les maires ont l’habitude de téléphoner à leurs collègues situés à l’amont
pour connaître la progression de la montée des eaux.
Temps d’alerte
Le temps d’alerte ne correspond pas au temps de montée de la crue.
Celui-ci est un paramètre hydrologique.
Le temps d’alerte est fonction de la gestion humaine du système de
prévision des phénomènes (précipitations et transformation de ces
pluies en débit dans la rivière) et du système d’information de toute la
chaîne des acteurs devant être mobilisés.
Il dépend de la qualité des prévisions météorologiques et du type de
crue (à montée lente ou rapide).
1.3.2 L’environnement du site
Celui-ci peut être abordé par l’étude de la carte topographique au
25.000ème agrandi et les limites de la zone inondable. Des informations
complémentaires seront recueillies lors de la visite du site.
Il s’agit de mieux cerner la situation des abords plus ou moins proches de
l’entreprise, du point de vue des diverses voies de communication, des
différents réseaux et de l’urbanisation.
Les voies de communication desservant le site serviront au moment de la
pré-crise, pour éventuellement évacuer ce qui peut l’être. Elles peuvent être
coupées par une inondation dans un point bas ou interdites à la circulation,
avant même que le site ne soit touché ou inaccessible. Le délai théorique
38
Diagnostic
Inondation
d’intervention de l’entreprise est alors réduit pour certaines actions, soit
parce que l’on ne peut plus évacuer certains matériels ou stocks, soit parce
que le personnel ne peut plus se rendre sur le site.
Elles serviront également au moment du redémarrage (post-crise). Elles
doivent être accessibles pour que les engins d’intervention (nettoyage,
pompage...) puissent accéder au site. Dans certaines situations
topographiques, par exemple une entreprise en bord de coteau sur la partie
haute de la vallée inondable, ou pour certaines crues relativement
fréquentes dont l’ampleur n’atteindrait pas l’entreprise mais inonderait les
voies d’accès stratégiques ou interromprait la circulation sur des ponts, le
scénario d’inondation peut correspondre à la seule inondation des voies de
communication, sans que l’entreprise ne soit touchée. Il faut dans tous les
cas vérifier le risque d’apparition de cette situation, qui peut être très
handicapante pour l’entreprise qui ne pourra pas se faire rembourser ses
dommages, puisqu’elle n’aura pas subi l’inondation directement.
L’urbanisation alentour n’est pas indifférente aux modalités de la gestion
de la crise. Si l’entreprise est implantée sur une zone industrielle ou
d’activité, il peut être envisagée une certaine solidarité entre entreprises et
une concentration de moyens. Si l’entreprise est plutôt proche ou insérée
dans une zone d’habitation, l’éventuelle rotation de camions pour évacuer
la production ou les machines pourra être perturbée par l’évacuation des
populations, probablement prioritaire. Ces différents aspects sont difficiles
à étudier correctement, c’est pourquoi il s’agit seulement de les évoquer,
pour repérer les principaux points susceptibles de perturber le déroulement
de la gestion de crise.
M
E
L’enjeu est principalement d’attirer l’attention du chef d’entreprise sur le
caractère spatial de l’inondation : son entreprise n’est pas seule à être
touchée et il ne peut donc pas raisonner comme si le sinistre était
circonscrit à son site.
T
Si l’entreprise est implantée sur un site industriel, il conviendra, lors de la
visite de terrain, de repérer les entreprises voisines sources d’éventuels
risques indirects (sources de pollution chimique ou mécanique).
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1
1.4 Préparation de la visite du site
Il est préconisé de préparer la visite du site par l’envoi d’un courrier au chef
d’entreprise, afin de :
- lui rappeler les objectifs de la démarche ;
- lui indiquer les principaux points de la méthode ;
- lui indiquer les interlocuteurs qu’il est souhaitable de mobiliser (luimême, les responsables production, le responsable maintenance, le
responsable logistique...) ;
40
Diagnostic
Inondation
ETAPE 2
2.1 Rappel sur le déroulement de la visite
Il est pertinent que la visite débute par une réunion rassemblant le chef
d’entreprise et les différents responsables sollicités pour des entretiens et
pour la visite du site.
Au cours de cette réunion, le chef d’entreprise doit introduire le consultant
auprès du personnel présent et, autant que faire se peut, rappeler lui-même
les objectifs et les attendus du diagnostic. Son implication personnelle est
une garantie de la réussite du diagnostic.
Suivra une présentation générale de l’activité et du site.
2.2 Caractériser la Vulnérabilité de l’Entreprise
M
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2.2.1 La méthode
Le consultant doit chercher à savoir si le site a déjà subi des inondations
(ou un sinistre d’une autre nature : incendie, dégâts des eaux, autre accident
ayant perturbé l’activité, etc. ) afin de bénéficier du retour d’expérience en
tirant tous les enseignements qu’il est possible de tirer des éléments qui
pourront être fournis par les interlocuteurs du site : c’est l’analyse
historique du site.
L’analyse fonctionnelle de l’entreprise permet de connaître plus
précisément les activités de l’entreprise, en identifiant les éléments qui
participent à la production, et en analysant ceux qui sont les plus critiques
pour la vie de l’entreprise. Elle s’accompagne de l’analyse des facteurs
aggravants liés aux caractéristiques du site.
Vient ensuite l’évaluation des conséquences d’une inondation. Il s’agit
d’identifier les dommages directs (aux bâtiments, équipements, stocks, ..),
les dommages indirects (pertes d’exploitation) et les effets induits (perte de
clientèle, incendie/explosion, pollution), en indiquant les ordres de
grandeur lorsque cela est possible.
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2
Les conséquences doivent ensuite être hiérarchisées, afin de préparer par
la suite une hiérarchisation des recommandations qui découleront de
l’analyse. Cette étape est également importante pour préparer des plans
d’urgence, en mobilisant en priorité les moyens les plus efficaces pour
diminuer les dommages et permettre une reprise rapide de l’activité après le
sinistre.
2.2.2 L’analyse
inondations
historique
du
site
par
rapport
aux
Cette analyse historique porte sur les conditions dans lesquelles s'est
déroulée l'inondation, tant du point de vue du type d'inondation (Partie 1.1)
et des valeurs atteintes par les différents paramètres hydrauliques (Partie
1.2) que des conséquences sur les installations.
Voici des questions que doit se poser le consultant, et qu’il doit poser à ses
interlocuteurs :
Le site a-t-il déjà été inondé ?
Si oui, il est nécessaire d’obtenir le plus d’information possible sur le ou les
événements passés. Le consultant cherchera à recueillir le témoignage de
personnes ayant vécu ces événements, plutôt que des propos rapportés.
Etait-ce la même entreprise, avec les mêmes activités ?
Si oui, il est important de chercher à cerner au mieux ce qui s’est passé, car
cela peut s’avérer très riche en enseignements sur :
-
l’alerte et son traitement au sein de l’entreprise, le délai entre l’alerte
et l’événement,
-
les caractéristiques de l’inondation (hauteur, éventuellement vitesse,
dans les différentes zones de l’entreprise, qualité des eaux, etc. cf.
Partie 1.2),
-
les effets (dommages aux biens, arrêts d’activité, problèmes d’accès
au site, etc. cf. Partie 2.2.4.1)
-
la manière de gérer la crise au sein de l’entreprise et en relation avec
l’extérieur (les pompiers notamment),
42
Diagnostic
Inondation
-
la manière dont l’entreprise elle-même a réfléchi et exploité le retour
d’expérience à partir de ces événements,
-
les mesures qui ont été prises pour éviter les problèmes à venir,
-
l’implication et l’attitude du personnel dans son ensemble,
-
relation avec banques, assurances, prestataires de services extérieurs
de type nettoyage, informatique, gestion, etc.
Si l’activité a changé depuis la dernière inondation, l’analyse reste riche
malgré tout quant aux caractéristiques de l’aléa (hauteurs d’eau) et aux
facteurs aggravants propres au site lors de l’événement (à condition de les
comparer avec la situation au moment du diagnostic).
L’entreprise a-t-elle subi d’autres sinistres ou événements indésirables
ayant entraîné des arrêts de production importants ?
D’autres types de sinistres que les inondations ou d’événements
indésirables peuvent également renseigner sur les vulnérabilités des
activités (ex : bris de machine qui aurait immobilisé l’entreprise pendant
plusieurs jours, incendie, dégâts des eaux, ...) ou événements indésirables
(dysfonctionnements de services publics, grève de transporteurs, carence
fournisseur...). Il est opportun d’exploiter les difficultés que l’entreprise a
déjà vécues et auxquelles elle devrait être plus sensible.
Dans certaines entreprises, le consultant pourra tirer des informations
intéressantes de l’expérience des perturbations qu’ont pu engendrer les
grèves des transporteurs routiers de ces dernières années. Elles présentaient
en effet une durée et des perturbations similaires à celles que peut connaître
l’entreprise.
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Cette approche permet également de cerner le niveau de sensibilisation des
interlocuteurs au risque, et donne une idée de la culture du risque de
l’entreprise et de ses capacités à réagir en cas de sinistre.
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2
2.2.3 L’analyse fonctionnelle de l’entreprise
2.2.3.1 La connaissance des activités de l’entreprise
Le consultant doit tout d’abord avoir une vision d’ensemble des activités
de l’entreprise, avant d’entrer dans le détail. Un logigramme des activités
- fourni par l’industriel ou élaboré lors de la visite - constitue le plus
souvent une bonne aide à la compréhension.
Voici des questions que doit se poser le consultant, et qu’il doit poser à
ses interlocuteurs, pour chaque unité fonctionnelle de l’entreprise
(production, utilités, stockages) :
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
−
Que fait cette unité, comment, avec quels moyens, pourquoi, quand
(activité saisonnière ?), combien, à quel rythme ? Quelles sont les
quantités présentes (stocks) ?
En cas d’arrêt de cette unité, est-ce que l’entreprise peut continuer de
produire ? dans quelles conditions ? pendant combien de temps ?
Comment produire autrement ? Quelles sont les éventuelles solutions
de dépannage : report ou étalement de la production, report sur un
autre site ou chez des sous-traitants ?
Quelle tolérance l’unité présente-t-elle par rapport à l’eau ? A partir de
quel seuil devient-il impossible de fonctionner ?
Pour les matières premières, les produits finis et les conditionnements,
quelle est la tolérance à :
une exposition à l’eau, que ce soit un contact direct par immersion ou
une remontée par capillarité ?
à l’humidité ambiante, sans contact direct avec l’inondation ?
à une contamination par des eaux chargées ou polluées ?
Y a-t-il des critères de qualité, des critères sanitaires, etc. auxquels
doivent répondre les produits finis (ces critères seront différents pour
une industrie agro-alimentaire et une industrie de matériaux de
construction, par exemple) ?
Quels sont les risques éventuels liés au contact avec l’eau (ex : risque
d’explosion avec l’aluminium en fusion) ?
Quels sont les besoins logistiques de l’entreprise ? Fonctionne-t-elle
en flux tendu ? Pendant combien de jours les stocks de produits finis
44
Diagnostic
Inondation
peuvent-ils satisfaire la demande des clients ? A combien de jours de
production les stocks de matières premières correspondent-ils ?
−
−
Des archives sont-elles conservées sur le site ? Quelle importance ces
archives présentent-elles pour l’activité ? Peuvent-elles être
reconstituées ?
L’industriel a-t-il identifié parmi son personnel des “ hommes clés ”,
indispensables au fonctionnement d’une ou de plusieurs unités et dont
la présence lors de l’inondation sera indispensable ?
Sinon, le consultant doit l’amener à se poser la question de savoir si,
en effet, il existe parmi son personnel des éléments dont l’absence
deviendrait très vite un élément bloquant pour l’activité ou pour la
gestion de crise. Il convient aussi d’étudier comment ce personnel peut
être relayé en cas de fatigue, si l’inondation dure plusieurs jours. Il est
nécessaire de savoir si ces éventuels hommes clés pourraient
rencontrer des problèmes pour accéder au site en cas de montée des
eaux, par exemple parce que leur propre habitation serait envahie par
les eaux, ou encore parce qu’ils habitent dans une zone qui se
trouverait isolée de l’usine en cas d’inondation. Ces éléments sont
également importants pour structurer un plan d’urgence et les équipes
adéquates qui seraient réellement en mesure d’intervenir.
Une entreprise de radiographie gamma exposée aux inondations de la
Seine a prévu que les tubes et projecteurs seront évacués vers un local
protégé du risque inondation sous la responsabilité de la personne
compétente en radio protection.
Il est impératif de s'assurer que cette personne sera toujours disponible
ou qu'elle peut être remplacée.
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-
L’entreprise dispose-t-elle sur le site, de matériel en location ou en
crédit-bail sur lesquels elle ne peut pas intervenir directement et qui
nécessitent une intervention extérieure pour les déplacer, les protéger,
les désactiver, etc. ?
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2
2.2.3.2 Les points critiques
Pour les points les plus critiques de l’entreprise, les questions suivantes
doivent être posées :
−
−
−
−
−
−
−
Combien de temps faut-il pour arrêter la production ? Combien de
temps avant l’arrivée de la crue doit-on prendre la décision d’arrêter la
production ?
Quels sont les délais de démontage ? Quel personnel est-il nécessaire
de mobiliser pour le faire ? Dans quel ordre prioritaire doit-on
conduire le démontage ?
Ces délais sont-ils compatibles avec les délais prévisibles entre l’alerte
et l’arrivée des eaux ?
Quels sont les délais de remontage ? les délais de redémarrage ? Serat-il nécessaire de faire appel à des prestataires de service pour ces
opérations ? Lesquels ?
Une attention particulière doit être apportée aux stockages de produits
dangereux et/ou toxiques susceptibles de provoquer des pollutions
induites, des incendies ou des explosions (Partie 2.2.4.1 D). Le
consultant doit dresser la liste de la nature des produits stockés, leur
compatibilité avec l’eau, les quantités minimales et maximales sur le
site, les types de réservoirs (aériens, enterrés) et leurs conditions
d’arrimage. Il doit également estimer à partir de quelle hauteur
d’eau le réservoir risque d’être endommagé - voire emporté - par les
eaux et celle à partir de laquelle les ouvertures, notamment les évents,
risquent d’être atteints par les eaux.
Une attention particulière doit également être apportée aux sources
d'énergie (tableaux électriques, compresseurs, pompes à vide), en
évaluant leur valeur de remplacement, le temps de réparation et le
temps d'approvisionnement (cf. analyse fonctionnelle)
Vis-à-vis de l’ensemble des prestataires auxquels l’entreprise devra
recourir de la pré-crise au redémarrage de l’activité, il convient de
vérifier leur disponibilité et de se poser pour chacun d’eux les
questions suivantes : Ne seront-ils pas eux-mêmes inondés ou
réquisitionnés, ou mobilisés par une autre entreprise prioritaire ? Que
prévoit le contrat liant l’entreprise à ces prestataires ? Que prévoit le
46
Diagnostic
Inondation
plan de secours inondation de la préfecture en matière de réquisition
de ce type d’entreprise ?
Une cartographie de l’entreprise, comme un schéma ou un plan de masse
au format A3 est nécessaire au consultant pour permettre de visualiser
les emplacements, les voies d’accès, les stockages, etc. et identifier des
zones plus critiques.
2.2.3.3 Couverture d’assurance
Sans prétendre réaliser un diagnostic des couvertures d’assurance de
l’entreprise, ce qui représenterait une mission spécifique, il est nécessaire
que le consultant sensibilise l’industriel sur cet aspect, et par le même
biais, évalue la maîtrise qu’il en a. Aussi, le consultant doit-il également
poser les questions suivantes :
- L’entreprise dispose-t-elle :
-
d’une assurance Incendie ?
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-
d’une assurance Perte d’Exploitation ?
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-
d’une assurance dégâts des eaux ?
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-
d’une assurance RC exploitation ?
O
-
d’une assurance RC atteintes à l’environnement ?
D
-
d’une captive d’assurance ?
E
- Ces assurances garantissent-elles les événements naturels telle une
inondation qui ne serait pas reconnue Catastrophe Naturelle ?
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- Quelles en sont les franchises et les montants garantis ?
A
- Couvrent-elles
précédemment ?
l’ensemble
des
points
critiques
identifiés
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(cf. annexe “La couverture du risque inondation par l’assurance”)
2
47
2.2.3.4 Caractéristiques du site
Le consultant doit chercher à caractériser la topographie du site, en
collectant les cotes et repérant les points bas. Il est recommandé si
possible de cartographier ces informations, même de façon schématique.
Le résultat de cette collecte dépendra du niveau d’information existante
dans l’entreprise, et des fonds documentaires disponibles. En effet,
certaines entreprises ont des plans relativement bien renseignés avec de
nombreuses cotes, tandis que d’autres ne pourront présenter que des
plans de masse succincts. Dans ce cas, le consultant devra faire
l’exercice d’estimer visuellement la localisation des points bas et des
points qui peuvent éventuellement rester hors d’eau. Il devra garder en
mémoire ce degré de précision lors de l’élaboration des
recommandations. Il pourra disposer alors d’un schéma des zones
inondées pour différentes hauteurs d’eau.
Il devra également rester vigilant sur les possibles cheminements que
peuvent suivre les eaux (chemins de câbles, réseaux divers), mais qui ne
sont pas toujours identifiables lors d’un simple diagnostic.
Exemple de sinistre d’inondation par des cheminements d’eau pas
toujours évidents à détecter.
Une salle de contrôle d’une unité chimique en Rhône Alpes a été
inondée par les eaux infiltrées par le biais des caniveaux de passage
de câbles.
On peut indiquer ici qu’il existe des outils de terrain permettant de
détecter les pentes, les points bas, etc. et qui sont d’une utilisation
simple : clinomètre, projeteur laser de lignes horizontales. Leur coût est
modique et leur emploi facile.
Le consultant devra aussi prendre en compte la dépendance du site vis-àvis des voies d’accès et des services publics :
-
Pour les voies d’accès, un site pourrait très bien rester hors
d’eau mais se trouver bloqué du fait de l’inondation de ses voies
d’accès (impossibilité pour les fournisseurs de livrer le site et
impossibilité pour l’entreprise d’expédier ses produits finis).
Cet aspect a été abordé dans le paragraphe 1.3.2 relatif à
l’environnement du site.
48
Diagnostic
Inondation
-
Vis-à-vis des services publics, l’entreprise peut être plus ou
moins vulnérable en cas d’indisponibilité de ces services, qui
peuvent être eux-mêmes plus ou moins vulnérables au risque
d’inondation. Il ne s’agit pas de procéder à une analyse de tous
les services extérieurs nécessaires à la bonne marche de
l’entreprise, ce qui entraînerait le consultant bien trop loin, mais
de faire prendre conscience à l’industriel de ces éventuelles
vulnérabilités (qui peuvent dépasser le cadre du diagnostic
inondation). L’analyse historique du site (cf. Partie 2.2.2) peut
amener un retour d’expérience intéressant sur les
dysfonctionnements des services publics localement. Ces
questions peuvent être posées, en fonction des besoins de
l’entreprise pour les services suivants :
- Electricité
- Eau
- Gaz
- Réseaux de télécommunication,
- autres services (non publics) : maintenance, informatique…
2.2.4 L’évaluation des conséquences d’une inondation
Le consultant doit ensuite procéder à une évaluation des conséquences de
l’inondation sur la base des scénarios retenus (cf. Partie 1.1.4). Lorsqu’un
scénario présente une progression bien marquée dans le temps, l’évaluation
est itérative. Les bases méthodologiques sont développées dans les pages
suivantes.
Auparavant, les grandes familles de conséquences à étudier sont présentées.
Elles peuvent être de plusieurs ordres :
-
-
les impacts directs, c’est à dire les dommages qui sont directement
infligés par les eaux aux biens (bâtiments, équipements, stocks
etc.),
les impacts indirects, c’est à dire les pertes d’exploitation liées à
l’arrêt de l’activité du site,
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-
les effets induits, très difficiles à estimer mais qui peuvent être de
l’ordre de l’intolérable (perte d’un marché important pour la survie
de l’entreprise, par exemple).
Là encore, les éventuels sinistres antérieurs peuvent constituer une base
intéressante et réaliste de travail.
2.2.4.1 Les grandes familles de conséquences à étudier
A - Dommages directs
Le consultant cherchera à cerner les dommages suivants :
R Dommages aux bâtiments
Les dommages aux bâtiments dépendent à la fois de la hauteur, de la
vitesse et de la qualité de l’eau.
Les structures subissent moins de dommages si l’eau peut s’écouler
librement et de façon égale des deux côtés de la paroi, car les forces
hydrostatiques sont équilibrées. Mais si l’eau s’écoule uniquement à
l’extérieur du bâtiment, elle peut entraîner des déséquilibres importants
qui peuvent aller jusqu’à la chute du mur.
Pour des hauteurs d’eau inférieures à 1 m, hauteur généralement
insuffisante pour engendrer d’importants dommages aux structures, le
coût des dommages aux bâtiments reste inférieur à 15-20% du dommage
total. Ce coût dépend alors beaucoup du type de construction. Les
bâtiments anciens avec des murs maçonnés poseront moins de problème
que des constructions plus récentes avec des isolants comme de la laine
de verre, difficile à sécher. Ce matériau présente de plus l’inconvénient
d’absorber l’eau par capillarité sur d’importantes hauteurs. Une fois
gonflée d’eau, la laine de verre peut s’écrouler en un tas informe au pied
de la paroi qui la contient et ne plus assurer l’isolation qui est attendue
d’elle.
Le problème d’insalubrité du bâtiment après retrait des eaux sera
d’autant plus important que les eaux étaient chargées (en matières en
suspension, ou en produits toxiques ou corrosifs), et sera plus
dommageable sur des structures comportant des isolants.
50
Diagnostic
Inondation
En règle générale, les dommages aux bâtiments anciens restent de l’ordre
de 10% du coût total des dommages alors qu’il est plutôt de l’ordre de 15
à 20% pour des bâtiments modernes.
Cela concerne toutefois des sinistres moyens, hors dommages
particuliers. Il est possible en effet que des dommages particuliers, aux
fondations, par exemple, aient un impact non négligeable sur la
production et engendrent des frais importants. Des vitesses d’écoulement
élevées ou de longues durées d’immersion peuvent, dans certaines
configurations de sols et de construction, provoquer des déformations
voire des cassures au niveau de la dalle. Des dommages particuliers
peuvent aussi être engendrés par des débris ou des flottants lourds
transportés par les eaux. Ces risques spécifiques sont à identifier le cas
échéant.
Exemple de sinistre : Inondation d’une usine mécanique de
précision
L’inondation du site a entraîné un tassement du terrain, provoquant
une cassure de la dalle et un décalage de quelques millimètres des
lignes de fabrication qui ne peuvent pas fonctionner sans être
parfaitement alignées. Des travaux importants de stabilisation et de
redressement des lignes ont dû être entrepris.
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Les dommages ne seront pas les mêmes également dans le cas de salles
blanches, qui doivent répondre à des exigences précises en terme de
purification de l’air, de température, d’hygrométrie, etc.
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Il est bon également que le consultant sache si l’entreprise est
propriétaire de ses murs ou simplement locataire. En effet, les dommages
aux bâtiments relevant du propriétaire, il est souvent moins concerné par
une remise en état rapide dans le cas d’une location. Ceci n’est pas
toujours neutre en terme de délai de reprise de l’activité.
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R Dommages aux équipements (équipements de production et utilités)
La plupart des dommages occasionnés par une inondation sont liés aux
atteintes aux équipements et d’une façon plus générale, à ce qui se trouve
dans les bâtiments. Le consultant devra porter une attention particulière
aux utilités, qui sont souvent installées en sous-sol, lieu qui peut être
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2
inondé de manière précoce par remontée de nappe ou faible
ruissellement de surface.
Les équipements électriques :
Ils sont particulièrement sujets à endommagement par l’eau, en
particulier s’ils se trouvent sous tension lors de l’arrivée des eaux : les
courts-circuits provoquent des dégâts parfois irréversibles.
Les moteurs électriques fermés peuvent cependant être nettoyés et séchés
sans trop de problèmes, alors que les moteurs électriques ouverts
(souvent les plus anciens) nécessitent souvent un rebobinage (ce qui
représente environ de 50% du coût du moteur - pour les plus gros - à
90% - pour les moteurs plus petits).
Les transformateurs scellés sont peu susceptibles d’être endommagés.
Par contre, les bobinages des transformateurs secs à refroidissement à
l’air peuvent être en contact avec l’eau, entraînant des arcs électriques si
le transformateur est sous tension. Dans le cas où il est hors circuit, le
risque est d’endommager les isolants. La plupart des transformateurs à
huile sont susceptibles d’être infiltrés par les eaux d’inondation, ce qui
nécessite un nettoyage et un séchage avant remise en marche. Une
attention particulière doit être apportée aux transformateurs aux PCB (on
peut encore trouver sur site de tels transformateurs qui étaient antérieurs
à l’interdiction) lors du nettoyage, du fait de la très grande stabilité de ce
produit dans l’environnement.
Les coupe-circuit haute tension peuvent également être sujets à des arcs
électriques et à des contaminations par l’eau, nécessitant des nettoyages.
Les équipements électriques de basse tension ne subissent généralement
pas de dommages liés aux arcs électriques, mais ils doivent également
être nettoyés.
Les dommages aux matériels informatiques, matériels électroniques de
contrôle ou de puissance peuvent être importants mais ils peuvent aussi
être limités si la durée de submersion n’est pas trop longue et si un
nettoyage est rapidement entrepris. Des sociétés spécialisées dans le
nettoyage des sites après inondation peuvent se charger de cette
opération.
Exemple de sinistre
52
Diagnostic
Inondation
A la suite de l’inondation d’un important site industriel dans le
nord-est de la France, une entreprise spécialisée dans le nettoyage,
l’assèchement et la décontamination est intervenue afin de
décontaminer le matériel informatique qui contrôlait la production
du site. Au bout d’une quinzaine de jours, l’ensemble du matériel
informatique était traité.
Les câbles électriques pour autant qu’ils aient été en bon état au moment
de l’inondation, ne devraient pas subir de dommages importants. Un état
dégradé des isolants peut engendrer des perturbations importantes lors du
redémarrage.
Les armoires électriques peuvent, en règle générale, subir des hauteurs
d’eau de l’ordre de 20 cm sans subir de dommages importants. Au delà,
l’appareillage électrique doit être changé.
Les équipements thermiques (fours, chaudières,...):
Ils peuvent subir des dommages importants notamment s’ils étaient en
fonctionnement ou encore chauds lorsque l’eau les a atteints. Des
explosions peuvent être redoutées dans certains cas.
Les réfractaires peuvent être très endommagées lors du séchage, même si
celui-ci est lent. Les isolants de type laine de roche ou laine de verre
peuvent être séchés sans trop d’effets négatifs, mais ils peuvent
également s’affaisser dans les structures en laissant des zones
insuffisamment isolées.
Les dépôts de matières en suspension dans les eaux peuvent être très
difficiles à enlever que ce soit dans les chambres de combustion ou dans
les brûleurs.
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Les compresseurs, les pompes et les moteurs à combustion :
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La plupart de ces équipements peuvent supporter des immersions assez
courtes sans grand dommage. Ils nécessitent cependant un démontage à
fin de nettoyage, séchage et graissage avant redémarrage.
2
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Les équipements mécaniques :
Les dommages sont en général assez limités sur ce type de matériel, sauf
lorsqu’ils doivent répondre à des critères de haute précision. Certaines
machines peuvent également subir des corrosions néfastes.
Par ailleurs, les équipements mécaniques peuvent être rendus inopérants
non pas du fait de dommages directs, mais par les dommages que
peuvent subir les systèmes de commande numérique les pilotant qui sont
plus sensibles aux dégâts des eaux.
Les équipements de bureaux :
Les matériaux constitutifs des bureaux subissent en général des
dommages assez importants, nécessitant des remplacements ou des
travaux importants.
Les papiers, les archives, sont souvent détériorés soit parce qu’ils ont été
directement atteints par les eaux, soit par le phénomène de capillarité soit
encore uniquement par le taux d’humidité. Le papier est en cause, mais
aussi les encres. La restauration n’est pas toujours possible et des
informations importantes peuvent être perdues définitivement.
R Dommages aux stocks de matières premières et de produits finis
Les dommages aux stocks de matières premières et de produits finis
peuvent être très importants, surtout lorsque le conditionnement est en
papier ou en carton. Ces matériaux sont en effet sensibles à l’eau et à
l’humidité, et leur séchage est très difficile.
Il ne faut pas perdre de vue également que les stocks peuvent être
endommagés bien au dessus de la ligne d’eau, par la remontée de l’eau
sous l’effet de la capillarité.
Les stockages sur palettes peuvent s’affaisser, exposant des stocks qui
n’étaient pas susceptibles d’être atteints ni par l’eau, ni par capillarité.
Les racks de stockage métalliques offrent une meilleure protection pour
les stocks situés en hauteur. Ils peuvent cependant être également
endommagés dans le cas de fortes eaux charriant des éléments flottants.
Il ne faut pas oublier le caractère éventuellement saisonnier de la
production, qui ne coïncide peut-être pas avec le risque le plus élevé
54
Diagnostic
Inondation
d’inondation : les quantités stockées peuvent être variables au cours
d’une année.
Bien souvent, les produits finis inondés ou ayant subi l’humidité sont
invendables en l’état. Les produits agro-alimentaires, les produits de
santé ou ceux plus généralement destinés à la vente au grand public ne
respectent en effet plus les critères sanitaires ou de qualité requis pour
leur commercialisation. C’est en particulier le cas lorsque les eaux
d’inondation ont été contaminées par les eaux d’égout, de stations
d’épuration d’eau ou de fosses septiques. Les autorités administratives
peuvent également exiger des autorisations pour redémarrer (cas des
unités agro-alimentaire, de certaines Installations Classées pour la
Protection de l'Environnement), ce qui peut rallonger le temps de reprise.
Les éléments flottants peuvent être perdus par dissémination,
même lorsque la vitesse des eaux est relativement faible.
Les réservoirs de stockage peuvent subir des dommages importants,
surtout lorsque le contenu présente une incompatibilité avec l’eau
(réaction exothermique par exemple).
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Les réservoirs enterrés subiront des poussées importantes sous l’effet des
eaux, notamment s’ils sont peu remplis ou si le contenu est plus léger
que l’eau. Les réservoirs mal arrimés peuvent être déstabilisés ou même
arrachés, ce qui les endommagera. Les mouvements de terrains se
répercuteront sur les sols adjacents.
H
Les réservoirs aériens peuvent également être déplacés, voire
complètement entraînés par les eaux, si le niveau atteint par l’eau est
suffisant et leur ancrage insuffisant face à la poussée hydraulique.
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Dans tous les cas, les prises d’air réglementaires, les trappes de visite, les
vannes non étanches peuvent être la source d’une entrée d’eau dans les
réservoirs selon leur localisation par rapport au niveau d’eau, entraînant
des risques de pollution (Partie 2.2.4.1.D).
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Exemple de sinistre : Inondations dans une usine de fibres et
polymères - Amérique du Sud
A la suite de fortes pluies, et malgré les mesures de prévention
adoptées (obturation des issues et pompage des eaux de pluie), un
55
mur extérieur cède sous la pression de l’eau, inondant une usine de
fabrication et stockage de produits textiles en moins de 15 minutes.
Les balles de textiles hydrophiles, stockées au sol, sont perdues. Le
matériel électrique et les moteurs des organes de transfert - le plus
souvent en sous-sol - sont endommagés. Les causes principales sont
une augmentation des surfaces imperméabilisées alentours et un
affaissement du sol entraînant le mur d’enceinte suite à des travaux
de canalisation. Dommages directs d’environ 20 millions US$ Pertes d’exploitation d’environ 2 millions US$ (20 jours de
production)
R Dommages aux biens situés sur les aires extérieures
Les équipements situés à l’extérieur peuvent également subir des
dommages, de la même façon que décrit précédemment. Même s’ils sont
initialement décrits comme résistants à l’eau, les équipements ne sont
pas conçus pour une submersion plus ou moins prolongée.
Les chariots automoteurs, ainsi que les véhicules qui n’auront pas pu être
évacués peuvent également subir des dommages importants. Ils peuvent
ne pas être couverts par l’assurance s’ils n’ont pas été inscrits sur la liste
dans les biens assurés. Les petits bâtiments légers que l’on peut
rencontrer à l’extérieur des bâtiments principaux peuvent subir
d’importants dégâts voire être entièrement emportés par les eaux.
L’inondation ou le retrait des eaux, peut également entraîner des
dommages aux voies de circulation, entraînant l'impossibilité d'accès des
camions.
R Coût relatif au nettoyage et à la remise en état du site
Les coûts de nettoyage et de remise en état vont être très liés à trois
paramètres :
−
les biens à nettoyer
−
la durée de submersion et le délai d’intervention
−
la qualité des eaux.
56
Diagnostic
Inondation
L’industriel devra étudier, au retrait des eaux, quels équipements sont
intéressants à nettoyer et lesquels devront être remplacés. Cela dépend de
nombreux facteurs, comme le prix d’achat du matériel, sa disponibilité
auprès des fournisseurs, l’âge de l’équipement et son espérance de vie, le
fait qu’il soit ou non amorti dans la comptabilité, le coût du nettoyage
étant variable. Le coût d’une remise en état d’un petit moteur peut
atteindre 90% de son prix d’achat, tandis qu’il dépasse rarement 50%
pour les gros moteurs. C’est donc une analyse multicritère que le chef
d’entreprise devra mener dans l’urgence lors du sinistre. Il peut y avoir
réfléchi à l’avance, dans les grandes lignes.
Le sauvetage est lié au délai d’intervention : on peut sauver une grande
partie du matériel si l’on intervient à temps. Ce délai peut être retardé du
fait d’une inaccessibilité des lieux par les équipes de nettoyage, les
routes pouvant rester inutilisables après la décrue des eaux sur le site.
L’indisponibilité des services publics comme l’électricité ou l’eau
potable peut repousser encore les délais d’intervention. Les équipes
peuvent être réquisitionnées autre part.
Il est souhaitable d’intervenir le plus vite possible pour limiter les effets
de la corrosion (elle apparaît déjà dans des délais de 24 heures), qui
peuvent être accélérés par les produits chimiques contenus dans les eaux.
Il faut savoir que la corrosion est assez lente dans l’eau, mais qu’elle
s’accélère dès le retrait des eaux.
Exemple de sinistre : Fonderie à Charleville Mézières (Ardennes)
en 1993 et 1995.
La fonderie en bordure de Meuse a été inondée faiblement en 1991
puis de manière importante en 1995 et 1997 (respectivement 1 m et
1.6 m d'eau aux points les plus bas). Pour ces deux événements,
l’inondation a duré 2 semaines auxquelles il faut ajouter 2 semaines
de remise en état du site. Les dommages directs se sont élevés à 5
MF en 1993 et 18 MF en 1995. L'étude détaillée des dommages
pour ces deux sinistres a montré que sans les aménagements
consécutifs à la crue de 1993 et les réflexes de gestion de crise
acquis lors de cette inondation, les dommages de 1995 auraient été
sensiblement plus importants (surélévation définitive de la zone de
stockage des produits finis, stockage d'une partie des matières
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2
première et des composants de fabrication dans l'atelier le moins
exposé, démontage, rapide des moteurs électriques lors de la
montée des eaux...).
Il a été estimé que la mise en œuvre intégrale des recommandations
techniques et du plan de sauvegarde proposés devrait permettre une
sauvegarde complète des biens mobiles et de 80% des biens non
transportables, et ce pour une crue sensiblement supérieure à celle
de 1995.
B - Perte d’exploitation
Les pertes d’exploitation, liées au manque à gagner lorsque la production
est arrêtée, dépendent en premier lieu du rythme de production au
moment où a lieu le sinistre. Une sucrerie en France ne subira pas les
mêmes pertes, ni les mêmes dommages, si l’inondation a lieu en pleine
campagne sucrière correspondant aux 3 mois d’hiver environ ou en
dehors de cette campagne, lorsqu’ont lieu exclusivement des opérations
d’entretien, de maintenance ou des travaux neufs et éventuellement du
conditionnement dans certains cas.
Le consultant devra tout d’abord analyser les pertes d’exploitation du
site (impact indirect de premier ordre) liées à la période d’interruption
des activités, jusqu’au retour à une situation normale. La remise en
marche est le plus souvent progressive, avec production de certaines
unités (les plus critiques) tandis que l’on continue à nettoyer le reste du
site.
A ces pertes d’exploitation peuvent s’ajouter :
−
−
des pénalités de retard éventuelles liées au contrat avec les clients, (à
titre d’exemple, l’interruption d’une chaîne de montage automobile,
du fait d’un fournisseur en rupture d’approvisionnement, coûte de 30 à
80 KF/h suivant les contrats de sous-traitances et les constructeurs)
des frais liés au contrat d’achat de produits : certaines industries agroalimentaires achètent ferme les produits - périssables - qu’elles
traitent.
58
Diagnostic
Inondation
Le consultant devra également aller plus loin dans l’analyse, dans le cas
où le site fait partie d’un groupe. Il devra évaluer les impacts indirects de
second ordre, c’est à dire les pertes d’exploitation d’une autre unité
du groupe, interdépendante de l’établissement inondé pour tout ou
partie de sa production. Il peut arriver en effet que certaines unités
produisent de façon plus ou moins exclusive des éléments nécessaires à
d’autres unités du groupe, sans qu’il existe des solutions de
remplacement rapides (fournisseur extérieur par exemple). Les
conséquences indirectes de l’arrêt du site peuvent être alors dramatiques
pour le groupe industriel concerné.
Cette analyse se basera essentiellement sur l’évaluation du temps de
redémarrage (ou de remise en état). Parfois même, le consultant ne
pourra pas aller plus loin que cette estimation, car l’industriel refusera de
fournir les éléments permettant d’évaluer la perte d’exploitation, car il
estimera cette information comme strictement confidentielle. Le
consultant ne pourra alors indiquer qu’un nombre de jours d’arrêt, qui
permettront rapidement à l’industriel d’estimer lui-même ses pertes
potentielles.
L’évaluation du temps de redémarrage doit prendre en compte :
−
-
le temps de submersion,
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le délai d’intervention entre le retrait des eaux et le début
des opérations de nettoyage (temps nécessaire pour établir les devis,
mobiliser les équipes extérieures, etc.),
D
−
le temps de nettoyage et de remise en état,
E
−
les délais de livraison des équipements à remplacer,
T
−
les délais de reconstitution du stock de matières premières,
A
les délais de réaction des assurances (délais d’expertise, versements
d’acomptes),
P
−
−
−
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le temps nécessaire aux réglages des unités de production.
Au vu des chiffrages qui peuvent être estimés des dommages directs et
des pertes d’exploitation potentielles, le consultant doit amener le chef
d’entreprise à se poser la question de la capacité de son entreprise
(éventuellement du groupe) à supporter de telles charges.
59
2
Il faut notamment comparer le temps d'arrêt d'activité jugé supportable,
en raison des stocks disponibles par exemple, et le temps d'arrêt
prévisible, par exemple la remise en état de l'outil de production, le
temps nécessaire pour pouvoir accéder à nouveau aux stocks.
C- Conséquences pour le personnel
Il est difficile d’estimer a priori les atteintes au personnel, tant ils
dépendent des comportements humains le plus souvent individuels et
imprévisibles. La plupart du temps, les délais d’alerte autorisent le chef
d’établissement à faire évacuer son personnel de sorte à ne pas l’exposer
inutilement. La question se pose toutefois avec plus de vigueur dans le
cas d’événements très rapides et d’ampleur, comme la rupture d’une
digue par exemple. Les zones particulièrement dangereuses pour le
personnel doivent alors être identifiées, ainsi que les zones au sec et les
moyens d’évacuation. Des moyens d’alerte par exemple par sirène et un
plan d’urgence sont alors particulièrement recommandés pour organiser
les évacuations de personnes.
Les conséquences en terme d’emploi peuvent être dramatiques pour les
employés : il n’est pas rare que les entreprises inondées se trouvent dans
l’obligation de mettre tout ou partie de leur personnel en chômage
technique. Même si la réglementation impose une rémunération
minimale, cela se traduit en perte de salaire pour l'employé, en particulier
pour ceux qui ne travaillent pas à temps complet tout au long de l'année
dans l'entreprise. Cela se traduit également en charges pour l'employeur,
qui est tenu de verser une indemnité complémentaire à l'allocation
éventuellement versée par l'Etat.
Exemples de sinistre :
• ZI inondée à Saint Sigolène en Haute Loire le 23 Août 1993.
A la suite de violents orages sur la commune, la zone industrielle
est particulièrement atteinte. L’inondation des bâtiments d’une
entreprise provoque la mise en chômage technique de 38 personnes.
60
Diagnostic
Inondation
• Poudrerie au Pont de Buis les Quimerch (Finistère)
Suite aux importantes inondations, les installations de la poudrerie
sont sous les eaux. L’usine est arrêtée et les 230 employés sont mis
en chômage technique.
- Fabrication d'appareils domestiques au Fresnay-sur-Sarthe le 16
mai 1994
A la suite d'inondations, une société spécialisée dans la fabrication
d'appareils électroménagers cesse temporairement son activité et
met son personnel en chômage technique.
- Fabrication de charpentes et de menuiseries à Cluny (Saône et
Loire) le 13 novembre 1996
A la suite de la crue de la Crosne, une menuiserie industrielle doit
suspendre son activité et mettre ses 280 employés en chômage
technique.
M
E
- Activité indéterminée à Avallon (Yonne) le 23 septembre 1999
T
A la suite d'inondation provoquées par de violents orages, 2
établissements industriels et commerciaux sont sérieusement
endommagés. Vingt personnes sont au chômage technique.
H
Source : MATE - DPR - SEI - BARPI
Il ne faut pas oublier également que lors d’épisodes de crises
importantes, le stress engendré peut entraîner des arrêts de travail au-delà
de la période de crise, en particulier si les employés ont été touchés dans
leur biens personnels.
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D - Effets induits
Il est important que le consultant aborde ces éventuels effets induits,
même s’ils sont souvent difficiles à évaluer. A elle seule, l’analyse
qualitative des effets induits potentiels peut amener l’industriel à prendre
conscience des vulnérabilités de l’entreprise.
61
2
Ces effets induits peuvent être classés en 4 catégories :
−
pertes de clientèle ;
−
incendie - explosion ;
−
pollution ;
−
atteintes aux tiers.
R Perte de clientèle
Surtout sur des marchés où la concurrence est forte, l’impossibilité de
rendre au client le service attendu peut engendrer des impacts qui
peuvent aller de la perte de confiance, temporaire ou pérenne, à la perte
d’un marché. La capacité de l’entreprise à anticiper la crise et à réagir
lors de cette crise est alors décisive.
Ces effets sont difficilement chiffrables lors du diagnostic, mais ils
doivent être discutés avec le chef d’entreprise, en fonction de sa
connaissance des clients et du marché sur lequel il se positionne.
R Incendie - Explosion
Cela peut sembler paradoxal, mais le risque d’incendie/explosion est très
important lors d’une inondation. En effet, des réservoirs de liquides ou
de gaz inflammables peuvent être endommagés (par la pression d’eau,
par des débris véhiculés par les eaux, etc.), les liquides inflammables
peuvent être dispersés sur de grandes surfaces et s’infiltrer avec les eaux
sur tout un site, alors même que les risques de courts-circuits sont très
élevés. Ces liquides ou gaz inflammables peuvent également provenir
d’unités voisines et, dans le cas des liquides être apportés par les eaux. Il
est très important de garder cela à l’esprit et de ne pas négliger la
protection des moyens de lutte contre l’incendie lors d’une inondation.
Exemples de sinistres :
- Incendie lié à une inondation à Saint Avold (Moselle)
A la suite d’une inondation, un incendie d’origine électrique se
déclare dans un bâtiment jouxtant un atelier de fabrication de
conteneurs et poubelles en matières plastiques. D’importants
moyens sont dépêchés sur place, et l’incendie est rapidement
62
Diagnostic
Inondation
maîtrisé. Une partie du stock et de la toiture du bâtiment sont
détruits.
- Production et distribution d'électricité à Orbey (Haut Rhin) le 28
juillet 1994
Des pluies torrentielles entraînent de nombreuses inondations. L'une
d'elles provoque un feu de transformateur dans l'usine
hydroélectrique du Lac Noir. Une autre sinistre les ateliers d'une
usine de mécanoplastie.
- Transport par conduites à San Jacinto River (Etats Unis) le 20
octobre 1994
A la suite d'une inondation par la rivière San Jacinto, un pipeline se
rompt, du gasoil se déverse et s'enflamme. Des centaines de
personnes sont évacuées à cause de nuages de vapeur de gasoil. 120
maisons, 70 appartements, 2 nurseries et 1 hôpital sont évacués. Des
habitations et des arbres sont détruits par l'incendie. 12 personnes
dont 3 policiers sont légèrement blessés.
Source : MATE - DPR - SEI - BARPI
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R Pollution
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Des substances dangereuses peuvent être dispersées sur site, en
provenance soit du site même, soit d’un site en amont. Ces substances
peuvent engendrer des pollutions des cours d’eau, mais aussi des
pollutions plus durables des sols du site. Il peut arriver également que
des contaminations de sol, initialement limitées, soient diluées par
l’inondation et engendrent des coûts de dépollution beaucoup plus
élevés.
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E
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E
Exemples de sinistres :
2
63
- Atelier de traitement du bois à Dampniat (Corrèze) le 28 octobre
1988.
Lors de l’inondation d’un site de stockage de boues de curage de
fosses de traitement, 40 kg de produits (lindane et
pentachlorophénate de sodium) sont déversés dans la Corrèze
entraînant une pollution du cours d’eau sur 14 km. 15 tonnes de
poissons morts furent repêchés.
Source : MATE - DPR - SEI - BARPI
- Chantier de dépollution des sols par le toluène dans les Yvelines
(1993).
Une inondation par remontée de nappe lors du chantier a augmenté
les volumes d’eau à traiter, entraînant une augmentation des coûts
de dépollution.
- Inondations dans le sud-est du Texas (USA) mi octobre 1994.
Lors d’inondation ayant fait au moins 18 morts et 120 blessés, avec
plus de 10 000 personnes déplacées, deux oléoducs de la Colonia
Pipeline Co, construits sous le lit d’une rivière se sont rompus le 20
Octobre, provoquant une explosion et un incendie. Le lendemain, la
rupture d’un troisième oléoduc de la Texaco Inc. a déclenché une
marée noire menaçant de polluer la baie de Galveston, riche en
espèces d’oiseaux et de poissons. Après une semaine de pluie, 33
comtés ont été déclarés sinistrés.
- Inondations d’une station d’épuration d’une usine d’assemblage
automobile au Mans (Sarthe) le 20 janvier 1995.
La monté des eaux de la Sarthe noie la station d’épuration de
l’usine. L’unité de traitement est arrêtée pendant une semaine et les
rejets rejoignent directement la rivière. Les activités les plus
polluantes de l’usine sont interrompues, les effluents les plus
chargés sont stockés et les cuves situées dans les zones basses sont
lestées.
64
Diagnostic
Inondation
- Extraction de pierres à Glomel (Cotes d'Armor) le 1er novembre
1994
Une carrière rejette ses eaux usées dans l'étang de Crasius. Durant
les périodes pluvieuses, des eaux colorées en jaune provenant de
l'étang en crue se déversent dans l'Elle. Lors d'une crue, 2 usines de
production d'eau potable situées sur le cours de la rivière, dans le
Morbihan, doivent arrêter leurs pompages durant 15 jours à la suite
de l'augmentation de la teneur en fer de l'eau pompée (0.2 à 1.5 mg/l
pour l'usine de Gourin et 0.35 à 1 mg/l pour l'usine de Faouet). Des
pompages de secours dans des ruisseaux et étangs voisins sont
remis en service.
R Atteintes aux tiers
Des équipements, produits ou débris divers appartenant au site peuvent
être entraînés par les flots et engendrer des atteintes aux personnes et aux
biens en dehors du site (dommages matériels et/ou corporels).
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2.2.4.2 Les bases méthodologiques pour cette évaluation
O
D
A - Deux approches en fonction des aléas
Il convient de distinguer deux approches différentes pour l’évaluation
des conséquences d’une inondation :
- le cas où les scénarios ne présentent pas une progression nette de
l’inondation : celle-ci se produit brutalement, le maximum de la
submersion est atteint rapidement. Il est généralement difficile de
prévoir ces événements et de prévenir l’entreprise de leur survenue
- le cas des phénomènes d’inondation plus étalés, avec une montée
progressive des eaux et pour lesquels des situations intermédiaires
entre l’absence d’eau et le maximum de la crue vont pouvoir être
définis. Ces événements sont souvent prévus un ou plusieurs jours
avant que l’onde de crue n’arrive vraiment et que l’eau monte.
65
E
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A
P
E
2
Dans le premier cas (arrivée d'eau brutale), les scénarios seront
déterminés lors de l’étude des paramètres de l’aléa, et fixeront les
données comme le délai d’alerte, la hauteur et la vitesse des eaux. Le
consultant pourra alors procéder à l’évaluation des dommages pour un
ou deux scénarios définis, en étudiant les familles de conséquences
évoqués plus haut, et en estimant les ordres de grandeur correspondants.
Le consultant pourra alors présenter à l’industriel le résultat des
scénarios d’accident, avec des données plus ou moins quantifiées en
fonction notamment des informations qu’aura bien voulu fournir
l’industriel sur les prix des équipements et les pertes d’exploitation.
L’analyse aboutira fort probablement à un ensemble de données
qualitatives et semi-quantitatives. Les conséquences devront alors être
hiérarchisées, afin de faciliter l’élaboration des recommandations (voir
pages suivantes).
Dans le second cas (montée des eaux progressives), toute une gamme de
situation est possible, (cf. le chapitre sur le choix des scénarios 1.1.4.) de
l’inondation à partir de laquelle des dommages où des
dysfonctionnement apparaissent jusqu’à l’événement exceptionnel. Pour
chaque situation, une probabilité d'occurrence peut être affectée.
L’inconvénient de fixer a priori deux ou trois crues de référence
(décennale et centennale par exemple) est double : ces crues risquent de
ne pas être très pertinentes aux yeux de l’industriel, car la crue décennale
peut avoir des conséquences trop faibles pour l’inquiéter, tandis que la
crue centennale risque de lui paraître trop peu probable et de perdre de la
crédibilité. De plus, il est probable que ces notions d'occurrence, pourtant
familières aux hydrauliciens, ne “ parlent pas ” à l’industriel qui raisonne
surtout en priorité vis à vis de son outil de production. Enfin, cette
approche réduit l’analyse à des scénarios arbitraires, ce qui risque de
l’appauvrir.
Il est suggéré une approche plus itérative qui présente plusieurs
avantages : elle permet de définir des seuils qui feront réagir l’industriel
par rapport à son outil de production, jusqu’à trouver des seuils qu’il
jugera inacceptables, et pour lesquels il sera plus enclin à prendre des
mesures. Sur un site donné, ces seuils seront principalement définis par
rapport à la hauteur d’eau. Eventuellement, les seuils pourront être
66
Diagnostic
Inondation
déclinés selon le couple hauteur d’eau et durée de submersion dans le cas
où ce dernier paramètre varierait notablement.
Cette approche sera essentiellement qualitative dans un premier temps,
en décrivant les conséquences de la montée des eaux sur les différentes
unités de l’entreprise.
Dans un deuxième temps, une évaluation semi-quantitative des
conséquences des différents scénarios sera réalisée à l’aide d’un système
de notation, permettant également de hiérarchiser ces conséquences.
L’analyse des vulnérabilités serait alors plus fine, en s’affranchissant de
la notion de probabilité, et en mettant en évidence les unités les plus
vulnérables.
L’analyse débutera avec des hauteurs d’eau de quelques centimètres
seulement, qui n’atteindraient que les points les plus bas, jusqu'à des
hauteurs d’eau exceptionnelles mais néanmoins réalistes (on pourra
retenir en général la crue centennale). Le pas d’analyse devra alors être
choisi avec soin par le consultant, de façon à analyser suffisamment de
scénarios sans alourdir l’analyse par des niveaux de précisions irréalistes
(notamment du point de vue du degré de précision).
Dans une usine des Ardennes, il a fallu user de beaucoup de
persuasion pour convaincre le chef d'entreprise, ayant pourtant subi
trois sinistres inondation en cinq ans, de prendre comme référence
maximale la crue centennale, événement d'intensité supérieur aux
crues historiques.
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B - Grille d'analyse et de notation
Le consultant pourra s’aider d’un tableau d’analyse systématique comme
celui qui figure aux pages suivantes.
Il disposera alors d’une grille d’analyse et de notation des conséquences
de différents scénarios, riche en enseignements sur les vulnérabilités de
l’entreprise. Il s’agira d’arrêter le scénario le plus intéressant, présentant
à la fois des conséquences notables pour l’entreprise et dont la réalisation
est vraisemblable (là intervient la notion de probabilité). L’analyse des
scénarios plus pénalisants ne servira alors qu’à illustrer les risques
67
A
P
E
2
encourus pour des événements très exceptionnels, sur lesquels il ne serait
pas justifié de dimensionner des recommandations.
Afin de permettre une hiérarchisation sur la base d’une mise en oeuvre
rapide, on pourra sommer les notations affectées. A partir de ce scénario
de référence, des scénarios moins pénalisants, et de la grille d’analyse,
on pourra identifier rapidement les unités les plus exposées au risque
d’inondation. Cette approche constituera une aide pour la hiérarchisation
des recommandations. Le Consultant devra toutefois rester vigilant sur
les éléments qui ont abouti à ces notations, qui ne doivent pas être prises
comme des résultats intangibles. Ces notations sont en effet affectées sur
des bases relativement grossières. De plus, dans l’exemple montré ciaprès, les mêmes classes de gravité sont affectées aux différentes
familles de conséquences. On pourrait imaginer un système de
pondération, mais cela alourdirait la mise en oeuvre. L’objectif est
seulement de constituer un guide, dont les résultats peuvent à tout instant
être remis en cause sur des critères objectifs qui ne transparaîtraient pas
suffisamment dans la grille d’analyse.
Un exemple théorique est donné dans les grilles des pages suivantes.
Dans les deux cas de figure, scénarios de crue brutale ou progressive, il
est nécessaire de hiérarchiser les conséquences.
La hiérarchisation s’impose pour plusieurs raisons :
- les délais entre l’alerte et la survenue de l’inondation peuvent être très
courts,
- il faut savoir où sont les points à sauvegarder en priorité pour limiter
le coût des dommages,
- il faut aller à l’essentiel également pour une reprise la plus rapide
possible après le sinistre.
Une notation de la gravité des conséquences, par famille (Dommages
Directs/Pertes d’exploitation/Conséquences pour le Personnel/Effets
induits) devra être réalisée. On peut retenir 4 classes de gravité :
note de gravité 1 : conséquences négligeables, réparables facilement
et rapidement
68
Diagnostic
Inondation
note de gravité 2 : conséquences notables, nécessitant un minimum
de moyens de remise en état avec des délais
relativement courts
note de gravité 3 : conséquences importantes, exigeant des moyens
longs et/ou coûteux de remise en état
note de gravité 4 : conséquences inacceptables, mettant en péril la
survie de l’entreprise.
Dans tous les cas, le consultant tentera d’aboutir à une estimation globale
des coûts des dommages, pour le scénario de référence. Dans le cas
d’une montée progressive des eaux, le scénario retenu doit être discuté
avec l’industriel.
C - Illustration par un cas théorique
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Seuils de montée des
eaux
Conséquences
Gravité
Dommages
Directs
Pertes
d’Exploitation
Effets
Induits
Conséquences
pour le Personnel
Somme
Scénario n°1
. atteinte du stockage des palettes à déplacer sur la zone de parking
1
1
2
Hauteur 2 cm
. remontée des eaux par la bouche d’égout d’eaux pluviales n°x, à obturer
1
1
2
Durée 10 heures
SOMME
4
Scénario n°2
. atteinte du stockage des palettes à déplacer dans la zone de parking
Hauteur 20 cm
. 5 cm dans le hall de production n°1 qui peut continuer à produire atteinte des stocks journaliers de matières premières et de produits finis 1
ralentissement de la production du hall n°1 (environ -20%)
Durée 10 heures
1
1
1
2
2
4
6
SOMME
Scénario n°3
. atteinte du stockage des palettes à déplacer dans la zone de parking
Hauteur 40 cm
. 25 cm dans le hall de production n°1 qui ne peut plus continuer à
produire - atteinte des stocks journaliers de matières premières et de
produits finis - arrêt de la production du hall n°1 (non stratégique)
Durée 16 heures
1
1
2
. 10 cm dans le hall de production n°2 qui peut continuer à produire mais
1
avec ralentissement de la cadence (environ -20%)
1
. atteinte du transformateur A alimentant le hall de finitions - arrêt des
opérations de finitions avec transfert dans l’usine Y appartenant au même 2
groupe (ralentissement de -30 %)
2
SOMME
1
2
5
2
2
6
14
Seuils de montée
des eaux
Conséquences
Gravité
Dommages
Pertes
Directs
d’Exploitation
Scénario n°4
. atteinte du stockage des palettes à déplacer dans la zone de parking
Hauteur 60 cm
. 45 cm dans le hall de production n°1 qui ne peut plus continuer à
produire - atteinte des stocks journaliers de matières premières et de
2
produits finis - arrêt de la production du hall n°1 - Submersion partielle
des équipements de production
Durée 24 heures
Effets
Induits
Conséquences
pour le Personnel
1
Somme
1
2
1
2
7
. 30 cm dans le hall de production n°2 qui ne peut plus continuer à 2
produire - Submersion partielle des équipements
2
2
2
8
. atteinte du transformateur A alimentant le hall de finitions - arrêt des 2
opérations de finitions avec transfert dans l’usine Y appartenant au même
groupe (ralentissement de -30 %)
2
1
2
7
2
2
2
8
. 10 cm dans le hall de production n°5 qui peut continuer à produire mais
avec un ralentissement de la cadence d’environ -30% - goulot 2
d’étranglement : l’ensemble des productions en cours subissent
également un ralentissement supplémentaire de -30%
SOMME
31
Seuils de
montée
des eaux
Conséquences
Gravité
Dommages
Directs
Scénario
n°5
Pertes
d’Exploitation
Effets
Induits
Conséquences pour
le Personnel
Somme
. atteinte du parking
1
1
. atteinte du stockage de palettes
2
2
Hauteur
80 cm
. 65 cm dans le hall de production n°1 qui ne peut plus continuer à produire atteinte des stocks journaliers de matières premières et de produits finis - arrêt
3
Durée 36 de la production du hall n°1 - Submersion à 50% des équipements de
production
heures
1
2
2
8
. 50 cm dans le hall de production n°2 qui ne peut plus continuer à produire - 3
Submersion à 50% des équipements
2
1
2
8
. atteinte du transformateur A alimentant le hall de finitions - arrêt des 2
opérations de finitions avec transfert dans l’usine Y appartenant au même
groupe (ralentissement de -30 % lié au transfert)
2
2
2
8
3
3
2
11
. 30 cm dans le hall de production n°5 qui ne peut plus continuer à produire goulot d’étranglement : l’ensemble des productions s’arrête - Submersion 3
partielle des équipements
. 5 cm dans les bureaux administratifs - atteinte des archives et de la salle
3
informatique
SOMME
3
41
Seuils de montée
des eaux
Conséquences
Gravité
Dommages
Directs
Pertes
d’Exploitation
Effets
Induits
Conséquences
pour le Personnel
Somme
Scénario n°6
. atteinte du parking
1
1
Hauteur 1 m
. stockage de palette submergé à 30 %
2
2
Durée 3 jours
. 85 cm dans le hall de production n°1 qui ne peut plus continuer à
produire - atteinte des stocks journaliers de matières premières et de
3
produits finis - arrêt de la production du hall n°1 - Submersion à 80% des
équipements de production
3
2
2
10
. 50 cm dans le hall de production n°2 qui ne peut plus continuer à 3
produire - Submersion à 80% des équipements
3
1
2
9
. atteinte du transformateur A alimentant le hall de finitions - arrêt des 3
opérations de finitions avec transfert dans l’usine Y appartenant au même
groupe (ralentissement de -30 % lié au transfert)
3
2
2
10
. 30 cm dans le hall de production n°5 qui ne peut plus continuer à
produire - goulot d’étranglement : l’ensemble des productions s’arrête - 3
Submersion à 30% des équipements
4
3
2
12
. 25 cm dans les bureaux administratifs - submersion partielle des
3
archives et de la salle informatique
2
2
7
. submersion à plus de 50% du réservoir de stockage de fuel
1
. 15 cm dans le bâtiment chaufferie et le local compresseurs - Submersion 2
à 30% des compresseurs
SOMME
1
2
2
4
57
Seuils de montée
des eaux
Conséquences
Gravité
Dommages
Directs
Pertes
d’Exploitation
Effets
Induits
Conséquences
pour le Personnel
Somme
Scénario n°7
. atteinte du parking
1
1
Hauteur 1,2 m
. stockage de palette submergé à 50 %
2
2
Durée 4 jours
. 1,05 m dans le hall de production n°1 qui ne peut plus continuer à
produire - atteinte des stocks journaliers de matières premières et de
4
produits finis - arrêt de la production du hall n°1 - Submersion à 90% des
équipements de production
4
2
2
12
. 70 cm dans le hall de production n°2 qui ne peut plus continuer à 3
produire - Submersion à 90% des équipements
4
1
2
10
. atteinte du transformateur A alimentant le hall de finitions - arrêt des 3
opérations de finitions
3
2
3
11
. 50 cm dans le hall de production n°5 qui ne peut plus continuer à
produire - goulot d’étranglement : l’ensemble des productions s’arrête - 4
Submersion à 40% des équipements
4
3
3
14
. 45 cm dans les bureaux administratifs - submersion à 40% des archives 3
et de la salle informatique
3
3
9
. submersion à plus de 60% du réservoir de stockage de fuel - risque de 3
déplacement et de pollution des eaux
2
. 35 cm dans le bâtiment chaufferie et le local compresseurs - Submersion 3
à 50% des compresseurs
3
SOMME
3
8
6
73
Diagnostic
Inondation
Dans ce cas théorique, le consultant a défini le scénario n°5 comme
scénario de référence, après avoir considéré la vraisemblance
d’apparition de ces phénomènes, et après discussion avec l’industriel.
La progression de la notation au fur et à mesure du déroulement des
scénarios est présentée dans le graphique suivant.
Notation
80
70
60
50
40
30
20
10
0
Scénario Scénario Scénario Scénario Scénario Scénario Scénario
n°1
n°2
n°3
n°4
n°5
n°6
n°7
M
E
T
Un bilan peut être réalisé par unité, comme suit :
H
Notation des unités par scénario Scénarios
Unités
n°1
n°2
O
n°3
n°4
Parking
Stockage palettes
n°7
Somme
D
E
1
1
1
3
1
1
1
2
2
2
10
4
7
7
8
10
12
48
Hall de production n°2
2
8
8
9
10
37
Hall de finition
6
7
8
10
11
42
8
11 12
14
45
3
7
9
19
Réservoir de fuel
2
8
10
Bâtiment chaufferie/local
compresseur
4
6
10
Hall de production n°1
1
n°5 n°6
Hall de production n°5
Locaux administratifs
77
E
T
A
P
E
2
Ce tableau appelle les commentaires suivants :
- il est intéressant de protéger le hall n°1 car il est le plus rapidement et
le plus fréquemment touché avec dans tous les cas de figures des
conséquences relativement importantes.
- il est intéressant également de protéger le hall de production n° 5, car
s’il est moins exposé à une inondation, les conséquences sont par
contre très vite importantes (c’est en effet un goulot d’étranglement
dans la production).
- la protection du hall de finition se situe dans le même ordre de priorité
que le hall de production n°2.
- la protection de la chaufferie et du local compresseurs n’est pas
prioritaire, car ils présentent un risque beaucoup plus faible d’être
inondé, ainsi que le stockage de fuel.
- le parking comme le stockage de palettes ne présentent pas de
dommages très importants dans tous les cas et ne justifient pas de
mesures prioritaires.
- un minimum de mesures devraient permettre de limiter les dégâts au
niveau des locaux administratifs, qui ne présentent toutefois pas un
caractère prioritaire.
Ces éléments fournissent des indications sur les vulnérabilités les plus
intéressantes à protéger et sur lesquelles s’appuieront les
recommandations et leur hiérarchisation. Les solutions pour protéger ces
points restent cependant à définir, ces solutions devant rester réalistes,
notamment par rapport au délai nécessaire à leur mise en place.
78
Diagnostic
Inondation
ETAPE 3
3.1 Formuler des Recommandations pour la
Réduction des Vulnérabilités
3.1.1 Le rôle du consultant
En respectant la hiérarchisation établie au chapitre précédant, le consultant
formulera les recommandations en donnant, le cas échéant, les contraintes
de gestion qu’implique la mise en œuvre de chacune des recommandations,
ainsi qu’une appréciation de l’efficacité de ces mesures.
Ces recommandations reposeront sur le ou les scénarios de référence,
contre les conséquences duquel il est souhaitable que l’industriel se
protège. Il faut rappeler que la démarche adoptée se situe dans une stratégie
de réduction des vulnérabilités, c’est-à-dire une réduction des dommages
occasionnés par une inondation donnée : une inondation de forte ampleur
perturbera toujours une unité industrielle, mais il faut faire en sorte qu’elle
la perturbe le moins possible et le moins longtemps possible.
M
E
T
H
O
Les recommandations seront formulées en fonction de 3 ordres :
D
-
E
-
recommandations d’ordre 1 : recommandations à mettre en oeuvre en
priorité, soit parce qu’elles sont simples à mettre en place pour un coût
relativement faible, soit parce qu’elles sont absolument nécessaires
pour limiter les conséquences indésirables du scénario de référence.
recommandations d’ordre 2 : recommandations à mettre en oeuvre à
moyen terme
recommandations d’ordre 3 : recommandations à mettre en oeuvre à
long terme. Rentrent également dans cette catégorie les
recommandations, mesures techniques, qui peuvent être adoptées à
l'occasion de travaux d'aménagement ou de modification d'une partie
des chaînes de production .
79
E
T
A
P
E
3
Les recommandations peuvent porter sur des mesures de différents types.
Les plus fréquemment évoquées dans le cas de la lutte contre les
inondations sont décrites dans les paragraphes suivants.
3.1.2 Des mesures techniques
3.1.2.1 Mesures de protection permanente
Ces protections permanentes sont installées en-dehors des épisodes
d’inondation et restent en place afin de constituer une protection contre
les eaux immédiates ou très rapide de mise en œuvre en cas de montée
des eaux.
Il peut s’agir de :
T Digues, levées, etc. : Ces protections constituent des barrières de
protection contre le flux d’eau tout autour du site à protéger. Elles
peuvent être équipées d’ouvertures permettant le passage en temps
normal. Ces ouvertures doivent alors être obturées efficacement et
rapidement lors d’une inondation.
La construction de tels ouvrages fait néanmoins l'objet d'une
réglementation contraignante. Les services de l'Etat délivrent les
autorisations nécessaires avec prudence et parcimonie. Ces ouvrages
présentent souvent l’inconvénient majeur d’aggraver les conditions
d’inondation pour les sites proches (entreprises, habitations).
Leur construction doit respecter tout particulièrement les règles de
l’art, afin de présenter une réelle efficacité, et ne pas rompre en cas
d’événement exceptionnel. Leur entretien est également un facteur très
important pour leur pérennité et leur efficacité. En effet, les ouvrages
peuvent être dégradés par divers agents (rongeurs, végétation,
infiltrations d’eau, etc.).
T Condamnation et étanchéification de certaines ouvertures : Dans
les bâtiments de l’usine particulièrement exposés, il faut se poser la
question de l’utilité des ouvertures basses et faire éventuellement
procéder à une condamnation définitive des ouvertures qui ne sont pas
80
Diagnostic
Inondation
indispensables, ainsi qu’à une étanchéification. Ainsi, on limitera les
entrées d’eau dans les bâtiments.
T Equipement
des portes et fenêtres avec des systèmes
d’obturation : Pour les ouvertures qui restent indispensables, il peut
être envisagé d’installer des systèmes d’obturation en place qui
peuvent être très rapidement actionnés ou mis en œuvre : seuil
gonflable, sac de sable, bag rempli de terre, batardeau en bois ou
métal. Cela ne peut convenir que dans le cas où l’on dispose d’un
minimum de temps pour actionner ces systèmes. De plus, il convient
de les entretenir correctement et de les essayer régulièrement afin de
disposer d’un système efficace en cas de sinistre.
Une entreprise de la région parisienne a réalisé une étanchéification
des pièces où sont installées les machines (renforcement des portes
et des serrures).
T Murets de protection autour des équipements les plus vitaux : Si
les hauteurs d’eau attendues les plus probables ne dépassent pas 20 à
40 cm, il peut être intéressant d’étudier la possibilité d’installer de tels
murets autour des équipements les plus importants ou les plus
sensibles à l’eau, dans le cas où la configuration physique des
équipements le permet. Des ouvertures peuvent être aménagées à
condition qu’elles puissent être rapidement obturées afin que ces
murets jouent correctement leur rôle. Il faut veiller à ce que ces
éventuels murets ne soient pas exposés à des chocs, par des engins de
manutention notamment, ce qui risquerait de leur enlever toute
efficacité. Dans le même souci, ils doivent être maintenus dans un
parfait état.
M
E
T
H
O
D
E
E
T
A
P
T Vannes manuelles sur réseau d’assainissement afin d’éviter les
remontées : Il ne faut pas perdre de vue que les eaux peuvent
également remonter par les réseaux d’égoût. Il faut donc prévoir des
systèmes d’obturation des réseaux d’assainissement, qui peuvent être
de simples vannes manuelles que l’on peut actionner en cas de risque
de remontée. En l’absence de ce type de mesure, toutes les autres
81
E
3
mesures prises peuvent s’avérer insuffisantes. Il peut être envisagé
également de rendre étanche les tampons de bouches d'égoût et de se
préparer à devoir les lester.
T Puisards aux points bas pour pompage éventuel : Pour de faibles
hauteurs d’eau et des entrées d’eau très limitées (dans le cas d’un
bâtiment déjà bien isolé), il peut être utile de disposer d'un puisard en
point bas équipé de pompes, qui permette d’évacuer les eaux au fur et
à mesure de leur arrivée dans la zone drainée. Il faut limiter ce type
d’équipement aux installations qui ne peuvent pas supporter quelques
centimètres d’eau. Ces installations peuvent également être utiles lors
de la décrue, pour un assèchement plus rapide et surtout lors de la
phase de nettoyage pour recueillir toutes les eaux polluées, et les
pomper pour les évacuer en décharge plutôt que de risquer d’induire à
l’extérieur une pollution qui serait reprochée à l’industriel.
T Ancrage des réservoirs : Tout réservoir aérien qui risque d’être
submergé au-delà de 70% de son volume doit être correctement ancré
au sol, avec une fondation qui permette de le retenir. Tout réservoir
enterré qui peut être submergé au-delà de 70% de son volume doit être
également correctement sécurisé afin d’éviter tout mouvement. Tout
évent ou ouverture quelconque qui n’est pas parfaitement étanche doit
être surélevé au-delà de la hauteur d’eau attendue.
T Repérage des systèmes de coupure des réseaux d’alimentation
électrique et des réseaux de gaz, visibles en cas d’inondation : Ces
repères seront particulièrement utiles pour la mise en sécurité du site
en cas de sinistre (valable pour des sinistres autres que l’inondation).
T Placer la connectique en hauteur et prévoir les cellules de
commandes des systèmes automatiques démontables ; cela peut se
faire à l'occasion d'un changement de ces pièces.
T
Réfléchir à faciliter l’intervention des secours et à assurer la
sécurité du personnel qui travaillera dans un univers qui lui sera
inconnu même s’il s’agit d’une entreprise dans laquelle il travaille
depuis plusieurs années. Intégrer le fait que 20 à 30 cm d’une eau
82
Diagnostic
Inondation
chargée suffisent à rendre toute intervention plus longue et plus
compliquée, que l’on perd ses repères habituels, qu’on ne voit plus les
marquages au sol, qu’on risque de butter sur des obstacles ou de
chuter dans des trous. Réfléchir à la manière de mieux signaliser les
cheminements, les bouches d’égouts, etc. et d’interdire l’accès à
certains secteurs où il est inutile de progresser. Prévoir
éventuellement une barque pour les déplacements.
3.1.2.2 Mesures d’urgence
Certaines mesures d’urgence peuvent être envisagées, mais leur
faisabilité dépend de la configuration des lieux et des spécificités des
équipements et matériels (et notamment leur poids et leur
encombrement).
T Déplacement
des véhicules et des éléments mobiles non
indispensables hors de la zone : il convient de bien repérer en
particulier tous les véhicules qui seront nécessaires lors du retrait des
eaux.
M
E
T
En région parisienne, un constructeur automobile a prévu le
déménagement de son parc de véhicules, ainsi que de certains
moteurs électriques.
H
O
D
E
T Déplacement des stocks et des équipements critiques hors de la
zone, lorsque cela est possible. Une attention particulière doit être
portée sur les équipements qui sont situés en sous-sols.
E
T
Un imprimeur en région parisienne a prévu d'évacuer ses produits
dangereux lors de l'alerte : les encres (conteneurs) et les solvants
(fûts).
Dans le même secteur, un fabricant de peinture évacuera les liquides
inflammables.
T
Arrimage des éléments susceptibles de se déplacer lors de
l’inondation tels que remorques, matériel entreposé à l’extérieur.
83
A
P
E
3
T
Bâchage (correctement réalisé) de certains stocks ou matériels,
utilisation des zones frigorifiques, généralement bien isolées de
l’extérieur, pour stocker transitoirement des biens sensibles.
T
Rehaussement de certains équipements au-dessus de la ligne
d’eau maximale probable : outre la faisabilité technique de cette
mesure en fonction des équipements et de la configuration des locaux,
il faut pouvoir disposer d’un temps suffisant entre l’alerte et l’arrivée
des eaux. Il faut également disposer des matériels nécessaires à
l’opération (structures métalliques, plots en béton, systèmes de
poulies, appareils de manutention adaptés, etc.).
T
Réalisation d’un endiguement général provisoire autour du
site, soit à partir de structures de type conteneur en tissu de grandes
capacités prévues pour évacuer des gravats, que l’on peut remplir au
chargeur ou à la pelleteuse, soit directement en terre rapidement
compactée et imperméabilisée avec des bâches plastiques intégrées
dans le remblai au cours de sa mise en place, soit à partir d’autres
éléments préfabriqués en béton, bois ou métal, mis en place et
stabilisation avec de la terre ou des sacs de sable et autostables sous la
poussée de l’eau.
Sur la station d'épuration des eaux d'Achères (Yvelines), il est prévu
la construction d'une digue de terre en cas de menace des
installations.
T
Obturation des portes et fenêtres par des panneaux mobiles : Si
de tels systèmes ont été prévus, leur mise en place entre dans les
mesures d’urgence (voir plus haut). Il faut toujours garder à l’esprit
que l’eau pousse sur une structure et que l’on peut utiliser cette
poussée pour assurer l’étanchéité.
T
Fermeture des vannes manuelles sur les
d’assainissement, coupure des alimentations en
inflammables, du gaz et de l’électricité.
T
Remplissage des réservoirs susceptibles de flotter : en particulier
si l’ancrage du réservoir s’est révélé impossible à réaliser ou si la
qualité de l’ancrage est suspect, il faut remplir les cuves de stockage
84
réseaux
liquides
Diagnostic
Inondation
(enterrées ou aériennes) afin de les empêcher de flotter. Cela peut
s’effectuer avec de l’eau à condition que les produits contenus soient
compatibles avec l’eau. Sinon il faut trouver le moyen de lester le
réservoir avec des élingues solides arrimées à des sacs de sable, de
blocs de fonte ou tout autre pondérable disponible sur place, qui ne
soit pas soluble et garde sa cohérence sous l’eau.
Un usine de distribution d'hydrocarbures en région parisienne a
prévu, en cas de crue, de remplir ses cuves de fuel domestique pour
éviter qu'elles ne se soulèvent sous l'effet de la poussée
d'Archimède.
T
T
Protection de certains points par des digues de sable : Les
points d’entrée d’eau et les équipements sensibles (comme les
systèmes de protection contre l’incendie, ou le matériel de valeur
entreposé à l’extérieur, afin de les protéger des débris flottants)
peuvent être protégés à l’aide de digues de sable, à condition de
disposer des sacs, du sable et de la main d’œuvre adéquate. En effet,
sable et sacs sont généralement difficiles à se procurer en urgence en
cas d’inondation de toute une région. Il est préférable de disposer de
son propre stock, facilitant ainsi la mise en place d’une prévention
rapide. Il ne faut pas perdre de vue également que le remplissage des
sacs et leur entassement constitue un travail fatigant nécessitant une
main d’œuvre importante, qui doit être disponible. On peut
également envisager d’utiliser l’eau elle-même pour remplir des
structures souples qui épouseront les formes des fermetures à
boucher ou des ouvrages à protéger à condition de disposer de ces
structures au préalable. Le remplissage avec de l’eau industrielle est
plus aisée et facile que le remplissage des sacs de sable, mais il faut
être très vigilant sur l’état de ces structures : la moindre crevaison
peut rendre inefficace ce genre de mesure.
M
E
T
H
O
D
E
E
T
A
P
E
3
Protection de certains équipements contre la rouille : Lorsque le
matériel lourd ne peut pas être déplacé, il convient d’enduire les
85
parties métalliques d’un produit hydrofuge ou antirouille, par
exemple de la graisse, pour retarder les phénomènes de corrosion.
Exemples de sinistres :
- Inondation d’un dépôt de produits phytosanitaires et d’engrais à
Acy-Romance (Ardennes) le 22 décembre 1993.
L’Aisne en crue inonde le dépôt. L’eau entraîne des fûts et dissout
des produits chimiques. La porte du bâtiment est murée afin de
confiner les produits dangereux dans l’installation.
Source : MATE - DPR - SEI - BARPI
- Inondation d’un site industriel regroupant 2 industriels pour la
fabrication de dispositifs de chauffage et de climatisation
automobile dans la Sarthe le 25 janvier 1995.
Suite à une inondation en 1965, une surélévation d’un mètre du
bâtiment abritant l’un des deux industriels avait été faite.
Le délai d’annonce de la DDE, de 24 heures, permet de mettre hors
de danger certaines machines, les stocks, les bureaux, les
ordinateurs et les dossiers de l’entreprise. Les armoires électriques
mobiles et les machines de la ligne de production qui peuvent être
déplacées sont surélevées. Des travaux de maçonnerie sont réalisés,
mais se révèlent inefficaces. La production continue le plus
longtemps possible, jusqu’à ce qu’il y ait des risques électriques
Le lendemain soir, il y a 45 cm d’eau dans le bâtiment. L’eau est
aussi remontée par les égouts et les plaques d’évacuation. On se
déplace en barque dans l’usine qui reste inondée pendant 8 jours.
Des machines ont été déplacées dans des locaux fournis par la
Région. Les constructeurs automobiles ont été solidaires de leurs
sous-traitants. Finalement, il n’y a pas eu de retard dans les
livraisons.
A la suite de ce sinistre, l’éventualité d’un déménagement a été
envisagée. Finalement, un plan de sécurisation a été mis en oeuvre,
et des travaux ont été réalisés : construction d’un mur d’enceinte de
l’ensemble du terrain, canalisation de tous les rejets dans des
bassins de décantation afin de les repomper vers la Sarthe.
86
Diagnostic
Inondation
3.1.2.3 Des mesures organisationnelles
A - Avant la crise :
Les conséquences d’une inondation peuvent être minimisées grâce à une
action organisée et adaptée, même lorsque le phénomène est rapide.
Cette action repose sur deux éléments fondamentaux, sans lesquels les
mesures préconisées peuvent se révéler inefficaces :
9 l’élaboration d’un plan d’urgence et
9 la constitution d’une équipe d’intervention formée à sa mise en
œuvre.
T Elaboration d’un plan d’urgence inondation :
Le plan d’urgence inondation doit être un document opérationnel, basé
sur un choix de quelques scénarios réalistes. Il détaille l’ensemble des
actions qui doivent se dérouler dans chacun des cas, ainsi que le rôle de
l’équipe d’intervention et des différents acteurs susceptibles d’avoir un
rôle à jouer.
Le plan d’urgence inondation doit désigner une cellule de crise et un
responsable des opérations. Il doit également préciser qui dispose de
l’autorité suffisante et nécessaire pour décider de mettre en œuvre le plan
d’urgence.
Ces mesures permettent d’éviter toute perte de temps dans les prises de
décision et leur mise en œuvre, ce qui se traduit directement en terme de
dommages.
Les éléments de l’équipe d’intervention et ceux de la cellule de crise
doivent être soigneusement choisis, notamment au regard des employés
dont les biens propres peuvent être également affectés par l’inondation
ou dont l’accès à l’entreprise peut être difficile en cas de crue. Il faut
s’attendre en effet qu’en cas de sinistre, une partie plus ou moins
importante du personnel ne soit pas disponible.
Le plan d’urgence doit hiérarchiser les actions à entreprendre afin de
consacrer les forces en priorité sur les éléments vitaux de l’entreprise.
87
M
E
T
H
O
D
E
E
T
A
P
E
3
C’est pourquoi le plan d’urgence doit être basé sur une analyse des
vulnérabilités : le présent diagnostic en est une première approche.
Le plan d’urgence est un document opérationnel, qui doit contenir toute
les informations nécessaires lors de la crise. Pour être utiles, ces
informations doivent être précises et mises à jour, comme par exemple,
les coordonnées téléphoniques de la société de location des engins de
levage nécessaires pour déplacer les équipements vitaux, ou encore
celles de sociétés spécialisées dans l’assèchement et la remise en état des
sites.
Le plan d’urgence décrit comment maintenir une veille vis-à-vis des
événements initiateurs (fortes pluies, montée des eaux...), et auprès de
quelles entités, chercher de l’information.
Le plan d’urgence prévoit les actions destinées à s’assurer du bon
entretien et de l’efficacité des systèmes de protection permanente
(digues, vannes, etc.), ainsi que de la disponibilité et du bon état des
éventuels moyens d’urgence (stocks de sacs et de sable, état des sacs,
bâches, raclettes, etc.).
Pour les établissements SEVESO et les Installations Classées disposant
d’un POI (Plan d’Opération Interne), une articulation entre le POI et le
plan d’urgence doit être recherchée afin de limiter le nombre de
documents.
T Mise à jour du plan d’urgence inondation :
Il est indispensable de mettre à jour régulièrement le plan d’urgence, et
de passer en revue :
- l’analyse de vulnérabilité, surtout si l’activité a subi des modifications
importantes,
- l’évolution éventuelle des caractéristiques de l’aléa, surtout à la suite
d’épisodes d’inondations plus ou moins importants, n’ayant pas
affecté l’entreprise,
- l’état des mesures de protection,
- la constitution des équipes d’intervention et des cellules de crise,
88
Diagnostic
Inondation
- la validité des informations opérationnelles, et notamment des
personnes contacts et de leurs coordonnées téléphoniques. A ce titre,
l’entreprise peut avoir intérêt à prendre le temps de rencontrer
physiquement ces personnes contacts, pour s’assurer de la qualité des
échanges et la bonne compréhension mutuelle en période de crise.
T Exercices réguliers pour tester le plan d’urgence inondation :
Les exercices réguliers ont plusieurs objectifs :
- s’assurer que chacun a bien compris le plan d’intervention et la tâche
qui lui est affectée,
- entraîner les membres de l’équipe d’intervention et de la cellule de
crise, notamment à la mise en place des systèmes de protection,
- vérifier l’état de certains de ces systèmes de protection.
Ils peuvent s’effectuer sur une base annuelle et de préférence juste avant
les périodes probables d’inondation.
M
E
T
H
O
Exemple de sinistre :
D
- Traitement des métaux et mécanique générale à Sainte-Suzanne
(Sarthe) le 17 février 1990 :
E
Suites à des crues importantes, des fûts contenant des produits acides et
du cyanure, stockés dans une cuvette de rétention, ont été renversés et
noyés. Certains d'entre eux se sont ouverts. Les services d'incendie et de
secours procèdent au stockage des fûts intacts et au pompage du liquide
pollué retenu dans les cuvettes. Tout risque de pollution est écarté.
E
- Forge, emboutissage, estampage, métallurgie des poudres à SaintNicolas d'Aliermont (Seine-Maritime) le 16 juin 1993 :
T
A
P
E
3
Une pollution interne se produit dans une usine à la suite de l'inondation
d'un local en sous-sol de 300 m² contenant divers réservoirs (solution de
sels de chrome et de cyanure, réservoirs de lessive de soude et d'acide
89
chlorhydrique). Des analyses révèlent la présence de chrome et de
cyanure dans un volume d'eau estimé à 1 000 m3. Ce dernier sera traité
par la station d'épuration de l'entreprise dans le cadre d'une opération de
longue durée.
- Industrie chimique de base à Lauterbourg (Bas-Rhin) le 15 mai 1999 :
Une usine chimique risque d'être inondée à la suite de brèches dans une
digue allemande canalisant le Rhin en forte crue. Des digues artificielles
sont rehaussées pour parer à toute éventualité. L'usine déclenche son POI
(Plan d’Opération Interne), stoppe sa production et prend les dispositions
nécessaires pour protéger ses installations et mettre en sécurité des stocks
de produits sensibles. Les pertes d'exploitation sur le site s'élèveront à
plusieurs millions de francs par jour. L'eau noiera 500 ha de terrains en
Allemagne et en France mais s'arrêtera à quelques mètres de l'usine. Des
problèmes de communication ont été relevés lors de la gestion de la crise
(les autorités allemandes ont sous-estimé les risques encourus par l'usine,
etc.).
Source : MATE - DPPR - SEI - BARPI
D’autres mesures de type organisationnel doivent être prises, en dehors
du plan d’urgence inondation. Elles sont essentiellement de deux ordres :
- Discuter avec son courtier d’assurance ou son assureur : l’industriel
doit s’assurer de l’adéquation au risque d’inondation de ses
couvertures Dommages, Pertes d’Exploitation, Responsabilité Civile,
qu’elle soit générale ou spécifiquement prévue pour les atteintes à
l’environnement. Il est bien évident qu’un industriel qui a une bonne
connaissance de ses risques, et pas seulement de celui d’inondation et
a mis en place des systèmes tendant à les maîtriser au mieux, par de la
prévention et de la protection, est en meilleure position pour négocier
les conditions de ses couvertures.
- Identifier la vulnérabilité de ses prestataires extérieurs : une entreprise
qui peut n’être que très peu concernée par un phénomène d’inondation
peut avoir à faire face à des difficultés de production par la carence
d’un fournisseur qui lui-même aurait subit un sinistre.
La situation est d’autant plus critique pour des prestations extérieures,
notamment celles de maintenance, cruciales pour la reprise d’activité
90
Diagnostic
Inondation
lorsque l’entreprise a subi directement une inondation et lorsque
l’épisode d’inondation concerne toute une région. Cette dimension
doit intervenir dans le choix effectué par un industriel de ses
prestataires extérieurs. L’industriel doit aussi s’informer de la teneur
du plan départemental de secours spécialisé Inondation, et au besoin,
alerter l’attention des pouvoirs publics sur la nécessité de lui réserver
une priorité lors de la répartition des moyens de redémarrage.
Il ne faut pas perdre de vue également que les sociétés spécialisées
dans le nettoyage et la remise en état des sites seraient fortement
sollicitées en cas d’inondation d’ampleur régionale, parfois même audelà de leur capacité. Aussi, l’industriel doit il réfléchir à plusieurs
scénarios d’intervention et prévoir le cas où les sociétés spécialisées
ne pourraient pas lui consacrer tout le temps souhaité.
B - Pendant la crise
Il s’agit d’appliquer les mesures définies dans le plan d’urgence
inondations et notamment :
−
désigner un responsable chargé de surveiller la montée des eaux,
−
préparer et installer les sacs de sable aux endroits désignés,
−
installer les systèmes d’obturation prévus,
−
déplacer les biens comme défini dans le plan (stocks, équipements,
véhicules, etc.),
−
protéger les biens qui ne peuvent pas être déplacés,
−
remplir les cuves de stockage,
−
graisser les parties métalliques,
−
vérifier les systèmes d’évacuation des eaux,
−
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fermer les vannes manuelles sur les réseaux d’assainissement et
s’assurer du bon fonctionnement des systèmes automatiques,
−
couper les réseaux d’alimentation des gaz et liquides inflammables,
−
protéger les systèmes de lutte contre l’incendie,
−
M
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bloquer les accès aux sites où l’inondation peut rendre la circulation
dangereuse (escalier, bouches d’égouts, caniveaux, etc.) et signaler
91
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3
toutes les bouches d’égoûts et les caniveaux sur les cheminements qui
seront noyés et utilisés, pour éviter toute chute et tout accident inutile,
−
−
alerter les sociétés indiquées dans le plan d’urgence afin d’anticiper
les actions de remise en état,
alerter son assureur, ses clients, et toute personne intéressée dans la
bonne marche de l’entreprise, en fonction d’un plan de
communication pré-défini.
C - Après la crise (jusqu’au retour à une situation
normale)
Il s’agit d’appliquer les mesures définies dans le plan d’urgence
inondations et notamment :
- nettoyer et sécher les équipements en commençant par les plus
critiques (en faisant appel éventuellement à des sociétés spécialisées actions de l’assureur),
- pomper l’eau stagnante, vérifier la teneur de ces eaux avant rejet,
- dégager les débris en les stockant dans un site confiné ; nettoyer les
bâtiments, en stockant les eaux et les boues dans un site confiné ;
prévoir la mise en décharge des débris et la mise en station de
traitement des boues, après avis éventuel de la DRIRE si nécessaire ;
- vérifier et maintenir les systèmes de protection contre l’incendie,
- ne remettre progressivement les réseaux électriques qu’après
vérification par du personnel compétent,
- vérifier l’état des stockages de liquides et de gaz inflammables, les
sécuriser,
- trier les stocks, matériels et équipements récupérables,
- assurer l’élimination des déchets, avec une attention particulière à tous
ceux qui devraient faire l’objet d’un traitement particulier autre que la
mise en décharge,
- trier les enseignements sur les conséquences du sinistre, les mesures
de prévention : efficacité de celles qui ont été prises, identification de
celles qui auraient pu être prévues, le plan d’urgence et sa mise en
œuvre. Il s'agit là d'organiser un véritable retour d'expérience pour en
92
Diagnostic
Inondation
tirer des enseignements en terme d'amélioration de la prévention et de
la gestion de crise et post-crise.
Exemple de sinistre :
Inondation d’un établissement classé SEVESO à Marle (Aisne) le
21 décembre 1993.
De fortes pluies entraînent l’inondation de la totalité du site
spécialisé dans la formulation, le conditionnement et le stockage de
produits phytosanitaires. La hauteur d’eau au sein de l’entreprise
oscille entre 0.5 et 1 m d’eau. Par sécurité, bien qu’aucune pollution
n’ait été constatée, les produits susceptibles d’être touchés sont mis
sur racks hors d’eau. Les dommages directs atteignent 15 MF et les
pertes d’exploitation 3 MF.
3.1.3 Evaluation du coût des recommandations
Le consultant doit être en mesure de donner des fourchettes de prix des
recommandations qu’il aura formulées.
Par ailleurs, il doit donner un ordre de grandeur des dommages que subirait
l’entreprise pour les scénarios retenus précédemment, dans le cas où ses
recommandations seraient mises en œuvre.
Ainsi, il peut comparer le montant des recommandations avec le montant
des dommages évités pour un scénario donné. Dans le cas où il ne dispose
pas d’assez d’éléments pour évaluer ces dommages en termes financiers, il
devra faire cet exercice avec des données plus qualitatives, pour montrer à
l’industriel la nature des dommages évités ainsi que la réduction des jours
d’arrêt de l’entreprise.
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3
93
Exemple de sinistre :
Inondations d’une fonderie dans les Ardennes
Après des inondations en 1991, 1994 et 1995, SAGERIS a mis en
évidence que les efforts réalisés entre 94 et 95 (mesures techniques
et organisationnelles) avaient permis de diminuer de 50% les dégâts
de la dernière crue.
3.1.4 Prise en compte des recommandations / aide à la
décision
Il est alors du ressort de l’industriel de décider des investissements qu’il
souhaite consacrer à la diminution de ses vulnérabilités en cas
d’inondation.
Il dispose de tous les éléments de décision :
-
l’exposition de ses activités à un risque donné (paramètres de l’aléa et
éventuellement fréquence d’apparition)
-
les conséquences auxquelles il devra faire face en cas de réalisation de
l’aléa,
-
la nature et le coût des mesures qui lui permettraient de réduire les
dommages,
-
les principes des mesures organisationnelles souhaitables.
L’industriel décide souvent des investissements qu’il consent pour la
modernisation de son outil de production sur la base d’une estimation du
temps de retour sur investissement. C’est à dire, en combien de temps
l’argent qu’il aura dépensé sera compensé par les gains qu’il aura tirés de
cet investissement ? Le plus souvent, les industriels hésitent peu tant qu’il
s’agit d’un retour sur investissement inférieur à 3 ans. Au-delà, il faut
souvent que le projet présente d’autres avantages, non monétaires, pour que
l’investissement soit réalisé.
En matière de sécurité, l’approche du retour sur investissement n’est pas
très appropriée, car les événements redoutés sont aléatoires, avec des
probabilités heureusement faibles de réalisation. Alors pourquoi se protéger
94
Diagnostic
Inondation
contre des événements qui risquent - avec un peu de chance - de ne jamais
arriver sur la durée de vie de l'entreprise ?
Le choix de l’industriel doit intégrer deux dimensions importantes.
−
−
Ce n’est pas parce que l’on parle d’un crue centennale, par exemple, que
l’on peut penser être “ à l’abri ” pendant une centaine d’année : cette
crue centennale peut arriver demain. Il existe également des phénomènes
totalement imprévisibles, dont on ne connaît pas la probabilité
d’occurrence : on ne sait pas quand cela risque d’arriver, mais on sait que
cela peut arriver : cas d’une rupture de digue, soit lors d’une crue, soit
lors d’un embâcle de glace.
L’industriel doit peser la nature et l’ampleur des risques encourus, qui
peuvent mettre en péril la survie même de l’entreprise.
Enfin, il faut insister auprès de l’industriel sur l’importance du retour
d’expérience. Les sinistres ou les événements indésirables qu’il a pu vivre
au sein de l’entreprise ou qui lui sont relatés sur un autre site, doivent lui
servir de base de réflexion sur les vulnérabilités présentes. “ Est-ce que cela
pourrait arriver dans la configuration actuelle de mon site ? Si cela arrivait,
quelles en seraient les conséquences ? Que pourrais-je faire alors ? Et
comment éviter que cela se produise ? ”. Cette démarche permet également
d’éviter de reproduire les mêmes erreurs dans la vie de l’entreprise et dans
ses développements.
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95
Diagnostic
Inondation
SECONDE PARTIE
GUIDE POUR LA COLLECTE
DES INFORMATIONS
NECESSAIRES
AU DIAGNOSTIC INONDATION
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97
Diagnostic
Inondation
Rappel des principales étapes du diagnostic inondation
Etape 1
•
Se procurer les informations existantes concernant les caractéristiques
des inondations susceptibles d’affecter le site de l’entreprise.
•
Se procurer les informations disponibles concernant l'annonce de crue
et les procédures d’alerte.
•
-
Rencontre avec les services de l’Etat compétents
-
Etudes hydrauliques
Informer le chef d’entreprise, par courrier, des objectifs généraux du
diagnostic, de la méthode de travail proposée et des besoins en
informations indispensables lors de la première réunion (plan masse,
relevés topographiques, plans des réseaux, historique des sinistres
inondations, liste des produits présents sur le site...).
Etape 2
•
Première réunion de travail avec le chef d’entreprise et les différents
responsables qui accompagneront le consultant dans sa visite de site ou
avec lesquels il aura des entretiens.
Partie stratégique de la réunion - De cette réunion dépend le degré
d’investissement et de participation des personnes ressources. Il est
impératif alors que le chef d’entreprise légitime la démarche auprès des
différents responsables et définisse les objectifs et les limites qu’il
entend donner à l’exercice.
Partie technique - Une fois définis les objectifs et les modalités de
conduite du diagnostic, une première présentation du site, sur la base du
plan masse, doit être faite par les différents responsables présents.
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•
Visite du site. Celle-ci comprend des entretiens avec certains
responsables (services financiers, assurances...) et la visite des
différentes installations avec les personnes idoines (directeur technique,
maintenance, chefs d’atelier...).
Cette étape 2 peut déboucher sur la nécessité de compléter le recueil
d’information sur les aléas ou sur le dispositif d’annonce des crues et
d’alerte. Elle peut également aboutir à la nécessité d’une expertise
hydraulique spécifique au site.
Elle peut également nécessiter que le personnel rencontré conduise des
investigations complémentaires pour affiner ou compléter des
évaluations (coût du démontage-remontage, valeur des stocks,
disponibilité des pièces à changer, etc.). Ces informations seront alors
envoyées au consultant le plus rapidement possible.
Etape 3
•
Formuler des recommandations pour la réduction des vulnérabilités.
Là aussi, il est possible que cette étape nécessite quelques compléments
d'information de la part du personnel, afin de mesurer la faisabilité
technique et financière des recommandations.
•
Rédaction et envoi du rapport
Etape 4 (étape complémentaire à la prestation de base initiale du diagnostic
: étapes 1 à 3)
•
Le rapport final de l’étape 3 est remplacé par un pré-rapport. Envoi de
ce document au chef d’entreprise, pour qu’il en prenne connaissance et
le diffuse en interne.
•
Seconde réunion de travail avec le chef d’entreprise et ses
collaborateurs. Il s’agit de faire valider - sous la forme d’un
brainstorming - le ou les scénarios de crise qui ont été évalués, les
hypothèses qui les sous-tendent, les options de réduction de la
vulnérabilité qui ont été proposées et analysées.
100
Diagnostic
Inondation
Cette réunion a pour objectif d’impliquer le plus possible la direction
du site dans l’analyse du risque et la réflexion sur l’opportunité
technique et financière des solutions existantes. Les résultats finaux du
diagnostic seront d’autant plus pertinents que cette phase aura été
conduite, mais cette réunion n’est pas indispensable.
•
Rédaction du rapport final, prenant en compte les apports de la réunion
précédente.
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Diagnostic
Inondation
ETAPE 1
RECUEIL
DES INFORMATIONS RELATIVES AU
PHENOMENES INONDATIONS AU DROIT DU SITE
•
•
CONTEXTE
DE
SURVENANCE
DES
Localisation sur un plan au 10.000ème (25.000ème agrandi) du site étudié.
Caractéristiques des inondations probables
• Quels sont les types d’inondations susceptibles de toucher le site ?
(description générale)
• Pour chaque type d’inondation :
• Situation géographique du site et de son environnement immédiat
(voies de communication, autres entreprises...) par rapport à la zone
inondable par l’aléa concerné
• Hauteur(s) de submersion par rapport au terrain naturel
• Vitesse du courant
• Turbidité
• Durée de submersion
• Vitesse de montée des eaux
• Période(s) de survenance
• Phénomènes aggravant possibles
CHOIX
DU OU DES SCENARIOS DE REFERENCE EN MATIERE DE SURVENANCE ET DE
DEROULEMENT DES INONDATIONS.
RECUEIL DES INFORMATIONS RELATIVES AUX CONDITIONS DE GESTION DE CRISE
•
•
•
Existe-t-il un service d'annonce de crue ?
Si non : existe-t-il des procédures informelles d’alerte de l’entreprise ?
Si oui :
Comment est informée l’entreprise de l’arrivée de l’inondation ? Quel type de
message lui parvient-elle ?
Quel est le délais théorique entre l’alerte à l’entreprise et l’arrivée de l’eau ?
Quel est le délais le plus pessimiste entre cette alerte et l’arrivée de l’eau ?
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Diagnostic
Inondation
ETAPE 2
IDENTIFICATION DE L'ENTREPRISE
−
Raison sociale de l’entreprise :
−
Site de :
−
Adresse :
−
Interlocuteurs :
−
Maison mère :
Sigle :
Tél. :
Nombre d’employés : - permanents :
- saisonniers :
ACTIVITES DE L'ENTREPRISE
−
Activité principale :
ACTIVITE PRINCIPALE :
• Périodes de production :
janv. fév. mars
intense
moyenne
faible
nulle
Fax :
- Activité secondaire :
avril
mai
• Rythme de production :
• Nombre de jours travaillés /an :
juin
juil.
août
sept.
Oct. Nov. Déc.
- journalier
- hebdomadaire
Nombre d’heures travaillées /an
Production
Quantité annuelle produite
(préciser l’unité)
• Valeur ajoutée / Chiffre d’affaire :
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105
ANALYSE HISTORIQUE DU SITE
•
Le site a-t-il déjà été inondé ?
• Date(s)
• Nature de l’aléa :
- remontée de la nappe
- remontée par les réseaux
- ruissellement lié à des fortes précipitations
- inondation lente et directe du cour d’eau
- inondation par crue torrentielle
- inondation à la suite de la rupture d’un ouvrage de protection
• Déroulement de l’inondation :
−
Temps écoulé entre l’alerte faite au chef d’entreprise et l’arrivée de
l’eau
−
Vitesse estimée de la montée de l’eau jusqu’à son maximum
−
Hauteurs maximum atteintes dans chaque partie du site
−
Appréciation de la vitesse du courant à l’extérieur (transport d’objets
?)
−
Remontée des eaux par les différents réseaux
−
Durée de l’inondation sur le site
−
Dépôt de boue après la décrue
−
Phénomène d’érosion du remblais, des fondations...
−
La période de retour de l’événement est-elle connue
−
Autres caractéristiques de l’inondation
•
Si le site a déjà été inondé
• Les études disponibles ou l’analyse historique estiment-elles que
l’inondation subie par l’entreprise est la plus forte historiquement connue ?
• Si non, quelles sont les caractéristiques de la crue la plus forte estimée par
les études ou l’analyse historique ?
Si le site a déjà été inondé : s'agissait-il des mêmes activités ?
Si oui :
−
Cheminements des eaux préférentiels
−
Remontées d’égouts
−
Effets sur les biens
−
Effets sur l’activité
−
Autres effets
−
Accès au site
−
Gestion de la crise
−
en interne :
−
avec l’extérieur :
−
Retour d’expérience/ Mesures prises :
•
•
106
Diagnostic
Inondation
−
−
Implication du personnel :
Autres sinistres ou événements indésirables ayant entraîné des arrêts de
production importants ? :
Procédés mis en œuvre
−
Description des procédés mis en œuvre
−
−
−
−
Logigramme des activités depuis l’arrivée des matières premières à l’obtention des
produits finis
Par unité (production, utilités, stockages) :
−
Que fait-elle ?
−
Comment ?
−
Avec quels moyens ?
−
Pourquoi ? Pour qui (vente aux clients extérieurs, à l’intérieur du groupe,
production intermédiaire...)
−
Quand ? (production saisonnière ?)
−
Combien ? (quantités, rythmes de production)
−
Quantités présentes (stocks) ?
−
Délai nécessaire pour arrêter l’unité ?
−
Délai nécessaire pour démonter les équipements critiques ?
−
Délai nécessaire pour remonter les équipements critiques ?
−
Conséquences d’un arrêt intempestif ?
−
Solutions de dépannage en cas d’arrêt ?
−
Seuil de hauteur d’eau (ou d’humidité) à partir duquel l’unité ne peut plus
fonctionner ?
Besoins logistiques de l’entreprise :
−
Fonctionnement en flux tendu ?
−
Nombre de jours de stocks :
−
de matières premières :
−
de produits finis :
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Dépendances de l’unité par rapport à
−
des services publics (eau, électricité, gaz, réseaux de télécommunication..)
−
des prestataires extérieurs (fournisseurs, services de maintenance..)
−
localisation de ces prestataires extérieurs par rapport au site
107
−
−
−
Présence d’archives sur le site ?
−
Importance pour l’activité ?
−
Peuvent-elles être reconstituées ?
Les hommes clés sont-ils identifiés ?
−
Lesquels ?
−
Leur lieu d’habitation est-il en zone susceptible d’être inondée ?
−
Les voies d’accès entre le site et leur lieu d’habitation sont-ils susceptibles
d’être inondés ?
Risques de réactions dangereuses en cas de contact avec l’eau ?
−
Présence de produits polluants, dangereux et/ou toxiques ?
−
Nature des produits
−
Compatibilité avec l’eau
−
Quantités min et max présentes sur le site
−
Condition de stockage (arrimage des réservoirs,...)
−
Comportement du stockage par rapport à une inondation
CARACTERISTIQUES DU SITE
−
Topographie et cotes
−
Points bas
−
Cheminements connus des eaux
−
Facteurs aggravants :
−
Inondabilité des voies d’accès
−
vulnérabilité des services publics
−
risques de voisinage
−
Cartographie du site (plan de masse, voisinage, cotes, etc.)
108
Diagnostic
Inondation
COUVERTURE D'ASSURANCE
−
assurance Incendie ?
−
assurance Dégât des eaux ?
−
assurance Perte d’Exploitation ?
−
assurance RC Exploitation
−
assurance RC Atteintes à l’Environnement ?
−
captive d’assurance ?
−
Les événements naturels sont-ils garantis ?
−
Franchises et montants garantis ?
−
Biens assurés ?
−
Valeurs assurées ?
DONNEES GENERALES
−
Grands clients ?
−
Pénalités de retard sur certains contrats ?
−
Contrats d’achat de matières premières ?
−
Chiffre d’affaire de l’exercice écoulé
−
Chiffre d’affaire de l’exercice en cours
−
Chiffre d’affaire prévisionnel du prochain exercice
ANALYSE DES DOMMAGES POTENTIELS, UNITE PAR UNITE :
BATIMENTS
−
propriété de l’entreprise ou en location ?
−
date de construction ?
−
surfaces ?
−
type de construction :
−
murs
−
sols
−
toiture
−
système de protection incendie ?
−
localisation des sources d’eau :
−
systèmes de coupures pour mise en sécurité
−
spécifications particulières des bâtiments (salles blanches, désinfection, etc.)
109
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EQUIPEMENTS DE PRODUCTION, UTILITES, EQUIPEMENTS INFORMATIQUES
Pour chacun d'entre eux
−
Description de l’équipement
−
Hauteur d’eau tolérable
−
Durée de submersion tolérable
−
Dommage lié à l’eau
−
Dommage lié à l’humidité
−
Déplacement possible oui/non
−
Délai d’arrêt
−
Délai démontage
−
Délai remise en marche
−
Moyens nécessaires au déplacement
STOCKAGES
−
Nature des produits stockés
−
Conditionnement
−
type de stockage
−
saisonalité ?
- Tolérances
Tolérance à
l’eau
l’humidité
contamination par des
eaux sales
critères
qualité
critères
sanitaires
matières premières
produits finis
conditionnements
AIRES EXTERIEURES
−
−
−
Stockages (Autres que des stockages de matières premières, produits finis ou articles
de conditionnement) : nature, possibilité d'entraînement, conséquences
Structures ou bâtiments légers
Parcs de matériel
110
Diagnostic
Inondation
TROISIEME PARTIE
ANNEXES
A
N
N
E
X
E
S
113
Diagnostic
Inondation
COUVERTURE DU RISQUE INONDATION PAR
L’ASSURANCE
Dans la plupart des pays, les inondations peuvent être garanties par un
contrat d’assurance de dommages aux biens, ou plus simplement par un
contrat Incendie. Les dommages d’inondation sont alors couverts avec, en
règle générale, une limitation par sinistre ou par année d’assurance, selon
les expositions aux risques d’inondation.
En France, il en va de même, étant entendu que la Loi de Juillet 1982,
rendant obligatoire l’assurance des Catastrophes Naturelles dans ces
contrats et instituant une taxe spécifique gérée par un pôle d’assureurs, peut
faire prendre en charge les dommages d’inondations par le régime des
Catastrophes Naturelles si toutefois un arrêté ministériel publié au JO a
déclaré la zone en Catastrophe Naturelle. Il s’agit de la très grande majorité
des cas d’inondation de type débordement de rivière. Ce pourrait ne pas
être le cas dans certaines conditions de rupture d’endiguement. Si
l’inondation n’est pas déclarée Catastrophe Naturelle, on parle alors
d’événement naturel.
Les garanties de pertes d’exploitation, si elles sont souscrites, suivent le
sort des garanties dommages directs et seront indemnisées comme ces
dernières, soit dans les termes et conditions prévues par le contrat, soit par
le régime des catastrophes naturelles.
Il ne faut cependant par perdre de vue que les assurances n’ont pas de
caractère obligatoire : on peut donc rencontrer tous les cas de figure et tous
les niveaux de couverture.
L’industriel peut faire jouer les assurances suivantes, s’il a effectivement
passé les contrats correspondants :
 Contrat d’assurance incendie
Les catastrophes naturelles font parties des garanties obligatoires de ce type
de contrat, alors que les événements naturels sont du ressort des garanties
facultatives.
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E
S
Les dommages couverts sont essentiellement les dommages matériels
(bâtiment, mobilier, matériel, marchandise) à l’exclusion des terrains, des
véhicules terrestres à moteurs qui sont couverts dans le cadre de l’assurance
automobile.
Des extensions de garanties peuvent couvrir également les frais et pertes,
comme les honoraires d’expert, par exemple.
Seules sont couvertes par ce type de contrat les responsabilités découlant
des événements assurés au titre de la police de base.
Les dommages corporels sont exclus.
 Contrat d’assurance dégâts des eaux
Les inondations et débordements dus à des eaux non canalisées (c’est à dire
des conduites d’adduction et de distribution d’eau, chêneaux, gouttières ou
conduites d’évacuation, et appareils à effet d’eau) sont exclues de ce type
de contrat. En revanche, c’est la garantie de ce contrat que la
reconnaissance, par arrêté interministériel, de l’état de catastrophe naturelle
met en jeu.
Les dommages garantis sont les dommages directs /indirects aux biens de
l’assuré et les responsabilités à l’égard des tiers uniquement vis-à-vis des
dommages matériels.
 Contrat d’assurance Pertes d’Exploitation
Ce type de couverture est lié à un contrat d’assurance dommages directs,
comme l’incendie, et ce sont les mêmes événements qui sont pris en
compte, dont les catastrophes naturelles.
Les garanties de base étant constituées des garanties de base et des
garanties obligatoires des contrats d’incendie, les catastrophes naturelles
font partie des garanties de base du contrat d’assurance Pertes
d’Exploitation, tandis que les événements naturels relèvent des garanties
facultatives.
[En incendie ou autre assurance de biens, seules les pertes d’exploitation
résultant du dommage d’un bien assuré peuvent être garanties. Outre les
biens mobiliers et immobiliers dont la localisation est spécifiée dans la
police socle, d’autres biens font l’objet d’une garantie facultative qui doit
être souscrite afin de permettre la garantie corrélative des pertes
116
Diagnostic
Inondation
d’exploitation, par exemple : matériels de salles de contrôle, matériel
informatique, compresseurs, moteurs, turbines, canalisations enterrées,
clôtures, véhicules à moteur et leur remorque, modèles, moules, dessins,
archives, etc.]
En garantie de base, les dommages couverts sont les pertes de marge brute
d’exploitation et les frais supplémentaires engagés par l’exploitant afin de
limiter les pertes d’exploitation.
En garantie facultative, les dommages couverts peuvent être la garantie des
salaires, la garantie des pénalités de retard, les frais supplémentaires
additionnels, les honoraires d’experts, les contrats d’achat de produits, par
exemple l’achat ferme de produits périssables en agro-alimentaire.
Les dommage exclus sont notamment les dommages corporels et les
dommages causés intentionnellement.
CATASTROPHE
NATURELLE
EVENEMENT
NATUREL
Contrat
d’assurance
incendie
garantie obligatoire
garantie facultative
Contrat
d’assurance dégât
des eaux
garantie obligatoire
exclusion
garantie de base
Contrat
d’assurance Pertes (liée à un contrat dommage
d’Exploitation
direct)
garantie facultative
(liée à un contrat dommage
direct)
Les assurances de Responsabilité de l’Entreprise
Les responsabilités encourues du fait d’incendie ou de dégâts des eaux
relèvent des assurances spécifiques, mais seulement pour les dommages
matériels et pécuniaires résultant d’incendie / dégâts des eaux qui ont pris
naissance dans les locaux prévus au contrat.
117
A
N
N
E
X
E
S
Le contrat d’assurance RC exploitation doit prévoir de garantir les
dommages incendie / dégâts des eaux lorsqu’ils surviennent sur des
chantiers extérieurs, en dehors des locaux.
Mais là encore, il n’y a pas d’obligation pour l’industriel de contracter de
telles assurances.
NB 1 : Les dommages corporels entrent dans les accidents du travail s’il
s’agit de personnel de l’entreprise. Ils peuvent être couverts par
l’assurance Responsabilité Civile Exploitation dans le cas de dommages
aux tiers, à condition toujours que l’industriel dispose d’une telle
couverture.
NB 2 :Dans le cas de pollution engendrée par une inondation :
Æ si elle atteint seulement les sols de l’assuré, la couverture Frais de
dépollution des sols (avec les contrats d’assurance dommages aux biens)
peut intervenir.
Æsi elle atteint les tiers, c’est la couverture RC Atteintes à l’environnement
qui peut jouer.
Cependant, ces deux types de couverture ne sont pas très répandues et
concernent essentiellement les entreprises de grande taille et/ou ayant des
activités particulièrement polluantes.
118
Diagnostic
Inondation
PRISE EN COMPTE DU RISQUE INONDATION DANS
LES
SYSTEMES
DE
MANAGEMENT
ENVIRONNEMENTAL (ISO 14000, SMEA...)
Les systèmes de management environnemental de type ISO 14000 ou
SMEA s’intéressent aux pollutions chroniques et accidentelles, et à la façon
dont l’entreprise peut les maîtriser. Le risque inondation ne sera pris en
compte dans ces systèmes que dans leur dimension d’atteintes à
l’environnement.
Le diagnostic inondation peut donc s’articuler partiellement avec ces
systèmes dans le sens où il analyse - entre autres conséquences - les
atteintes à l’environnement en cas d’inondation. Il peut venir compléter le
diagnostic initial sur ce point et sur ce point seulement.
Par contre, une entreprise qui mettrait en place un système global de
gestion des risques pourrait intégrer l’ensemble des conclusions du
diagnostic inondation dans son diagnostic initial, qui doit répertorier
l’ensemble des risques de l’entreprise.
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