Sources et ressources pour le spectacle vivant (t. 2)

Sources et ressources pour le spectacle vivant (t. 2)
Sources et ressources pour le spectacle vivant
Rapport au Ministre de la Culture et de la Communication
Emmanuel Wallon
Paris, février 2006
- Tome second La palette des compétences
Et des disciplines
Rapport remis au Ministre en septembre 2005
Sommaire
- Présentation.........................................................................................................
p.
3
- Les généralistes ...................................................................................................
p
5
1 - Les ministères ..............................................................................
p.
6
2 – Les pôles documentaires .............................................................
p. 40
- Les spécialistes ...................................................................................................
p
72
1 – Musique ........................................................................................
p. 73
2 – Théâtre ........................................................................................
p. 143
3 – Danse ..........................................................................................
p. 221
4 – Autres arts ...................................................................................
p. 240
- Les partenaires ...................................................................................................
p 293
1 - Les relais territoriaux .....................................................................
p. 293
2 – Les relais internationaux ...............................................................
p. 315
3 - Les sociétés civiles .......................................................................
p. 340
4 – Les syndicats et les associations professionnelles ........................
p. 347
5 - L’emploi et la formation permanente ............................................
p. 363
6 – L’enseignement supérieur et la recherche ....................................
p. 384
7 – Les mouvements d’éducation populaire .......................................
p. 397
8 – Les fédérations d’amateurs...........................................................
p. 400
9 – L’édition, la librairie et la presse ...................................................
p. 404
10 – Les fournisseurs et prestataires de services................................
p. 421
11 – Les structures de production et de diffusion ...............................
p. 425
12 – Le mécénat ...................................................................................................
p. 431
- Tables des matières détaillées (tome 1, 2 et annexes) ........................................
p. 433
2
Présentation
UN ÉTAT DES LIEUX DU SAVOIR
Les activités du spectacle puisent à des sources et des ressources de toutes natures :
humaines, d’abord, financières aussi, immatérielles enfin. C’est à un inventaire de ces
dernières que le présent volume s’évertue. Dans la mesure où tous les registres de la
connaissance sont, d’une manière ou d’une autre, susceptibles d’enrichir la création,
d’appuyer la production, d’élargir la diffusion, d’approfondir la réception ou d’illustrer la
transmission d’une œuvre, en dresser le catalogue défierait toute méthode de classement. Il est
plus facile de répartir par catégories les services et les prestataires qui les dispensent sous des
formes variées : orales, écrites, imprimées, électroniques, enregistrées.
Toutes disciplines confondues, les professionnels de la musique et du spectacle classent
d’abord leurs partenaires et leurs interlocuteurs en fonction de la part qu’ils peuvent prendre à
leurs projets de création ou de tournée. Le ministère de la Culture et de la Communication
(MCC) occupe une place à part à leurs yeux, dans la mesure où un label national et la marque
d’une reconnaissance publique s’attachent aux subventions qu’il peut décerner, parfois à
travers la Direction de la musique, de la danse, du théàtre et des spectacles (DMDTS) ou une
autre direction centrale, plus souvent par l’entremise des directions régionales des affaires
culturelles (DRAC). D’autres administrations d’Etat concourent aussi au financement de la
production et surtout de la diffusion, au premier rang desquelles viennent les services des
Affaires étrangères, de l’Education nationale, de la Jeunesse, secondés le cas échéant par des
associations ou des établissements placés sous leur tutelle. Proximité oblige, les collectivités
territoriales sont en général les premières sollicitées. Les villes, les départements, les régions
et quelquefois même les regroupements intercommunaux traitent les demandes et les offres
des compagnies et des orchestres, des ensembles et des interprètes, comme celles des
enseignants, des groupes d’amateurs et des mouvements d’éducation populaire, soit dans le
cadre de leurs propres services, soit par le truchement d’un office culturel ou d’une agence
spécialisée dans le spectacle vivant. L’Union européenne et ses programmes, les Conseil de
l’Europe et ses réseaux, des organisations internationales comme celles qui sont affiliées à
l’UNESCO interviennent aussi en complément, mais plus rarement en raison du principe de
subsidiarité et de la modestie de leurs budgets
Le compartimentage disciplinaire est nettement plus manifeste parmi les institutions
artistiques elles-mêmes. Leurs familles se composent en croisant plusieurs critères. D’abord
vient le genre : ainsi la danse contemporaine tient-elle à se distinguer aussi bien du ballet
traditionnel que du théâtre et de la musique. Ensuite entre en considération l’origine
historique de l’organisme, tels les centres dramatiques nationaux issus de la décentralisation
théâtrale depuis la IVe République. Dans le même ordre d’idées, il faut tenir compte de la
collectivité de tutelle ou bien de celle qui joue les chefs de file, c’est-à-dire la commune dans
la majorité des situations, comme pour les théâtres lyriques municipaux. La nature de la
structure importe beaucoup : est-ce un théâtre en dur, un centre polyvalent, un festival, une
fabrique ou une friche ? La question du statut pèse un peu moins lourd ; des affinités existent
pourtant entre les établissements publics, d’une part, les associations et les sociétés de droit
privé, d’autre part. Il reste à apprécier la dotation budgétaire de chacune et sa situation
géographique, pour comprendre comment elle s’inscrit dans un circuit. Dans chaque champ
esthétique, un rôle déterminant revient aux maisons qui assument des charges de production.
La mission de création n’est pas l’apanage des établissements nationaux sous la coupe du
ministère. Bien des structures locales allient leur rôle de diffuseur avec des résidences
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d’artistes ou de compagnies ainsi que des coproductions ou des préachats de spectacles. Les
salles ou les manifestations vouées uniquement à l’accueil exercent moins d’influence que les
établissements de référence sur les sentiments de la critique et les opinions des experts, mais
ce sont elles surtout qui tiennent le pavé du marché des spectacles.
Les ressources immatérielles du spectacle vivant sont encore plus difficiles à répartir. Les
services de documentation, d’information et de conseil (SDIC) dont les professionnels, les
amateurs, les pédagogues, les étudiants ou les chercheurs ont besoin sont dispersés entre une
multitude de structures, qualifiées de façon générique de centres de ressources (CR ou CRSV). Pour concilier l’approche fonctionnelle et l’approche disciplinaire, ces entités peuvent
être réparties en six ordres : les services ministériels, les pôles généralistes, les pôles
spécialisés, les relais territoriaux, les relais internationaux, les partenaires. Dans chaque
catégorie, les structures dont nous estimons qu’elles jouent un rôle de tête de réseau pour la
collecte et la redistribution de données sont indiquées en gras.
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I. LES GÉNÉRALISTES
En bonne démocratie, il faut faire précéder l’exposé des pouvoirs gouvernementaux et de
l’organisation administrative par un rappel des prérogatives parlementaires. A l’ordinaire, la
discussion du budget du ministère de la Culture offre chaque automne aux représentants du
peuple l’une des rares occasions de s’exprimer sur les questions relatives à la musique, au
théâtre, à la danse et aux autres arts. L’apparition en 2004 d’un comité de suivi sur
l’assurance-chômage des intermittents du spectacle, formé de députés et de sénateurs de tous
bords, la programmation cette année et la suivante de débats sur la politique culturelle en
présence du ministre concerné, à l’Assemblée nationale comme au Sénat, la rédaction durant
la période récente de rapports sur les métiers ou les enseignements artistiques par les
commissions permanentes de ces assemblées, ainsi que par le Comité économique et social,
ont contrasté avec la coutume. L’irruption dans les chambres législatives des questions posées
par les professionnels de la scène, qui intéressent aussi les maires des villes festivalières et
leurs électeurs, constitue un précédent de bon augure, mais il est bien tôt pour juger s’il peut
s’agir d’un acquis.
En attendant, les citoyens qui souhaitent connaître sur ces sujets l’avis de leurs élus et les
résultats de leurs travaux, sans avoir pour autant le loisir d’assister aux séances, de suivre la
Chaîne parlementaire ou d’éplucher le Journal Officiel (JO), se rendront sur les sites Internet
des trois assemblées, pourvus d’archives et de bases documentaires. Ils y trouveront le
compte-rendu synthétique ou intégral des débats, les rapports sur les projets et propositions de
lois, les avis et les rapports d’information émanant des commissions. L’Assemblée
nationale (www.assemblee-nationale.fr) *** a notamment mis en ligne le rapport
d’information de Christian Kert au nom de la commission des affaires culturelles, sociales et
familiales sur « Les métiers artistiques » (n° 1975, 7 décembre 2004). Le Sénat
(www.senat.fr) *** a publié entre autres la « Contribution au débat sur la création culturelle »
(rapport d’information n° 414, 8 juillet 2004) de Jacques Valade, membre de la commission
des affaires culturelles. En ce qui concerne le Conseil économique et social (www.conseileconomique-et-social.fr) ***, dont les avis sont seulement consultatifs, on lira en particulier le
rapport rédigé sur « Le droit d’auteur » par Michel Müller (7 juillet 2004), pour la section du
cadre de vie dont émanent souvent des textes traitant du domaine artistique et culturel.
Après le législateur, l’exécutif. De la même façon, il est possible de retrouver un simple
propos ou un discours officiel du chef de l’Etat, mais aussi un communiqué du conseil des
ministres qu’il préside chaque mercredi à l’adresse électronique de la présidence de la
République (www.elysee.fr) ***. Ce site, dont la présentation ménage de très larges marges
vierges, contient parmi ses « Dossiers » une rubrique « Culture » qui retrace les visites,
interventions, ou inaugurations réalisées par le président. Grâce au moteur de recherche, une
interrogation sur les termes « artistes du spectacle » conduit à 82 résultats classés « par ordre
de pertinence » entre 1995 à 2005. Le principe est identique sur le site de Matignon
(www.premier-ministre.gouv.fr) ***, dont la présentation réservait quelques surprises à
l’internaute en avril 2005, ne serait-ce que cette fâcheuse tendance à revenir à la version
anglaise. L’accueil thématique y réserve un onglet à la culture, tandis que le moteur de
recherche livre cent résultats pour l’expression testée ci-dessus.
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1 - Les ministères
La première catégorie étudiée comprend les centres de documentation et les services
d’étude des ministères. En ce qui concerne le MCC, trois réseaux d’information se
superposent : intersectoriel, sectoriel et déconcentré. Les deux premiers s’entrelacent dans le
giron des services centraux. La DMDTS a par définition vocation à coordonner la circulation
des connaissances qui ont trait au spectacle vivant. Cela n’empêche que la déconcentration,
fortement accentuée depuis 1998 et 1999, délègue aux DRAC la charge d’orienter, voire de
renseigner et de conseiller la plupart des professionnels et usagers, tout spécialement en
province où les pôles nationaux leur semblent moins accessibles.
a) Ministère de la Culture et de la Communication (MCC) - Administration centrale
MCC - Direction de la musique, de la danse, du théàtre et des spectacles (DMDTS) Médiathèque
Demeurée rue Saint-Dominique, comme les autres services de la Direction, la
Médiathèque de la DMDTS a par essence vocation à entretenir un rapport privilégié avec les
centres de ressources du spectacle vivant, mais aussi une relation régulière avec les autres
services documentaires de l’administration centrale, comme avec les CID. En principe, son
rattachement au Service de l’inspection et de l’évaluation (SIE) ne devrait pas faire obstacle à
une collaboration très étroite avec la Mission de la communication. En dehors des questions
de tempérament, les différences de compétences et de démarches entre les métiers de la
bibliothéconomie d’une part, des relations publiques d’autre part, compliquent parfois
l’exercice. Convaincue des vertus de la mutualisation et du maillage informatique entre les
bibliothèques et les centres documentaires, Anne-Marie Rochon se montre bien disposée visà-vis de la mission de coordination menée par Anne Faure autour de la bibliothèque de la rue
des Bons-Enfants, dite « transverse » ou « centrale ». Elle verrait d’un bon œil s’instaurer une
relation très régulière entre ce futur pôle, son propre service et les centres de ressources
extérieurs. Elle plaide aussi pour une relation vitale avec les CID auprès des DRAC.
La vocation de la Médiathèque est aussi bien interne qu’externe. Aux agents des services,
elle prête les ouvrages usuels, les dictionnaires et les guides, les rapports administratifs et les
mémoires d’étude facilitant leur tâche. Aux demandeurs extérieurs, elle apporte des
renseignements par téléphone, courrier et courriel, au moyens de FAQ et de fiches
thématiques. Elle conserve les rapports d’inspection, les notes internes et les dossiers relatifs
aux établissements du spectacle vivant. C’est à ce titre qu’ont été déposés auprès d’elle une
vingtaine de cartons contenant les dossiers classés des centres de ressources ayant répondu à
notre enquête, qui feront l’objet d’une mise à jour régulière. Elle entretient des bases de
données dont les fonctionnaires disposent en totalité sur l’Intranet du ministère, et dont les
partenaires et usagers peuvent consulter une partie sur Internet.
On peut comprendre que le répertoire récapitulant environ 1.500 rapports et études, y
compris quelques documents fournis en PDF ou en mode numérique (Rapport3), soit réservé
aux collaborateurs de l’administration. La confidentialité ne devrait pas en revanche
s’imposer pour l’annuaire de liens électroniques (« A vos signets »), ni pour la bibliographie
classée par disciplines et par thèmes (« Eléments de bibliographie »).
Accessible
sur
Internet,
la
base
bibliographique
Malraux
(http://www.culture.gouv.fr/documentation/malraux/pres.htm) décrit les fonds réunis par la
médiathèque de la DMDTS et les centres d’information et de documentation (CID) de
plusieurs DRAC. Riche de 10.000 notices, elle englobe notamment plus de 500 travaux de
type universitaire (Thèses), environ 2.500 partitions soumises aux examens et concours
(Partitio), près de 1.500 pièces de théâtre (Pieceth). L’internaute peut également consulter les
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titres de périodiques dépouillés (Period3), les monographies, actes de colloques et articles de
revue (Monograf). Les 800 et quelques notices du Centre national du costume de scène de
Moulins figurent également sur la toile (Costumes). Toujours en ligne, la Médiathèque de la
DMDTS s’apprête à livrer des bases complémentaires, avec le sommaire des revues de presse
réalisées par la Mission de la communication (Presse), ou encore les notices du fonds
audiovisuel (Audiovi). Signalons par ailleurs que sur la base Mérimée, gérée par la Direction
de l’architecture et du patrimoine (DAPA), 760 lieux de spectacles sont répertoriés et décrits
parmi les monuments historiques protégés par l’Etat, c’est-à-dire classés ou inscrits à
l’inventaire supplémentaire (Théâtres).
MCC (DMDTS) Observatoire des politiques du spectacle vivant (OPS)
Pour apprécier et anticiper les besoins des milieux professionnels qu’elles assistent,
plusieurs directions du ministère entretiennent en leur sein un observatoire ou un service
remplissant un office analogue. Il en va ainsi dans les deux établissements publics placés au
service des secteurs concurrentiels du livre et du cinéma. Le CNL a absorbé en 1996
l’Observatoire de l’économie du livre (OEL) qui avait été constitué en 1987, en relation avec
les représentants des entreprises concernées. Le CNC comprend un Service des études, des
statistiques et de la prospectives. Il s’agit chaque fois d’équipes légères de chargés d’études
ou de recherches, dotés de moyen d’enquête et d’édition, et bien sûr d’outils informatiques.
Elles sont chargées de réunir les éléments statistiques de nature à éclairer l’administration sur
ses choix, de suivre l’actualité économique et financière du secteur, de recenser les effectifs et
de prévoir l’évolution du marché de l’emploi, de procéder à des études ou d’en commander
sur les questions soulevées par la hiérarchie de la direction ou par le cabinet du ministre.
Auprès de la DMDTS, Catherine Lephay-Merlin, responsable de l’Observatoire des
politiques du spectacle (OPS), s’est vue confier deux sortes de missions. D’une part, elle doit
réaliser des études sur diverses branches et différents aspects du spectacle vivant. Elle
s’acquitte de cette tâche avec la collaboration de deux chargés d’études, Rodolfo Parada Dillo
et Laurent Babé, et leurs rapports font l’objet de publications. L’OPS publie dans sa collection
“Etudes et rapports” les résultats d’enquêtes menées par ses soins ou par l’intermédiaire du
DEPS dont est issue Catherine Lephay-Merlin. Sous sa conduite, l’Observatoire a achevé en
avril 2004 une première série de Cartographies régionales du spectacle vivant, en (quatre
tomes) entamée en décembre 2003.
On approuve le sénateur Jacques Valade quand il affirme qu’il faut « réaliser des études
régulières sur l'évolution de l'emploi artistique, en lien avec une évaluation rigoureuse et
transparente des politiques publiques de la culture ; [et qu’]il faut pour cela développer les
outils de connaissance et d'analyse du secteur (structures publiques et privées), en ayant à
l'esprit qu'une évaluation ne peut pas se faire seulement par rapport aux normes existantes
mais aussi par rapport aux normes en train de naître, ainsi que par rapport à des valeurs. » Il
est en revanche difficile de le suivre quand il ajoute : « La création d'un observatoire
spécifique pourrait permettre de répondre à ces besoins. » (Rapport d’information n° 414,
Commission des Affaires culturelles, 8 juillet 2004). L’OPS doit remplir cet office en relation
avec le DEPS et son Observatoire de l’emploi culturel, le CNPS et les CR-SV, sans qu’il soit
besoin de créer une structure supplementaire.
MCC (DMDTS) Conseil national des professions du spectacle (CNPS)
Entourée dans le passé de plusieurs conseils consultatifs, tel le Conseil supérieur de la
musique (dissout en 1997) ou le Conseil national des professions du cirque (éteint de fait de
longue date), le ministère évite, depuis la réorganisation de son administration centrale en
1998, d’installer de manière permanente des instances dont le rôle ne serait pas strictement
défini. En dehors des comités nationaux ou régionaux d’experts, voués à émettre un avis sur
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des dossiers de commandes, de bourses ou de subventions, il a pris l’habitude de recueillir
l’opinion des professionnels dans des circonstances exceptionnelles, lors de tables rondes
convoquées au plus haut niveau par le ministre, ou bien à l’occasion d’une manifestation
spécifique, comme on le vit en 2001-2002 avec le Comité d’honneur et le Comité de pilotage
de l’Année des arts du cirque, voire encore dans le cadre d’une consultation de grande
ampleur, ainsi que ce la se produisit pour la Commission nationale des musiques actuelles, en
1998.
L’exception qui confirme la règle se nomme Conseil national des professions du spectacle
(CNPS). Institué par le décret du 29 mars 1993, convoqué pour la première fois sous la
présidence du ministre Jack Lang, il est composé de représentants des ministères (Culture,
Jeunesse et Sports, Intérieur, Budget, Travail, Affaires sociales), des collectivités territoriales,
des syndicats de salariés et des organisations patronales. Son secrétariat est assuré par la
DMDTS (Bureau des affaires juridiques, de l’économie et des industries culturelles).
Contrairement à la Commission paritaire nationale emploi-formation du spectacle vivant
(CPNEF-SV), citée plus loin aux côtés des partenaires sociaux, elle n’a pas encore commandé
ni produit de travaux destinés à publication. Sa compétence est à la fois plus large, puisqu’elle
englobe le cinéma et l’audiovisuel, et plus floue, car elle touche à l’ensemble des questions
d’ordre professionnel. Rarement saisi, d’une remarquable discrétion durant la crise du secteur
en 2003, le CNPS a été réactivé en 2004 à l’instigation de Renaud Donnedieu de Vabres, pour
examiner les solutions avancées dans la crise du régime des intermittents. Le Conseil n’a pas
pour rôle d’arrêter ni même d’instruire des décisions. Il permet d’informer et d’aviser, en
offrant une tribune aux organisations représentatives, mais aussi au ministre. Il a ainsi tenu
quatre séances en l’espace de neuf mois, les 19 avril, 7 juin, 30 septembre et 17 décembre
2004. Quatre séances ont été programmées en 2005 (mars, juin, septembre, décembre).
A l’échelon régional, ce sont les DRAC qui impulsent les séances de concertation moins
formelles dont J.-J. Aillagon avait posé le principe fin 2003. Début 2005, des commissions
régionales des professions du spectacle (COREPS) s’étaient ainsi réunies peu à peu dans
toutes les régions à l’exception de l’Ile-de-France. Des représentants du ministère et des
collectivités territoriales, des syndicats et des organismes sociaux comme l’URSSAF et
l’ANPE, ont ainsi débattu avec des artistes et des techniciens des questions relatives à la
production et à la diffusion, ou encore à la formation. Les participants semblent en général
satisfaits de ces échanges. Si des informations précieuses remontent ainsi du « terrain » sur les
problèmes de l’emploi culturel, si des solutions locales se frayent un chemin de la sorte,
l’impression d’ensemble demeure floue. Faute de compétences précises, d’échéanciers
rigoureux, de coordination régulière, de méthodes systématiques, les COREPS pourraient
n’être que des parloirs sans lendemain. Salutaire en période de conflit, cette fonction n’est pas
suffisante pour dépasser la crise. Pour les installer dans la durée, il importe de les centrer sur
le thème de l’emploi et de la formation, de les irriguer d’informations sur les dispositifs
existants et les plans à l’étude, d’en faire des correspondants attentifs du CNPS et de la
CPNEF-SV. La publication de la note “Emploi et spectacle, Synthèse des travaux de la
Commission permanente sur l’emploi du CNPS (in Les Notes de l’observatoire de l’emploi
culturel, Hors série, n° 33, MCC-DEP, Paris, 2004) indique la marche à suivre.
MCC (DMDTS) – Mission de la communication (MC)
La cellule d’information éclose au sein de la Direction de la musique et de la danse
(DMD) est devenue une Mission de la communication (MC) lors de la fusion avec la
Direction du théâtre et des spectacles (DTS) en 1998. Brigitte Jay anime cette équipe de neuf
personnes (dont trois à temps partiel), renforcée par des stagiaires pour les moments de
mobilisation comme la Fête de la musique, tel salon ou tel festival. En rapport avec le
directeur, mais aussi avec le cabinet et le Département de l’information et de la
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communication (DIC) qui lui est rattaché, elle doit assurer la présence du ministère dans les
principaux rassemblements du secteur, et accompagner ses initiatives au gré de l’agenda
ministériel. Conférences de presse et remises de décorations, inaugurations et cérémonies
composent son ordinaire. Elle rédige donc communiqués, dossiers et projets de discours,
répond aux courriers des particuliers et aux coup de fil des journalistes. Les questions des
parlementaires lui échappent, puisqu’elles sont dirigées vers les sous-directeurs et chefs de
bureaux compétents.
De Musicora au MIDEM, du Salon de l’édition théâtrale au SIEL, la Mission assure la
représentation de la direction dans les salons. Sa permanence dans les principaux festivals de
chaque discipline (Avignon, Montpellier, Aurillac, Bourges, La Rochelle) semble moins
indispensable en revanche que celle des centres de ressources, à même de renseigner sur les
actions publiques, mais aussi de délivrer des conseils personnalisés.
Elle dispose d’une petite documentation interne à l’usage des fonctionnaires, sachant que
la Médiathèque de la DMDTS est rattachée pour sa part au service de l’inspection et de
l’évaluation (SIE). De cette séparation très relative découlent quelques redondances et
malentendus qu’il serait aisé de dissiper, soit par un rapprochement administratif, soit à
travers une révision régulière de la répartition des tâches respectives. La confection des revues
de presse de la direction incombe à la Mission, bien qu’elle recoupe en partie celle
qu’effectue le DIC.
Les rapports avec les autres services d’information du ministère concernent surtout le DIC.
Les matériaux ont beau être extraits des mêmes veines, l’affichage diffère selon que la
décision doit être endossée par la direction ou par le ministre. De même que le standard
téléphonique du ministère, le DIC a l’habitude de renvoyer les demandes thématiques du
grand public vers les directions concernées. Les praticiens amateurs, mélomanes, spectateurs,
parents d’élèves, étudiants, enseignants ou professionnels qui s’adressent à l’Etat pour obtenir
un renseignement, du plus général (« Quelle est votre politique en faveur du jazz ? ») au plus
particulier (« Où puis-je suivre un cours de danse catalane ? »), sont dirigés soit vers la
Médiathèque, soit vers la Mission, selon l’inspiration du jour. Si cette dernière ne peut
répondre en puisant dans ses propres bases, elle s’efforce de diriger l’usager vers l’un des
centres de ressources appropriés. Pour mieux les connaître, elle participe une ou deux fois par
an, depuis une dizaine d’années, à des réunions de concertation convoquées chez l’un ou chez
l’autre. D’autres services de la Direction doivent y participer : la Médiathèque et
l’Observatoire des politiques du spectacle vivant. Soulignons donc la nécessité de mieux
structurer cette coopération à l’avenir, autour d’un cahier des charges et d’un calendrier
établis avec le concours d’un fonctionnaire de la DMDTS doté d’une autorité transversale,
secrétaire général ou directeur-adjoint. Les liens avec les CID des DRAC sont plus distendus.
Leur vocation pluridisciplinaire les pousse plutôt à collaborer avec les documentations
généralistes du ministère, tout spécialement avec la bibliothèque de son nouveau siège, rue
des Bons-Enfants. S’il leur revient de solliciter la DMDTS pour compléter les éléments dont
ils disposent, la Mission doit tout de même veiller à les alimenter en nouvelles fraîches.
La force de la Mission réside dans les bases informatisées des différents services, centraux
ou extérieurs, dans lesquelles elle puise sur le réseau Intranet du ministère. Il s’agit
principalement des listes d’organismes subventionnés par l’Etat (avec leurs adresses et leurs
caractéristiques), mais aussi des nomenclatures des bourses ou des prix attribués à des
individus. L’actualisation se fait en principe sur un rythme bimestriel. Dans la mesure où ces
données ne comportent aucun caractère confidentiel, il faut encourager sans restriction leur
publication sur Internet. Les pôles de ressources les plus éloignés de Paris disposeront ainsi
des répertoires qu’ils perdent parfois un temps précieux à constituer eux-mêmes.
Grâce à ces réserves, la Mission de la communication a publié plus d’une vingtaine de
répertoires depuis 1995 ; tous ne sont pas régulièrement mis à jour. Avec l’aide des différents
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services, elle réalise au gré des besoins et des disponibilités les fiches d’information intitulées
« Mesures », qui résument les procédures de soutien et les modalités de subvention mis en
œuvre par l’Etat. Leur périodicité devrait être plus fréquente, leur actualisation systématique,
leur format normalisé, leur diffusion élargie, afin de constituer des séries que les
documentalistes et les administrateurs du spectacle puissent archiver. Il importe de toujours
les compléter avec les coordonnées des centres et pôles de ressources susceptibles d’éclairer
les artistes sur le pourquoi et le comment de ces dispositifs. La Mission distribue un
indispensable vade-mecum intitulé « DMDTS Mode d’emploi ». Elle contribue aussi à
l’édition des travaux de l’OPS.
MCC - Mission de communication interne (MCI)
Patrick Ciercolès, récemment chargé d’une étude sur “La réorganisation des services de
communication du ministère” (MCC, document interne, juin 2003, 18 pages) a écarté les
centres de documentation internes au ministère du champ de sa réflexion, “bien que dans la
plupart des cas ils soient rattachés à l’entité en charge de la communication.” A plus forte
raison, il n’a pas traité des fonctions documentaires exercées dans les établissements publics
sous tutelle et dans les associations subventionnées.
En dehors du DIC et de la Mission de communication interne (MCI), qui relèvent
directement du cabinet, quarante-six agents concourent à la communication du ministère au
sein de ses directions, sans compter les huit agents du Centre national de la cinématographie
(CNC). Neuf personnes travaillent dans le service concerné de la DMDTS, la Mission de la
communication (MC), décrite ci-dessus, ce qui situe la direction chargée du spectacle vivant
parmi les organisations centrales les mieux dotées, à égalité avec la DAP, de taille pourtant
nettement plus modeste - la DMF disposant quant à elle de treize agents spécialisés.
Les activités de la MC ne diffèrent guère de celles des services équivalents. Elle doit
d’abord s’adonner à la rédaction de préfaces, de discours, de télégrammes, de réponses à
certains types de courrier parlementaires, (.…) réponses à des courriers de courtoisie”. Elle
compose quotidiennement une revue de presse dont la confection accapare un temps précieux,
bien qu’elle circule dans le circuit confiné de la direction. P. Ciercolès estime que cette
indispensable tâche devrait être prise en charge par un DIC renforcé, compétent aussi bien
pour les relations externes qu’internes, dont la sélection d’articles, englobant l’ensemble des
préoccupations du ministère, atteindrait les directions via la messagerie électronique. Dans cet
esprit de simplification, d’économie et de transparence, suggérons à notre tour que les
principaux centres de ressources liés à l’Etat la reçoivent par le même truchement pour en
faire bénéficier leurs personnels et leurs usagers.
Emettrice d’informations, la MC fait office de correspondante pour la Lettre d’information
du ministère. P. Ciercolès suggère que cette publication prenne le nom “bien plus évocateur”
de Culture, jusqu’alors employé pour un périodique interne, et qu’elle soit envoyée à
l’ensemble des agents du ministère pour leur permettre “d’avoir le même niveau
d’information que leurs interlocuteurs”. Sous formes de quatre pages au format A4, la MC
réalise des fiches techniques sur les mesures d’aide et les dispositifs de soutien existant dans
les divers domaines d’action de la direction, regroupés dans la collection Mesure pour Mesure
(dix numéros parus en septembre 2002). La mise en place d’un pôle central d’édition et de
publication que préconise le rapport mentionné ci-dessus entraînerait nécessairement une
consultation avec les importants éditeurs d’informations relatives aux arts du spectacle que
sont la Cité de la musique, IRMA, L’IRCAM, le CND ou le CNT. Aucune priorité de
parution, aucun calendrier de sortie engageant ses moyens propres ne saurait avoir l’aval du
ministère s’il s’avère qu’un de ses titres risque de faire double emploi avec des ouvrages mis
sur le marché par ces organismes. On se permet d’attirer de même l’attention sur la nécessaire
coordination des moyens de diffusion, sans lesquels ces titres sont rapidement promis à
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l’oubli ou au pilon. Il apparaît que les négociations avec la Documentation française,
lorsqu’elle est choisie comme distributeur, ont plutôt lieu au cas par cas, quand elles
pourraient résulter d’un plan concerté au sein du ministère.
La MC doit enfin alimenter le Portail culture du ministère en informations et en données.
Une importante partie de ses activités consiste en l’organisation de manifestations régulières
ou ponctuelles, allant de certaines initiatives de la Fête de la musique (confiée pour l’essentiel
à l’ADCEP - Association pour le développement de la création, études et projets) et en la
participation aux salons Musicora et Midem, dans lesquels elle dresse un stand chaque année.
La pertinence de ces investissements en temps de travail et de présence, sinon en crédits, est
mise en question par le rapporteur cité, qui conseille encore une fois d’en confier le suivi au
DIC. Sans juger ici de l’effet convenable en termes d’image, on fera observer l’intérêt de
réfléchir pour chacun de ces salons à un partage des rôles mieux défini entre le ministère DIC ou DMDTS, selon la solution choisie - et les centres de ressources avec lesquels il est lié
par convention.
MCC – Département de l’information et de la communication (DIC) – Documentation
Si les bureaux ou les missions d’information des directions d’administration centrale
s’appliquent à exposer et expliquer l’action du ministère, le DIC s’efforce quant à lui de
valoriser les initiatives du ministre en place. Son agenda officiel, le curriculum vitæ de ses
collaborateurs, le programme de ses déplacements en province et à l’étranger, ses discours et
communiqués de presse, les réponses adressées aux questions des parlementaires, les
nécrologies signées à la disparition d’un auteur ou d’un interprète de renom, les tableaux
illustrant son budget, les annonces réservées aux professionnels forment donc la devanture de
la vitrine que le DIC est chargé d’entretenir sous le contrôle du cabinet. Cela n’empêche pas
ce département de fournir au grand public quantité d’informations qui émanent des services
centraux et des directions régionales, quand elles ne remontent pas tout droit du « terrain ».
Au contraire : le ministère a compris depuis l’époque de Jack Lang le crédit que lui procure –
ainsi qu’au titulaire du portefeuille - sa capacité à refléter dans sa richesse et sa diversité
l’actualité culturelle du pays, à laquelle il est vrai que l’Etat prend une large part.
L’information que pratique le DIC est à la fois d’ordre général lorsqu’elle s’adresse à
l’extérieur et d’ordre particulier quand elle est destinée au ministre. De même sa mission de
communication a un double caractère, interne et externe. Sous la direction d’Emmanuel
Fessy, il contrôle à cette fin trois sortes d’outils.
La documentation, dont Elisabeth Raynal assume la responsabilité, couvre tous les
domaines de compétences de la rue de Valois, y compris bien sûr la musique, le théâtre, la
danse et les autres formes de spectacle. Les revues de presse du DIC sont d’une part les plus
exhaustives et les plus régulières, d’autre part les seules qui soient archivées sur support
numérique, propice à l’indexation, à la recherche et à la consultation en ligne. Pour des
raisons d’économie comme pour des motifs de connaissance, il semblerait donc pertinent de
les mettre par des moyens électroniques à la disposition de tous les services documentaires
liés au ministère et notamment des centres de ressources du spectacle vivant. La question de
leur accès à une boucle de l’Intranet ministériel est donc posée. Le DIC édite aussi deux
guides annuels à vocation exhaustive, d’un sommaire aussi copieux que leurs notices sont
brèves : La Saison culturelle couvre l’activité de septembre à juin ; France 2005, Festivals et
expositions, le Guide culturel de l’été recense en 600 pages (mai 2005, Paris, 10 €) 550
festivals parmi un ensemble de 12.000 manifestations. Leurs versions électroniques peuvent
être feuilletés sur le site du ministère grâce à un moteur de recherche.
La Lettre d’information du MCC, coordonnée par Paul-Henri Doro, est envoyée
gratuitement aux agents, correspondants et partenaires du ministère, ainsi qu’aux journalistes.
C’est un outil de communication qui ménage de temps à autre, dans ses dossiers centraux ou
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ses numéros spéciaux, un espace un peu plus grand à la documentation proprement dite.
Enfin les bases de données, sous la bonne garde de Brigitte Olivier, alimentent à la fois
l’Intranet du ministère et son site institutionnel, en fonction du degré de confidentialité ou
d’intérêt des documents et des références. Une véritable banque de données se déploie à partir
de l’accès principal : elle comprend les bases constituées par les directions centrales, dont la
base documentaire Mnemo du DEPS sur les politiques culturelles et la base bibliographique
Malraux, à laquelle contribue la DMDTS. Elle incorpore aussi des bases de textes législatifs
et réglementaires, des dossiers de presse, les questions des parlementaires avec les réponses
ministérielles, les rapports d’étude commandés par le ministre.
La refonte du site institutionnel (www.culture.gouv.fr) *** est un chantier permanent. Les
thèmes d’actualité prennent le devant de l’écran. Parmi eux, bien en vue, un dossier très
consulté durant les années 2003 et 2004 est revenu sur la réforme du régime d’assurance
chômage des intermittents du spectacles. L’ensemble des dossiers de presse ainsi produits
sont ensuite conservé dans la mémoire d’une base qui peut être interrogée en permanence. Les
rubriques pérennes mènent à l’organigramme du ministère, à la composition du cabinet, à
l’agenda du ministre, aux archives des communiqués et discours officiels. Les pages les plus
utiles pour les professionnels du spectacle et de la musique se trouvent soit au chapitre
« Recherche, études, statistiques », soit dans celui qui propose des « Dossiers thématiques »,
ou encore à la rubrique « Informations pratiques » qui offre en ligne des fiches mises à jour
,telles que la n° 5 : « Obtenir la licence d’entrepreneur de spectacles ».
La construction du site grand public (www.culture.fr) ** fut engagée en mars 2003 suite à
l’appel d’offres lancé fin 2002. L’agence de Montpellier Panoplie Prod a été retenue. Elle a
mis en œuvre le logiciel Zope adopté pour l’Intranet du ministère. La nouvelle architecture du
site donne accès à des sous-portails thématiques et régionaux, et offre des liens vers une
sélection de sites culturels et de bases de données. Elle présente des articles et des actualités,
et réserve un espace au jeune public. La version pilote a été mise en ligne à la fin du mois de
juin 2003 et des modifications sont intervenues dès l’automne, puis après l’inauguration
officielle. De nouvelles améliorations ont été promises en octobre 2004, notamment le
doublement du nombre d’événements annoncés ou relatés. Le classement des disciplines a été
revu : il décline la musique, le théâtre et les spectacles, la danse, les marionnettes, le cirque et
les arts de la rue. De la représentation isolée au festival, du colloque au salon, le moteur de
recherche permet de retrouver un événement dans « l’Agenda culturel » qui couvre toute la
France. Un « Espaces jeunes » mène à une sélection de propositions et de sites certes
intéressante, mais hiérarchisée de façon assez aléatoire.
Par ailleurs, le 1er mars 2004, la DDAI du ministère a ouvert avec le concours de la société
CAGEC Gestion un site de renseignements juridiques et administratifs sur l’accueil des
artistes étrangers en France, lui-même rattaché au site institutionnel (www.artistesetrangers.com) **.
Dans un schéma cohérent des services du ministère, il serait logique que le DIC apporte
une partie de ses fonds d’intérêt général à l’espace documentaire de la rue des Bons-Enfants,
pour ne conserver par devers lui que les moyens documentaires strictement liés à son activité
de communication (extérieure et intérieure, ainsi que le préconise le rapport de Patrick
Ciercolès) et bien sûr aux besoins quotidiens du cabinet. Quant à elles, les directions
thématiques conserveraient leurs propres outils de documentation.
MCC – Point Culture
Depuis le début de l’année 2005, le ministère a transféré la majorité de ses directions dans
un ensemble architectural donnant sur la rue Saint-Honoré, à deux pas de la rue de Valois.
Cet îlot des Bons-Enfants abrite désormais la DAG, la DAPA, la DLL, la DDAI et les
services du contrôle financier, mais non la DMDTS, demeurée rue Saint-Dominique. 83% des
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personnels d’administration centrale se trouvent ainsi regroupés dans le quartier du PalaisRoyal. Ils disposent là, au huitième étage, d’un espace documentaire commun à la DDAI et à
la DAG. Les simples usagers y ont accès sous certaines conditions, après filtrage par
téléphone, courriel ou courrier. Mais la plupart d’entre eux pourront trouver de premières
indications, sinon une réponse directe à leurs questions, auprès des hôtes et hôtesses du Point
Culture, ouvert en semaine (de 10h à 19h) au rez-de-chaussée, depuis le 9 février.
Elégante, mais à peine signalisée pour respecter le décor voulu par les maîtres d’œuvre
Francis Soler et Frédéric Druot, dont le dépouillement eût ravi le regretté Jacques Tati, sa
banque permet de retirer la Lettre d’information du ministère, des dépliants, des brochures et
fascicules gratuits, comme l’abrégé des Chiffres clés de l’année en cours. Le personnel puise
divers renseignements aux catalogues, répertoires et bases dont il dispose, ou alors oriente le
visiteur vers d’autres lieux de documentation. Il traite aussi des requêtes par téléphone (01 40
15 38 00). Des écrans et claviers sont laissés à la disposition du public pour accéder aux
portails et sites Internet, à commencer par ceux du ministère (www.culture.fr ** et
www.culture.gouv.fr ***). Si des canapés design sont disposés non loin, on ne trouvera là ni
des postes de travail assis, ni un kiosque de périodiques culturels, ni une étagère d’usuels, ni
un distributeur ou un panneau pour les programmes de manifestations et les annonces de
spectacles. Les documents à emporter ou à consulter sont répartis tout autour du comptoir
sans système de classement explicite. Si quelques uns se rapportent bien sûr à la musique et
au spectacle vivant, les CR-SV n’y sont guère mis en valeur (au contraire de Relais Culture
Europe, bien représenté). Il leur appartient de remédier à cette lacune en entretenant très
régulièrement l’information et l’approvisionnement du Point Culture, dont le ministère
affirme également la vocation à guider les professionnels dans leur premières recherches.
MCC – Bibliothèque (rue des Bons-Enfants)
Rien qu’à Paris, mais sans compter la DRAC Ile-de-France, le ministère de la Culture
entretenait en 2003 douze documentations à usage interne aussi bien qu’externe. Cinq de ces
services avaient un rôle transversal, dans le cadre des missions du DIC et de la SDAJ, ainsi
que du DEP, de la DAI et de la DDAT : ces trois derniers ont été rapprochés par la création
de la DDAI. Les sept autres relèvent de directions à caractère sectoriel : DMDTS, bien sûr,
mais aussi Direction du livre et de la lecture (DLL), Direction de l’architecture et du
patrimoine (DAPA), Direction des musées de France (DMF), Délégation aux arts plastiques
(DAP), Centre national de la cinématographie (CNC), Délégation générale à la langue
française (DGLF). Par définition, seule la première d’entre elles est majoritairement et
directement vouée au spectacle vivant. Les autres peuvent toutefois être mises à contribution
chaque fois qu’un art de l’interprétation croise les problématiques de l’écrit, du bâtiment ou
du monument, de la collection publique, des œuvres plastiques, du film, ou de la langue
française.
Une treizième entité doit être considérée à part, dans la mesure où elle sert de sas d’entrée
pour le public auprès d’une administration toute entière consacrée à la documentation : il
s’agit du Centre de recherche et d’accueil des Archives nationales (CARAN) auprès de la
Direction des archives de France (DAF). Temporairement hébergé dans la salle Labrouste de
la BNF, rue de Richelieu, il l’a libérée fin 2004. Son redéploiement définitif attendra la fin des
chantiers engagés pour la restauration de l’hôtel des Archives, la rénovation du centre de
Fontainebleau et l’installation des Archives nationales vers le début 2009 dans leur futur siège
de Pierrefitte, dans la Plaine Saint-Denis. Ces services intéressent à deux titres les structures
d’administration, de formation, de production et de diffusion des arts scéniques : comme
source de connaissance historique et comme gardiens de leur mémoire future.
S’agissant d’une approche transversale des questions culturelles, la tête de réseau qui
manquait pour traiter le gros de la demande et redistribuer ensuite les requêtes plus pointues
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vers les documentations des directions centrales paraît enfin prendre forme. L’espace de
documentation du huitième étage de l’immeuble des Bons-Enfants devra remplir cet office. Il
dispose à cet effet d’un premier sas : l’espace d’accueil et d’orientation situé en rez-dechaussée de l’immeuble, ouvert à tous les publics sans aucune discrimination (voir plus haut,
Point Culture). Grâce à un éventail de brochures d’information gratuites, de répertoires,
d’annuaires et de guides en consultation libre, avec un petit parc de terminaux branchés sur les
bases et les portails du ministère, il est censé fournir à la plupart des visiteurs les
renseignements dont ils ont besoin dans l’immédiat, et guider les autres vers la documentation
interne ou le centre de ressources externe le mieux à même de les satisfaire. Un Bureau des
concours logé à proximité complète ce dispositif. Les missions du centre de documentation
commun ont d’abord été esquissées dans le rapport d’Albert Poirot (septembre 2001), qui
envisageait une bibliothèque générale en quatrième et dernière hypothèse. Elles ont été
précisées sous la responsabilité d’Anne Faure, chargée de mission pour la coordination
documentaire.
Celle-ci a dû adapter son projet au fur et à mesure des aléas du chantier. Ainsi le
rapprochement géographique de la DMDTS, qui devait gagner la rue de Valois en libérant
l’hôtel particulier de la rue Saint-Dominique pour des raisons d’économie, ne s’est pas réalisé,
faute de place. Il s’agira néanmoins de faire en sorte que le public trouve aux Bons-Enfants,
tout près du Palais-Royal, les renseignements courants qu’il réclame sur le spectacle vivant.
Le nouveau siège administratif du ministère abrite donc physiquement la DAG, la DDAI, la
DAPA, la DMF, la DAP, la DLL depuis février 2005. La DMDTS et le CNC demeurent à
l’écart dans leurs anciens locaux.
MCC - Département des études, de la prospective et des statistiques (DEPS)
Dirigé par Paul Tolila, qui a succédé à Nicolas Marc, le Département des études et de la
prospective (DEP) a pris la relève du Service des études et de la recherche, créé par Augustin
Girard en 1965. Celui-ci, toujours actif au Comité d’histoire du ministère de la Culture, a
façonné l’instrument tel qu’il fonctionne encore. Une grande partie de ce qui s’est fait de
novateur au ministère en matière de documentation, de statistique et d’investigation est issue
de ce foyer, sur lequel Geneviève Gentil a longtemps veillé. L’arrêté du 18 août 2004 souligne
sa vocation à produire des statistiques en rajoutant ce terme à son intitulé, tout en le rattachant
à la DDAI. Pourvu donc d’un “s”, le DEPS continue de travailler en rapport direct avec le
Comité d'Histoire, bien sûr, mais aussi avec le Conseil ministériel des études, le Conseil
ministériel de la recherche et le Comité ministériel.
S’il réunit une équipe de spécialistes respectés pour la pertinence et l’impartialité de leurs
observations, la plupart des travaux sont menés avec le concours d’équipes universitaires, de
laboratoires du CNRS, de cabinets d’expertise et de collaborateurs extérieurs, sollicités par
appels d’offre. Le DEPS suit six axes qui traversent tous de part en part le domaine du
spectacle vivant : l’économie de la culture, l’emploi culturel, l’éducation et les formations
artistiques, les publics de la culture, le financement public de la culture, l’approche
internationale. Deux foyers de connaissance se dessinent tout de même assez nettement,
gravitant autour des politiques et des pratiques culturelles. Ces deux approches s’appuient sur
de grandes enquêtes lancées à intervalles plus ou moins stables. Depuis 1973, l’INSEE
interroge à peu près tous les huit ans les Français âgés de quinze ans et plus sur leurs loisirs et
leurs sorties. Olivier Donnat est passé maître dans l’analyse de ces données. Les plus récentes,
collectées en mai 2003 ont été publiées à partir de janvier 2005. La seconde enquête examine
depuis 1978, en principe une année sur trois, les dépenses des collectivités territoriales et de
leurs établissements publics, celles des administrations d’Etat étant plus faciles à déduire de la
loi de finances annuelle. Les derniers chiffres connus remontent hélas à 1996, le
dépouillement des budgets de 2000 à 2002 étant annoncé pour le courant 2005. Une troisième
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enquête, annuelle, celle-ci, porte sur les budgets, les effectifs et les programmes des écoles
nationales de musique (ENM) et conservatoires nationaux de région (CNR). Janine Cardona
et Chantal Lacroix coordonnent les études statistiques du DEPS.
Un statut de service statistique ministériel (SSM) lui assure un rapport privilégié avec
l’INSEE, pour lequel il agit par délégation. Le DEPS puise d’ailleurs aux Comptes de la
nation les agrégats qu’il publie sur les dépenses culturelles des ménages. Il a notamment
mandat de collecter les données relatives aux recettes des lieux de spectacles, aux inscriptions
dans les établissements d’enseignement artistique. C’est l’interlocuteur des organismes
sociaux (GRISS, Caisse des Congés spectacles) et des sociétés civiles (SACEM, SACD,
ADAMI, etc.) pour la mesure des volumes d’activité. Les renseignements recueillis
composent une base informatisée de 30.000 séries statistiques. Ces données et ces études
alimentent des ouvrages individuels et collectifs dans la collection « Question de culture »
(diffusée par la Documentation française), des rapports dans la série « Travaux du DEP », des
numéros du périodique Développement culturel, l’annuaire des Chiffres clés et son abrégé
Mini Chiffres clés (diffusé gratuitement sous forme de dépliant), un Atlas des activités
culturelles, ainsi que des documents spécifiques sur les écoles de musique et de danse et sur
les théâtres nationaux, les CDN et les scènes nationales. Le DEPS prend aussi l’initiative de
colloques dont les actes peuvent faire l’objet de coéditions. Il prête son concours aux travaux
du Comité d’histoire qui sont à l’origine d’une collection distribuée par la Documentation
française (voir www.ladocfrancaise.gouv.fr). Ces parutions et ces réalisations sont relayées
sur les diverses pages du site ministériel (www.culture.gouv.fr/culture/dep/dep.htm). Un
dépliant récapitule par ailleurs les 25 ouvrages édités par le Comité d’histoire (presque tous
parus à la Documentation française ou diffusés par ses soins), de sa fondation par l’arrêté du
11 mars 1993 à décembre 2004.
Longtemps distinct des services à vocation transversale avec lequel il partageait les locaux
de la rue Jean-Lantier, le DEP rejoint en 2004 la nouvelle Délégation au développement et à
l’action internationale (DDAI). Il a déménagé avec elle rue des Bons-Enfants. Ce
rattachement devrait mieux que ses liens antérieurs avec la DAG favoriser sa sollicitation par
les directions opérationnelles du ministère. Son programme biennal n’en sera pas moins
défini, comme auparavant, selon les priorités arrêtées en Conseil ministériel des études et en
Conseil ministériel de la recherche. Il maintiendra également ses rapports étroits avec le
Comité d’histoire du ministère de la Culture, présidé par Augustin Girard, et avec le Comité
ministériel d’évaluation. Il faut espérer que cette nouvelle configuration facilitera les
arbitrages budgétaires sans lesquels le DEPS sera en peine d’actualiser son travail de collecte
et d’affiner son travail d’analyse. En 2004, les derniers résultats exploités sur les budgets
culturels territoriaux remontaient à l’exercice 1996, tandis que la description des
fréquentations culturelles s’arrêtait à l’année 1998. Après avoir été en ce domaine une
pionnière et une inspiratrice, la France est en danger de se laisser dépasser par d’autres pays
qui ont pris le temps d’installer des appareils statistiques plus constants, sinon plus
performants. Les retards et les carences compromettent les comparaisons internationales que
le ministère s’est pourtant efforcer de promouvoir, d’abord dans le cadre du Conseil de
l’Europe, puis dans le giron de l’Union européenne. Or l’expérience a démontré que la
confrontation des dépenses par tête d’habitant, d’une commune à l’autre, d’une région à
l’autre, mais aussi d’un pays à l’autre, entretient une émulation dont les effets s’avèrent
positifs sur l’investissement culturel des collectivités publiques.
Le DEPS lui-même sacrifie aux vertus du comparatisme, puisqu’il participe aux efforts
qu’Eurostat, organisme statistique de l’Union européenne, a entrepris en 1999 pour
harmoniser la conception et la présentation des tableaux de données culturelles. Il joue
également un rôle éminent dans le réseau CIRCLE (Centre d’information et de recherche sur
la culture et la liaison documentaire en Europe), association internationale créé en 1984 à
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l’instigation du Conseil de l’Europe. Si la coordination de CIRCLE a son siège en Espagne,
c’est le principal correspondant français qui édite son bulletin de liaison bilingue (françaisanglais), Circular. Celui-ci se fait l’écho des publications et des rencontres et des études
réalisées par les membres du réseau : services et offices ministériels, centres de recherche
universitaires, fondations et agences. Les chercheurs et documentalistes intéressés par les
politiques culturelles y trouvent des articles de fond et des comptes rendus de colloques, des
notes de lecture et des annonces de réunions d’experts. Depuis 2002, une partie de ces
informations n’est plus disponible que sur Internet. Le site de la Fondation Boekman à
Amsterdam (www.boekman.nl/circle)** donne accès à la base de données Cultural Policy
Research On-line (CPRO, Recherche en ligne sur la politique culturelle), riche d’un bon demi
millier de notices, qui devrait devenir à terme à la fois la mémoire et l’outil des études
savantes dans ce domaine.
Les disciplines de la scène ont naturellement leur part dans les chiffres et les commentaires
publiés par le DEPS. Ses enquêtes sur la fréquentation du cirque (voir Développement
culturel, n°100, septembre 1993), le théâtre en amateur (idem, n° 114, juillet 1996), ou l’étude
des conditions d’emploi des danseurs permanents et intermittents (idem, n° 142, novembre
2003), font référence. Les travaux de la commission permanente sur l'emploi du CNPS (20032004) ont été publiés dans la Note de l'Observatoire de l'emploi culturel n°33, complétée par
la Note n° 34 sur le marché du travail des intermittents. Les résultats des enquêtes spécifiques
commandées par le DEPS sont éditées à la Documentation française dans la collection
« Questions de culture ». Le commentaire qui accompagne ces parutions reste en général
assez prudent. Pour aller plus loin dans l’interprétation des données, il s’agit de les confronter
aux témoignages et aux expériences. Les centres de ressources spécialisés sont certes mis à
contribution en tant que de besoin, pour contribuer au pilotage d’une recherche sur
l’économie des arts de la rue ou sur les pratiques de composition dans les musiques
électroniques. En revanche les rapports avec eux ne prennent pas un caractère systématique
ou régulier, faute d’initiative de part et d’autre, sans doute. Les documentalistes font
heureusement circuler les informations que les directeurs ont rarement le temps d’échanger de
façon directe.
Rue Jean-Lantier, la documentation du DEP était si courue et ses espaces si exigus qu’il
avait fallu en limiter l’accès aux agents du ministère, aux professionnels et aux étudiants de
IIIe cycle. Encore ces derniers-ci devaient-ils prendre la précaution de réserver leur place et,
en principe, de justifier leur requête.
La première raison de cet engouement tient à la diversité d’une collection d’ouvrages, de
périodiques, de rapports et de mémoires. La seconde tient à la variété de dossiers thématiques
et des bibliographies que le personnel alimente en continu. La troisième tient à la richesse de
la base documentaire Mnemo qui recense plus de 60.000 articles de presse et de revue
dépouillés parmi 250 titres environ. Cette dernière est heureusement accessible en ligne, soit
sur Sémaphore, soit sur le site ministériel (http://culture.gouv.fr/dep) ***. Quant aux rapports
et aux ouvrages du DEPS, les lecteurs parisiens les trouvent sur l’autre rive de la Seine, à la
Bibliothèque de la Documentation française. Cependant la demande de données et d’analyses
en matière de politiques culturelles continue de croître en proportion de la place que cette
matière occupe dorénavant dans les cursus universitaires et les filières de formation continue.
La situation s’est un peu améliorée au huitième étage du 182, rue Saint-Honoré, dans
l’immeuble des Bons-Enfants qui accueille la DDAI avec la plupart des administrations
centrales depuis le début de l’année 2005. Une vingtaine de places de lecture, disposées le
long de fenêtres donnant sur les toits de Paris, y reçoivent les personnels du ministère (non
stop, du lundi au vendredi) et les visiteurs extérieurs (selon les mêmes restrictions
qu’auparavant, sauf « consultation de dernier recours », et seulement sur rendez-vous, du
mardi au jeudi). Mais la DDAI doit les partager avec le Centre de documentation juridique et
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administrative (CDJA), qui dépend de la DAG (voir ci-dessous) ; elle n’y dispose que de deux
postes sur trois outillés pour la consultation informatisée. Il conviendrait de fusionner les deux
centres contigus, d’achever leur équipement et leur câblage, enfin d’élargir franchement les
critères d’accès à ce nouvel espace documentaire du ministère, dont les domaines – politique
et socio-économie de la culture d’un côté, information juridique, administrative et financière
de l’autre – coïncident, aussi bien sur le plan national qu’européen et international. Au rez-dechaussée du bâtiment, le Point Culture continuerait à jouer le rôle de portail et de filtre pour
lequel il a été conçu.
Délégation au développement et à l’action internationale (DDAI)
Le décret créant de la DDAI, en date du 18 août 2004, lui affecte les services relevant
auparavant de la Délégation au développement et à l’action territoriale (DDAT) et du
Département des affaires internationales (DAI), rebaptisé Département des affaires
européennes et internationales. En ce qui concerne le second, l’accent mis sur l’Europe
indique en effet le renforcement du pôle chargé des politiques et directives communautaires.
Le Département est impliqué dans le soutien à l’AFAA et à la RCE, mais aussi à la MCM et à
l’ACCR, dont les activités intéressent de près la DMDTS.
Sous la responsabilité de Benoît Paumier, assisté de Catherine Ahmadi-Ruggeri, la
nouvelle Délégation coiffe également le Département des études, de la prospective et des
statistiques (DEPS), la Mission de la recherche et de la technologie (MRT), la Mission du
développement des publics (MDP) et la Mission du mécénat. Le texte assigne à la Délégation
le soin de coordonner les politiques européennes et internationales du ministère, son action en
faveur des industries culturelles et du mécénat, mais aussi en faveur du développement des
pratiques culturelles et de la formation artistique. Dans ce domaine, elle s’appuie sur son
Département de l’éducation, des formations, des enseignements et des métiers. Chargée de
coordonner les actions du ministère en partenariat avec l’Education nationale, celui-ci doit
accompagner les projets de la DMDTS et des autres directions envers les établissements
scolaires. La Mission du développement des publics suit le travail amorcé dans les années
1980 avec la signature des premiers protocoles d’accord entre le MCC et ses homologues de
la Justice, de la Santé ou des Affaires sociales, de la Jeunesse. Ses chargés de mission
« culture en prison », « culture à l’hôpital », « culture et handicap », « éducation populaire »
sont sollicité par les DRAC ou directement par des musiciens ou des artistes du spectacle
menant des projets dans ce cadre. La connaissance des publics, clé d’un accès plus large de
ces derniers aux œuvres et aux établissements doit être son souci constant. Dans ce but, la
DDAI « conduit, en liaison avec les autres services, les activités d’étude et de recherche du
ministère.» Cette mission et les compétences qu’elle réunit la désignent pour travailler en
rapport permanent avec ces lieux d’observation et d’expertise que sont les centres de
ressources, notamment ceux du spectacle vivant dont la tutelle relève de la DMDTS.
Le Centre de documentation de la DDAI rassemble les collections qui étaient auparavant
sous la garde du DEP, auxquels s’ajoutent notamment les fonds du DAI. Il occupe la moitié
de l’espace du huitième étage de la rue Saint-Honoré où se déploient également les ressources
de la DAG.
MCC – Sous-direction des affaires juridiques (SDAJ), Centre de documentation juridique
et administrative (CDJA)
Au sein de la Direction de l’administration générale (DAG), la SDAJ remplit un office
particulièrement important pour les opérateurs du spectacle vivant. Elle apporte aux agents du
ministère, mais aussi à ceux parmi leurs partenaires qui ont l’heur d’en connaître les
ressources, son expertise sur des questions relatives à la fiscalité, aux finances, aux
assurances, aux marchés et services publics, au statut des établissements, aux contrats de
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coproduction, de vente et de cession, au droit du travail et de la fonction publique, à
l’interprétation des directives européennes, au code de la propriété intellectuelle. Cette
dernière rubrique occupe une place croissante dans l’emploi du temps des personnels du
service, dans les rayonnages du Centre d’information juridique et administrative, comme
d’ailleurs dans l’excellent Panorama de la presse juridique que la sous-direction sert
gratuitement par abonnement à 640 correspondants. Les plus de 160 numéros parus (en mars
2005) retracent mensuellement l’évolution de la législation, de la réglementation et de la
jurisprudence dans tous les secteurs de compétence du ministère.
La SDAJ était initialement logée rue d’Aboukir, puis elle a suivi le reste de la DAG dans l’îlot
des Bons-Enfants. Depuis le 28 février 2005, le CDJA y reçoit les agents de l’Etat dans
l’espace qu’il partage avec le Centre de documentation de la DDAI (surtout riche des fonds du
DEPS), sans interruption du lundi au vendredi, de 10h à 18h. Ils peuvent le cas échéant
emprunter certains documents. Les visiteurs extérieurs sont également admis, sans autre
condition que la pertinence de leur question, mais sur rendez-vous et pour la consultation sur
place seulement, du mardi au jeudi. 2.000 ouvrages, 120 titres de périodiques, une quarantaine
d’encyclopédies juridiques, des dossiers thématiques, et les microfiches du Journal Officiel de
la République française (depuis 1869) et celui de l’Union européenne (depuis 1990) les y
attendent. Un seul poste de lecture informatisé lui est affecté pour accéder aux bases et
catalogues, que ce soit sur Intranet ou Internet.
De l’avis des spécialistes, l’essor du droit de la culture conduit à une complexification de
l’exercice des professions artistiques et à une judiciarisation des litiges entres les acteurs de la
vie culturelle. C’est pourquoi il faut s’interroger sur les conditions dans lesquelles la sousdirection pourrait s’appuyer sur ces observateurs de la pratique que sont les centres de
ressources, et mieux les assister dans leurs missions d’information, de formation et de conseil.
Ce serait sans doute faire injure au droit d’auteur que la SDAJ a mission de défendre que de
recommander une plus large diffusion de sa revue de presse, qui emprunte aux revues
spécialisées. Envisageable seulement sur Intranet, à un coût sans doute trop élevé, la
numérisation ne permettrait pas de faire l’économie de la version sur papier, d'une lecture plus
confortable. En revanche son utilisation attentive s’impose aux conseillers juridiques des
centres de ressources. De même, on ne saurait diriger vers ses bureaux des demandeurs en mal
de renseignements qu’ils obtiendraient facilement dans des bibliothèques ou auprès des
DRAC. Mais la documentation juridique du ministère doit rester accessible à tous les
professionnels qualifiés qui cherchent à approfondir un point de doctrine, sinon à régler un
problème pratique. Elle leur propose en ligne à la rubrique « Droit de la culture » du site
ministériel des fiches pratiques, dont plusieurs réalisées de concert avec la DMDTS, telles que
« Obtenir la licence d’entrepreneur de spectacles » ou « Devenir un musicien intervenant ».
Les experts de la SDAJ devraient participer de manière régulière aux réunions
d’information organisées en commun par les CR. Ils pourraient intervenir avec leurs collègues
de la DMDTS dans certaines sessions de formation ou de mise à jour réservées aux cadres des
établissements artistiques et aux administrateurs des compagnies et ensembles musicaux. On
l’a noté par ailleurs, les problèmes que rencontrent les éditeurs et les bibliothécaires attachés
au service public dans le maniement du droit de citation et du droit de consultation
justifieraient une réflexion de fond au sein du ministère. La SDAJ a les moyens d’y
contribuer.
La sous-direction édite également le Bulletin officiel (BO) du ministère, bimestriel
récapitulant les textes réglementaires, les décisions administratives, les circulaires, les notes
internes, les arrêts de justice regardant le champ culturel. Les numéros sont téléchargeables
en ligne sur le site institutionnel. Son bureau de la propriété artistique et littéraire assure le
secrétariat du Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique (CSPLA) et de ses
commissions.
18
Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique (CSPLA)
Le CSPLA ne doit pas être confondu avec la Commission de contrôle des sociétés de
perception et de répartition des droits (SPRD), instituée par la loi du 1er août 2000 modifiant
le Code de la propriété intellectuelle (CPI), et mise en place par le décret du 17 avril 2001,
sous la présidence d’un magistrat de la Cour des comptes, laquelle assume son secrétariat. La
Commission de contrôle vérifie les comptes des sociétés civiles d’auteurs et d’interprètes en
s’inspirant de procédures en vigueur pour les administrations de l’Etat et des collectivités
territoriales. De la même façon que pour le rapport public de l’institution de la rue Cambon, le
« Rapport annuel » de la Commission relève les éventuels manquements aux règles de
transparence et de saine gestion constatés dans les livres ou lors des auditions. Le ministre de
la Culture peut-être amené à en tirer des conséquences dans ses rapports avec les SRPD. Les
ayants droit sont eux-mêmes appelés à faire usage du droit de regard qui leur est garanti par
la loi. Par contraste, le CSPLA se veut seulement un organe de consultation et de
concertation.
Dans un rapport remis au Premier ministre Lionel Jospin (Le Désir de France), le député
Patrick Bloche préconisait la création d’une « instance de médiation pour les questions de
propriété intellectuelle liées à la société de l'information et plus particulièrement à l'Internet ».
De cette proposition est né le Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique (CSPLA),
créé par arrêté du 10 juillet 2000 et installé par Catherine Tasca le 11 mai 2001. Il doit
appuyer sur des capacités d'expertise ses efforts de conciliation entre les intérêts des auteurs et
des producteurs, des interprètes et des usagers. Présidé par le conseiller d’Etat Jean-Ludovic
Silicani, il est composé de personnalités qualifiées (principalement des juristes et des
spécialistes des technologies de l’information) et de professionnels, ainsi que de représentants
des ministères impliqués (Culture et Communication, Justice, Affaires étrangères, Education
nationale, Economie, Finances et Industrie). Il a constitué plusieurs commissions spécialisées
en son sein, dont la Commission sur la distribution des œuvres sur l'Internet, mise en place le
19 novembre 2004. Présidée par le professeur Pierre Sirinelli, assisté de Josée-Anne
Bénazéraf (avocate) et de Joëlle Farchy (maître de conférences), celle-ci a reçu mission de
préparer un rapport pour la fin mai 2005. Les travaux du CSPLA peuvent être suivis sur le site
ministériel (www.droitsdauteur.culture.gouv.fr) **. La ministre lui a fixé ces deux objectifs à
la réflexion lors de sa première séance : « la création durable, donc rémunérée » et « la liberté
d'accès aux œuvres pour tous les publics ». Ses propositions quant aux fondements sur
lesquels il convient d’asseoir la notion de « licence légale » pour le téléchargement ou la
consultation en ligne des œuvres intéressent de près les acteurs du secteur musical et du
spectacle vivant, mais aussi les agents des services publics de documentation. C’est pourquoi
nous reviendrons à ces questions dans la cinquième partie pour suggérer que le CSPLA soit
secondé par une agence du droit d’auteur qui informerait les centres de ressources, les
bibliothèques, les musées, les établissements d’enseignement et les institutions culturelles sur
leurs responsabilités en matière de protection de la propriété intellectuelle, mais les assisterait
aussi dans leurs négociations avec les SRPD.
MCC (autres directions d’administration centrale)
La Direction de l’administration générale (DAG) et la Délégation au développement et à
l’action internationale (DDAI) ont été citées à part dans la mesure où leur caractère transversal
les implique dans plusieurs actions de la direction spécialisée qu’est la DMDTS. En
s’appuyant parfois sur les établissements publics qui en dépendent, les autres services centraux
interviennent conjointement avec celle-ci pour favoriser telle ou telle opération touchant au
domaine théâtral, musical ou chorégraphique. Ils sont alors mentionnées dans les rubriques
correspondantes. C’est par exemple le cas de la Direction du livre et de la lecture (DLL) et du
19
Centre national du livre (CNL), favorisant l’édition d’essais ou de revues sur le spectacle, de
pièces et de partitions. L’activité propre à ces directions peut aussi bien intéresser de manière
directe les disciplines relevant de la compétence de la rue Saint-Dominique. C’est
particulièrement vrai pour la conservation de la mémoire des représentations, enjeu qui
concerne la Direction des archives de France (DAF), la DMF (notamment à travers l’entretien
de sa base « Joconde ») avec la Réunion des musées nationaux (RMN) sous sa tutelle, le
Centre national de la cinématographie (CNC) pour le Service des archives du film et la
Cinémathèque française, ou encore pour la coordination du fonds Images de la Culture, de
même que la Délégation aux arts plastiques (DAP), notamment à travers les collections
photographiques dont elle supervise la valorisation. La Direction de l’architecture et du
patrimoine (DAPA) elle-même contribue à la protection des arts de l’éphémère chaque fois
qu’elle se préoccupe des bâtiments qui les abritent ou avec lesquels ils dialoguent dans
l’espace urbain.
b) Ministère de la Culture et de la Communication (MCC) - Administration déconcentrée
Centres d’information et de documentation (CID) des Directions régionales des affaires
culturelles (DRAC)
Situés auprès des DRAC, les Centres d’information et de documentation (CID)
rassemblent d’abord les informations indispensables à l’activité des agents de la
déconcentration, notamment le (la) directeur(trice) et son adjoint(e), mais aussi le(s)
conseiller(s) pour le théâtre, le(s) conseiller(s) pour la musique et la danse et le conseiller pour
les musiques actuelles, parfois regroupés dans un service théâtre et un service musique et
danse (comme en Ile-de-France). Les services extérieurs de l’Etat sont quasiment tous
pourvus d’un(e) conseiller(e) chargé des relations avec l’Education nationale dans le cadre de
l’action artistique en milieu scolaire, et certaines DRAC comprennent aussi un(e) chargé(e) de
mission pour les arts de piste et de la rue, ou pour les lieux “intermédiaires”. Cependant un
rôle très prenant des CID consiste de plus en plus à satisfaire la demande du public extérieur,
dont une grande partie de professionnels en quête de renseignements ou à la recherche de
subventions.
Les CID ne sauraient être conçus comme de banals terminaux pour l’information du
public. La qualité de leurs rapports avec les relais territoriaux sera déterminante pour garantir
à l’avenir une complémentarité entre les affiliés du Réseau musique et danse (RMD ou
RMDTS) et les chaînons des réseaux thématiques. S’il n’est pas question de tutelle, même
technique, entre les services déconcentrés de l’Etat et les collectivités territoriales, chaque
CID pourrait, à terme, constituer à la fois un lieu d’orientation pour le public de proximité et
une plate-forme de concertation entre les différents pôles de ressources culturelles dans sa
région. Des expériences de mutualisation peuvent être tentées dans les régions où l’Etat
rencontre des interlocuteurs munis de moyens documentaires qui paraissent complémentaires
des siens. La DRAC d’Ile-de-France est dans ce cas. La demande étendue qu’elle doit
satisfaire suppose non seulement un partage des tâches avec les bibliothèques des
administrations centrales (DMDTS, DDAI, DAG, DIC) et les centres de ressources du
spectacle vivant, mais aussi une répartition des missions avec ARCADI, l’établissement
public financé par le conseil régional, auquel le ministère contribue de façon minoritaire. Le
CID de la DRAC d’Aquitaine, pour sa part, a initié en janvier 2005 une collaboration avec
l’Institut départemental de développement artistique et culturel (IDDAC) sous tutelle du
conseil général de la Gironde. La convention de partenariat signée par les deux organismes
leur permet de développer une plate-forme commune de consultation en ligne de documents
numérisés, grâce à la réalisation d’un catalogue évolutif avec le concours de structures
universitaires et du Réseau aquitain de musiques amplifiées.
20
Un CID peut donc devenir une sorte d’échangeur entre les réseaux documentaires de
niveau territorial, national et spécialisé. Cela suppose que le public en trouve aisément le
chemin. Or, sur le portail institutionnel du ministère, il faut se rendre sur les écrans du DEPS
pour dénicher une liste de contacts des CID, hélas incomplète et hétérogène, puisque les uns
affichent un site Internet et les autres une simple messagerie. Il ne devrait pas être difficile
d’instiller un peu de cohérence dans le système en les munissant tous d’une vitrine sur la toile
et d’une adresse simplifiée, par exemple sur le modèle de la DRAC Rhône-Alpes
(www.culture.fr/rhone-alpes).
DRAC
Adresses des sites ou des messageries électroniques des CID
Alsace
[email protected]
Aquitaine
[email protected]
Auvergne
[email protected]
Bourgogne
www.culture.gouv.fr/bourgogne/
Bretagne
www.culture.gouv.fr/bretagne/
Centre
[email protected]
Champagne-Ardenne [email protected]
Corse
[email protected]
Franche-Comté
[email protected]
Guadeloupe
[email protected]
Guyane
Ile-de-France
www.culture.fr/culture/regions/dracs/idf/
Languedoc-Roussillon
www.culture.fr/l-r/
Limousin
www.limousin-culture.asso.fr/
Lorraine
www.culture.fr/dracs/lorraine/drac_gen.htm
Martinique
[email protected]
Midi-Pyrénées
[email protected]
Nord-Pas-de-Calais
[email protected]
Basse-Normandie
[email protected]
Haute-Normandie
Pays-de-la-Loire
www.culture.fr/pays-de-la-loire/
Picardie
[email protected]
Poitou-Charentes
www.culture.fr/poitou-charentes/
Provence-Alpes-Côte-d'Azur www.culture.fr/culture/paca/
Réunion
[email protected]
Rhône-Alpes
www.culture.fr/rhone-alpes/
c) Office national de diffusion
Office national de diffusion artistique (ONDA)
Les pôles de ressources généralistes sont à vrai dire peu nombreux. Seul office de
dimension nationale compétent pour encourager la diffusion du spectacle vivant, l’ONDA est
également l’un des rares organismes pluridisciplinaires du secteur, puisque son champ
d’intervention s’est d’abord élargi du théâtre à la danse, puis aux marionnettes, aux arts de la
piste et de la rue, aux spectacles impliquant la vidéo et les arts numériques, mais aussi au
théâtre pour le jeune public et à la chanson. Ces caractéristiques en font naturellement une tête
de réseau, non seulement à l’égard des théâtres, des centres chorégraphiques et des
établissements d’action culturelle portant un label national, des Amis du théâtre populaire
21
(ATP) et surtout de salles municipales appartenant à des réseaux territoriaux, mais aussi au
regard des offices départementaux ou régionaux qui s’assignent comme lui le devoir de
favoriser la diffusion. Son mode de fonctionnement détermine sa position dans l’univers de la
ressource. La “perception sensible et personnalisée” que ses conseillers et chargés de mission
– eux-mêmes issus du milieu de la production et de la programmation - retirent chaque année
des dizaines de spectacles auxquels ils assistent en France et à l'étranger (1.310 en 2003 pour
l’ensemble de l’équipe), des centaines de professionnels qu’ils reçoivent (811 consultations au
total en 2003), des réunions de réseau qu’ils animent en se répartissant sept zones
géographiques, des rencontres internationales qu’ils fréquentent ou qu’ils convoquent, cette
expérience explique que leurs tâches en matière de conseil l’emportent très largement sur
leurs prestations en terme d’information et de documentation, qui s’avèrent beaucoup plus
modestes.
“Quand la diffusion va, tout va”. Dans sa présentation du n° 32 (automne 2004) du bulletin
de l’Office, le directeur Fabien Jannelle analyse les sous-entendus de cet adage dont le monde
du spectacle connaît mieux le négatif. L’ONDA n’en reste pas moins fidèle à la mission que
l’Etat lui a confiée, depuis sa fondation par Philippe Tiry en 1975. Son engagement bénéficie
seulement aux spectacles professionnels qui en sont jugés dignes par ses conseillers et leurs
partenaires. Il passe par des garanties financières accordées aux structures de diffusion
soutenues par l’Etat et par les collectivités territoriales, afin d’atténuer le risque de déficit
qu’elles encourent en achetant ces spectacles hors de leur région de création. La demande de
garantie est émise au minimum deux mois avant la première représentation, assortie de
renseignements esthétiques et techniques, mais aussi statistiques, juridiques et comptables sur
l’établissement. Son montant dépend des dépenses artistiques escomptées, le réglement
tombant au vu du bilan.
En 2003, l’ONDA a versé 1.082 garanties pour un total de 2,278 millions d’euros, au
profit de 292 structures réparties dans 235 villes, qui ont accueilli 777 spectacles présentés par
670 compagnies lors de 2.261 représentations (soit 7,74 représentations par structure, 3,37 par
compagnie et 2,91 par spectacle). La province a bénéficié de 88% de cette manne, la part des
établissements sous label national se limitant à 17% environ. L’Office revendique et exerce
son droit au jugement esthétique sur les spectacles, pour privilégier ceux qui lui semblent
participer d’un renouvellement des formes sur la scène internationale. Un rôle d’expert et de
prescripteur incombe de fait aux quatre conseillers (deux pour le théâtre, une pour la musique,
une pour la danse) et à la chargée de mission pour les jeunes publics, qui couvrent les
différents arts et les diverses contrées. Afin d’indiquer leurs préférences, mais aussi
d’entendre les « coups de cœur » des programmateurs, de les inciter au montage de tournées
cohérentes pour mieux partager les frais de transport et de séjour des compagnies, de débattre
avec eux des enjeux de la création et des obstacles à la diffusion, ils animent chaque semestre
des rencontres interrégionales de diffusion artistique (RIDA, auparavant connues sous le nom
de groupements régionaux d’action culturelle, ou GRAC) auxquels des artistes ou des
spécialistes sont parfois invités. Quelques réunions nationales vouées à un thème ou à une
discipline complètent le programme annuel. Organisées à tour de rôle par les établissements
du réseau, ces assemblées sont, comme la traditionnelle journée d’Avignon orchestrée par
l’ONDA, des temps de tractations professionnelles, des occasions de discussion informelle,
mais aussi des moments d’échanges confraternels.
Présidée par la conseillère d’Etat Michèle Puybasset, sous tutelle de la DMDTS,
l’association cultive en effet le sens du contact individuel et du travail collectif que P. Tiry lui
a imprimé dès les débuts. Locataire de bureaux dans une cour du IXe arrondissement – après
avoir longtemps logé à la Chaussée d’Antin), elle dispose d’une salle de réunion qu’elle
accepte souvent de prêter et sert volontiers d’étape aux professionnels étrangers de passage à
Paris. Le secrétaire général, Jean-Christophe Bonneau, coordonne les différentes missions,
22
tout en partageant avec le directeur la charge de représenter l’Office dans les réseaux
européens. Giusi Tinella assure le suivi des relations internationales, Catherine Barthélémy
celui du site Internet, une assistante entretenant les fichiers. La plupart des membres de
l’équipe dispensent lors de leurs déplacements ou de leurs consultations sur place une forme
de conseil individuel. Les programmateurs sont à l’affût de contacts et de tuyaux pour le
montage de leurs productions, la construction de leur saison et la diffusion de leurs spectacles.
Les compagnies viennent se faire connaître, vanter leur projets, quérir des renseignements sur
les structures susceptibles de les appuyer en amont ou de les accueillir en aval. Elles repartent
souvent munies de quelques numéros de téléphone, voire d’un listing qui les guidera dans
leurs démarches.
La Lettre d’information trimestrielle, lestée d’un cahier thématique, reprend les
informations affichées sur le site Internet : brèves sur les réunions du réseau, annonces de
manifestations artistiques, programmes de colloques ou de rencontres. Tout en présentant la
structure et ses activités, ce site (www.onda-international.com) ** propose un agenda de
quelques manifestations internationales, parmi les plus significatives, un calendrier sélectif de
rendez-vous professionnels, un annuaire de liens essentiels (deux contact seulement pour le
cirque, les arts de la rue et le théâtre de marionnettes, HorsLesMurs et THEMAA), un
répertoire sur un millier de structures généreusement baptisé « base de données » et servi par
un moteur de recherche. On aura compris que l’intérêt de cet annuaire en ligne n’est pas son
exhaustivité, ni son degré de précision. La plupart des informations se trouvent déjà dans le
guide du CNT, la base Didascalies. Le panorama des régions ne saurait être aussi complet que
celui qu’offrent les agences régionales et autres relais du réseau RMDTS. Le genre de la
programmation est indiqué par quelques mots-clefs pour les festivals et les salles, la rubrique
« commentaire » n’est pas toujours remplie. La rubrique internationale est encore assez
lacunaire en dehors de l’Union Européenne. Bref, le mérite de cette sélection consiste plutôt à
offrir le reflet fidèle du réseau national et international que l’ONDA contribue à animer. Les
lieux et les rendez-vous ainsi pointés composent un portrait du secteur public du spectacle
vivant dans ce qu’il a de plus novateur. Le site permet aussi de télécharger quelques textes
(éditoriaux du directeur, cahiers thématiques de la Lettre d’information, transcriptions de
conférences).
L'ONDA participe activement aux réseaux européens du spectacle vivant, notamment à
l'International European Theatre Meeting (IETM) et au Fonds Roberto Cimetta (voir le
chapitre « Relais européens »). Il organise lui-même des rencontres internationales pour
faciliter les échanges entre les programmateurs français et leurs homologues étrangers. Ces
contacts ont des effets sur la circulation des productions dans les deux sens, à l’import et à
l’export. Ils justifient une subvention de la part de la DDAI. L'organisation de tournées
internationales en France est encouragée à travers des aides spécifiques au transport ou au
surtitrage. Elle procède aussi à l’instigation d’un groupe de programmateurs que l’Office
réunit deux fois par an. Quant à l’aide à la mobilité, elle intéresse certains des
programmateurs que l’ONDA entraîne dans des séjours fort prisés de découverte à l'étranger,
à la rencontre de spectacles et de partenaires.
d) Ministère des Affaires étrangères (MAE)
Parmi les autres administrations concernées par la vie du spectacle, il faut accorder une
attention particulière à celles qui relèvent du ministère des Affaires étrangères (MAE). Le
monopole de représentation de la France à l’extérieur attribué au quai d’Orsay remonte au
consulat. Les relations culturelles n’ont presque jamais échappé à cette règle, même si un
secrétariat d’Etat leur fut dédié de temps à autre, ou si un poste de ministre délégué à la
Francophonie figure parfois dans la composition du gouvernement, comme cela se vérifie
23
encore pour Xavier Darcos en 2005. Passée en quelques décennies de la lutte pour
« l’expansion de la pensée française » à l’apologie du « dialogue interculturel » entre les
nations, en passant par le « rayonnement culturel extérieur » de l’hexagone, la diplomatie
culturelle a dû s’adapter aux mutations de la planète. Qu’elles soient sous-tendue par des
appétits économiques ou inspirées par le principe de réciprocité, les actions de la France dans
ce domaine n’en visent pas moins à renforcer l’attraction d’un modèle qui se définit lui-même
comme prestigieux.
La direction générale qui les coordonne dispose d’un budget excédant de beaucoup les
quelques crédits dispensés par le MCC dans ce domaine. Il procure à l’action culturelle
extérieure de la France environ 80% des crédits qu’elle draine des divers chapitres de la loi de
finances, et qui se montaient à 1,3 milliard d’euros en 2002, selon l’ancien chef du DAI, Alain
Lombard (cf. Politique culturelle internationale, Le modèle français face à la mondialisation
Internationale de l’imaginaire, n° 16, Actes Sud « Babel », p. 85 et p. 202-203). Soumis
toutefois aux révisions, coupes et gels que peut réserver un exercice budgétaire par temps de
fort déficit public, cette dépense permet à la France, avec ses Instituts et centres culturels, mais
encore grâce au renfort de l’Alliance française, de disputer à la Grande-Bretagne et à son
British Council, à l’Allemagne et à son Goethe Institut, le premier rang mondial pour la
représentation culturelle, loin devant l’Espagne et son Institut Cervantès ou le Portugal avec
son Institut Camoens ou sa Fondation Gulbenkian, la Belgique, le Canada, les Etats-Unis et le
Japon.
Sous la double tutelle des Affaires étrangères et de la Culture, mais sous l’influence
déterminante du Quai d’Orsay, l’Association française d’action artistique (AFAA) apporte,
grâce à son département des arts de la scène et son centre de ressources, des renseignements
utiles aux artistes désireux de se produire à l’étranger, aux organisateurs de tournée, aux
agents du réseau culturel extérieur, mais également aux étudiants et aux jeunes professionnels
qui s’investissent dans le développement des échanges internationaux.
MAE – Direction générale de la coopération internationale et du développement (DGCID)
- Direction de la coopération culturelle et du français (DCCF)
La Direction générale des relations culturelles et des œuvres françaises à l’étranger
constituée au sein du MAE en 1945 était l’héritière du modeste Bureau des écoles et des
œuvres françaises à l’étranger, ouvert en 1909, et devenu entre les deux guerres le puissant
Service des œuvres françaises à l’étranger, réorganisé en 1920 pour y former une section de
l’action artistique. De fait, la Direction générale (DG) partage ses moyens entre plusieurs
domaines de coopération. L’enseignement du français, les échanges culturels et le
rayonnement artistique de la France y sont d’abord pris en charge par un Service de la
diffusion culturelle, érigé ensuite en Direction de la coopération culturelle et linguistique.
Lorsqu’en 1999 le MAE s’est rapprochée du ministère de la Coopération, responsable des
relations avec les pays du « champ » de la francophonie et plus spécialement avec les
anciennes colonies d’Afrique, elle est devenue la Direction de la coopération culturelle et du
français (DCCF), tandis que la DG a opté pour son nom actuel de DGCID. Les bureaux de
celle-ci sont encore répartis entre le boulevard Saint-Germain (Affaires étrangères) et la rue
Monsieur (Coopération). « Etudes », « Repères », « Partenariats », « Evaluations »,
« Brochures grand public » et rapports d’activités : une série de publications rendent compte
de ses orientations et réalisations, reflétées sur le site Internet du ministère
(www.france.diplomatie.fr) ***. Elle partage ses efforts entre deux grands domaines. La
solidarité et le développement sont couverts par deux directions, l’une pour la coopération
technique, l’autre pour la coopération scientifique et universitaire. Et l’action culturelle et
linguistique de la DCCF fait pendant à l’action audiovisuelle de la Direction de l’audiovisuel
extérieur (DAE). En 2004, 18% du budget de la DGCID était consacré à la première, 17% des
24
crédits allant à la seconde. La DCCF est elle-même divisée en deux sous-direction, l’une
chargée du français, l’autre de la coopération culturelle et artistique. Cette dernière agit à
travers différents canaux.
En premier lieu, elle gère directement un ensemble de dispositifs d’aides, de bourses et de
mesures d’encouragement, pour favoriser la mobilité des artistes et des opérateurs, tant
français qu’étrangers. De la Villa Médicis hors-les-murs à la villa Kujoyama (Japon), d’un
séjour d’étude en France à une résidence de création à l’étranger pour auteurs, compositeurs,
metteurs en scène, chorégraphes ou vidéastes, la palette est assez large.
Deuxièmement, la DCCF coordonne les services culturels des ambassades, animés par des
conseillers, eux-mêmes secondés dans les pays d’une certaine importance par des attachés
culturels (plus ou moins spécialisés dans une discipline), audiovisuels ou linguistiques.
Par ailleurs, elle finance le réseau des 150 établissements (sans compter leurs presque 70
annexes) placés sous tutelle de plus de 90 postes diplomatiques, qui sont pour la majorité
situés sur le continent européen. Ces instituts français et ces centres culturels français
contribuent tant à la diffusion de la culture qu’à la promotion de la langue. Ceux-ci puisent
dans les subventions de la DCCF, mais aussi dans leurs ressources propres, alimentées
notamment par les frais d’inscription aux cours qu’ils dispensent. Ils programment des
spectacles dans leur propre salle, lorsqu’ils en possèdent une adaptée, ou bien dans des
institutions culturelles de leur ville, pour toucher le public local de plus près. Réalisées en
partenariat, assumées sur leurs fonds ou encore payées par le MAE et l’AFAA, ces
représentations sont le fait de compagnies et de formations françaises, et parfois d’artistes
issus d’autres horizons francophones. Instituts et centres sont présentés en détail dans une
brochure (Le réseau des centres culturels et instituts français à l’étranger, MAE, 2002)
téléchargeable en version PDF.
De même, le ministère contribue, dans la proportion d’un quart environ de leurs effectifs, à
l’entretien de la multitude de filiales de l’Alliance française qui, de par le monde, proposent
des enseignements de français et diverses initiatives culturelles. Fondée à Paris en 1883,
l’organisation mère a engendré quelques 800 associations francophiles de droit local dans 131
pays, qui assurent à la langue de Molière une présence dans les grandes capitales aussi bien
que dans des villes dépourvues de tout autre correspondant du MAE. Son site en livre la carte
et le répertoire complet (www.alliancefr.org) **. Certaines d’entre elles abritent une
bibliothèque bien pourvue. A Paris même, le siège de l’Alliance, sis boulevard Raspail,
comprend dans un espace fraîchement rénové un centre de ressources multimédia ouvert aux
élèves et aux enseignants de son école de français. L’Alliance héberge aussi dans son théâtre
et ses bureaux les activités de la Maison des cultures du monde (MCM).
En dernier lieu, le ministère intervient à travers son opérateur délégué, l’AFAA, à qui il
verse une subvention quasiment équivalente à celle qu’il destine aux services culturels des
ambassades.
En dehors de ses fiches, dossiers et brochures, le site du ministère fournit aussi, par ordre
alphabétique des pays, le carnet d’adresses en ligne des services de coopération et d’action
culturelle, des centres culturels et instituts français, ainsi que des Alliances françaises.
La plupart des établissements du réseau comportent, comme nombre d’alliances, une
documentation qui atteint en plusieurs lieux les dimensions d’une véritable médiathèque. Ces
bibliothèques représentent souvent pour les amateurs de théâtre, de musique ou de danse la
première porte d’accès à la scène française, et parfois la seule, faute d’un solide département
de français dans l’université la plus proche. Il importe donc qu’elles soient pourvues des
usuels, des monographies, des guides, des pièces d’auteur, des brochures et des périodiques
susceptibles de leur donner un large aperçu des tendances esthétiques et des réalités
administratives du secteur. Une inspection personnelle – certes partielle, rapide et
superficielle – montre que c’est loin d’être le cas, les documentalistes les plus concernés étant
25
soumis à de cruels dilemmes budgétaires. La DCCF devrait établir une bibliographie de base
sur le spectacle, en rapport avec l’AFAA et les principaux centres de ressources de chaque
discipline (CNT, CND, Cité de la musique, IRMA, HLM, IIM), la mettre en ligne sur les sites
respectifs et, surtout, compter les revues significatives parmi les abonnements à financer sur
des crédits dédiés.
Association française d’action artistique (AFAA)
Quand l’AFAA fut créée en 1922, au lendemain de la Première guerre mondiale, il
s’agissait de faire pièce à l’emprise croissante des autres puissances européennes, alors que la
suprématie de la langue avait commencé à faillir. Plusieurs observateurs, dont le député Yves
Dauge dans son Plaidoyer pour le réseau culturel extérieur français (Rapport d’information
n° 2924, Assemblée nationale, février 2001), estiment que l’extension de ses interventions fut
encore inspirée, après la Seconde Guerre mondiale et la décolonisation, par le souhait de
relayer sur le plan culturel une influence qui déclinait sur les plans militaire, politique et
économique. Toujours est-il que l’organisme, malgré son statut associatif, sert bel et bien
d’instrument à la diplomatie culturelle extérieure. L’AFAA se présente elle-même comme
« l'opérateur délégué du ministère des Affaires étrangères et du ministère de la Culture et de
la Communication pour les échanges culturels internationaux et l'aide au développement dans
les domaines des arts de la scène (…) des arts visuels, de l'architecture, du patrimoine et de
l'ingénierie culturelle ». Pour la première fois elle a signé une convention triennale (20052007) avec les deux ministères, qui lui assure une visibilité et une sécurité accrues.
C’est en vérité le MAE, à travers la DGCID, qui lui procure l’essentiel de ses moyens, qui
dépasse les vingt millions d’euros, dont le quart pour les arts de la scène. Présidée par Robert
Lion, dirigée par Olivier Poivre d’Arvor (qui avait succédé à Jean Digne), l’AFAA s’est
renforcée lors de la fusion des ministères des Affaires étrangères et de la Coopération,
préparée par Alain Juppé et accomplie par Lionel Jospin, en absorbant l’association Afrique
en créations, qui jouait un rôle analogue auprès des services de la rue Monsieur. Au total, pour
2004, l’AFAA affichait dans son rapport « Itinéraires » le chiffre de 1.500 projets et 5.000
artistes soutenus dans 140 pays. L’implication croissante des collectivités territoriales dans les
échanges culturels internationaux, à la faveur de la décentralisation, l’a incitée durant les
années 1990 a créer un club de partenariat avec une vingtaine de villes, départements et
régions. Des conventions paritaires pluriannuelles, associant quelquefois la DRAC, visent à
favoriser les voyages à l’extérieur d’artistes implantés sur un territoire donné, de même que
l’accueil sur celui-ci de leurs homologues étrangers.
En principe, l’AFAA se préoccupe surtout de « l’export ». Son activité en ce sens passe
d’abord par le financement des frais de transport des artistes invités par les établissements du
réseau culturel, quand le projet a été approuvé par ses propres conseillers. Elle peut aussi
prendre en charge des billets d’avion pour soulager les frais d’une tournée qui se réalise à la
demande d’autres partenaires étrangers, si elle l’estime judicieux. Elle assume encore le coût
presque intégral de déplacements de compagnies ou d’ensembles musicaux que la direction de
l’association propose de son propre chef à ses partenaires. L’AFAA monte enfin de grands
projets qui peuvent absorber une large portion de son budget, quand il s’agit de promouvoir
un ensemble qu’elle juge représentatif de la dramaturgie contemporaine, de la vie musicale ou
des courants de la création actuelle.
Dans le sens de « l’import » elle s’applique néanmoins à améliorer les conditions d’accueil
d’artistes ou de professionnels étrangers dans les grands festivals.
L’AFAA est commise à la coordination des grandes démonstrations d’échanges culturels
que sont les « Années » et les « Saisons » dédiées à la culture d’un pays que la France
souhaite honorer de son estime. Après les années de l’Inde, de l’Algérie, celle de la Chine
(croisée avec une année de la France en Chine) fut la plus coûteuse, sous la baguette d’un
26
président et d’un commissaire de chaque côté. Le cycle des saisons se joue sur un mode peu
plus discret sur le plan financier, du moins pour la partie française, qui compte surtout sur
l’enthousiasme de l’Etat invité et la bonne volonté des institutions culturelles nationales.
« Brésil, Brésils » tient l’affiche en 2005. Elargissement oblige, l’Europe a pris une part
prépondérante au cours des dernières années. Après la Hongrie (2001), la République tchèque
(2002), l’Islande (2003), la Pologne (2004), la Lettonie, vient le tour de l’Arménie.
L’organisation est placée sous la responsabilité d’un commissaire général (défrayé mais pas
nécessairement appointé), en France comme dans le pays accueilli. Les établissements
culturels participant au programme, notamment des théâtres publics, des orchestres, des
festivals, ne reçoivent pas de subvention directe de l’AFAA (ce que son statut associatif
rendrait de fait impossible), mais ils peuvent en solliciter au MAE, voire auprès du
commissariat de l’hôte. Un site Internet spécifique est généralement inauguré durant la saison.
Le Département des arts de la scène de l’association est dirigé par Jean-Marc GranetBouffartigue. Il comprend un pôle théâtre et des conseillers spécialisés dans les diverses
disciplines, qui soumettent certains projets à l’avis d’un comité d’experts. Le département
procure aux artistes des aides à la tournée, qui vont de la simple prise en charge d’un billet
d’avion au financement complet du voyage. Il élabore avec des metteurs en scène, des
chorégraphes et des chefs d’orchestre des schémas de laboratoires ou de conservatoires
itinérants qui permettent de faire travailler des interprètes locaux en exposant les résultats
dans plusieurs villes. Un penchant certain pour les grandes opérations s’est imposé à partir de
1992, avec l’aventure du Cargo qui conduisit la Mano Negra et ses coéquipiers à la rencontre
du « nouveau monde », sur les côtes de l’Amérique du Sud. La réalisation d’une version
bulgare des Francofolies sous la baguette de Jean-Louis Foulquier, la conception des Chemins
du baroque animés par Alain Paquier, le lancement du festival de Hué au Viêt-nam par Jean
Blaise ont suivi. De 2000 à 2004, le programme « Tintas frescas », conçu suivant les conseils
artistiques de Michel Didym a atteint selon ses responsables « une ampleur jamais égalée »: la
moitié du budget pour le théâtre du département y est passée la première année, plus du tiers
ensuite. Il s’agissait de faire connaître, traduire et monter par des metteurs en scène des
dramaturges d’aujourd’hui (en particulier Jean-Luc Lagarce, Philippe Minyana, Christophe
Huisman, Serge Valetti, Fabrice Melquiot, Hubert Colas, Armando Llamas) dans vingt pays
d’Amérique du Sud, grâce à des bourses et des aides, appuyées par de nombreuses rencontres
et missions sur place. Dans le même ordre d’idées (mais pas de crédits), le Printemps français
en Asie encourage diverses manifestations culturelles, le programme Circasia soutient de
2004 à 2006 la promotion du cirque français en Asie du sud-est, tandis que Génération
Musiques favorise les échanges entre la France, le Maghreb et le Machrek, en 2004-2005,
puis avec l’Amérique du Sud à partir de 2006. Une biennale chorégraphique change de pays
et donc de son titre d’une édition à l’autre: « France Moves » à New York en 2001, « France
danse » au Japon, « La Francia si muove » en Italie en mai 2005. La « Folle journée »
nantaise s’exporte à Lisbonne, puis au Japon, avec le concours de l’AFAA. Celle-ci a résolu
de décliner à sa façon le « Temps des arts de la rue » de 2005 à 2007… Le Département
Afrique en créations déploie pour sa part les programmes de résidence « Visas pour la
création » et « Ateliers du monde », lancés en 2004. « Encres Fraîches » doit adapter à
l’Afrique les recettes de « Tintas Frescas », en mettant toutefois l’accent sur les textes surgis
de ce continent et sur la transmission de compétences en mise en scène.
D’autres actions s’inscrivent davantage dans la durée. Un fonds d’aide au surtitrage
abondé par l’AFAA et le MAE a facilité la réception d’une cinquantaine de spectacles à
l’étranger de 1998 à 2004. Au Etats-Unis, le fonds « Etant donné » a pris en 1999 la place
laissée vacante depuis la fermeture de l’Ubu Repertory Theater dirigé par Françoise
Kourilsky. Avec le concours du MCC, de la SACD et de l’Association Beaumarchais, il aide
les coproductions scéniques franco-américaines réalisées sur place. « Sounds French » doit
27
agir à l’identique pour les musiques actuelles. Dans le même esprit un Bureau du théâtre
français a ouvert à Berlin. En musique « Déclic » permet à des lauréats de concours
d’interprètes d’enregistrer un CD et d’engager une tournée. Un conservatoire itinérant des
techniques du spectacle, consistant en quelques stages de régie à l’étranger, encadrés par des
spécialistes français, a vu le jour.
Le budget alloué aux services documentaires s’élevait à 286 000 euros (hors coûts
salariaux), soit environ 1,25% du budget global (ramené de 26 à 21,1 millions d’euros) en
2004, la communication et les publications représentant environ 1% supplémentaire.
Le centre de ressources de l’AFAA s’efforce de monter le panorama des arts en France et
à l’étranger. Ses bases de données récapitulent les manifestations et les tournées aidées par
l’association, ainsi que par Afrique en créations. Un moteur de recherche permet de les
interroger (sur place ou en ligne) par artiste, discipline, lieu, date, titre de l’œuvre ou du
spectacle. La documentation est ouverte, sur rendez-vous, aux professionnels et aux étudiants
justifiant de leur recherche. Elle répond aussi aux demandes adressées par téléphone, fax,
courriel ou courrier. Ses fonds comprennent environ 3.000 ouvrages, une centaine de
périodiques, 500 vidéogrammes retraçant des événements accompagnés par l’AFAA ou issus
des collections audiovisuelles du MAE, un bon millier de dossiers documentaires concernant
l’Afrique. Divers documents, classés par pays et par disciplines, détaillent le menu des
principales manifestations internationales (festivals, biennales, salons, foires, saisons
culturelles). Les brochures et programmes de saison des instituts et centres français y figurent
en outre. On y trouve aussi des revues de presse thématiques et, bien sûr, les publications de
l’organisme.
Parmi ces dernières, outre le magazine Rézo International, la collection « Topographies »,
des plaquettes d’information, des dossiers de presse, la série des « Chroniques » a plusieurs
fois traité du spectacle vivant. Il s’agit de petits ouvrages synthétiques rédigés par un expert,
analysant, à l’intention des opérateurs du réseau extérieur et des programmateurs étrangers, la
production française récente dans une discipline, complétés par une sélection de compagnies
et d’artistes. La Documentation française assure leur diffusion. Leur actualisation posera un
problème difficile à résoudre tant qu’elles ne seront pas proposées aussi en version
électronique. Aucun numéro de la série n’a abordé une discipline du spectacle depuis le n° 28
de Jean-Michel Guy sur le cirque de création (Les arts du cirque en France en 2001). Des CD
et des cédéroms sont pressés et diffusés dans le réseau de temps à autre dans le cadre d’un
programme comme « Déclic » pour « France Danse », pour donner un aperçu de la création
française..
Un recensement de 250 grands rendez-vous internationaux avait été dressé sous forme de
guide en 1996 (Planète Festivals, coédition AFAA et Actes Sud, Paris, 1996). Pour des
raisons identiques à celles indiquées ci-dessus, l’expérience n’a pas été renouvelée. En
revanche il serait sans doute possible de regrouper les forces des centres de ressources du
spectacle, de RCE et celles de l’AFAA pour bâtir un tel répertoire en ligne, propice à des
mises à jour plus régulières. L’AFAA s’est ainsi appuyée sur le MCC et la région PoitouCharentes pour mettre en ligne un guide des résidences d’artistes (toutes disciplines
confondues) sur les cinq continents (www.artiste-residences.org) **. Le fonctionnement du
moteur de recherche est encore inutilement compliqué. Les notices détaillées ne laissent pas
ignorer grand chose des offres de l’original Centre de décontamination culturelle de Belgrade
(CZKD), par exemple, mais curieusement elles omettent des lieux financés par le MAE
comme la Maison franco-japonaise de Tokyo.
L’AFAA n’a jamais dédaigné mettre en valeur sa propre action. Les expériences théâtrales
qu’elle a favorisées ont été relatées sous la plume du critique Jean-Pierre Thibaudat, puis de
quelques autres journalistes, dans deux ouvrages : Théâtre, prends tes valises, et Guide des
129 metteurs en scène qui ont voyage avec l’AFAA à travers le monde depuis 1990
28
(Théâtre/Public, hors série n° 6 et n° 7, Gennevilliers, 1992 et 1993). Aussi intéressantes
soient-elles sur le plan artistique ou historique, ces parutions semblent plus destinées à la
satisfaction des tutelles qu’à l’information du public.
Trimestriel lancé en 2000, Rézo International inclut un dossier thématique et un carnet
« Rézo Afrique » encarté sur douze pages. Le ton cocorico est de rigueur chez ce porte-parole
officieux de la diplomatie culturelle, cependant il comporte des informations précieuses, non
seulement sur les artistes qui voyagent et les spectacles qui tournent à l’étranger, mais aussi
sur les lieux, les villes et les festivals qui les accueillent.
Le site Internet (www.afaa.asso.fr) ** doit à terme donner accès au catalogue d’ouvrages,
en cours d’informatisation, qui traite cependant beaucoup plus des arts plastiques et
audiovisuels que des arts du spectacle. L’annuaire de liens est très sélectif, ce qui valorise les
centres de ressources mentionnées, il est vrai.
Agence intergouvernementale de la francophonie (AIF)
Les cinquante Etats qui adhèrent à l’Organisation internationale de la francophonie (dont
vingt-neuf reconnaissent le français comme langue officielle, y compris en concurrence avec
d’autres) s’appuient sur une Agence intergouvernementale, sise au quai André-Citroën à Paris
(15e). Née en 1970 sous l'appellation d'Agence de coopération culturelle et technique
(ACCT), elle a reçu son nouveau nom en 1995. Son budget et ses orientations sont arrêtés lors
de conférences ministérielles, à caractère général ou sectoriel. La culture fut le thème retenu
lors de celles de Liège en 1990 et de Cotonou en 1981, puis de nouveau en 2001. Les
programmes de coopération lancés par l’Agence sous l’autorité de son Administrateur
général, dans les domaines de l'éducation, de la culture, des médias, de l'économie, voire de la
“bonne gouvernance”, peuvent concerner les arts du spectacle et la musique, notamment la
chanson d’expression française. Il en va notamment ainsi pour les centres de lecture et
d'animation culturelle ou les radios locales auxquels elle apporte conseils et crédits.
Le site Internet (http://agence.francophonie.org) ** détaille les actions entreprises depuis
1990 en faveur du spectacle vivant : prix, bourses, formations, aides aux tournées et aux
festivals, appui à l’organisation de salons ou de foires internationales, soutien aux Jeux de la
francophonie (prévus à Niamey en 2005 et Beyrouth en 2009). Les aides à la circulation des
œuvres sont délivrées sur l’avis de commission après soumission d’un dossier dont le
formulaire est disponible en ligne.
Les ressources proposées consistent surtout en un agenda des événements, un journal
trimestriel, des lettres d’information spécialisées (en particulier pour l’actualité culturelle),
une photothèque en ligne qui comptait déjà 1.200 clichés libres de droits début 2005, et une
« cyberthèque » en ligne de 2.000 signets.
Quant à la médiathèque de l’Agence, elle porte le nom de Carrefour international francophone
de documentation et d’information (CIFDI), et se trouve à Bordeaux (quai Louis XVIII),
auprès de l’Institut francophone des nouvelles technologies de l'information et de la formation
(INTIF). Ouvert au grand public, le Carrefour propose 30.000 ouvrages, une phonothèque, des
bases de données, des bibliographies. Il dispose de son propre site
(www.cifdi.francophonie.org) ***.
Association pour la diffusion de la pensée française (ADPF)
Créée en 1945, subventionnée par le ministère des Affaires étrangères, plus précisément par la
Division de l’écrit et des médiathèques au sein de la DCCF, dont elle fait office d’opérateur,
l’ADPF dévoile par son sigle l’ancienne et altière conception de la culture nationale éclairant
le monde. Cela n’empêche pas l’association d’user de moyens de ce temps pour faire
connaître à l’extérieur les littératures et les arts d’en France. En 1999, dans le cadre du
rapprochement entre les services du quai d’Orsay et de la rue Monsieur ,elle a absorbé
29
l'Association universitaire pour le développement, l'éducation et la communication en Afrique
et dans le monde (AUDECAM) et le Club des lecteurs d'expression française (CLEF). Elle
réalise notamment des expositions légères, tirées à plusieurs centaines d’exemplaires et
servies par d‘élégantes plaquettes (exclusivement rédigées en français), pour illustrer des
auteurs ou des courants de pensée dans les bibliothèques des instituts et des centres culturels
ou dans les locaux des alliances françaises. Le théâtre a deux fois été à l’honneur en tant que
tel, et il est aussi présent à travers l’œuvre dramatique d’écrivains comme Nathalie Sarraute
ou Jean-Paul Sartre. Trois structures éditoriales travaillent en son sein : adpf-publications,
Recherche sur les civilisations et Notre Librairie (revue des littératures du Sud). Elles publient
le bulletin bibliographique Vient de paraître (téléchargeable au format PDF) et des ouvrages
de synthèse. Comme la photographie et du cinéma, la musique et la chanson ont aussi été
traités dans les collections dont le site (www.adpf.asso.fr) *** permet de consulter en ligne les
différents titres. L’association mène par ailleurs d’autres activités d’appui au réseau, dans le
domaine du cinéma, de l’éducation, du conseil.
e) Ministère de l’Éducation nationale (MEN)
Haut conseil de l’éducation artistique et culturelle (HCEAC)
Les gouvernements changent et les programmes des uns ne sont plus du goût des autres.
En 1995 déjà, un organe de pilotage interministériel des « sites d’éducation artistique »
préconisés par les ministres de l’Education et de la Culture en 1993 avait été supprimé du fait
de l’alternance. La Mission à l’éducation artistique et à l’action culturelle (MEAAC), confiée
à Jean-François Chaintreau lors du lancement du plan Lang-Tasca de cinq ans « pour le
développement de l’art à l’école » (2000-2004), a vu ses subventions et ses prérogatives
sérieusement amputées par le ministère de Luc Ferry. La Direction des enseignements
scolaires (DESCO) et les recteurs ne cachaient plus en 2003 leur intention de reprendre en
main le pilotage des actions. C’était chose faite en 2004. Jean-François Chaintreau a donc
rejoint le ministère de la Culture pour continuer à suivre ces dossiers au sein de la nouvelle
Délégation au développement et à l’action internationale (DDAI). Les tâches d’information et
de documentation de la MEAAC ont été transférées au département Art et Culture des
SCÉRÉN (ex-CNDP), qui entretient le site national de ressources pour l’éducation artistique
(www.artsculture.education.fr) ***.
La relance de l’éducation artistique en milieu scolaire, annoncée par François Fillon et
Renaud Donnedieu de Vabres le 3 janvier 2005 à Auvers-sur-Oise, dépendra donc en pratique
du bon vouloir des services, plus précisément des inspections d’académie et rectorats d’un
côté, des DRAC de l’autre. La réactivation de l’ancien Haut comité des enseignements
artistiques, créé par la loi Léotard du 6 janvier 1988, mais qui ne s’était pas réuni depuis 1994,
sous le nouveau nom de Haut conseil de l’éducation artistique et culturelle (HCEAC),
permettra tout de même, si son existence prend corps assez longtemps, de dresser chaque
année, en annexe à la loi de finances, un état récapitulatif des crédits engagés pour cette cause.
Pour mieux éclairer les débats en cours, il faudra en outre que le Haut Conseil fasse le bilan
des dépenses des collectivités territoriales dans ce domaine, très disparates d’un département à
l’autre, mais aussi des postes de l’Education nationale mis à disposition des actions artistiques
dans les DAAC, les DRAC, les PNR ou auprès des établissements culturels eux-mêmes.
Délégations académiques à l’éducation artistique et à l’action culturelle (DAAC)
Animés par des personnels détachés ou bénéficiant d’une décharge partielle, des services
chargés d’encourager l’intervention artistique en milieu scolaire se sont constitués dans les
académies à partir de la fin des années 1970, au fur et à mesure que les initiatives montaient
des établissements et que les textes et programmes descendaient des hautes instances. Ils
30
prirent souvent le nom de mission. L’adoption du « Plan de cinq ans » en 2000 a rendu leur
organisation plus homogène. Une circulaire du directeur de l’enseignement scolaire en date du
6 mars 2001 demandait aux recteurs et inspecteurs d’académie de nommer dans chaque
académie un délégué à l’éducation artistique et l’action culturelle (DAAC) et dans chaque
inspection un coordonnateur pour l’éducation artistique et l’action culturelle. « Placé sous
l’autorité du recteur, le DAAC [exerce] ses fonctions à temps plein, en étroite collaboration
avec les inspecteurs d’académie, inspecteurs pédagogiques régionaux (IA-IPR), notamment
ceux qui assurent le suivi des enseignements artistiques (arts plastiques, arts appliqués,
éducation musicale, cinéma-audiovisuel, théâtre, histoire des arts, danse), ainsi qu’avec les
inspecteurs chargés de l’enseignement technique. » En liaison avec le DAAC, le
coordonnateur « devra impulser, diversifier, favoriser et harmoniser, en particulier dans le
premier degré, le développement des actions » en conformité avec les orientations définies par
un groupe de pilotage départemental.
Le département Art et culture des SCÉRÉN fournit la liste des DAAC avec leurs
coordonnées. Un bon exemple des prestations et conseils qu’une de ces délégations peut offrir
se trouve sur le site de l’Académie de Créteil dont, après d’autres, la DAAC s’est
malheureusement vue amputée d’une partie de ses moyens humains au début de l’année 2005,
en pleine « relance » de l’action interministérielle.
Pôles nationaux de ressources (PNR)
La Mission prévoyait de constituer à terme, avec l’aide du ministère de la Culture et le
relais de ses DRAC, une cinquantaine de pôles nationaux de ressources (PNR) associant en
général un rectorat, un IUFM, un CRDP et un établissement artistique. Ces pôles définis par
la circulaire n° 2002-087 du 22 avril 2002 (voir BOEN n° 18 du 2 mai 2002), que les
gouvernement de Jean-Pierre Raffarin n’ont pas remis en question, ont pour responsabilité de
mieux partager entre les enseignants et les artistes les informations utiles au montage d’un
dossier et les savoir-faire nécessaires à la conduite d’un atelier de pratique artistique ou d’une
classe à projet artistique et culturel (dite “classe à PAC”).
François Fillon succédant à Luc Ferry et Renaud Donnedieu de Vabres à Jean-Jacques
Aillagon, le discours officiel a changé, sans que l’embellie budgétaire ne gagne la rue de
Grenelle et ses alentours. Une communication des ministres de la Culture et de l’Education
sur « la relance de la politique conjointe en matière d’éducation artistique et culturelle », au
conseil des ministres du 3 janvier 2005, n’a pas permis de rassurer les agents sur la
consolidation du dispositif, encore moins sur sa généralisation. Ceux-ci déplorent la difficulté
de mobiliser les forces et les moyens dans la plupart des académies. De fait le nombre des
classes à PAC est tombé d’environ 40.000 en 2002 à 14.000 en 2004, toutes disciplines
confondues. La chute est plus spectaculaire dans le premier degré que dans le second. Dans le
primaire, on en recensait 16.283 en 2001-2002 et 14.217 en 2002-2003, mais seulement 8.189
en 2003-2004, en raison d’une baisse des crédits d’Etat de 50%, difficilement compensée par
une hausse de plus de 200% des aides des collectivités territoriales. Dans le secondaire il y en
eut 6.267 en 2001-2002, 7.570 en 2002-2003, et 5.776 en 2003-2004, les subventions
ministérielles ayant diminué de 25% (cf. La Lettre du spectacle, février 2005). A peu près la
moitié des projets pédagogiques concernés touchent aux arts du spectacle et du récit, le reste
se partageant entre la musique, le patrimoine, les arts plastiques et le cinéma.
De l’avis de Claude Mollard, ancien directeur général du SCÉRÉN (ex-CNDP), les PNR
servent de “boîtes à idées”. Il leur incombe de recenser les expériences, de mobiliser les
réseaux, d’organiser des stages (51 en 2002-2003, toutes disciplines artistiques confondues,
65 inscrits dans le catalogue des formations Art-Culture pour 2003-2004 avec une capacité
d’accueil de 2.000 personnes environ), de monter des bibliographies, de produire des
matériaux pédagogiques (du dossier au DVD) et d’assister les responsables agissant dans les
31
trois univers administratifs impliqués : MEN, MCC, collectivités territoriales. Ils disposent à
cet effet d’un agent du MJER détaché sur un poste à temps partiel ou à temps plein avec le
titre de chargé de projet. Férus de la discipline concernée et rompus aux arcanes des
circulaires interministérielles, ces personnels s’efforcent de repérer -ou de recruter à travers
les sessions de formation - des personnes-ressources parmi les compagnies, les institutions de
production et de diffusion, les établissements d’enseignement spécialisés, les écoles, les
collèges, les lycées et, dans la mesure du possible, les universités. Malgré la nette diminution
des crédits d’intervention de la Mission, puis la suppression de cette dernière, les pointages
confirmaient l’existence de 38 PNR en juin 2003, sans compter cinq pôles en préfiguration et
quinze pôles spécifiques associés (PSA) en cours de transformation. Fort bien présenté, le site
Art et Culture du SCÉRÉN-CNDP leur sert de portail commun, en ménageant à la fois des
rubriques transversales, des entrées par domaines (notamment théâtre, musique, musiques
actuelles, danse, arts du cirque), des publications et des bases de données, afin que les
enseignants de toutes régions soient mieux guidés dans leurs démarches
(www.artsculture.education.fr) ***.
Ils sont déjà une dizaine à s’activer dans le domaine du spectacle vivant. Quatre d’entre
eux sont voués au théâtre (avec les centres dramatiques nationaux d’Angers et de Dijon, le
CDN pour l’enfance et la jeunesse de Lyon, le Festival des théâtres francophones et sa
Maison des auteurs à Limoges). Le PNR théâtre et arts de la scène animé au Nouveau Théâtre
d’Angers par le CRDP et l’IUFM donne un bon exemple des services rendus, grâce à la
disponibilité et à la lisibilité de son site (www.crdp-nantes.cndp.fr/artsculture/theatre/) **.
Deux PNR s’occupent de danse (le premier travaille à Paris et à Lyon avec le CND, le
second à Chartres avec Danse au cœur), sans oublier cinq pôles associés en préfiguration à
Besançon, Clermont-Ferrand, Montpellier Nantes, Rennes. La structuration est moins avancée
dans la musique de répertoire, secteur si foisonnant que le chant y fut d’abord privilégié par le
truchement des “chartes départementales de développement de la pratique vocale et chorale” ;
leurs signataires s’appuient sur le pôle national de Dijon, auprès du Centre polyphonique de
Bourgogne, en attendant l’émergence d’autres “trios” (CRDP-IUFM-établissement artistique)
à Bordeaux, Clermont-Ferrand, Grenoble, Lille, Montpellier, Toulouse ou Versailles. La
collaboration progresse suffisamment entre la Mission et la Fédurok pour envisager la
fondation d’un PNR en musiques actuelles, pour lequel l’Association musique et danse en
Picardie (Amiens) avait d’abord été sollicitée, afin de polariser les initiatives qui se
multiplient dans les départements. Le cirque a son PNR auprès de HLM, allié à la dynamique
académie de Créteil (www.crdp.ac-creteil.fr) qui comprend trois autres pôles nationaux (sur la
littérature de jeunesse, l’image et la photographie, la ville, l’architecture et le
patrimoine).Enfin un PSA pluridisciplinaire assemble dans l’académie de Reims les
principaux foyers du spectacle dans la région : la Comédie de Reims (CDN) pour l’art
dramatique, le Manège de Reims (scène nationale) pour la danse, l’IIM à CharlevilleMézières pour la marionnette, le CNAC à Châlons-en-Champagne pour le cirque. Le manque
d’un PNR pour les arts de la rue ressort cruellement de cette énumération. D’un point de vue
institutionnel comme dans une logique territoriale, il serait logique de l’arrimer à Marseille
pour impliquer les diverses composantes de la Cité des arts de la rue, au cœur d’une région
fourmillant de compagnies inventives.
On mesure leur tâche des pôles déjà confirmés si l’on sait que l’éducation artistique,
priorité nationale réaffirmée sous plusieurs gouvernements successifs, ne touche encore,
malgré les progrès accomplis ces dernières années, qu’une frange très mince des élèves.
“Nous ne pouvons pas attendre aussi longtemps pour donner aux enseignements artistiques
l’impulsion que les parents et les élèves espèrent et que la cohésion sociale exige”, écrivait
déjà le président de la République Jacques Chirac en décembre 1996 (in Le Monde de
l’éducation, n° 243, p. 53). Absente du grand débat national sur l’avenir de l’école impulsé
32
par Luc Ferry, la question de l’éducation artistique devait ressurgir dans le rapport que le
coordinateur du débat, Claude Thélot, remit au ministre de l’Education nationale au milieu de
l’année 2004. Il n’en fut rien, malgré une pétition largement signée dans les milieux
artistiques et éducatifs. Le projet de loi d’orientation déposé en décembre 2004 par le ministre
François Fillon ne soufflant mot du sujet, les associations et les agents s’émurent, à l’instar de
l’ANRAT et de la Ligue de l’Enseignement qui lancèrent un appel et tinrent une conférence
de presse le 15 décembre. Présent au Théâtre du Rond-Point, le ministre de la Culture R.
Donnedieu de Vabres tint à rassurer l’assistance sur ses intentions et sur ses crédits. Malgré la
communication conjointe des deux ministres, le 3 janvier 2005, force est de constater que les
moyens de l’Education n’ont pas été rétablis au niveau prévu dans le plan, loin de là, et que
d’autres priorités continuent de l’emporter dans les inspections académiques et les rectorats.
Une mission d’information parlementaire sur « la politique des pouvoirs publics dans le
domaine de l’éducation et de la formation artistiques », instituée le 21 décembre 2004 sous la
présidence de la députée Muriel Marland-Militello (UMP), n’a pas manqué pas de faire
quarante-trois recommandations à ce sujet dans son rapport remis en juin 2005.
La plupart des témoignages concordent des deux côtés sur le fait que les artistes et les
enseignants convaincus des vertus de l’éducation artistique, qui constituent deux minorités
motrices mais certainement point la majorité de leurs corporations, méritent toute l’attention
des partenaires institutionnels, représentés sur le terrain par les conseillers spécialisés des
DRAC, d’une part, et les conseillers auprès des délégations académiques à l’éducation
artistique et à l’action culturelle (DAAC), d’autre part, dès qu’ils entreprennent d’élaborer le
programme d’une classe à PAC, d’une classe à thème, d’une sortie culturelle ou un atelier.
En théorie, les PNR ne sont pas supposés s’adresser directement aux enseignants: ces
derniers doivent aller chercher l’information qui leur fait défaut dans les DAAC et les
supports pédagogiques que leurs classes réclament au CRDP ou au CDDP. Tout se passe bien
lorsque la discipline qu’ils ont choisi pour axe est bien connue dans ces services. Dans le cas
contraire, les chargés de projet et les coordinateurs du PNR s’y substitueront discrètement, en
sachant que les professeurs n’aiment pas trop avouer leurs lacunes, aussi légères soient-elles.
Quant aux partenaires artistiques, ils éprouvent quelque réticence à se plier à une répartition
des rôles dont ils perçoivent plus les motifs administratifs que les raisons pratiques. Les PNR
ne pourraient-ils pas être autorisés à pallier certaines carences en information ? La hiérarchie
du MJER ne serait sans doute pas hostile à la mise en place d’un informel mais indispensable
forum des PNR pour échanger idées, exemples, ressources, recettes ou astuces. Pourquoi la
DMDTS ne lui soumettrait-elle pas l’idée, pour commencer, de réunir les pôles du spectacle
vivant à échéance annuelle ou biennale, pour mesurer de temps à autre le terrain qui reste à
parcourir ?
Les premiers documents de communication drainés par le plan de cinq ans mettaient en
lumière la philosophie l’inspirant davantage que les rouages d’un système de partenariat
encore difficile à enclencher. L’élaboration d’un guide pratique sur les classes à PAC, à
distribuer très largement en dehors du cercle des convaincus, devrait faciliter la
compréhension du dispositif par les maîtres et les professeurs comme par les intervenants
extérieurs. Au delà de ce document de référence, c’est une série de brochures adaptées aux
différentes disciplines et aux divers degrés qu’il faudra décliner au niveau national pour
guider les porteurs de projets. Des améliorations sont en outre à espérer en ce qui concerne la
rapidité d’accès aux renseignements pertinents (coordonnées des administrations et des
établissements agréés, fiches pratiques à télécharger, calendriers des stages et formulaires
d’inscription au format PDF, etc.) sur les sites du MJER (www.education.gouv.fr), aux pages
desquels doivent renvoyer plusieurs écrans des sites du MCC (www.culture.gouv.fr et
www.culture.fr).
Ces problèmes réglés, il restera à traiter la question de la qualification des intervenants
33
artistiques au sein de l’école, qui ne se pose pas dans les mêmes termes dans le chant choral,
la musique amplifiée, le théâtre, la danse, le cirque, la manipulation d’objets, selon que l’élève
encourt ou non un risque physique – sans aborder les émois psychiques auxquels l’expose
toute expression dans un cadre collectif. Ce sujet délicat, sur lequel la loi a dû intervenir pour
l’art chorégraphique, pour lequel ont été conçus les centres de formation des musiciens
intervenants (CFMI), et à propos duquel des propositions ont été formulées durant l’Année
des arts du cirque – échapperait au cadre de cette étude si certains centres de ressources ou
pôles assimilés (du CND au CNAC) ne disposaient des compétences pour bâtir, avec leurs
partenaires, des parcours de certification à la demande du ministère.
Services culture-éditions-ressources pour l’Éducation nationale, ex-Centre national de
documentation pédagogique (SCÉRÉN, ex-CNDP)
Alimentant en matériaux pédagogiques un réseau local, départemental et régional (CDDP,
CRDP) riche de 2.500 personnes et de 180 implantations - sans compter les CLDP,
disséminés en beaucoup plus grand nombre au sein des collèges et des lycées -, le CNDP
représentait l’acteur majeur en ce qui concerne les demandes documentaires de l’Education
nationale. Largement déconcentré, l’ensemble du réseau adopte depuis le décret du 19 avril
2002 l’acronyme de SCÉRÉN. En dehors du goût persistant de l’instruction publique pour les
sigles, qui lui en fait consommer à vive allure, il faut lire sous cette nouvelle étiquette la
pleine reconnaissance des arts et de la culture dans les compétences de son principal opérateur
éditorial.
Parmi les moyens traditionnels dont la production n’a cessé de se diversifier (fiches et
dossiers, iconographies, bibliographies, périodiques, manuels, ouvrages, montages de
diapositives, cassettes vidéo, films documentaires, disques compacts, cédéroms, etc.), on se
contentera de rappeler le célèbre titre Textes et documents pour la classe (TDC), qui offre
depuis 2001 les suppléments de huit pages “Enfance de l’art” notamment consacrés à la classe
à PAC, au chant, au cirque, au théâtre, à la danse, à la musique, la collection “Documents,
actes et rapport pour l’éducation”, mais aussi la revue Théâtre aujourd’hui dont les épais
numéros thématiques sur des auteurs classiques ou contemporains, ou encore sur le cirque,
illustrés avec soin, font longtemps référence. La production audiovisuelle a pris de l’essor sur
la plate-forme de Montrouge à partir de 2000 avec la vente de DVD aux établissements
scolaires, les titres étant consacrés pour la plupart à l’art cinématographique. Il est regrettable
que les captations et les documentaires sur la musique et le spectacle ne tiennent pas plus de
place dans un catalogue qui mériterait par ailleurs, comme l’a souligné Alain Bergala, ancien
membre de la mission sur « Les arts à l’école », quelques offres gratuites à l’ensemble des
établissements. Les responsables du service national de production audiovisuelle du SCÉRÉN
avouent volontiers cette carence : leur budget leur permet de transférer un document VHS sur
DVD pour l’agrémenter de « bonus » pédagogiques – entretiens, reportages, iconographie,
bibliographie, chutes d’essai, scènes d’extérieur, etc. – mais il ne consent pas la réalisation de
captations. De fait, le CNDP n’en a pas encore produit. En ce qui concerne le théâtre, il a
acquis une trentaine de titres auprès de l’INA. Il accorde son label et son aide à la distribution
de cassettes et DVD édités dans le commerce, par exemple par la maison Hatier.
Le site est devenu beaucoup plus qu’une vitrine, une bibliothèque virtuelle. Un
impressionnant catalogue baptisé “cyberlibrairie”, consultable en ligne (www.cndp.fr) avec
l’assistance du moteur de recherche Educlic témoigne de l’effort accompli en la matière
depuis quelques années. L’entrée Arts et culture (www.artsculture.education.fr) fonctionne
comme un véritable portail numérique, auquel sont raccordés près de 500 sites représentatif
des institutions éducatives de France. La Catalogue Arts et culture édité chaque année
introduit aux titres des revues et collections éditées par le CNDP, qui peuvent être commandés
auprès de chaque centre régional, à un service par correspondance (CNDP, 77568 Lieusaint
34
Cedex, www.cndp.fr/produits) ou encore à la Librairie de l’éducation (13 rue du Four, 75270
Paris Cedex 06). Un moteur plus poussé (dit Spinoo) permet d’interroger en finesse les sites
institutionnels du ministère, tandis que la base Educasource livre environ 5.000 références de
toutes provenances.
Centre national d’enseignement à distance (CNED)
Le CNED a un statut d’établissement public sous la tutelle de l’Education nationale. Sa
mission de télé-enseignement couvre tous les niveaux, du primaire au supérieur, en formation
initiale comme en formation professionnelle, au service de publics empêchés de se déplacer
physiquement dans les salles de cours ou de dégager assez de temps pour suivre une scolarité
normale. Elle réclame de nombreux supports pédagogiques que le CNED s’efforce de
produire de manière à compléter l’offre du CNDP. Les moyens sonores et audiovisuels ont
logiquement pris une place importante dans cette offre, y compris dans les domaines du
théâtre et de la musique, dans la proportion modeste que ces matières occupent dans les
programmes de l’enseignement général. Ils sont produits de façon autonome par CNED
audiovisuel, un département d’une trentaine de personnes dotées de matériels
d’enregistrement numérique et de traitement informatisé. Le site Internet de l’établissement
(www.cned.fr) propose un catalogue de cassettes, de DVD et de cédéroms vendus par
correspondance, mais dispense aussi ses propres contenus en ligne.
f) Autres administrations d’Etat
Ministère de la Jeunesse, des sports et de la vie associative (MJS) – Direction de la
jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative (DJEPVA)
Une Direction de l’éducation populaire fut créée à la Libération au sein du ministère de
l’Education nationale, sous la responsabilité de l’écrivain Jean Guéhenno. C’est de cet
antécédent, mais aussi de la riche histoire des mouvements d‘éducation populaire depuis la fin
du XIXe siècle que se réclament encore les services que les gouvernements de la Ve
République ont placé sous la coupe d’un haut-commissariat, puis d’un nouveau ministère de
la Jeunesse et des Sports. A quelques expériences près, dont le récent passage de la Direction
de la jeunesse et de l’éducation populaire au grand ministère de l’Education nationale, de la
Jeunesse et de la Recherche de Luc Ferry de 2002 à 2003, la direction compétente est
demeurée sous cette tutelle. Ainsi a été administrativement entérinée une séparation à la fois
sémantique et financière, intervenue en 1960 entre les affaires artistiques et culturelles, d’une
part, et le domaine de l’action socioculturelle, de l’animation et des activités de loisir, d’autre
part.
Cette fracture, qui suit souvent une ligne de partage entre amateurs et professionnels,
n’empêche nullement les fédérations d’éducation populaire, fidèles à leur engagement
séculaire pour l’accès de tous aux arts et aux savoirs, de prendre de nombreuses initiatives
dans le domaine du spectacle vivant. Organisant des concerts et diffusant des pièces pour des
publics urbains ou ruraux, jeunes ou d’âge mûr, les associations qui relèvent de la sousdirection de la vie associative et de l’éducation populaire au sein de la DJEPVA adressent des
demandes de subventions aux directions régionales et départementales de la jeunesse et des
sports (DRJS et DDJS), mais aussi aux DRAC le cas échéant. Plusieurs d’entre elles jouent un
rôle déterminant dans l’encadrement des pratiques en amateur : c’est le cas pour la musique et
le chant, le théâtre, la danse (notamment traditionnelle), et singulièrement pour l’initiation aux
disciplines du cirque. Le ministère de la Jeunesse et des sports, qui assume à ce titre ses
fonctions de réglementation et d’inspection vis-à-vis de plusieurs brevets et diplômes,
collabore donc avec le ministère de la Culture à la définition des objectifs et des méthodes de
formation des formateurs. En revanche il pilote seul les dispositifs relatifs à la formation des
35
animateurs et des moniteurs, sanctionnés par le (Brevet d’Etat d’animateur technicien de
l’éducation populaire et de la jeunesse (BEATEP) et le Diplôme d’Etat relatif aux fonctions
d’animation (DEFA).
Le ministère veille sur un réseau de 1.544 centres, bureaux et points “Information
Jeunesse” qui couvre le pays en entier autour de son pôle national, le Centre d’information et
de documentation jeunesse (CIDJ), pour renseigner en moyenne plus plus de cinq millions de
jeunes par an. On compte ainsi 27 centres régionaux (CRIJ), quatre centres (CIJ) dans la
grande couronne parisienne et dans les départements d’outre-mer, 243 bureaux (BIJ) et 1.239
points (PIJ) locaux, plus une trentaine de bus (BIJ) itinérants. Les pratiques culturelles, les
centres de loisirs qui les proposent, les associations qui les encadrent, les formations initiales
en art, les débouchés professionnels du spectacle vivant représentent une partie non
négligeable de l’information délivrée. L’annuaire du réseau peut être consulté en ligne sur le
site ministériel où l’on trouve également les coordonnées des DRJS et DDJS et les modalités
du soutien de l’Etat à la vie associative, le calendrier des formations et toutes sortes de liens
utiles (www.jeunesse-sports.gouv.fr) ***. L’imposant répertoire des associations de jeunesse
agréées qui s’y trouve est malheureusement classé par ordre alphabétique, ce qui ne facilite
pas la recherche dans une famille disciplinaire ou thématique. La liste aligne sans indication
de spécialité, d’ancienneté ou d’importance des organisations aussi différentes que A cœur
joie, Enfance et musique ou Peuple et culture.
Elle mentionne bien sûr les principales fédérations agissant dans le domaine culturel comme
la Ligue française de l’enseignement et de l’éducation permanente (LFEEP) et ses fédérations
des œuvres laïques (FOL) dans les départements, la Fédération nationale Léo Lagrange
(FNLL), la Fédération française des Maisons des jeunes et de la culture (FFMJC), et la
Confédération (CMJCF) qui s’en est détachée, l’Union française des centres de vacances et de
loisirs (UFCV), les Centres d’entraînement aux méthodes de l’éducation active (CEMEA), la
Fédération nationale des francs et franches camarades (Francas), la Fédération française des
foyers ruraux (FFFR), etc. Le site de l’INJEP (voir ci-dessous) fournit heureusement à ce
sujet un annuaire de signets beaucoup mieux classé (voir aussi le chapitre « Partenaires »).
Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP)
L’éducation populaire prône la réalisation individuelle à travers l’épanouissement collectif.
Elle considère la pratique culturelle à la fois comme un chemin vers la connaissance et vers la
liberté. Etablissement public sous tutelle du ministère chargé de la Jeunesse, installé dans un
parc de neuf hectares à Marly-le-Roi, l’INJEP met ses moyens au service de la réflexion sur
les objectifs, les méthodes et les acquis de ce mouvement multiforme, dont les actions passent
dorénavant aussi bien par des organisations de bénévoles que par des collectivités publiques.
Dirigé par Hervé Mécheri, l’organisme mène des recherches sur les politiques en direction de
la jeunesse. Il multiplie les stages, les rencontres et les colloques, les études et les publications
sur les activités des mouvements nationaux et des associations locales se revendiquant de
cette éthique pédagogique. Du perfectionnement des danseurs de hip hop aux Pépinières
européennes de jeunes artistes, l’INJEP se montre souvent un partenaire concerné.
Un pôle "culture" a été créé au sein de l'Unité de la recherche, des études et de la formation de
l'INJEP en septembre 2002. Il fait office de centre de ressources pour l’encadrement des
pratiques artistiques et culturelle, quel que soit le cadre – institutionnel ou associatif, officiel
ou
militant
–
dans
lequel
elles
trouvent
lieu.
Son
site
Internet
(www.injep.fr/poleculture/index.html) ** propose des renseignements et des documents,
annonce des séminaires et des formations, détaille des expériences et des publications. Un
espace de coopération y est proposé aux cadres et agents de l’action culturelle
(http://passeursdeculture.injep.fr) **. Les sujets abordés vont de l’éducation théâtrale en
milieu scolaire à l’accompagnement des praticiens de musiques actuelles, en passant par
36
l’engagement des artistes dans la vie sociale. En 2000, Chantal Dahan a réalisé pour l’INJEP
une étude sur les actions artistiques et culturelles soutenues par le ministère de la Jeunesse et
des Sports dont le pôle propose une version téléchargeable. Un « Mémoguide des dispositifs
publics » concernant les jeunes dispose aussi d’un site dédié sur le portail
(http://memoguide.injep.fr).
Le centre de documentation de l’INJEP est le plus important au niveau national sur les
questions relatives à la jeunesse, à l'éducation populaire et à la vie associative. l'animation.
Ses collections comptent plus de 50.000 références, environ 450 titres de périodiques, y
compris un fonds de presse associative allant de 1945 à nos jours et un fonds sur l'histoire de
l'éducation populaire depuis le XIXe siècle), et 600 notes et rapports du Fonds national pour
le développement de la vie associative (FNDVA). Constituée dès 1993, la base de données
bibliographiques Télémaque, qui comprend 12.500 notices, peut être consultée en ligne
(www.injep.fr/docu/index.html) ***. Le répertoire des mouvements de jeunesse et des
fédérations d’éducation populaire permet d’accéder rapidement aux sites des organisations les
plus actives dans le domaine de la musique et des arts de la scène.
Ministère de l’Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale
L’intitulé et le titulaire du portefeuille changent d’un gouvernement à l’autre, mais un
ministère continue de veiller à l’évolution des relations sociales et à l’application du droit du
travail à travers ses services centraux, ses 101 directions départementales et ses 22 directions
régionales, ainsi que ses corps d’inspection. Cette compétence s’applique au spectacle vivant
et à la musique de même qu’à l’ensemble des branches où ne s’applique pas le droit de la
fonction publique. Le ministre en charge entérine et étend le cas échéant les conventions
collectives négociées entre les syndicats de salariés et les organisations d’employeurs, mais
aussi les accords entre les partenaires de la solidarité sociale. Il a été amené à se prononcer par
arrêté sur la validité du protocole d’accord de juin 2003 sur l’intermittence, comme il est
appelé à le faire sur les textes futurs. Il exerce un contrôle sur l’UNEDIC (voir plus bas) et sa
tutelle directe sur certains établissements publics : d’abord l’Agence nationale pour l’emploi
(ANPE), traitée plus bas ; ensuite le Centre d’études et de recherches sur les qualifications
(CEREQ), dont on peut consulter les études, les bases de données et le portail documentaire
(www.cereq.fr), bien qu’une recherche sur le mot « spectacle » n’y donne aucun résultat,
quand une requête sur le mot « musicien » n’en fournit qu’un; enfin le Centre national pour
l'aménagement des structures des exploitations agricoles (CNASEA), devenu l’organisme
payeur pour les actions de l’Etat liées à l’emploi, et à ce titre concerné par les formules
successives d’aide au recrutement des jeunes dans le secteur culturel (www.cnasea.fr). Le
ministère encadre aussi des associations comme l’Association nationale pour la formation
professionnelle des adultes (AFPA), dont le site (www.afpa.fr) indique la marche à suivre
pour la recherche d’une formation, un conseil en orientation, un bilan de compétences, une
validation des acquis de l’expérience (VAE).
Le ministère est en première ligne dans la recherche des abus commis à l’égard du Code du
travail et de la législation sociale. Son administration a publié en 2003 un document de travail
sur les modalités de vérification des conditions d’emploi des artistes et techniciens du
spectacle, qu’il est possible de télécharger sur plusieurs sites (Le contrôle du spectacle vivant
et enregistré, Guide méthodologique, Ministère des Affaires sociales, du travail et de la
Solidarité, Paris, octobre 2003). Son Guide pratique du droit du travail, régulièrement mis à
jour, est diffusé en librairie par la Documentation française (7e édition,Paris, janvier 2005,
660 pages, 18 €). Le site Internet du ministère (www.travail.gouv.fr) ***, muni d’un moteur
de recherche efficace, fournit des statistiques sur le marché de l’emploi et des formations, des
fiches pratiques, des dossiers thématiques et des formulaires en ligne dans sa rubrique
« Informations pratiques ». La rubrique « Publications et vidéothèque» donne quant à elle un
37
accès direct au Bulletin officiel du ministère, à des rapports et à des synthèses, notamment sur
l’audiovisuel, l’animation culturelle, le spectacle vivant, qui ont fait l’objet d’études sur la
prospective des emplois et des formations.
Le ministère héberge aussi le site de ressources sur la sécurité du travail (www.santesecurite.travail.gouv.fr) **, avec sa médiathèque, ses informations pratiques, ses textes
réglementaires et ses dossiers, qui oriente aussi les employeurs et les salariés vers le Conseil
supérieur de la prévention des risques professionnels (CSPRP), l’Agence européenne pour la
santé et la sécurité au travail et le Bureau international du travail (BIT).
Premier Ministre - Conseil national de la vie associative (CNVA)
Créé par décret du 25 février 1983 (modifié le 13 mai 1996), le CNVA est une instance
consultative placée auprès du Premier ministre. Devant attirer l’attention de l’exécutif sur
l’ensemble des problèmes liés à l’activité des associations, il est amené à traiter de
préoccupations partagées par les nombreuses structures relevant de ce statut dans le domaine
de la musique et du spectacle.
Le site mis en place par les services du Premier ministre pour le centenaire de la loi sur les
associations en 2001 donne le mauvais exemple en matière de continuité de l’action publique
(www.vie-associative.gouv.fr) *. S’il fait l’éloge de la loi fondatrice de 1901 et des quelques
880.000 structures qui en sont issues aujourd’hui, il n’offre pratiquement aucune commodité à
leurs adhérents et responsables et ne montre pas de preuve de mise à jour régulière. Son
agenda est vide et son « centre de ressources » est d’une rare indigence : il fournit cinq
documents pour lesquels il n’était pas nécessaire de développer un moteur de recherche. La
« boîte à outils » renvoie le curieux vers le portail www.service-public.fr, les sites du
ministère de la Jeunesse et des Sports (www.jeunesse-sports.gouv.fr) et du Journal officiel
(www.journal-officiel.gouv.fr). Seules les archives recèlent quelque contenu : les rapports et
discours suscités par la commémoration du centenaire, ainsi que la « Charte d'engagements
réciproques » conclue le 1er juillet 2001 par Lionel Jospin et les ministres concernés avec le
président de la Conférence permanente des coordinations associatives (CPCA). A défaut
d’offre gouvernementale, on s’attendrait à trouver sur la toile un instrument associatif
permettant de guider dans leurs démarches les bénévoles et les professionnels tentés par une
structure à but non lucratif. En vérité, ce sont des officines privées qui proposent les
meilleurs secours.
Plate-forme commerciale de services aux association, Associanet donne librement accès sur
son portail (http://associanet.com) à ses des bases de données qui comprennent un annuaire
d’associations en libre inscription (la rubrique culturelle en compte plus de 700, dont une
trentaine pour le théâtre, sans hiérarchie ni critère de sélection), un agenda de manifestations,
des petites annonces et un forum de discussion. La bibliothèques de documents permet de
consulter, télécharger ou imprimer des modèles de statuts, de procès-verbal de réunion, de
plan comptable (http://associanet.com/bibliodocs.html) **. Une bibliographie d’ouvrages
permet de commander en ligne des guides, des manuels ou des traités de droit. Le recueil de
400 notices en ligne, sur les questions juridiques, financières ou pratiques qui se posent aux
responsables
d’associations,
est
servi
par
un
sommaire
très
clair
(http://associanet.com/docs/sommaire.htmll) **.
Les éditions Territorial (www.territorial.fr), qui éditent aussi La Lettre du cadre
territorial, réalisent le mensuel Associations mode d’emploi, mine d’informations sur la
gestion des associations. Son portail Internet est également riche en renseignements utiles.
Cette « boîte à outils de la vie associative » fournit gratuitement des matériaux et des signets,
annonce les sommaires de la revue, vante ses guides pratiques, propose à titre onéreux des
services en ligne et des modèles de document à télécharger. La foire aux questions pratiques
est toutefois réservée aux abonnés (www.associationmodeemploi.fr/) ***.
38
Ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie
Grand argentier de l’Etat, le ministère du budget est l’interlocuteur du ministère de la
Culture et de la Communication pour l’ensemble des crédits que lui attribue la loi de finances.
Ses contrôleurs financiers et trésoriers-payeurs généraux veillent à la bonne exécution des
dépenses des administrations centrales et déconcentrées, comme à celles des établissements
publics placés sous tutelle de l’Etat. Les administrateurs des théâtres nationaux, des orchestres
nationaux, de l’Opéra national de Paris, mais aussi des conservatoires nationaux supérieurs,
de la Cité de la musique, du CND, de l’EPPGHV, de la BNF ou du Centre Georges Pompidou
restent donc en étroite relation avec ces hauts fonctionnaires. Cependant la principale raison
de mentionner les services chargés du budget dans un inventaire des ressources du spectacle
vivant tient à la situation fiscale des entreprises du secteur. Quel que soit leur statut, leurs
représentant sont amenés à interpeller les responsables de Bercy sur des problèmes tes que les
taux de TVA applicables au disque, aux enregistrements audiovisuels, aux concerts ou aux
spectacles, l’assiette et le taux des impôts dédiés alimentant le Fonds de soutien au théâtre
privé ou le Centre national du jazz, du rock, de la chanson et des variétés (CNV), la nature et
le montant de la redevance pour copie privée ou encore l’assujettissement des associations
aux impôts commerciaux.
Ce dernier sujet, soulevé en termes très différents par le SYNDEAC et l’U-FISC (voir le
chapitre « Partenaires ») a donné lieu à des négociations et à des mises au point dans
lesquelles la DMDTS a joué plus un rôle de témoin que d’arbitre. Deux sites du ministère
chargé du Budget fournissent des précisions sur ce dossier :
www.minefi.gouv.fr/minefi/acces/associations/index.htm **
www.impots.gouv.fr ***
39
2 - Les pôles documentaires
a) Bibliothèques et médiathèques (à Paris)
Bibliothèque publique d’information (BPI)
La réalisation d’une bibliothèque encyclopédique pour tous publics au centre de Paris était
quasiment à l’étude depuis la fermeture de la salle généraliste de la BNF en 1935. Le Ve Plan
en inscrivit la possibilité dans l’agenda public au cours des années 1960, sur le site des Halles.
Son intégration dans le grand dessein du président Pompidou fut le résultat d’une difficile
bataille menée par Jean-Pierre Seguin. Le rôle décisif que la BPI joue, depuis l’inauguration
du bâtiment de Richard Rogers et Renzo Piano en 1977, dans la fréquentation populaire du
Centre Georges Pompidou, l’importance qu’elle revêt pour la circulation entre les arts, le
rapport fructueux qu’elle a établi entre les disciplines de l’écriture et celles de la
représentation, la modernité de ses techniques d’interrogation, la conception ouverte de la
lecture publique qu’elle a contribué à promouvoir en France, tout cela a été vanté d’autant
mieux que la BPI dispose de son propre Service des études et de la recherche (SER), avec une
collection éditoriale sous le même nom. Mieux que les chiffres de fréquentation,
impressionnants, la file qui s’allongeait devant ses locaux provisoires, durant le chantier qui a
suivi le vingtième anniversaire, a manifesté la ferveur des Parisiens envers cette institution
nationale. Les travaux achevés, la BPI a rouvert ses portes en 2000, avec des espaces
d’accueil agrandis et un plan d’accès modifié, mais la queue n’a pas disparu à l’ombre de
Beaubourg. Durant la période test du 21 mai au 2 juin 2003, elle a reçu 6.300 personnes par
jour, ses personnels ont traité 11.600 questions, enregistré 2.750 réservations pour les postes
de consultation équipés en son et vidéo et 4.300 pour les cinquante postes de navigation libre
sur Internet. Au total, 15.000 demandes d’accès à des cédéroms ou à des sites Internet ont été
satisfaites. Le secteur 7, consacré aux arts, aux sports et aux loisirs est le plus sollicité de
l’établissement, avant le secteur des sciences humaines et de la société ; il est situé au niveau
3, à proximité de la salle 8, qui accueille la littérature mais aussi l’espace son et vidéo.
Une étude de Christophe Evans pour le SER (datée de septembre 2001) met en évidence la
rapide rotation du public et sa diversité d’origines. 57% des lecteurs fréquentaient la BPI
seulement depuis sa réouverture. Les étudiants composaient 61% de l’effectif, les collégiens
et les lycéens 7%. Les étrangers en représentaient une forte minorité (29%) et les lecteurs ne
pratiquant pas uniquement le français au foyer en formaient même la majorité (58%).
L’espace dédié à la presse (au niveau 2) les attire de plus en plus, au détriment des rayonnages
de livres, ceux-ci n’intéressant que 61% d’usagers contre 67% en 1995.
A l’exception du prêt, les lecteurs viennent chercher en accès libre ce que les bibliothèques
d’arrondissement et les bibliothèques d’université ne parviennent pas si souvent à leur offrir :
des horaires adaptés à la vie urbaine, l’éclectisme des matières, l’abondance de titres, la
lisibilité des catalogues, la variété des supports, l’actualité des sources, la multiplicité des
correspondances entre des contenus rapprochés par les rigueurs du classement ou les hasards
d’un rangement provisoire. Sans être des critères déterminants pour la visite, le voisinage du
Musée national d’art moderne, du Centre de création industrielle, des halls d’expositions, des
salles de projection et de spectacles, de la librairie Flammarion, et la proximité de l’IRCAM
agissent sans doute comme autant d’excitants pour la curiosité.
Il reste à vérifier si la BPI mérite autant d’éloges pour la documentation sur le théâtre, la
musique, la danse et les autres arts du spectacle. Du point de vue, la comparaison avec les
grandes médiathèques se conclut à son avantage. Pour la musique, où elle se place en tête,
sans vraiment distancer les principales bibliothèques musicales à vocation régionale, avec
plus de 7.400 ouvrages, 50 abonnements à des périodiques, 2.000 partitions, 12.000
phonogrammes, 140 vidéos musicales, 300 vidéodisques de concerts et d’opéras. Elle propose
40
en outre un nombre non précisé de cédéroms. Les disciplines de la scène, de la piste, de la rue,
sur lesquelles nous n’avons pas réuni de données, n’ont pas été oubliées pour autant. Les
chiffres des collections doivent cependant être rapportées au nombre des visiteurs. Ceux-ci se
plaignant régulièrement de l’indisponibilité d’un titre recherché dans les rayons, on peut en
déduire que le nombre d’exemplaires de chaque titre demeure insuffisant face à l’afflux. La
force de la BPI s’exprime surtout dans l’assistance au lecteur . Une centaine postes de
consultation audiovisuelle les attendent. En plus de la salle d’actualités, ils disposent aussi
d’une base d’articles numérisés (BPI-Doc), de postes Internet donnant accès à une sélection
de sites culturels, enfin d’un service d’orientation par correspondance et en ligne : BPI-Info.
Le Bulletin BPI (trimestriel) propose des dossiers thématiques riches en bibliographies,
voire en discographie et filmographie, par exemple quand il s’agit de saluer l’ouverture de
l’Année du Brésil (n° 13, avril-mai-juin 2005). Le site (www.bpi.fr) *** permet d’accéder au
catalogue en ligne (directement ouvert sur http://sbib.ck.bpi.fr), dont le maniement s’avère
assez lent, au gré d’un moteur complexe et à travers des interfaces alambiquées,. Sous
l’appellation L’Oriente Express, il comporte aussi l’un des meilleurs guides documentaires de
la toile, dont les coordonnées et les liens répondent fort simplement à des mots-matière.
Celui-ci accusait toutefois quelques lacunes en janvier 2004. S’il sélectionne le mot
« cirque », l’internaute est dirigé vers la Bibliothèque-musée de l’Opéra, le DAS de la BNF, la
Bibliothèque Gaston-Baty, mais pas vers le CNAC. La rubrique « théâtre » obéit comme les
autres aux lois de l’ordre alphabétique. L’Association de la régie théâtrale (ART), logée par la
Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP) ouvre donc la liste bien avant le CNT ;
entre autres la bibliothèque du CNSAD est oubliée au profit de celle, beaucoup plus modeste,
de l’Ecole supérieure de théâtre (EST), avenue Parmentier (Paris 11e). Une seule notice
apparaît pour le « théâtre pour jeunes » : celle de la Société d’histoire du théâtre (SHT). La
rubrique « arts de la rue » conduit vers une notice bien faite sur HLM. L’amateur de musiques
actuelles trouvera l’IRMA au terme « rock », mais l’annuaire semble ignorer le rap ou le hip
hop ; quant au partisan des musiques traditionnelles, il n’obtient que la description de la
Médiathèque Hector-Berlioz.
Mais la BPI est un établissement national qui doit montrer la voie aux autres, leur proposer
des solutions, mobiliser les partenaires autour de projets novateurs. Cela suppose un échange
permanent de bons procédés avec les CR et les établissements remplissant des missions
convergentes. Le partenariat avec l’Institut Mémoire de l’édition contemporaine (IMEC) qui
remonte à 1998, a été confirmé en 2004 par la signature d’une convention-cadre qui vise à
faciliter l’accès du public aux fonds d’archives originaux conservés à l’Abbaye d’Ardenne. Le
projet de collaboration avec l’IRCAM pourrait rapidement inspirer une coopération plus
étroite avec le CNT (autre proche voisin), le CND, HLM et l’IRMA. Ces centres peuvent
aider la BPI a déterminer ses priorités d’équipement et d’acquisition pour répondre aux
demandes de son large public. En échange, celle-ci peut contribuer à mieux faire connaître
leurs publications et leurs ressources à ceux qui en ont le plus besoin. Compte tenu du fait
qu’elle bénéficie de la contribution des habitants de toutes les régions et dans la mesure où
elle participe d’un projet culturel global, ce n’est pas trop exiger d’elle que d’en attendre le
modèle d’une médiathèque sachant traiter ensemble les arts vivants, dans leur mobilité et leur
vivacité.
Bibliothèque nationale de France (BNF)
Les passionnés de spectacle et de musique ont plusieurs raisons de devenir des habitués de
la BNF, surtout s’ils résident en région parisienne. D’un site à l’autre, de département en
collection, l’établissement est subdivisé en plusieurs pôles, et sa description reflète cette
organisation en l’abordant dans plusieurs chapitres : musique et opéra relèvent principalement
du DM, à la rue de Louvois mais aussi au Palais-Garnier ; théâtre et autres spectacles
41
dépendent du DAS au quadrilatère Richelieu et de son antenne à la Maison Jean Vilar.
N’oublions pas le Département de l’audiovisuel, avec ses enregistrements sonores, ses images
fixes ou animées, massiment présent sur le site Tolbiac où les bibliothèques d’étude (Haut-dejardin) et de recherche (Rez-de-Jardin) se répartissent entre les niveaux. L’Arsenal, mentionné
un peu plus bas, associe littérature, théâtre et musique. Heureusement l’usager dispose d’un
portail unique, quoique virtuel, sur la toile (www.bnf.fr) *** qui lui donne accès à l’ensemble
des services et des catalogues électroniques. De là, la rubrique des “Signets”, annuaire de
3.400 liens sélectionnés, classés et commentés par les personnels de la Bibliothèque
(http://signets.bnf.fr/) **, le feront voyager dans toutes les directions. Il peut aussi suivre
l’actualité de l’établissement public présidé par Jean-Noël Jeanneney dans le magazine
trimestriel Chroniques de la BNF. Il y trouvera notamment le calendrier des expositions et des
animations, des colloques et des rencontres, les avis de parution de catalogues, d’ouvrages
savants et de volumes illustrés, les nouvelles des acquisitions, des reportages ou des
informations sur les progrès de la numérisation. La Revue de la BNF, qui sort trois numéros
par an, leur propose également des articles de fond et des dossiers thématiques, par exemple
sur “La chanson française” (sous la direction d’Elisabeth Giuliani, n°16, 2004).
La Délégation à la diffusion culturelle, conduite par Thierry Grillet, coordonne un
programme de manifestations, souvent organisées en partenariat avec d’autres établissements.
Pour les lecteurs de tous niveaux, la programmation culturelle du site Tolbiac ménage
plusieurs modes d’accès au spectacle vivant : expositions, projections, colloques, lectures et
parfois accueil de représentations. Ces manifestations puisent bien sûr une grande partie
de leurs matériaux dans les réserves de la BNF et notamment de son Département de
l’audiovisuel (DA), comme l’expositions « Souvenirs, souvenirs » (de mai à décembre 2004),
conçue pour retracer cent ans de chanson française à travers les instruments d’enregistrement
et de reproduction de la voix, des affiches, des livrets, des pochettes de disque, des documents
autographes, des photos, des costumes de scène et une sélection d’échantillons sonores,
complétée par des bibliographies (accessibles en ligne sur le site de la BNF, dans les pages
décrivant les collections du DA).
Mais la visite d’une bibliothèque se justifie d’abord par ses collections. Les catalogues en
dressent l’état précis. La BNF en compte deux principaux. Les livres, les périodiques, les
documents sonores et audiovisuels, les images fixes numérisées figurent dans la base BNOpale Plus (http://catalogue.bnf.fr:80/) ***, tandis que BN-Opaline (http://opaline.bnf.fr/)
*** recense les manuscrits, les estampes, les illustrations non numérisées, les cédéroms et les
bases de données. A terme, les références du second seront reversées dans le premier, ce qui
facilitera grandement les interrogations croisées sur plusieurs types de supports autour d’un
auteur ou d’un thème. En attendant, une recherche sur Ubu roi mène d’abord à 51 notices
littéraires, musicales ou audiovisuelles dans Opale Plus. D’autre part, il faut interroger l’une
après l’autre les sept collections composant Opaline pour trouver 49 notices (correspondant
pour la plupart à des programmes de théâtres) dans la section “Arts du spectacle”, mais aussi
huit notices (dont celle – non datée - du manuscrit d’Alfred Jarry, écrit pour la compagnie
“Les Marionnettes” en 1888, ainsi que d’un autographe d’Apollinaire) dans la section
“Manuscrits littéraires français du Xxe siècle”, aucune notice dans la section “Estampes et
photo” (ce qui ne signifie pas qu’aucune illustration ne concerne cette pièce !), une seule
réponse dans la section “Musique” (la partition de Musique pour les soupers du Roi Ubu, une
œuvre de 1966 du compositeur Bernd Aloïs Zimmermann, éditée par Bärenreiter à Kassel en
1980), enfin une dernière notice dans la section “Cinéma” (l’affiche d’Ubu et la grande
Gidouille, de Jan Lenica, Films de l’Atalante, France, 1980).
Nombre de références anciennes demeurent seulement dans des fichiers manuels et des
catalogues imprimés. Ainsi la plupart des livres et périodique traitant de la musique sont
référencés dans Opale Plus, alors que les partitions musicales ayant fait l’objet d’un dépôt
42
légal depuis 1983 sont citées dans Opaline (en sélection de 1983 à 1990, en intégralité après
1991), qui absorbe aussi, progressivement, les références des manuscrits musicaux antérieurs
au XIXe siècle ; des catalogues édités et des fichiers sur carton (par exemple le fichier
“matières musicales”, classé par genres et effectifs instrumentaux) récapitulent les autres
partitions détenues par la BNF.
Pour décrire les sujets des ouvrages et documents, la BNF emploie le système de thésaurus
(ou listes de mots-clés) RAMEAU (Répertoire d’autorité-matière encyclopédique et
alphabétique unifié). Avant d’aborder le lourd vaisseau de la BNF, le lecteur néophyte doit
bien vérifier que les informations qu’il cherche ne lui sont pas livrées par un centre plus
accessible, une bibliothèque de proximité ou un service en ligne. Pour orienter les débutants,
un Guide de la recherche en bibliothèque (collections imprimées et audiovisuelle) leur est
proposé en ligne (http://grebib.bnf.fr)*. Une interrogation des catalogues suffit parfois à
identifier les titres qui pourront être consultés ou empruntés ailleurs. Le Catalogue collectif de
France (CCFr) a justement pour fonction d’indiquer quels établissements publics possèdent
un ouvrage, un document ou une revue (voir ci-dessous). Dans la plupart des cas, les usuels en
accès libre du DAS et du DM (sur le site Richelieu), sinon la bibliothèque d’étude (Haut-deJardin) satisferont les besoins. Si l’ampleur ou la profondeur de sa recherche le réclament, il
reste à demander l’autorisation de fréquenter la bibliothèque de recherche (Haut-de-Jardin).
BNF – Département de la coopération
Tenu à jour par le Département de la coopération de la BNF, sous la direction de Valérie
Tesnière, le Catalogue collectif de France (CCFr) (http://www.ccfr.bnf.fr/) *** permet de
situer des imprimés (ouvrages et périodiques), des documents sonores, des vidéogrammes, des
supports multimédias dans les bibliothèques du pays, afin d’en obtenir la communication, le
prêt, la reproduction ou la réservation. Il est particulièrement utile pour repérer les
établissements détenant la collection complète d’une revue. Il fournit des informations
détaillées sur les diverses bibliothèques françaises, leurs fonds (anciens, locaux ou
spécifiques), leurs services et leurs catalogues. Des liens permettent d’interroger directement
ceux de ces derniers qui ont été mis en ligne.
Cette expérience met le département en position de seconder efficacement l’entreprise de
grande ampleur et de longue haleine qui viserait à dresser la carte des ressources
iconographiques du spectacle et de la musique, en relation avec les deux départements
spécialisés (DAS et DM) et leurs divers partenaires (laboratoires et bibliothèques), mais aussi
avec le Département des estampes et de la photographie (DE&P) pour identifier les
collections graphiques, ainsi que le Département de l’audiovisuel (DA) pour compléter le
recensement des fonds ce qui concerne le film et la vidéo.
Le Département suit également les pôles associés à la BNF et à sa Bibliothèque
numérique. Signalons qu’il est également possible de retrouver les coordonnées et le site
d'une bibliothèque grâce aux « Signets » de la BNF, ou bien sur le portail de l’Association des
bibliothécaires français (ABF) (http://www.abf.asso.fr/sitebib/). D’autre part, l’Université
Sunsite de Berkeley (Californie, Etats-Unis) propose un répertoire international de sites
Internet des bibliothèques (http://sunsite.berkeley.edu/Libweb).
BNF - Département du dépôt légal
Le dépôt légal forme l’un des socles de la bibliographie française, plutôt ancien puisqu’il a
été posé par un édit de François Ier en 1537. Suspendu de 1789 à 1793, quand la liberté de la
librairie prima quelques temps sur le droit d’auteur, il n’a depuis lors cessé de se développer,
prêtant à des régimes très variés l’instrument d’une police de l’écrit ou le moyen de constituer
un patrimoine. Le dépôt simple a été doublé en 1925 pour des motifs de sécurité, l’imprimeur
et l’éditeur transmettant chacun leur copie, ce qui a permis de mieux répartir les collections.
43
Ce sont maintenant quatre exemplaires en tout qu’il faut remettre à ce titre. La BNF récolte
les envois de tous les éditeurs, non sans réclamer les titres oubliés ou non signalés qu’elle a pu
repérer. Elle bénéficie du dépôt des imprimeurs d’Ile-de-France, les autres dirigeant leurs
productions vers des établissements habilités. Jusqu’en 1992, des lois successives ont élargi la
base de la collecte aux documents sonores et audiovisuels. Le décret du 31 décembre 1993
complète un dispositif juridique concentré dans les articles L 131 à L 133 du Code du
patrimoine.
La récolte grossit d’exercice en exercice: 56.175 livres imprimés ont été recueillis en 2003
et classés dans la Bibliographie nationale française (Livres), supervisée par le Département du
dépôt légal dirigé par Danièle Heller. Il est intéressant de calculer la part du spectacle dans ce
lot : 455 ouvrages publiés en France en traitaient cette année-là, soit 0,8% de l’ensemble et
8% de la classe « Art, architecture, photographie, jeux, sports » de la Classification décimale
universelle (CDU), riche de 5.642 titres. C’est loin d’être négligeable, surtout si l’on ajoute à
ces chiffres les 495 livres de théâtre parus la même année (pièces et analyses de textes), qui
représentent 0,88% du total et 2,37% de la classe « Linguistique, philologie, littérature », forte
de 20.908 titres.
Les partitions de musique sont comptabilisées en dehors des livres : 1.425 recueils ont été
déposés en 2003, contre 2.589 en 2000. L’examen d’une série décennale permettrait de savoir
si les variations ont un caractère conjoncturel ou si la pente risque de continuer.
Les statistiques ne donnent pas le détail des revues et magazines enregistrés dans ces
domaines. Il faut se reporter soit au Catalogue collectif national (CCN) pour surveiller leur
évolution, soit au volet Périodiques de la Bibliographie nationale française. Celle-ci présente
ses notices en ligne
Depuis que les premiers enregistrements de sites Internet ont commencé en 2002, le
Département est confronté à un nouveau défi : l’application des principes du dépôt légal à la
Toile. Il se prépare aussi à accueillir en nombre croissant les matrices numériques que les
éditeurs seront disposés à lui adresser.
BNF - Département de la Bibliothèque numérique (Gallica)
Baptisée Gallica, la Bibliothèque numérique créée par la BNF en 1997 avait accumulé
95.000 documents (dont 2.600 en mode texte, les autres en mode image) et 250.000 images
fixes début 2004, c’est-à-dire l’équivalent d’environ 30 millions de pages. Ce stock grossit à
bon rythme d’année en année en absorbant des œuvres tombées dans le domaine public.
Gallica donne gratuitement accès à une partie de ce réservoir, le premier au monde. Ce service
en ligne (http://gallica.bnf.fr) *** annonçait encore début 2005, sur sa page de garde, des
performances désormais dépassées : 70.000 volumes imprimés en mode image, 1.250
ouvrages en mode texte (permettant des recherches sur des mots), 80.000 images fixes, 500
documents sonores. On y trouve des portraits de musiciens conçus par le DM, des classiques
de la littérature et du répertoire théâtral en mode texte (issus du fonds des éditions Garnier),
des « Archives de la parole ».
Des raisons commerciales expliquent un inconvénient déploré par des lecteurs érudits : les
documents anciens, pourtant présentés en mode image, sont souvent privés de leurs précieuses
illustrations, de leurs instructifs frontispices ou de leurs élégants culs-de-lampe, alors qu’ils
traitent d’architecture, d’arts plastiques ou de spectacles. Ces images sont proposées à part, à
titre onéreux, aux chercheurs patients. Le Service de numérisation dépend dorénavant du
Département de la reproduction, qui assure à la demande un service payant de tirage des
textes et des images sur papier, diapositives, microfiches, microfilm ou cédérom. La
divulgation de ces copies requiert le paiement d’une redevance dont les tarifs sont adaptés au
nombre de documents utilisés et au tirage de la publication. Il en va de même pour la Banque
d’images de plus de 60.000 clichés mise en ligne par le Département (www.images.bnf.fr)
44
***, dont les tirages sont livrés dans les cinq jours suivant la commande par Internet. La
coordination scientifique de la Bibliothèque numérique relève quant à elle du Département de
la coopération. Quant à la coordination des sites Internet, elle est assurée par une Délégation à
la communication. Les trois services sont appelés à renforcer leurs moyens au moment où la
concurrence de grands serveurs basés aux Etats-Unis déferle sur la Toile.
Le navigateur en reconnaissance dans le labyrinthe des ressources électroniques de la BNF
a la surprise de voir ce service public lui proposer parfois le secours de… Google. La société
privée nord-américaine exploitant ce moteur de recherche, le plus puissant du monde avec
huit milliards de pages répertoriées fin 2004, sollicité par 73% des internautes français la
même année, détient déjà le quasi monopole de guide du réseau, puisque près de 65% des
écrans sont consultés sur ses indications, hiérarchisées selon le système du PageRank, qui
privilégie les sites les mieux référencés sur la toile. Ses recettes publicitaires n’ont fait que
croître avec sa popularité, le chiffre d’affaires dépassant les trois milliards de dollars en 2004.
Depuis août 2004, elle draine en bourse des capitaux qui lui permettent de s’attaquer à de
nouveaux marchés. Sa filiale Google Print, qui annonce pouvoir mobiliser jusqu’à 200
millions de dollars d’investissements, passe un peu partout des accords avec des bibliothèques
aussi réputées que celles de Standford University, de Harvard ou même d’Oxford qui la
laissent numériser leurs fonds en vue de les mettre gratuitement en ligne. Quinze millions
d’ouvrages représentant 4,5 milliards de pages, rédigés pour la plupart en langue anglaise,
sont promis à ce sort, grâce à une technique de saisie protégée par un secret digne d’une arme
du futur. Rien de tel dans la “très grande bibliothèque” voulue par F. Mitterrand, qui fut l’une
des premières à se lancer dans l’aventure du numérique avec son programme Gallica et ne
souhaite pas confier à Google Print, pas plus qu’à Microsoft, l’avenir de la langue et de la
bibliographie françaises, même si des voix s’élèvent pour l’y inciter (voir Lucien X.
Polastron, “La BNF chez Google ? Chiche”, in Le Monde, 8 février 2005).
Le président de la BNF, a eu raison de mettre en garde les pouvoirs publics, mais aussi les
lecteurs, contre les dangers d’un système de référencement qui rompt avec les normes de
l’érudition universitaire, ou les périls que les scanners robotisés font courir aux livres fragiles,
pour appeler à une coopération européenne en matière de numérisation (voir Jean-Marcel
Jeanneney, “Quand Google défie l’Europe”, Le Monde, 23 Janvier 2005, et son intervention
sur France-Inter le 17 février 2005). Il faut faire vite. Aussi respectueuse soit-elle des règles
d’indexation et de conservation, Gallica fera pâle figure si elle continue longtemps de
n’aligner qu’une centaine de milliers de volumes numérisés, dont une minorité seulement en
mode texte, en maintenant des procédures de consultation lentes. La réalisation d’une copie
digitale de tous les fonds de la BNF lui coûterait à peu près le prix de son édification, soit 1,2
milliards d’euros. Associée à des consœurs européennes avec les encouragements de l’Elysée
et l’aide du gouvernement, la BNF devrait aussi prendre la tête d’une coalition de
bibliothèques francophones. Le 2 mai 2005, en prélude aux Rencontres européennes de la
culture, le président de la République a promis de lancer un plan de soutien à cette initiative.
De deux choses l’une : ou bien cette alliance, soutenue par un programme communautaire,
s’avérera capable de relever le défi elle-même, en se répartissant les tâches tout en adoptant
des techniques de saisie plus rapides ; ou bien elle fera front commun pour négocier avec
l’opérateur privé (ou l’un de ses concurrents) sans trahir les impératifs du service public. Dans
les deux hypothèses elle devra prouver les bienfaits de sa science de l’indexation. Un seul
moteur de recherche d’usage aisé pour le non initié devrait mener aussi bien aux références du
catalogue qu’aux pages numérisées.
La BNF dispose déjà d’une base d’entente pour la coopération européenne dans le
domaine numérique. Le portail dit de la Bibliothèque européenne, conçu d’abord par la
British Library mais coordonné par la Koninklijke Bibliotheek des Pays-Bas, doit associer
avec elle neuf établissements de rang national pour présenter leurs ressources sur un site
45
multilingue dont la construction est en cours (www.theEuropeanlibrary.org). L’Union
européenne a apporté depuis les années 1990 son concours à la réalisation d’un tel service qui
s’appuie lui-même sur plusieurs programmes visant à la constitution de répertoires et de
protocoles communs.
Elle vient de montrer sa capacité de réaction sur un sujet voisin, l’archivage de pages
témoignant de l’activité éditoriale en ligne, tâche qui relève de sa mission de dépôt légal, telle
que la législation l’a peu à peu étendue, à condition qu’un texte en clarifie le champ et en
garantisse l’application, sans dommage pour les directives européennes sur le droit d’auteur.
Il en va de la connaissance, donc de la conscience des générations qui suivront, dont l’activité
de lecture, qu’on le déplore ou non, empruntera de plus en plus les interfaces électroniques.
Ce point a été soulevé par le ministre le 21 septembre comme le dernier de ses “chantiers
numériques”. Le parlement doit donc être saisi.
L’établissement public du quai François-Mauriac partage cette responsabilité avec les
Archives nationales (pour la production des administrations et l’Intranet des ministères) et
avec l’INA (pour les sites des stations de radio et des chaînes de télévision). Il a pris en 2003
la tête d’un Consortium international pour la préservation de la Toile (CIPT ou IIPC en
anglais). A l’instar de la Library of Congress de Washington, qui a rejoint ce groupe, elle
construit une collection thématique d’archives de sites – dans laquelle il faut que la musique
et les arts du spectacle constituent des sections solides, au nom de leur caractère éphémère –
que complètera un panorama de l’ensemble de la production du domaine “.fr” (1environ cent
millions de pages en 2004), enregistré et sauvegardé à dates fixes, selon le principe
expérimenté par les Suédois, également membres du Consortium. Elle négocie des accords
avec des bibliothèques, des fondations et des administrations étrangères archivant d’autres
domaines. Les sites des centres de ressources à vocation culturelle, comme ceux des
principales bibliothèques publiques, des laboratoires de recherche et des universités devraient
faire l’objet de dépôts systématiques. Ces mémoires du virtuel resteront bien sûr tributaires de
l’évolution des techiques de compression et d’indexation, afin que leurs trésors puissent être
aisément exploités dans le futur.
BNF - Bibliothèque de recherche (Rez-de-jardin)
Au rez-de-jardin du site Tolbiac, inauguré en octobre 1998, on sait déjà que les chercheurs
disposent au pôle est, dans la salle P, dépendant du Département de l’audiovisuel (DA), de 54
places et de 17 cabines d’écoute pour consulter les collections provenant du dépôt légal des
documents sonores (depuis 1940), audiovisuels (depuis 1975) et informatiques (depuis 1992),
ainsi que les fonds d’enregistrements de la radio et de la télévision prêtés par l’INA. Cela
représente presque un million de phonogrammes et près de 100.000 vidéogrammes, auxquels
s’ajoutent 15.000 volumes monographiques en libre accès – outre ceux qu’ils peuvent
commander dans les réserves -, plus de 2.500 partitions et 600 titres de périodiques, théâtre
non compris (Voir aussi BNF-DAV et Inathèque de France).
Les recherches en économie, droit et politique de la culture peuvent également visiter les
salles N et O, toutes proches. Les salles K, L, M sont consacrées à la philosophie, à l’histoire
et aux sciences de l’homme. Sur l’autre flanc du quadrilatère leur répondent les salles T, U, V,
W, vouées à la littérature et aux arts, où le théâtre est classé par langue avec le roman et la
poésie sous la cote « Y ». Au total, 115.000 ouvrages et 800 titres de périodiques doivent y
être offerts en accès libre. Les titres traitant du rapport entre science et art se trouvent en
revanche en salle R et S sous la cote « V ». Outre « l’enfer » de la bibliothèque, la salle Y
abrite la réserve des livres rares, parmi lesquels sont rangés nombre d’ouvrages anciens,
illustrés ou non, se rapportant aux arts, à la musique, au théâtre, et notamment aux fêtes et aux
entrées solennelles. Les recherches bibliographiques s’effectuent de façon thématique dans
chaque salle, mais aussi de manière générale ou interdisciplinaire dans le pôle ouest, en salle X.
46
Une salle de références existe aussi sur le site Richelieu, dans une partie de la salle Ovale :
catalogues, encyclopédies, dictionnaires, inventaires et annuaires y côtoient des ouvrages de
base dans les grandes disciplines. Le personnel y délivre des conseils d’orientation et des
renseignements sur les autres centres documentaires.
L’inscription à la bibliothèque de recherche se fait à titre onéreux et sur accréditation, soit
pour deux jours consécutifs (4,50 €), soit pour quinze jours (30 €), soit encore à l’année avec
une carte de la bibliothèque d’étude (43 € en tout, tarif réduit 23 €).
BNF - Bibliothèque d’étude (Haut-de-jardin)
La salle B - tous publics - de la BNF, ouverte en décembre 1996, a été conçue pour l’accès
libre aux rayonnages des lecteurs détenteurs d’un ticket journalier (3 € en 2004) ou d’une
carte annuelle (30 €, tarif réduit 15 € pour les étudiants, les chômeurs, les bénéficiaires du
RMI ou d’un titre de non-imposition) à partir de 16 ans ou du niveau baccalauréat. Une
sélection de plusieurs milliers d’ouvrages de référence se rapportant à la musique et aux arts
du spectacles. Grâce au dépôt légal, ce volume devrait s’accroître à bon rythme. Avec
l’appareillage indispensable de dictionnaires, d’encyclopédies et de répertoires, on y trouve en
consultation plus de 11.000 CD et de 2.500 partitions, des vidéos, des cédéroms, des
documents parlés fournis par l’INA, des sélections de morceaux du répertoire. Le théâtre y est
représenté sous ses diverses formes et dans tous ses répertoires. En revanche l’accès au
documents du DAS et du DM ne peut s’effectuer directement à partir de cette salle. Cela
devrait en revanche s’avérer possible quand ces départements auront installé un espace
d’orientation et de lecture commun avec leurs homologues dans la salle Ovale du quadrilatère
Richelieu, une fois engagés et achevés les travaux de rénovation de cet ensemble de plus de
47.000 mètres carrés, qui risquent de prendre plusieurs années. En attendant, le haut-de-jardin
offre des conditions de consultation plutôt plus confortables aux usagers que celles la BPI, un
temps d’attente nul ou presque à l’entrée, du moins pour ceux que n’effraient pas l’obstacle de
la distance et du tarif d’inscription.
BNF - Département de l’audiovisuel, Service photographique (voir BNF-DAV)
Dirigé par Isabelle Giannattasio, le DA veille sur des collections aussi différentes dans
leurs contenus que pour leurs supports. La phonothèque remonte aux origines de gravure sur
cylindre. L’âge de la mémoire sonore du spectacle commence pour de bon avec
l’enregistrement en 78 tours de Carmen (en 35 disques !) et du Malade imaginaire (par la
Comédie-Française). Le phonogramme impose désormais sa norme, technique et artistique :
le vedettariat évolue avec lui, les voix de Caruso et de Sarah Bernhardt, de Mistinguett et de
Fréhel, de Maurice Chevalier et de Louis Armstrong faisant résonner leur timbre dans le
monde entier. Fondant les Archives de la parole en 1911, le linguiste Ferdinand Brunot
inaugure l’ère du collectage et de la conservation. Le XXe siècle va réaliser sur la cire, le
vinyle et la bande magnétique ce que le XIXe avait entrepris sur le papier. Il s’agit aussi bien
de recueillir les parlers, les chants, les contes, les musiques à travers des campagnes de chasse
au son dans les provinces, que de confier à la collectivité la garde des traces rassemblées dans
le monde entier. Le Musée de la parole et du geste continue cette mission à partir de 1928.
Puis la Phonothèque nationale, instituée en 1938, prend en charge cet héritage qu’elle va
considérablement enrichir grâce la production de ses propres documents sonores, mais surtout
grâce au tout nouveau dépôt légal des phonogrammes. Quarante ans durant, le microsillon de
45 ou 33 tours en devient le modèle, avant de se laisser supplanter par le ruban magnétique, la
cassette, puis le CD. Le théâtre, le conte, l’humour de cabaret, la lecture de textes littéraires,
la création radiophonique se taillent une place dans se répertoire aux côtés de la chanson, de
l’opéra et des musiques de toutes natures, acoustiques, amplifiées ou électroniques, françaises
ou étrangères, classiques ou actuelles.
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La Phonothèque se renforce aussi avec des legs, des dons, des achats. Elle détient
aujourd’hui – entre tant d’autres - les discothèques de Nadia Boulanger et Maurice Ravel, les
collections de Guy Ferrant (art lyrique) et Jean Touzelet (compositions du XIXe et du XXe
siècles), les archives de Charles Delaunay (jazz) et Félix Quilici (poésie et musique corses).
Au total, le DA possède aujourd’hui environ 7.000 cylindres, 20.000 disques 78 tours à
gravure verticale, 320.000 disques 78 tours, 15.000 disques à gravure directe (" Pyral "),
335.000 disques microsillons, 130.000 supports magnétiques (bandes et cassettes), 190.000
disques compacts.
Le champ d’application du dépôt légal continue de s’étendre. A partir de 1975, la
Phonothèque nationale reçoit également les vidéogrammes et les documents multimédias.
Enfin la loi de 1992, lui attribue le dépôt des documents électroniques. Elle avait intégré la
Bibliothèque nationale (BN) en 1977. Après la phase de préfiguration du nouvel
établissement, elle rejoint donc naturellement la BNF en 1994, ce qui lui permet d’ouvrir
l’espace audiovisuel de la Bibliothèque d’étude (haut-de-jardin, salle B) en 1996 et celui de la
Bibliothèque de recherche (rez-de-jardin, salle P) en 1998. Dans les deux espaces, des postes
de consultation assistée sont disponibles, servis par des régies manuelles, automatiques ou
numériques. La première salle propose en accès libre 10.000 CD audio, 1.000 heures
d'archives sonores numérisées, 3.000 vidéos, 220.000 images numérisées. 6.000 ouvrages
imprimés, 2.530 partitions, 270 périodiques.
La seconde salle puise dans le réservoir considérable que constitue l’ensemble des
collections : au total donc, un million de phonogrammes, plus de 125.000 vidéos
(correspondant à 110.000 titres environ, dont 8.000 captations de spectacles et de concerts,
ainsi que des milliers de documentaires se rapportant aux disciplines artistiques, aux auteurs
et interprètes, mais aussi des films de fiction tirés de leurs œuvres), 50.000 documents
multimédias (des livres-cassettes et mallettes pédagogiques aux produits d’édition combinant
livres et DVD, y compris 1.200 périodiques multisupports), 30.000 documents électroniques
(cédéroms, dévédéroms, logiciels, jeux vidéo), dont 750 périodiques électroniques, auxquels
s’ajoutent 17.000 monographies, 2.590 partitions, 450 périodiques, sans oublier les
enregistrements des conférences de la BNF, qui donnent lieu pour la plupart à la confection de
discographies et de bibliographies éditées en ligne. Alors que de nouveaux modes de
transmission commencent à concurrencer le CD, le volume des collections croît encore au
rythme moyen de 15.000 phonogrammes, de 7.000 vidéogrammes et de 7.000 documents
multimédia et électroniques par an. Le DAV procède à la numérisation systématique des
cassettes VHS pour assurer leur préservation et leur communication dans de meilleures
conditions.
Les références sont accessibles sur la base en ligne BN-Opale Plus, ainsi que sur un
cédérom de la Bibliographie nationale française (documents sonores, multimédia,
audiovisuels et musique imprimée) regroupant les 520.000 titres entrés grâce au dépôt légal
de 1983 à 2003, est régulièrement actualisé. La réalisation d’un autre cédérom remontant
jusqu’au début du XXe siècle est annoncée. Une lettre électronique informe gratuitement les
abonnés des actualités du département.
BNF – Département des estampes et de la photographie (DE&P)
En 1648, Jacques Dupuy, garde de la Bibliothèque royale, obtint l’application aux
estampes du devoir de dépôt institué par François 1er pour les ouvrages imprimés. Le Cabinet
des Estampes proprement dit est constitué en 1667, et dès 1672 il va recevoir les estampes
autorisées par privilège. Il intègre la Bibliothèque royale en 1720, demeure donc à la
Nationale après la Révolution, s’installe à l’hôtel Tubeuf – dans le quadrilatère Richelieu - à
la Libération, alors que sa collecte s’est depuis longtemps élargie à tous types de gravure et
surtout à la photographie. Devenu un département à part entière de la nouvelle BNF, l’ancien
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cabinet n’a cessé de s’enrichir, à force de dépôts mais aussi de confiscations, de legs, de
donations et d’acquisitions. Chaque année il recense 35.000 à 40.000 pièces supplémentaires.
Il garde dorénavant l’une des plus importantes collections d’illustrations au monde, peutêtre la première : avec plus de quinze millions de pièces qui se répartissent entre environ six
millions d’estampes, quatre millions de photographies (dont un quart consultables sur
microfilms), un million d’affiches, 100.000 dessins et un volume non dénombré d’images et
de cartes postales de genres divers. Monographies, usuels et revues complètent le fonds.
Sachant que le dépôt légal ne s’applique pas à la photographie, sauf lorsqu’elle figure dans un
produit d’édition, le département dépend surtout de ses achats et des dons qui lui sont dessinés
pour enrichir sa collection. Il en va ainsi pour les clichés qui témoignent de la vie du théâtre et
de l’activité musicale, que l’estampe documentait amplement dans les siècles précédant
l’invention du daguerréotype.
L’iconographie du spectacle repose donc en large partie sur les trésors du département.
Encore faut-il pouvoir identifier les documents se rapportant à telle œuvre, à tel auteur ou à tel
lieu de représentation. Les références sont encore divisées entre les deux bases informatisées
et les multiples catalogues et fichiers sur papier. Opale Plus recense les imprimés acquis à
compter de 1990. Suite à une rétroconversion, des notices de gravures, les imprimés, les
volumes et recueils spécialisés entrés avant 1989 figurent dans Opaline. Par exemple une
requête générale sur le cirque y renvoie à 291 notices, contre 42 pour les marionnettes.
Cependant les recherches sur des matières comme la chanson ou l’illustration des œuvres
littéraires procèdent plus sûrement à partir des fichiers sur papier. Sur place, une salle de
lecture d’une trentaine de places (dont six équipées postes de lecture de microfiches) et une
salle de réserve de sept places accueillent les chercheurs.
BNF - Bibliothèque de l’Arsenal
Les familiers de l’un et de l’autre ayant pris l’habitude de parler de l’Arsenal sans
davantage de précision, on prendra garde de ne plus confondre le Département des arts du
spectacle (DAS) de la BNF avec la Bibliothèque de l’Arsenal proprement dite. La seconde a
partagé tant bien que mal avec le premier, jusqu’en décembre 2004, l’ancien hôtel du grand
maître de l’artillerie royale. Elle y conserve encore les collections du marquis de Paulmy,
installées sur place depuis 1756. Passée aux mains de la nation en 1797, sous le nom qu’on lui
connaît encore aujourd’hui, elle fut rattachée à la Bibliothèque nationale en 1935. La
littérature, ici, s’entend au sens le plus général. Forte d’un million de volumes imprimés
environ, ses richesses dans ce domaine en font de nos jours encore la particularité. Elles ont
justifié l’octroi d’un exemplaire des titres de théâtre du dépôt légal de 1850 jusqu’en 1975 et,
depuis 1925, du dépôt des œuvres littéraires, critique comprise. L’important fonds théâtral
Georges Douay est resté sur place. Le théâtre et même la musique concernent donc ces deux
enseignes. La séparation de leurs collections, difficile à comprendre pour le simple lecteur
sinon pour le chercheur endurci, obéit aux critères des conservateurs qui font passer l’histoire
des bâtiments et des fonds avant la cohérence des études disciplinaires.
Les fonds de périodiques, qui comprennent près de 800 titres en cours, ont également été
alourdis du dépôt de la presse parisienne de 1880 à 1914. A cela s’ajoutent 15.000 manuscrits,
1.000 partitions, des estampes, des cartes et des plans. Parmi ces raretés, les documents d’un
autre marquis : Donatien-Alphonse-François de Sade, pensionnaire du donjon de Vincennes,
du fort de la Bastille et de l’hospice de Charenton, laissa trace ici. Ce voisinage n’a pas déplu
à Georges Perec dont les archives ont été déposées ici tout comme celle de l’association qui
défend son nom.
Bruno Blasselle dirige la Bibliothèque qui a entrepris des travaux de sécurité de novembre
2004 à septembre 2006. Les spécialistes d’art dramatique ou de musique y sont admis dans la
mesure des places disponibles, si leurs recherches historiques le justifient, mais seulement
49
pour une consultation sur place. Le départ du DAS a permis de leur consacrer plus d’espace et
de ranger davantage d’usuels à leur portée. Les catalogues figurent sur registres (pour les
documents anciens jusqu’en 1880), en version imprimée (pour les manuscrits, ainsi que pour
les périodiques jusqu’en 1939), sur fiches manuelles (de 1880 à 1987), enfin sur notices
informatiques versées dans la base Opale Plus (à partir de 1988), cette dernière étant
accessible sur le site de la BNF (www.bnf.fr) ***. Une vaste opération de conversion
rétrospective a démarré début 2005 pour les notices du fonds ancien, suivies aussitôt par
celles du fonds Douay. L’informatisation des fiches restantes est planifiée sur plusieurs
années à partir de la fin 2005. Les « Soirées littéraires » et les expositions de l’Arsenal
continuent comme par le passé.
Institut national de l’audiovisuel (Ina) et Inathèque de France
Depuis sa fondation en 1975, l’INA doit veiller sur la mémoire audiovisuelle du pays.
L’établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) est né de la loi du 7 août
1974 qui consacrait l’éclatement de l’Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF),
après dix ans d’existence sous le statut institué par la loi du 27 juin 1964. Des trois sociétés
nationales de télévision alors créées, l’une (TF1) a été privatisée en avril 1987 au profit de la
société dirigée par Francis Bouygues. Les deux autres, Antenne 2 et France Régions 3 (FR3)
ont fusionné dans un groupe public doté d’une présidence unique dès 1989, puis baptisé
France Télévisions en 1992 (www.francetelevisions.fr) **, où elles arborent respectivement
les sigles France 2 (www.france2.fr) *** et France 3 (www.france3.fr) ***. Au début du
premier septennat de François Mitterrand, conformément à sa promesse, le monopole des
ondes avait été démantelé par la loi du 29 juillet 1982 sur « la communication et les libertés ».
Tandis que des radios locales privées éclosaient sur toute la surface du territoire et la largeur
de la bande FM - avant d’être fédérées pour la plupart par de puissants opérateurs - trois
réseaux de télévision étaient respectivement concédés à Canal Plus, la chaîne cryptée d’André
Rousselet, à la Cinq de Silvio Berlusconi et à TV6 sous la présidence de Maurice Lévy. Un
autre pôle public émerge en 1995 avec la formation d’un groupement d’intérêt économique
(GIE) entre, d’une part, la chaîne culturelle franco-allemande Arte, riche des programmes
amassés depuis 1987 par la Société européenne de programmes de télévision (SEPT), diffusée
sur le câble en mai 1992 puis sur les ondes hertziennes en septembre de la même année, et,
d’autre part, la chaîne éducative La Cinquième, présente sur les écrans depuis décembre 1994
et désormais nommée France 5 (www.france5.fr) *** au sein du groupe France Télévisions.
Le 31 mars 2005 à 17h30, la benjamine de cette famille a été lancée sur le nouveau réseau de
télévision numérique terrestre (TNT) dont le bouquet gratuit doit être progressivement offert à
l’ensemble du territoire. Il s’agit de France 4, l’ancienne chaîne généraliste Festival, dont les
programmes sont voués en priorité au spectacles et à la culture, sous la direction de Philippe
Chazal. Des émissions réalisées en partenariat avec le Printemps de Bourges, les Francofolies
de la Rochelle, les Vieilles Charrues de Carhaix, le Festival d’Avignon et autres grandes
manifestations y donnent à voir le plateau et les coulisses, la scène et le backstage. Ce
fenestron s’ouvre de 8h à 2h du matin sur des captations de théâtre et des retransmissions de
concerts, mais aussi sur des reportages sportifs, des revues, des séries, des longs et des courts
métrages destinés au grand public (www.france4.tv/home.php) *. Implantée dans dix stations
régionales (Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion, Mayotte, Nouvelle-Calédonie,
Polynésie, Wallis et Futuna, Saint-Pierre et Miquelon, Paris), Radio France Outremer (RFO),
également filiale de France Télévisions, consacre de nombreux bulletins et diverses
émissions, tant radiophoniques que télévisuelles, à la musique et aux arts de la scène
(www.rfo.fr) **.
Constituée elle aussi fin 1974, la société Radio France (www.radiofrance.fr) *** a
poursuivi son développement en lançant l’une après l’autre de nouvelles stations à l’ombre de
50
ses principales antennes, France Inter, France Culture et France Musiques : FIP, France Info,
Le Mouv’, France Bleu et ses quarante-deux stations locales, CityRadio en Ile-de-France, ou
encore Hector, programme musical en continu concocté par les équipes de France Musiques .
Ses archives sonores de plus de 600.000 heures demeurent comme elle dans la maison ronde
où le monopole public avait installé son quartier général en 1963. Est-il nécessaire de rappeler
ici l’importance de telles collections pour la vie culturelle en général, pour la vie de la scène
et la vie musicale en particulier ? Les dramatiques, les critiques, les entretiens avec des
écrivains, des metteurs en scène et des comédiens sont partie intégrante du patrimoine
théâtral. Les comptes-rendus de créations, les reportages en direct des festivals, les
témoignages de chorégraphes et de danseurs appartiennent à celui de la danse. Les concerts
enregistrés, les chroniques et tribunes de critique, les émissions documentaires sur les
compositeurs et les interprètes pèsent lourd dans l’histoire symphonique et lyrique, de même
qu’ils comptent énormément pour la connaissance du jazz et de la chanson. Le bâtiment des
bords de Seine abrite par ailleurs la rédaction centrale de Radio France International (RFI),
dont l’autonomie a été confirmée au sein du secteur public. Ses archives ont également leur
place dans la mémoire des arts du spectacle (www.rfi.fr) ***.
Les collections relèvent donc de deux ordres : les archives professionnelles et le dépôt
légal. Bien que la plupart des programmes des chaînes privées échappent à son contrôle, en
2003 l’INA conservait déjà dans ses locaux de Bry-sur-Marne plus d’un million d’heures
d’archives dites professionnelles, provenant à 40% des fonds régionaux, réparties à peu près à
égalité entre la radio et la télévision. Le stock augmente au rythme annuel moyen de 13.000
heures pour la première et de 40.000 heures pour la seconde. L’Institut assure la sauvegarde et
l’entretien des documents, dont une très grande partie reposait sur de fragiles supports
électromagnétiques. En avril 1999 a été lancé le Plan sauvegarde-numérisation (PSN) des
fonds anciens, qui mobilise des sous-traitants pour convertir en numérique des ensembles
menacés, comme les premières décennies de la radio ou les enregistrements des orchestres de
l’ORTF. L’Institut réalise aussi lui-même des opérations de sauvegarde-numérisation–
communication (SNC) avant de transmettre les commandes qui lui sont adressées. En
revanche les émissions entrant dans les collections sont immédiatement indexées, numérisées
et soumises à une analyse de contenu.
Un corpus de documents audiovisuels sur le spectacle a ainsi été constitué parmi d’autres
ensembles thématiques. Toutes ces opérations faciliteront la recherche informatisée d’une
référence. L’Institut détermine aussi les conditions de consultation. Celles-ci restent assez
restrictives, puisqu’elles privilégient les demandes des professionnels engagés dans des
projets de production documentaire ou de rediffusion commerciale, au détriment des requêtes
des étudiants et des chercheurs, nettement moins solvables. Les tarifs de recherche et surtout
de communication s’avèrent souvent dissuasifs pour les projets scientifiques, culturels ou
pédagogiques qui n’ont pas reçu l’aval d’une grande institution. Les demandes des
professionnels sont traitées sur devis (www.ina.fr) ** en fonction de l’ampleur de la
recherche documentaire et du montant estimé des droits à libérer, que l’INA reversera aux
ayants droit. Un millier de clients lui achètent en moyenne un millier d’heures de télévision et
plus de 2.200 heures de radio par an. Selon la durée des échantillon et l’urgence de la
communication, la livraison s’exerce soit par faisceau, soit sur support physique. La
transaction peut aussi s’effectuer par l’entremise des six délégations régionales. En 2002, la
grille tarifaire a été simplifiée et révisée à la baisse de près de 20 %. Un nouveau service en
ligne de l’INA a été inauguré en mars 2004 sous le nom d’Inamedia (www.inamedia.com)
***. Cette banque d'archives audiovisuelles numérisées, la première au monde, présentait déjà
200.000 heures d’archives de la télévision fin 2004, ainsi que 1,8 million de notices
documentaires. Réservé aux professionnels à l’origine, son élargissement aux particuliers est à
l’étude.
51
A l’héritage de l’ORTF et de ses descendantes s’ajoute désormais le tribut du dépôt légal.
La loi du 20 juin 1992 l’a étendu, au profit de l’INA, aux documents audiovisuels. Les
programmes des radios du service public et des sept chaînes hertziennes de télévision diffusés
depuis le 1er janvier 1995 lui sont ainsi confiés au rythme annuel (constaté en 2003)
d’environ 113.000 heures pour la radio et 56.000 heures pour la télévision. En 2002, douze
chaînes de télédiffusion par câble ou par satellite ont été soumise à l’obligation. Le volume
global atteignait déjà le million d’heures en 2003, dont à peu près une moitié pour chaque
type de médias. L’Inathèque de France, logée à la BNF, facilite la consultation sur place au
rez-de-jardin, dans les conditions décrites plus haut (voir BNF-DAV et BNF-Bibliothèque de
recherche). La recherche dans le catalogue peut au préalable être menée en ligne, à condition
d’obtenir une connexion très demandée (www.ina.fr/inatheque/index.fr.html) ***. Les fonds
sont en cours de numérisation intégrale. Celle-ci permet de s’adapter au support DVD, sur
lequel les réalisateurs, les éditeurs ou les conservateurs peuvent ajouter de précieux « bonus »
à des fins artistiques ou pédagogiques. Elle favorise aussi l’indexation, donc la consultation
par segment et la confection de paniers, qui peuvent à leur tour être sauvegardés sur disque.
L’Inathèque édite des ouvrages de réflexion dans ses collections « Médias Recherches »,
« Mémoires de télévision », et publie la revue Médiamorphoses. En 1993 un groupe de
chercheurs, journalistes et professionnels des médias, réunis autour de Régis Debray, Francis
Denel et Marie-José Mondzain, ont fondé auprès de l’Inathèque un Collège iconique dont les
séances de réflexion mensuelles (sur inscription seulement), inaugurées par une présentation
ou une projection d’images, donnent lieu à la publication de Cahiers.
Sous la présidence d’Emmanuel Hoog, l’INA est également un organisme actif dans le
domaine de la formation, de l’édition sur papier, cassettes ou DVD. Sa vocation pédagogique
s’exprime aussi à travers la revue Les Dossiers de l’audiovisuel. Le Groupe de recherche
musicales (GRM) et le Groupe de recherches audiovisuelles et multimédias (GRAM) ont été
rattachés à sa Direction de la recherche et de l’expérimentation. Avec l’appui de la SACEM,
le GRM commence à valoriser son répertoire de musique électronique et électroacoustique
avec son service « Acousmaline », série de dossiers sonores réalisés notamment à partir
d’émissions radiophoniques.
Il faut enfin signaler que l’INA appartient à la Fédération internationale des archives de
télévision (FIAT) qui a lancé en octobre 2004 un « Appel de Paris » pour la sauvegarde du
patrimoine audiovisuel mondial, notamment celui des pays pauvres qu’un « fossé
numérique » sépare des riches.
Images en bibliothèque
Environ 1.200 bibliothèques parmi les 3.000 et quelques établissements du réseau public
entretiennent des fonds audiovisuels. Au total, ces médiathèques détiendraient 1,5 million de
vidéogrammes. D’autres sont en train de constituer leurs collections. Dans ces tâches, leurs
responsables peuvent s’appuyer sur l’association qui, comme son nom l’indique, se donne
pour but d’animer le réseau des «bibliothécaires de l’image» que sont les vidéothécaires.
Parmi ses affiliés se trouvent des institutions de toutes tailles, de la bibliothèque rurale à la
BMVR ou aux BDP dont les vidéobus sillonnent les zones les moins équipées avec leur
cargaison de cassettes et de DVD. Certaines se révèlent relativement riches en images de
théâtre, comme la BM de Bourges avec son catalogue de 120 adaptations. D’autres manquent
des subventions ou des compétences permettant de dresser un répertoire de films sur la
musique, la danse et le spectacle.
Le principal service qu’elle rend consiste à établir régulièrement des filmographies et des
sélections de documentaires pour guider dans leurs choix les quelques 300 établissements qui
y adhèrent, recrutés aux trois quarts parmi les bibliothèques publiques et universitaires. Elle
suscite des rencontres entre professionnels, leur diffuse de l’information par l’intermédiaire
52
d’un site et d’une lettre électronique, ainsi que d’un bulletin de liaison trimestriel, La
Lucarne. Celle-ci inclut des dossiers thématiques (notamment « Musique et cinéma »), ainsi
que des offres promotionnelles de films rares ou à tarif réduit. Présidée par Emmanuel Aziza,
Dominique Margot faisant office de déléguée générale, l’association s’efforce de développer
la réflexion sur les conditions de communication des œuvres au public. Elle organise enfin des
formations à l’intention des vidéothécaires, sur des sujets tels que les rapports entre la fiction
et la création vidéo, ou encore « Littérature et cinéma ».
Une Commission de sélection formée d’une trentaine de professionnels, est animée par
l’association à l’instigation de la Direction du livre et de la lecture. Elle visionne environ trois
cents films récents chaque année, pour en signaler une centaine méritant d’entrer dans les
collections des bibliothèques. D’une façon moins formelle, une liste de discussion
([email protected]) permet à une centaine d’abonnés d’échanger leurs annonces
et avis, mais aussi de repérer les documentaires intéressants dans les programmes des chaînes
de télévision.
Par ailleurs, Images en bibliothèques coordonne le « Mois du film documentaire »,
manifestation d’ampleur nationale lancée en 2000. Elle mobilise environ 400 lieux de
diffusion (bibliothèques, établissements culturels, associations et centres de ressources
spécialisés dans l’audiovisuel, établissements d’enseignement, salles de cinéma), pour des
projections, des séances spéciales, des rétrospectives et des rencontres sur des thèmes aussi
variés que les œuvres qui les abordent. C’est dans le cadre de ce festival que la BDP du Nord
et la BM de Cambrai ont ainsi monté ensemble un programme sur le théâtre, accompagné
d’une bibliographie et d’une filmographie de 200 titres en 2003.
Le site Internet (www.imagenbib.com ) * en annonce le programme. Il propose quelques
publications à télécharger : par exemple le compte-rendu d’un stage des CEMEA avec Serge
Tisseron sur “L’Enfant spectateur et la quête du sens” (2001) ou la brochure Vidéothèques,
mode d’emploi (2004). L’”Espace adhérents” ** offre davantage d’instruments : une base de
données, un annuaire électronique, des filmographies, une cartographie des collections. Le
bouquet de signets renvoie bien sûr vers l’ADAV et le fonds Images de la Culture.
En revanche, aucun lien ne rattache Image en bibliothèque à l’un des centres de ressources
du spectacle vivant. C’est l’indice d’une coopération insuffisante. Outre la nécessaire
adhésion à l’association pour profiter de ses prestations, les CR-SV devraient s’adresser à elle
en force de proposition. La communication de leurs catalogues de ressources audiovisuelles,
l’actualisation d’un guide des vidéos sur le théâtre, la danse, l’opéra ou les musiques actuelles,
la préparation de stages sur le documentaire relatif aux arts de la scène ou aux genres
musicaux, la réalisation de filmographies spécialisées, l’inscription des meilleures captations
de spectacles dans les listes de sélection, la programmation dans le “Mois” de films sur les
métiers du spectacle, la rédaction de dossiers sur le droit de consultation et de projection de
ces documents pour la Lucarne, voire d’une brochure “Captations, mode d’emploi”… Autant
d’initiatives qui auraient des effets positifs sur la diffusion des connaissances sur ces
disciplines auprès du public des bibliothèques et médiathèques.
Pour imiter les usagers, qui remplacent leurs magnétoscopes par des lecteurs de DVD,
beaucoup d’établissements privilégient désormais ce support à juste titre. Sachant que les
éditeurs ne ressortiront pas tous les anciens titres diffusés au fromat VHS, il importe
cependant qu’Images en bibliothèque sensibilise ses adhérents à la nécessité de conserver les
collections de cassettes et les appareils qui permettent de les lire.
CNC - Images de la culture
Le fonds Images de la Culture a débuté son existence en 1978. Le CNC le gère depuis
1996. Son catalogue réunit plus de 2.500 documentaires dont le Ministère de la Culture et de
la Communication (DMDTS et DDAI comprises) ont favorisé la production ou la distribution,
53
par le biais de subventions ou d’achats de droits, ne serait-ce qu’avec un apport d’un franc ou
d’un euro. A cet égard, la présence d’œuvres relatives au spectacle vivant a pâti de la
disparition d’Arcanal, allant de pair avec la suppression du financement accordé à ces
productions par la DMDTS. La DDAT, puis la DDAI ont pris le relais tant bien que mal, avec
des moyens insuffisants. Le CNC ajoute ses propres acquisitions à cette collection en
accroissement constant. L’ensemble reflète donc à la fois les choix de l’Etat et les tendances
de la réalisation audiovisuelle récente. La conservation n’est pas le but principal d’Images de
la culture, puisque ces œuvres justifient par ailleurs du dépôt légal. Dans une optique qui est
celle de la communication, la production de nouveaux titres et la récupération d’archives
paraissent justifiées seulement si les droits ont été négociés en amont. A défaut de cette
précaution, les vidéogrammes doivent attendre soixante-dix ans leurs spectateurs.
La véritable mission du fonds consiste à encourager la diffusion de ces films et vidéos
après leur première programmation à la télévision. Trois modes de lecture sont autorisés, à
condition de respecter le principe de gratuité : l’emprunt à domicile, la consultation
individuelle sur place, la projection dans un cadre collectif. A cette fin, les responsables
d’Images de la culture irriguent un réseau de médiathèques, de centres de documentation et
d’information (CDI) en collèges et lycées, d’établissements culturels et de circuits associatifs,
étendu même à des hôpitaux et des prisons, dans lequel ils ont mis en tout 45.000 copies à
disposition de 1999 à 2004. Le CNC assumant la numérisation complète du fonds, les DVD
remplacent petit à petit les cassettes. Les notices des œuvres, rédigées en concertation avec les
pôles de ressources compétents (tel le CNT pour le théâtre) valorisent les auteurs, les
interprètes, mais aussi les réalisateurs du document. Cette expérience a convaincu
l’administration du fonds d’un public attiré par le théâtre, la danse et la musique sur petit
écran. Les progrès rapides des systèmes de téléchargement à distance et de consultation en
ligne devraient l’amener à mettre sur pied, en étroite relation avec l’ADAV et Images en
bibliothèque, une banque documentaire pour le secteur de l’enseignement et de la lecture
publique, dans laquelle le spectacle vivant aurait sa part.
Les simples particuliers peuvent consulter la base et son catalogue en ligne
(www.cnc.fr/intranet_images/data/Cnc/index.htm) **, à partir du site du CNC. La recherche
d’un film ou d’une vidéo ayant bénéficié du concours financier du Centre peut y être menée
notamment dans les domaines de la musique, de la danse ou du théâtre, sinon par collection.
Elle permet en outre de savoir si un organisme proche de leur domicile est susceptible
d’emprunter un document qu’ils recherchent pour leur permettre de le visionner dans ses
locaux. Les établissements du réseau public recourent en effet à ce service pour satisfaire les
demandes de consultation de leurs usagers, mais aussi pour organiser des projections ou des
rétrospectives sur des thèmes de leur compétence. Ces structures sont aussi bien des centres
de documentation scolaire ou professionnelle que des fédérations d’éducation populaire, des
festivals, des institutions artistiques, des musées ou des écoles d’architecture. Les habitants de
l’agglomération lyonnaise peuvent par exemple découvrir les œuvres du catalogue à la
Bibliothèque municipale de Lyon (3e arrondissement) ou à la Médiathèques de Vaise (9e
arrondissement), à la Maison du livre, de l’image et du son de Villeurbanne, mais aussi à la
Maison de la danse, à l’Institut Louis Lumière, à l’Ecole normale supérieure, à l’Ecole d’art
de la rue Neyret, et même auprès du CID de la DRAC. Ces organismes ont trois possibilités :
acheter les cassettes (et bientôt les DVD, on le suppose) qui leurs sont proposées en lots à
coût réduit par Images de la Culture ; commander au fonds la copie d’œuvres requises, sur
devis ; enfin les louer pour un usage temporaire. Dans tous les cas, les projections doivent être
publiques et gratuites, comme les consultations individuelles, et avoir lieu en France. La
duplication et le prêt sont interdits, sauf autorisation expresse, si les droits sont disponibles.
Muni d’un moteur poussif, sur lequel il n’est pas possible d’entrer soi-même le titre, le
nom ou le mot-matière de son choix, le catalogue livre en ligne les notices des films et
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documents vidéo, en précisant bien sûr les réalisateurs, l’éditeur, la date et la durée, le tout
agrémenté d’un résumé. En janvier 2005, une recherche par thème permettait de pointer
environ 530 références pour la musique (opéra et chanson compris), 280 titres pour la danse
(classique, moderne, mais surtout contemporaine), environ 150 notices se rapportant au
théâtre (incluant d’autres disciplines du spectacle comme les arts de la rue et de la piste). Une
interrogation sur le mot-clef « marionnettes » apportait 42 réponses contre 13 pour « cirque ».
Enfin, en s’armant de patience, la consultation par noms fournissait 24 notices pour Bagouet
(Dominique), 5 pour Bartok (Béla), deux pour Barrault (Jean-Louis), deux pour Bartabas, et
deux (correspondant au même titre sur Le Théâtre de Tadeusz Kantor, film de 1988) pour le
critique Bablet (Denis).
Ateliers Diffusion Audiovisuelle (ADAV)
Plusieurs administrations se sont entendues avec le ministère de la Culture pour fonder
l’ADAV en 1984. Sous forme associative, elle fonctionne comme une centrale de vente de
documents audiovisuels à l’intention des bibliothèques publiques, centres culturels, des
mouvements d’éducation populaire, des organismes à but non lucratif qui désirent les projeter
à titre gratuit (pour un public restreint et à l’intérieur des locaux de l’acquéreur), les proposer
au prêt (pour une utilisation privée) ou à la consultation (pour un visionnage individuel dans
les locaux de l’acquéreur). Les vidéogrammes sont acquis par l’ADAV auprès de labels
publics et privés et regroupés par collections en fonction de leur thème ou de leur origine
(« Théâtre », Shakespeare », « INA », etc.). A la différence du fonds Images de la culture du
CNC, ces produits ne sont pas acquis libres de droits. Négociés avec les producteurs ou les
éditeurs, les distributeurs et les ayants droit, les tarifs du catalogue incluent les droits de
diffusion non commerciale pour la durée de vie du support, y compris pour les titres offerts
sur DVD, les montants variant selon le mode d’utilisation souhaité et l’audience estimée.
Située à Paris, l’association travaille surtout par correspondance. Elle distribue environ
30.000 supports par mois dans ses réseaux. Les établissement scolaires sont les plus
demandeurs, et leurs requêtes ne se bornent pas aux œuvres inscrites au programme. Le site
Internet (www.adav-assoc.com) * réserve aux structures de documentation et de diffusion du
secteur public et associatif, qui forment la clientèle de l’ADAV, l’accès à son catalogue.
Celui-ci comprend, parmi près de 20.000 références audiovisuelles (DVD et cassettes VHS) et
plus de 2.300 références multimédia (cédéroms et dévédéroms), de nombreux titres relatifs
aux arts du spectacle. Captations et documentaires confondus, le théâtre représentait environ
500 titres en janvier 2005, soit 2,5% de l’ensemble. Parmi ces références, certaines émanent
de la Direction du livre et de la lecture (DLL) du ministère, qui finance des documentaires
relatifs à un auteur. Pour étoffer son offre, l’ADAV essaie de convaincre des éditeurs de
ressortir en DVD, avec des bonus appropriés, des titres qui sommeillent dans leurs livres ou
dans leurs stocks. Il reste difficile de les persuader tant qu’on ne peut leur promettre la
clientèle de l’Education nationale et des bibliothèques municipales, car les seuils de rentabilité
sont assez élevés sur ce marché.
Forum des images (Centre audiovisuel de Paris)
Conçue grâce à la vision du poète Pierre Emmanuel et réalisée sous le mandat de Jacques
Chirac à l’Hôtel de ville, la Vidéothèque de Paris a ouvert ses portes au Forum des Halles le
1er février 1988. Si le grand gardien du patrimoine audiovisuel, l’INA, nourrit une ambition
nationale et se tourne en priorité vers les diffuseurs professionnels, la Vidéothèque a vocation
à livrer en images mouvantes la mémoire de Paris à ses habitants et à ses visiteurs, du moment
qu’ils sont amoureux de ses arrondissements autant que du septième art et du huitième.
L’accumulation de fonds nombreux et variés, l’achat et le dépôt de nouveautés, servis par un
personnel qualifié et un équipement d’archivage, de numérisation et de consultation très
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sophistiqué ont garanti presque aussitôt le succès public d’une institution sous statut associatif
à laquelle la Mairie consacre une subvention annuelle de 7 millions d’euros (en 2005) qui
représente 92% de ses recettes. Des postes de lectures individuels, des salles de projection,
dont une de grande capacité, et une médiathèque assurent un confort de consultation
appréciable. En parallèle, la constitution de la collection, la restauration, la production et la
post-production de films, le règlement et l’exploitation des droits, la commercialisation de
produits d’édition furent confiées de 1985 à 2004 à une autre association, assujettie à la TVA,
le Centre audiovisuel de Paris. C’est sous ce nom que les deux organismes ont fusionné au 1er
janvier de cette année en une seule association (comprenant donc désormais un secteur
commercial et un secteur non lucratif), la vidéothèque prenant l’appellation de Forum des
images pour les besoins de sa communication. Michel Reilhac, directeur à partir de 1993, lui
donna une impulsion décisive.
Sur les presque 7.000 films conservés (dont déjà près de 600 coproduits par la structure),
représentant 4.000 heures de projection environ (en 2005), et dont la numérisation intégrale
devrait être achevée en 2006, la musique, la danse, le théâtre, le cirque et le music-hall se
taillent une part à la mesure de la place qu’ils occupent dans la mémoire et l’imaginaire de
Paris. A titre d’exemple, le Forum des images mentionne sur son site
(www.forumdesimages.net) ** 152 films de fiction et documentaires inspirés par le théâtre, 6
titres seulement sur la musique classique et 18 sur la musique contemporaine, contre 278 sur
la chanson, 57 sur le jazz et 19 sur l’opéra, 49 sujets relatifs à la danse, 20 traitant du cirque,
11 du mime.
Des manifestations, des débats, des ateliers, des actions culturelles et pédagogiques
contribuent à entretenir la fréquentation, déjà très soutenue avec près de 250.000 spectateurs
par an. Elle pourrait augmenter fin 2006 avec l’arrivée à quelques pas de là de la Bibliothèque
du cinéma, département spécialisé de la Bibliothèque municipale André Malraux, située dans
le 6e arrondissement. Entre-temps le Forum des images aura fermé durant une quinzaine de
mois à compter de septembre 2005, pour des travaux menés sans préjuger des
bouleversements qu’entraînera la restructuration du quartier envisagée par le maire Bertrand
Delanoë (voir Emilie Charpentier, « Quand Paris fait son cinéma », mémoire de DESS
« Consultant culturel », Université Paris X-Nanterre, juin 2005).
Institut national d’histoire de l’art (INHA)
Au terme d’un long parcours préparatoire, semé d’embûches et d’hésitations, l’INHA a
pris enfin ses quartiers en 2004 au quadrilatère Richelieu et dans la galerie Colbert. Son
activité se répartira entre deux pôles complémentaires : la bibliothèque et la recherche. Une
fois apaisées les susceptibilités que cette installation avait éveillé du côté de la BNF, ses
départements, tout particulièrement le DAS et le DM, trouveront dans cette juxtaposition un
motif de coopération plus étroite.
La complémentarité entre les deux institutions devrait se vérifier à terme dans les échanges
entre la salle Labrouste, qui sera occupée par la Bibliothèque de l’INHA, et la salle Ovale, qui
accueillera le DAS entre autres départements de la BNF, puisque cette répartition ne semble
plus devoir être remise en cause par un nième arbitrage dans la bataille de mètres carrés qui fit
rage durant plusieurs années entre ces institutions et leurs administrations de tutelle. Il faut le
souligner une fois de plus ici : le ministère de la Culture n’a rien à craindre, les usagers, les
artistes et les scientifiques ont tout à gagner à l’installation de l’INHA dans des conditions
confortables. Chargées d’histoire comme elles le sont, les deux grandes salles du quadrilatère
Richelieu ont vocation à accueillir des ouvrages avec leurs lecteurs, et pas seulement à servir
d’écrin à des manifestations de prestige auxquelles se prêtent tant d’autres lieux. La
cohabitation n’est pas seulement possible : elle est porteuse de fructueuses relations entre les
disciplines. Encore faut-il que l’Etablissement public de maîtrise d’ouvrage des travaux
56
culturels (EMOC) placé sous la tutelle de la rue de Valois, qui a mené à son aboutissement en
février 2005 la rénovation de la galerie Colbert, entame sans plus tarder le chantier de
rénovation du quadrilatère. La salle Labrouste reste vide dans cette attente, après avoir servi
un temps de refuge au Centre d’accueil et de recherche des Archives nationales (CARAN).
Quant à la salle Ovale, c’est elle qui héberge la Bibliothèque de l’INHA pour un bail
provisoire qui risque de durer plusieurs années.
L’idée d’un tel institut a été portée depuis vingt ans par de nombreux scientifiques, dont
l’historien d’art André Chastel, père de l’Inventaire général, fut l’un des premiers. Le transfert
de la plupart des collections de la BNF sur le site Tolbiac (achevé en 1998) a permis
d’imaginer pour lui ce cadre prestigieux au cœur de Paris. Le 11 avril 1996, la galerie Colbert
lui est affectée de surcroît. Une collection de rapports officiels jalonne le chaotique processus
de décision interministérielle qui aboutit enfin à la fondation de l’établissement public par un
décret de juillet 2001, contresigné par Jack Lang pour l’Education nationale, Catherine Tasca
pour la Culture et Roger-Gérard Schwartzenberg pour la Recherche. Sous la présidence de
Jacques Sallois, avec Alain Schnapp pour directeur général, il a donc depuis le début de
l’année 2005 deux adresses de part et d’autre de la rue Vivienne, l’une pour les laboratoires,
les séminaires et les expositions, l’autre pour la documentation et l’iconographie. Outre la
BNF côté Richelieu, son principal voisin côté Colbert n’est autre que l’Institut national du
patrimoine (INP), formé lui aussi en 2001 de la réunion de l’Ecole nationale du patrimoine,
fondée en 1990, et de l’Institut de formation des restaurateurs d’œuvres d’art, créé en 1977.
Sous la direction de Geneviève Gallot, l’INP, présidé par Jean Musitelli, prépare à l’exercice
de leur futur métier des conservateurs et restaurateurs sélectionnés par concours (www.inp.fr).
Il dispose de deux centres documentaires, l’un sur place de 10.000 ouvrages et 2.500 dossiers,
l’autre à Saint-Denis Le Plaine, de 22.000 ouvrages et plus de 20.000 autres références.
Depuis le 1er janvier 2003, l’INHA a reçu de la chancellerie des universités de Paris
mandat de gérer la Bibliothèque d’art et d’archéologie Jacques-Doucet. Féru d’art, le riche
couturier l’a constituée à partir de 1908, puis l’a léguée en 1918 à l’Université. Logée dans un
bâtiment de style colonial de la rue Michelet, nourrie de dons et d’acquisitions, elle a
accumulé plus de 810.000 documents, dont près de 2.000 ouvrages et 170 estampes et dessins
sur les fêtes et cérémonies spectaculaires du XVIe au XIXe siècle inclus. Première à intégrer
le site Richelieu, elle y sera rejointe par deux autres composantes : la Bibliothèque centrale
des musées nationaux avec ses plus de 250.000 documents, et les collections d’imprimés de
l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts (ENSBA), riche de près de 130.000 références. Le
catalogue général de cette bibliothèque fusionnée, que dirige Martine Poulain a déjà été mis
en ligne sur le site (http://catalogue.inha.fr) ***. La salle Ovale reçoit déjà les étudiants (à
partir de la maîtrise), les chercheurs et les amateurs attirés par les collections Doucet, dont
20.000 documents sont déjà libres d’accès. Après les travaux, quand la bibliothèque aura
regroupé son potentiel de 1,3 millions de références, la salle Labrouste leur fournira 400
postes de travail et 265.000 documents en libre consultation. Notons par ailleurs que ceux-ci
peuvent aussi repérer l’ouvrage qui les intéresse grâce à la Bibliographie d ‘histoire de l’art
(BHA), éditée depuis 1991 par l’Institut d’information scientifique et technique de (INIST) du
CNRS avec le Getty Research Institute (http://bha.inist.fr), et dont les 300.000 notices
actualisées chaque année sont livrées sur un cédérom muni d’un moteur de recherche.
Les sept programmes de recherche de l’INHA, dont le site (www.inha.fr) ** et le
trimestriel Les Nouvelles de l’INHA rendent régulièrement compte, croisent sur plusieurs
thèmes les préoccupations des historiens du spectacle. La constitution des archives de l’art de
la période contemporaine (XIXe-XXe siècles) peut les intéresser, d’une part dans la mesure
où tant de peintres, de Pablo Picasso à Olivier Debré, ont collaboré à la réalisation de décors
et de costumes pour le théâtre et l’opéra, cosignant des œuvres marquantes de la modernité,
d’autre part en ce que beaucoup de ces artistes, de Degas à Léger, de Matisse à Calder, ont
57
cherché dans la danse, la musique ou le cirque le cadre d’une nouvelle école du regard.
L’histoire du cinéma (sous la conduite d’Irène Bessière et de Jean Gili) les sollicite aussi, car
elle emprunte sans cesse à ces disciplines ce qu’elle leur restitue en lumière, en vitesse et en
profondeur de champ. Enfin le programme intitulé “Beaux-Arts/ Musique/ Théâtre”, auquel
on accolerait d’autant plus volontiers le terme générique de spectacles qu’il embrasse aussi le
ballet, les marionnettes, la pantomime, le cirque, les concerne au premier chef. Il s’agit surtout
dans ce cas de constituer des répertoires iconographiques référencés, commentés et indexés de
manière à faciliter le travail des chercheurs et des éditeurs, mais aussi des auteurs, des
interprètes, des scénographes, des costumiers qui tentent de remonter aux sources d’une
œuvre, d’une image ou d’un objet. Ces trésors et les informations qui les font parler sont
dispersées dans les collections publiques ou privées, entre des établissements de création ou
d’enseignement, des musées, des bibliothèques et des dépôts d’archives. Malgré de glorieux
précédents nommés Pomme de Mirimonde ou Rondel, la France n’a pas connu depuis
longtemps une entreprise systématique d’inventaire en la matière. Il ne suffit pas de recenser
les estampes et les affiches, les frontispices et les programmes, les partitions et les petits
formats. Il faut encore les analyser lors de séminaires et de colloques, les restituer par des
publications et des éditions en ligne, les exploiter à travers des expositions, les traiter dans des
bases de données. Les moyens de l’Institut n’y pourvoiront pas seuls. L’apport du MEN et
l’appui du MCC, la contribution du CNRS et des universités devront donner l’ampleur
nécessaire à ces travaux.
Bibliothèque Sainte-Geneviève
Rattachée à l’Université de Paris (sous la direction de Nathalie Jullian, conservateur
général), la Bibliothèque Sainte-Geneviève a une longue histoire dont les origines remontent à
la fondation de l’abbaye dédiée à la protectrice de Paris. Elle perche sur la colline du
Panthéon, non loin du sépulcre solennel qui fut d’abord une église consacrée à la sainte. Les
collections proprement dites ont été constituées à partir de 1624, sur des bases
encyclopédiques. Des dons considérables l’enrichissent alors qu’elle s’ouvre au public, avant
même la Révolution, laquelle consacre néanmoins son passage sous la tutelle de la nation. La
Restauration lui confie en 1828 un exemplaire du dépôt légal, assurant ainsi son universalité.
Ce privilège durera jusqu’en 1997, quand les textes instaureront une répartition au profit d’un
plus grand nombre d’établissements. De nos jours, près de 30% des nouveaux ouvrages
entrent encore gratuitement par ce biais, le reste provenant surtout des achats. Louis-Philippe
fit poser la première pierre du bâtiment dessiné et décoré par Henri Labrouste, inauguré en
1851, dont l’accès est permis tous les jours (sauf le dimanche) de 10h à 22h, après délivrance
d’une carte sans frais, à quiconque est âgé de plus de 18 ans ou titulaire du baccalauréat, pour
peu qu’un siège se libère au bon moment…
Classés par discipline, environ 20.000 ouvrages et 270 périodiques sont laissés en libre
accès, de même que les ressources électroniques (cédéroms et bases de données en ligne).
Quelques postes permettent la lecture des microformes. Les collections forment trois
ensembles. La Réserve contient 4.300 manuscrits, 50.000 illustrations (dessins, estampes,
photographies), 120.000 imprimés rares et anciens. Le fonds général rassemble les documents
publiés de 1811 à nos jours : plus d'un million d’ouvrages, 14.800 titres de périodiques dont
3.500 en cours, parmi lesquels les arts du spectacle et la musique sont bien représentés. La
Nordique intéressera les amateurs de littérature et de théâtre scandinaves ou baltes ; avec
160.000 volumes et 4.200 périodiques, il s’agit de la plus riche bibliothèque pour les langues
du nord de l’Europe (en dehors de cette aire géographique), alimentée par les dons des Etats
concernés.
Le catalogue en ligne, très sollicité sur le site Internet (www-bsg.univ-paris1.fr) ***
renvoie donc à 1,2 million de volumes reliés. La conversion rétrospective des 500.000 fiches
58
manuelles progresse peu à peu, avec près de 850.000 notices informatisées en 2003. Le site
propose également d’un calendrier d’activités et des aperçus des expositions réalisées à la
Bibliothèque, par exemple sur « La musique dans le livre » (2003).
Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC)
Installée en 1970 sur le campus de l’Université Paris X-Nanterre où elle partage un édifice
avec la BU, la BDIC a été créée officiellement en 1925 au Fort de Vincennes pour recueillir et
restituer la mémoire d’un monde bouleversé par les guerres mondiales. L’origine du projet
remonte de fait à 1914. Un Musée d’histoire contemporaine, logé à l’hôtel des Invalides,
constitue son département iconographique.
L’accès de la bibliothèque est réservé aux chercheurs qui justifient d’un motif précis et
pertinent, quel que soit leur niveau d’étude. Si ses sujets de prédilection sont d’abord les
conflits internationaux, les changements politiques, les mouvements sociaux, elle ne reste pas
étrangère à la vie quotidienne et aux questions culturelles. Sur la Russie, l’Europe centrale et
orientale, ses collections figurent parmi les premières au monde. Elle classe et référence des
ouvrages français et des volumes en langue originale, des périodiques et des dossiers, des
fonds d’archives et des correspondances privées, en tout plus de trois millions de documents
textuels, près d’un million de pièces iconographiques (dont une exceptionnelle collection
d’affiches), de nombreux films et documentaires en vidéo, des archives sonores. Certains
ensembles touchant à la littérature dramatique, à la composition musicale, à la vie du
spectacle. La navigation sur le site (www.bdic.fr) **, malaisée du fait de son architecture
complexe, peut être guidé par le moteur de recherche. La manipulation du catalogue
informatisé en ligne – même en s’en tenant aux documents en caractères latins – requiert un
certain entraînement. Les conférences et les expositions de la BDIC permettent souvent de
jeter un regard sur des questions d’histoire ou de société dont la création artistique en général
et le théâtre en particulier sont aussi les témoins.
Bibliothèque Forney
Bibliothèque municipale d’art et d’industrie de la ville de Paris, la Forney a connu deux
résidences. En mourant, l’industriel Samuel-Aimé Forney avait légué à la Ville un pactole
pour favoriser la formation des apprentis. Sept ans de réflexion plus tard, le conseil de Paris
inaugura en 1886, dans une école du Faubourg Saint Antoine, sur le terrain de la manufacture
des papiers peints Réveillon, une bibliothèque où les artisans de ce quartier productif
pouvaient copier des modèles, consulter des estampes et emprunter des livres.
De l’impression sur toile à la fabrication de meubles, du bronze au stuc, de la lutherie à la
confection de décors pour le théâtre, quasiment tous les métiers s’y sont donnés rendez-vous.
Le fonds a vite atteint des dimensions nationales, voire internationales. La place venant à
manquer, le déménagement à l’Hôtel de Sens fut décidé dès 1929 mais entamé… en 1961.
Cette pondération contribue autant que le cadre médiéval de l’édifice au charme d’une
institution toujours appréciée par les décorateurs de théâtre et de cinéma pour la richesse de
ses répertoires et de ses catalogues. Sans lui demander de basculer d’un seul coup dans l’ère
numérique, ils n’en attendent pas moins la rétroconversion des notices – promise par la
municipalité Delanoë vers l’horizon 2007 - pour faciliter leurs recherches de techniques ou de
motifs. 200.000 volumes, 2.580 titres de périodiques (dont près de 650 vivants), plus d’un
million de cartes postales et de 23.000 affiches, près de 30.000 catalogues commerciaux et
325.000 reproductions, 50.000 diapositives, sans compter la troisième collection de papiers
peints de France, méritent bien un fichier automatisé. En attendant, le site de l’association
Paris Bibliothèques (www.paris-bibliotheques.org) sert d’interface pour connaître les
publications, les expositions et les animations réalisées avec les fonds de Forney.
59
Bibliothèque du film (BIFI)
Encore logée rue Saint-Antoine à Paris, en attendant l’installation prévue courant 2005
dans les nouveaux locaux de la Cinémathèque française, dans l’ex-centre culturel américain
du quartier Bercy, la BIFI offre la large palette de services attendus par les cinéphiles de
toutes obédiences : médiathèque, iconothèque, espace pour les chercheurs, centre
d’information et de documentation pour les professionnels. Le site (www.bifi.fr) ** ouvre
accès aux catalogues. Le moteur de recherche, dont l’usage requiert un peu d’exercice, inclut
des index facilitant une requête thématique, par exemple sur des films se rapportant au jazz,
au tango, ou encore à la vie du cirque… La BIFI oriente volontiers les lecteurs vers les autres
organismes disposant de fonds spécialisés : bibliothèques publiques, cinémathèques,
fédérations de ciné-clubs, de producteurs ou d’exploitants. Elle se fait également éditrice pour
rendre compte de travaux contribuant à la connaissance du patrimoine cinématographique.
Ecole nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (ENSSIB)
En dehors de ses missions de formation pour la fonction publique (nationale et territoriale)
et le secteur privé, qui font de cette école supérieure installée à Villeurbanne la plus cotée de
France dans son domaine, les techniques documentaires et la bibliothéconomie, l’ENSSIB est
l’éditrice de l’indispensable Bulletin des bibliothèques de France (BBF), dont les notices
bibliographiques sont enregistrés dans des bases de données Pascal (française) et LISA
(internationale). Les professionnels peuvent se référer à ces comptes-rendus pour compléter
leurs propres notices ou conseiller les lecteurs. De statut universitaire, l’école accueille des
recherches de haut niveau en relation avec le Consortium européen des bibliothèques de
recherche (CEBR ou CERL en anglais). Son site (www.enssib.fr) propose aussi une gamme
d’actions de formation continue, conçues notamment pour permettre aux professionnels
d’accompagner les évolutions techniques et informatiques en cours.
b) Bibliothèques et médiathèques (dans les régions)
Il serait fastidieux de décrire les ressources bibliographiques et documentaires sur la
musique et le spectacle répartis dans les bibliothèques des villes, des départements et des
régions. Le lecteur se reportera au commentaire déjà émis à ce sujet dans le chapitre portant
sur les lacunes des réseaux de lecture publique. Les rubriques consacrées à la BNF lui ont
appris par ailleurs qu’il existait un Catalogue collectif de France (CCFr) accessible en ligne
(http://www.ccfr.bnf.fr/) ***, susceptible d’indiquer dans quels établissements du pays se
trouvent les ouvrages et périodiques recherchés. Le même service est offert pour les
bibliothèques universitaires (BU) par le Service universitaire de documentation (SUDOC)
géré depuis Montpellier par la cinquantaine d’agents de l’Agence bibliographique de
l’enseignement supérieur (ABES), établissement public à caractère administratif créé en 1994,
dont le catalogue unifié a été mis en ligne en 2000 (www.sudoc.abes.fr). *** Enfin les Signets
de la BNF (http://signets.bnf.fr/html/categories/c_017adresses_france.html) fournissent
aimablement les coordonnées des organisations fédérant les différentes composantes
territoriales : bibliothèques départementales de prêt (BDP), Bibliothèques des grandes villes
de France ou bibliothèques municipales à vocation régionale (BMVR). On se contente de
condenser ci-dessous leurs informations. Rappelons encore que plusieurs sites permettent
d’identifier la plupart des établissements de lecture en France. Le ministère de la Culture
recense les Adresses des bibliothèques publiques, la BNF tient à jour l’Annuaires des pôles
associés, enfin l’Association des bibliothécaires de France propose son propre registre
(http://www.abf.asso.fr/sitebib/).
Il suffisait d’un seul exemple en dehors de Paris pour montrer que la réalisation d’un
département consacré aux arts vivants dans un établissement municipal ou dans une chaîne de
60
bibliothèques de quartier est à la portée de bien des collectivités, pour peu qu’une volonté
publique les anime et qu’un programme ministériel les soutienne. Le choix s’est porté sur la
Médiathèque de Vaise, à Lyon.
Association des directeurs de bibliothèques départementales de prêt (ADBDP)
L'association offre un répertoire des BDP par ordre alphabétique des départements,
précisant le nom des directeurs, avec des liens vers les bibliothèques disposant d'un site
Internet et, le cas échéant, un catalogue en ligne (www.adbdp.asso.fr).
Association des directeurs de bibliothèques des grandes villes de France (ADBGV)
L’organisation rassemble les responsables de bibliothèques municipales ou
intercommunales d’agglomérations au dessus de 50.000 habitants. Son site propose un
annuaire des 138 établissements adhérents, répartis par départements, qu’il est possible de
pointer à partir d'une carte de France. Les bibliothèques joignables sur un site et celles ont le
catalogue est consultable en ligne sont signalées à part (www.adbgv.asso.fr).
Adresses des bibliothèques publiques
Le ministère de la Culture et de la Communication, actualise de manière régulière les
coordonnées des 4.170 établissements avec lesquels il entretient des rapports : BDP, BMVR,
autres bibliothèques municipales ou intercommunales, classées ou non. La nature de leurs
collections est mentionnée en regard. Un moteur de recherche permet l’interrogation par
catégorie d’établissement, par ville, département ou région, ou encore à partir d’une carte.
Une version imprimée peut aussi être commandée. Le site comprend un annuaire de liens vers
d’autres
répertoires
et
portails
du
réseau
(www.culture.gouv.fr/documentation/bibrep/pres.htm).
Annuaires des pôles associés
La Bibliothèque nationale de France a formé autour d’elle un réseau de partenaires pour la
documentation : les pôles associés. Ces bibliothèques publiques favorisent l’accès de tous aux
collections et ressources communes, en misant sur leur complémentarité dans certains
domaines thématiques. Deux répertoires sont accessibles en ligne. Le premier recense les
pôles de partage documentaire. Le second dresse la liste des pôles bénéficiant d’une partie du
dépôt légal des imprimeurs. L’adresse Internet exacte est la suivante :
(www.bnf.fr/pages/zNavigat/frame/infopro.htm?ancre=cooperation/po_ann-pres.htm).
c) Etablissements de conservation du patrimoine
Centre d’accueil et de recherche des Archives nationales (CARAN)
Les spécialistes eux-mêmes n’ont pas toujours le réflexe d’aller chercher une affiche de
cirque, un programme de théâtre ou une annonce de concert dans un service d’archivage
administratif. Et pourtant, les activités de la puissance publique la mettent sous plusieurs
aspects en rapport direct avec le monde du spectacle. L’état-civil d’un artiste, une décision de
censure sur le texte d’une pièce, un rapport de police au sujet d’un music-hall accusé de
tapage nocturne, une autorisation de représentation dans l’espace urbain, un dossier de
demande de subvention, les bilans d’une association culturelle conventionnée par l’Etat, la
correspondance d’un directeur de conservatoire avec ses tutelles, les notes internes de
l’ancienne Direction générale des arts et des lettres, tout cela finit un jour par se retrouver sur
des rayonnages d’archives. De plus l’une génération à l’autre, les conservateurs de ces
services ont eu à cœur de collecter des papiers de toutes sortes pour témoigner de la vie des
administrés. Ils ont accepté des dépôts d’entreprises, d’associations et de particuliers, procédé
61
à des achats d’estampes rares. Des établissements artistiques leur ont confié leurs collections.
Créées par un décret du 7 septembre 1790, les Archives nationales (AN) sont aujourd’hui
un établissement public à caractère administratif placé sous la tutelle de la Direction des
archives de France (DAF), née en 1897 mais ainsi nommée depuis 1936, rattachée aux
Affaires culturelles en 1959. En charge du cadre réglementaire, la DAF exerce son contrôle
scientifique et technique sur les services décentralisés. Elle dispose de correspondants auprès
des différentes directions d’administrations centrales, dont la DMDTS et des conseillers dans
les DRAC, dont la liste figure sur son site (www.archivesdefrance.culture.gouv.fr) **. Ces
agents sont à même d’orienter les institutions artistiques désireuses de sauvegarder et de
valoriser leur collections. La DAF tient du reste à jour la liste des services archivistiques
existant au sein des établissements de rang national comme le Centre Georges Pompidou ou
l’INA.
Les AN veillent sur la mémoire écrite de l’Etat, de ses autorités nationales et de ses
services centraux. Cette mission de conservation est sans nul doute la plus ancienne de celles
qu’assument les administrations culturelles. La Convention qui l’organise de façon
systématique par la loi du 7 messidor an II (25 juin 1794), mais c’est la loi du 3 janvier 1979
qui en régit les procédures de nos jours. La date de 1958, qui correspond à la naissance de la
Ve République, marque le partage entre les documents relevant du Centre historique des
archives nationales (à l’hôtel des Archives de Paris) et du Centre des archives contemporaines
(à Fontainebleau). Les premières remontent aux premiers dépôts permanents de l’époque
mérovingienne. L’Ancien Régime, les gouvernements révolutionnaires, les restaurations, les
empires, les IIe, IIIe et IVe Républiques, mais aussi le régime de Vichy y ont laissé leur
empreinte. On continue d’y verser les papiers de la présidence de la République, un projet de
dépôt à Reims n’ayant pas abouti. Les secondes représentent une masse considérable à
laquelle beaucoup de fonds personnels se sont ajoutés. L’ancien siège de l’état-major de
l’OTAN les hébergent depuis 1969. L’installation de nouveaux bâtiments à la Plaine SaintDenis a été décidée par le gouvernement Raffarin, mais la réalisation n’en sera sans doute pas
achevée avant 2009. Deux autres centres nationaux sont respectivement consacrés aux
archives de l’outre-mer (à Aix-en-Provence) et à celles du monde du travail (à Roubaix).
Enfin le Centre national du microfilm reproduit les archives détenues dans les autres centres
et dans les services territoriaux. Par ailleurs certains ministères, à savoir les Finances, les
Affaires étrangères, la Défense nationale gardent leurs propres collections. A partir de 1983,
les lois de décentralisation ont transféré aux conseils généraux la responsabilité de conserver
les documents des services extérieurs de l’Etat, des communes, des départements et des
régions. Les cent archives départementales, dont l’origine remonte au 5 brumaire an V (26
octobre 1796) ont depuis lors acquis un rôle crucial dans la mémoire de leur environnement
social et culturel, et ceci vaut – ou devrait valoir – pour la musique et les arts du spectacle.
Cependant de nombreuses collectivités territoriales, notamment des villes possédant des fonds
anciens, entretiennent leurs propres services sous l’autorité d’un conservateur.
L’investigation dans les archives requiert compétence et expérience. En dehors du cas où le
service détenteur du document peut aisément être identifié - par exemple les Archives
communales pour l’histoire d’un théâtre municipal -, il est conseillé de s’adresser au Centre
d'accueil et de recherche des Archives nationales (CARAN). Inauguré en 1988 rue des
Francs-Bourgeois, ce service a dû se réfugier durant une campagne de travaux dans la salle
Labrouste du quadrilatère Richelieu puis, à partir de janvier 2005, dans une installation
provisoire de l’hôtel de Soubise. En temps normal, la partie des locaux nommée “grand
CARAN” reçoit les visiteurs dans un hall d'information, une salle des inventaires (72 places
avant les travaux), une salle de lecture (360 places) ainsi qu’une salle de consultation des
microfilms (160 places), la partie baptisée "petit CARAN" hébergeant quant à elle des
services qui intéressent peu le chercheur en arts du spectacle ou en musicologie (onomastique,
62
topographie parisienne, sigillographie et d'héraldique, Institut français d'histoire sociale).
L’identification d’une référence passe par la consultation de fichiers, d’inventaires, de
microfilms ou de bases de données dont plusieurs sont proposées en ligne sur le site des AN
(www.archivesnationales.culture.gouv.fr) ***, dont le plan et les outils d’aide à la recherche
sont toutefois d’un maniement difficile.
La plus importante, qui s’appelle EGERIE, indexe l’ensemble des fonds nationaux. Les bases
spécialisées PROF et JLB décrivent les fonds anciens, tandis que ARNO recense les
documents du Minutier central des notaires parisiens. LEONORE, ARCADE et NAT
recensent les fonds modernes et contemporains. Enfin la banque de données ARCHIM
constitue la photothèque numérique des AN. Parmi ses près de 4.000 notices et 1.500
illustrations accessibles en ligne (www.culture.gouv.fr/documentation/archim/accueil.html)
**, peu retracent l’histoire des spectacles, à l’exception de quelques sceaux et timbres des
fêtes révolutionnaires. Un fichier de recherche thématique de près de 20.000 notices
récapitule les réponses aux demandes adressées par correspondance au CARAN. D’autre
notices méthodologiques, qui ne sont malheureusement pas téléchargeables, orientent les
débutants.
Centre national de la cinématographie (CNC) – Archives françaises du film, Centre de
ressources documentaires, Service des études, des statistiques et de la prospective
Fondé en 1946, le CNC est doté d’une personnalité juridique autonome grâce à son statut
d’établissement public à caractère administratif (EPA), mais il assure de facto les missions
d’une administration centrale du ministère de la Culture et de la Communication. Sa Direction
du patrimoine cinématographique coiffe le service des Archives françaises du film, chargé de
protéger, restaurer et valoriser les pellicules anciennes, mais aussi de collecter, conserver,
cataloguer et communiquer les bobines du dépôt légal. Le Service des études, des statistiques
et de la prospective, éditeur (entre autres) du bulletin CNC Info et d’un rapport annuel, lus par
toute la profession, produit avec peu de personnels des tableaux régulièrement issus des
données de l’activité, dont le CNC a connaissance par les déclarations qu’il reçoit, par les
autorisations qu’il délivre, mais surtout à travers la taxe qu’il perçoit par l’intermédiaire d’une
billetterie centralisée. Dominique Forette est bien fondé d’en prendre exemple, dans son étude
sur la fonction de ressources du CNV, pour définir les responsabilités d’un organisme
bénéficiaire d’une recette parafiscale (CNV ou Fonds de soutien du théâtre privé), même si ce
dernier, à la différence du CNC, n’est en est pas le collecteur direct.
Enfin le CNC intéresse le public du spectacle vivant à travers son Centre de ressources
documentaires, créé en 1953, susceptible de le renseigner sur les riches rapports du cinéma et
de la musique, bien sûr, mais aussi sur ses relations aux autres arts de la scène. Les fonds du
centre sont décrits sur le site Internet (www.cnc.fr) *** qui propose en abondance statistiques,
textes législatifs et réglementaires, études et rapports. Ils traitent en effet de l’environnement
et des conditions de la production, de la distribution et de l’exploitation, bien plus que du
contenu des œuvres. Pour ce dernier aspect, le cinéphile se voit orienté vers la BIFI.
En revanche le CNC, compétent pour l’audiovisuel, peut renseigner le metteur en scène, le
chorégraphe ou l’interprète sur les régimes d’aides et de droits relatifs à la captation d’une
œuvre. C’est plus particulièrement dans ce domaine que la coopération s’impose avec les
centres de ressources du spectacle vivant, lesquels ont déjà organisé une réunion commune
d’information sur ce thème. Sur un terrain voisin, le CNC assure déjà la coordination du
dispositif pour la création artistique multimédia (DICREAM), fonds commun du ministère
pour le soutien à la production d’œuvres pluridisciplinaires recourant aux techniques
numériques, dans lequel la DMDTS est impliqué par le canal de son Bureau des affaires
juridiques, de l’économie et des industries culturelles.
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Réunion des musées nationaux (RMN)
La RMN naquit en 1895 de la nécessité de financer l’acquisition d’œuvres d’art dans les
musées d’Etat. Cette mission demeure l’une des principales qu’elle assume aujourd’hui, sous
le statut d’établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) dont elle fut
pourvue en 1990. Depuis 1930 elle programme des expositions qui ont autant pour but de
faire connaître les collections publiques que de recueillir les recettes indispensables aux
achats. De nos jours, une vingtaine sont inaugurées en moyenne par an, tant dans les Galeries
nationales du Grand Palais et du Palais de la Porte Dorée que dans chacun des trente-deux
musées concernés, dont vingt se situent à Paris ou dans sa région. En outre la RMN gère leur
billetterie, leurs espaces d’accueil et de vente, mène des enquêtes sur les publics et conduits
des actions pédagogiques. Avec un succès commercial très variable, elle édite des catalogues,
des affiches, des cartes postales, le Petit journal des grandes expositions, mais aussi des
cédéroms, des reproductions et toute une gamme de produits dérivés. Sous un format élégant
et lisible, le site Internet (www.rmn.fr) ** propose ces services et présente ces manifestations.
L’Agence photographique de la RMN gère les droits des reproductions et permet de
commander 200.000 clichés en ligne sur son site (www.photo.rmn.fr) **, pour peu que le
moteur de recherche, parfois capricieux, se montre coopérant. En cas de problème, le
professionnel peut se faire assister par l’équipe de quinze documentalistes et iconographes
pour retrouver un cratère grec montrant des chorèges, un portrait d’acrobate de Picasso un
pastel de ballerines par Degas, une esquisse de Matisse pour La Danse, une photo de Fluxus
en actes, etc. Un annuaire de liens menant aux membres de la Réunion est également à sa
disposition.
L’organisation, les missions, les réalisations de la Réunion des musées nationaux n’entrent
pas dans le champ de cette étude, bien que les établissements qui en relèvent pour leurs
acquisitions, leurs expositions et leurs éditions conservent de nombreuses pièces d’un haut
intérêt pour l’histoire de la musique, du théâtre ou de la danse. On sait combien
l’iconographie permet de faire vivre la connaissance des instruments et des interprétations,
des décors et des costumes, des fêtes populaires et des carrousels officiels, des auteurs et des
acteurs, des compositeurs et des chorégraphes. Aux estampes et tableaux traitant des arts
vivants, de leurs régisseurs et de leurs publics dont regorgent les collections permanentes et
les réserves des musées nationaux, s’ajoutent des photographies, des documents d’archives et
des objets, parfois des éléments ayant trait à la scénographie ou à l’architecture des lieux de
spectacles. En dehors des grands établissements comme le Louvre, Orsay, Guimet et le
MNATP, les musées nationaux honorent entre autres Eugène Delacroix, Gustave Moreau,
Marc Chagall, Pablo Picasso, Fernand Léger : le regard de ces artistes sur la scène mérite bien
un arrêt sur image. Chacun pour ce qui concerne son établissement, les conservateurs en sont
fort conscients, qui consacrent des dossiers, des fascicules, des conférences, des visites
thématiques et bien sûr des expositions temporaires aux sujets qu’épousent tant d’objets. Ce
que le Musée d’Orsay put faire pour la danse ou l’opéra, d’autres le peuvent pour le théâtre,
les marionnettes ou la chanson. Ainsi le Musée des Granges de Port-Royal présenta-t-il
« Racine, Phèdre ou le choix de l’absolu » (du 10 avril au 31 août 1999) seule exposition
explicitement consacrée aux arts de la scène sous l’égide de la RMN depuis 1999, à
l’occasion du tricentenaire de la mort du dramaturge.
Mais dans ce domaine, la somme des motivations n’aboutit pas aisément à des réalisations
d’envergure au sein de la RMN. Lorsque cela advient néanmoins, celle-ci les instruit avec ses
propres compétences, sans toujours songer aux alliances qu’elle pourrait conclure à
l’occasion. Or elle trouverait avantage à se rapprocher des centres de ressources, des
bibliothèques et des pôles documentaires de la musique et du spectacle lorsqu’elle se mobilise
sur des projets d’exposition, d’édition et d’action culturelle qui regardent l’une de ces
disciplines. Un exemple récent, choisi en toute partialité, illustre la relative imperméabilité de
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la RMN aux suggestions venant d’autres horizons que ceux de la DMF, à d’autres
propositions que ceux que les conservateurs portent eux-mêmes. Les sollicitations du comité
de pilotage de l’Année des arts du cirque, appuyées par deux ministres de la Culture de l’été
2001 à l’été 2002, n’avaient pas suffi pour l’engager dans une entreprise qui aurait permis de
valoriser, soit sur un site d’exposition commune, soit au sein même des musées intéressés, des
chefs d’œuvre rappelant la fascination que le cirque et les arts forains exercent depuis
longtemps parmi les peintres et les sculpteurs. Cette lacune dans l’approche pluridisciplinaire
des arts de la piste, à laquelle devait prêter l’opération ministérielle, n’a été qu’en partie
comblée au Grimaldi Forum de Monaco par l’exposition « Jours de cirque », montée avec le
concours du MNATP, mais dans laquelle la RMN n’a pas jugé bon de s’impliquer en
profondeur, et dans une moindre mesure à Paris par l’exposition plus légère de la BNF (DAS)
intitulée « Des clowns ». Enfin vint au printemps 2004 – dix-huit mois après la clôture de
l’événement - la superbe exposition du Musée des Beaux-Arts du Canada (Ottawa),
coproduite avec la RMN au Grand Palais, baptisée « La Grande parade, Portrait de l’artiste en
clown », par allusion au célèbre essai de Jean Starobinski, Portrait de l’artiste en
saltimbanque (Albert Skira, Genève, 1970, rééd. « Champs » Flammarion, 1983). Celle-ci,
avertissent les conservateurs, « n’est pas consacrée aux représentations du cirque dans les arts
ni directement à l’histoire du cirque. » D’excellents spécialistes français ont été mis à
contribution pour le catalogue, les conférences, les tables rondes, le programme de films, le
cédérom pédagogique qui accompagnent l’exposition. Il n’empêche : HorsLesMurs et sa
revue Arts de la piste, attentives depuis leur fondation au commerce symbolique entre le
cirque et les autres arts n’ont été prises en compte qu’à leur demande, au moment d’en rendre
compte. Mais surtout la RMN ouvrait ses espaces à l’exposition canadienne au moment même
où le Musée de la Chartreuse à Douai s’apprêtait à inaugurer la sienne, au thème si proche :
« Au cirque, le peintre et le saltimbanque »(9 avril – 18 juillet 2004) en collaboration avec le
MNATP.
On ne tirera pas de leçon générale de ce cas, sauf pour inviter les responsables des centres
de ressources à redoubler d’efforts pour convaincre leurs partenaires des établissements
patrimoniaux de mieux valoriser les collections évoquant leurs disciplines. De la
programmation d’expositions à la collation d’inventaires, à travers des colloques, des
conférences, des ouvrages, des cédéroms, des sites, des émissions de radio et de télévision, les
solutions ne manquent pas pour décliner un tel programme avec le concours de la RMN et
l’aide de sa tutelle, la DMF. Beaucoup de conservateurs sont heureusement conscients de la
fécondité des rapports entre les arts plastiques et les arts de la scène, entre le geste du peintre
et la geste de l’interprète. En quête d’un projet original pour la Principauté, c’est cette liaison
que Jean-Michel Bouhours a choisi de dévoiler dans la préfiguration du futur musée de
Monaco, censé ouvrir ses portes entre 2008 et 2010. Il est vrai que des rencontres marquantes
eurent lieu sur un rocher fréquenté par Serge Diaghilev comme par Bob Wilson.
Musée national des arts et traditions populaires (MNATP) - Archives, Iconothèque et
Phonothèque
Le projet de musée des ATP a commencé à prendre forme dès 1937, mais c’est seulement
en 1972 que ses conservateurs et chercheurs ont pu déployer leurs collections dans le bâtiment
conçu selon leurs souhaits par l’architecte Dubuisson, à la lisière du bois de Boulogne. Les
ethnomusicologues et leurs nouveaux cousins, les ethnoscénologues, se donnent volontiers
rendez-vous dans l’un des premiers établissements qui a su appuyer leurs recherches sans
frontières. Mais le terrain d’enquête et de collecte privilégié du MNATP a d’abord été la
France Les actuels responsables du musée né de l’ingéniosité et de l’obstination de GeorgesHenri Rivière nourrissaient, depuis plusieurs années déjà, des projets de rénovation, sinon de
déménagement. Les perspectives d’implantation à Marseille sous la forme d’un nouveau
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Musée national des civilisations d’Europe et de Méditerranée (MUCEM) ont fini par se
préciser après moult revirements. Le nouvel établissement doit en principe être inauguré au
fort Saint-Jean, aménagé par Rudy Ricciotti, en 2009. Les partenariats que ce transfert et cette
mutation suggèrent à l’égard du monde des arts du spectacle font déjà l’objet d’hypothèses et
de propositions. En attendant des précisions sur le sort des collections permanentes, les
responsables et les usagers des services documentaires ont été plongés dans l’incertitude. Au
moment où l’édifice de l’avenue du Mahatma Gandhi ferme ses portes, où les pièces
commencent à être remisées dans des caisses, les uns comme les autres s’inquiètent de la
disponibilité et du devenir de documents précieux, en particulier pour la connaissance des
traditions du conte, de la marionnette, du cirque et de la chanson.
Les archives comprennent des fonds réunis par Georges-Henri Rivière en personne, par
des érudits (Arnold Van Gennep, Jean-Charles Brun), des sociétés savantes, des associations
locales, des institutions publiques, et bien sûr par les équipes de collecte et de recherche du
MNATP depuis sa fondation.
Les richesses de l’iconothèque intéressent la musique et la danse autant que le théâtre, le
cirque et les arts forains : estampes, photographies, affiches, illustrations d’almanachs, dont
9.000 images ont été sauvegardées sur microfilm. Sa base Ethnophoto inventorie 260.000
clichés et 140.000 cartes postales. La bibliothèque propose, on le sait, plus de 90.000
ouvrages, mais aussi des partitions et des transcriptions de musique populaire allant du XVIIe
siècle à nos jours, dont un bel ensemble de chansons de colportage. Elle accueille aussi les
fonds dits du « musée de la chanson », à savoir 6.000 partitions, 350 disques, des affiches et
illustrations). Des rapports d’enquête, des documents d’étude, des dossiers consacrés aux
instruments. La phonothèque réunit plus de 78.000 enregistrements sonores sur tous supports,
en provenance des différentes régions françaises mais aussi du reste du monde : récits, contes,
chansons, musiques à danser.
Le site Internet, encore en cours de développement, est actuellement hébergé par le serveur
du ministère de la Culture (www.culture.fr/culture/atp/mnatp/francais/)**. Dans une
présentation relativement peu conviviale, il distribue vers les pages descriptives de la
bibliothèque, des archives et de la documentation, de l’iconothèque et de la phonothèque. Il
faut espérer qu’un jour viendra où la même interrogation par le truchement d’un moteur de
recherche permettra de repérer l’ensemble des pièces et documents détenus par le MNATP se
rapportant, par exemple, aux masques de carnaval du Pas-de-Calais ou aux danses
traditionnelles du Berry. En attendant, des liens permettent d’accéder à la base Almanak (qui
recense près de 3.000 impressions populaires) et à la base Joconde (15.000 fiches versées la
base nationale, les autres étant consultables sur place dans la salle de documentation du
Musée).
Musée d’Orsay
Ou peut-on voir une maquette révélant les entrailles du Palais-Garnier, ce monument
d’opéra qui est aussi un manifeste d’architecture et un temple de la bonne société, entourée de
dessins, de modèles et d’éléments de décor ? Dans une ancienne gare, de construction
postérieure, dont les volumes et les décors montrent, sur l’autre rive de la Seine, l’autre face
de la modernité urbaine. L’architecte et scénographe Richard Peduzzi a agencé cette
installation significative des ambitions d’Orsay.
En arrivant rue de Valois en 1971, Jacques Duhamel a sauvée le bâtiment de Victor
Laloux de la destruction à laquelle ministres, édiles, fonctionnaires et urbanistes l’avaient
condamnée avant lui. La compagnie Renaud-Barrault et ses invités firent quelques temps de
l’édifice à l’abandon le cadre spectral de leurs spectacles. Valéry Giscard d’Estaing arrêta
enfin son destin de musée du XIXe siècle, mais c’est à François Mitterrand qu’il revint de
l’inaugurer, après les travaux d’aménagement dirigés par Gae Aulenti. La période de
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préfiguration achevée, le musée d'Orsay a ouvert au public en décembre 1986. Musée
national, il a obtenu un statut autonome d’établissement public à caractère administratif le 1er
janvier 2004.
Ses collections déclinent sous leurs différentes techniques les arts occidentaux de 1848 à
1914, c’est-à-dire à l’ère de l’industrialisation. Elles réunissent des séries prélevées dans
plusieurs musées d’Etat : le Louvre, le Jeu de Paume et le Musée national d'art moderne,
consacré au XXe siècle depuis son transfert au CNAC. Manet, Daumier, Degas, ToulouseLautrec, Seurat, mais aussi Nadar ou Stieglitz… Ces patronymes disent la place que le théâtre,
la danse, le cabaret, le cirque, leurs artistes et leurs auteurs eurent dans l’art du XIXe siècle,
celle que le spectacle occupe encore dans les collections, les expositions, les activités et les
publications du musée. Apparue à la veille de la Deuxième République, d’emblée située à la
jointure de l’art et de l’industrie, de l’œuvre et du document, de la mémoire et de l’éphémère,
l’épreuve photographique devait en faire foi. Les fonds accumulés à partir de 1979
comprennent aujourd’hui plus de 45 000 clichés. Bon nombre reflètent la création scénique de
leur temps. A quand une grande rétrospective sur ce thème ? La question peut s’adresser à
Serge Lemoine, nouveau président du Musée. En attendant un catalogue exhaustif, les
reproductions d’œuvres peuvent être demandées sur le site (www.photo.rmn.fr) .
L’organigramme ne prévoit pas d’équipe spécialisée dans la conservation des pièces
propres aux arts du spectacle. Cependant le secteur de la recherche (avec la bibliothèque et la
documentation) et le service culturel, fort d’une remarquable expérience dans le domaine
éducatif et la production de matériel pédagogique, peuvent travailler autour de cet axe. Le site
(www.musee-orsay.fr) ** initie l’internaute au parcours du visiteur. Il permet aussi de
retrouver les catalogues d’expositions consacrées à Nijinski (2000) ou à « 1848, la
République et l’art vivant » (1998) ou à « La famille Halévy, Entre le théâtre et l’histoire,
1790-1960 » (1996). Il introduit également aux spectacles, concerts, conférences, visites
thématiques, projections dont le musée se fait le théâtre. Depuis sa fondation, l’établissement
a produit plus de 150 films en partenariat avec des producteurs indépendants, des chaînes de
télévision et d’autres institutions culturelles. Le catalogue, dont une partie seulement était
présentée en ligne en janvier 2005, veut restituer dans ses différentes disciplines l’art de
l’époque : l’architecture des lieux de spectacle (l’auditorium de Chicago, l’Opéra de Paris), la
danse (Revoir danser Nijinski, 2000), la musique y figurent... Certains de ces documentaires
font l’objet d’édition en cassettes VHS ou en DVD.
Musée du Louvre
L’histoire du Louvre, du donjon de Philippe Auguste (1180-1223) au palais de Napoléon
III et du Muséum central des arts, inauguré par la Convention le 10 août 1793, à l’actuel
établissement public, ne se laisse pas résumer en quelques lignes. Pas plus que ses fabuleuses
collections, réparties entre huit départements, remontant aux origines de l’art sumérien pour
arriver aux milieu du XIXe siècle ne se sauraient être décrites en quelques paragraphes, ceuxci serviraient-ils seulement à évoquer les pièces relatives à la musique et aux arts du spectacle
à travers les siècles, les continents et les disciplines.
Pour prolonger la visite, toujours partielle et trop brève, il existe plusieurs moyens
d’explorer les possibilités du Louvre dans ces domaines. Les mots danse, musique, théâtre,
spectacle ne figurent pas parmi les 1.600 entrées du Dictionnaire du Louvre (RMN, Paris,
1997). Les ouvrages consacrés au musée par ses propres services et ceux de la RMN abondent
cependant pour raconter le musée, inventorier les collections, retracer les expositions,
commenter les œuvres. Guides imprimés, supports audiovisuels, cédéroms ou dévédéroms
interactifs, ils sont disponibles à la Médiathèque, à l’Espace multimédia (ou CyberLouvre,
ouvert en 1998) et à la Librairie du musée, sinon dans les centres de documentation des
différents départements, sans parler des « salles d’introduction » réparties sur le parcours. La
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liste des publications maison – catalogues, ouvrages et périodiques -, des bibliographies, les
programmes des expositions temporaires, mais aussi des concerts, des spectacles, des
conférences, des projections, des rencontres, des animations et actions pédagogiques
s’affichent sur le site (www.louvre.fr) ***. Son ancienne mouture recevait déjà six millions
de visites par an. Entièrement rénovée grâce au mécénat d’une banque, la version ouverte au
public le 27 juin 2005 donne accès aux images des 35.000 œuvres exposées, à 140.000
dessins et 1.500 dossiers pédagogiques… L’Auditorium du Louvre accueille des concerts et
projette souvent des films muets, accompagnés en direct par des musiciens. Christian
Longchamp, responsable de l’unité Cinéma, y programme aussi depuis peu des films de danse
ou de théâtre, par exemple l’intégrale de Peer Gynt, d’Ibsen, mise en scène par Patrice
Chéreau et mis en images par Bernard Sobel.
Le site permet d’accéder à plusieurs bases de données en ligne. « Joconde » est la plus
ancienne (voir le chapitre Ministère). Créée en 1975 par la Direction des musées de France
(DMF) pour dresser l’inventaire des collections publiques dans les musées inspectés, elle a été
servie sur le Minitel dès 1992 avant d’être livrée sur le site Internet du ministère dès 1995
(www.culture.gouv.fr/documentation/joconde/fr) ***. Ses quelques 180.000 notices issues
d’environ 130 établissements autorisent la vision de l’œuvre, commentée avec une précision
remarquable. Le moteur de recherche y conduit par différentes voies. Quelques parcours
thématiques font découvrir des ensembles, par exemple le fonds d’affiches de spectacles du
Musée de Bretagne à Rennes. Réalisée par le Louvre, « Atlas » est la plus récente, tant et si
bien que sa construction durait encore début 2005 : elle doit permettre à terme la découverte
virtuelle des 29.000 œuvres exposées, avec leurs notices (http://cartelfr.louvre.fr).
L’inventaire informatisé du Département des arts graphiques se révèle d’un usage simple et
rapide. Les requêtes puisent directement dans ce répertoire iconographique de 140.000 œuvres
et 4.500 artistes, permettant le plus souvent de visionner le dessin ou l’estampe, avec son
numéro d’inventaire et une notice très réduite sur laquelle la date présumée n’est
malheureusement pas mentionnée. Ainsi le nom « Terpsichore » renvoie à cinq images de la
muse de la danse, dont deux du Primatice et une de Prud’hon ; la requête « comédieitalienne » rapporte cinq illustrations, dont des esquisses de Claude Gillot ; une demande sur
Lully mène aussi à une scène d’opéra croquée par Gillot ainsi qu’à une maquette pour le
tombeau du compositeur.
Jeu de Paume
De 1983 à 2004, le Centre national de la photographie (CNP) a contribué par ses
initiatives, ses éditions et ses expositions, à ménager une place plus importante à l’instantané
dans le patrimoine artistique et culturel. Dès le premier volume de sa collection « Photo
poche », dédié à Félix Nadar, quelques pages suffisaient à mesurer l’importance de cet
écriture de lumière pour les disciplines de l’éphémère : les portraits de Gioacchino Rossini, de
Hector Berlioz, de Jacques Offenbach, de Théophile Gautier, d’Alexandre Dumas père et fils,
de Victor Hugo ou de Sarah Bernhardt appartiennent à l’histoire de l’art et à l’histoire tout
court. Dirigée par Gilles Walusinski, l’association Patrimoine photographique, sous tutelle du
ministère de la Culture (DAPA) fut chargée jusqu’en 2004 de conserver, gérer et diffuser les
collections photographiques appartenant à l’Etat, à l’exception de celles (souvent beaucoup
plus imposantes) que détiennent la BNF, les musées nationaux, tel celui d’Orsay, le Centre
Georges Pompidou, le Fonds national d’art contemporain et d’autres établissements publics.
Elle veillait ainsi sur quatorze collections qui représentent environ six millions de négatifs, du
fonds André Kertesz au catalogue des Studios Harcourt. Grâce à un moteur de recherche par
thèmes (prévoyant la rubrique Spectacles), son site permet d’apercevoir une mince sélection
de portraits d’artistes de la scène ou d’auteurs dramatiques.
En janvier 2004, le ministère a décidé d’une nouvelle articulation de ses actions dans le
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domaine photographique, qui doit favoriser une meilleure mise en valeur de ce patrimoine et,
pourquoi pas, une exploration plus audacieuse de la mémoire argentique des arts de la scène.
La galerie du Jeu de paume, réaffectée à la photographie, lui consacre des expositions
thématiques et des rétrospectives d’artistes depuis son inauguration, le 23 juin 2004. En
liaison avec ces manifestations, elle programme des films, des rencontres, des débats, des
publications, des activités de recherche. Le nouvel établissement public à caractère industriel
et commercial (EPIC) qui en a la charge, sous la direction de Régis Durand, regroupe les
missions des deux associations réduites à la dissolution, Patrimoine photographique et Centre
national de la photographie. Il dispose en outre des galeries de l’Hôtel de Sully pour y montrer
des donations, des collections historiques et des travaux de commande. Physiquement, les
fonds demeurent sous la garde de la Médiathèque du patrimoine à laquelle il est lié par une
convention. Il coordonne enfin, sous le regard de la Commission nationale de la photographie,
ranimée à cette occasion, une politique d’aides à la création et de mesures en faveur du
patrimoine.
Arrivées dans le domaine public à la suite de legs, de dons et d’acquisitions, les fonds
composent un panorama artistique d’un siècle dans lequel les arts du spectacle tiennent leur
rang, à travers des portraits d’auteurs et d’interprètes, des scènes de théâtre ou de cirque.
L’ancien site de Patrimoine photographique permet d’en feuilleter le catalogue
(www.patrimoine-photo.org) ** et de commander des reproductions. En pleine refonte, le site
général (www.jeudepaume.org) * est encore peu lisible. Il annonce les expositions, la parution
des catalogues et des supports d’information, la publication de recueils de photographies,
d’ouvrages savants ou de DVD, les projections de films, conférences, colloques, actions
pédagogiques.
Il n’est pas interdit de suggérer aux instances de l’EPIC et aux membres de la commission
un axe de travail autour des arts du spectacle. Une grande manifestation autour de la danse,
combinant tirages d’images fixes et courts ou longs métrages, confrontant les œuvres des
photographes et les pièces des chorégraphes, prolongeant les réflexions par des parutions,
revêtirait par exemple autant d’intérêt pour les arts du mouvement que pour ceux de la
captation. L’intérêt de ce genre d’événement – impliquant étroitement le centre de ressources
concerné, en l’occurrence le CND – se vérifierait par son effet d’entraînement sur toutes les
institutions publiques qui entretiennent des fonds plus ou moins exposés aux regards, de la
BNF aux musées nationaux.
Cinémathèque française
Henri Langlois, fondateur de l’association en 1936, avait fini par faire d’une aile de
Chaillot un véritable palais du Cinéma. On ne tardera pas à savoir si le bâtiment que Frank O.
Gehry avait imaginé pour un bien éphémère American Center – ouvert seulement de 1994 à
1996 - dans le parc de Bercy se pliera aux us et coutumes de la gent cinéphile. Laissant
Chaillot à la future Cité de l’architecture, abandonnant sa seconde salle des Grands
Boulevards, la Cinémathèque emménage dans son nouvel écrin en avril 2005, pour hâter
l’ouverture prévue à l’automne. Elle y disposera de quatre salles de projection, d’une galerie
d’exposition de 600 mètres carrés, d’espaces d’animation et de documentation, de bureaux.
En attendant de vérifier que la collection permanente du Musée du cinéma et surtout la BIFI
pourront se déployer à l’aise dans ces volumes, la programmation mise sur un regain de
fréquentation publique. Le site présente les programmes et les services de ce lieu qui doit
constituer le pôle de mémoire et de vie pour l’art cinématographique
(http://cinemathequefrancaise.sdv.fr) **. Et le spectacle ? Il faut espérer que « la danseuse
relevant son tutu », pour reprendre l’expression de l’architecte au sujet des formes légères de
son édifice, saura lui faire place. Plusieurs rétrospectives de la Cinémathèque, dans le passé,
ont déjà permis de prendre la mesure des apports respectifs du septième art avec le théâtre, la
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musique, la danse ou, récemment (en 2002), le cirque. Une Cinémathèque de la danse a pris
appui sur le CND à Pantin. Souhaitons que cet axe de travail continue d’inspirer les instances
de la maison.
Cité de l’histoire de l’immigration
L’Agence pour le développement des relations interculturelles (ADRI) n’est plus. De 1982
à 2004, cette structure, sous forme d’association d’abord, de GIP ensuite à partir de 1998,
subventionnée notamment par les ministère de la Culture, de la Ville, de l’Intérieur, des
Affaires sociales, a fait office de centre de ressources pour la connaissance des cultures des
populations immigrées, avec l’aide du Fonds d'action et de soutien pour l'intégration et la lutte
contre les discriminations (FASILD), ancien Fonds d’action sociale pour les travailleurs
immigrés et leurs familles (FASTIF). Attentives aux témoignages sur les causes de l’exil, les
conditions de l’arrivée en France, les aléas de l’intégration et le maintien des liens avec l’aire
culturelle d’origine, les actions promues se démarquaient autant de l’affirmation identitaire
dans un cadre communautaire que du discours assimilationniste postulant l’homogénéité de la
République. Pour faire de cette zone d’échange entre pays de vie et pays de mémoire une
charnière au lieu d’une frontière, le patrimoine, la littérature, les arts plastiques, le cinéma,
mais aussi le théâtre, la musique, le chant et la danse ont bien sûr été mis à contribution.
Depuis longtemps courait l’idée qu’une institution devait consacrer ce caractère pluriel de
la collectivité nationale. Le grand jeu de dominos initié par la création du Musée des arts et
civilisations du quai Branly, entraînant entre autres changements le déménagement des
collections du Musée des arts d’Afrique et d’Océanie (MAAO) de la Porte Dorée, a offert une
opportunité. En novembre 2001, Lionel Jospin a remis la question à l’ordre du jour. JeanPierre Raffarin l’a réglée en juillet 2004, sur la base d’un rapport que l’ancien ministre de la
Culture Jacques Toubon a remis au président de la République Jacques Chirac. La Cité de
l’histoire de l’immigration sera donc inaugurée en 2007 dans l’ancien Musée des colonies. Il
s’agira de regarder en face ce passé de domination pour mieux le dépasser, mais aussi de
montrer l’interpénétration des itinéraires individuels et des expériences communes, d’ouvrir
des perspectives sur le commerce entre les expressions d’ici et d’ailleurs. La Cité a pris par le
décret du 1er janvier 2005 la forme d’un groupement d’intérêt public (GIP) doté d’un budget
de 7 millions d’euros en année de pleine charge (3 millions en 2005) associant les ministères
chargés de la Culture, des Affaires sociales, de la Ville et de l’Education nationale ainsi que la
Ville de Paris, auquel l’ADRI, dissoute, apporte ses personnels et ses crédits. Ce choix
statutaire laisse sceptique celles et ceux qui pensent qu’une autonomie juridique garantit
mieux le dynamisme d’un établissement.
Toujours est-il que la préfiguration en cours vise la constitution d’une collection
permanente, la définition d’espaces thématiques, l’installation d’une muséographie interactive
et évolutive, la réunion de fonds d’archives, la construction d’un programme de
manifestations dans lequel le spectacle et la musique auront leur part. Des professionnels du
spectacle participent déjà au Forum des associations, de Jean Hurstel (La Laiterie) et Chérif
Khaznadar (MCM) à Karim Yazi (Kygel Théâtre), sans oublier Philippe Foulquier (Friche
Belle de Mai).
Conformément aux conclusions du rapport Toubon, la Cité devra travailler en étroite
relation avec les centres de recherches, les établissements culturels, les institutions voisines ou
plus éloignées, de l’Institut du monde arabe (IMA) au Musée des civilisations d’Europe et de
Méditerranée de Marseille, les fédérations d’éducation populaire et les associations, mais
aussi les équipes artistiques qui concourent à faire voir et entendre les visages et les voix de
l’immigration. Le site Internet (www.histoire-immigration.fr) ** permet de découvrir une
présentation virtuelle de l’exposition permanente. Un moteur de recherche donne accès à un
fichier d’initiatives autour de la mémoire : ainsi une interrogation sur la musique berbère
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donne deux résultats, quand une requête sur le théâtre en fournit quarante-deux. Il s’agit en
général de projets d’action culturelle comprenant des ateliers, des spectacles et des rencontres,
portés aussi bien par des associations locales que par des structures du réseau public. Au delà
de ces premiers aperçus, il importe que la future documentation de la Cité réunisse références
et ressources sur les traditions, les pratiques et les projets artistiques de cet ordre. D’ores et
déjà elle peut s’appuyer sur les matériaux et contacts réunis par l’ADRI : le fonds d’ouvrages
et de documents, la base de données sur les initiatives en région, les revues Hommes &
Migrations, Adri Info, Adri Presse, Migrations Études, la collection de la Documentation
française « Le Point Sur ». Le nouveau site Internet renvoie encore à l’ancienne adresse de
l’Agence (www.adri.fr) **, qui proposait ses informations en ligne aux acteurs des politiques
de l’intégration et de la ville. Un lien mène également à www.alterites.com **, magazine de la
“diversité culturelle”.
Une alliance de centres de ressources consacré à ces thèmes fonctionne déjà. Ce Réseau
Intégration permet notamment la consultation d’une bibliographie en ligne de 15.000
références et l’accès à des partenaires européens (www.reseau-integration.net) **. Il s’appuie
notamment sur les aides du FASILD. Créé sous forme d'établissement public par une
ordonnance de 1958, l’ex-FASTIF a été réformé par les décrets de 1983 qui l’ont déconcentré,
puis par les décrets de 1990,1996 et 1997, qui ont modifié ses procédures. La loi du 30
décembre 2000 encadre son financement, qui repose surtout sur le ministère des Affaires
sociales. Enfin la loi du 16 novembre 2001 l’a rebaptisé Fonds d'action et de soutien pour
l'intégration et la lutte contre les discriminations (FASILD). Ses interventions culturelles
représentaient alors une enveloppe de 6,61 millions d'euros. La plupart des projets aidés
relèvent de l’animation socioculturelle dans le cadre des quartiers, mais certains touchent à la
création, à l’action artistique et à la diffusion d’informations sur ces sujets.
Université de tous les savoirs (UTLS)
Présidant la Mission 2000 en France, Jean-Jacques Aillagon avait retenu le projet
d’Université de tous les savoirs parmi les initiatives de cette année de passage symbolique
d’un millénaire à l’autre. Gratuite et publique, ouverte à tous sans condition d’âge et de
diplômes, cette version contemporaine des universités populaires de la IIIe République a
travaillé à la cadence d’une conférence par jour, dans le cadre du Conservatoire national des
arts et métiers (CNAM), sous la responsabilité du philosophe Yves Michaud, ancien directeur
de l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts. Prononcées par des spécialistes reconnus sur
des sujets allant de l’astrophysique (31 séances) à la critique cinématographique (11 séances),
prolongées par des questions, ces interventions ont été enregistrées. Le succès de cette
formule a encouragé les organisateurs a continuer, à un rythme moins soutenu toutefois.
Certaines conférences ont été éditées chez Odile Jacob (Paris). Les autres sont lisibles,
audibles et même visibles en ligne sur un site du ministère de l’Education nationale
(www.canal-u.education.fr) ***, sinon en cassettes vendues par correspondance. A l’amorce
de 2005, le théâtre n’avait été abordé qu’une fois, au milieu d’un propos beaucoup plus
général de Michel Grésillon sur la sociologie de la culture. La musique a eu deux fois
l’honneur d’être traitée pour elle-même. La popularité de l’UTS devrait bientôt inciter ses
responsables à en faire aussi un vecteur de connaissance sur les arts du spectacle.
71
II. LES SPÉCIALISTES
La désignation d’un élément fédérateur ne pose pas de problème majeur parmi les pôles
spécialisés qui font plus particulièrement l’objet de l’étude. Au vu des missions, des statuts et
des budgets qui leurs sont alloués, il n’est pas contestable que le CNT, le CND, la Cité de la
musique, IRMA, HLM, chacun dans sa discipline de prédilection (respectivement le théâtre,
la danse, les musiques dites savantes, les musiques dites actuelles, les arts de la rue et de la
piste) jouent ce rôle, même s’ils devraient parfois y consacrer davantage d’énergie. Ils
exercent leur leadership en matière de ressource de manière très dissemblable, mais aussi très
inégale selon les sujets abordés.
Si le CNT, par exemple, est reconnu comme un pôle d’information indispensable pour les
questions d’administration du spectacle, son apport à la promotion des auteurs contemporains
paraît mince en comparaison de celui que promettent plusieurs structures (le CNES, ANETH,
Théâtre Ouvert, la Maison Antoine Vitez, le CRIS, sans oublier la SACD avec Entr’Actes et
l’Association Beaumarchais). Les questions touchant de tout près à la formation et à la
création artistiques, comme celles qui ont trait au patrimoine de ses disciplines de prédilection,
voient l’association HorsLesMurs moins à son aise que dans les affaires de production et de
diffusion. D’un côté le CNAC, pour les arts de la piste, de l’autre Lieux publics, ses voisins de
la future Cité marseillaise et les lieux de fabrication, pour les arts de la rue, lui disputent un
monopole qu’elle ne songe d’ailleurs nullement à réclamer. De concert avec le CNT, HLM
doit en outre faciliter le travail du petit centre voué au théâtre itinérant, le CITI, qui s’intéresse
lui aussi aux compagnies sans abri fixe. Les départements de l’IRMA et ceux de la Cité de la
musique partagent leur fonction d’expertise avec des spécialistes de l’édition discographique,
de la diffusion radiophonique et audiovisuelle. Leur documentation ne saurait par ailleurs
fournir qu’une vision sélective des divers genres musicaux, lesquels disposent quasiment tous
d’un lieu (au moins) qui leur est entièrement dévoué, tels le CMBV, la Médiathèque GustavMahler, le CDMC, l’IRCAM, pour la première, le Hall de la chanson et le Centre de la
chanson d’expression française, ou encore la Maison du jazz et les agences régionales de
musique traditionnelle, pour la seconde. De même que le monde du théâtre, l’univers des
musiques savantes et la planète des musiques populaires voient se mouvoir une pléiade
d’acteurs institutionnels ou associatifs, syndicaux ou corporatifs qui contribuent eux aussi à
pourvoir aux besoins des amateurs et des professionnels, sans toujours se fier aux services des
centres nationaux. Seul le CND cumule des compétences dans tous les domaines de son
champ, au point d’ailleurs que cela lui impose le devoir de construire des partenariats
équilibrés.
L’identification d’une tête de réseau s’avère un peu plus délicate dans les branches
parentes du théâtre ou de la musique que sont, en Europe, l’art lyrique, la marionnette et la
manipulation d’objets, ainsi que le mime et le conte. Le chant relève de plusieurs obédiences,
selon qu’il est choral ou lyrique. A défaut de centre de ressources national pour relier les
centres polyphoniques régionaux, les maîtrises et les chorales se tourneront volontiers vers les
pôles spécialisés dans leur répertoire d’élection. Si l’Opéra national de Paris s’impose par sa
puissance et par sa mémoire, dont la Bibliothèque-musée (sous le contrôle du Département de
la musique de la BNF) donne témoignage, il ne faut pas oublier que cet établissement d’Etat
adhère désormais à la ROF, au même titre que les théâtres municipaux qui firent les beaux
jours de la RTLF. A condition de fonctionner comme un véritable carrefour d’échange entre
les maisons d’opéra, ouvert à la contribution des compagnies lyriques indépendantes, cette
dernière pourrait donc animer un large réseau d’information, avec l’aide et la complicité du
service culturel de l’ONP. Au delà des querelles qui agitent parfois le monde de la
marionnette et des arts voisins, l’IIM a encore quelques progrès à accomplir pour apporter au
72
public et aux professionnels les services qu’il ne peuvent toujours quérir à CharlevilleMézières, mais dont ne disposent ni l’association THEMAA ni le Théâtre de la marionnette à
Paris. De son côté, Mondoral, plate-forme de ressources mutualisée portée par trois structures
spécialisées dans le conte, affirme malgré des moyens modestes son ambition de relier les
multiples filières du plus ancien des arts narratifs. Enfin la notion de centre n’est pas aisée non
plus à assumer lorsqu’il s’agit de collecter des données sur les traditions spectaculaires de
toutes natures dans les autres régions du globe, ce que la Maison des cultures du monde
tente toutefois de faire avec les forces qui sont les siennes.
1 - Musique
a) Toutes les musiques
Le monde de la musique est trop divers pour se prêter à la synthèse. Avant de se scinder
entre un univers d’amateurs et un milieu de professionnels, il se partage en genres et en styles
que le centre de ressources le plus œcuménique ne saurait tout à fait réconcilier. Il a aussi
tendance à s’étirer entre artisanat et industrie, autrement dit entre la salle et la scène où se
donnent les concerts, d’un côté, et le studio d’enregistrement où les sons sont mis sur disque
ou en ondes, de l’autre. Il n’empêche que certaines problématiques sont bien communes aux
quelques 25.000 interprètes intermittents et même aux 2.000 membres permanents des
orchestres qui entendent vivre de leur art, qu’il soit classique ou contemporain, savant ou
populaire, traditionnel ou électronique. Elles touchent à la formation et à l’emploi, à
l’administration des ensembles, à la production et à la diffusion des spectacles. Leur désir de
savoir appelle des réponses en termes d’information, de documentation et de conseil qui
intéressent aussi des centaines de milliers de praticiens amateurs et des dizaines de milliers
d’élèves des écoles de musique. C’est pourquoi les prestations des centres de ressources
généralistes sont présentées ici avant de décliner les offres des pôles spécialisés dans tel ou tel
esthétique musicale.
Cité de la musique - Médiathèque pédagogique (MM), Centre de documentation du
Musée de la musique (CDMM), Centre d’informations musicales (CIM)
L’hétérogénéité des publics et la diversité des expressions musicales qui se dégagent du
programme artistique et pédagogique de la Cité pourraient prêter à confusion. Elles
apparaissent au contraire comme une source de valeur ajoutée pour les usagers. A la façon
d’une grande bibliothèque publique, la Cité de la musique permet au novice de côtoyer le
spécialiste, au défenseur de la mode du jour de croiser le passionné d’un art ancien, au
professeur d’accompagner l’élève et au professionnel de frôler l’amateur. A la différence de la
médiathèque, à laquelle il manque parfois l’image, en général l’instrument et toujours
l’interprète, elle offre la musique sous toutes ses formes, écrites, enregistrées, décryptées,
commentées, imagées, animées, mais aussi jouées et chantées en concert. Au contraire des
autres centres et pôles étudiés, elle autorise un parcours entre le baroque allemand et le rock
anglais, de la guitare andalouse au le sitar indien, à travers des écritures modales, tonales,
dodécaphoniques ou binaires.
Un coup d’œil au programme de la saison 2003-2004 suffisait pour en persuader : la
navigation était encouragée de Jean-Sébastien Bach à Luciano Berio, de Philippe Herreweghe
à Pink Floyd. On devine les protestations que de telles énumérations soulèvent chez les
contempteurs du tout-culturel, qui craignent le mélange des genres, le mépris des hiérarchies
et l’ignorance des chronologies, la sacralisation du droit à la différence au nom de l’égalité
entre les cultures. Une visite à la Cité de la musique devrait plutôt les rassurer sur le fait que
cette approche, à la fois éclectique, démocratique et pédagogique de la musique, loin de
73
conduire à la “défaite de la pensée”, procure à toutes sortes de publics des connaissances en
renfort de leurs émotions. La saison 2004-2005 a poursuivi dans ces rapprochements avec
notamment une grande exposition sur Le IIIe Reich et la musique, complétée par des concerts,
des conférences et des projections, puis un programme Purcell et une série de manifestations
au sujet de la musique populaire brésilienne. Le site Internet (www.cite-musique.fr) *** et le
magazine trimestriel Cité Musiques présentent et commentent ces rendez-vous, accompagnés
par les nombreuses actions pédagogiques de l’établissement, destinées aux adultes aussi bien
qu’aux enfants et élèves.
La grande “musicothèque” ou médiathèque musicale assemblée de 2003 à 2005 est du
moins censée en apporter la preuve. Fédérant les trois services documentaires déjà actifs au
sein de la Cité, à savoir le Centre d’informations musicales, la Médiathèque pédagogique et le
Centre de documentation du Musée de la Musique, son inauguration a été fixée en juin 2005
dans les volumes de la poutre dont Christian de Portzamparc a couvert la « rue musicale ».
Celle-ci, coupée en deux par les servitudes du Musée, réserve 650 mètres carrés à la
médiathèque, dont une partie en mezzanine. L’accès principal se fait du sein de la Cité, depuis
la « rue ». Entièrement câblés en haut débit, les volumes sont distribués entre un accueil muni
de brochures sur les programmes, de revues de grande diffusion, de bornes d’écoute, une zone
d’actualités, un espace d’information sur la pratique et les métiers assurant peu ou prou les
services de l’actuel CIM, un espace multimédia adapté aux conférences, doté de vingt-deux
postes informatisés, un espace bibliographique donnant librement accès aux ouvrages et aux
partitions (avec une cabine de déchiffrage pour celles-ci), un espace jeunesse mêlant l’album,
le livre, le disque et le jeu, et le département d’organologie puisant dans la documentation du
musée ; enfin la mezzanine offre un abri à l’histoire de la musique et à la musicologie. Les
documents arrivent par un monte-charge des réserves en sous-sol.
Couvrant toutes les techniques, de la voix à l’orgue, et l’ensemble des courants, de la
Renaissance aux post-modernes, plus de 20.000 ouvrages et de 30.000 partitions, mais aussi
des périodiques, 3.500 disques (essentiellement des CD), des cédéroms, des cassettes vidéo y
seront proposés, pour la plupart en accès libre, à un public composé de chercheurs aussi bien
que d’amateurs, d’élèves ou d’instrumentistes. En cours de numérisation, les concerts produits
à la Cité depuis son inauguration (du moins ceux qui se prêtaient techniquement à
l’enregistrement, et dont les artistes et les producteurs accordèrent les droits, soit, à l’horizon
2005, 700 enregistrés en audio et 120 captés en vidéo) y alimenteront des bornes d’écoute
mais aussi le portail (http://mediatheque.cite-musique.fr) actuellement en construction. Ce
dernier sera consultable sur Internet pour les données libres de droits, mais un réseau Intranet
en offrira une version plus complète au bénéfice des établissements d’enseignement, des
bibliothèques municipales à vocation régionale et des centres de documentation et d’archives
qui seront associés à la Cité par contrat et reliés à la Villette par des câbles à haut débit. Outre
les 100.000 références des bases bibliographiques et documentaires auquel il donnera accès,
le principal atout de cette architecture résidera dans sa faculté de combiner toutes les facettes
d’une œuvre, d’un auteur, d’un genre ou d’un instrument, en superposant à volonté la partition
et le texte, l’image et le son, des notices et des exemples, des références et des schémas. Des
réalisations comme celles du Louvre – ou dans le domaine musical les logiciels pédagogiques
de l’IRCAM permettent de donner dès aujourd’hui une idée des richesses auxquelles les
pédagogues pourront puiser.
Marie-Hélène Serra, directrice du Département de pédagogie et de documentation
musicales coordonne la mise en place de cette “musicothèque” avec le concours des
composantes déjà présentes à la Cité : le Centre de documentation du Musée de la musique
(CDMM), le Centre d’informations musicales (CIM) , la Médiathèque pédagogique (MP).
Selon les plans et programmes adoptés par le conseil d’administration de l’établissement, il
doit bien s’agir d’une fusion et non d’une simple addition de moyens. Extérieur à la Cité, bien
74
qu’il loge sur son flanc, le CDMC reste en dehors du nouvel ensemble : il paraît évident que
sa directrice devra pousser plus avant la collaboration avec un service documentaire appelé à
attirer un public avide de toutes les musiques, y compris les plus contemporaines. Le Hall de
la chanson ne pourra pas davantage ignorer la proximité de ce puissant partenaire : il leur
appartient de s’entendre par contrat ou convention sur des projets d’animations, d’expositions,
d’édition en ligne. Enfin la responsable de la Médiathèque Hector-Berlioz, située juste de
l’autre côté de l’esplanade au sein du CNSMDP, se dit prête à rechercher toutes les synergies
possibles avec le département de Mme Serra, même si des doublons apparaîtront
inévitablement entre les deux collections.
La musicothèque de la Cité combinera donc les moyens documentaires de ses trois entités
fondatrices. Les offres de ce pôle sont exposées en commun sur le site de la Cité.
Le Centre d’information musicale (CIM) est placé sous la responsabilité de Christiane
Louis, la plus assidue de la maison dans les échanges avec les centres de ressources du
spectacle vivant, dont elle espère une coopération plus poussée en matière d’échanges de
fichiers, de réalisation de guides-annuaires, de conseil juridique, d’interconnexion des sites
Internet. Il procède du CENAM, qui a transféré ses fonds documentaires à la Cité lors de sa
dissolution en 1994. A son tour, le centre a cédé la quasi-totalité de ses fonds sur la danse au
CND lorsque ce dernier constitua sa propre médiathèque. Il reste très bien outillé pour
répondre aux demandes du grand public sur les pratiques, les formations, les métiers de la
musique, sans exclusive de genre ou de style. Cette vocation d’accueillir, d’orienter et
d’informer exigeait une situation en rapport. Un local vitré, aménagé en rez-de-chaussée au
milieu de la « rue musicale » qui traverse la Cité s’y prêtait bien. La fréquentation en est
facilitée : 400 personnes de tous âges et de milieux divers viennent, durant six jours par
semaine, feuilleter les guides et les catalogues, les revues et les fiches techniques, mais aussi
écouter des disques au casque, pointer et cliquer sur des écrans interactifs. Les enfants et les
adolescents passent parfois plusieurs heures de rang à pianoter sur les claviers pour explorer
des sites Internet et des supports multimédia. Les demandes moins ludiques, y compris celles
des élèves du CNSMDP qui n’obtiennent pas toujours ces renseignements en face, portent sur
les écoles et les stages, les concours et les concerts, les métiers et les emplois, le marché et les
institutions. Elles portent aussi sur les autres pôles documentaires auxquels le CIM a coutume
d’adresser ses visiteurs les plus exigeants. L’actualité domine dans les ressources exposées,
du fait d’une pratique constante de désherbage.
Les ressources propres du CIM consistent en ouvrages usuels, en revues musicales, en
guides et annuaires, en dossiers thématiques, en fiches pratiques et en nombreuses notices.
Ces dernières forment la matière première de bases de données accessibles sur place mais
aussi sur Internet, qui occasionnent en moyenne 6.500 consultations par mois, selon les
chiffres de 2003. Cette même année a vu la création de deux nouvelles bases, l’une sur les
ateliers de pratique musicale pour les publics scolaires, l’autre sur les écoles de musique.
L’ensemble compose une banque de données dans laquelle le CIM puise pour réaliser les
guides que diffuse la Cité, respectivement sur les métiers, les formations, les pratiques
d’amateurs, les concours et les stages. Le paysage de la formation, les conditions de
l’insertion et l’environnement professionnel du musicien sont les principaux terrains
d’investigation du CIM. Il importe de souligner qu’il n’a pas vocation à répertorier l’ensemble
des groupes, des ensembles et des compagnies, ni les maisons de production, les tourneurs, les
lieux de diffusion et les festivals : là commence le domaine des CR spécialisés, du CMBV à
l’IRMA, des agences départementales et régionales, des ADIAM à MDB…
Pour le public mélomane, la coupure traditionnelle entre amateurs et professionnels
importe moins que la distinction entre le fait d’apprendre, de jouer pour son plaisir ou de
pratiquer un métier. Plutôt que de conseil aux professionnels, actuels ou futurs, Christiane
Louis préfère parler d’accompagnement. Il s’agit en effet de guider les premiers pas sur un
75
parcours qui passera par les CR comme l’IRMA et ses correspondants en région, par les
bibliothèques spécialisées, voire par les points d’information des SMAC. Le fonds
documentaire permettrait d’aller plus loin, mais l’accueil personnalisé nécessite un personnel
dégagé des autres tâches. C’est pourquoi la mission de la Cité consiste plus à fournir ses
ressources en libre accès à un réseau de conseillers répartis dans toutes sortes de structures à
travers le territoire qu’à traiter elle-même toutes les demandes.
Pour éviter des confusions, il est à noter qu’un cours privé de formation aux musiques
actuelles du 18e arrondissement de Paris porte le même nom et le même sigle
(www.lecim.com).
Le Centre de documentation du Musée de la musique (CDMM) – le plus important en
Europe pour l’organologie, la lutherie et la facture - reflète ses collections, elles-mêmes
composées d’instruments de toutes sortes, d’appareils de capture et de diffusion du son, ainsi
que d’œuvres d’art illustrant les différents genres musicaux à travers l’histoire. Lorsque le
Musée se trouvait encore auprès du Conservatoire national supérieur de musique, rue de
Madrid, sa documentation, formellement créée en 1982, avait commencé d’admettre un public
extérieur. Les espaces conquis sur le site de la Villette ont permis de déployer les collections
permanentes, dont la plus grande partie demeure pourtant en réserve. Animé par Patrice
Verrier, il possède plus de 6.000 ouvrages, dont un grand nombre de catalogues de musées et
d’expositions dans le monde entier, mais aussi des traités de musicologie, de facture
instrumentale, d’acoustique et d’interprétation. Ses fonds de périodiques (250) couvrent
quasiment tous les genres et toutes les techniques. Le trésor du centre réside sans aucun doute
dans sa série de plus d’un millier de plans d’instruments à l’échelle réelle (1/1), tirés à partir
de la plupart des collections connues. Plus de 25.000 photographies complètent ce matériel
descriptif, dont 15.000 sont déjà visibles en ligne. Ces reproductions sont vendues à la
demande, par le canal de l’Association des amis du musée. Ce dernier resterait muet si la
plupart des instruments documentés, du stradivarius à l’ukulélé, n’étaient aussi audibles et
parfois visibles dans des extraits sonores ou audiovisuels consultables en cabine d’écoute. A
chaque pièce exposée au musée ou détenue dans les réserves correspond un dossier complet.
Il en va de même pour les principaux ateliers de facture et les autres collections inventoriées.
Les bases de données, riches de plus de 40.000 notices et de 7.000 illustrations suscitent
environ 2.000 consultations par mois. Le logiciel et le moteur de recherche permettent de
l’interroger en ligne. En revanche les fonds d’archives rassemblant des catalogues de facteurs,
des registres, des manuscrits, des documents sonores et des vidéogrammes, y compris les
enregistrements des concerts de la Cité, ne peuvent être consulté que sur place. Le public du
centre de documentation du musée, très spécialisé, comprend 30% de professeurs, étudiants et
chercheurs.Ouvert cinq demi-journées par semaine, le centre reçoit 65 personnes en moyenne
hebdomadaire. Ce chiffre ne tient évidemment pas compte des visiteurs du musée ni des
participants aux conférences et parcours de découverte qui débutent souvent à la
documentation. Les jeunes publics, très intéressés par le musée, ne disposent cependant pas
encore de l’espace d’initiation ou de l’instrumentarium qui pourrait leur être dédié.
La Médiathèque pédagogique (MP) provient de l’Institut de pédagogie musicale et
chorégraphique (IPMC), fondé en 1984, dont la documentation avait été constituée en 1989.
L’un comme l’autre ont été absorbés par la Cité. La création du CND a entraîné le transfert
des missions et des ressources chorégraphiques. Les fonctions de recherche et d’assistance
pédagogiques tendant à être prises en charge par d’autres organismes, la MP représente
aujourd’hui la principale part émergée de l’ancien Institut.
Dirigée par Christiane Maillebuau, elle offre en libre accès une bibliothèque de 2.500
ouvrages et surtout de 15.000 partitions et méthodes de toutes les époques et tous les styles,
classées selon le genre et le nombre d’instruments ou de voix. Sauf la techno, presque tous les
genres sont couverts. Des périodiques, des dossiers documentaires, des disques (dont un fonds
76
de titres rares) et vidéocassettes complètent le fonds, dont les fichiers ont été informatisés et
mis en ligne avant l’ère Internet, puisqu’une large partie était déjà accessible par Minitel sur
le service 3615 Musique.
Sur le site de la Cité, les bases de données de la MP attirent une moyenne mensuelle de
1.000 consultations, tandis que les rayonnages motivent 55 visites par semaine. Les
enseignants de musique fournissent le gros du contingent, mais des interprètes professionnels,
des praticiens amateurs, des chefs de chœur et des animateurs de chorales y figurent
également.
La fusion entre les trois entités autorise des économies d’échelle et des gains d’efficacité :
un grand portail musical, un unique catalogue informatisé et mis en ligne, une seule centrale
d’achats, une gestion commune des stocks. Cela nécessite certes un travail d’harmonisation
entre des systèmes hétéroclites, mais l’investissement permettra d’apporter une valeur ajoutée
au lecteur à distance aussi bien qu’au visiteur sur place. Sa requête dans un domaine précis
conduira à des fiches d’orientation, des bibliographies sélectives, des FAQ, ainsi qu’à des
portes donnant accès aux documents numérisés (textuels, visuels, sonores ou audiovisuels).
Lecture des ouvrages, écoute des enregistrements, visionnage des captations et de reportages,
jeux éducatifs, consultation des catalogues commerciaux, accès aux sites musicaux conformes
à la législation : en dehors du téléchargement de formats MP3, tous les modes de découverte
seront admis dans l’espace multimédia. Celui-ci est aussi prévu pour accueillir des groupes,
de la classe d’initiation aux conférences entre experts.
De la sorte, la musicothèque apportera un supplément d’attractivité aux collections déjà
constituées et aux services rendus jusqu’ici. Au total, les trois pôles reçoivent 86 personnes
par jour en moyenne. Il est permis de penser que ce nombre peut et doit augmenter grâce aux
croisements et aux commodités d’un service polyvalent, au risque d’atteindre vite la jauge
maximale de cent places prévue dans la poutre. Le public mélomane, qu’il soit encore « en
herbe » ou déjà « averti », devrait être le premier à répondre à l’amélioration de l’offre. Vu la
situation de la Cité, au cœur d’un complexe culturel d’ampleur, à la jointure de Paris et du
département de la Seine-Saint-Denis, il ne s’agira pas uniquement des auditeurs des concerts
de la maison, des visiteurs de son musée et de ses expositions. D’où la nécessité de faire
évoluer les collections de telle manière qu’elles ne reflètent pas seulement les choix de sa
programmation, même si celle-ci entraîne leur accroissement naturel. Aux antipodes de la
gamme des goûts musicaux, les musiques amplifiées et l’art lyrique risqueraient par exemple
de demeurer les parents pauvres de la ressource documentaire. Or la Cité occupe aussi une
position nationale de tête de réseau pour le développement de la culture musicale dans la
population, qui réclame de la part de ses responsables un éclectisme assez complet. Il leur est
possible de concevoir et d’équiper la musicothèque en conséquence, sans redoubler pour
autant ce qui se fait ailleurs.
Le jazz, pour lequel il n’existe pas de documentation entièrement dédiée à Paris (en dehors
de la Maison du jazz, dépourvue de moyens d’accueillir le public, et de l’IRMA, qui ne
consent pas l’accès libre à ses collections) doit y occuper une place éminente, grâce aux fonds
de la Médiathèque pédagogique, grâce aussi à la donation au Musée de la musique d’un
collectionneur lié au Hot Club de France. La demande sur les musiques actuelles et la chanson
est assez répandue pour ne pas être comblée par les centres spécialisés ; quant à l’opéra, on
verra qu’il est négligé par trop de bibliothèques, à l’exception bien sûr de celle qui lui est
dédiée au Palais Garnier. S’ils sont encouragés par des conventions, les bons voisinages de la
Cité, avec la Médiathèque Hector-Berlioz, le Hall de la chanson, le CND à Pantin et l’IRMA
dans le 20e arrondissement permettraient de doser au mieux la présence de leurs disciplines au
sein de la musicothèque. Il en irait de même avec le CDMC, à condition que les deux
organismes acceptent d’accentuer leur collaboration. Pour le moment les deux sites ne sont
attachés que par des signets. La vision exhaustive que le CDMC propose de la création
77
contemporaine a pourtant son utilité pour compléter la vue plus sélective de la Cité. Ainsi
l’approche encyclopédique de la musicothèque ne s’appliquera pas au détriment de la
musique savante, même si elle dispose déjà dans la région de plusieurs pôles documentaires
de bon niveau, car c’est sans doute en sa faveur que l’effort pédagogique en direction des
jeunes générations doit être le plus intense et le plus soutenu.
Comme son nom l’indique, le Département de pédagogie et de documentation musicales
prend aussi en charge les actions de sensibilisation, de formation et d’animation qui sont
partie intégrante des missions de la Cité : concerts pour les jeunes publics, séances d’initiation
et d’éveil, ateliers de pratique ou d’expression artistique, classes à projet artistique et culturel
(PAC), encadrement d’ensembles d’amateurs, visites guidées, rencontres avec les artistes. Son
réseau de relais en milieu scolaire désigne la Cité comme un pôle de ressources essentiel pour
l’Education nationale. De la même façon que pour l’EPPGHV, les trois académies d’Ile-deFrance, la DRAC et le SCÉRÉN doivent s’engager dans un partenariat de longue haleine,
avec la participation des collectivités territoriales. Pour les adultes avertis, le Collège de la
Cité, s’appuyant sur les moyens de la musicothèque, accueillera des ensembles d’une
soixantaine de personnes pour des cours sur l’histoire, la technique, les langages et les styles.
Un partenariat avec le Centre national d’enseignement à distance (CNED) visera l’édition et
la mise en documents issus de ces cycles.
Car la tâche de la Cité de la musique, compensée par d’importants crédits nationaux,
dépasse l’intérêt régional. Elle doit offrir un modèle et surtout procurer des outils pour l’essor
de la pédagogie musicale dans l’ensemble du pays. Puisqu’elle ne peut accueillir les classes et
les groupes de la France entière, c’est là que réside l’enjeu essentiel dans l’évolution de ses
productions éditoriales, de ses expositions temporaires, de ses services en ligne et de ses
moyens documentaires : fournir une gamme d’instruments à tous les agents de l’action
musicale, qu’ils opèrent depuis un conservatoire ou un orchestre de région, une scène
nationale ou une scène de musiques actuelles, un Institut universitaire de formation des
maîtres (IUFM), un Centre de formation des enseignants de la musique et de la danse
(CEFEDEM) ou un Centre de formation des musiciens-intervenants (CFMI), une fédération
d’amateurs ou un mouvement d’éducation populaire. Active au sein de l’AIBM, la Cité
souhaite aussi donner une audience internationale à ses initiatives.
Le service rendu sur Internet aurait surtout l’initiation et l’orientation pour objectif : il
s’agit « d’éduquer l’oreille » et d’éclairer la connaissance en puisant dans les collections de la
maison, agrémentées d’extraits libres de droits. Les ressources offertes en accès limité sur
Extranet seraient à la fois plus riches et plus élaborées, à l’intention de lecteurs physiquement
présents dans des centres autorisés. Parmi les pôles d’alimentation et de consultation d’un
réseau animé par la Cité, sa direction songe déjà à l’IRCAM, à des bibliothèques municipales
à vocation régionale (BMVR) ou classées (BMC), au CNSMD de Lyon, à des CNR, des
départements de musicologie, aux dix CEFEDEM et aux neuf CFMI, à certains CRDP, à
l’ENSSIB, à des associations et fédérations musicales. Il paraît légitime d’ajouter à la liste
d’autres centres de ressources nationaux comme le CDMC et l’IRMA, des offices régionaux
appartenant au RMD, des bibliothèques universitaires non spécialisées… Mais si le coût
d’entretien n’augmente guère avec le nombre des relais, le prix à payer aux producteurs, aux
éditeurs, aux auteurs, aux interprètes et à leurs héritiers croît en proportion directe.
On mesure mieux à cette aune l’urgence d’élargir le droit de consultation au profit de la
collectivité, à travers les réseaux à haut débit, en Intranet, en Extranet ou sur Internet. La
propriété intellectuelle est une conquête révolutionnaire qui ne saurait sans grave contresens
servir de barricade contre un accès plus démocratique aux savoirs. La Cité envisage une
alliance avec la BNF pour effectuer les recherches d’ayants droit et négocier leur rétribution
dans l’intérêt du service public. Il est possible d’aller plus loin. Nous proposons plus bas la
constitution d’une agence ou d’un groupement d’intérêt public (GIP) qui agirait sous
78
l’autorité de l’Etat comme intermédiaire entre les centres de ressources, les grandes
bibliothèques et les musées, mais aussi Radio France, l’INA et les Archives du film, d’une
part, et les sociétés de droit d’auteur, d’autre part, pour mener des négociations globales
sanctionnées par des accords contractuels. La nature des documents, la qualité des supports,
l’étendue des réseaux, la composition des publics et la sécurité des transmissions serait prise
en compte pour déterminer le format des extraits reproduits et calculer le montant forfaitaire
des droits. Pour aplanir le terrain juridique au préalable, il est indispensable de procéder à la
transposition de la directive européenne sur l’exception pédagogique au droit d’auteur dans un
esprit très ouvert.
Cité de la musique - Observatoire national de la musique (ONM)
Réseau musique et danse (RMD)
Par ailleurs André Nicolas, directeur de l’Observatoire national de la musique (ONM),
remplit les deux missions que la DMDTS lui a confiées en le rattachant - administrativement
et géographiquement - à la Cité de la musique et pour lesquelles le ministère lui attribuait un
budget de 171.000 euros en 2003, selon les termes d’une convention triennale signée en 2002.
Le terme d’observatoire, très prisé des autorités depuis quelques années, implique une vue
circulaire et une veille permanente. La création de l’ONM a été l’une des réponses du
ministère à la demande formulée en cette matière par la Commission nationale sur les
musiques actuelles dans son rapport de 1998 à Catherine Trautmann. L’ONM est en effet
censé rendre compte de manière régulière de l’évolution des filières musicales, sous tous leurs
aspects, en France mais aussi en Europe. Vaste tâche pour deux personnes !
En pratique, le programme est un peu plus réaliste. D’une part l’ONM organise des
journées d’étude et conduit des analyses sur la vie musicale en France, en recourant à des
experts ou à des cabinets spécialisés. D’autre part il assume le rôle de coordinateur du Réseau
Musique et danse (RMD) – mais seulement pour les activités musicales - avec le concours
d’un informaticien, le second permanent de l’équipe. Dans ces deux activités, l’ONM doit
tenir compte de l’intervention de nombreux organismes qui disposent de compétences souvent
plus amples que les siennes. Il considère comme ses partenaires la plupart des acteurs de la
filière musicale : syndicats de producteurs de spectacles et de phonogrammes, chambres des
diffuseurs radiophoniques, associations professionnelles des éditeurs et des disquaires,
sociétés civiles, centres de ressources, associations de développement de la musique et de la
danse (ADDMC et ARDMD) ; le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), le CNV et le
ministère en font partie. Cela ne signifie pas, loin de là, que tous coopèrent avec un égal
enthousiasme.
Les études commandées par A. Nicolas portent selon les cas sur l’implantation régionale
des écoles de musique, sur la répartition de l’offre de programmation sur le territoire, la
diffusion du jazz (2001-2002), les ventes de CD et DVD (2002 et 2004), la programmation
musicale des radios (2003 et 2004). Elles sont reprographiées et publiées. Cinq rapports
réalisés en 2003 et 2004 sont ainsi consultables et téléchargeables en ligne (http://rmd.citemusique.fr/observatoire) **. Ce site présente aussi un « Atlas du disque », avec la
méthodologie, les résultats et la synthèse de l’enquête sur les disquaires indépendants de 2004
(portant sur 626 magasins) et de celle de 2002 (actualisée en 2004) sur le jazz à la radio
Dans son « Enquête sur les disquaires indépendants » de 2004, l’Observatoire national de
la musique (ONM) auprès de la Cité de la musique avait contacté 975 magasins. 626 d’entre
eux ont répondu et ont été recensés dans son “Atlas du disque”. La disparité de la couverture
du territoire saute aux yeux. S’il y a par exemple 126 boutiques de ce type à Paris,17 à Lyon
et même cinq à Perpignan, on n’en trouve pas plus à Orléans qu’à Bar-le-Duc (http://rmd.citemusique.fr/observatoire) **. Contraints de fermer un à un, les commerçants sonnent l’alarme.
Ils réclament non seulement l’adoption d’un prix unique et la baisse de la TVA, voire la
79
hausse des prélèvements pour copie privée sur les supports vierges, mais des crédits à taux
zéro et des aides publiques ciblées. Quand ils les connaissent, celles que le Fonds
d’intervention pour les services, l’artisanat et le commerce (FISAC), sous tutelle du ministère
du Commerce et de l’Artisanat (à saisir par l’intermédiaire des DRAC) propose aux
négociants en bien culturels ne leur semblent pas adaptées à leur cas.
L’observation du marché du disque ne pouvait se contenter de renvoyer aux chiffres
trimestriels du SNEP, puisés aux résultats bruts des distributeurs, dont la fiabilité et la
précision laissait à désirer jusqu’en 2003. A. Nicolas eut donc recours à la société GFK qui
procède par enquête auprès des détaillants, afin de composer un tableau plus net, mais en
restreignant son cadre à la musique classique et au jazz sur la prière du ministère, les éditeurs
entendant rester seuls juges de l’évolution du marché des variétés. Le site en présente une
brève synthèse à la rubrique « Actualités ».
De tels détours (et débours) ne se justifient sans doute plus, dès lors que le SNEP,
aiguillonné par la mévente des produits, opte pour des méthodes plus rigoureuses et adopte
une communication plus transparente. Sur beaucoup de sujets qu’il choisit d’approfondir,
l’ONM a le mérite de défricher un sol délaissé. Si son travail soulève parfois des objections en
raison du caractère hétérogène ou fragmentaire des données exploitées, il pose surtout la
question de la répartition des responsabilités entre les différents collecteurs de statistiques et
opérateurs de recherches financés par le budget de l’Etat. Pour ce qui est de l’approche
globale de la vie musicale, l’ONM risque de faire double emploi aussi bien avec
l’Observatoire des politiques du spectacle vivant qu’avec le DEP, deux services placés au sein
même du ministère. L’étude de la production et de la diffusion le confronte à des organismes
situés beaucoup plus près des sources : sociétés civiles (SACEM, ADAMI), établissement
collecteur de la taxe parafiscale sur les concerts (CNV), syndicats de producteurs et d’éditeurs
(SNEP), autorité de régulation de la radio et de la télédiffusion (CSA). Dans la connaissance
des pratiques des amateurs et des professionnels, l’ONM ne saurait rivaliser avec les centres
de ressources spécialisés dans les différents genres musicaux : du CIM, lui-même intégré à la
médiathèque de la Cité de la musique, au CDMC voisin, de la ROF à l’AFO, de la Fédurok à
l’IRMA, le monde des musiques est pourvu d’organes capables de sonder, de réunir, de
fédérer un grand nombre d’acteurs de terrain pour en tirer des publications pertinentes et leur
assurer le plus large écho. Un observatoire singulier ne se justifie que s’il apporte des savoirs
particuliers. En dehors des études qu’il peut commander à des sous-traitants, c’est dans les
filets à mailles variables du Réseau musique et danse RMD) que l’ONM trouve la matière
qu’il s’efforce d’exploiter.
André Nicolas anime les réunions nationales du RMD, dont il publie un rapport d’activités
annuel (http://rmd.cite-musique.fr) *. Sa compétence se borne toutefois à la conjugaison des
bonnes volontés dans le domaine musical. Sous ce sigle, auquel certains ajoutent déjà les
initiales T et S pour théâtre et spectacles, remue une galaxie de pôles de ressources
territoriaux. A l’origine de l’aventure, il y eut d’abord le logiciel d’échange d’informations en
musique et danse développé pour ARCADE (PACA) par Jean-Luc Constanty (société
Matriciel) en 1994. Cet outil a ensuite évolué en version PC et Macintosh de façon à intégrer
des éléments sonores et visuels et des renseignements statistiques. Le réseau a d’abord rallié
des associations départementales (ADDMC) et régionales (ARDMD) de développement
musical et chorégraphique, sans parvenir à rallier tous les membres de leurs ligues, l’ANDMD
(devenue en 2004 la Fédération nationale Arts vivants et départements, FNAVD) et son
homologue la ANRMD (dite Conférence nationale des directeurs). En 1997, le ministère – qui
se sentait concerné en raison de sa contribution au budget de ces structures, en confia la
coordination à la Cité de la musique. Alors qu’en 1999 il ne fédérait encore que 45
organismes à travers dix régions, en 2005 il en regroupe 89 dans 18 régions : 13 ARDMD, 43
ADDMC, 5 conseils généraux et 28 pôles spécialisés en musiques et danses actuelles ou
80
traditionnelles, chant choral, jazz, théâtre, cirque, arts de la rue.
La notion d’administration de réseau doit ici être entendue dans son sens strictement
technique. Dénué de personnalité juridique, le réseau est demeuré un système informel de
coopération entre des organismes de ressources indépendants. Au prix de longues séances de
concertation entre élus, experts et informaticiens, le RMD (ou RMDTS) a mis au point une
nomenclature d’activités, très détaillée, qui permet de saisir et de classer un grand nombre
d’acteurs. Néanmoins, sous l’influence de l’assemblée départementale ou du conseil régional
qui exerce sa tutelle sur elle, chaque agence culturelle territoriale, chaque association
spécialisée dans la musique et la danse, chaque structure de soutien au spectacle vivant qui
adhère au réseau a élaboré sa propre doctrine de collecte. Quand l’une se contente d’une fiche
descriptive de trois lignes (adresses non comprise), l’autre fournit une notice de quinze à vingt
cases. Telle qui vient de procéder à un recensement d’écoles de musique détiendra sous cette
rubrique des données fiables, complètes et actuelles. Telle autre, défaillante sous cet aspect,
apportera en revanche des informations très fouillées sur les chorales ou les orgues.
L’indexation dépend également des habitudes de chaque opérateur : certains croisent les noms
de groupes, de personnes et de lieux avec des thèmes et des mots-clés, tandis que plusieurs se
bornent à une liste de structures.
Le développement d’une banque n’a d’intérêt pour le public que s’il peut accéder à ses
ressources à partir de tous ses guichets. Début 2005, l’accès aux données de l’ensemble des
participants n’était encore permis qu’à ceux-ci, à charge pour eux de répercuter les
informations auprès de leurs usagers. L’aménagement d’une interface publique sur la toile
procède par étapes. En attendant, l’espace réservé aux membres leur permet de consulter un
guide d’utilisation, de saisir ou corriger une information, de proposer une nomenclature ou de
poser une question. Début 2005, le site central de RMD disposait des fichiers d’une quinzaine
de structures (ADDM 22, ADDM 35, ADDAV 56, ADDM 49, ADDM 44, ADIAM 91,
Auvergne Musiques Danses, Musique Danse Bourgogne, Musiques et danses en Bretagne,
ARIAM Ile-de-France, Musique et danse en Lorraine, Domaine Musiques Nord-Pas-deCalais, ARCADE en PACA, Agence musique et danse Rhône-Alpes).
Aucun autre groupement n’offre une pareille quantité de renseignements sur la vie
culturelle du pays. Aucun, il est vrai, ne paraît aussi complexe à gérer, tant les conceptions et
les instruments diffèrent. La décentralisation se donne ici à contempler dans sa liberté, son
foisonnement mais aussi ses disparités. N’ayant pas attendu de souscrire à des règles
communes pour remplir des missions d’information auprès du public ou aux services des
décideurs, les agences, les offices et les délégations ont constitué leurs bases sous des
logiciels distincts (depuis des produits de documentation spécialisés jusqu’à File Maker Pro et
même Excel ou Word pour les plus rudimentaires). Incompatibles dans une interrogation
classique, elles n’en peuvent pas moins communiquer via Intranet, Extranet ou Internet.
Contrairement à ce qu’on entend dire ici et là, l’hétérogénéité des bases, effectivement fort
dissemblables du point de vue de leur degré d’importance, d’exhaustivité et de précision, n’est
pas un obstacle insurmontable à leur interconnexion, ni même dans leurs relations avec
d’autres banques de données. Sous des applications conviviales du type HTML ou XML (ou
encore php MySql, qui tend à s’imposer comme standard pour la mise en ligne) il est
parfaitement envisageable de distinguer les informations qui demeureront la propriété de
chaque opérateur de celles qui seront partagées entre tous. Il suffit de déterminer des
rubriques communes à l’ensemble du réseau, puis de poser des filtres avant de procéder à des
interrogations croisées. Encore faut-il pouvoir convaincre l’ensemble des participants de
s’engager sur un schéma de mutualisation des ressources, avant de songer ensemble à assurer
une meilleure diffusion des informations.
C’est la difficulté qu’a rencontrée André Nicolas en dépit d’une réelle faculté d’initiative.
Ni le talent personnel, ni les rappels à l’intérêt général, ni des arguments techniques de bon
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sens ne sauraient emporter à eux seuls l’adhésion de responsables dispersés sur un vaste
territoire et soumis à des influences politiques variables. Pour construire à cette échelle un
réseau intégré, il faut une autorité ou une légitimité dont il ne peut se prévaloir, malgré l’appui
du ministère et la caution d’un établissement public comme la Cité de la musique. A sa place,
un autre échouerait sûrement, qu’il soit placé auprès du CNV, du CND, ou encore de
l’Observatoire des politiques du spectacle vivant. En matière d’information, la réunion des
efforts de l’Etat, des établissements qu’il finance et des collectivités territoriales passe à
l’avenir par l’échange de bons procédés, librement consenti dans un cadre contractuel. Il
réclame en outre un certain seuil de spécialisation. Serait-elle souhaitable, ce qui n’est pas
avéré – même en laissant de côté la question de sa conformité à la loi « Informatique et
libertés » de 1978 -, la banque de données culturelles unifiée et universelle n’est pas
réalisable. Il est préférable de s’orienter vers les solutions sectorielles que prônent déjà
plusieurs centres de ressources dans l’édification de leur propre réseau. L’IRMA montre une
voie beaucoup plus praticable lorsqu’elle propose à des correspondants déjà affiliés à RMD
d’échanger avec eux des notices filtrées et validées à travers Extranet, avant de s’en servir
pour alimenter des annuaires ou publier des listes en ligne.
La politique culturelle territoriale est souvent jugée suivant des critères de quantité. Il
importe de citer chaque acteur pour rallier les suffrages, de montrer toutes les activités pour
attester les bienfaits des subventions. C’est un fait : seules les organisations situées sur le
terrain même peuvent récolter des renseignements assez précis pour répondre aux demandes
de proximité du grand public : puis-je m’initier au jonglage avec un diabolo ou un
bilboquet en Lorraine ? enseigne-t-on la sardane (danse catalane) à 500 kilomètres de
Perpignan? existe-t-il un studio de répétition pour batteurs dans mon agglomération ?
combien de compagnies dramatiques animent-elles des ateliers dans les collèges du Var ? qui
organise des auditions de comédiens en région Centre ?
Au niveau national, les exigences de qualité doivent l’emporter : qu’elles soient destinées à
grossir des statistiques, à nourrir un répertoire, à orienter un professionnel ou à satisfaire la
curiosité d’un chercheur, la donnée qui circule dans un réseau de dimension hexagonale doit
avoir été calibrée, vérifiée, sélectionnée au préalable par un opérateur compétent. Chacun des
CR ayant vocation à jouer un rôle de tête de réseau dans une discipline bien identifiée a donc
la responsabilité de tisser des liens permanents avec les représentants de RMD les plus
efficaces dans son domaine. Il doit leur proposer des modalités de présentation et de transfert
compatibles avec leurs équipements et leurs usages. Il lui appartient d’offrir en échange les
services (notamment éditoriaux) qui valoriseront le travail de collecte et d’actualisation
accompli par ce relais sur son propre territoire, et de lui donner accès aux informations
obtenues dans d’autres sphères (européennes, par exemple). Il n’est cependant pas question de
ruiner la coordination - faible mais souple -exercée tant bien que mal par l’Observatoire de la
musique sous un assaut de tentatives désordonnées de la part des centres de ressources
thématiques. Il convient que la coordination de ces centres (esquissée dans la dernière partie
de ce rapport) s’entende d’abord sur la méthode. Ils constitueront une sorte de collège capable
de soumettre un protocole commun aux membres du RMD. Chacun y portera les exigences
qu’appelle sa mission. Pour son Centre d’informations musicales (CIM), la Cité de la musique
énoncera les renseignements dont elle a besoin pour dresser des listes d’écoles ou de stages.
Le CND en fera autant sur les enseignements de danse, ainsi que pour son répertoire des
compagnies chorégraphiques. Le CNV mettra l’accent sur les résultats chiffrés qu’il lui faut
récolter, les fiches techniques des salles de concert qu’il aimerait synthétiser, de préférence
avec le concours technique et informatique de l’ISTS. L’IRMA indiquera les rubriques à
remplir pour une bonne description des ensembles musicaux, des organisateurs de spectacles,
des tourneurs ou des labels. De même pour le théâtre avec le CNT, les arts de la piste et les
arts de la rue avec HorsLesMurs. La grille descriptive des pôles de ressources et des lieux
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d’information serait définie en commun entre ces organismes en vue d’une harmonisation
avec le RMD.
Une telle entreprise n’en séduira les membres qu’à la condition de déployer les moyens
nécessaires à son accompagnement sur plusieurs années : édition de pilotes pour la saisie de
données, réalisation de kits pédagogiques pour les opérateurs d’échanges, organisation de
réunions thématiques et de formations régulières pour les participants au réseau. Une fonction
de coordination légère ne trouvera sa justification que dans la coalition des efforts des CR et
l’adoption, sous l’égide du ministère, d’un programme de travail à long terme.
Les élus investis dans l’essor du RMDTS ou même d’un réseau « culture » à l’échelle de
leur territoire ne devraient pas suspecter une velléité jacobine sous ce vœu de coordination
nationale. Il restera beaucoup de missions à accomplir dans un cadre décentralisé, comme le
montre l’exemple d’ARCADE en PACA, examiné plus bas. Allons plus loin : le
perfectionnement du dispositif de collecte documentaire et la modernisation du système
d’observation statistique ne réussiront à l’échelle du pays qu’à la condition de reposer sur la
collation de synthèses régionales. Leur confection incombe aux associations, agences et
offices placés auprès des régions. Faut-il rappeler leurs compétences dans le domaine de
l’aménagement du territoire, du développement économique et de la formation
professionnelle, pour mieux souligner leur vocation à pourvoir aux informations dont la
musique et le spectacle ont besoin pour s‘épanouir ? L’Association des présidents de conseils
régionaux pourrait se montrer réceptive à des incitations en ce sens.
Bibliothèque nationale de France - Département de la musique (BNF-DM )
Le Département de la musique de l’actuelle BNF s’est vu constituer en 1942 sur la base
des collections musicales de la Bibliothèque nationale. Héritier des fabuleux fonds historiques
du Conservatoire national, l’une des plus anciennes institutions artistiques françaises dont les
trésors, enflés par les confiscations révolutionnaires, ont été le mieux préservés, le
Département de la musique (que l’on désigne ici DM par commodité, bien que cette
abréviation ne soit pas d’usage dans la maison) s’est enrichi de legs en tous genres, de dons et
d’acquisitions onéreuses, du fonds Marc-Antoine Charpentier au fonds Iannis Xenakis,
auxquels ont été rattachés d’autres ensembles (Victor Schoelcher, Blancheton, fonds dit "de la
Chapelle du Roi", collection Philidor) dont les fichiers sont clos depuis 1992. La Nationale a
également mis la main sur une partie des fonds de l’ancienne Chambre syndicale des libraires
et imprimeurs et du Garde des Sceaux qui furent à la veille de la Révolution (à partir de 1787)
les premiers dépositaires des partitions livrées au commerce. Depuis son instauration en 1811,
elle reçoit (en quatre exemplaires) le dépôt légal de la musique imprimée qui lui apporte un
flux annuel de 2.700 partitions environ. Tous les domaines, à l’exception peut-être des plus
récentes tendances de la musique électronique qui prête rarement à l’édition de partitions, sont
donc couverts par cet établissement, de très loin le plus important pour la connaissance du
passé musical de la France. L’immeuble fonctionnel, qui l’abrite rue de Louvois, en face de
l’entrée principale du carré Richelieu, répartit près de trois millions de documents, dont plus
d’un million de partitions éditées et pas moins de 500.000 livres, auxquels s’ajoutent au moins
10.000 livrets et 100.000 manuscrits musicaux (dont le Don Giovanni de Mozart et le Boléro
de Ravel) sur plusieurs étages de magasins, reliés par monte-charge à une salle de lecture au
sommet.
Sous la direction de Catherine Massip, le DM fédère donc plusieurs collections, y compris
celles que présente la Bibliothèque-musée de l'Opéra (BMO), dirigée par Pierre Vidal. Les
possessions propres au Département de la musique comprennent des ensembles initialement
réunis à titre privé, comme la collection Geneviève Thibault de Chambure, ou tels les fonds
Patrice Coirault, ou encore Jean-Baptiste Weckerlin pour la chanson populaire. Elles
comptent aussi, entre tant d’autres, le fonds Montpensier (riche de 300.000 coupures de
83
presse), les archives ou les fonds de compositeurs tels que César Franck, Erik Satie, Henri
Sauguet, Francis Poulenc, Darius Milhaud, Arthur Honegger, Nadia Boulanger, Olivier
Messiaen, Iannis Xenakis, sans oublier la bibliothèque musicale de Maurice Ravel. En salle
de lecture, la plupart des catalogues sont consultables sur fiches et sur microfiches. Les
entrées peuvent s’effectuer par auteur (ou parolier), titre d’œuvre (ou de chanson), matière
(genre musical ou littéraire)
Comme il est de règle à la BNF, la base de données Opale Plus recense les livres et
périodiques français et étrangers se rapportant à la musique. Il faut consulter la base Opaline
pour identifier les autres types de documents, à condition qu’ils soient récents : partitions
musicales entrées grâce au dépôt légal (une sélection seulement de 1983 à 1990, en intégralité
depuis 1991), manuscrits musicaux et correspondances entrés depuis 1992, acquisitions
récentes, portraits de musiciens. L’inventaire des manuscrits musicaux antérieurs à 1800 dans
le cadre du Répertoire international des sources musicales (RISM), centralisé à Francfort, est
en cours de versement sur la base, de même que le fonds d’estampes dont l’informatisation
progresse. La plupart des partitions anciennes, de même que d’autres catégories de documents
entrés avant 1992, sont recensées dans des catalogues manuels, dont certains ont été publiés
(voir en annexe les « Publications des centres de ressources »). Le DM détient en outre 60.000
lettres autographes.
Par ailleurs, un inventaire des collections publiques de musique imprimée et manuscrite
des XVIIe et XVIIIe siècles conservées en région a débuté en 1988, avec l’aide du ministère
de la Culture, en suivant les recommandations du Répertoire international des sources
musicales (RISM). Le recensement des sources a jusqu’à présent couvert huit régions, dans
lesquels les catalogues sont édités et diffusés avec le concours de partenaires locaux : Alsace,
Auvergne, Bourgogne, Centre, Languedoc-Roussillon, Lorraine, Nord -Pas-de-Calais,
Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Le site de la BNF présente globalement l’histoire et le contenu des fonds du Département
(www.bnf.fr/pages/zNavigat/frame/collections.htm) *. Il ménage des liens vers les catalogues
en
ligne
et
vers
les
éditions
maison
pour
les
catalogues
publiés
(http://editions.bnf.fr/science/index.htm) *.
Associé au département, un laboratoire spécialisé du CNRS, l’Institut de recherche sur le
patrimoine musical français (IRPMF) loge au premier étage avec ses ouvrages et ses bases
(documentaires et iconographiques). Cette Unité mixte de recherche (UMR 200) liée au
CNRS, à l’Université de Tours et financée par la DMDTS a été créé en 1996. Dirigé par
Sylvie Bouissou jusqu’en 2003 puis par Florence Gétreau, l’IRPMF est à la fois une équipe de
recherche dont les centres d’intérêt vont du Moyen-Âge à nos jours, en passant par Rameau et
Debussy, un pôle de publication, un lieu de formation, un centre de documentation. Il offre en
ligne ses bases de données Euterpe (iconothèque sur la présence de la musique dans les
œuvres d’art à partir du XIIe siècle) et Borée (somme des notices disponibles sur Rameau et
la musique française de son époque) www.irpmf.culture.fr) ***.
Ses travaux, tout comme les notices de la BNF, sont bien sûr appelés à enrichir le
Répertoire international de littérature musicale (RILM) et le (Répertoire international des
sources musicales (RISM), dont le Département de la musique tient lieu d’agence nationale
(voir plus bas).
Les ressources musicales de la BNF ne se bornent pas là. Parti de l’Arsenal fin 2004 pour
loger au quadrilatère Richelieu, le Département des arts du spectacle (DAS, voir au chapitre
“Théâtre”) compte lui aussi des partitions et des livrets, quoique dans une proportion très
inférieure (à peu près 46.000 partitions). Les musicologues et les mélomanes sont surtout
désireux de croiser les transcriptions et les textes qu’ils dénichent au DM avec les sons et les
images qu’ils cherchent sur des phonogrammes ou des vidéogrammes. Ce sera bientôt chose
possible quand les notices de la base Opaline auront été versées dans le système Opale Plus.
84
Alors il leur sera loisible d’interroger par une seule requête – ou d’un simple clic de souris –
l’ensemble des collections nationales. On cessera d’appréhender séparément la musique, avec
les partitions rue de Louvois et les disques à Tolbiac.
L’ancienne Phonothèque nationale, créée en 1938 pour absorber le dépôt légal de la
musique enregistrée, a été intégrée au Département de l’audiovisuel (DA), installé désormais
sur le site Tolbiac. Dans le même cadre, le Département de la réserve des livres rares recèle
aussi quelques écrits relatifs à la musique et aux arts du spectacle. Enfin il faut noter que le
Département de l’informatique vend des CD de la base Opale Plus aux bibliothèques
désireuses d’en extraire des notices pour leurs propres fichiers : elle ne sont pas plus
nombreuses dans le monde musical que dans l’univers des spectacles, car les documentalistes
préfèrent pour la plupart se fier à leurs propres compétences. Il en va de même pour les plans
de classement : chacun concocte le sien malgré l’existence des modèles savants diffusés par
l’AIBM.
BNF - Département de l’audiovisuel (DA)
Le premier enregistrement musical remonte à 1877. Aux âges reculés de la reproduction
mécanique du son, seuls des savants, des ingénieurs, des fabricants, des collectionneurs, des
éditeurs et des mélomanes prirent la peine de sauvegarder les premiers témoignages de la voix
et des instruments. Charles Cros, l’inventeur du paléophone, était un peu tout cela, et poète
par dessus le marché. En 1911, une mission fut officiellement chargée de constituer des
Archives de la parole. Sur ces bases, la loi de 1938 créant la Phonothèque nationale jeta enfin
les bases d’une collection d’enregistrements à vocation universelle, en étendant aux
documents sonores (en deux exemplaires) les principes du dépôt légal de 1811 pour les
partitions imprimées. Cette institution autonome a fini par rejoindre la Bibliothèque nationale.
Bénéficiant du dépôt légal des cassettes vidéo à partir de 1975, puis des supports multimédia
et des documents informatiques grâce à la loi du 20 juin 1992, la Phonothèque a logiquement
pris le nom de Département de l’audiovisuel au sein de la nouvelle BNF, dans ses quartiers de
Tolbiac, au rez-de-jardin (salle P). Pour consulter les œuvres sur tous ces supports, de
confortables postes de lecture et d’écoute sont disponibles selon l’affluence. La reproduction
n’est permise qu’avec l’accord des ayants droit pour les titres qui ne figurent plus dans le
commerce.
Sa collection de presque un million de phonogrammes – la troisième au monde derrière
celles de Washington et de Londres) - grossit chaque année de 15.000 titres environ, sans
compter les dons et les acquisitions financées par le budget de l’établissement public. Une
convention avec l’INA lui permet de présenter des matériaux issus du dépôt légal de la radio
et de la télévision. 15.000 imprimés de nature monographique et 600 titres de périodiques
touchant à la musique comme au cinéma complètent les réserves. Une sélection d’images
numérisées fournies par les autres départements de la BNF illustre l’ensemble.
La diversité des supports, du rouleau de cire au cédérom est surpassée par la variété des
genres et des époques représentés, de la musique médiévale européenne aux derniers succès
de la variété mondiale. Les archives de missions ethnographiques, des raretés historiques
figurent au nombre de ces richesses. Parmi les fonds légués, le DA détient ceux du critique
Charles Delaunay (22.000 disques de jazz), ainsi que les fonds Massignon et Quilicci en
musiques traditionnelles. La collection Charles-Cros, rassemblant les appareils techniques de
capture et de reproduction du son à travers l’histoire, en état de fonctionnement pour la
plupart, ne peut être visitée que sur rendez-vous : il est regrettable qu’une galerie ouverte n’en
propose pas la démonstration au grand public, aussi friand de technique et d’acoustique que
de musique. Un panorama de ces instruments des premiers phonographes jusqu’aux
dispositifs numérique a tout de même été présenté en 2004 dans le cadre de l’exposition
« Souvenirs, souvenirs », sur le site François-Mitterrand.
85
L’informatisation des catalogues, systématique depuis 1983, a permis progressivement la
rétroconversion des anciens fichiers manuels. Accessible en ligne, la base Opaline récapitule
l’ensemble des références discographiques. Comme pour le DM, il faudra cependant attendre
le versement de ses notices sur la base Opale Plus pour croiser enfin ces informations avec
celles qui concernent les imprimés, exception faite d’ailleurs des collections d’anciens
périodiques et des catalogues de marques et de labels, simplement recensés sur papier à
l’intention des chercheurs du rez-de-jardin. Après un passage éventuel en salle X, vouée à
l’orientation bibliographique à l’extrémité ouest du quadrilatère, ceux-ci écoutent et
examinent les documents de leur choix à l’extrémité est, dans la salle P, sur des postes
alimentés par une régie centrale. C’est également là qu’ils sont habilités, si leur travail le
requiert, à consulter les ressources de l’Inathèque de France, dont beaucoup sont d’intérêt
musical. Ils peuvent obtenir – sur place ou par correspondance - une copie onéreuse des
enregistrements hors commerce qui ne sont pas tombés dans le domaine public s’ils justifient
d’une autorisation de la SACEM, de la SDRM et des ayants droit.
Quant à eux, les lecteurs du haut-de-jardin peuvent consulter (mais non emprunter) 12.000
CD environ, auxquels s’ajoutent des enregistrements parlés, dont une partie reproduit des
morceaux choisis des Archives de la parole et l’autre provient de l’INA, plus de 2.500
partitions, des dictionnaires, des catalogues, des ouvrages usuels et des périodiques en accès
libre. Des cassettes et des DVD à caractère documentaire peuvent être visionnées sur des
postes individuels. Voir aussi BNF- Rez-de-Jardin et Inathèque de France)
Le site Internet dresse un tableau de ces ressources avec les liens vers les instruments
nécessaires
à
la
navigation
d’un
catalogue
à
l’autre
(www.bnf.fr/pages/collections/coll_dav.htm) **.
Le site de Gallica, la bibliothèque
numérique de l’établissement, livre à la curiosité du public une anthologie de documents issus
des fonds du DAV. Des bibliographies, des filmographies, des discographies ont été
composées atour de compositeurs et d’auteurs.
Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP),
Médiathèque Hector-Berlioz
Les cours des conservatoires nationaux supérieurs de Paris et du CNMSD de Lyon
couvrent toutes les disciplines musicales. Ils débouchent sur des concours et des diplômes de
haut niveau, mènent à des carrières de chefs, de solistes ou de choristes, ou conduisent euxmêmes à des emplois de pédagogues. Ils constituent l’étage ultime du grand édifice de
l’enseignement musical, assez complexe et suffisamment décrit par ailleurs pour qu’on se
permette de renvoyer le lecteur aux guides et sites spécialisés, recensés par le CIM de la Cité
de la musique (voir plus haut). De la pédagogie pratiquée à Paris, on dira seulement qu’elle a
assimilé sans cesse des matières et des méthodes nouvelles au cours de la marche histoire de
l’institution vers son site actuel de la Villette. Tous les instruments de l’orchestre,mais encore
l’orgue, le chant ou les techniques du son, toutes les musiques du répertoire, mais aussi le
jazz, les musiques savantes d’aujourd’hui, la direction de chœur ou d’orchestre, la notation et
la composition, y sont traités par des spécialistes reconnus. L’histoire de la musique et les
polyphonies anciennes, mais aussi l’improvisation générative, les nouvelles technologies et
l’ethnomusicologie sont abordées. Après les sévères sélections d’entrée, les cursus offerts ici
comme à Lyon consistent en un cycle de formation supérieure, sanctionné dans la plupart des
cas par un Diplôme de formation supérieure (DFS) homologué de niveau II, institué en 1994.
Celui-ci ouvre deux voies de perfectionnement : d’un côté un cycle d'insertion professionnelle
qui pousse plus loin la maîtrise de l’organe ou de l’instrument, de l’autre une formation de
pédagogue préparant au certificat d'aptitude (CA) aux fonctions de professeur, clef d’un
recrutement territorial. Un catalogue de formation continue complète la panoplie.
Contrairement au parti pris adopté pour la danse, on ne traite ici que les aspects
86
documentaires qui intéressent la vie des élèves et le travail des professeurs, mais aussi les
études de mélomanes, les recherches de musicologues et l’insertion des musiciens
professionnels. De même les auditeurs et les spectateurs se reporteront aux sites et aux
brochures de saison des établissement concernés pour apprécier leur riche programme de
concerts, spectacles, séminaires, colloques, stages, master classes, auditions et présentations,
auxquels le public est convié – souvent gracieusement (www.cnsmdp.fr) **.
L’histoire du CNSMDP procède à la fois de l’Ancien Régime et de la Révolution. L'École
royale de chant et de déclamation avait été créée en 1783 dans l’intérêt de l’ l'Opéra et sous sa
tutelle. L'École de musique municipale le fut en 1792 à l’instigation de Bernard Sarrette,
officier de la Garde nationale et chef de son orphéon, qui devait veiller à ses destinées durant
tout le Premier Empire. Avant qu’il n’entame son mandat, la Convention fit de l’ensemble un
Institut national de musique en 1793, puis un Conservatoire national en 1795. Nul ne parlait
alors de transdiciplinarité, et pourtant c’est dans cet établissement que naquirent l’école de
déclamation et l’école de danse de l’opéra. La bibliothèque y apparut dès 1801. Il fut d’abord
logé à l’Hôtel des Menus-Plaisirs où réside encore son ancienne émanation, le Conservatoire
national supérieur d’art dramatique (CNSAD), qui s’est (définitivement ?) séparé de lui à la
Libération. Après que la Restauration l’eut dissout et rouvert sous le vieux nom d’École
royale, Luigi Cherubini, directeur de 1822 à 1842, lui rendit son identité et son lustre. Son
successeur Daniel Auber, un autre compositeur, régna encore plus longtemps, jusqu’à la
Commune de Paris (1871). L’Etat ayant acquis la collection de Louis Clapisson, il dota le
Conservatoire de son musée des instruments en 1864 : c’est aujourd’hui le joyau de la Cité de
la musique. Sous le long directorat de Gabirel Fauré, en 1911, l’établissement a emménagé
rue de Madrid. C’est là que lui est venu son sigle actuel, en 1946, après le divorce entre le
théâtre et la musique et la danse. Le Conservatoire municipal de Paris, qui a rang de CNR, s’y
trouve maintenant à sa place. En effet, en 1990, à la faveur des chantiers présidentiels a été
inauguré le bâtiment dessiné par Christian de Portzamparc à la porte de Pantin, où la
médiathèque Hector-Berlioz s’est installée avec lui. Succédant à Marc-Olivier Dupin, Alain
Poirier dirige depuis 2000 l’établissement public à caractère administratif que préside Raphaël
Hadas-Lebel, organisé en neuf départements et accueillant environ 1.200 élèves. Datant de
1980, son statut a été révisé en 1990.
Le Conservatoire a transféré ses précieuses et nombreuses collections patrimoniales au
Département de la musique de la BNF, une première fois en 1964, puis lors de son
déménagement à la porte de Pantin, au cours de l’année 1989. La médiathèque Berlioz garde
néanmoins de quoi attirer les visiteurs qui n’auraient pas été retenus de l’autre côté de
l’esplanade de la Villette, à la Cité de la musique ou au CDMC. Avec plus de 15.000
ouvrages, 600 périodiques, 65.000 partitions, 13.000 microsillons, 20.000 disques compacts,
800 cassettes audio, 1.000 cassettes vidéo et un nombre croissant de cédéroms, c’est
assurément l’une des meilleures médiathèques musicales de la capitale. Son catalogue est
accessible en ligne (www.cnsmdp.fr/ressources/f_set.htm) **. Si le fonctionnement de la plus
grande école supérieure de musique en France justifie amplement une telle richesse,
l’ouverture d’une ample “musicothèque” à quelques pas de là en juin 2005 oblige les
responsables des deux institutions à se concerter de manière très régulière pour limiter les
redondances dans les fonds spécialisés, réduire les doublons dans les acquisitions, répartir les
demandes et orienter les lecteurs. Cela ne devrait pas poser de problème à la directrice (depuis
2003), Dominique Hausfater, très investie dans la coopération entre les bibliothèques
musicales dont elle est une théoricienne et une praticienne. Ceux-ci sont accueillis sans
conditions particulières (en dehors du week-end), parmi des rayons en accès libre et des
studios d’audition parfaitement équipés mais – sauf exception pour les membres du
Conservatoire - sans possibilité de prêt. Comme son homologue municipale, la médiathèque
Berlioz a l’avantage d’entourer un solide noyau consacré à la musique classique d’une grande
87
variété de documents sur le jazz, la chanson, les musiques traditionnelles, sans compter
quelques références incontournables en rock ou en musique électronique.
Le Conservatoire possède dans le même bâtiment et sous la même direction que la
médiathèque une bibliothèque de prêt, dite Bibliothèque des activités musicales,
essentiellement réservée à ses étudiants et enseignants. Elle leur propose quelques usuels
(250) et surtout un très grand choix de partitions (près de 47.000), ainsi que du matériel pour
l’orchestre et le chant. Le CNSMDP comprend également sur place un Service de la
documentation et des archives qui conserve la mémoire de l’institution. Accessible seulement
sur rendez-vous, il possède des manuscrits et des partitions, des photographies, des
autographes et des ouvrages (environ 400) qui permettent de retracer la vie et l’œuvre des
compositeurs ou interprètes fameux ayant fréquenté le Conservatoire, des temps reculés de
l’Ecole royale de musique à nos jours. Enfin l’année 1997 a vu la création d’un centre de
recherche et d’édition au sein de l’établissement.
Conservatoire national supérieur de musique et de danse de (CNSMDL) - Médiathèque
Nadia-Boulanger
En tant qu’établissement public à caractère administratif, le Conservatoire national de
Lyon a vu le jour en 1980, quand l’Etat admit que l’exception parisienne ne devait plus être
isolée. Sous la direction de Henri Fourès, il accueille en moyenne 500 étudiants musiciens et
une soixantaine de danseurs, dans des filières comparables à celle du CNSMDP. Ses
départements déploient de multiples activités de formation continue, de recherche et de
réflexion, sans oublier les concerts et les spectacles.
Logée dans l’ancienne bibliothèque de l’Ecole vétérinaire, lambrissée de noyer, sa
médiathèque a en fait été constituée dès cette date, grâce à la donation consentie par Annette
Dieudonné selon le désir de la compositrice Nadia Boulanger, qui avait accumulé une
collection d’ouvrages pour son propre usage. De ce point de vue, le CNSMDL n’a déjà pas
grand chose à envier à son illustre homologue parisien. Comme la médiathèque Berlioz, la
sienne accepte tous les publics, bien qu’elle réserve des partitions et des usuels à l’emprunt
de ses propres élèves. Elle possède déjà plus de 12.000 ouvrages, 110 collections de
périodiques, 40.000 partitions, 6.800 CD et 24 cédéroms. Son catalogue a été versé en ligne
sur le site du Conservatoire (www.cnsmd-lyon.fr) **.
Centres de formation des enseignants de la musique et de la danse (CEFEDEM) : voir le
chapitre “Danse”.
Centres de formation des musiciens-intervenants (CFMI)
La loi sur les enseignements artistiques du 6 janvier 1988 a confirmé la mission des CFMI,
déjà définie par une circulaire conjointe des ministères de la Culture et de l'Éducation
Nationale, remontant au 25 juin 1984. La plupart sont nés entre ces deux dates. Au nombre de
neuf aujourd’hui, les CFMI sont tous rattachés à une université, plus particulièrement à un
IUFM, un département de musicologie ou à une UFR d’arts. Ils s’appuient sur ces
établissements, leurs personnels et leurs bibliothèques, pour se procurer les ressources
humaines et documentaires à leur enseignement. Ils sont ainsi répartis sous la tutelle des
universités de Lille III (à Villeneuve d’Ascq), Lyon II, Paris Sud (à Orsay), Rennes II,
Toulouse II Le Mirail, Provence Aix-Marseille I, Poitiers (à Mignaloux-Beauvoir, Vienne),
Tours (à Luynes, Indre-et-Loire), et de l’Ecole normale de Sélestat (Haut-Rhin). Les conseils
généraux et régionaux participent à leur financement aux côtés des deux ministères. Ils
préparent en deux années (ou bien en trois années en alternance pour les musiciens
professionnels en exercice) au diplôme universitaire de musicien-intervenant (DUMI). Les
“dumistes” sont des interprètes confirmés, appelés à intervenir en milieu scolaire,
88
essentiellement dans les écoles élémentaires et préélémentaires, dans la mesure où les horaires
de musique inscrits dans les programmes du secondaire (collèges et lycées) sont en principe
réservés aux titulaires du CAPES ou de l’agrégation de musique, relevant de l’Education
nationale. Ces intervenants sont sollicités par les municipalités ou les établissements de
coopération intercommunale, sinon par l’intermédiaire des ADDMC, des offices
départementaux ou régionaux de la culture qui les mettent à la disposition des écoles
primaires (notamment en milieu rural). Trois options de DUMI spécialisés ou “Dumusis” sont
proposés aux musiciens désireux d’agir auprès des handicapés, de la petite enfance, ou bien
des adolescents pratiquant les musiques actuelles. Comme les sites des autres universités
concernées, la Faculté des lettres, sciences du langage et arts de Lyon II précise les conditions
d’admission et les perspectives d’emploi, et décrit la scolarité ; elle donne aussi la liste des
CFMI avec leurs coordonnées :
(http://lesla.univ-lyon2.fr/rubrique.php3?id_rubrique=50) **
Bibliothèque de musique et de musicologie de l’Université Paris IV – Sorbonne
Ouverte en 1910 auprès de l’Université de Paris, située rue Michelet, la bibliothèque de
musique de la Sorbonne relève désormais de Paris IV et est relié au SUDOC qui en présente
les notices sur son catalogue unifié. Elle possède un fonds historique de livres et de partitions
remontant au XVIIe siècle, des manuscrits et des ouvrages précieux, en plus d’une collection
d’environ 10.000 livres, 10.000 partitions, 2.000 disques, 550 périodiques anciens et 25 titres
suivis. Logiquement, sa richesse ressort surtout dans le domaine des travaux universitaires :
plus de 2.000 mémoires de DEA et de doctorat y sont conservés. Sauf exception, les étudiants
en musicologie y sont admis à partir du second cycle (qui correspondra à la troisième année
de licence sous le régime L-M-D). Ils viennent bien sûr aussi d’UFR moins bien pourvues,
comme certains musiciens ou mélomanes à la recherche de raretés. Le site de l’Université
décrit les fonds et précise les conditions d’accès
(www.paris-sorbonne.fr/fr/article.php3?id_article=591) *.
Médiathèque musicale de Paris (MMP)
Ouverte en 1986, la Discothèque des Halles a adopté le nom de Médiathèque musicale de
Paris. Pôle associé de la BNF, elle a hérité des fonds accumulés par la Discothèque de France
grâce au service de presse de son Bulletin.
C’est, selon Bertrand Bonnieux, « le premier établissement de lecture publique en France
entièrement dédié à la musique » (cf. « Les collections patrimoniales et les lieux-ressources »,
in Musique en bibliothèque, sous la direction de Yves Alix et Gilles Pierret, Electre- Editions
du Cercle de la librairie, Paris, 2002, p. 57). Premier par la date, mais aussi par la taille :
40.000 CD, 10.000 partitions, 8.000 ouvrages et 1.800 vidéos sont disponibles pour le prêt.
Les références en sont consultables sur le catalogue collectif de la ville, à la différence des
notices des quelques 100.000 pièces d’archives sonores : 20.000 CD, 80.000 microsillons,
4.000 disques 78 tours. Ces derniers, libres de droits pour la plupart, sont en cours de
numérisation avec le concours de la BNF. Les réserves sont aussi fort riches en partitions
anciennes ou rares à consulter sur place, y compris des chansons en « petits formats ». Ce
patrimoine
est
accru
chaque
année
par
des
achats
ou
des
dons
(www.paris.fr/fr/culture/les_bibliotheques) ***.
La documentation comprend bien sûr une large palette de périodiques (500 titres
conservés, 180 suivis), des usuels, des guides, des répertoires discographiques. Tous les
supports donc, mais aussi toutes les disciplines (y compris la danse) et tous les genres
musicaux (jusqu’à la techno) sont représentés. A l’intention de ceux qui douteraient encore
des bienfaits de l’éclectisme et des avantages de la proximité entre le disque et le texte, Gilles
89
Pierret avance cet argument : selon une enquête de décembre 2000, 90% des usagers de la
MPP empruntaient des CD et 70% justifiaient leur visite par l’attrait des fonds
discographiques - mais moins de 10% par leur intérêt pour Internet et les nouvelles
technologies (cf. « Quelle offre pour quels publics », in Musique en bibliothèque, op.cit., p.
24).
Bibliothèques d’arrondissement Picpus et Beaugrenelle
Au sein du réseau des bibliothèques municipales de Paris, les sièges de Picpus (12e
arrondissement) et Beaugrenelle (15e) ont été les premiers à partager avec la MMP le label de
« pôles musicaux » en raison de la richesse de leurs collections de phonogrammes et de
partitions. Leurs documents sont également indexés dans le catalogue collectif (informatisé)
du réseau parisien, qui recense plus de 450.000 CD et 35.000 partitions répartis dans 31
discothèques : il s’agit là de chiffres globaux, auxquels il convient de soustraire les collections
de la MMP (voir ci-dessus) pour connaître l’étendue de l’offre dont les habitants de la capitale
jouissent dans leurs quartiers. La section musicale de la bibliothèque Picpus a été constituée
avec les livres de la bibliothèque Couperin, créée par la Discothèque de France. Outre 9.000
ouvrages, on y trouve aujourd’hui 18.000 CD, 10.000 partitions, 800 vidéos, 33 périodiques
suivis. Le site de Beaugrenelle propose quant à lui 20.000 CD, 3.500 partitions, 800 vidéos et
20 abonnements (www.paris.fr/fr/culture/les_bibliotheques) ***.
Bibliothèques des écoles territoriales
Un précédent chapitre a dressé un rapide état des fonds musicaux des conservatoires
nationaux de région (CNR) et des écoles nationales de musique (ENM) ou bien de musique,
de danse et d’art dramatique (ENMDAD). Sauf exception, la situation est encore moins
brillante dans les écoles municipales de musique agréées (EMA) et dans celles qui ne le sont
pas. La DMDTS pourrait étudier avec ses services d’inspection l’opportunité de faire évoluer
dans ce domaine les critères d’octroi de l’agrément et des labels correspondant aux différents
types d’établissements. Les exigences du ministère – mais aussi une partie de son aide –
pourraient être fonction des facilités accordées par les collectivités territoriales aux élèves et
aux enseignants, afin de consulter et d’emprunter des ouvrages, des partitions, des disques,
voire des logiciels, et de visiter des sites pédagogiques, soit au sein de l’école de musique, soit
auprès d’une médiathèque bien pourvue. Une telle réflexion devrait bien sûr être menée en
concertation avec l’Association des maires de France (AMF) - qui s’intéresse souvent au
dossier de l’enseignement artistique, même si le sujet ne tient pas la première place dans ses
congrès -, ainsi qu’avec les associations d’élus départementaux et régionaux, la Fédération
Arts du temps et départements et la Conférence des directeurs des ARDMD.
Bibliothèques des associations d’amateurs
Les écoles associatives et les formations d’amateurs ne sauraient être soumises à la
moindre injonction, et même les incitations les laissent souvent indifférentes dans la mesure
où elles n’ont pas attendu l’intervention publique pour prendre des initiatives. Les plus
importantes d’entre elles on dû faire face tant bien que mal aux besoins de leurs élèves et
adhérents. Entraide, prêt, petites annonces, bourse aux instruments, collecte de partitions dans
les greniers des particuliers, réalisation de supports pédagogiques, diffusion de méthodes et
d’ouvrages, mise en ligne de ressources sur les sites… elles tentent par divers moyens de
pallier la disette de documents et de matériels, singulièrement dans les zones rurales et les
communes de la grande périphérie urbaine. Ces efforts aboutissent parfois à la constitution
d’authentiques pôles de ressources à un niveau fédéral, comme il est signalé au chapitre
« Partenaires ». La Confédération musicale de France (CMF) et le mouvement des Jeunesses
musicales de France (JMF) offrent à ce titre deux exemples contrastés. La première a
90
constitué une bibliothèque centrale à Paris (www.cmf-musique.org)*, tandis que le second
répartit ses moyens documentaires et ses activités de conseil entre son Union nationale et ses
délégations régionales (www.lesjmf.org) *.
Répertoires internationaux de musique
Répertoire international d’iconographie musicale (RidIM/RCMI) – New York)
Répertoire international de littérature musicale (RILM) - New York
Le RidIM, nommé en anglais Research Center for Musical Iconography (RCMI), recense
et décrit toutes sortes d’images relatives à la musique (portraits de musiciens, vanités avec
instruments, tableaux figurant des concerts réels ou imaginaires, etc.) auxquelles il consacre
des catalogues, des études, une lettre d’information et une revue scientifique Imago Musicae.
Il a récemment repris ses travaux après dix ans d’interruption, en collaboration avec l’UMR
200, la BNF-DM et l’INHA ([email protected]).
Le Barry S. Brook Center for Music Research and Documentation (CMRD) de la City
University de New York (CUNY) prend en charge le répertoire dans le cadre de son école
doctorale (Ph.D. Program) de musique :
(www.gc.cuny.edu/research_centers_pages/BarrySBrook.htm).
Le Centre Barry S. Brook participe également au Répertoire international de littérature
musicale (RILM, www.rilm.org) et au Center for the Study of Free-Reed Instruments (CSFRI,
http://web.gc.cuny.edu/freereed/) et au French Opera Project (FOP) sur l’opéra français des
XVIIe et XVIIIe siècles, qui intéressent les musicologues du monde entier.
Les mêmes partenaires contribuent également au RIPM et au RISM (voir ci-dessous).
Répertoire international de la presse musicale (RIPM) – Baltimore
Le même acronyme RIPM désigne en français comme en anglais (Retrospective Index to
Music Periodicals) le troisième des quatre grands répertoires de la documentation musicale.
Son fondateur et directeur H. Robert Cohen l’a installé en 1988 sur le campus de l’Université
du Maryland à Charles Village, près de Baltimore (Etats-Unis), avec l’ambition de dépouiller
(en priorité) la presse musicale de l’Autriche, la Belgique, le Canada, le Danemark,
l’Espagne, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Hongrie, l’Italie, les
Pays-Bas, la Norvège, la Pologne, le Portugal, la République tchèque, la Roumanie, la Russie,
la Suède, tout cela sur trois siècles (du XVIIIe au XXe). La tâche s’annonce lourde si l’on
considère que le XIXe siècle a lui seul a produit près de 2.000 titres répertoriés dans ce
domaine, du journal de théâtre à la gazette de mode, du magazine spécialisé à la revue savante
: feuilletons, critiques, annonces de concerts ou de parutions, entretiens et analyses… Il s’agit
de tout répertorier pour le livrer sous les trois formes souhaitées par les chercheurs, sur papier,
en ligne et sur cédérom.
Les encouragements de la Société internationale de musicologie (SIM), le concours de
l’AIBM et les aides de l’UNESCO (Conseil pour la philosophie et les sciences humaines) ne
seront pas de trop pour achever vers 2012, comme promis, la collection complète de 250
volumes de références, entourées d’un appareil critique, de chronologies et de mots-clés. Neuf
périodiques français du XIXe et du début XXe ont déjà été traités, mais aucune administration
ou institution française ne figure parmi les donatrices. Les bibliothécaires et archivistes de la
quinzaine de pays concernés, détenteurs des précieux fonds, sont évidemment mis à
contribution pour fournir le maximum de notices numérisées. Le cycle d’actualisation
semestrielle a déjà commencé pour enrichir peu à peu les 450.000 dossiers de la base de
données. Le site Internet n’y donne pas directement accès (www.ripm.org) *. Le service n’est
pas gratuit. Des interfaces et moteurs de recherche communs avec le RILM, développés par
les prestataires privés NISC (représentant pour les trois versions : [email protected]) et OCLC
(seulement pour la consultation en ligne :www.oclc.org/contacts/default.htm) permettent en
effet aux souscripteurs d’effectuer une même recherche (par exemple sur un compositeur ou
91
un interprète) dans les deux bases. Le site de Baltimore explique le mode d’emploi des bases.
Il propose des liens vers les grandes revues de musicologie et les membres du comité éditorial
du Répertoire.
Répertoire international des sources musicales (RISM) - Francfort-sur-le-Main
Entretenu depuis Francfort-sur-le-Main (Allemagne), le RISM résulte d’une initiative de
la Société internationale de musicologie (SIM) en 1949, adoptée conjointement par l’AIBM
en 1951, à la suite de laquelle François Lesure a établi le secrétariat central du répertoire à
Paris en 1953.
De 1962 à 1987, les chercheurs allemands prennent une place de plus en plus importante
dans la coordination, subventionnée tant par l’UNESCO que par la ville de Kassel et la
République fédérale. C’est depuis lors la ville de Francfort et sa Bibliothèque universitaire qui
hébergent la rédaction centrale, qui collabore tant avec la Harvard University à Cambridge
(Massachusetts) qu’avec le Département de la musique de la BNF.
Le site Internet donne accès à plusieurs bases de données en ligne, d’autres étant
disponibles sur cédérom, à la liste des publications du Répertoire (et sur le Répertoire), aux
coordonnées des bibliothèques et centres de recherche qui l’alimentent à travers le
monde (http://rism.stub.uni-frankfurt.de/index1.htm) ***, ainsi qu’à un annuaire de liens.
Grove Dictionnary
Né avant la seconde guerre mondiale et constamment réactualisé depuis, l’imposant
dictionnaire musical Grove (New Grove’s Dictionnary of Music and Musicians) n’a
malheureusement pas d’équivalent en français. Il s’agit d’une publication anglaise de type à la
fois universitaire et encyclopédique, dont les vingt volumes sont désormais en ligne
(www.grovemusic.com) ***. Une interrogation sur le compositeur Edgar Varèse livre ainsi
(en anglais exclusivement) des notices bien fournies sur sa vie, son œuvre, son esthétique et sa
technique, la bibliographie à son sujet, avec des indications sur la discographie disponible.
Plus maniable, le Dictionnaire encyclopédique de la musique de l’Université d’Oxford, digne
héritier de l’Oxford Companion to Music de Percy A. Scholes, publié pour la première fois en
1938, a été augmenté et révisé sous la direction de Denis Arnold, puis traduit en français à
partir de 1988 (Robert Laffont, « Bouquins », Paris, deux volumes).
Sites musicaux
www.andante.com ***, pour les internautes anglophones, ce portail babélien donne accès à
un magazine en ligne et un calendrier de l’actualité musicale internationale. La section
« Reference » permet d’accéder au Concise Grove Dictionnary, au Kobbé’s Opera Book, à
l’encyclopédie musicale Einaudi, à des répertoires d’auteurs, compositeurs, interprètes, des
recueils d’articles critiques, aux chroniques musicales de la New York Review of Books, à des
discographies, biographies, bibliographies, répertoires, partitions, etc., toujours équipés de
moteurs de recherche, mais seulement pour les adhérents à jour de leur abonnement.
Toujours en anglais, d’une présentation beaucoup plus artisanale mais de consultation
gratuite grâce au dévouement de bénévoles passionnés, www.classical.net *** recense plus de
3.200 références d’ouvrages, revues, CD et DVD, charrie environ 6.000 notices et offre plus
de 4.000 liens vers d’autres sites musicaux.
www.music-opera.com ** propose aux amateurs de musique classique et d’art lyrique les
programmes en version bilingue (anglais et français) de plusieurs centaines de salles,
ensembles et festivals de musique classique et d’art lyrique à travers 35 pays environ, avec un
système de réservation en ligne.
Institut technologique européen des métiers de la musique (ITEMM)
Le monde de la facture instrumentale est aussi varié que les couleurs sonores d’un
92
orchestre. Il est composé d’une mosaïque d’entreprises grâce auxquelles subsistent des
métiers hautement qualifiés. La plupart sont de dimension artisanale, en dehors de rares
grandes maisons aux prises avec une forte concurrence étrangère. Après des années noires, le
secteur a fait front, reconquérant tant bien que mal des capacités d’innovation et de
commercialisation qui lui faisaient défaut. Organisée en syndicats, la profession s’appuie pour
cela sur la renaissance de la pratique musicale, d’associations en écoles, de scènes en
festivals, mais aussi sur quelques dispositifs mis en place avec les pouvoirs publics.
L’ITEMM lui sert de pivot en développant la formation continue, la documentation
professionnelle et la recherche appliquée. Il facilite la transmission des savoirs et le
recrutement de jeunes apprentis.
L’ITEMM est d’abord une école. Chaque année, environ 200 élèves et apprentis en
formation initiale de longue durée et une centaine de stagiaires suivant des modules de courte
durée y sont accueillis, pour préparer les CAP, les baccalauréats professionnels ou les BTS
grâce auxquels ils entendent faire carrière dans la facture instrumentale. La branche est ici
appréhendée en entier, avec ses différentes spécialités de la flûte au piano en passant par la
lutherie, mais aussi de la fabrication à la distribution commerciale, en passant par
l’électronique et l’informatique. Continental par son recrutement et les crédits qu’il obtient du
Fonds social européen, l’ITEMM a son siège au Mans. La ville, la Communauté urbaine, le
département, la région contribuent aussi à son financement aux côtés de et l’Etat, sollicité
conjointement à travers le MCC, le MEN, le secrétariat d’Etat en charge du commerce, de
l’artisanat et des petites et moyennes entreprises (PME). De la part de ce dernier, il a reçu le
label de Pôle d’innovation comme une quinzaine d’autres organismes offrant des ressources
technologiques et pédagogiques aux PME, tous coordonnés par l’Institut supérieur des métiers
(ISM).
Car l’ITEMM s’affirme aussi comme un centre de ressources. Il héberge le Centre du
patrimoine de la facture instrumentale (CPFI), sous la direction de Bernard Pouelelaouen,
dont la riche collection d’instruments favorise l’étude. Le service documentaire entretient la
connaissance sur les instruments, leurs procédés de fabrication et les méthodes pour les
accorder, à travers des bases de données bibliographiques et techniques, une revue des
périodiques spécialisés, des traductions d’articles. Il réalise des fiches sur les métiers, les
formations, les facteurs. Il met à jour un annuaire professionnel que le site (www.itemm.fr) **
propose en ligne avec un moteur de recherche et une carte pour situer les artisans dans chaque
région. Ce site informe des cursus et des débouchés dans les métiers concernés. En dehors de
quelques documents à télécharger au format PDF, il comporte des signets marquant les liens
qui l’unissent avec le Musée de la musique (et donc la Cité de la musique), le CNMSDP,
l’Université du Maine, la Chambre syndicale et l’Union nationale de la facture instrumentale
(CSFI et UNFI). Curieusement l’IRCAM n’apparaît pas parmi ces partenariats privilégiés,
bien qu’il s’y effectue des recherches avancées sur l’acoustique instrumentale, et alors que
l’ITEMM développe ses propres compétences dans le domaine de l’informatique musicale.
L’Institut publie également une revue de liaison professionnelle.
Il existe bien sûr en France d’autres lieux d’apprentissage, tels le Centre national de
formation d’apprentis de facteurs d’orgue d’Eschau ou l’Ecole nationale de lutherie de
Mirecourt, préparant au CAP de facteur ou de tuyautier, pour le premier, et au brevet des
métiers d’art (facture instrumentale), dans les deux cas. Cependant l’ambition et
l’organisation de l’ITEMM lui permettent de revendiquer le rôle de tête de réseau dans le
domaine de la facture, aussi bien pour la diffusion de l’information que pour la confrontation
des techniques.
Radio France - Centre de documentation musicale et Discothèque centrale
La première radiodiffusion d’un concert eut lieu le jour de Noël 1906, quand l’ingénieur
93
américain Reginald Fessenden, donnant de la parole, du chant et du violon, émit en direction
de navires équipés d’antennes. De la télégraphie sans fil à la transmission sur Internet,
l’histoire de la radio est indissociable de celle de la musique vivante et du théâtre parlé.
L’importance du service public de radiophonie dans l’univers musical et la mémoire culturelle
a été soulignée plus haut, à propos de l’INA. Avenue du Président-Kennedy, la tour de la
Maison de Radio France abrite dans son centre de documentation, ses archives et sa
discothèque centrale, la plus grande partie de ce patrimoine que les émissions quotidiennes
continuent d’enrichir.
La Direction de la musique de la société nationale, a été assumée par René Koering de
2002 à fin 2004, après l’avoir été par Claude Samuel, et avant de l’être par Jacques Taddei
(jusqu’alors directeur du Conservatoire de la rue de Madrid). Elle représente en elle-même,
avec ses orchestres, ses chœurs, sa maîtrise, ses festivals et ses commandes, l’un des plus
importants complexes de production et de diffusion de l’hexagone. L’Orchestre national de
France, dont la fondation date de 1934, et l’Orchestre philharmonique de Radio France, dont
les origines remontent à 1937, ont connu la baguette de chefs prestigieux (respectivement
aujourd’hui Kurt Mazur et Myung-Whun Chung) et ils continuent d’en inviter. Les Chœurs et
la maîtrise ont également une riche expérience en concert et en studio. Depuis 1991, une
manifestation annuelle, nommée « Présences », favorise la programmation de musique
contemporaine. Le site Internet de la maison (www.radio-france.fr/chaines/orchestres/) ***
rend compte de leurs activités, informe sur leurs programmes, renseigne sur les compositeurs
et les œuvres joués, expose le catalogue de leurs disques. Il permet en outre de retrouver la
trace des saisons passées dans les archives.
Pierre Bouteiller, directeur de France Musiques de 1998 à juin 2004, revendiquait la
diffusion de 1.400 concerts par an (soit l’équivalent de 2.500 heures de musique « vivante »).
Son successeur Thierry Beauvert, ancien rédacteur en chef du Monde de la musique, et qui
intervenait déjà à l’antenne, devra faire preuve d’un égal dynamisme. France Culture, sous la
direction de Laure Adler, poursuit le travail de commandes dramatiques auquel son
prédécesseur Jean-Marie Borzeix avait donné une belle ampleur. Avec Jean-Luc Hees à sa
tête jusqu’à l’été 2004, France Inter a renforcé son habitude d’accueillir de nombreux artistes
de la scène, de l’orchestre ou de la piste, d’un bout à l’autre de sa grille, y compris durant ses
principaux journaux quotidiens. Venu de RFI, Gilles Schneider a repris son poste. Le
président Jean-Marie Cavada, ayant repris sa liberté pour se présenter aux élections
européennes de juin 2004, a été remplacé sur décision du Conseil supérieur de l’audiovisuel
(CSA) par Jean-Paul Cluzel, jusqu’alors président de RFI, un fidèle de la majorité qui a
aussitôt lancé cette valse des dirigeants.
Le Centre de documentation musicale recèle 66.000 partitions et presque autant de
matériels d’orchestre, 8.000 ouvrages, 50 titres de périodiques suivis, 20.000 dossiers
thématiques. La bibliothèque proprement dite distingue une collection relevant des orchestres
et des fonds centraux. Ces derniers sont enrichis au fur et à mesure par des documents
d’actualité qui nourrissent en informations, références et illustrations sonores les émissions de
la maison. Les archives comprennent bien sûr de très nombreux éléments liés à l’histoire des
orchestres radio-symphoniques et lyriques. Les document issus du Groupe de recherches
musicales (GRM), fondé sous la houlette de Pierre Schaeffer en 1951 sont en revanche passés
sous la garde de l’INA. Le grand public accède au centre, mais seuls les collaborateurs de
Radio France ou les professionnel détenteurs d’une carte de lecteur peuvent recourir à
l’emprunt.
La Discothèque centrale de Radio France est la mieux pourvue du pays, si l’on excepte
celle de la BNF. Elle conserve les enregistrements accumulés durant l’histoire du service
public, du ministère des Postes de l’entre-deux-guerres à la RTF de la Quatrième République,
de l’ORTF à l’actuelle société : plus de 530.000 documents de toutes les sortes, techniques et
94
artistiques, représentant 600.000 heures environ, dont un tiers de musique. Elle garde aussi les
phonogrammes édités dans le commerce, acquis ou reçus par le service public de la
radiophonie depuis ses origines. La maison ronde abrite ces réserves qui grossissent de 7.000
disques chaque année, mais la Phonothèque de l’INA est le propriétaire en titre des documents
antérieurs à 1997, Radio France détenant la suite, plus quelques raretés à déguster sur les
ondes ou en ligne, comme ce cylindre de Carmen par l’Orchestre Columbia de Paris en 1902.
Le moteur de cette formidable mémoire réside dans une base de données informatisée de
six millions de fiches permettant de repérer un document à partir d’une gamme de mots clés :
nom d’auteur ou d’interprète, extrait d’un titre, d’un thème, d’un genre, indication d’une zone
géographique, etc. La Discothèque réserve ce services aux agents des stations de Radio
France et des sociétés de radio ou de télévision qui lui sont liées par convention. Des
demandes ponctuelles venues de l’extérieur peuvent néanmoins être traitées en cas de besoin.
Indispensable à la composition de programmes thématiques, en particulier sur la chanson, il
est pour le moins regrettable qu’il ne soit pas accessible en ligne Bien sûr, la diffusion des
documents qui ne sont pas encore tombés dans le domaine public (c’est-à-dire l’immense
majorité) se heurte à la barrière des droits à acquitter. En revanche un florilège de « sons de
l’année » incluant diverses paroles d’écrivains, de compositeurs et d’artistes depuis 1998 peut
être
feuilleté
et
ouï
en
ligne
sur
le
site
de
la
documentation
(www.radiofrance.fr/rf/documentation/) **.
Bureau Export de la musique française
Le ministère de la Culture, le ministère des Affaires étrangères et l’AFAA se sont alliés
aux organisations de producteurs et d’éditeurs pour créer en 1993 le Bureau Export de la
musique française, sous forme d’association, avec un objectif central : promouvoir les ventes
de disques et les tournées de concerts français à l’étranger. L’audience visée est donc
composée des professionnels de tous pays susceptibles de jouer un rôle dans la
programmation ou la diffusion d’œuvres nées en France. Les prestations du Bureau leur sont
exclusivement réservées. Un siège parisien d’une dizaine de permanents, peu visité, et des
antennes à l’étranger servies par une quinzaine de salariés qui se déplacent volontiers sur les
sites des manifestations importantes, dispensent à leur intention les informations rassemblées
et publiées par le centre de ressources. Celles-ci sont assez variées : un annuaire de maisons
d’édition et de labels indépendants, un guide pratique sur les aides à l’exportation, des
brochures gratuites - Les Cahiers de l’export - , des répertoires et compilations voués aux
divers genres, des dossiers documentaires sur des artistes, des groupes ou des ensembles, le
calendrier des salons internationaux comme le MIDEM ou le MIP, des principaux festivals et
des rencontres professionnelles, des compilations sur CD ou DVD, à vocation pédagogique ou
promotionnelle. La communication des informations et documents s’exerce surtout par
correspondance téléphonique, postale, électronique. Le site Internet (www.french-music.org)
**, permettant d’y accéder de partout, annonce un rythme d’environ 100.000 consultations par
an. S’il remplit correctement son office de vitrine de la production d’expression française
dans la conjoncture difficile que traverse l’industrie du disque depuis 2002, en revanche le
Bureau Export pourrait être mieux signalé sur les autres sites et portails de la toile musicale.
Association pour le Développement de la Création - Etudes et Projets (ADC,EP)
Nommé directeur de la musique et de la danse par Jack Lang, Maurice Fleuret lui insuffla
l’idée de fêter toutes les musiques un 21 juin, pour marquer le solstice d'été, par quantité de
concerts organisés ou improvisés dans les quartiers. Préparée à la hâte en 1982, la première
édition de la Fête de la Musique se révéla d’emblée un succès qu’il s’agissait dès lors
d’étendre et de renouveler.
Le ministère de la Culture n’entendait ni s’abstenir de prendre part à l’événement ni trop
95
s’impliquer dans sa coordination. Il pouvait compter sur ses services centraux et sur ses
DRAC pour encourager les principales initiatives et faire remonter l’information. Les
associations départementales et régionales de développement musical et chorégraphique (voir
ADDMC et ARDMD au chapitre « Partenaires ») lui prêtaient un concours actif pour
mobiliser les services municipaux, les fédérations de chanteurs et de musiciens, les écoles et
les conservatoires, les orchestres et les établissements culturels. Il restait à trouver un
opérateur délégué pour prendre en charge la coordination nationale et internationale. La tâche
revint à l’ADC,EP, une agence d’études et d’ingénierie porteuse de projets dans plusieurs
champs disciplinaires, actuellement dirigée par Jean-François Millier, auprès duquel Hervé
Bordier est plus spécialement chargé de la Fête de la musique.
Dans la mesure où la Fête résulte de l’addition d’une myriade d’initiatives associatives,
institutionnelles, territoriales, mais aussi d’ individus et d’entreprises, son rôle consiste
d’abord à susciter des participations de toutes sortes. En cas de besoin, l'ADC,EP peut
apporter un conseil d’ordre artistique ou technique aux organisateurs, mais elle ne leur
attribue aucune aide financière. La principale mission à trait à l'information. D’un côté il
s’agit de faire remonter tous les renseignements sûrs, de les centraliser et de les recouper pour
dresser des programmes par villes et régions dont la presse pourra s’emparer. D’autre part il
faut procurer aux opérateurs recensés le logo de la Fête et du matériel de propagande, sans
pour autant se substituer aux forces locales,les mieux à même d’assurer la promotion des
concerts. Un dossier récapitulant les programmes est diffusé auprès des médias, tandis que des
affiches de plusieurs formats (350.000 en 2004) sont envoyées aux relais régionaux et
départementaux. Le site Internet (http://fetedelamusique.culture.fr) ** propose un historique
de la fête, un mode d’emploi et une « foire aux questions » (FAQ) pour faciliter le parcours
des participants. Sitôt prêts, le logo, le visuel et le dossier de presse leur sont offerts au
téléchargement. Des accords avec les radios du service public (les stations de Radio France et
Radio France International) et divers magazines donnent à la manifestation un retentissement
accru. La presse quotidienne et hebdomadaire, régionale comme nationale, encartent
volontiers le programme dans l’édition vendue le jour J.
Une étude menée fin juin 2000 par le DEP (compte-rendu d’Olivier Donnat téléchargeable
sur le site) donne une idée de l’engouement populaire pour cette manifestation multipolaire.
Cette année-là, plus de dix millions personnes auraient assisté à un concert dans une enceinte
quelconque ou écouté de la musique dans la rue, tandis qu’environ 800.000 chanteurs et
instrumentistes, amateurs et professionnels se seraient produits en public. La confluence de
tous les initiatives locales et la juxtaposition de tous les genres musicaux a été raillée par les
contempteurs du « tout-culturel ». Cependant la Fête vaut mieux que la cacophonie à laquelle
ils voudraient la rabattre. C’est une occasion pour nombre d’auditeurs d’accéder gratuitement
à des œuvres ou des styles qu’ils ignoraient auparavant. C’est un stimulant pour les élèves des
conservatoires et les membres des chorales qui préparent l’échéance plusieurs mois à
l’avance. C’est aussi une école de coopération pour l’ensemble des partenaires publics et
privés qui doivent concourir à sa réussite dans chaque bourg et chaque agglomération. A
condition que les aubades et concerts restent gratuits et que les interprètes ne soient pas
rémunérés, la SACEM renonce aux droits qu’elle pourrait percevoir ce jour-là. Le FCM
soutient l’opération. Les établissements subventionnés, de la scène de musique actuelle à
l’opéra, ouvrent leurs foyers ou bien invitent des musiciens à jouer sur leurs parvis. Les cafés
sont de la partie aussi bien que les MJC. Par ailleurs les éditeurs discographiques, les
producteurs de spectacles et les diffuseurs audiovisuels peuvent agir sous leur propre
bannière.
En vertu de ces principes, la pratique a gagné une centaine de pays étrangers. Sur le
continent européen, une quinzaine d’entre eux se concertent avec la France dans le cadre de la
Fête européenne de la musique. A cette fin, l'ADC,EP entretient le contact avec les
96
ambassades et le réseau culturel extérieur (instituts, centres culturels, Alliances françaises),
avec les mairies des grandes villes et les ministères compétents. et les professionnels (artistes,
maisons de disques, organisateurs de spectacles. Durant les préparatifs, qui commencent en
fait dès l’automne suivant, ses fichiers s’enrichissent de centaines de contacts nouveaux, alors
que le site reçoit un nombre croissant de visites. C’est pourquoi il paraît important que celuici comporte davantage de liens vers les centres et pôles de ressources compétents, quitte à
renvoyer vers des portails plus larges comme ceux du ministère de la Culture, de la Cité de la
musique et de l’IRMA, voire des Signets de la BNF. La 25e édition, en 2006, devrait être non
seulement le prétexte d’un programme exceptionnel, mais d’un effort d’analyse et
d’information particulier. On espère à cette occasion l’édition (ou la publication en ligne)
d’un document de synthèse récapitulant les mutations de la pratique instrumentale et chorale
et les transformations du paysage musical auxquelles la Fête a non seulement fait écho, mais
aussi contribué.
b) Musiques dites classiques
Médiathèque Gustav-Mahler (MGM)
Les critiques Henri Louis de la Grange et Maurice Fleuret ont fondé en 1986 la
bibliothèque Mahler, récemment rebaptisée médiathèque en 2002. Celle-ci leur doit ses plus
beaux fonds, mais aussi le coquet hôtel qui lui sert de gîte - où M de la Grange a gardé un
droit d’habitation -, et bien sûr le nom du compositeur autrichien, dont il est un spécialiste
incontesté. Le directeur de la musique que fut M. Fleuret au ministère de la Culture a su
aménager à l’association un statut relativement protégé. Devenue par ce legs le propriétaire en
titre de l’édifice, la Fondation de France en concède gratuitement l’occupation à la
bibliothèque. Un conseil d’administration présidé par Pierre Bergé, assisté par Jacques
Longchampt, veille sur son sort. Moyennant un abonnement de 35 € (ou un tarif réduit de 25
€ pour les étudiants), les lecteurs – surtout des étudiants en musicologie, des élèves des
conservatoires et des instrumentistes, surtout originaires d’Ile-de-France – y trouvent un
climat de recueillement propice à la consultation des collections qui s’étalent du XVIIIe siècle
au début du XXe, grosso modo de Haydn à Debussy, en passant bien sûr par Mahler, le mieux
documenté avec des autographes du compositeur, sa correspondance, divers objets évoquant
sa mémoire.
L’arrivée du fonds Alfred Cortot, puis de quelques autres, dont un fonds Joseph Kosma,
moins attendu en ces lieux, a complété cet ensemble qui comporte deux salles de lecture, une
discothèque bien fournie (dotée notamment de microsillons de vinyle en bon état de
conservation), des cabines d’écoute et d’étude, plus un studio de travail collectif équipé d’un
piano droit, à louer dans la cour. Les 25.000 ouvrages, les 50 titres de périodiques suivis, les
20.000 partitions, les 3.000 illustrations et photographies, les 20.000 microsillons et les
15.000 CD sont eux-mêmes prolongés par plus de 15.000 dossiers thématiques, dérivés pour
beaucoup des dossiers personnels de M. Fleuret. Plusieurs institutions musicales, et non des
moindres (orchestres, ensembles lyriques, maisons de production) sont ainsi abonnées à un
service qui leur procure des réponses facturées au forfait. Les requêtes transmises par tous les
moyens (du téléphone au courriel) visent aussi bien la référence d’un disque ou les droits
d’une partition que la constitution d’un dossier thématique, et les réponses puisent dans la
collection de la maison comme dans les ressources des partenaires. Légèrement bénéficiaire,
cette activité a fait l’objet d’une sectorisation dans la comptabilité de l’association.
La MGM ne demande pas mieux de s’étoffer en recevant de nouveaux dépôts de
compositeurs ou de musiciens, mais avec un directeur, même musicologue, et trois
documentalistes, le temps manque pour mener des inventaires et les saisir. Le catalogage a été
entrepris depuis trois ans, thème par thème mais tous supports confondus. L’informatisation
97
des fichiers bibliographiques et discographiques a été conduite fin 1999 grâce à l’aide de
l’IRCAM et de son bibliothécaire, Michel Fingerhut. Le logiciel Doris (de marque Ever)
employé par l’IRCAM s’est révélé coûteux à l’usage et difficile à adapter aux besoins de la
MGM. Elle a donc résolu de faire migrer ses données sur un logiciel Agate qu’elle est le seul
établissement du secteur à utiliser. La mise en ligne du catalogue ayant eu lieu avec l’ancien
logiciel, il reste encore du travail à accomplir – et de l’argent à trouver - pour achever la
conversion et l’actualisation du site (www.bgm.org) **, sur lequel le directeur Alain Galliari
aimerait introduire une galerie iconographique. Une commodité appréciable attend déjà
l’internaute sur les pages décrivant les collections de périodiques : les liens vers les sites des
revues vivantes y figurent avec les dates des séries conservées. En revanche les inventaires
d’archives n’ont été saisis que sous Word.
Centre de musique baroque de Versailles (CMBV)
Sis à l’ancien Hôtel des menus plaisirs de Versailles, qui vit la réunion du Tiers Etat et la
nuit du 4 août, le CMBV a été créé en 1987 par le ministère de la Culture, afin d’assurer la
recherche et la mise en valeur du répertoire français des XVIIe et XVIIIe siècles, à travers des
missions de formation au chant, de production de concerts, de recherche et d’édition. La
proximité du château, de son domaine et de ses dépendance inspiraient évidemment ce
dessein. Si Versailles donna au pays et à l’Europe le spectacle permanent de la monarchie
absolue, ses pompes furent toujours accompagnés de musique, petite et grande, profane ou
sacrée. A l’approche du bicentenaire de la Révolution qui mit fin à ces fastes le mouvement
des baroqueux montrait sa grande vigueur en France. Un roi danseur né d’un père musicien, le
régent et les deux rois qui lui succédèrent avaient laissé un patrimoine considérable de
partitions, de notations et d’esquisses. Outre la Bibliothèque-musée de l’Opéra, qui hérita des
documents de l’Académie royale, la Bibliothèque nationale et la bibliothèque du
Conservatoire national supérieur de Paris, qui avaient récupérés les papiers de son école, la
bibliothèque municipale de Versailles conservait déjà d’importants fonds historiques.
Le Centre perpétue la tradition musicale de Versailles en format des chanteurs dans son
Département de pédagogie, dont le choeur reproduit l’effectif de l’ancienne Chapelle royale.
Les Pages et les Chantres comprennent vingt enfants et seize adultes qui se produisent
régulièrement durant la saison de concerts et l’Automne musical du château, mais aussi dans
de nombreux lieux et festivals, et enregistrent des disques sous différents labels.
L’établissement public du Musée et du Domaine national de Versailles a parfois battu froid au
CMBV, comme si l’incursion du spectacle vivant pouvait déranger le programme des
conservateurs. Dans le cadre de son schéma directeur de développement adopté le 30 octobre
2003, l’actuelle direction semble au contraire vouloir lui ouvrir ses portes, de même que des
mesures de royale musique ouvrent son portail Internet : “Quoi de plus naturel et de plus
agréable que d’entendre résonner à Versailles les vers de Molière ou de Racine, les musiques
de Lully et de Rameau.” Avec l’installation de Bartabas aux anciennes écuries en 2003, le site
présente ainsi un ensemble à la fois monumental et spectaculaire, dans lequel cinq structures –
sans compter le Théâtre Montansier, géré par la ville - concourent à l’attrait de la visite :
l’établissement public (www.chateauversailles.fr) **, son nouveau Centre de recherche
([email protected]) et sa filiale de droit privée Château de Versailles
Spectacles (www.chateauversailles-spectacles.fr) *, l’Académie du spectacle équestre
(www.acadequestre.fr) ** et le CMBV (www.cmbv.com) ***.
Au départ, la documentation du CMBV devait surtout satisfaire les besoins internes de sa
maîtrise (Les Pages et les Chantres de la Chapelle) et de son Atelier d’études. En fait, elle prit
rapidement les dimensions d’une véritable bibliothèque, baptisée du nom du prêtre et
compositeur Sébastien de Brossard (1655-1730) – auteur d’un Dictionnaire de la musique
dont la collection de 930 ouvrages musicologiques est échue à la BNF - et logée depuis 1992,
98
dans un climat propice au recueillement, à l’emplacement de la salle réservée au clergé durant
les Etats généraux. Entièrement informatisé, accessible en ligne, le catalogue compte environ
15000 partitions manuscrites et imprimées, 2.500 livres, 50 périodiques suivis par
abonnement, 700 CD, 400 microfilms et des fac-similés de documents anciens. Il s’y ajoute
du matériel pédagogique et des dossiers. La consultation des ouvrages est autorisée
uniquement sur place.
Les chercheurs extérieurs sont accueillis au CMBV en fonction de leurs projets, dont les
résultats alimenteront ses bases. Elle sont aussi menées au sein de l’établissement, par
l’Atelier d’études sur la musique française des XVIIe et XVIIIe siècles, Unité mixte de
recherche (UMR 2162) relevant du CNRS, du ministère de la Culture et du CMBV. Sous la
direction de Jean Duron, l’Atelier enrichit constamment la base Philidor. Il participe aux
activités musicales et scientifiques du Centre. En s’appuyant sur un atelier de gravure, il
publie chaque année cinq volumes de partitions, un catalogue d’auteur, une ou deux ouvrages
d’analyse, des Cahiers de musique et un Bulletin annuel (téléchargeable). Les Cahiers
présentent les œuvres d’une quarantaine de compositeurs, transcrites et commentées, avec un
appareil critique et parfois un enregistrement sur CD. Plusieurs extraits de la partition peuvent
être téléchargés (au format PDF) depuis le site du CMBV, sur lequel le volume peut être
commandé en version chorale, instrumentale ou orchestrale. Ces parutions font du CMBV le
principal éditeur de musique française de l’époque baroque.
La base de données Philidor, alimentée au fur et à mesure de leurs travaux de dépuillement
par les chercheurs accueillis au Centre, inventorie et commente des fonds répartis sur
l’ensemble du territoire français. Elle a été constituée à partir de 1898, sous la responsabilité
scientifique de Jean Duron, par quatre documentalistes (dotées par surcroît d’une formation
d’historienne ou de musicologue) qui se sont relayées en restant fidèles au logiciel JLB-DOC.
Les conseils des spécialistes de la maison ou du dehors (parmi lesquels François Lesure, Jean
Lionnet, Pierre Chaumont, Sylvie Lonchampt, Sylvie Giroux, Pierre Pellerin) ont permis de
perfectionner l’outil. Les notices descriptives sont rédigées selon des critères rigoureux qui
permettent de donner une cohérence d’ensemble à la base. D’abord accessibles seulement en
Intranet, depuis l'automne 2003, l’ensemble des 11.750 fiches bibliographiques (Philidorbibliographie) ont été versées sur la toile, amputées de leur partie analytique pour respecter le
droit d’auteur des chercheurs. Les catalogues dressés par ces derniers sont polygraphiés en
disx exemplaires, dont quatre reviennent au dépôt légal de la BNF et un va à la Bibliothèque
du Congrès de Washington. Les données de la base sont actualisées au fur et à mesure des
apports, qu’il s’agisse de nouvelles publications ou d'ouvrages anciens. Avec l’accord des
éditeurs, des catalogues enrichiront la base trois ans après leur parution sur papier ou
cédérom. Une partie seulement des fonds eux-mêmes (Philidor-œuvres) sont ainsi divulgués.
La consultation en ligne du répertoire des partenaires, correspondants et chercheurs (Philidorannuaires) et des documents de travail (Philidor-archives) n’est pas encore prévue, mais ces
matériaux sont accessibles sur place. Lexiques et thésaurus (notamment des effectifs et des
lieux) doivent en revanche être fournis en ligne. Ils font déjà partie de la trentaine de Cahiers
Philidor, documents, recueils, répertoires, catalogues raisonnés ou bibliographies spécialisées
qui sont offerts en téléchargement (au format PDF).
L’atmosphère “grand siècle” qui règne au CMBV malgré son adresse révolutionnaire ne
doit pas faire oublier la haute technicité de cet instrument. Si la bibliothèque reste assez peu
fréquentée en comparaison d’autres lieux de ressources musicales, le partage des
connaissances avec la communauté musicologique est largement effectué par le truchement
des publications et de la diffusion en ligne. En février 2005, Hervé Burckel de Tell,
auparavant chargé du développement de l’Orchestre de Paris, a remplacé Vincent Berthier de
Lioncourt à la tête du Centre.
99
Association française des orchestre (AFO)
Une trentaine de formations symphoniques et d’ensembles permanents composent le
paysage dans lequel évolue l’AFO. Celle-ci s’appuie d’abord sur les neuf orchestres nationaux
de région (respectivement basés à Bordeaux, Lille, Lyon, Metz, Montpellier, Nantes,
Strasbourg, Toulouse et en Ile-de-France). Elle même logée à Paris, l’AFO anime un site
(www.France-orchestre.com) ** bien conçu, renseignant l’amateur sur la vie de l’orchestre,
informant l’auditeur des programmes, proposant à l’interprète le calendrier des auditions et
des concours, apportant au professionnel annonces d’emploi, références et documents, offrant
enfin à l’internaute un bouquet de liens.
Fédération française des festivals internationaux de musique (FFFIM)
La FFFIM, c’est aussi France Festivals. Fondée en 1959, forte d’une cinquantaine de
festivals dans les années 1990, la Fédération a rénové ses statuts en 2004. Elle représentait
alors 82 manifestations d’importance nationale ou internationale, qui se déroulent toutes sur le
territoire français entre avril et novembre. Les déboires de l’année 2003 ont incité leurs
responsables à mieux faire entendre leur voix auprès des autorités pour faire prendre
conscience de leur audience artistique et de leur la force économique. En additionnant les
résultats, ils revendiquent ainsi 44 millions d’euros de recettes propres, 8,8 millions d’euros
de consommations intermédiaires effectuées sur place, plus de 860.000 spectateurs pour près
de 1.720 représentations, environ 20.000 artistes et interprètes (dont un tiers d’étrangers) et
5.000 emplois de techniciens, administrateurs et chargés de communication. Le président est
Philippe Toussaint, directeur du Septembre musical de l’Orne, qui assume le secrétariat de
l’association. En 2001, ses instances ont négocié avec l’administration fiscale des conditions
particulières pour l’application de l’Instruction de 1999 sur l’assujettissement aux impôts
commerciaux. Elles ont obtenu pour la première fois une subvention du ministère de la
Culture en 2002. La FFFIM s’efforce aussi d’assurer la promotion de ses adhérents, à travers
la présence sur les salons comme Musicora, des annonces dans la presse, la réalisation d’un
supplément annuel dans un magazine (Télérama en 2004), la diffusion d’un dépliant dans les
offices de tourisme, les agences de voyage et le réseau culturel extérieur de la France, et par
l’intermédiaire de son site Internet.
Bilingue, celui-ci permet de consulter une fiche descriptive de chaque manifestation
adhérente, avec sa période, son programme, ses tarifs, ses coordonnées et conditions de
réservation (www.francefestivals.com) **. Les mêmes données sont mentionnés sur le site de
viaFrance, visité par environ 500.000 internautes par mois (www.viaFrance.com) ***, avec
lequel une coopération a été engagée. Cette filiale du groupe privé viaEuropa gère l’accès aux
bases d‘événements de la Fédération nationale des offices de tourisme et des syndicats
d’initiative. Ces informations figurent encore, faut-il le rappeler, dans le guide des festivals,
édité par le DIC du ministère de la Culture à chaque saison. Le site de France Festivals fournit
quelques offres d’emploi et de stage. Un réseau Intranet doit favoriser en outre l’échange
entre les membres. Ceux-ci se voient offrir un conseil fiscal et social (en collaboration avec
l’agence Premier’Acte de Poitiers) et des journées d’information. Ils sont conviés à participer
aux activités, qui vont du colloque (« La musique a-t-elle besoin des festivals ? » à
Royaumont en 2003) aux Victoires de la musique, avec lesquelles un accord de partenariat a
été signé.
La FFFIM correspond avec la Fédération européenne des festivals (FEF, www.eurofestival.net), forte d’environ 90 affiliés, à laquelle sont également rattachés au moins deux de
ses adhérents, Le Festival de l’Épau (Le Mans) et le Festival international de piano de La
Roque d’Anthéron (Bouches-du-Rhône)
100
Centre européen de musique de chambre (CEMC)
Sous la présidence de Georges Zeisel, l’association ProQuartet milite depuis 1987 pour le
développement de la musique de chambre. Elle a nourri le projet d’un centre culturel de
rencontres (CCR) auquel le ministère a fini par attribuer un lieu prestigieux, le quartier Henri
IV du château de Fontainebleau. Ce cadre où résonnèrent les musiques de tant de
compositeurs, de Lully à Bernstein, avait été occupé par l’administation de l’OTAN, puis
laissé sans emploi. Après la restauration complète financée au titre du contrat de plan EtatRégion de 2000-2007 (11,4 millions d’euros pour les extérieurs et 7,6 pour l’intérieur), il
accueillera le Centre européen dont la préfiguration a été confiée à ProQuartet. Depuis 1997,
l’association a déployé un programme saisonnier de concerts au château, de promenades
musicales en Seine-et-Marne, d’actions culturelles dans la région, de rencontres
professionnelles et de stages de formation continue dans divers lieux comme la Cité
internationale des arts à Paris. Initialement prévue en 2004, son installation devrait
s’échelonner entre 2007 et 2009, dans des locaux de 4.200 mètres carrés distribués dans la
cour des Offices (dite Quartier Henri IV), comprenant un auditorium, des salles de répétition,
des bureaux, une cafétéria, des logements pour les artistes, des espaces d’exposition et une
médiathèque
A partir de 2007, le public pourra assister dans le domaine national à une série de
manifestations. Les musiciens et les musicologues y viendront suivre des stages de formation,
quérir des temps de création et des salles de répétition, consulter une documentation, mener
des recherches. Le CEMC devrait donc s’affirmer progressivement comme un pôle de
ressources prolongeant ceux qui existent déjà dans le domaine des musiques savantes, dont
aucun il est vrai ne privilégiait jusqu’alors l’interprétation en formation restreinte. Pour éviter
que la complémentarité ne tourne à la concurrence, il serait tout de même prudent de
subordonner l’essor de ses fonds documentaires et de ses prestations d’information à la
progression de ses activités musicales proprement dites, dans le cadre d’une subvention d’Etat
dont la croissance est programmée jusqu’en 2010. L’association anime un site Internet bien
structuré, qui fournit quelques biographies et descriptions d’œuvres, sans qu’on puisse encore
parler d’une véritable base de données (www.proquartet.fr) ** Elle a déjà rejoint le club des
CCR, dont l’Association (ACCR), éditrice du magazine Travées, se déploie désormais au
niveau européen (voir le chapitre “Partenaires”).
Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)
Le Conservatoire national des arts et métiers, vénérable institution née en 1795 d’un vœu
de la Convention, dispense sans faiblir des formations professionnelles de tous niveaux,
déploie des ressources dans un grand nombre de disciplines, et édite quantité d’ouvrages à
caractère scientifique ou pédagogique. Bien qu’ils concèdent aux techniques du spectacle
vivant une place assez modeste, le musée et le centre de documentation n’en offrent pas
moins des connaissances précieuses dans des domaines tels que la machinerie de spectacle, la
régie lumière, la maîtrise du son, ou encore la facture instrumentale. La bibliothèque
(accessible en ligne sur le site www.cnam.fr/bibliothèque)*** comprend plus de 1.200
ouvrages se rapportant à la musique. Elle comporte en particulier un fonds sur la facture
d’orgue et l’histoire de l’instrument, issu de la collection Norbert Dufourcq. Ouverte tous les
jours en semaine, elle accepte toute demande de consultation justifiée, surtout en organologie.
Elle propose également une « bibliothèque universelle » de 288 textes d’une centaine
d’auteurs (http://abu.cnam.fr/).
101
c) Musiques dites savantes d’aujourd’hui
Centre de documentation de la musique contemporaine (CDMC)
Le CDMC ne serait sûrement pas ce qu’il est aujourd’hui si sa directrice Marianne Lyon
n’avait su convaincre les tutelles d’apporter leur pierre à l’édification de l’association en
1977. Mais elle n’y serait peut-être pas parvenue si quelques compositeurs (Hugues Dufourt,
Henri Dutilleux, Tristan Murail, Maurice Ohana, Guy Reibel) n’avaient eux-mêmes tiré
l’alarme auprès d’un directeur de la musique - Jean Maheu – conscient des difficultés de
diffusion des œuvres contemporaines.
A défaut de pouvoir les faire jouer à sa guise, le CDMC tente de les valoriser en mettant
leurs traces matérielles à la disposition d’un public d’organisateurs de concerts, d’interprètes,
d’enseignants, d’élèves, de musicologues et de critiques. Il souhaite surtout se rapprocher des
interprètes pour leur faciliter l’accès aux œuvres. Pourquoi ceux-ci ne s’adressent-ils pas
directement aux sociétés d’auteurs auprès desquelles elles ont été déposées ? D’une part elles
tarderaient à leur transmettre l’autorisation des compositeurs, d’autre part elles ne sauraient
leur fournir que des copies légalement valables mais difficilement déchiffrables. En revanche
il faut les solliciter pour remonter à des ayants droit lorsque l’auteur est décédé.
Il bénéficie dans ce but des subventions du ministère, d’une aide de la SACEM et du
concours de Radio France. Son budget, qui atteint les 531.000 euros en 2003, est financé à
parité par la DMDTS et la SACEM. Cette société civile procure en outre à titre gratuit les
locaux de 120 mètres carrés, contigus à la Cité de la musique, dans lequel le CDMC a pris
place avant même l’ouverture de cette dernière. Voisin de ses centres documentaires, il est
aussi complémentaire de ses ressources sur la musique savante d’aujourd’hui. La SACD
contribue également à son activité, mais dans une proportion inférieure à la place qu’occupent
dans le répertoire les œuvres qu’elle protège (environ 17%). Malgré l’insignifiance des
recettes propres, les subventions permettent de salarier huit personnes.
La définition de son objet est à la fois simple et ouverte, puisqu’il s’agit d’accueillir le
répertoire aussi complet que possible des œuvres créées en représentation publique : celles des
membres de la SACEM, celles des membres de sociétés étrangères dont la première
interprétation a eu lieu en France, celles enfin des compositeurs français décédés depuis
moins de vingt ans. Les pièces écrites pour l’enseignement et l’exercice sont renvoyées
systématiquement à la Médiathèque pédagogique de la Cité qui acquiert cependant pour son
propre lectorat des doubles d’œuvres majeures, destinées aussi à l’exécution.
La pièce déposée est conservée à la fois sous forme de partition et d’enregistrement, et
documentée par un dossier. Les phonogrammes sont surtout analogiques : 6.000 cassettes
audio contre 1.500 et quelques CD numériques. Faute de numérisation, cette mémoire pourrait
s’effacer. Le fonds comprend ainsi 2.000 dossiers individuels de compositeurs, incluant la
biographie et la liste exhaustive de leurs œuvres, 1.000 dossiers sur les ensembles
d’interprètes, un millier de dossiers encore sur les structures de production et de diffusion, liés
à 8.000 dossiers sur les œuvres elles-mêmes. Le centre rassemble en outre les catalogues des
éditeurs de partitions et de disques, aussi bien français qu’étrangers, des programmes de
concerts et de festivals de musique contemporaine. Il acquiert des ouvrages (500) et des
revues (30, dont 4 seulement en cours) dont les articles sont dépouillés, il recueille des
mémoires universitaires consacrés à son domaine. Son annuaire d’adresses est
particulièrement utile à la recherche des compositeurs, des artistes, des éditeurs. Il recense
aussi des ensembles, des groupes, des organisateurs de concerts.
Fermé en week-end et le lundi, fréquenté presque uniquement par un public professionnel,
parmi lesquels un tiers d’interprètes, mais aussi des programmateurs, des critiques et des
enseignants et chercheurs en musicologie, le centre n’attire pas le grand public de la Villette,
102
bien qu’aucune qualification ne soit exigée à l’entrée : il annonce un millier de visiteurs par
an. Cependant son site Internet (www.cdmc.asso.fr) *** est devenu performant au printemps
2001, depuis qu’il propose le catalogue en ligne. Il a reçu environ 13.000 visites par mois, en
2003 dont près du tiers de l’étranger. Sa présentation doit encore s’améliorer en recourant aux
logiciel d’animation Flash. Parmi les services offerts, on relève une présentation des
dispositifs d’aides et de résidences pour les compositeurs, un calendrier des concours, le
récapitulatif des palmarès, un tableau des commandes publiques. Chaque fois que nécessaire,
un lien mène au site des institutions et partenaires concernés. Le CDMC entretient également
une présence publique à travers le trimestriel Ostinato, l’organisation d’un colloque, de trois
rencontres et une dizaine de séminaires par an, la mise à jour d’un calendrier de concerts et de
manifestations, de stages et de formations. Un Forum international des jeunes compositeurs,
série de rencontres et de concerts co-organisée avec l’ensemble Aleph, s’est tenu pour la
seconde fois en 2002-2003 sur plusieurs sites (dont le Théâtre Dunois à Paris), avec l’aide du
programme européen Culture 2000.
Sans prétendre jouer un rôle de tête de réseau, il maintient des rapports réguliers avec des
bibliothèques, des centres de documentation, mais aussi de centres de création et de recherche
de dimension internationale. Le CDMC adhère à l’International Association of Music
Information Centers qui envisage sur crédits européens la mise en place d’un portail Internet
menant aux différents catalogues. L’enquête n’a pas tenté de cerner exactement les moyens,
les missions et les résultats dont se prévaut l’antenne du CDMC chargée de promouvoir la
musique française d’aujourd’hui au Brésil, dans l’Etat de Sao Paolo.
Son activité intéresse de près la BNF dans la mesure où elle gère le dépôt légal de la
musique imprimée et enregistrée. La compétence du DM couvre le répertoire contemporain,
et vingt ans après la mort d’un auteur, ses œuvres lui sont reversées. Le CDMC soumet
cependant à un autre régime les pièces des compositeurs les plus connus : elles sont
transmises à la Cité de la musique dont la programmation est susceptible de les honorer. Les
relations sont aussi suivies vis-à-vis de l’INA, qui veille avec Radio France sur la mémoire de
la musique diffusée sur les ondes. Elle sont plus ponctuelles avec la Médiathèque GustavMahler, qui possède des fonds conséquents sur le XXe siècle et recueille les manuscrits
refusés par le CDMC.
Enfin le CDMC conseille les musiciens dans le montage de leurs projets de production et
de tournée. La tâche n’est pas aisée, tant les circuits de diffusion de la musique contemporaine
demeurent étroits. L’outil documentaire du CDMC est au point. Mais la promotion ne souffret-elle pas de la dispersion des efforts ? Devant le risque de multiplier les doublons avec
l’IRCAM (qui reçoit beaucoup de catalogues d’éditeurs), avec Musique nouvelle en liberté
(qui dresse la fiche signalétique de nombreux compositeurs) et avec la Cité de la musique
(dont l’ambition se veut encyclopédique), il s’agit pour les responsables de ces organismes de
mieux articuler leurs missions.
Le milieu de la musique savante d’aujourd’hui est partagé entre deux pôles d’attraction.
D’un côté, Radio France (et plus particulièrement France Musiques) domine largement
l’univers de la diffusion grâce à la retransmission de nombreux concerts, dont ceux que la
station publique organise lors de ses festivals, Présences en janvier et Montpellier Radio
France en juillet. Le CDMC peut librement offrir à la consultation interne les enregistrements
fournis par Radio France. De l’autre côté, l’IRCAM attire la plus grosse subvention pour la
recherche et la création. Au mois de juin, son festival (Agora) accueille diverses formes
artistiques ou techniques appelées à rencontrer les compositions contemporaines.
Centres de création musicale
La DMDTS a accordé son soutien et le label de centre de création musicale à six autres
laboratoires de composition : le CIRM de Nice (www.cirm-manca.org) le GMEM de
103
Marseille (www.gmem.org) le GRAME de Lyon (www.grame.fr) l’IMEB de Bourges
(www.imeb.asso.fr) le CCMIX (www.ccmix.com) et La Muse en circuit (www.alamuse.com)
en Ile-de-France, auxquels il faut ajouter le Festival Musica de Strasbourg (www.festivalmusica.org), qui s’est imposé comme l’un des rendez-vous plus importants depuis son
lancement en 1983. A l’instar de l’IMEB et du GMEM, plusieurs d’entre eux détiennent des
archives sonores et des documents sur papier dont l’ampleur et la valeur mériteraient de
meilleures conditions de conservation et davantage d’efforts de valorisation.
D’autres manifestations concourent encore à la connaissance des musiques savantes de ce
temps : le Festival d’Automne à Paris, doté dès son origine en 1972 d’un programme
musical ; Manca à Nice, à l’initiative du Centre international de recherche musicale (CIRM) ;
Musiques en scène, biennale lyonnaise fondée par le GRAME ; Concerts d’hiver et
d’aujourd’hui, animé à Annecy par le studio Collectif et Cie ; Why Note à Dijon, depuis
1996 ; Novelum à Toulouse, organisé depuis 1998 par la Structure d’action musicale (SAM),
etc.
Parmi les laboratoires de la composition contemporaine, le Groupe de recherches
musicales (GRM) de l’INA, héritier du Groupe de recherches en musiques concrètes fondé en
1951 par Pierre Schaeffer et Pierre Henry auprès de la Radiodiffusion et télévision française
(RTF), ancêtre de l’ORTF, garde un haut degré de spécialisation en électro-acoustique. Ses
collections historiques, particulièrement fragiles en raison d’un usage prolongé des supports
magnétiques, méritent des soins d’autant plus attentifs que les nouvelles générations ont à
peine commencé d’en découvrir le caractère novateur en amont de leurs propres œuvres.
Musique nouvelle en liberté (MNL)
L’association Musique nouvelle en liberté (MNL) annonce son programme dans son titre.
Pour elle il ne suffit pas que la musique soit contemporaine, il faut aussi qu’elle vive sans
entraves. Marcel Landowski, qui l’a fondée en 1991, n’ayant jamais avoué dans ses ouvrages
un passé de gauchiste il faut entendre, sous cet appel à la licence, le défi aux obstacles
matériels opposés à la diffusion des œuvres, mais aussi le refus des contraintes stylistiques
professées par les héritiers de l’école sérielle, les visiteurs de Darmstadt, bref les amis de
Pierre Boulez avec qui le compositeur (et ancien directeur de la musique au ministère des
Affaires culturelles) était en froid. Sachant que le pluralisme esthétique requiert la diversité
des lieux d’exécution de la musique et que l’ouverture du répertoire permet d ‘élargir le cercle
des initiés, MNL préconise le mélange d’œuvres classiques ou connues avec des pièces
composées après 1960. Elle accorde son aide aux orchestres qui consacrent au moins un quart
de leurs programmes à cette formule mixte.
Aujourd’hui présidée par Jean-Claude Casadesus et dirigée par Benoît Duteurtre,
l’association récolte des subventions de la Mairie de Paris, du conseil régional d’Ile-deFrance, de la DMDTS, des contributions de la SACEM, de l’ADAMI, du FCM, ainsi que de
la Société générale au titre du mécénat. intervient auprès des orchestres en faveur de la
diffusion du répertoire d’aujourd’hui. Son aide a été accordée à 54 ensembles pour 700
concerts au cours de la saison 2004-2005. Avec le soutien de la Ville de Paris, elle
programme aussi un festival triennal, les Paris de la musique, dont la cinquième édition se
prépare pour 2006. Si l’association est souvent citée par les bénéficiaires et les critiques, son
site Internet est assez mal référencé par les autres sites musicaux (www.mnl-paris.com) **. Il
propose un calendrier de concerts dans toute la France, mais aussi les biographies
substantielles d’une quarantaine de compositeurs souvent joués grâce à ses soins, avec
photo, coordonnées, catalogue complet, discographie, articles sur et textes de l’intéressé(e),
liste des représentations de ses œuvres avec MNL, le tout agrémenté d’un court extrait
sonore. Cette galerie de portraits, mois exhaustive que celle du CDMC et moins sélective
que celle de l’IRCAM, invite à se pencher une fois de plus sur la nécessaire répartition des
104
tâches entre ces trois organismes.
Centre de documentation de musique contemporaine Dimitri-Chostakovitch
Il ne faut pas confondre le CDMC de la porte de Pantin avec le Centre de documentation
de musique contemporaine Dimitri Chostakovitch, installé à la Défense dans les luxueux
locaux du Pôle universitaire Léonard de Vinci, établissement financé par le conseil général
des Hauts-de-Seine. L’ Association internationale Dimitri Chostakovitch à Paris, qui gère
cette documentation, la Société des amateurs de sa musique ainsi que les Editions dédiées à la
publication de ses œuvres sont toutes trois présidées par Irina Antonovna Chostakovitch,
épouse et héritière du compositeur russe. Sous la responsabilité d’Emmanuel Utwiller, qui a
lui même constitué le fonds à partir de 1980 avec son aide, la documentation retrace, autour
de ses archives personnelles, la vie et l’œuvre du musicien, en la situant dans l’environnement
musical de son pays au XXe siècle. Le centre possède environ 600 livres, 200 partitions et 30
manuscrits en fac-similé, 2.000 microsillons, 1.500 CD, 150 vidéogrammes et de nombreuses
bandes magnétiques. Le site décrit sommairement les fonds mais le catalogue n’est pas en
ligne (www.devinci.fr/chostakovitch) *.
Institut de recherche et coordination en acoustique/musique (IRCAM)
Depuis son inauguration en 1977, l’Institut a connu la direction de son fondateur Pierre
Boulez , lequel y a durablement imprimé sa marque, celle de Laurent Bayle, puis celle du
philosophe Bernard Stiegler. Cette entité rattachée au Centre Pompidou a pris ses aises sur et
sous la place Igor Stravinsky, grâce à des travaux d’agrandissement orchestrés par Renzo
Piano. Comme l’indique la barre qui relie acoustique et musique, l’IRCAM est d’abord un
l’investigation sur les rapports entre art et technique, science et musique, création et
informatique. De la recherche fondamentale à la performance, de l’écriture au récital, en
passant par tous les stades de l’innovation, ses studios, ses laboratoires, ses auditoriums et sa
documentation servent un même dessein : mettre la puissance des machines au service de la
liberté d’invention et des facultés d’audition. Une saison de concerts, de rencontres, de
démonstrations, d’actions pédagogiques et de journées « portes ouvertes » assure la
confrontation au public des résultats de ces travaux. Accueillis le temps d’une commande,
d’une résidence ou d’une mission, des compositeurs, instrumentistes, informaticiens et
chercheurs de diverses disciplines conduisent leurs programmes au sein de l’IRCAM. Un pôle
de recherche sur le spectacle vivant s’y est dessiné sous la responsabilité d’Andrew Guerzo.
Une bibliothèque a été constituée dès l’origine. Devenue médiathèque grâce à l’acquisition
de la quasi-totalité de la production éditoriale en composition contemporaine, mais aussi en
raison de la conservation des traces des créations et des concerts de la maison, son éclectisme
contredit la réputation de sectarisme dont on affuble volontiers la maison. Située au deuxième
étage, elle comprend environ 13.000 livres, 8.000 partitions (dont le format et la graphie sont
parfois déconcertants pour le non initié), 50 titres de périodiques suivis, 300 mémoires
universitaires, un grand nombre de CD, 1.000 heures d’enregistrements réalisés par l’IRCAM,
200 vidéos, 50 cédéroms, un éventail de logiciels. Bon nombre d’ouvrages spécialisés sont en
anglais, notamment parmi ceux qui traitent d’acoustique ou de techniques appliquées au
spectacle musical.
Le catalogue informatisé recensant les livres, les partitions, les revues, suivant à un plan de
classement spécifique, est accessible sur le site Internet (www.ircam.fr) ***. A l’aide de ce
plan, d’un schéma des rayonnages, ou encore d’un moteur de recherche, celui-ci propose en
outre une sélection de la riche documentation thématique : des dossiers sur les compositeurs
ayant effectué des travaux ou des résidences à l’Institut, un choix d’articles tirés de colloques
scientifiques, de revues de musicologie, des notices sur l’informatique musicale, la voix et
l’ordinateur, le son instrumental, permettant l’exploration des nouvelles techniques. Les
105
publications successives de l’IRCAM (Inharmoniques de 1986 à 1991, Résonance de 1993 à
1999, Les Cahiers de l’IRCAM de 1992 à 1996) y sont archivés partiellement ou en totalité.
Des « analyses musicales », associant la partition, des extraits et un commentaire sont
présentées. Le site offre sur son forum quelques logiciels en accès libre, auxquels les amateurs
pourront se familiariser lors des séances de formation organisées par le Département de la
pédagogie. Des liens ont été posés vers d’autres sites de ressources, dont celui du dictionnaire
musical Grove.
Ce site bilingue (français et anglais) et fonctionnel est un point fort de l’IRCAM. Il doit
beaucoup au talent d’informaticien et de didacticien de Michel Fingerhut, directeur de la
médiathèque et du bureau Etudes et méthodes, par ailleurs très impliqué dans la vie de
l’AIBM. Il permet aussi bien l’exploration virtuelle des rayons de la médiathèque (avec le
catalogue comme guide) que l’audition de musique en ligne, parfois avec la possibilité de
suivre la partition en même temps. Des animations aussi inventives que certaines machines
développées à l’Institut lui apportent une touche pédagogique supplémentaire, telles ces
œuvres de Cathy Berberian, John Cage ou Iannis Xenakis, enregistrées à l’IRCAM, dont les
partitions ont été passées au scanner et traitées de manière à faire ressortir les notes en couleur
au moment de leur exécution… Dans le cadre d’un partenariat avec l’Education nationale,
l’IRCAM élabore des outils d’initiation et de sensibilisation à la musique contemporaine qui
seront présentés sur un site pédagogique dédié aux « instruments inventés ». Cette expérience
permet de considérer l’IRCAM comme une possible tête de réseau pour la conception et la
diffusion de logiciels interactifs adaptés aux besoins de l’action artistique en milieu scolaire.
Une collaboration s’impose à ce titre avec la Cité de la musique, non seulement pour
combiner les savoir faire et répartir les charges, mais aussi pour éviter que l’approche des
musiques savantes d’aujourd’hui soit cantonnée à l’écart des musiques classiques d’hier et des
musiques populaires. Il appartient aux ministères de l’Education nationale et de la Culture
d’encourager la coopération entre les divers partenaires du réseau SCÉRÉN dans ce domaine,
qu’ils aient ou non reçu le label de Pôle national de ressources (PNR).
En revanche l’accès physique de cette riche médiathèque au public n’a jamais été le souci
dominant dans la maison. L’expérience d’ouverture (40 heures par semaine) menée pendant
les travaux de la BPI, avec du personnel de cette institution, a pourtant montré qu’il était
possible de doubler le volume de la fréquentation. De fait la nouvelle direction vient de
renouer avec l’ancienne habitude de la tenir fermée aux visiteurs extérieurs, à l’exception des
chercheurs justifiant d’une accréditation. Celle-ci est délivrée seulement à partir du niveau du
DEA (correspondant à la seconde année du master dans le nouveau régime L-M-D), sur la
base d’un projet motivé. Les compositeurs, les interprètes, les facteurs d’instruments, les
acousticiens, les spécialistes d’informatique musicale et les critiques, français ou étrangers,
sont également admis pour peu que leur demande ait été approuvée au préalable. Si elles
semblent en phase avec le projet scientifique et artistique de B. Stiegler, ces conditions très
restrictives contrastent avec les déclarations d’intention faites par la direction précédente lors
de la programmation des travaux. Elles raniment un débat que l’on croyait tranché sur les
mérites supposés d’un certain confinement de la recherche. Elles laissent songeur
l’observateur qui compare les moyens affectés aux bibliothèques d’étude vouées à la
formation des jeunes et ceux que l’Etat consacre à des bibliothèques de recherche réservées à
un petit nombre d’experts. Elles inquiètent enfin le mélomane convaincu que la dotation
budgétaire de l’IRCAM doit contribuer à une meilleure connaissance de la composition
d’aujourd’hui dans le grand public. Cause ou conséquence de cette conception de la ressource,
la décision de désaffecter au profit de bureaux (pour les activités du Département de
formulation du musical) une partie des espaces de la médiathèque, peu après que leur
aménagement ait été achevé à grands frais, a été approuvée par le conseil d’administration :
les travaux ont été programmés pour novembre 2003. La moitié des rayonnages ne sera plus
106
accessibles aux lecteurs. La direction oppose une réponse budgétaire aux objections : l’accueil
régulier du public coûterait l’équivalent d’un poste permanent.
Une autre démarche peut être envisagée, qui donnerait toujours raison à l’actuel directeur,
au théoricien de la « maïeutique instrumentale » (voir B. Stiegler, La technique et le temps, 2
vol., Galilée, Paris, 1994 et 1996), bref à l’épistémologue qui déclarait en décembre 1992 :
« Il ne faut pas laisser entre les mains du marketing, ni même des gens qui conçoivent ces
nouvelles techniques, la définition des conditions de leur appropriation. A cet égard, il y a
effectivement à bâtir de vraies politiques culturelles qui seraient des politiques de constitution
de pratiques instrumentales nouvelles et largement répandues. » (B. Stiegler, in Res publica et
culture, DRAC Ile-de-France et Ville de Montreuil, 1993, p. 37). Cette méthode consiste à
bâtir entre structures de recherche, d’enseignement et de diffusion, un réseau favorisant la
mutualisation des savoirs et le partage des outils, afin qu’un nombre croissant de praticiens –
jeunes et moins jeunes – s’approprient pour les manier puis les transformer à leur guise, les
nouveaux modes d’écriture et de lecture musicales. L’IRCAM et sa médiathèque pourraient
en être un pôle moteur, à condition de refuser tout repli.
Des partenariats sont déjà en vue : avec la BPI voisine, qui prévoit la réalisation en son
sein d’une nouvelle médiathèque musicale, pour une consultation réciproque des bases
bibliographiques sur les terminaux de chaque établissement, et pourquoi pas pour le prêt par
l’IRCAM d’ouvrages et de partitions (autorisées et réservées à la lecture sur place) ; avec le
CDMC, pour unifier les logiciels et les méthodes de catalogage. Les relations devraient être
faciles avec la Cité de la musique, dirigée depuis peu par l’ancien responsable de l’IRCAM.
Sur ces bases, un réseau pourrait s’étendre aux Départements de la musique (DM) et de
l’audiovisuel (DA) de la BNF, à la Cité de la musique, au CDMC, à la Médiathèque HectorBerlioz, à la Médiathèque Gustav-Mahler, à la BPI, à la Médiathèque musicale de Paris, à
d’autres établissements municipaux, à des bibliothèques de conservatoires de région et –
ajouterons-nous au mépris des querelles de chapelles – au Centre de documentation musicale
et à la Discothèque centrale Radio France, de telle façon que les principaux lieux de
connaissance de la musique contemporaine soient reliées par une sorte de catalogue collectif.
Plusieurs solutions informatiques connues au sein de l’AIBM permettraient en effet de
répondre à une requête assistée par un moteur de recherche depuis n’importe quel serveur du
réseau (muni d’un convertisseur), afin de localiser les documents demandés : les experts
apprécieront si le protocole international Z 3950 (mis au point par la société Ever), portail de
communication entre des catalogues distincts dont un exemple est fourni sur le site de la
Bibliothèque du Congrès à Washington, est en l’occurrence préférable au protocole OAI,
apparemment plus souple et moins onéreux, qui permet de fédérer des bases documentaires en
copiant et harmonisant leurs contenus à l’intention de chaque correspondant du réseau. Une
fois un système de coordination adopté avec l’accord de la BNF et l’agrément de la Mission
de la recherche et de la technologie (MRT) au sein du ministère, il restera à en tester la
fiabilité en grandeur réelle. Ce modèle de mutualisation pourrait ensuite être adapté aux
principaux centres documentaires sur le théâtre, la danse et les spectacles.
Un tel projet rejoindrait à moyen terme celui de la Cité de la musique consistant,
rappelons-le, à construire entre des centres de ressources, des bibliothèques, des musées, des
conservatoires, en Intranet d’abord, sur Internet ensuite, si les problèmes de droit n’y font pas
obstacle, un réseau permettant la consultation en ligne d’œuvres musicales, en dépassant la
portion congrue de 100 extraits de trente secondes accordée par la SACEM.
Musique française d’aujourd’hui (MFA)
Le fonds baptisé Musique française d’aujourd’hui intervient sans sectarisme en faveur de
la production phonographique contemporaine, avec toutefois une prédilection pour les œuvres
qui viennent s’inscrire dans le répertoire que l’association considère relever du « classique
107
contemporain ». Constitué en 1978 par le ministère avec la SACEM et Radio France, il a reçu
en 1988 le renfort de la SACD et des éditeurs. Dans les conditions précisées sur le site
Internet (www.musiquefrancaise.net) *, la réalisation de disques de jazz comme de musiques
savantes, traditionnelles ou improvisées, peut ainsi obtenir des aides matérielles ou
financières, octroyées par des commissions réunies en deux sessions par an. Environ 400
projets, portés par une centaine de labels, en ont bénéficié jusqu’à présent. Le site les
mentionne, avec les noms des artistes et des liens vers les maisons de disque concernées, tout
en signalant plus particulièrement les nouveautés. Il aussi décline des adresses de producteurs
et de distributeurs. Le bulletin L’Echo de MFA répercute la revue de presse de ces parutions.
d) Musiques dites populaires
Information et ressources pour les musiques actuelles (IRMA) - CIJ, CIR, CIMT
Depuis 1986, l’IRMA regroupe trois constituants autour d’une documentation et de
services communs : le Centre d’information du jazz (CIJ), le Centre d’information des
musiques traditionnelle et du monde (CIMT) et le Centre d’information rock et chanson, hip
hop et musiques électroniques (CIR). Les deux premiers sont issus du CENAM, dissous au
même moment. Le troisième avait été créé de manière indépendante, sous le simple titre de
Centre d’information du rock, à l’initiative du ministère de Jack Lang. Chacun dispose de son
propre coordinateur : Jacques Anquetil pour le jazz, François Bensignor pour les musiques
traditionnelles, Frédéric Drewniak pour le rock et autres expressions amplifiées. Dirigée par
Gilles Castagnac, l’association qui a repris et étendu les missions des trois centres se distingue
par plusieurs traits des autres centres de ressources.
D’abord elle évolue dans un univers économique partagé entre les réalités du spectacle
vivant et les logiques de l’industrie culturelle : les salles de concert et les labels
discographiques, les festivals et les réseaux de radios locales composent un paysage de
production et de diffusion très contrasté. Il s’en faut de peu que son directeur ne récuse
l’inscription du centre de ressources dans le domaine du spectacle vivant. La représentation
live occupe 20 à 25% seulement de l’espace du guide L’Officiel de la musique et des fiches de
la base de données, car le son circule de bien d’autres façons, par le disque, sur les ondes, via
des ordinateurs et des câbles, dans des téléphones portables. Cet arrière-plan explique
l’adoption d’une position entièrement dédiée à la circulation de l’information.
S’ils sont évidemment des connaisseurs épris des expressions auxquelles ils se consacrent,
les agents de l’IRMA se considèrent avant tout comme des techniciens de la collecte, du
traitement et de la diffusion de l’information dans un milieu que celle-ci doit irriguer en
permanence pour favoriser son épanouissement. Ils se refusent à intervenir sur les choix de
politique culturelle ou dans les options stratégiques des entreprises. Le climat d’innovation
qui règne dans leur environnement, les conduit à adopter sans états d’âmes les
perfectionnements informatiques, communicationnels - voire commerciaux - qui peuvent
raccourcir les circuits ou simplifier les opérations. S’ils sont parfois déconcertants pour les
cadres des administrations et des institutions culturelles, ces choix obéissent pourtant à des
convictions égalitaires, sur le droit de chacun d’exercer un libre accès à la ressource, tout à
fait conformes à un esprit de service public. A un public composite d’interprètes, de
managers, de journalistes, d’étudiants, l’IRMA veut apporter les mêmes réponses factuelles.
Elle se définit volontiers comme « une PME d’intérêt général (petite ou moyenne
entreprise) ». Aux confins du territoire des majors et des marges de la culture alternative, la
liberté d’initiative fait office de valeur commune : une grande partie des demandes ne porte-telle pas sur la création de groupes ou de labels ? Une certaine neutralité est de mise,
interdisant par exemple au personnel de délivrer des conseils en programmation… du moins
tant qu’ils s’expriment au nom de l’IRMA.
108
La vitalité de la pratique en amateur caractérise par ailleurs un secteur soumis aux appétits
de la communication de masse. Les associations y côtoient des institutions, elles-mêmes
confrontées à des petites entreprises mais aussi à d’imposantes multinationales. Son
organisation par genres musicaux lui procure une forte sensibilité aux mutations esthétiques et
techniques qui secouent à un rythme rapide le monde des musiques actuelles ; cela lui permet
de couvrir un vaste champ, du blues aux dernières tendances du rap, de la musique bretonne à
la salsa brésilienne. Le CIR partage néanmoins ses compétences dans le domaine de la techno
avec l’association Technopol, sur laquelle reposent la plupart des problèmes regardant
l’organisation des raves et des free parties, et donc des relations avec le ministère de
l’Intérieur et les préfectures. Ensemble, les deux associations ont coédité sur papier un Guide
de la fête, également diffusé sur CD-R par Technopol, et imaginé une formation de
« Médiateur rave parties » dont les anciens stagiaires auront sans doute fort à faire…
La spécialisation se répercute dans l’architecture des réseaux de correspondants animés par
l’IRMA, fédérant via Extranet près de 80 relais dans les régions et les départements :
organismes territoriaux, associations locales, scènes de musiques actuelles, experts et
personnes-ressources . Ceux-ci sont rétribués à la pige, au prorata des fiches qu’ils font
remonter vers le serveur. Plusieurs d’entre eux ont adopté le sigle CIR, CIJ ou CIMT, par
exemple le CIR d’Auvergne, très actif. L’association entretient aussi de nombreux contacts
étrangers. Elle a noué de nombreux liens avec des membres du Réseau musique et danse
(RMD), notamment ARCADE en PACA, Domaine Musiques en Nord-Pas-de-Calais,
l’ARTECA en Lorraine, l’Office régional de la culture en Champagne-Ardenne (ORCCA),
l’ARDIM en Rhône-Alpes. Parmi ses principaux points d’appui, deux associations soutenues par le conseil régional et la DRAC dont elles relèvent – se distinguent pour leur
autonomie, leur compétence, leur efficacité en termes d’information, de conseil, de
formation : Trempolino à Nantes, Avant mardi à Toulouse.
Un système d’interfaces joliment baptisé « moulinette » doit permettre l’interconnexion
des bases en langage XML, entre les pivots du réseau territorial et la tête de réseau thématique
que veut être l’association. Par ailleurs, chacun des trois centres organise à ses frais des
réunions annuelles (CIJ) ou trimestrielles (CIR) avec ses relais. Le CIMT a aménagé son
propre site (www.cimt.irma.asso.fr) sur lequel ils peuvent mutualiser leurs actualités ; les
deux autres pourraient bientôt suivre cet exemple. Chacun participe aussi à des échanges
propres à sa branche, tel le CIMT au sein de la Fédération des associations de musiques et
danses traditionnelles (FAMDT), à laquelle il est étroitement lié, ou le CIJ avec l’AFIJMA, la
FNEIJ-MA et la Fédération des scènes de jazz et de musiques improvisées (FSJMI). Ces
métiers de l’information, de l’orientation et de l’accompagnement en musiques actuelles
s’étant étoffés à travers l’ensemble des régions, l’IRMA consacre des rencontres à ce thème
au sein du « Réseau Ressources », comme lors des Printemps de Bourges d’avril 2004 et 2005
([email protected]), avec la participation de Jean-Noël Bigotti, responsable du Centre
de ressources et de documentation (CRD) de l’IRMA. ), et de représentantts des CIR
Auvergne et Champagne-Ardenne, du Pôle régional des musiques actuelles du Centre et de
celui de la Haute-Normandie, du Pôle régional des musiques amplifiées, de l’Agence
régionale du spectacle vivant en Poitou-Charentes, du Jardin Moderne et de Trempôle.
Autre particularité, le budget (1,7 million d’euros en 2003) dépend pour moins de la moitié
des subventions de la DMDTS (qui la finance à hauteur de 700.000 euros, et à laquelle elles
est liée par une convention triennale) et des autres administrations centrales de l’Etat comme
la Direction de la jeunesse et de l’éducation populaire. Ses instances font place aux
représentants des sociétés civiles d’auteurs et d’interprètes, de producteurs et d’éditeurs
(SACEM, ADAMI, SPPF, FCM…), qui lui assurent un peu moins de 10% de ses recettes.
Enfin la part d’autofinancement (50% en 2003) est l’une des plus élevée parmi les prestataires
de documentation, d’information et de conseil, grâce aux ventes de produits éditoriaux et
109
d’espaces publicitaires, aux droits d’inscription à des formations, à diverses prestations
comme la fourniture de fichiers d’adresses.
L’IRMA destine ses services d’abord aux professionnels, mais aussi aux jeunes praticiens
en voie d’insertion sur le marché du disque et des spectacles, qui sont les plus nombreux à
solliciter l’association, devant les étudiants et les enseignants. Environ 50.000 demandes de
renseignements lui parviennent chaque année, dont une large part à travers la messagerie. Le
site Internet (www.irma.asso.fr)*** que l’IRMA héberge elle-même sur son serveur reçoit
pour sa part une moyenne quotidienne de 2.000 visites, ce qui représente 350.000 pages
consultées par mois. Cette documentation en ligne propose des bibliographies, des fiches
pratiques téléchargeables sur le site Internet, trente documents de référence environ, et bien
sûr les notices de contacts dont la base rengorge. Le fichier d’adresses électroniques contient
11.000 coordonnées : de quoi arroser largement le milieu avec des annonces ou des
circulaires, à l’occasion de la “Cyber-Fête de la musique” ou de la parution de L’Officiel.
Cette base de données informatisée occupe le cœur du dispositif d’information. La
vingtaine de salariés y recourt de façon courante pour répondre à la demande. Cumulant plus
de 30.000 références (en 2003), actualisée et enrichie en continu, elle collecte les fiches
fournies par l’ensemble des correspondants à travers la France et l’Europe. Elle alimente le
site, mais aussi les guides-annuaires qui font la réputation et les encaisses de la maison, à
l’instar du plus ancien et du plus complet d’entre eux, L’Officiel de la musique, dont la dixhuitième édition, mise en vente en 2004 avec ses 25.000 contacts, a rencontré le succès
habituel. Depuis 2003, le CIMT édite lui aussi son guide (Planètes musiques), sous la
direction de François Bensignor. La seconde édition (2005-2006) est forte de 7.000 contacts,
dont 2.500 artistes (parmi lesquels une centaine de solistes) et 250 festivals. Son annuaire de
liens décrit 130 sites Internet, tandis qu’une rubrique “Focus Europe” élargit la perspective.
De son côté le CIJ, après Jazz 2002 et ses 10.000 contacts, a publié Jazz 2004 (sous la
direction de Pascal Anquetil) décrivant en 5.300 notices un paysage peuplé de 2.600
musiciens et groupes, 400 festivals, autant de clubs et petites salles, 300 associations, 200
écoles, 160 agents et producteurs, 130 labels, 80 radios, etc. Enfin le CIR, riche de 15.000
contacts, ajoute à la collection un titre sur l’univers du rap et du hip hop (Le réseau 2004). Ce
dernier a motivé une collaboration avec le CND, jusqu’alors mal armé pour traiter du hip hop,
ainsi qu’avec le Théâtre Jean Vilar de Suresnes et les Rencontres de la Villette, organisateurs
de tremplins pour les jeunes danseurs, smurfers et breakers.
Dans les locaux relativement exigus (500 mètres carrés) de la rue Soleillet (Paris 20e) où
l’association s’est installée en 2002 après avoir logé plus à l’étroit encore rue du Paradis, une
petite librairie offre la vingtaine de titres édités à son compte, qui peuvent aussi être
commandés et réglés par correspondance, ainsi que des usuels et des nouveautés parues dans
le commerce. Les sujets choisis vont au devant des préoccupations des praticiens de toutes
obédiences, des organisateurs néophytes ou chevronnés à l’exemple de la collection des
métiers (Profession artiste, Profession manager, Profession éditeur, Profession entrepreneur
de spectacles, L’édition musicale, Tout savoir de la scène au disque, Autoproduire son
disque, Je monte mon label, etc.) ou du guide désormais classique sur Les contrats de la
musique. Parmi les titres édités dans d’autres maisons, on trouve les guides (en français) de la
société privée Music Business Consulting (100% Remixeurs, 2000, 100% Compositeurs de
bandes originales de films, 2001, 100% Sites internet d’information musicale, 2002) ou bien
celui d’Ycar Media sur l’univers des musiques électroniques (DJ Kit), ou encore le manuel
(en anglais) de Music Industry Manual (MIM Handbook, 2004) avec ses 20.000 contacts
internationaux.
Faute de place et de personnel, la bibliothèque n’est pas physiquement accessible aux
visiteurs. C’est d’autant plus regrettable qu’elle couvre la plupart des domaines utiles à la
documentation professionnelle, juridique et administrative, musicologique (téléchargeable sur
110
le site Internet). Bien que les usuels y jouxtent quelques raretés, elle n’a pas pour ambition
première de satisfaire l’étude savante. Le spécialiste du jazz fréquentera de préférence la
BNF, dont le DM abrite le fabuleux fonds Charles Delaunay, la Médiathèque musicale de
Paris, voire la Jazzothèque de Nice ou la Bibliothèque municipale de Villefranche-deRouergue, héritière du fonds d’Hugues Panafié.
Compte tenu de l’ampleur du marché, la concurrence du secteur lucratif est plus
audacieuse dans le secteur des musiques actuelles que dans les autres branches du spectacle.
Des éditeurs commerciaux proposent des titres de qualité inégale. Un site privé belge
(www.ramdam.com)* affiche quantité de liens vers les labels discographiques. Des
entreprises de formation proposent des sessions au prix fort. L’IRMA doit chaque fois faire la
différence avec une fiabilité d’information supérieure à un coût inférieur pour l’usager, ce qui
justifie largement la subvention qu’elle reçoit.
L’équipe délivre toute la palette des conseils proposés par les CR : droit de l’auteur et de
l’interprète, régime des intermittents, administration des compagnies et des groupes musicaux,
recherche de partenaires en production, organisation de tournées, fiscalité de l’entreprise
culturelle, réglementation applicable aux musiciens étrangers, passages en douane, etc. Parmi
les questions qui reviennent souvent, certaines s’avèrent toutefois spécifiques au secteur :
accès aux studios de répétition ou d’enregistrement, promotion de maquettes et de CD de
démonstration, conditions de création de labels indépendants, problèmes de distribution
commerciale des phonogrammes, renseignements sur les sites de téléchargement en ligne,
lutte contre le piratage, ou encore la connaissance de la législation en vigueur sur les
nuisances sonores. Ainsi l’IRMA a participé à une étude dans le cadre de la Mission Bruit
pilotée par le ministère de l’Environnement sous le slogan « Peace and lobe ». Les
conférences organisées à l’Espace Saint-Martin (Paris 3e) avec le concours de la SACEM, de
l’ADAMI et du FCM pour marquer les dix ans de l’association, en décembre 2004, posaient
des questions significatives des préoccupations du milieu, sur le schéma de développement
territorial des musiques actuelles, la relève des emplois jeunes, la maîtrise des risques auditifs,
l’avenir de la presse musicale, les réalités du mécénat, la vocation des médiathèques et des
actions pédagogiques à l’ère de la musique en ligne, les perspectives de la recherche
universitaire dans le secteur.
Au risque de s’attirer quelques objections de la tutelle ministérielle, l’IRMA revendique
depuis l’origine son engagement dans les activités de formation. Son département formation
assure des prestations croissantes en conseil, en orientation, en ingénierie, mais il met aussi en
œuvre des modules. La formation longue a quitté Issoudun après une dizaine d’années
d’expériences, en même temps qu’elle élargissait ses préoccupations au-delà de la préparation
de « managers » pour groupes de rock. La troisième promotion de la filière « Economie et
gestion de projets musicaux » a débuté en octobre 2003 pour une vingtaine de stagiaires de la
formation continue, sous la responsabilité de Bertrand Mougin, au Centre d’éducation
permanente (CEP) de l’Université Paris X-Nanterre. Elle débouche sur une licence
d’université (niveau II, Bac + 3) dont les instances universitaires semblent envisager d’un bon
œil la transformation en licence professionnelle d’Etat dans le cadre de la réforme dite « L-MD ». Dans un cas comme dans l’autre, le rôle de l’IRMA s’apparente à un partenariat du type
de ceux que l’OPC et l’ARSEC entretiennent respectivement avec les universités de Grenoble
et de Lyon dans le cadre de DESS. L’implication est plus directe dans les modules brefs, qui
admettent jusqu’à 750 stagiaires au cours d’une année. Les cadres de l’IRMA accordent
d’autant plus d’importance à cette offre qu’elle leur semble sans équivalent sur le marché de
la formation permanente, de par son degré de spécialisation et sa faculté d’adaptation aux
besoins de la profession.
Tout comme HorsLesMurs, l’IRMA s’est fortement impliquée auprès des organisations
professionnelles dans la mobilisation pour le recrutement et la formation d’emplois-jeunes, en
111
allant jusqu’à la réalisation d’un « kit de survie » à l’intention de ces derniers, puis en
contribuant avec l’agence Opale à une étude sur leur devenir.
Bien qu’elle ne revendique pas de mission patrimoniale, l’association entretient des
relations relativement suivies avec la Maison du jazz, le Hall de la chanson et le Centre de la
chanson d’expression française, plus épisodiques avec la BNF (DM), le Musée des musiques
populaires de Montluçon ou le petit Musée de la chanson française de La Planche (LoireAtlantique). La collaboration avec la Cité de la musique passe surtout par le CIM avec lequel
le renvoi des demandeurs et la complémentarité des documents s’opère d’autant plus aisément
que ce dernier est moins outillé sur les musiques amplifiées. Sa position dans le milieu attire à
l’IRMA énormément de CD promotionnels. Elle les stocke sans ordre ni inventaire avant de
les confier aux établissements patrimoniaux, plus précisément au BNF (DA), qui échoue ellemême à tout classer.
La vogue des formats MP3 a entraîné un raz-de-marée dont le commerce du disque,
d’abord, le spectacle vivant ensuite n’ont pas tardé à ressentir les effets. Confrontées au
piratage sur les sites peer to peer (pair à pair ou P2P) et au téléchargement légal encouragé
par Apple et ses concurrents directs, les majors ont commencé à tailler dans le vif des
contrats, laissant sur la grève des artistes expérimentés, ignorant aussi les débutants qui
échappent au moule de « Pop Stars » et de « Star Academy » . Nulle fatalité ne contraint
pourtant les amateurs et les professionnels des musiques amplifiées d’une part, leurs auditeurs
et spectateurs d’autre part, à se plier aux normes de goût synthétiques qu’elles imposent à la
télévision, sur les radios privées ou dans les bacs de la grande distribution, pour peu qu’ils
puissent se rencontrer librement dans les festivals, dans les salles de concert, à l’abri des
établissements culturels, mais aussi sur la toile, sous le couvert des associations ou bien dans
des estaminets. Encore faut-il pour que cette rencontre ait lieu que la connaissance circule
promptement des uns aux autres. C’est dire l’importance stratégique de la bataille de
l’information et de la formation que l’IRMA devra livrer avec ses partenaires, dans les
prochaines années, pour contribuer à la structuration de réseaux musicaux capables de déjouer
les forces de la standardisation. L’enjeu obligera sans doute ses responsables à accepter de
courir quelques risques, quitte à ébranler leur doctrine d’impartialité.
Technopol
Née en 1996, Technopol est animée depuis 2001 par Brice Mourer, rejoint au poste de
coprésident par Christophe Vix-Gras en 2005. On n’y parle pas de technocratie mais de
« technopolarités », pour évoquer les groupes de travail, et de « technopotes » pour parler des
sympathisants et des bénévoles. Son budget de 500.000 euros (en 2004), couvert aux deux
tiers par les recettes propres (ventes, achats d’espace et sponsoring) drainées par la Techno
parade et pour un tiers par les subventions (Culture, Jeunesse et Sports, Ville de Paris et
Conseil régional d’Ile-de-France) permet de salarier une seule permanente, Sophie Bernard.
La reconnaissance des compositions électroniques comme l’un des domaines de la
recherche et de l’expression musicale n’a pas été sans conflits. Le phénomène a éclos dans les
friches urbaines avant de gagner l’ensemble des territoires. Le contact fut plutôt rude, dans les
années 1990, entre les chauffeurs de camionnettes sonorisées et les conducteurs de fourgons
grillagés qui se défiaient au petit matin dans les champs de pommes de terre occupés sans
autorisation par les partisans des « free parties ». En 1995, Charles Pasqua officiant à
l’Intérieur, une circulaire prononçait une interdiction quasi-générale. Le retour de Jack Lang
au gouvernement a facilité les médiations souhaitées par l’association Technopol, initiatrice
de la première Techno parade parisienne, en septembre 1998. Sauf en 2001, lorsque la
manifestation fut annulée suite à l’attentat contre le World Trade Center de New York, le
cortège musical et motorisé, conçu sur le modèle des défilés festifs de Berlin et d’ailleurs, n’a
cessé d’attirer des foules plus nombreuses et des personnalités plus marquantes, jusqu’à
112
l’édition 2004, qu’auraient suivie près de 400.000 personnes (selon les organisateurs).
Le 24 décembre 1998, une circulaire interministérielle cosignée par Jean-Pierre
Chevènement et Catherine Trautmann avec leur collègue de la Défense indiquait la marche à
suivre pour assurer l’autorisation et le bon déroulement des manifestations dûment déclarées,
dès lors que les impératifs de sécurité et de protection sanitaire avaient fait l’objet d’attentions
particulières. L’application devait laisser à désirer. En octobre 2001, le vote d’une loi dite de
« sécurité quotidienne » donna l’occasion d’un durcissement avec l’amendement introduit par
le député Jean-Charles Mariani, que le décret du 3 mai 2002, confirmé par le Conseil d’Etat le
30 avril 2004, ne tarda pas à concrétiser.
De 2002 à 2003, « raveurs » et « teufeurs » purent croire que leur principal interlocuteur se
trouvait place Beauvau et non rue de Valois. Le ministre de l’Intérieur d’alors, Nicolas
Sarkozy, après avoir d’abord imité l’attitude de son prédécesseur Daniel Vaillant, qui eut
tendance à manier le bâton de la saisie de matériel sans tendre la carotte du prêt de terrain,
demanda à ses propres services de superviser l’organisation du rassemblement annuel des
mordus de musique électronique sur le plateau du Larzac. Le risque d’une approche purement
policière d’un phénomène qui relève de l’expression artistique et de la pratique culturelle, non
sans poser en effet de réels problèmes d’ordre public au passage, incita le cabinet de JeanJacques Aillagon à renouer lui-même le dialogue avec les représentants d’une nébuleuse qui
célèbre mieux les valeurs de l’autonomie individuelle que de l’organisation collective. Les
DRAC, les collectivités territoriales et les autres ministères ont été sensibilisés avec le
concours de l’association Technopol, qui a mis en place un réseau de correspondants pour
faciliter le contact avec les autorités locales, des gendarmes aux élus. A trois exceptions près,
les DRAC ont identifié des « médiateurs » en leur sein. De son côté le ministère de l’Intérieur
a désigné les siens dans presque tous les départements, dont le degré d’écoute vis-à-vis des
organisateurs de soirées et de concerts, varie tout de même selon que l’on a affaire à un
directeur de cabinet du préfet, à un sous-préfet, à un chef du bureau de la réglementation, à un
responsable de la protection civile ou à un conseiller d’éducation populaire…
L’association souhaite dorénavant ouvrir un nouveau front face à la SACEM, dans l’espoir
qu’elle applique à la techno le taux de perception du spectacle vivant (8,8%) et non celui des
musiques enregistrées (11%). En dehors des pressions sur les ministères et de la concertation
avec les élus, Technopol entreprend des actions de responsabilisation parmi les adeptes des
parties. L’association collabore avec Médecins du monde pour la prévention des risques liés à
la consommation de drogues chimiques, avec Agi-Son pour la limitation des dommages
auditifs subis par les usagers, avec l’Association des maires de France pour la réduction des
nuisances sonores infligées au voisinage et des pollutions occasionnées dans l’environnement
rural.
L’association coopère avec l’IRMA pour apporter aux musiciens, DJ, éditeurs de labels,
organisateurs de festivals et animateurs de soirées les informations et les conseils dont ils ont
besoin dans leur activité. Faute d’une documentation propre, qui ferait double emploi avec
celles du réseau coordonné par le CIR, elle jouera davantage son rôle de pôle de ressource
lorsqu’elle aura mis sur pied un répertoire de contacts et une bibliographie, étoffé les
rubriques de son « Observatoire de la fête » sur le site Internet (www.technopol.net) ** et que
celui-ci donnera accès en ligne (et sur papier) au Guide de la fête, dont il paraît urgent d’éditer
et de distribuer largement aux maires la version qui leur est destinée.
Le monde de la techno se prête moins volontiers que d’autres milieux culturels à
l’organisation de séminaires de formation, de colloques et de fichiers, fussent-ils
électroniques. La professionnalisation y progresse cependant, tout particulièrement autour des
manifestations régulièrement programmée avec l’accord, voire le soutien des collectivités
publiques. Sept festivals bénéficient d’une aide déconcentrée un peu plus substantielle du
ministère de la Culture (Astropolis, Nordik Impact, Biomix, Ozosphère, Scopitone, Nuits
113
Sonores). Technopol organise chaque année depuis 1998 des “Rendez-vous électroniques” sur
plusieurs jours, à Paris, au moment de la Techno parade, pour débattre entre connaisseurs et
amateurs, avec des invités extérieurs, de l’ensemble des sujets soulevés par les ondes sonores
: esthétique et technique, politique et urbanisme, etc. Des sessions de formation et des
conférences, des concerts et des performances investissent alors plusieurs lieux de la capitale.
Hall de la chanson
Le directeur du Hall de la chanson, Serge Hureau, mène sa carrière d’artiste-interprète tout
en animant les activités de l’association à laquelle il a donné le titre ambitieux de Centre
national du patrimoine de la chanson, des variétés et des musiques actuelles, inspiré par le
rapport qu’il avait remis au ministère en 1988. Depuis 1990 cette structure se consacre à la
mise en valeur du répertoire de la chanson en France, avec le soutien de la DMDTS et de la
SACEM. Les bornes historiques et les limites géographiques ont volontairement été laissées
dans le flou. L’approche éclectique du registre permet d’appréhender toutes sortes d’héritages
et d’influences. « Les Orientaux de la chanson francophone », de même que
ses Africains, sont ainsi apparentés à une famille qui accueille aussi bien les Belges que les
Basques. En fait, le Hall se passionne surtout pour les auteurs et interprètes de la seconde
moitié du siècle passé, de Charles Trenet aux Fabulous Trobadors, d’Yves Montand à Jacques
Brel, en passant par beaucoup d’autres moins connus, voire méconnus.
Six permanents concourent à son activité pour un budget de 614.000 euros en 2003,
couvert à plus de 80% par la DMDTS, avec une modeste contribution de la SACEM. Logé
dans la cité administrative du Parc de la Villette, le Hall n’est pas agencé pour recevoir du
public, quoique son nom suggère le contraire. Sa documentation, à vocation essentiellement
interne, lui sert d’abord à alimenter le site Internet (www.lehall.com) ** en références et en
actualités. Présenté à la presse le 31 janvier 2002, celui-ci offre les classiques rubriques de
présentation, d’actualités, de contacts et de liens électroniques. Depuis lors il a reçu environ
50.000 visites par an, en revendiquant la moyenne fort élevée de près de cinquante pages vues
par internaute, largement suffisante pour confirmer l’attractivité du site. Certaines expositions
virtuelles attirent encore plus de monde : plus de 50.000 visiteurs de 35 pays ont ainsi été
enregistrés pour le mois d’août 2004, en pleine période estivale, notamment grâce au bon
référencement par les moteurs de recherche du site « Vingt ans de chansons actuelles», album
truffé d’extraits sonores classés par genres, d’Arno à Zebda, présenté en version bilingue
français-anglais.
Il donne accès à la base de données « Panorama », encore en construction, qui livre avec
leurs notices historiques et critiques, extraits à l’appui, les références d’un catalogue de succès
couvrant le siècle entier, à interroger par date, par nom d’artiste, par mot du titre ou du
contenu. Le moteur de recherche accusait encore des ratés en février 2004, des informations
d’importance y manquaient, mais le nombre de chansons traitées s’élevait déjà au millier. Au
fur et à mesure de leur entrée dans le domaine public, textes et partitions pourraient être
incorporés à la base. Dans le cas contraire, les coordonnées de l’éditeur (avec un lien vers
leurs sites le cas échéant) seront les bienvenues.
Aux internautes équipés de logiciels d’animation (téléchargeables à volonté), le Hall
montre son atout maître : une douzaine d’albums thématiques en ligne. Edités dans des
présentations adaptées aux contenus, ils associent la photographie au le texte, les citations
sonores aux témoignages, la musique à son environnement historique, social et culturel. Ainsi
« Le travail en chanson » ou « Vingt ans de chansons actuelle » côtoient des portraits inspirés
d’Edith Piaf, de Georges Brassens, de Barbara, de Léo Ferré. « Un bus nommé Marseille »
puise dans les nombreux matériaux réunis par Serge Hureau à l’occasion de ses réalisations
sur et dans la ville. « Chansons en politique » reprend les éléments d’un séminaire d’étude
conduit par des universitaires à la BNF en novembre 2002. « Chanteurs actuels » esquisse un
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portrait en images, textes, entretiens et musique d’une cinquantaine d’interprètes
d’aujourd’hui. Mis en ligne en juin 2004, « La chanson du film », module interactif sur les
rapports intimes du music-hall et du cinéma, acclimaté dans le décor du Trianon (Paris 18e)
qui fut alternativement l’un puis l’autre, a obtenu d’emblée un beau succès auprès de la presse
et du public. Mireille et son Petit conservatoire de la chanson sont aussi le motif d’un
hommage sur la toile, tandis que « On chantait quand même », mis en ligne en mai 2005,
revient sur les chansons sous l’Occupation. Les projets ne manquent pas pour la suite.
A vrai dire, le site donnerait bien plus à voir, à lire et surtout à entendre sans les impératifs
de droits. La totalité de la documentation pourrait être mise à la portée des artistes, des
étudiants ou des journalistes effectuant une recherche sur place. A cette fin le Hall doit faire
en sorte de réserver parmi ses bureaux une salle à la consultation (sur rendez-vous
uniquement) de ses dossiers papier, de ses archives sonores et de ses documents, ainsi qu’un
espace d’accueil pour les groupes scolaires.
Musée en actes ou musée virtuel ? Aucune définition ne colle étroitement à l’entreprise
originale, très personnalisée de Serge Hureau. En treize ans, le directeur du Hall a en effet
signé des manifestations de toutes natures. Expositions itinérantes, spectacles déambulatoires,
visites guidées de temples du music-hall, démonstrations de machines à musique, installation
de bornes multimédia… Plusieurs d’entre elles mobilisent à la fois les moyens de
l’interprétation directe, de l’illustration, de la sonorisation et de l’informatique. L’ une d’elles
(« Bagages accompagnés ») embarquait des spectateurs dans un « bus fou de mémoire » à
travers un territoire peuplé de chansons aussi vivantes que ceux qui les fredonnent. L’autre les
emmenait vers les hauts lieux du music hall ou du cabaret. Dans son rapport d’avril 2001 pour
la DMDTS, Philippe Geoffroy résumait en ces mots la logique de Serge Hureau, présenté luimême comme un « vecteur de transmission directe » : « un colloque singulier avec le grand
public, au moyen d’artefacts spectaculaires et ludiques » (« Le Hall de la chanson, Centre
national du patrimoine de la chanson et des variétés, Evaluation et préconisations », MCCDMDTS, avril 2001, p. 36).
Le Hall n’est donc pas le concurrent du MNATP pour rechercher les traces des airs et
chants traditionnels des régions françaises, ni celui de la BNF-DM pour collectionner des
partitions, de la BNF-DA pour accumuler des phonogrammes, encore moins celui de l’INA et
de l’Inathèque pour conserver les enregistrements audiovisuels des chanteurs du XXe siècle.
Il ne rivalise pas davantage avec l’IRMA pour renseigner le public sur les conditions
d’exercice du métier. Du reste, à peu de distance, l’amateur et le professionnel peuvent déjà
s’orienter au Centre d’informations musicales.
En revanche, pour peu qu’ils désirent collaborer avec lui, il partage quelques sujets
d’intérêt avec ses puissants voisins de la porte de Pantin. Comme la Cité de la musique, il
cherche à rapprocher le texte et la musique, la connaissance et la réception. Son travail
d’inventaire des courants et des modes d’expression complète celui qu’effectuent pour la
production de concerts et d’expositions les services de la Cité et du Musée de la musique. Ses
produits multimédia répondent aux normes pédagogiques et aux critères de diffusion que la
future médiathèque musicale envisage de promouvoir dans ses locaux, ainsi que sur ses sites
Intranet et Internet. La programmation de l’EPPGHV croise parfois celle du Hall, en
particulier lors des Rencontres de la Villette. Enfin la médiathèque Hector-Berlioz du
CNSMD aborde la chanson à travers ses collections et dans ses rayons ; en outre il n’est pas
interdit de penser que des élèves du Conservatoire désireront un jour s’impliquer dans certains
projets du Hall. Celui-ci manquerait-il d’espace pour organiser un spectacle, une exposition,
une démonstration ou une action de sensibilisation ? Le Parc, ses hôtes et ses partenaires
sauront lui en fournir de toutes les jauges : les folies, le Kiosque à musique, le Cabaret
sauvage, le Parquet de bal, l’Espace Chapiteaux, la Maison de la Villette, le pavillon Paul
Delouvrier, la salle Boris Vian - un nom qui invite aux irrévérences des chansonniers -, mais
115
aussi le Théâtre Paris-Villette et le Théâtre international de langue française (TILF) sont sans
doute disponibles à de telles ouvertures, pour peu qu’une convention en prévoie les
circonstances et les conséquences.
Vivement souhaitée par Serge Hureau, l’implantation du Hall dans un édifice adapté à
l’accueil du public et équipé pour la pluralité de ses actions ne paraît donc pas indispensable
sur le plan artistique, dans la mesure où les environs regorgent déjà d’installations. Il n’est pas
sûr qu’elle soit vertueuse sur le plan économique, car un nouvel équipement risque d’entraîner
des frais de fonctionnement excessifs par rapport au volume de production qu’il pourrait
abriter. Certes, l’installation dans une des « folies » dessinées par Bernard Tschumi libérerait
des bureaux administratifs pour l’EPPGHV, tout en rapprochant le Hall des itinéraires
empruntés par le grand public. L’architecture ludique du pavillon L5 (un ancien restaurant)
illustrerait mieux la vocation du centre et la vivacité de la chanson que des préfabriqués
enclavés derrière un parking… Serge Hureau souhaite vivement le déménagement. Il reste à
vérifier deux choses : d’une part que l’espace offert suffira à déployer des matériels de
consultation, d’écoute et de projection, des surfaces d’exposition, des salles de formation ou
de réunion, des locaux techniques et des sanitaires ; d’autre part que l’échange pourra s’opérer
sans nécessiter de lourds investissements préalables. Il existe en effet une alternative : le Hall
peut monter avec ses partenaires des projets de spectacles, de concerts, de manifestations,
d’expositions, de rencontres, afin de les programmer dans d’autres lieux du Parc. Au lieu de
financer l’aménagement, voire la construction d’un bâtiment de plus, le ministère aurait ainsi
lieu de favoriser le développement des efforts engagés par les uns et les autres pour exploiter
les immenses gisements de souvenirs et de savoirs, d’émotions et de plaisirs que recèle un
patrimoine évalué à six millions de chansons.
Cela regarde d’abord les principales institutions musicales. La BNF doit être encouragée
dans la saisie numérique de ses inventaires, dont l’interconnexion sur le système Opale
Plus serait ainsi hâtée. Elle doit lancer une véritable offensive de persuasion auprès des
éditeurs et des collectionneurs, pour obtenir le don ou le dépôt de fonds d’archives qui
risquent sans quoi d’être dispersés entre des mains privées, ou perdus à jamais. Les
bibliothèques musicales des villes et des conservatoires doivent être incitées à compléter leurs
fonds dans ce domaine. La Cité de la musique doit clairement inscrire la chanson de répertoire
dans ses programmes muséographiques et pédagogiques. L’IRMA et le RMD doivent
continuer à recenser les différents lieux, sources et experts dans cette spécialité, afin de les
faire connaître à travers leurs réseaux.
Cela intéresse aussi plusieurs partenaires du Hall. Le CNV devra, comme il en a affirmé
l’intention sur la foi du rapport Forette, aider le Hall dans ses projets. Les deux organismes
ont déjà décidé en 2004 de s’associer pour la construction d’une base de données
« évolutive », tenant lieu d’inventaire des ressources disponibles sur la chanson. Comme le
fait déjà la SACEM, les sociétés civiles, SCPP, SPPF, ADAMI et SPEDIDAM, sans oublier
le FCM, rempliraient leur rôle en participant auprès de lui à la redécouverte d’auteurs,
d’interprètes ou même d’enregistrements oubliés. L’EPPGHV doit lui faire des offres de
coopération. Le Studio des variétés pourrait concevoir en commun avec lui des modules de
formation continue sur l’interprétation des grands auteurs. Les Francofolies de La Rochelle et
bien d’autres festivals plus modestes, tel celui de Lormes (Nièvre), consacré à la chanson
française de répertoire, pourraient – si les collectivités territoriales et l’Etat leur en procurent
les moyens - s’impliquer dans des coproductions de « conférences chantées », de concerts ou
de réalisations mixtes avec Serge Hureau et ses collaborateurs, comme d’ailleurs avec
d’autres équipes.
Le ministère de l’Éducation nationale doit soutenir la vocation pédagogique de ce dernier,
qui se montre aussi suggestif dans l’explication qu’il est sensible dans l’interprétation. Il
s’agit notamment de l’aider à construire le site « A l’école des chansons » avec les réseaux
116
SCÉRÉN, si possible dans le cadre d’un pôle national de ressources au service des professeurs
et des intervenants artistiques. Le service rendu pourrait, si les crédits suivent, aller bien audelà de « l’anthologie interactive » de 162 titres dont la maquette a été esquissée. La
réalisation d’un cédérom ou d’un DVD prolongerait utilement cette action en direction des
relais culturels français à l’étranger, si le ministère des Affaires étrangères et l’AFAA le
veulent bien. Les chaînes publiques de télévision, France Musiques, France Culture et Radio
France International, qui disposent elles-mêmes de trésors mélodiques, poétiques ou
humoristiques, pourraient plus souvent s’allier au Hall pour décliner au présent le patrimoine
des variétés. Si les approches sont aussi inventives qu’individuelles, de Serge Hureau à
Philippe Meyer, d’Alex Duthil à Jean-Louis Foulquier la passion est commune.
Pour en assurer la contagion auprès des jeunes interprètes, élèves, amateurs ou
professionnels, chez les éditeurs et les diffuseurs, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, le
ministère de la Culture doit certes épauler le Hall de la chanson dans ses activités d’édition et
de production. Il aurait aussi intérêt à faciliter les recherches en droits. L’expérience qu’il a
accumulée en remontant la piste des auteurs et de leurs héritiers, des éditeurs de partitions et
d’enregistrements, fait du Hall un pôle de compétences pour la constitution d’un service ou
d’une agence spécialisée dans ces démarches au bénéfice des établissements publics et des
associations parapubliques.
Le bilan du Hall après treize ans d’existence justifie largement la confiance de l’Etat.
L’essor de son rôle patrimonial doit néanmoins passer par une clarification de son
organisation juridique et comptable. Sans nier le moins du monde l’imagination qui les anime
d’un seul souffle et les synergies qui les relient ensemble, il s’agit de mieux distinguer les
activités d’intérêt général, qui relèvent principalement de l’édition en ligne, de l’action
culturelle et pédagogique, ainsi que de la mise en œuvre de ressources, par rapport aux
réalisations qui portent la marque personnelle de Serge Hureau en tant qu’artiste. Les
premières apparentent le Hall au Centre national dont il revendique l’intitulé. Elles restent
l’apanage d’un centre de ressources parmi les autres, géré sous la forme d’une association
subventionnée sous tutelle de la DMDTS. Les dernières procèdent en principe d’une structure
de production du type de la compagnie conventionnée. S’il voit plus d’avantages à
l’interpénétration qu’à la séparation entre les genres, le ministère pourrait à tout le moins
demander à S. Hureau d’observer une stricte sectorisation au sein de l’association. Analogue à
certains égards, l’exemple récent du CRIS montre que le découplage est possible sans nuire à
la créativité d’une maison.
Ces conclusions rejoignent sur de nombreux points les préconisations du rapport Geoffroy
de 2001. Celui-ci ajoutait d’autres suggestions judicieuses, les unes en faveur d’une meilleure
prise en considération du patrimoine de la chanson dans le réseau des établissements culturels,
les autres au profit d’une légitimité renforcée du Hall, comme la mise en place d’un conseil
artistique et scientifique aux côtés de sa direction. Il ne semble pas qu’elles aient été encore
suivies d’effets.
Centre national de la chanson, des variétés et du jazz (CNV)
Le CNV est l’héritier de l’Association pour le soutien à la chanson, aux variétés et au jazz,
créée en 1984 sous la tutelle du ministère de la Culture pour gérer le produit d’un prélèvement
de 3,5% sur les recettes de billetterie. Hier parafiscale, cette taxe est devenue fiscale au 1er
janvier 2004. Pour se conformer aux directives européennes et à la législation nationale sur les
impôts dédiés, l’association a cédé place à un établissement public créé par la loi du 4 janvier
2002 (art. 30) et constitué en décembre 2002. L’année suivante a vu l’emménagement dans de
nouveaux locaux, proches de la place de Clichy à Paris. Le CNV entretenait déjà un fichier
des 680 entreprises de spectacle affiliées, qui lui procurait 9 millions d’euros, auxquels
s’ajoutaient les subventions de l’Etat. Fin 2004, le CNV revendiquait déjà 1.000 abonnés,
117
mais il devait faire face à la fronde d’une partie du milieu des musiques dites traditionnelles,
emmenée par le directeur des Vieilles Charrues et soutenue par quelques parlementaires, qui
contestaient l’assiette de la taxe. La plus grosse partie des fonds retournent pourtant aux
affiliés sous forme d’aide automatique. Avec le concours d’un comité des programmes, les
commissions d’experts spécialisées ont la charge de répartir le reste entre divers projets de
création, de diffusion ou de formation, au titre de l’aide sélective.
La mission d’information et de conseil aux professionnels a été retenue parmi celles que le
décret fondateur assigne à l’établissement. Dès son installation, le nouveau conseil
d’administration de l’établissement, sous la présidence de Daniel Colling, a confié une étude à
Dominique Forette sur les perspectives d’un centre de ressources en son sein. Le rapport de ce
dernier (consultable sur le site www.lecnv.org) ** a été remis au CA le 1er juillet 2003. Cette
instance s’en est inspirée pour adopter une résolution qui fixe le cadre de cette future activité.
Il a également désigné une administratrice, Béatrice Macé, pour en suivre le développement.
Sur le plan interne, il s’agit de définir des instruments d‘évaluation des aides délivrées. Sur
le plan externe, le futur pôle de ressources est d’abord conçu comme un observatoire, terme
associé à l’idée de veille juridique, économique et financière. Il devrait constituer une « base
de données alimentée par les données que traite le CNV au travers de ses commissions »,
mettre au point, « grâce à un partenariat souhaité avec la SACEM » un « outil statistique
accolé aux mécanismes de perception » de la taxe, afin de dresser chaque année un « bilan
économique et social » du secteur des variétés (Communiqué de presse du 2 juillet 2003). Le
CNV se propose en outre de réaliser des répertoires régionaux de salles de spectacles en
soumettant son propre cahier des charges aux membres du réseau RMD. Il désire lancer une
enquête sur la formation professionnelle en gestion des salles de spectacle. Une mission
d’information et de conseil est encore attribuée à ce pôle, pour laquelle la construction d’une
documentation semble indispensable. Parmi les usagers futurs, le CNV englobe les
représentants des collectivités territoriales, auxquels il entend fournir un conseil à la maîtrise
d’ouvrage : les aspects architecturaux, acoustiques, techniques, mais aussi artistiques des
équipements de spectacles entreraient donc dans ses compétences. Enfin une fonction de
« mise en relation », comprise ici au sens de réflexion aussi bien que de communication,
consistera à organiser des rencontres professionnelles, des colloques, des séminaires ou des
tables rondes, à participer aux salons et aux festivals.
Le recrutement d’un(e) documentaliste stagiaire a été entrepris en janvier 2004 « pour
accompagner la mise en place » de ce qui est donc présenté comme un centre de ressources
destiné aux professionnels, aux élus et aux agents territoriaux, mais pas au grand public, du
moins dans une première phase. Cette personne dispose déjà d’un espace réservé, à proximité
de l’accueil, dans les nouveaux locaux. On mesure cependant l’écart entre l’ambition affichée
et les moyens humains et matériels mobilisés pour le moment : d’où le principe de
progressivité dans la montée en charge des actions qu’avance la résolution du CA.
Pour mener à bien toutes ces tâches, le CNV affirme sagement la nécessité de partenariats
suivis : avec la CPNEF-SV pour la prospective en matière de formation et d’emploi ; avec le
Bureau Export et le Bureau européen de la musique (BEO-EMO) sur l’analyse du marché
mondial et de la réglementation communautaire ; avec l’Observatoire de la musique pour la
réalisation d’études sur les interactions entre l’industrie du disque et l’économie du spectacle ;
avec le Hall de la chanson pour la valorisation du patrimoine de la chanson ; avec l’IRMA
enfin, en dépit de la discrétion du rapport Forette sur cette association, pour la circulation des
informations au profit des professionnels. Il paraîtrait même judicieux de reconnaître à
plusieurs de ces organismes un rôle moteur dans la coopération.
Tard venu sur ce forum de l’information et de la documentation, le CNV doit concentrer
ses actions dans les domaines ou sa mission principale - la collecte et la redistribution de la
taxe - lui confère des atouts incontestables. L’analyse de l’économie du spectacle vivant
118
réclame en effet les chiffres sur la diffusion de la musique vivante que la SACEM, organe
auquel la perception est déléguée, est seule en mesure de fournir, et qu’il appartient au CNV
de rendre public et d’analyser. La connaissance du milieu des organisateurs de concerts
repose sur les base très solides que renferment les dossiers des entreprises affiliées, de loin les
plus actives du secteur. Les renseignements de cette nature intéressent en effet l’ensemble des
acteurs du champ.
En revanche, en dehors des usuels, il est moins évident que les documents sur les métiers et
les formations, l’édition discographique et la musique en ligne, la radio et la télédiffusion
trouvent au CNV leur meilleur abri. L’IRMA et la Cité de la musique (CIM) sur le premier
sujet, le SNEP et l’Observatoire de la musique pour le second, la SACEM et les services du
Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) pour le troisième semblent en position de satisfaire
la demande du public, des professionnels et de la presse, pour peu que ces organismes y soient
incités par leurs tutelles. Rien n’empêche le CNV d’apporter son propre complément aux
services déjà rendus par d’autres structures, s’il identifie des lacunes dans leur conception ou
des défauts dans leur qualité. Dans ces cas il serait tout de même préférable qu’il se concerte
avec ces prestataires pour les encourager à mieux couvrir les besoins du milieu.
Si la mise en valeur du patrimoine de la chanson, du jazz et du music réclame l’ensemble
des bonnes volontés, il serait logique en ces matières que le CNV soutienne les efforts déjà
engagés par des établissements de conservation, des structures d’édition et des associations
compétentes. Le Hall de la chanson, mais aussi le Centre de la chanson d’expression française
et la Maison du jazz méritent son appui.
L’orchestration d’un recensement des salles de spectacle en France est un problème
récurrent qui concerne un grand nombre d’opérateurs nationaux et territoriaux. Le statut
d’établissement public et le rang national ne munissent pas ipso facto le CNV de la légitimité
et surtout de la compétence nécessaire pour assurer la coordination du RMD, sur ce chapitre
comme sur d’autres. En l’espèce, le leadership exercé par l’Observatoire de la musique,
pourtant hébergée par un grand EPIC, revêt un caractère plus théorique que pratique. Les
tendances centrifuges l’emportant assez souvent au sein du réseau, sa cohérence ne semble
pouvoir découler que de l’adoption de règles et de techniques communes. Pour ce qui est des
salles de spectacle et des lieux de concert (deux définitions qui se recoupent en maints
endroits), l’expérience indique qu’un répertoire démontre sa véritable utilité lorsqu’il remplit
quatre conditions. D’abord, il doit être exhaustif, car les événements les plus marquants
n’adviennent pas toujours dans les équipements les plus visibles. Ensuite il doit être actualisé
une fois par an, parce qu’un changement de propriétaire, une fermeture pour travaux, un
retrait de licence peuvent affecter une tournée. De plus il doit inclure une description précise
des équipements, sous la forme d’un fiche technique complète ou simplifiée. Enfin il doit être
facile à consulter par tout organisateur français ou étranger. Le problème n’est donc pas tant
d’engager un grand chantier de recensement que de développer les outils de saisie,
d’harmonisation, de diffusion et d’actualisation de données complexes. L’exemple des
régions les plus avancées servira à guider les autres. Outre l’expérience tout de même
appréciable de l’Observatoire de la musique dans l’animation du réseau territorial, celle de
l’IRMA dans la collecte d’informations auprès des relais locaux, le savoir faire de l’ISTS
d’Avignon en matière scénographique et acoustique, du CFPTS dans le domaine de la
technique et de la sécurité, la participation de l’association Réso-Scéno, le concours des autres
centres de ressources (Cité de la musique, CNT et CND surtout), l’aide des DRAC et des
conseils régionaux concernés seront les bienvenus pour mettre des instruments communs.
Cela dit, le conseil à la maîtrise d’ouvrage reste une question d’intérêt général qui dépasse
largement le cas des variétés. Trop de salles de spectacle accusent encore des péchés de
conception qui auraient été aisément évités en recourant à un expert confirmé. Depuis le
départ de Vincent Daujat, nul nom d’architecte-conseil n’apparaît dans l’organigramme de la
119
DMDTS en 2003, bien que la cellule « conseil et programmation des investissements »,
rattachée au secrétariat général, semble prévue pour accueillir au moins deux postes de ce
type. Dès que ceux-ci auront été pourvus, la mission des titulaires consistera certes à suivre
les travaux financés par l’Etat, mais aussi à tisser un réseau de spécialistes par disciplines et
de correspondants en région.
Les principaux CR devront les assister dans cette tâche dont l’enjeu est de maintenir ou
d’améliorer la qualité et la fiabilité des espaces de concert, des théâtres, des plateaux de
danse, des aires d’accueil pour les chapiteaux. Loin de se présenter comme une agence de
programmation, le CNV pourrait fort bien mener une campagne de sensibilisation des élus et
des professionnels aux exigences d’une maîtrise d’œuvre compétente et d’une maîtrise
d’ouvrage soignée. En concertation avec ces partenaires, le cas échéant en coédition avec un
groupe éditorial, il remplirait son rôle en suscitant l’élaboration d’un précis des règles de l’art
pour la construction et l’équipement des salles, augmenté de la liste des cabinets expérimentés
en architecture, en scénographie et en acoustique.
Centre de la chanson d’expression française (CCEF)
Association animée par des passionnés, le CCEF attire un millier d’adhérents et un peu
plus d’abonnés à son bulletin bimestriel. Il s’agit pour la plupart des musiciens, auteurs et
compositeurs. A sa présidence, Anne Sylvestre a succédé à Marc Chevalier en 1999.
Contribuer au rayonnement de la chanson française, à la connaissance de son répertoire, au
repérage des jeunes talents, favoriser l’entraide : voilà ses raisons d’être. Son budget, qui lui
permet de pourvoir deux postes et demi de permanents (dont le directeur Didier Desmas)
provient pour un tiers de leurs cotisations, pour deux tiers des subventions de la DRAC Ile-deFrance, de la Ville de Paris, du ministère de la Jeunesse et des Sports et des organismes
collecteurs (SACEM, ADAMI, CNV). Dans ses locaux parisiens de 85 mètres carrés, le
CCEF a installé un bureau d’accueil et de conseil pour les artistes, une petite documentation
composée d’usuels, de guides, de périodiques, de textes et de partitions (avec des inédits) et
d’un kiosque d’information, plus un studio de répétition au sous-sol. Les demandes portent
aussi bien sur des contacts, des stages, des auditions, des spectacles, que sur des points
d’administration et de droit. Il délivre ces services aux chanteurs amateurs, à des interprètes
en cours de carrière, mais aussi à des organisateurs de concerts. Il édite un Annuaire de la
chanson vivante d’environ 500 références, bien classées et consultables en ligne sur le site
(www.centredelachanson.com)**. On y trouve aussi le sommaire du bulletin de liaison, Le
Petit Format. Le CCEF organise chaque mois des rencontres, deux fois par mois des scènes
ouvertes (« Bancs publics »), un tremplin annuel (« C’est au pied du micro ! ») et, tous les
deux ans, un festival dédié à une grande figure de la chanson. Dans ses annonces et ses
encarts, le CCEF laisse vite tomber les deux derniers mots. Il devrait y avoir moyen de
remédier à l’absence de liens visibles, sinon de relations suivies, entre ce Centre de la chanson
et le Hall de la chanson…
La Maison du jazz
Fondée en octobre 2000, consacrée à la culture du jazz sous toutes ses formes, la Maison
du jazz à l’ambition d’y contribuer par des conférences et des concerts, des projections et des
interventions en milieu scolaire. Dépourvue de local adapté et de moyens adéquats, elle est
encore dans l’incapacité d’assurer les missions de documentation que l’association s’est fixées
sous la présidence d’André Francis. Elle n’en œuvre pas moins de diverses manières pour la
connaissance et la mémoire du genre. Le site Internet (www.maisondujazz.org)* déroule un
programme de manifestations, organisées d’abord dans la salle parisienne de La Fenêtre, puis
à la Halle Saint-Pierre (Paris 18e). Un dimanche par mois, en fin de journée, la mémoire d'un
musicien (ou d'un style) est évoquée par des invités à travers une conférence, un film et un
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concert. Un séminaire d’analyse musicale quinzomadaire, se tient à la Sorbonne, en
collaboration avec l’Observatoire musical français et le Centre de recherche sur les langages
musicaux. Le site mentionne les archives - y compris sonores et photographiques - des
concerts, mais il ne les exhibe pas. Enfin il mène à un site sur Gil Evans récompensé par un
“Django d’Or” en 2001.
Le directeur Laurent Cugny exprime son regret de ne pas disposer des crédits ni des locaux
pour assumer les tâches d’archivage, de documentation, d’information et de conseil qu’elle
s’est fixée: “Il est vrai que l’une des missions que s’est donnée la Maison du jazz est le
rassemblement et la mise à disposition de ressources concernant le jazz. Mais cette fonction
ne peut être actuellement assurée par notre association car elle est dans une phase
intermédiaire de son développement », indiquait-t-il dans une lettre du 13 août 2003, avant
d’ajouter :“(…) elle n’a ni lieu spécifique, ni un budget lui permettant de le faire.” Sollicitant
l’appui de la DMDTS pour développer sa documentation, la Maison du jazz bénéficie déjà de
l’aide du FCM, de la SACEM, de la SPEDIDAM et de la Fondation Frank Ténot. Son dossier
est suivi par la DMDTS (Solange Barbizier). Une certaine parenté se dégage avec celui du
Hall de la chanson. La différence essentielle tient à la présence d’un fonds historique dans le
premier cas, qui n’existe pas dans le second. La ressemblance a trait aux rapports de
partenariat étroit que ces deux organismes consacrés à la mémoire, réelle ou virtuelle, d’un
important genre artistique, doivent établir avec leur environnement pour que leurs efforts ne
soient pas consentis en vain.
Musée des musiques populaires
Depuis 1995, dans le château des Ducs de Bourbon à Montluçon (Allier), le modeste
Musée de musiques populaires a rassemblé un fonds d’instruments et d’objets qui retracent
l'histoire des musiques populaires en France depuis le milieu du XIXe siècle. Il organise des
expositions sur des thèmes instrumentaux variés comme la cornemuse ou la guitare électrique,
qui suscitent la publication d’un catalogue. Son site propre est resté inerte depuis 1999
(http://perso.wanadoo.fr/musee-montlucon/pages/guit.htm). Il faut donc aller chercher les
informations sur sa collection et ses réalisations sur le site de la commune (www.mairiemontlucon.fr/vivre/culture/) *, ou bien téléphoner au horaires d’ouverture, les après-midi, sauf
le mardi (04 70 08 73 52).
Fonds d’action et d’initiative rock (FAIR)
Depuis 1990, suivant le choix d’un comité réunissant quinze professionnels, le FAIR
sélectionne chaque année parmi les jeunes musiciens candidats un nombre équivalent
d’artistes amorçant leur carrière professionnelle pour leur apporter un soutien financier, des
conseils, une aide à la formation, à la promotion et au management. Les crédits proviennent
du ministère de la Culture, de la SACEM et de l’ADAMI, du FCM, de la SCPP et de la SPPF.
Le Studio des variétés et l’IRMA font circuler l’information dans le milieu, radios et journaux
la reprennent. Le site Internet et la liste de distribution contribuent à les faire connaître les
heureux élus en diffusant leurs portraits, des extraits sonores et les dates des concerts
programmés. Il explique aux futurs choisis comment candidater. Il conserve aussi la mémoire
des anciens promus (www.lefair.org) **.
Réseau Printemps
Le réseau constitué en 1997 autour du Printemps de Bourges se mobilise pour détecter et
promouvoir de nouveaux talents dans le cadre des « Découvertes » du festival, en
collaboration avec les programmateurs nommés par son directeur Daniel Colling en 1999,
Manu Barron et Christophe Davy. Il comprend trente antennes, plus trois dans le monde
francophone. Le site Internet (www.reseau-printemps.com) ** présente les artistes en
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fournissant (depuis 1998) des enregistrements live : une centaine de clips audio et vidéo y
circulent actuellement. Les sélections effectuées dans le réseau en vue du vingt-huitième
Printemps de Bourges (édition 2004) ont vu affluer 3.800 candidats, dont trente-deux ont été
programmés dans le cadre du festival. Le réseau se mobilise ensuite puis pour les faire tourner
à travers la France. Sans former un organisme de ressources au sens retenu ici, il n’en
constitue pas moins un circuit d’information rapide entre des programmateurs qui partagent
quelques convictions sur la défense des jeunes artistes.
Fédération des scènes de jazz et de musiques improvisées (FSJMI)
Depuis 1996, ce sont 26 clubs et salles (plus une en Belgique), dont le jazz d’aujourd’hui
colore la programmation, qui ont rejoint la FSJ et ont adopté une charte d’objectifs commune.
Unies pour se faire connaître, défendre les intérêts de ces entreprises fragiles, mais aussi pour
promouvoir ensemble les artistes programmés, elles organisent le Festival « Jazz en scènes »,
salve de trois concerts dans chacun des lieux, dont la sixième édition a eu lieu le 10 décembre
2004. La FSJ tient son secrétariat à Tours, où loge l’une des scènes adhérentes, Le Petit
Faucheux. Le site Internet présente le calendrier des concerts à venir durant le mois dans le
réseau. Il promet la mise en ligne de ressources documentaires qui n’avaient pas encore
montré leur teneur en mars 2005 (www.scenes-jazz.com) *. Le président et fondateur de la
FSJMI, Michel Audureau, a signé le 16 mai 2005 avec son homologue de la Fédurok un
accord qui les a conduit a construire le Syndicat national des petites et moyennes structures
des musiques actuelles (SMA). Il a remis son mandat au congrès de Reims, en septembre de
la même année, devant lequel des étudiants de Sciences po devaient présenter un « état des
lieux » du jazz en France.
Fédération nationale des écoles de musique d’influence jazz et musiques actuelles (FNEIJMA)
Apparue en janvier 1990, la FNEIJ a élu domicile à Nîmes. Les directeurs d’écoles qui la
composent s’emploient à peser ensemble dans les débats du secteur des musiques actuelles.
Ils en profitent pour affiner leur éthique pédagogique, échanger leurs expériences, développer
leur réseau. La FNEIJ favorise l’insertion professionnelle et exerce son expertise en validation
des acquis. Le site Internet (www.fneij.org)* présente les structures adhérentes et propose
quelques dossiers sur la formation et l’insertion professionnelle.
Parmi les écoles de cette mouvance, la DMDTS apporte un soutien plus particulier au
Centre des musiques Didier-Lockwood (CMDL) de Dammarie-les-Lys, école professionnelle
des musiques actuelles qui accueille entre 30 et 40 élèves depuis 2000. Proposant un
enseignement de haut niveau, celle-ci offre encore peu de ressources vis-à-vis de l’extérieur.
Son site (http://cmdl.free.fr) n’était pas encore opérationnel en juin 2004.
Réseau Chaînon
Constitué en 1988 sous le nom de Orques-Idées par Joël Breton, Pascal Gauvrit et Pierre
Soler, le réseau a d’abord relié 150 petits et moyens lieux de spectacle (d’une jauge de 80 à
500 places) à travers huit fédérations régionales. Le Chaînon rassemble désormais près de 250
organismes de diffusion mais aussi de production situés dans des petites ou moyennes villes
de France. Bruno Graziana en a pris la direction en janvier 2004, sous la présidence de
Philippe Le Claire. Il s’agit d’une forme originale de mutuelle de production, active surtout
dans le domaine musical, mais pas uniquement. Le réseau entend faire circuler les spectacles
et les réalisations que son festival annuel contribue à faire connaître auprès des adhérents.
L’organisation de cette manifestation, “le Chaînon manquant”, permet de valoriser des
artistes, des compagnies et des groupes dont les tournées se mettent ensuite en place à la
faveur de réunions régionales de programmateurs. Le réseau dispense également des
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informations, des prestations de conseil et - bientôt - de formation au profit des directeurs de
salles.
Le bulletin trimestriel Rezolu maintient le lien entre les adhérents. Le site (www.reseauchainon.com) ** présente le programme des récents festivals, et annonce les calendriers de
diffusion des artistes sélectionnés. Il rend ainsi compte des tournées de 70 artistes sur un
calendrier d’environ 800 dates par an. Il ménagera, au fur et à mesure de sa construction,
divers liens vers les centres de ressources et les autres partenaires. En attendant, il propose un
annuaire d’environ 140 salles adhérentes en France, en Belgique et en Suisse (avec les
coordonnées des responsables et des données techniques encore trop sommaires : jauge et
dimension du plateau), pratiquant en majorité une programmation pluridisciplinaire, avec une
capacité d’accueil moyenne établie autour de 500 places.
Le Chaînon peut aussi relier le réseau des salles et manifestations subventionnées à
l’univers des entreprises de spectacles privées et au monde de la diffusion radiophonique. En
janvier 2005, l’un de ses fondateurs, Joël Breton, a pris la relève de l’animateur de France
Inter, Jean-Louis Foulquier à la tête du festival des Francofolies de La Rochelle, organisé par
une société par action dont les parts ont été rachetées par la société Morgane Production.
Fédurok
Porte-voix d’une bonne cinquantaine d’entreprises de spectacles, dont la plupart des scènes
de musiques actuelles (SMAC), la Fédurok (attention à l’orthographe !) revêt le caractère
d’une association professionnelle. Sous la direction de Philippe Berthelot, elle interpelle les
pouvoirs publics, participe à la vie de la profession, informe ses adhérents, édite un bulletin
d’information (La Gazette magique). Le site Internet (www.la-fedurok.org) ** propose un
annuaire des lieux du réseau. La Fédurok est par ailleurs impliquée dans le DESS de Direction
d’équipements de musiques actuelles et amplifiées mis en œuvre par l’Université d’Angers
avec le centre de ressources spécialisé Trampolino.
Elle a réalisé un « tour de France » de ses adhérents qui a permis – entre autres
renseignements sur les statuts, les personnels, les activités - de réunir des fiches techniques
actualisées pour chacun, précisant les jauges, les locaux annexes (loges, douches) les
équipements sonores et lumineux, etc. Sous le nom de « Monte-charge », elle a également
lancé un projet d’assistance à la professionnalisation des jeunes groupes), dans lequel elle a
impliqué, entre autres, les Transmusicales de Rennes et la Férarock.
La Fédurok s’est rangée aux côtés de quatre autres organisations de musiques actuelles
(l’AFIJMA, la Fédération des scènes de jazz et musiques improvisées -FSJMI, la FNEIJ-MA
et le réseau Chaînon) pour encadrer l’embauche d’emplois-jeunes avec les ministères du
Travail et de la Culture, de 1997 à 2002, puis pour évaluer les chances de consolidation de ces
postes à partir de 2004, en relation avec l’IRMA et l’agence Opale. En mai 2005 elle s’est
rapprochée de la FSJMI pour établir une convention et fonder ensemble le Syndicat national
des petites et moyennes structures des musiques actuelles (SMA).
L’état des lieux dressé au terme du processus, en février 2004, avec le concours de l’IRMA
et de l’agence Opale / Culture & Proximité (disponible sur le site www.emplois-jeunesmusique.org) , montre que les structures associatives du secteur ont constitué un important
gisement de près de 3.000 emplois. Or la plupart des conventions arrivent à échéance entre
2004 et 2006. La fin du plan « nouveaux services – emplois jeunes » (NSEJ), non renouvelé
par le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, ne laisse pas d’inquiéter l’ensemble de ces
opérateurs sur la pérennité des postes créés, dont les effets structurants pour la profession
s’étaient fait sentir dans toutes les régions. Ils s’inquiètent aussi pour le devenir des activités
développées par les jeunes salariés en direction du public, au sein des établissements scolaires
ou au service des amateurs. Leur consolidation par d’autres types de subventions qui
viendraient relayer les aides du CNASEA tarde à se vérifier. Faute de solution, de jeunes
123
cadres désormais expérimentés risquent donc de quitter le secteur ou bien, pour s’y maintenir,
d’aller grossir les rangs des candidats à l’intermittence.
Ces observations rejoignent celles effectuées par HorsLesMurs avec l’agence Opale au
sujet des quelques 500 emplois-jeunes recrutés depuis 1997 par environ 300 structures des
arts de la piste et de la rue. Elles confirment la nécessité d’une veille stratégique sur les
emplois administratifs, sachant que la consolidation de ceux-ci conditionne à son tour le
développement des carrières artistiques. Les centres de ressources apparaissent comme les
mieux placés pour entretenir cette réflexion, en apportant aux préoccupations des
professionnels des réponses en termes d’informations mais aussi d’ingénierie de formation.
Réseau Fanfare
Le réseau Fanfare a été constitué en 1998 par des équipes professionnelles « engagées dans
une réflexion critique sur l’action culturelle et artistique », dont la plupart appartiennent au
domaine musical. Les signataires de sa charte veulent relier plus étroitement le soutien à la
création artistique avec l’intervention dans les quartiers, et la diffusion culturelle avec la
formation et la sensibilisation. Ils affirment pour ce faire leur vocation de « centres de
ressources » capables de mettre en place des modules de formation dans une dynamique de
recherche-action. Parmi eux on remarque des organisateurs de festivals comme l’AMI à
Marseille, Nancy Jazz Pulsations, Casa Musicale à Perpignan, Voukomm en Guadeloupe,
Musiques métisses, qui fêta son trentième anniversaire à Angoulême en juin 2005
(www.musiques-metisses.com) *, et Musiques de nuit à Bordeaux, dont le site fait référence à
la charte (www.musiques.de.nuit.fr) *, mais aussi le centre de ressources nantais Trempolino,
l’Association pour les musiques innovantes (AMI) animée par Ferdinand Richard et qui
héberge le réseau à la Friche Belle de mai de Marseille, l’association de Roubaix Autour des
rythmes actuels (ARA), et les Gamins de l’art, association implantée au Mans. Après la
coédition avec le magazine La Scène (et l’aide de la DMDTS et de la DDAT) d’un premier
numéro des Cahiers de Fanfare en 2002, préfacé par Dragan Klaic, un second a été consacré
à des « Paroles d’artistes ». Introuvable, le site réservé à l’adresse « reseau.fanfare.net » est
encore en construction, à moins que ce projet n’ait été simplement abandonné. Pour éviter
toute confusion, il faut signaler que le titre Fanfare appartient aussi à un trimestriel de
Clermont-Ferrand consacré aux musiques actuelles et amplifiées, mais sans rapport direct
avec ce réseau.
La Fanzinothèque
Comme l’univers des bandes dessinées, le monde des musiques actuelles est riche en
fanzines, ces périodiques de conception, de fabrication et de diffusion artisanales dont la
forme fragile reflète les vicissitudes des genres et des groupes. Ces papillons de papier
naissent, circulent et meurent au gré d’initiatives individuelles, sinon associatives. Si la
plupart d’entre eux revêtent un intérêt documentaire, quelques titres atteignent une longévité
qui force même le respect des bibliothécaires. Dans l’ensemble, ce mode d’expression laissant
une large place à l’illustration semble résister plutôt bien à la concurrence des lettres
électroniques et des sites Web. La Fanzinothèque de Poitiers est l’un des rares lieux à les
collectionner, et sans doute le seul à en proposer un recensement aussi systématique, sous la
responsabilité de Didier Bourgoin. Partageant l’esprit associatif des rédacteurs, elle a réuni
30.000 volumes et recensé 25.000 références sur sa base de données en ligne. Le site
(www.fanzino.com) ** propose en téléchargement des images, des extraits sonores au format
MP3, mais surtout ce répertoire de fanzines. L’ensemble des titres est enregistré et conservé
pour la lecture sur place dans une salle pour les parutions récentes et une salle pour les fonds
anciens, mais la consultation à distance d’articles archivés n’est possible que pour certains
d’entre eux. Les notices sont malheureusement peu lisibles et donnent peu de renseignements
124
sur les sommaires, en dehors des titres, des adresses postales et électroniques, et des
indications sur les numéros détenus dans la collection.
Férarock (Fédération des radios locales de musiques actuelles)
La Férarock compte vingt-sept adhérents qui tentent de résister à l’uniformisation musicale
sévissant dans les réseaux intégrés de radios privées du type NRJ, Skyrock ou RFM. Ces
radios associatives se nomment par exemple 666 (Caen), Arverne (Clermont-Ferrand), Radio
Béton (Tours), Canal B, C’Rock (Vienne), Dio (Saint-Étienne), FMR (Toulouse), Primitive
(Reims), Sol FM (Lyon), etc. Les belges d’Equinoxe (Namur) et de Panik (Bruxelles) en font
également partie. Dominique Marie exerce la présidence de ce réseau sans unité juridique ni
attaches commerciales, dont la coordination est assurée depuis les locaux de Stiff (Rennes).
Le site Internet (www.ferarock.com) ** fonctionne comme un portail donnant accès au site de
chacune des stations, qui sont cependant peu nombreuses à proposer une audition en ligne.
Les actualités musicales, les rubriques d’information sur la vie des groupes, des labels et des
lieux, un catalogue de signets complètent l’offre en ligne. Le site réserve aussi un espace à
l’échange entre les adhérents.
Studio des variétés
Fondé en 1983 conjointement par le ministère et la SACEM comme la toute première école
professionnelle de chanteurs de variété, logé 28, rue Ballu à Paris 9e (tél. : 01 53 20 64 00), le
Studio a porté à sa tête Alex Duthil en 1990. Celui-ci, fort de son expérience de fondateur du
Centre national d’animation musicale (CENAM) et de critique sur les ondes des radios
nationales, a renoncé en 1993 à la formule d’un cursus de formation initiale unique de deux
ans pour déployer une panoplie de modules d’éducation permanente à l’intention des
professionnels en quête de perfectionnement. Gage d’insertion, ceux-ci (dits artistes “signés”)
doivent avoir déjà conclu un contrat avec une maison de disques ou avec un tourneur, ou
encore avoir été sélectionnés par le réseau FAIR (www.lefair.org) *, créé en 1989 à
l’initiative du MCC (avec le concours de la SCPP, la SACEM, l’ADAMI, le FCM, la SPPF,
l'ACDMF et la société Ricard Live Music) pour aider des artistes-interprètes et des groupes à
lancer leur carrière. Tout en présentant les lauréats, le site Internet
(www.studiodesvarietes.org)** fournit aux candidats tous les renseignement nécessaires. En
revanche le Studio, sans doute de crainte d’être débordé par une demande en croissance
exponentielle chez les jeunes influencés par le succès des émissions du type “Pop Stars”ou
“Star Academy”, réserve ses compétences et ses informations professionnelles à ses
stagiaires. Outre les puissances tutélaires, le FCM, l’ADAMI et le CNV contribuent au
financement des actions pour une moitié du budget, les éditeurs discographiques, l’AFDAS,
le CIF et les autres fonds de formation continue couvrant l’autre moitié.
Tout pour la musique
Parmi une multitude de sites Internet d’initiative privée, on peut signaler un portail qui
favorise la participation du musicien internaute. Plus particulièrement ouvert sur les musiques
actuelles, Tout pour la musique offre sans ordre très déterminé une cascade de liens vers des
musiciens et des groupes, des labels et des lieux de ressources, des formations et des maisons
de production, des éditeurs, des facteurs et marchands d’instruments, des prestataires de
services. Les concepteurs s’intitulent avec humour « Fournisseur de matières premières pour
les créateurs de musique » (www.toutpourlamusique.com )**.
e) Musiques traditionnelles et musiques du monde
Maison des cultures du monde (MCM)
125
La Maison des cultures du monde pourrait figurer aussi bien au chapitre des
« Généralistes » qu’à la rubrique du théâtre, de la danse ou d’autres arts – où elle est du reste
citée. Son activité dans le domaine des musiques traditionnelles étrangères revêt un caractère
encore plus déterminant. Aujourd’hui présidée par Emile Biasini, l’association a été fondée en
1982 sous la responsabilité de l’ancien directeur de la Maison de la culture de Rennes, Chérif
Khaznadar, qui est depuis lors resté le directeur de la MCM. L’appui du ministère de la
Culture (DMDTS et DDAI) et du ministère des Affaires étrangères (DGCID) lui permet
d’assurer son fonctionnement, bon an, mal an. L’accueil de l’Alliance française lui a garanti le
gîte à son siège du boulevard Raspail, sauf durant la période où elle prit ses aises au Théâtre
du Rond-Point, de 1990 à 1995. Le pluriel appliqué au mot « cultures » dit aussi bien la
diversité des civilisations et l’importance des différences que la variété des disciplines. Hors
de l’Europe et des pays qu’elle a directement imprégné de ses codes de représentation, la
musique, le chant, la danse, le théâtre, le masque, les marionnettes se combinent volontiers.
La MCM veut les inviter à rencontrer les expressions françaises et le public de l’hexagone,
dans un souhait de réciprocité qui n’est pas encore - quoique les orateurs du quai d’Orsay s’en
targuent depuis quelques années - le souci majeur de notre diplomatie culturelle.
Elle présente donc des concerts et des spectacles en provenance des cinq continents.
L’Asie, l’Afrique du Nord se taillent la plus grande part de ces programmes qui font
également place à l’Amérique du Sud, au Moyen Orient, à l’Europe centrale et méridionale.
Si les genres en sont variés, tant profanes que sacrés, savants aussi bien que populaires, la
connaissance des traditions l’emporte sur la découverte des formes contemporaines. Le
Festival de l’Imaginaire, lancé en 1997, en présente chaque année une sélection en mars-avril,
dans le Théâtre de l’Alliance française et d’autres salles, comme l’Espace Saint-Germain à
Paris, le Théâtre du Soleil ou le Théâtre Zingaro d’Aubervilliers. Réfléchissant au caractère
subjectif de la notion d’authenticité, refusant les affèteries de la reconstitution dans un bain de
« couleur locale », consciente des altérations qu’un spectacle (et plus encore un rituel) subit
lors de sa « décontextualisation », l’équipe s’efforce autant que possible de fournir au public
parisien les éléments d’information sur l’environnement d’origine qui l’aideront à mettre en
perspective l’expérience de la représentation. La prestation est souvent précédée d’une
explication orale et parfois suivie d’une rencontre avec les interprètes.
Cette programmation découle d’un patient travail de prospection, de collecte et de
recherche mené par la direction avec l’éminent concours de Françoise Grund. Elle implique
de manière assez systématique des enregistrements sonores et audiovisuels, dont la plupart
débouchent sur des produits d’édition. Par des procédés analogiques au début, puis en version
numérique, la MCM a ainsi accumulé dans ses archives des témoignages de formes rares, les
unes en voie de disparition, les autres au contraire en plein renouveau. L’association faisant
office de productrice et les morceaux relevant pour l’essentiel du domaine public, ces
matériaux sont en général libres de droits et donc disponibles à la consultation comme à la
communication. De fait ils alimentent des séminaires de recherche, des expositions et des
publications. La collection de CD « Inédit », récompensée par diverses distinctions, couvre le
monde entier. Elle dégage suffisamment de recettes propres pour équilibrer ses comptes. La
MCM organise aussi des colloques, des tables rondes, des séminaires et des sessions de
formation. En association avec des enseignants-chercheurs de Paris VIII-Saint-Denis,
notamment avec la complicité de Jean-Marie Pradier, elle n’a pas peu contribué à la
constitution de l’ethnoscénologie en discipline universitaire à part entière, proclamée lors
d’un colloque organisé en 1995 à Paris sous l’égide de l’UNESCO. La revue Internationale
de l’imaginaire, dirigée par Jean Duvignaud, président d’honneur de l’association, et coéditée
depuis 1994 par Actes Sud (« Babel ») prête son support à ces travaux, longtemps cantonnés
aux récits de voyage du XIXe siècle ou subordonnés aux enquêtes anthropologiques du XXe
siècle.
126
C. Khaznadar n’a pas réussi à convaincre les tutelles nationales de doter la MCM d’un lieu
de consultation de ses riches fonds de dossiers et d’affiches, de livres et de périodiques, de
disques et de cassettes. Au contraire le rapport d’évaluation de Dominique Chavigny, pour le
ministère de la Culture, avait conclu en 2001 à l’opportunité de verser l’ensemble au futur
musée du quai Branly. Il s’est alors tourné vers d’autres partenaires. Trois collectivités
territoriales (commune, département et région) se sont engagées derrière le député-maire de
Vitré (Ille-et-Vilaine), Pierre Méhaignerie. Avec un an de retard sur les prévisions, le Centre
de documentation sur les spectacles du monde a ouvert ses portes en septembre 2004 dans un
ancien prieuré bénédictin de cette ville, restauré avec l’aide de la Conservation régionale des
monuments historiques (sur des crédits de la réserve parlementaire). L’équipement et le
câblage ont bénéficié d’apports en mécénat du groupe Pinault. Pierre Bois, membre de la
Société française d’ethnomusicologie et collaborateur de la MCM depuis la fin des années
1980, le dirige avec l’assistance de deux documentalistes. La MCM produit des spectacles et
des concerts dans la région. Des expositions sont prévues à partir de 2006. A compter de cette
date, le centre recevra des artistes et des chercheurs pour des séjours. L’expert en résidence,
l’étudiant en visite, le praticien de passage qui se passionneraient - par exemple - pour le
kathakali du Kerala peuvent trouver dans la salle de lecture des ouvrages, des études, des
articles, des photographies, consulter dans l’espace audiovisuel des films, des vidéos, des
disques, mais aussi obtenir du personnel des contacts d’artistes et des renseignements sur les
universités qui travaillent sur le sujet, de Chenai (Tamilnadu) à Hawaï (Etats-Unis).
Les collections proviennent de sources variées. Il y a d’abord les archives du « Festival des
arts traditionnels » de Rennes, organisé de 1974 à 1983, sauvées de justesse des bennes
auxquelles elles faillirent être jetées quand la Maison de la culture fut transformée en Centre
dramatique national. Les pérégrinations de C. Khaznadar et F. Grund leur ont ensuite permis
de réunir toutes sortes de documents auprès d’artistes, de programmateurs, de spécialistes,
d’universitaires. Les dossiers de la MCM et du Festival de l’Imaginaire les ont rejoints, de
même que les phonogrammes et vidéogrammes des spectacles invités à Paris. Enfin une copie
des enregistrements sonores et audiovisuels de l’Institut de musique comparée qu’Alain
Daniélou avait installé d’abord à Venise dans les années 1950, puis à Berlin-Ouest, fut par
chance récupérée par la MCM après la réunification de la capitale allemande, quand son Sénat
liquida cet organisme et laissa ses fonds se disperser. Ces fonds représentent un ensemble
précieux qui complète ceux du Musée de l’Homme, du Musée Guimet, du Musée AlbertKahn de Boulogne-Billancourt, de la Phonothèque nationale, de l’INA et de Radio France
(collection Ocora), ou encore de l’UNESCO, dont la collection discographique semble
péricliter.
Revu et étendu cette année-là, le site Internet (www.mcm.asso.fr) ** présente une vision
panoramique des initiatives de la MCM, le programme des festivals antérieurs, le calendrier
des spectacles de la saison, des expositions et des colloques, le sommaire des publications et
le catalogue de la collection « Inédit », avec de brèves notices sur chaque disque. Celles-ci
omettent en général de préciser la durée, la date de l’enregistrement et l’année d’édition. En
revanche la commande en ligne est possible grâce à un lien vers le site commercial
www.alapage.com . A partir de septembre 2005, un site dédié doit refléter les richesses du
Centre de documentation et permettre l’interrogation de son catalogue, en cours
d’informatisation.
L’association s’est vue confier par l’Etat la prise en charge d’un dispositif de formation
d’administrateurs culturels étrangers baptisé « Courants d’Est » à ses débuts en 1992, puis
renommé « Courants » après son élargissement progressif à l’ensemble des régions du monde
entre 1994 et 1999. Il s’agit d’accueillir chaque année plusieurs dizaines de professionnels,
sélectionnés dans leurs pays, pour une période de stage auprès d’un établissement culturel
français, précédée par une brève session introductive. Un programme d’échanges réciproques
127
de durée plus brève a été bâti en parallèle pour les personnels non francophones. Au total plus
de 1.560 agents de 121 pays ont été ainsi invités en vingt-deux ans. La France dispose de la
sorte d’un réseau d’influence discret mais efficace dans le domaine des échanges culturels.
Puis la MCM a hérité en 2003 de la Formation internationale culture (FIC), lancée sous forme
de DESS en 1991 sous la responsabilité de Brigitte Remer, avec le concours de l’Université
de Bourgogne, du ministère de la Culture (DAI) et de l’UNESCO. Désormais appelée
l’Université internationale culture (UIC), elle conduit en une année (de septembre à juillet)
une vingtaine d’administrateurs culturels étrangers vers un diplôme de master professionnel,
soit auprès de l’Université Paris III (« Tourisme, culture, développement », et « Relations
interculturelles, échanges interculturels »), soit auprès de l’Université Paris IX (« Gestion des
institutions culturelles »). Le bulletin Ubiquités édité par la FIC a cessé de paraître. Mais un
annuaire accessible en ligne recense les bénéficiaires de « Courants » depuis 1992 et les
lauréats des promotions de l’UIC depuis 2002 : il comprenait 1.764 noms en avril 2005.
Seules les fiches récentes permettent de remonter aux coordonnées de ces correspondants au
poste qu’ils occupent dans leur pays.
Les membres de l’équipe de direction assurent parfois des prestations de conseil pour la
conception et la réalisation de manifestations internationales. C. Khaznadar s’est par ailleurs
investi dans la réflexion de l’UNESCO sur un projet de convention sur le « patrimoine
culturel immatériel » de l’humanité.
Les responsables de la MCM concèdent qu’ils n’entretiennent pas de coopération avec les
autres centres de ressources du spectacle, dont les préoccupations ne recouperaient pas les
leurs. C’est traiter un peu vite le cas de la Cité de la musique, dont le musée détient des
informations et des instruments indispensables à la connaissance de nombreux genres
traditionnels. C’est aussi faire bon marché des prestations de l’IRMA (CIMT), dont les guides
et les fichiers simplifient la vie des amateurs et professionnels du secteur. Les salles et les
manifestations consacrées aux musiques du monde, ainsi que le réseau des chercheurs en
ethnomusicologie ou ethnoscénologie sont en revanche désignés comme des partenaires
naturels. La MCM entend jouer le rôle de centre de ressources à leur service, en limitant
dorénavant ses propres activités de programmation francilienne au Festival de l’Imaginaire,
dont la réalisation impliquera toujours plus étroitement d’autres institutions.
Les buts initiaux fixés à l’association en 1982 semblent en effet en passe d’être atteints.
Elle a suscité, puis favorisé un intérêt croissant des producteurs et des publics pour des formes
traditionnelles appartenant au patrimoine de l’humanité. Des associations culturelles et des
équipes artistiques, mais aussi des industries de programme ou d’édition s’y consacrent. Les
lieux d’expression et les temps d’échange se sont multipliés. Sa mission consiste à l’avenir à
accompagner le mouvement, en fournissant à ses acteurs les connaissances théoriques,
l’assistance technique et pratiques dont ils ont besoin. Selon C. Khaznadar, elle l’accomplira
depuis Vitré, les formations internationales demeurant à Paris. Le schéma bipolaire qu’il
décrit pour la MCM paraît parfaitement cohérent en ce qui concerne l’articulation d’un centre
de documentation et de recherche, accessible en ligne, avec une manifestation de haut niveau,
ouverte à tous les publics, concourrant ensemble à la publication d’une revue scientifique et
d’une collection de disques à vocation universelle. Dans cette perspective, la gestion des
formations à l’administration culturelle relève d’une affectation plus artificielle. Elle pourrait
plus tard échoir à une structure ad hoc.
Musée de l’Homme
L’institution fondée par Paul Rivet et Georges-Henri Rivière en 1937, sous le couvert du
Muséum d’histoire naturelle (ethnologie, préhistoire, anthropologie) et sur les traces de
l’ancien Musée d’ethnographie du Trocadéro, a connu des années de gloire à l’abri de
l’Education nationale, depuis son installation au Palais de Chaillot où elle a accumulé près de
128
600.000 objets. Elle a aussi traversé des heures sombres après que la création du Musée du
Quai Branly, désirée par le président de la République Jacques Chirac, l’a amputée dès 2002
d’une importante partie de ses collections d’objets d’art africains, américains, asiatiques et
océaniens. Devenue quadruple avec l’adjonction des ministères de la Recherche, de
l’Environnement et de la Culture, la tutelle étatique s’est révélée bien lourde et fort hésitante
au moment de déterminer une nouvelle orientation. Une réforme de 2001 a cependant permis
de définir l’entité comme l’un des trois départements de diffusion du Muséum, dont les
collections sont désormais unifiées sous une seule direction (www.mnhn.fr) **. Sa mission
est de contribuer à la diffusion des connaissances relatives à l’espèce humaine, « considérée
dans sa dimension biologique et dans sa dimension culturelle ». La préhistoire et
l’anthropologie occuperont la plupart des espaces, les pièces d’ethnologie étant dans leur
majorité devenues la propriété du Musées des arts d’Afrique, d’Asie, d’Amérique et
d’Océanie.
Venu du MNATP, le responsable du nouveau pôle sera sans doute très attentif aux
expressions musicales et aux modes de représentation spectaculaires qui contribuent, au
même titre que les images et les objets, à illustrer cette « dimension culturelle » à travers le
monde. Il s’agit en effet de Zeev Gourarier, féru de cirque et d’arts forains. Il dispose d’un
document de réflexion préparé par un responsable du Laboratoire des musées de France et
approuvé par son administration (voir Le nouveau Musée de l’homme, sous la direction de
Jean-Pierre Mohen, co-édition Odile Jacob et Muséum national d'Histoire naturelle, Paris,
2004). Le programme muséographique, qui prévoit la restructuration des surfaces
d’exposition, l’aménagement d’un cinéma, de salles de conférences et d’espaces d’accueil, est
en cours de définition. Le projet d’un musée rénové peut aussi s’appuyer sur les richesses
documentaires de l’ancien établissement : bibliographie, iconographie, filmographie. Les
collectes de chants et de musiques lui ont légué plus de 10.000 enregistrements de toutes les
contrées. Fondé à l’initiative de Jean Rouch, le service cinématographique du Musée de
l’homme doit survivre à son inspirateur, qui l’a défendue avec énergie jusqu’à son décès en
février 2004. Du rituel à la fête, du au chant sacré au spectacle profane, il livre des
témoignages rares sur des formes auxquelles se sont confrontés – plus souvent de façon
brutale que dans un esprit ouvert, il est vrai – la musique et le théâtre européens. Etudiants ou
chercheurs, les ethnomusicologues et les ethnoscénologues ont donc des raisons de fréquenter
les « mercredis du film ethnographique » (www.comite-film-ethno.net) *.
MNATP - Iconothèque et Phonothèque (voir aussi au chapitre “Généralistes”)
L’exemple du Musée national des arts et traditions populaires (MNATP) peut suffire à
identifier les défis que la numérisation lance aux organismes de conservation. On connaît sa
richesse dans quasiment toutes les formes d’expression populaires, du conte au music hall en
passant par le cirque, genres qui y justifient la consolidation de fonds spéciaux. L’iconothèque
et la phonothèque du MNATP attirent en particulier les amateurs de musiques et danses
traditionnelles. Aux 9.000 images reproduites sur microfiches s’ajoutent 9.000 estampes déjà
transférées sur vidéodisque. Environ 70.000 phonogrammes (dont beaucoup sur des supports
fragiles), constituent un formidable fonds sonore dit “Musée de la chanson”, consultable sur
fichiers manuels ou automatisés. Les partitions de 7.000 chansons sont disponibles,
notamment en petits formats. Les scientifiques, les étudiants, les praticiens, les amateurs
trouvent aussi des références rares dans la bibliothèque de 90.000 ouvrages (avec un rythme
d’accroissement annuel de 1.400), comprenant 2.000 titres de périodiques (dont 530 en
cours), ou encore parmi les archives.
Depuis sa fondation à l’initiative de Georges-Henri Rivière, l’institution compte en effet
parmi les rares qui surent continûment allier le labeur de collecte sur le terrain, le travail
d’analyse en laboratoire avec la présentation muséographique, en associant étroitement les
129
chercheurs aux conservateurs. Cette vocation ne doit nullement s’éteindre avec le transfert
prévu du Musée à Marseille, dans les espaces portuaires du Fort Saint-Jean) et sa
transformation en centre de civilisation méditerranéenne inspiré – entre autres - par le concept
canadien de musée de société. Longuement mûri par la direction du MNATP, le projet a
suscité de vives critiques chez tous ceux qui restaient attachés à l’édifice du bois de Boulogne
et qui préféreraient continuer à illustrer les inventions muséographiques des fondateurs. Cette
mutation implique en vérité une sélection plus rigoureuse et une rotation plus rapide des
pièces destinées à l’exhibition au sein de la collection permanente, et surtout l’essor d’un
programme d’expositions thématiques assez coûteux, combinant de multiples supports. La
numérisation des documents et l’informatisation des fichiers qui pouvaient encore sembler un
luxe deviennent une nécessité à ce stade. Il s’agit bien sûr de faciliter la tâche des
commissaires dans la préparation de ces présentations et la rédaction de catalogues, mais
surtout de préserver l’accès du public – où qu’il réside - à des pans entiers du patrimoine des
régions qui ont fait la France et des métiers qui ont façonné l’Europe. Il reste énormément à
faire pour y parvenir, comme il reste beaucoup d’efforts à consentir pour moderniser le site
Internet hébergé sur le portail ministériel (www.culture.fr/culture/atp/mnatp/francais/) **.
Musée Guimet
La formidable collection privée d’arts asiatiques d’Emile Guimet a trouvé un premier
logement à Lyon en 1879, puis un second siège au carrefour d’Iéna, à Paris, en 1888. Légué à
l’Etat en 1928, il n’a pas tardé à recevoir un dépôt du nouveau département d’art asiatique du
Louvre, créé en 1930. Sa section musicale a été formée dès 1933. Des travaux d’extension et
de rénovation, menés en plusieurs étapes ont permis à ce musée national, sous tutelle de la
Direction des musées de France (DMF), de s’élargir dans les locaux contigus de l’avenue
d’Iéna. Les études savantes sur le théâtre, les marionnettes, les danses et les musiques d’Asie
passent entre autres par la documentation du musée, par ses archives photographiques
accumulées depuis 1920, et surtout par sa collection d’enregistrements qui rassemble 2.000
disques, ainsi que le produit de collectes (surtout sur support magnétique) représentant
environ 1.600 heures. Parmi les trésors à préserver (et à numériser en cas de besoin), les 180
disques 78 tours gravés à lors de l’Exposition coloniale de 1931, l’intégralité du Congrès de
musique arabe du Caire en 1932, une série sur l’opéra chinois, etc (www.museeguimet.fr) **.
Conseil international de la musique (CIM-ICM) UNESCO
Cet organisme placé sous l’égide de l’UNESCO dispose de fonds documentaires sur les
esthétiques et les pratiques musicales de tradition populaire à travers le monde. Il n’est
cependant pas aisément consultable par le public, faute d’inventaire raisonné interrogeable à
distance sur le site trilingue (www.unesco.org/imc) *. Ce dernier assure la promotion de la
Journée internationale de la musique, lancée par Yehudi Menuhin en 1975 et fixée au 4
octobre (en 2004), mais que la Fête de la musique (21 juin) tend à éclipser en France.
L’édition 2005 est prévue dans le cadre du Forum mondial de la musique de Los Angeles. Le
CIM publie irrégulièrement depuis 1988 la revue Résonance et diffuse un bulletin de liaison
consultable en ligne.
Zone Franche
Les défenseurs des musiques dites “du monde” et de leurs modes d’expression, aussi divers
que les traditions qui les inspirent, ont formé leur association en 1992. Zone franche
revendique une centaine d’adhérents en France, sur 180 environ à travers vingt pays,
appartenant pour la plupart (mais pas tous) à la francophonie. Ils sont investis dans la
production de concerts - dont les nombreux festivals consacrés au genre - et l’organisation de
tournées, aussi bien que dans l’édition et la distribution de disques. Zone Franche encourage
130
et organise les échanges en matière d’informations, d’initiatives, d’expériences, de réflexion
et de projets. Elle publie des études (notamment sur « Le poids des musiques du monde en
France, dans le spectacle vivant et l’industrie du disque », Zone Franche, 2002), tout en
préparant un “livre blanc” pour dresser un tableau argumenté et chiffré de ce paysage
musical. Ces travaux sont disponibles, comme son répertoire, à partir du site Internet
(www.zonefranche.org) **, muni d’un moteur de recherche. Celui-ci permet notamment
d’accéder aux archives de la Newsletter mensuelle. L’équipe compte deux permanents,
entourés de pigistes, de stagiaires et de bénévoles. L’association reçoit le soutien des
ministères (Culture et Affaires étrangères), des sociétés civiles (SACEM, ADAMI, SCPP,
SPEDIDAM), du FCM et du CNV, ainsi que de l’Agence intergouvernementale de la
Francophonie (AIF).
Radio France International (RFI)
RFI est subventionnée par le ministère des Affaires étrangères qui a renoncé à en faire une
officielle « voix de la France », mais n’en veille pas moins sur cet organe de diplomatie
culturelle. Une quarantaine de millions d’auditeurs occasionnels ou réguliers dans le monde,
dont plus de la moitié en Afrique motivent cette vigilante attention qui entraîne de temps à
autre des changements de présidence ou de direction. Service public, la « radio mondiale »
mérite bien son surnom dans l’univers de la musique, pour sa programmation éclectique, ses
chroniques, informations et entretiens, mais aussi pour le prix Musiques du monde qu’elle
décerne depuis 1981. Les lauréats récoltent une récompense de la station (6.000 euros en
2005), augmentée d’une bourse des Affaires étrangères (12.500 € la même année) et d’une
promotion gratuite sur le réseau de la station. La direction des productions musicales,
renforcée en 2003, s’associe à de nombreuses manifestations musicales ainsi que des festivals
de spectacle vivant dans les pays où la radio jouit d’une bonne audience. Elle entretient une
discothèque riche en albums de tous les continents, dont les nouveautés lui permettent de
composer des sélections thématiques ou géographiques expédiées sur CD aux 700 radios
indépendantes fédérées dans son réseau. A cet effet elle confectionne aussi des disques dédiés
à un artiste ou à un groupe.
Toutes ces réalisations alimentent le site Internet (www.rfimusique.com) ***. Ce véritable
magazine en ligne, lancé par Jean-Jacques Dufayet en 1999, archive en quantité des critiques,
des biographies, des discographies, à côté des rubriques d’actualité, des annonces de concerts
et de festivals, ou encore des extraits sonores qui en font une mine d’informations sur les
expressions et les sonorités de la planète.
Fédération des associations de musiques et danses traditionnelles (FAMDT)
Constituée en 1985, la FAMDT a depuis lors recruté six permanents. Elle est issue de la
réunion des associations qui siégeaient à la Commission consultative sur les musiques
traditionnelles installée en 1982 par le ministère de la Culture (DMD). Elle a tenu ses Assises
Nationales en novembre 1989. Ses statuts lui procurent une large responsabilité. Il s’agit de
« promouvoir, coordonner et diffuser » des actions relatives à la « recherche, expression,
création, formation et éducation permanente ou populaire », mais aussi de « représenter, à leur
demande, les associations membres auprès des pouvoirs publics et de l’opinion ». Elle conçoit
ses initiatives en relation avec la DMDTS qui contribue à son financement dans le cadre d'une
convention. Actuellement présidée par Olivier Durif, du Centre régional des musiques
traditionnelles (CRMT) du Limousin, la Fédération vit surtout à travers ses commissions
(recherche, documentation, formation, éditions sonores et écrites, diffusion, danse, musiciens
professionnels, musiques issues de l'immigration), animées pour chacune par l’une des
associations compétentes ou par un membre du conseil d'administration. En 1999, la FAMDT
a acquis le statut de pôle associé de la BNF pour le patrimoine sonore régional, en s’appuyant
131
en particulier sur Dastum pour la Bretagne, UPCP Métive pour Poitou-Charentes et Vendée,
le Conservatoire Occitan pour l'Occitanie occidentale et la MMSH pour l'Occitanie du sudest.
Son site (www.famdt.com)** sert de point de ralliement aux organisations adhérentes,
mais aussi de vitrine à son importante production éditoriale, tant bibliographique que
discographique, à travers les collections « Modal CD » et « Modal Livres ». La boutique
propose aussi les publications des structures membres, relatives aux musiques et danses
traditionnelles de France et du monde.
Par ailleurs la FAMDT a impulsé la fondation du Réseau européen des musiques et danses
traditionnelles, lors des premières Assises européennes à Perpignan, en 1997. Celui-ci vise à
répercuter à l’échelle du continent les efforts réalisés dans chaque pays en termes d’inventaire
et de collecte, d’information, d’édition et de documentation, de création et de diffusion, de
formation et de recherche.
La commission Documentation s’efforce d'harmoniser les principes de saisie informatique,
de description et de classement des diverses collections de source essentiellement orale
(sonores, audio-visuelles, écrites, iconographiques...) détenues par les composantes de la
FAMDT. Dans le but de construire une base de données unifiée, elle a édité en 2001 un Guide
d’analyse documentaire du son inédit, grâce à la contribution de spécialistes du Conservatoire
occitan, de Dastum et de la MMSH. D’autre part la Fédération collabore avec l’IRMA
(CIMT) à la réalisation du guide-annuaire Planètes Musiques. Ce titre désigne également le
festival qu’elle a organisé chaque automne depuis 2004 à La Maroquinerie (Paris), et qui se
déroule depuis février 2005 à la Maison des cultures du monde (MCM) en prélude à une
tournée nationale et à l’édition d’un CD chez Modal.
La Page Trad
Animé par des passionnés en rapport avec les associations du secteur, le site de la Page
Trad (www.trad.org)*** est l’une des plus riches sources d’information sur les musiques et
danses traditionnelles. Ses rubriques (Annuaires, Festivals, Evénements, etc.) fourmillent
d’annonces, d’adresses, de références et de liens.
Trad Magazine
Quant à la revue Trad Magazine, éditée à Saint-Venant (Pas-de-Calais) sous la
responsabilité de Roland Delassus, elle a fêté son centième numéro en mars 2005. Le site
Internet présente les rubriques, propose un calendrier d’annonces, quelques fichiers (dont un
répertoire de luthiers et facteurs d’instruments) et permet de commander en ligne les anciens
numéros dont les sommaires sont présentés de façon un peu trop condensée
(www.tradmagazine.com) **.
Mondomix
Le magazine gratuit en ligne Mondomix (www.mondomix.com) *** est voué aux
musiques du monde. Il livre son édition hebdomadaire en français et en anglais. Animé par
une équipe française de passionnés qui le financent à travers des prestations de services
informatiques et l’offre d’espaces publicitaires, il récolte les récompenses et les prix depuis
son lancement en 1998. Il s’est en effet imposé par la richesse de ses liens et la clarté de sa
présentation comme l’un des meilleurs sites de musique, riche d’un fonds documentaire de
10.000 pages environ, ainsi que de 2.000 vidéos, interviews et extraits sonores. Des cédéroms
et des DVD sont également produits sous la même enseigne.
Worldwide Music Expo
Le site du salon mondial de la musique (www.womex.com) ** fournit un annuaire
132
international en ligne recensant les principaux acteurs des musiques dites du monde.
f) Opéra et chant
De prime abord (et sans jouer sur les mots), le monde de l’art lyrique paraît tiraillé entre
quatre aires : l’Opéra national de Paris (ONP), les théâtres lyriques municipaux, les
compagnies indépendantes et les festivals composent autant de mondes distincts du point de
vue des statuts juridiques et des tutelles, des rythmes de production et des choix artistiques,
des attitudes professionnelles et de la fréquentation. L’univers du chant choral est encore plus
dispersé entre des associations d’amateurs et des ensembles professionnels, des chœurs
profanes et des manécanteries religieuses. Aucun centre de ressources ne semble en mesure
d’orchestrer le ballet de ces sphères.
L’ONP, que sa dimension nationale, son importance historique, ses richesses humaines et
patrimoniales, ses moyens techniques et financiers désignent pour dispenser des informations
et des conseils dans l’ensemble du pays, doit d’abord veiller à la formation et à l’aisance de
ses personnels, à l’excellence de ses programmes, au remplissage de ses salles et à l’équilibre
de ses comptes. Ses instances dirigeantes sont donc tentées de décliner les missions d’intérêt
général qui l’écarteraient de sa tâche principale : offrir à la capitale les spectacles et les
concerts que commande son rang. Deux instruments les aident toutefois à poursuivre
l’impératif démocratique d’un partage des savoirs et des émotions, sans lequel la dotation
ministérielle manquerait de légitimité. Ils sont malheureusement séparés en termes
organisationnels. Le Service culturel appartient bien à l’établissement : il a pris ses principaux
quartiers dans la construction de Carlos Ott, à la Bastille. La Bibliothèque-musée de l’Opéra
(BMO) est logée au Palais Garnier ; pôle de connaissance sans équivalent au monde sur
l’opéra, son histoire et son environnement ne relève pas de la hiérarchie de l’ONP, mais de
celle de la BNF. L’Opéra de Paris a fini par adhérer à la Réunion des opéras de France (ROF),
aux côtés de ses homologues communaux. Dotée d’une structure très modeste, celle-ci ne
saurait encore assurer les services documentaires ou éditoriaux que réclamerait la
popularisation de l’art lyrique. Les compagnies dont l’émergence a constitué l’un des faits
saillants du paysage musical au cours de la dernière décennie ont non seulement exprimé de
pressantes demandes, en ce qui concerne l’administration de production, la diffusion des
spectacles, la prospection de nouveaux publics, l’essor de l’action culturelle, la formation et
l’insertion des jeunes chanteurs, mais elles y ont aussi apporté des réponses originales.
Contrairement à ce qui s’est observé dans d’autres milieux (musiques actuelles, cirque, arts de
la rue), elles n’ont cependant créé leur propre outil de ressources sous forme associative ou
fédérative. Aucun festival n’est assez pourvu et suffisamment couru pour dispenser des
prestations de cet ordre, même si la plus connue de ces manifestations, le Festival lyrique
d’Aix-en-Provence, a mis en place des ateliers dont le succès va croissant, et si le Festival de
Saint-Céré prend parfois l’allure d’une vaste master class, bruissante de notes et de paroles.
Des pôles nationaux de ressources (PNR) commencent à se détacher dans quelques
académies, autour d’un Centre polyphonique régional et d’un IUFM ; compétents pour
favoriser les partenariats entre les établissements scolaires et les ensembles choraux, comme
pour encourager la formation de directeurs de maîtrises, ils n’ont pas les forces nécessaires
pour coordonner des actions similaires dans les autres couches de la population.
La question reste donc entière de déterminer quels organes seraient plus à même de
développer les fonctions communes dont le milieu a besoin pour consolider ses métiers et
conquérir des audiences, et dont les pouvoirs publics pour renforcer la culture lyrique et la
pratique chorale. La solution s’écrit en effet au pluriel. Le Service culturel de l’ONP et la
BMO ne sauraient éluder des responsabilités qui débordent largement les frontières du genre
lyrique et les limites de la région parisienne. Avec le concours de la principale institution
133
nationale, la ROF doit sortir de la préhistoire de la décentralisation pour assumer de manière
plus visible son rôle dans la coopération des théâtres municipaux. D’autres partenaires de la
vie musicale et théâtrale peuvent mieux qu’ils ne le firent jusqu’à présent prendre en compte
la spécificité du genre opératique et de l’art polyphonique. C’est d’abord le cas de la Cité de
la musique, dont la future médiathèque centrale aura l’opportunité de traiter ces matières.
C’est encore vrai pour d’autres bibliothèques musicales. Cette composante intéresse enfin les
agences et les associations sous tutelle des régions et départements, d’ARCADIE (successeur
d’IFOB) en Ile-de-France à l’ARCADE en PACA. Le CND a bien sûr compétence pour
stimuler et répandre la connaissance du ballet classique, en relation avec la BMO et les
compagnies abritées au sein des opéras municipaux. Le CNT peut soulager les problèmes que
les compagnies et les ensembles autonomes éprouvent dans leur gestion. L’ISTS ou le CFPTS
abordent des questions de scénographie, de technique, de sécurité et d’acoustique touchant les
maisons de production et de diffusion lyrique au même titre que les autres lieux de spectacle.
Dans un tel schéma, privilégiant l’extraversion et la coopération interdisciplinaire qui
demeurent dans les mœurs du genre depuis ses origines, la ROF se verrait confier, malgré son
actuelle faiblesse, un rôle de choix dans la concertation entre les divers interlocuteurs du
secteur. L’ONP contribuerait plus activement qu’aujourd’hui, de par sa puissance
d’entrepreneur et d’éditeur, au rayonnement d’un art toujours travaillé par le désir de totalité,
mais dont l’immense majorité de la population est encore privée. Et la BMO réagirait sans
réticence ni délai aux sollicitations de la maison qui l’héberge, tout en s’appuyant sur les
autres départements de la BNF, afin d’encourager la recherche des spécialistes, le travail des
pédagogues la curiosité du public, grâce à ses ouvrages, ses illustrations, ses maquettes, ses
costumes et ses objets d’art. Une telle vision suppose que la bonne volonté préside partout, et
en tous temps, aux échanges entre organismes aux statuts disparates, aux tutelles distinctes,
aux contraintes divergentes. Si cet optimisme devait être démenti à la longue, des réformes
administratives s’avéreraient sans doute inévitables, d’une part pour lier davantage la vie de la
BMO à celle de l’Opéra, d’autre part pour renforcer la contribution de l’ONP à l’œuvre de la
ROF. Il appartiendra au ministre et aux responsables de la DMDTS de juger de leur
opportunité, s’ils tiennent à désenclaver et à décloisonner le milieu lyrique, sans se contenter
d’écouter les avis corporatifs, concurrents par définition.
Bibliothèque-musée de l’Opéra (BMO)
Constituée dès 1866, la Bibliothèque-musée de l’Opéra (BMO) a trouvé refuge en 1882
dans le bâtiment que Charles Garnier avait conçu pour un empereur et dont héritait la
République. Elle constitue depuis 1942 une division du Département de la musique de la
BNF. Sous la direction de Pierre Vidal, sa mission consiste d’abord à témoigner du passé de
l’Académie royale de musique, depuis sa fondation par Louis XIV en 1671, de l’Opéra
national de Paris (ONP) et de l’Opéra-Comique, à travers partitions et livrets, maquettes et
costumes, illustrations et archives, mais elle vise aussi à documenter leur actualité.
Les locaux réaménagés par Richard Peduzzi dans l’ancien Pavillon de l’Empereur, sur les
arrières de la grande salle, comprennent des réserves, des rayonnages, une salle de lecture et
des espaces d’exposition. Signé lui aussi par l’architecte-scénographe, le mobilier est moins
rompu aux usages des lecteurs qu’aux canons de l’élégance. De vocation lyrique et
chorégraphique, le fonds de la bibliothèque embrasse bien d’autres arts. La musique y occupe
bien sûr la première place. Le théâtre y tient son rang, devant la poésie, le roman et la critique
littéraire. Il comprend aussi une remarquable collection sur le cirque traditionnel et son
histoire depuis le XVIIIe siècle des Astley, Hugues et Franconi. Le mime est assez largement
illustré. Divers ensembles, tels les fonds Rouché, Garnier, Kochno (sur les ballets russes de
Serge Diaghilev), les Archives internationales de la danse (AID), complètent le noyau
historique, enrichi régulièrement par des dépots et des acquisitions. Enfin les deux maisons de
134
l’ONP (Bastille et Garnier) et l’Opéra-Comique (salle Favart) apportent à la BMO le
témoignage de leurs productions plus récentes, tant en ballet et en danse contemporaine qu’en
opéra ou en concert.
Les collections recèlent plus de 70.000 ouvrages, de 15.000 partitions musicales, de 30.000
livrets, de 25.000 dessins de costumes, de 5.000 maquettes de décor (ainsi que des
reproductions en volume), de 2.000 affiches, sans compter plus de 100.000 photographies.
Les richesses muséographiques comprennent environ 1.250 tableaux, mais aussi un grand
nombre d’objets, d’instruments de musique et de costumes. En ce qui concerne ces derniers,
une partie de la collection est désormais prêtée au Centre national du costume de scène de
Moulins, une autre demeure à la disposition des ateliers et de la troupe, quelques spécimens
restant sous la garde de la BMO. Les catalogues et inventaires ont pour la plupart été versés
sur Opale Pus et Opaline. Le site de la BNF – et non celui de l’ONP - décrit les fonds, les
conditions et les instruments pour les consulter
(www.bnf.fr/pages/zNavigat/frame/collections.htm) *.
Toutes les créations de l’ONP sont filmées depuis 1972. Ces captations alimentent un
fonds conséquent dont la consultation est autorisée, mais dont la distribution sur des supports
publics pose, comme toujours, des problèmes de droits d’auteur ou de droits voisins.
Le langage musical et les codes chorégraphiques brassent les langues et les formes de toute
l’Europe, voire du monde entier : les amateurs d’opéra et de ballet constituent une société
aussi passionnée que bigarrée. L’investigation de ces trésors n’est pourtant pas aussi aisée
qu’on pourrait le souhaiter. L’accès est réservé aux personnes justifiant d’une recherche
particulière. Les horaires d’ouverture restent restreints (10h – 17h). Les catalogues se limitent
encore à des fichiers manuels (par auteurs, titres, matières). Ensuite, et c’est bien
compréhensible, la fragilité de beaucoup de documents empêche de les laisser en libre
consultation. Si des registres, des ouvrages, des revues et illustrations ont été transposés sur
microfilms, la numérisation en est encore aux prémisses.
Les trois expositions annuelles qui se déploient dans les espaces réservés à cet effet
permettent de compléter de manière savante la visite du palais Garnier, étape touristique de
nombreux visiteurs de la capitale. Quelle que soit leur qualité et celle des catalogues qui les
retracent, elles ne sauraient suffire à valoriser les très nombreux aspects d’une collection liée à
l’histoire des arts et des spectacles, mais aussi des pouvoirs, de la monarchie absolue à la Ve
République. Les publications de l’ONP puisent heureusement à cette source chroniques et
illustrations, de même que nombre d’ouvrages édités dans le commerce. L’exploitation de ces
pièces repose aussi sur les manifestations que l’ONP et le DM peuvent coréaliser des
partenaires extérieurs. On songe à des établissements comme le Musée d’Orsay qui possède,
en plus des magnifiques pastels de Degas, une remarquable maquette du Palais Garnier,
comme la Cité de la musique et son propre Musée, ou comme le DAS, pour rester dans le
giron de la BNF.
Opéra national de Paris- Service culturel
Mué en établissement public à la veille de la Seconde Guerre mondiale sous le sigle de la
Réunion des théâtres lyriques nationaux (RTLN), après épuisement d’une lignée de
concessionnaires plus ou moins solvables, l’Opéra de Paris attire à lui une pléiade de talents,
mais aussi la majeure partie des crédits de l’Etat, la plupart des faveurs ou des critiques de la
presse. Il est vrai qu’il reçoit des spectateurs de toutes provenances. D’après les statistiques
maison, les Lyonnais, les Strasbourgeois et les Bordelais l’honorent plus souvent de leurs
visites qu’ils ne se rendent dans les opéras de leurs propres villes. Quant aux connaisseurs
étrangers, ils réservent très en avance une soirée à Garnier ou Bastille, comme ils le font pour
le Metropolitan de New York, Covent Garden à Londres, la Scala de Milan ou le Festival de
Bayreuth. Un siècle et quelques années après la livraison du Palais Garnier, l’inauguration du
135
complexe de la Bastille, en 1989, a accéléré la transformation de cette maison de tradition,
héritière de l’Académie royale de musique, en établissement culturel moderne, multipliant les
manifestations et les programmes, employant des techniques de marketing dernier cri,
domestiquant l’informatique et les lois de la communication. La séparation administrative
avec l’Opéra-Comique, auquel revient la salle Favart, est intervenue au terme d’une série de
réformes. Profondément marquée par les initiatives de Rolf Liebermann, qui en rehaussa le
prestige au cours des années 1970, la maison a connu quelques années agitées sous la
présidence de Pierre Bergé. A la direction générale, Gérard Mortier, l’ancien grand intendant
de la Monnaie de Bruxelles et du Festival de Salzbourg, succède en juillet 2004 à Hugues Gall
qui avait pu en dix ans rétablir la sérénité indispensable à ses projets. A ses côtés, Brigitte
Lefèvre a tenu sans faillir la direction de la danse.
Si la BMO relève de la BNF, il n’en va pas de même du Service culturel que Martine
Kahane dirige au sein de l’établissement public de l’ONP, depuis sa mise en place en 1994 à
l’initiative de Hugues Gall. Dix permanents et trois personnes mises à disposition par
l’Education nationale travaillent au rayonnement des arts lyrique et chorégraphique auprès des
publics de ses théâtres, mais aussi en direction de celles et ceux qui ne les fréquentent pas
encore. Si le « non-public » ne va pas à l’opéra, l’opéra ira à lui. Editeur de programmes aussi
substantiels (mais plus accessibles) que des ouvrages savants, le service estime constituer « le
plus gros éditeur de livres de musique en France », du moins en termes de diffusion. Chez
Flammarion, il fait paraître aussi de petits guides thématiques, sur le tutu, sur le billet d’opéra.
Avec La Martinière, il publie des livres sur l’histoire du ballet ou de l’orchestre.
En charge des actions en direction des publics scolaires et universitaires, le service préfère
ne pas intégrer le schéma des PNR, de crainte, explique M. Kahane, d’imposer son leadership
national dans un domaine promis à la régionalisation. Il a eu soin de diversifier ses modes
d’interventions. Il organise des visites guidées, des ateliers de pratique artistique, des classes
d’initiation pour les lycées professionnels de la mode, des stages de formation à l’intention
des maîtres ou des directeurs d’établissements. Il a su prendre le temps de la réflexion en
confrontant les acquis de plusieurs opérateurs. Il adhère à cette fin au Réseau européen des
services éducatifs des opéras (RESEO) dont la responsable, Agnès de Jacquelot, travaille en
son sein. Comme Sylvie Saint-Cyr l’a remarqué dans sa thèse (« Les jeunes publics à
l’opéra », soutenue à l’Université Paris X en novembre 2003), les agents des services
équivalents des autres théâtre lyriques de France se prononcent nettement en faveur d’une
coopération renforcée, afin de partager des informations, de procéder à des évaluations
communes, de définir des formations adaptées. Compte tenu de ses facultés, le Service
culturel pourrait prendre l’initiative de constituer dans le cadre de la ROF une commission
permanente, dotée d’un programme d’activités et d’un calendrier de réalisations, pour
favoriser de tels échanges. Ce serait d’ailleurs pour lui un motif supplémentaire de concevoir
certains produits, en relation avec le SCÉRÉN, au bénéfice de l’ensemble des théâtres
concernés. Ainsi le service prépare-t-il déjà des « expositions-dossiers » (par exemple sur les
métiers de l’opéra) que l’ONP fait circuler dans les collèges et les lycées, des panneaux et des
notices qu’il prête volontiers aux institutions le souhaitant, des bibliographies à diffuser en
ligne. Le Service culturel ne dispose pas d’un agent réservé aux tâches d’orientation. C’est
peut-être imprudent pour un établissement que sa position éminente condamne à recueillir des
requêtes de tous ordres sur les professions et les formations, les écoles et les concours, les
œuvres, les compositeurs ou les étoiles. La masse du courrier qui lui parvient émane de
structures (services culturels, établissements scolaires, théâtres, conservatoires, chorales,
associations, agents). La mise en place d’un guichet téléphonique et électronique s’imposerait
pour traiter en interne les demandes ordinaires à l’aide de foires aux questions (FAQ), et pour
redistribuer vers l’extérieur les demandes plus spécifiques.
Le Service culturel anime le site Internet de l’établissement (www.opera-de-paris.fr) **.
136
Outre les renseignements attendus sur les tarifs des places et des abonnements, le calendrier
des représentations, les services de réservation en ligne et la description des spectacles de la
saison en cours, celui-ci propose un historique de l’institution et de ses édifices, le panorama
de ses ensembles artistiques et de ses corps de métier, une brève présentation de l’Ecole de
danse de l’Opéra, le catalogue des publications et une liste de liens. Celle-ci renvoie vers les
autres théâtres lyriques de France, bien qu’elle ignore l’adresse de la ROF et de plusieurs sites
pertinents. Un moteur de recherche donne en principe accès à des notices sur les musiciens,
les librettistes, les œuvres, les interprètes ; il subit encore quelques ratés : ainsi Laurent
Naouri, chantant lors de la saison 2002, « cannot be found » ! La facture relativement récente
du site n’a pas permis d’y livrer la mémoire des saisons antérieures, au delà de quelques
années du moins. L’internaute astucieux peut combler cette lacune en se rendant sur les bases
archivant la production des grandes maisons lyriques à travers le monde, comme le site privé
du londonien Mike Gibb, www.operabase.com ***. Elle est d’autant moins excusable
cependant que l’Opéra de Paris demeure, malgré la tendance au « festival permanent » qui
s’est accentuée depuis la direction Liebermann, une institution de répertoire, susceptible de
faire renaître plusieurs fois les œuvres dans des distributions différentes, mais dans des mises
en scène, des décors et des costumes pieusement conservés. On conviendra que la première
maison d’opéra de France, qui est aussi l’établissement de spectacles le plus subventionné du
pays, doit plus que tout autre travailler à l’engouement du public pour la musique, le chant et
la danse. L’ONP peut y contribuer en partageant ses ressources immatérielles avec davantage
de générosité. Le développement de ses actions pédagogiques en direction de la jeunesse,
auquel Martine Kahane et ses collaborateurs ont consacré beaucoup d’efforts, sert déjà
d’exemple à d’autres théâtres lyriques. L’essor des expositions, des publications et de
l’édition en ligne doit encore en démultiplier l’impact auprès du grand public. Mieux qu’une
vitrine de saison, le site peut devenir la plate-forme d’information et de documentation sur
l’opéra et le ballet qui manque aux connaisseurs, et davantage encore à ceux qui n’en sont
point.
Certes la fosse d’orchestre, le plateau et les ateliers formeront toujours l’axe d’un théâtre
lyrique, plutôt que sa bibliothèque et ses services de médiation. Rien n’interdit à la direction
générale de l’ONP de préférer des manifestations culturelles, une collection de titres, une
devanture électronique qui affichent l’identité esthétique de ses théâtres. Dans ce cas, en tant
que membre éminente de la ROF, elle devra apporter son concours actif à la transformation de
cette dernière en authentique centre de ressources, disposant d’une capacité éditoriale (sur
tous supports) permettant d’atteindre les professionnels, de même que les publics de tous âges
et de toutes conditions.
Réunion des opéras de France (ROF)
Une vingtaine de théâtres lyriques municipaux ou intercommunaux (vingt-deux en
comptant Paris, mais aussi Lille et Massy, adhérents depuis 2004), représentant chacun pour
leur agglomération une source de fierté et une cause de dépense de premier plan, sont réunis
en association pour mieux défendre leurs intérêts auprès du ministère, pour échanger leurs
expériences et valoriser leurs productions. Récemment trois d’entre eux (Opéra du Rhin,
Opéra de Lyon, Grand Théâtre de Bordeaux) ont obtenu, avec un label national, des
subventions plus conséquentes de l’Etat. Les autres dépendent étroitement du contribuable
local pour entretenir leur bâtiment, leurs personnels artistiques permanents (musiciens,
choristes, danseurs), leur programme de coproduction et d’accueil et leurs actions
pédagogiques. Leurs statuts sont variés : régies municipales, syndicats intercommunaux,
établissements publics de coopération culturelle (EPCC), associations de droit privé… Seul
établissement entièrement financé par l’Etat, l’ONP a accepté de se joindre à eux sous
l’impulsion de Hugues Gall, ce qui permet notamment d’organiser des réunions dans ses
137
sièges parisiens.
L’adhésion n’est pas une affaire de taille mais de critères. Seules sont sollicitées les
maisons du secteur public qui consacrent une part de leurs subsides à la production (en amont
de la création, pas seulement en aval, sous forme de préachat). Les festivals ne sont pas
concernés a priori, mais demain des compagnies bien structurées, comme l’ARCAL,
pourraient être invitées. Lors de sa fondation en 1964, l’association ne comprenait que sept
membres. Elle portait le titre de Réunion des théâtres lyriques municipaux de France
(RTLMF). Le M de municipal a ensuite disparu dans le sigle RTLF, puis le nom de Réunion
des opéras de France (ROF) a été adopté en mars 2003, lors d’une assemblée générale sous la
présidence de Laurent Hénart qui a également entériné le concept de centre de ressources.
Il reste beaucoup à entreprendre pour lui donner de la consistance. Dans le passé, la RTLF
se contentait de réunir les bilans des différentes institutions communales sous des
présentations comptables aussi proches que possible, pour les transmettre au ministère en
gage des subventions escomptées. Une secrétaire à mi-temps suffisait à la tâche. La
décentralisation aurait pu lui porter un coup fatal dès 1982, dans la mesure où chaque
collectivité territoriale se voulait maîtresse chez elle. Le président Jean-Paul Fuchs, avec le
soutien du ministère de Catherine Trautmann, a organisé un colloque en 1998 pour ranimer la
flamme de la coopération. Un délégué général, José Médina, a été recruté à cette occasion.
Aujourd’hui, la ROF et son unique permanent occupent un bureau modeste avec quelques
dépendances au rez-de-chaussée de l’immeuble parisien où loge la Chambre professionnelle
des directeurs d’opéras (CPDO, www.directeurs-opera.org) *. Ce syndicat veille à la défense
des droits à la retraite de ses membres, une trentaine en France et une dizaine d’autres
dispersés dans toute l’Europe, qui ne relèvent pas de la convention SYNDEAC bien qu’ils
aient été employés par des structures associatives. Mais il poursuit aussi des buts d’intérêt
général, par exemple en soutenant activement les activités du Centre français de promotion
lyrique (CFPL). Il salarie lui-même une permanente, sa déléguée générale Elisabeth Höhne.
Malgré le rapport patent entre ses centres d’intérêt et les sujets traités par la ROF, les rapports
entre les deux organisations, logées à la même adresse, semblent bien distendus. On ne
confondra pas la CPDO avec le Syndicat national des orchestres lyriques (SYNOLYR) animé
par Georges-François Hirsch, qui regroupe les directeurs de formations travaillant sous un
régime de droit privé, ni avec l’Association française des orchestres (AFO), son homologue
pour les ensembles relevant du secteur public (voir Syndicats d’employeurs, chapitre
« Partenaires »).
Un simple placard recèle les archives de la RTLF, mine de renseignements sur les masses
artistiques (orchestres, chœurs, ballets) les émoluments des directeurs, les programmes de
saison, les recettes de billetterie des opéras de province depuis le milieu des années 1960.
D’autres dossiers subsistent à Toulouse où la RTLMF eut son premier siège. Un inventaire
plus précis de ces cartons reste à dresser. Le DM de la BNF - et plus précisément la BMO, à
l’Opéra – pourraient en devenir le gardien à condition que le principe d’une convention de
dépôt, suggéré aux deux partenaires par nos soins, soit bientôt concrétisé.
Avec les moyens très mesurés qui lui étaient concédés, José Médina a pris quelques
initiatives. Il a notamment lancé une étude sur le public des théâtres lyriques municipaux,
classé par genres (opéra, opérette, symphonique, théâtral). Confiée à l’agence BDT
Développement, celle-ci pêche par manque de précision ou excès de généralités, surtout si on
la compare aux enquêtes réalisées par la Direction du marketing de l’ONP, qui a l’avantage de
s’appuyer sur une exploitation systématique et permanente de la billetterie, ainsi que des
fichiers d’abonnés, des bordereaux de réservation par correspondance et des titres de
paiement. Cette tentative soulève la question plus générale des statistiques de l’art lyrique. Si
la ROF jouit en principe d’un libre accès aux résultats de ses membres, il faut admettre que la
synthèse des indicateurs n’est pas aisée dans cette mosaïque de statuts juridiques et de plans
138
comptables. L’exercice n’est pas toutefois hors de portée de l’association. En 2003, grâce à
l’appui de la DMDTS, la ROF a demandé à un chargé de mission d’élaborer avec les
administrateurs d’opéras une grille analytique commune et durable, afin de collecter les
données et de les actualiser chaque année. Il reste à les faire remplir et à les centraliser
régulièrement ! S’agissant de la plus grosse dépense culturelle dans bien des villes, cette tâche
doit avoir un caractère impératif. Les chercheurs en économie de la culture, tel Xavier Dupuis,
les doctorants qui se sont risqués à tracer des tableaux comparatifs comme S. Saint-Cyr
témoignent de son utilité et de sa faisabilité. Cette dernière a mené son enquête sur les jeunes
publics en 2000-2001, avec l’appui de la ROF et en relation avec l’Observatoire des politiques
du spectacle vivant (voir la thèse citée plus haut).
Le délégué général délivre des conseils en administration aux adhérents ou aux
professionnels qui le consultent à titre individuel. Les aspects statutaires accaparent plus des
trois quarts de son temps. Il renvoie des partenaires potentiels vers les membres de la ROF,
aide aussi ceux-ci dans leurs efforts de diffusion, mais cela ne suffit pas pour que l’association
fonctionne comme un club de producteurs et d’acheteurs : les directeurs artistiques et les
administrateurs préfèrent traiter directement entre eux. Dans la mesure de ses disponibilités, il
fait circuler les données juridiques, administratives ou économiques qu’il estime de nature à
les intéresser. Constatant la carence du CNFPT en matière lyrique, il ambitionne aussi de
déployer une offre de formation dont la ROF pourrait porter l’homologation.
Les projets d’édition sur papier ou cédérom d’un guide à destination du grand public
(« Opéra mode d’emploi ») sont encore dans les cartons. La ROF ne saurait s’y risquer sans
un partenaire disposant d’une réelle surface de distribution.
L’édition en ligne doit faire des progrès sérieux pour afficher les opéras de France sur la
toile. D’ambition limitée à ses débuts, le site de la ROF (www.rtlf.org) * est en
reconstruction. Dans l’immédiat, il présente surtout les membres de l’association, ses activités
et ses documents d’orientation, quelques textes de référence. Faute de base de données
complètes et harmonisées sur les théâtres lyriques, leurs organigrammes ont été mis en ligne,
tels que les directions les ont communiqués.
Un accord avec Mike Gibb, l’opérateur solitaire du site mondial Operabase
(www.operabase.com ***, bilingue en français et anglais), permet d’interroger directement
ses bases de données, qui couvrent la production lyrique de la plupart des grandes maisons.
L’internaute trouve sur le site personnel de ce dernier les calendriers de saison, les jauges des
salles, le résumé des œuvres, les dates de création et de représentation, des renvois vers
l’indispensable dictionnaire biographique Grove pour tout savoir sur les auteurs, les
compositeurs, les directeurs musicaux, les orchestres, les chanteurs et les rôles qu’ils ont
endossés, ainsi que de nombreux liens vers d’autres sites. D’autres propositions complètent
tant bien que mal l’offre aux internautes. Le site www.tosca.org, qui présentait des fiches
techniques sur les métiers et des notices historiques sur les opéras, a disparu des écrans au
profit d’un organisme soutenu par l’Union européenne, Trans Europa Security and Care, qui
décrit plusieurs grandes salles de spectacles du continent, notamment sous leurs aspects
techniques et de sécurité. Le site www.alatamusica.com fournit des renseignements divers sur
l’actualité de la musique classique et du genre lyrique. Le site du CNDP-SCÉRÉN omet de
mentionner le moindre signet sous cette rubrique ; en revanche, le meilleur annuaire de liens
sur l’opéra se déniche sur le site de la BNF (www.bnf.fr/pages/liens/opera/opera-ope.htm).
La ROF aura donc fort à faire si ses adhérents et l’Etat lui demandent de fédérer les forces
du monde lyrique, à l’image de ce que tente son partenaire dans la musique symphonique,
l’AFO. En attendant de conjuguer cette ambition avec des moyens financiers et humains en
proportion, l’association ne peut que renvoyer les curieux, les amateurs, les chercheurs et les
futurs professionnels vers le DEP, la BMO ou la Cité de la musique.
139
Centre français de promotion lyrique (CFPL)
Le CFPL a été fondé en 1970, sous forme associative, pour favoriser l’insertion en
professionnelle des jeunes artistes lyriques. Son action prend quatre aspects. D’abord, à la
demande des directeurs artistiques, il assume les frais de cours d'interprétation musicale et
scénique pour des chanteurs, ou bien il prend en charge une partie forfaitaire de leurs cachets
lors d’un récital. Avec la participation de la Fondation France Telecom, il a coordonné le
concours international Voix nouvelles à trois reprises, en 1988, 1998 et 2002. La quatrième
édition est programmée au cours de la saison 2005-2006, avec le concours de la CPDO. Il
s’appuie encore sur ce syndicat, qui l’accueille rue du Colisée (Paris 8e), pour organiser une
audition annuelle, précédée de sélections en présence des programmateurs et intendants
lyriques. Enfin, le site Internet du CFPL permet l’interrogation en ligne d’un "fichier lyrique"
présentant l’itinéraire et le répertoire de solistes remarqués lors des auditions et concours ou
signalés par les responsables des théâtres. Ornées d’une photographie, les notices sont déjà
nombreuses et détaillées. Efficace et rapide, le moteur de recherche sélectionne les artistes
français et étrangers dont le curriculum mentionne le rôle, l’œuvre ou le compositeur souhaité.
Il devrait être possible d ‘étendre les requêtes aux directeurs musicaux, aux metteurs en scène,
aux établissements et festivals qui les ont vu travailler (www.cfpl.org) **.
Centre national d’insertion professionnelle d’artistes lyriques (CNIPAL)
Comparable au CFPL pour sa visée d’insertion de jeunes interprètes, le CNIPAL en diffère
par les méthodes et dans les moyens. Il a été fondé en 1983 à Marseille avec le soutien de la
ville, du département, de la région et du MCC. Ses principes ont été modifiés en 1996.
Solistes âgés de 21 à 32 ans, les chanteurs sont accueillis au nombre d’une quinzaine chaque
année pour un stage de perfectionnement de dix à onze mois, au cours duquel ils seront
amenés à parfaire leurs rôles en situation professionnelle. Le CNIPAL donne des récitals
gratuits au foyer de l’Opéra de la ville. Avec Gérard Founeau pour délégué général, le Centre
se préoccupe de suivre leurs pensionnaires lors de leur entrée dans la carrière, et si possible
ensuite (www.cnipal.asso.fr) *. Une association des amis du CNIPAL s’est constituée pour
l’aider à garder le contact.
ARCAL
En attendant que les compagnies lyriques indépendantes adhèrent à la ROF ou bien
forment leur propre représentation – ce qui leur consentirait peut-être plus sûrement d’accéder
au degré de reconnaissance publique auquel elles aspirent -, il est permis de mentionner l’une
des plus actives, dont l’activité couvre aussi bien la création et la diffusion que l’accueil en
résidence et la formation. Depuis 1983, sous la direction de Christian Gagneron, l’ARCAL
s’est fait une spécialité de productions légères qui ont conquis des scènes de toutes
dimensions, jusque dans les grands théâtres lyriques. Avec l’action artistique en milieu
scolaire, la formation et l’insertion professionnelle des jeunes chanteurs compte parmi ses
soucis, dans l’esprit qui anime aussi les responsables du festival d’art lyrique de Saint-Céré.
Présente sur la toile à travers son site (www.arcal-lyrique.fr) * elle constitue pour cette raison
un exemple mais aussi un point de ralliement pour d’autres compagnies.
Fédération des ensembles vocaux et instrumentaux spécialisés (FEVIS)
Les ensembles musicaux qui se sont regroupés dans le cadre de la FEVIS, depuis sa
naissance en février 1999, se définissent comme des entités autonomes ayant en général
recours à des interprètes intermittents. Ayant son siège à Paris, l’association se veut un lieu
d’échange entre ses membres et un moyen de représentation vis-à-vis des autorités sur toutes
les questions qui préoccupent la profession : propriété intellectuelle, droit du travail,
protection sociale, fiscalité, diffusion des spectacles, réseaux européens, pédagogie et
140
transmission, commission, thèmes de plusieurs groupes de travail en interne. Du Quatuor
Debussy à l’Orchestre des Champs-Élysées, lié à la Chapelle royale de Philippe Herreweghe,
des Arts florissants de William Christie à Musicatreize, de Roland Hayrabedian, de Carpe
Diem (conduit par Jean-Pierre Arnaud) à l’Ensemble Télémaque (dirigé par Raoul Lay), la
différence des tailles et la diversité des styles n’empêchent pas la convergence des points de
vue sur les questions cruciales du moment, comme la défense du régime spécifique
d’allocation-chômage. Les 72 formations affichent leur histoire, leur répertoire et leurs
coordonnées sur le site fédéral (www.fevis.com) *. Celui-ci propose un calendrier des
concerts donnés par les adhérents au cours du trimestre, des offres d’emploi détaillées (et à
jour), des liens vers la Cité de la musique, le CMBV ou le CDMC, mais aussi le SYNDEAC,
l’AFO, la Fédération française des festivals internationaux de musique (FFFIM).
Théâtre musical et opérette
Le monde du théâtre musical semble faire le grand écart entre des réalisations à l’ancienne,
de style artisanal, privilégiant la voix et le jeu dans des costumes d’époque, et des
superproductions internationales, aux chanteurs amplifiés et aux danseurs survoltés. Le
premier genre regarde vers l’art lyrique et l’art dramatique, parfois vers le ballet classique.
Des salles municipales, dont la plupart des adhérents de la ROF, mais aussi, depuis leur essor
en France, certains casinos lui offrent leur écrin pour la joie d’un public d’âge mûr. Le
montage et les tournées sont en général pris en charge par des maisons relativement
spécialisées, dans un espace confiné à la France métropolitaine, à la Suisse romande et à la
Belgique francophone. Le second genre lorgne plutôt vers le music hall et la télévision. Les
producteurs français s’appuient sur cette dernière pour tenter d’égaler leurs concurrents de
l’East End londonien, voire de Broadway à New York, quand ils n’ont pas eux-mêmes
recours à des capitaux étrangers. Dans ce type d’économie où les produits dérivés (affiches,
livres, figurines, jeux, CD, DVD, espaces publicitaires) rapportent autant sinon plus que la
billetterie, les tournées peuvent être remplacées par des adaptations cédées sous franchise, et
dans ce cas elles ne connaissent plus de frontières.
A mi-chemin entre ces deux modèles en ce qui concerne la dimension de l’entreprise, mais
à part pour ce qui est du statut et difficilement classable du point de vue du style et du
programme de son « théâtre musical populaire », l’Opéra-comique de la salle Favart, à Paris,
travaille dans de tout autres conditions. Après de nombreuses vicissitudes administratives, il a
adopté en 2004 un statut d’établissement public à caractère industriel et commercial,
conforme à celui des autres théâtres nationaux, Jérôme Savary étant maintenu à la direction.
Son équilibre budgétaire budget et les opportunités du marché l’incitent cependant à mobiliser
davantage de recettes propres que ces derniers. Les archives de son site Internet, de
conception promotionnelle, ne remontent pas en amont de l’an 2000, au début du mandat du
directeur (www.opera-comique.com) *. Le chercheur attiré par le passé de cette prestigieuse
salle se dirigera donc vers la Bibliothèque-musée de l’Opéra (BMO). La même conception,
tournée vers la saison en cours, prévaut sur le site du Théâtre du Châtelet qui dépend de la
Ville de Paris (www.chatelet-theatre.com) *. La même recette, avec une dose d’humour en
plus, se retrouve sur le site du Théâtre d’opérette de Lyon, dont Fabien Attias a obtenu
l’inauguration en 2000 dans l’ancienne bourse du travail, réaménagée grâce à une convention
avec la municipalité après six années d’activité de sa Compagnie des artistes lyriques associés
(CALA, www.cala-lyon.com) *. Le site du Théâtre Mogador, s’il évoque les belles heures de
l’opérette sous la direction des frères Isola (1925) à celle de Fernand Lumbroso (1983),
montre sous la responsabilité de Jack-Henri Soumère (depuis 1999) un appétit plus marqué de
cette enseigne privée pour le spectacle commercial (www.mogador.net) *.
On comprend dans un paysage aussi contrasté, où les intérêts privés croisent le service
public, qu’il n’est pas aisé de fédérer les énergies autour d’un projet de ressources. En la
141
matière la prime du mérite et de l’ancienneté revient à l’Académie nationale de l’opérette
(ANAO) dont le magazine trimestriel L’Opérette publiait en janvier 2005 son 135e numéro.
Fondée en 1971 par l’ancien directeur du Châtelet, Maurice Lehmann, pour défendre le
théâtre musical et son répertoire, elle a successivement porté à sa tête Robert Manuel
(comédien), Gérard Calvi (compositeur), Jacques Mareuil (auteur-interprète), Raymond
Duffaut (premier directeur du Festival lyrique d’Aix-en-Provence). Sise à Paris sous la
présidence de Gérard Davoust (éditeur de musique), l’Académie reste une association de
passionnés, heureux de partager impressions, souvenirs, annonces de spectacles, critiques et
chroniques. Une trentaine de délégués relaient ses initiatives à travers la France : spectacles,
débats, rencontres, voyages. Son site permet de remonter dans les sommaires des numéros
échus de la revue, de suivre l’actualité des théâtres et festivals programmant des opérettes et
de naviguer vers leurs sites, mais aussi de savoir tout ou presque de La Périchole d’Offenbach
ou de L’Auberge du cheval blanc de Benatzky, Stolz et « divers »
(http://perso.wanadoo.fr/anao/) **.
Le magazine en ligne Le Regard en coulisses (www.regardencoulisse.com) **, lancé en
1999 par Sébastien Durand et Arnaud Cazet (avec pour rédacteurs en chef Rémy Batteault et
Stéphane Ly-Cuong), offre un carnet d’adresses, des notices historiques sur le répertoire, les
principales salles, les auteurs, compositeurs et chanteurs, ses archives, sa lettre d’information,
des actualités, des programmes et surtout des critiques, qui ne cachent pas leur préférence
pour les spectacles à dimension humaine plutôt que pour les « grosses machines ».
Avouant leurs sources d’inspiration dans leur titre (orthographié sans « e », comme en
anglais et comme dans music hall) « Les Musicals », premières rencontres du théâtre musical,
ont rassemblé à Béziers, du 20 au 23 janvier 2005, les « accros » d’opérette, à l’initiative de
Mathieu Gallou, gérant de la société Magloo Productions. En marge d’une dizaine de
spectacles, les professionnels y ont décerné des prix et tenu des débats sur l’avenir du genre :
il ne semble pas que des résolutions y furent prises en matière d’information et de
documentation
(www.lesmusicals.org)
*.
142
2 - Théâtre
Parmi tous les modes de représentation, on sait la place que l’art dramatique occupe dans la
cité. De même que le théâtre comme bâtiment offre son nom à une vaste catégorie
d’installations de spectacle, le milieu théâtral participe depuis longtemps à la détermination
des choix publics dans l’ensemble du domaine culturel. La plupart des transformations de la
scène au XXe siècle ont commencé sur ses plateaux. Aucune des mutations amorcées au
début de ce millénaire ne lui sont indifférentes. Qu’il s’agisse de modifier le rapport au corps,
à la voix, à la musique, au récit, de marier les genres, d’investir l’espace urbain ou bien
d’introduire au cœur de la représentation les nouvelles techniques de composition et de
communication, le théâtre s’est imposé comme laboratoire. Ses inventeurs sont capables
d’agencer les dispositifs les plus complexes comme ils parviennent à garder en vie un
artisanat hors d’âge. C’est pourquoi ils n’hésitent pas à réclamer au genre tout entier un rôle
moteur qu’ils ont du mal à attribuer à un centre particulier.
Par quelque côté qu’on l’aborde, le domaine théâtral se montre mouvant. C’est dans sa
nature. Territoire des « ombres collectives » pour Jean Duvignaud (voir Sociologie du théâtre,
Essai sur les ombres collectives , PUF, Paris, 1965), ronde des monades chez François
Regnault, lecteur de Leibniz (entre autres) - « Chaque monade exprime l’univers (du théâtre),
c’est-à-dire que chacune d’entre elles, petite ou grande, exprime le théâtre tout entier » (in
Théâtre-Equinoxes, Actes Sud-CNSAD, Paris, 2001, p.51) –, ses centres sont partout où l’on
joue pour des spectateurs, sa périphérie nulle part où il ne soit loisible de monter un autre
plateau. Ajoutez à cette philosophie un peu d’histoire et même un tantinet de géographie.
Vous verrez que la nation française, si elle entretient la plus ancienne troupe du monde et se
représenta longtemps sur une scène axiale nommée Paris, a connu le cosmopolitisme et vécu
la décentralisation. Et vous devinerez pourquoi il est devenu ardu de définir ce que doit faire
un Centre national du théâtre.
Ce CNT existe bien et, quoiqu’on s’en fut passé des décennies durant, il a démontré son
utilité. Les critiques qui lui sont adressées renforcent même le sentiment de sa nécessité.
Quand elles ne portent pas sur des missions qui incombent à d’autres organismes, ou sur des
carences qu’il su déjà combler, elles expriment des demandes qu’il lui appartient de saisir : ne
pourrait-il pas faire mieux ceci, et entreprendre aussi cela ? Il rend beaucoup de services
concrets : celles et ceux qui le nient semblent ignorer son Guide-annuaire, négliger ses bases
de données, ou alors n’ont pas testé son accueil ou requis son conseil. Mais la fonction de tête
de réseau est ce qu’il assure le moins bien. Avant de lui en faire le reproche et d’envisager des
remèdes, il faut observer comment agissent d’autres citadelles de l’art dramatique, si elles
pratiquent volontiers le partenariat, si elles tissent des réseaux et favorisent la coopération.
La première difficulté de l’exercice tient à ce que les professions théâtrales, qui pratiquent
un assez haut degré de spécialisation, se partagent entre trois ordres eux-mêmes subdivisés en
plusieurs catégories : artistique, technique, administratif. Constat banal pour toute discipline
du spectacle ? Concrètes contingences que transcende l’amour de l’art ? Ce n’est pas sûr.
Dans la musique vivante – opéra excepté, car il s’agit aussi de théâtre - la part de la régie est
moins déterminante que dans l’art dramatique, et leur familiarité avec la langue musical, ne
serait-ce que de sa notation, rapproche un grand nombre d’agents, du compositeur au critique,
de l’interprète au preneur de son. Sur la piste ou dans les arts de la rue, la polyvalence est
souvent de règle. Acteur ou acrobate, figurant ou funambule, mais aussi monteur et
démonteur, décorateur et constructeur, bruiteur et éclairagiste, administrateur et médiateur,
ces rôles se conjuguent en compagnie et se déclinent dorénavant au féminin comme au
masculin. Il suffit de visiter un grand théâtre pour vérifier que ces métiers s’y trouvent
encore bien distingués, tant sur le plan des statuts (aux intermittents le plateau, les permanents
dans les bureaux) que des langages et les usages. En outre l’information relative à l’art
143
dramatique emprunte quatre grands circuits qui se mêlent en certains lieux et se croisent en
quelques occasions, mais procèdent de centrales séparées, bien qu’ils soient tous censés
aboutir dans l’édifice théâtral.
Le premier de ces réseaux pourvoit aux exigences de la formation. Des fédérations
d’amateurs aux cours privés les mieux cotés, de l’école municipale au Conservatoire national
supérieur, son degré de proximité avec les fabriques de spectacles est éminemment variable.
En cette matière, la revue des « partenaires » (voir le chapitre consacré à ceux-ci) fera se
succéder quatre contingents, pour l’initiation en milieu scolaire (autour de l’ANRAT, des
SCÉRÉN et des pôles nationaux de ressources), la pratique de loisirs (avec la FNCTA, les
CEMEA ou encore les fédérations de MJC), l’enseignement initial (culminant avec le
CNSAD, l’ESAD du TNS et l’ENSATT), enfin la formation continue du comédien (financée
très souvent par l’AFDAS) et du technicien (conçue notamment par le CFPTS et l’ISTS).
Contrairement à ce qui s’est passé pour la profession de danseur, dont les conditions de
formation, d’exercice et de reconversion ont fait l’objet de rapports officiels et de mesures
globales, aucun plan d’ensemble n’est encore venu orchestrer ce concours de prestations.
Le deuxième réseau rassemble et diffuse la connaissance sur le théâtre, son histoire, ses
auteurs, ses œuvres, ses acteurs, ses esthétiques, son organisation politique, économique et
sociale. Le Département des arts du spectacle de la BNF garde sans nul doute le principal
sanctuaire de ces savoirs. L’importance de ses collections lui a permis d’ouvrir une succursale
à la Maison Jean Vilar d’Avignon. Dans quelle mesure elle parvient à les livrer à l’ensemble
des appétits qui pourraient s’en nourrir, c’est ce qu’on examinera par la suite. Dans cette tâche
elle partage des responsabilités avec d’autres établissements publics, généralistes (de la
bibliothèque municipale à la BPI, de la bibliothèque universitaire à la médiathèque de
l’INHA) ou spécialisées (de la Société d’histoire du théâtre à la Bibliothèque Gaston-Baty, de
la Bibliothèque-musée de la Comédie-Française à la documentation de la SACD). Les
étudiants et les enseignants-chercheurs des filières d’études théâtrales des universités, qui
comptent parmi les rédacteurs des magazines critiques et des revues savantes, s’y montrent
assidus. Ils consultent aussi les fonds et surtout les publications du Centre national de la
recherche scientifique (CNRS), dont une unité de recherche pluridisciplinaire, l’Atelier de
recherche sur l’intermédialité et les arts du spectacle (ARIAS) a absorbé les moyens de l’exLARAS. Les catalogues se recoupent bien sûr, pour mieux servir le lecteur. En revanche la
coopération qui permettrait d’améliorer son orientation et de l’assister dans ses recherches
n’est pas assez développée, en dépit des efforts de l’antenne française de la Société
internationale des bibliothèques-musées du spectacle (SIBMAS).
Le troisième circuit veut être le plus court, et pourtant c’est l’un des plus complexes et des
plus fragiles, car il doit conduire de l’auteur à l’acteur par l’intermédiaire du metteur en scène.
L’aide à l’écriture, la promotion des œuvres, l’édition des pièces intéressent plusieurs
organismes qui se fréquentent mutuellement sans toujours s’accorder sur les méthodes et les
priorités. A l’amorce de cette circulation des écrits, il y a d’abord leurs auteurs, représentés
par les sociétés civiles comme la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) et
pour partie regroupés dans les Ecrivains associés du théâtre (EAT). En début de chaîne, la
DMDTS est directement impliquée puisqu’elle délivre des subventions à la création et des
bourses aux dramaturges d’aujourd’hui. Le ministère reste concerné en bout de chaîne, à
travers le Centre national du livre (CNL) qui verse des crédits à la publication au profit de
maisons plus ou moins engagées dans le domaine théâtral. Vers l’amont, le Centre national
des écritures du spectacle (CNES) à Villeneuve-lès-Avignon favorise l’éclosion de textes en
français, tandis que la Maison Antoine Vitez de Montpellier facilite la traduction d’écrivains
étrangers. Vers l’aval, le Centre dramatique national (CDN) Théâtre Ouvert à Paris édite et
met en espace de telles œuvres. L’association Entr’Actes rend compte de leur parution et
l’association Beaumarchais soutient la production de certaines d’entre elles grâce au concours
144
de la SACD. L’association Aux nouvelles écritures théâtrales (ANETH) les fait lire, alors que
le Centre de ressources internationales de la scène (CRIS) présente leurs auteurs et annonce
sur son site leurs interprétations publiques. La division des tâches est ici très poussée. Si elle
garantit le pluralisme des expressions, il semble que la concertation menée au sein du
Collectif de réflexion sur les auteurs contemporains (CRAC) n’ait pas encore réussi à en faire
un gage d’efficacité.
Le quatrième circuit est au contraire le plus ample, puisqu’il relie l’ensemble des structures
de production et de diffusion, quelle qu’en soient le label, le programme et la taille, du théâtre
national à l’anonyme compagnie, en passant par les festivals. Représentés par des syndicats
d’employeurs tels le Syndicat national des directeurs d’établissements artistiques et culturels
(SYNDEAC) et le Syndicat national des directeurs de théâtre de ville (SNDTV), voire par des
mouvements de compagnies comme le SYNAVI, ces entreprises comptent sur la DMDTS, les
DRAC et les collectivités territoriales pour abonder leurs budgets de création, et elles
attendent de l’Office national de diffusion artistique (ONDA) qu’il les assiste dans le
financement des tournées. C’est dans ces larges boucles que le théâtre vit pour de bon, c’est
donc là aussi qu’il rencontre de dures épreuves. C’est enfin dans ces cercles professionnels
que l’information prend pour lui son caractère le plus décisif. L’action des centres de
ressources nationaux ainsi que des pôles d’observation et de conseil émergeant à l’échelle
régionale n’a de pertinence qu’en tant qu’ils l’accompagnent et l’encouragent dans son
parcours.
Leur place doit se situer aux carrefours où ces réseaux ont des opportunités d’échanger les
uns avec les autres. Derrière cette métaphore courante, il convient de désigner deux types
d’intersection presque opposés.
D’abord la jonction. L’art en est délicat : il s’agit de nouer des fils entre tous ces
écheveaux, pour que le courant passe d’un bout à l’autre du territoire, pour que le désir se
communique de l’auteur au spectateur, pour que la tension se propage de l’amateur au
professionnel, et inversement. C’est un patient et systématique travail de suture, à reprendre
obstinément pour remédier à l’usure du temps. Il incombe surtout au CNT, depuis son siège
parisien. En guise de boîte à ouvrage, il dispose d’une banque de données, mais dont
l’avantage restera faible si sa conception, son utilisation et son évolution ne sont pas
subordonnées à une stratégie d’ensemble.
Ensuite la confrontation. C’est un sport plus risqué : Il s’agit de provoquer la rencontre
entre les acteurs, puisque chacun s’accorde sur le fait que le théâtre demeure une affaire
d’acteurs, dans tous les sens du terme. Il advient qu’un lieu et un temps concentrent une
quantité sans égale d’espoirs et de talents autour d’une pluralité d’institutions. J’appelle
celles-ci le quatuor d’Avignon, car c’est à l’ombre du Rocher des Doms et du Fort SaintAndré, sous le soleil de juillet, que peuvent et doivent coopérer le Festival d’Avignon, le
CNES, la Maison Jean Vilar et l’ISTS. Si la ville le veut, si les deux départements concernés
et les deux régions limitrophes y consentent, si le ministère le souhaite et que les directeurs
savent s’entendre sous son égide quant à la répartition de leurs tâches et sur la réalisation
d’actions communes, alors leur coopération intensifiera le plaisir et la réflexion de tous les
protagonistes de cette fête du théâtre, professionnels et spectateurs, qu’ils fréquentent le « In »
ou le « Off », qu’ils se reconnaissent dans l’association Avignon Public Off ou qu’ils
s’adressent à sa concurrente ALFA. C’est d’ailleurs en s’impliquant dans ce dialogue général,
auquel seront tour à tour conviés d’autres organismes comme les Hivernales (Centre de
développement chorégraphique) ou l’Université des pays du Vaucluse, que ces opérateurs
pourront convaincre de la justesse de leurs choix.
145
a) Documentation théâtrale
Centre national du théâtre (CNT)
La création du CNT, en 1993, répondait à un besoin pressant d’information et d’échange
dans un milieu théâtral qui atteignait une dimension sans précédent, après une décennie de
croissance des subventions publiques (nationales et territoriales) accompagnée d’initiatives et
de réformes en tous genres. A l’essor des institutions et des formations répondaient la
croissance du nombre des compagnies subventionnées, l’extension des publics (au moins en
volume, sinon en poids dans l’ensemble de la population), la professionnalisation des
fonctions d’administration, le développement des écoles et des conservatoires, le réveil des
amateurs, l’afflux des étudiants, l’augmentation du nombre des partenaires publics. La
demande en documentation et en conseil excédaient désormais les possibilités d’une agence
généraliste, fût-elle nationale, et le ministre de la Culture venait de sacrifier l’ANFIAC sur
l’autel de ses choix budgétaires.
Le rôle de ce centre a tout de suite tenu à un problème de statut. Constitué en association –
à la différence notable du CND et de la Cité de la musique - son rattachement au Festival
d’Avignon s’avéra une réalité durant quatre ans, sous les présidences d’Alain Crombecque,
puis de Roch-Olivier Maistre. Ces liens privilégiés, personnifiés par Bernard Faivre d’Arcier
qui cumula les deux fonctions de direction jusqu’en 1998, parurent d’abord constituer un
atout, avant de causer quelque confusion, puis de susciter des critiques. Il s’agissait à l’origine
de réunir sous sa conduite trois entités : le centre d’information et de documentation, logé
dans des locaux attenants au siège parisien du festival, rue de Braque ; l’institut de formation,
à savoir l’Institut supérieur des techniques du spectacle (ISTS), établi dans une aile de
l’Hospice Saint-Louis d’Avignon, à l’entrée de la ville; le centre de conservation et
d’exposition destiné à occuper un autre espace de l’Hospice. Ce dernier représentait pour la
Maison Jean Vilar, en tous cas dans l’esprit de son responsable Paul Puaux, une concurrence
potentielle. La municipalité n’a pas permis d’infirmer ou de confirmer cette crainte, dans la
mesure où elle n’a pas laissé le CNT prendre pied durablement dans le superbe ensemble
patrimonial dont elle achevait la restauration. Le festival y a progressivement transféré ses
bureaux, abandonnant ceux qu’il occupait durant l’été rue de Mons, dans une propriété de la
mairie jouxtant l’Hôtel de Crochans où demeure la Maison Jean Vilar. Les rencontres
professionnelles accueillies chaque été par le festival se sont tenues à l’Hospice, mais le CNT
a dû rester exclusivement parisien. Michel Dubois en a pris la présidence, Jacques Baillon la
direction.
Forte de son titre et de ses missions, l’institution doit représenter un repère dans le paysage
théâtral en France et un pivot pour la circulation de l’information du secteur. Or l’appréciation
de sa place et de son rôle dans les milieux du spectacle ont parfois été brouillée par des
considérations de personnes, sur fond de cohabitation. Elle fut d’abord conduite par un ancien
collaborateur de Laurent Fabius, sous deux gouvernements de droite (MM. Balladur et Juppé),
puis par un proche de Jacques Toubon, sous deux ministres de gauche (Mmes Trautmann et
Tasca). Après une troisième phase d’alternance, le rôle du CNT suscite des appréciations qui
excèdent la stricte évaluation des services rendus.
Au delà des différences de cursus, d’opinion et de style entre les deux directeurs, en dépit
du fait qu’ils avaient auparavant occupé d’éminentes fonctions rue Saint-Dominique (à la tête
de la Direction du théâtre et des spectacles), force est de constater qu'en tant qu'organisme de
ressources le CNT n’a toujours pas obtenu la considération qu’il espérait de la part des
institutions dramatiques. L’origine de ces dernières est en général plus ancienne et leur budget
bien supérieur à celui du Centre. Son responsable observe qu’il est davantage sollicité par les
compagnies que par les établissements – théâtres nationaux (TN), centres dramatiques
nationaux (CDN), scènes nationales (SN) et conventionnées (SC) - , pour ne pas parler du
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théâtre privé qui tend à garder ses distances à l’égard d’un organisme assimilé au théâtre
public, bien que l’association affiche des compétences à son endroit. Les scènes majeures et
les grands festivals y recourent plutôt comme un lieu de promotion qu’en tant que pôle de
ressources. Cette situation n’exclut pourtant pas les partenariats. Les accords visant à publier
(au format magazine) des brochures consacrées aux théâtres de renom, distribuées
gratuitement (à 4.000 exemplaires) à l’enseigne de la nouvelle collection « Avec », en sont un
exemple. Il est toutefois permis d’en contester la pertinence. Pour les établissements, cette
relation revêt d’abord un caractère promotionnel. Le CNT paye ainsi la moitié d’un
d’hommage à tel ou tel directeur en vue. L’illustration des principaux courants de la mise en
scène contemporaine est sans doute une nécessité, s’il s’agit d’honorer les talents sans
privilégier les artistes en poste vis-à-vis des maîtres dénués de mandat, les patrons
d’institutions bien pourvues par rapport aux animateurs de structures désargentées. Une revue
indépendante, un éditeur libre de ses choix ou un laboratoire du CNRS guiderait une telle
collection avec davantage de distance critique, serait-ce avec la participation d’un TN ou d’un
CDN, avec l’aide du Centre national du livre (CNL) et… le concours du CNT.
Le destin du CNT pourrait une fois de plus - à Paris désormais - être examiné comme une
affaire de lieux, à la faveur des désirs et des desseins que suscite l’affectation de divers sites
franciliens. Le jeu des chaises musicales et des sièges tournants est toujours tentant, mais
plutôt que de réduire la perspective aux considérations qui précèdent, il s’agit ici de reprendre
librement la réflexion sur ses missions. Le siège de la rue de Braque avait ses charmes - cour
sereine, voisinage prestigieux, position centrale à deux pas de Beaubourg – et surtout ses
défauts – exiguïté de la bibliothèque et de l’unique salle de réunion, loyer élevé conforme à la
cote du quartier, accès excessivement discret pour les non initiés. Ce local initial comprenait
trois niveaux du sous-sol au premier étage. La bibliothèque occupait une grande partie du rezde-chaussée, réparti pour le reste entre l’espace d’accueil, où certains théâtres disposent leurs
brochures en libre service, et des bureaux. La direction, l’administration et les services de
consultation juridique et professionnelle avaient pris l’étage. Le niveau inférieur abritait des
bureaux aveugles et une salle de réunion dans laquelle des lectures et des projections
publiques ont été accueillies tant bien que mal. La bibliothèque recevait sur rendez-vous ; elle
ne pratiquait ni l’accès libre ni le prêt.
Le propriétaire a fait monter les enchères. L’actuelle direction a donc pris en 2004 le parti
d’un déménagement pour économiser sur la dépense et gagner en surface. Des locaux de la
rue des Envierges, dans le 20e arrondissement, promettaient assez d’espace pour accueillir des
expositions temporaires, voire de brèves résidences de travail. C’est finalement au 134 de la
rue Legendre (Paris 17e) que l’équipe s’est installée. R. Donnedieu de Vabres a inauguré ce
siège le 25 janvier 2005. Ce décentrement dans un quartier plus populaire peut favoriser une
nouvelle dynamique, bien que l’immeuble ne prête guère à la convivialité, si ce n’est par sa
petite terrasse à mi-hauteur de la courette intérieure. Le loyer est diminué d’une faible marge
et la surface totale est augmentée de quelques mètres carrés, surtout au profit des bureaux. Les
activités sont réparties sur trois niveaux. Au rez-de-chaussée, donnant sur la rue, l’accueil
contrôle l’accès à la salle de documentation, dont l’espace de lecture est plutôt exigu, ainsi
qu’aux paliers supérieurs. L’information professionnelle et le conseil donnent rendez-vous au
premier étage, où loge la base de données. La direction est au second, avec des loges de
consultation pour les vidéos. L’essentiel n’est pas dans ces aménagements, mais dans la
revitalisation des services offerts aux professionnels et notamment aux moins expérimentés
d’entre eux. La maison doit s’appuyer sur ses points forts pour atteindre le maximum
d’efficacité, sans trop se disperser dans des initiatives au succès incertain.
Le fonds d’ouvrages du CNT comprend bien sûr les guides et dictionnaires disponibles, la
plupart des usuels sur les affaires culturelles et des ouvrages récents qui traitent de la vie du
théâtre sous ses divers aspects, artistiques, politiques, économiques, juridiques, administratifs,
147
même si l’âge de l’association ne lui a pas permis de remonter très loin dans le temps pour
chacun de ces domaines. Faute de place, le personnel doit d’ailleurs procéder à un
« désherbage » périodique parmi ces titres, au profit d’autres bibliothèques et au risque
d’affaiblir sa propre faculté de répondre à des demandes touchant au cœur de ses spécialités.
Bien que d’autres établissements (DAS et Arsenal, BNF rez-de-jardin, Gaston-Baty, BéatrixDussane, SACD, ANETH) en fassent leur point fort, le répertoire dramatique francophone (et
les traductions françaises des principaux auteurs étrangers) occupe lui-même une large surface
des rayonnages. La collection de périodiques est très sollicitée, de même que les dossiers des
principales institutions théâtrales.
La documentation constitue des dossiers sur l’ensemble des organismes dont la description
entre dans les bases de données et dont les adresses figurent dans le Guide-Annuaire ; service
des ministères, agences des collectivités territoriales, réseau culturel extérieur de la France,
partenaires socioprofessionnels, organismes paritaires, sociétés civiles, théâtres nationaux,
CDN, scènes nationales, scènes conventionnées, théâtres de villes, festivals et autres lieux de
diffusion, producteurs indépendants, compagnies dramatiques subventionnées, fédérations
d’amateurs, organismes de formation, centres de ressources, prestataires de services… La liste
est d’autant plus longue qu’elle englobe de nombreuses structures spécialisées dans les
marionnettes, la danse, le cirque, les arts de la rue : ainsi l’influence des gens de théâtre sur
l’ensemble des professions du spectacle vivant et la sphère des politiques culturelles
s’exprime-t-elle jusque dans les listings du CNT.
Ces bases alimentent une production documentaire assez diversifiée. Actualisé en continu
sur le site, le Guide-Annuaire est publié tous les deux ans sur papier. Le tirage de l’édition
2002 (4.000 exemplaires) est déjà épuisé. La prochaine, imprimée sur un papier plus léger
pour augmenter la pagination, devra avoir son double sur cédérom. La partie guide ayant été
constamment enrichie depuis la version d’origine (coordonnée par Gérard Deniaux aux temps
de l’ANFIAC), les pages d’annuaire incluant désormais les organigrammes raccourcis et les
coordonnées électroniques, ce produit représente pour les professionnels du spectacle un
équivalent de ce que fut le Bottin pour la bonne société parisienne : un instrument
d’orientation indispensable. Sachant que son succès inspire une concurrence commerciale et
que la toile fournit les mêmes données gratis, son amélioration doit pourtant rester une
préoccupation constante de la direction : par exemple les index réservent encore des
surprises, surtout dans le maniement des sigles.
Découlant des saisies effectuées pour la coédition du Guide de la diffusion théâtrale (Le
Scapin) avec THECIF, la base de données “Didascalies” recense les spectacles de théâtre, de
marionnette et de nouveau cirque (à l’exclusion des concerts et des spectacles de danse) à
partir des programmes de saison fournis par les structures (notamment celles qui portent un
label national). La dernière édition sur papier (1999-2000), tirée à plus de 3.000 exemplaires,
incorpore des descriptifs techniques des plateaux. Décisifs pour les progrès de la diffusion,
ces éléments varient vite : la constitution d’une base nationale reliée à « Didascalies »
s’impose donc avec le concours d’autres partenaires, en particulier l’ISTS, qui sait aussi
traiter les plans sur un mode informatique, le RMD (ou RMDTS), pour accéder aux réseaux
de salles municipales, si nécessaire avec le concours des experts de l’Union des scénographes
et de la revue Actualité de la scénographie (AS). C’est à ces conditions que le CNT remplira
correctement sa mission de service public d’information et de conseil face à des prestataires
privés comme les Editions du Millénaire qui prennent également des initiatives dans ce
domaine, avec des guides, des fiches techniques et des cédéroms.
D’autres guides maison ont prouvé leur utilité : celui qui recense les fonds vidéographiques
repérés en France gagnerait à quelques compléments, avec une présentation beaucoup plus
sobre et un système d’indexation renforcé. Cléo Jacques, recrutée fin 2004, doit s’atteler avec
ses collègues à la réalisation d’une base commune (consultable et actualisable en ligne) aux
148
différents organismes détenant des collections de vidéogrammes, tel le fonds Images de la
culture du CNC. Le CNT doit resserrer les liens avec les SCÉRÉN (ex-CNDP), l’ADAV, la
BNF, l’association Images en bibliothèque, le SUDOC et les BMVR, de façon à ce que les
enseignants, les étudiants et les lycéens obtiennent plus facilement les captations et les
documentaires dont ils ont besoin. Un banc de transfert numérique devrait permettre la
conversion des documents magnétiques trop fragiles. Il faudrait aussi le mettre librement à la
disposition des compagnies qui n’auraient pas trouvé un pareil service auprès d’un organisme
régional. Le film de théâtre intéresse en tous cas le CNT qui a convié plusieurs partenaires
(CNC, SCÉRÉN, ADAMI) au Théâtre de l’Athénée le 31 janvier 2005 pour discuter (en
présence du ministre) de sa production, de son exploitation commerciale, de sa consultation et
de sa diffusion gratuites. Puissent les bonnes résolutions issues de cette journée prendre place
dans le programme ministériel et dans les cahiers des charges des établissements. Egalement à
l’initiative du CNT, le festival « Scènes grand écran » a fixé sa première édition fin mars 2005
à Saint-Étienne, à la Cinémathèque, au CDN, au Musée de la mine et dans deux cinémas de la
ville. Le bilan public de cette manifestation décidera si elle doit être reconduite sur place.
L’ouvrage bibliographique coédité avec la BNF (DAS) pour servir de modèle à la
constitution de fonds sur les arts du spectacle dans les bibliothèques publiques et les centres
de documentation pédagogique vient à point nommé pour encourager ces dernières à combler
leurs manques. La DMDTS a suscité la coédition avec l’association Théâtrales (dorénavant
baptisée ANETH) d’un fascicule destiné aux amateurs : Choisir et jouer les textes
dramatiques. S’il n’est pas censé effectuer des sélections dans le répertoire, le CNT doit en
effet éclairer le public sur les ressources respectives des diverses structures dédiées aux
auteurs contemporains : ANETH, CNES, Théâtre Ouvert, CRIS, Association Beaumarchais,
Maison Antoine Vitez, EAT, Théâtre du Rond-Point. Il faut aussi qu’il serve de plaque
tournante à l’orientation des ceux qui désirent découvrir des pièces dans les bibliothèques.
Dans le prolongement de ce rapport, la confection et la mise à jour d’un petit guide (sur papier
et en ligne) des fonds d’art dramatique des bibliothèques publiques lui incomberait donc, de
préférence en rapport avec la BNF (DAS), la Société internationale des bibliothèques-musées
du spectacle (SIBMAS) et le Réseau européen des centres d’information sur le spectacle
vivant (RECISV-ENICPA). Le Guide de l’action théâtrale réalisé sous la responsabilité de
Danièle Naudin n’a pas connu de réactualisation depuis le départ de cette dernière. La carence
du CNT en ce domaine suscite des réponses – hélas encore trop partielles – de la part de
l’ANRAT, mais aussi de Cassandre – Horschamp. Enfin le théâtre pour les jeunes publics,
décidemment relégué au rang de parent pauvre de la politique publique dans le secteur, ne fait
pas l’objet d’un traitement en proportion de l’enjeu.
Le personnel réalise également des notices techniques sur différents sujets : fiches infos
(sécurité, contrats, intermittents), fiches métier, fiches formations. Le CNT tient également un
fichier sur les filières d’études théâtrales dans les universités – bien que ces dernières
omettent souvent de lui signaler les changements intervenant dans leurs cursus.
Sarah Martin, responsable de la communication et des éditions recrutée en janvier 2004,
doit veiller à la bonne articulation entre la publication, la diffusion gratuite et la mise en ligne
de ces ressources. Le nouveau Bulletin du CNT, La création en chiffres (n°1, janvier 2004) a
entièrement consacré sa première livraison à une présentation très (trop ?) aérée d’une
intéressante étude sur la place des auteurs vivants dans les programmes des théâtres publics en
France sur trois saisons (2000-2001 à 2002-2003), à partir des données de la base
« Didascalies ». Affichant contre toute attente un taux très élevé de contemporains dans les
programmations (53%) et les représentations (47%), celle-ci met en lumière la contribution
des scènes nationales et des théâtres missionnés à la découverte de nouvelles œuvres, plus
décisive en apparence que celle des centres dramatiques et des théâtres nationaux. La réalité
semblerait moins flatteuse si le recensement n’avait retenu que les dramaturges en vie, comme
149
Serge Valletti et Philippe Minyana, les mieux placés dans ce classement. En fait, la notion
d’auteur a été ici étendue à tous les signataires vivants d’œuvres protégées, à titre individuel
ou collectif (mais en dehors des adaptations). La présence au palmarès de Jérôme Deschamps
et Macha Makeïeff, de Fellag et de Michel Laubu (compagnie Turak, théâtre d’objets), des
Arts Sauts (compagnie de trapézistes) de Jérôme Thomas (jongleur), du Théâtre Dromesko
(poésie, chant, marionnettes, oiseaux), embellit sans doute le tableau. Cet application pratique
montre néanmoins la capacité du CNT à contribuer à travers ses bases à l’approche statistique
de la vie théâtrale, à condition d’adopter des indicateurs plus stricts et un calendrier plus
régulier.
Le site Internet (www.cnt.asso.fr) *** a connu un développement assez tardif si l’on
compare avec certains homologues (Cité de la musique, IRMA, HLM). La mise en page
inaugurée fin 2003, lisible bien que les rubriques permanentes grignotent tout le cadre de
l’écran, favorise une navigation vers les différentes catégories de données. Le progrès, déjà
très sensible par rapport à la première version, sera encore plus manifeste quand toutes les
notices et toutes les bases (y compris « Didascalies » y auront été versées en mode numérique
et non plus au format PDF. Cette conversion au tout numérique réclame une réforme des
procédures de saisie et de veille, de même qu’à l’IRMA ou à HLM. Ainsi les lieux de
production et de diffusion, susceptibles de modifier leurs programmes de saison à tout instant,
devraient être incitées par un mécanisme simple à adresser eux-mêmes les informations au
CNT en vue de leur mise en ligne. On attend encore la lettre électronique d’abonnement
gratuit qui fera écho à toutes les actualités du site, de la maison et du milieu.
Le CNT n’a pas la simple vocation de fonctionner comme une centrale de renseignements
pour les étudiants qui fréquentent sa bibliothèque, les amateurs qui consultent ses catalogues,
les journalistes qui l’interrogent sur le passé d’une structure. Son utilité concrète pour les
artistes, les interprètes et les administrateurs de compagnies dépend aussi de ses activités dans
le domaine du conseil. Les permanences délivrant des avis dans le domaine du droit, de la
gestion ou de la fiscalité ont fait sa réputation depuis qu’elles furent mises en place par
Christophe Blandin-Estournet, puis Vincent Gatel. Hortense Moisan, puis Véronique Bernex
leur ont succédé. Mais les besoins ont continué de croître sans que le CNT ne se renforce de
ce côté. Le service rendu aujourd’hui repose sur des compétences juridiques solides, mais sur
une expérience insuffisante du vécu des établissements et des compagnies. Il convient mieux
à des administrateurs peu chevronnés, à des porteurs de projets, à des jeunes en cours
d’insertion. Les témoignages des professionnels plus aguerris concordent : ils préfèrent en
général chercher les précisions dont ils ont besoin auprès du SYNDEAC (pour les questions
salariales), de la SACD (sur le droit d’auteur), de l’ONDA (à propos de la diffusion), ou
simplement d’un collègue en poste auprès d’une institution (en ce qui concerne la
production). Après tout, le CNT pourrait laisser les spécialistes s’entraider pour mieux assister
les débutants. Ce choix réclamerait alors une présence très visible sur le terrain, avec des
permanences dans les festivals d’été (lorsque le CNT reste fermé), des sessions d’information
communes plus fréquentes avec les autres centres de ressources, des rotations dans les
régions, une disponibilité quasiment constante par le biais du téléphone ou du courriel. Il
requiert surtout une production éditoriale suffisamment nourrie pour traiter les problèmes de
toutes natures qui se posent aux compagnies : connaissance des aides publiques, demande de
subventions, obtention de la licence, recherche de partenaires, prospection auprès de mécènes,
organisation des tournées, relations avec la presse, autorisation par les ayants droit,
déclaration des salariés, paiement des cotisations, calcul des défraiements, construction des
fiches de paie, sécurité des personnes et des biens, rédaction d’une fiche technique, traitement
des heures d’enseignement ou d’action culturelle, assujettissement aux impôts commerciaux,
exonérations, sectorisation, etc.
En fait le CNT devrait intervenir aux deux niveaux. Entre les prestations de formation
150
continue et le conseil hautement spécialisé, il y a en effet place pour un service d’assistance
gratuite aux compagnies. La preuve en est fournie, a contrario, par la réussite des agences et
des sociétés éditrices qui la proposent à titre onéreux. Le CNT répondra mieux à cette
demande s’il partage la charge avec les autres centres de ressources du spectacle vivant. Les
thèmes énoncés ci-dessus regardent aussi bien le CND, HLM et l’IRMA. Ils justifient des
coopérations ponctuelles ou suivies avec des organismes distincts comme l’ISTS ou le CFPTS
(pour les aspects techniques), l’ANPE, l’UNEDIC, l’AFDAS, la Caisse des Congés Spectacle
(sur le régime des intermittents), l’AFAA (pour les échanges internationaux) ou le SCÉRÉN
(à propos des interventions en milieu scolaire). Sur ce plan, la confection de produits
documentaires, l’organisation de rencontres régionales d’information et la tenue de
permanences sur site relèvent donc de la mutualisation entre les CR. Quant au conseil
individualisé, impliquant un degré de compétence élevé, il peut être apporté par un autre type
de réseau. La personne responsable du service au sein CNT devrait animer une sorte de club
d’experts appartenant à des structures de tailles et de missions diverses. Celui-ci se réunirait
deux ou trois fois par an pour faire le point sur l’état de la réglementation et l’évolution des
pratiques dans un domaine particulier, mais surtout resterait relié par une liste de distribution
électronique, afin de pouvoir répondre en temps réel à des demandes complexes.
Le conseil personnalisé touche aussi au choix des métiers, à la recherche d’une formation,
à la conduite d’une carrière. Les sollicitations en la matière représentent 3.000 appels ou
courriers par an. Remontant par le réseau d’information et de documentation Jeunesse (CIO et
CIDJ), le canal des centres locaux de documentation pédagogique (CLDP) de l’Education
nationale et des services commun d’information et d’orientation (SCIO) des universités, elles
émanent du grand public, des amateurs et de professionnels en devenir, mais aussi
d’interprètes tentés par une reconversion. Naïma Benkhelifa reçoit sur rendez-vous pour des
entretiens, orientant les acteurs en herbe (70% de la demande) vers une dizaine de cours
privés parisiens et une demi-douzaine de conservatoires d’arrondissement préparant
décemment au CNSAD, vers les classes de théâtre des écoles nationales de musique (ENM)
par exemple celles du Havre ou d’Orléans, et les départements d’art dramatique des
conservatoires nationaux de région (CNR), notamment à Bordeaux, Grenoble, Montpellier,
Poitiers, Rouen, dirigeant les futurs techniciens, régisseurs ou administrateurs vers le CFPTS,
les DESS universitaires (entre autres Paris VIII, Paris IX, Reims, Grenoble) ou le réseau des
agences régionales de soutien aux entreprises culturelles (AGECIF, ARSEC, CAGEC, etc).
Elle met à jour un catalogue de stages (quinzomadaire ou mensuel) et une brochure (annuelle)
proposant des ateliers. En revanche, contrairement à la Cité de la musique, le CNT n’édite pas
de guide des métiers, titre du reste inexistant dans le commerce : il serait aisé de réparer cette
lacune en se servant des fiches « métiers » et des autres données de la base à l’appui d’une
partie rédactionnelle. Le rôle du CNT en matière de placement demeure embryonnaire,
malgré un travail de sensibilisation auprès des personnels de l’ANPE et des agents et
directeurs de casting. Sortirait-il de son champ de compétences en avançant dans la
constitution d’une bourse aux emplois ? La réponse dépend de la méthode. Isolé dans cette
mission, le CNT se verrait assailli de requêtes qu’il satisferait très difficilement, même en
négligeant sa dimension nationale pour se borner à la région parisienne. Le cinéma et la
publicité étoufferaient bientôt sa spécificité : le théâtre. Il convient donc plutôt qu’il participe
à un effort redoublé du réseau des ANPE en offrant ses ressources et ses compétences pour
parvenir à une meilleure présentation des demandes d’emploi et une localisation plus efficace
des offres. D’autre part il doit se rapprocher des écoles et organes d’insertion comme le JTN
(en espérant qu’ils formeront ensemble une conférence permanente) pour apporter des
conseils d’ordre général aux professionnels désireux d’échapper aux pièges du marché du
travail.
Contrairement au CND qui coproduit des pièces, programme des spectacles, gère des
151
studios de répétition, accueille les compagnies de passage dans ses bureaux, le CNT n’est ni
financé, ni équipé pour assister matériellement les compagnies dans leurs projets artistiques.
Le théâtre, c’est vrai, ne manque pas d’institutions et de réseaux pour le faire. Si nécessaire –
ce qui est souvent le cas – la « Charte des missions de service public », les contrats d’objectifs
et les conventions permettent de rappeler leur devoir de partage et les lois de l’hospitalité aux
équipes disposant des outils de travail. Quoi qu’il en soit, la demande de locaux et de moyens
excède à ce point l’offre, surtout à Paris, qu’un CNT élargi ne parviendrait pas à la soulager.
Cela ne dispense pas le CNT, tel qu’il a été conçu, d’agir pour aider les compagnies à
conquérir des appuis et à trouver des abris, aussi bien parmi les établissements qu’auprès des
collectivités territoriales. Le ministère doit lui faciliter cette tâche. Le CNT peut leur signaler
aux DRAC des compagnies dans le besoin, à charge pour les services déconcentrés de lui
indiquer les partenaires susceptibles d’être sollicités. Par ailleurs il faut qu’il leur ménage un
(ou plusieurs) bureau(x) d’accueil et de travail administratif, correctement outillé, dans ses
nouveaux locaux, avec une priorité pour les compagnies venues de province ou de l’étranger.
Les fonctions patrimoniales du CNT méritent d’être mieux définies. Il n’a a l’évidence
aucune compétence en matière de conservation. Son bilan dans le domaine des expositions et
des publications savantes n’est guère convaincant. Son action doit plutôt consister à alerter en
permanence les administrations et les institutions dont c’est l’affaire : services d’archives
nationaux, départementaux et municipaux, musées et bibliothèques, théâtres, festivals et
écoles d’art dramatique. Un budget spécifique lui permettrait certes d’encourager tel
partenaire – la Maison Jean Vilar et la BNF en Avignon, la BNF toujours, l’EPPGHV ou un
musée national en Ile-de-France, ailleurs un musée d’histoire ou des beaux-arts, une grande
médiathèque ou un CDN, à entreprendre une exposition d’ampleur, puisqu’il s’en fait si peu
dans ce secteur. Nous estimons cependant que les manifestations réussies naissent dans
l’esprit de commissaires et de conservateurs dont c’est à la fois la passion et le métier. Le
CNT peut les accompagner, non les conduire. Il appartient à la DMDTS, en relation avec la
DMF, la DAPA et la DLL, de permettre que la France accueille plus souvent ce genre
d’initiative.
Cependant le CNT peut montrer la voie par des travaux correspondant mieux à sa nature. Il
a ainsi coordonné la première enquête d’ampleur sur les archives des théâtres, dont les
conclusions, bien qu’elles aient motivé la rédaction d’un texte ministériel, n’ont pas été
suivies avec l’obstination nécessaire par la DMDTS. Son rôle peut encore être décisif pour la
captation des spectacles, la sauvegarde des vidéogrammes existants, le recensement et la
numérisation des fonds. Les programmes d’ampleur auxquels ce rapport appelle en la matière
doivent bénéficier de sa participation, sinon de sa coordination.
De même il n’y a pas lieu d’encourager le CNT dans un programme de lectures ou de
mises en espace. Dépourvu de comité de lecture digne de ce nom, privé de crédits de
production, il concurrence bien mal en cette matière tant d’établissements dont la mission
première consiste à faire vivre, grandir ou rajeunir le répertoire. Il doit donc consacrer ses
énergies à mettre en valeur les initiatives des autres, par exemple en publiant sur la toile et en
affichant dans ses locaux un calendrier hebdomadaire des expositions et des publications, des
lectures et des rencontres, des séminaires et des colloques. Cette modestie n’est pas de rigueur
en revanche vis-à-vis du monde de la critique, des études et de la recherche. Il n’est pas
inutile, loin de là, que le CNT puisse s’impliquer dans l’organisation d’une rencontre
professionnelle ou d’une session savante, du moment qu’il favorise de la sorte la réflexion sur
une question délaissée ou l’échange entre des points de vue complémentaires. L’engagement
de partenaires – du Festival d’Avignon au CNSAD, du CNRS à la BNF, de l’IIM au CITI –
sera alors un gage de pertinence.
Enfin l’opinion portée sur les fonctions du CNT dans le secteur de la formation diffère de
celle qui touche à ses homologues d’autres disciplines. Contrairement à ce que l’on observe
152
dans la danse ou les musiques actuelles, les exigences de la formation continue des
comédiens, des techniciens et des administrateurs du théâtre sont largement prises en compte
par une série d’organismes, au premier rang desquels s’avance l’AFDAS. Cela ne signifie pas
que des améliorations de l’offre ne soient espérées, notamment en ce qui concerne la
reconversion des artistes désireux de quitter le plateau, ou des techniciens voulant passer de la
coulisse à la régie. Il serait sain que le CNT, comme d’autres, exerce à cet égard une
responsabilité de veille. N’est-il pas bien placé pour interpréter la demande, pour identifier les
besoins ? Il aura simplement garde de saisir les prestataires compétents au lieu de les satisfaire
lui-même.
En travaillant de la sorte, le CNT ferait ressortir aux yeux de tous la cohérence et la
transparence de ses missions, qui consistent avant tout à se tenir à l’affût de tous les besoins
du milieu théâtral qui peuvent être satisfaits par un effort d’information, de documentation et
de conseil.
Bibliothèque nationale de France - Département des arts du spectacle (BNF-DAS)
(Voir aussi BNF aux chapitres « Généralistes » et « Toutes les musiques »).
Fin 2004, le DAS a quitté l’Arsenal pour le site Richelieu où il n’a pas encore pris toutes
ses aises. Ce n’est sans doute pas le dernier épisode de l’histoire du célèbre fonds Rondel.
Polytechnicien et financier, Auguste Rondel (1858-1934) avait mis son esprit rationnel au
service de sa passion pour le spectacle. La collection qu’il offrit à l’Etat de son vivant, en
1920, ne connaissait pas de frontières temporelles, géographiques ou disciplinaires. Pour
embrasser tous les supports qui absorbent la mémoire de la représentation, de la photographie
à la recension de presse, de l’affiche au programme, du costume à l’enregistrement sonore, il
l’a dotée d’un catalogue raisonné. Sa rétroconversion n’a pas encore été achevée, mais il a été
transposé sur des microfiches dont les tirages peuvent être commercialisés à l’extérieur pour
en faciliter la consultation. Ce manuscrit fit les riches heures les lecteurs de la Bibliothèque de
l’Arsenal, où la Bibliothèque nationale installa en 1925 le généreux mécène avec son fonds,
noyau du Département des arts du spectacle créé en 1976. Fort d’environ trois millions de
documents et d’objets, celui-ci s’enrichit au rythme du dépôt légal, des acquisitions, des dons
et des dépôts. Jusqu’en décembre 2004, il a partagé le bâtiment de l’Arsenal avec la
bibliothèque littéraire fondée au XVIIIe siècle par le marquis de Paulmy, elle-même rattachée
à la Nationale en 1934 après un demi-siècle d’appartenance à la Ville de Paris, et qui dispose
de très nombreux ouvrages français antérieurs à 1880, y compris des pièces de théâtre et des
traités relatifs à cet art.
Le principal attrait de la collection Auguste Rondel, outre sa richesse, tient donc à ce
qu’elle associe autour d'un spectacle ou d'un thème des livres, des revues de presse, des
plaquettes, des programmes. Pluridisciplinaires, couvrant l’actualité musicale comme la
chronique théâtrale, quasi-exhaustive sur le spectacle français, elle embrasse un grand nombre
de scènes du monde, en remontant le plus loin possible dans le passé, jusqu’au milieu des
années 1930. Après la disparition du fondateur, elle s’est étoffée grâce à l’achat de fonds
constitués, du fait de dons et legs, d’ouvrages, de périodiques, de manuscrits ou de documents
iconographiques. L’ensemble traite aussi bien des fêtes religieuses et nationales que des
entrées royales et des spectacles de cour, l’architecture, la scénographie et la mise en scène,
l’histoire littéraire et la critique ; il couvre toute la variété des genres théâtraux, musicaux,
lyriques, la marionnette et la chanson, le cirque et le music hall, et même le cinéma.
Auguste Rondel a lui-même supervisé la réalisation d’un inventaire manuscrit de sa
collection, qui couvre 75 volumes (y compris l’introduction et l’index) reproduits à l’intention
des chercheurs en fac-similé ainsi que sur 470 microfiches, ces dernières étant
commercialisées par le Service de la reproduction de la BNF et par la société ChadwickHealey. Une partie des documents n’y sont pas recensés. Les manuscrits (pièces de théâtre,
153
correspondance) figurent dans des catalogues distincts, tandis que l'iconographie est encore en
cours de catalogage informatisé. Le supplément à la collection Rondel rassemble les
programmes et les revues de presse de spectacles qui sont en général postérieurs à 1935 et
antérieurs à 1955.
Fort de 500 fonds et de trois millions de documents, le Département des Arts du spectacle
conserve bien sûr beaucoup d’autres collections. Parmi les plus importantes, on doit citer : les
archives de grands théâtres parisiens au XIXe siècle (l'Odéon, le Palais – Royal, l'Ambigu, les
Variétés), les fonds de théoriciens et de metteurs en scène tels que André Antoine, Jacques
Copeau, les membres du Cartel (Louis Jouvet, Gaston Baty, Charles Dullin, Georges Pitoëff),
André Barsacq, Jacques Hébertot, Jean-Louis Barrault (sa bibliothèque étant, elle, conservée
sous son propre nom au Théâtre national de l’Odéon), Marcel Maréchal ou encore Peter
Brook ; les archives d’Edward Gordon Craig, dont la bibliothèque personnelle a justifié un
catalogue spécifique, reproduit sur 70 microfiches (diffusées selon les mêmes modalités que
le catalogue Rondel) ; enfin des fonds d’auteurs comme Marcel Achard ou Sacha Guitry, de
compagnies comme Art et Action ou le Living Theatre, de théâtres comme Chaillot (sous les
directions postérieures à Jean Vilar, de Georges Wilson, André - Louis Périnetti, Jack Lang,
Antoine Vitez), de festivals (notamment ceux du Théâtre des nations, d’Avignon et
d'Automne), de décorateurs (dont Christian Bérard, Lucien Coutaud, Marie-Hélène Dasté,
Sonia Delaunay, Georges Wakhevitch), de photographes – tel Roger Pic -, de mimes (Farina,
Etienne), de chorégraphes et de danseurs, de vedettes du music hall (y compris Yvette
Guilbert et Mistinguett), de cinéastes et de sociétés de production, dont les prestigieux fonds
Pathé et Gaumont. Une partie seulement des inventaires correspondants (seize en tout)
peuvent être consultés en salle de lecture. Les autres collections ne sont malheureusement pas
encore cataloguées sous une forme permettant la communication. Les documents, souvent
rares et fragiles, peuvent être communiqués par les conservateurs, après justification de la
demande lors d’un entretien, avec parfois un certain délai. Ces dispositions rebutent certains
chercheurs qui les estiment peu conformes à la réputation de modernisme de la BNF et à sa
mission de service public.
Le cloisonnement des collections et la disparité des catalogues caractérisent aussi le DAS
(www.bnf.fr/pages/zNavigat/frame/collections.htm). L’importance documentation qu’il met
au service des lecteurs souffre de discontinuité dans la chronologie. Les livres acquis avant
1935 relèvent de la collection Rondel. Ceux qui sont entrés de 1936 à 1964 sont recensés sur
les catalogues de la Bibliothèque de l'Arsenal. De 1965 à 1989, ils figurent sur trois
catalogues (auteurs, titres et matières), représentant 270 microfiches exploitées par la société
Chadwick-Healey. Seules les notices des livres acquis à partir de 1990 ont bénéficié d’un
traitement informatisé dans le catalogue BN-Opale Plus. Ce dernier mentionne également les
périodiques nés après 1990, c’est-à-dire une fraction seulement des 800 titres vivants, français
et étrangers, suivis par le Département. Les autres, des origines à 1989 (y compris ceux de la
collection Rondel) sont décrits sur un fichier manuel. Le dernier Catalogue des périodiques
en cours édité par la BNF remonte à 1980, une dizaine d’années avant l’entrée en service
d’Opale.
Les manuscrits conservés par le Département appartiennent à tous les genres : écrits
dramatiques, éléments préparatoires aux spectacles, correspondances, scénarios de films,
inventaires, pièces radiodiffusées à partir de 1930 et pièces télédiffusées à partir de 1960, ces
dramatiques faisant l’objet de catalogues séparés interrompus en 1982, copiés sur microfiches.
A la façon d'Auguste Rondel, les personnels ont réalisé, de la mort du fondateur jusqu'en
1977, 200.000 recueils factices d'articles de presse, rendant compte de spectacles ou de films,
abordant une personnalité ou d'un thème, recensés par un fichier manuel. La pratique ayant
cessé après cette date, les rares recueils postérieurs font partie des collections acquises. 400
000 programmes de spectacles, classés par lieux, compagnies ou festivals, puis par saison
154
théâtrale, composent un panorama impressionnant mais évidemment incomplet d’une
production annuelle atteignant la moyenne de 1.500 spectacles. Les fonds de documents
sonores, cinématographiques ou vidéographiques sont riches de 9.000 pièces environ.
Les illustrations antérieures à 1945 ont rejoint la section iconographique de la collection
Rondel : on y trouve des dessins, des gravures, des photographies, des « défaits de presse »,
classés systématiquement, par personnalités, théâtres ou genres. De 1945 à 1996, date à
laquelle a démarré le catalogage informatique des documents iconographiques dans la base
BN-Opaline, les inventaires sont restés manuels et fragmentés. Les photographies de
spectacles obtenues auprès des praticiens sont enrichies par les collections que la BNF a
constitué elle-même, notamment grâce au concours de l'agence Bernand. Les clichés sont
classés par auteurs et par spectacles. Il s’y ajoute environ 80.000 affiches de spectacles
remontant au XVIIIe siècle, dont beaucoup reproduites sur diapositives, près de 50.000
maquettes planes de décors et de costumes, toutes photographiées en noir et blanc ou en
couleurs. Opaline recense déjà quelques beaux ensembles : l’iconographie des théâtres
parisiens, la collection Jeanne Laurent, divers fonds spécifiques, ainsi que les programmes des
théâtre de Paris et d’Ile-de-France depuis la saison 1997-1998. Dans ce dernier cas, la notice
du spectacle renvoie à celles des documents qui s’y rapportent (affiche, maquette, article de
presse…). Enfin la collection comprend 4.000 costumes de scène, des tableaux, des
marionnettes, des objets divers.
Il ne faut pas croire que le DAS possède tous les livres ! Inventé par l’ordonnance royale
de Montpellier signée de François 1er en date du 28 décembre 1537, le dépôt approvisionne
en priorité le site Tolbiac, notamment lorsque l’éditeur n’a pas son siège à Paris. Ainsi les
pièces d’Actes Sud Papiers, publiées en Arles, et des Solitaires intempestifs, parues à
Besançon, se dirigent vers les BMVR de leurs régions respectives.
Les ouvrages et les périodiques sont systématiquement versés dans BN-Opale Plus,
catalogue informatisé de la BNF accessible en ligne qui a pris la suite de BN-Opale, lui-même
rôdé en 1990 pour l’ouverture de la nouvelle BNF sur le site de Tolbiac. Déjà fort (toutes
matières confondues) de plus de sept millions de notices d’imprimés et de 800.000 notices de
documents audiovisuels, Opale Plus va bientôt absorber le catalogue BN-Opaline, qui recense
peu à peu les documents d’une autre nature, tels que maquettes, photographies, brochures,
affiches, etc. Opaline recense entre autres 450.000 notices relevant de l’audiovisuel, 71.000
regardant le cinéma, 65.000 documents ayant trait à la musique et 37.000 aux arts du
spectacle. Ceux-ci pourront de la sorte être rapprochées des textes dramatiques et des articles
de revue à la faveur d’une interrogation sur le titre de l’œuvre, le nom de l’auteur ou d’un
interprète. D’Antigone à Zavatta, la richesse multiforme d’un spectacle ressortira enfin. Quels
que soient les reproches de lourdeur que s’attire déjà le système, il se prête à des usages plus
conviviaux sur Internet, bien que la BNF puisse encore faire des progrès dans la simplicité de
ses masques et la commodité de ses filtres. Des améliorations ont ainsi été apportées aux
interfaces d’Opale Plus en février 2004, surtout en faveur de la recherche simple et des
recherches spécifiques pour les documents audiovisuels. Des années entières de notices sur
papier demeurent cependant à l’écart du système, car leur rétroconversion avance trop
lentement. On se contentera d’évoquer ici le fameux fonds Jouvet, dont la saisie n’a pu
commencer qu’assez récemment grâce à des soins attentifs. Des pans entiers de la collection
restent donc sagement rangés dans les tiroirs et il faut parfois solliciter auprès des
conservateurs l’autorisation de feuilleter des inventaires de fonds iconographiques précieux.
Dans ces circonstances, comment ne pas songer à ce propos de Louis Jouvet, rappelé par
Catherine de Seynes-Bazaine, comédienne et militante de la mémoire théâtrale
(http://lechariotpourpre.ifrance.com) ? « Il s’agit du théâtre, du recueil de ses gestes, de ses
annales. Il s’agit de sa continuité et de son entretien. »
Le changement de tutelle intervenu en 1981 au détriment du ministère de l’Education
155
nationale et au bénéfice du ministère de la Culture n’a qu’en partie contribué au
rapprochement entre la grande bibliothèque et les établissements de production et de diffusion
qui constituent sa source de jouvence. Beaucoup de théâtres, de lieux de spectacles et
d’organisations professionnelles omettent encore la possibilité qui leur est offerte de léguer
ou de déposer au DAS les collections et les archives qui les encombrent sans pouvoir être
communiquées aux chercheurs. Outre les éditeurs, certains auteurs, quelques metteurs en
scène ou leurs héritiers se sentent plus honorés de figurer post mortem au catalogue de
l’IMEC, aux côtés d’Antoine Vitez. Par ailleurs les plus riches fonds audiovisuels se trouvent
plutôt au Département de l’audiovisuel de la BNF, dans le bâtiment François-Mitterrand,
notamment à l’Inathèque pour les documents postérieurs à 1995, quand ils ne sont pas
conservés sous la garde de l’INA dont on sait que les services sont fort onéreux pour les
chercheurs.
Les rares impasses de la collection n’empêchent nullement le DAS de s’affirmer de façon
incontestable comme l’institution majeure pour la conservation et la recherche en arts du
spectacle, sous la direction de Noëlle Guibert. En décembre 2004, son déménagement sur le
site Richelieu, siège de l’ancienne BN, s’il a arraché quelques soupirs aux conservateurs et
aux habitués, à juste titre attachés aux charmes lambrissés de la longue bâtisse de l’îlot SullyMorland, peut lui procurer l’occasion de devenir un point de ralliement pour la consultation
d’un public élargi. Ce sera sans doute le cas après les coûteux travaux de rénovation du
quadrilatère de 47.431 mètres carrés, que l’Etat ne saurait repousser plus longtemps, tant il
importe d’y restaurer les normes de sécurité. Cette opération interministérielle repose surtout
sur la contribution de la rue de Valois, dont les crédits d’équipement sont très sollicités. Le
gouvernement doit envisager la solution d’une dotation exceptionnelle, faute de quoi la
cohérence du grand pôle de documentation et de recherche en art, patiemment construit en
vingt ans d’études et d’arbitrages, d’initiatives et d’investissements, restera branlante.
Juste séparée de la BNF par la rue Vivienne, la Galerie Colbert accueille sur 16.000 mètres
carrés utiles l’Institut national d’histoire de l’art (INHA), les laboratoires qui lui sont associés
- dont l’Atelier de recherche sur l’intermédialité et les arts du spectacle (ARIAS), Unité mixte
de recherche (UMR) 7172, rattachée au CNRS, à l’Ecole normale supérieure (ENS) et à Paris
III, ainsi que les cycles de recherche en études théâtrales des universités Paris III et Paris X et l’Institut national du patrimoine (INP) et son Centre de ressources documentaires de 15.000
références. Elle a été toilettée, aménagée et inaugurée le 9 février 2005 par les trois ministres
de l’Education, de la Recherche et de la Culture. Le DAS profite déjà de ce voisinage. Quand
le chantier Richelieu aura été achevé, il trouvera place aux côtés d’autres départements riches
en images (Cartes et plans, Estampes et photographies, Manuscrits, Monnaies, médailles et
antiques, Musique) dans la grande salle Ovale, occupée pour l’heure par la Bibliothèque
Jacques-Doucet, fleuron de l’INHA. Les fonds seront répartis tout autour dans des réserves.
En attendant, le DAS loge à l’étroit au second étage, dans l’ancienne salle des livres rares.
Repeinte de frais, celle-ci ménage 26 places munies de prises pour ordinateurs portables, plus
trois postes de lecture sur microfiches et trois postes de consultation informatisée. Interdite au
public la mezzanine, qui montre une partie des fonds, porte quelques mannequins en costume
de théâtre. Les lecteurs ont l’accès libre à la totalité des catalogues, mais seulement à 2.500
usuels (rangés selon la classification Dewey) et à une trentaine de périodiques, ce qui paraît
très insuffisant au regard de la bibliothéconomie moderne : seuls les auteurs de langue
française figurent dans cet échantillon d’ouvrages de généralités (notamment sur les politiques
culturelles), de monographies sur le spectacle, les fêtes, le théâtre, le théâtre musical, la danse,
les marionnettes, le mime, le cirque, le music-hall et la chanson, mais aussi le cinéma, la radio
et la télévision!
Originale ou reproduite, l’image occupe une place éminente dans l’ensemble qui prend
forme peu à peu. Le DAS conserve ses illustrations dans plusieurs magasins du site. A terme,
156
la bibliothèque de l’INHA regroupera toutes ses composantes dans la belle Salle Labrouste,
pour valoriser un total de 1,3 millions de documents (dont 250.000 prévus en libre accès). Les
collections de la Société d’histoire du théâtre (SHT) sont hébergées quelques étages plus haut.
Les espaces d’exposition sont enfin à portée des visiteurs. Ce voisinage prête encore à des
escarmouches entre institutions qui, pour être nationales, ne s’en comportèrent pas moins
comme des rivales lorsqu’il s’est agi de partager des mètres carrés. Les lecteurs se féliciteront
au contraire d’une proximité qui leur permettra d’emprunter de multiples passerelles entre les
disciplines plastiques et les jeux de scène, entre les peintres et les décorateurs, les poètes et
leurs interprètes, l’histoire de l’art et ses prolongements vivants. Entre le quadrilatère
Richelieu et le carré Vivienne, ce sont trois galeries qui peuvent se prêter aux expositions des
divers départements de la BNF : la galerie Mazarine, la Crypte, la galerie de photographie. Le
DAS qui a déjà coutume d'y tenir l'affiche n’en retiendra que davantage ses lecteurs. Il serait
bon qu’il apporte son concours à l’Unité mixte de service (UMS) créée par l’INHA et le
CNRS pour produire et diffuser des images et développer l’édition numérique, mais qui n’a
pas encore des moyens à la hauteur de ses missions.
L’audience du bâtiment de l’Arsenal se partageait auparavant entre les usagers de la
bibliothèque littéraire et les lecteurs du DAS. Parmi ces derniers, beaucoup de chercheurs et
d’étudiants de IIIe cycle, des critiques et des documentalistes mais aussi des éditeurs en quête
d’originaux ou d’images, des metteurs en scène, des régisseurs, des scénographes et des
costumiers. Des visiteurs moins spécialisés mais tout aussi passionnés peuvent fréquenter les
expositions de qualité que le DAS réalise – en général sur des surfaces relativement modestes
- sur ses différents sites, y compris à la Maison Jean Vilar d’Avignon dont il entretient la
bibliothèque, et qui aboutissent à des catalogues très demandés. Mentionnions pour terminer
le rôle que le DAS joue dans la SIBMAS, dont il héberge le siège social.
Maison Jean Vilar (MJV)
Deux entités distinctes logent à l’enseigne de la MJV, l’association et la bibliothèque. Le
DAS possède une seule “antenne décentralisée”, mais elle est d’importance. La BNF s’est en
effet transportée en Avignon en 1979, pour ouvrir à l’Hôtel de Grammont, propriété de la
ville, en partenariat avec l’Association pour une fondation Jean Vilar, un complexe de salles
d’archives, de documentation et de lecture, d’espaces d’exposition et de rencontres. Pour la
BNF, il s’agit à vrai dire plutôt d’une forme de déconcentration ou de délocalisation, dans la
mesure où les quatre membres du personnel (sous la responsabilité de Marie-Claude Billard)
et les moyens matériels de la bibliothèque dépendent étroitement d’elle. Le public abonde en
juillet, durant le festival, mais il se montre timide le reste de l’année. Avec le septième des
effectifs du DAS, la bibliothèque de la MJV, déployée au second étage, traite moins de 7%
des documents communiqués. Elle pourrait sûrement mieux faire avec ses 25.000 titres
(pièces et essais confondus), sa centaine de périodiques, ses quelques 2.000 revues
documentaires, ses revues de presse, ses 5.000 clichés, etc., pour peu que les locaux soient
rafraîchis (dans les deux acceptions du terme), le chemin d’accès aux salles de lecture facilité,
les produits documentaires mieux connus, le fonds et l’animation mis en valeur par une
signalisation efficace, tant sur les programmes de manifestations que sur les sites Internet, de
la Maison du off à l’Office du tourisme.
Le programme de l’été a beau s’avérer chargé en spectacles, visites, réunions, et
rencontres, il reste toujours quelques heures durant lesquelles le festivalier ne sait où diriger
ses pas. La Maison Jean Vilar lui offre l’opportunité de nombreuses activités gratuites.
Moyennant un ticket d’exposition à 3 €, elle lui propose en outre de découvrir le passé et les
coulisses du Festival. C’est un lieu d’échanges où les étiquettes ordinaires n’ont pas cours :
spectateur débutant ou chevronné, praticien amateur ou professionnel, étudiant ou critique,
auteur ou lecteur, habitué du « in » ou du « off », il y en a pour toutes les amoureux du
157
théâtre, à condition qu’ils en soient avertis.
Propriété communale d’une surface totale de 3.000 mètres carrés, l’Hôtel de Grammont est
également le siège de l’Association Jean Vilar (AJV), que Paul Puaux, successeur de Vilar à
la tête du Festival, fonda et anima jusqu’à son décès. L’association est liée au DAS et à la
Ville par une convention tripartite, conclue sous les auspices de l’Etat. C’est aujourd’hui
Roland Monnot qui la préside. La cour de l’hôtel accueille les festivaliers en quête de
fraîcheur (car la buvette reste ouverte à l’heure de la sieste), de livres (car un deuxième point
de vente de la librairie du Festival s’y tient sur des tables), de rencontres programmées ou
impromptues (car une tribune devant quelques bancs attend les orateurs). Sur les 20.000
visiteurs enregistrés, combien s’attardent à visionner les documentaires ou l’une des 1.100
vidéos, combien montent consulter les livres de la bibliothèque ? Une minorité, certes. Mais
les débats sont animés et les expositions bien fréquentées. Les salles du rez-de-chaussée et du
premier étage abritent des projections, des expositions temporaires, des bureaux, et les
collections du fonds Jean Vilar, recelant les archives personnelles du maître, sur lesquelles
Melly Puaux a longtemps veillé avec un soin tout particulier. Les réserves du sous-sol
contiennent 1.500 costumes et maquettes du TNP, pourpoints du Prince de Hombourg,
manteaux de roi peints à même la toile par Léon Gischia. Parmi la centaine d’expositions de
toutes dimensions réalisées depuis 1979 en puisant dans les collections de l’association et du
DAS, plusieurs ont permis de retracer l’histoire du Festival et l’œuvre de son inventeur. Des
catalogues, des livres sont issus de ce travail auquel le personnel des deux entités s’est voué
avec des moyens souvent restreints.
La mémoire d’Avignon tient en grande partie dans ces murs. Il lui faut plus d’espace,
davantage de visibilité, des garanties renforcées pour l’avenir. En 2003, la MJV traversait des
incertitudes, sans doutes moins graves que celles affrontées par les artistes et les techniciens
du spectacle, mais dont elle ne pouvait sortir qu’au prix d’un effort d’élaboration et de
programmation, prélude à des restructurations.
La nomination de Jacques Téphany en tant que directeur délégué de l’association Jean
Vilar, effective depuis le 1er janvier 2004, clarifie enfin la situation. Parmi ses projets, la
rénovation des locaux, la valorisation des fonds Vilar, une exposition sur la dernière période
du Festival d’Avignon, l’établissement de liens plus étroits avec le Festival, le CNES et
l’ISTS répondent à la confiance renouvelée des tutelles. La relance des Cahiers de la MJV
sous une nouvelle maquette sous une nouvelle formule, l’ouverture du site
(www.maisonjeanvilar.org) **, avec des aperçus des activités, des expositions, des
collections, du fonds Vilar, une bibliographie sur le grand homme et, bien sûr, un lien
privilégié vers le site de la BNF et le catalogue Opaline, augurent bien de ce renouveau. Melly
Puaux a fait valoir ses droits à la retraite. Les moyens correspondant à son ancien poste
pourraient être mis par la mairie à la disposition de l’association. Celle-ci devra peaufiner son
projet pour aborder dans les meilleures conditions la révision de la convention l’attachant à la
BNF, qui arrive à échéance en 2007. Au cœur des missions de la Maison, il faut sans plus
attendre inscrire deux priorités : une meilleure synergie entre la bibliothèque et l’association,
d’abord ; en second lieu des partenariats plus intenses et plus réguliers entre la MJV et les
autres pôles avignonnais, Festival, CNES, Avignon Public Off, ISTS.
La mairie apporterait un appui décisif à ce projet, visant à faire de la MJV à la fois un pôle
permanent de connaissance sur le théâtre et un pivot de la coopération entre le Festival et ses
partenaires, en finançant sans barguigner les travaux de rénovation, de sécurité et
d’équipement qu’appellent un établissement appelé à recevoir des milliers de visiteurs. Elle
lui donnerait aussi une surface supérieure, à tous points de vue, en concédant aussi souvent
que possible à l’association – en tout cas pour toute la durée du mois de juillet ! – la
jouissance des salles et des bureaux donnant sur le jardin de Mons, ainsi que de cet espace
vert, havre de paix dans le tourbillon du festival, propice aux lectures et aux rencontres, aux
158
échanges entre artistes et spectateurs, entre professionnels du spectacle et gardiens de sa
mémoire.
Bibliothèque nationale de France – Bibliothèque de l’Arsenal
Depuis janvier 2005, les usagers du DAS ne disent plus je vais à l’Arsenal” mais “je me
rends à Richelieu”. Pourtant certains gardent d’excellentes raisons de fréquenter le bâtiment
de la rue Sully, ne serait-ce que pour assister aux “Lundis de l’Arsenal”, soirées ponctuées de
lectures et de concerts. Offrant 48 places, des postes de lecture sur microfilms et de
consultation sur ordinateur, avec 7.000 volumes classés en usuels, l’édifice conserve une
importante partie des collections littéraires de la BNF, mais aussi de ses fonds musicaux et
théâtraux, dont ni le DM ni le DAS n’ont pu obtenir la garde. Des raisons d’histoire et de
patrimoine, liées au souci de conserver dans son ensemble l’héritage du marquis de Paulmy,
augmenté de confiscations révolutionnaires, expliquent ce partage qui ne simplifie pas le
travail des chercheurs. Ils peuvent se faire une première idée des richesses demeurant à
l’Arsenal sur un écran du site de la BNF (www.bnf.fr/pages/collections/coll_ars.htm). Le
fonds Georges Douay, légué en 1919, témoignant de la vie théâtrale parisienne du XVIe à la
fin du XIXe siècle, en fait partie. La musique du XVIIIe siècle prenait beaucoup de place dans
les collections de Paulmy, qui comprend aussi des partitions médiévales : un catalogue
manuscrit de 1942 et un catalogue imprimé de 1936 décrivent ces documents parmi lesquels
se trouvent de nombreux autographes.
Bibliothèque Gaston-Baty
La Bibliothèque Gaston-Baty dépend directement de l’Institut d’études théâtrales (IET) de
l’Université Paris III -Sorbonne nouvelle, fondé à l’initiative de Jacques Schérer dès 1959. Le
dévouement des bibliothécaires à ces matières est la première marque d’une institution à
laquelle Colette Schérer a consacré beaucoup d’années. La vétusté des locaux et des
équipements en est malheureusement la plus visible.
Pour les étudiants qui s’y pressent, venant des filières d‘études théâtrales de Paris III, Paris
VIII et Paris X, mais aussi des autres universités françaises et parfois de l’étranger, ses
collections suffisent largement à un premier stade de documentation et de recherche, en art
dramatique et autres arts du spectacle (marionnettes, arts de la rue, cirque), ainsi qu’en
cinéma. Si la musique n’est pas leur point fort, en dehors de l’opéra, elles recèlent quelques
atouts, notamment un fonds conséquent sur le théâtre francophone. Elles rassemblent près de
35.000 ouvrages, presque un millier de thèses, le double ou le triple de mémoires de maîtrise
et de DEA, et pas loin d’une centaine d’abonnements en cours à des périodiques, dont le
dépouillement a malheureusement été interrompu.
. Un local contigu permet de visionner les cassettes vidéos dont les notices ont été conçues
et saisies avec des méthodes toutes personnelles par un technicien passionné de théâtre.
Malgré le manque de place et de moyens dont les universitaires ont perdu l’habitude de
s’étonner, quelques postes permettent aussi de consulter les bases bibliographiques du
SUDOC, d’accéder à Internet, de lire un cédérom, d’écouter une cassette audio ou un CD. Ce
bilan n’est pas négligeable. Mais en tant que principal établissement universitaire spécialisé,
la Bibliothèque Gaston-Baty soutient difficilement la comparaison avec les sections de théâtre
et de cinéma des grandes bibliothèques de campus d’Angleterre, d’Allemagne ou des EtatsUnis. Ses crédits d’acquisition sont notoirement insuffisants pour faire face à une production
en constante diversification. Ses outils informatiques souffrent de faiblesse. Surtout le retard
accumulé en termes de catalogage électronique nécessiterait l’octroi d’une enveloppe
exceptionnelle.
Seul le catalogue des imprimés a été saisi sur informatique, ce qui a permis de le verser au
SUDOC. En revanche les données de la Baty ne communiquent pas avec celle de la BU ! Les
159
autres fichiers (thèses et mémoires en théâtre et cinéma, iconographie) accusent l’usure du
papier, l’âge des notices, le manque de personnel et l’hétérogénéité des pratiques.
Comme dans tout établissement universitaire, on y permet la photocopie et l’emprunt, on y
pratique le prêt entre bibliothèques, on répond aux requêtes par téléphone ou courriel.
Cependant les lecteurs se plaignent souvent de l’indisponibilité d’un titre usuel, dont les trop
rares exemplaires sont déjà entre les mains d’un(e) camarade. La longue fermeture de l’été
académique (de la mi juillet à la fin août) les laisse aussi démunis.
Société d’histoire du théâtre (SHT)
Les historiens du théâtre racontent eux-mêmes l’origine de leur Société. « En 1932, un
petit groupe de professeurs, d'érudits, de bibliophiles, de collectionneurs et d'hommes de
théâtre s'associèrent, sous la présidence d'Auguste Rondel, pour mettre en commun leurs
recherches et leurs travaux. » Léon Chancerel était du nombre, Jacques Copeau aussi. Jusqu’à
la guerre et même durant celle-ci, l’association édita son Bulletin trimestriel sous la
responsabilité du secrétaire général Max Fuchs, ainsi qu’une série d'ouvrages (épuisés pour la
plupart).
La Société est repartie de plus belle en 1945, avec la participation effective de Louis Jouvet
et l’aide de la Direction générale des arts et de lettres du ministère de l’Education nationale,
de sa Direction des bibliothèques, ainsi que de l’AFAA et du CNRS, peu avant que la Revue
d’histoire du théâtre ne la fasse connaître dans le monde de la documentation, de la
conservation, de la critique et de la recherche théâtrales à partir de 1948. A raison de quatre
numéros - ou trois dont un double - par an, celle-ci préparait son n° 225 pour le début 2005.
Documents originaux et témoignages de praticiens, travaux critiques et études
historiographiques ont ainsi nourri l’activité de la Société aussi bien que les colonnes de sa
publication. La bibliothèque fut aussitôt constituée et peu à peu enrichie par des dons et
achats, auxquels les fondateurs ont largement contribué.
Léon Chancerel en assurait alors la direction. Plus tard, le secrétariat général de la SHT
incomba longtemps à Rose-Marie Moudouès, détachée à ce poste par le CNRS. N’ayant pas
été remplacée lors de sa retraite, elle s’est résolue de l’assumer à titre bénévole, sous la
présidence de Paul-Louis Mignon. Deux chercheuses les assistent, Maryline Romain pour
l’administration et Constance Sillet pour le secrétariat. Louis Jouvet appelait dès 1948 les
professionnels, les spécialistes, les collectionneurs et même les « simples spectateurs qui ont
la curiosité et l'amour du théâtre » à fournir leur concours afin que la mémoire de l’art
dramatique serve ses projets et conforte son imaginaire – il n’en légua pas moins son fonds à
la BNF, faute d’espace pour le déposer à la SHT, qui n’a conservé que quelques lettres et son
masque mortuaire… Les bonnes volontés sont en effet requises pour assurer les missions de
rédaction et de documentation.
Outre les legs des fondateurs, dont le fonds Chancerel et le fonds Fuchs, la bibliothèque a
reçu le don de Sylvia Monfort. Dans le présent et l’avenir elle ne saurait ni ne voudrait
disputer à la BNF la garde d’autres dépôts, par manque de place et de moyens pour les
valoriser. Elle détient en plus des stocks de la Revue d’histoire du théâtre une belle collection
de périodiques (au complet pour la plupart), dont beaucoup de titres étrangers qui lui sont
servis en échange du sien, qui fait référence. Les aspects artistiques prédominent sur les
questions d’administration, pour lesquelles les responsables renvoient les demandeurs vers le
CNT. Pour raccorder l’histoire à l’actualité, elle archive en grande quantité des coupures de
presse, des programmes, des affiches et des tracts, et elle confectionne des dossiers
thématiques. Ces fragiles supports ne font malheureusement pas l’objet d’une forme de
sauvegarde. Une photocopieuse fonctionne cependant sur place, sans les restrictions de
rigueur au DAS. En guise de catalogue général, la SHT maintient tant bien que mal son
ancien fichier alphabétique sur papier-carton, le plus commode y dit-on pour croiser diverses
160
sources. Ni thésaurus ni cotes : le classement est effectué au fur et à mesure par genres,
auteurs, thèmes et aires géographiques, et il a fallu le reconstituer entièrement après le
déménagement par les services de la BNF.
En dehors d’une subvention de la DMDTS, d’une aide de la SACD (pour une étude sur le
répertoire des jeunes compagnies), des ventes d’ouvrages et abonnements à la revue et des
cotisations de ses membres, l’association ne recevait en 2003 que 2.700 € de la direction du
CNRS, qui a choisi de concentrer sur le LARAS, puis sur l’ARIAS, Unité mixte de recherche
(UMR) qui en a pris la suite, le peu de crédits qu’elle accorde aux recherches sur les arts de la
scène. Le conseil d’administration de la société offre pourtant toutes garanties sur le plan
scientifique. On y relève entre autre les noms des universitaires Robert Abirached, Pierre
Frantz, Martine de Rougemont et Colette Schérer, mais aussi de la comédienne Catherine de
Seynes-Bazaine et de l’auteur de la savoureuse et instructive Histoire du théâtre en bande
dessinée, André Degaine. La directrice du DAS, Noëlle Guibert, y assure en personne la
présence de la BNF. Cette institution est non seulement une partenaire et une voisine, mais
aussi la logeuse de la Société qui lui verse, en guise de loyer, une simple participation aux
frais d’entretien du bâtiment.
Après avoir résidé boulevard Kellermann (Paris 13e) dans des locaux étroits et vétustes de
1945 à 2001, la SHT a en effet emménagé dans un étage du 58, rue de Richelieu, abri plus
spacieux et confortable qu’elle risque de nouveau de quitter vers 2006 ou 2007, chassée par
les travaux de rénovation qui préluderont au redéploiement des collections des départements
de la BNF affectés à ce site. Aucune condition d’âge, de diplôme ou d’inscription n’est
exigée, mais l’accès dépend de la disponibilité des agents d’accueil du site, à qui il arrive
d‘éconduire des lecteurs incertains de leur fait ou de leur droit. Il en passe tout de même un
peu plus de 150 par an, qui reviennent souvent plusieurs fois, la plupart ayant au moins le
niveau de la licence. Les demandes bibliographiques parvenant par téléphone ou courrier sont
traitées aussi vite que possible. S’il se confirme, ce départ ne représentera pas une perte
irrémédiable pour le complexe formé par le quadrilatère Richelieu et la galerie Colbert, dans
la mesure où les ressources additionnées de la BNF, de l’INHA et de l’ARIAS pourvoiront
largement aux besoins des chercheurs (voir au chapitre « Généralistes », BNF et INHA).
Relativement rares – mais d’autant plus précieuses – sont les références de la SHT qui ne
figurent pas dans les collections du DAS ou de la Bibliothèque-musée de la ComédieFrançaise. A condition toutefois que les notices de la première soient aisément accessibles à
distance aux lecteurs du second, la séparation pourrait s’effectuer sans drame. En ce cas, il
importerait cependant de chercher à l’association un point de chute digne de ses richesses,
sans attendre la veille de l’échéance.
Il est clair que les instances de la SHT considéreraient avec intérêt et même soulagement
une proposition de la Ville de Paris (pour la création d’une nouvelle bibliothèque spécialisée
comme elle en possède pour la musique) ou bien du CNT (dans le cadre d’un regroupement
géographique devenu improbable à court terme depuis son déménagement dans le 17e
arrondissement). En ce qui concerne la documentation sur l’art dramatique, il est difficile de
nier que le reste de la France pâtit d’une cruelle inégalité de traitement par rapport à Paris et
Avignon. Afin de rester fidèle au message des Copeau, Chancerel et Jouvet, la SHT réclame
pour ses livres, ses périodiques et ses dossiers le double voisinage d’une université dotée d’un
département d’arts du spectacle et d’un centre dramatique conséquent, et si possible la
proximité d’une école de théâtre démunie de bibliothèque. La capitale étant servie, en Ile-deFrance seules les communes de Saint-Denis et de Nanterre offrent une telle combinaison avec
leurs universités respectives. A défaut d’une proposition municipale ou intercommunale que
l’Etat, la région et le département élu approuveraient sans tergiverser, il faudrait élargir
l’appel d’offre à des chefs-lieux de région, en espérant qu’un point de vue d’intérêt général
présidera au choix final plutôt que la logique du « mieux-disant ». En tout état de cause,
161
l’association défendra son identité. Ses fonds sont inséparables d’un travail d ‘édition et d’une
mission d’assistance à la recherche. Il faudrait faire prévaloir ce principe si d’aventure la SHT
ne parvenait pas à remédier au vieillissement de ses cadres et à la persistance de ses
problèmes financiers. Elle a dû accepter de signer un contrat de dévolution à terme de ses
collections à la BNF en compensation des loyers non acquittés. Si un tel versement devait se
produire, le DAS en profiterait pour combler quelques trous dans les siennes, tout en avalant
une grande quantité de doublons. Or ce département manque moins d’ouvrages que de
volume pour les déployer et accueillir ses visiteurs, et de moyens pour dépouiller ses propres
fonds. Cette solution aurait peut-être un sens sous l’angle de la conservation, mais elle en
aurait bien peu au regard de la diffusion des savoirs et de l’essor de la lecture publique. Il faut
donc la récuser.
En attendant de meilleures perspectives, la coopération avec les autres lieux de mémoire et
de connaissance pourraient être développés si le travail quotidien d’indexation et
d’accompagnement des chercheurs n’accaparait pas les membres de la Société. Les relations
doivent notamment se renforcer avec le DAS, l’UMR de la galerie Colbert et la Bibliothèque
Gaston-Baty.
La réalisation d’une plaquette d’information était programmée en 2004. Sa diffusion dans
les écoles de théâtre, les universités et les centres de ressources Le site de l’association,
composé gratuitement par un membre, reflète la sobriété de ses moyens humains et financiers
(www.sht.asso.fr/sht.htm) *. Il permet de consulter les sommaires des numéros de la revue
depuis 1999. ni les fichiers manuels, dont une partie reste manuscrite ne sauraient bien sûr
monter en ligne tant que le leur informatisation n’aura pas été réalisée grâce à une aide
spécifique. Compte tenu de la richesse des fonds, on voit mal comment et surtout pourquoi le
ministère, la BNF et le CNRS refuseraient d’y contribuer de conserve. Par mesure de sécurité,
le travail de microfilmage et de rétroconversion devrait être entrepris avant tout
déménagement.
La SHT a pris part à la fondation de la Fédération internationale pour la recherche théâtrale
(FIRT, voir en fin de chapitre) et de l'Institut international pour la recherche théâtrale de
Venise.
Atelier de recherche sur l’intermédialité et les arts du spectacle (ARIAS, ex-LARAS) (voir
avec les Universités au chapitre “Partenaires”)
Depuis le 1er janvier 2005, une fusion entre le Laboratoire des arts du spectacle (LARAS)
et le Laboratoire Intermédias (Intermédialité et transferts culturels dans le monde anglophone,
XIXe-XXIe siècles) a abouti à la formation d’une Unité mixte de recherche (UMR) avec le
CNRS, Paris III et l’ENS, sous la direction de Jean-Loup Bourget, professeur d’études
cinématographiques à l’Ecole normale supérieure (ENS) de la rue d’Ulm.. La nouvelle entité
a été accueillie à la galerie Colbert dans le cadre de l’Institut national d’histoire de l’art
(INHA). La bibliothèque du LARAS l’a suivi sur place. Son accès est difficile pour les
chercheurs extérieurs, le manque de place se faisant sentir tant pour les classements que pour
la consultation. A défaut d’un catalogue informatisé, un nouveau site Internet, encore en
préparation en avril 2005, permettra de suivre les activités de l’UMR (www.arias.cnrs.fr).
Fédération internationale pour la recherche théâtrale (FIRT-IFTR)
La FIRT rassemble des institutions et des laboratoires de tous pays, ainsi que des
chercheurs de différents grades universitaires, de l’étudiant au professeur. Son secrétariat
général est tenu conjointement à l’Ecole supérieure de théâtre de l’Université du Québec à
Montréal (UQAM) pour les francophones et à l’Université de Lancaster (Royaume-Uni) pour
les anglophones.Elle organise des colloques et une conférence annuelle. Ses nombreux
groupes de travail et son forum de jeunes chercheurs permettent à ses membres de faire
162
circuler leurs articles et d’échanger des références et des analyses sur des auteurs importants
tels Tchekhov ou Beckett ou des thèmes variés comme la scénographie ou les performances
politiques. Elle décerne un prix annuel pour des auteurs de travaux originaux âgés de moins
de 35 ans. Elle publie en anglais la revue trimestrielle Theatre International Research (TRI,
Cambridge University Press), dont les sommaires sont consultables en ligne - seules les
institutions abonnées ayant accès au contenu intégral - sur le site des Presses de Cambridge
(http://journals.cambridge.org) **. Très dynamique, le site bilingue de la FIRT annonce le
calendrier des activités, permet de rejoindre un groupe de travail et de communiquer avec les
équipes de recherche (www.firt-iftr.org) **. Le LARAS (fondu depuis lors dans l’ARIAS), le
CNT, la SIBMAS et l’ITI figurent – entre autres – dans son carnet de signets brièvement
décrits. Des outils supplémentaires sont promis pour bientôt. Le répertoire des adhérents n’est
en revanche accessible qu’à eux-mêmes, ce qui manque d’attrait pour les autres…
Bibliothèque-musée de la Comédie-Française
Séparée de la salle Richelieu par les jardins du Palais-Royal, la bibliothèque-musée (BM) a
une histoire presque aussi longue que celle du Théâtre-Français, fondé en 1680. Le comédien
H.L. Lekain (mort en 1778) l’a rêvée, sa Société l’a réalisée sous Louis-Philippe. Sans rupture
ni lacune – fût-ce pour fait de guerre ou de révolution - elle conserve toutes les traces de la vie
de la maison à laquelle elle appartient, la plus vieille institution de théâtre qui se soit
perpétuée au monde. De droit privé, la Société des comédiens français a subsisté à l’abri
d’une structure sous tutelle de l’Etat qui prit en 1990 la forme d’un établissement public à
caractère industriel et commercial (EPIC), sans renoncer à ses règles originales pour autant.
La BM retrace son parcours à travers des documents de toutes natures : d’abord le Livre de la
Société depuis 1680, avec ses annotations, les incidents de parcours, les grands événements
du pays , ensuite ses rôles et ses registres, 35.000 ouvrages, 250 périodiques (dont quarante en
cours), 4.000 manuscrits, les imprimés des pièces de son répertoire, les esquisses et 12.000
maquettes des costumiers et scénographes (plus 300 maquettes en volume) ; enfin des
éléments de décor et des costumes, des livres, des effets, des tableaux ayant appartenu aux
comédiens ou aux auteurs (356 peintures), à commencer par la figure tutélaire de Molière, des
archives et des photographies. Les fonds anciens comptent aussi des livrets et 1.770 partitions
(surtout pour la musique de scène), des lettres autographes, 3.300 estampes, des dessins et 268
sculptures, dont beaucoup de bustes. Une partie des objets est stockée aux ateliers du
Français, en région parisienne.
Les collections comprennent en outre plus de 60.000 photographies, 4.300 affiches, des
dossiers au nom des comédiens et des collaborateurs de plateau, des dossiers de presse et des
programmes, des documents administratifs sur les réformes de l’entreprise et son
fonctionnement interne, des captations de spectacles, des enregistrements de lectures ou de
pièces radiodiffusées. La Comédie-Française est cependant loin de posséder toutes les
cassettes des émissions produites avec son concours. Il s’agirait que les futurs contrats soient
rédigés de façon à prévoir systématiquement le dépôt d’une copie en libre consultation.
L’ensemble de la collection mérite d’ailleurs d’être convertie sur DVD pour garantir sa bonne
conservation. Les sociétaires ont sans cesse enrichi la bibliothèque de legs et de dons. Ils lui
ont consenti un budget d’achat auquel le ministère contribue bien sûr à travers la subvention
globale versée à l’établissement public. Elle occupe un local de 370 mètres carrés environ sur
trois niveaux, loué à la Banque de France.
Les recherches en histoire du théâtre ou sur le répertoire français pouvant être effectuées
dans des établissements disposant de locaux plus spacieux et d’agents d’accueil plus
nombreux, la petite équipe de sept salariés animée par le conservateur-archiviste Joël
Huthwohl réserve ses soins aux personnels et partenaires de la Comédie-Française, ainsi
qu’aux personnes consacrant leurs travaux à l’histoire de l’établissement, de la troupe, des
163
corps de métier qui l’entourent, avec quelques exceptions pour des études de portée plus
générale, notamment sur le théâtre parisien au XVIIe et XVIIIe siècles. Le public de la
bibliothèque est donc composé aux deux tiers de chercheurs, dont une forte proportion
d’étrangers. Celui du musée est plus étendu, plus hétérogène aussi dans la mesure où les
visites du Français et les « parcours Molière » sont organisés sous sa responsabilité : la
découverte des objets conservés complète alors celle des bâtiments, des plateaux, des
coulisses et des ateliers.
Faute de place, les 10.000 pièces de costumes ne peuvent être en majorité conservées – et
encore moins montrées – sur le site du Palais-Royal. Certaines demeurent cependant à
disposition pour animer la fonction muséale, illustrer des expositions, servir de référence
technique aux ateliers. Les autres doivent en principe grossir les collections du Centre du
costume de scène de Moulins, à condition que celui-ci s’avère capable de les faire vivre en
rapport avec l’histoire des acteurs qui les ont portés et des œuvres qu’ils ont colorées, et non
seulement à les protéger des mites et des champignons. L’établissement en prête volontiers à
des expositions extérieures, comme celle que la Maison Victor Hugo a consacré au
dramaturge en 2002, ou celle par laquelle le Musée d’art et d’histoire du judaïsme a célébré la
grande tragédienne Rachel en 2004.
Du reste la bibliothèque-musée sera amenée à suivre l’évolution du théâtre dont les
administrateurs, suivant l’exemple d’Edouard Bourdet sous le Front populaire, tendent
toujours plus à inviter des metteurs en scène venant d’autres horizons esthétiques et
géographiques. Cette orientation, accentuée encore par Marcel Bozonnet, doit faire de cette
institution de répertoire l’une des rares en Europe à pouvoir garder la mémoire de maîtres de
la direction d’acteurs et de la scénographie tels qu’Antoine Vitez, Jacques Lassalle ou André
Engel (du côté des Français), Matthias Langhoff, Piotr Fomenko, Anatoli Vassiliev ou Robert
Wilson, pour ce qui est des étrangers. Ses collections méritent donc autant d’être connues
pour notre siècle que pour celui de Louis XIV. Elles nourrissent des thèses et des articles
savants, mais aussi des chroniques dans le Journal de la Comédie-Française, paraissant tous
les deux mois et demi, qui a pris le relais des Cahiers, trimestriel dont Jean-Loup Rivière
assuma longtemps la rédaction en chef.
L’arrivée de J. Huthwohl, conservateur formé au DAS de la BNF, a marqué un moment
d’ouverture. Quelques spécialistes, notamment parmi ceux qui s’intéressent au théâtre sous
l’Occupation, peuvent témoigner de la patience dont il fallait faire preuve auparavant pour
accéder à certains documents délicats. Il reste encore à faciliter la consultation par des usagers
résidant dans des contrées souvent lointaines. La fermeture d’été dure un mois et demi, de
début août à la mi-septembre. A l’heure actuelle, les visiteurs n’ont accès qu’au traditionnel
fichier manuel, sur papier. Le catalogue bibliographique, couvrant environ 50.000 références,
doit être transféré sur un nouveau logiciel informatique par un sous-traitant, pour permettre sa
mise en ligne en 2005 ou 2006 sur le site (www.comedie-francaise.fr) *. Celui-ci, encore
limité à un rôle de vitrine, pourrait contribuer davantage au rayonnement de la prestigieuse
institution en offrant un accès à une base de données qui recenserait les pièces du répertoire,
avec les dates de représentation, les mises en scène successives, éventuellement les
distributions respectives. Il serait envisageable de faire de même avec les spectacles hors
répertoire du Vieux-Colombier et du Studio-Théâtre, les deux autres salles du Français. Pour
les œuvres libres de droit qui en composent la plus grande partie, il serait même possible de
livrer les textes (en mode numérique), ou du moins des liens vers d’autres banques les
proposant, telle Gallica.
La diversité des collections se prêterait aussi bien à la réalisation d’un cédérom
pédagogique, matrice d’une animation en ligne. Ces innovations, ces investissements
dépendent toutefois du renforcement des missions pédagogiques de la Comédie-Française, qui
ne paraissent pas encore proportionnées à l’importance historique ni la l’éminence artistique,
164
ni à l’ambition nationale de l’établissement, malgré une expérience de partenariat suivi avec
l’Ecole des lettres, relevant du ministère de l’Education nationale.
Celui-ci doit aussi assumer une fonction de premier plan dans la promotion des auteurs
contemporains, en ajoutant de nouvelles pièces à son répertoire contemporain. Le comité de
lecture, qui a récemment accueilli l’écrivain Gao Xinjiang parmi ses membres en décide
souverainement. Un bureau des lecteurs, formé d’acteurs et de personnalités extérieures
l’alimente de suggestions, en parcourant les sélections des éditeurs. Il serait utile qu’il traite
aussi le catalogue d’ANETH, les choix du CNES. Les œuvres d’aujourd’hui ne devraient pas
attendre la consécration des auteurs à l’étranger ou leur décès pour être admises sous les ors
de la salle Richelieu.
Bibliothèque Jean-Louis Barrault - Théâtre national de l’Odéon (TNO)
La bibliothèque de l’Odéon s’est assemblée autour des fonds personnels de Jean-Louis
Barrault et de Madeleine Renaud, riches de 4.000 ouvrages (dont près d’un millier dédicacés),
après leur acquisition en juin 1995, à la mort de la comédienne. Elle ouvrit l’année même, en
octobre, dans un espace confiné mais plein de charme, sous la charpente du théâtre, afin
d’offrir aux lecteurs de la maison comme à ses visiteurs, un ensemble de 6.000 ouvrages
environ, en comptant les revues et les programmes, plus des photographies, des
enregistrements sonores (160) et audiovisuels (270), ainsi que les programmes des théâtres
européens avec lesquelles le théâtre national est associé. Les thèmes touchent à l’histoire de
l’art dramatique et de la mise ne scène, la vie et les techniques du théâtre en Europe, les
auteurs et leurs œuvres, souvent en langue originale.
Dans le prolongement, le service de documentation fondé en 1993 conserve les archives de
l’établissement depuis sa conversion en Théâtre de l’Europe sous la direction de Giorgio
Strehler, en 1983. Elle rassemble également les documents ayant trait aux programmes des
établissements associés dans le cadre de l’Union des théâtres d’Europe (UTE). Aussi
regrettable que cette situation paraisse, les vicissitudes de l’institution, qui fut tantôt une
simple dépendance de la Comédie-Française et parfois un théâtre doté d’une direction
autonome, ont compromis l’unité de son patrimoine : les archives historiques, de la veille de
la Révolution française à 1970, terme du mandat de Jean-Louis Barrault à la tête du Théâtre
de France, ont été versées aux Archives nationales (série n° 55 AJ), à l’exception de quelques
fragments de correspondance achetés par la bibliothèque qui porte désormais le nom de ce
dernier. Les documents relatifs à la période intermédiaire se trouvent à la BNF-DAS. Si la
bibliothèque-musée de la Comédie-Française pourrait faire valoir son intérêt pour des séries
qui se rattachent au passé de la société, il y a peu de chances que l’Odéon puisse un jour
rassembler les traces du sien, ne serait-ce que pour des raisons de place.
En travaux depuis 2002 pour une durée équivalente à trois saisons – et un budget
d’investissement global de 30 millions d’euros -, le bâtiment historique de l’Odéon, bâti en
1782, rouvrira ses portes à l’automne 2005. En octobre 2003, l’architecte en chef des
monuments historiques (Alain-Charles Parot) et l’Etablissement de maîtrise d’ouvrage des
travaux culturels (EMOTC) n’avaient pas encore précisé à la bibliothécaire (Juliette Caron)
les conditions exactes dans lesquelles la bibliothèque et la documentation réintégreront les
combles. Après le désamiantage de la structure et de la coupole, la dépose du plafond de la
salle a en effet été programmée pour fixer un plancher capable de supporter les installations
techniques du théâtre, un dispositif de climatisation, mais aussi et le mobilier de la
bibliothèque, vraisemblablement sur une surface réduite et sous une hauteur diminuée d’un
mètre. En attendant de déménager de nouveau, les livres et les documents dorment donc dans
des cartons. Le personnel s’efforce de répondre à la demande depuis ses locaux provisoires,
aux ateliers du 8, boulevard Berthier (Paris 17e), où l’établissement public a transporté son
siège et son plateau. En fait, sur une décision du ministre annoncée en mai 2005, cet
165
équipement restera acquis au TNO pour satisfaire le vœu de son directeur Georges Lavaudant,
qui réclamait une seconde salle depuis sa nomination.
Le catalogue informatisé de la bibliothèque est consultable avec l’aide d’un moteur de
recherche multicritères, sur une base TAURUS hébergée sur le site du ministère, au sein de la
base Malraux. Un lien est proposé depuis le site très convivial de l’Odéon (www.theatreodeon.fr), qui offre aussi, outre les services de réservation et d’abonnement, une visite guidée
du bâtiment, une présentation de son personnel, un récapitulatif de la programmation récente,
un historique (de 1782 à nos jours), des biographies (de Abram à Wilson), un aperçu des
publications du théâtre – la collection Les Cahiers de l’Odéon, dirigée par Jean-Christophe
Bailly, a édité quatre titres de 1997 à 2003 –, des entretiens.
Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP)
La BHVP a connu trois résidences depuis sa création en 1871 sur les instances de Victor
Cousin. Finalement installée à l’Hôtel de Lamoignon, rue Pavée (Paris 4e), en 1969, elle
héberge depuis cette date l’Association de la régie théâtrale (ART) dont le fond comprend
environ 2.000 ouvrages, mais fort peu de périodiques (cinq titres suivis). Sa richesse réside
surtout dans une collection de programmes de spectacles dramatiques et lyriques remontant à
1880, d’affichettes (depuis 1950), de dossiers de presse sur les théâtres de la capitale et de sa
région, de photographies de plateau et de studio, de maquettes de scénographies et de décors,
complétée par des vidéocassettes de pièces de théâtre (depuis 1974, en consultation
restreinte). Un millier de spectacles dramatiques et autant de lyriques s’y trouvent documentés
de multiples façons. L’accès à la bibliothèque se fait gratuitement, sur rendez-vous
(www.paris.fr/fr/culture/les_bibliotheques) *.
Centre national du costume de scène de Moulins
La coïncidence entre deux demandes n’aboutit pas toujours à une solution d’évidence.
C’est la morale qu’on pourrait tirer avant que la création du Centre national du costume de
scène de Moulins ne parvienne à son terme, encore difficile à situer dans le temps. La
municipalité de la préfecture de l’Allier souhaitait reconvertir à des fins culturelles le quartier
Villars, caserne de la fin XVIIIe, classée monument historique et délaissée par la Défense
nationale (www.ville-moulins.fr/fr/costume) *. La Comédie-Française, l’Opéra de Paris et la
BNF à travers son Département de la musique (DM) et son Département des arts du spectacle
(DAS) cherchaient des magasins sûrs, secs et vastes pour entreposer les costumes qui
s’accumulaient dans leurs réserves au fur et à mesure que le répertoire s’étoffait, si l’on peut
dire…Un ministre a conforté le vœu du maire, un entrepreneur de nettoyage à prêté son
concours, les trois institutions ont accepté de collaborer. Voici en peu de lignes comment
naquit un projet dénué d’une véritable ambition muséographique, qui – bien avant d’aboutir suscita la critique des experts extérieurs et souleva le scepticisme de ses propres promoteurs.
La premier acte découlait d’une décision du Comité interministériel d'aménagement du
territoire (CIAT) en date du 20 septembre 1994 En 1996, Pierre-André Périssol, maire de
Moulins, signa une convention avec le ministre de la Culture Philippe Douste-Blazy. Les
costumes devaient être sélectionnés parmi les collections des trois institutions. Il en était
attendu 5.000 de l’Opéra, 2.000 de la Comédie-Française et 3.000 du DAS. Le programme
d’aménagement, confié à l’architecte Jean-Michel Wilmotte, envisageait la rénovation de
6.000 mètres carrés pour accueillir environ 10.000 costumes dans des conditions optimales de
conservation, les montrer, les expliquer et les mettre en perspective grâce à une équipe de
vingt-six membres. L’inauguration des huit salles d’exposition, ainsi que d'un centre de
documentation et d’une école spécialisée dans les métiers de la conservation et de la création
de costumes, fut fixée à 2001. Ces délais n’ont pas été tenus par les directions du ministère
(DMDTS, DMF, DLL, DAG) impliquées dans la mission qui assure depuis 1998 le pilotage
166
des opérations, dont la maîtrise d'ouvrage a été confiée à la DRAC d’Auvergne avec une
enveloppe de près de 20 millions d’euros, dont les trois quarts à la charge de l’Etat. L'équipe
de préfiguration, réunissant autour d'un chef de projet un conservateur du patrimoine, un
chargé de mission et un chargé d'étude documentaire a prolongé ses travaux en tablant sur des
objectifs plus raisonnables : 3.300 mètres carrés de surface utile, dont 1.700 de réserves, 800
pour les expositions, 300 pour le centre de restauration et autant pour la documentation, plus
un auditorium et des bureaux. Deux expositions annuelles, dont la muséographie doit inclure
des éléments de décor, des écrans et des interfaces informatiques, sont prévues. Le projet
d'école a cédé place à un programme plus modeste d’animations et d’actions pédagogiques.
Enfin la documentation, au service de ces dernières mais aussi de la recherche, doit comporter
une « tissuthèque » et une « banque de patrons », outre un fonds d’ouvrages et de périodiques
sur les arts de la scène et les techniques du costume. L’ouverture a été reculée au second
semestre 2004, dans le cadre de l’Année de la Chine, puis encore repoussée en 2005. Trois
points d’importance restent à éclaircir. D’abord, quels publics seront invités à découvrir le
centre au delà des limites de la région ? Ensuite, quels aperçus leur seront proposés de
l’histoire et de l’évolution du costume de scène en dehors des trois grandes institutions
représentées, dont la vocation patrimoniale ne saurait assimiler toutes les tendances de la
création ? Enfin quels occasions leurs seront offertes à Moulins et dans les environs pour
apprécier la contribution des costumiers à la réussite d’un spectacle ? En dehors des touristes
et des visiteurs locaux, l’établissement attirera sans doute les élèves des diverses filières de
formation au métier de costumier, à condition que des moyens de travail et d’étude leurs
soient réservés sur place.
En attendant une heureuse conclusion du dossier, les costumes du Français demeurent
sous la surveillance de la Société des Comédiens-Français. Ceux de l’Opéra restent sous la
garde de la Bibliothèque-musée (BMO), qui dépend du DM de la BNF. 6.000 pièces détenues
par le DAS se trouvent dans les chambres climatisées du site François-Mitterrand, où les
chercheurs ne peuvent les voir qu’avec une autorisation expresse et sur rendez-vous. Les
ensembles détenus à la Maison Jean Vilar d’Avignon sont en général la propriété de
l’Association dédiée à la mémoire du fondateur du Festival et du TNP. Les occasions de les
exposer aux regards sont assez rares.
Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC)
L’idée de Pascal Fouché et d’Olivier Corpet a fait son chemin. De sa création à Paris en
1989 à l’inauguration de sa nouvelle implantation à l’Abbaye d’Ardenne (Calvados) le 13
février 2004 en présence du premier ministre, l’IMEC a étendu son territoire de collecte
d’archives, du monde des éditeurs germanopratins à l’univers d’un grand nombre d’auteurs et
même d’acteurs de la vie publique. Il suffit de consulter la liste des fonds récemment déposés
auprès de cette association désormais subventionnée conjointement par le ministère de la
Culture (DRAC de Basse-Normandie) et le conseil régional de Basse-Normandie pour
comprendre ce que l’IMEC vient faire dans une étude sur les centres de ressources du
spectacle vivant : on y relève les noms de Maria Casarès, Françoise Giroud, Jack Lang,
Michel Vinaver, de même que la mention de l’Académie expérimentale des théâtres (AET),
fondée, dirigée et dissoute par Michèle Kokossowski entre 1990 et 2001.
Cette dernière a livré, avec la précieuse mémoire des rencontres, des stages et des
expériences réalisées à l’AET avec la contribution d’intervenants du calibre de Tadeusz
Kantor, de Jerzy Grotowski, de Bob Wilson, de Heiner Müller, d’Anatoli Vassiliev, de Valère
Novarina ou de Jacques Lassalle, dont le CNDP a acquis une partie des droits à l’instigation
du ministre de l’Education nationale, sa bibliothèque personnelle et ses archives qui
remontent au Festival de Nancy.
Fernando Arrabal, Denis Bablet, Susan Buirge, Jean Duvignaud, Yannis Kokkos, Jacques
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Rigaud, Jo Tréhard : des témoins essentiels de la vie théâtrale et chorégraphique, des
protagonistes la politique culturelle ont donc désiré que leurs papiers personnels rejoignent un
jour, dans les rayonnages de l’IMEC les papiers de Jean Genet, les lettres de Roger Blin, la
correspondance de Roland Barthes, les cahiers d’Antoine Vitez, les carnets de Pierre Guyotat,
les manuscrits de Kateb Yacine ou de Georges Schéhadé, les archives de Patrice Chéreau. Un
voisinage aussi flatteur avait de quoi les attirer. Et pour ceux qui n’ont pas pris de dispositions
de leur vivant, leurs ayants droit ou leurs exécuteurs testamentaires ont opéré le choix. Ils
l’ont fait au détriment des Archives nationales, de la BNF, du Comité d’histoire du ministère
de la Culture, de la Bibliothèque Gaston-Baty, de la Bibliothèque Béatrix-Dussane, voire du
CNT ou du CND qui auraient sans doute apprécié de compléter leurs collections en servant de
virtuel Panthéon à ces personnages fameux. Les responsables de ces institutions publiques se
plaignent parfois du dynamisme de l’IMEC. Ont-ils assez considéré les motivations des
déposants pour mériter leurs faveurs ? Les exemples si nombreux de fonds ignorés par l’Etat
qui ont filé à l’étranger en vente publique, tout particulièrement vers les fondations et les
universités américaines (telle celle d’Austin, au Texas, où nichent par exemple tant de textes
de Georges Bataille), ne leur semblent-ils-ils pas plus alarmants ? Du reste l’IMEC ne devient
pas propriétaire des fonds : sons statut associatif l’exclut pour le moment. Il lui faudra
l’adapter à l’avenir pour être en capacité d’accueillir des dons et des legs, sous peine de voir
certains héritiers retirer un jour telle collection pour l’aliéner.
Le directeur - Olivier Corpet - et son équipe se sont en effet montrés entreprenants. Ils ont
su d’abord cherché auprès des éditeurs ou des rédactions de revues les fonds prestigieux que
n’avaient guère sollicités les grands établissements. Les noms d’écrivains ainsi réunis agirent
ensuite comme un aimant sur des auteurs dont la réputation politique, sociale, et souvent
artistique – en dehors du champ littéraire - éclipse un succès d’édition moins évident. Ces
efforts auraient été vains si l’IMEC n’avait pas résolu en même temps de mettre en valeur les
pièces recueillies. L’inventaire (récapitulé dans le Répertoire des collections, qui ne saurait
s’y substituer) a été mené à bon rythme, la saisie informatique l’a accompagné tant bien que
mal, la mise en ligne des fichiers devra suivre. Bien que la consultation soit onéreuse (23 €
par an), la délivrance des autorisations et les délais de communication ont suffit à attirer des
lecteurs - étudiants, chercheurs, auteurs ou éditeurs, dont près de 40% viennent de l’étranger.
Une activité constante d’exposition en participation ou en coproduction, des publications
attrayantes dans plusieurs collections (“Inventaires”, “Pièces d’archives”, “In Octavo”,
“L’édition contemporaine”, “Bibliothèques”, “Empreintes”, “Ent’revues”), des prêts dirigés
vers des bibliothèques ou des musées capables d’offrir la réciprocité ont séduit la critique et
l’université. Il restait à trouver de la place pour entreposer les mètres linéaires de cartons que
son ambition valait à l’association. La préférence s’est arrêté sur l’Abbaye d’Ardenne,
rachetée et rénovée par la région bas-normande, avec le concours du ministère de la Culture et
la complicité d’élus territoriaux moins encombrés de propositions que ceux d’Ile-de-France.
L’IMEC y a établi dès 1998 un centre culturel de rencontre (voir ACCR au chapitre
« Partenaires »). L’Institut garde son siège parisien de la rue Bleue, mais il a transporté dans
le Calvados ses collections sur vingt kilomètres de rayonnage, installé là une bibliothèque,
aménagé des salles d’expositions et des locaux de séminaires, préparé des logis de résidence
(pour des chercheurs mais aussi, de temps à autre, pour des compagnies de théâtre), ouvert
une librairie et un café. Spectacles et manifestations culturelles composent depuis 2005 le
programme des « Soirées d’Ardenne ». Il restera à vérifier que le site Internet (www.imecarchives.com) **, sous-titré “Une mémoire vivante du livre, de l’édition et de la création”
tienne ses promesses en procédant à des extensions soumises à des actualisations plus
régulières. L’Institut n’envisage pas de sauvegarder la totalité de ses fonds sur support
informatique, mais de procéder plutôt à la numérisation de corpus documentaires cohérents, à
l’occasion d’une exposition, dans le cadre d’une publication ou sur la base d’un accord avec
168
une autre institution. L’interrogation sur les auteurs permet pour l’heure d’avoir connaissance
des catégories de documents détenus par l’Institut et des références de la petite bibliothèque
d’étude constituée autour de chacun d’eux, sans accès aux catalogues proprement dits. Le
catalogue des éditions de l’IMEC et une galerie de portraits photographiques complètent le
tableau.
Ces activités variées reposent en 2003 sur un budget de 2,9 millions d’euros dont le
ministère de la Culture fournit un peu plus de la majorité (1,5 millions) et le conseil régional
une substantielle minorité (1,2 millions). Depuis l’organisation en commun de rencontres
autour de Bertolt Brecht (« De la fascination à la controverse ») à l’automne 1998, l’IMEC
compte le Centre Georges Pompidou et la Bibliothèque publique d’information (BPI) parmi
ses partenaires fidèles. Après l’exposition sur Roland Barthes en 2003, une manifestation
mettra en valeur l’œuvre et les archives de Samuel Beckett. Signée en 2004, une convention
encadre la coopération des deux établissements en matière de numérisation et d’édition en
ligne.
Aujourd’hui, pour le déposant, laisser ses écrits et ses dossiers à l’IMEC équivaut déjà à se
munir d’un statut d’auteur à part entière pour la postérité. Demain, pour le visiteur, se rendre à
Saint-Germain-la-Blanche-Herbe signifiera peut-être s’assurer des conditions les plus
confortables. Les institutions à qui l’IMEC fait cette concurrence loyale, bien qu’elles
s’estiment à raison plus compétentes dans le domaine du théâtre et des spectacles, ne pourront
toujours en offrir de semblables. Il leur revient donc de faire la différence en proposant aux
uns et aux autres une activité d’expositions et de publication au moins aussi soutenue, des
liens plus nombreux et plus pertinents vers les ouvrages, les images et les cartons de leurs
fonds, une meilleure accessibilité dans la consultation en salle comme en ligne, un catalogage
plus rapide, moins de réticences dans les prêts.
b) Ecriture théâtrale
L’amateur sincère qui veut se faire une idée de la variété des écritures dramatiques
contemporaines en France a l’embarras du choix pour entamer son parcours de découverte.
Sans compter les éditeurs et les libraires spécialisés, six ou sept structures distinctes, dont les
missions se recoupent sans concorder exactement et dont les responsables se concertent sans
toujours s’accorder, lui proposent en aval leurs répertoires d’auteurs, leurs sélections de titres,
et, selon les cas, leurs textes à lire en bibliothèque, à emprunter à domicile, à recevoir par la
poste, à télécharger à distance, à entendre de la bouche d’un comédien ou à découvrir dans
une « mise en espace ». Presque tous tentent d’établir un lien entre le stade de l’écrit et la
phase orale. Plusieurs d’entre eux interviennent d’abord en amont, pour favoriser l’écriture
grâce à une bourse ou une résidence. Un organisme dispense un service analogue pour des
traductions de pièces étrangères. Si elle n’est pas exceptionnelle dans le monde des arts, une
telle dispersion reflète la diversité des personnalités engagées dans la défense du texte au
présent et le manque de coordination générale entre elles, bien plus que la pluralité des
esthétiques. Elle étonne d’autant plus que la cause des auteurs vivants suscite - depuis peu des appels à la mobilisation parmi les gens de théâtre et des manifestations de bonne volonté
publique du côté du ministère. Celui-ci enregistre plus qu’il ne l’encadre la multiplicité des
structures vouées au rajeunissement du répertoire. La majorité d’entre elles dépendant de ses
subsides, il paraît pourtant le mieux placer pour les inciter à fédérer leurs efforts et à
rechercher des synergies, sans nécessairement renoncer à leurs stratégies singulières.
Il faut tolérer un certain degré de simplification pour résumer le rôle de chaque structure
dans la chaîne qui lie l’élaboration d’une pièce à sa représentation. Cette spécificité détermine
les rapports de complémentarité ou de concurrence qu’elle entretient avec les autres. Soutenue
ou non, publiée ou non, toute pièce nouvelle peut être déposée par son signataire auprès de la
169
Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) ou bien auprès d’une autre société
de perception et de répartition de droits (SPRD), par exemple la Société des gens de lettres
(SGDL). Tout auteur justifiant au moins d’une œuvre publiée à compte d’éditeur et de trois
pièces jouées dans des conditions professionnelles peut adhérer aux Ecrivains associés du
théâtre (EAT), organisation qui se bat pour une reconnaissance accrue des dramaturges
d’aujourd’hui. A travers la DMDTS et le Centre national du livre (CNL), le ministère de la
Culture accorde des bourses à certains écrivains, des aides à leurs éditeurs et des subventions
à la création dramatique, lorsqu’il existe un projet de porter leurs textes à la scène. Adossée à
la SACD, l’association Beaumarchais agit de même, suivant ses propres critères. Le Centre
national des écritures du spectacle (CNES) héberge à la Chartreuse de Villeneuve-lèsAvignon certains des auteurs sélectionnés pour des résidences de travail au cours desquelles
ils n’ont d’autre obligation que de poursuivre leur œuvre. Les manuscrits achevés par ces
résidents, mais aussi ceux qui émanent d’autres auteurs, sont susceptibles d’être retenus au
catalogue de l’association Aux Nouvelles Ecritures théâtrales (ANETH), qui les fait lire et
circuler par des amateurs, des enseignants et des professionnels. Une partie de cette
production dramatique est retenue par des maisons d’édition comme Théâtrales, Actes Sud,
L’Arche ou encore L’Avant-Scène, et entame une carrière en librairie. Le Centre dramatique
national (CDN) Théâtre Ouvert édite quelques pièces dans sa collection « Tapuscrits » et les
fait mettre en espace dans sa salle parisienne. Depuis 2003, la nouvelle direction du Théâtre
du Rond-Point, également situé à Paris, consacre tout son programme à la présentation de
pièces d’auteurs vivants. De son côté, à Montpellier, la Maison Antoine Vitez (MAV)
accueille et encourage les traducteurs qui désirent introduire en France des auteurs étrangers.
Entr’Actes, autre association liée à la SACD, offre une vitrine aux éditeurs de langue
française en informant le milieu théâtral de leurs parutions récentes. Son action est relayée à
l’extérieur du pays par le Bureau du livre français à l’étranger, un service de la Direction du
livre et de la lecture (DLL) au sein du ministère. L’Association française d’action artistique
(AFAA) contribue elle aussi à cette promotion à travers des opérations telles que « Etant
donné » aux Etats-Unis (mise sur pied après la dissolution de l’Ubu Repertory Theater de
Françoise Kourilsky), « Tintas Frescas » en Amérique latine, ou encore « Encres fraîches » en
Afrique francophone. On peut aussi mentionner la Convention théâtrale européenne (CTE)
qui distingue quelques pièces de chaque pays membre (quatre pour la France) tous les deux
ans, pour les présenter dans un même volume (Théâtre en Europe : Les pièces, CTE,
Bruxelles, 2005 ; voir CTE au chapitre « Partenaires »).
La plupart de ces partenaires se retrouvent de temps à autre au sein du Collectif de
réflexion sur les auteurs contemporains (CRAC), animé par la responsable d’Entr’Actes. Le
Centre international pour les ressources de la scène (CRIS), qui n’est pas convié à ce club,
recense depuis son siège de Besançon les mises en scène de pièces contemporaines, françaises
ou étrangères, programmées dans le théâtre public au cours de la saison. La plupart de ces
organismes procèdent à des lectures plus ou moins régulières dans l’espoir de susciter l’intérêt
d’une équipe artistique, comme le font aussi des CDN, des scènes nationales, des festivals,
France-Culture ou encore le Centre national du théâtre (CNT), lui aussi tenu à l’écart du
CRAC. Enfin la DMDTS veille tant bien que mal au respect des obligations de production
d’œuvres contemporaines inscrites dans les conventions des scènes publiques et les cahiers
des charges des centres dramatiques, conformément à la Charte des missions de service public
pour les établissements du spectacle vivant.
Le but poursuivi par toutes celles et tous ceux qui ne se veulent résoudre à faire du théâtre
français un musée du répertoire peut se résumer en quelques mots : il s’agit d’aviver la
curiosité et le goût du risque chez les metteurs en scène et les acteurs, afin qu’à l’image de
leurs aînés André Antoine, Jacques Copeau, Roger Blin et même Gérard Philipe, ils se
mettent au service des poètes de ce monde-ci, dont la pensée demeurerait sinon couchée sur le
170
papier, au fond d’un tiroir. Pour y contribuer les moyens doivent être aussi variés que les
émetteurs et les destinataires : la collection de titres édités, le fonds de manuscrits brochés, la
mise en voix d’un texte, sa mise en espace, sa livraison à un lecteur privilégié. Les pouvoirs
publics peuvent se féliciter de cette diversité d’approches, du moment que deux fonctions
d’intérêt général sont correctement assurées.
La première consiste à nourrir les bibliothèques publiques des nouvelles parutions : d’une
part, c’est le moyen le plus simple et le moins coûteux d’ouvrir le chemin du lecteur anonyme
(avant qu’il ne se révèle un praticien hardi) vers l’auteur méconnu, d’autre part (coup double
!) une excellente façon de soutenir l’éditeur dans son travail de défrichage. La seconde
implique de tenir à jour et de mettre en ligne un répertoire exhaustif du théâtre français des
XXe et XXIe siècles, comprenant les pièces publiées, jouées, aidées ou commandées ; dans
ses propres ramifications ou bien par son réseau de renvois vers d’autres catalogues, celui-ci
doit à terme être susceptible d’indiquer les coordonnées des ayants droit, le cas échéant les
dates et les lieux de représentations (ce qui consentira d’identifier ensuite le metteur en scène,
voire la distribution), ainsi que les traductions autorisées, disponibles en bibliothèque ou sur
le marché.
Si ces conditions sont remplies, les directeurs des théâtres publics, mais aussi les artistes en
compagnie et les animateurs des troupes d’amateurs perdront la moitié de leur alibi s’ils
continuent d’ignorer les textes de leur époque. L’activité des structures dédiées au
rapprochement des auteurs et des acteurs en sera grandement facilitée. Leur concurrence dans
la quête de crédits tournera à la saine émulation. Pour les réaliser, il importe de consolider
leurs acquis, de remédier à leurs lacunes, mais surtout mieux répartir les rôles entre elles. Cela
ne se fera pas sans l’impulsion et les indications de l’administration. Une réunion de ces
partenaires était prévue le 15 juillet 2003 à la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon sous la
conduite de la DMDTS. L’annulation du Festival l’avait reportée sine die. Il importe de la
convoquer régulièrement sur un ordre du jour précis et de la prolonger par un travail en
commission sur les questions de documentation, afin d’aboutir d’une part à un plan pour la
présence du texte dramatique dans les bibliothèques, d’autre part à un schéma national pour le
répertoire des auteurs, des pièces et des traductions.
SACD - Bibliothèque, Entr’Actes, CRAC, Association Beaumarchais
Quand une société d’auteur se targue d’être la première dans l’histoire de la propriété
intellectuelle et d’avoir été fondée par Beaumarchais, il est certain qu’elle doit entretenir avec
le monde du spectacle un rapport de fidélité. Comme son nom l’indique, la SACD regroupe
les dramaturges, leurs héritiers directs et leurs ayant droits. Elle accueille aussi des librettistes
et des chansonniers, des scénaristes de cinéma et de télévision, des auteurs d’œuvres
multimédia et des collectifs signataires d’un travail en collaboration. Elle enregistre
également les projets de chorégraphes, les synopsis de circassiens, les schémas d’artiste de la
rue. Tous ces affiliés peuvent par ailleurs avoir déposé des œuvres dans d’autres sociétés. De
même que la Société des gens de lettres (SGDL) compte parmi ses affiliés des polygraphes
qui lui confient leurs œuvres de théâtre avec leurs romans et leurs traités, la SACD défend
aussi les intérêts de romanciers et d’essayistes. Sa particularité dans le paysage des sociétés de
protection et de répartition de droits (SPRD) n’en est pas moins, plus encore que la Société
des auteurs et compositeurs de musique (SACEM) à laquelle elle s’apparente également, de
tirer la majeure partie de ses recettes de la représentation en scène et de la diffusion publique à
la radio et à la télévision, plutôt que de l’édition sur papier ou sur d’autres supports. Quand le
spectacle cesse, faute de crédits, faute d’interprètes, voire faute de spectateurs, le prélèvement
s’interrompt aussitôt et les auteurs ne sont plus rémunérés. Sachant qu’il n’existe pas de
régime d’allocation spécifique pour les écrivains et qu’ils sont fort peu nombreux à vivre d’àvaloir et de pourcentages sur de gros tirages, il importe donc que ceux et celles dont les idées,
171
l’imaginaire et les mots donnent naissance au spectacle soient à la fois représentés, défendus,
conseillés et assistés.
Depuis son siège de la rue Ballu (Paris 9e), la SACD entend mener toutes ces missions de
front. Si la collecte constitue naturellement le principal souci de ses instances, il faut admettre
qu’elle serait plus facile et plus complète si les billetteries du spectacle vivant atteignaient un
degré supérieur de transparence et de fiabilité. La mise au point d’un système unifié comme
en possède l’exploitation cinématographique est sans doute hors d’atteinte, faute d’une taxe
génératrice (qui existe toutefois pour les spectacles musicaux, les concerts de jazz et de
variétés, mais aussi pour le théâtre privé parisien). D’autres motifs conduisent pourtant à
préconiser une organisation mutualisée qui arriverait à un résultat semblable : le besoin de
statistiques sincères, réclamées par tous les opérateurs du secteur, la lutte contre la fraude aux
cotisations sociales et contre l’évasion fiscale, rendue encore plus nécessaire par les difficultés
de la sécurité sociale, enfin la défense des compagnies payées au pourcentage des recettes,
puisque cette habitude perdure, notamment en région parisienne. Par ailleurs de nouveaux
types de prélèvement doivent être inventés pour compenser le manque à gagné infligé aux
ayants droit par l’essor des pratiques de reproduction numérique sur Internet, dont la loi de
1985 n’a pu prévenir l’étendue. Pour prouver qu’elles feraient le meilleur emploi d’un surcroît
de sommes perçues grâce à un mode de déclaration simplifié des spectacles et une meilleure
remontée des informations de caisse, un élargissement de l’assiette des taxes sur la copie
privée, les SPRD n’auraient qu’à suivre les recommandations des rapports officiels qui les
invitent à se prêter de bonne grâce aux contrôles, dont les plus légitimes et les plus efficaces
restent ceux de leurs affiliés.
En attendant des réformes et des initiatives dans ce domaine, la SACD peut commencer
par améliorer les services rendus à ses sociétaires. Il semble que l’organisation centrale ait
pâti de certaines lourdeurs et de certaines lenteurs à l’orée du millénaire, en particulier dans la
modernisation de ses outils informatiques. Les interlocuteurs de la société que sont les
metteurs en scène, les comédiens ou les chanteurs, ses partenaires que sont tous les
entrepreneurs de spectacles, mais aussi les éditeurs, les organisateurs d’expositions et les
responsables de publications en ligne, ont souvent éprouvé des difficultés à obtenir dans des
délais raisonnables des données élémentaires comme les coordonnées d’un ayant droit ou le
montant des droits exigés pour la présentation d’une œuvre.
Au cours de sa longue histoire, la SACD a connu des présidents prestigieux, parmi lesquels
Eugène Scribe, Victor Hugo, Alexandre Dumas (fils), Victorien Sardou ou Ludovic Halévy.
Plus récemment Claude Santelli (décédé accidentellement en 2003) et Marcel Bluwal ont
exercé plusieurs mandats. Les administrateurs ont porté à leur tête Christine Miller en 2003,,
puis Laurent Heynemann pour son second mandat en 2004, enfin Francis Girod en 2005.
Pascal Rogard, après une carrière active au service des auteurs, réalisateurs et producteurs de
films français, a rejoint la SACD en qualité de directeur général en janvier 2004. Il est assisté
de Linda Corneille pour le spectacle vivant, Agnès Chaniolleau prenant la direction des
relations avec les auteurs, chargée notamment de développer les services et le conseil à leur
intention. L’assistance apportée aux auteurs se décline sur les plans juridique, fiscal et social,
grâce à des chargés de mission et conseillers spécialisés.
Comme les autres SPRD, de la SACD distribue une part des sommes qu’elle perçoit,
notamment au titre de la copie privée, dans le cadre de son action culturelle. Les modalités
d’attribution en sont variées. Il s’agit souvent de commandes, parfois assorties d’une carte
blanche. « Texte Nu » a inauguré la formule au Festival d’Avignon depuis la fin des années
1980 : un acteur connu choisit un texte méconnu d’un écrivain qu’il s’agit de mieux
connaître… « Mots d’auteur » a suivi avec la lecture de textes inédits par leurs auteurs. France
culture enregistre et retransmet le tout. « Le Vif du sujet » à Montpellier et « Le Sujet à vif » à
Avignon présentent les commandes réalisées par des chorégraphes et des interprètes qui se
172
sont réciproquement choisis. L’Association Beaumarchais attire d’autre part l’attention sur les
spectacles qu’elle soutient dans les manifestations de l’été. Enfin la mise en place d’un fonds
de soutien à la production de spectacles, géré par une commission indépendante vis-à-vis du
conseil d’administration, a été annoncée en juin 2005, environ une quinzaine de projets
devraient en bénéficier chaque année.
D’une façon générale, la Société fait en sorte de se rendre visible et accessible dans les
festivals. A Avignon (juillet), elle tient des permanences à l’Espace Saint-Louis et à la Maison
du Vaucluse, où elle organise également des rencontres avec les auteurs dramatiques, les
chorégraphes et même les auteurs de cirque, puisque cette discipline dispose désormais d’un
représentant à la SACD, en la personne de Philippe Goudard. Ses délégations de Montpellier
et Nîmes permettent des prises de contact. Elle fait aussi acte de présence à Uzès Danse
(troisième semaine de juin), à Montpellier Danse (début juillet), et dans nombre d’autres
manifestations : Actoral à Marseille (fin juin – début juillet), le Printemps des comédiens et le
Printemps des auteurs dans l’Héraut (juin), Jeux de théâtre à Sarlat (deuxième quinzaine de
juillet), la Mousson d’été à Pont-à-Mousson (dernière semaine d’août), Mimos à Périgueux
(première semaine d’août), Chalon dans la rue (troisième semaine de juillet), Eclats à Aurillac
(troisième semaine d’août).
SACD - Bibliothèque
Compte tenu de ses origines glorieuses et de son âge vénérable, on ne s’étonnera pas que la
SACD possède l’une des plus riches bibliothèques de France en ce qui concerne le répertoire
théâtral, avec un total de 200.000 documents du XVIe au XXIe siècle et 160 titres de
périodiques. Les acquisitions, les dons et legs se sont ajoutés aux dépôts des écrivains et
artistes affiliés à la société depuis sa création, parmi lesquels Lugné-Poe, Jean Vauthier ou
encore le marquis de Cuevas. De Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (le fondateur) à
Matei Visniec (pour ses dernières pièces, écrites directement en français) les rayonnages de la
rue Ballu accueillent tous les genres, toutes les époques, tous les styles. C’est peut-être cette
profusion qui empêche encore d’en faire un instrument de travail au service de tous ceux qui
désirent découvrir des textes méconnus pour les lire, les faire lire ou les représenter.
Les auteurs ont priorité d’accès, mais les autres lecteurs sont admis s’ils justifient d’un
intérêt particulier. Les amateurs et les professionnels à la recherche d’une pièce inconnue ou
peu jouée auront peine à choisir entre toutes ces possibilités, s’ils ne sont pas éclairés par un
résumé, renseignés sur le nombre et le sexe des personnages, orientés par un conseil
désintéressé. Les œuvres qui ont fait l’objet d’un simple dépôt ne sont pas consultables. En
attendant que la SACD s’avise de mieux valoriser ses trésors auprès des metteurs en scène,
des comédiens, des élèves et des étudiants, ceux-ci n’ont qu’à se tourner vers ANETH pour
obtenir une assistance. Le devoir de réserve de la société, qui ne saurait favoriser certains de
ses adhérents au détriment des autres, autoriserait tout de même une présentation sommaire
des textes, par exemple la communication d’un résumé rédigé par l’auteur et d’un extrait
choisi par lui. Le catalogue n’est pas encore accessible en ligne sur le site, qui décrit
cependant les collections et fournit les coordonnées des autres bibliothèques spécialisées, des
éditeurs et de centres de ressources (www.sacd.fr/services/biblio) *. Son informatisation
pourrait être repensée à l’occasion de cette communication, de façon à faciliter la
consultation, notamment par un traitement spécifique des auteurs contemporains. Il s’agirait
de le croiser avec les fichiers automatisés de la SACD qui permettent déjà de remonter vers
l’ensemble de l’œuvre jouée d’un affilié (mais pas nécessairement éditée), c’est-à-dire ayant
ouvert des droits une fois au moins. Peut-on espérer un jour que l’appel d’un nom de
dramaturge ou d’un titre de pièce renvoie l’usager ou l’internaute à l’ensemble de son œuvre,
avec leurs dates, leurs descriptifs et les mentions des spectacles autorisés qui en ont été tirés
dans les dernières années ?
173
Entr’Actes - SACD
L’association Entr’Actes se présente comme un bureau de diffusion internationale Sabine
Bossan l’anime depuis sa création, fin 1991, auprès de la SACD. Sous la présidence de JeanClaude Carrière, sa mission principale consiste à « promouvoir l’écriture dramatique
contemporaine d’expression française à l’étranger ».
Sabine Bossan a constitué à cette fin un répertoire de pièces, augmenté d’œuvres originales
chaque année, qu’il est possible de découvrir de trois façons. D’abord le bureau se tient à la
disposition des producteurs et metteurs en scène étrangers désireux d’approcher le théâtre
français d’aujourd’hui, pour les guider vers les auteurs, les éditeurs, les organismes
spécialisés : de la simple demande de coordonnées à la recherche d’ayants droit, de l’envoi
d’un texte à la lecture publique, les modalités de cette mise en relation varient selon les
demandes et les circonstances. Ensuite il édite, selon un rythme semestriel souffrant quelques
écarts, la revue bilingue (en français et anglais) Actes du théâtre, qui préparait son dixhuitième numéro durant l’hiver 2003-2004. On y trouve l’actualité de l’édition théâtrale, des
traductions d’auteurs français, les sommaires des revues spécialisées, un calendrier
d’événements (festivals, colloques, rencontres, concours et prix), de brefs extraits de pièces
sélectionnées par les différentes structures compétentes (inédites, en cours d’impression ou
récemment parues), des nouvelles de la vie du réseau des partenaires voués à la promotion et à
la représentation des œuvres contemporaines.
Le site Internet (http://entractes.sacd.fr) ** donne un aperçu du dernier sommaire et permet
d’effectuer une recherche dans les numéros archivés. Sous le titre « La moisson des auteurs »,
il donne accès à près de 400 présentations de pièces (comprenant les références du numéro de
la revue où elles ont été traitées, un résumé parfois agrémenté d’une photo de plateau, un
extrait du texte, des citations de critiques, des indications sur les dates et lieux de création et
de diffusion, le cas échéant des informations sur l’édition et les traductions disponibles). La
rubrique comporte aussi près de 250 biographies d’auteurs. « La moisson des traducteurs »
propose la consultation par correspondance (mais pas encore en ligne, malheureusement) du
fichier des « traductions existantes, en toutes langues, de pièces de théâtre contemporain
d’expression française ». Constitué à partir de 1997, il recensait 9.000 traductions en
décembre 2003. En cliquant sur le « catalogue des éditeurs», l’internaute obtient la liste des
vingt-cinq maisons qui ont publié des pièces originales d’expression française dans l’année,
avec la mention des ouvrages en question et un lien électronique si l’éditeur possède un site.
Une autre liste rappelle, adresses Web à l’appui, la vingtaine de maisons qui disposent d’un
catalogue théâtral moins actif, même s’il demeure prestigieux. Un fichier de coordonnées
complètes devrait être ajouté à ce service pour le rendre plus performant. Enfin le chapitre « A
l’affiche » promet le calendrier « presque exhaustif » des œuvres originales en représentation
durant la saison en cours : 207 pièces à Paris, 70 en région parisienne, 199 en « province »,
donc 476 au total pour le mois de février 2004. Cette performance procède sans doute du
travail de saisie effectué par la SACD pour l’exploitation des droits. Si le tableau reflète bien
la prépondérance de la scène parisienne avec ses nombreux théâtres publics et privés, il est
regrettable qu’il livre les titres et les noms d’auteur en vrac, sans autre critère de tri que ces
trois zones, sans autre mode de requête que le mois en cours. L’approche est ici beaucoup
moins sélective que celle du CRIS sur son site : leurs lacunes n’empêchent que les deux
services paraissent un peu redondants. Une actualisation constante de la base « Didascalies »
du CNT, à condition qu’elle incorpore le programme des salles privées, devrait permettre une
lecture plus complète et plus fidèle de la réalité.
Il est clair que le travail d’Entr’Actes recoupe sous maints aspects le labeur entrepris par
ANETH pour la formation d’un répertoire contemporain, par le CNES pour le rapprochement
des auteurs et des metteurs en scène, par le CRIS pour la biographie des auteurs et la
174
représentation de leurs œuvres, par la Maison Antoine Vitez et le Collège international des
traducteurs littéraires (CILT) d’Arles pour l’échange entre traducteurs. Sa particularité n’en
demeure pas moins réelle : il s’agit d’encourager la découverte des dramaturges francophones
vivants dans les autres zones linguistiques. Tous les « passeurs » de textes dramatiques
revendiquent une esthétique théâtrale, un choix d’auteurs, un mode de sélection des pièces, un
type de diffusion auprès des professionnels et de la critique, bref une approche de leur mission
aussi singulière que les œuvres elles-mêmes sont originales et les motivations des metteurs en
scène à les jouer sont personnelles. La dispersion des défenseurs du texte contemporain, leur
haut degré de spécialisation pose pourtant des problèmes d’efficacité que le ministère ne
saurait résoudre en éparpillant ses crédits. Il importe de mieux identifier le rôle de chaque
structure pour qu’elle s’inscrive dans des actions d’ensemble en restant fidèle aux priorités
définies avec les tutelles.
Les instances de la SACD ont conscience de l’enjeu d’un « véritable ‘chaînage’ de l’œuvre
à la représentation ». Entr’Actes a commencé à favoriser le couplage entre ces maillons en
prenant l’initiative de former, en 1995, un Collectif de réflexion sur les auteurs contemporains
(CRAC), qui cherche à développer les synergies entre la SACD, l’Association Beaumarchais,
le CNES, les EAT, le Théâtre du Rond-Point, Théâtre Ouvert, ANETH, la Maison Antoine
Vitez, le Bureau du livre français à l’étranger (DLL), l’ONDA et l’AFAA. On sait cette
dernière engagée dans la promotion des auteurs français hors de l’hexagone, comme le
prouvent ses opérations comme l’Ubu Repertory Theater aux Etats-Unis, la « French Theatre
Season » de 1997 en Grande-Bretagne (qui avait justifié la publication d’une anthologie du
théâtre français contemporain en anglais, French Theatre Now, par Bradby & Sparks,
Methuen, 1997), les « Tintas Frescas » de 2004 en Amérique du Sud ou les « Encres
fraîches » de 2005 en Afrique. Cependant l’absence du CNT et du CRID dément la vocation
œcuménique de ce cercle. Son caractère vertueux n’en est pas moins patent pour les
interlocuteurs extérieurs. Le CRAC a suscité la création d’une vingtaine de « comités
sensibles » dans plusieurs pays étrangers, rapprochant au moins un éditeur, un traducteur, un
établissement ou une compagnie dramatique, auxquels les membres du CRAC proposent
chacun deux pièces françaises à découvrir. Les 27 et 28 septembre 2000, le CRAC a invité à
la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon (aux frais de la SACD, du CNES et du ministère des
Affaires étrangères) une quarantaine d’interlocuteurs (dramaturges, traducteurs, éditeurs,
metteurs en scène, directeurs de théâtre, membres du réseau culturel extérieur de la France)
pour lancer le projet « Traduire, éditer, représenter » (TER), coordination informelle destinée
à prolonger le réseau du CRAC au delà des frontières. On plaide ici pour une structuration
plus systématique de ces actions, en vertu du principe qui veut que l’organisation collective
n’empêche nullement l’affirmation des talents individuels. Aucun Etat de l’Union européenne
n’enrobe d’autant de discours et de secours son engouement pour ses auteurs contemporains.
Est-ce donc seulement leur faute, si tant d’écrivains français attendent en vain à l’étranger le
succès rencontré en France par Thomas Bernhard, Elfriede Jelinek, Werner Schwab, Edward
Bond, Sarah Kane, Martin Crimp ou Jon Fosse ? Les initiatives prises pour les y aider – avec
un degré de conviction et de sensibilité que personne ne met en doute – ne peuvent-elle
acquérir davantage de lisibilité et surtout plus de régularité ? « Une répartition des rôles
s’impose », comme le notaient Françoise Avril et Sabine Bossan, à l’écoute de l’éditeur belge
Émile Lansman, dans leur synthèse des débats du réseau TER (in Actes du théâtre n° 12,
février 2000 - février 2001, p. 101)… Pas seulement entre le CRAC et ses correspondants à
l’extérieur : entre partenaires français aussi.
Association Beaumarchais
L’action artistique de la SACD passe en grande partie par l’Association Beaumarchais que
Paul Tabet dirige depuis sa création sous les auspices de la Société. Alimentés par les recettes
175
engendrées par la loi de 1985 sur la copie privée, ses fonds permettent la répartition d’une
large palette d’aides à l’écriture dramatique ou lyrique, à la rédaction de pièces pour la radio,
à la compositions d’œuvres originales de danse, de théâtre de rue ou de cirque, mais aussi à la
traduction et à l’édition, à la création pour la scène d’œuvres contemporaines, à la réalisation
de scénarios pour le cinéma ou la télévision. Le budget total de 5 millions d’euros (en 2003)
couvre les frais de fonctionnement, l’octroi des bourses d’écriture pour un montant de 3
millions environ, le reste étant ventilé entre le soutien à l’édition, à la traduction et à la
production.
Paul Tabet émet un important distinguo vis à vis de la maison mère : « Beaumarchais »
s’intéresse aux œuvres et non aux auteurs. » Il ne fait pas mystère du caractère subjectif de ses
préférences. Le « coup de cœur » joue ici son rôle, car le directeur lit lui-même les cinq cent
manuscrits qu’il reçoit chaque année, sans compter la quinzaine de pièces retenues pour une
bourse, et leur apporte une réponse avec une indication du genre, un bref résumé et quelques
appréciations critiques dans un délai de deux à trois mois. Ceux qui accusent
« Beaumarchais » de reposer sur les choix d’un seul homme et de défendre une esthétique
unique négligent pourtant la forme collégiale de ses procédures et la variété des styles figurant
à son tableau d’honneur. Les bourses d’écriture sont décernées deux fois par an par le bureau
sur l’avis de commissions formées de personnalités extérieures à la SACD. Les lauréats
décrochent automatiquement le chapelet des aides proposées, à l’édition, à la traduction, à la
production, pour peu que leur texte suscite de tels projets. Sur ce point l’organisation se veut
plus cohérente que celle du ministère, qui oblige le candidat à repasser avec un nouveau
dossier devant une série de comités. Le conseil aux boursiers prend l’aspect d’une fiche de
lecture de leur manuscrit définitif, qu’ils sont libres de considérer ou d’ignorer.
« Beaumarchais » soutient aussi la promotion du théâtre français à l’étranger en relation
avec l’AFAA. L’association coopère également avec France Culture pour un concours de
fictions radiophoniques. Les aides à l’édition concernent des maisons très variées, de
Lansman aux Impressions nouvelles. Des lectures d’œuvres sélectionnées ont lieu au CNT, à
la Maison des auteurs de la rue Ballu, dans des festivals et toutes sortes de manifestations.
Inutile de faire croire aux dramaturges que des comédiens et des metteurs en scène viennent
en masse les entendre afin de s’emparer de leurs pièces. Le public de ces séances, souvent
suffisant pour remplir les petites salles où elles sont programmées, est simplement composé
d’amateurs de lectures, de familiers de l’auteur, et même de collègues…L’assistance est à la
fois plus nombreuse et plus variée lors de la présentation annuelle des réalisations soutenues
par « Beaumarchais », sous forme de mises en espace, de scènes brèves ou d’extraits de films,
au Studio-Théâtre de la Comédie-Française ou bien au Théâtre du Rond-Point. Quant aux
cinq à sept spectacles coproduits par l’association, elles ont en général droit à des
représentations dans le « in » ou le « off » d’Avignon. Mais le travail de « passeur » évoqué
dans le chapitre sur l’édition théâtrale procède d’une démarche plus discrète. Il s’agit pour P.
Tabet, avec ses deux assistantes, d’adresser personnellement à des acteurs ou à des régisseurs
un texte qu’il juge important. Vingt-cinq auteurs environ en plus des quinze boursiers
bénéficient chaque année de ce traitement de faveur.
Le bulletin semestriel Nouvelles de Beaumarchais, dresse le calendrier des représentations,
des remises de prix, des lectures et autres initiatives valorisant les lauréats. Le site
(www.beaumarchais.asso.fr)* affiche les mêmes informations.
Centre national des écritures du spectacle (CNES)
Classée monument historique et sauvée de la ruine au terme de trois quarts de siècles de
travaux entrecoupés de longues phases d’inaction, l’abbaye de la Chartreuse, fondée en 1353,
forme avec le bourg de Villeneuve-lès-Avignon, sa collégiale et le Fort Saint-André, le
pendant majestueux mais paisible de la Cité des papes et de son Palais, dont l’animation se
176
devine de l’autre côté du fleuve. Il suffit de passer le pont pour changer de département et de
région, mais les touristes bien conseillés et les festivaliers dûment inspirés inscrivent cette
étape dans leur parcours de part et d’autre de l’île de la Barthelasse, pour contempler des
pierres blondes ou admirer un spectacle. Les cloîtres et les chapelles, le Tinel et les bâtiments
conventuels, les cellules des chartreux et les logements des convers abritent un centre culturel
de rencontre (CCR) depuis 1973. Celui-ci prit un temps la forme d’un Centre international de
recherche, de création et d’animation (CIRCA), à vocation pluridisciplinaire, puis il mua en
1991 pour se consacrer de manière plus exclusive à sa mission de Centre national des
écritures du spectacle (CNES), dont l’association est présidée par Jacques Rigaud. Si ces lieux
de méditation accueillent aussi les stages d’été pour musiciens du Centre Acanthes, sous la
direction de compositeurs, chefs d’orchestre et instrumentistes de renom, ce sont désormais
des auteurs de théâtre qui occupent les chambres des moines et chuchotent au réfectoire. Sous
tutelle de la Direction de l’architecture et du patrimoine (DAPA), le Centre des monuments
nationaux (autrement dit « Monum, ») gère l’édifice qui reçoit environ 50.000 visiteurs par
an. Sous l’égide de la DMDTS, le CNES en constitue l’occupant principal et permanent. En
partenariat avec le Festival d’Avignon, la Chartreuse devient durant le mois de juillet un site
de représentations, les unes à l’ombre des voûtes ou à la belle étoile des cloîtres, les autres
dans la fraîcheur du Tinel. Pendant les autres saisons, l’hospitalité est une règle observée avec
rigueur dans cette Thélème.
Après Françoise Vuillaume, présente à la Chartreuse depuis 1985 et Daniel Girard,
directeur du Centre à partir de 1986, ont veillé avec un soin jaloux à ce que leurs
pensionnaires n’aient d’autres souci que d’écrire, en se nourrissant spirituellement de
l’atmosphère de lieux, intellectuellement de leurs lectures et conversations, enfin de manière
terrestre grâce à la cuisine de l’établissement (d’excellente réputation). François de BaneGardonne, ancien DRAC en PACA, a pris à son tour la direction du CNES le 1er janvier 2005.
Au nombre de sept ou huit à la fois, une trentaine d’auteurs sont choisis chaque année parmi
les lauréats des sélections du CNL, de la DMDTS et de l’association Beaumarchais, pour des
séjours de six semaines à trois mois. Aucune exigence de restitution ne leur est infligée, et le
CNES ne s’impose pas davantage le devoir de promouvoir leurs écrits. La direction estime
qu’elle ne saurait sans rompre l’équité entre ses hôtes assurer un tel service qui incombe aux
éditeurs ou aux associations spécialisées comme ANETH. Elle se contente d’orienter les
metteurs en scène qui lui adressent des demandes vers les textes ou les auteurs qui semblent
leur convenir. En revanche, elle organise des lectures au cours de l’été et elle coproduit des
spectacles dans le cadre du festival d’Avignon. La librairie, à laquelle « Monum, » et le CNES
affectent respectivement deux emplois et un poste et demi, présente en permanence des livres
sur le patrimoine et des ouvrages de théâtre en rapport avec le programme des manifestations
et les résidences en cours. Elle dégage un chiffre d’affaires d’environ 145.000 €.
Le pôle documentaire a surtout été conçu comme un renfort pour les résidents. La
bibliothèque provient de l’héritage de l’ancienne Maison des livres et des mots. Elle
rassemble un peu plus de 6.000 volumes auxquels s’ajoutent une deux à trois centaines
d’acquisitions et de dépôts chaque année. Les dramaturges ne souhaitant pas forcément lire du
théâtre pendant leur propre travail d’élaboration, la littérature et la poésie y prennent le dessus
par rapport à l’histoire de la Chartreuse, aux livres d’art et aux catalogues d’expositions.
Longtemps installée dans une cellule, sur deux niveaux et réservée en priorité aux
pensionnaires, la bibliothèque a été vouée en 2004 aux nouveaux volumes du dortoir des
frères convers, ruine redressée et réhabilitée sur crédits des monuments historiques,
l’aménagement intérieur, notamment le câblage en haut débit devant être financé par d’autres
sources. L’investissement public suppose une claire répartition des missions avec l’antenne de
la Bibliothèque nationale de France (BNF) à la Maison Jean Vilar (MJV). L’utilité de cette
seconde bibliothèque serait garantie, aux yeux des responsables du CNES, par le
177
développement d’un service de prêt qui n’existe pas à la MJV, par la spécialisation dans le
domaine de la fiction et l’insistance sur le répertoire contemporain, enfin par la présence
d’une large collection de manuscrits, comparable à celle que peut offrir ANETH. Le
renforcement des partenariats avec les conservatoires et les écoles d’art, les collèges et les
lycées de la région assureraient une demande nettement supérieure à celle dont sont capables
les hôtes de la Chartreuse, que leurs livres favoris ont souvent suivis dans cette retraite. Il faut
en accepter l’augure, en mesurant toutefois l’évolution des crédits à la courbe de la
fréquentation à laquelle doit veiller la bibliothécaire Maryline Laplante, auteure elle-même.
Les visiteurs, les festivaliers, les acteurs et metteurs en scène de passage devraient aussi s’y
voir faciliter l’accès, ce qui implique des moyens de fonctionnement renforcés durant une
partie de l’été. Quoi qu’il en soit, la bibliothèque se révélera mieux employée que le studio de
télévision dont le CNES a été doté et qui ne sert pratiquement jamais.
Les textes dramatiques et les biographies de leurs auteurs composent les principales
ressources documentaires du CNES. Il récolte les textes conçus dans ses murs, mais aussi tous
ceux que ses hôtes peuvent lui fournir. Il en reçoit environ 700 par an, tout comme les autres
organismes au service de l’écriture dramatique. En cas d’édition, le livre est substitué au
manuscrit, mais seuls Théâtre Ouvert et Théâtrales envoient leurs parutions en service de
presse. Un « Répertoire des auteurs dramatiques », de 1950 à nos jours, a été mis sur pied par
le CNES avec le concours de la SACD, de la Maison Jean Vilar, de la Bibliothèque Forney
et des éditeurs. Informatisé dès ses débuts en 1992-1993, ses données ont d’abord été versées
sur le Minitel, puis sur Internet, non sans vicissitudes techniques. En 2005, 157 auteurs (sur
un potentiel total de 500) et plus de 3.500 pièces y étaient recensés. Les notices incluent un
curriculum vitæ de l’écrivain, une liste de ses œuvres – inédits compris – avec pour chacune
un résumé de sa propre plume, quelques lignes sur la thématique (malheureusement sans
thésaurus) et la distribution des rôles, enfin la mention des traductions en langue étrangère
avec le nom de l’éditeur. La recherche parmi celles-ci procède par auteur, par œuvre ou par
mise en scène. La mise à jour dépend de la fidélité des auteurs qui sont censés signaler euxmêmes leurs nouvelles pièces. Sauf interruption pour travaux, le site en permet la consultation
en ligne (www.chartreuse.org) **.
Construit au départ avec l’aide d’étudiants de l’Université d’Avignon, il a été révisé en
2003. Il doit encore se développer et s’améliorer pour que la navigation y devienne moins
tortueuse que la visite de l’édifice. Pour enrichir son Répertoire, le CNES s’applique à
dépouiller les programmes des théâtres et festivals et de relever les productions de pièces de
ses protégés. Ce travail semble redondant par rapport à ce qu’entreprennent le CNT, le
Département des arts du spectacle (DAS) de la BNF, le CRIS, voire sous certains aspects la
Société d’histoire du théâtre (SHT). Il faut donc réitérer notre recommandation d’étendre de
façon systématique le traitement conduit pour Didascalies, et d’en répandre les fruits au profit
de tous les pôles de ressources.
En 2003, Gérald Drubigny a émis pour le compte du CRIS la proposition de développer
l’information numérique en commun. Les membres du CRAC (dont la direction du CNES)
ont écarté ce schéma, en arguant de ce qu’ils privilégient l’écriture quand le site theatrecontemporain.net considère les mises en scène. Le résultat de ces querelles de méthode est
connu. En laissant de côté « Didascalies », la banque du CNT sur la programmation des
théâtres qui reste pourtant la plus exhaustive pour connaître l’actualité scénique de nos
contemporains, pas moins de cinq bases de données rendent compte de la vitalité de la
dramaturgie d’aujourd’hui, sans se confondre ni se compléter complètement, celles de la
SACD, de la DMDTS, du CNES, du CRIS et d’ANETH. Ainsi le lecteur de Michel Vinaver
serait avisé de comparer la fiche que lui consacre le CNES avec celle du CRIS et, bien sûr, du
site personnel de l’écrivain ! L’œuvre écrit, les spectacles montés, l’homme et son univers
sont ainsi vus par trois lorgnettes.
178
La Chartreuse est un havre d’écriture et non un syndicat d’auteurs ou une maison d’édition.
Ses hôtes comptent sur d’autres intermédiaires pour défendre leurs droits, publier et diffuser
leur travail. Un magazine a néanmoins paru sous le nom de Prospéro. Les deux premiers
numéros, coordonnés en 1991-1992 par Jean-Pierre Han et Chantal Boiron, ont traité sur
papier glacé des processus de l’écriture dramatique. Leur succès limité a incité le CNES à
confier la rédaction à un collectif d’auteurs où l’on remarqua les noms de Michel Azama,
Eugène Durif, Roland Fichet, Didier-Georges Gabily, Philippe Minyana, Jean-Marie Piemme,
Noëlle Renaude…). Sept numéros des Cahiers de Prospéro, servis à près de 600 abonnés au
plus fort de l’expérience, se sont succédés de 1993 à 1996, au fil desquels le cercle initial eut
tendance à se refermer sur lui-même (ce qui conduisit D.-G. Gabily à le rompre). Un simple
Journal de la Chartreuse a remplacé cet organe. Trimestriel, il propose sur 18 pages (en
moyenne) des informations, des textes brefs, les programmes et les comptes-rendus
d’activités. La collection « Itinéraire d’auteur » fait en quelques 120 pages illustrées,
ponctuées d’extraits de ses pièces, le portrait d’un écrivain par un autre. La liste des premiers
bénéficiaires de cet hommage subventionné – dont le caractère sélectif contraste fortement
avec le principe d’égalité entre auteurs affirmé par ailleurs – ne peut que susciter la critique de
qui n’en a pas bénéficié, d’autant que le choix n’émane pas d’un jury impartial. Celles-ci et
ceux-ci n’attendront pas le jugement de la postérité pour examiner si Yves Reynaud, Daniel
Besnehard, Daniel Lemahieu, Denise Bonal, Serge Valletti, Suzanne Lebeau, Jean Andureau
composent un échantillon représentatif des écritures de ce temps.
Les charmes qu’enferment ses vieux murs ne doivent pas inciter la Chartreuse à une
quelconque forme d’autosuffisance, ni envers ses partenaires en écriture dramatique, ni à
l’égard de ses voisins d’Avignon. L’installation de nouvelles équipes de direction au CNES,
au Festival et à la Maison Jean Vilar est l’occasion d’inventer une circulation plus intense et
des échanges plus généreux.
Aux Nouvelles écritures théâtrales (ANETH)
Issue de la mouvance de l’éducation populaire et plus particulièrement de la Ligue de
l’enseignement, l’ex-association “Théâtrales” a changé de titre en 2002 pour bien marquer sa
différence avec les éditions éponymes, nées sous la même étoile. Initialement liées, les deux
structures ont adopté des statuts juridiques différents. A la direction d’ANETH, Mireille
Davidovici assure la continuité entre l’ancienne structure et la nouvelle, qui a trouvé refuge en
2003 dans l’hôtel de Massa, siège de la SGDL à Paris (13e), dont la société éditrice, toujours
dirigées par Jean-Pierre Engelbach, s’est éloignée en 2004 pour s’installer à Montreuil. Les
frais du déménagement ont été couverts grâce à une subvention de la DLL, à laquelle le CNL
s’est substitué pour faciliter le paiement du loyer, assez élevé.
Le but d’ANETH, qui a signé une convention avec la DMDTS, n’a pas varié depuis une
douzaine d’années. Les cinq permanents de l’association s’efforcent de recueillir et de faire
lire les textes dramatiques d’aujourd’hui. Son comité de lecture examine par an un millier de
pièces en langue française ou traduites d’une langue étrangère, pour moitié environ reçues par
courrier, pour moitié acquises auprès des éditeurs, afin de sélectionner une cinquantaine
d’entre elles en respectant plus ou moins la même proportion, 50% de publications et 50% de
manuscrits. Une partie de ces derniers finissent par prendre la forme d’un livre qui remplace
donc l’original dans les collections. La progression des achats témoigne de la vitalité de
l’édition théâtrale : 400 ouvrages ont été acquis en 2002 contre 150 en 2001. Les faveurs ne
viennent pas forcément du voisinage : la maison belge Lansman fait don de sa production,
alors que Théâtrales offre la sienne à la bibliothèque de la Chartreuse… Il suffit en général
qu’un auteur ait pris place dans le « centre de ressources » d’ANETH, animé par Agnès
Oudot, pour que le reste de son œuvre l’y rejoigne au fur et à mesure.
Le catalogue s’enrichit par ailleurs de sélections effectuées par d’autres organismes.
179
ANETH a récupéré les fonds de l’ancien concours dramatique de Radio France International,
interrompu en 2000. Elle accueille les textes retenus par la commission nationale d’aide à la
création dramatique auprès de la DMDTS, ainsi que le fonds « A mots découverts » du
Théâtre du Rond-Point. Elle souhaite aussi abriter les manuscrits par le comité du Théâtre
national de la Colline, bien qu’ils ne soient pas pourvus de fiches de lecture. L’attribution au
CNT des textes de la commission nationale d’aide à l’écriture concurremment avec ANETH
fait débat entre les deux structures, et les membres de la seconde, à l’instar des responsables
du CNES jugent d’un intérêt limité les lectures organisée par la première, du moins dans les
conditions de préparation qui prévalaient encore rue de Braque. La collaboration avec le
CNES n’est plus aussi étroite que par le passé, lorsque des colloques étaient organisés en
commun, bien que les lignes artistiques défendues semblent convergentes et les missions
complémentaires. La même prise de distance peut être déplorée vis-à-vis de Théâtre Ouvert,
auquel sa fonction éditoriale, sa mission de création et son accès aux médias confèrent un
certain degré d’indépendance. Entr’Actes, la revue de la SACD, se fait l’écho d’une partie des
sélections d’ANETH. Les rapports avec l’association Beaumarchais ne sont pas aussi ouverts.
Les préférences esthétiques de Paul Tabet ne convainquent pas Mireille Davidovici et ses
amis, et vice versa. ANETH a quatre partenaires dans le monde francophone : le Musée de la
littérature de la Bibliothèque royale de Bruxelles, pour la Belgique, le Conservatoire d’art
dramatique de Montréal, en relation avec le Centre des auteurs dramatiques du Québec, et le
Centre romand de documentation théâtrale de Vandœuvre (Suisse). Ces correspondants lui
permettent de récolter d’autres textes et de diffuser ses sélections dans un rapport de
réciprocité. ANETH participe en outre aux travaux du CRAC, notamment pour favoriser la
promotion des auteurs contemporains à l’étranger.
Au nombre d’une quinzaine en 2005, les antennes françaises accueillent les collections de
manuscrits sélectionnés par l’association, et souvent les traductions théâtrales de la Maison
Antoine Vitez. Ce réseau est hétérogène. Il s’agit soit de pôles de ressources associatifs
comme celui de la section départementale de la FNCTA à Carhaix (Finistère), la Maison des
associations de Josselin (Morbihan), le centre de ressources de l’Union régionale des foyers
ruraux de Poitou-Charentes à Melle (Deux-Sèvres) ; soit de centres culturels communaux,
telle la Maison du théâtre d’Amiens ; soit de documentations installées auprès d’une scène
nationale, comme Culture commune à Loos-en-Gohelle ou la Filature à Mulhouse ; soit
encore de bibliothèques spécialisées, en particulier la Maison Jean Vilar d’Avignon, la
médiathèque de Lyon-Vaise ; soit de bibliothèques généralistes telle la Médiathèque
Hermeland à Saint-Herblain, la Médiathèque de Corbeil-Essonnes ; soit enfin de lieux de
compagnies comme la Maison du théâtre de Jasseron (Ain).
Les réserves ne serviraient guère le théâtre si elles n’étaient classées et commentées. Il ne
s’agit pas de stocker de la littérature, mais de la faire lire et d’inciter à la monter. C’est le rôle
des Carnets de lecture publiés par l’association en remplacement de son ancien
« Répertoire ». Distribués gratuitement à un millier d’exemplaires, ils proposent un résumé et
une analyse des pièces retenues. Le genre, les thèmes abordés, la distribution des rôles font
l’objet d’indications synthétiques qui nourrissent le catalogue général de la bibliothèque,
classé par nombre de personnages et accessible en ligne. La recherche s’effectue par auteur,
par texte (avec possibilité d’interrogation sur un mot du résumé), en mode avancé, ou plus
simplement parmi la sélection jeunesse ou les nouveautés. L’audience des Carnets et le public
de la bibliothèque appartiennent à trois composantes. Les acteurs et metteurs en scène
professionnels représentaient, aux dires des responsables de l’association, 62% du lectorat en
2002. Les 38% restants se répartissaient d’une part entre des enseignants qui animent des
ateliers d’art dramatique dans des conservatoires et des classes à projet artistique et culturel
(PAC) dans les établissements scolaires, et d’autre part des amateurs, sensibilisés à travers un
partenariat avec la Fédération nationale des compagnies de théâtre amateur (FNCTA), qui
180
assure le relais dans certains de ses pôles, comme à Carhaix. La forte demande émanant de
l’Education nationale a conduit à la réalisation avec les réseaux SCÉRÉN d’une brochure à
fort tirage intitulée Théâtre à l’école, qui a rarement été diffusée toutefois à un niveau plus fin
que celui des centres locaux de documentation pédagogiques (CLDP). Dans ce même registre,
il faut mentionner la fin de la coopération avec le CNT autour du « Printemps du théâtre », qui
consistait en commandes à des auteurs de pièces pour le jeune public financées par la
DMDTS et éditées par Lansman à l’intention des milieux scolaires.
La liste des pièces choisies est envoyée aux éditeurs et aux partenaires, en particulier aux
établissements qui disposent de leur propre comité de lecture, comme la Comédie-Française,
le Rond-Point, la Comédie de Saint-Étienne, l’Hippodrome de Douai. A ces correspondants
s’ajoute le Troisième Bureau (Comité de lecture de théâtre contemporain) de Grenoble,
collectif de lecteurs, spectateurs comédiens, auteurs, metteurs en scène, scénographes qui tient
table ouverte le second lundi du mois au restaurant La Frise. Cette association a ouvert son
propre centre de ressources avec l’aide du CNL en 2002 (www.troisiemebureau.com) *. Les
responsables des autres théâtres et les metteurs en scène n’en sont pas destinataires, à
l’exception de la Mousson d’été de Pont-à-Mousson, festival consacré aux textes
contemporains dont le directeur, Michel Didym, fait partie du comité d’ANETH, et qui
bénéficie même de la livraison des textes intégraux. En principe, rien n’empêche les artistes et
les producteurs de consulter eux-mêmes le site Internet, qui contribue également à faire
connaître les choix de l’association grâce à la rubrique « Dernières sélections »
(www.aneth.net) **. A part le catalogue et la description du réseau d’antennes, celui-ci
fournit des actualités et quelques renseignements sur les concours et les bourses dans son
« Espace auteurs ». L’information n’y est cependant ni exhaustive, ni systématique. La
documentation proposée en ligne se résumait encore en 2005 à un article de l’universitaire
Michel Corvin. L’annuaire de liens était déjà plus riche, avec notamment une intéressante
sélection de sites d’auteurs, parmi lesquels on relève par exemple (www.novarina.com,
www.minyana.net,
www.lesacharnes.com,
www.christian-rullier.com,
www.danielkeene.com).
A côté de l’espace de consultation des textes, une salle de 120 places permet l’organisation
des « Préludes », introduction à l’œuvre allant de la lecture à haute voix à la mise en espace,
en passant par la présentation de petites formes ou de morceaux choisis. Les « Préludes jeune
public » sont programmés avec le concours d’un comité de lecture spécifique, incluant des
professeurs de l’enseignement primaire et secondaire. Une fois par trimestre, la manifestation
« Un lundi, un auteur » réunit une petite centaine d’auditeurs pour une rencontre et des
lectures à la Maison des écrivains (Paris 7e). ANETH organise aussi avec la MAV des
semaines de la dramaturgie sur tel ou tel pays, notamment dans le cadre des « saisons »
coordonnées par l’AFAA ou lancées par la mairie de Paris. Elle prend part aux côtés de la
SGDL aux initiatives de « Lire en fête ». Ses actions en Ile-de-France justifient des aides du
conseil régional et de la Ville de Paris. D’autres opérations témoignent de cette aptitude aux
alliances. ANETH confectionne avec l’Institut international de la marionnette (IIM) et le
Théâtre de la marionnette à Paris (TMP) des « valises » de pièces à proposer aux
marionnettistes et manipulateurs d’objets. Avec les EAT, elle organise des lectures tant au
Rond-Point qu’à l’hôtel de Massa. En 2004, le CNL a cependant préféré se soustraire au
financement des journées d’études qu’elle programme à l’intention des bibliothécaires.
Faute de statistiques sur les demandes de droits transmises à la SACD ou à d’autres SPRD,
ANETH ignore l’effet de ses efforts sur le sort des pièces qu’elle a distinguées. Parmi les
auteurs qui obtiennent les honneurs du plateau, il ne serait pas aisé de discerner ceux qui le
doivent vraiment à l’association et ceux qui ont profité d’une autre médiation. Pourtant ce
relevé, facile à effectuer par les sociétés civiles et réalisé à sa façon par le CRID, est
indispensable pour évaluer l’efficacité des démarches entreprises depuis près de vingt ans
181
pour rénover le répertoire dramatique. Les liens avec le CRID sont du reste réduits à leur plus
simple expression… électronique. Son calendrier annonce les rendez-vous du lundi à la
Maison des écrivains, tandis que des signets hypertextes pointent d’un site à l’autre.
L’absence de résultats fiables permet à chaque structure de camper sur ses hypothèses sans
trop remettre ses méthodes en question. Si l’association propose sans doute le catalogue
raisonné de pièces contemporaines le plus clair et le mieux ordonné, l’association ne parvient
à elle seule à présenter un panorama complet de l’actualité dramatique. Les périodiques
bibliographiques, du magazine Lire au Bulletin des bibliothèques de France, remplissent mal
cet office en ce qui concerne le genre théâtral. Aux yeux de plusieurs connaisseurs du dossier,
un portail commun à l’ensemble des structures impliquées, du CNT au CRID, résoudrait une
bonne partie du problème. Une étude préalable a été diligentée en ce sens avec la contribution
du conseil régional d’Ile-de-France en 2003. Il est permis de douter de son utilité tant que
chaque site restera construit en dehors de toute concertation. La rencontre entre un auteur et
un metteur en scène ne dépend pas d’un outil, si sophistiqué soit-il. Si des amateurs ont
découvert des écrivains grâce à ANETH, quel régisseur chevronné en dirait autant ? Les
hasards, les rencontres, le bouche-à-oreille, les libraires font sans doute les meilleurs
intermédiaires. Une vitrine sur Internet ne centralisera pas davantage les échanges entre l’écrit
et le jeu que ne le ferait à lui seul un pôle de documentation, un plateau pour les lectures, un
théâtre pour les mises en espace ou un festival de formes légères. ANETH pourrait renforcer
le service qu’elle rend au niveau national et assumer un rôle de tête de réseau si ses antennes
couvraient davantage de régions grâce au concours d’institutions de formation,
d’établissements de création et de bibliothèques publiques. Elle y parviendra surtout à la
condition de s’inscrire pleinement dans le jeu d’une coopération sans exclusives, à laquelle
l’ensemble des partenaires seraient conviés. L’expérience montre que la SACD, dont le devoir
de neutralité se révèle plus contraignant que celui de l’Etat, n’est pas en position de
l’orchestrer. La mutualisation a peu de chance de dissiper les susceptibilités personnelles et de
dépasser les logiques institutionnelles si le ministère n’en indique pas lui-même les voies et
les moyens.
Créations et ressources internationales de la scène (CRIS),
Le CRIS forme une entité atypique dans l’univers des centres de ressources. Son fondateur
François Berreur combine une forte sensibilité artistique, une grande connaissance de la
production théâtrale et – fait plus rare dans ce milieu - une réelle familiarité avec les
techniques informatique. Le tout lui a permis de réunir à Besançon une équipe habile à
concevoir et à développer des produits éditoriaux en ligne, dont le dynamisme a séduit la
ville, le département du Doubs, la région Franche-Comté, la DRAC, le MAE et l’AFAA.
L’adresse du site Internet du CRIS (www.theatre-contemporain.net) *** est avec son
ergonomie l’un de ses meilleurs atouts : toute interrogation qui associe les mots “théâtre” et
“contemporain” sur un moteur de recherche du type Google, Yahoo ou Lycos y mène
directement. A la fois metteur en scène et responsable du CRIS, mais aussi en parallèle
directeur des éditions Les Solitaires intempestifs, François Berreur s’est résolu à séparer
physiquement et juridiquement ses initiatives artistiques, menées à partir de janvier 2004 dans
le cadre de la compagnie Les Intempestifs, de ses activités d’information, conduites dans le
cadre du CRIS. Désormais les deux entités sont logées séparément à Besançon.
Le site principal affiche des statistiques de visite enviables : 207154 visiteurs issus de 61
pays en 2001, et 430.540 en 2002. En 2003, la progression a continué avec 50.000 à 60.000
visiteurs par mois, et pas loin de 80.000 en octobre, pour une moyenne d’environ 4,3 pages
lues par personne. Les internautes y trouvent sur plus de 22.000 pages illustrées d’un grand
nombre de photos, agrémentées de documents sonores et d’animations visuelles, le calendrier
des représentations de pièces contemporaines dans le réseau du théâtre public, ainsi que des
182
biographies des auteurs, des liens vers leurs sites (quand ils existent) où ceux des éditeurs.
Aussi étendu soit-il, le recensement reste empreint de subjectivité. Les écrivains dont la
production est jugée boulevardière ou commerciale n’y figurent pas. Ainsi les metteurs en
scène d’Allemagne ou d’Angleterre qui apprécient l’écriture incisive de Yasmina Reza la
chercheront en vain dans ce panorama. Les nouveautés sont mises en valeur par une lettre
électronique hebdomadaire (gratuite) revendiquant plus de 10.000 abonnés. Depuis janvier
2003, un raccord mène aussi vers un site voué à Michel Vinaver, l’auteur des Coréens étant
inscrit au programme du bac L3 option Théâtre (www.vinaver.net) *. Une liste de distribution
avertit les internautes inscrits des nouveautés et actualités du site.
Le site donne aussi asile au collectif « A mots découverts », qui regroupe depuis 1996 une
trentaine de comédiens, d’auteurs et de metteurs en scène décidés à échanger des textes, des
points de vue et des bons procédés en faisant abstraction de toute obligation de production.
François Chesnais préside cette association qui a permis à une centaine d’auteurs de faire
circuler leur œuvres mais aussi de les mettre à l’épreuve des acteurs (www.theatrecontemporain.net/amd).
Partenaire de l’AFAA dans l’opération “Tintas frescas” (Encres fraîches”) pour la
promotion des auteurs dramatiques d’aujourd’hui en Amérique latine, le CRIS en est venu à
bâtir un projet dont l’ambition ne vise pas moins que de “référencer et de se procurer les
textes originaux et leurs traductions dans le monde entier en toutes langues”, afin de devenir
“la référence principale en matière de traduction théâtrale européenne voire mondiale”. Ce
répertoire universel – mais pas nécessairement exhaustif - décliné en un minimum de quatre
langues (français, anglais, espagnol, portugais, en attendant l’allemand et le russe)
commencerait avec les années 1950 pour aboutir à nos jours. Vaste programme ! Faute d’un
inventaire d’ensemble des ressources en ce domaine, en l’absence d’examen comparatif des
moyens et des critères à lui consacrer, il est à craindre qu’il ne débouche sur un résultat
parcellaire. Un première démonstration était annoncée pour la mi-décembre avec plus de cinq
cents fiches et une interface en quatre langues (www.theatre-traduction.net). Si une mention
en fin de projet indique bel et bien la possibilité pour des opérateurs extérieurs de procéder à
des saisies à distance selon un protocole unifié, et si une autre invite d’autres partenaires à
rejoindre l’initiative, il faut admettre que la concertation préalable n’a pas abouti. Or le CRIS
ne saurait affronter seul une montagne qu’il faut gravir en cordée. Avant de nouer celle-ci, il
faut vérifier l’utilité d’une pareille entreprise.
François Berreur et Gérald Drubigny, qui le conseille dans ses relations avec les
institutions théâtrales, ont parfaitement intégré cette exigence de mutualisation lorsqu’ils
plaidèrent en faveur d’un portail de ressources théâtrales sur la toile. Des objections de
méthode ont toutefois été soulevées plus haut à ce propos. Si le CRIS apporte une force de
proposition et une faculté de réalisation très appréciables dans l’univers de la documentation
en ligne, sa position relativement excentrée par rapport aux institutions dramatiques et les
préférences esthétiques qu’il affirme ne lui permettent pas de fédérer l’ensemble des acteurs
autour d’un projet. C’est en améliorant et en actualisant ses propres bases de données qu’il
s’intègrera au mieux dans l’architecture complexe de statistiques, de textes et d’informations
dont les professionnels, les enseignants et les amateurs ont besoin pour approfondir leur
commerce avec les œuvres d’aujourd’hui, dont la maîtrise d’ouvrage incombe au CNT sous la
tutelle de la DMDTS. Ses capacités d’ingénierie en informatique et infographie mettent en
outre le CRIS en situation de proposer son assistance à des programmes originaux portés par
des établissements, des festivals ou des équipes artistiques. Identifier les lacunes du réseau et
formuler des solutions adaptées, sans nécessairement prétendre les appliquer par lui-même :
telle pourrait être sa spécialité au regard de ses interlocuteurs du CRAC, qui doivent sans
délai l’inviter à rejoindre leur plate-forme de coopération. Par exemple la proposition de
dresser un menu en ligne pour télécharger directement des textes contemporains, un temps
183
émise par le CRIS, mérite un examen scrupuleux qui confronterait les critères du droit
d’auteur en vigueur au droit de ces mêmes auteurs à être lus et joués dans une large sphère.
Une telle réflexion exige une concertation entre le ministère, la SACD, les EAT, les éditeurs,
d’une part, et les promoteurs de l’écriture théâtrale que sont, d’autre part, le CNES, la MAV,
ANETH, Théâtre Ouvert et le CRIS.
Maison Antoine Vitez (MAV), Centre international de la traduction théâtrale
Chacun le sait mais peu le disent à haute voix: le difficile travail des traducteurs souffre
d’un défaut de reconnaissance sur les plans juridique, économique, artistique et symbolique.
Le ministère paraît en avoir conscience, puisqu’il soutient deux institutions originales, le
Centre international de la traduction littéraire en Arles (CITL) et la Maison Antoine Vitez
(MAV) à Montpellier. Les auteurs le pensent aussi, ce qui incite la SACD et la SGDL de
s’intéresser à leurs activités. Beaucoup de metteurs en scène y sont très sensibles, et
choisissent avec soin les versions des œuvres qu’ils souhaitent monter ou en commandent de
nouvelles à des spécialistes réputés. A l’instar d’Antoine Vitez, quelques uns maîtrisent
suffisamment la langue originale pour effectuer par eux-mêmes la préparation du texte.
D’autres préfèrent réécrire à leur façon la compilation de deux ou trois éditions disponibles
sur le marché, sans les citer, histoire d’y glisser quelques signes du présent et d’empocher des
droits en supplément de leurs appointements.
Institution unique en Europe, que la ville de Montpellier accueille au domaine de
Grammont mais dont le fonctionnement courant repose presque exclusivement sur la DMDTS
, la MAV a été créée en 1991 avec l’appui du ministre d’alors, Jack Lang. Le pays de Molière
compense de la sorte l’indifférence - sinon le mépris - qu’elle fit peser jusqu’à la fin du XIXe
siècle sur les répertoires d’ailleurs, avant que Tchekhov et Strindberg ne trouvent de loyaux
serviteurs, quand les directeurs de théâtre soumettaient encore Shakespeare ou Calderon à des
transpositions ou des adaptations plutôt que d’en proposer des traductions intégrales.
Après une session des Assises de la traduction littéraire en Arles consacrée à la spécificité
de la traduction des textes dramatiques, le projet en fut porté par Jacques Nichet, qui dirigeait
le CDN de Montpellier, entouré d’un groupe de traducteurs reconnus (dont Jean-Louis
Besson, Jacqueline Carnaud, Jean-Michel Déprats, Denise Laroutis, Pierre Léglise-Costa,
etc.). C’est une association vivante : les quelque cent vingt traducteurs qui y adhèrent animent
autant de comités littéraires qu’elle couvre de domaines linguistiques, une trentaine environ
(“de l’albanais au vietnamien”). Ces comités recensent les pièces étrangères, anciennes,
récentes ou nouvelles, qu’ils estiment dignes d’intérêt, parmi lesquelles vingt-cinq chaque
année bénéficieront d’une aide directe au traducteur. Laurent Muhleisen, lui-même
germanophone, dirige la structure dont les effectifs sont restreints à deux postes et demi.
Depuis douze ans, près de 250 pièces de toutes provenances ont été ainsi traduites et plus
de 400 répertoriées. Leur diffusion passe par le dépôt de manuscrits et de catalogues dans
différents lieux de consultation en France, ainsi qu’à Montréal (CEAD) et à Bruxelles
(Théâtre Varia). Les textes sont également proposés aux comités de lecture existant dans
certains théâtres français (Théâtre national de la Colline, Théâtre Ouvert, TNS, CDN de
Montpellier,de Reims et de Valence), ainsi qu’aux compagnies ou structures qui le désirent,
comme le Festival d’Avignon ou la Mousson d’été (Pont-à-Mousson). Quelques uns font
enfin l’objet de lectures ou de mises en espace dans le cadre de manifestations consacrées au
théâtre d’ailleurs, notamment des saisons culturelles lancées par le ministère des Affaires
étrangères, qui suscitent chaque fois la traduction d’inédits. Comme les metteurs en scène, les
éditeurs sont libres de s’emparer de ces pièces (moyennant le règlement des droits d’auteur,
bien sûr !). Théâtrales en publie dans sa collection, « Scènes étrangères », ainsi, moins
régulièrement, que l’Arche, Les Solitaires intempestifs, Actes Sud Papiers, Lansman. A
Montpellier même, Climats fait paraître les « Cahiers de la Maison Antoine Vitez », recueils
184
consacrés à des langues ou des zones géographiques (par exemple les Balkans), sinon à des
auteurs classiques ou modernes méconnus.
Le site Internet ne proposait encore avant 2004 qu’une simple présentation des missions,
activités et actualités de la Maison. Reconstruit grâce à une subvention exceptionnelle de la
DMDTS, le site Internet a ouvert (www.maisonantoinevitez.fr) ** de nouvelles rubriques,
afin de fournir un accès au catalogue. Les quelques 300 fiches déjà mises en ligne en avril
2005 sont fort bien renseignées : notice synthétique sur la pièce (avec l’origine du texte, ses
dates de lecture ou de création publiques, le genre, les rôles, le décor et même la durée
approximative d’une représentation) résumé, avis du traducteur, coordonnées de l’éditeur,
liens hypertextes vers les fiches de l’auteur et du (ou des) traducteur(s). Les indication
biographiques et bibliographiques sur ces derniers sont en revanche beaucoup trop succinctes.
Pour obtenir le texte, les solutions varient. Si l’ouvrage est publié, il suffit de le demander en
librairie ou auprès de l’éditeur. S’il s’agit d’un manuscrit reprographié, il est possible d’en
commander un exemplaire en remplissant un formulaire en ligne. Une version électronique
sécurisée peut le cas échéant être téléchargée par des partenaires identifiés. Enfin le site
indique la liste des lieux de consultation. Ceux-ci forment autour de la MAV elle-même un
réseau moins étendu mais plus proche du monde professionnel que celui de l’association
ANETH, qui y figure cependant en tant que telle ainsi que trois de ses antennes (la Filature de
Mulhouse, le Théâtre de la Digue à Toulouse, le Panta Théâtre à Caen, la Médiathèque
Hermeland à Saint-Herblain). Les autres relais sont le CNT, le JTN, le CNES, la
Bibliothèque Gaston Baty, le Troisième Bureau (Grenoble), le Théâtre de la Minoterie
(Marseille). Le CNSAD qui parut un temps sur cette liste en avait disparu courant 2005.
Il est prévu que le site offre ultérieurement un éventail de données sur le théâtre étranger,
un forum de discussion, les programmes des festivals de théâtre contemporain en France et à
l’étranger, enfin des informations sur les droit des traducteurs avec la collaboration de la
SACD, de la SGDL et du CNT, toujours avec des liens vers les sites pertinents. En
coopération avec le Centre international de la traduction littéraire d’Arles, il serait bon
d’inclure dans cette offre un fichier des traducteurs (français et étrangers, adhérents et non
adhérents à la MAV, classés par domaines linguistiques) expérimentés dans l’art de faire
passer un texte dramatique d’une écriture à l’autre, ce qui signifie aussi de le préparer pour le
corps et le souffle d’acteurs issus d’une autre univers culturel.
Dans cet esprit, la MAV envisage de se joindre au projet de portail européen porté par la
section allemande de l’Institut International du Théâtre (Berlin) dans le cadre de Culture
2000. En revanche, au vu de ses forces (restreintes à l’équivalent de deux permanents et
demi), elle décline la responsabilité de constituer et d’entretenir une banque de données
exhaustive sur les traductions disponibles, aussi bien en ce qui concerne le répertoire étranger
que, dans le sens inverse, les pièces françaises.
A qui reviendrait une pareille mission ? Trois organismes de tailles et de statuts très
différents pourraient la briguer : la BNF, le CNT, le CRIS. Michel Bataillon, président de la
Maison Antoine Vitez, propose de partir du catalogue Horn-Monval sur l’importance duquel
il n’a cessé d’attirer l’attention des autorités (voir en annexe, lettre du 11 octobre 2003).
“Monsieur et Madame Horn-Monval nous ont légué non seulement le fonds documentaire
qui porte leur nom à la bibliothèque de l’Arsenal mais aussi un recensement de l’ensemble des
traductions d’œuvres théâtrales réalisées de 1466 à 1960 – environ 20 000 traductions présentes dans les fonds de la Bibliothèque nationale et de 26 autres bibliothèques de Paris.
Entre 1960 et 1967, le CNRS a publié ce répertoire – Répertoire bibliographique des
traductions et adaptations françaises du théâtre étranger - sous forme de 8 cahiers, épuisés
bien sûr et pratiquement introuvables. (…) Si l’on décide d’ouvrir le chantier du recensement
des traductions théâtrales, la première étape c’est évidemment la numérisation du HornMonval que les moyens informatiques actuels permettent d’effectuer par la reconnaissance
185
optique des caractères et des polices, certes après un paramétrage délicat et soigneux. La
seconde étape, c’est la poursuite du Horn-Monval, le recensement à travers quarante années
de vie et d’édition théâtrales. C’est une tâche considérable qu’il faut scinder par domaines
linguistiques et qui exige des compétences de bibliothécaire et d’historien du théâtre.” Pour
ces raisons auxquelles on se range volontiers, il préconise de confier cette mission au
Département des Arts du spectacle de la BNF qui, forte du catalogue numérisé lié au dépôt
légal, pourrait effectuer des recoupements avec d’autres fichiers, à commencer par celui de la
SACD, sans oublier ceux des éditeurs, si nécessaire avec le concours financier de la DMDTS
et de la DLL. Il va de soi que la mise en ligne de ce répertoire devrait intervenir au plus tôt,
afin de favoriser son actualisation régulière.
Pôle francophone (Limoges) : Les Francophonies
en Limousin et Bibliothèque
francophone multimédia (BFM)
Le Festival international de la francophonie attire depuis 1984 aux premiers jours de
l’automne les auteurs, les metteurs en scène et les troupes des pays « ayant en commun
l’usage du français », selon la définition officielle. Pierre Debauche l’a lancé lorsqu’il
dirigeait le CDN, Monique Blin l’a conduit jusqu’en 2000, puis Patrick Le Mauff a pris sa
suite jusqu’en 2006, tandis que la manifestation, soutenue par les ministères de la Culture et
des Affaires étrangères se faisait rebaptiser « Les Francophonies en Limousin ». Invitations et
coproductions, résidences et tournées permettent de faire rayonner à Limoges, dans la HauteVienne, la région, puis au delà, les expressions du Québec, de la Belgique et de la Suisse,
d’Afrique, des Caraïbes, du Pacifique, mais aussi d’autres pays d’Europe, d’Asie et
d’Amérique. La musique et la danse y font bon ménage avec les arts de la parole. Des ateliers
pédagogiques, des rencontres et des débats accompagnent les spectacles. Beaucoup de textes
naissent ainsi à la Maison des auteurs, mise sur pied en 1988 pour accueillir une dizaine
d’écrivains sur trois mois grâce à des bourses, attribuées surtout par le CNL ou par
l’Association Beaumarchais. Installée dans une cour derrière les bureaux du Festival, décorée
par des artistes béninois, elle dispose de trois studios, d’une salle commune garnie de livres et
d’une cuisine. Remis dans un délai d’un an, les manuscrits sont parfois édités chez Théâtrales
dans la collection « Passages francophones ». Le site du Festival présente la biographie et la
bibliographie de ses anciens pensionnaires (www.lesfrancophonies.com) *.
En 1995, un Pôle francophone s’est constitué avec le Festival, la ville, la bibliothèque
municipale (BM), l’Université, le Centre régional de documentation pédagogique (CRDP), le
Centre limousin des films francophones (CLFF). Parmi les nombreuses initiatives qu’a
entraîné ce commerce régulier avec la fiction francophone, la création de la BFM a marqué
une étape en 1998. Département au sein de l’établissement municipal, pôle associé de la BNF,
la BFM allait depuis lors rassembler dans un bâtiment spacieux et lumineux l’une des
premières collections du répertoire francophone. Tous domaines littéraires confondus, elle
comprenait en 2005 plus de 16.500 volumes mais escomptait en réunir à terme environ
45.000, à l’intention du grand public aussi bien que des chercheurs et des professionnels.
La section théâtrale est particulièrement riche. Elle se compose d’une part des ouvrages
édités, classés avec la poésie, le conte et la critique, par aires géographiques, dans le Forum
francophone au rez-de-chaussée, d’autre part des fonds originaux et des périodiques logés
dans l’espace des chercheurs en rez-de-jardin, ainsi que des tapuscrits et manuscrits rangés
dans la réserve du premier étage. Les pièces viennent d’abord du festival, qui lui confie
l’ensemble des inédits commandés pour ses ateliers, ses lectures et ses représentations.
Elles proviennent également du Théâtre international de langue française (TILF), créé par
Gabriel Garran en 1985 et établi depuis 1993 dans un pavillon du parc de la Villette à Paris,
qui transmet les manuscrits et imprimés qui lui sont adressés (www.tilf.fr) *. Le départ du
fondateur en 2005 a entraîné la nomination de Valérie Baran qui a tôt fait de rebaptiser
186
l’établissement le « Tarmac de la Villette » pour en élargir la programmation francophone à la
danse et aux marionnettes, à la littérature, aux arts visuels et au cinéma documentaire. La
saison ménage quatre mois de résidences pour les compagnies, de novembre à février inclus.
Les partenaires institutionnels font de même : l’Association pour la diffusion de la pensée
française (ADPF), sous tutelle du ministère des Affaires étrangères, lui attribue ses fonds
bibliographiques de 4.000 titres qui dépassent largement la sphère de l’art dramatique
(www.adpf.asso.fr) ***. Radio France International (RFI) a légué les textes présentés au
concours « Textes et dramaturgies du monde ». Le Centre des écritures dramatiques
Wallonie-Bruxelles (CED) de la Communauté française de Belgique et le Centre d’essai des
écritures dramatiques (CEAD) du Québec (Canada) y déposent des textes issus de leurs
collections. La plupart de ces écrits sont systématiquement numérisés, imprimés et reliés sous
forme de tapuscrits.
L’accès au catalogue, la consultation d’extraits des pièces reprographiées (en ligne ou en
mode PDF selon l’ancienneté du document) mais aussi le prêt des documents peuvent se faire
sur Internet (www.bm-limoges.fr) **. En mode simplifié ou « expert », la recherche ne peut
malheureusement pas s’effectuer directement à partir des pays, ni du nombre de personnages,
et les notices ne renseignent guère sur les auteurs. Mais l’abondance et la diversité sont au
rendez-vous : par exemple pas moins de quinze réponses à une requête sur des pièces
camerounaises dont le titre comporte le mot « femme ». Un système de prêt international
permet de se procurer des ouvrages dans un réseau de bibliothèques relais, moyennement le
règlement des frais de port.
La BFM est en outre engagée dans une coopération internationale pour la formation de
bibliothécaires, notamment auprès de la Bibliothèque d’Alexandrie, édifiée avec le concours
de la France et de bien d’autres pays dans le cadre d’une campagne de l’UNESCO.
L’Espace d’un instant - Maison d’Europe et d’Orient (MEO)
Depuis 1985 une association se consacre à la découverte du théâtre de l’Europe centrale et
orientale, des Balkans et du Caucase, de la Hongrie à l’Azerbaïdjan. La compagnie l’Espace
d’un instant a donné elle-même naissance à la Maison d’Europe et d’Orient (MEO), pôle de
ressources déjà riche d’un bon millier de pièces rédigées dans une trentaine de langues.
L’histoire tourmentée de ces parties du continent, les changements de régime à la fin du XXe
siècle, la guerre en ex-Yougoslavie et en Tchétchénie ont nourri un littérature dramatique
d’une grande force, dont quelques auteurs sortis de l’anonymat (Matei Visniec, Biljana
Srbljanovic) ne peuvent donner qu’un aperçu. La valorisation de ce répertoire justifie les
lectures, les manifestations, les ateliers, les rencontres et les échanges que les codirectrices
Dominique Dolmieu et Céline Barq s’efforcent de susciter dans des théâtres en France et à
l’étranger. La traduction, l’édition et la mise en scène des pièces en sont l’enjeu premier. Un
pas a été franchi en 2002 avec la parution des premiers titres. Le catalogue en comprend
aujourd’hui près d’une vingtaine, recueils compris. La Bibliothèque Christiane-Montécot,
« bibliothèque théâtrale de l’Europe orientale », est notamment fréquentée par des traducteurs,
des étudiants en théâtre ou en langues orientales, mais aussi par quelques professionnels en
quête de textes marquants. A l’étroit dans ses anciens locaux parisiens, l’association a trouvé
fin 2004 une nouvelle adresse au 3, passage Hennel (Paris 12e), où la MEO a fêté son
inauguration, le vingtième anniversaire de l’association et l’ouverture du festival du
« Printemps de Paris », le 21 mai 2005. Ses activités peuvent être suivies sur son site
(www.sildav.org) *. Il semble évident qu’elles intéressent au plus haut point Theorem, la
Maison Antoine Vitez, l’AFAA, la DDAI et les autres acteurs des échanges théâtraux en
Europe.
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Ecrivains associés du théâtre (EAT)
Présidée par Michel Azama après un intérim de Xavier Durringer, l’association eut JeanMichel Ribes pour premier président et porte-parole lors de sa fondation en 2000. Les
premiers états généraux des auteurs s’étaient tenus à l’issue d’un colloque organisé à Théâtre
Ouvert. Les adhérents n’étaient encore que vingt-cinq. Cherchant un fond pour la photo de
groupe, le quarteron se retrouva sur les Champs-Élysées, devant le Théâtre du Rond-Point.
« Puisqu’on est devant, rentrons-y » : la boutade allait se réaliser un an plus tard, quand la
candidature de J.-M. Ribes à la direction de ce Théâtre, avec un projet axé sur la défense des
textes contemporains, soutenue par un vote de l’assemblée générale des EAT, obtint
l’assentiment de la ministre. Forte aujourd’hui de plus de 310 membres, l’association
bénéficie du concours de la SACD, des subventions des ministères de la Culture et de
l’Education nationale. Son siège social est fixé au Rond-Point. Les conditions d’admission ont
varié : au départ il suffisait que l’écrivain impétrant soir parrainé par un autre ; désormais il
faut qu’il justifie au minimum d’une œuvre éditée (mais pas à compte d’auteur) et de trois
pièces jouées de manière professionnelle. La réunion mensuelle dans les locaux de la SACD,
qui lui offre le domicile postal, réunit de cinquante à cent personnes par mois. Les
commissions thématiques et les groupes de travail traitent notamment du rapport avec les
éditeurs, avec les institutions culturelles, avec l’Education nationale. Des sections locales se
sont établies à Caen, Epernay, Béziers, Mont-de-Marsan. Louise Doutreligne a exercé les
fonctions de secrétaire générale jusqu’à son élection en qualité de vice-présidente de la SACD
en 2003. Dominique Paquet l’a alors remplacée sur un poste à temps partiel, avec l’assistance
d’un administratrice et d’une secrétaire.
La cause des dramaturges, c’est-à-dire la défense de leurs droits moraux et patrimoniaux,
la promotion de leur place dans le répertoire du théâtre public et privé, la présence de leurs
œuvres dans les programmes et les bibliothèques, voire le respect de leurs intentions par les
metteurs en scène, constituent naturellement les principaux objets de l’association.
L’amélioration de la situation matérielle des auteurs – dont une infime minorité pourrait se
contenter des rétributions que les sociétés civiles perçoivent en leur nom sur la reproduction,
la traduction ou la représentation de leurs textes – passe aussi par le développement des aides
à la création dramatique, des bourses, des prix et des résidences d’écriture. Elle suppose
encore une adaptation des dispositifs d’assurance sociale, tout particulièrement au bénéfice de
celles et ceux qui n’émargent pas à un autre régime en qualité de professeur, de journaliste, de
fonctionnaire ou de salarié d’une entreprise privée. Ces soucis expliquent que des divergences
puissent parfois éloigner les écrivains de leurs interprètes. Sachant par exemple que la
rémunération de l’ayant droit est proportionnelle au nombre de représentations et que les
compagnies du « Off » avignonnais versent en moyenne une fois et demie le montant des
rétributions aux auteurs vivants acquittées par le festival « In », on peut comprendre que les
EAT n’aient pas été de fermes partisans de la grève totale durant l’été 2003.
Le conseil aux membres occupe une part déterminante des activités de l’équipe
permanente : elle détaille les modalités d’accès aux aides publiques, de dépôt des œuvres, de
représentation au sein des SPRD. Le site Internet, réalisé avec l’aide de la région Ile-deFrance (http://eatheatre.com) * et la liste de distribution annoncent les concours, les
rencontres, les manifestations à venir. La liste des adhérents y est accessible, mais une
minorité d’entre eux ont fourni une fiche avec leurs coordonnées, les titres, rôles et résumés
de leurs pièces. L’annuaire de liens est plus complet et mieux classé que celui d’ANETH. Par
ailleurs bon nombre d’adhérents des EAT sont cités dans le dernier des trois tomes de De
Godot à Zucco, Anthologie des auteurs dramatiques de langue française, 1950-2000, établie
par Michel Azama (Editions Théâtrales, Montreuil, 2005), présentant 159 écrivains avec leur
biographie, une synthèse de l’œuvre et des extraits de pièces.
Cependant, au delà des affaires de leurs affidés, les EAT veulent aussi contribuer à la
188
vitalité d’un théâtre dont le texte parle une langue de ce temps. S’il s’agit pour eux de replacer
l’auteur au cœur d’un théâtre d’où le metteur en scène, sinon le programmateur, l’aurait
évincé, il est également question de le conduire au dehors, au contact de la société. Sous la
houlette de Bruno Allain, ils relaient les demandes de participation à des ateliers en milieu
scolaire. Sous l’impulsion de Jean-Paul Allègre, ils prodiguent des suggestions aux amateurs,
tout particulièrement aux compagnies de la FNCTA dont l’ouverture au répertoire
contemporain se confirme depuis quelques années. Autour de Joseph Danan, ils
accompagnent les éditeurs dont une vingtaine se retrouvent au « village du théâtre », dont la
SACD couvre les frais au Salon du livre de la Porte de Versailles. L’association a suscité une
rencontre nationale des comités de lecture de textes dramatiques à Saran (Loiret) le 6 avril
2005. Elle s’est rapprochée de la SACD, d’ANETH et de l’APAT, association organisatrice
de la soirée des « Molières », pour décerner un prix de littérature dramatique à une œuvre
éditée mais non montée dans l’année, à compter de la cérémonie de 2005.
Les EAT mettent bien sûr à jour l’annuaire de leurs membres. Ces diverses initiatives et
prestations n’en font pas un centre de ressources pour autant. Les auteurs peuvent compter sur
d’autres organismes pour composer leur carnet d’adresses et tisser leur propre réseau de
contacts. Les EAT ne sauraient pas plus coordonner les différentes structures vouées à
l’écriture dramatique qu’il ne voudraient concilier les styles de leurs adhérents. Cela
n’empêche pas les responsables de l’association de porter des avis plus ou moins amènes sur
les services rendus par chacune d’entre elles. Théâtre Ouvert est épinglé pour sa farouche
autonomie, qualifiée d’esprit « maison ». Le CNES est critiqué pour son ambition
académique, comme si la solennité des lieux en faisait le sanctuaire d’une esthétique, mais
aussi pour le fait que l’écriture y est parfois présentée comme une fin en soi, à distance trop
respectueuse du plateau. ANETH n’a pas la réputation d’être beaucoup plus éclectique, mais
la bonne tenue de ses fichiers est louée. Le CNT s’attire le jugement le plus sévère, au vu des
maigres résultat d’un entretien entre M. Azama et J. Baillon, alors que son rôle et son rang
nationaux le désignent pour orienter tous ceux qui ont le texte en partage (auteurs, éditeurs,
régisseurs, acteurs, amateurs, lecteurs, spectateurs, médiateurs, formateurs) vers l’œuvre,
l’aide, l’assistance qu’ils recherchent.
Théâtre Ouvert
Le fondateur de Théâtre Ouvert, Lucien Attoun, avait étrenné en 1971 la formule de « mise
en espace », qui assure encore l’originalité de l’établissement, dans le cadre du Festival
d’Avignon, où Jean Vilar lui avait donné carte blanche pour présenter des textes d’auteurs
vivants avec une grande économie de décors, de costumes et même de répétitions. Sous cette
même direction, partagée avec Micheline Attoun, Théâtre Ouvert s’est installé en 1981 dans
la salle du Jardin d’hiver, au dos du Moulin rouge, cité Véron (Paris 18e). Devenu un Centre
dramatique national (CDN) en 1988, il poursuit sa mission sous la tutelle de la DMDTS et de
la mairie de Paris selon ce simple principe. « Mises en voix », « chantiers », « cartes
blanches », « spectacles » permettent néanmoins d’en varier les étapes et les formules. Les
pièces nouvelles sont sélectionnées par un petit comité qui en reçoit environ 600 par saison,
avant d’être montées de manière spartiate. Un groupe d’acteurs en résidence, le « noyau »
choisit lui-même des pièces inédites dont ils s’emparent. La régie peut être confiée à des
metteurs en scène expérimentés et l’on s’efforce de ne pas transiger sur la qualité de
l’interprétation. La mode des petites formes et des plateaux nus s’étant par ailleurs répandue
pour des raisons indépendantes de la volonté de ces pionniers, les sceptiques contestent que
ces réalisations constituent un échelon intermédiaire entre la lecture et la représentation dans
sa pleine acception. La situation parisienne du CDN, idéale pour toucher le plus grand nombre
de professionnels, a aussi pour conséquence que le spectacle offert affronte la concurrence de
cent autres programmes et finit donc par être jugé à la même aune, comme s’il s’agissait d’un
189
état achevé de l’œuvre scénique.
Cependant tout Théâtre Ouvert ne se résume pas à la mise en espace. Le lieu se prête aux
lectures du lundi, aux rencontres avec les auteurs associés, à des « cellules de création », à des
ateliers de formation et de transmission, notamment en relation avec le master « Mise en
scène et dramaturgie » de Paris X-Nanterre . Homme de plateau et de terrain, Lucien Attoun
est aussi une figure de France-Culture où il à son mot à dire en matière de critique comme de
création dramatique. Il recherche les occasions de transmission, que ce soit en direction des
théâtres, des conservatoires ou des universités. Enfin il y a les « Tapuscrits », réalisés grâce à
une subvention du CNL et destinés à une diffusion gratuite auprès des metteurs en scène. A
raison de cinq à six titres par an, cette collection de pièces reprographiées a évolué vers un
véritable un catalogue d’éditeur de plus d’une centaine de titres, auquel a été adjoint la
collection « Enjeux ». La présentation s’est améliorée, sans que soit pour autant garantie une
diffusion en librairie aussi ample que celle d’une maison classique. En 2003, Théâtre Ouvert
s’est doté d’un Journal trimestriel pour donner la parole aux auteurs et à ceux qui portent
leurs textes. Hébergé par le CRIS, le site informe des actualités de la saison. Il permet pas de
consulter le catalogue éditorial (www.theatre-contemporain.net/theatre-ouvert) *, dont les
fiches ne sont détaillées et pourvues d’un extrait du texte (pour la plupart) qu’à partir du
numéro 87, paru en 2000. Les noms d’auteurs renvoient cependant aux notices du CRIS
chaque fois qu’elles existent.
Théâtre du Rond-Point
Le bâtiment du Rond-Point témoigne au mitan des Champs-Élysées de la longue histoire
des loisirs à Paris. Ancien Panorama national, l’édifice de Davioud remplaça en 1855 une
rotonde plus ancienne (1839) due à Jacques Ignace Hittorff. Elle abrita longtemps la patinoire
du Palais des glaces, avant d’être offert au théâtre. Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud
s’y installèrent en 1981 pour mettre un terme à l’errance où les avait conduits l’éviction du
directeur du Théâtre de France après les événements de 1968. Ensuite le théâtre accueillit la
Maison des cultures du monde de 1991 à 1995, puis la compagnie de Marcel Maréchal
jusqu’en 2000. Durant l’intérim de Philippe Buquet, un appel à projets fut enfin lancé par
l’Etat, allié ici à la Ville, qu’emporta Jean-Michel Ribes dont le discours en faveur des auteurs
avait séduit. Depuis octobre 2002, les saisons font donc la part belle aux pièces écrivains
vivants, de styles aussi variés que sont éclectiques les intérêts du directeur, lui-même auteur et
metteur en scène. Celui-ci a beau revendiquer sa complicité avec les EAT, hébergés au RondPoint et représentés à son comité de lecture, le théâtre n’est pas une courroie de transmission
pour l’association, et inversement. Ce comité examine plusieurs centaines de pièces qui lui
parviennent chaque année et en recommande un petit nombre à la direction. Ses choix
apportent au répertoire contemporain une autre tonalité que celui de Théâtre Ouvert.
L’humour se taille une assez large part du programme dans les trois salles. Les œuvres sont
présentées dans des mises en scène achevées, mais d’autres formules contribuent à la
découverte de dramaturges. C’est notamment le cas des « mardis midi des textes libres », qui
expérimentent plusieurs formes de lectures, des rencontres avec des écrivains français ou
étrangers, des invitations lancées à des collectifs ou à des compagnies.
La librairie concédée à Actes Sud présente un éventail d’ouvrages assez large, touchant
aux arts du spectacle, aux politiques culturelles, à la littérature et aux sciences humaines. La
revue lancée dès 2002 fut d’abord éditée avec cette même maison (« Papiers »), qui s’est
retirée après huit numéros. Les Carnets du Rond-Point sont depuis lors réalisés en interne
avec le concours des éditions de l’Amandier pour la fabrication et la diffusion. Le théâtre
consacre par ailleurs à ses principales productions une collection de DVD dont des extraits
peuvent être consultés sur le site. La conception de ce dernier accorde plus d’importance à la
présentation qu’à l’ergonomie (www.theatredurondpoint.fr) *. En attendant que les archives
190
aient été mises en ordre et en ligne, on y trouve cependant des renseignements utiles sur les
auteurs joués durant la saison.
La Mousson d’été - Maison européenne des écritures contemporaines (MEEC)
La Chartreuse, Théâtre Ouvert et le Rond-Point ne sont pas les seuls pôles qui aimantent
les auteurs. La MEEC peut aussi les attirer vers l’est… Le festival de la Mousson d’été, lancé
par le metteur en scène Michel Didym à l’Abbaye des Prémontrés de Pont-à-Mousson
(Meurthe-et-Moselle), a entrepris en 1995 de rapprocher les dramaturges des compagnies,
mais aussi les éditeurs des spectateurs, ou encore les traducteurs des comédiens et les
programmateurs des critiques. Forums, débats, ateliers, stages, lectures, mises en espace et
mises en scène, chaque année durant la dernière semaine d’août, toutes les méthodes ont été
mises à contribution pour donner leur chance à des textes dont certains étaient encore en
devenir. Des stages d’hiver sont organisés d’autre part en février avec la participation
d’auteurs, de metteurs en scène et d’universitaires. Peu à peu la Mousson s’est mise à souffler
plus fort de l’étranger.
De cette expérience a émergé en 2001 le projet de la MEEC, qui se présentait à l’origine
comme une structure itinérante basée à l’Abbaye. Ses initiateurs souhaitaient en quelque sorte
arrimer à un même mousqueton tous les maillons de la chaîne qui lie le texte à sa
représentation. Une résidence devait permettre à un trio formé d’un auteur dramatique
étranger, d’un traducteur et d’un écrivain francophone d’élaborer une version française, en
relation avec un groupe d’acteurs qui en éprouve les vertus orales et scéniques. Une session
de formation à l’intention d’élèves, d’étudiants, d’enseignants ou de professionnels est censé
accompagner le processus qui débouche sur une lecture publique, elle même préparée par
diverses rencontres et manifestations. A l’issue de ce parcours, il s’agit d’éditer le texte
définitif, tandis qu’une autre résidence est envisagée auprès d’un théâtre partenaire, pour
l’auteur ou pour la compagnie qui s’attache à monter un spectacle tiré de sa pièce. Les
collectivités territoriales et plusieurs institutions théâtrales (dont la Comédie-Française, la
MAV, le CNES, le Festival d’Avignon) ont prêté leur concours à l’expérience. Les Solitaires
intempestifs ont dédié une collection aux traductions établies sous les cieux de la Mousson.
Cependant le caractère saisonnier de la manifestation, avec ses surprises et ses opportunités,
semble l’emporter sur l’ambitieux mais complexe programme de travail. Le site conçu et
hébergé par le CRIS pour la MEEC (www.meec.org) * permet de consulter les archives des
précédentes éditions.
France Culture
Station culturelle de Radio France, France Culture aborde tous les domaines de la
connaissance et des arts, de la philosophie à la génétique, de l’archéologie au cinéma, sans
oublier la musique servie par l’antenne-sœur de France Musiques. Le théâtre y occupe
cependant une place à part, pour trois raisons. D’abord aucune chaîne publique ou privée de
rang national ne lui consacre autant de temps en informations, reportages, analyses, entretiens,
critiques, débats, extraits sonores et captations. Ensuite la radio se montre un partenaire actif
auprès des sociétés civiles, des établissements et des festivals, sur le site desquels elle installe
volontiers ses studios comme elle le fait chaque année en Avignon, tendant ses micros aux
metteurs en scène et aux comédiens, aux auteurs et aux programmateurs. Enfin, depuis les
origines du service public, elle passe commande de fictions dont elle réalise et diffuse les
versions radiophoniques. Cette mission fait de France Culture davantage qu’un producteur,
puisqu’elle contribue ainsi au renouvellement du langage théâtral et à la reconnaissance de
nouveaux dramaturges. Son répertoire enregistré constitue à la fois un panorama du théâtre
français et de la création radiophonique, puisque la mise en ondes est aussi un art à part
entière.
191
Le site Internet de la chaîne (www.radiofrance.fr/chaines/france-culture) *** présente les
programmes en cours, le calendrier des fictions, mais aussi des dossiers thématiques (avec
illustrations visuelles et sonores, articles, archives des émissions consacrées au sujet,
bibliographies et signets) sur des écrivains, des interprètes, des spectacles, des manifestations
ou des événements en rapport avec la vie culturelle et notamment l’actualité théâtrale. Munie
d’un moteur de recherche, la médiathèque en ligne donne accès à des références de livres,
périodiques, disques, DVD, cédéroms ou émissions indexés depuis 2001. Encore très
lacunaire, cette base pourrait devenir au fur et à mesure un outil indispensable si la plupart des
programmes numérisés et des documents cités à l’antenne y étaient véritablement versés. Une
observation similaire vaut pour les archives des émissions de fiction, « Perspectives
contemporaines » ou « Théâtre européen », « Mauvais genre » (littérature policière et
fantastique), « Histoire d’écoutes » (pour le jeune public). S’il est possible de remonter
jusqu’aux notices de 2002, il faut se laisser guider par les titres des pièces faute de recherche
par nom d’auteur, par thème, par réalisateur ou interprète. Pour des raisons de droits d’auteur,
seules les dernières productions sont audibles en ligne ; cependant le moyen de consulter ou
de commander les autres enregistrements n’est pas indiqué. Enfin aucune vision d’ensemble
du répertoire n’est proposée, alors que le catalogue de France Culture est l’un des plus riches
du théâtre occidental.
L’amélioration progressive de ce service figure au programme de la direction de la fiction,
à la tête de laquelle Blandine Masson a notamment pris la suite d’Alain Trutat et de Claude
Eveno. A la direction générale de la station, Laure Adler, nommée lorsque Lionel Jospin était
à Matignon, a dû céder son fauteuil à David Kessler (ancien directeur général du CNC) à l’été
2005.
ThéâtreOnLine
Mordu de théâtre et d’informatique, Xavier Pauporté a ouvert en septembre 1999 le site
commercial ThéâtreOnLine (www.theatreonline.com) *** qui a obtenu le soutien d’un groupe
industriel scandinave (Orkla). Adossé depuis 2001 à une centrale de réservation par
téléphone (numéro indigo), la nouvelle version du site se présente d’abord comme un guide
des spectacles qui référence 250 théâtres (publics et privés) avec leur programmation et leurs
coordonnées. Un “Journal du théâtre” présente des brèves et des nouveautés à l’affiche. Un
annuaire Web étend ses liens vers les sites des établissements artistiques, mais aussi vers
plusieurs centres de ressources et bibliothèques, des institutions, des compagnies, des
formations universitaires ou des organismes de formation continue. Le moteur de recherche
fonctionne correctement. Une billetterie en ligne, un forum de libre critique et un espace pour
les adhérents complètent la palette. En revanche le bibliophile, simple lecteur ou chercheur
confirmé, risque d’être déçu, car il est aiguillé vers un autre site commercial. Le gestionnaire,
qui revendique plus de 100.000 visites mensuelles en 2003, invite les internautes, adhérents
ou non, à faire référencer leur propre site dans l’annuaire. Sans atteindre encore le degré
d’efficacité et de rapidité des sites consacrés aux programmes hebdomadaires de cinéma,
ThéâtreOnLine n’en donne pas moins une leçon de lisibilité à bien des sites subventionnés.
Des informations sur les programmes, des liens vers les sites des théâtres et les services de
réservation en ligne (Aden, Fnac, Billetel, Ticketclic, LastMinute… et TheatreOnLine) sont
aussi proposés sur www.canaltheatre.com, ** portail qui indique aussi, à la demande, des
liens vers des compagnies d’amateurs. Ceux-ci peuvent par ailleurs consulter des offres de
stage sur le site www.surlesplanches.com .
c) Action théâtrale
Association nationale de recherche et d’action théâtrale en milieu scolaire et universitaire
192
(ANRAT)
Le titre exact de l’ANRAT est aussi compliqué que sa tâche, aussi long que le parcours qui
lui reste à accomplir, si bien qu’il ne figure pas toujours sur ses propres documents.
L’association se fait mieux connaître sous son sous-titre : théâtre-éducation. Pour Michel
Vinaver, il pourrait tenir en deux lettres (“Saynète en guise d’envoi”, 7 septembre 1995, in
Théâtre Education, nouvelle série, n° 3-4, décembre 1995)..
“Le théâtre : - La conjonction. Un petit ET, ‘e’ et ‘t’, allant de moi à vous, de vous à moi.
“L’éducation : - Pas si petit que ça. Un grand, un large ET par lequel, de l’un à l’autre, le
passage se fera.”
Fondée en 1983, l’ANRAT a été présidée entre autres par Robert Abirached après qu’il eut
quitté la Direction du théâtre et des spectacles. En 1999, Jean-Pierre Loriol a succédé à JeanGabriel Carasso en qualité de délégué national d’une association dont le metteur en scène
Jacques Lassalle assure depuis 2000 la présidence effective. La passation de témoin a précédé
de peu le déménagement des bureaux, hébergés depuis 2003 dans l’hôtel dont dispose la
SGDL, qui abrite aussi ANETH et les éditions Théâtrales. Elle a coïncidé avec le tournant de
2001, année marquée par le lancement du plan de cinq ans pour l’éducation artistique et
l’action culturelle en milieu scolaire.
L’ANRAT est d’abord un mouvement pratiquant ce que Jean-Gabriel Carasso a appelé un
“militantisme innovant” en faveur du rapprochement entre le théâtre et l’éducation. Ses
adhérents, artistes, pédagogues, enseignants du secondaire et du supérieur, partagent une
certaine philosophie du partenariat entre l’école (terme générique englobant aussi le collège,
le lycée, l’université), les compagnies dramatiques et les établissements artistiques. Les
ministères de la Culture, de l’Education et de la Jeunesse, qui s’entendent pour lui apporter
des moyens vitaux de fonctionnement, trouvent en elle un relais mais aussi un aiguillon pour
mettre en application leur protocole d’accord, leurs circulaires communes et leur plans
d’action. Elle vit au rythme des rencontres régionales et des assises nationales qu’elle
convoque régulièrement, des stages de formation, des sessions de réflexion et des ateliers
auxquels elle contribue fréquemment. Elle publie un périodique intitulé initialement ThéâtreÉducation, sobrement rebaptisé Trait d’union en 2000, qui répercute ses débats internes, entre
des éditoriaux et des tribunes qui reprennent inlassablement leur travail de persuasion en
direction des artistes et des enseignants, des directeurs de structures culturelles et des chefs
d’établissement, mais aussi des personnels rectorats et des DRAC.
Les expériences d’intervention théâtrale sont encore en France si minoritaires par rapport à
la masse des élèves, et les progrès du partenariat si précaires que l’ANRAT reste condamnée à
exprimer l’inquiétude de ses partisans : vis-à-vis des coupes budgétaires qui affectent
directement ces actions; au sujet de la fragilité des pôles nationaux de ressources (PNR) mis
en place dans les disciplines du spectacle; au regard du nouveau régime d’indemnisation des
intermittents qui permet de comptabiliser seulement 55 heures d’interventions artistiques dans
un cadre pédagogique au lieu des 169 heures espérées (soit le tiers des 507 heures cumulées
ouvrant droit aux allocations); en ce qui concerne la qualification des intervenants et la
sensibilisation des professeurs ; à propos des complications imposées aux porteurs de projet
dans le montage des dossiers et la quête de subventions. Cette préoccupation se manifeste
toujours dans la conception du bulletin de l’ANRAT et dans le programme de ses réunions.
La vie intérieure de l’association et ses prises de positions publiques y prennent une place
assez importante, même si les comptes-rendus d’expériences, les propos d’ateliers, les
exemples concrets, les fiches pédagogiques et le travail d’évaluation occupent le reste des
colonnes. Pour se rendre utile bien au-delà du cercle des convaincus, parmi ces artistes et ces
enseignants qui s’adressent à elle pour obtenir des conseils, trouver des partenaires, monter un
projet ou encadrer un stage, l’ANRAT a d’abord déployé une première batterie d’outils : le
bulletin, un fonds documentaire, une bibliographie raisonnée (coéditée avec le CNT en 1995),
193
une collection d’ouvrages édités chez Actes Sud.La fourniture de services devrait s’amplifier
et se diversifier dans les années à venir.
En effet, les instances de l’ANRAT souhaitent qu’elle s’affirme de plus en plus comme un
pôle de ressources à caractère national. Cette inflexion répond à une situation nouvelle. Jack
Lang et Catherine Tasca ont allumé le feu vert fin 2000, pour amorcer un élan national vers la
généralisation des actions artistiques à l’ensemble des élèves du primaire et du secondaire.
Bien qu’il ait rogné sur les moyens affectés à ce plan, le gouvernement suivant n’en a pas
démenti les objectifs à long terme. Au contraire, le rapport de Christine Juppé-Leblond, suivi
d’une nouvelle circulaire, a confirmé le bien-fondé des thèses que l’ANRAT avançait dès ses
origines. Le rapport de Jean-Marcel Bichat pour le Conseil économique et social (CES)
propose des voies originales pour avancer vers la généralisation de ces actions dans le cadre
des programmes obligatoires (voir « L’enseignement des disciplines artistiques à l’école »,
Rapport au CES, assorti d’un avis adopté par cette assemblée le 11 février 2004).
L’administration de l’Education nationale a entrepris de structurer ses services, ses
dispositifs et ses services de documentation pédagogique de manière à soutenir le choc d’une
demande beaucoup plus vive de la part du corps enseignant (déjà 299 options facultative
“théâtre” en section L dans les lycées, 1.951 classes à PAC “théâtre” et 1.314 ateliers de
pratique artistique pour cette discipline dans les premier et second degrés durant l’année
scolaire 2002-2003, si l’on en croit la Direction de l’enseignement scolaire du MENJR). Le
ministère de la Culture a renforcé la capacité de ses services extérieurs dans ce domaine, bien
que l’on constate d’une DRAC à l’autre d’étonnantes et choquantes disparités entre les modes
de traitement des dossiers de l’action culturelle en milieu scolaire.
Sans renoncer le moins du monde aux facultés de réflexion et de proposition qui en font la
richesse, l’association doit donc s’efforcer d’accompagner ces transformation par des
initiatives, des prestations, des publications adéquates. Son rôle évolue notamment à travers la
participation aux PNR pour l’éducation artistique et l’action culturelle mis en place avec des
IUFM, des CRDP et des établissements artistiques. Déjà impliquée à Limoges dans un PNR
orienté vers le théâtre francophone et à Lyon dans un autre pôle auprès du Théâtre des jeunes
années, l’ANRAT sera régulièrement associée à celui qu’envisage de constituer bientôt le
CNES de Villeneuve-lès-Avignon avec les deux académies concernées autour du thème de
l’écriture dramatique. Il reste encore fort à faire pour dépasser le cap des 100.000 élèves
concernés par un dispositif théâtral au cours d’une même année, sans abaisser le seuil des
exigences esthétiques et heuristiques qui inspirent l’intervention. Une brochure éditée en
décembre 2003 (“L’artiste à l’école ?”, ANRAT, hors série) fait le point sur les questions que
soulève cette ambition. Rédigée en style direct, présentée avec clarté, elle augure bien des
prochains fascicules prévus, sur la formation initiale des enseignants au théâtre (mal assurée
dans les IUFM), puis sur le thème “Comment commencer ?”. Un travail sur les modalités
d’évaluation des actions devrait se dérouler en parallèle. L’ANRAT n’est jamais aussi
convaincante dans son rôle que lorsqu’elle s’évertue à concevoir des instruments pratiques
pour venir à bout des réticences ou des blocages qu’elle déplore.
L’équipe permanente comprend actuellement, outre le délégué, une administratrice,
Danièle Naudin, issue du Centre national du théâtre où elle avait mis en place divers outils
(dont un Guide de l’action théâtrale) au service des rapports entre ces deux univers contigus
qui s’ignorent encore trop souvent : la création et l’enseignement. Deux autres personnes,
respectivement chargée de projets et chargée de communication, prennent en charge la
documentation, les relations publiques, l’accueil, le secrétariat, l’organisation matérielle des
rencontres, les relations avec les adhérents.
Après une conférence de presse de l’ANRAT et de la Ligue de l’enseignement au Théâtre
du Rond-Point, le 15 décembre 2004 (voir Trait d’union n° 8, février 2005), pour alerter
l’opinion et interpeller le gouvernement sur l’absence de l’éducation artistique dans le projet
194
de loi d’orientation déposé par François Fillon, le conseil des ministres du 3 janvier 2005 a
tenu à réaffirmer son attachement à cette mission. Peu convaincu par la teneur des circulaires,
la cohérence des méthodes et la réalité des chiffres, en baisse très accusée rue de Grenelle
même s’ils ont légèrement progressé rue de Valois, l’ANRAT a maintenu la pression en
formant le 8 février 2005 un « Forum permanent pour l’éducation artistique » avec une
vingtaine d’organisations (ARTA, Danse au cœur, Danse sur cour, EAT, FNCC, GRAME,
Kyrnea International, Ligue de l’enseignement, L’Oiseau rare, MGI, OCCE, Scène(s)
d’enfance et d’ailleurs , SE-UNSA, SNUIPP, SYNAVI, THEMAA, UNAAPE), et en
convoquant des « Assises nationales de l’éducation artistique et du partenariat – théâtre et
spectacle vivant » du 11 au 13 novembre 2005 à la Maison de la culture de Loire-Atlantique
(Nantes).
Amis du théâtre populaire (ATP)
Jacques-Olivier Durand raconte dans son livre Tous spectacteurs, « La belle aventure des
Amis du théâtre populaire » (Editions de l’Aube, La Tour d’Aigues, 1992). Au départ, elle se
confondit avec l’entreprise de Jean Vilar au Théâtre national populaire (TNP). Avec Jacques
Rouvet, l’administrateur fidèle, celui-ci prospecta tous les cercles auxquels pouvait s’élargir le
public du théâtre : fédérations d’éducation populaire, syndicats, comités d’entreprise,
mouvements étudiants, clubs de spectateurs. L’association des Amis du TNP naquit ainsi à
Paris peu avant que les Amis du Théâtre populaire (ATP) ne prissent leur suite en 1953. Un
groupe de spectateurs d’Avignon imita leur démarche auprès du Festival vers la fin 1953. Les
statuts officiels des ATP furent déposés en juin 1954. Cette année-là, une Fédération nationale
des ATP (FNATP) vit le jour. Ses délégations régionales comptèrent vite 15.000 adhérents.
La Fédération se dota d’un bulletin d’information, Bref. Il fallut cependant la dissoudre dès
octobre 1956 afin d’alléger les finances du théâtre. Bref (du n° 7 au n° 17 ) redevint alors un
organe du TNP dont Robert Voisin confia quelques temps la rédaction en chef à un certain
Antoine Vitez.
Pendant ce temps, l’organisation avignonnaise ne se contentait pas de plaider la cause du
Festival et de son directeur. Elle se mêlait de programmation pour perpétuer le théâtre pendant
la saison hivernale. Son exemple fut surtout imité dans les régions où les centres dramatiques
n’avaient pu encore s’implanter, par des délégations qui se convertirent en associations
autonomes, notamment à Poitiers (en 1956), Aix en Provence (en 1959), Arles et Nîmes. En
1966 une nouvelle Fédération d’associations de théâtre populaire (FATP) se constitua à
Avignon, avec l’appui d’organisations de Grenoble et Villefranche-sur-Saône. A son apogée,
elle rassemblait une quarantaine de sections locales représentant environ 25.000 adhérents.
Sous divers noms, des associations s’y reconnurent, entre autres à Roanne, Clermont-Ferrand
(affiliée à Peuple et Culture), La Rochelle, Saint-Étienne, Besançon, etc. Après 1968, ce fut le
tour de la Côte basque (Biarritz et Bayonne), de Dax et de Pau, mais aussi de l’Est (Epinal
pour les Vosges, Colmar), du Centre (Orléans), et toujours du Midi (Alès, Uzès, SaintGaudens, Millau, Montauban, Villefranche-de-Rouergue, Carcassonne pour l’Aude, ou encore
Vauvert-Vergèze pour le Gard…), pour citer seulement les associations dont l’activité s’est
prolongée jusqu’aux années 1990. Aujourd’hui placée sous la présidence de Gérard
Cardonnet, la FATP a son siège à Nîmes. Elle reconnaît vingt associations indépendantes qui
n’attendent de sa part qu’un appui ponctuel. Structure légère, celle-ci n’entretient ni
documentation ni pôle de conseil, ni organe central ni site électronique. En revanche elle prête
son concours à l’échange entre membres ainsi qu’aux productions communes du réseau
([email protected]).
Les « atépistes » se présentent comme des spectateurs passionnés de théâtre, bénévoles et
même militants. La majorité programment durant la saison une sélection de spectacles de
qualité professionnelle, destinés à une large audience, qui sont accueillis dans les théâtres
195
municipaux de leur territoire d’intervention. Certains animent de la même façon un festival
estival, comme celui d’Uzès, couronné par un concours de compagnies. Toutes les sections
organisent des rencontres avec les auteurs, les metteurs en scène et les interprètes. Elles
mènent enfin des actions culturelles ou pédagogiques en direction de diverses catégories de
publics, notamment scolaires. Ces opérations ont un coût que les subventions locales et la
billetterie ne suffiraient pas à couvrir. En 1975, la fondation de l’Office national de diffusion
artistique (ONDA), à l’initiative de Philippe Tiry, a sans doute sauvé les ATP de la ruine ou
de la marginalisation dont les menaçaient l’inflation des frais d’achat des spectacles. Les
associations qui ont réussi à se maintenir ont rejoint les groupements régionaux d’action
culturelle (GRAC), renommés depuis lors réunions interrégionales de diffusion artistique, afin
d’unir leurs forces pour organiser des tournées avec les établissements du réseau national, en
bénéficiant au passage des garanties de l’Office. La tentation d’adapter à la baisse le prix et la
qualité de leur programmation ainsi écartée, les ATP ont même pu s’engager dans la
production en certaines occasions. Si elles représentent à l’échelle d’un département, voire
d’une région, des pôles d’appui solides pour l’action des compagnies dramatiques, en
revanche ces associations ont fort peu développé leurs prestations en matière de ressources
documentaires. Au printemps 2005, seules les associations d’Aix-en-Provence et de Poitiers
signalaient (modestement) leur existence sur la toile.
Maison du comédien Maria Casarès
La maison dont Maria Casarès avait fait son refuge à partir de 1961, au domaine de la
Vergne, à Alloue (Charente) a vu passer bien des comédiens de son entourage, jusqu’à sa
mort en 1996. Avec l’aide du conseil général, du conseil régional et de la DRAC et sous la
direction de Véronique Charrier, une association lui permet depuis l’an 2000 de servir d’abri
pour des stages, des ateliers, des résidences d’acteurs et de troupes venues de la région ou de
plus loin. Les tutelles se sont accordées sur des travaux étalés de 2005 à 2006, au terme
desquels les actions reprendront, en direction des amateurs comme des professionnels, en
partenariat avec le Centre dramatique régional, les scènes nationales ou encore le Centre
chorégraphique de La Rochelle, mais aussi les festivals, les écoles et les compagnies, ainsi
que des établissements scolaires
([email protected]).
d) Manifestations théâtrales
Festival d’Avignon
Jean Vilar a conçu le Festival, quasiment dès les premières Rencontres d’art en Avignon,
en 1947, comme la concentration dans un temps et dans un lieu de tout ce qui fait du théâtre
un art vivant : des spectacles, bien sûr, mais aussi des concerts et des expositions ; de grands
acteurs comme ceux du Théâtre national populaire (TNP), oui, mais d’abord des auteurs et
des metteurs en scène ou « régisseurs », comme il préférait dire, pour les servir, vivants ou
disparus ; des créations, mais aussi des rencontres avec les spectateurs au Verger, des
réunions sur les politiques culturelles à la Chambre des notaires du Palais des Papes (de 1964
à 1970), et des séjours de jeunes au Centre d’entraînement aux méthodes de l’éducation active
(CEMEA). Les directeurs du Festival ayant succédé à Jean Vilar – Paul Puaux (1971-1979),
Bernard Faivre d’Arcier (1980-1984 et 1993-2003), Alain Crombecque (1985-1992), Vincent
Baudriller et Hortense Archambault (depuis 2004) - ont varié dans leurs initiatives et leurs
préférences, mais ils ont tous compris à des degrés divers qu’ils devaient accorder de
l’importance à ce qui, en dehors de la salle et du plateau, avant ou après la représentation,
contribue à faire d’Avignon la cité du théâtre, au moins durant le mois de juillet.
L’album des cinquante ans (Avignon, 50 festivals, Actes Sud, Arles, 1996, rééd. 1997)
196
retrace cette évolution d’édition en édition. On y voit le TNP céder peu à peu place à d’autres
troupes, d’autres styles, d’autres talents. On retrouve les chefs d’œuvre qui ont enchanté les
nuits de la Cour d’honneur et autres lieux, comme les productions qui se sont estompées dans
la mémoire du spectateur. On vérifie que la manifestation a concédé très tôt de l’espace à la
musique et à la danse, aux arts du récit et au chant lyrique, avant de s’ouvrir aux marionnettes,
au théâtre équestre, aux arts de la rue et au cirque. On suit aussi la diversification des activités
parallèles à l’interprétation des pièces : cycle d’orgue et poésie, lectures et projections, tables
rondes et débats, rencontres et conférences. Encore cet ouvrage ne dit rien des multiples prises
de parole qui ponctuent la journée d’un festivalier assidu : conférences de presse inaugurales
et conclusives, point de presse quotidien, forums professionnels, assemblées associatives, etc.
Après la vague d’assemblées générales qui noya l’édition annulée de 2003, le programme des
années 2004 et 2005 s’est de nouveau ouvert à des initiatives de la SACD (« Désirs
d’auteurs » et « Le sujet à vif »), de l’ADAMI (« La vingt-cinquième heure »), de FranceCulture (au Musée Calvet), de l’association Musiques sacrées en Avignon, du cinéma Utopia.
Un « Théâtre des idées » invitant philosophes, sociologues et écrivains a même été planté en
collaboration avec la revue Janus. Pour éviter d’ajouter à la confusion ambiante, V. Baudriller
et H. Archambault entendent centrer le propos sur des thèmes qui entrent en résonance avec
les enjeux soulevés par l’artiste associé à chaque édition (Thomas Ostermeier en 2004, Jan
Fabre en 2005, Josef Nadj en 2006, Frédéric Fisbach en 2007), et le cadrer grâce à l’apport
d’artistes et de chercheurs.
En effet, malgré le constant désir d’enrichir l’offre faite au festivalier, les directions
successives ont souvent manifesté la crainte que le théâtre proprement dit soit débordé par son
commentaire, les spectacles éclipsés par les débats professionnels, les artistes marginalisés par
les administrateurs et les agents…La cacophonie guette en effet dès lors que les rencontres,
les forums et les débats se multiplient sans concertation préalable. Du Parti socialiste à la
Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture (FNCC), de la SACD à la
CGT, de l’ONDA au SYNDEAC, de l’Association des conseillers pour le théâtre du ministère
à l’AFAA, du Centre international du théâtre itinérant (CITI) au Syndicat du cirque de
création (SCC), un grand nombre d’organisations donnent rendez-vous à leurs adhérents,
sympathisants et partenaires en Avignon, qui pour une journée de réflexion, qui pour un
séminaire de formation. Les problèmes généraux de politiques culturelles y sont abordés plus
volontiers que les questions esthétiques plus pointues. Les professionnels chevronnés, celles
et ceux qui souhaitent le devenir ou qui tiennent à le rester, tous passent d’une réunion à
l’autre, sachant que ces séances informelles, parfois clôturées par un buffet, favorisent des
contacts plus directs et moins protocolaires qu’à l’accoutumée. Les pratiques du marché et les
coutumes du salon ont cours dans ces circonstances où il n’est plus besoin de faire
antichambre. Les habitués du « In » y croisent les gens du « Off » plus aisément qu’au cabaret
nocturne du Festival, où un système de cartons d’invitation (tout de même moins sévère qu’à
Cannes) opère depuis plusieurs années une discrète sélection. Il n’est question pour personne
de supprimer ces rendez-vous qui concourent à la circulation de l’information dans le milieu
du spectacle, mais aussi aux échanges entre le théâtre et l’agora, à la transformation de la ville
en espace de débat public sur la culture. Il est cependant nécessaire qu’une instance de
régulation tente de fluidifier ce trafic de discours. Avec l’approbation de la DMDTS et la
collaboration de l’ISTS qui assure la régie des salles, la direction du Festival en est venue à
élaborer un agenda couvrant les réunions publiques accueillies à l’Hospice Saint-Louis, livré
au professionnels quelques semaines après le programme définitif des spectacles et actualisé
au jour le jour sur des feuilles volantes disponibles à l’entrée du site. Il suffirait peut-être
d’avancer de quelques jours la mise au point de ce calendrier pour inciter les autres
organisateurs à mieux situer leurs initiatives dans le temps du Festival et sur la carte de la
ville, qui ménage tant d’autres espaces de rencontres à la Maison du Off, au Palais des
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congrès, au Verger Urbain V, à la Maison des pays du Vaucluse, aux jardins du CELA, ou
encore du collège de la Salle à la chapelle du Verbe incarné.
A la fin des années 1980, une « maison du théâtre » a pris pour plusieurs années possession
d’un hall ou d’une salle, soit au Lycée Saint-Joseph, soit à l’Hospice Saint-Louis. Là les
administrations et les centres de ressources, les sociétés civiles et les syndicats, les offices
nationaux et les organisations professionnelles tenaient des permanences devant une table où
chacun pouvait feuilleter tracts et brochures, quérir un renseignement ponctuel ou obtenir un
conseil personnalisé. Durant trois années consécutives, de 1999 à 2002, les principaux centres
de ressources du spectacle vivant (CR-SV) ont su convaincre la DMDTS et la direction du
Festival d’aller plus loin en montant un pôle de consultation commun, équipé d’une
documentation minimale ainsi que de quelques écrans reliés à leurs bases de données et à la
galaxie Internet. D’abord situé dans un local spécifique loué à cet effet et fort peu fréquenté,
la permanence s’est ensuite installée au cœur de l’Hospice, carrefour des pérégrinations
journalières des professionnels. Le succès eut sans aucun doute été plus grand si ce service
avait été dûment annoncé sur tous les documents du Festival « In » et d’Avignon Public Off
(APO), si la nature des conseils délivrés (notamment en matière d’administration, de droit
social, de fiscalité) avait été mieux explicitée, enfin si des moyens d’impression légers avaient
consenti à fournir aux demandeurs des listes et des notices. La DMDTS ayant manqué de
constance sur ce dossier, l’expérience a été abandonnée. Cela n’a certes pas empêché les
agents de quelques organismes de ressources de poursuivre leur présence et leur mission
d’information à Avignon comme sur d’autres sites, tels Montpellier pour la danse, Chalonsur-Saône et Aurillac pour les arts de la rue. Pourtant la capitale estivale du théâtre a besoin
d’une plate-forme d’orientation pour les compagnies, et tout particulièrement pour celles qui
méconnaissent leur environnement juridique ou qui ignorent les arcanes de la gestion. La
coordination entre les CR-SV doit aboutir à la rétablir, avec si nécessaire une incitation de la
part du ministère. La demande croissante que les auteurs, les interprètes, les techniciens et les
administrateurs expriment en termes de bilan de compétences ou de recherche de formations
justifierait à elle seule le financement d’un tel service. Les partenaires spécialisés comme
l’ISTS, le pôle régional qu’est ARCADE, les agences du réseau d’assistance à la gestion des
entreprises culturelles (AGEC), les collectivités territoriales - notamment les régions dont la
présence s’affirme en Avignon - pourraient se joindre à sa réalisation.
L’arrivée du jeune équipe de direction et la concentration des activités administratives du
Festival à Saint-Louis – y compris en dehors du temps de la manifestation, puisque le
personnel y est désormais basé toute l’année, à l’exception des agents de la communication favorisent la relance des projets de collaboration entre les établissements qui animent l’été
d’Avignon et sa saison hivernale. L’ambition de 1993 est encore présente aux esprits, quand
le Festival allié au CNT voulait dessiner un « carré magique » à partir de l’Hospice, avec
l’ISTS, la MJV et le CNES. En vérité, les partenaires de ce que nous appelons également le
«quatuor d’Avignon » ont émis maints couacs et n’ont pas encore tout à fait surmonté leurs
désaccords. Les héritiers de Jean Vilar rappelaient volontiers que l’existence des autres
institutions devait tout à la sienne propre. De leur côté, les gardiens de la mémoire du maître,
comme Paul Puaux, ont longtemps considéré que le Festival avait changé de nature en 1979 ;
le Jardin de Mons, qui les voyait se fréquenter mais rarement se consulter a été rendu à la
ville. Retranchés sur l’autre rive, les résidents de la Chartreuse tendaient à l’isolement, au
recueillement propice à l’écriture. Partageant des expériences artistiques et des préoccupations
techniques avec le Festival, les cadres de l’ISTS n’en élaboraient pas moins leur programme
de formation et d’études de manière séparée.
Un nouveau climat peut s’instaurer. D’après V. Baudriller, la dynamique du Festival et la
cohérence de sa programmation permettent d’entraîner les partenaires dans des projets
communs de rencontres, d’actions pédagogiques, d’expositions, de publications autour du
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thème choisi avec l’artiste associé : sans doute, mais ses interlocuteurs ne tarderont pas à lui
demander de faire preuve d’une disponibilité équivalente pour appuyer leurs propres
initiatives. Faut-il formaliser une sorte de conseil de concertation pour favoriser ces
rapprochements en amont de chaque édition ? La présence de représentants, d’observateurs ou
d’invités au conseil d’administration de l’association gestionnaire du Festival (constituée en
1980) garantirait-elle mieux la coopération des entités avignonnaises ? La direction en
débattra avec ses tutelles (la DMDTS, la ville, le département du Vaucluse et le conseil
régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur). Parions que l’entente avec ces composantes,
entourées par un second cercle de partenariat impliquant APO, France-Culture, Arte, la
SACD, l’ADAMI et quelques autres, dépendra d’abord de la volonté d’ouverture qu’elle
manifestera dans les intentions et manifestera par des actes. Outre l’harmonisation entre les
productions du Festival et les initiatives de ses alliés, l’information du public, la valorisation
du patrimoine immatériel et l’animation de la réflexion des spectateurs et des professionnels
constituent des sujets d’intérêt commun.
Le Festival d’Avignon est depuis 1947 un agent des métamorphoses du théâtre français,
mais aussi un témoin de la scène européenne et un observateur d’autres contrées du monde du
spectacle. Il importe que cette mémoire puisse être interrogée par quiconque désire en
comprendre les inflexions et les ruptures, en connaître les événements à défaut d’en
reconstituer les émotions. Mais le passé est une mine dont l’exploitation ne d