Accepted Manuscript

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Title: Impact d’Internet sur la suicidalité. À propos d’une
« googling study » sur la rétro-information médiatique d’un
pacte suicidaire échafaudé sur le Web
Authors: Y. Auxéméry, G. Fidelle
PII:
DOI:
Reference:
S0003-4487(10)00215-5
doi:10.1016/j.amp.2009.10.013
AMEPSY 1189
To appear in:
Annales Médico-Psychologiques
Received date:
Accepted date:
31-3-2009
16-10-2009
Please cite this article as: Auxéméry Y, Fidelle G, Impact d’Internet sur la
suicidalité. À propos d’une « googling study » sur la rétro-information médiatique
d’un pacte suicidaire échafaudé sur le Web, Annales medio-psychologiques (2008),
doi:10.1016/j.amp.2009.10.013
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Manuscrit
Mémoire Original
Impact d’Internet sur la suicidalité. À propos d’une « googling study » sur la rétroinformation médiatique d’un pacte suicidaire échafaudé sur le Web
Y. Auxéméry a, G. Fidelle b
Interne des Hôpitaux des Armées, Service de Psychiatrie et de Psychologie Clinique, Hôpital
cr
a
ip
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Internet and suicidality. A googling study about mediatic view of a suicidal pact
d’Instruction des Armées Legouest, 27, avenue de Plantières, BP 90001,
b
us
57070 Metz Cedex 3, France
Psychiatre, Professeur Agrégé du Val de Grâce, Service de Psychiatrie et de Psychologie
an
Clinique, Hôpital d’Instruction des Armées Legouest, 27, avenue de Plantières, BP 90001,
M
57070 Metz Cedex 3, France
Auteur Correspondant : Y. Auxéméry, a Interne des Hôpitaux des Armées, Service de Psychiatrie
d
et de Psychologie Clinique, Hôpital d’Instruction des Armées Legouest, 27, avenue de Plantières,
Ac
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te
BP 90001, 57070 Metz Cedex 3, France
Texte reçu le 31 mars 2009, accepté le 16 octobre 2009
Résumé
La communication via Internet ne cesse de se développer dans une société de plus en plus
médiatisée. À l'occasion d'un pacte suicidaire récemment conclu sur la toile, les médias se sont
interrogés sur la responsabilité du Web en tant que promoteur du suicide. Après une revue de la
littérature explorant les liens entre Internet et suicidalité, nous évoquerons les déterminants
épidémiologiques et psychopathologiques du pacte suicidaire élaboré sur Internet ou
cybersuicide. Nous avons réalisé une « googling study » visant à déterminer si les informations
journalistiques consultables sur la toile respectaient les recommandations établies par
l'Organisation Mondiale de la Santé sur la manière de relater un fait suicidaire dans la presse.
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Cette question est centrale car il s’agit pour ces sites de on-line press de donner une information
via Internet au sujet d’un pacte suicidaire lui-même concrétisé entre deux internautes. Enfin, nous
développons l’aide certaine que peut apporter le Web en matière de prévention des conduites
ip
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autoagressives.
cr
Mots clefs : Internet ; Pacte suicidaire ; Prévention ; Suicide
Abstract
us
The communication via Internet does not stop developing in a more and more mediatized
society. On reaction to a suicide pact recently concluded on line, the media wondered about the
an
responsibility of Internet as promoter of suicide. When a suicide pact is decided on Internet
between two subjects which never saw each other previously but which meet to die: We speak
about cybersuicide or net suicide. This modern practice would be increase. The suicide pact is an
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outstanding event which is intensely mediatized in Web sites dedicated to journalism (on-line
press).
d
The authors established a review of the literature on the links between Internet and
suicidality. In a first part they evoke the epidemiological and psychopathological determiners of
te
the cybersuicide. Particularly isolated subjects in real life can find a morbid comfort on the Net,
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and develop a real addiction to a cyberrelation. The victims often suffer from a narcissistic gap
imaginating in the other one an ultimate propping up in a mutual accompaniment towards the
death.
Several authors evoked for a long time the impact of the media communication on the
suicide as a supplier or a defender of suicide in the readers of newspapper’s articles. The authors
expose the results of a "googling study" asking itself the way how the media available on the
Web reported the cybersuicide realized near the town of Toul. Are the recommendations of the
OMS on the way of telling in the media of a suicidal fact respected? On ten visited on line press
sites only one takes the opportunity of the event to educate the general population about the
suicide fact. In most cases, the address and phone number of crisis’ center are not mentioned, the
information on the localization of the drama is too precise, the presented photos are shocking and
the suicidal event doesn’t take place in a more diverse current events.
2
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In a last part the authors tackle the increasing interest of the Web when it’s use in
purposes of prevention. It would be advisable to reaffirm the legal view to condemn the settled
cybercrime known as promotion of suicide. If the Web can sometimes be dangerous for the
Internet users, it is also a tremendous potential for suicide prevention. The sites of prevention
ip
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have to inform the general population, help establishing databases for the professionals of health
and still realize epidemiological inquiries. Internet programs of prevention for patients with
cr
suicidal tendencies were established at the same time as the concept of “telephone help line”. The
therapeutic and preventive potential of the Web is situated in a logic of bifocal treatment - and
us
not in a rivalry- with the traditional psychotherapeutic approach.
The links between Internet and suicidality are emergent, complex and little studied. Far
an
from thinking that the Web is a place of no law where everything would be possible, some
regulations should be able to be imposed by authorities to preserve the public health.
te
1. Introduction
d
M
Keywords: Internet; Prevention; Suicide; Suicide pact
Près de Toul, en Meurthe et Moselle, s’est récemment concrétisé un pacte suicidaire par
Ac
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p
l’intermédiaire du Web. Deux jeunes femmes ont communiqué virtuellement via Internet pour
élaborer un projet de suicide. Elles se sont secondairement retrouvées dans la réalité pour passer à
l’acte. Le pacte suicidaire est défini par Cohen comme « l’arrangement mutuel de deux personnes
qui prennent la décision de mourir ensemble au même moment et le plus souvent au même
endroit » [8]. Lorsque ce pacte est établi sur Internet entre deux sujets qui ne se sont jamais vus
auparavant mais qui se rencontrent pour mourir, on parle de cybersuicide ou de « net suicide ».
Cette pratique moderne est en augmentation [26], particulièrement au Japon où le double suicide
est plus fréquent [31], en référence au traditionnel shinju [14,28].
Par les interrogations qu’il suscite, le pacte suicidaire est un événement intensément
médiatisé. Or les informations diffusées par les médias ont un impact sur la suicidalité réelle.
Exposer un pacte suicidaire dans la presse nécessite d’observer certaines précautions pour éviter
la contagiosité suicidaire et favoriser la prévention d’autres passages à l’acte. L’impact délétère
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éventuel de la communication de faits suicidaires sur la suicidalité réelle nous rappelle la
publication du Werther de Goethe. Le personnage principal du drame, en réaction à une
déception amoureuse, se suicide par arme à feu. Le roman entraîna une telle épidémie de suicide
de jeunes hommes avec la même méthode que le livre fut retiré de la vente. Plus récemment, suite
ip
t
à la parution de Suicide mode d’emploi – ouvrage qui fit scandale –, l’incitation au suicide est
réprimée par une loi [22].
cr
Après une revue de la littérature interrogeant les liens entre Internet et suicidalité, nous
évoquerons les déterminants épidémiologiques et psychopathologiques du pacte suicidaire conclu
us
sur Internet. Nous exposerons ensuite les résultats d’une « googling study » établissant comment
les médias disponibles sur la toile ont relayé le cybersuicide réalisé près de Toul. Nous avons
recherché dans cette étude si les informations divulguées via les sites de « presse en ligne » sont
an
conformes aux recommandations de l’OMS sur la manière de communiquer un fait suicidaire
dans les médias [2,30]. Cette question est centrale car il s’agit pour ces sites de « presse en
M
ligne » de donner une information via Internet au sujet d’un pacte suicidaire lui-même concrétisé
entre deux internautes. Dans une dernière partie, nous mettons en lumière l’intérêt croissant du
d
Web lorsqu’il est utilisé positivement à des fins de prévention des conduites autoagressives.
te
2. Intérêt (médiatique) croissant du danger potentiel d’Internet face aux patients
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suicidaires : sites classiques, sites de presse en ligne, forums de discussion, blogs
Dans une étude récente et novatrice, Recupero et al. ont exploré la toile grâce à cinq
moteurs de recherche pour référencer les sites internet faisant état du fait suicidaire [35]. Plus de
350 sites ont été identifiés et catégorisés en prosuicide, antisuicide, ambivalent ou neutre, et
indisponible (c'est-à-dire sans lien fonctionnel). Dans ce travail, près de 110 sites sont considérés
« antisuicide » eu égard aux liens informatiques proposés de prévention du suicide et de prise en
charge des patients suicidaires (et suicidants). À contrario, 41 sites sont identifiés comme
publicitant le suicide, réalisant une propagande active ou passive. Les sites contrastés, dont il a
été jugé impossible de déterminer s’ils incitaient ou prévenaient le suicide, sont les plus
nombreux. Enfin, 34 autres sites ont été indisponibles sans qu’il ait été possible de connaître la
raison de leur retrait de la toile [35].
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Les sites spécialisés dans l’apologie du suicide sont très hétérogènes. Certains webmasters
établissent une promotion active en décrivant scrupuleusement les différents moyens d’attenter à
ses jours tout en fournissant les informations nécessaires pour se procurer les produits adéquats.
D’autres sites ouvertement promoteurs des conduites autoagressives incitent l’internaute à refuser
ip
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une aide médicale [1]. La dynamique morbide plébiscitée évoque souvent les arguments pseudologiques d'une communauté sectaire.
cr
Comparés à la myriade de sites existants sur des sujets les plus divers, les sites spécialisés
dans le fait suicidaire sont peu nombreux. Mais bien que minoritaires, ils sont accessibles par tout
us
internaute en quelques clics. Les sites non spécialisés mais exposant des informations sur le
suicide sont beaucoup plus présents sur la toile. Il s’agit fréquemment de sites d’information
an
journalistique de type « presse en ligne ». Plusieurs auteurs ont évoqué l’impact de la
communication médiatique sur le suicide comme pourvoyeur ou protecteur de nouveaux gestes
autoagressifs dans la population cible des articles. L’étude princeps de Phillips [32] sur la
M
contagiosité suicidaire presse-dépendante, ou « effet Werther », a été répliquée par les travaux de
Stack [40] et de Wasserman [43]. La communication d’un fait suicidaire en première page d'un
d
journal plutôt que dans les pages intérieures augmente la suicidalité réelle dans la population des
lecteurs. Le reportage est d’autant plus délétère s’il relate des détails concrets de moyens et de
te
lieu, si le geste est interprété comme incompréhensible ou simpliste, si le suicide est glorifié,
magnifié ou présenté comme une valeur romantique. À contrario, on constate un effet préventif
Ac
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de l’article s’il est fait état de solutions connexes autres qu’autoagressives et des moyens d’aide
possibles pour dépasser une crise suicidaire en divulguant les coordonnées d’un centre
d’intervention de crise. Ces données scientifiques ont conduit l’OMS à publier des
recommandations officielles destinées à des journalistes visant à encadrer les pratiques de presse
quant à la manière de présenter un fait suicidaire dans les médias [2,30]. Ces recommandations
ont pour but de diminuer la suicidalité et de promouvoir l’aide aux suicidaires et aux suicidants.
Comme l’effet Werther s’exprime également sur le Web [5,12,21], Pirkis et al. ont adapté les
recommandations OMS en définissant des règles de bonnes pratiques communicantes on line
[34]. Nous en étudions ici l’application à Internet pour un cybersuicide donné.
3. Le pacte suicidaire de Toul : étude critique de la rétro-information médiatique sur la
toile
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3.1. Les événements de Toul
Deux femmes âgées de moins de 25 ans semblent avoir scellé un cybersuicide. Leur
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voiture stationnant à un passage à niveau a été percutée par un train. Ni l’une ni l’autre n’ont
cherché à s’extraire du véhicule avant le choc. Ce pacte suicidaire est issu d’une cyberrelation
cr
préalable qui s’est conclue dans le réel par un double suicide. Les deux jeunes femmes avaient
chacune au moins un antécédent personnel de tentative de suicide. La conductrice du véhicule
us
avait préalablement ébauché un cybersuicide avec une femme de 19 ans et un homme de 33 ans.
Ce pacte n’avait pu se concrétiser du fait de l’intervention impromptue d’un témoin extérieur. Les
protagonistes de cette tentative de suicide collective ont fait l’objet d’un accompagnement social
an
et médical. Le site internet qui avait permis à la conductrice d’échafauder ce premier cybersuicide
n’a pas été inquiété, en l’absence d’infraction pénale constatée. Il s’agit d’un forum d’entraide
M
possédant une sous-rubrique consacrée au suicide. Ce site n’a pas pour vocation la promotion du
suicide. Il tente au contraire de mettre en relation des patients suicidaires avec des personnes
te
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3.2. Objectifs de l’étude
d
ayant perdu un proche par suicide et qui veulent prévenir d’autres drames.
Les auteurs ont réalisé une étude visant à déterminer comment les médias disponibles sur
la toile ont relayé l’événement du pacte suicidaire réalisé près de Toul en Meurthe-et-Moselle.
Les recommandations de l’OMS visant à encadrer les pratiques journalistiques concernant
l’évocation du fait suicidaire dans la presse sont-elles effectivement connues des professionnels ?
3.3. Matériels et Méthodes
L'item « pacte suicidaire » a été inscrit entre guillemets comme unique mot clé dans un
des moteurs de recherche les plus utilisés en France, Google®. Les dix premiers sites
d’information médiatiques du Web qui relatent l’événement ont été visités. Sont donc exclus ici
les blogs, les forums de discussion et les sites spécialisés dans le fait suicidaire. Sont retenus les
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dix premiers sites d’informations journalistiques qui communiquent des données de « presse en
ligne » sur le cybersuicide susnommé.
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3.4. Résultats et confrontations aux recommandations OMS
Les sites visités par les auteurs se déclinent comme suit : six sites sont l’expression on line
cr
d’un quotidien régional ou national du même nom ; deux autres sites sont la traduction d’un
hebdomadaire à audience nationale. Les deux derniers sites sélectionnés correspondent à des
us
pages d’information retrouvées uniquement sur le Web, et n’ayant pas d’équivalent éponyme
dans la presse écrite.
Sur les dix sites de presse visités, un seul utilise l’opportunité de l’événement pour
an
éduquer et informer la population générale sur l’acte suicidaire quant à ses déterminants
multifactoriels, pourtant décrits scientifiquement de longue date. Il conviendrait d’insister sur le
M
fait que le suicide n’est jamais le résultat d’un facteur ou d’un événement unique. Il s’agit de la
collusion de différents déterminants, comme par exemple un trouble mental associé à des traits
d
d’impulsivité majorés par des événements de vie douloureux récents.
Seuls deux sites de presse évoquent la démarche à suivre ou les structures de soins à
te
contacter pour aider et prendre en charge les personnes en crise suicidaire. Pourtant, un lien
informatique direct vers un autre site Web spécialisé dans la prévention suicidaire nous paraît
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aisément réalisable. Il s’agirait ici bel et bien d’établir un lien avec la personne suicidaire pour lui
permettre de cheminer vers une prise en charge médicale.
Plus des deux tiers des sites donnent des informations trop précises sur la localisation du
lieu où les personnes se sont suicidées. Cette information est retenue ici comme la possibilité de
pouvoir retrouver le lieu exact du drame, notamment grâce aux services du moteur de recherche
international suscité, qui permet aujourd’hui d’obtenir en quelques clics une photographie
aérienne détaillée de plus de 90 % de la surface du territoire. Il importe de ne pas transformer un
lieu-dit anodin en lieu de suicide ou « suicide site », qui pourrait devenir propice aux rencontres
morbides.
La moitié des sites visités ne joignent pas de photographie de l’événement, et trois sites
s’autorisent à montrer les restes d’un véhicule endommagé. L’iconographie présentée nous est
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apparue délétère. Certaines images sont clairement choquantes et irrespectueuses envers les
victimes du drame et leurs familles.
Aucun site sélectionné n’interpose l’événement en deuxième page pour le replacer dans
une actualité plus diverse et plus riche. Le double-clic sur le lien du moteur de recherche aiguille
ip
t
directement l'internaute sur l’article relatif à l’événement cybersuicidaire, sans page Web de
cr
transition ou de mise en garde.
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3.5. Conclusions
Les recommandations OMS sont peu connues dans leur ensemble et donc peu appliquées
an
[30]. Il est dommageable pour les internautes que les sites de presse en ligne visités ne diffusent
globalement ni information scientifique sur le fait suicidaire ni moyen de prévention.
M
4. Cybersuicide : épidémiologie et psychopathologie, données essentielles pour la
d
compréhension du geste et l’information du grand public
Le Bihan et Bénézech [20], dans une remarquable revue de la littérature consacrée aux
te
pactes suicidaires, évoquent quatre caractéristiques majeures : antécédent de tentatives de suicide,
trouble psychiatrique (en particulier dépressif), isolement relationnel, et attachement fusionnel
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des protagonistes. Un trouble de l’humeur est retrouvé comme facteur de risque de pacte
suicidaire chez plusieurs auteurs [6,37]. L’isolement social est également à compter parmi les
déterminants du pacte qui concerne des couples étroitement unis et nourrissant une relation quasi
exclusive. Lorsqu’une logique morbide devient le ciment et le mode de relation ou
d’identification réciproque des sujets d’une dyade, le suicide devient l’une des solutions possibles
pour sortir d’une crise suicidaire. La dynamique de la dyade est asymétrique pour la majorité des
auteurs. L’autorité d’un instigateur et fréquente, exerçant une pression sur l’alter ego pour obtenir
son consentement au suicide [27,37]. Le sujet dominant planifie souvent seul les modalités et le
scénario du passage à l’acte [8,16,37]. Cette asymétrie d’intentionnalité suicidaire peut entraîner
la rupture du pacte devant l’imminence du geste [24,37].
Dans une étude canadienne récente, les auteurs explorent dans l’Outaouais québécois les
pactes suicidaires planifiés mais non réalisés [38]. Ces pactes s’observent chez des jeunes
8
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femmes âgées de 14 à 25 ans et présentant des antécédents psychologiques. Certains éléments
sont évocateurs de l’imminence d’un passage à l’acte, comme un éloignement concomitant du
groupe des pairs avec une exclusivité quasi absolue entre deux personnes jeunes. Il existe le plus
souvent un sentiment de jalousie et la présence d’idées suicidaires chez l’un des partenaires de la
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dyade. Les deux sujets se consacrent un temps important d’une dizaine d’heures par jour. Un
auteur de la même équipe et ses collaborateurs proposent des pistes d’intervention de crise
cr
lorsqu’une dyade suicidaire est diagnostiquée [39]. Il s’agit de rencontrer séparément chacun des
protagonistes pour cerner la dynamique dyadique. Quel patient est plutôt instigateur et quel autre
us
est davantage passif-dépendant ou accompagnateur ? Il est primordial d’évaluer l’urgence de
passage à l’acte suicidaire individuel (ou de type homicide-suicide) chez chacun des
protagonistes d’un pacte rompu. Après une séparation thérapeutique initiale, les contacts seront
an
médiatisés jusqu’à la résolution de la crise suicidaire. On individualisera les problématiques de
chacun.
M
Ces aspects psychopathologiques du pacte suicidaire sont superposables au cybersuicide
où un isolement relationnel est momentanément pallié par un attachement fusionnel entre
d
internautes. La crise suicidaire correspond à une rupture du sujet, rupture d’équilibre en luimême, et rupture avec son entourage [13]. Cet état émotionnel passager peut favoriser
te
l’enfermement dans un monde virtuel qui induira un passage à l’acte en coupant encore
davantage le sujet de ses proches. Le recours à un mode virtuel est une recherche – parfois
Ac
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p
inconsciente – de trouver quelqu’un à qui parler, quelqu’un de non connu auquel on se livrera
plus facilement, et dont le regard ne viendra pas porter un jugement. Des sujets particulièrement
isolés affectivement dans la vie réelle peuvent trouver un réconfort morbide sur le Net et
développer une véritable addiction à une cyberrelation. En explorant les liens entre l’addiction à
Internet, la dépression et les idées suicidaires chez les adolescents coréens, Kim et al. retrouvent
que les niveaux de dépression et d’idées suicidaires sont majorés chez les patients qui présentent
une addiction à Internet [19]. Cette comorbidité prend la forme d’une dépendance entre deux
internautes qui se consacrent un temps conséquent sur la toile. Il s’établit entre eux une addiction
à une cyberrelation.
Pourtant, la découverte sur le Net n’est pas prédictive d’une entente dans la réalité.
Nombre de retrouvailles réelles de couples formés sur la toile se soldent par l’incompréhension
qui traduit les illusions initiales. Dans le cas de Toul, les jeunes femmes ne s’étaient jamais
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rencontrées dans la réalité. Elles ne se sont retrouvées que brièvement avant le geste.
L’élaboration mentale qui aurait pu lever les incompréhensions et mettre en lumière les
différences de problématiques n’a pas eu lieu. Le passage à l’acte demeure une volonté de ne rien
en vouloir savoir où l’agir refuse une verbalisation et une compréhension.
ip
t
Internet est à considérer comme un moyen de défense visant à l’externalisation des
conflits. Prédominent alors la projection du fantasme sur l’autre dont l’identification est plus
cr
aisée sur le Web, mais également les mécanismes de clivage ou de déni par idéalisation
échappatoire d’une réalité emplie de souffrances. Ce rapport altéré à la réalité, passager dans la
us
crise suicidaire, se décuple sur la toile qui diminue les capacités de contention et d’élaboration
psychique, laissant peu de recours à la sublimation. Le cybersuicide traduit une faillite
an
narcissique du sujet qui imagine en l’autre un étayage ultime dans une réciprocité mortifère.
M
5. Utilité de la toile pour l’information et la prise en charge des patients suicidaires
d
5.1. Information encadrée sur les sites de presse en ligne
La question du lien entre suicide et médias est à la fois déontologique, éthique et
te
juridique. Les recommandations de bonnes pratiques suggérées par l’OMS peuvent être
interprétées par certains comme une atteinte à la liberté de la presse [30]. À notre connaissance,
Ac
ce
p
les codes et chartes de déontologie médiatique n’abordent pas suffisamment la question du sens
(et du contenu) d’un article consacré à un fait suicidaire [7,9]. Ces dispositions pourraient être
protocolisées par les organisations professionnelles compétentes.
5.2. Lutte contre la cybercriminalité
Dans une tout autre mesure, il conviendrait de réaffirmer le cadre législatif visant à
condamner la cybercriminalité entendue ici comme promotion du suicide ou comme non
assistance à personne en péril. La prolifération exponentielle et la mondialisation des pages Web
rendent les contrôles difficiles. Si certains veulent faire d’Internet un espace de non-droit, d'autres
tentent de mettre au point des moyens techniques pour empêcher certains sites de distiller des
informations illégales. S'affrontent ici les tenant de la « liberté d'expression totale » du Web et les
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parlementaires qui légifèrent sur les nouveaux modes de communication. Des limites techniques
peuvent encore faire obstacle au respect de la loi. Comment contrôler un site dont l’hébergement
est localisé aux antipodes de notre législateur ? Il s'agira pourtant de tester des filtres qui
empêcheront la visite de certaines pages Web, notamment dans les institutions à accès wifi
ip
t
comme les universités par exemple. Un des premiers sites de blogs français procède déjà à un
contrôle des données qu’il reçoit, filtre, puis réintroduit sur la toile. Sans prétendre à
cr
l’exhaustivité, un repérage par mot clé associé à une icône qui permet à chaque internaute de
signaler un article tendancieux au Webmaster peut concourir à une meilleure régulation. Des
an
pourront être sollicitées par les hébergeurs de données.
us
entreprises spécialisées dans la veille et la vigilance sur le Net devraient voir le jour. Elles
5.3. Éducation des jeunes internautes
M
Les adolescents développent de plus en plus un pan de vie virtuelle se juxtaposant, mais
parfois se chevauchant avec les éléments de vie réels. Il est d’ailleurs courant que les adolescents
d
aient plusieurs blogs : l’un relate des peines de cœur, l’autre une apparence physique singulière,
un autre encore évoque des idées morbides ou suicidaires. Des mesures éducatives peuvent
te
permettre de limiter l’impact des relations virtuelles sur la vie réelle. Dans son ouvrage Virtuel
Ac
ce
p
mon amour, Serge Tisseron propose une éducation à Internet dès l’école primaire [42]. On se doit
de transmettre les différences entre réalité et virtualité pour mettre en exergue que certains désirs
évoqués sur Internet restent un fantasme sans ancrage dans le réel quotidien. Une rencontre peut
y être réduite à un minimum parcellaire impliquant une illusion de compréhension totale qui peut
aboutir à un double suicide.
5.4. Stratégies de prévention du suicide mises en place grâce à Internet
Internet est un outil technique pouvant présenter des vertus thérapeutiques et de
prévention des conduites autoagressives. Stone et al. retrouvent que le Web peut être
positivement utilisé dans la prévention du suicide [41]. Certains sites sont dédiés au grand public
pour informer la population sur les comportements autoagressifs [11]. Des Web-based se sont
constituées pour apporter des ressources théoriques et pratiques aux professionnels en lien avec la
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santé mentale [23]. Dans une logique scientifique, le Web est utilisé comme une base de données
médicales sur laquelle peuvent s'établir des implications épidémiologiques. Les blogs permettent
de mieux connaître la population spécifique des internautes avec ses demandes, ses inquiétudes et
ses comportements sur la toile. Pour Barak et Miron [4], il est primordial d'individualiser les
ip
t
facteurs de risque chez certains utilisateurs du Web et, pourquoi pas, de reconnaître des
comportements d'internautes à risque ? Eichenberg souligne l’utilité préventive d’un forum de
cr
discussion consacré au suicide (Internet message board) [10]. Dans une autre étude originale,
Ozawa-de Silva contacte par courriel dix utilisateurs de sites dédiés au suicide et au self-harm
us
[31]. L’auteur met en évidence la dimension communautaire de ces pages Web, grâce auxquelles
les internautes cherchent une compréhension, une empathie de la part d’autrui, ou encore des
moyens de coping pour juguler les stress psychosociaux qui les éprouvent. Pour Mishara et al., il
an
manque d’études scientifiques solides évaluant l’impact clinique en termes de morbidité et de
mortalité des sites Web traitant des questions suicidaires [25]. La population de suicidaires qui
M
« surfe » sur la toile est encore trop peu connue. D'autres études devraient voir le jour pour en
expliciter les déterminants sociobiographiques et psychopathologiques [25].
d
Omar note qu'Internet a déjà été utilisé outre-Atlantique dans des programmes de
prévention qui ont permis la réception et le traitement de courriels de jeunes suicidaires ou de
te
parents s’inquiétant pour leurs enfants [29]. La prise en charge de survivants à leur geste
Ac
ce
p
autoagressif s'est également établie avec des chat rooms qui prennent peu à peu la place des
lignes téléphoniques d'urgences, ou telephone help line, dont l'impact est essentiel en prévention
et en postvention [17]. Devant l’augmentation de cette offre en ligne, Recupero et Rainey ont
tenté de caractériser les conséquences de l'e-thérapie, « psychothérapie » via le Web, dont l’offre
en ligne s’est accrue ces dernières années [36]. Même si les sites d’e-therapie sont très
hétérogènes quant à leur mode d’approche et leur logique, tantôt lucrative ou tantôt bénévole, ils
pourraient constituer une base initiale pour établir une relation psychothérapique avec un
praticien non virtuel. Cette offre croissante consacre le problème de la validité de ce type de
services et des compétences des « thérapeutes » dans une période où les professions de santé
mentale font justement l'objet d'une législation discutée. Dans tous les cas, l’expérience d’etherapie peut influencer l’expérience psychothérapique traditionnelle, et son existence même
mérite d'être connue des cliniciens.
12
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Donnons pour finir quelques exemples d’équipes soignantes qui vont sur la toile à la
rencontre de personnes évoquant des idées suicidaires. En Israël, l’association à but non lucratif
SAHAR (acronyme hébreu), mise en ligne en 2001, propose grâce à des bénévoles formés et
supervisés plusieurs forums de discussion pour les personnes suicidaires (www.sahar.org.il). Les
ip
t
entretiens sont protocolisés et les communications sur le site répondent à un cahier des charges
précis [3]. En Suisse, le CEPS (Centre d’Étude et de Prévention du Suicide) a rejoint le site de
cr
l’association CIAO (Centre d’Information jeunesse Assisté par Ordinateur). Il s’agit de répondre
aux questions de santé des personnes suicidaires sans se substituer à une relation
us
psychothérapique. Les courriels envoyés anonymement sont visibles par tous les internautes et
les réponses apportées sont d’ordre général sans volonté d’individualité (www.ciao.ch). Pour
Pierre-Gérard, l’analyse des messages recueillis évoque une double réalité qui fait écho à une
an
problématique adolescente [33]. D’une part, la confrontation à la réalité de la vie avec ses doutes
et ses difficultés de communication et, d’autre part, une vie virtuelle sur le Web où tout peut
M
paraître plus simple, notamment dans la relation à l’autre, même si cette dernière est davantage
superficielle. En France, le dispositif d’écoute téléphonique Fil santé jeunes s’est invité sur le
d
Web depuis déjà huit ans. Les contacts entre jeunes internautes font l’objet d’une modération par
des personnes spécifiquement formées. La confidentialité des échanges répond à une logique
une
réponse
donnée
à
une
personne
suicidaire
singulière
Ac
ce
p
(www.filsantejeunes.com).
précise
te
d’individualiser
6. Conclusion
Les liens entre Internet et suicidalité sont émergents, complexes et peu étudiés. Loin de
penser que la toile est un lieu de non-droit, certaines régulations à visée de santé publique
devraient être imposées par le législateur. Si l’utilisation du Web peut parfois être délétère pour
les internautes, Internet est aussi un formidable potentiel de prévention des conduites
autoagressives. Pour Gould, « l’utilisation d’Internet serait associée à une augmentation du taux
de recherche d’aide auprès de sources formelles comme les professionnels de santé mentale »
[15]. Les adolescents combinent souvent l’usage du Web avec d’autres sources d’aides plutôt
qu’ils ne le substituent à une prise en charge classique [15,33]. L’utilisation de la toile comme
13
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potentiellement thérapeutique se situe dans une démarche de traitement bifocal et pas dans une
rivalité [18].
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Conflit d’intérêt : à compléter par l’auteur
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