La narcose, ange ou démon

La narcose, ange ou démon
CAP DIVE, école de plongée . . . .
Thierry Moulin
« La Narcose, Ange ou Démon ! »
Tout plongeur qui se balade parfois au-delà de 25 mètres de profondeur a déjà
rencontré la narcose à l’azote ; ses effets sont connus et lui ont largement valu
son surnom d’ivresse des profondeurs. Moins connues en revanche, sont les
vraies raisons qui expliquent cette narcose. Toujours est-il que, si la narcose
est bien due à l’azote, alors la logique veut aussi que le Nitrox -un air appauvri
en azote- réduise la probabilité de rencontrer celle-ci. Voyons ce qu’il en est
réellement, entre hypothèse, théorie et réalité.
La dope du plongeur ?
Ah, la narcose !!! Amie ou ennemie, recherchée ou évitée, elle est familière à tous
les plongeurs qui effectuent régulièrement des plongées profondes. Malgré son côté
pervers et les dangers qui l’accompagnent, qui d’entre nous pourrait nier qu’une fois
domestiquée, elle fait partie des sensations plaisantes auxquelles on se laisse
volontiers aller, tel un petit verre entre amis ne pouvant faire que du bien. La narcose
présente des considérations physiologiques que nous cherchons à mieux
comprendre depuis des décennies, mais elle est aussi intimement liée à des aspects
psychologiques dont les plongeurs doivent savoir tenir compte. Une étude réalisée
dans les années 70s aux Etats-Unis a ainsi clairement démontré à quel point le seul
fait de penser ressentir la narcose avait déjà un effet en soi. Le concept de l’étude
était simple et se basait sur la persuasion ; trois groupes de plongeurs débutants ont
été formés séparément, à croire que la narcose commençait à se manifester à des
profondeurs différentes : le premier groupe devait s’attendre à ressentir ses effets
déjà à partir de 25 mètres ; le second, à partir de 30 mètres et le dernier, à partir de
35 mètres. Bien sûr, lors des plongées test réalisées, chacun de ces groupes a
affirmé avoir effectivement ressenti la narcose aux profondeurs enseignées : tandis
que les premiers disaient s’être senti en état d’ébriété à 25 mètres déjà, les membres
du troisième groupe eux, affirmaient n’avoir encore rien ressenti même au- delà de
30 mètres de profondeur.
« que du bonheur……. ! ! »
En réalité, aucun de nous n’y échappe. La narcose a un effet sur notre organisme qui
peut aboutir à différentes sensations, allant d’une simple légèreté d’esprit à l’état
d’euphorie totale, ou à celui de panique –une panique d’ailleurs souvent passive
dans ce cas-là. Comme avec l’alcool, tout plongeur peut aussi développer une
certaine tolérance à la narcose et s’habituer progressivement à descendre plus bas
sans ressentir de symptômes plus violents. Néanmoins, il est certain que la narcose
est liée à la profondeur et à l’augmentation de la pression partielle d’azote dans
l’organisme ; plus on descend, plus cette pression partielle augmente et plus les
effets narcotiques de l’azote se manifestent. D’un côté, on pourrait dire que les
choses ne sont guère plus compliquées que ça ; de l’autre, le tout est intimement lié
au fonctionnement de nos sens, les messagers des sensations ressenties par notre
organisme et analysés par notre cerveau : un ensemble actif que l’on appelle le
système nerveux et sans lequel la vie n’aurait pour nous... aucun sens !
Les nerfs de la guerre
En plongée comme ailleurs, toute sensation éprouvée par notre corps passe en effet
automatiquement par le système nerveux. Celui-ci pourrait être comparé au
distributeur du courrier au sein d’une grande entreprise : un employé qui déambule
avec son chariot à travers les couloirs, d’étage en étage, pour amener aux
départements souhaités les documents qui les concernent. Dans notre système, le
rôle de ce personnage serait joué par les cellules nerveuses, qui véhiculent des
informations à travers l’organisme, de manière à provoquer les réactions nécessaires
à l’endroit voulu et ce, toujours en fonction de la nature de l’information transmise.
Le système nerveux est donc effectivement un ensemble gigantesque de cellules
nerveuses, séparées des tissus adjacents par des cellules spéciales de support ou
d’entourage ; entre les deux, le relais est assuré par ce que l’on appelle les
synapses. Mais comme notre organisme est une mécanique plutôt complexe, les
choses ne s’arrêtent pas là et il existe encore deux cas de figure bien différents de
transmission des informations.
Dans le premier cas, qui s’applique à des sens tactiles tels que le toucher, le goût ou
l’odorat, les cellules nerveuses sont directement connectées et les influx nerveux
sont transférés par l’intermédiaire des « canaux ioniques ». La transmission étant
directe, ces cellules nerveuses restent complètement insensibles aux effets de
l’azote. Dans le deuxième cas en revanche, il n’y a pas de connexion directe entre
les cellules, mais un espace encore passablement mal connu du corps humain, que
l’on appelle « intervalle synaptique ». Pour que les données perçues par le système
nerveux puissent poursuivre leur chemin jusqu’au point d’analyse (le cerveau), une
réaction chimique doit se déclencher dans l’intervalle synaptique et c’est à ce point là
de l’aventure, justement, que l’azote pourrait jouer son rôle et entraîner l’état de
narcose. Comme les influx nerveux vers les muscles sont principalement transférés
par les synapses chimiques, l’azote, un gaz qui reste « en suspension » dans notre
organisme, a apparemment le pouvoir de s’infiltrer au niveau de l’intervalle
synaptique et d’y perturber la bonne circulation des informations. Avec cette
perturbation, il entraîne un ralentissement de nos fonctions nerveuses, semblable à
l’effet de l’alcool ou de drogues opiacées, un état que nous avons donc qualifié en
plongée de narcose à l’azote.
Le stress de la pression
Sur cette base, il est donc logique d’admettre qu’aucun d’entre nous, même parmi
les plongeurs les plus aguerris à la profonde, ne peut rester insensible aux effets de
la narcose. On peut bien sûr la ressentir de différentes manières et penser y être
moins sensible, d’accord ; mais pour prétendre lui être complètement indifférent, il
faudrait être doté d’une physiologie dont les aspects extérieurs se traduiraient
vraisemblablement par une peau verte et des antennes sur le sommet du crâne...
Plus la pression ambiante augmente avec la profondeur, plus la pression partielle
d’azote croît en conséquence et plus les effets de cet azote dans notre corps vont se
manifester.
Ce qui devient aujourd’hui vraiment intéressant, avec l’avènement de l’air enrichi et
sa plus grande diffusion, c’est donc bien de se poser la question de savoir si le Nitrox
permet de réduire la narcose. Dans mon document précédent « Histoire de
Nitrox », nous avions en effet étudié comment l’utilisation du Nitrox nous permettait
de réduire le phénomène de décompression, lui aussi lié à la quantité d’azote
diffusée dans notre organisme.
L’air, avec ses 79% d’azote, représente une pression partielle de 0.79 bar dans notre
organisme à la pression atmosphérique (1bar) ; avec l’augmentation de la
profondeur, cette pression partielle augmente proportionnellement à la pression
ambiante, atteignant ainsi par exemple 3.55 bar à un profondeur de 35 mètres.
A la même profondeur, un Nitrox 34 ne contenant que 66% d’azote ne
représenterait plus qu’une pression partielle de 2.97 bar ; une différence qui ne
semble pas spectaculaire au premier abord, mais qui signifie tout de même une
diminution de 17% de la quantité d’azote diffusée dans notre organisme soit pas loin
d’un cinquième. De là à assurrer que les effets de la narcose se réduisent euxmêmes d’autant, il n’y a qu’un petit pas à franchir, et on serait en effet bien tenté de
le faire ! Mais avant de prendre le risque d’affirmer que les choses sont réellement
ainsi, n’oublions pas que pour qu’un fait soit reconnu scientifiquement, il faut en
principe qu’il ait d’abord été démontré de manière incontestable, ce qui n’est pas
encore le cas ici. Néanmoins, si une hypothèse reste une idée encore complètement
invérifiée, une théorie, elle, représente déjà une approche valable, basée sur un
ensemble de certitudes existantes. Et comme nous sommes déjà bien certains du
fait que le Nitrox nous permet de réduire la pression partielle d’azote en liberté dans
notre organisme, alors l’idée que le Nitrox permettrait aussi de réduire en partie le
phénomène de narcose est parfaitement raisonnable et constitue encore un excellent
argument en faveur de l’air enrichi.
Cette théorie deviendra-t-elle un jour un phénomène scientifiquement acceptable ?
Seul l’avenir nous le dira, mais science et air enrichi se retrouvent en revanche déjà
dans l’électronique qui nous accompagne en plongée, et c’est de cela justement que
traitera la suite de l’article. Et entre temps, ne manquez surtout pas une occasion
d’aller plonger !
« Nitrox et Ordinateurs !
Embarquement immédiat vers
le Futur….. »
Comme avec les voitures, les ordinateurs de plongée recèlent toujours plus
d’options et il est parfois difficile de faire le bon choix. Tout comme nous
prenons le temps d’étudier en détail les possibilités d’une voiture avant de
l’acheter, il vaut donc mieux prendre le temps de jeter un coup d’œil sous le
capot d’un ordinateur, avant de se laisser séduire par la marque et le look de
l’appareil.
Palier PDIS
Timée PDIS
Tissu directeur
PDIS: plus de sécurité
La machine à remonter dans les temps
Certes, il est devenu extrêmement rare de croiser un plongeur sans ordinateur. Mais
depuis deux ou trois ans, suivant les tendances du marché et la rapide diffusion de
l’air enrichi, il est devenu tout aussi rare de rencontrer un ordinateur qui ne soit pas
doté d’un mode Nitrox.
Ce mode est formaté sur la base de deux fonctions, à savoir le pourcentage
d’oxygène dans le mélange, et la pression partielle maximum d’O2 à laquelle nous
acceptons de nous soumettre. Pour que tout cela fonctionne, il nous suffit d’effectuer
l’analyse du mélange contenu dans le bloc, et de bien saisir dans l’ordinateur les
données correspondantes. En fonction de ces deux paramètres, l’ordinateur pourra
déterminer la profondeur maximale d’évolution que nous autorise le mélange et
calculer notre exposition à l’oxygène, tout en affichant une courbe de sécurité
correspondant effectivement à l’air enrichi que nous respirons. Bien que simple en
apparence, cette première opération peut devenir un casse-tête chinois avec certains
modèles d’ordinateurs : un bouton, deux boutons, deux boutons à presser en même
temps, un bouton maintenu enfoncé et l’autre pour augmenter les pourcentages...
Bref, il existe plusieurs formules, et même si la plupart des ordinateurs offre des
fonctions similaires comme pour les téléphones portables, la compréhension du
menu électronique n’est pas toujours aussi évidente d’un modèle à l’autre. Lors de
l’achat, n’hésitez donc pas à demander au vendeur de vous démontrer plus d’une
fois les manipulations nécessaires et les raccourcis utiles et vérifiez si le fabricant a
la courtoisie de livrer avec l’ordinateur un mode d’emploi résumé sous la forme d’une
carte plastifiée, rappelant les manipulations essentielles et évitant de relire en détail
le manuel à chaque nouvelle programmation.
Cogito ergo sub
Tous les navigateurs des temps modernes savent bien qu'une fois le pilote
automatique du bateau programmé, leurs yeux ne peuvent pas pour autant se
permettre de quitter la surface de la mer. Lorsque l’on plonge avec l’assistance d’un
ordinateur, la situation est un peu similaire ; l’ordinateur est effectivement programmé
et peut raisonnablement se substituer aux tables de plongée, limitant ainsi le nombre
de données que nous gérons nous-mêmes.
Certains modèles, tenant compte des différences individuelles entre les plongeurs,
nous proposent même des réglages de dureté divers pour se rapprocher de la
physiologie de l’utilisateur. Fort bien, mais cela ne signifie pas pour autant que
l’ordinateur se substitue à notre cerveau et devienne le seul maître à bord ; disposer
de paramètres calculés en temps réel, c’est bien, mais cela n’est utile qu’aussi
longtemps que nous leur accordons l’attention nécessaire et prenons le temps
d’analyser les données affichées.
Sachant qu’un plongeur peut facilement laisser la beauté et la sérénité de sa plongée
le distraire (et pour limiter leur responsabilité), les fabricants ont pour la plupart pris le
soin d’ajouter des alarmes sonores dans les ordinateurs, qui nous rappellent à l’ordre
lorsque nous nous approchons de, ou dépassons les paramètres fixés en limites.
Mais une alarme n’existe que pour nous signaler un danger imminent, pas pour nous
autoriser à attendre tranquillement que sonne le tocsin avant de prendre le chemin
de la remontée vers la surface. En d’autres termes, elles ne sont pas là pour
remplacer notre capacité de pensée et d’analyse : l’ordinateur ne connaît ni notre
physiologie intime, ni notre état de fatigue, et serait bien incapable de dire si celui qui
lit les informations qu’il affiche est en bonne santé, bien hydraté et en âge d’aller
jouer avec les limites de la table. La meilleure plongée que l’on puisse effectuer au
Nitrox se situera bien en deçà de la courbe de sécurité affichée, idéalement proche
de la courbe que nous aurions suivi sur une même plongée à l’air. Ainsi, les
bénéfices de l’air enrichi seront maximisés et la sécurité sera largement augmentée.
Modèle de base ou toutes options ?
Au-delà de cette base commune à tous les ordinateurs, certains paramètres
additionnels méritent de retenir notre attention. Afin de diminuer les risques d’erreurs
(et toujours soucieux de limiter leur responsabilité), certains fabricants conçoivent
leurs ordinateurs de façon à ce qu’ils exigent de l’utilisateur une nouvelle
programmation des paramètres à chaque plongée, tandis que d’autres ne reviennent
au point de défaut qu’après 24 heures hors de l’eau. Dans ce dernier cas, en
imaginant une première plongée de la journée effectuée avec un Nitrox 36, suivie
d’une plongée avec un Nitrox 32, un oubli de saisie des données correctes
signifierait que l’ordinateur affiche des paramètres de plongée complètement faux et
nous autorise un temps sous l’eau supérieur à la réalité. En inversant le phénomène,
soit en effectuant une plongée successive avec un gaz plus riche en O 2, le problème
du temps autorisé ne se poserait plus, mais en revanche l’exposition à l’oxygène
calculée serait inférieure à la réalité.
Pour éviter ces soucis et prendre des habitudes correctes, il vaut donc mieux
privilégier les modèles qui exigent une confirmation lors de chaque plongée, ou, au
moins, ceux qui reviennent à 21% d’oxygène par défaut durant l’intervalle de surface.
Hors limites
Finalement, pour les plongées plus poussées, qui imposeraient des paliers de
décompression, nous avons déjà vu ensemble que l’utilisation de Nitrox en phase de
remontée et de décompression est un atout incontestable. Ces plongées peuvent
être calculées au préalable grâce à des programmes informatiques, à partir desquels
nous avons la possibilité d’imprimer des tables à emporter avec nous en plongée.
Mais pour ceux qui envisagent l’emploi de divers mélange d’air enrichi durant la
plongée, plusieurs fabricants ont aussi conçus des modèles d’ordinateurs qui offrent
l’option de programmer de trois à dix mélanges différents, et nous permettent ainsi
d’indiquer à l’ordinateur que nous avons effectué un changement de gaz, de sorte
qu’il poursuive ses calculs sur cette nouvelle base. Ceci avec l’avantage certain
d’une décompression plus rapide, calculée en temps réel sur la base du gaz que
nous consommons. La meilleure des politiques, dans ce cas de figure, étant de
disposer de ses tables d’un côté, et de l’ordinateur de l’autre, ou alors d’au moins
deux ordinateurs. Pas étonnant, donc, de voir que les plongeurs "tec" disposent
souvent de plusieurs moyens pour calculer la profondeur et le temps de leur plongée,
de façon à remédier à tous cas de figure possible, qu’il s’agisse d’un dépassement
du temps de fond prévu, ou d’une bête panne électronique.
Dans tous les cas, il est utile de rappeler que les limites de nos ordinateurs (et donc
des tables !) ne sont que théoriques. Nous pouvons facilement envisager, dans un
futur proche, que la prochaine génération d’ordinateurs bénéficiera non seulement
des dernières découvertes scientifiques en matière de décompression, mais aussi de
modèles plus personnalisés, programmables par le biais d’un PC et d’une interface.
Ainsi, chacun pourra personnaliser son ordinateur sur la base de paramètres
individuels aussi importants que l’âge, la condition physique, la consommation de
cigarettes, la corpulence, le niveau de fatigue, etc.
Sans aucun doute, de telles options rendront la plongée assistée par ordinateur plus
sûre et toujours plus confortable. Mais même parvenu à ce niveau, l’ordinateur ne
saura se substituer à notre intelligence, à notre capacité d’analyse et à notre instinct
de survie. La meilleure manière de plonger, même au Nitrox, restera toujours de
garder l’œil en alerte, de suivre de près les paramètres indiqués et, surtout, de bien
se connaître et de conserver une bonne marge de sécurité par rapport aux limites
affichées par l’ordinateur.
En fin de compte, même le meilleur des ordinateurs ne vaut rien de plus que son
utilisateur !
Alors d’ici notre prochain rendez-vous, ordinateur au poignet et vite, à l’eau !
Bonnes plongées et bonnes bulles o.o..o.o.o.o.o.o. !
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