Téléchargez le n°20 de Machine à feuilles

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MACHINE à FEUILLES
E
LECT EUR S
Revue du livre et de la lecture en Limousin
publiée par ALCOL - Centre régional du livre en Limousin
n° 20
4,50 €
Sommaire.
3
• Édito.
4
• Calendrier.
8
• Colloques/Formations.
10 •
Marque-page d’ALCOL - Centre régional du livre en Limousin.
12 •
Marque-page.
photo © O. Thuillas
SOMMAIRE
2 •
Machine à feuilles n° 20
septembre 2004
Publié par ALCOL-CRL en Limousin
Association limousine
de coopération pour le livre Centre régional du livre
en Limousin
34, rue Gustave-Nadaud
87000 Limoges
tél. 0555774749
fax 0555109231
e-mail asso_alcol@yahoo.fr
Jean-Paul Lecertua a été élu
président d'ALCOL - CRL en
Directeur de publication (par intérim):
LECTEURES
Alain Duperrier, vice-président
d’ALCOL - CRL en Limousin
Limousin, le 17 juin 2004.
Rédactrice en chef:
Il est, malheureusement,
14 •
Avant-propos.
Marie-Laure Guéraçague
16 •
Voyages en lecture.
Marie-Laure Guéraçague
& Olivier Thuillas
18 •
« Les bibliothèques sont des conservatoires de sens ».
20 •
mort le 29 juillet.
Coordination:
Mise en page:
Nous avions eu l'occasion de parler de la thématique en préparation :
Terre-lune* communication
La politique du livre et de la lecture du ministère de la Culture et
de la Communication.
Imprimeur:
Comme un roman de Daniel Pennac1 fut - disait-il - pour lui un
22 •
Lire et apprendre.
24 •
« Elle nous arme pour le combat avec l’ange littéraire ».
25 •
Les « saisons » de la lecture.
26 •
Les rencontres nationales « lire & dire ».
29 •
« Lire Don Quichotte, c’est résister au pire ».
30•
Quand le livre crée l’événement…
31•
Histoire de lecteurs.
32 •
Comment donner le goût de lire aux jeunes ?
33 •
Pauvre lecteur, qui va m’aider à choisir ?
34 •
« Tout livre est un désir d’inconnu ».
36 •
Lire avec la voix de l’autre.
38 •
L’union fait la force… des lecteurs
Association de lecteurs et clubs du livre en Limousin.
40 •
« Les histoires que je lis sont une rallonge à ma propre vie… ».
42 •
« On s’invite… » pour lire.
44 •
« Terre de lecteurs ».
45 •
Bibliographie.
47 •
Feuilles reçues en Machine.
51 •
Feuilles lues.
56 •
Machin & machine.
ALCOL - CRL en Limousin est principalement financée par le ministère de la
Culture et de la Communication, Direction régionale des affaires culturelles
du Limousin, et par le Conseil régional du Limousin.
Elle reçoit le soutien de la Direction régionale des services pénitentiaires,
de la jeunesse et des sports, du ministère de l’Éducation nationale et des
Conseils généraux de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute-Vienne.
bonheur de lecture, il en avait tiré quelques principes pour ne pas
ISSN: 1286-9228
Dépôt légal: septembre 2004
Ont participé à l’élaboration
et à la rédaction de ce numéro :
• Isabelle Auriac
• Pierre Bacle
• Lionel Bussière
• Anne Cécile Causse
• Florent Contin-Roux
• Émilie Couderc
• Colette Damour
• Françoise Dubosclard
• Christine Fourloubeyx
• Sylvie Gasnier-Colas
• Marie-Laure Guéraçague
• Marc Guillerot
• Josepha Herman-Bredel
• Vincent Lasbronias
• Christian Lefaure
• Pierre Mabrut
• Jean Moyen
• Maëlle Muraciolle
• Nadine Pestourie
• Michèle Petit
• Jean Poussin
• Arlette Pragout
• François Prothée
• Jean-Claude Roulet
• Claire Sénamaud
• Jean-Pierre Siméon
• Jean-Marc Siméonin
• Olivier Thuillas
• Lydie Valero
• Franck Villemaud
Que soient remerciés :
• Le Club du livre de Fursac
• L'association Lire en Creuse
• L'association des donneurs de voix
• Flora Clément
• Isabelle Simon
• Les éditions Rue du monde
• La librairie Petit
ainsi que tous ceux qui ont fourni les
informations nécessaires à la
rédaction de cette publication.
couverture : photo © O. Thuillas
transmettre à ses étudiants que des injonctions et visions
ÉDITO
comptables de la lecture.
Il nous a donc paru doublement important de rappeler les
« droits imprescriptibles du lecteur » de Daniel Pennac :
« 1. Le droit de ne pas lire
2. Le droit de sauter les pages
3. Le droit de ne pas finir un livre
4. Le droit de relire
5. Le droit de lire n'importe quoi
6. Le droit de bovarysme
(maladie textuellement transmissible)
7. Le droit de lire n'importe où
8. Le droit de grappiller
9. Le droit de lire à haute voix
NB : Nous avons été nombreux, cet été,
à rechercher en vain une contribution
de Jean-Paul Lecertua sur la lecture
pour le Conseil économique et social
national. Toute information susceptible
de nous permettre de retrouver ce
document est bienvenue.
10. Le droit de nous taire »
1
Comme un Roman, Daniel Pennac,
Paris, Gallimard, 1 992.
Marie-Laure Guéraçague, directrice
d’ALCOL - Centre régional du livre en
Limousin
MACHINE à FEUILLES - 3
MACHINE à FEUILLES - 2
Lavauzelle graphic, Panazol
CALENDRIER
Du 19 juin au 31 octobre, Espace Paul Rebeyrolle, Eymoutiers (87).
Exposition sculptures de Roël D’Haese, peintures de Marcel Pouget.
Contact : Espace Paul Rebeyrolle, 05 55 69 58 88.
Du 9 juillet au 15 octobre, École nationale supérieure d’ar t, Limoges (87).
Exposition : Marion Laval-Jeantet et Benoît Mangin du duo « Ar t Orienté Objet »
présentent une grande installation faisant suite à une résidence à l’École réalisée en
2001 dans le cadre d’un atelier céramique.
Contact : ENSA, Limoges, 05 55 43 14 00.
Du 9 juillet au 30 octobre, Fonds régional d’ar t contemporain limousin, Limoges (87).
Exposition « Pièges de l’amour » de Richard Fauguet, Stephen Marsden, Anita Molinero,
Richard Monnier, Philippe Poupet.
Contact : FRAC, 05 55 77 08 98.
Du 10 juillet au 10 octobre, Centre national d’ar t et du paysage de Vassivière (87).
Exposition « Climat, cyclothymie des paysages » consacrée aux multiples manières
dont les ar ts visuels questionnent de nos jours le paysage comme manifestation des
rappor ts de l’âme et de l’environnement : une centaine d’œuvres produites par environ
50 ar tistes originaires du monde entier. Cette exposition est traversée par l’idée de
« sublime », cette étrange conception du beau qui r eposerait sur l’intuition qu’il existerait
une attirance réciproque entre le chaos et l’harmonie.
À découvrir également, trois œuvres environnementales et pérennes installées sur l’île,
« Les Rêves de Tijuca », « Les Joueurs de flûte » et « Les Graines de lumières ».
Contact : CNAP, 05 55 69 27 27.
Du 7 au 25 septembre, Médiathèque, Tulle (19).
Exposition « Léon Peyrat chanteur et chansonnier à Saint-Salvadour » avec le
par tenariat du Centre régional des musiques traditionnelles en Limousin (CRMT).
Contact : Christiane Mér y, 05 55 20 14 04.
Du 9 septembre au 7 octobre, Espace de l’Écluse, La Souterraine (23).
Exposition photographique « Chorégraphie : danseurs, danseuses » de Roger Vulliez
issue du spectacle de Carolyn Carlson lors de « Danse Emoi », avec la collaboration de
l’Ar tothèque du Limousin.
Contact : Espace de l’Écluse, 05 55 63 46 46.
Du 10 au 19 septembre, Solignac (87).
17es Rencontres Photographiques de Solignac : « Raconter : chroniques et récits ».
Le 11 septembre à 16h, conférence-projection suivie d’un débat avec les ar tistes invités.
Contact : 05 55 00 47 50 (pendant les Rencontres).
Du 20 septembre au 23 octobre, Bibliothèque francophone multimédia, Limoges (87).
Exposition « Musiques d’Afrique noire », collection privée d’instruments de musique africains.
Pendant cette période, rencontres avec l’auteur conteur illustrateur Gustave Akakapo.
Contact : BFM, 05 55 45 96 00.
Du 21 septembre au 17 octobre, Bibliothèque francophone multimédia, Limoges (87).
Exposition (dans le jardin d’hiver et au pôle « Limousin et patrimoine ») « Le félibrige en pays
d’Oc et en Limousin ». Dans le cadre de cette exposition, conférence de Pierre Fabre,
Capoulier du félibrige, sur « Mistral en héritage » le vendredi 8 octobre à 18 h 30, suivi
à 20 h 45 du spectacle en langue d’oc « La conciliation » de Jean Rebier.
Contact : BFM, 05 55 45 96 00.
MACHINE à FEUILLES - 4
Du 24 au 26 septembre, Royère-de-Vassivière et plateau de Millevaches (23).
« Culture et ruralité » : rencontres nationales dont le thème central est la cultur e et son
développement en milieu r ural. Le 24 septembre, à 14h : présentation du ter ritoire et de
cer taines initiatives locales aux par ticipants, présentation du programme des 3 jours,
soirée concer t. Le 25 septembre, répar tition en groupes sur 5 lieux de visites pour des
ateliers/débats, suivie d’animations et de spectacles. Le 26 septembre, à 10h, débat
« Comment vivre d’une activité culturelle en milieu rural ? » suivi d’animations tous publics.
Contact : RELIER (Réseau d’Expérimentation et de Liaison des Initiatives en Espace
Rural), 04 75 25 44 90 ou IPNS, journal d’information et de débat du Plateau de
Millevaches, Solenne Piriou, 06 10 46 18 91.
Du 24 septembre au 3 octobre, Saint-Just-le-Mar tel (87).
Salon international du dessin de presse et d’humour.
Contact : association Saint-Just culture loisirs, 05 55 09 26 70.
Du 26 septembre au 15 décembre,
Musée dépar temental d’ar t contemporain,
Rochechouar t (87).
Exposition « Paysages invisibles » : œuvres de Dennis Adams, Roy Arden, Pierre Faure,
Mark Lombardi, Sophie Ristelhuber, Anri Sala, Allan Sekula, Bruno Serralongue et
Lidwien Van de Ven.
Contact : Musée dépar temental d’ar t contemporain, Rochechouar t, 05 55 03 77 91.
Du 28 septembre au 10 octobre,
Festival « Les 21es Francophonies en Limousin »
Contact : 05 55 10 90 10.
Du 1e au 8 octobre, « Les auteurs vivants ne sont pas tous morts »,
Moussa Konate, mise en scène de Jacques Vincey. Le 2 octobre, Aubusson (23),
lecture à la médiathèque et mise en espace au théâtre Jean-Lurçat. Le 5 octobre,
Limoges (87), lectures au Théâtre de l’Union et au CHS Esquirol, mise en espace au
Théâtre Expression 7.
Contact : Compagnie du Désordre, Mélanie Charpantier, 05 55 34 15 90.
Du 1e au 30 octobre, Peuple et culture, Tulle (19).
Exposition des nouvelles acquisitions de l’ar tothèque du Limousin. Les visiteurs
s’étant acquittés des formalités liées à l’abonnement pourront repar tir avec une
œuvre. Ainsi, l’exposition évoluera au fur et à mesure des empr unts.
Contact : Peuple et culture, 05 55 26 32 25.
Du 5 au 30 octobre,
Médiathèque, Tulle (19).
Dans le cadre de « Lire en Fête » et du « concours de la nouvelle »,
exposition « Livres pluriels, livres singuliers ».
Le 23 octobre, rencontre avec les ar tistes représentatifs des collections et
remise des prix du concours de la nouvelle.
Contact : Christiane Mér y, 05 55 20 14 04.
Le 7 octobre,
Bibliothèque francophone multimédia, Limoges (87), 19h.
Les jeudis de la Maison des auteurs : Lecture de la pièce « Jouliks » de Marie-Christine
Lê-Huu, auteure québecoise, par Gérald Chatelain, comédien et metteur en scène.
Dans le cadre du Festival « Les Francophonies en Limousin ».
Contact : BFM, 05 55 45 96 00.
Le 7 octobre,
Mais… l’Usine, Limoges (87), 20 h 30.
Soirée en hommage à George Sand mise en scène par Andrée Eyrolle.
Contact : Cristi Urbaka, 05 55 32 08 42.
Le 8 octobre,
Bibliothèque municipale, Brive (19), 18h.
Lecture - spectacle « Autour de Colette… » avec la compagnie théâtrale Méli - Méla.
Contact : Nathalie Bouthier, 05 55 92 39 23.
Le 8 octobre,
Bibliothèque municipale, Ussel (19), 20 h 30.
Dans le cadre de la manifestation nationale « Lire en Fête » ayant pour thème le
« Livre d’ar tiste » : lecture contée du livre d’ar tiste « Le Grand Voyage » par
Agnès Ber thonnet et Jeanne Charmetant accompagnées musicalement par Olivier Payat
en présence de l’auteur. Sur réser vation.
Contact : Stéphanie Relier, 05 55 72 31 47.
Le 9 octobre,
Bibliothèque francophone multimédia, Limoges (87), 10 h 30 - 13h.
Table ronde animée par Georges Aliwa : « Paroles et musique », avec Franck Tenaille,
Kangny Alem, Sylvie Clair feuille et Nathalie Carré.
Avec le Festival « Les Francophonies en Limousin » et l’ADPF.
Contact : BFM, 05 55 45 96 00.
Le 9 octobre,
Bibliothèque francophone multimédia, Limoges (87), 14 h 30.
Débat : « Violence dans la culture : représentation et légitimité », avec Denis Guénoun
et Michel Deguy. Avec le Festival « Les Francophonies en Limousin ».
Contact : BFM, 05 55 45 96 00.
Les 9 et 10 octobre,
Bibliothèque municipale, Ussel (19).
Dans le cadre de « Lire en Fête », ateliers création de livres d’ar tistes par Double Je.
Les créations réalisées au cours de cet atelier intégreront l’exposition.
Pour adolescents et adultes. Sur inscription.
Contact : Stéphanie Relier, 05 55 72 31 47.
MACHINE à FEUILLES - 5
SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE / DÉCEMBRE…
CALENDRIER
Le 12 octobre, Espace de l’Écluse, La Souterraine (23) et le 13 octobre, Espace
Fayolle, Guéret (23). « Les Voix de la Liber té » : spectacle d’Eric-Antoine Boyer avec
sa compagnie de l’île de la Réunion.
Contact : BD de la Creuse, Marie-Pascale Bonnal, 05 44 30 26 26.
Du 12 octobre au 11 décembre, Bibliothèque francophone multimédia, Limoges (87).
Exposition « Eric Battut et le conte merveilleux ». En par tenariat avec la galerie « L’ar t à la page ».
Contact : BFM, 05 55 45 96 00.
Le 13 octobre, Bibliothèque francophone multimédia, Limoges (87), 9h - 13h.
Conférence « la littérature de jeunesse à l’école » par Christian Poslaniec.
Contact : BFM, 05 55 45 96 00.
Du 14 au 17 octobre, Mourioux-Vieilleville (23).
« Les Vies minuscules » de Pierre Michon : deux vies dif férentes chaque soir. Mises en
scène de Jean-Christophe Cochard, du Théâtre de l’Ar gile, interprétées par plusieurs
comédiens. Lecture finale le 17 octobre de « La petite mor te », or ganisée en l’honneur
des 20 ans de publication de ce texte et des 25 ans d’existence de la BD de la Cr euse.
Contact : BD de la Creuse, Marie-Pascale Bonnal, 05 44 30 26 26.
Les 15, 16 et 17 octobre, « Lire en Fête » : manifestation nationale et régionale du
ministère de la Culture et de la Communication. Comme chaque année, de très
nombreuses manifestations se déroulent en France et en Limousin. Retrouvez tout le
programme des animations sur www.lire-en-fete.culture.fr.
Renseignements : DRAC Limousin, 05 55 45 66 72.
Les 15, 16 et 18 octobre, « Bibliobus et petites oreilles » : contes, lectures à voix
haute sur le thème de la table et de la gastronomie. Pour un public jeune et adulte.
Contact : BDP de la Haute-Vienne, 05 55 31 88 90.
Du 15 octobre au 13 novembre, Limousin Art Contemporain et Sculptures, Limoges (87).
Exposition « Stocks en stock ». Les œuvres sont visibles successivement dans deux
espaces de présentation : une zone de dépôt et une zone d’installation.
Contact : LAC&S, 05 55 70 12 17.
Le 16 octobre, Le Vieux Château, Vicq-sur-Breuilh (87), 19 h 30.
Dans le cadre de « Lire en Fête » : lecture-rencontre avec Florence Delaporte
animée par Lydie Valero.
Contact : association « Les saisons du Vieux Château », 05 55 00 94 76.
Le 16 octobre, Bibliothèque francophone multimédia, Limoges (87), 13h.
L’Heure de la Philo : « L’événement », avec Gérard Bras, du Collège international
de philosophie.
Contact : BFM, 05 55 45 96 00.
Du 21 au 31 octobre, salle de l’Auzelou et salle de concert Des Lendemains qui
Chantent, Tulle (19). Festival « Ô les chœurs » à dominante musiques actuelles qui
aborde également les domaines du théâtre de rue, des arts plastiques et du cinéma.
Cette 8e édition sera une nouvelle fois l’occasion de rassembler des publics et des artistes
de multiples horizons. Au programme du 1e week-end : une soirée cinéma, deux soirées
dans les cafés de la ville. Au programme du 2e week-end : trois soirées de concerts avec
une soirée électro/vidéo concept, une soirée chanson et une soirée surprise !
Contact : association « Elizabeth my dear », 06 73 39 33 07.
Les 3 novembre et 1e décembre, Bibliothèque de quartier des Chapélies, Brive (19), 14h30.
MACHINE à FEUILLES - 6
Contes et comptines avec Laurette Lemoine pour les enfants à partir de 2 ans.
Contact : Nathalie Bouthier, 05 55 92 39 23.
Du 4 novembre au 31 décembre, Théâtre Municipal de Brive, Beynat (19).
Exposition de Double Je « Jeux de caractères » sur le thème du caractère qu’il soit
signe typographique ou expression de la personnalité.
Contact : Théâtre Municipal de Brive, 05 55 22 02 15.
CALENDRIER
Le 13 novembre,
Espace de l’Écluse, La Souterraine (23).
Conférence/Débat « La lecture jeune public ». La matinée sera consacrée à une
conférence/débat sur la lecture jeunesse avec Patrick Ben Soussan, pédopsychiatre,
spécialiste de la littérature jeunesse, et auteur de nombreux ouvrages sur des thèmes
comme la paternité, la petite enfance, la lecture… Il intervient régulièrement dans des
congrès nationaux et internationaux. Exposition et vente d’ouvrages pour les tout-petits
et les parents. Coin lecture pour les jeunes enfants. À partir de 14 h 30 : forum,
débats, témoignages sur la lecture et les jeunes enfants. Présence d’illustrateurs
(Marc Pouyet), contes et marionnettes.
Contact : Espace de l’Écluse, 05 55 63 46 46.
Du 15 au 30 novembre,
Bibliothèque municipale, Ussel (19).
Dans le cadre du centenaire de la naissance de Jehan Mayoux : exposition de livres,
tapuscrits, manuscrits, photographies, textes enregistrés…
Contact : Stéphanie Relier, 05 55 72 31 47.
Le 18 novembre,
château des Comtes de la Marche, Guéret (23).
Soirée littéraire « Pablo Neruda et autres poètes sud-américains » : lecture par
Christian Peythieux et un autre comédien de l’Opossum Théâtre.
Contact : BD de la Creuse, Marie-Pascale Bonnal, 05 44 30 26 26.
Du 19 novembre jusqu’à la mi-février,
Fonds régional d’art contemporain limousin,
Limoges (87). Exposition de Jean Sabrier. Tous supports : peinture, dessin, vidéo…
Contact : FRAC limousin, 05 55 77 08 98.
Le 20 novembre,
Bibliothèque municipale, Ussel (19), 20 h 30.
Lecture d’extraits de l’œuvre poétique de Jehan Mayoux par Lucie Chabaudie et
Julie Lalande. Lecture dirigée par Max Eyrolle.
Contact : Stéphanie Relier, 05 55 72 31 47.
Du 22 au 28 novembre,
« Les auteurs vivants ne sont pas tous morts »,
Nicolas Bouchard (auteur de polars et de livres de science-fiction), mise en scène
de Thomas Gornet.
Contact : Compagnie du Désordre, Mélanie Charpantier, 05 55 34 15 90.
Le 24 novembre,
Tulle (19).
Présence d’auteurs pour la jeunesse et de bibliothécaires à l’IUFM.
Contact : Christiane Méry, 05 55 20 14 04.
Du 1e décembre au 8 janvier, Médiathèque, Tulle (19).
« Mes droits d’enfant ». Exposition réalisée par les élèves de Seilhac.
Partenariat : Amnesty International.
Contact : Christiane Méry, 05 55 20 14 04.
Du 3 au 31 décembre,
Bibliothèque municipale, Ussel (19).
« Colette, Willy, Armory… la Belle Époque »: exposition, conférences, lecture-spectacle,
projection de documentaires dans le cadre du cinquantenaire de la mort de Colette.
Temps forts : le 3 décembre, à partir de 18 h 30 : vernissage, visite guidée et animée
de l’exposition, conférence sur la littérature et les salons de la Belle Époque par
Géraldine Leroy, projection du film documentaire « Colette » de Jacques Tréfouël.
Le 10 décembre, à partir de 19h : lecture-spectacle de lettres de Colette par la
compagnie Expression 7, discussion-débat avec l’écrivain François Saint-Hilaire.
Contact : Stéphanie Relier, 05 55 72 31 47.
Du 6 au 10 décembre,
« Les auteurs vivants ne sont pas tous morts »,
Olivier Adam (scénariste et auteur de romans et de livres jeunesse), mise en espace
par la compagnie Le Chat perplexe. Le 7 décembre, Limoges (87), lecture au Théâtre
de l’Union et mise en espace au théâtre Expression 7. Le 10 décembre, Brive (19),
lecture à la bibliothèque municipale et mise en espace au musée Labenche.
Contact : Compagnie du Désordre, Mélanie Charpantier, 05 55 34 15 90.
Le calendrier 2 004 des « Salons et fêtes du livre en Limousin » est à votre disposition
à ALCOL - Centre régional du livre en Limousin.
Pour vos animations (de décembre 2004 à mars 2005), merci de nous les signaler avant le 1e décembre 2004, à ALCOL - Centre
régional du livre en Limousin, 34, rue Gustave-Nadaud, 87000 Limoges, tél. 05 55 77 47 49, fax 05 55 10 92 31.
MACHINE à FEUILLES - 7
SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE / DÉCEMBRE…
CALENDRIER
SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE / DÉCEMBRE…
COLLOQUES/FORMATIONS
Du 20 au 29 septembre ou du 29 novembre au 8 décembre,
Institut National de Formation de la Librairie (INFL), Montreuil (93). Formation sur
« Le métier de libraire: mode d’emploi » pour faciliter l’ouverture ou la reprise d’une librairie.
Proposée par l’INFL.
Contact : INFL, Valérie Massol ou Marina Lemonnier, 01 41 72 79 79.
COLLOQUES/FORMATIONS
Les 25 et 26 novembre,
Bibliothèque départementale de prêt de la Haute-Vienne,
Limoges (87). Premier module consacré à « l’animation d’un atelier d’écriture en
direction des enfants et des adolescents », avec l’intervention de Claire Sénamaud de
l’association Princesse Camion.
Un second module de trois jours aura lieu au cours du premier trimestre 2005.
Proposé par la BDP de la Haute-Vienne.
Contact : BDP de la Haute-Vienne, 05 55 31 88 90.
Du 7 au 9 octobre, Faculté des lettres et sciences humaines, Limoges (87).
Colloque international sur le thème « Affiches et affichages » organisé par Jacques
Fontanille. Proposé par le CeRes (Centre de Recherches Sémiotiques).
Contact : Faculté des lettres et sciences humaines, Danièle Bierne, 05 55 43 56 36.
Du 11 au 14 octobre et du 8 au 10 novembre, Centre Régional de Formation aux
Carrières des Bibliothèques (CRFCB), Marseille (13). Stage sur « La médiation des
ressources documentaires, des services et action culturelle » destiné aux cadres A et B
de la filière culturelle territoriale, spécialité bibliothèque, en formation post-recrutement.
Proposé par le Centre National de la Fonction Publique Territoriale (CNFPT) et le CRFCB Marseille.
Contact : CNFPT Marseille, 04 91 24 60 00.
Les 14 et 15 octobre, Bibliothèque départementale de prêt de la Haute-Vienne,
Limoges (87).
Journées sur « la chanson française ». Avec l’aide d’intervenants (un chanteur et
un professeur de chant), les stagiaires auront pour objectif de mieux connaître
le répertoire de la chanson française.
Proposées par la BDP de la Haute-Vienne.
Contact : BDP de la Haute-Vienne, 05 55 31 88 90.
Le 7 décembre,
Bibliothèque départementale de prêt de Corrèze, Tulle (19).
Stage de formation continue sur « La bande dessinée » : se retrouver dans la
production éditoriale et préparer la visite au Salon de la BD à Angoulême.
Inscriptions avant le 19 novembre.
Proposé par l’Association des Amis de la BDP de la Corrèze.
Contact : Michèle Vergne, 05 55 29 96 40.
Du 14 au 16 décembre,
École nationale supérieure des sciences de l’information et
des bibliothèques (ENSIBB), Paris. Trois jours pour une « formation générale à
l’économie du livre » : le contexte juridique, l’édition aujourd’hui, la diffusion et la
distribution des livres. Sont concernés les conservateurs des bibliothèques ou
bibliothécaires. S’inscrire avant le 9 novembre.
Proposée par l’ENSSIB, Villeurbanne (69).
Contact : l’ENSSIB, 04 72 11 44 40.
Les 14 et 15 octobre, Bibliothèque départementale de prêt de la Corrèze, Tulle (19).
Les 26 et 27 octobre, Institut National de Formation de la Librairie (INFL), Montreuil (93).
Formation sur « La vitrine, outil de communication » pour tout public.
Prendre conscience du rôle de la vitrine, connaître les éléments qui permettent de
capter l’attention du passant pour augmenter les ventes. Acquérir les techniques
de base pour la réalisation d’une vitrine.
Proposée par l’INFL.
Contact : INFL, Valérie Massol ou Marina Lemonnier, 01 41 72 79 79.
MACHINE à FEUILLES - 8
Les 3 et 4 novembre, Institut National de Formation de la Librairie (INFL), Montreuil (93).
Formation sur le thème « L’accueil et la vente en librairie » pour les professionnels
(vendeur, vendeur confirmé). Le but est de maîtriser le déroulement de l’acte de vente
et en identifier les difficultés et les freins.
Proposée par l’INFL.
Contact : INFL, Valérie Massol ou Marina Lemonnier, 01 41 72 79 79.
Pour en savoir plus sur…
• Des annonces de formations et de concours : www.limousin.culture.gouv.fr.
• Le plan régional de développement des formations : www.carif-limousin.net.
• Les annonces de concours au Journal officiel : www.legifrance.gouv.fr.
• Les calendriers des concours d’État, les conditions d’accès : www.fonction-publique.gouv.fr.
• Les concours de la Fonction publique territoriale : www.cnfpt.fr.
• Les concours, les organismes de formation, les formations : www.abf.asso.fr.
Signalons aussi…
• Le Conseil régional du Limousin a adopté le 2 juillet 2004 un dispositif de soutien aux projets et à l’emploi associatifs.
Il vise à favoriser l’émergence, le maintien ou le développement d’activités d’utilité sociale qui concourent au développement
du Limousin et de ses territoires. 500 emplois seront, à terme, concernés, dont 80 dès 2004.
Pour toute information concernant ce dispositif, contacter la Direction de la Formation au Conseil régional du Limousin,
tél. 05 55 45 54 05 ou 05 55 45 54 32.
• À Clermont-Ferrand (63), signalons le diplôme « Métier des arts et de la culture et métiers du livre et multi-supports ».
Proposé par l’Université Blaise-Pascal, Institut universitaire professionnalisé.
Contact : 04 73 40 64 38.
• Toujours à Clermont-Ferrand (63), a été créé un DESS « Création éditoriale ».
Proposé par l’Université Blaise-Pascal, Département des métiers du livre.
Contact : 04 73 40 61 52.
MACHINE à FEUILLES - 9
Stage de formation continue: « lectures, livres des 7 - 10 ans entre plaisirs et
apprentissages ». Les objectifs sont de comprendre les enjeux de la lecture et de
découvrir la littérature pour les jeunes.
Inscriptions avant le 30 septembre.
Proposé par l’Association des Amis de la BDP de la Corrèze.
Contact : Michèle Vergne, 05 55 29 96 40.
ALCOL - Centre régional du livre en Limousin a demandé à l’INSEE - Limousin
de réaliser une étude sur l’économie du livre en Limousin. Le résultat de ce
travail fait l’objet du n° 7 de la publication Focal « La filière livre en Limousin ».
Pour tout renseignement : INSEE, 05 55 45 20 07 ou
ALCOL - CRL en Limousin, 05 55 77 49 77.
À partir du jeudi 7 octobre:
Formation: « Je m’initie à l’animation d’un atelier d’écriture »
ALCOL - CRL en Limousin propose, en partenariat avec la DRAC et la DRJS
Limousin une session de 6 journées de formation intitulée « Je m’initie à
l’animation d’un atelier d’écriture ». Cette formation est destinée aux
personnes impliquées ou désirant s’impliquer dans l’animation d’atelier
d’écriture. Les demandes concernant les ateliers d’écriture sont en effet de
plus en plus nombreuses, qu’elles émanent des milieux scolaires, hospitaliers
ou pénitentiaires ou bien de particuliers intéressés par les pratiques
d’écriture. Cette formation gratuite aura lieu dans les locaux d’ALCOL - CRL
en Limousin et sera animée par Claire Sénamaud (Association Princesse
Camion) pour les cinq premières séances et par un intervenant d’Alephécriture, organisme de formation spécialisé depuis 1985 dans l’animation
d’ateliers d’écriture.
Programme (chaque séance sera nourrie d’exercices pratiques) :
Jeudi 7 octobre : « Pourquoi faire écrire ? »
Vendredi 8 octobre : « Qu’en est-il de votre rapport à l’animation
d’un atelier d’écriture ? »
Jeudi 18 novembre : « Quel rapport entretenez-vous avec la littérature ? »
Vendredi 19 novembre : « Comment faire écrire ? »
Jeudi 16 décembre : « Comment se construisent les incitations à écrire ? »
Vendredi 17 décembre : Intervention de l’Aleph-écriture.
Renseignements et inscriptions (dans la limite des places disponibles) :
ALCOL - CRL en Limousin, Marie-Laure Guéraçague, 05 55 77 49 77.
À partir du 17 octobre: Les mots ont des ailes, les livres aussi!
Vous aimez lire, vous aimez les livres, les volumes s’accumulent sur les
rayonnages de votre bibliothèque, votre table de chevet menace de céder sous
le poids des ouvrages, du sol au plafond, les livres forment d’inquiétantes
colonnes instables : il est temps pour vous de libérer des livres et de les
laisser voyager un peu, d’autant que d’autres mains, d’autres yeux que les
vôtres les réclament.
« Les livres migrateurs » est une opération lancée par ALCOL - CRL en Limousin
à l’occasion de « Lire en fête 2 004 ». Son principe est la remise en liberté
pure et simple de livres que vous aimez, sur le modèle du « Bookcrossing »
américain qui existe depuis 2001. C’est aussi la création d’une communauté
virtuelle de lecteurs, qui peuvent suivre à la trace les livres libérés et les
avis des lecteurs successifs sur le site internet www.bookcrossing.com
(en anglais) qui délivre un numéro international d’identification des livres
en migration (pour tout comprendre sur le « bookcrossing » en français :
www.rinaldiweb.it/eurobc/fr/index.htm).
Les livres pourront être libérés dans n’importe quel lieu public, mais aussi
dans des « nids » spécialement conçus pour les livres migrateurs et
disséminés dans toute la région.
Contact : ALCOL - CRL en Limousin, 05 55 77 47 49.
Sur l’initiative de la Fédération française de coopération des bibliothèques
et des métiers du livre et de la documentation (FFCB), en partenariat avec
Interbibly, est organisé un séminaire destiné aux directeurs et présidents
de structures régionales du livre, ALCOL - CRL en Limousin et ses équivalents
dans les autres régions de France.
Trois ateliers thématiques guident les débats qui se déroulent au Conseil
régional de Bretagne : « inter-régionalité et coopération », « quelles ressources
pour quelles mutualisations ? » et « vers une charte des structures régionales
pour le livre ».
Contact : FFCB, Stéphanie Meissonier, 01 43 57 85 02.
Jeudi 18 et samedi 20 novembre:
Hommage au poète surréaliste Jehan Mayoux
Né en novembre 1904, Jehan Mayoux aurait eu cent ans
cette année. L’écrivain Jean-Luc Peurot nous a fait découvrir
cet auteur qui a vécu à Ussel (Corrèze) de 1945 à sa mort en
1975. Poète surréaliste, irréductible et secret, il laisse une
poésie simple et vive, des proverbes, des comptines, toujours
basés sur une approche sensible de la nature. Membre actif
du groupe surréaliste dès 1932, on trouve dans sa poésie ce
goût du jeu, de l’enfance et de la malice. Éternel arpenteur
des chemins de l’école, il goûte dans cette liberté enfantine,
non pas une nostalgie d’un paradis de verdure ruisselant de
sentimentalité, mais la vraie liberté du jeu, de l’imagination et
de la production spontanée propre aux surréalistes.
En partenariat avec la bibliothèque municipale d’Ussel et le
Théâtre Expression 7, ALCOL - CRL en Limousin vous propose
donc deux soirées d’hommage à Jehan Mayoux :
portrait de Jehan Mayoux
par Hans Bellmer
• Jeudi 18 novembre à 18 h 30 au Théâtre Expression 7 (Limoges) :
lecture d’extraits de l’œuvre poétique de Mayoux par Lucie Chabaudie
et Julie Lalande. Lecture dirigée par Max Eyrolle.
• Samedi 20 novembre à 20 h 30 à la bibliothèque municipale d’Ussel
(Corrèze) : Inauguration de l’exposition « Jehan Mayoux » suivie de la
lecture d’extraits de l’œuvre poétique de Mayoux par Lucie Chabaudie
et Julie Lalande. Lecture dirigée par Max Eyrolle.
Pour découvrir ou redécouvrir la poésie de Jehan Mayoux, un très beau livre
est disponible, réédité en 1997 par l’association lyonnaise « L’Atelier de
création libertaire » :
Jehan Mayoux, Œuvres (Traînoir, Le fil de la nuit, Maïs, Ma tête à couper,
Au crible de la nuit, Les navires sont des meubles et autres poèmes),
précédés d’une évocation par Alfred Campozet, Atelier de Création Libertaire,
Lyon, 1997, 13,70 €.
Contact : ALCOL - CRL en Limousin, Olivier Thuillas, 05 55 77 48 46.
Mardi 7 décembre:
Les arts à l’hôpital: journée régionale d’information
Sur l’initiative de l’Agence Régionale d’Hospitalisation et de la Direction
régionale des affaires culturelles du Limousin, ALCOL - CRL en Limousin
organise le mardi 7 décembre une journée d’information sur « Les arts à
l’hôpital ». En partenariat avec l’Artothèque du Limousin, la Bibliothèque
francophone multimédia (BFM) de Limoges et le Centre hospitalier Esquirol,
cette journée sera plus spécialement consacrée aux arts plastiques.
Les interventions se dérouleront au centre hospitalier Esquirol le matin et à la
BFM l’après-midi.
Machine à feuilles
Le prochain numéro sera consacré à la bande dessinée (janvier).
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Septembre: Parution d’une étude sur l’économie du
livre en Limousin
les 25 et 26 octobre à Rennes (35):
deuxième séminaire national des structures régionales du livre
M ACHINE à FEUILLES - 1 1
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D’ALCOL-CENTRE RÉGIONAL DU LIVRE EN LIMOUSIN
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MACHINE à FEUILLES - 1 0
Depuis le 17 juin: www.doc-limousin.org est en ligne
Ce portail, coordonné par ALCOL - CRL en Limousin, réunit et présente plus
de 120 établissements documentaires de la région (bibliothèques, archives,
musées, universités, sociétés savantes). La possibilité d’une recherche
multicritère (géographique, documentaire, culturelle, pratique) devrait répondre
aux demandes les plus précises de chaque internaute.
Charivalivre : lecture-spectacle en musique pour les tout-petits
La Compagnie Caméléon propose sa nouvelle création adaptable en tout lieu :
un voyage musical au fil de livres et d’albums pour la petite enfance.
Ce spectacle s’adresse aux enfants de 1 à 3 ans accompagnés de leurs
parents. Deux comédiennes-musiciennes créent une suite de séquences
visuelles et musicales à partir des ingrédients d’une quinzaine d’albums,
en privilégiant les émotions et les sensations qui s’en dégagent. L’espace
de jeu est une bibliothèque en tissu qui se met en mouvement pour aller
vers les lecteurs.
Renseignements : Compagnie Caméléon, 11 bis place d’Armes,
77 300 Fontainebleau, 01 60 72 39 62.
« Les auteurs vivants ne sont pas tous morts »
troisième saison, 2004/2005
La Compagnie du Désordre continue à faire la part belle aux écritures
contemporaines avec pour cette saison sept auteurs associés à sept
mises en espace :
• 1e-8 octobre : Moussa Konaté mis en espace par Jacques Vincey,
• 22-27 novembre : Nicolas Bouchard mis en espace par Thomas Gornet,
• 6-10 décembre : Olivier Adam mis en espace par la
Compagnie du Chat Perplexe,
• 10-15 janvier : Laurence Biberfeld mise en espace
par Denis Lepage,
• 9-15 mars : Joël Dragutin mis en espace par Philippe Lopès,
• 4-9 avril : François Cervantès mis en espace
par Marie-Pierre Bésanger,
photo : © B. Garcin Gasser
Olivier Adam • 25-30 avril : Wajdi Mouawad mis en espace par Moïse Touré.
Programme complet et renseignements : Compagnie du Désordre, Mélanie
Charpantier, 30, rue du Consulat, 87000 Limoges, 05 55 34 15 90.
Exposition Bernard Pagès - Claude Viallat à Seilhac (19).
Pour la neuvième année consécutive, Paule-Marie Duquesnoy organise à
Seilhac une exposition d’artistes majeurs, en l’occurrence cette année deux
acteurs importants du mouvement « Supports/Surfaces », le sculpteur
Bernard Pagès et le peintre Claude Viallat, présentés en Corrèze jusqu’au
19 septembre.
Paule-Marie Duquesnoy a créé cette année l’association Par chemins
afin d’asseoir dans la durée les manifestations culturelles qu’elle organise
chaque été à Seilhac. Depuis 1996, elle associe écriture et peinture en
accueillant des auteurs et des artistes de renom. Elle met également en avant
des éditeurs de poésie : Obsidiane, Le temps qu’il fait, Rougerie, Comp’Act,
William Blake and Co ou Folle avoine. Chaque année, l’exposition est
agrémentée d’une rencontre, cet été avec Maryline Desbiolles, Prix Fémina
1 999 pour Anchise (Éditions du Seuil, Collection « Fiction & Cie », 1 999).
Renseignements : Association Par chemins, Paule-Marie Duquesnoy, Lacombe,
19 700 Lagraulière, 05 55 73 71 01.
Mettre en place une action culturelle en prison est souvent une opération
longue et compliquée alors qu’on sait que les détenus ont une vraie ouverture
au champ artistique. Le guide publié par la Fédération française pour la
coopération des bibliothèques, des métiers du livre et de la documentation
(FFCB) vient donc à point pour aider les porteurs de projet à franchir les
portes des maisons d’arrêt, centres de détentions et prisons centrales.
Complet, précis et synthétique, ce guide fait le point sur la politique culturelle
en milieu pénitentiaire, détaille les différentes étapes de la conception à la
réalisation d’un projet et précise les différents domaines d’intervention
possibles (livre et lecture, arts plastiques, spectacle vivant…). Une liste
d’adresses utiles complète ce guide. En Limousin, c’est ALCOL - CRL en
Limousin qui coordonne les actions culturelles dans les quatre établissements
pénitentiaires de la région.
Guide pratique : Les actions culturelles et artistiques en milieu pénitentiaire,
édité par la FFCB, 80 p., 2004, 11 €. En vente à ALCOL - CRL en Limousin.
Un cadre pour lutter plus efficacement contre l’illettrisme
L’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme est un groupement d’intérêt
public chargé de fédérer et d’optimiser les actions contre l’illettrisme en
France. On estime à plus de deux millions le nombre de personnes qui
rencontrent des difficultés importantes pour lire et écrire. Ce petit ouvrage
donne le cadre national de référence pour lutter ensemble contre l’illettrisme
en détaillant les principes directeurs, les champs d’intervention et l’action des
pouvoirs publics, des entreprises et de la société civile. L’Agence met à disposition un numéro « indigo » pour toute information ou conseil : 0 820 33 34 35.
Lutter ensemble contre l’illettrisme : cadre national de référence, édité
par l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI), 2003, gratuit sur
demande à l’ANLCI, 1, place de l’École, BP 7082, 69348 Lyon cedex 07.
Rappel : ALCOL - CRL en Limousin a publié en 2000 les actes d’un colloque
organisé en 1999 à Limoges sur le thème « De l’illettrisme aux pratiques
culturelles ». L’ouvrage est toujours disponible sur demande au prix de 18,30 €.
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La Compagnie La Chélidoine propose dès septembre 2004 un atelier
hebdomadaire de lecture à voix haute ouvert aux enfants, adolescents et
adultes. Découpé en trois sessions de 8 séances chacune, cet atelier
(qui aura lieu le mercredi de 18 h 30 à 20 h 30 à La Chélidoine) s’adresse
au plus grand nombre, sans distinction de niveau, d’âge ou de milieu social.
C’est par le biais de l’écriture dramatique que se fera le travail d’éveil et de
compréhension, avec une pratique à la fois individuelle et collective. Encadré
par Sylvie Peyronnet, l’atelier permettra de découvrir des textes dramatiques,
de rencontrer des auteurs contemporains et de préparer une lecture-spectacle
mise en espace.
Renseignements : Compagnie La Chélidoine, Lestrade, 19 200 Saint-Angel,
05 55 72 55 84.
Actions culturelles et artistiques en milieu pénitentiaire:
publication d’un guide pratique
Journées du Patrimoine des 18 et 19 septembre 2004:
les éditions Culture & et Patrimoine en Limousin présentent trois ouvrages
Culture & Patrimoine en Limousin se met en trois pour fêter le patrimoine à
l’occasion des Journées du Patrimoine organisées par le ministère de la
culture et de la communication, cette année autour du thème « Patrimoines,
sciences et techniques ». Trois auteurs présentent en effet leur ouvrage dans
trois lieux le dimanche 19 septembre : Didier Delhoume parle de son ouvrage
Le Turc et le Chevalier à la Maison du Limousin, 30 avenue Caumartin à Paris,
Christophe Maniquet est sur le site de Tintignac (Corrèze) pour présenter son
ouvrage Le sanctuaire antique des arènes de Tintignac qui vient de paraître
dans la collection « Archéologie » ; Philippe Grandcoing et Raymond Julien,
enfin, sont au pôle de Lanaud (Haute-Vienne) pour présenter leur ouvrage à
paraître : La belle Limousine : la vache en Limousin, un patrimoine historique
et génétique, dans la collection « Patrimoine en poche ».
Renseignements : Culture & Patrimoine en Limousin, 6, rue François Chénieux,
87000 Limoges, 05 55 10 90 44.
M ACHINE à FEUILLES - 1 3
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MACHINE à FEUILLES - 1 2
L’…ivre de lire
un projet de développement de la lecture à voix haute en milieu rural
proposé par le Théâtre La Chélidoine
Le 20 novembre:
20 ans d’édition pour « Lo chamin de Sent-Jaume »
Les éditions « Lo chamin de Sent-Jaume » fêtent leur vingt ans le samedi
20 novembre à la salle des fêtes de Meuzac (87). Les éditions Plein Chant
présenteront leurs ouvrages aux côtés de ceux édités par Jan dau Melhau.
Le public est convié dès 15 heures pour cette fête qui se terminera par un bal.
Renseignements : Las edicions dau Chamin de Sent-Jaume, Royer,
87 380 Meuzac, 05 55 09 96 61.
gravure de Jean-Marc Siméonin
E
LECT EUR S
Avant-propos
Par Marie-Laure Guéraçague.
« Bien loin d’être des écrivains, fondateurs d’un lieu propre, héritiers des
laboureurs d’antan mais sur le sol du langage, creuseurs de puits et
constructeurs de maisons, les lecteurs sont des voyageurs ; ils circulent sur
les terres d’autrui, nomades braconnant à travers les champs qu’ils n’ont
pas écrits, ravissant les biens d’Égypte pour en jouir. (…) »
Michel de Certeau,
L’invention du quotidien, vol. 1, Arts de faire,
Gallimard, 1980, 1 990.
L’image ci-contre n’est-elle pas l’expression
même de la jubilation et de l’énigme de la
lecture : en retrait, en secret, le mystère du
monde rencontre le mystère de soi et partagent
leurs interrogations ?
La lecture n’a pas seulement une légitimité
sociale et culturelle : elle a cette singularité
d’être essentielle à notre vie : notre quotidien
pratique ne saurait l’éviter et notre infinie quête
du réel et du sens ne pourrait se passer de
mots. Mais elle est avant tout une intimité que
chacun habite à sa façon.
Cependant nous, les professionnels du livre,
n’avons (ou ne prenons) pas toujours le temps
de nous pencher sur la raison d’être de nos
métiers : les lecteurs sont certes omniprésents
mais le plus souvent étiquetés « public »,
« client », « utilisateur ». Ce sont souvent
les bénévoles, les clubs du livre ou des
associations comme Les donneurs de voix qui
ont su garder une relation directe avec les
lecteurs pour partager avant tout un plaisir.
C’est pourquoi nous avons choisi cette
thématique. Le medium livre a été privilégié ;
la presse et internet mériteront d’être abordés
dans d’autres numéros de Machine à feuilles.
NB : N’ayant pu réaliser l’entretien que nous avions
prévu avec Alberto Manguel, nous aurons néanmoins
le plaisir de le retrouver dans Le Journal d’un lecteur,
Arles, Actes Sud, à paraître en octobre 2 004.
© Isabelle Simon
extrait de La Mouche qui lit, de J.-P. Siméon et Isabelle Simon,
Paris, Rue du Monde, 2 001
Pour illustrer notre numéro,
nous avons demandé à
des lecteurs d’écrire sur un
personnage de la littérature
qui les a marqués.
MACHINE à FEUILLES - 1 5
Les témoignages qui suivent sont peut-être un
peu trop « unanimement » enthousiastes.
Les modulations existent pourtant et sont
nombreuses.
À vous de trouver des bonheurs et des
inquiétudes de lecture.
VOYAGES EN LECTURE
Par Claire Sénamaud
directrice de l’association Princesse Camion.
Je lis je vis
Italo Calvino, Les villes invisibles. (Points Seuil)
J’ai beaucoup lu
Je n’ai pas beaucoup vécu
mais peut-être que si
On interviewe un critique très cultivé
Il nous faut relire saint Augustin
dit le monsieur d’un air entendu
Je veux bien mais
c’est que moi je ne l’ai pas encore lu
tout entier
et sa sagesse
ne m’a pas encore illuminée
tout entière
J’ai marché avec la grande David-Neel
sur les hauts plateaux himalayens
mendié du thé au beurre de yak rance
pour mon bol crasseux
moi qui ne supporte pas l’altitude
Mon cœur se soulève au bord des pontons
mais j’ai tenu la barre dans les plus rugissants
des quarantièmes
J’ai mangé les soupes de chou aigre des marins de Cook
et mes dents sont quand même tombées
dans les moiteurs de la mer de Java
Et ainsi je connus la nostalgie
Les pieds sur ma bouillotte
j’ai frissonné dans le gris venteux
aux arches des Kerguelen avec Jean-Paul Kauffmann
qui m’a appris combien il est noble de chercher les mots justes
pour dire le bleu du ciel
ou un certain frisson à l’orée du printemps
J’ai tenté de faire un feu avec Jack London
et c’était aussi pour vivre mieux
J’ai pris le transsibérien avec Cendrars
ou un autre train fantôme
qui s’est perdu dans les steppes
MACHINE à FEUILLES - 1 6
photo © O. Thuillas
J’ai parcouru en rêvant
toutes les villes que Marco Polo
a racontées au mélancolique Kublai Khan
J’ai même fait des détours fort édifiants
par la Grande Garabagne
et couché avec deux ou trois Émanglons
dans des lointains très intérieurs
Mais non On ne part pas dit Rimbaud
les mots des voyages
ne nous emportent nulle part
nous restons dans l’ennui casanier et la tristesse des sommeils
ils ne nous mettent à l’abri de rien
pas même des turbulences atmosphériques
Avec les livres comme viatique
j’arpente l’invisible j’agrandis mon silence
tout vibrant grésillant d’ailleurs
je ne quitte plus ma chambre
Le voyage dans les mots m’apprend juste
à me regarder dans le papier
C’est le même beau parleur
ou un autre qui lui ressemble
– c’est toujours un homme n’est-ce pas –
avec la même écharpe de soie
qui vient justement de relire Proust
et bien sûr tout Kafka
et puis Joyce
d’ailleurs il peut citer Finnegans Wake dans le texte
Car c’est d’un plouc de lire
dites que vous relisez
c’est la marque d’une vie fastueuse
Moi je n’ai pas encore eu le temps de tout lire
j’ai préparé les repas
ça fait beaucoup de repas
j’ai fait les lits et sarclé les salades
il m’est même arrivé
de donner à d’autres le goût de lire
ça demande beaucoup de temps aussi
beaucoup de force
beaucoup d’amour
mais quoi de plus beau
qu’un livre qui s’ouvre
Dans une de mes prochaines vies
c’est sûr je relirai
le théâtre de Tchékhov et encore une traduction de la Bible
et Pascal Quignard et Virginia Woolf
et l’inépuisable Tristram Shandy
et peut-être saint Augustin
si j’arrive à le lire en entier dans ma présente vie
MACHINE à FEUILLES - 1 7
Il me semble que tu reconnais mieux
les villes sur l’atlas qu’en les visitant
en personne, dit Marco à l’empereur,
refermant le livre tout à coup.
Mes Augustin
mais
je ne relirai pas Le Grand Meaulnes
j’aime cet Augustin-là depuis que j’ai onze ans
voyez-vous messieurs les beaux esprits
moi il m’arrive encore
de préférer
les premières fois
20 avril 04
21 avril 04
« LES BIBLIOTHÈQUES SONT
DES CONSERVATOIRES
CONSERV DE SENS »
Entretien avec Michèle Petit,
anthropologue au LADYSS (CNRS/Université Paris I).
MACHINE à FEUILLES - 1 8
Marie-Laure Guéraçague pour Machine à feuilles :
Il semble que vous soyez l’un des rares chercheurs
à travailler sur le fondement de l’importance de
la lecture. Si c’est exact, le fait que vous soyez
anthropologue ne doit pas être étranger à votre
choix théorique ?
Michèle Petit : C’est peut-être surtout dû au fait que
je me suis située du côté des lecteurs et que je les
ai écoutés évoquer leurs expériences de lecture.
Apparemment, ce n’est pas si fréquent. Bien sûr,
nous disposions depuis longtemps des expériences
transcrites par des écrivains, mais c’est une
population un peu particulière. En fait, il suffisait
d’ouvrir ses oreilles et d’écouter des gens parler,
quel que soit leur milieu. Ce sont eux qui m’ont
rappelé ces évidences : qu’on ne lisait pas pour
réussir à l’école ou pour briller dans des salons, ou
qu’en tout cas, ces raisons venaient bien après la
quête, tout au long de la vie, d’un écho de ce qui se
passe en soi, de façon indicible, bien après la
recherche de ce qui va permettre de mieux discerner
ce qu’il y a autour de soi.
Il y a encore autre chose : j’avais une formation
initiale de sociologue et d’orientaliste, mais ce qui a
particulièrement compté dans mon parcours,
intellectuel et personnel, c’est la rencontre avec la
psychanalyse. Ce que j’y ai appris, c’est le poids des
mots ou le poids de leur absence. C’est que nous
avons soif de mots, que le langage nous constitue.
C’est probablement cela qui m’a permis
d’« entendre » ce que disaient les lecteurs sur tous
ces aspects de la construction de soi, de la
découverte du monde intérieur et extérieur grâce à
des mots trouvés dans des livres.
C’est vrai que nous ne sommes pas nombreux à
travailler sur le fondement de la lecture, comme vous
le disiez. Peut-être ai-je été moins prise dans le
compartimentage disciplinaire. Un sociologue va
fréquemment mettre de côté les aspects psychanalytiques, un psychanalyste, de son côté, écoutera
moins les aspects culturels et sociaux. Au début,
lorsque je travaillais sur la lecture, je remarquais
que mes collègues de sciences sociales repéraient
beaucoup de choses, mais ne semblaient pas avoir
conscience de cette importance du langage.
Écouter des hommes et des femmes dire leur
expérience propre, c’était aussi une façon de faire
qui était proche de la psychanalyse. Comme je vous
le disais, ce sont ces personnes qui ont interrogé
le fondement de la lecture. Elles qui, pourtant,
habitaient dans des milieux ruraux éloignés des
bibliothèques – qui à ce moment-là étaient peu
nombreuses à la campagne (cela a un peu changé
depuis) –, ou dans des quartiers dits « sensibles ».
Je me suis rendu compte que leurs expériences de
lecture n’étaient pas très différentes… de celle des
écrivains. Je me suis souvent amusée à rapprocher
les unes et les autres, comme je l’ai fait dans Éloge
de la lecture1.
Pendant longtemps, en France, on a peut-être été
plus attentif à des notions comme celles de capital
culturel, de capital symbolique, dans le sillage de
Bourdieu. Elles avaient tout à fait leur raison d’être,
mais l’attention a été focalisée sur des questions du
type : est-ce que lire, particulièrement de la littérature,
contribue à la réussite des élèves de milieux sociaux
aisés ? Pendant un temps, la vulgarisation de cette
approche a parfois eu pour conséquence une
dévalorisation de la littérature, vue comme l’apanage
des bourgeois. De ce fait, des chercheurs ont aussi
mis en avant que l’on pouvait être bon élève et
mauvais lecteur, ou l’inverse, en laissant dans l’ombre
le fait qu’une corrélation positive entre les deux est
quand même la plus fréquente. En Allemagne ou au
Canada, des études semblent montrer que l’habileté
scolaire en lecture et écriture serait directement liée
à l’amour de la lecture. Ce ne sont pas ces aspects
que j’ai choisi d’étudier mais ils existent aussi, il y a
donc un double fondement.
MàF : Si vos livres sont passionnants pour des
professionnels du livre et de la lecture notamment,
c’est qu’ils démontrent que la lecture n’est pas
seulement un capital culturel à défendre ou une
culture telle que nous la souhaitons voir partagée
par le plus grand nombre mais que c’est le cœur de
la vie qui est ainsi posé ?
Michèle Petit : Absolument. Dans toutes les
sociétés, il y a des mythes, des contes, du théâtre,
des poésies, etc., des personnes dont le travail
consiste à fabriquer du sens de façon condensée et
esthétique. Et les bibliothèques sont des conservatoires
de sens : une grande part de ce que les écrivains ont
pu transcrire du plus profond de l’expérience
humaine peut y être retrouvée. Or, nous avons, tout
Éloge de la lecture. La construction de soi,
de Michèle Petit, Paris, Belin, 2002.
1
au long de la vie, besoin de mettre en forme notre
propre expérience et les phrases, les récits que nous
rencontrons nous y aident grandement. Les écrivains,
les psychanalystes, les cognitivistes ont tous remarqué
que les humains avaient besoin de récits. La curiosité,
le besoin de récit, le besoin de mettre en mots ce que
l’on vit, l’exigence poétique sont partagés par tous,
quelle que soit l’origine sociale. Ce n’est pas une
coquetterie de nantis. Il est vital de pouvoir mettre
en forme le monde qui nous entoure tout comme nos
paysages intérieurs, qui sont souvent ressentis comme
inquiétants, chaotiques. Les mots que l’on trouve dans
des livres aident à transformer l’étrange en habitable.
Ce qui est intéressant, c’est que l’on rencontre cela
aussi chez des personnes qui lisent peu : des bribes
de récits, des phrases trouvées çà et là peuvent
permettre cette élaboration de sens qui est si
précieuse. Ce n’est pas seulement pour les grands
lecteurs que la lecture permet d’éclaircir, de
développer les innombrables « clichés », pour parler
comme Proust, que nous avons enregistrés mais qui
nous restent inconnus.
MàF : Compte tenu de l’originalité de vos
recherches, vous devez être souvent sollicitée ?
Michèle Petit : Oui, surtout à partir de la sortie
de De la bibliothèque au droit de cité 2, en 1997.
Les bibliothécaires, et plus encore les enseignants,
font des métiers ingrats où il y a peu de retour ;
certains s’étaient sentis remis en cause parce qu’ils
auraient contribué à « reproduire des inégalités ».
Nombre de ceux que je rencontrais étaient assez
déprimés, ils – ou elles, la plupart du temps ! –
donnaient l’impression d’avoir perdu le sens de ce
qu’ils faisaient, même si eux-mêmes avaient une
connaissance personnelle, subjective, de ce
caractère vital de la rencontre avec des livres,
ou plus largement, avec des biens culturels.
En rencontrant, dans notre recherche, les voix
d’usagers des bibliothèques que nous avions
écoutés, ils retrouvaient une légitimité formidable,
enfin quelque chose leur revenait.
Pour ma part, je suis convaincue de l’importance
de donner accès à des biens culturels qui aident
à construire du sens. Il n’y a pas que le livre, mais
celui-ci reste un support formidable.
Sans faire des oppositions simplistes :
la télévision pourrait être un support
extraordinaire, d’une tout autre
façon, et elle fait parfois découvrir
des visages ou des paysages de
Il y a sous la peau qui retient la chair
l’autre bout du monde, ou des gens
sur mes os un air de chimères de
qui parlent de façon lumineuse.
Nerval, de la Salammbô de Flaubert,
Mais c’est très rare. Le plus
de l’Hérodiade de Mallarmé, de la
fréquemment, les chaînes
Salomé de Laforgue. Mais la nourrice
s’efforcent juste de vendre du
de ces créatures, la matière-femme« cerveau humain disponible à
première à l’origine de leur invasion
Coca-Cola », comme le disait
de mon imaginaire c’est Ophélie.
cyniquement le PDG de TF1,
Ophélia, Ophélie, Ophé-Lys : n.f. d’origine
le mois dernier. À ce jour,
shakespearienne, la « pâle Ophélia, blanche comme la neige » hanta
le livre reste irremplaçable à
aussi la poésie rimbaldienne. C’est là que je la découvris.
plus d’un titre.
Au carrefour des eaux, des terres et des cieux, saisie dans son ultime
métamorphose, elle est à la fois sirène (animal), lys ou nénuphar
(végétal), raidie dans la mort (minéral). Elle s’associe au végétal
hybride exerçant sur moi le plus de fascination, le nénuphar – celui-là
même qui voile les poumons de Chloé dans L’Écume des jours de
Boris Vian –. Elle incarne le pouvoir de la métamorphose poétique qui
2
De la bibliothèque au droit
rassemble les éléments en une seule image qui les dépasse.
de cité, Parcours de jeunes,
Elle cristallise les différents états de la rêverie qui m’habite sur la
de Michèle Petit, Chantal
femme, la mort, la folie. C’est elle qui m’a guidée jusqu’au Gui de
Francis Ponge, ce « végétal amphibie ». C’est à elle que toutes les
Balley, Raymonde Ladefroux,
créatures que je découpe et recompose à partir des images des
avec la collaboration
magazines ressemblent.
d’Isabelle Rossignol, Paris,
C’est à partir d’elle que j’ai écrit.
BPI/Centre Georges
C’est avec elle que commence pour moi l’obsession littéraire.
Pompidou, 1 997.
Colette
Ophélie
MACHINE à FEUILLES - 1 9
Michèle Petit : Votre revue est très belle, c’est
la raison pour laquelle j’ai accepté d’y participer.
Actuellement, je dois refuser la plupart des
propositions qui me sont faites, pour préserver
des temps de recherche.
LA POLITIQUE DU LIVRE ET DE LA LECTURE
du ministère de la Culture et de la Communication
Par Lydie Valero,
conseillère « livre, archives et langues de France » à la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) du Limousin.
Le département du développement de la
lecture et des bibliothèques territoriales
MACHINE à FEUILLES - 2 0
Chef du département : Thierry Grognet
Le département est responsable de la coordination des
actions de l’État en faveur du réseau des bibliothèques
de lecture publique et des politiques de développement
de la lecture en direction des différents publics,
ainsi que de la tutelle de la Bibliothèque publique
d’information du Centre Georges Pompidou (Paris),
établissement public de l’État.
Ce département, qui comporte deux bureaux, est donc
chargé à la fois de conduire les politiques publiques
de la lecture et de contribuer au développement et à
la modernisation des établissements territoriaux que
sont les quelque 2 800 bibliothèques municipales
et les 97 bibliothèques départementales de prêt,
en lien étroit avec les Directions régionales des
affaires culturelles.
• Bureau du développement de la lecture
Chef du bureau : Valérie Gaye
Ce bureau développe trois axes d’intervention
principaux et assure la mission transversale de suivi
des actions régionales.
1. Les actions et manifestations en direction des
jeunes constituent une des priorités de cette politique.
Il s’agit notamment du soutien à un programme
d’interventions d’écrivains en milieu scolaire, appelé
« L’Ami littéraire », conduit par la Maison des écrivains
et de la promotion des ateliers d’écriture parmi les
enseignements artistiques.
2. La lutte contre l’illettrisme et l’exclusion, et les
actions en faveur des publics défavorisés ou captifs
appellent un partenariat associatif très large et des
moyens de coopération renforcés entre les différents
acteurs du livre et de l’écrit. Elles s’inscrivent dans le
cadre de protocoles interministériels et prennent le
plus souvent la forme de créations de bibliothèques
dans des lieux comme les hôpitaux, les casernes ou
les prisons, gérées en partenariat avec les
bibliothèques publiques.
La Direction du livre et de la lecture encourage par
ailleurs la mise en place de contrats « villes-lectures »
destinés à mobiliser, sur un territoire donné,
l’ensemble des acteurs institutionnels et associatifs
concernés par la lecture.
La Direction du livre et de la lecture soutient la création
dans les bibliothèques municipales les plus
importantes de services destinés aux aveugles et
malvoyants et contribue à la diffusion la plus large
possible des textes sur supports adaptés, en lien avec
les associations et producteurs de ce secteur et les
professionnels de l’édition. L’État incite également les
collectivités à créer des emplois de médiateurs du livre,
dans le cadre des emplois-jeunes, basés dans les
bibliothèques municipales pour mener des actions
« hors les murs » en direction des publics les plus
éloignés du livre et de l’écrit.
3. L’aménagement culturel du territoire constitue le
troisième axe de réflexion et d’intervention du bureau :
la politique de la ville et l’encouragement à
l’implantation d’un réseau de bibliothèques annexes
servent de cadres à l’organisation d’actions lectureécriture dans les quartiers défavorisés. Les zones
rurales font l’objet d’une attention particulière,
la promotion de petites structures du livre polyvalentes
et intercommunales en zone rurale (les relais-livres en
campagne) s’avère indispensable pour compléter les
modes de desserte plus traditionnels des bibliothèques
départementales de prêt chargées d’irriguer par
des dépôts fixes ou des tournées de bibliobus les
territoires des petites communes dépourvues
de bibliothèques.
• Bureau des bibliothèques territoriales
Chef du bureau : Martine Blanchard
Il suit les questions concernant le statut des
bibliothèques municipales et départementales de prêt,
leur activité, leur fonctionnement et leur équipement.
En particulier, il assure des fonctions d’expertise et de
conseil pour la construction, l’aménagement et
l’informatisation de ces établissements de lecture
publique, ainsi qu’un rôle d’évaluation statistique et de
contrôle en liaison avec l’Inspection générale des
bibliothèques (Articles R.1422-4 à R.1422-14 du Code
général des collectivités territoriales).
Le bureau, en étroite coordination avec le ministère
chargé des collectivités locales (direction générale des
collectivités locales, DGCL), suit également les questions
relatives aux aides qu’apporte l’État au fonctionnement
et à l’investissement des bibliothèques territoriales au
sein de la dotation générale de décentralisation (DGD) :
il recense les opérations aidées et réfléchit de manière
permanente à l’amélioration du dispositif spécifique mis
en place consécutivement aux lois de décentralisation.
L’aide de l’État, instruite par les Directions régionales
des affaires culturelles, aux bibliothèques municipales
prend la forme d’un concours particulier dans le cadre
de la dotation générale de décentralisation comportant
trois parts distinctes.
La première part (plus de 118 MF en 2001) est une
aide au fonctionnement ; 1 361 communes sont
éligibles à ce titre en 2000 (taux de concours : 3,05 %).
La deuxième part (plus de 218 MF en 2001)
représente l’aide apportée à l’investissement, les
dossiers étant instruits par les directions régionales
des affaires culturelles ; en 2000, 857 opérations ont
été aidées à hauteur de 35,25 % en moyenne.
La troisième part (près de 64 MF en 2001, hors
reports), créée à titre temporaire par une loi du
13 juillet 1992, permet d’aider la construction et
l’équipement de grandes bibliothèques dénommées
bibliothèques municipales à vocation régionale (BMVR)
à hauteur de 40 % du coût subventionnable de
l’opération. Douze projets sont ainsi sortis de terre à
Orléans, Poitiers, La Rochelle, Limoges, Montpellier,
Châlons-en-Champagne, Nice, Marseille, Reims,
Toulouse, Troyes et Rennes.
Il existe également depuis 1992 un concours
particulier départemental (presque 38 MF en 2001)
destiné à aider les investissements réalisés par les
départements en faveur de leur service de lecture
publique et des bibliothèques de son réseau ; le taux
de concours s’est établi à 31,15 % en 2000.
Les sommes que consacrait l’État au fonctionnement
de ces services sont transférés de manière indistincte
au sein de la dotation générale de décentralisation
(soit environ 490 MF en 2001).
Enfin, le bureau travaille en liaison avec le Centre
national du livre pour les aides accordées aux
bibliothèques en matière d’acquisitions de livres et de
revues (environ 37 MF en 2001).
Contact : Direction du livre et de la lecture,
180 rue de Rivoli, 75001 Paris. tél. 01 40 15 80 00.
Directeur : M. Éric Gross.
Directeur adjoint : M. Marc-André Wagner.
Direction régionale des affaires
culturelles en Limousin
Le Service livre, archives et langues de France
dirigé par Lydie Valero assure la mise en œuvre de la
politique du ministère en matière de livre et de lecture.
Dans le domaine des bibliothèques il assure le
conseil des élus et des professionnels en charge
des bibliothèques.
Il instruit pour la Préfecture les dossiers du concours
particulier pour les bibliothèques. Participe au conseil
d’administration d’ALCOL - CRL en Limousin, anime
un groupe de travail sur la formation des
bibliothécaires composé des principaux responsables
des structures régionales de formation et des
bibliothèques.
Il instruit pour le Centre national du livre (CNL)
les demandes de subventions des bibliothèques.
Il coordonne la mise en œuvre annuelle de Lire en
Fête, du Printemps des poètes, de la Semaine de la
Langue Française, des commémorations nationales.
Il reçoit et transmet toutes les informations concernant
les activités du ministère de la Culture, ainsi que celles
transmises par les collectivités territoriales et leurs
bibliothèques. Il reçoit et analyse notamment les
enquêtes annuelles sur le fonctionnement des
bibliothèques de la région. Il participe à l’observatoire de
la DRAC en faisant réaliser des études sur l’équipement
de la région en matière de livre et de lecture.
DRAC Limousin
6 rue Haute de la comédie, 87000 Limoges
Directeur régional des affaires culturelles :
Jean-Pierre Pottier
Conseillère livre, archives et langues de France :
Lydie Valero,
tél. 05 55 45 66 72.
mél : lydie.valero@culture.gouv.fr
site internet de la DRAC Limousin :
www.limousin.culture.gouv.fr
MACHINE à FEUILLES - 2 1
La Direction du livre et de la lecture, en tant qu’administration centrale du ministère de la Culture et de la
Communication, assure un rôle d’évaluation et de
réglementation dans le domaine du livre et de la lecture.
Elle s’appuie pour la mise en œuvre de la politique de
l’État sur les Directions régionales des affaires
culturelles et leurs conseillers pour le livre et la lecture.
Elle exerce la tutelle sur la Bibliothèque nationale de
France, la Bibliothèque publique d’information et le
Centre national du livre.
Ses missions :
• En matière de lecture publique, elle suit les questions
relatives au fonctionnement et à l’équipement des
bibliothèques ; elle impulse et coordonne les
politiques de développement de la lecture ; elle
collecte les données statistiques nécessaires à
l’évaluation de ces politiques et assure le contrôle
technique des bibliothèques municipales et des
bibliothèques départementales de prêt. Ce contrôle
technique est assuré grâce à l’Inspection générale
des bibliothèques, service du ministère chargé de
l’éducation nationale qui est mis à la disposition de
la Direction du livre et de la lecture pour les
bibliothèques relevant de sa compétence.
• En matière patrimoniale et documentaire, elle suit
les questions de conservation, de mise en valeur et
d’enrichissement – notamment par l’exercice
du droit de préemption – des fonds patrimoniaux des
bibliothèques. Elle veille à la diffusion et au
renouvellement des savoir-faire ; elle assure la
coordination entre le réseau des bibliothèques et la
Bibliothèque Nationale de France, en particulier en
matière de dépôt légal, de constitution des
collections et de catalogage.
LIRE ET APPRENDRE
Par Josepha Herman-Bredel,
inspectrice d’Académie - inspectrice pédagogique régionale honoraire.
Livre-objet, livre-outil
Les apprentis-lecteurs sont, dès l’école maternelle,
diversement sollicités et leurs comportements,
peu à peu, s’ajustent en fonction de l’usage qui
est fait de ce « support » particulier qu’est le livre.
Livre-mystère : celui que l’adulte possède, utilise
face au groupe, sans signes extérieurs assez
« parlants », mais dont on sait bien vite qu’il sert à
« trouver des réponses » ; au maître de se montrer
lisant, cherchant dans les livres, ostensiblement.
Livre-plaisir, empli d’images et de mots, devenu
familier, dont chacun peut se sentir propriétaire
provisoire, dans la bibliothèque. Livre-voyage, qui
invite à la découverte… Apprendre à lire, c’est bien
sûr, fréquenter des livres et des écrits nombreux,
diversifiés, et non s’enfermer dans un « manuel »
destiné à figer une méthode d’apprentissage.
Dans le parcours pédagogique, parler, lire, sont
moins des matières à enseigner que des pratiques
culturelles et sociales à valoriser, à contextualiser.
Oral et écrit sont en inter-réaction, lire/écrire
restent associés, et couplés à la maîtrise de la
langue orale : l’enseignant le sait bien, qui porte
l’attention sur l’un ou l’autre domaine prioritaire,
sans le désolidariser des autres. Il accorde un
MACHINE à FEUILLES - 2 2
Oui-Oui
Le héros le plus important pour moi
est Oui-Oui, car il fut simplement le
premier, et ses aventures me
donnèrent envie de découvrir d’autres
personnages.
Après, bon nombre d’entre eux
remplirent ce rôle, mais l’essentiel
est de croiser des héros et l’identité
et les particularités d’un seul n’ont
plus d’importance, tout devient héros
d’un instant, un détail de littérature
suffit parfois.
Florent
Oui-Oui d’Enid Blyton
(en anglais Noddy).
Paris, Hachette, bibliothèque rose, 1965,
1993, 2 001.
soin particulier aux affichages d’écrits fonctionnels
pour la classe, à la tenue des cahiers, aux choix
des albums, aux correspondances avec les familles
ou avec d’autres…
Ce faisant, l’accent est mis tantôt sur apprendre
à lire, tantôt sur lire pour apprendre. Reconnaître,
répéter, syllaber, ce n’est pas lire, pas encore.
Commencé très tôt, cet apprentissage demande
du temps, beaucoup de temps…
Les mots ne sont pas des images
Notre système alphabétique n’a rien d’un
idéogramme chinois. Même si l’on peut jouer avec
différents codes, « lire » les signaux routiers,
ou décrypter un rebus, il faut entrer dans
l’arbitraire du code conventionnel. Apprendre
que des objets, des idées, des concepts,
des situations (représentations mentales),
désignés oralement par des sons (représentations
langagières), ont une transposition-transmutation
visuelle, arbitraire mais permanente
(représentations écrites), est-ce facile ?
est-ce immédiat ?… Que « l’entendu » devienne
« observable », que l’oral fugitif soit soudain fixé,
livré, est-ce si évident ?… Certes, ces signes
abstraits engendrent des images mentales fortes,
ils s’inscrivent dans des images de communication,
mais cette lente approche du lecteur « donneur de
sens » doit s’articuler progressivement à un travail
sur les aspects formels du message : de l’intuition
à l’inférence, des erreurs justes aux repérages
d’unités distinctives, des rencontres fortuites
aux recherches orientées, c’est la genèse du
vouloir-pouvoir-savoir-lire. Établir des rapports
texte/image, distinguer une fiche technique d’un
poème, ou une lettre d’un journal, explorer une
quatrième de couverture, rechercher de la
documentation : autant d’appels à la connaissance, à
l’enracinement de savoirs. Raisonner, comprendre,
imaginer, expliquer, vérifier par retour aux sources,
mettre en mémoire, retrouver des références, etc…
c’est travailler à la fois sur les signes et sur le
sens : c’est conjuguer des capacités d’analyse et
de synthèse. Tout cela s’apprend en situation
« vraie », pour traiter de l’information ou en
produire à son tour. Démarches de conquêtes,
de construction active.
Privé de dessert
Autour des livres, avec les livres, ce travail
d’intelligence et de sensibilité prend une dimension
spéciale en milieu scolaire, dans la mesure où la
conscience des enjeux est démultipliée par les
effets de groupe. Il en va tout autrement en milieu
familial, hors d’un contexte institutionnel, où
l’enfant voit (ou non) ses parents lire, les écoute
discuter (ou non) de tel auteur, les entend (ou non)
citer Ovide dans le texte, etc… On l’aura compris,
pour certains élèves, l’école peut devenir le seul
ou le premier lieu de rencontre avec la pensée
écrite d’un autre. Acculturation : les instructions
officielles de 2002 y insistent et préconisent une
« fréquentation précoce et assidue de productions
littéraires ou artistiques nombreuses et variées » ;
l’école comme espace littéraire, bien sûr, mais
aussi d’autres lieux de culture – BM, BCD… – royaume du livre. C’est ce désir de lire, cette
appétence, cette attitude de lecteur gourmand
que doit faire naître l’école, au-delà des « défislecture », des per formances, des confrontations,
des évaluations : offrir ces inestimables moments
de lecture solitaire, expérience intime d’une
apparente gratuité, où « dans le bruit des pages
tournées, découvrir les quelques mots qui
paraissent s’adresser à soi… »1
Ces temps par où l’on s’échappe peuvent sembler
du temps « perdu » ; ose-t-on les proposer en
classe ? Ces lectures-cadeaux dont certains ne
disposent pas à la maison, sont-elles disponibles
à l’école ? On peut être « privé de lecture »
comme on est privé de dessert… Le risque
scolaire, serait de se satisfaire d’une acquisition
de savoir-faire, en oubliant que l’enjeu est du
domaine du savoir-être, du pouvoir-devenir…
Dans la jungle des mots, le défricheur appliqué
aspire-t-il à devenir un explorateur triomphant ?
Il sait et sent cette attente projetée sur lui
par les adultes ; c’est le prix à payer pour
devenir « grand ».
Pierre Péju, La Petite chartreuse,
Paris, Gallimard-Folio, 2002.
1
MACHINE à FEUILLES - 2 3
Non-lisant, mal-lisant, déchiffreur épuisé,
simulateur peut-être, motivé impatient, lecteur
gourmand, enfin… Bien d’autres qualificatifs
seraient possibles pour désigner le laborieux
« public », assigné à résidence dans nos
classes jusqu’à ce que lecture s’ensuive !
Car c’est une évidence : l’école est d’abord
chargée d’apprendre à lire ; d’où le poids,
implicite ou déclaré, des responsabilités
enseignantes. L’autre évidence, c’est que l’écrit
est partout, que la lecture est un acte quotidien
et que l’environnement (social, médiatique,
informatique…) ne permet pas d’en faire
l’économie. Une fois posées ces banalités,
on peut s’interroger sur le statut du livre
– des livres – dans les démarches et situations
d’apprentissages proposées aux jeunes
écoliers, pour que leur Savoir-Lire devienne
aussi un Savoir-Vivre.
« Elle nous arme pour le LES «SAISONS» DE LA LECTURE
combat avec l’ange littéraire »
Par Jean Moyen,
Témoignage de trois élèves d’une même enseignante de lettres qui leur a appris à être
« aussi exigeants devant les textes que devant leurs propres existences »
«
“Qu’est-ce qu’un lecteur généreux ?” :
premier sujet de dissertation de deuxième
année de prépa. Voilà exactement en quelques mots
ce qu’elle nous a appris à devenir : des lecteurs
absolument généreux. Elle ne nous apprend pas à
aimer les livres : il est encore heureux que l’on ne
choisisse pas de faire des études de lettres sans au
moins au préalable avoir connu le plaisir aigre-doux de
se mettre quelques mots sous la langue. Non, elle
nous apprend bien plus qu’aimer la littérature. Elle
nous apprend à nous en méfier, à rester toujours sur
nos gardes devant tel jeu de mots, telle figure de style,
à questionner les textes, à sans cesse revenir à la
charge pour qu’ils nous délivrent leur quintessence.
Leur non-sens. Leur sens inverse. Leur double sens.
Leur triple sens. Et elle nous arme pour le combat avec
l’ange littéraire : figures de style, prosodie, registres de
langue, genres, énonciation, théorie littéraire, etc,
deviennent des prolongements de nous-mêmes qui nous
permettront de mener à bien cette expérience verbale
chaque fois inédite qu’est l’analyse littéraire.
Et pourquoi tant de passion à s’engouffrer ainsi dans les
textes ? C’est qu’avant tout, elle nous apprend que les
plus grandes interrogations métaphysiques peuvent
trouver des réponses dans Molière, Mallarmé, Gide,
Claudel, Rabelais, Racine, Céline, Flaubert, Balzac,
Proust, etc.
Alors voilà, finalement elle nous apprend à être aussi
exigeants devant les textes que devant nos propres
existences, et si je continue d’employer le présent alors
que depuis deux ans déjà je ne suis plus ses cours,
c’est que sa parole continue d’infuser en moi, et qu’elle
reste une figure clé de mon roman d’apprentissage,
une figure à laquelle je reviens sans cesse comme à
un pays d’origine : la semaine dernière encore je lui
envoyais le manuscrit de mon premier roman. Parce
que je sais qu’elle sait que « ce n’est pas pour être lu
qu’on écrit. C’est pour être vécu un peu ». Et ça aussi
c’est elle qui me l’a appris. »
MACHINE à FEUILLES - 2 4
Colette
« Il était une fois Mademoiselle M. qui se promenait
tranquillement lors d’un beau et paisible matin d’été.
Au détour d’un chemin, elle rencontra Monsieur
Lecture. Ils discutèrent, devinrent amis, se marièrent
et eurent plein de petites lectures…
Non, en fait ça ne s’est pas tout à fait passé ainsi !
Plus que je n’ai rencontré au hasard la littérature, j’ai
appris à l’aimer. Certes, j’ai toujours aimé les livres,
leur histoire et leurs histoires mais je les ai découverts
différemment au fil des années et des cours de Français.
On m’a communiqué le goût de la littérature pour sa
richesse et sa subtilité déconcertante. Alors, la lecture
n’est plus un simple passe-temps agréable, elle est
devenue une aventure dans le langage et l’expérience.
Comment ? Il me semble que la personne qui m’a
transmis ce plaisir avait foi en la littérature; c’est sa
conviction sincère qu’elle est une force de vie qui a éveillé
en moi le désir de la vivre et non plus seulement de la
lire. Je fus bouleversée, étonnée, interloquée par sa
perpétuelle finesse d’esprit. Elle voulait transmettre le
plaisir de la lecture littéraire… Pari réussi. »
Maëlle
« Lors d’une conversation avec mon professeur de
français de Khâgne au sujet de mon avenir proche, je
lui faisais part de mes interrogations sur la manière
de transmettre à une classe le plaisir que l’on éprouve
soi-même en littérature. Elle me répondit que la question
ne se pose pas lorsque l’on est passionné par les
lettres. Ces questions m’ont alors amenée à réfléchir
à la façon dont m’a été transmis ce goût prononcé pour
la littérature. Il faut évidemment être disposé à aimer
les lettres des lectures reçues pendant la petite
enfance… mais tout provient de la personne qui va
vous faire pénétrer en profondeur dans le monde
littéraire, ce monde fait de résonances : un mot tiré
d’un poème ou d’une phrase de roman fait jaillir du
sens pour chacun dans son intimité.
Je n’ai que le terme de fascination à l’esprit pour
exprimer ce que je ressentais pendant un cours. Peu à
peu assister au cours de français devenait une
nécessité. Le terme de « monde » convient parfaitement
pour désigner cette sphère littéraire à l’intérieur de
laquelle le langage sort de son usage ordinaire et dont
il me fallait souvent un certain temps avant de m’en
extraire, une fois le cours achevé. Désormais si l’envie
de lire se fait croissante, les explications de texte sont
devenues un plaisir : se trouver devant un texte littéraire
inconnu ou pas et, d’une seule page, faire cristalliser
du sens et s’évader mais jamais au hasard. Il s’agit à
la fois de découvrir sans forcément tout comprendre
une association de mots particulière qui, parce que
c’est elle et pas une autre, vous saisit à la gorge et
surtout de savoir se montrer disponible pour accueillir
le sens des mots et, grâce à une connaissance
approfondie de la langue française et des techniques
littéraires, pouvoir offrir enfin librement une explication
et éprouver alors un plaisir singulier.
Depuis cette année, je sais que mes études à venir,
ma vie tourneront autour de la littérature et je suis
convaincue que cette « tricherie salutaire » dont parle
Barthes aide à vivre ; elle est la vie même, ce « halo
lumineux » dont parle Virginia Woolf. »
Anne-Cécile
Lit-on de la même façon tout au long de sa vie? Bien sûr
que non. On peut essayer de voir l’évolution non seulement
de ce que l’on lit mais aussi de la manière de lire, les
circonstances, les moments et la position de lecture.
En fait pour chacun, il y a une évolution bien particulière,
pour ma part j’ai l’impression d’avoir vécu des saisons.
Le printemps, on l’oublie souvent, n’est pas que fleurs
et douceur de vivre. Il peut y avoir de la froidure et cela
tarde à fleurir. Aimer lire, c’est bien, encore faut-il avoir
des livres. Il n’y avait pas de livre à la maison si ce n’est un
recueil des « Veillées des chaumières », avec des feuilletons,
je l’ai lu et relu. La bibliothèque de l’école primaire
comptait peu de livres, une trentaine : peut-être ; mon
meilleur souvenir : Dickens et Les papiers posthumes du
Pickwick club1. La saison s’avançant, comme dirait La
Fontaine, il y a la bibliothèque municipale avec ses livres à
portée de main, tous reliés pareils, et d’aspect bien
austère et ses bibliothécaires, gardiens débonnaires en
blouse grise. Il y avait quand même l’inquiétude à cause
du vélo devant la porte… C’était le printemps car il y avait
un élan, un espoir, un appétit de tout connaître, de tout lire.
Il n’y avait que des lectures passionnantes. C’est l’époque
où l’on constate que le livre peut tout apporter, notamment
ce qui vous manque : les connaissances, le rêve, mais
aussi une sorte de substitut d’expérience, qui comble
tous les appétits propres à la jeunesse. On sait combien
cette illusion peut s’avérer dangereuse si on s’en tient là.
Quoi qu’il en soit, la lecture peut apporter des modèles,
ou du moins des héros à qui l’on peut vouloir s’identifier,
ignorant que l’on est des richesses propres à son
environnement immédiat. Une ombre au tableau, dans
ma famille, lire durant la journée était assimilé à de la
paresse et jusqu’à un âge avancé j’ai lu en me cachant.
Arrivé en internat, la position de lecture, c’est couché
sous les draps avec une lampe de poche. Quelques
difficultés ajoutent du plaisir, Montaigne l’a dit bien mieux
que moi, et on se demande si, pour faire aimer quelque
chose à quelqu’un, il ne faudrait pas d’abord l’en priver.
L’été de la lecture c’est toute cette période de l’âge
adulte où je savais où trouver des livres à acheter,
à emprunter, lectures obligées durant les études, querelles
entre condisciples : avoir lu un maximum de livres ou
bien n’en avoir lu que très peu mais bien exploités
c’est-à-dire lus et relus bref les connaître à fond presque
par cœur. C’est une période des lectures sereines déjà
moins fougueuses avec plus de distance par rapport à
ce que l’on lit. On lit utile du moins on le croit : les
journaux, les témoignages, les essais. Les positions de
lectures sont variées : assis, couché, debout, dans le
métro, dans le silence des bibliothèques ou dans le
brouhaha des cafés. Mais c’est quand même à cette
1
Les papiers posthumes du Pickwick club,
de Charles Dickens, Paris, Le Livre de Poche, 1963.
2
Le Travail intellectuel, de Jean Guitton,
Paris, Flammarion, 1 992.
Antigone
L’héroïne de mon adolescence
fut, sans hésiter, Antigone de
Sophocle. Elle incarne, pour
moi la liberté qui, pour se vivre
pose et repose sans cesse le
fondement de la justice au-delà
des lois du sang et des
hommes. Une de ses répliques
devint même ma devise que j’écrivais, en grec
(pour garder un certain mystère) sur la deuxième
de couverture de tous les livres que j’offrais:
« ΟuτοÍ suνεχθεïν αλλα σσυµϕιλειν εϕυν »
« Je suis née non pour haïr mais pour aimer »…
Marie-Laure
Antigone in Tragédies de Sophocle,
Paris, Le Livre de Poche, 1 968.
période que se prend l’habitude de lire un crayon à la
main et de prendre des notes. Il a fallu que je lise
Jean Guitton pour bien apprendre à prendre des notes.
Son livre Le Travail intellectuel2 est éclairant ; recopier
des phrases du livre ne sert à rien ni d’ailleurs le
résumer. Tout se passe comme si le savoir transféré
sur le carnet dispensait le cerveau de faire acte de
rétention. C’est aussi à cette longue période où la vie
professionnelle ne vous permet pas de lire tout ce dont
vous avez envie et donc vous placez sur une étagère les
livres pour quand vous aurez le temps, cette réserve
n’a jamais tari, au contraire, elle a pris de l’ampleur.
L’automne c’est une bonne saison pour la lecture,
je parle de l’automne de la vie, bien sûr. C’est en principe
le temps des récoltes mais on peut avoir envie de semer
et d’ouvrir des chantiers. En principe, vous avez le
temps et encore l’envie ; sauf que les goûts changent :
les romans intéressent moins et les habitudes prises
vous marquent : lire à table avec crayon et papier est
devenu une règle, même s’il n’y a pas grand-chose à
noter. Enfin, cette tendance à la relecture que je sais
propre à l’âge : j’y vois un brin de narcissisme, on aime
à se revoir dans un moment passé où tel livre vous
avait plu ; en tout cas, on peut parler d’hédonisme et de
frilosité, on ne veut plus s’exposer au risque d’être
changé ou même influencé. Enfin on ne fait pas que relire,
on attaque les gros morceaux que l’on avait curieusement
négligés : Proust, la Bible, la correspondance de Flaubert,
Saint Simon, et on s’attaque enfin sérieusement à la
littérature étrangère. Il y a des surprises : tel auteur
sanctifié dont les livres vous tombent des mains et d’autres
négligés, ignorés, et qui se révèlent un enchantement.
L’hiver approche. Il est même beaucoup plus prés que
l’on ne croit. Vieillir c’est voir son univers se rétrécir du
moins dans ce que l’on peut encore faire.
On pourrait penser que la lecture va être un merveilleux
substitut et une consolation. En fait il faut redouter les
inévitables misères : la vision qui faiblit et surtout le
manque d’envie ce qui est bien la pire chose qui puisse
vous arriver. On peut espérer aussi qu’il n’y aura pas
d’hiver! Je souscrirais volontiers pour un schéma suivant
le printemps, l’été, l’automne et encore l’automne.
MACHINE à FEUILLES - 2 5
président d’honneur d’ALCOL-CRL en Limousin.
Lire et dire
« Entre ces deux verbes qui ne
sont différenciés que par une seule
syllabe, il y a tout le voyage,
toute une vie de comédien.
Aller de l’un à l’autre,
c’est aller de la solitude au public,
du silence à la voix,
de la personne au personnage.
Lire c’est-à-dire découvrir
– et dire et même dire par cœur –
c’est-à-dire partager. »
Philippe Avron
MACHINE à FEUILLES - 2 6
« L’oralité est une écriture
au sens plein du terme.
Avec son exigence de construction,
et pour ponctuation : le souffle,
le rythme, l’intonation, le silence,
le corps (immobile, en mouvement,
dansant…) et parfois la musique.
Elle rend à la langue sa dimension
sonore… Beaucoup de passerelles
peuvent être jetées entre la position
du parleur et celle de l’écrivain,
qui est la mienne et d’où je me situe
pour interroger l’oralité, tout comme
j’interroge en son nom ma propre
écriture… »
Philippe Raulet
chargée de mission au Centre régional du livre d’Auvergne.
1Lundi 15 novembre1
Lorsqu’en décembre 1997, le Centre régional du livre (CRL)
Auvergne crée « Littinérance », manifestation littéraire de
lectures en public par des comédiens professionnels de textes
contemporains, en présence de leurs auteurs, elle décide
– parce que beaucoup de questions surgissent – d’organiser
en parallèle, des rencontres professionnelles qui interrogent
les pratiques de mises en voix des textes et leur impact sur le
développement de la lecture et sur la diffusion de la création
contemporaine.
13 h – 14 h
Accueil
Maison des beaumontois
14 h – 14 h 45
Ouverture des rencontres par
François André, Maire de Beaumont et
Jean-Christophe Lacas, président du CRL et
un représentant du Ministère de la culture
et de la communication (sous réserve)
Introduction par Martine Burgos, École
des hautes études en sciences sociales,
laboratoire des fonctions imaginatives et
sociales des arts et littératures
Les Rencontres nationales « lire & dire » sont alors créées
en mai 1998 au Chambon-sur-Lignon, en collaboration avec
Jean-François Manier, éditeur (Cheyne) et adjoint à la culture,
la complicité de Jean-Pierre Siméon (actuel directeur artistique
du Printemps des poètes), l’aide précieuse de Martine Burgos
de l’École des hautes études en sciences sociales et d’un
comité scientifique de programmation.
Le CRL invite des praticiens (liseurs, comédiens, conteurs),
des organisateurs de manifestations centrées sur la mise en
voix des textes (bibliothécaires, éditeurs, programmateurs,
animateurs socioculturels, etc) à venir échanger, débattre,
interroger des pratiques, questionner des théories autour de
cet enjeu primordial de l’accès à l’écrit pour tous dans une
société où, comme le notait Jean-Pierre Siméon, dans son
introduction aux Actes des 2es Rencontres « lire & dire » :
« la réactivation… des modes de transmission communautaire
de la littérature pourrait bien être un contrepoids indispensable
au consumérisme culturel, fait de soumission et de
conformisme, qu’induit l’avènement totalitaire des techniques
de communication dans lesquelles l’interaction des sujets
– qui est la condition et la justification de tout processus
créateur quand elle est libre – ici mécanique et déterminée,
devient un leurre délétère. »
Les éditions se succèdent tous les deux ans (en 2000, de
nouveau au Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire) et en 2002 à
Billom (Puy de Dôme)) avec un réel succès, la programmation
privilégie la diversité dans le choix des intervenants et de la
participation du public : mises en situation par l’intermédiaire
d’ateliers, lectures-spectacles et rencontres avec les
comédiens-lecteurs, ouverture sur des pratiques d’ailleurs
(États-Unis, Russie, Afrique), approches théoriques mêlant la
sociologie, l’histoire, l’anthropologie, la philosophie… en
veillant, avant tout à ne pas apporter de réponses définitives.
Que nous disent les pratiques d’oralisation des textes ?
Quels publics rassemblent-elles ? S’agit-il d’un nouveau mode
d’accès à la littérature ? Ouvrent-elles le champ de l’écrit à
ceux qui en sont exclus ? Pourquoi la lecture silencieuse ne
suffit-elle plus à l’approche des textes ? Faut-il ne voir là qu’un
phénomène de mode qui disparaîtra bientôt ? Ce phénomène
est-il le reflet d’une situation culturelle économiquement faible ?
Qu’apporte aux textes leur mise en voix ? L’écriture elle-même
15 h – 18 h
Mathieu Riboulet, invité de Littinérance 2004, lit au
village de Clédat (Corrèze) en mai 2004 dans le cadre
des « Auteurs vivants ne sont pas tous morts ».
Photo © O. Thuillas
« De ma vie je n’ai jamais connu plus
beau visage que ta voix »
Angèle Vannier
n’est-elle pas un premier travail de mise en voix ? L’écoute
« seul » (pièces radiophoniques ou livres enregistrés) ou « en
groupe » lors de lectures en public, est-elle différente ? Les lieux
ont-ils une influence sur la manière dont l’auditeur/spectateur
reçoit les textes ? Quelles influences la voix et le corps du
lecteur en public exercent-ils sur les textes eux-mêmes ?
Quelles influences sur l’auditeur/spectateur ? Quelle place
pour le(s) silence(s) dans les mises en voix des textes ?…
Les Orchestres de paroles
sur une idée de Philippe Raulet
Ateliers dirigés par Mariecke De Bussac,
Laurence Cazaux, Daniel Fatous,
Laurent Grappe, Patrick Gay-Bellile,
Yan Raballand, Sylvie Chenus
« À partir de différents petits textes, le chef
dispose de diverses possibilités. Déclencher la
rumeur, c’est-à-dire tous les textes à la fois.
Il peut faire monter ou descendre la rumeur,
jusqu’au chuchotis.
Il déclenche un texte à capella ou sur fond de
rumeur. Il joue à faire alterner deux textes.
Cela demande une attention très grande des
participants qui doivent suivre les gestes du chef.
Il y a la possibilité de ce que j’appelle les « cris »,
en faire lancer un, puis un autre, revenir au
premier, en déclencher d’autres, les lancer tous
ensemble, sorte de cacophonie. Jouer aussi avec
les silences. Les textes peuvent être aussi dits
selon un certain rythme donné, ou chantonnés… »
18 h - 19 h 15
Inauguration et buffet dînatoire
Ces questions des silences et du corps seront au cœur des
4es Rencontres nationales « lire & dire ».
Cette édition, a voulu aussi se rapprocher de « Littinérance »
sur le calendrier, les rencontres-lectures en présence des
auteurs auront lieu du 17 au 20 novembre 2004 et seront
accueillies dans quarante lieux de la région Auvergne
(bibliothèques, librairies, centres socioculturels, établissements
pénitentiaires, etc). Mais le CRL a aussi voulu affirmer plus
nettement le lien entre les deux manifestations, en mettant,
d’une part, les participants à « lire & dire » en situation
d’expérimentation de la lecture à voix haute et du processus
de création par des ateliers très divers auxquels s’associent
des musiciens et des danseurs.
19 30 – 24 h
Lecture intégrale de Pitiés
de et par Philippe Raulet
Vous serez installés dans la Salle de
danse de la Maison des Beaumontois…
des tapis, coussins, chauffeuses,
transats… seront là pour vous inciter à la
détente et à l’écoute… toutefois, vous
pouvez apporter votre transat préféré…
ou mieux votre oreiller…
Deux entractes seront proposés.
•••
MACHINE à FEUILLES - 2 7
P ROGRAMME
Présence du lecteur,
incarnation du texte…
le point de vue du lecteur en public
et de l’auditeur/spectateur
Par Françoise Dubosclard,
P ROGRAMME
Silence(s) et corps
LES RENCONTRES NATIONALES
NA
« LIRE & DIRE »
9 h - 9 h 30
Accueil
Maison des beaumontois
professeur d’espagnol
Enfin, deux grands « témoins » : Matthias Youchenko et
Cédric Lagandré apporteront leur point de vue de philosophes
sur cette 4e édition, laissant à Martine Burgos le soin de
traiter les perspectives pour une 5e édition.
9 h 30 - 10 h
Rencontres nationales « lire & dire » :
Les orchestres de paroles : découvrons
les partitions
Questionner les pratiques de mises en voix des textes
pour évaluer leur impact sur le développement de la
lecture et sur la diffusion de la création littéraire.
4e édition les 15, 16 et 17 novembre 2004
Beaumont (63) :
« Silence(s) et corps »
Présence du lecteur, incarnation du texte : le point de vue
du lecteur public et de l’auditeur/spectateur.
10 h 15 - 11 h
Rencontre avec Philippe Raulet
11 h - 12 h
discussion avec la salle
Matinée animée par Françoise Dubosclard
12 h - 13 h 30
« Littinérance » 2 004
Repas
17 au 20 novembre
Les auteurs invités : Xavier Bazot, Nicole Caligaris,
Frédérique Clémençon, Emmanuel Darley, Gérard Gavarry,
Jean-Paul Goux, Stéphane Guibourgé, Thierry Hesse,
Mathieu Riboulet
13 h 30 - 19 h 30
Les ateliers découverte des processus de
création écriture/lecture/réécriture
Renseignements : Françoise Dubosclard, CRL Auvergne
6, rue Grégoire de Tours, 63 000 Clermont-Ferrand.
Tél. : 04 73 31 99 00. Site internet : www.crlauvergne.org
e-mail : contact@crlauvergne.org
13 h 30 - 16 h 30
Le chœur de lecteurs, Daniel Fatous
(12 à 15 participants)
La lecture à voix haute, Sylvie Chenus
(12 à 15 participants)
16 h 30 - 19 h 30
Le processus de création, Philippe Raulet
(6 à 8 participants)
Pitiés, de Philippe Raulet, Paris, verticales, 2 002.
2
Berg et Beck, de Robert Bober, Paris, POL, 1 999.
1
Berg & Beck
MACHINE à FEUILLES - 2 8
lecture spectacle du roman Berg & Beck
de Robert Bober par le Théâtre Narration
de Lyon avec Ghislaine Drahy et
Marc Susini (à confirmer)
deux représentations de 14 h à 16 h
et de 17 h à 19 h
Rencontres informelles entre
les participants
lectures, foire aux questions
la participation aux ateliers et/ou à la
lecture spectacle est facultative
21 h
Dîner en commun
et discussion avec la salle
Par Jean-Marc Siméonin,
1Mercredi 17 novembre1
9 h - 9 h 30
11 h 30 - 12 h 30
Accueil
Maison des beaumontois
Perspectives
par Martine Burgos
9 h 30 - 11 h 30
12 h 30
Passages de(ux) témoins
Matthias Youchenko et Cédric
Lagangré, philosophes ont
assisté aux ateliers, lectures
et rencontres et nous livrent
leurs points de vue, leurs
mises à distance…
Pot de clôture
18 h
Ouverture de Littinérance
avec les auteurs invités
« Quand j’ai lu l’inoubliable commencement et tout
ce premier chapitre qui nous explique comment
était Don Quichotte, où et avec qui il vivait, j’ai
ressenti une très forte émotion dans laquelle il y
avait aussi quelque anxiété… et une fascination
que le ton insouciant du récit exacerbait »
Adolfo Bioy Casares 1
Pour moi c’est aussi un plaisir infini comme la lecture l’est
pour Don Quichotte lui-même:
« …se daba a leer…con tanta afición y gusto » c’est son
activité première, qui peut se traduire par « il s’adonnait à la
lecture avec tant de passion et de plaisir »… on irait presque
jusqu’à « il se donnait du plaisir » mais ce serait un fauxsens quelque peu abusif! Dans la version d’Aline Schulman2,
la même phrase devient: « il passait ses heures… plongé
avec ravissement dans la lecture » et pour moi, simple
lecteur, ce « ravissement » définit très exactement mon
inavouable plaisir de lire Don Quichotte.
Il doit bien rigoler, le manchot de Lépante, lorsque, d’où il
est, il voit comment il m’a bien attrapé (atrapar: piéger en
espagnol), comment, lâchement, je me réfugie dans ses
marges incertaines de mots et de papier (ces vieux papiers
que le narrateur de Don Quichotte a trouvés au marché et
qu’il va, lui aussi, traduire), oubliant tout ce qui fait bouillir
ma marmite et nourrit ma famille pour préférer le « bouilli »
et le « hachis » de notre hidalgo.
Cervantès écrit: « basta que en la narración… no se salga
un punto de la verdad », « il suffit qu’en racontant… on ne
s’écarte en rien de la vérité ». Il jure que tout ce qu’il écrit
est vrai, plus que l’enfance de Mademoiselle Anquetil ou la
vie de Madame Vartan… La différence, c’est que lui, il parle
de littérature et il faut voir comment l’écrivain construit cette
« vérité » par de « ravissants » mensonges, pour m’emporter
infiniment plus loin que tous les realtys-récits de foire du livre!
C’est encore pire que Balzac ou Galdós3, il nous saoule de
précisions, nous savons tout : Où habite Don Quichotte,
ce qu’il fait, ce qu’il mange… et immédiatement, nous
commençons à comprendre que ce « verrouillage »
est notre liberté.
Quel âge a-t-il ? Il « frise » 50 ans.
Comment s’appelle-t-il ? Quijada? Quesada? Quejada? on
ne sait pas très bien.
Au fait, la gouvernante qui « dépasse les 40 ans », elle a
41, 43, 45? et la nièce qui « n’arrive pas à 20 ans », 16,
18, 19? Toute une page de « vérité » pour nous dire que
tout ce que le narrateur sait, c’est qu’il ne sait rien!
Nous, dans ces marges infimes et infinies, nous créons
notre territoire alors qu’il s’amuse à nous faire croire qu’il
nous impose le sien.
Est-ce à dire que cette écriture ne repose sur rien, sur
aucun « païs » (ce mot qui veut dire « la terre »
en occitan limousin), sur aucune douleur ?
Dès le début, nous sentons que cette légèreté a toute la
profondeur de la littérature, cet univers est une bonne terre
fertile, ce sont les livres du « chevalier à la triste figure »
qui génèrent son
cheminement à
travers l’Espagne,
ils sont même
littéralement de la
terre puisque leur
propriétaire « finit
par vendre plusieurs
arpents de bonne
terre » pour
s’acheter « autant de romans qu’il put trouver »
© gravure de J.-M. Siméonin
1Mardi 16 novembre1
D’autre part, elle accueille Philippe Raulet, auteur invité pour
« Littinérance » 2003, pour une lecture, par lui-même, de
Pitiés1, son dernier roman ainsi qu’une lecture-spectacle,
par le Théâtre Narration, de Berg et Beck2 d’après le roman
de Robert Bober, auteur invité à « Littinérance » en 1999.
- Lire Don Quichotte, c’est échapper aux prisons de
notre réalité et Cervantès, 5 ans de captivité, 4 tentatives
d’évasion des bagnes algériens, sait de quoi il nous entretient.
- Lire Don Quichotte, c’est résister au pire, comme
le « soldat Saavedra » du chapitre XL4 (l’écrivain s’appelle
Cervantès y Saavedra) dont l’histoire tristement résonne
en nos siècles de camps et de prisons :
« Même si la faim et le dénuement nous faisaient parfois
souffrir, rien ne nous affligeait plus que de voir et
d’entendre à chaque instant les cruautés inouïes que
mon maître infligeait… seul un soldat espagnol,
un certain Saavedra réussit à s’en tirer… »
L’insupportable calvaire nous entraîne encore plus loin dans
l’espace et dans le temps, vers d’autres livres encore…
Dans Douze contes vagabonds 5, G. García Márquez, raconte
l’histoire d’une femme qui, ayant une panne d’auto entre
Saragosse et Barcelone, se trouve, malgré elle, enfermée à
vie dans un asile d’aliénés. Elle aussi, on la dit folle.
« Le plus dur était la solitude de la nuit. De nombreuses
recluses restaient comme elle éveillées dans la pénombre…
Accablée de chagrin, elle demanda à voix assez haute
pour que l’entende sa voisine de lit :
« où sommes-nous ? »
La voix grave et lucide de sa voisine répondit :
« dans les profondeurs de l’enfer »
« On dit que c’est une terre de Maures, s’écria un peu
plus loin une autre voix… en été, quand la lune est
pleine, on entend les chiens aboyer vers la mer… »
La liberté est générée par la prison, c’est encore Don
Quichotte qui nous emporte dans son infinie « bibliothèque
de Babel », cette pauvre femme inventée par le Colombien
s’appelle en effet « María de la Luz Cervantes ».
Lire Don Quichotte c’est aussi aller de livre en livre
et c’est grande lâcheté que de se perdre dans cet
espace vertigineux, de se livrer au plaisir solitaire du
voyage dans ce territoire bien plus vaste que la
planète globale qui nous écrase.
Discurso de A. Bioy Casares en la entrega del premio
Cervantes, 1990, ed. Anthropos, Barcelona, 1991.
L’ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche,
trad. A. Schulman, Paris, éditions du Seuil, 1997, 2 vol.
3
Benito Pérez Galdós (1843-1920)
4
p. 476, ed. Cátedra, n° 100 (Madrid, 2000)
5
Doce cuentos peregrinos de G. García Márquez, Barcelona,
ed. Plaza y Janés, 1997 / Douze contes vagabonds,
trad. A. Morvan, Grasset, L. P. n° 13747.
1
2
MACHINE à FEUILLES - 2 9
P ROGRAMME
•••
« LIRE DON QUICHOTTE,
C’EST RÉSISTER AU PIRE »
QUAND LE LIVRE
HISTOIRE DE LECTEURS
CRÉE L’ÉVÉNEMENT…
Par Olivier Thuillas,
Par Lydie Valero,
conseillère « livre, archives et langues de France » à la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) du Limousin.
chargé de mission pour l’économie du livre et la vie littéraire à ALCOL - CRL en Limousin.
C
une émotion que l’on aime aussi partager, mais
plutôt en petit comité. En tant qu’animateur régulier
de lectures-rencontres avec des auteurs, je suis
toujours frappé de la difficulté des personnes à
prendre la parole en public après une lecture,
alors que les rencontres informelles qui suivent
cette lecture, autour d’un verre et en petit comité,
sont souvent d’une grande richesse. Les rencontres
avec les auteurs constituent souvent des
découvertes enrichissantes pour des lecteurs
noyés par une offre de livres pléthorique, servie
par un matraquage médiatique qui met
systématiquement en avant les livres déjà mis en
exergue dans les rayonnages des librairies.
Ainsi, la manifestation « Les auteurs vivants
ne sont pas tous morts » initiée par la
Compagnie du Désordre et accompagnée
jusqu’en juillet dernier par ALCOL - CRL en
Limousin, a montré que Pascale Lemée,
Mathieu Riboulet ou Emmanuel Darley
Le Grand Meaulnes d’Alain Fournier
pouvaient trouver un public et des lecteurs
est un roman qui traite de
par le biais de rencontres et de lectures.
l’adolescence et de ses tourments.
MACHINE à FEUILLES - 3 0
Le Grand Meaulnes
Différent des autres élèves, le grand
Meaulnes, comme on le surnomme,
est un héros romantique et rêveur
âgé de 17 ans. Son adolescence sera marquée par la
rencontre avec Yvonne de Galais dans un « domaine
mystérieux » où a lieu une fête merveilleuse. Cette « vision »
changera le reste de la vie de Meaulnes, lui donnera un sens.
Lorsqu’il retrouvera la jeune fille, la « magie » de la
première rencontre aura disparu et il éprouvera une vive
désillusion. Il réalise que « le passé ne peut renaître ».
À mon avis, la fête extraordinaire du domaine a contribué
à l’éblouissement qu’a pu éprouver Meaulnes lors de
cette première rencontre et, plus tard, il ne retrouve plus
l’enchantement de ce moment inoubliable. Lorsqu’il
connaîtra enfin quelques moments de bonheur avec la
femme aimée, une promesse faite, bien des années plus
tôt, au frère d’Yvonne le « rattrapera » et l’éloignera de son
épouse… bientôt pour toujours.
Toutefois, je pense que Meaulnes n’arrive pas à devenir
totalement adulte, il reste amoureux d’une image et non de la
personne réelle, ce qui le conduira à tromper Yvonne. Il n’y
parviendra peut-être qu’après la mort de la jeune femme.
L’adolescence, ses illusions et désenchantements, son
importante influence sur l’adulte à venir sont au centre de
l’œuvre d’Alain Fournier, qui a rendu hommage à une période
primordiale et décisive de la vie. C’est ce sujet traité ainsi
qui me plaît et rend ce roman intéressant et important à
mes yeux. Je pense que cette œuvre est encore d’actualité
aujourd’hui : pour moi, c’est une œuvre intemporelle.
Émilie
Le Grand Meaulnes, d’Alain Fournier,
Paris, Le Livre de Poche, 1 997.
Le public prend aujourd’hui une place
croissante dans les animations littéraires,
sa participation est requise, elle est même
parfois la raison d’être de l’animation.
C’est le cas dans le Slam (voire en particulier
les sites www.slameur.com et www.ffdsp.com)
où chacun prend la parole sur scène pour
une libre expression de courte durée.
La généralisation de l’accès à l’internet
ouvre aussi la porte à d’autres partages
de textes, grâce à des sites littéraires
d’une part (www.remue.net ou
www.zazieweb.fr pour ne citer qu’eux),
et à des sites de « livres migrateurs » ou
« livres voyageurs » sur l’exemple du
« bookcrossing », qui existe depuis 2001
aux États-Unis. Le principe est simple :
vous aimez un livre, vous voulez le faire
partager, vous inscrivez un numéro
d’identification international sur la page
de garde de l’ouvrage (numéro que l’on
trouve gratuitement sur le site
www.bookcrossing.com), et vous le
libérez dans un lieu public, un bar,
un train, un parc etc, et vous n’avez
plus qu’à suivre les pérégrinations de
votre ouvrage sur le site internet.
ALCOL - CRL en Limousin lance d’ailleurs
très prochainement la première
opération de « livres migrateurs »
dans notre région (voir page 10).
« Livrant ces “histoires de lecteurs”
à des lecteurs qui ont eux-mêmes leur
propre histoire de lecteur, ce livre qui,
d’une certaine façon, s’apparente au
genre “histoires vécues”, convie à une
expérience qui fait évidemment partie de
l’objet même du livre : celle de la
confrontation entre le “monde du texte”
et le “monde du lecteur”. »
Ainsi commence Histoires de lecteurs1 dans une
préface qui donne le ton de l’ouvrage : bien que
rendant compte d’une recherche ayant bénéficié du
concours de l’Observatoire France-Loisirs de la
lecture, cette succession d’histoires se lit également
comme une galerie de portraits dans laquelle,
nous lecteurs, ne pouvons nous empêcher de nous
chercher, de nous reconnaître.
Les auteurs de ce volumineux et passionnant essai
sur les usages sociaux de la lecture sont
sociologues, chercheurs au laboratoire « Cultures
et Sociétés urbaines » du CNRS.
À travers 15 études de cas réels différents, les
chercheurs analysent la composition des bibliothèques
personnelles tout en conversant avec leurs propriétaires.
De ces dialogues émergent des histoires personnelles
et en regard, la construction d’une vie de lecteur et
de sa bibliothèque. Évidemment chacun des cas
permet d’aborder des aspects différents de ces
constitutions d’histoires de lectures comme celui
des effets de génération, celui des lectures
professionnelles, et enfin celui de la différenciation
masculin/féminin dans les pratiques.
La première partie intitulée « Les bibliothèques de
la génération de mai 1968 » aborde les effets de
génération. Elle met en relief les différentes
bibliothèques existant dans une maison, celle
qu’on expose dans la pièce commune, celle que
l’on dissimule aux regards des autres et celle que
l’on relègue peut-être pour l’oublier. On ajustera
ses idées sur les différences entre une
bibliothèque d’homme de lettres et celle d’un
autodidacte ou d’un militant.
1
Histoires de lecteurs,
de Gérard Mauger, Claude F. Poliak et Bernard Pudal,
Coll. Essais & Recherches, Éditions Nathan, 1999.
Dans la deuxième partie consacrée aux lectures
professionnelles et aux professionnels de la lecture,
on peut mesurer la place des magazines,
le poids des passions et des lectures d’enfance.
La troisième partie, « lecture masculin/féminin »,
se penche sur les effets du « féminisme », sur ceux
de la vie en couple, sur la question de la domination
sexuelle, l’effet des stratégies familiales de
scolarisation et des parcours scolaires et enfin
étudiera la place des lectures d’« évasion ».
Chaque cas, comme dans une enquête policière,
fait l’objet d’une description minutieuse de la ou des
bibliothèques puis d’un « interrogatoire » du ou de la
propriétaire qui en justifie le contenu sous le regard
méthodique et scrutateur du sociologue à l’affût.
La conclusion tente de systématiser d’une part l’analyse
des rapports entre itinéraires de lecteur et trajectoires
biographiques et, d’autre part, celle des usages sociaux
de la lecture : lecture de divertissement, lectures
didactiques, lectures de salut et lectures esthètes.
Les professionnels de la lecture, ceux qui pratiquent
la quête éternelle du plus de lecteurs et de lectures,
tout comme les lecteurs lambda, prendront un grand
plaisir à la découverte de ces figures très différentes
les unes des autres et dont on fait connaissance avec
plus ou moins de plaisir et pourront tirer profit tant
dans leur vie familiale que professionnelle à se pencher
sur ce miroir quelquefois peu flatteur que nous
tendent les auteurs de cet ouvrage.
Léa
Chère Léa,
Je profite d’un moment de répit
que tu t’octroies entre deux
tournées à bicyclette pour
t’exprimer toute ma gratitude…
Ton histoire, m’a donné le goût
de l’Histoire. Quelle autre voie
que celui d’historienne aurais-je
pu en effet choisir en découvrant
au travers tes aventures, les horreurs de la guerre ?
Il me fallait une explication…
Au fil des lignes décrivant Montignac, j’ai appris à
connaître puis à aimer cette terre girondine où je
venais à l’époque de poser les pieds.
Par ces mots, je tenais donc à te remercier de
m’avoir donné le goût de l’histoire des hommes,
de nos ancêtres, qui me permet d’appréhender
plus facilement notre présent.
Christine
La Bicyclette bleue, de Régine Déforges,
Paris, Le Livre de Poche, 1 981.
MACHINE à FEUILLES - 3 1
réer un événement littéraire, c’est faire fi du
paradoxe originel qui veut que la lecture soit
un acte d’abord intime, solitaire. C’est aussi
avoir conscience qu’un auteur, à la différence, d’un
conteur, d’un comédien ou d’un clown, n’a rien de
spectaculaire, rien à montrer, et ne fait le plus souvent
ni rire ni pleurer, si ce n’est par le biais de ses textes.
Pourtant, les manifestations en faveur du livre et de la
lecture connaissent un succès croissant, à commencer
par « Lire en fête » organisée chaque année depuis
1989 par le ministère de la Culture et de la Communication (sous le nom de « La fureur de lire » ou du
« Temps des livres »). Peut-être justement parce que
la lecture est un bonheur solitaire, elle procure
COMMENT DONNER LE GOUT PAUVRE LECTEUR
DE LIRE AUX JEUNES? qui va m’aider à choisir?
ancienne responsable de la librairie « Rêv’en pages ».
« La lecture est un art qui se transmet et pédagogique des enseignants et de favoriser la
plus qu’il ne s’enseigne » circulation d’outils pédagogique novateurs. La question
MACHINE à FEUILLES - 3 2
Hélène Michaudon.
Christian Poslaniec, auteur pour les adultes de romans
policiers, de poèmes et d’essais a aussi publié de
nombreux ouvrages pour les plus jeunes: romans, albums,
poèmes, nouvelles et anthologies. Professeur chargé de
recherche à l’Institut National de Recherche Pédagogique
(I.N.R.P.), il est le coordinateur de l’équipe « Promolej »
(promotion de la lecture des jeunes), groupement d’intérêt
scientifique basé à Paris. Les activités de ce centre de
ressources sont guidées par quatre missions: la circulation
de l’information, la formation, l’aide à la conception de
projets et l’aide à la recherche.
En sa qualité de chercheur, il a travaillé sur le comportement
des lecteurs, la littérature de jeunesse, les ateliers d’écriture
et la réception des livres par les enfants. Son savoir et
son expérience l’ont mené à décrire, dans son livre au
titre évocateur Donner le goût de lire (Paris, éditions du
sorbier, 2 001), la mise en œuvre d’animations-lecture
qui « ont démontré leur efficacité pour donner envie
de lire aux jeunes y compris les faibles lecteurs ».
Tout prescripteur et plus particulièrement les enseignants
et les bibliothécaires y puiseront une trentaine d’idées
d’animations-lecture de la maternelle au lycée, classées
en quatre chapitres : animations d’information, ludiques,
responsabilisantes et d’approfondissement. Pour mener
à bien ces activités, Christian Poslaniec donne des
conseils dont voici quelques exemples :
Offrir aux enfants un grand choix de livres
Pas de contrainte de lecture
Pas de compte rendu obligatoire
Pas de censure
Respecter le rythme de lecture
Tout ceci peut paraître bien technique mais semble
incontournable: grâce aux études menées par l’INRP nous
savons que « les animations-lecture sont efficaces pour faire
lire les jeunes, y compris ceux qui disent ne pas aimer lire ».
Cependant en dehors de ces incitations, rien ne prouve
que « ces enfants se mettent à lire par plaisir et de façon
autonome ». Que faire ? Il faut continuer à proposer de
nombreux livres de littérature jeunesse, bien sûr persévérer
dans les jeux de lecture et c’est en toute cohérence
que, membre de la commission à l’origine de la liste des
180 titres sélectionnés pour le cycle 3, il pilote une
extension pour la prochaine rentrée.
Si nous pouvons voir l’entrée en force de la littérature
jeunesse à l’école comme un bienfait, encore faudrait-il
y préparer les instituteurs. Les signataires du texte
« Contre la liste obligatoire » préconisent une formation.
L’État n’aurait-il comme seul champ d’action que l’injonction
à lire des ouvrages qu’il prescrirait ? Non, évidemment.
Il lui revient d’organiser une véritable formation culturelle
reste: comment faire aimer la littérature de jeunesse aux
médiateurs car la transmission ne se fait bien que
lorsque le médiateur a lui-même le virus de la lecture.
Voici, à ce propos, un extrait du témoignage d’un enseignant
relevé dans la revue Argos: « Si nous glissons des livres
dans notre sac, si nous avons de véritables coups de
cœur dont nous parlons avec chaleur, si nous fermons un
livre à regret, si nous savourons à l’avance le moment où
nous allons retrouver un livre commencé : en un mot si
nous avons le virus de la lecture, nous aurons envie de
le transmettre à nos élèves ». Outre le milieu scolaire,
le milieu familial a un rôle essentiel à jouer: il est reconnu
que ceux qui lisent le plus sont ceux qui sont chez eux
entourés de livres et dont les parents lisent.
Bibliographie (non exhaustive) d’essais écrits ou dirigés
par Christian Poslaniec :
• Activités de lecture à partir de la littérature de jeunesse,
Hachette éducation 2 000
• Activités de lecture à partir de la littérature policière,
Hachette éducation 2 001
• Comportement de lecteurs enfants du CM2 : profils,
représentations, influence des animations, INRP 1 995
• Coulisses de l’écriture - faire écrire les jeunes et le publier,
Éditions « corps puce », 1 993
• De la lecture à la littérature : introduction à la littérature,
Édition du Sorbier, 1 992
• Vous avez dit littérature ? Hachette éducation 2 002
Mercredi 13 octobre, de 9 h à 13 h : à la bibliothèque
francophone multimédia de Limoges aura lieu une
rencontre avec Christian Poslaniec sur le thème
« La littérature de jeunesse à l’école ».
Rafael
Pour l’argent, parce qu’il veut cet argent,
pour que sa famille et les siens puissent
partir d’un village qui n’est même pas un
village, Rafael décide de tourner dans un
snuff movie où il sera torturé à mort une
heure durant. Parce qu’il « savait à présent quelque
chose qu’il était donné à très peu d’hommes de savoir;
où, quand, et comment… il allait mourir. », Rafael va
vivre deux jours durant, pleinement, les plus belles
heures de sa vie, parmi sa famille et les siens, dans ce
village qui n’est même pas un village. Parce qu’il ne se
sera jamais senti aussi vivant que ces deux jours-là…
… et Arturo Bandini, dans Demande à la poussière
(coll. 10/18, 2 002) et les autres romans de
John Fante, et pour tout plein de raisons…
Franck
The brave (Rafael, derniers jours),
de Gregory McDonald (Fleuve Noir, 1 996)
Par Jean Moyen,
président d’honneur d’ALCOL - CRL en Limousin.
Q
ui va m’aider à choisir ? Tout lire ?
Il y a longtemps que l’honnête homme
est enterré !
Aujourd’hui choisir un livre relève du hasard. Devant
la forêt de livres qui paraissent chaque jour, je ne
puis être que désemparé. Quand je pense qu’à un
moment de ma vie, j’ai eu peur qu’il n’y ait plus de
livres! Tout le monde est responsable:
les auteurs? Il y en a trop, quiconque se sent des
fourmillements dans les doigts se met à écrire le
chef-d’œuvre de l’année. L’éditeur ne fait plus son
travail de tri, de sélection, de conseil aussi,
les nouvelles techniques d’impression et de
publication ne vont pas arranger les choses.
Publions, publions! On verra bien si ça marche!
Le libraire a des excuses certes, mais quand
même, il suit le mouvement et adopte les
techniques de vente réservées jusque-là, aux
produits frais, chers à nos grandes surfaces,
rotation accélérée et promotion superficielle,
présentoir attractif, affichettes accrocheuses.
Il n’y a que le « vu à la télé » qui manque et
encore je me trompe, ça existe! Alors qui va
m’aider? Le bibliothécaire est pressé, il a du
travail de préparation et il y a les caisses
enregistreuses à faire marcher, alors conseiller!
D’abord pour cela, il faudrait avoir lu les livres.
Les critiques dits littéraires? Oh, des analyses
il y en a parfois de très savantes, mais des
engagements du genre « Lisez ce livre » pas
souvent! Et je ne vois plus guère de phrases
telles que celle-ci « si vous n’achetez qu’un
livre cette année, achetez celui-là ». Bien
entendu, ceci est à mille lieues du « livre qu’il
faut avoir lu ». Cette dernière apostrophe
relève de la mode des prix littéraires. Au fait,
savez-vous qu’il y en a plus de 2000 par an?
Je n’en dirai donc rien par pure charité.
Alors il reste la notoriété accessoire: dans les
foires aux livres, sur les stands, il y a les
vedettes, de préférence des bouffons de la
télé, pauvres baudruches qui se
désenfleront bien vite et enfin, le parfum
de scandale, « people » si possible !
Je sais bien que j’exagère un peu mais un
peu seulement; je m’accroche à quelques
indices, quelques indicateurs: la 4e de
couverture, les listes des meilleures ventes,
les livres mis en avant par mon bibliothécaire
pressé: la table des livres les plus sortis.
Mais qui me dit que les autres ont du goût?
Je n’ai pas envie d’être le millième mouton
de panurge! Pour le reste, mes amis qui
lisent (si si ça existe encore!) et le refuge,
le délice de la relecture.
Le héros balkanique
En fait, le héros de la littérature qui
m’a le plus marqué a le visage de
plusieurs personnages, que j’ai
découverts sous la plume d’auteurs
originaires des Balkans. D’abord, ces
personnages, dans leurs contextes
historiques, ont été pour moi de
véritables clefs qui m’ont ouvert la
porte de cette région d’Europe, et au-delà. Comme plusieurs
générations d’adolescents bulgares, j’ai pu parcourir, en rêve et
avec passion, l’Empire Ottoman jusqu’à la ville kurde de
Diyarbakir, au rythme des pérégrinations du jeune Rali — héros
littéraire de la lutte pour l’indépendance de la Bulgarie. C’est
aussi grâce au protagoniste de Chronique de la ville de pierre que
m’a été révélé Gjirokastër — ville natale d’Ismaïl Kadaré, où il a
situé son roman. J’ai alors vécu mon séjour dans cette localité du
sud de l’Albanie, quelques années après la lecture de ce livre,
comme un véritable pèlerinage, accroché aux lèvres du héros
narrateur, telle une reconstitution affective de ses sensations…
Mais de tous ces personnages, celui qui a le plus marqué
mon esprit, c’est probablement cet homme, souvent
Albanais, dont l’orgueil farouche trouve son expression dans le
drame. En lutte pour une réconciliation permanente avec luimême, ce type de « héros balkanique » ne peut pas exister hors
des références que constituent sa vallée, son clan et ses codes
(qu’il respecte jusque dans l’exil)… Pour lui, l’honneur, le respect
de la parole ont valeur de morale, aux dépens même de sa liberté.
Cet être — qui peut aussi être considéré comme la vitrine
d’un totalitarisme — ne m’est pas forcément sympathique.
Toutefois, que ce soit dans sa finesse comme dans sa
brutalité, il n’a jamais cessé de m’impressionner par son
abnégation et par sa capacité à se transcender (qui l’identifie
à quelque héros quasiment mythologique).
Dès le moment où je l’ai découvert, je me suis lancé à sa
poursuite, sans pour autant chercher à cerner mon propre but.
Je me suis mis à dévorer nombre de romans dans lesquels je
subodorais sa présence. Et, croyant le reconnaître sur la
photo d’un livre consacré à l’histoire de la Macédoine, ou encore
sous les traits de tel personnage d’un film d’Angelopoulous
(peut-être au prix de quelques amalgames), cette traque a
rapidement dépassé le domaine strictement littéraire…
Finalement, je me suis tant investi dans cette odyssée,
qu’après toutes ces années à sa poursuite, je me soupçonne
d’avoir créé autour de lui un embryon de mythologie qui
n’appartient qu’à moi-même.
Dans ma façon de découvrir la réalité des Balkans, ce héros
aux multiples visages (à l’image de l’aigle bicéphale albanais)
ne constitue qu’un élément parmi d’autres. Cependant,
la distance qu’il impose autour de sa personne a, au moins,
le mérite d’intimer de la retenue dans l’appréhension des
imbroglios de cette région.
François
Chronique de la ville de pierre, d’Ismail Kodaré,
Paris, Gallimard, coll. Folio, 1982.
MACHINE à FEUILLES - 3 3
Par Arlette Pragout,
« TOUT LIVRE EST UN DÉSIR D’INCONNU »
Par Jean-Pierre Siméon,
poète.
« Je veux, mes beaux enfants rieurs, si tendres et si
vifs à la révolte, vous faire une curieuse confidence.
Elle ne saurait vous surprendre parce que depuis ce
jour premier où je vous ai tenus dans mes mains,
petites choses neuves qui donnaient soudain un
poids étrange à la réalité, elle était lisible dans
chacun de mes regards, dans chacun des gestes
dont je vous entourais. Cet aveu saugrenu, le voici.
J’ai toujours pensé que si on me posait la fameuse
question : quels livres emporteriez-vous sur une île
déserte ? Je répondrai : mon fils et ma fille. Ah mais,
c’est très sérieux ! Vous êtes les livres que je rêve.
Parce que, dites-moi, qu’est-ce qu’un livre sinon ce
buisson de mystères et de clartés imprévues, ce
feuillage qui tremble, ce frémissement d’ailes
capricieuses et douces, ces colères dans l’ombre et
ces joies odorantes, cette jeunesse perpétuelle qui
met dans les choses la flamme insolente et claire
des questions ? Pour moi qui n’aime rien tant que la
mobilité des songes, l’impertinence du cœur et le
débat obstiné du doute et de la ferveur, je veux
nécessairement qu’un livre vous ressemble. Je veux
qu’il aille comme vous d’un pas ouvert, qu’il montre
comme vous les chagrins insoumis, des lucidités
inconsolables, et qu’il ait pour le réel qu’il invente un
appétit d’enfants.
On voit ainsi non seulement quelle sorte de livre
je peux aimer (Gargantua ou Le temps d’un soupir,
Le paysan de Paris ou La Mouette, Fureur et Mystère
ou Au château d’Argol, par exemple) mais aussi plus
généralement ce que j’aime dans le fait du livre : c’est
que tout livre est un désir d’inconnu. Faut-il préciser
que je ne parle pas ici des choses innombrables,
radoteuses, rassises et cyniques qui se donnent
pour des livres et tout bonnement n’en sont pas ?
Elles arrangent au lieu de déranger, elles endorment
au lieu d’inquiéter. Or dérangement et inquiétude sont
les raisons de tout vrai livre : pour moi, voyez-vous,
ce sont des vertus cardinales et j’espère que vos
parents auront fait de vous des amateurs de livres,
c’est-à-dire des inquiets. (Il y a un beau livre de Pessoa:
Le livre de l’intranquillité1 – mais c’est une tautologie…).
La quiétude, par nature est benoîte, et benoît c’est
la même chose que benêt, l’onction en plus. Donc les
bons livres sont inquiétants. Parce qu’ils sont pétris
de la vie même, chahuteuse, tendre et contradictoire,
et ne la corrigent pas ; parce que c’est la vie même
qui est inquiétante, Dieu Merci ! D’ailleurs toutes les
bonnes choses sont inquiétantes : l’amour d’abord,
la colère des justes, la foi des martyrs et le désir de
justice ! Il n’est décidément pas de livres reposants :
le bon polar vous fait battre le cœur, la farce vous
donne des crampes, et je ne suis pas loin de penser
que la plus médiocre littérature de gare porte en elle
les germes de la subversion. Parce que toute fiction
entre peu ou prou en concurrence avec le réel et que
de ce heurt peut toujours naître une étincelle qui
éclaire le vide qui les sépare. C’est déjà beaucoup :
la conscience d’un manque à gagner…
Je disais donc que tout livre est un désir d’inconnu.
D’où l’on conclura que tout lecteur est un brave, qui
cède à ce désir, cherchant son étonnement, se plaisant
à ce qui lui est étranger, risquant ses certitudes au
jeu du mystère et de l’imprévu. Je ne sais pas de vrais
livres qui ne recomposent le monde à leur façon et donc
ne nous prennent merveilleusement au dépourvu. Tout
livre crée un monde et parce que ce monde n’existe pas
il nous dit beaucoup sur celui qui existe. Qui n’a pas
de livres devant soi se prive à peu près du vertige de
l’inconnu. Or « Comment vivre sans inconnu devant
soi ? » demande René Char, notre complice.
Je sais bien qu’il y a des livres mesquins, certains
même, avilissants. On ne doit pas s’en étonner.
Les ennemis de la vie (la vie foisonnante, celle qui
cherchera à jamais dans la métamorphose et l’élan,
sa forme et sa couleur les plus justes, les plus
humaines) ont ainsi de méchantes ruses, mais s’ils
prennent nos propres armes, celles que n’a pas
inventées pour eux le premier « écrivain » de Lascaux,
c’est bien qu’ils en reconnaissent le pouvoir. Le livre
est une arme dans la lutte qui ne cesse pas entre
les tenants de l’ordre – il mène toujours à la mort –
et les fauteurs de rêve. Tout lecteur, tout écrivain est
responsable de l’usage qu’il fait de cette arme et
nécessairement prend parti dans cette lutte. Or,
vous voyant lire, mes enfants malicieux et rebelles,
je sais déjà de quel parti définitivement vous êtes :
celui de Villon et Zola, de Prévert et Aragon, de
Neruda et Sartre, de Tsvetaeva, de Laabi et de
Rushdie, bref du parti multiple des questionneurs,
des provocateurs, des insurgés.
Puisque, je le crois, vous ne saurez vivre dans la
soumission à l’évidence, puisque vous séduit ce qui
déborde votre attente et déjoue le règne terrible du
prévisible, du préjugé et du préconçu, vous lirez, mes
beaux insurgés, les livres qui vous ressemblent.
Et je voudrais qu’on dise de vous à la fin du conte :
« Ils vécurent heureux et eurent beaucoup de livres… ».
Lettre à mes enfants, in Célébration de la lecture,
Vevey, Éditions de l’Aire, 1 993.
Le livre de l’intranquillité, de Fernando Pessoa,
Paris, éditions Christian-Bourgois, 1988, 2 tomes.
1
Bien-être
« Lisez de tout. Soyez des lecteurs gourmands, vous
n’êtes pas obligés de vous imposer des pensums.
Si ce que vous lisez vous met mal à l’aise ou vous
est hostile, vous n’êtes pas obligé de continuer.
Ou alors vous pouvez vous dire : si cette poésie
m’agace, c’est qu’elle a quelque chose à voir avec
moi peut-être ! Parce que, ce qui a quelque chose à
voir avec nous, ce n’est pas forcément dans une
sorte d’adhésion immédiate ; il faut peut-être même
se méfier des adhésions immédiates. Il faut en tout
cas être assez mobile. On peut être parfois rebuté
par des poètes et justement c’est pour cela qu’ils
nous intriguent et nous intéressent… c’est comme
les comédies américaines au cinéma… Prendre un
poème parmi d’autres, ne pas tout lire, mais un
poème comme ça quand ça nous prend ; dans une
fréquentation qui doit être gratuite. Vous lisez trois
vers d’un poète, cela suffit pour nourrir une journée,
parfois beaucoup plus. Moi je fais comme ça, je le
dis franchement, très directement et j’en suis
heureux. Je ne prends pas de gros livres de poésie
que j’étudierais un stylo à la main, jamais ! Cela a sa
fonction, mais c’est autre chose. La vraie lecture de
la poésie, elle est dans cette liberté, absolument
intransigeante. Vous n’avez de compte à rendre à
personne pour la lecture que vous faites. Vous avez
le droit d’aimer ou de ne pas aimer. Vous avez le
droit d’être agacé, même si c’est un « grand » poète
ou qu’on dit tel ! Vous avez le droit de dire : ce qu’il
dit là, ça ne me concerne pas. Mais essayez de
vous donner ce luxe, et c’est un plaisir immense,
croyez-moi, de parcourir la poésie universelle, dans
l’histoire et dans le contemporain aussi, et dans des
langues différentes, en traduction (si vous lisez
Pablo Neruda en traduction, il n’est pas nécessaire
de lire dix poèmes pour comprendre que c’est
beaucoup mieux que beaucoup d’autres choses !
Que sa vision du monde, sa force d’évocation
passent à travers la traduction. Donc, pas de
scrupules avec des traductions). J’insiste là-dessus
parce que ce qui doit fonder votre geste pédagogique
c’est d’abord votre propre perception de la poésie
et votre bien-être dans la poésie. »
Texte publié en ligne sur l’excellent site internet
www.remue.net
Ripley Bogle
Ripley Bogle, c’est le fils
caché de Kérouac et
Bukowski : il habite en
Irlande, entre Guiness
et poésie. Dans son
acharnement à perdre, il y
a tout ce que les hommes
craignent : leurs hantises,
leurs gènes. De tout cela,
Ripley retire gloire, classe
et construit ainsi son mythe. La crainte de la
normalité montre toute l’hypocrisie de l’idéal
de réussite de nos sociétés modernes. Dans
cette ambiguité se situent aussi les éclats de
rire, les élans de conquête, les larmes : en
gros toute la vérité. « Ma mère est une pute,
mon père est un gros connard d’enfoiré de
merde », et j’ai abandonné tous mes rêves : ça
personne ne me le dira, ni Jean-Luc Delarue,
qui est si mignon, ni mon psy, pourtant si
compréhensif.
Alors on sert le poing, on ricane et on se dit :
« allez, rock’n roll… ».
Vincent
Ripley Bogle, de Rober t McLiam Wilson,
Paris, coll. 10/18, 2 003.
© Isabelle Simon
extrait de La Mouche qui lit, de J.-P. Siméon et
Isabelle Simon, Paris, Rue du Monde, 2 001
MACHINE à FEUILLES - 3 5
MACHINE à FEUILLES - 3 4
Lettres à mes enfants
LIRE AVEC LA VOIX DE L’AUTRE
Entretien avec Christian Lefaure,
lecteur malvoyant membre de l’association « Les donneurs de voix »
Christian Lefaure : Les choses se sont faites assez
bizarrement. Je dois tout d’abord vous dire que j’ai
dû cesser mon activité professionnelle, il y a 23 ans,
pour mal voyance. Nous vivions alors à Toulouse et
nous sommes venus à Limoges où nous comptions
passer notre retraite. J’allais régulièrement à
l’hôpital pour divers soins des yeux et j’y ai vu une
affiche pour la bibliothèque sonore. J’avais toujours
eu le goût de la lecture et, sans véritablement me
l’avouer, je comprenais peu à peu que je ne pourrai
plus jamais lire aussi librement. J’avais essayé
auparavant d’autres méthodes, notamment de
grosses loupes éclairées, mais ma déficience
visuelle était trop avancée pour cela. On m’avait
aussi offert des cassettes vendues en librairies,
mais elles se limitaient souvent à un simple résumé
de l’ouvrage. La découverte de la bibliothèque
sonore m’a redonné le moral : j’y ai rencontré des
personnes compétentes, tant pour la lecture à haute
voix que pour les conseils quant aux choix des
ouvrages parmi les 5 000 titres enregistrés. Je suis
vraiment heureux de participer à cette association.
Le plaisir de la lecture que j’ai retrouvé grâce à elle
est tel que je voudrais qu’elle soit mieux connue,
notamment auprès des opticiens et des
ophtalmologues.
MACHINE à FEUILLES - 3 6
J’ai d’abord commencé par des ouvrages que je
voulais relire, puis on m’a fait découvrir des auteurs,
en particulier des auteurs étrangers, comme
Stephan Zweig. Avant de connaître cette association,
je lisais presque exclusivement des auteurs français
alors que maintenant je lis aussi de la littérature
américaine et anglaise par exemple. Cette ouverture
a tout de même ses limites : j’ai tenté de lire un
roman policier d’un auteur chinois dont l’action se
passait à l’époque impériale : j’ai dû renoncer car je
me perdais dans les différents noms des
personnages.
D’autre part, petit à petit, il se crée entre nous,
les auditeurs, un lien basé sur le dialogue : nous
partageons nos expériences de lectures, en
conseillons d’autres. Je ne sais pas si j’aurais pu
supporter aussi bien ma déficience visuelle sans
cette association.
Je dois dire que la bibliothèque sonore a également
gagné en qualité de lecture : au début, certains livres
étaient assez mal lus ; cela n’est d’ailleurs pas facile
de lire à voix haute l’intégralité d’un ouvrage.
Aujourd’hui, les enregistrements sont vraiment de
bonne qualité.
MàF : En quoi est-ce différent de lire soi-même un
livre ou de le « lire » lu par un autre ?
Christian Lefaure : Cela m’a surpris moi-même,
mais c’est tout à fait différent. En effet, écouter un
livre demande une plus grande concentration.
Par exemple, si le personnage du roman est un
homme et que c’est une dame qui lit l’ouvrage,
il faut en permanence se concentrer pour garder en
tête ce personnage masculin. De même lorsque
plusieurs personnages interviennent, il faut suivre
ces changements portés par une même voix.
Je crois que lorsqu’on lit soi-même un livre
silencieusement, ces changements de personnages
et de point de vue se font naturellement et
inconsciemment.
Il y a une autre différence flagrante, c’est le lien
avec la personne qui lit : je veux dire par-là qu’on
sent fortement si la lectrice aime l’ouvrage ou non.
Je pense à un livre lu par Madame L. en particulier :
elle lit vraiment très bien, on sent qu’elle est
entièrement prise par sa lecture et nous entraîne
dans sa frénésie de mots. Dans un passage de
La soupe aux herbes sauvages d’Émilie Carles
(Le livre de poche, 1 981), l’héroïne, une institutrice,
est à la tête d’un mouvement de revendication
salariale : j’ai eu l’impression à ce moment-là que
l’intonation de la voix de la lectrice changeait et
qu’elle ne semblait pas apprécier l’action de
l’enseignante. Madame L. m’a ensuite confirmé
qu’elle n’appréciait pas du tout cette option militante
prise par l’institutrice !
J’ai ainsi pris l’habitude de m’isoler dans une pièce
de la maison pour « lire », environ trois ou quatre
heures par jour en été et un peu plus en hiver,
jusqu’à trois ouvrages par semaine. J’alterne
souvent entre des essais, des livres qui demandent
réflexion et concentration et des ouvrages plus
faciles comme des romans policiers.
MàF : Qui sont ces lecteurs qui prêtent leurs yeux
et donnent ainsi leur voix ?
Christian Lefaure : Avec l’habitude, j’arrive
maintenant à les reconnaître au bout de plus de
vingt années de lectures sonores ; ils ne sont pas
très nombreux, d’autant que les responsables de
l’association sélectionnent désormais assez
strictement les lecteurs. Il est vrai qu’il est
impossible de suivre correctement un ouvrage lu
par une personne qui annone, cherche ses phrases
ou oublie la ponctuation. Je connais environ
une vingtaine de voix différentes, dont la plupart
sont féminines.
Je dois dire que j’ai une prédilection pour certaines
voix mais les noms ne figurent jamais sur les
cassettes, on ne peut pas connaître le lecteur mais
on apprend à les reconnaître ; en outre, certains
sont très spécialisés, dans le roman policier, par
exemple. J’aime aussi beaucoup découvrir de
nouvelles voix.
MàF : Vous nous dites que vous « lisez » ces livres,
on sent que l’écoute d’un ouvrage demande de
s’abstraire complètement de l’extérieur, un peu
comme la lecture elle-même…
Christian Lefaure : Oui, maintenant que vous me
faites la remarque, en effet, je dis que je « lis » ces
livres car je suis vraiment concentré sur cette voix,
je m’isole dans une pièce où je ne fais que cela :
lire. C’est très différent vous savez
d’écouter un roman sur 25 ou
30 cassettes ou d’écouter la radio
ou de la musique d’une oreille
distraite. Je lis en ce moment le livre
De Gaulle mon père (de Philippe de
Gaulle, entretien avec Michel Tauriac,
Plon, 2 003) je vous assure qu’il ne
faut pas se disperser sinon je perds
tout de suite le fil de l’entretien.
MàF : Le contact avec le support
« livre » vous manque-t-il ?
Christian Lefaure : Oui, c’est ce qui me
manque le plus. Tourner les pages, les
toucher, me rapprochait me semble-t-il
de l’auteur. Je n’ai jamais été un lecteur
de livres de poche : le livre pour moi est
aussi un bel objet, avec un papier
agréable au toucher.
MàF : Qui sont les lecteurs qui se
rendent à la bibliothèque sonore ?
Christian Lefaure : Je ne les connais pas
tous, il faudrait que vous demandiez
directement aux responsables de
l’association. Pour les personnes
n’habitant pas Limoges ou ne pouvant se
déplacer, les cassettes leur sont envoyées
gratuitement à leur domicile.
La bibliothèque sonore s’adresse surtout
à des personnes ayant toujours eu le goût
de la lecture.
La bibliothèque sonore existe à Limoges depuis
1977 et propose à l’écoute plus de 5 000 titres.
Le site principal est dans l’école de la Monnaie :
36, rue Aristide-Briand à Limoges,
tél. : 05 55 79 49 79,
il est ouvert le lundi de 14 h à 18 h 30
et le jeudi de 14 h à 17 h.
Les donneurs de voix disposent également d’un
local ouvert au public au sein de la Bibliothèque
Francophone Multimedia de Limoges
(2, rue Louis-Longequeue, tél. : 05 55 32 01 97).
Il est ouvert le mardi et le jeudi de 14 h à 18 h.
Nicolas Bouvier
« Ce jour-là, j’ai bien cru tenir
quelque chose et que ma vie
s’en trouverait changée.
Mais rien de cette nature n’est
définitivement acquis. Comme
une eau, le monde vous traverse
et pour un temps vous prête ses
couleurs. Puis se retire et vous
replace devant ce vide qu’on
porte en soi, devant cette espèce
d’insuffisance centrale de l’âme
qu’il faut bien apprendre à
côtoyer, à combattre et qui, paradoxalement, est peut être
notre moteur le plus sûr. »
Cette phrase de Nicolas Bouvier, elle me reste en
bouche comme un bonbon doux et un peu acidulé,
je la laisse fondre doucement et, longtemps encore,
j’ai le goût dans la bouche.
Nicolas, il est voyageur et en plus partageur, il nous a
laissé la possibilité de l’accompagner le long de cette
quête de toute une vie ; à la recherche de cette symbiose
impossible entre le dedans et le dehors, le soi et l’autre ;
dans un Japon chargé d’histoire ou sous la tempête des
îles d’Aran, dans le délire des fièvres à Ceylan ou les
accidents de parcours vers la Kyber Pass.
Le 17 février 1998, je me suis retrouvé fort désappointé,
un peu déséquilibré et surpris qu’un tel voyageur fût mortel.
À Nicolas, un marcheur reconnaissant !
Lionel
L’Usage du monde, de N. Bouvier, Paris,
éditions Payot et Rivages, coll. Petite bibliothèque Payot, 2 001.
MACHINE à FEUILLES - 3 7
Marie-Laure Guéraçague et Olivier Thuillas pour
Machine à feuilles : Comment avez-vous pris
contact avec l’association des donneurs de voix et
leur bibliothèque sonore ?
L’UNION FAIT LA FORCE… DES LECTEURS
Association de lecteurs et clubs du livre en Limousin
Certains clubs de lecteurs sont plus organisés.
En Limousin, c’est en Creuse que l’on trouve les
plus actifs.
Rencontre avec deux d’entre eux : l’association
Lire en Creuse et le Club du Livre de Fursac.
MACHINE à FEUILLES - 3 8
«
Lire en Creuse est une jeune association de deux ans
qui rassemble déjà près de deux cents personnes du
département, qui prennent plaisir à lire, à raconter et
souhaitent partager ce plaisir et faire découvrir la
richesse que la lecture leur apporte dans leur vie, dans
leur champ de travail, dans leur commune auprès de tous
publics (passionnés, intéressés, empêchés ou en
difficulté…). Qui sont ses adhérent(e)s? Des animateurs
d’accompagnement scolaire de Centres de Loisirs, de
Maisons de retraite, des bénévoles d’autres associations
comme Lire à l’Hôpital, Lire et Faire Lire, des enseignants,
des éducateurs de jeunes enfants, des bibliothécaires, du
personnel hospitalier, des bénévoles et professionnels des
bibliothèques du département, des formateurs, des retraités,
des élus… La plupart adhèrent à l’occasion d’une sortie,
d’un stage, d’une journée d’information organisée par l’association ou lors de rencontres avec des membres militants.
Au départ de Lire en Creuse, il y a eu la volonté d’ouvrir
une association existante Les Amis de la BDP, dont les
objectifs étaient très proches de ceux de cette structure.
Celle-ci organisait déjà des sorties et rencontres, elle
avait mis en place une centrale d’achat de matériel pour
les petites bibliothèques et des formations, mais elle ne
touchait que les bénévoles et professionnels des
bibliothèques du département et leurs proches.
À présent, il y a surtout l’envie de créer une dynamique
sur le département pour promouvoir le livre et la lecture
pour tous les publics. De nombreuses personnes étaient
déjà désireuses d’agir ensemble au sein d’un groupe
informel « Lecture et petite enfance » rassemblé autour de
la Bibliothèque départementale à la suite de différents
stages. Ses membres se sont portés volontaires pour
animer un « coin lecture » où les plus jeunes et leurs parents
peuvent se faire raconter des histoires, dans les différentes
« Fêtes du Livre » du département qui le souhaitent.
À travers ce type d’actions, simples à mettre en place,
les membres de Lire en Creuse montrent, mieux qu’avec
un long discours, ce que peuvent apporter comme plaisirs
aux enfants et parents ces échanges autour du livre.
Mais il est besoin aussi quelquefois de « discours » tout au
moins d’échanges et de théories, c’est ainsi que Lire en
Creuse organise un forum tous les deux ans. En 2002, la
rencontre « Quelles lectures pour les seniors » a provoqué
de nombreuses réflexions locales. Plusieurs communes
(Genouillac, La Souterraine, mais il faudrait les citer
toutes!) ont ensuite mis en place un service de portage à
domicile auprès de personnes empêchées, ont organisé
des séances de lecture à voix haute dans la maison de
retraite voisine et facilité les contacts intergénérationnels.
Cette année, en novembre, le forum aura pour thème
« Quelles lectures pour les tout petits? » avec une
conférence-débat de Patrick Bensoussan, pédopsychiatre,
intitulée « Il faut lire des livres aux tout-petits », des échanges
de pratiques de parents, d’éducateurs de jeunes enfants,
de bibliothécaires et la participation d’une conteuse,
Françoise Diep, qui a déjà encadré plusieurs stages « Conter
aux tout-petits » pour les membres de Lire en Creuse, mais
qui, cette fois, viendra conter à ce public.
Lire en Creuse organise aussi des sorties conviviales à
des salons du livre ou d’autres manifestations, cette année
le salon de la BD à Angoulême, Nohant et le musée de
La Châtre, pour le bicentenaire de la naissance de George
Sand, le Salon du Livre de Paris et la foire du Livre de Brive.
Ces sorties permettent de faire mieux connaissance et de
rencontrer des gens nouveaux. Le temps du voyage est
propice pour échanger des informations et des expériences.
L’association propose des formations, co-organisées avec
la Bibliothèque départementale, à partir des besoins
exprimés en assemblée générale ou lors des rencontres.
La vraie richesse de celles-ci, outre la qualité recherchée
des intervenants, c’est le public qu’elles rassemblent;
Lire en Creuse est le seul lieu où des expériences de vie et
de travail très différentes peuvent s’exprimer, faire avancer
une réflexion commune et apporter de nouvelles idées pour
mettre en place d’autres activités. Après des stages de
jeux d’écriture et de lecture, de fabrication de livres animés,
ont été proposés la lecture en partage, l’art du conte, les
pratiques culturelles des adolescents. Lire en Creuse
souhaite fédérer les initiatives autour du livre et de la
lecture des différents acteurs individuels, collectifs et
institutionnels du département; elle est accompagnée et
soutenue par le Conseil général de la Creuse, la
Direction départementale de la jeunesse et des sports,
la Caisse d’Allocations Familiales de la Creuse et la
Direction régionale des affaires culturelles. Elle travaille
dans une concertation étroite avec la Fédération des
œuvres laïques, l’Union Départementale des Associations
Familiales et bien d’autres associations d’éducation
populaire ou de soutien à domicile. La Bibliothèque
départementale de la Creuse lui apporte son soutien
logistique et à travers différents membres de son équipe,
eux-mêmes adhérents actifs, une force de propositions
et d’intervention si le besoin s’en fait sentir. »
Club du Livre de Fursac
« Notre expérience de bénévoles attachés à la vie de la
bibliothèque et de l’association du Club du livre à Fursac
(Creuse) s’est constituée à partir des goûts, des intérêts,
des opinions des uns et des autres, avec une visée pluraliste,
dans le but de donner à découvrir une grande diversité de livres
à des publics de tout âge. Acheter les livres ou emprunter ceux
de la Bibliothèque départementale suppose que nous nous
questionnions, cherchions des idées, des critères de choix,
guidés par nos échanges avec les lecteurs. Lorsque nous
invitons un auteur à rencontrer ses lecteurs, nous avons
toujours le souci de proposer la lecture préalable de ses écrits.
Ce fut le cas pour Jean-Guy Soumy, Georges Coulonges, Pascale
Lemée, Pierre Courtaud etc. La rencontre avec ce dernier fut
précédée d’une soirée de lectures et de discussions à partir
des livres mis en circulation. Soirée animée, questionnements
multiples, l’œuvre n’étant pas d’un accès aisé. La rencontre du
poète-éditeur avec un public réceptif donna lieu à des échanges
passionnés et enrichissants.
Cela explique une présence non négligeable de la poésie à la
bibliothèque ainsi qu’à nos « Journées du livre » organisées
chaque année dans le cadre de « Lire en fête ». L’organisation
de ces journées à visée majoritairement régionale nous fait
découvrir bien des potentialités créatrices; et la présence dans
notre équipe de personnes ayant elles-mêmes une activité
d’écriture (poésie, histoire) nous sensibilise à cette ouverture.
Autre ouverture: des rencontres informelles où chacun, s’il le
souhaite, peut parler d’un livre aimé dont il lit des extraits.
Redécouverte d’un livre du passé ou découverte d’une forme
contemporaine inconnue, le plaisir est dans le partage et il
s’accroît de la libre diversité des approches. Pour celles d’entre
nous qui s’attachent plus particulièrement à la lecture auprès
des résidents de la maison de retraite de Fursac, le souci de
l’autre prend un caractère spécifique: il faut semaine après
semaine trouver ce qui va intéresser ce public – fidèle – d’une
dizaine de personnes, leur rappelant leur vie, les distrayant et
leur ouvrant d’autres horizons. Autre public spécifique :
les enfants: la sélection des albums comme objets-livres beaux
à regarder et à manipuler; l’heure du conte comme éveil au
plaisir partagé de la lecture par son oralisation et préparation à
l’autonomie de la lecture solitaire. Une fois encore s’émerveiller
de la diversité des choix. N’oublions pas le côté bibliophile et
collectionneur: notre « Bourse aux livres » annuelle, occasion
pour chacun de dénicher sa perle rare et, pour la bibliothèque,
de s’étoffer à prix modestes. Nous soulignerons enfin notre
participation au Comité de lecture des nouveautés de
septembre/octobre auquel nous convions les lecteurs
intéressés: incitation à suivre l’actualité littéraire en même
temps que stimulation à la lecture qui rejoint l’apport culturel
remarquable des journées de formation offertes aux bénévoles des bibliothèques par la Bibliothèque départementale.
Renseignements: Manie Pieron, tél.: 0555522138 ou
Bibliothèque départementale de la Creuse: 0544302626.
Renseignements : Club du Livre de Fursac,
Mairie, 23 290 Saint-Etienne-de-Fursac
Ainsi, avec nos limites qui sont souvent celles du temps
dont nous disposons, essayons-nous, à notre échelle,
de faire en sorte que la lecture devienne l’affaire de
tous, ce dont nous sommes nous-mêmes
considérablement enrichis. »
Georges Gerfaut
« Il n’y a pas moyen de
dire avec précision
comment ça va tourner,
les choses, pour Georges
Gerfaut. Dans l’ensemble,
on voit comment ça va
tourner, mais avec
précision, on ne voit pas. »
J’aurais pu choisir parmi des tas de personnages
fascinants, flamboyants, très drôles ou très émouvants.
J’ai finalement choisi Georges Gerfaut, parce que c’est
un type tellement ordinaire — il n’a aucune des qualités
qui distinguent les personnages remarquables des gens
comme vous et moi. C’est juste un homme moyen,
même pas très sympathique, que le hasard a choisi
pour vivre une aventure extraordinaire. Mais ce qui est
intéressant avec Manchette, c’est que cette aventure
extraordinaire (en gros, il va être amené à tuer plusieurs
personnes, d’abord pour se protéger, puis pour se
venger) ne va pas du tout le transfigurer, comme on
aurait pu s’y attendre. Au contraire, Georges Gerfaut est
le même, au début et à la fin du livre. Il tourne autour de
Paris, sur le périphérique, un peu ivre, il écoute du jazz.
Georges Gerfaut a une vie banale. Cadre moyen,
Il gagne pas mal d’argent, sa femme est brillante est
belle, il s’ennuie. Il va chaque année en vacances à
Saint-Georges-de-Didonne: « Chaque année je trouve
ça pire, pourtant ça ne l’est pas. » Georges Gerfaut vit
sa vie mais ressent parfois un brusque dégoût des
choses, une lassitude qui ne s’explique pas. Il est
déterminé par son entourage et sa place dans les
rapports de production, comme tout le monde, mais
lui en a peut-être un peu plus conscience que les
autres. (Ce qui ne lui est d’aucune utilité.)
C’est toute la force de Jean-Patrick Manchette, de
prendre à revers le roman initiatique. Ici, il s’agit bien
d’une expérience inouïe, mais rien ne change,
finalement. Georges Gerfaut reste « froid, au fond »,
comme il nous arrive à tous de l’être dans des
circonstances où nous sommes censés réagir.
Cela n’est palpitant que pour le lecteur. C’est en cela
que je trouve ce personnage attachant: il n’a rien
d’exceptionnel, et même la littérature ne le rend pas
exceptionnel. À la fin du livre, il reprend le cours de sa
vie. « Une fois, dans un contexte douteux, il a vécu
une aventure mouvementée et saignante; et ensuite
tout ce qu’il a trouvé à faire, c’est rentrer au bercail. »
Je n’ai pas vu le film qui en est tiré, Trois hommes à
abattre, avec Alain Delon, mais je suis sûr que ce
n’est pas Georges Gerfaut. Alain Delon aura
sûrement tiré son personnage vers l’héroïsme,
mais Georges Gerfaut n’est pas un héros. Il est
juste, comme le dit Manchette, un homme « de son
temps, et aussi de son espace ».
Jean
Georges Gerfaut dans Le petit bleu de la côte Ouest,
de Jean-Patrick Manchette, Paris, Gallimard, coll. Folio, 1 991.
MACHINE à FEUILLES - 3 9
La diversité de notre paysage éditorial, qui nous offre
chaque année plus de 40 000 nouveautés, permet à
chaque lecteur de trouver son bonheur, ou au moins
de le chercher ! En effet, à force de crouler sous les
nouveautés, certains renoncent à choisir et errent,
désabusés, dans les rayons surchargés des librairies.
D’autres, plus téméraires, se regroupent en clubs
informels, afin de présenter leurs coups de cœur aux
autres et de se prêter les ouvrages. Il en va ainsi pour
Mme G., de Condat-sur-Vienne, qui profite de la rentrée
littéraire pour convoquer neuf de ses amies : chacune
présente deux livres qu’elle a aimés, les lance dans ce
petit circuit privé, et lit chaque mois deux nouveaux livres.
« LES HISTOIRES QUE JE LIS
SONT UNE RALLONGE À MA PROPRE VIE…»
Phèdre
Entretien avec Jean-Claude Roulet,
MACHINE à FEUILLES - 4 0
Olivier Thuillas pour Machine à feuilles : Comment
avez-vous découvert la lecture ?
Jean-Claude Roulet : Il n'y avait pas beaucoup de livres
chez moi, mais ma mère avait déjà le goût de la lecture.
C'est avec elle que j'ai appris à lire et à écrire, avant
même d'apprendre la lecture à l'école. J'ai le souvenir
d'avoir beaucoup lu « Le Populaire du Centre » chez
mes oncles pendant les vacances. Un des premiers
livres qui m'ait marqué, c'est La Guerre du feu 1 :
je devais avoir sept ou huit ans, je l'ai ressenti comme
un livre à la fois érotique et poétique. J'aime encore
beaucoup ce livre, je le fais parfois étudier à mes élèves.
En tout cas, la lecture m'a tout de suite plu, mais je
ne suis devenu boulimique de livres que plus tard, à
l'adolescence; vers quinze ou seize ans, lorsque je suis
entré à l'École normale d'instituteurs. J'avais là-bas une
bibliothèque plus fournie. J'avais décidé de lire tous les
livres de la bibliothèque par ordre alphabétique, ce
qui n'était pas très gentil pour Zola ! J'ai lu Edmond
About, Marcel Aimé… mais je me suis arrêté au A !
C'est à cette époque que j'ai commencé à noter
tous les livres que je lisais, avec des appréciations.
J'en lisais finalement moins que maintenant : entre
cinquante et soixante par an, alors que j'en lis
aujourd'hui en moyenne un chaque jour. Je suis
content d'avoir fait cela car je sais aujourd'hui que
j'en ai lu environ 13 000. Je me rends compte que
je lis aussi beaucoup de livres en espagnol – j'ai été
professeur d'espagnol – et en occitan. Mais je lis
environ sept livres sur dix en français.
Puisque vous préparez un numéro de votre revue sur
la lecture, je dois vous dire que je trouve bizarre qu'on
parle sans cesse de « lecteur » : étymologiquement,
ce terme est faux, on devrait parler de « liseur ».
Celui qui lit pour lui seul est un liseur, le lecteur,
au contraire, lit pour les autres, à voix haute.
Je crois aussi qu'on ne lit jamais vraiment un livre,
on ne fait que relire : le premier lecteur d'un livre,
c'est son auteur, puis viennent l'éditeur, les
correcteurs : on ne fait que marcher sur leurs pas.
D'ailleurs, « relire » est l'anagramme de « relier » :
quand je lis un roman, je fais tout de suite le lien
avec un autre roman, un livre me renvoie souvent
à un autre livre. Je fais en quelque sorte des
« lectures buissonnières ». J'ai eu une enseignante
qui me disait que je faisais des « lectures rêveuses »,
je crois que c'est tout à fait vrai. Parfois, je photographie simplement les mots, et je me rends compte
au bout de trois pages que je m'étais inventé ma
propre histoire, je lis hors du livre, dans ma tête.
De même avec les décors décrits dans les livres :
je les superpose avec des lieux que je connais,
je les mélange avec mon propre décor.
La lecture est pour moi un véritable dialogue avec
l'auteur, les histoires que je lis sont une rallonge à ma
propre vie, c'est ce qui fait que je ne peux pas me passer
des livres, que j'ai « ce vice impuni de la lecture ».
MàF : Votre maison est véritablement remplie de
livres. Au-delà de la lecture, vous semblez avoir un
rapport très étroit à l'objet « livre », qu'en est-il
exactement ?
Jean-Claude Roulet : J'aime acheter les livres,
les avoir pour moi, ils me sont nécessaires.
Chez moi ils sont en tas, occupent la place, partout,
pleins de poussière, mais je sais où ils se trouvent
et je n'aime pas qu'on les abîme. Il est vrai que
j'aime avoir beaucoup de livres autour de moi, j'ai un
rapport compulsif à ces objets. Ma belle-sœur me
disait, à la fois effrayée et admirative devant la
masse de mes livres, qu'elle croyait que j'avais
« tous les livres du monde » ! En réalité, plus je lis,
plus je me rends compte que je n'ai rien lu ! J'ai un
programme de lectures qui change en permanence,
j'ai des lacunes énormes : je n'ai jamais lu la Bible
en entier, ni le Coran, ni L'Éducation sentimentale de
Flaubert. Les gros lecteurs que je connais ne jurent
que par À la recherche du temps perdu ; pour ma
part, j'ai du mal à lire Proust, j'étouffe, j'ai
l'impression de devenir asthmatique.
MàF : Lisez-vous des livres qui ne vous
appartiennent pas, des livres qu'on vous prête ou
empruntés à la bibliothèque ?
Jean-Claude Roulet : Non, très peu. On me prête peu
de livres parce que les gens pensent que je les ai tous
et je ne vais pas dans les bibliothèques car je ne
pourrais pas rendre les livres empruntés, il faut que
je les aie sous la main au cas où je voudrais retrouver
un passage. Tout cela fait que je m'y perds un peu dans
tous ces livres, je dois en avoir plus de 30 000 et
c'est un vrai casse-tête pour les classer et les ranger.
MàF: Vous avez tout de même un rapport de possession
très fort aux livres, au fond, pour qu'un livre vous
plaise, il faut d'abord qu'il vous appartienne…
Jean-Claude Roulet : …oui, c'est vrai. En fait j'aurais
aimé être bibliothécaire, pour avoir tous les livres et
renseigner les autres. Mais au fond, je suis plus
attiré par les librairies que par les bibliothèques.
La Guerre du feu , de Rosny-Aine J-H, Paris, Nathan,
Les grands classiques Nathan, 2 002.
1
MàF : Est-ce qu'il vous arrive de penser
que les livres vous absorbent, vous
mangent, en quelque sorte ?
Jean-Claude Roulet : Oui, il y a un peu de
ça… à force de manger du chocolat, on
devient chocolat ! Mais ça ne me dérange
pas. Souvent, je corrige des copies ou je fais
le ménage, et je m'arrête au milieu parce que
j'ai envie de lire. Cette semaine, je n'ai pas lu
beaucoup, seulement sept livres, mais j'ai fini
la correspondance de Simone de Beauvoir avec
Jacques-Laurent Bost 2, et c'est assez long.
J'essaie en général de lire un livre par jour,
Phèdre, de Jean Racine, Paris, Bordas,
soit au moins trois heures. Je lis partout et à Coll. Classiques Bordas, 2 003.
n'importe quelle heure, des livres bien sûr,
beau, musical, comme une symphonie. Je suis aussi
mais aussi des magazines, des revues…
boulimique de certains auteurs dont j'essaie de lire
tout l'œuvre : Suzanne Prou, Violette Leduc, Simone de
MàF : Votre passion des livres vous a-t-elle empêché
Beauvoir, Albert Camus, Jean Giono, Nathalie Sarraute
de faire d'autres choses, de rencontrer d'autres gens?
mais aussi Yasunari Kawabata, David Garnett, Jorge
Luis Borgès, Federico Garcia Lorca, Dino Buzzati et bien
Jean-Claude Roulet : Oui, c'est sûr. Les livres, ce n'est
d'autres. Depuis quelques années, je me passionne
pas la vie, ce n'est qu'une lecture de la vie ; mais je
aussi pour la littérature scandinave : Selma Lagerlöf,
suis heureux comme ça. C'est ma priorité, la chose la
plus naturelle. Je suis toujours agacé lorsque les gens Arto Paasilinna, Gunnar Gunnarson, Tarjei Vesaas entre
autres. Je lis beaucoup de théâtre et de poésie. J'aime
me disent « ah, j'aimerais bien lire, mais je n'en ai pas
aussi certains livres pour leur format ou le grain du
le temps ». Je crois qu'ils n'ont en réalité pas vraiment
papier : j'adore les livres de petit format par exemple.
envie de lire, le temps, on le trouve toujours. Mais j'ai
d'autres passions que la lecture : l'étude des langues
étrangères, le jardinage et la cuisine. J'agis de la
MàF : Est-ce que vous aimez les auteurs qui parlent
même manière avec mes autres passions : je suis
du Limousin ?
aussi boulimique dans ces activités-là, je ne peux
pas m'arrêter quand je commence.
Jean-Claude Roulet : C'est vrai que j'ai une passion
pour l'œuvre de Simone de Beauvoir qui passait ses
MàF : Quels auteurs ont votre préférence ?
vacances près de chez moi, ici, à Saint-Germain-lesBelles. Pour les auteurs limousins, ma préférence va
à Marcelle Delpastre. Bien entendu, je suis touché
Jean-Claude Roulet : J'aime les écrivains un peu fous.
lorsque quelqu'un écrit sur des endroits que je connais.
Je veux dire par-là que je crois qu'un bon écrivain ne
Mais je n'aime ni Richard Millet, ni Pierre Bergounioux :
doit pas être trop intelligent, trop subtil. C'est à cette
condition, je crois, qu'il peut inventer un monde, créer ils m'insupportent par leur snobisme parisien; ils voient
le Limousin comme une terre d'arriérés, de sauvages,
une langue, sans comprendre obligatoirement tout ce
un pays figé dans la fin du XIXe siècle. Ils parlent
qu'il écrit. Un des écrivains français que je préfère,
Pascal Quignard, s'égare parfois dans ses Petits Traités 3, d'un faux Limousin. Ils vivent à Paris, c'est leur droit,
il avoue lui-même ne pas toujours bien savoir où il va. mais qu'ils ne viennent pas nous parler d'un pays
qu'ils ne connaissent pas ! Je leur préfère un auteur
J'aime beaucoup aussi Pierre Guyotat, qui est illisible
pour la plupart des gens, il écrit dans une langue qui comme Pierrette Fleutiaux, qui parle de Limoges
d'une manière plus simple et plus vraie dans
n'est plus du français : il a été traumatisé par la
Guerre d'Algérie4 et écrit dans un mélange de français Des phrases courtes ma chérie 5 ou qui, bien
et d'arabe. C'est à la fois difficile à lire et extrêmement
qu'originaire de la région, parle de pays imaginaires.
2
Correspondance croisée : 1937-1940, de Simone de
Beauvoir et Jacques-Laurent Bost , Paris, Gallimard, 2 004.
3
Petits traités, de Pascal Quignard, éditions Maeght, 2003,
8 tomes parus
Tombeau pour cinq mille soldats, de Pierre Guyotat, Paris,
Gallimard, coll. L’Imaginaire, 1 980.
5
Des phrases courtes ma chérie, de Pierrette Fleutiaux,
Arles, éditions Actes sud, 2 001.
4
MACHINE à FEUILLES - 4 1
enseignant et « liseur ».
« J'ai dix ans. L'été à la campagne n'en finit pas,
je m'ennuie, je lis. Une voisine m'a prêté ses “petits
classiques” et je fais connaissance avec les grandes
dames de la tragédie. Celles qui disent “non”. Celles
qui sont déchirées entre l'Amour et la Raison d'État.
Antigone. Phèdre. Autour de moi, les femmes s'activent.
À la maison, aux champs, à l'église. Elles parlent peu, le plus souvent
en patois. Mes héroïnes, elles, ne sont que langage, elles sont riches
d'une langue qui n'est pas la mienne. Phèdre déclare son amour à
Hippolyte. En alexandrins, mais cela, je ne le sais pas encore :
“J'aime. Ne pense pas qu'au moment que je t'aime
innocent à mes yeux je m'approuve moi-même.”
Je retiens mon souffle, sûre du désastre. Je ne sais pas encore
ce que transgresser veut dire, mais je comprends à quel point
cette passion est illégitime.
“Et d'un refus cruel l'insupportable injure
N'était qu'un faible essai du tourment que j'endure”
Près de moi, aucun bel Hippolyte ne trouble le paysage, mais je
deviens Phèdre. C'est mon secret, je me cache, je cache mes
livres, je me tais ».
Nadine
« ON S’INVITE…» POUR LIRE
Par Sylvie Gasnier-Colas,
conseillère d’Éducation populaire et de jeunesse,
Direction départementale de la jeunesse et des sports (DDJS) Morbihan.
Tout autour de la petite ville de Redon, un besoin de
lecture se faisait ressentir, un besoin de rencontres
également. Le seul petit problème rencontré alors,
se cachait derrière les mots : isolement,
éloignement, habitat diffus etc… Comme dans
toutes nos campagnes…
Alors au cours d’une discussion entre un directeur
convaincu, des animateurs et moi-même (conseillère
éducation populaire et de jeunesse), une idée
saugrenue a germé « Pourquoi ne pas faire de la
lecture chez l’habitant ? »
Cette proposition d’animations à domicile a fait
son chemin dans nos têtes et a été confiée à
Pascale Leroul (Médiatrice en formation,
Bibliothèque de Redon).
Notre projet tenait en quelques mots :
« Animations à domicile pour développer et
adapter des animations culturelles en milieu
rural diffus, favoriser le lien social entre les
habitants sur les quartiers et les hameaux
et introduire le livre et le jeu comme support
ludique et relationnel au sein de la cellule
familiale ».
Ces quelques formulations ont donné la suite :
« On s’invite… »
Les ateliers « histoires » sont des séances de
lecture à domicile. Une idée de réunion « tuperware »
mais sans rien vendre, juste des histoires,
des livres et du plaisir à partager. Un groupe de
lecteurs volontaires et motivés a été constitué
(parents, instituteurs, personnels des bibliothèques,
MACHINE à FEUILLES - 4 2
Philémon
Le « Philémon » de Fred
ne doit rien à « Augustin
Meaulnes » et l’« Aliocha »
des Frères Karamazov peut
bien faire le grand littéraire,
il est moins drôle
qu’« Achille Talon » qui est
moins méchant
qu’« Iznogoud ». Impossible
de faire un choix. J’ai trop
compté et recompté les
pièces de mon argent de
poche hebdomadaire, assis devant le magasin, pour ne pas donner une
place à « Rahan », qui arbitrait avec fougue les conflits préhistoriques
et à « Bleck le Roc », courageux trappeur canadien. Si je ne peux choisir
entre « Gregor Samsa » et « Joseph K. » c’est que Franz K. a deux têtes
de plus que moi. « Raskolnikov » m’a dégoutté des envies criminelles,
« Lauve le pur » du métier d’enseignant, « Thérèse Desqueyroux » des
vacances au milieu des pins et « Emma Bovary » d’une union
prometteuse avec une doctoresse de campagne. Je sais bien qu’« Anna
Karénine » n’existe pas en vrai mais je la cherche encore parfois, je
sais aussi qu’« Obelix » est inventé mais un jour viendra où je mordrai à
pleine bouche dans un savoureux sanglier rôti. En fait, tout a
commencé avec Tistou-les-pouces-verts, lu avec mes propres yeux,
mais, au fond, je préfère Fanette est mal lunée que je lisais dans les
yeux de ma mère.
Olivier
animateurs ou assistantes maternelles) et formé
avec les interventions des personnes suivantes :
• Evelyne Resmond-Wenz de l’association ACCES
ARMOR des Côtes d’Armor, qui se déplace dans
un véhicule aménagé pour colporter des histoires
et des comptines pour le plaisir des bébés et de
leur entourage dans des lieux parfois inattendus.
Elle a animé plusieurs séances de préparation sur
le choix de livres et de lecture à haute voix. Elle a
encouragé chaque participant à présenter ses
coups de cœur et à jouer avec les albums (rythme
des mots, illustrations etc…).
• L’association « Lire et faire lire » du Morbihan,
a également encadré une demi-journée de
formation-sensibilisation.
• Juliette Campagne de l’association « Lis avec moi »
est également intervenue, dans les écoles
maternelles et primaires en lien avec les
enseignants. Les parents ont été invités à venir
écouter des histoires avec leurs enfants et
également à venir lire aussi.
• Gigi Bigot, conteuse, marraine du projet
« Dis, raconte » nous a également prêté main-forte
et a encadré trois soirées comme guide dans
l’univers du conte.
Le témoignage de notre médiatrice :
« Un samedi après-midi à Béganne, six adultes
et dix enfants étaient présents…
J’avais emballé chaque panier de livres dans du
papier cadeau fermé par un gros ruban. Les deux
gros cadeaux étaient posés au milieu de la pièce et
attendaient que chacun arrive et s’installe.
C’est dans la cuisine près du feu de cheminée,
sur des poufs, des chaises ou des fauteuils que
s’est déroulée l’animation. En ouverture, j’ai raconté
« Préférerais-tu » de John Burmingham pour
permettre à chacun de participer.
Puis, j’ai présenté et lu plusieurs albums au groupe
avant d’inviter chacun à faire son choix pour lire
individuellement ou se faire raconter des histoires.
Un magnifique goûter a clôturé cet après-midi très
convivial qui a duré plus de deux heures.
Les hôtes étaient des bénévoles de la bibliothèque
de Béganne et en ont profité pour inviter les parents
à participer aux actions de la bibliothèque.
Cette proposition s’est renouvelée chez des hôtes
très différents et parfois plus éloignés du livre.
Cette expérience d’animation à domicile est très
enrichissante et permet de tisser des liens
d’échange et d’écoute entre les participants. »
Cette opération « On s’invite » était inscrite dans un
programme plus large « Dis, raconte » mis en place
sur le canton d’Allaire par la Fédération d’Animation
Rurale du Pays de Vilaine, programme qui s’est
étalé de novembre 2001 à mars 2003, alliant des
expositions, des formations et des animations
dans un objectif de travail autour de la création et
de la transmission.
Programme très apprécié des habitants qui se
sont déplacés à travers le canton et ont apprécié
l’organisation d’animations de proximité,
entièrement gratuites, à des horaires favorisant
les sorties familiales. Toutes les générations ont
été accueillies : bébés, enfants, parents et
grands-parents, tous sont venus jouer avec leurs
sens, plonger au cœur des histoires, écouter des
conteurs et partager le plaisir de jouer avec les mots
et les mondes imaginaires.
La reconnaissance du territoire par le biais
d’animations culturelles et sociales a permis de
tisser un réseau d’acteurs qui trouvent dans le
partenariat une complémentarité pour mener à bien
des actions visant à rompre l’isolement des familles.
Après un bilan très positif de toutes ces animations,
le programme « Dis, raconte » se poursuit sur
l’année 2004 avec une équipe nouvelle et des
actions différentes.
MACHINE à FEUILLES - 4 3
Il était une fois, une aventure pas
comme les autres, dans un petit coin
nommé « le pays de Vilaine… »
«TERRE DE LECTEURS»
Par Pierre Mabrut,
inspecteur à la Direction régionale de la jeunesse et des sports du Limousin.
BIBLIOGRAPHIE
Une sélection de livres
sur la lecture et les lecteurs
Par Pierre Bacle.
MACHINE à FEUILLES - 4 4
L
L’expérience « Terre de lecteurs » s’est fédérée
autour de deux temps forts, lors de deux stages de
réalisation : « Je lis en t’écoutant » en 2002,
en Aubrac, et « Les voix du territoire », programme
de formation éclatée de 2002 à 2003 traçant un
parcours de la Chaise-Dieu en Haute-Loire, à Faux-LaMontagne en Creuse, en passant par les journées de
la poésie de Rodez et le festival « Billom en voix »
dans le Puy de Dôme.
Les stages de réalisation sont des temps de
formation-création, aux termes desquels les
stagiaires présentent leurs travaux au public.
Initiés par Jean Vilar dans le domaine théâtral,
les stages de réalisation se perpétuent au sein
du Ministère en charge de la Jeunesse autour de
quelques projets phares comme les rencontres
théâtrales créées par Robin Renucci à Corte.
Leur spécificité réside dans le souhait de faire se
rencontrer des personnes issues des milieux sociaux
et professionnels les plus diversifiés autour d’une
expérience de création artistique collective.
Enid
Blyton
Petite, c’est
Enid Blyton qui
m’a fait tomber
dans la marmite. À cause d’elle, j’ai failli étouffer
plus d’une fois, cachée sous mes couvertures
avec ma lampe de poche car ma mère
m’interdisait de lire trop tard le soir…
Puis, j’ai découvert le préfabriqué qui abritait
la bibliothèque de ma ville et au fil des années,
j’ai épuisé les auteurs : Troyat, Pagnol, Vian,
Maupassant, Dard et tant d’autres. C’est peutêtre pour combler cette boulimie que je suis
devenue bibliothécaire, la seule façon pour moi
de ne pas respecter le règlement drastique des
bibliothèques (durée de prêt, nombre de livres à
emprunter et toutes ces horreurs !).
Depuis, il y a toujours un livre dans mon sac,
qu’il soit à dos, de plage, à main ou à malice.
Ça me permet de lire partout, quand l’envie
survient. Ah ! le nombre de coups de klaxon au
feu rouge (zut, encore 3 lignes pour connaître
l’assassin… m’agacent…) ou de stations de
RER bêtement ratées…
Isabelle
Ainsi les 43 stagiaires qui ont pu travailler sur les
questions de techniques vocales, de mise en scène
de la lecture, de recherche sur les prétextes de
lecture, de lien entre lecture, écriture et poésie,
sont d’origines professionnelles multiples :
animateurs socioculturels, enseignants, infirmières,
aides- éducateurs, comédiens, bibliothécaires,
retraités, conteurs…
À ce titre l’expérience « Terre de lecteurs » s’inscrit
dans une démarche d’éducation populaire affirmée.
Michèle Petit dont les travaux sur la place de la
lecture dans la construction de soi ont fédéré et
initié le collectif illustre cette rencontre entre lecture
et éducation personnelle : « …c’est cet appel d’un
autre lieu, cette ouverture à l’inconnu, qui éveille le
désir, la curiosité, l’intériorité des lecteurs et
lectrices. Il y a ainsi une curieuse conjonction du
dépaysement et de la reconnaissance de soi… ».
(Michèle Petit, In : Éloge de la lecture :
La Construction de soi, Paris, Belin, 2 003.)
• Histoires d'en lire,
par Michael Handelzalts, traduction de Katherine
Werchowski, Paris, Gallimard, coll. Arcades, 2 001.
• Esquisse d'un discours sur
par Baptiste Marrey, Cognac,
Le Temps qu'il fait, 1 986.
• Qui a lu petit, lira grand,
par Rolande Causse, Paris, Plon,
coll. La grande ourse, 2 000.
• Bouquiner (autobiobibliographie),
par Annie François, Paris, éditions du Seuil, 2 000.
• Sur la lecture,
par Marcel Proust, Paris, Librio, 2 000.
• Lector in fabula (le rôle du lecteur),
par Umberto Eco, traduction de Myriem Bouzaher,
Paris, Grasset, 1 985.
• Le
Métier de lire (réponses à Pierre Nora,
d'Apostrophes à Bouillon de culture),
par Bernard Pivot, Paris, Gallimard, coll. Folio
(nouvelle édition augmentée), 2 001.
le livre,
• Le Mal de Montano,
par Enrique Vila-Matas, traduction d’André
Gabastou, Paris, Christian Bourgois éditeur, 2 003.
• Ils m'ont dit qui j'étais,
par Mazarine Pingeot, Paris, Julliard, 2 003.
• En lisant, en écrivant,
par Julien Gracq, Paris, José Corti, 1 980.
• Ce Vice impuni, la lecture,
par Valery Larbaud, Paris, Gallimard,
coll. Blanche, 1 925.
• Si
par une nuit d'hiver un
voyageur,
L’orthographe
L’orthographe et moi, ça a toujours fait deux,
voire trois ou quatre (je ne suis pas très copain
avec les mathématiques non plus). Je me souviens
pourtant avec un certain plaisir des dictées que l’on
nous faisait faire à l’école. Le plus dur était de ce
faire à l’idée que j’allais encore ramasser un carton.
Pour survivre, l’homme arrive à supporter des
choses bien pires, j’y parvenais donc, repoussant
dans un futur que j’espérais lointain la découverte
fatale d’un résultat affligeant. En attendant, on nous
lisait un texte généralement issu d’un roman, et ça,
c’était vraiment super. Nous n’avions connaissance
ni de ce qui précédait, ni de la suite de l’histoire et
c’était justement ce qui était passionnant. Il y avait
généralement dans ces textes suffisamment
d’éléments pour démanger mon imagination.
Comme je ne m’améliorais pas, on insistait :
des dictées, je peux dire que j’en ai fait. Depuis,
j’ai quitté le système scolaire sans avoir réussi à
progresser en orthographe, mais j’aime toujours
autant la lecture.
Marc
par Italo Calvino, traduction de Danièle
Sallenave et François Wahl, Paris,
éditions du Seuil, coll. Points, 1 998.
• Le Plaisir du texte,
par Roland Barthes, Paris, éditions du
Seuil, coll. Points - essais, 1 982.
• De la Bible à Kafka,
par George Steiner, Paris, Bayard,
2 002.
• Les Mots,
par Jean-Paul Sartre, Paris,
Gallimard, coll. Blanche, 1 964.
MACHINE à FEUILLES - 4 5
es premières rencontres « Terre de lecteurs »
se sont déroulées du 23 au 25 octobre 2003
à Nasbinals en Lozère. Pour ceux qui
découvrent « Terre de Lecteurs », il s’agit d’un
collectif constitué à l’échelle du Massif Central,
(sept départements : Allier, Aveyron, Cantal,
Creuse, Haute-Loire, Lozère et Puy de Dôme,
répartis sur quatre régions) associant des
Conseillers d’éducation populaire et de jeunesse
(CEPJ) issus des services déconcentrés du
Ministère de la Jeunesse et des Sports, et des
acteurs du monde rural (personnes, associations,
collectivités) en interrogations sur les pratiques de
lecture dans leurs territoires.
Depuis deux ans ce collectif a essayé d’interroger
le local sur des questions diversifiées telles que :
quelle réalité de la lecture en milieu rural ?
Comment aller à la rencontre des non-lecteurs ?
Comment investir notre patrimoine par la lecture ?
Quel rapport du livre à l’espace ?
Quelles nouvelles expérimentations ?
Qu’est-ce qu’engendre la lecture collective ?
Quelle est la place de la lecture à voix haute ?
Ce qui a fondé la démarche du collectif
« Terre de lecteurs », c’est la volonté de
rechercher et d’expérimenter, avec la lecture à
haute voix, de nouvelles formes de rencontres
avec le texte, en formant des intervenants
capables « d’agir autour du livre et de l’écrit et
d’accompagner un public sur un territoire »,
en privilégiant la lecture à haute voix comme outil
d’appropriation personnel ou collectif, prise de plaisir
à la lecture, en ayant pour finalité d’explorer le champ
de la prise de risque dans la confrontation au public.
proposée par Marie-Laure Guéraçague, largement nourrie de celle
de Michèle Petit, Éloge de la lecture : La construction de soi.
• Bailly Jean-Christophe, La Tâche du lecteur,
In : Panoramiques. Paris, Bourgois, 2 000.
• Baronian Jean-Baptiste, Une bibliothèque excentrique,
Cognac, Le temps qu'il fait, 2 004.
• Baudelot Christian, Cartier Marie, Detrez Christine,
Et pourtant ils lisent, Paris, éditions du Seuil, 1 999.
• Baudelot Christian, Verry Claire, Profession : lecteur.
In : BBF, t. 39 n° 4, 1994.
Livres, chez les éditeurs du Limousin
• Manguel Alberto, Une histoire de la lecture, Arles,
Actes Sud, 1 998.
Éditions Le bruit des autres, 42, rue Victor-Thuillat, 87100 Limoges
• Mauger Gérard, Poliak Claude, Pudal Bernard,
Histoire de lecteurs, Paris, Nathan, 1 999.
• Baudry Jean-Louis, L'Âge de la lecture, Paris,
Gallimard, coll. Haute enfance, 2000.
• Bertrand Denis, L'Espace et le sens. Germinal d'Émile
Zola, Limoges, PULIM, « Sémiotique, hors-série », 1 985.
• Mollier Jean-Yves, La Lecture et ses publics à
l'époque contemporaine, Paris, PUF, 2 001.
• Bettelheim Bruno, La Lecture et l'enfant, Paris,
Hachette, coll. Pluriel, 1 993.
• Naffrechoux Martine, Des lecteurs qui s'ignorent, les
formes populaires de la lecture. In : BBF, t. 32, n°, 1 987.
• Bonnafé Marie, Les Livres c'est bon pour les bébés,
Paris, Calman-Levy, 2 001.
• Ouellet Pierre, Poétique du regard. Littérature,
perception, identité, Limoges, PULIM, « Sémiotique,
hors-série », 2000.
• Bonnefoy Yves, Lever les yeux de son livre. In :
Nouvelle revue de psychanalyse, n° 37, Paris,
Gallimard, Printemps 1988.
• Pennac Daniel, Comme un roman, Paris, Gallimard, 1992.
• Bourdieu Pierre, Chartier Roger (entretien),
La Lecture, une pratique culturelle. In : Pratiques de la
lecture, Chartier Roger (dir), Paris, Payot, 1 993.
• Petit Michèle, Le Corps oublié de la lecture, In : Revue
Argos : Goûts et dégoûts des lecteurs : Les voies de la
lecture, n° 34. CRDP de l'Académie de Créteil, mars 2004.
• Burgos Martine, Ces lecteurs sont-ils des lecteurs ?
In : BBF, t. 37, n° 1, 1 992.
• Petit Michèle, Éloge de la lecture : La construction de soi,
Paris, Belin, 2002, « Nouveaux mondes ».
• Burgos Martine, Esteban Buch, Evans Christophe,
Sociabilités du livre et communauté de lecteurs, Paris,
BPI/Centre Georges Pompidou, 1 996.
• Petit Michèle, La Lecture, un chemin de traverse vers
la citoyenneté. In : El Hayek Christiane (coord.) : La lutte
contre l'illettrisme en milieu rural, Paris, La Documentation
française, 1 997.
• Certeau Michel de, Lire : un braconnage. In :
L'invention du quotidien, 1) Arts de faire, Paris,
coll. 10/18, 1 980.
• Chartier Anne-Marie, Hebrard Jean, Discours sur la
lecture : 1880-2000, Paris, BPI-Centre Georges
Pompidou/Fayard, 2000.
• Chartier Roger (dir), Pratiques de la lecture, Paris,
Payot et Rivages, 1985, 1 993.
• Chartier Roger, L'Ordre des livres : lecteurs, auteurs,
bibliothèques en Europe entre le XIVe et XVIIIe siècle,
Aix-en-Provence, Alinéa, 1 992.
• Dendani Mohamed, La Lecture du collège à l'université,
Paris, L'Harmattan, 1 998.
• Fabiani Jean-Louis, Soldini Fabienne, Lire en prison,
Paris, BPI/Centre Georges Pompidou, 1 995.
• Fabre Daniel, Lire au féminin. In : Clio n° 11, 2000,
Parler, chanter, lire, écrire, Toulouse, Presses
universitaires du Mirail.
• Fraisse Emmanuel, Mouralis Bernard, Lire, lire
l'autre. In : Questions générales de littérature, Paris,
éditions du Seuil, coll. Points, 2 001.
MACHINE à FEUILLES - 4 6
• Lauxerois Jean, Le Musée et la bibliothèque,
vrais parents ou faux amis ? Paris, BPI/Centre Georges
Pompidou, 1 997.
• Ministère de la Culture et de la Communication,
Les Pratiques culturelles des Français. Enquêtes 1973,
1981, 1989, 1 997.
• Cavallo Guglielmo, Chartier Roger, Histoire de la
lecture dans le monde occidental, Paris, éditions du
Seuil, 1 997.
FEUILLESENREÇUES
MACHINE
• Perec Georges, Penser, classer, Paris, Hachette, 1 985.
• Pibarot Annie, Le Secret de la lecture privée.
In : Demougin Patrick, Massol Jean-François (coord.) :
Lecture privée et lecture scolaire, Grenoble, CRDP, 1 999.
• Picard Michel, La Lecture comme jeu, Paris, Éditions
de Minuit, 1 986.
• Picouly Daniel, Pef, On lit trop dans ce pays, Paris,
Rue du monde, 2000.
• Plegat Soutjis Fabienne, Sémiologie de l'objet, le livre.
In : Fontanille Jacques, Barrier Guy (dir), Métiers de la
sémiotique, Limoges, PULIM, « Sémiotique, hors-série »,
1 999.
• Poulain Martine (dir.), Lire en France aujourd'hui,
Paris, Cercle de la Librairie, 1 993.
• Poulain Martine, Scènes de lecture dans la peinture, la
photographie, l'affiche, de 1881 à 1989. In: Chartier AnneMarie, Hébrard Jean, Discours sur la lecture: 1880-2000,
Paris, BPI/Centre Georges Pompidou/Fayard, 1 997.
• Privat Jean-Marie, Reuter Yves (dir), Lectures et
médiations culturelles, Villeurbanne, PUL, 1 991.
• Ricœur Paul, Le Temps raconté. In : Temps et récit.
Tome III, Paris, éditions du Seuil, 1 985.
• Robine Nicole, Lire des livres en France des années
1930 à 2000, Paris, Cercle de la librairie, 2000.
• Horellou-Lafarge Chantal, Segré Monique, Sociologie
de la lecture, Paris, La Découverte, 2 003.
• Seibel Bernadette (dir.), Lire, faire lire, des usages de l'écrit
aux politiques de la lecture. Paris, Le Monde Éditions, 1995.
• Horellou-Lafarge Chantal, Segré Monique, Regards sur
la lecture en France. Bilan des recherches sociologiques,
Paris, L'Harmattan, « Logiques sociales », 1 997.
• Siméon Jean Pierre, Simon Isabelle, La Mouche qui lit,
Paris, Rue du monde, 1 998.
• Jouve Vincent, La Lecture, Paris, Hachette Livre, 1 993.
• Siméon Jean-Pierre, Lettre à mes enfants, In: Célébration
de la lecture. Vevey, éditions de l'Aire, 1 993.
• Ladefroux Raymonde, Petit Michelle, Gardien ClaudeMichelle, Lecteurs en campagne : les ruraux lisent-ils
autrement ? Paris, BPI/Centre Georges Pompidou, 1 993.
• Singly François de, Les Jeunes et la lecture.
ministère de l'Éducation nationale et de la Culture,
Dossiers Éducations et formations, 24 janvier 1993.
• Lahire Bernard, La Culture des individus : Dissonances
culturelles et distinction de soi, Paris, La découverte, 2004.
• Sondage IPSOS - Livre-Hebdo, Comment les Français
lisent-ils ? In : Livre-Hebdo n° 506, 21 mars 2003.
• Zouve suivi d’Éclairage public,
d’Isabelle Pinçon
« Zouve est mort, vous ne trouverez plus, Zouve mort mais pas moi,
je vous raconte Zouve avec du passé, vous voulez, des photos,
des albums, la bande-son, des mouvements de dos, de face, avec
le paysage, je vous raconte Zouve pour me débarrasser…
Parcours initiatique qui s’acquitte d’une présence, qui dévitalise
l’autre, le vampirise, acte volontaire de recouvrement du sujet. »
19,5 x 12,5 cm, 60 p., ISBN 2-914461-39-9, 2004, 8 €.
• Vous non pas suivi de Chaque mot est pour finir,
d’Isabelle Pinçon
« Vous voilà doucement, sans un bruit, alors parfois ça fait des
braises, revenu, je nous aime autrefois pourquoi, quand on remue
les cendres bien froides, des cendres très anciennes, d’accord,
et remuer longtemps.
L’écriture cherche à s’adresser à celui qui disparaît,
inexorablement et sans trêve, cherche à remémorer, redresser
l’image si elle se présente, refaite refigurée et pourtant perdue
enfouie, le déterrement n’a pas lieu, la surface est glacée. »
19,5 x 12,5 cm, 96 p., ISBN 2-914461-38-0, 2004, 10 €.
• Je me souviens du paradis,
de Kalouaz
« Parce qu’un jour l’existence
s’est faite pour lui difficile,
le narrateur a eu l’idée de
ramener dans ses filets un
carnet de voyages, où reposent
amours imaginaires, lieux visités,
paysages inconnus, désirs
incertains. La mémoire a gardé
et récupéré des impressions
reparties vers la poussière, des
visages entrevus, perdus de
vue. Vrais ou faux, nul ne sait.
Ces chroniques de vie, collection d’émotions, sont devenues
Je me souviens du paradis, ni essai de souvenir sur les différents
trous noirs, ni retour nostalgique mais simplement besoin de
partager des mots colportés par le vent. Mots et phrases fragiles
que des oiseaux délicats ont bien voulu laisser sur le chemin pour
le promeneur reconnaissant. »
19,5 x 12,5 cm, 120 p., ISBN 2-914461-41-0, 2004, 10 €.
• Gorée île baobab,
de Tanella Boni
« Dans l’île carrefour, où jadis les navires de négriers faisaient
une halte nécessaire avant la traversée de l’Atlantique, existe
encore cette maison des esclaves, véritable musée de l’Afrique et
de ses diasporas. Gorée, “île balafre” au large de Dakar, ancienne
capitale de l’Afrique occidentale française (A.O.F), c’est aussi la
vie quotidienne des femmes et des enfants sur une île si proche
du continent et si perdue dans le temps. De cette île mythique qui
accueille à longueur de journée, des flots de touristes sur son sol
meurtri par les atrocités de l’histoire, le poète reçoit les clameurs
apportées par les vagues de la mer. »
13,5 x 16,5 cm, 112 p., ISBN 2-914461-40-2, 2004, 10 €.
Éditions Neige, 3, Chemin de Garmaise, 1 251 Gy, Suisse
et Le bruit des autres, 42, rue Victor-Thuillat, 87100 Limoges
• Déclaration d’absence
de Jean Mailland
« Un voyage en chemin de fer, au siècle dernier, dans les
années 1970, quand il y avait encore des pays socialistes et
déjà plus d’illusions.
Description d’une mémoire éclatée et devant elle : rien.
L’avenir ? quel avenir quand vous voilà tout englué dans votre
passé décomposé.
Seule une histoire d’amour vous retiendrait la tête hors de l’eau.
Amour d’une femme ? D’une idée ? allez savoir quand on se
réveille au fond d’une poubelle de l’Histoire. »
21 x 14 cm, 160 p., ISBN 2-914461-42-9, 2004, 13 €.
Les amis de Robert Margerit, BP 16, 87 170 Isle
• André Meynieux,
collectif, supplément N° I aux cahiers Robert Margerit.
On sait que depuis plus d’une dizaine d’années,
l’association des “amis de Robert Margerit” fait un travail
régulier remarquable pour la connaissance de l’auteur
du Dieu nu, notamment par le biais de ses Cahiers annuels.
Mais l’ouverture de cette association à d’autres auteurs
limousins est également à saluer, d’autant qu’elle respecte
et amplifie en quelque sorte l’esprit d’ouverture qui animait
le journaliste Margerit. Accueillant régulièrement dans ses
Cahiers les plus grands auteurs originaires de notre région
(Clancier, Bergounioux, Fleutiaux…), l’association commence,
avec ce premier Supplément aux cahiers Robert Margerit,
une série d’hommages aux auteurs du patrimoine littéraire de
notre région et ambitionne ainsi de devenir une véritable
« Revue littéraire du Limousin ».
Ce premier tome rend un hommage mérité à André Meynieux,
camarade de Margerit au lycée Gay-Lussac et traducteur
reconnu du russe, en particulier de Pouchkine auquel il
consacra une partie de sa vie.
21,5 x 13,5 cm, 152 p., ISBN 2-7025-1176-7, 2004, 14 €.
Éditions Lucien-Souny, Le Puy-Fraud, 87 260 Saint-Paul
• Le Songe d’Alde Manuce,
de Danièle Alméras. (voir aussi la rubrique « Feuilles lues »)
« À Venise, en 1473, le jeune Alde Manuce assiste, en compagnie
de son maître de rhétorique Gasparo da Verona, à la naissance
d’un monde nouveau dominé par l’imprimerie. Quinze ans plus
tard, devenu à son tour un professeur de renom, il accepte de se
charger de l’éducation d’une petite fille que lui a confiée Gasparo
avant de mourir…
Professeur de lettres en Limousin, Danièle Alméras retrace avec
Le Songe d’Alde Manuce l’itinéraire singulier d’un homme admiré
dans toute l’Europe des humanistes. Et, bien au-delà d’un ouvrage
sur l’imprimerie, d’une grande fresque sur fond de Moyen-Âge et
de Renaissance, son livre s’impose, sans jeu de mots, comme un
grand roman de… caractères. »
19,5 x 10,5 cm, 170 p., ISBN 2-84886-013-8, 2004, 14 €.
MACHINE à FEUILLES - 4 7
BIBLIOGRAPHIE
FEUILLES REÇUES
FEUILLES REÇUES
• Éphéméride : à demain si nous vivons encore,
de Christian Brissart.
« Confessions,
journal intime,
pamphlet…
on ne sait comment
définir cet ouvrage
de Christian
Brissart qui nous
livre, chaque jour
de son année 2003,
un texte d’humeur,
un poème, une
courte nouvelle.
On ne s’ennuie pas
en égrenant les
jours avec lui, il
connaît bien la vie,
il semble nous
connaître aussi.
Ancien employé
de banque, il a abandonné toute activité professionnelle
“classique” pour se plonger en lui-même et écrire.
Avec suffisamment d’ironie et de distance, il nous parle de
pollution, de télévision, de sexualité ou de canicule. “Le moral est
un yo-yo brassé par les aléas du calendrier” nous dit-il. Un auteur
à suivre, jour après jour. »
24 x 16 cm, 280 p., ISBN 2-84886-020-0, 2004, 18 €.
Éditions Les Monédières, le Loubanel, 19 260 Treignac
Centre d’études Edmond-Michelet, 4, rue Champanatier, 19 100 Brive
• Genèse et développement de la Résistance en R5 (1940-1943),
collectif sous la direction de Pascal Plas, préface de Dominique Bornes.
« Les contributions rassemblées dans ce volume reprennent les
communications des colloques de Brive (1 998) et SoudaineLavinadière (2 001). Les organisateurs ont choisi d’étudier la
Résistance telle qu’elle s’est manifestée dans une région, la “R5”,
qui débordait largement les limites de l’actuel Limousin, et de
s’attacher à ses débuts, de la défaite de l’été 1940 jusqu’aux
lendemains de l’invasion de la “zone libre” à la fin de l’année 1942.
L’unité géographique et le choix du moment ne sont pas les
seules originalités de ces colloques, il suffit de feuilleter ce
volume pour constater la diversité des sources, la confrontation
permanente entre les acteurs et les historiens ; les contributions
qui relèvent du témoignage et de la mémoire croisent les analyses
critiques d’historiens. »
20,5 x 14,2 cm, 342 p., ISBN 2-914848-09-9, 2003, 25 €.
MACHINE à FEUILLES - 4 8
Éditions Les Monédières, le Loubanel, 19 260 Treignac
• Les Ordres religieux au Moyen Âge en Limousin,
collectif
« Cet ouvrage aborde la conquête de la Montagne limousine, les
ordres mendiants et leur implantation avant 1 500 (Franciscains,
Dominicains, Carmes, ermites de Saint-Augustin, frères prêcheurs
et mineurs), les ordres hospitaliers (hospitaliers de Saint-Jean de
Jérusalem et Antonins), l’abbaye de la Règle, l’ordre de
Grandmont et un ordre peu connu, celui du Saint-Sépulcre de
Jérusalem qui possédait entre autres un prieuré en Corrèze, à
Soudaine-Lavinadière, dont les fouilles en cours devraient faire
avancer la recherche à son sujet.
Contributions de Jean-Marie Allard, Irène Aubrée, Bernadette
Barrière, Geneviève Bresc-Bautier, Patrice Conte, Mélanie Deneau,
Catherine Faure-Delhoume, Jean-Loup Lemaître, Jean-François
Boyer et Véronique Notin. »
24 x 14,2 cm, 337 p., ISBN 2-914848-10-2, 2003, 25 €.
EN MACHINE
PULIM (Presse Universitaire de Limoges),
39E rue Camille Guérin 87036 Limoges Cedex
• La Chanson brésilienne. Approches sémiotiques
de Ricardo Nogueira de Castro Monteiro, Marcos Lopes,
Ivã Carlos Lopes et Luiz Tatit.
« À Sao Paulo, se développent depuis plusieurs années des
recherches collectives sur la chanson brésilienne, et, plus généralement, dans le domaine de la sémiotique musicale. La chanson est
un type sémiotique qui, sous des apparences familières, pose de
redoutables problèmes méthodologiques et théoriques, notamment
pour ce qui concerne les arrangements syncrétiques entre les
paroles et la mélodie. Ricardo Nogueira de Castro Monteiro,
Marcos Lopes, Ivã Carlos Lopes et Luiz Tatit proposent ici deux
études concrètes qui suivent attentivement les mouvements de
collusion et de dissension entre la musique et le texte verbal. »
24 x 15 cm, 64 p., ISBN 2-84287-290-8, 2004, 9 €.
• Foi chrétienne et églises dans la société politique de l’Occident du
Haut Moyen-âge (IV-XIIe siècle),
textes réunis par Jacqueline Hoareau-Dodinau et Pascale Texier.
Ce volume constitue le onzième numéro des Cahiers de l’Institut
d’Anthropologie juridique et relate les différentes communications
proposées au cours des XXIIIe Journées d’Histoire du droit.
24 x 16 cm, 498 p., ISBN 2-84287-239-1, 2004, 35 €.
• Rus amoenum : les agréments de la vie rurale en Gaule romaine
et dans les régions voisines
sous la direction de Robert Bedon avec la collaboration de Nicole
Dupré (Tome 37-38 de la collection Caesarodunum).
Ce volume complète naturellement le volume précédent consacré
aux agréments et déplaisirs de la vie urbaine dans la Gaule
romaine. « Le colloque dont voici les actes a permis d’apporter un
éclairage renouvelé sur les paysages, les villas résidentielles et
les villages, les aménagements et les équipements, sur les
habitants eux-mêmes, permanents ou temporaires, enfin sur la
présence de la religion dans les campagnes ».
24 x 16 cm, 489 p., ISBN 2-84287-296-7, 2004, 52 €.
• Offices et officiers « moyens » en France à l’époque moderne.
Profession, culture,
sous la direction de Michel Cassan.
« Entre Moyen Âge et Révolution, le monde de l’office enregistre
un remarquable gonflement de son effectif. Au sein de ce groupe
que Charles Loyseau pensait comme un quatrième État, les
officiers “moyens” – environ 2 000 en 1 573 – occupent une place
primordiale. Ils peuplent les compagnies sénéchales et
présidiales, les élections, les greniers à sel… et participent à
l’administration de l’État et de la société.
Leur rôle d’administrateurs est au cœur de la première partie de
l’ouvrage attentif à l’analyse des pratiques professionnelles des
officiers “moyens” et à leur confrontation avec les usages mis en
œuvre par ces spécialistes de la norme que sont les notaires royaux.
Entre les manières de travailler et les façons de penser, les
passerelles et les interactions sont évidentes, aussi la série des
contributions traite de l’outillage intellectuel, des savoirs érudits
et des ambitions littéraires des officiers “moyens”.
Cette double thématique inscrit l’ouvrage au croisement de
l’histoire de l’État, de l’histoire matérielle des pratiques
intellectuelles et de l’histoire culturelle de la France moderne. »
24 x 16 cm, 358 p., ISBN 2-84287-292-4, 2004, 20 €.
• Les Chroniques de l’OMIJ n° 1,
sous la direction d’Hélène Pauliat avec Ibrahim Özden Kaboglu
et Lionel Gaudy.
« Cette publication a pour objet de rendre compte des travaux de
recherche menés dans le cadre de l’Observatoire des mutations
institutionnelles et juridiques. »
24 x 16 cm, 250 p., ISBN 2-84287-294-0, 2004, 15 €.
• Les Chroniques de l’OMIJ n° 2 : Juger des droits sociaux
de l’ADEAGE (Association des anciens étudiants du DEA de droit
privé général et européen de la faculté de Droit et des Sciences
économiques de Limoges).
« Juger des droits sociaux, titre ambitieux et péremptoire pour une
critique de la notion même de droits sociaux et une interrogation
sur les procédés appartenant aux institutionnels pour les juger.
En effet, l’association ADEAGE a voulu prendre l’initiative d’organiser
une confrontation des acteurs, qui dans différents contextes
juridictionnels rencontrent les mêmes questions méthodologiques
que pose la justicibialité des droits sociaux. Quelles techniques
employer pour compenser le caractère vague des définitions de ces
droits? Les droits sociaux disposent-ils de l’effectivité reconnue aux
droits civils et politiques? La catégorisation des droits de l’homme
n’est-elle pas aujourd’hui obsolète ? Le juge ne rompt-il pas avec
l’objectivité qui doit caractériser son office, en arbitrant des questions
de politique sociale qui sont traditionnellement prises en charge
par les procédures démocratiques de décision ?»
24 x 16 cm, 138 p., ISBN 2-84287-295-9, 2004, 15 €.
Lemouzi, revue régionaliste et félibréenne du Limousin,
13 place Municipale, 19000 Tulle
• Rêveries d’un enfant de Laguenne ou le Maahabbharata guennois
de Jean-Pierre Lafond
« Ces habitants de Laguenne ou d’alentours, proches voisins mais
éternels contestataires en diable des Tullauds (Tullistes), passionnés
par l’ancienneté et la prééminence de leur bourg jadis fortifié, sont
volontiers mocandiers (moqueurs), frondeurs, impertinants et même
insolents, en bref lenga de pelha (“langue de chiffon”, bavard)…
et cependant, ô combien hommes de lettres, savants brodeurs de
vocables finement élaborés, éloquents dans l’absurde et la bravade,
rabelaisines par les métaphores jouyeuses qui les rendent dignes
parfois de portraits truculents et vengeurs (et ventrus !) de la
comédie antique… »
24 x 16 cm, 176 p., ISSN 0993-8338, 2004, 20 €.
Éditions Culture & Patrimoine en Limousin,
6, rue François-Chénieux, 87 000 Limoges
• Le Turc et le Chevalier
de Didier Delhoume
« Cet ouvrage nous plonge au
cœur du XVe siècle et nous
invite à découvrir l’étonnante
histoire du prince ottoman
Djem Sultan (Zizim pour les
chrétiens). Fils du conquérant
de Constantinople Mechmet II,
il devient dans la succession
au trône ottoman le rival
malheureux de son propre
frère Bajazet II. Venu
chercher asile et protection
sur l’île de Rhodes en 1482, auprès des Chevaliers hospitaliers,
Djem Sultan devient un instrument de chantage politique et
religieux, à l’instigation du grand maître de l’ordre, Pierre
d’Aubusson. Le prince est ainsi détenu en otage jusqu’à sa mort
près de Naples en 1 494.
Le récit se concentre particulièrement sur la période de détention
du prince turc avec un éclairage nouveau sur la période limousine
de sa captivité (1484-1488). Le périple de Djem Sultan en
Limousin est l’occasion pour l’auteur, Didier Delhoume, d’évoquer
la présence de l’ordre des Hospitaliers en Creuse et de révéler
les lieux traversés par le prince turc et sa suite, au premier
rang desquels la ville de Bourganeuf, sa commanderie et
sa célèbre tour Zizim. »
22 x 14 cm, 159 p., ISBN 2-911167-36-8, 2004, 21 €.
• L’Or des Celtes du Limousin
de Béatrice Cauuet
« L’or des Celtes du Limousin évoque, sous l’éclairage
nouveau des nombreuses fouilles et expérimentations
entreprises en Limousin ces dernières années, l’activité
minière de cette région à l’Âge du Fer, du Ve siècle avant
notre ère à la Conquête romaine.
Spécialiste du sujet, Béatrice Cauuet livre, avec cet ouvrage,
à la connaissance du plus grand nombre, les résultats de
ses longues années de recherches jusqu’aux travaux les
plus récents. »
21 x 21 cm, 123 p., ISBN 2-911167-37-6, 2004, 15 €.
Bibliothèque municipale, Place Denis-Dussoubs,
87 400 Saint-Léonard-de-Noblat
• Des enfants et des mots
par les élèves des écoles maternelle George Sand et
élémentaire Gay-Lussac
« Ce recueil de textes est le résultat d’un travail sur le thème de
la création d’un livre (de l’écriture à l’impression en passant par
la fabrication) mené durant les visites de classes à la bibliothèque
municipale de Saint-Léonard-de-Noblat, en partenariat avec les
enseignants de l’école maternelle, élémentaire et les animatrices
du Moulin du Got. »
Ce travail a été mené tout au long de l’année scolaire, avec
l’intervention de Fabrice Feuilloley pour les ateliers d’écriture et
des visites au Moulin du Got pour suivre la fabrication du papier.
20,9 x 14 cm, 41 p., ISBN 2-84989-006-5, 2004, 5 €.
Collection La main courante, 59, rue Auguste Coulon,
23 300 La Souterraine
• Gravé à l’Esprit
de Sin Ming,
introduction et
traduction du chinois
par Daniel Giraud
« Tout comme le
Sin Sin Ming
(Gravé au cœur du
vrai), le Sin Ming
(Gravé au cœur),
est un des rares
textes de cet
“enseignement
muet” qu’est le
Tch’an (Zen au
Japon). Le moine
Fa Jung aurait
écrit au VIIe siècle, en Chine, ce poème métaphysique de haute
volée, toujours actuel car au-delà des mots. »
24 x 16 cm, 48 p., ISBN 2-913919-20-0, 2 004, 15 €.
• Le Voyage d’Orient
d’Alin Anseew
« Ces poèmes (comme le lointain écho d’un ensemble composé
autrefois et titré Sables) sont une manière de voir et revoir
l’Orient. Une manière aussi de ne pas tout voir, en se servant de
quelques pages écrites, de photographies, de peintures, de vues,
d’images stéréotypées ou rêvées – non pour fixer l’imaginaire
mais pour mieux montrer la différence entre ce qui est réel et
appréhendé comme tel, et ce qui n’est qu’imaginé. Le Voyage
d’Orient, on l’aura compris, n’est pas un voyage décidé, raconté
ou entendu, mais un voyage discontinu, offrant de multiples
passages vers l’ailleurs. Une relecture aussi de la poésie et de ce
qu’elle traverse. »
20 x 12 cm, 110 p., ISBN 2-913919-21-9, 2 004, 14 €.
MACHINE à FEUILLES - 4 9
EN MACHINE
EN MACHINE
Parutions, chez les éditeurs du Limousin
Livres, chez les éditeurs hors région
À pierre vue, La Cheirade, 4, Le Pays des Eaux-vives,
23 290 Saint-Etienne-de-Fursac
Atelier de l’agneau éditeur, Le Vigneronnage,
33 220 Saint-Quentin-de-Caplong
• À pierre vue - cahier n° 10
Les cahiers – à pierre vue, qui paraissent quelque temps avant
les solstices, ont le paysage et le voyage en affection. Les lisières
seraient plus fécondes que les forêts profondes, aussi, ils restent
obstinément à la frontière de la littérature et des arts plastiques,
les mots naissent dans la cuisine et prennent forme derrière la
glycine. Gérard Laplace caresse doucement la pierre du regard, on
le suit aisément dans ses marches attentives, mais s’il enfourche
sa bicyclette, on ne peut que le regarder partir.
« Oui ; j’ai dit bonjour aux voisins de façon un peu ostentatoire
pour que ça vienne d’eux la prochaine fois. Tactique à vérifier. »
21 x 14,8 cm, 24 p., 2 004.
• Récit d’une petite mort blanche avec les objets qui l’accompagnent
de Pierre Courtaud.
« Loin, très loin, de n’être qu’un simple et basique jeu de sens et
de sons, ce texte se profile comme un véritable récit monté en
petites scènes parfaitement réglées et traversées par la très
méthodique et poétique description des objets re-trouvés parmi
les chapitres diffus du catalogue de l’enfance.
L’apprentissage de la vie est toujours là, scandé par le nécessaire,
involontaire et parfois troublant mélange des langues qui donne à
chaque syllabe, à chaque mot, la force suffisante pour toucher la
vérité la plus intime. »
21 x 13,4 cm, 60 p., ISBN 2-930188-70-7, 2004, 12 €.
Rougerie éditeur, 7, rue Échauguette, 87 330 Mortemart
• Cahiers Tristan L’Hermite XXVI : Nouvelles perspectives tristaniennes
Cette livraison 2 004 des Cahiers
Tristan L’Hermite s’ouvre par un
nouvel hommage à Amédée
Carriat qui a consacré une partie
de sa vie et de son énergie à
faire mieux connaître l’œuvre de
Tristan. Le volume rassemble
ensuite des communications
universitaires sur différents
aspects de l’œuvre de Tristan,
notamment une étude fort
intéressante de Sophie Tonolo
sur « L’épître chez Tristan :
une forme poétique vigoureuse et
révélatrice ».
22,6 x 14,1 cm, 112 p., ISBN 2-85668-104-2, 2004, 18 €.
Didier Ayres, 19 230 Lafage-sur-Sombre
• Effeuillé : création, revue de création n° 1
Le poète Didier Ayres vient de créer en Corrèze une revue à la fois
« pauvre » (et revendiquée comme telle) et ambitieuse : Effeuillé.
Le premier numéro laisse présager un bel avenir à cette nouvelle
publication mêlant création et critique littéraire, théâtrale et
artistique. Paule Marie Duquesnoy, Didier Christophe, Didier Ayres
et Christian Viguié sont au sommaire de cette première livraison.
22 x 15 cm, 12 p., ISSN : en cours, 2004, 4 €.
MACHINE à FEUILLES - 5 0
Friches - Cahiers de poésie verte, Le Gravier 87 500 Glandon
• Friches : Cahiers de poésie verte n° 86
La livraison de printemps de Friches fait une large place au poète
libanais d’expression française Salah Stétié avec notamment un
riche entretien d’Alain Freixe avec l’auteur ainsi qu’un poème
inédit : « L’après-midi à Ugarit ».
21,4 x 14,1 cm, 68 p., ISSN : 0294-0914, 2004, 7 €.
• Le Feu brûle
de Laurent Albarracin, postface de Pierre Campion. (voir aussi la
rubrique « Feuilles lues »)
Auteur de 9 livres ou plaquettes (première publication en 1996,
déjà à l’atelier de l’agneau éditeur), Laurent Albarracin vit depuis
1995 dans la campagne corrézienne. Recueil après recueil,
il confirme ici un vrai talent de poète, se jouant des mots pour
mieux dire les choses : le feu, l’herbe, les abeilles ou les clous.
« L’eau dans l’eau est un filet jeté qui reviendrait bredouille même
de ses mailles ».
21 x 13,4 cm, 110 p., ISBN 2-930188-61-8, 2004, 14 €.
Éditions Perrin, 76, rue Bonaparte 75006 Paris et
Centre de la mémoire d’Oradour, 87 520 Oradour-sur-Glane
• Parlez-moi d’Oradour : 10 juin 1944,
textes de Sarah Farmer et Serge Tisseron,
photographies de Willy Ronis, Jean Dieuzaide, Fabrice Picard,
Arno Gisinger, Gilles Plazy et Philippe Bertin.
« Jamais anodin, le geste
de photographier prend à
Oradour-sur-Glane un sens
particulier. Il l’était déjà
au lendemain du drame,
le 10 juin 1944, puis
peu après lorsque
Jean Dieuzaide ou
Willy Ronis découvrent les
lieux encore endeuillés.
Avec le temps, ces ruines
se chargent d’un sens
différent. Oradour,
désormais un souvenir
photographié par des dizaines de milliers de personnes, est ici
revisité par quatre jeunes artistes. Ce sont leurs regards croisés
sur une mémoire difficile qui sont confrontés dans cet album, et
qu’éclairent pour nous Serge Tisseron, psychanalyste connu pour
son travail sur l’impact des images, et Sarah Farmer, historienne
du village martyr. »
21 x 13,4 cm, 60 p., ISBN 2-930188-70-7, 2004, 12 €.
FEUILLESFEUILLES
LUES LUES
Le Feu brûle1
de Laurent Albarracin
Les Ombrages fabuleux2
de Gérard Bocholier
Le Feu brûle : une évidence
tellement évidente qu’il
n’est pas évident que son
évidence soit innocente ni
même que son innocence
soit évidente… Bref cette
œuvre est coupable…
(« Eau les mains ! » dirait
Laurent Albarracin)… car
elle nous embrouille l’esprit.
Ici la poésie est sur la
tête, elle marche sur les
mains et le lecteur devient tel ce serpent qui se mord
la queue ou plutôt tel ce « serpent que sa queue
mord et happe tout entier, c’est un serpent rattrapé
par la fuite, engueulé par sa queue, gagné par son
empreinte ». Pourquoi ? Parce que dans cette poésie
« les choses sont des lettres à l’envers, les cratères
bombés de la désignation, sont le panneau des
aubes, la gifle et la girouette, le fusil d’épaule,
sont à peu près tout et sa manivelle. » Dès lors,
« Le crayon est un bâton de trait » mais il devient
surtout un inlassable instrument pour nous mener
dans les dédales du langage. Les brèves sont telles
de savoureux bonbons à déguster pour le plaisir des
mots. Le poète s’amuse avec les sons – « Le sabre
sable le sable, le sable sabre le sabre » –, les lettres
– « La navette va nette » – et les images – « L’herbe
est un bébé herse » – pour nous déconcerter et nous
faire sourire mais aussi pour nous faire découvrir le
monde autrement : la réalité telle que la métaphorise
la poésie, nous permettant ainsi d’entrer dans
l’univers de l’évidence à laquelle pourtant personne
n’aurait pu penser : « L’eau dans l’eau est un filet
jeté qui reviendrait bredouille même de ses mailles. »
L’évidence côtoie alors l’incongru, l’inconnu, l’insolite
afin que naisse cette poésie si originale et si
inattendue dont on ne peut que vous conseiller
d’aller la lire « ventre à chaire »… car sous ses airs
de lapalissades cette poésie est tout sauf « blanc
bonnet et chevalerie d’épaule (…), coup d’épée dans
jambe de bois, (…) eau donnée à la rivière ».
Quel manège ! On ne sort pas indemne de ces
lectures, on en sort enrichi car les mots du poète
« parlent, tiennent des conversations de sœurs,
déroulent des phrases à effets, ouvrent le parapluie
des conséquences. » Tout en nous proposant une
sphère ludique de légèreté frivole, cette œuvre nous
ouvre au monde des mots et des images : c’est là
la magie de l’œuvre et son habile magicien Laurent
Albarracin tel « le feu [qui] est un tour de la main
prestidigitatrice, un tour sur soi très vite pour disparaître
et rester une main qui ne montre que du feu ».
Au lecteur qui cherche une autre voie que celle de la
rentrée littéraire et des prix médiatiques, cet ouvrage
propose « des pistes qui mènent aux rives de quelques
fleuves patients et discrets ». Une promenade qui se
déroule en dix étapes, autant d’auteurs contemporains
très subjectivement choisis par Gérard Bocholier, à qui
l’on doit déjà de beaux recueils publiés en Limousin –
chez Rougerie – et un peu plus loin, en Haute-Loire,
mais tout aussi près du cœur – chez Cheyne. Le titre
de l’ensemble, emprunté à Montaigne – car notre
découvreur enseigne également en hypokhâgne – dit
assez bien les intentions louables ayant conduit à
rassembler ces textes dont la plupart ont précédemment
paru en revue (notamment dans la NRF, l’ARPA et le
Nouveau Recueil) : inviter à la flânerie littéraire et
frapper à la porte de quelques-unes de ses plus
belles adresses… La grande
qualité de ce tout petit livre
est en effet de laisser la
parole, dans chaque présentation, à l’auteur et à l’œuvre
visités. Gérard Bocholier luimême parvient à s’effacer,
lecteur respectueux ; il est en
outre assez troublant
d’observer qu’il sait se faire
tour à tour lyrique, à travers son évocation de Guy
Goffette, contemplatif, dans les pas de Philippe
Jaccottet, concis et tranché, feuilletant les Cahiers
posthumes de Cioran, le tout étant rassemblé à la
façon des Papiers collés de Georges Perros.
C’est dire s’il épouse, à chaque fois, le propos mais
aussi la nature de celui ou celle (Anne Perrier) qu’il
nous invite à rencontrer, et c’est peut-être là le plus
bel hommage qu’il puisse rendre à « cette vie qui
restera, malgré notre amour attentif, toujours
secrète » : la lecture. Le ton, pour érudit qu’il soit et
pétri de nombreuses références, n’en est pas moins
complice, modeste et toujours généreux, faisant de
ce vade-mecum une sorte de sésame au plus
inestimable des compagnonnages dans lequel Julien
Gracq, Jean-Claude Pirotte et Jacques Réda prennent
place aux côtés de Baudelaire, Proust, Hugo par la
grâce d’une belle – et cohérente – préface à ces
cheminements buissonniers. Un seul regret : que la
langue occitane, celle de Bernard Manciet qui signe
en l’occurrence un pastel pour la couverture du livre,
ne soit pas conviée à participer à cette « fête de
l’intellect » comme aurait dit Valéry… Loin des
itinéraires balisés, les « ombrages fabuleux »
vous attendent… Que l’éditeur de cet opuscule
se présente sous le nom de l’Escampette ne gâche
rien à notre bon plaisir.
Maëlle Muracciole
Pierre Bacle
Le Feu brûle
de Laurent Albarracin, postface de Pierre Campion,
Atelier de l’agneau, 2004, 14 €.
2
1
Les Ombrages fabuleux
de Gérard Bocholier, L’Escampette, 2003, 12 €.
MACHINE à FEUILLES - 5 1
FEUILLES REÇUES
FEUILLESFEUILLES
LUES LUES
Le Songe d’Alde Manuce3
de Danièle Alméras
Je déballe ma bibliothèque4
de Walter Benjamin
Jean Giraudoux5
de Jacques Body
Fermez les yeux… Plongez dans l’univers de la
Sérénissime… Imaginez Venise en 1 493… Il fait
lourd, l’ambiance est enivrante : le Grand Canal,
la foule, les marchands, les artisans, le bruit,
l’orage, la pluie… La pluie tombe ; l’histoire
commence ; l’œuvre naît, une œuvre qui oscille
entre roman d’une part et témoignage sur
le développement de l’imprimerie au XVe siècle
d’autre part. L’écriture s’éveille, une écriture qui
mêle les deux à la perfection sur fond de la
Sérénissime au temps de la Renaissance.
L’histoire nous conte des naissances : celle de
l’Europe humaniste, de l’art de l’imprimerie mais
aussi celle d’une enfant, Elena, fille adoptive
d’Alde Manuce qui grandit au sein de cette sphère
d’érudition grecque et latine, celle d’une intelligence
qui se forme aux Lettres et aux lettres.
Cet ouvrage nous fait découvrir la vie d’Alde Manuce,
nous parcourons à ses côtés son brillant itinéraire
d’homme de lettres qui a imprimé Le Songe de
Poliphile, chef-d'œuvre typographique, qui a créé
l’écriture italique et qui, aux côtés d’Érasme et de
Pic de La Mirandole a fondé l’Académie aldine.
Mais c’est aussi le parcours d’un homme qui élève
sa fille, cet enfant dont
le destin a d’abord tenu
en ces quelques mots
qui retentissent tel un
refrain et ponctuent
l’œuvre :
« Je m’occuperai d’elle ».
C’est l’histoire de ces
deux vies qui se
rencontrent, se lient et
se séparent, des
destins qui
commencent toujours
par des mots et des
lettres qui tremblent
parfois avant de
s’affirmer ou avant de
s’éteindre : les mots de Danièle Alméras qui se
confondent habilement avec les lettres tracées
d’abord par Gasparo da Verona – maître spirituel
d’Alde et père suggéré d’Elena –, puis tracées par
Alde ou Elena.
Ici se mêlent et se confondent le Songe d’Alde
Manuce, celui de Poliphile et celui du lecteur,
émerveillé par cette ambiance vénitienne, humaniste,
intrigué par ces personnages qui oscillent entre
fiction et réalité.
Tout le long de sa vie,
Walter Benjamin fut
traversé par trois fièvres :
les livres et leur collection,
les voyages, et l'ambition
de faire l'archéologie de
la modernité. Ces trois
fièvres n'ont pas toujours
fusionné et l'ont même
déchiré : lorsque ses
voyages devinrent exil,
« errance » ou fuite
devant le nazisme, sa
bibliothèque de 469 Kg, à laquelle il tenait tant,
fut dispersée chez divers amis d'Europe ou même
vendue suivant la précarité de sa situation.
Dans l'absence de ses livres, sa pensée aussi s'est
élaborée autrement : Le premier texte qui porte le
titre de ce recueil Je déballe ma bibliothèque en est
un exemple : Walter Benjamin nous invite à porter un
regard sur l'acte de collectionner plutôt que sur une
collection particulière : Le collectionneur de livres
anciens n'est-il pas au plus près de la source du
renouvellement du monde ? Telles sont les questions
paradoxales qu'il pose.
Résumer en un court texte les 934 pages que le
professeur Body consacre à Giraudoux relève tout
autant de l’irréalisable que de la douce trahison.
Ce travail de longue date (débuté par un Giraudoux et
l’Allemagne il y a bientôt trente ans, continué depuis
par La légende et le secret, sans oublier l’édition des
œuvres complètes dans la Pléiade dont Jacques
Body fut le maître d’œuvre) vise en effet à révéler
un Giraudoux bien plus complexe que celui que
retiennent d’ordinaire les trop brèves notices des
dictionnaires, et ne saurait s’effectuer sinon sur
la longueur.
Vite, ouvrez les yeux et « Festine lente » (« Hâte-toi
lentement ») de lire cette œuvre, cette naissance,
ce songe…
Maëlle Muracciole
Le Songe d’Alde Manuce
de Danièle Alméras, éditions Lucien-Souny,
2004, 14 €.
3
Marie-Laure Guéraçague
L’ouvrage est imposant, découpé en six grandes
parties le long de trente-trois chapitres, et propose
de suivre l’itinéraire de cet homme qui se voulait,
à l’instar de son personnage (son double ?)
Jérôme Bardini, insaisissable. De sa naissance à
Bellac (la « visite écrite » de la ville est émouvante
pour qui a l’habitude d’arpenter ces lieux) en passant
par les voyages – à l’évidence formateurs – de
jeunesse (Munich, Harvard) mais aussi par les
amitiés de « l’écrivain diplomate », les maîtresses et
les succès dans le monde entier et sur les plus
grandes scènes, la vie de famille également, auprès
de laquelle il s’éteint, « guéri de tout » pour
reprendre la formule qu’il applique à son héroïne
Tessa, il y a tout juste soixante années de cela.
La thèse de l’empoisonnement, comme par ailleurs
l’évocation – objective – de ses responsabilités au
Commissariat Général à l’Information dans la France
occupée, est au nombre des réguliers ressorts
dramatiques qui font que cet ouvrage peut se lire en
conséquence « comme un roman ».
Le tout est complété par une bibliographie, un cahier
central iconographique, de nombreux commentaires
et d’un précieux index. « Je n’ai été qu’un secrétaire
[…] le biographe est peut-être un écrivain, mais non
l’auteur de son livre » consent finalement Jacques Body.
« Les mots m’ont été soufflés par Jean Giraudoux
lui-même à travers ses brouillons, sa correspondance,
ses notes de service, ses calepins » ajoute-t-il avec
une belle fidélité tant à l’homme qu’à l’œuvre.
Giraudoux ne défendait-il pas la conception d’un livre
qui parlerait pour son auteur lorsqu’il répondait à son
éditeur Grasset (qui lui demandait alors de rendre
visite aux académiciens Goncourt) : « J’ai passé
l’écrit, à vous de passer l’oral » ?
On aura remarqué, en outre, que cette véritable
somme ne porte aucun titre (sinon le nom de
l’homme duquel elle tente de dresser le portrait)
et qu’elle est proposée, par Gallimard, dans la
collection « Biographies », un terme qui n’a jamais
aussi bien porté son pluriel (sauf peut-être avec le
volume sur Henri Michaux publié simultanément) :
l’homme fut multiple et fit en sorte de brouiller les
pistes. « Une belle mécanique du corps et de l’esprit,
champion à la course haies comme au bridge » écrit
à son sujet Jacques Body, sans pour autant donner
dans l’anecdotique et perdre les livres de vue.
Je déballe ma bibliothèque
de Walter Benjamin, Paris, éditions Payot & Rivages
« poche », 2000.
5
Jean Giraudoux
de Jacques Body, Gallimard,
collection « Biographies », 2004, 39 €.
Adorno a écrit que lorsqu'on « était sensible à la
pensée de Benjamin, on se sentait comme un enfant
qui aperçoit l'arbre de Noël par le trou de la serrure
d'une porte fermée ». L'ensemble des courts autres
textes qui suivent donnent ce plaisir premier
Pour collectionneurs pauvres ; Romans de servantes
du siècle précédent ; vue et perspective sur le livre
pour enfants… La pyramide de noël. Ce philosophe
du fragment a le don de nous entraîner dans la
complexité à travers les objets les plus anodins ou
les plus familiers.
Le plus étonnant chez lui, c'est la métamorphose
d’un catalogue de bibliothèque en objet et posture
philosophiques : un instituteur qui faute de pouvoir
acheter les livres, écrit tout ce qu'il suppose devoir y
figurer ; lui-même souhaitait que Paris capitale du
XIXe siècle, soit une somme de citations ;
la juxtaposition fait sens ; la liste numérotée de tous
les livres qu'il a lus termine ce livre et Au château
d'Argol de Julien Gracq termine ses lectures.
Jennifer Allen, dans une préface sensible et
éclairante ajoute une réelle émotion par un extrait
d'une des dernières lettres de Walter Benjamin à
Hannah Arendt, en juillet 1940 avant son suicide à la
frontière espagnole : « Je serai plongé dans un cafard
plus noir encore que celui qui me tient à présent, si,
tout dépourvu que je suis de livres, je n'avais pas
trouvé dans mon seul livre la devise qui s'applique le
plus magnifiquement à ma condition actuelle : “Sa
paresse l'a soutenu avec gloire, durant plusieurs
années, dans l'obscurité d'une vie errante et
cachée” (La Rochefoucauld en parlant de Retz) ».
4
Car il s’agit, bien entendu, d’une invitation à la
lecture, et l’on recommandera ici plus
particulièrement les nouvelles et romans, trop
longtemps remisés dans les coulisses de son
théâtre. De nombreux auteurs contemporains s’en
réclament (parmi eux François Bon et Richard Millet)
et Paul Morand, en d’autres temps, ne disait-il
pas quant à lui : « ce qui compte c’est le petit
coup frappé à la porte de la littérature » ?
Soit Provinciales en 1922, dans le voisinage de
Proust et du plus profond Limousin. Tout ce qui suit
sera-t-il autre chose, au fond et c’est aussi ce qui fait
à présent toute sa valeur, qu’un jeu de masques ?
Pierre Bacle
• Giraudoux et l’Allemagne, par Jacques Body.
Didier, 1 975 ; rééd. Slatkine, 2 004.
• Jean Giraudoux, la légende et le secret,
par Jacques Body. PUF, 1 986 ; rééd. 2 004.
• Œuvres romanesques complètes, tome 1 (1 990)
et 2 (1994), par Jean Giraudoux (dir. Jacques Body).
Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade.
• Théâtre complet, par Jean Giraudoux (dir. Jacques
Body). Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1 982.
MACHINE à FEUILLES - 5 3
MACHINE à FEUILLES - 5 2
FEUILLESFEUILLES
LUES LUES
FEUILLESFEUILLES
LUES LUES
Exercices de rêverie6, Belles de Cadix et d’ailleurs7
de Gérard Farasse
MACHINE à FEUILLES - 5 4
« En hiver, lorsque le temps est froid et sec, on peut
voir l’âme : elle a la forme d’un petit nuage de buée
devant la bouche des passants, un peu comme les
bulles des bandes dessinées qui enveloppent les
paroles des personnages.8 » Gérard Farasse écrit ce
qu’il appelle des « proses quelconques », courts
textes sensibles sur ses expériences sensorielles,
avec une prédilection pour les odeurs et les sons :
« Quand je me réveille la nuit, je n’ai qu’une
certitude, à vrai dire assez diffuse, celle d’être dans
un corps qui n’a pas de contours, composé
seulement de la chaleur des draps, du poids des
couvertures, et de la pression de l’oreiller froissé qui
imprime ses nervures sur mon visage :
ces sensations-là sont tout le corps qu’il me reste.9 »
L’écrivain est un grand lecteur de Francis Ponge,
il trouve le merveilleux, l’inattendu dans la banalité la
plus quotidienne : le moteur d’un bus est une
symphonie et le modeste crayon à papier reçoit enfin
un hommage. Qu’il pose son regard sur une noix ou
sur la flamme d’une bougie, il use de finesse et de
drôlerie pour leur donner un nouveau corps, une
nouvelle vie et les faire littéralement « apparaître »
à nos yeux. De même avec les mots ou les lettres,
qui sont à la fois la matière de ses livres et l’objet
de son activité professionnelle (il est Professeur de
littérature française à l’Université du Littoral,
à Dunkerque), il vole au secours de la parenthèse :
6
Exercices de rêverie,
de Gérard Farasse, L’improviste,
collection « un petit siècle épatant », 2004, 14,90 €.
7
Belles de Cadix et d’ailleurs,
de Gérard Farasse, Le temps qu’il fait, 2004, 14 €.
8
Belles de Cadix et d’ailleurs, p. 22.
9
Exercices de rêverie, p. 35.
10
Exercices de rêverie, p. 47.
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• Deuxième collè
« La parenthèse est un repos où le texte rêve ;
une île posée au milieu du fleuve10 », des listes
de course griffonnées à la hâte ou des mots qui
nous échappent et nous font trébucher.
Saluons enfin les nombreuses rêveries sur les
femmes, leurs yeux, leur peau, les jeunes filles
insaisissables comme des nuages ou les serveuses
que l’on voit de trop près. Farasse a gardé pour
elles le regard de l’enfant, lorsque l’émerveillement
n’a pas encore laissé la place au désir.
Olivier Thuillas
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me un livre ! »
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s
MACHINE à FEUILLES - 5 5
On ne dira jamais assez
que ceux qu’on appelle
« les petits éditeurs »
proposent souvent de grands
textes. Libres de leurs choix
éditoriaux, ils s’adonnent au
« coup de cœur » pendant
que le grand éditeur parisien
préfère le « coup marketing ».
La liberté de la petite édition
réside aussi dans la
possibilité de publier des
textes qui ne sont ni des
poèmes, ni des nouvelles,
ni des romans, ni des essais
ou des témoignages, mais
tout simplement, des textes.
Ou plus exactement des fantaisies d’écriture, de
courtes rêveries dans le cas de Gérard Farasse, qui
publie coup sur coup deux très beaux livres, l’un aux
éditions « L’improviste » et l’autre chez notre voisin
charentais « Le temps qu’il fait ».
MACHIN
&
MACHINE
Brig Laugier: « Pliable mais non coupable »
pli: s.m. (au figuré).
Donner un bon pli à une affaire,
la tourner en sorte qu’elle ait
une issue favorable.
(Extrait du Dictionnaire Littré).
orner une page, la replier sur
elle-même, pour la marquer,
pour s’en souvenir, pour revenir
sur une phrase, un mot, et par ce
simple pli, créer un volume, un espace,
une marque dans le défilement des
pages. Ce mouvement familier de
replier une page, sacrilège pour certains,
Brig Laugier en a fait un geste
artistique : « Je transforme les livres
par le seul geste du pli, sans aucun
artifice. Je tourne et retourne les textes
sur eux-mêmes, les mets au secret,
page par page. En même temps, le
livre s’ouvre, pour toujours, dans une
autre dimension. Les écrits dessinent
alors des traces, comme des mémoires,
sculptées, à fleur de peau. »
C
Le livre posé sur ses genoux, elle plie
page après page, dans le sens de la
lecture, libérant une forme, laissant
monter un volume. Chaque page est pliée,
mais le livre est intact : pas une
déchirure, pas une coupure :
simplement le pli qui crée par un
simple geste un dedans et un dehors.
Les livres pliés, ouverts dans le sens
de la lecture, semblent comme
creusés, le pli crée un retrait, une
vague, un pic, les ailes d’un oiseau ;
et les mots sont là, intacts, retournés,
lisibles seulement en partie, mais tout
atelier, faire partager, donner aux plus
jeunes le goût de manier le livre en les
incitant à « détourner » le livre de son
objet premier, la lecture. Elle se plaît
en Limousin, affronte l’hiver, aménage
Ne dites pas à Brig Laugier qu’elle fait une belle grange et invite ses voisins à
des livres-objets : son regard bleu peut découvrir ses livres pliés. Les voisins,
s’assombrir d’un coup. Ce geste du pli curieux, affluent et la félicitent
n’a pour elle rien du divertissement,
chaudement… pour la belle charpente
encore moins du loisir. Artiste-plasticienne de la grange. « C’est difficile de faire
comprendre aux gens que mon activité
depuis une vingtaine d’années, elle
trouve dans le pli une activité de
principale, c’est cela : le pli ; pour eux,
recentrement qui lui demande une telle ce n’est qu’un loisir, ça ne peut pas
être du travail ». Pourtant, depuis 1990,
concentration qu’elle ne souffre
aucune présence pendant qu’elle plie.
elle sculpte les livres de ses plis et
anime des ateliers tant pour enfants
Élevée dans une famille d’architectes,
elle a grandi avec le sens des volumes, que pour adultes, des ateliers non pas
des formes mais aussi avec le goût du de technique de pliage mais de
travail lent et minutieux, comme l’est le création : elle donne simplement
travail de l’architecte devant sa
comme consigne de se saisir librement
planche à dessin. Par ce long exercice du livre sans le lire (car c’est ce
de patience – chaque page est pliée,
qu’on fait habituellement), ni le plier
comme dans la lecture où chaque mot (car c’est sa propre idée). À chacun de
est lu, – et de précision, elle ouvre
trouver sa propre création à partir de
définitivement le livre et les mots,
cette matière première qu’est le livre.
le résultat est étonnant : le volume a
Pour des bibliothèques ou des musées,
changé, mais le livre est intact.
Brig Laugier a aussi créé de grandes
Lors des expositions, les gens veulent installations de livres pliés qui forment,
toucher, comprendre comment cela a
ouverts, d’immenses vagues de pages.
été fait. « Il est difficile aujourd’hui
« J’ai aussi créé un mur de livres pliés
d’être face à des livres qu’on ne peut
à l’occasion de la chute du mur de
plus prendre en main mais seulement
Berlin. Ce qui était un travail artistique
sur la mémoire prend aussi une
regarder avec distance… et émotion.
dimension actuelle : je crois que cette
Pourtant, je réclame cette distance :
installation a une résonance politique
les livres sont maintenant à regarder
forte, notamment quand je vois le mur
et non plus à lire ».
que les Israéliens sont en train de
En venant s’installer, l’an passé, en
construire pour se couper des
Limousin, au cœur du Plateau de
Palestiniens. »
Millevaches, Brig veut sortir de son
de même plus que si le livre était fermé.
Au fond, c’est un peu la même chose,
n’est-ce pas, de replier le texte sur luimême et de replier les mots en nous.
Photo : © Olivier Thuillas.
En détournant le livre de son objet
premier (la lecture) par le geste du pli,
Brig Laugier nous ouvre autrement au
livre et au mot, en même temps qu’elle
nous présente les livres et les mots
ouverts. Nos yeux saisissent, sur la
crête des pages, des bouts de ligne,
des mots en vrac qui font de nous,
non plus des lecteurs, mais d’étranges
observateurs de ces volumes devenus
volumineux.
Contact :
Brig Laugier,
Le Freyssinet, 19 170 Tarnac
ou 40, rue Amelot, 75 011 Paris.
Direction régionale
des affaires culturelles
Limousin
ALCOL - CRL en Limousin est principalement financée par le ministère de la
Culture et de la Communication, Direction régionale des affaires culturelles
du Limousin, et par le Conseil régional du Limousin.
Elle reçoit le soutien de la Direction régionale des services pénitentiaires,
de la jeunesse et des sports, du ministère de l’Éducation nationale et des
Conseils généraux de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute-Vienne.
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