La pêche à la palangre horizontale méthodes et techniques

La pêche à la palangre horizontale méthodes et techniques
Secrétariat général de la Communauté du Pacifique
La pêche à la palangre horizontale
Méthodes et techniques
Manuel à l'intention des pêcheurs
par
Steve Beverly, Lindsay Chapman et William Sokimi
© Copyright, Secrétariat général de la Communauté du Pacifique, 2003
Tous droits réservés de reproduction ou de traduction à des fins commerciales/lucratives, sous quelque forme que ce soit. Le
Secrétariat général de la Communauté du Pacifique autorise la reproduction ou la traduction partielles de ce document à des fins
scientifiques ou éducatives ou pour les besoins de la recherche, à condition qu'il soit fait mention de la CPS et de la source.
L'autorisation de la reproduction et/ou de la traduction intégrale ou partielle de ce document, sous quelque forme que ce soit, à
des fins commerciales/lucratives ou à titre gratuit, doit être sollicitée au préalable par écrit. Il est interdit de modifier ou de publier
séparément des graphismes originaux de la CPS sans autorisation préalable.
Texte original : anglais
Secrétariat général de la Communauté du Pacifique
B.P. D5
98848 Nouméa Cedex
Nouvelle-Calédonie
Téléphone : (687) 26.20.00
Télécopieur : (687) 26.38.18
Mél. : spc@spc.int
Site Web : www.spc.int
Secrétariat général de la Communauté du Pacifique, catalogage avant publication
Steve Beverly
La pêche à la palangre horizontale méthodes et techniques: Manuel à l’intention des pêcheurs
/ Steve Beverly, Lindsay Chapman et William Sokimi
I. Longlining (Fisheries) – Oceania – Handbooks, manuals, etc.
II. Tuna fisheries – Oceania.
1. Title 2. Secretariat of the Pacific Community 3. Chapman, Lindsay 4. Sokimi, William
639.2099
AACR2
ISBN 982-203-984-0
La production de ce manuel a été financée par l'Australie et la Nouvelle-Zélande.
Auteurs :
1.
2.
3.
Steve Beverly, Chargé du développement de la pêche, Secrétariat général de la Communauté du Pacifique, B.P. D5, 98848
Nouméa Cedex (Nouvelle-Calédonie)
Lindsay Chapman, Conseiller pour le développement de la pêche, Secrétariat général de la Communauté du Pacifique,
B.P. D5, 98848 Nouméa Cedex (Nouvelle-Calédonie)
William Sokimi, Chargé du développement de la pêche, Secrétariat général de la Communauté du Pacifique, B.P. D5,
98848 Nouméa Cedex (Nouvelle-Calédonie)
Préparé pour la publication
au siège du Secrétariat général de la Communauté du Pacifique, Nouméa (Nouvelle-Calédonie)
et imprimé par
Multipress, Nouméa (Nouvelle-Calédonie)
ii
REMERCIEMENTS
Le Secrétariat général remercie pour leur contribution à la production de ce manuel les personnes suivantes. Agents de la CPS :
M. Juan-Jose Areso, M. Keith Bigelow, Mme Deirdre Brogan, M. Aymeric Desurmont, M. Sifa Fukofuka, M. Jean-Paul
Gaudechoux, M. John Hampton, Mme Lyn Lambeth, M. Tim Lawson, M. Patrick Lehodey, Mme Marie-Ange Roberts, M. Peter
Sharples, M. Wade Whitelaw et M. Peter Williams; de Hawaï : M. Scotty Barrows, M. Paul Bartram, M. Jeff Broad, M. Ray
Clarke, M. Jim Cook, M. David Itano, M. Mike Madden, M. Sean Martin, M. Mike McCoy, M. John Myking, M. Joseph
O’Malley, M. Smokey Oshiro et M. Allan ‘Samson’ Willingham; des Îles Fidji : M. Ian Chute, M. Grahame Southwick et M.
Dave Lucas; de Papouasie-Nouvelle-Guinée : M. Rusty Strickland; des Tonga : M. Bill Holden; de Nouvelle-Calédonie : M.
Vincent Puluiuvea; de Tahiti : MM. Gilles Leboucher et Coco Chung Shing; de Pohnpei : M. Gerry Russo; et d'Australie : M. Ian
Cartwright.
Les auteurs remercient pour sa collaboration à la production de bon nombre des croquis utilisés dans le présent manuel, et pour
la présentation et la mise en page du manuel, Mme Youngmi Choi; pour le graphisme de la page de couverture, Mme Patricia
Martin; pour la révision rédactionnelle de la version anglaise, Mme Maureen Wright; et pour la traduction française de l'original
anglais, la section Traduction et interprétation de la CPS.
UNITÉS DE MESURES ET CONVERSIONS
C'est essentiellement le système métrique qui est utilisé dans cet ouvrage. Il est souvent fait référence aux milles marins et aux nœuds car
beaucoup de pêcheurs les préfèrent aux kilomètres et aux kilomètres/heure pour exprimer les distances et les vitesses. Voici un tableau
des unités de mesure et de leurs équivalences :
1 kilomètre (km) = 0,62 mille marin (nm)
1 mille marin (nm) = 1,85 km
1 nœud = 1,85 km/h
1 nœud = 31 m/min
1 hectopascal (hPa) : unité de pression atmosphérique
Circonférence du cercle
Pour trouver la circonférence d'un cercle, employer la formule suivante : circonférence = diamètre x π
π = 3,14
Vitesse, distance et temps
Pour le calcul de la vitesse, de la distance et du temps, employer les formules suivantes :
vitesse = distance/temps
distance = vitesse x temps
temps = distance/vitesse
Température
L'unité de température employée est le degré Celsius. Abréviation : ˚C
DÉCHARGE DE RESPONSABILITÉS
Pour des raisons de commodité, lorsqu'on se réfère à des personnes qui accomplissent des tâches particulières dans le présent
manuel, c'est le genre masculin qui est employé. Toute référence à des membres de l'équipage ou à leur titre s'entend comme pouvant
concerner aussi bien des hommes que des femmes. Ainsi, un pêcheur est une personne, homme ou femme, qui pêche; le pronom
"il" est systématiquement employé, que la personne qui accomplit la tâche en question soit un homme ou une femme. Les
références à des noms de marque ou à des procédés de fabrication figurant dans le présent ouvrage ne signifient en aucun cas
qu'ils ont la caution de la CPS.
iii
TABLE DES MATIÈRES
Page
ABRÉVIATIONS ET ACRONYMES
vii
INTRODUCTION
1
CHAPITRE 1 : INFORMATIONS ET TECHNIQUES DE BASE
3
A.
B.
C.
D.
E.
F.
G.
H.
I.
J.
K.
L.
Qu’est-ce que la pêche à la palangre horizontale ?
La pêche du thon à la palangre dans l’océan Pacifique central et occidental
Les prises : les espèces ciblées
Les prises : les prises secondaires et les prises accessoires
Les appâts
Utiliser, préparer et épisser les lignes et les cordages
Principaux types de nœuds
Relier des lignes monofilament par des nœuds et des manchons
Manier cordages et lignes
Palangriers
Dispositifs et équipement de sécurité en mer
La sécurité en mer et les règles de navigation
4
6
8
10
12
14
16
18
20
22
24
26
CHAPITRE 2 : ENGINS ET ÉQUIPEMENT DE PÊCHE
29
A.
B.
C.
D.
E.
F.
G.
H
I.
30
32
34
36
38
40
42
44
48
La palangre : configuration de base et entreposage de l'engin
Mécanismes à commande hydraulique utilisés pour la manœuvre des palangres
Matériaux et points d'attache de la ligne-mère et des avançons
Pièces de montage des avançons
Assemblage des avançons
Bouées, mâts porte-pavillon et lignes de bouée
Bouées émettrices
Électronique de bord
Systèmes hydrauliques
CHAPITRE 3 : OPÉRATIONS DE PÊCHE
51
A.
B.
C.
D.
E.
F.
G.
H.
I.
52
54
56
58
60
62
65
66
J.
K.
L.
M.
N.
O.
Préparation de la sortie de pêche
Choix du lieu de pêche : au départ du port
Choix du lieu de pêche : à l’arrivée sur les lieux de pêche
Choix du lieu de pêche : pendant la marée
Paramètres de pose de la palangre : la couche de surface et la thermocline
Paramètres de pose de la palangre : la profondeur de mouillage
Filage et virage de la palangre : généralités
Pose d’une palangre monofilament
Filage des engins en cordage toronné, cadence de pose, enregistrement des données
et temps de mouillage
Quelques variantes du filage
Rechercher l’engin de pêche
Virer des engins en cordage toronné
Virer des palangres monofilament
Problèmes lors du virage de la palangre
Remonter les prises à bord
68
70
72
73
74
76
78
v
CHAPITRE 4 : LE TRAITEMENT À BORD ET LA CONSERVATION DES PRISES
79
A.
B.
C.
D.
E.
F.
G.
80
82
84
85
86
88
H.
I.
Notions élémentaires et instruments nécessaires
Remonter le poisson sur le pont, le tuer et le saigner
Parer le thon de qualité sashimi et le préparer pour la réfrigération
Parer l’espadon et le préparer pour la réfrigération
Parer le germon, le découper en longes et le préparer pour la congélation
Conserver le poisson à bord : la mise sous glace
Conserver le poisson à bord : l’immersion dans de la saumure glacée
et dans de la saumure réfrigérée
Conserver le poisson à bord : la congélation
Nettoyer et désinfecter
CHAPITRE 5 : COMMERCIALISATION DES PRODUITS DE LA PÊCHE
A.
B.
C.
D.
E.
Commercialisation et classification du poisson : généralités
Emballage du poisson frais destiné à l’exportation
Expédition et commercialisation du poisson destiné à l’exportation
Un palangrier : une entreprise à gérer
Charges fixes et compte armement
90
91
92
93
94
96
97
98
100
CHAPITRE 6 : POUR UNE PÊCHE RESPONSABLE
103
A.
B.
C.
D.
E.
F.
G.
H.
104
106
108
109
110
111
112
113
Débris marins et engins de pêche perdus ou abandonnés
Les prises accessoires de la pêche thonière à la palangre
Comment relâcher des tortues prises à la palangre ?
Éviter la capture d’oiseaux marins et la perte d’appâts
Dégâts dus aux cétacés à dents
Enregistrement des données concernant les prises et l’effort
Enregistrement et notification des espèces marquées
Observateurs et échantillonneurs au port
EN CONCLUSION
114
ANNEXES
115
A.
Conditions météorologiques et état de la mer
117
B.
Fréquences radio importantes et alphabet phonétique
119
C.
Glossaire de termes marins
121
D.
Principales espèces capturées à la palangre horizontale dans l'océan Pacifique
127
E.
Modèle de liste de vérification avant le départ
129
F.
Fiche de pêche palangrière – Pacifique Sud, et instructions
131
vi
ABRÉVIATIONS ET ACRONYMES
π
°C
AISM
ASN
AusAID
BLU
CAF (ou CIF)
cm
COLREGS
CPS
CSIRO
cv
DCP
EPIRB
FAB
FAO
GPS
HACCP
HF
Inmarsat
JFIC
kHz
NIWA
NOAA
OMI
OPCO
PC
RRS
SART
SMDSM
SOLAS
tjb
TU
UNCLOS
UTC
VHF
VMS
ZEE
ZoNéCo
pi
degré Celsius
Association internationale de signalisation maritime
appel sélectif numérique
Agence australienne pour le développement international
bande latérale unique (radio à)
coût, assurance et fret compris
centimètre
Règlement international pour prévenir les abordages en mer
Secrétariat général de la Communauté du Pacifique
Centre australien pour la recherche scientifique et industrielle
cheval vapeur
dispositif de concentration du poisson
radio-balise de localisation des sinistres
franco à bord
Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture
Système mondial de localisation
méthode d'analyse des risques et points de contrôle critiques dans une chaîne de traitement de produits
alimentaires.
hautes fréquences (radio à)
Organisation internationale de télécommunications maritimes par satellites
Centre japonais d’information sur les pêches
kilohertz
Institut national de l’eau et de l’atmosphère (Nouvelle-Zélande)
Agence de l’Océan et de l’atmosphère (Etats-Unis d'Amérique)
Organisation maritime internationale
Océan Pacifique central et occidental
ordinateur personnel
répondeurs recherche et sauvetage
transpondeur recherche et sauvetage
Système mondial de détresse et de sécurité en mer
Convention internationale pour la sauvegarde de la vie humaine en mer
tonneaux de jauge brute
temps universel (correspondant à l'heure du méridien de Greenwich)
Convention des Nations Unies sur le droit de la mer
temps universel coordonné
très hautes fréquences (radio à)
système de surveillance des navires par satellite
zone économique exclusive
Zone Économique de Nouvelle-Calédonie (programme de recherche sur la…)
vii
INTRODUCTION
Le Secrétariat général de la Communauté du Pacifique joue un rôle actif dans la promotion du développement de la pêche dans
les États et territoires insulaires du Pacifique depuis plus de trente ans. L'un des domaines particuliers où il excelle à cet égard
est dans la formation de pêcheurs qui pratiquent une pêche à petite ou à moyenne échelle aux techniques de pêche et de manœuvre
des embarcations. Cette formation, inaugurée en 1978, est dispensée par l'équipe des chargés du développement de la pêche de
la CPS (anciennement dénommés maîtres de pêche), lesquels, à la demande des gouvernements des pays insulaires océaniens,
conduisent des programmes de formation, visitent les communautés de pêcheurs et travaillent avec des entreprises du secteur
privé pour faire des démonstrations pratiques d'opérations de pêche. Les informations qui constituent la matière du présent
manuel ont été compilées à partir d'entretiens et d'enregistrements écrits des chargés du développement de la pêche de la CPS et
d'autres agents s'occupant du développement halieutique. En fait, ce travail de compilation vient en partie de la volonté de garder
trace, au moins partiellement, des connaissances spécialisées, pour la plupart jamais encore consignées sur le papier, et de
l'expérience pratique accumulée par les agents des pêches de la CPS durant leurs activités commerciales avant qu’ils rejoignent
la CPS et pendant leurs activités de terrain dans le cadre de leurs fonctions à la CPS.
Ce manuel a toutefois pour principal objet de faire connaître à des pêcheurs océaniens la méthode de pêche à la palangre horizontale,
ainsi que d'aider ceux qui se livrent à ce type de pêche à accroître leurs prises, surtout s'ils pratiquent la pêche à des fins
commerciales ou semi-commerciales. Ce manuel doit servir de mode d'emploi des principes et techniques d'une pêche des
thonidés à la palangre horizontale productive, à l'usage des pêcheurs qui veulent s'initier à cette technique, ou se perfectionner et
élargir leurs compétences. Nous avons essayé de donner le plus de détails possible sur le montage et l'utilisation d'engins de pêche
à la palangre monofilament et de décrire brièvement les palangres en cordage toronné et autres variantes possibles, ainsi que les
méthodes de pêche. Nous exposons également les techniques de manipulation du poisson qui permettront de vendre le poisson
aux meilleurs prix sur les marchés locaux et à l'exportation. Nous abordons aussi les questions et les préoccupations concernant
l'environnement et la conservation des ressources afin de sensibiliser le lecteur au risque de dommages que peuvent causer à
l'environnement et aux espèces non ciblées les activités de pêche des thonidés à la palangre horizontale, et de suggérer des
moyens de réduire au minimum ce risque.
Le présent manuel a pour autre raison d'être de servir de support pour les actions de formation dans un cadre structuré que conduisent
les programmes des pêches de la CPS, ainsi que les organismes nationaux de développement des pêches et les vulgarisateurs. Ce
support didactique facilitera la présentation et l'explication de sujets concernant la pêche à des pêcheurs pratiquant une pêche à
petite ou à moyenne échelle, ainsi qu'à d'autres personnes intéressées. À cette fin, nous avons essayé autant que possible d'illustrer
nos explications par des dessins, pensant aux nombreux pêcheurs océaniens pour qui le français n'est pas la première langue. Pour
la même raison, nous avons employé un langage aussi simple et aussi peu technique que possible.
Nous avons structuré ce manuel en séparant par thème les nombreux aspects de la pêche du thon à la palangre horizontale étroitement
imbriqués. Il se divise donc en six grands chapitres informations et techniques de base; engins et équipement de pêche; opérations et
méthodes de pêche; manipulation et préservation des prises; commercialisation des produits de la pêche; et enfin, pour une pêche
responsable. Viennent ensuite plusieurs annexes. L'annexe A donne des renseignements utiles sur les conditions météorologiques
et l'état de la mer; l'annexe B indique les fréquences radio importantes et reproduit l'alphabet phonétique; l'annexe C est un glossaire
de termes marins. Comme il était prévisible, il s'est avéré impossible d'éviter les chevauchements. Toutefois, nous espérons que
les rappels figurant dans le texte, ainsi que les titres et sous-titres des sujets traités repris dans la table des matières, permettront
au lecteur de suivre en continu un thème donné dans le texte, ou de trouver le renseignement particulier qu'il cherche.
La CPS a produit plusieurs autres manuels, guides et matériels didactiques sur la pêche et des sujets connexes. Ainsi, le manuel
intitulé La pêche à la traîne dans les îles du Pacifique : un manuel à l'intention des pêcheurs donne une information complète
sur les techniques de pêche à la traîne et les engins utilisés. Deux autres manuels, La pêche à la palangre verticale et autres
méthodes de pêche autour des dispositifs de concentration du poisson et Techniques de pêche profonde pour les îles du Pacifique,
expliquent les techniques à employer pour ces types de pêche. Les trois volumes du manuel de la CPS concernant les dispositifs
de concentration du poisson (DCP) visent à aider les services des pêches à établir des programmes de mouillage de DCP propres
à maximiser la rentabilité de la filière pêche locale. Il est également possible de se procurer plusieurs autres supports didactiques
et documents d'information à l'intention du grand public produits par la CPS (notices bibliographiques, films vidéo, transparents,
brochures et affiches) sur la pêche, les DCP, la protection de l'environnement, et la sécurité en mer, ainsi que des notes explicatives
pour la fabrication de moulinets à main en bois de type FAO, assorties de croquis. Pour obtenir de plus amples informations,
écrire à la CPS ou consulter le site Web de la CPS, à l'adresse : http://www.spc.int/coastfish/Indexf/
1
CHAPITRE 1 : Informations et techniques de base
CHAPITRE 1
INFORMATIONS
ET
TECHNIQUES DE BASE
A. Qu’est-ce que la pêche à la palangre horizontale ?
B. La pêche du thon à la palangre dans l’océan Pacifique central et occidental
C. Les prises : les espèces ciblées
D. Les prises : les prises secondaires et les prises accessoires
E. Les appâts
F. Utiliser, préparer et épisser les lignes et les cordages
G. Principaux types de nœuds
H. Relier des lignes monofilament par des nœuds et des manchons
I.
Manier cordages et lignes
J. Palangriers
K. Dispositifs et équipement de sécurité en mer
L. La sécurité en mer et les règles de navigation
INTRODUCTION
Ce chapitre donne des informations générales sur l'origine et l'histoire de la pêche du thon à la palangre horizontale, les résultats
les plus récents de la recherche et l'importance, à l'heure actuelle, de cette méthode de pêche pour le développement des pêcheries
thonières nationales à la palangre dans la région Pacifique. Il passe en revue les principales espèces ciblées, les produits
secondaires et les espèces accessoires, et examine les comportements des espèces qui pourraient être mis à profit pour les
localiser, ainsi que les appâts à employer. Les nœuds et épissures nécessaires à la confection des différentes composantes de
l'engin y sont décrits, ainsi que les différents types de lignes et de cordages convenant à la fois à ces activités de pêche et à la
manœuvre du bateau en général. On y présente aussi brièvement les différents types de thoniers-palangriers opérant à petite,
moyenne ou grande échelle, dans la région. Enfin, on y traite des règles de sécurité en mer et de navigation pour montrer
l'importance de prendre des précautions et de bien se préparer car la pêche thonière à la palangre peut comporter des dangers si
on ne la pratique pas avec prudence et professionnalisme.
3
CHAPITRE 1 : Informations et techniques de base
A. QU'EST-CE QUE LA PÊCHE À LA PALANGRE HORIZONTALE ?
Pêcher à la palangre horizontale consiste à utiliser une longue
ligne-mère faite de nylon monofilament ou de cordage goudronné,
à laquelle sont attachés des centaines ou des milliers d'avançons,
chacun terminé par un seul hameçon appâté. La ligne-mère peut
être longue de 9 à 185 km. Elle est attachée à des lignes de surface
qui la maintiennent suspendue dans l'eau, ces mêmes lignes étant
attachées à des bouées, munies parfois d'un mât porte-pavillon,
d'une bouée lumineuse ou d'une radio-balise. On file et on vire
généralement les palangres une fois par jour et on les laisse
dériver librement pendant plusieurs heures durant la pêche. On
file les palangres soit manuellement soit mécaniquement, tandis
que le bateau fait route; on les relève généralement par des
moyens mécaniques, tandis que le bateau longe la ligne. Les
espèces visées sont les thonidés et quelques poissons à rostre.
Bouée
Ligne de surface
Ligne-mère
Avançon
Un peu d'histoire
La pêche à la palangre horizontale d'espèces pélagiques s'est
développée au Japon au XIXe siècle et au début du XXe. Les
navires équipés de palangres de chanvre faisaient voile jusqu'à
30 milles marins des côtes japonaises, en quête de thons et de
poissons à rostre. En 1912, on comptait plus de 100 thoniers
palangriers à voiles immatriculés au Japon. Les premiers
palangriers à moteur diesel ne sont apparus qu'au début des
années 20. Les palangres étaient virées à la main jusqu'en
1929, date à laquelle le premier haleur de ligne mécanique Izui
a été inventé.
La technique de pêche à la palangre a été introduite dans le reste de l'océan Pacifique dans les années 30 par des pêcheurs japonais.
En 1939, on comptait environ 70 palangriers japonais de 60 à 270 tonneaux de jauge brute (tjb) opérant dans l'océan Pacifique
occidental et central, à partir de leurs bases à Palau, Chuuk et aux Îles Mariannes du Nord. Environ à la même époque, des descendants
d'immigrants japonais à Hawaï ont fait connaître aux pêcheurs locaux ce que l'on appelait la "pêche aux drapeaux", ainsi dénommée
parce que la ligne-mère était signalée, à intervalles réguliers, par une série de drapeaux plantés sur des mâts en bambou fixés à
des bouées en verre.
Pendant la Seconde Guerre mondiale (1941 à 1945), les activités de pêche se sont considérablement ralenties dans l'océan
Pacifique mais, une fois la guerre terminée, elles ont repris, lorsque les restrictions imposées au déplacement des navires ont été
levées. Au début des années 50, après l'abolition de la Ligne McArthur (qui délimitait l'embargo imposé par les forces alliées
suivant une ligne reliant les points 24˚ N et 165˚ E, en 1946), près de 100 palangriers japonais opéraient dans l'océan Pacifique
occidental et central. Plusieurs bases de pêche furent établies à travers le Pacifique pour les palangriers et canneurs y faisant escale.
Dans les années 60, on comptait plus de 200 palangriers japonais pêchant dans les eaux du Pacifique : des bateaux de 30 à 100
tjb dans les territoires sous tutelle américaine, ou Micronésie, des bateaux de 100 à 200 tjb opérant plus à l'est, et des bateaux
pouvant aller jusqu'à 400 tonneaux faisant cap à l'est jusqu'en Polynésie française. Jusqu'à la fin des années 60, la plupart de ces
palangriers ciblaient le germon pour les conserveries et leurs prises étaient congelées en mer. Au début des années 70, les
pêcheries palangrières japonaises se sont tournées vers la pêche de thonidés plus proches de l'équateur et ont commencé à pêcher le
thon obèse et le thon jaune pour le marché du sashimi. Des navires coréens et taiwanais ont vite remplacé les navires japonais
dans les flottilles palangrières ciblant le germon. Les flottilles coréenne et taiwanaise comptaient à elles deux des centaines de
bateaux qui opéraient dans les eaux du Samoa, de Vanuatu et des Îles Fidji. À la fin des années 70, ces bateaux de pêche ont
commencé à leur tour à s'intéresser à la pêche du thon de qualité sashimi.
4
CHAPITRE 1 : Informations et techniques de base
Pour la flottille asiatique opérant dans l'océan Pacifique central et occidental, 1980 a été l'année record de la pêche. Forte de ses
4 647 bateaux, elle a débarqué 208 696 tonnes de thons obèses, de thons jaunes, de germons et de bonites. En 1997, la flottille
de palangriers pêchant dans l'océan Pacifique central et occidental était encore plus nombreuse (4 886 unités), mais les prises ne
se sont élevées au total qu'à 179 535 tonnes.
À Hawaï, la flottille nationale de palangriers est restée relativement modeste jusqu'à la fin des années 80, date à laquelle elle s'est
considérablement étendue. En 1983, cette flottille comptait environ 40 unités, la plupart, d'anciens "sampans" en bois de style
japonais, équipés des traditionnelles lignes à drapeaux. En 1990, elle était passée à 140 unités, pour la plupart, des bateaux en
acier et en fibre de verre de 50 à 100 tjb, équipés de palangres monofilament modernes et d'électronique de bord sophistiquée.
La pêcherie a également changé. De nombreux navires ont commencé à cibler l'espadon. L'apparition des palangres monofilament
a révolutionné la pêche en offrant un système de capture d'espèces pélagiques plus simple, plus compact, plus économique et plus
efficace et qui, en outre, réclamait une main-d'œuvre moins nombreuse. Les pêcheries hawaïennes à la palangre ont été les
précurseurs du développement des filières nationales de pêche à la palangre dans le reste de la région Pacifique, notamment aux
Îles Fidji, à Tahiti, en Australie et en Nouvelle-Zélande.
La Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS), promulguée en 1978, autorise les États et territoires insulaires
océaniens à déclarer comme zone économique exclusive (ZEE) la zone maritime s'étendant au-delà de leur mer territoriale jusqu'à
200 milles marins et à exercer leur droit de souveraineté sur les ressources marines comprises dans cette zone. À partir du début
des années 80, les navires japonais, coréens et taiwanais pêchant dans l'océan Pacifique furent tenus d'obtenir des permis de pêche
et de payer des droits d'accès aux ressources halieutiques se trouvant dans les nombreuses ZEE océaniennes. En moyenne, les
droits de pêche perçus des navires étrangers s'élèvent à environ 5 pour cent de la valeur marchande des prises. À partir de la fin
des années 80, on a vu les États et territoires océaniens essayer de substituer les flottilles étrangères par leur propre flottille. En
confiant la pêche à leurs propres navires, les pays obtiennent un rendement financier bien plus élevé. Une grande partie des
recettes qu'ils tirent des prises de la pêche palangrière est en devises, étant donné que les principaux marchés du thon frais pour
le sashimi sont au Japon et aux États-Unis d'Amérique. La pêche à la palangre peut, par conséquent, devenir une composante très
importante de l'économie des pays insulaires océaniens.
Certains États et territoires océaniens accroissent leur propre flottille tandis que d'autres passent des accords de joint-venture avec
des sociétés de pêche étrangères. Au titre de ces accords, on voit généralement deux entreprises distinctes opérant sous le couvert
d'une troisième entreprise. D'autres États ou territoires océaniens ont tenté de créer leur filière de pêche à la palangre en envoyant
sur les mers des navires qui appartiennent à l'État et qui sont gérés par lui. D'autres encore exploitent cette filière en faisant
intervenir à la fois des navires étrangers, des navires nationaux appartenant à des armateurs locaux et des navires appartenant à
des entreprises étrangères, mais basés dans le pays en vertu d'accords de joint-venture.
Parmi tous les États et territoires membres de la CPS qui ont été à ce jour les plus heureux dans l'exploitation de leur pêche
nationale à la palangre, il faut citer les Îles Fidji, la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée,
le Samoa, les Tonga et les Samoa américaines. D'autres luttent encore pour pénétrer dans cette filière.
Le Programme Pêche hauturière de la CPS rassemble toutes les données de prises et d'effort de la pêche thonière dans l'océan
Pacifique occidental et central. À l'aide de ces données, le Programme fait un inventaire régional des stocks, et cette information
constitue le fondement de la gestion des ressources en thonidés dans la région.
ZEE des États et territoires membres de la CPS
5
CHAPITRE 1 : Informations et techniques de base
B. LA PÊCHE DU THON À LA PALANGRE DANS L'OCÉAN PACIFIQUE CENTRAL ET OCCIDENTAL
D'une manière générale, les prises réalisées
par les flottilles de palangriers représentent
environ 10 à 12 pour cent de l'ensemble des
prises de thonidés réalisées dans l'océan
Pacifique central et occidental mais, sur le
plan de la valeur marchande, elles rivalisent
avec celles des senneurs, pourtant bien plus
importantes. C'est dans le domaine de la pêche
à la palangre que l'on trouve les estimations de
prises qui remontent le plus loin dans le temps,
du moins en ce qui concerne l'océan Pacifique
central et occidental, certains chiffres remontant au début des années 50.
OPCO
Délimitation de l'océan Pacifique central et occidental(OPCO)
Prises à la palangre de thonidés dans
le Pacifique central et occidental (en tonnes)
Le total des prises annuelles de thons réalisées à
la palangre est demeuré relativement stable
durant ces 25 dernières années, celui-ci variant
généralement entre 130 000 et 200 000 tonnes et
comprenant presque exclusivement du thon
jaune, du thon obèse et du germon. Ces dernières
années, les prises ont atteint des chiffres record
mais leur composition par espèce (35% germon,
35% thon jaune et 30% thon obèse) a considérablement changé par rapport aux années 70 (18%
germon, 57% thon jaune et 25% thon obèse, en
1980), du fait de la reconversion des flottilles,
des changements de sites de pêche et des pratiques de ciblage.
La majorité des prises de thons jaunes sont plutôt
réalisées dans les zones tropicales, en particulier dans
la partie occidentale de la région, le reste des prises
étant le fait de la pêche saisonnière subtropicale. La
majorité des prises de thons obèses sont réalisées dans
les zones tropicales mais, contrairement aux prises de
thons jaunes, elles le sont dans la partie orientale du
Pacifique central et occidental, à proximité des sites de
pêche traditionnelle du thon obèse dans l'océan
Pacifique oriental. Les prises de germons sont, elles,
réalisées dans les eaux subtropicales et tempérées dans
les deux hémisphères.
Les opérations de pêche se sont sensiblement
modifiées au cours des vingt dernières années. Par
exemple, dans le courant des années 80, les pêcheurs
ont changé leurs pratiques de ciblage (ils mouillent la
palangre plus profondément pour capturer le thon
obèse qui évolue dans des eaux plus fraîches) afin de
Répartition des prises de thon à la palangre par espèce, en 2000
tirer parti du prix plus élevé du thon obèse par rapport
à celui du thon jaune. Autre changement qui mérite
d'être mentionné, l'arrivée dans la filière, puis le déclin, des petits palangriers de Taiwan et de la Chine pêchant au large le thon
pour le sashimi, et qui étaient basés en Micronésie pendant la dernière décennie. Certaines flottilles ont aussi plus de souplesse
dans le choix des espèces qu'elles ciblent, en particulier celles qui ont des capacités de congélation à très basse température. Ces
dernières années, on a vu les palangriers chinois de gros tonnage cibler le germon dans les zones de haute mer du Pacifique Sud
et la filière de la pêche à palangre connaître une rapide expansion dans au moins un pays de l'Asie du Sud-Est (Vietnam).
6
CHAPITRE 1 : Informations et techniques de base
La pêche du thon à la palangre se pratique de deux manières :
•
•
des palangriers-congélateurs de gros tonnage (en général > 250 tjb) pratiquant une pêche hauturière, partent pour de
lointaines campagnes de plusieurs mois et sillonnent de grandes distances dans la région;
des navires plus petits (en général < 100 tjb), pratiquant la pêche au large, équipés d'une capacité de mise sous glace ou
de réfrigération limitée, reviennent généralement à leur port d'attache, opèrent principalement dans les zones tropicales et
approvisionnent les marchés du sashimi avec des poissons débarqués frais ou transportés par avion.
Nombre de palangriers opérant dans l'océan Pacifique central et occidental
Flottilles pratiquant la pêche hauturière
Jusqu'à présent, la plupart des prises réalisées à la palangre
dans l'océan Pacifique central et occidental étaient le fait de
navires de gros tonnage japonais, coréens et taiwanais
pratiquant la pêche hauturière, mais leur part des prises a
baissé ces dernières années. Certains de ces navires opèrent
dans les eaux tropicales et ciblent le thon obèse et le thon
jaune pour le marché du sashimi congelé, d'autres naviguent
dans les eaux plus tempérées et ciblent le germon pour la
conserverie. Ces dernières années, la flottille hauturière
japonaise a réduit d'elle-même son effort de pêche.
Flottilles pratiquant la pêche au large
On a vu récemment le nombre de bateaux appartenant aux
flottilles nationales des États et territoires océaniens augmenter
progressivement, par exemple, aux Samoa américaines, au
Samoa, aux Îles Fidji, en Polynésie française, en NouvelleCalédonie, aux Îles Salomon et aux Tonga. Ces flottilles
pêchent essentiellement dans les eaux subtropicales et capturent
Répartition de l'effort de pêche à la palangre
des flottilles hauturières en 2000
principalement le germon. Leurs prises représentent aujourd'hui
plus de 10 pour cent de l'ensemble des prises réalisées dans
l'océan Pacifique central et occidental et près de 50 pour cent des
prises de germons dans le Pacifique Sud. Les développements
les plus notables intervenus au cours des cinq dernières années
sont la croissance de la flottille fidjienne et la création de flottilles
nationales au Samoa et en Polynésie française.
Répartition de l'effort de pêche des flottilles pratiquant
la pêche au large (à l'exclusion de la flottille japonaise
côtière) en 2000
La taille des flottilles nationales s'accroît aux dépens des flottilles
étrangères pratiquant la pêche au large et la pêche hauturière. On
compte aujourd'hui plus de 400 navires battant pavillon d'un pays
insulaire océanien pêchant dans la région de l'océan Pacifique
central et occidental. Les flottilles japonaises, chinoises et
taiwanaises pratiquant la pêche au large limitent leur champ
d'action aux eaux tropicales et ciblent le thon obèse et le thon
jaune pour le marché du sashimi frais; les sites de pêche de ces
flottilles ne se chevauchent que rarement avec ceux des flottilles
pratiquant la pêche hauturière. L'important effort de pêche au
large dans la partie occidentale de la région est principalement
attribuable aux flottilles nationales indonésiennes et taiwanaises
qui ciblent le thon jaune et le thon obèse.
7
CHAPITRE 1 : Informations et techniques de base
C. LES PRISES : LES ESPÈCES CIBLÉES
Les principales espèces ciblées par les pays pratiquant la pêche à la palangre pélagique sont les thonidés et les poissons à rostre;
d'autres espèces, notamment des requins, peuvent constituer également une part importante des prises. On peut trouver à l'annexe D
une liste des principales espèces prises par les palangriers, avec leurs noms français, anglais, japonais et scientifique. Les prises se
divisent en trois catégories : les espèces cibles, les prises secondaires et les prises accessoires.
Les thonidés sont de loin l'espèce cible la plus importante de la pêche à la palangre horizontale. Ceux qui ont la plus grande valeur
marchande sont le thon rouge, rarement pris dans les ZEE des États et territoires océaniens, suivi, dans l'ordre, du thon obèse, du
thon jaune et du germon. Les palangriers ciblent aussi des poissons à rostre, dont le plus important est l'espadon, suivi du marlin
rayé. Le tableau 1 indique les principaux paramètres de la localisation et de la capture de ces espèces cibles. (NB : Ces paramètres
généraux varient selon l'hémisphère, la position, la saison, la phase de la lune et les conditions locales.)
Tableau 1: Principaux paramètres de la localisation et de la capture des espèces ciblées par les palangriers
Espèces
Profondeur de pêche
Thon obèse
50–600 mètres,
thermocline
Thon jaune
50–250 mètres,
couches intermédiaire
et de mélange
50–600 mètres,
thermocline
50–150 mètres,
couches de mélange
et intermédiaire
50–250 mètres,
couches de mélange
et intermédiaire
Germon
Espadon
Marlin rayé
Fourchette de
température
10–17 ˚C
18–28 ˚C
10–17 ˚C
18–22 ˚C
20–23 ˚C
Meilleurs appâts
Balaou du Pacifique,
sélar coulisou, pilchard,
calmar
Balaou du Pacifique,
sélar coulisou, chanos,
calmar
Balaou du Pacifique,
pilchard, sardine
Calmar (Illex spp.)
(et utilisation de
bâtonnets fluorescents)
Balaou du Pacifique,
sélar coulisou, chanos,
calmar
Saison
Hiver
Horaire de filage
et de virage
4h00–8h00/
14h00–18h00
Été
4h00–8h00/
14h00–18h00
Fin de l'été, automne,
début de l'hiver
Fin de l'hiver et
printemps
14h00–8h00/
14h00–18h00
18h00–20h00/
6h00–8h00
Fin de l'hiver et
printemps
4h00–8h00/
14h00–18h00
Le thon obèse : L'espèce la plus prisée dans le Pacifique. Le thon
obèse évolue dans les eaux tropicales et tempérées de l'océan
Pacifique. Les pêcheurs qui ciblent le thon obèse mouillent leurs
lignes à de grandes profondeurs parce que le thon obèse se trouve
souvent dans la thermocline (chapitre 3 E), entre 100 et 350 mètres,
selon l'endroit et la saison. Des chercheurs ont noté la présence de
cette espèce jusqu'à 660 mètres de profondeur, à certains endroits.
On a le plus de chance de capturer des thons obèses entre les
isothermes 10˚ et 17 ˚C (chapitre 3 B) dans la colonne d'eau, mais
on peut aussi en trouver dans des milieux à température plus élevée,
plus près de la surface.
On peut capturer le thon obèse toute l'année dans les eaux équatoriales. À des latitudes plus élevées, cette pêche est plus
saisonnière. Les thons obèses de la meilleure qualité se capturent en général durant les mois d'hiver. De gros thons obèses se
rapprochent de la surface pour se nourrir, la nuit, dans les eaux équatoriales, et peuvent se capturer quelques jours avant, pendant
et après la pleine lune. Les jours de pleine lune, on file la palangre le soir, à de faibles profondeurs, de 50 à 100 mètres environ,
en prenant des calmars comme appât, et on la relève le lendemain matin. Sinon, le filage s'effectue généralement le matin, et le
virage, l'après-midi et le soir. Les thons obèses qui se vendent le mieux sont ceux qui pèsent au moins 40 kg. Le thon obèse se
commercialise généralement sous la forme de poisson frais réfrigéré pour le sashimi.
Le thon jaune : Il évolue également dans toutes les eaux tropicales
et tempérées de l'océan Pacifique mais le stock que l'on trouve dans
l'océan Pacifique central et occidental est différent de celui qui évolue
dans l'océan Pacifique oriental. On peut capturer le thon jaune dans
des eaux profondes mais celui que l'on capture à la palangre est
généralement pris dans des eaux proches de la surface jusqu'à 250
mètres de profondeur, au-dessus de la thermocline. Ce sont les couches
d'eau que l'on appelle la couche de mélange et la couche intermédiaire
(chapitre 3 E). La fourchette de température de prédilection du thon
jaune est comprise entre 18˚ et 28 ˚C, ce qui correspond à peu près aux
températures des couches de mélange et intermédiaire.
8
CHAPITRE 1 : Informations et techniques de base
Les pêcheurs qui ciblent le thon jaune cherchent les fronts de température, les upwellings, les convergences de courants, les tourbillons,
les monts sous-marins et les rassemblements d'oiseaux de mer en train de pêcher (chapitre 3 D). La meilleure période de l'année
pour pêcher le thon jaune est le printemps et l'été. Les thons jaunes qui se vendent le mieux sont ceux qui pèsent au moins 30 kg.
Les thons jaunes sont généralement vendus sous forme de poisson frais réfrigéré pour le sashimi ou pour entrer dans un mets
cuisiné. Sur le plan de la qualité et de la valeur marchande, le thon jaune vient en deuxième position après le thon obèse.
Le germon : Sa répartition dans l'océan Pacifique est très différente
de celle du thon obèse ou du thon jaune. On en trouve des stocks
séparés dans le Pacifique Nord et dans le Pacifique Sud, qui se
concentrent dans les eaux tempérées. Le germon est un poisson qui
se déplace en bancs et dont la capture est saisonnière, durant les
mois d'été et d'automne. Les espèces que les pêcheurs à la traîne
capturent à la surface sont plus petites que celles prises par les
palangriers. Les espèces de plus grande taille sont capturées par les
palangriers dans les eaux profondes, tropicales et subtropicales, à la
profondeur de la thermocline. Les fourchettes de profondeur et de
température propices à la capture du germon sont les mêmes que
celles applicables à la pêche du thon obèse.
La saison de la pêche à la palangre du germon est moins marquée que celle de la pêche d'autres thonidés : l'automne, à certains
endroits; toute l'année avec des pics en été, en automne et en hiver, ailleurs; et en automne et en hiver en d'autres lieux encore.
Les spécimens capturés à la palangre pèsent entre 15 et 20 kg et sont vendus congelés, entiers, aux conserveries; frais ou congelés en
longes aux exportateurs. Bien que le germon soit traditionnellement plus destiné à être cuit ou mis en conserve, les amateurs
commencent à l'apprécier en sashimi. Il y a actuellement un marché saisonnier pour l'importation de poisson frais au Japon,
durant les mois de juillet et d'août, et le germon congelé pour le sashimi devient de plus en plus demandé sur les marchés
américains et japonais.
L'espadon : On le trouve dans toutes les eaux tropicales et
tempérées de l'océan Pacifique. Les espadons font des
incursions quotidiennes dans les eaux profondes, puis
remontent au sommet de la couche de mélange, la nuit, et c'est
alors qu'ils se prennent aux palangres, appâtées avec de gros
calmars et munies de bâtonnets fluorescents ou de lampes
électriques (pour attirer le poisson vers l'hameçon appâté). Les
espadons évoluent souvent à proximité des monts sous-marins
ou des failles, ainsi que près des fronts thermiques, des
convergences ou des tourbillons.
La fourchette de température de surface que l'espadon préfère est de 18˚ à 22 ˚C. Il importe de se référer aux phases de la lune
lorsqu'on pêche l'espadon à la palangre. La pêche est la meilleure aux alentours de la pleine lune. La meilleure période de l'année
pour capturer l'espadon est la fin de l'hiver et le début du printemps. Les espadons se vendent en général frais, étêtés et éviscérés.
Aux États-Unis d'Amérique, les espadons ont des surnoms, en fonction de leur poids apprêté : ceux qui pèsent moins de 23 kg
sont appelés des rats; ceux qui pèsent entre 23 et 45 kg sont des pups; et ceux qui pèsent plus de 45 kg sont des markers. Les
markers (champions) sont les plus recherchés sur les marchés américains. Les producteurs océaniens ont souvent du mal à vendre
leurs espadons sur les marchés américains en raison de la teneur en mercure que contient généralement la chair des spécimens de
grosse taille.
Le marlin rayé : Il se trouve dans toutes les eaux tropicales et
tempérées de l'océan Pacifique, habituellement dans la tranche
supérieure de la couche de mélange ou près de la surface. De fait,
les marlins rayés capturés à la palangre ont le plus souvent mordu
aux hameçons qui se trouvent sur les avançons les plus proches des
bouées, c'est-à-dire les moins profonds. Le marlin rayé n'est
généralement pas la principale cible des palangriers, mais il se
prend aux hameçons de la palangre mouillée pour capturer le thon
jaune. La température de surface qu'il préfère se situe entre 20˚ et
23 ˚C, mais on peut également en trouver dans des eaux dont la
température est comprise entre 15˚ et 26 ˚C.
Le poids habituel d'un marlin rayé est de 60 à 120 kg, mais il est arrivé que des spécimens pesant jusqu'à 190 kg se prennent à
l'hameçon. Les saisons de sa pêche varient en fonction de la zone de pêche. Par exemple, à Hawaï et en Polynésie française, la
meilleure période est la fin de l'hiver et le printemps, tandis qu'en Nouvelle-Calédonie, c'est le printemps et le début de l'été. La
chair du marlin rayé est appréciée en sashimi, car elle a souvent une couleur rose, contrairement à celle d'autres espèces de
marlins, qui est blanche ou grise. Les marlins rayés capturés dans le Pacifique sont exportés au Japon, lorsque c'est la saison, sous
forme de poisson frais.
9
CHAPITRE 1 : Informations et techniques de base
D. LES PRISES : LES PRISES SECONDAIRES ET LES PRISES ACCESSOIRES
Les prises secondaires : désignent les captures fortuites d'espèces non ciblées durant une pêche à la palangre, qui ont une
valeur commerciale et que l'on garde pour les vendre. Parmi ces espèces on compte: l'opah, le marlin noir, le marlin bleu, le
makaire à rostre court, le voilier de l'Indo-Pacifique, la bonite à ventre rayé, le mahi-mahi, le thazard-bâtard, la brème, l'escolier
noir et le barracuda. Plusieurs espèces de requins sont également considérées comme des prises secondaires, bien qu'elles soient
essentiellement prisées pour leurs ailerons (le découpage des ailerons est probablement destiné à disparaître étant donné que de
plus en plus de pays imposent l'obligation de conserver le requin entier).
Le marlin noir, le marlin bleu, le voilier de l'Indo-Pacifique, la bonite à ventre rayé, le mahi-mahi et le thazard-bâtard se trouvent
dans tout l'océan Pacifique tropical et subtropical, et ils se prennent aux hameçons les moins profonds sur la ligne, près des bouées
et de la surface. Les conditions de capture de ces espèces sont analogues à celles de la capture du thon jaune.
Marlin noir
(makaire noir)
Voilier de l'Indo-Pacifique
Marlin bleu
(makaire bleu de
l'Indo-Pacifique)
Mahi-mahi
Thazard-bâtard
Bonite à ventre rayé
Les espèces capturées fortuitement comme la brème noire, l'escolier noir et l'opah évoluent généralement dans des eaux plus profondes
et sont associées aux prises de thons obèses.
Opah
Brème noire
Escolier noir
Les espèces de requins le plus fréquemment prises par les palangres sont le peau bleue, le requin océanique à pointes blanches,
la taupe bleue, le requin soyeux, le requin renard et le requin tigre. Tous ces requins sont pélagiques ou océaniques. Les requins
se prennent principalement aux hameçons les moins profonds, pendant que la palangre ciblant le thon est normalement mouillée.
Toutefois, si l'on cible précisément des requins, on file généralement la palangre la nuit et on la relève le matin.
Requin océanique à
pointes blanches
Requin tigre
Requin renard
Peau bleue
Requin soyeux
Taupe bleue
10
CHAPITRE 1 : Informations et techniques de base
Les prises accessoires : Désignent les prises d'espèces non
voulues, qui se prennent accidentellement aux hameçons pendant
que la palangre est mouillée. On les rejette car elles n'ont pas de
valeur commerciale. Parmi ces espèces, citons l'escolier serpent, le
poisson lancette, les raies pélagiques, les oiseaux de mer et les
tortues marines, etc.
Raie pélagique
L'escolier serpent, le poisson lancette et les raies pélagiques se
prennent aux hameçons de la palangre à diverses profondeurs et ne
sont pas vraiment associés à un type particulier de mouillage de la
palangre. Les poissons sont généralement de petite taille.
Escolier serpent
Poisson lancette
Albatros
Fou de bassan
Pétrel
Puffin
Les palangriers capturent parfois des oiseaux de mer, comme
l'albatros, et des tortues marines. Les oiseaux de mer saisissent
les appâts (chapitre 6 D) fixés sur la palangre pendant le filage
de celle-ci, tandis que les tortues marines se prennent aux
hameçons peu profonds, généralement près de la ligne de bouée.
La capture d'oiseaux de mer et de tortues marines par des
palangriers est devenue à certains endroits un problème
écologique car ces animaux sont protégés. Cela préoccupe tous
les pêcheurs pratiquant la pêche à la palangre, et cette question
est examinée plus en détail au chapitre 6, section B.
Tortue verte
Tortue olivâtre
Tortue luth
Tortue caouanne
Tortue imbriquée
Certaines flottilles, en particulier les flottilles asiatiques composées de navires-congélateurs, rejettent une partie de leurs prises
secondaires en raison de la durée de leur campagne de pêche et de leur capacité limitée de congélation. Elles pratiquent ainsi une
classification très sélective. Ces prises deviennent alors des prises accessoires.
Certains pêcheurs océaniens pratiquant la pêche à la palangre relâchent vivantes certaines
espèces cibles qui seraient peu prisées en raison de leur petite taille. Ces espèces auront ainsi la
possibilité de grossir et de devenir alors plus intéressantes pour les pêcheurs. Techniquement,
ces poissons relâchés sont également considérés comme des prises accessoires.
Une autre forme de prise accessoire
est constituée par les poissons,
cibles ou non voulus, qui ont été
attaqués par des requins ou des cétacés à dents. L'équipage garde parfois
les poissons abîmés par les requins
pour leur propre consommation ou
la vente, si les blessures sont limitées. Toutefois, lorsque des cétacés à
dents attrapent des poissons, ils ne
laissent que les têtes, et celles-ci
sont alors rejetées à l'eau.
Blessures causées
par des requins
Ce qui reste d'un poisson attaqué par un cétacé
11
CHAPITRE 1 : Informations et techniques de base
E. LES APPÂTS
Pour la pêche à la palangre, on utilise
généralement comme appâts des
poissons entiers congelés, sardines,
balaous du Pacifique ou comètes. On
utilise parfois des calmars entiers
congelés lorsqu'on pêche le thon à la
palangre, mais davantage lorsqu'on
cible l'espadon. On peut aussi
appâter avec des chanos vivants pour
capturer des thonidés; c'est ce que
font surtout les pêcheurs taiwanais.
Le tableau 2 ci-dessous indique les
noms français, anglais, japonais et
scientifique de certains des appâts le
plus couramment employés pour la
pêche à la palangre. Bien souvent, ce
sont les noms japonais que l'on
emploie pour désigner les appâts.
Comète
Sélar coulisou
Maquereau
Sardine et pilchard
Calmar
Chanos
Balaou du Pacifique ou sanma
Tableau 2 : Noms français, anglais, japonais et scientifiques des principaux appâts
Français
Anglais
Japonais
Nom scientifique
selar coulisou
bigeye scad
me aji
Selar spp.
pilchard d’Australie
blue pilchard, Australian
iwashi
Sardinops neopilchardus
pilchard
comète
mackerel scad
muro aji
Decapterus spp.
chanos
milkfish
sabahii
Chanos chanos
maquereau espagnol
chub mackerel
saba
Scomber japonicus
pilchard du Japon
sardine, Japanese pilchard
ma iwashi
Sardinops melanostictus
balaou du Pacifique
saury
sanma
Cololabis sairi
encornet, calmar
squid
ika
Illex spp.
Les appâts congelés que l'on trouve dans le commerce se présentent généralement dans des boîtes de 5, 10 ou 25 kg. Souvent,
les exploitants de palangriers importent des appâts par conteneur. Les appâts les plus demandés se présentent en boîtes de 10 kg,
contenant 100 à 120 pièces. Un appât moyen pèse environ 80 à 100 grammes. S'il pèse plus de 120 grammes, il est probable que
certains poissons ciblés ne se prendront pas à l’hameçon. En effet, des pêcheurs ont raconté que, tandis qu'ils ciblaient le germon,
il leur est arrivé de ne relever que la tête du balaou, parce que celui-ci pesait plus de 120 grammes. Lorsque l'appât est plus petit, le
poisson ciblé le gobe en entier et risque donc davantage de s'accrocher à l'hameçon. Par contre, lorsqu'on cible l'espadon, on
utilise des calmars de 200 à 300 grammes.
Montage des appâts
Le balaou (sanma), l'un des appâts préférés, surtout lorsqu'on cible le
germon, doit être piqué à travers le sommet de la tête, la pointe de
l'hameçon ressortant vers l'avant. Ainsi accroché, le balaou semble
nager naturellement dans l'eau. Il porte une petite tache blanche au
sommet de la tête, et c'est là qu'il faut introduire l'hameçon.
12
CHAPITRE 1 : Informations et techniques de base
Les autres appâts, comme les pilchards et les sardines, sont piqués
à travers le dos, ou juste derrière la tête. La meilleure façon de
monter un appât est de tenir le poisson d'une main et l'hameçon de
l'autre main. Saisir la hampe de l'hameçon entre le pouce et le
majeur tandis que l'index repose sur la courbe de l'hameçon.
Lorsque la pointe a pénétré dans le corps de l'appât, retourner
l'hameçon d'un geste rapide de façon que la pointe ressorte.
Les calmars se piquent généralement près de la "queue" de
sorte qu'ils conservent une position naturelle. Lorsqu'on
prend des calmars comme appâts, il est utile de faire passer
l'hameçon deux fois de sorte que l'appât ne se décroche pas.
Certains pêcheurs préfèrent piquer les calmars à travers le
bec, l'hameçon sortant de la tête entre les yeux. De cette
manière, l'hameçon traverse l'anneau de cartilage qui soutient
les tentacules.
Les chanos peuvent servir d'appâts vivants ou d'appâts morts,
frais ou congelés. Lorsqu'on les utilise comme appâts vivants,
on pique l'hameçon à travers le dos de manière à ne pas tuer
le poisson.
D'après les pêcheurs, certains chanos survivent à un
mouillage de la palangre et peuvent être réutilisés comme
appâts vivants au mouillage suivant. Les chanos utilisés
comme appâts vivants attirent davantage les espèces évoluant
à faible profondeur, comme le thon jaune et le marlin rayé, et
ne sont pas aussi efficaces pour la capture de thons obèses.
Certains pêcheurs montent les hameçons près des bouées
avec des chanos vivants et, pour les hameçons plus profonds,
utilisent d'autres appâts tels que des balaous congelés. Les
chanos morts plus gros, de plus de 120 grammes, peuvent être
coupés en deux et constituer ainsi deux appâts.
Si un palangrier se trouve à court d'appâts vers la fin d'une
marée, il peut y suppléer en débitant d'autres espèces. Les
poissons à rostre, comme les voiliers et les makaires à rostre
court, constituent des appâts de palangre convenables. Il faut
en couper la chair en bandes diagonales d'environ 20 cm de
longueur, 5 cm de largeur et 2 à 3 cm d'épaisseur. Laisser un
morceau de peau sur chaque tranche d'appât, là où l'hameçon
pénètre dans la chair. Un marlin de taille moyenne peut fournir
plusieurs centaines d'appâts pour la palangre. Les appâts ainsi
découpés peuvent se conserver plus longtemps s'ils sont salés.
Certains pêcheurs à la palangre conservent les bons appâts pour pouvoir les utiliser une deuxième fois. Les appâts qui se prêtent le
mieux à cette réutilisation sont les balaous ou les calmars. Enlever des hameçons les bons appâts qui n'ont pas commencé à se
décomposer pendant le virage de la palangre et les conserver dans un seau d'eau de mer fortement salée. Les mêler à des appâts frais
pour le jour de pêche suivant, et veiller à bien les répartir tout au long de la palangre.
13
CHAPITRE 1 : Informations et techniques de base
F. UTILISER, PRÉPARER ET ÉPISSER LES LIGNES ET LES CORDAGES
Tout bon pêcheur est un expert dans la confection de lignes et de cordages et dans leur maniement. La plupart des lignes utilisées
sur les bateaux de pêche sont faites de cordages synthétiques : nylon (polyamide), kuralon (polychlorure de vinyle), tétron
(polyester) ou danline (polypropylène). Les cordages en polychlorure de vinyle et en polyester conviennent mieux à la pêche à
la palangre parce qu'ils coulent, qu'ils sont presque aussi résistants que le nylon et qu'ils ne s'étirent pas autant que celui-ci. Les
cordages en nylon coulent aussi mais, parce qu'ils s'étirent, ils ne font pas de bonnes lignes de pêche. On les préfère toutefois
pour confectionner des lignes d'ancrage et d'amarrage. Le nylon monofilament (à une seule fibre) convient à la confection de
lignes de pêche. Les cordages en polychlorure de vinyle et en polyester utilisés pour la pêche à la palangre sont, en général,
goudronnés avec un mélange de coaltar et de kérosène (ligne noire) ou avec du goudron synthétique de vinyle (ligne rouge), d'où
leur nom de lignes goudronnées. Le goudron protège la ligne de l'usure par frottement, du soleil et du sel.
La plupart des cordages sont faits de trois torons torsadés, d'où leur nom de cordages à trois torons. Le commettage se fait
généralement à droite, ou suivant la ligne d'un Z. Il peut être très serré ou souple. La plupart des cordages que l'on trouve sur un
bateau de pêche se caractérisent par un commettage ni ferme ni souple, mais plutôt moyennement serré. Les cordages moyennement
serrés et souples sont plus faciles à épisser et à nouer que les cordages aux torsades serrées.
Les cordages tressés sont composés de huit ou douze brins qui s'entrecroisent
alternativement, à gauche puis à droite. On n'utilise généralement pas de cordages
tressés dans les engins de pêche. Ils servent plutôt au gréement du navire, pour les
manœuvres et le levage de charges à l'aide de treuils parce qu'ils ne vrillent pas ni ne
se tordent. Certains cordages tressés ont une âme également tressée. Ces types de
cordage s'appellent des cordages à double-tressage.
Dormant
Tout cordage est désigné par ce nom jusqu'à ce qu'il ait une fonction à bord. Il
devient alors une ligne. La partie principale d'une ligne s'appelle le dormant; une
boucle formée pour faire un nœud ou pour entourer une poulie s'appelle une anse; et
l'extrémité de la ligne utilisée pour la confection d'un nœud s'appelle l'extrémité
libre. Un nœud est un agencement de boucles servant à attacher les lignes ensemble
ou à attacher des lignes à des objets. Il y a des nœuds d'assemblage, ou nœuds d'ajut,
pour attacher deux lignes ensemble, et des nœuds d'amarrage pour attacher une ligne
à un objet quelconque.
Extrémité libre
Anse
Mesurer un cordage
Pour certains engins décrits dans ce manuel, il y a lieu de mesurer les
cordages et les lignes de sorte qu'une fois l'engin de pêche monté, on
puisse le mouiller sur une longueur connue ou déterminée à l'avance.
La façon la plus facile de mesurer la longueur d'un cordage ou d'une
ligne est de mesurer en premier la largeur comprise entre ses deux
mains, les bras tendus à l'horizontale. Il suffit ensuite de dévider le
cordage en comptant le nombre voulu de ces longueurs pour obtenir la
longueur de cordage nécessaire. La largeur d'un adulte normal d'une
main à l'autre, les bras tendus, est d'environ 1,8 mètre.
Épisser un cordage
Pour la pêche à la palangre, il y a trois principales épissures à connaître : l'œil
épissé, l'épissure double et l'épissure de bout de câble. Il y en a une quatrième,
l'épissure carrée, mais elle n'est pas recommandée pour relier des lignes
goudronnées. Il est plus facile de faire des épissures dans un cordage goudronné
à l'aide d'un épissoir suédois, mais un poinçon en acier ou un rostre de marlin
font aussi l'affaire. Un épissoir suédois est un épissoir creux que l'on laisse
introduit dans le commettage du cordage jusqu'à ce que le toron soit à nouveau
passé dans la torsade. Il est nécessaire également d'utiliser une bonne paire de
pinces coupantes. Il est préférable d'utiliser des pinces coupantes plutôt qu'un
couteau pour couper du cordage goudronné.
Trois passes suffisent pour épisser un cordage goudronné à trois torons. On
considère qu'une passe est terminée lorsque les trois torons sont rentrés sous le
commettage. Il n'est pas nécessaire de brûler, de surlier ou de maintenir avec
de l'adhésif les extrémités des torons, étant donné que le goudron les maintient
ensemble pendant l'épissage. Une fois l'épissure terminée, couper les
extrémités qui dépassent; il n'y a pas de risque qu'elles sortent de la torsade
parce que le goudron les en empêche.
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Épissoir
Rostre de marlin
Pinces coupantes
CHAPITRE 1 : Informations et techniques de base
L'œil épissé :
Il consiste en une boucle, ou œil, formée à l'extrémité d'une ligne de bouées, d'une section de ligne-mère
correspondant à un panier, ou qui constitue un point d'attache utile pour l'agrafe des émerillons aux lignes de bouées. Introduire
les torons dans la partie dormante de la ligne depuis un côté, de manière à former une anse fermée. On confectionne ce type
d'épissure très serrée pour attacher les émerillons.
Séparer les torons du cordage et les passer à travers la
partie dormante du cordage...
Passer chaque extrémité au-dessus d'un toron, puis
au-dessous du suivant,...
...en veillant à ce
qu'ils aient la même longueur.
...jusqu'à ce que l'épissure soit terminée.
L'épissure de bout : C'est un des moyens de faire un nœud d'arrêt sur une ligne à trois torons. Un nœud d'arrêt est un nœud
confectionné à l'extrémité libre d'un cordage pour empêcher celui-ci de passer à travers une poulie ou un taquet. Une épissure de
bout est aussi utile pour empêcher le cordage de se détoronner. On fait une épissure de bout de câble en confectionnant tout
d'abord un nœud tête-de-more. On fait ensuite deux ou trois passages des torons pour les rentrer dans le commettage.
Pour faire un nœud tête-de-more,
détoronner l'extrémité du cordage,
former une boucle...
....avec le toron
inférieur et
passer le toron du milieu audessus du toron inférieur,
puis à travers la boucle.
Répéter l'opération, en passant
le toron supérieur au-dessus du
toron...
...du milieu et
vers le bas, faire
passer ensuite
le toron le plus bas audessus du toron supérieur,
puis vers le bas à travers
la boucle, et tirer en serrant.
Comme pour l'œil épissé, passer
chaque extrémité au-dessus d'un
toron puis...
...au-dessous du
suivant, jusqu'à ce que
l'épissure soit bien finie.
L'épissure double : Réaliser cette épissure revient à confectionner deux œils épissés. C'est l'épissure qui convient le mieux pour
relier deux cordages goudronnés. Toutefois, au lieu d'épisser l'extrémité du cordage en le faisant revenir sur lui-même, on utilise
deux cordages, l'extrémité libre de chacun étant épissée dans le commettage de l'autre.
Détoronner les extrémités des deux cordages : placer les deux cordages en parallèle
de sorte que les extrémités défaites soient dans des directions
opposées; passer les extrémités des torons
d'un cordage à l'autre en les entrelaçant
avec la partie dormante de l'autre.
Passer chaque extrémité au-dessus d'un toron, puis au-dessous
du suivant, jusqu'à ce que l'épissure
soit bien finie, exactement comme
pour un œil épissé
Répéter l'opération avec l'autre ensemble de torons, en
entrelaçant les extrémités des torons
avec la partie dormante
de l'autre cordage.
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CHAPITRE 1 : Informations et techniques de base
G. PRINCIPAUX TYPES DE NŒUDS
Les dessins ci-après montrent quelques-uns des nœuds utiles à un pêcheur à la palangre.
Le nœud simple
Nœud de pêcheur
Comme son nom l'indique, c'est le nœud le plus simple. Il est
utile lorsqu'on veut faire un nœud d'arrêt ou lorsqu'on veut
rapidement empêcher un cordage à trois torons de s'effilocher,
ou encore pour relier deux lignes en guise de réparation rapide.
Le nœud de pêcheur est un bon moyen de réunir rapidement
deux segments de cordage à trois torons ou tressés, de même
diamètre. Pour le réaliser, faire deux nœuds simples avec
l'extrémité libre d'un cordage au-dessus de la partie dormante
de l'autre.
Nœud de chaise
Le nœud d'écoute et le nœud d'écoute double
Le nœud de chaise est un nœud qui fait une boucle complète à
l'extrémité d'un cordage. Il a de nombreux usages, aussi bien à
bord d'un bateau que lors d'une opération de pêche. Le nœud
de chaise est pratique parce qu'il est facile à faire, qu'il ne
glisse pas et qu'il est aussi facile à défaire, même après une
traction très forte. Par contre, il ne convient pas aux cordages
glissants et ne tient pas avec le nylon monofilament.
Le nœud d'écoute sert à relier deux cordages de diamètres
identiques ou différents. Il se fait rapidement, ne glisse pas et
se desserre généralement facilement, même après une forte
traction. Il a une variante, le nœud d'écoute double, qui
comprend un deuxième tour de l'extrémité libre d'un cordage
autour de l'anse de l'autre cordage.
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CHAPITRE 1 : Informations et techniques de base
Le nœud coulant
Le nœud de huit
Un nœud coulant a de nombreux usages mais le plus important, dans la pêche à la palangre, est l’attache d’une ligne
monofilament ou goudronnée à des hameçons, des agrafes ou
des émerillons. Si, pendant une sortie en mer, les manchons
viennent à manquer, on peut encore utiliser les avaçons qui
restent en faisant des nœuds coulants.
C'est un bon nœud d'arrêt à faire sur un cordage à trois
torons ou tressé, et il permet aussi de faire rapidement une
boucle aux extrémités libres de la ligne-mère monofilament
afin d'y attacher l'extrémité de la ligne de la première ou
dernière bouée.
Passer la ligne dans l'œillet de l'hameçon ou de
l'émerillon, puis…
...faire glisser la ligne depuis l'extrémité
du doigt jusqu'à sa base et la tenir avec le pouce
Faire quatre ou cinq passes autour du doigt avec
l'extrémité libre de la ligne, revenir vers le bout du
doigt puis...
La demi-clef et le nœud de cabestan
La demi-clef est un nœud simple qui consiste en une seule
anse, la partie dormante restant au-dessus de l'extrémité
libre. C'est aussi un élément de base de beaucoup d'autres
nœuds, tels que le nœud de cabestan. Un nœud de cabestan
est formé de deux demi-clefs qui se superposent. Il sert à
attacher un cordage à un poteau ou à une rambarde. On y a
aussi recours pour stabiliser des rouleaux de cordage, des
bouées, des bouées-balises, etc., en les attachant à une
rambarde. Il ne faut jamais faire un nœud de cabestan pour
attacher une amarre à un bollard ou à une bitte (chapitre 1 I).
...glisser l'extrémité de la ligne
sous les passes en revenant vers la main.
Sortir le doigt délicatement en maintenant...
...les passes avec l'autre main.
Serrer
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CHAPITRE 1 : Informations et techniques de base
H. RELIER DES LIGNES MONOFILAMENT PAR DES NŒUDS ET DES MANCHONS
Les nylons monofilament et quelques autres lignes légères ne peuvent pas être épissés, aussi faut-il recourir à des nœuds spéciaux.
Tous les nœuds affaiblissent une ligne; quelquefois, ils réduisent sa résistance à la rupture de plus de moitié. Pour relier des lignes
monofilament, il est recommandé d'utiliser un nœud d'aboutage ou un nœud coulant double, car ce sont les plus solides et les
moins susceptibles de glisser.
Le nœud d'aboutage
Le nœud coulant double
Pour relier deux lignes de même diamètre, on recourt au nœud
d'aboutage. C'est un bon nœud pour relier deux parties d'une
ligne monofilament car il ne glisse pas et qu'il permet à la ligne
de conserver environ 85 à 90 pour cent de sa résistance.
Il sert à relier deux lignes monofilament ou légères,
généralement de moins de 3 mm de diamètre. C'est un nœud
solide. Lorsqu'il est terminé, l'extrémité libre d'une ligne est
parallèle à la partie dormante de l'autre.
Placer les deux lignes
l'une sur l'autre en les croisant.
Entrecroiser
les deux extrémités
des lignes huit ou neuf fois
Faire une boucle
avec une ligne
et la passer autour de l'autre ligne
Repasser
l'extrémité de la
ligne munie d'une boucle
à travers elle-même.
L'enrouler ainsi quatre ou cinq fois
Passer ensuite dans
un sens opposé chaque
extrémité dans
l'ouverture formée par
la torsade centrale.
Fermer le nœud
doucement en tirant
sur les dormants de
chaque côté à la fois.
Fermer le nœud mais sans trop serrer, et
refaire la même opération avec
l'autre ligne
On obtient ainsi un nœud
sur chaque ligne, enroulée autour de l'autre
Serrer
Serrer
18
CHAPITRE 1 : Informations et techniques de base
Les manchons
Les manchons sont de petits tubes de métal où l'on
enfile les deux bouts d'un segment de ligne
monofilament ou de bas de ligne et que l'on écrase
ensuite avec une pince à sertir pour former une
boucle ou un œil. On peut se servir de l'œil pour
former un lien d'œil à œil, ou pour fixer des
hameçons, des émerillons ou des agrafes à une
ligne. On utilise généralement des manchons pour
confectionner des avançons mais pas pour faire des
liens sur une ligne-mère en nylon monofilament
car ce serait une opération difficile, voire
dangereuse. On se sert généralement d'une presse à
sertir qui permet de maintenir en place les manchons,
mais on peut tout aussi bien utiliser une pince à sertir.
Parmi les autres outils nécessaires, prévoir des
pinces coupantes pour les lignes monofilament et
les câbles.
Pinces coupantes
Pince à sertir
Manchons
Presse à sertir
La plupart des avançons monofilament sont faits d'un monofilament de 1,8 à 2,1 mm de diamètre. Pour ce type de monofilament,
on utilise un manchon appelé manchon en D et, lorsqu'on utilise une presse à sertir, on emploie alors une matrice en forme de D.
Cette matrice est une mâchoire en acier trempé qui écrase le manchon. S'il s'agit de faire un œillet avec un bas de ligne, on utilise
un manchon et une matrice plus petits. Pour un bas de ligne en acier inoxydable de 1,6 mm, il faut prendre un manchon n° 3. La
matrice à utiliser pour un bas de ligne de ce diamètre est une matrice 2/3. Pour les lignes monofilament, on utilise des manchons
en aluminium, et pour du fil en acier inoxydable ou galvanisé, des manchons de laiton nickelé.
Pour faire un œil à l'aide d'un manchon, introduire dans le manchon
plus de longueur de ligne que nécessaire. Rabattre ensuite l'extrémité
libre à travers le manchon dans la direction opposée. Il est plus facile
d'enfiler la ligne monofilament dans le manchon si on l'a coupée en
diagonale. Tirer ensuite la partie dormante de la ligne jusqu'à ce que
l'œil ait la dimension voulue, tout en tenant le manchon de l'autre main,
ou délicatement avec la pince coupante. On peut maintenir le manchon
en place en le pressant légèrement avec les branches de la pince.
L'extrémité libre du monofilament ou du fil métallique ne doit pas
dépasser du manchon mais doit à peine affleurer. Un fil qui sortirait du
manchon pourrait causer des emmêlements ou blesser les mains des
pêcheurs. Il faut placer le manchon dans la matrice de la presse à sertir
verticalement, et non latéralement. Il faut aussi le placer de manière à
ce qu'il dépasse légèrement de chaque côté de la matrice. Il n'est pas
nécessaire de bloquer chaque œil par deux manchons; un seul suffit.
Revêtements de protection des œils
Il existe des moyens de protéger les œils des
avançons en monofilament contre l’usure due aux
frottements. On peut utiliser des ressorts, des
tubes ou des cosses en plastique. Certains
pêcheurs préfèrent faire une double boucle avec
le monofilament dans l’anneau de l’hameçon ou
l’émerillon de l’agrafe avant de la sertir.
Moyens de protection des œils
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CHAPITRE 1 : Informations et techniques de base
I. MANIER CORDAGES ET LIGNES
Il importe d'utiliser et de ranger correctement les cordages et les lignes de façon à y accéder facilement et à prolonger au maximum
leur durée d'utilisation. Il faut s'assurer que les lignes sont propres et sèches avant de les ranger, et il faut veiller à les entreposer hors
de la lumière directe du soleil.
Dérouler un nouveau cordage
Lorsqu'on déroule un nouveau cordage, il faut le dérouler à partir du centre du rouleau de
manière à le dévider à gauche, c'est-à-dire dans le sens opposé à celui où il a été enroulé à la
corderie. Si on déroule un cordage à partir de l'extérieur, il vrille et risque de s'emmêler si une
anse s'introduit dans les autres anses du rouleau. Si on n'a besoin que d'une partie du rouleau,
on fait alors un nœud simple à l'extrémité libre qui reste de façon que celle-ci ne se perde pas
dans les spirales du rouleau.
Ranger à plat et lover les cordages
Lorsque les cordages ne sont pas utilisés, il faut les ranger soit à plat, soit en les
lovant, et les assurer quelque part de façon qu'ils soient prêts à l'emploi. Les
cordages de gros diamètre et les lignes très longues, comme les lignes de mouillage,
peuvent être lovés ou rangés à plat, sur le pont, dans une cale ou dans un coffre. Si
on range une ligne à plat, elle ne prend pas de la hauteur et risque donc moins de
vriller ou de s'emmêler; de cette manière, elle est plus facile à reprendre rapidement.
Prendre la ligne dans les deux mains et la ranger en la lovant ou en faisant des figures
en huit. Ensuite, nouer l'extrémité libre avec un nœud simple ou l'attacher à une
rambarde de façon à la rendre plus visible.
Les lignes plus petites, telles que les lignes de bouée, doivent être lovées. Les
lignes se lovent toujours à droite, ou dans le sens des aiguilles d'une montre. Si
on love à l'envers, ou à gauche, une ligne commise à droite, elle vrillera ou formera
des coques. Une coque est un espace qui se crée dans le commettage lorsqu'un
toron se tord sur lui-même et sort de la torsade. Une coque a pour effet d'affaiblir
une ligne et, finalement, de la faire se rompre. Lorsqu'on love une ligne, on peut
la faire glisser entre le pouce et l'index de manière à défaire toute vrille
éventuelle. Sur un bateau de pêche, il ne faut jamais lover un cordage à la
manière des scouts, en le faisant passer sous le coude puis entre le pouce et l'index.
Cela provoque aussi des vrilles et des coques.
Amarrages
Bitte double
Bollard en croix
Taquet
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Les amarres servent à attacher un navire à un quai ou à
un ponton d'accostage. Il y a plusieurs moyens d'attacher
ou d'assurer une amarre à une bitte ou un bollard. Sur une
double-bitte ou une bitte en croix, la meilleure façon de
procéder est de faire d'abord un tour autour de la bitte,
puis plusieurs figures en huit qui se chevauchent avec, à
la fin du dernier ou des deux derniers tours, une demi-clef
verrou. Les amarres s'assurent de la même façon, que le
bateau soit équipé de taquets ou de bittes. La meilleure
façon d'assurer une amarre à un bollard sur le quai est de
simplement passer une boucle au-dessus du bollard. La
ligne peut être assurée sur le bateau.
CHAPITRE 1: Informations et techniques de base
Passer une boucle sous celle d'un autre navire déjà amarré au même bollard est un
geste de courtoisie. Il faut veiller à passer la boucle de l'amarre à travers celle de l'autre
amarre avant de la passer au-dessus du bollard. Ainsi, il sera possible d'enlever l'une
ou l'autre amarre sans déranger le bateau voisin. Si l'amarre n'est pas terminée par un
œil épissé, il est conseillé d'utiliser un nœud de chaise pour faire une boucle.
S'il est nécessaire de raccourcir la ligne sur le bollard, faire une clef de bollard. On
réalise une clef de bollard en faisant tout d'abord plusieurs tours à droite autour du
bollard. On forme ensuite une anse et on la passe sous la partie dormante de la ligne,
puis au-dessus du bollard. On peut assurer la clef en faisant une ou deux demi-clefs
autour du bollard ou autour de la partie dormante de la ligne.
Utiliser une garde montante
Une garde montante est une amarre spéciale qui relie généralement une bitte à l'avant du bateau à un bollard sur le quai. C'est en
principe la première ligne à jeter lorsqu'on amarre le bateau au quai et la dernière à larguer lorsqu'on s'écarte du quai. Une garde
montante sert à approcher ou à écarter un bateau du quai, habituellement pour contrer l'effet du vent. Pour amarrer un bateau à un quai,
passer tout d'abord la garde autour du bollard tandis que le bateau s'approche lentement du quai. Sur l'ordre du capitaine, frapper la
garde montante à la bitte avant du bateau. Tourner la barre de manière à écarter le bateau du quai et avancer au ralenti. Lorsque la
garde se tend, le bateau se rapproche du quai. Il est bon que quelqu'un se tienne à côté de la garde à tout moment pendant cette
manœuvre, au cas où il faudrait l'allonger ou la raccourcir.
Vent
Quai
Garde montante
Défense
Défense
S’approcher du quai
Pour écarter le bateau du quai contre le vent à l'aide d'une garde montante, tourner la barre vers le quai et avancer au ralenti.
Lorsque la garde montante se tend, la poupe du bateau s'écarte du quai. Pendant cette manœuvre, il importe de protéger le bateau
en plaçant une défense entre la coque et le quai. On peut alors faire marche arrière en tournant la barre de manière à écarter le
bateau du quai, et relâcher la garde. S'il n'y a personne sur le quai pour enlever l'amarre du bollard, il convient de doubler la garde.
Dans ce cas, passer l'anse de la garde autour du bollard et, lorsqu'on veut reprendre la ligne, en libérer une extrémité de la bitte
du bateau et tirer l'autre extrémité.
Vent
Quai
Défense
Défense
S'éloigner du quai
Utiliser un cabestan
Un cabestan est un treuil hydraulique ou électrique, qui tourne lentement mais qui a une
très forte puissance. On utilise un cabestan pour virer des aussières ou des lignes de mouillage.
On l' utilise aussi parfois pour sortir des poissons de la cale à poisson et les hisser sur une
potence. Utiliser un cabestan peut être dangereux si on ne le fait pas correctement. En
général, il suffit de faire trois ou quatre tours de ligne autour du cabestan. Il faut les faire
du bas vers le haut. Lorsque le cabestan tourne, tirer sur l'extrémité libre de la ligne et la
poser à plat sur le pont. C'est le cabestan qui fait tout le travail. La personne qui tire la ligne
doit seulement veiller à la maintenir tendue et à l'enlever du cabestan. Une autre personne
doit être à la commande du cabestan. Cette personne ne doit jamais quitter ce poste pendant
que la ligne est tirée, et elle doit arrêter le cabestan immédiatement si la ligne s'emmêle.
Personne ne doit rester à l'intérieur de l'anse formée par la ligne.
21
CHAPITRE 1 : Informations et techniques de base
J. PALANGRIERS
Les palangriers se divisent en trois grandes catégories, selon leur rayon d'action : pêche à petite échelle (moins de 15 mètres et moins
de 20 tjb), à moyenne échelle (15 à 20 mètres et moins de 100 tjb), et à grande échelle (plus de 25 mètres et plus de 100 tjb). Certains
navires ont la passerelle à l'avant et l'espace de travail à l'arrière, d'autres ont la configuration inverse. Les deux sont tout aussi
pratiques, et la taille, la conception et la configuration du bateau relèvent d'une préférence personnelle.
Palangrier avec la passerelle à l'avant
Palangrier avec la passerelle à l'arrière
Palangriers opérant à petite échelle
Parmi les palangriers opérant à petite échelle, il y a par exemple les catamarans de type Alia, qui utilisent des enrouleurs de palangre
soit hydrauliques soit manuels, capables de filer et de virer 300 à 400 hameçons par jour. La plupart des palangriers opérant à petite
échelle utilisent des engins de pêche à la palangre monofilament (chapitre 2 A). Ces bateaux ont une portée d'action limitée et une
capacité de stockage du poisson réduite, mais ils sont très performants en certains endroits, par exemple, au Samoa. Ce qu'ils perdent
en capacité de production est souvent compensé par leurs faibles coûts d'achat et de fonctionnement. Les premiers catamarans de type
Alia mesuraient de 8,5 à 9,5 mètres de long, partaient pour des marées d'un ou de deux jours, et ne faisaient qu'un ou deux filages de
la palangre dans les eaux côtières, entre 10 et 50 milles marins des côtes. L'équipage d'un catamaran Alia se compose de deux à
quatre pêcheurs. Ces catamarans ne peuvent embarquer qu'une tonne de poisson frais environ. Certains, n'ayant pas les moyens de
mettre sous glace le poisson, doivent rentrer au port pour réfrigérer ou congeler les prises.
Des catamarans en aluminium de plus grande taille, de 12 à 13 mètres, et de diverses configurations ont été construits au Samoa et en
Nouvelle-Zélande. Ils peuvent transporter environ 3 tonnes de poisson réfrigéré, mouiller 500 à 1 000 hameçons par palangre, rester
en mer trois à cinq jours et embarquer un équipage de quatre ou cinq pêcheurs.
Les pêcheries utilisent aussi des monocoques de 13 à 15
mètres pour la pêche du thon à la palangre. Ces navires
peuvent mouiller généralement 400 à 1 000 hameçons par
palangre, rester en mer trois à six jours, transporter 2 à 4
tonnes de poisson réfrigéré, et embarquer un équipage de
trois à cinq personnes.
La taille et la capacité de stockage limitées des petits
navires restreignent considérablement leur rayon d'action,
et ces bateaux ne peuvent pas suivre le poisson comme le
font les bateaux de moyenne taille.
Le catamaran de type Alia original, gréé pour la
pêche à la palangre
Le catamaran de type Super Alia
22
Petit palangrier monocoque
CHAPITRE 1 : Informations et techniques de base
Palangriers opérant à moyenne échelle
Les palangriers de ce type ont un rayon d'action et des capacités de stockage du poisson plus grands que les palangriers plus
petits. Ils peuvent donc pêcher à l'intérieur de toute la ZEE
d'un pays, voire même à l'extérieur, dans les eaux internationales. Les palangriers de moyenne taille peuvent rester en mer
durant une à trois semaines, et ont un rayon d'action pouvant
aller jusqu'à 6 000 milles marins. Ils sont capables de filer et
de virer de 1 200 à 2 500 hameçons par jour et de faire dix ou
douze poses par sortie. Pour toutes ces raisons, c'est la taille de
navire la plus courante dans les flottilles de palangriers océaniennes.
On y trouve tout aussi bien des engins de pêche traditionnels
faits de lignes toronnées (chapitre 2 A) et des engins modernes
à monofilament. Un palangrier de moyenne taille est capable
d'entreposer 10 à 20 tonnes de poisson frais réfrigéré. Les
membres d'équipage sur un palangrier de cette taille sont au
nombre de quatre à huit pêcheurs. Les palangriers de moyenne
taille qui opèrent dans le Pacifique sont souvent des bateaux
qui étaient affectés à une autre pêcherie avant d'être transformés
pour la pêche à la palangre. On a vu des bateaux de pêche au
Palangriers opérant à moyenne échelle
chalut, à la ligne de fond, à la traîne, et même des bateaux de
pêche du calmar au lamparo, être avantageusement reconvertis
en palangriers. Beaucoup de pêcheries océaniennes ont acheté
des palangriers asiatiques d'occasion. Les palangriers peuvent avoir une ou plusieurs cales à poisson, ils conservent le poisson
sous la glace ou dans de la saumure glacée ou réfrigérée (chapitre 4 G), et leur coque peut être en acier, en fibre de verre, en
aluminium ou en bois. Les nouveaux navires de taille moyenne, spécialement conçus pour la pêche à la palangre, sortent des
chantiers navals australiens, fidjiens, français, néo-zélandais, taiwanais, chinois, américains et tahitiens.
Palangriers pour une pêche à grande échelle
Parmi ces palangriers, on compte les bateaux-congélateurs qui
ciblent le germon et ceux qui ciblent le poisson pour le sashimi.
Leur rayon d'action est à l'échelle de tous les océans du monde.
Ils peuvent rester en mer plusieurs mois d'affilée, faire 50 à 100
poses de palangre, voire plus, par campagne de pêche, et
mouiller de 2 500 à 3 500 hameçons par jour. La plupart des
palangriers congélateurs sont pourvus d'éjecteurs de ligne automatisés (chapitres 2 B et 3 L). Leur équipage compte de 20 à 28
membres. Ils peuvent contenir jusqu'à 100 tonnes, voire plus, de
poisson congelé.
Il existe également quelques palangriers opérant à grande
échelle, qui ciblent le poisson pour sa vente sur les marchés
étrangers sous forme de poisson frais réfrigéré. Ces navires
possèdent généralement un congélateur pour conserver le
germon qui est vendu aux conserveries de thon de la région. Sur
les palangriers pratiquant une pêche à grande échelle pour
ramener le poisson frais, les engins et les techniques de pêche
sont semblables à ceux des palangriers opérant à moyenne
échelle. Leur équipage comprend dix à douze membres, ils
mouillent de 1 500 à 2 500 hameçons par palangre, et font jusqu'à
douze poses avant de retourner au port pour débarquer les prises.
Palangriers opérant à grande échelle
Parmi les navires opérant à grande échelle, il y a une exception
et elle se trouve en Polynésie française. Ces navires ciblent le
germon et congèlent à bord le poisson découpé en longes
(chapitre 4 E). Ils réfrigèrent d'autres thonidés vers la fin de leur
campagne de 40 à 50 jours afin de débarquer du poisson frais
destiné à l'exportation.
23
CHAPITRE 1 : Informations et techniques de base
K. DISPOSITIFS ET ÉQUIPEMENT DE SÉCURITÉ EN MER
La quantité de dispositifs et d'équipement de sécurité requis sur un bateau de pêche dépend de plusieurs facteurs : la taille du
bateau, sa portée d'action, le nombre de membres d'équipage et la réglementation en vigueur dans le pays où le bateau opère.
L'équipement de sécurité décrit ci-dessous est le minimum requis sur un palangrier opérant à moyenne échelle, dans la ZEE d'un
pays insulaire océanien, jusqu'à 200 milles marins.
Radeau de survie : Il doit être adapté au nombre de personnes à bord. Ce doit être un modèle pour
la haute mer, conforme aux exigences de la Convention internationale pour la sauvegarde de la vie
humaine en mer (SOLAS), ou équivalent. Il doit être pourvu de l'équipement suivant : une radiobalise de localisation des sinistres (EPIRB) (voir ci-dessous), un transpondeur recherche et
sauvetage (SART), des feux de détresse, des réserves de nourriture et d'eau, une
torche, une écope, un couteau, un jeu de rustines et un gonfleur, une ancre marine,
un cordage solide, un désalinisateur d'eau de mer, une trousse médicale et un kit
de pêche. Le radeau de survie doit pouvoir être largué automatiquement par un
mécanisme hydrostatique.
Gilets de sauvetage : Prévoir un gilet de sauvetage ou un
vêtement de flottaison individuel de type 1 pour chaque
personne à bord. Ces vêtements doivent être munis de lampes,
de sifflets et de ruban adhésif réfléchissant la lumière.
Gilet de sauvetage
Bouée de sauvetage : Elle doit être munie d'un cordon et
d'une lampe. Elle doit porter le nom du bateau et être montée
correctement et non cachée dans un coin.
Vêtement de flottaison
individuel
Feux de détresse : Deux fusées parachutes, deux fumigènes, six feux à main, dans un récipient étanche.
Radio-balise de localisation des sinistres (EPIRB): Il est
préférable d'utiliser le modèle à 406 MHz plutôt que celui à
121,5/243 MHz. La radio-balise doit comprendre un mécanisme
de largage automatique.
Feux à main
Fusées lancées à
l'aide d'un pistolet
Fumigène
orange
Les extincteurs d'incendie :
Récipient
étanche
Les extincteurs à neige
carbonique et les extincteurs à poudre sont ceux qui
conviennent le mieux sur des bateaux de pêche étant donné
qu'ils peuvent éteindre tous types d'incendie, y compris les feux
d'installations électriques. Il est conseillé d'en avoir plus que le
minimum requis, en particulier sur les bateaux en fibre de
verre ou en bois.
24
Pompes : On peut utiliser des pompes de cale et des pompes
à grand débit pour éteindre des incendies, mais il est bon
également d'avoir une pompe de secours manuelle.
Trousse médicale et manuel de secourisme : Au moins
une personne à bord doit avoir suivi une formation aux premiers
secours, y compris à la réanimation cardiorespiratoire. Par
ailleurs, le bateau doit avoir une trousse à pharmacie complète,
comprenant des aiguilles munies de fils.
CHAPITRE 1 : Informations et techniques de base
Cartes actualisées : Elles sont essentielles à tous les types de navigation et pour l'entrée dans les ports.
Instruments de navigation et outils divers : Un compas, une horloge, un baromètre, un compas à pointes sèches, une règlerapporteur, etc.
Règle-rapporteur
Baromètre et horloge
Livres de la passerelle : Nomenclature des feux, instructions
nautiques pour le Pacifique, le Règlement international pour
prévenir les abordages en mer, le système de balisage de l'AISM,
les légendes et abréviations des cartes, le guide de secourisme à
bord d'un bateau.
Compas
Compas à pointes sèches
Radio VHF et radio BLU (Chapitre 2 H) : Il faut prévoir une
source d'alimentation indépendante de la principale source
d'électricité de la salle des machines, c'est-à-dire un groupe de
batteries de secours isolé (dans la passerelle, par exemple).
Lorsqu'on est en mer, il importe de pouvoir capter 24 heures
sur 24 la station 2182 MHz sur la radio BLU et le canal 16 sur
la radio VHF.
GPS, ou Système mondial de localisation, et SMDSS, ou
Système mondial de détresse et de sécurité en mer :
Voir au chapitre 2 H.
Autres éléments de l'équipement : Manches et Alarmes du comparti- Ancre et chaîne de mouillage : Ou câbles et
lances à incendie, seaux d'incendie en métal, lampes- ment moteur : Elles com- cordages adaptés à la taille du navire, et une
torches, jumelles et pinoches.
Jumelles
Pinoches
Lampe-torche
prennent les alarmes : de ancre flottante.
pression d'huile et de
température du moteur
principal et du générateur
électrique, de l'élévation
des eaux de cale, et de
détection d'incendie et de
forte chaleur. La cuisine
devrait également être
munie d'un système de
détection d'incendie.
Système d'alarme général : pour avertir toutes les
Seau à incendie
en métal
Lance à
incendie
Manche à
incendie
personnes à bord d’une
situation d’urgence.
La liste ci-dessus des dispositifs de sécurité représente le minimum requis. Il est conseillé d'avoir des dispositifs de secours, et
même un équipement et des provisions plus importants que ne l'exige le règlement. Cela concerne en particulier les extincteurs
à incendie et les provisions de nourriture et d'eau fournies par les fabricants sur les radeaux de survie. Le nombre minimal
d'extincteurs généralement exigé sur un bateau de pêche risque de ne pas être suffisant sur un bateau en fibre de verre, en cas
d'incendie de la chambre des machines. À titre de précaution, il vaut mieux pourvoir le bateau d'extincteurs plus nombreux. Les
provisions de nourriture et d'eau que l'on trouve sur un radeau de sauvetage ne durent généralement qu'environ sept jours. Il est
préférable d'en emmagasiner davantage et en un endroit facilement accessible. De même, il convient de mettre avec les rations
alimentaires d'urgence et l'eau douce des engins de pêche supplémentaires.
Bon nombre des objets figurant dans cette liste se périment et doivent donc être renouvelés ou inspectés régulièrement. Un radeau
de survie qui n'a pas servi pendant dix ans risque fort de ne pas se gonfler lorsqu'il est largué. Les rations alimentaires stockées
dans un radeau de ce genre sont probablement immangeables. Les extincteurs vides ont peu de chances d'éteindre le feu. Une
radio-balise dont les piles sont mortes n'enverra pas de signal. Il est indispensable d'entretenir et de renouveler tous les dispositifs
et équipements de sécurité avant leur date d'expiration. Tous les membres d'équipage doivent savoir où se trouvent tous les dispositifs de
sécurité et comment les utiliser. Régulièrement, le capitaine doit organiser des exercices de simulation de sinistres. Il est bon,
avant le départ, de parcourir et de cocher une check-list (dont on trouve un exemple à l'annexe E) pour passer en revue tous les
équipements de sécurité de base et les autres objets importants à embarquer avant une marée.
25
CHAPITRE 1 : Informations et techniques de base
L. LA SÉCURITÉ EN MER ET LES RÈGLES DE NAVIGATION
La pêche commerciale est l'un des métiers les plus dangereux du monde. Chaque année, des centaines de pêcheurs périssent en
mer ou se blessent à bord. Quelquefois, ces accidents sont dus à des événements incontrôlables, tels que des cyclones ou d'autres
intempéries. La plupart des pertes de vies humaines et d'accidents en mer sont néanmoins dus à une erreur humaine. La mer
emporte des bateaux de pêche et des vies lorsque les bateaux s'échouent, coulent ou prennent feu. Les accidents surviennent souvent
du fait d'une négligence ou d'un quart mal tenu, mais des accidents peuvent aussi arriver lorsque des pêcheurs s'aventurent en mer
sur des bateaux qui ne sont pas sûrs. Parfois, aussi, des marins-pêcheurs périssent en mer parce que le bateau a dû faire face à
des éléments déchaînés et que l'équipage n'y était pas préparé.
Il est possible de réduire au minimum les risques en suivant quelques principes de base qui font appel au bon sens. Il faut se
renseigner sur les conditions météorologiques avant de partir et écouter le bulletin météo tous les jours, pendant la marée. Il faut
prendre au sérieux toutes les alertes à des perturbations météorologiques. Rester attentif lorsqu'on tient le quart est la seule
manière de s'assurer que le bateau tient le cap et ne risque pas d'aborder d'autres navires ou de s'échouer. On ne sort pas sur un
bateau qui n'est pas en bon état ni apte à prendre la mer. Cela signifie qu’il faut inspecter le bateau, vérifier que toutes les pompes
et alarmes fonctionnent, y compris les alarmes d'incendie et du niveau des eaux de cale dans la chambre des machines, et, enfin,
que tous les dispositifs et équipements de sécurité, y compris le radeau de sauvetage, la radio-balise de détresse et les extincteurs,
sont en bon état de marche. Avant chaque marée, cela doit devenir une habitude de cocher, avant le départ, toutes les rubriques
de la check-list (annexe E) et d'organiser un exercice de survie avant chaque départ, de façon que tous les membres d'équipage
sachent où trouver tous les équipements de sécurité et comment les utiliser. Tous les membres d'équipage devraient avoir suivi
une formation élémentaire à la sécurité en mer, à la lutte contre l'incendie et au secourisme.
La plupart des palangriers sont gréés de telle sorte que le
virage des lignes ait lieu à tribord. L'explication en est
donnée dans les "règles de navigation", nom courant que
l'on a donné au Règlement international pour prévenir les
abordages en mer, ou Convention internationale de 1972.
La règle 15, intitulée "Navires dont les routes se
croisent", prévoit ce qui suit :
"Lorsque deux navires à propulsion mécanique font des
routes qui se croisent de telle sorte qu'il existe un risque
d'abordage, le navire qui voit l'autre navire sur tribord
doit s'écarter de la route de celui-ci et, si les circonstances le permettent, éviter de croiser sa route sur l'avant".
Il existe sur un bateau faisant route, entre deux
points compris entre droit devant et 22,5° après
le travers tribord, un angle appelé la "zone
dangereuse". Un palangrier qui relèverait sa
ligne à bâbord n'aurait pas nécessairement une
bonne vision de cette zone et, pendant le virage,
risquerait d'entrer en collision avec un bateau
venant sur son tribord.
Le service de quart
Pendant que le bateau fait route, il faut que la veille soit assurée à tout moment. Certains bateaux n'ont pas de pilote automatique.
Dans ce cas, le timonier doit toujours tenir la barre lorsque le bateau avance. Il peut aussi être la vigie mais cela peut lui être parfois
impossible de faire le guet en même temps, surtout lorsqu'il navigue dans un port ou dans un lagon. Cela dépend des circonstances.
Au sujet de la veille, les règles de navigation prévoient ce qui suit : "Tout navire doit en permanence assurer une veille visuelle et
auditive appropriée… de manière à permettre une pleine appréciation de la situation et du risque d'abordage".
Par gros temps, lorsque la visibilité est réduite, qu'il y a un récif ou un haut fond proche, ou des navires qui se déplacent à proximité,
il faut que quelqu'un soit de quart, même si le bateau est ancré ou dérive. Il ne faut pas se fier uniquement aux signaux radar, à
ceux des échosondeurs ou du GPS. Il ne faut pas que l'homme de quart lise ou écoute de la musique trop bruyante, tandis qu'il a
la responsabilité du navire; il ne doit pas non plus boire de l'alcool, fumer du cannabis ou prendre d'autres stupéfiants. Tous les
membres de l'équipage chargés de tenir le quart doivent connaître le Code du trafic maritime. Ils doivent aussi connaître les
principes élémentaires de la navigation et doivent être capables d'utiliser un compas, de lire une carte marine et d'utiliser un radar,
une radio et un GPS.
26
CHAPITRE 1 : Informations et techniques de base
À nouveau, selon la Convention internationale de 1972, un navire qui dérive est un navire qui fait route. En effet, la règle 3 i),
précise que "l'expression "faisant route" s'applique à tout navire qui n'est ni à l'ancre, ni amarré à terre, ni échoué".
La veille consiste à vérifier la position du bateau, à surveiller son cap et sa vitesse, ainsi que les jauges du compartiment moteur
et le niveau des eaux de cale. Il convient de noter à intervalles réguliers la position et la trajectoire du bateau sur la carte de façon
à s'assurer qu'il garde son cap et qu'il n'y a pas de récif ou d'île sur son chemin. L'homme de quart doit constamment veiller à ce
que d'autres navires ne soient pas dans les parages en scrutant l'horizon, en cherchant à repérer des lumières, la nuit, et en regardant
l'écran du radar. Il doit regarder dans toutes les directions, à 360°, toutes les dix à quinze minutes. Il se peut qu'un bateau ne voie
pas un petit bateau de pêche qu'il dépasse. Si la terre ou des récifs sont proches, il faut être très attentif à la distance qui sépare
le navire de la côte ou du récif, et à la profondeur de l'eau. Il faut écouter à tout moment les radios BLU et VHF lorsqu'on est en
mer. Il faut se rendre dans la salle des machines pour voir si tout fonctionne bien au moins toutes les heures, sauf s'il y a un
mécanicien chargé du quart machine.
L'homme de quart doit également faire une ronde sur le pont au moins une fois pendant sa veille, tant que cela ne comporte aucun
risque. Il doit vérifier que tous les feux de navigation fonctionnent, qu'il n'y a pas d'objet ou d'engin de pêche mal arrimé et que
tous les panneaux sont fermés hermétiquement.
Tout palangrier qui opère au-delà des eaux territoriales, c'est-à-dire passé la limite des 12 milles marins, devrait être équipé d'une
alarme de veille. Une alarme de veille est un appareil qui fait partie de l'électronique de bord, et qui est réglé pour émettre un bip
toutes les dix, vingt ou trente minutes. Lorsque le bip s'arrête, l'alarme doit être réglée à nouveau par l'homme de quart. Si, au
bout d'une minute, elle n'est pas réactivée, une sirène générale très forte se déclenche. La principale fonction de cet appareil est
de veiller à ce que l'homme de quart reste éveillé et attentif. Les alarmes de veille sont en général réglées et verrouillées par le
capitaine et ne peuvent pas être arrêtées sans une clé.
Il convient d'établir une liste des quarts, qui indique qui sera de veille à chaque tour de garde. Les hommes de quart assurent la
veille pendant trois heures, puis en sont exempts pendant neuf heures, ou pendant deux heures, puis en sont exempts pendant quatre
heures, par exemple. Si l'homme de quart est fatigué et ne peut pas rester éveillé, il doit réveiller un autre membre d'équipage
pour lui demander de le remplacer.
Relève du quart
La relève du quart est très importante. Tous les membres d'équipage de bateaux de pêche doivent en connaître la procédure. À
peu près dix minutes avant la fin du quart, réveillez le prochain homme de veille. Retournez à la passerelle pour l'attendre. Cela
lui donne le temps de se préparer, d'aller aux toilettes et de se faire une tasse de thé ou de café. S'il n'arrive pas dans les cinq ou
dix minutes, essayez à nouveau de le réveiller. Lorsqu'il arrive, parlez-lui de façon à vous assurer qu'il est bien éveillé. Informez-le
du cap tenu et de la position du navire sur la carte. (Il est important que vous soyez d'accord sur la position du navire. Pour plus
de précisions, le nouvel homme de quart doit vérifier la trajectoire inscrite par le veilleur précédent.) Veillez à lui signaler tous les
dangers possibles pouvant survenir, tels que des navires qui se rapprochent. Dites-lui à quel moment les machines ont été vérifiées
pour la dernière fois et la cale pompée, et signalez-lui tout problème éventuel. Restez à la passerelle avec lui pendant au moins cinq
minutes pour vous assurer qu'il ne se rendort pas et reste l'esprit aux aguets. Cette précaution est particulièrement importante
lorsque le quart vient après une longue et dure journée de pêche et que tout le monde est épuisé.
Si un événement quelconque fait courir un risque au navire, pendant votre veille, réveillez le capitaine immédiatement. Il vaut mieux
le déranger plutôt que lui dire plus tard, lorsque le bateau est en pièces, qu'il y avait un "drôle de bruit" sortant du compartiment
moteur pendant votre veille. Si vous entendez quelque chose à la radio qui ressemble à un appel au secours, écrivez le nom du
navire en détresse et sa position et, là encore, réveillez le capitaine immédiatement. Si un feu se déclare, ou si le compartiment
moteur est inondé, ou si encore il y a quelque autre danger immédiat, réveillez le capitaine et enclenchez la sirène d'alarme.
Il y a encore d'autres précautions à prendre chaque jour par le capitaine ou le mécanicien lorsque le bateau fait route. Il faut
vérifier notamment : le presse-étoupe de l'arbre d'hélice, la chambre du gouvernail et le tube de jaumière, de même que les
conduits hydrauliques, pour voir s'il n'y a pas de fuite, ainsi que les cales ou tout autre compartiment. Les niveaux du réservoir
d'huile de moteur et de la caisse à mazout journalière doivent également être vérifiés tous les jours. Les témoins de pression
d'huile et du niveau des eaux de cale sont de bons avertisseurs, mais il ne faut pas se reposer entièrement sur eux.
Un capitaine peut réduire au minimum le risque d'échouer son bateau s'il suit les conseils suivants : vérifiez régulièrement votre
position, même si ce n'est pas votre tour de veiller. Gardez un réveil dans votre couchette pour vous réveiller avant d'arriver à
proximité du récif. Voilà une chose facile à faire. Avant la relève des quarts, vérifiez sur la carte le récif ou la terre les plus proches
où votre bateau risquerait de s'échouer s'il s'écartait de son cap pendant qu'une autre personne est de quart. Ensuite, calculez le
temps qu'il faut pour arriver à proximité du récif en fonction de la vitesse du bateau, des vents et des courants. Puis, réglez la
sonnerie de votre réveil pour qu'elle se déclenche dix ou quinze minutes avant l’abord du récif. Enfin, levez-vous lorsque la
sonnerie se déclenche et vérifiez votre cap et votre position. Avant de retourner dormir, fixez à nouveau la sonnerie de votre réveil
en fonction du prochain risque d'échouement.
27
CHAPITRE 1 : Informations et techniques de base
Météorologie
Il importe de vérifier les conditions météorologiques avant le départ et tous les jours pendant la campagne de pêche. Des bulletins
météo et des avis de gros temps sont diffusés par Inmarsat-C, la radio BLU ou les fax météo. Les fax météo comprennent des
cartes synoptiques analysant les conditions météorologiques et indiquant à heures régulières les prévisions de leur évolution sur
différentes zones (0h00, 6h00, 12h00 et 18h00 TU). Une carte analytique montre les états atmosphériques à l'heure et à l'endroit
donnés, tandis qu'une carte prévisionnelle montre ce qui doit arriver durant un temps donné. Une carte analytique montre les
fronts de température, les creux et les dorsales, la vitesse et la direction du vent. Un front est une zone où deux masses d'air qui
ont des propriétés physiques différentes se rencontrent. Un front peut devenir un creux ou une dorsale. Un creux est une dépression
étendue, où la pression atmosphérique est relativement basse le long d'une ligne. Une dorsale est exactement le contraire, une ligne
de hautes pressions. Les creux indiquent généralement du mauvais temps, tandis que les dorsales indiquent du beau temps.
Les deux cartes, la carte analytique et la carte prévisionnelle, indiquent les zones de hautes et de basses pressions sur une grande
échelle, plusieurs centaines de milles marins. Les systèmes de pression sont indiqués en isobares. Une ligne isobare est une ligne
qui relie des points de pression atmosphérique égale, à un instant et à une altitude donnés. La pression atmosphérique moyenne est
d'environ 1 010 hectopascals. Si la pression tombe au-dessous de 1 000 hectopascals, il faut s'attendre à avoir du mauvais temps.
Une dépression tropicale, qui peut se transformer en cyclone, se voit sur une carte analytique sous la forme d'isobares concentriques
(une série d'anneaux parallèles), la pression la plus basse étant au centre. Sur une carte météo, les basses pressions, ou dépressions
tropicales, sont désignées par la lettre L ou DT, tandis que les cyclones tropicaux sont désignés par les lettres CT et ont généralement
un nom. Les hautes pressions, le contraire des basses pressions, se présentent sous la forme d'isobares concentriques où la pression
la plus haute est au centre. Les hautes pressions sont désignées par la lettre H.
Il importe de regarder le baromètre tous les jours, et la pression atmosphérique doit être notée dans le journal de bord. Si le
baromètre chute régulièrement ou si un avis de cyclone est émis, il faut se préparer à affronter du gros temps. Tous les objets sur
le pont doivent être bien arrimés et toutes les écoutilles fermées. Il faut également prendre des dispositions pour s'éloigner du
cyclone ou rechercher un mouillage sûr.
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CHAPITRE 2 : Engins et équipment de pêche
CHAPITRE 2
ENGINS
ET
ÉQUIPEMENT DE PÊCHE
A. La palangre : configuration de base et entreposage de l'engin
B. Mécanismes à commande hydraulique utilisés pour la manœuvre
des palangres
C. Matériaux et points d'attache de la ligne-mère et des avançons
D. Pièces de montage des avançons
E. Assemblage des avançons
F. Bouées, mâts porte-pavillon et lignes de bouée
G. Bouées émettrices
H
Électronique de bord
I.
Systèmes hydrauliques
INTRODUCTION
Le présent chapitre décrit les engins et l'équipement utilisés pour la pêche du thon à la palangre horizontale. Il traite de la
configuration des lignes monofilament et des lignes toronnées, et des moteurs, ainsi que des mécanismes, notamment à
commande hydraulique, utilisés pour manœuvrer les deux types d'engin. La description des différents éléments de la palangre
couvre divers articles dont l’utilisation dépend des préférences du pêcheur, du type d'engin utilisé et du comportement des espèces
ciblées. Le mode de montage des engins est indiqué pour les différentes configurations possibles. L'équipement électronique de
bord est décrit en détail car il est devenu indispensable pour localiser les bonnes zones de pêche et cibler les espèces recherchées
afin d’en capturer le plus grand nombre.
29
CHAPITRE 2 : Engins et équipment de pêche
A. LA PALANGRE : CONFIGURATION DE BASE ET ENTREPOSAGE DE L'ENGIN
Il existe deux types principaux de palangre : l'engin en cordage traditionnel, ou engin à paniers, et l'engin à monofilament, les
deux types pouvant être combinés et admettre des variantes. La palangre à paniers a évolué au cours du XIXe siècle et elle est
encore utilisée à l'heure actuelle, surtout par la flottille asiatique. Perfectionnées tout au long des années 80, les lignes monofilament
ont révolutionné la pêche à la palangre en permettant de recourir à une méthode de pêche plus efficace et réclamant une maind'œuvre moins nombreuse. Les deux systèmes sont toutefois similaires dans leur principe.
Une palangre est composée de plusieurs sections de ligne, les
"paniers". Un panier de palangre représente la longueur de
ligne-mère et le nombre d'avançons compris entre deux bouées.
Ce terme est employé pour les deux types de ligne : toronnée et
monofilament. Un panier contient de 4 à 40 avançons. Les
paniers de ligne toronnée contiennent généralement 5 à 15
avançons, contre 15 à 40 avançons dans le cas de la ligne
monofilament. Un avançon est une ligne d'un seul tenant, ou
parfois fabriquée à partir de plusieurs éléments assemblés,
terminée par une agrafe d'un côté et un hameçon de l'autre.
Bouée
Ligne de bouée
Ligne-mère
Avançons
L'ensemble de la palangre peut comporter de 20 à 200 paniers, soit une ligne-mère de 6,7 à 185 km. La ligne-mère reste en
suspension dans l'eau, grâce à des flotteurs, ou bouées, fixés à la ligne-mère par des lignes de bouée. La palangre est mouillée et
relevée une fois par jour depuis un bateau en mouvement. On la laisse mouillée pendant quatre à huit heures. Une palangre,
mouillée depuis un palangrier de tonnage moyen, mesure habituellement de 55 à 110 km et comporte 1 200 à 2 500 hameçons.
Une campagne de pêche à la palangre, à bord d'un palangrier de tonnage moyen, dure en général une à trois semaines, et la ligne
est mouillée six à douze fois (une fois par jour de pêche).
Ligne à paniers
Ligne-mère
La ligne à paniers est généralement relevée à l'aide d'un vireligne, la ligne-mère étant glénée dans une sorte de panier ou
de récipient, ou lovée en tas, puis entreposée dans une caisse
ou des casiers. Les avançons restent fixés à la ligne-mère et
sont placés sur le haut de chaque glène de ligne-mère, ou bien
lovés et déposés dans un panier séparé. Les avançons peuvent
aussi être détachés et lovés individuellement, puis empilés ou
rangés dans des paniers. Pour mouiller une ligne à paniers à
grande profondeur, on utilise généralement des lignes de
bouée courtes et des avançons longs.
Avançons agrafés à la ligne-mère
mais stockés séparément
dans un petit panier
Panier d'avançons
Avançons
empilés
Ligne monofilament
Les éléments d'une palangre monofilament sont les suivants :
•
•
•
•
•
30
une bouée émettrice (bouée gonio) et une bouée attachées à
l’extrémité libre de la ligne-mère;
un panier vide – 100 à 200 m de ligne-mère sans avançons;
un flotteur double terminant une ligne de bouée de 30
mètres, agrafée à la ligne-mère;
un panier plein – 1 050 mètres de ligne-mère, avec 20
avançons de 12 mètres chacun, fixés par des agrafes à la
ligne-mère tous les 50 mètres;
une bouée simple terminant une ligne de bouée de 30
mètres;
•
•
•
•
•
•
•
un panier plein;
un flotteur double;
un panier plein;
une bouée simple;
un panier plein;
un flotteur double, surmonté d’un mât de bambou terminé
par un pavillon et un feu à éclat;
un panier plein… et ainsi de suite.
CHAPITRE 2 : Engins et équipment de pêche
La succession de cette configuration mène à 50 à 100 paniers. Une autre bouée émettrice est montée à l'autre extrémité de la ligne,
après un dernier panier vide, et deux ou trois autres bouées émettrices peuvent être disposées sur la ligne. Les paniers vides sont
placés à chaque extrémité afin d'éviter l'emmêlement des avançons. Un requin ou un gros poisson — un marlin, par exemple —
peut entraîner le bout libre de la ligne sur des kilomètres ou pire, y faire des nœuds. Un panier vide laisse en outre à l'équipage
une certaine marge de manœuvre au début et à la fin du virage de la palangre.
La palangre monofilament est généralement composée de lignes
de bouée longues et d'avançons courts, de sorte qu’elle est
mouillée à peu près à la même profondeur que les palangres à
paniers. La ligne-mère monofilament mouillée à grande
profondeur est en effet plus facile à relever qu'une ligne-mère
goudronnée car elle oppose moins de résistance dans l'eau. La
ligne monofilament peut donc comprendre plus d'hameçons
immergés pour une longueur donnée de ligne-mère. Un autre
avantage de la ligne monofilament est qu'elle demande moins de
main-d'œuvre que la ligne toronnée. Sa manipulation est en
outre plus facile à apprendre. L'équipage en maîtrise les techniques
au bout de quelques marées, tandis qu'il faut plusieurs saisons de
pêche avant de savoir utiliser les engins à paniers. Enfin,
l'entretien du monofilament est plus facile; ligne-mère et
avançons peuvent être réparés aisément au cours des opérations
de relevage.
La ligne-mère monofilament est rangée sur l'enrouleur, tandis que
les avançons sont détachés et entreposés à part, dans des caisses.
Bouées
Les bouées utilisées pour les deux types de palangre sont
généralement rangées dans une cage ou une caisse, et
transportées, au moment voulu, jusqu'à l'endroit d'où la ligne
est filée, puis replacées dans la cage lors du virage de la ligne.
Les lignes de bouée sont lovées et bloquées par une demi-clef
facile à défaire (ou nœud de palangre), puis rangées dans un
baquet ou une caisse.
Les balises émettrices doivent aussi être rangées soigneusement
à un endroit aisément accessible.
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CHAPITRE 2 : Engins et équipment de pêche
B. MÉCANISMES À COMMANDE HYDRAULIQUE UTILISÉS POUR LA MANŒUVRE
DES PALANGRES
Le filage et le virage d’une ligne toronnée impliquent l’utilisation de plusieurs mécanismes à commande hydraulique. Les engins
monofilament sont également manœuvrés à l'aide de mécanismes de ce type.
Vire-ligne pour ligne toronnée traditionnelle
Les engins à paniers traditionnels, du type "japonais", ne comportaient
pas de mécanisme de relevage. La ligne était posée et relevée à la
main. L’invention, en 1929, du premier vire-ligne Izui révolutionna
le métier. Pendant le virage, la ligne-mère est enroulée sur la roue
à gorge principale et maintenue en tension par un second galet en
caoutchouc. Au fur et à mesure que l'engin est remonté à bord,
chaque panier est lové et décroché du reste de la ligne. On peut
laisser les avançons fixés sur la ligne-mère en les guidant le long
des roues à gorge du vire-ligne, ou les détacher et les ranger à part.
Loveur d'avançons
Si on décroche les avançons de la ligne toronnée, on peut
les enrouler à la main ou à l'aide d'un loveur mécanique. Le
côté agrafe est placé dans le loveur qui enroule l'avançon.
Une fois lové, l'avançon est retiré, prêt à être rangé. La
même machine peut servir à lover les lignes de bouée.
Système automatisé
Le système automatisé utilise une ligne-mère continue.
Celle-ci est relevée avec le vire-ligne, lequel la love sur un
tapis roulant. Les avançons sont retirés et enroulés à l'aide du
loveur. La ligne-mère, placée sur le tapis roulant, est acheminée,
par l'intermédiaire de plusieurs poulies et gouttières, vers un
éjecteur de ligne qui la love automatiquement dans des caisses.
Enrouleur japonais "Magu"
Sur un enrouleur japonais Magu, la ligne-mère monofilament
est relevée à l'aide d'un vire-ligne pour engin à paniers. Les
avançons sont dégrafés et lovés soit à la main, soit à l'aide d'un
loveur d'avançons. Une autre machine enroule la ligne-mère
sur de petites bobines amovibles. Lorsqu'une bobine est
pleine, on la sort et on la range, puis on place une bobine vide
sur la machine.
32
CHAPITRE 2 : Engins et équipment de pêche
Enrouleurs pour ligne monofilament
Un enrouleur pour ligne monofilament est un enrouleur hydraulique qui
sert à relever et à stocker la ligne-mère. Des poulies guident la ligne vers
l'enrouleur. Les dimensions de l'enrouleur sont fonction de la taille du
bateau. Les petits enrouleurs emmagasinent 9 à 18 km de ligne-mère, les
grands enrouleurs à un seul tambour ont une capacité de 110 km et les
enrouleurs à deux tambours peuvent recevoir plus de 160 km de ligne.
La capacité de l'enrouleur est également régie par le diamètre de la
ligne-mère monofilament (3 à 4,5 mm).
Petit enrouleur à un tambour
Grand enrouleur à un tambour
Enrouleur à deux tambours
Éjecteurs de ligne
Les éjecteurs de ligne s'utilisent pour la pose de lignes continues en cordage ou monofilament. Ils filent la ligne-mère à une
vitesse déterminée à l’avance, plus grande que celle du bateau. Le maître de pêche peut ainsi décider de la profondeur de mouillage
de la ligne-mère. Les avançons, les bouées et les lignes de bouée sont agrafés à la ligne-mère à intervalles réguliers. Les éjecteurs
de ligne sont légèrement différents selon que l'engin est en cordage ou en monofilament, en fonction du type et du diamètre de
la ligne-mère.
Éjecteur de ligne monofilament
Éjecteur de ligne toronnée
Il n’est pas possible d’utiliser un éjecteur de ligne avec une ligne toronnée dont les avançons restent agrafés sur la ligne-mère, ou
lorsque la ligne-mère est stockée par sections discontinues. Dans ces cas, on dévide la ligne-mère à la main de manière que la ligne
soit filée à une vitesse supérieure à celle du bateau.
Treuil à commande manuelle
La ligne-mère monofilament peut également
être entreposée sur un enrouleur à manivelle.
C’est parfois le cas sur des petits bateaux
posant une ligne-mère courte de 9 km. Un ou
deux membres de l'équipage actionnent le
treuil à la main pour le filage et le virage de
la ligne.
33
CHAPITRE 2 : Engins et équipment de pêche
C. MATÉRIAUX ET POINTS D'ATTACHE DE LA LIGNE-MÈRE ET DES AVANÇONS
La ligne-mère des palangres horizontales est soit en cordage goudronné, soit en nylon monofilament.
Cordage goudronné
Monofilament
Les engins à paniers sont en cordage goudronné. La lignemère a un diamètre de 4 à 8 mm, 6,4 mm étant le diamètre le
plus courant. Chaque panier de l'engin est relié au précédent
par un nœud d'écoute.
Le diamètre de la ligne-mère monofilament varie de 3 à
4,5 mm. C'est l'enrouleur à commande hydraulique qui est le
plus couramment utilisé pour cet engin. La ligne-mère est
continue, et les seuls nœuds se trouvent aux raccordements,
lorsque la ligne a cassé ou été coupée pour être démêlée. Les
avançons et les lignes de bouée sont attachés à la ligne-mère à
l'aide d'agrafes. Cela permet de disposer d'un engin plus
modulable, l'espacement des avançons et des lignes de bouée
pouvant être facilement changé.
Les avançons sont en général montés sur la ligne-mère, à
intervalles de 50 mètres, à des points de raccordement faits de
deux épissures à œil et d’un nœud d'écoute. Les lignes de
bouée sont également fixées par ce même système d'accrochage, entre deux paniers.
Les engins automatiques
à cordage continu ne
comportent pas de points
de fixation pour les avançons ni pour les lignes de
bouée. Ils sont directement agrafés sur la lignemère aux intervalles
appropriés.
34
Certains pêcheurs utilisent parfois deux manchons sertis sur
la ligne-mère, ou un nœud, pour repérer l'endroit où les avançons et les lignes de bouée doivent être agrafés sur une lignemère, et pour empêcher les agrafes de glisser. Mais la plupart
des pêcheurs à la palangre n’emploient pas cette méthode,
qui est peu pratique et éventuellement dangereuse. Le virage
de la ligne-mère est en outre ralenti par les manchons, l'enrouleur devant être arrêté au passage de chaque avançon. Il est
beaucoup plus rapide et sûr d'avoir une ligne-mère monofilament lisse, sans manchons et sans trop de nœuds, de façon
que les agrafes des avançons et des lignes de bouée puissent
glisser lorsqu'elles sont décrochées.
Certains bateaux d'Asie continuent d'utiliser un montage du
type à paniers avec une ligne monofilament. Les avançons
restent fixés sur la ligne-mère monofilament à des points
d'attache similaires à ceux utilisés pour les engins en
cordage. Une agrafe relie généralement un panier de
monofilament au suivant.
CHAPITRE 2 : Engins et équipment de pêche
Matériaux des avançons
Les avançons sont fabriqués à partir de divers matériaux, soit d'un seul tenant, soit raccordés.
Ligne goudronnée
Pour les engins à paniers, on utilise souvent le même type de ligne goudronnée,
généralement de 6,4 mm de diamètre, pour la ligne-mère et la partie supérieure d'un
avançon. Les raccordements se font d'ordinaire par épissure ou par nœud d'écoute. La ligne
goudronnée se présente en général sous forme de glènes standard.
Ligne monofilament
On utilise généralement du fil monofilament transparent ou de couleur de 1,8 à
2,1 mm pour les avançons. C'est le matériau le moins coûteux au mètre et le plus
facile à utiliser. Son élasticité permet de travailler le poisson pour le fatiguer. La
ligne est toutefois glissante. Tout ou partie de l'avançon peut être constitué de
monofilament. Les points d'attache sont généralement confectionnés à l'aide de
manchons sertis, parfois de nœuds. Le fil se présente sous forme de glènes ou
enroulé autour de bobines en bois, selon la quantité achetée.
Ligne en polyester rouge goudronné
Dans certains pays, on utilise de préférence du polyester rouge goudronné de 3 à 3,5 mm de
diamètre pour les avançons. Les points d'attache sont réalisés par des nœuds coulants, des
épissures ou des sertissages. Pour les avançons, le polyester rouge goudronné présente
plusieurs avantages par rapport au monofilament. Il est plus facile à manier : la ligne ne vrille
pas comme le monofilament, elle est plus facile à mouiller et à lover dans les caisses.
Lorsqu'un gros poisson est ferré, le pêcheur peut mieux attraper la ligne pour remonter le
poisson. Les avançons en polyester rouge goudronné s'emmêlent moins souvent avec la lignemère monofilament que les avançons en fil monofilament. Les lignes en polyester rouge
goudronné sont vendues sous forme de glènes standard.
Fil Sekiyama
Le fil Sekiyama est le matériau parfois utilisé au milieu des
avançons de systèmes à paniers. De par son poids, il permet à la
ligne de s'enfoncer plus vite et de rester à une certaine profondeur.
La partie centrale du fil est entourée d’un fil de coton ou de fibre
synthétique, et généralement goudronné. Les attaches sont
réalisées à l'aide d'émerillons œil à œil, les œils étant assurés par
des manchons. Le fil Sekiyama se présente sous forme de glènes.
Câble de palangre galvanisé Turimoto
Du câble galvanisé Turimoto (n° 27, à 3 torons triples) est parfois utilisé pour le bas de
ligne, entre l'hameçon et le reste de l'avançon. Il résiste à la morsure de poissons aux dents
acérées — de requins, par exemple. Les attaches sont réalisées à l'aide de manchons. Le câble
est livré en glènes.
Câble en acier inoxydable
Le câble en acier inoxydable (1,6 mm de diamètre, 7 torons de 7 brins) est
également utilisé pour le bas de ligne reliant l'hameçon au reste de l'avançon. On l’utilise surtout avec des hameçons en acier inoxydable afin de
réduire les réactions électrolytiques. Les attaches sont serties. Le câble est
livré en bobines.
35
CHAPITRE 2 : Engins et équipment de pêche
D. PIÈCES DE MONTAGE DES AVANÇONS
Plusieurs pièces sont utilisées pour le montage des avançons : agrafes, émerillons, hameçons et manchons.
Agrafes
L'agrafe à émerillon — souvent appelée "clip" — est un élément très
important de l'avançon. Il existe des modèles d'agrafes différents pour les
engins en cordage et les lignes monofilament. Ils ne sont pas
interchangeables, sinon les agrafes risquent de mal remplir leur office. Les
agrafes d'engins en cordage sont trop larges pour s’accrocher correctement à
une ligne-mère monofilament. Les avançons glissent et provoquent des
emmêlements. Inversement, l'ouverture d'une agrafe à monofilament, trop
petite, ne convient pas à un cordage de gros diamètre.
Les agrafes pour les lignes goudronnées ont des branches suffisamment
écartées pour accrocher une ligne de 6,4 mm. On les utilise aussi pour fixer
les bouées à la ligne de bouée. Le modèle le plus courant d'agrafe pour ligne
goudronnée est en fil métallique de 3,5 mm, d'une longueur de 125 ou 150 mm,
et est vendu avec ou sans émerillon BL n° 2.
Une agrafe de ligne monofilament, souvent appelée "agrafe américaine",
doit comporter des branches resserrées qui pincent la ligne-mère
monofilament. Les meilleures agrafes de ce genre, pour des lignes-mères
monofilament de 3 à 3,5 mm, sont fabriquées à partir de fil de 0,34 cm de
diamètre; elles présentent une ouverture de 3 mm et se montent sur un
émerillon baril de 8/0. L'ouverture permet d’accrocher un monofilament
de 3 à 3,5 mm, et l'émerillon 8/0 convient à un fil monofilament de 1,8 à
2,1 mm. Pour une ligne-mère de 3,5 à 4,5 mm, il faut prévoir des agrafes
de 0,37 cm (diamètre de fil) x 0,45 cm (ouverture) avec un émerillon baril
de 8/0. Pour une ligne-mère de plus gros diamètre, le fil est plus rigide et
les branches plus écartées, mais l'émerillon est le même.
Hameçons
Hameçon autoferrant
Hameçon à thon japonais
Trois types d'hameçon peuvent être montés sur les
avançons : l'hameçon à thon de type japonais, avec anneau,
l'hameçon à thon "autoferrant" et l'hameçon de pêche au
gros. Les tailles existantes d'hameçon japonais vont de 3,4
à 4,0 sun (unité japonaise), l'hameçon de 3,6 étant le plus
répandu. Les hameçons autoferrants sont de tailles diverses,
celles de 14/0 à 16/0 étant les plus courantes pour les
palangres à thon.
Les hameçons de pêche au gros (hameçons "J"), généralement de 8/0 ou
de 9/0, sont les plus usités pour la pêche de l'espadon. Les hameçons à
thon de type japonais et les hameçons à thon autoferrants ne donnent pas
de bons résultats pour l'espadon. En effet, la gueule de ce poisson, notamment
la mâchoire inférieure, est plus molle que chez d'autres espèces, ce qui
nécessite l'emploi d'un hameçon plus gros.
Hameçon de pêche au gros
36
CHAPITRE 2 : Engins et équipment de pêche
Tous ces modèles d'hameçon existent en acier galvanisé ou
inoxydable. Les hameçons en inox durent plus longtemps que
les types galvanisés, mais ils coûtent plus cher. À long terme,
leur prix est toutefois compensé par leur longévité. L'un des
problèmes que posent les hameçons galvanisés est que,
lorsqu'ils sont déposés dans la caisse à avançons, ils sont en
contact avec une agrafe en inox. Or, la présence d'un métal
différent induit une réaction d'électrolyse, et les hameçons
rouillent rapidement. Une électrolyse peut également se produire
lorsque l'hameçon et l'anneau sont faits en métaux différents.
Œillet de l'hameçon
corrodé par électrolyse
Émerillons
Les types d'émerillon le plus souvent utilisés pour le montage des
avançons sont ceux qui sont lestés. Les modèles courants sont de
38, 45, 60 et 75 g. Les émerillons lestés permettent d'augmenter
la vitesse à laquelle la palangre et l'hameçon appâté coulent, de
maintenir l'avançon à une plus grande profondeur, en particulier
par mer agitée, ou de créer un point d'attache sur l'avançon, entre
la partie principale et le bas de ligne. Les émerillons lestés
peuvent être très dangereux, surtout lorsqu'un gros poisson ou un
requin tire sur l'avançon puis rejette l'hameçon. L'émerillon peut
revenir à toute allure sur le bateau. Les pêcheurs ne doivent donc
jamais se tenir dans l'axe d'un avançon tendu.
On peut utiliser d'autres types d'émerillon, moins lourds que
les modèles plombés, pour la confection d’avançons : des
émerillons BL et de ligne de pêche pour la ligne toronnée
(ligne-mère et avançons), ou des émerillons baril, ou torpedo,
pour les avançons de ligne monofilament.
Émerillon BL
Émerillon baril
Émerillon torpedo
Bâtonnets fluorescents
Les bâtonnets fluorescents — ou cyalumes — utilisés pour la
pêche de l'espadon servent à attirer le poisson vers l'hameçon
appâté. Par réaction chimique, ces bâtonnets jetables émettent
de la lumière pendant 8 à 12 heures. À la place de ces
cyalumes chimiques, on peut utiliser un feu à piles, qui
fonctionne plusieurs jours d'affilée avec les mêmes piles. Ces
deux dispositifs, qui existent en plusieurs couleurs, sont
efficaces pour attirer l'espadon et le thon obèse. Il ne faut pas
rejeter à la mer les bâtonnets fluorescents à usage unique.
Perles luminescentes
Ces perles sont parfois enfilées sur les avançons, juste au-dessus
de l'hameçon. Théoriquement, les perles, par leur luminescence,
attirent le poisson vers l'hameçon appâté, de la même façon que
les bâtonnets fluorescents. Selon certains pêcheurs, les perles
luminescentes attirent des espèces accessoires telles que l'escolier
serpent. Quoi qu'il en soit, elles ne sont pas fréquemment utilisées.
37
CHAPITRE 2 : Engins et équipment de pêche
E. ASSEMBLAGE DES AVANÇONS
L'assemblage des avançons est facile à condition d’avoir les éléments, matériaux et équipements requis. Il suffit d'une simple longueur
de monofilament pour relier l'hameçon à l'agrafe de l'émerillon; l'assemblage est plus complexe si on utilise jusqu'à trois matériaux
différents entre l'hameçon et l'agrafe de l'émerillon. Les avançons décrits ci-dessous ne représentent que les plus courantes des
nombreuses configurations possibles.
Il faut noter que la plupart des sertissages sont renforcés (voir chapitre 1 H) à l'extrémité de la ligne.
Avançon monofilament simple
L'avançon le plus simple comporte une agrafe à émerillon à une extrémité, une section de 10 à 15 mètres de monofilament de 1,8
à 2,1 mm au milieu, et un hameçon à l'autre extrémité (a).
Avançon monofilament à émerillon lesté
On peut ajouter un émerillon lesté à l'avançon monofilament simple, en le
joignant à la ligne par deux boucles serties, à 0,5–2 mètres au-dessus de
l'hameçon (b).
(a)
(b)
(e)
(d)
(c)
Bas de ligne métallique
Certains pêcheurs préfèrent utiliser un bas de ligne métallique pour empêcher les requins ou
d'autres poissons aux dents acérées d'emporter l'hameçon, et pour retenir davantage d'espèces
ciblées. Le fil utilisé est en acier inoxydable ou en câble galvanisé Turimoto à 3 torons triples. Le
bas de ligne métallique est généralement court (0,3 à 1 mètre) et peut être monté sur un émerillon
(c) ou attaché directement au monofilament à l'aide de boucles de liaison (d). On peut également
insérer une section en monofilament entre l'émerillon et le bas de ligne (e).
38
CHAPITRE 2 : Engins et équipment de pêche
Avançon en polyester rouge
Une ligne en polyester rouge peut remplacer le
monofilament (10 à 15 mètres de long), mais ce matériau ne
doit pas être attaché directement sur l'hameçon car il s'use
facilement par frottement. On a donc recours à un émerillon,
placé à 0,5–2 mètres au-dessus de l'hameçon. Il peut y avoir
un bas de ligne métallique, un monofilament ou une
combinaison des deux entre l'hameçon et l'émerillon.
L'agrafe et l'émerillon sont reliés à la ligne rouge par un
nœud coulant, un manchon ou une épissure.
Monofilament
Ligne rouge
Bas de ligne
métallique
Avançon mixte avec cordage goudronné
Ligne goudronnée
Les avançons mixtes avec cordage goudronné sont surtout
utilisés pour les engins à paniers ou en cordage goudronné. Ils
résultent de l'assemblage de trois ou quatre sections de
matériaux différents. On obtient ainsi des avançons plus longs
(20 à 35 mètres en tout). L'agrafe est accrochée à une boucle
épissée de l’extrémité de la ligne goudronnée (10 à 20 mètres
de long); un émerillon lesté, de ligne de pêche ou de type BL,
est lié à l'autre extrémité par une autre boucle épissée. Une
courte section de ligne goudronnée (0,5 mètre) est épissée de
l'autre côté de l'émerillon; cette ligne se termine par une
épissure de bout de câble.
La deuxième section (10 à 20 mètres de long) peut être une
ligne de polyester rouge, un filin intermédiaire Sekiyama ou
un monofilament. Elle est terminée à chaque extrémité par
une boucle renforcée, généralement fermée par un manchon.
On la relie au bout libre en faisant passer une boucle dans
l'autre, puis la ligne dans la boucle, ou par un nœud d'écoute.
Le but de cette liaison est de permettre de détacher rapidement
l'avançon lorsque l'engin est emmêlé ou abîmé.
La troisième section peut être un bas de ligne métallique ou
monofilament, avec une boucle renforcée d'un côté et l'autre
extrémité attachée à l'hameçon par un manchon. Si on
emploie une quatrième section, il s’agit généralement d'un bas
de ligne métallique, relié au monofilament par des boucles,
l'hameçon étant fixé par un manchon.
Ligne rouge, fil
Sekiyama ou
monofilament
Bas de ligne
métallique
ou
Monofilament
Bas de ligne
métallique
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CHAPITRE 2 : Engins et équipment de pêche
F. BOUÉES, MÂTS PORTE-PAVILLON ET LIGNES DE BOUÉE
Il existe plusieurs types de bouées pour la pêche à la palangre : bouées en verre ou en matière plastique dure, bouées gonflables,
en forme d'ogive, et en mousse rigide. Les bouées les plus appréciées pour la pêche à la palangre monofilament sont en plastique
dur, de 165 à 360 mm de diamètre. Elles comportent généralement une paire d’oreilles — percées d’un trou où s’attache la ligne
— et sont cannelées de manière à mieux glisser dans l'eau. Les bouées en verre avaient naguère la préférence des pêcheurs lorsque
ceux-ci utilisaient des engins japonais à paniers. Elles doivent être entourées d'un filet en cordage goudronné car elles n'ont pas
d'œils de fixation, et se cassent facilement. Les bouées en plastique dur sont souvent également enfermées dans un filet en cordage
goudronné. Les bouées gonflables et en mousse rigide ne conviennent pas bien aux palangres de pêche thonière car elles sont
compressibles et peuvent perdre toute forme si un poisson les attire au fond. Les flotteurs en mousse et les bouées en forme d'ogive
sont, toutefois, souvent utilisés pour la pêche de l'espadon à la palangre. Les bouées en plastique dur utilisées pour les palangres
à thons doivent pouvoir supporter la pression qui s'exerce à 200 ou 300 m de profondeur.
Bouée en mousse
Bouée
en plastique dur
Bouée en ogive
Bouée en verre
Bouée gonflable
Les bouées sont généralement attachées à la ligne de bouée à
l'aide d'une agrafe à émerillon reliée à un œil épissé d’une section
de ligne goudronnée d'un mètre de longueur et de 6,4 mm de
diamètre. L'agrafe est fixée par œil épissé qui passe dans l’œil de
l’émerillon. L'autre extrémité de la ligne se termine par un œil
épissé de 15 cm de long. Une fois les épissures confectionnées,
l’attache de la bouée doit avoir une longueur d'environ 75 cm.
Un bon moyen de fixer celle-ci à la bouée consiste à faire
passer l’œil épissé dans l'oreille de la bouée, à former une
double boucle avec la partie de l'œil épissé qui dépasse, puis
à y passer l'agrafe. On obtient un nœud qui se resserre sur le
dormant de la ligne et qui ne bouge pas sur l'oreille de la
bouée. Ce nœud ne s'use pas.
Si on ne forme qu'une seule boucle avec l'œil épissé passé dans
l'oreille, la liaison est lâche et la ligne finit par s'user.
Il faut coller sur toutes les bouées en plastique un ruban
réfléchissant qui les rend visibles de nuit. Des plaques ou des
tubes métalliques réfléchissants, ou des feux, peuvent aussi être
fixés sur les bouées. Il existe un type de bouée dont le haut comporte
un filetage sur lequel on peut visser un feu stroboscopique.
40
CHAPITRE 2 : Engins et équipment de pêche
Mâts porte-pavillon
Les mâts porte-pavillon permettent de surélever un pavillon ou un réflecteur radar, qui les rend repérables de loin. Certaines
bouées sont traversées d’un trou dans lequel on emmanche un mât (en bambou, en fibre de verre ou en aluminium), lesté d'un
contrepoids, le pavillon (a), le feu et/ou le réflecteur radar étant montés sur le haut du mât, ou fixés sur sa partie supérieure.
Il y a deux façons courantes de fixer le mât à une bouée de palangre standard. La première
consiste à attacher les deux oreilles de la bouée au tiers inférieur du mât de sorte que les
deux-tiers supérieurs soient au-dessus de l’eau. On fixe un contrepoids ou un fer à béton
en bas du mât (b), et un pavillon et/ou un réflecteur au sommet, ainsi qu'éventuellement
un feu stroboscopique, visible la nuit.
La deuxième méthode consiste à attacher le mât à
la bouée, mais en le laissant libre dans l’eau. En ce
cas, le mât est lesté à sa partie inférieure, et un
pavillon placé à son extrémité supérieure. On
attache un petit bout de ligne goudronnée au mât,
de manière à amarrer celui-ci à la bouée à l'aide
d'une agrafe ou d'un nœud d'écoute. Le mât reste
dans l'eau à côté de la bouée, le lest le maintenant
vertical (c). Cette technique permet de ranger les
mâts à part et d'utiliser les bouées à d'autres fins.
(a)
(b)
(c)
Ligne de bouée 1
Lignes de bouée
Ligne de bouée 2
Les lignes de bouée sont généralement en vinyle noir ou rouge goudronné. Elles ont un
diamètre moyen de 6,4 mm, mais un cordage légèrement plus gros ou plus mince fait l'affaire.
Un cordage en polypropylène ou fabriqué dans un autre matériau flottant ne convient pas
car il a tendance à maintenir toute la ligne-mère en surface, alors que les poissons ciblés
évoluent à grande profondeur. Les lignes de bouée peuvent avoir une longueur de 10 à
40 mètres, voire davantage, selon l'espèce ciblée. Pour la pêche de thons, les lignes de
bouée doivent avoir 30 mètres de longueur en moyenne, tandis que pour la pêche
d'espadons, elles peuvent être comprises entre 10 et 20 mètres. La ligne de bouée
comporte, d'un côté, un œil épissé auquel est fixée la bouée et, de l'autre, une agrafe à
émerillon pour l’attache à la ligne-mère. Elle est fabriquée exactement comme la petite
ligne de la bouée, mais elle est beaucoup plus longue. Plusieurs lignes de bouée peuvent
également être agrafées bout à bout pour obtenir des lignes de bouée plus longues.
Les lignes de bouée peuvent aussi être fabriquées à partir d'une ligne-mère monofilament terminée par des œils sertis pour la fixation
des agrafes. Certains palangriers utilisent de petits tambours à main, ou chariots de bas de ligne, pour relever et ranger les lignes
de bouée monofilament.
41
CHAPITRE 2 : Engins et équipment de pêche
G. BOUÉES ÉMETTRICES
Les bouées émettrices et les radiogoniomètres permettent aux pêcheurs à la palangre de faire une pause pendant que la ligne est
mouillée. Les bouées émettrices émettent des signaux qui sont captés par les radiogoniomètres embarqués, à des distances pouvant
aller jusqu'à 65 km. Les pêcheurs peuvent dormir pendant que la palangre est mouillée, sachant qu'ils pourront la retrouver par
la suite.
Les bouées émettrices demandent un gréement et un entretien
particuliers. Elles comportent généralement un flotteur circulaire
en mousse recouvert de toile. Le flotteur est d'ordinaire fixé sur
le corps de la bouée par une sorte de lacet à chaussures, peu
résistant. Si le flotteur se détache, la bouée coule et risque
d'imploser sous l'effet de la pression et d'être détruite. Un
moyen simple d'éviter que le flotteur ne se détache consiste à
l'envelopper d'un filet similaire au filet de cordage goudronné
qui entoure les bouées en verre. La flottabilité du flotteur ne
suffit en outre qu'à maintenir la bouée émettrice hors de l’eau.
Il faut donc fixer une autre bouée sur la ligne, tout près de la
bouée émettrice.
Bouée émettrice avec filet
Autre élément nécessaire sur la bouée émettrice, une patte d'oie
solide, qui peut être en cordage plus lourd que les lignes de
bouée, un fil de polypropylène à trois brins de 12 mm, par exemple,
mais une ligne goudronnée de 6,4 mm peut faire l’affaire. La
patte d'oie doit être fixée en deux endroits de la bouée émettrice,
par exemple, sur les plaques de scellement à œil ou les anneaux
prévus à cet effet. Avant de confectionner l'œil épissé, glisser de
courtes sections de tube en plastique sur le cordage pour éviter
qu'il ne s'use par frottement. Une solide agrafe à palangre est
fixée à l'extrémité de la patte d'oie pour relier celle-ci à la ligne
de bouée.
Bouée émettrice avec patte d'oie
Enfin, deux petites garcettes en cordage goudronné doivent
être attachées aux poignées de la bouée émettrice. À bord, la
bouée doit être fixée à la rambarde du bateau ou à tout autre
endroit du pont, de sorte qu'elle ne bascule pas. Dès que la
bouée est récupérée, il faut l'arrêter. Ne jamais régler
l'interrupteur sur la position "Marche" ou "Test" avant d'avoir
relié l'antenne et le fil d'antenne à l'émetteur.
Bouée émettrice avec patte d’oie et garcettes
42
CHAPITRE 2 : Engins et équipment de pêche
Les bouées émettrices sont alimentées par des piles logées dans
une cartouche ou un bloc-batterie admettant jusqu'à 36 piles
"D" de lampe-torche. Les batteries à piles D sont probablement
les mieux adaptées à l'Océanie car il s'en vend pratiquement
partout et qu’elles sont moins coûteuses que des blocs
importés. Il faut changer de piles lorsque le signal émis par la
bouée faiblit. Vérifier l’état de la bouée émettrice à chaque
changement de piles, en éliminant toute humidité à l'intérieur
du cylindre contenant la batterie et l'émetteur.
Vaporiser un léger film de silicone à l'intérieur du cylindre, sur
les piles, sur toutes les bornes et sur l'émetteur. Vaporiser une
couche de silicone sur le joint du couvercle du cylindre ou,
mieux, le revêtir d'une couche de graisse au silicone.
Pulvériser également du silicone sur les boulons de fixation du
couvercle de l'émetteur. Siliconer et serrer à fond toutes les
jointures de l'antenne, puis les envelopper dans du ruban en
plastique adhésif d'électricien pour qu'elles restent bien
attachées. Si un pavillon est fixé à l'antenne, veiller à ne pas
recouvrir l’extrémité de l'antenne. C'est de là qu'est émis le
signal. Si cette partie est recouverte ou abîmée, la bouée
émettrice risque de ne pas fonctionner.
Il existe des bouées émettrices spéciales qui n'émettent un
signal que lorsqu'elles sont appelées. Ainsi, des bateaux tiers
ne peuvent pas capter le signal émis et savoir où se trouve le
bateau qui pêche. Ces bouées coûtent plus cher que les
bouées émettrices usuelles et elles nécessitent un autre
équipement, la radio qui appelle la bouée. Il existe aussi des
systèmes à radiogoniomètre et bouées émettrices qui
transmettent la position et la température de surface de la
mer par GPS.
43
CHAPITRE 2: Engins et équipment de pêche
H. ÉLECTRONIQUE DE BORD
Les appareils électroniques cités ci-après sont indispensables pour la sécurité de navigation et le succès de la pêche à la palangre.
Certains sont fortement recommandés, d’autres facultatifs. Mais pour naviguer en toute sécurité, un marin avisé ne saurait s'en
remettre entièrement à des outils électroniques : il doit toujours vérifier sa position, son cap et sa vitesse à l'aide d'un compas
magnétique, de cartes et de sa connaissance du milieu marin. Il doit aussi garder l’esprit toujours en éveil à la passerelle.
Appareils électroniques essentiels
Récepteur GPS (système mondial de positionnement):
Il indique toutes les secondes la position du bateau, en latitude
et en longitude, à 30 mètres près. Un navigateur GPS est
indispensable, tant pour la pêche à la palangre que pour la
navigation en général.
Radar :
Cet instrument est indispensable pour garantir la
sécurité de navigation, surtout dans les zones où abondent des
récifs et où passent d'autres bateaux. Si la côte est à portée de
radar, on peut s'en servir pour repérer les positions d'une
palangre mouillée. Un radar d'une portée de 24 milles marins
(45 km) devrait suffire pour un petit palangrier, tandis qu'un
appareil d'une portée de 36 milles marins (67 km) convient à
un palangrier de taille moyenne.
Récepteur radio BLU (à bande latérale unique) ou radio
HF (hautes fréquences): C'est un moyen de communication
indispensable entre navires et entre le navire et la côte, que ce
soit pour la navigation en général ou pour la pêche. Les palangriers peuvent échanger leurs informations sur leurs prises et la
position de bancs de poissons, et transmettre les données sur les
prises et l'heure d'arrivée estimée à leur agent ou patron à terre.
Pour une pêcherie tournée vers l'exportation, tributaire des liaisons aériennes vers le Japon et d'autres marchés étrangers, les
télécommunications jouent un rôle essentiel. Les radios BLU
numériques à écran à cristaux liquides sont les meilleurs
modèles. La radio BLU doit pouvoir fonctionner selon tous les
modes UIT (Union internationale des télécommunications) et
sur toutes les fréquences UIT.
Radio VHF (très haute fréquence): Moyen essentiel de
communication radio de faible portée, il permet de communiquer avec les autorités portuaires, les agents et d'autres bateaux
que l'on croise pour éviter les abordages.
Thermomètres de surface : La température de la surface
de la mer est un paramètre important pour la pêche à la
palangre, la présence de thons et de poissons à rostre étant
souvent associée à des fronts thermiques (voir chapitre 3 C).
Les meilleurs thermomètres de surface comportent une alarme
qui émet un signal sonore lorsque la température s'élève ou
baisse de manière sensible.
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CHAPITRE 2 : Engins et équipment de pêche
Appareils électroniques vivement recommandés
Pilote automatique : Utile pour mouiller l'engin de pêche car
il permet au barreur de se libérer pour participer au filage de la
ligne. Sous pilote automatique, le bateau maintient un cap plus
constant pendant la pose de la palangre que s'il est barré à la
main. Certains pilotes automatiques peuvent aussi être utilisés
pendant le virage de la ligne. Les meilleurs pilotes automatiques
pour la pêche à la palangre comportent des molettes de réglage
du cap au lieu d'un clavier tactile, et des boîtiers de télécommande
à molettes de réglage.
Traceur couleur : Peut comprendre un récepteur GPS intégré
ou être distinct de celui-ci. Il sert à la navigation en général,
mais peut s'avérer très utile pour la pêche à la palangre car il
fournit des informations plus détaillées sur la pose de la ligne
en produisant une image ou un graphe des positions au filage
et au virage. En comparant les deux, le capitaine obtient des
données importantes sur le mouillage et la dérive de la palangre,
la direction et la vitesse du courant, et la présence éventuelle
de tourbillons ou de zones de convergences (voir chapitre 3 C).
On peut enregistrer sur le traceur des événements tels que les
captures de poissons ou des caractéristiques géographiques
comme la présence de récifs, en appuyant sur la touche
d'enregistrement. De nombreux traceurs modernes sont munis
de cartes de navigation intégrées couvrant tous les océans du
monde. Certaines montrent la bathymétrie, indiquent la position
des récifs et d’autres caractéristiques géographiques, et donnent
des repères pour la navigation.
Échosondeur couleur : C’est un instrument très utile, surtout
lorsqu’on navigue dans des eaux inconnues, qu’on entre dans
un port ou qu’on emprunte une passe. Il permet également aux
palangriers de localiser le poisson. C'est pourquoi on l’appelle
parfois "le détecteur de poisson". Il n’aide pas tant à trouver
les bancs de thonidés que les poissons-appâts dont se nourrissent
les thons ou les espadons. Certains sondeurs indiquent la
profondeur de la thermocline (voir chapitre 3 C). D'autres sont
munis de sondes de température de surface et peuvent en
réaliser une représentation graphique en fonction du temps. Le
sondeur qui convient le mieux à un palangrier est un modèle
de 1 kW à capteur de 50 kHz (étalonné pour une profondeur
d'au moins 1 000 m), avec une fonction de tracé graphique de
la température de surface.
Radiogoniomètre et bouées émettrices (voir chapitre 2 G):
Ces instruments ne sont pas essentiels : pendant longtemps, et
dans le monde entier, les palangriers ne se sont servis que de
feux et de drapeaux de couleur fixés sur des perches de bambou
pour localiser leurs lignes. En dehors de la récupération des
bouées émettrices, les radiogoniomètres peuvent être de
bonnes aides à la navigation. La plupart de ces instruments
sont capables de relever la direction des balises aéroportuaires
et des stations de radiodiffusion à modulation d'amplitude
basées à terre. Les goniomètres les plus perfectionnés permettent
d’intercepter les messages d'autres bateaux pour savoir où se
trouvent les bons lieux de pêche.
45
CHAPITRE 2 : Engins et équipment de pêche
Récepteur de cartes météorologiques par télécopieur, ou fax
météo : Cet appareil permet de recevoir des informations météorologiques
envoyées par télécopie dans le monde entier, sur un certain nombre de
fréquences, sous forme de cartes de données frontologiques (voir chapitre
1 L), beaucoup plus détaillées que les rapports obtenus grâce à la radio
haute fréquence ou à Inmarsat-C. Des données de la télédétection, par
exemple des cartes de la température de surface de la mer, peuvent également
être reçues. Un fax météo est un instrument très précieux pour tous les
palangriers qui opèrent dans des zones cycloniques.
Appareils électroniques facultatifs
Bathythermographe : Cet instrument permet de mesurer la température en regard de la profondeur. Il est utile pour mesurer la
profondeur de la thermocline et tracer des graphiques de température (voir chapitre 3 E). Il existe des bathythermographes
réutilisables, portables et jetables, dits "largables".
Courantomètre à effet Doppler ou profileur de courant à effet Doppler : Cet instrument permet de mettre en évidence des
courants, non seulement en surface, mais aussi à différentes profondeurs. Jusqu'à trois couches d'eau peuvent être surveillées,
même si le bateau se déplace. Cette information peut dicter le choix de la profondeur et de la direction du mouillage de la palangre.
Systèmes Inmarsat : Permettent la communication par satellite
entre bateaux, et entre les bateaux et la terre, par télécopie ou
messagerie électronique (Inmarsat C). La communication
vocale est possible par Inmarsat-A, mais est trop onéreuse
pour la plupart des palangriers. Personne ne peut intercepter
des messages transmis par télécopie, aussi deux bateaux
peuvent-ils se communiquer des informations confidentielles
sur la pêche. Des prévisions météorologiques et des messages
de détresse peuvent également être transmis par Inmarsat-C.
Ordinateur (PC): Sur un bateau de pêche, il est de plus en
plus souhaitable de disposer d'un ordinateur. La
communication bidirectionnelle par Inmarsat-C nécessite un
PC et des logiciels tels que Galaxy. Il existe aussi des
logiciels cartographiques permettant de tracer l'itinéraire du
bateau, de suivre les conditions météorologiques ou
d'acquérir en temps réel des données océanographiques par
satellite (température de surface de la mer et conditions
météorologiques), ou encore de gérer les opérations d'un
bateau de pêche.
Enregistreurs de température-profondeur :
Ces
bathythermographes réutilisables, de très petites
dimensions, peuvent être reliés aux avançons pour
enregistrer la profondeur et la température à intervalles
déterminés au préalable, sur toute la longueur de la palangre.
On les appelle aussi sondes de température, enregistreurs de
données, ou microbathythermographes. La température, la
profondeur et l'heure sont enregistrées sous forme
numérique et peuvent être téléchargées vers un ordinateur.
Ces appareils peuvent également faire office de "minuterie"
d'hameçons; en effet, la fonction profondeur/temps permet
d'enregistrer les écarts qui signalent qu’un poisson a mordu à
l’hameçon. Les variations de profondeur sont représentées par
des pics sur la courbe.
46
CHAPITRE 2 : Engins et équipment de pêche
Systèmes de surveillance des navires par satellite (VMS):
Grâce à un émetteur-récepteur installé à bord du navire, ou "émetteur
automatique de position", ce système permet d'envoyer des données
au système satellitaire Inmarsat-C qui les transmet à une station
terrestre, laquelle les envoie à son tour à un centre de surveillance à
terre. Le centre de surveillance peut ainsi suivre la position d'un
bateau de pêche en temps réel et savoir si ce bateau est en train de
pêcher ou non, d'après sa signature électronique. Le centre de
surveillance peut aussi demander à un bateau de signaler sa position
à n’importe quel moment, par un mécanisme d'invitation à émettre
et de relais automatique. Quelques pays de la région appliquent la
réglementation relative aux systèmes de surveillance des navires
par satellite, et il est probable que l’utilisation de ces systèmes
deviendra sous peu obligatoire dans l'ensemble de la région.
L'émetteur automatique de position peut servir non seulement à
suivre la position des bateaux, mais également à signaler les prises, à
assurer la fiabilité des communications et la sécurité des équipages.
L'appareil peut émettre un signal de détresse indiquant l'identité et la
position du bateau.
Système mondial de détresse et de sécurité en mer (SMDSM): Système conçu à l'initiative de l'Organisation maritime
internationale (OMI) dans le cadre de la Convention internationale pour la sauvegarde de la vie humaine en mer (SOLAS).
Permettant d'émettre automatiquement des signaux de détresse par radio, le SMDSM évite d'avoir à exercer une surveillance en
se connectant manuellement aux fréquences de transmission de messages de détresse. Ce système associe radios VHF et HF,
satellites, répondeurs recherche et sauvetage (RRS) et appel sélectif numérique (ASN). Il peut s'avérer très coûteux car pratiquement
tous ses éléments doivent être doublés pour des raisons de sécurité. Le système comporte en outre des défauts intrinsèques et a
donné lieu à de nombreuses fausses alertes, dues notamment à l'ASN. Bien que la Convention SOLAS ait rendu obligatoire
l’installation du SMDSM à partir du 1er février 1999 sur certains navires, l'OMI a recommandé que les navires continuent de
recourir aux communications traditionnelles par radio VHF et HF pour les appels de détresse, jusqu'en 2005.
En attendant, seuls les navires marchands
au long cours de plus de 300 tjb, visés par
la Convention SOLAS, doivent obligatoirement être équipés du SMDSM. Ceux de
moins de 300 tjb, ou de plus de 300 tjb
mais naviguant dans les eaux nationales,
doivent satisfaire aux exigences de l'État
du pavillon. Certains États du pavillon
imposent la conformité avec les normes
SMDSM dans leur réglementation,
d'autres non. Il est probable que la plupart
des flottilles nationales de palangriers
opérant dans le Pacifique occidental et
central pourront encore naviguer sans
SMDSM dans les années qui viennent.
Entretien
Tous les appareils électroniques embarqués à bord d'un bateau de pêche demandent un soin et un entretien particuliers. Il faut les
tenir à l'abri de l'humidité et ne pas les exposer directement au soleil ni à d'autres sources de chaleur. Les embruns ne doivent
jamais entrer en contact avec l'électronique. Si cela se produit, il faut nettoyer et sécher le matériel, puis pulvériser dessus un film
de silicone. Tous les branchements doivent être périodiquement aspergés de silicone. La longévité de la plupart des dispositifs
électroniques est abrégée par des mises en marche et des arrêts inutiles. Les dispositifs électroniques qui consomment peu de
courant, tels que radios et GPS, doivent être mis en marche au début de chaque marée et éteints après le retour du bateau au port.
D'autres dispositifs, radar et échosondeurs par exemple, peuvent souvent être laissés allumés, mais en mode veille.
47
CHAPITRE 2 : Engins et équipment de pêche
I. SYSTÈMES HYDRAULIQUES
La plupart des systèmes de pêche à la palangre ont des commandes hydrauliques. Les systèmes hydrauliques convertissent l'énergie
mécanique en énergie hydraulique, puis à nouveau en énergie mécanique. Ils permettent de distribuer l'énergie sur le pont d'un
bateau. Les marins ne risquent pas de s'électrocuter ou d'être blessés par un arbre ou une poulie, bien que les composants
hydrauliques comportent leurs propres dangers. Les systèmes hydrauliques présentent d'autres avantages : les moteurs
hydrauliques peuvent démarrer, être arrêtés ou inversés en charge; ils ont une grande puissance pour leur taille, et il est facile de
réguler leur puissance et leur vitesse.
Principes de base
Un système hydraulique consiste en un réservoir rempli d'huile
hydraulique, un tuyau d'aspiration, une pompe, un tuyau de
pression, un détendeur, un régulateur de débit, un clapet de
retenue, une vanne de distribution, une vanne de régulation du
débit, un moteur ou vérin, un tuyau de retour, un système de
refroidissement et un filtre. La pompe est généralement une
pompe à palettes actionnée par le moteur principal, mais elle
peut être également commandée par un moteur électrique. Si
elle est entraînée par le moteur principal ou un moteur auxiliaire,
elle doit être reliée à des poulies et des courroies, des
engrenages, ou une prise de force. Si la pompe est entraînée par
des courroies, elle est généralement munie d'un embrayage
mécanique ou électrique qui permet de la débrayer en cas
d'urgence. Les prises de force ont en général un embrayage
incorporé. Un interrupteur ou un levier de débrayage d'urgence
est généralement monté quelque part dans la passerelle, ou sur
un poste extérieur, sur le pont.
Les systèmes hydrauliques sont classés en fonction du volume et de la pression nominaux du fluide nécessaire. Un système
habituel pour palangriers consomme 56 litres à la minute à 81 bars (1200 PSI). Les caractéristiques nominales de la pompe
doivent correspondre aux exigences des moteurs ou vérins hydrauliques.
La soupape de sécurité d’un système hydraulique de palangre doit être réglée de manière à s'ouvrir avant que ne soit atteint le
seuil de rupture de la ligne-mère. Même si un système a une puissance de 81 bars, son point de coupure doit être réglé sur une
pression plus basse. Pour régler la soupape de sécurité, on ajoute du lest à la ligne à pleine puissance. Il faut régler la vis de
réglage de la soupape de telle sorte que le fluide soit refoulé dans le circuit de retour ou le réservoir avant que la ligne ne se
rompe, c'est-à-dire juste avant que la puissance maximale du système soit atteinte. Cela évite la rupture de la ligne-mère si celleci s'emmêle au cours du virage ou si un gros poisson résiste.
Des vérins ou pistons hydrauliques servent aux systèmes de barre ou à la commande de machines telles que des grues. Les
moteurs hydrauliques à bord d'un palangrier servent aussi à la manœuvre de treuils d'ancre ou de potence, de cabestans, de vire-lignes,
d'enrouleurs de ligne, d'éjecteurs de ligne et de dispositifs d’entreposage des lignes. Sur un bateau de pêche, une même pompe
hydraulique peut alimenter plusieurs dispositifs, mais généralement pas simultanément. Les circuits hydrauliques peuvent comporter
une ou plusieurs vannes de distribution dirigeant le fluide d'un système vers l'autre. Les moteurs hydrauliques utilisés sur des
enrouleurs de palangre monofilament sont généralement des moteurs à pistons radiaux, tandis que ceux qui servent à commander
des éjecteurs de ligne sont des moteurs à palettes ou à pistons linéaires. Les moteurs à pistons radiaux nécessitent généralement
une conduite de vidange de carter pour refouler la pression provenant du moteur vers le circuit de retour.
Réparations et entretien
L'huile hydraulique doit être propre et exempte d'humidité. La saleté et l'eau peuvent provoquer des pannes. La meilleure manière
de s'assurer de la propreté de l'huile hydraulique consiste à changer régulièrement le filtre. Pour savoir s'il est temps de changer
de filtre, examiner celui-ci ainsi que l'huile. Si l'huile est très trouble, la renouveler également. Il faut inspecter régulièrement
l'ensemble du système, y compris les extrémités des tuyaux et les raccords, pour y déceler des traces de corrosion et d'usure.
Sur les bateaux de pêche, les tuyaux et raccords hydrauliques s'usent ou cassent souvent, provoquant des fuites d'huile
hydraulique sur le pont, dans la cale ou la chambre du gouvernail. Si on décèle la fuite immédiatement et si on arrête le système
hydraulique, on peut procéder aux réparations nécessaires et rajouter de l'huile hydraulique dans le réservoir.
48
CHAPITRE 2 : Engins et équipment de pêche
Les tuyaux et raccords présents sur le pont sont davantage
exposés à l'usure et à la corrosion qu'à d'autres endroits du
bateau. La réparation de circuit hydraulique le plus couramment
pratiquée en mer consiste à réparer ou à remplacer un tuyau qui
fuit. En cas de fuite, il faut remplacer le tuyau hydraulique. En
l'absence de tuyau de rechange à bord, on peut effectuer une
réparation provisoire à l'aide de raccords réutilisables. Il faut
deux raccords tournants femelles, réutilisables, et un adaptateur
mâle. Les tuyaux les plus faciles à réparer sont à section droite
et n'ont pas à être taillés en biseau. Les seuls outils requis sont
une scie à métaux et deux clés anglaises, ou une clé anglaise et
un étau.
Adaptateur mâle
Coude
Raccord tournant femelle
Tuyau hydraulique
Commencer par couper le tuyau à la scie à métaux de part et d'autre de la section abîmée, de manière à trancher net les extrémités
du tuyau, à 90°. Fixer ensuite un raccord tournant femelle réutilisable à chaque extrémité du tuyau à l'aide des clés. Visser d'abord
l'embout femelle du raccord réutilisable sur le tuyau en tournant la clé vers la gauche. Introduire ensuite l'embout mâle conique
dans la partie femelle en tournant à droite. Tenir la partie femelle par une clé anglaise tout en tournant l'embout mâle à l'aide de
l'autre clé anglaise. Procéder de la sorte aux deux extrémités du tuyau. On assemble les deux sections de tuyau obtenues en vissant
les raccords réutilisables sur l'adaptateur. À partir du tuyau abîmé, on obtient ainsi deux tuyaux distincts en bon état, que l’on réunit
en un seul.
Il faut toujours conserver à bord des tuyaux hydrauliques et des raccords de rechange.
En l'absence de pièces de rechange, on peut souvent "emprunter" un tuyau hydraulique
à un autre système inutilisé du bateau. On peut par exemple prélever un tuyau sur un
enrouleur de ligne pour faire fonctionner le système de barre. Il est important de refermer
le circuit à l'endroit où le tuyau a été prélevé pour éviter que toute l'huile hydraulique
ne s'échappe. Toute réparation temporaire doit être consolidée dès que le bateau rentre
au port.
Les extrémités et raccords de tuyaux hydrauliques qui ne sont pas en acier inoxydable durent plus longtemps s'ils sont recouverts
de bandes de tissu graissé; ce matériau est disponible dans le commerce. Pour protéger les raccords, on peut aussi pulvériser une
peinture de galvanisation à froid. On peut aussi en revêtir les moteurs et les boîtiers de commande hydrauliques. Avant d'appliquer
la peinture, il faut traiter la pièce. Gratter la rouille et traiter la pièce rouillée avec un inhibiteur d'oxydation à base d'acide phosphorique. L'acide réagit sur la rouille, en formant une poudre blanchâtre. Éliminer celle-ci avec une brosse métallique. Enfin revêtir la pièce de peinture de galvanisation à froid. Renouveler régulièrement cette opération, si possible après chaque marée. On
peut également protéger les pièces de raccordement hydrauliques en les enveloppant dans une vieille chambre à air en caoutchouc; pour ce faire, découper de vieilles chambres à air d'automobile en bandes de 6 cm de large et en entourer les raccords pour
les rendre étanches.
Si la totalité de l'huile hydraulique s'échappe du système, et si on ne dispose pas d'huile de réserve, on peut se dépanner en prenant de
l’huile moteur et du diesel. Mélanger 80 pour cent d'huile moteur pour 20 pour cent de diesel. Faire un essai de fonctionnement du
système hydraulique avec cette huile de fortune. Si la pompe hydraulique se met à surchauffer ou tourne trop lentement, ajouter du
diesel au mélange. Si la pompe s'emballe ou ne fournit pas une puissance suffisante, ajouter de l'huile moteur. Remplacer ce fluide
hydraulique de dépannage dès que le bateau rentre au port.
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CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
CHAPITRE 3
OPÉRATIONS DE PÊCHE
A. Préparation de la sortie de pêche
B. Choix du lieu de pêche : au départ du port
C. Choix du lieu de pêche : à l’arrivée sur les lieux de pêche
D. Choix du lieu de pêche : pendant la marée
E. Paramètres de pose de la palangre : la couche de surface et la thermocline
F. Paramètres de pose de la palangre : la profondeur de mouillage
G. Filage et virage de la palangre : généralités
H. Pose d’une palangre monofilament
I.
Filage des engins en cordage toronné, cadence de pose, enregistrement des
données et temps de mouillage
J. Quelques variantes du filage
K. Rechercher l’engin de pêche
L. Virer des engins en cordage toronné
M. Virer des palangres monofilament
N. Problèmes lors du virage de la palangre
O. Remonter les prises à bord
INTRODUCTION
Ce chapitre décrit les opérations de pêche thonière à la palangre horizontale. Il traite du choix du lieu de pêche à différentes
étapes: après avoir quitté le port, en arrivant sur les lieux de pêche et pendant le trajet. Plusieurs sections sont consacrées aux
paramètres de mouillage de l’engin de pêche, notamment la profondeur à déterminer. La pose et le virage de l’engin — palangre
monofilament ou engin traditionnel en cordage toronné — font l’objet d’une description détaillée, et plusieurs variantes sont proposées,
qui sont fonction de l’état de la mer. Les problèmes habituellement rencontrés lors du virage de la ligne sont également abordés
et diverses solutions sont offertes pour aider les personnes qui débutent dans ce type de pêche.
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CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
A. PRÉPARATION DE LA SORTIE DE PÊCHE
Les préparatifs d’une sortie de pêche, ou marée, commencent dès la sortie précédente. Les capitaines, mécaniciens et patrons de pêche
qui connaissent leur métier notent, pendant qu’ils sont encore en mer, les travaux d’entretien à effectuer et les matériels et équipements
de pêche à acheter. Ils peuvent commander les articles indispensables par radio avant de rentrer au port, ce qui permet de réduire le
temps d’escale et de mieux rentabiliser l’entreprise. Outre la liste habituelle de vérification avant le départ (annexe E), le patron doit
passer en revue les notes prises à la précédente sortie de pêche.
Le compartiment moteur
Le plein de carburant — en général du diesel à usage industriel — doit être fait après chaque sortie, à moins que le réservoir ait
une capacité suffisante pour deux marées ou plus. Après plusieurs sorties, le patron ou le mécanicien doit avoir une bonne idée
de la consommation quotidienne moyenne. Sur certains bateaux, les réservoirs de carburant sont équipés de niveaux visuels ou
de jauges permettant de déterminer facilement combien de carburant a été consommé.
Lorsqu’on ne connaît pas la consommation de carburant, on peut la calculer approximativement à partir de celle d’un moteur
turbo diesel tournant à plein régime: 0,175 litre/cv/heure. La consommation réelle sera moins importante que le résultat de ce calcul
puisque le moteur principal ne tourne jamais à plein régime en permanence.
Il faut embarquer assez d’huile moteur pour pouvoir vidanger une fois tous les moteurs et continuer à compléter les niveaux. Il
faut aussi assez d'huile hydraulique pour remplir le réservoir et le système hydraulique en cas de perte totale de fluide, et prévoir
un surplus pour compléter les niveaux.
Toutes les pièces de rechange du moteur qui ont été utilisées pendant la précédente
sortie doivent être remplacées. Cela comprend les pièces habituelles, comme les filtres
à huile et à carburant, et celles qui ne sont remplacées que périodiquement comme les
kits de reconditionnement de la pompe, les démarreurs électriques, les pompes à
carburant, etc. Il faut également prévoir d’emporter des pièces de rechange pour les
appareils frigorifiques, notamment du gaz frigorigène, de l’huile et des filtres, et conserver
un stock d’écrous et de boulons, un assortiment de durites et de colliers, du lubrifiant,
des chiffons, etc. Enfin, les outils perdus ou cassés doivent être remplacés.
La passerelle
On trouve peu de consommables dans la passerelle d’un palangrier type. Toutefois, certains éléments doivent être remplacés de
temps à autre, par exemple: le papier de l’échosondeur, du récepteur de fax météo, de l’imprimante du récepteur Inmarsat-C et
de l’ordinateur de bord; les fusibles de tous les appareils électroniques; les ampoules électriques de tous les éclairages; les livres
de bord, les fiches d’enregistrement des prises, les crayons, stylos et gommes. Toute l’électronique doit être testée avant le départ.
Il faut remplacer les médicaments et les fournitures de premiers secours périmés ou utilisés lors de la sortie précédente, de
manière à disposer à tout moment d’une bonne pharmacie. Le papier, les fusibles, les fournitures de premier secours, etc. doivent
tous être conservés dans des sacs en plastique étanches, à fermeture à glissière et étiquetés au marqueur.
Le pont
Sur le pont d’un palangrier, les fournitures les plus importantes sont la glace, les appâts, le matériel de pêche de rechange et les
pièces détachées pour l’engin de pêche. Les bateaux qui utilisent de la glace ou de la saumure réfrigérée doivent charger de la
glace avant le départ. En règle générale, on embarque assez de glace pour remplir les cales à poisson ou les bacs de réfrigération.
Certains ports n’ayant pas de systèmes automatisés de livraison de glace à quai, il faut prévoir le transport et la main-d'œuvre
nécessaires pour le chargement de la glace après son achat.
Il est assez facile de calculer la quantité d’appâts nécessaires pour une marée. Les appâts sont généralement vendus par boîte de
10 kg, et le nombre de pièces est normalement indiqué sur la boîte. Une boîte de balaous du Pacifique contient habituellement
120 pièces. Pour dix poses, dont chacune représente 1 200 hameçons, il faudra 100 boîtes d’appâts (120 pièces x 10 = 1 200 pièces
x 10 poses = 12 000 pièces, ou 100 boîtes). Certains bateaux en embarquent pour un ou deux jours de plus, au cas où ils seraient
à court d’appâts ou décideraient de mouiller la palangre une fois de plus
que prévu. Les appâts se conservent sous glace dans la cale à poisson ou au
congélateur. Si on les met sous glace dans la cale à poisson, il est judicieux
de les envelopper dans une bâche en plastique et de disposer une fine
couche de glace entre chaque couche de boîtes. Les appâts qui n’ont pas
servi à la précédente sortie doivent être chargés en dernier pour être utilisés
en premier. Enfin, si on met les appâts sous glace, il faut faire livrer la glace
avant les appâts.
52
CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
Pour le remplacement du matériel de pêche, il faut prévoir des hameçons, des agrafes, des manchons, des protections plastiques
des œils épissés, du monofilament ou du fil rouge goudronné pour les avançons, du monofilament pour la ligne-mère, des piles
pour les bouées émettrices et les bouées lumineuses, des ampoules pour les bouées lumineuses, de la gaze de coton, et des bâtonnets
fluorescents pour les espadons. Sur un palangrier de taille moyenne, entre cinq et dix pour cent des avançons doivent être changés
après chaque sortie. Ainsi, si la palangre est posée dix fois — soit 1 200 hameçons mouillés quotidiennement —, il faudra se
munir de suffisamment d’hameçons, de bas de ligne et de manchons pour réparer entre 60 et 120 avançons. La proportion
d’agrafes et d’émerillons lestés perdus est toutefois bien moindre et la ligne-mère emmagasinée dans l’enrouleur n’est
généralement complétée qu’une ou deux fois l’an. Les piles des bouées émettrices durent habituellement plusieurs marées tandis
que celles des bouées lumineuses doivent normalement être remplacées avant chaque départ, sauf si elles sont rechargeables.
En général, on stocke aussi à bord des pièces de rechange pour l’enrouleur et l’éjecteur de ligne, au cas où on en aurait besoin.
Toute pièce utilisée doit être remplacée pour la prochaine sortie. Des poulies de palangre et des roulements de poulie sont aussi
indispensables. Une pompe à graisse et des cartouches de graisse hautes performances, hydrofuge ou hydrorésistante, sont également
essentielles pour lubrifier les axes de l’enrouleur sur lesquels court le guide-ligne, ainsi que tous les roulements de l’éjecteur de
ligne, de l’enrouleur et des poulies de palangre.
Pour le pont, il faut prévoir de nombreuses pièces de tous genres : du ruban adhésif d’électricien, un pulvérisateur de silicone,
des seaux, des crochets et des perches de gaffe, des gants, des brosses pour nettoyer le poisson, des couteaux, une pointe aiguisée,
des lames de scie de boucher, des crochets à poisson, une pelle à glace, des brosses dures, du détergent et de l’eau de javel. Sur
certains bateaux, des cirés et des bottes en caoutchouc sont fournis aux membres d’équipage. Sur d’autres, il appartient aux
pêcheurs de se procurer leur propre tenue. En tout état de cause, tous les hommes d’équipage doivent avoir une tenue en ciré ainsi
que des bottes de caoutchouc, surtout sur les bateaux embarquant de la glace. Si ces articles manquent, ils doivent être remplacés.
La cuisine
La pêche à la palangre est un travail pénible, et l’équipage doit être bien nourri. Il est assez facile d’approvisionner la cuisine d’un
palangrier de taille moyenne. Ce n’est guère différent des courses que l’on fait pour son ménage, à ceci près qu’il n’y a que des adultes
à nourrir et que les provisions doivent durer au moins trois à quatre semaines. Si quelque chose a été oublié, pas de chance, il n’y a
pas de magasins en mer. Une bonne méthode consiste à planifier les menus d’une semaine et à multiplier la liste des provisions par
trois ou par quatre, selon la durée de la marée.
Il faut congeler la viande mais, s’il n’y a pas de congélateur à bord, on peut l’emballer sous plastique et l’enfouir sous la glace de la
cale à poisson. Elle se conservera ainsi pendant plusieurs semaines. Les fruits et les légumes frais se conservent pendant plusieurs
semaines s’ils sont correctement emballés et entreposés. Pour s’assurer que les choux, les laitues, les tomates, les carottes et les fruits
restent frais, on peut les envelopper dans du papier journal et les mettre dans des cartons ou des paniers en plastique dans la cale à
poisson, ou encore en vrac au réfrigérateur. Les aliments comme le taro, le manioc, les pommes de terre, les oignons et les œufs doivent
être conservés dans un endroit frais et sec. Pour les longues sorties, on peut peler et congeler le taro. Le manioc, pelé et conservé dans
la cale à poisson, se conservera pendant plusieurs semaines. Le pain et le lait frais peuvent être mis dans la glacière ou au congélateur.
Le lait UHT et le lait en poudre sont tout indiqués car ils se conservent des mois sans réfrigération.
Indépendamment des provisions normales, il faut toujours avoir à disposition des rations d’urgence à bord d’un palangrier. Les
meilleures sont les aliments en conserve et les aliments déshydratés. Des provisions de ce type, en quantités suffisantes pour une
semaine au moins, doivent être entreposées en lieu sûr, dans la cabine du patron ou dans un compartiment fermant à clé. Il faut prévoir,
par exemple, des conserves de poisson, de corned beef, de spaghettis, de fruits et de légumes, du riz, des biscuits, du sucre, du café,
du thé et du lait en poudre. Les rations d’urgence ne doivent être utilisées que si la marée se prolonge au-delà de la durée initialement
prévue, si les provisions viennent à manquer ou s’avarient. Toutes les provisions utilisées lors d’une sortie doivent être remplacées
avant la sortie suivante. Il faut vérifier périodiquement les rations d’urgence pour s’assurer que la date de péremption inscrite sur les
boîtes de conserve et les emballages n’est pas dépassée. Lorsqu’on approche de cette date, il faut intégrer les conserves et autres
aliments empaquetés dans les menus quotidiens et les remplacer par de nouvelles rations d’urgence.
Si le bateau est équipé d’une cuisinière au propane, vérifier la bouteille de gaz et la remplir si nécessaire. S’il s’agit d’une cuisinière
électrique, il faut avoir au moins un élément électrique de rechange.
Eau douce
Avant le départ, il faut remplir le réservoir d’eau douce. Il faut également stocker quelque part sur le pont des jerrycans d’eau de
secours. Ceux-ci doivent être étanches et remplis à environ 85 pour cent afin que l’air leur permette de flotter en cas d’urgence.
53
CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
B. CHOIX DU LIEU DE PÊCHE : AU DÉPART DU PORT
Une fois que le palangrier a été chargé et qu’il a pris la mer, le patron a d’importantes décisions à prendre. Il doit tout d’abord
décider du cap. En règle générale, sa décision dépend de l’endroit où il a pêché la fois précédente, des lieux de pêche où se trouve
le reste de la flottille et de la zone où de bonnes prises ont auparavant été enregistrées à la même saison. En discutant avec d’autres
à terre et par radio, il peut obtenir de précieuses informations. Dans une certaine mesure, il peut aussi s’appuyer sur les données
de la télédétection ou l’imagerie satellitaire pour connaître la température, la couleur de surface de la mer ou la hauteur de la mer.
À noter qu’il est préférable d’éviter les grandes voies maritimes et qu’on ne doit jamais pêcher dans les réserves.
Discuter avec les autres pêcheurs
Pour savoir comment, quand et où capturer des thonidés ou des espadons, il n’y a rien de tel que de discuter avec l’équipage d’autres
palangriers. Les spécialistes de la recherche halieutique étudient les stocks et le comportement des poissons en analysant les données
fournies par les satellites, les campagnes de recherche et les journaux de pêche. Les résultats de leur recherche ont une portée
mondiale ou régionale et peuvent s’avérer utiles pour la pêche commerciale, mais seulement de façon très générale.
Pour avoir mis directement la main à l’ouvrage, les pêcheurs qui ont derrière eux des années de mer ont énormément appris sur
les poissons qu’ils capturent, sur la mer, la météo, les bateaux et les engins de pêche. Les pêcheurs ont un esprit indépendant et
répugnent parfois à solliciter le conseil d’autrui; d’autres n’aiment pas partager leur savoir. Cependant, nombre d’entre eux n’aiment
rien tant que raconter leurs campagnes à qui les écoute d’une oreille attentive. C’est pourquoi parler avec d’autres pêcheurs, au
port ou par radio, est une part importante de toute bonne tactique de pêche. Il est aussi très utile, du point de vue de la sécurité,
de savoir où se trouvent les autres bateaux et si cela se passe bien pour eux.
La meilleure façon de trouver le poisson est probablement de partir en flottille. Cinq ou six bateaux en quête de poisson valent
mieux qu’un seul isolé. La plupart des opérations rentables de pêche à la palangre sont le fait d’une flottille. Les bateaux sont en
contact permanent et se communiquent des informations sur leur position et leurs prises respectives. Plusieurs palangriers
naviguant dans une zone vont être en mesure de localiser un front de température (voir la section suivante) et d’en tracer les
limites. Ils peuvent également suivre les déplacements des poissons en mettant en parallèle les prises et les positions. Ils peuvent
aussi s’échanger d’autres renseignements importants comme les anomalies météorologiques locales ou la présence de cétacés. La
sécurité s’accroît aussi lorsque les bateaux opèrent en flottille. Certaines flottilles communiquent quotidiennement leur position et
le volume de leurs prises à une base terrestre par radio BLU ou Inmarsat-C. Le patron de la flottille à terre transmet l’information
aux autres bateaux de la flottille, particulièrement à ceux qui viennent de quitter le port.
La lune
Les phases de la lune ont une incidence sur la pêche à la palangre. On a ainsi établi que les prises d’espadon sont meilleures à la
pleine lune. Les palangriers qui ciblent l’espadon essaient de planifier leur départ et leur route de manière à pouvoir mouiller leur
ligne aux alentours de la pleine lune. Les captures de thon obèse sont un peu meilleures à la pleine lune et il arrive qu’elles soient
très abondantes. Dans la pêche thonière, on ne tient généralement
Premier quartier
pas compte de la phase de la lune parce que les marées sont moins
longues que pour la pêche à l’espadon et que les thoniers ne vont pas
aussi loin que les navires qui recherchent l’espadon. Les thoniers
palangriers essaient habituellement de réduire le temps d’escale au
minimum et ils reprennent la mer dès que le bateau est prêt à partir,
sans se soucier de la phase de la lune. Si la pleine lune survient alors
Nouvelle
Pleine
que le bateau est en mer, il est peut-être judicieux de ne pas se
lune
lune
déplacer et de pêcher dans la zone. Les thonidés ont tendance à
remonter vers la surface à la pleine lune; il faut donc mouiller la
palangre moins profondément et retarder le virage. Certains
pêcheurs affirment cependant que la nouvelle lune est le moment le
plus propice pour la pêche du thon.
Dernier quartier
Prévisions et bulletins météorologiques
Avant de prendre la mer pour une campagne de pêche, il faut examiner la carte météo et en tenir compte. Si du gros temps est
prévu, le bateau doit prendre un cap qui l’en éloigne ou rester dans les parages d’un havre sûr jusqu’à ce que le mauvais temps
soit passé.
54
CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
Innovations de la télédétection
Les thonidés et les espadons ont tendance à demeurer dans une certaine fourchette de températures. Les données de la télédétection
présentées sous forme de cartes illustrant la température de surface de la mer, la couleur à la surface de la mer et la hauteur de la
mer sont utiles pour le choix du lieu de pêche.
Température de surface de la mer : Les cartes établies à
partir des données satellitaires ont prouvé leur utilité pour la
localisation du poisson. Ces cartes illustrent les isothermes —
lignes reliant les points de même température — qui peuvent
être mises en évidence par des lignes ou des couleurs.
Couleur de surface de la mer : Elle indique la quantité
d’organismes microscopiques (plancton) présents dans la
mer. Ainsi, le vert dénote une abondance de plancton. On
trouvera probablement des appâts et de grands prédateurs
(espèces ciblées par les palangriers) à proximité des zones
figurées en vert.
Hauteur de la mer : Les cartes signalent la présence de courants,
de fronts et de tourbillons. Les fronts et les tourbillons (voir la section
suivante) mis en évidence par les cartes montrant la hauteur de la
mer peuvent être des zones poissonneuses.
La hauteur de la mer est mesurée par des radars, depuis des satellites.
Elle est exprimée par rapport au niveau moyen de la mer, appelé
niveau zéro. Les cartes de hauteur de la mer, aussi appelées cartes
altimétriques, indiquent la hauteur de la mer sous forme de courbes
de niveau reliant les points de même hauteur, de la même façon que
les cartes météorologiques illustrent la pression atmosphérique.
Des lignes concentriques, présentant au centre des valeurs faibles ou
élevées de hauteur de mer, signalent la présence de tourbillons. Des
courbes de niveau parallèles et faiblement espacées peuvent indiquer
la présence d’un front thermique.
Les tourbillons survenant dans des zones de faible hauteur de mer
(appelées trous ou anomalies négatives) sont de nature cyclonique, tandis que ceux produits par des zones de niveau élevé (pics
ou anomalies positives) sont anticycloniques. Les tourbillons anticycloniques (ou pics) tournent dans le sens inverse des aiguilles
d’une montre dans l’hémisphère sud et dans le sens opposé dans l’hémisphère nord. Pour les tourbillons cycloniques, c’est l’inverse.
En règle générale, les pics sont plus chauds que les trous.
Comme les données altimétriques sont obtenues par radar, elles ne sont pas perturbées par la couverture nuageuse. À la différence
de la température de surface de la mer et de la couleur à la surface de la mer, les données altimétriques peuvent être consultées
en permanence dans le monde entier.
On peut consulter certaines cartes de température de surface de la mer, de couleur à la surface de la mer et de hauteur de la mer
sur Internet, et s’en procurer d’autres en souscrivant un abonnement.
55
CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
C. CHOIX DU LIEU DE PÊCHE : À L’ARRIVÉE SUR LES LIEUX DE PÊCHE
Une fois le bateau parvenu sur la zone de pêche, le capitaine doit chaque jour déterminer l’endroit précis où mouiller la palangre.
Il doit aussi décider s’il faut ou non se déplacer, en fonction de la pêche de la veille. Ces décisions sont fonction de plusieurs facteurs.
Les fronts thermiques
La température de surface de la mer est l’un des plus importants paramètres environnementaux utilisés par les pêcheurs à la
palangre pour déterminer l’emplacement des concentrations de poissons. Les thonidés, comme d’autres espèces, se regroupent à
proximité des fronts thermiques de surface, illustrés sur les cartes de température par des isothermes très rapprochées. Peut-être
les poissons sont-ils accoutumés à une certaine fourchette thermique et recherchent donc les eaux qui se situent dans cette plage
de températures. Il se pourrait aussi que le poisson fourrage — espèces dont les appâts et les thonidés se nourrissent — préfère
cette fourchette de températures, ou encore que le front thermique soit dû à une convergence de courants qui, elle-même, attire
les poissons. Les thonidés et les espadons se regroupent généralement sur le côté chaud des fronts de température.
Il est possible de se procurer des cartes de température de surface de la mer établies à partir des données de la télédétection
satellitaire. Dans nombre de pays, les services publics fournissent des informations sur la température de surface de la mer aux
navires de pêche et à d’autres abonnés. Le CSIRO, en Australie, la NIWA, en Nouvelle-Zélande, le JFIC, au Japon, ZoNéCo, en
Nouvelle-Calédonie, et la NOAA, aux États-Unis d'Amérique, fournissent tous des données issues de la télédétection. Les
informations sont communiquées par télécopie ou par Internet. On peut se procurer les cartes deux fois par semaine par fax météo
ou, en temps réel, à l’aide de logiciels et de récepteurs spéciaux.
Les cartes de température de surface de la mer donnent une idée générale de
l’emplacement des fronts thermiques. Ceux-ci doivent cependant être localisés par
un repérage en mer et par des échanges d’informations avec les autres bateaux
opérant dans la zone. Les palangriers ont pour la plupart un enregistreur de
température de surface, composé d’un capteur en fond de coque et d’un écran situé
dans la passerelle. La température de surface de la mer peut être exprimée en valeur
numérique ou sous forme de graphique, sur l’écran du sondeur.
Les fronts sont signalés par des hausses ou des chutes soudaines de la
température affichée à l’écran. Certains enregistreurs sont équipés d’alarmes
qui signalent les cisaillements de température et indiquent au capitaine qu’un
front vient d’être traversé. Le changement de température peut varier entre
0,5˚ et 2,0 ˚C. Pour déterminer l’orientation du front (nord/sud, est/ouest,
nord-est/sud-ouest, etc.), le bateau doit traverser le front en plusieurs points.
Une fois que le front est localisé, les cartes de température de surface de la
mer peuvent aider à en déterminer l’orientation.
Les convergences de courants
Virage
Filage
Les convergences se produisent lorsque deux courants se
rencontrent, ou convergent. On peut les détecter en observant
des changements de direction des courants sur une courte
distance, une modification de l’état superficiel de la mer tout
au long d’une ligne, des variations de la couleur de l’eau
(verte d’un côté, plus claire de l’autre), des épaves flottantes,
des lignes d’écume (traînée d’eau mousseuse et décolorée),
ou de brusques changements de la température de surface.
Une convergence pousse les eaux de surface à s’enfoncer et
à se mélanger avec les eaux plus profondes. Les fronts de
température de surface sont fréquemment dus à des
convergences de courants, les deux courants ayant des
températures différentes. On peut souvent détecter une
convergence de courants sur le traceur après que la palangre
a été filée et virée. Ainsi, on est probablement en présence
d’une convergence lorsque la palangre a été filée sur un axe
est-ouest et que, pendant le temps où elle reste mouillée,
l’une de ses extrémités a dérivé au nord et l’autre vers le sud.
56
CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
En règle générale, le côté le plus chaud de la convergence et celui où l’eau est la plus claire donnent de meilleurs résultats. S’il
y a des épaves flottantes ou une ligne d’écume, c’est du côté opposé qu’il faut mouiller l’engin. Les thonidés trouvent leurs proies
à vue. C’est pourquoi ils n’évoluent habituellement pas dans des eaux verdâtres proches des convergences ou des upwellings
(remontées d’eau), mais sur leurs frontières où l’eau est plus claire.
Les tourbillons
Un tourbillon est un mouvement d’eau en spirale. Les petits
tourbillons sont provoqués par des courants circulant dans
les passes entre des îles ou des récifs, ou au-dessus de monts
sous-marins. Ces remous peuvent parfois atteindre un très
grand diamètre. Les tourbillons se produisent généralement
au large des points situés entre les côtes au vent et sous le
vent d’îles, de récifs et de monts sous-marins, c’est-à-dire
entre le côté protégé et celui battu par le courant.
Les tourbillons provoquent un brassage des eaux où les
poissons aiment à se concentrer. Ils peuvent aussi être dus à
des remontées d’eau. Les eaux qui remontent en surface sous
l’effet d’un phénomène d’upwelling s’en éloignent en
tournant vers la gauche dans l’hémisphère sud, et vers la
droite dans l’hémisphère nord. C’est ce qui cause un
tourbillon. Les tourbillons plus grands se forment à
proximité des convergences ou des rencontres de masses
d’eau. Ils sont signalés sur les cartes de température de
surface par des isothermes concentriques au centre
desquelles se situent les eaux les plus chaudes. Ils sont aussi
représentés par des anneaux concentriques sur les cartes
altimétriques.
Virage
Filage
Il se peut que le capitaine d’un palangrier puisse identifier un
tourbillon sur le traceur après avoir viré la ligne. Une fois la
palangre remontée, un tracé en forme de “S” ou de “Z”
signale la présence d’un tourbillon. Il est toujours préférable
de mouiller la ligne en travers d’un tourbillon.
Les remontées d’eau, ou upwellings
Courant
Zone
d’up
well
ing
Un upwelling est une remontée d’eau provoquée par
le vent et des courants. Un courant qui circule le long
d’un haut-fond ou au-dessus d’un mont sous-marin
pousse les eaux de fond à remonter vers la surface.
Ces eaux, généralement plus froides que les eaux de
surface, sont aussi plus riches en nutriments, ce qui
explique les concentrations de poissons-appâts et de
poissons fourrage à proximité des upwellings. On ne
peut normalement pas repérer visuellement les
upwellings, mais on peut les deviner au vu des
modifications de la température de surface ou des
concentrations de poissons, ainsi que des courants et
de la topographie des fonds marins. Un upwelling se
produit souvent aux abords des monts sous-marins,
sur le versant exposé au courant. À mesure que le
courant pousse l’eau en direction du mont sousmarin, le fond remonte. L’eau qui doit aller quelque
part remonte des profondeurs et passe de part et
d’autre du mont sous-marin. Il faut poser la palangre
de manière qu’elle dérive dans l’upwelling.
57
CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
D. CHOIX DU LIEU DE PÊCHE : PENDANT LA MARÉE
Pour choisir la position et la direction de chaque mouillage, il faut prendre en considération toutes les informations disponibles,
notamment : les captures de la pose précédente, la température de surface, la topographie du fond, la direction du courant, les repérages
d’oiseaux et de poissons, les appâts visibles à l’écran de l’échosondeur, la couleur de l’eau, la proximité de récifs ou de la terre, la
présence d’autres bateaux de pêche dans la zone, les conditions météorologiques et la direction du vent et des vagues. Si on a vu des
dauphins ou des baleines pendant le mouillage, ou si certaines des prises ont été abîmées par des cétacés, il faut trouver un autre lieu
de pêche.
Le précédent mouillage
Le résultat du précédent mouillage est probablement le facteur le plus important pour définir les paramètres du suivant. Bien
évidemment, si la précédente pose a donné des prises record, il est conseillé de retenter un mouillage exactement dans les mêmes
conditions. Toutefois, il est rare que les palangriers répètent le même mouillage deux fois de suite. Lors d’une opération de pêche
thonière, par exemple, s’il y avait de nombreux poissons morts sur la ligne et peu de poissons vivants, cela peut indiquer que les
poissons ont mordu le matin mais pas l’après-midi. On en tiendra compte le jour suivant et on posera la palangre un peu plus tôt.
Par contre, si on remonte davantage de poissons vivants, on commencera le filage et le virage de la ligne plus tard le lendemain
pour profiter du fait que le poisson mord dans l’après-midi.
Si on a pris plus de poissons à l’extrémité ouest d’un mouillage est-ouest, alors il convient de poser la palangre plus à l’ouest la
fois suivante. Si la ligne a peu dérivé parce qu’elle était parallèle au courant, il faudra la filer sur un autre axe au prochain mouillage.
Il s’agit là d’ajustements mineurs, mais des changements plus radicaux s’imposent parfois. Si les prises ont été médiocres, ou si
les cétacés en ont mangé une bonne partie, il est temps de changer de cap et d’aller chercher le poisson ailleurs. Un navire doit
parfois naviguer un à deux jours à la recherche du poisson ou pour s’éloigner des cétacés. Un palangrier de taille moyenne pêche
généralement deux à trois jours au même endroit, puis quitte cette zone. La chance est rarement de la partie d’un bout à l’autre
de la marée.
Topographie des fonds
Les fonds marins ont leur topographie, tout comme les masses terrestres,
mais à plus grande échelle. On y trouve des monts, des chaînes de
montagnes, des plaines, des plateaux, des bancs, des bassins, des fosses
profondes, des vallées et des failles. Il y a souvent des corrélations entre
les concentrations de poissons pélagiques et la topographie des fonds
sous-marins.
Les palangriers mettent fréquemment le cap sur les monts sous-marins, les
hauts-fonds et les isobathes (sur une carte marine, lignes reliant les points
de même profondeur, aussi appelées courbes de fond). Sur les cartes
marines, les monts sous-marins sont illustrés par un groupe d’isobathes
concentriques, dont les moins profondes se situent au centre. Pour pêcher
sur un mont sous-marin, la meilleure technique est de poser la palangre de
façon que le courant la pousse à la verticale du mont pendant le temps de
mouillage. On peut ainsi tirer profit des remontées d’eaux profondes et des
tourbillons. En outre, on trouve souvent des concentrations de poissons près
du sommet d’un mont sous-marin. Les hauts-fonds sont semblables aux
monts sous-marins, si ce n’est qu’ils sont de forme allongée. Les monts
sous-marins et les hauts-fonds sont propices à la pêche de l’espadon.
Deuxième mouillage
Premier mouillage
Pose de la palangre sur les isobathes
58
Poses de la
palangre
Haut-fond
Mont sous-marin
Mouillage de la palangre sur des hauts-fonds
et des monts sous-marins
À défaut de mieux, on peut toujours mettre le cap sur ce qui apparaît
sur la carte comme des courbes isobathes. On sait que, dans certaines
zones, les thonidés sont plus abondants à certaines sondes. En
l’absence d’autres paramètres auxquels se fier, les pêcheurs se
rendent sur les lieux présentant des isobathes à 1 000 ou 2 000 mètres.
Une bonne technique pour localiser le poisson consiste, au premier
mouillage, à filer la palangre perpendiculairement aux premières
isobathes. Si, par exemple, la ligne est posée en travers des isobathes
1 000 et 2 000 mètres et qu’on trouve le poisson juste au creux de la
courbe isobathe de 2 000 mètres, on pourra la fois suivante la filer à
cet endroit. Plus les isobathes sont espacées sur la carte, plus le fond
est plat et relativement uniforme. Des isobathes très rapprochées
dénotent des fonds abrupts auxquels sont probablement associés des
upwellings et des tourbillons.
CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
Les oiseaux de mer
Les oiseaux de mer sont les amis des pêcheurs. Ils sont
constamment à la recherche de petits poissons, de calmars
et d’autres organismes dont ils se nourrissent. Les grands
poissons font la même chose, mais depuis le fond et non
d’en haut. S’il y a des oiseaux dans une zone, il y a de
fortes chances pour qu’il y ait aussi des poissons. S’ils
sont très nombreux à plonger pour pêcher les poissonsappâts, il est probable qu’un banc de bonites ou de thons
jaunes attaque les mêmes poissons par-dessous. Lorsqu’un
capitaine cherche une convergence ou un front et qu’il
repère des oiseaux de mer, il a probablement trouvé ce
qu’il cherchait. On trouve fréquemment des thonidés de
grosse taille sous le banc qui se nourrit en surface, c’est
pourquoi la pêche est souvent bonne quand on mouille la
ligne à proximité de l’endroit où pêchent les oiseaux.
La couche diffusante profonde
Les concentrations d’organismes planctoniques et de poisson
fourrage sont parfois visibles sur l’écran de l’échosondeur à
des profondeurs de 50 à 250 mètres ou plus, selon les
conditions et le moment de la journée. Ces organismes
forment une couche qui remonte la nuit puis s’enfonce à
nouveau en eau profonde le jour. Les océanographes qui ont
découvert ce phénomène l’ont appelé couche diffusante
profonde car elle produit une réflexion diffuse des ondes
émises par un sondeur.
On peut repérer la couche diffusante profonde sur la plupart
des sondeurs couleur. Si elle devient brusquement plus dense
à l’écran, ou si des points ou des arcs rouges apparaissent à
l’intérieur de la couche, cela peut être le signe d’une forte
concentration de poissons-appâts et, éventuellement, d’une
concentration de thonidés ou d’espadons. Sur un sondeur
couleur, le rouge représente généralement des matières denses
tandis que les arcs représentent des poissons. S’il y a une
surabondance de poissons ou d’espèces fourrage dans la
zone, les appâts de la palangre risquent d’être sans effet.
Rester à l’écoute des autres bateaux
S’il n’y a pas de pêcheurs "amis" dans la zone, on peut toujours intercepter par radio des informations sur les opérations des autres
palangriers. La plupart des capitaines et des patrons de pêche ne communiquent pas leur position ni de renseignements sur leurs
captures sur les fréquences publiques — ils utilisent Inmarsat-C ou des fréquences codées (secrètes) — mais, s’ils émettent sur
leur radio BLU, il est possible de faire un relèvement relatif de leur position à l’aide d’un radiogoniomètre. Si deux bateaux en
épient un troisième à l’aide de leur radiogoniomètre, ils peuvent estimer sa position approximative par triangulation.
Les radiogoniomètres permettent également de détecter la position des bouées émettrices. Pendant que le navire fait route à la
recherche du poisson, le capitaine peut balayer la bande de fréquence des bouées émettrices (1610 à 3000 kHz). À cette fin, il
fait défiler les fréquences sur le cadran du syntoniseur du radiogoniomètre jusqu’à ce qu’il entende un bip. Une fois le bip perçu,
il met le cap sur la bouée émettrice. Après deux ou trois heures de navigation, soit la bouée sera en vue, soit l’autre palangrier est
détecté par le radar. S’il y a plusieurs bateaux, la zone est probablement poissonneuse.
59
CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
E. PARAMÈTRES DE POSE DE LA PALANGRE : LA COUCHE DE SURFACE
ET LA THERMOCLINE
Profondeur moyenne (en mètres) de l’isotherme 20 °C
(thermocline) dans le Pacifique
La thermocline est la zone de la colonne d’eau où la température chute
brutalement dans une plage de profondeurs relativement mince. Sur un
profil de température indiquant la température en regard de la profondeur, la
thermocline est représentée par une courbe. On utilise généralement
l’isotherme 20 ˚C pour définir la thermocline.
Les thons jaunes et les espadons se trouvent dans la couche de surface et,
surtout, dans la couche de mélange (chapitre 1 C). Lorsqu’on cible ces
espèces, il faut filer la palangre de façon que les hameçons soient mouillés
dans la couche de mélange.
La couche de surface est la portion de la
colonne d’eau dans laquelle la température de l’eau demeure à peu près constante, ou baisse progressivement avec la
profondeur. Elle s’étend de la surface
jusqu’à la thermocline. La couche de
surface peut être divisée en deux : la
couche de mélange et la couche intermédiaire. La couche de mélange va de la
surface jusqu’au point où la température
de l’eau est inférieure de 1 ˚C à celle de
surface. Le brassage de l’eau est dû à
l’action des vents, de la houle et de la
convection (l’eau chaude monte tandis
que l’eau froide s’enfonce). La couche
intermédiaire va du bas de la couche de
mélange au niveau supérieur de la thermocline. Dans la couche intermédiaire,
la température baisse très progressivement avec la profondeur.
Couche de mélange
Couche intermédiaire
Thermocline
Les thons obèses et les germons sont généralement associés à la thermocline. En fait, la fourchette optimale de température pour la capture de thons
obèses se situe entre 10˚ et 15 ˚C, soit juste au-dessous de la thermocline. Si
le bateau est équipé d’un bathythermographe, il faut faire un nouveau relevé pour chaque nouvelle zone de pêche. Une fois que l’on a déterminé la
profondeur de la thermocline, on peut monter l’engin de pêche de sorte que
la ligne soit mouillée à cette profondeur, ou juste au-dessous. La plupart des
palangriers n’ont pas de bathythermographe. On peut toutefois estimer la
profondeur de la thermocline à partir des informations fournies par les océanographes et les spécialistes de la recherche halieutique. Dans les zones tropicales du Pacifique central, la thermocline se situe habituellement à
des profondeurs allant de 80 à 350
mètres. Son niveau le plus élevé se
situe par 10˚ de latitude Nord tandis qu’elle atteint son niveau le
plus bas à la latitude de 20˚ Sud.
Le tableau 3 donne la profondeur
moyenne de la couche de mélange
et de l’isotherme 15 ˚C à diverses
latitudes du Pacifique central, le
long du méridien 180˚. La profondeur de la thermocline diminue
légèrement quand on s’oriente à
l’est et augmente légèrement vers
l’ouest.
Profondeur moyenne (en mètres) de la couche de mélange dans l’océan Pacifique
60
CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
Tableau 3 : Profondeur de la couche de mélange et de l’isotherme 15 °C à différentes latitudes du Pacifique tropical le
long du méridien 180˚
Latitude
Couche de mélange (1 ˚C de moins que
la température de surface de la mer)
Profondeur moyenne de l’isotherme 15 ˚C
20˚N
Proche de la surface
225 m
15˚N
80 m
150 m
10˚N
25 m
80 m
05˚N
100 m
175 m
Équateur
100 m
200 m
05˚S
125 m
250 m
10˚S
100 m
300 m
15˚S
80 m
330 m
20˚S
Proche de la surface
350 m
Quelques astuces pour déterminer la température et la profondeur
On peut déterminer la température de l’eau à la profondeur de mouillage de n’importe quel
hameçon sans avoir besoin d’un matériel coûteux. Il suffit d’une pomme de terre et d’un
thermomètre. Pendant le filage de la ligne, on accroche la pomme de terre à l’un des
avançons, en général vers le milieu du panier. Quand on remonte cet avançon, on introduit
un thermomètre dans la pomme de terre, en son centre. Sa température sera très proche de
celle de l’eau où l’hameçon était mouillé.
50 m
100 m
150 m
Un autre moyen d’estimer la température de l’eau est d’insérer un thermomètre dans un
opah dès qu’il a été gaffé et remonté à bord (cette technique ne fonctionne pas avec les
thonidés dont la température interne se maintient constante). On peut ainsi avoir une
indication de la température à atteindre pour capturer les thons obèses et les germons qui
sont souvent mêlés aux opahs.
200 m
La profondeur atteinte par l’hameçon le plus profond peut être déterminée à l’aide d’un gobelet de
styromousse. Tout d’abord, il faut immerger à différentes profondeurs plusieurs gobelets accrochés
à une ligne lestée. Les gobelets vont se déformer
sous la pression de l’eau. Le gobelet le plus profond sera le plus écrasé à la remontée. Comme les
gobelets ne reprennent pas leur forme initiale, on
peut en conserver plusieurs comme références de
diverses profondeurs, à intervalles de 20, 40 ou 50
mètres. Lorsqu’on pose la palangre, fixer un
gobelet neuf sur un avançon, de préférence vers le
milieu du panier. Lorsqu’on l’a remonté, on peut
le comparer aux gobelets de référence pour déterminer la profondeur atteinte.
250 m
300 m
50 m
100 m
150 m
200 m
250 m
300 m
61
CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
F. PARAMÈTRES DE POSE DE LA PALANGRE : LA PROFONDEUR DE MOUILLAGE
La profondeur de mouillage est un paramètre important. Si on n’utilise pas d’éjecteur de ligne, la longueur de ligne-mère posée
est égale à la distance parcourue par le bateau pendant le filage. On dit alors qu’on remorque la ligne. La profondeur d'une palangre
remorquée est presque égale à la longueur des lignes de bouée. La palangre s’incurve entre les différentes bouées mais pas autant
qu’elle le ferait si elle était projetée par un éjecteur de ligne. Il est cependant possible de mouiller la ligne-mère plus profondément
sans utiliser d’éjecteur. L’engin coulera en effet davantage si on rallonge les lignes de bouée ou si on augmente le nombre
d’avançons par panier. Ainsi, une palangre munie de lignes de bouée de 30 mètres et de paniers de 20 avançons coulera plus
profondément que la même ligne composée de paniers de 10 avançons, même si les lignes de bouée sont de même longueur.
Panier de 10 hameçons
Panier de 20 hameçons
Une autre façon de mouiller la ligne plus profondément est de lester les paniers à proximité de l’avançon du milieu. Une palangre
trop lestée risque toutefois de s’affaisser. Dans ce cas, les avançons coulent et les bouées se rapprochent. Lorsqu’on augmente la
longueur des paniers ou qu’on les leste, il faut doubler le nombre de bouées — deux bouées par ligne de bouée.
Le meilleur moyen d’obtenir la profondeur de mouillage voulue est d’utiliser un éjecteur de ligne (chapitre 2 B) qui projette la
ligne-mère à une vitesse supérieure à celle du bateau. Une courbe ou incurvation se forme alors dans le panier, entre les lignes
de bouée. Les avançons ne sont pas tous mouillés à la même profondeur mais la plupart se trouvent à une profondeur supérieure
à la longueur des lignes de bouée. Il y a plusieurs moyens de maîtriser la profondeur d’un mouillage quand on utilise un éjecteur
de ligne.
Calculer la profondeur de la ligne-mère
Une palangre horizontale coule en formant une série de courbes caténaires dont chacune se forme entre deux bouées (soit
l’équivalent d’un panier de ligne-mère). Une courbe caténaire est la courbe naturelle formée par une ligne ou un câble suspendu
entre deux points (comme les lignes téléphoniques entre deux poteaux). Sur une palangre, les hameçons les plus profonds se
trouvent au milieu du panier. La courbe, ou incurvation, de la ligne est fonction de la vitesse du bateau, du nombre d'avançons
par panier et de la vitesse à laquelle l'éjecteur file la ligne. La longueur des lignes de bouée et celle des avançons déterminent
également la profondeur de mouillage de la ligne-mère, mais comme ces dimensions sont fixes, on peut les additionner à la
profondeur de la courbe caténaire qu’on aura calculée. Toutefois, la profondeur réelle sera inférieure à celle calculée au préalable,
en raison des courants qui poussent les bouées les unes vers les autres ou les écartent, ou qui exercent une pression latérale ou
verticale sur la ligne-mère.
Pour calculer la profondeur théorique de la ligne-mère, il faut connaître la vitesse du bateau et la vitesse à laquelle la ligne est
filée par l'éjecteur. Le rapport de ces deux vitesses s’appelle le taux d'incurvation et constitue un paramètre adimensionnel (à
savoir, un chiffre non corrélé à une longueur, un poids ou une durée). Le taux d'incurvation peut aussi correspondre au rapport
entre la distance parcourue par le navire et la longueur de ligne filée par l’éjecteur dans le même temps. Par exemple, si la vitesse
du bateau est de six nœuds et celle de l'éjection de la ligne de huit nœuds, le taux d'incurvation se calcule comme suit : 6 ÷ 8 =
0,75. On peut obtenir le même rapport en comparant la distance que le bateau parcourt entre deux bouées (900 mètres dans ce
cas) à la longueur de ligne entre les deux bouées (ici 1 200 mètres), soit 900 ÷ 1 200 = 0,75. Une fois le taux d'incurvation déterminé,
on peut établir à quelle profondeur se situe l'hameçon le plus profond.
Pour connaître la vitesse du bateau, il suffit de consulter les instruments électroniques de bord situés dans la passerelle, comme
le GPS ou le loch. On peut aussi calculer la vitesse à l'aide des tracés et de la formule vitesse = distance ÷ temps, ou encore en
comparant le compte-tours du moteur aux vitesses connues du bateau.
Plusieurs techniques permettent de déterminer la vitesse d'éjection de la ligne. Si on dispose d'un compte-tours manuel, on peut
l'utiliser pour déterminer la vitesse en tours/minute de la roue d’entraînement de l'éjecteur de ligne. On mesure le diamètre de la
roue et on le multiplie ensuite par π (3,14) pour obtenir la circonférence (c = d x π). On peut également calculer la circonférence
en enroulant un morceau de ligne autour de la roue d'entraînement, puis en mesurant la ligne. Comme la ligne passe directement
sur la roue d'entraînement, la longueur de ligne éjectée en une minute est égale à la circonférence de la roue d'entraînement multipliée
par le nombre de tours/minute. Pour trouver la vitesse d’éjection de la ligne en milles marins par heure (en nœuds), il convient
de diviser ce nombre par 31 (1 mille marin = 1 852 mètres, 1 852 ÷ 60 = 31, soit 31 mètres par minute).
On peut aussi laisser filer la ligne de l'éjecteur pendant exactement une minute, le bateau à l'arrêt. On mesure ensuite la longueur
de ligne éjectée au fur et à mesure qu’on la remonte à bord. Puis on divise ce nombre par 31 pour déterminer la vitesse d’éjection de
la ligne.
62
CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
Exemple : Pendant la pose de la palangre, la vitesse du bateau est de 4,5 nœuds et celle de la roue motrice de l'éjecteur de 250
tours/minute. Le diamètre de la roue est de 25 cm, ce qui donne une circonférence de 78,5 cm (25 x 3,14 = 78,5), ou 0,785 mètre.
Donc, 0,785 mètre x 250 = 196,25 mètres. Par conséquent, l'éjecteur éjecte 196,25 mètres de ligne par minute durant le mouillage.
En divisant ce nombre par 31, on obtient une vitesse d’éjection de 6,3 nœuds (196,25 ÷ 31 = 6,3).
Le rapport entre la vitesse du bateau et celle de l'éjecteur de ligne est dans ce cas de 4,5/6,3, soit 0,71 ou 0,70 en arrondissant, ce
qui donne le taux d'incurvation. Pour connaître la profondeur de la courbe caténaire, on utilise une table des profondeurs
précalculées, fondée sur différents taux d'incurvation et sur différents nombres d'hameçons par panier. Le tableau 4 indique les
profondeurs théoriques maximales de la ligne-mère pour six taux d'incurvation et six tailles de panier différentes. Pour calculer
ces profondeurs, on a pris comme hypothèse une distance systématique de 50 mètres entre les avançons (et entre les avançons et
les bouées). À noter que les profondeurs figurant dans le tableau 4 ont été réduites de 20 pour cent, car l’expérience a montré que
la profondeur réelle est généralement moins grande que la profondeur calculée.
Tableau 4 : Profondeur théorique de la courbe de la ligne-mère en fonction de différents taux d'incurvation (TI) et du nombre
d'hameçons par panier (pour un espacement de 50 mètres entre les avançons, et entre les avançons et les
bouées)
Nombre
d'hameçons/panier
TI 0,4
TI 0,5
TI 0,6
10
200 m
190 m
175 m
15
290 m
275 m
20
385 m
25
30
TI 0,7
TI 0,8
TI 0,9
155 m
130 m
95 m
255 m
230 m
190 m
140 m
365 m
335 m
300 m
250 m
185 m
475 m
450 m
415 m
370 m
310 m
230 m
570 m
535 m
495 m
445 m
370 m
270 m
Note 1 : La profondeur calculée a été réduite de 20 pour cent.
Note 2 : Il faut ajouter la longueur des lignes de bouée et celle des avançons à la profondeur calculée pour la ligne-mère
pour obtenir la profondeur de mouillage.
Pour calculer directement la profondeur théorique, il faut connaître la longueur de ligne entre deux bouées et la distance parcourue
par le bateau d’une bouée à l’autre. La moitié de la longueur de ligne et la moitié de la distance parcourue par le bateau forment
à elles deux les deux côtés d’un triangle rectangle. Le troisième côté correspond à la profondeur de la courbe et peut être calculé
au moyen du théorème de Pythagore – le carré de l’hypoténuse d’un triangle rectangle est égal à la somme du carré des deux
côtés. soit a2 + b2 = c2, si a est la profondeur, b est la moitié de la distance parcourue par le bateau d’une bouée à l’autre, et c est
la moitié de la longueur de ligne entre deux bouées.
Exemple : S’il y a 1 050 mètres de ligne dans un panier (panier de 20 avançons avec une bouée par intervalles de 50 mètres entre
les avançons, soit 21 x 50 = 1050), la moitié c de la longueur de ligne sera égale à 525 mètres. Si le bateau a une vitesse de 8
nœuds pendant le filage (248 mètres/minute : 8 x 31 = 248) et l’intervalle entre les avançons est de 10 secondes pendant le filage
d’un panier, le bateau navigue pendant 3,5 minutes (21 x 10 = 210 secondes, divisées par 60 = 3,5 minutes) et couvre 868 mètres
(248 x 3,5 = 868). La moitié b de cette distance est donc 434 mètres. On peut désormais calculer la profondeur a par la formule :
Profondeur2 = 5252 – 4342, soit profondeur = √ (5252 – 4342)
5252 = 275 625; 4342 = 188 356
b
√ (275 625 – 188 356) = √ 87 269 = 295 mètres
a
c
L’expérience a montré que la profondeur réelle est inférieure
d’environ 20 pour cent à la profondeur calculée; dans ce cas,
la profondeur réelle serait donc de l’ordre de 236 mètres.
On peut maintenant calculer la profondeur de l’hameçon le
plus profond en ajoutant la longueur d’une ligne de bouée et
celle d’un avançon à la profondeur calculée de la ligne-mère.
Si, par exemple, les lignes de bouée font 30 mètres de long, les
avançons 15 mètres et la profondeur calculée de la ligne-mère
(moins 20%) est 236 mètres, l’hameçon le plus profond sera
mouillé à 281 mètres.
30m
236m
15m
63
CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
Outre les méthodes ci-dessus qui exigent toutes un certain degré de technicité ou des calculs, il existe une méthode traditionnelle
qui permet de s’assurer que la ligne coule bien. Pendant le filage de la palangre, l'opérateur attrape la ligne-mère quand elle sort
de l'éjecteur, juste après l'agrafage d'un avançon. Il la garde en main et compte les secondes écoulées jusqu'à ce que la tension
rende la ligne impossible à tenir. Si le rapport vitesse du bateau/vitesse d'éjection de la ligne est trop proche de 1,0, la ligne-mère
se tendra à l’extrême en une ou deux secondes. Le nombre de secondes écoulées augmente avec la baisse de ce rapport. On sait
par expérience qu’il faut environ huit secondes pour que la ligne-mère se tende et atteigne la profondeur requise pour la capture
de thonidés (pour une vitesse du bateau d'environ 8 nœuds et des paniers de 25 avançons). On peut réduire ou augmenter cette
durée pour modifier la profondeur de mouillage et, dans tous les cas, procéder par tâtonnements.
Les éjecteurs sont généralement plus efficaces
lorsqu'ils fonctionnent à pleine vitesse. Quelle
que soit la technique retenue, il est plus facile
d’agir sur la vitesse du bateau que sur celle de
l'éjecteur de ligne. Le travail s'effectue aussi
plus rapidement quand l’éjecteur tourne à
vitesse maximale et cela prendrait trop de
temps de recalculer à chaque fois la longueur
de ligne éjectée pour différentes vitesses
d’éjection. Si on connaît la longueur de la ligne
filée quand l'éjecteur fonctionne à plein régime,
il n'est pas nécessaire de refaire ce calcul. Par
contre, on peut aisément modifier la vitesse du
bateau et déterminer rapidement un nouveau
taux d'incurvation, la profondeur calculée, ou
chronométrer les secondes écoulées pendant le
défilement de la ligne.
Enregistreurs de température et de profondeur
Ainsi qu’il a été dit plus haut, la profondeur calculée de mouillage ne correspond généralement pas à la profondeur réelle à laquelle
coule la ligne. Les courants et leurs cisaillements déplacent la ligne horizontalement ou verticalement dans la colonne d'eau. Pour
un pêcheur, ce ne sont pas tant les chiffres qui comptent. Ce qui lui importe, c'est ce qui donne des résultats dans une situation
donnée. S'il capture des thons obèses quand les paniers contiennent 25 avançons, que les lignes de bouée font 30 mètres de long
et que le bateau avance à 6 nœuds, tandis que l'éjecteur de ligne a une vitesse de filage de 9 nœuds, il en déduit qu’il a trouvé la
bonne profondeur.
Pour déterminer la profondeur réelle, il faudrait utiliser des enregistreurs de température et de profondeur qui sont des dispositifs
coûteux. Après les avoir récupérées sur la palangre après le virage, on saisit les données à l’ordinateur pour obtenir un tracé à la
fois de la température et de la profondeur de la ligne là où l’enregistreur était attaché.
64
CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
G. FILAGE ET VIRAGE DE LA PALANGRE : GÉNÉRALITÉS
Pour la pêche thonière, on file généralement la ligne au lever du jour (entre 4h00 et 8h00) et on la relève l'après-midi ou en début
de soirée (entre 14h00 et 18h00). Si on la mouille trop tôt, la plupart des appâts sont mangés par les calmars ou les espèces accessoires
qui se nourrissent la nuit. Les thonidés mordent plus volontiers à l'aube et au crépuscule, peut-être parce que les appâts sont alors
plus visibles ou qu’ils effectuent à ces moments leur migration verticale et ont alors plus chance de rencontrer les appâts.
Lorsqu'on cible l'espadon, espèce qui se nourrit principalement la nuit, on pose la ligne le soir (entre 18h00 et 20h00) et on la
remonte tôt le matin (entre 6h00 et 8h00).
Il est plus facile de filer la ligne avec le vent et de la remonter contre le vent. Lors du
virage, il faut veiller à ce que la direction du vent forme un angle de 1 à 2 points par
tribord avant (un point correspondant à 11,25°), car le vent freine ainsi le bateau
pendant qu’on remonte un poisson. Pour faire en sorte que le vent souffle par tribord
avant pendant le virage, il faut placer le bateau de manière à ce que le vent soit bâbord
arrière quand on pose la ligne.
Vent
Généralement, la dernière bouée émettrice à l’eau est la première à être remontée.
Ainsi, les premiers hameçons restent plus longtemps dans l’eau que les derniers, et
l'équipage peut se reposer puisqu’il ne doit pas revenir jusqu'à la première bouée.
Toutefois, la principale raison de relever la dernière bouée en premier est que l'on peut
ainsi filer la ligne avec le vent et la virer face au vent.
Vent
Filage
Virage
Certains pêcheurs préfèrent cependant remonter jusqu'à la première bouée et entamer le virage par celle-ci. C’est généralement
pour raccourcir le temps de voyage et uniformiser le temps de mouillage des hameçons. De temps à autre, il est bon d’inverser
le sens de la palangre pour répartir l’usure car la portion de ligne la plus proche du tambour est plus comprimée que celle des
couches périphériques.
Filage
Virage
Courant
Filage
Champ
d’action de la ligne
a) Filage parallèle au courant
Virage
Courant
Champ d’action \
de la ligne
b) Filage en travers du courant
Il faut de préférence poser la ligne de
façon qu'elle forme un angle avec le
courant. Comme elle est poussée
latéralement par le courant, elle couvrira
une vaste zone de mer. Si on la mouille
parallèlement au courant, elle restera
dans une bande étroite de mer (a). Ce
n’est pourtant pas toujours possible
quand on pose la ligne avec le vent pour
la virer contre le vent. En effet, le courant
et le vent sont souvent parallèles. Il faut
donc parfois trouver un compromis et
ajuster le cap en conséquence. Lorsque le
courant et le vent sont parallèles, on peut
filer la palangre de manière à ce qu'elle
forme un angle avec l’un et l’autre, ce qui
augmente son champ d’action (b).
Après chaque virage, il importe d'analyser la dérive de la ligne visible sur le traceur de façon à déterminer les paramètres du
prochain mouillage. Les courants sous-marins influencent souvent davantage le déplacement de la ligne que les courants de surface,
ce qui rend le meilleur axe de filage difficile à déterminer. Une fois le premier mouillage effectué sur un nouveau site, on peut
connaître les déplacements de la ligne en comparant le tracé du filage à celui du virage. On peut alors rectifier le tir au prochain
mouillage pour élargir le champ d’action de la ligne au maximum.
Il est conseillé de poser la ligne de manière que le vent forme un angle de 11,25˚ à 22,50˚
par tribord avant pendant le filage, sauf par gros temps. Il est en effet extrêmement
inconfortable pour l'équipage, en particulier à bord d’un palangrier à passerelle arrière, de
virer la ligne en remontant au vent par mer agitée et par vent fort. Quand la mer est
mauvaise, il vaut donc parfois mieux poser la ligne de façon que le vent forme un angle de
11,25˚ à 22,5˚ par bâbord avant au moment du virage. Il faut alors filer la ligne avec le vent
tribord arrière, ce qui évite à l'équipage de se trouver exposé au vent et aux embruns. Il
faut toutefois faire très attention à ne pas passer sur la ligne au virage, surtout quand on
arrête le bateau pour hisser le poisson à bord.
Vent
Virage de la ligne par gros temps
65
CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
H. POSE D’UNE PALANGRE MONOFILAMENT
En début de mouillage, on amène l’extrémité de la
palangre monofilament, généralement guidée par une ou
plusieurs poulies, de l’enrouleur jusqu’à l’arrière du
bateau de façon qu’elle sorte à angle droit de l’enrouleur
et qu’elle évite tout obstacle. Si on utilise un éjecteur de
ligne, il faut également y introduire la ligne à angle
droit. On guide la ligne dans l’éjecteur et on fait une
boucle à l’extrémité que l’on assure par un nœud de huit.
Préposé aux bouées
Bouées émettrices
Lignes de
Bouées
bouée
Appâteur
Poulie
Caisse à appâts
Avançon
Éjecteur de
ligne
Agrafeur
Ligne-mère
Poulie de
bossoir
Caisse
supplémentaire d’avançons
Une fois que le bateau avance, dans la direction et à la vitesse voulues, on branche la première bouée émettrice, qui est fixée à
la boucle ménagée à l’extrémité de la ligne-mère, et on la lance à l’eau. En règle générale, pour éviter que la traction de la ligne
n'enfonce la bouée émettrice, on lui associe une bouée, surmontée ou non d’un porte-pavillon, ce qui permet également de la
localiser à vue plus facilement. La ligne est filée par l’arrière ou lancée par l’éjecteur à mesure que le bateau avance. Le premier
panier doit être dépourvu d’avançons.
Certains capitaines de palangrier aiment lester les extrémités de la
ligne-mère à une trentaine de mètres des bouées émettrices. Les poids
entraînent avec eux les trente premiers mètres de la palangre, soit à
peu près la longueur d’une ligne de bouée, pour que la ligne-mère ne
reste pas en surface. Cela évite le risque que d’autres bateaux
naviguant près de la bouée émettrice ne passent sur la ligne-mère, et
cela facilite, en outre, l’approche de la bouée émettrice avant le virage
de la ligne. Sur les premiers mètres, la ligne-mère n’est pas toujours
orientée dans la direction où elle a été posée, et il est presque
impossible de la voir dans l'eau. Sans un lest en bout de ligne, un bateau
pourrait passer sur sa propre ligne.
Les lignes de bouée, leur bouée et les avançons appâtés sont agrafés à intervalles réguliers une fois que le premier panier a été
dévidé. Pendant le virage, le moyen le plus facile de décrocher les agrafes tandis que la ligne-mère continue de remonter est de
les tirer vers le bas. Par conséquent, il vaut mieux les agrafer à l'envers. L'homme chargé d'agrafer les avançons à la palangre doit
donc retourner la ligne à la main avant d'y agrafer l'avançon ou les lignes de bouée.
Pour la pêche thonière, on agrafe généralement de 40 à 60
hameçons par mille marin, chaque panier contenant de ce fait
entre 15 et 30 hameçons. À raison de 40 hameçons par mille
marin de ligne-mère filée, l'écart entre les hameçons est d'environ
50 mètres. On compte donc un hameçon posé toutes les sept à
neuf secondes au signal du cadenceur (chapitre 3 I), selon la
vitesse du bateau et de l’éjecteur de ligne. Les avançons doivent
être suffisamment espacés pour ne pas s'emmêler, et pour qu'au
virage, chacun puisse être lové avant que le suivant ne se
présente. La vitesse moyenne de mouillage est de 400
hameçons à l'heure. À cette cadence, il faut donc cinq heures
pour mouiller 2 000 hameçons.
Pour des raisons de sécurité, il faut impérativement que
l'agrafeur coordonne ses mouvements avec l'appâteur, qui
lance les avançons. Il ne doit pas agrafer un avançon sur la
ligne maîtresse avant que l’hameçon appâté n’ait été lancé,
même si le cadenceur a émis un bip. Sinon, l'appâteur risque de
se faire prendre à l’hameçon dès que l’avançon se tend. Le
meilleur moyen de se débarrasser d'un avançon emmêlé est de
le couper. Il est très dangereux d'essayer de tirer la ligne-mère
à soi pour en décrocher l'avançon pendant que le bateau est en
mouvement. Si plusieurs avançons se sont emmêlés dans leur
caisse, mieux vaut tous les sortir et les donner à quelqu'un qui
se chargera de les démêler. Si on perd du temps à les démêler,
des sections entières de ligne ne seront pas gréées, et il y aura
un "manque à pêcher".
66
CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
NB : Il faut toujours garder un couteau ou une pince coupante à proximité de l'éjecteur de ligne au moment du filage, au cas où
il faudrait sectionner un avançon ou un hameçon emmêlé.
Le filage de la ligne se poursuit jusqu’à ce que tous les
hameçons soient à l’eau. En bout de ligne, il faut prévoir un
autre panier de ligne-mère sans avançons. Puis, on détache
l’extrémité de la ligne-mère de l’enrouleur, ou on coupe la
ligne-mère; on fait un nœud de huit au bout pour former une
boucle et on y attache la dernière bouée émettrice avant de
l’allumer et de la jeter à l’eau. Il est utile d'accrocher à la
ligne de bouée une bouée à pavillon ou une grosse bouée
rouge gonflable à côté de la bouée émettrice pour localiser
celle-ci plus aisément.
Un pilote automatique est très utile au moment du filage: le
capitaine peut se concentrer sur la surveillance de l’électronique de bord et sur l'enregistrement des données au journal
de bord. Il peut aussi profiter de l’occasion pour communiquer avec le reste de la flottille et, au besoin, donner un coup
de main sur le pont tout en continuant sa veille. Une
palangre sera mieux posée quand le bateau est en pilotage
automatique que lorsque le capitaine est à la barre.
Utilisation d’un éjecteur de ligne dans un système avec enrouleur
Dans un système avec enrouleur, les éjecteurs de ligne peuvent être utilisés au moins de trois manières différentes. Dans le premier
cas, l’enrouleur est relié à l’éjecteur par un circuit hydraulique de contrôle. Le moteur hydraulique de l’enrouleur fait office de
frein et impose à la ligne-mère juste la tension nécessaire pour que l’éjecteur file la ligne à la vitesse voulue, sans risque de
rebond. Ce système a cependant des inconvénients. Il faut effectuer deux ou trois réglages en cours de mouillage, à mesure que
le diamètre de ligne sur l’enrouleur diminue; par ailleurs, les pièces en caoutchouc de l’éjecteur — courroies et roues
d’entraînement — sont soumises à une forte usure. Une autre méthode consiste à utiliser le moteur de l’enrouleur pour dégager
la ligne de l’enrouleur et l’amener sur le pont. L’éjecteur de ligne n’a plus qu’à reprendre la ligne lâche et à la filer par la poupe.
Cette méthode n’exerce guère de pression sur l’éjecteur et préserve davantage les pièces du mécanisme. La troisième méthode
consiste à laisser l’enrouleur se dévider librement. Pour ce faire, on ouvre un by-pass, généralement située sur la rampe de l’enrouleur.
L’éjecteur tire la ligne aussi rapidement que peut tourner l’enrouleur. L’un des inconvénients de cette méthode est que, s’il faut
arrêter l’éjecteur, l’enrouleur continue à tourner librement jusqu’à ce que le by-pass soit refermé. On peut se retrouver ainsi avec
un énorme emmêlement, car la ligne peut sortir de l’enrouleur et se prendre sur l’arbre. L’éjecteur subit aussi une plus forte
contrainte qu’avec la deuxième méthode.
Montage de l’engin pour la pêche de l’espadon
Pour la pêche de l’espadon, la palangre est globalement la même que celle de la pêche thonière, si ce n’est qu’on utilise d’autres
hameçons et que le montage de l’engin diffère un peu. On accroche généralement entre 20 et 30 hameçons par mille marin, avec
5 à 10 hameçons par panier. Avec 20 hameçons par mille marin, l’intervalle entre les hameçons est d’environ 100 mètres, ce qui
implique une cadence de mouillage de 14 à 18 secondes, en fonction de la vitesse du bateau et du taux d’incurvation. Les lignes
de bouée sont bien plus courtes que pour la pêche thonière et mesurent généralement de 10 à 15 mètres. Certains pêcheurs qui
ciblent l’espadon attachent des bouées cylindriques supplémentaires en mousse pour suspendre la ligne-mère entre les bouées
rigides et réduire son incurvation normale.
10–15m
67
CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
I. FILAGE DES ENGINS EN CORDAGE TORONNÉ, CADENCE DE POSE, ENREGISTREMENT
DES DONNÉES ET TEMPS DE MOUILLAGE
Les engins traditionnels à paniers ne sont pas posés de la même manière que les palangres monofilament, bien que le mouillage
des engins automatiques soit très semblable à celui des palangres monofilament. Quel que soit l’engin utilisé, dès lors que des
avançons sont agrafés à la ligne-mère, il est essentiel de conserver l’intervalle correct entre les avançons et les lignes de bouée
et d’enregistrer les paramètres de la pose pour les comparer à la fin du virage et s’y référer ultérieurement.
Les engins traditionnels à paniers
Les engins traditionnels à paniers se posent généralement
manuellement car les avançons restent fixés en permanence à la
ligne-mère. Pour cette raison, on lance la ligne-mère en glènes afin
qu’elle reste lâche en permanence. Les trois hommes importants
pendant le mouillage sont l’appâteur, le lanceur de ligne-mère et le
préposé aux bouées. L’appâteur accroche l’appât aux hameçons et
lance les avançons appâtés à intervalles réguliers. Le lanceur de
ligne-mère largue, à une cadence régulière, les glènes de lignemère depuis la table de filage de la poupe. Le préposé aux bouées
est chargé de mettre à l’eau les bouées et leur ligne. Les autres
hommes passent les glènes de ligne-mère au lanceur, portent les
paniers à l’arrière, les attachent ensemble, passent les bouées et les
appâts, etc.
Les engins automatiques pour ligne goudronnée
Avec les engins automatiques, les palangres se posent de
la même manière que les palangres monofilament. La
ligne toronnée est guidée vers l’arrière par une série de
poulies et un éjecteur de ligne est généralement utilisé.
Les avançons, lovés individuellement, sont amenés à la
poupe par un tapis roulant. Un homme d’équipage défait
le nœud coulant pour libérer l’avançon, passe l’agrafe à
l’agrafeur, puis il accroche l’appât et lance l’avançon et
l’hameçon appâté. L’agrafeur attache ensuite l’agrafe à la
ligne-mère, tandis qu’un autre homme fixe les bouées et
leur ligne à intervalles réguliers.
Les cadenceurs
La plupart des palangriers sont équipés d’un cadenceur. Cet appareil émet un bip à intervalles réguliers, allant de six à vingt
secondes. Au signal sonore, l'appâteur lance un hameçon garni et prépare le suivant. C’est normalement lui qui compte les
hameçons contenus dans chaque panier et demande une bouée au moment voulu. Toutefois, il est possible de régler certains
cadenceurs en fonction de la longueur des paniers. On peut
programmer le cadenceur en fonction du nombre d’hameçons et
lui faire émettre un signal sonore différent pour les bouées. Les
cadenceurs encore plus perfectionnés, comme le Hookmaster
japonais, permettent à l’opérateur de définir l’intervalle entre
deux bips en durée ou en longueur de ligne-mère. Avec ce type de
cadenceur, il faut connaître la longueur exacte de ligne-mère
éjectée afin de mieux maîtriser la profondeur de mouillage. Le
cadenceur Hookmaster est relié à un moniteur de ligne intégré
dans l’éjecteur.
On prévoit souvent une longueur de ligne plus importante entre les bouées et le premier et dernier avançon d’un panier et ce, pour
deux raisons : il faut éviter de capturer des espèces accessoires évoluant à faible profondeur et, aussi, empêcher que les lignes de
bouée et les avançons ne s’emmêlent. Lorsqu’un cadenceur simple est utilisé, l’intervalle entre les avançons et la ligne de bouée
peut correspondre à deux bips avant et après le lancement d’une bouée. Avec un cadenceur Hookmaster, on peut augmenter
l’intervalle de temps ou de longueur avant et après le lancement d’une bouée.
68
CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
Enregistrement des données
Dès que la dernière bouée émettrice a été mise à l’eau, il faut enregistrer toutes les données concernant le mouillage, notamment :
l'heure du début et de la fin du filage, le nombre de paniers, le nombre d'hameçons, les positions des extrémités de la ligne-mère,
les fréquences des bouées émettrices, la direction du vent et du courant, l'état de la mer et la phase de la lune. Il est important de
tout consigner, même si certaines de ces données sont enregistrées par le traceur. On peut également reporter le tracé du mouillage
au crayon à papier sur la carte ou sur du papier millimétré. Si la palangre a été posée dans une zone où la terre apparaît sur l'image
radar, il faut effectuer le relèvement de position radar pour chaque extrémité de la ligne.
Il est aussi judicieux d'observer la dérive du bateau à l'arrêt durant les vingt ou trente minutes suivant la fin du filage et d'enregistrer
la direction indiquée par le compas par rapport à la dernière bouée. Si le bateau a dérivé au 270° par rapport à la dernière bouée,
il doit naviguer au 90° pour revenir à proximité de la ligne. Si l'électronique de bord tombe en panne, on peut tout de même retrouver
la ligne grâce à ces informations. Il est bon de retourner à la dernière bouée au moins une fois durant le temps de mouillage. On
enregistre alors la nouvelle position de la dernière bouée, ainsi que la trajectoire de la palangre et la dérive due au courant.
Exemple : Mouillage No. 3 : début 5 h 30 à la position
21˚10,450'S et 175°50,000'O, cap 280˚. Fin de pose
9h30 par 21˚06,500'S et 176˚33,100'O; 59 km de ligne,
1 600 hameçons et 20 paniers posés. Appâts utilisés :
balaou du Pacifique. Fréquence des bouées émettrices :
Première bouée : 1 732 kHz; dernière bouée : 1 768 kHz.
Vent modéré de secteur SSE. Mer peu agitée. Courant
de NNE de 0,5 nœud. Dérive du bateau : 250˚ à 0,5
nœud. Cap de retour à la ligne : 70˚.
Après deux heures de mouillage, la dernière bouée émettrice a dérivé à 21˚06,000'S et 176˚3,100'O. Trajectoire
de la ligne 000˚ avec une dérive de 0,25 nœud.
Dans cet exemple, la ligne n’a pas dérivé dans la même
direction que le bateau. Elle ne s’est pas non plus
déplacée dans la même direction que le courant
apparent. Le bateau a principalement subi l’influence
du vent tandis que la ligne a été poussée par le vent, par
le courant de surface et par les courants de fond. Il est
difficile de prédire où se trouvera la ligne après plusieurs
heures de mouillage. C’est pourquoi il est préférable de
consigner toutes les informations et de faire un relevé de
la ligne vers la moitié du temps de mouillage.
Filage
Temps de mouillage
Le temps de mouillage correspond généralement au temps écoulé entre la mise à l’eau de la dernière bouée et la remontée de la
première bouée, qui est généralement la même. Dans une situation normale, les premiers paniers posés restent dans l’eau plus
longtemps que les derniers puisqu’ils sont les derniers à être remontés. Le temps de mouillage consigné dans le journal de pêche
est donc habituellement la durée minimum de mouillage, et non une moyenne. Cette durée peut varier entre trois heures environ
et huit ou neuf heures, en fonction de la longueur de la ligne-mère, des conditions et de la stratégie de pêche, du temps, etc. Dans
le cas de la pêche thonière, la pose débuterait par exemple à 8h00 pour prendre fin à midi. Si le virage commence à 16h00, les
derniers hameçons lancés n’auront été mouillés que quatre heures. Par contre, si le virage se termine à minuit, le temps de mouillage
des derniers hameçons virés sera de seize heures. Le temps de mouillage enregistré dans ce cas sera quatre heures.
Lorsque la durée de mouillage est plus égale, comme dans le cas du mouillage inversé (chapitre 3 J), les hameçons appâtés ont
tous globalement les mêmes chances d’attirer des poissons dans la mesure où tous les autres facteurs sont égaux. Il y aura aussi
probablement moins de poissons morts sur la ligne. Les thons jaunes et les thons obèses survivent entre deux et trois heures après
avoir mordu à l’hameçon, mais la plupart des autres espèces ne survivent pas plusieurs heures. Dans des conditions de mouillage
normales, si des poissons mordent rapidement aux premiers hameçons mis à l’eau, ils seront certainement morts quand on les
remontera et ils auront une valeur moindre que les poissons remontés vivants. Par ailleurs, plus le poisson reste longtemps sur la
ligne, plus les risques de prédation par les requins et les cétacés augmentent.
69
CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
J. QUELQUES VARIANTES DU FILAGE
Qu’il s’agisse d’engins en cordage toronné ou de palangres monofilament, l’engin de pêche peut être mouillé de nombreuses
manières.
Le mouillage inversé
Les palangres ne sont pas toujours filées en ligne droite avec le vent et remontées contre
le vent. Le filage et le virage se font parfois dans la même direction, c’est-à-dire qu’après
avoir mouillé la ligne, le bateau revient au début de la ligne-mère et le virage commence
par la première bouée mise à l’eau. Cette technique vise essentiellement à gagner du
temps. Il peut arriver, par exemple, qu’un capitaine de palangrier, tenu par un calendrier
très serré, souhaite gagner du temps sur le dernier mouillage d’une marée en filant et en
virant la ligne dans une direction qui le rapproche du port. Lorsque la ligne est posée et
virée à l’envers, elle est généralement montée dans le sens inverse, c’est-à-dire que les
agrafes sont fixées dans le sens opposé au sens habituel et l’ordre des bouées lumineuses
est lui aussi inversé. Les bouées lumineuses, qui sont lancées en premier dans un mouillage
normal, sont les dernières à l’eau dans le cas du mouillage inversé. Dans les deux cas, elles
sont sur l’extrémité de ligne remontée en dernier. Les inconvénients du mouillage inversé
sont que la ligne est filée et virée avec la même orientation par rapport au vent et que
l’équipage n’a guère le temps de se reposer pendant le temps de mouillage. L’un des
avantages qu’il y a à poser et à remonter la ligne dans la même direction est toutefois que
tous les hameçons restent globalement mouillés pendant la même durée.
Le mouillage en L
Une autre variante consiste à poser la palangre de manière à faire
un angle avec le début de la ligne. Souvent, quand l’engin est filé en
travers du courant, il se retrouve parallèle au vent; par ailleurs, si le
courant tourne en cours de mouillage, il se trouve parallèle à la
ligne. Si le vent ou le courant sont suffisamment forts pour rabattre
la première bouée et les premiers paniers sur eux-mêmes,
l’extrémité de la ligne risque de s’effondrer, causant ainsi un
enchevêtrement majeur. Ce sera la dernière portion de ligne
remontée en fin de nuit qui sera emmêlée, d’où une situation des
plus irritantes.
Vent et courant
Pour éviter que le début de la ligne ne s’affaisse, on peut le poser
de façon qu’il forme un L. Si, par exemple, la direction du filage
est de 290˚, le cap de départ sera de 000˚. Après avoir largué deux
ou trois kilomètres de ligne, on mettra le cap à 290°. Pendant le
mouillage, si l’extrémité de la ligne est poussée à l’ouest par le vent
ou par le courant, elle ne s’affaissera pas sur elle-même, mais
formera une boucle à deux ou trois kilomètres au sud. En fin de
virage, il est facile de remonter une ligne en boucle. En règle
générale, on arrondit la ligne de façon que le bateau tourne sur
tribord à la fin du virage.
Remorquage de l’extrémité libre de la ligne
Une autre façon d’arrondir l’extrémité de la ligne est de remorquer ou d’étirer
la ligne en fin de mouillage. Si le vent ou le courant sont parallèles à l’axe de
mouillage, on peut éviter bien des problèmes en remorquant les premiers ou les
derniers paniers. Si, par exemple, la ligne est mouillée à 290˚ et que le courant
va dans la même direction, on pourra mouiller les cinq premiers paniers avec
un taux d’incurvation de 1, en utilisant l’éjecteur de ligne comme simple guideligne, sans engager la transmission hydraulique. On remorque, ou on étire, la
ligne pour qu’elle ne s’incurve pas. Après avoir mouillé cinq paniers, on met en
marche l’éjecteur de ligne de façon que le reste de la palangre soit mouillé avec
un taux d’incurvation de 0,75, par exemple. Si le courant va dans la direction
opposée à l’axe de mouillage, c’est la dernière portion de ligne et non la
première qui devra être étirée.
70
CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
Plus tard, le courant ayant tendance à rabattre l’extrémité de la ligne sur elle-même, la ligne-mère s’incurvera mais pas
suffisamment pour s’affaisser. À l’évidence, il faut avoir essayé cette manœuvre plusieurs fois avant de réussir.
Le mouillage en fer à cheval
Chaque fois qu’un poisson de l’espèce ciblée est remonté pendant
le virage, il faut l’enregistrer et saisir sa position sur le traceur
en appuyant sur la touche servant à cet effet. Une fois la ligne
remontée, on se rendra peut-être compte, en examinant les
prises enregistrées sur le traceur, que les poissons étaient
concentrés dans une zone donnée. Si on pose la palangre en
ligne droite le lendemain, on risque d’en manquer la plupart.
Pour éviter cela, on peut poser la ligne en U, ou en fer à cheval,
pour mouiller davantage d’hameçons dans la zone où le poisson
est concentré. Dans les mouillages en fer à cheval, il faut faire
attention que la ligne ne s’affaisse pas sur elle-même. Les deux
extrémités de la ligne-mère doivent être distantes de plusieurs
milles et parallèles au vent et au courant. Le centre du fer à cheval
doit être perpendiculaire au vent et au courant, si possible. Le
principal inconvénient de ce type de mouillage est qu’une partie du virage doit se faire avec le vent, une autre travers au vent
et la troisième face au vent.
Mouillage sur un front thermique
Filage
On peut aussi mouiller la ligne le long d’un front thermique.
On peut par exemple trouver un front de température qui s’étend
en zigzag sur plusieurs kilomètres. Il est généralement
préférable de poser la ligne sur le côté chaud du front. Il faut
constamment garder l’œil sur le capteur de température et
changer le cap en fonction de la hausse et de la baisse des
températures. Si les eaux chaudes sont par exemple à bâbord et
que la température de l’eau commence à se rafraîchir, il faut
amener le bateau légèrement sur bâbord jusqu’à ce que le
voyant de la température remonte. Si, au contraire, la
température augmente, il faut ramener le bateau sur tribord
jusqu’à ce que la température commence à redescendre.
Lorsqu’on mouille sur un front, on ne pose généralement pas la
ligne en ligne droite. Dans certains cas, il est préférable de
traverser le front à plusieurs reprises. Après avoir remonté la
ligne, on pourra ainsi déterminer de quel côté du front se trouve
le poisson. Si le courant est perpendiculaire au front, on filera
la ligne de façon à ce que le courant la rabatte sur le front.
Courtoisie envers les autres bateaux
Il est possible de poser une ligne dans les parages d’autres palangriers tout en évitant
les problèmes et les conflits. Lorsqu’on mouille l’engin parallèlement à la ligne
d’un autre bateau, il faut maintenir une distance de plusieurs milles entre les deux
palangres. Il est aussi utile de prendre contact avec le capitaine de l’autre bateau
pour l’informer de vos intentions et lui demander le cap qu’il suivra pendant toute
la durée du filage. Si on ne peut éviter que les lignes se croisent parce que les deux
bateaux suivent des caps différents, il faut s’assurer qu’elles se croisent à angle
droit. Il est également souhaitable que le bateau qui effectue le croisement ne fixe
pas d’avançons sur les 100 ou 200 mètres de ligne situés de part et d’autre de l’autre
palangre. On évitera ainsi que les lignes ne s’emmêlent au virage. Si on constate à
la remontée qu’une autre ligne croise la palangre, il faut la sectionner et, par courtoisie
à l’égard des autres pêcheurs, en abouter les deux extrémités.
Bateau qui effectue le
croisement
Pas d’hameçons
71
CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
K. RECHERCHER L’ENGIN DE PÊCHE
Pour virer la palangre, il faut d’abord la retrouver, généralement en mettant le cap sur le signal émis par la bouée émettrice. Si le
radiogoniomètre ou la bouée émettrice ne fonctionne pas, il faut entreprendre des recherches. On peut trouver le cap de retour
jusqu’à la fin de la ligne en se référant au traceur ou aux notes consignées par le capitaine sur le livre de bord. Lors de la recherche
d'une bouée ou d'un pavillon, tous les hommes disponibles doivent être de vigie.
Si le signal de la bouée émettrice est clair, il vaut mieux
fixer le cap légèrement à l'oblique de la direction indiquée.
Le radiogoniomètre donne une idée de la distance par la
visualisation de l’intensité du signal. Toutefois, comme
elle est fonction de l'état du bloc-batterie qui équipe la
bouée, il ne faut pas s’y fier complètement. Si l'on met
directement le cap sur la bouée émettrice, on risque de ne
pas la voir et de passer dessus, raison pour laquelle il faut
dévier la trajectoire du bateau d'environ 5˚. À mesure que
le bateau s’approche, l'angle relatif du signal augmente. Si
on change régulièrement le cap pendant la recherche pour
toujours s'écarter du signal de 5˚, il est impossible de
manquer la bouée. Près du but, l'angle augmente
rapidement jusqu'à ce que la bouée se situe à un angle
relatif de 90˚, c'est-à-dire par le travers du bateau. Elle doit
alors être bien en vue.
On peut estimer la distance qui sépare le bateau de la bouée
émettrice par la règle du doublement de l’angle à la proue :
lorsque l’angle est multiplié par deux, la distance est inférieure
de moitié à celle qu’elle était au début de la recherche. Par
exemple, s’il faut 15 minutes au signal de la bouée émettrice
pour passer d’un angle relatif de 5˚ à 10˚, la bouée se situe à 15
minutes de distance, étant entendu que le bateau conserve la
même vitesse. S’il avance à 10 nœuds, la distance à couvrir sera :
Distance = vitesse x temps = 10 nœuds x 0,25 h = 2,5 milles.
Point médian
10˚
5˚
Il faut approcher la bouée émettrice par le côté sous le vent, en
gardant le vent légèrement à tribord. Quand on arrête le bateau
pour remonter la bouée, le vent le maintient à l’écart de la
bouée et de la palangre. Il faut alors mettre la barre à gauche
toute. Si on approche la bouée en remontant au vent, on risque
de la percuter ou de passer sur la ligne-mère, laquelle peut
s'accrocher à la quille, se prendre dans le gouvernail ou l'hélice
et, éventuellement, endommager la bouée émettrice.
Vent
Proue
Pour récupérer la bouée émettrice, certains bateaux utilisent
un petit grappin fixé à une ligne. Une fois que le bateau est
proche de la bouée, on laisse couler le grappin après l’avoir
lancé par-dessus la ligne-mère, puis on le remonte lentement
jusqu’à ce qu’il croche la ligne-mère. On peut alors ramener
la bouée à bord.
72
CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
L. VIRER DES ENGINS EN CORDAGE TORONNÉ
Une fois qu’on a remonté la bouée émettrice, on la décroche de la ligne-mère et on la range dans son compartiment après l’avoir
éteinte. Si une bouée à pavillon avait été montée à l’extrémité de la ligne-mère, il faut aussi la détacher et la ranger. On introduit
ensuite l’extrémité de la ligne-mère dans le vire-ligne pour commencer le virage. La ligne-mère est généralement amenée sur le
vire-ligne par une poulie de guidage, ou guide-ligne, montée sur la lisse. Les hommes de pont les plus importants pendant le
virage sont ceux qui s’occupent du vire-ligne, du remplissage des paniers et du stockage des paniers.
L’homme aux commandes du vire-ligne
attrape les avançons avant que l'agrafe
ne passe dans le guide-ligne et les fait
passer par les galets du vire-ligne de
façon que l’agrafe se retrouve sur les
glènes de ligne-mère. Pendant ce temps,
le vire-ligne continue de fonctionner.
Les glènes de la ligne-mère s’empilent
sous le vire-ligne, généralement sur une
table prévue à cet effet. Un autre homme
doit alors lover rapidement l’avançon et
le placer sur les glènes de la ligne-mère
avant que le responsable du remplissage
des paniers n’empile de nouvelles
glènes sur le tas.
Le préposé aux paniers a pour tâche d’aider au glénage de la
ligne-mère sous le vire-ligne de manière à former des glènes
uniformes. Dès qu’une section de ligne-mère est lovée, il la
place dans le panier. L’opération se poursuit jusqu’à ce que le
panier soit plein. Le panier est alors détaché du reste de la
palangre par l’homme chargé de son stockage, les extrémités
nouées aux anses du panier. Il y a parfois deux sections de
ligne-mère qui restent attachées l’une à l’autre par panier.
L’homme chargé de stocker les paniers remplace aussi les
avançons emmêlés ou endommagés et effectue toutes les
réparations nécessaires pendant le virage.
Le vire-ligne sert aussi à remonter les lignes de bouée. Les
autres hommes d’équipage gaffent les prises et les hissent à
bord. En général, il y a un roulement entre les hommes
d’équipage tous les dix paniers environ.
Avec les engins automatiques
pour ligne goudronnée, les
avançons et les lignes de bouée
sont décrochés de la ligne-mère
et glénés à l’aide d’un loveur
d’avançons. La ligne-mère est
acheminée du vire-ligne à un
tube-guide par un petit tapis
roulant, puis elle est tirée vers
l’arrière par un éjecteur
automatique, lequel la love
dans des caisses situées à
l’arrière de la passerelle. Un
tapis roulant de plus grande
taille transporte les bouées et
les rouleaux d’avançons et de
lignes de bouée jusqu’à la
poupe où ils sont entreposés.
73
CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
M. VIRER DES PALANGRES MONOFILAMENT
Une fois la bouée émettrice récupérée, on accroche la lignemère à un taquet ou à la lisse. Puis, on décroche la bouée
émettrice et on la range en sécurité après l’avoir éteinte. Si
une bouée à pavillon avait été montée près de l’extrémité de
la ligne-mère, il faut aussi la détacher et la ranger. On
attache l’extrémité de la ligne-mère à l'enrouleur. Si la ligne
a été sectionnée à la fin du mouillage, on raccorde la partie
mouillée à celle sur l’enrouleur par un nœud d'aboutage.
Puis, on enlève la ligne du taquet et on la guide jusqu’à
l’enrouleur par une poulie qui pend d’un bossoir. Il s’agit
généralement d’une poulie ouverte en aluminium, avec réa
et roulements en inox. La poulie pend normalement à
hauteur d’homme de sorte que l’opérateur puisse saisir la
ligne-mère devant la poulie.
On peut aussi utiliser d'autres poulies ouvertes comme
guides pour modifier l’angle de la ligne entre la première
poulie et l’enrouleur. Souvent, on a recours à deux ou trois
poulies pour que la ligne contourne les zones de travail et que
son enroulement soit régulier. Lorsqu’on les utilise dans ce
but, on les inverse souvent de sorte qu’elles fonctionnent
comme des poulies fermées.
Une fois la ligne-mère fixée à l’enrouleur, le virage peut
commencer. La plupart des enrouleurs sont équipés d’un guide
qui répartit la ligne régulièrement sur le tambour. Il faut que la
vitesse du bateau et la vitesse de remontée de la palangre
soient égales, ce qui exige une bonne coordination entre le
barreur et l’homme aux commandes de l’enrouleur. Pour le
virage, la meilleure configuration du bateau est un poste de
barre extérieur de façon que les commandes du bateau et de
l'enrouleur soient au même endroit. Le virage peut ainsi être
effectué par une seule personne.
L'homme clé sur le pont pendant le relevage de la ligne est le responsable de l'enrouleur. Il est aux commandes de l'enrouleur et dirige
parfois le bateau en même temps. Il a pour tâche de contrôler la vitesse de virage de la ligne et de dégrafer les avançons et les lignes
de bouée à mesure qu'ils arrivent à bord. Il décroche les agrafes et les éloigne de la ligne-mère dès qu’elles parviennent à la hauteur
de sa main.
Le préposé au vire-ligne laisse filer la palangre monofilament
dans sa main droite pendant le relevage. Il garde l’autre main
sur les commandes de l'enrouleur afin de pouvoir interrompre
rapidement l'opération. Au toucher de la ligne, il doit pouvoir
sentir si un poisson se présente. Dans ce cas, il en informe le
capitaine — s'il n'est pas à la barre lui-même — lequel ralentit
le bateau afin que le poisson puisse être travaillé ou remonté
lentement. De la main droite, il peut aussi sentir toute
irrégularité sur la ligne. Il n'est pas nécessaire d'arrêter
l'enrouleur à la remontée des avançons, sauf s'il y a un
poisson ou un emmêlement. En saisissant les agrafes à l'aide
de sa main gantée, il lui est facile de les faire glisser sur la
ligne-mère et de les décrocher sans interrompre le virage.
74
CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
Lorsqu’un nœud se présente, il faut arrêter l'enrouleur à
moins que l'on ne parvienne à décrocher l'agrafe avant
l'arrivée du nœud qui la bloquerait. Si le préposé au vireligne a toujours la main sur la ligne, il peut en effet se
blesser en heurtant la poulie de relevage, et la ligne peut
également casser. La poulie ouverte trouve toute son
utilité quand il y a un emmêlement ou un nœud sur la
palangre et que l’avançon n’est pas dégrafé car l’agrafe
passe sans problème à travers la poulie.
30 – 45˚
30 – 45˚
D’autres hommes d’équipage se tiennent directement
derrière le préposé à l'enrouleur. Leur tâche consiste
à prendre les agrafes que le préposé à l'enrouleur leur
tend, à lover les avançons dans leur caisse, à remonter les bouées à bord, à lover les lignes de bouée, à
gaffer et à hisser les prises sur le pont.
Nœud sur la palangre
Il importe que le préposé à l'enrouleur et l'homme de barre aient la
palangre dans leur champ de vision tout le long du virage. L'idéal est que
la ligne-mère se trouve juste sur le côté du bateau, dans l'axe de la poulie.
Pendant le virage, le bateau est maintenu légèrement à l'écart de l’axe de
la palangre de façon que celui-ci forme un angle de 30 à 45˚ avec l’avant
sur un plan horizontal et le flanc du bateau sur un plan vertical. En conservant
cette position pendant le virage, on maintient les avançons et les lignes de
bouée à l'écart de la ligne-mère. Si le bateau passe sur la ligne-mère, tout
avançon emmêlé qui aurait échappé à la vigilance du préposé à l'enrouleur
risque de blesser ce dernier et on risque aussi de perdre un poisson. Le
bateau peut aussi passer sur des flotteurs et des lignes de bouée. Si la ligne
est trop par le travers, elle peut subir une tension excessive et casser. Cette
surtension fera aussi vriller les avançons qui s'entortilleront autour de la
ligne-mère. Par ailleurs, si on laisse courir la ligne à l'oblique derrière la
poulie, elle risque de se prendre dans le gouvernail ou dans l’hélice; les
avançons ou les lignes de bouée risquent eux aussi de se prendre dans
l'hélice ou de s'enrouler autour de la ligne-mère.
Patron
Enrouleur
Traitement du poisson
Vanne de contrôle
Caisse à lignes
de bouée
Caisses à
avançons
Rangement
des avançons
Préposé à l'enrouleur
Ils procèdent comme suit : accrocher
l’agrafe à la barre ou au fil tendu sur
les bords supérieurs de la caisse à
avançons et tirer l'avançon, main sur
main, pour le ranger dans la caisse.
Lorsque l’hameçon arrive, enlever tout
appât encore présent et faire passer
l’hameçon à travers l’agrafe de
l’avançon. Accrocher dans l'ordre les
agrafes suivantes. Répéter l’opération
jusqu’à ce que la caisse soit pleine ou
que le virage soit achevé. Chaque
homme affecté à cette tâche love des
avançons dans une caisse distincte.
75
CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
N. PROBLÈMES LORS DU VIRAGE DE LA PALANGRE
Le virage de 200 hameçons à l’heure, soit 2 000 hameçons en 10 heures, représente une bonne cadence pour une ligne
monofilament. Cependant, les choses sont généralement moins rapides, soit parce qu'il faut arrêter la ligne pour décrocher le
poisson, soit parce que des problèmes surviennent. Pour relever 2 000 hameçons, il faut parfois 15 à 20 heures. Les avançons
peuvent s’emmêler avec la ligne-mère. Celle-ci peut se prendre dans la quille, faire des boucles, voire casser. Par ailleurs, l'état
de la mer et les conditions météorologiques peuvent changer. Les requins ont en outre la fâcheuse habitude d'entraîner la ligne
sous le bateau où elle se prend aux anodes en zinc, ou les conduites extérieures du système de refroidissement au gouvernail ou
à l'hélice. Il y a néanmoins plusieurs techniques qui permettent de prévenir ces situations ou d'y remédier.
Emmêlement des avançons
On peut limiter les risques d’emmêlement des avançons en maintenant le bateau dans
la bonne direction, et en relevant la ligne à vitesse constante. Cependant, les conditions
météorologiques et l'état de la mer peuvent amener les avançons à vriller autour de la
ligne-mère. Cela peut aussi arriver lorsqu'une belle prise entraîne la ligne. Il faut arrêter
l'enrouleur chaque fois qu'un avançon s’est entortillé autour de la ligne-mère, ce qui
peut rallonger de plusieurs heures la durée du virage et être très éprouvant. Il y a
plusieurs moyens de défaire rapidement des emmêlements. L'un d'eux consiste à faire
tourner la palangre sur elle-même pour provoquer une rotation rapide de l'agrafe autour
de la ligne, ce qui a pour effet de dégager l'avançon.
Une autre méthode consiste à décrocher l'agrafe et à la faire tourner autour de la ligne-mère dans le sens opposé à l'emmêlement.
On saisit l’avançon et la ligne-mère à 20 ou 30 centimètres de l’agrafe pour les faire tournoyer ensemble. Puis, on tire l'avançon
à soi, à angle droit de la ligne-mère, exercice qu'il faut peut-être répéter une fois ou deux pour dégager complètement l’avançon.
Si l'enroulement est trop important, la meilleure solution est de couper purement et simplement l'avançon monofilament. On peut
conserver l'agrafe et l'hameçon, mais des coques se seront probablement formées sur le monofilament qu’il faut alors jeter.
On peut souvent décrocher les hameçons pris dans la ligne-mère sans pour autant interrompre l'enrouleur. Dans ce cas, le préposé
au vire-ligne bande la ligne comme s’il s’agissait d'un arc, puis la lâche, ce qui permet généralement à l'hameçon de se décrocher
tout seul.
Écarter le bateau de la ligne-mère
Il faut éviter que la ligne ne s'accroche à la quille si le bateau
est poussé sur elle. Une technique consiste à en faire le tour.
On engage le bateau à tribord sur un arc de cercle très serré,
tout en maintenant la ligne-mère en tension avec l’enrouleur.
Le bateau continue de tourner jusqu’à ce que la ligne-mère se
retrouve à nouveau par tribord avant. Le virage peut alors
reprendre. Ce genre de manœuvre est également utile lorsque
la ligne remonte d’une grande profondeur ou que sa direction
est inconnue. Un autre moyen de la récupérer quand elle s’est
engagée sous la quille est de faire marche arrière jusqu'à ce
que la ligne soit de nouveau en tension dans l'axe de la proue.
On remet alors les gaz avec la barre à gauche jusqu'à ce que la
ligne soit à nouveau par tribord avant. Pendant la manœuvre,
il faut s’assurer que la ligne-mère et les avançons ne se
prennent pas dans l'hélice.
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4
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CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
Récupérer une ligne prise sous le bateau
Si la palangre se prend sous le bateau, il y a plusieurs solutions pour
la récupérer. L'une consiste à traîner une ligne sous la coque de la
proue à la poupe, une ligne de bouée, par exemple, avec un lest de 2
à 3 kg fixé en son milieu. Il faut deux hommes pour cette opération,
l'un à bâbord, l'autre à tribord. En traînant la ligne lestée le long de la
quille, on parvient à crocher la ligne-mère.
On peut aussi utiliser un grappin pour la dégager. Une fois qu’on l’a accrochée et
remontée à bord, on parvient généralement à la libérer. Si on a en mains les deux
extrémités de la ligne-mère et qu’on ne parvient quand même pas à la dégager du
dessous du bateau, la seule solution est de la couper. Souvent, en la coupant à un
endroit donné, on peut dégager la section qui reste entravée. Si ce n'est pas le cas,
il faut alors la couper des deux côtés et joindre les extrémités par un nœud
d'aboutage. On peut laisser en place la portion de ligne-mère bloquée sous le
bateau et la dégager plus tard, quand le bateau dérive ou qu'il est au port. La ligne
ne doit pas rester prise trop longtemps dans l'arbre de l’hélice car elle pourrait
endommager la bague hydrolube.
Reste de la palangre
Portion de
la ligne
cassée
Lorsque la palangre casse
Si la ligne-mère casse pendant le virage, il faut retrouver la partie
sectionnée et la rabouter avant de reprendre l'opération. Lorsque
cela arrive, tous les hommes disponibles doivent être mobilisés
pour tenter de la localiser; la nuit, il faut utiliser un projecteur. Il
faut garder le même cap que pendant le virage et balayer le rayon
lumineux de part et d’autre du navire afin de détecter le reflet d'une
bouée — ne pas oublier de coller un bout de ruban réflecteur sur
chacun d'elles. S'il est impossible de localiser une bouée, il n’y a
plus qu’à se diriger vers la prochaine bouée émettrice.
Si la portion de la ligne sectionnée est courte, on peut probablement la remonter
à la main, la rabouter à l'autre portion de ligne-mère et la remettre sur l’enrouleur.
Le virage peut alors reprendre. Si la portion sectionnée est assez longue, il vaut
mieux la couper pour la séparer du reste de la ligne-mère. en assurant celle-ci au
préalable à un taquet ou à la lisse. Le bateau doit être maintenu tribord amures
afin qu'il ne soit pas rabattu sur la ligne. On aboute la partie sectionnée à la ligne
encore sur l’enrouleur et on l'enroule à son tour en dégrafant les avançons à
mesure qu’ils se présentent. Puis, on aboute les deux extrémités de la ligne-mère
et on reprend le virage.
Autre façon de procéder, si le bateau est équipé d'un cabestan, on peut
l'utiliser pour remonter la ligne sectionnée. Dans ce cas, il n'est pas
nécessaire de couper la ligne. On la remonte et on la love sur le pont
jusqu'à ce qu’on atteigne l'extrémité qui est alors aboutée à la ligne
restée sur l’enrouleur. L’enrouleur récupère la ligne lovée sur le pont
et le virage peut reprendre.
77
CHAPITRE 3 : Opérations de pêche
O. REMONTER LES PRISES À BORD
Lorsqu’un poisson est ferré, il faut le gaffer et le remonter sur le
pont avant de décrocher l'avançon, sinon on risque de le perdre. Pour
travailler de grosses pièces qui se débattent, on peut utiliser une
ligne franche — une ligne de bouée fait l'affaire, bien que certains
bateaux utilisent des lignes pouvant aller jusqu’à 100 mètres de
long. Fixer celle-ci à l'avançon avant que celui-ci ne soit dégrafé de
la ligne-mère. On peut ainsi travailler le poisson pour le fatiguer et
donc le gaffer et le remonter à bord plus facilement. L'extrémité de
la ligne franche doit être mise au taquet ou attachée à la lisse. On
peut aussi travailler le poisson en utilisant la commande "avant" et
"arrière" de l'enrouleur, ou en attachant une bouée à la ligne franche.
Vent
Lorsque la palangre a été mouillée par vent arrière, le vent est par
tribord amures en début de virage, à un angle de 11,25˚ à 22,5˚
avec la proue. Il freine ainsi la progression du bateau quand il
faut interrompre le relevage de la ligne pour remonter un poisson
ou démêler la ligne. Lorsqu’on arrête le bateau, il faut passer au
point mort et tourner le gouvernail de quelques degrés à bâbord.
Le vent se retrouve alors par le travers tribord et éloigne le bateau
de la palangre.
Certains pêcheurs font marche arrière quand un poisson se
présente. Ce n'est pas une pratique à conseiller car sur les
bateaux à une seule hélice, la rotation de l’hélice se fait à
droite et le bateau recule sur bâbord. En marche arrière, la
poupe a donc tendance à s’orienter à bâbord tandis que la
proue se retrouve à tribord. Cette manœuvre risque d'amener
le bateau sur la ligne et de le mettre bâbord amures, ce qu'il
faut éviter quand on arrête le bateau pour remonter un poisson.
Il est préférable de ralentir quand le poisson se présente et de
laisser le vent freiner le bateau.
Vent
3
2
1
Vent
3
2
1
78
Lorsque le bateau est à l’arrêt, il se met généralement en travers
de la houle. Quand le virage reprend, il doit être ramené dans
le bon axe; on met donc le cap à tribord, en direction de la
ligne, puis on le ramène progressivement à bâbord jusqu'à ce
qu'il revienne dans le bon axe. Être dans le bon axe n'est pas
synonyme d'être dans la bonne direction. Si la palangre a été
mouillée selon une direction est-ouest, il faut mettre le cap à
l’est pendant le virage, mais le bateau doit présenter l’angle
relatif correct avec la palangre pour être dans le bon axe. Le
bateau doit faire une route parallèle à l'axe de mouillage de la
ligne, mais légèrement décalée. Le pilote automatique permet
de garder le cap et de rester dans le bon axe pendant le virage.
Si le bateau dévie, on corrige légèrement sa trajectoire. Ainsi,
si le cap est 90˚ absolu et que le bateau est trop éloigné de la
ligne, on peut mettre le cap du pilote automatique à 95˚ absolu
pendant une minute ou deux, pour rapprocher le bateau de la
palangre, puis le ramener au cap initial de 90˚ absolu.
CHAPITRE 4 : Le traitement à bord et la conservation des prises
CHAPITRE 4
LE TRAITEMENT À BORD
ET
LA CONSERVATION DES PRISES
A. Notions élémentaires et instruments nécessaires
B. Remonter le poisson sur le pont, le tuer et le saigner
C. Parer le thon de qualité sashimi et le préparer pour la réfrigération
D. Parer l’espadon et le préparer pour la réfrigération
E. Parer le germon, le découper en longes et le préparer pour la congélation
F. Conserver le poisson à bord : la mise sous glace
G. Conserver le poisson à bord : l’immersion dans de la saumure glacée et dans
de la saumure réfrigérée
H. Conserver le poisson à bord : la congélation
I.
Nettoyer et désinfecter
INTRODUCTION
Ce chapitre décrit le traitement à bord et la conservation des prises réalisées lors d'opérations de pêche thonière à la palangre
horizontale, et il met l'accent sur l'obtention de produits d'exportation de grande qualité. En outre, il présente les outils nécessaires
à la manipulation et au traitement à bord du poisson, et les méthodes à employer pour tuer et saigner le poisson, transformer les
thons et les espadons destinés à être réfrigérés, ou encore traiter le poisson destiné à être congelé. Il expose les différents moyens
et méthodes de réfrigération, et leur utilisation. La dernière rubrique aborde la question du nettoyage et de la désinfection du
bateau après chaque mouillage et à la fin d’une marée.
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CHAPITRE 4 : Le traitement à bord et la conservation des prises
A. NOTIONS ÉLÉMENTAIRES ET INSTRUMENTS NÉCESSAIRES
La plupart des poissons capturés à la palangre sont conservés entiers (aucune intervention sur le poisson), ou parés d'une façon
ou d'une autre, après l’ablation de certaines parties du poisson. Pour parer le poisson, ou bien on lui retire les branchies et les viscères,
on dit alors qu’il est vidé sans branchies, ou on lui retire la tête et les viscères, il est alors étêté et vidé. On peut aussi le débarrasser
de ses nageoires. Pour être entièrement paré, un poisson doit être étêté, vidé, sans branchies et sans nageoires. Il peut être débité
en morceaux ou découpé en filets ou en longes, avec ou sans arêtes, avec ou sans filets abdominaux, avec ou sans la peau.
On peut réfrigérer, à l'état frais ou congelé, le poisson pêché à la palangre. On enlève généralement les nageoires du germon entier
congelé destiné à la conserverie. Le germon congelé entier, et les longes de germon congelé doivent être conservés à –18 ˚C, ou
à une température inférieure, à bord et pendant le transport vers les conserveries ou les marchés. Le thon de qualité sashimi congelé,
vidé et sans branchies doit être conservé à –65 ˚C (température ultra-basse). La congélation à ces températures de ce type de produit
se fait essentiellement à bord des flottilles des pays asiatiques pratiquant la pêche hauturière.
Tous les poissons réfrigérés à l'état frais, y compris les thons de qualité sashimi, doivent être conservés à des températures
inférieures à 4,4 ˚C, mais ils ne doivent pas être congelés. La température idéale du poisson réfrigéré à l'état frais est de 0 ˚C. À
bord des bateaux travaillant le poisson en frais, le poisson est généralement conservé à 0 ˚C, température à laquelle la glace qui
entoure le poisson fond (chapitre 4 F). Le poisson conservé dans de la saumure glacée ou réfrigérée (chapitre 4 G) l'est d'ordinaire
à une température légèrement inférieure à 0˚. Le mélange de glace et d'eau de mer atteint une température inférieure au mélange
glace/eau douce, qui se situe généralement entre –0,5 et –1 ˚C environ.
Le thon destiné au marché du sashimi exige davantage de soins que d'autres poissons. Il est sélectionné selon des critères tels que
sa taille, sa couleur, son état de fraîcheur et sa teneur en matières grasses. Cependant, l'aspect et l'état général du thon entrent
également en ligne de compte. Le poisson peut être déclassé si son corps a été perforé par un coup de gaffe ou par un hameçon,
s'il a perdu des écailles, si sa peau est abîmée, s'il a des hématomes, s'il est tordu, s'il n'a pas été correctement saigné et nettoyé. Il
ne faut pas gaffer le poisson dans le corps mais seulement dans la tête, puis il faut le déposer avec précaution sur une surface
souple. Lorsqu’on destine le thon au sashimi, il faut l’assommer, le tuer à l'aide d'une pointe aiguisée et le déméduller par la méthode
Taniguchi, le saigner, le vider et lui retirer les branchies, le nettoyer et le débarrasser de ses membranes abdominales, l’envelopper
dans une chaussette de gaze en coton et le réfrigérer. Il faut réaliser toutes ces opérations dans les dix à quinze minutes qui suivent
la remontée du poisson sur le pont. La chair des spécimens qui n'ont pas été correctement manipulés subit une première altération
que les Japonais appellent yake-niku (elle brunit). De tels spécimens n'ont aucune valeur sur le marché du sashimi.
Matériel de manipulation et de traitement à bord du poisson
Avant de commencer le virage de la palangre, il faut préparer le pont comme il convient en l'équipant de tous les outils et engins
nécessaires à la manipulation et au traitement du poisson, notamment des gaffes, un assommoir, une pointe aiguisée, des outils
permettant de pratiquer la méthode Taniguchi, des couteaux, une scie de boucher, un crochet pour suspendre le poisson, une
brosse en nylon, un tuyau relié à une pompe d'eau de mer, de la moquette ou un tapis de mousse, des gants, des chaussettes de
gaze en coton ou des sacs en plastique pour le conditionnement du poisson.
Les gaffes : Il existe plusieurs sortes de crochets de gaffe.
L'un des plus prisés est le crochet Mustad. Il se fixe au bout
d'une perche d'une longueur adaptée au bateau.
Le gourdin : sert à assommer le poisson lorsqu'on le dépose
sur le pont. Des modèles en aluminium sont disponibles dans le
commerce, bien qu'on puisse également utiliser une massue en
bois poli.
80
Le missile : sert à remonter des thons de grande taille. Il est
fixé à une ligne résistante et on le fait coulisser le long de
l'avançon jusqu'à ce que ses mâchoires se referment sur la tête
du thon au moment où le missile l'atteint. Le poisson est alors
remonté à l'aide de la ligne.
CHAPITRE 4 : Le traitement à bord et la conservation des prises
La pointe aiguisée : sert à décérébrer le poisson après l’avoir
assommé. Une pointe aiguisée munie d'une poignée est d’une
utilisation plus facile et plus sûre.
Les couteaux : Il en existe de plusieurs formes et de plusieurs
tailles, et il appartient à tout un chacun de choisir la forme qu'il
préfère. Un couteau à lame très courte peut être utilisé pour
saigner le thon. D'autres couteaux sont utilisés pour le nettoyage
et le traitement.
Pour pratiquer la méthode Taniguchi :
il suffit d’un
morceau de monofilament que l’on introduit là où la pointe
aiguisée a été insérée et que l’on enfonce dans le canal médullaire.
Ce morceau de monofilament peut provenir d'une chute de
ligne-mère.
La scie de boucher :
sert à découper la tête
ou le rostre d'un espadon et d'un marlin; en
outre, elle peut servir à
découper les nageoires
de poissons de taille
plus grande.
Le crochet à poisson :
Les brosses en nylon : Il en existe de formes et de tailles
multiples. Certaines servent à nettoyer l'intérieur de la cavité
de la tête d'un poisson que l’on a vidé et dont on a retiré les
branchies, d’autres à nettoyer le bateau après le virage de la
palangre.
sert à
remonter le poisson à bord et à le
manipuler sur le pont ou dans la cale
à poisson.
Les gants : Tout le monde s'en sert sur le pont pendant le
virage de la palangre, en particulier les hommes d’équipage
qui manipulent le poisson. Il en existe de plusieurs types.
Les chaussettes en gaze de coton ou des sacs en
plastique : sont utilisés pour envelopper le poisson qui sera
immergé dans de la saumure glacée ou réfrigérée afin
d’abîmer au minimum l’aspect extérieur du poisson.
Les détergents et l'eau de javel : servent à nettoyer la
surface de travail à la fin de chaque sortie. Ils servent
également au nettoyage en profondeur des cales à poisson
après le débarquement des prises.
La pelle à glace : est utilisée pour recouvrir de glace les poissons qui sont stockés dans la cale à poisson.
81
CHAPITRE 4 : Le traitement à bord et la conservation des prises
B. REMONTER LE POISSON SUR LE PONT, LE TUER ET LE SAIGNER
Lorsqu'un poisson est pris à la palangre, il faut le gaffer et le remonter à bord en évitant de l'abîmer. Il faut alors le tuer et le saigner,
surtout le thon destiné au marché du sashimi, avant de le traiter et de le préparer pour la réfrigération. Ce chapitre s'inspire du
manuel de la CPS, Le traitement à bord pour le thon de qualité sashimi — Guide pratique à l'usage des hommes d'équipage.
Gaffer le poisson
Il faut gaffer tous les poissons, en particulier le thon et l'espadon, dans la tête, jamais dans le corps, utiliser deux gaffes pour
les gros spécimens, la seconde devant être plantée dans la
bouche. Il ne faut pas les gaffer dans la région du cœur car il
faut que celui-ci continue de battre après que le cerveau du
poisson a été perforé, pour permettre de saigner le poisson
complètement.
Chez les thonidés, il faut que la région du cœur reste intacte, sans quoi il y a rupture de l'isthme, le poisson perd sa forme, et sa
mâchoire reste béante. Il y a altération de la qualité de la chair lorsque les faisceaux de muscles commencent à se séparer. Si
l'isthme se détache de la mâchoire, il faut le rattacher avec un petit bout de ligne monofilament avant de réfrigérer le poisson.
Il faut toujours déposer les thonidés et les espadons sur une surface souple,
jamais directement sur le pont. Par surface souple, on entend un vieux morceau de moquette, un matelas en mousse, un tapis en caoutchouc, voire un
sac en toile. Le fait de déposer le poisson sur une telle surface évite l'apparition d’hématomes et la perte d'écailles. Tous ceux qui manipulent le poisson
doivent porter des vêtements de protection et des gants en coton ou en nylon
car s'ils le touchent avec leurs mains nues, ils peuvent y laisser des traces de
doigts huileuses.
Si on utilise des gaffes courtes ou des crochets à poisson pour déplacer le
poisson sur le pont ou dans la cale, il faut bien veiller à le gaffer dans la tête
ou dans le pédoncule caudal, jamais dans le corps. Tous les outils/engins à
utiliser pour la manipulation du poisson doivent être propres.
Tuer le poisson à l'aide d'une pointe aiguisée et pratiquer
la méthode Taniguchi
Après avoir gaffé et remonté le poisson sur le pont, il faut, s'il se débat,
l'étourdir d'un coup sur la tête, entre les deux yeux, à l'aide d'un gourdin.
Ce coup fait perdre conscience au poisson mais ne le tue pas. Il est
souvent possible de le calmer avant de le tuer à l'aide d'une pointe
aiguisée, en plaçant la main sur ses yeux.
Il faut détruire le système nerveux des thons en perforant le cerveau et en
pratiquant la méthode Taniguchi. La destruction du système nerveux empêche
que les muscles ne se contractent et que la chair ne subisse une première
altération ou ne brunisse sous l'effet du stress. Le cerveau se trouve sous le point
mou situé sur le haut de la tête, entre les deux yeux. Il a une couleur légèrement
moins sombre. Si ce point mou n'est pas visible, on peut aussi le localiser en
tâtant avec le pouce le sommet de la tête, entre les deux yeux.
82
CHAPITRE 4 : Le traitement à bord et la conservation des prises
La personne chargée de tuer le poisson doit le maintenir en
position droite, en le serrant entre ses jambes. Elle doit faire
pénétrer la pointe aiguisée par le point mou et perforer le
cerveau selon un angle de 45˚. Le poisson est alors pris de
soubresauts, et sa mâchoire inférieure se détend au moment où
il meurt. Cependant, il est seulement décérébré.
Il faut aussi détruire la moelle épinière. La démédullation se
pratique à l'aide de la méthode Taniguchi, c'est-à-dire en
introduisant un mètre de ligne monofilament de 2 à 3,5 mm,
ou un câble en acier inoxydable (réutilisable), dans le trou
provoqué par la pointe aiguisée, et en l’enfonçant jusqu'à la
queue par le canal médullaire.
Le poisson se raidit, signe que les nerfs sont détruits. Le
monofilament doit rester dans le poisson et un bout de 2 cm
doit en dépasser pour que les acheteurs sachent que le poisson
a été tué à l'aide de la méthode Taniguchi, aussi appelée shime
shime au Japon.
Saigner le poisson
Pour préserver l'état de fraîcheur du poisson, il importe aussi de
bien le saigner avant de le réfrigérer. On peut saigner les
thonidés en sectionnant les vaisseaux sanguins situés sous le pli
des nageoires pectorales. On pratique de chaque côté du poisson,
une entaille d'environ 2 cm de profondeur, 6 cm (3 doigts)
derrière la nageoire pectorale, à l'aide d'un couteau à saigner.
On introduit ensuite un tuyau d'eau de mer dans une entaille
pratiquée dans la membrane des branchies afin d'évacuer le
sang. Il est également possible de saigner un thon en
pratiquant deux incisions de chaque côté de la région du cœur,
juste à l'avant de celui-ci, ce qui permet de sectionner les
artères qui irriguent les branchies. Un tuyau d'eau de mer
introduit dans la bouche permet au sang de s'écouler
entièrement. Si le poisson doit être ensuite réfrigéré dans de la
saumure glacée ou réfrigérée, il vaut mieux pratiquer deux
entailles dans la région du cœur car l'eau de mer risque de
pénétrer par les entailles latérales et d'altérer la qualité de la
chair, lorsque le poisson y sera immergé. Il faut de cinq à dix
minutes pour que le sang s'évacue.
On étourdit généralement les germons à l'aide d'un gourdin, et on les décérèbre à l'aide d'une pointe aiguisée, mais on ne leur
applique pas la méthode Taniguchi. On les saigne également, le plus souvent en pratiquant deux incisions sous le pli des
nageoires pectorales.
On étourdit les espadons à l'aide d'un gourdin s'ils sont vivants, bien que la plupart des spécimens soient morts lorsqu'ils sont
remontés à bord. Si un espadon est encore en vie, on le décérèbre, sans pratiquer la méthode Taniguchi, et on le saigne. La chair
de l'espadon se consomme essentiellement cuite.
En ce qui concerne les espèces secondaires, on les assomme généralement au moment de leur capture et, selon les espèces, on
les décérèbre et on les saigne, mais on ne leur applique pas la méthode Taniguchi.
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CHAPITRE 4 : Le traitement à bord et la conservation des prises
C. PARER LE THON DE QUALITÉ SASHIMI ET LE PRÉPARER POUR LA RÉFRIGÉRATION
Une fois qu’on a tué un thon destiné au sashimi à l'aide d'une pointe aiguisée et qu’on l’a saigné, il faut le parer et le préparer
pour la réfrigération. Inciser toute la partie située autour de la membrane branchiale et sectionner tous les points de fixation des
branchies à la tête. Pratiquer ensuite une incision autour de l'orifice anal. (On peut aussi entailler le ventre jusqu'à 1 cm de l'anus
et couper l'extrémité de l'intestin à hauteur de l'anus.)
Inciser les parties situées autour de la membrane branchiale
et de l'orifice anal.
On peut aussi entailler le ventre.
On peut maintenant retirer les branchies et les viscères en une seule fois à travers les opercules. Il faut laisser la vessie natatoire
et les gonades dans la cavité abdominale. Certains classificateurs souhaitent examiner les gonades afin de déterminer le sexe et
le stade de maturité sexuelle du poisson.
Débarrasser alors la paroi interne de la cavité de la tête de
tous les restes de chair et enlever le sang, les reins et les
membranes branchiales.
On doit se débarrasser des restes de sang et de viscères en frottant la base du crâne à l'aide d'une brosse en nylon et d'eau de
mer. Il n'est pas nécessaire d’en faire autant sur les parois internes de la cavité abdominale, et il ne faut jamais brosser la peau
d'un poisson.
Rincer ensuite la cavité abdominale et le corps du poisson
avec de l'eau de mer afin d'éliminer tout le sang et le mucus, et
réfrigérer immédiatement le poisson. Si on plonge le poisson
dans de la saumure glacée ou réfrigérée, il faut l’envelopper
dans une chaussette en gaze de coton pour protéger sa peau
contre tout frottement.
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CHAPITRE 4 : Le traitement à bord et la conservation des prises
D. PARER L'ESPADON ET LE PRÉPARER POUR LA RÉFRIGÉRATION
La préparation d’un espadon est tout à fait différente de celle d'un thon de qualité sashimi. On enlève la tête et toutes les
nageoires. On coupe la tête à l'aide d'une scie de boucher, à travers le deuxième opercule, selon un axe perpendiculaire au tronc.
Enlever toutes les nageoires et la queue (faire une entaille
derrière le pédoncule caudal) à l'aide d'un couteau ou d'une
scie de boucher.
Retirer à l'aide d'un couteau aiguisé les restes d'opercule et de
membrane de l'arc branchial.
Pratiquer une incision autour de l'orifice anal et faire une
autre entaille en direction de la tête mais sans traverser la
ceinture scapulaire.
Retirer ensuite les viscères, de préférence par la cavité
branchiale, et retirer les restes de chair et de membrane.
À l'aide d'un couteau, désolidariser les reins et les vaisseaux sanguins de la moelle épinière et enlever le sang en frottant à l'aide
d'une brosse et en rinçant abondamment cette partie. L’arête centrale blanche devrait apparaître le long de la moelle épinière. Se
débarrasser de tout le mucus en frottant la paroi interne de la cavité abdominale à l'aide d'une cuillère à soupe métallique ou d'un
grattoir, et rincer abondamment.
Se débarrasser de tous les parasites visibles. Envelopper le
tronc dans un sac en plastique avant de le réfrigérer.
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CHAPITRE 4 : Le traitement à bord et la conservation des prises
E. PARER LE GERMON, LE DÉCOUPER EN LONGES ET LE PRÉPARER
POUR LA CONGÉLATION
Dans certaines régions du Pacifique, le germon, qui représente la majorité des prises de thonidés, est ciblé par les pêcheurs. Il est
surtout destiné aux conserveries de la région auxquelles il est livré congelé. Il peut être congelé à bord ou débarqué réfrigéré, puis
congelé à terre avant d'être expédié vers les conserveries. Outre le germon, d'autres espèces peuvent être traitées de la sorte. Il
est possible d'apporter une valeur ajoutée à ces produits, grâce à la découpe de longes (essentiellement de germons) avant la
congélation. Cela peut se faire en mer, ou dans des installations prévues à cet effet à terre après le débarquement du poisson réfrigéré.
Germon entier
La préparation du germon destiné à être livré congelé aux
conserveries ne nécessite qu’une légère transformation. Sur
certains bateaux, on saigne le poisson en réalisant une entaille à
hauteur de l'encoche de la nageoire pectorale (chapitre 4 B). Sur
d'autres, on se contente d'enlever les deux lobes de la caudale, et
sur d'autres encore, on enlève les deux lobes de la caudale et les
nageoires pectorales. On coupe les nageoires afin de gagner de
la place dans le congélateur. À ce sujet, il vaut mieux demander
aux responsables des conserveries quelle est leur préférence.
Pour obtenir un produit de qualité supérieure qui se vendra au
meilleur prix sur les marchés du sashimi des États-Unis
d'Amérique et du Japon, il faut saigner le poisson avant de le
placer dans un tunnel de congélation à air pulsé ou à plaques.
Germon en longes
Dans la filière thon, l’expression "découpe en longes" est utilisée
dans deux contextes différents. À la conserverie, on appelle la
première partie de la transformation du thon "la découpe en
longes". Le poisson est cuit et la peau et les arêtes sont enlevées.
Ces longes cuites sont ensuite mises en conserve.
Le deuxième contexte, celui dans lequel cette expression est employée dans ce chapitre, est celui de la découpe de longes de poisson
frais ou non cuit. Les longes sont congelées en mer et vendues pour être cuites sous forme de steaks ou consommées en sashimi.
À cette fin, le bateau doit être équipé d’une salle de traitement et, si le poisson doit être exporté, les normes en vigueur sur les
différents marchés doivent être respectées (chapitre 5 A). La découpe à bord de longes de germon avant leur congélation
s’effectue comme suit.
Peu de temps après qu'il a été pêché, le poisson est saigné, étêté et éviscéré. Cette opération se déroule généralement sur le pont :
faire quatre entailles pour étêter le poisson au moyen d'un grand couteau dentelé (cette opération peut également se dérouler dans
la salle de traitement). Réaliser la première incision sous les nageoires pelviennes en direction de la tête, selon un angle de 45˚.
Faire ensuite une entaille dans le pli des pectorales et, enfin, utiliser le couteau comme un hachoir à partir du sommet de l’épine
dorsale, et détacher la tête en empoignant l'une des pectorales.
Le poisson étêté et éviscéré est ensuite envoyé vers la salle de transformation où il
est suspendu par la caudale à un crochet à l'aide d'une garcette. On utilise le même
grand couteau dentelé pour retirer les nageoires dorsales, les nageoires anales et les
filets abdominaux.
86
CHAPITRE 4 : Le traitement à bord et la conservation des prises
On se sert ensuite d’un couteau à fileter pour désolidariser longitudinalement les deux parties du filet, ventrale et dorsale, de
l’arête centrale. Il convient de veiller à ce que la lame passe aussi près que possible de l’arête centrale.
On insère un crochet à poisson dans la partie arrière du filet, juste à l'avant du pédoncule
caudal, le long de la ligne latérale. L'endroit où le crochet à poisson pénètre est important
car cet outil ne doit pas transpercer la chair comestible. On se sert ensuite du grand couteau
dentelé pour sectionner les arêtes intermusculaires, tout en tirant sur le crochet à poisson
pour détacher le filet de l'arête principale. Cette technique permet d’obtenir une découpe très
nette et d’éviter de laisser des morceaux de chair adhérer à l’arête centrale. On détache le
second filet de la même façon.
On pose alors les filets, côté peau vers le haut, sur une
table à découper pour poursuivre le reste de la
transformation. À l’aide d’un couteau à dépouiller, on
ôte la peau par bandes afin d'éviter de plier le filet.
On retourne le filet sur la table de découpe. Au moyen du couteau
à dépouiller, on sépare les deux longes et on les débarrasse des
arêtes intermusculaires et du muscle rouge sombre.
On retire également les arêtes thoraciques de la paroi interne de
la cavité abdominale et les restes de chair foncée. Le second filet
subit la même opération.
Ensuite, on lave les quatre longes et on les enveloppe
individuellement dans des sachets en plastique, elles sont alors
prêtes à être entreposées dans un congélateur à air pulsé.
NB : Le rendement de ce type de transformation avoisine les 50 pour cent, en moyenne (un poisson de 20 kg permettant
d'obtenir une dizaine de kilos de longes). Avant de découper ou non le poisson en longes, il est judicieux de faire une étude
du marché auquel le poisson est destiné. Si le prix payé par la conserverie pour un poisson entier congelé est égal au moins
à la moitié du prix offert sur les marchés de longes congelées, d'un point de vue économique, il n'est pas rationnel de découper
le poisson en longes. Par contre, si le prix proposé pour des longes congelées est sensiblement supérieur à deux fois le prix
payé pour des poissons entiers congelés, alors la découpe des longes en mer ajoute une valeur certaine au poisson.
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CHAPITRE 4 : Le traitement à bord et la conservation des prises
F. CONSERVER LE POISSON À BORD : LA MISE SOUS GLACE
Il y a trois principales méthodes de réfrigération ou de conservation du poisson frais à bord d'un palangrier : la mise sous glace;
l'immersion dans de la saumure glacée (un mélange d'eau de mer et de glace); et l’immersion dans de la saumure (mélange d'eau
de mer et d'eau douce) réfrigérée par un système mécanique. Le choix de la méthode de conservation dépend, dans une certaine
mesure, du palangrier. Si le bateau est équipé d'une seule grande cale à poisson, il faut recourir à la mise sous glace; s'il est doté
de plusieurs petites cales, on peut utiliser soit la réfrigération dans la saumure glacée, soit dans de la saumure réfrigérée.
La mise sous glace
La mise sous glace est la méthode de réfrigération la plus difficile et
celle qui nécessite le plus de compétences mais, si elle est faite
correctement, elle permet d'obtenir un produit de meilleure qualité.
Le poisson doit être littéralement enfoui dans la glace dès qu'il a été
nettoyé et paré. Le compartiment central de la cale sert généralement
à abaisser, dans un premier temps, la température interne du poisson
— c'est ce que l'on appelle la mise sous glace préalable. Sinon, le
poisson peut être immergé dans de la saumure glacée avant d'être mis
sous glace. Il faut plusieurs heures pour faire descendre la
température d'un gros poisson à 0 ˚C. Cette opération a lieu
d’ordinaire au cours de la nuit. Les compartiments sont généralement
faits de panneaux amovibles de sorte qu’on peut, au fur et à mesure
du remplissage de la cale, les partager en différentes sections.
Vue d'en haut d'une cale à poisson où les compartiments
sont séparés au moyen de panneaux amovibles
L'état de la glace peut influer sur la qualité du poisson. La
glace en paillettes et la glace en coquille tendent à former des
blocs au bout de quelques jours. Avant d'y enfouir le poisson,
il importe de briser la glace en petits morceaux. Les gros blocs
ou morceaux de glace peuvent marquer la peau du poisson et
provoquer des hématomes.
Il convient, dans un premier temps, de recouvrir le fond de la
cale d'une couche de glace molle de plusieurs centimètres
d'épaisseur. C'est ce qu'on appelle la couche de départ.
L'épaisseur de cette couche de départ dépend des conditions
d'isolation de la cale du navire et de la durée de la marée. Les
navires n'étant jamais identiques, l'expérience est la meilleure
conseillère dans ce cas. Les poissons sont disposés, longitudinalement, sur leur flanc, sur cette première couche, la tête
pointant généralement vers l'avant. À l'aide d'une pelle, on
recouvre le poisson de glace finement concassée.
Puis, on tourne les poissons, le dos vers le haut, le ventre vers
le bas. Les gros spécimens sont faciles à tourner. Il suffit pour
cela de les saisir par la queue à l'aide des deux mains et de les
placer dans cette position. Au cours de cette opération, une
partie de la glace glisse le long des flancs sous le poisson.
Cette glace va faire remonter le poisson au moment où on le
recouvrira de glace finement concassée.
88
CHAPITRE 4 : Le traitement à bord et la conservation des prises
Toutes les poches d'air doivent être comblées avec de la glace. Les poissons ne doivent ni se toucher ni toucher les parois de la
cale. Il faut prévoir entre chaque poisson une épaisseur de glace de 1 à 2 cm. Les têtes et les nageoires peuvent se toucher, mais
pas les troncs. Enfin, il faut recouvrir les poissons de 4 ou 5 cm de glace avant de disposer une autre couche de poisson.
D'ordinaire, on ne dépose qu'une ou deux couches de poisson durant la mise sous glace préalable.
Tandis que le poisson se refroidit, la glace fond, et des poches
d'air, appelées igloos, se forment autour de lui. Il faut les éliminer,
sinon le poisson risque de se réchauffer et éventuellement de
"bouger", d’où la perte d'écailles et l'apparition d'hématomes.
Il y a deux façons d'éliminer les igloos autour du poisson.
L'une consiste à les casser à l'aide d'un bâton en bois ou d'un
manche de pelle, et à remettre la glace autour du poisson; cette
méthode ne donne pas de trop bons résultats si les poissons ont
déjà été disposés en plusieurs couches.
Formation d'igloos autour du poisson
L'autre consiste à retirer le poisson du compartiment où il a été
enfoui initialement et à le placer dans un autre. Après cette
seconde mise sous glace, il n'est plus nécessaire de manipuler
le poisson parce qu'il ne se reformera plus de poche d'air. On
peut mettre les petits poissons sous glace en quatre ou cinq
couches, les gros en trois couches. Il faut placer les gros poissons
sur la couche inférieure, les plus petits au-dessus. On doit mettre
la même épaisseur de glace autour du poisson que pour la mise
sous glace préalable. Il faut s'abstenir de mettre des requins
sous glace dans le même compartiment que d'autres espèces,
surtout des thons de qualité sashimi.
Éliminer les igloos
Il faut vérifier l'état du poisson enfoui dans la glace au moins
une fois par jour, pomper et évacuer toute la glace fondue de
la cale et, le cas échéant, recouvrir la couche supérieure de
poissons d'une nouvelle couche de glace. Ni la tête ni aucune
partie du corps ne doivent émerger de la glace. Si c'est la
queue ou les nageoires, cela ne prête pas à conséquence.
Disposition du poisson en couches –– les gros dessous,
les petits dessus
Ajouter de la glace
89
CHAPITRE 4 : Le traitement à bord et la conservation des prises
G. CONSERVER LE POISSON À BORD : L’IMMERSION DANS DE LA SAUMURE GLACÉE
ET DANS DE LA SAUMURE RÉFRIGÉRÉE
Contrairement à la mise sous glace, la conservation du poisson dans de la saumure glacée (1/3 eau de mer et 2/3 glace) ou de la
saumure (1/5 eau de mer et 4/5 eau douce) réfrigérée par un système mécanique est facile et rapide. Une fois que l'on a nettoyé
et paré le poisson, qu'on l'a enveloppé dans une chaussette en gaze de coton ou dans un sac en plastique, on l'immerge simplement
dans la cuve remplie de saumure glacée ou réfrigérée.
La saumure glacée nécessite toutefois un peu de préparation. Avant que le
virage de la palangre ne commence, on mélange de la glace en paillettes à
de l'eau de mer dans une cuve. Lorsqu'elle atteint le point de congélation, la
glace forme des blocs que l'on doit casser. Il faut compter en moyenne deux
volumes de glace pour un volume d'eau de mer. La saumure doit avoir la
consistance du ciment humide. Le poisson conservé dans cette saumure
commence généralement par rester en suspension avant de couler lentement
et de trouver sa place au fond de la cuve. À mesure que l'on ajoute des
poissons et que la glace fond, il faut ajouter de la glace dans la saumure.
Lorsqu'on plonge le poisson dans une cuve équipée d'un système de
réfrigération de l'eau de mer, avec plaques ou serpentin réfrigérants, il faut
bien veiller à ce que le poisson ne s'abîme pas en touchant les parois ou le
fond de la cuve. Pour l'immerger doucement, on utilise généralement un long
bout — une ligne de bouée ou un avançon inutilisable font parfaitement
l'affaire. On le met en double et on glisse la queue dans la boucle mais sans
faire de nœud. On fait ensuite descendre doucement le poisson dans la cuve
jusqu'à ce qu'il s'immobilise. Il suffit ensuite de tirer sur une des extrémités
du bout pour le récupérer.
Sur certains navires, qui utilisent la saumure ou qui sont équipés de
systèmes de réfrigération de l'eau de mer, on suspend les poissons
verticalement en les attachant par la queue au moyen de garcettes.
D'autres navires sont équipés de compartiments cloisonnés, où les
déplacements des poissons sont réduits au minimum. Aucune autre
manipulation n'est nécessaire, une fois que les poissons sont placés
dans les cuves de réfrigération.
Les cuves contenant de la saumure glacée doivent toujours avoir
un peu de glace. Le mélange doit être suffisamment solide pour
éviter que les poissons ne bougent. La température avoisine 0˚
s'il y a de la glace dans le compartiment. Dans les systèmes de
réfrigération de l'eau de mer, il convient de contrôler la
température de façon régulière, à l'aide de thermomètres intégrés
ou de thermomètres manuels. Dans de telles cuves, la
température doit être maintenue entre –0,5 et –1 ˚C (la saumure
réfrigérée à l'aide de ce type de système est généralement
composée de 80 à 90% d'eau douce et de 20 à 10% d'eau de
mer). Un thermomètre manuel numérique à sonde est utile car il
permet de contrôler non seulement la température à l'intérieur de
ce type de cuve, mais aussi la température interne du poisson au
cours des opérations de débarquement et de traitement.
90
CHAPITRE 4 : Le traitement à bord et la conservation des prises
H. CONSERVER LE POISSON À BORD : LA CONGÉLATION
Le poisson, entier ou découpé en longes, doit être congelé dans une chambre de congélation à air pulsé ou à plaques, souvent
nommée tunnel de congélation. Certains bateaux disposent de cales frigorifiques distinctes où le poisson est entreposé après une
congélation préalable. Après un passage dans le tunnel, et une congélation à –35 ˚C, voire à des températures inférieures, le poisson
est placé dans des cales séparées à –18 ˚C ou à des températures inférieures. Pour le poisson destiné à la conserverie, –18 ˚C est
une température généralement suffisante mais, pour le poisson destiné aux marchés du sashimi, il faut une température plus basse.
Le poisson doit être maintenu à une température comprise entre –35˚ et –40 ˚C. Certains marchés japonais exigent que le sashimi
congelé soit conservé à des températures ultra basses, de l'ordre de –65 ˚C.
Une fois que le poisson ou
les longes sont prêts à être
congelés, ils sont placés sur
des plateaux ou des étagères
dans le tunnel de congélation. L'espacement des étagères est généralement
modulable en fonction de
l'épaisseur du poisson ou
des longes à congeler. Il ne
faut pas empiler les poissons
ou les longes dans le tunnel
de congélation.
Une autre méthode de congélation de
poissons entiers consiste à les
suspendre à des grilles pour qu'ils
puissent être congelés en position
verticale. Pour ce faire, on accroche
une garcette passée autour de la
caudale de chaque poisson à un
crochet à poisson, lui-même suspendu
à un rail. D'ordinaire, la grille
comporte plusieurs rails, d'où la
possibilité d'entreposer plusieurs
rangées de poisson. Les crochets à
poisson peuvent glisser sur le rail de
façon que les poissons puissent être
rangés à la file et bouger le moins
possible. Dans certains cas, on peut
prévoir deux rails, l'un situé au-dessus
de l'autre, pour tirer le plus grand parti
de l'espace de congélation.
Une fois les poissons ou les longes congelés, on les transfère dans une cale frigorifique
pour les y entreposer et les empiler, ou on les laisse dans le tunnel de congélation à air
pulsé. On range généralement les poissons entiers en rangées, en les plaçant alternativement la tête dirigée vers l'intérieur et vers l'extérieur. Une fois une rangée constituée,
dans le sens transversal ou
longitudinal du congélateur,
on commence la rangée suivante en utilisant la même
méthode d'alternance. Il est
préférable d'empiler des poissons dont la taille ou la forme
du corps sont semblables afin
d'utiliser au mieux l'espace
de stockage.
On peut empiler les longes
congelées suivant la même
méthode que celle employée
pour les poissons entiers, ou
on peut les emballer dans des
boîtes en carton paraffinées
afin de limiter les risques de
brûlures par le froid (perte
d'humidité). Il est alors facile
d'empiler les boîtes en rangées.
91
CHAPITRE 4 : Le traitement à bord et la conservation des prises
I. NETTOYER ET DÉSINFECTER
Pendant les opérations de pêche, le pont d'un palangrier doit
rester propre. Lors du nettoyage du poisson, il faut empêcher que
les résidus de sang, de viscères et de mucus ne s'accumulent ou ne
sèchent sur le pont, sur la moquette ou sur le tapis de mousse où
le poisson est généralement déposé, et les éliminer au jet d'eau.
Au fur et à mesure que le poisson est nettoyé, rejeter par-dessus
bord les têtes, nageoires et rostres. À la fin de chaque virage de la
palangre, il faut laver le pont et la moquette à grande eau (eau de
mer) et les récurer à l'aide de brosses à poils durs (sans utiliser de
produits chimiques). Il importe de nettoyer tous les outils utilisés
lors de la manipulation et du traitement, y compris les gants.
À la fin de la marée, après le dernier virage de la palangre,
il faut nettoyer et désinfecter le pont et tous les outils utilisés
pour la manipulation et le traitement du poisson à bord. À
cette fin, employer un détergent, de l'eau de mer en
abondance et des brosses bien dures ou des tampons à
récurer. Pour désinfecter, il faut employer un produit plus
fort qu'un simple détergent : l'eau de javel diluée avec de
l'eau donne de bons résultats. Il faut débarrasser le pont de
travail de tous les résidus de sang, de mucus, d'écailles et de
chair, ainsi que les ponts de passage. Ensuite, il faut
s'attaquer à toutes les surfaces à l'aide de ce mélange d'eau
javellisée. Enfin, il faut rincer à fond toutes les surfaces et
faire disparaître toute trace de produit chimique.
Une fois le navire arrivé à bon port et le poisson débarqué,
il faudra traiter, avec autant d'attention, la cale et les
panneaux des compartiments à poisson. Les moquettes et
tapis en mousse où les poissons ont été posés sont souvent
difficiles à nettoyer. Il faut les jeter s'il est impossible de les
désinfecter.
Si l'on se sert de cales frigorifiques pour conserver les
prises, il faut les nettoyer à fond après les avoir
débranchées, en particulier le tunnel à air pulsé, où du sang
et des liquides organiques peuvent avoir coulé du poisson
pendant la congélation.
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CHAPITRE 5 : Commercialisation des produits de la pêche
CHAPITRE 5
COMMERCIALISATION
DES PRODUITS
DE LA PÊCHE
A. Commercialisation et classification du poisson : généralités
B. Emballage du poisson frais destiné à l’exportation
C. Expédition et commercialisation du poisson destiné à l’exportation
D. Un palangrier : une entreprise à gérer
E. Charges fixes et compte armement
INTRODUCTION
Ce chapitre présente l’exploitation d’un bateau de pêche thonière à la palangre horizontale sous l’angle d’une activité commerciale.
Elle englobe notamment la commercialisation et la classification du poisson, opérations qu’il faut préparer avec soin si l’on veut
répondre aux besoins de marchés donnés et maximiser ses bénéfices. Le conditionnement du poisson destiné à l’exportation et
son expédition par fret aérien sont examinés en détail ci-après afin de permettre à ceux qui le souhaiteraient de se lancer dans
l’exportation. Ce chapitre aborde aussi l’exploitation d’un bateau sous l’angle de sa comptabilité des charges fixes et des charges
variables, ainsi que des méthodes de répartition des recettes tirées de la vente du poisson après déduction des frais, entre le patron
de pêche, le mécanicien, les hommes d’équipage et l’armateur.
93
CHAPITRE 5 : Commercialisation des produits de la pêche
A. COMMERCIALISATION ET CLASSIFICATION DU POISSON : GÉNÉRALITÉS
La manipulation et le traitement à terre du thon destiné aux marchés étrangers du sashimi sont tout aussi importants que la
manipulation et le traitement à bord. Il faut veiller à ne pas abîmer le poisson et à ne pas interrompre la chaîne du froid. Il faut
donc conserver le poisson frais réfrigéré à des températures variant entre 0˚ et 4,4 ˚C, non seulement à bord mais également lors
du débarquement, de la transformation, du conditionnement, du transport et de la commercialisation.
Les principaux marchés des thonidés frais de qualité sashimi, de l’espadon et du marlin rayé pêchés dans le Pacifique sont le
Japon, les États-Unis d'Amérique, Hawaï en particulier; la Corée, l’Australie et la Nouvelle-Zélande constituent de petits
marchés. Ces marchés diffèrent quelque peu quant à la façon dont le poisson importé doit être paré; ainsi, les acheteurs japonais
préfèrent recevoir le thon vidé et sans branchies, tandis que ceux de Hawaï préfèrent le thon étêté et éviscéré. Ils ont aussi des
préférences différentes pour telle ou telle espèce, dont il faut tenir compte dans l’élaboration d’une stratégie de commercialisation.
Le germon se vend à un prix intéressant aux conserveries, bien que son prix fluctue parfois selon la loi de l’offre et de la demande,
et il doit être congelé avant de leur être expédié. Les longes de germon congelées sont essentiellement commercialisées en Europe
et aux États-Unis d'Amérique, où elles sont ensuite transformées en steaks. Par ailleurs, il existe un marché en pleine expansion
aux États-Unis d'Amérique et au Japon pour le germon de qualité sashimi congelé à des températures ultra basses.
Les prises secondaires sont généralement vendues sur le marché local, bien que certaines espèces telles que le mahi-mahi et le
thazard-bâtard aient une valeur marchande intéressante sur certains marchés importateurs, à différentes périodes de l’année.
Exigences du marché
La plus grande partie du conditionnement du poisson frais réfrigéré destiné à l’exportation se déroule dans un atelier de
conditionnement ou une salle de transformation à terre. Ces installations, qui sont prévues pour traiter le poisson frais, doivent
avoir l’agrément du service d’hygiène, c’est-à-dire être aux normes du marché local et des marchés d’exportation auxquels le
poisson est destiné. Par exemple, si le poisson frais est exporté vers les États-Unis d'Amérique, les installations de
conditionnement doivent être régulièrement soumises à une inspection suivant le plan HACCP (analyse des risques et points de
contrôle critiques).
Le plan HACCP doit avoir établi tous les risques potentiels tout au long de la filière de transformation et du conditionnement du
poisson, surtout en ce qui touche à la qualité et à la température. À chacun des points de contrôle critiques, il faut vérifier sur un
échantillon aléatoire que la température ou d’autres risques recensés sont maîtrisés, et consigner ces observations dans un procèsverbal. Si le poisson est transformé à bord, découpé en longes, par exemple, l’exploitant doit appliquer un plan HACCP, effectuer
un contrôle de la qualité à chacun des points de contrôle critiques répertoriés, et consigner les résultats de son inspection.
L'Union européenne a ses propres normes en matière de commercialisation du poisson frais ou transformé. Elle exige de chaque
pays qui exporte du poisson vers ses pays membres qu’il soit doté d’une législation appropriée, d’une autorité compétente, telle
qu’un inspecteur du service d’hygiène, qui ait accès à des services de laboratoire pour réaliser des contrôles aléatoires sur le
poisson afin de s’assurer de son innocuité pour la consommation humaine. L'Union européenne soumet également les
installations de transformation à des règles sanitaires et d’hygiène. Celles-ci doivent avoir été homologuées par un inspecteur de
l'Union européenne pour que le poisson qui en sort puisse être exporté vers les marchés européens.
Il est recommandé aux entreprises de transformation du poisson qui
exportent vers les États-Unis d'Amérique ou les pays membres de l'Union
européenne de consulter les autorités compétentes (locales et celles des
pays importateurs) afin de s’assurer de leur conformité avec toutes les
normes régissant l’état du poisson et les installations de transformation.
Équipement nécessaire pour le conditionnement du poisson
frais destiné à l’exportation
Les installations de conditionnement ou de transformation du poisson
destiné à l’exportation doivent être équipées de plans de travail en acier
inoxydable, de couteaux, d’une scie à ruban, de crochets à poisson et de
bonnes balances, précises.
Les ouvriers doivent porter des gants en
caoutchouc jetables et des vêtements appropriés
(tablier, bottes en caoutchouc, masque et coiffe).
94
CHAPITRE 5 : Commercialisation des produits de la pêche
Il faut conditionner le poisson destiné à l’exportation dans des boîtes en carton étanches, agréées pour le transport aérien, dans
lesquelles on aura mis des sacs contenant du gel réfrigérant afin d’entretenir la chaîne du froid.
La classification du thon frais destiné au marché du sashimi
L’exportation de thon frais est une entreprise extrêmement complexe. La fraîcheur du
produit est le facteur le plus important, mais les pêcheurs et les sociétés de
transformation du poisson doivent également tenir compte de la catégorie du poisson,
des caractéristiques du marché et de ses tendances, ainsi que du coût de l’exportation.
Les acheteurs demandent des poissons fermes et frais, et refusent tout poisson à la
chair flasque.
L’exportateur, ou l’acheteur, pratique généralement une incision à hauteur de la
caudale, ou bien il en extrait un morceau, afin d’examiner la chair et classer le
poisson. Les prises secondaires ne sont pas classées comme les thonidés, mais les
acheteurs en examinent toutefois le muscle rouge (muscle de couleur plus sombre que
le reste de la chair) pour juger de l’état de fraîcheur du poisson. Le muscle rouge doit
être rose ou rouge foncé; si sa couleur tire sur le marron, le poisson n’est pas frais.
Le Japon et les États-Unis d'Amérique classent le thon destiné au sashimi de la même façon, mais attribuent aux catégories des
noms différents. Au Japon, on classe le thon dans l’ordre alphabétique : A correspondant à la qualité supérieure, D à la marchandise
rejetée, B et C à des niveaux de qualité intermédiaires. À Hawaï ou sur les marchés de la côte ouest des États-Unis d'Amérique,
la classification est numérique : 1 pour la qualité supérieure, 4
pour la marchandise rejetée; chaque chiffre est suivi d’un signe
+ ou – qui indique la présence ou l’absence de matières grasses.
La qualité supérieure est 1+. À Hawaï, la classification est
généralement plus stricte que sur le continent américain, et celle
du Japon est plus stricte encore que celle de Hawaï. Certains
exportateurs océaniens se contentent, en guise de classification,
d’indiquer sur leurs thons "oui" ou "non". Les poissons qui portent
le label "oui" sont exportés, ceux qui portent le label "non" sont
vendus sur le marché local. Ce type de classification a au moins
le mérite d’exister.
La taille des thons influe sur leur classification. Seuls les plus grands spécimens peuvent prétendre à la catégorie 1, c’est-à-dire
des thons jaunes avoisinant les 30 kg ou des thons obèses avoisinant les 40 kg (poids entier), mais ces critères peuvent varier en
fonction de la demande du marché. Des thons de grande taille, bien ventrus, ont plus de chances d’avoir une teneur en matières
grasses élevée et une plus forte proportion de chair. Toutefois, le facteur de classification le plus important est la couleur de la
chair, la chair rouge étant la plus prisée. On peut dire, grosso modo qu’une chair rouge est classée 1, une chair rose 2, une chair
pâle 3 et une chair dont la couleur tire sur le marron 4 (catégoric déterminant le rejet du poisson). Un reflet arc-en-ciel sur la chair
entraîne généralement le déclassement du poisson. Autres facteurs importants : la transparence de la chair et la visibilité de la
matière grasse. Les thons les mieux classés ont une chair brillante et claire, en particulier au niveau du filet abdominal, entrelardée
de couches visibles de matières grasses.
Le meilleur moyen pour les exportateurs de maximiser leurs bénéfices est de n’expédier que des thons frais qui ont été classés et
conditionnés correctement et de la catégorie que les acheteurs réclament. Généralement, on exporte seulement les catégories 1 et
2. Si le marché est bon et que l’offre est insuffisante, il arrive parfois que l’on exporte des poissons de la catégorie 3. Les thons
de qualité inférieure sont généralement vendus sur le marché local, congelés pour la conserverie, ou convertis en produits à valeur
ajoutée tels que des steaks.
Configuration d’une installation de conditionnement ou transformation
Il est extrêmement important d’établir le schéma des opérations pour configurer une installation de conditionnement ou de
transformation et garantir l’acheminement sans heurts du produit, depuis sa réception jusqu’à son départ de l’usine, emballé dans
des cartons. Il est recommandé que tous les poissons arrivent par une porte, soient traités sans nécessiter de doubles manipulations
ni de retours en arrière, et quittent l’installation en bout de chaîne par une porte différente. Quand ce n'est pas possible et que le
poisson doit entrer et sortir par la même porte, il faut prévoir un cheminement continu en U.
Arrivée
du poisson
Arrivée
du poisson
Sortie
du poisson conditionné
Sortie du poisson
conditionné
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CHAPITRE 5 : Commercialisation des produits de la pêche
B. EMBALLAGE DU POISSON FRAIS DESTINÉ À L’EXPORTATION
Le poisson ne doit pas être manipulé en pleine chaleur. Le débarquement et le conditionnement doivent avoir lieu le matin ou le
soir, lorsqu’il fait plus frais. Le poisson frais réfrigéré qui ne sera pas exporté doit être à nouveau mis sous glace ou conservé dans
une chambre froide, jusqu’au moment où il sera vendu ou transformé. Le poisson qui doit être exporté doit être transformé dès
le moment où il est débarqué. Le poisson et les boîtes en carton contenant le poisson ne doivent pas être exposés au soleil et
doivent être tenus loin de sources de chaleur. Il ne faut pas non plus les laisser tomber par terre ou les lancer.
Les prises des palangriers sont souvent déchargées directement devant une
installation de conditionnement ou de transformation. On place alors les
poissons dans des bacs isothermes transportables, remplis de glace ou de
saumure glacée, afin de les maintenir à la bonne température. On transporte
ensuite ces bacs dans l’atelier de conditionnement au moyen d’un chariot
élévateur. Cependant, si on doit transporter
le poisson du quai à l’usine par camion, ce
doit être dans un camion frigorifique, dans
un conteneur dont le plancher est recouvert
de glace, ou dans des bacs isothermes
transportables contenant de la glace ou de la
saumure glacée.
Une fois le poisson arrivé dans la salle de conditionnement, il faut fermer les portes pour empêcher les insectes d’entrer et maintenir
une température de travail fraîche. On pose chaque poisson, l’un après l’autre, sur le plan de travail, on retire la chaussette en gaze de
coton qui l’entoure, on le rince à l’eau douce et réfrigérée (0 ˚C). On peut refroidir l’eau utilisée pour rincer le poisson de plusieurs
manières. On peut monter un serpentin en cuivre devant le système d'air froid pulsé, ou encore disposer un tuyau de cuivre dans un
bac isotherme contenant de la saumure glacée. L’eau se refroidit lorsqu’elle passe dans le tuyau de cuivre.
Ensuite, on classe le poisson, on le pèse et on inscrit son poids
sur une feuille de papier que l’on place sur l’opercule, le flanc du
poisson ou à l’intérieur de la cavité abdominale préalablement
incisée. Le poisson destiné à l’exportation est ensuite prêt à être
emballé dans des boîtes en carton. Généralement, on dispose
dans un même carton des individus de la même espèce, chacun
pouvant contenir jusqu’à quatre pièces, selon leur taille et leur
poids. Il arrive qu’un carton ne contienne qu’un seul poisson de
grande taille dont il a fallu couper la queue pour l’y faire entrer.
On emballe les poissons avec la cavité abdominale vers le haut.
On place des sacs de gel réfrigérant à l’intérieur du carton pour y
maintenir une température basse, à raison d'un sac (1 kg de gel)
pour 10 à 20 kg de poisson. Dans le cas de grands spécimens, on
place au moins un sac de gel réfrigérant à l’intérieur de la cavité
branchiale ou abdominale.
On ferme ensuite hermétiquement chaque boîte, tout d’abord en fermant et en scellant l’enveloppe isotherme ou en plastique
située à l’intérieur, puis les rabats du carton. Pour empêcher le couvercle de bouger, on cercle le carton ou on le ferme à l’aide
d’un ruban adhésif. On pèse ensuite chaque carton, et on y marque clairement le nom de l’expéditeur, celui du destinataire, l’espèce
et le poids de chaque poisson, ainsi que le poids total du carton et le numéro qu’on lui a attribué, aux fins de références futures.
Les cartons bien fermés sont ensuite entreposés dans une chambre froide, soit un par un, soit par palette, ou ils sont chargés
directement dans un camion frigorifique ou dans un conteneur de fret aérien, prêt à partir à l’aéroport.
96
CHAPITRE 5 : Commercialisation des produits de la pêche
C. EXPÉDITION ET COMMERCIALISATION DU POISSON DESTINÉ À L’EXPORTATION
Les exportateurs doivent rester en contact étroit avec les acheteurs ou les courtiers pour connaître l’évolution des marchés importateurs.
S’il y a un excédent de thon jaune au Japon en avril, par exemple, il vaut peut-être mieux ce mois-là expédier le thon jaune vers
les États-Unis d'Amérique. Les exportateurs doivent connaître les préférences des acheteurs sur chaque marché. Le marché de
Honjo, à Osaka, par exemple, préfère le thon jaune au thon obèse, tandis que le marché Tsukiji, à Tokyo, préfère le thon obèse
au thon jaune. Le marché du thon de qualité sashimi a également un caractère saisonnier très marqué. Par exemple, les périodes
précédant immédiatement Noël et le Nouvel an sont les meilleurs moments pour exporter du thon de qualité sashimi, les mois de
juin et juillet étant les moins indiqués.
Une fois tous les poissons transformés et conditionnés, on connaît le détail exact de chaque cargaison. On réserve généralement
à l’avance l’espace alloué au fret aérien, de façon à être sûr que le poisson sera exporté dans les délais voulus. Certains pays exigent
que des agents du service des pêches ou de l’Administration des douanes assistent aux opérations de traitement et de
conditionnement, afin de vérifier le produit et la qualité du produit. Il faut remplir toutes les déclarations douanières et les formulaires
destinés au service des pêches.
Il faut transporter les cartons de poisson à l’aéroport dans un
camion frigorifique, si possible juste avant l’embarquement de
la cargaison ou, s’il est possible de les stocker dans un endroit
réfrigéré à l’aéroport, amener et entreposer la cargaison plus
tôt. On peut aussi retirer les cartons de poissons de la chambre
froide et les empiler dans un conteneur standard pour le fret
aérien, de type LD3 (qui contient approximativement une
tonne de marchandises). Ces conteneurs seront ensuite
acheminés par camion vers les hangars de fret de l’aéroport.
Les cartons peuvent aussi être chargés dans un conteneur de
fret aérien à l’aéroport.
La dernière formalité consiste à établir une lettre de transport
aérien pour chaque expédition. Ce document contient tous les
renseignements concernant l’importateur, l’exportateur, le
nombre de cartons, le poids brut de chaque carton et l’itinéraire
de l’expédition. On informe alors l’agent de l’importateur que la cargaison a été envoyée et on lui envoie tous les documents
nécessaires par télécopie pour faire en sorte que le poisson soit rapidement dédouané et soit livré sur le marché dans les meilleurs
délais et dans le meilleur état.
Quelques astuces pour l’exportation et le paiement
La disponibilité, à un coût abordable, d’espaces réservés au fret aérien est probablement le facteur le plus déterminant pour
décider de se lancer ou non dans l’aventure de l’exportation de thon frais. Les États et territoires qui ont un secteur touristique
bien développé ont de bonnes liaisons aériennes vers les marchés du sashimi, car ils ont des vols réguliers vers le Japon et les
États-Unis d'Amérique. Le coût du fret aérien est la plus importante composante des frais de commercialisation dans une opération
d’exportation de poisson frais. Si les frais de commercialisation afférents à l’exportation de poisson représentent 50 pour cent ou
plus de la valeur de la marchandise, il vaut mieux renoncer à exporter le poisson. On en tirera un meilleur prix en le vendant sur
le marché local.
Les professionnels de la pêche à la palangre ayant leur port d’attache dans un État/territoire qui a peu de liaisons aériennes avec
l’étranger auront du mal à se faire une place sur le marché du thon de qualité sashimi. Les pêcheries qui doivent affréter des
avions pour transporter leur poisson vers les marchés étrangers rencontreront aussi des difficultés. La charge marchande minimale
d’un avion affrété est de l’ordre de 15 à 17 tonnes.
Les transitaires peuvent aussi être utiles aux exportateurs de poisson. Ils peuvent préparer les documents, faire dédouaner la
marchandise et payer à l’avance les droits liés à l’expédition du poisson. Ils peuvent aussi obtenir des compagnies aériennes des
tarifs très concurrentiels en faisant des expéditions groupées. Chaque exportation de poisson implique l’établissement de nombreux
documents, notamment une lettre de transport aérien, une facture pro forma, un bordereau d’expédition, un certificat d’origine et
des attestations de conformité avec les principes HACCP.
La plupart des transactions commerciales avec l’étranger qui concernent des produits de la mer se font au moyen de virements
télégraphiques sur des comptes ouverts ou de lettres de crédit, ces dernières étant un mode de paiement moins commode.
Les exportateurs doivent toujours disposer de fonds d’exploitation suffisants pour s’assurer que la transaction suit son cours en
attendant que l’argent rentre. Les conditions de paiement de l’acheteur du poisson peuvent fixer l’échéance à trente jours, tandis
que celle du transitaire sera à sept jours. Si le poisson est expédié en CAF (coût, assurance et fret), le paiement du fret aérien
incombe à l’exportateur. Si, au contraire, le poisson est envoyé en FAB (franco à bord), il revient à l’acheteur.
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CHAPITRE 5 : Commercialisation des produits de la pêche
D. UN PALANGRIER : UNE ENTREPRISE A GÉRER
Principes généraux
Un navire de pêche à la palangre commercial peut faire partie d'une flottille appartenant à une société de pêche, ou être géré comme
une entreprise indépendante, exploité par un patron de pêche à la fois armateur et exploitant travaillant à son compte, étant entendu
qu’entre ces deux extrêmes, il existe quelques variantes. Ce chapitre traite des structures artisanales, telles que l'entreprise exploitant
un seul bateau de pêche, ou les bateaux appartenant à un armateur-exploitant, mais il n’intéresse pas les grandes flottilles, qui se gèrent
d’une tout autre manière.
Globalement, deux entités composent l'entreprise de pêche commerciale : l'armement (le bateau) et l'équipage. Ces éléments tendent
tous deux vers le même but, à savoir prendre du poisson et gagner de l'argent. Pour atteindre ce but, les acteurs doivent limiter les frais
tout en essayant d'accroître le chiffre d'affaires. Un moyen d’y parvenir consiste à répartir les recettes entre les hommes d'équipage en
fonction du nombre de parts détenues. Dans ce cas de figure, le risque et le résultat net sont partagés entre tous, l'intéressement aux
résultats constituant une incitation pour tous à bien travailler.
Dans un système de rémunération à la part, les opérations concernant l'armement doivent toujours être maintenues séparées des
opérations concernant l'équipage. Cette règle vaut également pour les sociétés se résumant à un seul bateau. En ce sens, un bateau de
pêche constitue un type d'entreprise unique en son genre car, en vertu du principe cité précédemment, il faut en permanence tenir deux
livres comptables et deux comptes : l’un pour l’armement, l’autre pour l'équipage. Il importe que les deux comptes ne soient pas
mélangés et que l’argent ne passe pas d’un compte à l’autre. L'armement, c'est-à-dire la société de pêche, englobe l'armateur, le bateau,
ainsi que tout le matériel et les engins de pêche, tandis que l'entité équipage comprend le capitaine, le mécanicien et les matelots.
Lorsque le propriétaire est lui-même exploitant, le capitaine appartient aux deux entités, mais doit toujours respecter la séparation entre
les deux comptes.
La raison de tenir deux comptes pour une entreprise de pêche est qu'il existe deux séries de charges, ou frais, qui sont bien
distinctes. On parle généralement de frais d'exploitation ou de fonctionnement, d'une part, et de charges fixes, de l'autre. Les
frais d'exploitation sont souvent appelés frais communs. Il s'agit des frais occasionnés par la gestion de l'entreprise de pêche,
répartis entre l’armement et l'équipage selon des modalités définies à l'avance. Les charges fixes, par contre, ne sont imputables
qu'à l'armement. Ce sont des frais qu'assume la société et qui ne sont pas partagés par l'équipage. Autre différence entre ces deux
types de charges : les frais d'exploitation sont en général imputés à la fin de chaque sortie de pêche, alors que les charges fixes
ont une périodicité mensuelle, trimestrielle ou annuelle. Du point de vue de l'équipage, chaque marée constitue une opération
commerciale distincte, avec un début et une fin bien précis, tandis que les opérations liées à l'armement sont permanentes, et
s'étalent sur toute la durée de vie de la société de pêche.
Avant de prendre la mer, l'armement et l'équipage passent un contrat. Le premier (l'entreprise) accepte de risquer son capital (bateau
et matériel), ainsi qu'une certaine somme initiale (crédit), afin de couvrir les frais de fonctionnement, tandis que les hommes d'équipage
acceptent de risquer leur temps, leur travail, voire leur vie. Les deux parties tendent vers le même résultat final : capturer du poisson
et gagner de l'argent. Elles conviennent également qu'avant de pouvoir dégager un bénéfice, elles doivent couvrir les frais d'exploitation.
Pour certaines sociétés, celles qui exportent leurs prises, les frais de commercialisation du poisson sont considérés comme une charge
d'exploitation et sont à ce titre partagés entre l'armement et l'équipage. Ce n'est qu'à partir du moment où le seuil de rentabilité est
atteint lors d'une marée que l'entreprise fait des bénéfices qui pourront être répartis. Ce système présente malheureusement un
inconvénient, à savoir que c'est le marché qui fixe le prix du poisson, et ce, indépendamment du coût de production ou de
commercialisation de celui-ci. Le résultat des efforts des pêcheurs risque donc de ne pas être suffisant pour couvrir les frais encourus.
Dans ce cas, l'armement et l'équipage ne gagnent rien.
Frais d'exploitation et rémunération de l'équipage : exemple
Prenons le cas d'un palangrier devant effectuer une marée d'une durée de deux à trois semaines. Avant le départ, on change l'huile
du moteur et on fait le plein de carburant. On achète également une réserve d'huile moteur. Les dépenses de carburant (diesel et
huile moteur) s’élèvent à 10 000 euros. Le carburant et l'huile ont été achetés à crédit auprès du distributeur local et portés au
compte de l'armement. L'entreprise achète également à crédit des appâts et de la glace auprès d'une unité locale de transformation,
pour une valeur de 4 000 euros en appâts et de 2 000 euros en glace. En outre, du matériel de pêche de remplacement d'une valeur
de 500 euros est embarqué; reliquat de la sortie précédente, il avait lui aussi été acheté à crédit dans un magasin local d’articles
de pêche. L'entreprise achète aussi un certain nombre de fournitures consommables, telles que filtres à carburant et à huile,
ampoules, ruban adhésif, gants, bombes de lubrifiant, produits de nettoyage, etc., se montant à 500 euros. Enfin, l'entreprise
dépense 1 000 euros en vivres pour l'équipage. Les charges d'exploitation pour cette sortie s’élèvent donc au total à 18 000 euros
(cf. tableau 5). Par conséquent, l’opération de pêche devra rapporter 18 000 euros de recettes, hors frais de commercialisation,
pour atteindre le seuil de rentabilité.
Avant de prendre la mer, l'armement et l'équipage s'accordent sur un mode de répartition des recettes produites par la marée. Ils
conviennent qu'une fois le poisson vendu, il faudra d'abord payer les frais d'exploitation; ensuite, le solde éventuel sera partagé
à parts égales entre l'armement et l'équipage, selon une répartition 50/50. Sur certains bateaux, la répartition est de 60/40, ou se
fonde sur un autre arrangement (voir ci-après).
98
CHAPITRE 5 : Commercialisation des produits de la pêche
Les hommes d'équipage fixent aussi les modalités de partage de la somme qui leur sera versée. Ils décident de diviser cette somme
en parts. Le capitaine recevra deux parts, le mécanicien une part et demie, les deux matelots confirmés une part chacun, et le
novice une demi-part, ce qui fait un total de six parts équipage.
Au cours des quinze jours que dure la marée, la palangre est filée et virée dix fois. Au total, 12 tonnes de poisson commercialisable
sont capturées — quelques thons obèses et thons jaunes qui partiront vers les marchés du sashimi, du germon destiné aux
conserveries, et quelques prises secondaires qui seront vendues sur le marché local. Le prix moyen calculé sur la base du total
des ventes s'élève à 6 euros le kilo. Les recettes brutes résultant de la vente de la totalité des prises se montent donc à 72 000
euros. Les frais de commercialisation, comprenant les frais de transport, de transformation, de fret aérien pour le poisson frais,
de fret par voie de surface pour le poisson congelé destiné aux conserveries, les droits d'exportation et d'importation, ainsi que
les commissions versées aux agents, s’élèvent au total à 22 000 euros, ce qui donne un solde de 50 000 euros. Après déduction
de tous les frais d'exploitation, il reste un résultat net de 32 000 euros, qui est divisé à parts égales entre l'armement et l'équipage,
soit 16 000 euros chacun (cf. tableau 5).
La part versée à l'équipage est divisée en six parts égales de 2 666,67 euros (c'est-à-dire 16 000/6 parts). Le capitaine reçoit deux
parts, soit 5 333,33 euros. Le mécanicien, lui, reçoit une part et demie, soit 4 000 euros. Chaque matelot confirmé reçoit une part,
c'est-à-dire 2 666,67 euros, tandis que le novice se voit attribuer une demi-part, d’une valeur de 1 333,33 euros (cf. tableau 5).
Le compte Équipage est donc soldé et le rapprochement pour cette marée terminé. Dans ce type de configuration, les membres
de l'équipage s'apparentent à des travailleurs indépendants et ne sont pas des salariés de l'entreprise de pêche. C’est donc à eux
de prévoir la somme qu'ils devront déclarer au titre de l'impôt sur le revenu, mais il est vrai que les dispositions fiscales varient
selon les pays.
Tableau 5 : État de rapprochement des frais d'exploitation et de commercialisation et des rémunérations versées à
l'équipage en fonction du nombre de parts
Poste
Montant (en
Frais d’exploitation
Carburant et huile
Appâts
Glace
Engin de pêche
Consommables
Vivres
Total
Résultat brut
12 000 kg au prix moyen de 6,00
10 000,00
4 000,00
2 000,00
500,00
500,00
1 000,00
18 000,00
/kg
72 000,00
Résultat net
Résultat brut
Minoré des frais de commercialisation
Solde
Minoré des frais d'exploitation
Solde net
50% net pour l'armement
50% net pour l'équipage
72 000,00
22 000,00
50 000,00
18 000,00
32 000,00
16 000,00
16 000,00
Répartition des parts équipage
Total de 16 000 , divisé en six parts égales de 2 666,67
Capitaine – 2 parts
Mécanicien – 1,5 part
Matelot – 1 part
Matelot – 1 part
Novice – 0,5 part
Total parts
5 333,33
4 000,00
2 666,67
2 666,67
1 333,33
16 000,00
)
NB : Généralement, l'état de
rapprochement est bien plus
détaillé que l'exemple cidessus. Y sont précisés le
nom du bateau, le nom des
hommes d'équipage, ainsi
que le détail des frais d'exploitation et les coordonnées
des fournisseurs. Souvent,
les données relatives aux
ventes de poisson sont
reprises, elles aussi, en détail
dans ce tableau récapitulatif.
Il s'agit du poids et du prix
de chaque poisson, du nom
de l'acheteur et de l'état du
poisson qui a déterminé le
prix payé. L'armement et le
capitaine reçoivent tous
deux un exemplaire de cet
état de rapprochement.
99
CHAPITRE 5 : Commercialisation des produits de la pêche
E. CHARGES FIXES ET COMPTE ARMEMENT
Dans l'exemple précédent, la part armement du résultat net, qui représente 16 000 euros, a été versée directement au compte de
la société. C'est à partir de ce compte que cette dernière doit payer toutes les charges fixes. Celles-ci comprennent les
remboursements mensuels (capital et intérêts) de l'emprunt contracté pour l'achat du bateau (ou la location mensuelle, si le bateau
est affrété); l'assurance coque, moteur et engins de pêche, les taxes, les droits de pêche, les droits de quai, la provision pour
dépréciation et, enfin, le cas échéant, tous les frais de gestion. L'armateur (propriétaire), qu'il soit exploitant ou non, facture
parfois à la société le temps passé à terre à la préparation de la campagne de pêche et de la vente du produit de la pêche. Il peut
avoir un petit bureau, équipé d'un téléphone et d'un télécopieur, et même une secrétaire. Le salaire de l'armateur, les frais de
téléphone et de télécopieur, le loyer du bureau, le salaire de la secrétaire, tous ces éléments font partie des frais de gestion.
La plupart de ces charges fixes sont payées suivant une périodicité mensuelle, trimestrielle ou annuelle; elles sont donc couvertes
par plus d'une marée. Un bateau sort deux, voire trois fois par mois. Les résultats de chaque marée contribuent donc en partie à
couvrir les charges fixes du mois en question. Une fois toutes les charges payées, les sommes restantes constituent le bénéfice de
la société. Contrairement à la comptabilité qui doit être faite pour chaque marée, la comptabilité relative à l’armement est continue.
À la fin de l'exercice, il est fait un rapprochement des écritures avec les données relatives à la banque et autres créditeurs, aux
investisseurs et au fisc. Sauf lorsque l’exploitant est aussi l’armateur (propriétaire embarqué), les membres d'équipage ne sont en
général pas informés de la gestion commerciale ni de la comptabilité du bateau.
À plus ou moins brève échéance, le bateau devra être remplacé. Une somme est donc prélevée pendant une période donnée, en
général dix ans, sur les bénéfices de la société afin de couvrir le vieillissement du bateau et du matériel (provision pour dépréciation
du matériel). À la fin de la vie utile du bateau, l'entreprise a normalement accumulé une somme assez importante pour pouvoir
acheter un nouveau navire. Parfois, cette provision n'est rien de plus que l'imputation d'une somme théorique dans les livres à des
fins comptables et fiscales, sans versement effectif sur un compte; cela revient alors à une dotation aux amortissements. En
d'autres termes, le montant de la dépréciation est déduit du compte de résultat, puis rajouté. À chaque opération de ce type, la
valeur assurée du bateau se trouve minorée, ainsi que l'assiette fiscale.
L'entreprise peut, en outre, décider de mettre de côté un certain pourcentage de la part qui lui revient pour alimenter une provision
pour gros entretien. Les bateaux ont en effet parfois des pannes qui sortent du champ de l'entretien courant. Il peut par exemple s'avérer
nécessaire de remplacer le moteur principal, opération qui peut coûter plusieurs milliers d'euros et n'est pas forcément
intégralement couverte par le contrat d'assurance maritime. Il est prudent pour une société de disposer d'une réserve lui permettant
de parer aux imprévus. Pour un palangrier de taille moyenne, cette provision doit être au minimum de l'ordre du coût de
remplacement ou de remise en état du moteur principal. Certains armateurs estiment qu'il s'agit d'un coût partagé et prélèvent,
par conséquent, un à deux pour cent du produit de chaque marée, avant déduction des frais d'exploitation. Cette somme est
imputée à un compte spécial pour gros entretien, distinct du compte principal de la société.
Avantages du système de rémunération à la part
La gestion d'un bateau de pêche sur la base du système de rémunération à la part (cf. section D ci-dessus) comporte plusieurs
avantages. Tout d'abord, toutes les parties œuvrent pour un but commun : capturer du poisson et gagner de l'argent. Dans les
métiers de la pêche, il n'y a ni horaires, ni rémunération stable. Pas de poisson, pas d'argent : voilà la règle. Inversement, plus les
prises sont importantes, plus on ramène d’argent à la maison.
De par sa nature, ce système encourage donc l'équipage à capturer le plus de poissons possible, dans le délai le plus court, en
réduisant au minimum les dépenses et l’usure du bateau. Les marins-pêcheurs ne sont pas uniquement incités à prendre de
grandes quantités de poissons : la qualité et l'état de conservation de ces derniers sont tout aussi importants, car ils conditionneront
leur prix de vente sur le marché. L'équipage a donc tout intérêt à manipuler le poisson avec le plus grand soin s'il est payé en
fonction du prix de vente du produit de la pêche.
Le système incite également les hommes d'équipage à ménager les fournitures, puisqu'ils en partagent le coût. Ils sont ainsi moins
enclins à gaspiller le carburant, la glace, les appâts, les gants, les engins de pêche, les pièces de rechange, etc., s'ils doivent en
assumer les frais de remplacement. Il est également dans leur intérêt de maintenir le bateau en excellent état. Avec un bateau bien
entretenu, ils ont plus de chances de réaliser de grosses prises et, donc, de faire plus de bénéfices, qu’avec une embarcation négligée.
Le bateau pourra passer plus de temps en mer, tombera moins souvent en panne et restera à quai moins longtemps.
À l'opposé, les entreprises de pêche à la palangre qui versent à l'équipage des salaires fixes ou les rémunèrent en fonction de l'effort
de pêche ou du poids de poisson pêché, connaissent souvent des difficultés, puisque l'équipage n’est guère incité à donner le
meilleur de lui-même. Pour les grandes pêcheries industrielles, telles que les flottilles de senneurs ciblant le thon pour les
conserveries, ce système de rémunération de l'équipage en fonction du poids des captures est un choix viable. En effet, le prix du
poisson est fixé par les conserveries, abstraction faite des quantités de poissons qui seront rejetées, et il ne varie pas beaucoup
sur le court terme. Un senneur peut aisément estimer le montant de son chiffre d'affaires d’après le volume de poissons contenu
dans ses cales. Quant aux palangriers ciblant le germon pour les conserveries, les conditions sont les mêmes, c'est-à-dire que les
prix ne fluctuent que légèrement sur le court terme.
100
CHAPITRE 5 : Commercialisation des produits de la pêche
Par contre, la situation est bien différente pour les palangriers ciblant le thon de qualité sashimi. À chaque spécimen capturé correspond
un prix particulier, qui dépend d'un certain nombre de paramètres dont la demande, la saison, la taille, la teneur en graisse, l'aspect
général et la couleur et la qualité de la chair, pour ne citer que ceux-là. La façon dont le poisson a été manipulé influe directement sur
l'aspect de ce dernier, ainsi que sur la qualité et la couleur de sa chair. Au Japon, il peut y avoir une différence de plusieurs dollars
(centaines de yen) au kilo entre deux poissons vendus lors de la même criée.
Une tonne de thon obèse manipulé sans précaution vaut moins cher qu'une tonne de thon obèse de première qualité. Si l'équipage
est rémunéré au poids des captures, la tonne de poisson manipulé avec négligence lui rapportera autant que la tonne de poisson
de qualité supérieure. Dans ce cas, c'est l'entreprise qui sera perdante. Si les hommes d'équipage reçoivent un salaire qui est fonction
du temps passé ou de l'effort de pêche, peu leur importe s'ils capturent du poisson ou non, puisque leur salaire leur sera versé quoi
qu'il arrive. En fait, leur travail sera plus facile s'ils ne prennent pas de poisson du tout. Si les armements industriels détenus par
l'État font généralement faillite, c'est parce que les membres d’équipage sont assimilés à des fonctionnaires (et sont habitués à
des horaires de bureau).
Un certain nombre d'entreprises exploitant des palangriers en Océanie ont appliqué avec succès une solution intermédiaire associant
salaires et primes incitatives. Ces pêcheries proposent en général un salaire de base auquel s’ajoute une prime calculée en fonction
du chiffre d'affaires. Les membres d’équipage apprécient ce type d’arrangement, car ils sont assurés qu’ils recevront quelque
chose à la fin de la marée. Le risque assumé par l'équipage est moindre, mais ils profitent moins de l’aubaine lorsque la pêche a
été bonne et que les prix augmentent sous l'effet de la demande. Cela dit, ils ne rentrent jamais les poches vides.
Dans ce genre de système, l'équipage est incité à manipuler le poisson avec égards, puisque du prix obtenu dépendra leur prime.
Certaines entreprises traitent le salaire de base des hommes d'équipage comme une charge d'exploitation, qu’elles imputent dans
le même poste de dépenses que le carburant, la glace, les appâts, etc. À l’évidence, une entreprise de pêche à la palangre peut
redistribuer les recettes de nombreuses façons, mais la méthode de rémunération à la part apparaît comme la plus simple et
comme celle donnant les meilleurs résultats; c'est d'ailleurs la plus répandue dans le monde entier.
Fonds de roulement
Une erreur fréquente que commettent des entreprises qui se créent consiste à penser que tout se passera comme elles l’ont décrit
dans le projet soumis à la banque. Il est arrivé que des entreprises exportatrices ne reçoivent rien d'autre que la facture du
transporteur aérien en contrepartie d'une expédition de poisson. Afin de parer à toute éventualité, la société de pêche à la palangre
exportatrice doit s'assurer qu'elle dispose de fonds de roulement suffisants pour lui permettre de financer au moins deux ou trois
campagnes et deux ou trois expéditions vers des marchés étrangers.
101
CHAPITRE 6 : Pour une pêche responsable
CHAPITRE 6
POUR UNE PÊCHE RESPONSABLE
A. Débris marins et engins de pêche perdus ou abandonnés
B. Les prises accessoires de la pêche thonière à la palangre
C. Comment relâcher des tortues prises à la palangre ?
D. Éviter la capture d’oiseaux marins et la perte d’appâts
E. Dégâts dus aux cétacés à dents
F. Enregistrement des données concernant les prises et l’effort
G. Enregistrement et notification des espèces marquées
H. Observateurs et échantillonneurs au port
INTRODUCTION
Le présent chapitre décrit les divers domaines où les pêcheurs peuvent et doivent faire preuve d’un esprit responsable, en particulier
à l’égard de l’environnement et de l’enregistrement des espèces non ciblées avant leur remise à l’eau. On y traite du problème
des débris marins et des engins de pêche perdus ou abandonnés, en mettant l’accent sur la détérioration du milieu marin que peuvent
causer les objets en plastique et les déchets huileux, ainsi que les nuisances qu’ils représentent pour la faune marine, en particulier
les espèces menacées ou protégées. La question des prises accessoires y est examinée, et des propositions sont faites pour réduire
les risques auxquels on expose des espèces non ciblées ou protégées. On y apprend comment manipuler une tortue marine capturée
accidentellement et comment limiter la perte d’appâts attrapés par des oiseaux de mer. L’importance d’enregistrer toutes les données
de prises et d’effort et de coopérer avec les observateurs et les échantillonneurs au port qui recueillent ces données sur la pêche
à la palangre est également soulignée.
103
CHAPITRE 6 : Pour une pêche responsable
A. DÉBRIS MARINS ET ENGINS DE PÊCHE PERDUS OU ABANDONNÉS
Les débris marins posent un problème qui concerne tout le monde, tandis que la perte ou l’abandon d’engins de pêche est un problème
plus spécifique, imputable aux pêcheurs.
Où est le danger ?
Ceux qui sortent en mer ne sont pas toujours conscients du danger que représentent les huiles de moteur, les objets en plastique
et les autres déchets qu’ils jettent par-dessus bord. On pense trop souvent que l’océan, dans son immensité, peut absorber tout ce
qu’on y déverse. S’il est vrai qu’une partie des débris que l’on trouve dans la mer provient de la terre ferme, emportés par le vent
ou les ruissellements, une énorme quantité d’entre eux est rejetée par les bateaux.
Ces déchets constituent pendant de nombreuses années (plusieurs siècles, parfois) une véritable menace pour l’environnement;
ils peuvent blesser ou tuer des organismes marins. Ils peuvent aussi mettre en danger des personnes, endommager des bateaux et
faire fuir les touristes.
Combien de temps faut-il pour que ces déchets disparaissent ?
Beaucoup de déchets, plus particulièrement ceux en plastique,
mettent longtemps à se décomposer sur nos plages et nos récifs,
et y demeurent parfois pendant des années.
En quoi les pêcheurs sont-ils concernés ?
Déverser dans la mer des ordures et de l’huile de moteur est un
comportement irresponsable car c’est risquer de :
•
•
•
•
tuer des poissons, coquillages, crustacés, invertébrés, tortues, dugongs et autres espèces;
défigurer les plages, la mangrove, le lagon et les récifs qui
sont un patrimoine commun;
boucher les prises d’eau de refroidissement des bateaux, ce
qui peut endommager les moteurs et entraîner de coûteuses
réparations;
bloquer les hélices et immobiliser les bateaux.
Que peuvent faire les pêcheurs ?
Ne jetez pas :
Il est de la responsabilité de chaque pêcheur et de chaque
propriétaire de bateau de veiller à ce que leur navire ne soit pas
une source de pollution. Pour ce faire, ils doivent :
Le plastique
•
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•
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•
•
•
104
faire prendre conscience à l’équipage et aux passagers que jeter
des ordures à l’eau, c’est non seulement un tort mais aussi un
délit;
indiquer à bord par des affiches où et comment se débarrasser
des déchets;
séparer le plastique des autres déchets et les rapporter à terre
pour les jeter;
installer un bac sous le moteur pour éviter que l’huile ne tombe
directement à fond de cale;
placer des matériaux absorbants à fond de cale;
réparer toute fuite avant que l’huile ne s’écoule dans la cale;
transvaser l’huile de moteur usée dans un récipient et la
rapporter à terre; enfin
ne pas utiliser de détergent pour nettoyer la cale (ce qui ne fait
que diluer l’huile).
Le plastique est le pire déchet. Comme il flotte le plus souvent, il
est emporté sur des centaines, voire des milliers de kilomètres,
par les courants et les vents. À bord, de nombreux objets sont en
plastique, récipients de toutes sortes et engins de pêche. Ils ont
tous un point commun: la nature a du mal à les détruire.
Objets en plastique présents sur la plupart des bateaux de pêche :
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bidons d’huile et de carburant,
sacs et bâches,
fibre de verre,
vaisselle jetable,
bouteilles et récipients divers,
cerclages des packs de canettes.
CHAPITRE 6 : Pour une pêche responsable
Autres objets en plastique présents sur des thoniers-palangriers :
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lignes monofilament et parfois filets à appâts,
cordages et ficelles,
bâtonnets fluorescents utilisés pour la pêche de l’espadon,
bouées et flotteurs en plastique et en styromousse,
cerclages des cartons d’appâts.
Huile et déchets huileux
Il y a toujours des fuites d’huile dans un bateau, et l’huile de vidange est parfois directement déversée au fond de la cale. Lorsque
cette huile accumulée à fond de cale est pompée, en mer ou à quai, elle pollue les récifs coralliens et empoisonne la faune et la
flore marines. N’utilisez surtout pas de détergent pour la dissoudre car, dans ce cas, elle coule, lorsqu’elle est pompée hors de la
cale, et elle se dépose directement sur le fond marin, où elle détruit la faune et la flore.
L’échouement d’un navire constitue le plus grave danger de pollution marine, car d’énormes quantités d’huile, de diesel et
d’autres produits toxiques risquent de s’écouler directement dans la mer.
Autres déchets
Nombre de plages et de récifs sont jonchés de débris marins ou terrestres, tels que canettes de bière, boîtes de conserve, pneus,
ampoules électriques, vieilles chaussures, déchets hospitaliers, etc.
Quels dangers représentent les ordures et l’huile jetées par-dessus bord ?
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Les tortues marines confondent souvent les sacs ou les ballons en plastique avec leurs proies favorites, les méduses. Les
intestins obstrués, elles meurent.
Les dauphins et les requins risquent de périr lentement par étranglement après avoir passé la tête dans des cerclages de cartons
d’appâts ou des anneaux de packs de canettes, par curiosité ou pour "jouer".
Il arrive que les oiseaux marins mangent des morceaux ou des petites boules de polystyrène qu’ils confondent avec de petits
poissons; ils peuvent en mourir.
Les oiseaux et d’autres animaux marins risquent de s’étrangler après avoir passé la tête dans les cerclages de bouteilles en
plastique, et d’agoniser lentement.
Les poissons, tortues et autres animaux marins peuvent s’emmêler dans des engins de pêche, comme des filets maillants, qui,
après avoir été perdus ou abandonnés en mer, continuent des années durant de piéger ces animaux.
Les animaux marins pris dans des filets ou d'autres engins de pêche risquent de se noyer, de ne plus pouvoir se nourrir, et de
devenir plus vulnérables à la maladie et face à leurs prédateurs.
Les oiseaux marins englués d’huile s’empoisonnent lorsqu’ils nettoient leur plumage en ingérant une partie de cette substance.
Par ailleurs, leurs plumes perdent leurs propriétés isolantes et leur imperméabilité.
L’huile détruit les herbiers, les mangroves, les coraux, crabes et langoustes, bénitiers et trocas, et d’autres organismes récifaux,
car elle les étouffe et bloque la lumière et l’oxygène dont ils ont besoin pour vivre.
Les ordures jetées à la mer peuvent mettre des bateaux et leurs passagers en danger
Cordages, lignes et sacs en plastique s’emmêlent facilement autour des hélices d’un bateau ou bloquent les prises d’eau du circuit
de refroidissement, ce qui peut endommager le moteur et entraîner de coûteuses réparations. Sans moyen de propulsion, un bateau
dérive et l’espoir de sauver les passagers est faible.
Que dit la loi ?
Plusieurs pays du Pacifique ont signé la Convention internationale pour la prévention de la pollution par les navires de 1973/1978,
ou Convention MARPOL, qui établit trois principes fondamentaux :
•
•
•
NE PAS jeter à la mer de l'huile ou des mélanges huileux;
NE PAS jeter à la mer des objets en plastique;
NE PAS jeter par-dessus bord des déchets à moins de 12 milles marins d'une côte ou d'un récif.
Les États et territoires océaniens, conscients de leurs responsabilités de membres de la communauté mondiale, appuient ces lois
internationales. Certains appliquent désormais leur propre réglementation basée sur ces principes de lutte contre la pollution.
105
CHAPITRE 6 : Pour une pêche responsable
B. LES PRISES ACCESSOIRES DE LA PÊCHE THONIÈRE À LA PALANGRE
Les prises accidentelles d’espèces protégées ou non ciblées par des thoniers-palangriers posent, dans certains pays, un réel problème,
auquel il convient de trouver une solution.
Qu’appelle-t-on "prises accessoires" ?
La pêche thonière à la palangre horizontale vise des espèces de poissons spécifiques (voir chapitre 1 C). Pourtant, il arrive que
l’on capture des espèces non ciblées (voir chapitre 1 D) :
•
•
les prises accessoires, ou non voulues (rejets), que l'on rejette à la mer parce qu'elles n'ont pas ou peu de valeur
commerciale (cela inclut les espèces protégées); ou
les prises secondaires, qui, comme les espèces ciblées, ont une valeur, que l'on garde et débarque. Dans beaucoup de pays,
elles représentent une part importante de la capture globale.
Quels problèmes posent-elles ?
La diminution des stocks de tortues marines : L'homme détruit ou détériore les sites de ponte, il chasse les tortues pour les
vendre ou se nourrir, ou encore, en pêchant au chalut, au filet maillant, à la senne ou à la palangre, il les prend dans ses filets ou
à ses hameçons.
Surexploitation : Du monde entier s'élèvent des protestations au sujet de la capture de requins pélagiques et, dans une moindre
mesure, de marlins et d'autres espèces pélagiques, par les palangriers. Ces protestations naissent de l’impression que ces espèces
font l'objet d'une surexploitation, même si les observations scientifiques faites dans le Pacifique occidental et central ne le
confirment pas.
La mort d’oiseaux de mer : Les prises accidentelles d'oiseaux de mer par les palangriers (pêche pélagique et démersale ou
pêche au fond) sont souvent dénoncées auprès du public, même si ces accidents, dont sont surtout victimes les albatros, se produisent
à des latitudes plus élevées.
Le manque d'efforts concertés pour trouver des solutions pratiques : En certaines parties du monde, il existe des
mouvements réclamant avec vigueur la fermeture de la pêche à la palangre pélagique à cause des dangers qu'elle fait courir aux
tortues marines et aux autres espèces accessoires. Il est regrettable que, dans de nombreux pays de la région, pêcheurs, pouvoirs
publics et scientifiques ne collaborent pas pour évaluer l'ampleur du problème et concevoir, ensemble, des moyens réalistes de
réduire les prises accessoires.
Pourquoi les pêcheurs de thonidés à la palangre doivent-ils y faire attention ?
L'océan Pacifique central et occidental abrite les stocks de thonidés les plus importants du monde. Les Océaniens peuvent prendre
une part plus importante dans la pêche des thonidés en adoptant des pratiques de pêche à la palangre pélagique durables et
responsables.
Pour les nations et pour les pêcheurs, c'est un devoir à l'égard de la planète et une obligation morale de prendre soin des ressources
qu'ils exploitent, y compris de toutes les prises secondaires et accessoires. Il importe en particulier qu'ils réduisent au minimum
les captures accidentelles et la mort d'espèces protégées, comme les tortues.
Les pêcheurs peuvent capturer de plus grandes quantités des espèces qu’ils ciblent, réduire les prises accessoires et éviter de perdre
des appâts, en modifiant leurs techniques de pêche, par exemple en posant leurs lignes à une plus grande profondeur ou en les
filant la nuit. Un hameçon mordu par une espèce accessoire n’appâte plus une espèce ciblée.
Si les pêcheries ne veulent pas se voir imposer de restrictions, voire une fermeture de la pêche, il faut qu'elles prennent la question
des prises accessoires très au sérieux.
Mieux que la prise de mesures draconiennes, l'attitude à adopter serait de s'imposer à soi-même des règles de conduite et de réunir
à une même table décideurs politiques, chercheurs et pêcheurs pour trouver ensemble des solutions.
Que peuvent faire les pêcheurs de thonidés à la palangre ?
•
106
Suivre les conseils donnés ici et chercher d'autres moyens de réduire au minimum les prises fortuites d'espèces dont ils ne
veulent pas.
CHAPITRE 6 : Pour une pêche responsable
•
•
•
Enregistrer fidèlement dans les journaux de pêche toutes leurs opérations, y compris les prises secondaires et accessoires,
ou les captures d'espèces protégées.
Si une tortue marine se prend à l'hameçon, suivre les techniques de manipulation expliquées ci-après à la section C pour
maximiser ses chances de survie.
Favoriser l’exécution des programmes d'observation scientifique et coopérer avec l'observateur à bord du navire car son travail
est d'enregistrer aux fins de la recherche scientifique les prises effectuées, y compris les quantités d'espèces ciblées,
secondaires, accessoires et protégées, capturées.
Comment réduire les prises accessoires ?
On peut déjà réduire les prises accidentelles de nombreuses espèces (de tortues marines, en particulier) en posant la palangre audessous de 100 mètres. Le filage à une plus grande profondeur, à l'aide d'un éjecteur de ligne, permet de maximiser les chances
de capture de germons et de thons obèses (espèces ciblées).
Les calmars sont le régal des tortues de mer. Évitons donc de
les utiliser comme appâts sur des hameçons mouillés à faible
profondeur (ceux qui sont le plus près des bouées).
Pose de la palangre à grande profondeur
et à faible profondeur
Ne pas mouiller d’avançon sous la bouée pour éviter la capture
de requins.
Les requins de récif (pas les requins pélagiques) et quelques
espèces de tortues ne s'aventurent pas loin du récif. Si l'on
mouille les palangres pélagiques à au moins 12 milles marins
d'un récif ou d'une île, en veillant à ce qu'elles dérivent vers le
large, on évite donc leur capture.
Bateau
Filage de la ligne
Courant
Récif
Lagon
12 nille
Île
L'utilisation de bas de ligne en monofilament (non métalliques)
a aussi pour avantage que les requins, en les mordant, peuvent
se détacher et s'échapper.
La capture d’oiseaux de mer est rare dans la région du
Pacifique central et occidental (à l'exception de Hawaï) parce
que les albatros et autres oiseaux de mer de grande envergure
en sont absents. Les hameçons des palangres sont
généralement trop gros pour que les petits oiseaux de mer de
la région les avalent. La question des prises d’oiseaux de mer
et de la perte d’appâts imputable à ces oiseaux est traitée ciaprès, à la section D.
107
CHAPITRE 6 : Pour une pêche responsable
C. COMMENT RELÂCHER DES TORTUES PRISES À LA PALANGRE ?
Les prises accidentelles de tortues marines par des palangres pélagiques posent un réel problème. Si une tortue est prise, voici ce
qu’il faut faire pour lui donner les plus grandes chances de survie :
1 . Évaluez la taille de la tortue, puis relâchez-la ou hissez-la à bord. Si la tortue est trop grosse pour être remontée à bord,
ramenez-la le plus près possible du bateau sans tirer trop fort sur l’avançon. Coupez l’avançon le plus près possible de la tortue.
Si la tortue est petite, utilisez une épuisette pour la remonter à bord.
N’utilisez pas de gaffe, ne tirez pas sur l’avançon et n’attrapez pas
l’animal par les yeux.
2 . Placez un morceau de bois dans la gueule de la tortue pour l’empêcher de mordre. Puis, coupez l’hameçon ou l’avançon.
Si l’hameçon se trouve au bord du bec, utilisez des pinces
coupantes pour couper l’ardillon avant de retirer l’hameçon.
Si l’hameçon n’est pas visible, coupez la ligne le plus près
possible de l’hameçon, sans tirer trop fort.
3 . Évaluez l’état de la tortue remontée à bord avant de la relâcher : en fonction des signes de vie, gardez-la à bord pendant au
moins 4 heures et au plus 24 heures.
Si la tortue reste sans réaction ou ne bouge pas une fois remontée à bord, c’est qu’elle a peut-être de l’eau dans les poumons. Il
faut alors surélever les pattes arrière de 20 cm environ, jusqu’à ce qu’elle récupère.
Dans tous les cas, il faut mettre la
tortue à l’ombre dans un endroit
sûr du bateau et la couvrir de serviettes humides. N’arrosez pas la
tête de la tortue et ne couvrez pas
ses narines avec les serviettes.
4 . Remettez doucement la
tortue à l’eau
Mettez soigneusement la tortue à
l’eau, la tête la première, pendant
que le bateau est arrêté et le
moteur au point mort. Avant de
redémarrer, assurez-vous que la
tortue s’est éloignée.
108
5 . Notez la prise de la
tortue dans votre journal
de pêche, en indiquant si
possible l’espèce concernée et le numéro de la
marque si la tortue était
baguée.
CHAPITRE 6 : Pour une pêche responsable
D. ÉVITER LA CAPTURE D’OISEAUX MARINS ET LA PERTE D’APPÂTS
La capture d’oiseaux de mer par des palangres est rare dans la région, comme on l’a vu au point B du présent chapitre. Le problème
de la perte d’appâts se pose toutefois, lorsque des oiseaux de mer fondent sur les hameçons appâtés.
Dans les régions où l’on a observé des captures d’oiseaux de mer, des mesures visant à les réduire ont été prises et mises en application.
Ces mesures tendent également à diminuer les pertes d’appâts en rendant les appâts plus difficiles à atteindre par les oiseaux ou en
faisant en sorte que les hameçons appâtés coulent plus rapidement.
Filer la palangre de nuit
Filer la palangre de nuit est de loin le moyen le plus simple et le plus facile d’éviter de se faire prendre des appâts par des oiseaux
de mer, ceux-ci se nourrissant le jour la plupart du temps. Toutefois, pour certaines pêches, l’heure du filage de la palangre est
dictée par celle où les principales espèces se nourrissent, et le filage de nuit peut donc entraîner des prises moins abondantes.
Décongeler totalement les appâts avant de les utiliser
Il importe de laisser les appâts décongeler entièrement avant de commencer le filage. Un appât décongelé coule plus rapidement
qu’un appât congelé, détail important lorsque des oiseaux de mer volent dans les parages. Il est aussi plus facile d’insérer
l’hameçon dans un appât décongelé; en effet, un appât
congelé se brise lorsqu’on force pour y accrocher un
hameçon, ou le trou fait par le ferrage est trop grand.
Appâts gonflés d’air ou vessies natatoires
Utiliser des avançons lestés
Certaines espèces-appâts ont des vessies natatoires. De même,
il arrive que les intestins renferment de l’air. Ces appâts ont
tendance à flotter avant de couler sous le poids de la palangre.
Les appâts complètement décongelés risquent moins de
renfermer de l’air.
Si les oiseaux de mer posent un problème, une bonne solution
consiste à utiliser sur les avançons des émerillons lestés de
plomb pour que les appâts s’enfoncent plus rapidement dans
l’eau. L’inconvénient est que les émerillons de ce type sont
coûteux et ajoutent donc au prix de l’engin de pêche.
Une canne épouvantail à oiseaux
Se servir d’une canne est probablement ce qu’il y a de plus
simple pour éloigner les oiseaux de mer de la poupe du bateau
et des hameçons appâtés lors du filage de la palangre. Il suffit
d’attacher à une canne une ligne d’environ 3 mm de diamètre
et de 150 mètres de long munie de deux à cinq paires de
bandelettes de tissu, qui traînera à l’arrière. Veiller à ce que le
point d’attache de la ligne à la canne soit le plus haut possible.
On peut aussi utiliser pour effrayer les oiseaux des bouts de
cordage de 3 mm de diamètre, insérés dans un tube de 5 mm
de diamètre. On les attache à la ligne à l’aide d’émerillons
triples, et on règle leur longueur en fonction de leur position
sur la ligne, de façon qu’ils se trouvent juste au-dessus de
l’eau. Sous l’effet des vagues et de l’eau, ils se mettront à claquer
et à danser de façon saccadée. On filera la palangre munie
d’hameçons sous les épouvantails pour protéger au maximum
les appâts des oiseaux marins chasseurs.
Utiliser des appâts teintés
Certains pêcheurs utilisent des appâts teintés pour que les oiseaux
marins les repèrent moins facilement. Le bleu est généralement préféré car il se confond avec la couleur de la mer.
Lance-appâts
Il existe un appareil qui permet de lancer les hameçons appâtés
hors des remous de l’hélice. Ainsi, les hameçons peuvent
s’enfoncer plus facilement sans y être empêchés par les
turbulences de l’eau qui risqueraient de les maintenir à la surface.
L’écume blanche du sillage du bateau permet aussi de cacher les
appâts. Le mieux est d’utiliser à la fois le lance-appâts et la canne
épouvantail de manière à lancer les hameçons appâtés sous la
ligne de bandelettes.
NB : Ne pas jeter de déchets ou toute autre nourriture attirant
les oiseaux vers le bateau pendant le filage de la palangre.
109
CHAPITRE 6 : Pour une pêche responsable
E. DÉGÂTS DUS AUX CÉTACÉS À DENTS
On parle de déprédation lorsque des espèces non ciblées, comme des cétacés ou des requins, dévorent les poissons pris à l’hameçon,
et de prédation lorsqu’une espèce prend comme proie une autre espèce.
Il arrive que des cétacés à dents attaquent et dévorent des thons et des espadons pris à la palangre. Lorsqu’un groupe de cétacés trouve
une palangre garnie de poissons, il suit la ligne et dévore tout, excepté la tête du poisson ferré.
Certaines espèces de dauphins sont rendues responsables de la perte
d’appâts sur les palangres. Certains cétacés s’attaquent à la palangre
même, risquant leur vie et endommageant l’engin.
Ces dernières années, le nombre des déprédations a augmenté, ce qui
pourrait s’expliquer par :
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•
•
l’augmentation de l’effort de pêche à la palangre;
l’augmentation du taux de notification des attaques d’espèces
non ciblées;
l’augmentation de la population de cétacés et l’extension de sa
répartition;
la concurrence accrue entre pêcheries et leur chevauchement
dans l’espace;
l’attribution erronée dans le passé de certains dégâts aux requins alors qu’ils étaient dus à des cétacés;
l’adoption de nouveaux comportements par les cétacés qui se rendent compte qu’ils peuvent se procurer de la nourriture
"sans grand effort".
Il n’existe pas de méthodes connues pour remédier à ces problèmes qui soient efficaces à 100 pour cent. On a effectué des expériences acoustiques afin de déterminer les sons de nature à repousser certaines espèces de cétacés. Ce que l’on ignore, c’est l’effet réel qu’auront ces sons sur les cétacés. Les attireront-ils ou les repousseront-ils, et quels types de cétacés y seront sensibles ?
Étant donné qu’il n’existe pas pour le moment de méthodes à toute épreuve, les pêcheurs peuvent prendre les mesures suivantes
pour éviter ou réduire au minimum les attaques ou les déprédations :
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•
réduire le bruit du moteur, en modifiant éventuellement la configuration du bateau;
réduire le bruit lié à l’opération de pêche (éteindre l’échosondeur s’il ne sert pas, réduire le bruit des machines de pont et de
l’hélice, etc.);
envisager de changer d’engin de pêche et de méthodes de filage et de virage de la palangre;
envisager de changer de zones de pêche et de pêcher à d’autres saisons;
éviter les zones de concentration connues de cétacés;
rechercher des signes de la présence de cétacés dans la zone d’opération;
s’efforcer d’identifier les espèces de cétacés dans une zone pour savoir lesquelles peuvent causer des ennuis;
si des cétacés sont en vue pendant le filage de la palangre, relever celle-ci et aller ailleurs;
utiliser des appareils acoustiques pour essayer de localiser les cétacés de façon à les éviter;
éviter de jeter à la mer des viscères et des appâts ayant servi au voisinage des zones de pêche;
communiquer avec les autres pêcheurs et les informer de la présence de cétacés, des attaques et des déprédations subies;
informer les autres pêcheurs des mesures prises en vue de limiter ces dégâts, qu’elles aient ou non donné de bons résultats;
prendre des observateurs à bord pour qu’ils aident à l’identification des espèces et à l’enregistrement des données.
L’étendue du problème des déprédations
n’est pas totalement connue, et les
scientifiques, gestionnaires et pêcheurs ont
besoin de davantage d’informations. Il est
donc très important que tous les pêcheurs
indiquent dans leur journal de pêche le
nombre de cétacés qu’ils ont vus, les
attaques qu’ils ont subies et le nombre de
têtes de poisson restées sur la palangre, de
façon que l’ampleur du problème soit mieux
évaluée et mieux comprise.
110
CHAPITRE 6 : Pour une pêche responsable
F. ENREGISTREMENT DES DONNÉES CONCERNANT LES PRISES ET L’EFFORT
Il est essentiel que les scientifiques, les gestionnaires et les pêcheurs disposent de données exactes sur les prises et l’effort de pêche
pour comprendre l’évolution des stocks de thonidés et d’autres poissons pélagiques dans la région, conserver et gérer la ressource.
Pourquoi recueillir des données ?
L’océan Pacifique est immense et des myriades de thonidés y vivent. De fait, le Pacifique occidental et central est de nos jours le
théâtre de la plus grande activité de pêche thonière industrielle du monde. Au cours des années 90, les prises moyennes annuelles de
thonidés dans le Pacifique ont été de l’ordre de 1,5 million de tonnes. Apparemment, il est possible de pêcher une multitude de thons
sans mettre en péril le stock. Mais comment chiffrer cette multitude ? Peut-on en pêcher davantage ? Devrait-on en pêcher moins ?
Ce sont là des questions auxquelles les scientifiques et les gestionnaires de pêcheries tentent de répondre.
Le nombre réel de thonidés qui vivent dans l’océan change constamment. Chaque jour, des poissons sont pêchés et pratiquement
chaque jour des thons se reproduisent près de l’équateur. Certains facteurs ont une incidence sur le stock de thonidés : le nombre de
bateaux de pêche en mer, la quantité de poissons capturés, le succès de la reproduction, et le taux de mortalité naturelle. Les halieutes
sont en mesure d’évaluer la quantité de thons présents dans le Pacifique en analysant des données émanant de nombreuses sources.
Les pêcheurs participent directement à la fourniture de ces données en communiquant leurs relevés concernant les prises et leur effort
de pêche.
Formulaires d’enregistrement des données normalisés pour l’ensemble de la région
Pour faire en sorte que les données soient précises et comparables, on emploie des formulaires normalisés pour les pêcheries
thonières du Pacifique central et occidental. Ceux-ci comprennent les fiches de pêche, les relevés des prises débarquées et les
fiches d’échantillonnage au port et d’observation. Tous les deux ans, en décembre, un comité préposé au rassemblement des données
examine ces formules sous l’angle de leur présentation et de leur contenu, et les révise, au besoin. Ce comité est composé d’agents
de la CPS, de l'Agence des pêches du Forum et d’autres représentants invités. L’année de révision est indiquée dans le coin
supérieur gauche de chaque formule.
Renseignements issus des fiches de pêche
Les fiches de pêche renseignent sur l’activité de pêche, les prises (par espèce) et d’autres faits tels que : le début de la marée, les
caractéristiques de l’engin de pêche et la position du bateau au moment du filage de la palangre. Les scientifiques utilisent ces
données pour analyser et évaluer les stocks. Ces données sont précieuses parce qu'elles indiquent exactement où et quand les captures
ont été faites, détails que ne donnent pas les fiches d'échantillonnage ni les relevés des prises débarquées. Par les observations,
on sait quand et où les captures ont été faites, mais les observateurs n'interviennent que dans un petit nombre de marées, alors
que les fiches de pêche concernent généralement la majorité des sorties.
Les fiches de pêche sont également utiles aux pêcheurs. Ceux-ci peuvent s’y reporter et voir où et quand ils ont fait de bonnes
prises, ce qui peut les aider ensuite à choisir de bons sites de pêche.
Remplir les fiches de pêche
Il est demandé aux pêcheurs océaniens de remplir les fiches de pêche
normalisées pour le Pacifique Sud. On en trouvera un exemplaire,
accompagné des instructions pour les remplir, à l’annexe F.
Il est vivement recommandé aux pêcheurs de remplir ces fiches avec précision car seules des données précises permettront
d’évaluer avec exactitude l’état des stocks de thonidés. Il convient de remplir ces fiches chaque fois que l’on a relevé la palangre
ou, au plus tard, à la fin de chaque sortie. La fiche doit indiquer tous les mouillages de la palangre réalisés au cours de la sortie
la plus récente.
Il est important d’y inscrire toutes les données relatives à chaque pose de la
palangre, y compris le nombre de prises accessoires, secondaires et d’espèces
protégées capturées. Indiquer dans la colonne "Autres espèces" si une espèce
protégée a été jetée ou remise à l’eau vivante.
On s’emploie actuellement à mettre au point un nouveau journal de pêche thonière
à la palangre pour la région. Il comportera une page par jour de pêche de sorte que
toutes les données de prises et d’effort pourront y être facilement consignées dans
le détail.
111
CHAPITRE 6 : Pour une pêche responsable
G. ENREGISTREMENT ET NOTIFICATION DES ESPÈCES MARQUÉES
De temps à autre, il arrive que, parmi les poissons capturés, il y en ait un marqué. Les marques fixées sur les poissons et les mammifères
marins permettent aux scientifiques de connaître les déplacements de ces animaux et leur rythme de croissance. La dernière
grande campagne de marquage organisée par la CPS est peut-être achevée, mais il reste un grand nombre de marques dans
l'océan. Outre la CPS, beaucoup d'autres organismes mènent des opérations de marquage d'un grand nombre d'espèces diverses.
Le plus souvent, ces opérations consistent à poser des marques
en plastique traditionnelles à ardillon, ou marques spaghetti, et à
récompenser ceux qui les trouvent en leur offrant une casquette, un
T-shirt ou une modique somme d'argent. Certaines associations
de pêche sportive encouragent les pêcheurs à marquer les
espèces pélagiques qu’ils ont prises et à les relâcher. Elles font
généralement appel à la bonne volonté des pêcheurs et
n’associent pas de récompense au retour des marques
récupérées. La marque est généralement fichée sur le dos du
poisson, derrière la nageoire dorsale.
Il existe également des marques plus perfectionnées. Les
marques "archives" enregistrent à intervalles réguliers des données relatives à la profondeur et à la température, ainsi qu’à la
position du poisson, et les stockent sur une puce informatique.
Les marques enregistreuses sont placées à l'intérieur du corps du
poisson, et un long filament qui traîne librement hors du corps
du poisson permet de repérer facilement le poisson marqué. Il
faut à nouveau capturer le poisson pour récupérer la marque et
télécharger les données sur un ordinateur. En raison de
l’investissement qu’elles représentent, les récompenses
accordées pour la récupération de marques enregistreuses sont
bien plus importantes que pour celle de marques classiques.
Encore plus perfectionnées sont les marques dites "pop up",
ou éjectables, fichées sur le dos du poisson. Elles sont
programmées pour s’en détacher à un moment donné ou à
une certaine profondeur, et remonter à la surface. Elles
transmettent alors leurs informations par satellite à des
chercheurs qui téléchargent ces données afin de les analyser
ultérieurement.
Il existe également un grand programme de marquage des
tortues. On fixe une bague en métal portant un numéro sur
leurs pattes avant, et les personnes qui renvoient ces bagues
reçoivent un chapeau ou un T-shirt en récompense.
Que faire si vous récupérez une marque ?
Si vous récupérez un poisson ou un animal marin marqué,
n’omettez en aucun cas de renvoyer la marque, accompagnée
des données qu’elle contient, à la CPS, à l’adresse indiquée sur
la marque, ou à votre service des pêches. Les informations
déduites de la marque sont capitales pour l’analyse scientifique
réalisée sur ces espèces.
Données relatives aux marques à communiquer
Lorsque vous êtes en possession d’une marque, sachez que les données suivantes seront très utiles à la CPS ou à votre service
des pêches :
•
•
•
•
112
la marque elle-même, collée sur un morceau de papier, ou
le numéro de la marque si l’animal a été relâché;
la date de capture;
la zone de capture;
le nom du navire;
•
•
•
•
le type d’engin utilisé;
l’espèce porteuse de la marque capturée;
la longueur et le poids (estimés) de l’espèce capturée; et
vos nom et adresse (pour l’envoi de votre récompense).
CHAPITRE 6 : Pour une pêche responsable
H. OBSERVATEURS ET ÉCHANTILLONNEURS AU PORT
Il existe trois autres moyens très importants de recueillir des données en complément des journaux de pêche : le travail des observateurs,
le relevé des prises débarquées et l’échantillonnage au port. Les personnes qui assument ces fonctions sont là pour travailler avec
les pêcheurs à la palangre et les aider, et non pour contester ce qu’ils font ou leur causer des ennuis. Si tous collaborent, chacun
réussit à terminer son travail vite et bien.
Les observateurs et leurs données
Les données recueillies par les observateurs sont les plus utiles au suivi. Toutefois, leur collecte prend du temps et elle est
relativement coûteuse. Par conséquent, la couverture des opérations de pêche assurée par les observateurs est très faible. Pour
qu’ils puissent faire leur travail le mieux possible, les observateurs ont besoin de l’aide et de la coopération de l’équipage. Parmi
les tâches que peut entreprendre un observateur figurent les suivantes :
•
•
•
•
noter le lieu, la date, l’heure et la quantité des captures, y
compris des prises secondaires et accessoires;
noter l’effort de pêche et la position du bateau au moment
du mouillage de la palangre;
mesurer la longueur des poissons capturés;
prélever des échantillons biologiques ou de spécimens de
poissons rarement pris;
•
•
•
noter les prises d’espèces non ciblées ou protégées;
prendre des photographies et noter les caractéristiques des
poissons, engins, opérations de pêche, graphiques et
enregistrements; et
noter la position et les activités d’autres navires repérés, à
titre de contribution à la lutte contre les activités de pêche
illicites.
Obligations de l’exploitant du navire
Chaque pays impose ses propres règles aux exploitants de navire pour ce qui est de l’embarquement d’observateurs à bord de
palangriers. Il appartient à chaque exploitant de se renseigner au sujet de ces règles. D’une manière générale, les exploitants de
navire sont tenus de coopérer avec l’observateur et de lui garantir :
•
•
•
•
•
le gîte et le couvert pendant qu’il est en mer, ainsi que
durant un jour ou deux au port;
un endroit où déposer son matériel et ses échantillons;
une information sur l’endroit où se situe le matériel de
sécurité, la manière de s’en servir et les procédures de
sécurité du navire;
l’accès au journal de bord et à d’autres données, comme les
fiches de pêche;
une information et une aide concernant l’utilisation de
l’électronique de bord, y compris les appareils de navigation
indiquant la position du navire;
•
•
•
l’accès au matériel de pont et de communication, et
l’utilisation de ce matériel pour transmettre des
informations du navire à terre;
l’accès, à tout moment, à l’espace réservé au filage de la
palangre, au pont où s’effectuent les opérations, aux cales
à poisson et aux espaces de traitement du poisson; et
s’il le demande, la permission de recueillir des
échantillons, d’enregistrer des données et de prendre des
photos.
En aucun cas on ne harcèlera un observateur, ceci constituant un délit dans la plupart des pays.
Relevés des prises débarquées
Les données relatives aux prises débarquées sont recueillies par l’agent de la société. Elles comprennent le nombre de poissons
transbordés du navire de pêche sur un navire de transport, ou expédiés à des conserveries ou à d’autres destinataires. Elles
comprennent également le poids total estimé par espèce des prises débarquées en fin de marée.
Échantillonnage au port
Les échantillonneurs au port mesurent les prises soit
au point de débarquement, soit au moment où elles
sont transformées et conditionnées, selon ce qui est
le plus commode. Ce qu’ils consignent, lorsqu’il
s’agit de thoniers-palangriers, c’est la longueur et, si
possible, le poids de chaque poisson mesuré. La
longueur et la composition par espèce sont des
données essentielles au travail d’évaluation des
stocks réalisé par les scientifiques. Là encore, un peu
de collaboration de la part des pêcheurs rendra la
tâche de l’échantillonneur au port plus facile; c’est
ainsi que chacun y trouvera son content et que la
qualité du poisson sera maintenue.
Là encore, un peu de
collaboration de la part des
pêcheurs rendra la tâche de
l’échantillonneur au port plus
facile; c’est ainsi que chacun
y trouvera son content et que
la qualité du poisson sera
maintenue.
NB : Toutes les données issues des fiches de pêche ou de celles des
observateurs, et des relevés des prises débarquées sont confidentielles;
elles demeurent la propriété de l’État et elles ne sont divulguées que sous
une forme agrégée (carrés statistiques de 5° par 5° ).
113
EN CONCLUSION
La pêche à la palangre horizontale est la principale méthode de pêche qui présente un potentiel pour le développement
économique de nombreux États et territoires océaniens. Cette méthode cible les grands thonidés évoluant en eau profonde, qui
se vendent à un prix élevé à l’exportation si on les manipule soigneusement et si on prend garde à conserver leur qualité tout au
long de leur capture, de leur manipulation et de leur expédition. Pour les exploitants locaux, monter une entreprise de pêche à la
palangre coûte cher, mais le jeu en vaut la chandelle.
La CPS promeut activement la pêche à la palangre car elle y voit un moyen d’aider les Océaniens à tirer de plus gros bénéfices
de l’importante ressource thonière de la région, d’améliorer la qualité de l’alimentation de la population et, dans la mesure du
possible, d’alléger la pression de pêche des stocks de poisson de récif et de lagon, souvent surexploités. En promouvant la pêche
à la palangre horizontale, la CPS s’efforce d’inciter les Océaniens à pratiquer une pêche durable et responsable. Il revient à tous
les pêcheurs d’être les gardiens avisés des ressources dont ils vivent ou qu’ils rencontrent sur leur chemin.
Nous espérons que ce manuel sera utile à tous les lecteurs tentés de se lancer dans la pêche à la palangre horizontale. Pour tout
complément d’information, conseil ou aide technique, veuillez vous mettre en rapport avec le service des pêches de votre pays
ou écrire directement à la CPS à l’adresse ci-dessous.
Secrétariat général de la Communauté du Pacifique (CPS)
Programme Pêche côtière
Section Développement de la pêche
B.P. D5
98848 Nouméa Cedex
Nouvelle-Calédonie
Téléphone : (687) 26 20 00
Télécopie : (687) 26 38 18
Mél. : fishdev@spc.int
Site Internet : http://www.spc.int/coastfish/indexf/
114
Annexes
ANNEXES
A. Conditions météorologiques et état de la mer
B. Fréquences radio importantes et alphabet phonétique
C. Glossaire de termes marins
D. Principales espèces capturées à la palangre horizontale dans l'océan
Pacifique
E. Modèle de check-list pour le départ
F. Fiche de pêche palangrière — Pacifique Sud, et instructions
115
Annexes
ANNEXE A
Conditions métérologiques et état de la mer
Force du vent – Échelle de Beaufort
Force du vent
Vitesse en nœuds
Descriptif
0
moins de 1
calme
1
1à3
très légère brise
2
4à6
légère brise
3
7 à 10
petite brise
4
11 à 16
jolie brise
5
17 à 21
bonne brise
6
22 à 27
vent frais
7
28 à 33
grand frais
8
34 à 40
coup de vent
9
41 à 47
fort coup de vent
10
48 à 55
tempête
11
56 à 63
violente tempête
12
64 et plus
ouragan
Lorsque le vent tourne dans le sens des aiguilles d'une montre, on dit que le vent tourne à droite; dans le sens contraire, on dit
qu'il tourne à gauche.
État de la mer
Code figure
Descriptif
Hauteur maximale moyenne
des vagues (en mètres)
0
calme
0
1
calme (ridée)
0 à 0,3
2
belle
0,3 à 0,6
3
peu agitée
0,6 à 1,2
4
agitée
1,2 à 2,4
5
forte
2,4 à 4,0
6
très forte
4,0 à 6,1
7
grosse
6,1 à 9,2
8
très grosse
9,2 à 13,8
9
énorme
(peut l'être au centre d'un ouragan)
plus de 13,8
117
Annexes
ANNEXE B
Fréquences radio importantes et alphabet phonétique
Fréquences radio
Radiotéléphonie BLU en kilohertz (kHz) (simplex)
VHF en mégahertz (mHz)
1. Fréquences de messages de détresse, d’urgence, de sécurité et d’appel
2 182
156 800 (canal 16)
4 125
6 215
8 291
12 290
16 420
2. Fréquences de recherche et sauvetage sur place
2 182
156 800 (canal 16)
3 023 (aéronautique)
156 300 (canal 6)
4 125
5 680 (aéronautique)
3. Sécurité de navigation – Communication de navire à navire
156 650 (canal 13)
4. Fréquences générales de communication de navire à navire
2 638
156 875 (canal 77)
4 146
4 149
6 224
6 230
8 297
12 353
12 356
16 528
16 531
22 159
On peut trouver d’autres fréquences dans le Manuel à l’usage du Service mobile maritime et du Service mobile maritime par
satellite.
119
Annexes
Alphabet phonétique
120
Lettre
Code
Lettre
Code
Nombre
Code
A
Alpha
N
November
0
Nada-zero
B
Bravo
O
Oscar
1
Una-one
C
Charlie
P
Papa
2
Bisso-two
D
Delta
Q
Quebec
3
Terra-three
E
Echo
R
Romeo
4
Karte-four
F
Foxtrot
S
Sierra
5
Panta-five
G
Golf
T
Tango
6
Soksi-six
H
Hotel
U
Uniform
7
Sette-seven
I
India
V
Victor
8
Okto-eight
J
Juliet
W
Whiskey
9
Nove-nine
K
Kilo
X
X-ray
Virgule
Decimal
L
Lima
Y
Yankee
Point
Stop
M
Mike
Z
Zulu
Annexes
ANNEXE C
Glossaire de termes marins
aborder
accoster
acte de francisation
alignement
amarres
amer
amure
ancre flottante
anode
antifouling
apparaux
arbre (ligne d' ..)
armement
armer
aussière
avis aux navigateurs
avitaillement
avurnav
bâbord
balisage
balise
bannette
baromètre
barre
Accoster, se rapprocher à toucher. Lorsque la manœuvre d'aborder est volontaire, elle décrit l'approche
d'un quai, d'un ponton, d'un autre bateau contre lequel on vient s'amarrer. Si aborder est involontaire,
il s'agit d'un abordage, souvent brutal
Placer un bâtiment le long d'un quai ou le long d'un autre navire
Document administratif qui confère au navire le droit de porter le pavillon de la République française
avec les avantages qui s'y attachent. Délivré par l'Administration des douanes, il fixe l'identité du
navire, son port d'attache et son tonnage; il prouve sa nationalité et établit son droit de propriété
Droite passant par deux amers (phares, feux, etc.). Tant que le navigateur se trouve dans le prolongement
de l'alignement, les deux amers sont confondus dans son champ de vision. Cette méthode est utilisée
en navigation côtière dans les passes ou pour éviter un danger non balisé
Chaînes ou cordages servant à tenir le navire le long du quai
Un amer est un objet fixe et visible servant de point de repère sur une côte, par exemple un phare, un
château d'eau ou un clocher
Côté d’où un bateau reçoit le vent. Bâbord amures, tribord amures = en recevant le vent par bâbord,
par tribord
Cône (d'environ 1 mètre de long, ouvert par un anneau métallique de 0,50 mètre de diamètre) en toile
résistante relié à un câblot et filé dans le mauvais temps pour ralentir et stabiliser le voilier
Bloc métallique à base de zinc, fixe ou amovible, destiné à se détruire en concentrant sur lui les
échanges électrolytiques de toute nature survenant à bord ou autour d'un voilier, notamment dans la
zone de l'arbre d'hélice, de la quille et du safran
Peinture toxique destinée aux carènes et dont le rôle est de prévenir la fixation et le développement de
coquillages, de mollusques ou d'une végétation marine
Matériel permettant des manœuvres de force à bord d'un navire : apparaux de charge, d'amarrage, de
mouillage, de pêche, etc.
Dispositif qui transmet la puissance produite par le moteur à l'hélice et, en retour, la poussée de l'hélice
L'armement d'un bâtiment est l’opération qui consiste à le munir de tout ce qui est nécessaire à son
genre de navigation; ce terme désigne aussi la totalité des objets dont un navire est muni. Ces objets
sont inscrits sur les "feuilles d'armement". Dans une embarcation, on appelle ainsi son équipage
Armer un navire : le munir de son armement
Cordage de gros diamètre (supérieur a 25 mm) constitué par trois ou quatre torons tournés de gauche
à droite et affecté aux servitudes (ex. : amarres, remorques, etc.)
Publications du Service hydrographique et océanographique de la Marine concernant la navigation à
travers le monde entier. Ces annonces permettent de tenir à jour les documents nautiques (cartes,
Instructions nautiques, Livres des feux)
Concerne tout ce qui a trait à l'approvisionnement du bateau et de son équipage (nourriture, pleins des
réservoirs, rechanges)
AVis URgents aux NAVigateurs. Bulletins urgents concernant la navigation (trafic, météo, sécurité)
diffusés en phonie (VHF-BLU), par télécopie (Navtex, standard Inmarsat) et affichés dans les
capitaineries. Depuis février 1999, la diffusion des Avurnav par France Télécom a été supprimée
Partie située à gauche pour un observateur placé dans l'axe du bateau et regardant vers l'avant. Opposé
à tribord (partie droite)
Ensemble des marques qui servent à signaler les dangers ou à faciliter la navigation. Signaux maritimes
fixes ou flottants (balises, tourelles, perches, bouées, etc.), éclairés ou non, sonores ou non, possédant
une signification précise
Marque très apparente placée sur un obstacle à la navigation pour indiquer aux navires les passes,
chenaux, etc.
Une balise comporte des caractéristiques (forme, couleur, inscription, voyant, feu, etc.) qui la rendent
distincte de toute autre dans le même secteur. Elle est matérialisée par une bouée, une perche, une
tourelle, un phare, voire un repère sur une jetée
Terme familier désignant une couchette du bord
Instrument servant à mesurer la pression atmosphérique
• Dispositif destiné à orienter le safran ou le gouvernail.
• Haut-fond naturel ou formé par des dépôts d'alluvions
• Déferlement de la houle qui se brise sur les hauts-fonds
121
Annexes
bau
Beaufort
bib
bitte
BMS
bollard
bouée couronne
bout
brassière
brin
cabestan
câble
cale
cap
cap compas
cap magnétique
cap vrai
capot
carré
chaumard
chenal
clair
cloison
compas à pointe sèche
compas de relèvement
compas de route
cordage
corde
cosse
couchette
122
Poutre transversale de la charpente d'un bateau. Si le mot a été remplacé par barrot, le terme est resté
pour désigner la largeur du bateau
Amiral anglais qui donna à son nom à un système mesurant la force du vent et l'état de la mer : l'échelle
de Beaufort numérotée de 0 (vent nul, mer plate) à 12 (ouragan)
Néologisme qui désigne familièrement le canot de survie
Court pilier de métal, ou de bois, fixé à quai ou sur le pont du bateau, permettant de fixer les amarres
Bulletin Météo Spécial
Bulletin spécial émis par les stations météo dès que le vent en cours ou prévu atteint ou dépasse force
7. Les BMS sont également émis en cas de risque d'apparition de phénomène météorologique particulier
(orage violent, tornade, etc.)
Point d'amarrage à terre constituée par un gros fût cylindrique en acier coulé, à tête renflée, pour éviter
le glissement de l'amarre. Les bollards ont remplacé les vieux canons employés dans le même but
Bouée de sauvetage dite bouée couronne en raison de sa forme
Destinée à être larguée à la mer lorsqu'un membre de l'équipage passe par-dessus bord. Elle est munie
de différents systèmes facilitant le repérage de nuit comme de jour (lampe, fumigène, sifflet, balise)
Définit tout cordage à bord d'un navire (excepté la corde de la cloche du bord)
Gilet de sauvetage
Une des extrémités d'un cordage; aussi utilisé comme synonyme de toron
Treuil à arbre vertical sur lequel s’enroule un cordage ou une chaîne
A l'origine très gros cordage servant essentiellement à retenir l'ancre. Aujourd'hui, ce terme désigne
surtout les aussières en acier, en fibres minérales ou synthétiques, utilisées pour le remorquage et
l'amarrage des unités importantes
• Partie du bâtiment destinée à recevoir les marchandises. Chaque cale a son accès (panneau,
écoutille)
• Volume intérieur du bateau entre la quille et les planchers
• Direction dans laquelle l'étrave est alignée par rapport au nord
• Avancée rocheuse dans la mer. Le cap, exposé à l'érosion marine, est une zone le plus souvent
déchiquetée
(Cc) Cap lu sur le compas
(Cm) Cap définit par rapport au nord magnétique de la terre
(Cv) Le cap du bateau tracé sur la carte marine. Il se distingue du cap compas dans la mesure où il est
corrigé par la déclinaison magnétique (D)
Panneau couvrant une ouverture sur le pont ou sur le rouf (descente, écoutille, soute)
Désigne la pièce principale d'un bateau
Pièce de guidage pour les amarres solidement fixées sur le pont dont toutes les parties présentent des
arrondis pour éviter d'user ou de couper les filins
Passage resserré, naturel ou artificiel, qui permet la navigation entre des îles, des écueils et qui donne
accès à un mouillage, un port ou à la haute mer. Synonyme : passe
• Un câble, un filin est clair lorsqu'il n'est pas emmêlé et peut courir librement dans la gorge d'une
poulie
• Ancre haute et claire : ancre entièrement sortie de l'eau
• Une route est claire de tous dangers lorsque récifs, écueils, etc., ne sont plus à craindre
Structure transversale servant à compartimenter les aménagements intérieurs. Dans certains types de
construction, elles peuvent faire partie de la structure du bateau (contreplaqué, bois moulé, polyester)
Instrument formé de deux branches articulées de mêmes longueurs, servant à effectuer des relèvements
sur la carte
Instrument de relèvement, formé d'un système de visé associé a une boussole
Boussole marine fixée à proximité du barreur et permettant à celui-ci de suivre sa route
Terme générique désignant tout filin à bord
Ce mot n'est employé par les marins que pour désigner la corde de la cloche
Anneau métallique, large, épais et engagé autour duquel s'estrope un cordage sur lequel on désire faire
un œil. Elle est destinée à réduire l'usure du cordage. Les cosses ont une forme ronde ou en goutte. Il
en existe de nombreuses dimensions en diverses largeurs : étroites pour les câbles métalliques, plus
larges pour les cordages de fibre
Sur un bateau, on ne parle pas de lits mais de couchettes. En mer, on les borde parfois d'une toile
antiroulis afin de compenser les mouvements du bateau
Annexes
coup de vent
courant
davier
déborder
déclinaison magnétique
décommettre
défense
déplacement
détresse
déviation
dormant
échelles de bord
échosondeur
éclats (feu à...)
embarquer
émerillon
épissoir
épissure
équinoxe
erre
escale
estime
étrave
éviter
feu
filage
filer
flottaison
franc-bord
frapper
Vent dont la vitesse moyenne est comprise entre 34 et 47 nœuds. Ces vitesses correspondent aux forces
8 et 9 (fort coup de vent) de l'échelle de Beaufort
• Movement de l'eau dans une direction donnée
• Partie libre d'un cordage sur laquelle on peut intervenir pour le raidir ou le haler
Rouleau mobile situé à la tête de l'étrave, destiné à guider la chaîne de mouillage
Action de pousser au large une embarcation ou un bâtiment accosté à un navire ou à un quai, souvent
à l'aide d'une gaffe
La déclinaison magnétique correspond à l'écart angulaire entre le Nord vrai et le Nord magnétique. La
déclinaison est positive si elle est Ouest, négative si elle est Est
Décommettre un cordage, c'est le détorsader pour séparer les torons, souvent pour réaliser un œil, une
épissure, un nœud. Contraire : commettre
Boudin, ballon ou cylindre en plastique, en corde, etc., servant à protéger la coque du quai ou d'une
autre coque
Poids du volume de l'eau déplacée par la carène d'un bateau
Situation dangereuse ou désespérée dans laquelle peuvent se trouver passagers et équipage d'un navire
à la suite d'un abordage, d’un échouement, d’un naufrage ou de toute autre fortune de mer
Valeur de l'erreur angulaire d'un compas magnétique aux différents caps. Cette différence entre le cap
lu sur le compas et le cap magnétique réel est due à l'influence variable des masses ferriques du bord
selon les caps
Cordage : partie fixe ou son point de fixation qui n'agit pas dans la réalisation d'un nœud
Terme désignant l'installation (escalier ou échelle) permettant de monter ou descendre le long du bord
ou à l'intérieur du navire
• Échelle de descente : escaliers faisant communiquer deux ponts par une écoutille
• Échelle d'écoutille : échelles verticales (pour ne pas gêner le chargement) pour descendre dans les
cales
Matériel destiné à mesurer la profondeur d'eau sous la quille par ultrasons
Signaux lumineux d'un phare, d'une balise ou d'une bouée. Ils ont une couleur, une intensité, une durée
et une période caractéristiques qui permettent d'identifier leur origine
• Monter à bord d'un navire
• Mettre à bord du matériel, une cargaison
• Un navire “embarque”, par gros temps, lorsque les vagues déferlent par-dessus le bastingage
Croc, ou anneau, rivé par une tige dans un anneau de manière à pouvoir tourner librement dans le trou
de l'anneau
Poinçon servant à ouvrir les torons d'un cordage ou d'un câble sur lequel on veut réaliser une épissure
Tressage d'un cordage dans un autre ou en lui-même, pour la confection d’un œil d’ou une liaison. Il
existe plusieurs types d'épissure selon l'utilisation. Une épissure peut être réalisée entre des câbles,
entre un câble et un cordage (tressé ou toronné), entre une chaîne et un cordage
Période de l'année où la durée du jour est égale à celle de la nuit sur toute la Terre. Il y a 2 marées
d'équinoxe par an, aux environs du 21 mars et du 23 septembre
Vitesse conservée par un navire sur lequel n'agit plus le propulseur. Moteur coupé, voiles affalées, un
bateau garde encore un peu de vitesse, il continue sur son élan : c'est l'erre
Lieu et arrêt volontaire au cours d'une navigation. On dit “faire escale” plutôt que “escaler”, désormais
peu employé. Lorsqu'on fait une escale forcée dans un port (suite à une avarie ou à un problème), on
y relâche
Estimation de la position du navire à partir des éléments cap, dérive, vitesse, etc.
Pièce avant de l'ossature de coque, le terme caractérise fréquemment l'avant du navire dans sa totalité
Faire un évitage : Tourner autour de son ancre ou d'une amarre
Phare ou lumière servant à orienter les navires de nuit, ou lampes servant à signaler la position d'une
embarcation
Action de filer
une amarre, une ligne : laisser aller une amarre, une ligne dont un des bouts est attaché à un point fixe.
Filer une palangre : mettre une palangre à l'eau tandis que le navire fait route.
Endroit de la carène que la surface de l'eau atteint lorsque le bateau est chargé (ligne de flottaison)
Distance entre le niveau de l'eau à l'extérieur du navire et la partie supérieure du pont principal à la
demi-longueur du navire (ou franc-bord avant, franc-bord arrière)
Fixer une manœuvre ou un cordage à quelque partie du navire ou du gréement. On frappe une amarre
sur un taquet, une bitte d'amarrage, etc.
123
Annexes
fusée
garcette
garde
gendarme
gisement
gite
glène
grain
Greenwich
guindeau
haler
hanche
hauturier
hiloire
hors-bord
in-board
isobathe
jauge
jauge brute
ligature
lignes de sonde
lit du vent
livre des feux
loch
longueur à la flottaison
longueur hors tout
lover
maître-bau
manchon
manœuvre
manœuvres
matelotage
mayday
mille
minute de latitude
124
Projectile pyrotechnique lumineux. Sert à alerter et guider les secours
Cordage de faible diamètre servant aux activités de matelotage
Amarre de l'avant ou de l'arrière portée sur un quai ou un ponton. Les gardes se croisent, c'est-à-dire
que celle de l'avant part vers l'arrière et celle de l'arrière vers l'avant, et elles “rappellent”, c'est-à-dire
que la garde montante avant tire le bateau vers l'arrière, et la garde montante arrière le tire vers l'avant
Fil cassé ou coupé sur un câble métallique (drosse, drisse, hauban), affaiblissant sa solidité et
particulièrement dangereux pour les mains
Angle sous lequel on relève un objet ou un astre par rapport au cap suivi par le bateau, compté de 0 à
360˚ dans le sens des aiguilles d'une montre
Angle d'inclinaison du navire sous l'effet du vent ou des poids embarqués à bord
Portion de cordage enroulée sur elle-même, c'est à dire lovée
Coup de vent brusque et violent, accompagné généralement de précipitations
Ville près de Londres par laquelle passe le méridien de référence
Treuil mécanique ou électrique situé à l'avant du navire, servant à remonter l'ancre
• Remorquer un navire dans un canal ou le long d'un quai au moyen d'un cordage tiré au rivage
• Tirer un cordage ou un objet quelconque au moyen d'un cordage sur lequel on fait un effort
Partie de la muraille d'un navire qui avoisine l'arrière. On relève un objet par la hanche quand il est à
45˚ par l'arrière du travers
Ce qui se fait au large, en pleine mer
Bordages verticaux qui maintiennent les différentes parties du pont d'un navire. Par extension, bordure
verticale d'une écoutille permettant de limiter les entrées d'eau dans les cabines. Syn : surbau
Se dit d'un moteur placé en dehors de la coque
Contraire de hors-bord. Caractérise un moteur fixe installé à l'intérieur d'un bateau
Les isobathes relient, sur la carte marine, les points d'égale profondeur de 1, 5, 10, 20,50, 100 mètres,
etc., selon l'échelle de la carte, et forment ainsi le relief sous-marin
Volume des capacités intérieures des navires exprimé en tonneaux. Un tonneau = 2,83 mètres-cube ou
100 pieds-cube anglais
Volume de tous les espaces fermés du navire sans exception aucune
Assemblage de deux éléments (pièces ou filin) fortement serrés par un cordage
Lignes caractéristiques des profondeurs. Ces lignes reliées entre elles forment des courbes qui
indiquent le relief sous-marin. Syn. : isobathe
Direction d'où souffle le vent. On est dans le lit du vent quand on est face à lui
Livre des feux et des signaux de brume. Livres donnant au navigateur tous les renseignements utiles
sur l'éclairage des côtes et sur les signaux de brume. Ils énumèrent et décrivent les feux servant à la
navigation, qu'ils soient portés par un bateau-feu, un phare, une balise, une bouée, un musoir de jetée,
un pylône ou tout autre support. Ils en indiquent la position, l'apparence et les caractéristiques
Appareil servant à mesurer la vitesse du navire
Longueur du bateau mesurée au niveau de la ligne de flottaison
Longueur totale du bateau incluant les pièces qui dépassent de la coque
Enrouler un cordage sur lui-même en cercles réguliers, de gauche à droite ou de droite à gauche, selon
le sens du commettage, soit pour le stocker, soit pour le disposer sur le pont prêt à être élongé (délové)
La largeur au maître-bau indique la plus grande largeur du bateau, endroit où se trouve placé le barrot
(ou bau) le plus large
Pièce métallique permettant un assemblage par l'écrasement ou le sertissage de celle-ci (sous une
presse mécanique ou hydraulique)
Terme général s'appliquant aux opérations exécutées à bord d'un navire et aux mouvements qui en
résultent (manœuvre d'appareillage, d'accostage, de virement de bord, etc.)
Nom générique de tous les cordages composant le gréement d'un navire
Technique complexe et ensemble de connaissances relevant de la tâche d'un matelot d'autrefois, réduits
aujourd'hui à l'art de faire les nœuds et les épissures
Terme conventionnel employé en radiophonie pour demander du secours. Mayday est en fait la
transcription, en anglais phonétique, du verbe français "aider" à la forme pronominale (m'aider).
Mayday est le premier terme (à répéter trois fois) d'un appel de détresse lancé à la radio. Il doit être
suivi du nom du bateau (également répété trois fois)
Unité de mesure correspondant à l'arc de la minute de latitude. 1 mille marin = 1 852 mètres
Angle indiqué sur les cotés verticaux des cartes (latitudes) servant à mesurer les distances car
correspondant à un mille marin
Annexes
mou
mouillage
mouiller
nœud
nord vrai
nord magnétique
œil
œuvres mortes
œuvres vives
palan
pan pan
panneau
parer
pas (d'une hélice)
pied
pinoche
plain
point (faire le)
position
poulie
poupe
poupée
presse étoupe
proue
quart
Un cordage a du mou quand il n'est pas assez tendu
• Endroit favorable à l'ancrage
• Manœuvre consistant à jeter l'ancre
• Ensemble formé par l'ancre, sa chaîne et son câblot
Jeter l'ancre, filer la chaîne pour arrêter un navire, poser une ligne de pêche, un filet, un casier
• Unité de vitesse d'un navire qui vaut un mille marin à l'heure
• Enlacement de bouts ou de cordages
Nord géographique tel qu'inscrit sur les cartes marines
Nord indiqué par la rose du compas
Boucle formée à l'extrémité d'un cordage ou d'un câble
Toutes les parties situées au-dessus de la flottaison (partie émergée de la coque, superstructures et
gréement)
Partie immergée de la coque (la carène)
Appareil composé de deux poulies, l'une fixe, l'autre mobile, et destiné à démultiplier l'effort exercé
sur une manœuvre. Le filin utilisé se compose d'une partie fixe, le dormant, d'une partie qui court entre
deux poulies, le brin, et d'une partie sur laquelle on tire, le garant. Le dormant est généralement fixé
sur un anneau solidaire d'une des deux poulies et que l'on appelle ringot
Le nombre de réas dans les poulies conditionne la force du palan : plus les réas sont nombreux, plus
le palan est puissant
Premiers termes (à prononcer "panne panne" et à répéter trois fois) d'un message d'urgence en phonie
(VHF, BLU). Il s'agit d'une situation d'urgence, et non de détresse (voir Mayday), nécessitant une
assistance immédiate (ex. : pour évacuer un blessé à bord)
Ouverture pratiquée sur le pont ou dans la coque d'un navire et, par extension, couvercle fermant cette
ouverture
• un cap : le doubler
• un abordage : l'éviter
• une manœuvre : la préparer
• les manœuvres : commandement pour tout remettre en ordre
• un poisson : l’étêter, le vider, lui retirer les branchies, les nageoires, etc.
• Faire parer un cordage : le dégager s'il est engagé ou empêcher de le faire
C'est la longueur dont avancerait l'hélice en un tour si elle se vissait dans un écrou fixe
Mesure anglo-saxonne (foot). Un pied vaut douze pouces (12 inches), soit 30,48 cm. Dans la mesure
des profondeurs, la brasse britannique équivaut à six pieds (6 feet), soit environ 1,83 mètre
Cheville ou bouchon conique en bois susceptible d'obstruer provisoirement une fuite (passe-coque,
vanne). Dans la liste du matériel de sécurité obligatoire à bord figure un jeu de pinoches de différents
diamètres
Partie du rivage située entre le zéro des cartes et le niveau des plus hautes mers. On dit qu'un bateau
"va au plain" ou "se met au plain" lorsqu'il s'échoue très haut. Souvent orthographié "plein" par erreur,
désignait à l'origine l'endroit où s'arrêtait la plaine. Ainsi, un navire est en "plaine mer" lorsque aucune
terre n'est visible à l'horizon
Tracer sur la carte un point représentant la position du navire à un moment donné
Coordonnées géographiques d'un bateau exprimées en latitude et longitude
Roue creusée en gorge sur sa circonférence afin d'orienter le passage des bouts en limitant les frictions.
Il existe des poulies simples, doubles, triples. Une poulie est au minimum constituée par ses trois
éléments de base : deux joues latérales qui tiennent la caisse (ensemble du bloc de la poulie), un ou
plusieurs réas (roues pivotant autour d'un essieu) et un axe fixe qui traverse les réas et les joues et tient
serré l'ensemble du bloc
L'arrière d'un navire
Partie tournante d'un équipement tel qu'un cabestan ou un guindeau sur laquelle on tourne un cordage,
un câblot, une chaîne pour les haler
Organe mécanique destiné à assurer l'étanchéité au passage d'une pièce tournante d'un milieu dans un
autre. L'arbre porte-hélice, par exemple, sort de la coque par l'intermédiaire d'un presse-étoupe.
Initialement “boîte à bourrage”, garnie de tresses (étoupe) comprimées sur l'arbre par un dispositif de
serrage, il est aujourd'hui le plus souvent constitué par un joint tournant lubrifié à l'eau
L'avant d'un navire
Temps durant lequel une partie de l’équipage assure le bon fonctionnement du bateau
125
Annexes
quartier maritime
quille de roulis
radar
raguer
réa
règle rapporteur
relâcher
relèvement
roulis
route fond
SHOM
sondeur
SOS
surbau
surliure
tangage
taquet
tonnage
toron
tourner
travers
tribord
tube d'étambot
unité
vacation
variation
virer
vivres
way points
Unité territoriale des Affaires maritimes. L’immatriculation d'un bateau indique les initiales de son port
d’attache
Plan mince, en tôle, fixé normalement et extérieurement à la coque, dans la région du bouchain, sur
une partie de la longueur du navire, et destiné à entraîner l'eau lors des mouvements de roulis pour les
amortir plus rapidement
Appareil de détection permettant de déceler la présence d'un navire en utilisant la réflexion d'ondes
hertziennes ultracourtes
Se dit de deux pièces qui frottent l’une contre l’autre, et subissent de ce fait une usure prématurée
Roue à gorge d'une poulie
Instrument de navigation servant à mesurer le cap à suivre, reporter un relèvement, etc. combinant une
règle et un rapporteur. Il existe deux familles : les règles pivotant autour d'un rapporteur (type
rapporteur Breton, Autocap) et les règles à rapporteur incorporé (règle Cras)
Un navire relâche quand par suite du mauvais temps, avaries subies, etc., il est forcé d'interrompre sa
mission et d'entrer dans un port qui n'est pas son port de destination
Mesure, à l'aide d'un compas à main, de l'angle entre le Nord magnétique et un amer par rapport à la
position du bateau
Oscillations latérales d'un navire
La route parcourue sur le "fond de la mer", c’est-à-dire la route réellement suivie compte tenu de la
dérive due au vent et au courant
Service Hydrographique et Océanographique de la Marine. Organisme officiel pour tout ce qui
concerne la documentation nautique nécessaire à un navigateur, pour tous les types de navigation
côtière ou hauturière. Le SHOM publie et tient à jour notamment le Guide du Navigateur (ouvrage n° 1,
obligatoire à bord), les Instructions Nautiques, les Livres des feux et les cartes pour le monde entier
Appareil plus ou moins sophistiqué (électronique, numérique, à éclats, enregistreur ou non, graphique,
couplé à d'autres instruments, etc.) destiné à indiquer instantanément la profondeur de l'eau sous le
bateau (jusqu'à la profondeur limite de l'appareil) à partir d'une sonde (transducteur) placée sous la
quille. Basé sur un principe de réflexion d'ondes acoustiques
Détresse et demande d'assistance par émission sonore ou visuelle des lettres SOS selon le code Morse.
Les signaux morse ne sont désormais plus utilisés sur les ondes radio mais le SOS (...---...) lumineux
(avec une lampe torche, par exemple) demeure un signal de détresse. Voir Mayday
Tôle verticale ou rebord de faible hauteur encadrant un panneau, ou un compartiment quelconque
Garniture de petit filin, exécutée à l’extrémité d'un cordage pour l’empêcher de se défaire
Mouvement que prend le navire dans le sens longitudinal
Accessoire destiné à arrêter une manœuvre courante par tournage. Le taquet est toujours composé d'un
pied et de deux oreilles autour desquelles on tourne la manœuvre
Capacité cubique d'un navire ou de l'un de ses compartiments, exprimée en tonneaux. Le tonneau est
égal à cent pieds cubes anglais ou à 2,83 m3 (c'est le tonneau de jauge); le tonnage exprime toujours
un volume
Élément de cordage toronné, c'est-à-dire confectionné par une torsion des fibres sur elles-mêmes
une manœuvre : lui faire faire un nombre de tours suffisant autour d'un point fixe pour l'empêcher de
filer ou de lâcher
Par le travers, en travers, traversier : situé sur l'axe perpendiculaire à l'axe longitudinal du bateau, c'està-dire à 90˚ de la route du bateau. Ex. : on peut relever un amer par le travers; un vent, un courant
peuvent être traversiers
Partie du navire situé à droite en regardant vers l'avant
Tube traversant l'étambot et dans lequel passe l'arbre d'hélice du moteur
Désigne un bateau, quels que soient sa taille et son type
Intervalle de temps, généralement bref et périodique, pendant lequel une liaison radio est susceptible
d'être établie
Angle que fait la direction du nord au compas avec celle du nord vrai (nord géographique)
Exercer un effort sur un cordage, une ligne ou une chaîne par enroulement sur un treuil, guindeau,
cabestan ou vire-ligne
La nourriture embarquée. "Faire des vivres" : embarquer de la nourriture
En français "points de passage". Les GPS peuvent recevoir en mémoire les coordonnées d'un certain
nombre de points de passage relevés sur une route à suivre
Source : Glossaire des termes marins préparé par Patrick Garant et disponible sur Internet à l'adresse :
http://www.mandragore2.net/dico/dicos.htm
126
Annexes
ANNEXE D
Principales espèces capturées à la palangre horizontale dans l’océan pacifique
Français
Anglais
Japonais
Scientifique
barracuda
great barracuda
onika masu
Sphyraena barracuda
bonite à ventre rayé
skipjack tuna
katsuo
Katsuwonus pelamis
brème noire,
catagnole fauchoir
big-scaled pomfret
hirejiro-manzai-uo
Taractichthys longipinnis
escolier noir
escolar
bara mutsu
Lepidocybium flavobrunneum
escolier serpent
snake mackerel
kurotachi kamasu
Gempylus serpens
espadon
swordfish
me kajiki, shutome
Xiphias gladius
germon, thon blanc
albacore tuna
tombo, binnaga maguro
Thunnus alalunga
mahi-mahi,
coryphène commune
dolphin fish
shiira
Coryphaena hippurus
makaire à rostre court
shortbill spearfish
furai kajiki
Tetrapterus angustirostris
marlin bleu, makaire bleu
de l'Indo-Pacifique
Indo-Pacific blue marlin
kuro kajiki
Makaira mazara
black marlin
shiro kajiki
Makaira indica
marlin rayé
striped marlin
ma kajiki, nairaigi
Tetrapterus audax
opah, saumon des dieux
opah, moonfish
akamanbo, mandai
Lampris guttatus
peau bleue
blue shark
yoshikiri zame
Prionace glauca
requin océanique à
pointes blanches
oceanic whitetip shark
yogore
Carcharhinus longimanus
requin renard
thresher shark
onaga zame
Alopias spp.
requin soyeux
silky shark
kurotogari zame
Carcharhinus falciformis
requin tigre commun
tiger shark
itachi zame
Galeocerdo cuvier
short-finned mako
ao zame
Isurus oxyrinchus
thazard-bâtard,
thazard du large
wahoo
kamasu sawara
Acanthocybium solandri
thon jaune, albacore
yellowfin tuna
kihada maguro, shibi
Thunnus albacares
thon obèse
bigeye tuna
mebachi maguro, shibi
Thunnus obesus
thon rouge du Pacifique
Pacific bluefin tuna
kuro maguro
Thunnus orientalis
thon rouge du sud
southern bluefin tuna
minami maguro
Thunnus maccoyii
voilier de l'Indo-Pacifique
sailfish
basho kajiki
Istiophorus platypterus
marlin noir, makaire noir
taupe bleue, requin mako
127
Annexes
ANNEXE E
Modèle de check-list pour le départ
Bateau :
Nom :
Nombre d'heures-moteur
avant le départ :
Départ
Date:
Numéro de sortie:
Signé
Carburant (nb. litres)
Huile moteur (nb. litres)
Huile hydraulique (nb. litres)
Eau douce (nb. litres)
Filtres à huile de rechange
Filtres à carburant de rechange
Filtres système hydraulique
Courroies d'alternateur de rechange
Courroies de pompe de refroidissement
de rechange
Courroies du système hydraulique
de rechange
Flexibles et raccords système hydraulique
Niveau d'huile de l’inverseur vérifié
Niveau d'huile du moteur vérifié
Niveau du liquide de refroidissement vérifié
Niveau d’huile du système hydraulique vérifié
Niveau des eaux dans la cale vérifié
Pompe de cale en état de marche
Radeau de survie à bord
Bouées de sauvetage à bord
Nombre de fumigènes
Nombre de fusées éclairantes rouges
Nombre de fusées parachutes
Trousse de pharmacie à bord
Jeu de pinoches à bord
Radio-balise de détresse (EPIRB) vérifiée
Éclairage du compas vérifié
Lampe-torche vérifiée
Piles de lampe-torche de rechange à bord
Radio VHF vérifiée
Radio BLU vérifiée
Feux de navigation vérifiés
Échosondeur/GPS vérifié
Extincteurs pleins
Circuit électrique vérifié
Electronique de bord vérifiée
Fonctionnement moteur vérifié
Oui
Oui
Oui
Oui
Oui
Non
Non
Non
Non
Non
Oui
Non
Oui
Oui
Oui
Oui
Oui
Oui
Oui
Oui
Oui
Non
Non
Non
Non
Non
Non
Non
Non
Non
Oui
Oui
Oui
Oui
Oui
Oui
Oui
Oui
Oui
Oui
Oui
Oui
Oui
Oui
Non
Non
Non
Non
Non
Non
Non
Non
Non
Non
Non
Non
Non
Non
Captaine :
Chef mécanicien :
Membre d’équipage :
Vérifié
Mesure prise
Membre d’équipage :
Membre d’équipage :
Membre d’équipage :
Je certifie que, pour autant que je sache, tous les renseignements ci-dessus sont exacts, que l'équipement du
navire est en conformité avec les instructions de la société et que le navire est prêt à partir.
Signé :
Signé :
Capitaine
Chef mécanicien
129
JOUR
CODE
ACTIV.
LATITUDE
(dd˚ mm’)
N
S
LONGITUDE
(ddd˚mm’)
CODES ACTIVITÉS
1 UNE POSE
2 JOUR EN MER SANS PÊCHE NI ROUTE
3 ROUTE
4 AU PORT – PRÉCISER LEQUEL
MOIS
E
O
NOMBRE
HAM
NOM DU CAPITAINE
TOTAL MARÉE
TOTAL PAGE
HEURE
DÉBUT
POSE
Nb
RET
INDICATIF RADIO INTERNATIONAL
NUMÉRO D’IMMATRICULATION
KG
RET
GERMON
NUMÉRO REGIONAL FFA
PAYS D’IMMATRICULATION
POSITION DE FILAGE OU
POSITION A 1H00 TU
NOM DE L’AGENT AU PORT DÉBARQUEMENT
Balise (VMS) approuvée FFA (O/N)?
NOM DE L’ARMEMENT
Nb
REJ
Nb
RET
KG
RET
THON OBÈSE
Nb
REJ
Nb
RET
KG
RET
THON JAUNE
Nb
RET
Nb
REJ
Nb
RET
KG
RET
MARLIN
RAYÉ
Nb
RET
KG
RET
MARLIN
BLEU
Nb
RET
KG
RET
MARLIN
NOIR
PRINCIPALES ESPÈCES CIBLEES
PORT DE DÉBARQUEMENT
PORT DE DÉPART
SIGNATURE DU CAPITAINE
Nb
REJ
REQUINS
HEURES ET DATES EN TEMPS UNIVERSEL / GMT
TOUS LES POIDS EN KILOGRAMMES
NUMÉRO(S) DE(S) PERMIS OU LICENCE(S)
NOM DU NAVIRE
VERSION SPC/FFA DEC 1996
FICHE DE PÊCHE PALANGRIÈRE - PACIFIQUE SUD - ET INSTRUCTIONS
SUR
Nb
RET
KG
RET
ESPADON
DATE
NOM
Nb
RET
AUTRES ESPÈCES
KG
RET
NOMBRE D’HAMECONS ENTRE LES BOUÉES
DATE ET HEURE D’ARRIVÉE AU PORT
DATE ET HEURE DE DÉPART
ANNÉE
PAGE
Annexes
ANNEXE F
Fiche de pêche palangrière – Pacifique Sud – et instructions
131
Annexes
Instructions pour remplir la fiche de pêche palangrière – Pacifique Sud
Bloc 1 : Identification du navire et informations sur la marée
Numéro régional FFA : indiquer le numéro délivré par l’Agence des Pêches du Forum pour l’enregistrement du navire dans son
registre régional (ex : "12345").
Balise (VMS) approuvée FFA (O/N) : marquer "O" si le navire possède une balise de localisation automatique approuvée par la
FFA. Marquer "N" dans le cas contraire. (VMS: Vessel Monitoring System)
Nom de l’agent au port de débarquement : donner le(s) nom(s) de ou des agences qui sont les représentants du navire dans le(s)
port(s) où le navire a débarqué les prises reportées par la présente fiche.
Pays d’immatriculation et Numéro d’immatriculation : reporter le nom du pays dans lequel le navire est immatriculé (ex "Japon")
et le numéro d’immatriculation donné au navire par ce pays. (ex : "ME1-808").
Numéro(s) de(s) permis ou licence(s): si le navire pêchait dans le cadre d’un ou plusieurs accord(s) bilatéraux, reporter le numéro
de permis délivré par chacun du ou des états dans les eaux duquel ou desquels le navire a pêché pendant cette marée. Si le navire
a pêché sous couvert d’un accord multilatéral, indiquer le numéro de permis délivré au navire dans le cadre de cet accord. Si le
navire est enregistré par l’état côtier, reporter le numéro de la licence de pêche délivrée par l’état côtier.
Année : reporter l’année où le bateau a quitté le port au début de la marée.
Hameçons entre flotteurs : Inscrire le nombre d’hameçons utilisés entre deux flotteurs successifs.
Principales espèces cibles : indiquer les principales espèces ciblées pendant cette marée.
Bloc 2 : Captures
Compléter une ligne du bloc 2 pour chaque pose réalisée pendant la marée; si aucune pose n’a été réalisée pendant la journée,
indiquer le mois, le jour, le code activité et la position à 1h00, Temps Universel. Si nécessaire, utiliser plus d’une ligne pour noter
les captures d’autres espèces.
Mois et jour : le jour doit correspondre au jour de début de pose.
Code activité : Utiliser : (si aucun code ne correspond, décrire l’activité sur le formulaire)
• code 1 ("une pose") si la ligne du bloc 2 correspond à une pose de palangre.
• code 2 ("jour de mer sans pêche ni route") si, le navire étant en mer, aucune pose de palangre n’est effectuée et si le navire
ne fait pas route.
• code 3 ("route") si aucune pose de palangre n’est effectuée et si le navire passe la majeure partie de la journée à faire route.
• code 4 ("au port – préciser lequel") si aucune pose n’est effectuée et si le navire passe la majeure partie de la journée au port.
Position de filage ou à 1h00 TU : si une pose de palangre a été réalisée, reporter la position de début de filage. Sinon, indiquer
la position à 1 heure, Temps Universel. La position doit être reportée en arrondissant à la minute de latitude et de longitude la
plus proche (ex : "08˚22 N" et "165˚45 E").
Nombre ham. : reporter le nombre d’hameçons posés.
Heure début pose : indiquer l’heure en TU de début de filage de la palangre.
Germon, thon obèse et thon jaune : reporter le nombre de poissons capturés et retenus dans la colonne Nb RET. Dans la colonne
KG RET, marquer les poids totaux, en kilogrammes, des thons gardés; pour les germons, il s’agit de poids de poissons entiers,
pour les thons jaunes et obèses de poids de poissons éviscérés. Reporter le nombre de poissons rejetés dans la colonne Nb REJ.
Requins : reporter le nombre de poissons capturés et retenus dans la colonne Nb RET, à l’exception de ceux dont seules les
nageoires sont conservées. Reporter le nombre de poissons rejetés dans la colonne Nb REJ, y compris ceux dont seules les
nageoires sont conservées.
Marlin rayé, marlin bleu, marlin noir et espadon : reporter le nombre de poissons capturés et retenus dans la colonne Nb RET.
Reporter la quantité, en kilogrammes, du poids après traitement de chaque espèce, dans la colonne KG RET.
Autres espèces : indiquer le nom complet de l’espèce dans la colonne NOM. Reporter le nombre de poissons capturés et retenus
dans la colonne Nb RET. Reporter la quantité, en kilogrammes, du poids après traitement de chaque espèce, dans la colonne KG
RET. Si, pour une levée, il y a plusieurs autres espèces, utiliser une ligne par espèce.
Navires aperçus : si d’autres bateaux de pêche sont aperçus, noter le nom du bateau ou d’autres indications comme le type de
bateau sur une ligne du formulaire.
Prédation par des cétacés : Si des poissons sont mangés par des cétacés, indiquer le nombre de poissons sur une ligne du formulaire.
132
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