1 re partie (document ) - CRDP de Paris

1 re partie (document ) - CRDP de Paris
n° 146
avril 2012
Les dossiers pédagogiques « Théâtre » et « Arts du cirque » du réseau SCÉRÉN en partenariat avec le Trident,
scène nationale de Cherbourg-Octeville. Une collection coordonnée par le CRDP de l’académie de Paris.
Un homme qui dort
Avant de voir le spectacle :
la représentation en appétit !
Un homme qui dort : un texte à
dire ?
[page 2]
L’espace
Texte de Georges Perec
Mise en scène d’Alexandra Rübner
[page 6]
Raconter ou incarner ?[page 8]
Un langage scénique pluriel
[page 11]
Après la représentation :
pistes de travail
au Trident, scène nationale de Cherbourg-Octeville, du 3 au 12 mai 2012
[page 13]
Une scénographie riche et
complexe, à se remémorer et à
interpréter
[page 13]
© REBECCA GUIBERT
Édito
Un homme qui dort est la troisième œuvre publiée, en 1967, de Georges Perec.
C’est l’histoire d’un étudiant qui traverse une période de désintérêt total pour
le monde, une sorte de dépression, et dont on suit l’évolution, l’enfermement
et les errances, jusqu’à l’éclaircie finale.
C’est un récit de Georges Perec qui n’est pas écrit pour le théâtre et dont les
particularités posent de multiples questions quant au passage à la scène : une
narration atypique à la deuxième personne ; une interaction entre l’espace
intérieur, sensoriel du personnage, celui de la chambre avec ses objets, et celui
de la ville où il déambule ; l’exploration d’un sentiment qu’on peut nommer
mélancolie.
C’est un spectacle du théâtre de la Demeure, mis en scène par Alexandra Rübner
qui jusque-là s’est consacrée à l’univers baroque. Son projet, à travers l’adaptation scénique d’Un homme qui dort, est de mettre au jour une expérience extrêmement aiguë à laquelle nous pouvons tous être assujettis. Pour cela, elle crée
un langage théâtral dont le champ d’exploration est celui de l’intime.
Les propositions de travail avant le spectacle amèneront donc les élèves à s’interroger activement sur ces enjeux. Comment raconter au théâtre ? Comment
représenter les espaces hétérogènes où évolue le personnage ? Comment représenter une expérience intime ? Après la représentation, d’autres activités les
feront réfléchir aux choix de la compagnie concernant la scénographie, le jeu et
la mise en scène.
Retrouvez sur
(dé)montée »
Pour commencer
http://www.cndp.fr/crdp-paris/ l’ensemble des dossiers « Pièce
Les personnages, êtres vivants
ou présences mortes ?
[page 19]
Des objets et des hommes
[page 26]
Un parcours initiatique
[page 28]
Annexes
Bibliographie / Sitographie
[page 31]
Biographies
[page 31]
Un groupement de textes sur
la mélancolie
[page 32]
Note d’intention
[page 35]
Entretien avec Alexandra
Rübner
[page 37]
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Avant de voir le spectacle
La représentation en appétit !
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UN HOMME QUI DORT : UN TEXTE À DIRE ?
Pour cette création, le théâtre de la Demeure a choisi un texte qui n’est pas au départ destiné à
la scène. Il est bien sûr très intéressant de faire lire et étudier Un homme qui dort, en vue de sa
confrontation avec l’adaptation scénique ; c’est l’occasion d’explorer l’univers de Georges Perec
d’une part et, d’autre part, de se poser des questions essentielles sur ce que c’est que raconter au
théâtre. Mais sa lecture intégrale n’est pas indispensable.
Le titre
b On demande aux élèves de réfléchir au
titre du roman, qui est aussi celui du spectacle, en leur donnant cette consigne : formulez des hypothèses sur le sens du titre ;
que vous laisse-t-il attendre concernant le
spectacle ?
Il paraîtra peut-être d’abord paradoxal aux
élèves de représenter « un homme qui dort » :
comment représenter l’inactivité ? Peut-on
jouer le sommeil ? Il faut alors s’interroger sur
le verbe « dormir », qui renvoie à « rêver »,
peut-être. On peut envisager la représentation
des rêves d’un personnage, rêves du sommeil ou
rêves de la fantaisie… Dormir, c’est peut-être
aussi être passif, ne pas prendre en charge sa
vie…
Par ailleurs, le titre n’identifie pas de personnage : l’article indéfini généralise. Le spectateur
pourra être invité à partager une expérience
commune.
Pour enrichir les hypothèses, on peut demander
aux élèves de terminer la phrase, d’adjoindre
un groupe verbal à « un homme qui dort », qui
devient alors le sujet d’une phrase.
Ce titre est inspiré de Marcel Proust, qui développe au début de Du côté de chez Swann, des
observations sur le rapport entre l’état de veille
et le sommeil : « Un homme qui dort tient en
cercle autour de lui le fil des heures, l’ordre des
années et des mondes ». Le roman de Georges
Perec développe souvent les sensations du
personnage au moment de l’endormissement
ou du réveil, ou une sorte de confusion entre
veille et sommeil, rêve et réel. Le titre est
repris plusieurs fois dans l’œuvre, ce qui fait du
sommeil un motif. La phrase « Tu dors » revient
régulièrement.
Le thème du sommeil importe parce que le
personnage y passe du temps, qu’il s’agisse
d’un véritable sommeil ou d’un sommeil éveillé,
d’une léthargie. Le titre peut donc passer pour
une métaphore de son état intérieur. À la dernière page, la phrase « Cesse de parler comme
un homme qui rêve » est mise en évidence,
seule dans un paragraphe.
Qui parle ? À Qui ?
b On propose aux élèves une première
confrontation avec le texte pour mettre en
évidence une particularité, la narration à la
deuxième personne, qui soulève des questions quant au passage à la scène.
On distribue à des groupes de deux, trois
ou quatre élèves de courts extraits du texte
de Georges Perec et on leur demande d’en
préparer une lecture orale et une mise en
espace. Il est intéressant de donner le même
extrait à plusieurs groupes, afin de comparer
les propositions.
Pour mettre en évidence un enjeu essentiel,
pour ce texte, du passage à la scène, on insiste
sur les consignes suivantes, que l’on précise
selon le degré d’aisance des élèves.
– Les lecteurs doivent adresser clairement
le texte (à eux-mêmes, aux autres acteurslecteurs, aux spectateurs, au-delà de la salle où
on se trouve).
– Les lecteurs doivent décider de leur position
dans l’espace de jeu et de leur rapport au public
(le pronom « tu » peut inviter à s’adresser aux
spectateurs, mais ce n’est qu’une possibilité ;
le choix de la proximité ou de l’éloignement, de
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la dispersion ou du regroupement produira des
effets différents).
– Le groupe doit réfléchir à la prise en charge
du texte par ses différents membres (la lecture
peut être faite par un lecteur ou en chœur ; que
font ceux qui ne lisent pas ?…).
Après chaque présentation, on demande aux
élèves spectateurs qui parle à qui, et qui le
pronom « tu » représente. Il est probable que
parmi les propositions, on trouvera : un double
(on peut même envisager l’idée d’un double
corps), un personnage recevant des indications
d’un donneur d’ordres (un acteur d’un metteur
en scène…), le public… On cherche aussi à
formuler l’intention du ou des lecteurs. On analyse les effets liés à la place et à la position des
lecteurs. L’exercice gagnera à être retravaillé
avec des conseils des autres élèves et de l’enseignant, si ces points ne sont pas précisément
perçus par le public, ou si des idées émergent au
cours de l’analyse.
L’utilisation de la deuxième personne semble
inspirée de Franz Kafka dont une citation est
mise en exergue d’Un homme qui dort. Georges
Perec parle de « la lecture, à outrance » de cette
œuvre pendant qu’il écrivait Un homme qui
dort, dont elle a donc pu inspirer la deuxième
personne insolite. On voit bien une parenté de
thème : solitude, dédoublement, rapport difficile au monde.
Il n’est pas nécessaire que tu sortes de
ta maison. Reste à ta table et écoute.
N’écoute même pas, attends seulement.
N’attends même pas, sois absolument
silencieux et seul. Le monde viendra s’offrir à toi pour que tu le démasques, il ne
peut faire autrement, extasié, il se tordra
devant toi.
Franz Kafka, Méditations sur le péché, la
souffrance, l’espoir et le vrai chemin.
Chez Franz Kafka, il ne s’agit pas d’un récit, et
la deuxième personne est d’emblée comprise
comme le dédoublement de l’émetteur qui
s’adresse à lui-même. Chez Georges Perec, le
statut du « tu » est difficile à décider, d’autant
plus qu’aucun « je » n’aide à le définir, ce qui
crée un effet d’étrangeté. La question « Qui
parle à qui ? » se pose sans cesse. Elle est
essentielle pour l’adaptation scénique, qui est
obligée de choisir parmi les possibilités d’énonciation ouvertes par le texte. Naviguant entre le
personnage, le narrateur et le lecteur, le « tu »
peut prendre différentes valeurs successives ou
simultanées. Cette activité permet aussi de faire connaissance avec les thèmes de l’œuvre, avec le personnage et sa situation.
Extraits pour les lectures
Extrait 1
Tu es assis, torse nu, vêtu seulement d’un pantalon de pyjama, dans ta chambre de bonne,
sur l’étroite banquette qui te sert de lit, un livre, les Leçons sur la société industrielle, de
Raymond Aron, posé sur tes genoux, ouvert à la page cent douze.
C’est d’abord seulement une espèce de lassitude, de fatigue, comme si tu t’apercevais soudain que depuis très longtemps, depuis plusieurs heures, tu es la proie d’un malaise insidieux, engourdissant, à peine douloureux et pourtant insupportable, l’impression d’être sans
muscles et sans os, d’être un sac de plâtre au milieu de sacs de plâtre.
Le soleil tape sur les feuilles de zinc de la toiture. En face de toi, à la hauteur de tes
yeux, sur une étagère de bois blanc, il y a un bol de Nescafé à moitié vide, un peu sale, un
paquet de sucre tirant sur la fin, une cigarette qui se consume dans un cendrier publicitaire
en fausse opaline blanchâtre.
Georges Perec, Un homme qui dort, Gallimard, coll. « Folio », 1990, p. 17-18.
© Éditions Denoël, 1967
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Extrait 2
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Tu restes dans ta chambre, sans manger, sans lire, presque sans bouger. Tu regardes la bassine, l’étagère, tes genoux, ton regard dans le miroir fêlé, le bol, l’interrupteur. Tu écoutes
les bruits de la rue, la goutte d’eau au robinet du palier, les bruits de ton voisin, ses raclements de gorge, les tiroirs qu’il ouvre et ferme, ses quintes de toux, le sifflement de sa
bouilloire. Tu suis sur le plafond la ligne sinueuse d’une mince fissure, l’itinéraire inutile
d’une mouche, la progression presque repérable des ombres.
Ceci est ta vie. Ceci est à toi. Tu peux faire l’exact inventaire de ta maigre fortune, le
bilan précis de ton premier quart de siècle. Tu as vingt-cinq ans et vingt-neuf dents, trois
chemises et huit chaussettes, quelques livres que tu ne lis plus, quelques disques que tu
n’écoutes plus.
Ibid., p. 24. © Éditions Denoël, 1967
Extrait 3
Il y eut des journées creuses, la chaleur dans ta chambre, comme dans une chaudière,
comme dans une fournaise, et les six chaussettes, requins mous, baleines endormies, dans
la cuvette de matière plastique rose. Ce réveil qui n’a pas sonné, qui ne sonne pas, qui ne
sonnera pas l’heure de ton réveil. Tu poses le livre ouvert à côté de toi, sur la banquette.
Tu t’étends. Tout est lourdeur, bourdonnement, torpeur. Tu te laisses glisser. Tu plonges
dans le sommeil.
Ibid., p. 30. © Éditions Denoël, 1967
Extrait 4
Au fil des heures, des jours, des semaines, des saisons, tu te déprends de tout, tu te
détaches de tout. Tu découvres, avec presque, parfois, une sorte d’ivresse, que tu es libre,
que rien ne te pèse, ne te plaît ni ne te déplaît. […] Tu connais un repos total, tu es,
à chaque instant, épargné, protégé. Tu vis dans une bienheureuse parenthèse, dans un
vide plein de promesses et dont tu n’attends rien. Tu es invisible, limpide, transparent.
Tu n’existes plus : suite des heures, suite des jours, le passage des saisons, l’écoulement
du temps, tu survis, sans gaieté et sans tristesse, sans avenir et sans passé, comme ça,
simplement, évidemment, comme une goutte d’eau qui perle au robinet d’un poste d’eau
sur un palier, comme six chaussettes trempées dans une bassine de matière plastique rose,
comme une mouche ou comme une huître, comme une vache, comme un escargot, comme
un enfant ou comme un vieillard, comme un rat.
Ibid., p. 76-77. © Éditions Denoël, 1967
Extrait 5
Tu dors presque sans arrêt, tu laves tes chaussettes, tes deux chemises. Tu relis un roman
policier que tu as déjà lu vingt fois, oublié vingt fois. Tu fais les mots croisés d’un vieux
Monde qui traîne. Tu étales sur ta banquette quatre rangées de treize cartes, tu retires les
as, tu mets le sept de cœur après le six de cœur, le huit de trèfle après le sept de trèfle, le
deux de pique à sa place, le roi de pique après la dame de pique, le valet de cœur après le
dix de cœur.
Tu manges de la confiture sur du pain, tant que tu as du pain, puis sur des biscottes, si tu
en as, puis à la petite cuiller, dans le pot.
Tu t’étends sur ta banquette étroite, mains croisées derrière la nuque, genoux haut. Tu
fermes les yeux, tu les ouvres. Des filaments tordus dérivent lentement de haut en bas à la
surface de ta cornée.
Tu dénombres et organises les fissures, les écailles, les failles du plafond. Tu regardes ton
visage dans ton miroir fêlé.
Ibid., p. 88-89. © Éditions Denoël, 1967
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Extrait 6
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Tu plies tes vêtements avant de te coucher. Tu nettoies à fond ta chambre chaque samedi
matin. Tu fais ton lit chaque matin, tu te rases, tu laves tes chaussettes dans une bassine
de matière plastique rose, tu cires tes chaussures, tu te laves les dents, tu laves ton bol
et tu l’essuies et tu le poses au même endroit sur l’étagère. Tu ouvres chaque matin, à la
même minute, au même endroit, de la même façon, la bande de papier gommé qui ferme
ton paquet quotidien de gauloises.
Ibid., p. 121. © Éditions Denoël, 1967
Extrait 7
Parfois, pendant des soirées entières, à demi étendu sur ta banquette étroite, sans autre
lumière que la clarté pâle et diffuse qui passe par la fenêtre mansardée et que seul
rehausse, presque régulièrement, le foyer rougeoyant de ta cigarette, tu écoutes ton voisin aller et venir. La cloison qui sépare vos deux chambres est d’une minceur telle que tu
entends presque sa respiration, que tu l’entends encore lorsqu’il traîne en chaussons. Tu
essaies souvent d’imaginer son allure, son visage, ses mains, ce qu’il fait, son âge, ses pensées. Tu ne sais rien de lui, tu ne l’as même jamais vu, peut-être tout au plus l’as-tu croisé
un jour dans l’escalier, t’es-tu collé contre la paroi pour le laisser passer, mais sans savoir
alors, sans pouvoir affirmer qu’il s’agissait de lui. Tu ne cherches pas à le voir d’ailleurs, tu
n’entrebâilles pas ta porte lorsque tu l’entends sortir sur le palier pour remplir sa bouilloire
au robinet du poste d’eau, tu préfères l’écouter et le façonner à ta guise.
Ibid., p. 123-124. © Éditions Denoël, 1967
Résumé de l’œuvre
Un homme qui dort
raconte ce qu’on pourrait nommer la dépression d’un étudiant en
sociologie qui vit dans
une chambre de bonne,
dans un immeuble parisien. À l’origine de la
dépression, un malaise
GEORGES PEREC, UN HOMME QUI
dû en partie aux circonsDORT, COLLECTION FOLIO
tances : chaleur, exiguïté
du lieu, dénuement matériel. Au fil du récit,
l’indifférence au monde, le détachement de
tout s’installent. Alternativement, l’étudiant
reste enfermé dans sa chambre, lieu de l’immobilité, ou arpente Paris, lieu de l’errance. La
chambre est une bulle de solitude, le « centre
du monde », « la plus belle des îles désertes »,
mais aussi un lieu étriqué de claustration.
Cependant, le monde extérieur y est rendu présent par les bruits : un voisin, le poste d’eau
sur le palier, les autres habitants de l’immeuble,
les bruits de la rue, la rumeur de la ville. Paris,
« un désert que nul n’a jamais traversé », est
parcouru par le personnage au fil d’itinéraires
calculés ou d’errances. La ville apparaît un peu
aussi par les allusions à sa vie d’étudiant, et à
travers de nombreux noms de lieux. L’étudiant
y demeure solitaire au milieu de l’agitation.
Une sorte d’évolution se discerne, depuis une
indifférence croissante jusqu’à l’horreur devant
la monstruosité du monde et des humains. À la
fin, le personnage se rend compte de l’inutilité
de l’indifférence. Mais la dernière phrase, « Tu
attends, place de Clichy, que la pluie cesse de
tomber », ne clôture pas le récit ; on ne sait pas
s’il a triomphé de son indifférence au monde.
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l’espace
Quels éléments du texte permettent d’aboutir à la création d’un espace scénique ? On verra d’abord
ce qui donne des pistes pour l’espace de jeu, puis ce qui concerne les objets.
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Quel espace de jeu ?
© REBECCA GUIBERT
Photographie d’une répétition
La réflexion sur l’espace est une constante
dans l’œuvre de Georges Perec. Dans Espèces
d’espaces, en 1974, l’écrivain se présente en
« usager de l’espace » qui s’interroge sur cette
dimension de l’existence humaine. Cette interrogation est déjà à l’œuvre dans Un homme
qui dort, dont le lieu central est la chambre et
même le lit, autour desquels rayonne l’espace
de l’immeuble et de la ville. Différentes parties
d’Espèces d’espaces renvoient d’ailleurs aux
lieux où s’ancre Un homme qui dort : « Le lit »,
« La chambre », « L’immeuble », « La ville ».
Comment traiter ces interrogations sur le plateau ?
Les éléments présents dans le texte de Georges
Perec qui permettent d’imaginer une scénographie s’organisent en deux pôles.
– La chambre. L’espace de la chambre est
fondamental dans le récit. La chambre, cette
chambre, participe à la naissance du malaise
du personnage. Elle est décrite plusieurs fois,
selon un système de répétitions et de variantes.
Pour Alexandra Rübner, c’est « une donnée d’espace constitutive du fond » et un « embrayeur
d’imaginaire ».
– L’extérieur. Si le noyau de la chambre est
essentiel dans le roman, l’extérieur n’est pas
moins présent et important. Il est organisé en
cercles concentriques qui peuvent communiquer : l’appartement, l’immeuble, la ville. Ainsi,
le bruit de l’immeuble ou de la ville parvient
dans la chambre. L’espace de la ville est montré
comme lieu d’une errance bien ou mal vécue.
b On demande d’imaginer, par petits groupes,
pour qu’ils en prennent connaissance (voir
la liste ci-dessous). Ils en choisissent une
ou deux dont ils s’inspirent à leur tour pour
leur projet.
On peut préciser la consigne en demandant :
– une scénographie qui représente l’espace
mental du personnage ;
– ou un dispositif qui puisse rendre compte
du rapport entre l’intérieur de la chambre et
le monde extérieur.
une scénographie. La réflexion se fondera,
d’une part, sur les quelques textes présentés
ci-dessous et sur différents extraits d’Espèces d’espaces de Georges Perec, qui présentent ou évoquent les espaces hétérogènes
de la chambre, de l’immeuble et de la ville.
D’autre part, la compagnie a employé certaines œuvres d’art comme sources d’inspiration pour la scénographie. On fait faire une
recherche aux élèves, au CDI ou sur Internet,
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b Tâche finale : présentez à la classe, en expliquant vos choix, un croquis ou une maquette
sommaire du projet de scénographie.
Extraits pour un projet de scénographie
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Extrait 1
Et s’il faut un décor à ta vie, ce n’est pas la majestueuse esplanade (généralement une
spectaculaire illusion de perspective) où s’ébattent et s’envolent les enfants aux joues
rouges de l’humanité conquérante, mais, quelque effort que tu fasses, quelque illusion que
tu berces encore, c’est ce boyau en soupente qui te sert de chambre, ce galetas long de
deux mètres quatre-vingt-douze, large d’un mètre soixante-treize, soit un tout petit peu
plus de cinq mètres carrés, cette mansarde d’où tu n’as plus bougé depuis plusieurs heures,
plusieurs jours : tu es assis sur une banquette trop courte pour que tu puisses, la nuit, t’y
étendre de tout ton long, trop étroite pour que tu puisses t’y retourner sans précaution. Tu
regardes, d’un œil maintenant presque fasciné, une bassine de matière plastique rose qui ne
contient pas moins de six chaussettes.
Georges Perec, Un homme qui dort, Gallimard, coll. « Folio », 1990, p. 23-24.
© Éditions Denoël, 1967
Extrait 2
Tu restes dans ta chambre, sans manger, sans lire, presque sans bouger. Tu regardes la bassine, l’étagère, tes genoux, ton regard dans le miroir fêlé, le bol, l’interrupteur. Tu écoutes
les bruits de la rue, la goutte d’eau au robinet du palier, les bruits de ton voisin, ses raclements de gorge, les tiroirs qu’il ouvre et ferme, ses quintes de toux, le sifflement de sa
bouilloire. Tu suis sur le plafond la ligne sinueuse d’une mince fissure, l’itinéraire inutile
d’une mouche, la progression presque repérable des ombres.
Ibid., p. 24. © Éditions Denoël, 1967
Extrait 3
Tu traînes. Tu imagines un classement des rues, des quartiers, des immeubles : les quartiers
fous, les quartiers morts, les rues-marché, les rues-dortoir, les rues-cimetière, les façades
pelées, les façades rongées, les façades rouillées, les façades masquées.
Tu longes les petits squares, dépassé par les enfants qui courent en laissant glisser sur les
grilles une règle de fer ou de bois. Tu t’assieds sur des bancs de lattes vertes aux pieds
en fonte sculptés en forme de pattes de lion. De vieux gardiens infirmes discutent avec
des nurses d’un autre âge. Avec la pointe de ta chaussure, tu traces dans la terre à peine
sableuse des ronds, des carrés, un œil, tes initiales.
Ibid., p. 59. © Éditions Denoël, 1967
Autres extraits de Georges Perec, Espèces d’espaces, Galilée, 1974 :
– chanson citée au début, page 16 ;
– « La chambre », page 36 ;
– « La ville », page 87 ;
– « L’espace », page 11.
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Des œuvres sources d’inspiration
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• Le visuel d’un précédent spectacle d’Alexandra Rübner, Le
Buveur d’éther.
• Des photographies d’André Kertesz, en particulier Toits de Paris,
Place Gambetta ou East River Esplanade.
• Des tableaux d’Edward Hopper, par exemple Morning Sun ou
Excursion into philosophy.
• Une photographie de l’installation de Maurizio Catellan,
Bidibidobidiboo. Selon, la metteure en scène, c’est l’univers
recherché.
• The Art of living, une illustration de Saul Steinberg qui figure
sur la couverture de l’édition de poche de La Vie mode d’emploi.
© REBECCA GUIBERT
Visuel du Buveur d’éther
Les choses
On l’aura constaté dans les extraits travaillés, Georges Perec porte une grande attention à l’ordinaire, à ce qu’on voit ou entend sans, d’habitude, le remarquer, qu’il nomme, dans une publication
posthume, « l’infra-ordinaire ». On retrouve, dans plusieurs de ses œuvres, ce souci d’interroger
l’habituel, le quotidien, mais aussi la façon dont nous le regardons et dont nous pouvons en rendre
compte. Cette dimension est prise en compte par le théâtre de la Demeure.
b On répartit entre des groupes d’élèves de
courts extraits pris dans les textes proposés
plus haut, qui énumèrent ou décrivent des
objets. On demande pour chaque texte une
recherche iconographique qui peut prendre
différentes formes.
– Les élèves trouvent, grâce aux ouvrages du
CDI ou sur Internet, un tableau, une photographie..., qui pose le même type de regard
sur les choses.
– Si on manque de temps, l’enseignant
propose lui-même des noms d’artistes. La
photographie d’André Kertesz (La Fourchette)
qui illustre la couverture de la collection
« Folio » d’Un homme qui dort est un bon
exemple. On peut orienter les élèves vers
d’autres œuvres de ce photographe, comme
Étude de matière (Bol avec des cubes de
sucre). Beaucoup sont visibles sur le site
de la RMN. On peut aussi leur suggérer de
rechercher des natures mortes de Giorgio
Morandi.
– On les encourage à prendre eux-mêmes des
photographies.
b On peut aussi faire écrire de courts
textes à la manière de Georges Perec, où
on demandera aux élèves d’être attentifs
à l’« infra-ordinaire », et à sa perception
par l’ouïe aussi bien que la vue. Ces textes
peuvent également être illustrés.
b Tâche finale : faites la lecture à voix
haute d’un extrait d’Un homme qui dort ou
d’un texte que vous aurez écrit à la manière
de Georges Perec ; accompagnez-la d’une ou
plusieurs images que vous aurez trouvées ou
réalisées.
Raconter ou incarner ?
Une question essentielle qui se pose lorsqu’un texte romanesque est porté au plateau est celle
de sa profération. D’autant plus pour celui-ci, dépourvu de tout dialogue. Le texte sera-t-il pris
en charge par un comédien narrateur qui portera la parole de l’auteur ? Le personnage sera-t-il
incarné ? Quel sera le statut du ou des comédien(s) ? Pour amener les élèves à réfléchir sur les
diverses possibilités, entre narration et incarnation, on peut entrer un peu plus dans les thèmes
développés par le texte.
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Représenter une expérience intime
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Un homme qui dort est le récit, ou le compterendu d’une expérience intérieure, intime, solitaire. L’intimité peut se définir comme une
conscience des frontières entre le dedans et
le dehors. L’étudiant prend la mesure de son
rapport au monde, des limites ou de la porosité
qu’il entretient avec lui. Qu’est-ce qu’il reçoit
du monde ? Comment se définit-il par rapport
à lui ? Quelles barrières peut-il lui opposer ?
Jusqu’où peut-il aller dans sa propre désagrégation ?
Comment représenter une telle expérience ?
Comment et pourquoi montrer l’intime, le
caché, l’individuel ? Pour la metteure en scène,
c’est une dimension commune à tous qui doit
être interrogée par le théâtre.
Le théâtre doit apporter ça. S’il n’y a pas quelque chose d’intime, de profond qui est visité
et reçu, on passe à côté de la nécessité du théâtre. Il doit toucher à l’intime. Certes, le
théâtre est parfois épique ou politique, ressortit plus à une sphère collective. Mais même
dans ces propositions-là, il y a quelque chose d’intime à saisir et à transmettre. La force
du théâtre est de nous mener à cet endroit-là. Les textes du spectacle proposent l’intime
comme sphère, champ d’exploration, réseau de significations ; ce qui en fait une forme de
théâtre singulière. Beaucoup d’écritures théâtrales s’intéressent à cela, comme Tchekhov.
Alexandra Rübner
b Pour amener d’abord les élèves à s’in-
terroger sur cette notion d’intime, à se
demander ce qu’elle signifie pour eux, on
les engage à une exploration. On peut,
par exemple, proposer une expérience de
l’écoute du silence qui parfois nous entoure.
Pour cela, les élèves mettent leur tête dans
leur bras pour s’isoler les uns des autres
pendant 5 à 10 minutes au cours desquelles
on les aura invités à être attentifs à leurs
sensations, aux images qui leur viennent.
Ensuite, les élèves notent une couleur, une
odeur, un bruit, une pensée, une envie, un
sentiment, une impression. Puis ils écrivent
un texte anonyme, à la deuxième personne,
qui contiendra les mots écrits sur le papier.
Ce texte s’intitulera : « Dans ton silence
intime ». Pour finir, on peut échanger les
textes entre les élèves et les lire à voix
haute, sans obligation.
Cette activité est l’occasion d’amener la question de savoir comment on peut rendre compte de
cette dimension intime et profonde au théâtre.
Jouer un état intérieur
Comment faire percevoir au spectateur cet état
du personnage ? Sa représentation passerat-elle par le récit qui en est fait, porté par
un comédien narrateur ? Le personnage serat-il incarné ? On peut rappeler les premières
lectures d’extraits, qui ont permis de voir
les effets d’une parole qui témoigne sans
incarner. Il est alors intéressant de chercher
concrètement – et modestement – comment
on peut jouer l’intimité. La metteure en scène
nomme « mélancolie » l’état intérieur du
personnage de l’étudiant ; on utilisera donc ce
terme.
b On propose aux élèves de réfléchir sur
élèves présentent une expression de visage
qui l’exprime.
– Galerie de statues : les élèves acteurs
se figent en statues de la mélancolie qui
mettent en jeu tout le corps. Les élèves
spectateurs circulent parmi les statues. Ils
peuvent les commenter et proposer des
modifications.
– Statue collective : un premier élève acteur
vient se placer dans l’espace de jeu et se
fige dans une pose exprimant la mélancolie
l’incarnation d’un personnage touché par la
mélancolie, par des mises en jeu. On divise
la classe en deux groupes, l’un d’acteurs,
l’autre de spectateurs, et on inverse ensuite.
– Les acteurs sont face au public. L’enseignant
énonce successivement des noms de sentiments, variantes de la mélancolie : la colère,
la tristesse, l’étonnement, l’ennui, l’absence
totale de réflexion, la dépression, l’indifférence. À chaque annonce d’un sentiment, les
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(il importe là aussi que tout le corps soit
en jeu). Chacun leur tour, les autres le
rejoignent avec la même consigne, pour
finir par former une sculpture collective.
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Chaque acteur doit avoir au moins un point
de contact avec la statue collective. Les
spectateurs peuvent commenter la sculpture
et tenter de la reproduire en miroir.
avril 2012
© REBECCA GUIBERT
Photographie d’une répétition
C’est l’exploration de ce sentiment qui est pour
la metteure en scène au centre de la création. Le
spectacle Un homme qui dort est conçu comme
le premier d’un triptyque intitulé Melancholia.
Ce triptyque correspondra à trois époques, trois
façons de voir la mélancolie. L’œuvre de Georges
Perec correspond, chronologiquement, à la dernière époque mais il sera le premier spectacle
et la pierre d’angle de l’ensemble, sur laquelle
les deux autres volets reposeront. L’expression
de la mélancolie sera donc le thème central des
trois spectacles. Alexandra Rübner considère
que Georges Perec est le visage contemporain
de cette mélancolie, que, grâce à son texte,
l’auteur touche de manière aiguë à ce que nous
vivons aujourd’hui. Les autres volets envisagés
du triptyque concernent deux autres écrivains :
Robert Burton qui a publié, en 1621, Anatomie
de la mélancolie et Jean Lorrain à travers, par
exemple, le roman Monsieur de Phocas (1903).
Ils donnent d’autres visions du même sentiment, d’autres interprétations des mêmes symptômes. Une étude littéraire de ce sentiment
peut être un prolongement ou un préalable de
la représentation. Un groupement de textes sur
la mélancolie est proposé en annexe.
Jouer les gestes du quotidien
La question du balancement entre narration et
incarnation du personnage concerne aussi une
autre dimension, celle de l’importance donnée
aux objets et aux gestes du quotidien dans Un
homme qui dort.
On a vu combien le texte relève de l’intérêt
de Georges Perec pour ce qu’il nomme l’infraordinaire. Cela concerne les objets eux-mêmes,
mais aussi ce qu’on en fait, les gestes par
lesquels on les utilise, de même que les bruits
ordinaires. Pour Alexandra Rübner, c’est aussi en
représentant les gestes quotidiens qu’on peut
donner toute son importance à la dimension de
l’intime. D’ailleurs, les gestes sont au cœur du
texte, et la créatrice dit par plaisanterie : « Il
n’y a qu’à faire ce qu’il dit ». De nombreux passages se présentent, en effet, comme une suite
de notations purement factuelles, incluant de
nombreux gestes.
b Dans les extraits commençant par « Tu dors presque sans arrêt » et « Tu plies tes vête-
ments », soulignez ce qui peut être utilisé comme des didascalies.
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avril 2012
Il s’agit de se demander ce qu’on fait avec les objets du quotidien : comment dévisset-on un tube de dentifrice ? Comment prend-on un bol ? C’est là le travail sur l’intime :
comment fait-on les choses insignifiantes ? Qu’est-ce que la banalité ? l’infra-ordinaire ?
Personne ne fait ces gestes de la même manière. N’importe quel geste raconte énormément
de choses. Chacun apporte une intention et un style.
Alexandra Rübner
b On demande aux élèves de choisir un
geste du quotidien et de le jouer devant
leurs camarades, en utilisant éventuellement
un objet.
Ce geste peut être choisi dans les extraits
d’Un homme qui dort, ou dans les propos
d’Alexandra Rübner ci-dessus, ou encore dans
le quotidien des élèves.
Les élèves doivent se poser ces questions :
comment le donner à voir ? le rendre
intéressant ? Comment se décompose-t-il ?
Comment peut-il devenir une mini-séquence
dramatique avec un début, un développement, une fin ?
Il est intéressant que plusieurs élèves choisissent le même geste et en préparent séparément la représentation.
On demande alors aux spectateurs leurs
réactions face à cette présentation : reconnaissent-ils les gestes ? la façon dont ils les
accomplissent ? Quelles impressions génère
la présentation ?
Il faut, à travers ces activités, amener les élèves à se poser la question de l’articulation entre
texte et jeu. Un homme qui dort est en grande partie un texte descriptif : comment la représentation prendra-t-elle cette dimension en compte ? Le texte sera-t-il redoublé, voire illustré par le
jeu ? Sera-t-il plutôt fait appel à l’imaginaire du spectateur ? C’est une piste d’observation de la
représentation.
un langage scénique pluriel
La fiche technique
Une note d’intention de la metteure en scène peut être consultée dans le programme et sur le site
du Trident, scène nationale de Cherbourg-Octeville (cf. annexe ou http://www.trident-scenenationale.com/spectacle/Theatre/Un_homme_qui_dort/468). L’enseignant aura tout intérêt à en prendre
connaissance. Mais, en ce qui concerne les élèves, elle risque de dévoiler trop d’éléments concrets
du spectacle dont il est préférable de garder la fraîcheur pour le jour où ils verront la représentation. En revanche, la consultation de la fiche technique du spectacle et l’observation de l’affiche,
également présentée dans le programme et le dossier en ligne, créeront des questionnements et
des attentes pour une vision active de la représentation.
Fiche technique du spectacle
Production : théâtre de la Demeure
Mise en scène : Alexandra Rübner
Scénographie et costumes : Héloïse Labrande
Musiques originales et création sonore : Arandel
Création et régie vidéo : Arthur Michel
Régie plateau : Victor Egéa
Avec : Alexandra Rübner, Anthony Lefol, Arandel
b Il s’agit de questionner cette fiche pour créer d’autres pistes d’observation du spectacle.
Cherchez quelles disciplines artistiques sont présentes. Quelle forme de spectacle cela peut-il
laisser attendre ?
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n° 146
avril 2012
On peut constater que les choix de la compagnie s’orientent clairement vers une association
de divers langages : théâtre, musique, vidéo.
On peut aussi s’interroger sur ce que fait
chacun sur le plateau. Si c’est en partie prévisible pour le musicien, ce l’est moins pour les
autres ; auront-ils en charge d’incarner un ou
des personnage(s) ? de raconter ?
Musique et vidéo ont une importance particulière dans le spectacle, puisque toutes deux
donnent lieu à une création originale. La présence des créateurs sur le plateau ou en régie
interroge sur leur rôle au cours de la représen-
tation (par exemple, le créateur vidéo a aussi
un rôle en régie pendant la représentation).
Cela suppose une interaction avec les comédiens, qui devra être observée.
En ce qui concerne la scénographie, outre les
réalisations de la scénographe elle-même, on
peut s’attendre à ce que la vidéo et le son aient
un rôle dans la création de l’espace. On pourra
amener les élèves à observer cette dimension.
En outre, un régisseur plateau est mentionné,
ce qui suggère sans doute une certaine complexité de la scénographie ; de quel ordre, on
pourra se le demander avec les élèves.
La photographie de l’affiche et du programme
© REBECCA GUIBERT
L’affiche propose une photographie que l’on
peut associer aux divers éléments de l’œuvre
désormais connus. C’est peut-être une photographie de scène, ou bien peut-être qu’elle
évoque juste l’univers de la fiction. Quoi qu’il
en soit, on y trouve des éléments observés au
fil des activités précédentes : les objets de la
chambre, le sommeil, « un homme qui dort ».
les Leçons sur la société industrielle de Raymond
Aron y sont remplacées par les Problèmes de
linguistique générale de Benveniste ; le personnage étudierait la linguistique et non plus
la sociologie… Le paquet de gauloises est
devenu un paquet de Camel® : adaptation de la
situation à notre époque ? Volonté de signifier
la valeur intemporelle de l’expérience ? On a
des signes d’indifférence aux choses : un bol
assez sale, une cigarette à demi consumée.
Cette présentation visuelle a un caractère quasi
hyperréaliste, mais la saturation des couleurs
lui donne quelque chose d’onirique, à moins
qu’elle ne suggère la chaleur qui règne dans
la chambre, l’un des facteurs de malaise du
personnage.
C’est un plan rapproché en plongée, qui suggère
un observateur debout regardant l’étudiant.
Qui regarde ? On est ici renvoyé à l’une des
interprétations du pronom « tu » : peut-être un
double du personnage, qui se serait levé du lit
pour s’observer lui-même (comme dans certains
films de Woody Allen) ?
Le choix de cette photographie montre en tout
cas que la chambre et ses objets, le lit, le sommeil semblent au cœur du spectacle.
b Consigne : au cours de ce travail, vous avez imaginé une scénographie ; vous avez travaillé
sur l’intime et la mélancolie ; vous avez constaté que musique et vidéo feraient partie du
spectacle. Cherchez pour compléter votre projet scénographique une musique ou une vidéo
(que vous pouvez réaliser) qui prenne en compte toutes ces dimensions.
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