Regards sur l`objet Monument historique en Languedoc

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Ministère de la
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Culture et de la Communication
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Monuments en mémoire
Regards sur l’objet Monument historique en Languedoc-Roussillon
Œuvres d’art, décors et ensembles historiques
monuments historiques et objets d’art du Languedoc-Roussillon
d ir e c t io n
r é g i o n a l e
d e s
a f fa i r e s
c u lt u r e l l e s
Auteurs
Hélène Palouzié [HP]
Chargée de mission auprès de la crmh, drac lr
Conservateur des antiquités et objets d’art de l’Hérault
Delphine Christophe [DC]
Conservateur régional des Monuments historiques, crmh, drac lr
Alain Daguerre de Hureaux [ADH]
Directeur régional des affaires culturelles, drac lr
Philippe Hertel [PH]
Conservateur en chef du patrimoine, crmh, drac lr
Laurent Hugues [LH]
Conservateur en chef du patrimoine, crmh, drac lr
Jean-Bernard Mathon [JBM]
Directeur du Centre de conservation restauration du patrimoine,
Conseil général des Pyrénées-Orientales
Conservateur des antiquités et objets d’art des Pyrénées-Orientales
Olivier Poisson [OP]
Conservateur général du patrimoine
Avec la participation de :
François Amigues
Conservateur des antiquités et objets d’art de l’Aude
Guillaume Bernard
Conservateur des antiquités et objets d’art du Gard
Isabelle Darnas
Conservateur en chef du patrimoine, Conseil général de la Lozère
Conservateur des antiquités et objets d’art de la Lozère
Jean-Jacques Fauré
Conservateur délégué des antiquités et objets d’art de l’Aude
Couverture :
Hérault, Montpellier, hôtel de Lunas.
Panneau de laque sur bois (détail),
vers 1714. Classé MH en 1960.
Page précédente :
Pyrénées-Orientales, Palau del Vidre,
église Notre-Dame de l’Assomption.
Chape, soie brodée, tissée (154 x
284,8 cm), Atelier de Martin Otxoart,
1556. Classée MH en 1892.
Monuments en mémoire
Regards sur l’objet Monument historique
en Languedoc-Roussillon
Œuvres d’art, décors et ensembles historiques
patrimoine
protégé
Avant-propos
En cette année anniversaire où nous célébrons le centenaire de la
loi du 31 décembre 1913 sur les monuments historiques, le bilan
quantitatif est éloquent : 44 000 immeubles et 250 000 objets d’art
protégés au titre des monuments historiques, 104 secteurs sauvegardés créés, près de 700 zones de protections du patrimoine architectural, urbain et paysager approuvées, 950 édifices labellisés
« Patrimoine du xxe siècle ».
Nombreuses sont les publications qui évoquent « l’inflation »,
« l’explosion » patrimoniale, qui conduit d’ailleurs, comme le souligne non sans humour Nathalie Heinich, à une « explosion éditoriale » sur le sujet1. La critique est imparable, les chiffres
sont là, les protections aussi. Le champ patrimonial s’est
élargi, du point de vue chronologique, topographique et catégoriel. Pierre Nora, peut-être mieux que tout autre, décrit et
analyse ce phénomène : « On est passé d’un patrimoine étatique et national à un patrimoine de type social et communautaire
où se déchiffre notre identité groupale ou individuelle. On est ainsi
passé d’un patrimoine hérité à un patrimoine revendiqué. De matériel, monumental, concentré, le patrimoine est devenu symbolique,
identificatoire et éparpillé »2.
Cette revendication patrimoniale peut conduire à une forme de dilution, à l’opposé des objectifs du professionnel de la conservation :
le « tout-patrimoine », qui ne répond pas à la mission première qui
est la sienne, clairement explicitée dans le code qui consiste à
protéger, au nom de tous et de l’intérêt général, les immeubles et
les objets mobiliers « dont la conservation présente, au point de
vue de l’histoire ou de l’art, un intérêt public » (articles L621-1
et L 622-1 du code du patrimoine). La protection du patrimoine
par les pouvoirs publics demeure toutefois – et la longévité de
la loi de 1913 en est la meilleure preuve – un outil privilégié pour
la conservation efficace de nos monuments : seule la prise de
conscience de la valeur patrimoniale d’un édifice ou d’une œuvre et
l’attention dont il est l’objet garantissent sa pérennité.
Les services de l’Etat en charge de la protection au titre des Monuments historiques sont quotidiennement confrontés à ce paradoxe et
à la pression exercée par chacun pour la prise en compte d’un patrimoine, certes investi émotionnellement, mais dont on peut douter de
l’intérêt public.
4
Regards sur l’objet Monument historique - Avant-propos
La « tentation du patrimoine », souvent reprochée, trouve son origine dans l’organisation même de la chaîne patrimoniale. Les études
systématiques voulues par André Malraux avec la création en 1964
de l’inventaire général des monuments et richesses artistiques de
la France a rendu tout objet, « de la cathédrale à la petite cuillère »,
digne d’intérêt et donc potentiellement digne de la protection au titre
des monuments historiques. Il faut par ailleurs sûrement chercher
dans l’indispensable déconcentration des services chargés des monuments historiques un autre élément de tentation du « tout-patrimoine » : la proximité des objets étudiés et la connaissance des problématiques locales sont autant d’éléments susceptibles de rendre
plus délicate la sélection. Enfin, l’échelle même des commissions,
qu’elles soient départementales pour l’inscription des objets mobiliers ou régionales pour l’inscription des monuments au titre des
Monuments historiques, conduit à évaluer l’intérêt de l’objet au
regard d’un territoire somme toute réduit.
Hérault, Agde, musée de l’Ephèbe.
Statue dite de l’éphèbe (Alexandre ?)
découverte en 1964 dans le lit du
fleuve Hérault, bronze (1,40), IIe siècle
av. J.-C.. Classée MH en 1966.
Lozère, Mende, cathédrale NotreDame-et-Saint-Privat. Portrait d’Urbain V, évêque de Mende et pape
en Avignon en 1362, attribué au
peintre napolitain dit maître de
saint Ladislas, xve siècle. Classé
MH en 2005.
Il ne faut cesser de le répéter : la protection au titre des monuments historiques n’est pas un label, mais un dispositif législatif d’utilité publique qui se fonde sur la loi du 31 décembre 1913,
désormais ossature du livre VI du code du patrimoine. La protection intervient au terme d’une procédure longue, qui comporte
une phase d’analyse critique, de recherche et de documentation
au cours de laquelle l’intérêt général qui s’attache à la conservation
et à la transmission aux générations futures des témoignages
matériels ou immatériels de notre histoire est évalué. Refuser à
un objet la protection ne le vide pas de son intérêt, mais signifie
que sa conservation ne relève pas d’une responsabilité nationale
et donc collective et partagée.
Rappelons-le encore une fois : la protection d’un objet ou d’un édifice
est fondée sur sa qualité intrinsèque, et non décidée en raison des
conséquences qu’entraîne un arrêté de protection, qu’elles soient
matérielles, par la voie d’une aide de l’Etat aux travaux de restauration, ou secondaires, par l’effet qu’entraîne la protection en matière
de protection des abords. En effet, trop de demandes sont encore guidées par la seule volonté de protéger une vue, un paysage autour d’un
monument. D’autres outils répondent pourtant à ce type de préoccupations : plans locaux d’urbanisme, aires de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine, secteurs sauvegardés ou sites sont autant
Avant-propos - Regards sur l’objet Monument historique
5
1. Nathalie Heinich, La fabrique du
patrimoine, Editions de la Maison des
sciences de l’homme, 2009, p. 21.
2. Pierre Nora, « L’explosion du patrimoine », dans Patrimoines, revue de
l’Institut national du patrimoine, 2006,
n° 2, p. 6 à 11, repris dans Présent,
nation, mémoire, Bibliothèque des histoires, Gallimard, 2011.
de dispositifs offerts aux pouvoirs publics qui permettent la prise en
compte de l’intérêt patrimonial ou environnemental qui s’attache à la
protection d’une aire géographique donnée.
Certes, l’analyse d’une œuvre, si elle a ses principes, ne saurait être totalement objective et la sensibilité de chacun peut faire bouger les lignes.
Il appartient pourtant au service des Monuments historiques d’examiner
les demandes de protection dans un climat dépassionné et d’en évaluer
la pertinence. Afin de garantir la qualité et la neutralité de cet examen,
la procédure est aujourd’hui largement collégiale : les commissions sont
composées d’agents de l’Etat, conservateurs, ingénieurs d’études, architectes des bâtiments de France ou des Monuments historiques, mais
aussi de personnalités qualifiées, d’élus et de représentants d’associations qui, ensemble, partagent cette responsabilité commune.
Trier, sélectionner, sont des tâches ardues et délicates, mais l’efficacité de la conservation est à ce prix. En effet, une inflation des proLozère, Mende, cathédrale Notretections au titre des Monuments historiques, meubles ou immeubles,
Dame-et-Saint-Privat. Ostensoir
emporterait des conséquences négatives d’au moins deux ordres :
offert en 1802 par Jean-Antoine
- si le risque d’une « muséification » de notre pays est infondé (les
Chaptal (1756-1832), natif de Noespaces protégés représentent 2 % du territoire national et les progaret près de Mende, argent (0,71). jets d’intégrations contemporaines ou de réutilisations sur les édiClassé MH en 1971. Mémoires
fices classés ou inscrits ont démontré qu’une protection n’était pas
d’orfèvres, 2011.
synonyme d’immobilisme), le « tout-patrimoine », par la dilution
Pyrénées-Orientales, Espira-de- opérée, rendrait impossible l’identification des éléments majeurs à
Conflent, église Sainte-Marie. Mo- transmettre comme témoignage de notre histoire commune ;
nument du Jeudi saint, détrempe - en second lieu, et même si la mesure de protection ne s’accomsur toile libre roulée (5,21 x 3,66 ; pagne pas de manière automatique d’une aide de l’Etat, une exten4,82 x 3,20 ; 3,60 x 2,98 ; 3,55 x sion non mesurée des protections patrimoniales ne manquerait pas
2,85), 1756. Les Monuments du de faire peser sur les générations à venir une charge morale et finanJeudi saint sont des décors, de cière excessive, dont les effets pourraient être dévastateurs.
type théâtral, qui ont été utilisés
du début du xvie siècle jusque dans Il relève bien de la responsabilité de l’Etat, à l’issue d’une analyse
les années 1950, en Roussillon partagée avec les collectivités et les professionnels, d’identifier ce
et en Catalogne. Classé MH le qui, pour l’avenir et le bien commun, mérite l’attention de tous.
31/03/2011.
[ADH/DC]
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Regards sur l’objet Monument historique - Avant-propos
In situ
Aude, Carcassonne, maison de
Joë Bousquet. Vue intérieure de
la chambre où Joë Bousquet
vécut confiné de 1924 à sa mort
en 1950. Inscrite MH en 1992.
L’arrêté précise que cette protection « prolonge la mémoire de
l’écrivain et son activité intellectuelle par la permanence de ses
dispositions mobilières et immobilières ». Regards sur le patrimoine mobilier privé, 1999.
L’homme ne vit pas sans objets, ni sans décor dans sa
maison, ou dans les autres lieux sensibles de la vie collective. Ces objets, ces œuvres, ces décors naissent des
besoins, des ambitions partagées, depuis des siècles, grâce
aux artisans et aux artistes, puisant dans les ressources
locales, mais regardant souvent au loin. Acquis parfois à
grand-peine, ces objets n’ont pourtant d’autre destin que
de finir usés, brisés, démodés, rendus obsolètes, et d’être
remplacés par d’autres, dans le mouvement des modernités successives qui emporte les styles, les usages, les ornements, les techniques.
Enfin, ils ne disparaissent pas tous, parce que l’homme est
rêveur, que la mémoire est aussi un besoin, parce que le
pas du temps et de l’histoire confère une valeur spéciale aux
objets que l’on conserve. Images dans les temples, souvenirs
personnels ou familiaux, objets de prix ou de valeur, objets
distingués par la curiosité ou le goût, ils ne cessent de nous
entourer et de nous parler. Comme les monuments, ils sont le
support du récit de notre identité, de notre histoire.
C’est dans ce legs des objets du passé, forcément limité et
destiné à s’amoindrir, que nous puisons une partie de notre
culture vécue : ils forment les musées que nous visitons,
les collections que nous pourrions faire, ils remplissent
les boutiques des antiquaires et nous accompagnent, pour
certains, dans nos maisons. Sur eux aussi s’appuie notre civilisation mondiale de l’image.
Les musées sont nés au xixe siècle du grand bouleversement
européen qu’a été la Révolution française, qui a remis sur le
marché les biens de l’Eglise, et permis une intense circulation des œuvres d’art au sein de la société française et des
sociétés européennes. De là viennent nos habitudes, fréquenter de façon privilégiée l’œuvre d’art du passé en allant dans
les musées, où nous la trouvons chaque fois à sa place, bien
rangée par catégorie, par époque, par style, par auteur, ou de
façons plus éphémère, dans les expositions temporaires, plus
ou moins réussies.
8
Regards sur l’objet Monument historique
Regards sur l’objet Monument historique
9
Pyrénées-Orientales, Perpignan,
cathédrale Saint-Jean-Baptiste,
Louis Ausseil, conseiller auprès
de la crmh pour l’orfèvrerie, joue
du carillon Amédée Bollée, xixe
siècle. Carillon classé MH en
1993. Icônes et idoles, 2008.
C’est donc à une expérience différente que nous convie le
patrimoine des objets Monuments historiques : rencontrer
des objets dans leur cadre, celui pour lequel ils ont été créés
« temples, demeures ou ateliers », et dans lequel ils ont
avant tout un usage. C’est d’ailleurs tout l’enjeu et toute la
spécificité de l’action patrimoniale de l’Etat que de respecter
et de protéger ce lien. La réunion des objets assemblés en
un même lieu pour la même fonction, qu’elle soit pratique
ou symbolique, ou les deux ensemble le plus souvent, donne
un sens spécial à ceux-ci et au message qui peut nous être
transmis aujourd’hui.
Comment fonctionnaient ces lieux du passé ? Comment
étaient-ils vécus et habités, dans leur modalités diverses,
hôtels particuliers des villes, ateliers d’artisans, monastères
ou sanctuaires de pèlerinage, châteaux et mas, paroisses ou
bien chapelles de pénitents, hopitaux ? Combien nous parle
10
Regards sur l’objet Monument historique
plus un pot de pharmacie en faïence resté à côté de ses
semblables sur l’étagère, non loin du mortier, de la cornue et
du fourneau, qu’un exemplaire isolé, sans provenance, dans
une vitrine ?
Bien des tableaux d’église, décrochés de leur chapelle, ne
seraient que de médiocres images ; mais réunis en ensemble,
figurant un propos de dévotion, ils nous montrent ce qu’était
vraiment le support du récit religieux, cette culture symbolique parfois si humble qui a été le quotidien de nos sociétés locales durant des siècles. A l’occasion, dans son cadre,
éclate encore un chef-d’œuvre : à voir ceux-ci collectionnés
et impitoyablement réunis dans les quelques grands musées
du monde, on oublie parfois qu’ils ont un jour été commandés par quelqu’un pour un lieu et un besoin précis, et qu’ils
ont été plus exceptionnels et rares que leur accumulation
moderne dans les métropoles, médiatisée à outrance, ne
pourrait le faire penser.
A l’inverse, les objets du patrimoine reflètent encore la distribution de la société rurale d’autrefois, avec sa dispersion des
œuvres selon les lieux habités, villages, châteaux, églises,
dans un maillage qui certes n’est plus celui des polarités
économiques d’aujourd’hui, mais qui traduit de façon incomparable l’histoire de l’homme dans son environnement.
C’est aussi pour cela que les objets protégés, identifiés et
conservés in situ, tissent dans nos territoires en mutation,
souvent à la recherche de leur identité moderne et d’une
nouvelle attractivité, un récit et une pratique culturelle irremplaçable destinée au public d’aujourd’hui.
[OP]
Regards sur l’objet Monument historique
11
Hérault, Saint-Jean-de-Fos, maison de la poterie Argileum. Poterie
en terre cuite vernissée, vaisselle
de table, statue de saint Roch et
dégueuloir de fontaine, xixe siècle.
Inscrits MH en 1997.
Meubles et immeubles
Que seraient les bâtiments s’ils étaient privés des aménagements et de l’ornementation intérieure qu’ils abritent ? Ces
décors intérieurs sont les précieux témoins de l’usage des lieux.
La question de la protection, de la conservation et de la gestion
du contenu ne saurait donc être séparée de celle du contenant.
Plusieurs types de biens constituent ces aménagements
intérieurs.
Les immeubles par destination
Hérault, Montpellier, hôtel de
Lunas, premier salon des laques.
Panneaux de laque rouge vers
1714, complétés par un décor des
années 1840. Classé MH en 1960.
Les décors des parois, murs, plafonds ou voûtes résultent
de techniques diverses. Peintures murales, pierres ou
marbres sculptés, gypseries, boiseries, tapisseries, tissus
justement appelés « lambris d’étoffe », papiers peints, ont
pu être employés pour la décoration de volumes intérieurs.
Ces décors sont les témoins d’une expression artistique au
service d’un mode de vie, d’activités civiles ou religieuses.
En droit, le code civil établit une différence entre les biens dont
la nature est immeuble et ceux qui, pouvant être déplacés,
sont qualifiés de meubles. Seuls les biens meubles scellés
aux immeubles bénéficient d’un statut particulier, appelé
« immeubles par destination ». Ces artefacts doivent dès lors
être maintenus en place, au motif des dommages que leur
dépose entraînerait pour eux-mêmes et pour l’immeuble.
Cette notion juridique, bien trop restreinte, ne permet pas
de préserver les ensembles historiques dont la nature est
nécessairement mixte, associant divers matériaux. Du point
de vue de l’histoire de l’art, la distinction entre meubles et
immeubles basée sur la nature des matériaux mis en œuvre
n’apparaît donc pas pertinente.
Ainsi, les panneaux de bois ornés de laque rouge et motifs
dorés, créés vers 1714 pour la galerie de bal de l’hôtel de
Lunas (Montpellier), rappellent malgré des modifications
du xixe siècle, l’usage initial des lieux en liaison étroite avec
l’architecture intérieure : leur dépose ferait perdre une part
essentielle de l’intérêt de l’édifice.
12
Regards sur l’objet Monument historique
Regards sur l’objet Monument historique
13
Hérault, Montpellier, hôtel de
Lunas, chambre de Madame.
Mobilier des xviiie et xixe siècles.
Classé MH en 1960.
Le décor de papiers peints du célèbre manufacturier parisien
Réveillon, posé en 1789 aux murs de la galerie du château
du Castelet des Crozes (Castelnaudary, Aude), est également
indissociable du bâtiment dont les volumes intérieurs ont été
créés pour ces décors.
Le mobilier meublant
D’autres biens, qualifiés de meubles, participent à l’intérêt et
l’authenticité des immeubles. Il faut citer en particulier le mobilier liturgique destiné à l’ornementation des églises et chapelles :
autels, retables, tableaux, chaires à prêcher, clôtures de communion ou de chapelles, fonts baptismaux. Des retables monumentaux ont été créés en pierre, marbre, bois, et associent souvent
plusieurs matériaux (marbre, bois, stuc). Même si ces œuvres
ont pu ou peuvent être déplacées, elles constituent un décor
destiné à occuper l’espace architectural de manière pérenne.
14
Regards sur l’objet Monument historique
L’exemple de la chapelle de l’Immaculée Conception en la
cathédrale de Perpignan rend compte de la richesse et de
la fragilité de ces ensembles décoratifs. Cette chapelle de
deux travées fut décorée en trois étapes au xviiie siècle. En
1703, un grand retable de bois sculpté et doré dû au barcelonais Lazare Tramulles est installé contre le mur du fond.
De part et d’autre, sur les murs latéraux de cette seconde
travée, un placage de marbre à décor d’entrelacs est réalisé
vers 1760, afin de servir de fond pour deux tableaux sur toile
de l’histoire de la vie de la Vierge, richement entourés de
cadres de bois doré à frontons et guirlandes. Enfin, entre
1785 et 1789, le peintre Jacques Gamelin a peint sur les
voûtes des deux travées des décors d’allégories mariales
et d’angelots. Il orne aussi les murs de la première travée
de motifs en trompe-l’œil imitant en partie les placages de
marbre de 1760. Il installe enfin en vis-à-vis et au centre des
décors muraux de la première travée, deux grandes toiles
Regards sur l’objet Monument historique
15
Aude, Castelnaudary, château du
Castelet des Crozes. Papier peint
Réveillon, xviiie siècle. Classé MH
en 2000.
Pyrénées-Orientales, Perpignan,
cathédrale, chapelle de l’Immaculée Conception. Voûte de la
chapelle peinte par Jacques Gamelin entre1785 et 1789, représentant l’Immaculée Conception.
Classée MH en 1906.
de la vie du Christ, Jésus chassant les marchands du temple
et la Pentecôte. Les quatre tableaux avaient été déplacés
en 1916 et remplacés par des toiles dont ni les formats, ni
les sujets n’étaient en rapport avec les décors de marbre,
fixes par nature. La restauration générale de la chapelle en
2010 a permis de réinstaller à leur place d’origine les quatre
tableaux encadrés et de retrouver la cohérence stylistique et
historique de l’ensemble.
La préservation et la restauration de ces ensembles
immeubles-décors sont l’une des priorités du service des
Monuments historiques. La restauration du lambris de bois
doré sculpté vers 1675 par le carcassonnais Jean-Jacques
Mélair pour encadrer la statue de la Vierge de Notre-Dame
de Marceille à Limoux en est un exemple récent, mené avec
le diocèse de Carcassonne, propriétaire des lieux. A cette
catégorie des décors indissociables des immeubles, appartiennent les grandes orgues comme par exemple l’orgue de
l’ancienne cathédrale d’Uzès, créé en 1679, célèbre par ses
volets.
Enfin, des œuvres d’art aisément déplaçables peuvent être
également intimement liées à une architecture. Le tableau
représentant les Pélerins d’Emmaüs, commandé en 1643 par les
chanoines de la cathédrale de Nîmes au peintre Reynaud
Levieux, s’y trouve toujours conservé, malgré deux déplacements et la reconstruction presque intégrale de l’édifice en 1882.
Au château de Ribaute (Gard), le portrait donné par LouisArmand de Bourbon, prince de Conti, vers 1700 à son repré16
Regards sur l’objet Monument historique
sentant pour le comté d’Alès, M. de Mandajors, trône dans le
salon des descendants du récipiendaire.
Nombre de meubles et objets d’art, accumulés au cours des
siècles dans les grandes demeures privées, donnent aux
édifices une densité historique et patrimoniale hélas fragile,
car régulièrement remise en question à l’occasion de successions. Quelle est la valeur narrative d’un édifice vidé de ses
décors et souvenirs mobiliers ?
C’est aussi cette densité qui fait la richesse de certains hôpitaux anciens en particulier dans les salles du conseil d’administration : celui de Castelnaudary possède, parmi une
galerie de portraits de bienfaiteurs, celui de Mgr de Langle,
évêque de Saint-Papoul, sans doute peint sous Louis XV par
le toulousain Jean-Baptiste Despax. La mémoire des personnages qui ont donné vie à ces lieux est ainsi perpétuée.
Par-delà l’intérêt artistique variable de chaque œuvre, c’est
bien la mémoire des générations passées que ces décors
intérieurs nous transmettent. Ils témoignent aussi du goût,
des pratiques de nos prédécesseurs. Préservés dans leur
contexte architectural, ils incarnent de la façon la plus vivante
qui soit, des modes de vie, de pensée. Associés à l’étude de la
littérature ou des textes d’archives, ces lieux préservés nous
invitent au dépaysement et nous permettent de connaître et
transmettre la mémoire des siècles.
[LH]
Regards sur l’objet Monument historique
17
Pyrénées-Orientales, Perpignan,
cathédrale, chapelle de l’Immaculée Conception. Retable de
Lazare Tramulles (1703) et tableau
représentant la Nativité de la Vierge
(v. 1760). Classés MH en 1906.
Méthodologie
Le monde des objets est considérable et, petit à petit, au côté
des sociétés d’antiquaires et collectionneurs d’objets d’art,
s’est construit un monde d’experts, de spécialistes, conservateurs, restaurateurs, etc. Que faut-il conserver ? Comment
restaurer ? Quel état restituer ? Depuis Prosper Mérimée, les
questions sont les mêmes. Sous le terme de méthodologie
peuvent être regroupés les principes qui guident la protection,
la conservation, la restauration, la présentation et la transmission des objets classés au titre des Monuments historiques.
Après les magistrales synthèses, celle de Paul Léon, Les
monuments historiques. Conservation. Restauration (1917),
première analyse du Service, allant de la formation du
concept de Monument historique à l’élaboration du principe
de conservation et de restauration, prolongée par l’étude de
Françoise Bercé, Des Monuments historiques au patrimoine
du xviiie siècle à nos jours ou « les égarements du cœur et de
l’esprit » (2000), et le récent ouvrage d’Arlette Auduc Quand les
monuments construisaient la nation. Le service des Monuments
historiques de 1830 à 1940 (2008), que rajouter sur l’histoire
du service des Monuments historiques, sur le travail collectif
d’expertise et de réflexion méthodologique qui a conduit à une
conception de plus en plus large, de plus en plus ouverte du
patrimoine, incluant la dimension ethnologique ?
L’inventaire des objets d’art et l’organisation de leur conservation nécessitent un personnel compétent, qui se met en place
progressivement au sein du service des Monuments historiques
et qui aboutit à la création du statut de conservateur du patrimoine. C’est en 1893, qu’est créé le premier poste d’inspecteur
général-adjoint des Monuments historiques pour les objets
mobiliers occupé par Paul-Frantz Marcou, qui fut l’un des principaux inventeurs de la politique de protection des œuvres d’art, à
une époque bouleversée par les conséquences de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905. La tâche est immense et
les moyens juridiques et financiers sont dérisoires ; c’était une
18
Regards sur l’objet Monument historique
époque où l’on devait « pouvoir lever des plans en architecte,
dessiner des fragments en peintre, lire les anciennes chartes
en archiviste… » et pour obtenir de l’unité « avoir les mêmes
principes en archéologie, le même système en histoire de
l’art ». Soutenue par les connaissances et les compétences des
sociétés savantes, alliant érudition et imagination, l’inspection
générale se renforce, regroupant historiens, historiens de l’art,
archéologues, architectes, techniciens, administrateurs, etc.
« L’inspection des objets » se professionnalise et s’enrichit au
fil des ans d’éminentes personnalités comme Jean Verrier,
Jacques Dupont, Jean Taralon, Pierre-Marie Auzas, Jean
Feray, Georges Costa, etc. dont la qualité, le travail, l’engagement ont forgé la renommée du service des antiquités et objets
d’art et favorisé la transmission de ce patrimoine protégé au
titre des Monuments historiques. Si le rôle de l’Etat est marqué
par une remarquable continuité et par l’implication croissante
des associations, autorités locales et propriétaires privés, il
faut bien dire aussi le retard pris dans la professionnalisation
de la conservation des objets, puisqu’encore à l’heure actuelle
les conservateurs des antiquités et objets d’art, agents indemnitaires de l’Etat depuis 1908, sont plus missionnaires que
fonctionnaires !
Aujourd’hui comme hier, il ne suffit pas qu’un objet ou un
monument soit beau, riche d’histoire, objet de connaissance pour que sa conservation aille de soit. Car les conséquences de la conservation sont multiples. Comment
conserver, à quel prix, au détriment de quels intérêts?
Pour reprendre la formule appropriée d’André Chastel, « le
patrimoine se reconnaît au fait que sa perte constitue un
sacrifice et que sa conservation suppose des sacrifices ».
Regards sur l’objet Monument historique
19
Hérault, Castries, Château. Vue de
la salle des Etats du Languedoc.
Château classé MH en 1966 et
mobilier classé MH en 2000. Duc
de Castries, Papiers de famille,
1977 ; Anne Touzery-Salager, Les
châteaux du Bas-Languedoc, 1988.
Le cas des églises à cet égard est particulièrement significatif ! Face aux dégradations sanitaires des monuments et
des œuvres qu’ils contiennent, leur importance numérique
et qualitative, leur diversité, leur dispersion sur l’ensemble
du territoire, leur vulnérabilité, la direction régionale des
affaires culturelles du Languedoc-Roussillon a mis en
œuvre une politique de conservation in situ du patrimoine
mobilier, qui repose sur une méthodologie liant connaissance, conservation et valorisation de ce patrimoine et
associant professionnels, propriétaires et gestionnaires
des édifices. Ce programme, nommé Plan-Objet, a pris
naissance à la suite de l’expérience du même nom menée
en Limousin1. La méthodologie est simple : le Plan-Objet
consiste à inventorier le mobilier à caractère patrimonial, à
relever ses pathologies propres et celles de son environnement immédiat (les édifices qui l’abritent) et à réaliser des
interventions de conservation préventive et curative. Pour
le patrimoine in situ, on ne peut se limiter à la restauration fondamentale d’une œuvre sans traiter son contexte. Il
s’agit de répondre à la difficulté de gestion d’objets en très
grand nombre conservés dans un nombre considérable
d’édifices et de planifier les interventions en conservation,
en restauration, de mise en sécurité et de valorisation.
1. Zimmer (Thierry) [dir]. 1945-1995
Objets mobiliers en Limousin, cinquante
ans de travaux. Limoges/ drac Limousin, 2000.
L’objectif est de fédérer les initiatives, de favoriser les partenariats avec les collectivités territoriales afin de réunir dans
chaque département une équipe interdisciplinaire composée de chercheurs, conservateurs, restaurateurs, architecte, photographe, répondant aux exigences du Plan-Objet
et œuvrant selon une méthodologie commune. Le PlanObjet repose sur le développement d’outils de numérisation du patrimoine, facilitant la transmission des données
à un rythle accéléré. La drac Languedoc-Roussillon a créé
deux outils distincts, mais indissociables l’un de l’autre : une
base de gestion réunissant l’ensemble des informations sur
les œuvres, alimentant un site de diffusion prochainement
20
Regards sur l’objet Monument historique
accessible sur Internet, répondant à la nécessité de transmission des connaissances.
De nombreuses collectivités ont adhéré à ce plan, les Conseils
généraux de la Lozère et des Pyrénées-Orientales, la communauté d’agglomération Hérault Méditerranée, les communautés de communes du Nord Bassin de Thau, les Sources, les
communes de Béziers, Sérignan, Servian, Uzès, l’Université
de Montpellier, et prochainement les villes de Montpellier et
Narbonne. Dans le cadre du Plan-Objet, plusieurs châteaux ont
fait l’objet d’inventaires et constats d’état exhaustifs, comme
ceux de Castries (Hérault) et d’Espeyran (Gard) donnant lieu
à un « chantier des collections » ou à une rénovation globale
concernant l’édifice, le décor et le mobilier, en vue d’une
ouverture au public. Pour le patrimoine des églises, c’est
avec le Centre de conservation restauration du patrimoine des
Pyrénées-Orientales (ccrp) que le Plan-Objet trouve son plus
parfait aboutissement : inventaire et évaluation sanitaire des
édifices et des objets, travaux d’entretien sur les édifices, mise
en sécurité des œuvres, études préalables sur les objets et
interventions de conservation préventive et traitement curatif,
et au bout de la chaîne patrimoniale, formation des gestionnaires à la conservation et la valorisation de ce patrimoine.
[HP]
Regards sur l’objet Monument historique
21
Gard, Uzès, cathédrale Saint-Théodorit. La Résurrection du Christ et La
Résurrection de Lazare, huile sur
bois (2,28 x 1,82), Simon de Chalons,
1550. Classées MH en 1911.
Gard, Saint-Gilles, château d’Espeyran. Grand salon, xixe siècle. Classé
MH en 1982, 1984 et 2008. Icônes
et idoles, 2008.
Paul-Frantz Marcou (1860-1932)
des antiquités et objets d’art, légalisé par les
décrets de 1907 et 1908. A la suite de la loi de
la séparation des Eglises et de l’Etat en 1905
et de la libre disposition des archevêchés,
évêchés et grands séminaires rendus à l’Etat
par la loi du 2 janvier 1907, la mission d’inventorier le mobilier diocésain, œuvres d’art des
séminaires et évêchés, lui est confiée par le
ministre de l’Instruction publique, des BeauxArts et des Cultes. Ces pièces « réservées »,
appelées « mobilier légal », sont aliénées par
les domaines et affectées aux Beaux-Arts.
Désormais propriété de l’Etat, elles sont redistribuées dans des institutions acceptant de les
accueillir comme les Archives départementales, les universités, etc.
Son activité intense est connue par ses nombreux rapports à la commission des Monuments historiques, au sous-secrétaire d’Etat
Paul-Frantz Marcou (deuxième à gauche sur la
photo) lors d’une commission des Monuments
historiques à Versailles, Bassin d’Apollon. Dossier
provenant d’un don Trouvelot-Marcou.
Archéologue reconnu pour avoir publié avec
Louis Courajod le Catalogue du musée de sculpture comparée, Paul-Frantz Marcou est nommé
le 1er mai 1893 inspecteur général-adjoint
des Monuments historiques pour les objets
mobiliers, au sein de la sous-commission des
antiquités et objets d’art créée en 1891 par la
récente commission des Monuments historiques (3 janvier 1889). Il fut l’un des principaux acteurs du développement de la politique
de protection du patrimoine mobilier. Il a mis
en place le réseau de « correspondants » de la
Commission mettant à contribution les sociétés savantes départementales sur lesquelles
reposait essentiellement la désignation des
objets à protéger. Nommé inspecteur général
le 30 avril 1900, il est également l’un des
principaux artisans de la création du service
22
Regards sur l’objet Monument historique
aux Beaux-Arts, et par son important réseau
professionnel qui lui permet de se lier d’amitié
avec les personnalités du monde des BeauxArts notamment : Paul Léon (1874-1962),
membre de l’Institut, directeur général des
Beaux-Arts, professeur au Collège de France
et principal historiographe du service des
Monuments historiques français ; Paul Boeswillwald (1844-1931), architecte et inspecteur
général des Monuments historiques qui contribua avec Eugène Viollet-Le-Duc à la restauration des remparts de la cité de Carcassonne ;
Henri Nodet (1855-1940), architecte en chef
des Monuments historiques, en charge notamment du département de l’Hérault entre
1897 et 1917 ; Jacques Doucet (1853-1929)
grand couturier et collectionneur qui rassemble dès 1907 dessins et estampes, fonds
qui forment le cabinet des Estampes de la
bibliothèque d’art et d’archéologie qu’il créa
Regards sur l’objet Monument historique
en 1918 ; ou encore avec André Joubin (18681944) élève de l’Ecole normale supérieure en
1886, membre de l’Ecole française d’Athènes à
partir de 1889, chargé de mission au musée
impérial ottoman de Constantinople de 1893 à
1898, puis conservateur du musée des moulages de Montpellier, et à partir de 1915,
conservateur du musée Fabre, avant d’être en
1918 directeur de la bibliothèque d’art et d’archéologie Jacques Doucet.
Kagan (Judith). « Notice biographique Paul-Frantz Marcou
(1860-1932) ». 1913-2013 : un siècle de monuments historiques.
Paris, Direction des Patrimoines, septembre 2013 (à paraître).
Courrier relatant le sauvetage du Neptune grâce à
l’action de Paul Frantz Marcou et Henri Nodet.
Hérault, Montpellier, Château Bonnier de la Mosson,
Statue de Neptune de Nicolas Adam (1705-1778),
en dépôt à la Société archéologique de Montpellier
depuis 1911 grâce à Marcou. Classée MH en 1910.
23
Hérault, Montpellier, faculté de médecine, Musée Atger. Vue
de la présentation de la collection dans les années 1930-1940.
Classée MH en 1913.
La protection,
un outil de reconnaissance
et de conservation
La machine à estampiller fonctionne à tour de bras. (Raphaëlle
Rérolle, « Si cher patrimoine », Le Monde, 15 septembre 2012).
Par la reconnaissance et l’aide scientifique et technique
qu’il implique, le classement au titre des Monuments historiques est un acte conservatoire, soutenu par l’aide financière de l’Etat et des collectivités territoriales. Mais force
est de constater que si la protection Monument historique
est connue et utilisée par tous, elle est associée, dans
l’opinion publique, à une œuvre architecturale. Rares sont
ceux à savoir que la législation des Monuments historiques
concerne aussi les objets et les décors remarquables. Pourtant, les listes de 1840 mentionnent conjointement meubles
et immeubles, en témoigne l’inscription du panneau du
Couronnement de la Vierge d’Enquerrand Quarton de l’hospice de Villeneuve-lès-Avignon (Gard), et les premières lois
de protection spécifiques aux objets Monuments historiques
datent de 1887 et 19131.
1. « Les objets mobiliers », dans Patrimoine mode d’emploi. Connaissance
des Arts, n° spécial, 2006. Palouzié
(Hélène) [dir], Icônes et Idoles. Regards
sur l’objet Monument historique, Arles :
Actes Sud, 2008. Cornu (Marie), Négri
(Vincent) [dir], « Les objets mobiliers »,
dans Code du Patrimoine, Paris : Litec,
2010, p. 350 à 384. « L’objet Monument
historique. Protection, conservation,
restauration et présentation », dans
Monumental, 2011. 1913-2013 : un siècle
de monuments historiques, Paris, Direction des patrimoines, septembre 2013.
Bady (Jean-Pierre), Cornu (Marie), Fromageau (Jérôme), Léniaud (Jean-Michel), Négri (Vincent) [dir], Genèse d’une
loi sur les Monuments historiques, Paris,
La documentation française, octobre
2013.
2. Didier Rykner. Directeur du site La
Tribune de l’art. www.latribunedelart.com
Si, en France, près de 44 000 immeubles sont protégés au titre
des Monuments historiques, plus de 250 000 objets le sont au
même titre, dispersés dans environ 25 000 édifices, et constituent le plus grand musée éclaté. Ce patrimoine in situ, réparti
dans toute la France, ornant des milliers d’églises, cathédrales,
abbayes, demeures et châteaux, mairies, hôpitaux, universités,
palais de justice, est composé d’œuvres majeures trop souvent
méconnues car situées hors des grands musées médiatisés.
Le patrimoine mobilier protégé de la région Languedoc-Roussillon réunit plus de 10 000 objets répartis dans plus de 1 500
édifices. Pourtant, ces œuvres, qui les connaît ? Peut-être plus
encore que le vol, cette ignorance est la première menace qui
pèse sur les objets. Comment conserver ce que l’on ne connaît
pas ? « Pendant que les grands musées et les collectionneurs
se battent à coup de millions de dollars pour acquérir certains
chefs-d’œuvre aux enchères, d’autres se détruisent dans
l’ombre et le silence » souligne à juste titre Didier Rykner2.
26
Regards sur l’objet Monument historique
Comme le démontre amplement Icônes et idoles, regards
sur l’objet Monument historique, ouvrage commémorant le
centenaire des missions des conservateurs des antiquités
et objets d’art et des Monuments historiques, les objets sont
à l’égal de l’architecture, des témoins de l’histoire et des
modes de vie. La tâche des spécialistes du patrimoine est
de définir, avec les propriétaires, les objets ou collections
qui, dans leurs liens à l’édifice, en constituent le complément indissociable. Dans ce contexte in situ, il importe de
sauvegarder l’ambiance, l’authenticité, peut-être autant que
les œuvres elles-mêmes. C’est sur ce lien historique avec
le bâtiment qu’il importe d’insister pour différencier les
collections Monuments historiques de celles des musées,
artificiellement rassemblées.
Regards sur l’objet Monument historique
27
Hérault, Agde, château Laurens.
Bureau de Léon Cauvy (1874-1933).
Vue des années 1905 du bureau
d’Emmanuel Laurens avec le mobilier Art Nouveau et la verrière
colorée, « La mer » de Martial-Eugène Simas et Théophile Laumonnerie, 1896-1898. Ensemble du
mobilier classé MH en 2005.
28
Regards sur l’objet Monument historique
L’objet Monument historique
C’est dans un contexte de reconnaissance des vestiges du
passé que sont apparus les premiers jalons d’une volonté
politique de protéger les objets d’art de la destruction. La
notion d’antiquités (vestiges du passé constituant en tant que
tels une valeur et un bien commun), s’est progressivement
élargie à celle de Monument historique (qui inclut un devoir
social de conservation et de transmission), concrétisée par
la création d’un service public de l’Etat en 1830. La protection spécifique des objets mobiliers n’est intervenue qu’avec
la loi de 1887, confortée ensuite par la loi de 1913. Depuis,
l’évolution et l’élargissement de la notion de patrimoine à
celle de biens culturels ont conduit à l’élaboration en 2004 du
nouveau code du patrimoine et au renforcement du dispositif
de contrôle de circulation des biens culturels.
La spécificité d’un objet Monument historique, depuis les
premières lois de la fin du xixe siècle, est, en premier lieu, le
fait que celui-ci fasse partie d’un ensemble historique et qu’il
soit attaché à un immeuble qui lui donne sens. C’est ce concept
des objets dans leur contexte d’ensemble, dans leur environnement matériel et humain et dans leur rapport avec un lieu
chargé d’histoire qui, avant tout, fait qu’une œuvre d’art peut
être considérée comme un Monument historique. Dans la
lignée de Quatremère de Quincy et d’Alois Riegl3, le service des
Monuments historiques a le souci de conserver l’objet in situ,
de ne pas le retirer de son contexte. Outre sa valeur artistique
ou historique, l’objet Monument historique est bien souvent le
complément indispensable au monument, à la fois œuvre d’art,
témoignage historique et objet utilitaire.
Tout objet présentant un intérêt patrimonial (cf. Lois et
procédures p. 48), quels que soient son époque, sa nature,
son origine et son lieu de conservation, est susceptible
Regards sur l’objet Monument historique
29
Hérault, Montpellier, conservatoire d’anatomie conçu par PierreCharles Abric (1800-1871). Décor
de Tommaso Baroffio (1792-1877)
et Jean-Pierre Monseret (18131888). Classé MH en 2004. Felice
Fontana, l’aventure des cires anatomiques de Florence à Montpellier,
Collection Duo, 2010.
3. Quatremère de Quincy. Lettres à Miranda (1796), Paris : Macula, 1989. Aloïs
Riegl, Le culte moderne des monuments
(1933), Paris : Seuil, 1984.
d’être classé au titre des Monuments historiques. Toutes
les catégories d’œuvres sont concernées : peinture, sculpture, orfèvrerie, textile, instruments de musique, patrimoine
industriel, scientifique, ethnologique, archéologique, mobilier civil et religieux.
La reconnaissance d’un objet diffère suivant le regard qu’on
lui porte, culturel ou économique : la loi de 1913 sur les
Monuments historiques est fondée sur les critères d’histoire
et d’art. A cette notion synthétique de délimitation concernant l’objet digne de protection, se superpose, dans une
visée commerciale, l’énumération de catégories notamment
en vente publique ou dans les définitions fiscales. La gestion
du patrimoine signifie pour l’un, conservation sur le territoire français pour transmission du patrimoine public ; pour
l’autre, gestion du patrimoine se mesure en terme de placements, fiscalité, successions. Si l’on s’en réfère à Chatelain,
dans Œuvres d’art et objets de collection, sont biens culturels,
selon l’approche économique : les biens proposés dans les
centres importants du commerce de l’art (salles des ventes),
et selon l’approche culturelle : les biens admis comme tels
par les services officiels chargés d’assurer la protection du
patrimoine national.
Les objets Monuments historiques sont des objets immobilisés,
des objets sacrés, interdits – en principe – de sortie du territoire
et qui constituent, a priori, une entrave au commerce de l’art. Si
l’on s’en réfère à la théorie de Marcel Mauss, les objets sacrés
se définissent en effet comme « étant tout ce que l’on doit
soustraire au marché pour pouvoir vendre le reste ». Pour ces
objets immobilisés, deux logiques se complètent : la logique de
présentation de l’institution muséale et celle de sauvegarde in
situ initiée par le classement Monument historique. Ainsi l’objet
de musée côtoit l’objet Monument historique, dont le conservateur des antiquités et objets d’art est l’un des « promoteurs » de
la reconnaissance et de la conservation in situ.
30
Regards sur l’objet Monument historique
Selon l’idée développée par Michel de Certeau, l’objet patrimonial a « la beauté du mort », sa reconnaissance présupposant sa disparition, par un risque élevé de dégradation ou de
dispersion, que ce soit par ignorance, vandalisme ou vente. Les
exemples récents, commentés sur le site La Tribune de l’Art,
– vente à l’étranger des décors d’Henri Martin de la Chambre
de commerce et d’industrie de Béziers (Hérault) –, suffisent
à démontrer la difficulté d’assurer à ces objets un mode de
conservation pérenne. Quels sont les mécanismes de cette
promotion qui fait passer un objet du rang de curiosité à celui
d’œuvre reconnue, donc susceptible d’un classement, promotion qui est, en même temps, celle qui propose l’objet comme
marchandise sur le marché privé ? Vertu du fonctionnaire
contre pragmatisme commercial… Comment concilier liberté
du commerce et protection du patrimoine ?
Regards sur l’objet Monument historique
31
Hérault, Béziers, palais consulaire actuellement cci, avec les
œuvres d’Henri Martin dans la
salle de délibérations, décor vendu
en 2008 ; l’ensemble du mobilier
et des œuvres d’art¸ partie intégrante du programme décoratif
d’origine, a été inscrit MH en 2010.
Naissance d’une doctrine
Hérault, Le Caylar, église SaintMartin. Retable, xive siècle. Classé
MH en 1905.
Pyrénées-Orientales, Font-RomeuOdeillo-Via, Ermitage Notre-Dame.
Détail du visage de la statue dite
Notre-Dame-de-Font-Romeu, ou
Madone de l’Invention. Classée MH
en 1928.
Pyrénées-Orientales, Font-RomeuOdeillo-Via. Ensemble des vantaux à pentures du porche ouest.
Classé MH en 1910.
Pyrénées-Orientales, Argelès-surMer, église Notre-Dame-Del-Prat.
Retable du maître-autel, bois, xviiie
siècle. Classé MH en 1913.
Aude, Narbonne, ancienne cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur.
Couverture d’évangéliaire, ivoire,
xiie siècle. Classée MH en 1901.
Gard, Pont-Saint-Esprit, apothicairerie avec ses pots à pharmacie,
xviie siècle. Classée MH en 1911.
Aude, Narbonne, ancienne cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur.
Lutrin en fer forgé, xiiie siècle. Classé MH en 1899.
Hérault, Montpellier, Faculté de
médecine, amphithéâtre d’anatomie. Siège en marbre, dit « siège
antique provenant des arènes
de Nîmes », époque médiévale.
Classé MH en 1911.
L’Etat classe pour sauvegarder. L’objet Monument historique
est un outil de conservation. Lorsque le 31 juillet 1834, l’écrivain Prosper Mérimée (1803-1870), tout juste nommé inspecteur général des Monuments historiques, quitte Paris pour
une tournée dans le Midi de la France, la protection concerne
essentiellement les monuments en péril, très peu les objets
hors musée. Comme il le raconte dans Notes d’un voyage dans
le Midi de la France, le 5 novembre 1834 il est à Montpellier,
pour un monument, la cathédrale, et une collection, « la belle
galerie de tableaux donnée à la ville par M. le baron Fabre » 4.
Bien que motivée à l’origine par les soucis de conservation,
comme le soulignait Olivier Poisson5, la protection des objets
au titre des Monuments historiques a été marquée par la
volonté d’identifier et de labelliser les objets d’art, selon les
catégories traditionnelles de l’histoire de l’art. Au départ,
l’objet Monument historique ne se distingue guère de l’objet de
musée, mais est conservé in situ : ce sont des chefs-d’œuvre,
inconnus, sauvés de la destruction. Ce sont souvent des objets
liés au culte au fort pouvoir symbolique. Les premiers classements sont essentiellement des « antiquités », des objets
anciens, exceptionnels.
En Languedoc-Roussillon, plus de 1 200 objets ont été classés
avant même la loi de 1913, en vertu de la loi du 30 mars
1887 pour la conservation des monuments et objets ayant
un intérêt historique et artistique. Il s’agit notamment de
500 objets sculptés de toute nature, bois, pierre, orfèvrerie,
220 peintures et 150 pots de faïence du patrimoine hospitalier. D’une manière générale, ce sont des objets sculptés
antiques (sarcophages, stèles) et médiévaux (autels, statues,
reliquaires) ainsi que les peintures des xviie et xviiie siècles
attribuées à de grands noms régionaux (Bourdon, Mignard,
Simon de Châlons, Levieux, Natoire, Vien, etc.) et provenant
des cathédrales ou anciennes cathédrales6.
32
Regards sur l’objet Monument historique
Regards sur l’objet Monument historique
33
34
Regards sur l’objet Monument historique
La politique de protection en Languedoc-Roussillon ne diffère
guère de celle du reste de la France et concerne des œuvres
emblématiques qui nécessitent une action de sauvegarde.
Ce sont des œuvres en grande majorité conservées dans les
églises, propriétés communales, et affectées au culte.
Le premier objet classé de la région, en 1888, est une
œuvre médiévale majeure, la Vierge à l’Enfant en ivoire de
la collégiale Notre-Dame de Villeneuve-lès-Avignon dans
le Gard, conservée aujourd’hui au musée Pierre de Luxembourg. Dans les Pyrénées-Orientales, la première protection, en 1892, a concerné deux reliquaires en argent, ceux
d’Abdon et Sennen d’Arles-sur-Tech, chefs-d’œuvre d’orfèvrerie, signés de surcroît7. En 1896, est classé le premier
objet de l’Aude, une autre pièce en ivoire, un peigne liturgique roman provenant de l’abbaye Saint-Hilaire. L’année
suivante, est classée la première œuvre de l’Hérault, la
cuve baptismale en plomb de Vias, à la suite de sa vente
par le maire et le curé, finalement rachetée par la société
archéologique de Montpellier où elle est toujours conservée (musée languedocien - palais Jacques Cœur). En
Lozère, la première protection date de 1901 et concerne
deux torchères en bois du xviie siècle de la cathédrale de
Mende Notre-Dame-et-Saint-Privat.
Parmi les premiers objets protégés, le classement en 1911
au titre des « antiquités et objets d’art » des fragments de
la sculpture monumentale du cloître démembré de l’abbaye
de Saint-Guilhem-le-Désert8 (Hérault) est emblématique
des réflexes de sauvegarde. Ce classement fait suite à la
vente en 1906 de la plupart des éléments du cloître roman
à un marchand d’art américain, éléments qui fondent
aujourd’hui, avec les vestiges du cloître de Saint-Michel de
Cuxa, le fleuron du Cloisters Museum de New York. Si on peut
Regards sur l’objet Monument historique
35
Gard, Villeneuve-lès-Avignon, collégiale Notre-Dame. Vierge à l’Enfant en ivoire, xive siècle (déposée
au musée Pierre de Luxembourg).
Classée MH en 1888.
4. Mérimée (Prosper). Notes d’un voyage
dans le Midi de la France. Paris, Librairie
de Fournier, 1835 - Montpellier, le 5
novembre 1834, p. 373. Prosper Mérimée
(1803-1870) est nommé inspecteur
général des Monuments historiques le 27
mai 1834 et membre du comité des arts
et des monuments, créé le 23 juillet 1834.
Son voyage dans le Midi de la France est
le premier d’une longue série vouée à la
découverte des monuments en péril. Il
est chargé de dresser un inventaire des
monuments anciens afin d’œuvrer à leur
conservation.
5. Poisson (Olivier). « In situ ? Réflexions
sur la protection des objets mobiliers ».
Meubles et immeubles. Actes des
Entretiens du patrimoine de 1992,
Abbaye aux Dames de Saintes. Paris,
1993, p. 107-113.
6. La médiathèque de l’architecture et du
patrimoine (map) conserve la mémoire
archivistique et photographique de la
protection des antiquités et objets d’art.
Selon Gaelle Pichon-Meunier, la protection en Languedoc-Roussillon a concerné environ 1200 objets avant 1913.
7. Palouzié (Hélène). [dir.]. Mémoires
d’orfèvres. L’orfèvrerie classée Monument
historique des églises du Languedoc-Roussillon. Paris, Somogy, 2011, n° 5, p. 132.
8. Palouzié (Hélène). « Du cloître monumental au musée de l’abbaye ». Le cloître
de Saint-Guilhem-le-Désert (Dir. H. Palouzié et G. Mallet). Arles, Actes Sud, 2009.
Pyrénées-Orientales, Arles-surTech, église Sainte-Marie. Paire
de bustes-reliquaires des saints
Abdon et Sennen, argent (0,55), Michel Alerigues, vers 1425-1440.
Classé MH en 1892. Mémoires
d’orfèvres, 2011.
9. L’abbaye fut inscrite sur la liste
de 1840, classée en totalité en 1987
et inscrite sur la liste du patrimoine
mondial de l’Unesco en 1994.
10. Palouzié (Hélène) « La collection
Atger Monument historique : regards sur
l’histoire de sa protection ». Dess(e)ins
d’un collectionneur : les deux cents ans du
Musée Atger. Montpellier, septembre 2013
(à paraître).
11. André Joubin (1868-1944) fut un
éminent historien de l’art, à la carrière
impressionnante : élève de l’Ecole normale
supérieure en 1886, membre de l’Ecole
française d’Athènes à partir de 1889,
chargé de mission au musée impérial
ottoman de Constantinople de 1893 à 1898,
conservateur du musée des moulages de
la faculté de lettres de Montpellier dès
1898 et du musée Atger à partir de 1907,
conservateur du musée Fabre en 1915. 12. Ministère de l’Instruction publique
et des Beaux-Arts, sous-secrétariat
d’Etat des Beaux-Arts, Monuments
historiques, conservation des antiquités
et objets d’art : première appellation du
service des Monuments historiques qui
sera ensuite rattaché au ministère de la
Culture créé en 1959.
regretter la dispersion d’ensembles majeurs, à l’époque,
sauvegarder et présenter ce patrimoine étaient des idées
utopiques, ces monuments ayant perdu leur raison d’être.
Ce classement constitue un élément majeur de reconnaissance d’un patrimoine, depuis inscrit sur la liste du Patrimoine mondial9. Nous voyons là l’apparition de la notion de
mémoire collective dont la loi de 1913 allait constituer l’instrument juridique. La prise de conscience d’un monument
majeur, de ce que l’on peut appeler le grand patrimoine, le
patrimoine incontournable, nécessite un temps d’appropriation, un lien social indispensable.
Reconnaissance et conservation sont les raisons qui ont
motivé la mesure exceptionnelle de classement à Montpellier (Hérault), de la collection « dite musée Atger » réunissant
plus de 1 000 dessins et 5 000 estampes, première collection
à être classée en France, le 25 janvier 191310, avant même
la promulgation de la loi fondatrice des Monuments historiques du 31 décembre 1913. Outre la qualité, l’importance
et la valeur de la collection, le classement a été justifié par
une menace d’aliénation et par l’état d’abandon rapporté
par André Joubin (1868-1944)11, qui fut l’initiateur de cette
démarche de protection auprès de son ami Maurice Reclus,
chef du cabinet du sous-secrétariat d’Etat des Beaux-Arts12.
Il évoque auprès du doyen de la faculté de médecine propriétaire, les raisons qui ont déterminé l’Etat à procéder au classement dont la Faculté ne peut tirer qu’avantages : « Cette
mesure n’a aucunement pour effet d’enlever à la faculté la
propriété des objets classés ; elle grève seulement ces objets
d’une servitude définie par l’article 11 de la loi du 30 mars
1887 : les objets classés appartenant aux départements,
36
Regards sur l’objet Monument historique
aux communes, ou établissements publics, ne pourront être
restaurés, réparés ou aliénés par vente, don ou échanges
qu’avec l’autorisation du Ministère de l’Instruction publique
et des Beaux-Arts13 ».
Ces premières œuvres Monuments historiques furent
sauvées grâce à l’action de Paul-Frantz Marcou (1860-1932),
inspecteur général-adjoint des Monuments historiques pour
les objets mobiliers. Il a mis en place le réseau de « correspondants » de la commission des Monuments historiques,
mettant à contribution les sociétés savantes départementales, et a été l’un des principaux artisans de la création du
service des antiquités et objets d’art, légalisé par les décrets
de 1907 et 1908 ; ainsi furent nommés Joseph Berthelé
(1858-1926), archiviste, premier conservateur des antiquités et objets d’art de l’Hérault en 1911, M. Masnou dans les
Pyrénées-Orientales, Felix Mazauric dans le Gard (1912),
Louis Berthomieu dans l’Aude (1916), et Joseph Ignon en
Lozère (1922).
Regards sur l’objet Monument historique
37
Lozère, Mende, cathédrale NotreDame-et-Saint-Privat. Torchères
en bois sculpté provenant de la
chapelle du Cheyla-d’Ance et
sauvées par Mgr de la Brunière,
xviie siècle. Classées MH en 1901.
Aude, Saint-Hilaire. Peigne liturgique, ivoire, xiie siècle. Classé
MH en 1896.
Hérault, Vias, église. Cuve baptismale en plomb, xiiie siècle (déposée à la société archéologique
de Montpellier). Classée MH en
1897.
13. Lettre de Reclus du 27 mars 1913.
Archives musée Atger – 1 MED 213-214.
Les fonds de mémoire :
de l’objet à la collection et au lieu de mémoire
La protection peut concerner un objet isolé ou plusieurs objets
faisant partie d’un ensemble, qu’il s’agisse d’une collection d’objets ou d’un ensemble historique lié à un édifice : en
premier lieu l’objet individuel ou unicum, qui a un sort tout à
fait différent de l’immeuble dans lequel il est arrivé parfois par
hasard, ensuite la collection, qui définit un lien entre les objets
et qui a été voulue comme telle par le propriétaire, et enfin l’ensemble historique ou mixte (meubles et immeubles par destination et éléments immobiliers) dont le mobilier est lié à l’édifice
et à l’histoire de la famille ou de l’institution qui l’a possédé. Mais
la reconnaissance des ensembles n’est venue que petit à petit,
et encore ne s’agit-il que d’une reconnaissance intellectuelle,
la loi obligeant encore à distinguer, pour les protéger, chaque
objet un à un, ignorant toute valeur due au contexte. Quelques
demeures bénéficient d’un classement à la fois du monument,
du décor intérieur et des objets. Il peut s’agir de donations de
propriétaires privés à des institutions publiques, seul moyen
d’éviter avec certitude la dispersion du mobilier au moment de
la succession : c’est le cas de l’hôtel de Lunas à Montpellier,
légué au Centre des monuments nationaux par Pierre Sabatier d’Espeyran en 1974. A l’hôtel de Lunas, où 576 objets ont
été classés en 1966, la rencontre entre le monument, le décor
38
Regards sur l’objet Monument historique
et le mobilier constitue une valeur patrimoniale supérieure à
celle des éléments dissociés : l’architecture donne un sens à
l’œuvre d’art et réciproquement. Mais quand bien même l’intérêt architectural serait relatif, la conservation d’un bâtiment
prend tout son sens lorsque l’objectif est d’éviter la disparition
des aménagements intérieurs et le dépeçage des collections
qu’il abrite.
L’évolution de la protection des objets est aussi caractéristique de celle du statut patrimonial des lieux. Car la conservation du contexte est la meilleure garantie de conservation
d’un objet : « tant qu’il y a une institution, une communauté,
une famille, un public qui y puise une part de son identité
vécue, ou une de ses valeurs de référence »14, l’objet est
toujours respecté, jamais oublié. Lorsque la fonction patrimoniale se substitue à la fonction d’usage, il n’y a pas de
solution miracle pour gérer ce patrimoine historique. Le
maintien in situ est souvent difficile : l’apothicairerie de l’hôpital Saint-Charles de Montpellier a disparu, mais quelques
cruches ont pu être sauvées grâce au classement ; l’ensemble apothicairerie-chapelle de la maison de bienfaisance
de la Miséricorde à Montpellier ou encore l’apothicairerie de
l’hôpital de Castelnaudary et celle de l’hôpital Piencourt de
Mende ont pu être conservés. Le service des Monuments
historiques peut aussi favoriser le transfert des collections
Regards sur l’objet Monument historique
39
Hérault, Montpellier, apothicairerie de la Miséricorde. Vue de
l’officine avec les sœurs de la
Charité de saint Vincent de Paul ;
cruche et pot pharmaceutiques,
faïence polychrome, manufacture royale de Jacques Ollivier,
Montpellier, xviiie siècle. 300 pots
à pharmacie classés MH en 1911
et 2003. Cruche provenant de
l’hôpital Saint-Charles retrouvée
et protégée en 2011.
14. Poisson, In Situ, op. cit., p. 107-113.
40
Regards sur l’objet Monument historique
dans un musée, comme ce fut le cas pour l’apothicairerie de Hérault, Montpellier, château de
Pont-Saint-Esprit et pour celle de l’hôtel-Dieu de Narbonne. Flaugergues. Le grand salon et
Ce n’est qu’à l’issue d’un long débat patrimonial, d’un travail son mobilier. Classé MH en 2006.
de remontage symbolique pour des objets qui ont perdu leur
efficace, mais dont on recueille l’héritage, qu’émergent des
modes de sauvegarde s’adaptant à la diversité des situations. Les protections des objets se multiplient au fil des
campagnes, associées à la protection des immeubles les
contenant.
Mais si la notion de protection s’élargit avec la nécessité de
sauvegarde, c’est avant tout une meilleure connaissance
des objets qui en détermine l’intérêt. Seule la réalisation
d’études exhaustives permet de connaître les différentes
phases d’aménagement d’un lieu et autorise la réflexion sur
la conservation d’un fonds. Ainsi ont été réalisés les inventaires des collections du château d’Espeyran à Saint-Gilles
légué par Guy Sabatier en 1964 à la direction des Archives de
France et du château de Castries dans l’Hérault, légué par le
duc de Castries à l’Académie française en 1985. Le château
de Flaugergues, resté dans la même famille depuis plusieurs
siècles, témoigne que l’utilisation familiale est certainement
le mode de conservation le plus efficace. Dans ce cas, la
protection Monument historique est complémentaire, mais ne
peut empêcher les ventes, donc la fin du lien entre meubles
et immeubles.
La loi de 1913 s’est progressivement étendue aux propriétaires privés avec beaucoup de retard et avec leur accord.
Certains propriétaires ont bien compris la valeur ajoutée
attachée aux ensembles patrimoniaux et à la loi du 5 janvier
1988 sur l’exonération des droits de mutation ; l’élargissement de la loi sur la dation en paiement favorise aussi le
maintien in situ de l’objet. La perméabilité entre patrimoine
public et privé souligne la complexité de l’objet Monument
historique dans ses liens avec le marché de l’art, où intérêts
Regards sur l’objet Monument historique
41
Aude, Luc-sur-Orbieu, église NotreDame-de-l’Assomption. Statue de
la Vierge à l’Enfant, grès polychrome, xive siècle. Classée MH en
1911. Icônes et idoles, 2008.
publics et privés sont finalement complémentaires, si les
règles sont respectées.
La protection concerne également et majoritairement le
patrimoine religieux qui relève aujourd’hui pour l’essentiel du domaine public. Les églises appartiennent aux
Aude, Limoux, église Saint-Martin. communes, les cathédrales à l’Etat. Aux termes de la loi du
Statue-reliquaire de saint Martin, 9 décembre 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat,
argent, xve siècle. Classée MH en l’appartenance publique des édifices cultuels et de leur
mobilier, fondée sur les spoliations révolutionnaires péren1911. Mémoires d’orfèvres, 2011.
nisées par le concordat napoléonien, confère aux objets
présents dans les églises en 1905, un caractère inaliénable
et imprescriptible15.
15. C’est pour aider à la conservation dans
les édifices cultuels de ces objets devenus propriété publique, que la fonction de
conservateur des antiquités et objets d’art
au sein du service des Monuments historiques est créée le 11 avril 1908.
Par les lois du 2 janvier et du 28 mars 1907, ces objets sont
définitivement affectés au culte et cette affectation perpétuelle est prééminente, prioritaire par rapport à tout autre
42
Regards sur l’objet Monument historique
Aude, Narbonne, ancienne cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur,
chapelle de l’Annonciade. L’Ange Gardien, huile sur toile, Nicolas Tournier (1590-1639). François d’Estaing, évêque de Rodez, instaura en
1526 le culte de l’Ange Gardien. L’œuvre provient de l’église SaintCôme à Narbonne, affectée aux Doctrinaires par l’archevêque Mgr de
Vervins en 1621. Classée MH en 1904.
Regards sur l’objet Monument historique
43
Hérault, Palavas-les-Flots. Barque
Saint-Pierre, chantier Luigi Aversa,
Sète, 1909. Classée MH en 2010.
Du négafol à la baracca. Collection
Duo, 2010.
Pyrénées-Orientales, Train jaune.
La ligne dite du « Train jaune »,
construite entre 1903 et 1910, relie
Villefranche-de-Conflent à BourgMadame et conserve une partie du
matériel ferroviaire d’origine,
notamment le wagon automoteur
Z 202 construit en 1909 par la
sacm Carde Thomson Houston.
Classé MH en1995.
16. Palouzié (Hélène), Jacquelin
(Christian). Du négafol à la barraca. Le
patrimoine maritime en LanguedocRoussillon. Duo, drac 2011.
usage, mais non exclusive. La constitution tout au long du
xxe siècle d’un cadre juridique approprié à ces œuvres d’art
s’est imposée par la fragilité de ce patrimoine, soumis aux
aléas de l’histoire, guerres de Religion, pillages révolutionnaires, réformes liturgiques, convoitise ou, à l’inverse, désintérêt. Souvent en catimini, parfois au grand jour lors de ventes
publiques, des objets sont cédés négligemment de manière
non réglementaire. Ainsi s’est organisé tout un commerce de
biens d’églises, de biens publics, dépouillant peu à peu les
édifices du culte. Il suffit d’aller aux puces ou sur Internet
pour voir des objets circuler en toute illégalité. Le classement
doit être un frein à cette pratique.
La loi du 23 juillet 1970 élargit les critères de protection d’art
et d’histoire à ceux des sciences et techniques, annonçant
ainsi l’ouverture sur le patrimoine ethnologique. Le corpus
de l’objet utile, plus encyclopédique qu’esthétique, grandit au
fil des ans : ainsi les listes rassemblent-elles, au côté de la
chaise à porteurs du château de Marsillargues et du coupé
de voyage de château d’Espeyran, la locomotive du Train à
vapeur des Cévennes, celle du Train Jaune qui relie Villefranche-de-Conflent à Bourg-Madame et celle de l’ancien
petit train de Palavas immortalisé par Albert Dubout. Jusqu’à
ces dernières années, peu de bateaux du littoral languedocien
et roussillonnais étaient protégés au titre des Monuments
historiques et encore aujourd’hui la protection ne concerne
que 6 embarcations, dont la goélette de Port-Vendres dans
les Pyrénées-Orientales, le bateau-bœuf l’Espérance d’Agde
ou la barque Saint-Pierre construite sur les chantiers Aversa
à Sète (Hérault)16.
Manifeste du transfert de sacralité, de l’extension du champ
patrimonial et de la mise en place de nouveaux dispositifs
44
Regards sur l’objet Monument historique
Hérault, Cruzy, musée municipal.
Bannière de la révolte viticole de
1907, meeting de Montpellier du
9 juin 1907, peinture à la colle sur
toile de jute. Classée MH en 1997.
Icônes et idoles, 2008.
Lozère, Langogne, filature Engles Boyer. Peigne à carder, 1870.
Classé MH en 1994.
de sélection, l’objet Monument historique devient aussi objet
dans lequel se reconnaît une population, objet avec lequel
elle entretient un lien affectif, pour lesquels la valeur de
communication est forte. Ces objets du patrimoine ethnologique sont avant tout des objets de la mémoire sociale, de
la mémoire ouvrière. Ainsi ont par exemple été classées les
bannières viticoles de 1907, emblèmes du Midi rouge, brandies lors des meetings des 2 et 9 juin de Montpellier, Nîmes
Regards sur l’objet Monument historique
45
Hérault, Béziers. Piano à queue
d’Erard ayant appartenu à Maurice Ravel (en cours de restauration). Inscrit MH en 2007.
17. Voir les quelques articles qu’il m’a
été donné de publier sur ce sujet : « Le
patrimoine mobilier. De l’objet aux ensembles» (avec O. Poisson), Monuments
Historiques, n°187 [Languedoc-Roussillon], Paris, 1993, p. 82-86 ; «Le maintien des meubles in situ », H. Palouzié
(dir.), De la collection au lieu de mémoire.
Le patrimoine mobilier privé [Actes du
colloque organisé à Montpellier les 1-3
octobre 1998], Arles, Actes Sud, 1999, p.
145-169 ; « Le Plan-Objet en Languedoc
Roussillon : des collections en chantier » (avec J-B Mathon). Monumental,
décembre 2007, p. 88-90 ; « L’objet de savoir », Icônes et Idoles, Regards sur l’objet
Monument historique. Hélène Palouzié
(dir.). Arles : Actes Sud, 2008, p. 316-317 ;
« L’objet Monument historique ». Bulletin
de la Société archéologique et historique
des Hauts Cantons de l’Hérault, n° 31,
2008, p. 127-144. « Les collections universitaires de Montpellier : la protection
Monument historique, un outil de conservation ». Monumental, juin 2011, p. 24-26.
« La protection Monument historique :
connaissance et reconnaissance des collections de l’Université de Montpellier ».
In Situ 2011 http://insitu.revues.org/940.
18. Ollivier (Eugène). « Les monuments
historiques demain... ». Terrain, 9, 1987,
p. 124-127.
et Carcassonne, conservées à Cruzy dans l’Hérault. Les
objets classés couvrent désormais le champ du patrimoine
industriel et tous les savoir-faire, tous les métiers sont
concernés. La prise en compte de tous les objets liés à l’activité humaine a permis de classer massivement les objets de
métier, comme l’ensemble des machines et meubles de la
filature Engles Boyer de Langogne, ou encore les 5698 pièces
anatomiques de la faculté de médecine qui comptent parmi
les plus importantes collections universitaires, support
d’enseignement. On pourrait multiplier les exemples de
redécouvertes d’œuvres grâce à la demande de protection.
Les objets sur lesquels se cristallise la mémoire s’étendent
bien évidemment au patrimoine du xixe siècle et du xxe siècle,
époques trop longtemps restées en marge de la protection,
comme si l’art s’était arrêté à la Révolution française17.
L’objectif du classement au titre des Monuments historiques
est de rendre l’objet à son usage. « Le véritable critère du
patrimoine, n’est ni l’art, ni l’histoire, mais la conscience
intime du groupe social que tel objet appartient effectivement à son patrimoine18 ». Il y a un processus affectif et
social à l’œuvre dans la reconnaissance collective du patrimoine. Selon la définition de J.-M. Leniaud, développée dans
son essai sur le patrimoine l’Utopie Française, le patrimoine
est le fruit d’un tri dans la production humaine. Il répond à un
corpus de critères dont on peut dégager trois valeurs essentielles, intimement liées : valeur scientifique (l’objet devient
un objet d’étude), valeur vénale et valeur de communication (mémoire affective d’une population, conscience intime
du groupe social). La doctrine des Monuments historiques
est faite (c’est une évidence) non pas pour contraindre,
46
Regards sur l’objet Monument historique
Hérault, Montpellier, Université
Paul-Valéry, musée des moulages. Moulage en plâtre de la
Vénus d’Arles, 1890, copie romaine de l’Aphrodite de Praxitèle
en marbre, v. 360 av. J.-C., Paris,
musée du Louvre. Trouvée en 1651
au théâtre d’Arles. Classé MH en
2009. Le campus de la faculté des
lettres et sciences humaines de
Montpellier, Collection Duo, 2012.
mais pour aider les propriétaires publics et privés. C’est
un outil adapté à la sauvegarde du patrimoine dont l’efficacité dépend, bien évidemment, des moyens financiers qui y
sont consacrés, mais aussi de l’adhésion collective à cette
doctrine. Le classement est une question de culture et de
volonté institutionnelle. La législation sur les Monuments
historiques peut apparaître compliquée ou contraignante,
mais quand on affiche la protection Monument historique,
par l’identification culturelle sur le plan national qu’elle Hérault, Montpellier, Université
sous-entend, les comportements aussi changent. Mais si Paul-Valéry, galerie des moulages.
tout est patrimoine, tout peut-il être Monument historique ? Vue de la présentation au début du
xxe siècle dans le palais de l’Univer-
[HP]
Regards sur l’objet Monument historique
sité. Classée MH en 2009.
47
Lois et procédures
Intégrée depuis 2004 dans le code du patrimoine, la loi du 31 décembre 1913 sur les
monuments historiques remplace la loi du
30 mars 1887. Elle prévoit le classement des
objets mobiliers privés, avec l’accord de leurs
propriétaires, l’imprescriptibilité de tous les
objets mobiliers classés, l’inaliénabilité des
objets classés appartenant à l’Etat et aux
autres personnes publiques (sauf, pour ces
dernières au profit d’une autre personne
publique), l’obligation de notification de l’aliénation au ministre, le récolement quinquennal des objets classés et l’interdiction de leur
exportation. Contrairement à la loi de 1887,
et à la différence du code civil, la loi de 1913
rattache les immeubles par destination au
régime des objets mobiliers, et non à celui des
immeubles par nature. La loi du 23 décembre
1970 et ses deux décrets d’application de 1971
instituent l’inscription des objets mobiliers
publics et les commissions départementales des objets mobiliers. L’ordonnance du
8 septembre 2005 étend, à compter de 2007,
la faculté d’inscrire les objets mobiliers aux
objets privés, sous réserve de l’accord écrit du
propriétaire.
Code du patrimoine – livre VI – Monuments historiques
Partie législative modifiée par l’ordonnance n° 2005-1128 du 8 septembre 2005
Chapitre IV - Section 1 : Classement des objets mobiliers
• Article L622-7
• Article L622-1
Les objets classés au titre des monuments
historiques ne peuvent être modifiés, réparés
ou restaurés sans l’autorisation de l’autorité
administrative compétente. Les travaux autorisés s’exécutent sous le contrôle scientifique
et technique des services de l’Etat chargés des
monuments historiques. Un décret en Conseil
d’Etat précise les catégories de professionnels
auxquels le propriétaire ou l’affectataire d’un
• Article L622-20
Les objets mobiliers, soit meubles proprement objet mobilier classé au titre des monuments
dits, soit immeubles par destination qui, sans historiques ou d’un orgue classé est tenu de
justifier une demande de classement immédiat, confier la maîtrise d’œuvre des travaux.
présentent, au point de vue de l’histoire, de l’art,
de la science ou de la technique, un intérêt suf- • Article L622-22
fisant pour en rendre désirable la préservation, Le propriétaire, le détenteur, l’affectataire
peuvent, à toute époque, être inscrits au titre des domanial ou le dépositaire d’un objet mobilier
monuments historiques. Les objets mobiliers inscrit au titre des monuments historiques qui a
appartenant à une personne privée ne peuvent l’intention de modifier, réparer ou restaurer cet
objet est tenu d’en faire préalablement la déclaêtre inscrits qu’avec son consentement.
ration à l’autorité administrative dans des condiwww.legifrance.gouv.fr
tions et délai fixés par décret en Conseil d’Etat.
Les objets mobiliers, soit meubles proprement dits, soit immeubles par destination,
dont la conservation présente, au point de
vue de l’histoire, de l’art, de la science ou de
la technique, un intérêt public peuvent être
classés au titre des monuments historiques
par décision de l’autorité administrative.
48
Regards sur l’objet Monument historique
Arrêté de classement du 25 janvier 1913 de la collection Atger de la faculté de médecine de Montpellier.
La protection d’un objet mobilier au titre des
Monuments historiques ne peut et ne doit
être motivée que par l’intérêt que présente
sa conservation (articles L 622-1 et L 622-20
du code du patrimoine). L’intérêt « public »
(classement) ou « suffisant » (inscription) est
apprécié sous l’angle de l’histoire de l’art, de
la science ou de la technique. Cette formulation ouvre un champ conceptuel très large
aux possibilités de protection. Aucune catégorie d’artefacts issus de l’activité humaine
n’en est exclue a priori.
Relèvent de la catégorie des objets mobiliers, telle que définie par le livre VI du code
du patrimoine, les biens meubles par nature,
au sens de l’article 528 du code civil, et les
biens immeubles par destination au sens des
articles 524 et 525 du même code. Le code
civil considère ainsi comme immeubles par
destination des biens meubles par nature
que le propriétaire d’un fonds immobilier y a
placés pour le service et l’exploitation de ce
fonds, ainsi que des biens meubles par nature
que leur propriétaire a entendu attacher à
son fonds immobilier à perpétuelle demeure.
Les fragments détachés d’un immeuble non
protégé devenus meubles (éléments lapidaires, peintures murales) peuvent être protégés au titre des objets mobiliers. Il en va de
même des statues de jardins lorsqu’elles sont
immeubles par destination.
Le code du patrimoine ne permet pas, dans
ses dispositions actuelles, la protection en
tant que tels d’ensembles mobiliers. Chaque
objet doit donc être protégé individuellement,
et aucune obligation ne pèse sur les propriétaires quant au maintien ensemble d’objets
mobiliers protégés formant un tout cohérent.
Cependant, la protection simultanée, par un
seul arrêté, d’objets ayant entre eux un lien
historique, artistique, scientifique ou technique peut être utile pour favoriser autant que
possible le maintien de ce lien. C’est le cas par
Regards sur l’objet Monument historique
exemple pour les mobiliers de châteaux, les
séries de portraits de famille, les collections
scientifiques ou les dépôts lapidaires. L’intérêt justifiant le classement provient alors de la
réunion de ces objets et, dans ces conditions, il
est acceptable que la qualité de chacun d’eux
soit inégale.
Les critères généraux de la protection sont
multiples et peuvent porter sur l’intégrité,
l’ancienneté, l’unicité ou la rareté d’une
œuvre, son intérêt artistique, scientifique,
technique, la notoriété de l’auteur, le lien
avéré avec un personnage, événement historique ou avec un immeuble protégé, ou
encore concerner la représentativité, c’est-àdire des objets ayant appartenu à une série ou
appréciés pour leur intérêt ethnographique.
En fonction du corpus actuel des objets
classés parmi lesquels sont majoritaires les objets religieux appartenant aux
communes, il est souhaitable de protéger
en priorité les objets privés qui sont les plus
menacés d’aliénation et d’exportation, ainsi
que les objets du xxe siècle, ceux appartenant à des administrations, des objets de la
vie civile et domestique et des objets relevant du patrimoine industriel, scientifique
et technique.
Source : Principes et critères de protection des objets mobiliers
au titre des Monuments historiques. Direction générale des
patrimoines, Bureau de la protection des Monuments historiques, 2012.
49
50
Regards sur l’objet Monument historique
Aude, Narbonne. Bibliothèque de l’abbaye de
Fontfroide rachetée par Gustave Fayet en 1908.
Le Jour, Odilon Redon (1840-1916), détrempe sur
toile (200 x 650), 1910. Inscrite MH en 1988.
51
Conservation, restauration, préservation
Un patrimoine fragile
Les œuvres d’art sont constituées de matériaux qui, quelles
que soient leur nature et la qualité de leur mise en œuvre,
sont vulnérables. Trois facteurs peuvent entraîner la dégradation des œuvres : le climat, les parasites, les interventions
humaines hors des compétences professionnelles, ou à l’inverse, l’absence d’entretien et de vigilance.
Le climat
Importance de la stabilité climatique
Une des conditions essentielles de la conservation d’une œuvre
est la stabilité du climat du lieu où elle est conservée. Les
variations brutales de température et du taux d’humidité de
l’air (hygrométrie) sont néfastes, en particulier aux matériaux
organiques comme le bois, les peintures sur toile, les polychromies, mais aussi aux métaux. Un assèchement brutal entraîne
des variations dimensionnelles du bois, le soulèvement de la
couche de polychromie ou de dorure, celui des peintures sur
toile. La perte d’adhérence finit par causer la chute des surfaces peintes ou dorées. Le bois peut se déformer, se fendre.
Un taux excessif d’humidité est aussi dangereux pour la préservation des matériaux organiques (bois, textiles, papier) par
le risque d’infestation par moisissures, et pour celle des métaux qui risquent alors corrosion et oxydation. L’humidité peut
provenir d’un défaut d’étanchéité des toitures ou de la porosité
des murs; des travaux de couverture et maçonnerie et un entretien régulier permettent de venir à bout de ces problèmes.
L’humidité peut aussi remonter des sols par capillarité; les cas
sont divers et complexes à traiter. L’assainissement des sols et
leur drainage sont indispensables afin d’éviter, outre un taux
d’humidité important, des dégradations directes sur les décors
bâtis tels que les autels en marbre ou stuc, bénitiers, et toute
structure maintenue par des tenons de fer qui risquent de se
disloquer sous l’effet de la corrosion de ces assemblages.
52
Regards sur l’objet Monument historique
Gard, Aigues-Mortes, chapelle
des Pénitents blancs. La Pentecôte, huile sur toile (400 x 910 cm)
de Xavier Sigalon,1817. Classée en
1905.
Importance de la notion de conservation préventive
Il est possible, afin de réduire les dégâts occasionnés par les
variations climatiques et les méfaits de l’humidité, d’améliorer les conditions de vie et de survie des œuvres en agissant
positivement sur leur environnement : il s’agit de la conserPyrénées-Orientales, Saint-Paul
vation préventive.
Ces actions sont souvent de simples gestes d’entretien
régulier de l’édifice renfermant les objets d’art, gestes que
l’on peut comparer, toutes proportions gardées, à ceux
nécessaires à l’entretien d’une automobile. Il s’agit par
exemple de vérifier annuellement l’état des toitures et des
Regards sur l’objet Monument historique
53
de Fenouillet. Chœur de l’ancienne église du Chapitre.
Hérault, Clermont l’Hérault, ancienne collégiale Saint-Paul. Autel
Saint-Roch en 2006, après effondrement, xviiie siècle.
Hérault, Nissan-lès-Ensérune, église Saint-Saturnin. Dégâts causés
par l’humidité remontant dans les
maçonneries de la chapelle SaintSébastien.
descentes d’eau de pluie, de remplacer telle ou telle tuile
défectueuse, de dégager la végétation qui attire l’humidité
au pied des murs et parfois sur les maçonneries en élévations (on remarque ce phénomène fréquemment sur les
églises qui souffrent en général d’un grave manque d’entretien). Enfin, il est souvent essentiel d’installer un efficace système de drainage autour de l’édifice afin d’éviter
la pénétration d’humidité dans les murs, les redoutables
remontées capillaires. Celles-ci favorisent l’action des
champignons, attirent le salpêtre et dégradent les maçonneries, entraînant des altérations irréversibles sur les
œuvres situées dans un tel contexte.
Il est vrai que les bâtiments dans lesquels sont conservés la
plupart des objets protégés au titre des Monuments historiques possèdent en général de solides et larges maçonneries qui tempèrent les effets des changements climatiques.
Cependant, les actions de conservation préventive sont essentielles pour la préservation de ces œuvres, car elles sont les
seules qui permettent d’éviter les importantes et onéreuses
opérations de restauration. Les restaurations radicales sont,
il ne faut pas l’oublier, des interventions traumatisantes pour
les œuvres, au même titre que les opérations chirurgicales
pour le corps humain. Par ailleurs, les restaurations qui
54
Regards sur l’objet Monument historique
impliquent un changement de matériau, la réfection des décors, la reprise de la dorure etc., réduisent considérablement
l’authenticité de ces objets historiques.
Les conservations régionales des Monuments historiques sensibilisent communes et propriétaires sur l’importance des travaux
réguliers d’entretien qui permettent souvent, à long terme, de
réaliser de considérables économies. Il est par ailleurs possible
aux services patrimoniaux de l’Etat de tenir un rôle de conseil
pour une meilleure conservation préventive des édifices contenant des œuvres belles et signifiantes pour la compréhension
de notre passé. A titre d’exemple, nous pouvons donner des
conseils sur les meilleurs systèmes de chauffage possibles. En
effet, certains moyens de chauffage pour les très grands édifices
comme les églises peuvent s’avérer inefficaces pour le confort
des utilisateurs et préjudiciables à la conservation des œuvres.
Il est important de noter, par exemple, que les équipements
limités au réchauffement des sièges et donnant une sensation
immédiate de confort aux personnes, permettent de limiter les
effets nocifs sur les biens matériels.
La solution idéale pour un édifice, lui-même Monument
historique et contenant des œuvres importantes pour notre
patrimoine, serait la signature d’un contrat d’entretien avec
un architecte, de façon à ce que les actions de conservation
préventive liées au bâti soient régulièrement réalisées, sans
pour autant peser sur l’organisation et le travail quotidien des
communes et des propriétaires qui ne peuvent pas toujours
exercer une vigilance suffisante sur les monuments qui sont
à leur charge. De tels contrats, bien utiles pour les collectivités n’ayant pas les moyens suffisants en terme de personnel,
sont souvent signés avec des architectes du patrimoine dans
le nord de l’Europe. Il serait vraiment souhaitable que ces pratiques, très constructives et utiles, puissent se généraliser.
Regards sur l’objet Monument historique
55
Gard, Rochefort-du-Gard, sanctuaire Notre-Dame de Grâce.
Salle des 120 tableaux ex-votos.
L’humidité et le manque d’entretien ont favorisé l’infestation d’insectes xylophages.
56
Regards sur l’objet Monument historique
Les parasites
L’action des parasites
Elle est largement favorisée par les mauvaises conditions
climatiques, en particulier l’humidité. Cela est surtout le
cas pour la mérule et autres formes de moisissures. Mais
l’absence d’entretien et de vigilance constitue aussi un
environnement propice à leur développement. Les insectes
xylophages sont les principaux facteurs de dégradation du
patrimoine dans une région riche en sculptures et mobilier
de bois. Ils se développent en raison du climat tempéré à
chaud, l’humidité ne faisant qu’aggraver leur action destructrice. Outre les vrillettes dont l’action affaiblit la résistance
mécanique du bois, les termites, qui dévorent littéralement
la matière, ont largement envahi la région. Les moisissures
affectent les bois, mais aussi les textiles, souvent confinés
dans les sacristies, où ils peuvent aussi, en cas d’abandon,
être victimes de rongeurs. La mérule se développe en milieu
sombre et humide et attaque boiseries et maçonneries.
Regards sur l’objet Monument historique
57
Pyrénées-Orientales, Perpignan,
cathédrale Saint-Jean-Baptiste.
Retable des Saintes-Eulalie-etJulie. Infestation au dos de la statue de saint Pierre.
Hérault, Castries, château, salle
des Etats du Languedoc. Installation de la bulle d’anoxie pour
le traitement des meubles contre
les insectes xylophages, 2002.
Exemple de corrosion par les
sulfures sur une patène, conséquence de manipulations à mains
nues. (Mémoires d’orfèvres, 2011).
La lutte contre les parasites
Ici encore, l’observation est primordiale : elle permet d’agir
en engageant des actions d’entretien tels l’amélioration de
l’aération et le dépoussiérage. La découverte d’infestation de
parasites par observation régulière permet aussi d’organiser
l’intervention de spécialistes pour les traitements contre les
insectes et les moisissures. Un traitement par pièges équipés
de nourriture empoisonnée, permet au bout de quelques mois,
d’éliminer les termites. Les vrillettes nécessitent des traitements par privation d’oxygène (anoxie) lorsque la dimension
des objets l’autorise ; des traitements par application de gel
ou liquides permettent au moins temporairement d’éloigner
les insectes. Les biocides enfin éliminent les moisissures.
Interventions humaines néfastes pour les objets
Une dernière cause de dégradation sont les gestes humains, quand ceux-ci ne sont ni maîtrisés ni effectuées
en juste connaissance de cause. Tout d’abord, les actions
de vandalisme, qui sont des destructions conscientes et
de véritables actes de malveillance. Elles menacent directement l’intégrité des œuvres et ne sont pas prévisibles.
La seule façon de les prévenir est d’organiser la protection physique de ces objets par la construction de vitrines
anti-effraction, le scellement des statues, l’accrochage
des tableaux à une hauteur suffisante (au moins 2,50 m).
Il est là aussi recommandé vigilance et à-propos : il est
par exemple important de ne pas laisser à proximité des
œuvres des échelles, bancs, chaises ou autres éléments
pouvant favoriser vols et dégradations.
58
Regards sur l’objet Monument historique
La plupart des interventions humaines sont cependant moti- Coupe de calice encrassée de
vées par des intentions louables : on pense pouvoir intervenir restes d’anciens produits de netpour remettre en état un objet ou une œuvre. Si l’on ne connaît toyage (Mémoires d’orfèvres, 2011).
ni les techniques de mise en œuvre, ni encore moins les méthodes de restauration, ce qui est en général le cas, ces interventions peuvent aboutir à la ruine de l’objet. Car l’intervention
en conservation et en restauration sur les objets d’art est bien
un travail de spécialiste qui requiert une longue formation suivie d’une certaine expérience. Ainsi, un simple nettoyage ou une
intervention apparemment simple peuvent s’avérer néfastes :
- nettoyer un objet métallique oxydé avec un moyen abrasif
détruit la fine couche d’or ou d’argent des métaux plaqués;
cela détruit le poli d’origine et raye les objets en argent;
- repeindre une statue ou un tableau, c’est masquer l’œuvre
d’origine et donc la dénaturer;
- boucher au plâtre une sculpture ou un autel de pierre ou
marbre, c’est faciliter l’humidité que le plâtre retient, et créer
des altérations par des sels solubles qui migrent du plâtre
vers les matériaux constitutifs de l’œuvre.
Enfin, ce qui est peut-être le plus néfaste pour les œuvres
est certainement l’absence de toute activité en vue de leur
conservation. Les œuvres d’art de nos églises sont hélas très
souvent victimes de l’indifférence de leur environnement humain. Les habitants et les édiles ont bien d’autres sujets de
préoccupation et n’ont pas toujours conscience de la signification de ces œuvres pour la compréhension de notre civilisation et de notre passé. D’où la nécessité vitale d’une sensibilisation aux témoignages esthétiques de notre histoire. Là
encore, beaucoup est à construire.
Regards sur l’objet Monument historique
59
Conservation et restauration :
une affaire de professionnels
Les facteurs qui viennent d’être mentionnés sont fréquemment conjugués et induisent la nécessité d’intervenir en respectant des procédures et principes qui prévoient :
- la conservation de l’œuvre ;
- la possibilité et l’opportunité d’en effectuer la restauration ;
- la conservation préventive, c’est-à-dire les conditions de la
préservation de l’œuvre.
Ces interventions, nous l’avons vu, ne peuvent être effectuées
que par des professionnels ayant bénéficié d’une formation
spécifique, seule condition permettant de ne pas causer de
dégâts irréparables et de garantir la meilleure pérennité possible pour les œuvres.
La conservation et la restauration des œuvres d’art sont
enseignées dans des écoles nationales qui délivrent des diplômes nationaux après un cursus de cinq ans. Chaque section est consacrée à un type d’œuvres : peinture, sculpture,
arts du feu (métaux), textiles, arts graphiques.
60
Regards sur l’objet Monument historique
Conservation
La conservation est l’ensemble des actions qui arrêtent le
processus de dégradation, stabilisent et consolident l’œuvre.
Elle commence généralement par l’élimination des altérations superficielles que sont les encrassements de surface
qui altèrent la perception des œuvres et aggravent l’action de
l’humidité, particulièrement dans le cas des poussières accumulées sur les bois sculptés ou au revers des toiles.
Le nettoyage s’accompagne impérativement de la fixation des
éléments fragilisés des peintures ou polychromies des sculptures bois ou des surfaces altérées des pierres et marbres.
Les couches de protection anciennes mais altérées doivent
être aussi retirées : il en va ainsi des colles animales grisâtres
sur les dorures, des vernis sur les peintures de chevalet dont
le jaunissement progressif trahit la gamme chromatique de
la peinture qu’ils étaient censés mettre en valeur. Ces opérations souvent très délicates demandent de bonnes connaissances de chimie et doivent être toujours précédées d’essais
afin de déterminer les méthodes et les produits de nettoyage
(y compris leur composition et leur pourcentage de dilution).
Le nettoyage des objets métalliques est une action de conservation mais aussi de prévention : il s’agit d’éliminer toute corrosion ou oxydation favorisant la détérioration de la matière.
Le dépoussiérage des textiles consiste à aspirer de manière
contrôlée les poussières et éventuelles moisissures.
La conservation consiste ensuite à mener toutes les actions
destinées à consolider les matières trop affaiblies au moyen
de produits qui permettent une bonne réversibilité, c’est-àdire la possibilité pour les interventions futures de revenir
Regards sur l’objet Monument historique
61
Pyrénées-Orientales, Perpignan,
cathédrale Saint-Jean-Baptiste.
Retable des Saintes-Eulalie-etJulie. Angelot encrassé et empoussiéré ; nettoyage en cours du pied
de la statue de saint Pierre ;
dévernissage d’un visage d’ange ;
détail du pied après conservation.
Hérault, Montpellier, chapelle de
la Miséricorde. La Charité de saint
Vincent de Paul, toile par Eugène
Devéria, 1839. Fenêtre de dévernissage par Marina Weissman et
Armelle Demongeot.
Hérault, Montpellier, église SaintDenis. La Résurrection de Lazare,
Nicolas-René Jollain 1760, en cours
de dévernissage par Catherine
Scotto. (H. Palouzié et C. Scotto
« Les œuvres d’art de l’église SaintDenis ». Saint-Denis de Montpellier,
Montpellier, 2008, p. 74-105).
facilement sur ces opérations en retirant les matériaux ayant
servi pour la consolidation des œuvres. Là encore, une
connaissance très fine des matériaux de restauration et des
composants chimiques est indispensable pour la sauvegarde
de ces objets. Pour les œuvres peintes, c’est d’abord les supports (toiles, panneaux de bois, enduits etc..) qui sont consolidés, puis vient le tour des surfaces peintes. Ces tâches sont
souvent effectuées par des restaurateurs différents, qui se
sont spécialisés au cours de leurs études dans la restauration
du support ou dans celle de la couche picturale.
Les supports
Pour les peintures sur toile, la tenue mécanique de la toile et
sa résistance à la tension nécessitent des greffes en cas de
lacune ou de réfection de déchirures. Un renfort par doublage
partiel ou total peut être effectué. Un châssis assurant une
bonne tension fait aussi partie des prestations de conservation du support. Le bois, qu’il s’agisse de panneaux peints ou
de sculptures, nécessite en premier lieu un traitement curatif
éliminant les insectes xylophages. Lorsque les insectes ont
amoindri ou partiellement détruit les caractéristiques mécaniques du bois, il est indispensable de consolider le bois par
imprégnation de résines et de reconstituer par comblement
ou greffes les parties lacunaires dont l’absence met en péril
le bien. Les textiles fragiles ou lacunaires sont fixés par des
points de couture sur un textile de doublage. Leur surface
peut aussi être protégée par application d’un textile très fin
quasi transparent, une « crèpeline » de soie.
Les œuvres en pierre ou marbre peuvent être affectées par les
effets de l’humidité, en particulier lorsqu’elles sont composées
de plusieurs éléments assemblés par des tenons métalliques.
Les autels en particulier, dont le système ancien de montage
62
Regards sur l’objet Monument historique
comprenait un remplissage du vide intérieur par des matériaux
hétérogènes de comblement, sont affectés par des remontées
d’humidité par les sols. La corrosion des métaux augmente
leur volume : elle tache et fait éclater le matériau qu’elle devait
assembler. La conservation impose dans ce cas le démontage
des éléments, l’élimination des métaux altérés et du remplissage. Outre le collage des pièces brisées, les assemblages
doivent être réalisés à l’aide de tenons inertes, insensibles à
l’action de l’humidité. Ces ensembles sont remontés après isolation des sols, autour de structures faites de matériaux creux
permettant une bonne ventilation interne. Les surfaces des
pierres et marbres, si elles sont altérées par la présence de
sels solubles (communément appelé salpêtre), nécessitent un
traitement structurel, ces sels étant présents dans l’épaisseur
du matériau. Leur extraction par compresse ou par bain est
une opération de conservation indispensable.
Les surfaces
Les peintures et polychromies des sculptures, quels que
soient les matériaux de support, doivent être fixées en cas de
soulèvement et perte d’adhérence. Cette opération, toujours
délicate, comprend une phase préliminaire et temporaire
avant le traitement du support, puis une phase définitive après
consolidation du support. Lors de cette étape, il peut être nécessaire d’éliminer d’anciennes interventions qui gênent les
opérations, par exemple supprimer d’anciens mastics, posés
autrefois dans les lacunes, et qui sont trop épais ou qui débordent sur la couche originale. Les polychromies et dorures
des sculptures, dont le support est réalisé à l’aide d’une charge
et de colle de peau de lapin, très sensible à l’humidité, sont
également pré-consolidées avant traitement du support puis
fixées à l’aide d’injections d’agents adhésifs (diverses colles).
Regards sur l’objet Monument historique
63
Lozère, Saint-Julien-du-Tournel,
église. Dépoussiérage de textiles
dans le cadre d’une opération de
conservation Plan-Objet.
Hérault, Montpellier, apothicairerie
de la Miséricorde. Restauration
des pots pharmaceutiques réalisée
dans le cadre d’une opération de
conservation Plan-Objet.
Hérault, Cruzy, église. Statue du
Christ aux liens, xviie siècle. Vue
avant travaux ; détail du visage
après dépose.
Restauration
La restauration comprend une série d’interventions qui,
si elles ne sont pas strictement indispensables à la survie
d’une œuvre, n’en sont pas moins souhaitables dans bien
des cas. La restauration proprement dite consiste le plus
souvent en une ou plusieurs opérations de remplacement
de matière ancienne dégradée, et fréquemment de suppression d’éléments légués par des interventions antérieures
qui menacent la conservation de l’œuvre et en restreignent
la signification. Dans ce dernier cas, l’on parlera de dérestauration. Les générations précédentes ont toutes eu le
désir de présenter les œuvres dans un état de lisibilité ou
de propreté. Ces « rafraîchissements » ont souvent consisté à retoucher partiellement ou masquer entièrement les
originaux.
Les peintures sont retouchées non seulement sur les zones
lacunaires, mais aussi sur des parties bien conservées que le
zèle du « restaurateur » de l’époque n’aura pas épargné, ce
qui est appelé « repeints ». Le changement de goût en fonction
des époques explique aussi les travaux extensifs sur les grands
décors comme les retables de bois peint et doré : les tons de
gris, de marron, de beige se sont substitués au xixe siècle aux
couleurs vives, rouges, bleues, jaunes et aux ors des âges médiévaux et baroques. L’or faux dit bronzine (poudre de cuivre
64
Regards sur l’objet Monument historique
dans un liant) a fréquemment masqué la dorure à la feuille
d’or, modifiant l’effet recherché par le créateur de l’œuvre par
une teinte verdâtre due à l’oxydation du cuivre. Les broderies
et textiles ont aussi parfois été consolidés ou reconstitués au
moyen de points dont ni la technique employée, ni les couleurs,
ne sont fidèles à l’original.
Ces interventions anciennes masquent donc la réalité historique, technique et esthétique des œuvres. Elles peuvent cacher
des lacunes, mais aussi des zones originales préservées. Une
bonne étude des œuvres est donc un préalable à toute décision.
Cette étude préalable doit réunir la documentation existante sur
l’œuvre et comporter une analyse de l’état sanitaire de celleci, assortie de sondages en stratigraphie et parfois d’analyses
chimiques en laboratoire afin de connaître le plus finement possible les données historiques et matérielles de l’objet, condition préalable à une définition correcte d’un parti de restauration respectant au mieux l’authenticité de l’œuvre concernée.
Regards sur l’objet Monument historique
65
Hérault, Cruzy, église. Statue du
Christ aux liens, xviie siècle. Vue
après la restauration de Benoît
Lafay.
Gard, Laudun, église. Toile représentant saint François de Sales,
xviie siècle. Détail d’un ange après
conservation et pose de mastics
colorés dans les lacunes. Même
détail après restauration selon la
technique de la retouche illusionniste. Restauration par Marina
Weissman et Armelle Demongeot.
Les sondages effectués ont pour but de vérifier la présence,
le nombre et l’état de conservation des décors superposés.
Lorsque les sondages sont accompagnés d’analyses identifiant
la nature chimique des matériaux employés, le restaurateur
est en mesure de déterminer la meilleure technique pour retirer les couches supérieures sans dégrader le niveau que l’on
souhaite conserver et mettre en valeur. Si le dégagement d’une
couche est souhaitable, il ne s’agira pas forcément de l’état
original. Un repeint intermédiaire peut être mieux conservé
qu’un niveau original, il peut être aussi de grande qualité. En
sculpture, l’ajout d’éléments venant modifier notablement les
proportions d’un objet ou d’un grand décor a pu en altérer la
perception. Ces éléments peuvent alors être retirés.
Il est important de souligner que chaque œuvre est un cas
particulier du fait de son histoire, de sa technique et de ses
matériaux. Le choix de retour à un état antérieur est entériné
lorsque l’œuvre gagne en signification et qualité esthétique.
Les quelques exemples qui suivent permettent d’illustrer
cette réalité et de comprendre que chaque travail de restauration implique une réflexion spécifique où toutes les dimensions d’une œuvre, y compris son contexte et son usage,
doivent être prises en compte au moment de la restauration.
66
Regards sur l’objet Monument historique
Deux tableaux de la chapelle Saint-Charles de l’ancien hôpital
général de Montpellier, la Crucifixion et le Christ au jardin des
oliviers, avaient été agrandis et largement repeints au xixe siècle.
La toile originale adhérait mal à l’agrandissement, ce qu’attestaient de nombreuses déformations. Leur dé-restauration a
consisté à supprimer les agrandissements et les repeints : la
signature de l’artiste et la date sont apparues sur la Crucifixion.
La mention « Faict et donné par Ant. Ranc. 1683 » rendait cette
œuvre à Antoine Ranc, peintre de l’évêché de Montpellier sous
Louis XIV. Le Christ au jardin des oliviers révélait une mention
de don et la date de 1710, de même qu’une qualité picturale
qui permet d’attribuer aussi ce tableau au même Antoine Ranc.
Le tabernacle de Palau del Vidre, peint par Honoré Rigau en
1609, était à l’origine un tabernacle ouvrant, dont les côtés
articulés formaient aussi des volets. La finesse de ses sculptures disparaissait sous les empâtements des repeints successifs qui avaient aussi bloqué les volets. Les sondages
ayant révélé la présence des dorures et décors de sgraffito
originaux, il a été décidé de retirer les repeints, permettant
ainsi de rendre leur délicatesse aux sculptures et retrouver
leur décor polychrome et doré original.
Le préjudice esthétique dû au changement de goût est aussi
manifeste dans le cas du retable majeur d’Espira-de-l’Agly,
dont les tonalités de faux marbre ocre rouge et noir marbré
d’or avaient été masquées de nouveaux faux marbres et de
couleurs acidulées. La découverte des pigments chimiques
dans la première moitié du xixe siècle a permis un usage
fréquent de ces couleurs très éloignées de l’esthétique des
siècles précédents.
Regards sur l’objet Monument historique
67
Hérault, Montpellier, chapelle SaintCharles. Le Christ au jardin des Oliviers, détail avant, pendant et après
restauration. Restauration par Céline Bida, Malbrel Conservation,
2010.
Pyrénées-Orientales, Palau del
Vidre. Tabernacle de l’ancien
retable majeur, peint par Honoré
Rigau, 1609. Extérieur du tabernacle, entièrement repeint et
redoré, à l’exception du panneau
figuré (saint Paul) ; sondages sur
la colonnette et l’entablement,
mettant en évidence les décors
originaux : dorure à l’eau, décors
rouges, bleus et sgraffito bleu
sur or ; tabernacle ouvert, après
restauration. Travaux de conservation-restauration par Jérôme
Ruiz, 2009.
Tous ces exemples illustrent la complexité et la diversité des
interventions de conservation et de restauration et montrent
à quel point ces actions demandent un haut niveau scientifique, une bonne connaissance de l’histoire et de l’histoire
de l’art, sans oublier une sensibilité artistique doublée d’une
capacité de réflexion permettant, à chaque étape de l’intervention sur l’œuvre, de faire les choix les plus judicieux sur
les plans historique et esthétique et de prendre les décisions
les moins traumatisantes pour la matérialité de l’œuvre. Aussi les restaurateurs travaillent-ils généralement en bonne
intelligence avec les conservateurs chargés, à l’intérieur de
chaque conservation régionale des Monuments historiques,
du contrôle scientifique et technique sur les immeubles et les
objets protégés. Le souci de tous est d’assurer les meilleures
conditions de survie à ces œuvres léguées par les siècles,
68
Regards sur l’objet Monument historique
dont la signification ne peut être maintenue que par la pérennisation de leur existence matérielle au sein de leur contexte
historique, qui, par ricochet, contribue lui-même à leur donner sens et valeur.
C’est pourquoi il est impossible, à la fois sur le plan matériel,
technique et historique, de séparer l’objet du monument ou
de l’édifice dans lequel il est conservé. Le regard patrimonial
est donc un regard global qui ne peut et ne doit faire l’impasse
sur les conditions et le contexte de conservation. Ce contexte
doit faire l’objet de toutes nos attentions et nous inviter à
toujours préférer les actions préventives à des opérations de
restauration fondamentale dont le caractère intrusif risque
parfois d’altérer l’authenticité et le message de ces œuvres.
[LH] [PH]
Regards sur l’objet Monument historique
69
Les missions du Centre de conservation et de restauration
du patrimoine des Pyrénées-Orientales
d’un programme de sécurisation des édifices
et objets religieux. Cette décision fait suite à
des vols et actes de vandalisme commis dans
les églises du département. L’objectif est d’empêcher ou de retarder les risques d’effraction,
de sécuriser les objets les plus vulnérables et
de doter les lieux, quand cela est souhaité et
réalisable, de dispositifs de présentation des
œuvres les plus prestigieuses, sécurisés (type
trésors ou vitrines). Une évaluation préalable
des besoins est établie, à partir d’un diagnostic sécurité et sanitaire des édifices et des
objets recensés comme vulnérables. Sur la
base du diagnostic, un cahier des charges est
élaboré en vue de la réalisation des travaux.
Le ccrp assure le pilotage et le suivi du projet,
ainsi que le recensement des objets à sécuriser. La maîtrise d’œuvre extérieure, composée d’un architecte et d’un restaurateur, a en
Le Plan-Objet 66 et le plan de sécurisation
charge le diagnostic, l’établissement du cahier
des charges, le suivi des travaux. Des marchés
En collaboration étroite avec la conserva- sont passés avec des entreprises spécialisées
tion régionale des Monuments historiques, le pour la réalisation des travaux.
programme Plan-Objet 66 a été mis en place
au ccrp en 2002. Il concerne les cinq cents La restauration
églises des Pyrénées-Orientales. L’inventaire
et les constats d’état sanitaire sont réalisés Dans le domaine de la restauration des objets
par le personnel du ccrp. Pour les traitements mobiliers, le ccrp intervient essentiellement
de conservation préventive et curative, ainsi sur les sculptures en bois polychrome et
que pour les études préalables permettant la les peintures sur toile et sur bois, domaines
rédaction de cahiers des charges pour le lance- pour lesquels il dispose de restaurateurs
ment de consultations pour la restauration par salariés. Pour les autres matériaux ainsi que
les communes propriétaires, il est fait appel les peintures, il est fait appel à des restauà des restaurateurs libéraux de différentes rateurs libéraux dans le cadre des appels
spécialités. Les prestations du Plan-Objet sont d’offre publics. Ces prestataires sont tenus
gratuites pour les communes et financées par de travailler dans les ateliers du ccrp, lequel
le Conseil général, avec l’aide de la drac et fournit produits, consommables, matériel.
du Conseil régional. En 10 ans, le Plan-Objet La plupart des œuvres traitées ne sont pas
66 a concerné 69 communes et une centaine protégées au titre des Monuments histoédifices ; 15 900 objets ont été inventoriés et riques, mais il y a de nombreuses exceptions.
diagnostiqués, 4 500 traités en conservation.
Le Centre de conservation et de restauration du
patrimoine du Conseil général des PyrénéesOrientales (ccrp) est une structure atypique
dans le paysage patrimonial français et à ce jour,
la seule structure départementale de service
public ayant pour mission la connaissance, la
conservation et la valorisation du patrimoine
mobilier (essentiellement religieux). Service
public de proximité, en contact étroit avec le
patrimoine mobilier, ses propriétaires et ses
affectataires, il assure l’inventaire, l’évaluation
sanitaire, la conservation préventive et curative,
la restauration, la valorisation de celui-ci ainsi
que le suivi et la formation des bénévoles. Le
ccrp dispose de locaux de 1100 m2, de 15 agents
permanents, d’un budget annuel de fonctionnement de 1 million d’euros et fait appel à une
trentaine de prestataires libéraux.
Depuis 2011, en complément du Plan-Objet 66,
le Conseil général a décidé de la mise en place
70
Atelier de restauration de peintures du Centre de
conservation et de restauration des PyrénéesOrientales, vue partielle.
Regards sur l’objet Monument historique
Regards sur l’objet Monument historique
71
Le choix et la programmation des œuvres à
restaurer se font sur la base des objets identifiés lors de la phase d’évaluation du PlanObjet, des demandes des communes, mais
aussi des programmes spécifiques lancés
par le ccrp (par exemple : Vierges à l’Enfant
médiévales, peintures de la Renaissance,
Monuments du Jeudi saint …).
Dans tous les cas, une convention est signée
avec la commune propriétaire définissant
les prestations, la durée de l’opération et le
montant de la participation ; en effet, pour les
restaurations, les communes participent financièrement à un taux variant entre 15 et 30 %.
Les restaurateurs salariés, ainsi que libéraux,
sont tous diplômés de formations reconnues
par l’Etat. Les restaurations se font dans le
strict respect des règles de déontologie de la
profession, avec pour objectif d’atteindre un
équilibre entre histoire des objets, usage et
esthétique (rendre lisible et compréhensible
l’image) et en appliquant scrupuleusement les
règles de réversibilité, compatibilité et stabilité.
Une attention toute particulière est portée aux
72
conditions de conservation ultérieures des
objets restaurés. Aussi, des constats d’état
parasitaires sont réalisés sur les édifices de
conservation, accompagnés de traitements
insecticides si nécessaire ; ces derniers sont
réalisés directement par le ccrp, voire pris
en charge par la commune dans certains cas.
Les œuvres sont systématiquement prises en
charge, emballées, transportées et remises
en place par le ccrp. Après restauration, des
restitutions publiques sont organisées, afin de
présenter les traitements effectués et sensibiliser le public à la conservation et à la connaissance de son patrimoine. En vingt ans, ce sont
environ 650 objets qui ont été restaurés par
le ccrp.
Le patrimoine maritime
Depuis juillet 2002, le Conseil général des Pyrénées-Orientales, dans le cadre d’un protocole
signé avec la drac Languedoc-Roussillon, a
engagé un important travail de récupération
et de valorisation du patrimoine maritime avec
Regards sur l’objet Monument historique
la prise en charge d’une collection de barques
méditerranéennes. Ce projet a trouvé un
premier aboutissement avec la création de l’atelier des barques sur le site de Paulilles en 2010.
Cet atelier est également doté de réserves.
Plusieurs restaurations de barques ont été
réalisées à ce jour. L’équipe poursuit ce but
pour sauvegarder les dernières constructions originales de bateaux de travail
méditerranéens.
Les travaux de restauration servent de
support pour l’enseignement et la transmission des savoir-faire en matière de
construction navale traditionnelle, ainsi qu’à
maintenir et diffuser la culture maritime
propre à la Méditerranée. Depuis sa création en 2010, l’atelier des barques a reçu
une trentaine de stagiaires venus d’horizons différents (formation professionnelle,
scolaire, universitaire, reconversion professionnelle, insertion) et deux apprentis charpentiers de marine. Les barques restaurées
font l’objet d’un suivi et de travaux d’entretien indispensables à leur maintien à flots
ou à leur présentation publique. La conservation de la collection de barques est un des
axes majeurs. L’ensemble des travaux et la
présentation des bateaux se font à l’atelier
des barques sur le site de Paulilles. Les visiteurs peuvent assister gratuitement au travail
des charpentiers de marine et bénéficier de
visites guidées pour découvrir l’histoire de
ces embarcations et du littoral. En 2011, plus
de 20 000 personnes ont ainsi suivi en direct
l’évolution des restaurations en cours. Deux
expositions temporaires annuelles, en accès
gratuit, permettent d’aborder un des thèmes
relatifs à la culture et au patrimoine maritime méditerranéen.
Atelier de restauration de peintures du Centre de
conservation et de restauration des PyrénéesOrientales.
Regards sur l’objet Monument historique
Missions transversales et valorisation
Le travail du ccrp est mis en avant dans le
cadre de nombreuses expositions organisées
par le Conseil général, soit au Palais des Rois
de Majorque, soit à la chapelle Notre-Dame
des Anges : l’art gothique, en 2005 ; la peinture baroque (l’atelier Guerra), en 2006 ; l’art
roman, en 2007 ; Patrimonis (rétrospective
de 10 ans d’activité du ccrp), en 2008 ; peintures de la Renaissance restaurées, en 2009 ;
le Dévot-Christ revisité, en 2010 ; les Vierges
à l’Enfant médiévales restaurées, en 2011 et
le « Maître de Llupia, un peintre du début
du xvie siècle en Roussillon », en 2012-2013.
Ces expositions traitent d’abord de la restauration et ont pour objectif de sensibiliser le
grand public à la connaissance du patrimoine ; elles sont accompagnées de cycles
de conférences. Les deux dernières expositions ont été accompagnées d’un catalogue.
Le centre a mis en place des projets de coopération avec d’autres institutions, notamment
dans le cadre de l’Arc Latin : mise en réseau
des centres de conservation du pourtour
méditerranéen (actuellement coopération
avec les centres de Viterbo (Italie) et Tortosa
(Espagne)) ; colloque « Monuments et décors
de la Semaine sainte » en 2006 à Perpignan ;
partenariat avec les universités de Gérone et
Perpignan, le cicrp de Marseille et le Centre
de restauration de la Généralité de Catalogne pour le projet « Peintures de la Renaissance en Catalogne ». De ce point de vue le
ccrp promeut une démarche pluridisciplinaire associant restaurateurs, scientifiques,
conservateurs, historiens d’art, historiens,
anthropologues. D’autres projets sont en
cours sur les plafonds peints médiévaux et
les arts picturaux médiévaux en Roussillon
(projet mené avec l’université Paul-Valéry, le
cicrp et la drac).
[JBM]
73
74
Gard, Uzès, ancienne cathédrale Saint-Théodorit,
célèbre pour sa tour Fenestrelle. Vue intérieure de
l’ample nef de 53 mètres. Classée MH en 1862.
75
Chronologie de référence
1830 : création du premier poste d’inspecteur général des Monuments historiques confié à Ludovic Vitet.
1834 : nomination de Prosper Mérimée comme inspecteur
général.
1837 : création de la commission des Monuments historiques.
1840 : édition de la première liste de Monuments historiques.
C’est une liste indicative des monuments et objets retenus pour
leur intérêt historique ou artistique et dont on doit prévoir la restauration en priorité.
1841 : circulaire du 10 août 1841 relative aux édifices diocésains
et aux objets d’art qu’ils renferment (an/f 19 4543).
1846, 1862 et 1875 : éditions de nouvelles listes de Monuments
historiques.
1871 : ligne budgétaire des Monuments historiques.
1887 : la loi du 30 mars 1887 pour la conservation des monuments et objets d’art ayant un intérêt historique et artistique
traite, dans une grande partie de la loi sur les « objets mobiliers ». Les immeubles par destination sont à l’époque soumis
au régime de protection des immeubles par nature. Le régime
des objets mobiliers concerne les objets appartenant à l’Etat,
aux personnes publiques, aux fabriques (organismes chargés
d’administrer les biens des églises). L’imprescriptibilité est limitée à trois ans pour les objets classés n’appartenant pas à l’Etat.
1889 : 3 janvier, création d’une sous-commission au sein de la
commission des Monuments historiques en charge du classement des objets d’art.
1893 : sur le rapport de Henry Roujon (1853-1914), directeur des
Beaux-Arts (1891-1903), est créé en avril un poste d’inspecteur
général adjoint des monuments historiques pour les objets
mobiliers confié à Paul-Franz Marcou (1860-1932).
1897 : mise en place des « correspondants » de la commission
des Monuments historiques par décision ministérielle du 23
février 1897.
1901 : loi relative aux congrégations.
1905 : circulaire du 8 juin 1905 rédigée par Paul-Franz Marcou
invitant les préfets à former des commissions départementales
chargées de préparer le classement des objets des églises. Ces
commissions doivent transmettre à la commission des Monuments historiques les propositions de classement. Loi du 9 décembre 1905 relative à la séparation des Eglises et de l’Etat. Le
classement en bloc prévu pour 3 ans est prolongé plusieurs fois
jusqu’en 1915.
1906 : plus de 70 000 inventaires de biens ecclésiastiques sont
dressés par les services des domaines.
1907 : fusion du service des Cultes et du service des Monuments
historiques. Décret du 12 avril 1907 portant statut des architectes
en chef des Monuments historiques, dans lequel sont versés les
anciens architectes des édifices diocésains.
1908 : décret du 11 avril 1908 portant organisation de l’inspection et de la conservation des antiquités et objets d’art. Loi du 13
avril 1908 qui transfère la propriété des biens déposés entre 1801
et 1905 et non réclamés par les associations cultuelles à l’Etat
(cathédrales) et aux communes (églises).
76
1909 : instructions 118-84 de mars 1909, ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, sous-secrétariat d’Etat
des Beaux-Arts Monuments historiques, conservation des
antiquités et objets d’art, (map 80/5/1). Décret du 17 mai 1909
relatif à l’organisation de la commission des Monuments
historiques. Loi du 19 juillet 1909 : classement des objets
appartenant à des propriétaires privés possible avec leur
consentement.
1911 : loi du 16 février 1911 : en cas de péril, un objet classé
peut être déposé par l’Etat dans un trésor de cathédrale ou
dans un musée.
1913 : loi du 31 décembre 1913, loi fondamentale sur les
Monuments historiques qui remplace celle de 1887 et se
trouve toujours en vigueur, bien que plusieurs fois complétée et aujourd’hui intégrée dans le code du patrimoine. Elle
intègre les modifications précédentes ; la notion « d’intérêt
public » y remplace celle « d’intérêt national » ; les immeubles
par destination sont intégrés au régime de protection des
objets mobiliers ; l’imprescriptibilité des objets classés est
perpétuelle quel que soit leur propriétaire.
192O : loi du 31 décembre 1920 qui élargit aux objets mobiliers
l’instance de classement et la possibilité de classement d’office
par décret du Conseil d’Etat contre l’avis du propriétaire.
1921 : loi de finances du 31 décembre 1921 : classement d’office
des objets appartenant à des propriétaires privés possible par
décret en Conseil d’Etat.
1924 : décret du 18 mars 1924 pris pour l’application de la loi du
31 décembre 1913 sur les Monuments historiques.
1927 : inscription sur l’inventaire supplémentaire pour les
immeubles.
1929 : création d’une association amicale et professionnelle
des conservateurs départementaux des antiquités et objets
d’art (caoa).
1936 : arrêt Bauffremont. Des boiseries dès l’origine intimement
et spécialement incorporées à un bâtiment forment avec lui un
tout indivisible et ne sauraient en être séparées sans porter atteinte à l’intégrité de celui-ci. Elles ont le caractère d’immeubles
par nature.
1938 : décret-loi du 17 juin 1938 : le classement des archives privées relève des caoa.
1945 : décret 45-812 du 24 avril 1945 portant réorganisation de la
commission des Monuments historiques.
1946 : loi 46-985 du 10 mai 1946 qui étend la protection aux collections scientifiques. En 1950 seront classées les collections
entomologiques Oberthür (coléoptères) et Fournier de Horrack
(lépidoptères), plus de 35 000 spécimens maintenant conservés
au Muséum national d’Histoire naturelle.
1949 : création des conservations régionales des bâtiments de
France.
1959 : premières circulaires relatives à la sauvegarde du mobilier
cultuel menacé par la réforme liturgique.
1961 : premières circulaires relatives à la sauvegarde du patrimoine hospitalier.
1963 : extension de l’application de la loi de 1913 aux départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin, de Moselle (loi du 30 décembre 1963).
1965 : extension de l’application de la loi de 1913 aux départements d’Outre-mer (loi du 10 novembre 1965, décret du 26 août
1966) : mise en place par les préfets des commissions départementales de recensement du patrimoine mobilier appartenant
au domaine public menacé (circulaires conjointes des ministres
de l’Intérieur et de la Culture des 15 mars et 28 octobre 1965).
1970 : loi n° 70-1219 du 23 décembre 1970 modifiant et complétant
la loi du 31 décembre 1913 sur les Monuments historiques qui institue l’inscription des objets mobiliers à l’inventaire supplémentaire. L’inscription ne peut s’appliquer qu’aux objets des personnes
publiques et les associations. Elargissement de la protection aux
objets présentant un intérêt scientifique et technique.
1971 : création des commissions départementales des objets
mobiliers par décret n° 71- 858 du 19 octobre 1971 ; décret n° 71859 du 19 octobre 1971 relatif aux attributions des conservateurs
des antiquités et objets d’art. ; circulaire doac n° 166/71 du 21
octobre 1971 relative à l’application de la loi n° 70-1219 du 23
décembre 1970. Premier classement d’objets du xxe siècle.
1973 : circulaire du 6 juillet 1973 relative à l’inscription sur l’inventaire supplémentaire à la liste des objets classés parmi les
Monuments historiques.
1975 : création de l’office central pour la répression du vol
d’œuvres et d’objets d’art (ocrvoa) devenu en 1997 l’Office central de lutte contre le trafic des biens culturels (ocbc). Le décret
de création vise expressément la loi de 1913 et le décret relatif
aux caoa.
1977 : création des directions régionales des affaires culturelles
avec en leur sein les conservations régionales des Monuments
historiques.
1978 : création de la direction du patrimoine, qui deviendra la
direction de l’architecture et du patrimoine, intégrée aujourd’hui
dans la direction générale des patrimoines.
1979 : application de la loi du 3 janvier 1979, les archives privées
sont soustraites de la compétence des Monuments historiques.
1980 : loi n° 80- 532 du 15 juillet 1980 relative à la protection des
collections publiques contre les actes de malveillance permettant aux conservateurs assermentés de dresser procès-verbal
en cas de dégradation des objets protégés.
1984 : création des commissions régionales du patrimoine historique, archéologique et ethnologique (corephae) auxquelles
le décret n° 99- 78 du 5 février 1999 substitue les commissions
régionales du Patrimoine et des Sites (crps).
1985 : réforme de la commission supérieure des Monuments historiques (csmh) devenue commission nationale des Monuments
historiques (cnmh) ; création de la ive section de la csmh consacrée au patrimoine mobilier industriel scientifique et technique
et suppression des correspondants des csmh.
1986 : création de l’Association des caoa de France.
1987 : début de l’informatisation des objets classés (Base Palissy).
1988 : arrêt Casenoves : les peintures murales détachées de
l’immeuble par nature sont des objets mobiliers.
1990 : création du statut des conservateurs du patrimoine dans la
fonction publique d’Etat.
1991 : création du cadre d’emploi des conservateurs territoriaux
du patrimoine ; une meilleure collaboration entre les services
des Monuments historiques et de l’Inventaire est mise en place.
1992 : reconnaissance des lois du 31 décembre 1992 (modifiée le
10 juillet 2000) transposition de la directive européenne relative à
la circulation des biens culturels du 9 décembre 1992. Les objets
des collections publiques et les objets classés relèvent des Trésors nationaux ; récolement général des objets classés en main
privée effectué entre 1992 et 1994.
1994 : déconcentration vers les directions régionales des affaires
culturelles des crédits de fonctionnement (frais matériels, frais
de déplacement) qui viennent soutenir l’activité des caoa.
1999 : arrêt Transurba du Conseil d’Etat (24 février) ; les bas-reliefs, qui forment un tout indivisible dès l’origine intimement et
spécialement incorporé, ont le caractère d’immeuble par nature.
2003 : modification de la loi de 1988 par suppression des intérêts
de retard en cas de rupture de la convention d’exonération des
droits de mutation.
2004 : février, parution du code du patrimoine ; le livre vi intègre
la loi de 1913 ; instruction fiscale du 26 août 2004 exonérant de la
taxe professionnelle les objets classés et inscrits, mesure importante pour la conservation du patrimoine technique ; circulaire
n° 2004/022 du 27 septembre 2004 portant nomination et activité
des caoa.
2005 : ordonnance n° 2005-1128 du 8 septembre 2005 relative à
l’inscription des objets privés sous réserve de l’accord du propriétaire. Procédure finalisée le 15 juin 2009 par instruction du
directeur de la dapa.
2007 : décret n° 2007-487 du 30 mars 2007 relatif aux monuments
historiques et aux zones de protection du patrimoine architectural,
urbain et paysager ; circulaire n° 2007-008 du 4 mai 2007 relative à l’application du décret n° 2007-487 du 30 mars 2007 (avec
modèles d’autorisations de travaux) ; obtention de la déductibilité
fiscale des travaux de conservation et de restauration des objets
mobiliers classés en mains privées ; arrêté du 29 novembre 2007
relatif aux modèles de demande d’autorisations de travaux sur
les Monuments historiques et à l’enregistrement des demandes
d’autorisations de travaux et des déclarations préalables.
2008 : l’article 23 de la lfr 2007 (n° 2007-1824 du 25 décembre
2007) codifié à l’article 199 duovicies du cgi instaure une réduction
d’impôt à raison des dépenses supportées par les contribuables
lorsqu’ils engagent des travaux de conservation ou de restauration
d’objets mobiliers classés au titre des monuments historiques
dont ils sont propriétaires. Cette disposition a été précisée par le
décret n° 2008- 1479 du 30 décembre 2008 et mise en œuvre par
l’instruction fiscale 5B-2-09 n° 7 du 21 janvier 2009.
2009 : décret n° 2009-750 du 22 juin 2009 relatif au contrôle
scientifique et technique des services de l’Etat sur la conservation des monuments historiques classés ou inscrits ; décret
n° 2009-751 du 22 juin 2009 relatif aux missions et aux rémunérations des techniciens conseils agréés pour les orgues protégées au titre des Monuments historiques, intégrés dans le code
du patrimoine, partie réglementaire.
77
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79
Etudes et travaux
La crmh assure le contrôle scientifique et technique sur les études et travaux de
recensement, conservation, restauration et présentation des objets mobiliers
de la région, et apporte son soutien financier. A titre d’exemple, en 2012, la
crmh a permis la réalisation de 800 000 euros de travaux sur une cinquantaine
d’objets, qu’elle a subventionnés à hauteur de 360 000 euros.
Ouvrage publié par la Direction
Crédits photographiques
régionale des affaires culturelles
Région Languedoc-Roussillon, Inventaire général, Jean-Michel Périn : couverture, 9, 11, 13, 14, 28
Conseil général des Pyrénées-Orientales, ccrp, Din Thi Tien – Image Maker : 1, 6,
44 ; Michel Castillo : 71-72
Agde, musée de l’Ephèbe et d’archéologie sous-marine, Jacques Guittet : 4,
Conseil général de la Lozère, Ludovic Lesur : 6 ; Cécile Vanlierde : 63
(drac) du Languedoc-Roussillon
Conservation régionale des
monuments historiques (crmh)
5, rue de la Salle l’Evêque - cs 49020
34967 Montpellier Cedex 2
Tél. 04 67 02 32 00 / Fax 04 67 02 32 04
Directeur de la publication
Alain Daguerre de Hureaux, directeur
régional des affaires culturelles
Rédacteur en chef
Delphine Christophe, conservateur
régional des monuments historiques
Coordination éditoriale
Jackie Estimbre, chargée de la
valorisation du patrimoine, crmh
Diffusion
publicationspat.drac-lr@culture.gouv.fr
Tél. 04 67 02 32 61
Conception graphique et réalisation
Charlotte Devanz
drac Languedoc-Roussillon :
Claude Bertrand : 7, 36, 42 ; caoa, Pyrénées-Orientales : 10 ; Laurent Hugues :
15, 53 ; Charlène Rizza : 16, 17 ; Pascal Lemaître : 20, 74-75 ; Hélène Palouzié : 33, 38-39, 45-47, 57 ; Jean-Louis Vayssettes, 39 ; Linda Salager-Hudan
(Reproduction) : 19 ; François Amigues, caoa : 42 ; Marie Hequet : 43 ; Josette
Clier : 53 ; Frédéric Parizat : 53 ; Guillaume Bernard : 54-55 ; Philippe Capron :
56, 60-61 ; Frédérique Nicot : 58-59 ; Marina Weissman : 62, 66 ; Catherine
Scotto : 62 ; Agnès Gall Ortlik : 63, Benoît Lafay : 64-65, Céline Bida : 67,
Jérôme Ruiz : 68-69.
Centre national du microfilm et de la numérisation (cnmn), Maryse Bertaudon : 21
Société archéologique de Montpellier – musée languedocien, William Davies : 23, 37
Judith Kagan : 22
Service communication de l’université Montpellier I : 24, 79
Ville d’Agde, Laurent Romero : 27
Archives cci de Béziers : 31
Conservation départementale des musées du Gard : 34
mcc, Médiathèque de l’Architecture et du patrimoine (map) : 33 et de haut en bas
et de droite à gauche : Emmanuel-Louis Mas, Muller, Neury, Emmanuel-Louis
Mas, Graille, 35 . Lucien Roy, 37, 49
Henri de Colbert : 40
Ville de Palavas : 44
Service communication université Montpellier III, Jérôme Rizzo : 47
Abbaye de Fontfroide, Henri Gaud : 50-51
Photogravure et impression
Print[team], Nîmes
Remerciements
Achevé d’imprimer
Septembre 2013
Dépôt légal
Octobre 2013
isbn
n° 978-2-11-138377-7
Peggy Albert, Danièle Amoroso, Guillaume Assié, Odile Berard-Azzouz, Claude
Bertrand, Céline Bida, Cédrik Blanch, Christian Bonnefous, Philippe Capron,
Flore César, Vérenne Charbonnier, Olivier Chassagne, Brigitte Chimier, Josette
Clier, Nicolas d’Andoque, Armelle Demongeot, Laurent Felix, Christine Feuillas,
Marie-Chantal Ferriol, Franck Genestoux, Alain Girard, Michel Hilaire, Samantha
Jones, Judith Kagan, Benoît Lafay, Christine Langé, Hélène Lorblanchet,
Matthieu Malbrel, Toshito Matsunaga, Laure Morand, Frédérique Nicot,
Christophe Niedziocha, Jean-Daniel Pariset, Gaëlle Pichon-Meunier, Frédéric
Parizat, Bruno Plouidy, Pascale Roumegoux, Julie Schlumberger, Frantz
Schoenstein, Catherine Scotto, Marie-Anne Sire, Pascale Todeschini, Pascal
Trarieux, Fabienne Tuset, Marie-Pierre Valéry, Cécile Vanlierde, Jean-Louis
Vayssettes, Marina Weissman.
Créée par la direction régionale des affaires culturelles du
Languedoc-Roussillon (conservation régionale des monuments
historiques), la collection « Duo »
propose au public de découvrir
des chantiers de restauration du
patrimoine monumental et mobilier, des édifices labellisés
« Patrimoine du xxe siècle » ou
encore des immeubles et objets
d’art protégés au titre des monuments historiques, dans l’ensemble de la région.
Regards sur l’objet Monument
historique en Languedoc-Roussillon
Œuvres d’art, décors et ensembles historiques
En Languedoc-Roussillon, 2000 immeubles sont
protégés au titre des Monuments historiques, plus
de 10 000 objets le sont au même titre. Les procédures de reconnaissance de la qualité de Monument historique et les mesures de protection qui
en découlent varient selon qu’elles concernent les
immeubles ou les objets mobiliers. Si le droit commun a distingué les meubles, les immeubles par
nature et les immeubles par destination, la législation relative aux Monuments historiques – la loi de
1913 – a rattaché les immeubles par destination aux
meubles par nature. La tâche des spécialistes du
patrimoine est de définir avec les propriétaires, les
décors, objets ou collections qui dans leurs liens à
l’édifice en constituent le complément indissociable.
Direction régionale des affaires culturelles du Languedoc-Roussillon (drac-l.-r.)
isbn : 978-2-11-138377-7
Diffusion gratuite - ne peut être vendu
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