Quel recours pour les victimes de la torture?

Quel recours pour les victimes de la torture?
Quel recours pour les victimes
de la torture ?
Sarah Joseph,
Katie Mitchell &
Linda Gyorki
pour le Comité des droits
de l’homme et le Comité
contre la torture
Carin Benninger-Budel
GUIDE SUR LES MÉCANISMES
DE COMMUNICATIONS
INDIVIDUELLES DES ORGANES DE
TRAITÉS DES NATIONS UNIES
pour le Comité
pour l’élimination de la
discrimination à l’égard
des femmes
Préface de Manfred Nowak
Parties I-IV traduites par Nathalie Jeunet
Partie V traduite par Lucas Vermal
Collection de Guides de l’OMCT Vol. 4
Directeur de la Collection: Boris Wijkström
L’Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT) coordonne les activités du réseau SOSTorture, la plus grande coalition d’organisations non gouvernementales au monde luttant
contre la torture et les mauvais traitements, les détentions arbitraires, les exécutions sommaires
et extrajudiciaires, les disparitions forcées et toute autre violation sérieuse des droits de
l’homme. Le réseau de l’OMCT comprend actuellement 282 ONG locales, nationales et régionales dans 92 pays couvrant toutes les régions du monde. Un aspect important du mandat de
l’OMCT est de répondre aux besoins des ONG membres du réseau, y compris la nécessité de
développer des stratégies efficaces pour mener des requêtes devant les instances internationales en vue d’assister les victimes de torture et mauvais traitements, lorsque aucun recours
juridique en droit interne n’a été apporté. Cet appui vise également à soutenir les ONG nationales dans leur lutte d’éradiquer l’impunité dans les États où la torture et les mauvais traitements sont endémiques ou restent des pratiques tolérées. À cette fin, l’OMCT a publié une
Collection de Guides juridiques en quatre volumes. Chacun constitue un ouvrage de référence
sur la pratique, la procédure et la jurisprudence des mécanismes régionaux et internationaux
qui sont compétents pour examiner des plaintes individuelles alléguant une violation de la prohibition absolue de la torture et des mauvais traitements. Ce Guide sur les mécanismes de communications individuelles des organes de traités des Nations Unies est le quatrième volume.
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES
DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
AUTEURS
Sarah Joseph, Katie Mitchell & Linda Gyorki: Parties I - IV
Carin Benninger-Budel: Partie V
DIRECTEUR DE LA COLLECTION
Boris Wijkström
ASSISTANCE ÉDITORIALE
Victoria Lee & Aubra Fletcher
Première édition: novembre 2006
© 2006 Organisation mondiale contre la torture (OMCT)
ISBN: 2-88477-127-1
Couverture : Illustration originale de Veronica de Nogales Leprevost
www.damdenogales.com
Organisation mondiale contre la torture (OMCT)
Case postale 21
8, rue du Vieux-Billard
CH-1211 Genève 8, Suisse
Tél: +41 (0) 22 809 49 39
Fax: +41 (0) 22 809 49 29
E-mail: omct@omct.org or handbook@omct.org
http://www.omct.org/
Directeur de publication: Eric Sottas
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Note au lecteur
Le présent Guide a pour but de soutenir les ONG, défenseurs, avocats et, naturellement, les victimes de la torture
elles-mêmes, dans le développement de stratégies efficaces de règlement des litiges devant les organes de
traités des Nations Unies, concernant la violation de
l’interdiction de la torture et des mauvais traitements.
Pour ce faire, l’OMCT s’est efforcée de couvrir d’une
manière exhaustive les domaines pertinents tant sur le
plan de la substance que sur celui de la procédure, tout en
veillant à ce qu’ils soient présentés de manière claire et
accessible. Nous cherchons en permanence à améliorer
notre documentation et à renforcer son impact. Veuillez
nous assister dans cette tâche en envoyant vos commentaires sur le présent ouvrage, de préférence en français ou
en anglais, à l’adresse suivante: handbook@omct.org.
Le lecteur est également invité à consulter notre site
Internet, qui comprend une page consacrée à la
Collection de Guides juridiques où figurent d’autres
documents de référence (www.omct.org).
4
REMERCIEMENTS
Cette publication a vu le jour grâce au soutien de la Commission européenne
et du gouvernement suisse.
Je tiens à remercier INTERIGHTS de nous avoir autorisés à reproduire
l’intervention commune dans l’affaire Ramzy c. Pays-Bas dans les annexes, le
Centre européen des droits des Roms (ERRC) et le Bureau de défense juridique des minorités nationales et ethniques (NEKI) pour leur accord d’intégrer
la plainte présentée au Comité pour l’élimination de toutes les formes de
discrimination à l’égard des femmes dans l’affaire A.S. c. Hongrie, dans le
présent ouvrage.
Je remercie vivement Michael O’Flaherty, membre du Comité des droits de
l’homme, d’avoir donné son avis sur le contenu de la Partie II de ce Guide,
ainsi que le Professeur Cees Flinterman, membre du Comité sur l’élimination
de la discrimination à l’égard des femmes, pour ses nombreux commentaires
sur la partie V.
Je remercie particulièrement Caroline Paris pour sa révision consciencieuse de
la traduction française de ce volume. Je remercie aussi Sanne Rooseboom et
Sarah Atchison pour leur assistance et leurs recherches générales et thématiques réalisées à différents stades de ce projet, ainsi que Adeline Cheriff et
Marielle Breuil pour leur assistance dans la relecture de la traduction de
l’Appendice ii. Enfin je remercie vivement Veronica de Nogales Leprevost qui
a réalisé la couverture des Guides juridiques de l’OMCT.
Boris Wijkström
Directeur de la Collection
Novembre 2006
NOTICE
Les points de vue exprimés dans le présent ouvrage ne reflètent que ceux des
auteurs de ce livre. La responsabilité d’une quelconque institution ou organisation ne saurait être engagée par les propos formulés.
5
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Note des traducteurs
Les termes « requête », « communication » et « plainte » sont
employés de manière interchangeable. Néanmoins, le terme
« requête » apparaît dans la majeure partie du texte afin de
respecter la terminologie employée dans les observations
finales des différents Comités.
Les acronymes sont peu utilisés en français. Aussi, la dénomination des Comités et des Conventions est employée sous
sa forme étendue dans un premier temps et apparaît ensuite
sous une forme raccourcie, sans le sigle correspondant. Par
exemple, le Pacte international relatif aux droits civils et
politiques est intitulé « le Pacte », la Convention contre la
torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants est intitulée « la Convention » ou « la Convention
contre la torture », et la Convention sur l’élimination de
toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes,
« la Convention CEDAW ». Le même principe s’applique à
la dénomination des Comités.
Les citations de cas de jurisprudence en français sont tirées
de la base de données des organes de traités du site Internet
du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de
l’homme à http://www.unhchr.ch/tbs/doc.nsf/Documentsfr
setfr? OpenFrameSet, ainsi que du Système de diffusion
électronique des documents de l’ONU à: http://documents.un.
org/welcome.asp?language=F
6
TABLE DES MATIÈRES
Note au lecteur ........................................................................................................................................
Remerciements ........................................................................................................................................
Notice ..........................................................................................................................................................
Note du traducteur ................................................................................................................................
4
5
5
6
Préface par Manfred Nowak.......................................................................................................... 17
Index de la jurisprudence citée .................................................................................................... 19
Introduction ............................................................................................................................................ 29
PARTIE I:
VUE D’ENSEMBLE DU COMITÉ DES DROITS DE
L’HOMME ET DU COMITÉ CONTRE LA TORTURE.............. 33
1.1 Interdiction de la torture et des mauvais traitements à
l’échelon international .............................................................................. 34
1.2 Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques 39
1.3 Le Comité des droits de l’homme........................................................ 42
1.3.1 Examen des rapports présentés par les États parties .......... 43
1.3.2 Procédure de présentation de requêtes individuelles .......... 44
Tableau 1: Ratifications du Protocole facultatif se rapportant
au Pacte et la reconnaissance de la compétence
du Comité en vertu de l’Article 22 de la Convention
contre la torture (Pays par région) ................................ 45
1.3.3 Observations générales .................................................................... 49
1.3.4 Requête d’un État partie contre un autre État partie .......... 49
1.4 Convention contre la torture et autres peines ou
traitements cruels, inhumains ou dégradants .............................. 50
1.5 Le Comité contre la torture ....................................................................
1.5.1 Examen des rapports présentés par les États parties ..........
1.5.2 Procédure d’examen des requêtes individuelles ....................
1.5.3 Observations générales ....................................................................
1.5.4 Requête d’un État partie contre un autre État partie ..........
1.5.5 Procédure d’enquête ..........................................................................
1.5.6 Fonctions au titre du Protocole facultatif ................................
52
53
53
53
53
54
54
1.6 Conséquences du Pacte international relatif aux droits civils
et politiques et de la Convention contre la torture .................... 54
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES
DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME ET
LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE .................................................. 59
2.1 Procédures de présentation des requêtes individuelles .......... 60
7
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
2.1.1 Critères de recevabilité .................................................................... 60
a) Règles permanentes .................................................................... 60
b) Besoins juridictionnels .............................................................. 64
i. Ratione Materiae ................................................................ 64
ii. Ratione Temporis ................................................................ 65
iii. Ratione Loci .......................................................................... 66
iv. Ratione Personae ................................................................ 69
c) Epuisement des recours internes .......................................... 71
i. Types de recours ................................................................ 72
ii. Comment doit-on épuiser les recours internes? .... 73
iii. Délais de procédures des recours internes .............. 74
iv. Recours vains ........................................................................ 75
v. Recours onéreux .................................................................. 77
vi. Durée déraisonnable des recours ................................ 77
vii. Charge de la preuve .......................................................... 78
d) Impossibilité de présenter simultanément une requête
devant un autre organe international .................................. 79
i. Le Pacte .................................................................................. 79
ii. La Convention ...................................................................... 82
e) Abus du droit de plainte ............................................................ 82
2.1.2 Comment présenter une requête au Comité des droits
de l’homme et au Comité contre la torture .............................. 83
a) Orientations de base pour présenter une requête .......... 84
b) Conseil et représentation juridiques .................................... 86
c) Frais de procédure ...................................................................... 86
d) Procédures écrites ........................................................................ 86
e) Etablissement des faits .............................................................. 91
2.1.3 Procédures d’examen des requêtes .............................................. 96
a) Procédure du Comité des droits de l’homme .................. 96
Appendice i: Procédure d’examen des requêtes au titre
du Protocole facultatif ...................................................................... 97
i. Décisions préliminaires concernant l’enregistrement
et la recevabilité .................................................................. 98
ii. Mesures provisoires .......................................................... 99
iii. Transmission de la requête à l’État partie................ 99
iv. Recevabilité .......................................................................... 100
v. Examen quant au fond ...................................................... 101
vi. Suivi des observations dans le contexte
du Protocole facultatif ...................................................... 102
vii. Questions diverses .............................................................. 103
8
TABLE DES MATIÈRES
b) Procédure d’examen des requêtes au titre de la
Convention contre la torture .................................................... 104
i. Mesures provisoires .......................................................... 104
c) Choix de l’instance ...................................................................... 105
i. Organes régionaux .............................................................. 106
2.2 Mesures provisoires .................................................................................... 108
2.2.1 Dans quelles circonstances des mesures provisoires
peuvent-elles être demandées ? .................................................... 108
2.2.2 Finalité des mesures provisoires .................................................. 110
2.2.3 Statut juridique des mesures provisoires .................................. 111
Appendice ii: Modèle de requête relatif à la torture .......... 113
2.3 Autres procédures ........................................................................................ 130
2.3.1 Procédure de présentation de rapports dans le contexte
du Pacte et de la Convention ........................................................ 130
a) Vue d’ensemble du système de présentation de rapports 130
b) Réforme du système de présentation des rapports ........ 132
c) Recours au processus de présentation de rapport par
et au nom des victimes de la torture .................................... 133
2.3.2 Procédure d’enquête dans le contexte de la Convention .. 136
a) Collecte des informations ........................................................ 136
b) Enquête indépendante ................................................................ 136
c) Confidentialité .............................................................................. 137
d) Critique de la procédure ............................................................ 137
e) Présentation d’informations aux fins d’une enquête
conduite en vertu de l’article 20 ............................................ 137
f) L’article 20 en action.................................................................. 138
2.3.3 Protocole facultatif se rapportant à la Convention .............. 140
a) Objectif du Protocole.................................................................. 140
b) Le Sous-comité sur la prévention de la torture et autres
peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants .. 140
i. Visites sur les lieux de détention ................................ 141
c) Obligations de l’État partie ...................................................... 143
d) Mécanisme national de prévention ...................................... 145
i. Fonctions des mécanismes nationaux de prévention .. 146
ii. Relations entre le Sous-comité et les mécanismes
nationaux de prévention .................................................. 147
e) Protection des personnes qui communiquent ou
fournissent des informations .................................................. 148
f) Conclusion ...................................................................................... 148
2.3.4 Le Rapporteur spécial sur la torture .......................................... 148
a) Fonctions principales du Rapporteur spécial .................. 150
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QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
i. Appels urgents ...................................................................... 150
ii. Lettres d’allégations .......................................................... 151
iii. Missions d’établissement des faits .............................. 151
b) Rapports .......................................................................................... 152
c) Informations pratiques pour présenter
une communication au Rapporteur spécial ...................... 153
2.3.5 Groupe de travail sur la détention arbitraire .......................... 154
a) Mandat du Groupe de travail sur la détention arbitraire .. 156
b) Méthode de travail ...................................................................... 156
i. Requêtes individuelles ...................................................... 156
ii. Délibérations ........................................................................ 157
iii. Action urgente ...................................................................... 157
iv. Missions sur le terrain ...................................................... 158
c) Eviter les chevauchements entre mécanismes de
surveillance des droits de l’homme...................................... 158
d) Informations pratiques .............................................................. 159
2.4 Procédures de suivi ...................................................................................... 159
2.4.1 Suivi par le Comité des droits de l’homme ............................ 160
a) Suivi des observations finales ................................................ 160
b) Suivi des observations au titre du Protocole facultatif .. 161
2.4.2 Suivi par le Comité contre la torture .......................................... 162
a) Suivi des observations finales ................................................ 163
b) Suivi des requêtes individuelles présentées en vertu
de l’article 22 de la Convention ............................................ 163
2.4.3 Evaluation de la mise en œuvre des recommandations
du Comité des droits de l’homme et du Comité contre
la torture .................................................................................................. 164
2.4.4 Conclusion.............................................................................................. 166
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS
DE L’HOMME ........................................................................................................ 167
3.1 Article 7 .............................................................................................................. 168
3.1.1 Caractère absolu de l’article 7 ...................................................... 168
3.1.2 Champ d’application de l’article 7 .............................................. 169
3.1.3 Définitions de la torture et du traitement cruel,
inhumain ou dégradant .................................................................... 170
a) Conclusions d’actes de torture .............................................. 171
b) Conclusions de traitement cruel et inhumain .................. 172
c) Constatations de traitement dégradant ................................ 173
3.1.4 Application de l’article 7 à la « peine » .................................... 174
10
TABLE DES MATIÈRES
3.2 Jurisprudence relative à l’article 7 .................................................... 175
3.2.1 Brutalité policière................................................................................ 175
3.2.2 Mauvais traitement pendant la détention .................................. 178
3.2.3 Conditions de détention.................................................................... 181
3.2.4 Isolement cellulaire ............................................................................ 183
3.2.5 Détention au secret ............................................................................ 183
3.2.6 Disparitions ............................................................................................ 183
3.2.7 Détresse psychologique .................................................................... 185
3.2.8 Expériences et traitements médicaux non autorisés ............ 187
3.2.9 Châtiment corporel ............................................................................ 190
3.2.10 Peine de mort ........................................................................................ 191
a) Méthode d’exécution .................................................................. 191
b) Syndrome du quartier des condamnés à mort ................ 192
3.2.11 Peines cruelles ...................................................................................... 195
3.2.12 Extradition, expulsion et refoulement ........................................ 195
a) Douleurs et souffrances générées par l’obligation
de quitter un État .......................................................................... 198
3.2.13 Violations sexospécifiques de l’article 7 .................................. 198
3.2.14 Interdiction d’utiliser des déclarations obtenues
en violation de l’article 7 ................................................................ 200
3.2.15 Obligations positives au titre de l’article 7 .............................. 201
a) Obligation d’adopter des lois et de les faire appliquer .. 201
b) Obligation d’enquêter sur les allégations de torture .... 202
c) Obligation de punir les auteurs de délit et
d’indemniser les victimes ........................................................ 204
d) Obligation de former le personnel concerné .................... 205
e) Garanties procédurales .............................................................. 206
3.2.16 Chevauchement des dispositions de l’article 7
avec d’autres dispositions du Pacte ............................................ 207
3.3 Jurisprudence dans le contexte de l’article 10 ............................ 208
3.3.1 Application de l’article 10 .............................................................. 208
3.3.2 Conditions de détention.................................................................... 209
3.3.3 Détention au secret et isolement cellulaire .............................. 214
3.3.4 Syndrome du quartier des condamnés à mort ........................ 214
3.3.5 Obligations procédurales en vertu de l’article 10 ................ 215
a) Détention des femmes enceintes .......................................... 216
b) Séparation des prisonniers condamnés des prisonniers
en détention provisoire .............................................................. 216
c) Protection des détenus mineurs.............................................. 217
3.3.6 Obligation de réadaptation ............................................................ 219
11
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
PARTIE IV: JURISPRUDENCE DU COMITÉ CONTRE LA TORTURE .... 221
4.1 Définition de la torture .............................................................................. 222
4.1.1 Caractère absolu de l’interdiction de la torture .................... 224
4.1.2 Aspects de la définition de la torture de l’article 1 .............. 225
a) Douleur et souffrance ................................................................ 225
b) Intention .......................................................................................... 225
c) Finalité .............................................................................................. 226
d) Actes et omissions ...................................................................... 226
e) Fonctionnaires de l’État ou personnes agissant à
titre officiel .................................................................................... 227
f) Douleur ou souffrance associée à des sanctions légitimes 230
4.2 Traitement cruel, inhumain ou dégradant dans le contexte
de la Convention .......................................................................................... 231
4.3 Non-refoulement .......................................................................................... 234
4.3.1 Informations pour étayer une requête présentée au titre
de l’article 3 .......................................................................................... 235
4.3.2 Charge de la preuve .......................................................................... 235
4.3.3 Conditions dans le pays d’accueil .............................................. 236
4.3.4 Risque personnel ................................................................................ 237
4.3.5 Décisions de tribunaux internes .................................................... 238
4.3.6 Risque d’être expulsé vers un autre État en cas d’expulsion
dans « l’État d’accueil » .................................................................... 239
4.3.7 Article 3 et Convention relative au statut des réfugiés ...... 240
4.3.8 Extradition et lutte contre le terrorisme .................................... 241
4.3.9 Assurances diplomatiques .............................................................. 242
a) Jurisprudence relative aux assurances diplomatiques .. 245
4.4 Sécurité nationale et informations sur la torture fournies
par l’État partie ............................................................................................ 246
4.5 Peine de mort .................................................................................................. 247
4.6 Obligations positives en vertu de la Convention
contre la torture ............................................................................................ 247
4.6.1 Obligation de promulguer et de faire appliquer des lois .. 249
4.6.2 Obligation d’enquêter sur les allégations ................................ 250
4.6.3 Obligation d’indemniser la victime ............................................ 253
4.7 Non-utilisation des déclarations obtenues en violation
de la Convention .......................................................................................... 254
4.8 Compétence universelle en vertu de la Convention .................. 255
4.8.1 Immunité de certains fonctionnaires de l’État ...................... 257
12
TABLE DES MATIÈRES
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES
AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES
DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES .................. 259
5.1 Introduction .................................................................................................... 260
5.2 Convention sur l’élimination de toutes les formes de
discrimination à l’égard des femmes (Convention CEDAW) ...... 262
5.2.1 Origines de la Convention CEDAW .......................................... 262
5.2.2 Objet et but de la Convention CEDAW .................................. 265
5.2.3 Définition de la discrimination à l’égard des femmes
d’après l’article 1 de la Convention CEDAW ...................... 267
5.2.4 Les obligations des États parties en vertu de
la Convention CEDAW.................................................................... 269
a) L’article 2 – L’obligation générale de
la Convention ................................................................................ 269
b) L’article 3 – L’égalité de fait .................................................. 273
c) L’article 24 – La pierre de touche ........................................ 273
d) L’article 4 – Les mesures temporaires................................ 274
e) L’article 5 – L’élimination des coutumes et
des pratiques discriminatoires ................................................ 274
f) Les obligations de l’État en vertu des articles 6 à 16 .... 275
g) L’obligation de respecter, de protéger et
de garantir ........................................................................................ 276
5.2.5 La « justiciabilité » .............................................................................. 277
5.2.6 La violence contre les femmes ...................................................... 279
Appendice iii: Rapporteuse spéciale sur la violence contre
les femmes, ses causes et ses conséquences ........ 281
5.2.7 Réserves à la ratification ou à l’adhésion à
la Convention CEDAW.................................................................... 284
5.3 Introduction au Protocole facultatif à la Convention CEDAW .. 287
Tableau 2 Ratifications du Protocole facultatif à
la Convention CEDAW ........................................................ 288
5.4 Étapes de la procédure des communications ................................ 293
5.4.1 Présentation d’une communication ............................................ 293
5.4.2 Critères de recevabilité .................................................................... 295
a) Les conditions préliminaires à la recevabilité ................ 295
i. L’auteur de la communication ...................................... 295
ii. Le format de la communication.................................... 297
b) La violation d’un droit protégé par la Convention
CEDAW – La violence à l’égard des femmes ................ 298
13
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
i.
La protection des femmes contre la violence
exercée par des acteurs étatiques ................................ 300
ii. La protection des femmes contre la violence
exercée par les acteurs privés ........................................ 302
c) L’épuisement des recours internes ...................................... 308
d) L’irrecevabilité due à l’examen concurrent de
la même question ........................................................................ 311
e) Les autres critères de recevabilité au titre
de l’article 4(2) .............................................................................. 312
f) L’effet des réserves sur la recevabilité
des requêtes individuelles ........................................................ 314
5.4.3 Transmission de la communication à l’État partie .............. 314
5.4.4 Examen de la requête par le Comité CEDAW ...................... 315
5.4.5 Mesures provisoires .......................................................................... 316
5.4.6 Conclusions et recommandations du Comité ........................ 316
5.4.7 Suivi des constatations et recommandations .......................... 317
5.5 Le Protocole facultatif à la Convention CEDAW au regard
des autres procédures de communications – Le choix
de la procédure la plus appropriée .................................................... 317
Bibliographie et ressources supplémentaires ........................................................................ 321
Sur les auteurs et le directeur de la Collection .................................................................... 325
14
TABLE DES MATIÈRES
ANNEXES
Instruments des Droits de l’Homme
1. Pacte international relatif aux droits civils et politiques .............................................. 329
2. Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils
et politiques ...................................................................................................................................... 345
3. Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains
ou dégradants .................................................................................................................................... 349
4. Règlement intérieur du Comité des droits de l’homme ................................................ 361
5. Règlement intérieur du Comité contre la torture .............................................................. 387
6. Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard
des femmes ........................................................................................................................................ 417
7. Protocole facultatif à la Convention sur l’élimination de toutes les formes
de discrimination à l’égard des femmes .............................................................................. 429
8. Règlement intérieur pour le protocole facultatif à la Convention sur
l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes ........ 435
9. Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus ........................................ 447
10. Principes de base sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par
les responsables de l’application des lois ............................................................................ 463
Requêtes de modèle
11. Tierce intervention d’AI, APT, HRW, INTERIGHTS, ICJ. OSI et REDRESS
dans l’affaire Ramzy c. Pays-Bas, 22 novembre 2005 .................................................. 469
12. Communication individuelle présentée au Comité CEDAW par European
Roma Rights Centre (ERRC) et Legal Defence Bureau for National and
Ethnic Minorities (NEKI) dans l’affaire A.S. c. Hongrie ............................................ 483
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qui contient une page consacrée à la Collection des Guides juridiques de l’OMCT
sur www.omct.org:
13. Observations écrites soumises au House of Lords du Royaume-Uni,par des tiers
intervenants dans l’affaire A. and Others v. Secretary of State for the Home
Department and A and Others (FC) and another v. Secretary of State for the
Home Department [2004] EWCA Civ 1123; [2005] 1 WLR 414
14. Fiche d’information sur le Comité des droits de l’enfant
15. Fiche d’information sur le Groupe de travail sur les disparitions forcées ou
involontaires
15
PRÉFACE
Tout acte de torture et de mauvais traitement perpétré par un être humain
contre son semblable marque à vie les victimes de ces actes et réduit à néant
notre sens commun de l’humanité. La torture est fondamentalement contraire
à la notion de vie civilisée et l’interdiction juridique de cette pratique a un
caractère absolu: aucune circonstance ne justifie un tel acte. Il s’agit là de l’une
des rares normes prévues par le droit international ayant valeur de jus cogens,
dont le statut est semblable aux quelques règles inviolables, parmi lesquelles,
l’interdiction du génocide et de l’esclavage.
Hélas, en dépit du caractère absolu de l’interdiction de la torture, la torture et
d’autres formes de traitements cruels, inhumains ou dégradants existent toujours dans certaines parties du monde. Parfois, les mauvais traitements sont
ostensibles, mais le plus souvent ils sont délibérément dissimulés et ils échappent au contrôle public, les auteurs de ces actes pouvant alors facilement maîtriser et éliminer les preuves de leurs délits. De fait, les actes de torture et de
mauvais traitements sont perpétrés de telle sorte que les victimes se murent
dans le silence et que ces crimes n’apparaissent jamais au grand jour. Cela
signifie que tous ceux qui luttent pour mettre fin à la torture, pour garantir le
droit à réparation aux victimes et pour punir les auteurs de ces actes sont
confrontés à des obstacles particulièrement difficiles. Malgré tout, c’est par le
courage de ceux qui dénoncent ces actes que la lutte contre la torture et les mauvais traitements peut se poursuivre et s’intensifier. Pour pouvoir lutter contre
la torture et les mauvais traitements, nous avons fondamentalement besoin de
voix qui s’élèvent pour dénoncer de tels actes, pour lever le voile et jeter le halo
sur leur nature odieuse, et pour en rechercher les auteurs responsables.
C’est pourquoi, je voudrais saluer la publication de ce Guide, rédigé par des
spécialistes de premier plan, qui porte sur le fonctionnement des organes de
traités des Nations Unies. Il a pour objectif louable d’aider les victimes de la
torture et leurs représentants à faire porter la responsabilité de ces actes aux
tortionnaires, et ce, en leur facilitant l’accès aux procédures en vigueur
relevant du droit international des droits de l’homme. Ce Guide fait état des
procédures et de la jurisprudence relatives aux trois principaux organes
des Nations Unies de surveillance des droits de l’homme: le Comité des droits
de l’homme, le Comité contre la torture et le Comité pour l’élimination de la
discrimination à l’égard des femmes.
En présentant une requête individuelle devant ces organes, tout individu peut
alors obtenir, par un organe international, une réparation ainsi que la condam17
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
nation de l’État qui a violé les droits de l’homme reconnus au niveau international. Ces organes ont donc un rôle essentiel à jouer dès lors que les systèmes
judiciaires nationaux ne poursuivent pas les auteurs responsables de ces actes.
Le présent Guide contribue dans une large mesure à la lutte contre la torture
et les mauvais traitements dans le monde, en ce qu’il fournit des informations
pratiques aux victimes et à leurs défenseurs, informations qui contribueront au
bout du compte à améliorer le fonctionnement et l’utilisation de ces mécanismes fondamentaux des Nations Unies.
Manfred Nowak
Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture
18
INDEX DE LA JURISPRUDENCE CITÉE
A. et Autres v The Secretary of State for the Home Department, [2004] EWCA Civ1123;
[2005] 1 WLR 414
A. c. Royaume-Uni, No. 25599/94, Cour européenne des Droits de l’Homme (23 septembre
1998)
Acosta c. Uruguay, Comm. No. 162/1983, Comité des droits de l’homme (25 octobre 1988)
A.D. c. Pays-Bas, Comm. No. 96/1997, Comité contre la torture (12 novembre 1999)
Aemei c. Suisse, Comm. No. 34/1995, Comité contre la torture (9 mai 1997)
Agiza c. Suède, Comm. No. 233/2003, Comité contre la torture (20 mai 2005)
Ahani c. Canada, Comm. No. 1051/2002, Comité des droits de l’homme (29 mars 2004)
Ahmed Karoui c. Suède, Comm. No. 185/01, Comité contre la torture (8 mai 2002)
A.I. c. Suisse, Comm. No. 182/2001, Comité contre la torture (12 mai 2004)
A.K. c. Australie, Comm. No. 148/1999, Comité contre la torture (5 mai 2004)
Aksoy c. Turquie, No 21987/93, Cour européenne des Droits de l’Homme (18 décembre 1996)
Al-Adsani c. Royaume-Uni, No. 35763/97, Cour européenne des Droits de l’Homme
(21 novembre 2001)
Angel Estrella c. Uruguay, Comm. No. 74/19880, Comité des droits de l’homme (29 mars 1983)
Antonio Vargas Mas c. Pérou, Comm. No. 1058/2002, Comité des droits de l’homme
(26 octobre 2005)
Arenz c. Allemagne, Comm. No. 1138/02 (25 juillet 2005)
Arhuaco c. Colombie, Comm. No. 612/1995, Comité des droits de l’homme (14 mars 1996)
A.R.J. c. Australie, Comm. No. 692/1996, Comité des droits de l’homme (28 juillet 1997)
Arkauz Arana c. France, Comm. No. 63/1997, Comité contre la torture (9 novembre 1999)
Arutyunyan c. Ouzbekistan, Comm. No. 917/2000, Comité des droits de l’homme (29 mars 2004)
Arzuaga c. Uruguay, Comm. No. 147/1983, Comité des droits de l’homme (1 novembre 1985)
A.S. c. Hongrie, Comm. No. 4/2004, Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard
des femmes Women (14 août 2006)
A.S. c. Suède, Comm. No. 149/1999, Comité contre la torture (24 novembre 2000)
Ashby c. Trinité-et-Tobago, Comm. No. 580/1994, Comité des droits de l’homme (21 mars 2002)
A.T. c. Hongrie, Comm. No. 2/2003, Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard
des femmes (26 janvier 2005)
Avellanal c. Pérou, Comm. No. 202/1986, Comité des droits de l’homme (28 octobre 1988)
Aydın c. Turquie, No. 23178/94, Cour européenne des Droits de l’Homme (25 septembre 1997)
Baboeram et al c. Suriname, Comm. Nos. 146/1983, 148-154/1983, Comité des droits de
l’homme, Admissibility Decision (10 avril 1984)
Bailey c. Jamaïque, Comm. No. 334/1988, Comité des droits de l’homme (31 mars 1993)
Banderenko c. Bélarus, Comm. No. 886/1999, Comité des droits de l’homme (3 avril 2003)
Barakat c. Tunisie, Comm. No. 60/1996, Comité contre la torture (10 novembre 1999)
19
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Barbaro c. Australie, Comm. No. 7/1995, Comité pour l’élimination de la discrimination
raciale (14 août 1997)
Bazarov c. Ouzbekistan, Comm. No. 959/00, Comité des droits de l’homme (14 juillet 2006)
B.d.B et al c. Pays-Bas, Comm. No. 273/1989, Comité des droits de l’homme (30 mars 1989)
Bee et al c. Guinée, Comm. Nos. 1152/2003, 1190/2003, Comité des droits de l’homme
(31 octobre 2005)
Berterretche Acosta c. Uruguay, Comm. No. 162/1983, Comité des droits de l’homme
(25 octobre 1988)
Birindwa and Tshisekedi c. Zaïre, Comm. Nos. 241/1987, 242/1987, Comité des droits de
l’homme (2 novembre 1989)
B.J. c. Allemagne, Comm. No. 1/2003, Comité pour l’élimination de la discrimination à
l’égard des femmes (14 juillet 2004)
Blanco c. Nicaragua, Comm. No. 328/1988, Comité des droits de l’homme (20 juillet 1994)
Blanco Abad c. Espagne, Comm. No. 59/1996, Comité contre la torture (14 mai 1998)
Bleier c. Uruguay, Comm. No. 30/1978, Comité des droits de l’homme (29 mars 1982)
Boodlal Sooklal c. Trinité-et-Tobago, Comm. No. 928/2000, Comité des droits de l’homme
(25 octobre 2001)
Bousroual c. Algérie, Comm. No. 992/01, Comité des droits de l’homme (24 avril 2006)
Brada c. France, Comm. No. 195/2002, Comité contre la torture (17 mai 2005)
Brough c. Australie, Comm. No. 1184/2003, Comité des droits de l’homme (17 mars 2006)
Brown c. Jamaïque, Comm. No. 775/1997, Comité des droits de l’homme (23 mars 1999)
Burgos c. Uruguay, Comm. No. 52/1979, Comité des droits de l’homme (29 juillet 1981)
C. c. Australie, Comm. No. 900/99, Comité des droits de l’homme (28 octobre 2002)
Cabal and Pasini c. Australie, Comm. No. 1020/2001, Comité des droits de l’homme (7 août 2003)
Canepa c. Canada, Comm. No. 558/1993, Comité des droits de l’homme (3 avril 1997)
Canon Garcia c. Equateur, Comm. No. 319/1988, Comité des droits de l’homme (5 novembre 1991)
Cariboni c. Uruguay, Comm. No. 159/1983, Comité des droits de l’homme (27 octobre 1987)
Case Concerning the Arrest Warrant of 11 April 2000 (République démocratique du Congo
c. Belgique), fond de l’affaire, Liste généraleListe générale No.121, Cour internationale de
la justice (14 février 2002)
Celis Laureano c. Pérou, Comm. No. 540/1993, Comité des droits de l’homme, fond de
l’affaire (25 mars 1996)
Chahal c. Royaume-Uni , No. 22414/93, Cour européenne des Droits de l’Homme (15 novembre 1996)
Chisanga c. Zambie, Comm. No. 1132/2002, Comité des droits de l’homme (18 octobre 2005)
Clive Johnson c. Jamaïque, Comm. No. 592/1994, Comité des droits de l’homme (20 octobre 1998)
Coronel et al c. Columbie, Comm. No. 778/1997, Comité des droits de l’homme (29 novembre 2002)
Costello-Roberts c. Royaume-Uni, No. 13134/87, Cour européenne des Droits de l’Homme
(25 mars 1993)
20
INDEX DE LA JURISPRUDENCE CITÉE
Cox c. Canada, Comm. No. 539/1993, Comité des droits de l’homme (31 octobre 1994)
C.P. and M.P c. Danemark, Comm. No. 5/1994, Comité pour l’élimination de la discrimination raciale (15 mars 1995)
Croes c. Pays-Bas, Comm. No. 164/1984, Comité des droits de l’homme (7 novembre 1988)
D. Thomas c. Jamaïque, Comm. No. 800/1998, Comité des droits de l’homme (8 avril 1999)
Dadar c. Canada, Comm. No. 258/2004, Comité contre la torture (23 novembre 2005)
Deidrick c. Jamaïque, Comm. No. 619/1995, Comité des droits de l’homme, Merits
Decision (9 avril 1998)
République démocratique du Congo c. Belgique, fond de l’affaire, Liste générale No.121,
Cour internationale de la justice. (14 février 2002)
Dimitrov c. Serbie et Monténégro, Comm. No. 171/00, Comité contre la torture (3 mai 2005)
Dimitrijevic c. Serbie et Monténégro, Comm. No. 172/2000, Comité contre la torture
(16 novembre 2005)
Doebbler c. Soudan, Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, Communication No. 222/99, (15 juillet 2003)
Extrait de la base de données d’Interights http://www.interights.org/searchdatabases.pphp?
dir=databases 1.1
Dzemajl et al c. Yougoslavie, Comm. No. 161/2000, Comité contre la torture (21 novembre 2002)
E. et Autres c. Royaume-Uni, No. 33218/96, Cour européenne des Droits de l’Homme
(26 novembre 2002)
Edwards c. Jamaïque, Comm. No. 529/1993, Comité des droits de l’homme, Merits
Decision (28 juillet 1997)
E. Johnson c. Jamaïque, Comm. No. 588/1994, Comité des droits de l’homme (22 mars 1996)
El-Megreisi c. Libye, Comm. No. 440/1990, Comité des droits de l’homme (23 mars 1994)
Elmi c. Australie, Comm. No. 120/1998, Comité contre la torture (14 mai 1999)
Estrella c. Uruguay, Comm. No. 74/1980, Comité des droits de l’homme (29 mars 1983)
Fanali c. Italie, Comm. No. 75/1980, Comité des droits de l’homme (31 mars 1983)
Farangis Osivand c. Pays-Bas, Comm. No. 1289/2004, Comité des droits de l’homme
(27 mars 2006)
Faurisson c. France, Comm. No. 550/1993, Comité des droits de l’homme (8 novembre 1996)
Fillastre and Bizoarn c. Bolivie, Comm. No. 336/1988, Comité des droits de l’homme
(6 novembre 1990)
Francis c. Jamaïque, Comm. No. 320/1988, Comité des droits de l’homme (24 mars 1993)
García c. Equateur, Comm. No. 319/1988, Comité des droits de l’homme(5 novembre 1991)
G. F. Croes c. Pays-Bas, Comm. No. 164/1984, Comité des droits de l’homme (7 novembre 1988)
G.K. c. Suisse, Comm. No. 219/2002, Comité contre la torture (7 mai 2003)
Gobin c. Ile-Maurice, Comm. No. 787/1997, Comité des droits de l’homme (16 juillet 2001)
Gorji-Dinka c. République du Cameroun, Comm. No. 1134/2002, Comité des droits de
l’homme (17 mars 2005)
Grant c. Jamaïque, Comm. No. 353/1988, Comité des droits de l’homme (31 mars 1994)
G.R.B. c. Suède, Comm. No. 83/1997, Comité contre la torture (15 mai 1998)
21
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Griffin c. Espagne, Comm. No. 493/1992, Comité des droits de l’homme, Décision sur la
recevabilité (11 octobre 1993)
Griffin c. Espagne, Comm. No. 493/1992, Comité des droits de l’homme, Merits Decision
(4 avril 1995)
Grille Motta c. Uruguay, Comm. No. 11/1977, Comité des droits de l’homme (29 juillet 1980)
G.T. c. Australie, Comm. No. 706/1996, Comité des droits de l’homme (4 novembre 1997)
G.T. c. Canada, Comm. No. 420/1990, Comité des droits de l’homme (23 octobre 1992)
Guengueng et al c. Sénégal, Comm. No. 181/01, Comité contre la torture (17 mai 2006)
Guridi c. Espagne, Comm. No. 212/2002, Comité contre la torture (17 mai 2005)
Guerra and Wallen c. Trinité-et-Tobago, Comm. No. 576/1994, Comité des droits de
l’homme (4 avril 1995)
H.A.D. c. Suisse, Comm. No.126/1999, Comité contre la torture (10 mai 2000)
Hajrizi Dzemajl et al c. Serbie et Monténégro, Comm. No. 161/2000, Comité contre la
torture (21 novembre 2002)
Halimi-Nedzibi c. Autriche, Comm. No. 8/1991, Comité contre la torture, Merits Decision
(18 novembre 1993)
Hartikainen c. Finlande, Comm. No. 40/1978, Comité des droits de l’homme (9 avril 1981)
Henry c. Jamaïque, Comm. No. 230/1987, Comité des droits de l’homme (1 novembre 1991)
Henry c. Trinité-et-Tobago, Comm. No. 752/1997, Comité des droits de l’homme (3 novembre 1998)
Herrara Rubio c. Colombie, Comm. No. 161/1983, Comité des droits de l’homme (2 novembre 1987)
Higginson c. Jamaïque, Comm. No. 792/1998, Comité des droits de l’homme (28 mars 2002)
Hill and Hill c. Espagne, Comm. No. 526/1993, Comité des droits de l’homme (2 avril 1997)
H.K.H c. Suède, Comm. No. 204/2002, Comité contre la torture (19 novembre 2002)
H.M.H.I. c. Australie, Comm. No. 177/2001, Comité contre la torture (1 mai 2002)
Hopu and Bessert c. France, Comm. No. 549/1993, Comité des droits de l’homme (29 juillet 1997)
Howell c. Jamaïque, Comm. No. 798/1998, Comité des droits de l’homme (21 octobre 2003)
H.S. c. France, Comm. No. 184/1984, Comité des droits de l’homme (10 avril 1986)
H .C.D.P. c. Pays-Bas, Comm. No. 217/1986, Comité des droits de l’homme (8 avril 1987)
Huamán c. Pérou, Comm. No. 1153/2003, Comité des droits de l’homme (22 novembre 2005)
Hylton c. Jamaïque, Comm. No. 407/1990, Comité des droits de l’homme (8 juillet 1994)
Ireland c. Royaume-Uni, No. 5310/71, Cour européenne des Droits de l’Homme (18 janvier 1978)
Jensen c. Australie, Comm. No. 762/1997, Comité des droits de l’homme (22 mars 2001)
Johnson c. Jamaïque, Comm. No. 588/1994, Comité des droits de l’homme (22 mars 1996)
Jonassen et al c. Norvège, Comm. No. 942/2000, Comité des droits de l’homme (25 octobre 2002)
J.R.T. and the W.G. Party c. Canada, Comm. No. 104/1981, Comité des droits de l’homme
(6 avril 1983)
Judge c. Canada, Comm. No. 829/1998, Comité des droits de l’homme (5 août 2003)
Kaaber c. Islande, Comm. No. 674/1995, Comité des droits de l’homme (5 novembre 1996)
22
INDEX DE LA JURISPRUDENCE CITÉE
Kalogeropoulou c. Grèce et Allemagne, No. 59021/00, Cour européenne des Droits de
l’Homme, Décision sur la recevabilité (12 décembre 2002)
Kanana c. Zaïre, Comm. No. 366/1989, Comité des droits de l’homme (2 novembre 1993)
Kang c. République de la Corée, Comm. No. 878/1999, Comité des droits de l’homme
(15 juillet 2003)
Karoui c. Suède, Comm. No. 185/2001, Comité contre la torture (8 mai 2002)
Karttunen c. Finlande, Comm. No. 387/1989, Comité des droits de l’homme (23 octobre 1992)
Kayhan c. Turquie, Comm. No. 8/2005, Comité pour l’élimination de la discrimination à
l’égard des femmes (27 janvier 2006)
Kennedy c. Trinité-et-Tobago, Comm. No. 845/1998, Comité des droits de l’homme, fond
de l’affaire (26 mars 2002)
Khalilov c. Tajikistan, Comm. No. 973/2001, Comité des droits de l’homme (30 mars 2005)
Kindler c. Canada, Comm. No. 470/1991, Comité des droits de l’homme (30 juillet 1993)
E. and A.K. c. Hongrie, Comm. No. 520/1992, Comité des droits de l’homme (7 avril 1994)
Könye and Könye c. Hongrie, Comm. No. 520/1992, Comité des droits de l’homme (7 avril 1994)
Korban c. Suède, Comm. No. 88/1997, Comité contre la torture (16 novembre 1998)
Kouidis c. Grèce, Comm. No. 1070/2002, Comité des droits de l’homme (28 mars 2006)
Kulomin c. Hongrie, Comm. No. 521/1992, Comité des droits de l’homme (22 mars 1996)
Kuok Koi c. Portugal, Comm. No. 925/2000, Comité des droits de l’homme (22 octobre 2001)
Lantsova c. Fédération de la Russie, Comm. No. 763/1997, Comité des droits de l’homme
(26 mars 2002)
Lanza c. Uruguay, Comm. No. 9/1977, Comité des droits de l’homme (26 octobre 1979)
Laureano c. Pérou, Comm. No. 540/1993, Comité des droits de l’homme (25 mars 1996)
Leirvåg c. Norvège, Comm. No. 1155/2003, Comité des droits de l’homme (3 novembre 2004)
Lewis c. Jamaïque, Comm. No. 708/1996, Comité des droits de l’homme (17 juillet 1997)
Linton c. Jamaïque, Comm. No. 255/1987, Comité des droits de l’homme (22 octobre 1992)
L.J.R.C. c. Suède, Comm. No. 218/2002, Comité contre la torture (22 novembre 2004)
Lopez Burgos c. Uruguay, Comm. No. 52/1979, Comité des droits de l’homme (29 juillet 1981)
Lubicon Lake Band c. Canada, Comm. No. 167/1984, Comité des droits de l’homme
(26 mars 1990)
Lyashkevich c. Bélarus, Comm. No. 887/1999, Comité des droits de l’homme (3 avril 2003)
Madafferi c. Australie, Comm. No. 1011/2001, Comité des droits de l’homme (26 juillet 2004)
M.A.M. c. Suède, Comm. No. 196/2002, Comité contre la torture (14 mai 2004)
Mamatkulov and Askarov c. Turquie, Nos. 46827/99, 46951/99, Cour européenne des Droits
de l’Homme (Grand Chamber) (4 février 2005)
Marais c. Madagascar, Comm. No. 49/1979, Comité des droits de l’homme (24 mars 1983)
Maria da Penha c. Brésil, Case No. 12.051, Report No. 54/01, OEA/Ser.L/V/II.111 Doc. 20
rev. at 704, Commission interaméricaine des Droits de l’Homme (16 avril 2000)
Mariategui et al c. Argentine, Comm. No. 1371/2005, Comité des droits de l’homme
(26 juillet 2005)
23
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Massera et al c. Uruguay, Comm. No. 5/1977 (R.1/5), Comité des droits de l’homme
(15 août 1979)
Massiotti and Baritussio c. Uruguay, Comm. No. 25/1978, Comité des droits de l’homme
(26 juillet 1982)
Mauritian women c. Ile-Maurice, Comm. No. 35/1978, Comité des droits de l’homme
(9 avril 1981)
Mazon Costa and Morote Vidal c. Espagne, Comm. No. 1326/2004 (26 juillet 2005)
M.C. c. Bulgarie, No. 39272/98, Cour européenne des Droits de l’Homme (4 décembre 2003)
Mbenge c. Zaïre, Comm. No. 16/1977, Comité des droits de l’homme (25 mars 1983)
Miango Muiyo c. Zaïre, Comm. No. 194/1985, Comité des droits de l’homme (27 octobre 1987)
Miha c. Guinée, Comm. No. 414/1990, Comité des droits de l’homme (8 juillet 1994)
Mika Miha c. Guinée, Comm. No. 414/1990, Comité des droits de l’homme (8 juillet 1994)
Millan Sequeira c. Uruguay, Comm. No. 6/1977, Comité des droits de l’homme (29 juillet 1980)
Mohamed c. Grèce, Comm. No. 40/1996, Comité contre la torture (28 avril 1997)
Mojica c. République Dominicaine, Comm. No. 449/1991, Comité des droits de l’homme,
Merits Decision (15 juillet 1994)
Montero c. Uruguay, Comm. No.106/1981, Comité des droits de l’homme (31 mars 1983)
Morote Vidal and Mazón Costa c. Espagne, Comm. No. 1326/2004, Comité des droits de
l’homme (26 juillet 2005)
Mpandanjila et al c. Zaïre, Comm. No. 138/1983, Comité des droits de l’homme (26 mars 1986)
Muhonen c. Finlande, Comm. No. 89/1981, Comité des droits de l’homme (8 avril 1985)
MRoyaume-Uniong c. République du Cameroun, Comm. No. 458/1991, Comité des droits
de l’homme (21 juillet 1994)
Mulezi c. République démocratique du Congo, Comm. No. 962/2001, Comité des droits de
l’homme (8 juillet 2004)
Muteba c. Zaïre, Comm. No. 124/1982, Comité des droits de l’homme (24 juillet 1984)
Nallaratnam c. Sri Lanka, Comm. No. 1033/2001, Comité des droits de l’homme (21 juillet 2004)
Ng c. Canada, Comm. No. 469/1991, Comité des droits de l’homme (5 novembre 1993)
Nikoli c. Serbie et Monténégro (V), Comm. No. 174/2000, Comité contre la torture
(24 novembre 2005)
O.J. c. Finlande, Comm. No. 419/1990, Comité des droits de l’homme (6 novembre 1990)
Ominayak c. Canada, Comm. No. 167/1984, Comité des droits de l’homme (26 mars 1990)
Osivand c. Pays-Bas, Comm. No. 1289/2004, Comité des droits de l’homme (27 mars 2006)
Osman c. Royaume-Uni, No. 23452/94, Cour européenne des Droits de l’Homme (28 octobre 1998)
Paez c. Suède, Comm. No. 39/1996, Comité contre la torture (18 avril 1997)
Parra Corral c. Espagne, Comm. No. 1356/2005, Comité des droits de l’homme (mars 29, 2005)
Patiño c. Panama, Comm. No. 437/1990, Comité des droits de l’homme (21 octobre 1994)
P.E. c. France, Comm. No. 193/2001, Comité contre la torture (21 novembre 2002)
Pennant c. Jamaïque, Comm. No. 647/1995, Comité des droits de l’homme (20 octobre 1998)
Perera c. Australie, Comm. No. 541/1993, Comité des droits de l’homme (3 avril 1995)
24
INDEX DE LA JURISPRUDENCE CITÉE
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(21 mars 2006)
Phillip c. Jamaïque, Comm. No. 594/1992, Comité des droits de l’homme, Admissibility
Decision (15 mars 1996)
Piandiong et al c. Philippines, Comm. No. 869/1999, Comité des droits de l’homme
(19 octobre 2000)
Pinkney c. Canada, Comm. No. 27/1978, Comité des droits de l’homme (2 avril 1980)
Pinto c. Trinité-et-Tobago, Comm. No. 512/1992, Comité des droits de l’homme (16 juillet 1996)
P.M.P.K. c. Suède, Comm. No. 30/1995, Comité contre la torture (20 novembre 1995)
Polay Campos c. Pérou, Comm. No. 577/1994, Comité des droits de l’homme (6 novembre 1997)
Portorreal c. République Dominicaine, Comm. No. 188/1984, Comité des droits de
l’homme (5 novembre 1987)
Potter c. Nouvelle Zélande, Comm. No. 632/1995, Comité des droits de l’homme (28 juillet 1997)
Pratt and Morgan c. Jamaïque, Comm. No. 225/1987, Comité des droits de l’homme (6 avril 1989)
Pratt and Morgan c. Attorney General for Jamaïque, 2 AC 1, Conseil privé (1993)
P.S. c. Danemark, Comm. No. 397/1990, Comité des droits de l’homme (22 juillet 1992)
Procureur c. Furundzija , TPIY Chambre de première instanceTrial Chamber, IT-95-171/1-t
(10 décembre 1998) 38 ILM 317 1.1
Quinteros c. Uruguay, Comm. No. 107/1981, Comité des droits de l’homme (21 juillet 1983)
Rahime Kayhan c. Turquie, Comm. No. 8/2005, Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (27 janvier 2006)
Rajapakse c. Sri Lanka, Comm. No. 1250/2004, Comité des droits de l’homme (14 juillet 2006)
Ramzy c. Pays-Bas, No. 254224/2005, Cour européenne des Droits de l’Homme
R.L. et al c. Canada, Comm. No. 358/1989, Comité des droits de l’homme (5 novembre 1991)
R.M. c. Finlande, Comm. No. 301/1988, Comité des droits de l’homme (23 mars 1989)
Robinson c. Jamaïque, Comm. No. 731/1996, Comité des droits de l’homme (29 mars 2000)
Rocha Chorlango c. Suède, Comm. No. 218/2002, Comité contre la torture (22 novembre 2004)
Rodríguez c. Uruguay, Comm. No. 322/1988, Comité des droits de l’homme (19 juillet 1994)
Roitman Rosenmann c. Espagne, Comm. No. 176/2000, Comité contre la torture (30 avril 2002)
Rojas García c. Colombie, Comm. No. 687/1996, Comité des droits de l’homme (3 avril 2001)
Rosenmann c. Espagne, Comm. No. 176/2000, Comité contre la torture (30 avril 2002)
R.S. c. Trinité-et-Tobago, Comm. No. 684/1996, Comité des droits de l’homme (2 avril 2002)
R.T. c. France, Comm. No. 262/1987, Comité des droits de l’homme (30 mars 1989)
R.W. c. Jamaïque, Comm. No. 340/1988, Comité des droits de l’homme (21 juillet 1992)
S.A. c. Suède, Comm. No. 243/2004, Comité contre la torture (6 mai 2004)
Sahadath c. Trinité-et-Tobago, Comm. No. 684/1996, Comité des droits de l’homme (2 avril 2002)
Sánchez López c. Espagne, Comm. No. 777/1997, Comité des droits de l’homme (25 novembre 1999)
Sankara et al c. Burkina Faso, Comm. No. 1159/2003, Comité des droits de l’homme
(28 mars 2006)
25
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Sanjuan Arevalo c. Colombie, Comm. No. 181/1984, Comité des droits de l’homme
(3 novembre 1989)
Sarma c. Sri Lanka, Comm. No. 950/2000, Comité des droits de l’homme (16 juillet 2003)
Schedko c. Bélarus, Comm. No. 886/1999, Comité des droits de l’homme (28 avril 2003)
Sendic c. Uruguay, Comm. No. 63/1979 (R.14/63), Comité des droits de l’homme (28 octobre 1981)
Sequeira c. Uruguay, Comm. No. 6/1977, Comité des droits de l’homme (29 juillet 1980)
Sextus c. Trinité-et-Tobago, Comm. No. 818/1998, Comité des droits de l’homme (16 juillet 2001)
Shaw c. Jamaïque, Comm. No. 704/1996, Comité des droits de l’homme (2 avril 1998)
ShRoyaume-Uniurova c. Tajikistan, Comm. No. 1044/2002, Comité des droits de l’homme
(17 mars 2006)
Singarasa c. Sri Lanka, Comm. No. 1033/2001, Comité des droits de l’homme (12 juillet 2004)
Singh c. Nouvelle Zélande, Comm. No. 791/1997, Comité des droits de l’homme (12 juillet 2001)
Sirageva c. Ouzbekistan, Comm. No. 907/2000, Comité des droits de l’homme (1 novembre 2005)
Soering c. Royaume-Uni, No. 14038/88, Cour européenne des Droits de l’Homme (7 juillet 1989)
Soltes c. Slovaquie (et République Tchèque), Comm. Nos. 1034/2001, 1035/2001, Comité
des droits de l’homme, Décision sur la recevabilité (28 octobre 2005)
Sooklal c. Trinité-et-Tobago, Comm. No. 928/2000, Comité des droits de l’homme (25 octobre 2001)
S.S. c. Pays-Bas, Comm. No. 191/2001, Comité contre la torture (5 mai 2003)
S.S.S. c. Canada, Comm. No. 245/2004, Comité contre la torture (16 novembre 2005)
Staselovich and Lyashkevich c. Bélarus, Comm. No. 887/1999, Comité des droits de
l’homme (24 avril 2003)
S.U.A. c. Suède, Comm. No. 223/2002, Comité contre la torture (22 novembre 2004)
Suarez de Guerrero c. Columbie, Comm. No. 45/1979, Comité des droits de l’homme
(31 mars 1982)
Sultanova et al c. Ouzbekistan, Comm. No. 915/2000, Comité des droits de l’homme
(30 mars 2006)
S.C. c. Canada, Comm. No. 49/1996, Comité contre la torture (15 mai 2001)
S.W.M. Brooks c. Pays-Bas, Comm. No. 172/1984, Comité des droits de l’homme (9 avril 1987)
Tapia Paez c. Suède, Comm. No. 39/1996, Comité contre la torture (28 avril 1997)
Tala c. Suède, Comm. No. 43/1996, Comité contre la torture (15 novembre 1996)
Thomas c. Jamaïque, Comm. No. 321/1988, Comité des droits de l’homme (19 octobre 1993)
Thompson c. Saint Vincent et les Grénadines, Comm. No. 806/1998, Comité des droits de
l’homme (18 octobre 2000)
Toonen c. Australie, Comm. No. 488/1992, Comité des droits de l’homme (30 mars 1994)
Tomasi c. France, No. 12850/87, Cour européenne des Droits de l’Homme (17 août 1992)
Tshiesekedi c. Zaïre, Comm. No. 242/1987, Comité des droits de l’homme (2 novembre 1989)
Tshishimbi c. Zaïre, Comm. No. 542/1993, Comité des droits de l’homme (25 mars 1996)
Tyrer c. Royaume-Uni, No. 5856/72, Cour européenne des Droits de l’Homme (25 avril 1978)
26
INDEX DE LA JURISPRUDENCE CITÉE
Unn et al c. Norvège, Comm. No. 1155/2003, Comité des droits de l’homme (23 novembre 2004)
Urra Guridi c. Espagne, Comm. No. 212/2002, Comité contre la torture (17 Mary 2005)
Van Duzen c. Canada, Comm. No. 50/1979 (R.12/50), Comité des droits de l’homme (7 avril 1982)
Vargas Mas c. Pérou, Comm. No. 1058/2002, Comité des droits de l’homme (16 novembre 2005)
Velásquez-Rodríguez c. Honduras, (Ser. C) No. 4, Cour interaméricaine des Droits de
l’Homme (29 juillet 1988)
Viana Acosta c. Uruguay, Comm. No. 110/1981, Comité des droits de l’homme (29 mars 1984)
Vicente et al c. Colombie, Comm. No. 612/1995, Comité des droits de l’homme (29 juillet 1997)
C.N.I.M. c. Canada, Comm. No. 119/1998, Comité contre la torture (12 novembre 2002)
Vuolanne c. Finlande, Comm. No. 265/1987, Comité des droits de l’homme (7 avril 1989)
Walker and Richards c. Jamaïque, Comm. No. 639/1995, Comité des droits de l’homme
(28 juillet 1997)
Wallen c. Trinité-et-Tobago, Comm. No. 576/1994, Comité des droits de l’homme (4 avril 1995)
Weiss c. Autriche, Comm. No. 1086/2002, Comité des droits de l’homme (3 avril 2003)
Weismann and Perdomo c. Uruguay, Comm. No. 8/1977, Comité des droits de l’homme
(3 avril 1980)
Wight c. Madagascar, Comm. No. 115/1982, Comité des droits de l’homme (1 avril 1985)
Williams c. Jamaïque, Comm. No. 609/1995, Comité des droits de l’homme (4 novembre 1997)
Wilson c. Philippines, Comm. No. 868/1999, Comité des droits de l’homme (11 novembre 2003)
Wright c. Jamaïque, Comm. No. 349/1989, Comité des droits de l’homme, Décision sur la
recevabilité (17 octobre 1990)
Wright c. Jamaïque, Comm. No. 349/1989, Comité des droits de l’homme, fond de l’affaire
(27 juillet 1992)
X c. Espagne, Comm. No. 23/1995, Comité contre la torture (15 novembre 1995)
X & Y c. Pays-Bas, No. 8978/80, Cour européenne des Droits de l’Homme (26 mars 1985)
Young c. Jamaïque, Comm. No. 615/1995, Comité des droits de l’homme (4 novembre 1997)
Z. et Autres c. Royaume-Uni, No. 39392/95, Cour européenne des Droits de l’Homme
(10 mai 2001)
Zare c. Suède, Comm. No. 256/2004, Comité contre la torture (12 mai 2006)
Zheludkov c. Royaume-Uniraine, Comm. No. 726/1996, Comité des droits de l’homme
(29 octobre 2002)
Zheikov c. Fédération de la Russie, Comm. No. 889/1999, Comité des droits de l’homme
(17 mars 2006)
Zwaan-de Vries c. Pays-Bas, Comm. No. 182/1984, Comité des droits de l’homme (9 avril 1987)
Z.Z. c. Canada, Comm. No. 123/1998, Comité contre la torture (15 mai 2001)
27
INTRODUCTION
Le présent Guide a pour objet de donner des orientations aux victimes de la
torture et à leurs défenseurs sur la manière de chercher réparation pour les
violations de l’interdiction absolue de la torture et des mauvais traitements
devant les organes de traités des Nations Unies. La torture et autres peines ou
traitements cruels, inhumains ou dégradants sont absolument interdits par le
droit international, et ne sont tolérés dans aucune circonstance.1 Les traités des
Nations Unies offrent des moyens substantiels de faire respecter et de protéger
ces droits de l’homme fondamentaux dans le monde.
Les parties de I à IV de ce Guide s’attachent aux procédures et à la jurisprudence des trois organes établis en vertu des trois principaux traités des Nations
Unies relatifs aux droits de l’homme, à savoir le Comité des droits de
l’homme, le Comité contre la torture et le Comité pour l’élimination de la
discrimination à l’égard des femmes.
La torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, sont
interdits par l’article 7 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966. L’article 7 est complété par l’article 10 qui reconnaît le droit
au traitement humain de tous les détenus, un groupe de personnes particulièrement vulnérables, quelle que soit la forme de la détention. À l’échelon international, c’est le Comité des droits de l’homme qui supervise et surveille le
respect des droits consacrés par le Pacte.
La torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants font
aussi l’objet d’un traité spécifique qui les interdit, à savoir, la Convention contre
la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants de
1984 dont la mise en œuvre est supervisée et suivie par le Comité contre la torture.
La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à
l’égard des femmes (la Convention CEDAW) a pour but principal d’atteindre
l’égalité entre les femmes et les hommes à travers l’élimination des politiques
et des pratiques discriminatoires. Comme telle, la Convention CEDAW ne
contient pas une prohibition substantive contre la torture ou les mauvais traitements. Néanmoins, la Convention CEDAW peut servir comme un moyen
alternatif d’obtenir des réparations, dans la mesure où la discrimination alléguée constitue un aspect central de la violation.
1
Voir paragraphe 1.1.
29
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
La partie I présente le Pacte international relatif aux droits civils et politiques
et la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, ainsi que le Comité des droits de l’homme et le Comité
contre la torture. La partie II fait une description des procédures relatives à ces
deux organes. La partie 2.1 porte sur les procédures de présentation des
requêtes individuelles au titre du Pacte et de la Convention. Ces procédures
permettent à un particulier de porter plainte devant ces organes, lesquels peuvent finalement conclure que les droits de ce particulier ont été effectivement
violés par un État et qu’il est en droit d’obtenir réparation de l’État pour la
violation qu’il a subie. La partie 2.1 expose les critères de recevabilité des
requêtes qui doivent être remplis pour que la teneur de celles-ci puisse être examinée, les orientations pratiques sur la façon de présenter une requête, et le
processus par lequel les organes respectifs examinent une requête.
La partie 2.2 porte sur les mesures provisoires. Dans certaines situations, les
personnes ne peuvent pas attendre que l’organe concerné conclue à une violation des droits de l’homme; il existe des situations d’urgence où la personne
doit bénéficier d’une protection provisoire afin qu’elle ne subisse pas de préjudice irréparable dans l’attente d’une décision finale du Comité concerné. Le
processus par lequel les mesures provisoires sont demandées, et les situations
dans lesquelles elles sont accordées figurent aussi dans la partie 2.2.
La partie 2.3 expose les autres procédures requises par les Nations Unies, telles
que les procédures de présentation de rapports, la procédure d’enquête en vertu
de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, les nouvelles procédures prévues par le Protocole facultatif se rapportant à la Convention, le mandat du Rapporteur spécial sur la torture
et le Groupe de travail sur la détention arbitraire. La partie 2.4 décrit les procédures de suivi du Comité des droits de l’homme et du Comité contre la torture.
La partie III fait état de la jurisprudence, c’est-à-dire du droit mis en place
à partir des affaires et d’autres sources que le Comité des droits de l’homme a
traités en vertu du Pacte sur les questions de la torture, des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. La partie IV fait état de la jurisprudence relative au Comité contre la torture.
La partie V examine la Convention CEDAW et les procédures relatives au
dépôt d’une requête individuelle conformément au Protocole facultatif.
Ce Guide contient trois appendices, deux tableaux et 12 annexes. Appendice i
montre les différentes étapes de la procédure d’examen d’une requête déposée
devant le Comité des droits de l’homme. Appendice ii contient un modèle de
30
INTRODUCTION
requête relatif à la torture et aux peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants au titre des Articles 7 et 10 du Pacte. Ce modèle entend montrer la
manière dont une requête doit être structurée, le genre d’arguments devant être
invoqués, et les types de preuves devant être joints pour que l’auteur de la
requête ait toutes les chances d’avoir gain de cause. Appendice iii présente des
informations sur le mandat du Rapporteur spécial sur la violence à l’égard des
femmes. Les deux tableaux contiennent la liste des pays qui ont ratifié les
Protocoles facultatifs concernés (du Pacte et de la Convention CEDAW) et qui
ont reconnu, en application de l’article 22, la compétence du Comité contre la
Torture (autorisant les requêtes individuelles), et les dates relatives aux ratifications. On peut facilement se référer à ces tableaux pour déterminer si tel ou
tel pays s’est engagé dans un mécanisme de plainte individuelle et les dates
qui indiquent la compétence de cette juridiction. Les annexes comprennent des
documents de référence clés, notamment les traités concernés et autres instruments internationaux. Dans les annexes 1 et 2 est reproduit le texte du Pacte et
de son Protocole facultatif; les annexes 4 et 5 contiennent les Règlements intérieurs du Comité des droits de l’homme et du Comité contre la torture respectivement La Convention CEDAW et son Protocole facultatif sont présentés
dans les annexes 6 et 7. Etant donné les liens de ces textes avec la jurisprudence des deux Comités, sont respectivement reproduits dans les annexes 9 et
10 l’Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus ainsi que les
Principes de base sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par
les responsables de l’application des lois. Les annexes 11 et 12 présentent des
modèles de requêtes qui peuvent servir comme des matériaux de référence
pour les affaires se rapportant au non-refoulement ou pour les requérants souhaitant déposer une requête au Comité CEDAW, respectivement. Dans le texte
du Guide, des références sont faites aux annexes aux endroits où leur mention
est particulièrement pertinente à la discussion.
Il faut apporter aux lecteurs quelques précisions sur la terminologie employée
dans ce Guide. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques y
sera mentionné comme « le Pacte »; la Convention contre la torture et autres
peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, « la Convention contre
la torture »; la Convention sur l’élimination de toutes formes de discrimination
à l’égard des femmes, « la Convention CEDAW ». Le Comité des droits de
l’homme, le Comité contre la torture et le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes seront appelés ci-après respectivement le
Comité des droits de l’homme, le Comité contre la torture et le Comité
CEDAW ou de manière générique, lorsqu’on parle de l’un ou de l’autre,
« organe de traités » ou encore « organe de surveillance de l’application des
31
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
traités ». Un pays est appelé « État », et l’État étant partie au traité est appelé
« État partie » à un traité. Les requêtes individuelles sont appelées aussi bien
« requêtes » que « communications ». La personne qui présente une requête, ou
au nom de laquelle est présentée une requête, est dénommée « l’auteur » ou
« le requérant » 2.
Les numéros de référence des documents officiels des Nations Unies ne sont
pas utilisés pour mentionner les affaires statuées en vertu des traités respectifs,
ces numéros n’étant pas non plus utilisés pour les observations générales.3 Il
serait difficile de donner ces numéros étant donné le grand nombre d’affaires
citées, et le nombre de fois où référence est faite aux observations générales.
Les affaires examinées en vertu du Protocole facultatif se rapportant au Pacte
sont mentionnées comme suit: Quinteros c. Uruguay (107/81). Le premier
nom est le nom de l’auteur ou du requérant, et le deuxième nom est celui de
l’État contre lequel la requête est présentée. Le premier numéro indique l’ordre
dans lequel l’affaire a été enregistrée – il s’agit ici de la 107e affaire enregistrée
par le Comité des droits de l’homme. Le deuxième numéro indique l’année où
l’affaire a été présentée (N.B. et non l’année au cours de laquelle elle a été statuée). Les affaires du Comité contre la torture suivent le même modèle, et le
sigle CAT est mentionné clairement afin de les différencier des affaires traitées
par le Comité des droits de l’homme (par exemple, Tala c. Suède (CAT
43/96)). La plupart des observations générales émanent du Comité des droits
de l’homme et sont indiquées par « Observations générales » avec le numéro
mentionnant l’ordre de leur émission par le Comité des droits de l’homme. Par
exemple, « Observation générale n° 20 » indique que c’est la 20e observation
émise par le Comité. Il n’y a qu’une seule observation générale émise par le
Comité contre la torture et elle est indiquée clairement « Observation générale
n° 1 (CAT) » dans les parties appropriées de ce Guide. Le Comité CEDAW a
émis 25 Recommandations générales; il y est fait référence comme
« Recommandation générale xx »; le numéro à la fin indique l’ordre dans
lequel la recommandation a été adoptée.4
2
3
4
Un auteur ou un requérant peut autoriser une autre personne à agir en son nom. Voir paragraphe
2.1.2(b).
Les observations générales sont expliquées au paragraphe 1.5.3.
Le Comité CEDAW a rendu seulement quelques décisions et leurs citations complètes (par exemple, « Communication No. 2/2003, A.T. c. Hungary, adopté le 26 janvier 2005, 31e Session ») sont
employées pour s’y référer.
32
PARTIE I
VUE D’ENSEMBLE DU COMITÉ DES DROITS DE
L’HOMME ET DU COMITÉ CONTRE LA TORTURE
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
1.1
Interdiction de la torture et des mauvais traitements
à l’échelon international5
Le présent Guide a pour objectif de fournir des informations sur la procédure
à suivre pour chercher réparation des actes de torture et autres peines cruelles,
inhumaines et dégradantes, en vertu particulièrement du Pacte international
relatif aux droits civils et politiques de 1966 et de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants de 1984.
Avant de décrire les procédures et la jurisprudence relatives à ces traités, il est
important d’affirmer le caractère absolu de la prohibition de la torture et des
mauvais traitements selon le droit international.
L’interdiction de la torture et des autres formes de mauvais traitements est
reconnue universellement et est affirmée dans tous les principaux instruments
internationaux et régionaux de droits de l’homme.6 L’interdiction est également inscrite dans le droit coutumier international et donc elle est contraignante pour tous les États en toutes circonstances, quelles que soient les obligations conventionnelles des États au regard de cette interdiction.7
Tous les instruments internationaux qui contiennent l’interdiction de la torture
et des mauvais traitements reconnaissent son caractère absolu et non-dérogable. 8 Dans le Pacte, l’interdiction est énoncée à l’Article 7 qui affirme: « Nul
ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants.» L’Article 4(2) du Pacte précise le caractère non-dérogable de
l’Article 7, même dans « le cas où un danger public exceptionnel menace
5
6
7
8
Le Paragraphe 1.1 qui décrit le statut de l’interdiction de la torture en droit international se base
sur la tierce intervention dans l’affaire Ramzy c. Pays-Bas, présentée devant la Cour européenne
des Droits de l’Homme le 22 novembre 2005 et qui est reproduite entièrement dans l’annexe 10.
Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (article 5); Pacte (article 7); Convention américaine relative aux droits de l’homme (article 5); Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (article 5); Charte arabe des droits de l’homme (article 13); Convention contre la torture et la
Convention européenne pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou
dégradants. Le droit international humanitaire reflète également l’interdiction de la torture. Voir
par exemple le Règlement en annexe de la Convention de la Haye de 1907, les Conventions de
Genève de 1949 et leurs deux Protocoles additionnels de 1977.
Voir discussion ci-dessous relative à la valeur de jus cogens de l’interdiction en droit coutumier
international.
L’interdiction de la torture et des mauvais traitements est spécifiquement exclue des dispositions
qui établissent les dérogations: voir l’article 4(2) du Pacte; les articles 2(2) et 15 de la Convention
contre la torture; l’article 27(2) de la Convention américaine relative aux droits de l’homme; l’article 4(c) de la Charte arabe des droits de l’homme; l’article 5 de la Convention interaméricaine
pour la prévention et la répression de torture; l’article 3 de la Déclaration sur la protection de toutes
les personnes contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. La
Charte africaine des droits de l’homme et des peuples interdit la torture et les mauvais traitements
dans son article 5; la Charte africaine ne contient pas de disposition de dérogation.
34
PARTIE I: VUE D’ENSEMBLE DU COMITE DES DROITS DE L’HOMME ET DU COMITE CONTRE LA TORTURE
l’existence de la nation ». Il résulte donc de la combinaison des Articles 7 et
4(2) l’interdiction absolue de la torture et des mauvais traitements au titre de
ce traité.
Dans l’Observation générale n° 20, le Comité des droits de l’homme a aussi
souligné que:
« Le texte de l’article 7 [du Pacte] ne souffre aucune limitation. Le
Comité réaffirme que, même dans le cas d’un danger public exceptionnel
tel qu’envisagé à l’article 4 du Pacte, aucune dérogation aux dispositions
de l’article 7 n’est autorisée et ses dispositions doivent rester en vigueur.
(...) [A]ucune raison, y compris l’ordre d’un supérieur hiérarchique ou
d’une autorité publique, ne saurait être invoquée en tant que justification
ou circonstance atténuante pour excuser une violation de l’article 7.» 9
En outre, le caractère absolu de l’interdiction est consacré dans la Convention
contre la torture. L’article 2(2) de la Convention constate:
« Aucune circonstance exceptionnelle, quelle qu’elle soit, qu’il s’agisse
de l’état de guerre ou de menace de guerre, d’instabilité politique
intérieure ou de tout autre état d’exception, ne peut être invoquée pour
justifier la torture.»
La nature non-dérogable de l’interdiction a été uniformément réaffirmée par
les organes de surveillance des droits de l’homme, les cours des droits de
l’homme, et les tribunaux pénaux internationaux, y compris le Comité des
droits de l’home, le Comité contre la torture, la Cour européenne des droits de
l’homme, la Commission et la Cour interaméricaines des Droits de l’Homme,
la Commission africaine des Droits de l’Homme et des Peuples et le Tribunal
pénal international pour l’ex-Yougoslavie (« TPIY »).10
9 Observation générale n° 20 § 3.
10 Voir l’Observation générale n° 20 § 3 (citée dans le texte ci-dessus); l’Observation générale n° 29;
Observations finales sur les États-Unis, (2006) UN doc. CAT/C/USA/CO/2, § 14; See General
Comment 20 § 3 (cited in text above); General Comment 29; Concluding Observations on the U.S.,
(2006) UN doc. CAT/C/USA/CO/2, § 14; l’examen du Comité contre la torture des rapports suivant: la
Fédération de Russie, (2002) UN doc. CAT/C/CR/28/4, § 90, l’Egypte, (2002) UN Doc. CAT/C/CR/
29/4 A/57/54, § 40, et l’Espagne, (2002) UN Doc. CAT/C/SR.530 A/58/44, § 59 ; les affaires interaméricaines, par exemple Castillo-Petruzzi et al. c. Perou, Séries C, No. 52, arrêt de la Cour interaméricaine
des droits de l’homme du 30 mai 1999, § 197; Cantoral Benavides c. Perou, Séries C, No. 69, arrêt de
la Cour interaméricaine des droits de l’homme du 18 août 2000, § 96; Maritza Urrutia c. Guatemala,
Séries C, No. 103, arrêt de la Cour interaméricaine des droits de l’homme du 27 novembre 2003, § 89;
les arrêts de la Cour européenne des Droits de l’Homme, par exemple: affaire Tomasi c. France, No.
12850/87, Cour européenne des Droits de l’Homme (17 août 1992): affaire Aksoy c. Turquie, No.
21987/93, Cour européenne des Droits de l’Homme (18 décembre 1996) et affaire Chahal c. RoyaumeUni, No. 22414/93, Cour européenne des Droits de l’Homme (15 novembre 1996); arrêts du TPIY, Cf.
Procureur c. Furundzija, TPIY Chambre de première instance, IT-95-171/1-T (10 décembre 1998).
35
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
L’interdiction de la torture et des autres formes de mauvais traitements ne cède
donc pas aux intérêts sociétales ni politiques même si ces intérêts paraissent
contraignants. En particulier, les dispositions des traités mentionnés ci-dessus
affirment qu’il n’est pas permis, en vertu du droit international, de mettre en
balance les intérêts de la sécurité nationale et le droit de ne pas être soumis à
la torture et aux autres mauvais traitements. 11
Le caractère absolu de l’interdiction de la torture tel qu’il est issu du droit des
traités est renforcé par son statut de jus cogens, un statut plus élevé, car l’obligation s’impose alors également au titre du droit coutumier international. Le
statut de jus cogens fait référence au caractère péremptoire et fondamental de
l’obligation, ce qui est, selon la Cour international de Justice, « intransgressible.»12 De nombreuses autorités internationales reconnaissent que l’interdiction de la torture a valeur de jus cogens.13 En outre, cette interdiction impose
des obligations erga omnes et chaque État a un intérêt juridique pour mettre
11 Le Comité des droits de l’homme, le Comité contre la torture, la Cour européenne des Droits de
l’Homme, le Rapporteur Spécial sur la torture, le Conseil de Sécurité et l’Assemblée générale de
l’ONU, le Comité des Ministres du Conseil de l’Europe, et les autres, ont tous reconnu les difficultés évidentes auxquelles font face les États dans la lutte contre le terrorisme, ils ont pourtant
affirmé clairement que toutes les mesures anti-terroristes doivent être mises en œuvre conformément au droit international des droits de l’homme et le droit international humanitaire, y compris
l’interdiction de la torture et des mauvais traitements; réitérée dans un document final récent du
Sommet mondial de l’ONU (adopté avec un consensus de tous les États), § 85. Voir par exemple:
affaire Klass et autres c. Allemagne, No. 5029/71, Cour européenne des Droits de l’Homme (6 septembre 1978); affaire Leander c. Suède¸ No. 9248/81, Cour européenne des Droits de l’Homme
(26 mars 1987), et affaire Rotaru c. Roumanie, No. 28341/95, Cour européenne des Droits de
l’Homme (4 mai 2000); Observation générale n° 29, § 7, et Observations finales sur le rapport
d’Egypte, (2002) UN doc. CAT/C/CR/29/4, § 4; Observations finales du Comité contre la torture
sur le rapport d’Israël (1998) UN doc. CAT/C/33/Add.2/Rev.1, §§ 2-3 et 24; Rapport à
l’Assemblée générale du Rapporteur spéciale sur la torture, (M T. Van Boven), (2004) UN doc.
A/59/324, § 17, et Déclaration relative aux événements du 11 septembre 2001 (2001) UN doc.
A/57/44, § 17; Résolutions de l’Assemblée générale 57/27(2002), 57/219 (2002) et 59/191 (2004);
Résolution 1456 (2003) du Conseil de Sécurité, Annexe, § 6; Lignes directrices sur les droits de
l’homme et la lutte contre le terrorisme, Conseil de l’Europe, (2002); Rapporteur spécial sur la torture, Déclaration à la Troisième Commission, (2001) UN doc. A/RES/55/89. Les autres organes
qui ont pris position sur cette question comprennent, par exemple, la Chambre des droits de
l’homme de Bosnie-Herzégovine (voir par exemple Boudellaa et autres c. Bosnie-Herzégovine et
la Fédération de Bosnie et Herzégovine, nos. CH/02/8679, CH/02/8689, CH/02/8690 et
CH/02/8691 (11 octobre 2002), §§ 264 à 267.
12 Avis consultatif de la Cour internationale de Justice sur les Conséquences juridiques de l’édification d’un mur sur le territoire palestinien occupé, Liste générale n° 131, CIJ (9 juillet 2004), §
157. Voir aussi Article 53, Convention de Vienne sur les droits des traités (1969) qui présente et
définit le concept de la « norme péremptoire ».
13 Voir par exemple le premier rapport du Rapporteur spécial sur la torture (M. P.Kooijmans), (1986)
UN doc. E/CN.4/15, § 3; arrêts du TPIY: Procureur c. Delalic et autres, TPIY Chambre de première instance, IT-96-21 (16 novembre 1998), Procureur c. Kunarac, TPIY Chambre de première
instance, IT-96-23&23/1 (22 février 2001), § 466, et Procureur c. Furundzija, TPIY Chambre
de première instance, IT-95-171/1-T (10 décembre 1998); et Al-Adsani c. Royaume-Uni, .No.
35763/97, Cour européenne des Droits de l’Homme (21 novembre 2001).
36
PARTIE I: VUE D’ENSEMBLE DU COMITE DES DROITS DE L’HOMME ET DU COMITE CONTRE LA TORTURE
en œuvre ces obligations qui doivent être respectées par la communauté internationale dans son ensemble.14
La conséquence principale de sa valeur élevée de jus cogens est qu’il ne peut
pas être dérogé à ce principe par des États au travers de lois ou d’accords
puisque ceux-ci ne peuvent pas avoir la même valeur normative.15 Ainsi, aucun
traité ne peut être établi, ni loi mise en œuvre qui serait en conflit avec une
norme de valeur de jus cogens, et aucun « accord, consentement, ou reconnaissance » ne peut venir légitimer une pratique ou un acte contraire à une telle
prescription; toute norme qui est en conflit avec une telle disposition est donc
rendue nulle.16 Cela entraîne l’invalidité de toute interprétation des obligations
conventionnelles qui serait incompatible avec l’interdiction absolue de la torture.
Le fait que l’interdiction de la torture ait une valeur jus cogens, donnant lieu à
des obligations erga omnes, a également des conséquences significatives sur
les principes fondamentaux de la responsabilité étatique, ce qui donne compétence aux États, et, dans certaines circonstances, leur fait obligation, de prévenir
la torture et les autres formes de mauvais traitements, d’y mettre fin, de ne pas les
encourager et les adopter, ou de reconnaître des actes qui enfreignent cette interdiction.17 Toutes les interprétations du Pacte et de la Convention contre la torture
doivent être conformes à ces obligations plus larges du droit international.
Il y a deux corollaires qui découlent du caractère absolu de l’interdiction: le
principe de non-refoulement, qui interdit aux États l’expulsion des individus
vers des pays où ils courent un véritable risque d’être soumis à la torture, et
« la règle d’exclusion » qui interdit l’utilisation de preuves obtenues sous la torture dans toutes les procédures judiciaires, administratives ou autres.
14 Voir les Rapports de la Cour internationale de Justice: Affaire de la Barcelona Traction, Light and
Power Company, Limited, Deuxième phase (1970, § 33); Affaire du Timor oriental (1995, § 29) ;
Affaire relative à l’application de la Convention sur la prévention et la répression du crime de
génocide (1996, § 31). Voir aussi les articles 40-41 du projet d’articles de la Commission du droit
international relatif à la responsabilité des États et les commentaires au projet d’articles. Voir
l’arrêt du TPIY Procureur c. Furundzija, TPIY Chambre de première instance, IT-95-171/1-T
(10 décembre 1998), § 151; Commission interaméricaine des droits de l’homme, Rapport sur le
terrorisme et les droits de l’homme, (2000, § 155); et Observation générale n° 31, § 2.
15 Voir l’article 53 de la Convention de Vienne sur les droits des traités de 1969; aussi Furundzija,
TPIY Chambre de première instance, IT-95-171/1-T (10 décembre 1998), §§ 153-54.
16 Jennings et Watts, Oppenheim’s International Law (Vol. 1, 9e éd.) 8 (1996). Voir aussi l’article
53, Convention de Vienne.
17 Voir le projet d’articles de la Commission du droit international relatif à la responsabilité des États
(articles 40 et 41 sur jus cogens; et articles 42 et 48 sur erga omnes); voir aussi Avis consultatif de
la Cour internationale de Justice sur les Conséquences juridiques de l’édification d’un mur sur le
territoire palestinien occupé, Liste générale No. 131, ICJ (9 juillet 2004), § 159. Voir l’Observation générale n° 31, § 2, sur le caractère erga omnes des obligations découlant du Pacte.
37
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
L’expulsion (ou ‘refoulement’) d’un individu vers un pays où il existe un véritable risque de torture ou d’autres mauvais traitements est interdit par le droit
international et le droit coutumier.18 Il est explicitement interdit au titre de l’article 3 de la Convention contre la torture qui prévoit:
« Aucun État partie n’expulsera, ne refoulera, ni n’extradera une personne vers un autre État où il y a des motifs sérieux de croire qu’elle
risque d’être soumise à la torture.»
La jurisprudence du Comité des droits de l’homme et des autres organes internationaux de droits de l’homme a reconnu que le principe de non-refoulement
constitue une partie intrinsèque de l’interdiction générale et absolue de la torture et des autres formes de mauvais traitements.19 Le Rapporteur spécial sur
la torture20 et de nombreux experts des droits de l’homme et commentateurs
juridiques21 ont spécifiquement pris en compte le caractère coutumier du nonrefoulement et ont affirmé que l’interdiction de non-refoulement en droit coutumier partage son caractère de jus cogens et erga omnes.
La règle d’exclusion qui interdit l’utilisation des aveux obtenus sous la torture,
est aussi inhérente à l’interdiction absolue de la torture et a été codifiée à l’article 15 de la Convention contre la torture qui prévoit:
« Tout État partie veille à ce que toute déclaration dont il est établi
qu’elle a été obtenue par la torture ne puisse être invoquée comme un
élément de preuve dans une procédure, si ce n’est contre la personne
accusée de torture pour établir qu’une déclaration a été faite.»
A ce jour, aucun État partie à la Convention contre la torture n’a émis de
réserve sur l’article 15, ce qui reflète l’approbation universelle de l’« exclusio-
18 Pour une discussion détaillée examinant les sources, la portée et l’application du principe de nonrefoulement, voir l’annexe 10, tierce intervention d’AI, APT, HRW, INTERIGHTS, ICJ, OSI et
REDRESS dans l’affaire Ramzy c. Pays-Bas, 22 novembre 2005.
19 Observation générale n° 20, § 9; affaire Chitat Ng c. Canada (469/91) § 16.4; affaire Loizidou c.
Turkey, No. 15318/89, .Cour européenne des Droits de l’Homme (18 décember 1996); affaire
Soering c. Royaume-Uni, No. 14038/88, Cour européenne des Droits de l’Homme (7 juillet 1989);
affaire Chahal c. Royaume-Uni, No. 22414/93, Cour européenne des Droits de l’Homme
(15 novembre 1996); Commission africaine: Modise c. Botswana, Communication 97/93, (AHG/
229XXXVII), §91. Pour plus d’informations, voir les Recommandations du CINAT relatives à la
Résolution sur la torture de la Commission des droits de l’homme des Nations Unies, mars/avril
2005, http://www.apt.ch/cinat.htm
20 Rapporteur spécial sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants,
Rapport intérimaire à l’Assemblée générale, (2004) UN Doc. A/59/324, § 34; voir aussi, Rapport
intérimaire à l’Assemblée générale, (2005) UN Doc. A/60/316.
21 Voir E. Lauterpacht et D. Bethlehem (2001, §§ 196-216).
38
PARTIE I: VUE D’ENSEMBLE DU COMITE DES DROITS DE L’HOMME ET DU COMITE CONTRE LA TORTURE
nary rule » et de son statut de principe du droit coutumier international.22 En
accord avec cela, le Comité des droits de l’homme et le Comité contre la torture ont conclu que la règle fait partie de l’interdiction générale et absolue de
la torture.23
Ces obligations créent donc un intérêt et une qualité à agir à l’échelon international contre les actes de torture et ceux qui les commettent ainsi qu’un front
uni contre la torture. Dans ce contexte, les mécanismes des communications
individuelles des organes des traités créent un outil puissant au niveau de l’application internationale de ce droit universellement reconnu face aux circonstances où le droit national et/ou les tribunaux internes ont échoué à le mettre
en exécution.
1.2
Le Pacte international relatif aux droits civils et
politiques
Le Pacte a été adopté en 1966 par l’Assemblée générale des Nations Unies et
est entré en vigueur en 1976. Au 1er novembre 2006, il y avait 160 États parties au Pacte, soit plus des trois-quarts des États reconnus dans le monde. Le
Pacte est un traité international, par conséquent, il impose aux États parties des
obligations juridiquement contraignantes.
Le Pacte fait partie de ce que l’on appelle la Charte internationale des droits
de l’homme. La Charte internationale des droits de l’homme comprend la
Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, le Pacte international
relatif aux droits civils et politiques et ses Protocoles, ainsi que le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966. La
Déclaration universelle des droits de l’homme a été adoptée en 1948 par les
Nations Unies après la seconde guerre mondiale. Alors que la notion de
22 Voir http://www.unhchr.ch/tbs/doc.nsf/Statusfrset?OpenFrameSet
23 Observation générale n° 20, § 12; affaire P.E. c. France, (CAT 193/01), § 6.3; affaire G.K. c.
Suisse, (CAT 219/02), § 6.10. Pour de plus amples analyses sur l’histoire, la portée et l’application
de la règle d’exclusion, voir l’annexe 11, Observations écrites soumises à la Chambre de Lords par
les intervenants tierces dans l’affaire A. and Others v. Secretary of State for the Home Department
and A and Others (FC) and another v. Secretary of State for the Home Department [2004] EWCA
Civ 1123; [2005] 1 WLR 414, pp. 35-59. Voir aussi le Rapport du Rapporteur spécial sur la torture,
(2006) UN doc. A/61/259, qui examine le sens de l’article 15 de la Convention contre la torture
montrant l’inquiétude liée au fait que « l’interdiction absolue de l’utilisation d’éléments de preuve
obtenus par la torture ait récemment été remise en question notamment dans le contexte de la lutte
mondiale contre le terrorisme.», § 46.
39
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
« droits de l’homme » était largement considérée comme une question interne
aux États avant la Seconde Guerre mondiale, les horreurs de ce conflit ont fait
prendre conscience au monde entier de la nature fondamentale des droits de
l’homme, et de la nécessité de reconnaître et de protéger ces droits à l’échelle
internationale. La Déclaration universelle des droits de l’homme n’était toutefois pas juridiquement contraignante au moment de sa création en 194824.
Pendant les 18 années qui ont suivi, les dispositions de cette Déclaration ont
été traduites sous forme de traités juridiquement contraignants dans ces Pactes
internationaux adoptés tout deux en 1966.
Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques reconnaît et protège
les droits « civils et politiques ». Il figure intégralement à l’annexe 1. Les droits
principaux sont consignés à la partie I25 et à la partie III du traité. Ces droits
sont les droits fondamentaux tels que l’interdiction de l’esclavage et la liberté
d’expression. L’article 7 interdit la torture et autres peines et traitements
cruels, inhumains ou dégradants. L’article 10 complète l’article 7 et prévoit le
traitement d’un groupe vulnérable particulier, les détenus. Les violations de
l’article 7 et de l’article 10 s’accompagnent souvent d’autres violations du
Pacte. Les droits suivants sont souvent violés simultanément:
• Article 6: Droit à la vie
• Article 9: Droit de ne pas être soumis à la détention arbitraire et droit à la
sécurité de la personne
• Article 14: Droit à un procès équitable
• Articles 2(1) et 26: Droit de ne pas être soumis à la discrimination
L’interprétation des articles 7 et 10 est exposée dans la partie III de ce Guide.
Outre les droits fondamentaux consacrés par le Pacte, il existe des « garanties
d’appui » dans la partie II du Pacte. En particulier, l’article 2 stipule:
1. Les États parties au présent Pacte s’engagent à respecter et à garantir
à tous les individus se trouvant sur leur territoire et relevant de leur
compétence les droits reconnus dans le présent Pacte, sans distinction
24 On peut soutenir que la Déclaration universelle des droits de l’homme est aujourd’hui contraignante pour tous les États en vertu du droit international coutumier: voir par exemple, L. B. Sohn,
‘The New International Law: Protection of the Rights of Individuals rather than States’, (1982) 32
American University Law Review 1, p. 17.
25 La partie I ne comprend que l’article 1, qui reconnaît le droit à l’autodétermination. Cet article a
un caractère exceptionnel étant donné qu’il s’attache aux peuples plutôt qu’aux individus. C’est
aussi le seul droit commun aux deux Pactes.
40
PARTIE I: VUE D’ENSEMBLE DU COMITE DES DROITS DE L’HOMME ET DU COMITE CONTRE LA TORTURE
aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion,
d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou
sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.
2. Les États parties au présent Pacte s’engagent à prendre, en accord
avec leurs procédures constitutionnelles et avec les dispositions du
présent Pacte, les arrangements devant permettre l’adoption de telles
mesures d’ordre législatif ou autre, propres à donner effet aux droits
reconnus dans le présent Pacte qui ne seraient pas déjà en vigueur.
3. Les États parties au présent Pacte s’engagent à:
(a) Garantir que toute personne dont les droits et libertés reconnus dans
le présent Pacte auront été violés disposera d’un recours utile, alors
même que la violation aurait été commise par des personnes agissant
dans l’exercice de leurs fonctions officielles;
(b) Garantir que l’autorité compétente, judiciaire, administrative ou
législative, ou toute autre autorité compétente selon la législation de
l’État, statuera sur les droits de la personne qui forme le recours et
développer les possibilités de recours juridictionnel;
(c) Garantir la bonne suite donnée par les autorités compétentes à tout
recours qui aura été reconnu justifié.»
Les États parties doivent par conséquent:
• Garantir immédiatement au peuple l’exercice des droits consacrés par le
Pacte «relevant de leur territoire et juridictions »26 sans discrimination.
• Les États parties doivent veiller à ce que les droits contenus dans le Pacte
soient protégés par la législation et autres mesures internes.
• Les États parties doivent veiller à ce que toute personne ayant fait l’objet
d’une violation de ses droits ait accès à un recours interne efficace relatif à
cette violation.
• Les États parties doivent garantir la bonne suite donnée à ce recours interne.
Il existe deux Protocoles facultatifs se rapportant au Pacte international relatif
aux droits civils et politiques. Un État partie au Pacte peut choisir de ratifier
un ou deux Protocoles facultatifs: il n’a pas l’obligation de ratifier l’un ou l’autre. Un État ne peut pas devenir partie à l’un ou l’autre des Protocoles facultatifs s’il n’est pas partie au Pacte. Le premier Protocole facultatif a été signé par
26 Voir paragraphe 2.1.1(b)(iii).
41
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
l’Assemblée générale des Nations Unies en 1966, et est entré en vigueur en
1976. La ratification du premier Protocole facultatif par un État permet aux
personnes de présenter une requête pour violation des dispositions du Pacte par
cet État auprès du Comité des droits de l’homme. Au 1er novembre 2006,
108 États parties avaient ratifié le premier Protocole facultatif. Il y est largement fait référence tout au long de ce Guide. Le deuxième Protocole facultatif
a été adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1989 et est entré
en vigueur en 1991. Il interdit la peine de mort. La peine de mort n’est pas
strictement interdite par le Pacte lui-même.27 Au 1er novembre 2006, 59 États
parties avaient ratifié le deuxième Protocole facultatif.
1.3
Le Comité des droits de l’homme
Le « Comité des droits de l’homme » est établi en vertu de l’article 28 du Pacte.
Ses fonctions sont présentées dans la partie IV du Pacte. Il a pour tâche de surveiller et de superviser l’application par les États parties de leurs obligations
en vertu du Pacte. Le Comité des droits de l’homme est composé de 18 membres. Chaque membre est proposé par un État partie, et est élu par scrutin secret
par les États parties. Chaque membre a un mandat de quatre ans, et peut être
réélu s’il est renommé. Les États parties devront veiller à une répartition géographique équitable entre les différents membres du Comité des droits de
l’homme. Les membres « doivent être des personnalités de haute moralité
et possédant une compétence reconnue dans le domaine des droits de
l’homme ».28 Les membres du Comité sont élus et siègent à titre individuel.29
Le Comité des droits de l’homme se réunit trois fois par an, deux fois à
l’Office des Nations Unies à Genève, et une fois au Siège à New York.
Chacune des réunions dure trois semaines. Les groupes de travail du Comité
des droits de l’homme, qui assument différentes fonctions, se réunissent une
semaine avant la tenue de chaque réunion principale. Le Comité des droits de
l’homme fonctionne donc à temps partiel et non à temps plein.
27 Voir articles 6(2)-6(6) du Pacte. Voir aussi paragraphes 3.2.10 et 4.5.
28 Article 28(2) du Pacte.
29 Article 28(3) du Pacte.
42
PARTIE I: VUE D’ENSEMBLE DU COMITE DES DROITS DE L’HOMME ET DU COMITE CONTRE LA TORTURE
Le Comité des droits de l’homme s’acquitte de quatre grandes fonctions de
supervision et de surveillance du respect des obligations en vertu du Pacte de
la manière suivante:
•
•
•
•
Examen des rapports présentés par les États parties
Examen des communications émanant de particuliers
Adoption d’observations générales
Examen des requêtes présentées par un État partie contre un autre État partie
1.3.1 Examen des rapports présentés par les États parties
Le rapport initial de l’État partie doit être présenté dans un délai d’un an à
compter de l’entrée en vigueur du Pacte pour l’État partie concerné. Les rapports suivants, appelés « rapports périodiques », doivent être présentés à une
date fixée par le Comité pour chaque État partie. Les États parties doivent
généralement présenter leur rapport tous les cinq ans. Le Comité peut demander de temps à autre à un État de soumettre un rapport avant cela, en particulier
en situation de crise.30
Le rapport doit présenter dans les détails l’application au niveau national par
l’État partie des droits consacrés par le Pacte. Le rapport doit faire référence
aux lois, aux politiques et aux pratiques en la matière, ainsi qu’à tout problème
lié à leur application. Le rapport est examiné lors d’une session publique du
Comité des droits de l’homme pendant laquelle un dialogue a lieu avec les
représentants de l’État partie. Au cours de ce dialogue, le Comité demandera
des précisions et des explications aux représentants de l’État sur le contenu du
rapport, ainsi que sur les éléments qui auraient dû y figurer. Les membres du
Comité reçoivent généralement des informations sur l’État provenant de
sources non gouvernementales, voire d’organes internationaux, permettant aux
membres de mener un dialogue éclairé avec cet État.
A l’issue de ce dialogue constructif, le Comité débattra en session fermée du
contenu des « observations finales » formulées pour chaque État intéressé. Ces
observations finales sont ensuite adoptées pour chaque État partie dont le rapport a été examiné en session spéciale à la fin de ladite session. Les observa-
30 Voir, concernant les rapports d’urgence, S. Joseph, ‘New procedures concerning the Human Rights
Committee’s examination of State reports’, (1995) 13, Netherlands Quarterly of Human Rights,
p. 5, pp.13-22.
43
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
tions finales constituent le « carnet de notes » des États concernés.31 Autrement
dit, les observations finales font ressortir les aspects positifs et négatifs des éléments que les États ont mentionnés sur l’application des obligations prévues
par le Pacte. Les observations finales sont disponibles au public et peuvent
être consultées sur le site des « Organes de traités » à l’adresse suivante:
http://www.unhchr.ch/tbs/doc.nsf. Les questions prioritaires dont le Comité se
préoccupe figurent dans les observations finales, et font l’objet de suivi par le
Comité entre les cycles de présentation de rapports.
La procédure de présentation de rapport est détaillée au paragraphe 2.3.1.
1.3.2 Procédures de présentation de requêtes individuelles
Lorsqu’un État partie au Pacte ratifie le premier Protocole facultatif, les particuliers peuvent alors présenter des requêtes pour violation des dispositions du
Pacte par l’État auprès du Comité des droits de l’homme. La procédure de présentation des requêtes est relativement complexe, et elle est décrite dans les
détails au paragraphe 2.1 de ce Guide. Nous ne ferons ici que quelques observations générales sur cette procédure.
Les requêtes individuelles, également appelées « communications individuelles », doivent remplir certains critères de recevabilité avant d’être examinées dans leur intégralité par le Comité. Si une requête est jugée recevable, le
Comité examinera alors la requête quant au fond. C’est le Comité qui décidera
au bout du compte si les faits allégués constituent ou non une ou plusieurs violations du Pacte, ou s’il n’y a pas de violation. Il communique ses conclusions
à l’État et à la personne concernée conformément à l’article 5(4) du Protocole
facultatif. Ses conclusions sont ensuite rendues publiques. Si une violation est
constatée, l’État partie devra informer le Comité dans les 90 jours des mesures
qu’il propose de prendre pour remédier à la situation. Le Comité suivra alors
la réponse de l’État à propos de la ou des violations en question.
31 S. Joseph, J. Schultz, M. Castan, The International Covenant on Civil and Political Rights, 2e édition, Oxford University Press, 2004, § 1.39.
44
PARTIE I: VUE D’ENSEMBLE DU COMITE DES DROITS DE L’HOMME ET DU COMITE CONTRE LA TORTURE
Tableau 1 Ratifications du Protocole facultatif se rapportant au Pacte et la
reconnaissance de la compétence du Comité en vertu de l’Article 22
de la Convention contre la torture (Pays par région)i
Pays (par région)
Afrique
Afrique du Sud
Algérie
Angola
Bénin
Burkina Faso
Burundi
Cameroun
Cape Verde
Congo
Côte d’Ivoire
Djibouti
Gambie
Ghana
Guinée équatoriale
Lesotho
Libye
Madagascar
Malawi
Mali
i
ii
iii
Protocole facultatif
se rapportant
au Pacteii
Article 22 de la
Convention contre
la tortureiii
28 août 2002
12 septembre 1989
10 janvier 1992
12 mars 1992
4 janvier 1999
10 décembre 1998
12 septembre 1989
27 juin 1984
19 mai 2000
5 octobre 1983
5 mars 1997
5 novembre 2002
9 juin 1988
7 septembre 2000
25 septembre 1987
6 septembre 2000
16 mai 1989
21 juin 1971
11 juin 1996
24 octobre 2001
10 juin 2003
12 octobre 2000
7 septembre 2000
Le tableau a été composée d’informations disponibles sur la base de données des organes des traités des Nations Unies ( http://www.unhchr.ch/tbs/doc.nsf ); dernière mise à jour le 1er novembre
2006.
Pour les États qui ont ratifié le Protocole facultatif se rapportant au Pacte avant son originelle entrée
en vigueur le 23 mars 1976, le présent Protocole est entré en vigueur effectivement trois mois après
cette date. Pour les États qui ratifient ou accèdent au Protocole après la date d’entrée en vigueur
initiale, la date d’entrée en vigueur du Protocole sera trois mois après la date du dépôt de son instrument de ratification ou d’accession (article 9, Protocole facultatif se rapportant au Pacte).
Pour les États qui ont ratifié la Convention contre la torture avant qu’elle ne soit entrée en vigueur
le 26 juin 1987, la présente Convention est entrée en vigueur trente jours après cette date. Quant
aux États qui ratifient ou accèdent à la Convention après la date initiale d’entrée en vigueur, la présente Convention entre en vigueur trente jours après la date du dépôt de son instrument de ratification ou d’accession (article 27, Convention contre la torture).
45
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Namibie
République centrafricaine
République de Guinée
République démocratique
du Congo
Niger
Ouganda
Sénégal
Seychelles
Sierra Léone
Somalie
Tchad
Togo
Tunisie
Zambie
Amériques
Antigua & Barbuda
Argentine
Barbades
Bolivie
Brésil
Canada
Chile
Colombie
Costa Rica
Equateur
El Salvador
Guatemala
Guyane
Honduras
iv
28 novembre 1994
8 mai 1981
17 juin 1993
1er novembre 1976
7 mars 1986
14 novembre 1995
13 février 1978
5 mai 1992
23 août 1996
24 janvier 1990
9 juin 1995
30 mars 1988
16 octobre 1996
6 août 2001
18 novembre 1987
23 septembre 1988
10 avril 1984
Protocole facultatif
se rapportant
au Pacte
Article 22
de la Convention
contre la torture
8 août1986
5 janvier 1973
12 août1982
24 septembre 1986
19 mai 1976
27 mai 1992
29 octobre 1969
29 novembre 1968
6 mars 1969
6 juin 1995
28 novembre 2000
10 mai 1993iv
7 juin 2005
14 février 2006
26 juin 2006
13 novembre 1989
15 mars 2004
27 février 2002
6 septembre 1988
25 septembre 2003
Le gouvernement de Guyane a initialement adhéré au Protocole facultatif le 10 mai 1993.
Le 5 janvier 1999, le gouvernement de Guyane a informé le Secrétaire Général qu’il a décidé de
dénoncer le Protocole. Cependant, à la même date, le gouvernement de Guyane a ré-adhéré au
Protocole facultatif en émettant la réserve que le Comité des droits de l’homme n’aura pas compétence pour recevoir ni considérer des plaintes des prisonniers condamnés à mort.
46
PARTIE I: VUE D’ENSEMBLE DU COMITE DES DROITS DE L’HOMME ET DU COMITE CONTRE LA TORTURE
Jamaïque
Mexique
Nicaragua
Panama
Paraguay
Pérou
République Dominicaine
Saint Vincent et les
Grenadines
Suriname
Trinidad et Tobago
Uruguay
Venezuela
Asie
Australie
Ile Maurice
Maldives
Mongolie
Népal
Nouvelle Zélande
Philippines
République de Corée
Sri Lanka
Europe / Asie centrale
Allemagne
Andorre
Ancienne République
Yougoslave de Macédoine
Arménie
Autriche
v
vi
v
15 mars 2002
12 mars 1980
8 mars 1977
10 janvier 1995
3 octobre 1980
4 janvier 1978
15 mars 2002
29 mai 2002
7 juillet 1988
9 novembre 1981
28 décembre 1976
vi
1er avril 1970
10 mai 1978
27 juillet 1988
26 avril 1994
Protocole facultatif
se rapportant
au Pacte
25 septembre 1991
12 décembre 1973
19 septembre 2006
16 avril 1991
14 mai 1991
26 mai 1989
22 août1989
10 avril 1990
3 octobre 1997
Article 22
de la Convention
contre la torture
28 janvier 1993
Protocole facultatif
se rapportant
au Pacte
25 août 1993
22 septembre 2006
Article 22
de la Convention
contre la torture
19 octobre 2001
22 septembre 2006
12 décembre 1994
23 juin 1993
10 décembre 1987
29 juillet 1987
10 décembre 1989
Le gouvernement de la Jamaïque a initialement adhéré au Protocole le 3 octobre 1975. Le 23 octobre
1997, le gouvernement de la Jamaïque a informé le Secrétaire Général de la dénonciation du Protocole.
Le gouvernement du Trinidad et Tobago a initialement adhéré au Protocole le 14 novembre 1980.
Le 26 mai 1998, le gouvernement a informé le Secrétaire Général qu’il dénonçait le Protocole à
partir du 26 août 1998. Le 26 août 1998, le gouvernement a décidé de ré-adhérer au Protocole avec
une réserve. Toutefois, le 27 mars 2000, le gouvernement a informé le Secrétaire Général de sa
décision de dénoncer définitivement le Protocole à partir du 27 juin 2000.
47
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Azerbaidjan
Bélarus
Belgique
Bosnie-Herzégovine
Bulgarie
Chypre
Croatie
Danemark
Espagne
Estonie
Fédération de Russie
Finlande
France
Géorgie
Grèce
Hongrie
Islande
Irlande
Italie
Kyrgyzstan
Léttonie
Liechtenstein
Lituanie
Luxembourg
Malte
Monaco
Monténégro
Norvège
Ouzbékistan
Pays-Bas
Pologne
Portugal
République Tchèque
Roumanie
Saint Marin
Serbie
Slovaquie
Slovénie
Suède
Suisse
Tadjikistan
Turquie
Turkménistan
Ukraine
27 novembre 2001
30 septembre 1992
17 mai 1994
1er mars 1995
26 mars 1992
15 avril 1992
12 octobre 1995
6 janvier 1972
25 janvier 1985
21 octobre 1991
1er octobre 1991
19 août 1975
17 février 1984
3 mai 1994
5 mai 1997
7 septembre 1988
22 août 1979
8 décembre 1989
15 septembre 1978
7 octobre 1994
22 juin 1994
10 décembre 1998
20 novembre 1991
18 août 1983
13 septembre 1990
23 octobre 2006
13 septembre 1972
28 septembre 1995
11 décembre 1978
7 novembre 1991
3 mai 1983
22 février 1993
20 juillet 1993
18 octobre 1985
6 septembre 2001
28 mai 1993
16 juillet 1993
6 décembre 1971
4 février 2002
25 juin 1999
4 juin 2003
12 mai 1993
8 avril 1993
12 octobre 1992
27 mai 1987
21 octobre 1987
1er octobre 1991
30 août 1989
23 juin 1988
30 juin 2005
6 octobre 1988
13 septembre 1989
23 octobre 1996
11 avril 2002
10 octobre 1989
2 novembre 1990
29 septembre 1987
13 septembre 1990
6 décembre 1991
9 juillet 1986
21 décembre 1988
12 mai 1993
9 février 1989
3 septembre 1996
12 mars 2001
17 mars 1995
16 juillet 1993
8 janvier 1986
2 décembre 1986
4 janvier 1999
2 août 1988
1er mai 1997
25 juillet 1991
48
12 septembre 2003
PARTIE I: VUE D’ENSEMBLE DU COMITE DES DROITS DE L’HOMME ET DU COMITE CONTRE LA TORTURE
1.3.3 Observations générales
Le Comité, en vertu de l’article 40 du Pacte, formule des « observations générales ». Au 1er septembre 2006, il avait émis 31 observations générales. Ces
observations sont adressées à tous les États parties, et donnent des précisions
sur les obligations des États parties au titre du Pacte. Le plus souvent, les
observations générales sont une interprétation approfondie d’un droit en particulier consacré par le Pacte. Néanmoins, les observations générales portent
également sur des questions diverses, telles que le droit des États à formuler
des réserves,32 à la dénonciation,33 et à la dérogation34 prévues par le Pacte.
Certaines observations générales portent aussi sur des thèmes particuliers35 et
sur les obligations de présentation de rapports.36
Les observations générales sont des outils extrêmement utiles pour interpréter
le Pacte. Les observations générales les plus pertinentes en ce qui concerne la
torture, les peines et les traitements inhumains ou dégradants sont les observations générales 20 (sur l’article 7) et 21 (sur l’article 10). L’interprétation des
articles 7 et 10 du Pacte est analysée dans la partie III, qui fait de nombreuses
références à ces observations générales.
1.3.4 Requêtes d’un État partie contre un autre État partie
En vertu de l’article 41 du Pacte, un État partie peut déclarer qu’il reconnaît la
compétence du Comité pour recevoir et examiner des communications dans
lesquelles un État partie prétend qu’un autre État partie ne s’acquitte pas de ses
obligations au titre du présent Pacte. L’article 41 décrit la procédure complexe
pour traiter ces communications. Cette procédure ne sera pas présentée dans
ce Guide car elle n’a encore jamais eu lieu.
32 Observation générale n°24. Une réserve est émise par un État au moment où il ratifie un traité.
Cela indique que l’État souhaite modifier les obligations prévues par le traité, et indique en principe
l’intention de ne pas être lié à certaines dispositions.
33 Observation générale n°26. Un État partie « dénonce » un traité lorsqu’il se retire de ce traité. La
dénonciation implique qu’un État n’est plus lié par un traité auquel il était partie auparavant. En
fait, le Comité des droits de l’homme a jugé que les États parties n’avaient pas le droit de se retirer
du Pacte ni du deuxième Protocole facultatif lorsqu’il a ratifié l’un des traités ou les deux. En
revanche, ils ont le droit de dénoncer un Protocole facultatif.
34 Observation générale n°29. Les États peuvent parfois déroger à ou suspendre certaines dispositions
du traité, en période de crise ou de danger public exceptionnel.
35 Voir, par exemple, l’observation générale n°15 sur la situation des étrangers au regard du Pacte.
36 Voir observations générales n° 1, 2 et 30.
49
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
1.4
Convention contre la torture et autres peines ou
traitements cruels, inhumains ou dégradants
La Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants est un traité international relatif aux droits de l’homme
visant à éliminer la torture dans tous les pays du monde. Cette Convention
constitue la codification internationale la plus détaillée des normes et des pratiques visant à protéger les individus contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Le texte intégral de la Convention
figure à l’annexe 4.
L’origine de la création de la Convention contre la torture et autres peines ou
traitements cruels, inhumains ou dégradants remonte au moment où l’on a
reconnu à l’échelon international l’existence et la valeur des droits de l’homme
après les horreurs de la deuxième guerre mondiale. Néanmoins, ce n’est qu’en
décembre 1973 qu’est née la réelle impulsion d’un traité visant en particulier
l’élimination de la torture, lors de la première Conférence internationale sur la
torture organisée par Amnesty International.37 Lors de cette conférence
« Trois cent délégués ont déclaré que la pratique de la torture était une
violation de la liberté, de la vie [et] de la dignité et ont demandé aux
gouvernements de reconnaître que la torture est un crime contre les
droits de l’homme [et] de respecter, d’appliquer et de renforcer la
législation nationale et internationale interdisant la torture.»38
La Conférence a eu pour effet d’attirer l’attention de la communauté internationale sur le fait embarrassant que la torture n’avait pas disparu au Moyen-Âge,
mais était alors encore un problème d’actualité qui portait atteinte aux droits
de l’homme. Dans les années qui ont suivi, Amnesty International a continué
de placer la question de la torture dans l’agenda international.39 L’autre événement majeur de la campagne mondiale contre la torture a été l’adoption en
1975 par l’Assemblée générale des Nations Unies de la « Déclaration contre la
torture ». Cette déclaration n’était pas contraignante mais a constitué un évè-
37 Amnesty International, Conférence internationale sur la torture: Rapport final (1973).
38 M. Lippman, «The Development and Drafting of the United Nations Convention Against Torture
and Other Cruel, Inhuman or Degrading Treatment or Punishment», (1994) 17 Boston College
International & Comparative Law Review 275, p. 296 [Traduction non officielle].
39 L’une des réalisations majeures d’Amnesty International pendant cette période a été l’élaboration
de codes de conduite. L’objectif de ces codes était de veiller à ce que des groupes professionnels
particuliers ne soient pas impliqués dans la pratique de la torture, notamment les médecins, les
agents de la force publique et les professions juridiques. Voir Ibid, p. 296 [Traduction non officielle].
50
PARTIE I: VUE D’ENSEMBLE DU COMITE DES DROITS DE L’HOMME ET DU COMITE CONTRE LA TORTURE
nement fondamental qui a marqué la première condamnation [ciblée] internationale de la torture.40
En dépit de cette condamnation internationale, les actes de torture ont continué
de se produire dans les États du monde entier, comme l’attestent les rapports
des différents groupes chargés de surveiller et d’attester ces actes.41 Ces rapports font clairement ressortir le fait que des actions doivent être menées plus
en avant pour lutter avec efficacité contre la torture. En particulier, le
deuxième rapport d’Amnesty International indique la nécessité d’adopter un
instrument juridiquement contraignant pour combler nombre de lacunes de la
Déclaration contre la torture.42
Reconnaissant de plus en plus l’existence continue du fléau de la torture dans
le monde, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté le 10 décembre
1984 la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels,
inhumains ou dégradants. La Convention est entrée en vigueur en juin 1987 et
au 1er septembre 2006, il y avait 141 États parties à ce traité.43
La partie I de la Convention met en lumière les obligations principales incombant aux États parties, en particulier l’obligation de ne pas pratiquer la torture
ni de traitements, de peines cruels, inhumains ou dégradants, ainsi que l’obligation de prendre des mesures pour veiller à ce que de tels traitements ou
peines ne se produisent jamais, ou au moins, de minimiser les chances que ces
traitements ou peines se produisent. Ces obligations sont décrites en détail
dans la partie IV de ce Guide.
Un Protocole facultatif se rapportant à la Convention a été adopté par
l’Assemblée générale des Nations Unies en 2002, et est entré en vigueur le
22 juin 2006. Vingt États en étaient alors parties. Au 1er novembre 2006, il y
40 Ibid, p. 303.
41 Il s’agit par exemple du rapport d’Amnesty International: « Rapport sur des allégations de torture
au Brésil », (1976) 3; Commission nationale argentine sur les disparus, Nunca Mas xi, Writers and
Scholars International Ltd. Trans., (1986); Amnesty International, « Prisonniers politiques en
Afrique du Sud», (1978), pp. 18-19, 22-23, 36, 56-57; le deuxième Rapport d’Amnesty
International sur la torture a été publié en 1984 et témoigne de la pratique continue de la torture;
il contient des allégations de torture et de mauvais traitements dans 98 pays; voir Amnesty
International, « La torture dans les années 80 », (1984).
42 Voir M. Lippman, «The Development and Drafting of the United Nations Convention Against
Torture and Other Cruel, Inhuman or Degrading Treatment or Punishment » (1994) 17 Boston
College International & Comparative Law Review 275, p. 308.
43 Pour obtenir d’autres informations sur le contexte de la Convention contre la torture, voir J. H.
Burgers and H. Danelius, The United Nations Convention against Torture: a Handbook on the
Convention against Torture and Other Cruel, Inhuman, or Degrading Treatment or Punishment,
Kluwer Academic Publishers, 1988.
51
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
avait 28 États parties à ce Protocole (54 signataires). Il établit des mécanismes
de surveillance des lieux de détention au sein des États parties au Protocole.
Ce Protocole facultatif est présenté dans les détails au paragraphe 2.3.3.
1.5
Le Comité contre la torture
Le Comité contre la torture est établi en vertu de l’article 17 de la Convention
contre la torture. Ses fonctions sont énoncées dans la partie II du traité. Il a
pour tâche de surveiller et de superviser le respect des obligations des États
parties en vertu du traité. Le Comité contre la torture est composé de 10 membres. Chaque membre est proposé par un État partie, et est élu par scrutin secret
par les États parties. Chaque membre a un mandat de quatre ans, et peut être
réélu s’il est renommé. Les États parties doivent veiller à une répartition géographique équitable entre les membres du Comité. Les membres doivent être
des « personnes de haute moralité et ayant des compétences dans le domaine
des droits de l’homme ».44 Un membre siège à titre individuel et non à titre de
représentant de l’État qui l’a proposé.45
Le Comité contre la torture fonctionne à temps partiel. Il se réunit généralement deux fois par an, une fois pendant trois semaines et une autre fois pendant
quatre semaines, tandis que les groupes de travail se réunissent pendant une
semaine avant les réunions principales.
Le Comité contre la torture s’acquitte de six grandes tâches de supervision et
de surveillance du respect des obligations en vertu de la Convention de la
manière suivante:
• Examen des rapports présentés par les États parties
• Examen des requêtes individuelles
• Adoption d’observations générales
• Examen des requêtes d’un État partie contre un autre État partie
• Enquêtes spéciales
• Obligations au titre du Protocole facultatif
44 Article 17(1), Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants.
45 Article 17(1), Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants.
52
PARTIE I: VUE D’ENSEMBLE DU COMITE DES DROITS DE L’HOMME ET DU COMITE CONTRE LA TORTURE
L’exercice des quatre premières fonctions se fait pratiquement de la même
manière que pour le Comité des droits de l’homme. Dans ce commentaire
d’introduction, nous présenterons uniquement les pratiques qui sont matériellement différentes de celles du Comité des droits de l’homme eu égard aux
quatre premières fonctions.
1.5.1 Examen des rapports présentés par les États parties
La procédure d’examen des rapports présentés par les États parties est très
semblable à celle du Comité des droits de l’homme. La différence majeure
réside dans le fait que les rapports doivent normalement être présentés tous les
quatre ans et non tous les cinq ans. La procédure d’examen est détaillée au
paragraphe 2.3.1 de ce Guide.
1.5.2 Procédure d’examen des requêtes individuelles
Si un État partie à la Convention fait une déclaration pertinente au titre de l’article 22, les particuliers peuvent présenter une requête pour violation de la
Convention par cet État auprès du Comité contre la torture. La procédure
d’examen des requêtes est exposée au paragraphe 2.1 de ce Guide. Pour une
liste des États parties qui ont fait une déclaration au titre de l’article 22, il
convient de se référer au Tableau 1 en p. 45.
1.5.3 Observations générales
Le Comité contre la torture peut émettre des observations générales, à l’attention de tous les États parties. Au 1er septembre 2006, le Comité n’avait émis
qu’une seule observation sur l’article 3 de la Convention. Cette observation
générale est un outil précieux pour interpréter cette partie de la Convention.
1.5.4 Requêtes d’un État partie contre un autre État partie
Au titre de l’article 21 de la Convention, un État partie peut déclarer qu’il
reconnaît que le Comité contre la torture est compétent pour recevoir et examiner des communications dans lesquelles un État partie prétend qu’un autre
État partie ne s’acquitte pas de ses obligations au titre de la présente
Convention. Cette procédure ne sera pas abordée dans ce Guide car elle n’a
jamais eu lieu.
53
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
1.5.5 Procédure d’enquête
En vertu de l’article 20 de la Convention, le Comité peut ouvrir une enquête
sur un État partie s’il reçoit des informations crédibles lui indiquant que la
torture est pratiquée systématiquement dans ce pays. Cette procédure fera
l’objet du paragraphe 2.3.2 de ce Guide.
1.5.6 Fonctions au titre du Protocole facultatif
La plupart des fonctions au titre du Protocole facultatif sont attribuées à un
nouvel organe, appelé Sous-comité de la prévention de la torture et autre peines
ou traitements cruels, inhumains, ou dégradants du Comité contre la torture. Ce
Sous-comité est présenté dans les détails au paragraphe 2.3.3(b). Le Comité
contre la torture conserve certaines fonctions au regard du Protocole facultatif.
Une fois par an, le Comité tient sa réunion au même moment que celle du Souscomité.46 Il reçoit le rapport annuel public du Sous-comité47. Il peut également
rendre publiques les conclusions du Sous-comité au regard du Protocole facultatif, ou faire une déclaration publique à propos d’un État, si le Sous-comité lui
demande de le faire en raison du manque de coopération d’un État.48
1.6
Conséquences du Pacte international relatif aux droits
civils et politiques et de la Convention contre la torture
Comme indiqué précédemment, le Comité des droits de l’homme et le Comité
contre la torture ont la possibilité de « juger » l’application par un État partie
du traité concerné. Par exemple, le Comité des droits de l’homme peut
conclure à une violation du Pacte par un État à l’occasion d’une requête présentée par un particulier. Un Comité peut aussi condamner des pratiques usitées dans certains États dans ses observations finales émises à l’issue du rapport présenté par l’État partie en question. Ou encore, un État peut manifestement
agir de manière contraire aux recommandations qui lui ont été clairement
46 Article 10(3), Protocole facultatif se rapportant à la Convention contre la torture et autres peines
ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.
47 Article 16(3), Protocole facultatif se rapportant à la Convention contre la torture et autres peines
ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.
48 Article 16(4), Protocole facultatif se rapportant à la Convention contre la torture et autres peines
ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.
54
PARTIE I: VUE D’ENSEMBLE DU COMITE DES DROITS DE L’HOMME ET DU COMITE CONTRE LA TORTURE
signifiées dans une observation générale. Outre les violations majeures des dispositions d’un traité, un État peut manquer à ses obligations procédurales. Par
exemple, un État peut ne pas présenter son rapport dans les délais fixés, et/ou
présenter un rapport totalement trompeur. Lorsqu’il a été établi qu’un État partie a manqué à ses obligations en vertu du traité, de quelle manière va-t-on faire
appliquer ces obligations ?
Les Comités ne sont pas des tribunaux. Ils constituent plutôt des organes
« quasi judiciaires ». Leurs décisions et leurs conclusions ne sont pas juridiquement contraignantes. Toutefois, les dispositions du Pacte et de la Convention
sont, elles, juridiquement contraignantes. Les Comités étant les interprètes
suprêmes de leur traité respectif qui font autorité, le rejet de leurs recommandations est la preuve que l’État est de mauvaise foi concernant ses obligations
liées aux droits de l’homme en vertu du traité.49
Hélas, de nombreux États manquent à leurs obligations en vertu du Pacte et de
la Convention. De fait, aucun État partie n’applique de façon stricte ses obligations en matière de droits de l’homme. Qui plus est, certains faits liés à l’absence d’application de ces obligations sont réellement alarmants. Par exemple,
le niveau de respect des conclusions du Comité des droits de l’homme au
regard du Protocole facultatif n’excède pas les 20 %50. Certains États violent
systématiquement et de manière flagrante la Convention et le Pacte, y compris
l’interdiction de la torture et autre traitements cruels, inhumains ou dégradants.
Certains États détiennent le record du manquement à la présentation de rapport
dans les délais fixés. De nombreux rapports ne correspondent pas du tout aux
besoins. Et les Comités ont peu de marge de manœuvre face au non respect
des obligations d’États récalcitrants en dehors des sempiternelles réprimandes.
Il n’existe pas d’autres sanctions pour le non respect des obligations prévues
par les traités des Nations Unies relatifs aux droits de l’homme. Face à cette
situation peu satisfaisante du respect des obligations par les États, quelle est
l’utilité du Pacte et de la Convention ? Offrent-ils la possibilité aux victimes
de la torture d’obtenir réparation ?
Les finalités du Pacte et de la Convention sont multiples. D’abord, les conclusions, les recommandations et la jurisprudence des Comités ont eu pour effet
de changer matériellement l’attitude des États à l’égard de certaines questions.
49 S. Joseph, ‘Toonen v Australia: Gay Rights under the ICCPR’, (1994) 13 University of Tasmania
Law Review 392, p. 401.
50 Voir paragraphe 2.4.3.
55
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Ces changements peuvent survenir immédiatement, ou par la suite (parfois
bien plus tard), par exemple, lorsque l’État passe de la dictature à la démocratie. Elles peuvent avoir un effet à retardement, et se produire au fur et à mesure
de la transformation des gouvernements. Elles peuvent galvaniser l’opposition
face à un gouvernement abusif, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Elles
peuvent introduire des questions liées aux droits de l’homme dans les débats
nationaux et fournir des indicateurs en vue de réformes futures. Les conclusions et les recommandations des Comités des Nations unies peuvent dans tous
les cas obliger les gouvernements à se pencher sur leurs conclusions et à expliquer clairement pourquoi ils ne respectent pas leurs obligations. Enfin, elles
peuvent fournir une légitimation aux victimes.
Il ne faut pas sous-estimer le poids de la « honte » sur un État « voyou ». Un
projecteur braqué sur un État est incommandant et c’est en soi un moyen
important de rendre cet État responsable. Aucun État ne souhaite se sentir
montré du doigt par des conclusions défavorables au regard des droits de
l’homme. Il est particulièrement humiliant pour un État de se voir coller l’étiquette « tortionnaire » que ce soit en vertu du Pacte ou de la Convention, ou
des deux. Les conclusions d’actes de torture ou de violation des droits de
l’homme au regard du Pacte et de la Convention mettent une certaine pression
sur les États et peuvent conduire au bout compte à inciter l’État à abandonner
la pratique de la torture. Des conséquences immédiates peuvent même avoir
lieu et les victimes peuvent obtenir réparation.
La jurisprudence du Comité des droits de l’homme au regard du Pacte a aussi
des fonctions autres que celles de faire appliquer les obligations. Elle fournit
des indicateurs importants quant à l’interprétation des différents droits consacrés par le Pacte. Par exemple, la jurisprudence permet d’identifier les pratiques qui relèvent de la torture, ou du traitement cruel, inhumain ou dégradant,
et celles qui n’en relèvent pas. La jurisprudence permet de déterminer la situation au regard des droits de l’homme de certains phénomènes, tels que les lois
d’amnistie ou le châtiment corporel. Ces interprétations sont utiles à tous les
États, et pas seulement à l’État et à la personne concernés par une affaire en
particulier; il est évidemment essentiel de comprendre et de reconnaître les
contextes dans lesquels la torture se produit afin de pouvoir la combattre.
À cet égard, les décisions du Comité des droits de l’homme et du Comité
contre la torture influencent les tribunaux et les gouvernements nationaux dans
le monde entier.
Enfin, le Pacte, la Convention et la jurisprudence élaborés dans le cadre de ces
traités renforcent le message fondamental selon lequel les actes de torture, les
56
PARTIE I: VUE D’ENSEMBLE DU COMITE DES DROITS DE L’HOMME ET DU COMITE CONTRE LA TORTURE
peines ou traitements cruels, inhumains et dégradants sont tout simplement
inacceptables quelles qu’en soient les circonstances. De là, il est rare que les
États cherchent à trouver des arguments pour contrer ce principe. Les États
cherchent plutôt à nier qu’ils s’adonnent à ce genre de pratiques. Bien qu’une
telle négation ne soit que mensonge et couverture, le fait que les États reconnaissent virtuellement que la torture est effectivement intolérable ouvre la voie
à la reconnaissance et au respect des droits de l’homme.
57
PARTIE II
PROCÉDURES DE PRÉSENTATION
DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS
DE L’HOMME ET LE COMITÉ CONTRE
LA TORTURE
59
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
2.1
Procédures de présentation des requêtes individuelles
La partie II présente les aspects les plus importants des procédures relatives à
la présentation de requêtes individuelles en vertu du Pacte et de la Convention.
2.1.1 Critères de recevabilité
Toute requête doit satisfaire aux critères de recevabilité prévus par les traités
respectifs. Les critères de recevabilité prévus par le Pacte et la Convention sont
pratiquement semblables. Pour l’essentiel, la jurisprudence sur les questions
de recevabilité relève du Comité des droits de l’homme. Il est probable que le
Comité contre la torture, s’il est amené à le faire, suive les décisions du Comité
concernant la recevabilité. Les différences d’interprétation, ou les différences
possibles, sont mises en lumière dans le commentaire ci-dessous.
(a) Règles permanentes
L’article 1 du Protocole facultatif du Pacte stipule que la requête doit porter
sur une ou plusieurs violations des droits particuliers d’une victime en vertu
de ce traité. Le même critère est spécifié à l’article 22(1) de la Convention.
La présentation d’une requête n’est donc possible que si elle concerne des violations réelles des droits particuliers d’une personne en vertu du traité
concerné. Par exemple, une personne A ne peut pas présenter une requête
concernant les conditions épouvantables de détention dans une prison si cette
personne A n’a jamais été détenue dans cette prison, sauf si la personne A est
habilitée à le faire au nom d’un détenu ou d’un ancien détenu X.51 Il n’est pas
possible de contester une loi ou une politique de manière abstraite, sans en être
réellement victime.52
La victime doit être un individu. C’est-à-dire, une personne physique, et non
une personne morale telle qu’une entreprise, un syndicat ou une organisation
non gouvernementale (« ONG »).53
51 Voir paragraphe 2.1.2(b).
52 Voir affaire Mauritian Women’s Case (35/78), § 9.2.
53 Voir par exemple, affaire Mariategui c. Argentine (1371/05)
60
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
Dans son observation générale n° 15, le Comité stipule que les droits prévus
par le Pacte doivent être étendus:
« à tous les individus, quelle que soit leur nationalité ou même s’ils sont
apatrides, par exemple demandeurs d’asile, réfugiés, travailleurs
migrants et autres personnes qui se trouveraient sur le territoire de l’État
partie ou relèveraient de sa compétence.»54
En conséquence, une personne peut présenter une requête contre un État partie
par le mécanisme de présentation de requêtes individuelles prévu par les traités
même si cette personne n’est pas ressortissante de cet État.
Il n’est pas possible de présenter une requête de manière anonyme.
Néanmoins, les Comités concernés accepteront en principe, si on leur en fait
la demande, de supprimer le nom de la victime présumée dans les documents
publiés. Il reste toutefois impossible de dissimuler le nom de la victime présumée à l’État concerné, étant donné que ce dernier ne peut pas enquêter sur des
allégations s’il ne sait pas de quelle personne il s’agit.
Il n’est pas nécessaire que la violation ait toujours cours pendant l’examen de
la requête, et ces violations peuvent avoir cessé avant la présentation de cette
requête.55 Par exemple, une requête concernant les conditions épouvantables
de détention dans une prison peut être présentée au nom d’un ancien détenu
ayant été soumis à ces conditions et en ayant souffert, qui a depuis été relâché
et qui, par conséquent, n’est plus soumis à ces conditions. En revanche, une
requête n’est pas recevable si une violation a été reconnue et réparée par l’État
intéressé.
Le Comité a stipulé que « rien ne s’oppose à ce qu’un groupe de personnes,
s’estimant victimes d’un même préjudice, présentent ensemble une communication alléguant une atteinte à leurs droits ».56 Par conséquent, il est possible
de décider de présenter une requête au nom d’un groupe d’individus ayant
souffert de circonstances de même nature. Cependant, même dans le cas d’une
affaire d’un groupe d’individus, chaque requérant doit s’identifier et donner
son autorisation pour qu’il soit représenté par une autre personne, par exemple,
un avocat. Dans l’affaire Hartikainen c. Finlande (40/78), la requête concernait un enseignant d’une école en Finlande et le Secrétaire général du syndicat
Union of Free Thinkers de Finlande. La requête a été présentée en son nom
54 Observation générale n°31, § 10.
55 Voir affaire Van Duzen c. Canada (50/79).
56 Affaire Le chef Bernard Ominayak et la bande du lac Lubicon c. Canada (167/84), § 32.1
61
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
propre mais également au nom de Union of Free Thinkers. Le Comité a conclu
qu’il ne pouvait pas examiner la requête présentée au nom de l’organisation
sauf si les noms et adresses de toutes les personnes que l’enseignant représentait lui étaient communiqués avec une autorisation écrite confirmant qu’il pouvait agir en leur nom.
Le Comité a également stipulé que la législation nationale peut menacer une
personne même si cette législation n’est pas directement appliquée à l’encontre
de cette personne; cette dernière peut être considérée comme « victime » au
sens de la recevabilité prévue par le Protocole facultatif.57 Par exemple, dans
l’affaire Toonen c. Australie (488/92), le requérant a affirmé que l’existence
d’une législation tasmanienne rendant criminelles les relations sexuelles entre
les hommes l’avait stigmatisé comme homosexuel, en dépit du fait que cette
législation n’avait pas été appliquée depuis de nombreuses années. Par ailleurs,
il vivait dans l’éventualité permanente d’être arrêté en vertu de cette loi. Le
Comité a considéré que la requête était recevable, en stipulant que :
« l’auteur avait avancé suffisamment d’arguments pour démontrer que
le maintien de ces dispositions — qui risquaient à tout moment d’être
appliquées et influaient en permanence sur les pratiques administratives
et l’opinion publique — lui avaient été et continuaient de lui être préjudiciables.»58
Une personne peut être victime d’une violation des droits de l’homme en raison d’un acte perpétré sur une autre personne. Dans de tels cas, la première
personne est appelée la « victime indirecte » alors que la seconde est appelée
« victime directe ».59 Dans l’affaire Quinteros c. Uruguay (107/81), une
requête a été présentée alléguant l’enlèvement, la torture et la détention (et par
conséquent la disparition) d’Elena Quinteros Almeida par les forces de sécurité uruguayennes. Une violation a également été constatée à l’égard de la mère
de cette femme, qui a présenté une requête au nom de sa fille et d’elle-même,
en raison de l’angoisse, du stress et de l’incertitude générés pas la disparition
de sa fille: ce traumatisme mental a été considéré comme un mauvais
traitement contraire à l’article 7 du Pacte.60 Dans l’affaire Schedko c. Bélarus
(886/99), une violation semblable de l’article 7 a été constatée, par laquelle la
57 Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, § 3.36.
58 Affaire Toonen c. Australie (488/92), § 5.1.
59 Voir aussi U. Erdal, H. Bakirci, Article 3 of the European Convention on Human Rights:
A Practitioner’s Handbook, OMCT, 2006, p. 85.
60 Affaire Quinteros c. Uruguay (107/81), § 14.
62
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
mère d’un homme qui avait été exécuté par les autorités n’avait pas été informée par lesdites autorités ni de la date, ni de l’heure, ni du lieu d’exécution, ni
de l’endroit où il était enterré. Le Comité a déclaré:
« Le Comité comprend l’angoisse et la pression psychologique dont
l’auteur, mère d’un prisonnier condamné à mort, a souffert et souffre
encore parce qu’elle ne connaît toujours pas les circonstances ayant
entouré l’exécution de son fils, ni l’emplacement de sa tombe. Le
Comité considère que le secret total entourant la date d’exécution et le
lieu de la sépulture, ainsi que le refus de remettre la dépouille mortelle
aux fins d’enterrement, ont pour effet d’intimider ou de punir les
familles en les laissant délibérément dans un état d’incertitude et de
souffrance psychologique. Le Comité considère que le fait que les
autorités aient tout d’abord omis de notifier à l’auteur la date prévue
pour l’exécution de son fils, puis aient persisté à ne pas lui indiquer
l’emplacement de la tombe de son fils, constitue un traitement inhumain à l’égard de l’auteur, contraire à l’article 7 du Pacte.»61
Dans certaines circonstances, une victime est simplement dans l’incapacité de
présenter ou d’autoriser à présenter une requête. Par exemple, la victime peut
être décédée ou être en détention au secret (où elle ne peut avoir aucun contact
avec le monde extérieur). Auquel cas, une tierce personne a la qualité pour présenter une requête si celle-ci peut établir que la victime aurait probablement
consenti à ce qu’elle la représente devant le Comité approprié. En principe, un
lien familial proche suffit à le démontrer. Il est moins probable que les Comités
reconnaissent la qualité des personnes n’ayant pas de lien familial dans ce genre
de situation.62 Dans l’affaire Mbenge c. Zaire (16/77), par exemple, le Comité
des droits de l’homme a considéré que l’auteur de la requête pouvait représenter
ses proches mais ne pouvait pas représenter son chauffeur ni son pharmacien.
Si les circonstances changent et que la victime qui était dans l’incapacité d’autoriser une requête est désormais en mesure de le faire, la victime doit donner
son autorisation pour que l’examen de la requête se poursuive. Par exemple,
dans l’affaire Mpandanjila et al c. Zaire (138/83), la requête a été présentée à
l’origine au nom de 13 personnes en détention au secret. Ces personnes ont été
relâchées alors que la décision du Comité des droits de l’homme était en instance. La requête était toujours valable pour neuf des treize personnes, étant
donné que quatre d’entre elles n’avaient pas donné leur autorisation explicite
pour que la requête soit examinée en leur nom.63
61 Affaire Schedko c. Bélarus (886/99), § 10.2; voir aussi paragraphe 3.2.7.
62 T. Zwart, The Admissibility of Human Rights Petitions, Martinus Nijhoff, 1994, p. 76.
63 Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, § 3.27.
63
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Si une affaire est en cours d’examen devant le Comité concerné et que l’auteur
décède, un héritier de l’auteur peut demander de poursuivre l’examen de l’affaire.64 S’il n’y a pas d’héritier pour faire une telle demande au Comité, l’examen de l’affaire ne sera pas poursuivi.65
(b) Besoins juridictionnels
i. Ratione Materiae
Pour que sa requête soit recevable, une personne doit faire des déclarations
portant sur les droits protégés par les traités respectifs. Par exemple, une
requête concernant une violation du droit de propriété ne peut pas être présentée en vertu de ces traités, étant donné que le droit de propriété lui-même n’est
protégé par aucun des traités.66 Les allégations relatives à la torture, aux traitements ou aux peines inhumains ou dégradants ne peuvent faire l’objet d’un
examen que si elles relèvent du Pacte et de la Convention. Néanmoins, le Pacte
consacre bien plus de droits que la Convention, il est donc conseillé de présenter la requête auprès du Comité des droits de l’homme (si l’État concerné est
partie au Protocole facultatif) plutôt qu’auprès du Comité contre la torture si
les allégations présentées dépassent le champ de la torture et du traitement
cruel, et concernent par exemple des questions liées à la détention arbitraire ou
à la discrimination.
Une affaire concernant la torture, les traitements ou peines cruels, inhumains
ou dégradants peut être considérée malgré tout irrecevable si le mauvais traitement présumé n’atteint pas le seuil de la torture ou d’une autre forme de mauvais traitement. À cet égard, le lecteur se référera aux parties III et IV de ce
Guide pour consulter la législation relative à l’interprétation de la torture, des
traitements ou peines cruels, inhumains ou dégradants au sens du Pacte et de
la Convention. Par exemple, une insulte proférée par un agent de police peut
être jugée dégradante envers la personne qui la reçoit mais sa nature n’est
sûrement pas grave au point d’être considérée comme une violation ni du
Pacte, ni de la Convention.67
64 Voir affaire Croes c. Pays-Bas (164/84) ; affaire Hopu et Bessert c. France (549/1993) ; affaire
Arenz c. Allemagne (1138/02).
65 Voir par exemple, affaire Wallen c. Trinité-et-Tobago (576/94), § 6.2.
66 Voir par exemple, affaire O.J. c. Finlande (419/90).
67 L’insulte elle-même peut être une violation des droits de l’homme si elle est méprisante. Voir à ce
sujet l’article 20 du Pacte et l’article 4 de la Convention internationale sur l’élimination de toutes
les formes de discrimination raciale de 1966.
64
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
Enfin, une personne peut simplement ne pas être en mesure de fournir suffisamment de preuves pour pouvoir établir la recevabilité de sa/ses requête(s).68
Le lecteur consultera le paragraphe 2.1.2 pour obtenir des conseils sur la
manière de présenter une requête et le type de preuves nécessaires à cette fin,
ainsi que l’Appendice ii pour un modèle de requête.
ii. Ratione Temporis
En application de l’article 1 du Protocole facultatif, les requêtes ne peuvent
être présentées que contre des États parties au Protocole facultatif. De même,
les requêtes ne peuvent être présentées en vertu de la Convention que contre
des États ayant fait une déclaration au titre de l’article 22 de ce traité. En conséquence de quoi, la violation doit avoir trait à un incident ayant eu lieu après
une date précise. Cette date est la suivante:
• En ce qui concerne le Pacte, la date à laquelle le Protocole facultatif entre en
vigueur pour l’État, soit trois mois après que l’État a ratifié le Protocole
facultatif ou y a adhéré.
• En ce qui concerne la Convention, la date à laquelle la déclaration au titre
de l’article 22 entre en vigueur pour l’État.
Ainsi donc, si une violation, telle qu’un acte de torture, se produit avant la date
appropriée, toute requête relative à cette violation n’est pas recevable. Ce principe est appelé «ratione temporis».
Il convient de relever que les dates appropriées respectives sont les dates auxquelles les mécanismes de présentation de requêtes individuelles concernées
sont entrés en vigueur, et non les dates auxquelles le traité respectif est entré
en vigueur. Par exemple, une requête présentée au titre du Protocole facultatif
sera irrecevable si la violation se produit avant l’entrée en vigueur du Protocole
facultatif ratifié par l’État, même si cette date est ultérieure à l’entrée en
vigueur du Pacte que l’État a ratifié. Il convient de se référer au Tableau 1 en
page 45 pour les dates d’entrée en vigueur des mécanismes de communications
individuelles du Pacte et de la Convention contre la torture.
Il existe une exception au principe de la compétence ratione temporis. Une
requête peut être recevable si elle concerne une violation antérieure à la date
appropriée, si la violation persiste après la date appropriée, ou si la violation
68 Voir par exemple, affaire Bazarov c. Ouzbékistan (959/00), § 7.3.
65
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
génère des conséquences qui constituent une violation du traité.69 Dans l’affaire Könye et Könye c. Hongrie (520/92), le Comité des droits de l’homme a
conclu que:
« Une violation persistante s’entend de la prolongation, par des actes ou
de manière implicite, après l’entrée en vigueur du Protocole facultatif,
de violations commises antérieurement par l’État partie.»70
Par exemple, si une personne est détenue dans des conditions épouvantables
avant ladite date, mais que l’incarcération dans ces conditions persiste après
cette date, elle peut présenter une requête relative à ces conditions, alléguant une
violation à compter de cette date. Un autre exemple figure dans l’affaire Sankara
et al c. Burkina Faso (1159/03). La victime a présenté une requête alléguant que
l’État partie n’avait pas enquêté sur l’assassinat de son mari, survenu en 1987.
Les procédures relatives à cet assassinat ont débuté en 1997 et se sont poursuivies après 1999, l’année où le Protocole facultatif est entré en vigueur au
Burkina Faso. L’incapacité permanente de l’État lors de ces procédures à enquêter comme il se doit sur la mort de cette personne, ainsi que son incapacité à
informer la famille des circonstances de la mort, de l’endroit précis où se trouve
la dépouille du mort, ou à changer le certificat de décès sur lequel figurent
« causes naturelles » (mensonge flagrant) comme cause du décès, tous ces éléments constituent des violations à l’article 7 du Protocole facultatif qui se sont
produites avant mais qui persistent après son entrée en vigueur en 1999.71
iii. Ratione Loci
L’article 2(1) du Pacte stipule que les États parties s’engagent à respecter et à
garantir les droits reconnus par le présent Pacte à tous les individus « se trouvant sur leur territoire et relevant de leur compétence ». L’article 1 du
Protocole facultatif et l’Article 22 de la Convention reconnaissent la compétence pour recevoir et examiner des requêtes par et pour « des individus relevant de la compétence [de l’État partie concerné] ».
Une personne peut présenter une requête contre un État partie concernant des
violations commises par le passé même si cette personne ne se trouve pas sur
le territoire de l’État au moment de la présentation de la requête.72
69
70
71
72
Joseph, Schultz, et Castan, note ci-dessus 20, § 2.06.
Affaire Könye et Könye c. Hongrie (520/92), § 6.4.
Affaire Sankara et al c. Burkina Faso (1159/03), §§ 6.3 et 12.2.
Voir par exemple, affaire Gorji-Dinka c. Cameroun (1134/02).
66
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
A moins qu’une intention différente ne ressorte du traité ou ne soit par ailleurs
établie, un traité lie chacune des parties à l’égard de l’ensemble de son territoire, y compris ses colonies.73 Par exemple, l’affaire Kuok Koi c. Portugal
(925/00) concernait l’application du Protocole facultatif à Macao, une
ancienne colonie portugaise. Le Portugal a ratifié tant le Pacte que son
Protocole facultatif. Le Comité a conclu que le Protocole facultatif s’appliquait
à Macao lorsque le territoire était sous l’autorité portugaise, en indiquant que:
« Étant donné que le but du Protocole facultatif est de mieux assurer la
mise en œuvre des droits énoncés dans le Pacte, l’inapplicabilité de ses
dispositions dans toute région relevant de la juridiction d’un État partie
ne peut pas être supposée en l’absence d’indication expresse (réserve/
déclaration) en ce sens.»74
Par conséquent, le Protocole facultatif s’appliquait à Macao avant son transfert
à la République populaire de Chine en 1999.75
Un État partie est obligé de respecter et de garantir les droits reconnus par le traité
de ceux qui relèvent de la souveraineté de son territoire. Les obligations des États
parties valent aussi pour les territoires sous son contrôle effectif. Un État partie
doit respecter et garantir « à quiconque se trouve sous son pouvoir ou son
contrôle effectif les droits reconnus dans le Pacte même s’il ne se trouve pas sur
son territoire ».76 Par exemple, Israël a non seulement une obligation envers le
peuple d’Israël au titre des traités des Nations Unies relatifs aux droits de
l’homme qu’il a ratifiés, mais aussi envers ceux qui se trouvent sur les territoires
occupés de la Cisjordanie et de Gaza.77 Le Comité contre la torture a souligné ce
principe dans ses observations finales sur les États-Unis en 2006. Il a stipulé:
« Le Comité note que plusieurs dispositions de la Convention s’étendent à tout territoire sous la juridiction de l’État partie (art. 2, 5, 13 et
16). Il rappelle que cette expression englobe toutes les zones se trouvant
sous le contrôle de facto de l’État partie, que ce contrôle soit exercé par
des autorités militaires ou civiles. …»78
73 Voir la Convention de Vienne sur le droit des traités de 1969, Article 29.
74 Affaire Kuok Koi c. Portugal (925/00), § 6.3.
75 D’innombrables problèmes complexes se sont posés dans cette affaire étant donné que la situation
a eu lieu lors de la transition du contrôle de Macao qui est passé des autorités portugaises aux autorités chinoises. Ces problèmes ne sont pas abordés dans ce guide.
76 Observation générale n° 31, § 10.
77 Observations finales sur Israël, (2003) UN doc. CCPR/CO/78/ISR, § 11.
78 Observations finales sur les États-Unis, (2006) UN doc. CAT/C.USA/CO/2, § 15. Voir aussi les
observations finales du Comité des droits de l’homme sur les États-Unis, (2006) UN doc.
CCPR/C.USA/CO/3, § 10.
67
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
En conséquence, les États-Unis sont responsables de tout acte de torture commis dans les prisons de Guantanamo à Cuba, ainsi que dans les prisons en Irak
et en Afghanistan.79 Le Comité contre la torture a ajouté que « les activités des
services de renseignement, nonobstant leur auteur, leur nature ou l’endroit où
elles se déroulent, sont des faits de l’État partie, qui engagent pleinement sa
responsabilité internationale ».80
Le Comité des droits de l’homme a également conclu que:
« [L’État est responsable de] quiconque se trouve sous le pouvoir ou le
contrôle effectif des forces d’un État partie opérant en dehors de son
territoire, indépendamment des circonstances dans lesquelles ce pouvoir ou ce contrôle effectif a été établi, telles que les forces constituant
un contingent national affecté à des opérations internationales de maintien ou de renforcement de la paix.»81
À cet égard, le Comité s’est dit préoccupé du comportement de soldats belges
en Somalie, et du comportement de soldats hollandais dans les événements qui
ont entouré la chute de Srebrenica en Bosnie-Herzégovine.82
La responsabilité d’un État en vertu des traités s’étend parfois au-delà des frontières territoriales sous son contrôle. Par exemple, dans l’affaire López Burgos
c. Uruguay (52/79), la victime avait été enlevée et détenue à Buenos Aires en
Argentine par les membres des forces de sécurité et du renseignement uruguayennes avant d’être emmenée par-delà la frontière uruguayenne où elle
avait été détenue au secret pendant trois mois. Le Comité a conclu que bien
que l’arrestation et la détention initiales de la victime aient eu lieu sur un territoire étranger, le Comité pouvait examiner les allégations invoquées contre
l’Uruguay. Le Comité a invoqué les raisons suivantes pour justifier l’examen
de la requête:83
• Les actes ont été perpétrés par des agents uruguayens qui ont agi sur un territoire étranger.
79 Voir concernant Guantanamo, les observations finales sur les États-Unis, (2006) UN doc.
CAT/C.USA/CO/2, § 22. Voir aussi les observations finales sur le Royaume-Uni, (2004) UN doc,
CAT/C.CR/33/3, §§ 3-5.
80 Observations finales sur les États-Unis, (2006) UN doc. CAT/C.USA/CO/2, § 17 (accent mis sur
cet aspect).
81 Observations générales 31, § 10.
82 Voir respectivement, les observations finales sur la Belgique, (1998) UN doc. CCPR/C.79/Add.99,
§ 14 et les observations finales sur les Pays-Bas, (2001) UN doc. CCPR/CO/72/NET, § 8.
83 Affaire López Burgos c. Uruguay (52/79), § 12.1-12.3.
68
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
• Dans le Protocole facultatif, la mention « quiconque relevant de sa compétence » fait référence à la relation entre l’individu et l’État quel que soit le
lieu où les violations ont été commises.
• Rien n’affirme explicitement dans l’article 2(1) qu’un État partie ne peut pas
être responsable des violations des droits de l’homme que les agents de cet
État commettent sur un autre territoire.
• L’article 5(1) du Pacte stipule:
« Aucune disposition du présent Pacte ne peut être interprétée comme
impliquant pour un État, un groupement ou un individu un droit quelconque de se livrer à une activité ou d’accomplir un acte visant à la
destruction des droits et des libertés reconnus dans le présent Pacte ou
à des limitations plus amples que celles prévues audit Pacte.»
• Il serait déraisonnable d’affirmer qu’un État partie peut violer les obligations
lui incombant au titre du Pacte sur le territoire d’un autre État.
Dans l’affaire Montero c. Uruguay (106/81), le passeport uruguayen de la victime avait été confisqué par le consulat uruguayen d’Allemagne de l’Ouest. La
victime a allégué que ce fait était une violation de ses droits reconnus par l’article 12 (liberté de circulation) du Pacte. Bien que cet acte ait eu lieu en
Allemagne de l’Ouest, le Comité a conclu que « les questions liées à un passeport d’un ressortissant uruguayen relevaient clairement de la compétence
des autorités uruguayennes et que la victime relevait de la compétence de
l’Uruguay aux fins de cette affaire.»84
En conséquence, la jurisprudence du Comité des droits de l’homme et du
Comité contre la torture indique que les États sont responsables des violations
des droits perpétrés par leurs agents lorsque ces derniers opèrent à l’étranger,
pour autant que ces agents agissent dans l’exercice de leurs fonctions.
iv. Ratione Personae
Les États parties sont généralement responsables des actes de leurs propres
agents. Cela vaut même si l’acte est perpétré par un agent qui dépasse le champ
de son pouvoir ou désobéit aux instructions.85 Par exemple, le Comité des
84 Affaire Montero c. Uruguay (106/81), § 5.
85 Voir Titre et texte des projets d’articles sur la responsabilité de l’État pour fait internationalement
illicite adoptés par le Comité de rédaction en deuxième lecture, (2001) UN doc. A/CN.4/L.602/
Rev.1, Article 7.
69
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
droits de l’homme a conclu que l’État partie était responsable de la « disparition » due à un caporal qui avait enlevé une victime dans l’affaire Sarma c. Sri
Lanka (950/00), bien que l’État eût invoqué le fait que le caporal avait agi audelà de ses pouvoirs et sans en avertir ses supérieurs.86
En outre, en vertu du Pacte, les États parties doivent prendre les mesures
nécessaires pour empêcher les acteurs privés (que ce soit des personnes physiques ou morales comme les entreprises) de violer les droits consacrés par
le Pacte de ceux qui relèvent de leur compétence. Par exemple, le Comité a
stipulé que:
« Il ressort implicitement de l’article 7 que les États parties doivent
prendre des mesures positives pour que des personnes privées,
physiques ou morales, n’infligent pas des tortures ou des peines ou
traitements cruels, inhumains ou dégradants à d’autres personnes en
leur pouvoir ».87
Le Pacte est peut-être plus large que la Convention à cet égard, étant donné
que cette dernière est explicitement limitée aux actes qui « sont infligées par
un agent de la fonction publique ou toute autre personne agissant à titre officiel
ou à son instigation ».88 Il n’est pas indiqué clairement si l’absence de mesures
pour empêcher les actes de torture dans le secteur privé constitue une « instigation ».89 Par conséquent, il semble judicieux de présenter une requête individuelle au titre du Pacte plutôt que de la Convention sur la question, si les deux
possibilités sont ouvertes à l’éventuel requérant.
Actuellement, il semble improbable qu’un État soit responsable au titre de l’un
ou l’autre des traités des actes commis par ses citoyens du secteur privé en
dehors du territoire sur lequel il a un contrôle juridique ou effectif.90
Néanmoins, un État est probablement responsable lorsque des acteurs du secteur privé agissent sous son autorité, par exemple, en vertu d’un contrat militaire. Le Comité a récemment exprimé son inquiétude à propos de la compatibilité avec l’article 7 de certaines techniques d’interrogatoire autorisées aux
États-Unis et pratiquées par des sous-traitants militaires du secteur privé.91
86 Affaire Sarma c. Sri Lanka (950/00), § 9.2.
87 Observation générale n° 31, § 8.
88 Voir articles 1 et 16, Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains
ou dégradants.
89 Voir paragraphe 4.1.2(e).
90 Joseph, Schultz, and Castan, above note 20 4.17.
91 Observations finales sur les États-Unis, (2006) UN doc. CCPR/C.USA/CO/3, § 13 [Traduction non
officielle].
70
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
Dans l’affaire H.v.d.P c. Pays-Bas (217/86), la requête concernait les politiques de recrutement de l’Office européen des brevets. Le requérant a déclaré
que, étant donné que la France, l’Italie, le Luxembourg et la Suède sont des
États parties à la fois à la Convention sur le brevet européen et au Protocole
facultatif du Pacte, le Comité avait la compétence pour instruire l’affaire. Le
Comité a conclu que la requête n’était pas recevable «…. Les allégations
concernent les politiques de recrutement d’une organisation internationale qui
ne peut, en aucun cas, être considérée comme relevant de la juridiction des
Pays-Bas ou d’un autre État partie » au Pacte et au Protocole facultatif.92 Il ressort donc de cette affaire que les États ne sont pas responsables en vertu des
traités des Nations Unies des actes perpétrés par les organisations internationales auxquelles ils appartiennent.
Les États parties ne sont pas responsables des violations des droits prévus par
le Pacte et la Convention émanant d’autres États. En revanche, un État est responsable au regard des traités lorsqu’il prend des mesures qui exposeraient une
personne à une violation raisonnablement prévisible de ses droits par un autre
État. Par exemple, une violation a lieu lorsqu’un État expulse une personne
vers un autre État où cette personne serait exposée à un réel risque d’être soumise à la torture dans l’État d’accueil. Ces mesures sont interdites par l’article
3 de la Convention et l’article 7 du Pacte. Dans de tels cas, c’est l’acte d’expulsion qui constitue une violation du traité, et non l’acte de torture susceptible
d’être commis dans l’État d’accueil.93
(c) Epuisement des recours internes
L’article 5(2)(b) du Protocole facultatif stipule :
« Le Comité n’examinera aucune communication d’un particulier sans
s’être assuré que… le particulier a épuisé tous les recours internes
disponibles. Cette règle ne s’applique pas si les procédures de recours
excèdent des délais raisonnables.»
Un critère de recevabilité similaire est prévu par l’article 22(5)(2) de la
Convention. L’article 22(5)(2) ajoute qu’une personne n’est pas tenue d’épuiser les recours internes « s’il est peu probable qu’ils donneraient satisfaction
au particulier qui est la victime d’une violation de la présente Convention ».
92 H.v.d.P c. Pays-Bas (217/86), § 3.2 [Traduction non officielle].
93 Si un acte de torture a lieu par la suite dans l’État d’accueil, cet État viole les dispositions de la
Convention et/ou du Pacte, selon les traités qu’il a ratifiés.
71
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Aussi, pour qu’une requête puisse être examinée par l’un ou l’autre des
Comités, le requérant doit avoir démontré qu’il a réellement cherché à utiliser
tous les moyens disponibles et efficaces auprès de l’État concerné pour obtenir
réparation pour la violation de ses droits.
Parfois, aucun recours n’est disponible. Par exemple, il peut arriver que certaines violations des droits de l’homme soient explicitement autorisées par la
législation d’un État, et que l’on ne puisse pas contester cette législation devant
un tribunal. En conséquence, une personne ne peut pas contester un acte si la
législation nationale l’autorise clairement et s’il n’y a aucun moyen de contester la validité de cette législation au niveau national.94
Il se peut que les recours internes n’aient pas été épuisés au moment de la présentation de la requête, mais qu’ils le soient néanmoins lorsque la recevabilité
de la requête est à l’examen devant le Comité concerné. Auquel cas, ce Comité
décidera presque toujours que la requête remplit le critère prévu par l’article
5(2)(b). Il y a peu d’intérêt à considérer que de telles requêtes sont irrecevables
au titre de l’article 5(2)(b), étant donné que le requérant peut simplement présenter de nouveau la même requête.95
Si une requête est jugée irrecevable en raison du fait que les recours internes
n’ont pas été épuisés, celle-ci peut être présentée de nouveau si les recours
internes disponibles sont ensuite épuisés sans en avoir obtenu satisfaction.
i. Types de recours
Les requérants doivent généralement épuiser les recours judiciaires internes.96
Les Comités sont souvent plus indulgents en ce qui concerne la nécessité d’épuiser
les recours administratifs, étant donné que la qualité et la nature de ces recours
varient largement d’un État à l’autre. L’adéquation du recours administratif au
critère d’épuisement des recours internes dépendra au cas par cas de l’efficacité considérée. Les Comités ne vont probablement pas demander d’épuiser
des recours tout à fait inhabituels ou « extraordinaires », qui sont en marge du
94 Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, § 6.20.
95 Une exception s’est produite dans l’affaire Kuok Koi c. Portugal (925/00), en raison des circonstances exceptionnelles du territoire de Macao qui est passé des autorités portugaises aux autorités
chinoises pendant l’examen de la requête.
96 Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, §§ 6.02-6.03 ; voir par exemple, l’affaire Patiño c.
Panama (437/90), § 5.2.
72
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
système de justice de l’État intéressé.97 Les recours administratifs sont jugés
inefficaces lorsqu’ils sont entièrement soumis à l’appréciation d’une tierce
personne, et le requérant ne sera donc pas tenu de les épuiser. Par exemple,
dans l’affaire Singarasa c. Sri Lanka (1033/01), le fait que le requérant n’a pas
demandé la grâce présidentielle pour une longue peine de prison ne constituait
pas un recours interne devant être épuisé pour que la requête soit recevable.98
Dans l’affaire Vicente et al c. Colombie (612/95), le Comité a conclu qu’il
convient d’examiner la nature de la violation présumée pour déterminer si le
recours est efficace. Si une violation présumée est grave, par exemple, s’il
s’agit d’une violation du droit à la vie d’une personne, il est peu probable que
des mesures administratives et disciplinaires à elles seules soient considérées
adéquates et efficaces.99 On part du principe que le même critère s’applique
concernant les allégations de torture, de traitement ou de peine cruels, inhumains ou dégradants, étant donné la gravité de ces violations.
ii. Comment doit-on épuiser les recours internes ?
En général, une personne qui souhaite présenter une requête auprès du Comité
des droits de l’homme ou du Comité contre la torture doit soumettre le contenu
de sa requête aux autorités locales pour que celle-ci soit recevable.100 Dans
l’affaire Grant c. Jamaïque (353/88), la requête concernait les conditions de
détention dans le quartier des condamnés à mort. Le Comité a estimé que les
recours internes n’avaient pas été épuisés car l’auteur n’avait pas indiqué les
démarches qu’il aurait faites pour soumettre ses doléances aux autorités pénitentiaires, ni les enquêtes qui auraient pu avoir lieu.101 Dans l’affaire Perera c.
Australie (541/93), le requérant avait présenté une requête au Comité au motif
que son procès était inéquitable du fait de la présence d’un juge en particulier,
et parce qu’on ne lui avait pas fourni d’interprète. Le Comité a estimé que les
recours internes n’avaient pas été épuisés étant donné que la participation du
juge n’avait pas été contestée pendant le procès, et que l’absence d’interprète
n’avait pas non plus été portée à l’attention du tribunal.102
97 Affaire Muhonen c. Finlande (89/81). Voir aussi M. Nowak, U.N. Covenant on Civil and Political
Rights, CCPR Commentary, 2e édition, N.P. Engel, Publisher, 2005, p. 886-888.
98 Affaire Singarasa c. Sri Lanka (1033/01), § 6.4.
99 Voir aussi affaire Coronel et al c. Colombia (778/97), § 6.2.
100 Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, § 6.07.
101 Voir le modèle de requête, Appendice ii, § 13.
102 Voir aussi affaire Mazón Costa et Morote Vidal c. Espagne (1326/04).
73
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Lorsqu’une personne épuise les recours internes, il n’est pas nécessaire qu’elle
invoque spécifiquement la disposition internationale appropriée pour autant
que la substance de cette disposition soit invoquée.103 Ainsi, une personne peut
réussir à épuiser les recours internes concernant une allégation de torture sans
faire référence explicitement à l’article 7 du Pacte ou à la Convention contre
la torture lors des procédures internes, si ces dispositions particulières n’ont
pas été intégrées à la législation de l’État.
iii. Délais de procédures des recours internes
Le requérant doit se conformer à tous les délais de procédures raisonnables
concernant les recours internes disponibles. Par exemple, une personne peut
avoir un temps limité pour faire appel d’une décision devant une cour supérieure. Si elle ne se conforme pas à ce délai, il est probable qu’une requête ultérieure soit jugée irrecevable en raison de son manquement à épuiser les recours
internes. Et tel sera le cas, même si l’absence de conformité aux délais de procédures locales était due à un avocat contracté à titre privé, et non au requérant
lui-même104. Par ailleurs, l’ignorance de la législation en vigueur ne peut pas
constituer un motif.105
En revanche, le requérant peut parfois être exempté de l’application stricte du
règlement relatif aux recours internes si l’avocat lui ayant été commis d’office
n’a pas respecté les procédures locales. Dans l’affaire Griffin c. Espagne
(493/92), le requérant n’a pas été contacté par l’avocat commis d’office, en
conséquence de quoi il n’a pas été informé des recours dont il disposait. Bien
que le requérant n’ait pas épuisé le recours approprié dans le délai fixé, l’affaire n’a pas été jugée irrecevable pour ces motifs.
Si une personne cherche réellement et raisonnablement à épuiser les recours
internes mais ne parvient pas à se conformer aux exigences de procédure
locales et donc à épuiser tous les recours, ces tentatives peuvent remplir le critère d’épuisement des recours internes. Par exemple, dans l’affaire J.R.T. and
the W.G. Party c. Canada (104/81), le requérant n’avait pas réussi à remplir
sa demande d’examen judiciaire dans les délais légaux fixés car les délais en
question étaient contradictoires et ambigus. Étant donné que le requérant avait
103 Affaire B.d.B c. Pays-Bas (273/89), § 6.3.
104 Voir par exemple, affaire C.P. et M.PM c. Danemark (CERD 5/1994).
105 Voir par exemple, affaire Soltes c. République Tchèque (1034/01), § 7.4.
74
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
fait un effort raisonnable pour épuiser les recours internes, le Comité a estimé
qu’il avait satisfait aux critères prévus par l’article 5(2)(b) du Protocole facultatif.106
iv. Recours vains
Une personne n’est pas tenue d’épuiser des recours qui seraient vains. Cette
exception à la règle des recours internes est explicitement mentionnée à l’article 22(5)(2) de la Convention. Cette exception a également été reconnue dans
le contexte du Pacte par la jurisprudence du Comité des droits de l’homme.
Dans l’affaire Pratt et Morgan c. Jamaïque (210/86, 225/87), le Comité a
estimé que les requérants n’étaient pas tenus d’épuiser les recours internes
n’ayant objectivement pas de chance de réussir. La croyance ou la présomption
subjective d’une personne quant au caractère vain d’un recours ne la dispense
pas d’épuiser tous les recours internes :107 le recours en question doit être objectivement vain.
Il est difficile d’établir qu’un recours est objectivement vain. Dans l’affaire
P.M.P.K c. Suède (CAT 30/95), la requérante a allégué que son expulsion proposée depuis la Suède vers le Zaïre l’exposerait à de réels risques d’être soumise à la torture au Zaïre. Dans les 18 mois précédents, elle avait fait deux
demandes d’asile qui avaient été rejetées. Elle a affirmé qu’une troisième
demande serait vaine. Bien qu’elle ait disposé de nouvelles preuves quant à son
état de santé, elle n’avait pas de nouvelles preuves pour justifier d’une évolution
quant aux motifs ayant fait échouer ses demandes précédentes, ce qui signifiait
qu’on considérerait à nouveau qu’elle n’était pas exposée à des risques si elle
retournait au Zaïre. Par ailleurs, seulement 5 % des nouvelles demandes étaient
acceptées. Néanmoins, le Comité contre la torture a estimé que l’on ne pouvait
pas dire de manière concluante qu’une nouvelle demande serait inefficace ou vaine.
Dans l’affaire Arzuaga Gilboa c. Uruguay (147/83), le Comité des droits de
l’homme a stipulé que les recours « efficaces » comprennent les « garanties
procédurales d’une audience équitable et publique par un tribunal compétent,
indépendant et impartial ».108 Á cet égard, les Comités ont reconnu que les
recours internes dans certaines circonstances et sous certains régimes dictatoriaux sont probablement vains. Cette disposition ne s’applique peut-être sim-
106 Voir aussi l’affaire Mpandanjila et al c. Zaire (138/83).
107 Voir affaire R.T. c. France (262/87) et affaire Kaaber c. Islande (674/95).
108 Affaire Arzuaga Gilboa c.Uruguay (147/83), § 7.2 [Traduction non officielle].
75
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
plement pas sous ces régimes ; les tribunaux ne sont généralement pas indépendants, et peuvent simplement faire office d’autorité purement formelle
pour les gouvernements.109
Une personne n’est pas tenue d’épuiser les recours internes s’il est dangereux
pour elle de le faire. Dans l’affaire Phillip c. Jamaïque (594/92), le Comité a
estimé qu’en raison de la crainte du requérant face aux autorités pénitentiaires,
il n’était pas tenu d’informer ces autorités des mauvaises conditions de détention.110
Si le tribunal suprême national du territoire a rendu une décision concernant
une affaire dans laquelle les faits sont très semblables à ceux de l’affaire dont
il est question, et si la décision du tribunal suprême a éliminé toute chance de
succès d’un appel devant les tribunaux nationaux, le requérant n’est pas tenu
d’épuiser ce recours.111 Dans l’affaire Pratt et Morgan c. Jamaïque (210/86,
225/87), les requérants ont déclaré que leur exécution après une longue période
passée dans le quartier des condamnés à mort violerait leurs droits reconnus
par le Pacte. Ils ont affirmé qu’un appel devant la Cour suprême de Jamaïque
serait vain étant donné les décisions préalables de la Section judiciaire du
Conseil privé, la plus haute cour du système judiciaire jamaïcain, qui avait
rejeté les arguments juridiques que les requérants voulaient mettre en avant
dans leur affaire. Le Comité a conclu qu’un recours constitutionnel dans cette
affaire « serait voué à l’échec, et que tous les recours internes effectifs avaient
donc été épuisés .»112 Dans l’affaire Faurisson c. France (550/93), le requérant
n’a pas eu besoin de faire appel devant la cour d’appel française étant donné
que le coinculpé dans l’affaire avait déjà perdu cette procédure devant ce
même tribunal. D’un autre côté, les Comités peuvent demander au requérant
d’épuiser ce recours si le jugement d’une cour supérieure constitue un précédent peu solide. Un précédent est peu solide lorsque la décision de la plus haute
cour est prise par une faible majorité, ou lorsque la loi a été largement inexplorée avant cette décision.113
109 Joseph, Schultz, et Castan, note 31 ci-dessus, § 6.15; voir aussi C. Giffard, The Torture Reporting
Handbook, Human Rights Centre, University of Essex, 2000, p. 81.
110 Affaire Phillip c. Jamaïque (594/92), § 6.4. Voir modèle de requête, Appendice ii, § 18.
111 Voir Joseph, Schultz, et Castan, note 31 ci-dessus, § 6.20.
112 Affaire Pratt et Morgan c. Jamaïque (210/86, 225/87), § 12.5. Paradoxalement, le Conseil privé a
finalement infirmé sa jurisprudence sur la question dans une affaire présentée par Pratt et Morgan,
Pratt et Morgan c. Procureur général pour la Jamaïque (1993) 2 AC 1. Voir paragraphe 3.2.10(b).
113 Voir affaire Barbaro c. Australie (CERD 7/95), § 10.5. Cette affaire a été traitée dans le cadre du
mécanisme de requête individuelle prévu par la Convention internationale sur l’élimination de
toutes les formes de discrimination raciale de 1966.
76
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
v. Recours onéreux
De temps à autre, les Comités prennent en compte les moyens financiers du
requérant et la possibilité d’une aide juridique, bien que la jurisprudence en la
matière ne soit pas de très claire.114 Dans l’affaire Henry c. Jamaïque (230/87),
le requérant a fait valoir qu’il ne pouvait pas former un recours constitutionnel
devant la Cour suprême constitutionnelle de Jamaïque étant donné son manque
de ressource financière et l’absence d’assistance judiciaire pour les recours
constitutionnels. Le Comité a conclu que « ce n’est pas l’indigence de l’auteur
qui le dispense de former un recours constitutionnel, mais le refus ou l’incapacité de 1’État partie de lui fournir une assistance judiciaire à cet effet ».115
En conséquence, le Comité a estimé que le requérant n’était pas tenu de former
un recours constitutionnel étant donné que ce recours n’était ni disponible ni
efficace. En outre, dans l’affaire P.S. c. Danemark (397/90), le Comité a
conclu que le simple fait qu’une personne ait des doutes sur les considérations
financières d’un recours ne la décharge pas d’épuiser ce recours. Cette affaire
diffère de l’affaire Henry en ce que le requérant n’avait formé aucun recours
judiciaire et n’avait pas non plus démontré qu’il n’avait pas les moyens financiers de former de tels recours.116 Si une personne a les moyens financiers de
former un recours disponible, elle doit le faire même si ce recours est onéreux.117 Qui plus est, une personne doit s’employer activement à obtenir une
assistance judiciaire (sauf s’il n’y a pas d’assistance judiciaire prévue par l’État
concerné) et ne pas l’avoir obtenue avant de pouvoir être dispensée de former
un recours onéreux.118
vi. Durée déraisonnable des recours
Les Comités ne demandent pas aux personnes de former des recours dont les
délais seraient déraisonnablement longs. Cette exception à la règle des recours
internes est exposée expressément tant dans le Protocole facultatif qu’à l’article 22 de la Convention.
Dans l’affaire R.L. et al c. Canada (358/89), le Comité a déclaré que même si
le requérant estime que les délais de procédures sont excessivement longs, il
114
115
116
117
118
Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, § 6.27.
Affaire Henry c. Jamaïque (230/87), § 7.3.
Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, § 6.27.
Voir par exemple, affaire R.W. c.Jamaïque (340/88), § 6.2.
Voir par exemple, affaire G.T. c. Canada (420/90), § 6.3.
77
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
doit malgré tout faire un effort raisonnable pour épuiser les recours internes.
En outre, si la durée des recours se prolonge du fait du requérant, le délai de
ces recours ne sera pas considéré comme excessivement long.119
Il n’existe pas de normes en matière de durée pour déterminer si la durée d’un
recours « excède les délais raisonnables »: la durée sera variable en fonction de
la complexité de l’affaire. Dans l’affaire Fillastre et Bizoarn c. Bolivie (336/88),
la requête portait sur l’arrestation et la détention prolongées de deux détectives
privés français par les autorités boliviennes. Le Comité a conclu :
« qu’une durée de plus de trois ans pour juger l’affaire en première
instance, sans compter les recours qui pourraient être intentés
ultérieurement, « excédait les délais raisonnables » au sens du paragraphe 2 b) de l’article 5 du Protocole facultatif ».120
Etant donné que les retards n’étaient imputables ni aux requérants ni à la complexité de l’affaire, le Comité a jugé que le critère de l’épuisement de tous les
recours internes disponibles était rempli. Dans l’affaire V.N.I.M. c. Canada
(CAT 119/98), le requérant avait formé des recours liés à l’immigration depuis
plus de quatre ans; le Comité contre la torture a considéré qu’une prolongation
de cette période serait déraisonnable.121 Dans l’affaire Blanco c. Nicaragua
(328/88), le requérant avait passé neuf ans en détention au moment où la communication a été présentée. Aucun recours n’était disponible à ce moment-là.
Alors que la communication était en cours d’examen, un nouveau gouvernement est arrivé au pouvoir et a relâché le requérant après 10 années d’incarcération. Le nouveau gouvernement a fait valoir que le requérant pouvait former
de nouveaux recours internes pour obtenir réparation pour sa détention. Le
Comité a conclu que l’on ne pouvait pas demander au requérant d’intenter
d’autres recours étant donné que cela entraînerait une prolongation excessive
des efforts qu’il lui fallait faire.122
vii. Charge de la preuve
Le requérant a la charge première de prouver qu’il a épuisé ou réellement cherché a épuiser tous les recours internes appropriés. Le requérant doit justifier
119
120
121
122
Voir par exemple, affaire H.S. c. France (184/84).
Affaire Fillastre et Bizoarn c. Bolivie (336/88), § 5.2.
Affaire V.N.I.M. c. Canada (CAT 119/98), § 6.2.
Affaire Blanco c. Nicaragua (328/88), § 9.2.
78
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
toute déclaration selon laquelle certains recours sont indisponibles, inefficaces,
vains ou déraisonnablement longs. Ensuite, l’État partie acquiert la charge de
fournir les preuves justifiant que les recours internes sont toujours disponibles
et efficaces. Cette approche est relativement souple et garantit que la charge
repose à la fois sur l’auteur de la requête et l’État partie.123
(d) Impossibilité de présenter simultanément une requête
devant un autre organe international
Le Pacte et la Convention seront abordés séparément concernant cet aspect de
l’irrecevabilité, étant donné que les règles sont matériellement différentes.
i. Le Pacte
L’article 5(2)(a) du Protocole facultatif se rapportant au Pacte stipule que :
« Le Comité n’examinera aucune communication d’un particulier sans
s’être assuré que la même question n’est pas déjà en cours d’examen
devant une autre instance internationale d’enquête ou de règlement.»
Par conséquent, le Comité des droits de l’homme n’examinera pas les requêtes
qui font l’objet au même moment d’un examen par une autre instance internationale. Dans l’affaire Wright c. Jamaïque (349/89), une violation des droits
du requérant avait déjà été conclue au titre de la Convention interaméricaine
relative aux droits de l’homme; il pouvait néanmoins présenter ensuite la
même requête devant le Comité des droits de l’homme.
Si la requête est jugée irrecevable au sens de l’article 5(2)(a), le requérant peut
présenter de nouveau sa requête une fois que celle-ci aura été conclue par l’autre instance internationale.
La procédure internationale appropriée aux sens de l’article 5(2)(a) est semblable à toute procédure internationale relative aux requêtes individuelles, par
exemple, celles prévues par la Convention européenne des droits de l’homme,
la Convention américaine des droits de l’homme, la Charte africaine, la
Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains
ou dégradants, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, ou la Convention sur l’élimination de toutes les formes de
123 Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, § 6.43.
79
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
discrimination à l’égard des femmes. Une requête présentée au titre de l’article
26 de la Constitution de l’Organisation internationale du Travail ainsi que la
procédure spéciale devant le Comité de la liberté syndicale de l’Organisation
internationale du Travail peuvent aussi rendre la requête irrecevable.124
L’enquête d’une organisation intergouvernementale dans un pays donné sur la
situation au regard des droits de l’homme ne rend pas la requête irrecevable,
même si cette enquête porte sur des questions soulevées dans la requête en
question.125 L’enquête menée par un rapporteur spécial, tel que le Rapporteur
spécial sur la torture, ou la procédure mise en place par une ONG, par exemple,
Amnesty International, la Commission internationale des juristes, ou le Comité
international de la Croix-Rouge, ne constitue pas un « examen devant une autre
instance internationale d’enquête ou de règlement » au sens de l’article
5(2)(a).126
Le Comité a conclu que l’expression « même question » de l’article 5(2)(a) du
Protocole facultatif doit « être comprise comme désignant une seule et même
requête concernant une même personne, soumise par cette personne ou par une
autre habilitée à agir en son nom à une autre instance internationale.»127 Dans
l’affaire Unn et al c. Norvège (1155/03), une requête concernant la même
question (éducation religieuse obligatoire dans les écoles norvégiennes) a été
présentée en même temps devant le Comité des droits de l’homme et devant
la Cour européenne des droits de l’homme. Toutefois, les requêtes ont été présentées par des parents et des élèves différents, et la requête ne concernait donc
pas « la même question ».128 Dans l’affaire Millán Sequeira c. Uruguay (6/77),
une requête a été présentée devant la Commission interaméricaine des droits
de l’homme au sujet de centaines de personnes détenues en Uruguay ; dans
cette requête, deux phrases concernaient la victime ayant présenté une requête
au titre du Protocole facultatif. Le Comité a conclu que la requête au titre du
Protocole facultatif n’était pas la même car cette dernière exposait la déclaration de la victime dans les détails.129 Par conséquent, les deux affaires ne
concernaient pas la même question.
124
125
126
127
128
129
Nowak, note 97 ci-dessus, p.879.
Affaire Baboeram et al c. Suriname (146, 148/154/83), § 9.1 [Traduction non officielle].
Affaire Baboeram et al c.Suriname (146, 148/154/83), § 9.1 [Traduction non officielle].
Affaire Fanali c. Italie (75/80), § 7.2. et affaire Unn et al c. Norvège (1155/03), § 13.3.
Affaire Unn et al c. Norvège (1155/03), § 13.3.
Affaire Millán Sequeira c. Uruguay (6/77), § 9.
80
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
Comme indiqué ci-dessus, l’article 5(2)(a) n’empêche pas une affaire d’être
recevable même si celle-ci a fait l’objet d’un examen par une autre instance
internationale d’enquête et de règlement, pour autant que l’affaire soit conclue.
Néanmoins, de nombreux États européens ont émis des réserves130 au Protocole facultatif afin que les affaires qui ont été précédemment examinées au titre
de la Convention européenne des droits de l’homme ne soient pas examinées.
En conséquence, ces réserves visent généralement à empêcher que les organes
de traités des Nations Unies servent à « faire appel » des décisions européennes
en matière de droits de l’homme.131
La jurisprudence sur les réserves émises par les États européens est complexe.132 Le Comité des droits de l’homme a apparemment tenté de limiter
l’application de ces réserves lorsque les faits relatifs à une affaire donnent lieu
à plusieurs requêtes possibles tant au regard du Pacte que de la Convention
européenne des droits de l’homme, en raison des droits différents consacrés
par ces deux traités.133 Il est peu probable que ce genre de problème se produise
concernant la torture ou le traitement cruel, inhumain ou dégradant, puisque
ces actes sont interdits par les deux traités.134 D’autres problèmes se sont posés
concernant l’interprétation par le Comité des droits de l’homme de la formulation
de la réserve en question émise par des États européens. Par exemple, une
réserve interdisant au Comité des droits de l’homme d’examiner des affaires
précédemment « statuées » par la Cour européenne des droits de l’homme est
plus réductrice qu’une réserve interdisant l’examen d’affaires ayant été « présentées » précédemment devant la Cour européenne des droits de l’homme.
Cette dernière réserve est plus large puisqu’elle permet de présenter des
requêtes qui ont été soumises préalablement à la Cour européenne des droits
de l’homme mais qui ont été retirées avant que la décision n’ait été rendue. Il
130 Une réserve, qui doit être émise au moment de la ratification d’un traité, modifie les obligations
d’un État en vertu d’un traité en particulier. Il s’agit généralement de la volonté de ne pas être lié
à certaines dispositions d’un traité.
131 P.R. Ghandi, The Human Rights Committee and the Right of Individual Communication, Ashgate,
1998, p. 228.
132 Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, §§ 5.09-5.17.
133 Par exemple, le Pacte reconnaît certains droits, tels que l’interdiction explicite de l’incitation à la
haine qui n’est pas reconnue par la Convention euorpéenne des droits de l’homme.
134 Cela ne veut pas dire que la législation au titre des traités des Nations Unies et de la Convention
européenne des droits de l’homme soit la même. Par exemple, le Comité des droits de l’homme et
la Cour européenne des droits de l’homme ont des points de vue différents sur le syndrôme du
quartier des condamnés à mort: voir paragraphe 3.2.10(b).
81
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
est donc conseillé au requérant qui présente une requête au Comité des droits
de l’homme de bien étudier la formulation de toute réserve pertinente émise
par un État européen, si la même question a précédemment fait l’objet d’un
examen au titre de la Convention européenne des droits de l’homme. Il est
envisageable en effet que la situation du requérant n’entre pas dans le cadre de
la réserve au vu de la formulation de celle-ci.
ii. Convention contre la torture et autres peines ou traitements
cruels, inhumains ou dégradants
En vertu de l’article 22(5)(1) de la Convention, le Comité contre la torture
n’examinera aucune communication si la même question est en cours d’examen devant une autre instance internationale d’enquête ou de règlement.
Contrairement au Pacte, ce motif d’irrecevabilité ne se limite pas aux situations dans lesquelles une communication est examinée simultanément par une
autre instance internationale : le Comité contre la torture n’examinera pas non
plus les communications ayant fait l’objet de procédure analogue, même si
cette procédure est achevée. Par conséquent, la Convention contre la torture et
autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants est plus stricte
que le Pacte à cet égard.
On peut s’attendre à ce que le Comité contre la torture suive la même jurisprudence que le Comité des droits de l’homme concernant certaines questions,
telles que la définition de la procédure internationale appropriée, et la définition de la « même question ».
(e) Abus du droit de plainte
Parfois, une requête peut être jugée irrecevable du fait de l’abus du droit
de plainte. Ce motif d’irrecevabilité est rarement invoqué. Il peut l’être par
exemple lorsque la victime présumée soumet délibérément de fausses informations à un Comité.135 Il peut également être invoqué quand une longue période
de temps s’est écoulée depuis l’événement objet de la plainte. L’affaire Gobin
c. Maurice (787/97) a été rejetée pour ce motif. La communication concernait
une discrimination présumée de l’État à l’égard du requérant en violation de
135 Nowak, note 97 ci-dessus, p. 853.
82
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
l’article 26 du Pacte, car l’État ne reconnaissait pas l’élection du requérant à
l’assemblée législative mauricienne. La requête a été présentée cinq ans après
l’élection en question. Bien qu’il n’y ait pas d’échéance précise durant laquelle
une personne peut présenter une requête auprès du Comité, ce dernier a déclaré
dans cette affaire que :
« [L]a violation dénoncée aurait eu lieu lors d’élections tenues cinq ans
avant que la communication ne soit soumise au Comité, sans qu’une
explication convaincante ne soit donnée pour justifier un tel délai. Faute
d’explication, le Comité est d’avis que la présentation de la communication après un délai aussi long doit être considérée comme un abus du
droit de plainte, d’où il conclut à l’irrecevabilité de la communication
en vertu de l’article 3 du Protocole facultatif.»136
2.1.2 Comment présenter une requête au Comité des droits
de l’homme et au Comité contre la torture
Les requêtes individuelles, parfois appelées « communications individuelles »,
peuvent être présentées au titre du Protocole facultatif se rapportant au Pacte
et de l’article 22 de la Convention contre la torture, pour violations présumées
par les États parties de leurs obligations au titre des traités respectifs à l’égard
de certains individus.
Les requêtes individuelles destinées au Comité des droits de l’homme et au
Comité contre la torture doivent être envoyées à l’adresse suivante :
Unité des Communications du Bureau
du Haut-Commissariat des Nations Unies
Palais des Nations 8–14
avenue de la Paix
CH–1211 Geneva 10
Suisse
Fax: +41 (0)22 917 90 22
Courriel: tb-petitions@ohchr.org
Une requête relative à des allégations de torture, de traitement inhumain ou
dégradant ne peut pas être présentée aux deux Comités en même temps. Par
136 Affaire Gobin c. Maurice (787/97), § 6.3. Cinq membres dissidents du Comité des droits de
l’homme ont déclaré que cette décision majoritaire introduisait indûment une « échéance limitative » au Protocole facultatif.
83
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
conséquent, la personne choisira l’organe de traités auquel elle présentera sa
requête.137
L’organe de traités auquel le requérant souhaite présenter sa requête doit être
clairement spécifié. Les requêtes doivent être formulées par écrit, et peuvent
être envoyées par fax ou par courrier électronique ; elles ne seront toutefois pas
enregistrées avant que le Secrétariat ne reçoive la requête signée sur papier.
(a) Orientations de base pour présenter une requête
Un modèle du formulaire de présentation de requête est disponible à l’adresse
suivante : http://www.unhchr.ch/html/menu6/2/annex1.pdf. Il n’est pas obligatoire d’utiliser ce formulaire, néanmoins, le fait de remplir ce formulaire permettra de s’assurer que les informations élémentaires nécessaires sont transmises au Comité intéressé. Le modèle de requête à l’Appendice ii présente un
exemple alternatif de la manière de déposer une plainte.
Le formulaire de présentation de requête sur la page du Haut-Commissariat des
Nations Unies aux droits de l’homme précise que les informations suivantes
doivent y figurer :
• Nom de l’organe de traités auquel la requête est adressée.
• Nom de la personne présentant la requête.
• État contre lequel la requête est présentée. En ce qui concerne le Pacte, une
communication ne peut être présentée contre un État que si cet État a ratifié
le Protocole facultatif. Pour ce qui est de la Convention, une communication
ne peut être présentée que contre un État ayant fait une déclaration préalable
au titre de l’article 22 du traité.
• La nationalité, la date et le lieu de naissance, la profession de l’auteur de la
requête
• La signature de la personne présentant la requête
• L’adresse postale pour la correspondance relative à la requête
• Le nom de la victime, s’il est différent de celui de la personne qui présente
la requête. Cette personne est aussi appelée « l’auteur » ou, dans le présent
Guide, « le requérant ». Si la victime n’est pas joignable (par exemple, si elle
est décédée), la personne ayant un lien étroit avec la victime, tel qu’un
proche de la famille, est considérée comme l’auteur.138
137 Voir paragraphe 2.1.3(c).
138 Voir paragraphe 2.1.1(a).
84
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
• La nationalité, la date et le lieu de naissance, et la profession de l’auteur
• L’adresse de l’auteur, si elle est connue
• L’autorisation donnée à la personne (si ce n’est pas l’auteur) de présenter la
requête.
• Les raisons pour lesquelles il n’y a pas d’autorisation, le cas échéant
• Une demande d’anonymat dans la publication de toute décision, si nécessaire
• La liste des articles du traité concerné (Pacte ou Convention) au titre desquels la personne dénonce une violation présumée. Veiller à ce que les États
parties n’aient pas émis de réserves concernant ces articles.139
• Une description de la façon dont les recours internes ont été épuisés
• Les raisons pour lesquelles les recours internes n’ont pas tous été épuisés, le
cas échéant.140
• Une déclaration mentionnant que la requête ne fait pas l’objet simultanément
d’un examen devant une autre instance internationale d’enquête ou de règlement.141
• Si les événements ont eu lieu en dehors du territoire de l’État, indiquer les
raisons pour lesquelles cet État devrait être responsable de ces événements.142
• Si certains ou tous les événements ont eu lieu avant l’entrée en vigueur des
dispositions permettant le dépôt de requêtes individuelles contre un État, les
raisons pour lesquelles les situations en cause constitueraient des « violations
continues ».143
• Une demande de mesures provisoires, si cette demande est effective, accompagnée des raisons pour lesquelles de telles mesures sont demandées.144
• Une déclaration détaillée des faits
• Une description de la réparation demandée
• Les pièces justificatives appropriées.
139 Si un État émet une réserve à une disposition d’un traité, cela signifie qu’il considère ne pas être
lié à cette disposition. Les réserves doivent être émises au moment de la ratification. Les réserves
émises aux traités des Nations Unies relatifs aux droits de l’homme peuvent être consultées à
l’adresse suivante: http://www.unhchr.ch/tbs/doc.nsf
140 Voir paragraphe 2.1.1(c).
141 Voir paragraphe 2.1.1(d).
142 Voir paragraphe 2.1.1(b)(iii).
143 Voir paragraphe 2.1.1(b)(ii).
144 Voir paragraphe 2.2.
85
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
b) Conseil et représentation juridiques
Un auteur peut autoriser une autre personne à agir en son nom pour présenter
une requête et pour rester en relation avec le Comité tout au long de l’examen
de la requête. Cette autorisation doit être faite par écrit et être signée. Il n’existe
pas de formulaire officiel d’autorisation.
Il n’est pas nécessaire qu’une communication soit présentée par un avocat qualifié. Néanmoins, dans la mesure du possible, il est préférable pour la victime
de chercher une assistance judiciaire pour rédiger et présenter sa requête. La
participation d’un avocat à l’élaboration du processus devrait améliorer la qualité de la requête et par conséquent augmenter les chances du requérant d’obtenir gain de cause.145
c) Frais de procédure
La présentation d’une requête est gratuite : il n’y aura pas de frais en tant que
tels si une requête devait être examinée par un organe de traités des Nations
Unies. En revanche, la préparation de la requête peut entraîner des frais. Par
exemple, des frais peuvent être occasionnés par le conseil juridique ou les services d’un avocat qui se chargera de la communication, pour faire traduire les
documents, pour obtenir des copies des documents appropriés. Il n’y a pas
d’assistance judicaire disponible au sein des Nations Unies. L’accès à l’assistance judicaire dépendra de la disponibilité de cette assistance au sein des systèmes de justice nationaux concernés.146 Dans certains cas, des avocats ou des
ONG au niveau local peuvent offrir une assistance volontaire.
d) Procédures écrites
À ce jour, toutes les requêtes ont été conclues à partir de présentations écrites.
Bien que le Règlement intérieur du Comité contre la torture prévoie la possibilité d’une présentation orale,147 cela ne s’est jamais produit.
Il n’existe pas de document officiel pour présenter une requête, par exemple,
une « déclaration de requête » officielle. Tous les faits sur lesquels s’appuie la
145 Fiche d’information No.7/Rev.1, « Procédures d’examen des requêtes »: http://www.ohchr.org/
french/about/publications/docs/fs7_f.pdf
146 « Procédures d’examen des requêtes » à http://www.ohchr.org/french/about/publications/docs/fs7_f.pdf
147 Règlement intérieur du Comité contre la torture, (2002) UN doc. CAT/C.3/Rev.4, (dénommé
ci-après « Règlement du Comité »), article 111.
86
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
requête seront exposés par ordre chronologique et dans un langage clair et
concis. La requête sera facile à lire, elle sera formulée par paragraphes numérotés et comportera des renvois si nécessaire,148 en double interligne. Les
pièces justificatives seront jointes à la requête, déclarations de police et dossiers médicaux. Si nécessaire, des copies traduites seront jointes. Ces pièces
sont décrites dans les détails aux paragraphes 2.1.2(e).
Il n’y a pas d’échéances précises pour la présentation d’une requête.
Néanmoins, il est préférable que la requête soit présentée au Comité concerné
dès que le dernier recours interne approprié aura été épuisé. Dans l’affaire
Gobin c. Maurice (787/97), le Comité a conclu qu’un délai inexplicable de
cinq ans avait couru avant la présentation de la requête et ce délai avait rendu
cette dernière irrecevable pour abus du droit de plainte.149 Des délais prolongés
de présentation des requêtes peuvent altérer la crédibilité de l’histoire d’une
personne car les preuves seront alors anciennes et cela peut nuire à la capacité
de réponse de l’État partie.
Il n’y a pas de limite de mots pour formuler une requête. Si celle-ci est particulièrement longue, il est conseillé de joindre un bref résumé du contenu de la
requête.150
La requête sera présentée dans l’une des langues de travail des Comités, à savoir
l’anglais, le français, l’espagnol et le russe.151 La requête, ainsi que les documents
appropriés, seront donc traduits dans l’une de ces langues. De fait, l’examen d’une
requête sera probablement retardé si celle-ci est présentée dans une langue autre
que l’anglais, le français ou l’espagnol. En ce qui concerne les pièces justificatives, des copies dans la langue originale seront également transmises.
L’auteur exposera les raisons pour lesquelles les faits constituent une violation
des dispositions mentionnées du traité concerné. Il n’est pas obligatoire de
mentionner les articles présumés violés, mais il est préférable de le faire. Dans
la mesure du possible, l’auteur fera référence à des affaires précédentes ou à
une autre jurisprudence (par exemple, observations générales, observations
finales) du Comité concerné.152 S’il n’y a pas de jurisprudence favorable en la
148
149
150
151
Voir modèle de requête, Appendice ii, par exemple par. 4, 21, 38.
Paragraphe 2.1.1(e).
Giffard, note 109 ci-dessus, 66-67.
Règlement intérieur du Comité des droits de l’homme, (2005) UN doc. CCPR/C.3/Rev.8,
(dénommé ci-après « Règlement du Comité »), article 28 ; Règlement du Comité contre la torture,
article 26.
152 Voir, modèle de requête, Appendice ii, at, e.g., § § 40-41.
87
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
matière, l’auteur fera référence à la jurisprudence favorable d’un autre organe
de traités des Nations Unies, d’une Cour régionale des droits de l’homme voire
à une décision comparable rendue par les tribunaux internes d’un autre État.153
En bref, l’auteur s’efforcera d’inclure des références à des précédents juridiques venant appuyer son affaire. Si la jurisprudence des Comités concernés
n’est pas favorable à l’auteur, ce dernier reconnaîtra ce fait et cherchera à faire
une distinction avec sa propre affaire, ou à avancer un argument démontrant
que ces affaires ne doivent être suivies. Dans la mesure du possible, l’auteur
soulignera les faits distincts qui n’ont pas encore été examinés par le Comité
concerné.
L’auteur doit confirmer que la requête remplit tous les critères de recevabilité.
En particulier, l’auteur détaillera la façon dont il a épuisé tous les recours
internes. L’auteur devra préciser s’il a intenté un recours auprès de la plus
haute cour de l’État concerné; et ce faisant, l’auteur ne devra pas partir du
principe que les membres de ce Comité connaissent la hiérarchie judiciaire de
l’État concerné.154 Si aucun recours interne n’est disponible, il faudra l’expliquer dans le récit. Si les recours internes n’ont pas été épuisés, l’auteur expliquera les raisons pour lesquelles ils ne l’ont pas été.155 Cette règle ne s’applique
pas lorsqu’il est manisfeste qu’un recours serait vain ou que la durée de ce
recours serait déraisonnable. L’auteur en expliquera les raisons. Les affirmations générales (par exemple « les tribunaux sont injustes »; « les tribunaux sont
corrompus ») en la matière ne seront probablement pas considérées comme des
raisons valables par les Comités.
L’auteur doit aussi confirmer que, conformément à l’article 5(2)(a) du
Protocole facultatif, la requête ne fait pas l’objet d’un examen par une autre
instance internationale d’enquête ou de règlement.156
L’auteur prêtera également attention aux autres raisons d’irrecevabilité, et s’attachera à y remédier le cas échéant. Par exemple, si les violations présumées ont
eu lieu avant la date à laquelle le mécanisme approprié de présentation de
requêtes individuelles est entré en vigueur pour l’État concerné, l’auteur doit
expliquer pourquoi cette violation persiste dans la présente affaire.157 Si la violation présumée a eu lieu en dehors du territoire de l’État concerné, l’auteur doit
153
154
155
156
157
Voir modèle de requête, Appendice ii, § 46.
Voir modèle de requête, Appendice ii, § 31.
Voir modèle de requête, Appendice ii, § 32.
Voir modèle de requête, Appendice ii, § 28.
Paragraphe 2.1.1(b)(ii).
88
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
expliquer pourquoi cet État devrait être tenu responsable des actes commis en
dehors du territoire.158
De nombreuses affaires examinées par les organes de traités portent sur des
allégations examinées auparavant par un tribunal national, qui avait décidé
qu’elles n’étaient pas prouvées. Par exemple, une personne peut déclarer
qu’elle a été torturée par la police, et chercher à prouver ces allégations devant
un tribunal, lequel conclut au bout du compte que l’allégation n’est pas fondée.
Étant donné la nécessité d’épuiser les recours internes, ce scénario se produit
souvent. De manière générale, il est fort improbable que les organes de traités
infirment la décision d’un tribunal national si ce tribunal a examiné l’affaire
quant au fond. Le Comité des droits de l’homme a déclaré dans l’affaire R.M.
c. Finlande (301/88):
« Le Comité … n’est pas un organe de recours judiciaire et… que le fait
qu’une juridiction interne ait pu commettre une erreur de fait ou de droit
ne soulève pas en soi la question de la violation du Pacte…»159
Les procédures de recherche des faits des Comités sont assez peu comparables
à celles des tribunaux nationaux en ce que ces derniers ont l’avantage d’entendre les témoins et d’évaluer leurs comportements, ainsi que de recueillir des
témoignages oraux. Généralement, les Comités infirmeront la décision d’un
tribunal national uniquement s’il peut être établi que la décision de la cour a
été clairement arbitraire ou manifestement injuste, ou a fait l’objet d’un défaut
de procédure (par exemple, le juge avait un conflit d’intérêts). Par conséquent,
si un auteur doit contester une décision d’un tribunal interne afin de pouvoir
présenter sa requête, l’auteur expliquera pourquoi :
(a) le tribunal n’a pas examiné la requête quant au fond préalablement à l’organe de traités ;160
(b) la décision du tribunal est manifestement arbitraire ou injuste. Cet argument pourrait être invoqué si une décision ne tenait pas compte d’un élément de preuve fondamental. Par exemple, dans l’affaire Wright c.
Jamaïque (349/89), § 8.3, une violation du droit à un procès équitable a été
158 Paragraphe 2.1.1.(b)(iii).
159 Affaire R.M. c. Finlande, (301/88), § 6.4.
160 Cet argument pourrait alors soulever la question de l’épuisement des recours internes. En conséquence, l’auteur expliquera pourquoi le fond de la requête présentée au niveau international n’a
pas été examiné par le tribunal interne. Dans de nombreux cas, cela est dû au fait que la question
ne relève pas de la compétence des tribunaux nationaux (c’est-à-dire, qu’il n’y a pas de motif juridique pour contester l’affaire devant la législation nationale).
89
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
conclue en raison du manquement du juge à donner des instructions au jury
lors d’un procès aux assises sur l’alibi éventuel de l’auteur qui était accusé
de meurtre.
(c) la décision du tribunal fait l’objet d’un défaut de procédure important, par
exemple, la participation à la décision d’un juge ayant clairement manifesté
un préjugé à l’égard de la victime.161
Il est possible que le Comité contre la torture, lorsqu’il examine les affaires au
titre de l’article 3 de la Convention (sur l’expulsion d’une victime vers un État
où elle serait exposée à de réels risques d’être soumise à la torture), adopte une
approche moins déférente. Il a explicitement établi que, dans de tels cas, s’il
accordait « un poids considérable » aux constatations des faits par les organes
de l’État partie concerné (tels que les tribunaux d’examen des affaires liées aux
réfugiés), il n’était toutefois pas lié à ces constatations, et qu’il pouvait évaluer
indépendamment les faits et les circonstances relatives à chaque cas.162 Le
Comité contre la torture ne s’est toutefois écarté des décisions de tribunaux
nationaux en la matière qu’à quelques reprises seulement.
Sauf si la requête n’est pas enregistrée, ou si elle est rejetée par le Comité
concerné en raison de son irrecevabilité, l’État partie aura la possibilité de
répondre à la requête initiale. L’auteur aura ensuite la possibilité de répondre
aux affirmations de l’État, et ce processus peut se renouveler à plusieurs
reprises. Souvent, l’État partie contestera une affirmation de l’auteur, voire les
contestera toutes. Lorsqu’il répondra à ces assertions, l’auteur répondra aux
arguments de l’État point par point. L’auteur mettra en relief toute faille et
incohérences dans le raisonnement de l’État, et tout défaut dans les preuves
qu’il met en avant (par exemple, l’absence de pièces justificatives appropriées).
La réponse de l’auteur sera ensuite envoyée à l’État, et souvent, les deux parties (l’État et l’auteur) présenteront de nouveau des arguments. Une partie a
toujours la possibilité, dans des délais fixés, de répondre à tout nouvel argument présenté par l’autre partie. À chaque fois que l’auteur répond à un État,
il abordera les arguments de l’État point par point, et en fera ressortir les failles
et les incohérences, le cas échéant.
161 Voir par exemple, l’affaire, Karttunen c. Finlande (387/89), §§ 7.1-7.3.
162 Observation générale n° 1 (CAT), § 9(a) et 9(b).
90
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
Enfin, l’auteur informera le Comité de tout événement significatif survenant
pendant l’examen de la requête tel que par exemple, l’adoption d’une nouvelle
législation pertinente par un État, les faits liés à une enquête, la libération ou
le décès d’une personne, etc.
e) Etablissement des faits
L’auteur présentera de façon aussi détaillée que possible le déroulement des
faits, même s’il peut être douloureux pour lui de s’en souvenir. Toute information pertinente, telles que les dates, les noms, les lieux seront spécifiés.163 Un
récit est plus crédible s’il comporte des détails importants. Par exemple, il est
essentiel de décrire les actes de mauvais traitements plutôt que de simplement
indiquer que la victime a « été soumise à la torture ». Il est inutile de faire des
suppositions sur les conséquences qu’un organe de traités devrait tirer des faits
présentés. Le langage émotionnel, les affirmations générales qui ne sont pas
étayées par des preuves, et les présupposés nuiront à la crédibilité du récit.
Les exemples suivants exposent les informations pertinentes que l’on peut
dégager d’un scénario dans lequel une victime est arrêtée par la police,
conduite dans un lieu de détention, détenue dans une cellule, et soumise à un
mauvais traitement :164
• Combien d’agents de police étaient-ils présents au moment de cette agression ?
• Quel était le type de véhicule des agents de police ?
• Á quelle heure la victime a-t-elle été arrêtée ?
• Combien de temps a-t-il fallu pour aller depuis le lieu d’arrestation jusqu’au
lieu de détention ?
• Des personnes ont-elles été témoins de l’arrestation ?165
• Qu’a-t-on dit à la victime au moment où elle a été arrêtée ?
• Quelle était la taille approximative de la cellule dans laquelle la victime a
été détenue ?166
163
164
165
166
Voir modèle de requête, Appendice ii, §§ 1 – 25.
Ces informations ont été adaptées de l’ouvrage de Giffard, voir note 109, 40-46 ci-dessus
Voir modèle de requête, Appendice ii, § 2.
Voir modèle de requête, Appendice ii, § 3.
91
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
• Un autre détenu se trouvait-il dans la cellule ?
• La cellule était-elle éclairée ?167
• Autres informations pertinentes concernant la cellule (description du lit, de
la couleur et de l’état des murs, équipement etc.) ?168
• Á quel endroit le mauvais traitement a-t-il eu lieu (par exemple dans la cellule, ailleurs ?)169
• Si un appareil a été utilisé pour torturer la victime (comme un appareil électrique à électrochocs), décrire cet appareil (taille, forme, couleur, façon dont
il fonctionnait, et conséquences sur la victime)170
• Le cas échéant, qu’a-t-il été dit à la victime au moment du mauvais traitement ?171
• Dans la mesure du possible, identifier les auteurs du mauvais traitement, ou
décrire leur allure.172
Dans de nombreux cas, une victime de torture ne sera pas en mesure de fournir
toutes les informations susmentionnées. Il se peut que la victime ait été complètement déboussolée au moment des actes de torture, et ne puisse pas, par
exemple, se souvenir de la couleur de l’appareil avec lequel elle a été torturée.
Néanmoins, il est conseillé d’indiquer le plus d’informations possibles.
Dans son Observation générale n° 1 (CAT), le Comité contre la torture souligne,
au paragraphe 8, les différents types d’informations qui permettent à une personne d’établir une violation de l’article 3 de la Convention, et notamment que
son expulsion vers un autre État pourrait l’exposer au risque d’être soumise à la
torture par cet État. Les requérants cherchant la protection de non-refoulement
de l’article 3 devraient donc être attentifs à cette Observation générale. 173
167
168
169
170
171
172
173
Voir modèle de requête, Appendice ii, § 3.
Voir modèle de requête, Appendice ii, § 3.
Voir modèle de requête, Appendice ii, § 4.
Voir modèle de requête, Appendice ii, § 4.
Voir modèle de requête, Appendice ii, §§ 4, 5.
Voir modèle de requête, Appendice ii, § 2.
Dans son Observation générale n° 1 (CAT), le Comité contre la torture a cité cette liste des indicateurs pertinents pour déposer une communication alléguant une violation de l’article 3 :
a) Y a-t-il dans l’État intéressé des preuves de l’existence d’un ensemble de violations systématiques des droits de l’homme, graves, flagrantes ou massives (voir par. 2 de l’article 3)?
b) L’auteur a-t-il été torturé ou maltraité dans le passé par un agent de la fonction publique ou
toute autre personne agissant à titre officiel ou à son instigation ou avec son consentement
exprès ou tacite? Dans l’affirmative, s’agit-il d’un passé récent?
92
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
L’auteur prévoira de fournir les pièces justificatives à l’appui de sa requête.
Aussi, l’auteur fournira des copies, notamment des copies traduites dans l’une
des langues de travail si nécessaire, des lois internes appropriées auxquelles il
fait référence dans son récit.174 D’autres types de pièces justificatives, en fonction des faits, peuvent être utiles : déclaration des témoins, rapports de police,
décisions des cours ou des tribunaux internes, rapport médical et psychologique comprenant l’autopsie le cas échéant, et autres documents officiels.175
Si l’auteur ne peut pas présenter certains documents pertinents, il expliquera
quelle en est la raison. Par exemple, il se peut que les éléments de certains
mandats d’arrêt viennent étayer les faits invoqués dans la requête. Dans de tels
cas, il est conseillé, et par conséquent attendu, de transmettre une copie de ce
mandat. Si toutefois la copie du mandat ne pouvait pas être obtenue par l’auteur auprès de l’État partie, l’auteur en donnera la raison.176
Des éléments annexes, qui ne sont pas spécifiquement liés aux faits de l’affaire, peuvent être utiles. Il s’agit par exemple, d’un rapport d’ONG sur les
conditions de détention dans une prison particulière pouvant appuyer les allégations de l’auteur selon lesquelles ces conditions violent les droits des personnes particulières que sont les détenus.177 Le rapport d’une ONG, ou le rapport d’une organisation internationale, les médias, ou le rapport d’un
gouvernement (par exemple, Rapport du Département d’État américain sur les
droits de l’homme) faisant ressortir la fréquence des incidents de torture dans
un état, renforceront les allégations de l’auteur d’actes de torture commis par
des agents de cet État. Il ne faut toutefois pas surestimer l’impact de ces
preuves générales ; il demeure essentiel de fournir des preuves personnellement
c)
174
175
176
177
Existe-t-il des éléments de preuve de nature médicale ou d’autres éléments de preuve de
sources indépendantes à l’appui des allégations de l’auteur qui affirme avoir été torturé ou
maltraité dans le passé? La torture atelle laissé des séquelles ?
d) La situation visée à l’alinéa a ci-dessus a-t-elle changé ? La situation interne en ce qui
concerne les droits de l’homme atelle changé?
e) L’auteur s’est-il livré, à l’intérieur ou à l’extérieur de l’État intéressé, à des activités politiques
qui font qu’il court un risque particulier d’être soumis à la torture s’il est renvoyé, refoulé ou
extradé dans l’État en question ?
f) Existe-t-il des preuves de la crédibilité de l’auteur ?
g) Existe-t-il des incohérences factuelles dans ce que l’auteur affirme? Si tel est le cas, ont elles
une incidence sur le fond ?
Voir modèle de requête, Appendice ii, §§ 6, 19.
Voir l’affaire Kouidis c. Grèce (1070/02) pour avoir un exemple d’une requête dans laquelle l’auteur n’est pas parvenu à présenter des informations pertinentes pour étayer sa requête. Voir modèle
de requête, Appendice ii, Liste des annexes.
Voir modèle de requête, Appendice ii, § 22.
Voir modèle de requête, Appendice ii, § 11.
93
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
liées à la victime et aux faits de l’affaire concernée.178 Il n’est pas suffisant, par
exemple, d’établir simplement que la victime est membre d’un groupe
ethnique qui subit depuis toujours des violations de droits de l’homme d’un
gouvernement particulier, sans avoir établi que la victime a été soumise personnellement à des violations.179
Les Comités considèrent « qu’une exactitude parfaite ne peut guère être attendue de victimes de la torture ». 180 Néanmoins, l’auteur prendra soin, lors de la
rédaction de la requête et des réponses aux arguments des États, d’éviter les
incohérences dans le récit des faits. Par exemple, il se peut que l’auteur affirme
dans sa requête initiale qu’un incident a eu lieu à une certaine date. L’État peut
répondre en prouvant que cet incident a eu lieu à une date différente. Si des
incohérences surviennent par inadvertance, elles seront reconnues et, dans la
mesure du possible, expliquées. Le Comité contre la torture a déclaré qu’il
« attache de l’importance aux arguments avancés par le requérant pour expliquer ces incohérences »,181 ainsi qu’à « l’incapacité d’une personne à expliquer
des incohérences ».182
Dans l’affaire Kouidis c. Grèce (1070/02), l’auteur n’est pas parvenu à établir
qu’il avait été maltraité en violation de l’article 7. Les commentaires du
Comité des droits de l’homme ci-dessous montrent la façon dont les preuves
présentées par l’auteur étaient inadaptées :
« Le Comité relève que les éléments de preuve fournis par l’auteur à
l’appui de ses allégations de mauvais traitements sont une photographie
de mauvaise qualité tirée d’un quotidien, le fait qu’il aurait passé 14
mois à l’hôpital pour traitement médical en rapport avec les sévices, le
fait que l’accusation n’ait pas interrogé les propriétaires de l’appartement cités dans ses aveux, et des rapports d’ONG et du CPT. De son
côté, l’État partie indique que l’auteur n’a pas demandé à être examiné
par un médecin afin d’établir l’existence de mauvais traitements, ce qui
n’a pas été contesté par l’auteur. Le Comité note aussi que, bien que
l’auteur soit resté pendant aussi longtemps à l’hôpital si peu de temps
après les mauvais traitements allégués, et qu’il soit en possession de
certificats médicaux concernant les traitements reçus à l’hôpital pour
une hématurie et une arthropathie aux genoux, au dos et à la colonne
178 Voir par exemple l’affaire Arkauz Arana v France (CAT 63/97) et l’affaire A.S. v Sweden (CAT
149/99) pour avoir des exemples où les deux types de preuves ont été présentés, et où les déclarations ont finalement été retenues.
179 Voir par exemple l’affaire, Z.Z. c. Canada (CAT 123/99), § 8.5.
180 Tala v Sweden (CAT 43/96), § 10.3.
181 Affaire Ahmed Karoui c. Suède (CAT 185/01), § 10.
182 Voir par exemple, l’affaire H.K.H c. Suède (CAT 204/02), § 6.3.
94
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
vertébrale, ces certificats n’indiquent pas que des mauvais traitements
soient effectivement à l’origine de ses problèmes. Aucun des certificats
ne mentionne non plus d’éventuelles marques ou séquelles de coups sur
la tête ou le corps de l’auteur. Le Comité considère que l’auteur, qui a
eu accès à des soins médicaux, avait la possibilité de demander un examen médical, ce qu’il a fait d’ailleurs pour établir qu’il était toxicomane. Il n’a pas en revanche demandé d’examen médical afin d’établir
la preuve de mauvais traitements.
… Enfin, les rapports d’ONG soumis par l’auteur [sur la torture en
Grèce] ont un caractère général et ne peuvent pas établir que des mauvais traitements ont été infligés à l’auteur.»183
Dans l’affaire Bazarov c. Ouzbékistan (959/00), l’une des allégations avait
trait à la torture pendant la période d’enquête préalable au procès. L’affaire a
été jugée irrecevable étant donné qu’elle n’était pas étayée par des éléments de
preuves. De fait, il n’y avait pas d’éléments de preuve indiquant qu’un examen
médical avait été demandé à un moment donné, ni que la victime présumée
avait fait des allégations de torture pendant le procès qui a suivi, ni que ses
proches ou son avocat avaient fait des allégations d’actes de torture pendant la
période d’enquête préalable au procès.184
En ce qui concerne la charge de la preuve, l’auteur doit initialement présenter
des arguments crédibles prima facie. Si des arguments sont présentés, l’État
partie devra enquêter comme il se doit sur ces éléments.185
« Selon la jurisprudence constante du Comité, la charge de la preuve ne
peut incomber uniquement à l’auteur de la communication, en particulier
si l’on considère que l’auteur et l’État partie n’ont pas toujours les mêmes
possibilités d’accès aux éléments de preuve et que bien souvent l’État partie est seul à détenir l’information pertinente. Il découle implicitement du
paragraphe 2 de l’article 4 du Protocole facultatif que l’État partie est tenu
d’enquêter de bonne foi sur toutes les allégations de violation du Pacte
portées contre lui et ses représentants et de transmettre au Comité l’information qu’il détient. Quand les allégations sont étayées par les éléments
de preuve fournis par l’auteur et que plus ample élucidation de l’affaire
dépend de renseignements que l’État partie est seul à détenir, le Comité
peut estimer ces allégations fondées si l’État partie ne les réfute pas en
fournissant des preuves et des explications satisfaisantes ».186
183
184
185
186
Affaire Kouidis c. Grèce (1070/02), §§ 7.3 et 7.4. Voir aussi Singh c. Nouvelle Zélande (791/97).
Affaire Bazarov c. Ouzbékistan (959/00), § 7.3.
Affaire Lanza c. Uruguay (8/77), § 15.
Affaire Bousroual c. Algeria (992/01), § 9.4. Ce paragraphe a été répété à plusieurs reprises dans
des affaires examinées au titre du Protocole facultatif, par exemple, dans l’affaire Bleier c.
Uruguay (30/78), § 13.3. Voir ausi Nowak, note 97 ci-dessus, 873-4.
95
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Un État doit répondre à des allégations spécifiques par des réponses spécifiques et des éléments de preuves correspondants : « le rejet à caractère général
des allégations n’est pas suffisant ».187
En conséquence, si l’État partie ne coopère pas avec l’organe de traités
concerné pour fournir des informations sur les allégations de l’auteur, la
charge de la preuve est souvent effectivement renversée.188
2.1.3 Procédures d’examen des requêtes
a) Procédure du Comité des droits de l’homme
La requête est soumise en premier lieu au Secrétariat du Haut-Commissariat
des Nations Unies aux droits de l’homme. L’auteur demandera explicitement
de transmettre la requête au Comité de droits de l’homme pour examen dans
le contexte du Protocole facultatif.
La requête est examinée par le Secrétariat afin de s’assurer qu’elle remplit les
critères élémentaires en matière d’informations. Le Secrétariat peut demander
des précisions sur un certain nombre de questions si l’auteur n’a pas donné
d’informations importantes, telles que mentionnées au paragraphe 2.1.2(a). Par
conséquent, l’absence d’une vue d’ensemble de la requête peut conduire à
retarder son examen ou à ne pas l’enregistrer. Le Secrétariat peut fixer un délai
pour la présentation des informations complémentaires, 189 mais dans la pratique, il n’y a pas de sanctions lorsque ce délai n’est pas respecté.190
Néanmoins, il est dans intérêt de l’auteur de respecter les délais dans la mesure
du possible. Tout retard ajournera l’enregistrement d’une affaire, ce qui retardera ensuite son examen par le Comité.
Une fois que le Secrétariat estime qu’il a suffisamment d’informations pour
traiter la requête, il transmet un résumé de l’affaire au membre du Comité des
droits de l’homme faisant office de Rapporteur spécial sur les nouvelles communications. Le Rapporteur spécial décide d’enregistrer l’affaire ou de deman-
187 Voir par exemple l’affaire Weismann c. Uruguay (8/77), § 15 [Traduction non officielle].
188 Voir par exemple l’affaire Zheikov c. Fédération de Russie (889/1999), § 7.2; affaire Sultanova c.
Ouzbekistan (915/2000), § 7.2; voir aussi Nowak, note 97 ci-dessus, 873-4.
189 Règlement intérieur du Comité des droits de l’homme, article 86(2).
190 Voir « How to Complain about Human Rights Treaty Violations: The Covenant on Civil and
Political Rights – Description » à http://www.bayefsky.com/complain/10_ccpr.php, § 2.
96
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
Appendice i Procédure d’examen des requêtes au titre
du Protocole facultatif
Auteur de la requête
Demande de
précisions sur
la requête
Secrétariat
Affaire urgente : le
Comité peut demander
à l’État, sur l’ordre du
requérant, de prendre
des mesures
provisoires
Comité rejette
pour des
raisons
évidentes
d’irrecevabilité
Rapporteur spécial sur les
nouvelles communications
examine si l’affaire devrait
être enregistrée au titre du
Protocole facultatif
Comité rejette
pour des
raisons
évidentes
d’irrecevabilité
Acceptation
Affaire
enregistrée
Requête envoyée à l’État pour
observations sur la
recevabilité et le fond à
émettre dans les six mois qui
suivent
L’État demande de
séparer la question de
la recevabilité de celle
du fond
Comité rejette
pour des
raisons
évidentes
d’irrecevabilité
Observations de l’État sur la
recevabilité et le fond transmises
à l’auteur dans les deux mois
Demande
de
séparation
acceptée
Observations de l’État
sur la recevabilité
transmises à l’auteur
dans les deux mois
L’État et l’auteur
peuvent encore faire
des observations
Comité prend une
décision sur la
recevabilité
Comité rejette
pour des
raisons
évidentes
d’irrecevabilité
Requête
recevable
Comité reçoit les
observations des parties
quant au fond
Comité examine le fond
Absence de
violation
Les deux
parties en sont
informées
Conclusions
de violation(s)
Suivi
Les deux parties sont
informées
L’État doit répondre dans
les 90 jours
97
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
der des informations complémentaires avant l’enregistrement. Le Rapporteur
spécial n’enregistrera pas l’affaire si celle-ci ne remplit manifestement pas les
critères de recevabilité du Protocole facultatif.191
Une requête est examinée au regard de deux aspects: recevabilité et fond de
l’affaire. Les critères de recevabilité sont exposés au paragraphe 2.1.1, et toute
requête doit remplir ces critères pour pouvoir être examinée. Si la requête est
déclarée irrecevable, l’affaire est close. Si tout ou partie de la requête est recevable, le Comité des droits de l’homme va examiner alors le « fond » de l’affaire. Autrement dit, il va examiner si les faits énoncés constituent une violation du Pacte. La décision finale concernant le fond de l’affaire comportera une
ou plusieurs constatations de violation, une ou plusieurs constatations de non
violation, ou les deux à la fois.
i. Décisions préliminaires concernant l’enregistrement et
la recevabilité
Le Rapporteur spécial peut décider d’enregistrer une communication mais
néanmoins recommander parallèlement au Comité des droits de l’homme de
la rejeter immédiatement pour irrecevabilité. Généralement, le Comité des
droits de l’homme adopte cette recommandation. Ces recommandations ont
lieu lorsque la communication ne remplit manifestement pas les critères de
recevabilité.
Dans le cas contraire, la communication est examinée par un Groupe de travail
sur les Communications. Ce Groupe de travail se compose de cinq membres
du Comité et se réunit pendant une semaine avant les réunions plénières ordinaires du Comité des droits de l’homme. Le Groupe de travail peut aussi
recommander au Comité de déclarer l’affaire irrecevable sans chercher à obtenir une réponse de l’État partie concerné, s’il est d’avis que la communication
ne remplit manifestement pas les critères de recevabilité.192 Le Comité des
droits de l’homme adopte généralement cette recommandation, bien qu’il
puisse la rejeter.
Autrement, la communication est transmise à l’État partie concerné afin qu’il
communique ses observations.
191 Voir « How to Complain about Human Rights Treaty Violations: The Covenant on Civil and
Political Rights – Description » à http://www.bayefsky.com/complain/10_ccpr.php, § 2.
192 Voir « How to Complain about Human Rights Treaty Violations: The Covenant on Civil and
Political Rights – Description » à http://www.bayefsky.com/complain/10_ccpr.php, § 2.
98
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
ii. Mesures provisoires
Dans certaines circonstances, un auteur peut souhaiter que le Comité des droits
de l’homme demande à l’État de prendre des mesures provisoires pour empêcher la survenance d’actes qui pourraient lui causer un préjudice irréparable.193
Par exemple, une personne condamnée à mort et qui conteste cette décision
pourrait être exécutée, ou une personne qui conteste son expulsion pourrait être
expulsée. Si tel est le cas, la demande de mesures provisoires devra être clairement signifiée dans la communication initiale présentée au Secrétariat.194
Étant donné l’urgence de ces situations, les demandes peuvent être envoyées
avant la requête principale, par courrier électronique par exemple, suivi d’un
envoi en format papier.195 Le Rapporteur spécial sur les nouvelles communications décide alors si les circonstances justifient la demande. S’il considère
que la demande est justifiée, il demandera à l’État concerné de prendre les
mesures provisoires appropriées pour préserver les droits de l’auteur. Des
mesures provisoires ont été demandées pratiquement à chaque fois qu’un
auteur en a fait la demande, et les États parties appliquent généralement bien
ces mesures.196 La demande de mesures provisoires que le Rapporteur spécial
a fait à l’État « n’implique pas la détermination quant au fond de la communication ».197
iii. Transmission de la requête à l’État partie
Si la requête n’est pas considérée manifestement irrecevable, le Rapporteur
spécial la transmettra à l’État partie pour observations. L’État partie dispose
de six mois pour répondre aux questions relatives à la recevabilité et au fond.
L’État partie peut demander dans les deux mois à examiner séparément la
question de la recevabilité et celle du fond. Le Rapporteur spécial examine
alors s’il est possible de satisfaire cette demande, ce qui ne se produit qu’à titre
exceptionnel. Cette demande ne dispense pas l’État de répondre dans les
six mois à ces questions, sauf si le Rapporteur spécial lui accorde explicitement une prolongation du délai. Le Rapporteur spécial accorde généralement
193 Voir paragraphe 2.2.
194 Giffard, note 109 ci-dessus, p. 83.
195 Voir « How to Complain about Human Rights Treaty Violations: Introduction to Complains
Procedures » à http://www.bayefsky.com/complain/9_procedures.php
196 Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, §§ 1.54, 1.55.
197 Règlement intérieur du Comité des droits de l’homme, article 91.
99
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
à l’État de prolonger le délai pour répondre sur le fond lorsqu’il accepte de
séparer la question de la recevabilité de celle du fond. Bien évidemment, la
séparation de ces questions signifie que la décision concernant l’acceptation
de la requête sera plus longue si elle doit passer par un stade supplémentaire
lié au fond. Dans la plupart des cas, les deux questions ne sont pas séparées et
les parties (c’est-à-dire l’auteur et les États) doivent présenter leurs observations sur la recevabilité et le fond au même moment.
L’auteur dispose de deux mois pour répondre aux observations initiales de
l’État partie. Toute nouvelle observation de l’une ou l’autre partie est transmise à l’autre partie pour lui donner la possibilité de répondre. Le Rapporteur
spécial, le Groupe de travail, ou le Comité des droits de l’homme lui-même
peut demander des observations complémentaires par écrit auprès de l’auteur
et de l’État partie dans des délais fixés, conformément à l’article 97(4) du
Règlement intérieur du Comité des droits de l’homme. Enfin, c’est le Comité
des droits de l’homme qui décide s’il dispose des informations suffisantes pour
déterminer la suite à donner à l’affaire.198 Bien qu’il soit possible de ne pas respecter au sens strict les délais fixés, il est dans l’intérêt de l’auteur de respecter
ce délai dans la mesure du possible afin d’éviter les retards ou d’éviter que sa
réponse ne parvienne pas à temps au Comité des droits de l’homme.199 S’il
s’avère difficile pour lui de respecter les délais fixés, il est conseillé d’en avertir le Comité.
Lorsque le Comité des droits de l’homme a reçu suffisamment d’informations,
l’affaire est mise au point par le Secrétariat et le Rapporteur spécial sur les nouvelles communications, qui est membre du Comité, est désigné pour rédiger la
décision concernant la communication en question. La première version de la
décision est examinée par le Groupe de travail. Le Groupe de travail peut
accepter ou rejeter les conclusions du Rapporteur spécial concernant la recevabilité ou (le cas échéant) le fond.
iv. Recevabilité
Le Groupe de travail, après avoir examiné les observations des parties concernant la recevabilité, ainsi que les recommandations du Rapporteur spécial sur
les nouvelles communications, peut déclarer à l’unanimité que l’affaire est
198 Voir « How to Complain about Human Rights Treaty Violations: The Covenant on Civil and
Political Rights – Description » à http://www.bayefsky.com/complain/10_ccpr.php, § 2.
199 Giffard, note 109 ci-dessus, p. 83.
100
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
recevable. Un accord à l’unanimité au sein du Groupe de travail concernant la
recevabilité n’est pas déterminant, et doit être confirmé par le Comité des
droits de l’homme qui peut le faire sans discussion formelle.200 Si le Groupe
de travail ne parvient pas à une décision unanime concernant la recevabilité de
la communication, la décision est prise en séance plénière par le Comité des
droits de l’homme. La décision majoritaire prévaudra,201 les membres pouvant
toutefois émettre des avis divergents ou différents sur la recevabilité de la communication. Tous les débats et toutes les décisions concernant la recevabilité
ont lieu à huit clos. Si une communication est considérée irrecevable dans son
ensemble, la décision est définitive. La décision, et les raisons de cette décision, ainsi que les avis divergents et différents, sont rendus publics.
Exceptionnellement, le Comité des droits de l’homme peut infirmer sa décision initiale de recevabilité. Ce cas peut se produire lorsque l’État partie
présente des informations complémentaires établissant que les critères de recevabilité n’ont pas été satisfaits.202
v. Examen quant au fond
Si la requête est jugée recevable, et qu’un délai supplémentaire a été exceptionnellement accordé à l’État concernant ses observations sur le fond, l’État
partie et l’auteur ont la possibilité de faire d’autres observations sur le fond,
après avoir été informés de la recevabilité de la requête. La décision de recevabilité n’est pas rendue publique tant que l’on n’a pas statué sur le fond.
En principe, le Comité des droits de l’homme dispose de toutes les observations sur la recevabilité et le fond au moment de sa décision sur la recevabilité,
et peut alors procéder à l’examen du fond de la communication. Il se peut aussi
que l’affaire soit renvoyée au Groupe de travail en vue d’obtenir d’autres
recommandations sur le fond. Si ces deux aspects ont été examinés séparément
après décision du Rapporteur spécial, le Comité des droits de l’homme recevra
alors les observations sur le fond à la fois de l’État et de l’auteur, les deux parties ayant eu la possibilité de répondre aux arguments de l’une et l’autre. Tout
comme pour la recevabilité, c’est le Comité des droits de l’homme qui décide
200 Règlement intérieur du Comité des droits de l’homme, article 93.
201 Un quorum de douze membres du Comité des droits de l’homme est nécessaire; voir Règlement
intérieur du Comité des droits de l’homme, article 37.
202 Ce renversement s’est poduit par exemple, dans l’affaire Osivand c. Pays-Bas (1289/04).
101
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
au bout du compte s’il a suffisamment d’informations pour statuer sur l’affaire.
L’affaire sera ensuite renvoyée vers le Groupe de travail et/ou vers le
Rapporteur spécial en vue de la rédaction des recommandations sur le fond
pour le Comité. Le Groupe de travail peut accepter ou rejeter les recommandations du Rapporteur spécial, et le Comité peut accepter ou rejeter les recommandations du Groupe de travail.
Tous les débats du Groupe de travail ou du Comité concernant le fond de la
communication se font à huis clos. Au bout du compte, c’est la décision majoritaire qui prévaut. Toutefois, certains membres émettent souvent des avis différents ou divergents de la décision majoritaire. La décision finale (ou « les
conclusions »), qui prend en compte les points de vue différents et divergents,
est transmise à l’auteur et à l’État partie conformément à l’article 5(4) du
Protocole facultatif, et est ensuite rendue publique.
Si le Comité estime que les droits de la personne ont été violés, il demandera
à l’État de faire ses observations dans les 90 jours (à partir de la date de la
transmission de la décision) sur les mesures qu’il prendra pour fournir réparation à la victime. Dans les conclusions, il peut être recommandé une réparation
en particulier, par exemple, des indemnités, l’abrogation d’une loi en particulier, la libération de la personne, ou encore il peut être laissé le choix de la réparation à l’État partie.203
vi. Suivi des observations dans le contexte du Protocole facultatif
Le Comité des droits de l’homme n’est pas un tribunal. Ses observations
finales en vertu de l’article 5(4) du Protocole facultatif ne sont pas contraignantes au sens strict pour l’État. Néanmoins, Le Comité fait autorité quant à
l’interprétation du Pacte, qui est lui contraignant pour les États parties. Le nonrespect par les États parties des observations finales du Comité est la preuve
d’une mauvaise foi à l’égard de leurs obligations.204 En 1990, le Comité a
adopté une procédure de « suivi » de ses observations finales de violation au
titre du Protocole facultatif. Le processus de suivi sert à faire pression sur les
États récalcitrants, et est décrit au paragraphe 2.4.1(b).
203 Voir « How to Complain about Human Rights Treaty Violations: The Covenant on Civil and
Political Rights – Description », http://www.bayefsky.com/complain/10_ccpr.php, § 2.
204 S. Joseph, «Toonen v. Australia: Gay Rights under the ICCPR», (1994) 13 University of Tasmania
Law Review 392, p. 401.
102
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
vii. Questions diverses
La procédure d’examen des requêtes au titre du Protocole facultatif est confidentielle jusqu’à ce qu’une décision finale soit prise (que ce soit concernant
l’irrecevabilité ou le fond). Toutefois, l’auteur peut généralement rendre ses
observations publiques, quoique le Rapporteur spécial puisse lui demander de
s’abstenir de le faire dans certaines circonstances.205 Les informations fournies
relatives au suivi ne sont généralement pas confidentielles, sauf si le Comité
des droits de l’homme décide du contraire.206
Bien que les victimes ne puissent pas être anonymes, les données publiées relatives à la requête peuvent faire référence à la victime sous un pseudonyme, si
l’auteur en fait la demande, comme par exemple dans l’affaire C c. Australie
(900/99).
Dans certaines circonstances, un membre du Comité en particulier ne participera pas à l’examen de la requête. Un membre ne doit pas participer à l’examen de la requête si cette dernière est dirigée contre l’État partie qui a désigné
le membre, si le membre a un intérêt personnel dans l’affaire, ou encore, s’il
a participé d’une manière ou d’une autre aux décisions nationales dont il est
question dans la requête.207 Des exemples exceptionnels où des membres du
Comité se sont retirés de l’examen d’une requête se sont produits dans l’affaire
Judge c. Canada (829/98)208 et dans l’affaire Faurisson c. France (550/93).209
Il n’est pas possible de faire appel d’une décision finale du Comité des droits
de l’homme ni sur l’irrecevabilité ni le fond. Bien évidemment, une requête
peut être présentée de nouveau si elle a été jugée initialement irrecevable, et si
les raisons de l’irrecevabilité ne sont plus valables. Par exemple, si l’affaire est
rejetée en raison du fait que les recours internes n’ont pas été épuisés, cette raison ne sera plus valable si les recours internes sont épuisés par la suite sans en
avoir obtenu satisfaction.
205
206
207
208
Règlement intérieur du Comité des droits de l’homme, article 102(3).
Règlement intérieur du Comité des droits de l’homme, article103.
Règlement intérieur du Comité des droits de l’homme, article 90.
La requête portait sur l’expulsion prévue de la victime depuis le Canada vers les États-Unis. Le
membre canadien du Comité des droits de l’homme n’a pas participé à l’examen de la requête,
conformément à l’usage du Comité. Étant donné la participation indirecte des États-Unis dans
l’affaire, le membre américain n’a pas non plus participé à l’examen de la requête.
209 Le membre américain du Comité des droits de l’homme n’a pas participé à l’examen de l’affaire,
celle-ci étant liée à l’holocauste, étant donné qu’il avait été prisonnier dans un camp de concentration pendant la deuxième guerre mondiale.
103
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
b) Procédure d’examen des requêtes au titre de la Convention
contre la torture
La procédure d’examen d’une requête au titre de la Convention contre la torture est très semblable à celle en vigueur au titre du Pacte. Le Comité contre
la torture œuvre avec un Groupe de travail sur les Communications, qui fonctionne à peu près de la même façon que le Groupe de travail sur les
Communications du Comité des droits de l’homme. Il existe un Rapporteur
spécial sur les nouvelles communications et les mesures provisoires dont les
fonctions sont semblables à celles du Rapporteur spécial sur les nouvelles
communications du Comité des droits de l’homme. Les Rapporteurs spéciaux
assument des fonctions similaires au sein des deux Comités. Une procédure de
suivi a été adoptée conformément à l’article 114 du Règlement intérieur du
Comité contre la torture. Etant donné les similitudes des procédures, nous nous
attacherons ici seulement aux aspects qui diffèrent clairement de ceux en
vigueur au Comité des droits de l’homme.
Le Groupe de travail sur les Communications est établi en vertu de l’article
105 du Règlement intérieur du Comité contre la torture. Il est composé de trois
à cinq membres du Comité. Le Groupe de travail peut déclarer la recevabilité
d’une requête par un vote à la majorité,210 et peut déclarer l’irrecevabilité de la
requête à l’unanimité.
En vertu de l’article 111 du Règlement intérieur du Comité contre la torture,
le Comité peut inviter l’auteur à présenter des preuves en personne à huis clos,
c’est-à-dire, à présenter lui-même son témoignage oral. Auquel cas, l’État partie sera invité à envoyer un représentant pour participer également à l’audition.
L’absence de participation ne porte préjudice à aucune des parties. Bien évidemment, nombre d’auteurs n’auront peut-être pas les moyens de se déplacer
aux réunions du Comité. À ce jour (au 1er septembre 2006), aucune audition
orale au titre de l’article 111 n’a eu lieu.
i. Mesures provisoires
La procédure liée aux mesures provisoires fonctionne de la même façon au
titre de la Convention contre la torture qu’à celui du Pacte. Il est intéressant de
relever que ces mesures provisoires ont été fréquemment demandées au titre
210 Bien évidemment, une décision d’irrecevabilité d’une affaire ne peut être prise qu’après que l’État
partie aura eu la possibilité de présenter ses observations sur la recevabilité de cette affaire.
104
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
de la Convention, étant donné que la majorité des affaires concernaient l’expulsion de la victime vers un État où elle risquait d’être soumise à la torture.211
Les mesures provisoires sont souvent demandées par le Comité contre la torture
(par l’intermédiaire du Rapporteur sur les nouvelles communications et les
mesures provisoires) à un État pour l’empêcher d’expulser une personne jusqu’à
ce qu’une décision ait été prise sur sa requête, si l’auteur en a fait la demande.
c) Choix de l’instance
L’auteur a souvent le choix de présenter une requête devant le Comité des
droits de l’homme ou devant le Comité contre la torture.
Lorsqu’il choisira une instance, l’auteur gardera à l’esprit les points suivants :
• Vérifier que l’État partie permet la présentation de communications individuelles au titre des deux traités
• Vérifier les réserves émises par l’État partie
• Examiner la jurisprudence de l’organe concerné, pour voir s’il existe des
précédents favorables ou défavorables à l’affaire en question.212
Les critères de recevabilité requis par les deux traités sont presque identiques.
La seule différence réside dans le fait que le Comité des droits de l’homme
peut examiner des requêtes qui ont déjà été examinées par une autre instance
internationale, pour autant que les délibérations de cette instance soient achevées. Le Comité contre la torture ne peut pas examiner de requêtes qui ont déjà
fait l’objet d’un examen par une autre instance internationale d’enquête et de
règlement. Il est nettement préférable pour l’auteur de présenter une requête
devant le Comité des droits de l’homme plutôt que devant le Comité contre la
torture lorsque la requête a déjà été examinée par une autre instance quasi-judiciaire ou judiciaire internationale en matière de droits de l’homme.
Le champ de la Convention contre la torture est plus strict que celui du Pacte.
Par conséquent, il est préférable de présenter une requête devant le Comité des
droits de l’homme lorsque la situation porte sur des violations de droits autres
que le droit de ne pas être soumis à la torture, aux traitements ou aux peines
cruels, inhumains ou dégradants.213
211 Voir paragraphe 4.3.
212 Voir à ce sujet, les parties III et IV de ce guide, entre autres sources.
213 Voir « How to Complain about Human Rights Treaty Violations, Choosing a Forum » à
http://www.bayefsky.com/complain/44_forum.php § 3.
105
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Le Comité des droits de l’homme reçoit actuellement bien plus de requêtes que
le Comité contre la torture et par conséquent, il met plus de temps à statuer sur
les requêtes. Bien qu’il tienne une réunion de plus par an, cela ne suffit pas à
réduire l’écart dû au nombre de requêtes qu’il doit traiter. Il faut en moyenne
quatre ans pour que les décisions sur le fond soient prises par le Comité des
droits de l’homme, tandis que les décisions sur le fond prises par le Comité
contre la torture ne prennent que deux ans.214
i. Organes régionaux
Il est souvent possible pour l’auteur de présenter une requête devant un organe
de traités régional (par exemple, la Cour européenne des droits de l’homme)
plutôt que devant un organe de traités des Nations Unies. Les considérations à
prendre en compte lors du choix d’une instance régionale plutôt que d’une instance des Nations Unies, se résument comme suit, d’après www.bayefsky.com :215
• La probabilité d’obtenir une décision favorable
• Le champ d’application et le contenu du traité
• La compétence de l’organe particulier pour traiter la question
• L’usage de l’organe pour ce qui est de traiter des cas similaires
• La probabilité de l’application par l’État partie de la décision de l’instance
en question
• La probabilité d’obtenir une injonction de relâchement sous forme de
demandes de mesures provisoires dans le contexte de situations d’urgence
• La rapidité de la procédure
• Le coût de la procédure
• La disponibilité de l’aide juridique
• La disponibilité d’audition orale
214 How to Complain about Human Rights Treaty Violations, Choosing a Forum,
http://www.bayefsky.com/complain/44_forum.php, § 3.
215 Voir « How to Complain about Human Rights Treaty Violations, Choosing a Forum » à
http://www.bayefsky.com/complain/44_forum.php, § 3.
106
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
Il a été constaté que les États respectent très bien les décisions de la Cour européenne des droits de l’homme. Le respect des États concernant les décisions
des instances interaméricaine et africaine est moins bon. Néanmoins, les décisions de la Cour Interaméricaine présentent l’avantage d’être juridiquement
contraignantes. Il semble peu probable qu’un État qui refuse d’obéir à une cour
régionale se soumette aux recommandations d’un organe quasi judiciaire de
traités des Nations Unies. Par conséquent, une requête aura plus de chances
d’obtenir gain de cause après une décision favorable d’un tribunal régional.
Par ailleurs, il faut relever que les organes régionaux mettent généralement
plus de temps pour traiter les affaires que les organes des Nations Unies.216 En
outre, il semble que traditionnellement, les organes de traités des Nations
Unies statuent davantage en faveur du requérant.217 L’auteur aura aussi
conscience des différences importantes existant entre les traités appropriés
régionaux et internationaux, ainsi que des divergences dans la jurisprudence,
ce qui lui permettra de mieux comprendre les raisons pour lesquelles une instance des Nations Unies pourrait être plus appropriée qu’une instance régionale. En dépit des divergences dans la jurisprudence, il n’y a pas de différences
importantes dans la jurisprudence en matière de torture, de traitement ou de
peines cruels, inhumains et dégradants.218
216 How to Complain about Human Rights Treaty Violations, Choosing a Forum,
http://www.bayefsky.com/complain/44_forum.php ,§ 3.
217 How to Complain about Human Rights Treaty Violations, Choosing a Forum,
http://www.bayefsky.com/complain/44_forum.php, § 3.
218 La Cour européenne des droits de l’homme s’est montrée davantage favorables aux arguments
selon lesquels une période prolongée dans le quartier des condamnés à mort viole le droit à ne pas
être soumis à un traitement inhumain ou dégradant (voir par exemple, affaire Soering c. RoyaumeUni No. 14038/88, Cour européenne des Droits de l’Homme (7 juillet 1989). Le Comité des droits
de l’homme n’a généralement pas admis qu’une période prolongée dans le quartier des condamnés
à mort était en soi une violation de ce droit (voir affaire Johnson c. Jamaïque (588/94)). De
récentes décisions, ainsi que des avis minoritaires, semblent indiquer que le Comité des droits de
l’homme s’écarte de sa jurisprudence et adopte désormais l’approche européenne (voir affaire
Persaud et Rampersaud c. Guyane (812/98)). Une requête individuelle donnant lieu à l’examen de
la compatibilité du syndrome du quartier des condamnés à mort avec la Convention contre la
torture ne s’est encore pas présentée. Voir paragraphe 3.2.10(b) et 4.5.
107
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
2.2
Mesures provisoires
Dans le cadre de la procédure d’examen des requêtes individuelles, le Comité
des droits de l’homme et le Comité contre la torture peuvent tous deux demander à un État de prendre des mesures en particulier, ou de s’abstenir de prendre
certaines mesures, afin de maintenir le statut quo pour la personne et d’empêcher que celle-ci subisse des préjudices irréparables au regard de ses droits de
l’homme pendant l’examen de la requête.219 Un Comité peut demander à l’État
concerné de prendre ces mesures lorsque l’auteur demande au Comité de le
faire : il revient cependant au Comité de décider si les circonstances justifient
cette demande. Les mesures positives ou les actes délibérés de ne pas prendre
de mesures constituent les « mesures provisoires ». Elles sont également appelées « mesures provisionnelles ».
La durée et le champ des mesures provisoires dépendront des circonstances
spécifiques de l’affaire. Le Comité concerné évaluera la situation et demandera
des mesures provisoires pour la période qu’il estime nécessaire à la protection
de la personne menacée. En principe, cette période durera pendant tout le processus d’examen de la requête, c’est-à-dire jusqu’à ce que la requête soit jugée
irrecevable ou jusqu’à ce que les conclusions sur le fond soient émises. Une
demande de mesures provisoires ne peut être faite que pour un individu ou un
groupe d’individus.
Si une personne souhaite que le Comité concerné demande des mesures provisoires à l’État, il faudra l’indiquer clairement au moment de la présentation de
la requête individuelle. Si la situation est particulièrement urgente, ces mesures
peuvent être prises immédiatement pour empêcher que la victime subisse un préjudice irréparable, et la requête devra alors être envoyée par le moyen le plus
rapide (souvent par courrier électronique) et ensuite en format papier.220
2.2.1 Dans quelles circonstances des mesures provisoires
peuvent-elles être demandées ?
Les mesures provisoires ont pour but de protéger les droits d’un individu (ou
des individus) pendant l’examen de sa requête par l’organe de traités concerné.
219 Règlement intérieur du Comité contre la torture, article 108 et Règlement intérieur du Comité des
droits de l’homme, article 92.
220 ‘How to Complain about Human Rights Treaty Violations: Introduction to Complaints Procedures’,
http://www.bayefsky.com/complain/9_procedures.php. Veuillez consulter le paragraphe 2.1.2
pour avoir les adresses appropriées.
108
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
Le fait que le Comité des droits de l’homme ou le Comité contre la torture
demande à un État de prendre des mesures provisoires ne présage pas des
conclusions qu’il rendra sur le fond de l’affaire.
Dans la pratique, les demandes de mesures provisoires sont faites par le
Rapporteur spécial sur les nouvelles communications du Comité des droits de
l’homme et par le Rapporteur sur les nouvelles communications et les mesures
provisoires du Comité contre la torture, en principe au moment où la requête
est transmise à l’État partie concerné.221 Ces demandes sont motivées par les
demandes de l’auteur ; le Rapporteur intéressé n’agira que s’il estime que les
circonstances justifient la demande.
L’État peut avoir la possibilité de présenter ses observations sur la question,
mais ce processus n’est pas une obligation.222 La protection internationale des
droits de l’homme ainsi que de l’individu en question est prioritaire sur le désagrément à court terme causé à l’État.
La grande majorité des demandes de mesures provisoires par ces deux organes
de traités ont lieu dans deux situations. La première correspond à l’hypothèse
dans laquelle l’État partie concerné projette d’expulser un individu vers un
pays dans lequel il y a de sérieux motifs de croire qu’il sera soumis à la torture.
Il est souvent demandé à l’État qui expulse de s’abstenir de le faire pendant
l’examen de la requête. L’autre situation a lieu lorsque le requérant fait l’objet
d’une peine de mort et qu’il soutient que l’imposition de cette peine viole ses
droits. Il est demandé en principe à l’État de s’abstenir d’exécuter l’individu
pendant l’examen de la requête. Bien que ces cas de figure reflètent la plupart
des circonstances courantes donnant lieu à une demande de mesures provisoires, il existe bien d’autres situations dans lesquelles elles pourraient être
demandées, par exemple, pour fournir une assistance médicale à une personne
malade, ou pour protéger des personnes à haut risque dans une communauté.223
Dans l’affaire Ominayak c. Canada (167/84), le Comité des droits de l’homme
a demandé à l’État de prendre des mesures provisoires pour empêcher qu’un
préjudice irréparable soit commis sur les terres traditionnelles de la bande du
lac Lubikon ; la requête concernait des allégations de violation de l’article 27
des droits des minorités selon lesquelles la destruction de leurs terres natales
était permise en vue d’activités commerciales autorisées par l’État.
221 Nowak, note 97 ci-dessus, p. 849.
222 J. Pasqualucci, « Interim Measures in International Human Rights: Evolution and Harmonization »
(2005) 38 Vanderbilt Journal of Transnational Law 1, p 40. Ce cas de figure s’est produit dans
l’affaire Weiss c. Autriche (1086/02).
223 Ibid, pp. 26-34.
109
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Pour décider de demander une mesure provisoire, le Rapporteur du Comité
concerné examinera l’imminence de la menace à l’égard de l’individu ou du
groupe, et le caractère irréparable des conséquences d’un tel acte. La conséquence est jugée irréparable lorsqu’elle ne peut pas être renversée, et lorsqu’il
n’y a pas de moyens de réparation qui pourraient fournir des compensations
appropriées. Ces mesures provisoires ne seront donc pas prises « si la compensation peut constituer un moyen de réparation approprié ou dans les cas d’expulsion, si l’auteur de la communication a la possibilité de revenir par la suite,
pour autant qu’il y ait des conclusions favorables sur le fond de l’affaire ».224
Par exemple, dans l’affaire Canepa c. Canada (558/93), l’auteur a contesté son
expulsion envisagée depuis le Canada vers l’Italie. Il a fait valoir que l’angoisse subie du fait d’être séparé de sa famille et de cesser sa vie quotidienne
au Canada constituerait une violation de ses droits au titre du Pacte et a
demandé au Comité des droits de l’homme de faire une demande de mesure
provisoire pour ne pas être expulsé tant que l’affaire était à l’examen. Sa
demande « a été refusée… car il n’a pas été en mesure d’établir que son expulsion lui interdirait de retourner au Canada dans le cas où une violation serait
établie.»225
2.2.2 Finalité des mesures provisoires
Une demande de mesure provisoire vise à protéger les droits et l’intégrité de(s)
individu(s) qui en ont la jouissance afin de veiller à ce que le statut quo soit
préservé et d’empêcher que des actes ou des omissions se produisent pouvant
porter un préjudice irréparable aux droits de la personne. La procédure liée aux
requêtes individuelles en matière de droits de l’homme prend souvent plusieurs années tandis que ce mécanisme permet d’obtenir des mesures temporaires rapides et préventives.
L’importance de la rapidité d’action dans de tels cas a été mis hélas en lumière
dans l’affaire Staselovich et Lyashkevich c. Belarus (887/1999). Dans cette
affaire, une requête a été présentée par la mère de la victime en novembre
1998. Le Comité des droits de l’homme n’a répondu qu’en octobre 1999 en
demandant à l’État concerné de prendre une mesure provisoire. La victime
224 J. Harrington, « Punting terrorists, assassins and other undesirables: Canada, the Human Rights
Committee and requests for interim measures of protection », (2003) 48 McGill Law Journal 55,
p. 62 [Traduction non officielle].
225 Ibid, p. 62.
110
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
avait alors été exécutée en mars 1999. Le Comité « entend, et fera en sorte, que
les affaires susceptibles de relever de l’article 86 [mesures provisoires] soient
traitées avec la diligence voulue pour que l’on se conforme à ses demandes».226
2.2.3 Statut juridique des mesures provisoires
Etant donné le statut quasi-judiciaire du Comité des droits de l’homme et du
Comité contre la torture, il est peu probable que les mesures provisoires soient
juridiquement contraignantes pour les États. Néanmoins, lorsqu’un État a
reconnu la compétence du Comité des droits de l’homme ou du Comité contre
la torture pour recevoir et examiner des communications émanant de particuliers, il se conformera certainement aux procédures permettant à ce mécanisme
de fonctionner. Lorsqu’une demande de mesures provisoires n’est pas respectée, le Comité ne pourra pas assumer son rôle et la procédure relative à la
requête individuelle sera alors vide de sens. 227
Par exemple, dans l’affaire Piandong c. Philippines (869/99), le Comité des
droits de l’homme a fait une demande pour que l’exécution de trois hommes
n’ait pas lieu pendant l’examen de leur requête contestant la peine capitale. Les
trois hommes ont été malgré tout exécutés. Le Comité a réagi en indiquant que :
« Une fois qu’il a été notifié de la communication, l’État partie contrevient à ses obligations en vertu du Protocole facultatif s’il procède à
l’exécution des victimes présumées avant que le Comité n’ait mené
l’examen à bonne fin et n’ait pu formuler ses constatations et les communiquer.»228
Il a souligné que cette violation était « particulièrement inexcusable »229 étant
donné la demande de mesures provisoires. La position du Comité des droits de
l’homme à cet égard a également été renforcée dans ses observations finales.230
226 Affaire Staselovich c. Bélarus (887/1999), § 1.3.
227 «Lorsque les États reconnaissent la compétence d’une instance internationale pour examiner les
requêtes individuelles, ils s’engagent à appuyer la procédure relative à cette requête. Le plein droit
de plainte devant les instances internationales ne doit pas invalider de facto l’action de l’État ou
son absence d’action. Le droit de plainte est invalidé lorsque la participation aux procédures s’est
éteinte ou que la plainte a été retirée»: J. Pasqualucci, «Interim Measures in International Human
Rights: Evolution and Harmonization» (2005) 38 Vanderbilt Journal of Transnational Law 1,
p. 49 [Traduction non officielle].
228 Affaire Piandong c. Philippines (869/99), § 5.2.
229 Affaire Piandong c. Philippines (869/99), § 5.2
230 Voir par exemple, observations finales sur l’Ouzbékistan, (2005) UN doc. CCPR/CO/83/UZB, § 6.
111
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Le Comité contre la torture a adopté une position similaire. Dans l’affaire
Brada c. France (CAT 195/02), le Comité contre la torture a indiqué que :
« La décision de l’État partie de procéder à l’expulsion malgré la demande de
mesures provisoires du Comité annule l’exercice effectif du droit de plainte
conféré par l’article 22 de la Convention et rend la décision finale du Comité
sur le fond vaine et vide de sens. Le Comité conclut donc qu’en expulsant le
requérant de la manière dont il l’a fait, l’État partie a manqué aux obligations
qui lui incombent en vertu de l’article 22 de la Convention.»231
Le Comité contre la torture a pris cette décision en raison du fait que l’État partie refusait de se soumettre aux conséquences contraignantes des demandes de
mesures provisoires.232
Le Comité contre la torture a été plus loin dans l’affaire Agiza c. Suède (CAT
233/03). Dans cette affaire, la victime a été expulsée vers l’Égypte en violation
de l’article 3 de la Convention. Elle a été expulsée immédiatement après la
décision d’expulsion, ce qui ne lui a pas laissé la possibilité de faire appel de
la décision.233 Le Comité contre la torture a également conclu que la rapidité
de l’expulsion n’avait pas laissé de réelles possibilités au requérant de demander des mesures provisoires au titre de la Convention, et cela constituait par
conséquent une violation de l’article 22.234
Il ressort de la jurisprudence susmentionnée que le prononcé de mesures provisoires doit être considéré comme contraignant pour les États qui ont autorisé
le Comité concerné à examiner les requêtes individuelles, car le non-respect
de ces mesures nuit à l’intégrité des systèmes de requêtes individuelles.
Le respect des mesures provisoires demandées par le Comité des droits de l’homme
et le Comité contre la torture est assez satisfaisant comparé au respect des observations finales de ces Comités à l’égard des États.235 Par exemple, les États parties
avaient respecté consécutivement plus de 100 demandes de mesures provisoires
faites par le Comité des droits de l’homme quand Trinité-et-Tobago est venu ignorer une telle demande dans l’affaire Ashby c. Trinité-et-Tobago (580/94).236
231
232
233
234
235
Affaire Brada c. France (CAT 195/02), § 13.4.
Voir les arguments de la France dans l’affaire Brada c. France (CAT 195/02), § 8.2.
Ces circonstances génèrent une violation de procédure séparée de l’article 3. Voir paragraphe 4.3.8.
Affaire Agiza c. Suède (CAT 233/03), § 13.9.
Voir la déclaration de M. Martin Scheinin (membre du Comité des droits de l’homme) dans
« Compte-rendu analytique de la première partie (publique) de la 487e Séance », (2003) UN doc.
CAT/C.SR.487, § 3.
236 Voir « Compte-rendu de la 1352e séance: Trinité-et-Tobago », (1996) U.N. Doc.
CCPR/C.SR.1352.
112
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
Appendice ii: Modèle de requête relatif à la torture *
COMMUNICATION INDIVIDUELLE AU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
EN VERTU DU PROTOCOLE FACULTATIF
I. INFORMATION CONCERNANT LA REQUÊTE
L’auteur
Nom:
Nationalité:
Profession:
Date de naissance:
Adresse:
Victime
X
sans emploi
12 février 1965
Ville, X
(Voir copie du passeport à l’annexe 1)
L’auteur demande à être identifé comme « V ».
La victime
Nom:
Victime
État partie
X
Violations
Articles 7 et 10, combinés à l’Article 2(3)
du Pacte237
Représentation
Nom:
Nationalité:
Adresse:
ML
X
Cabinet d’avocats,
Ville, X.
(Voir lettre d’autorisation à l’annexe 2)
II. EXPOSÉ DES FAITS
A. CHRONOLOGIE DES ÉVÉNEMENTS
1. L’auteur est né le 12 février 1965 à X (voir passeport en annexe 1). Il est représenté
dans cette communication par son avocat M L (voir lettre d’autorisation signée par
l’auteur en annexe 2).
237 Cette requête est un scénario fictif et elle n’est pas basée sur des faits réels. Ce modèle de
requête soulève des problèmes relatifs aux autres dispositions du Pacte, par exemple l’article
9 qui concerne la détention arbitraire. Dans le cadre du présent Guide, le modèle de requête se
limitera à illustrer la présentation des arguments relatifs à la torture et aux mauvais traitements.
Une requête réelle supposerait naturellement de prendre également en considération les autres
dispositions du Pacte.
* Traduit par Victoria Lee
113
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Arrestation
2. Le 23 septembre 2002, l’auteur a été arrêté par deux policiers Place de la Ville. Les
policiers ne l’ont alors ni informé des raisons qui motivaient son arrestation, ni notifié ses droits au moment de l’arrestation. Les policiers ne portaient aucun élément
d’identification personnelle au moment de l’arrestation et par conséquent, leur identité n’a pu être établie. L’auteur se rappelle qu’un des policiers avait une cicatrice sur
le nez. Il ne se rappelle pas d’autres éléments distinctifs des policiers. Trois
personnes présentes Place de la Ville au moment de l’arrestation ont témoigné de
l’arrestation de l’auteur (voir les annexes 3, 4 et 5 pour les déclarations des trois
témoins, Mme A, M B, et Mme C).
Détention au Commissariat de la Ville
3. L’auteur a été amené au centre de détention du Commissariat de la Ville où il a été
détenu au secret pendant quatre jours consécutifs. Il ne lui a pas été permis de prendre
contact avec qui que ce soit, y compris sa famille et son avocat. L’auteur a été détenu
dans une cellule souterraine dont les dimensions étaient de 1m de large sur 2 m de
long et d’ une hauteur de 4 m. Une forte lumière était allumée en permanence dans
la cellule. Il n’y avait ni toilettes, ni lavabo dans la cellule. Les murs de la cellule
étaient blancs et insonorisés. La seule forme de contact que l’auteur a pu avoir était
avec les personnes menant les interrogatoires et les gardiens de la prison. La cellule
de l’auteur disposait d’un judas, au travers duquel les gardiens pouvaient le regarder.
L’auteur était détenu sans matelas ni lit, sans sanitaires, ni lumière naturelle, sans
aucune occupation, sans nourriture décente ni soins médicaux appropriés.
4. Pendant ces quatre jours, l’auteur a été plusieurs fois interrogé dans une salle d’interrogatoire par les mêmes policiers qui l’avaient arrêté, sur sa complicité alléguée
dans le meurtre d’un policier de haut rang. En maintenant son innocence, l’auteur faisait enrager les policiers qui le soumettaient à des sévices physiques et mentaux.
L’auteur a été systématiquement battu avec des bâtons et des matraques, ce qui lui a
causé des bleus et des cicatrices importants. A au moins deux reprises, l’auteur a
perdu connaissance. Il est possible et probable qu’il ait eu des os cassés ou fracturés
étant donné qu’après sa libération des fractures en voie de guérison ont été décelées
par des examens médicaux réalisés immédiatement après sa détention (voir ci-dessous, paragraphe 15 et l’annexe 6 pour le rapport médical du Dr H du 13 janvier
2003). L’auteur a été forcé à rester debout pendant de longues périodes, il a été privé
de nourriture et d’eau. Il a été dénudé et suspendu par les bras pendant de longues
périodes. Une fois, il a même été installé dans une chaise ressemblant à une chaise
électrique où on lui a fait subir un simulacre d’exécution.
5. Le 27 septembre 2002, les policiers dans le centre de détention du Commissariat de la
Ville ont menacé l’auteur en lui disant que s’il ne signait pas un document, il serait
exposé à « de bien pires » formes de sévices physiques et qu’ il pourrait être « battu à
mort ». Les policiers lui ont donné un stylo et lui ont indiqué où il devait mettre son
nom. L’auteur a signé le document sans pouvoir le lire ni avoir eu l’assistance d’un avocat (voir l’annexe 7 pour une copie du document signé sous la contrainte par l’auteur).
114
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
6. Ce document constituait un « aveu » du meurtre du policier, un crime relevant de la
Loi sur la Sécurité nationale et l’Ordre public de 1998, qui a été récemment modifiée
(voir l’annexe 8 pour une copie de la Loi sur la Sécurité nationale et l’Ordre public
de 1998). L’interrogatoire de l’auteur a été fait sous l’empire de cette loi permettant
un interrogatoire sans durée définie en cas de menace à l’ordre public.
Détention à la Prison de la Ville
7. Le 27 septembre 2002, l’auteur a été formellement inculpé de meurtre par la Cour
magistrale de la Ville (voir l’annexe 9 pour une copie des chefs d’inculpation
retenus). Il a été ensuite transféré du centre de détention du Commissariat de la Ville
à la Prison de la Ville. Le jour même, l’incarcération de l’auteur a été enregistrée
dans la base de données de la Prison de la Ville (voir l’annexe 10 pour une copie de
l’enregistrement de l’incarcération de l’auteur dans la base de données de la Prison
de la Ville).
8. Le 27 septembre 2002, l’auteur a subi un examen médical rapide. Au cours de cet
examen médical, l’auteur n’a pas été autorisé à enlever ses habits. Il a dû garder ses
vêtements, son pantalon long, ses chaussures, et n’a pas déboutonné ses manches
longues pendant toute la consultation. Le médecin lui a posé très peu de questions,
ne s’est pas intéressé aux plaintes de l’auteur relatives aux sévices subis et continuait
à faire mine de mener un examen médical. En dépit de bleus manifestes sur les parties
visibles du corps de l’auteur, telles que le visage, le cou et les mains, ainsi que de
l’état d’esprit traumatisé de l’auteur, le médecin a conclu que l’auteur était en bonne
santé (voir l’annexe 11 pour une copie du rapport du médecin de la Prison).
9. Le 27 septembre 2002, la femme et les deux fils de l’auteur, ainsi que son avocat M
L, ont été informés que l’auteur était détenu à la Prison de la Ville. M L a été informé
que l’auteur avait été accusé du meurtre d’un policier relevant de la Loi sur la
Sécurité nationale et l’Ordre public de 1998. Le 28 septembre 2002, la famille de
l’auteur et son avocat lui ont rendu visite à la Prison de la Ville. L’auteur leur a
raconté les sévices dont il avait été l’objet. Il était évident pour sa famille et pour son
avocat que l’auteur était bouleversé, qu’il souffrait physiquement et mentalement. Ils
ont constaté d’importantes contusions sur ses avant-bras, son visage et son cou. Il
semblait anxieux et déprimé.
10. En raison de la douleur physique et mentale manifeste de l’auteur, le 28 septembre
2002, la famille de l’auteur et M L ont fait une demande afin que l’auteur puisse
bénéficier d’un nouvel examen médical (voir l’annexe 12 pour une copie de la
demande déposée aux autorités de la prison pour un autre examen médical ).
Les autorités de la prison ont répondu que « l’examen médical approfondi » du
27 septembre 2002 établissait la preuve que l’auteur ne souffrait d’aucune maladie
physique ou mentale (voir l’annexe 13 pour le refus des autorités de la prison
d’accorder un nouvel examen médical).
115
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Conditions de détention à la Prison de la Ville
11. Les conditions de détention à la Prison de la Ville ne correspondent pas à des conditions de vie décentes. La Prison de la Ville a été initialement conçue pour loger
400 prisonniers, cependant quand l’auteur y résidait, la Prison de la Ville comptait 650
prisonniers. Des prisonniers qui attendaient leurs procès, des prisonniers condamnés,
des réfugiés et des prisonniers mineurs ont été mélangés tous ensembles. De plus ils
partageaient les mêmes équipements. Jusqu’à 15 prisonniers partageaient la même cellule d’une surface de 15 m2. Il n’y avait qu’un WC et un lavabo dans le coin de la cellule qui n’offraient aucune intimité. Les cellules n’étaient pas équipées de matelas ni
de draps et les prisonniers ont été obligés de dormir à tour de rôle étant donné l’insuffisance d’espace pour se coucher. Des volets métalliques étaient placés sur les fenêtres
des cellules afin d’empêcher la lumière naturelle et l’air d’entrer. Les prisonniers avaient
le droit de sortir de leurs cellules pendant une heure chaque jour. A cet égard, les allégations de l’auteur sont soutenues par un rapport d’une organisation non-gouvernementale, ONG (voir l’annexe 14). Le rapport de l’ONG regroupe des témoignages
d’anciens prisonniers de la Prison de la Ville pendant la période allant de 2002 à 2004,
incluant donc la période durant laquelle l’auteur y a été emprisonné. Le rapport donne
des détails sur les allégations de surpeuplement important, ainsi que des descriptions
des cellules et des autres conditions de détention qui sont presque identiques à celles
rapportées par l’auteur (voir en particulier pp 17-25 de ce rapport à l’annexe 14).
12. En plus des conditions de détention déplorables à la Prison de la Ville, l’auteur a été
physiquement menacé et maltraité à plusieurs occasions par les gardiens, à savoir M
P et M Q. Par exemple, il faisait l’objet de coups portés à la tête et au torse lorsqu’il
n’obéissait pas aux ordres immédiatement et sans que nécessairement une question
préalable ne lui ait été posée. Certains de ces ordres étaient donné uniquement dans
le but de brimer plus encore l’auteur.
13. L’auteur a fait part à M L de ses profondes préoccupations quant à ses conditions de
détention et aux sévices lui étant infligés par les gardiens. Celui-ci a porté plainte
devant les autorités de la prison le 5 novembre 2002 (voir copie de la plainte à l’annexe 15). La plainte détaillait les aspects relatifs aux conditions à la Prison de la Ville
et aux sévices dont l’auteur était l’objet aux mains de Messieurs P et Q. L’auteur a
été convoqué à un entretien la semaine suivant le dépôt de sa plainte, devant le directeur de la prison. Ce dernier s’est déclaré outré par ses « commentaires diffamatoires » à l’égard de la prison et des deux gardiens « exemplaires » qu’étaient
Messieurs P et Q. L’auteur a été enfermé dans sa cellule (pendant 24 heures au lieu
des 23 heures habituelles) faisant office de « punition » pour avoir déposé une plainte.
La nuit du 12 novembre 2002, il a été extirpé de sa cellule par Monsieur P et il a été
soumis à la correction la plus sévère à savoir de multiples coups portés au torse par
Messieurs P et Q.
Libération de la Prison de la Ville
14. L’auteur a été détenu à la Prison de la Ville dans des conditions déplorables et il a
continué d’être l’objet de mauvais traitements de la part de Messieurs P et Q pendant
116
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
un peu plus de trois mois. Le 12 janvier 2003, l’auteur a été libéré sans être informé
de la raison qui motivait sa libération. Plus tard, il lui a été confirmé que toutes les
charges retenues contre lui avaient été levées. La police a apparemment trouvé le vrai
coupable du meurtre du policier le 7 janvier 2003.
Examens médicaux postérieurs à la libération
15. Le 13 janvier 2003, l’auteur a été examiné par son médecin le Dr H. Celui-ci a
constaté la présence de bleus très récents sur la partie supérieure de son torse, de son
cou et de sa tête, indiquant qu’il avait été battu sur ces parties de son anatomie. Des
cicatrices, datant « d’il y a quelques mois », ont aussi été constatées. Les rayons-X
ont également révélé des fractures en voie de guérison qui indiquaient que les mauvais traitements qu’il avait subis avaient fracturé ou cassé certains de ses os (voir
l’annexe 6 pour le rapport du Dr H).
16. Le 15 janvier 2003, l’auteur a subi une évaluation psychiatrique par le Dr J concluant
qu’il avait une maladie psychotique grave. Depuis, l’auteur a suivi cinq évaluations
supplémentaires y compris une par un autre psychiatre, le Dr K, dont l’expertise a
été demandée pour une « deuxième opinion » (voir les annexes 16, 17, 18, 19, 20 et
21 pour les rapports psychiatriques). Les trois premiers rapports (deux du Dr J et un
du Dr K) confirment que l’auteur était très déprimé et anxieux pendant les premiers
mois suivants sa libération. Ils indiquent que son comportement est typique de celui
des individus ayant été soumis à des sévices sévères. De plus, les rapports indiquent
clairement que l’auteur n’a jamais éprouvé de pareils symptômes avant son arrestation et qu’il n’y avait aucun antécédent de maladies mentales dans sa famille.
17. L’auteur a depuis son premier diagnostic psychiatrique, été soigné avec des antidépresseurs, et sa condition s’est améliorée, comme en attestent les derniers rapports
du Dr J du 14 août 2005 (voir l’annexe 21). Cependant, il est très dépendant des
médicaments antidépresseurs : dès que leur dosage a été diminué, le niveau de sa
dépression et de son anxiété ont clairement augmenté (voir l’annexe 20).
Épuisement des voies de recours internes
18. Comme susmentionné (voir paragraphe 13), M L a adressé une plainte aux autorités
de la prison quant au traitement subi par l’auteur lors de sa détention (voir l’annexe
15). Cette plainte a simplement engendré des persécutions supplémentaires et aucun
recours n’a été mis en place.
19. Le 1er octobre 2002, M L a adressé une plainte au Procureur, conformément à la Loi
sur les Enquêtes (Droits de l’Homme) de 1990, décrivant la torture et les autres traitements cruels, inhumains et dégradants auxquels l’auteur a été soumis pendant sa
détention au Commissariat de la Ville (voir l’annexe 22 pour une copie de la plainte
adressée par M L et l’annexe 23 pour une copie de cette loi). M L a demandé au
Procureur de diligenter une enquête rapide sur l’affaire, nécessaire afin que les
preuves physiques de torture subies par l’auteur ne disparaissent pas. L’urgence de
l’enquête se justifiait d’autant plus par l’imminence du procès de l’auteur pour le
117
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
meurtre du policier, et il fallait pouvoir contester la véracité des aveux. M L a
demandé au Procureur d’ouvrir une enquête sur l’affaire afin d’identifier les policiers
mis en cause et de les tenir responsables pour les mauvais traitements qu’ils ont fait
subir à l’auteur pendant les quatre jours d’incarcération au Commissariat de la Ville.
M L a confirmé que les témoins de l’arrestation initiale étaient prêts à témoigner et
à mentionner les abus, y compris les bleus importants sur le corps de l’auteur.
L’auteur était aussi prêt à témoigner des abus dont il avait été victime. M L n’a pas
reçu de réponse du Procureur concernant sa plainte avant le 5 juin 2003 (voir l’annexe 24 pour une copie de la réponse du Procureur).
20. M L a déposé une nouvelle plainte devant le Procureur le 15 janvier 2003 (voir l’annexe 25 pour une copie de la deuxième plainte devant le Procureur) relative au traitement de V dans la prison, décrivant les conditions de détention et le traitement
infligé par Messieurs P et Q, ainsi que la réaction du directeur de la prison à la plainte
déposée par l’auteur. La plainte n’a été déposée qu’après la libération de l’auteur de
la Prison de la Ville en raison des représailles que l’auteur craignait s’il avait encore
été incarcéré au moment du dépôt de cette deuxième plainte. Cette crainte de représailles était compréhensible étant donné les mauvais traitements subis par l’auteur
suite au dépôt de sa première plainte devant les autorités de la prison (voir paragraphe
13 ci-dessus). Aucune réponse du Procureur à cette deuxième plainte n’a été reçue
avant le 17 septembre 2003 (voir l’annexe 23 pour une copie de la deuxième réponse
du Procureur).
21. L’enquête sur les allégations de mauvais traitements au Commissariat de la Ville et
à la Prison de la Ville a été menée très lentement par le Procureur. Comme susmentionné, les réponses aux deux plaintes ont été faites tardivement et cela sans explication. En effet, chaque fois qu’ il y a eu une communication entre le Procureur et l’auteur, le contact n’a été possible que grâce à l’initiative de M L. Le Bureau du
Procureur a rarement pris l’initiative de contacter l’auteur ou M L et n’a d’ailleurs
que rarement répondu aux communications (voir l’annexe 27 pour les notes du journal de M L qui font état des contacts avec le Bureau du Procureur). De son côté, M
L a contacté le Procureur pour se renseigner sur les progrès de l’enquête et pour
déposer des preuves, comme les rapports médicaux et psychiatriques du Dr H, Dr J
et Dr K. Les lettres écrites par M L sont listées ci-dessous ainsi que les réponses du
Bureau du Procureur :
I.
Lettre de plainte auprès du Procureur, en date du 1er octobre 2002 (annexe 22)
II.
Réponse du Procureur à la lettre de plainte, du 5 juin 2003 (annexe 24)
III.
Lettre de plainte auprès du Procureur, du 15 janvier 2003 (annexe 25)
IV.
Réponse du Procureur à la lettre de plainte, du 17 septembre 2003 (annexe 26)
V.
Demande d’information au Procureur sur les progrès de l’enquête, par lettre du
7 janvier 2003 de M L, (Annexe 28)
VI.
Demande de renseignement au Procureur sur les progrès de l’enquête et transmission des rapports médicaux et psychiatriques des Dr H, Dr J, et Dr K, par lettre du
18 mars 2003 de M L (Annexe 29)
118
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
VII.
Lettre du 17 avril 2003 de M L au Procureur demandant des renseignements par
rapport aux progrès de l’enquête (Annexe 30)
VIII. Lettre du 20 juin 2003 de M L au Procureur demandant des renseignements par
rapport aux progrès de l’enquête (Annexe 31)
IX.
Lettre du 30 août 2003 de M L au Procureur demandant des renseignements par
rapport aux progrès de l’enquête (Annexe 32)
X.
Lettre du 21 septembre 2003 de M L au Procureur demandant des informations
par rapport aux progrès de l’enquête (Annexe 33)
XI.
Lettre du 27 décembre 2003 de M L demandant des renseignements par rapport
aux progrès de l’enquête (Annexe 34)
XII.
Lettre du 17 mars 2004 de M L au Procureur demandant une copie de la transcription
de l’entretien entre M T et l’auteur (Annexe 35) (voir paragraphe 22, ci-dessous)
XIII. Lettre du 17 mars 2004 de M L au Procureur demandant une copie de la transcription
de l’entretien entre M T et l’auteur (Annexe 36) (voir paragraphe 22, ci-dessous)
XIV. Notification du Bureau du Procureur informant l’auteur de la décision du
Procureur de clôturer l’enquête, en date du 17 avril 2005 (Annexe 37)
XV. Lettre de M L au Procureur résumant les insuffisances et les délais de l’enquête et
demandant formellement la réouverture de l’enquête, en date du 19 avril 2005
(Annexe 38)
XVI. Lettre du M L au Procureur résumant les insuffisances et les délais de l’enquête et
demandant formellement la réouverture de l’enquête, en date du 23 juin 2005
(Annexe 39)
XVII. Lettre du Bureau du Procureur informant de son refus de réouvrir l’enquête, en
date du 1 août 2005 (Annexe 40)
1. Lettre de M L au Procureur demandant une copie de la transcription de l’entretien entre M T et l’auteur, en date du 17 mars 2004
2. Lettre du Bureau du Procureur adressée à l’auteur l’informant de la décision
du Procureur de clôturer l’enquête, en date du 17 avril 2005
3. Lettre de M L au Procureur résumant les insuffisances et les délais de l’enquête et demandant la réouverture de l’enquête, en date du 19 avril 2005
4. Lettre de M L au Procureur résumant les insuffisances et les délais de l’enquête et demandant la réouverture de l’enquête, en date du 23 juin 2005
5. Lettre du Bureau du Procureur informant de son refus de réouvrir l’enquête,
en date du 1 août 2005
22. Le Procureur a contacté l’auteur à seulement deux reprises. La première fois pour
organiser un entretien avec l’auteur le 15 mars 2004 (voir l’annexe 35). Au cours de
cet entretien, M T, un « enquêteur principal » au sein du Bureau du Procureur, s’est
entretenu avec l’auteur pendant seulement dix minutes, et il n’a pas posé de questions
quant aux allégations de mauvais traitements. Aucune transcription de l’entretien n’a
été présentée à l’auteur ni à M L, malgré leurs demandes.
119
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
23. La deuxième rencontre initiée par le Procureur a eu lieu le 17 avril 2005 quand M L
et l’auteur ont été informés de la décision de clôturer l’enquête pour manque de
preuve (voir l’annexe 37). La lettre du Procureur expliquait que les preuves suivantes
indiquaient que les allégations de l’auteur n’étaient pas fondées : les témoignages de
Messieurs P et Q, policiers au Commissariat de la Ville, et le rapport du médecin de
la prison du 27 septembre 2002 (voir l’annexe 11). Le Procureur a expliqué qu’il
avait pris en compte les documents déposés par l’auteur, comme les rapports médicaux et psychiatriques du Dr H, Dr J et Dr K. Toutefois, le Procureur a affirmé que
ces rapports ont été largement contestés et que si l’auteur a vraiment été maltraité,
rien ne prouve qu’il ne l’a pas été par les autres prisonniers. Ainsi, le Procureur a
conclu que soit l’auteur n’avait jamais été soumis aux mauvais traitements, soit que
si ces mauvais traitements avaient eu lieu, ceux-ci avaient été perpétrés par les autres
prisonniers de la Prison de la Ville.
24. M L a répondu à cette lettre de clôture de l’enquête par deux communications supplémentaires ; il a souligné les insuffisances et les délais de l’enquête, et a fait une
demande formelle de réouverture (voir les annexes 38 et 39). Le Bureau du Procureur
a répondu à la deuxième communication avec une lettre type l’informant qu’aucune
réouverture ne serait effectuée (voir l’annexe 40). La première lettre est restée sans
réponse.
25. L’auteur avance que l’enquête du Procureur a clairement été insuffisante. En particulier, aucun témoin de l’arrestation de l’auteur, ni Dr H ni aucun psychiatre, ni Dr
J ni Dr K, n’ont été contactés par le Procureur. Ni M L, ni les membres de la famille
de l’auteur n’ont été interrogés. En outre, l’argument selon lequel les mauvais traitements auraient pu être perpétrés par les autres prisonniers n’a jamais été communiqué
à l’auteur par M T. En effet, quand l’auteur a été interrogé par le Procureur, M T qui
était présent a écouté passivement sa version des faits et ne l’a jamais contestée. Les
seuls autres témoins qui ont été directement interrogés par le Bureau du Procureur
ont été ceux qui pouvaient favoriser l’Etat (pour se protéger eux-mêmes), comme
Messieurs P et Q, les policiers du Commissariat de la Ville, le médecin de la prison,
et le directeur de la prison. Il est donc mis en avant l’absence d’impartialité de
l’enquête.
B. RECEVABILITÉ
26. Il est soutenu que cette communication satisfait à toutes les conditions de recevabilité
au titre du Pacte.
27. X a ratifié le Pacte le 12 janvier 1992 ainsi que le Protocole facultatif le 28 septembre
1996. Le Protocole facultatif est entré en vigueur le 28 décembre 1996. Les faits allégués ont clairement eu lieu après cette date, il en résulte donc que le Comité des
droits de l’homme est donc compétent pour examiner la présente communication. En
outre, tous les faits allégués ont eu lieu sur le territoire juridictionnel de X.
120
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
28. Conformément à l’article 5(2)(a) du Protocole facultatif, cette affaire ne fait pas l’objet d’un examen (et n’a à aucun moment été examiné) au moyen d’une autre procédure d’enquête ou de règlement international.
29. Concernant l’épuisement des voies de recours internes (article 5(2)(b) du Protocole
facultatif), les tentatives de l’auteur pour inciter le Procureur à enquêter sur les mauvais traitements dont il a fait l’objet, en vue d’obtenir un recours, sont détaillées cidessus (paragraphes 19-25).
30. Conformément à la procédure établie dans la partie VI de la Loi sur les Enquêtes (Droits
de l’Homme) (voir l’annexe 23), l’auteur a fait appel de la décision du Procureur de
clôturer l’enquête devant la Cour d’appel (voir l’annexe 41). La Cour d’appel a rejeté
l’affaire le 12 novembre 2005 sans motiver sa décision (voir l’annexe 42).
31. L’auteur a déposé une demande faisant appel de la décision de la Cour d’appel auprès
de la Cour suprême de X, la juridiction la plus élevée du système judiciaire de X (voir
l’annexe 43 pour la communication déposée devant la Cour suprême). La Cour
suprême a rejeté cette demande le 13 avril 2006 (voir l’annexe 44). Etant donné la
déclaration d’irrecevabilité de l’affaire par la plus haute juridiction de X, l’auteur a
épuisé les voies de recours internes.
32. Une action civile intentée devant une cour pour obtenir des réparations ne constitue
pas un recours effectif parce que, selon la loi de X, les cours civiles n’ont pas la compétence d’identifier les auteurs des crimes ni de les inculper. Il y a des obstacles insurmontables aux actions civiles si les auteurs ne peuvent pas être identifiés lors du procès. Une action au civil ne constitue donc pas un recours adéquat ni un recours valable.
33. L’auteur soutient donc que cette communication est conforme aux conditions posées
par l’article 5 du Protocole facultatif.
C. DISCUSSION DES DISPOSITIONS DU PACTE APPLICABLES
34. Aux termes de l’article 7 du Pacte
Nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels,
inhumains ou dégradants.
35. L’Observation générale n° 20 du Comité des droits de l’homme énonce que :
L’article 7 [du Pacte] a pour but de protéger la dignité et l’intégrité
physique et mentale de l’individu. L’Etat partie a le devoir d’assurer à toute personne, par des mesures législatives ou autres, une
protection contre les actes prohibés par l’article 7, que ceux-ci
soient le fait de personnes agissant dans le cadre de leurs fonctions
officielles, en dehors de celles-ci ou à titre privé [...] L’interdiction
énoncée à l’article 7 concerne non seulement des actes qui provoquent chez la victime une douleur physique, mais aussi des actes
qui infligent une souffrance mentale.
121
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
36. Il est avancé que la jurisprudence du Comité des droits de l’homme concernant
l’article 7 est influencée par la jurisprudence du Comité contre la torture.
37. L’auteur soutient que l’Etat X a violé les droits de l’auteur au titre de l’article 7 du
Pacte de la manière suivante :
(i) En l’exposant à de sévères sévices et à d’autres mauvais traitements pendant son
interrogation au Commissariat de la Ville.
(ii) En le gardant en détention au secret et en l’isolant totalement pendant quatre
jours consécutifs au Commissariat de la Ville.
(iii) En l’exposant aux sévices et à d’autres formes de mauvais traitements à la Prison
de la Ville.
(iv) En l’exposant à des conditions d’incarcération inhumaines et dégradantes à la
Prison de la Ville.
(v) En manquant à son obligation d’enquêter de manière diligente sur les allégations
de mauvais traitements au Commissariat de la Ville et à la Prison de la Ville.
38. De plus, à titre subsidiaire, il est avancé que les circonstances décrites ci-dessus
constituent une violation de l’article 10 du Pacte (voir paragraphe 57 ci-dessous).
Première violation de l’article 7 : Sévices subis au Commissariat de la Ville
39. L’auteur soutient que l’ensemble des traitements subis lorsqu’il était au
Commissariat de la Ville constitue un acte de torture ou à tout le moins des traitements cruels, inhumains et dégradants, contraires à l’article 7 du Pacte.
40. L’auteur a fait l’objet de sévices perpétrés à l’aide de bâtons et de matraques au
Commissariat de la Ville. Dans l’affaire Bailey c. Jamaïque (334/88), le Comité des
droits de l’homme a estimé que des sévices sévères et systématiques réalisés à l’aide
d’ une matraque, d’un tube en fer et de gourdins provoquant un traumatisme physique sévère (incluant des bleus, des cicatrices et probablement des fractures) constituaient une violation de l’article 7. L’absence de traitement médical dans l’affaire
Bailey, comme cela s’est produit dans le cas de l’auteur, constitue également une violation de l’article 7. Comme mentionné, l’auteur a été, au moins à deux reprises, été
roué de coups jusqu’à ce qu’il perde connaissance, ce qui constituait une violation
de l’article 7 dans l’affaire Linton c. Jamaïque (255/87).
41. Au Commissariat de la Ville, l’auteur a fait l’objet d’un simulacre d’exécution. Il a été
estimé que les simulacres d’exécutions infligés avec d’autres formes de traitements
cruels, inhumains et dégradants constituent des traitements cruels et inhumains dans
l’affaire Linton c. Jamaïque (255/87). Dans l’Observation générale n° 20, le Comité
des droits de l’homme a déclaré dans son paragraphe 11 que « les Etats parties devraient
veiller à ce que tous les lieux de détention soient exempts de tout matériel susceptible
d’être utilisé pour infliger des tortures ou mauvais traitements.» Le fait que le
Commissariat de la Ville possède une fausse chaise électrique contredit manifestement
cette déclaration. Les menaces de mort, à travers un simulacre d’exécution, subies
le jour même où l’auteur a signé son aveu, constituent également une violation de
122
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
l’article 7. Par exemple, dans l’affaire Hylton c. Jamaïque (407/90), les importants sévices
infligés au travers de menaces de mort ont été considérés comme violant l’article 7.
42. L’auteur avance qu’être forcé à rester debout pendant de longues périodes durant lesquelles il a de plus été privé de nourriture et d’eau, constitue à tout le moins un traitement inhumain et dégradant.238 Le caractère dégradant du traitement est renforcé
par le fait que l’auteur était nu au cours de cette période, exacerbant sa vulnérabilité.
43. L’Etat X pourrait argumenter que puisque la Loi sur la Sécurité nationale et l’Ordre
public autorise l’interrogation d’individus en cas de menace à l’ordre public, l’interrogatoire de l’auteur a été légitime. Cependant, l’article 7 est un droit indérogable et
par conséquent, l’Etat X est obligé, en toutes circonstances, de respecter ses obligations au titre de l’article 7. Dans l’Observation générale n° 20, au paragraphe 3,
le Comité des droits de l’homme fait observer « qu’aucune raison, y compris l’ordre
d’un supérieur hiérarchique ou d’une autorité publique » ne peut être invoquée pour
excuser la violation de l’article 7. En outre, l’article 2 de la Convention contre la
torture souligne que la torture est prohibée en toutes circonstances. L’interdiction de
la torture est non seulement un droit indérogable au sens du Pacte, mais elle est
reconnue comme norme péremptoire (jus cogens) en droit international.239
44. L’auteur a été extrêmement traumatisé, physiquement et mentalement, suite à sa
détention et aux mauvais traitements lui ayant été infligés au Commissariat de la
Ville. Ce traumatisme avait paru évident à son avocat et à sa famille le 28 septembre
2002, le jour où ils lui avaient rendu visite après son arrestation. La plainte déposée
devant le Procureur par M L le 1er octobre 2002 (voir l’annexe 22) est également une
preuve de ces mauvais traitements. Les rapports de son médecin additionnés à ceux
de ses psychiatres suite à sa libération, mettent plus encore en évidence les mauvais
traitements subis par l’auteur (voir les annexes 6 et 16 à 21).
Deuxième violation de l’article 7 : détention au secret
45. L’auteur soutient que sa détention au secret pendant quatre jours consécutifs du 23
septembre 2002 à 27 septembre 2002 constitue une violation de l’article 7 du Pacte.
Les dates de sa détention sont confirmées par les déclarations de trois personnes qui
ont témoigné de l’arrestation de l’auteur le 23 septembre (les annexes 3 à 5), et par
l’acte d’accusation qui est daté du 27 septembre (annexe 9).
238 Irlande c. Royaume-Uni, No. 5310/71, Cour européenne des Droits de l’Homme (18 janvier 1978).
239 Voir, e.g., Procureur c. Furundzija, TPIY Chambre de première instance, IT-95-17/1-t (10
décembre 1998) 38 ILM 317, § 144; Affaire Cantoral Benavides (Perou), Séries C No. 69, arrêt
de la Cour interaméricaine des Droits de l’Homme, 18 août 2000, § 96 ; Doebbler c. Soudan,
Commission africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, Communication No. 222/99, (15
juillet 2003) de la base de donnés d’Interights à http://www.interights.org/searchdatabases.
php?dir=databases Les arrêts pertinents de la Cour européenne des Droits de l’Homme sont :
Tomasai c. France, No. 12850/87, Cour européenne des Droits de l’Homme (17 août 1992), §
115 ; Aksoy c. Turquie, No. 21897/96, Cour européenne des Droits de l’Homme (18 décembre
1996), § 62; Chahal c. Royaume-Uni, No. 22414/93, Cour européenne des Droits de l’Homme
(15 novembre 1996), § 79.
123
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
46. Le Comité des droits de l’homme a constaté dans son Observation générale n° 20, au
paragraphe 11, que ‘[d]es dispositions interdisant la détention au secret doivent également être prises.’ Bien que la période la plus courte de détention au secret ayant
constitué une violation de l’article 7 soit de huit mois (Shaw c. Jamaïque (704/96)),
le Comité contre la torture a estimé qu’une détention au secret allant jusqu’à trentesix heures sans qu’un juge n’en soit informé, est un sujet de préoccupation240 A tout
le moins, une détention au secret combinée avec les mauvais traitements infligés
pendant son emprisonnement, devrait être considérée comme une violation de
l’article 7.241
47. De plus, la détention au secret facilite la pratique de la torture et des mauvais traitements. Comme observé par le Comité des droits de l’homme dans l’affaire Mojica c.
République dominicaine (449/91) au paragraphe 5.7, ‘la disparition des personnes est
inextricablement liée aux traitements qui constituent une violation de l’article 7’. En
effet, la disparition effective de l’auteur pendant quatre jours a facilité d‘importantes
violations de ses droits au titre de l’article 7.
Troisième violation de l’article 7 : les sévices à la Prison de la Ville
48. Les sévices répétés subis par l’auteur de la part des gardiens, Messieurs P et Q, à la
Prison de la Ville constituent une violation de l’article 7 tout comme les sévices infligés au Commissariat de la Ville. Les preuves de ces sévices s sont : la plainte formelle
adressée par M L aux autorités de la prison (voir l’annexe 15), le rapport médical du
Dr H indiquant la présence de bleus et de contusions récents (voir l’annexe 6), les
explications cohérentes des événements à la Prison de la Ville données par l’auteur.
Quatrième violation de l’article 7 : Conditions dans la prison
49. L’auteur avance que les conditions de son incarcération à la Prison de la Ville constituent une violation de l’article 7.
50. Dans l’affaire Vuolanne c. Finlande (265/87), le Comité des droits de l’homme a
estimé que :
une peine n’est dégradante que si l’humiliation ou l’abaissement
qui en résulte dépasse un certain seuil et, en tout état de cause, si
elle comporte des éléments qui dépassent le simple fait d’être privé
de liberté.
A ce titre, pour que la détention constitue une violation de l’article 7 du Pacte, il n’est
pas suffisant que le prisonnier soit privé de sa liberté ; il doit y avoir un élément supplémentaire ‘d’humiliation ou d’abaissement’ dans le traitement de l’individu. L’auteur
240 Observations finales sur la Colombie, CAT, A/59/44 (2003) 32 à § 67.
241 Voir, e.g., Tekin c. Turquie, No. 22496/93, Cour européenne des Droits de l’Homme (9 juin
1998). La détention d’une durée de quatre jours dans le noir avec les yeux bandés, combinée à
d’autres formes de sévices, a constitué sur le plan européen une violation de l’article 3 de la
Convention Européenne des Droits de l’Homme, correspondant à l’article 7 du Pacte.
124
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
avance que les conditions de sa détention sont allées au-delà de celles inhérentes à la privation de liberté, et constituent donc une violation de l’article 7.
51. Dans l’affaire Deidrick c. Jamaïque (619/95), l’auteur de la communication a été
enfermé dans sa cellule vingt-trois heures par jour, sans matelas ni lit, sans sanitaires,
ni lumière naturelle, sans occupation d’aucune sorte, sans nourriture décente ni soins
médicaux appropriés, autant d’éléments constituant des traitements cruels et inhumains. Les conditions de détention dans l’affaire Deidrick sont comparables à celles
décrites dans les affaires Mukong c. Cameroun (458/91), Edwards c. Jamaïque
(529/93), et Brown c. Jamaïque (775/97), dans lesquelles le Comité des droits de
l’homme a considéré que les conditions de détention dans ces affaires constituaient
une violation de l’article 7.
52. La preuve des conditions décrites ci-dessus réside dans les plaintes déposées (en vain)
par l’auteur aux autorités de la prison (voir l’annexe 15), et devant le Procureur (voir
les annexes 22 et 25). Le rapport de l’ONG appuie également la version de l’auteur
sur cette question (voir l’annexe 14).
Cinquième violation de l’article 7 : manquement de l’État à l’obligation d’enquêter sur
les plaintes
53. L’Etat partie a manqué à son obligation imposée par l’article 7, combinée au devoir de
fournir une réparation au titre de l’article 2(3), d’enquêter de manière appropriée sur les
allégations de mauvais traitements dont a souffert l’auteur. Au paragraphe 14 de
l’Observation générale n°20, le Comité des droits de l’homme prend la position suivante :
L’article 7 devrait être lu conjointement avec le paragraphe 3 de
l’article 2 du Pacte. Dans leurs rapports, les Etats parties devraient
indiquer comment leur système juridique garantit efficacement
qu’il soit mis fin immédiatement à tous les actes prohibés par l’article 7, ainsi que les réparations appropriées. Le droit de porter
plainte contre des actes prohibés par l’article 7 doit être reconnu
dans le droit interne. Les plaintes doivent faire l’objet d’enquêtes
rapides et impartiales des autorités compétentes pour rendre les
recours efficaces. Les rapports des Etats parties devraient fournir
des renseignements précis sur les voies de recours disponibles pour
les victimes de mauvais traitements, les procédures à suivre par les
plaignants ainsi que des données statistiques sur le nombre de
plaintes et le sort qui leur a été réservé.
54. La plupart des affaires traitant de cette question ont été soulevées en application des
dispositions comparables de la Convention contre la torture, les articles 12 et 13, plutôt qu’au titre du Pacte. Comme mentionné ci-dessus (paragraphe 36), il est avancé
que le Comité des droits de l’homme devrait emprunter la jurisprudence développée
par le Comité contre la torture.
55. Le manquement de l’Etat à cet égard est manifeste, et ce sur plusieurs points.
Premièrement, le Procureur a manqué à son obligation de répondre avec promptitude
125
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
aux deux plaintes déposées par l’auteur. Dans les deux cas, aucune réponse officielle
n’a été reçue par l’auteur durant environ huit mois (voir les annexes 24 et 26).
Aucune justification n’a jamais été avancée pour expliquer le retard constaté pour
l’interrogation de l’auteur : 14 mois se sont écoulés après le dépôt de sa deuxième
plainte avant qu’il ne soit interrogé. Ce type de retard dans une enquête, a également
été considéré comme une violation de la Convention contre la torture dans l’affaire
Halimi-Nedzibi c. Autriche (CAT 8/91). Deuxièmement, l’enquête du Procureur sur
ces plaintes a été clairement insuffisante, étant donné qu’il s’est abstenu de s’entretenir avec de nombreux témoins, comme indiqué au paragraphe 25 sus-mentionné.
L’entretien avec l’auteur n’a pas non plus été le plus adéquat. Par exemple, l’auteur
n’a pas eu l’occasion de répondre à l’argument selon lequel les mauvais traitements
qu’il a subis auraient été causés par les autres prisonniers. L’enquête a été clairement
partiale vu que le Procureur n’a tenu des entretiens qu’avec les témoins qui étaient
de nature à favoriser l’Etat. Les manquements du Procureur au cours de l’enquête
sont semblables à ceux ayant constitué une violation des articles 12 et 13 de la
Convention contre la torture dans l’affaire Baraket c. Tunisie (CAT 60/96) et Blanco
Abad c. Espagne (CAT 59/96). Le Comité des droits de l’homme a aussi conclu à
une violation de l’article 7 du fait du manquement de l’Etat à effectuer une enquête
rapide et efficace sur les allégations de torture dans l’affaire Herrera Rubio c.
Colombie (161/83). Troisièmement, la Cour d’appel a, par son refus de réexamen de
l’enquête et son défaut de motifs contribué à l’inefficacité de l’enquête. Quatrièmement, la plainte relative aux conditions d’incarcération déposée devant les autorités
de la prison n’a pas été prise au sérieux. En effet, celle-ci n’a entraîné que des représailles à l’égard de l’auteur. Le Comité des droits de l’homme a condamné le Brésil
dans ses Observations finales pour ne pas avoir protégé les témoins contre des représailles, des actes d’intimidation, de harcèlement, et des menaces.242 Enfin, le manquement du médecin de la Prison de la Ville dans la conduite d’un examen médical
approprié de l’auteur (voir paragraphe 8 ci-dessus) constitue une violation de l’article
7. Tout examen médical standard suppose que le patient enlève certains habits et que
le médecin s’intéresse aux dires de son patient et lui réponde. Le caractère superficiel
et arbitraire de l’examen médical l’a rendu clairement inadéquat. Ce caractère inadéquat a été aggravé par le refus des autorités de la prison de permettre un examen
médical indépendant (voir l’annexe 13) ce qui a amenuisé la possibilité pour l’auteur
d’obtenir des preuves des mauvais traitements.
56. Les allégations de l’auteur à l’égard de ces violations de l’article 7 sont soutenues
par les documents relatifs aux plaintes ainsi que l’examen médical réalisé après sa
libération.
Violation de l’article 10 du Pacte
57. L’article 7 est complété par l’article 10, qui précise le droit des détenus à être traités
humainement pendant leur détention. A titre subsidiaire, si aucun des arguments évoqués ci-dessus n’est retenu sur le fondement de l’article 7, il est avancé que le trai242 Observations finales sur le Brésil, (1996) CCPR/C/79/Add. 66, paragraphe 12.
126
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
tement allégué constitue une violation l’article 10. A cet égard, l’auteur réitère les
arguments exposés aux paragraphes 39 à 44, 48, et 53 à 56 concernant les sévices et
le manquement d’enquêter. Par ailleurs, l’auteur ajoute ci-dessous des arguments
particulièrement pertinents sur la base de l’article 10, relatifs aux conditions de
détention et à la détention au secret.
Les conditions carcérales
58. De nombreux commentaires du Comité des droits de l’homme indiquent que
l’Ensemble des Règles minimales relatives au traitement des détenus font effectivement partie de l’article 10.243 Les conditions à la Prison de la Ville violent de nombreuses dispositions de l’Ensemble des règles minimales.
59. Par exemple, la règle n°9 énonce que chaque prisonnier devrait généralement avoir
sa propre cellule. Bien que des exceptions soient permises, il est clairement inapproprié d’avoir trente personnes dans une seule cellule, partageant les lits à tour de rôle.
Le surpeuplement de la Prison de la Ville constitue une violation de l’article 10. Dans
ses Observations finales sur le Portugal, le Comité des droits de l’homme s’est montré préoccupé par une surpopulation s’élevant à vingt-deux pourcent.244 A la Prison
de la Ville, à certains moments, le surpeuplement a dépassé le seuil de cinquante
pourcent (voir paragraphe 11 ci-dessus). Le rapport de l’ONG soutient les allégations
de l’auteur à ce propos (voir l’annexe 14).
60. Contrairement aux règles n°10 à 21, la literie, les vêtements, la nourriture et les installations sanitaires n’ont pas été fournis, pas plus que les services médicaux appropriés , contrairement aux règles n° 22 à 26 (une copie de l’Ensemble des règles minimales relatives au traitement des détenus se trouve en annexe 45 à la disposition des
membres du Comité).
61. Dans ses Observations finales sur l’Ouganda, le Comité des droits de l’homme a
exprimé sa préoccupation concernant les problèmes suivants : le surpeuplement, la
nourriture insuffisante, les mauvaises conditions d’hygiène et le manque de ressources matérielles.245 La présente affaire expose des conditions semblables.
62. Enfin, l’Etat X a clairement violé l’article 10(2)(a) vu que les détenus en détention
préventive, comme l’auteur, n’ont pas été séparés des condamnés.
Détention au secret
63. Si la détention au secret n’est pas considérée comme contrevenant à l’article 7 du
Pacte, l’auteur avance que sa détention au secret constitue une violation de l’article
10 du Pacte. Dans l’affaire Arutyunyan c. Ouzbekistan (917/00), deux semaines de
243 Voir, e.g., Mukong c. Cameroun (458/91), paragraphe 9.3 ; Observations finales sur les ÉtatsUnis, CCPR/C/79/Add. 50, paragraphe 34.
244 Observations finales sur le Portugal, A/58/40, Vol.1 (2003) 56 à § 83.
245 Observations finales sur l’Ouganda, (2004) CCPR/C/80/UGA.
127
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
détention au secret ont constitué une violation de l’article 10. Il est avancé que même
des périodes plus courtes de détention au secret violent l’article 10 étant donné que
la pratique de la détention au secret est toujours inacceptable et inhumaine. Il n’y
aucune justification envisageable pour priver l’auteur d’un accès au monde extérieur
pendant quatre jours. Par conséquent, les quatre jours de détention au secret dans la
présente affaire constituent une violation de l’article 10.
D. CONCLUSION
64 Considérant les éléments exposés ci-dessus, nous demandons respectueusement au
Comité de :
•
Déclarer que l’Etat partie X a violé les articles suivants du Pacte: article 2(3) combiné avec les articles 7 et 10.
•
Recommander que l’Etat X adopte toutes les mesures nécessaires pour :
a) Mener une enquête exhaustive sur les circonstances de la torture de l’auteur, et
en se fondant sur les résultats de l’enquête, de prendre les mesures appropriées
à l’encontre des responsables de ces actes ;
b) Adopter les mesures nécessaires garantissant à l’auteur une réparation pleine et
entière pour les dommages et sévices subis.
Date le jour mois 2006.
…………………………
ML
Représentant légal de la victime
LISTE DES ANNEXES
No. d’Annexe
Document
1.
2.
3.
4.
5.
6.
7.
8.
9.
10.
Passeport de la Victime
Lettre autorisant M L à être le représentant légal de la victime
Déclaration du témoin, Mme A
Déclaration du témoin, M B
Déclaration du témoin, Mme C
Rapport médical du Dr H du 13 janvier 2003
Document (‘aveu’) signé sous la contrainte par l’auteur du 27 septembre 2002
Copie de la Loi sur la Sécurité nationale et l’Ordre public de 1998
Copie de l’acte d’accusation du 27 septembre 2002
Copie de l’enregistrement dans la base de données de la Prison de la Ville de l’incarcération de l’auteur en date du 27 septembre 2002
11. Copie du rapport médical du médecin de la prison en date du 27 septembre 2002
12. Copie de la demande adressée aux autorités de la prison pour un examen médical indépendant en date du 28 septembre 2002
128
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
13. Refus de l’examen médical par les autorités de la prison
14. Rapport sur la Prison de la Ville par l’ONG
15. Plainte de M L aux autorités de la prison en date du 5 novembre 2002
16. Rapport psychiatrique du Dr J en date du 15 janvier 2003
17. Rapport psychiatrique du Dr K du17 mars 2003
18. Rapport psychiatrique du Dr J du 23 juillet 2003
19. Rapport psychiatrique du Dr J du 15 août 2004
20. Rapport psychiatrique du Dr J du 15 janvier 2005
21. Rapport psychiatrique du Dr J du 14 août 2005
22. Plainte adressée au Procureur par M L en date du 1er octobre 2002
23. Copie de la Loi relative aux Enquêtes (Droits de l’Homme) de 1990
24. Lettre en réponse du Procureur en date du 5 juin 2003
25. Plainte adressée au Procureur par M L en date du 15 janvier 2004
26. Lettre en réponse du Procureur en date du 17 septembre 2003
27. Notes du journal de M L faisant état de ses contacts avec le Bureau du Procureur
28. Lettre de M L au Procureur demandant des renseignements quant aux progrès de
l’enquête en date du 7 janvier 2003
29. Lettre de M L du Procureur demandant des renseignements par rapport au progrès
de l’enquête et transmettant les rapports médicaux et psychiatriques des Dr H, Dr J,
et Dr K, en date du 18 mars 2003
30. Lettre de M L au Procureur demandant des renseignements quant aux progrès de
l’enquête en date du 17 avril 2003
31. Lettre de M L au Procureur demandant des renseignements quant aux progrès de
l’enquête en date du 20 juin 2003
32. Lettre de M L au Procureur demandant des renseignements quant aux progrès de
l’enquête en date du 30 août 2003
33. Lettre de M L au Procureur demandant des renseignements quant aux progrès de
l’enquête en date du 21 septembre 2003
34. Lettre de M L demandant des renseignements quant aux progrès de l’enquête du
27 décembre 2003
35. Convocation du Bureau du Procureur en vue de l’entretien avec l’auteur le 15 mars
2004 en date du 26 février 2004
36. Lettre de M L au Procureur demandant une copie de la transcription de l’entretien
entre M T et l’auteur en date du 17 mars 2004
37. Lettre du Bureau du Procureur informant l’auteur de la décision du Procureur de clôturer l’enquête en date du 17 avril 2005 (Annexe 37)
38. Lettre de M L au Procureur résumant les insuffisances et les délais de l’enquête et
demandant formellement la réouverture de l’enquête du 19 avril 2005
129
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
39. Lettre de M L au Procureur résumant les insuffisances et les délais de l’enquête et
demandant formellement la réouverture de l’enquête en date du 23 juin 2005
40. Lettre du Bureau du Procureur informant de son refus de réouvrir l’enquête en date
du 1er août 2005
41. Demande d’examen de l’affaire par la Cour d’appel
42. Décision de rejet d’examen, sans motivation de la Cour d’appel en date du 12 novembre 2005
43. Demande d’examen de l’affaire par la Cour suprême
44. Notification d’irrecevabilité de la Cour suprême de l’affaire en date du 13 avril 2006
45. Ensemble des règles minimales relatives au traitement des détenus
2.3
Autres procédures
2.3.1 Procédure de présentation de rapports
dans le contexte du Pacte et de la Convention
a) Vue d’ensemble du système de présentation de rapports
Le système de « présentation de rapports » est le seul mécanisme de suivi obligatoire dans le contexte du Pacte et de la Convention. Un État partie doit présenter un rapport initial un an après l’entrée en vigueur du traité pour cet État,
et ce dernier doit ensuite présenter des rapports périodiques à des intervalles
imposés par le Comité concerné. En ce qui concerne le Pacte, le Comité des
droits de l’homme demande généralement de présenter des rapports tous les
cinq ans. En ce qui concerne la Convention, le Comité contre la torture
demande généralement des rapports tous les quatre ans.
Dans son rapport, l’État partie doit présenter les grandes lignes de la façon dont il
applique les droits au titre des traités respectifs. Il doit détailler la législation, les
politiques et les pratiques en la matière. Il ne suffit pas pour l’État de décrire simplement la législation dans ses grandes lignes sans faire de commentaires sur la
façon dont, ou la mesure dans laquelle, cette législation est appliquée. Il doit aussi
faire ressortir les secteurs où l’application est défaillante ou problématique.246
246 Voir Fiche d’information des Nations Unies n°15, Rev. 1, « Droits civils et politiques: le Comité
des droits de l’homme » à http://www.ohchr.org/french/about/publications/sheets.htm, pour obtenir des informations sur la façon dont les États doivent élaborer leurs rapports.
130
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
Chaque État partie doit présenter un « document de base » dans lequel sont présentées des informations fondamentales sur l’État en question, par exemple, sa
structure géographique, démographique, constitutionnelle, politique et juridique, et autres informations générales.247 Le même document de base peut
suffire à remplir les exigences en matière de rapports devant tous les organes
de traités des Nations Unies relatifs aux droits de l’homme. Le document de
base sera mis à jour lorsque nécessaire.
Le rapport d’un État est un document public, et peut être consulté sur le site Web
des organes de traités à http://www.unhchr.ch/tbs/doc.nsf. Ce site Web donne aussi
des informations sur les dates auxquelles les prochains rapports seront soumis.
Une fois le rapport présenté, un dialogue est planifié entre les représentants de
l’État et le Comité concerné eu égard au contenu du rapport et aux questions
liées aux obligations en vertu du traité pertinent. Pendant ces débats, les membres du Comité ont souvent recours à d’autres sources d’informations, notamment des informations émanant d’ONG. Les représentants de l’État partie précisent certains aspects du rapport, ainsi que la façon dont ils remplissent leurs
obligations en vertu du traité concerné.
A l’issue de la séance durant laquelle le rapport est examiné, le Comité adopte
des observations finales sur l’État partie intéressé. Ces observations finales se
divisent en différentes sections : introduction, aspects positifs, principales
préoccupations et recommandations.
Les observations finales, en particulier les principales préoccupations et les
recommandations, font ensuite l’objet d’un « suivi » par le Comité concerné.
Un membre du Comité entame un dialogue continu avec l’État sur la façon
dont, ou la mesure dans laquelle, il applique les recommandations, et prend les
mesures nécessaires sur les questions prioritaires. Les informations concernant
le suivi sont rendues publiques sur le site Web des organes de traités. Le processus de suivi est détaillé au paragraphe 2.4.1(a).
Les observations finales font aussi ressortir les secteurs sur lesquels portera le
prochain rapport. Les rapports périodiques ne doivent pas couvrir chacun des
droits reconnus par le traité de manière aussi détaillée que dans le rapport initial, mais les événements significatifs qui ont lieu entre les rapports seront toutefois expliqués.248
247 Voir Fiche d’information des Nations Unies n°15, Rev. 1, « Droits civils et politiques: le Comité
des droits de l’homme» à http://www.ohchr.org/french/about/publications/sheets.htm
248 Voir Fiche d’information des Nations Unies n°15, Rev. 1, « Droits civils et politiques: le Comité
des droits de l’homme » à http://www.ohchr.org/french/about/publications/sheets.htm
131
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Le cycle de présentation des rapports de l’État se fait comme suit :
• L’État présente le rapport au Comité concerné
• Un dialogue entre le Comité et les représentants de l’État est programmé
• Les membres du Comité peuvent aussi recevoir des informations sur l’État
provenant d’autres sources, d’ONG par exemple
• Le Comité et les représentants de l’État partie débattent de manière constructive sur le contenu du rapport
• Le Comité adopte des observations finales sur le rapport et sur le dialogue
• Les observations finales, en particulier les questions prioritaires mentionnées dans les observations, font l’objet d’un suivi par le Comité concerné.
L’État partie fournit des informations de suivi sur les principales préoccupations et les recommandations dans l’année qui suit l’émission des observations finales
• Lorsque nécessaire, un dialogue permanent concernant le suivi s’établit
entre le Comité et l’État partie
• L’État partie présente son rapport suivant, tel que demandé par le Comité, et
le processus se renouvelle.
Par ailleurs, l’État doit présenter son document de base avant ou dans tous les
cas avec son rapport initial, et doit actualiser ce document lorsque nécessaire.
Exceptionnellement, un Comité peut demander un rapport d’urgence, lorsqu’il
estime qu’une crise humanitaire, quelle qu’en soit la forme, a lieu dans un État
en particulier.249 Un Comité peut aussi demander à obtenir un rapport avant la
date prévue en vertu du processus de « suivi » fixé dans les observations
finales.
b) Réforme du système de présentation des rapports
Le système de présentation des rapports a fait l’objet de nombreuses critiques
en raison de sa complexité. En dépit de l’arrivée tardive de nombreux rapports,
un laps de temps considérable peut s’écouler entre le moment où le rapport est
soumis et le moment où il est examiné. Les Comités fonctionnant à temps par-
249 Voir, S. Joseph, « New Procedures concerning the Human Rights Committee’s Examination of
State Reports », (1995) 13, Netherlands Quarterly on Human Rights, p. 5, pp. 13-23.
132
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
tiel, ils n’ont pas assez de temps pour traiter les rapports en temps utile.
Souvent, il est demandé aux États de présenter des informations actualisées
avant l’ouverture du dialogue, en raison du temps qui s’écoule entre la présentation du rapport et le dialogue en question.
Le processus de présentation de rapports a fait l’objet d’une réforme importante dans les dernières années. Un Comité peut désormais examiner la situation en matière de droits de l’homme d’un État par rapport au traité concerné
même en l’absence du rapport, afin de faire état du manquement chronique
d’un État à présenter ses rapports.250 La réforme du système de présentation
des rapports porte en grande partie sur le travail interne des différents Comités,
et dépasse le champ de ce Guide.251
c) Recours au processus de présentation de rapport par et au
nom des victimes de la torture
Les Comités recourent à d’autres sources d’informations pendant le dialogue
avec les États parties à propos de leurs rapports. Il est évidemment fondamental pour les Comités de le faire, si l’on veut maintenir l’intégrité et la crédibilité
du système de présentation des rapports. Une seule et unique source d’information émanant de l’État lui-même ne saurait suffire à décrire sa situation en
matière de droits de l’homme.
Les individus et les groupes peuvent recourir au système de présentation des
rapports pour porter des cas de torture et de mauvais traitements dans un État
devant le Comité concerné. Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles une
personne souhaiterait recourir au processus de présentation des rapports plutôt
qu’au processus de requêtes individuelles à cet égard.
• L’État intéressé peut ne pas autoriser les requêtes individuelles à son encontre au titre d’un traité en particulier
• L’individu ne satisfait pas aux critères de recevabilité des requêtes individuelles
Autre raison, et c’est peut-être la plus importante, le système d’examen des
requêtes individuelles vise à traiter les violations au niveau individuel et il est
250 Observation générale n°30, § 4(b).
251 Voir Fiche d’information des Nations Unies n°15, Rev. 1, « Droits civils et politiques: le Comité
des droits de l’homme » à http://www.ohchr.org/french/about/publications/sheets.htm pp. 10-15,
en particulier Boîte 111.2 ‘Where is the process headed?’, p. 15.
133
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
moins apte à traiter les violations des droits de l’homme à grande échelle. Le
processus de présentation des rapports est un moyen plus efficace de transmettre des informations sur des violations systématiques ou à grande échelle des
droits de l’homme. Par exemple, les statistiques indiquant un fort taux de suicide dans les prisons chez les personnes appartenant à un groupe ethnique spécifique ne constitueront pas à elles seules un élément de preuve de violations
des droits de l’homme d’un membre de ce groupe. Ces statistiques sont néanmoins la preuve qu’il existe des problèmes systémiques eu égard au traitement
des membres de ce groupe dans les prisons.
Lors de la soumission d’informations dans le contexte de la présentation des
rapports, il est recommandé aux organisations de procéder comme suit :252
• Noter la date à laquelle les rapports doivent être présentés
• Soumettre les informations en temps opportun afin que les membres des
Comités aient le temps d’en prendre connaissance. Par exemple, ne pas soumettre un rapport de 100 pages le jour où le dialogue concerné a lieu
• Être concis
• Fournir les informations générales contextuelles nécessaires pour compléter
le document de base de l’État lorsque nécessaire
• Articuler les informations autour des dispositions du traité
• Faire référence aux observations finales précédentes du Comité, le cas
échéant
• Faire référence à toute requête individuelle préalable, le cas échéant
• Faire des commentaires sur le rapport de l’État lui-même, et présenter des
informations complémentaires importantes si nécessaire. Ne pas répondre à
chacun des points mentionnés par l’État ; se concentrer seulement sur les
points importants
• Donner des exemples et des statistiques concrets
• Faire des suggestions de questions que le Comité pourrait poser aux représentants de l’État partie
• Faire des suggestions constructives pour améliorer la situation au sein de
l’État partie
252 Giffard, note 109 ci-dessus, p. 72-75.
134
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
Il est important de ne pas inonder le Comité d’informations. Les membres des
Comités opèrent à temps partiel et n’ont peut-être pas le temps d’assimiler un
volume important d’informations. Dans l’idéal, les organisations de la société
civile devraient coopérer les unes avec les autres pour présenter les informations et éviter ainsi les chevauchements ou le double emploi. Les ONG sont
donc encouragées à présenter un « rapport parallèle » commun, généralement
sous la même forme que le rapport de l’État partie. Présenter ainsi les informations permet de rationaliser les informations présentées au Comité, et
d’avoir davantage de crédibilité du fait de la participation de plusieurs groupes
à son élaboration.253
Les informations présentées aux Comités sont rendues publiques, il faudra
donc informer le Comité lorsque ces informations doivent rester confidentielles. Les informations émanant d’ONG et autres parties intéressées ne relevant pas de l’État ne sont pas traitées comme des documents officiels des
Nations Unies, et ne sont pas traduites par les Nations Unies.254 Les informations seront fournies en plusieurs exemplaires en format papier, et un exemplaire sous forme électronique, « le Secrétariat n’ayant pas la capacité de reproduire les documents des ONG ».255
Il est possible d’assister à la séance durant laquelle les débats ont lieu, puisqu’il
s’agit d’une séance publique. Il faut obtenir une autorisation au préalable pour
entrer dans l’immeuble des Nations Unies (que ce soit à Genève ou à New
York), et il faut donc prendre contact avec le Secrétariat à l’avance pour prévoir cette autorisation. Pendant les débats, il n’est pas permis d’intervenir ;
seuls les membres des Comités et les représentants de l’État partie sont autorisés à intervenir. Toutefois, les deux Comités accordent aux ONG un temps
en particulier pendant les séances pour leur laisser la possibilité de faire des
présentations orales sur des rapports des États en particulier. Ces présentations
orales ont généralement lieu à huit clos.256 En outre, il est possible, pendant les
pauses des séances du Comité, de faire des présentations informelles aux membres du Comité.257
253 Voir Fiche d’information des Nations Unies n°15, Rev. 1, « Droits civils et politiques: le Comité des
droits de l’homme » à http://www.ohchr.org/french/about/publications/sheets.htm. Voir aussi HautCommissariat des Nations unies aux droits de l’homme, ‘Working with the Office of the United Nations
High Commissioner for Human Rights: A Handbook for NGOs’, (2006) HR/PUB/06/10, p. 68.
254 Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, ‘Working with the Office of the United
Nations High Commissioner for Human Rights: A Handbook for NGOs’, (2006) HR/PUB/06/10, p. 69.
255 Ibid, p. 70.
256 Ibid, pp. 71, 75, 79.
257 Ibid, pp. 71, 75.
135
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
2.3.2 Procédure d’enquête dans le contexte de la
Convention contre la torture et autres peines ou
traitements cruels, inhumains ou dégradants
L’article 20 de la Convention fait office de mécanisme de surveillance pouvant
être invoqué lorsque le Comité contre la torture (dénommé dans ce paragraphe
« le Comité ») reçoit des informations laissant à penser que des actes de torture
se produisent systématiquement dans un État. Les personnes qui souhaitent
présenter une requête au titre de l’article 20 devront transmettre leurs éléments
de preuve et informations au Secrétaire général des Nations Unies qui portera
l’affaire devant le Comité. Les informations doivent satisfaire à certains critères pour pouvoir être examinées par le Comité. En premier lieu, l’État
concerné doit avoir reconnu la compétence du Comité pour répondre aux informations soumises au titre de l’article 20. En vertu de l’article 28(1), les États
parties peuvent ne pas reconnaître la compétence du Comité au moment de la
ratification ou de l’entrée en vigueur du traité. Un État qui a opté pour ne pas
reconnaître la compétence du Comité peut la reconnaître par la suite en application de l’article 28(2). Ensuite, les informations présentées doivent être « fiables » et « bien-fondées », et faire ressortir l’existence d’une pratique systématique de la torture dans l’État concerné.
Le type de traitement relevant de l’article 20 se limite à la torture, comme indiqué à l’article 1 de la Convention. Il ne s’étend pas aux traitements cruels,
inhumains ou dégradants au sens de l’article 16.
a) Collecte des informations
Les enquêtes au titre de l’article 20 doivent être conduites avec le plein consentement et la coopération de l’État soumis à l’examen. Une fois que le Comité
a établi que les informations satisfont aux critères, il transmet les informations
à l’État en question et l’invite à y répondre. Le Comité peut aussi décider de
demander des informations complémentaires afin d’examiner en toute
connaissance de cause les preuves qu’il a reçues. Auquel cas, il peut demander
des informations complémentaires à l’État, aux ONG, et aux autres parties
concernées. Une fois qu’il a collecté suffisamment d’informations, le Comité
prend une décision sur la nécessité de conduire une enquête indépendante.
b) Enquête indépendante
Les enquêtes indépendantes sont conduites par un ou plusieurs membres du
Comité. L’État sera informé de la décision du Comité et sera invité à contri136
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
buer à la procédure en fournissant des informations complémentaires. Le
Comité peut aussi demander l’autorisation à l’État pour que certains membres
se rendent sur le territoire de l’État afin d’enquêter sur place, par exemple, pour
rencontrer les prisonniers et visiter les lieux de détention. Une visite sur le territoire de l’État ne peut avoir lieu qu’avec le consentement de l’État intéressé.
Le Comité ne dispose d’aucun pouvoir pour appeler des témoins ou demander
des documents relatifs à son enquête. À l’issue de l’enquête, le Comité examine les éléments de preuve et fait des propositions et des commentaires sur
la façon dont l’État pourrait améliorer la situation. L’État est alors invité à
répondre à ces conclusions et à informer le Comité des mesures qu’il envisage
de prendre pour donner effet à ses observations.
c) Confidentialité
L’enquête elle-même et les conclusions résultant de celle-ci sont confidentielles, conformément aux articles 72 et 73 du Règlement intérieur du Comité.
Cette règle de la confidentialité s’étend à toutes les pièces, séances et procédures appropriées. Le Comité peut toutefois opter pour intégrer un résumé de
ses conclusions dans son rapport public annuel en application de l’article 20(5).
d) Critique de la procédure
Le critère relatif au consentement de l’État pour les visites sur son territoire
ainsi que la nature confidentielle de ces visites conformément à l’article 20 ont
fait l’objet de critiques de la part de certaines personnes qui soutiennent que
ces critères peuvent nuire à l’efficacité de la procédure. Si ces dispositions
visent à protéger la souveraineté de l’État concerné, elles la protègent effectivement aux dépens de la protection des droits de l’homme et de l’élimination
de la torture.258
e) Présentation d’informations aux fins d’une enquête conduite
en vertu de l’article 20
Lorsqu’ils soumettent des informations propres à générer une enquête au titre
de l’article 20, les individus ou les organisations doivent présenter des infor258 Par exemple, Ahcene Boulesbaa indique : « Il est très peu probable que les États qui pratiquent la
torture permettent au Comité d’inspecter les lieux de détention et d’examiner les conditions des
prisonniers dont on pense qu’ils ont été torturés, étant donné qu’ils ont le droit de veto ….le Comité
se verra donc refuser l’accès aux preuves mêmes dont il a besoin pour affirmer que la torture s’est
ou ne s’est pas produite.» : voir A. Boulesbaa., The U.N Convention on Torture and the Prospects
for Enforcement, M. Nijhoff Publishers, 1999, p. 265 [Traduction non officielle].
137
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
mations crédibles signalant l’existence potentielle de pratique systématique de
la torture dans un État : les informations doivent indiquer que la torture est
« habituelle, répandue et délibérée » et se produit au moins dans une partie
importante de l’État en question.259 Il n’est pas suffisant de présenter des informations sur des cas isolés de torture, bien qu’il soit important d’inclure de
nombreux exemples concrets de tels actes. Les informations sont organisées
de manière à être facilement lisibles et compréhensibles.260
En outre, l’individu ou l’organisation devra présenter des informations contextuelles significatives sur l’État, par exemple, le cas échéant, l’historique d’un
conflit ethnique et d’une discrimination, l’inadéquation de la législation en vigueur
ou du système en place, tel que l’organisation de la justice.261
Avant l’enquête, les personnes concernées feront des suggestions au Comité
sur les lieux que les membres intéressés devraient visiter, ainsi que sur les personnes qu’il serait bon de contacter, par exemple, les responsables gouvernementaux, les victimes de torture, les détenus, les avocats et les ONG.262 Si les
personnes rencontrent l’équipe chargée de l’enquête, elles exposeront les faits
succinctement et de manière apolitique, et présenteront des copies des documents pertinents dans la mesure du possible. Les personnes aborderont en premier lieu les points importants si elles disposent de peu de temps. Des présentations écrites seront préparées par ces personnes afin de s’assurer que tous les
points auront été exposés, quand bien même ne disposeraient-elles que de peu
de temps lors de l’entretien.263
f) L’article 20 en action
Dans son rapport annuel 2004, le Comité a présenté un résumé des conclusions
relatives à la Serbie-et-Monténégro, résultant de l’enquête conduite au titre de
l’article 20. L’enquête a été déclenchée en décembre 1997 par la présentation
d’informations émanant du Humanitarian Law Centre (HLC), une ONG basée
à Belgrade, alléguant que la torture était systématiquement pratiquée en
Serbie-et-Monténégro, et demandant au Comité de conduire une enquête au
titre de l’article 20. Après avoir demandé des informations complémentaires
au HLC, le Comité a ouvert une enquête indépendante.
259
260
261
262
263
Giffard, note 109 ci-dessus, p. 98.
Giffard, note 109, ci-dessus p. 98.
Giffard, note 109 ci-dessus, p. 98.
Giffard, note 109 ci-dessus, p. 74-75.
Giffard, note 109 ci-dessus, p. 75.
138
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
L’enquête a débuté en novembre 2000 et a consisté en une visite, avec l’autorisation du gouvernement, en Serbie-et-Monténégro entre le 8 et le 19 juillet
2002. Au cours de cette visite, les membres du Comité ont rencontré des responsables gouvernementaux, des membres du système judiciaire, des représentants de l’État, des représentants de l’Organisation pour la sécurité et la
coopération en Europe, et des ONG. Ils se sont également rendus dans les prisons et les postes de police pour examiner les registres, les dossiers médicaux,
les salles d’interrogatoire et pour s’entretenir avec des détenus, avec des détenus avant leur procès et avec des anciens détenus. Les membres du Comité ont
indiqué que « Les autorités fédérales et républicaines, qui approuvaient la
visite, se sont montrées très coopératives. Les membres du Comité ont visité
des prisons et autres lieux de détention à l’improviste et se sont entretenus en
privé avec des détenus ».264
Dans son résumé, le Comité a conclu que sous le régime du président Slobodan
Milosevic, la torture avait été largement pratiquée et avérée. Pendant la période
qui a suivi le régime de Milosevic, il a indiqué que « les cas de torture avaient
considérablement diminué et que la torture n’était plus pratiquée de manière
systématique ».265 Néanmoins, le Comité a relevé que des actes de torture persistaient et il a rappelé que « l’État partie est tenu de ne ménager aucun effort
pour enquêter sur tous les cas de torture, dédommager les victimes de la perte
ou du préjudice qu’elles ont subi et traduire les responsables en justice ».266
Dans ses conclusions, il a fourni une liste de 20 recommandations à suivre par
l’État pour se conformer à ses obligations en vertu de la Convention. Le
Comité a ensuite invité l’État à lui rapporter les mesures prises pour donner
effet aux recommandations. Suite à quoi, l’État a informé le Comité des différentes mesures qu’il avait prises, ou était sur le point de prendre, pour remplir
ses obligations. En 2003 et en 2004, le Comité a reçu des informations complémentaires de la part d’ONG de la région. Ces informations indiquaient que
des actes de torture persistaient et que l’État manquait toujours à ses obligations d’enquêter et de poursuivre les responsables des crimes de guerre commis auparavant. Le Comité a pris note de ces informations avec inquiétude
dans son rapport annuel de 2004.267
264
265
266
267
Rapport annuel du Comité contre la torture, (2004) U.N. Doc. A/59/44, §. 160.
Ibid, § 212.
Ibid, § 212.
Ibid, §§ 236-239.
139
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
2.3.3 Protocole facultatif se rapportant à la Convention
Le Protocole facultatif (appelé le Protocole) a pour objet d’empêcher la torture,
les traitements ou peines cruels, inhumains ou dégradants, par le biais de l’établissement de mécanismes nationaux et internationaux pour surveiller en permanence le traitement des individus privés de leur liberté, principalement par
la visite des lieux de détention. Les détenus sont particulièrement vulnérables
aux actes de torture et aux mauvais traitements. Le Protocole a été adopté et
ouvert à la signature, à la ratification et à l’adhésion le 18 décembre 2002. Il
est entré en vigueur le 22 juin 2006.
a) Objectif du Protocole
L’article 1 du Protocole dispose :
« Le présent Protocole a pour objectif l’établissement d’un système de
visites régulières, effectuées par des organismes internationaux et
nationaux indépendants, sur les lieux où se trouvent des personnes
privées de liberté, afin de prévenir la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.»
Le Protocole porte création d’un nouvel organe international, à savoir le Souscomité pour la prévention de la torture et autres traitements ou peines cruels,
inhumains ou dégradants (appelé le Sous-comité), qui fonctionnera de concert
avec les organes nationaux de surveillance, c’est-à-dire les mécanismes nationaux de prévention, pour empêcher que la torture et autres mauvais traitements
soient commis par les États parties. En vertu de ce Protocole, ces deux organes
pourront se rendre dans les centres de détention. L’accent mis sur la prévention
par la coopération entre le mécanisme international et les instances nationales
différencie le Protocole des mécanismes existants contre la torture.
b) Sous-comité de la prévention de la torture et autres
traitements ou peines cruels, inhumains ou dégradants
Le Sous-comité se compose de 10 membres proposés par un État puis élus par
les États parties au bulletin secret pour un mandat de quatre ans. Comme pour
le Comité des droits de l’homme et le Comité contre la torture, les membres du
Sous-comité opèreront en qualité d’experts indépendants. Les membres du Souscomité auront une expérience dans le domaine de l’administration de la justice,
notamment en matière de droit pénal, d’administration pénitentiaire ou poli140
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
cière, ou dans les divers domaines ayant un rapport avec le traitement des personnes privées de liberté.268 Les principes fondamentaux qui orienteront tous
les membres du Sous-comité dans l’exercice de leurs fonctions et dans leur
approche sont « la confidentialité, l’impartialité, la non-selectivité, l’universalité et l’objectivité ».269
En vertu de l’article 11 du Protocole facultatif, le Sous-comité est chargé de
deux tâches principales. La première est de se rendre sur les lieux de détention
et de communiquer avec les États parties sur ce qu’ils ont constaté. La seconde
est d’établir une relation avec le mécanisme national de prévention et de l’assister dans son fonctionnement.
i. Visites sur les lieux de détention
En application de l’article 11, le Sous-comité :
« (a) Effectue les visites mentionnées à l’article 4 et formule, à l’intention des États Parties, des recommandations concernant la protection
des personnes privées de liberté contre la torture et autres peines ou
traitements cruels, inhumains ou dégradants.»
« Lieu de détention » est défini par l’article 4(1) comme :
«… tout lieu placé sous sa juridiction ou sous son contrôle où se
trouvent ou pourraient se trouver des personnes privées de liberté sur
l’ordre d’une autorité publique ou à son instigation, ou avec son consentement exprès ou tacite.»
« Privation de liberté » est définie à l’article 4(2) :
« on entend par privation de liberté toute forme de détention ou d’emprisonnement, ou le placement d’une personne dans un établissement
public ou privé de surveillance dont elle n’est pas autorisée à sortir à
son gré, ordonné par une autorité judiciaire ou administrative ou toute
autre autorité publique.»
268 Article 5.2.
269 Article 2(3), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
141
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Cette définition est large, de sorte que le Sous-comité puisse visiter :
« Les prisons et les postes de police, les centres de détention, les établissements psychiatriques dans lesquels des personnes sont internées
contre leur gré, les centres de détention situés à l’intérieur de bases militaires, les centres de détention pour demandeurs d’asile et immigrants,
les centres pour mineurs ainsi que les lieux dans lesquels des personnes
sont maintenues en détention administrative ».270
En outre, la liste n’est pas exhaustive271, la définition peut donc s’appliquer
avec souplesse à de nouveaux contextes dans lesquels un individu est privé de
sa liberté.
Les visites se feront régulièrement, néanmoins, le Protocole ne précise pas de
calendrier relatif à ce critère. Le Sous-Comité de la prévention établit, d’abord
par tirage au sort, un programme de visites régulières dans les États Parties.272
La procédure d’organisation des visites est indiquée à l’article 13(2) :
« Après avoir procédé à des consultations, le Sous-Comité de la prévention communique son programme aux États Parties afin qu’ils puissent
prendre, sans délai, les dispositions d’ordre pratique nécessaires pour
que les visites puissent avoir lieu.»
Comme indiqué au paragraphe 2.3.3(c), les États parties ont l’obligation de
coopérer avec le Sous-comité pour lui permettre d’accéder aux lieux de détention concernés. Les visites elles-mêmes seront conduites par au moins deux
membres du Sous-comité273 et lorsque nécessaire, les membres seront accompagnés d’experts ayant une expérience et des connaissances professionnelles
reconnues dans les domaines énoncés par le présent Protocole, qui sont choisis
sur une liste d’experts établie sur la base des propositions des États Parties, du
Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et du Centre des
Nations Unies pour la prévention internationale du crime.274 Ces experts
démontreront « une expérience et des connaissances professionnelles reconnues dans les domaines visés dans le présent Protocole.»275 L’État partie peut
270 Amnesty International , « Prévénir le recours à la torture dans le monde – Le Protocole facultatif
se rapportant à la Convention contre la torture», (Juin, 2003), AI Index: IOR 51/002/2003,
http://web.amnesty.org/library/index/FRGIOR510022003
271 M. Evans, ‘Signing the Optional Protocol to the Torture Convention’, (October, 2004) The New
Zealand Law Journal 383, p. 384.
272 Article 13 (1), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
273 Article 13 (3), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
274 Article 13 (3), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
275 Article 13 (3), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
142
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
s’opposer au choix de l’expert pour la visite et dans ce cas, le Sous-comité proposera un autre expert.276
Le Sous-comité peut décider en vertu de l’article 13(4) qu’un suivi à court
terme de la visite est nécessaire pour s’assurer que l’État partie a appliqué ou
prend les mesures nécessaires pour appliquer ses recommandations. Aucun
critère concernant ces visites n’est fixé par l’article 13(4), le Sous-comité semble donc disposer d’une grande latitude à cet égard.
Les recommandations et les observations que le Sous-comité a faites pendant
ses visites doivent être communiquées de manière confidentielle à l’État partie
et, le cas échéant, au mécanisme national de prévention.277 Si l’État partie le
lui demande, le Sous-comité devra publier son rapport. La publication comprendra tous les commentaires de l’État partie. Si l’État partie lui-même a élaboré une partie du rapport public, le Sous-comité a le droit de publier tout ou
partie du rapport.278
Le rapport annuel que le Sous-comité transmet au Comité contre la torture sera
rendu public.279 On ne sait pas encore comment sera structuré ce rapport et
quels seront les détails des activités du Sous-comité qui y figureront.
c) Obligations de l’État partie
Le bon fonctionnement du Protocole dépend de la coopération entre l’État partie et le Sous-comité. Les obligations et les engagements de l’État partie sont
exposés à l’article 12 et à l’article 14. L’État partie doit accorder au Souscomité l’accès non limité à tous les lieux de détention, à leurs installations et
équipements.280 Par ailleurs, l’État partie doit accorder au Sous-comité le libre
accès à tous les lieux qu’il choisit de visiter et à toutes les personnes qu’il souhaite rencontrer.281 L’État partie doit aussi s’assurer que les entretiens avec les
personnes privées de liberté, ou avec quiconque qui, selon le Sous-comité,
pourrait disposer d’informations appropriées, sont menés en privé et sans
témoin.282
276
277
278
279
280
281
282
Article 13 (3), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
Article 16 (1), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
Article 16 (2), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
Article 16 (3), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
Article 14 (c), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
Article 14 (1)(e), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
Article 14 (d), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
143
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
L’État partie doit accorder un accès illimité aux informations concernant le
nombre de personnes privées de leur liberté et le traitement des personnes dans
les lieux de détention, y compris en ce qui concerne leurs conditions et les
lieux de détention ainsi que le nombre de ces derniers.283 Toute autre information pertinente que le Sous-comité pourrait demander en vue « d’évaluer les
besoins et les mesures à prendre pour renforcer la protection des personnes privées de liberté contre la torture et autres traitements ou peines cruels, inhumains
ou dégradants », doit aussi être fournie au Sous-comité par l’État partie.284
L’État partie peut s’opposer aux visites pour certains motifs restreints précisés
à l’article 14(2) :
« Il ne peut être fait objection à la visite d’un lieu de détention déterminé que pour des raisons pressantes et impérieuses liées à la défense
nationale, à la sécurité publique, à des catastrophes naturelles ou à des
troubles graves là où la visite doit avoir lieu, qui empêchent provisoirement que la visite ait lieu. Un État Partie ne saurait invoquer l’existence
d’un état d’urgence pour faire objection à une visite.»
Le Professeur Malcolm Evans laisse entendre que « une lourde charge pèsera
sur l’État qui souhaite restreindre le droit d’accès pour ces motifs.»285
Une fois que le Sous-comité a effectué la visite sur le territoire de l’État, le
Sous-comité doit communiquer ses recommandations et ses observations à
l’État partie.286 Ces communications sont confidentielles, mais le Sous-comité
peut, le cas échéant, les transmettre également au mécanisme national de prévention s’il juge approprié de le faire.287 L’État partie examinera les recommandations du Sous-Comité de la prévention et engagera le dialogue avec lui
au sujet des mesures qui pourraient être prises pour y donner effet.288
La seule sanction pour le non respect des obligations d’un État partie au titre
du Protocole est prévue par l’article 16(4). Le Comité contre la torture peut
décider à la majorité de ses membres, à la demande du Sous-comité, de faire
une déclaration publique sur le non respect de l’État partie de ses obligations,
ou de publier le rapport du Sous-comité. La menace de rendre publics les cas
283 Article 14 (1) (a), (b), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
284 Article 12 (b), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
285 M. Evans, ‘Signing the Optional Protocol to the Torture Convention’, (October, 2004) The New
Zealand Law Journal, p. 383, p. 384 [Traduction non officelle].
286 Article 16(1), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
287 Article 16(1), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
288 Article 12(d), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
144
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
de torture ou de mauvais traitements des détenus incitera l’État partie à coopérer avec le Sous-comité et à se conformer à ses recommandations.
d) Mécanisme national de prévention
Le mécanisme national de prévention est un organe ou un groupe d’organes
qui travaille en collaboration avec le Sous-comité pour prévenir la torture dans
un État en particulier. Le mécanisme national de prévention est mis en place,
désigné et administré par l’État lui-même289 et fonctionne à partir du territoire
en question. Le type de ce mécanisme variera selon l’État partie :
« certains pays fonctionnent avec une Commission des droits de
l’homme unique ou un Bureau de l’Ombudsman disposant d’ores et
dejà de toutes les capacités de visites nécessaires ou presque. D’autres
ont un réseau d’instances dans différents secteurs qui couvrent l’ensemble des besoins.»290
Par conséquent, le type de mécanismes utilisé par l’État partie dépendra largement de la nature des organes préexistants, et de l’approche des autorités
concernant cet aspect de la mise en œuvre.
La localisation interne du mécanisme national de prévention lui permettra de
surveiller de près les événements dans l’État ; le mécanisme national de prévention « a plus de chances [que le Sous-comité] de pouvoir identifier les problèmes et de faire pression dans le temps ».291 Il constituera aussi une source
valable pour actualiser et fiabiliser les informations à l’attention du Souscomité. Ces mécanismes renforceront l’application du droit international au
niveau national, étant donné qu’ils facilitent l’application permanente des
recommandations et des normes du Sous-comité. Ils fonctionneront de
manière à générer une culture nationale des droits de l’homme façonnée par
les normes internationales.292
L’État partie a un rôle fondamental à jouer dans la création et le maintien des
mécanismes nationaux de prévention. L’État partie doit s’assurer que les
289 Article 17, Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
290 M. Evans, « Signing the Optional Protocol to the Torture Convention », (Octobre, 2004), The New
Zealand Law Journal 383, p. 385 [Traduction non officielle].
291 M. Evans, « International visitors in UK Cells », (Novembre, 2004), The New Zealand Law Journal
433, p. 434 [Traduction non officielle].
292 Comme indiqué par Malcolm Evans, « les mécanismes nationaux désignés par l’État font partie du
cadre international de prévention de la torture et les frontières entre le cadre national et le cadre
international sont alors façonnables et ouvertes », in ibid, p. 434.
145
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
experts du mécanisme national de prévention « disposent des compétences et
des connaissances professionnelles requises ».293 En ce qui concerne la composition des mécanismes nationaux de prévention, l’État « s’efforce d’assurer
l’équilibre entre les sexes et une représentation adéquate des groupes ethniques
et minoritaires du pays ».294 Pour être efficace, il est aussi essentiel que ces
mécanismes fonctionnent indépendamment de l’État partie. À cette fin, l’État
partie doit garantir à la fois une « indépendance fonctionnelle » et « une indépendance de leur personnel ».295 L’État partie doit aussi fournir aux mécanismes nationaux de prévention les « ressources nécessaires » à leur fonctionnement.296
i. Fonctions des mécanismes nationaux de prévention
Le mécanisme national de prévention œuvrera avec le Sous-comité et l’État
partie pour établir les mesures à prendre pour empêcher les actes de torture,
les traitements ou les peines cruels, inhumains ou dégradants dans cet État. Ils
auront trois principaux rôles à jouer. Premièrement, les mécanismes nationaux
de prévention surveilleront régulièrement le traitement des détenus dans cet
État ; ce rôle consiste en des visites sur les lieux de détention.297 Deuxièmement, ils feront des recommandations, des propositions et des observations à
l’État partie concernant la législation en vigueur ou en cours d’élaboration.298
Troisièmement, les mécanismes nationaux de prévention communiqueront les
informations et en échangeront avec le Sous-comité.299
Le rôle des mécanismes nationaux de prévention en matière de surveillance du
traitement des détenus est très semblable à celui du Sous-comité pour ce qui
est de visiter les lieux de détention.300 Les États parties doivent coopérer avec
les mécanismes nationaux de prévention afin de leur permettre et de leur faciliter ces visites. En outre, les États doivent examiner les recommandations
émises par le mécanisme national de prévention, en ce qui concerne le traitement des détenus ainsi que la législation et les politiques de l’État partie, et
293
294
295
296
297
298
299
300
Article 18(2), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
Article 18(2), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
Article 18(1), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
Article 18 (3), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
Article 19(a), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
Article 19(b) et (c), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
Article 20(f) et article 11(b)(ii) et Article 16(1), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
Article 20, Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
146
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
engagent le dialogue avec lui au sujet des mesures qui pourraient être prises
pour y donner effet.301
Les rapports annuels des mécanismes nationaux de prévention seront publiés
et diffusés par les États parties.302 Le Protocole ne spécifie pas d’élément particulier concernant le contenu de ces rapports.
Les pouvoirs conférés aux mécanismes nationaux de prévention pour surveiller les détenus et faire des recommandations et propositions reflètent les pouvoirs minimums qui doivent être conférés à ces mécanismes en vertu du
Protocole ;303 un État partie peut choisir de conférer d’autres pouvoirs aux
mécanismes nationaux de prévention.
ii. Relations entre le Sous-comité et les mécanismes nationaux
de prévention
Des relations de travail étroites entre le Sous-comité et les mécanismes nationaux de prévention sont fondamentales pour que le Protocole puisse s’appliquer de manière optimale. L’État partie encouragera et facilitera ces relations
et cette communication.304 Cette dernière peut, si nécessaire, rester confidentielle.305 Le rôle général du Sous-comité en ce qui concerne les mécanismes
nationaux de prévention est de « superviser globalement, avec un regard
« paternaliste », le fonctionnement de ces mécanismes ».306 Par exemple, le
Sous-comité peut aider l’État partie à mettre en place le mécanisme national
de prévention, et peut proposer une formation et une assistance technique à
celui-ci.307 Le Sous-comité fera également des recommandations et des observations aux États parties sur le renforcement de la capacité et du mandat des
mécanismes nationaux de prévention.308
301
302
303
304
305
306
Article 22, Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
Article 23, Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
Article 19, Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
Article 12(c), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
Article 11(b)(ii), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
M. Evans, «Signing the Optional Protocol to the Torture Convention», (October, 2004) The New
Zealand Law Journal 383, p. 385.
307 Article 11(b)(iii), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
308 Article11(b)(iv), Protocole facultatif se rapportant à la Convention.
147
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
e) Protection des personnes qui communiquent ou fournissent
des informations
Pour que le Sous-comité et les mécanismes nationaux de prévention puissent
évaluer la situation réelle eu égard à la torture dans un État, ils doivent pouvoir
communiquer librement et ouvertement avec les individus ou les groupes
appropriés. Par conséquent, ces individus ou ces groupes doivent pouvoir parler librement avec le Sous-comité et les mécanismes nationaux de prévention,
sans craindre les représailles ni le châtiment. L’article 15 stipule :
« Aucune autorité publique ni aucun fonctionnaire n’ordonnera, n’appliquera, n’autorisera ou ne tolérera de sanction à l’encontre d’une personne
ou d’une organisation qui aura communiqué des renseignements, vrais ou
faux, au Sous-Comité de la prévention ou à ses membres, et ladite personne ou organisation ne subira de préjudice d’aucune autre manière.»
L’article 21(1) garantit que la même protection est offerte aux personnes traitant avec les mécanismes nationaux de prévention. Que ce soit pour le Souscomité ou les mécanismes nationaux de prévention, aucune donnée personnelle ne sera publiée sans le consentement explicite de l’individu ou des
personnes concernées.
f) Conclusion
Il est bien sûr prématuré d’évaluer le fonctionnement du Protocole, étant donné
qu’il n’est entré en vigueur que récemment. Il est à espérer que les visites dans
les pays prévues par le Protocole, associées aux relations complémentaires
entre les mécanismes internationaux et nationaux constitueront la « dernière
pierre de l’édifice que les Nations Unies ont construits tout au long de la campagne contre la torture ».309
2.3.4 Le Rapporteur spécial sur la torture
Le poste de Rapporteur spécial sur la torture et autres traitements ou peines
cruels, inhumains ou dégradants (« Rapporteur spécial sur la torture ») a été
créé par la Commission des droits de l’homme des Nations Unies en 1985, afin
d’examiner les questions relatives à la torture et aux mauvais traitements. Les
309 Rapport de rapporteur spécial sur la torture, (M. P.Kooijmans), (1998) UN doc. E/CN.4/1988/17,
§ 65 [Traduction non officelle].
148
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
Rapporteurs opèrent à titre individuel, indépendamment des gouvernements ou
de tout autre organisation. À ce jour, quatre Rapporteurs spéciaux sur la torture
ont occupé ce poste. Le choix d’un rapporteur est « fondamental à la crédibilité
du mandat »,310 le poste de Rapporteur spécial nécessite donc des personnes
« de haute moralité et disposant de connaissances étendues en matière de droits
de l’homme ».311 Le Rapporteur spécial actuel est le Professeur Manfred
Nowak et a été nommé par la Commission des droits de l’homme des Nations
Unies le 1er décembre 2004.
Le mandat du Rapporteur spécial a été établi à l’origine par la résolution
1985/33 de la Commission, et il a évolué au fur et à mesure des résolutions
successives. Les derniers aspects de la tâche du Rapporteur spécial ont été prévus par la Déclaration internationale des droits de l’homme et autres instruments des Nations Unies qui interdisent les actes de torture, les traitements ou
les peines cruels, inhumains ou dégradants.312 Sa fonction principale est de présenter à la Commission (et désormais à l’organe qui remplace la Commission,
c’est-à-dire le Conseil des droits de l’homme) un rapport aussi précis que possible sur la pratique de la torture dans le monde.313 Le type de questions que le
Rapporteur spécial a traitées sont entre autres les mesures de lutte contre le terrorisme, la Convention contre la torture, les châtiments corporels, les disparitions, les enquêtes efficaces sur la torture, les formes de torture sexospécifiques, le matériel de torture, l’impunité, la détention au secret, le rôle du
personnel médical, le non-refoulement et la règle d’exclusion.314
Le mandat du Rapporteur spécial lui permet de répondre aux situations dans
lesquelles d’autres organes de surveillance des droits de l’homme qui luttent
contre la torture ne peuvent répondre. Par exemple, puisque aucun critère
n’impose à l’État en question d’être partie à la Convention ou à d’autres traités,
le Rapporteur spécial peut traiter les allégations de torture contre n’importe
quel État.
310 Fiche d’informations No. 27, « Dix-sept questions fréquemment posées sur les Rapporteurs spéciaux
des Nations Unies », sur http://www.ohchr.org/french/about/publications/docs/fs27_fr.pdf
311 Fiche d’informations No. 27, « Dix-sept questions fréquemment posées sur les Rapporteurs spéciaux
des Nations Unies », sur http://www.ohchr.org/french/about/publications/docs/fs27_fr.pdf
312 Méthodes de travail du Rapporteur spécial sur la torture, Annexe au UN doc. E/CN.4/1997/7, (dénommé ci-après « méthodes de travail ») §1. Ces méthodes de travail ont été approuvées par la Commission des droits de l’homme dans la résolution 2001/62, (2001) UN doc. E/CN.4/RES/2001, § 30.
313 Giffard, note 109 ci-dessus, p. 92.
314 Une liste des « sujets » et des rapports sur ces questions sont disponibles à http://www.ohchr.org/
french/issues/torture/rapporteur/index.htm
149
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
a) Fonctions principales du Rapporteur spécial
i. Appels urgents
Cet aspect du mandat du Rapporteur spécial fait office de mécanisme de prévention dans les situations où le Rapporteur spécial reçoit des informations
laissant à penser qu’une personne ou un groupe de personnes risquent de faire
l’objet d’actes de torture ou de mauvais traitements. Auquel cas, le Rapporteur
spécial n’agira qu’après avoir déterminé que ces informations sont crédibles.
Pour évaluer les motifs raisonnables de croire qu’il y a un risque de torture ou
de mauvais traitements, le Rapporteur spécial peut s’attacher à :
• La fiabilité avérée de la source d’information ;
• La concordance des informations à l’échelle internationale ;
• La concordance des informations avec d’autres informations reçues par le
Rapporteur spécial concernant ce pays en particulier ;
• L’existence de rapport faisant autorité sur la pratique de la torture émanant
de sources nationales, comme les commissions d’enquête officielles ;
• Les conclusions d’autres organes internationaux, par exemple, ceux établis
par le dispositif des Nations Unies pour les droits de l’homme ;
• L’existence d’une législation nationale, telle que celle permettant la détention au secret prolongée, et qui facilite la torture ;
• La menace d’extradition ou d’expulsion, directe ou indirecte vers un État ou
un territoire où existe l’un des éléments susmentionnés.315
Les mesures prises par le Rapporteur spécial consistent généralement à
envoyer un appel urgent par courrier au Ministre des Affaires étrangères de
l’État intéressé, dans lequel il lui est demandé de faire une enquête sur les allégations en question, et de prendre les mesures nécessaires pour assurer l’intégrité physique et mentale de la personne concernée.316 Cette communication
n’est pas une accusation, mais un moyen de demander la coopération et l’assistance du gouvernement afin de veiller à ce que les normes internationales
en matière de droits de l’homme soient préservées dans les circonstances en
question. Un appel urgent peut aussi servir à compléter les mesures provisoires
315 Méthodes de travail, § 3.
316 Méthodes de travail, § 4.
150
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
demandées par un organe de traités semblable au Comité des droits de
l’homme ou au Comité contre la torture.317 En 2005, le Rapporteur spécial sur
la torture a envoyé, tant conjointement à d’autres mandats qu’individuellement, 190 appels urgents vers 55 pays.318
ii. Lettres d’allégations
Lorsqu’il reçoit de telles allégations et qu’il détermine qu’elles sont crédibles,
le Rapporteur spécial fera son possible pour entamer un dialogue avec le gouvernement intéressé en lui envoyant une « lettre d’allégations », par laquelle
l’État est invité à répondre aux allégations et à fournir des détails pour les
enquêtes à venir. Dès réception de ces informations, le Rapporteur spécial examinera les éléments de réponse et communiquera ces informations aux personnes ou au groupe de personnes qui ont fait les allégations (le cas échéant).
Le Rapporteur spécial décidera aussi s’il faut poursuivre le dialogue avec les
États parties.319 En 2005, le Rapporteur spécial a envoyé, tant conjointement à
d’autres mandats qu’individuellement, 93 lettres d’allégations de torture vers
47 pays.320 Les conclusions du Rapporteur spécial concernant ces communications sont compilées dans un rapport annuel. (Voir paragraphe 2.3.4(b)).
iii. Missions d’établissement des faits
Dans le cadre de son mandat, le Rapporteur spécial doit effectuer des missions
d’établissement des faits dans les pays. Ces visites sont toujours effectuées
avec le consentement de l’État intéressé et peuvent être organisées de deux
façons. Le gouvernement peut inviter le Rapporteur spécial à se rendre sur
place, ou le Rapporteur spécial peut solliciter une invitation de la part du gouvernement en raison du « nombre, de la crédibilité et de la gravité des allégations reçues, et de l’impact potentiel que la mission peut avoir sur la situation
générale en matière de droits de l’homme ».321 Les ONG peuvent jouer un rôle
317 Voir paragraphe 2.2.
318 « Procédures spéciales des droits de l’homme des Nations Unies – Communications 2005 » à
http://www.ohchr.org/french/bodies/chr/special/index.htm
319 Méthodes de travail, § 8.
320 « Procédures spéciales des droits de l’homme des Nations Unies – Communications 2005» à
http://www.ohchr.org/french/bodies/chr/special/index.htm
321 Voir Haut-Commissarait des Nations Unies aux droits de l’homme, « Rapporteur spécial sur la torture, visites de pays » http://www.ohchr.org/french/issues/torture/rapporteur/index.htm
151
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
actif et faire pression pour que le Rapporteur spécial se rende dans un pays en
particulier.
Les visites de pays permettent au Rapporteur spécial d’avoir des informations
de première main sur la situation des droits de l’Homme et plus particulièrement sur le respect de l’interdiction de la torture et des mauvais traitements,
dans un pays donné. Les investigations du Rapporteur spécial se font sous la
forme, entre autres, de visites sur les lieux de détention, et d’entretiens avec
les personnes ou les groupes concernés, tels que les victimes, leurs familles,
les ONG, les journalistes, les avocats, et les autorités gouvernementales.
Pour que les visites du Rapporteur spécial lui permettent d’avoir un réel aperçu
de la situation et que ces visites ne génèrent de difficultés nouvelles ni n’aggravent la situation, le Rapporteur demandera au gouvernement certaines
garanties avant d’effectuer la visite. Il s’agit entre autres de :
• Circuler librement dans tout le pays ;
• Enquêter librement, en particulier d’accéder aux lieux de détention ;
• Prendre contact librement avec les responsables gouvernementaux, les membres d’ONG, les institutions privées et les médias ;
• Accéder librement à tout document approprié ;
• Avoir l’assurance qu’aucune personne étant en contact avec le Rapporteur
spécial ne sera inquiétée par la suite.322
De fait, le Rapporteur spécial a annulé une visite prévue dans la prison
de Guantanamo à la fin 2005, étant donné que le gouvernement américain
ne permettait pas d’accéder librement aux détenus pour les interroger dans
ce lieu.323
b) Rapports
Les conclusions du Rapporteur spécial ne sont pas juridiquement contraignantes. Toutefois, la nature publique de ces conclusions incite les États à se
conformer à ces recommandations.324 Le Rapporteur spécial élabore un rapport
322 Voir Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, « Rapporteur spécial sur la torture, visites de pays » http://www.ohchr.org/french/issues/torture/rapporteur/index.htm
323 Voir ‘Human Rights experts issue joint report on situation in Guantanamo Bay’, Communiqué de
presse, 16 février 2006.
324 Giffard, note 109 ci-dessus, p. 93.
152
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
annuel des activités réalisées tout au long de l’année, notamment les visites des
pays, les communications reçues, et les questions importantes relatives à la torture et aux mauvais traitements.325 Ces rapports identifient les facteurs et les pratiques qui génèrent et font persister les actes de torture ou de mauvais traitements,
et recommandent des mesures visant à l’élimination de ces pratiques. Ces recommandations font l’objet d’un suivi limité de la part du Rapporteur spécial qui :
« rappellera périodiquement aux gouvernements concernés les observations
et recommandations formulées dans les rapports connexes et leur demandera
des informations sur les mesures prises pour les mettre en œuvre, ou sur les
contraintes qui auraient pu empêcher leur mise en œuvre.»326
Le Rapporteur spécial fait généralement rapport annuellement à la Commission des droits de l’homme. Ces rapports seront désormais transmis au Conseil
des droits de l’homme des Nations Unies.327 Le Rapporteur spécial soumet
aussi un rapport annuel à l’Assemblée générale des Nations Unies.328
c) Informations pratiques pour présenter une communication
au Rapporteur spécial
Lorsque l’on présente une communication au Rapporteur spécial sur la torture,
certaines informations de base doivent figurer dans la communication pour que
celle-ci puisse être examinée :
• Nom complet de la victime ;
• Date à laquelle le/les actes de torture s’est/se sont produit(s) (indiquer au
moins le mois et l’année) ;
• Lieu où la personne a été arrêtée (ville, province etc.) et lieu où les actes de
torture ont été commis (si ce lieu est connu) ;
• Description des auteurs présumés des actes de torture ;
• Description de la forme de torture employée et des lésions causées ;
• Identité (nom et adresse) de la personne ou de l’organisation qui présente la
communication (ce renseignement restera confidentiel).329
325
326
327
328
329
Pour accéder à ces rapports, veuillez consulter http://ap.ohchr.org/documents/dpage_e.aspx?m=103
Méthodes de travail, §13.
Voir par exemple, UN doc. E/CN.4/ 2006/6, 23 décembre 2005.
Voir par exemple, UN doc. A/60/316, 30 août 2005.
Voir « Model questionnaire to be completed by persons alleging torture or their representatives »,
à http://www.ohchr.org/french/bodies/question.htm
153
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Lors de l’élaboration de la communication au Rapporteur spécial, il est très
utile de se reporter au modèle de questionnaire disponible en anglais, en français et en espagnol à http://www.ohchr.org/french/bodies/question.htm. Bien
qu’il ne soit pas obligatoire de présenter la communication sous cette forme,
ce questionnaire permet d’identifier les informations qui devront figurer dans
la communication autant que possible. Il faudra donner le plus de détails possibles dans la communication au Rapporteur spécial. S’il n’y a pas de détails
précis ou suffisamment clairs, cela ne doit pas empêcher néanmoins de présenter la communication (pour autant qu’elle remplisse les critères d’informations
de base mentionnés ci-dessus). D’autres informations seront jointes à la communication, par exemple les copies des documents venant à l’appui des allégations, telles que les rapports de police ou les dossiers médicaux.
L’adresse postale et électronique pour envoyer les communications au
Rapporteur spécial est la suivante :
Rapporteur spécial sur la torture
c/o Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme
Office des Nations Unies à Genève
CH-1211 Genève 10
Suisse
Email: urgent-action@ohchr.org
Pour obtenir de plus amples informations sur l’activité du Rapporteur spécial
et sur les procédures de présentation d’une requête, veuillez consulter le site
Web des Nations Unies à http://www.ohchr.org/french/issues/torture/rapporteur/index.htm
Et à http://www.ohchr.org/french/bodies/question.htm
2.3.5 Groupe de travail sur la détention arbitraire
Le Groupe de travail sur la détention arbitraire a pour objet d’enquêter sur les
cas de détention arbitraire et sur ce phénomène. La détention arbitraire a lieu
lorsqu’un individu a été incarcéré sans mandat d’arrêt et sans avoir été inculpé
ou jugé par une autorité judiciaire indépendante, ou sans avoir eu accès à un
avocat, ou encore lorsqu’il a été détenu sans la garantie fondamentale d’un pro154
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
cès équitable.330 La détention arbitraire est interdite par l’article 9 du Pacte.
Cette disposition empêche souvent des actes de torture ou de mauvais traitement d’être commis.
Le Groupe de travail a été établi en 1991 par la Commission des droits de
l’homme.331 Il est composé de cinq experts indépendants qui se réunissent trois
fois par an pendant cinq à huit jours.
La « détention » est définie dans la résolution No. 1997/50 de la Commission
comme toute « privation de la liberté », et inclut l’arrestation, l’interpellation,
la détention, l’incarcération, l’emprisonnement, la réclusion, la garde à vue et
la détention provisoire. Cela s’étend « à la privation de liberté aussi bien avant
que pendant et après le procès … ainsi qu’à la privation de liberté en l’absence
de toute forme de procès (internement administratif) », et à l’assignation à résidence.332
Pour déterminer si la détention est arbitraire, le Groupe de travail a adopté les
critères suivants :
1. « Il est manifestement impossible d’invoquer un fondement juridique
quelconque qui justifie la privation de liberté (cas du maintien en détention d’une personne alors qu’elle a purgé sa peine ou qu’une loi d’amnistie lui est applicable) ».
2. « La privation de liberté résulte de l’exercice par l’intéressé de droits
ou de libertés proclamés dans les articles 7, 13, 14, 18, 19, 20 et 21 de
la Déclaration universelle des droits de l’homme et, pour autant que les
États concernés soient parties au Pacte international relatif aux droits
civils et politiques, dans les articles 12, 18, 19, 21, 22, 25, 26 et 27 de
cet instrument ».
3. « L’inobservation, totale ou partielle, des normes internationales
relatives au droit à un procès équitable, énoncées dans la Déclaration
universelle des droits de l’homme et dans les instruments internationaux pertinents acceptés par les États concernés, est d’une gravité
telle que la privation de liberté prend un caractère arbitraire ».333
330 Fiche d’information No. 26, « Le Groupe de travail sur la détention arbitraire », à
http://www.ohchr.org/french/about/publications/docs/fs26_fr.htm
331 Commission des droits de l’homme, Résolution 1991/42.
332 Fiche d’information No. 26, « Le Groupe de travail sur la détention arbitraire », à
http://www.ohchr.org/french/about/publications/docs/fs26_fr.htm, Partie IV.
333 Fiche d’information No. 26, « Le Groupe de travail sur la détention arbitraire », à
http://www.ohchr.org/french/about/publications/docs/fs26_fr.htm, Partie IV.
155
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
a) Mandat du Groupe de travail sur la détention arbitraire
Le mandat du Groupe de travail, tel que déterminé par la Commission des
droits de l’homme, lui attribue trois principales fonctions.334 Premièrement, il
enquête sur les cas où un individu a été privé de sa liberté dans des circonstances qui semblent être arbitraires. Deuxièmement, le Groupe de travail
recherche et reçoit des informations sur les situations de détention arbitraire se
produisant à travers le monde. Troisièmement, le Groupe de travail élabore un
rapport annuel public sur ses activités, contenant des recommandations et des
conclusions sur les facteurs qui ont conduit à la détention arbitraire. Le rapport
contient les conclusions du Groupe de travail sur les communications individuelles qu’il a reçues, ainsi que sur les visites sur le terrain et les statistiques
appropriées pour la période examinée. Le rapport est ensuite examiné par la
Commission des droits de l’homme lors de sa session annuelle. L’organe qui
la remplace, le Conseil des droits de l’homme, reprendra ce rôle.
b) Méthode de travail
i. Requêtes individuelles
Le Groupe de travail sur la détention arbitraire est le seul mécanisme non
conventionnel dont le mandat est d’examiner expressément les requêtes individuelles. Il peut donc agir en fonction des requêtes qu’il reçoit auprès de n’importe quel État, quel que soit le traité que cet État a ratifié.335
La procédure d’examen des requêtes individuelles se déroule comme suit. Le
Groupe de travail reçoit la requête de la partie concernée, c’est à dire, la victime ou son représentant. Le Groupe de travail détermine ensuite si la requête
est suffisamment fondée pour engager une procédure. Si tel est le cas, il transmet une copie de la communication à l’État concerné, et l’invite à faire ses
observations dans les 90 jours. La réponse du gouvernement est alors transmise au requérant. Par suite, le Groupe de travail émet son avis à partir
de toutes les informations qu’il a reçues. Il peut décider que la détention est
arbitraire (même si la personne a été relâchée entre-temps), et fait alors des
recommandations au gouvernement en ce sens. Il peut déterminer que la déten-
334 Fiche d’information No. 26, « Le Groupe de travail sur la détention arbitraire », à
http://www.ohchr.org/french/about/publications/docs/fs26_fr.htm, Partie IV.
335 Fiche d’information No. 26, « Le Groupe de travail sur la détention arbitraire », à
http://www.ohchr.org/french/about/publications/docs/fs26_fr.htm, Partie IV.
156
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
tion en question n’était pas arbitraire. Enfin, il peut considérer que d’autres
informations sont nécessaires, et l’affaire est alors classée jusqu’à ce que les
informations soient reçues. Il fera part au gouvernement de son avis et trois
semaines après cette notification, l’avis est également transmis à l’auteur.336
Pour élaborer une communication à l’attention du Groupe de travail sur
la détention arbitraire, il est très utile d’utiliser le questionnaire type à
http://www.ohchr.org/french/about/publications/docs/fs26_fr.htm#A5 à l’annexe 5.
ii. Délibérations
Le Groupe de travail peut également formuler des « délibérations » sur des
questions de portée générale afin de développer une jurisprudence cohérente
et d’aider les États, à titre préventif, à se prémunir contre la pratique de la privation arbitraire de liberté.337 Parmi les dernières délibérations du Groupe de
travail figurent la Délibération 8 sur la privation de liberté liée à/résultant de
l’utilisation de l’Internet (2006)338 et la Délibération 7 sur les questions liées à
la détention psychiatrique (2005).339
iii. Action urgente
Lorsque le Groupe de travail reçoit des informations qui laissent à penser que
la situation requiert d’urgence son intervention, il peut émettre un appel urgent.
Le Groupe de travail engagera cette procédure lorsqu’il existe des allégations
suffisamment fiables selon lesquelles une personne est détenue arbitrairement
et qu’une détention prolongée mettrait sérieusement en péril sa santé ou sa vie,
ou encore, lorsque le Groupe de travail décide que des circonstances exceptionnelles l’exigent. Un appel urgent est alors adressé par le moyen de communication le plus rapide au Ministre des Affaires Étrangères de l’État
concerné pour lui demander de prendre les mesures nécessaires pour faire respecter le droit à la vie et à l’intégrité physique et mentale de la personne déte-
336 Voir Groupe de travail sur la détention arbitraire, « requêtes individuelles, appels urgents, délibérations » à http://www.ohchr.org/french/issues/detention/index.htm
337 Voir Groupe de travail sur la détention arbitraire, « requêtes individuelles, appels urgents, délibérations » à http://www.ohchr.org/french/issues/detention/index.htm
338 Groupe de travail sur la détention arbitraire, Délibération 8, (2006) UN doc. E/CN.4/2006/7.
339 Groupe de travail sur la détention arbitraire, Délibération 7, (2005) UN doc. E/CN.4/2005/6.
157
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
nue. Ces appels ne présagent en rien de l’appréciation ultérieure que le Groupe
de travail fera sur le caractère arbitraire ou non de la privation de liberté.340
iv. Missions sur le terrain
Le Groupe de travail conduit également des visites sur les territoires de l’État
après y avoir été invité par les gouvernements. En rencontrant les détenus, les
responsables gouvernementaux, les membres du système judiciaire, les ONG,
le Groupe de travail a un premier aperçu de la situation politique, culturelle et
sociale dans le pays ainsi qu’un aperçu des facteurs conduisant et contribuant
aux cas de détention arbitraire.341
c) Eviter les chevauchements entre mécanismes de surveillance
des droits de l’homme
Afin de veiller à ce que deux organes ne traitent pas en même temps une même
affaire ou les mêmes circonstances, une procédure a été mise en place :
« dès que le Groupe est saisi, le Secrétariat vérifie si le cas entre bien
dans le mandat du Groupe. Si la violation dont est principalement victime la personne détenue relève de la pratique de la torture, d’exécutions sommaires ou de disparitions forcées, le cas est transmis au rapporteur spécial ou au groupe de travail compétent.»342
Autrement, l’affaire est envoyée au Groupe de travail, sauf si la communication peut relever du Comité des droits de l’homme, qui lui est compétent pour
prendre des décisions concernant les communications individuelles au titre de
l’article 9 du Pacte, si l’État partie intéressé a ratifié le Protocole facultatif.
Auquel cas, l’auteur est consulté et peut choisir le mécanisme (Comité des
droits de l’homme ou Groupe de travail) qu’il souhaite utiliser.343
340 http://www.ohchr.org/french/issues/detention/index.htm
341 Fiche d’information No. 26, « Le Groupe de travail sur la détention arbitraire », à
http://www.ohchr.org/french/about/publications/docs/fs26_fr.htm, Partie V.D.
342 Fiche d’information No. 26, « Le Groupe de travail sur la détention arbitraire », à
http://www.ohchr.org/french/about/publications/docs/fs26_fr.htm, Partie VII.
343 Fiche d’information No. 26, « Le Groupe de travail sur la détention arbitraire », à
http://www.ohchr.org/french/about/publications/docs/fs26_fr.htm, Partie VII.
158
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
d) Informations pratiques
Pour obtenir de plus amples informations sur le Groupe de travail sur la détention arbitraire, notamment concernant les rapports, les communiqués de
presse, les normes internationales appropriées et les principes directeurs relatifs à la présentation d’une communication (questionnaire type), veuillez
consulter le site Web sur: http://www.ohchr.org/french/about/publications/docs/
fs26_fr.htm#VII
Pour les requêtes individuelles, la communication devra être envoyée à :
Groupe de travail sur la détention arbitraire
c/o Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme
Office des Nations Unies à Genève
CH-1211, Genève 10
Suisse
Les communications demandant au Groupe de travail de lancer un appel urgent
pour des motifs humanitaires seront aussi envoyées à l’adresse mentionnée
ci-dessus ou de préférence par fax au 41-022-917-9006.
2.4
Procédures de suivi
Les mesures de suivi sont les procédures que le Comité des droits de l’homme
et le Comité contre la torture mettent en place pour « suivre » les observations
et les commentaires des États parties aux observations finales ou aux conclusions de violation émises par les Comités à l’issue des requêtes individuelles.
Avant l’existence de ces mesures de suivi, les Comités ne savaient pas véritablement quel était l’impact réel de leurs conclusions sur les pratiques des États
parties. Les États étaient libres d’élaborer leurs propres moyens d’action (ou
de ne pas agir) à partir des conclusions du Comité et d’appliquer les recommandations leur ayant été faites.344 En l’absence de mécanisme de suivi, les
États étaient peu incités à mettre les recommandations en pratique. Les
Comités ont pour but de faciliter, d’encourager et de superviser le respect des
recommandations en prenant des mesures de suivi.
344 M. Schmidt, « Follow-up Mechanisms Before UN Human Rights Treaty Bodies and the UN
Mechanisms Beyond », in A.F. Bayefsky (ed), UN Human Rights Treaty System in the 21st Century,
Kluwer Law International, 2000, p. 234.
159
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
« la question du suivi des observations finales est d’une importance
majeure pour l’efficacité de l’action des organes de traités… sans ces
mesures, la probabilité d’application des recommandations est bien
plus faible ».345
La mise en place de procédures de suivi signifie que les États sont continuellement contrôlés une fois que des conclusions de violation des traités ont été
émises, ce qui devrait améliorer leur mise en conformité globale aux décisions
des organes de traités.
2.4.1 Suivi par le Comité des droits de l’homme
Il existe deux situations dans lesquelles le Comité des droits de l’homme met
en place des procédures de suivi. Premièrement, lorsqu’il émet des observations finales sur un État en particulier dans le contexte de la présentation de
rapports. Deuxièmement, lorsqu’il émet un avis sur une requête individuelle
présentée au titre du Protocole facultatif.
a) Suivi des observations finales
Des observations finales sont émises à l’issue de la présentation de rapports.
Le Comité des droits de l’homme demande généralement à l’État partie intéressé d’accorder la priorité aux « questions et recommandations » particulières
figurant dans ses observations finales, ce qui constitue le point de départ de la
procédure de suivi desdites observations finales. En 2002, le Comité des droits
de l’homme a nommé un Rapporteur spécial pour le suivi des observations
finales (dénommé ci-après le Rapporteur spécial) afin de superviser cette procédure ;346 son rôle est « d’établir, de maintenir ou de restaurer un dialogue avec
l’État partie ».347
Une fois que le Comité des droits de l’homme a identifié les questions prioritaires, l’État intéressé est invité à répondre à ces questions dans les 12 mois
qui suivent. Dans sa réponse, l’État fournira au Comité des informations
démontrant que des mesures ont été prises pour améliorer la situation dans
les secteurs prioritaires identifiés. Les informations fournies par l’État sont
345 M. O’Flaherty, « The Concluding Observations of United Nations Human Rights Treaty Bodies»
(2006) 6 Human Rights Law Review 27, p. 47 [Traduction non officielle].
346 Rapport du Comité des droits de l’homme, (1992) UN doc. A/57/40 (Vol. I), § 54 et annexe III A,
§§ 3-5.
347 Observation générale n° 30, § 5.
160
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
appelées « informations de suivi » et elles sont rendues publiques dans la base
de données des organes de traités (http://www.unhchr.ch/tbs/doc.nsf) tout
comme dans les rapports annuels du Comité.
Le Rapporteur spécial évalue ensuite ces informations de suivi, et toute autre
information crédible présentée par des tierces parties telles que les ONG; il fait
alors des recommandations au Comité des droits de l’homme sur les éventuelles mesures à prendre. Le Comité examine ces recommandations et décide
s’il faut prendre d’autres mesures. Les propositions varient en fonction de la
situation et des besoins de l’État en question. Les mesures à prendre peuvent
être, par exemple, des discussions en face-à-face entre le Rapporteur spécial et
les représentants de l’État, ou la fixation de la date du prochain rapport périodique.348
Lorsqu’un État ne donne pas suite aux questions prioritaires dans les 10 mois
suivant les observations finales, le Secrétariat prend contact avec l’État partie
de manière informelle. Si l’État partie ne réagit toujours pas, le Rapporteur
spécial organise un entretien avec un représentant de l’État en question pour
débattre de la situation. Parfois, certains États ne répondent pas du tout ; ce fait
est alors signalé dans le rapport annuel du Comité des droits de l’homme.349
Dans son rapport annuel 2005, le Comité des droits de l’homme a stipulé :
« qu’il considère cette procédure comme un mécanisme constructif qui
permet de poursuivre le dialogue établi lors de l’examen d’un rapport
et de simplifier le processus de présentation du rapport périodique
suivant pour l’État partie ».350
b) Suivi des observations émises au titre du Protocole facultatif
Le suivi des observations émises au regard de l’article 5(4) du Protocole facultatif est supervisé par le « Rapporteur spécial chargé d’assurer le suivi des
observations »351 (dénommé ci-après le Rapporteur spécial). Le mandat du
Rapporteur spécial est de :
348 Fiche d’information No. 15 (Rev. 1), « Droits civils et politiques: Le Comité des droits de
l’homme » à http://www.ohchr.org/english/about/publications/docs/fs15rev.1_fr.pdf
349 M. O’Flaherty, « The Concluding Observations of United Nations Human Rights Treaty Bodies »
(2006) 6 Human Rights Law Review 27, p. 47.
350 Rapport du Comité des droits de l’homme, (2005) UN doc. A/60/40 (Vol. 1), p. 159.
351 Le Rapporteur spécial chargé du suivi des observations a été nommé par le Comité des droits de
l’homme en juillet 1990.
161
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
« établir les contacts et prendre les mesures appropriées pour s’acquitter
dûment de ce mandat. Il recommande au Comité les mesures complémentaires qui peuvent être nécessaires ».352
Le champ d’application du mandat du Rapporteur spécial lui permet de remplir
ses obligations avec souplesse.
Lorsqu’il a été conclu à une violation, l’État est invité à fournir des informations à cet égard au Comité des droits de l’homme dans les 90 jours suivant la
réception de la communication. Le Rapporteur spécial entame alors un dialogue avec l’État partie sur les moyens par lesquels il peut fournir réparation
à l’auteur de la communication, et dans tous les cas donner effet aux observations du Comité. La réponse de l’État est appelée « réponse reçue ». Les informations concernant le respect des recommandations par l’État sont souvent
fournies par des sources autres que celles de l’État partie, notamment par l’auteur de la communication concernée, la personne qui le représente et les ONG.
Lorsqu’un État ne répond pas, le Rapporteur spécial peut chercher à établir une
communication ou demander à se rendre sur le territoire de l’État. L’absence de
réponse et/ou le manque de volonté d’un État partie de coopérer sera rendu public
par le biais du rapport annuel du Comité. Cette mauvaise publicité constitue une
sanction clémente mais réelle ; tous les États cherchent à éviter de se trouver dans
une situation embarrassante devant la communauté internationale.
Le Rapporteur spécial fait aussi des recommandations et présente des rapports
d’activité de suivi au Comité. Ces rapports offrent « un aperçu détaillé de la
mise en œuvre des observations du Comité par l’État ».353 Les informations sur
lesquelles se fondent ces recommandations et ces rapports émanent de l’État
partie, des ONG, et de toute mission personnelle de suivi ou de consultations
conduites par le Rapporteur spécial.
2.4.2 Suivi par le Comité contre la torture
Le Comité contre la torture dispose aussi de ses propres procédures pour le suivi
de ses observations finales, conformément à la procédure de présentation de rapports, ainsi qu’en matière de requêtes individuelles en vertu de l’article 22.
352 Règlement intérieur du Comité des droits de l’homme, article 101 (2).
353 M. Schmidt, « Follow-up Mechanisms Before UN Human Rights Treaty Bodies and the UN
Mechanisms Beyond », in A.F. Bayefsky (ed), UN Human Rights Treaty System in the 21st Century,
Kluwer Law International, 2000, p. 236.
162
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
a) Suivi des observations finales
Dans le cadre des conclusions et des recommandations émises lors de la procédure de présentation de rapports prévue par l’article 19 de la Convention, le
Comité contre la torture peut demander à un État partie de prendre des mesures
dans un délai fixé pour améliorer la situation et de s’acquitter de ses obligations au titre de la Convention. Un rapporteur est nommé par le Comité pour
suivre la manière dont l’État donne suite à ces recommandations.354
En 2002, le Comité contre la torture a nommé deux de ses membres en qualité
de rapporteurs pour surveiller le respect de ses conclusions et de ses recommandations. Ces rapporteurs ont aussi pour tâche de « maintenir des relations
avec les représentants des États manquant à leur obligation de présentation de
rapport afin d’encourager l’élaboration et la présentation de ces rapports ».355
Le rôle de ces rapporteurs a été défini dans les détails dans le rapport annuel
2002 du Comité contre la torture:
«ces rapporteurs se renseigneraient sur la façon dont l’État partie met
en œuvre et respecte les conclusions et recommandations du Comité
concernant les rapports – initial, périodique ou autre – ou engageraient
l’État partie à prendre à cette fin les mesures voulues, ou pourraient
faire les deux. Les rapporteurs rendraient compte au Comité des activités qu’ils auraient menées dans le cadre de ce mandat.356
De manière générale, le processus de suivi en vertu de la Convention est très
semblable à celui du Pacte.
b) Suivi des requêtes individuelles présentées en vertu de
l’article 22 de la Convention
En application de l’article 114 de son Règlement intérieur, le Comité contre la
torture peut nommer un ou plusieurs rapporteurs pour suivre les mesures qu’un
État prend pour répondre aux conclusions de violation de la Convention émises
dans le cadre de l’article 22 de la Convention. Les rapporteurs ont un mandat
leur laissant une large latitude, tel que souligné dans l’article 114 (2) :
« Les rapporteurs chargés du suivi peuvent établir les contacts et prendre les mesures appropriées pour s’acquitter dûment de leur mandat et
ils en rendent compte au Comité.»
354 Règlement intérieur du Comité contre la torture, article 68(1).
355 « Overview of the working methods of the Committee Against Torture », à http://www.ohchr.org/
english/bodies/cat/workingmethods.htm#n3 , Partie V.
356 Rapport du Comité contre la torture, (2002) UN doc. A/57/44, Annexe X (Règlement amendé 68, § 16).
163
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Les types de mesures spécifiques que le Rapporteur peut prendre ont été exposés dans le Rapport annuel 2004 du Comité contre la torture.357 Il s’agit entre
autres de :
• Demander des informations aux États parties concernant les mesures prises
pour donner effet aux observations du Comité.
• Conseiller le Comité sur les mesures à prendre lorsque les États ne répondent
pas aux demandes du Rapporteur ou que le Rapporteur reçoit des informations indiquant que l’État n’a pas respecté les recommandations du Comité.
• S’engager auprès de représentants de l’État pour encourager la mise en
œuvre des recommandations et fournir des conseils ou une assistance émanant du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, si le
Rapporteur considère que cela est nécessaire.
• Se rendre sur le territoire de l’État en question, avec l’approbation du Comité
contre la torture et de l’État.
Le Rapporteur doit régulièrement présenter un rapport au Comité sur ses activités.358 Les informations figurant dans ce rapport sont alors intégrées au
Rapport annuel du Comité.
D’une manière générale, les fonctions du Rapporteur chargé du suivi des
observations au titre de l’article 22 sont les mêmes que celles du Rapporteur
chargé du suivi des observations au titre du Protocole facultatif du Comité des
droits de l’homme.
2.4.3 Évaluation de la mise en œuvre des recommandations
du Comité des droits de l’homme et du Comité contre
la torture
L’un des objectifs du suivi est d’évaluer la mise en œuvre des décisions et des
recommandations du Comité approprié. Selon le Rapport annuel 2005 du
Comité des droits de l’homme, dans le chapitre sur le suivi des observations
au titre du Protocole facultatif, le Comité des droits de l’homme a reçu une
réponse entièrement satisfaisante pour seulement 20% des affaires relevant du
Protocole facultatif. Néanmoins, ce chiffre est faussé par le fait que dans de
357 Rapport du Comité contre la torture, (2004), UN doc. A/59/44, § 264.
358 Règlement intérieur du Comité contre la torture, article 114 (3).
164
PARTIE II: PROCÉDURES DE PRÉSENTATION DES REQUÊTES DEVANT LE COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ET LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE
nombreuses affaires, le suivi a été réalisé bien des années après l’émission des
observations ; il a été probablement difficile pour certains États de fournir des
informations de suivi satisfaisantes dans ces situations. Par ailleurs, un dialogue permanent est « en cours » pour de nombreuses affaires, il est donc peutêtre prématuré de classer certaines affaires dans la catégorie « insatisfaisante ».
Enfin, ce chiffre est faussé par de nombreuses réponses insatisfaisantes de certains États, tels que la Jamaïque, l’Uruguay ou Trinité-et-Tobago, qui à eux
seuls représentent un fort pourcentage des réponses insatisfaisantes. Dans tous
les cas, les moyens par lesquels les États ont donné suite aux observations du
Comité des droits de l’homme au regard du Protocole facultatif, et ensuite au
processus de suivi, sont difficiles à quantifier. Le Comité des droits de
l’homme a reconnu dans son Rapport annuel 2005 que :
« Le classement en catégories des réponses sur la suite donnée aux constatations est nécessairement subjectif et imprécis, de sorte qu’il est
impossible de fournir des statistiques ventilées précises.»359
Dans son Rapport annuel 2005, le Comité a indiqué que les raisons qu’avaient
invoquées les États parties pour justifier qu’ils n’avaient pas respecté les observations du Comité au regard du Protocole facultatif sont :
« Une bonne partie des réponses reçues peuvent être considérées comme
satisfaisantes en ce sens qu’elles montrent que l’État partie est prêt à donner effet aux recommandations du Comité ou à accorder réparation au
plaignant. D’autres réponses ne peuvent pas être considérées comme satisfaisantes soit parce qu’elles passent totalement sous silence les constatations du Comité, soit parce qu’elles n’en traitent que certains aspects.
Plusieurs réponses indiquent simplement que la victime n’a pas présenté
de demande d’indemnisation dans les délais légaux et donc qu’il ne peut
pas lui être versé d’indemnité. D’autres enfin indiquent que, bien que
l’État partie ne soit pas juridiquement tenu d’accorder une réparation au
plaignant, il en consentira une à titre gracieux. Dans toutes les autres
réponses, l’État partie conteste les constatations du Comité en invoquant
des raisons de fait ou de droit, donne des informations très tardives sur le
fond de l’affaire, promet d’ouvrir une enquête sur la question examinée
par le Comité ou indique qu’il ne donnera pas suite, pour une raison ou
une autre, aux recommandations du Comité ».360
L’une des raisons principales entravant la mise en œuvre des recommandations
est peut-être un manque de procédure et de compréhension, au sein de l’État,
359 Rapport du Comité des droits de l’homme, (2005) UN doc. A/60/40 (Vol. 1), p. 120.
360 Rapport du Comité des droits de l’homme, (2005) UN doc. A/60/40 (Vol. 1), p. 123.
165
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
sur la façon de mettre en œuvre les recommandations. Par exemple, A. de
Zayas indique que :
« Le principal obstacle à la mise en œuvre n’est pas tant l’absence de
volonté des États parties de coopérer mais l’absence d’un mécanisme
dans la législation nationale permettant de recevoir et de mettre en
œuvre des décisions émanant d’une entité étrangère ».361
Dans de telles situations, le processus de suivi est donc un moyen irremplaçable de responsabiliser l’État concerné, mais également d’aider cet État à se
conformer aux observations du Comité.
2.4.4 Conclusion
Le Comité des droits de l’homme et le Comité contre la torture présentent un
résumé de toutes les réponses écrites dans leurs Rapports annuels. Ces informations sont aussi disponibles sur le site Web des organes de traités à
http://www.unhchr.ch/tbs/doc.nsf. Les réponses écrites fournissent des informations très utiles sur l’attitude des États face à certaines questions liées aux
droits de l’homme. En outre, l’enregistrement de ces informations fait judicieusement pression sur les États afin qu’ils se conforment aux observations
des Comités concernés, ce qui ne peut que contribuer à améliorer le niveau global de conformité.
361 A. de Zayas, « Petitioning the United Nations » (2001) Proceedings of the 95th Annual Meeting of
the American Society of International Law 82, p. 86 [Traduction non officielle].
166
PARTIE III
JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS
DE L’HOMME
167
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Cette partie fait une analyse de la jurisprudence des affaires examinées au titre
du Protocole facultatif, des observations générales et des observations finales
du Comité des droits de l’homme sur la torture, les traitements ou peines
cruels, inhumains ou dégradants. La disposition la plus pertinente du Pacte est
l’article 7, exposé immédiatement ci-après. Il y est fait également une analyse
de la jurisprudence liée à l’article 10, une disposition connexe imposant aux
États des obligations visant à garantir le traitement humain des détenus.
3.1
Article 7
L’article 7 du Pacte dispose :
« Nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels,
inhumains ou dégradants. En particulier, il est interdit de soumettre une
personne sans son libre consentement à une expérience médicale ou scientifique.»
En vertu de cet article, trois types de comportements à l’égard d’une personne
sont interdits. Une personne ne peut notamment pas faire l’objet de :
• Torture
• Traitements ou peines cruels et inhumains
• Traitements ou peines dégradants.
3.1.1 Caractère absolu de l’article 7
Les dispositions de l’article 7 ont un caractère absolu.362 Il n’y a pas d’exception à l’interdiction de la torture et des traitements ou peines cruels, inhumains
ou dégradants. L’article 7 ne prévoit aucune dérogation au titre de l’article
4(2).363 Aucune crise, par exemple, une situation d’urgence due au terrorisme
ou à la guerre, ne justifie une entorse aux normes de l’article 7.364
362 Voir aussi Observation générale n° 20, § 3.
363 En vertu de l’article 4, les États peuvent déroger à, ou suspendre, leurs obligations au titre du Pacte
dans les situations d’urgence publique, pour autant que cette dérogation soit justifiée par les
« besoins de la situation ». Néanmoins, certains droits ne peuvent jamais faire l’objet d’une dérogation, notamment ceux prévus par l’article 7.
364 Pour une discussion générale du caractère absolu de l’interdiction en droit international, voir
ci-dessus paragraphe 1.1.
168
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
3.1.2 Champ d’application de l’article 7
Les observations générales et la jurisprudence du Comité des droits de
l’homme ont précisé le champ d’application de l’article 7.365 Un aperçu détaillé
de la jurisprudence est exposé à partir du paragraphe 3.2. Un résumé des points
généraux est fourni ci-après.
Dans son Observation générale n° 20, le Comité des droits de l’homme
s’attache à l’interprétation de l’article 7. Il a confirmé concernant le champ
d’application de ces dispositions que :
• L’article 7 vise à protéger la dignité des personnes ainsi que leur intégrité
physique et mentale, l’interdiction s’étend donc aux actes générant une souffrance tant mentale que physique.366
• L’État doit fournir une protection contre les actes prohibés par l’article 7,
que ceux-ci soient le fait de personnes agissant dans le cadre de leurs fonctions officielles, en dehors de celles-ci ou à titre privé.367 Les États doivent
prendre des mesures raisonnables pour empêcher et punir les actes de torture
commis par des acteurs à titre privé.368 Comme indiqué ci-après,369 cette
interprétation peut élargir de manière importante le champ d’application du
Pacte à cet égard, au-delà de celui de la Convention.
• L’article 7 s’étend à la fois aux actes et aux omissions. Autrement dit, un
État peut violer l’article 7 par son manquement à agir et par la perpétration
de certains actes. Par exemple, il y a manquement à agir lorsqu’un État ne
prend aucune mesure pour punir l’auteur d’un acte de torture commis sur une
personne, ou en ne fournissant pas de nourriture à un prisonnier.370
• L’article 7 peut être violé par un acte qui inflige de manière non intentionnelle une douleur et une souffrance graves à une personne. Il est cependant
probable que « l’intention » soit nécessaire pour qu’une violation soit classée
dans la catégorie « torture » contrairement à l’une des autres formes interdites de mauvais traitements.371 Le Comité des droits de l’homme lui-même
365
366
367
368
369
370
371
Voir aussi Joseph, Schultz, et Castan, note ci-dessus 31, §§ 9.03-9.40.
Observation générale n° 20, §§ 2, 5.
Observation générale n° 20, § 2.
Voir aussi les observations finales sur la Fédération de Russie, (2003) UN doc. CCPR/CO/79/RUS, § 13.
Voir paragraphe 4.1.2(e).
Joseph, Schultz, et Castan, note ci-dessus 20, § 9.08.
Voir paragraphe 4.1.2(b) pour l’interprétation de cet aspect de la définition de la torture dans le
cadre de la Convention.
169
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
a déclaré que l’on peut faire une distinction entre les différents traitements
en fonction du « but » d’un tel traitement.372 Toutefois, une violation de l’article 7, si l’on considère qu’il interdit les actes ne relevant pas de la torture,
peut certainement être générée par un comportement non intentionnel.
Dans l’affaire Rojas Garcia c. Colombie (687/96), des hommes armés ont
perquisitionné par erreur le domicile de l’auteur à deux heures du matin, en
l’injuriant et en terrorisant les membres de la famille du requérant, même les
jeunes enfants. Pendant la perquisition, un coup de feu a été tiré en l’air. Le
requérant a été obligé de signer une déclaration sans avoir été autorisé à en
prendre connaissance. Il s’est avéré que les hommes armés voulaient perquisitionner une autre maison, et que ces derniers n’avaient pas l’intention de
porter préjudice en particulier au requérant ou à sa famille. Néanmoins, une
violation de l’article 7 a été conclue.
• Il y a des éléments à la fois subjectifs et objectifs lorsque l’on détermine si
une violation de l’article 7 a eu lieu. Dans l’affaire Vuolanne c. Finlande
(265/87), le Comité a indiqué que le fait qu’un acte relève ou non du champ
d’application de l’article 7 :
« dépend de toutes les circonstances, par exemple la durée et les modalités du traitement considéré, ses conséquences physiques et mentales
ainsi que le sexe, l’âge et l’état de santé de la victime ».373
Par conséquent, les caractéristiques personnelles de la victime sont prises en
compte pour déterminer si le traitement en question constitue un traitement inhumain ou dégradant au sens de l’article 7. Un traitement infligé à un enfant peut
constituer une violation de l’article 7 dans des circonstances où le même traitement ne serait peut-être pas considéré comme tel s’il était infligé à un adulte.374
3.1.3 Définitions de la torture et du traitement cruel,
inhumain ou dégradant
Le Comité des droits de l’homme n’a pas donné de définitions particulières de
ces trois types de comportements interdits par l’article 7.375 Dans la plupart des
372
373
374
375
Observation générale n° 20, § 4.
Affaire Vuolanne c.Finlande (265/87), § 9.2.
Voir par exemple, paragraphe 3.2.11.
La Cour européenne des droits de l’homme adopte une approche différente pour débattre des
violations eu égard à la disposition équivalente prévue par l’article 3 de la CEDH, et indique dans
ses décisions quelle est la catégorie de mauvais traitement qui a été commis.
170
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
affaires où une violation de l’article 7 a été conclue, le Comité n’a pas mentionné quelle partie de l’article 7 avait été violée. Dans son Observation générale n° 20, le Comité a mentionné au paragraphe 4 :
« Le Pacte ne donne pas de définition des termes employés à l’article 7,
et le Comité n’estime pas non plus nécessaire d’établir une liste des
actes interdits ni de fixer des distinctions très nettes entre les différentes
formes de peines ou traitements interdits; ces distinctions dépendent de
la nature, du but et de la gravité du traitement infligé ».
La ventilation par catégorie de ces actes n’est pas sans signification, en particulier pour l’État réprimandé à l’encontre duquel les conclusions de torture
seront pesantes et stigmatisantes.376 L’article 1 de la Convention contre la torture donne une définition plus spécifique de la torture. Bien que cette définition
ne soit pas contraignante pour le Comité des droits de l’homme dans son application de l’article 7, elle « peut servir d’aide d’interprétation ».377
a) Conclusions d’actes de torture
Le Comité des droits de l’homme fait rarement de distinction entre les types
de comportements interdits par l’article 7. Dans la plupart des cas où il y a violation de l’article 7, le Comité conclut simplement qu’un acte a violé l’article
7 sans préciser la partie de l’article qui l’a été. Néanmoins, il a donné de temps
à autre cette précision. Par exemple, l’association des actes suivants a été
explicitement considérée comme un acte de « torture » par le Comité :
• « passage à tabac, électrochocs dans les doigts, les paupières, le nez et les
parties génitales alors que la victime est attachée nue sur un lit métallique,
ou fil métallique enroulé autour de ses doigts et de ses parties génitales, brûlures de cigarette, brûlures profondes, suspension prolongée avec les mains
et/ou les pieds enchaînés, souvent associée à des électrochocs, immersion
répétée dans un mélange de sang, d’urine, de vomis et d’excrément (« submarino »), station debout prolongée nue et menottée, menaces, simulation
d’exécution et amputations ».378
376 Nowak, note 97 ci-dessus, p. 160. Voir aussi affaire Aydin c. Turquie, No. 23178/94, Cour européenne des Droits de l’Homme, (25 septembre 1997), § 82.
377 Nowak, note 97 ci-dessus, p. 161; voir paragraphe 4.1 pour la définition de l’article 1 de la Convention.
378 Nowak, note 97 ci-dessus, p. 162, d’après les affaires Grille Motta c. Uruguay (11/1977), Bleier
c. Uruguay (30/1978), Lopez Burgos c. Uruguay (52/1979), Sendic c. Uruguay (63/1979), Angel
Estrella c. Uruguay (74/1980), Arzuaga Gilboa c. Uruguay (147/1983), Caribon c. Uruguay
(159/1983), Berterretche Acosta c. Uruguay (162/1983), et Rodriguez c. Uruguay (322/1988).
171
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
• « passage à tabacs, électrochocs, simulation d’exécutions, privation de nourriture et d’eau et écrasement du pouce ».379
• Coups pour obtenir des aveux, et coups ayant entraîné la mort du père de la
victime dans les locaux de la police.380
Le Comité des droits de l’homme considère avec une attention particulière les
actes générant un préjudice permanent à la santé de la victime. Cet élément
peut être un facteur déterminant dans la décision du Comité de porter la violation au seuil de la « torture » qui aurait sinon été considérée comme un traitement cruel et inhumain.381
b) Conclusions de traitement cruel et inhumain
Généralement, le traitement « cruel » et « inhumain » sera établi en parallèle : il
semble que ces termes décrivent le même type de traitement et il n’existe pas
de distinction significative entre les deux. En outre, la frontière entre ce qui
constitue un cas de « torture » et un « traitement cruel et inhumain » est ténue.382
Nowak indique que ces deux derniers termes :
« recouvrent toutes les formes d’imposition d’une souffrance grave ne
pouvant pas être qualifiée de torture en raison de l’absence de l’un des
éléments essentiels [prévus par la définition de l’article 1 de la
Convention]…ils couvrent également les pratiques imposant une souffrance n’atteignant pas l’intensité au seuil requis ».383
Le Comité a conclu que les éléments suivants constituaient un traitement
« cruel et inhumain »:
• La victime a été battue jusqu’à perdre connaissance, a fait l’objet de simulation d’exécution et on lui a dénié l’accès aux soins médicaux appropriés.384
379 Nowak, note 97 ci-dessus, p. 163, affaires Muteba c. Zaire (124/82), Miango Muiyo c. Zaire
(194/85) et Kanana c. Zaire (366/89).
380 Khalilova c. Tajikistan (973/01), § 7.2
381 Nowak, note ci-dessus 97, pp. 162-164, mentionnant l’affaire Massera c. Uruguay (5/77).
382 Voir, par exemple, R. B. Schechter, « Intentional starvation as torture: exploring the gray area
between ill-treatment and torture » (2003) 18 American University International Law Review 12331270.
383 Nowak, note ci-dessus 97, p. 163 [Traduction non officielle].
384 Affaire Linton c. Jamaïque (255/87).
172
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
• La victime a été rouée de coups avec une matraque, un tube en fer et des
gourdins et n’a pas bénéficié de soins médicaux pour soigner ses blessures.385
• La victime a été rouée de coups par les gardiens de prison qui l’ont menacée
de mort.386
• La victime a été incarcérée dans une cellule pendant 23 heures par jour, sans
matelas ni lit, sans sanitaires, sans lumière naturelle, sans occupation d’aucune sorte, sans nourriture décente ni soins médicaux appropriés.387
c) Constatations de traitement dégradant
Le traitement dégradant a lieu lorsque la victime a fait l’objet d’un traitement
particulièrement humiliant. Parmi les éléments relevant du traitement interdit
au titre de l’article 7, le traitement dégradant est peut-être celui où le seuil de
la souffrance est le plus faible. L’humiliation elle-même, ou l’atteinte à la
dignité de la victime, est la principale considération « indépendamment du fait
que ce soit aux yeux des autres ou aux yeux de la victime elle-même » 388 et
peut par conséquent contenir un élément à la fois objectif et subjectif. Un traitement pouvant être considéré comme dégradant dans certaines circonstances
peut ne pas être considéré comme tel dans des circonstances différentes.
Nowak donne l’exemple suivant :
« Si…l’usage controlé d’une matraque en caoutchouc lors d’une
arrestation …peut sembler un recours à la force nécessaire, restreint, et
donc justifié, la Cour constitutionnelle autrichienne a jugé que le simple
fait de mettre des menottes, de donner une claque ou de tirer les
cheveux est un traitement dégradant lorsque cela est contraire au
principe de proportionalité au regard des circonstances spécifiques de
l’affaire ».389
Le Comité a conclu que les actes suivants constituent un « traitement dégradant ».
385
386
387
388
Affaire Bailey c. Jamaïque (334/1988).
Affaire Hylton c. Jamaïque (407/90).
Affaire Deidrick c. Jamaïque (619/95). Voir modèle de requête, Appendice ii, § 51.
Nowak, note ci-dessus 97, p165 tiré du jugement de la Cour européenne des droits de l’homme
dans l’affaire Tyrer c. Royaume-Uni, No. 5856/72, Cour européenne des Droits de l’Homme
(25 avril 1978), [Traduction non officielle].
389 Nowak, note ci-dessus 97, p. 165-166; voir aussi Joseph, Schultz, et Castan, note ci-dessus 20,
§ 9.32 [Traduction non officielle].
173
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
• La victime a été « agressée par des soldats et des gardiens qui l’ont frappée,
bousculée avec une baïonnette, lui ont vidé un seau d’urine sur la tête, ont
jeté la nourriture et l’eau à même le sol et ont jeté son matelas à l’extérieur
de la cellule ».390
• La victime a été frappée avec la crosse d’une carabine et n’a pas bénéficié
de soins médicaux pour soigner ses blessures.391
• La victime a été emprisonnée dans une cellule de très petite taille, n’a eu
droit qu’à un nombre réduit de visites, a été brutalisée par les gardiens de
prison, s’est fait confisquer ses effets personnels et son lit a été inondé à
maintes reprises.392
• La victime a été mise dans une cage et elle est ensuite passée dans les journaux.393
• L’État n’a pas fourni de soins ni de traitements médicaux à un prisonnier
dans le quartier des condamnés à mort, dont la santé mentale s’était gravement détériorée.394
Lorsqu’un prisonnier fait l’objet d’un traitement humiliant, mais qui n’atteint
peut-être pas la gravité des traitements mentionnés ci-dessus, une violation
d’autres dispositions du Pacte peut être décidée. Par exemple, un tel traitement
pourrait violer l’article 10 (voir paragraphe 3.3), ou enfreindre le droit des personnes à la vie privée prévu par l’article 17.
3.1.4 Application de l’article 7 à la « peine »
La « peine » est un type de « traitement » particulier. À ce titre, la peine pourrait relever de l’article 7 même si cela n’était pas explicitement mentionné.
Néanmoins, il importe que l’article 7 s’applique spécifiquement aux peines
afin de s’appliquer sans ambiguïté aux actes interdits par l’État et sanctionnés
comme des comportements criminels.395
390
391
392
393
394
395
Affaire Francis c. Jamaïque (320/88).
Affaire Thomas c. Jamaïque (321/1988).
Affaire Young c. Jamaïque (615/95).
Affaire Polay Campos c. Pérou (577/94).
Affaire Williams c. Jamaïque (609/95).
Il faut relever par exemple que l’interdiction de la torture et autres mauvais traitements prévue par
l’article 8 de la Charte arabe des droits de l’homme ne s’applique pas explicitement à la « peine »;
voir aussi paragraphe 4.1.2(f).
174
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
Toutes les peines infligées à une personne auront d’une manière ou d’une autre
un impact sur sa liberté et sa dignité. Il est donc essentiel que ces peines soient
étroitement surveillées et avec attention pour qu’elles soient appliquées de
manière appropriée. En outre, l’émergence d’une culture mondiale des droits
de l’homme a influencé la façon dont la peine est infligée par l’État. Ce phénomène s’observe en particulier dans l’abolition et la révision de plus en plus
répandues du châtiment physique et de la peine de mort. Etant donné que l’on
« reconnaît la dignité humaine comme une valeur fondamentale des droits de
l’homme », la plupart des peines traditionnelles ont été révisées et progressivement restreintes.396
Dans l’affaire Vuolanne c. Finlande (265/87), le Comité a examiné la nature
de la peine dégradante dans le contexte de la privation de liberté personnelle.
Le Comité a indiqué que :
« une peine n’est dégradante que si l’humiliation ou l’abaissement qui
en résulte dépasse un certain seuil et, en tout état de cause, si elle
comporte des éléments qui dépassent le simple fait d’être privé de
liberté.»397
Dans cette affaire, le requérant a été en détention militaire pendant 10 jours
pour raisons disciplinaires. Pendant sa détention, il a été en isolement cellulaire
presque total et ses mouvements étaient très restreints, il a écrit des notes qui
lui ont été confisquées et qui ont été lues à voix haute par les gardiens. Le Comité
a conclu que cette forme de discipline militaire ne violait pas l’article 7.398
3.2
Jurisprudence relative à l’article 7
3.2.1 Brutalité policière
Dans l’exercice de ses fonctions, la police peut être amenée de temps à autre
à recourir à la force, par exemple, pour arrêter une personne qui émet une résistance, ou pour disperser la foule lors d’une émeute. Cela ne signifie pas pour
autant que la police peut recourir librement à la force dans de telles situations.
396 Nowak, note ci-dessus 97, p. 167.
397 Affaire Vuolanne c. Finlande (265/87), § 9.2.
398 Il a été conclu que cette détention violait l’article 9(4) du Pacte, étant donné que le requérant n’a
pas pu contester sa détention devant un tribunal.
175
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Les affaires relatives à la question ont généralement été invoquées au titre de
l’article 6, à la lumière du droit à la vie, plutôt qu’au titre de l’article 7.399 Par
exemple, dans l’affaire Suárez de Guerrero c. Colombie (45/79), la police
colombienne a tué par balles sept personnes suspectées d’avoir kidnappé un
ancien ambassadeur. Les éléments de preuve ont fait apparaître que les victimes, dont María Fanny Suárez de Guerrero, avaient été abattues de sang-froid
et non, comme cela avait été initialement indiqué par la police, parce qu’elles
résistaient à leur arrestation. Cette affaire est un exemple précis du recours disproportionné à la force violant ouvertement l’article 6. Dans ses conclusions
de violations, le Comité a indiqué que :
« Aucun élément n’a prouvé que l’action de la police était nécessaire à
leur défense ou à celle d’autres individus, ou aux fins de l’arrestation
ou encore pour empêcher la fuite des personnes concernées.»400
En conséquence, il a été conclu que la mort de Melle Suárez de Guerrero était
« disproportionnée par rapport aux critères du respect de l’ordre public de cette
affaire ».401 Cette affaire confirme le principe selon lequel la proportionnalité
s’applique dans le contexte du recours à la force à des fins d’arrestation. À
l’évidence, la police ne tuera point dans des circonstances disproportionnées,
et ne devra pas non plus recourir de manière disproportionnée ni excessive à
la force lors d’une arrestation. Le recours disproportionné et excessif à la force
violerait l’article 9 du Pacte qui prévoit entre autres le droit à « la sécurité de
la personne ». Si le recours à la force est jugé excessif, cela violera l’article 7.
La question de la brutalité policière a été soulevée dans de nombreuses observations finales. Par exemple, à propos du recours à la force pour contenir les
foules, le Comité a indiqué concernant le Togo que :
« Le Comité s’inquiète des informations concordantes selon lesquelles
les agents de l’ordre public font usage d’un recours excessif à la force
lors de manifestations estudiantines et divers rassemblements organisés
par l’opposition…Le Comité regrette que l’État partie n’ait fait état
d’aucune enquête ayant été ouverte à la suite de ces allégations.»402
399 Voir aussi paragraphe 3.2.16.
400 Affaire Suárez de Guerrero c. Colombie (45/79), § 13.2
401 Affaire Suárez de Guerrero c. Colombia (45/79), § 13.3; voir aussi affaire Baboeram et al
c. Surinam (146, 148-154/83).
402 Observations finales sur le Togo, (2003) UN doc. CCPR A/58/40, § 11. Voir aussi par exemple,
les observations finales sur le Bélarus, (1998) UN doc. A/53/50, § 145; Observations finales sur
le Kosovo (République de Serbie), (2006) UN doc. CCPR/C.UNK/CO/1, § 15.
176
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
À propos de la Belgique, le Comité s’est dit préoccupé des allégations d’utilisation excessive de la force lors de l’éloignement d’étrangers.403 Parmi d’autres
exemples de recours inapproprié à la force pouvant infliger un préjudice
contraire aux dispositions de l’article 7, voire la mort en violation de l’article
6, figure l’usage inapproprié de chiens,404 de produits chimiques irritants ou de
balles en plastique.405 À ce sujet, le Comité a fait l’une de ses déclarations les
plus détaillées à propos des États-Unis en 2006 :
« Le Comité se déclare de nouveau préoccupé par les informations
faisant état de brutalités policières et d’un usage excessif de la force par
les agents chargés d’appliquer la loi. Le Comité est préoccupé en particulier par l’utilisation d’instruments de contention dits non létaux tels
que les instruments de perturbation électromusculaire, dans des situations où il n’aurait pas été normalement fait usage de la force létale ou
d’autres moyens de contention aux effets graves. Il est préoccupé par
les informations selon lesquelles la police utilise des armes incapacitantes contre des écoliers indisciplinés, des personnes handicapées ou
des toxicomanes dont le comportement perturbe l’ordre public mais ne
fait pas peser de menace sur la vie d’autrui, ainsi que contre des personnes âgées, des femmes enceintes, des suspects non armés fuyant
après la commission d’un délit mineur et des personnes qui répondent
aux policiers ou simplement refusent de se conformer à leurs ordres,
sans que dans la plupart des cas on ait estimé que les policiers en cause
ont violé le règlement de leur fonction.
L’État partie devrait accroître considérablement ses efforts en vue de
mettre fin aux brutalités policières et à l’usage excessif de la force par
les fonctionnaires chargés d’appliquer la loi. Il devrait faire en sorte que
les instruments de perturbation électromusculaire et d’autres instruments de contention ne soient utilisés que dans les situations où le
recours à plus de force ou à la force létale aurait été justifié et, en particulier, qu’ils ne soient jamais utilisés contre des personnes vulnérables.
L’État partie devrait mettre ses politiques en conformité avec les
Principes de base des Nations Unies sur l’utilisation de la force et des
armes à feu par les fonctionnaires chargés d’appliquer la loi.»406
403 Observations finales sur la Belgique, (2004) UN doc. CCPR/CO/81/BEL, § 14.
404 Voir par exemple, les observations finales sur le Danemark, (1997) UN doc. CCPR/C.79/Add. 68,
§ 14; Observations finales sur la Thaïlande, (2005) UN doc. CCPR/CO/84/THA, § 24.
405 De telles pratiques violeraient aussi l’article 21 du Pacte qui prévoit le droit de réunion.
406 Observations finales sur les États-Unis, (2006) UN doc. CCPR/C.USA/CO/3, § 30.
177
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Comme dans l’exemple ci-dessus à propos des États-Unis, le Comité a généralement recommandé aux États de faire adopter par leurs agents de la force
publique les Principes de base des Nations Unies sur le recours à la force et
l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois.407 Si
ces principes portent principalement sur la restriction de la force meurtrière,
ils concernent aussi l’usage de la force sous toutes ses formes. Par exemple,
selon le Principe 5(a), les agents de la force publique ne doivent recourir à la
force que si celle-ci est inévitable, et ils « en useront avec modération et leur
action sera proportionnelle à la gravité de l’infraction et à l’objectif légitime à
atteindre ». En application du Principe 5(b), les agents de la force publique
s’efforceront de ne causer que le minimum de dommages et d’atteintes à l’intégrité physique et de respecter et préserver la vie humaine. Si une personne
est blessée lors de son arrestation ou de sa détention, les agents de la force
publique veilleront à ce qu’une assistance et des secours médicaux soient fournis (Principe 5(c)), et à ce que la famille ou des proches de la personne blessée
ou autrement affectée soient avertis le plus rapidement possible (Principe 5(d)).
3.2.2 Mauvais traitement pendant la détention
La plupart des violations des dispositions de l’article 7 ont été constatées dans
le contexte de mauvais traitement sur les lieux de détention, par exemple, dans
les cellules des postes de police ou dans les prisons. Ce mauvais traitement se
produit souvent lors de l’interrogatoire, lorsque les autorités cherchent à obtenir des aveux d’une personne, ou d’autres informations. De même, le mauvais
traitement a lieu lorsqu’une personne est forcée à une certaine discipline
pendant la détention. Certaines conclusions à cet égard sont mentionnées au
paragraphe 3.1.3 ci-dessus. Dans le présent paragraphe, les exemples donnés
concernent des violations des dispositions de l’article 7 pendant la détention :
• Une personne a été détenue pendant :
« 10 mois au secret et en isolement cellulaire, enchaînée à un sommier
à ressorts pendant trois mois et demi, vêtue au minimum et disposant
407 Les Principes de base figurent dans « Droits de l’homme: Recueil d’instruments internationaux »,
(1990) UN doc. A/CONF.144/28 (1990). Voir les observations finales sur Israël, (1998) UN doc.
CCPR/C.79/Add.93, § 15; Observations finales sur les États-Unis, (1995) UN doc. CCPR A/50/40,
§ 297; Observations finales sur Chypre, (1995) UN doc. CCPR/C.79/Add. 39, § 6; Observations
finales sur le Portugal, (2003) UN doc. CCPR/CO/78/PRT, § 9; Observations finales sur le
Paraguay, (2006) UN doc. CCPR/C.PRY/CO/2, § 11. Le Comité contre la torture a aussi généralement fait référence à ces principes dans ses observations finales.
178
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
de rations alimentaires très limitées, puis a été détenue au secret pendant un mois dans une cellule de petite taille et pendant huit mois dans
une autre cellule de trois mètres sur trois sans accès extérieur.» 408
• De l’eau salée a été frottée sur le nez de la victime et celle-ci a ensuite été
menottée à une chaise toute une nuit sans nourriture ni eau.409
• La victime a reçu des coups violents par au moins six soldats, a été attachée
et battue sur tout le corps jusqu’à perdre connaissance ; a été pendue par les
pieds, a été lacérée ; l’ongle de son index droit a été arraché avec une pince ;
elle a été soumise à des brûlures de cigarettes ; ses deux jambes ont été fracturées par des coups portés aux genoux et aux chevilles avec un tube en
métal ; deux doigts ont été fracturés par des coups portés avec la crosse d’une
carabine ; sa mâchoire a été facturée ; en dépit de l’état de la victime et en
particulier de la perte de sa mobilité, elle n’a pas été autorisée à voir un
médecin.410
• La victime a subi des électrochocs en étant suspendue les bras liés derrière
le dos. Elle a également été conduite à la plage où elle a subi des simulacres
de noyade.411
• Recours à des techniques d’interrogatoire telles que l’exposition prolongée
au stress et à l’isolement, la perte sensorielle, le visage recouvert d’une
cagoule, l’exposition au froid ou à la chaleur, la perturbation du sommeil ou
de l’alimentation, l’interrogatoire pendant 20 heures, la confiscation des
vêtements et de tous les effets personnels y compris les signes religieux, le
rasage forcé, et l’exploitation des phobies du détenu.412
• La victime a été violemment frappée à la tête par des agents de prison (nécessitant plusieurs points de suture).413
• Des coups d’une telle violence ont été commis que la victime a dû être hospitalisée.414
408
409
410
411
412
Affaire White c. Madagascar (115/82), §§ 15.2, 17.
Affaire Cañon Garcia c. Equateur (319/1988), § 5.2.
Affaire Mulezi c. Congo (962/01).
Affaire Vargas Más c. Pérou (1058/02).
Observations finales sur les États-Unis, (2006) CCPR/C.USA/CO/3, § 13. On ne sait pas précisément si chacune de ces techniques a violé individuellement l’article 7, mais l’association de certaines de ces techniques utilisées au même moment constitue une violation.
413 Affaire Henry c. Trinité-et- Tobago (752/97), § 2.1.
414 Affaire Sirageva c. Ouzbékistan (907/00).
179
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
• La victime a été privée de nourriture et d’eau pendant cinq jours consécutifs.415
• Des soldats ont bandé les yeux de la victime et l’ont plongée dans un canal.416
• Coups violents portés par des gardiens de prison, effets personnels brûlés, dont
les documents relatifs à des recours judiciaires. Ce traitement a été infligé à
toutes les personnes, dont le requérant, ayant fait une tentative d’évasion.
Les coups ont été violents au point « qu’il pouvait à peine marcher ».417
Dans l’affaire Wilson c. Philippines (868/99), le requérant était accusé de viol
et se trouvait en détention provisoire. Le récit du mauvais traitement qu’il a
subi en prison est le suivant :
« Là, on l’a roué de coups et maltraité dans un «cercueil de béton ».
Quarante hommes étaient détenus dans une cellule de 4,8 m de côté,
aérée par une ouverture de 15 cm à 3 m du sol. Un gardien en état
d’ébriété a tiré sur un détenu et, à plusieurs reprises, des gardiens ont
pointé leur pistolet sur sa tête. Un gardien l’a frappé de sa matraque sur
la plante des pieds et d’autres détenus lui ont donné des coups sur l’ordre des gardiens. On lui a, à lui aussi, intimé l’ordre de frapper d’autres
détenus et, comme il refusait, on l’a roué de coups. Constamment il
était soumis aux extorsions d’autres détenus avec l’assentiment et, dans
certains cas, directement sur les instructions des autorités pénitentiaires
et roué de coups lorsqu’il refusait de payer ou de se plier aux ordres.»418
Il a été conclu que ces actes constituaient une violation à la fois de l’article 7
et de l’article 10(1).
Comme indiqué ci-dessus, le Comité a généralement recommandé aux autorités de l’État d’adopter les Principes de base des Nations Unies sur le recours
à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application
des lois.419 Le Principe 15 stipule :
« Les responsables de l’application des lois ne doivent pas, dans leurs
relations avec des prévenus ou condamnés incarcérés, avoir recours à
la force sauf lorsque cela est indispensable au maintien de la sécurité et
415
416
417
418
419
Affaire Bee et Obiang c. Guinée équatoriale (1152 and 1190/03), § 6.1.
Affaire Vicente et al c. Colombie (612/95), § 8.5.
Affaire Howell c.Jamaïque (798/98), § 2.5.
Affaire Wilson c. Philippines (868/99), § 2.1
Ces principes de base figurent dans « Droits de l’homme – Recueil des instruments internationaux », (1990) UN doc. A/CONF.144/28. Voir par exemple, les observations finales sur Israël,
(1998) UN doc. CCPR/C.79/Add.93, § 15 ; observations finales sur les États-Unis, (1995) UN doc.
CCPR/C.79/Add.50, § 297; observations finales sur Chypre, (1995) UN doc. CCPR/C.79/Add. 39,
§ 6; observations finales sur le Portugal, (2003) UN doc. CCPR/CO/78/PRT, § 9. Le Comité contre
la torture a également fait généralement référence à ces principes dans ses observations finales.
180
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
de l’ordre dans les établissements pénitentiaires, ou lorsque la sécurité
des personnes est menacée » (accent mis).
Les Principes de base concernant le recours à la force et l’utilisation des armes
à feu par les responsables de l’application des lois des Nations Unies figurent
en intégralité à l’annexe 10.
3.2.3 Conditions de détention
Le Comité a traité de nombreuses affaires dans lesquelles des personnes
avaient fait une requête relative à de mauvaises conditions de détention, en particulier dans les prisons. Dans la plupart des cas, le Comité a traité l’affaire au
titre de l’article 10 plutôt que de l’article 7.420 Si de très mauvaises conditions
de détention dans les prisons violent généralement les dispositions de l’article 10,
il semble qu’un facteur aggravant soit nécessaire pour qu’il y ait une violation
au titre de l’article 7. Les facteurs aggravants sont entre autres la violence perpétrée sur les lieux de détention, telle que les formes décrites au paragraphe
3.2.2 ci-dessus, et les situations dans lesquelles la victime fait l’objet de traitement particulièrement mauvais. Néanmoins, il faut relever qu’il n’y a pas de
frontière précise entre l’article 7 et l’article 10 sur cette question. Le Comité
n’a pas été constant dans ce domaine.421
Le Comité a conclu que les conditions dans les prisons décrites ci-après étaient
exceptionnellement dures au point de violer les dispositions de l’article 7 :
• Pendant deux ans, la victime a été soumise à plusieurs reprises à la détention
au secret, à des menaces de torture et de mort, à l’intimidation, a été privée
de nourriture, a été enfermée dans une cellule pendant des jours sans possibilité de promenade.422
• Privation de nourriture et d’eau pendant plusieurs jours.423
• Les victimes ont subi des électrochocs, ont été suspendues par les mains, ont
eu la tête plongée dans de l’eau sale jusqu’à être presque asphyxiées.424
420
421
422
423
424
Voir paragraphe 3.3.2.
Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, §§ 9.139-9.143.
Affaire Mukong c. Cameroun (458/91) § 9.4.
Affaire Tshiesekedi c. Zaire (242/1987) § 13b, et affaire Miha c. Guinée équatoriale (414/1990) § 6.4.
Affaire Weismann c.Uruguay (8/77), § 9.
181
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Détention dans une cellule pendant 50 heures :
« de 20 mètres sur 5 où étaient détenues environ 125 personnes
accusées de divers délits, et où, en raison du manque d’espace, certains
détenus ont dû s’asseoir dans les excréments. Il n’avait pas eu de nourriture ni d’eau avant le lendemain.»425
• L’auteur passait 23 heures par jour enfermé dans sa cellule, sans matelas ni
literie quelconque, il n’y avait ni installations sanitaires ni ventilation, ni
éclairage électrique et il n’avait droit à aucune forme d’exercice, de vie
sociale ou d’activité pas plus qu’à des soins médicaux, à une alimentation
correcte ou à une eau de boisson salubre. L’auteur a également fait valoir
que ses effets personnels, y compris son flacon d’aérosol-doseur et d’autres
médicaments, ont été détruits par les gardiens et qu’on lui a refusé une assistance rapide lors de crises d’asthme.426
• Coûts générant des blessures à la tête, sur le dos, la poitrine et les jambes de
la victime, étant donné que cette dernière et d’autres victimes n’avaient pas
obtempéré à l’ordre des gardiens de quitter leur cellule. Bien que l’on puisse
recourir à la force pour faire appliquer la discipline dans les prisons, cet
usage ne doit pas être diproportionné. Le traitement ici était disproportionné
par rapport à la désobéissance en question.427
• Enchaîner les femmes détenues pendant l’accouchement.428
La durée pendant laquelle le détenu se trouve dans des conditions inférieures
à la norme peut être un facteur pour déterminer s’il y a eu violation de l’article
7. Dans l’affaire Edwards c. Jamaïque (529/93), le Comité a relevé les « conditions de détention déplorables »429 pendant une période de 10 ans. Il a ainsi noté
que le requérant a été maintenu dans une cellule «de 1,80 m sur 4,25 m, dont
il n’était autorisé à sortir que trois heures et demie par jour, qu’il n’avait accès
à aucune activité récréative et ne pouvait pas recevoir de livres.»430
425 Portorreal c. République Dominicaine (188/84), § 9.2.
426 Affaire Brown c. Jamaïque (775/97), § 6.13. Il n’apparaît pas clairement dans cette affaire combien
de temps ont duré ces conditions.
427 Affaire Robinson c. Jamaïque (731/97), § 10.3.
428 Observations finales sur les États-Unis, (2006) UN doc. CCPR/C.USA/CO/3, § 33.
429 Affaire Edwards c. Jamaïque (529/93), § 8.3.
430 Affaire Edwards c. Jamaïque (529/93), § 8.3.
182
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
3.2.4 Isolement cellulaire
Dans son Observation générale n° 20, le Comité a indiqué que « l’isolement
cellulaire prolongé peut constituer un acte interdit par l’article 7 ».431 Dans
l’affaire Polay Campos c. Pérou (577/94), le Comité a conclu que l’isolement
cellulaire pendant une période de plus de trois ans violait l’article 7.432
Toutefois, dans l’affaire Kang c. République de Corée (878/99), dans laquelle
le requérant avait été détenu en isolement cellulaire pendant 13 ans, le Comité
n’a pas conclu à une violation de l’article 7, mais uniquement à une violation
de l’article 10 (1). Dans cette affaire, le requérant n’a pas invoqué l’article 7
et c’est peut-être la raison pour laquelle le Comité n’en a pas fait état.433 Il n’en
reste pas moins que le Comité aurait dû conclure à une violation de l’article 7
dans cette affaire.
3.2.5 Détention au secret
La détention au secret signifie que la personne détenue ne peut pas communiquer avec le monde extérieur, et ne peut donc pas communiquer avec sa
famille, ses amis et autres personnes, telles que son avocat. La détention au
secret pendant un an a été considérée comme un « traitement inhumain » dans
l’affaire Polay Campos c. Pérou (577/94).434 Dans l’affaire Shaw c. Jamaïque
(704/96), le requérant a été détenu au secret pendant huit mois, dans un endroit
réduit et surpeuplé ; le Comité a conclu par conséquent qu’un « traitement
inhumain ou dégradant » avait eu lieu.435 La détention au secret pendant une
période plus courte a été considérée comme une violation de l’article 10, plutôt
que de l’article 7.436
3.2.6 Disparitions
La disparition est une forme particulièrement odieuse de la détention au secret,
étant donné que la famille et les amis de la victime ne savent pas du tout où
431 Observations générales 20, § 6; voir aussi § 11.
432 Affaire Polay Campos c. Pérou (577/94), § 8.7. (Voir aussi affaire Marais c. Madagascar (49/79)
et affaire El-Megreisi c Jamahiriya arabe libyenne (440/90)).
433 Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, § 9.97.
434 Affaire Polay Campos c. Pérou (577/94), § 8.6.
435 Affaire Shaw c. Jamaïque (704/96), §7.1.
436 Voir paragraphe 3.3.3.
183
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
elle se trouve. La « disparition forcée » est définie par l’article 7(2)(i) du Statut
de Rome de la Cour pénale internationale comme suit :
« Par disparitions forcées de personnes, on entend les cas où des personnes sont arrêtées, détenues ou enlevées par un État ou une organisation politique ou avec l’autorisation, l’appui ou l’assentiment de cet
État ou de cette organisation, qui refuse ensuite d’admettre que ces personnes sont privées de liberté ou de révéler le sort qui leur est réservé
ou l’endroit où elles se trouvent, dans l’intention de les soustraire à la
protection de la loi pendant une période prolongée »
Dans l’affaire Laureano c. Pérou (540/1993) et l’affaire Tshishimbi c. Zaire
(542/1993), le Comité a conclu que la « disparition forcée des victimes »
constituait un « traitement cruel et inhumain » en violation de l’article 7.437
Dans l’affaire Bousroual c. Algérie (992/01), le Comité a indiqué que :
« Le Comité note que, bien que cela ne soit pas expressément invoqué
par l’auteur, la communication semble soulever des questions au titre
de l’article 7 du Pacte en ce qui concerne l’auteur et son mari. Le
Comité reconnaît le degré de souffrance qu’entraîne le fait d’être
détenu indéfiniment, privé de tout contact avec le monde extérieur.…
Dans le cas d’espèce, le Comité conclut que la disparition [de la victime]…et le fait qu’il a été empêché de communiquer avec sa famille
et avec le monde extérieur constituent une violation de l’article 7 ».438
Dans l’affaire Mojica c. République Dominicaine (449/91), le Comité a indiqué que la « disparition de personnes est forcément liée à un traitement constituant une violation de l’article 7 ».439 Ce qui signifie que les personnes qui
« disparaissent » sont souvent torturées.440 Il est très difficile d’attribuer la responsabilité à des personnes pour de tels actes de torture car il est difficile de
découvrir ou de prouver les faits ayant entouré les actes perpétrés sur des personnes disparues. Aussi, les disparitions conduisent souvent à des violations
du droit à la vie, puisque la disparition est souvent un acte précurseur à l’exécution extrajudiciaire de la victime. Dans son Observation générale n° 6 sur le
droit à la vie, le Comité a indiqué au paragraphe 4 :
« Les États parties doivent aussi prendre des mesures spécifiques et efficaces pour empêcher la disparition des individus, ce qui malheureuse437 Affaire Laureano c. Pérou (540/1993) et affaire Tshishimbi c. Zaire (542/1993), § 8.6.
438 Affaire Bousroual c. Algérie (992/01), § 9.8; voir aussi par exemple, l’affaire Sarma c. Sri Lanka
(950/00), § 9.5.
439 Affaire Mojica c. République Dominicaine (449/91), §5.7.
440 Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, § 9.106.
184
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
ment est devenu trop fréquent et entraîne trop souvent la privation arbitraire de la vie. En outre, les États doivent mettre en place des moyens
et des procédures efficaces pour mener des enquêtes approfondies sur
les cas de personnes disparues dans des circonstances pouvant impliquer une violation du droit à la vie.»
Les disparitions qui conduisent au meurtre de la personne disparue figurent
dans un certain nombre d’affaires invoquées au titre du Protocole facultatif,
notamment l’affaire Herrera Rubio c. Colombie (161/83) et l’affaire Sanjuán
Arévalo c. Colombie (181/84), l’affaire Miango Muiyo c. Zaire (194/85), l’affaire Mojica c. République Dominicaine (449/91), l’affaire Laureano c. Pérou
(540/93),441 et l’affaire Bousroual c. Algérie (992/01). Dans certaines affaires,
le Comité a conclu à de sérieuses raisons de croire à une violation de l’article
6, mais il n’a pas été en mesure de prendre une décision définitive à cet égard
étant donné l’absence de confirmation du décès.442 De surcroît, le Comité peut
s’abstenir de faire une telle conclusion par respect pour la famille du disparu
(si elle n’a pas demandé de conclure au décès) qui n’a peut-être pas perdu
espoir de retrouver la personne chère vivante : « Le Comité considère qu’en de
telles circonstances il ne lui appartient pas de sembler présumer le décès [de
la personne disparue] ».443
Le stress, l’angoisse et l’incertitude causés aux proches du disparu violent également l’article 7. Ce type de violation de l’article 7 est exposé dans le paragraphe suivant.
3.2.7 Détresse psychologique
Le Comité a reconnu clairement que la détresse psychologique est aussi une
forme de souffrance au sens de l’article 7, tout comme la douleur physique.
Par exemple, dans l’affaire Quinteros c. Uruguay (107/81), les forces de sécurité du gouvernement avaient enlevé la fille du requérant. L’angoisse psychique dont la mère a souffert, ne sachant pas où se trouvait sa fille, a été
reconnue par le Comité comme une violation de l’article 7.444 De même, dans
l’affaire Schedko c. Bélarus (886/99), le Comité a conclu à une violation étant
441
442
443
444
Ibid, § 8.13.
Voir par exemple, l’affaire Bleier c. Uruguay (30/78), § 14.
Affaire Sarma c. Sri Lanka (950/00), § 9.6.
Voir aussi par exemple, l’affaire Bousroual c. Algérie (992/01), § 9.8; affaire Sarma c. Sri Lanka
(950/00), § 9.5.
185
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
donné que la mère n’avait été informée ni de la date, ni du moment ni du lieu
où son fils avait été exécuté et n’avait pas pu accéder au corps de son fils ni à
sa tombe. Ce « secret total » a eu « pour effet d’intimider ou de punir les
familles en les laissant délibérément dans un état d’incertitude et de souffrance
psychologique » et constitue un « traitement inhumain du requérant en violation de l’article 7 ».445 Dans l’affaire Sankara et al c. Burkina Faso (1159/03),
l’angoisse psychologique générée par l’incapacité de l’État partie à enquêter
de manière appropriée sur le meurtre du mari de la victime, à informer la
famille des circonstances de sa mort, à révéler l’endroit précis où se trouvait
la dépouille du défunt, à modifier le certificat de décès qui indiquait « mort
naturelle » (mensonge flagrant) comme cause de décès, tous ces éléments
constituaient une violation de l’article 7.446
Bien évidemment, le préjudice psychologique doit atteindre un certain seuil
pour pouvoir constituer une violation de l’article 7. De fait, dans certaines
situations, telles que l’incarcération dans des circonstances raisonnables, la
souffrance psychologique est probablement inévitable mais peut être justifiée.
En ce qui concerne l’incarcération, le Comité a indiqué qu’il devait y avoir un
facteur ou un incident aggravant qui génère une souffrance psychologique
pour que l’affaire soit examinée par le Comité. Dans l’affaire Jensen c.
Australie (762/97), le requérant a indiqué que le fait d’être transféré dans une
prison éloignée de sa famille lui avait causé une importante souffrance psychologique. Le Comité a conclu que la requête n’était pas recevable étant donné
que le traitement du requérant n’avait pas été différent « du traitement normalement réservé aux détenus ».447
Toutefois, il peut exister des circonstances dans lesquelles l’angoisse psychologique générée par l’incarcération relèvera du champ d’application de
l’article 7, comme dans l’affaire C c. Australie (900/99). Le requérant avait
demandé l’asile en Australie, et a été détenu pour immigration illégale pendant
deux ans alors que sa demande était à l’examen. Pendant ces deux années, sa
santé mentale s’est rapidement détériorée. L’État a eu connaissance de la détérioration de sa santé mentale ainsi que du bilan médical indiquant « un lien
entre la détention prolongée du requérant et sa santé mentale ».448 Ce n’est que
deux ans plus tard que le Ministre concerné a exercé sa faculté de relâcher
445 Affaire Schedko c. Bélarus (886/99), § 10.2; voir aussi l’affaire Shukarova c. Tajikistan (1044/02),
§ 8.7; affaire Bazarov c. Ouzbékistan (959/00), § 8.5.
446 Affaire Sankara et al c. Burkina Faso (1159/03), § 12.2.
447 Affaire Jensen c. Australie (762/97), §§ 3.4, 6.2.
448 Affaire C c. Australie (900/99), § 8.4.
186
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
le requérant pour des motifs de santé. Le Comité a conclu que le temps nécessaire à la libération du requérant constituait une violation de l’article 7. Il est
important de relever ici que la détention elle-même a été considérée comme
arbitraire et déraisonnable et par conséquent, comme une violation de l’article
9(1) du Pacte, contrairement à l’affaire Jensen. Il semble peu probable que le
Comité demande la libération d’un détenu, même si celui-ci est gravement
malade, lorsque la détention elle-même est considérée raisonnable, bien qu’il
puisse demander alors le transfert du détenu dans un lieu de détention plus
approprié tel qu’une unité psychiatrique.449
3.2.8 Expériences et traitements médicaux non autorisés
Le fait de soumettre un individu à une expérience médicale ou scientifique,
sans son libre consentement, est expressément interdit par l’article 7. Cette disposition présente une difficulté sous-jacente pour ce qui est d’« être formulée
de manière à interdire l’expérience criminelle sans interdire en même temps
les pratiques scientifiques et médicales légitimes ».450 Il semble que « seules les
expériences qui, par leur nature même, sont considérées comme une forme de
torture, ou un traitement cruel, inhumain ou dégradant » 451 entrent dans le
champ d’application de l’article 7. Les expériences n’atteignant pas ce seuil
n’en font probablement pas partie.452
Dans l’affaire Viana Acosta c. Uruguay (110/1981), le Comité a conclu que
des expériences psychiatriques et des injections de tranquillisants contre la
volonté de la victime incarcérée constituent un traitement inhumain en violation de l’article 7.453 Nowak indique également que :
« Les expériences médicales qui conduisent à la mutilation ou à des
souffrances physiques ou psychologiques graves sont absolument inadmissibles… …cela s’applique …à l’insémination d’ovule conduisant à
la naissance d’enfants handicapés qui doivent alors subir des souffrances physiques ou psychologiques.»454
449
450
451
452
S. Joseph, « Human Rights Committee: Recent Cases », (2003) 3 Human Rights Law Review 91, p. 98.
Nowak, note ci-dessus 97, p. 188.
Nowak, note ci-dessus 97, p. 191.
Ces expériences, si elles sont autorisées par le sujet, violeraient probablement d’autres droits tels
que le droit à la vie privée prévu par l’article 17 du Pacte, ou le droit à la sécurité de la personne
prévu par l’article 9(1) du Pacte.
453 Affaire Viana Acosta c. Uruguay (110/1981), § 15.
454 Nowak, note ci-dessus 97, p. 191.
187
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Le consentement à l’expérience médicale doit être libre et éclairé, et ne doit
pas être obtenu, par exemple, sous la contrainte. Toutefois, la formulation de
l’article 7 laisse à penser qu’une personne peut consentir véritablement à l’expérience médicale et scientifique, même si cela peut objectivement être une
forme de torture, et que cette expérience peut être conduite sans violer le Pacte.
Le professeur Dinstein conteste cette interprétation et part du principe qu’un
tel acte constituera toujours une violation de l’interdiction de torture.455
Toutefois, la « formulation de ces dispositions comme celle des travaux préparatoires tend à indiquer le contraire ».456
Dans son Observation générale n°20, le Comité a abordé la question du « libre
consentement » :
« [U]ne protection spéciale contre de telles expériences est nécessaire
dans le cas des personnes qui sont dans l’incapacité de donner valablement leur consentement, en particulier celles qui sont soumises à une
forme quelconque de détention ou d’emprisonnement. Ces personnes
ne doivent pas faire l’objet d’expériences médicales ou scientifiques de
nature à nuire à leur santé.»457
Cette observation reconnaît la vulnérabilité particulière des détenus et la difficulté à évaluer si le consentement accordé par ces personnes est « libre ».
Dans ses observations finales sur les États-Unis, le Comité a indiqué que :
« Le Comité note a) que des dérogations à l’obligation d’obtenir une
autorisation pour les activités de recherche réglementées par le
Département de la santé et des services sociaux et l’Administration des
aliments et des médicaments des États-Unis peuvent être accordées
dans les situations d’urgence à caractère individuel ou national; b) que
certaines activités de recherche peuvent être menées sur des personnes
vulnérables à la contrainte ou à une influence indue telle que les
enfants, les prisonniers, les femmes enceintes, les handicapés mentaux
ou les personnes économiquement défavorisées; c) que des activités de
recherche à but non thérapeutique peuvent être menées sur des malades
mentaux ou des personnes dont la capacité de discernement est amoindrie ainsi que sur des mineurs; et d) que même si aucune dérogation n’a
455 Y. Dinstein, « The Rights to Life, Physical Integrity and Liberty » in L. Henkin (ed), The
International Bill of Rights: the Covenant on Civil and Political Rights, Columbia University
Press, 198, p. 125.
456 Nowak, note 97 ci-dessus, p. 191. Les travaux préparatoires sont les activités liées à l’élaboration
du Pacte. Voir M. J Bossuyt, Guide to the Travaux Preparatoires of the International Covenant
on Civil and Political Rights, Martinus Nijhoff, 1987 [Traduction non officielle].
457 Observation générale n° 20, § 7.
188
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
été accordée jusqu’à présent, la législation interne autorise le Président
à déroger à la règle du consentement préalable donné en connaissance
de cause, à l’administration de nouveaux médicaments expérimentaux
à un membre des forces armées des États-Unis, s’il estime qu’il n’est
pas possible d’obtenir un tel consentement ou qu’obtenir un tel consentement est contraire à l’intérêt supérieur des membres des forces armées
ou n’est pas dans l’intérêt de la sécurité nationale des États-Unis…
L’État partie devrait veiller à s’acquitter de l’obligation qui lui est faite
à l’article 7 du Pacte de ne soumettre personne à une expérience médicale ou scientifique sans son consentement donné librement et en connaissance de cause.
Le Comité rappelle à cet égard le caractère non susceptible de dérogation de l’obligation figurant à l’article 4 du Pacte. Lorsqu’il y a un doute
quant à la capacité d’une personne ou d’une catégorie de personnes, par
exemple de prisonniers, de donner un tel consentement, le seul traitement expérimental compatible avec l’article 7 serait celui choisi comme
étant le mieux approprié pour répondre aux besoins médicaux de la personne.»458
À propos des Pays-Bas, le Comité s’est dit préoccupé par le critère général
selon lequel la proportionnalité est mesurée par comparaison entre les risques
de la recherche pour le sujet et la valeur probable de la recherche. Le Comité
a indiqué qu’il s’inquiète également de ce que les mineurs et les autres personnes incapables de donner un consentement éclairé peuvent être soumis à la
recherche médicale dans certaines conditions.459
Il faut noter la différence existant entre « l’expérience médicale » et la catégorie au sens large du « traitement médical ». Un traitement médical non exceptionnel ne rentre pas dans le champ de l’interdiction et le consentement du
patient n’est pas nécessaire au titre de cet article.460 Il est probable que cette
« exemption » liée au traitement médical concerne les vaccinations obligatoires
pour lutter contre la propagation de maladies contagieuses, la transplantation
d’organes à des fins thérapeutiques, et le diagnostic ou les mesures thérapeutiques obligatoires, tels que le test de grossesse ou le traitement obligatoire
pour les prisonniers souffrant de maladie mentale ou de toxicomanie.461 Dans
l’affaire Brough c. Australie (1184/03), la prescription de médicaments antip458 Observations finales sur les États-Unis, (2006) UN doc. CCPR/C.USA/CO/3, § 31.
459 Observations finales sur les Pays-Bas, (2001) UN doc. CCPR/CO/72/NET, § 7.
460 Le traitement médical non autorisé peut toutefois donner lieu à d’autres violations du Pacte, telles
que le droit à la vie privée prévu par l’article 17.
461 Nowak, note 97 ci-dessus, p. 190-192.
189
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
sychotiques au requérant sans son consentement n’a pas été considérée comme
une violation de l’article 7 ; les médicaments ont été prescrits sur recommandation de professionnels pour réguler le comportement autodestructeur du
requérant.462 Pour que le traitement médical entre dans le champ d’application
de l’article 7, il « devra atteindre un certain niveau de gravité ».463 Le type de
traitement médical qui serait une violation de l’article 7 serait par exemple la
stérilisation d’une femme sans son consentement.464
3.2.9 Châtiment corporel
Le Comité a adopté un point de vue très strict en ce qui concerne le châtiment
corporel. Dans son Observation générale n° 20, il a indiqué que :
« l’interdiction [énoncée à l’article 7] doit s’étendre aux peines corporelles, y compris les châtiments excessifs infligés à titre de sanction
pénale ou de mesure éducative ou disciplinaire. À cet égard, il convient
de souligner que l’article 7 protège notamment les enfants, les élèves
des établissements d’enseignement et les patients des institutions
médicales.»465
Dans l’affaire Higginson c. Jamaïque (792/98), le Comité a ajouté que :
« Indépendamment de la nature de l’infraction devant être réprimée et
même si la législation nationale autorise les châtiments corporels, selon
la jurisprudence constante du Comité, ce type de châtiment constitue
une peine ou un traitement cruel, inhumain et dégradant contraire à l’article 7.»466
Dans l’affaire Higginson, le Comité a conclu que l’imposition ou l’exécution
de la peine de flagellation au moyen d’une verge de tamarin constitue une violation de l’article 7.467
462 Affaire Brough c. Australie (1184/03), § 9.5. Aucune violation du Pacte n’a été conclue à propos
de ce traitement.
463 Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, § 9.101.
464 Observations finales sur le Japon, (1998) UN doc. CCPR/C.79/Add.102, § 31. Voir aussi l’affaire
A.S. c. Hongrie, Comm. No. 4/2004, Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des
femmes (14 août 2006).
465 Observation générale n° 20, § 5.
466 Affaire Higginson c. Jamaïque (792/98), § 6.
467 Voir aussi l’affaire Sooklal c. Trinité-et-Tobago (928/00).
190
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
L’approche stricte du Comité concernant le châtiment corporel a aussi été mise
en lumière dans un certain nombre de ses observations finales.468 Dans ses
observations finales sur l’Iraq, le Comité a confirmé que le châtiment corporel
tel que prévu par la loi islamique (shariah) est une violation de l’article 7.469
Dans ses observations finales sur le Sri Lanka, le Comité a condamné le
recours au châtiment corporel dans les prisons et dans les écoles.470
3.2.10 Peine de mort
Si le Comité a adopté un point de vue strict concernant le châtiment corporel,
son point de vue sur la peine de mort l’est beaucoup moins. La peine de mort
est spécifiquement autorisée dans certains cas précis par l’article 6 de Pacte,
qui garantit le droit à la vie. La peine de mort est interdite par le deuxième
Protocole facultatif au Pacte. Cependant, certains États récalcitrants n’ont pas
ratifié ce traité. Paradoxalement, la peine de mort est autorisée par le Pacte
alors que le châtiment corporel ne l’est pas.471
Néanmoins, certains aspects de la peine de mort ont été contestés dans le
contexte du Pacte, comme indiqué dans les détails ci-après.
a) Méthode d’exécution
Le Comité a indiqué que la peine de mort doit être exécutée « de manière à
causer le moins de souffrances possible, physiques ou mentales ».472 Dans l’affaire Ng c. Canada (469/91), la victime était susceptible d’être extradée vers
les États-Unis où elle risquait d’être asphyxiée par le gaz en Californie. Le
Comité a conclu, à partir des preuves fournies sur l’agonie provoquée par l’asphyxie au gaz, que cette méthode d’exécution ne constituait pas le moyen
« causant le moins de souffrances possible, physiques ou mentales » et consti-
468 Voir par exemple les observations finales sur Chypre, (1998) UN doc. CCPR/C.79/Add.88, § 16
et les observations finales sur le Lesotho, (1999) UN doc. CCPR/C.79/Add. 106, § 20.
469 Observations finales sur l’Iraq, (1997) UN doc. CCPR/C.79Add. 84, § 12. La mort par lapidation
et l’amputation ont été condamnées dans les observations finales sur le Yémen, (2005) UN doc.
CCPR/CO/84/YEM, §§ 15-16.
470 Observations finales sur le Sri Lanka, (2003) UN doc. CCPR/CO/79/LKA, § 11.
471 Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, § 9.90. Voir au sujet de la peine de mort et la
Convention contre la torture, le paragraphe 4.5.
472 Observation générale n° 20, § 6.
191
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
tuait donc un traitement cruel et inhumain en violation de l’article 7.473 Dans
l’affaire Cox c. Canada (539/93), le Comité a conclu que la mort provoquée
par l’injection d’un produit mortel ne violait pas l’article 7.474
Le Comité a déploré l’acte de procéder à une exécution en public, cet acte
constituant un traitement inhumain ou dégradant.475
b) Syndrome du quartier des condamnés à mort
Le syndrome du quartier des condamnés à mort est le fait, pour certains détenus, d’être incarcérés dans le quartier des condamnés à mort pendant longtemps; ce terme décrit « l’angoisse psychologique et la tension allant crescendo
dans l’attente de l’exécution ».476 La Cour européenne des droits de l’homme,
dans l’affaire Soering c. Royaume-Uni,477 ainsi que le Comité judiciaire du
Conseil privé, ont reconnu la nature inhumaine ou dégradante du syndrome du
quartier des condamnés à mort. Par exemple, dans l’affaire Pratt et Morgan c.
Procureur général de la Jamaïque,478 le Comité judiciaire du Conseil privé a
conclu que la détention dans le quartier des condamnés à mort ne doit pas durer
plus de cinq ans. Néanmoins, le Comité a refusé jusqu’ici de reconnaître que
ce type de souffrance viole l’article 7.
Les débats les plus approfondis menés par le Comité sur le syndrome du quartier des condamnés à mort, au moment de la rédaction de ce Guide, figurent
dans l’affaire Johnson c. Jamaïque (588/94), où le requérant a été détenu dans
le quartier des condamnés à mort « pendant plus de 11 ans ».479 Le Comité a
rejeté l’idée selon laquelle le syndrome du quartier des condamnés à mort
constitue en soi une violation de l’article 7 pour les raisons suivantes :
• Le Pacte autorise la peine de mort dans certaines circonstances. La détention
dans le quartier des condamnés à mort est une conséquence inévitable de
l’imposition de la peine de mort.
• Le Comité ne souhaite pas fixer d’ « échéances » qui encourageraient l’État
à appliquer la peine de mort dans les délais fixés.
473
474
475
476
477
Affaire Ng c. Canada (469/91), § 16.4.
Affaire Cox c. Canada (539/93) § 17.3. Voir aussi paragraphe 4.5.
Observations finales sur la République islamique d’Iran, (1993) UN doc. CCPR/C.79/Add. 25, § 8.
Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, § 9.53 [Traduction non officielle].
Affaire Soering c. Royaume-Uni, No. 14038/88, Cour européenne des Droits de l’Homme (7 juillet
1989).
478 Affaire Pratt et Morgan c. Procureur général de la Jamaïque (1993), 2 AC 1.
479 Affaire Johnson c. Jamaïque (588/94), § 8.1.
192
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
• Le Comité ne souhaite pas encourager les États à appliquer la peine de mort
de manière expéditive.
• Le Comité ne veut pas dissuader les États d’adopter des politiques positives
pouvant avoir paradoxalement pour effet de prolonger la détention dans le
quartier des condamnés à mort, par exemple, le moratoire sur les exécutions.
Le Comité a indiqué qu’il n’est pas acceptable de maintenir un prisonnier
condamné dans le quartier des condamnés à mort pendant de nombreuses
années. Toutefois, « la cruauté du syndrome du quartier des condamnés à mort
découle avant toute chose de la possibilité laissée dans le Pacte de prononcer
la peine capitale ».480 Par conséquent, pour des raisons pragmatiques, le Comité
a décidé qu’une durée prolongée dans le quartier des condamnés à mort en soi
ne viole pas le Pacte.
Néanmoins, il peut y avoir des facteurs aggravants conduisant à ce que la
détention d’une personne dans le quartier des condamnés à mort viole l’article 7.
Par exemple, dans l’affaire Clive Johnson c. Jamaïque (592/94), le requérant
était un mineur ayant été détenu dans le quartier des condamnés à mort en
violation de l’article 6(5) du Pacte.481 Le Comité a conclu à une violation de
l’article 7 et a indiqué que :
« Cette détention dans le quartier des condamnés à mort peut certainement être assimilée à une peine cruelle et inhumaine, surtout lorsqu’elle
dure plus longtemps qu’il n’est nécessaire pour le déroulement des
procédures judiciaires nationales requises pour corriger l’erreur liée à
l’imposition de la peine de mort ».482
En outre, un ordre d’exécution d’une personne mentalement malade est une
violation de l’article 7. Il n’est pas nécessaire que la personne soit mentalement
incapable au moment où la peine de mort est prononcée pour qu’il y ait violation : la personne doit être malade au moment où l’ordre d’exécution lui est
notifié.483
Dans l’affaire Chisanga c. Zambie (1132/02), le requérant avait été amené à
croire que sa peine de mort avait été commuée, et il a été retiré du quartier des
480 Affaire Johnson c. Jamaïque (588/94), § 8.4.
481 L’article 6(5) interdit l’imposition ou l’application de la peine de mort à des personnes de moins
de 18 ans.
482 Affaire Clive Johnson c. Jamaïque (592/94), Opinion individuelle de David Kretzmer (Concordante).
483 Affaire R.S c. Trinidad et Tobago (684/96), § 7.2; voir aussi les observations finales sur les ÉtatsUnis, (2006) UN doc. CCPR/C.USA/CO/3, § 7.
193
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
condamnés à mort pendant deux ans. Deux ans plus tard, il y a été renvoyé
sans explication de l’État. Le Comité a conclu que ce traitement « a eu sur lui
un tel effet psychologique et l’a fait vivre dans une telle incertitude, angoisse
et détresse morale que cela constitue un traitement cruel et inhumain » en violation de l’article 7.484
La détresse et la tension morales s’accroissent lorsque l’ordre d’exécution est
effectivement notifié et que le détenu est transféré dans une cellule d’exécution
imminente. Dans l’affaire Pennant c. Jamaïque (647/95), le Comité a conclu
que la détention pendant deux semaines dans une cellule d’exécution imminente après lecture de l’ordre d’exécution, dans l’attente d’un sursis à exécution, a violé l’article 7 du Pacte. Par conséquent, la détention dans une cellule
d’exécution imminente ne doit pas être indûment prolongée, ce qui diffère de
la détention prolongée dans le quartier des condamnés à mort.
Lorsqu’un sursis est accordé et que le prisonnier est dans l’attente de son exécution, il devra en être informé aussitôt que possible. Dans l’affaire Pratt et
Morgan c. Jamaïque (210/86, 225/87), le fait que le prisonnier ait été informé
de son sursis 24 heures après a constitué une violation de l’article 7. Dans l’affaire Thompson c. St Vincent-et-les-Grenadines (806/98), le requérant n’a été
enlevé de la potence que 15 minutes avant l’exécution prévue car un sursis lui
avait été accordé. Étant donné qu’il en avait été informé dès que possible,
aucune violation de l’article 7 n’a été conclue.
Dans l’affaire Persaud et Rampersaud c. Guyana (812/98), un requérant qui
avait passé 15 ans dans le quartier des condamnés à mort a cherché à faire
valoir que le syndrome du quartier des condamnés à mort était en soi une violation de l’article 7. Le Comité a conclu que de l’imposition obligatoire de la
peine de mort dans cette affaire violait le droit à la vie prévu par l’article 6.
Ayant conclu à une violation de l’article 6, le Comité a ajouté :
« En ce qui concerne les questions soulevées au regard de l’article 7 du
Pacte, le Comité serait d’avis que le séjour prolongé de l’auteur dans le
quartier des condamnés à mort constitue une violation de l’article 7.
Toutefois, ayant déjà conclu à une violation du paragraphe 1 de l’article
6, il n’estime pas nécessaire en l’espèce de réexaminer et de revoir sa
jurisprudence, selon laquelle la détention prolongée dans le quartier des
condamnés à mort ne constitue pas en soi une violation de l’article 7
s’il n’y a pas d’autres circonstances impérieuses.»485
484 Affaire Chisanga c. Zambie (1132/02), § 7.3.
485 Affaire Persaud et Rampersaud c. Guyana (812/98), § 7.3.
194
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
Dans cette affaire, statuée au début de l’année 2006, le Comité ne rejette pas
la déclaration au titre de l’article 7, et semble laisser la voie ouverte à une
remise en cause possible du précédent Johnson dans une future affaire. Par
conséquent, il est possible que le Comité conclue que le syndrome du quartier
des condamnés à mort constitue une violation de l’article 7 dans un avenir
proche.486
3.2.11 Peines cruelles
En dehors du châtiment corporel ou de la peine capitale, il est encore possible
qu’une peine soit cruelle au point de violer l’article 7. En ce qui concerne les
États-Unis, le Comité a recommandé que les mineurs délinquants ne soient pas
condamnés à la réclusion à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle et de prendre des mesures pour revoir la situation de ceux qui effectuent
déjà de telles peines. Ces peines violent l’article 7 ainsi que l’article 24, qui
reconnait le droit à la protection spéciale pour les enfants compte tenu de leur
vulnérabilité particulière.487
3.2.12 Extradition, expulsion et refoulement
Dans son Observation générale n° 20, le Comité a indiqué que :
« [L]es États parties ne doivent pas exposer des individus à un risque de
torture ou de peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants en
les renvoyant dans un autre pays en vertu d’une mesure d’extradition,
d’expulsion ou de refoulement.»488
La protection dans le contexte du Pacte est donc plus large que dans le contexte
de la Convention concernant le mauvais traitement duquel une personne doit
être protégée, étant donné que l’article 3 de la Convention interdit le retour
dans les pays uniquement lorsqu’il y a un risque que cette personne soit soumise à la torture. En dépit du champ d’application apparemment plus large du
Pacte, la plupart des affaires concernant cette question ont été portées devant
le Comité contre la torture.489
486
487
488
489
Voir aussi les observations finales sur le Bénin (2004) UN doc. CCPR/CO/82/BEN, § 13.
Observations finales sur les États-Unis, (2006) UN doc. CCPR/C.USA/CO/3, § 34.
Observation générale n° 20, § 9.
Voir paragraphe 4.3.
195
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Dans l’affaire C c. Australie (900/99), le requérant s’est vu accorder le statut
de réfugié en Australie et a obtenu un visa de protection car il craignait, à juste
titre, d’être persécuté du fait de sa race ou de sa religion s’il retournait en Iran.
Le requérant a ensuite commis un certain nombre de délits graves sur une
période de six mois pour lesquels il a été reconnu coupable et condamné à l’incarcération. Après sa libération, le Ministre d’alors a ordonné son expulsion
depuis l’Australie vers l’Iran. Le requérant a contesté cette expulsion en invoquant le fait qu’il risquait fortement d’être soumis à la torture, à des traitements
cruels et inhumains s’il retournait en Iran. Le Comité a conclu que l’expulsion
du requérant violerait l’article 7 pour deux raisons. D’abord, il faisait face à
des persécutions en tant que chrétien assyrien, et donc à un réel risque d’être
soumis à la torture. Ensuite, le requérant souffrait de troubles psychiques, et il
était peu probable qu’il obtienne les médicaments nécessaires pour réguler ses
troubles en Iran.
Ces conclusions ont été influencées par le caractère exceptionnel de cette
affaire. D’abord, en ce qui concerne la conclusion d’une persécution probable,
le Comité a souligné que l’Australie avait déjà reconnu le fait que le requérant
pouvait faire l’objet de persécution s’il retournait en Iran en lui accordant en
premier lieu le statut de réfugié. Puisque l’État partie avait reconnu précédemment le danger qu’encourait le requérant, le Comité était moins enclin à
« accepter les arguments de l’État selon lesquels les conditions avaient changé
au point d’annuler sa propre décision ».490 Concernant la conclusion sur la
disponibilité de médicaments, le Comité a fait valoir que cette maladie était
largement due à l’incarcération du requérant à des fins d’immigration, et par
conséquent, avait été causée par l’État partie lui-même.491
Dans ses observations finales sur le Canada, le Comité s’est dit préoccupé des
« allégations selon lesquelles le Canada pourrait avoir coopéré avec des organismes connus pour recourir à la torture en vue d’obtenir des renseignements
d’individus détenus à l’étranger ».492 Par conséquent, « l’extradition » n’est pas
admissible en vertu de l’article 7 du Pacte.493
Les États doivent veiller à ce que leurs procédures relatives à la décision d’expulser ou non une personne prennent en compte les droits prévus par l’article
490 S. Joseph, « Human Rights Committee: Recent Cases », (2003) 3 Human Rights Law Review 91,
p. 99 [Traduction non officielle].
491 Voir paragraphe 3.2.7.
492 Observations finales sur le Canada, (2006) UN doc. CCPR/C.CAN/CO/5, § 15.
493 Voir par exemple, les observations finales sur les États-Unis, (2006) UN doc. CCPR/C.USA/CO/3,
§ 15, et paragraphe 4.3.8.
196
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
7. Si une procédure d’expulsion n’est pas conforme, une violation de l’article
7 pourra s’en suivre même en l’absence de conclusions du Comité indiquant
que la personne risque réellement d’être soumise à la torture après l’expulsion.494 À cet égard, il faut relever que les assurances diplomatiques obtenues
du pays d’accueil selon lesquelles il ne commettra pas d’actes de torture sur
l’expulsé ne suffisent pas :
« L’État partie devrait faire preuve de la plus grande circonspection
dans le recours aux assurances diplomatiques et mettre en place des
procédures claires et transparentes, assorties de mécanismes de contrôle
judiciaire, avant d’expulser un détenu quel qu’il soit vers un pays tiers.
Il devrait également mettre en place des mécanismes efficaces pour
contrôler scrupuleusement et activement l’expulsion de détenus vers
des pays tiers. Il devrait avoir à l’esprit que dans les pays où la torture
ou les peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants sont des
pratiques courantes, il est probable qu’ils soient utilisés quelles que
soient les assurances données et aussi rigoureuses que puissent être les
procédures de suivi convenues.»495
Comme indiqué au paragraphe 3.2.9, le Comité a confirmé que le châtiment
corporel est une violation de l’article 7. Par conséquent, l’expulsion d’une personne vers un État où elle pourrait faire l’objet d’un châtiment corporel viole
probablement le Pacte. Dans l’affaire G.T. c. Australie (706/1996) et l’affaire
A.R.J c. Australie (692/1996), le Comité a confirmé que dès lors qu’il y a un
risque prévisible de châtiment corporel, cette expulsion viole l’article 7.
Néanmoins, « le risque doit être réel, c’est-à-dire être une conséquence nécessaire et prévisible de l’expulsion ».496 Dans les deux affaires, les requérants
n’ont pas pu établir que le risque était suffisamment réel et prévisible, le
Comité a donc conclu que l’expulsion, si elle avait lieu, ne violerait pas l’article 7.
Un certain nombre d’affaires ont été portées devant le Comité dans lesquelles
des personnes contestaient leur extradition vers des États où elles seraient
exposées à un risque réel d’exécution. Les auteurs ont fait valoir le fait que
cette extradition violait l’article 6, à savoir le droit à la vie, en les exposant à
la peine de mort, ou l’article 7, en les exposant à une exécution cruelle ou au
syndrome du quartier des condamnés à mort. La position initiale du Comité a
494 Voir par exemple l’affaire Ahani c. Canada (1051/02).
495 Observations finales sur les États-Unis, (2006) UN doc. CCPR/C.USA/CO/3, § 16. Voir aussi
paragraphe 4.3.9.
496 Affaire A.R.Jc. Australie (692/96), § 6.14.
197
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
été que cette extradition ne violait pas le Pacte sauf s’il était prévisible que la
peine de mort soit exécutée de manière à violer le Pacte.497 La position du
Comité à cet égard a changé. Une telle extradition est désormais considérée
comme une violation de l’article 6, le droit à la vie, même si l’article 6(2) autorise explicitement l’imposition de la peine de mort. Dans l’affaire Judge c.
Canada (829/98), le Comité a conclu que l’exception de la peine de mort ne
s’applique explicitement pas aux États tels que le Canada qui ont aboli la peine
de mort. Par conséquent, ces États n’appliqueront pas la peine de mort, et
n’exposeront pas non plus une personne à la peine de mort en l’extradant.
L’affaire Judge concernait une extradition depuis le Canada vers les États-Unis.
Paradoxalement, cette extradition pouvait générer une violation du Pacte de la
part du Canada, mais l’exécution au bout du compte par les États-Unis ne constituait pas une violation du Pacte par cet État. Et ce en raison du fait que les ÉtatsUnis n’ont pas aboli la peine de mort, et à ce titre, peuvent « bénéficier » de l’article 6(2). En revanche, le Canada a aboli la peine de mort et ne peut donc pas
bénéficier de l’exception concernant la peine de mort prévue par l’article 6(2).
a) Douleurs et souffrances générées par l’obligation de quitter
un État
Dans l’affaire Canepa c. Canada (558/93), le requérant a été expulsé depuis
le Canada vers l’Italie en raison de son casier judiciaire. Il était ressortissant
italien et avait vécu au Canada presque toute sa vie mais il n’avait jamais
adopté la nationalité canadienne. L’expulsé a fait valoir que l’angoisse qu’il
avait subie du fait d’être séparé de sa famille et d’avoir quitté un État qu’il
considérait comme sa terre natale, constituait un traitement cruel, inhumain ou
dégradant. Le Comité a conclu que cette expulsion ne violait pas l’article 7. En
conséquence, il semble que la douleur morale provoquée par l’obligation
de quitter un État, et par là-même de laisser sa vie dans cet État, ne viole pas
l’article 7, pour autant que les raisons de cette expulsion soient raisonnables.
3.2.13 Violations sexospécifiques de l’article 7
Dans son Observation générale n° 28, le Comité a indiqué au paragraphe 11:
« Afin de pouvoir évaluer l’application de l’article 7 du Pacte, …le
Comité doit disposer d’informations sur les lois et la pratique nationale
497 Voir affaire Kindler c.Canada (470/91).
198
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
en ce qui concerne la violence dans la famille et d’autres types de violence à l’égard des femmes, dont le viol. Il doit aussi savoir si l’État
partie offre aux femmes enceintes à la suite d’un viol la possibilité d’interrompre leur grossesse dans de bonnes conditions. Les États parties
devraient aussi donner au Comité des informations sur les mesures
prises pour empêcher les avortements forcés ou la stérilisation forcée.
Dans les États parties où la mutilation génitale est pratiquée, il faudrait
communiquer des informations sur l’ampleur de cette pratique et les
mesures prises pour l’éliminer. Les renseignements communiqués par
les États parties au sujet de toutes ces questions devraient faire état des
mesures de protection, y compris des voies de recours prévues par la
loi, mises en place pour les femmes dont les droits énoncés à l’article
7 ont été violés.»
Le Comité a constamment reconnu que la violence domestique est une violation de l’article 7 et de l’article 3 (garantissant les mêmes droits pour les
hommes et pour les femmes au titre du Pacte). Les États parties doivent prendre les mesures appropriées pour lutter contre cette violence, par exemple,
enquêter sur les allégations, poursuivre et condamner les auteurs de ces
délits.498 En outre, l’Observation générale n° 28 indique que les traitements
suivants violent l’article 7:
•
•
•
•
•
Viol
Impossibilité d’accéder à l’avortement après un viol
Avortement forcé
Stérilisation forcée
Mutilation génitale féminine499
Dans ses observations finales sur les Pays-Bas, le Comité a indiqué que les
femmes ne devraient pas être expulsées vers des pays où elles peuvent être
soumises à la mutilation génitale et à d’autres pratiques traditionnelles « portant atteinte à l’intégrité physique ou la santé des femmes ».500
498 Voir par exemple, les observations finales sur le Paraguay, (2006) UN doc. CCPR/C.PRY/CO/2,
§ 9; Observations finales sur l’Italie, (2006) UN doc. CCPR/C.ITA/CO/5, § 9, et les observations
finales sur la Norvège, (2006) UN doc. CCPR/C.NOR/CO/5, § 10. Le Comité a considéré la violence domestique comme une question relevant de l’article 7 dans ses dernières observations
finales sur la plupart des États parties. Voir aussi Nowak, note 97 ci-dessus, p. 184.
499 Le Comité a constamment condamné la mutilation génitale féminine dans de nombreuses observations finales. Voir les dernières déclarations à ce sujet, par exemple, les observations finales sur
le Yémen, (2005) UN doc. CCPR/CO/84/YEM, § 11; Observations finales sur le Kenya, (2005)
UN doc. CCPR/CO/83/KEN, § 12; Observations finales sur le Benin, (2004) UN doc. CCPR/CO/
82/BEN, § 11; Observations finales sur la Gambie, (2004) UN doc. CCPR/CO/75/GMB, § 10.
500 Observations finales sur les Pays-Bas, (2001) UN doc. CCPR/CO/72/NE, § 11.
199
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Dans ses observations finales sur le Maroc, le Comité a conclu que la criminalisation de l’avortement, qui, de fait, force les femmes à mener leur grossesse à terme, viole l’article 7.501
Enfin, à propos des États-Unis, le Comité a indiqué que l’enchaînement des
femmes pendant l’accouchement viole l’article 7.502
3.2.14 Interdiction d’utiliser des déclarations obtenues en
violation de l’article 7
Dans son Observation générale n° 20, le Comité a indiqué que :
« Il importe, pour dissuader de commettre des violations de l’article 7,
que la loi interdise d’utiliser ou déclare irrecevables dans une procédure
judiciaire des déclarations et aveux obtenus par la torture ou tout autre
traitement interdit.»503
Cet aspect de l’article 7 complète l’article 14(3)(g) du Pacte, qui prévoit le
droit à ne pas être forcé de témoigner contre soi-même ou de s’avouer coupable.504
Dans l’affaire Singarasa c. Sri Lanka (1033/01), le Comité a confirmé que lors
des procédures pénales nationales, « l’accusation doit prouver que les aveux
ont été faits sans contrainte ».505 Une violation de l’article 7 (ainsi que de l’article 14(3)(g)) a été entraînée par le fait que la charge de la preuve a été supportée par la personne qui serait la victime.506
Dans l’affaire Bazarov c. Ouzbékistan (959/00), les coinculpés du requérant
ont témoigné contre ce dernier après avoir été torturés. Leur témoignage a été
utilisé pour poursuivre le requérant. Une violation des droits du requérant au
titre de l’article 14(1) du Pacte a été conclue, article qui protège le droit à un
procès équitable.507 On ne pouvait conclure à aucune violation de l’article 7 à
501 Observations finales sur le Maroc, (2004) UN doc. CCPR/CO/82/MAR, § 29; voir aussi les observations finales sur le Sri Lanka, (2003) UN doc. CCPR/CO/79/LKA, § 12.
502 Observations finales sur les États-Unis, (2006) UN doc. CCPR/C.USA/CO/3, § 33.
503 Observation générale n° 20, § 12.
504 Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, § 9.107. Voir par exemple, les observations finales
sur les États-Unis, (2006) UN doc. CCPR/C.USA/CO/3, § 14.
505 Affaire Singarasa c. Sri Lanka (1033/01), § 7.4.
506 Voir aussi les observations finales sur les Philippines, (2003) UN doc. CCPR/CO/79/PHL, § 12.
507 Affaire Bazarov c. Ouzbékistan (959/00), § 8.3.
200
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
cet égard, étant donné que cet aspect de la requête ne concernait pas la torture
perpétrée à l’encontre du requérant, et que les coinculpés torturés n’étaient pas
parties à la requête présentée au titre du Protocole facultatif, par conséquent,
on ne pouvait conclure à aucune violation de leurs droits en particulier.
3.2.15 Obligations positives au titre de l’article 7
Une obligation « négative » signifie que l’État a l’obligation de s’abstenir de
perpétrer certains actes, tels que les actes de torture. Une obligation positive
impose à un État l’obligation de se conformer à certains actes et non de s’abstenir de le faire. Les États parties ont de nombreuses obligations positives au
titre de l’article 7, visant à empêcher la survenance de telles violations, et à ce
que les violations présumées fassent l’objet d’une enquête appropriée. S’il est
établi qu’une violation a été perpétrée, les auteurs de cette violation devraient
être punis et les victimes dédommagées. Des obligations similaires incombent
aux États au titre de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, et la plupart des affaires concernant
cette question sont traitées par le Comité contre la torture et non par le Comité
des droits de l’homme.508 De là, on peut soutenir que la plupart des obligations
positives, si ce n’est pas toutes, énoncées explicitement dans la Convention,
sont implicitement contenues dans l’article 7.509
a) Obligation d’adopter des lois et de les faire appliquer
Dans son Observation générale n° 20, le Comité a indiqué :
« Les États parties devraient indiquer, lorsqu’ils présentent leurs rapports, les dispositions de leur droit pénal qui répriment la torture et les
peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, en précisant les
sanctions applicables à de tels actes, qu’ils soient commis par des
agents publics ou d’autres personnes agissant comme tels ou par des
particuliers. Ceux qui violent l’article 7, que ce soit en encourageant,
en ordonnant, en tolérant ou en perpétrant des actes prohibés, doivent
être tenus pour responsables. En conséquence, ceux qui ont refusé
508 Voir paragraphe 4.6. Une affaire de ce genre a été portée devant le CDH, à savoir l’affaire Zheikov
c. Fédération de Russie (889/99), § 7.2.
509 Il est peu probable que des obligations relatives à la juridiction universelle (voir paragraphe 4.8)
soient prévues par le Pacte, mais il semble que toutes les autres obligations positives contenues
dans la Convention sont confirmées dans l’article 7, comme indiqué ci-après aux paragraphes
3.2.15 (a)-(f).
201
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
d’obéir aux ordres ne doivent pas être punis ou soumis à un traitement
préjudiciable.»510
Par exemple, en 1995, le Comité s’est inquiété du fait que le Yémen n’avait
pas adopté de lois sur la violence domestique.511 En 2002, le Comité est revenu
sur la question prenant note que, bien que le Yémen ait adopté des lois sur la
question, celles-ci n’étaient toujours pas respectées.512 Une critique de même
nature a été réitérée à l’égard de cet État en 2005.513 Aussi, il ne suffit pas
d’adopter des lois pertinentes; elles doivent être appliquées par les personnes
appropriées, telles que la police, les procureurs et les tribunaux.
b) Obligation d’enquêter sur les allégations de torture
Les États ont l’obligation de veiller à ce que toutes les allégations de torture
fassent l’objet d’une enquête efficace. Cette obligation est prévue par les articles 7 et 2(3), en vertu desquels les États doivent fournir réparation aux victimes des violations des droits prévus par le Pacte. « Les plaintes doivent faire
l’objet d’enquêtes rapides et impartiales des autorités compétentes pour rendre
les recours efficaces ».514 La plupart des affaires sur le sujet ont été traitées au
titre de la Convention contre la torture.515
Dans l’affaire Rajapakse c. Sri Lanka (1250/04), il s’agissait d’une insuffisance à propos de l’enquête sur des allégations de torture. En dépit de preuves
convaincantes de mauvais traitements de la victime, une enquête pénale sur ces
allégations de mauvais traitements n’avait été ouverte que trois mois plus tard.
Depuis le début, l’enquête était au point mort et peu de progrès avaient été faits
au moment de la décision du Comité, soit quatre ans après l’incident présumé.516 Par exemple, au moment de la décision du Comité, un témoin seulement sur les 10 avait fait sa déposition. Le Comité a indiqué que « l’importante
510 Observation générale n° 20, § 13.
511 Observations finales sur le Yémen, (1995) UN doc. CCPR/C.79/Add.51, § 14 .
512 Observations finales sur le Yémen, (2002) UN doc. CCPR/CO/75/YEM, § 6.
513 Observations finales sur le Yémen, (2005) UN doc. CCPR/CO/84/YEM, § 12.
514 Observation générale n° 20, § 14; voir par exemple, les observations finales sur l’Italie, (2006) UN
doc. CCPR/C.ITA/CO/5, § 10. Voir le modèle de requête, Appendice ii, § 53.
515 Voir paragraphe 4.6.2.
516 Etant donné la durée prolongée de la procédure, il a été considéré que le critère d’épuiser les
recours internes était rempli: Affaire Rajapakse c. Sri Lanka (1250/04), § 9.2.
202
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
charge de travail » des tribunaux ne « dispensait pas [l’État] d’honorer ses
obligations découlant du Pacte ».517 Par ailleurs, l’État n’avait « fixé aucun
calendrier pour l’examen de l’affaire ».518 Le Comité a conclu que :
« En vertu de l’article 2, paragraphe 3, l’État partie a l’obligation de
garantir que les recours soient utiles. La rapidité et l’efficacité sont particulièrement importantes dans le jugement des affaires de torture.
L’information générale fournie par l’État partie concernant le volume
de travail des tribunaux internes semblerait indiquer qu’il ne sera pas
statué avant un certain temps dans la procédure devant la Haute Cour
et, partant, dans l’affaire devant la Cour suprême concernant la violation des droits fondamentaux de l’auteur. Le Comité estime que l’État
partie ne saurait éluder ses responsabilités découlant du Pacte en faisant
valoir que les tribunaux internes traitent l’affaire, alors que les recours
invoqués par l’État partie ont été de toute évidence différés et sont, semble-t-il, inefficaces. Pour ces motifs, le Comité conclut que l’État partie
a violé l’article 2, paragraphe 3, lu conjointement avec l’article 7 du
Pacte…»519
Dans ses observations finales, le Comité a souligné que les enquêtes doivent
être conduites de manière impartiale et de préférence par un organe externe.
Par exemple, à propos de Hong Kong, le Comité a relevé qu’un grand nombre
de requêtes présentées contre des agents de police avaient finalement été classées. Le Comité a insisté sur l’importance du processus d’investigation qui doit
être, et apparaisse comme, « équitable et indépendant » et il a vivement recommandé que les enquêtes soient conduites par un mécanisme indépendant plutôt
que par la police elle-même.520
Par ailleurs, « le droit de porter plainte contre des actes prohibés par l’article
7 doit être reconnu dans le droit interne ».521 Les requérants doivent donc
bénéficier d’une protection contre les représailles et les attaques, quel que soit
l’aboutissement de leur requête.522
517
518
519
520
Affaire Rajapakse c. Sri Lanka (1250/04), § 9.4.
Affaire Rajapakse c. Sri Lanka (1250/04), § 9.4.
Affaire Rajapakse c. Sri Lanka (1250/04), § 9.5.
Observations finales sur Hong Kong, (1996) UN doc. CCPR/C.79/Add. 57, § 11; voir aussi par
exemple, les observations finales sur le Brésil, (2005) UN doc. CCPR/C.BRA/CO/2, § 13; observations finales sur la République arabe syrienne, (2005) UN doc. CCPR/CO/84/SYR, §§ 8, 9;
observations finales sur la Slovénie, (2005) UN doc. CCPR/CO/84/SVN, § 9, observations finales
sur le Kenya, (2005) UN doc. CCPR/CO/83/KEN, § 18.
521 Observation générale n° 20, § 14.
522 Voir les observations finales sur le Brésil, (1996) UN doc. CCPR/C.79/Add.66, § 327.
203
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
c) Obligation de punir les auteurs de délit et d’indemniser les
victimes
Les États ont l’obligation d’adopter des lois, et de les faire appliquer, interdisant les violations des dispositions de l’article 7. En outre, les États doivent
enquêter, punir de manière appropriée les auteurs de délits, et fournir des
recours utiles aux victimes. Par ailleurs, toute victime de violation de l’article
7 peut obtenir réparation au titre de l’article 2(3) du Pacte. La réparation
variera en fonction des circonstances de l’affaire et peut comprendre une
indemnisation financière pour les pertes, la douleur et les souffrances subies
ainsi que pour la réadaptation.
Une loi « d’amnistie » est une loi qui empêche les personnes d’être poursuivies
pour des délits commis par le passé, comprenant parfois des violations des
droits de l’homme. Ces lois sont souvent adoptées par les États qui passent
d’une dictature à la démocratie. Dans son Observation générale n° 20, le
Comité a indiqué que :
« L’amnistie est généralement incompatible avec le devoir qu’ont les
États d’enquêter sur de tels actes [violations de l’article 7]; de garantir
la protection contre de tels actes dans leur juridiction; et de veiller à ce
qu’ils ne se reproduisent pas à l’avenir. Les États ne peuvent priver les
particuliers du droit à un recours utile, y compris le droit à une indemnisation et à la réadaptation la plus complète possible.»523
Dans l’affaire Rodriguez c. Uruguay (322/88), le requérant a mentionné qu’il
avait été soumis à la torture sous le régime militaire précédent en Uruguay et
qu’il avait demandé l’ouverture d’une enquête judiciaire et cherché à obtenir
une réparation appropriée pour cette violation. Le nouveau gouvernement
avait refusé d’enquêter sur ces allégations et le parlement a adopté « la loi No
15,848… qui suspendait, avec effet immédiat, toute enquête judiciaire dans ce
genre d’affaire ».524 L’application de cette loi par le pouvoir judiciaire empêche
les personnes de chercher réparation pour des cas de torture et de mauvais traitements. L’État a répondu « qu’enquêter sur des faits passés... n’est pas de
nature à faciliter la réconciliation, la pacification et le renforcement des institutions démocratiques »525 en Uruguay. Il faut relever également que la loi
d’amnistie avait été approuvée par un référendum en Uruguay. Le Comité a
523 Observation générale n° 20, § 15.
524 Affaire Rodriguez c. Uruguay (322/88), § 2.2.
525 Affaire Rodriguez c. Uruguay (322/88), § 8.5.
204
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
conclu que la loi d’amnistie violait l’obligation de l’État partie d’enquêter sur,
et de fournir des recours à propos desdites violations de l’article 7. Le Comité
a ajouté qu’il était préoccupé par le fait que la loi d’amnistie pouvait contribuer
à générer un « climat d’impunité » pouvant donner lieu à d’autres violations
des droits de l’homme.526 La désapprobation du Comité concernant ces lois
d’amnistie apparaît également dans de nombreuses observations finales.527
Les sanctions imposées aux auteurs des violations de l’article 7 doivent aussi
être fonction de la gravité du délit. Par exemple, le Comité s’est dit préoccupé
face aux peines imposées aux agents de police en Espagne qui étaient généralement clémentes voire inexistantes dans certains cas.528
Contrairement à la Convention, le Pacte ne contient pas de dispositions explicites établissant une compétence universelle pour poursuivre les auteurs présumés d’actes de torture,529 et le Comité n’a pas non plus fait référence à cette
compétence. Il est donc possible que le Pacte n’attribue pas cette compétence
en matière de poursuite des auteurs présumés d’actes de torture.530
d) Obligation de former le personnel concerné
Le Comité a précisé les catégories de personnes devant être informées des
règles opérationnelles et des normes éthiques découlant de l’article 7, et qui
devraient recevoir une instruction et une formation spécifiques à cet égard. Ces
personnes sont :
« Le personnel responsable de l’application des lois, le personnel médical ainsi que les agents de la force publique et toutes les personnes
intervenant dans la garde ou le traitement de tout individu arrêté, détenu
ou emprisonné de quelque façon que ce soit.»531
Les États parties doivent informer le Comité par le biais de leurs rapports des
mesures prises pour l’instruction et la formation en la matière. Cette formation
est particulièrement importante pour les États en phase de transition politique,
où les autorités chargées de faire appliquer la loi, telles que la police, ont pour
526 Affaire Rodriguez c. Uruguay (322/88) § 12.4.
527 Voir par exemple, les observations finales sur le Salvador, (1994) UN doc. CCPR/C.79/ADD.34,
§ 7; observations finales sur la Bolivie, (1998) UN doc. CCPR/c.79/Add. 73, § 15; observations
finales sur le Liban, (1998) UN doc. CCPR/C.79/Add. 78, § 12.
528 Observations finales sur l’Espagne, (1996) UN doc. CCPR/C.79Add. 61.
529 Voir paragraphe 4.8.
530 Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, § 9.131.
531 Observation générale n° 20, § 10.
205
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
habitude de pratiquer la torture et les mauvais traitements dans l’exercice de
leurs fonctions. La formation est nécessaire pour éliminer ces pratiques et faire
comprendre à ces personnes que ces méthodes sont tout simplement inacceptables.
e) Garanties procédurales
Les États doivent veiller à ce que des garanties procédurales appropriées soient
en place pour protéger les personnes particulièrement vulnérables aux violations de leurs droits en vertu de l’article 7. Il s’agit des personnes en détention,
telles que les prisonniers (c’est-à-dire, les suspects, les prisonniers en détention
provisoire, et les condamnés) ou les patients involontaires dans les cellules
psychiatriques. Le Comité recommande « la surveillance systématique des
règles, instructions, méthodes et pratiques en matière d’interrogatoire ainsi que
des dispositions concernant la garde et le traitement des personnes arrêtées,
détenues ou emprisonnées de quelque façon que ce soit » pour minimiser et
empêcher la torture ou les mauvais traitements.532
L’importance fondamentale de garder des traces appropriées et précises a également été soulignée :
« Pour garantir effectivement la protection des personnes détenues, il
faut faire en sorte que les prisonniers soient détenus dans des lieux de
détention officiellement reconnus comme tels et que leur nom et le lieu
de leur détention ainsi que le nom des personnes responsables de leur
détention figurent dans un registre aisément accessible aux intéressés,
notamment aux membres de la famille et aux amis. De même, la date
et le lieu des interrogatoires, ainsi que les noms de toutes les personnes
y assistant doivent être inscrits sur un registre et ces renseignements
doivent également être disponibles aux fins de la procédure judiciaire
ou administrative.»533
Le Comité précise également que dans les lieux de détention, il ne doit pas y
avoir de matériel pouvant être utilisé pour torturer ou maltraiter une personne.533 Par ailleurs, les détenus doivent pouvoir avoir régulièrement et
immédiatement accès à des médecins, des avocats et des membres de la famille
(en étant surveillés si nécessaire).
532 Observation générale n° 20, § 11.
533 Observation générale n° 20, § 11.
206
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
Comme indiqué ci-dessus, la détention au secret en elle-même est une violation de l’article 7.535 La détention au secret, en particulier les disparitions, fait
augmenter les chances de traitement violant l’article 7 sans que ce traitement
ne soit puni ni même découvert. Par conséquent, « des dispositions interdisant
la détention au secret doivent également être prises ».536
Les types de garanties mentionnés ci-dessus témoignent de l’importance de la
relation entre les obligations procédurales et les obligations substancielles au
titre de l’article 7.
3.2.16 Chevauchement des dispositions de l’article 7
avec d’autres dispositions du Pacte
Les violations de l’article 7 se cumulent aux violations de l’article 10 du Pacte
(voir paragraphe 3.3). Les violations de l’article 7 sont généralement aussi des
violations d’autres dispositions du Pacte. Par exemple, la torture conduit souvent
à la mort, ce qui conduit à des violations à la fois du droit de ne pas être soumis
à la torture et du droit à la vie (article 6 du Pacte). Comme indiqué ci-dessus au
paragraphe 3.2.6, les disparitions conduisent souvent à la torture et à la mort.
Les violations de l’article 7 se produisent souvent en conjonction avec des violations de l’article 9 du Pacte, concernant la détention arbitraire et/ou les
menaces à la sécurité de la personne.537 La détention au secret, par exemple,
viole l’article 9 et, si elle est prolongée, viole aussi l’article 7.538 La torture et
le mauvais traitement peuvent servir à obtenir des preuves lors d’un procès,
et aboutiront à des conclusions de violations du droit à un procès équitable au
titre de l’article 14 du Pacte. Enfin, les violations de l’article 7 se produisent
souvent dans le contexte de la discrimination, en violation de l’article 26
du Pacte.
534 Observation générale n° 20, § 11. Voir modèle de requête, Appendice ii, § 41.
535 Voir paragraphe 3.2.5; voir aussi paragraphe 3.3.3. Voir modèle de requête, Appendice ii,
§§ 45-47, 63.
536 Observation générale n° 20, § 11.
537 Voir aussi paragraphe 2.3.5.
538 Les disparitions violent généralement les articles 6, 7, 9, et 10; voir l’affaire Bousroual c. Algérie
(992/01), § 9.2.
207
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
3.3
Jurisprudence dans le contexte de l’article 10
L’article 10 dispose :
« Toute personne privée de sa liberté est traitée avec humanité et avec
le respect de la dignité inhérente à la personne humaine.
2. a) Les prévenus sont, sauf dans des circonstances exceptionnelles,
séparés des condamnés et sont soumis à un régime distinct, approprié à
leur condition de personnes non condamnées;
b) Les jeunes prévenus sont séparés des adultes et il est décidé de leur
cas aussi rapidement que possible.
3. Le régime pénitentiaire comporte un traitement des condamnés dont
le but essentiel est leur amendement et leur reclassement social. Les
jeunes délinquants sont séparés des adultes et soumis à un régime
approprié à leur âge et à leur statut légal.»
L’article 10 vise à prendre en compte la vulnérabilité particulière des détenus
et à veiller à ce que la privation de leur liberté ne les expose pas à des violations
des droits de l’homme. Une telle protection est essentielle car « les relations de
pouvoir particulières existant dans des milieux fermés donnent souvent lieu
aux violations des droits de l’homme les plus diverses ».539
L’article 10 est à la fois plus strict et plus large que l’article 7. Il est plus strict
en ce qu’il s’applique uniquement aux personnes en détention, il est aussi plus
large car il proscrit une forme de traitement moins sévère, ou l’absence de traitement, que l’article 7.540 Le caractère moins sévère des violations de l’article
10 se traduit par le fait qu’il s’agit d’un droit auquel on peut déroger au titre
de l’article 4 du Pacte.541
3.3.1 Application de l’article 10
Dans son Observation générale n° 21, le Comité a désigné les bénéficiaires des
droits prévus par l’article 10, autrement dit, il a interprété l’expression « personnes privées de leur liberté ». L’article 10 « s’applique à toute personne pri-
539 Nowak, note 97 ci-dessus, p. 242.
540 Observation générale n° 21, § 3; voir aussi l’affaire Griffin c. Espagne (493/92), § 6.3.
541 Néanmoins, dans son Observation générale n° 29, § 13(a), le Comité a indiqué qu’on ne peut implicitement pas déroger à l’article 10.
208
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
vée de sa liberté en vertu des lois et de l’autorité de l’État et qui est détenue
dans une prison, un hôpital – en particulier un hôpital psychiatrique – un camp
de détention, un centre de redressement ou un autre lieu ».542 L’application de
l’article 10 est indépendante du fait que la privation de liberté soit déraisonnable ou illégale.543
L’article 10 s’applique à toutes les institutions et à tous les établissements sous
la juridiction de l’État.544 Par conséquent, l’État est toujours responsable du
bien-être des détenus et de toute violation de l’article 10 dans les centres privés
de détention. Dans l’affaire Cabal et Pasini Betran c. Australie (1020/02), le
Comité a indiqué que :
« Le fait de confier au secteur privé des activités essentielles de l’État
comportant le recours à la force et la détention de personnes ne dégage
pas l’État partie des obligations qu’il a souscrites en vertu du Pacte ».545
À l’évidence, il est plus difficile pour l’État de superviser les conditions dans les
centres privés de détention que dans les centres qu’il dirige lui-même. En conséquence, le Comité est en faveur des centres de détention contrôlés et gérés par
l’État.546 Au minimum, les États parties doivent surveiller régulièrement les lieux
de détention pour veiller à ce que les dispositions de l’article 10 soient respectées.
3.3.2 Conditions de détention
Une affaire liée à des conditions ou un traitement épouvantables pendant la
détention relève évidemment à la fois de l’article 7 et de l’article 10. Le Comité
a généralement traité ces affaires au titre de l’article 10, sauf lorsqu’il y a persécution personnelle de la victime, ou si l’affaire implique un traitement ou une
peine violent.547 Selon Nowak, l’article 10 (1) vise à répondre aux situations
« où le lieu de détention ou les conditions générales de détention » est mauvais
tandis que l’article 7 vise à répondre « aux agressions spécifiques, généralement violentes, à l’intégrité de la personne ».548 Toutefois, la frontière entre les
542 Observation générale n° 21, § 2.
543 L’article 9 du Pacte porte sur la question de savoir si la détention elle-même est une violation des
droits de l’homme.
544 Observation générale n° 21, § 2.
545 Affaire Cabal et Pasini Betran c. Australie (1020/01), § 7.2.
546 Observations finales sur la Nouvelle-Zélande, (2002) UN doc. CCPR/CO/75/NZL, § 13.
547 Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, §§ 9.139-9.143. Voir aussi paragraphe 3.2.3.
548 Nowak, note 97 ci-dessus, p. 250.
209
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
violations de l’article 7 et celles de l’article 10 est souvent difficile à discerner.549 Parfois, le Comité conclut à des violations des deux articles.
Dans l’affaire Madafferi c. Australie (1011/01), le retour du requérant à la
détention à des fins d’immigration malgré sa maladie mentale, et contre l’avis
des médecins et des psychiatres, a été considéré comme une violation de l’article 10(1). Les faits relatifs à cette affaire sont semblables à ceux de l’affaire
C c. Australie (900/99), où une violation de l’article 7 a été conclue.550 Le
Comité a indiqué concernant une requête simultanée au titre de l’article 7 :
« Compte tenu de cette conclusion concernant l’article 10, disposition
du Pacte traitant spécifiquement de la situation des personnes privées
de liberté et consacrant pour cette catégorie de personnes les éléments
visés plus généralement à l’article 7, il n’est pas nécessaire d’examiner
séparément les plaintes relatives à l’article 7.»
Cette observation indique que la frontière entre les violations de l’article 7 et
de l’article 10 est très ténue.
L’application de l’article 10 « ne saurait dépendre des ressources matérielles
disponibles dans l’État partie ».551 Il s’agit là d’un principe important car la disposition qui prévoit des centres de détention appropriés pour remédier au problème de la surpopulation dans les prisons par exemple, peut représenter une
somme d’argent considérable.
Comme pour l’article 10, les considérations en matière de violation entraînent
parfois un élément subjectif. Dans l’affaire Brough c. Australie (1184/03), le
Comité a indiqué que :
« Pour entrer dans le champ d’application de l’article 10 du Pacte le
traitement inhumain doit avoir un degré minimum de sévérité.
L’appréciation de ce minimum dépend de toutes les circonstances,
comme la nature et le contexte du traitement, sa durée, ses effets psychiques ou physiques et, dans certains cas, le sexe, l’âge, l’état de santé
ou une autre circonstance particulière de la victime.»552
Les situations mentionnées ci-après ont été considérées comme des violations
de l’article 10(1). Comme on peut le constater, cette disposition couvre de
549
550
551
552
Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, § 9.144.
Voir paragraphe 3.2.7.
Observation générale n° 21, § 4.
Affaire Brough c. Australie (1184/03), § 9.2.
210
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
nombreuses situations, dont certaines se rapprochent étroitement de la violation de l’article 7, et d’autres en semblant très éloignées :
• Détention provisoire pendant 42 mois dans une cellule de petite taille et surpeuplée, suivie de huit années dans le quartier des condamnés à mort, dont
des périodes d’isolement cellulaire dans des conditions épouvantables.553
• Pendant seize mois, la victime n’a pas quitté sa cellule, ni pour aller prendre
une douche ni pour se promener ; détention dans une cellule mesurant trois
mètres sur trois, que la victime a partagée au départ avec 8 détenus et finalement avec 15 autres détenus ; elle a été sous-alimentée. La victime a été
détenue dans une autre prison pendant 16 mois avec 20 autres détenus dans
une cellule infestée de cafards mesurant environ 5 m sur trois où il n’y avait
pas de sanitaires, pas de fenêtres ni de matelas. Ses rations alimentaires se
limitaient à des feuilles ou des bâtons de manioc. La victime pouvait prendre
deux douches par semaine et les soldats chargés de la surveiller la déposaient
parfois dans la cour étant donné qu’elle ne pouvait pas bouger toute seule
(en raison de ses blessures).554
• Cinq ans de détention dans une cellule d’isolement d’à peine 3 m sur 2, équipée d’un sommier en fer, d’un matelas, d’une chaise et d’une table. Il n’y
avait pas d’installations sanitaires et un seau en plastique servait de tinette.
La seule ouverture était un petit trou d’aération d’environ 20 cm2, nettement
insuffisant pour la ventilation et qui laissait à peine pénétrer la lumière du
jour ; la lumière provenait exclusivement d’un néon allumé 24 heures sur 24.
Cinq ans plus tard, le prisonnier avait été maintenu en permanence dans une
cellule d’à peine 3 m sur 2, avec de 9 à 12 codétenus, surpeuplement à l’origine d’affrontements violents entre les prisonniers. La cellule étant équipée
d’un unique lit, l’auteur dort à même le sol. Le seau en plastique qui sert de
tinette pour tous les détenus est vidé une seule fois par jour ce qui fait que
de temps en temps il déborde. La lucarne de 60 cm2 munie de barreaux qui
est la seule source d’aération est insuffisante. Le prisonnier est enfermé environ 23 heures par jour dans sa cellule, sans la moindre possibilité d’étudier,
de travailler ou de lire. La nourriture qui lui est donnée n’est pas adéquate
au regard de ses besoins.555
553 Affaire Kennedy c. Trinidad & Tobago (845/98), § 7.8.
554 Affaire Mulezi c. Congo (962/01), §§ 2.4, 2.5, 5.3.
555 Affaire Sextus c. Trinidad & Tobago (818/1998) § 7.4.
211
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
• Détention pendant plus de 10 ans avec des sorties dans la cour pendant trois
heures par jour seulement, le reste de la journée se passant dans une cellule
obscure et humide, sans avoir accès à des livres ni à des journaux.556
• Manque de surveillance médicale d’un prisonnier gravement malade, dont
la maladie était évidente et qui a généré son décès par la suite.557
• Détention pendant huit mois dans une prison vieille de 500 ans, infestée par
les rats, les poux, les cafards et les maladies ; il y avait 30 personnes par cellule, parmi lesquelles des hommes âgés, des femmes, des adolescents et un
bébé ; il n’y avait pas de fenêtres mais juste des barreaux d’acier qui laissaient entrer le froid; les cas de suicide et d’automutilation, les rixes et les
coups y sont fréquents ; latrines débordant, des excréments humains recouvrent le sol ; les matelas et couvertures utilisés pour dormir sont imprégnés
d’urine.558
• Rouage de coups pendant une mutinerie ayant valu cinq points de suture.559
• Usage de lits-cages comme mesure de contention dans les hospices ou les
établissements psychiatriques.560
• Placement dans une cellule de détention dans laquelle deux accusés ne pouvaient pas s’asseoir en même temps, même si cette détention n’a duré qu’une
heure.561
• Détention pendant quelques jours dans une cellule humide et sale, sans lit,
ni table ni sanitaires.562
• Informer la personne que la prérogative de la grâce ne serait pas exercée à
cause de ses plaintes de violations des droits de l’homme devant le Comité.
Autrement dit, le prisonnier a été victime du fait d’avoir exercer son droit de
plainte individuelle.563
• Refus inexpliqué de l’accès au dossier médical d’une personne.564
556 Affaire Vargas Más c. Pérou (1058/02), §§ 3.3, 6.3.
557 Affaire Lantsova c. Fédération de Russie (763/1997) §§ 9.1, 9.2. Une violation de l’article 6, le
droit à la vie, a aussi été conclue dans cette affaire.
558 Affaire Griffin c. Espagne (493/92), § 6.2.
559 Affaire Walker et Richards c. Jamaïque (639/95), § 8.1.
560 Observations finales sur la Slovaquie, (2003) UN doc. CCPR/CO/78/SVK, § 13.
561 Affaire Cabal et Pasini Bertran c. Australie (1020/01).
562 Affaire Gorji-Dinka c. Cameroun (1134/02), § 5.2.
563 Affaire Pinto c. Trinité-et-Tobago (512/92), § 8.3.
564 Affaire Zhedludkov c. Ukraine (726/96), § 8.4.
212
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
• Si les prisons peuvent exercer un niveau raisonnable de contrôle et de censure sur la correspondance des prisonniers, une censure excessive viole l’article 10(1) ainsi que l’article 17, c’est-à-dire, le droit à la vie privée garanti
par le Pacte.565
Dans son Observation générale n° 21, le Comité a identifié certains documents
des Nations Unies mettant en avant les normes appropriées en matière de centres de détention, et a invité les États parties à faire des observations sur l’application de ces normes. Cette observation indique que le non respect de ces
normes constitue une violation de l’article 10. Ces normes sont les suivantes :
« Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus (1957),
l’Ensemble de principes pour la protection des personnes soumises à
une forme quelconque d’emprisonnement (1988), le Code de conduite
pour les responsables de l’application des lois (1978) et les Principes
d’éthique médicale applicables au rôle du personnel de santé, en particulier des médecins, dans la protection des prisonniers et des détenus
contre la torture et les autres peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants (1982).»566
Il semblerait que l’Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus ait
été intégré à l’article 10.567 L’Ensemble de règles minima met en avant les conditions minimales acceptables de la détention d’une personne. Ces règles portent sur
différents aspects de la détention et toutes les règles doivent être appliquées sans
discrimination. Les droits et les points abordés sont par exemple les suivants :
• Les prisonniers devraient généralement avoir leurs propres cellules.
• L’éclairage, le chauffage et la ventilation, ainsi que les périodes de travail et
de sommeil devraient « satisfaire aux besoins de santé ».
• Le couchage, l’habillement, l’alimentation, l’eau et les sanitaires appropriés
doivent être fournis.
• Certains services médicaux doivent être fournis aux prisonniers.
• Les prisonniers doivent pouvoir accéder au monde extérieur et recevoir des
informations concernant leurs droits.
• Les prisonniers auront accès à la bibliothèque de la prison.
565 Affaire Angel Estrella c. Uruguay (74/80), § 9.2.
566 Observation générale n° 21, § 5.
567 Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, §§ 9.148-9.149 et voir par exemple, l’affaire Mukong
c. Cameroun (458/91), § 9.3 et l’affaire Potter c. Nouvelle Zélande (632/95), § 6.3.
213
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
• Les prisonniers pourront raisonnablement pratiquer leur religion.
• Tous les biens personnels confisqués doivent être restitués au prisonnier lors
de sa libération.
• Les directeurs de prison doivent informer la famille du prisonnier ou son
représentant désigné lorsque le prisonnier décède ou est gravement blessé.
• Le prisonnier doit être autorisé à informer sa famille ou son représentant de
sa détention et de tout transfert vers une autre institution par la suite.
Les règles 27 à 36 de cet Ensemble traitent en outre des mesures disciplinaires.
L’ensemble des règles minima figure en intégralité à l’annexe 7.
3.3.3 Détention au secret et isolement cellulaire
En principe, la détention au secret viole l’article 10(1). La période de détention
la plus courte que le Comité a considérée comme une violation de l’article 10
est une période de deux semaines, dans l’affaire Arutyunyan c. Ouzbékistan
(917/00).568 Lorsque la période de détention au secret dure plus de huit mois,
le Comité conclut à une violation de l’article 7.569
Le Comité est également particulièrement préoccupé par le recours à l’isolement cellulaire. En ce qui concerne le Danemark, il a indiqué que l’isolement
cellulaire constitue :
« Une peine sévère entraînant de graves conséquences psychologiques
qui ne se justifie qu’en cas d’extrême nécessité; le recours au placement
en isolement cellulaire hormis dans des circonstances exceptionnelles
et pour des périodes limitées est contraire au paragraphe 1 de l’article
10 du Pacte.»570
3.3.4 Syndrome du quartier des condamnés à mort
Les discussions sur le syndrome du quartier des condamnés à mort faites au titre
de l’article 7 peuvent aussi s’appliquer au titre de l’article 10.571 Autrement dit,
568 Voir aussi l’affaire Arzuaga Gilboa c. Uruguay (147/83), dans laquelle la détention au secret
pendant 15 jours a violé l’article 10(1).
569 Affaire Shaw c. Jamaïque (704/96). Voir aussi Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus,
§ 9.151. Voir paragraphe 3.2.5.
570 Observations finales sur le Danemark, (2000) UN doc. CCPR/CO/70/DNK, § 12.
571 Paragraphe 3.2.10(b).
214
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
il ressort de la jurisprudence actuelle qu’il ne s’agit pas d’une violation de
l’article 10(1).
3.3.5 Obligations préocédurales en vertu de l’article 10
Les obligations procédurales positives prévues par l’article 10 sont analogues
aux obligations prévues par l’article 7.572 Dans son Observation générale n° 21,
le Comité fait référence aux obligations positives suivantes :573
• Les rapports doivent comporter des informations détaillées sur les dispositions législatives et administratives nationales qui ont des incidences sur le
droit prévu au paragraphe 1 de l’article 10.
• Les rapports doivent aussi contenir les mesures concrètes prises par les autorités compétentes pour contrôler l’application effective des règles relatives
au traitement des personnes privées de leur liberté, et pour assurer l’impartialité du contrôle.
• Les rapports doivent indiquer si les diverses dispositions applicables font partie
intégrante de l’enseignement et de la formation qui sont dispensés aux
personnels ayant autorité sur des personnes privées de leur liberté et si ces
personnels respectent strictement ces dispositions dans l’accomplissement
de leurs devoirs.
• Il conviendra de préciser si les personnes arrêtées ou détenues peuvent s’informer de ces dispositions et disposent des recours utiles leur permettant
d’obtenir que ces règles soient respectées, de se plaindre lorsqu’il n’est pas
tenu compte de celles-ci et d’obtenir juste réparation en cas de violation.
Toutes les obligations ci-dessus visent à fournir des orientations aux États parties sur la façon d’élaborer les rapports sur leurs obligations en vertu de l’article 10. Néanmoins, il en résulte aussi, implicitement, des obligations substancielles sous-jacentes. Par exemple, l’obligation de faire rapport sur les mesures
de formation implique que de telles mesures soient en place. L’obligation de
faire rapport sur les procédures liées aux plaintes implique également que de
telles procédures soient en place.
En faisant respecter ces obligations, il s’agit de surveiller l’absence de violation de l’article 10. Par ailleurs, le non respect des obligations procédurales
572 Joseph, Schultz, et Castan, note 31 ci-dessus., § 9.158.
573 Observations générales n° 21, §§ 6, 7.
215
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
prévues peut signifier qu’il sera difficile pour un État de se défendre contre une
requête présentée au titre de l’article 10.574 Par exemple, dans l’affaire Hill et
Hill c. Espagne (526/93), les requérants ont indiqué qu’ils n’avaient pas eu de
nourriture ni d’eau pendant cinq jours alors qu’ils étaient en garde à vue.
L’État n’a pas été en mesure de produire des documents prouvant qu’ils
avaient été nourris. Sur la base des allégations détaillées des auteurs et au vu
de l’incapacité de l’État à produire des documents attestant le contraire, le
Comité a conclu à une violation de l’article 10.575
a) Détention des femmes enceintes
Dans son Observation générale n° 28, le Comité confirme que les États ont
l’obligation de traiter les femmes enceintes détenues avec humanité et dignité
pendant la période précédant et suivant l’accouchement. Les États parties doivent faire rapport sur les installations et les soins médicaux et de santé fournis
aux femmes et à leurs bébés. « Les femmes enceintes privées de liberté doivent
être traitées avec humanité et dans le respect de leur dignité pendant toute la
période précédant et suivant l’accouchement et lorsqu’elles s’occupent des
nouveaux nés ».576
Dans les observations finales sur la Norvège, le Comité s’est dit préoccupé par
le fait que l’on retire les nourrissons à leur mère pendant la détention. De là, il
considère que l’État partie « devrait envisager d’imposer des mesures non privatives de liberté appropriées » pour les mères qui allaitent leurs bébés.577
b) Séparation des prisonniers condamnés des prisonniers en
détention provisoire
En vertu de l’article 10(2)(a), les prévenus devraient être séparés des condamnés, « sauf dans des circonstances exceptionnelles », et devraient être traités de
manière appropriée à leur condition de personnes non condamnées. L’article
10(2)(a) renforce l’article 14(2) du Pacte qui prévoit que toute personne a le
droit d’être présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement
établie.578
574
575
576
577
578
Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, § 9.160.
Affaire Hill et Hill c. Espagne (526/93), §§10.4, 13.
Observation générale n° 28, § 15.
Observations finales sur la Norvège, (2006) UN doc. CCPR/C.NOR/CO/5, § 16.
Observation générale n° 21, § 9.
216
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
Le niveau de séparation exigée par l’article 10(2)(a) a été abordé dans l’affaire
Pinkney c. Canada (27/78). Dans cette affaire, la cellule du requérant se trouvait dans une partie séparée de la prison, loin des cellules des prisonniers
condamnés. Le Comité a confirmé que les personnes prévenues doivent simplement être logées dans des quartiers séparés, mais pas nécessairement dans
des bâtiments séparés. Bien que des prisonniers condamnés travaillent dans
des zones de détention provisoire de la prison (comme agents de service ou
serveurs), le Comité a conclu que ce niveau d’interaction est acceptable pour
autant que les relations entre ces deux catégories de prisonniers se limitent au
strict minimum nécessaire à l’exécution de leurs tâches ».579
Le Comité a également précisé que les prisonniers hommes et femmes doivent
être détenus dans des installations séparées.580
c) Protection des détenus mineurs
L’article 10(2)(b) prévoit la séparation des prévenus mineurs des détenus
adultes, et de statuer sur leur cas aussi rapidement que possible. Par ailleurs,
selon l’article 10(3), « Les jeunes délinquants sont séparés des adultes et soumis à un régime approprié à leur âge et à leur statut légal ». À cet égard, l’article 10 complète l’article 24 du Pacte qui prévoit la protection spéciale des
droits des enfants.
Dans son Observation générale n° 21, le Comité reconnaît que la définition de
« mineur » peut varier selon « le contexte social, culturel et autres conditions ».
Toutefois, il souligne sa nette préférence pour classer dans la catégorie des
mineurs les personnes de moins de 18 ans aux fins de la justice pénale, notamment aux fins de l’article 10.581 Dans l’affaire Thomas c. Jamaïque (800/98),
le Comité a conclu à une violation des articles 10(2)(b) et (3) concernant la
détention du requérant, qui avait entre 15 et 17 ans, avec des prisonniers
adultes.582
La disposition selon laquelle la personne sera traduite en justice aussi rapidement que possible vise à s’assurer que les mineurs passent le moins de temps
possible en détention avant leur procès. Cette obligation devrait être lue à la
lumière de l’article 9(3) et de l’article 14(3)(c) du Pacte, qui tendent également
579
580
581
582
Affaire Pinkney c. Canada (27/78), § 30.
Observation générale n° 28, § 15.
Observation générale n° 21, § 13.
Voir aussi observations finales sur Chypre, (1994) UN doc. CCPR/C.79/Add. 39, § 13.
217
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
à ce que les prévenus soient traduits en justice « dans un délai raisonnable » et
« sans retard déraisonnable ». Ce critère additionnel signifie que les États ont
une obligation plus stricte en ce qui concerne la détention des mineurs, qui va
au-delà des critères prévus par les articles 9(3) et 14(3)(c). Nowak ajoute que
le jugement des délits commis par des jeunes ne devrait pas se faire devant un
tribunal mais « devant des organes spéciaux, non judiciaires et habilités à traiter les délits commis par les mineurs ».583
L’article 10 (3) prévoit que les mineurs soient « soumis à un régime approprié
à leur âge et à leur statut légal ». Le Comité a indiqué que ce régime comprend
par exemple, des horaires de travail réduits et la possibilité de recevoir la visite
de membres de leur famille.584 Le régime imposé aux mineurs reflètera l’objectif visant à « favoriser leur amendement et leur rééducation ».585
Dans l’affaire Brough c. Australie (1184/03), le requérant était un jeune garçon
aborigène australien de 16 ans qui souffrait d’un léger handicap mental et qui
avait participé à une émeute dans un centre de détention pour mineurs. Il a été
par la suite transféré vers une prison pour adultes. Le Comité a conclu que :
« Le placement prolongé de l’auteur en cellule d’isolement sans possibilité de communication aucune, conjugué à son exposition à la lumière
artificielle pendant de longues périodes et à la confiscation de ses vêtements et de sa couverture, était sans rapport avec sa qualité de jeune
détenu dans une situation particulièrement vulnérable en raison de son
handicap et de son statut d’aborigène586…. La dureté de ces conditions
de détention était manifestement incompatible avec son état de santé,
ainsi que l’ont montré sa tendance à l’automutilation et sa tentative de
suicide ».587
Dans l’affaire Brough, il a été conclu à des violations des articles 10(1) et
10(3). Il est probable que ce régime aurait constitué de toute façon une violation de l’article 10(1) même si le requérant n’avait pas été mineur, mais ce
caractère a aggravé la violation.
583
584
585
586
Nowak, note 97 ci-dessus, p. 252 [Traduction non officelle].
Observation générale n° 21, § 13.
Observation générale n° 21, § 13.
Les aborigènes australiens sont réputés être des détenus vulnérables, comme le montre le pourcentage disproportionné de décès de cette population pendant la détention par rapport aux non aborigènes.
587 Affaire Brough c. Australie (1184/2003), § 9.4.
218
PARTIE III: JURISPRUDENCE DU COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME
3.3.6 Obligation de réadaptation
L’article 10(3) indique que l’objectif principal du système pénitentiaire devrait
être le redressement et la réadaptation sociale des prisonniers. Dans son
Observation générale n° 21, le Comité a affirmé que « [a]ucun système pénitentiaire ne saurait être axé uniquement sur le châtiment ».588 Le Comité
demande aux États de fournir des informations sur l’assistance accordée aux
prisonniers après leur libération, et sur la réussite de ces programmes ainsi
que :
« Des mesures prises pour assurer l’instruction, l’éducation et la rééducation, l’orientation et la formation professionnelle, ainsi que des programmes de travail destinés aux détenus à l’intérieur de l’établissement
pénitentiaire et à l’extérieur ».589
Il demande également des informations sur les aspects particuliers de la détention pouvant compromettre cet objectif, dès lors que ceux-ci ne sont pas traités
ni gérés de manière appropriée. Ces aspects concernent :
« L’individualisation et la classification des condamnés, le régime disciplinaire, l’isolement cellulaire et la détention sous le régime de haute
sécurité ainsi que les conditions dans lesquelles sont assurés les contacts du condamné avec le monde extérieur (famille, avocat, services
sociaux et médicaux, organisations non gouvernementales) ».590
Le Comité a abordé la question de l’obligation de réadaptation dans différentes
observations finales. Par exemple, concernant la Belgique, le Comité a indiqué
que « la condamnation à des peines de substitution, notamment les travaux
d’intérêt général, devrait être encouragée eu égard à leur fonction de réhabilitation…».591 Il a en outre souligné l’importance d’un soutien permanent aux
personnes relâchées, en invitant expressément les États à adopter « des programmes de réhabilitation à exécuter tant au cours de leur incarcération
qu’après leur libération, lorsque les ex-délinquants doivent se réintégrer dans
la société, pour éviter qu’ils ne deviennent des récidivistes ».592 Les États
devraient également « adhérer aux normes établies dans les théories généralement acceptées de la sociologie pénale ».593 Le Comité s’est également dit
588
589
590
591
592
593
Observation générale n° 21, § 10.
Observation générale n° 21, § 11.
Observation générale n° 21, § 12.
Observations finales sur la Belgique, (1998) UN doc. CCPR/C.79/Add.99. § 16.
Observations finales sur la Belgique, (1998) UN doc. CCPR/C.79/Add.99. § 19.
Nowak, note 97 ci-dessus, p. 253 [Traduction non officielle].
219
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
préoccupé par le fait que les prisonniers ne peuvent pas exercer leur droit de
vote.594 Néanmoins, il semble que de manière générale les États maintiennent
une grande discrétion sur la manière dont ils appréhendent leurs obligations au
titre de l’article 10(3).595
L’article 10(3) a été invoqué dans très peu de requêtes individuelles, en raison
peut-être de la difficulté à établir qu’une personne en particulier est victime du
manquement de l’État à adopter des politiques de réadaptation des prisonniers.596 L’affaire Kang c. République de Corée (878/99) est l’une des rares
affaires où une violation de l’article 10(3) a été conclue. La victime a été détenue en isolement cellulaire pendant 13 ans et le Comité a conclu que ce traitement violait l’article 10 (1) et l’article 10(3).597
L’aspect de la « réadaptation » de l’article 10(3) peut prêter à controverse
aujourd’hui, alors que de plus en plus de gouvernements semblent adopter
actuellement des politiques de « durcissement à l’égard des délits ».598 La réadaptation, contrairement aux politiques pouvant être à la base de la politique
pénale, telles que le châtiment ou la dissuasion, semble ne plus être en vogue
en ce début du XXIe siècle, contrairement aux années 60 au moment de l’adoption du Pacte par les Nations Unies. Devant de telles tendances, il est à espérer
que le Comité fera respecter vigoureusement les normes de l’article 10(3).
594 Observations finales sur le Royaume-Uni, (2001) UN doc. CCPR/CO/73/UK, § 10; voir aussi les
observations finales sur les États-Unis, (2006) UN doc. CCPR/C.USA/CO/3, § 35, où la préoccupation concernait la permanence du déni du droit de vote après la mise en liberté conditionelle ou
le relâchement, et non le droit de vote en soi.
595 Nowak, note 97 ci-dessus, p. 254.
596 Voir par exemple l’affaire Lewis c. Jamaïque (708/96).
597 Affaire Kang c. République de Corée (878/99), § 7.3.
598 Par exemple, ce débat a été le débat politique dominant au Royaume-Uni en juin 2006, où de nouvelles mesures pénales sévères ont été proposées par le Premier Ministre Tony Blair.
220
PARTIE IV
JURISPRUDENCE DU COMITÉ CONTRE
LA TORTURE
221
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Dans cette partie, il est fait une analyse de la jurisprudence élaborée par le
Comité contre la torture au titre de la Convention contre la torture et autres
peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Le Comité contre la
torture sera probablement influencé par la jurisprudence du Comité des droits
de l’homme dans des secteurs où il n’a pas encore fait d’observations. De
même, le Comité des droits de l’homme pourrait être influencé par les décisions du Comité contre la torture.
4.1
Définition de la torture
L’article 1 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements
cruels, inhumains ou dégradants stipule :
« Aux fins de la présente Convention, le terme « torture » désigne tout
acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou
mentales, sont intentionnellement infligées à une personne aux fins
notamment d’obtenir d’elle ou d’une tierce personne des renseignements ou des aveux, de la punir d’un acte qu’elle ou une tierce personne
a commis ou est soupçonnée d’avoir commis, de l’intimider ou de faire
pression sur elle ou d’intimider ou de faire pression sur une tierce personne, ou pour tout autre motif fondé sur une forme de discrimination
quelle qu’elle soit, lorsqu’une telle douleur ou de telles souffrances sont
infligées par un agent de la fonction publique ou toute autre personne
agissant à titre officiel ou à son instigation ou avec son consentement
exprès ou tacite. Ce terme ne s’étend pas à la douleur ou aux souffrances résultant uniquement de sanctions légitimes, inhérentes à ces
sanctions ou occasionnées par elles.»
Le Comité contre la torture a conclu, lors de l’examen d’affaires au titre de
l’article 22, que les actes suivants constituent des actes de torture :
• La victime a été menottée à un radiateur et frappée à coups de pied et de
poing par des policiers qui l’ont insultée pour ses origines ethniques. Elle a
aussi été frappée avec une lourde barre de métal. Quelque temps plus tard,
les policiers ont détaché la victime du radiateur et l’ont menottée à une bicyclette. Puis, ils ont continué de la frapper à coups de poing, de matraque de
police et de barre en métal. Les coups ont été si violents que la victime a saigné des oreilles. La victime a été détenue et frappée pendant 5h30.599
599 Affaire Dragan Dimitrijevic c. Serbie et Montenegro (CAT 207/02), §§ 2.1, 5.3.
222
PARTIE IV: JURISPRUDENCE DU COMITÉ CONTRE LA TORTURE
• La victime a été frappée à plusieurs reprises à l’aide d’une batte de base-ball
et d’un câble en acier et a été aussi rouée de coups de poing et de pied sur
tout le corps. Elle a perdu connaissance plusieurs fois. Hormis quelques
brèves interruptions, ce traitement a duré 13 heures, lui causant de nombreuses lésions sur les fesses et à l’épaule gauche. La victime a passé les 10
jours suivants au lit à se faire soigner.600
• La victime a reçu l’ordre de se déshabiller, en ne gardant que ses sous-vêtements, puis a été attachée à l’aide de menottes à une barre métallique fixée
sur le mur et a été frappée avec une matraque pendant près d’une heure, et
pendant les trois jours suivants, elle n’a reçu ni à boire, ni à manger, et n’a
pas eu le droit d’utiliser les toilettes. 601
Le Comité a également précisé dans ses observations finales que les traitements suivants constituent des cas de torture :
• L’association des traitements suivants : maintenir la personne interrogée
attachée, dans des positions très pénibles, lui recouvrir la tête d’une cagoule,
lui infliger des volumes sonores excessifs durant de longues périodes, la priver de sommeil durant de longues périodes, proférer des menaces, notamment
des menaces de mort, la secouer violemment, et l’exposer à de l’air glacial.602
• Coups de poing, coups de gourdin ou de matraque métallique, principalement sur la tête, dans la région des reins ou sur la plante des pieds, entraînant
des mutilations et même la mort dans certains cas.603
Dans ses observations finales, le Comité contre la torture a indiqué un certain
nombre de violations de la Convention sans spécifier si le traitement constitue
un cas de torture ou de mauvais traitement. Il a été suggéré que les traitements
suivants sont suffisamment graves pour constituer une violation de l’article 1:
• Stérilisation forcée pratiquée à leur insu sur des femmes roms.604
600
601
602
603
604
Affaire Dimitrov c. Serbie et Montenegro (CAT 171/00), §§ 2.1, 7.1.
Affaire Danilo Dimitrijevic c. Serbie et Montenegro (CAT 172/00), §§ 2.1, 2.2, and 7.1 .
Observations finales sur Israël, (1997) UN doc. A/52/44, § 257.
Observations finales sur la Yougoslavie, (1999) UN doc. A/54/44, § 47.
Observations finales sur la République tchèque, (2004) UN doc. CAT/C.CR/32/2, § 5; affaire A.S.
c. Hongrie, Comm. No. 4/2004, Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des
femmes (14 août 2006).
223
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
• Techniques d’interrogatoire, où l’on recourt à la fois à l’humiliation
sexuelle, au « simulacre de noyade »,605 à l’« entravement serré »,606 et à l’utilisation de chiens pour terrifier le suspect.607
4.1.1 Caractère absolu de l’interdiction de la torture608
L’article 2(2) de la Convention confirme le caractère absolu de cette interdiction :
« Aucune circonstance exceptionnelle, quelle qu’elle soit, qu’il s’agisse
de l’état de guerre ou de menace de guerre, d’instabilité politique
intérieure ou de tout autre état d’exception, ne peut être invoquée pour
justifier la torture.»
En conséquence, la torture est interdite quelle que soit la situation. Dans les
dernières observations finales sur les États-Unis, le Comité contre la torture a
confirmé que la Convention « s’applique en tout temps, en temps de paix
comme en temps de guerre ou de conflit armé,…. et que ses dispositions sont,
en vertu du paragraphe 2 de ses articles 1er et 16, sans préjudice de celles de
tout autre instrument international».
En vertu de l’article 2(3), personne ne peut invoquer l’ordre d’un supérieur ou
d’une autorité publique pour justifier le recours à la torture.609
Le caractère absolu de l’interdiction de la torture a été confirmé dans les observations finales sur Israël en 1997. Israël a cherché à justifier l’usage de certaines techniques d’interrogatoire comme un moyen nécessaire à la lutte contre
le terrorisme, en indiquant que ces méthodes avaient « déjoué 90 attentats ter-
605 Le « simulacre de noyade » « consiste à attacher le détenu sur une planche et à l’asperger d’eau pour
simuler une noyade » : Jon M. Van Dyke, « Promoting Accountability for Human Rights Abuses »
(2005) 8 Chapman Law Review 153, p. 175.
606 « L’entravement serré » est une « position inconfortable dans laquelle le détenu a les mains liées à
ses pieds pendant une longue période » : B. Gasper, ‘Examining the Use of Evidence obtained
under Torture: the case of British cetainees may test the resolve of the European Convention in an
era of Terrorism’ (2005) 21 American University International Law Review 277, p. 297, n84.
607 Observations finales sur les États-Unis, (2006) UN doc. CAT/C.USA/CO/2, § 24.
608 Pour une vue d’ensemble du caractère absolu de l’interdiction, voir paragraphe 1.1.
609 Observations finales sur les États-Unis, (2006) UN doc. CAT/C.USA/CO/2, § 14. Les États-Unis
ont tenté de mettre en avant le fait que la Convention ne s’applique pas en temps de conflits armés,
étant donné que cette situation relève exclusivement du droit humanitaire international
224
PARTIE IV: JURISPRUDENCE DU COMITÉ CONTRE LA TORTURE
roristes organisés et avaient sauvé d’innombrables vies ».610 Le Comité a
conclu néanmoins que ces méthodes d’interrogatoire étaient inhumaines ou
dégradantes, et que leur association constituait un acte de torture. Le Comité :
« Reconnaît le terrible dilemme devant lequel Israël est placé en raison
des menaces terroristes qui pèsent sur sa sécurité, mais en tant qu’État
partie à la Convention, Israël ne peut pas invoquer devant le Comité
l’existence de circonstances exceptionnelles pour justifier des actes
interdits par l’article premier de la Convention.»611
4.1.2 Aspects de la définition de la torture de l’article 1
Comme l’article 7 du Pacte, l’article 16 de la Convention interdit la torture,
ainsi que les traitements ou les peines cruels, inhumains ou dégradants.
Toutefois, la lecture de la définition de la torture est importante, étant donné
que des conséquences juridiques importantes en vertu de la Convention découlent d’un acte de torture mais ne découlent pas d’autres formes de mauvais traitements.612 Par conséquent, il est important d’examiner les éléments constituant la définition de l’article 1.
a) Douleur et souffrance
La douleur ou la souffrance doit être aiguë et peut être physique ou morale.613
b) Intention
L’auteur doit chercher à causer un degré élevé de douleur ou de souffrance
pour que cet acte constitue un acte de « torture ». L’inconscience quant à la
douleur ou à la souffrance extrême causée peut-être suffisante. Il ne sera en
revanche pas suffisant de ne pas savoir si l’on va causer ou non une douleur
ou une souffrance extrême. Par conséquent, un acte ne constituera générale-
610 Voir le deuxième rapport périodique d’Israël relatif à la Convention contre la torture, (1996) UN
doc. CAT/C.33/Add.2/Rev. 1, en particulier §§ 2-3, et 24.
611 Observations finales sur Israël, (1997) UN doc. CAT/C.18/CRP1/Add. 4, § 134. Voir aussi les
observations finales sur Israël, (2002) UN doc. A/57/44 (2002) § 53.
612 Ces conséquences juridiques sont mentionnées ci-après. Par exemple, la compétence universelle
ne concerne que la torture (Voir paragraphe 4.8).
613 Voir par exemple, les observations finales sur les États-Unis, (2006) UN doc. CAT/C.USA/CO/2,
§ 29.
225
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
ment pas un cas de torture si cet acte n’est pas susceptible de causer une grande
souffrance à une personne ordinaire, étant donné que l’auteur n’a probablement pas l’intention préalable de causer une douleur extrême. Néanmoins, si
l’auteur est conscient de la sensibilité particulière de la victime, cet acte peut
alors constituer un cas de torture.614
c) Finalité
L’article 1 indique que l’acte de torture doit avoir une « finalité » et établit une
liste non exhaustive de ces finalités. La « finalité » est différente de l’intention
mentionnée précédemment. « L’intention » consiste à infliger intentionnellement une douleur et une souffrance, tandis que la « finalité » est la motivation
ou la raison pour laquelle la douleur et la souffrance sont infligées.615 Afin que
la protection prévue par l’article 1 soit optimale, il a été proposé que toute finalité malveillante entre dans le champ de ce critère.616 Néanmoins, Nowak laisse
entendre que la Convention ne prévoie peut-être pas un tel degré en la matière :
« Si une personne maltraite sérieusement et intentionnellement une autre personne sans avoir d’objectif en particulier (par exemple, simplement par
sadisme) ces actes ne constituent pas des actes de torture mais plutôt un traitement cruel ».617 Le Comité n’a pas confirmé qu’il adoptait ce point de vue
strict du critère de la « finalité ».
d) Actes et omissions
La définition de la torture semble s’appliquer à la fois aux actes et aux omissions.618 Par exemple, l’omission délibérée à long terme de fournir de la nourriture devrait entrer dans le champ de cette définition.
614 Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, § 9.07.
615 N. Rodley et M. Pollard, « Criminalisation Of Torture: State Obligations Under The United Nations
Convention Against Torture And Other Cruel, Inhuman Or Degrading Treatment », (2006) 2
European Human Rights Law Review 115, p. 124-5.
616 Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, §§ 9.09-9.10.
617 Nowak, note 97 ci-dessus, p. 161.
618 N. Rodley et M. Pollard, « Criminalisation Of Torture: State Obligations Under The United Nations
Convention Against Torture And Other Cruel, Inhuman Or Degrading Treatment», (2006) 2
European Human Rights Law Review 115, p. 120; A. Boulesbaa, The UN Convention against
Torture and the Prospects for Enforcement, Martinus Nijhoff, 1999, p. 15; Joseph, Schultz et
Castan, note 31 ci-dessus, § 9.08.
226
PARTIE IV: JURISPRUDENCE DU COMITÉ CONTRE LA TORTURE
e) Fonctionnaires de l’État ou personnes agissant à titre officiel
L’article 1 dispose que les actes de torture doivent être « infligés par un agent
de la fonction publique ou toute autre personne agissant à titre officiel ou à son
instigation ou avec son consentement exprès ou tacite ». Ces critères visent à
protéger les États d’être tenus responsables d’actes sur lesquels ils n’ont pas
de contrôle. Néanmoins, cette disposition ne devrait pas être invoquée pour
décharger les États de leur responsabilité dans le cas où ils auraient omis de
prendre des mesures raisonnables pour remédier aux actes de torture ou pour
les empêcher. Cette définition contient quatre niveaux d’implication d’un
fonctionnaire dans un acte de torture. Ces niveaux, par ordre d’implication (du
plus haut au plus bas) sont les suivants :
• infliction
• instigation
• consentement exprès
• consentement tacite
L’interprétation de ces niveaux d’implication, en particulier le plus bas niveau,
« le consentement tacite », est fondamentale lorsque l’acte de torture est perpétré par un acteur ne relevant pas de l’État. L’interprétation du « consentement
tacite » a été abordée dans l’affaire Dzemajl et al c. Yougoslavie (CAT 161/00).
L’affaire concernait un traitement inhumain ou dégradant invoqué au titre de
l’article 16 et non de l’article 1; les critères relatifs à « la participation d’un
fonctionnaire de l’État » énoncés à l’article 16 sont les mêmes que ceux de l’article 1 (voir paragraphe 4.2). Dans l’affaire Dzemajl, les victimes étaient des
habitants rom d’un camp rom. Deux mineurs rom avaient avoué (sous la
contrainte présumée) avoir violé une fille d’origine monténégrine. Cet incident
avait déclenché une violence raciale extrême à l’égard des victimes. Les habitants du camp ont été alertés par la police qu’il leur fallait quitter leur domicile,
étant donné que leur sécurité ne pouvait pas être assurée. Quelques heures plus
tard, au moins 300 habitants non-rom s’étaient regroupés dans le camp en hurlant qu’ils allaient tout raser. Ils ont alors commencer à démolir le camp en
l’incendiant (y compris avec des cocktails Molotov) et en jetant des pierres.
La police locale était tout à fait consciente du risque que couraient les Rom et
avait assisté à la démolition du camp. La police n’avait rien fait pour protéger
les habitants rom, ou pour arrêter la violence et la démolition de leur camp. Au
bout du compte, le camp et tous les biens des Rom ont été complètement
détruits. Le Comité a conclu que les requérants avaient subi un traitement
227
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
cruel, inhumain et dégradant.619 Les agents de police, en leur qualité de fonctionnaires de l’État, connaissaient le risque immédiat et ont observé le déroulement des événements. Leur manquement à prendre les mesures nécessaires
pour protéger les requérants et leurs biens a constitué un « consentement
tacite » dans la perpétration de ce mauvais traitement.
Dans l’affaire Agiza c. Suède (CAT 233/2003), le requérant a subi une violation de ses droits prévus par l’article 16 lors d’une expulsion forcée depuis la
Suède vers l’Égypte effectuée par des agents américains.620 La requête a cependant été présentée contre la Suède et non contre les États-Unis.621 Le Comité a
conclu que les autorités suédoises avaient volontairement remis le requérant,
suspecté de terrorisme, aux mains des autorités américaines, et avaient fait
preuve de consentement tacite face au mauvais traitement subi par le requérant
à l’aéroport suédois et lors de son voyage vers l’Égypte.622
Lorsque l’État n’est pas impliqué dans un acte de torture ou de mauvais traitement, il n’y a alors pas de violation de la Convention. Dans l’affaire G.R.B
c. Suède (CAT 83/97), la requérante a indiqué qu’elle avait été expulsée vers
le Pérou où elle était exposée au risque d’être torturée par des groupes rebelles
péruviens. Elle a alors soutenu que son expulsion violait l’article 3 de la
Convention. Le Comité a conclu que l’article 3, qui interdit l’expulsion vers
un État où il y a lieu de croire qu’une personne peut être torturée,623 ne pouvait
pas être invoqué étant donné que la torture perpétrée par des groupes rebelles
péruviens indépendants de l’État ne constituait pas un acte de torture au sens
de l’article 1. On ne pouvait dire que le gouvernement péruvien démontrait un
« consentement tacite » à l’égard de ces actes, ou d’actes futurs du groupe terroriste contre lequel il luttait activement.624
619 Affaire Dzemajl c. Yougoslavie (161/00), §§ 3.6-3.8, 8.8-8.13, 9.2.
620 Voir paragraphe 4.3.8.
621 Les États-Unis n’ont pas fait de déclaration au titre de l’article 22 de la Convention, le requérant
n’a donc pas pu présenter une requête individuelle contre les États-Unis au titre de la Convention.
622 Affaire Agiza c. Suède (CAT 233/2003), § 13.4.
623 L’article 3 est exposé dans les détails au paragraphe 4.3 ci-dessous.
624 Voir aussi l’affaire S.V. c. Canada (CAT 49/96) (Crainte de maltraitance par des groupes Tamouls
lors du retour au Sri Lanka); Affaire Rocha Chorlango c. Suède (CAT 218/02) (crainte d’actes perpétrés par des groupes rebelles en Équateur). Dans l’affaire Elmi c. Australie (CAT 120/98), un
expulsé potentiel a soutenu que son expulsion vers la Somalie l’exposerait à un réel risque d’être
torturé par des groupes de la milice somalienne. Le Comité a conclu que le groupe en question
exerçait « certaines prérogatives comparables à celles normalement exercées par les gouvernements légitimes » (§ 6.5) et relevait donc de la définition de « fonctionnaires de l’État et toute personne agissant à titre officiel » prévue par l’article 1. La situation dans l’affaire Elmi était exceptionnelle en ce que la Somalie n’avait pas de gouvernement reconnu au moment de l’examen de
228
PARTIE IV: JURISPRUDENCE DU COMITÉ CONTRE LA TORTURE
De nombreux débats ont eu lieu dans les dernières décennies sur la classification de la violence domestique comme actes de tortures et mauvais traitements.
Il est désormais généralement admis que la violence domestique engendre souvent des souffrances physiques et psychologiques extrêmes.625 Toutefois, la
question de la « participation de l’État » est considérée comme le défi le plus
important à relever dans la nouvelle conception de la violence domestique en
tant qu’acte de torture ; la violence domestique a généralement été « considérée
comme une affaire privée entre les époux plutôt que comme un problème étatique ».626 Néanmoins, les agents de la force publique ont l’obligation d’empêcher la perpétration de souffrances à l’égard les femmes, y compris de souffrances survenant dans le contexte domestique.627 Cette approche de la
violence domestique a été acceptée par le Comité contre la torture qui a
condamné dans ses observations finales « la prévalence de la violence à l’égard
des femmes et des filles, notamment de la violence domestique ».628
On peut relever, concernant les droits des femmes en vertu de la Convention,
que le Comité contre la torture s’est dit constamment préoccupé par l’absence
de législation interdisant la mutilation génitale féminine dans un certain nombre d’États parties. Ces observations indiquent que l’absence d’une telle législation, ou l’absence d’application de cette législation, revient à un « consentement tacite » à la mutilation génitale féminine par les agents de l’État.629 Par
ailleurs, le fait d’autoriser l’adoption de moyens pervers pour réparer les actes
de torture ou de mauvais traitements, tels que l’exemption de peine pour le vio-
625
626
627
628
629
la requête. Dans des affaires récentes, le Comité contre la torture a conclu que la situation en
Somalie avait changé et qu’un gouvernement central était désormais identifiable, par conséquent,
les milices locales n’entraient plus dans la catégorie « fonctionnaires de l’État » au sens de l’article
1. Aussi, le risque d’être torturé par des groupes de la milice ne pouvait plus déclencher la protection au titre de la Convention sauf si le gouvernement était impliqué d’une manière ou d’une autre
dans ces actes de torture (Voir H.M.H.I. c. Australie (CAT 177/01)).
Voir aussi paragraphe 3.2.13; voir aussi les recommandations générales de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes N° 19, en particulier § 23.
D. Miller, «Holding States to their Convention Obligations», (2003) 17 Georgetown Immigration
Law Journal 299, p. 318.
A. Montavon-McKillip, «CAT Among Pigeons: The Convention Against Torture, A Precarious
Intersection Between International Human Rights Law and U.S. Immigration Law», (2002) 44
Arizona Law Review 247, p. 254.
Voir par exemple, les observations finales sur la Grèce, (2004) UN doc. CAT/C.CR/33/2, § 5 (voir
aussi § 4). Voir aussi les observations finales sur l’Equateur, (2006) UN doc. CAT/C.ECU/CO/3,
§ 17; voir aussi les observations finales sur l’Argentine, (2004) UN doc. CAT/C.CR/33/1, § 6;
observations finales sur Bahrain, (2005) UN doc. CAT/C.CR/34/BHR, §§ 6-7; observations finales
sur le Népal, (2005) UN doc. CAT/C.NPL/CO/2, § 27.
Voir par exemple les observations finales sur le Cameroun, (2004) UN doc. CAT/C.CR/31/6, § 7.
229
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
leur si celui-ci se marie avec la victime,630 peut aussi constituer un « consentement tacite ». Enfin, la participation de fonctionnaires à, ou leur tolérance de
la traite des êtres humains et de l’exploitation (dont l’exploitation sexuelle) de
femmes viole les dispositions de la Convention.631
Pour ce qui est des actes de torture dans le domaine privé, le champ de la
Convention est peut-être plus étroit que celui du Pacte en la matière, étant
donné le critère explicite d’un niveau minimum de participation d’un fonctionnaire de l’État. En vertu de l’article 7, les États parties doivent prendre les
mesures raisonnables pour empêcher et punir les actes de torture et de mauvais
traitement émanant de personnes agissant à titre privé.632 Il est possible,
quoique improbable, que le niveau de participation de l’État prévu par l’article
7 soit inférieur au critère de « consentement tacite », seuil minimal prévu par
la Convention.
f) Douleur ou souffrance associée à des sanctions légitimes
La douleur ou la souffrance résultant d’une « sanction légitime » est expressément exclue de la définition de la torture prévue par l’article 1. Cela soulève
la question de savoir si une sanction qui est légitime au regard de la législation
nationale d’un État, qui donne lieu à une douleur ou à une souffrance et qui
constituerait autrement un acte de torture, entre ou non dans le champ de l’article 1. Par exemple, on considère que le bûcher ou la crucifixion sont des actes
de torture. Faudrait-il considérer ces peines comme ne relevant pas de la torture simplement parce que ce sont des peines légitimes prescrites dans le cadre
de la législation d’un État ? Il serait préférable dans ce contexte d’interpréter
le terme « légitime » comme impliquant le respect des normes du droit international. Les sanctions qui ne respectent pas les normes internationales ne devraient
pas entrer dans le champ de cette exclusion et peuvent donc être considérées
comme des actes de torture au sens de l’article 1.633 Cette interprétation empêcherait les États d’éviter d’être responsables d’actes de torture en prescrivant
ces derniers comme sanctions légitimes au titre de la législation nationale.
L’interprétation de cette exception est particulièrement importante lorsque cer-
630 Observations finales sur le Cameroun, (2004) UN doc. CAT/C.CR/31/6, § 9.
631 Observations finales sur le Népal, (2005) UN doc. CAT/C.NPL/CO/2, § 32; voir aussi les observations finales sur l’Autriche, (2005) UN doc. CAT/C.AUT/CO/3, § 4; observations finales sur la
Grèce, (2004) UN doc. CAT/C.CR/33/2, § 4.
632 Paragraphe 3.1.2.
633 Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, § 9.18.
230
PARTIE IV: JURISPRUDENCE DU COMITÉ CONTRE LA TORTURE
tains pays islamiques cherchent à intégrer les peines prévues par la loi islamique, la shariah, notamment le châtiment corporel, dans leur législation
nationale.634 Il se peut que « la fonction de l’exception liée à la « sanction légitime » soit très restreinte ; cette fonction peut simplement être de préciser que
« la torture » ne comprend pas l’angoisse morale résultant du fait même de l’incarcération ».635 Toutefois, cette question n’est encore pas résolue, et il se peut
que cette exception permette aux traitements même les plus cruels de ne pas
être considérés comme des actes de torture puisque ces traitements sont autorisés par la législation nationale.636
L’exception concernant les « sanctions légitimes » ne s’applique pas aux actes
de torture ou aux traitements ou peines cruels, inhumains ou dégradants au
sens de l’article 16. Dans ses observations finales, le Comité contre la torture
a généralement considéré les peines prévues par la shariah comme des violations de la Convention, mais il n’a pas précisé si ces violations concernent
l’article 1 ou 16.637
4.2
Traitement cruel, inhumain ou dégradant dans
le contexte de la Convention
L’article 16 de la Convention stipule :
« Tout État partie s’engage à interdire dans tout territoire sous sa juridiction d’autres actes constitutifs de peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants qui ne sont pas des actes de torture telle qu’elle est
définie à l’article premier lorsque de tels actes sont commis par un
agent de la fonction publique ou toute autre personne agissant à titre
officiel, ou à son instigation ou avec son consentement exprès ou tacite.
En particulier, les obligations énoncées aux articles 10, 11, 12 et 13 sont
applicables moyennant le remplacement de la mention de la torture par
la mention d’autres formes de peines ou traitements cruels, inhumains
ou dégradants.»
634 C. Ingelse, The UN Committee against Torture: An Assessment, Martinus Nijhoff, 2001, p.213-214.
635 N. Rodley et M. Pollard, « Criminalisation Of Torture: State Obligations Under The United Nations
Convention Against Torture And Other Cruel, Inhuman Or Degrading Treatment », (2006) 2
European Human Rights Law Review 115, p. 119.
636 J. van der Vyer, « Torture as a crime under International Law » (2003) 67 Albany Law Review 427,
p. 432.
637 Voir par exemple les observations finales sur l’Arabie Saoudite, (2002) UN doc. CAT/C.CR/28/5,
§ 100; observations finales sur le Yémen, (2004) UN doc. CAT/C.CR/31/4, § 6; observations
finales sur l’Égypte, (2002) UN doc. CAT/C.CR/29/4 A/58/44, § 39.
231
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Les types de traitement considérés comme cruels, inhumains ou dégradants ne
sont pas définis par l’article 16. Le critère selon lequel les actes doivent être
commis avec un certain niveau de participation d’un fonctionnaire de l’État ou
d’une personne agissant à titre officiel est formulé de la même façon que dans
l’article 1. Les critères de l’article 1 relatifs à la gravité, à l’intention et à la
finalité s’appliquent probablement de façon plus clémente, le cas échéant,
lorsque l’on détermine si il y a eu violation.638 Par exemple, des actes négligents peuvent constituer une violation de l’article 16 mais pas un acte de torture au sens de l’article 1.
Les violations de l’article 16 ne génèrent pas les mêmes conséquences en vertu
de la Convention qu’une violation de l’article 1. Par exemple, nombre d’obligations subsidiaires, telles que l’obligation d’imposer des sanctions pénales
dans les cas de torture au titre de l’article 4, ne s’appliquent pas explicitement
au titre de l’article 16. Seules les obligations secondaires prévues par les articles 10, 11, 12, et 13 s’appliquent expressément au mauvais traitement ne
constituant pas véritablement un acte de torture.639 Néanmoins, le Comité peut
étendre ces obligations en dehors des articles 10-13 au traitement prévu par
l’article 16.640
Dans l’affaire Dzemajl et al c. Yougoslavie (CAT 161/00), le Comité a conclu
que l’incendie et la destruction des maisons et des biens des requérants constituaient un traitement cruel, inhumain ou dégradant.641 Dans cette affaire, des
facteurs avaient aggravé la situation compte tenu du fait que certains requérants étaient présents au moment où le camp a été rasé, et du caractère hautement racial de ces attaques.
Dans l’affaire Agiza c. Suède (CAT 233/2003), le Comité a conclu que le
requérant avait subi des violations de ses droits au titre de l’article 16 lors
de son voyage forcé depuis la Suède vers l’Égypte avec des agents américains.
Lorsqu’il avait été conduit à l’avion, il avait la tête recouverte d’une cagoule,
il avait été fouillé, il avait les pieds et les mains liés et attachés à un harnais.
Dans ses observations finales, le Comité a conclu à un certain nombre de violations de la Convention sans spécifier s’il s’agissait d’actes de torture ou de
638
639
640
641
Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, § 9.23.
Toutes ces obligations sont exposées ci-dessous.
Voir par exemple, paragraphe 4.6.3.
Voir aussi les observations finales sur Israël, (2002) UN doc. A/57/44, § 50.
232
PARTIE IV: JURISPRUDENCE DU COMITÉ CONTRE LA TORTURE
mauvais traitement. Les exemples suivants concernent des violations de l’article 16 plutôt que de l’article 1:
• La détention d’enfants de sept ans dans des hôpitaux ou des instituts de protection sociale spécialisés.642
• La détention à long terme de demandeurs d’asile pendant l’examen de leur
demande.643
• La détention dans une cellule pendant vingt-deux heures par jour sans
aucune activité pour occuper le prisonnier.644
• L’absence d’installations séparées pour les hommes, les femmes et les
enfants en détention.645
• Les cas signalés de bizutage suivi de lésions auto-infligées et de suicides
dans les forces armées.646
• L’usage abusif par les forces de l’ordre d’armes chimiques, irritantes, incapacitantes ou mécaniques dans le cadre d’opérations de contrôle de foule.647
• Les représailles, intimidations et menaces dont seraient victimes les personnes qui dénoncent des actes de torture et des mauvais traitements.648
• Le paiement par les prisonniers d’une partie des dépenses liées à leur emprisonnement.649
• Le port de cagoules ou de masques par les agents effectuant une expulsion
forcée.650
642 Observations finales sur le Yémen, (2004) UN doc. CAT/C.CR/31/4, § 6.
643 Observations finales sur la Lettonie, (2004) UN doc. CAT/C.CR/31/3, § 6; observations finales sur
la Croatie, (2004) UN doc. CAT/C.CR/32/3, § 9.
644 Observations finales sur la Croatie, (2004) UN doc. CAT/C.CR/32/3, § 8; voir aussi les observations finales sur l’Espagne, (2002) UN doc. CAT/C.CR/29/329, § 56.
645 Observations finales sur la Bosnie-Herzégovine, (2005) UN doc. CAT/C.BIH/CO/1, § 14.
646 Observations finales sur le Royaume-Uni - territoires dépendants, (2004) UN doc. CAT/C.CR/33/3,
§ 4; observations finales sur la Fédération de Russie, (2002) UN doc. CAT/C.CR/28/4, § 95; observations finales sur l’Arménie, (2001) UN doc A/56/44, § 37; observations finales sur l’Ukraine,
(2001) UN doc. CAT/C.XXVII/Concl.2, § 136.
647 Observations finales sur le Canada, (2005) UN doc. CAT/C.CR/34/CAN, § 4; voir aussi les observations finales sur l’Indonésie, (2002) UN doc. CAT/C.GC.2002/1, § 42; observations finales sur
le Royaume-Uni, (1996) UN doc. A/51/44 , § 63.
648 Observations finales sur l’Argentine, (2004) UN doc. CAT/C.CR/33/1, § 6; observations finales
sur la Tunisie, (1999), UN doc. A/54/44 , §§ 97, 102 (c).
649 Observations finales sur la République tchèque, (2004) UN doc. CAT/C.CR/32/2, § 5.
650 Observations finales sur la Suisse, (2005) UN doc. CAT/C.CR/34/CHE, § 4.
233
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
• L’usage de ceintures à électrochocs ou le fait d’être privé de chaises comme
méthodes de contraintes.651
• La détention au secret jusqu’à cinq jours652 ou plus.653
• L’isolement prolongé comme mesure punitive dans les prisons.654
4.3
Non-refoulement
L’article 3 de la Convention stipule :
1. « Aucun État partie n’expulsera, ne refoulera, ni n’extradera une personne vers un autre État où il y a des motifs sérieux de croire qu’elle
risque d’être soumise à la torture ».
2. « Pour déterminer s’il y a de tels motifs, les autorités compétentes
tiendront compte de toutes les considérations pertinentes, y compris, le
cas échéant, de l’existence, dans l’État intéressé, d’un ensemble de violations systématiques des droits de l’homme, graves, flagrantes ou massives ».
La grande majorité des requêtes individuelles présentées au titre de la
Convention portent sur des violations présumées de l’article 3.
L’article 3 ne s’applique qu’aux expulsions qui pourraient exposer une personne à un risque réel d’être torturée au sens de l’article 1, et non à un risque
de violation de ses droits garantis par l’article 16.655 À cet égard, il semble que
la protection d’un éventuel expulsé soit plus large en vertu de l’article 7 du
Pacte.656
Les États n’ont pas l’obligation d’offrir l’asile ou la résidence permanente à
une personne qui ne peut pas être expulsée en application de l’article 3. Il est
simplement interdit d’expulser une personne vers un État où elle pourrait être
soumise à la torture. Il serait en revanche possible d’expulser cette personne
651 Observations finales sur les États-Unis, (2000) UN doc. A/55/44, § 160; voir aussi les observations
finales sur les États-Unis, (2006) UN doc. CAT/C.USA/CO/2, § 35.
652 Observations finales sur l’Espagne, (1997), UN doc. A/58/44, § 61.
653 Voir par exemple les observations finales sur la Fédération de Russie, (1997) UN doc. A/52/44, § 42.
654 Observations finales sur les États-Unis, (2006) UN doc. CAT/C.USA/CO/2, § 36.
655 Observation générale n° 1 (CAT), § 1.
656 Voir paragraphe 3.2.12. Pour une analyse comparative du principe de non-refoulement en vertu
des instruments internationaux et régionaux, voir la tièrce intervention dans l’affaire Ramzy c.
Pays-Bas, dans son intégralité à l’annexe 11.
234
PARTIE IV: JURISPRUDENCE DU COMITÉ CONTRE LA TORTURE
vers un autre État dans lequel elle ne serait pas exposée au risque d’être torturée, ou d’être ensuite expulsée vers un État où elle serait exposée au risque
d’être torturée.657
Si l’expulsion d’une personne (qui revendique une violation de l’article 3) fait
suite à des procédures irrégulières, une violation de l’article 3 peut alors être
conclue indépendamment du risque d’être soumis à la torture dans l’État d’accueil. Par exemple, dans l’affaire Brada c. France (CAT 195/02), le requérant,
qui avait contesté son expulsion vers l’Algérie car il craignait d’être torturé, a
été expulsé avant l’épuisement des recours internes en France. De là, un tribunal d’appel français a finalement conclu que l’expulsion méconnaissait la loi
française. Par conséquent, le Comité a conclu à une violation de l’article 3.658
4.3.1 Informations pour étayer une requête présentée
au titre de l’article 3
Les types d’informations pouvant aider le Comité contre la torture à déterminer s’il y a eu violation de l’article 3 sont exposés dans l’Observation générale
n° 1 (CAT), figurant en intégralité au paragraphe 2.1.2(e).
4.3.2 Charge la preuve
La charge de la preuve visant à établir une violation de l’article 3 incombe au
départ au requérant.659 Le risque d’être torturé dans un État d’accueil ne doit
pas « se limiter à de simples supputations ou soupçons », mais « il n’est pas
nécessaire de montrer que le risque couru est hautement probable ».660
« L’auteur doit prouver qu’il risque d’être soumis à la torture et que les motifs
de croire que ce risque existe sont aussi sérieux qu’il est décrit plus haut et que
le risque est encouru personnellement et actuellement ».661 Par exemple, dans
l’affaire A.D. c. Pays-Bas (CAT 96/97), l’expulsé potentiel a présenté des
informations sur le harcèlement et la torture qu’il avait subis par le gouvernement précédent du Sri Lanka. La requête ne portait pas sur le comportement
657 Voir par exemple l’affaire Aemei c. Suisse (CAT 34/95), § 11
658 Voir aussi l’affaire Arkauz Arana c. France (CAT 63/97) et l’affaire Agiza c. Suède (CAT 233/03).
Voir aussi les observations finales sur la Finlande, (2005) UN doc. CAT/C.CR/34/FIN, § 4.
659 Observation générale n° 1 (CAT), §§ 4-5.
660 Observation générale n° 1 (CAT), § 6.
661 Observation générale n°1 (CAT), § 7.
235
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
du gouvernement actuel, sa demande au titre de l’article 3 a donc été rejetée.662
Un laps de temps important peut aussi signifier que la menace de torture n’est
pas « actuelle ».663 Dans l’affaire S.S.S. c. Canada (CAT 245/04), le requérant
n’a pas pu établir qu’il serait exposé au risque d’être torturé à son retour en
Inde : même s’il était exposé à un réel danger d’être torturé dans la région du
Pendjab (ce dont le Comité doutait), « le Comité a considéré qu’il pouvait
mener une vie sans être torturé dans d’autres parties de l’Inde ».664
Lorsqu’un requérant fournit suffisamment de détails et d’informations, la
charge de la preuve peut alors être déplacée à l’État partie. Dans l’affaire A.S
c. Suède (CAT 149/99), l’expulsée potentielle craignait d’être lapidée pour
adultère dès son retour forcé en Iran. Elle avait :
« Fourni suffisamment de détails au sujet de son mariage sighe ou
mutah et de son arrestation, par exemple les noms des personnes concernées, leur position, les dates, les adresses, le nom du poste de police,
etc., qui auraient pu être et qui, dans une certaine mesure, ont été vérifiés par les services suédois de l’immigration et [il] y a donc déplacement de la charge de la preuve.»665
Elle avait également fourni la preuve que les femmes dans sa situation faisaient
face à de très mauvaises conditions en matière de droits de l’homme en Iran.
Le Comité a conclu que l’État partie n’avait pas enquêté suffisamment et
n’avait pas fait suite aux preuves fournies par la requérante, ce qui a conduit à
conclure que l’État partie n’avait pas étayé ses déclarations et non que le requérant n’avait pas fourni suffisamment de preuves. Par conséquent, le Comité a
conclu que le requérant avait de fait établi que son expulsion potentielle vers
l’Iran violerait l’article 3.
4.3.3 Conditions dans le pays d’accueil
Comme indiqué explicitement dans l’article 3(2), lorsqu’il examinera les
affaires au titre de l’article 3, le Comité tiendra compte « de toutes les considérations pertinentes, y compris, le cas échéant, de l’existence, dans l’État intéressé, d’un ensemble de violations systématiques des droits de l’homme,
662 Voir aussi l’affaire S.S. c. Pays-Bas (CAT 191/01); affaire S.A. c. Suède (CAT 243/04); affaire
M.A.M. c. Suède (CAT 196/02).
663 Voir l’affaire H.A.D. c. Suisse (CAT 216/99); Affaire A.I. c. Suisse (CAT 182/01).
664 Affaire S.S.S. c. Canada (CAT 245/04), § 8.5.
665 Affaire A.S c. Suède (CAT 149/99), § 8.6.
236
PARTIE IV: JURISPRUDENCE DU COMITÉ CONTRE LA TORTURE
graves, flagrantes ou massives ». Pour déterminer la situation en matière de
droits de l’homme dans le pays, le Comité examinera les rapports d’organes
nationaux de surveillance des droits de l’homme et des ONG. Par exemple,
dans l’affaire A.S c. Suède (CAT 149/99), la requérante craignait que son
expulsion éventuelle vers l’Iran ne l’expose au risque d’être tuée par lapidation. Le Comité a pris note des faits figurant dans les rapports des Nations
Unies et des ONG, confirmant que la lapidation était généralement infligée aux
auteurs d’adultère en Iran. Dans cette affaire, devant les preuves faisant état de
la situation générale en matière de droits de l’homme en Iran, et le témoignage
de la requérante sur le risque personnel qu’elle encourait, le Comité a conclu
que son expulsion vers l’Iran violerait l’article 3.
4.3.4 Risque personnel
Il n’est pas suffisant de prouver que la situation en matière de droits de
l’homme est mauvaise dans l’État d’accueil. Le requérant doit aussi prouver
qu’il encourt des risques personnels d’être torturé s’il retourne dans cet État.
Lorsque le requérant ne peut pas fournir de preuve de mauvais traitement personnel ou de torture et qu’il s’appuie uniquement sur des informations relatives
à la situation générale dans l’État, le Comité ne conclura probablement pas à
une violation de l’article 3. Et ce, même lorsque le requérant est membre d’un
groupe ethnique qui fait continuellement l’objet de persécutions dans ce pays.
La personne doit démontrer qu’elle est exposée personnellement, en qualité de
membre de ce groupe, au risque d’être torturée.666
Les critères relatifs aux « risques personnels » fonctionnent aussi dans l’autre
sens. Autrement dit, l’article 3 protégera les personnes d’être expulsées vers
un État où, bien qu’il n’y ait pas de violations flagrantes et systématiques des
droits de l’homme, elles risqueraient d’être soumises à la torture dans la situation particulière qui est la leur.667
Pour pouvoir établir que le requérant encoure un « risque personnel », le récit
de son expérience personnelle préalable concernant la torture/le mauvais traitement par l’État intéressé sera examiné. Le Comité a relevé que parfois les
récits contiennent des incohérences et des imprécisions : « une exactitude par-
666 Affaire Z.Z c. Canada (CAT 123/98), § 8.4.
667 Affaire A.S c. Suède (CAT149/99), § 8.3.
237
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
faite ne peut guère être attendue de victimes de la torture ».668 Le Comité examinera également et attachera « de l’importance aux explications que le requérant fournira quant à ces incohérences ».669 Néanmoins, bien que le Comité
reconnaisse que la torture puisse avoir un impact sur la précision du témoignage de la victime, il demande à ce que les allégations de torture précédemment subies soient étayées d’une manière ou d’une autre. Les requêtes ne
seront pas examinées si le récit de la victime présumée n’est tout simplement
pas crédible. Par exemple, dans l’affaire H.K.H. c. Suède (CAT 204/02), la victime présumée a fourni des informations incohérentes à l’État partie et elle a
allégué par la suite que ces incohérences étaient dues aux effets de la torture.
Le requérant n’avait pas, dans son témoignage, fait le lien entre ces incohérences et les effets de la torture jusqu’à ce qu’il comparaisse devant la
Commission de recours des étrangers ; il n’avait pas non plus donné de détails
concernant la torture présumée lors des procédures nationales ni dans la
requête présentée au Comité contre la torture. En outre, le Comité a relevé que
la requête contenait bien d’autres incohérences restant inexpliquées, ce qui
jetait le doute sur la crédibilité de la victime présumée. Le Comité a estimé que
la déclaration faite au titre de l’article 3 n’était pas suffisamment étayée.670
Tous les requérants ont le droit à l’examen individuel des situations qui sont
les leurs. Les États ne peuvent pas automatiquement rejeter les déclarations de
certaines « catégories » de personnes. Aussi, les États ne peuvent pas dresser
une liste de pays d’origine supposés « sûrs ». Le Comité contre la torture671
comme le Comité des droits de l’homme 672 ont conclu qu’une telle procédure
n’est compatible ni avec l’article 3 de la Convention ni avec l’article 7 du
Pacte. Par conséquent, une procédure générale (c’est-à-dire, sans examen individuel des circonstances) qui affecterait les droits d’une personne à voir sa
demande considérée et à être protégée contre la torture n’est pas admise.
4.3.5 Décisions de tribunaux internes
Presque toutes les affaires examinées au titre de l’article 3 ont fait l’objet d’un
appel au niveau interne. Dans de nombreuses affaires, les tribunaux internes
668 Affaire Tala c. Suède (CAT 43/1996), § 10.3.
669 Affaire Ahmed Karoui c. Suède (CAT 185/01).
670 Voir aussi l’affaire S.U.A. c. Suède (CAT 223/02) ; A.K. c. Australie (CAT 148/99) ; Zare c. Suède
(256/04).
671 Observations finales du Comité contre la torture sur la Finlande, (1997) UN doc. A/51/44, § 62.
672 Observations finales sur l’Estonie, (2003) UN doc. CCPR/C.77/EST, § 13.
238
PARTIE IV: JURISPRUDENCE DU COMITÉ CONTRE LA TORTURE
ont conclu que l’expulsion éventuelle d’une personne n’exposerait pas cette
dernière au risque d’être torturée dans l’État intéressé.673 Dans ces circonstances, le Comité a généralement tendance à ne pas « infirmer » ces conclusions.674 Aussi, « [l]e Comité accordera un poids considérable, dans l’exercice
de ses compétences, en application de l’article 3 de la Convention, aux
constatations de faits des organes de l’État partie intéressé ».675 Néanmoins,
« [l]e Comité contre la torture n’est pas lié par de telles constatations et est, au
contraire, habilité, en vertu du paragraphe 4 de l’article 22 de la Convention,
à apprécier librement les faits en se fondant sur l’ensemble des circonstances
de chaque affaire ».676 Il se peut alors que le Comité contre la torture soit plus
enclin que le Comité des droits de l’homme à « infirmer des conclusions
internes lorsqu’il n’y a pas d’irrégularités de procédure dans les procédures
internes intéressées », 677 au moins dans les affaires examinées au titre de l’article 3. Etant donné que de nombreuses affaires relatives à l’article 3 sont portées devant le Comité contre la torture, et qu’il y a relativement peu d’affaires
portées devant le Comité des droits de l’homme, il est actuellement difficile de
déterminer de manière empirique si le Comité contre la torture est plus clément
en la matière.678
4.3.6 Risque d’être expulsé vers un autre État en cas
d’expulsion dans « l’État d’accueil »
Lorsqu’il détermine si une personne peut être expulsée de manière sûre vers
l’État d’accueil, le Comité contre la torture examine si cette personne pourrait
être expulsée vers un autre État où il y a des motifs sérieux de croire qu’elle
risque d’être soumise à la torture.679 Dans l’affaire Korban c. Suède (CAT
88/97), le requérant devait être expulsé vers la Jordanie. Il craignait qu’une fois
expulsé dans ce pays, il ne soit ensuite expulsé vers l’Iraq où il risquait d’être
673 Parfois, les obligations relevant de l’article 3 n’ont pas été examinées par les tribunaux, lesquels
se sont peut-être attachés uniquement au statut de réfugié de la personne au sens de la Convention
relative au statut des réfugiés (voir aussi paragraphe 4.3.7).
674 Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, §9.71.
675 Observation générale n° 1 (CAT), § 9(a).
676 Observation générale n° 1 (CAT), § 9(b).
677 Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, § 9.8.
678 Pour consulter un exemple où le Comité n’a pas tenu compte de l’évaluation d’un tribunal interne,
voir l’affaire Dadar c. Canada (CAT 258/04).
679 Observation générale n° 1 (CAT), § 2.
239
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
torturé. Lorsqu’il a évalué le risque d’être expulsé vers cet autre État, le Comité
a examiné les rapports provenant de différentes sources. Ces rapports ont
démontré que « des Iraquiens avaient été envoyés en Iraq par les autorités jordaniennes contre leur volonté ».680 S’appuyant sur ces faits, le Comité a conclu
que le risque d’être expulsé vers un autre État ne pouvait pas être exclu, et que
l’expulsion proposée vers la Jordanie violerait donc l’article 3. Le Comité a
relevé en outre que la Jordanie n’autorisait pas la présentation de requêtes individuelles en vertu de l’article 22, par conséquent, si le requérant était menacé
d’être expulsé depuis la Jordanie vers l’Iraq, il n’aurait pas la possibilité de
soumettre une autre communication au titre de la Convention.
4.3.7 Article 3 et Convention relative au statut
des réfugiés
Les demandes au titre de l’article 3 sont souvent présentées par des personnes
qui demandent l’asile ou le statut de réfugié. À l’évidence, les éléments relevant de l’article 3 et de la Convention relative au statut des réfugiés peuvent
se chevaucher. Néanmoins, les décisions prises en vertu de l’article 3 sont
conceptuellement séparées de celles prises dans le cadre de la Convention relative au statut des réfugiés.681 Les requérants présentant une demande au titre
de l’article 3 articuleront leurs arguments autour du risque d’être soumis à la
torture plutôt que de chercher à démontrer leur droit à l’asile en vertu de la
Convention relative au statut des réfugiés des Nations Unies de 1951.682
La Convention relative au statut des réfugiés est à la fois plus large et plus
stricte que l’article 3 de la Convention contre la torture. Elle est plus large
s’agissant de la notion de « réfugié », c’est-à-dire, de la personne n’ayant pas
le droit d’être refoulée en vertu de l’article 33 de la Convention, et ayant des
« craintes fondées de persécution » pour des motifs particuliers (par exemple,
du fait de la race, de la religion) dans l’État intéressé. La « persécution » peut
ne pas être véritablement un acte de « torture ». Par conséquent, la Convention
680 Affaire Korban c. Suède (CAT 88/97), § 6.5.
681 Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, § 9.83.
682 Voir par exemple l’affaire X c. Espagne (CAT 23/95), l’affaire Mohamed c. Grèce (CAT 40/96).
Pour comparer les obligations prévues par l’article 3 et celles prévues par la Convention relative
au statut des réfugiés, consulter l’ouvrage de S. Taylor, « Australia’s implementation of its NonRefoulement Obligations under the Convention Against Torture and Other Cruel, Inhuman or
Degrading Treatment or Punishment and the International Covenant on Civil and Political Rights »,
(1994) 17(2), University of News South Wales Law Journal p. 432.
240
PARTIE IV: JURISPRUDENCE DU COMITÉ CONTRE LA TORTURE
relative au statut des réfugiés s’applique dans les situations où la personne
craint d’être soumise à une forme de mauvais traitements moindre dans l’État
d’accueil. Par ailleurs, les raisons pour lesquelles une personne pourrait être
soumise à la torture ne sont pas prises en compte dans l’évaluation faite au
regard de l’article 3, alors que les raisons pour lesquelles une personne pourrait
faire l’objet de persécution sont prises en compte par la Convention relative au
statut des réfugiés.683 En outre, les droits prévus par l’article 3 ont un caractère
absolu. Les droits des réfugiés prévus par la Convention relative au statut des
réfugiés ne sont pas octroyés à certaines catégories de personnes en vertu de
l’article 1F, telles que les personnes ayant commis des crimes de guerre, des
crimes contre l’humanité, et des crimes contre la paix. En revanche, ces personnes ont le droit absolu de ne pas être expulsées dans des situations où elles
risqueraient d’être torturées au sens de l’article 3.684
4.3.8 Extradition et lutte contre le terrorisme
À l’occasion de la « lutte contre le terrorisme », de nombreuses allégations
médiatiques ont laissé entendre que des « extraditions » de personnes suspectées de terrorisme avaient lieu. Autrement dit, des personnes suspectées de
mener des activités terroristes ont apparemment été extradées vers des États où
elles auraient été torturées aux fins de leur soustraire des informations utiles à
la « lutte contre le terrorisme ». Une telle extradition est clairement une violation de l’article 3.
La question de l’extradition a été implicitement soulevée dans l’affaire Agiza
c. Suède (CAT 233/03). Le requérant était suspecté de mener des activités terroristes. Sa demande d’asile en Suède a été rejetée, et il a été immédiatement
expulsé vers l’Égypte, n’ayant donc pas la possibilité de faire appel. La rapidité de son expulsion était due au fait qu’il était considéré comme élément à
risque pour la sécurité nationale par les autorités suédoises. L’État partie a
cherché à se défendre en mentionnant le fait qu’il avait obtenu la garantie
diplomatique de l’Égypte que le requérant ne serait pas soumis à un mauvais
683 Une personne doit être persécutée au sens des « raisons » prévues par l’article 1 de la Convention
relative au statut des réfugiés; cette persone doit « craindre avec raison d’être persécutée du fait de
sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses
opinions politiques ».
684 Voir par exemple l’affaire Paez c. Suède (CAT 39/96); voir aussi les observations finales sur le
Canada, (2005) UN doc. CAT/C.CR/34/CAN, § 3. Le même caractère absolu de la protection
s’applique en vertu de l’article 7 du Pacte; voir les observations finales sur les États-Unis, (2006)
UN doc. CCPR/C.USA/CO/3, § 17.
241
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
traitement lors de son retour. Des membres du personnel de l’Ambassade suédoise en Égypte ont été autorisés à rencontrer et à surveiller le requérant dès
son retour.
Le Comité a conclu que plusieurs violations de l’article 3 ont eu lieu dans cette
affaire. Une violation de l’article 3 quant à la procédure a été conclue, étant
donné la rapidité de l’expulsion qui n’avait pas permis au requérant de faire
appel de la décision d’expulsion. Il a également conclu que le requérant faisait
face à un risque sérieux d’être torturé dès son retour en Égypte, et que cet élément était prévisible au moment de son expulsion. Ce risque était d’autant plus
élevé qu’il avait été considéré comme élément à haut risque pour la sécurité
nationale. La garantie obtenue de l’Égypte ne déchargeait pas la Suède de cette
violation ; le mécanisme de surveillance a été jugé inadapté. Par exemple, les
autorités suédoises en Égypte n’ont pas été en mesure de s’entretenir seules à
seules avec le requérant, sans la présence d’autorités égyptiennes.
Le départ du requérant depuis la Suède vers l’Égypte s’est fait par des agents
américains, et a été facilité en Suède par les autorités suédoises. Le Comité ne
reconnaît pas de manière explicite que cette affaire est un cas d’ « extradition »
à proprement parler d’une personne suspectée de mener des activités terroristes vers un État où elle sera probablement soumise à la torture685 La décision
du Comité fait néanmoins apparaître clairement que l’extradition n’est pas permise par la Convention. Les droits prévus par les articles 1 et 3 ont un caractère
absolu, quels que soient les arguments liés aux exigences présumées de la
« lutte contre le terrorisme ».686
4.3.9 Assurances diplomatiques
Les assurances diplomatiques, aussi appelées garanties diplomatiques et
mémorandums d’accord, sont des accords conclus entre les gouvernements de
deux États garantissant les droits d’un individu en particulier, au moment où
il sera renvoyé depuis un État vers un autre. Ces assurances ont généralement
lieu lorsqu’un individu est refoulé et expulsé d’un pays vers un autre.
685 Cette affaire a attiré vivement l’attention des médias et des ONG et elle est généralement citée
comme exemple d’extradition: voir par exemple, http://web.amnesty.org/library/Index/
ENGEUR420012004 (visité le 28 juillet 2006).
686 S. Joseph, « Rendering Terrorists and the Convention against Torture », (2005) 5, Human Rights
Law Review, p. 339, p. 346; voir aussi les observations finales sur l’Albanie, (2005) UN doc.
CAT/C.CR/34/ALB, § 7.
242
PARTIE IV: JURISPRUDENCE DU COMITÉ CONTRE LA TORTURE
Ces assurances comprennent souvent des dispositions telles que « la garantie
du respect d’une procédure régulière concernant la personne expulsée à son
arrivée dans le pays vers lequel elle a été renvoyée, l’absence d’acte de torture
et de mauvais traitements, la garantie de conditions de détention appropriées
et de visites de suivi régulières ».687 Ces garanties visent à s’assurer que les
droits de l’homme de la personne seront respectés et que l’État d’accueil
respectera ses obligations en vertu du droit international.
Toutefois, les assurances diplomatiques ne constituent pas des mécanismes
efficaces pour protéger les personnes contre la torture et les mauvais traitements. Le gouvernement demande des garanties diplomatiques lorsqu’il estime,
à la lumière de ce qu’il sait sur les pratiques dans l’État d’accueil, qu’il y aurait
un risque réel de torture ou de mauvais traitement si la personne était renvoyée
dans cet État. L’État depuis lequel la personne est renvoyée a donc conscience
que la torture et le mauvais traitement sont systématiquement pratiqués dans
l’État d’accueil, mais renvoie la personne malgré tout. Eu égard à cette situation, Alvaro Gil-Robles, Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de
l’Europe a déclaré en 2004 :
« La faille inhérente au système des assurances diplomatiques tient au
fait que, lorsque de telles assurances sont nécessaires, c’est qu’il existe
clairement un risque avéré de torture et de mauvais traitements. Eu
égard au caractère absolu de l’interdiction de la torture et des autres
traitements inhumains ou dégradants, des assurances formelles ne peuvent suffire lorsqu’il subsiste malgré tout un risque ».688
La Haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme indique que
nombre d’États qui accordent ces assurances violent régulièrement leurs obligations internationales en matière de droits de l’homme.689 À ce sujet, elle indique :
« … Si donc un gouvernement n’observe pas des dispositions contraignantes, on voit difficilement pourquoi il respecterait des accords qui
n’ont pas d’effet contraignant ».690
687 Déclaration du Rapporteur spécial sur la torture de la Commission des droits de l’homme
(Mercredi 26 octobre 2005) [Traduction non officielle] à http://www.unhchr.ch/huricane/huricane.nsf/view01/005D29A66C57D5E5C12570AB002AA156?opendocument
688 Rapport de M. Alvaro Gil-Robles, Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, sur
sa visite en Suède du 21 au 23 avril 2004, Strasbourg, 8 juillet 2004, CommDH(2004)13, § 19.
689 Voir aussi UN Press Release Diplomatic Assurances Not An Adequate Safeguard For Deportees
« UN Special Rapporteur Against Torture Warns » (23 Août 2005) disponible à: http://www.unhchr.ch/
huricane/huricane.nsf/view01/9A54333D23E8CB81C1257065007323C7?opendocument
690 Rapport du Haut-Commissaire aux droits de l’homme, « Protection des droits de l’homme et des
libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste », 2006, UN doc. E/CN.4/2006/94 A, § 26.
243
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Il n’existe pas de structure juridique internationale régulant l’usage et l’application des assurances diplomatiques, de sorte que le poids juridique associé à
un accord duquel le bien-être et la vie d’un individu peut dépendre est très
limité. Par exemple, il n’existe pas de définition internationale de la notion
d’assurance diplomatique, mettant en lumière les critères et le fonctionnement
de ces assurances.691 Lorsque les assurances diplomatiques sont mises en
place, aucune valeur ni autorité juridique ne les accompagne. Dans la conclusion de son rapport 2005 à l’Assemblée générale, le Rapporteur spécial sur la
torture a clairement rejeté le recours aux assurances diplomatiques, en soulignant principalement le manque de procédure accompagnant ces assurances
diplomatiques et leur absence d’effet juridique :
« Les assurances diplomatiques n’étant pas juridiquement contraignantes, elles n’emportent par conséquent aucun effet juridique, ni
aucune responsabilité en cas de manquement; enfin, la personne que ces
assurances sont censées protéger n’a aucun recours si elles ne sont pas
respectées.»692
Les actes de torture ou de mauvais traitements sont des actes illégaux souvent
entourés de secrets, de sorte qu’il est presque impossible de surveiller de
manière efficace l’effet d’une assurance diplomatique après le retour de l’individu dans l’État. Le Rapporteur spécial a déclaré que :
« Les mécanismes de surveillance ultérieure n’atténuent guère le risque de
torture et se sont révélés inefficaces tant pour préserver les individus de
la torture que pour obliger les États à assumer leurs responsabilités. »693
Le fonctionnement inefficace des assurances diplomatiques a été démontré
dans un rapport de Human Rights Watch dans lequel figurent de nombreux
exemples de cas où l’assurance diplomatique n’a pas permis de protéger la
personne contre la torture et/ou le mauvais traitement après son retour.694 Ce
rapport ne fait référence qu’aux cas dont on a connaissance. De nombreux cas
de torture ne sont pas signalés, on peut donc supposer que les assurances diplomatiques ont échoué dans bien plus de cas encore.
691 Rapport du Haut-Commissaire aux droits de l’homme, « Protection des droits de l’homme et des
libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste », 2006, UN doc. E/CN.4/2006/94 A, § 23.
692 Rapport du Rapporteur spécial sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants, (2005) UN doc. A/60/316, § 51.
693 Ibid, § 46.
694 Human Rights Watch, « Still at risk: diplomatic assurances no safeguard against torture », (2005),
disponible à http://hrw.org.reports/2005
244
PARTIE IV: JURISPRUDENCE DU COMITÉ CONTRE LA TORTURE
Les assurances diplomatiques visent à protéger un individu en particulier
lorsque l’on sait ou l’on suppose fortement que la torture et les mauvais traitements vont se produire. Il semble que cela permette une certaine « facilité »
et de « régler rapidement les problèmes » dans des affaires individuelles épineuses, sans chercher à impulser ou à maintenir un changement systémique
dans l’État d’accueil.695
Le recours aux assurances diplomatiques n’est pas compatible avec le caractère absolu de l’interdiction de la torture et leur utilisation met à mal les efforts
de la communauté internationale pour assurer le respect de cette interdiction.
a) Jurisprudence relative aux assurances diplomatiques
Dans l’affaire Mamatkulov et Aksarov c. Turquie,696 la Cour européenne des
droits de l’homme a conclu récemment que l’extradition de deux personnes
depuis la Turquie vers l’Ouzbékistan ne violait pas la disposition de la CEDH
interdisant la torture, étant donné que la Turquie avait obtenu l’assurance de
l’Ouzbékistan qu’il n’y aurait pas de mauvais traitement.697 L’approche du
Comité contre la torture concernant ces assurances est plus mitigée, comme le
démontre l’affaire Agiza c. Suède (CAT 233/03). Cette affaire, ainsi que le
point de vue du Comité sur ces assurances, ont fait l’objet du paragraphe 4.3.8.
Le scepticisme du Comité à cet égard a également été démontré dans les observations finales sur les États-Unis :
« L’État partie ne devrait s’en remettre aux «assurances diplomatiques»
qu’à l’égard des États qui ne violent pas systématiquement les dispositions de la Convention et après examen attentif de chaque cas quant au
fond. L’État partie devrait établir et mettre en œuvre des procédures
bien définies pour obtenir ces assurances, ainsi que des mécanismes
judiciaires appropriés de contrôle et des dispositifs efficaces de suivi
en cas de refoulement. L’État partie devrait aussi communiquer des
informations détaillées au Comité sur tous les cas dans lesquels des
assurances ont été fournies depuis le 11 septembre 2001.»698
695 Déclaration du Rapporteur spécial sur la torture de la Commission des droits de l’homme
(Mercredi 26 octobre 2005) à http://www.unhchr.ch/huricane/huricane.nsf/view01/005D29A66
C57D5E5C12570AB002AA156?opendocument; Voir aussi le Rapport du Haut-Commissaire aux
droits de l’homme, « Protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans la lutte
antiterroriste », (2006) UN doc. E/CN.4/2006/94 A, § 24.
696 Affaire Mamatkulov et Aksarov c. Turquie, (2005) 41 Cour européenne des droits de l’homme 25,
§§ 76-77.
697 Affaire Chahal c. Royaume-Uni, (1997) 23 Cour européenne des droits de l’homme 413, §§ 92 et 105.
698 Observations finales sur les États-Unis, (2006) UN doc. CAT/C.USA/CO/2, § 21.
245
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
4.4
Sécurité nationale et informations sur la torture
fournies par l’État partie
Bien que les considérations liées à la sécurité nationale ne justifient pas de
déroger à l’interdiction de la torture, elles peuvent faire partie des obligations
d’un État partie de coopérer avec le Comité contre la torture (ou le Comité des
droits de l’homme) lors de l’examen d’une requête individuelle. Par exemple,
un État partie doit-il partager des informations sensibles avec ces Comités si
ces informations sont utiles à la requête ?
Cette question a été soulevée dans l’affaire Agiza c. Suède (233/03), dont les faits
sont exposés au paragraphe 4.3.8. L’État partie n’a pas communiqué au Comité les
informations dont il avait eu connaissance dès le début de l’année 2002 selon lesquelles le requérant avait présenté une requête pour mauvais traitements dès son
retour en Egypte. Ces informations n’ont pas été révélées pendant deux ans, et elles
ont été finalement communiquées par le conseil représentant le requérant. La
Suède a donc été « prise sur le fait », en induisant en erreur le Comité.699 L’État partie a essayé de justifier ses actes en indiquant que la révélation de ces informations
au début de l’année 2002 aurait mis en danger la sécurité du requérant. Le Comité
a rejeté ces arguments, et a conclu que « la rétention délibérée et trompeuse des
informations dans l’affaire Agiza constituait… une violation de l’article 22 ».700
Le Comité a admis que des cas peuvent se produire où l’État partie cherche volontairement et de façon légitime à ne pas révéler des informations en raison de considérations liées à la sécurité nationale. Néanmoins, l’approche correcte dans une
telle hypothèse ne consiste pas à dissimuler simplement les informations et à
induire le Comité en erreur. Il vaut mieux en quelque sorte chercher à obtenir l’autorisation du Comité de ne pas divulguer ces informations. Le Comité a déclaré
que ses procédures étaient « suffisamment souples »701 pour pouvoir tenir compte
de ces cas de figure. Dans de telles circonstances, on peut conseiller au Comité
d’amender son Règlement qui ne fait aucune référence à de telles situations, cellesci se produisant peut-être davantage en temps de « lutte contre le terrorisme ».702
699 Il est peut être naïf de croire que ce genre d’agissements ne s’était pas produit auparavant. Ici
néanmoins, la Suède a été « attrapée » sur le fait: voir S. Joseph, « Rendering Terrorists and the
Convention Against Torture », (2005) 5 Human Rights Law Review 339, p. 346.
700 Ibid, p. 345.
701 Affaire Agiza c. Suède (CAT 233/03), § 13.10.
702 S. Joseph, « Rendering Terrorists and the Convention Against Torture », (2005) 5 Human Rights
Law Review 339, p.346. Il faut relever que l’État partie avait communiqué des informations sensibles au Comité sur les raisons qu’il avait de croire que le requérant constituait une menace pour
la sécurité nationale de la Suède. Le Comité a accusé réception de ces informations, mais il ne les
a pas publiées dans ses observations finales. Voir l’affaire Agiza c. Suède (CAT 233/03), § 4.11.
246
PARTIE IV: JURISPRUDENCE DU COMITÉ CONTRE LA TORTURE
4.5
Peine de mort
Il faut relever que la Convention, contrairement au Pacte, n’autorise pas de
manière explicite la peine de mort, il se peut donc que la Convention ouvre des
possibilités plus larges que le Pacte sur cette question. Dans ses observations
finales sur l’Arménie, le Comité a laissé entendre que la peine de mort, ainsi
que le syndrome du quartier des condamnés à mort, violaient l’article 16.703 Par
contre, dans ses observations finales (précédentes) sur la Chine, le Comité a
indiqué que seules « certaines méthodes d’application de la peine capitale »
violaient l’article 16.704 En outre, dans ses observations finales sur les ÉtatsUnis en 2006, le Comité a indiqué que la peine capitale n’est pas en elle-même
une violation de la Convention, et que « L’État partie devrait reconsidérer soigneusement les méthodes employées pour les exécutions »705 Cette déclaration
prévoit de fait que l’exécution continuera d’être pratiquée. Néanmoins, le
Comité a déclaré que la méthode de l’injection d’un produit mortel devrait être
reconsidérée afin d’empêcher des douleurs ou souffrances aiguës.706 Puisque
l’injection d’un produit mortel est souvent considérée comme la méthode
d’exécution la plus humaine,707 l’éventualité que cette méthode soit hors-la-loi
pourrait restreindre considérablement la possibilité d’un État de recourir à la
peine de mort sans violer la Convention.
4.6
Obligations positives en vertu de la Convention contre
la torture
De la même manière que pour les articles 7 et 10 du Pacte, les États parties à
la Convention ont de nombreuses obligations positives et procédurales de
prendre des mesures pour empêcher ou minimiser les violations de la
Convention. Par exemple, au titre de l’article 10(1), tout État partie :
« Veille à ce que l’enseignement et l’information concernant l’interdiction de la torture fassent partie intégrante de la formation du personnel
703 Observations finales sur l’Arménie, (2001) UN doc. A/56/44, § 39; voir aussi observations finales
sur la Jordanie, (1995) UN doc. A/50/44, § 169; observations finales sur la Namibie, (1997) UN doc.
A/52/44 § 250; observations finales sur la Jamahiriya arabe lybienne, UN doc. A/54/44 (1999), § 189.
704 Observations finales sur la Chine, (1996) UN doc. A/51/44, § 144.
705 Observations finales sur les États-Unis, (2006) UN doc. CAT/C.USA/CO/2, § 31.
706 Observations finales sur les États-Unis, (2006) UN doc. CAT/C.USA/CO/2, § 31.
707 Voir par exemple, « A painful way to die? Once called humane, lethal injection is now claimed to
be cruel and unusual », (Avril 2006) 92 ABA Journal 20.
247
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
civil ou militaire chargé de l’application des lois, du personnel médical,
des agents de la fonction publique et des autres personnes qui peuvent
intervenir dans la garde, l’interrogatoire ou le traitement de tout individu arrêté, détenu ou emprisonné de quelque façon que ce soit ».
En outre, en vertu de l’article 10(2), « Tout État partie incorpore ladite interdiction aux règles ou instructions édictées en ce qui concerne les obligations
et les attributions de telles personnes ».
En vertu de l’article 11:
« Tout État partie exerce une surveillance systématique sur les règles,
instructions, méthodes et pratiques d’interrogatoire et sur les dispositions concernant la garde et le traitement des personnes arrêtées,
détenues ou emprisonnées de quelque façon que ce soit sur tout territoire sous sa juridiction, en vue d’éviter tout cas de torture.»
Dans ses observations finales, le Comité a mentionné les indicateurs suivants
quant aux mesures positives appropriées que les États doivent prendre :
• L’État partie devrait tenir un registre de toutes les personnes détenues dans
tout territoire relevant de sa juridiction. Il faudrait notamment y consigner
l’identité du détenu, la date, l’heure et le lieu de l’arrestation, l’identité de
l’autorité qui y a procédé, le motif de celle-ci, la date et l’heure d’admission
au centre de détention et l’état de santé du détenu au moment de son admission ainsi que tout changement ultérieur, l’heure et le lieu des interrogatoires
et le nom de toutes les personnes présentes, de même que la date et l’heure
de la libération ou du transfert dans un autre lieu de détention.708
• Indépendance du personnel médical des établissements pénitentiaires, ne
relevant pas de l’administration pénitentiaire. 709
• Des examens médicaux devraient êtres systématiquement assurés avant
chaque renvoi par la voie aérienne et, le cas échéant, après l’échec d’un tel
renvoi.710 Des surveillants indépendants devraient être présents pendant l’expulsion.711
• Des médecins devraient être formés à reconnaître les signes de torture.712
708
709
710
711
712
Observations finales sur les États-Unis, (2006) UN doc. CAT/C.USA/CO/2, § 16.
Observations finales sur l’Argentine, (2004) UN doc. CAT/C.CR/33/1, § 6.
Observations finales sur l’Allemagne, (2004) UN doc. CAT/C.CR/32/7, § 5.
Observations finales sur la Suisse, (2005) UN doc. CAT/C.CR/34/CHE, § 4.
Observations finales sur l’Ouzbékistan, (2002) UN doc. A/57/44, § 115.
248
PARTIE IV: JURISPRUDENCE DU COMITÉ CONTRE LA TORTURE
• Des établissements de protection sociale devraient employer du personnel
dûment formé - travailleurs sociaux, psychologues et pédagogues, notamment.713
• Recours à des enregistrements audio ou vidéo pour les procédures d’interrogatoire.714
• Autoriser des observateurs indépendants des droits de l’homme à accéder
librement à tous les lieux de détention, officiels et non officiels, sans préavis.715
• L’obligation de faire effectuer l’examen des cavités corporelles par un membre du corps médical plutôt que par un agent pénitentiaire en cas de situation
non urgente.716
• Les agents de police devraient être tenus de porter un signe quelconque
d’identification personnelle qui permettrait à ceux qui les accusent de mauvais traitement de les identifier.717
• L’introduction dans la législation du « respect du principe de proportionnalité dans l’exercice de mesures de coercition », ainsi que « la présence
d’ONG pendant la procédure d’expulsion ».718
4.6.1 Obligation de promulguer et de faire appliquer des lois
En vertu de l’article 2(1), « tout État partie prend des mesures législatives,
administratives, judiciaires et autres mesures efficaces pour empêcher que des
actes de torture soient commis dans tout territoire sous sa juridiction ».
En vertu de l’article 4, tout État partie à la Convention « veille à ce que tous
les actes de torture constituent des infractions au regard de son droit pénal »,
de même que « tout acte commis par n’importe quelle personne qui constitue
une complicité ou une participation à l’acte de torture ». « Tout État partie rend
ces infractions passibles de peines appropriées qui prennent en considération
713 Observations finales sur la Croatie, (2004) UN doc. CAT/C.CR/32/3, § 9.
714 Observations finales sur la Grèce, (2004) UN doc. CAT/C.CR/33/2, § 6; voir aussi les observations
finales sur le Royaume-Uni, (1996) UN doc. A/51/44, § 63.
715 Observations finales sur l’Ouganda, (2005) UN doc. CAT/C.CR/34/UGA, § 10; voir aussi les
observations finales sur le Népal, (2005) UN doc. CAT/C.NPL/CO/2, § 23.
716 Observations finales sur le Canada, (2005) UN doc. CAT/C.CR/34/CAN, § 4.
717 Observations finales sur l’Allemagne, (1998) UN doc. A/53/44, § 196.
718 Observations finales sur l’Autriche, (2005) UN doc. CAT/C.AUT/CO/3, § 4.
249
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
leur gravité ». L’article 4 ne s’applique qu’à la torture, et exclut le mauvais traitement. Par conséquent, le Pacte offre une protection plus vaste à cet égard que
la Convention.719
L’État n’a pas l’obligation d’intégrer le texte entier de l’article 1 de la
Convention dans sa législation interne. Néanmoins, le Comité est de plus en
plus strict sur cette question et il a indiqué que les États doivent créer une infraction séparée concernant la torture au sein de leur législation interne dont le
champ est au moins aussi large que celui défini dans l’article 1 de la
Convention.720
Dans l’affaire Urra Guridi c. Espagne (CAT 212/02), le Comité a conclu que
les peines clémentes prononcées à l’encontre des gardes civils qui avaient torturé le requérant et la grâce qui leur a été accordée, ainsi que l’absence de procédure disciplinaire à leur encontre, constituaient des violations des articles 2(1)
et 4(2) de la Convention. Il a été proposé qu’une peine de six ans de détention
au moins soit prononcée en cas de torture au vu de la gravité de ce crime.721
Dans ses observations finales sur la Colombie, le Comité a exprimé sa préoccupation face à la possibilité d’accorder une « suspension conditionnelle » de
la peine aux membres des groupes armés qui « déposent volontairement les
armes », même s’ils ont commis des actes de torture et des crimes de guerre.722
Par conséquent, les accords de paix ne justifient pas les amnisties lorsqu’il
s’agit de crimes graves comme la torture.723
4.6.2 Obligation d’enquêter sur les allégations
L’article 12 de la Convention stipule :
« Tout État partie veille à ce que les autorités compétentes procèdent
immédiatement à une enquête impartiale chaque fois qu’il y a des
motifs raisonnables de croire qu’un acte de torture a été commis sur tout
territoire sous sa juridiction.»
719 Voir paragraphe 3.2.15(a).
720 C. Ingelse, The UN Committee against Torture: An Assessment, Martinus Nijhoff, 2001, p. 218220, 338-341. Voir les observations finales sur le Cambodge, (2005) UN doc. CAT/C.CR/31/7, §
6; observations finales sur l’Azerbaïdjan, (2003) UN doc. CAT/C.CR/30/1 et Corr.1, § 88; observations finales sur Israël, (1994) UN doc. A/49/44, § 170; observations finales sur la Fédération
de Russie, (1997) UN doc. A/52/44, § 43.
721 C. Ingelse, The UN Committee against Torture: An Assessment, Martinus Nijhoff, p. 342.
722 Observations finales sur la Colombie, (2004) UN doc. CAT/C.CR/31/1, § 7.
723 Voir aussi les observations finales sur le Pérou (2000) UN doc. A/55/44 (2000), § 61.
250
PARTIE IV: JURISPRUDENCE DU COMITÉ CONTRE LA TORTURE
L’article 13 de la Convention stipule :
« Tout État partie assure à toute personne qui prétend avoir été soumise
à la torture sur tout territoire sous sa juridiction le droit de porter plainte
devant les autorités compétentes dudit État qui procéderont immédiatement et impartialement à l’examen de sa cause. Des mesures seront
prises pour assurer la protection du plaignant et des témoins contre tout
mauvais traitement ou toute intimidation en raison de la plainte déposée
ou de toute déposition faite.»
Ces deux articles s’appliquent pour les allégations de traitements cruels, inhumains ou dégradants présentées au titre de l’article 16.724
L’article 13 protège le droit de présenter une requête dénonçant des actes de
torture sans craindre les représailles, et assure au requérant que sa requête fera
l’objet d’un examen équitable. L’article 12 impose aux États l’obligation de
procéder rapidement à une enquête indépendante et impartiale s’il y a des
motifs raisonnables de croire qu’un acte de torture a été commis, même en
l’absence d’une requête.
Dans l’affaire Halimi-Nedzibi c. Autriche (CAT8/91), le manquement de l’État
à enquêter sur une allégation pendant 15 mois a constitué une violation de l’article 12, étant donné que ce délai était déraisonnable et contraire à l’exigence
de procéder rapidement à une enquête. L’obligation d’enquêter est totalement
séparée de l’obligation de ne pas pratiquer la torture. Dans le cas présent, le
Comité a conclu à une violation de l’article 12 malgré le fait qu’il ait conclu
que l’allégation de torture elle-même n’était pas étayée.725
Dans l’affaire Blanco Abad c. Espagne (CAT 59/96), le Comité a expliqué les
raisons pour lesquelles il est essentiel de procéder rapidement à une enquête
sur une allégation de torture. D’abord, il est nécessaire de veiller à ce que ces
actes cessent immédiatement. Ensuite, les marques physiques de la torture ou
du mauvais traitement peuvent disparaître à brefs délais, et la victime n’aura
alors plus la preuve physique dont elle a besoin pour étayer sa requête.726
Dans l’affaire Blanco Abad, la victime a été prétendument détenue au secret et
torturée du 29 janvier au 3 février 1992. Après sa libération, le Comité a
estimé qu’il y avait de nombreux éléments de preuves, notamment des rapports
médicaux, pour pouvoir procéder à une enquête officielle. Le laps de temps de
724 Affaire Dzemajl et al c. Yougoslavie (CAT 161/00).
725 Affaire Halimi-Nedzibi c. Autriche (CAT 8/91), § 13.5.
726 Affaire Blanco Abad c. Espagne (CAT 59/96), § 8.2.
251
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
14 jours s’étant écoulé avant que le juge ne se charge de l’affaire et de 18 jours
avant l’ouverture de l’enquête ont constitué une violation de l’article 12.
Dans l’affaire Blanco Abad, le Comité a soulevé la question du moment où
l’État a l’obligation d’enquêter sur une requête présentée au titre de l’article
13. Le Comité a indiqué que :
«…l’article 13 de la Convention n’exige pas qu’une plainte pour torture
soit présentée en bonne et due forme selon la procédure prévue dans la
législation interne et ne demande pas non plus une déclaration expresse
de la volonté d’exercer l’action pénale; il suffit que la victime se manifeste, simplement, et porte les faits à la connaissance d’une autorité de
l’État pour que naisse pour celui-ci l’obligation de la considérer comme
une expression tacite mais sans équivoque de son désir d’obtenir l’ouverture d’une enquête immédiate et impartiale...»
Dans l’affaire Blanco Abad, lorsque l’enquête a été ouverte, les progrès ont été
lents et conduits avec incompétence. Pendant des mois, le tribunal chargé de
l’enquête n’a pas demandé l’accès à des preuves essentielles, telles que les rapports médicaux. Des témoins fondamentaux, comme les agents de police du
poste où la victime avait été détenue, n’ont jamais été appelés à témoigner. À
maintes reprises pendant les procédures, le requérant a demandé que d’autres
preuves que les rapports médicaux soient examinées pour appuyer sa requête ;
le tribunal n’a pas pris acte de ces demandes. Le Comité a conclu que rien ne
justifiait l’attitude du tribunal « étant donné que les preuves étaient totalement
pertinentes….les rapports des médecins légistes….sont souvent insuffisants
et doivent être comparés à d’autres informations complémentaires ». Le délai
pour agir, l’incompétence et les omissions (le manquement à agir) ont constitué un manquement à la conduite d’une enquête impartiale en violation de l’article 13.727
Dans ses observations finales sur la Bolivie, le Comité a recommandé que le
personnel accusé d’actes de torture ou de mauvais traitements soit suspendu
de ses fonctions pendant la durée de l’enquête.728
727 Voir aussi affaire Baraket c. Tunisie (CAT 60/96); Nikoli et Nikoli c. Serbie et Monténégro (CAT
174/00). Voir aussi modèle de requête, appendice II, § 55.
728 Observations finales sur la Bolivie, (2001) UN doc. A/56/44, § 97(d).
252
PARTIE IV: JURISPRUDENCE DU COMITÉ CONTRE LA TORTURE
4.6.3 Obligation d’indemniser la victime
L’article 14 de la Convention stipule que tout État partie garantit, dans son
système juridique, à la victime d’un acte de torture le droit d’obtenir réparation
et d’être indemnisée équitablement et de manière adéquate, y compris les
moyens nécessaires à sa réadaptation la plus complète possible. En cas de mort
de la victime résultant d’un acte de torture, les ayants cause de celle-ci ont droit
à indemnisation.
Dans l’affaire Urra Guridi c. Espagne (CAT 212/02), le Comité a conclu que
les peines clémentes et la grâce accordée aux gardes civils qui avaient torturé
le requérant, ainsi que l’absence de procédures disciplinaires à l’encontre de
ces gardes, constituaient des violations de l’article 14. En fait, la victime avait
reçu une indemnisation financière pour les actes de torture qu’elle avait subis,
mais le Comité a conclu que l’absence de sanction à l’encontre des auteurs de
ces actes était incompatible avec l’obligation de l’État de « garantir la non
répétition de ces violations ».729 Aussi, les droits conférés par l’article 14 prévoient non seulement la réparation civile pour les victimes de torture, mais
aussi, au vu de cette affaire, le droit à la « restitution, à l’indemnisation et la
réadaptation de la victime », ainsi que des mesures propres à garantir la non
répétition des violations, et la sanction des auteurs coupables de ces actes.
Dans ses observations finales sur la Turquie, le Comité a indiqué que les types
appropriés d’indemnisation aux sens de l’article 14 devraient comprendre l’indemnisation financière, la réadaptation et le traitement médical et psychologique.730 Les États devraient envisager de mettre en place un fonds d’indemnisation.731
Dans un certain nombre de cas relatifs à la Serbie-et-Monténégro, des violations de l’article 14 ont été générées par le refus de l’État partie de conduire
une enquête pénale appropriée sur des allégations de torture, refus ayant par
conséquent privé la victime de la possibilité réelle d’intenter une action civile
en dommage-intérêts.732
729 Affaire Urra Guridi c. Espagne (CAT 212/02), § 6.8.
730 Observations finales sur la Turquie, (2003) UN doc. CAT/C.CR/30/5, § 123.
731 Observations finales sur Cuba, (1998) UN doc. A/53/44, § 118; voir aussi les observations finales
sur l’Equateur, (2006) UN doc. CAT/C.ECU/CO/3, § 26.
732 Voir par exemple l’affaire Dimitrijevic c. Serbie-et-Monténégro (172/00).
253
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Les droits énoncés à l’article 14 ne s’étendent pas explicitement aux victimes
de violations de l’article 16. Néanmoins, dans l’affaire Dzemajl et al c.
Yougoslavie (CAT 161/00), le Comité a conclu que :
« Les obligations positives découlant de la première phrase de l’article 16
de la Convention englobent l’obligation d’accorder une réparation et une
indemnisation aux victimes d’un acte au sens de ladite disposition ».733
Le manquement d’un État à fournir une indemnisation équitable et adéquate à
la victime, lorsqu’elle a subi un traitement ou une peine cruel, inhumain ou
dégradant, est une violation de ses obligations en vertu de l’article 16.
Dans ses observations finales sur les États-Unis, le Comité s’est dit préoccupé
par le fait que les actions civiles à l’encontre des autorités des prisons fédérales
ne sont possibles que lorsque « le détenu a démontré l’existence d’un préjudice
physique ». Il a recommandé que la législation soit amendée de manière à ne
pas limiter le droit des victimes d’engager une action civile.734
Dans ses observations finales sur le Népal, le Comité a confirmé qu’il ne
devrait pas y avoir de délai pour l’enregistrement des requêtes pour actes de
torture, et que les actions en indemnisation devraient pouvoir être engagées
dans les deux ans à compter de la parution des conclusions de l’enquête.735
4.7
Non-utilisation des déclarations obtenues en violation
de la Convention
La non-utilisation, lors d’une procédure judiciaire, des déclarations obtenues
sous la torture ou par tout autre traitement interdit est garantie par l’article 15 de
la Convention. Cette obligation a un caractère absolu et aucune exception n’est
tolérée. Cette question a été abordée à l’occasion de la « lutte contre le terrorisme »,
le problème étant de savoir si l’on pouvait utiliser ces éléments de preuves pour
poursuivre en justice des terroristes présumés. Quels que soient les dangers posés
par le terrorisme, ces déclarations ne peuvent jamais être utilisées.736
733 Affaire Dzemajl et al c. Yougoslavie (CAT 161/00), § 9.6.
734 Observations finales sur les États-Unis, (2006) UN doc. CAT/C.USA/CO/2, § 29.
735 Observations finales sur le Népal, (2005) UN doc. CAT/C.NPL/CO/2, § 28; voir aussi les observations finales sur le Chili, (2004) UN doc. CAT/C.CR/32/5, § 4; observations finales sur la
Turquie, (2003) UN doc. CAT/C.CR/30/5, § 123.
736 B. Zagaris, ‘UN Special Rapporteur Raises Torture Violations in Counter-Terrorism War’, (2005)
21 International Enforcement Law Reporter, p. 17.
254
PARTIE IV: JURISPRUDENCE DU COMITÉ CONTRE LA TORTURE
L’article 15 s’applique aux déclarations qu’une personne torturée fait à propos
d’elle-même, ainsi qu’aux déclarations faites à propos de parties tierces. Dans
l’affaire P.E c. France (CAT193/01), le requérant a déclaré que de son extradition proposée depuis la France vers l’Espagne se fondait sur des déclarations
obtenues d’une partie tierce sous la torture. Le Comité a confirmé que tout État
partie doit « vérifier si des déclarations qui font partie des éléments d’une procédure pour laquelle il est compétent n’ont pas été faites sous la torture ».737
Finalement, il a été conclu que la requête n’était pas étayée et qu’il n’y avait
donc pas de violation.
Dans les observations finales sur le Royaume-Uni, le Comité s’est dit préoccupé par le niveau d’admission des aveux obtenus sous la contrainte dans les
affaires de terrorisme en Irlande du Nord, ainsi que par la possibilité d’admettre des éléments de preuves découlant de ces aveux.738
Dans les observations finales sur le Chili, le Comité s’est dit préoccupé par le
fait que des soins médicaux sauvant la vie de femmes qui souffrent de complications dues à des avortements illégaux n’étaient pas prodigués jusqu’à ce
qu’elles révèlent des informations sur la pratique de ces avortements ; ces
aveux ont apparemment été utilisés par la suite lors de la procédure judiciaire
concernant ces femmes et les parties tierces.739
4.8
Compétence universelle en vertu de la Convention
La « compétence universelle » prend effet lorsqu’un État dispose de la compétence pénale740 sur un acte, quel que soit le territoire sur lequel il a été perpétré,
et quelle que soit la nationalité de l’auteur ou de la victime de l’acte. La juridiction universelle est admise uniquement pour les crimes les plus rares et les
plus odieux. La torture fait partie de ces crimes.741
737 Affaire P.E c. France (CAT193/01), § 6.3.
738 Observations finales sur le Royaume-Uni, (1999) UN doc. A/54/44, § 76; voir aussi, concernant
les droits prévus par l’article 15, les observations finales sur le Cameroun, (2004) UN doc.
CAT/C.CR/31/6, § 8; observations finales sur le Royaume-Uni, (2004) UN doc. CAT/C.CR/33/3,
§ 5. Les preuves obtenues sous la contrainte sont directement utilisées lorsque les éléments de
preuves eux-mêmes servent à incriminer une personne lors d’une procédure judiciaire. L’usage
dérivé des éléments de preuves obtenues par la contrainte se produit lorsque les éléments de
preuves obtenus par la contrainte servent indirectement à découvrir d’autres preuves, et que l’on
recourt à ces preuves pour incriminer une personne.
739 Observations finales sur le Chili, (2004) UN doc. CAT/C.CR/32/5, §§ 4 et 7.
740 Un État exerce sa compétence universelle lorsqu’il poursuit en justice une personne pour crime, ou, dans
les États où la citation directe est autorisée, quand il permet à une personne d’en poursuivre une autre.
741 Les autres crimes sont, entre autres, le génocide, la piraterie, ou l’esclavage.
255
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Les articles 4 à 9 de la Convention, et en particulier les articles 5 et 7, établissent
une série d’obligations ayant les conséquences suivantes: les États parties peuvent, et dans certaines circonstances doivent, exercer leur compétence pénale
universelle pour le crime qu’est la torture (comme défini à l’article 1).742
Autrement dit, un État doit punir un tortionnaire même si le cas de torture n’a pas
eu lieu sur son territoire, et même si le tortionnaire ou la victime n’est pas ressortissant de l’État. Par conséquent, un État doit poursuivre en justice (et appliquer les peines le cas échéant) le tortionnaire présumé ou l’extrader vers un autre
État où il sera traduit en justice. Un État n’est pas tenu de le faire s’il n’existe pas
suffisamment de preuves de la culpabilité du tortionnaire présumé.743
Dans l’affaire Guengueng et al c. Sénégal (CAT 181/01), les requérants ont
allégué des violations des articles 5(2) et 7 par l’État partie. Les requérants ont
indiqué de manière crédible qu’ils avaient été torturés au Tchad entre 1982 et
1990 par des agents du président tchadien d’alors, Hissène Habré. En 1990, ce
dernier s’est réfugié au Sénégal, où il se trouvait encore au moment de la décision du Comité en mai 2006. En 2000, les requérants ont engagé une procédure
contre Hissène Habré au Sénégal. Ces procédures ont été rejetées au motif que
les tribunaux sénégalais n’avaient pas de compétence en vertu de la législation
sénégalaise sur des allégations de torture commise au Tchad. Cette décision a
été confirmée en appel.
Le Comité a conclu que l’État partie avait violé son obligation au titre de l’article 5(2) selon laquelle :
« Tout État partie prend également les mesures nécessaires pour établir
sa compétence [sur les cas de torture] aux fins de connaître desdites
infractions dans le cas où l’auteur présumé de celles-ci se trouve sur
tout territoire sous sa juridiction et où ledit État ne l’extrade pas.»
Etant donné que le Sénégal a ratifié la Convention en août 1986, « le délai raisonnable dans lequel l’État partie aurait dû remplir cette obligation est largement dépassé ».744 En conséquence, le Comité a apparemment admis qu’un
État n’est pas dans l’obligation de légiférer pour faciliter l’exercice de la compétence universelle immédiatement après l’entrée en vigueur de la Convention
pour cet État ; il doit néanmoins le faire dans un « délai raisonnable ». Le
Sénégal n’avait manifestement pas respecté ce point.
742 Voir Joseph, Schultz et Castan, note 31 ci-dessus, § 9.129.
743 N. Rodley et M. Pollard, « Criminalisation Of Torture: State Obligations Under The United Nations
Convention Against Torture And Other Cruel, Inhuman Or Degrading Treatment », (2006)
2 European Human Rights Law Review 115, pp. 132-133.
744 Affaire Guengueng et al c. Sénégal (CAT 181/01), § 9.5.
256
PARTIE IV: JURISPRUDENCE DU COMITÉ CONTRE LA TORTURE
Le Comité a également conclu à une violation du paragraphe 1 de l’article 7,
qui stipule :
« L’État partie sur le territoire sous la juridiction duquel l’auteur présumé d’une infraction visée à l’article 4 est découvert, s’il n’extrade pas
ce dernier, soumet l’affaire, dans les cas visés à l’article 5, à ses
autorités compétentes pour l’exercice de l’action pénale.»
L’État partie avait avancé que son obligation en vertu de l’article 7(1) ne rentrait pas en ligne de compte jusqu’à ce que l’État ait reçu une demande d’extradition. Le Comité a désapprouvé cet argument :
« L’obligation de poursuivre l’auteur présumé d’actes de torture ne
dépend pas de l’existence préalable d’une demande d’extradition à son
encontre».745
Par conséquent, les États parties doivent poursuivre en justice un tortionnaire
présumé en l’absence d’une demande d’extradition, sauf si les éléments de
preuves pour le poursuivre sont insuffisants.
Dans tous les cas, au moment où il a été statué sur l’affaire en 2006, la
Belgique avait demandé l’extradition de Hissène Habré (le 19 septembre
2005). Etant donné que le Sénégal n’avait pas traduit en justice Hissène Habré
et qu’il ne s’était pas non plus conformé à la demande d’extradition, le Comité
a conclu à une double violation de l’article 7.746
4.8.1 Immunité de certains fonctionnaires de l’État
Dans l’affaire Congo c. Belgique,747 la Cour internationale de justice a examiné
la légalité internationale de la tentative des autorités belges de poursuivre en
justice des membres du Gouvernement du Congo pour des actes de torture
745 Affaire Guengueng et al c. Sénégal (CAT 181/01), § 9.7.
746 L’affaire Rosenmann c. Espagne (CAT 176/00) concernait la proposition d’extrader le Général Pinochet
depuis le Royaume-Uni vers l’Espagne (de 1998 à 2000), en réponse à des allégations de torture perpétrée sur des citoyens espagnols au Chili. Le requérant était un citoyen espagnol ayant allégué qu’il avait
été torturé au Chili sur ordre de Pinochet. Il a invoqué le fait que les autorités exécutives espagnoles
avaient fait obstruction au processus d’extradition initié par le système de justice espagnol, et n’avaient
pas agi de manière impartiale. La question fondamentale dans l’affaire Rosenmann était de savoir s’il y
a obligation pour les États parties de demander l’extradition d’un tortionnaire présumé. Le Comité a
conclu qu’il n’y avait pas d’obligation de cette nature en vertu de la Convention. Voir aussi S. Joseph,
‘Committee against Torture: Recent Jurisprudence’, (2006) 6 Human Rights Law Review, à paraître.
747 Affaire concernant le mandat d’arrêt du 11 avril 2000 (République démocratique du Congo c.
Belgique), fond de l’affaire, 14 février 2002, liste générale n° 121 (« Congo c. Belgique »).
257
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
commis au Congo. La Cour internationale de justice (CIJ) a conclu que les personnes au pouvoir dans un État, comme « le Chef d’un État, le Chef du gouvernement ou le Ministre des Affaires Étrangères, et peut-être certains diplomates », ne peuvent pas être arrêtés ou poursuivis en justice dans un autre État
pour quelque crime que ce soit y compris la torture, en vertu de la Convention,
dans l’exercice de leurs fonctions.748 Cette immunité ne s’étend pas aux fonctionnaires de l’État n’entrant pas dans ces catégories,749 et cesse une fois que
la personne n’occupe plus « le poste lui ayant permis de bénéficier de cette
immunité».750
748 N. Rodley et M. Pollard, « Criminalisation Of Torture: State Obligations Under The United Nations
Convention Against Torture And Other Cruel, Inhuman Or Degrading Treatment », (2006) 2
European Human Rights Law Review 115, p. 136.
749 Ibid, p. 136.
750 Ibid, p. 135. Voir Congo c. Belgique, § 61.
258
PARTIE V
COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES
PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE
FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE
DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
259
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
5.1
Introduction
Comme son nom le suggère, la Convention sur l’élimination de toutes les
formes de discrimination à l’égard des femmes751 (la « Convention CEDAW »)
a avant tout pour objet de réaliser l’égalité entre les hommes et les femmes à
travers l’élimination des politiques et des pratiques discriminatoires. La
Convention CEDAW impose ainsi un certain nombre d’obligations aux États
parties en vue de garantir aux femmes l’égalité de fait et de droit dans la jouissance et l’exercice de leurs droits et libertés fondamentales. Toutefois, la
Convention CEDAW n’établit aucune obligation de fond concernant l’interdiction de la torture et des mauvais traitements. Le fait d’avoir inclus une analyse du Protocole facultatif 752 à la Convention CEDAW dans un guide portant
sur ces violations exige donc quelques mots d’explication.
Les femmes sont protégées au même titre que les hommes par l’Art. 7 du Pacte
international relatif aux droits civils et politiques et par la Convention contre
la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, et le
Comité des droits de l’homme et le Comité contre la torture constituent les tribunes auxquelles s’adressent évidemment les femmes dans des cas de violation de l’interdiction de la torture et des mauvais traitements. Certes, une
requête portant uniquement sur des violations majeures de l’interdiction de la
torture ou des mauvais traitements (dans lesquelles n’intervient aucun élément
de discrimination) ne serait pas recevable devant le Comité pour l’élimination
de la discrimination à l’égard des femmes (Comité CEDAW), l’organe de traités crée par la Convention CEDAW pour assurer son application au niveau des
États. Néanmoins, la Convention CEDAW peut offrir une voie alternative de
réparation dans des contextes spécifiques, dans lesquels la discrimination
constitue un aspect important de la violation en question. Certaines formes de
discrimination pratiquées par la société à l’égard des femmes portent atteinte
à leur capacité à exercer et jouir de leurs droits, dont leur droit à être préservées
de la torture et des autres formes de mauvais traitements. Des lois ou des
politiques discriminatoires peuvent en outre réduire leurs possibilités d’exiger
des réparations devant les tribunaux nationaux après avoir subi ce type de
violations. Les requêtes présentées dans ces deux cas de figure sont potentiel-
751 Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, 1979,
reproduite dans son intégralité dans l’Annexe 6.
752 Protocole facultatif à la Convention CEDAW (appelé « Protocole facultatif » dans la Partie V de
l’ouvrage).
260
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
lement recevables par le Comité CEDAW. De plus, dans la Recommandation
Générale nº19 sur la question de la violence à l’égard des femmes, le Comité
CEDAW a spécifiquement prévu que les États peuvent être également tenus
responsables pour des actes privés « s’ils n’agissent pas avec la diligence voulue pour prévenir la violation de droits ou pour enquêter sur des actes de violence, les punir et les réparer ».753 Par conséquent, si les violences dénoncées
ont été commises par des acteurs privés, une requête aura plus de possibilités
d’être considérée au titre de la Convention CEDAW que, par exemple, en vertu
de la Convention contre la torture, qui restreint la notion de « torture » aux
seuls actes commis ou autorisés par des agents de l’État.
L’objectif de ce chapitre est de décrire les procédures de communications individuelles établies par le Protocole Facultatif à la Convention CEDAW et, en
particulier, d’analyser la manière dont ces procédures de communications peuvent être utilisées par les femmes dans les cas de violations de l’interdiction
de la torture et des mauvais traitements.
Ce chapitre mettra d’abord l’accent sur quelques-uns des éléments essentiels
de la Convention CEDAW. Le contexte et le contenu de la Convention
CEDAW et du Protocole facultatif y seront exposés, avant de décrire le rôle
du Comité CEDAW. Il y sera enfin expliqué le mode d’emploi du Protocole
facultatif, les procédures qu’il convient de suivre et les aspects légaux dont il
faut tenir compte pour que la communication individuelle soit suivie d’effets
et atteigne ses objectifs.
Le Protocole facultatif à la Convention CEDAW est un instrument relativement nouveau, entré en vigueur le 22 décembre 2000, ce qui explique que le
Comité CEDAW n’ait pas encore eu l’occasion de développer une vaste jurisprudence. Ce chapitre tient donc également compte des approches d’organes
de traités de surveillance des droits de l’homme existants et dont les procédures sont similaires, étant donné que le Protocole facultatif est un instrument
qui s’insère dans la structure globale des mécanismes des Nations Unies.
Comme les autres organes de traités, le Comité CEDAW a pour mission
d’assurer l’application effective des droits de l’homme au niveau des États et
ne devrait pas être vu comme une solution à part entière pour les droits fondamentaux de la femme.
753 Recommandation générale nº 19, § 9.
261
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
5.2
Convention sur l’élimination de toutes les formes
de discrimination à l’égard des femmes
(Convention CEDAW)
5.2.1 Origines de la Convention CEDAW
L’adoption de la Convention CEDAW, le 18 décembre 1979, par l’Assemblée
Générale des Nations Unies a constitué un important pas en avant vers la
reconnaissance de droits fondamentaux de la femme, en tant que telle. La
Convention CEDAW reposait sur ce constat : les instruments internationaux
relatifs aux droits de l’homme n’offrent pas un cadre efficace abordant dans
leur ensemble les désavantages et préjudices spécifiques auxquels les femmes
sont confrontées, malgré le fait que leurs dispositions s’appliquent aussi bien
aux hommes qu’aux femmes.754 Nombre d’activistes des droits de la femme
argumentent que la discipline des droits de l’homme est marquée par un point
de vue masculin, ce qui a pour effet d’occulter les atteintes à la dignité
humaine des femmes, et ne permet donc pas de promouvoir ni de protéger efficacement les droits fondamentaux des femmes.755 En 1999, l’Organisation
Mondiale Contre la Torture (OMCT) a publié une étude montrant que les
754 Le préambule de la Charte des Nations Unies, le document fondateur de l’ONU, affirme « l’égalité
de droits des hommes et des femmes », la « dignité et la valeur de la personne humaine » et la « foi
dans les droits fondamentaux de l’homme » en tant que buts et principes essentiels des Nations
Unies. L’article premier (3) de la Charte proclame que l’un des objectifs des Nations Unies est de
« réaliser la coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux d’ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire, en développant et en encourageant le respect des droits
de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinctions de race, de sexe, de langue
ou de religion » [accent mis]. L’article 55 (c) énonce l’engagement des Nations Unies à promouvoir
« le respect universel et effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans
distinction de race, de sexe, de langue ou de religion.»[accent mis]. La Charte internationale des
droits de l’homme réaffirme et développe le principe d’égalité de droits des hommes et des
femmes. La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, le document fondateur de la
législation des droits de l’homme, proclame le droit de chacun à l’égalité devant la loi et à la jouissance des droits de l’homme et des libertés fondamentales sans distinction aucune, et inclut le sexe
dans les motifs de cette distinction inacceptable. Le Pacte International relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et le Pacte International relatif aux droits civils et politiques, adoptés
en 1966, interdisent clairement la discrimination fondée sur le sexe. L’article 2 des deux Pactes
contient une clause générale qui spécifie que des droits devraient être garantis à tous sans discrimination, et l’article 3 développe ce principe, mettant l’accent sur le fait que l’égalité des droits
des hommes et des femmes devrait se réaliser en droit et dans les faits.
755 Rebecca Cook (ed.), Human Rights of Women: National and International Perspectives,
University of Pennsylvania Press, 1994; Kelly D. Askin et Dorean M. Koenig (eds.) Women and
International Human Rights Law, New York, Transnational Publishers, 1999; Charlotte Bunch,
Transforming Human Rights from a Feminist Perspective, in Julie Peters and Andrea Wolper,
(eds.), Women’s Human Rights, Human Rights: International Feminist Perspectives, Routledge,
1995; Hillary Charlesworth, Christine Chinkin et Shelly Wright, « Feminist Approaches to
International Law » (1991) 85 American Journal of International Law 632.
262
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
organes de traités avançaient à des rythmes très différents dans la prise en
compte de la problématique des femmes ; certains ne semblaient guère avoir
fait de progrès à ce sujet.756 C’est ce qui explique que les violations des droits
fondamentaux des femmes restent souvent ignorées par les législations ; et
lorsqu’elles sont reconnues, en général elles demeurent impunies et les
victimes n’obtiennent pas de réparations.757
La portée de la Convention CEDAW était plus étendue et son langage beaucoup
plus «radical» que celui des traités en fonctionnement à l’époque où elle a été
adoptée. Elle vise une promotion et une protection renforcées des droits fondamentaux des femmes et identifie des domaines de droits fondamentaux des
femmes qui n’étaient jusque-là pas garantis, qui étaient insuffisamment définis
par les instruments existants, ou encore, qui n’avaient pas été correctement
appliqués. La Convention établit, par exemple, la protection de droits fondamentaux de la femme autant dans la sphère privée que dans la sphère publique, l’égalité au sein de la famille, l’égalité des droits et des responsabilités des deux
parents vis-à-vis de leur famille, le droit des femmes à conclure des transactions
financières ou d’un autre type en leur propre nom et les droits des femmes à
l’éducation, au travail et à participer à la vie politique et publique du pays. Elle
impose aussi des obligations spécifiques aux gouvernements afin de garantir que
des personnes privées ou des entreprises ne portent pas atteinte aux droits des
femmes, que les besoins des femmes en milieu rural soient protégés et que des
mesures soient prises pour transformer les modèles de comportement et schémas
socio-culturels afin de combattre la discrimination à l´égard des femmes.
Afin de veiller à l’application des obligations stipulées par la Convention, en 1982
a été institué le Comité CEDAW en vertu de l’article 17 de la Convention
CEDAW. Composé de 23 experts sur la question des femmes, de toutes les nationalités, le Comité se réunit normalement deux fois par an pendant deux
semaines.758 Les États parties désignent les experts et une élection a lieu tous les
deux ans à l’occasion d’une réunion des États parties. Un expert peut être réélu.
Les experts du Comité siègent à titre personnel et non pas en tant que représentants
des gouvernements. À ce jour, trois hommes seulement ont été désignés et élus.759
756 Carin Benninger-Budel et Anne-Laurence Lacroix, Violence against Women: A Report, OMCT, 1999.
757 Cf. Rebecca Cook, State Accountability under the Convention on the Elimination of All Forms of
Discrimination against Women, in Rebecca Cook (ed.) Human Rights of Women: National and
International Perspectives, University of Pennsylvania Press, 1994, p. 228.
758 Suite à la Conférence mondiale de femmes à Pékin, en 1995, l’Assemblée générale a adopté une
modification de l’article 20, permettant au Comité CEDAW de se réunir deux fois par an.
Résolution de l’Assemblée générale 50/202, 23 février 1996.
759 M. Cornelis Flinterman, M. Göran Melander et M. Johan Nordenfelt.
263
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Les États parties qui ont ratifié la Convention CEDAW sont légalement tenus
d’en respecter les termes.760 Plusieurs procédures permettent au Comité
CEDAW de surveiller l’application de la Convention par les États parties ; les
plus récentes d’entre elles sont les communications individuelles et les procédures d’enquête au titre du Protocole facultatif. Avant l’adoption du Protocole
facultatif, la Convention CEDAW prévoyait deux procédures de surveillance :
la procédure de présentation de rapports et la procédure des requêtes d’un État
partie contre un autre État partie. Comme l’énonce l’article 18 de la Convention CEDAW, les États parties doivent déposer un rapport initial pendant la
première année à compter de leur adhésion à la Convention CEDAW, et par la
suite, des rapports périodiques tous les quatre ans. L’objectif du mécanisme
des rapports est d’évaluer les progrès faits par chaque gouvernement, d’un
point de vue légal autant que pratique, pour rendre effective la Convention et
identifier des domaines problématiques, où une plus grande effectivité reste à
démontrer. Au cours de l’examen du rapport de l’État partie, l’État et le Comité
entament des discussions sur les obstacles à l’amélioration de la situation des
droits fondamentaux des femmes, les possibilités d’avancées dans ce domaine
et les actions qu’il reste à entreprendre. Le Comité émet des observations
finales mais n’a pas l’autorité d’imposer des sanctions ou d’agir comme un
arbitre en cas de différends concernant l’interprétation de la Convention. A cet
égard, il est important de remarquer que les ONG jouent un rôle décisif en
offrant une information qui complète et souvent contredit les renseignements
présentés par les gouvernements. Travaillant directement sur le terrain, les
ONG sont bien placées pour réunir des informations que les membres du
Comité ne pourraient pas obtenir autrement, et qui en règle générale ne figurent pas dans les rapports des États parties ; elles aident ainsi le Comité à faire
une évaluation plus exacte des efforts faits par chaque État pour se mettre en
conformité avec les dispositions de la Convention.
Le deuxième mécanisme d’exécution est la procédure des requêtes d’un État
partie contre un autre État partie, décrit à l’article 29. Celui-ci prévoit que tous
les conflits d’interprétation relatifs à la Convention CEDAW doivent être soumis à un arbitrage. Si le différend n’est pas résolu par l’arbitrage, il sera soumis
à la Cour Internationale de Justice (CIJ). Toutes les décisions de la CIJ ont
force obligatoire pour les États parties. Cependant, les États parties sont peu
enclins à poursuivre d’autres États parties devant la Cour, le respect de la souveraineté nationale et la crainte de représailles constituant de puissants élé760 La Convention de Vienne sur le droit des traités établit la règle de pacta sunt servanda, en vertu
de laquelle tout traité en vigueur lie les parties et doit être exécuté par elles de bonne foi.
264
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
ments de dissuasion.761 Un autre inconvénient de ce mécanisme est que les
États parties ont la possibilité de formuler une réserve pour ne pas avoir à
répondre aux requêtes présentées par d’autres États. Les effets de ce mécanisme
ne peuvent pas être mesurés puisque celui-ci n’a pas encore été mis en œuvre.
Conformément à l’article 21 de la Convention CEDAW, le Comité délivre des
Recommandations générales qui interprètent et soulignent l’importance de certains droits garantis par la Convention. Bien que ces Recommandations générales n’aient pas force obligatoire en elles-mêmes, elles constituent des observations qui font autorité du point de vue juridique et illustrent et précisent le
contenu et la portée des dispositions de la Convention. Les États parties sont
donc tenus de s’y conformer de bonne foi. Au 1er novembre 2006, le Comité
avait émis 25 Recommandations Générales.
Aujourd’hui, la Convention CEDAW est la principale convention internationale relative aux droits fondamentaux des femmes. Le 2 novembre 2006,
185 pays (plus de 90% des États membres des Nations Unies) sont parties à la
Convention.762
5.2.2 Objet et but de la Convention CEDAW
Dans sa Recommandation générale nº 25, qui porte sur l’article 4, paragraphe
1, le Comité CEDAW énonce que l’objet et le but général de la Convention
est l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes
en vue d’instaurer une égalité de droit et de fait entre les hommes et les femmes
dans l’exercice effectif des libertés et des droits fondamentaux.763 Le Comité
CEDAW affirme en outre :
« De la lecture en parallèle des articles 1 à 5 et 24, qui constituent le
cadre interprétatif général de l’ensemble des articles de fond de la
Convention, il ressort que trois obligations fondamentales sont au centre de la lutte des États contre la discrimination à l’égard des femmes.
Ces obligations devraient être accomplies de manière intégrée et vont
au-delà de simples obligations formelles d’égalité de traitement.
761 Laboni Hoq, « The Women’s Convention and its Optional Protocol: Empowering Women to Claim
their Internationally Protected Rights » (2001) 32 Colum. Human Rights L. Rev. 699, p. 684.
762 http://www.un.org/womenwatch/daw/cedaw/states.htm
763 Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, Recommandation générale
nº 25, § 4.
265
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
La première de ces obligations est de garantir l’absence de toute discrimination directe ou indirecte dans la loi et de faire protéger les
femmes de toute discrimination – de la part des autorités, du pouvoir
judiciaire, des organismes, des entreprises et des particuliers – dans le
domaine public ou privé, par des tribunaux compétents, des sanctions
et des voies de recours. La deuxième obligation est d’améliorer la condition féminine de fait par des politiques et des programmes concrets et
la troisième d’aménager les relations qui prédominent entre les sexes et
de lutter contre la persistance des stéréotypes fondés sur le sexe764 qui
sont préjudiciables aux femmes et dont les effets se manifestent non
seulement au niveau des comportements individuels mais également
dans la législation, les structures juridiques et sociales et les institutions.»765
Rikki Holmaat a aussi remarqué que ces trois objectifs ne devraient pas être
séparés ou classés par ordre d’importance, mais plutôt être conçus comme trois
sous-objectifs d’un seul et même objet, l’objet général de la Convention
CEDAW - l’élimination de toutes les formes de discrimination à l`égard des
femmes.766 Les sous-objectifs s’assimilent aux trois différentes stratégies qui
devraient être mises à contribution afin de mieux atteindre ce but d’ensemble.767 Holtmaat avance que les mesures liées à la première obligation doivent
764 Le terme « sexe » [gender en anglais] fait référence à la construction des rôles, des attitudes, des
valeurs et des relations entre les hommes et les femmes, construction sociale qui n’a pas de fondement d’ordre biologique. Le terme est déterminé par un contexte socio-économique, politique et
culturel particulier et est aussi conditionné par des facteurs comme l’âge, la race, la classe sociale,
l’orientation sexuelle ou le groupe. Le mot sexe dénote généralement les différences biologiques
entre les hommes et les femmes. Malgré le fait que le mot « gender » ne soit pas repris dans la
Convention CEDAW, Hanna Beate Schöpp-Schilling, membre du Comité CEDAW, signale que
le langage utilisé dans les articles 1 et 5, comme « statut matrimonial », « modèles de comportement
social et culturel de l’homme et de la femme», « préjugés et pratiques coutumières (...), fondés sur
l’idée de l’infériorité ou de la supériorité de l’un ou l’autre sexe», «rôle stéréotypé des hommes et
des femmes », et la conception de la maternité comme une fonction non seulement biologique mais
aussi « sociale », imposant des obligations aussi bien à l’homme qu’à la femme, laisse entendre que
ce sont les représentations de la femme conditionnées par la culture et la société qui peuvent être
constitutives de la discrimination sexuelle. In: Hanna Beate Schöpp-Schilling, The United Nations
Convention on the Elimination of All Forms of Discrimination against Women, Séminaire de formation international pour les ONG et les activistes des droits des femmes, 13-15 mars 2003, Berlin,
Documentation du Séminaire, Berlin, Institut Allemand des Droits de l’Homme, 2003, p. 2.
765 Voir Comité CEDAW, Recommandation générale nº 25, §§ 6-7. Une analyse similaire des objectifs de la Convention a été adoptée dans le Premier Rapport National sur le CEDAW au Parlement
néerlandais:
L.S. Groenman, et al., Het Vrouwenverdrag in Nederland anno 1997, Vuga, Den Haag, 1997. Le
Comité CEDAW a repris à son compte cette analyse dans les Observations finales sur la situation
aux Pays-Bas après sa 25e séance, en juillet 2001. Rikki Holtmaat, European Women and the
CEDAW-Convention; the way Forward, article présenté à la conférence de l’Association européenne des femmes juristes (EWLA), Paris, 2002, p. 3
766 Rikki Holtmaat, voir note 765 ci-dessus, p. 4.
767 Ibid.
266
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
garantir l’égalité des hommes et des femmes devant la loi, dans la vie publique
et dans la vie privée, comme l’établit l’article 2 de la Convention CEDAW. En
vertu de cet article, les gouvernements sont obligés de garantir que leurs lois
et pratiques ne soient pas discriminatoires à l’égard des femmes et que la discrimination ne soit pas tolérée entre les citoyens. Holtmaat signale que le respect de cette première obligation est une condition préalable à l’établissement
de l’égalité des hommes et les femmes, mais qu’il faut également mettre en
place des mesures aux fins de la seconde obligation pour faire en sorte que
cette égalité formelle devant la loi et l’administration publique puisse aussi être
réalisée dans les faits (voir articles 3, 4 et 24 de la Convention CEDAW).768
Ces mesures politiques sont censées donner de fait les mêmes droits et opportunités aux femmes et garantir que celles-ci jouissent pleinement de tous les
droits fondamentaux. Ces mesures prévues par l’article 4 (1) de la Convention
CEDAW peuvent être structurelles et permanentes ou à caractère temporaire.
Cependant, Holtmaat a raison de signaler que la situation des femmes ne peut
progresser tant qu’on ne se sera pas attaqué réellement aux causes profondes
de la discrimination. Les mesures adoptées resteront inefficaces si elles ne touchent pas aux types de relations qui dominent entre les hommes et les femmes,
ni ne luttent contre la persistance des stéréotypes sexuels dans la société
(voir article 5 (a) de la Convention CEDAW).769 Les obligations établies dans
les articles 2, 3, 4, 5 et 24 sont analysées en détail dans la Section 2.4 de ce
chapitre.
5.2.3 Définition de la discrimination à l’égard des femmes
d’après l’article 1 de la Convention CEDAW
Dans son article premier, la Convention CEDAW définit ainsi la discrimination à l’égard des femmes :
« Toute distinction, exclusion ou restriction fondée sur le sexe qui a
pour effet ou pour but de compromettre ou de détruire la reconnaissance, la jouissance ou l’exercice par les femmes, quel que soit leur état
matrimonial, sur la base de l’égalité de l’homme et de la femme, des
droits de l’homme et des libertés fondamentales dans les domaines politique, économique, social, culturel et civil ou dans tout autre domaine.»
768 Ibid.
769 Ibid.
267
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Cette définition fait référence à la fois à l’effet et au but de la discrimination,
mettant l’accent sur les conséquences des mesures autant que sur les intentions
qui les sous-tendent, ce qui revient à envisager non seulement l’égalité d’opportunités (égalité formelle) mais aussi l’égalité de résultats (égalité de fait).
L’égalité d’opportunités fait référence à l’obligation de l’État d’offrir aux
femmes l’accès aux moyens de réaliser leurs objectifs, ces moyens pouvant
être des lois, des politiques ou des procédures, au même titre que les hommes.
L’égalité des résultats fait référence à l’obligation de l’État d’assurer un certain
résultat par les moyens qu’il estimera les plus appropriés.
Cette définition ne se limite pas à la discrimination résultant de l’action de
l’État ou d’actions menées par des individus agissant sous couvert de la loi. La
dernière expression, « dans tout autre domaine », élargit le champ des libertés
fondamentales et des droits politiques, économiques, sociaux, culturels et
civils en développant l’interprétation des droits fondamentaux de la femme.
Bien que le Comité CEDAW n’ait pas formulé une Recommandation générale
fournissant une interprétation de la définition de l’article premier, Hanna Beate
Schöpp-Schilling remarque qu’en incluant les effets de la discrimination, elle
ouvre l’éventail des possibilités de requête et d’enquête au titre du Protocole
facultatif.770
L’expression « sur la base de l’égalité de l’homme et de la femme » contient
un principe central de la Convention CEDAW qui n’a pas manqué de susciter
certaines critiques.771 L’expression « L‘égalité de l’homme et de la femme » est
comprise dans la Convention comme le droit des femmes « à être égales à
l’homme » et, dans cette mesure, à être traitées de la même manière, en vue de
réaliser l’égalité. Par conséquent, les normes traditionnellement masculines
sont appliquées aux femmes et leur différence de nature et de situation ignorées.772 Il existe une autre approche de l’égalité, qui adopte une démarche protectrice et reformule les différences entre les hommes et les femmes en termes
de faiblesse des femmes. Le fait d’être femme est perçu comme un problème
qu’il faut traiter, plutôt que de faire confiance pour cela à l’environnement qui
a engendré les menaces pour la femme.773
770 Hanna Beate Schöpp-Schilling, Voir note 764, p. 1.
771 Voir par exemple Hillary Charlesworth, « What are ‘Women’s Human Rights? », in R. Cook (ed.),
Human Rights of Women: National and International Perspectives, University of Pennsylvania
Press, 1994, p. 64-65. Elle critique le concept d’égalité de la Convention CEDAW, dominé par le
point de vue masculin.
772 Voir IWRAW Asia Pacific: Optional Protocol, http://www.iwraw-ap.org/protocol.
773 Ibid.
268
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
5.2.4 Les obligations des États parties en vertu de
la Convention CEDAW
Les articles 2 à 5 de la Convention CEDAW, ainsi que la définition de la discrimination établie par l’article 1, fournissent le cadre général pour l’application du fond et du contexte reconnus dans les articles 6 à 16. Les articles 2 à 5
font référence aux actions requises pour respecter les articles de fond.
a) L’article 2 – L’obligation générale de la Convention
Les obligations stipulées par l’article 2 de la Convention CEDAW sont de
grande portée. Rebecca Cook remarque que l’article exige de manière générale
des États parties qu’ils « assurent » le respect de la Convention par leurs institutions publiques; qu’ils prennent « toutes les mesures appropriées » pour
éliminer la discrimination pratiquée à l’égard des femmes « par une personne,
une organisation ou une entreprise quelconque »; et qu’ils « modifie[nt] ou
abroge[nt] toute loi, disposition réglementaire, coutume ou pratique qui constitue une discrimination à l’égard des femmes.»774 L’article 2 de la Convention
CEDAW énonce:
« Les États parties condamnent la discrimination à l’égard des femmes
sous toutes ses formes, conviennent de poursuivre par tous les moyens
appropriés et sans retard une politique tendant à éliminer la discrimination à l’égard des femmes et, à cette fin, s’engagent à:
a) Inscrire dans leur constitution nationale ou toute autre disposition
législative appropriée le principe de l’égalité des hommes et des
femmes, si ce n’est déjà fait, et assurer par voie de législation ou par
d’autres moyens appropriés l’application effective dudit principe;
b) Adopter des mesures législatives et d’autres mesures appropriées
assorties, y compris des sanctions en cas de besoin, interdisant toute
discrimination à l’égard des femmes;
c) Instaurer une protection juridictionnelle des droits des femmes sur un
pied d’égalité avec les hommes et garantir, par le truchement des tribunaux nationaux compétents et d’autres institutions publiques, la protection effective des femmes contre tout acte discriminatoire;
d) S’abstenir de tout acte ou pratique discriminatoire à l’égard des
femmes et faire en sorte que les autorités publiques et les institutions
publiques se conforment à cette obligation;
774 Rebecca Cook, voir note 755, p. 230.
269
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
e) Prendre toutes mesures appropriées pour éliminer la discrimination
pratiquée à l’égard des femmes par une personne, une organisation ou
une entreprise quelconque;
f) Prendre toutes les mesures appropriées, y compris des dispositions
législatives, pour modifier ou abroger toute loi, disposition réglementaire, coutume ou pratique qui constitue une discrimination à l’égard
des femmes;
g) Abroger toutes les dispositions pénales qui constituent une discrimination à l’égard des femmes.»
Pour mener à bien leur politique d’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, conformément à l’article 2, les États parties se
verront obligés à prendre en compte la nature spécifique de chaque cas de discrimination.775 Pour éliminer toutes les formes de discrimination contre les
femmes il faudrait aller au-delà des normes et des traitements sexuellement
neutres. De par leurs caractéristiques et leur vulnérabilité face à la discrimination, qui englobe la violence fondée sur le sexe, les femmes sont différentes.
L’élément crucial ici est que la violence contre les femmes est reconnue
comme une forme de discrimination et, en tant que telle, comme une violation
des droits de l’homme. Cette reconnaissance permet de justifier des réponses
spécifiquement ciblées. Comme le déclare la Recommandation nº 25 du
Comité, consacrée aux mesures temporaires spéciales, « une approche purement formelle, qu’elle soit juridique ou programmatique, ne peut parvenir à
instaurer entre hommes et femmes l’égalité de fait, c’est-à-dire, au sens du
Comité, une égalité réelle (ou concrète). Il ne suffit pas de garantir un traitement identique des femmes et des hommes. Il faut plutôt tenir compte des différences biologiques entre les hommes et les femmes et de celles qui sont le
résultat d’une production culturelle et sociale.»776
D’après la Convention CEDAW, les États parties doivent clairement assumer
des obligations de résultats mais aussi de moyens. Les États parties conviennent de poursuivre «par tous les moyens appropriés» et sans retard une politique tendant à éliminer la discrimination à l’égard des femmes et doivent, par
conséquent, assumer une obligation de résultat en vue de l’élimination de la
discrimination à l’égard des femmes sous toutes ses formes. Les sept sous-sections de l’article 2 et les articles suivants décrivent les grandes lignes de ces
775 Ibid., pp. 235-36.
776 Voir Recommandation générale nº 25.
270
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
obligations de moyens. Par exemple, l’obligation, en vertu de l’article 2(c)
d’instaurer par tous les moyens appropriés et sans retard « une protection juridictionnelle des droits des femmes sur un pied d’égalité avec les hommes et
garantir, par le truchement des tribunaux nationaux compétents et d’autres
institutions publiques, la protection effective des femmes contre tout acte
discriminatoire » garantit aux États parties le choix des instruments et crée
en même temps une devoir d’exercer ce choix de manière diligente (accent
mis).777
À travers cette double obligation, les États parties doivent prendre les mesures
prescrites dans les sous-sections et obtenir des résultats raisonnables en vue de
l’élimination de toutes les formes de discrimination.
L’article 2 n’a pas fait l’objet d’une Observation générale du Comité CEDAW
précisant la nature des obligations des États parties. Par ailleurs, deux autres
comités –le Comité des Droits de l’Homme et le Comité pour l’élimination de
la discrimination raciale- ont chacun émis des Observations générales sur leurs
traités respectifs, notamment sur leurs engagements généraux. Le Comité pour
l’élimination de la discrimination raciale remarque dans son Observation générale nº 3, La nature des obligations des États parties (Article 2, paragraphe 1),
adoptée en 1990 :
« Il faut donner à l’expression "par tous les moyens appropriés" tout le
sens qu’elle a naturellement. Certes, chaque État partie doit décider
pour lui-même des moyens qui sont les plus appropriés, vu les circonstances en ce qui concerne chacun des droits, mais le caractère «approprié» des moyens choisis n’est pas toujours évident. Il est donc
souhaitable que les rapports des États parties indiquent non seulement
quelles sont les mesures qui ont été prises mais aussi les raisons pour
lesquelles elles sont jugées le plus «appropriées» compte tenu des
circonstances. Toutefois, c’est le Comité qui, en fin de compte, doit
déterminer si toutes les mesures appropriées ont été prises.»778
Dans l’Observation générale nº 31 sur la nature de l’obligation juridique imposée aux États parties aux pactes, le Comité des droits de l’homme fait ainsi
l’analyse de l’article 2 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques : « les États parties sont tenus, lorsqu’ils ont ratifié le Pacte, de modifier
leurs lois et leurs pratiques de manière à les mettre en conformité avec le
777 Rebecca Cook, voir note 755.
778 Comité pour l’élimination de la discrimination raciale, Observation générale nº 3. La nature des
obligations des États parties (art. 2, par.1), adopté en 1990, UN Doc. E/1991/23.
271
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Pacte ».779 L’expression « sans retard » souligne la nécessité immédiate de
prendre des mesures garantissant l’égalité. Sur l’obligation d’une application
immédiate, l’Observation générale nº 31 affirme :
« L’obligation énoncée au paragraphe 2 de l’article 2 de prendre des
mesures afin de donner effet aux droits reconnus dans le Pacte a un caractère absolu et prend effet immédiatement. Le non-respect de cette
obligation ne saurait être justifié par des considérations politiques,
sociales, culturelles ou économiques internes.»780
Ce principe est en conformité avec la règle fondamentale de la Convention de
Vienne sur le droit des traités, qui oblige les parties à exécuter leurs obligations
de bonne foi.
En plus de la conformité formelle (de jure), l’article 2 (a) fait référence a la
réalisation pratique (de fait) de la non-discrimination. Cela implique que les
constitutions nationales, les lois, les règlements et autres politiques écrites ne
suffisent pas, en elles-mêmes, à assurer la conformité aux obligations de nondiscrimination de la Convention CEDAW. Plus exactement, les États doivent
garantir que leurs systèmes administratif et judiciaire soient préparés pour respecter et mettre en pratique cette obligation.781 D’après Marsha Freeman, pour
se conformer aux obligations prévues par la Convention CEDAW, les États
doivent assurer la formation et le suivi du personnel administratif et des responsables politiques et judiciaires, afin qu’ils comprennent le principe de nondiscrimination. En outre, les États sont tenus de garantir aux femmes un accès
égal aux programmes de fourniture des services publics en termes de proximité, d’horaires et de coûts. Pour que l’État puisse s’acquitter de cette obligation, une ré-allocation de ressources peut être nécessaire.782
Comme cela a déjà été souligné, un aspect important de la Convention
CEDAW réside dans le fait que l’interdiction de la discrimination ne concerne
pas uniquement les acteurs étatiques mais également les acteurs non-étatiques
(article 2(e)). Les États peuvent être tenus responsables de la discrimination
exercée par des acteurs non-étatiques, que ce soient des individus, des organi-
779 Comité des droits de l’homme, Observation générale nº 31, § 13.
780 Ibid., § 14.
781 Marsha Freeman, States Parties’ Obligations under CEDAW Convention Articles 2, 3, 4, 5 and 24,
in The Optional Protocol to CEDAW: mitigating violations of women’s human rights, Séminaire de
formation international pour les ONG et les activistes des droits des femmes, 13-15 mars 2003,
Berlin, Documentation du Séminaire, Berlin, Institut Allemand des Droits de l’Homme, 2003, p. 5.
782 Ibid.
272
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
sations ou des entreprises. Les mesures appropriées que l’État doit prendre
comprennent la prévention, l’investigation, les poursuites et la sanction d’actes
privés de discrimination, ainsi que la garantie de réparations pour la victime.
L’État peut être obligé de rendre des comptes pour les actions d’acteurs nonétatiques, non en raison des actes en eux-mêmes mais à cause de son manque
de zèle pour prévenir ou réagir à la violation des droits fondamentaux de la
femme consacrés par la Convention CEDAW.
b) L’article 3 – L’égalité de fait
L’article 3 de la Convention CEDAW exige des parties qu’elles assurent :
« Le plein développement et le progrès des femmes, en vue de leur
garantir l’exercice et la jouissance des droits et des libertés fondamentales sur la base de l’égalité avec les hommes.»
L’article 3 réaffirme que les États parties sont tenus de respecter des obligations aussi bien positives que négatives. En plus de garantir qu’ils n’interférent
pas dans l’exercice des droits des femmes, les États parties doivent adopter des
mesures destinées à établir aussi bien l´égalité des femmes devant la loi que
l’égalité de fait dans la jouissance des droits de l’homme et des libertés fondamentales. L’article 3 de la Convention CEDAW est analogue à l’article 3 du
Pacte international relatif aux droits civils et politiques et du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, qui prévoient le droit
égal des hommes et des femmes de jouir de leurs droits établis dans chacun
des traités. Le Comité des droits de l’homme et le Comité sur les droits économiques, sociaux et culturels ont formulé leurs propres positions et leur jurisprudence à propos de cette obligation. Il serait utile aux personnes qui préparent une requête individuelle d’analyser cette jurisprudence afin d’y identifier
les mesures appropriées.
c) L’article 24 – La pierre de touche
L’article 24 est la pierre de touche de la Convention CEDAW. C’est un engagement général de conformité à la Convention. On y lit :
« Les États parties s’engagent à adopter toutes les mesures nécessaires
au niveau national pour assurer le plein exercice des droits reconnus par
la présente Convention.»
273
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
d) L’article 4 – Les mesures temporaires
L’approche corrective de l’égalité réelle admet que les femmes et les hommes
doivent parfois être traités différemment si l’on veut obtenir une égalité de
résultats. Cet objectif est renforcé par l’article 4 :
« (1) L’adoption par les États parties de mesures temporaires spéciales
visant à accélérer l’instauration d’une égalité de fait entre les hommes
et les femmes n’est pas considéré comme un acte de discrimination tel
qu’il est défini dans la présente Convention, mais ne doit en aucune
façon avoir pour conséquence le maintien de normes inégales ou distinctes; ces mesures doivent être abrogées dès que les objectifs en
matière d’égalité de chances et de traitement ont été atteints.
(2) L’adoption par les États parties de mesures spéciales, y compris de
mesures prévues dans la présente Convention, qui visent à protéger la
maternité, n’est pas considérée comme un acte discriminatoire.»
L’article 4 (1) stipule que les États parties peuvent adopter temporairement des
mesures spéciales dans le but d’accélérer l’instauration de l’égalité de fait et
que ces mesures ne doivent pas être considérées discriminatoires. L’article 4
(2) traite en particulier des mesures à mettre en place pour protéger la maternité. Alors que la clause d’égalité et le droit à la non-discrimination interdisent
généralement un traitement non-égalitaire, l’article 4 l’autorise explicitement.
La Recommandation générale nº 25 offre une orientation aux États sur l’utilisation de cet outil important pour l’application des obligations de fond de la
Convention. Bien que la formulation de l’article 4 ne soit pas impérative, en
vue de satisfaire les droits fondamentaux de la femme, l’égalité et la non-discrimination de facto devraient être promues par tous les moyens appropriés, y
compris par le biais de conditions et de mesures proactives afin d’assurer le
plein développement et le progrès des femmes (voir article 3 de la Convention
CEDAW), ainsi que par des mesures temporaires et spéciales. Les mesures
temporaires devraient être considérées comme des moyens de premier ordre
pour atteindre les objectifs de la Convention.
e) L’article 5 – L’élimination des coutumes et des pratiques
discriminatoires
L’Article 5 de la Convention CEDAW est unique en son genre parmi les traités
de droits de l’homme des Nations Unies. L’article 5(a) exige des États parties
qu’il prennent les mesures appropriées pour :
« Modifier les schémas et les modèles de comportement socioculturels de l’homme et de la femme en vue de parvenir à l’élimination
274
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
des préjugés et des pratiques coutumières, ou de tout autre type, qui
sont fondés sur l’idée de l’infériorité ou de la supériorité de l’un ou
l’autre sexe ou d’un rôle stéréotypé des hommes et des femmes.»
La Recommandation générale nº 21 du Comité CEDAW souligne le fait que,
par rapport à d’autres traités et déclarations, la Convention va « plus loin, car
elle tient compte de l’influence que la culture et les traditions exercent sur les
comportements et les mentalités de la collectivité, restreignant considérablement l’exercice par les femmes de leurs droits fondamentaux ».783 Nombre de
pratiques discriminatoires, dont la violence exercée contre les femmes, sont
très fortement ancrées dans les coutumes et les stéréotypes. Puisque les opinions stéréotypées ne changeront pas naturellement, il faut développer une
politique active, dans le cadre de laquelle chaque mesure légale et chaque politique publique sont examinées d’un œil critique dans le but d’éliminer les stéréotypes sexuels figés.784 En outre, les États parties tentent souvent de légitimer des pratiques culturelles et sociales qui violent les droits fondamentaux
des femmes en s’appuyant sur des arguments relatifs à la coutume ou à la
culture. L’article 5 (a) comporte toutefois une obligation fondamentale qui
discrédite clairement ce type de défense.
f) Les obligations de l’État en vertu des articles 6 à 16
La Convention fait référence à un certain nombre de domaines dans lesquels
les États parties sont censés avancer vers l’élimination de la discrimination: la
vie politique et publique (article 7), les organisations internationales (article 8),
l’éducation (article 10), l’emploi (article 11), les soins de santé (12), le crédit
financier (article 13 (b)), la vie culturelle (article 13 (c)), le secteur rural (article 14), la loi (articles 9 et 15) et la famille (article 16). La Convention
CEDAW affirme explicitement le droit des femmes à l’égalité dans la famille,
contrairement à d’autres instruments de droits de l’homme, comme la Déclaration universelle des droits de l’homme (article 16) et le Pacte international
relatif aux droits civils et politiques (article 23), qui ne mentionnent la famille
que comme une unité qu’il faut protéger.785 Les États parties doivent prendre
toutes les mesures appropriées pour « supprimer, sous toutes leurs formes, le
trafic des femmes et l’exploitation de la prostitution des femmes.» (article 6).
783 Recommandation générale nº 21, § 3.
784 Voir Rikki Holtmaat, note 765 ci-dessus, p. 4.
785 Hilary Charlesworth et Christine Chinkin, The Boundaries of International law, A Feminist
Analysis, Juris Publishing Manchester University Press, 2000, p. 218.
275
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
g) L’obligation de respecter, de protéger et de garantir
Les obligations des États en matière de droits civils, politiques, économiques,
sociaux et culturels, et à l’égard de la violence exercée contre les femmes, peuvent être divisées en trois catégories : l’obligation de respecter, de protéger et
de garantir leurs droits. Dans sa Recommandation générale nº 25, le Comité
CEDAW affirme que :
« Les États parties à la Convention sont juridiquement tenus de
respecter, protéger, promouvoir et garantir le droit à la non-discrimination et de veiller à la promotion et à l’amélioration de la condition de
la femme afin de la rapprocher de l’égalité de droit et de fait avec celle
de l’homme.»786
L’obligation de respect exige des États qu’ils n’interfèrent pas dans la jouissance des droits de l’homme. Cette obligation implique, par exemple, que tout
État partie devrait s’abstenir d’utiliser la violence. Le viol de femmes et de
jeunes filles par un fonctionnaire de l’État, un gardien de prison, un agent de
sécurité ou un militaire constitue toujours un cas de torture engageant directement la responsabilité de l’État. Constituent aussi des cas de torture ou de mauvais traitements d’autres formes d’abus sexuel ou physique infligées aux
femmes par des fonctionnaires de l’État, comme les tests de virginité, les
caresses, les menaces, les menaces de fouille corporelle, les menaces à caractère sexuel ou les remarques dévalorisantes ou humiliantes.787
786 Cet aspect des obligations des États a été expliqué en détail dans une Observation générale sur le droit
à la santé par le Comité sur les droits économiques, sociaux et culturels: « tous les droits de l’homme
[imposent] trois niveaux d’obligation aux États parties: l’obligation de respecter, de protéger et de
mettre en oeuvre. Cette dernière englobe du même coup les obligations d’en faciliter l’exercice, de
l’assurer et de promouvoir ». Comité des droits économiques, sociaux et culturels, Observation générale nº 14, § 33. Voir aussi Comité CEDAW, Recommandation générale nº 24, § 13: « L’obligation
qu’ont les États parties d’assurer aux femmes, sur la base de l’égalité de l’homme et de la femme, les
moyens d’accéder aux services médicaux et aux services d’information et d’éducation en matière de
santé implique celles de respecter, de protéger et de garantir la réalisation des droits des femmes en
matière de soins de santé. Il incombe aux États parties de veiller à ce que leur législation, leurs politiques et les décisions de leurs tribunaux n’aillent à l’encontre d’aucune de ces trois obligations. Ils
doivent également mettre en place un système qui assure que les décisions des tribunaux soient suivies
d’effet. Dans le cas contraire, il y aurait violation de l’article 12.»
787 Le Rapporteur spécial sur la torture a décrit, dans son rapport intérimaire pour l’Assemblée Générale
en 2000, les actes de viol, d’abus et de harcèlement sexuels, les tests de virginité, l’avortement ou la
fausse couche forcés, comme des formes de tortures spécifiquement sexuelles [gender-specific forms
of torture]. Le professeur Kooijmans, le premier rapporteur spécial sur la torture, faisait remarquer,
dans l’introduction orale à son rapport de 1992 devant la Commission des droits de l’homme, que
« puisqu’il était clair que le viol ou d’autres formes d’agression sexuelle contre les femmes détenues
étaient une violation particulièrement ignominieuse de la dignité humaine et du droit à l’intégrité physique de l’être humain, ils constituaient un acte de torture,» cité dans le Rapport du Rapporteur spécial,
Nigel S. Rodley. En outre, le Rapporteur spécial a signalé que « la crainte de la torture physique pouvait constituer de la torture mentale », in: Report on his visit to Azerbaijan.
276
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
L’obligation de protéger exige de l’État partie qu’il prenne des mesures destinées à contrecarrer ou à prévenir les activités et les processus qui ont des effets
négatifs sur la jouissance et l’exercice des droits fondamentaux. Les droits de
la femme, par exemple, devraient être protégés de manière préventive contre
d’éventuelles violations par la mise en place d’un système judiciaire adapté,
ce qui implique l’adoption de législations et de politiques efficaces, susceptibles de porter les auteurs de violations devant la justice et garantissant aux
femmes réparation.
L’obligation de garantir les droits entraîne pour l’État l’obligation d’adopter
les mesures législatives, judiciaires, administratives et budgétaires appropriées
en vue de la pleine réalisation des droits de l’homme. Afin de garantir aux
femmes l’exercice de leurs droits fondamentaux, il s’agit de promouvoir l’égalité et la non-discrimination par tous les moyens appropriés, y compris les
conditions et mesures proactives destinées à assurer le plein développement et
le progrès des femmes.
5.2.5 La « justiciabilité »
Le Protocole facultatif ayant pour finalité de permettre des poursuites spécifiques contre les États pour manquement aux obligations établies par la
Convention CEDAW, se pose la question de la « justiciabilité ».
La Convention CEDAW ne contient pas une liste des droits des femmes mais
il énonce les obligations qu’ont les États parties de prendre des mesures afin
d’éliminer la discrimination à l’égard des femmes. Certains ont argumenté
qu’en raison du caractère vague des obligations stipulées par la Convention
CEDAW, notamment en ce qui concerne les droits économiques, sociaux et
culturels, ceux-ci ne sont pas justiciables. Certaines analyses soutiennent aussi
que la manière dont chaque État réalise ses obligations de résultat, comme
l’obligation de prendre « toutes les mesures appropriées » pour atteindre les
buts fixés par la Convention, ne peut donner lieu à un contrôle véritable de la
part des instances internationales. Autrement dit, il ne serait guère possible de
vérifier dans quelle mesure un État s’acquitte de ses obligations, étant donné
que la formulation de celles-ci laisse une grande marge d’appréciation aux
États parties. La Convention CEDAW ne se contente pas de garantir le droit
des femmes à l’égalité et la non-discrimination dans tous les domaines de la
vie publique et privée, même si certaines de ses dispositions en restent à ce
type de formules. Nombre des obligations fixées par la Convention CEDAW
277
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
sont formulées comme des obligations de prendre « toutes les mesures appropriées » afin d’éliminer la discrimination. Partant, la question n’est pas de
savoir si les garanties de non-discrimination sont justiciables, mais plutôt si les
obligations de mener des actions en vue de l’élimination de la discrimination
sont justiciables. L’expression « toutes les mesures appropriées » oblige les
États à analyser la situation existante et à déterminer, sur cette base, les « mesures
appropriées » à mettre en place pour corriger cette situation particulière.
Andrew Byrnes et Jane Connors ont analysé la question de la « justiciabilité »
des dispositions de la Convention CEDAW et ont conclu qu’il n’y a pas lieu
de se préoccuper à ce point de la justiciabilité des obligations issues de la
Convention puisqu’un certain nombre de ces obligations sont clairement justiciables. Même dans le cas des obligations de « prendre toutes les mesures
appropriées », le Comité est à même d’exercer un contrôle non-négligeable sur
les actions entreprises par les États parties en vue d’atteindre les objectifs
déclarés.788 Ineke Boerefijn a remarqué que le Comité CEDAW a démontré,
en explicitant les obligations dérivées des droits économiques, sociaux et
culturels dans ses Recommandations générales et ses Observations finales au
titre de la procédure de présentation de rapports, qu’il est parfaitement possible
de traiter ces droits en termes de violations et garanties réelles, s’agissant
notamment de l’obligation d’éliminer la discrimination dans l’exercice de ces
droits.789 Par conséquent, alors que les États disposent d’une certaine marge de
manœuvre pour choisir une stratégie appropriée, ils sont en même temps tenus
par le devoir d’exercer ce choix de manière diligente. Les États doivent identifier les domaines dans lesquels la discrimination persiste, puis élaborer et
appliquer des mesures pour l’éliminer avec la diligence voulue.
Suivre et contrôler le travail réalisé par les États en vertu de leur obligation
d’agir afin d’éliminer la discrimination à l’égard des femmes n’est pas toujours
une tâche simple. Le Comité CEDAW a toutefois la possibilité de s’exprimer
sur les actions entreprises par les États parties et même s’il n’est parfois pas
en mesure d’identifier les mesures appropriées qu’il faudrait adopter dans une
situation donnée, il est néanmoins capable de juger si l’État a au moins pris les
788 Voir Andrew Byrnes et Jane Connors, « Enforcing the Human Rights of Women: A Complaints
Procedure for the Women’s Convention? » (1995-96) 21 Brooklyn Journal of International Law,
697, p. 713.
789 Voir Ineke Boerefijn, State obligations under articles 10-14: women’s economic, social and
cultural rights, The Optional Protocol to CEDAW : mitigating violations of women’s human
rights, Séminaire de formation international pour les ONG et les activistes des droits des femmes,
13-15 mars 2003, Berlin, Documentation du Séminaire, Berlin, Institut Allemand des Droits de
l’Homme, 2003, p. 16.
278
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
initiatives nécessaires pour démontrer qu’il s’est acquitté de son obligation de
bona fide.790 Byrnes et Connors remarquent que ceci est particulièrement vrai
eu égard au fait que l’objectif d’égalité et de non-discrimination n’est pas un
objectif vague et ouvert mais est en lui-même une garantie justiciable.791
Boerefijn a par ailleurs souligné que le caractère justiciable des garanties d’égalité et de non-discrimination est largement admis, aussi bien dans le domaine des
droits civils et politiques que dans celui des droits économiques, sociaux et
culturels.792 Les Recommandations générales et les Observations finales adoptées par le Comité CEDAW au titre de la procédure de présentation de rapports
peuvent contribuer à une définition plus précise des initiatives que doit entreprendre un État pour mettre en œuvre ses obligations de bonne foi.
5.2.6 La violence contre les femmes
La Convention CEDAW ne fait pas directement référence à la violence contre
les femmes. Afin de réparer cette omission, le Comité CEDAW a préparé en
1992, lors de sa onzième séance, la Recommandation générale nº 19, sur la violence contre les femmes.793 La recommandation déclare :
« La violence fondée sur le sexe est une forme de discrimination qui
empêche sérieusement les femmes de jouir des droits et libertés au
même titre que les hommes.»
D’après la Recommandation générale nº 19 :
« La définition de discrimination inclut la violence fondée sur le sexe,
c’est-à-dire la violence exercée contre une femme parce qu’elle est une
femme ou qui touche spécialement la femme. Elle englobe les actes qui
infligent des tourments ou des souffrances d’ordre physique, mental ou
sexuel, la menace de tels actes, la contrainte ou autres privations de
liberté. La violence fondée sur le sexe peut violer des dispositions particulières de la Convention, même si ces dispositions ne mentionnent
pas expressément la violence.»
La violence contre les femmes est un cas particulier de la violence fondée sur
le sexe, qui comprend aussi la violence contre les hommes dans certaines cir-
790
791
792
793
Ibid., p. 12.
Andrew Byrnes et Jane Connors, note 788 supra, p. 717.
Ineke Boerefijn, voir note 789, p. 11.
Recommandation générale nº 19, § 1.
279
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
constances et la violence contre les femmes et les hommes en raison de leur
orientation sexuelle.794 La Recommandation précise un peu plus loin :
« La violence fondée sur le sexe, qui compromet ou rend nulle la jouissance des droits individuels et des libertés fondamentales par les
femmes en vertu des principes généraux du droit international ou des
conventions particulières relatives aux droits de l’homme, constitue une
discrimination, au sens de l’article premier de la Convention. Parmi ces
droits et libertés, on peut citer notamment:
a) Le droit à la vie;
b) Le droit à ne pas être soumis à la torture et à d’autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants;
c) Le droit à l’égalité de protection qu’assurent les normes humanitaires
en temps de conflit armé, national ou international;
d) Le droit à la liberté et à la sécurité de la personne;
e) Le droit à l’égalité de protection de la loi;
f) Le droit à l’égalité dans la famille;
g) Le droit au plus haut niveau possible de santé physique et mentale;
h) Le droit à des conditions de travail justes et favorables.»
Parmi les exemples de violence fondée sur le sexe cités dans la Recommandation générale nº19, on trouve : les violences et les sévices dans la
famille, les mariages forcés, les meurtres d’épouses pour non-paiement de la
dot, les attaques à l’acide, l’excision, le harcèlement, la stérilisation ou l’avortement obligatoires ou la dénégation d’accès aux soins de santé en matière de
reproduction, les mauvais traitements, le viol et d’autres formes d’agression
sexuelle, et, dans certaines circonstances, l’abandon de leurs responsabilités
familiales de la part des hommes. La Recommandation générale met l’accent
sur le fait que « pour appliquer intégralement la Convention, les États doivent
prendre des mesures constructives visant à éliminer toutes les formes de violence à l’égard des femmes. (Paragraphe 4)»
794 Voir Amnesty International, «Making rights a reality: the duty of states to address violence against
women», 2004.
280
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
Appendice iii Rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes,
ses causes et ses conséquences795
Suite à la reconnaissance des droits des femmes en tant que droits fondamentaux lors de
la Conférence de droits de l’homme tenue à Vienne en 1993 et à l’adoption de la Déclaration de l’ONU sur l’élimination de toutes les formes de violence à l’égard des femmes,
la lutte contre la violence infligée aux femmes a été renforcée par la nomination du premier Rapporteur spécial sur la violence contre les femmes, ses causes et ses conséquences, en vertu de la Résolution 1994/45 adoptée par la Commission des droits de
l’homme de l’ONU le 4 mars 1994.
Les principales activités de la Rapporteuse spéciale, telles que définies dans son mandat,
sont :
a) Rechercher et recevoir des informations crédibles et fiables provenant
des gouvernements, des organes conventionnels, des institutions spécialisées, des autres rapporteurs spéciaux chargés de différentes questions
relatives aux droits de l’homme et des organisations intergouvernementales et non gouvernementales (ONG), notamment des organisations de
femmes ;
b) Adresser aux gouvernements des appels urgents en vue d’obtenir des
éclaircissements sur la situation de personnes dont la situation laisse
craindre qu’elles subissent ou pourraient subir un traitement relevant de
son mandat ;
c) Transmettre aux gouvernements des informations visées à l’alinéa a
ci-dessus, laissant penser que des actes relevant de son mandat se sont
probablement produits ou que des mesures juridiques ou administratives
sont nécessaires pour prévenir de tels actes ;
d) Effectuer des missions sur place avec l’accord des gouvernements
concernés ;
e) Faire rapport à la Commission des droits de l’homme et recommander
des mesures et des moyens permettant, aux niveaux national, régional et
international, d’éliminer la violence contre les femmes et ses causes et
de remédier à ses conséquences.796
La Rapporteuse spéciale travaille pour
« Que soit éliminée toute forme de violence fondée sur le sexe dans la
famille ou au sein de la collectivité, ou perpétrée ou cautionnée par
795 Cet appendice a été élaboré à partir des informations disponibles sur le site Web du Haut
Commissariat aux Droits de l’Homme des Nations Unies (HCDH), www.ohchr.org.
796 Rapport de la Rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes, ses causes et ses conséquences, Towards an effective implementation of international norms to end violence against
women (Mme. Yakin Ertürk), (2003) UN doc. E/CN.4/2004/66.
281
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
l’État, et souligne que les gouvernements ont le devoir de s’abstenir de
tout acte de violence contre les femmes, d’agir avec la diligence voulue
pour prévenir les actes de cette nature, d’enquêter à leur sujet et de les
punir conformément à la législation nationale, de prendre des mesures
effectives et appropriées concernant ces actes, qu’ils soient le fait de
l’État, de particuliers ou de groupes armés ou factions en guerre, et de
prévoir des réparations justes et efficaces et une aide spécialisée, notamment médicale, pour les victimes.»797
Mme Radhika Coomaraswamy (Sri Lanka) a occupé le poste de Rapporteuse spéciale
chargée de la question de la violence contre les femmes entre 1994 et 2003. Elle a réalisé
des recherches thématiques sur la violence contre les femmes dans la famille; la violence
contre les femmes dans la collectivité; la violence contre les femmes en période de conflit
armé; et la question du trafic international de personnes. Plus concrètement, elle a fait
des recherches sur les conséquences à long terme du phénomène des « femmes de réconfort » au Japon et en Corée, et a dirigé une mission d’information sur la violence contre
les femmes dans les prisons d’État et les prisons fédérales aux États Unis, elle a publié
des rapports sur les répercussions de certaines politiques sur le phénomène de la violence
contre les femmes (politiques économiques, sociales, politiques et pratiques qui portent
atteinte aux droits reproductifs des femmes et contribuent à, causent ou constituent une
violence contre les femmes), et a élaboré les principes directeurs d’une législation-type
sur la violence domestique.798
Mme Coomaraswamy a été remplacée en 2003 par Mme Yakin Ertürk (Turquie). Mme
Ertürk a assumé son mandat de Rapporteuse spéciale en mettant l’accent sur « le caractère universel de la violence exercée contre les femmes, la multiplicité de ses formes, et
l’interrelation des différentes formes de discrimination contre les femmes, et son articulation à un système de domination fondé sur l’asservissement et l’inégalité ».799 Mme
Ertürk a poursuivi l’étude des violences perpétrées contre les femmes par les forces de
sécurité en période de conflit armé, à l’occasion de missions dans la région du Darfour,
au Soudan, dans les Territoires Palestiniens Occupés, en Afghanistan et en République
de Tchétchénie; elle a travaillé sur le problème de la traite des femmes et des jeunes filles,
ce qui l’a amenée à visiter certains pays d’origine et de destination (la Fédération Russe,
les Pays-Bas, la Suède) ; elle s’est intéressée aux pratiques culturelles qui oppriment les
femmes (la pratique répandue du mariage forcé en Turquie). Mme Ertürk a par ailleurs
mené des recherches approfondies sur les interactions entre différentes formes de discrimination liées au VIH/SIDA et leurs répercussions sur la violence contre les femmes.
Une des grandes contributions durant son mandat de Rapporteuse spéciale a été son rap-
797 Commission des droits de l’homme, Résolution 2003/45.
798 Rapport de la Rapporteuse spéciale chargée de la question de la violence contre les femmes, ses
causes et ses conséquences, A framework for model legislation on domestic violence (Mme Radhika
Coomaraswamy), (1996) UN doc. E/CN.4/1996/53/Add.2
799 Rapport de la rapporteuse spéciale chargée de la question sur la violence contre les femmes, ses
causes et ses conséquences, voir note 796.
282
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
port sur le critère de la diligence voulue pour éliminer les discriminations800, dans lequel
elle préconise son application à plusieurs niveaux, au-delà d’une approche strictement
étatique qui se limiterait à exiger des États la punition des auteurs de violations, et qui
consiste plutôt à les inciter à adopter une démarche d’action positive afin de prévenir la
violence contre les femmes, d’offrir des compensations aux victimes, et d’obliger les
acteurs non-étatiques à répondre de leurs actes de violence devant la justice.
Présenter une communication au Rapporteur Spécial sur la violence
contre les femmes
Comme indiqué ci-dessus, une partie du mandat du rapporteur spécial consiste à transmettre aux États des appels urgents et des communications (lettres d’allégations) portant
sur des allégations de faits de violence contre les femmes. Celles-ci peuvent concerner
des individus ou des groupes d’individus; elles peuvent aussi se rapporter à une situation
générale de violence contre les femmes perpétrée ou cautionnée par l’État.
Ces communications peuvent être envoyées à l’adresse suivante:
RAPPORTEUR SPÉCIAL CHARGÉ DE LA QUESTION
SUR LA VIOLENCE CONTRE LES FEMMES
OHCHR-UNOG
8-14 Avenue de la Paix
1211 Genève 10
Suisse
Fax: + 41 (0) 22 917 9006
E-mail: urgent-action@ohchr.org
Une fois reçues, le Rapporteur spécial évalue la crédibilité des informations transmises et
la menace que les faits représentent pour la vie ou l’intégrité physique de la femme. Si le
danger ou la menace de danger paraissent imminents, le Rapporteur spécial lance un appel
au gouvernement concerné et le somme de prendre des mesures urgentes pour assurer la
protection effective des personnes menacées. Si l’allégation concerne des actes de violence
qui ont déjà été commis, le Rapporteur spécial transmet une lettre d’allégation au gouvernement concerné sollicitant des éclaircissements sur les faits présumés.
Pour soumettre une requête devant le Rapporteur spécial, il convient de remplir le questionnaire des communications individuelles, disponible sur le site Web du Rapporteur spécial. Il est utile, en outre, de joindre un résumé des faits. Si des faits nouveaux se produisent
une fois la requête soumise, il convient aussi de les signaler au Rapporteur spécial.
Pour de plus amples renseignements, prière de se reporter au site Web du Rapporteur spécial, qui contient des informations et des conseils utiles sur les éléments qui doivent figurer dans les communications :
http://www.ohchr.org/english/issues/women/rapporteur/complaints.htm
800 Rapport de la Rapporteuse spéciale chargée de la question sur la violence contre les femmes, ses
causes et ses conséquences, The due diligence standard as a tool for the elimination of violence
against women, (Mme Yakin Ertürk), (2006) UN doc. E/CN.4/2006/61.
283
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
5.2.7 Réserves à la ratification ou à l’adhésion à la
Convention CEDAW
La Convention CEDAW fait l’objet d’un grand nombre de réserves. Les principes qui régissent la formulation des réserves aux traités, les objections aux
réserves et les relations entre les États qui émettent des réserves, ceux qui font
des objections à ces réserves et ceux qui les admettent sont énoncés dans la
Convention de Vienne sur le droit des traités.801 Aucun article de la Convention
CEDAW n’interdit les réserves, et aucun droit n’est qualifié de non-dérogeable. L’article 28 (2) de la Convention CEDAW s’aligne sur la Convention de
Vienne en interdisant les réserves « incompatibles avec l’objet ou le but » de la
Convention. Nombre de réserves formulées par les États parties à la
Convention CEDAW sont pourtant clairement contraires à son objet et à son
but. Ceci est particulièrement vrai dans le cas des réserves formulées à des
dispositions essentielles telles que les articles 2 et 16, sous prétexte que les lois
nationales, les coutumes ou la religion du pays sont incompatibles avec les
principes de la Convention. Ainsi, un certain nombre de ces réserves ont en
réalité pour effet de renforcer l’inégalité entre les hommes et les femmes,
entravent le plein progrès de la situation des femmes et perpétuent leur condition subalterne par rapport aux hommes. Contrairement à l’article 20 (2) de la
Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, qui prévoit la possibilité de considérer comme incompatible une
réserve si deux tiers des États parties élèvent des objections, la Convention
CEDAW n’offre, en vertu de l’article 29 (1), que la possibilité de soumettre
un différend concernant l’application ou l’interprétation de la Convention à la
Cour internationale de justice. Cette disposition reste cependant soumise à un
grand nombre de réserves et n’a jamais été appliquée.
Le Comité CEDAW a adopté deux Recommandations générales sur les
réserves. La Recommandation générale nº 4 exprime sa préoccupation devant
le nombre important de réserves qui s’avèrent incompatibles avec l’objet de la
Convention et suggère aux États parties de les réexaminer en vue de les retirer.802 Dans sa Recommandation générale nº 20, le Comité estime que les États
devraient :
« a) Soulever la question de la validité et des conséquences juridiques
des réserves formulées à l’égard de la Convention, dans le cadre des
réserves concernant les instruments relatifs aux droits de l’homme;
801 Articles 19-23.
802 Recommandation générale nº 4.
284
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
b) Réexaminer ces réserves en vue de renforcer l’application de tous les
instruments relatifs aux droits de l’homme ;
c) Envisager d’établir, en ce qui concerne les réserves à l’égard de la
Convention, une procédure analogue à celle qui est prévue pour les
autres instruments relatifs aux droits de l’homme.»803
Les Directives générales du Comité CEDAW contiennent un paragraphe sur
les réserves. Les Directives estiment que :
« Toute réserve ou déclaration concernant tout article de la Convention
émanant de l’État partie doit être expliquée et son maintien justifié.
Compte tenu de la déclaration du Comité au sujet des réserves adoptée à
sa dix-neuvième session (voir A/53/38/Rev.1, deuxième partie, chap. I,
sect. A), l’effet de toute réserve ou déclaration sur le plan de la législation
et de la politique nationales doit être expliqué avec précision. Les États
parties qui ont émis des réserves générales ne visant pas un article particulier ou qui visent les articles 2 ou 3 devraient présenter un rapport au
sujet des effets et de l’interprétation de ces réserves. Les États parties
devraient fournir des renseignements au sujet de toute réserve ou déclaration qu’ils pourraient avoir introduite en ce qui concerne des obligations
analogues dans d’autres traités relatifs aux droits de l’homme.»804
Dans sa déclaration sur les réserves, le Comité explique qu’il considère les articles 2 et 16 comme des dispositions centrales de la Convention et exprime son
inquiétude devant le nombre et la portée des réserves présentées à ces articles.
Dans la Recommandation génerale nº 21, le Comité demande aux États,
conformément aux articles 2, 3 et 24, de retirer leurs réserves, concernant
notamment les articles 9 (sur la nationalité), 15 (sur la capacité juridique) et
16 (sur le mariage et les relations familiales).805
Dans son examen des rapports des États, le Comité entame un dialogue avec
l’État partie concerné et émet des Observations finales qui en règle générale
expriment son inquiétude à propos des réserves émises, en particulier concernant les articles 2 et 16, ou quant au refus des États parties de les retirer ou de
les modifier.806 Très peu d’États ont toutefois retiré ou modifié les réserves for803
804
805
806
Recommandation générale nº 20, § 2.
UN Doc. HRI/GEN/2/Rev. 1/Add.2, 5 mai 2003.
Recommandation générale nº21.
Voir, par exemple, le commentaire du Comité lors de sa 34e session en 2006 sur la décision de la
Thaïlande de maintenir ses réserves à l’article 16, UN Doc. CEDAW/C/THA/CO/5, ou le commentaire du Comité lors de sa 32e session en 2005 sur les réserves de l’Algérie aux articles 2, 9(2),
15(4) et 16. Le Comité a remarqué, au sujet de l’Algérie, que les « réserves aux articles 2 et 16 sont
contraires à l’objet et au but de la Convention », UN Doc. CEDAW/C/DZA/CC/2.
285
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
mulées aux articles 2 et 16.807 Un des inconvénients des Observations finales
et des Recommandations générales est qu’elles ne sont pas juridiquement
contraignantes ; un autre problème est le manque de directives permettant de
déterminer ce qui est ou non compatible avec l’objet et le but de la Convention
CEDAW. Par ailleurs, il n’existe pas de procédures qui limitent les possibilités
de formuler des réserves, et les conséquences pour un État qui émet des
réserves incompatibles ne sont pas spécifiées.
En dépit de son inquiétude, le Comité CEDAW n’a pas adopté de recommandation similaire à celle du Comité des droits de l’homme concernant les
réserves au Pacte international relatif aux droits civils et politiques.808 Le
Comité des droits de l’homme estime :
« Il incombe nécessairement au Comité de déterminer si une réserve
donnée est compatible avec l’objet et le but du Pacte, en partie parce
que, comme on l’a vu plus haut, cette tâche n’est pas du ressort des
États parties s’agissant d’instruments relatifs aux droits de l’homme, et
en partie parce que le Comité ne peut se soustraire à cette tâche dans
l’exercice de ses fonctions. Afin de savoir jusqu’où va son devoir d’examiner dans quelle mesure un État s’acquitte de ses obligations au titre
de l’article 40 ou d’examiner une communication soumise en vertu du
premier Protocole facultatif, il doit nécessairement se faire une idée de
la compatibilité d’une réserve avec l’objet et le but du Pacte et avec le
droit international général. En raison du caractère particulier d’un
instrument relatif aux droits de l’homme, la compatibilité d’une réserve
avec l’objet et le but du Pacte doit être établie objectivement, en se
référant à des principes juridiques. Le Comité est particulièrement bien
placé pour s’acquitter de cette tâche. La conséquence normale d’une
réserve inacceptable n’est pas que le Pacte restera totalement lettre
morte pour l’État auteur de la réserve. Une telle réserve est dissociable,
c’est-à-dire que le Pacte s’appliquera à l’État qui en est l’auteur, sans
bénéficier de la réserve.»809
Le Comité des Droits de l’Homme déclare en outre que « pour ne pas aboutir
à une perpétuelle mise en échec des normes internationales relatives aux droits
de l’homme, les réserves ne devraient pas systématiquement réduire les obli-
807 Voir, par exemple, les observations du Comité CEDAW lors de sa 35e session en 2006 sur la
décision de la Malaisie de retirer ses réserves aux articles 2 (f), 9 (l), 16 (b), (d) (e) et (h) de la
Convention, UN Doc. CEDAW/C/MYS/CO/2 ou ses observations lors de la 32e session de 2005
sur la décision de la Turquie de retirer ses réserves, y compris à l’article 16, paragraphes 1 (c),
(d), (f), (g).
808 Comité des droits de l’homme, Observation générale nº 24.
809 Ibid., paragraphe 18.
286
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
gations contractées uniquement aux normes moins contraignantes qui existent
dans le droit interne.»810 Enfin, le Comité des droits de l’homme critique aussi
les réserves imprécises et générales et souligne qu’il faudrait considérer l’effet
des réserves sur le traité dans son ensemble.
L’effet des réserves du point de vue du Protocole facultatif à la Convention
CEDAW sera abordé ci-dessous.
5.3
Introduction au Protocole facultatif à la Convention
CEDAW
Le Protocole facultatif à la Convention CEDAW, adopté par l’Assemblée
générale le 6 octobre 1999,811 constituait une réponse aux appels en faveur du
renforcement des mécanismes d’exécution, en vue de créer un dispositif permettant aux femmes d’accéder directement à la justice au niveau international.
Les États parties à la Convention CEDAW ne deviennent pas automatiquement parties au Protocole facultatif. De fait, ils sont tenus de ratifier ou d’adhérer au Protocole facultatif pour en devenir partie. Le Protocole facultatif est
entré en vigueur le 22 décembre 2000, suite à sa ratification par le dixième État
partie à la Convention. A la date du 2 novembre 2006, 83 États parties avaient
ratifié ou adhéré au Protocole facultatif.812 Le Tableau 2 ci-après dresse la liste
des pays qui ont ratifié le Protocole Facultatif, région par région.
810 Ibid., paragraphe 19.
811 UN Doc. GA Res. 54/4, 15 octobre 1999.
812 http://www.un.org/womenwatch/daw/cedaw/protocol/sigop.htm.
287
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Tableau 2
Ratifications du Protocole facultatif à la Convention CEDAW 813
(pays par région)
Afrique
Burkina-Faso
Cameroun
Gabon
Lesotho
Grande Jamahiriya arabe libyenne
Mali
Namibie
Niger
Nigeria
Sénégal
Afrique du Sud
République unie de Tanzanie
Amériques
Antigua-et-Barbuda
Belize
Bolivie
Brésil
Canada
Costa Rica
Protocole facultatif
à la Convention CEDAW814
10 octobre 2005
7 janvier 2005
5 novembre 2004
24 septembre 2004
18 juin 2004
5 décembre 2000
26 mai 2000
30 septembre 2004
22 novembre 2004
26 mai 2000
18 octobre 2005
12 juin 2006
Protocole facultatif
à la Convention CEDAW
5 juin 2006
9 décembre 2002
27 septembre 2000
28 juin 2002
18 octobre 2002
20 septembre 2001
813 Tableau élaboré à partir des informations disponibles sur la base de données des organes de traités des
Nations Unies (voir http://www.unhchr.ch/tbs/doc.nsf ); données actualisées le 1er novembre 2006.
814 Pour les États ayant ratifié le Protocole facultatif à la Convention CEDAW avant son entrée en
vigueur, le 22 décembre 2000, ce protocole est entré en vigueur trois mois à compter de cette date.
Pour chaque État qui ratifiera le présent Protocole ou y adhérera après son entrée en vigueur, le
Protocole entrera en vigueur trois mois après la date du dépôt par cet État de son instrument de
ratification ou d’adhésion. (Article 16, Protocole facultatif à la CEDAW).
288
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
République Dominicaine
Équateur
Guatemala
Mexique
Panama
Paraguay
Pérou
St Kitts et Nevis
Uruguay
Venezuela
10 août 2001
5 février 2002
9 mai 2002
15 mars 2002
9 mai 2001
14 mai 2001
9 avril 2003
20 janvier 2006
28 juillet 2001
13 mai 2002
Asie
Protocole facultatif
à la Convention CEDAW
6 septembre 2000
13 mars 2006
28 mars 2002
7 septembre 2000
12 novembre 2003
18 octobre 2006
6 mai 2002
15 octobre 2002
14 juin 2000
16 avril 2003
Bangladesh
Maldives
Mongolie
Nouvelle-Zélande
Philippines
République de Corée
Îles Salomon
Sri Lanka
Thaïlande
Timor Leste
Europe / Asie Centrale
Albanie
Andorre
Arménie
Autriche
Azerbaïdjan
Belarus
Protocole facultatif
à la Convention CEDAW
23 juin 2003
14 octobre 2002
14 septembre 2006
6 septembre 2000
1er juin 2001
3 février 2004
289
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Belgique
Bosnie-Herzégovine
Bulgarie
Croatie
Chypre
République Tchèque
Danemark
Finlande
France
Géorgie
Allemagne
Grèce
Hongrie
Islande
Irlande
Italie
Kazakhstan
Kirghizistan
Liechtenstein
Lituanie
Luxembourg
Monténégro
Pays-Bas
Norvège
Pologne
Portugal
République de Moldavie
Roumanie
Fédération Russe
Saint-Marin
Serbie et Monténégro
17 juin 2004
4 septembre 2002
20 septembre 2006
7 mars 2001
26 avril 2002
26 février 2001
31 mai 2000
29 décembre 2000
9 juin 2000
1er août 2002
15 janvier 2002
24 juin 2002
22 décembre 2000
6 mars 2001
7 septembre 2000
22 septembre 2000
24 août 2002
22 juillet 2002
24 octobre 2001
5 août 2004
1er juillet 2003
23 octobre 2006
22 mai 2002
5 mars 2002
22 décembre 2003
26 avril 2002
28 février 2006
25 août 2003
28 juillet 2004
15 septembre 2005
31 juillet 2003
290
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
Slovaquie
Slovénie
Espagne
Suède
Ex République Yougoslave
de Macédoine
Turquie
Ukraine
Royaume-Uni de Grande-Bretagne
et d’Irlande de Nord
17 novembre 2000
23 septembre 2004
6 juillet 2001
24 avril 2003
17 octobre 2003
29 octobre 2002
26 septembre 2003
17 décembre 2004
Le protocole comporte deux procédures : une procédure de communication et
une procédure d’enquête. La première offre à un individu ou à un groupe d’individus la possibilité de présenter une communication au Comité CEDAW
alléguant qu’un État partie a violé ses droits au titre de la Convention
CEDAW. Il fournit un instrument pour l’obtention de réparations suite à une
ou à plusieurs violations spécifiques, résultant d’un acte ou d’une omission
d’un État partie.
La procédure d’enquête permet au Comité CEDAW de lancer des enquêtes sur
des situations de violations graves ou systématiques des droits des femmes.
Dans les deux cas, les États doivent être parties à la Convention et au
Protocole. Les deux procédures ne s’excluent pas : il n’est pas interdit de présenter une communication individuelle sur une situation qui fait déjà l’objet
d’une procédure d’enquête. L’article 17 du protocole stipule explicitement
qu’aucune réserve ne peut être admise. Le protocole comporte toutefois une
« clause optionnelle » permettant aux États de déclarer lors de la ratification ou
de l’adhésion qu’ils n’acceptent pas la procédure d’enquête.
Le projet original du Protocole facultatif de Maastricht s’est inspiré de mécanismes de présentation de requêtes existants, mais offrait à beaucoup d’égards
une procédure plus large.815 Par exemple, ce projet élargissait la catégorie des
requérants afin d’y inclure des individus, des groupes ou des organisations
815 Pour un commentaire sur le projet préliminaire de Maastricht, voir Andrew Byrnes et Jane
Connors, note 788 ci-dessus, pp. 747-797.
291
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
ayant « un intérêt suffisant » dans l’affaire.816 Cette disposition au champ plus
étendu, qui aurait permis aussi la présentation de requêtes portant sur des discriminations systématiques, en plus des requêtes individuelles, a finalement
été effacée lors de la réunion de la Commission de la condition de la femme
en 1998.817 Le projet original de Maastricht comportait une autre disposition
novatrice obligeant les États à prendre des mesures pour offrir des réparations
aux victimes de violations repérées et dénoncées dans les communications.818
Les constatations faites par les organes de surveillance des traités, en vertu des
procédures de requêtes existantes, n’étant pas expressément considérées
comme juridiquement contraignantes pour les États concernés mais plutôt
comme de simples recommandations, cette disposition s’est opposée à des
résistances et a été finalement écartée. Par conséquent, au lieu d’avoir à remplir une obligation, les États sont encouragés à examiner dûment les constatations du Comité CEDAW et à y répondre.819 Le troisième apport du projet original de Maastricht a survécu et a conféré au Comité CEDAW le pouvoir
d’enquêter sur la base d’allégations de violations systématiques de la
Convention CEDAW sans nécessité de requête préalable.820
Le Comité CEDAW a adopté une série de directives officielles sur le traitement des communications et enquêtes au titre du Protocole facultatif, connues
sous le nom de « règles de procédure ».821 A partir du moment où le Comité
reçoit une communication individuelle ou lance une enquête, il doit suivre
cette série de règles et procédures, qui régit l’approche des membres du Comité
et leur évaluation des communications reçues. L’article 62 des Règles de procédure stipule que le Comité peut établir un ou plusieurs groupes de travail,
composés par cinq membres au maximum, et désigner un ou plusieurs rapporteurs chargés de préparer des recommandations pour le Comité et de l’assister
sur toute question quand le Comité le juge nécessaire. Conformément à cette
règle, le Comité CEDAW a établi un groupe de travail sur les communications,
constitué par cinq de ses membres. Le groupe travaille en collaboration étroite
avec le Secrétariat (la Division pour la promotion de la femme) et se réunit
avant les sessions régulières du Comité CEDAW.
816
817
818
819
820
821
Ibid., article 2 (1) (b) du projet de protocole de Maastricht.
Ibid., Voir GA Res. 54/4, 15 octobre 1999, article 2.
Ibid., article 8 du projet de protocole de Maastricht
Voir article 7 (4) du Protocole facultatif.
Voir article 8 du Protocole facultatif.
On les trouve sur http://www.un.org/womenwatch/daw/cedaw/index.html.
292
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
Les tâches du Groupe de travail sont :
• Déterminer si la communication devrait être enregistrée. Cette décision peut
être prise à la majorité au sein du groupe de travail ;
• Déclarer si la communication est recevable au titre du protocole facultatif.
En conformité avec l’article 64 des Règles de procédure, cette décision doit
être prise à l’unanimité. Si cela s’avère impossible à cette étape, le Comité
CEDAW dans son intégralité doit décider à la majorité simple si la communication est recevable ;
• Demander à l’État partie de prendre des mesures provisoires, si cela s’avère
nécessaire, afin d’éviter que ne soit causé un préjudice irréparable pour la
ou les victimes de la violation présumée, conformément à l’article 63 des
Règles de procédure ;
• Faire des recommandations sur le fond d’une communication, conformément à l’article 72 des Règles de procédure du Comité CEDAW.822
Les membres actuels du Groupe de travail sur les communications au titre du
Protocole facultatif, et dont le mandat de deux ans arrive à son terme le 31
décembre 2006, sont: Magalys Arocha Dominguez (Cuba); Cornelis
Flinterman (Pays-Bas); Krisztina Morvai (Hongrie); Pramila Patten (Ile
Maurice); Anamah Tan (Singapour).
5.4
Étapes de la procédure des communications823
5.4.1 Présentation d’une communication
Même s’il n’est pas nécessaire que la communication corresponde à un format
précis, il existe un formulaire-type contenant des instructions pour la présentation de communications au Comité CEDAW.824 Il est vivement conseillé aux
requérants de suivre attentivement ces instructions. Le formulaire-type comprend huit catégories d’informations qui doivent figurer dans la communication pour qu’elle soit examinée.
822 Voir International Women’s Rights Actions Watch Asia Pacific sur http://www.iwraw-ap.org/
protocol/working.htm.
823 Le site internet d’International Women’s Rights Actions Watch Asia Pacific offre une synthèse
globale des différentes phases de la procédure des communications sur: http://www.iwrawap.org/protocol/overview.htm
824 Ce formulaire type est disponible sur http://www.un.org/womenwatch/daw/cedaw/protocol/
modelform-F.PDF.
293
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
1. Information concernant l’auteur ou les auteurs de la communication ;
2. Information concernant les victimes présumées (si la victime n’est pas
l’auteur de la communication) ;
3. Informations sur l’État partie concerné ;
4. Nature des violations présumées ;
5. Démarches réalisées pour épuiser les voies de recours internes ;
6. Autres procédures internationales ;
7. Date et signature du ou des auteurs et/ou de la ou des victimes ;
8. Liste des documents joints.
Les communications doivent être adressées à l’adresse suivante :
Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes
Aux bons soins de la Division de la promotion de la femme
Département des affaires économiques et sociales
Secrétariat de l’Organisation des Nations Unies
2 United Nations Plaza, DC-2/12e étage
New York, NY 10017
États-Unis d’Amérique
Télécopie : 1-212-963-3463
Toutes les communications présentées au Comité CEDAW doivent être d’abord
reçues et passées en revue par le Secrétariat du Comité, c’est-à-dire la Division
de la promotion de la femme. Le rôle et les responsabilités du Secrétariat dans
l’administration de la procédure des communications sont définis de manière
détaillée dans les règles de procédure mentionnées ci-dessus. On peut contacter
le Secrétariat à l’adresse électronique suivante : daw@un.org
Le Secrétariat décide de la recevabilité initiale de la communication. Il évalue
si les renseignements fournis par la communication sont suffisants. S’il
manque certaines informations, le Secrétariat demandera à l’auteur ou aux
auteurs de la requête des détails supplémentaires, conformément à l’article 58
des Règles de procédure. Le Secrétariat préparera en outre, au titre de l’article
59 des Règles de procédure, un résumé des communications en vue de leur
enregistrement.
Le Comité examine la requête en deux étapes. La première étape concerne la
recevabilité de la communication. Un certain nombre de conditions doivent
être remplies avant que le fond de la violation présumée puisse être examiné.
294
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
En vertu de l’article 64 des Règles de procédure, le Comité doit décider si la
communication est recevable ou irrecevable. La deuxième étape concerne le
fond de la requête; il s’agit de déterminer si les faits présumés constituent une
violation de la Convention CEDAW. Tous les documents pertinents pour
chacune des deux phases de l’examen doivent être joints à la communication
initiale. Ainsi, les lois nationales et les détails de toutes les décisions administratives ou judiciaires se rapportant à l’affaire au niveau national, y compris
des copies de ces décisions, doivent être inclus et envoyés avec la communication. Il est absolument essentiel de remplir toutes les conditions formelles de
recevabilité afin d’éviter que le cas ne soit déclaré irrecevable dès le départ.
Les conditions de recevabilité sont exposées à cette fin ci-dessous.
5.4.2 Critères de recevabilité
a) Les conditions préliminaires à la recevabilité
i. L’auteur de la communication
L’article 2 du Protocole facultatif et l’article 68 des Règles de procédure stipulent qu’une communication peut être présentée :
• Par des particuliers ou groupes de particuliers relevant de la juridiction d’un État partie, qui affirment être victimes d’une violation par
cet État partie d’un des droits énoncés par la Convention
• Au nom de particuliers ou groupes de particuliers, et avec leur consentement, à moins que l’auteur ne puisse justifier pouvoir agir sans
un tel consentement
La communication doit démontrer que la requérante a été ou est directement
l’objet d’une violation de ses droits en vertu de la Convention CEDAW, en raison d’une législation, d’une politique, d’une pratique, d’un acte ou d’une omission de l’État partie.825 Une communication qui incrimine une disposition
légale ou une politique qui n’a pas été appliquée à l’encontre de la requérante
sera jugée irrecevable. Plus exactement, l’auteur ou les auteurs doivent prou825 Voir Jane Connors, Introduction to the Optional Protocol and its Mechanisms, in The Optional
Protocol to CEDAW : mitigating violations of women’s human rights. Séminaire de formation
international pour les ONG et les activistes des droits des femmes, 13-15 mars 2003, Berlin,
Documents du séminaire, Berlin, Institut Allemand des Droits de l’Homme, 2003, p. 18.
295
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
ver qu’elles sont directement lésées en tant qu’individu ou groupe d’individus,
par la législation, la politique ou la pratique dénoncée.826 Ce principe renvoie
à l’interdiction de l’« actio popularis ».
L’individu ou le groupe d’individus qui présentent la communication sont
tenus de démontrer qu’ils relèvent de la juridiction de l’État partie visé. Ceci
revêt une importance particulière dans les cas de violations présumées des
droits des femmes migrantes, des personnes non ressortissantes de l’État
contre lequel elles présentent une communication, ou résidant dans un autre
État que le leur.827 Il n’est toutefois pas nécessaire que l’individu qui affirme
être victime d’une violation de la part d’un État soit ressortissant ou même résident de cet État, pour adresser une requête. Les États ont l’obligation de
respecter et d’appliquer le droit international des droits de l’homme sur leur
territoire et sur les territoires où ils exercent un contrôle effectif, et cette responsabilité s’entend envers toutes les personnes se trouvant sur ces territoires,
indépendamment de leur nationalité ou du fait qu’elles soient immigrées.828
Les violations doivent avoir eu lieu durant la période où l’individu ou les individus étaient placés sous la juridiction de l’État contre lequel la communication est adressée.
Même si le Protocole facultatif donne la possibilité aux particuliers ou groupes
de particuliers de soumettre eux-mêmes une communication, il est conseillé de
se faire assister par un avocat ou un défenseur des droits de l’homme (d’une
ONG, etc.), compte tenu de la complexité des procédures et du droit régissant
les requêtes. Cela est encore plus vrai quand la requérante doit surmonter des
obstacles tels que l’analphabétisme, la peur des représailles de la part de la
famille ou de la communauté, ou le manque de moyens financiers. L’article 2
du Protocole facultatif stipule que les communications peuvent être soumises
au nom de particuliers ou groupes de particuliers, avec leur consentement.
L’exigence du consentement constitue un deuxième garde-fou contre une actio
popularis en ce qu’elle permet d’assurer que la communication soit présentée
par des personnes qui ont un lien suffisamment proche avec la victime ou les
victimes de la violation alléguée et qui sont réellement disposées à défendre
leur intérêt supérieur. La preuve du consentement peut prendre la forme d’une
autorisation de représentation légale, une procuration à un avocat ou tout autre
826 Ibid.
827 Ibid.
828 Voir par exemple l’article 12, Articles de la Commission du droit international sur la responsabilité
des États pour les actes internationalement reconnus comme illicites, et l’Observation générale
nº 31 du Comité des droits de l’homme.
296
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
document indiquant que la victime a habilité un représentant à agir en son
nom.829 Dans certaines circonstances, une requête peut être déposée sans le
consentement de l’individu ou du groupe d’individus, sous réserve que son
auteur présente des raisons valides justifiant l’absence de consentement formel. Cela peut être le cas par exemple d’une communication soumise au nom
d’un grand nombre de victimes, pour lequel il peut être considéré déraisonnable de devoir obtenir le consentement de chacune d’entre elles. Entre autres
exemples, on peut citer les affaires dans lesquelles la victime risque de subir
des représailles si elle accepte que la requête soit présentée en son nom, ou les
cas où la victime est dans l’impossibilité de donner son consentement formel,
par exemple parce qu’elle est incarcérée ou détenue sous une autre forme,
parce qu’elle est atteinte d’une maladie grave ou encore parce qu’elle n’a pas
la capacité juridique pour le faire.830
Il convient cependant de noter que les Nations Unies n’offrent pas d’assistance
juridique ou financière aux requérants, et que le Comité CEDAW n’oblige pas
les États parties à leur fournir une assistance juridique. Les requérantes doivent
ainsi vérifier s’il existe dans leur pays des dispositifs d’aide juridique aux fins
de la présentation d’une requête en vertu des mécanismes internationaux, ou
si des ONG ou des organisations de femmes fournissent une assistance judiciaire gratuite.
ii. Le format de la communication
L’article 3 du Protocole facultatif et l’article 56 des Règles de procédure prévoient que pour pouvoir être examinée par le Comité, la communication présentée :
• Doit être soumise par écrit
• Ne peut être anonyme
• Doit concerner un État partie à la Convention sur l’élimination de la
discrimination à l’égard des femmes ainsi qu’au Protocole facultatif.
S’agissant de la confidentialité, sont rendues publiques : les décisions relatives
à la recevabilité ou au fond, ainsi que la décision de cesser l’examen de la com-
829 Institut interaméricain des droits de l’homme, Optional Protocol, Convention on the Elimination
of All forms of Discrimination against Women, San José, 2000, pp. 41-44, à IWRAW Asia Pacific,
http://www.iwraw-ap.org/protocol/jurisdiction.htm
830 Ibid.
297
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
munication. Toutefois, conformément à l’article 74 des Règles de procédure,
le Comité CEDAW peut décider que « le Comité, l’auteur ou l’État partie intéressé s’abstient de dévoiler l’identité de l’auteur ou des auteurs de la communication ou de la ou des victimes des violations alléguées des droits énoncés
dans la Convention ainsi que tout renseignement personnel concernant ces personnes.» Toutefois l’identité de la victime et celle de l’auteur de la requête doivent être communiquées à l’État partie. Par ailleurs, l’auteur et l’État partie
peuvent rendre publics les observations et renseignements présentés au Comité
et ayant une incidence sur la procédure, à moins que le Comité ne leur
demande « de s’abstenir de divulguer tout ou partie des observations et renseignements concernant la procédure.»
b) La violation d’un droit protégé par la Convention CEDAW –
La violence à l’égard des femmes
L’article 2 du Protocole facultatif stipule que :
« Des communications peuvent être présentées par des particuliers ou
groupes de particuliers ou au nom de particuliers ou groupes de particuliers relevant de la juridiction d’un État Partie, qui affirment être
victimes d’une violation par cet État Partie d’un des droits énoncés
dans la Convention » (accent mis).
Des éléments de preuves doivent étayer la requête individuelle :
• La violation alléguée dans la communication doit porter atteinte à un
droit (ou à des droits) protégé(s) par la Convention CEDAW ;
• Les détails concernant la violation alléguée doivent faire état d’une
discrimination fondée sur le sexe (montrer en quoi la violation
alléguée relève de l’article 1 de la Convention CEDAW).
La Convention CEDAW n’établit pas une liste des droits des femmes, comme
on l’a déjà indiqué. En devenant partie à la Convention, l’État accepte d’être
lié par une série d’obligations qui visent à éliminer toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et à établir l’égalité entre les hommes et
les femmes. A cet égard, la formulation de l’article 2 est quelque peu surprenante, puisque celui-ci fait référence aux « droits énoncés dans la Convention ». Les auteurs d’une requête individuelle doivent donc mener une analyse
minutieuse des obligations énoncées par la Convention CEDAW ainsi que
des circonstances particulières de la ou des victimes présumées pour pouvoir
298
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
identifier et définir le droit ou les droits visés, et donc la violation de ce ou de
ces droits. De ce fait, la communication doit présenter des informations sur
l’auteur de la violation, et indiquer quelle action ou inaction a fait suite à cette
violation afin de pouvoir démontrer clairement la responsabilité de l’État. La
requête devra également décrire les éventuels effets négatifs de la violation sur
le respect et l’application des autres obligations énoncées dans la Convention,
étant donné que ces obligations sont étroitement liées.
Il est extrêmement important de comprendre qu’une communication relative à
des détentions arbitraires, des tortures, des exécutions sommaires ou extrajudiciaires, à des disparitions forcées ou à d’autres violations graves des droits
de l’homme ne sera recevable au titre du Protocole facultatif qu’au cas où le
requérant peut démontrer que les faits comportent des éléments de discrimination fondée sur le sexe. En dehors de ces cas, la Convention ne protège pas les
personnes contre ce type de violations des droits de l’homme. Autrement dit,
la Convention ne constitue pas un ensemble d’obligations visant à assurer aux
femmes la jouissance de droits spécifiques. Plus exactement, elle est un mécanisme qui oblige les États parties à garantir aux femmes la jouissance des
droits fondamentaux sur la base de l’égalité avec les hommes, et à éliminer la
discrimination à l’égard des femmes.831
L’analyse des violations ne saurait s’arrêter aux obligations établies par les
articles de la Convention. La Convention CEDAW n’est pas un document statique. Elle est un instrument en constante construction, et de ce fait, pour
construire l’argumentation d’une affaire, il est essentiel de prendre en compte
toute la jurisprudence du Comité CEDAW, et considérer les Recommandations générales, les Observations finales adoptées par le Comité à l’étape du
rapport que lui soumet un État, ainsi que les observations du Comité au cours
de la procédure des communications individuelles et de l’enquête. Le Comité
a adopté des Recommandations générales qui ont renforcé la portée de certaines dispositions de la Convention, particulièrement significatives en matière
de violence à l’égard des femmes.832 Comme indiqué précédemment, si l’on ne
trouve pas dans la Convention de disposition qui protège les femmes de la violence, la Recommandation générale nº 19 affirme explicitement que :
« La définition de la discrimination [telle qu’elle apparaît dans l’article
premier de la Convention] inclut la violence fondée sur le sexe, c’est831 A.Byrnes et J.Connors, note 788 ci-dessus, p.716.
832 Dans la Communication nº 2/2003, Affaire Mme A.T. c. Hongrie (2/2003), le Comité considère
explicitement le fond de l’affaire dans la perspective de la Recommandation générale nº 19. Ce cas
est abordé infra.
299
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
à-dire la violence exercée contre une femme parce qu’elle est une
femme ou qui touche spécialement la femme. Elle englobe les actes qui
infligent des tourments ou des souffrances d’ordre physique, mental ou
sexuel, la menace de tels actes, la contrainte ou autres privations de
liberté. La violence fondée sur le sexe peut violer des dispositions particulières de la Convention, même si ces dispositions ne mentionnent
pas expressément la violence.»833
i. La protection des femmes contre la violence exercée par des
acteurs étatiques
Comme on l’a évoqué plus haut, la Recommandation générale nº 19 établit que :
« [l]a violence fondée sur le sexe, qui compromet ou rend nulle la jouissance des droits individuels et des libertés fondamentales par les
femmes en vertu des principes généraux du droit international ou des
conventions particulières relatives aux droits de l’homme, constitue une
discrimination, au sens de l’article premier de la Convention. Parmi ces
droits et libertés, on peut citer notamment (...) le droit à ne pas être
soumis à la torture et à d’autres peines ou traitements cruels, inhumains
ou dégradants.»834
La Recommandation générale nº 19 précise ensuite que : « La Convention s’applique à la violence perpétrée par les autorités publiques. Outre qu’ils contreviennent à la Convention, de tels actes de violence peuvent également transgresser les obligations qui incombent aux États en vertu des principes généraux
du droit international en matière de droits de l’homme et d’autres conventions. » Ainsi le cas d’une femme qui est torturée ou qui a été soumise à de
mauvais traitements par un agent de l’État peut donner lieu à une communication adressée au Comité CEDAW, à condition que, comme indiqué précédemment, les faits relatifs à la violation mettent en évidence une discrimination
fondée sur le sexe. Il n’est pas toujours possible d’identifier comme tels des
actes de violence sexiste, lorsqu’ils sont considérés isolément. De ce fait, il
peut être nécessaire d’inclure dans la communication une étude comparée sur
la manière dont certains actes de violence touchent plus spécialement les
femmes que les hommes, et sur les implications que comporte le fait d’être
femme dans l’acte de violence. D’autres actes de violence sont en règle générale sexospécifiques : ainsi l’avortement obligatoire ou la stérilisation forcée.
833 Recommandation générale nº 19.
834 Ibid.
300
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
D’après la Déclaration des Nations Unies sur l’élimination de la violence à
l’égard des femmes, les termes « violence à l’égard des femmes » s’entendent
comme :
« Tous les actes de violence dirigés contre le sexe féminin, et causant
ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances
physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels
actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans
la vie publique ou privée.»835
Les éléments sur lesquels le sexe de la victime a souvent un impact déterminant et qu’il convient d’examiner afin de pouvoir caractériser une torture ou un
mauvais traitement comme violence fondée sur le sexe comprennent: (a) la
forme de la violence, par exemple, si la torture ou les mauvais traitements infligés à la femme sont de nature sexuelle (bien que les hommes soient aussi l’objet de violences sexuelles, les tortures et mauvais traitements à caractère sexuel
sont plus systématiquement perpétrés contre des femmes) ; (b) les circonstances dans lesquelles se produit la violence, par exemple, la violence à l’encontre des femmes d’un groupe particulier au cours d’un conflit armé, ou
encore les peines de flagellation ou de lapidation, et notamment celles qu’imposent les tribunaux religieux (comme ceux régis par la Shariah) ou ad hoc, et
qui touchent un pourcentage disproportionné de femmes, le plus souvent à
cause de l’existence de lois qui considèrent et punissent l’adultère et les relations sexuelles hors mariage comme des crimes ;836 (c) les suites de la torture.
Entre autres conséquences pour les victimes, citons le risque d’être expulsées
de leur foyer ou de leur communauté, d’être tuées ou d’être soumises à d’autres
violences par des membres de leur famille ou de leur communauté (et devenir
doublement victimes), en raison des conceptions de l’honneur à l’œuvre, de
la peur et de la honte induites, et qui ont pour résultat le silence des victimes
et l’impunité des auteurs du crime ; (d) l’existence et la possibilité d’accéder à
835 Article premier de la Déclaration des Nations Unies sur l’élimination de la violence à l’égard des
femmes.
836 Ces types de châtiments sont appliqués de manière disproportionnée aux femmes, et sont souvent
le résultat de lois qui considèrent l’adultère et les relations sexuelles hors mariage comme des
crimes. Ce type de législation a souvent pour fin le contrôle et la surveillance de la sexualité de la
femme. Les règlements de preuves qui admettent comme « preuve » irréfutable d’adultère le simple
fait d’être enceinte ou qui accordent moins de poids au témoignage d’une femme qu’à celui d’un
homme, renforcent la discrimination sexiste dans l’administration de la justice. En conséquence,
les femmes sont bien plus nombreuses que les hommes à être condamnées à la peine capitale ou
aux châtiments corporels. Les peines de flagellation et de lapidation sont incontestablement une
violation des traités internationaux qui interdisent la torture et autres peines et traitements cruels,
inhumains et dégradants.
301
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
des réparations et indemnisations. Parmi les facteurs en jeu, on trouve : l’absence d’aide judiciaire, le recours parfois nécessaire à un membre de la famille
de sexe masculin pour pouvoir accéder à la justice, ou pour financer les
dépenses liées à la plainte.
ii. La protection des femmes contre la violence exercée par les
acteurs privés
Bien que ce Guide soit centré avant tout sur la torture et les mauvais traitements infligés par les agents de l’État, il convient d’aborder le thème de la violence exercée contre les femmes par les acteurs non-étatiques, étant donné que
le phénomène de la violence à l’égard des femmes se produit dans une grande
mesure dans la sphère privée/domestique, ou au sein de la communauté.
Au cours de ces dix dernières années, un nombre croissant de normes internationales relatives aux droits de l’homme ont reconnu la responsabilité de l’État
pour les violations des droits de l’homme commises par des acteurs privés,
lorsqu’il manquait à son obligation d’agir avec la diligence voulue pour prévenir, poursuivre, punir et réparer ces violations des droits de l’homme. La
norme de « diligence voulue » est donc devenue le premier critère à satisfaire
pour décider si un État s’acquitte ou non de ses obligations en matière de lutte
contre la violence à l’égard des femmes. C’est bien souvent dans la sphère
familiale et au sein de leur communauté que les femmes sont victimes d’actes
de violence comme la violence domestique, le viol conjugal, la traite, le viol,
la violence pratiquée contre les femmes au nom de l’honneur et la mutilation
génitale féminine. Le fait de reconnaître par une série d’obligations positives
que les États sont tenus de prévenir les violations de droits perpétrées par des
acteurs privés, et qu’un État qui ne prend pas les mesures nécessaires dans ce
sens contrevient à ses obligations en vertu du droit international des droits de
l’homme, joue un rôle absolument fondamental dans les efforts de la communauté internationale pour éradiquer la violence fondée sur le sexe. Cette reconnaissance constitue peut-être l’un des apports les plus significatifs du mouvement des femmes en matière de droits de l’homme.837 Cela est d’autant plus
vrai que les gouvernements n’accordent toujours qu’une attention limitée à la
question de la violence des acteurs privés à l’égard des femmes. Il n’est donc
pas surprenant que la tendance à tenir les États responsables des actes commis
837 Voir le Rapport du Rapporteur Spécial à la Commission des droits de l’homme sur la violence à
l’égard des femmes, (Mme Radhika Coomaraswamy), (1995), UN Doc. E/CN.4/1995/42, § 107.
302
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
par des acteurs privés se matérialise essentiellement au sein des instruments
ayant spécifiquement trait aux droits des femmes, comme la Convention
CEDAW, qui prévoit explicitement que les États parties ont l’obligation de
prendre toutes mesures appropriées pour éliminer la discrimination pratiquée
par une personne, une organisation ou une entreprise quelconque.838 En outre,
la Recommandation générale nº 19 souligne le fait que :
« En vertu du droit international en général et des pactes relatifs aux
droits de l’homme, les États peuvent être également responsables
d’actes privés s’ils n’agissent pas avec la diligence voulue pour
prévenir la violation des droits ou pour enquêter sur des actes de violence, les punir ou les réparer.»839
Par ailleurs, l’article 4 (c) de la Déclaration sur l’élimination de la violence à
l’égard des femmes affirme explicitement que les États devraient :
« Agir avec la diligence voulue pour prévenir les actes de violence à
l’égard des femmes, enquêter sur de tels actes et les punir conformément à la législation internationale, qu’ils soient perpétrés par l’État ou
par des personnes privées.»
Ces dernières années, la question de la responsabilité de l’État dans les cas de
violations de droits de l’homme commises par des acteurs non-étatiques s’est
vue examinée de plus en plus souvent par les instances internationales de protection des droits de l’homme.840 L’affaire Velásquez Rodríguez est devenue
une décision de jurisprudence de référence en droit international des droits de
l’homme du fait qu’elle souligne l’obligation de l’État d’agir avec la diligence
voulue en réponse à la violence perpétrée par des acteurs non-gouvernementaux.841 Dans cette affaire, la Cour interaméricaine des droits de l’homme a
ainsi statué :
« Un acte illégal qui viole les droits de l’homme et n’est pas initialement
imputable à l’État (par exemple, s’il s’agit d’un acte commis par une
personne privée ou parce que son auteur n’a pas été identifié) peut
838 Article 2 (e).
839 Recommandation générale nº 19, § 9.
840 Voir par exemple l’affaire Velásquez Rodriguez c. Honduras, Series C, Nº4, jugement rendu par
la Cour interaméricaine des droits de l’homme le 29 juillet 1988.
841 Affaires Osman c. Royaume-Uni, No. 23452/94, Cour Européenne des droits de l’homme (28 octobre 1998); Z. et autres c. Royaume-Uni, No. 39392/95, Cour Européenne des droits de l’homme
(10 mai 2001); E. et autres c. Royaume-Uni, No. 33218/96, Cour Européenne des droits de
l’homme (26 novembre 2002); X et Y c. Pays-Bas, No. 8978/80, Cour Européenne des droits de
l’homme (26 mars 1985).
303
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
engager la responsabilité internationale de l’État, non à cause de l’acte
lui-même, mais à cause de l’absence de diligence voulue pour prévenir
la violation ou pour y répondre, comme la Convention l’y oblige.»842
La Cour a en outre déclaré que :
« L’État a une obligation légale de prendre toutes mesures raisonnables
pour empêcher les violations de droits de l’homme et d’employer tous
les moyens à sa disposition pour mener une enquête en bonne et due
forme sur les violations de ce type commises sur le territoire de sa juridiction, d’identifier leurs auteurs, d’appliquer la sanction appropriée, et
d’assurer à la victime une indemnisation adéquate.»843
Dans une affaire traitée en 2001, la Commission interaméricaine des droits de
l’homme a conclu que le Brésil avait manqué à son obligation de diligence
voulue pour prévenir et remédier à un cas de violence domestique, malgré la
gravité des accusations et l’existence de preuves avérées contre l’accusé. La
Commission a considéré que l’affaire pouvait s’analyser comme :
« Participant d’une pratique généralisée de négligence et d’inefficacité
de l’État en vue de traduire en justice et sanctionner les agresseurs »,
laquelle constitue « un manquement non seulement à son obligation
d’enquêter, de poursuivre et de punir, mais aussi à son obligation d’empêcher ce type de pratiques dégradantes.»844
Depuis qu’elle a statué sur le cas Osman c. Royaume-Uni, affaire dans laquelle,
étant informée des menaces dont un individu était l’objet, la police avait omis
d’intervenir en conséquence, la Cour européenne des droits de l’homme a
constitué une jurisprudence relative aux obligations des États de fournir protection aux individus contre les violations des droits de l’homme commises par
des acteurs non-étatiques.845 Selon la Cour Européenne, le fait qu’un État
n’adopte pas les mesures raisonnables qu’il a à sa disposition, celles-ci étant
susceptibles de modifier le cours des événements ou d’atténuer les préjudices
infligés, est une condition suffisante pour engager la responsabilité de l’État.
842 bid., § 172 [Traduction non-officielle].
843 Ibid., § 174 [Traduction non-officielle].
844 Commission interaméricaine des droits de l’homme, Affaire Maria da Penha Maia Fernandes,
Rapport nº 54/01, Affaire 12.051, (Brésil), 16 avril 2001, § 56 [Traduction non-officielle].
845 Cour européenne des droits de l’homme, Affaire Osman c. Royaume-Uni, No. 23452/94
(28 octobre 1998) ; Cour européenne des droits de l’homme, Affaire Z. et autres c. Royaume-Uni,
No. 29392/95 (10 mai 2001) ; Cour européenne des droits de l’homme, Affaire E. et autres c.
Royaume-Uni, No. 33218/96 (26 novembre 2002). Voir également Cour européenne des droits de
l’homme, Affaire X et Y c. Pays-Bas, No. 8978/80, (26 mars 1985).
304
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
Il suffit donc de démontrer que les autorités n’ont pas fait tout ce que l’on pouvait raisonnablement attendre d’elles pour pallier un risque réel ou immédiat
pour la vie d’un individu, risque dont elles avaient connaissance ou qu’elles
auraient dû connaître.
Même si tous les cas de violations commises par un individu ne relèvent pas
d’un manque de diligence de l’État ni ne peuvent être considérés comme une
violation des droits de l’homme dont l’État peut être tenu pour responsable, les
États se doivent de prendre leurs obligations au sérieux. De cet impératif
découlent l’obligation pour l’État d’offrir des réparations appropriées aux victimes de la violence de personnes privées et celle de faire exécuter les décisions dans ce sens. L’existence d’une législation qui criminalise et prévoit des
sanctions contre les actes de violence dans la sphère privée ne suffit pas à satisfaire au critère de diligence voulue ; les autorités doivent en outre exercer leurs
fonctions de manière efficace afin de garantir que les incidents de violence
familiale fassent réellement l’objet d’une enquête, que les auteurs soient sanctionnés, et que les victimes reçoivent réparation. L’obligation de diligence
voulue implique que l’État lui-même peut être responsable d’une violation des
droits de l’homme s’il n’agit pas avec la diligence voulue en réponse à une
infraction commise par un acteur privé.
Le Protocole facultatif à la Convention CEDAW ouvre aux victimes de nouvelles perspectives pour demander justice face à la violence des acteurs privés
et dont l’État peut être tenu pour responsable. Les faits allégués dans la requête
individuelle doivent clairement mettre en évidence le lien entre les violations
de la Convention CEDAW et la responsabilité de l’État concerné. La deuxième
communication traitée par le Comité CEDAW concernait un cas de violence
domestique.846
Dans cette affaire, Mme A.T., citoyenne hongroise née en 1968, mère de deux
enfants, l’un d’eux affecté d’un grave handicap mental, affirmait que durant
quatre ans elle avait cherché à obtenir l’assistance des autorités contre les violences de son mari L.F., sans résultat. A la suite des menaces de mort répétées
de celui-ci à son égard, la requérante n’avait pas pu trouver refuge dans un centre d’accueil car aucun de ces foyers n’était équipé pour accueillir un enfant
gravement handicapé. Le droit hongrois ne prévoyait pas les ordonnances de
protection ou d’interdiction de visite. En 1999, L.F. avait quitté l’appartement
familial, mais avait continué par la suite à menacer A.T., avait fait irruption
846 Affaire Mme A.T. c. Hongrie, note 832 ci-dessus.
305
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
dans l’appartement par la force et employé la violence à plusieurs reprises.
L’auteur avait produit plusieurs attestations médicales constatant les coups et
blessures qu’elle avait reçus entre 1998 et juillet 2001, date à laquelle les préjudices avaient été si sévères qu’elle avait dû être hospitalisée. Plusieurs procédures civiles avaient été engagées concernant l’accès de L.F. à la résidence
familiale et la division de la propriété conjointe de leur appartement.
S’agissant de l’accès de L.F. à la résidence familiale, le Tribunal régional de
Budapest avait rendu le 4 septembre 2003 une décision autorisant L.F. à revenir et à utiliser l’appartement. Il semblerait que les juges aient fondé leur décision sur les arguments suivants : (1) manque de preuves à l’appui de l’affirmation selon laquelle L.F. battrait régulièrement l’auteur ; (2) impossibilité de
restreindre le droit de propriété de L.F., y compris son droit d’occupation.
L’auteur avait présenté une demande de révision de cette décision, qui n’avait
pas encore été examinée au moment où elle a communiqué des renseignements
complémentaires au Comité CEDAW. La procédure civile au sujet de la division de la propriété commune a été suspendue. Par ailleurs, deux procédures
pénales étaient en cours contre L.F., pour coups et blessures ayant causé à
A.T. des lésions corporelles. Malgré cela, L.F n’avait jamais été détenu pour
ce motif, et les autorités n’avaient pris aucune mesure en vue de protéger la
requérante ou ses enfants. Elle avait en outre demandé assistance aux autorités
locales de protection de l’enfance, sans obtenir de résultat.
Dans ses observations relatives au fond, le Comité CEDAW a rappelé sa
Recommandation générale nº 19, qui traite des conditions de la responsabilité
des États parties pour des actes commis par des acteurs non-étatiques :
« [L]a discrimination au sens de la Convention n’est pas limitée aux actes
commis par les gouvernements ou en leur nom… [E]n vertu du droit
international en général et des pactes relatifs aux droits de l’homme, les
États peuvent être également responsables d’actes privés s’ils n’agissent
pas avec la diligence voulue pour prévenir la violation de droits ou pour
enquêter sur des actes de violence, les punir et les réparer ».
Dans cette perspective, le Comité CEDAW s’est attelé à la question de décider
si l’auteur de la communication était victime d’une violation des articles 2(a),
(b) et (e), 5(a) et 16 de la Convention du fait que, comme l’auteur l’affirmait,
au cours des quatre dernières années, l’État partie avait failli à son devoir de
la protéger efficacement contre le grave risque que représentait son ancien
concubin pour sa santé physique et morale et pour sa vie. Le Comité a conclu :
« 9.3 S’agissant des dispositions de l’article 2 a), b) et e), le Comité note
que l’État partie a reconnu que les recours utilisés par l’auteur n’étaient
306
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
pas à même de lui assurer une protection immédiate contre les mauvais
traitements de son ancien concubin et que, par ailleurs, les dispositions
juridiques et institutionnelles dans l’État partie ne pouvaient pas encore
garantir aux victimes de la violence familiale la protection et l’appui
coordonnés, globaux et effectifs qu’attend la communauté internationale. (...) Le Comité note également l’observation générale de l’État
partie, selon laquelle les affaires de violence familiale ne bénéficient
pas d’un rang de priorité élevé devant les tribunaux. Le Comité estime
que la description des procédures à la fois civiles et pénales, utilisées
dans la présente affaire, coïncide avec cette observation générale. Les
droits fondamentaux des femmes à la vie et à l’intégrité physique et
mentale ne sauraient céder le pas à d’autres droits, tels que le droit à la
propriété et le droit à la vie privée. Le Comité note également que l’État
partie ne fournit aucune indication concernant l’existence d’autres possibilités que l’auteur aurait pu utiliser pour obtenir une protection ou
une sécurité suffisante contre le risque de nouveaux actes de violence.
À cet égard, le Comité rappelle la conclusion qu’il a formulée en août
2002 au sujet du rapport unique valant quatrième et cinquième rapports
périodiques de l’État partie : … le Comité juge inquiétante la prévalence de la violence dirigée contre les femmes et les filles, en particulier
au sein de la famille. Il est notamment préoccupé par le fait qu’aucune
législation spécifique n’a été adoptée pour réprimer les actes de violence familiale et le harcèlement sexuel, que le droit hongrois ne prévoit
pas les ordonnances d’exclusion ou de protection et qu’il n’existe pas
de foyers offrant une protection immédiate aux femmes victimes de
violence au sein de leur famille. Compte tenu de ce qui précède, le
Comité conclut que les obligations de l’État partie énoncées à l’article
2 a), b) et e) de la Convention comprennent la prévention de la violence
à l’égard des femmes et la protection contre cette violence et, qu’en l’espèce, ces obligations n’ont toujours pas été respectées et constituent
une violation des libertés et des droits fondamentaux de l’auteur, en
particulier de son droit à la sécurité de sa personne.»
« 9.4 Le Comité a traité conjointement les articles 5 et 16 dans sa
recommandation générale nº 19 sur la violence familiale. (...) Il a
déclaré à plusieurs reprises que les attitudes traditionnelles qui font des
femmes un objet de soumission contribuent à favoriser la violence à
leur égard. Le Comité a constaté précisément l’existence de ces attitudes lorsqu’il a examiné le rapport unique valant quatrième et
cinquième rapports périodiques de la Hongrie en 2002, et qu’il s’est
inquiété de la persistance de stéréotypes traditionnels profondément
ancrés concernant le rôle et les responsabilités des femmes et des
hommes dans la famille… S’agissant de l’affaire dont le Comité est
saisi, les faits évoqués dans la communication témoignent de certains
aspects des relations entre les sexes et des attitudes à l’égard des
femmes dont le Comité avait constaté l’existence dans l’ensemble du
pays. Depuis quatre ans, l’auteur se sent menacée par son ancien con-
307
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
cubin, père de ses deux enfants. L’auteur a été battue par cet homme,
son ancien concubin. Elle n’a pas réussi, par une procédure civile ou
pénale, à interdire à L.F., à titre temporaire ou permanent, d’avoir accès
à l’appartement dans lequel elle -même et ses enfants vivent toujours.
L’auteur n’a pas été en mesure de demander une interdiction de visite
ou une protection étant donné que ni l’une ni l’autre de ces options
n’existent actuellement dans l’État partie. Elle n’a pas pu trouver refuge
dans un centre d’accueil car aucun foyer n’est équipé pour la recevoir
avec ses deux enfants, dont l’un est gravement handicapé. (...)[L]es
faits (...) indiquent dans [leur] ensemble qu’il y a eu violation des droits
de l’auteur visés aux articles 5 a) et 16 de la Convention.»
« 9.6…[L]e Comité est d’avis que l’État partie ne s’est pas acquitté de
ses obligations et qu’il a ainsi violé les droits de l’auteur aux termes des
dispositions de l’article 2 a), b) et e) et de l’article 5 a), appliquées concurremment avec l’article 16 de la Convention sur l’élimination de
toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes...»
c) L’épuisement des recours internes
L’article 4 du Protocole facultatif stipule que « [l]e Comité n’examine aucune
communication sans avoir vérifié que tous les recours internes ont été épuisés.»
Cette règle élémentaire du droit international oblige le requérant à chercher
tout d’abord à obtenir réparation pour la violation alléguée auprès des instances judiciaires internes de l’État partie. C’est seulement lorsque tous les
recours internes ont été épuisés que le requérant peut s’adresser au Comité
CEDAW pour obtenir réparation. Cette règle permet de garantir que l’État partie a l’opportunité de fournir réparation pour la violation d’un droit consacré
dans la Convention, par le biais de ses institutions judiciaires nationales, avant
que le Comité ne soit saisi de cette violation. Dans l’affaire Rahime Kayan c.
Turquie847, le Comité CEDAW s’est conformé au critère adopté par le Comité
des Droits de l’Homme848, notant que « [c]ette règle serait vidée de son sens si
les auteurs pouvaient porter devant le Comité le fond d’une affaire qui n’aurait
pas été d’abord soumise aux autorités locales compétentes.»
Cette affaire portait sur le licenciement et la révocation d’une fonctionnaire
pour le port d’un foulard, et aucun des recours présentés auprès des autorités
judiciaires nationales par l’auteur ne soulevait la question de la discrimination
fondée sur le sexe. La première fois que l’auteur a évoqué le recours qu’elle a
847 Communication nº 8/2005, Affaire Rahime Kayan c. Turquie (8/2005).
848 Voir notamment Comité des droits de l’homme, Affaire Antonio Parra Corral c. Espagne
(1356/05), § 4.2.
308
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
formé devant le tribunal, elle a déclaré avoir soutenu dans sa demande que la
sanction de l’infraction qu’elle avait commise aurait dû être un avertissement
et non « une sanction plus élevée ». A l’occasion suivante, qui aurait pu soulever la question de la discrimination sexiste, quand l’auteur s’est défendue alors
qu’elle faisait l’objet d’une enquête parce qu’elle serait entrée en classe la tête
couverte, l’auteur a axé sa défense sur des aspects politiques et idéologiques.
Son avocat l’a défendue devant le Haut Conseil de discipline en alléguant une
erreur de droit. Celui-ci a également mentionné la violation des droits suivants : la liberté du travail, la liberté de religion, la liberté d’opinion, la liberté
de conscience et la liberté de choix, l’interdiction de toute discrimination, l’immunité de la personne, le droit à l’épanouissement physique et spirituel ; puis
invoqué les principes de droit national et international. Lorsque l’auteur a fait
appel de sa révocation de la fonction publique, elle a bâti son argumentation
sur neuf points, mais aucun d’entre eux ne mentionnait la discrimination fondée sur le sexe. Enfin, dans son appel devant le Conseil d’État, elle n’a pas non
plus fait référence à une discrimination sexiste. La requérante n’a exercé aucun
autre recours interne. En conséquence, le Comité CEDAW a conclu :
« 7.7 L’essentiel de la plainte que l’auteur soumet au Comité fait un
contraste frappant avec ce qu’elle a présenté aux autorités locales: elle
serait victime d’une violation par l’État partie de l’article 11 de la
Convention dans la mesure où elle a été démise de ses fonctions et
privée du statut de fonctionnaire pour avoir porté le foulard, couvrechef que ne portent que les femmes. Ce faisant, l’État partie aurait violé
son droit au travail, son droit aux mêmes possibilités d’emploi que les
autres, son droit à la promotion, son droit à la sécurité de l’emploi, ses
droits à pension et son droit à l’égalité de traitement. Le Comité ne peut
que conclure que l’auteur aurait dû, avant de lui soumettre sa communication, présenter les arguments qui étayaient sa plainte pour discrimination sexiste au moment de l’examen au fond, et selon les règles de
procédure des organes administratifs auxquels elle s’est adressée. Pour
cette raison, il conclut que les recours internes n’ont pas été épuisés du
point de vue de la recevabilité des allégations qui renvoient à l’article
11 de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination contre les femmes.»
L’obligation d’épuiser tous les recours internes n’a toutefois pas un caractère
absolu. L’article 4 (1) du Protocole facultatif admet des exceptions à l’obligation d’épuiser tous les recours internes, dans les cas où « la procédure de
recours (...) excède des délais raisonnables ou [s’il est] improbable que le
requérant obtienne réparation par ce moyen ». Le Comité CEDAW a une certaine marge d’appréciation pour interpréter si la procédure « excède des délais
309
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
raisonnables » ou s’il est « improbable que le requérant obtienne réparation ».
Si la communication fait valoir que les recours internes se sont avérés inadaptés ou inexistants, cette affirmation doit s’accompagner de preuves et d’une
description complète et détaillée de toutes les démarches réalisées auprès des
instances nationales. L’article 69, paragraphe 6 des Règles de procédure prévoit que dans le(s) cas où le requérant au titre du Protocole facultatif affirme
avoir épuisé les recours internes ou invoque l’une des exceptions à cette règle,
et que l’État partie conteste cette affirmation, l’État partie est tenu de fournir
des détails sur les recours disponibles dans les circonstances de l’affaire.
Dans l’affaire A.T. c. Hongrie849 abordée plus haut, les procédures engagées
auprès des instances nationales étaient toujours en cours à la date où la requérante a soumis sa communication. Dans la procédure civile concernant l’accès
de L.F. à l’appartement familial, la demande de révision présentée par l’auteur
à la Cour suprême avait été rejetée au moment où le Comité examinait la recevabilité de sa communication (mais après la date à laquelle la communication
lui avait été soumise), et la procédure civile au sujet de la division de la propriété conjointe était suspendue pour une durée indéterminée du fait d’un problème d’enregistrement. Le Comité a estimé :
« Qu’il y a peu de chances que l’issue de cette procédure donne véritablement réparation pour la violation de la Convention qui fait l’objet de
la plainte de l’auteur et qui menace sa vie.»
Par ailleurs, après que l’auteur a soumis sa communication au Comité, deux
actions pénales engagées contre son concubin pour coups et blessures se sont
conclues, le reconnaissant coupable et le condamnant à une amende. Malgré
cela, le Comité a estimé :
« [Q]u’un retard de plus de trois ans par rapport aux incidents considérés constituerait un délai déraisonnablement long au sens du paragraphe 1 de l’article 4 du Protocole facultatif, compte tenu en particulier du fait que, pendant cette période, l’auteur a couru le risque de
dommages irréparables et que sa vie a été menacée. Par ailleurs, le
Comité tient compte du fait que l’auteur n’avait pas eu la possibilité
d’obtenir une protection temporaire pendant que la procédure pénale
était en cours et que le prévenu n’avait à aucun moment été arrêté.»
849 Affaire Mme A.T. c. Hongrie, note 832 ci-dessus.
310
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
d) L’irrecevabilité due à l’examen concurrent de la même
question
L’article 4, paragraphe 2 établit cinq critères supplémentaires qui peuvent
amener le Comité CEDAW à déclarer une requête irrecevable. Le premier correspond au cas où celle-ci « [a] trait a une question qu’il a déjà examinée ou
qui a déjà fait l’objet ou qui fait l’objet d’un examen dans le cadre d’une autre
procédure d’enquête ou de règlement international.» Ce critère d’irrecevabilité
a pour but d’éviter les doubles emplois avec les procédures établies par
d’autres instances internationales, et d’autre part souligne qu’il est essentiel
d’adresser les communications à l’organe de traités le plus approprié, autrement dit à celui qui peut fournir à la victime la réparation la plus appropriée.
Dans de nombreux cas, les victimes de violations de droits de l’homme ont la
possibilité d’adresser leur requête au titre d’autres mécanismes, comme le
Premier Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux
droits civils et politiques, la Convention Internationale sur l’élimination de
toutes les formes de discrimination raciale ou des procédures régies par
des instances régionales (le Conseil de l’Europe, l’Organisation des États
Américains, et l’Union Africaine).
Sur l’interprétation du sens de « la même question », dans sa jurisprudence, le
Comité des droits de l’homme a estimé que l’expression faisait référence à la
même plainte présentée par la même personne850. Dans la Communication
Fanali c.Italie, le Comité des droits de l’homme a ainsi noté :
« L’expression la même question dans le contexte de l’article 5(2)(a) du
Protocole facultatif doit être comprise comme désignant une seule et
même requête concernant une même personne, soumise par cette personne ou par une autre habilitée à agir en son nom à une autre instance
internationale.»851
Dans l’affaire Rahime Kayan c. Turquie852, le Comité CEDAW s’est conformé
au critère du Comité des droits de l’homme. La communication a été jugée
recevable en vertu de l’article 4, paragraphe 2 (a) du Protocole facultatif, étant
donné que son auteur était une personne différente de celle mentionnée par
l’État partie dans l’argument qu’il a présenté au Comité en vue de déclarer la
communication irrecevable, invoquant qu’une affaire analogue avait été soumise à la Cour européenne des droits de l’homme.
850 Affaire Rahime Kayan c. Turquie, note 847 ci-dessus.
851 Comité des droits de l’homme, Affaire Fanali c. Italie (75/80).
852 Communication No. 8/2005, décision adoptée à la 34e séance, 27 janvier 2006.
311
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
Ce critère de recevabilité donne au Comité CEDAW une certaine liberté d’appréciation pour interpréter la phrase « dans le cadre d’une autre procédure
d’enquête ou de règlement international.» Le Comité des droits de l’homme a
adopté la position selon laquelle, dès lors que le Pacte international relatif aux
droits civils et politiques offre une protection plus vaste que celle d’autres instruments internationaux, des faits qui auront déjà été présentés au titre d’un
autre mécanisme international pourront être soumis au Comité des droits de
l’homme si des protections plus étendues sont requises. Il est donc assez clair
que la définition ne se réfère pas aux mécanismes tels que la procédure 1503
du Conseil des droits de l’homme, la procédure de communication du Comité
de la Condition de la femme, ou les communications reçues au titre des procédures spéciales.853 Le Comité des droits de l’homme considère par ailleurs
qu’une requête individuelle qui a été rejetée par une autre instance internationale pour des motifs de procédure et non de fond est susceptible de lui être soumise. Le Comité CEDAW adoptera probablement la même position sur ces
questions.854
e) Les autres critères de recevabilité au titre de l’article 4(2)
L’article 4(2) stipule que la Comité devra également déclarer irrecevable toute
communication :
« b) Incompatible avec les dispositions de la Convention ;
c) Manifestement mal fondée ou insuffisamment motivée ;
d) Constituant un abus du droit de présenter de telles communications ;
e) Portant sur des faits antérieurs à la date d’entrée en vigueur du
présent Protocole à l’égard des États Parties intéressé, à moins que ces
faits ne persistent après cette date.»
Selon le dernier critère de recevabilité, pour pouvoir faire l’objet d’une communication, la violation des droits doit avoir eu lieu après l’entrée en vigueur
de la Convention ainsi que du Protocole facultatif (c’est-à-dire trois mois à
compter de la ratification ou adhésion). Cette condition peut poser problème
dans le cas d’une violation continue des droits, la communication se rapportant
853 Jane Connors, note 825 ci-dessus, p.18.
854 Cees Flinterman, membre du Comité CEDAW et du Groupe de travail sur les communications au
titre du Protocole facultatif, a exprimé le même point de vue dans une interview du 9 décembre
2006.
312
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
à des faits antérieurs à l’entrée en vigueur du Protocole facultatif pour l’État
concerné, mais qui perdurent après cette date. Les détails concernant ces violations continues devront être présentés de manière claire au Comité CEDAW.
L’affaire B.-J. c. Allemagne855 traitait des conséquences d’un divorce, et notamment des questions de l’égalisation des gains accumulés, de la péréquation de
pension, et de la pension alimentaire après la dissolution du mariage. Dans son
examen des faits et des questions de procédures relatifs à la recevabilité de la
communication présentée, le Comité CEDAW a noté que le divorce est devenu
définitif de même que le partage des droits à pension, avant l’entrée en vigueur
du Protocole facultatif pour l’État partie. Le Comité a en outre estimé que l’auteur de la requête n’avait pas apporté d’arguments convaincants pour démontrer que les faits perduraient toujours après cette date. Le Comité a conclu que :
« [C]onformément au paragraphe 2e) de l’article 4 du Protocole facultatif, il [était] dans l’impossibilité ratione temporis de se prononcer sur
la partie de la communication qui a trait au partage équitable des droits
à pension.»
Dans l’affaire A.T. c. Hongrie856 évoquée plus haut, la plupart des incidents qui
font l’objet de la requête ont également eu lieu avant la date à laquelle le
Protocole facultatif est entré en vigueur pour l’État partie. Toutefois dans ce
cas, le Comité CEDAW a adopté une décision différente, convaincu :
« D’être compétent ratione temporis pour examiner la communication
dans son ensemble parce que les faits sur lesquels porte la communication concernent la prétendue absence de protection/inaction coupable
de l’État partie dans la série de graves incidents de coups et blessures
et de menaces de nouvelles violences qui se sont produites sans interruption pendant la période allant de 1998 à ce jour.»
Dans l’affaire Rahime Kayan c. Turquie857, l’État partie a argumenté que la
date décisive était le 9 juin 2000, date à laquelle l’auteur a été démise de ses
fonctions d’enseignante. Cette date est antérieure au 29 janvier 2003, date de
l’entrée en vigueur du Protocole facultatif à l’égard de la Turquie. Néanmoins
dans ce cas le Comité a noté :
« 7.4 ... qu’en conséquence de sa révocation, l’auteur a perdu son statut
de fonctionnaire en application de l’article 125 E7a de la loi nº657 sur
855 Communication nº 1/2003, Affaire B.-J. c. Allemagne (1/2003).
856 Affaire Mme A.T. c. Hongrie, note 832 ci-dessus.
857 Affaire Rahime Kayan c. Turquie, note 847 ci-dessus.
313
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
la fonction publique. Les effets de cette perte de statut sont également
en cause, c’est-à-dire la perte de la majeure partie des moyens de subsistance de l’auteur, les retenues qui auraient contribué à ses droits à
pension, les intérêts sur son traitement et ses revenus, son indemnité
pour frais d’études et son assurance maladie. Le Comité considère donc
que les faits persistent après l’entrée en vigueur du Protocole facultatif
à l’égard de l’État partie et juge que la communication est recevable
ratione temporis.»
f) L’effet des réserves sur la recevabilité des requêtes
individuelles
Contrairement au Protocole facultatif qui, comme indiqué précédemment,
n’admet aucune réserve au sujet de ses articles, la Convention CEDAW est
l’objet d’un grand nombre de réserves. Beaucoup d’entre elles sont incompatibles avec l’objet et le but de la Convention CEDAW et se trouvent donc interdites par l’article 28(2). Il faut s’attendre à ce que certaines communications
se rapportent à des dispositions de la Convention CEDAW sur lesquelles l’État
partie intéressé a formulé des réserves générales ou spéciales affectant la
Convention CEDAW dans son ensemble. Si un tel cas se présente, le Comité
CEDAW devra décider soit que la communication est irrecevable, soit qu’il
peut poursuivre l’examen de la communication, eu égard au fait que les
réserves formulées sont contraires à l’objet et au but de la Convention
CEDAW. Dans cette situation, la Convention s’appliquera à l’État partie qui
aura émis la ou les réserves, mais ces réserves resteront sans effet.858
5.4.3 Transmission de la communication à l’État partie
Lorsqu’une communication a été déclarée recevable, le Comité porte la communication à l’attention de l’État partie concerné, à titre confidentiel, conformément à l’article 6 (1) du Protocole facultatif et de l’article 69 des Règles de
procédures. L’identité du ou des requérants sera également communiquée à
l’État partie si les intéressés y consentent.
858 Le Comité des droits de l’homme a adopté cette approche. Lorsqu’une communication individuelle
se rapporte à une disposition sur laquelle l’État partie a émis une réserve, la réserve se verra privée
d’effet pour l’État partie qui l’a soumise, dès lors que cette réserve est contraire à l’objet
et au but du Pacte, et la communication individuelle reste sujette à examen. Voir l’Observation
générale nº24, Rawle Kennedy c. Trinidad et Tobago (HRC 845/1999). Cees Flinterman, membre
du Comité CEDAW et du Groupe de travail sur les communications au titre du Protocole facultatif,
explique dans une interview du 9 décembre 2006 qu’il estime tout à fait probable que le Comité
CEDAW suive la même direction.
314
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
5.4.4 Examen de la requête par le Comité CEDAW
En vertu de l’article 6 (2) du Protocole facultatif, à partir du moment où le
Comité leur transmet la requête, les États sont tenus d’y répondre dans les six
mois. L’article 7 du Protocole facultatif donne un aperçu du processus d’examen de la requête. L’article 69 des Règles de procédure détaille la procédure
applicable aux communications reçues.
Normalement, le Comité invite l’État à lui soumettre une réponse sur la recevabilité et sur le fond de l’affaire. Cette demande doit s’accompagner d’une
déclaration établissant qu’aucune décision n’a été prise sur la question de la
recevabilité de la communication. Dès qu’il a reçu la réponse de l’État, le
Comité la fait parvenir au requérant, lequel aura à son tour la possibilité de
répondre dans le délai que lui fixera le Comité. L’article 7 (1) stipule que
toutes les informations communiquées au Comité CEDAW concernant la
requête doivent être également transmises aux parties concernées, ce qui permet à chacune de répondre aux informations présentées. Si le Comité demande
à l’une des parties des informations complémentaires, l’autre partie aura la
possibilité de soumettre une réponse aux renseignements et observations
qu’elle a présentées, et il sera procédé de même dans le cas où le Comité sollicite des informations à une tierce partie.
Suivant le type d’affaire, le Comité a toute latitude pour demander à l’État partie de se prononcer uniquement sur la recevabilité de l’affaire, toutefois dans
ce cas, l’État partie peut présenter par écrit des explications ou des observations portant aussi sur le fond de la requête, à condition de soumettre lesdites
explications ou observations dans le délai de six mois initialement fixé par la
Comité. Par ailleurs, à partir de la réception de la requête, l’État dispose de
deux mois pour demander qu’elle soit déclarée irrecevable. Cette demande ne
dispense pas l’État partie de son obligation de répondre quant au fond de la
requête dans le délai de six mois initial, à moins que le Comité ne juge nécessaire de lui accorder un délai supplémentaire.
A cette étape, le Comité décide de déclarer la communication irrecevable ou
de traiter la recevabilité et le fond séparément. Après avoir reçu les observations du requérant sur la réponse de l’État partie, le Comité examine toutes les
informations communiquées par les parties et statue sur la recevabilité de la
requête. Si la requête est jugée irrecevable, l’affaire est close ; toutefois le
requérant peut solliciter une révision de la décision si les circonstances qui ont
motivé l’irrecevabilité ont cessé d’exister. Une fois la communication déclarée
recevable, le Comité procède à l’examen du fond. Après avoir analysé les
315
QUEL RECOURS POUR LES VICTIMES DE LA TORTURE ?
GUIDE SUR LES MÉCANISMES DE COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES DES ORGANES DE TRAITÉS DES NATIONS UNIES
arguments présentés par l’État partie quant au fond, le Comité peut annuler sa
décision initiale de déclarer la communication recevable. Le Comité informe
les deux parties de sa décision.
Conformément à l’article 7 (2) du Protocole facultatif, le Comité examine les
communications au cours de réunions tenues à huis clos. Les observations
finales et recommandations sont adoptées par le Comité CEDAW en séance
plénière, puis sont transmises aux parties intéressées comme le prévoient
l’article 7 (3) du Protocole facultatif et l’article 72 des Règles de procédure.
5.4.5 Mesures provisoires
En vertu de l’article 5 (1) du Protocole facultatif et de l’article 63 des Règles
de procédure, à tout moment après réception de la communication, et avant de
statuer sur le fond, le Comité a la libre faculté de décider de demander à un
État partie de prendre des mesures provisoires afin d’éviter que le requérant ne
subisse un préjudice irréparable. L’article 5 (2) du Protocole facultatif précise
qu’une telle demande n’a aucune incidence sur la décision du Comité quant à
la recevabilité ou quant au fond de la communication.
5.4.6 Conclusions et recommandations du Comité
Lorsque le Comité CEDAW parvient à la conclusion que l’État partie est responsable de la violation d’un droit consacré par la Convention, conformément
aux allégations de la communication, le Comité recommande à l’État partie
d’adopter une série de mesures visant à remédier à cette situation. Ces recommandations peuvent avoir un effet direct sur la situation de la victime concernée et/ou peuvent amener une avancée en matière de droits fondamentaux des
femmes en général dans l’État partie. A cet égard, il faut noter que toutes les
actions suggérées par le Comité permettront bien sûr de faire avancer les droits
fondamentaux des femmes dans leur ensemble, du fait qu’elles contribuent à
développer la jurisprudence du Comité CEDAW.
Le Comité CEDAW étant un organe quasi-judiciaire, ses constatations ont plutôt caractère de recommandation et n’ont pas force obligatoire. Toutefois,
même si elles ne sont pas juridiquement executoires dans la juridiction des
États parties, les recommandations du Comité CEDAW font autorité dans le
sens où ce sont elles qui définissent le contenu des droits relevant de la
Convention CEDAW. Les États parties sont tenus d’appliquer ces recomman316
PARTIE V: COMMUNICATIONS INDIVIDUELLES PRÉSENTÉES AU TITRE DU PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION
SUR L’ÉLIMINATION DE TOUTES LES FORMES DE DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES
dations, et de porter remède aux violations des droits consacrés par la Convention, attendu qu’ils ont souscrit à des obligations en vertu d’un traité international.
5.4.7 Suivi des constatations et recommandations
L’article 7 (4) du Protocole facultatif stipule que l’État partie est tenu d’examiner dûment les constatations et éventuelles recommandations du Comité
CEDAW et doit lui soumettre dans un délai de six mois une réponse écrite l’informant de toute action menée pour mettre en œuvre les constatations et
recommandations du Comité. Le Comité peut demander à l’État partie de lui
fournir de plus amples informations s’il n’est pas satisfait par cette réponse. Il
peut également demander à l’État de lui présenter des mises à jour à propos
des mesures prises suite aux constatations et recommandations formulées antérieurement par le Comité, en vertu de l’obligation des États parties de présenter
des rapports (article 18 de la Convention (Article (5)).
5.5
Le Protocole facultatif à la Convention CEDAW
au regard des autres procédures de communications –
Le choix de la procédure la plus appropriée
Le Protocole facultatif à la Convention CEDAW n’est que l’un des mécanismes de surveillance des droits de l’homme du système des Nations Unies,
dont la finalité est de protéger les femmes contre la torture et autres violences
au niveau d’un État. Comme on l’a évoqué plus haut, le Comité des droits de
l’homme et le Comité contre la Torture donnent aussi la possibilité de soumettre des requêtes ayant pour objet la violence à l’égard des femmes, incluant la
torture.859
Outre les procédures qui existent au sein de l’organisation des N