De la certitude - Normalesup.org

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De la certitude
Ludwig WITTGENSTEIN
1949-1951
trad. Danièle MOYAL-SHARROCK
éd° Gallimard (2006)
bibliothèque de philosophie
éd° originale Blackwell Publishers Ltd. (1969)
9
Est-ce que, dans la vie, je m'assure que je sais qu'il y a là une main (à savoir ma propre main) ?
12
« Je sais... » semble décrire un état de choses qui garantit ce que l'on sait, le garantit comme un fait. On oublie
toujours l'expression « Je croyais savoir ».
15
Il reste à montrer qu'aucune erreur n'est possible. Donner l'assurance « Je le sais » ne suffit pas. Car ce ne serait ,
après tout, que l'assurance que (là-dessus) je ne peux me tromper alors qu'il faut pouvoir établir objectivement que là-dessus
je ne me trompe pas.
29
La pratique dans l'utilisation de la règle montre aussi ce qu'est une erreur dans son emploi.
30
Lorsque quelqu'un s'est assuré de quelque chose, il dit alors : « Oui, le calcul est bon », mais il n'a pas inféré cela
de son état de certitude. On n'infère pas comment sont les choses à partir de notre propre certitude.
La certitude est, pour ainsi dire, un ton de voix dans lequel on déclare comment sont les choses, mais on ne conclut
pas de notre propre ton de voix qu'il est fondé.
36
Nous n'enseignons « A est un objet physique » qu'à celui qui ne comprend pas encore soit la signification de « A »,
soit celle d'« objet physique ». C'est donc un enseignement à propos de l'utilisation des mots, et « objet physique » est un
concept logique. (Comme couleur, mesure...) Et c'est pourquoi une proposition comme « Il existe des objets physiques » ne
peut être formulée.
Et pourtant, nous nous heurtons à chaque pas à des tentatives malheureuses de ce genre.
40
À quelqu'un qui dit : « Je sais que ma main est là » on peut demander : « Comment le sais-tu ? », et la réponse à
cette question présuppose que cela peu être su de cette façon. Et donc, au lieu de : « Je sais que ma main est là », on pourrait
là « Ma main est là » puis ajouter comment on le sait.
41
« Je sais où j'ai mal », « Je sais que c'est là que j'ai mal » est aussi faux que « Je sais que j'ai mal ». Mais « Je sais
où tu as touché mon bras » est correct.
42
Penser que des états différents doivent correspondre aux mots « croire » et « savoir » est comme penser que des
personnes différentes doivent correspondre au mot « Je » et au nom « Ludwig », parce les concepts sont différents.
50
Quand dit-on, Je sais que... × … = … ? Lorsqu'on a vérifié l'opération.
55
L'hypothèse qu'aucune des choses qui nous entourent n'existe est-elle possible ? Ne ressemblerait-elle pas à
l'hypothèse que nous nous serions trompés dans tous nos calculs ?
58
Si « Je sais, etc. » est conçu comme une proposition grammaticale, bien sûr le « je » ne peut être important. Et cela
veut dire en fait : « Dans tel cas il n'y rien qui puisse compter comme un doute » ou « Dans un tel cas, l'expression “Je ne
sais pas” n'a aucun sens ». Et de là, il suit naturellement que « Je sais » n'a pas de sens non plus.
61
Une signification d'un mot est un mode d'emploi du mot.
Car elle est ce que nous apprenons lorsque le mot est incorporé dans notre langage.
――――――――――
69
Je voudrais dire : « Si je me trompe là-dessus, je n'ai aucun garantie que quoi que je dise soit vrai. » Mais autrui ne
dirait pas cela de moi, ni moi d'autrui.
74
Peut-on dire : une erreur a non seulement une cause mais aussi une raison ? Ce qui veut dire à peu près : lorsque
quelqu'un fait une erreur, elle a sa place dans ce qu'il sait de vrai.
80
De la vérité de mes énoncés on vérifie ma compréhension de ces énoncés.
88
Il se peut, par exemple, que toutes nos recherches soient constituées de sorte que certaines propositions, fussentelles jamais formulées, sont hors de portée du doute. Elles se trouvent hors du chemin emprunté par nos recherches.
79
On aimerait dire : « Tout parle pour, et rien contre : la terre a existé depuis longtemps avant ma naissance... »
Et pourtant, me serait-il impossible de croire le contraire ? Mais la question est comment une telle croyance se
manifesterait-elle en pratique ?
92
Il faut se rappeler que parfois ce sont la simplicité ou la symétrie d'un point de vue qui nous convainquent de sa
justesse, c'est-à-dire qui nous induisent à adopter ce point de vue. On dit alors simplement quelque chose comme : « Ça doit
être ainsi. »
94
Mon image du monde, je ne l'ai pas parce que je me suis convaincu de sa justesse ; ou parce que je suis convaincu
de sa justesse. Elle est la toile de fond dont j'ai hérité et sur laquelle je distingue le vrai du faux.
95
Les propositions qui décrivent cette image du monde pourraient appartenir à une sorte de mythologie. Et leur rôle
serait semblable à celui des règles d'un jeu ; et le jeu peut aussi être appris de façon purement pratique, sans qu'on ait à
apprendre de règles explicites.
97
La mythologie peut revenir à un état de flux ; dans la rivière, le lit des pensées peut se déplacer. Mais je distingue
entre le mouvement de l'eau dans le lit de la rivière et le déplacement du lit lui-même ; bien qu'il n'y ait pas de séparation
nette entre les deux.
99
Et le bord de la rivière est fait partiellement de roche dure, susceptible d'aucune altération ou d'une altération
imperceptible ; et partiellement de sable, que l'eau lave ou dépose ici et là.
105
Toute vérification, toute confirmation et infirmation d'une hypothèse a lieu déjà à l'intérieur d'un système . [...] Le
système n'est pas tant le point de départ de nos arguments que leur milieu vital.
110
Comme si la justification n'avait pas une fin quelque part. Mais cette fin n'est pas une présupposition non fondée :
c'est une manière d'agir.
117
Quand je dis : « Rien ne parle pour, tout contre », cela présuppose un principe de parler pour et contre quelque
chose. C'est-à-dire : je dois être en mesure de dire ce qui pourrait parler pour.
119
Mais peut-on dire également : Rien ne parle contre, et tout pour, que cette table soit encore là quand personne ne la
regarde ? Car qu'est-ce qui parle pour ?
120
Mais s'il se trouvait quelqu'un pour en douter, comment son doute se manifesterait-il en pratique ? Et ne pourrionsnous pas le laisser tranquillement douter, puisque cela ne fait pas la moindre différence ?
135
Mais ne suivons-nous pas simplement le principe que ce qui s'est toujours produit se produira encore (ou quelque
chose de semblable) ? […] n'est-il en fait qu'un loi naturelle que nous semblons suivre dans nos inférences ? C'est peut-être
une loi de ce genre. Mais en tout cas, ce n'est pas un maillon de notre raisonnement.
137
Même si le plus fiable des hommes m'assure qu'il sait qu'il en est comme il le dit, cela seul ne saurait suffire à me
convaincre qu'il le sait. Mais seulement qu'il croit le savoir.
141
Lorsque nous nous mettons à croire quelque chose, ce n'est pas une proposition isolée, mais tout un système de
propositions. (La lumière se fait graduellement sur le tout.)
142
Ce ne sons pas des axiomes isolés qui me paraissent évidents, c'est un système dans lequel conséquences et
prémisses se soutiennent réciproquement.
145
On voudrait dire : « Toutes mes expériences montrent qu'il en est ainsi. » Mais comment le font-elles ? Si la
proposition même qu'elles désignent fait également partie d'une interprétation particulière de ces dites expériences.
« Que je tienne cette proposition pour assurément vraie est également caractéristique de mon interprétation de
l'expérience. »
147
L'image de la terre comme sphère est une bonne image, elle fait ses preuves partout, c'est aussi une image simple
— bref, nous nous en servons sans la mettre en doute.
148
Pourquoi est-ce que je ne m'assure pas que j'ai deux pieds quand je veux me lever de ma chaise ? Il n'y a pas de
pourquoi. Je ne le fais pas, c'est tout. C'est ainsi que j'agis.
172
Quelqu'un pourrait dire : « Il doit y avoir un principe qui sous-tend notre confiance », mais à quoi servirait un tel
principe ? Est-il autre chose qu'une loi naturelle du “tenir pour vrai” ?
175
« Je le sais », dis-je à quelqu'un ; et là, il y a une justification. Mais il n'y en a aucune pour ma croyance.
177
Ce que je sais, je le crois.
179
Il serait correct de dire : « Je crois... » a une vérité subjective, mais non « Je sais... ».
189
Il arrive un moment où il nous faut passer de l'explication à la simple description.
192
Bien sûr, il y a justification ; mais la justification a une fin.
――――――――――
199
L'emploi de l'expression « vrai ou faux » est trompeur en ce que c'est comme si l'on disait : « Cela s'accorde avec
les faits ou non », alors que ce qui est précisément en question c'est ce qu'est ici cet « accord ».
204
donner des raisons, justifier l'évidence, a une fin ; — mais la fin n'est pas que certaines propositions nous frappent
immédiatement comme vraies ; c'est non pas une façon de voir, mais ce que l'on fait qui se trouve au fondement du jeu de
langage.
205
Si le vrai est ce qui est fondé, alors le fondement n'est pas vrai, ni faux.
212
Dans certaines circonstances, on sidère p. ex. qu'un calcul est suffisamment contrôlé. Qu'est-ce qui nous en donne
le droit ? L'expérience ? N'aurait-elle pas pu nous tromper ? Quelque part, nous devons en finir avec la justification ; reste
alors la proposition : que c'est ainsi que nous calculons.
220
L'homme raisonnable n'a pas certains doutes.
225
Ce à quoi je tiens fermement n'est pas une proposition mais un nid de propositions.
229
Nos paroles acquièrent leur sens du reste de nos actions.
235
Et que quelque chose soit solidement fixé pour moi n'est pas fondé sur ma stupidité ou ma crédulité.
238
Je pourrais […] interroger plus longtemps celui dit qui dit que la terre n'existait pas avant sa naissance afin de
découvrir laquelle de mes convictions il contredit. Et là, il se pourrait qu'il contre-dise ma manière fondamentale de voir les
choses. Et si cela était le cas, je serais obligé d'en rester là.
Il en irait de même s'il disait qu'un jour il était allé sur la lune.
243
On dit : « Je sais... » lorsqu'on est prêt à donner des raisons contraignantes. « Je sais » est lié à la possibilité de
démontrer la vérité. Que quelqu'un sache quelque chose se laisse voir, entendu qu'il en est convaincu.
Mais si ce qu'il croit est tel que les raisons qu'il peut en donner ne sont pas plus sûres que son affirmation, alors il
ne peut pas dire qu'il sait ce qu'il croit.
248
Je suis arrivé au socle de mes convictions.
Et ce mur de fondation on pourrait presque dire qu'il est supporté par la maison tout entière.
253
Au fondement de la croyance bien fondée est une croyance non fondée.
257
Si quelqu'un me faisait douter avoir un corps, je le croirais à moitié fou. Mais je ne saurais pas ce que voudrait dire
essayer de la convaincre qu'il en a un. Et si j'avais dit quelque chose qui aurait pour effet de lui ôter son doute, je ne saurais
ni comment ni pourquoi j'aurais eu cet effet.
270
« J'ai des raisons contraignantes d'être sûr. » Ces raisons rendent ma certitude objective.
271
Ce n'est pas moi qui décide ce qui est une raison valable pour quelque chose.
275
Si l'expérience est le fondement de notre certitude, c'est bien sûr l'expérience passée.
Et ça n'est pas uniquement mon expérience, mais celle des autres, qui m'informe.
Ainsi, on pourrait dire que c'est l'expérience qui, encore une fois, nous permet d'accorder aux autres notre
confiance.
276
Nous croyons, pour ainsi dire, que ce grand édifice existe, et ensuite nous en voyons tantôt ici, tantôt là un coin.
285
Quand quelqu'un cherche quelque chose et fouille la terre à un certain endroit, il montre qu'il croit que ce qu'il
cherche se trouve là.
23-9-50
287
L'écureuil n'infère pas par induction qu'il va encore avoir besoin de provisions l'hiver prochain. Et nous n'avons pas
plus besoin d'une loi d'induction pour justifier nos action ou nos prédictions.
289
« Nous sommes tout à fait sûrs de cela » signifie non seulement que chaque individu en est certain, mais nous
appartenons à une communauté qui est liée par la science et l'éducation.
10-3-51
307
Et là, ce qui est curieux c'est qu'alors même que je suis tout à fait certain de l'emploi de ces mots [« main »], que je
n'ai à ce sujet aucun doute, je ne peux fournir aucune raison quant à ma façon de procéder. Si j'essayais de le faire, je
pourrais en donner mille, mais aucune qui ne soit aussi certaine que la chose qu'elle était censée justifier.
308
“Connaissance” et “certitude” appartiennent à des catégories différentes. Ce ne sont pas deux “états mentaux” […].
[…] j'ai tendance à croire que ce qui a la forme d'une proposition empirique n'en est pas toujours une.
309
Serait-ce que règle et propositions empiriques se fondent l'une dans l'autre ?
310
Un élève et son maître. L'élève n'est réceptif à aucune explication car il interrompt (le maître) continuellement avec
des doutes, p. ex. sur l'existence des choses, la signification des mots, etc. Le maître dit : « Cesse d'interrompre et fais ce
que je te dis ; tes doutes n'ont pour le moment aucun sens. »
315
C'est-à-dire ; le maître aura le sentiment que ce n'est pas vraiment une question légitime.
Et il en serait de même si l'élève mettait en doute l'uniformité de la nature, et donc la légitimité des arguments
inductifs.
12-3-51
319
L ne devrait-on pas dire qu'il n'y a pas de frontière nette entre les propositions de la logique et les propositions
empiriques ? Le manque de netteté est précisément celui de la frontière entre règle et proposition empirique.
326
Mais qui nous dit ce que dans cette situation il est raisonnable de croire ?
330
Et donc ici la phrase « Je sais... » exprime la disposition à croire certaines choses.
13-3
337
On ne peut procéder à des expériences s'il n'y a pas certaines choses qui sont pour nous hors de doute. Mais cela ne
veut pas dire que l'on se fie inconditionnellement à certaines présuppositions. Lorsque j'écris une lettre et que je la poste, je
prends pour acquis qu'elle arrivera à destination — je m'attends à cela.
Lorsque je procède à une expérience en laboratoire, je ne mets pas en doute l'existence des appareils que j'ai sous
les yeux. J'ai de nombreux doutes, mais non celui-là. Lorsque je fais un calcul, je crois, sans le moindre doute, que les
chiffres sur le papier ne permutent pas d'eux-mêmes, et je me fie aussi tout au long du calcul à ma mémoire, je m'y fie
inconditionnellement. Il s'agit là de la même certitude que celle de n'être jamais allé sur la lune.
338
Imaginons, cependant, des gens qui ne seraient jamais tout à fait sûrs de ces choses, mais qui diraient qu'il en est
très probablement ainsi et qu'il ne vaut pas la peine d'en douter. […]. En quoi la vie de ces gens serait-elle différente de la
nôtre ? […] Quelle différence cela fait-il dans leur vie ? N'est-ce pas seulement que, au sujet de certaines choses, ils parlent
plus que nous autres ?
341
L les questions que nous posons et nos doutes reposent sur le fait que certaines propositions sont soustraites au
doute — sont, pour ainsi dire, comme des gonds sur lesquels tournent nos questions et nos doutes.
342
C'est-à-dire : il appartient à la logique de nos investigations scientifiques que certaines choses ne soient en fait pas
mises en doute.
346
Lorsque, aux échecs, je cherche à mettre mat mon adversaire, je ne peux pas me mettre à douter si les pièces
changent de position d'elle-mêmes en même temps que ma mémoire me joue des tours afin que je ne m'en aperçoive pas.
15-3-51
347
« Je sais que c'est arbre. » Pourquoi ai-je le sentiment de ne pas comprendre cette phrase ? Bien que ce soit une
phrase des plus simples et des plus ordinaires ? C'est comme si j'étais incapable de fixer mon esprit sur une signification
quelconque. C'est parce que je ne cherche pas à le fixer là où se trouve la signification. Aussitôt que je pense à un usage
ordinaire de la phrase plutôt qu'à un usage philosophique, sons sens devient clair et banal.
355
Un psychiatre pourrait me demander : « Sais-tu ce qu'est ceci ? » et je pourrais répondre : « Je sais que c'est une
chaise ; je la connais, elle a toujours été ma chambre. » Ce qu'il vérifie là, ça n'est peut-être ma vue mais ma capacité de
reconnaître des choses, de connaître leurs noms et leurs fonctions ? Il s'agit là d'un « s'y connaître ». Et donc, j'aurais tort de
dire : « Je crois que c'est une chaise » parce que cela voudrait dire que je m'attends que ma déclaration soit testée. Alors que
« Je sais que c'est... » implique qu'il y aurait stupéfaction si ma déclaration n'était pas confirmée.
357
On pourrait dire : « “Je sais” exprime une certitude tranquille, non celle qui lutte encore. »
358
Je veux voir cette certitude non comme quelque chose qui s'apparente à de la précipitation ou à de la superficialité,
mais comme (une) forme de vie. (Cela est très mal exprimé et sans doute mal pensé aussi.)
359
Mais cela signifie bien que je veux la concevoir comme quelque chose qui se trouve en dehors de ce qui est justifié
ou non justifié : et donc, pour ainsi dire, comme quelque chose d'animal.
362
n'apparaît-il pas ici que la connaissance est liée à une décision ?
363
Et il est difficile ici de trouver le passage de ce que l'on aimerait proclamer à ses conséquences dans notre manière
d'agir.
16-3-51
370
Mais plus correctement : le fait que j'emploie le mot « main » et tous les autres mots de ma phrase sans aucune
hésitation, et même qu je me retrouverais face au néant si je voulais ne serait-ce qu'essayer de douter de leur sens — montre
que l'absence de doute appartient à l'essence du jeu de langage, que la question « Comment est-ce que je sais... » fait traîner
le jeu de langage, ou bien l'abolit.
55
il faut se rendre compte que l'absence complète de doute sur un point, même là où nous dirions qu'un doute ici
“légitime” pourrait exister, n'a pas obligatoirement pour effet de falsifier un jeu de langage. Car il y a aussi quelque chose
comme une autre arithmétique.
Cet aveu doit être, je crois, au fondement de toute compréhension de la logique.
17-3
378
En fin de compte, la connaissance se fonde sur la reconnaissance. [comment : ouvrir les yeux !]
386
Celui qui dit, avec Moore, qu'il sait que... déclare le degré de certitude que quelque chose a pour lui. Et il est
important que ce degré soit maximal.
18-3
390
Tout ce qui importe c'est qu'il soit censé de dire que l'on sait une telle chose ; et donc, donner l'assurance qu'on le
sait n'apporte rien.
392
Ce qu'il me faut montrer c'est qu'un doute n'est pas nécessaire même quand il n'est possible. Que la possibilité du
jeu de langage ne dépend pas de ce que l'on doute de tout ce dont il est possible de douter. (Cela est lié au rôle de la
contradiction en mathématique.)
395
« Je sais tout cela. » Et cela se manifeste dans ce que je fais et dans ce que je dis à propos des choses.
19-3
402
j'écris consolé
« Au commencement était l'action. »
403
Dire de quelqu'un qu'il sait quelque chose, dans le sens de Moore ; que ce qu'il dit est donc inconditionnellement la
vérité, me semble faux. — Ça n'est la vérité que dans la mesure où c'est un fondement inébranlable de ses jeux de langage.
20-3
415
En fait, n'est-il pas complètement faux d'utiliser le mot « savoir » comme s'il s'agissait d'un mot éminemment
philosophique ? Si « savoir » a cet intérêt, pourquoi pas « être sûr » ? Manifestement, parce qu'il serait trop subjectif. Mais
« savoir » n'est-il pas tout aussi subjectif ? N'est-on pas tout simplement induit en erreur par la particularité grammaticale
que de « Je sais p » s'ensuit « p » ?
Ainsi, « Je crois le savoir » n'exprimerait pas un degré moindre de certitude. — Vrai, cependant, il ne s'agit pas
d'exprimer une certitude subjective, si forte soit-elle, mais de dire que certaines propositions semblent être au fondement de
toute question et toute pensée.
21-3
425
Et cependant il était correct, dans les circonstances, de dire : « Je sais (je ne fais pas que supposer) que ceci est u
arbre. » Dire qu'en vérité je ne fais que le croire serait faux. Il serait complètement trompeur de dire : « Je crois que mon
nom est L. W. » Et cela aussi est correct : en cela, je ne peux faire erreur Ce qui ne veut pas dire que là-dessus je sois
infaillible.
27-3
446
Mais pourquoi suis-je si certain que ceci est ma main ? Le jeu de langage tout entier ne repose-t-il pas sur ce
genre de certitude ?
Ou : cette “certitude” n'est-elle pas (déjà) présupposée dans le jeu de langage ? En cela précisément que celui qui
ne reconnaît pas les objets avec certitude ne joue pas le jeu, ou le joue mal.
28-3
447
Compare avec 12 × 12 = 144. Là non plus, nous ne disons pas « peut-être ». Car, dans la mesure où cette
proposition repose sur le fait que nous ne fassions pas d'erreur en comptant ou calculant et que nos sens ne nous trompent
pas au cours de nos calculs, les deux propositions — la proposition arithmétique et la proposition physique — sont au même
niveau.
Je veux dire : le jeu physique est aussi sûr que le jeu arithmétique.
454
Il y a des cas où le doute n'est pas raisonnable, mais il y en a d'autre où il semble logiquement impossible. Et il ne
semble pas y avoir de frontière nette entre les deux.
3-4-51
466
Ainsi il me semble que j'ai toujours su quelque chose, et que pourtant il n'y a aucun sens à le dire, à prononcer cette
vérité.
467
Je me suis assis avec un philosophe dans le jardin ; il dit à maintes reprises : « Je sais que ceci est un arbre » tout en
désignant un arbre près de nous. Une tierce personne arrive et entends cela, et je luis dis : « Cet homme n'est pas fou. Nous
faisons de la philosophie. »
5-4
473
De même qu'en apprenant à écrire, nous apprenons une forme particulière de lettres et la modifions plus tard, ainsi
nous apprenons d'abord que la stabilité des choses est la norme, qui est ensuite sujette à des modifications.
474
Ce jeu a fait ses preuves. Cela peut être la cause pour laquelle on le joue, mais ça n'en est pas la raison.
6-4
477
« Ainsi il nous faut savoir que les objets dont nous transmettons les noms à un enfant par une explication ostensive
existent. » — Pourquoi doit-on le savoir ? Ne suffit-il pas que l'expérience ne nous montre pas le contraire plus tard ?
Après tout, pourquoi le jeu de langage devrait-il reposer sur un savoir ?
8-4
484
Là, donc, on dit : « Je sais » et on donne les raisons de ce savoir, ou du moins on peut les donner.
9-4
488
lorsque des auteurs énumèrent tout ce qu'ils savent, cela ne prouve rien du tout.
10-4
497
Si quelqu'un voulait sans cesse susciter des doutes en moi et me parlais ainsi : là, ta mémoire te trompe ; ici, tu as
été dupe; et là encore tu ne t'es pas suffisamment assuré, etc., et si je ne me laissais pas ébranler mais m'accrochais à ma
certitude — cela ne peut être une mauvais réaction puisque c'est justement cela qui définit un jeu.
11-4
498
Ce qui est curieux, c'est qu'alors même que je trouve parfaitement correct que quelqu'un réponde : « Sottises ! » à
toute tentative de le désorienter avec des doutes sur ce qui est fondamental, j'estime qu'il aurait tort de chercher à se
défendre en utilisant, par exemple, les mots « Je sais ».
503
Je regarde un objet et je dis : « C'est un arbre » ou « Je sais que c'est... » — Si je m'approche et qu'il s'avère qu'il
n'en est rien, je pourrais dire : « En fait, ça n'était pas un arbre » ou « C'était bien un arbre, mais ça ne l'est plus ». Si
toutefois tout le monde me contredisait et affirmait que ça n'avait jamais été un arbre, et si tous les autres témoignages
parlaient contre moi — à quoi me servirait de tenir à mon « Je sais... »
504
Que je sache quelque chose, cela tient à ce que les preuves me donnent raison ou me contredisent. En effet, dire
qu'on sait qu'on a mal ne veut rien dire.
505
C'est toujours par la grâce de la nature que l'on sait quelque chose.
12-4
512
La question est bien celle-ci : « S'il te fallait, même dans ces choses les plus fondamentales, changer d'avis ? » Et
là, la réponse me semble être : « Tu n'as pas à changer d'avis. C'est précisément en cela que ces choses sont
“fondamentales”. »
512
La Lorsque tu obéis à l'ordre « Apporte-moi un livre », il est possible que tu aies à t'assurer que ce que tu vois là est
bien un libre, mais tu sais du moins ce que l'on entend par « livre » ; et si tu ne le sais pas, eu peux consulter un dictionnaire
— mais pour cela il te faut tout de même savoir ce qu'un autre mot signifie. Et qu'on mot signifie telle ou telle chose, et qu'il
s'emploie de telle ou telle façon est tout autant un fait empirique que le fait que cet objet est un livre.
15-4
524
Est-il essentiel à nos jeux de langage (p. ex. “commander et obéir”) que sur certains points aucun doute
n'apparaisse, ou est-ce suffisant d'avoir le sentiment d'être sûr, quand bien même avec un léger souffle de doute ?
[…]
Ce qui importe c'est de savoir [si les mots « Je suis sûr que »] ont une différence dans la pratique du langage.
On peut se demander si une personne qui parlerait ainsi dirait toujours : « Je suis sûr » là où nous, par exemple,
manifestons de l'assurance dans nos comptes-rendus (p. ex. lors d'une exemple de laboratoire où il s'agit d'annoncer la
couler qu'on voit dans une éprouvette). Si oui, notre première réaction sera de vérifier ce qu'il dit. Mais s'il s'avère
parfaitement fiable, on dira que sa façon de parler n'est qu'une excentricité qui en fait ne change rien. On pourrait, p. ex.,
supposer qu'il a lu les sceptiques, est persuadé que l'on ne peut rien savoir, et c'est pourquoi il a adopté cette façon de parler.
Une fois que nous y sommes habitués, cela ne nuit en rien à la pratique.
16-4
528
Et pourtant, si quelqu'un me demandait comment s'appelle la couleur en français et que le lui dise, puis qu'il me
demandait : « En es-tu sûr ? » — là, je répondrais : « Je le sais ; le français est ma langue maternelle. »
17-4
547
On ne peut pas encore dire à un enfant qui ne fait que commencer à parler et à utiliser les mots « rouge » et
« bleu » : « Tu sais, c'est-ce pas, comme s'appelle cette couleur. »
18-4
550
Si quelqu'un croit quelque chose, il n'est pas toujours nécessaire de pouvoir répondre à la question “pourquoi le
croit-il ?” ; mais s'il sait quelque chose, on doit pouvoir répondre à la question « Comme le sait-il ? ».
19-4
555
Lorsque quelqu'un dit qu'il sait quelque chose, cela doit être quelque chose que, selon l'opinion générale, il est
position de savoir.
559
Tu ne dois pas oublier que le jeu de langage est, pour ainsi dire, quelque chose d'imprévisible. Je veux dire : il n'est
pas fondé. Pas raisonnable (ou déraisonnable).
Il est là — comme notre vie.
560
Et le concept de avoir est couplé avec lui de jeu de langage.
559
« Je sais » et « Tu peux t'y fier ». Mais on ne peut toujours substituer le second au premier.
574
La question est la suivante : quelle sorte de proposition est « Je sais que là-dessus je ne peux me tromper », ou
encore « Là-dessus, je ne peux me tromper » ?
Ce « Je sais » semble coupé de tout fondement. Je le sais, c'est tout. Mais s'il est permis de parler ici d'erreur, alors
il doit être possible de tester si je le sais.
575
Ainsi le but des mots « Je sais » peut être d'indiquer là où on peut se fier à moi ; mais où ils ont cette fonction,
l'utilité de cette indication doit provenir de l'expérience.
576
On pourrait dire : « Comment est-ce que je sais que je ne me trompe pas à propos de mon nom ? » — et si la
réponse était « Parce que je l'ai si souvent utilisé », on pourrait poursuivre : « Comment est-ce que je sais que je ne me
trompe pas en cela ? » Et là, le « Comment est-ce que je sais » ne peut plus avoir de signification.
20-4
584
Serait-il possible de n'employer le verbe « savoir » que dans la question « Comment le sais-tu ? » lorsqu'elle suit
une simple affirmation ?
588
dans un zoo, il pourrait y avoir une pancarte disant « Ceci est un zèbre », mais non « Je sais que ceci est un zèbre ».
« Je sais » n'a de sens que lorsque c'est une personne qui l'exprime. Cela dit, que l'expression soit « Je sais... » ou
« Ceci est... » n'a aucune importance.
593
Bien que l'on puisse remplacer « Je sais que c'est ainsi » par « C'est ainsi », on ne peut remplacer la négation de l'un
par la négation de l'autre
Avec « Je ne sais pas... » un nouvel élément fait son entrée dans le jeu de langage.
22-4
601
Le risque est toujours présent de chercher à lire la signification d'une expression dans l'expression elle-même et
dans l'humeur dans quelle est utilisée, plutôt que de ne penser toujours qu'à la pratique. C'est pourquoi on se répète si
souvent l'expression à soi-même, comme si ce qu'on recherche était en elle et dans le sentiment qu'elle inspire.
23-4
606
Qu'un autre se soit, selon moi, déjà trompé n'est pas une raison de supposer que je me trompe à présent. — Mais ne
serait-ce pas une raison de supposer que je pourrais me tromper ? Ce n'est pas une raison d'avoir quelque incertitude que ce
soit dans mon jugement ou dans mes actions.
611
Là où se rencontrent réellement deux principes qu ne peuvent se concilier l'un l'autre, chaque homme déclare que
l'autre est un fou et un hérétique.
606
J'ai dit que je “combattrais” l'autre — mais alors est-ce que je ne lui donnerais pas de raisons ? Si ; mais jusqu'où
vont-elles ? Au bout des raisons se trouve la persuasion. (Pense à ce qui arrive quand un missionnaire convertit des
indigènes.)
618
Ce serait donc comme s'il fallait que le jeu de langage “montre”les faits qui le rendent possible. (Mais ça n'est pas
ainsi.)
24-4
621
Parlant d'anatomie, je dirais : « Je sais que 12 paires de nerfs partent du cerveau. » Je n'ai jamais vu ces nerfs, et
même un spécialiste ne les aurait observés que sur peu de spécimens. — C'est précisément ainsi que l'expression « Je sais »
est correctement utilisée.
626
Et cela non plus ne veut dire dire : « Le nom français de cette couleur est certainement “vert” — à moins que je ne
fasse un lapsus ou que je sois victime d'une confusion quelconque. »
627
Ne faudrait-il pas insérer cette clause dans tous nos jeux de langage ? 'Ce qui montre qu'elle est dépourvue de
sens.)
630
D'être incapable de se tromper sur la désignation de certaines choses dans sa langue maternelle est simplement le
cas normal.
637
« Je ne peux, etc. » montre la place du mon assertion dans le jeu. Mais elle se rapporte essentiellement à moi, et
non au jeu en général.
Si je me trompe dans mon affirmation, cela n'enlève pas son utilisé au jeu de langage.
25-4
638
« Là-dessus, je ne me peux me tromper » est une phrase habituelle qui sert à indiquer le degré e certitude d'un
énoncé. Et elle n'est justifiée que dans son usage ordinaire.
639
Mais quoi diable sert-elle si — de l'aveu général — je peux me tromper à son sujet et donc aussi au sujet de la
proposition qu'elle est censée étayer ?
640
Ou devrais-je dire que cette proposition exclut un certain type d'erreur ?
641
Ce « Il m'en a parlé aujourd'hui — là-dessus, je ne peux me tromper. » — Et si, malgré tout, cela se révélait
faux ? ! — Ne faut-il pas faire une distinction entre les différentes manières qu'a une chose de « se révéler fausse » ?
647
Il y a une différence entre une erreur pour laquelle une place est, pour ainsi dire, prévue dans le jeu, et une
complète irrégularité qui arrive exceptionnellement.
651
on ne peut opposer la certitude mathématique à la relative incertitude des propositions empiriques. Car la
proposition mathématique a été obtenue par une série d'actions qui ne se différencient en rien du reste des actions de la vie,
et qui sont tout autant sujettes à l'oubli, l'inadvertance et la confusion.
26-4-51
658
La question « Mais n'est-il pas possible que tu sois actuellement en proie à une illusion, et ne le saurais que plus
tard ? » peut aussi être posée comme objection concernant chaque proposition de la table de multiplication.
667
Même si j'arrivais dans un pays où l'on croit que les gens sont transportés sur la lune pendant leur rêves, je ne
pourrais pas leur dire : « Je ne suis jamais allé sur la lune. — Naturellement, je peux me tromper. » Et à leur question
« N'est-il pas possible que tu te trompes ? », il me faudrait répondre : Non.
668
Cela n'empêchera pas mon interlocuteur de mettre en doute ce que je dis. Mais s'il me fait confiance, non
seulement il acceptera mon information, mais il tirera de ma conviction certaines conclusions quant à la façon dont je vais
me comporter.
27-4
668
« Si je ne fais pas confiance à ce témoignage de preuve, pourquoi devrais-je faire confiance à n'importe lequel ? »
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