Des relations Est-Ouest au beau fixe

Des relations Est-Ouest au beau fixe
Initiatives
lycée
Des relations
Est-Ouest au beau fixe
Visite à Rouen où une trentaine d’élèves de seconde du lycée Saint-Jean-Baptiste-de-La-Salle
vivent à l’heure polonaise. Depuis la rentrée dernière, cette classe est engagée dans un projet
Comenius sur le thème du rapprochement des peuples et de l’intégration.
■ SOPHIE BIZOUARD
Q
uand on nous a parlé de
la Pologne, on a été très
étonnés, on ne voyait pas
bien ce que cela venait faire. Au
début, on s’est dit que ce voyage
allait surtout nous permettre
d’avoir deux semaines sans cours,
se souvient Quentin. Sur la route, on découvrait des paysages
tristes, des maisons en ruines dans
la campagne. » Frédéric approuve : « On s’est dit que si à cet instant on nous proposait de rentrer
en France, on dirait oui tout de
suite. »
Quinze jours plus tard, le ton
de leurs propos allait quelque
peu changer : « On a découvert
qu’on n’était pas si différents que
ça. On imaginait que c’était davantage la misère là-bas. Mais j’avais
entendu dire que les Polonais
étaient accueillants et chaleureux.
Je les ai trouvés très ouverts. Et
finalement, je serais bien resté
deux semaines de plus. »
Les élèves n’ont pas
envie de s’arrêter
au cédérom
qu’ils ont réalisé
et de se contenter
de leurs souvenirs.
Catherine Popzyck, professeur
de documentation du lycée
Saint-Jean-Baptiste-de-La-Salle1, à Rouen, raconte avec un
bonheur palpable la genèse de
l’aventure polonaise que vit la
classe de seconde sept et qui
semble aussi pour elle l’accomplissement d’un rêve ancien. Née en Pologne, où vit
encore sa famille, elle a toujours maintenu le contact avec
le lycée où elle fut élève, l’éta-
blissement Traugutt, à Czestochowa, en Haute-Silésie.
L’idée d’un rapprochement
entre les élèves de Saint-JeanBaptiste et ceux de Traugutt lui
est venue naturellement lorsque
sa direction a formulé le vœu
de soutenir une initiative tournée vers l’international. La
Pologne venait de faire son
entrée dans l’Union européenne, l’occasion était belle.
Entourée de quatre autres enseignants du lycée, elle s’est attelée à la rédaction des fondements du projet, et a complété avec eux la vingtaine de
pages du formulaire de candidature Comenius (cf. encadré). Ensemble, ils ont choisi
l’intégration et le rapprochement des peuples comme
thèmes porteurs du projet, qu’ils
ont décidé de décliner dans trois
domaines.
Le premier, linguistique, qui
s’est imposé d’office, visait à
favoriser l’usage et le perfectionnement d’une langue
étrangère : l’anglais pour les
Rouennais, et le français pour
les Polonais inscrits dans une
classe de français renforcé.
Deuxième axe, celui de l’histoire et de la mémoire, selon
deux angles : le débarquement
allié en Normandie et la Shoah.
Enfin, en littérature, les lycéens
de Czestochowa et de Rouen
allaient respectivement découvrir les contes traditionnels de
Normandie et de Pologne.
« Réunir deux groupes de jeunes
distincts et leur montrer qu’ils ne
sont pas aussi éloignés qu’ils l’imaginent, en dépit des distances »,
compte parmi les desseins de
ce projet Comenius, selon Pascal Durand, professeur d’histoire-géographie des secondes
sept. L’entreprise doit aboutir
36 Enseignement catholique actualités N° 294, MAI 2005
en mai prochain à l’édition d’un
cédérom (dont le contenu provisoire est stocké sur un site web)
qui résumera les tenants et les
aboutissants du projet dans les
trois langues – française, polonaise et anglaise – et comprendra en annexe un lexique
trilingue. Une partie de l’équipe se déplacera à Bruxelles pour
présenter la production et obtenir, peut-être, de la commission
Comenius le label européen qui
distingue les travaux les plus
remarquables.
Surprenantes
découvertes
L’échange entre les deux classes
de seconde s’est engagé via un
forum électronique, installé sur
le site du projet. Les réticences
et autres a priori ont très vite
laissé place à la surprise de se
trouver des goûts communs
avec de lointains inconnus et
de se mettre à discuter ciné,
musique ou mode avec eux…
D’où de surprenantes découvertes pour certains : « Il y a
même une gothique dans leur
classe ! »
Ce forum a permis aux uns et
aux autres de se choisir selon
leurs affinités et de poursuivre
leur correspondance deux à
deux, jusqu’à la venue des
lycéens français, à l’automne
dernier, à Czestochowa. Accueillis dans les familles de leurs
camarades polonais, ils ont suivi ces derniers pendant leurs
cours, en ville, et dans leurs soirées dans les bars ou en discothèque. Certains Rouennais
avouent avoir eu du mal à
suivre le rythme des Polonais,
plus libérés et noctambules
qu’ils ne l’imaginaient, et des
Polonaises au caractère affirmé, avec qui il a fallu appren-
dre à composer, car d’après Frédéric « elles savent vraiment ce
qu’elles veulent ! » Bien obsolète, l’image de la Pologne de
l’ère soviétique…
Magda, une assistante polonaise, étudiante à Paris, qui a
passé trois mois à Saint-JeanBaptiste au début de l’année
scolaire, avait déjà donné un
aperçu de la réalité de son pays
à la classe de seconde sept. « Elle
intervenait pour parler de la
Pologne, en évoquer la culture et
la tradition, le plus souvent pendant les cours d’histoire-géographie et de français, raconte Pascal
Durand. Âgée d’une vingtaine
d’années, elle était jeune et donc
assez proche des élèves. Elle les
retrouvait aussi au CDI2, pour les
aider à préparer une exposition
sur la Pologne, par exemple. Elle
leur a permis d’entrer individuellement dans le projet. »
L’intégration, fil directeur de
cet échange, a été approchée
de différentes manières : il y a
eu celle des Français dans les
familles polonaises, puis, en
mars dernier, celle des Polonais
dans les familles françaises,
pour un séjour de deux semaines à chaque fois. L’entrée de
la Pologne au sein de l’Union
européenne a donné lieu en
cours d’éducation civique, juridique et sociale, à des débats
élargis à une réflexion sur celle de la Turquie, au cœur de
l’actualité. Pascal Durand y a
aussi relié la question des minorités à l’évocation de l’horreur
d’Auschwitz où les élèves
s’étaient rendus lors de leur
voyage. Cela a débouché sur
une discussion sur l’exclusion :
«Si l’on n’excluait pas, la question de l’intégration ne se poserait même pas. » Lors d’une
cérémonie du souvenir de la
Soudés. Comenius a insufflé une dynamique de groupe salutaire chez les secondes sept. (Photo : S. Bizouard)
Shoah, organisée dans la chapelle de l’établissement, les
secondes sept ont, à tour de
rôle, lu des phrases décrivant
la réalité des faits, et, en regard,
des extraits de témoignages de
rescapés. « Faire prendre conscience que l’école est davantage que
des matières qui peuvent servir à
autre chose qu’à obtenir des notes,
bonnes ou mauvaises », c’est l’une
des vertus que Pascal Durand
trouve à ce projet Comenius.
« Cela permet aux jeunes de donner un sens à leur scolarité. Et
cela les aide forcément dans leur
construction », conclut-il.
Touristes imprévus
Autre exploration de l’intégration avec la classe « arc-enciel » de l’école primaire,
composée d’enfants en difficultés d’apprentissage : quelques lycéennes polonaises
avaient à leur intention traduit en français l’histoire de la
naissance de Varsovie. Elles
sont venues la leur raconter et
leur ont offert des jeux de cubes
illustrant la légende. Toutes les
occasions de décloisonner le
projet et de le sortir du strict
échange de classe à classe ont
été saisies : un concert de rock
donné par un groupe de terminales du lycée pour clôturer
le séjour de la classe polonaise à Rouen, des ajustements de
dernière minute, comme le prolongement d’une conférence
sur le développement durable
par un exposé sur l’énergie en
Pologne, ou la venue imprévue de touristes polonais de
passage, que Catherine Popzyck entraîne avec elle dans
une visite éclair des bâtiments,
tout en leur expliquant le fonctionnement d’un établissement
scolaire français…
Pascal Durand observe que
l’expérience s’est révélée « très
formatrice sur le plan humain.
Les jeunes, différents les uns des
autres, se sont retrouvés au pied
du mur, tous au même niveau. »
De l’avis de tous, ce projet, lancé dès l’automne, a insufflé un
esprit de groupe, précieux dans
une classe qui compte un tiers
de pensionnaires et un tiers de
nouveaux. Gage de réussite,
les élèves n’ont pas envie de
s’arrêter à ce cédérom et de se
contenter de leurs souvenirs,
mais souhaitent prolonger
l’aventure en maintenant le
contact…
■
1. Adresse : 84 rue Saint-Gervais, 76000
Rouen.
2. Centre de documentation et d’information.
Comenius, mode d’emploi
Les actions Comenius s’inscrivent dans le
programme Socrates (programme d’action
communautaire dans le domaine de l’éducation)
et soutiennent notamment les partenariats entre
établissements scolaires. Elles ont pour objectif
d’améliorer la qualité de l’enseignement, d’en renforcer la dimension européenne et de favoriser
l’apprentissage des langues et la mobilité. C’est
sur cette dernière ambition que les équipes de
Saint-Jean-Baptiste-de-La-Salle, à Rouen, et de
Traugutt, à Czestochowa, se sont appuyées pour
construire leur projet, qu’elles ont présenté en
janvier 2004. Parmi les conditions à remplir : un
effectif minimum de dix élèves, âgés de plus de
douze ans, pour une durée de séjour d’au moins
quatorze jours. Le budget alloué par l’Europe a
permis de couvrir les frais de déplacements d’un
enseignant de chaque lycée dans le pays étranger, pour un échange préalable avec l’équipe éducative partenaire, destiné à préparer les séjours
des élèves. La subvention a aussi contribué aux
frais de voyage (en autocar) et d’assurance de ces
derniers, dont le gîte et le couvert étaient ensuite pris en charge par les familles d’accueil. ■ SB
(Source : Portail de l’Union européenne, http://europa.eu.int)
N° 294, MAI 2005 Enseignement catholique actualités
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