F58-1

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 EE éditorial
Jacques Blamont,
une mauvaise
nouvelle
pour les étoiles
Emmanuel Grenier
as d'homme dans l'espace ! » lançait brutalement le titre d'une interview avec Jacques Blamont dans Le
Point. M. Blamont est-il président du Parti pour l'arrêt du progrès technologique ? Non point : M. Blamont
est, excusez du peu, membre de l'Académie des Sciences et surtout conseiller scientifique du Président du
Centre National d'Etudes Spatiales. C'est lui qui a inspiré la position de l'Académie des Sciences, qui met en
concurrence la participation européenne à la station spatiale internationale Alpha avec les programmes
scientifiques de l'Agence spatiale européenne (ESA) : Horizon 2000 plus, observation de la Terre et base
d'observation lunaire. Les académiciens, par le biais d’une recommandation du comité de la recherche spatiale souhaitent que
l’« éventuelle réalisation » de la station Alpha ne « restreigne [pas] la poursuite et le développement des programmes
scientifiques en cours. » Ils reconnaissent qu'installerune base lunaire d'observation scientifique serait « prometteur » à
« moyen terme », mais ajoutent aussitôt : « Il s’agit là d'un programme où les participations respectives de l'Homme
et/ou des robots reste une question ouverte. » Et encore s’agit-il d'un texte unanime, où les ardeurs misanthropes de M.
Blamont ont été freinées par certains de ses confrères.
Cette diatribe montre a quel point M. Blamont, tout à ses projets particuliers dont nous ne contestons pas l'intérêt, ne
comprend pas le fonctionnement d'ensemble du grand programme technologique qu'est l'aventure spatiale, où la présence
humaine est irremplaçable et inévitable. Les robots ne peuvent en effet faire face à l'imprévu ou au non-répétitif; l'utilité de la
présence humaine a d'ailleurs été magnifiquement affirmée par l'intervention sur le téléscope Hubble, instrument scientifique.*
Ce n’est certes pas la première fois que des membres de l’Académie se trouvent en porte-à-faux avec le progrès. François Arago,
son président d'un moment, ne fut-il pas un farouche opposant des chemins de fer ? Il nous semble que l'Académie devrait être
à la pointe du développement spatial. Au lieu de cela, elle tente de réduire au minimum, voire à zéro, les programmes spatiaux
habités. Au moment où l’on fête le bicentenaire de l'Institut, l’Académie serait bien inspirée de prendre modèle sur ses glorieux
ancêtres : Gaspard Monge, créateur de la géométrie descriptive, ne rechignait pas à organiser la récolte du salpêtre parce que
l'époque le nécessitait. On connaît aussi la passion de Pasteur pour les applications pratiques des considérations les plus
théoriques : brasseries, élevages, etc.
En agissant ainsi, les académiciens auraient peut-être permis de sortir du débat stérile qui empoisonne la planification
spatiale depuis que les budgets se restreignent, et que l'on a encore retrouvé à Toulouse, lors de la récente réunion des quatorze
ministres européens de l'Espace : programmes nationaux contre programmes européens, scientifiques contre industriels, habités
contre robotisés. L'époque nécessite une intervention des académiciens : l’espace est un défi dont notre société a besoin,
moralement, économiquement et technologiquement. Au lieu de freiner l‘'ampleur du programme spatial, par souci pusillanime,
l'Académie devrait mettre ses immenses compétences à son service. Voilà qui contrebalancerait utilement la marotte pessimiste
de M. Blamont. Ecoutons-le, livré à lui-même, en conclusion de son dernier ouvrage : « Mauvaise nouvelle pour les étoiles
: la créature la plus laide, la plus sale et la plus méchante de ce côté-ci de la Galaxie s'apprête à quitter son terrier. »
On pourrait le blâmer en affirmant qu'il ne faut jamais prendre son cas pour une généralité. Dédions-lui plutôt un poème de
l‘immortel Alexandre Pouchkine, en espérant que ne serons pas pour autant déportés en Caucasie :
« À l'Académie, dit-on,
Siège le Prince Dondon
Par quel sombre sortilège
Ce Dondon fut-il promu ?
Pourquoi diable a-t-il un siège ?
C'est fort simple : il a un cul. »
* Nous publierons prochainement un article de fond sur cette importante question.
as FUSION N°58 — — — —
NOV.-DEC. 1995
Epistémologie
La fraude de la causalité algébrique
par Lyndon LaRouche
Nous interrompons momentanément notre publication par chapitre de son traité
économique pour publier cet important texte de Lyndon LaRouche ou il revient sur
l'opposition fondamentale qui sépare l'école cartésienne de celle de Leibniz. À une
époque où la science moderne sort péniblement du positivisme et commence à
reconnaître la nécessité d'une transcendance, ce texte pose les jalons nécessaires pour
introduire cette transcendance, de façon rationnelle et légitime, sans tomber dans un
Astronomie
douteux mysticisme.
Comment les Grecs mesuraient l'invisible
par Pierre Beaudry
Illustration de l'article précédent : l'auteur montre comment une découverte naît
d'abord d'une idée, non d'un « fait » scientifique. L'exemple concret de la mesure du
diamètre terrestre par Eratosthène est donné.
Histoire
a
La vie de Max Planck
par Caroline Hartmann
La découverte de la quantification de l'énergie par Max Planck lança un défi que la
science physique n'a toujours pas relevé. Il rejeta la non-causalité de l'Ecole de
Copenhague. D'autre part, son caractère et son honnêteté firent de lui la cible des
nazis.
Astrophysique
ISO va révolutionner l'astronomie en infrarouge
par Philippe Jamet
À la poursuite des objets « froids » et « sombres », le satellite de l'Agence spatiale
européenne qui sera prochainement lancé par la fusée Ariane va sans doute
bouleverser nos connaissances sur les galaxies éloignées, sur la formation des étoiles
ou même des planètes. Une immense prouesse technologique au service de la
science,
Physique
Des haut flux de neutrons aux lignes de lumiére
par Philippe Jamet
À Grenoble, l'une des plus grandes concentrations scientifiques urbaines de notre
pays, deux outils de recherche mettent la France et l'Europe en pointe : l'ESRF et le
réacteur à haut flux de l'Institut Von Laue-Langevin. Mode d'emploi de ces
instruments utilisés pour des applications prometteuses.
Archives
our les hypothèses qui servent
de fondement à la géométrie
de Bernhard Riemann
Ce texte fondamental de Riemann inaugure une rubrique où nous republierons des
textes scientifiques anciens pas ou peu accessibles, en particulier ceux auxquels nous
faisons souvent référence, Nous répondons ainsi à une demande de nombreux lecteurs.
Editorial : p.1 - Humeur : p.63
En janvier dans
FUSION
* Mendeleiev, ou la decouverte de la loi periodique
e Fusion froide : lentement mais sûrement
* Le defi de l'inertie-gravitation
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