31 18-19-20 mai 2013 Dossier - Education, chemin de sainteté

31 18-19-20 mai 2013 Dossier - Education, chemin de sainteté
Association Notre Dame de Chrétienté
2013
Notre-Dame de Chrétienté Éducation, chemin de Sainteté
Dossier de Préparation des
Chefs de Chapitre 2013
« Éducation, Chemin de Sainteté »
31e Pèlerinage de Pentecôte
De Notre-Dame de Paris à Notre-Dame de Chartres
Association Notre Dame de Chrétienté
SOMMAIRE
REMERCIEMENTS
5
PRÉSENTATION DU DOSSIER DE PRÉPARATION
7
CANEVAS & RECOMMANDATIONS
12
MOT DE L’AUMÔNIER GÉNÉRAL
16
PREMIÈRE PARTIE : MÉDITATIONS FINALISÉES,
THÈMATIQUES ET GÉNÉRALES ........................................................ 19
SAINT JEAN BOSCO
19
LE ROSAIRE
26
LA SAINTE MESSE
33
LE SACREMENT DE PÉNITENCE
38
L’HOMME EST UN ÊTRE QUI S’ÉDUQUE
43
ÉDUQUER, C’EST APPRENDRE ET REDRESSER
49
LA TRADITION
53
AUTORITÉ ET OBÉISSANCE
59
SAINT JEAN-BAPTISTE DE LA SALLE
64
LA FAMILLE ET L’ÉDUCATION
69
LES FONDAMENTAUX DE L’ÉDUCATION
73
LA SOCIÉTÉ CIVILE ET L’ÉDUCATION
77
POURQUOI AIMER LA MESSE TRADITIONNELLE ?
82
ÉDUCATION, CHEMIN DE LIBERTÉ
94
LA CHRÉTIENTÉ
98
LA PURETÉ AVANT LE MARIAGE
102
LA CONSÉCRATION À NOTRE-DAME
108
L’ADORATION DE L’EUCHARISTIE
112
SAINTE ANNE ET SAINT JOACHIM
116
DIEU, NOTRE PÈRE ET NOTRE ÉDUCATEUR
122
L’ÉGLISE ÉDUCATRICE
127
LA VOCATION
131
Association Notre Dame de Chrétienté
3
ÉDUCATION, ESPÉRANCE ET MISSION
135
CONSTRUIRE SA VIE PAR UNE RÈGLE DE VIE PERSONNELLE
140
DEUXIÈME PARTIE : LECTURES INDISPENSABLES .................. 144
QU’EST-CE QU’UN PÈLERINAGE ?
144
AUX SOURCES DU PÈLERINAGE DE CHRÉTIENTÉ
147
ENGAGEMENTS DU PÈLERIN
157
LES SYMBOLES AU PÈLERINAGE
158
MOTU PROPRIO « SUMMORUM PONTIFICUM» : TRADITION
161
L’AUTORITE DANS LA SAGESSE ET L’AMOUR
166
LA COMMUNICATION DANS LE COUPLE
171
LES ERREURS CONTEMPORAINES EN MATIERE D’EDUCATION
174
DECLARATION SUR L’EDUCATION CHRETIENNE « GRAVISSIMUM
EDUCATIONIS MOMENTUM »
178
L’ÉCOLE
183
SERMON DE DOM GÉRARD : CHRETIENTE
187
CHARTE DE L’ASSOCIATION
193
L’ACCOMPAGNEMENT SPIRITUEL
195
EXHORTATION APOSTOLIQUE « CHRISTIFIDELES LAÏCI » : MISSION
198
L’ENGAGEMENT DES CATHOLIQUES EN POLITIQUE
206
TROISIÈME PARTIE : ANNEXES ....................................................... 219
PLAN DES MÉDITATIONS THÉMATIQUES
219
CITATIONS ET BIBLIOGRAPHIE SE RAPPORTANT AUX MÉDITATIONS
THÉMATIQUES
227
MÉDITATIONS GÉNÉRALES SUR DES THÈMES COMMUNS Á TOUS NOS
PÈLERINAGES
250
REDÉCOUVRIR LA FOI AVEC LE CATÉCHISME DE L’ÉGLISE CATHOLIQUE
DANS LE CADRE DE L’ANNÉE DE LA FOI
251
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4
REMERCIEMENTS
Nous tenons à remercier les communautés religieuses, les organismes et les
personnalités amis ci-après, qui nous ont fourni des textes à partir desquels
nous avons composé des méditations sur le thème et les sous-thèmes de
cette année, et sur des thèmes d’ordre général, communs à tous nos
pèlerinages.
Sans leur précieux concours, la réalisation de ce dossier destiné aux chefs
de chapitres eut été impossible.
- Abbaye Notre-Dame de Fontgombault,
- Abbaye Notre-Dame de Randol,
- Abbaye Sainte Madeleine du Barroux,
- Abbaye Notre-Dame de l’Annonciation,
- Chanoines Réguliers de la Mère de Dieu,
- Chanoinesses Régulières de la Mère de Dieu,
- Dominicaines du Saint-Esprit,
- Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre,
- Fraternité Saint Vincent Ferrier,
- Institut du Christ Roi Souverain Prêtre,
- Abbé Bizard,
- Abbé Pozzetto,
- Père Yannik Bonnet,
- Renaissance Catholique,
- Ichtus,
- Anne Coffinier,
- Rémi Fontaine.
- Gwenaël Josseaume,
- Marc et Maryvonne Pierre.
Nous remercions également les communautés religieuses et les organismes
amis ci-après, que nous n’avons pas sollicités cette année pour nous fournir
un texte, mais qui nous soutiennent de leurs prières et de leur amitié et,
pour certaines communautés, de leurs ministères pendant le pèlerinage.
- Abbaye Notre-Dame de l’Annonciation,
- Abbaye Notre-Dame de Triors,
- Adoratrices du Cœur Royal de Jésus-Christ Souverain Prêtre,
- Bénédictins de l’Immaculée,
- Franciscains de l’Immaculée,
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5
-
Fraternité Saint Thomas Becket,
Institut de la Sainte Croix de Riaumont,
Institut du Bon Pasteur,
Missionnaires de la Miséricorde Divine,
Monastère Sainte Marie de la Garde,
Petites sœurs de la consolation du Sacré Cœur et de la Sainte Face,
Rédemptoristes écossais,
Religieuses Victimes du Sacré-Cœur de Jésus,
Serviteurs de Jésus et de Marie,
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PRÉSENTATION DU DOSSIER DE
PRÉPARATION
Mode d’emploi et recommandations importantes à lire attentivement.
Chers amis pèlerins, chefs de chapitre et adjoints,
Voici votre dossier de préparation au 31e pèlerinage de chrétienté, de
Notre-Dame de Paris à Notre-Dame de Chartres.
Il se compose de deux parties :
PREMIÈRE PARTIE : LES MÉDITATIONS FINALISÉES
-
13 méditations thématiques propres au thème du pèlerinage 2013
(numérotées de 1 à 13).
- 11 méditations générales (signalées par une lettre de A à K) sur des
thèmes communs à tous nos pèlerinages.
Un certain nombre de citations, ainsi qu’une notice bibliographique, ont été
mises à la suite de chaque méditation générale, ou en annexe pour les
méditations thématiques, afin de vous encourager à approfondir votre
réflexion sur chacun des sous-thèmes.
DEUXIÈME PARTIE : LECTURES INDISPENSABLES Á
L’APPROFONDISSEMENT DU THÈME ET DE L’ESPRIT
DU PÈLERINAGE ; textes fondamentaux et textes de références.
Ce traditionnel dossier de préparation au pèlerinage a été élaboré dans le
but de :
1.
Favoriser votre travail personnel de chef de chapitre et celui de vos
adjoints, en facilitant la compréhension et la maîtrise du thème.
2.
Améliorer la qualité des méditations, afin de mieux frapper les
intelligences et les cœurs.
3.
Renforcer l’unité du pèlerinage, par la délivrance de méditations plus
homogènes.
4.
Raccourcir la durée de chaque méditation, et en augmenter globalement
le nombre, afin d’aborder un plus large champ de doctrine.
5.
Montrer l’actualité du thème, en l’inscrivant dans le contexte de la
révolution pédagogique qui sévit sur le plan national et international
(cf. le livre « Machiavel Pédagogique » de Pascal Bernardin).
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Comme à l’accoutumée, il a été demandé à quelques auteurs (prêtres,
communautés religieuses, chapitres, mouvements et laïcs amis du
pèlerinage) de rédiger un texte sur l’un des différents aspects des thèmes
que nous aborderons au cours de nos trois jours de marche.
Nous tenons à leur renouveler nos très chaleureux remerciements pour ce
travail tellement vital à la bonne marche du pèlerinage.
De ces articles ont été ensuite tirées des méditations présentées sous la
forme simple et concise de propos « incarnés » et dans un style oral, de
façon qu’elles puissent être lues sans difficulté, en marchant. Dans cette
construction, un soin particulier a été porté sur la logique d’enchaînement
des méditations et sur la cohérence et l’homogénéité de la trame générale
du pèlerinage, afin d’être le plus clair possible et le plus compréhensible.
En définitive, le dossier de préparation vous propose donc des méditations
quasi finalisées, qui pourront être lues sur la route de Chartres (solution
recommandée aux jeunes chefs de chapitres peu expérimentés, pour
aborder certains points délicats. Dans ce cas, ils pourront s’abriter derrière
l’autorité du rédacteur qui est un prêtre ou un père de famille).
Cette approche du dossier doit être bien comprise.
Il ne s’agit nullement de vous contraindre à l’uniformité, ou pire, de vous
inciter à la paresse, en vous contentant d’une rapide lecture du dossier ; ce
serait très dommageable pour la sanctification de vos pèlerins.
Il s’agit, bien au contraire, de favoriser votre travail personnel, en facilitant
l’accessibilité du thème 2013, pour vous permettre, ainsi, de mieux
transmettre aux pèlerins de vos chapitres les richesses de « Éducation,
chemin de Sainteté ».
Très concrètement, il vous est donc demandé un important travail de
compréhension du thème et de son découpage, et une bonne appropriation
des méditations finales. Cela vous sera facilité par la lecture des citations et
des notices bibliographiques. Parmi celles-ci, vous aurez soin d’étudier
attentivement les textes du Magistère et quelques manuels pratiques. Vous
pourrez également trouver d’intéressantes références dans les dossiers de
préparations des précédents pèlerinages que vous pourrez aisément
consulter sur le site de Notre-Dame de Chrétienté.
Vous mesurez, chers cadres du pèlerinage, combien il est essentiel de ne
pas vous contenter de la simple lecture des méditations finalisées, qui ne
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vous permettrait pas de maîtriser le thème de cette année et de répondre aux
questions des pèlerins. Votre propre communication ne sera vraiment
vivante et convaincante, que dans la mesure où vous serez imprégnés
de ce que vous voulez dire. Que ce travail de préparation fasse grandir en
vous l’Amour de Notre Seigneur Jésus-Christ sans lequel votre apostolat
n’est qu’illusion.
Ainsi, après ce temps personnel de travail, de prière, de compréhension,
d’appropriation et d’approfondissement, deux possibilités s’offrent à vous :
- conserver in extenso les méditations proposées,
- vous en inspirer très largement et, en reprenant tous les éléments
essentiels, personnaliser et recomposer les méditations afin de mieux
les adapter aux particularités des pèlerins de votre chapitre. À cet
égard, des aménagements devront obligatoirement être apportés aux
méditations pour les enfants.
Particularités :
1.
Les méditations des différents Mystères Joyeux, Douloureux, Glorieux
et Lumineux des Rosaires récités tout au long du pèlerinage, ne vous
sont pas fournies. Il vous appartient donc de les préparer très
sérieusement, et de les faire préparer, en les personnalisant en
fonction du thème du jour et de votre chapitre.
Nous vous demandons de bien impliquer vos adjoints et pèlerins dans
la préparation de ces méditations du rosaire. Celles-ci doivent être
étroitement reliées au thème général « Éducation, chemin de
sainteté », pour ainsi mieux le méditer pendant les 3 jours.
En outre, les méditations du rosaire doivent être l’occasion de porter
très concrètement les intentions particulières des pèlerins de vos
chapitres. Il vous est demandé de faire preuve d’une délicatesse
particulière dans l’expression des méditations, dont certaines pourront
toucher profondément les pèlerins qui se trouvent dans une situation
familiale difficile (séparation, infécondité, célibat mal vécu,…).
2.
Des religieux, des religieuses et des séminaristes nous accompagnent,
au sein des chapitres, tout au long de notre pèlerinage. En accord avec
leurs supérieurs, nous leur avons demandé de préparer une intervention
sur chacun des cinq thèmes:
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-
La confession,
La prière et la vie d’oraison,
La vocation,
La Sainte Écriture,
Les fins dernières.
À l’occasion de leur passage dans votre chapitre, il vous revient de les
solliciter pour les faire intervenir sur l’un ou l’autre de ces cinq points.
3.
4.
Lorsqu’un prêtre rejoint votre chapitre, proposez-lui de se présenter et
d’indiquer qu’il se tiendra en queue de chapitre pour s’entretenir avec
ceux qui le désirent et, éventuellement les confesser. Il est recommandé
que le prêtre puisse très brièvement dire quelques mots sur le sacrement
de pénitence et sur le secret de la confession, avant de se placer à
l’arrière du chapitre. (Précisez aux pèlerins qu’on distingue les prêtres
par le port d’une étole).
Dans le canevas qui vous est proposé ci-après, il vous est demandé
d’inviter les pèlerins à lire, immédiatement ou ultérieurement, quelques
textes qui figurent à la fin du présent dossier et qu’ils trouveront
également dans leur livret du pèlerin. Prenez le temps, en quelques
mots, de leur indiquer l’intérêt de ces documents. Par exemple :
-
-
5.
Pour le document sur "La Communication dans le couple ", vous
soulignerez que 83 % des couples séparés, expliquent leur échec
par une « mauvaise communication », et qu’il est indispensable que
pour éduquer des enfants, les parents s’accordent sur ce domaine
très sensible.
Pour "l’accompagnement spirituel", vous indiquerez qu’il complète
avantageusement l’adoption d’une règle de vie.
Pour la "Note Doctrinale sur l’engagement des catholiques en
politique", vous insisterez sur l’actualité de ce document et sur la
personnalité de l’auteur.
Insistez auprès de vos pèlerins pour qu’ils conservent le livret qui leur
a été remis. Ils y trouveront, non seulement les prières de la messe,
assorties d’explications, mais aussi des prières usuelles, des chants, des
textes choisis et le résumé de toutes les méditations regroupées par
centre d’intérêt. Qu’ils prennent le temps de les lire et d’en approfondir
la compréhension, seuls ou avec l’aide d’un prêtre.
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Pour conclure, nous vous demandons, pendant la marche, d’être
particulièrement attentifs à la charité fraternelle et au maintien du
recueillement. Que votre degré d’exigence soit en rapport avec la soif des
âmes dont vous avez la charge. À chaque instant, gardez bien à l’esprit
que les plus beaux discours ne toucheront le cœur de vos pèlerins que
dans la mesure où vous serez accueillants, humbles et charitables et
que les silences de votre chapitre permettront à la grâce d’arriver
jusqu’à eux.
« Si je n’ai pas la Charité, je ne suis rien » nous dit Saint Paul.
« Plus nous recevons dans le silence de la prière, plus nous donnerons
dans la vie active » nous rappelle Mère Térésa.
« Toujours prier comme si l’action était inutile, et agir comme si la prière
était insuffisante ». Sainte Thérèse de Lisieux.
En attendant la joie de nous retrouver, à l’occasion des différentes réunions
préparatoires, messes, récollections, retrouvailles amicales ou spirituelles,
et, enfin, sur la route de Chartres, que ce travail commun nous unisse
profondément au Cœur de Jésus sous le regard de Notre Dame.
Sursum corda, ad majorem Dei gloriam,
Rémi Mancheron
Directeur des pèlerins
Christian de Certaines
Responsable de la Formation
NOTA : Le canevas et les recommandations qui suivent, constituent un guide
indispensable pour la conduite des Chapitres. Il est impératif d’en suivre le
déroulement.
NOTA 1 : En cette année de la Foi décrétée par notre Saint Père le Pape, nous
proposons à tous nos pèlerins de poursuivre leur formation : voir la fiche en fin de
dossier.
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CANEVAS & RECOMMANDATIONS
SAMEDI
MESSE DANS LA CATHÉDRALE DE PARIS.
Sermon : Sens du pèlerinage et nécessité de notre conversion. Évocation de
l’Année de la Foi.
Mot d’envoi : le choix du thème et son importance actuelle.
2h40 de ND de Paris au Parc Henri Sellier (Plessis-Robinson)
-
-
Chants religieux dans Paris.
« Qu’est-ce qu’un pèlerinage ? » et « Aux sources du Pèlerinage »
(présentation des textes à lire dans le livret ultérieurement)
« Engagements du pèlerin » (inviter les pèlerins à lire le texte du livret
du pèlerin ; faire les commentaires appropriés : esprit, comportement,
tenue).
Présentation du chapitre et du saint patron du chapitre
Prière au saint patron du chapitre
Présentation générale succincte du thème, des sous-thèmes, et des
saints patrons des trois jours,
Simple énoncé du thème du jour : « Les Principes de l’éducation ».
Le Saint du jour : Saint Jean Bosco (méditation 1)
Présentation du Rosaire (méditation A)
Récitation du Chapelet : mystères joyeux, à poursuivre tout au long de
la matinée.
1h20 du Parc Henri Sellier à Amblainvilliers (IGNY)
-
Les symboles au pèlerinage (document à lire dans le livret
ultérieurement ou immédiatement)
Chants/Chapelet (suite)
La Sainte Messe (méditation B)
2h50 d’Amblainvilliers à la halte de Billehou
-
Sacrement de Pénitence : devenir un « miséricordié » (méditation C).
Cette méditation sera confiée de préférence à un séminariste, un
religieux ou une religieuse.
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-
l’examen de conscience (invitez les pèlerins à consulter le texte du
livret)
Récitation du Chapelet : mystères douloureux (pendant les 40 min le
long de la N118)
« L’homme est un être qui s’éduque» (méditation 2)
Chants/Chapelet (suite)
1h10 de Billehou à St Rémy-les-Chevreuse
-
« Éduquer c’est apprendre et redresser» (méditation 3)
Récitation du Chapelet : mystères glorieux
La Tradition (méditation D). Voir également le Motu proprio
« Summorum Pontificum » (dans le dossier et dans le livret)
1h30 de St Rémy au bivouac de la Ferté-Choisel
-
« Autorité et obéissance » (méditation 4)
« L’autorité dans la sagesse et l’amour » (présenter le texte du Bx Pie
XII, à lire dans le livret ultérieurement)
Chants/Chapelet (suite)
DIMANCHE
2h00 de La Ferté-Choisel à la ferme « les Charmes »
-
Prière de départ par chapitre.
Rappels :
+ l’esprit du pèlerinage (engagements du pèlerin) ;
+ Simple énoncé du thème du jour : « La famille, premier lieu de
l’éducation».
-
Saint du jour : Saint Jean-Baptiste de la Salle » (méditation 5)
Récitation du Chapelet : mystères lumineux ou joyeux,
«La famille et l’éducation» (méditation 6)
« La communication dans le couple » (présenter le texte à lire dans le
livret ultérieurement : indispensable pour réussir l’éducation des
enfants)
1h15 des Charmes au Parc Fougères
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13
-
« Les fondamentaux de l’éducation» (méditation 7)
« Erreurs sur l’éducation et l’enseignement» (présenter le texte à lire
dans le livret ultérieurement)
Chants/Chapelet (suite)
1h30 du Parc Fougères aux Courlis
-
« La société civile et l’éducation» (méditation 8)
« L’école » (présenter le texte à lire dans le livret ultérieurement)
Récitation du Chapelet : mystères douloureux
« Pourquoi aimer la messe traditionnelle » (méditation E)
MESSE AUX COURLIS :
Sermon : La famille, premier lieu de sainteté.
1h30 des Courlis à Batonceau
-
« Éducation, chemin de liberté» (méditation 9)
Chants/Chapelet (suite)
La Chrétienté (méditation F). Voir également le sermon de Dom
Gérard (présenter le texte à lire dans le livret ultérieurement).
1h20 de Batonceau à Emancé
-
Récitation du Chapelet : mystères glorieux
«La pureté avant le mariage» (méditation G), un point délicat très
important
« La Consécration à Notre-Dame » (méditation H)
1h25 d’Emancé au bivouac de Gas
-
«L’Adoration de l’Eucharistie » (méditation I)
Chants/Chapelet (suite)
SALUT DE SAINT SACREMENT. NUIT D’ADORATION.
LUNDI
1h30 de Gas au Bois du Séminaire
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-
Prière de départ par chapitre
Rappels :
+
+
-
L’esprit du pèlerinage (engagements du pèlerin) ;
Simple énoncé du thème du jour : «Dieu nous éduque par
l’Église».
Saints du jour : Sainte Anne et Saint Joachim (Méditation 10)
Récitation du Chapelet : mystères joyeux ou lumineux
«Dieu, notre Père et notre éducateur» (méditation 11)
Chants/Chapelet (suite)
2 h15 du Bois du Séminaire à Oisème (déjeuner)
-
« Tradition-Chrétienté-Mission : les 3 piliers de NDC » (inviter les
pèlerins à lire la Charte dans leur livret)
« L’Église éducatrice» (méditation 12)
« L’accompagnement spirituel » (présenter le texte à lire dans le livret
ultérieurement)
«La vocation» (méditation J), de préférence par un séminariste, un
religieux ou une religieuse.
Chants/Chapelet (suite)
2h00 de Oisème à Notre-Dame de Chartres
-
-
« Éducation, espérance et mission » (méditation 13)
Chants/Chapelet (suite)
Exhortation apostolique « Christifideles laïci » et « L’engagement des
catholiques en politique » : présenter les textes à lire dans le livret
ultérieurement.
« Une règle de Vie » (méditation K)
Chants religieux dans Chartres.
MESSE À CHARTRES (sermon : synthèse de l’ensemble du thème et
envoi en mission).
Nota : À traiter par un séminariste, un religieux ou une religieuse au
cours des 3 jours de pèlerinage : l’Écriture Sainte, la prière et la vie
d’oraison, les fins dernières.
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MOT DE L’AUMÔNIER GÉNÉRAL
«Lorsque les pères s'habituent à laisser faire leurs enfants, à les laisser
courir comme ils veulent, lorsque les fils ne craignent pas leurs parents, ou
ne tiennent pas compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent
devant leurs élèves et préfèrent les flatter plutôt que de les conduire dans le
droit chemin d'une main ferme, lorsque, finalement, les peuples défient les
lois parce qu'ils ne reconnaissent plus au-dessus d'eux l'autorité de rien ni
de personne, alors, c'est, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la
tyrannie.» Platon (427-347 av. J-C).
Chers amis pèlerins,
Il est surprenant que le livret du pèlerinage commence par une citation d'un
philosophe, grand certes, mais tout de même païen ! Mais, ne trouvez-vous
pas que cette citation est parfaitement d'actualité ? Plus que cela, elle nous
montre que le souci de l'éducation n'est pas une attitude variable en
fonction des époques, mais correspond bien à la nature même de l'homme ;
il est fondateur d'une civilisation.
À bien examiner le texte, nous nous apercevons que Platon annonce les
conséquences du défaut d'éducation, de son refus, par rapport à trois lieux
très importants de l'activité humaine, en quelque période que ce soit : la
famille, l'école, l'État. Or, ce sont précisément les points que nous abordons
dans le dossier que vous tenez en mains.
C'est bien la preuve qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil. La seule
différence tient au fait que, pèlerins catholiques, nous mettons nos
réflexions sous le regard de « Dieu, fin dernière de l’homme», ce qui est
bien normal. Cependant, l'analyse du texte du philosophe grec nous mène à
cette même affirmation.
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« Lorsque les pères s'habituent à laisser faire leurs enfants... .lorsque les
fils ne craignent pas leurs parents…». Faire cette réflexion c'est bien
reconnaître le rôle fondamental de la famille, cellule de base de la société,
là où l'enfant apprend la vie en commun, où il développe son caractère
social. Nous le vivons aujourd'hui : la destruction de la famille engendre
la déstructuration des enfants.
Le pire est atteint quand d'autres structures, l’État ou l'école, prétendent
ôter aux parents leur rôle premier d'éducateurs. Saint Jean Bosco le
savait bien, lui qui a travaillé toute sa vie à donner aux enfants qui lui
étaient confiés le sens d'une famille qu'ils n'avaient plus. Son école, la
véritable, consistait à donner à chaque enfant le nécessaire pour avoir la
fierté d'être un homme, et non un numéro que les mauvais maîtres
flatteraient pour mieux l'asservir. André Gide, ce malfaisant, osait
écrire : « Familles, je vous hais ! » Nous, nous crions : « Familles, nous
vous aimons ! ».
Que ce pèlerinage conforte les parents dans la grâce que Dieu a répandue
en leur cœur par le sacrement du mariage : former leurs enfants dans
l'intimité de la famille, leur apprendre que le respect construit la fierté de
soi-même, leur dire qu'ils sont les héritiers d'une longue tradition propre à
chaque famille, les encourager à continuer cette tradition, à leur manière
certes, mais dans la même ligne.
Ainsi, les maîtres d'école sauront que, pas plus que les parents, ils ne sont
les propriétaires des âmes qui leur sont confiées. Le pervers, c'est celui qui
se réjouit de mener vers le mal, de dénaturer le trésor d'un enfant.
Le vrai maître se sert de son autorité pour mener vers le haut par la
connaissance, par l'apprentissage de l'intelligence ; il dompte ses propres
passions pour que l'enfant régule les siennes de lui-même, mettant en
pratique le fameux adage : « connais-toi toi-même ».
L'école ouvre au monde extérieur dans le respect de l'intérieur familial. La
fermeté de l'autorité est la marque de la véritable charité. Si tout cela n'est
pas mis en œuvre, si son contraire est hissé sur le piédestal de l'égoïsme et
de l'individualisme, alors Platon a raison : les peuples défieront les lois.
Bien plus, ils écriront des lois contraires à la nature, la loi de leur plaisir,
carcan de leur futur asservissement, devenant ainsi les tyrans d'eux-mêmes.
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Se dresse alors l'Église Catholique, Mère et Maîtresse de Vérité qui
semblable à un phare, dissipe tous les ectoplasmes de la pensée :.
Détentrice de l'ordre surnaturel, qui seul explique l'ordre naturel, elle
exhorte l'État à garantir à chacun la paix dans l'ordre, la joie
d'appartenir à une terre commune, vivifiée par le travail et parfois dans le
sang, l'honneur de la communauté de pensée et d'action.
Et pourquoi tout cela ? Pour que chacun, de toutes les classes de la société,
de tous les métiers, de tous les rangs, dans toutes les situations de famille
ou de personne, puisse passer par-dessus toutes les divisions que la bêtise
humaine invente, et découvrir l'unité ultime : créés tous à l'image de Dieu,
tous s'invitent mutuellement à rendre à Dieu gloire et honneur, préparant
ainsi l'éternelle patrie.
Platon n'est pas allé jusqu'au bout : la Révélation nous oblige à le faire.
C'est notre Pèlerinage !
Lisez pour prier, priez pour adorer, soyez des hommes véritables.
Abbé Denis Coëffet
Aumônier Général de Notre-Dame de Chrétienté
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PREMIÈRE PARTIE : MÉDITATIONS FINALISÉES,
THÈMATIQUES ET GÉNÉRALES
SAINT JEAN BOSCO
« Père et Maître de la jeunesse »
Méditation 1
Chers pèlerins,
En ce premier jour de notre pèlerinage, sur le thème de « l’Éducation
chemin de sainteté », notre réflexion portera sur les principes auxquels il
convient de se référer en matière d’éducation. Et nous allons le faire en
compagnie de Saint Jean Bosco, sous le patronage duquel nous avons placé
cette journée.
I.
UNE VIE CONSACREE A DIEU, A LA VIERGE MARIE ET AUX ENFANTS
PAUVRES
Saint Jean Bosco, fut considéré, à juste titre, comme l’apôtre, au XIXème
siècle, des enfants et des adolescents en Italie.
Né en 1815, dans un village du Piémont, Jean Bosco est le troisième garçon
d’une famille de pauvres paysans. Orphelin de père à l’âge de 2 ans, il est
élevé par sa mère, qui est une sainte femme.
De caractère jovial, Jean exerce une grande influence sur les enfants de
son âge, qu’il attire par ses manières aimables et son art d’entremêler les
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divertissements et la prière. Ce sont les premiers signes de sa vocation
apostolique. Effectivement, Jean aspire au sacerdoce, soutenu dans sa
vocation par sa mère et un vieux et saint prêtre, alors que la pauvreté, qui
l’oblige au travail manuel, semble lui interdire les études et l’accès à la
prêtrise. Par la grâce de Dieu, son courage et sa vive intelligence lui
permettront de surmonter tous les obstacles.
En 1835, au moment de son admission au grand séminaire, sa mère lui dit :
« Jean, souviens-toi que ce qui honore un clerc ce n’est pas l’habit, mais la
vertu. Quand tu es venu au monde, je t’ai consacré à la Madone ; au début
de tes études, je t’ai recommandé d’être son enfant. Sois à Elle plus que
jamais, et fais-La aimer autour de toi ».
Au grand séminaire, comme au village et au collège, Jean Bosco donne à
ses condisciples l’exemple du travail et de la vertu, dans la joie.
Son œuvre.
Ordonné prêtre en 1841 (il a 26 ans), il est nommé à Turin, où, peu de
temps après son arrivée, il accueille un orphelin de 16 ans qu’il convertit et
qui devient le premier d’une longue série. En visitant les prisons de la ville,
il perçoit la réalité de ce qui sera son œuvre, et lance dans le quartier pauvre
du Vadocco, ses premiers patronages, qu’il appelle des « oratoires ».
Mais cette œuvre du dimanche ne suffit pas à entretenir la vie chrétienne, ni
même la vie corporelle de ces pauvres enfants, et Jean Bosco, bien que
dépourvu de ressources, entreprend d’ouvrir un asile pour les plus
déshérités.
- « Comment, lui dit sa mère devenue son auxiliaire, mais tu n’as pas un
sou vaillant ! »
- « Voyons ! repris le fils, si vous aviez de l’argent, m’en donneriezvous ? Eh bien, mère, croyez-vous que la Providence, qui est infiniment
riche, soit moins bonne que vous ? » Quelle confiance !!!
En 1854, Don Bosco accueille le jeune Dominique Savio qui lui demande
de « faire de lui un saint ». Après avoir magnifiquement suivi les
recommandations de Don Bosco, Dominique meurt trois ans plus tard et
sera déclaré « saint patron des adolescents ».
En 1859, avec les jeunes qui l’ont rejoint depuis le début des années
cinquante, Don Bosco fonde la Société de Saint François de Sales : « les
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20
Salésiens », dont le but est de « réunir ses membres, ecclésiastiques, clercs
et aussi laïcs, dans l’intention de se perfectionner eux-mêmes en imitant les
vertus de notre divin Sauveur, spécialement par l’exercice de la charité
envers les jeunes pauvres ».
Quelques années plus tard, en 1872, Don Bosco fonde un institut féminin
équivalent, « les Salésiennes » ou « Filles de Marie Auxiliatrice », qu’il
confie à Marie-Dominique Mazzarello.
À partir de 1875, les Salésiens passeront les frontières pour s’installer en
France et en Amérique du Sud, d’abord, puis partout dans le monde. Les
Salésiens sont aujourd’hui plus de 16 000 et les Salésiennes près de 15 000.
Sur les autels
Dom Bosco est mort à Turin le 31 janvier 1888. Canonisé le jour de Pâques
1934, il a été proclamé « Père et Maître de la jeunesse », en janvier 1988,
par le pape Jean-Paul II.
II.
UN EDUCATEUR HORS PAIR
La réputation d’éducateur de Don Bosco, de son vivant, était considérable
et on venait le voir de partout pour lui demander conseil. « Mais quel est
votre système d’éducation ? » lui demanda-t-on un jour, persuadé qu’il
avait une recette.
« Mon système ? Mais je ne le connais pas moi-même. Je vais de l’avant,
selon les circonstances et l’inspiration du Ciel ! » répondit Don Bosco.
L’interlocuteur fut très surpris de la réponse du saint. Il s’attendait sans
doute à recevoir une réponse précise, à découvrir un programme élaboré
dans lequel il suffirait de puiser pour pouvoir élever et nourrir les enfants
en toute situation. Quelle réponse déconcertante ! Un seul système : pas de
système ! Déjà à cette époque, l’esprit de système commençait à pénétrer
les mentalités, si bien que les méthodes de Don Bosco paraissaient - et
paraissent encore plus aujourd’hui, pour certains - comme totalement
désuètes et dépassées. Et pourtant, quelle efficacité ! Examinons cela de
plus près.
1.
Respecter la personnalité de chaque enfant
Force est de constater combien ce saint a touché les cœurs de la jeunesse,
combien ce saint a su élever les âmes de nombreux enfants et adolescents
en leur montrant le chemin du Ciel. Alors, comment faisait-il ?
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21
Et voilà le secret de notre saint : il faut prendre chaque enfant, il faut
prendre chaque âme, tels qu’ils sont. Saint Jean Bosco ne veut surtout
pas enfermer les enfants qui lui sont confiés dans des cases, dans des
schémas. C’est là que réside son premier secret. Il veut contribuer à
l’épanouissement spirituel, intellectuel et humain de chacun, il veut
élever chacun en le prenant tel qu’il est. Paul n’est pas identique à Pierre,
lequel est bien différent de Jean. Alors, on ne peut attendre la même chose
de Pierre et de Paul : Pierre sera plus débrouillard, plus spontané que Paul,
lequel aura bien plus de facilités que Pierre dans les études ! Cela Don
Bosco l’a tout de suite saisi, et, à chacun de ses jeunes, il donnait des
objectifs différents, proportionnés aux capacités que le Bon Dieu lui
avait données.
Ne pas comparer, ne pas idéaliser
Hélas, nous devons humblement remarquer que nous sommes bien
souvent loin, très loin, d’une si sage approche ! Nous comparons si
facilement nos enfants entre eux, nous comparons si facilement notre
garçon ou notre fille avec leurs frères et sœurs ou leurs amis. Certes, notre
intention est des plus droites, nous voulons simplement aider notre enfant à
donner le meilleur de lui-même. Mais, en réalité, bien souvent, nous
idéalisons notre enfant, nous nous faisons une idée très théorique de ce
que nous voudrions qu’il soit sans même considérer comment il est en
réalité.
Avoir un regard positif
Don Bosco lui, ne supportait pas cette sorte d’idéalisme. Il souffrait
considérablement lorsque des parents ou des éducateurs se plaignaient de
leur enfant parce qu’il était trop comme ceci, ou pas assez comme cela…
Alors, ils les encourageaient à avoir un regard plus positif, à regarder tous
les dons que le Bon Dieu avait mis dans leur enfant. Son optimisme,
héritage reçu de Saint François de Sales dont il vivait la spiritualité,
n’avait pas d’égal. Il voyait toujours les belles choses chez les nombreux
enfants qui ont eu la grâce de le connaître et de l’aimer.
Avoir un cadre commun, mais une règle appliquée au cas par cas
Même dans l’application des règles de vie, notre saint éducateur savait
faire au cas par cas :
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22
-
Il proposait le même cadre à tous, cadre qui pour lui était essentiel
pour éduquer les enfants, car, sans structure, l’enfant est perdu.
-
Mais, si le cadre était commun (école, patronage…), Don Bosco était
maître dans l’art de manier les règles de vie en fonction des
personnes. Il les appliquait avec intelligence et douceur, au cas par
cas, dans le respect de chacun.
En cela, Saint Jean Bosco a suivi fidèlement l’enseignement de Saint
François de Sales, grand pédagogue des âmes.
2.
Faire confiance aux jeunes pour gagner leur confiance
« Quand j’étais au séminaire, nous dit notre saint, je me suis juré de ne pas
ressembler aux prêtres qui ne prenaient pas garde au désarroi de la
jeunesse. Il faut gagner la confiance des enfants, ne pas être supérieur,
mais le père ».
La confiance, voilà sans doute le deuxième secret de Saint Jean Bosco.
Comment voulez-vous être respecté, comment voulez-vous être aimé en
tant que père ou mère de famille, en tant qu’éducateur, en tant que chef
scout, comment voulez-vous élever, comment voulez-vous éduquer un
enfant ou un adolescent, si vous ne lui faites pas confiance ?
Permettez-moi cette anecdote tirée de la vie du saint, qui résume à elle
seule tout un aspect essentiel de l’éducation. Un jour, notre saint se rend à
la maison de sûreté de Turin, et demande l’autorisation d’emmener tous les
enfants, un dimanche après-midi, en promenade. Le directeur hésite, puis,
devant l’insistance de Don Bosco, il accepte. « A une condition : que vous
me les rameniez tous ! ». Autour du directeur, les gens ricanent : « Les
rangs seront plus clairsemés ce soir ! ». Mais Don Bosco savait y faire.
Avant de partir pour une belle randonnée, il leur fait une belle instruction
sur la confiance, qui exige une réciprocité. Pour tous ces jeunes, cette sortie
dans les bois était une aubaine pour s’échapper de cette maison de sûreté.
Mais Don Bosco les a touchés par sa confiance. Confiance qu’ils lui
rendirent, puisque le soir, pas un ne manquait à l’appel.
Quel enseignement pour nous tous, qui avons bien souvent tendance à
nous méfier, à être sur nos gardes ! Méfiance forcément ressentie par
l’enfant qui en souffre cruellement.
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23
Prévenir la faute avant de sévir
Vous trouverez sans doute que notre bon Saint Jean Bosco ne voit que le
côté positif des choses, mais que pourtant, parfois, il faut bien savoir sévir.
Oh oui ! C’est évident. Mais regardez encore la délicatesse paternelle du
saint de Turin : « J’essaie de prévenir la faute. Je ne dis pas à l’enfant : si
tu fais cela, tu seras puni. Mais : attention ! Voici l’occasion dangereuse,
demeure ferme, triomphe de l’obstacle, et si c’est trop difficile, appuie ta
faiblesse sur ma force, car je demeure près de toi ! »
Quel admirable enseignement là encore, où transparaît l’âme du prêtre
tout donné aux âmes, et donc l’âme du père !
3.
S’appuyer sur Dieu
Mais, il manque encore un ingrédient. Il manque encore quelque chose.
Don Bosco avait beau prendre chacun tel qu’il était, il avait beau faire
confiance et prévenir les dangers plutôt que de sanctionner, il n’aurait
jamais été l’éducateur qu’il a été s’il ne s’était pas appuyé en tout sur Dieu.
Voici l’aspect essentiel pour faire un bon éducateur, pour faire un saint
éducateur : être un « homme de Dieu ».
Si Don Bosco a su si bien mener les âmes vers les cimes les plus hautes,
c’est parce qu’en tout il laissait Dieu agir par lui. Rappelez-vous ce qu’il
disait à cet éducateur qui lui demandait sa recette : « Je vais de l’avant,
selon les circonstances et les inspirations du Ciel ».
***
Chers pèlerins,
Être « homme de Dieu » n’est pas réservé à ceux qui sont engagés dans la
voie des ordres sacrés. Nous tous qui avons un rôle éducatif à jouer, nous
tous ici, nous ne pourrons éduquer adéquatement les enfants qui nous sont
confiés, si nous ne respectons pas certains grands principes et si nous ne
les confions pas quotidiennement et à chaque instant à Dieu et à sa
Providence. Car, au fond, c’est bien lui l’Éducateur suprême, le
Pédagogue des âmes, Lui qui nous a créés pour nous éduquer, pour nous
élever jusqu’à Lui, jusqu’au Ciel.
Que Saint Jean Bosco nous aide et nous protège, dans notre belle mission
d’éducateur. À cette intention, disons un « Notre Père » et un « Je vous
salue Marie ».
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24
Bibliographie
-
« Un grand Éducateur : saint Jean Bosco (1815-1888) », R. P. Augustin
Auffray, Vitte, 1929.
« Saint Jean Bosco », Henri Ghéon, Flammarion, 1935.
« Récits et visions, Saint JEAN BOSCO », Les Amis de Saint Jean
Bosco, 1996.
« Saint Jean Bosco : l’entraîneur des jeunes », David Lathoud, Maison
de la Bonne Presse, 1938.
« Don Bosco : le XIXe Saint Jean », Jean de La Varende, Fayard, 1951
« Don Bosco », Joseph Gillain dit Jijé, bande dessinée, Éditions du
Triomphe 2011,
« Saint Jean Bosco », Abbé Gaston Courtois, bande dessinée, éditions
Fleurus 1952,
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25
LE ROSAIRE
Méditation A
Chers pèlerins,
Tout au long de notre pèlerinage, nous allons être invités à réciter le
Rosaire ou à dire le Chapelet. De quoi s’agit-il ?
Un rosaire, c’est une couronne de roses ; quant au chapelet, c’est un petit
chapeau de fleurs. Dire son Chapelet ou réciter le Rosaire, c’est tresser à la
Sainte Vierge une couronne de prières.
Toutefois, comme nous le rappelle Jean-Paul II, dans la Lettre apostolique
‘Rosarium Virginis Mariae’, à laquelle nous ferons souvent référence dans
le propos qui suit : «… tout en ayant une caractéristique mariale, le
Rosaire est une prière dont le centre est christologique… Il concentre en
lui la profondeur de tout le message évangélique, dont il est presque un
résumé ».
I.
DE QUOI SE COMPOSE LE ROSAIRE ?
Traditionnellement, un Rosaire comprend trois Chapelets, chaque Chapelet
comprenant lui-même cinq mystères, c'est-à-dire cinq méditations centrées
sur les principaux évènements de la vie de Jésus et de Marie :
- cinq mystères joyeux : ceux de l’enfance de Jésus ;
- cinq mystères douloureux : ceux de la Passion du Christ ;
- cinq mystères glorieux : ceux du triomphe de Dieu.
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À ces quinze mystères, qui constituent la trame traditionnelle du Rosaire, le
Pape Jean-Paul II, reprenant un usage datant du Moyen-Âge, proposa (sans
l’imposer) d’ajouter cinq « mystères lumineux » correspondant aux faits les
plus marquants de la vie publique de Jésus, en sorte que, selon son
expression, le Rosaire constitue un véritable « résumé de l’Évangile ».
II.
COMMENT RECITE-T-ON LE CHAPELET ?
Laissons parler Jean-Paul II : « Le Rosaire est à la fois méditation et
supplication…
Il
est
aussi
un
parcours
d’annonce
et
d’approfondissement ».
La récitation de chaque Chapelet commence par un ‘Je crois en
Dieu’, « comme pour mettre la profession de foi au point de départ du
chemin de contemplation que l’on entreprend » fait remarquer le Saint
Père. Puis on récite (ou on chante) un ‘Notre Père’, suivi de trois ‘Je vous
salue Marie’ et d’un ‘Gloire au Père’.
Pour l’énoncé du premier mystère, qui servira de trame à la première
méditation, le Pape fait observer que « pour donner un fondement biblique
et une profondeur plus grande à la méditation, il est utile que l’énoncé du
mystère soit suivi de la proclamation d’un passage biblique
correspondant ». Par ailleurs, après cette lecture « il est opportun de
s’arrêter pendant un temps significatif pour fixer le regard sur le mystère
médité avant de commencer la prière vocale ».
Cette prière vocale consiste en la récitation (ou le chant), en français ou en
latin de :
- un « Notre Père » (Pater),
- dix « Je vous salue Marie » (Ave),
- un « Gloire au Père » (Gloria), suivi de la courte prière que nous a
appris la Sainte Vierge lors de l’une de ses apparitions à Fatima : « O
mon Jésus, pardonnez-nous nos péchés, préservez-nous du feu de
l’enfer, et conduisez au Ciel toutes les âmes, surtout celles qui ont le
plus besoin de votre sainte miséricorde ».
Concernant la récitation de ces différentes prières, le pape nous fait
quelques recommandations : « Le centre de l’Ave Maria … est le nom de
Jésus. C’est justement par l’accent qu’on donne au nom de Jésus et à son
mystère que l’on distingue une récitation du Rosaire significative et
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27
fructueuse ». Ainsi, peut-on « donner du relief au nom du Christ, en
ajoutant une ‘clausule’ évocatrice du mystère que l’on est en train de
méditer. C’est une pratique louable, spécialement dans la récitation
publique ». Par ailleurs, nous dit-il, «il est important que le Gloria, sommet
de la contemplation, soit bien mis en relief dans le Rosaire ». Enfin, il faut
« faire en sorte que chaque mystère s’achève par une prière destinée à
obtenir les fruits spécifiques de la méditation de ce mystère »…de façon à
«imiter ce qu’ils contiennent et obtenir ce qu’ils promettent ».
Deux remarques à propos de la récitation du Notre-Père :
- Le vouvoiement : par respect pour Dieu, le Père Tout Puissant,
Créateur du ciel et de la terre, nous le vouvoyons. Certes, quelques
grands mystiques, parce qu’ils ont une grande intimité avec Jésus, se
permettent parfois de le tutoyer ; mais ce sont de grands mystiques….
- L’emploi de la formule « ne nous laissez pas succomber à la
tentation ». C’est la formule qui correspond le mieux à la formule de
l’original grec, selon le Catéchisme de l’Église Catholique (CEC 2846).
« Dieu n’éprouve pas le mal ; Il n’éprouve non plus personne » (Jc I,
13) Il veut, au contraire, nous en libérer.
III.
MEDITATION ET GRACE A DEMANDER
Ainsi donc, chaque méditation portera sur un moment de la vie du Christ,
mais pour en tirer des conclusions pour notre vie présente et en liaison avec
le thème qui nous est proposé chaque jour pendant le pèlerinage : ce seront
les fruits du mystère et les grâces à demander.
C’est ce que le pape Jean-Paul II exprimait par cette formule : « Chaque
mystère du Rosaire, bien médité, éclaire le mystère de l’homme… Méditer
le Rosaire consiste à confier nos fardeaux aux Cœurs miséricordieux du
Christ et de sa Mère ».
Quelles sont donc ces méditations et quelles peuvent être les grâces à
demander comme fruit de ces mystères ?
(Ne pas lire la liste complète des mystères, mais illustrer par quelques
exemples).
1.
Mystères Joyeux :
- L’Annonciation ; fruit du mystère : « l’humilité »
- La Visitation ; fruit du mystère : « la Charité fraternelle »
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28
-
La Nativité ; fruit du mystère : « l’esprit de pauvreté »
La Présentation de l’Enfant Jésus au temple ; fruit du mystère :
« l’obéissance et la pureté »
Le Recouvrement de Jésus au temple ; fruit du mystère : « la
recherche de Dieu en toute chose ».
2.
Mystères Lumineux :
- Le Baptême de Jésus ; fruit du mystère : « l’esprit de pénitence »
- Les Noces de Cana ; fruit du mystère : « la confiance dans la prière
et l’intercession de Marie »
- L’Appel à la conversion et la prédication du Royaume ; fruit du
mystère : « le courage dans l’engagement et la persévérance »
- La Transfiguration de Jésus ; fruit du mystère : « l’esprit de prière
et le don de sagesse »
- L’Institution de l’Eucharistie ; fruit du mystère : « la dévotion
eucharistique »
3.
Mystères Douloureux :
- L’Agonie au Jardin des Oliviers ; fruit du mystère : « la contrition
de nos péchés »
- La Flagellation ; fruit du mystère : « le regret des péchés des sens »
- Le Couronnement d’épines ; fruit du mystère : « le regret des
péchés d’orgueil »
- Le Portement de Croix ; fruit du mystère : « le courage dans les
épreuves »
- La Crucifixion ; fruit du mystère : « un plus grand amour de Dieu »
4.
Mystères Glorieux :
- La Résurrection de Jésus ; fruit du mystère : « la foi »
- L’Ascension de Jésus au Ciel ; fruit du mystère : « un plus grand
désir du Ciel »
- La Pentecôte ; fruit du mystère : « le zèle pour les âmes »
- L’Assomption de Notre Dame ; fruit du mystère : « la grâce d’une
bonne mort »
- Le Couronnement de Marie au Ciel ; fruit du mystère : « une plus
grande dévotion à Marie ».
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29
IV.
LES BIENFAITS DU ROSAIRE
Du Rosaire, le pape Jean-Paul II vantait ainsi les mérites : « Le Rosaire,
grâce à Marie, fait descendre, pour ainsi dire, la lumière salvifique de tous
les mystères du Christ dans les circonstances et les difficultés de la vie
quotidienne normale, du travail, de la fatigue, du doute, de la souffrance,
de la vie sociale et familiale, et transfigure tout, élève tout, purifie tout ».
Il disait encore : « Le Rosaire est ma prière préférée. C’est une prière
merveilleuse de simplicité et de profondeur…pour exhorter à la
contemplation du visage du Christ en compagnie de sa Très Sainte Mère et
à son école ».
1. Le Rosaire : une prière de la famille, pour l’unité et la paix
a. Le Rosaire récité en famille est ferment d’union et de concorde.
Voilà, ce que disait le pape Pie XII, à ce sujet : « en récitant le Chapelet, la
famille prie unie … Si la famille prie, en effet, elle vit ; et si elle prie unie,
elle vit unie. Peu de moyens nous semblent aussi efficaces, pour
promouvoir et conserver l’union des esprits, que la prière en commun
récitée en famille, sous le regard affectueux et souriant de Marie ».
Et encore : « C’est surtout au sein des familles que nous désirons que la
pratique du Rosaire soit répandue, religieusement conservée et sans cesse
développée. C’est en vain qu’on s’efforce d’enrayer le déclin de la
civilisation si on ne ramène pas à la loi de l’Évangile la famille, principe
et fondement de la société ».
Quant au pape Jean-Paul II, il nous exhortait en ces termes : « Je répète
aujourd’hui à tous, ce que j’ai dit aux familles : une grande prière pour la
vie, qui parcourt le monde entier, est une urgence »
b. Le Rosaire est aussi un remède aux grands maux de notre temps.
Le pape Paul VI en octobre 1969 s’exprimait ainsi : « Nous exhortons le
clergé et les fidèles à demander instamment à Dieu, par l’intercession de la
Vierge Marie, la paix et la réconciliation entre tous les peuples. La paix est
certes l’affaire des hommes…, mais la paix est aussi l’affaire de Dieu. La
prière (la récitation du Rosaire), par laquelle nous demandons le don de la
paix, est donc une contribution irremplaçable à l’instauration de la paix ».
Tandis que Jean-Paul II affirmait : « Le Rosaire est une prière orientée, par
nature, vers la paix. En réalité, tandis qu’il nous conduit à fixer les yeux
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sur le Christ, le Rosaire nous rend aussi bâtisseur de la paix dans le
monde ».
2. Le Rosaire : la prière recommandée par la Sainte Vierge
Toutes les fois que la Vierge apparaît à Fatima en 1917, elle porte un
Chapelet et elle ne manque pas de recommander la récitation du Rosaire :
- « Récitez le Chapelet tous les jours, afin d’obtenir la paix pour le
monde et la fin de la guerre »
- « Je veux que… vous disiez le Chapelet tous les jours »
- « Je suis Notre-Dame du Rosaire. Que l’on continue à réciter le
Chapelet tous les jours… »
Enfin, apparaissant à sœur Lucie, au couvent de Pontevedra, le 10
décembre 1925, la Sainte Mère de Dieu accompagné de l’Enfants Jésus, lui
dit, en lui montrant son cœur : « Vois ma fille, mon cœur entouré d’épines,
que les hommes ingrats y enfoncent à chaque instant par leurs blasphèmes
et leurs ingratitudes. Toi au moins tâche de me consoler et dis qu’à tous
ceux qui pendant cinq mois, le premier samedi, se confesseront, recevront
la Sainte Communion, réciteront un Chapelet, et passeront quinze
minutes avec moi, en esprit de réparation, je promets de les assister à
l’heure de la mort, avec toutes les grâces nécessaires pour le salut de leur
âme ».
***
Chers pèlerins, gardons le silence pendant quelques instants pour méditer
ces dernières paroles de la Très sainte Vierge et prendre la résolution de
suivre ses recommandations : pour la paix dans le monde et pour notre
salut.
Citations
« Cette salutation angélique est infiniment agréable à la sainte Vierge,
parce qu’il semble que par là on lui renouvelle la joie qu’elle ressentit
quand saint Gabriel lui annonça qu’elle avait été choisie pour être la Mère
de Dieu ; nous devons, dans cette intention, la saluer par l’Ave Maria… »
St Alphonse-Marie de Liguori
« Je ferais la conquête du monde, si j’avais une armée qui dise le
Chapelet » Bienheureux Pie IX
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31
« Après la Sainte Messe, il n’y a pas de prière plus puissante que le
Rosaire » Saint Pie X
« La prière du Rosaire est de toutes, la plus belle, la plus riche en Grâces,
et celle qui touche le plus le Cœur de la Mère de Dieu, et si vous voulez
que la paix règne dans vos foyers, récitez le Chapelet en commun.» Extrait
du Testament de Saint Pie X
Bibliographie
-
Lettre Apostolique « Rosarium Virginis Mariae », Jean Paul II, éd.
Téqui, 2002
Tu es Petrus, Revue des Amis de la Fraternité Saint-Pierre, numéro
spécial 86-87, « LE ROSAIRE », Mars-Juin 2003.
Catéchisme de l’Église Catholique : 971, 2673-2679, 2708.
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LA SAINTE MESSE
Méditation B
Chers pèlerins,
Imaginez un voyageur dans le désert...
Il fait chaud, très chaud et, depuis plusieurs jours, il n’a plus rien à boire !
Sa bouche est sèche, sa soif brûlante, sa fatigue écrasante !
Et voici que notre voyageur passe devant une source d'eau pure et fraîche.
Que va-t-il faire ? Se précipiter pour boire et se baigner ?
Et bien non, notre voyageur jette un regard distrait et indifférent à la source
délicieuse et passe son chemin ! Ne serait-il pas fou ce voyageur ?
Chers pèlerins, nous sommes à l'image de ce fou, quand nous considérons
la messe avec un regard distrait ou indifférent.
Écoutez plutôt : nous avons été créés par Dieu et pour Dieu. Aussi, nous
dit Saint Augustin, « notre cœur est sans repos tant qu'il ne se repose en
Dieu ». Tout notre être, que nous en soyons conscient ou non, aspire au
bonheur de le connaître et de l'aimer. Mais le péché nous a séparés de Lui.
Alors, Il est venu à nous. Il s'est fait homme, pour s'offrir gratuitement en
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sacrifice, afin de réparer nos fautes. Pour nous, Il s'est offert en victime sur
la Croix.
Vous me direz peut-être, chers pèlerins que la croix, le Golgotha, c'était il y
a bien longtemps ! Et bien vous vous trompez. Le sacrifice de la croix est
actuel : Il est renouvelé à chaque messe. À chaque fois que la messe est
célébrée, nous sommes au pied de la croix, avec la Vierge Marie et Saint
Jean et nous pouvons contempler le cœur de Jésus ouvert pour nous par la
lance du soldat.
C'est cela la messe : Jésus se rend réellement présent sous les
apparences du pain et du vin pour renouveler son sacrifice.
Et dire que nous sommes distraits !
« Jamais rien ne remplacera une messe pour le salut du monde ! » nous
rappelait Benoit XVI à Paris.
Alors, pourquoi pendant la messe, sommes-nous si distraits ?
Certainement, parce que nous ne nous préparons pas assez à entrer dans
ce mystère.
Si nous cherchons à ressentir des émotions, alors nous risquons d'être
déçus. Dieu vient à notre rencontre à un niveau plus profond et plus intime
que l'émotion sensible.
Pour nous rendre disponibles à la réalité cachée du mystère de la messe,
l'Église met à notre disposition des moyens simples et concrets. Ce sont les
rites de la liturgie. Pour aujourd’hui, nous en retiendrons trois :
I.
L’USAGE DU LATIN
Pour bien nous faire comprendre que ce que nous allons faire et dire au
cours de la messe n'est pas dans la continuité de nos actions et de nos
paroles banales et quotidiennes, on utilisera une langue différente : le
latin.
Une langue différente de nos langues habituelles, une langue consacrée par
un usage plus que millénaire, n’est-ce pas un langage sacré, plus apte à
célébrer le culte divin qu‘une langue banalisée par l‘usage courant ?
Le latin est notre langue maternelle, tout simplement. L‘Église romaine
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est notre mère, elle veut rassembler tous ses enfants dans l‘unité d‘une
même langue, quelle que soit leur nationalité. Il y a ici des pèlerins de
toute l‘Europe, et même d‘autres continents. Le latin est le signe de notre
unité. C‘est ainsi depuis de nombreux siècles, et cela a été encore rappelé
au concile Vatican II (Constitution sur la liturgie).
Mais qui comprend le latin aujourd’hui ? Eh bien… Dieu tout d‘abord !
N‘est-ce pas l‘essentiel, puisque c‘est à Lui que l‘on s‘adresse ? Et, pour
vous, dans votre livret du pèlerin, vous avez la traduction de toutes les
prières de la messe.
II. L’ORIENTATION DU PRETRE
Vous avez déjà remarqué que le prêtre est tourné vers la croix de l'autel ;
non pas face aux fidèles, mais dans le même sens qu'eux. Quelle en est la
raison ?
C‘est tout simple… et très beau : dès les origines, les chrétiens se sont
tournés vers l‘Orient pour prier. Ils ont vu, en effet, dans le soleil levant, le
symbole du Christ ressuscité et de son retour à la fin des temps. On a donc
tout naturellement construit les églises de telle manière que les fidèles et le
prêtre à l‘autel soient tournés vers Dieu. Conduits par le prêtre, nous
voulons nous laisser emmener vers la Croix où se réalise le sacrifice qui
nous sauve. Nous voulons nous tourner vers le seigneur.
III. LA COMMUNION A GENOUX ET SUR LA LANGUE
Et pourquoi communie-t-on à genoux et sur la langue? Par la communion,
nous recevons Dieu en nous : un Être immense que l‘univers ne saurait
contenir, plus grand que tous les rois, créateur des galaxies et de
l‘infiniment petit ! N‘est-ce pas la moindre des choses de lui marquer un
peu de respect ? C‘est aussi pourquoi, seul le prêtre, dont les mains ont été
consacrées, a le droit de toucher l’Hostie de ses mains.
***
Chers pèlerins,
Vous avez tous reçu, au départ, un livret du pèlerin, que je vous invite à
conserver. Pour mieux vous aider à retenir ce que nous venons d’évoquer,
ne manquez pas de lire attentivement les commentaires que vous y
trouverez en accompagnement des textes de l‘ordinaire de la messe. Que
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ceux qui n'ont pas l'habitude n'hésitent pas à demander de l'aide.
Et sachons bien que l'essentiel n'est pas de tout comprendre mais plutôt de
se laisser saisir par la réalité qui nous dépasse.
Prenons maintenant un moment de silence, ouvrons notre cœur et tournonsnous dès maintenant vers la Croix, vers le Cœur ouvert de Jésus.
Citations
« "Faites ceci en mémoire de moi" : c’est-à-dire non seulement en mémoire
de ce que j’ai fait, en mémoire de ma mort pour vous. »
« Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous
annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’Il vienne » I.Cor.11, 26.
« Le sacrifice que l’on voit est le sacrement, c’est-à-dire le signe sacré,
d’un sacrifice invisible. Il est donc essentiel au sacrifice d’être une réalité
intérieure : c’est le cas de toute bonne œuvre faite pour nous unir à Dieu.
C’est une offrande de l’âme à Dieu comme à son principe et à sa fin :
comme à son principe en totale soumission ; comme à sa fin pour l’apaiser
et s’unir à Lui ». Saint Augustin (Cité de Dieu, X)
« Bien que la Passion et la mort du Christ n’aient pas à être
recommencées, cependant, la ‘vertu’ de cette hostie, offerte une fois,
demeure à jamais. » Saint Thomas d’Aquin IIIa, Q. 22, a.5
« C’est le même et unique Sacrifice, parce que c’est le même Prêtre et la
même Hostie, offerte d’une autre manière. La Messe est le sacrement du
Sacrifice de la Croix en tant que celui-ci perdure. Elle en a toute la
vertu ; elle en applique le fruit (…) Par la consécration s’opère la
transsubstantiation du pain et du vin dans le corps et le sang du Christ.
Sous les espèces consacrées du pain et du vin, le Christ lui-même, vivant et
glorieux, est présent de manière vraie, réelle et substantielle, son corps et
son sang avec son âme et sa divinité » . Concile de Trente (Session XXII,
ch. 2) rappelé dans CEC, 1413
« Toutes les fois que le sacrifice de la Croix, par lequel le Christ notre
Pâques a été immolé, se célèbre sur l’autel, l’œuvre de notre rédemption
s’opère. » Lumen Gentium 3
«L’Eucharistie est le mémorial de la Pâque du Christ, l’actualisation et
l’offrande sacramentelle de son unique sacrifice (…) Dans le sens de
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l’Écriture Sainte, le mémorial n’est pas seulement le souvenir des
évènements du passé (…) Dans la célébration liturgique de ces évènements,
ceux-ci deviennent d’une certaine façon présents et actuels (…) Parce
qu’elle est mémorial de la Pâque du Christ, l’Eucharistie est aussi un
sacrifice (…) Le sacrifice du Christ et le sacrifice de l’Eucharistie sont un
unique sacrifice. » CEC, 1362-1367
Bibliographie
-
-
Évangiles selon St. Matthieu, XXIV, 26-29 ; St. Marc, XIV, 225 ; St.
Luc XXII, 14-20 ; St. Jean ch 13 à 17
Épitres de St. Paul : 1ère aux Corinthiens XI, 17-34 ; aux Hébreux,
chapitres 5 à 7
XXIIe session du Concile de Trente : exposition de la doctrine touchant
le sacrifice de la messe, dans le « Bref examen critique du nouvel ordo
Missae », édition Renaissance Catholique,
Exhortation apostolique sur l’Eucharistie : « Sacramentum caritatis » :,
Benoît XVI, éd. Téqui.
Constitution « Sacrosanctum Concilium » du Concile Vatican II, n° 47
Catéchisme de l’Église Catholique, n° 1322-1419
On consultera aussi avec profit :
- « Explication de la Sainte Messe », Dom Guéranger
- « La Sainte Messe, hier, aujourd’hui et demain » et « La Messe
commentée », Père Jean-Denis Chalufour, éditions Petrus a Stella,
abbaye de Fontgombault.
- « Une histoire de la Messe » par un moine de Fongombault
- « La messe, une forêt de symboles », Abbé Claude Barthe
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LE SACREMENT DE PÉNITENCE
DEVENIR UN «MISÉRICORDIÉ» !
Méditation C
Chers pèlerins,
Les avez-vous remarqués ? Oui, les avez-vous remarqués ces hommes
vêtus de robes noires ou blanches qui marchent derrière les chapitres, le
vôtre peut-être ? Pourquoi portent-ils une étole violette autour du cou ?
Pourquoi certains pèlerins passent-ils un bon moment avec eux et
rejoignent-ils le chapitre avec un large sourire ? Ces hommes en robe sont
les distributeurs de la Miséricorde de Dieu ! Car Jésus a voulu, toujours et
encore, nous attendre quand nous avons péché. Tout l’évangile est un appel
à la conversion et à l’accueil des pécheurs : « Va, et ne pèche plus » dit-Il
à la femme adultère ; et Il répète « Tes péchés te sont remis » à tous ceux
qui s’approchent de Lui avec confiance.
I.
TOUS PECHEURS
Pécheurs, l'êtes-vous ? Dans chaque « Je vous salue Marie », vous avez
répondu à cette question : « Priez pour nous, pauvres pécheurs. » Oui, vous
êtes pécheurs ! De pauvres pécheurs ! Peut-être n'avez-vous jamais osé
vous approcher d’un de ces hommes « en robe » qui vous suivent ? Peutêtre avez-vous tout oublié de vos péchés ? Peut-être vous sentez-vous
écrasés par vos péchés ? Peut-être ne savez-vous pas comment vous y
prendre ?
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Alors, n’ayez pas peur, chers pèlerins ! Avant vous, sur cette route, des
dizaines de milliers de personnes se sont approchées d’un prêtre et ont reçu
le pardon de Dieu, qui a transformé leur vie et leur a rendu la paix et la
joie.
Préparez-vous, à l’aide du "livret du pèlerin", en faisant un bon examen de
conscience ; n’hésitez pas à demander des conseils à votre chef de chapitre,
aux séminaristes, religieux, religieuses qui marchent avec vous, et lancezvous dans l’aventure de la Miséricorde du Cœur de Jésus qui vous attend…
Pas demain, pas plus tard, mais maintenant.
II.
RECONNAITRE SA MISERE
« Miséricorde », un mot, une réalité essentielle, celle du Cœur de Dieu qui
vient à la rencontre de votre misère. Une seule condition : l’humilité ; être
suffisamment humble, petit, pour reconnaître votre misère, pour reconnaître
que vous avez besoin de Dieu. Ce n’est pas drôle d’aller avouer toutes ses
turpitudes… C’est vrai ! La démarche est difficile, sauf pour les enfants ;
mais quelle paix, quelle joie après cet effort!
Peut-être redoutez-vous ce que va dire le prêtre, à qui vous allez dire vos
péchés ? Mais il ne va que répéter avec Jésus : « va et ne pèche plus ! » Il
va vous donner quelques bons conseils, qu'il serait difficile de trouver
ailleurs. Il va vous aider, si vous avez du mal à tout dire, il va vous
expliquer ce que vous ne comprenez pas, il va se réjouir avec vous, car « il
y a plus de joie au Ciel pour un pécheur qui se convertit que pour 99 justes
qui n’ont pas besoin de Lui ».
Écoutez cette histoire : c’est celle d’un trafiquant de drogue condamné à 13
ans de prison. Son compagnon de cellule lui a patiemment parlé de Dieu et
lui a prêché les fameux « Exercices de Saint Ignace ». Oui, en prison ! Et
cet homme s’est converti… Aujourd’hui il témoigne, et pour mieux faire
comprendre son aventure, il a inventé un mot merveilleux : « je suis un
miséricordié ».
Jeunes, qui découvrez l’Amour de Dieu sur cette route, pères ou mères de
famille accablés par une vie difficile, ou écrasés par le poids de la Croix,
devenez des « miséricordiés » à votre tour ! Laissez-vous aimer par Celui
qui a versé tout Son Sang pour vous.
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Et pour vous, pèlerins, qui avez l’habitude de vous confesser, saisissez
l'occasion de tenter une meilleure confession que d’habitude. Sur cette
route, vous avez le temps de vous préparer, de faire un bon examen de
conscience, de réveiller dans votre âme une contrition sincère. Car, il est
important pour tous, en s'aidant notamment du "livret du pèlerin", de bien
rechercher en quoi vous avez pu offenser Dieu.
La disposition principale de la confession, c'est la contrition. Ce n’est
pas un plus ; c’est l’essentiel du retour à Dieu !
III.
REGRETTER SES FAUTES
Ce que Jésus attend de chacun de vous, c’est surtout ce regret sincère et
vrai d’avoir péché, d'avoir offensé Dieu. Sans ce regret, vos confessions ne
valent rien. Et ce regret sincère comporte nécessairement un ferme propos
de ne plus recommencer. Sinon, ce serait se moquer de Dieu ; ne pensezvous pas ? C'est ce ferme propos qui va vous faire trouver les moyens
concrets de ne plus recommencer. Par exemple, de renoncer à telle
fréquentation, de ne plus regarder tel programme etc. Cependant, même
avec ce ferme propos, il peut vous arriver de rechuter, et vous vous direz
peut-être : « à quoi bon me confesser, puisque finalement je recommence
toujours ! » Chers pèlerins, faites bien attention à ne pas confondre
« vouloir recommencer » et « savoir que vous recommencerez
probablement ».
Par exemple, quelqu'un qui s’accuse de s'être mis en colère et qui ne veut
plus recommencer fait bien de se confesser, même s'il sait que, vu son
tempérament, il recommencera probablement. L'hypocrisie consisterait à
dire "je m’accuse de m'être mis en colère" tout en voulant intérieurement
recommencer. Avez-vous saisi ? Alors, revenons à notre Dieu, comme un
fils revient vers son père après l’avoir offensé, avec une grande humilité et
une confiance sans borne : comme l’Enfant prodigue.
***
Chers pèlerins,
Cette route entre Paris et Chartres est belle, très belle, car avant vous et
bientôt avec vous, elle est celle du pardon, celle de la Miséricorde, celle
de l’Amour de Jésus. Alors, ne tardez plus et allez trouver un des prêtres
qui nous accompagnent : vous donnerez à Dieu la joie de faire de vous un
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nouveau « miséricordié » ! Et soyez sans crainte : le prêtre à qui vous vous
adressez sait ce qu’il en coûte de faire cette démarche à laquelle lui-même
se souvient en tant que pêcheur, de plus il a déjà beaucoup entendu et rien
ne saurait l’étonner, enfin, en sa qualité de représentant du Christ, il est
tenu au secret le plus absolu : le secret de la confession ne peut, en aucun
cas, être révélé.
Restons maintenant en silence pour réfléchir à la beauté de ce sacrement
merveilleux et pour nous y préparer en consultant notre "Livret du Pèlerin".
Citations
« Si nous confessons nos péchés, Dieu est fidèle et juste pour nous les
pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité. » (Jn I, 1-9)
« Il y en a qui disent : j'ai trop fait de mal, le Bon Dieu ne peut pas me
pardonner. C'est un gros blasphème. C'est mettre une borne à la
miséricorde de Dieu, et elle n'en a point : elle est infinie. (…) Nous avons
bien besoin des lumières du Saint-Esprit pour connaître nos péchés, parce
que notre cœur est le siège de l'orgueil, qui ne cherche que les moyens de
nous les faire connaître moindres qu'ils ne sont. Vous voyez que nous avons
absolument besoin des secours du Saint-Esprit pour connaître nos péchés
tels qu'ils sont. (…) La miséricorde de Dieu est comme un torrent débordé.
Elle entraîne les cœurs sur son passage. » Saint Curé d’Ars
« Pour redonner la vraie paix à mon âme, l’unique moyen qu’il y a sur la
terre c’est la confession, car c’est Jésus qui m’attend avec son cœur
immense. » Sainte Jeanne Beretta Molla
« Oh ! Si les pécheurs connaissaient ma Miséricorde, il n’en périrait pas
un si grand nombre. Parle aux âmes des pécheurs, pour qu’elles ne
craignent pas de s’approcher de moi, parle-leur de ma Miséricorde. » À
Sainte Faustine
« Il est beau de pouvoir confesser nos péchés, et d'entendre la parole qui
est comme un baume, qui nous inonde de miséricorde et nous remet en
chemin. » Bienheureux Jean Paul II
« Nous sommes en état de grâce dès que nous sommes délivrés du péché.
En outre, chaque absolution sacramentelle est comme un bain de lumière
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solaire sur une plante. Chaque fois, celle-ci se colore, se développe et
s’épanouit davantage. » Un Chartreux (École du Silence)
Bibliographie
-
«La Miséricorde divine », encyclique de Jean-Paul II, 1980
«Réconciliation et Pénitence », exhortation apostolique de Jean-Paul II,
1984,
Catéchisme de l’Église Catholique, 1420-1498.
Pour adultes :
- « Pourquoi et comment se confesser » du Père Augustin Roméro, éd.
du Laurier,
- « On demande des pécheurs » du Père Bernard Broo.p., éd. du Cerf,
- « Les sacrements de la miséricorde » de Jean-Claude Sagne o.p., éd.
Médiaspaul ,
- « Les merveilles de la confession » du R.P. Paul O'Sullivan o.p.,
- « La pénitence » de Dom Bernard Maréchaux o.s.b., éd. du sel de la
Terre.
Pour enfants :
- « Mon carnet de confession » de Monique Berger, éditions Transmettre
- « Petit guide pour la confession des enfants (de 7 à 10 ans) » de JeanPaul Savignac, éditions du Laurier
- « Mon guide de première communion, première confession » de
Madeleine Russocka, éditions Transmettre.
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L’HOMME EST UN ÊTRE QUI S’ÉDUQUE
« Celui qui a mes commandements et qui les garde,
voilà celui qui m’aime. »
Méditation 2
Chers pèlerins,
I.
L’HOMME EST CREE POUR ETRE HEUREUX
L’homme est créé par Dieu pour être heureux et il y tend de toutes ses
forces.
1. En tout ce que nous faisons, nous cherchons notre propre bien.
Parfois, l’objectif est à court terme : « J’ai froid ; je me lève donc pour
fermer la fenêtre ». Parfois, il est à plus long terme : « Je prépare un
beau voyage à Rome », par exemple. Et finalement, le but englobe
toute la vie ; c’est ce qu’on appelle le bonheur. On attend qu’il comble
toutes nos aspirations, tous nos désirs.
Or, un simple regard sur l’homme nous montre qu’il est un être social,
fait pour s’ouvrir à l’autre. Et ce contact, cette communication avec
l’autre ne trouvent leur plein achèvement que dans l’union. Ainsi, notre
vrai bonheur n’est que dans l’amour partagé, dans la communion avec
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ce que nous aimons, parce que nous sommes créés par amour et pour
aimer.
2. Mais amour rime avec toujours. Nous avons la nostalgie d’un amour
qui durerait éternellement. Comment ne pas désirer un bonheur qui
ne finirait jamais ? Ce bonheur existe : la communion suprême est
celle qui nous attend avec les Personnes divines, dans un intense et
éternel échange à la source même de l’Amour, avec l’Être qui est Luimême l’Amour, comme le dit St Jean dans sa première épître. La plus
belle étoile du firmament n’est que l’œuvre de Dieu ; mais chacun de
nous est son enfant. Les trois Personnes divines nous appellent et
veulent nous entraîner dans l’extase éternelle qui les fait se fondre entre
elles.
II.
L’HOMME EST UN ETRE EN DEVENIR QUI S’EDUQUE
Mais l’homme, contrairement à l’ange, n’atteint pas ce but splendide en un
unique choix. Le chemin est long. Nous avançons plus ou moins vite, à
travers les petits et grands actes de notre vie.
L’homme est un être en devenir. Il voit bien qu’il est inachevé (par
exemple, dans l’ordre physique, il ne sait pas marcher d’emblée, comme le
veau qui vient de naître).
Il constate qu’il est indéterminé. « Dieu a créé l’homme le moins
possible », disait Blanc de Saint Bonnet. Cette indétermination, dont le
revers est la fragilité, requiert une éducation.
Nous n’atteignons notre fin que dans un progrès permanent, qui englobe
toutes les dimensions de notre personne :
- cela vaut pour notre corps, qui grandit peu à peu et passe par des
étapes successives d’apprentissage ;
- mais cela vaut, aussi, pour notre cœur, et notre affectivité, qui
s’éduquent en s’affinant, en s’ouvrant au bien de l’autre, en se purifiant
progressivement pour trouver leur juste place ;
- cela vaut, enfin, pour notre esprit, qui, nourri, éclairé, formé, atteint
peu à peu sa pleine maturité.
Ainsi notre bonheur, qui consiste dans l’épanouissement de toutes nos
capacités, se construit au jour le jour. On ne naît pas heureux, on le
devient.
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1. L’homme progresse, sur le plan humain, par la pratique des vertus
morales
Mais comment nos facultés vont-elles se dilater, pour atteindre finalement
cette plénitude ? En posant des choix libres et en faisant de la vertu le
guide de nos actions.
Ce mot de vertu rebute souvent aujourd’hui. On craint, en s’approchant
d’elle, de devenir austère et triste. Pourtant, « qui fut plus affable et heureux
que Saint Louis de Gonzague ? » répond Saint Jean Bosco à cette objection.
Qui fut plus allègre et de meilleure humeur que Saint Philippe Néri ? Ces
saints étaient joyeux bien que leur vie fut « un continuel exercice de toutes
les vertus. ».
Cependant le bonheur auquel nous sommes appelés n’est pas acquis
d’emblée : il se mérite. C’est comme pour atteindre le somment d’une
montagne. Avant de prendre le départ, il faut être harnaché et bien
entraîné ; puis, l’ascension commencée, que d’étapes à parcourir et même
parfois d’obstacle à surmonter avant d’arriver au but ! Or nous ne sommes
pas équipés pour le chemin qui mène au bonheur et manquons
naturellement de savoir-faire et de volonté pour faire face aux difficultés.
C’est l’éducation qui nous découvre ce but et nous donne d’acquérir les
vertus morales qui sont comme des forces pour la route. Elles permettent à
l’homme de franchir les étapes, d’incarner la belle injonction de St
Augustin : « Deviens ce que tu es. » L’homme en effet est un être
malléable. Tout le travail de l’agir humain va être de faire rendre ses
meilleurs fruits à la nature et à ses puissances d’abord sauvages. Par la
vertu, l’homme devient vraiment ce qu’il est, il devient pleinement homme.
a) Qu’est-ce qu’une vertu morale?
Acquise par répétition, la vertu morale est une disposition stable à poser
des actes bons, facilement, agréablement et sans erreur.
-
Si c’est une disposition, elle est devenue intérieure à nous-mêmes.
Elle n’est pas surajoutée, mais intime à notre être qu’elle épanouit.
Nous avons fait nôtre, par choix personnel, la loi qui nous était
imposée de l’extérieur quand nous étions enfant. Le tuteur, nécessaire
au début pour aider la jeune plante à pousser droit, est devenu inutile.
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-
-
-
La vertu est stable et acquise par répétition, ce qui nécessite du
temps. Comme l’oiseau qui fait son nid petit à petit, brindille après
brindille, de même la maison de l’homme ne s’élève que brique après
brique, étage après étage. On ne devient pas un athlète sans
entraînement. Cette lente acquisition par la répétition quotidienne est
le fruit de l’éducation, c’est-à-dire d’une personne qui soutient,
oriente et encourage.
La vertu est une disposition à poser des actes bons, qui nous
conduisent à notre finalité. Puisque la vocation de l’homme est le
bonheur, la vertu elle aussi est orientée vers ce but : on ne devient pas
vertueux pour le plaisir de se maîtriser, mais pour déployer ses
capacités, pour pouvoir se donner, car là est le vrai bonheur.
Enfin, la vertu pose ces actes bons fermement, sans erreur et
agréablement. La longue pratique du danseur met à sa disposition
chacun de ses membres, chaque articulation de son corps. De même,
on reconnaît quelqu’un de vertueux à cette aisance, à cette souplesse, à
cette liberté intérieure. L’acte vertueux révèle la longue expérience qui
l’a fait naître.
En définitive, la vertu est donc un supplément d’être qui nous vivifie de
l’intérieur. Elle déploie, achève notre personne en la tournant vers son
but : le bonheur.
b) Les vertus morales sont multiples
Les vertus morales sont multiples : gratitude, grandeur d’âme, piété
filiale… On a pris coutume de les répartir autour de quatre principales,
qu’on appelle cardinales parce qu’elles sont les plus fondamentales, et que
c’est autour d’elles que toutes les autres vont se rattacher :
- prudence (le gouvernement de soi-même),
- justice (le sens de l’autre),
- force (la maîtrise libérante de ses violences),
- tempérance (la maîtrise libérante de ses désirs).
Les vertus cardinales sont des pièces essentielles qui permettent d’articuler
tout notre être. Elles sont les fondations qui portent l’édifice harmonieux
que tout homme est appelé à faire de sa vie. Elles sont les fondements de
notre personnalité.
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On en trouve des applications immédiates dans la vie quotidienne : il est
plus facile, par exemple, de claquer une porte, mais il est plus vertueux de
la fermer. La fermer avec douceur suppose la mise en jeu des quatre vertus
cardinales : la prudence, car il faut réfléchir avant d’agir ; la justice, car il
faut avoir le sens de l’autre ; la force car il faut la patience de prendre le
temps de fermer ; et la tempérance, car il faut modérer son ardeur et retenir
son geste !
Nos parents, pendant un temps, nous accompagnent sur ce chemin du
bonheur en nous éduquant. Puis vient un jour où ils peuvent nous lâcher la
main. Nous sommes capables de marcher droit, car les vertus morales
acquises ne nous rendent pas seulement autonomes par rapport à autrui ;
elles nous rendent aussi maîtres de nous-mêmes : l’éducation nous a
donné la domination sur nos passions, elle nous a forgés de l’intérieur et
nous a préparés pour les grands appels de la vie : s’engager, fonder une
famille, construire la cité…
2. Mais l’homme n’atteint son but ultime que par la pratique des
vertus théologales.
Les vertus morales suffisent-elles à notre accomplissement plénier ? Non.
D’autres vertus sont nécessaires, qu’on appelle théologales, car elles ont
Dieu pour objet ; elles fondent, animent et caractérisent l’agir moral du
chrétien. Elles informent et vivifient toutes les vertus morales.
Ce sont :
- la foi (par laquelle nous croyons en Dieu et à tout ce qu’Il nous a dit et
révélé, et que notre Saint-Père Benoît XVI nous engage à approfondir
cette année),
- l’espérance (par laquelle nous désirons, comme notre bonheur, le
Royaume des cieux et la vie éternelle)
- la charité (par laquelle nous aimons Dieu par-dessus tout, et notre
prochain comme nous-mêmes, pour l’amour de Dieu).
Nous recevons ces vertus théologales le jour de notre baptême. Elles visent
à nous unir directement à Dieu, alors que les vertus morales ne font que
rendre droits notre agir terrestre. (Mais elles ne sauraient se passer d’un
minimum de perfection humaine, qui leur sert de terreau, pour que la grâce
puisse réaliser son œuvre.) Car Dieu appelle l’homme à une béatitude qui
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dépasse les capacités naturelles de son cœur et de son esprit : une
béatitude surnaturelle.
Or, cette béatitude requiert les vertus théologales : l’homme doit d’abord
être surnaturalisé par la grâce, c’est-à-dire proportionné au don que Dieu lui
octroie. Nous sommes alors rendus « participants de la nature divine » (2 P
1, 3-4). Et cette descente de la vie divine, de la grâce, est une racine qui
investit le fond de notre âme et donne comme trois grandes tiges qui sont
les vertus théologales. Elles touchent directement Dieu dans son mystère le
plus profond. Elles ont aussi Dieu pour fin : leur but est de nous unir à Lui
en sa vie intime comme à notre bonheur suprême, ce qui n’est autre que
la sainteté.
Cette sainteté est bien supérieure à la simple perfection morale car elle
suppose que nous soyons élevés au-dessus de notre nature humaine et que
nous nous abandonnions aux motions des dons du Saint-Esprit.
***
Ainsi, chers pèlerins, si la vertu morale est le vrai chemin d’humanisation
de l’homme, la vertu théologale (pour reprendre un mot cher aux Pères de
l’Église orientale) est le chemin de la divinisation de l’homme.
Finalement, celui dont l’éducation est la plus complète et a porté tous
ses fruits de nature et de grâce, c’est le saint !
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ÉDUQUER, C’EST APPRENDRE ET REDRESSER
« Fléchissez ce qui est raide, réchauffez ce qui est froid,
redressez ce qui est tordu »
Méditation 3
Chers pèlerins,
Imaginez que ce matin au départ de Paris, la tête de la colonne ait un peu
dévié de l’itinéraire prévu. Au bout de 100 kilomètres, nous serions rendus
à Évreux ou Compiègne plutôt qu’à Chartres. Une petite erreur dans les
principes entraîne de grosses erreurs dans les conclusions. Il en va de
même dans l’éducation : une erreur sur les principes entraîne des
catastrophes morales, spirituelles, sociales.
Deux erreurs fréquentes concernent l’éducation :
- ignorer que l’enfant a un corps : on le prend pour un ange ;
- ignorer que l’enfant est atteint par le péché originel : on le prend pour
un saint.
I.
L’HOMME EST UN ESPRIT INCARNE : IL DOIT APPRENDRE
La mère de famille qui change plusieurs fois par jour son nourrisson, le
père qui se lève chaque nuit (!) pour le biberon de trois heures, ne sont pas
inclinés à croire que leur petit trésor est un pur esprit. Au contraire, ils sont
convaincus que leur petit a un corps, qu’il faut nourrir, vêtir et choyer.
Autant on surestime rarement les capacités physiques d’un enfant, autant il
est plus difficile de savoir quel est son progrès intellectuel ou moral.
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L’erreur est de croire que l’enfant sait déjà tout, qu’il suffit de le
solliciter pour qu’il redécouvre en lui les vérités. Si les anges connaissent la
réalité grâce aux idées infuses que Dieu leur donne, l’homme, lui, ne
connaît rien qui ne soit passé d’abord par les sens.
- Les sens externes (le toucher, l’ouïe, l’odorat, le goût, la vue) sont des
capteurs, des antennes, qui permettent à l’homme de contempler le
monde, de recevoir tous les signaux de la création.
- Ensuite, grâce aux sens internes (mémoire, imagination, sens
commun), l’homme tire des idées de ses sensations, et, par elles,
connaît le réel.
- Enfin, par le langage, l’homme communique avec les autres hommes.
La connaissance vient toujours du monde extérieur vers l’intérieur de
l’homme, par l’intermédiaire du corps.
Sans le corps, pas de connaissance humaine possible.
Concrètement, on ne doit jamais supposer chez l’enfant un savoir qu’on
ne lui a pas enseigné : tant pour les connaissances intellectuelles, que
pour l’acquisition des vertus morales, les bonnes habitudes.
Par exemple, des parents ne doivent jamais supposer que leurs enfants
sauront leurs tables de multiplication, si on ne les a pas fait chantonner
pendant des heures : 2 x 1, 2 ; 2 x 2, 4, etc. Tout professeur vous le dira :
enseigner, c’est répéter ; éduquer suppose de la patience.
De même, des parents ne doivent jamais supposer que leurs enfants sauront
faire seuls leur éducation sexuelle et affective : livrés à eux-mêmes, ils
chuteront certainement ; non éclairés par leurs parents, d’autres s’en
chargeront et non pour le bien de l’enfant. Éduquer suppose de vouloir le
bien de l’enfant.
II.
L’HOMME EST TOUCHE PAR LE PECHE ORIGINEL
La deuxième erreur consiste à oublier la présence dans l’homme du
péché originel. Tous les hommes depuis la chute d’Adam (sauf NotreDame, l’Immaculée Conception) naissent avec le péché originel. Ce n’est
pas dans les descendants d’Adam un péché personnel, commis
volontairement, mais un état de faiblesse, de maladie, qui empêche
l’homme d’accomplir le bien.
Le péché originel introduit en l’homme un désordre :
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50
-
L’esprit n’est plus soumis à Dieu, la sensibilité n’est plus soumise à
l’esprit.
- L’homme manque de vigueur, il est porté à la paresse, à la sensualité.
- L’intelligence est obscurcie, il a du mal à connaître la vérité ou à faire
un long effort pour méditer et contempler.
- La volonté est affaiblie, il a du mal à accomplir le bien moral qu’il
connaît. Comme dit St Paul : « vouloir le bien est à ma portée, mais
non pas l’accomplir : je ne fais pas le bien que je veux et commets le
mal que je ne veux pas ».
Le baptême, qui nous plonge dans la mort et la résurrection du Christ,
reforme en nous l’image de Dieu et nous donne la grâce. Mais, selon
l’enseignement du Concile de Trente, même après le baptême, il demeure
un foyer de concupiscence, qui est pour le chrétien, une occasion de combat
et de mérite.
Cette réalité du péché originel, et des restes du péché après le baptême,
existe même dans nos chérubins au regard si pur et au sourire angélique.
Attention à ne pas confondre chez l’enfant naïveté et innocence, candeur
avec pureté ! En lui demeure une inclination au péché, que l’éducation
aura aussi pour tâche de redresser. Pour ce faire, l’homme n’est pas
seul. Il a besoin des dons divins.
En ces jours où nous célébrons la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres
et sur l’Église, nous reconnaissons la faiblesse de l’homme : « Sans votre
secours, rien dans l’homme, rien n’est innocent » et nous demandons au
Père des pauvres : « Fléchissez ce qui est raide, réchauffez ce qui est froid,
redressez ce qui est déformé ». (Séquence de la Pentecôte)
***
Chers pèlerins,
Si on prend l’enfant pour un pur esprit, on oublie qu’il a tout à apprendre.
Si on prend l’enfant pour un saint, on oublie que demeure en lui un foyer de
mauvais désir. Pour que l’œuvre éducative prenne un bon départ,
l’éducateur doit avoir à l’esprit que :
- l’homme est un animal raisonnable : il possède un corps ;
tout homme est descendant d’Adam : il est marqué par le péché
originel.
L’éducation visera donc ces deux objectifs :
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51
-
apprendre quelque chose à l’enfant, des savoirs et une manière de
vivre ;
- redresser les déviations morales qui apparaîtront avec la croissance de
l’enfant.
Si toute connaissance passe par le corps, avant d’être reçue par l’esprit,
l’éducateur devra répéter les choses et faire preuve de patience.
Si l’enfant possède en lui une inclination au mal, l’éducateur doit être
lucide. Il récompensera le bien et punira le mal, en faisant toujours
dominer la bonté.
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52
LA TRADITION
Méditation D
Chers pèlerins,
Un bateau se trouve en pleine mer et un ouragan se déchaîne. Le navire
part à la dérive. Ni soleil, ni étoiles ne brillent pendant plusieurs jours, et la
tempête garde toujours la même violence. Finalement au bout de la
quatorzième nuit, vers minuit, les matelots pressentent l’approche d’une
terre. Le bateau échoue sur un haut-fond entre deux courants. La proue,
fortement engagée, reste immobile, tandis que la poupe, violemment
secouée, se disloque. Équipage et passagers gagnent le rivage, à la nage ou
accrochés à des épaves du navire. Cette terre c’est l’île de Malte, et le
bateau en perdition celui qui amène Saint Paul à Rome.
Le Premier personnage de l’île de Malte, nommé Publius, reçoit Saint Paul
et l’héberge complaisamment pendant trois jours, comme le raconte
Saint Luc dans les Actes des Apôtres. Saint Paul a évangélisé l’île de Malte
et l’a instruite dans la Foi catholique.
I.
LA TRADITION APOSTOLIQUE ET LA SAINTE ÉCRITURE.
Chers pèlerins, c’est un exemple de la Tradition orale divine et
apostolique : un apôtre transmet, par sa parole, l’enseignement du Christ,
qui récapitule et complète celui de l’Ancien Testament (Moïse et les
Prophètes).
Cette Tradition vous transmet la Révélation de Dieu. C’est comme un
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lever de rideau. Oui, chers pèlerins, c’est pour cela qu’on parle de
Révélation. Un voile se soulève. De l’autre côté du voile, apparaît un
spectacle merveilleux : les secrets de Dieu. Par la Révélation, vous
découvrez le spectacle féérique des beautés divines ; vous allez de jardin en
parterre, de splendeur en splendeur ; vous entrez d’une certaine façon dans
le mystère de Dieu.
La Tradition divine et apostolique, proclamée par oral, est ensuite mise par
écrit : c’est la Sainte Écriture. Et la Sainte Écriture vous est transmise à
son tour par une autre tradition, qui vient après la Tradition Apostolique :
les premiers saints, les premiers évêques, les premiers martyrs…et
l’enseignement de l’Église qu’on appelle le Magistère. C’est comme les
vagues de l’océan. Un grand mouvement ondulatoire, qui vient du fond de
la mer et qui s’épanouit sur le sable fin.
II.
LE MAGISTERE : L’ENSEIGNEMENT DE L’ÉGLISE
La dernière vague est nourrie par tout le mouvement qui précède. De
même, le Magistère de l’Église, aujourd’hui, est nourri par toute la
Révélation. Dieu aurait pu faire autrement, mais, chers pèlerins, il a voulu
vous donner un Magistère, qu’il assiste, et qui, tel une vague, nous fait
connaître, au long des siècles, le profond mouvement ondulatoire qui vient
de l’océan de la Tradition Divine et Apostolique. Il n’est pas là pour faire
connaître une nouvelle Révélation, ni une nouvelle doctrine, mais « pour
garder ou déployer le dépôt de la foi transmis par les Apôtres » (Concile
Vatican I, Pastor aeternus, chap. 4). La dernière vague est nourrie par tout
le mouvement qui précède et qui vient du fond de l’océan.
Dans certains cas, même, le Magistère divinement Assisté, en vertu de son
infaillibilité, pourra vous montrer qu’il y a dans la Révélation des choses
que vous ne pouvez pas découvrir avec votre pauvre intelligence. Par
exemple, le Magistère, divinement Assisté, vous dira que la Sainte Vierge a
eu le privilège d’être exemptée, à sa naissance, du péché originel
(Immaculée Conception), ou qu’elle est montée au Ciel avec son corps et
son âme (Assomption). Quand vous lisez la Bible, vous ne trouvez pas
d’indications précises à ce sujet ; mais le Magistère divinement Assisté
peut vous éclairer, précisément parce qu’il est l’instrument de Dieu et qu’il
a, de ce fait, une puissance surhumaine.
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À côté de cette puissance surhumaine du Magistère, à côté de cette vague
qui vous dépasse, chers pèlerins, le simple fidèle est bien peu de chose.
Mais, lorsque le Magistère a tranché un point de doctrine, votre intelligence
ne doit pas rester passive et se contenter de retenir une formule comme on
fait pour une leçon bien apprise (cf. Message des Évêques de France en
1968, DC 1968, col. 1188) ; votre intelligence peut au minimum
distinguer ce point de doctrine de son contraire, parce que, comme
l’affirme le Concile Vatican I, « la foi n’est nullement un mouvement
aveugle de l’esprit, et que votre intelligence peut et doit ne jamais s’écarter
de ce qui a été divinement précisé » (cf. Vatican I, Dei Filius, chap. 3- 4).
Nous parlions des vagues de l’océan. Il y a ainsi une autre vague, nourrie
de l’ondulation qui vient des profondeurs, c’est la vôtre. Comme
l’explique le Cardinal Ratzinger, « cela ne signifie pas que les croyants
possèdent l’omniscience du contenu, mais cela indique [que nous pouvons]
distinguer entre le développement du souvenir [de la vérité de la foi] et sa
destruction ou sa falsification. Dans la crise actuelle de l’Église, nous
faisons l’expérience de la force de cette mémoire et de la vérité de la
parole apostolique ; plus que les indications hiérarchiques, c’est la force
de distinction de la simple mémoire de la foi qui permet le discernement
des esprits. » (Appelés à la communion, 1993, p. 158-9).
III.
TRADITION ET TRADITIONS LITURGIQUES
Voilà l’océan et ses vagues : on peut dire que c’est la Tradition, avec un
« T » majuscule. Cependant, à côté de cette grande Tradition, les traditions
comme celles des rites de la messe semblent bien petites : elles s’écrivent
avec un « t » minuscule. Il y a de nombreux rites dans l’Église : les rites
orientaux, le rite mozarabe, le rite milanais. Pourquoi se battre ? Il y a de la
place pour tout le monde.
Cependant ces traditions avec un « t » minuscule peuvent plus ou moins
profondément être imprégnées de la Tradition avec un « T » majuscule.
Dans la messe célébrée selon la « forme extraordinaire du rite romain »
(que, pour simplifier, nous appellerons ici « la messe traditionnelle »), vous
bénéficiez d’une tradition qui, en quelque sorte, s’est incorporée la
substance de la vie de l’Église, sa doctrine, sa spiritualité.
Nous ne disons pas que la « messe traditionnelle » (également appelée
« messe de Saint Pie V » ou « messe tridentine » ou « rite de 1962 ») aurait
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toutes les perfections, tandis que la nouvelle n’en aurait aucune et ne
présenterait aucun avantage par rapport à l’autre. Mais, dans la « messe
traditionnelle », vous recevez une richesse étincelante.
L’antiquité et la continuité de l’évolution d’un rite, comme celui de
1962, donnent à ce rite une place irremplaçable, dans le passé comme
pour le futur, d’autant qu’il est le rite de Rome, Siège de Pierre.
Par son histoire, par ses gestes, par ses paroles, la messe célébrée selon la
forme extraordinaire du rite romain vous montre une splendeur : la
splendeur de la vérité sur l’Église elle-même, sur le sacerdoce, sur la
Présence réelle de Jésus dans le sacrement de l’Eucharistie, sur le saint
Sacrifice de la Messe. La « messe traditionnelle » vous fait hériter du trésor
des siècles, elle vous apprend la docilité, elle vous montre comment vous
devez recevoir le don de Dieu, quelque chose qui vous dépasse.
C’est la Tradition avec un « T » majuscule qui vous parvient avec une
efficacité souveraine au moyen de cette tradition avec un « t »
minuscule.
IV.
UN TRESOR QUI DOIT ETRE ACCESSIBLE A TOUS
Chers pèlerins, le détail des rites est d’un intérêt d’autant moins minuscule
que, comme le dit le Cardinal Antonelli, « dans la liturgie, chaque mot,
chaque geste traduisent une idée qui est une idée théologique ». (Cité : La
Nef, n° 93, avril 1999, p. 320). On comprend ainsi que, dans la « messe
traditionnelle », selon les propres termes du Cardinal Canizarès, « il s’agit
d’un trésor qui est l’héritage de tous et auquel, d’une manière ou d’une
autre, tous devraient avoir accès. » (Préface d’un livre de Mgr Bux, 8 avril
2009).
On comprend également que s’applique particulièrement bien à la « messe
traditionnelle » la remarque de Benoît XVI, dans son livre Lumière du
monde : la liturgie « doit toujours avoir ce qui nous précède depuis la
totalité de la foi de l’Église, la totalité de sa tradition, la totalité de sa vie,
et pas seulement ce qui vient de la mode du moment » ; « la liturgie est en
vérité un processus par lequel on se laisse guider dans la grande foi et la
grande prière de l’Église. » (Bayard, 2010, p. 205 et 143).
Selon Benoît XVI, le motu proprio Summorum Pontificum visait avant tout
à « préserver la cohésion interne de l’histoire de l’Église » : autrement dit,
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chers pèlerins, le respect de cette tradition avec un « t » minuscule revêt
une importance capitale pour le respect de la Tradition avec un « T »
majuscule.
Restons maintenant en silence pour méditer quelques instants sur
l'importance de la Tradition qui est un des 3 piliers de notre pèlerinage.
Citations
« Nous croyons tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu, écrite ou
transmise, et que l’Église propose à croire comme divinement révélé ».
Credo du peuple de Dieu
« L’héritage sacré de la Foi, contenu dans la Sainte Tradition et dans
l’Écriture Sainte, a été confié par les apôtres à l’ensemble de l’Église ».
CEC, 84
« La charge d’interpréter de façon authentique la Parole de Dieu, écrite ou
transmise, a été confiée au seul Magistère vivant de l’Église, dont
l’autorité s’exerce au nom de Jésus-Christ ». Dei Verbum 10
« La Sainte Tradition et la Sainte Écriture constituent un unique dépôt
sacré de la Parole de Dieu (Dei Verbum 10) en lequel, comme dans un
miroir, l’Église pérégrinante contemple Dieu ».
« La loi de la prière est la loi de la foi ; l’Église croit comme elle prie. La
liturgie est un élément constituant de la Sainte et Vivante Tradition. C’est
pourquoi aucun rite sacramentel ne peut être modifié ou manipulé au gré
du ministre ou de la communauté. Même l’autorité suprême dans l’Église
ne peut changer la liturgie à son gré… » CEC, 1124-1125
« La tradition n’est pas un réfrigérateur dans lequel on conserve des
dogmes et des traditions anciennes. Il s’agit de les vivre à plein ». Dom
Gérard
Dom Louis Marie, actuel Père Abbé du Barroux, aime à raconter cette
anecdote qui date des derniers mois de la vie de Dom Gérard. " Nous étions
à notre fondation de La Garde. Je le revois encore avec ses deux béquilles,
demander à un enfant, avec son sourire malicieux : « Dis, aimes-tu la
tradition, la messe traditionnelle ? ». Et l’enfant de répondre : « Oh, oui ! ».
Alors Dom Gérard lui a demandé ce qu’était la tradition, mais, sans le
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laisser répondre, il lui a donné cette magnifique définition : «La tradition,
c’est la jeunesse de Dieu. »
Bibliographie
Sur la Tradition en général :
- « Catéchisme de l’Église Catholique », 74 - 100.
Sur la responsabilité des laïcs dans la transmission de la Révélation
divine :
- « Discours au 2e Congrès mondial de l’apostolat des laïcs », Vénérable
Pie XII, éd. La Documentation Catholique 1957,
- « Acta Apostolicae Sedis», Pie XII 1957,
- « Lumen Gentium», 37.
- « Catéchisme de l’Église Catholique », 904 - 907.
Quelques autres références (ordre alphabétique des auteurs)
« Éléments sur la tradition », chap. 5 dans : Les degrés d’autorité du
magistère, Abbé Bernard Lucien, éd. La Nef,
- « Révélation et Tradition », Abbé Bernard Lucien, éd. Nuntiavit,
- « Le cardinal Journet ou la sainte théologie », Lucien Méroz, DMM,
1993, 1e partie les chap. 20 à 22 et dans la 2e partie, les chap. 17 et 18,
- « Ma vie – Souvenirs 1927-1977 », Cardinal Joseph Ratzinger, éd.
Fayard, 1998, chap. 2, 6, 10 et 12.
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58
AUTORITÉ ET OBÉISSANCE
« Ce n’est pas vous qui parlerez, mais l’Esprit Saint »
Méditation 4
Chers pèlerins,
Autorité et obéissance, voilà deux notions, aujourd’hui, très controversées.
Et pourtant, elles sont essentielles en matière d’éducation, car l’éducation
suppose un rapport de personne à personne.
L’éducateur est celui qui a autorité pour éduquer, c'est-à-dire pour élever,
instruire, former moralement (le mot autorité, « auctoritas » en latin, vient
du verbe latin « augere », qui veut dire augmenter, faire grandir).
Du côté de celui qui est éduqué, les qualités essentielles sont, d’abord, la
docilité (disposition à recevoir intelligemment l’éducation) et ensuite
l’obéissance (de « obaudire » qui signifié écouter, tendre l’oreille vers),
qui fait exécuter l’ordre reçu du supérieur légitime dans la sphère de sa
juridiction.
Pour illustrer ces deux définitions, je vous propose de partir de l’Évangile,
du Recouvrement de Jésus au Temple, qui est aussi le 5ème Mystère joyeux
de notre Rosaire. Jésus nous y donne à la fois un exemple étonnant
d’obéissance, qui semble à la limite de la désobéissance, et aussi d’autorité,
alors qu’il n’a encore que 12 ans. Et tout cela au cours d’un pèlerinage !
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I.
L’OBEISSANCE AUX HOMMES EST SUBORDONNEE A L’OBEISSANCE A
DIEU
1. Prenons le récit de Saint Luc, au chapitre 2 versets 41 à 50 :
« Chaque année, les parents de Jésus se rendaient à Jérusalem pour la fête
de Pâques. Quand il eut douze ans, ils y montèrent comme c’était la
coutume pour la Fête. Et, comme au terme de la Fête, ils s’en retournaient,
l’enfant Jésus resta à Jérusalem à l’insu de ses parents.
Le croyant dans la caravane, ils firent une journée de chemin, puis ils se
mirent à le chercher parmi leurs parents et connaissances. Mais, ne l’ayant
pas trouvé, ils revinrent à Jérusalem, toujours à sa recherche.
Au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu
des docteurs, les écoutant et les interrogeant ; et tous ceux qui
l’entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses.
À sa vue, ils furent saisis d’émotion et sa mère lui dit : « Mon enfant,
pourquoi nous as-tu fais cela ? Vois ! Ton père et moi nous te cherchons
angoissés ». Il leur répondit : « Et pourquoi me cherchiez-vous ? Ne
saviez-vous pas que je me dois aux affaires de mon Père ? »
Mais eux ne comprirent pas la parole qu’il venait de leur dire. Il
redescendit alors avec eux et revint à Nazareth ; et il leur était soumis. »
La lecture de ce texte appelle quelques observations :
Au bout de trois jours Jésus est retrouvé dans le Temple : on pense à
l’agneau pascal immolé dans le Temple, au Christ « retrouvé » le troisième
jour par Marie-Madeleine et les Apôtres, et on découvre que l’obéissance
de Jésus à son Père tient la première place dans sa vie, avant même celle
qui revient à ses parents : « je me dois aux affaires de mon Père ».
Dès « son entrée dans le monde », et « jusqu’à la mort de la croix », Jésus
est venu « pour faire non sa volonté, mais la volonté de Celui qui l’a
envoyé ». Sa vie est obéissance, c'est-à-dire adhésion à Dieu, à travers
toutes sortes de personnes, d’événements, d’institutions. (Notons ici
que, selon le dessein de Dieu, l’autorité des parents (« il leur était soumis »)
est antérieure à celle du pouvoir politique.
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Lors de sa Passion, Jésus pousse l’obéissance à son comble, se livrant sans
résister à des pouvoirs inhumains et injustes. « Tout Fils qu'il était, il
apprit, de ce qu'il souffrit, l'obéissance », faisant ainsi de sa mort « le
sacrifice le plus précieux à Dieu, celui de l’obéissance ».
Jésus nous montre ainsi que l’obéissance tire son sens, sa justification,
mais aussi ses limites, de ce qu’elle s’adresse en fin de compte à Dieu.
De même, parce qu’il n’obéit jamais que pour servir Dieu, le chrétien est
capable s’il le faut, de braver un ordre injuste et « d’obéir à Dieu plutôt
qu’aux hommes ».
En contrepartie, celui qui détient l’autorité doit être « raisonnable » : il
ne doit être ni arbitraire, ni laxiste. (Concernant cette question de
l’autorité, je vous invite à lire ultérieurement dans votre livret du pèlerin, le
message adressé par le Pape Pie XII aux jeunes époux : ses
recommandations n’ont pas pris une ride !)
II. TOUTE AUTORITE VIENT DE DIEU : POUR COMMANDER IL FAUT
SAVOIR OBEIR
Revenons à notre exemple : Que fait Jésus dans le Temple ? Il écoute, il
interroge et il enseigne, avec une autorité stupéfiante, qui attire les cœurs
vers le Bien et le Vrai comme le laisse entendre Saint Luc : « tous ceux qui
l’entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses ».
Cette autorité, Jésus la manifestera tout au long de son ministère public
comme Saint Luc nous l’indique au chapitre 4, verset 32 « l’on était
vivement frappé de son enseignement, car il parlait avec autorité ». C’est
une autorité d’amour qui fait grandir tous ceux qui s’y soumettent.
Si Jésus a une telle autorité, c’est qu’il obéit lui-même au Père : nul ne
peut exercer d’autorité s’il n’est obéissant. Devenu « le Seigneur » par
son obéissance, revêtu de « tout pouvoir au ciel et sur la terre », JésusChrist a droit à l’obéissance de toute créature.
Ainsi, si l’on obéit au Christ, c’est au Père que l’on obéit. Si l’on prend
« les armes de l’obéissance », ainsi que le dit saint Benoît, « le cœur se
dilate, et l'on court dans la voie des commandements de Dieu, avec la
douceur ineffable de l'amour ». On fait à la suite du Christ, mais en sens
inverse, le chemin accompli par Adam : « Comme en effet par la
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désobéissance d'un seul homme la multitude a été constituée pécheresse,
ainsi par l'obéissance d'un seul la multitude sera-t-elle constituée juste ».
En entrant dans le monde, Jésus a déclaré : « Voici, je viens pour faire ô
Dieu ta volonté ».
Maintenant, c’est notre tour. Toute notre vie, au jour le jour, peut être
vécue à la lumière de cette même parole ; le matin, au commencement
d’une nouvelle journée, puis en allant à un rendez-vous, à une rencontre, en
commençant un nouveau travail qu’on nous a confié : « Voici que je viens
pour faire, ô Dieu, ta volonté ». Nous ne savons pas ce que cette journée,
cette rencontre, ce travail nous réservent ; nous ne savons avec certitude
qu’une seul chose : c’est que nous voulons accomplir la volonté de Dieu.
Nous ne savons pas ce que l’avenir réserve à chacun d’entre nous ; mais il
est bon de s’acheminer vers lui avec sur les lèvres ces paroles : « Voici, je
viens pour faire, ô Dieu, ta volonté ».
Il n’y a que l’homme libre qui sache obéir. Il accepte les ordres au nom
de l’ordre, parce que tout désordre est une injustice, toute anarchie un
asservissement. Il les prend dans sa pensée, les traduit dans ses actes, il s’en
fait une initiative. L’ordre d’un seul s’achève en l’ordre de tous. Et tous, au
bout de l’obéissance, retrouvent leur liberté grandie. L’obéissance est
l’instrument indispensable de la coopération de tous en vue du bien
commun ; elle est aussi un puissant moyen d’éducation à l’amour et à la
communion.
Mais rappelons-nous, notre extrême difficulté à obéir nous-mêmes à la
Volonté de Dieu. Nous sommes impatients. Or l’homme doit attendre,
apprendre à demander, à tendre les mains comme un enfant, sans oublier de
dire, s’il te plaît, merci. Il nous est impossible de nous donner à nousmêmes la vie divine : nous ne pouvons que la recevoir avec un cœur de
pauvre, car nous sommes des créatures.
Pour nous guérir de notre orgueilleuse impatience, Dieu envoie son Fils
sur terre, partager notre condition. Il s’abandonne entre ses mains. Pour être
sauvés, nous devons faire nôtre ce « oui » de Jésus à la volonté du Père.
Comme le dit saint Ambroise, « il a reçu l’obéissance pour nous en faire
une transfusion ».
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Aussi lorsque nous répétons, sur cette route de Chartres, « Notre Père qui
êtes aux cieux..., que votre volonté soit faite », nous ne le faisons pas
seulement en imitant Jésus et selon son commandement, mais en
participant à son Cœur de Fils, sous l’influence de l’Esprit qu’Il répand
dans nos cœurs rebelles.
***
Chers pèlerins,
Marie a toujours « conservé fidèlement toutes ces choses en son cœur ».
Elle a écouté la Parole de Dieu, elle l’a gardée et l’a mise en pratique.
Marie est la première à avoir obéi au Christ, son Fils. Pourquoi ne pas
marcher à sa suite, dès maintenant, sur cette route ?
Poursuivons notre route avec Marie, en récitant avec elle notre chapelet.
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SAINT JEAN-BAPTISTE DE LA SALLE
«Patron et Protecteur des Éducateurs »
Pie XII, 1950
Méditation 5
Chers pèlerins,
Ce dimanche, notre 2ème journée de pèlerinage est placé sous le patronage
de Saint Jean-Baptiste de La Salle, qui fut déclaré par Pie XII « patron et
protecteur de tous les éducateurs de l’enfance et de la jeunesse ».
Parcourons les grandes étapes de sa vie et de son œuvre.
I.
UNE FAMILLE AISEE
Jean-Baptiste naît à Reims le 30 avril 1651, d’une famille noble ; il est
l’aîné de dix enfants. De génération en génération, on gardait et on faisait
fructifier le patrimoine tant matériel que spirituel. Louis de La Salle, son
père, est magistrat, secrétaire du roi. Au foyer, la foi est solide et les
mœurs austères. Cette atmosphère familiale quasi monacale convient
parfaitement à l’enfant qui, de plus, s’isole souvent pour prier. Sérieux, il
n’est pas maussade, mais gai !
A neuf ans, il doit partir au collège, ainsi que l’a ordonné Henri IV dans
son décret pour la réforme de l’instruction, précisant : « La bonne
instruction comprend trois choses : le culte de Dieu, la piété pour les
parents et la patrie, le respect des lois et l’obéissance aux magistrats. »
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II.
UNE VOCATION PRECOCE
Dès l’âge de onze ans, Jean-Baptiste a le désir d’être prêtre. Cette décision
est difficile à accepter par ses parents, surtout par le père : Jean-Baptiste est
l’aîné, il lui revient d’assumer la direction de la lignée ! Mais la grande foi
du foyer fait accepter le sacrifice.
Jean-Baptiste reçoit la tonsure cléricale, tout en demeurant libre d’opter
plus tard soit pour le sacerdoce soit pour la vie laïque.
Cinq ans après, un parent des La Salle, chanoine du chapitre de Reims, se
démet de sa charge au profit du jeune homme. Voilà donc, à seize ans,
Jean- Baptiste chanoine prébendé. Il demande les ordres mineurs. À la fin
de ses études, il subit avec succès un grand examen sur toutes les parties de
la philosophie et obtient le titre de Maître ès arts. Il n’a que dix-huit ans !
Il part pour Paris, étudier la théologie et entre au séminaire de Saint
Sulpice. Là, le directeur mène ses séminaristes à un haut degré
d’abnégation.
III.
UN AVENIR ASSURE
La mort de sa mère puis de son père, à un an de distance, le met en face
d’une responsabilité très lourde : il devient chef de famille. Il doit quitter
Saint-Sulpice et revenir à Reims. Il gère avec compétence les biens de
famille et suit de près l’éducation et l’instruction de ses frères et sœurs.
À 21 ans, Jean-Baptiste veut faire le pas décisif du sous-diaconat, non sans
hésitation. En effet, les ordres sacrés ne vont-ils pas le distraire de son
devoir d’état, de sa charge de famille ? Il consulte son directeur qui le
décide à aller de l’avant. Puis il passe sa licence de théologie.
Le 9 avril 1678, à quelques jours de ses 27 ans, Jean-Baptiste de La Salle
est ordonné prêtre par l’archevêque de Reims. Voici donc ce fils de noble
famille, licencié en théologie et chanoine d’un chapitre illustre. Rien ne
semble devoir un jour modifier le cours de son existence.
IV.
PREMIERE ECOLE ; PREMIERS RENONCEMENTS
Mais bientôt, dans sa ville de Reims, naît un projet d’école de garçons et
l’on demande au nouveau prêtre son aide. Très vite, par suite de défections,
il se retrouve avec la responsabilité entière de l’établissement. Il
comprend qu’il ne peut être à la fois bon chanoine de chœur et bon
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supérieur d’école. Hésitation. Il demande conseil et, comme toujours,
obéit sans réserve à la volonté de Dieu.
Il doit vivre dès lors avec les maîtres d’école (qui sont des jeunes gens très
frustres), ce qui lui coûte beaucoup !
Au début, il concentre son effort sur la formation religieuse des maîtres
destinés à enseigner aux enfants, ce qui n’est pas s’éloigner du problème
pédagogique mais le résoudre en profondeur. Car l’éducation chrétienne
prend “tout l’homme” chez l’enfant, et en premier son âme. Le jeune prêtre
insuffle l’esprit d’oraison et de mortification. Il fait aimer la pauvreté :
lui-même se dépouille de tous ses biens, qui sont immenses.
Hormis le temps passé à l’école, tout est prière, et les récréations se passent
en gloses sur la pieuse lecture du réfectoire. Las ! Cet ascétisme
monastique pèse aux maîtres : ils s’ennuient… Plusieurs prennent le large.
Monsieur de La Salle a le cœur déchiré de ces départs, mais il ne modifie
pas le règlement d’une virgule et attend.
V.
LA NAISSANCE DE L’INSTITUT DES FRERES DES ECOLES
CHRETIENNES
Bientôt, dans cette communauté de réputation austère, les recrues arrivent
nombreuses. M. de La Salle fait une sélection. Puis sa première tâche est
de transformer sa communauté mi-séculière mi-religieuse en un
véritable Institut religieux. Parmi ses disciples, il en choisit douze, puis
après une longue retraite, en la fête de la Sainte Trinité de 1686, les douze
disciples ainsi que Monsieur de La Salle prononcent leur vœu
d’obéissance.
L’Institut des Frères des Écoles chrétiennes est né.
Dès la fin de l’année, ils sont une soixantaine.
Le fondateur rédige les premières règles de son Institut, dont tous les
articles convergent vers ce but : « Que le Frère éducateur arrive à
comprendre, à force de détachement et d’amour, que ce monde d’enfants
sur lequel il veille et auxquels il inculque le goût du savoir et de la dignité
humaine n’est autre que la fortune du Père confiée à ses mains. »
VI.
L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE
Celui qu’on appellera « le prophète et le père de l’enseignement populaire
en France » conçoit d’abord une réforme de l’enseignement primaire par
deux moyens :
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-
-
le premier est l’institution du noviciat des Frères, véritable école
normale d’instituteurs, car il sait que « l’attention de l’enfant est
essentiellement contemplative et qu’il sera plus sensible à un
témoignage de vie qu’à un étalage de science ».
le second moyen est de faire « couler dans l’âme de la masse enfantine,
tel un lait maternel, la science concrète… nécessaire dans leur vie de
simple artisan ou boutiquier, ainsi que la conscience droite et la foi en
Dieu. »
Le redressement moral des élèves s’ensuit tout naturellement. Alors les
familles, si heureuses d’une telle transformation, confient de plus en plus
leurs enfants aux Frères.
Les écoles des Frères, gratuites, se multiplient, malgré jalousies,
persécutions, défections…
Son principe fondamental d’éducation tient en deux points :
- faire son devoir d’état avec perfection,
- pas d’innovation sans besoin réel. Ses innovations seront pourtant
d’importance !
Un point capital, où l’école impose sa supériorité et son prestige, est
l’enseignement catéchétique ; l’enseignement populaire de la doctrine par
le catéchisme est, pour Monsieur de La Salle, le fondement de l’école
primaire où il voit “le noviciat du christianisme”.
Au chapitre des corrections corporelles, alors d’un usage général, il
imprime une marque personnelle : ces corrections ne doivent intervenir
qu’une fois tous les autres moyens épuisés et jamais sous le coup de la
colère.
Frères et élèves doivent accéder à la politesse des manières, conforme à la
haute conception que le christianisme a de l’homme. La vraie politesse
n’est-elle pas faite de maîtrise de soi, de douceur et même d’humilité ? Il
insiste particulièrement sur la ponctualité.
Toute sa Règle pour les Frères tend à la maîtrise de soi-même, si
nécessaire à un éducateur chrétien qui doit être un exemple vivant pour les
enfants.
VII.
L’ENSEIGNEMENT TECHNIQUE PROFESSIONNEL
Le fondateur ouvre aussi, dans la maison du Noviciat, une école pour des
plus grands, avant-première de l’enseignement technique professionnel.
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67
Il conçoit un programme riche en matières scientifiques, nouveauté à
l’époque ! Il y ajoute les langues vivantes et la musique.
Lui-même écrira un manuel, résumé de toutes ses méthodes
d’éducation et d’enseignement pour les écoles chrétiennes.
VIII.
LA MORT ET LA GLOIRE DES AUTELS
L’organisation et la croissance de l’Institut vont s’accomplir, mais non sans
adversités venant de l’extérieur comme de l’intérieur. Pourtant, jour après
jour, le fondateur persévèrera, avec l’humilité et la fermeté d’un saint.
Après une quantité impressionnante d’épreuves, de calomnies, de maladies,
ses dernières paroles seront celles qu’il avait répétées sa vie durant, dans
la peine comme dans la joie : « J’adore en toutes choses la conduite de
Dieu à mon égard ! » C’était le Vendredi Saint 7 avril 1719, à Rouen, où il
fut enterré.
Jean-Baptiste de La Salle fut canonisé en 1900 par Léon XIII et proclamé
«patron des enseignants » par Pie XII, en 1950. Sa fête est célébrée le 15
mai.
****
Chers amis pèlerins,
Gardons en mémoire ce que Saint Jean-Baptiste de La Salle disait aux
Frères des Écoles chrétiennes : « Attachez-vous universellement à ce qui est
de la foi ; fuyez la nouveauté, suivez la tradition de l’Église, ne recevez que
ce qu’elle reçoit, condamnez ce qu’elle condamne, approuvez ce qu’elle
approuve soit par les conciles, soit par les souverains Pontifes, rendez-lui
en tout une prompte obéissance. »
En cette Année de la foi, pouvons-nous avoir meilleur maître ?
Bibliographie
-
« Saint Jean-Baptiste de La Salle, Fondateur des Frères des Écoles
chrétiennes », par Gaétan Bernoville, éditions Alsatia, Paris,
« Saint Jean-Baptiste de la Salle », par l’Abbé Gaston Courtois, éditions
Fleurus, collection Belles histoires et belles vies,
« Saint Jean-Baptiste de La Salle, maître de l’enfance, patron des
enseignants », par P. Antoine Eise, collection Nos Amis les Saints,
« Petite vie de Jean-Baptiste de La Salle », par Michel Fievet, éditions DDB
1990.
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68
LA FAMILLE ET L’ÉDUCATION
« Paix à cette maison ! »
Méditation 6
Chers pèlerins,
Hier, notre première journée de pèlerinage était placée sous le patronage de
Saint Jean Bosco, un remarquable éducateur qui eut la chance d’avoir pour
éducatrice une mère admirable.
Aujourd’hui, nos méditations seront placées sous la protection de Saint
Jean-Baptiste de La Salle, patron et protecteur de tous les éducateurs, dont
la vocation pourrait bien être née ce jour où, âgé de 21 ans, il devint
orphelin de père et de mère, et fut confronté, en sa qualité d’aîné d’une
famille de 10 enfants, au drame de l’éducation d’enfants privés de leurs
parents.
Que serait devenu le petit Jean Bosco, orphelin de père à l’âge de 2 ans, si
"Maman Marguerite " n’avait pas agi envers lui avec autant de fermeté et
de douceur à la fois ?
Que serait devenu le jeune et brillant Jean-Baptiste de La Salle, s’il n’avait
connu ce drame familial qui lui fit tenir, encore bien jeune, le rôle
d’éducateur vis-à-vis de ses frères et sœurs ?
À travers ces deux exemples, comprenez, chers parents ou futurs parents, et
vous, jeunes adolescents, l’importance de l’éducation familiale, et d’une
éducation qui soit digne de ce nom.
C’est la base fondamentale pour un bon départ dans la vie.
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I.
C’EST LE DROIT ET LE DEVOIR DES PARENTS DE POURVOIR A
L’EDUCATION DE LEURS ENFANTS
Vous tous ici qui avez des enfants, vous tous qui en aurez plus tard, gardez
bien à l’esprit que ceux à qui vous avez donné ou vous donnerez la vie
seront appelés à devenir membres du Christ. C’est très beau, car ainsi vous
participez à l’œuvre créatrice de Dieu. Et Dieu qui est Père, vous confie ces
nouvelles vies pour les faire grandir. Les faire grandir « en âge, en sagesse
et en grâce » comme il est dit de Jésus Lui-même.
En cela consiste l’éducation : faire parvenir les enfants à être des
hommes et des femmes mûrs, responsables et qui vivent en accord avec
les exigences de leur nature d’enfants de Dieu.
Parents, ceci est votre droit le plus inaliénable, en même temps qu’un
devoir de charité essentiel et primordial.
Ce droit et ce devoir ont leurs racines dans votre sacrement de mariage.
Grâce à ce sacrement, votre mission éducative est élevée à la dignité et à la
vocation d’un « ministère » authentique de l’Église. Ce ministère éducatif
des parents chrétiens est si grand et si beau que saint Thomas d’Aquin
n’hésite pas à le comparer au ministère des prêtres (St Thomas, Summa
contra Gentiles, IV, 58).
Vous êtes donc, chers parents ou futurs parents, les premiers et
principaux éducateurs de vos enfants. Avez-vous l’estime de cette noble
charge ? Saisissez-vous tout l’enjeu de ce rôle irremplaçable qui est le
vôtre ? Ce rôle est d’une telle importance que, en cas de défaillance de
votre part, il peut être difficilement suppléé.
II.
C’EST TOUTE LA PERSONNE QU’IL FAUT EDUQUER, DANS TOUS SES
ASPECTS
Mais quel est donc l’objet de cette éducation si fondamentale ?
Cet objet est très étendu. Vous avez donné, ou vous donnerez plus tard
naissance à des êtres humains, doués d’intelligence, de volonté, de
sensibilité. Des êtres composés d’une âme et d’un corps.
C’est donc toute la personne qu’il faut éduquer, dans tous ses aspects.
Nous ne sommes pas des anges, mais des êtres incarnés et blessés par le
péché originel.
Donc, avant toutes choses, le premier acte important à accomplir et, en
même temps, le plus beau cadeau que vous puissiez offrir à vos enfants,
c’est de les faire baptiser très vite, quelques jours après leur naissance.
Citons l’exemple de cette mère de six enfants qui n’a jamais assisté au
baptême de l’un d’entre eux. Pourquoi ? Parce que, en accord avec son
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70
époux, elle les faisait baptiser au plus tard deux jours après la naissance.
Merveilleux réalisme chrétien. Quelle était sa joie de pouvoir embrasser, à
la maternité, son enfant baptisé. Puis, dès l’âge de 2 ou 3 ans, elle lui
apprenait à connaître notre Père du Ciel, son enfant assis sur ses genoux.
Souvenez-vous, chers parents, c’est par l’exemple, beaucoup plus que
par la parole, que vous serez éducateurs. Vos enfants voient tout,
entendent tout. Mettez de la cohérence entre vos paroles et vos actes. Vos
enfants vous imitent dans votre comportement et votre manière de parler.
S’il y a cohérence entre ce que vous dites et ce que vous faites, vos
enfants vous respecteront et vous feront confiance ; ils vous admireront
et auront envie de vous ressembler. Veillez donc à la qualité de leur
éducation.
III.
L’EDUCATION DOIT ETRE COMPLETE
Quel le but de l’éducation ? Nous permettre d’atteindre notre fin : c'est-àdire la vie éternelle ! Et comment obtient-on la vie éternelle ? Par
l’acquisition et la pratique des vertus, par la réception fréquente des
sacrements et par la prière personnelle et familiale.
Nous sommes sur cette terre des pèlerins en marche vers la Terre Promise,
vers le Ciel. « Le Ciel, il faut que je me le gagne ! » disait sainte
Bernadette. Y pensons-nous souvent ?
Vos enfants doivent devenir de bons chrétiens, c’est-à-dire des personnes
qui ont les pieds sur terre et la tête au ciel. Pour cela, il faut développer
toutes leurs capacités humaines et spirituelles : « un esprit sain dans un
corps sain. »
-
L’intelligence doit être très tôt éveillée aux mystères de la foi. Elle doit
aussi acquérir une bonne culture générale : notre patrimoine
historique est à connaître autant que notre Histoire Sainte.
La volonté doit être formée pour être capable de résister aux
tentations nombreuses, surtout à l’âge de l’adolescence. Invitez les
enfants au don d’eux-mêmes et aux prises de risque (pas de
« papa/maman poule »). La volonté doit être apte à choisir le bien et à
repousser le mal. Dans ce but, le corps doit être éduqué pour qu’il soit
un bon serviteur et non un tyran.
Tout ceci suppose de votre part, chers parents et futurs parents, une grande
fermeté mêlée à une grande douceur. Qu’est-ce que vos enfants attendent
de vous ? Beaucoup d’amour, mais un amour qui sache aussi dire non, en
même temps qu’un amour qui sache écouter pour comprendre, pour
diriger et pour conseiller : « Une main de fer dans un gant de velours. »
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71
****
Chers pèlerins,
Tournons-nous vers Saint Jean Bosco et Saint Jean-Baptiste de la Salle:
qu’ils nous inspirent l’art et la manière de conduire ces jeunes vies, qui
nous sont confiées, vers le Créateur, dans un équilibre harmonieux entre le
naturel et le surnaturel ; qu’ils nous donnent d’être exemplaires, pour que
nous leur inspirions respect et confiance ; qu’ils nous aident à rester fermes
et doux, réalistes et bienveillants. Car il n’y a pas d’éducation sans amour.
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72
LES FONDAMENTAUX DE L’ÉDUCATION
« Il grandissait en âge, en sagesse et en grâce »
Méditation 7
Chers pèlerins,
Les fondamentaux de l’éducation que nous allons méditer, sont le fruit de
l’expérience d’un père de famille nombreuse, ancien cadre d’entreprise puis
directeur d’un établissement scolaire de l’enseignement supérieur, qui,
après son veuvage, est devenu prêtre et consacre une grande partie de son
ministère à la pastorale des familles et aux questions relatives à
l’éducation.
Pour les parents et éducateurs chrétiens, le seul modèle d’éducateur, c'est
Dieu lui-même. L'Écriture sainte nous le montre éduquant lui-même le
peuple juif tout au long de son histoire.
Cela commence après la sortie d'Égypte, quand Moïse sur le Sinaï reçoit les
tables de la Loi. À plusieurs reprises, Moïse s'adressera au peuple juif en
lui disant : " Vous observerez les commandements de votre Dieu, tels que
je vous les donne ; si vous les observez, si vous les mettez en pratique, ils
vous donneront une réputation de sagesse et d'intelligence chez tous les
peuples qui entendront parler de ces lois."
Quand Dieu se fait homme en la personne du Christ , Il proclame dans le
sermon sur la montagne :" Ne croyez pas que je sois venu défaire la Loi et
les Prophètes , je suis venu pour amener la Loi à l'état parfait."
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73
I.
APPRENDRE LA VIE EN SOCIETE
L'exemple divin nous montre bien que le premier acte éducatif consiste à
obtenir de l'enfant qu'il obéisse à ses parents. L'obéissance n'est pas la
soumission d'un esclave mais l'apprentissage d'un acte de libre arbitre
dont la fin est le bien de celui qui obéit.
Dieu a donné à l'enfant ce libre arbitre, pour qu'il puisse répondre librement
à son amour. À cette fin, Il l'a pourvu d'un poste de pilotage, équipé de
l'intelligence pour discerner, et de la volonté pour s'engager dans une voie
et s'en interdire une autre. Mais ce poste de pilotage, il faut que l’enfant
apprenne à s'en servir, pour conduire sa vie terrestre et parvenir au
bonheur éternel. Il y a donc un apprentissage qui commence dès l'entrée
de l'enfant dans la vie familiale, sous l'autorité aimante des parents,
premiers éducateurs.
Bien avant d'avoir l'âge de raison, l'enfant est déjà un être social, par nature
et par nécessité. Dans les premières années de la vie de l'enfant, les parents
n'ont pas à justifier les règles qu'ils imposent, et encore moins à se
justifier eux-mêmes dans l'exercice de l'autorité. Il sera temps, quand l'âge
de raison sera venu, d'expliquer les raisons de ces règles, pour que
l'enfant puisse progressivement se les réapproprier.
Cette socialisation de l'enfant, fondée sur l'obéissance aux parents, implique
le respect inconditionnel de toutes les personnes que l'enfant aura
l'occasion de rencontrer dès les premières années de sa vie. Il faudra aussi
lui apprendre à participer au bien-être commun par la pratique du service
au sein de la famille. Ce travail éducatif devra soigneusement être exécuté
par les parents, avant que l'enfant soit parvenu à l'âge de raison. Par la suite,
il fera l’objet de " piqûres de rappel ", notamment au moment de
l'adolescence. Cependant, le travail sera facilité par l’acquis de bonnes
habitudes.
L'acteur privilégié de cette socialisation de l'enfant est le père. La mère
est souvent une bonne inspiratrice de la loi familiale, mais c'est le père qui
est chargé de l'édicter et de la faire respecter : toute transgression de la loi
familiale implique une sanction. La maman doit se garder d'affaiblir la
nécessaire autorité paternelle, ce qui ne l'empêche pas de plaider les
circonstances atténuantes et, selon le repentir de l'intéressé, de demander au
père une remise de peine !
La complicité père - mère est indispensable pour cette éducation de
l'enfant à la vie en société (d’où l’importance de la communication dans le
couple dont nous avons parlé).
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74
II.
FORTIFIER SA PERSONNALITE
Pour se préparer à devenir un adulte autonome, l'enfant a besoin de fortifier
sa personnalité pour pouvoir résister à l'intimidation et à la
manipulation. C'est à partir de l'âge de raison que doit se faire le plus gros
de cette phase éducative de façon que l'enfant aborde avec de solides atouts
la première étape de l'adolescence. Comme dit saint Paul dans l'épître aux
Romains : " Nous avons des capacités différentes selon le don que nous
avons reçu ". Le Christ Lui-même nous dit que chacun doit développer ses
talents. Tout enfant a des limites mais aussi des talents à développer. Il est
nécessaire que l'enfant soit encouragé et stimulé, aidé à découvrir son
potentiel pour qu'il puisse, en développant ses points forts, acquérir une
bonne grosse confiance en lui.
La confiance en soi n'est pas de la prétention, elle dérive au fond de la
confiance en ce Dieu amour qui, en chacun d'entre nous, ne peut avoir créé
qu'un petit chef-d’œuvre en puissance. Il ne faut donc jamais comparer
son enfant à qui que ce soit et lui apprendre à ne jamais se comparer luimême avec les autres.
Dans le monde actuel, être influençable est très dangereux. Avoir une
solide estime de soi est indispensable pour conduire sa vie en gardant le
cap que l'on s'est fixé.
Le deuxième objectif de cette phase éducative est de donner à l'enfant une
capacité à affronter l'inconnu sans crainte. Comme dit le Christ à ses
apôtres : " Courage, j'ai vaincu le monde ". Il est indispensable d'apprendre
à l'enfant à ne pas vivre dans l'émotionnel, à envisager l'avenir comme
une source d'opportunités et non pas seulement de périls, à se servir de sa
raison pour minimiser les dangers et optimiser ses chances.
Le troisième objectif découle des deux précédents, c'est la progression de
l'enfant dans l'autonomie, la prise de décision, et l'apprentissage de la
responsabilité personnelle. N'oublions pas que, chez les Juifs, l'examen de
majorité responsable se passait à l'âge de douze ans. Jésus s'y est soumis.
À l'adolescent, il faudra rappeler que l'autonomie, ce n'est pas de faire ce
qu'on veut, mais ce qu'on doit, comme on veut .... à l'exception de ce qui
reste interdit par les parents !
Dans ce deuxième acte éducatif, qui consiste à fortifier la personnalité de
l’enfant, le père est l'acteur éducatif privilégié, car il rassure davantage
que la mère, ses encouragements et compliments pèsent plus lourd, et
l'autonomie qu'il confère l'inquiète moins que son épouse !
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75
III.
TRANSMETTRE LE SENS DE LA VIE
Reste le troisième domaine de l'éducation, celui de la transmission du sens
de la vie. On ne se situe plus dans la conduite d'une action, il s'agit plutôt
de donner un appétit, un goût pour ce qui est bon pour la personne.
Pas d'acteur privilégié : Père et mère, chacun à sa manière, cherchent à
donner un exemple, prient ensemble pour demander la Grâce pour leur
progéniture. C'est la vie du Christ qui leur donne les réponses dont leurs
enfants ont besoin. En travaillant pendant dix-huit ans de ses mains à
Nazareth, Jésus témoigne de la valeur spirituelle du travail manuel. Par sa
Passion et par sa Croix, Il affirme la grandeur de l'Amour qui va jusqu'au
don de sa vie pour ses frères humains, ainsi que sa totale obéissance au
Père.
***
Chers pèlerins,
Le Christ était soumis à ses parents, Il faisait la Volonté de son Père ; Il
affirmait être venu pour servir et non être servi, et Il ajoutait : " Tout ce que
vous avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à Moi que vous
l'avez fait ".
Prions pour que nos enfants se mettent à l’école de ce bon maître et
confions au Seigneur tous les parents de bonne volonté, qui désirent de tout
leur cœur armer leurs enfants pour la vie terrestre en vue du Bonheur
éternel.
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76
LA SOCIÉTÉ CIVILE ET L’ÉDUCATION
« Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir s’il ne t’avait été donné d’En-Haut »
Méditation 8
Chers pèlerins,
L’éducation des enfants, comme nous l’avons vu, est d’abord de la
responsabilité des parents, et nous avons cité quelques fondamentaux
dont les éducateurs doivent tenir compte s’ils veulent accomplir leur
mission avec quelques chances de succès.
Mais cette action éducative des parents s’exerce dans un contexte bien
défini, celui de la société civile, qui nécessairement influe sur l’éducation
que les parents s’efforcent de donner.
C’est ce que nous nous proposons d’examiner maintenant au cours de cette
nouvelle méditation.
I.
LA SOCIETE CIVILE A POUR FIN LE BIEN COMMUN TEMPOREL
Le Catéchisme de l’Église Catholique (CEC, 1880) nous donne de la
société la définition suivante : « Une société est un ensemble de personnes
liées de façon organique par un principe d’unité qui dépasse chacune
d’elle. Assemblée à la fois visible et spirituelle, une société perdure dans le
temps : elle recueille le passé et prépare l’avenir. Par elle, chaque homme
est constitué « héritier », reçoit des « talents » qui enrichissent son identité
et dont il doit développer les fruits. À juste titre chacun doit le dévouement
aux communautés dont il fait partie et le respect aux autorités en charge du
bien commun ».
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77
Dans cette définition, chaque terme mériterait d’être médité. Nous nous
contenterons d’en examiner deux : Héritier et Bien Commun.
Héritier : J’ai été constitué héritier, c'est-à-dire que j’ai reçu des biens
venus d’ailleurs.
Certains sont matériels, tels que mes vêtements, ma chambre…, mon
téléphone ; d’autres, sont immatériels, tels que mon nom, mes diplômes,
mes relations personnelles, mes compétences, mes souvenirs…
Certains m’appartiennent en propre, et j’en suis le seul détenteur ; mais
d’autres, beaucoup plus nombreux, sont partagés avec un plus ou moins
grand nombre de personnes. Il en est ainsi de la langue dans laquelle je
m’exprime, de la culture du pays que j’habite, des traditions familiales,
professionnelles, régionales auxquelles je me réfère…, de tout ce
qu’englobe la notion de Patrie… de tout ce qui constitue mon patrimoine,
notamment ces « talents » que j’ai reçus, et dont je devrais un jour rendre
compte de l’usage que j’en ai fait pour le service du prochain. Ainsi donc,
je suis grandement redevable envers la société.
Le Bien Commun : Le C.E.C. (1906 -1909) définit le bien commun
comme « l’ensemble des conditions sociales qui permettent, tant aux
groupes qu’à chacun de leurs membres d’atteindre leur perfection, d’une
façon plus globale et plus aisée ».
Il précise que le bien commun « comporte trois éléments essentiels :
- le respect de la personne en tant que telle,
- le bien-être social et le développement du groupe lui-même en
rendant accessible à chacun : nourriture, vêtement, santé, travail,
éducation et culture…,
- la paix, c'est-à-dire la durée et la sécurité d’un ordre juste ».
Cette définition rejoint celle que le Pape Pie XI, dans " Divini illius
magistri", donnait du bien commun : « il consiste dans la paix et la
sécurité dont les familles et les citoyens jouissent dans l’exercice de leurs
droits et, en même temps, dans le plus grand bien-être spirituel et matériel
possible en cette vie, grâce à l’union et la coordination des efforts de
tous ».
De cette double définition on peut conclure que la vie en société est un
échange de dons. Car, si j’ai beaucoup reçu de la société en tant
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78
qu’ « héritier », il m’appartient, en retour, d’apporter ma pierre à
l’édification du « Bien Commun ».
II.
LE BIEN COMMUN DOIT CORRESPONDRE A LA HIERARCHIE DES
VALEURS CIVILISATRICES
Le Catéchisme de l’Église catholique, rappelle que le bien commun doit
correspondre à la hiérarchie des valeurs :
- « La société doit favoriser l’exercice des vertus, non y faire obstacle.
Une juste hiérarchie des valeurs doit l’inspirer » (CEC 1895)
- « Le bien commun est toujours orienté vers le progrès des personnes :
‘l’ordre des choses doit être subordonné à l’ordre des personnes, et
non l’inverse’ (GS 26,§3). Cet ordre a pour base la vérité, il s’édifie
dans la justice, il est vivifié par l’amour » (CEC 1912)
La vie d’un groupement implique des « règles du jeu ». La classe d’une
école, l’atelier d’une entreprise comme la nation ont besoin de règles ; les
règles de la classe doivent faciliter l’enseignement ; celles de l’atelier
permettre un travail honnête ; celles de la nation garantir le Bien commun
en favorisant la prospérité et la paix sociale.
Des règles qui induiraient en tentation de tricher ou nuire au bien commun
seraient contre nature et devraient être corrigées.
Illustration : en 1980, Lech Walesa, ouvrier aux Chantiers de Gdansk
suscite le syndicat « Solidarité » et explique sa démarche à un journaliste :
« Regardez où nous ont conduits les orientations des trente-cinq dernières
années (c'est-à-dire le régime socialiste) : on a fabriqué des petits malins,
des tricheurs, des combinards. Regardez ce chef d’équipe ou cet autre : s’il
est honnête, il vit mal. C’est ce désordre que nous voulons éliminer ».
Dans sa simplicité, cette observation résume la doctrine de l’Église :
« L’inversion des moyens et des fins… engendre des structures injustes
« qui rendent pratiquement impossible une conduite chrétienne conforme
aux commandements du divin Législateur.» (CEC 1887)
Il appartient alors aux honnêtes gens d’intervenir, comme le prescrit
l’Église : « Que les laïcs, unissant leurs efforts, apportent aux institutions
et aux conditions de vie dans le monde, quand elles provoquent au péché,
les assainissements convenables… pour qu’elles favorisent l’exercice de la
vertu au lieu d’y faire obstacle ».
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79
Benoît XVI a rappelé cela avec vigueur lors de sa visite au Bundestag : un
État qui méconnaît la loi naturelle n’est plus « qu’une grosse bande de
brigands » !
Au contraire, la société doit respecter une juste hiérarchie des
valeurs « qui subordonne les dimensions physiques et instinctives aux
dimensions intérieures et spirituelles».
III.
L’ÉTAT, QUI A EN CHARGE LE BIEN COMMUN, A DONC UN ROLE A
JOUER EN MATIERE D’EDUCATION
L’État, à qui revient « de défendre et de promouvoir le bien commun de
la société civile, des citoyens et des corps intermédiaires». (CEC 1910) a
donc un rôle à jouer en matière d’éducation.
- L’État a le devoir de former le personnel appelé à exercer les fonctions
en relation directe avec sa propre fin : armées, police, magistrature,
diplomatie (les fonctions régaliennes), en veillant particulièrement à
leur donner le sens de l’intérêt général et du service.
- « l’État doit garantir le droit des enfants à une éducation scolaire
adéquate, veiller à la capacité des maîtres, au niveau des études, ainsi
qu’à la santé des élèves, et d’une façon générale développer
l’ensemble du système scolaire sans perdre de vue le principe de
subsidiarité, donc en excluant n’importe quel monopole scolaire »
(Vatican II Gravissimum educationis, 6)
- L’État doit favoriser l’action éducative des familles et de l’Église,
notamment par les écoles qui doivent pouvoir être choisies par les
parents en toute liberté (y compris sur le plan financier), et, en cas de
besoin, suppléer l’incapacité morale ou économique de ces derniers à
exercer leurs responsabilités.
Dans le même souci, il doit veiller à la qualité de la culture qui est
véhiculée par les média et qui joue un rôle considérable sur le mental de la
population et particulièrement sur celui des enfants.
C’est, en effet, par la culture que s’exerce l’influence éducatrice de la
société civile. « S’il faut exiger un sain primat de la famille dans l’œuvre
de l’éducation, il faut aussi situer, dans la même ligne, le droit de la nation
à la base de la culture et de l’éducation… L’homme vit d’une vie vraiment
humaine grâce à la culture… La culture est ce par quoi l’homme devient
davantage homme… La nation existe « par la culture » et « pour la
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80
culture », elle est donc la grande éducatrice des hommes pour qu’ils
puissent « être davantage » dans la communauté » (Jean-Paul II, à
l’UNESCO, 2 juin 1980 et Mémoire et Identité, p.103).
IV.
LA CULTURE EST UN DOMAINE OU LE CHRETIEN DEVRAIT
S’INVESTIR
Compte tenu de ce qui vient d’être dit sur l’importance de la culture dans le
domaine de l’éducation, ne devons-nous pas nous demander dans quelle
mesure et par quels moyens, nous pouvons et nous devons participer à la
culture de nos sociétés, de notre Nation, des corps intermédiaires auxquels
nous participons ?
Dans son encyclique « Caritas in Veritate », Benoît XVI nous répond : « Il
y a un bien lié à la vie en société, le bien commun. C’est le bien du ‘nous
tous’ constitué d’individus, de familles et de groupes intermédiaires qui
forment une communauté sociale… C’est une exigence de la justice et de la
charité que de vouloir le bien commun et de le rechercher. Œuvrer en vue
du bien commun signifie d’une part prendre soin et d’autre part se servir
de l’ensemble des institutions qui structurent civilement, juridiquement et
culturellement la vie sociale qui prend ainsi la forme de la ‘polis’, de la
cité. On aime d’autant plus efficacement le prochain que l’on travaille
efficacement en faveur du bien commun… (Tout chrétien) est appelé à vivre
cette charité, selon sa vocation et selon ses possibilités d’influence, au
service de la ‘polis’ (la cité, en grec). C’est la voie institutionnelle,
politique peut-être, de la charité ».
***
Chers pèlerins,
Prenons quelques minutes de silence pour méditer ces dernières
recommandations du Saint Père qui nous invite à nous engager résolument
dans la cité, et disons à son intention une dizaine de chapelet.
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81
POURQUOI AIMER LA MESSE
TRADITIONNELLE ?
Méditation E
« Le rite exprime la communion de prière et d’action de l’Église dans une
forme qui transcende l’histoire. Il concrétise le lien entre la liturgie et
l’Église, laquelle garde le dépôt de la foi transmis par la tradition
apostolique. Ce lien avec l’Église admet différentes structurations, permet
un développement, mais exclut absolument l’arbitraire ». Cardinal
Ratzinger, 2000.
Chers pèlerins,
Vous le savez et vous l'avez probablement remarqué, les messes célébrées
au cours du pèlerinage sont dites selon la forme extraordinaire du rite
romain. Comme c’était la forme du rite partout en usage avant la réforme
liturgique postconciliaire, ces messes sont souvent appelées « messe
traditionnelles », ou « messe de Saint Pie V ».
Peut-être que certains d'entre vous se demandent pourquoi ce choix.
Pourquoi aimer ce rite ancien, dont l’ordonnance remonte pour l’essentiel
au VIe siècle ?
I.
LES GRANDS PRINCIPES DE LA LITURGIE
Pour répondre à cette question et trouver les raisons profondes de notre
attachement à la messe traditionnelle, il faut absolument remonter au grand
principe de la Liturgie.
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82
Le concile Vatican II (constitution « Sacrosanctum Concilium »), à la suite
du concile de Trente, nous rappelle que « la Liturgie est avant tout un culte
rendu à Dieu ». Bien sûr, à l’occasion de ce culte, il y aura tout un
enseignement donné au peuple de Dieu. Mais avant tout, la Liturgie est un
culte à la divine majesté. Un culte que les fidèles rendent à Notre Seigneur
Jésus-Christ, mais aussi que Notre Seigneur Jésus-Christ, lui-même, rend à
son Père. Aussi ce culte doit-il être sacré et tel que Dieu le désire.
On ne va donc pas à la messe pour être agréable à un prêtre, ni parce que un
tel ou une telle y va, ou pour je ne sais quelles autres raisons humaines,
mais on va à la messe pour rendre un culte à Dieu, un culte qui soit
vraiment digne de Lui.
Autre point à souligner, c’est que la Liturgie n’est pas une leçon de
catéchisme. N’attendez pas de trouver au détour d’une page de votre
missel, une définition exhaustive et complète de la messe.
En revanche, ce que vous trouverez en suivant la liturgie de la Sainte
Messe, c’est un ensemble de prières, de paroles, de gestes, de vêtements et
d’objets liturgiques qui vous feront connaître ce qu’est la messe, sa
véritable nature.
Ce sont tous ces signes extérieurs, visibles, qui nous indiquent clairement la
nature et l’essence du mystère.
D’où l’importance de tous ces signes sensibles et visibles qui nous
conduisent à l’Invisible. Certes, ce n’est pas tel signe de croix, ou telle
génuflexion, pris séparément qui est essentiel et indispensable, mais bien
l’ensemble de tous ces signes extérieurs.
Nous touchons là à un domaine très délicat, car vous connaissez sans aucun
doute l’adage : « lex orandi, lex credendi », que l’on traduit par : « telle
prière, telle croyance ».
En effet, si la liturgie ne manifeste pas clairement, par tout ce qui doit la
composer, la nature même du mystère, alors c’est la Foi elle-même qui peut
être touchée. Si, par exemple, vous priez toujours avec des livres
protestants, vous risquez fort de devenir protestant vous-même, car ces
prières protestantes véhiculent forcément une doctrine protestante.
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Pie XII explique très bien tout cela dans sa magnifique encyclique sur la
Liturgie "Mediator Dei".
II.
RAISONS PROFONDES DE NOTRE AMOUR DE LA
LITURGIE
TRADITIONNELLE
Maintenant que nous avons rappelé quelques principes essentiels à la
liturgie, voyons brièvement les raisons profondes de notre amour de la
liturgie traditionnelle. Il y en a trois : théologique, liturgique et spirituelle.
1. Raison théologique
Il existe trois aspects de la théologie de la messe, que la liturgie
traditionnelle met particulièrement bien en valeur.
a) 1er aspect théologique : Le caractère sacrificiel de la messe.
Dans son encyclique sur l’Eucharistie « Ecclesia de Eucharistia », le pape
Jean-Paul II rappelait avec force le caractère sacrificiel de la messe : « La
messe, disait-il, est à la fois et inséparablement le mémorial sacrificiel
dans lequel se perpétue le sacrifice de la Croix, et le banquet sacré de la
communion au Corps et au sang du Seigneur ».
Si un jour vous veniez à douter du caractère sacrificiel de la messe, alors
étudiez cette encyclique ou, mieux encore, informez-vous sur la manière de
célébrer la messe de St Padre Pio. Vous verrez alors que ce capucin
stigmatisé revivait au cours de sa messe toute la passion du Christ : de
l’agonie au Jardin des Oliviers, à la mise au tombeau. C’est vraiment
impressionnant et même bouleversant. Signalons au passage que le St
Padre Pio avait demandé et obtenu de Paul VI, le 17 février 1965, de
garder la messe traditionnelle jusqu’à sa mort.
Dans la messe traditionnelle, ce caractère sacrificiel est admirablement mis
en valeur dans les prières de l’offertoire mais aussi dans bien d’autres
prières.
Il y a également tous les signes de croix faits par le prêtre, qui désignent la
divine victime. Il y a aussi les baisers de l’autel où, précisément, le Christ
va s’offrir lui-même, en victime à son Père.
b) 2ème aspect théologique : La présence réelle.
Tout catholique sait que dans une hostie consacrée, de par la
transsubstantiation, Notre Seigneur est réellement présent avec toute son
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humanité et sa divinité. Cette présence réelle réclame de notre part un très
grand respect et des gestes d’adoration.
- C’est pourquoi, à la messe traditionnelle, le prêtre fait une génuflexion
avant et après avoir touché le corps du Christ ou le calice de son sang.
- C’est pourquoi aussi, le prêtre a l’obligation de garder le pouce et
l’index de chaque main joints, de la consécration jusqu’à la
purification de ses doigts, parce que ces doigts, qui ont tenu l’hostie
consacrée, ont touché le corps du Christ et qu’il convient de ne pas
risquer de les souiller ou de laisser échapper une parcelle de l’hostie.
- La communion sur la langue a également une grande importance. Ce
n’est pas que la langue soit plus digne que les mains (on pèche autant,
si ce n’est plus, par la parole que par le geste). Mais c’est en raison du
fait que dans la moindre parcelle d’hostie, nous dit St Thomas d’Aquin,
Notre Seigneur se trouve aussi présent que dans une hostie toute
entière.
C’est donc pour éviter au maximum le risque de perdre des parcelles
d’hostie, qu’à la messe traditionnelle, on donne toujours la communion
dans la bouche et que l’on tient un plateau sous le menton de la personne
qui la reçoit.
La bienheureuse Mère Térésa a eu à ce sujet des paroles très vigoureuses :
« La chose la plus horrible, disait-elle, dans notre monde aujourd’hui, c’est
la communion dans la main » (23 mars 1989, The Wanderer, Pakistan).
Ce n’est donc pas étonnant que Benoît XVI ne veuille plus donner la
communion qu’à des fidèles se tenant à genoux et recevant l’hostie sur la
langue.
c) 3ème aspect théologique : le rôle du prêtre par rapport à celui des
fidèles.
Le prêtre, à la messe, a un rôle unique, car, pour reprendre la formule
consacrée, il agit “in persona Christi”, c’est-à-dire que c’est le Christ qui
agit à travers le prêtre. Le prêtre est alors un instrument au service du
Christ, afin que ce dernier puisse réactualiser son sacrifice.
Les fidèles, eux, ont pour rôle d’offrir la victime une fois immolée et non
pas de réactualiser le sacrifice. Ils doivent aussi s’offrir eux-mêmes en
union avec le Christ qui s’offre sur l’autel pour leur salut.
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Dans la messe traditionnelle ce rôle unique du prêtre est mis en valeur, en
particulier, par le fait qu’à l’autel il est tourné vers le Seigneur et non pas
vers les fidèles, sauf quand il les invite à prier. Le prêtre est alors le pontife,
celui qui fait justement le pont entre Dieu et les fidèles : il est tout à la fois
celui qui prie Dieu au nom des fidèles et celui qui donne les dons de Dieu
aux fidèles.
2. Raison liturgique.
Rassurez-vous, chers pèlerins, l’exposé sera beaucoup plus court. Benoît
XVI, du temps où il était cardinal, a exprimé à de nombreuses reprises
l’idée que la Liturgie est un don de Dieu que l’on doit recevoir et non pas
que l’on peut fabriquer. Voici ce qu’il dit dans son livre "La célébration de
la foi" : « Il faut constater que le nouveau missel, quels que soient tous ses
avantages, a été publié comme un ouvrage réélaboré par des professeurs,
et non comme une étape au cours d’une croissance continue. Rien de
semblable, continue le cardinal, ne s’est jamais produit sous cette forme,
cela est contraire au caractère propre de l’évolution liturgique ».
D’où la grande idée de Benoît XVI de « la réforme de la réforme ». Pour
lui, il faut libérer la messe traditionnelle, non seulement parce qu’elle est
un rite vénérable qui doit avoir toute sa place dans l’Église, mais aussi
pour qu’elle puisse servir de modèle à la réforme de la réforme. D'où
son Motu Proprio "Summorum Pontificum" du 7 juillet 2007 sur l'usage du
rite de la messe selon sa forme extraordinaire.
3. Raison spirituelle
Là, il faudrait donner la parole à beaucoup d’entre vous, car nous sommes
nombreux ici, à avoir été touchés et souvent retournés par cette messe
traditionnelle.
Non, le latin n’est pas un obstacle à la mission, bien au contraire, car il
concourt à donner à la Liturgie un caractère sacré ! Et les gens, et surtout
les jeunes, veulent du sacré, de l’authentique !
La messe traditionnelle est véritablement un moyen extraordinaire pour
toucher les âmes et les conduire à Dieu :
- Combien de jeunes ont connu le catholicisme par la liturgie
traditionnelle et ont reçu le baptême par la suite ;
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86
-
Mais il y a aussi tous ceux, et ils sont nombreux, qui sont revenus à une
vie franchement chrétienne et à une pratique fervente, en la découvrant.
Tous pourraient témoigner des bienfaits spirituels de cette liturgie séculaire.
Enfin, pour conclure, voici une anecdote :
C’était il y a plusieurs années. Le Père Gy était venu au Barroux pour
discuter avec Dom Gérard, alors abbé de cette Abbaye. Le père Gy était le
grand spécialiste de la réforme liturgique, et il ne comprenait pas du tout
notre attachement à l’ancienne liturgie. Il était persuadé que c’était pour des
raisons purement intellectuelles, cérébrales. Alors Dom Gérard lui dit :
« Mais, mon Père, notre attachement à la liturgie traditionnelle, ce n’est
pas un mariage de raison, mais un mariage d’amour ! »
Le Père Gy fut visiblement ému de cette réponse à laquelle il ne s’attendait
pas, et déclara alors : « À cela, il n’y a plus rien à redire… »
Chers pèlerins, gardons maintenant le silence pendant quelques instants,
pour mieux réfléchir sur cette méditation.
Citations
« La tradition et l’expérience millénaire de l’église nous montrent que c’est
la Foi, célébrée et vécue dans la liturgie, qui nourrit et fortifie la
communauté des disciples du Seigneur.» Jean-Paul II, 11 mai 1991
« Je suis convaincu que la crise de l’Église que nous vivons aujourd’hui
repose largement sur la désintégration de la liturgie. » Benoît XVI
« Une ‘liberté’ sans frein, risquant de se perdre dans l’improvisation, n’est
pas conciliable avec l’essence de la Foi de la liturgie. La grandeur de la
liturgie, faut-il la répéter, tient justement au fait qu’elle échappe à
l’arbitraire… Le repliement sur l’utilitaire n’a pas eu pour effet de rendre
la liturgie plus ouverte, mais il l’a, au contraire, appauvrie. » Cardinal
Ratzinger
« On a voulu faire de la crise liturgique qui a sévi en Occident une crise de
rite. Elle l’était, mais principalement comme le révélateur d’une crise plus
profonde, plus grave, celle de l’intrusion de l’autonomie absolue de
l’homme dans l’action liturgique. » Ph. Maxence (Introduction à
"L’Enquête sur l’Esprit de la liturgie" du Cardinal Ratzinger)
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« Parce que les rites sont chargés d’une signification précise et profonde,
un changement de rite peut déclencher une guerre, un schisme ou une
hérésie... Le rite est une pensée en acte. Il est la pensée humaine incarnée
dans un geste capable d’une intense force d’expression comme la plus
exquise délicatesse mentale. » Un moine Bénédictin
« S’il fallait résumer tous les bienfaits que nous apporte la fréquentation
quotidienne de la prière publique de l’Église, on devrait la résumer à
quatre points essentiels :
- Le rappel incessant de la transcendance divine,
- Le pouvoir attrayant de la beauté de la liturgie,
- Le sens de l’Église,
- L’éducation de l’homme intérieur. »
Un moine bénédictin, dans les quatre bienfaits de la liturgie.
« Si nous voulons saisir vraiment le secret de la liturgie, il nous faut voir
avant tout en elle un chant du Ciel » Un moine bénédictin, dans "découvrir
la Messe"
-
Extraits des livres de Monseigneur Klaus Gamber, "la Réforme
liturgique" et "Tournés vers le Seigneur" :
« On s’accorde en général à considérer que, d’une manière ou d’une autre,
un renouvellement, mais surtout en enrichissement du rite romain, en
grande partie figé depuis le Concile de Trente en une sorte de rubricisme,
était devenue nécessaire. On s’accorde aussi largement que la Constitution
sur la Sainte liturgie promulguée par le deuxième Concile du Vatican
correspond, au bien des points, aux demandes légitimes de la pastorale
actuelle. En revanche, le jugement porté sur les réformes effectivement
réalisées au fait, en aucune manière, l’unanimité, en particulier en ce qui
concerne les nouveaux livres liturgiques élaborés à l’issu du Concile par
un groupe des spécialistes. »
« …il y a coïncidence entre la doctrine et certaines formes de la piété. Pour
beaucoup, modifier les formes traditionnelles signifie modifier la foi. (…)
Au lieu du renouvellement de l’Église et de la vie ecclésiale attendue, nous
assistons à un démantèlement des valeurs de la foi et de la piété qui nous
avaient été transmises »
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« S’y ajoute, sans le signe d’un œcuménisme mal compris, un effrayant
rapprochement avec les conceptions du protestantisme et, de ce fait, un
éloignement considérable des veilles Églises d’Orient. (…) On ne s’est pas
contenté de quelques réformes judicieuses et nécessaires, on a négligé la
recommandation du Concile en l’article 23 de la Constitution sur la
liturgie : « on ne fera des innovations que si l’utilité de l’Église exige
vraiment et certainement » on a voulu d’avantage : on a voulu se montrer
ouvert à la nouvelle théologie si équivoque, ouvert au monde
d’aujourd’hui. »
« Il ne suffit pas de parler sans arrêt de ce que le sacrifice de la messe a de
sublime, il faut bien plutôt tout faire pour mettre en évidence aux yeux des
hommes la grandeur de ce sacrifice à travers la célébration elle-même, à
travers l’agencement artistique de la maison du Seigneur, spécialement de
l’autel. » (…) « La langue est un élément de la patrie. La patrie liturgique
possède elle aussi une langue déterminée, celle-ci n’est cependant jamais
la langue de tous les jours. »
Qui est Monseigneur Klaus Gamber ? Docteur en philosophie et en
théologie, membre d’honneur de l’Académie Pontificat de liturgie,
Monseigneur Gamber fonda l’Institut liturgique de Ratisbonne et en resta le
directeur jusqu’à sa mort. Le catalogue de ses écrits compte 361 titres. Le
Cardinal Ratzinger disait de lui : « Gamber, avec la vigilance d’un
authentique voyant et l’intrépidité d’un vrai témoin, s’est opposé à la
falsification de la liturgie et nous a enseigné inlassablement la vivante
plénitude d’une liturgie véritable ».
Extraits des préfaces des deux livres cités :
-
« Après plus de vingt ans d’après-concile, la publication en langue
française des études scientifiques de Mgr. Klaus Gamber est un
évènement de première importance. » Cardinal Oddi .
-
« Ce qui fait l’importance de ce livre, c’est surtout le substrat
théologique mis à jour par ses savantes recherches. Cette orientation
de la prière exprime le caractère théocentrique de la liturgie »
Cardinal Ratzinger.
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-
Extrait du livre de Monseigneur Nicola Bux, "la Réforme de Benoît
XVI : la liturgie entre innovation et tradition".
« Il est étrange que ceux qui ont fait de Jean XXIII le symbole du
progressisme s’opposent au missel romain que ce pape a mis à jour, et qui
est maintenant remis en vigueur. L’existence des deux missels montre que,
au-delà des formes, l’identité de l’Église demeure la même »
« On substitue, de nos jours, au rubricisme et au légalisme d’autrefois,
l’anarchie et l’illégalité, qui sont bien pires. L’obéissance à la sainte
liturgie est la mesure de notre humilité »
« L’effondrement de la liturgie commence lorsqu’elle n’est plus comprise et
vécue comme un acte d’adoration de la Très Sainte Trinité en Jésus-Christ,
ni comme la célébration de toute l’Église Catholique et pas seulement la
célébration d’une communauté locale. Le phénomène de la créativité
liturgique se cache derrière le relativisme doctrinal »
« Pour comprendre correctement le motu proprio [Summorum Pontificum
de 2007 libéralisant l’usage de la forme extraordinaire du rite romain], il
faut le considérer comme un développement en continuité avec toute la
tradition de l’Église »
« Les abus dans le domaine de la liturgie, et donc sa dégradation, sont les
symptômes du vide spirituel actuel, et nous voudrions indiquer la voie qui
permettra à la fois de restaurer l’esprit de la liturgie, comme signe de
l’unité de la foi apostolique et catholique, et aussi de promouvoir un débat
sérieux et un chemin d’éducation »
« Le culte catholique est passé de l’adoration de Dieu à l’exhibition du
prêtre, des ministres et des fidèles. La piété a été abolie, y compris le mot
lui-même »
« Ratzinger souhaite qu’on retrouve "la tradition apostolique de
l’orientation vers l’Est des édifices chrétiens et aussi de l’action liturgique
là où c’est possible". »
« Le prêtre doit avoir conscience que ce n’est pas lui-même, et encore
moins ses idées qu’il doit mettre au premier plan, mais seulement le
Christ »
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« On a réussi à imposer les applaudissements…Ratzinger a donc raison
quand il dit : "Quand les applaudissements font irruption dans la liturgie,
c’est un signe très sûr qu’on a perdu l’essence de la liturgie, et qu’on l’a
substitué par une sorte de divertissement de type religieux". »
« …la liturgie comporte le silence, qui est fondamental pour pouvoir se
mettre à l’écoute de Dieu, qui parle à notre cœur. L’âme n’est pas faite
pour le bruit et les discussions, mais pour le recueillement ; et il est vrai
que le bruit nous gêne. »
Qui est Monseigneur Nicola Bux ? Consulteur de la Congrégation pour la
Doctrine de la foi et de la Congrégation pour les causes des saints,
Monseigneur Bux est professeur de liturgie et théologie sacramentaire à
l’Institut de théologie de Bari (Italie) et, depuis septembre 2008, consulteur
au Bureau des célébrations liturgiques du Souverain Pontife.
Préface de son livre "La réforme de Benoît XVI" :
« Le mérite de Nicola Bux est de fonder, sans détour et textes à l’appui, les
convictions exprimées par le Saint-Père dans sa lettre accompagnant le
motu proprio. » Monseigneur Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron,
2009.
-
Extrait du livre de l’Abbé Claude Barthe, "La Messe à l’endroit :
un nouveau mouvement liturgique".
« Une grande extension de la liturgie tridentine, d’une part, et la réforme
de la réforme, d’autre part, dont l’objet est d’opérer une transmutation de
l’intérieur de la liturgie de Paul VI, ont partie liée. »
« Comme le disait Nicola Bux [entretien avec l’Abbé Barthe le 28 avril
2008] : "Ce ne sera que par une large diffusion de l’ancienne Messe que
cette ‘contagion’ de l’ancien sur le nouveau rite sera possible. C’est pour
cela que réintroduire la Messe ‘classique’, si vous me permettez
l’expression, peut constituer un facteur de grand enrichissement. Il faut
donc mettre en œuvre une célébration festive régulière de la Messe
traditionnelle, au moins dans chaque cathédrale du Monde, mais même
dans chaque paroisse" ».
« La réforme de la réforme suppose impérativement la présence de cet
aiguillon [la liturgie tridentine] ; de même aussi que la liturgie ancienne ne
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peut espérer une réimplantation significative dans les paroisses ordinaires
sans la disposition que peut créer la réforme de la réforme. »
Qui est l’Abbé Barthe ? Auteur de nombreux ouvrages de réflexion et de
chroniques religieuses sur la crise actuelle et sur la liturgie romaine, l’Abbé
Barthe expose dans son livre "La Messe à l’endroit : un nouveau
mouvement liturgique" sa conviction que le projet de la réforme de la
réforme souhaitée par le Très Saint Père, ne peut se réaliser sans la colonne
vertébrale que constitue la célébration la plus large possible selon le missel
traditionnel, mais que cette dernière ne peut espérer se réinsérer
massivement dans les paroisses ordinaires sans la recréation d’un milieu
vital opéré par la réforme de la réforme qui pour lui tient en cinq points :
- la réintroduction importante de l’usage de la langue liturgique latine
- la distribution de la communion selon le mode traditionnel
- l’usage de la première prière eucharistique
- l’orientation de la célébration vers le Seigneur
- l’usage, en silence, de l’offertoire traditionnel.
Bibliographie
-
« Mediator Dei », encyclique, Vénérable Pie XII, 1947
« Ecclesia de Eucharistia », encyclique, Bienheureux Jean-Paul II
« Summorum Pontificum », motu proprio, Benoît XVI, 2007
Catéchisme de l’Église Catholique (CEC, 1066-1209)
« La Célébration de la Foi », Cardinal Ratzinger, Téqui 1985
« Un Chant nouveau pour le Seigneur », Cardinal Ratzinger, Desclée
1995
« Introduction à la liturgie », Martimort, Desclée 1983-1984
« Regards sur la liturgie et la modernité », Nicols O.P., Ad Salem 1998
« La réforme liturgique en question », Mgr. Gamber, Ste Madeleine-Le
Barrou 1992
« Tournés vers le Seigneur », Mgr. Gamber, Ste Madeleine-Le Barrou
1993
« L’Esprit de la liturgie », Cardinal Ratzinger, Ad Salem 2001
« Autour de la question liturgique », Actes des journées liturgiques de
Fontgombault avec le Cardinal Ratzinger 2001
« Enquête sur l’Esprit de la liturgie », sous la direction de Ph.
Maxence, l’Homme Nouveau 2002
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92
-
« La réforme de Benoît XVI : la liturgie entre innovation et tradition »,
Monseigneur Nicola Bux, Tempora 2008
« La Messe à l’endroit : un nouveau mouvement liturgique », Abbé
Claude Barthe, L’Homme Nouveau 2010
« Réflexion sur la Messe traditionnelle », sous la direction d’Oremus
2001
« La liturgie », Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre, Tu es Petrus 1998
« Quatre bienfaits de la liturgie », un moine bénédictin, Sainte
Madeleine-Le Barrou 1995
« Découvrir la Messe », un moine bénédictin, Sainte Madeleine-Le
Barrou 1996
« La Sainte liturgie », un moine bénédictin, Notre-Dame de
Fontgombault 2000
« La Messe commentée », Notre-Dame de Fontgombault 1992
« La communion dans la main », Monseigneur Laise
« La Messe traditionnelle, pourquoi », Oremus
« Le Sacrifice de la messe dans la nouvelle catéchèse », AFS
« La nouvelle Messe », Louis Salleron
« Padre Pio, le stigmatisé », Yves Chiron
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ÉDUCATION, CHEMIN DE LIBERTÉ
« La vérité vous rendra libres »
Méditation 9
Chers Pèlerins,
Dès l’énoncé du thème de cette méditation, « l’éducation, chemin de
liberté », la liberté nous est présentée comme un bien à acquérir. Et en
effet, nous espérons bien, au terme de cette vie, parvenir à la glorieuse
liberté des enfants de Dieu (Rom. 8, 21).
I.
LA LIBERTE DE LA CREATURE EST DE DIRE OUI AU PLAN DE DIEU,
SON CREATEUR
Mais en quoi consiste la liberté de la créature humaine ? Être créature
signifie avoir reçu, de Dieu, le don de l’existence. Être créature c’est
donc dépendre de Dieu, au plus intime de soi-même. La liberté de la
créature ne consiste donc pas à s’affranchir de Dieu-Père, mais, au
contraire, comme le rappelle le Bienheureux Jean-Paul II « à dire « oui »
au plan de Dieu pour notre vie ».
C’est justement le rôle de l’éducation que de conduire l’enfant au plein
accomplissement du vouloir de Dieu sur lui. C’est donc à l’éducation
qu’il revient d’éclairer et de fortifier le libre-arbitre pour qu’il puisse
choisir selon la vérité et le bien, et s’affranchir de la formidable pression
qu’exerce le matérialisme ambiant et notre propre égoïsme. C’est encore à
l’éducation qu’il appartient de former la conscience et le caractère des
enfants, en leur offrant la discipline bénie d’une vie chrétienne, qui leur
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permettra d’acquérir force de volonté et vertu, sans lesquelles ils ne
pourront résister aux suggestions du monde et à leur propre goût pour la
nouveauté, et ainsi sauver leur liberté.
II.
IL FAUT TRAVERSER DES ETAPES, QUI NE VONT PAS SANS CRISES
La stratégie éducative fera bien de s’inspirer de la pédagogie de Don Bosco
dont la grande figure a illuminé notre première journée de pèlerinage. Saint
Jean Bosco fut un grand éducateur. Il désirait élever les enfants dans un
climat de confiance et de joie, éclairer leur intelligence à la lumière de la
raison et de la foi et offrir à leur vertu le secours de la religion.
1. Passage de la petite enfance à l’âge de raison
On pourrait placer l’enfance sous le signe de la foi et de l’obéissance. Les
enfants, et le tout-petit d’abord, font spontanément confiance à leurs
parents. Cette disposition de foi s’accomplit dans l’obéissance. L’éducation
incitera donc l’enfant à poursuivre le bien et à éviter le mal. Elle ouvrira
son cœur au sens des autres et à la joie de donner. Elle luttera fermement
contre toutes les formes d’égoïsme. Ainsi l’enfant qui, à cause du péché
originel est porté naturellement à l’égoïsme et aux caprices apprendra à
dominer ses désirs, à résister à ses envies et à pratiquer le sacrifice.
Pour lui se sera le chemin de la liberté.
En cet apprentissage difficile, il est de la plus haute importance que les
parents ne cèdent jamais aux caprices de leurs enfants, et ce, dès le
berceau !
Prenons un exemple cité par Lisbeth Burger : dans la famille Hermann, le
boucher-charcutier, est né un premier enfant. « Dès le premier instant, il fut
le tyran de la maison ». Un ami conseille aux parents aveuglés « Éduquez
le gaillard raisonnablement, car il apporte déjà des instincts difficiles.
Habituez-le à l’obéissance, à la maîtrise de lui-même, à bien faire… En
cédant à tous ses caprices, vous l’élevez pour le bagne ». Rien à faire, les
parents rient des colères de leur enfant et trouvent que le garnement a bien
du caractère ! Hélas, l’adolescent, devenu méchant, cupide et sournois,
s’empara de la caisse du magasin et, plus tard, frappa traîtreusement son
père d’un coup de hache.
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L’obéissance, qui dégage le cœur de l’égoïsme en foulant aux pieds
envies et caprices, est donc bien pour l’enfant un chemin de lumière et
de liberté.
2. Passage de l’enfance à l’adolescence
Pour l’adolescent, selon un chartreux, ce chemin semble être celui de
l’espérance et de la virginité. « Les années de l’adolescence sont
marquées par de profonds changements, biologiques, intellectuels et
émotionnels… c’est surtout un temps de recherche de sa propre identité ».
Temps d’attente, de préparation, de formation de la personnalité, alors que
fleurit un puissant courant de vie.
Pour le Père Thomas-Philippe, dans son ouvrage sur l’adolescence, la
tentation pourrait être d’accaparer ce courant de vie et de s’installer dans
une « fausse indépendance : l’indépendance par la violence et par la
force ». L’élan de vie et de générosité serait alors détourné de sa fin et
mènerait à des dépendances graves.
C’est l’espérance qui canalisera les énergies neuves qui se font jour et les
orientera vers Dieu et vers le prochain, au-dessus et au-delà de soimême.
Et puis, à l’heure où le corps se transforme, le chemin de lumière et de
liberté sera celui de la chasteté. La sexualité humaine, si noble et si fragile,
n’est source de liberté et de bonheur, qui si elle se soumet généreusement à
la loi divine. Dans l’attente d’une paternité et maternité responsable,
l’adolescent gardera la virginité. Ce pourra être une lutte héroïque, mais
cette épreuve est nécessaire pour confirmer l’espérance.
En toute tentation d’ailleurs, la grâce de Dieu ne fait pas défaut. « Aucune
tentation ne vous est survenue qui passe la mesure, et Dieu, qui est fidèle,
ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces; mais avec la
tentation il préparera aussi le moyen d'en sortir, afin que vous puissiez la
supporter ». (1 Cor. 10, 13).
Espérance et virginité, telles sont les voies de la liberté pour
l’adolescent. C’est « le plus bel honneur qu’on puisse faire à la jeunesse,
que de lui dire qu’elle est vouée à la pureté et à la grandeur » (Père
Thomas Philippe)
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3.
Passage à l’âge adulte
Pour le jeune adulte, le chemin de la liberté est celui de l’engagement : être
« avec les autres », être « pour les autres », entrer résolument dans la
logique du don de soi. On pourrait donc placer cet âge sous le signe de la
charité et de la fidélité. C’est le temps de participer à la vie sociale,
d’exercer une profession, de s’engager définitivement dans les lois du
mariage ou de la vie consacrée. La tentation alors pourrait être le repli sur
soi ou la crainte de s’engager. Une telle crainte est signe d’immaturité :
« c’est une fausse conception de la liberté que de ne jamais vouloir
s’engager » ni « prendre de décision ».
Pour Jean-Paul II, une telle peur de s’engager définitivement « peut être
imputée, en termes généraux, à cette culture au souffle court, propres aux
pays riches… L’éloignement d’une conception religieuse de l’existence…
enlève à l’homme… l’appui de la foi et de l’espérance qui, seules, donnent
la possibilité et l’attrait d’un projet définitif ». Le monde moderne manque
d’âme. C’est à la jeunesse d’apporter à un monde rétréci ce supplément
d’âme qui le vivifiera. Le moyen en est de s’engager définitivement, car
c’est ainsi que l’homme se donne totalement et parvient à la pleine
liberté. Nous expérimentons assez combien nous sommes versatiles et
inconstants. En nous engageant définitivement, nous prenons le moyen le
plus radical de fixer notre volonté dans le bien. Cet engagement,
néanmoins, ne sera réel que s’il se renouvelle chaque jour, dans une fidélité
attentive au dessein de Dieu.
***
Chers pèlerins,
L’éducation, qui mène l’enfant à l’âge adulte en passant par l’adolescence
est une éducation à l’amour vrai. Selon les âges, l’amour se révèle
comme lumière, comme vie ou comme feu. Selon les âges, la vraie liberté
se réalise dans l’obéissance, la virginité et l’engagement fidèle, base de la
révélation de la future vocation.
Mais c’est toujours l’amour qui mène le cœur humain, l’amour de Dieu
qui, à travers l’éducation, conduit l’homme à la pleine liberté.
Bienheureux celui qui accueille les exigences d’une sainte discipline, en
vue de la glorieuse liberté des enfants de Dieu !
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LA CHRÉTIENTÉ
Méditation F
Chers pèlerins,
Sur la route de Chartres, on entend beaucoup parler de Chrétienté :
pèlerinage de Chrétienté, Notre-Dame de Chrétienté…
Mais de quoi s’agit-il ?
Pour répondre à cette question, plutôt qu’un exposé, je vous propose un
bref dialogue sur la route, entre un nouveau pèlerin et un ancien pèlerin,
par exemple son chef de chapitre.
Nouveau pèlerin :
- Pourquoi l’association N.D.C. insiste-t-elle tant sur la Chrétienté ?
Ancien pèlerin :
- Tout simplement, parce que la Chrétienté est le modèle de société qui
permet à chaque individu, qui le veut, de faire le plus aisément
possible son salut sur terre.
- D’accord, mais qu’est-ce que la Chrétienté ?
- C’est une question à la fois très simple et très compliquée. Néanmoins,
pour être concis, on peut dire qu’une chrétienté, c’est une société qui
vit ou, plus exactement, essaie de vivre selon l’Évangile.
- C'est-à-dire ?
- Eh bien, vivre selon l’Évangile, c’est appliquer les principes qui s’y
trouvent. Notre-Seigneur Jésus-Christ est venu "accomplir", au sens
de rendre définitive, la loi qui nous vient de l’Ancien Testament. Et Il
l’a complétée avec un commandement nouveau, celui de l’Amour.
Donc, vivre selon l’Évangile, c’est vivre en appliquant les
commandements de Dieu (Les dix commandements), à la lumière du
commandement nouveau : la Charité.
- D’accord, mais alors ce n’est bon que pour les chrétiens !
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Pas du tout ! Dieu a mis, dans l’âme de tout homme une loi qu’on
appelle la loi naturelle. C’est la loi qui, naturellement, quelle que soit
notre religion, nous fait, par exemple, protéger les faibles, aimer la
beauté, vouloir la paix,…Et Dieu, Créateur de toute chose, ne pouvant
vouloir une chose et son contraire, a donné à Moïse des
commandements qui ne sont que la traduction de cette loi naturelle.
C’est pourquoi, vivre selon la loi naturelle ou selon les
commandements de Dieu, c’est équivalent.
Mais ces sociétés qui vivent selon l’Évangile, elles existent déjà ! Par
exemple, les familles (du moins certaines), les monastères, certaines
écoles…
C’est vrai, et on pourrait y ajouter aussi les troupes scoutes, le
chapitre du pèlerinage dans lequel nous marchons, et encore
beaucoup d’autres petits groupes. C’est bien, et il faut les encourager,
mais ce n’est pas suffisant. En effet, ces sociétés qui forment comme
des micro-chrétientés ne disposent que d’un pouvoir très limité dans le
temps et dans l’espace. Ce qu’il faut, c’est que la société qui dispose
de tous les pouvoirs, c'est-à-dire la nation elle-même, soit une
chrétienté. En effet, c’est elle qui exerce le plus d’influence sur notre
vie de tous les jours, et c’est donc elle qui doit vivre selon l’Évangile.
Alors ce qu’on veut, c’est une forme de société comparable aux
sociétés musulmanes !
Pas du tout ! Nous ne voulons pas de confusion entre les pouvoirs
temporels et les pouvoirs spirituels, comme dans les théocraties
musulmanes. Mais nous ne voulons pas non plus de la séparation
qu’essaient de nous imposer certains laïcistes. Nous voulons une
distinction entre les deux pouvoirs, tout en demandant que le pouvoir
temporel soit irrigué par le pouvoir spirituel. Nous voulons « rendre à
César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », sachant que
César, lui-même, doit un culte à Dieu. En bref, ni confusion, ni
séparation, mais distinction des pouvoirs et soumission de l’ensemble
à Dieu : voilà ce qu’est que la Chrétienté.
Bon d’accord. Mais moi, qu’est-ce je peux faire pour aboutir à la
Chrétienté ?
Ce qu’on présente comme l’âge d’or de la Chrétienté en France, c’est
le 13ème siècle, le siècle de Saint Louis. Eh bien, Saint Louis n’a pas dit,
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un matin au réveil : « A partir d’aujourd’hui, je crée une chrétienté ! »
Il a, sa vie durant, essayé d’agir en chrétien. Et, comme il était roi, il a
pu créer les conditions qui ont permis à la société de suivre son
exemple. Même s’il manque actuellement un Saint Louis à la tête de la
France, faisons comme les français du XIIIème siècle : agissons, dans le
milieu où nous vivons, en chrétien, c'est-à-dire en respectant les lois de
Dieu, et, petit à petit, nous arriverons à changer la face de la société.
Eh bien, on n’est pas prêt d’y arriver !
Oui, et c’est pour cela qu’il faut s’y mettre tout de suite. Et puis, ne
vous découragez pas en route ; compte tenu de la nature de l’homme,
il n’y a pas de société parfaite. Cela n’empêche pas que nous avons
tous le devoir d’agir pour que chacun puisse faire son salut. Notre
salut, c’est notre « Bien Commun » ; la Chrétienté, c’est le moyen d’y
parvenir. Tel est le but et l’un des trois piliers de notre pèlerinage.
***
Chers pèlerins,
Restons maintenant en silence, pour méditer quelques instants sur ce que
nous venons d’entendre, avant de réciter la « prière pour la chrétienté » que
vous trouverez dans votre livret.
Citations
« On ne bâtira pas la société autrement que Dieu ne l’a bâtie » Saint Pie X
« Vous ne m’avez pas accueilli ! Ce jugement lui aussi fait son chemin à
travers l’histoire de nos familles ; il fait son chemin à travers l’histoire des
nations et de l’humanité. Les paroles du Christ concernent aussi des
institutions sociales, des gouvernements et des organisations
internationales » Jean-Paul II, "Lettre aux familles"
« D’autres nations attendent de votre exemple chrétien. Dans le contexte de
la société européenne, les valeurs évangéliques, encore une fois,
deviennent une contre-culture, tout comme elles l’étaient du temps de saint
Paul. » Benoît XVI (aux membres de "l’exception culturelle" de Malte, rare
micro-chrétienté à part dans le mondialisme de la culture de mort)
« On est toujours capable de revenir au bien lorsqu’on n’a pas quitté le
vrai » Mgr Freppel
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« Je vous invite à prendre ici cette forte résolution : nous allons sauver
tous les petits enfants, tous les enfants à naître, nous allons leur donner une
chance de naître. (…) aujourd'hui, on tue des milliers d'enfants à naître
(…) personne ne parle des millions de petits êtres qui ont été conçus avec
la même vie que vous et moi, avec la vie de Dieu. Et nous ne disons rien.
Nous l'admettons pour nous conformer aux vues des pays qui ont légalisé
l'avortement ». Mère Térésa à Oslo en 1979, après avoir reçu le Prix Nobel
de la Paix
Bibliographie
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-
« Catéchisme de l’Église Catholique » § 2420, 2423 et 2442,
« La doctrine sociale de l’Église »,
« Christifideles laici », Exhortation apostolique, Bienheureux Jean Paul
II, la vocation et la mission des laïcs dans l’Église et dans le monde, éd.
Tequi, 1988,
« Pour qu’Il règne », Jean Ousset
« Demain la Chrétienté », Dom Gérard
« Une civilisation blessée au cœur », Jean Madiran
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LA PURETÉ AVANT LE MARIAGE
Méditation G
Chers pèlerins,
Nous vous avons beaucoup parlé de la famille et aussi du mariage. Mais
tous vous n’en êtes pas encore à ce stade ; à moins d’avoir la vocation
religieuse, il faut vous y préparer.
Partons d’une vérité : que vous le vouliez ou non, vous êtes faits pour
aimer. Or, « la source de tout amour vient de Dieu, car Dieu est Amour »
nous dit Saint Jean.
De plus, cet amour en Dieu a un nom et vous le connaissez, car on ne cesse
de parler de Lui en ce jour de la Pentecôte ! Mais oui, c’est le Saint-Esprit !
Il est, en effet cet amour mutuel entre le Père et le Fils, qui nous est donné
le jour de la Pentecôte.
C’est donc dans la mesure où vous vivrez sous l’emprise de ce SaintEsprit que vous pourrez vraiment aimer Dieu, mais aussi vous aimer
entre vous.
Pour vous, chers pèlerins, qui dans la grande majorité n’êtes pas encore
mariés, se pose la question récurrente : qu’est-ce que l’amour entre un
garçon et une fille avant le mariage ?
Si vous écoutez ce que vous disent la télévision, la radio, bien des revues et
des personnes autour de vous, vous êtes sûrs d’aller droit dans le mur !
C’est pourquoi il ne faut pas jouer avec la grandeur de l’amour et bien
connaître les lois qui y mènent. Ces lois peuvent se résumer en trois mots
d’ordre : pas trop tôt, pas trop vite et donc pas trop près !
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I. TOUT D’ABORD PAS TROP TOT : CONSTRUISEZ-VOUS D’ABORD
Il est certain que l’on peut ressentir très jeune des sentiments pour un
garçon ou pour une fille. Mais est-ce vraiment de l’amour ? Vous réalisez
bien que pour le savoir c’est trop tôt, car l’amour ce n’est pas que du
sentiment ; c’est beaucoup plus profond, et pour l’analyser en toute vérité il
faut une réelle maturité. Il faut donc du temps pour cela. Mais alors que
faire entre-temps ? Eh bien, il faut respecter une étape essentielle :
l’amitié. De belles amitiés entre garçons et filles, c’est possible !
L’expérience est là pour le prouver. De belles amitiés qui sont pures, où il
n’y a pas de sous-entendus. Des amitiés pures, c’est cela qui structure
des personnes, c’est cela qui construit votre futur amour.
Chers pèlerins, construisez de vraies amitiés entre vous et autour de vous.
Profitez, dans le bon sens du terme, de votre jeunesse, et ne commencez pas
trop tôt une relation amoureuse. Chaque chose en son temps. Et puis
retenez bien cette vérité : L’amour est le don de sa personne à l’autre.
Attention donc à l’amour captatif qui consiste à s’aimer soi-même à travers
l’autre. Ce n’est donc pas de l’amour, mais de l’égoïsme, et dans beaucoup
de relations entre des garçons et des filles c’est cela qui prévaut
aujourd’hui, aussi n’est-ce pas étonnant que cela finisse mal !
Oui, l’amour consiste à se donner véritablement et totalement à l’autre,
mais pour cela il faut s’être déjà construit soi-même. Si la fille et le
garçon sont immatures, pleins de défauts et imbus de leur amour-propre, ils
ne pourront rien construire ensemble dans le mariage. Car le mariage ne
consiste pas à se regarder dans le blanc des yeux toute la vie, mais à
construire à deux un foyer. Vous connaissez peut-être cette très belle phrase
de Saint-Exupéry dans "Terre des hommes" : « Aimer, ce n’est pas se
regarder l’un l’autre, mais regarder ensemble dans la même direction. »
II. PAS
TROP TOT, PAS TROP VITE MAINTENANT
; SOYEZ PATIENT ET
DISCRET
Le temps ne respecte pas ce qu’on fait sans lui. Dans notre monde
d’aujourd’hui, nous avons une formidable illusion du temps réel, on veut
tout de suite ! On a des moyens de communication immédiats : Facebook,
Twitter, Sms, Msn… tout va très vite !
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Un garçon et une fille qui se rencontrent à une soirée, et ça y est : c’est le
grand amour. On commence les confidences, on a déjà noué des liens qu’on
ne pourra plus défaire après… Même si vous avez déjà une réelle maturité
et l’âge pour penser à des fiançailles : Pas trop vite ! Pas trop vite les
confidences ! Un temps viendra pour les confidences. Les confidences,
réservez-les à celle ou à celui qui sera le trésor de votre vie, et non pas au
premier venu.
Il y a des garçons qui ont patienté plusieurs années avant de dire à une
jeune fille ce qu’ils éprouvaient pour elle, parce qu’ils ne savaient pas
encore comment orienter leur vie profondément ; ils se sont gardés, ils
n’ont rien dit, ils n’ont rien fait qui aurait pu prêter à confusion ! Par contre,
il y a aussi ceux qui, après une relation bien établie, repoussent sans cesse
la date des fiançailles ou du mariage par peur de l’engagement !
Il faut que vous aussi, Mesdemoiselles, vous appreniez à patienter. Souvent
les filles veulent se marier très vite, trop vite, et puis du coup elles s’en
mordent les doigts après. Qu’elles ne tombent pas non plus dans le travers
inverse qui consiste à attendre le prince charmant, car elles pourront
attendre bien longtemps… ; les garçons auront toujours des défauts, c’est
inévitable. Seules celles qui épouseront Notre-Seigneur dans la vie
religieuse auront le privilège d’avoir un époux parfait.
III.
PAS TROP TOT, PAS TROP VITE ; ALORS, S’IL VOUS PLAIT, PAS
TROP PRES : SOYEZ PRUDENT
Jean-Paul II s’adressant à la jeunesse catholique, lors de JMJ, disait :
« Vous avez tous une vocation au martyre ; ça ne sera plus le martyre
sanglant des premiers chrétiens, ce sera le martyre à contre-courant. Je
pense en particulier, précise-t-il aux jeunes, à la difficulté de rester pur
dans les relations amicales, je pense aux fiancés et à la difficulté de vivre
de vraies fiançailles. »
Oui, chers pèlerins, vous le savez par expérience, le monde ne vous fera pas
de cadeau en matière de pureté ; alors, faites-vous-en mutuellement !
Oui, il faudrait que l’attitude et les mœurs des chrétiens et des chrétiennes
soient vraiment dignes de leur nom. Pour cela il faut que les garçons et les
filles apprennent à s’entraider, et non pas à se faire tomber mutuellement,
que ce soit dans l’amitié ou dans les fiançailles.
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La faiblesse de la fille : c’est son cœur ! En elle, prédominent les
sentiments et l’imagination, d’où sa difficulté à maîtriser ses émotions.
Aussi, jeunes gens, ne jouez pas avec le cœur des jeunes filles ; vous ne
savez pas le mal que vous pouvez leur faire, quand vous vous amusez à
leur faire croire que vous avez des sentiments pour elles. Gardez vos
distances : pas trop près et pas trop souvent, s’il vous plaît !
La faiblesse du garçon : c’est son corps ! En lui prédomine le besoin
d’action, de se réaliser en faisant quelque chose ; c’est pour cela que le
Bon Dieu a voulu que son amour pour la femme passe beaucoup par le
corps. Mais le péché originel a tout détraqué, aussi l’homme a-t-il bien
du mal maintenant à se maîtriser en matière de chasteté.
Donc, Mesdemoiselles, ne jouez pas avec le corps des garçons. Ne les
provoquez pas, s’il vous plaît ! Vous avez la capacité soit de les
purifier grandement par une attitude digne d’une chrétienne, soit de les
faire chuter parfois gravement ! Ce n’est pas pour rien que l’on vous dit
qu’il faut faire attention à la manière de vous tenir, à votre manière de
vous habiller, à ne pas mettre en valeur telle ou telle partie de votre
corps, à votre manière de vous comporter…
De plus, sachez qu’un bon garçon vous fuira si vous ne savez pas vous
tenir, et vous attirerez au contraire les mauvais qui espéreront obtenir de
vous ce que vous affichez. Au contraire, si vous savez refléter
extérieurement, par votre maintien, les qualités de votre âme, alors les bons
garçons vous fréquenteront volontiers parce que vous leur ferez du bien, et
les mauvais iront “chasser” ailleurs !
Le combat pour la pureté et la chasteté en vaut vraiment la peine, Claudel le
montre superbement : « La chasteté, dit-il, vous rendra vigoureux, prompt,
alerte, pénétrant, clair comme un coup de trompette et tout splendide
comme le soleil du matin… vous vous priverez de quelques plaisirs
avilissants et qui ne mènent à rien, mais vous connaîtrez le fer et l’acier,
les joies salubres, martiales, athlétiques de la victoire sur soi-même. »
***
Chers pèlerins,
Au terme de cette méditation, vous réalisez certainement toute la pertinence
de cette sentence du Saint Padre Pio : « L’amour vrai ne peut être bon
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marché ; il est exigeant. » Vous réalisez aussi, probablement, qu’il va
falloir prendre des décisions, faire des choix, et que vous ne pouvez peutêtre pas continuer à vivre comme jusqu’à présent ! D’ailleurs beaucoup
d’entre vous sont venus à ce pèlerinage précisément pour que quelque
chose change dans leur vie ! Alors ayez le courage, pendant ces quelques
minutes de silence, d’analyser avec l’aide du Saint-Esprit, source de tout
amour, ce qui doit changer après le pèlerinage. Demandez-lui alors la force
de le mettre en pratique. Et puis n’oubliez jamais ces quelques mots
qu’André Charlier vous adresse : « Le plus grand honneur qu’on puisse
faire à la jeunesse, c’est de lui dire qu’elle est vouée à la pureté et à la
grandeur. »
Citations
« L’amour conjugal révèle sa vraie nature et sa vraie noblesse quand on le
considère dans sa source suprême, Dieu, qui est amour (…) le Père de qui
toute paternité tire son nom au ciel et sur la terre (…) Le mariage n’est
donc pas l’effet du hasard ou un produit de l’évolution des forces
naturelles inconscientes : c’est la sage institution du Créateur pour réaliser
dans l’humanité Son dessein d’amour. » Paul VI, "Humanae Vitae", 8
« Vous avez tous une vocation au martyre ; ça ne sera plus le martyre
sanglant des premiers chrétiens, ce sera le martyre à contre-courant. Je
pense en particulier, précise-t-il aux jeunes, à la difficulté de rester pur
dans les relations amicales, je pense aux fiancés et à la difficulté de vivre
de vraies fiançailles. » Bienheureux Jean-Paul II
« L’amour réalise notre aspiration la plus profonde ; et quand nous
aimons, nous devenons plus pleinement nous-mêmes, nous devenons plus
pleinement humains. Mais comme il est facile de transformer l’amour en
une fa
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